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2901
p. 985
Académie Royale de Soissons, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Lundi 29. Avril, l'Académie Royale de Soissons, tint son Assemblée publique dans le [...]
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texteReconnaissance textuelle : Académie Royale de Soissons, &c. [titre d'après la table]
Le Lundi 29. Avril, l'Académie Royale de
Soissons, tint son Assemblée publique dans le
Palais Episcopal. M. Vernier, Directeur de cette
Académie , en fit l'ouverture par un sçavant Dis-
Cours , après lequel on fit la lecture de la Dis-
sertation qui avoit remporté le Prix , dont le
Sujet étoit : L'Epoque de l'établissement de la Re-
ligion Chrétienne dans le Soissonnois , et les progrès`
du Christianisme dans le même Pays , avec le nom
des premiers Evêques de Soissons et la durée de leur
Episcopat jusqu'à la fin du quatrieme siecle Cette
Dissertation fut déclarée être de M. le Beuf,
Chanoine et Sous- Chantre de l'Eglise d'Auxerre,
qui étoit présent à l'Assemblée. M. l'Evêque ,
Instituteur de ce Prix , lui remit une Médaille
d'or toute semblable à celle dont nous avons fait
la description dans les années précedentes, excep-
té que dans l'Exergue on lit M. DCC. XXXVII.
Soissons, tint son Assemblée publique dans le
Palais Episcopal. M. Vernier, Directeur de cette
Académie , en fit l'ouverture par un sçavant Dis-
Cours , après lequel on fit la lecture de la Dis-
sertation qui avoit remporté le Prix , dont le
Sujet étoit : L'Epoque de l'établissement de la Re-
ligion Chrétienne dans le Soissonnois , et les progrès`
du Christianisme dans le même Pays , avec le nom
des premiers Evêques de Soissons et la durée de leur
Episcopat jusqu'à la fin du quatrieme siecle Cette
Dissertation fut déclarée être de M. le Beuf,
Chanoine et Sous- Chantre de l'Eglise d'Auxerre,
qui étoit présent à l'Assemblée. M. l'Evêque ,
Instituteur de ce Prix , lui remit une Médaille
d'or toute semblable à celle dont nous avons fait
la description dans les années précedentes, excep-
té que dans l'Exergue on lit M. DCC. XXXVII.
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2902
p. 985-986
Séance publique de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Mardy 30. l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, tint sa Séance publique [...]
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texteReconnaissance textuelle : Séance publique de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, &c. [titre d'après la table]
Le Mardy 30. l'Académie Royale des Inscriptions
et Belles-Lettres, tint sa Séance publique
d'après Pâques. M. le Cardinal de Polignac pré-
sida à cette Assemblée , et déclara que M. l'Abbé'
Goujet , Chanoine de S. Jacques de l'Hôpital à
Paris , avoit remporté le Prix sur le sujer pro-
posé l'année derniere par cette Académie , qui
étoit l'Etat des Lettres en France depuis la mort
Govj
de
986 MERCURE DE FRANCE
de Charlemagnejusqu'au regne du Roy Robert. Ce
Abbé se présenta et reçut des mains de son Emi-
nepce la Médaille d'or de la valeur de 400. liv.
Ensuite M. de Foncemagne , Membre de l'A
cadémie , et l'un des 40. de l'Académie Françoi-
se , lut pour M. de Nicolay , une Dissertation sur
les Rois d'Epire et,sur tout, sur la Vie d'Alexandre
Molossus , oncle d'Alexandre le Grand. Cette
Dissertation fit grand plaisir à toute l'Assemblée.
qui l'a trouvée bien écrite et pleine de recher-
ches très curieuses. Elle fut suivie d'une Disser-
tation que M. Racine lut sur l'harmonie des
Vers François et sur la Rime , où il fit voir que
l'invention de la Rime est aussi ancienne que
celle de la Poësie même , et qu'elle a été connue
de tous les Peuples , même des Romains , qui
prenoient quelquefois pour un ornement de faire
rimer les Hémistiches de leurs Vers , sur tout
des Pentametres ; ce qu'il confirma par plusieurs
exemples , tirés des meilleurs Poëtes Latins.
M. l'Abbé Sallier lut ensuite pour M. Lance
lot , un Mémoire sur la véritable date du Maria-
&e de Charles VIII. et d'Anne de Bretagne. En
fin la Séance fut terminée par une Dissertation
que M. de Foncemagne lut pour M. de la Curne
de Sainte-Palaye , sur les Poisies de Froissard
Cette Dissertation et quelques Morceaux choisis
de cesPoësies, parurent faire plaisir à l'Assemblée .
et Belles-Lettres, tint sa Séance publique
d'après Pâques. M. le Cardinal de Polignac pré-
sida à cette Assemblée , et déclara que M. l'Abbé'
Goujet , Chanoine de S. Jacques de l'Hôpital à
Paris , avoit remporté le Prix sur le sujer pro-
posé l'année derniere par cette Académie , qui
étoit l'Etat des Lettres en France depuis la mort
Govj
de
986 MERCURE DE FRANCE
de Charlemagnejusqu'au regne du Roy Robert. Ce
Abbé se présenta et reçut des mains de son Emi-
nepce la Médaille d'or de la valeur de 400. liv.
Ensuite M. de Foncemagne , Membre de l'A
cadémie , et l'un des 40. de l'Académie Françoi-
se , lut pour M. de Nicolay , une Dissertation sur
les Rois d'Epire et,sur tout, sur la Vie d'Alexandre
Molossus , oncle d'Alexandre le Grand. Cette
Dissertation fit grand plaisir à toute l'Assemblée.
qui l'a trouvée bien écrite et pleine de recher-
ches très curieuses. Elle fut suivie d'une Disser-
tation que M. Racine lut sur l'harmonie des
Vers François et sur la Rime , où il fit voir que
l'invention de la Rime est aussi ancienne que
celle de la Poësie même , et qu'elle a été connue
de tous les Peuples , même des Romains , qui
prenoient quelquefois pour un ornement de faire
rimer les Hémistiches de leurs Vers , sur tout
des Pentametres ; ce qu'il confirma par plusieurs
exemples , tirés des meilleurs Poëtes Latins.
M. l'Abbé Sallier lut ensuite pour M. Lance
lot , un Mémoire sur la véritable date du Maria-
&e de Charles VIII. et d'Anne de Bretagne. En
fin la Séance fut terminée par une Dissertation
que M. de Foncemagne lut pour M. de la Curne
de Sainte-Palaye , sur les Poisies de Froissard
Cette Dissertation et quelques Morceaux choisis
de cesPoësies, parurent faire plaisir à l'Assemblée .
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2903
p. 986-991
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
Début :
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller au Parlement de Paris, ayant conçu le [...]
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texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris, ayant conçu le
noble dessein de contribuer au progrès des Scien--
ces et à l'utilité que le Public en pouvoit retirer,
a legué à l'Académie Royale des Sciences un
fonds
M A Y.
1737.
987
fonds pour deux Prix qui seront distribués à
ceux , qui , au jugement de cette Compagnie ,
auront le mieux réussi sur deux differentes sor-
tes de Sujets , qu'il a indiqués dans son Testa-
ment , et dont il a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê-
me general du Monde et l'Astronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter-
mes du Testament , et se distribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considérable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navi-
gation et le Commerce.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et se-
ra
de 2000. livres.
Plusieurs excellentes Pieces que l'Académie a
reçûës cette année sur le sujet des Ancres , sont
le fruit du délai auquel elle se détermina en 1735.
Cependant ayant divisé ce Sujet en trois Parties
differentes qui devoient faire l'objet d'autant de
Prix, elle n'a pas trouvé des Pieces d'un égal mé-
rite pour tous les trois. La figure des Ancres ,
comme plus susceptible de l'aplication de la
Géométrie , est la partie qui en a fourni davan-
tage , et les meilleures, Celle de la Forge et de la
fabrique des Ancres , n'en a donné qu'un petit
nombre ; et l'épreuve dès Ancres n'en a point
procuré que l'Académie ait pû couronner sous
se titre. La Compagnie a donc adjugé le Prix du
Sujet : Quelle est la figure la plus avantageuse
qu'on puisse donner aux Ancres ? à la Piece N°. 5%.
( de 1737. ) qui a pour Devise ,.
Hic teneat nostras Anchora jacta ratés
et qui est de M....
Elle a donné le Prix de la fabrique , Quelle est
988 MERCURE DE FRANCE
la meilleure maniere deforger des Ancres ?`au N °.
7. dont la Devise est , Vis unita fortior , et qui
est de M. Tresaguet , ancien Ingénieur des Ponts
et Chaussées.
A l'égard du troisiéme Snjet , Quelle est la
meilleure maniere d'éprouver les Ancres ? et qui ne
lui a pas parû suffisamment rempli , elle a jugé à ·
propos de distribuer le Prix qu'elle y avoit des-
tiné , en égale part à deux Pieces , où elle a trou-
vé d'ailleurs des Recherches curieuses et utiles
tánt sur la figure des Ancres , que sur les autres
Sujets et sur plusieurs pratiques qu'elle n'a pase ,
voulu qui fussent perdues pour le Public.
L'une , qui est le N°. 9. et qui a pour Devise ,
Omnia conando docilis solertia vincit ,
est de M ....
L'autre N. 11. qui contient trois parties et
qui a trois Devises , par ce Vers ainsi varié ,
Hic teneat nostras Anchora-{
Firma
Ducta
est de M. le Marquis Poleni , Professeur de Ma~~
thématique à Padoüe.
Les deux Pieces qui ont le plus aproché du
Prix , et c'est par raport à la fabrique ou à l'é-
preuve des Ancres , sont le N° . s. ( de 1735. )V
qui a pour Devise , N° 154
Certa } rates ,
Et le N° .13 . ( de 1737. ) qui a pour Devise, Sz
non bene, saltem voluisse decorum est, est de M. le
Comte de Crequi.
L'Académie ayant eu avis par des personnes
habiles et expérimentées dans la Navigation , que
dans les fréquentes manœuvres où l'on se sert du
Cabestan , le cordage attaché au poids qu'on
veut lever ou traîner , se dévide sur l'essieu de
cette machine , de maniere qu'à chaque tour ce
cordage descend de toute sa grosseur , et qu'il
arrive
MAY.
1737.
989
afrive qu'après plusieurs tours il parvient au
bout du Cabestan, et qu'il faut le rehausser ( ou
choquer ) pour éviter qu'il ne s'embarasse ; que
par-là on ne sçauroit se servir du Cabestan
qu'on ne soit obligé de choquer plusieurs fois ,
e qu'à chaque fois qu'on choque , il faut arrêter
le mouvement de la machine , prendre des bosses-
(ou tresses , &c. ) sur le cordage , dévirer le Ca-
bestan , pour mollir ( ou lâcher ) la partie du
cordage qui est sur l'essieu . relever le cordage
le roidir de nouveau ,et enfin ôter les bosses pour
remettre le Cabestan en état ; que cette opération
souvent repetée emporte beaucoup de temps , et
dans plusieurs rencontres un temps précieux , et
qu'elle fait toujours perdre une partie de l'effort
déja fait : Considérant d'ailleurs la liaison de la
manœuvre du Cabestan avec celle des Ancres ,
qu'on ne jette ou qu'on ne leve que par son
moyen , l'Académie a résolu de proposer pour
Sujet du Prix de l'année 1739. La meilleure cons---
truction du Cabestan , ou telle autre Machine équi--
valente , par raport à tous les usages auxquels
on l'aplique dans un Navire , et principalement
pour éviter , en tout ou en partie , les inconvé
niens mentionnés ci- dessus.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invi--
tés à travailler sur ce Sujet , et même les Asso-
ciés Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la
Loi d'exclure les Académiciens Regnicoles de
prétendre aux Prix.
Ceux qui composeront sont invités à écrire
en François ou en Latin , mais sans aucune obli
gation. Ils pouront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs
Ouvrages
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisi--
bles ,
990 MERCURE DE FRANCE
bles , sur-tout quand il y aura des Calculs d'Al-
gebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ou-
vrages , mais seulement une Sentence ou Devise.
He pouront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet séparé et cacheté par eux , où seront
avec cette même Sentence , leur nom , leurs
qualités et leur adresse , et ce Billet ne sera ou
vert par l'Académie qu'en cas que la Piece ait
remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresse-
ront leurs Ouvrages à Paris au Secretaire per-
pétuel de l'Académie , ou les lui feront remer-
tre entre les mains. Dans ce second cas le Secre
taire en donnera en même temps à celui qui les
lui aura remis , son Recepissé , où sera marquée
la Sentence de l'Ouvrage et son numero , selon
l'ordre ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au pre-
mier Septembre 1738 : exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1739. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Picce qui aura remporté le Prix , le Trésorier
de l'Académie délivrera la somme du Prix à ce-
lui qui lui raportera ce Recepissé. Il n'y aura à
cela nulle autre formalité
S'il n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur mê-
me , qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
L'Académie juge à propos de déclarer encore
que Comme elle ne restreint à macun Sistême les
explications qu'elle demande des Phénomenes , le
sufrage qu'elle donne à ces explications n'est point
une:
1
MAY.
1737.
991
une adoption des principes sur lesquels elles sont
fondées, ni de toutes les conséquences qu'on ex
tire.
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris, ayant conçu le
noble dessein de contribuer au progrès des Scien--
ces et à l'utilité que le Public en pouvoit retirer,
a legué à l'Académie Royale des Sciences un
fonds
M A Y.
1737.
987
fonds pour deux Prix qui seront distribués à
ceux , qui , au jugement de cette Compagnie ,
auront le mieux réussi sur deux differentes sor-
tes de Sujets , qu'il a indiqués dans son Testa-
ment , et dont il a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê-
me general du Monde et l'Astronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter-
mes du Testament , et se distribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considérable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navi-
gation et le Commerce.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et se-
ra
de 2000. livres.
Plusieurs excellentes Pieces que l'Académie a
reçûës cette année sur le sujet des Ancres , sont
le fruit du délai auquel elle se détermina en 1735.
Cependant ayant divisé ce Sujet en trois Parties
differentes qui devoient faire l'objet d'autant de
Prix, elle n'a pas trouvé des Pieces d'un égal mé-
rite pour tous les trois. La figure des Ancres ,
comme plus susceptible de l'aplication de la
Géométrie , est la partie qui en a fourni davan-
tage , et les meilleures, Celle de la Forge et de la
fabrique des Ancres , n'en a donné qu'un petit
nombre ; et l'épreuve dès Ancres n'en a point
procuré que l'Académie ait pû couronner sous
se titre. La Compagnie a donc adjugé le Prix du
Sujet : Quelle est la figure la plus avantageuse
qu'on puisse donner aux Ancres ? à la Piece N°. 5%.
( de 1737. ) qui a pour Devise ,.
Hic teneat nostras Anchora jacta ratés
et qui est de M....
Elle a donné le Prix de la fabrique , Quelle est
988 MERCURE DE FRANCE
la meilleure maniere deforger des Ancres ?`au N °.
7. dont la Devise est , Vis unita fortior , et qui
est de M. Tresaguet , ancien Ingénieur des Ponts
et Chaussées.
A l'égard du troisiéme Snjet , Quelle est la
meilleure maniere d'éprouver les Ancres ? et qui ne
lui a pas parû suffisamment rempli , elle a jugé à ·
propos de distribuer le Prix qu'elle y avoit des-
tiné , en égale part à deux Pieces , où elle a trou-
vé d'ailleurs des Recherches curieuses et utiles
tánt sur la figure des Ancres , que sur les autres
Sujets et sur plusieurs pratiques qu'elle n'a pase ,
voulu qui fussent perdues pour le Public.
L'une , qui est le N°. 9. et qui a pour Devise ,
Omnia conando docilis solertia vincit ,
est de M ....
L'autre N. 11. qui contient trois parties et
qui a trois Devises , par ce Vers ainsi varié ,
Hic teneat nostras Anchora-{
Firma
Ducta
est de M. le Marquis Poleni , Professeur de Ma~~
thématique à Padoüe.
Les deux Pieces qui ont le plus aproché du
Prix , et c'est par raport à la fabrique ou à l'é-
preuve des Ancres , sont le N° . s. ( de 1735. )V
qui a pour Devise , N° 154
Certa } rates ,
Et le N° .13 . ( de 1737. ) qui a pour Devise, Sz
non bene, saltem voluisse decorum est, est de M. le
Comte de Crequi.
L'Académie ayant eu avis par des personnes
habiles et expérimentées dans la Navigation , que
dans les fréquentes manœuvres où l'on se sert du
Cabestan , le cordage attaché au poids qu'on
veut lever ou traîner , se dévide sur l'essieu de
cette machine , de maniere qu'à chaque tour ce
cordage descend de toute sa grosseur , et qu'il
arrive
MAY.
1737.
989
afrive qu'après plusieurs tours il parvient au
bout du Cabestan, et qu'il faut le rehausser ( ou
choquer ) pour éviter qu'il ne s'embarasse ; que
par-là on ne sçauroit se servir du Cabestan
qu'on ne soit obligé de choquer plusieurs fois ,
e qu'à chaque fois qu'on choque , il faut arrêter
le mouvement de la machine , prendre des bosses-
(ou tresses , &c. ) sur le cordage , dévirer le Ca-
bestan , pour mollir ( ou lâcher ) la partie du
cordage qui est sur l'essieu . relever le cordage
le roidir de nouveau ,et enfin ôter les bosses pour
remettre le Cabestan en état ; que cette opération
souvent repetée emporte beaucoup de temps , et
dans plusieurs rencontres un temps précieux , et
qu'elle fait toujours perdre une partie de l'effort
déja fait : Considérant d'ailleurs la liaison de la
manœuvre du Cabestan avec celle des Ancres ,
qu'on ne jette ou qu'on ne leve que par son
moyen , l'Académie a résolu de proposer pour
Sujet du Prix de l'année 1739. La meilleure cons---
truction du Cabestan , ou telle autre Machine équi--
valente , par raport à tous les usages auxquels
on l'aplique dans un Navire , et principalement
pour éviter , en tout ou en partie , les inconvé
niens mentionnés ci- dessus.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invi--
tés à travailler sur ce Sujet , et même les Asso-
ciés Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la
Loi d'exclure les Académiciens Regnicoles de
prétendre aux Prix.
Ceux qui composeront sont invités à écrire
en François ou en Latin , mais sans aucune obli
gation. Ils pouront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs
Ouvrages
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisi--
bles ,
990 MERCURE DE FRANCE
bles , sur-tout quand il y aura des Calculs d'Al-
gebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ou-
vrages , mais seulement une Sentence ou Devise.
He pouront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet séparé et cacheté par eux , où seront
avec cette même Sentence , leur nom , leurs
qualités et leur adresse , et ce Billet ne sera ou
vert par l'Académie qu'en cas que la Piece ait
remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresse-
ront leurs Ouvrages à Paris au Secretaire per-
pétuel de l'Académie , ou les lui feront remer-
tre entre les mains. Dans ce second cas le Secre
taire en donnera en même temps à celui qui les
lui aura remis , son Recepissé , où sera marquée
la Sentence de l'Ouvrage et son numero , selon
l'ordre ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au pre-
mier Septembre 1738 : exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1739. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Picce qui aura remporté le Prix , le Trésorier
de l'Académie délivrera la somme du Prix à ce-
lui qui lui raportera ce Recepissé. Il n'y aura à
cela nulle autre formalité
S'il n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur mê-
me , qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
L'Académie juge à propos de déclarer encore
que Comme elle ne restreint à macun Sistême les
explications qu'elle demande des Phénomenes , le
sufrage qu'elle donne à ces explications n'est point
une:
1
MAY.
1737.
991
une adoption des principes sur lesquels elles sont
fondées, ni de toutes les conséquences qu'on ex
tire.
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2904
p. 991-996
Assemblée publique de la même Académie, et Memoires lûs, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 4. May, cette Académie tint son Assemblée publique, à laquelle M. d'Argenson [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblée publique de la même Académie, et Memoires lûs, &c. [titre d'après la table]
Le Samedy 4. May, cette Académie tint son
Assemblée publique, à laquelle M. d'Argenson
présida. M. de Fontenelle ouvrit la Séance et an-
nonça les Pieces qui ont remporté les Prix de la
présente année ; il proposa ensuite le sujet du
Prix pour l'année 1739. l'un et l'autre.comme
on le voit dans l'article précedent.
M. Cassini lût après cela les Observations
qu'il a faites de la Comete qui a parû cette année;
il parla en ces termes :
Le 16. Février de l'année 1737. on a aperçâ
à Paris une Comete du côté de l'Occident , au-
dessous de la Planette de Vénus , dont elle étoit
éloignée de 7 à 8. degrés.
On continua de la voir les jours suivans qu'el
le parut avoir un mouvement de l'Occident vers
P'Orient,suivant la suite des Signes d'un peu plus
de deux degrés par jour.
Elle paroissoit à peu près comme une Etoile
fixe de la seconde grandeur , mais moins lumi-
neuse >
Σ
avec une queue de 2 à 3 degrés de lon-
gueur , qui étoit dans une direction oposée au
Soleil.
Cette Comete a été aperçue à la vûë simple
jusqu'au commencement de Mars', et on a con-
tinué à l'observer avec des Lunettes jusqu'au 2.
Avril , qu'on a cessé entierement de la voir ,
lorsquelle étoit au-dessous de l'œil du Taureau
Aldebaran . Elle a cû depuis le 17. Février jusqu'à
cejour un mouvement de 63. degrés en longitu
de et de 7. degrésen latitude vers le Midy.
Suivant les Observations qu'on en a faites ,
elle a décrit un Arc de grand cercle incliné de
1.2.4.
992 MERCURE DE FRANCE
2. degrés à l'Ecliptique qu'elle a coupé dans
le 13e degré des Poissons.
Sa distance à la Terre a été jugée le 16. Fé-
vrier , un peu moins du double de la distance de
la Terre au Soleil.
M. de Mairan lût ensuite un Discours sur la
propagation du son et des tons qui le modifient,
Après quoi M.Hellot û un Extrait de deux Me
moires sur une nouvelle Encre Sympatique , que
la chaleur fait paroître et qui disparoît au froid,
Ce qui a donné occasion à ces deux Memoires
est un Sel qu'un Artiste Allemand fit voir l'an-
née dernicie à quelques personnes de l'Acadé-
mie. Ce Sel , qui étoit couleur de rose , devenoit
Bleu en l'aprochant du feu, puis reprenoit sa pre-
miere couleur en refroidissant. C'est la dissolu
pion de ce Sel dans l'eau qui fait l'Encre Sym-
patique en question . Quant à la matiere qui lui
donne sa teinture , c'est une mine Aisenicale
espece de Cobolt , qui fournit en même- temps
par les essais de l'Arsenic , du Bismuth ou Etain
de glace , et une matiere fixe au feu , qui , mê-
lée par la fonte avec d'autres matieres aisées à
vitrifier , fait cette masse bleue qu'on nomme
Smalt , et qui étant réduite en poudre fort fine
est connue ici sous le nom de bleu d'émail ou
d'azur. Au lieu d'introduire cette matiere fixe
colorante dans la substance d'un verre quelcon-
que , il n'y a qu'à l'enlever par l'eau forte , di-
gerée sur la mine réduite en poudre , elle teint
ce dissolvant en rouge sale ou en feuille morte
foncé , on survuide cette eau forte teinte , dans
une jatte de verre ou de porcelaine , on y meg
autant de Sel de table blanc qu'on a employé de
Mine , et l'on desseche ce mêlange sur le feu en
une masse saline grainée , qui est verte tang
qu'elle
M. A Y.
1737.
993
qu'elle est chaude , et qui devient couleur de rose
en refroidissant. L'eau qu'on verse sur ce Sel
refroidi , le dissout et se teint de la couleur du
Lilas . On écrit avec cette Liqueur sur de bon
papier , on laisse secher l'écriture; rien ne paroît;
mais si on aproche le papier du feu , les caracte-
res invisibles prennent une couleur bleuâtre on
bleue verdâtre .On laisse refroidir le papier à l'air.
l'écriture disparoît de nouveau Si on le chauffe
encore , elle reparoît , et ainsi de suite , alterna
tivement , et pendant très- long-temps sans di-
minution de son effet quand la Mine est bien-
choisie. Tous les Cobolts donnent cette teinture
plus ou moins parfaite , selon la qualité des
matieres héterogones qu'ils contiennent. Le si-
gne principal auquel on en reconnoît la bonne
espece , est cette couleur d'une bonne Bierre
rouge qu'il doit donner à l'eau forte.
Cette Encre Sympathique , qui par les pro-
prietés qu'on vient de décrire , est differente de
toutes les autres Encres Sympathiques connues ,
peut devenir , pour ainst - dire , semblable à cha
cune d'elles , ou pour m'expliquer comme M.
Hellot , elle peut entrer dans chacune des quatre
classes de ces Encres Sympathiques , qu'on trou
ve décrites dans divers Auteurs . La premiere
classe est celle des Encres dont l'écriture ne pa-
roît qu'en passant dessus une nouvelle liqueur
•
ou sa vapeur. La seconde comprend les Encres
Sympathiques , dont les caracteres invisibles se
colorent à l'air. Dans la trosiéme sont les Li-
queurs glutineuses avec lesquelles on peut faire
une écriture qui ne paroît qu'en passant dessus
une poudre terreuse , fine et colorée. Enfin la
quatrième classe est celle des Encres dont l'écri-
ture ne peut être aperçuë qu'en chauffant vive-
ment
994 MERCURE DE FRANCE
ment le papier. Mais toutes ces Encres ne dispa-
roissent plus d'elles- mêmes dès qu'une fois on
les a fait paroître. La principale proprieté de
l'Encre Sympathique du Mémoire dont nous
parlons est de paroître d'un verd bleuâtre , M.
Hellot a trouvé le moyen d'avoir de la même
matiere des Encres Sympathiques bleuë , verte de
differentes teintes , colombine, violette claire, in-
carnate , couleur de rose , jaune de citron. Il ne
s'est rien réservé des procedés par lesquels il y
parvient , afin qu'un bon Dessinateur puisse faire
usage de ces couleurs sympathiques. Nous ne
pouvons le suivre de memoire , d'ailleurs ce que
nous donnons ici n'est qu'un abregé de l'Extrait
qu'il a lû.
M. du Hamel finit la Séance par un Memoire
des Observations qu'il a faites , conjointement
avec M. de Buffon , sur les differens effets que les
fortes gelées d'hyver produisent sur les arbres ,
comparés à ceux que les gelées du Printemps y
produisent. En voici l'Extrait.
La Physique des Végétaux qui conduit à la.
perfection de l'Agriculture , est une de ces Scien-
ces dont le progrès ne s'augmente que par une
multitude d'Observations qui ne peuvent être
Pouvrage ni d'un seul homme, ni d'un temps bor-
né; aussi les Observations ne passent-elles gueres
pour certaines que lorsqu'elles ont été repétées et
combinées en differens lieux , en differentes sai-
6ons et par differentes personnes qui ayent eû les
mêmes idées ; ç'a été dans cette vûë que
M. du Hamel et M. de Buffon se sont réunis
pour travailler de concert à l'éclaircissement
d'un nombre de Phénomenes difficiles à expliquer
dans cette partie de l'Histoire de la Nature , de
la connoissance desquels il peut résulter une in
finité
bier.
MAY.
1737.
995
Anité de choses utiles dans la pratique de l'Agri-
culture.
Des Observations sur l'excentricité des cou-
ches
igneuses , sur l'inégalité de l'épaisseur de
ces couches , sur les circonstances qui font que
l'Aubier se convertit plutôt en bois ou reste plus
long - temps dans son état d'Aubier , &c. ont été
les prémices de cette association , et des Observa-
tions sur les differens effets que produisent sur
les Végétaux les grandes gelées d'hyver et les
petites qui viennent au Printemps , sont une sui-
te de cette même association.
Ces Mrs examinent d'abord les désordres que
les grandes gelées de l'hyver produisent sur les
arbres , et cet examen forme la premiere partie
du Mémoire , dans laquelle entr'autres iis détail
lent avec grande exactitude une maladie des ar-
bres peu connue ,
connue , et qu'ils apellent double Au-
Dans la seconde partie il s'agit des gelées qui
viennent au Printemps , et on y démontre 1º.
que ce n'est pas ordinairement dans les situa
tions ou aux expositions où il fait le plus grand
fraid es où il gele le plus fort , que la gelée fait
le plus de tort aux Vegetaux.
20. Que tout ce qui porte de l'humidité sur
les Plantes, rend la gelée plus dangereuse ; telies.
sont les pluyes , les brouillards , les vapeurs qui
s'échapent de la terre et des fumiers , la transpi-
ration des Plantes , &c. au contraire tout ce qui
desseche l'exterieur des Plantes , quand même
ce seroit en augmentant le froid , empêche que
la gelée n'endommage les Végetaux .
Ils entrent ensuite dans un examen des effets
que le Soleil produit sur les Plantes gelées , et ils
terminent ce Memoire par des refléxions utiles
996 MERCURE DE FRANCE
l'Agriculture , mais comme ce Memoire n'est
qu'un tissu d'Observations et d'Experiences qui
sont intimement liées les unes aux autres er qui
se servent mutuellement de preuves, il n'est gue-
re susceptible d'un Extrait.
Nous donnerons dans le prochain Journal
PExtrait du Mémoire de M. Mayran.
Assemblée publique, à laquelle M. d'Argenson
présida. M. de Fontenelle ouvrit la Séance et an-
nonça les Pieces qui ont remporté les Prix de la
présente année ; il proposa ensuite le sujet du
Prix pour l'année 1739. l'un et l'autre.comme
on le voit dans l'article précedent.
M. Cassini lût après cela les Observations
qu'il a faites de la Comete qui a parû cette année;
il parla en ces termes :
Le 16. Février de l'année 1737. on a aperçâ
à Paris une Comete du côté de l'Occident , au-
dessous de la Planette de Vénus , dont elle étoit
éloignée de 7 à 8. degrés.
On continua de la voir les jours suivans qu'el
le parut avoir un mouvement de l'Occident vers
P'Orient,suivant la suite des Signes d'un peu plus
de deux degrés par jour.
Elle paroissoit à peu près comme une Etoile
fixe de la seconde grandeur , mais moins lumi-
neuse >
Σ
avec une queue de 2 à 3 degrés de lon-
gueur , qui étoit dans une direction oposée au
Soleil.
Cette Comete a été aperçue à la vûë simple
jusqu'au commencement de Mars', et on a con-
tinué à l'observer avec des Lunettes jusqu'au 2.
Avril , qu'on a cessé entierement de la voir ,
lorsquelle étoit au-dessous de l'œil du Taureau
Aldebaran . Elle a cû depuis le 17. Février jusqu'à
cejour un mouvement de 63. degrés en longitu
de et de 7. degrésen latitude vers le Midy.
Suivant les Observations qu'on en a faites ,
elle a décrit un Arc de grand cercle incliné de
1.2.4.
992 MERCURE DE FRANCE
2. degrés à l'Ecliptique qu'elle a coupé dans
le 13e degré des Poissons.
Sa distance à la Terre a été jugée le 16. Fé-
vrier , un peu moins du double de la distance de
la Terre au Soleil.
M. de Mairan lût ensuite un Discours sur la
propagation du son et des tons qui le modifient,
Après quoi M.Hellot û un Extrait de deux Me
moires sur une nouvelle Encre Sympatique , que
la chaleur fait paroître et qui disparoît au froid,
Ce qui a donné occasion à ces deux Memoires
est un Sel qu'un Artiste Allemand fit voir l'an-
née dernicie à quelques personnes de l'Acadé-
mie. Ce Sel , qui étoit couleur de rose , devenoit
Bleu en l'aprochant du feu, puis reprenoit sa pre-
miere couleur en refroidissant. C'est la dissolu
pion de ce Sel dans l'eau qui fait l'Encre Sym-
patique en question . Quant à la matiere qui lui
donne sa teinture , c'est une mine Aisenicale
espece de Cobolt , qui fournit en même- temps
par les essais de l'Arsenic , du Bismuth ou Etain
de glace , et une matiere fixe au feu , qui , mê-
lée par la fonte avec d'autres matieres aisées à
vitrifier , fait cette masse bleue qu'on nomme
Smalt , et qui étant réduite en poudre fort fine
est connue ici sous le nom de bleu d'émail ou
d'azur. Au lieu d'introduire cette matiere fixe
colorante dans la substance d'un verre quelcon-
que , il n'y a qu'à l'enlever par l'eau forte , di-
gerée sur la mine réduite en poudre , elle teint
ce dissolvant en rouge sale ou en feuille morte
foncé , on survuide cette eau forte teinte , dans
une jatte de verre ou de porcelaine , on y meg
autant de Sel de table blanc qu'on a employé de
Mine , et l'on desseche ce mêlange sur le feu en
une masse saline grainée , qui est verte tang
qu'elle
M. A Y.
1737.
993
qu'elle est chaude , et qui devient couleur de rose
en refroidissant. L'eau qu'on verse sur ce Sel
refroidi , le dissout et se teint de la couleur du
Lilas . On écrit avec cette Liqueur sur de bon
papier , on laisse secher l'écriture; rien ne paroît;
mais si on aproche le papier du feu , les caracte-
res invisibles prennent une couleur bleuâtre on
bleue verdâtre .On laisse refroidir le papier à l'air.
l'écriture disparoît de nouveau Si on le chauffe
encore , elle reparoît , et ainsi de suite , alterna
tivement , et pendant très- long-temps sans di-
minution de son effet quand la Mine est bien-
choisie. Tous les Cobolts donnent cette teinture
plus ou moins parfaite , selon la qualité des
matieres héterogones qu'ils contiennent. Le si-
gne principal auquel on en reconnoît la bonne
espece , est cette couleur d'une bonne Bierre
rouge qu'il doit donner à l'eau forte.
Cette Encre Sympathique , qui par les pro-
prietés qu'on vient de décrire , est differente de
toutes les autres Encres Sympathiques connues ,
peut devenir , pour ainst - dire , semblable à cha
cune d'elles , ou pour m'expliquer comme M.
Hellot , elle peut entrer dans chacune des quatre
classes de ces Encres Sympathiques , qu'on trou
ve décrites dans divers Auteurs . La premiere
classe est celle des Encres dont l'écriture ne pa-
roît qu'en passant dessus une nouvelle liqueur
•
ou sa vapeur. La seconde comprend les Encres
Sympathiques , dont les caracteres invisibles se
colorent à l'air. Dans la trosiéme sont les Li-
queurs glutineuses avec lesquelles on peut faire
une écriture qui ne paroît qu'en passant dessus
une poudre terreuse , fine et colorée. Enfin la
quatrième classe est celle des Encres dont l'écri-
ture ne peut être aperçuë qu'en chauffant vive-
ment
994 MERCURE DE FRANCE
ment le papier. Mais toutes ces Encres ne dispa-
roissent plus d'elles- mêmes dès qu'une fois on
les a fait paroître. La principale proprieté de
l'Encre Sympathique du Mémoire dont nous
parlons est de paroître d'un verd bleuâtre , M.
Hellot a trouvé le moyen d'avoir de la même
matiere des Encres Sympathiques bleuë , verte de
differentes teintes , colombine, violette claire, in-
carnate , couleur de rose , jaune de citron. Il ne
s'est rien réservé des procedés par lesquels il y
parvient , afin qu'un bon Dessinateur puisse faire
usage de ces couleurs sympathiques. Nous ne
pouvons le suivre de memoire , d'ailleurs ce que
nous donnons ici n'est qu'un abregé de l'Extrait
qu'il a lû.
M. du Hamel finit la Séance par un Memoire
des Observations qu'il a faites , conjointement
avec M. de Buffon , sur les differens effets que les
fortes gelées d'hyver produisent sur les arbres ,
comparés à ceux que les gelées du Printemps y
produisent. En voici l'Extrait.
La Physique des Végétaux qui conduit à la.
perfection de l'Agriculture , est une de ces Scien-
ces dont le progrès ne s'augmente que par une
multitude d'Observations qui ne peuvent être
Pouvrage ni d'un seul homme, ni d'un temps bor-
né; aussi les Observations ne passent-elles gueres
pour certaines que lorsqu'elles ont été repétées et
combinées en differens lieux , en differentes sai-
6ons et par differentes personnes qui ayent eû les
mêmes idées ; ç'a été dans cette vûë que
M. du Hamel et M. de Buffon se sont réunis
pour travailler de concert à l'éclaircissement
d'un nombre de Phénomenes difficiles à expliquer
dans cette partie de l'Histoire de la Nature , de
la connoissance desquels il peut résulter une in
finité
bier.
MAY.
1737.
995
Anité de choses utiles dans la pratique de l'Agri-
culture.
Des Observations sur l'excentricité des cou-
ches
igneuses , sur l'inégalité de l'épaisseur de
ces couches , sur les circonstances qui font que
l'Aubier se convertit plutôt en bois ou reste plus
long - temps dans son état d'Aubier , &c. ont été
les prémices de cette association , et des Observa-
tions sur les differens effets que produisent sur
les Végétaux les grandes gelées d'hyver et les
petites qui viennent au Printemps , sont une sui-
te de cette même association.
Ces Mrs examinent d'abord les désordres que
les grandes gelées de l'hyver produisent sur les
arbres , et cet examen forme la premiere partie
du Mémoire , dans laquelle entr'autres iis détail
lent avec grande exactitude une maladie des ar-
bres peu connue ,
connue , et qu'ils apellent double Au-
Dans la seconde partie il s'agit des gelées qui
viennent au Printemps , et on y démontre 1º.
que ce n'est pas ordinairement dans les situa
tions ou aux expositions où il fait le plus grand
fraid es où il gele le plus fort , que la gelée fait
le plus de tort aux Vegetaux.
20. Que tout ce qui porte de l'humidité sur
les Plantes, rend la gelée plus dangereuse ; telies.
sont les pluyes , les brouillards , les vapeurs qui
s'échapent de la terre et des fumiers , la transpi-
ration des Plantes , &c. au contraire tout ce qui
desseche l'exterieur des Plantes , quand même
ce seroit en augmentant le froid , empêche que
la gelée n'endommage les Végetaux .
Ils entrent ensuite dans un examen des effets
que le Soleil produit sur les Plantes gelées , et ils
terminent ce Memoire par des refléxions utiles
996 MERCURE DE FRANCE
l'Agriculture , mais comme ce Memoire n'est
qu'un tissu d'Observations et d'Experiences qui
sont intimement liées les unes aux autres er qui
se servent mutuellement de preuves, il n'est gue-
re susceptible d'un Extrait.
Nous donnerons dans le prochain Journal
PExtrait du Mémoire de M. Mayran.
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2905
p. 996
DISCOURS prononcé à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture le 4. May par M. Lépicié, Graveur ordinaire du Roy, après avoir prêté le Serment ordinaire pour la place de Secretaire et Historiographe de cette Académie, vacante par la mort de M. de Saint Gelais.
Début :
SI le zele tenoit lieu de capacité, je recevrois, Messieurs, avec une joye sans égale l'honneur [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture le 4. May par M. Lépicié, Graveur ordinaire du Roy, après avoir prêté le Serment ordinaire pour la place de Secretaire et Historiographe de cette Académie, vacante par la mort de M. de Saint Gelais.
DISCOURS prononcé à l'Académie
Royale de Peinture et de Sculpture
le 4. May par M. Lépicié, Graveur
ordinaire du Roy, après avoir prêté
le Serment ordinaire pour la place de
Secretaire et Historiographe de cette
Académie, vacante par la mort de
M. de Saint Gelais.
SI le zele tenoit lieu de capacité, je recevrois,
Messieurs, avec une joye sans égale l'honneur
que vous me faites aujourd'hui , mais puisque
l'inexperience est la source des fautes , fose attendre
que vous mettrez le comble à vos bontés , en m'ai-
dant de vos lumieres et de vos conseils , mon Pré-
decesseur étoit un homme consommé dans les affai-
ves , illustrépar les differens Emplois dont le Minis-
tere l'avoit honoré , et qui n'avoit pas crû mieux
finir sa carriere , qu'en devenant votre Secretaire
et votre Historiographe. Heureux , Messieurs , sije
puis remplir avec succès la double place que vous
me confiez , et plus heureux encore si mon travail
et mon exactitude peuvent m'acquerir l'unanimité
de votre estime !
Royale de Peinture et de Sculpture
le 4. May par M. Lépicié, Graveur
ordinaire du Roy, après avoir prêté
le Serment ordinaire pour la place de
Secretaire et Historiographe de cette
Académie, vacante par la mort de
M. de Saint Gelais.
SI le zele tenoit lieu de capacité, je recevrois,
Messieurs, avec une joye sans égale l'honneur
que vous me faites aujourd'hui , mais puisque
l'inexperience est la source des fautes , fose attendre
que vous mettrez le comble à vos bontés , en m'ai-
dant de vos lumieres et de vos conseils , mon Pré-
decesseur étoit un homme consommé dans les affai-
ves , illustrépar les differens Emplois dont le Minis-
tere l'avoit honoré , et qui n'avoit pas crû mieux
finir sa carriere , qu'en devenant votre Secretaire
et votre Historiographe. Heureux , Messieurs , sije
puis remplir avec succès la double place que vous
me confiez , et plus heureux encore si mon travail
et mon exactitude peuvent m'acquerir l'unanimité
de votre estime !
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2906
p. 997-998
Estampes Nouvelles.
Début :
PREMIER LIVRE de Vases, inventés par Edme Bouchardon, Sculpteur du Roy, gravés [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampes Nouvelles.
Estampes Nouvelles.
PREMIER LIVRE de Vases, inventés par
Edme Bouchardon, Sculpteur du Roy, gravés
par Huquier , 12. Pieces en hauteur.
SECOND LIVRE de Vases , inventés par
le inême Auteur et gravés par le même Graveur,
12. Pieces en hauteur.
RECUEIL de dessus de porte , inventés par
un des plus habiles Maîtres, gravés par Huquier,
7. Pieces en hauteur et en largeur , compris le
titre. Ce sont diverses Pieces de Gibier mort et
vivant ; Trophées de Musique , de Peinture , & c,
RECUEIL de differentes Charges , dessinées
à Rome par CHARLES VANLOO , Peintre
du Roy , et gravées par le Bas et Ravenet , 120
Pieces en hauteur ; figures d'hommes en pied et
assis , de diverses Nations.
LES CRIS DE PARIS , par Fran. Boucher,
gravés par le Bas et Ravenet , 12. Pieces en bau-
teur ; figures debout , hommes et femmes , sça-
voir , Rémouleur , Racommodeur de soufflets ,
de seaux et de paraplaye. Vendeuse de Noiset-
tes au litron , Vendeur de balais , Charbonnier,
Ramoneur ; Crêmiere ; Vendeur de Gâteaux et
Talmouses ; Chaudronnier ; Vendeuse de Raves;
Vinaigrier ; Laitiere.
Dit
98 MERCURE DE FRANCE
DIFFERENTES PENSE'ES D'CRNEMENS ,
et Arabesques à divers usages ; en deux Parties
de dix Pieces chacune en large , inventées par
Bellay , et gravées par Huquier.
PREMIER LIVRE de differens Morceaux
à l'usage de tous ceux qui s'apliquent aux Beaux
Arts, inventé par G. M. Oppenor , Architecte dde
Roy , et gravé par Huquier , 6. Pieces en hau-
teur.
SIX MORCEAUX en hauteur de la Suite
du Roman Comique , du Dessein de M. Qudry ,
Peintre du Roy , sçavoir, L'arrivée de l'Opéra-
teur dans l'Hôtellerie.
Ragotin dans le coffre.
Sérenade donnée par Ragotin,
Ragotin renversé dans la boue.
L'Olive rétrecit l'habit de Ragotin.
Ventouses données à Ragotin.
Comme on continue toujours à graver ce **
Suite , il y en a à présent 26. Morceaux .
Toutes les Estampes dont on vient de par
se débitent chés Huquier ,
vis- à - vis le grana
Châtelet. On trouvera tous les mois chés lui dif-
ferentes Nouveautés à l'usage des Artistes et de
Curieux. Il est assorti d'un très-grand nombre
de Desseins , qu'il a fait faire par les plus babi-
les Maîtres pour cet usage.
PREMIER LIVRE de Vases, inventés par
Edme Bouchardon, Sculpteur du Roy, gravés
par Huquier , 12. Pieces en hauteur.
SECOND LIVRE de Vases , inventés par
le inême Auteur et gravés par le même Graveur,
12. Pieces en hauteur.
RECUEIL de dessus de porte , inventés par
un des plus habiles Maîtres, gravés par Huquier,
7. Pieces en hauteur et en largeur , compris le
titre. Ce sont diverses Pieces de Gibier mort et
vivant ; Trophées de Musique , de Peinture , & c,
RECUEIL de differentes Charges , dessinées
à Rome par CHARLES VANLOO , Peintre
du Roy , et gravées par le Bas et Ravenet , 120
Pieces en hauteur ; figures d'hommes en pied et
assis , de diverses Nations.
LES CRIS DE PARIS , par Fran. Boucher,
gravés par le Bas et Ravenet , 12. Pieces en bau-
teur ; figures debout , hommes et femmes , sça-
voir , Rémouleur , Racommodeur de soufflets ,
de seaux et de paraplaye. Vendeuse de Noiset-
tes au litron , Vendeur de balais , Charbonnier,
Ramoneur ; Crêmiere ; Vendeur de Gâteaux et
Talmouses ; Chaudronnier ; Vendeuse de Raves;
Vinaigrier ; Laitiere.
Dit
98 MERCURE DE FRANCE
DIFFERENTES PENSE'ES D'CRNEMENS ,
et Arabesques à divers usages ; en deux Parties
de dix Pieces chacune en large , inventées par
Bellay , et gravées par Huquier.
PREMIER LIVRE de differens Morceaux
à l'usage de tous ceux qui s'apliquent aux Beaux
Arts, inventé par G. M. Oppenor , Architecte dde
Roy , et gravé par Huquier , 6. Pieces en hau-
teur.
SIX MORCEAUX en hauteur de la Suite
du Roman Comique , du Dessein de M. Qudry ,
Peintre du Roy , sçavoir, L'arrivée de l'Opéra-
teur dans l'Hôtellerie.
Ragotin dans le coffre.
Sérenade donnée par Ragotin,
Ragotin renversé dans la boue.
L'Olive rétrecit l'habit de Ragotin.
Ventouses données à Ragotin.
Comme on continue toujours à graver ce **
Suite , il y en a à présent 26. Morceaux .
Toutes les Estampes dont on vient de par
se débitent chés Huquier ,
vis- à - vis le grana
Châtelet. On trouvera tous les mois chés lui dif-
ferentes Nouveautés à l'usage des Artistes et de
Curieux. Il est assorti d'un très-grand nombre
de Desseins , qu'il a fait faire par les plus babi-
les Maîtres pour cet usage.
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2907
p. 998-999
« Il paroît une grande Estampe en large, gravée par le sieur Et. Fessard, d'après une admirable [...] »
Début :
Il paroît une grande Estampe en large, gravée par le sieur Et. Fessard, d'après une admirable [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Il paroît une grande Estampe en large, gravée par le sieur Et. Fessard, d'après une admirable [...] »
Il paroît une grande Estampe en large, gravée par le sieur Et. Fessard, d'après une admirable
yéc
par le sieur Et. Fessard, d'après une admi
rable composition de M. de Troy. C'est la Nais-
sance de Venus, traitée d'une maniere aussi riche
qu'ingénieuse et Poëtique Elle se vend chés
PAuteur, Place des Victoires , et ruë S. Jacques,
chés Duchange. On lit ces Vers au bas,
Quelque
MAY.
1737
Quelpouvoir inconnu ranime l'Univers !
Ilporte son flambeau sur la Terre étonnée
999
Tout s'enflâme à la fois , et les Eaux et les Airs !
Un nouveau Dieuparoît ! c'est l'aimable Himenée,
L'Astre disjour ressent de nouvelles ardeurs ;
Le Triton s'abandonne à de douses langueurs ;
Maispourquoi.m'étonner de voir changer leMonde
La tendre Vénus sort du vaste sein de l'Onde.
yéc
par le sieur Et. Fessard, d'après une admi
rable composition de M. de Troy. C'est la Nais-
sance de Venus, traitée d'une maniere aussi riche
qu'ingénieuse et Poëtique Elle se vend chés
PAuteur, Place des Victoires , et ruë S. Jacques,
chés Duchange. On lit ces Vers au bas,
Quelque
MAY.
1737
Quelpouvoir inconnu ranime l'Univers !
Ilporte son flambeau sur la Terre étonnée
999
Tout s'enflâme à la fois , et les Eaux et les Airs !
Un nouveau Dieuparoît ! c'est l'aimable Himenée,
L'Astre disjour ressent de nouvelles ardeurs ;
Le Triton s'abandonne à de douses langueurs ;
Maispourquoi.m'étonner de voir changer leMonde
La tendre Vénus sort du vaste sein de l'Onde.
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2908
p. 999-1000
Estampe représentant un Combat selon le Poëme Macaronique de R. Belleau, &c. [titre d'après la table]
Début :
Voici la 24e Estampe que le sieur Moyreau met au jour d'après Ph. Wauvermans. C'est une [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampe représentant un Combat selon le Poëme Macaronique de R. Belleau, &c. [titre d'après la table]
Voici la 24e Estampe que le sieur Moyreau
met au jour d'après Ph. Wauvermans. C'est une
taille, dont le Tableau original de 29. pouces
large , sur 21. de haut , est dans le Cabinet
M. Crozat. On lit au bas , Guerre des Hugue-
sous Charles IX. en 1562. Elle se vend avec
te la suite du même Maître , ruë Galande,
à -vis S. Blaise , chés l'Auteur.
Estampe que nous annonçons ici , a donné
à une conjecture assés singuliere , que nous
croyons pas qu'on doive absolument rejetter.
es Personnes intelligentes ont crû que Wauvre-
mans , en traitant ce Sujet bizare , avoit eû l'i-
agination échauffée et guidée par la lecture du
acux Poëme Macaronique , fait il y a près de
b. ans par Remy Belleau , et intitulé : De Bello
Huguenotico , et Reïstrorum pigliamine.
En effet la Description du Poëte et les objets
représentés par le Peintre , se ressemblent à bien
des égards; le mélange du sérieux et du burlesque
s'y trouve également répandu, et pour peu qu'on
yeuille s'humaniser àlire des Vers Macaroniques,
on trouvera des ráports assés bien fondés entre
la nouvelle Estampe et P'Ouvrage Latin qui dé-
bute par ces quatre Vers.
H Tempus
1000 MERCURE DE FRANCE
Tempus erat quo Mars rubicundam sanguine
spadam
Ficcarat croco , permutaratque Botilla ...
Ronflabatque super lardum vacuando barillos ;
Gaudebatque suum ad solem distendere ventrem..
Traduits ainsi par un de nos anciens Poëtes
Mars avoit mis au croc son Olinde vermeille ,
Il ne se battoit plus qu'à grands coups de Boud
teille ,
Et son énorme ventre au Soleil étendu ,
Prouvoit assés la graisse et le vin répandu …..&cj
met au jour d'après Ph. Wauvermans. C'est une
taille, dont le Tableau original de 29. pouces
large , sur 21. de haut , est dans le Cabinet
M. Crozat. On lit au bas , Guerre des Hugue-
sous Charles IX. en 1562. Elle se vend avec
te la suite du même Maître , ruë Galande,
à -vis S. Blaise , chés l'Auteur.
Estampe que nous annonçons ici , a donné
à une conjecture assés singuliere , que nous
croyons pas qu'on doive absolument rejetter.
es Personnes intelligentes ont crû que Wauvre-
mans , en traitant ce Sujet bizare , avoit eû l'i-
agination échauffée et guidée par la lecture du
acux Poëme Macaronique , fait il y a près de
b. ans par Remy Belleau , et intitulé : De Bello
Huguenotico , et Reïstrorum pigliamine.
En effet la Description du Poëte et les objets
représentés par le Peintre , se ressemblent à bien
des égards; le mélange du sérieux et du burlesque
s'y trouve également répandu, et pour peu qu'on
yeuille s'humaniser àlire des Vers Macaroniques,
on trouvera des ráports assés bien fondés entre
la nouvelle Estampe et P'Ouvrage Latin qui dé-
bute par ces quatre Vers.
H Tempus
1000 MERCURE DE FRANCE
Tempus erat quo Mars rubicundam sanguine
spadam
Ficcarat croco , permutaratque Botilla ...
Ronflabatque super lardum vacuando barillos ;
Gaudebatque suum ad solem distendere ventrem..
Traduits ainsi par un de nos anciens Poëtes
Mars avoit mis au croc son Olinde vermeille ,
Il ne se battoit plus qu'à grands coups de Boud
teille ,
Et son énorme ventre au Soleil étendu ,
Prouvoit assés la graisse et le vin répandu …..&cj
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2909
p. 1000
« La suite des Portraits des grands Hommes et des Personnes illustres dans les Arts et dans [...] »
Début :
La suite des Portraits des grands Hommes et des Personnes illustres dans les Arts et dans [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La suite des Portraits des grands Hommes et des Personnes illustres dans les Arts et dans [...] »
La suite des Portraits des grands Hommes
et des Personnes illustres dans les Arts et dans
les Sciences , se continue avec succès , ches.
Odieuvre , Matchand d'Estampes , sur le Quay
de l'Ecole.
Il vient de faire paroître , et tou
jours de la même grandeur :
HENRIETTE- ANNE D'ANGLETERRE,
Duchesse d'Orleans , née à Excester le 16. Juin
1644. morte à S. Cloud le 39. Juin 1670. dessi
née et gravée par Cl. Mellan.
NINON DE LENCLOS , de Paris ,
morte le 17. Octobre 1705. âgée de 90. ans
peinte par Ferdinand,et gravée par G.F. Schmidt$
GEORGES MARESCHAL , Conseiller ,
Premier Chirurgien du Roy , Chevalier de l'Or-
dre de S. Michel , né à Calais en 1658. mort en
son Château de Bievre le 13. Décembre 173.6.
peint par Fontaine , et gravé par Daullé.
Ces Portraits ont toujours un grand débit , et
ces trois derniers sont gravés avec beaucoup de
soin.
et des Personnes illustres dans les Arts et dans
les Sciences , se continue avec succès , ches.
Odieuvre , Matchand d'Estampes , sur le Quay
de l'Ecole.
Il vient de faire paroître , et tou
jours de la même grandeur :
HENRIETTE- ANNE D'ANGLETERRE,
Duchesse d'Orleans , née à Excester le 16. Juin
1644. morte à S. Cloud le 39. Juin 1670. dessi
née et gravée par Cl. Mellan.
NINON DE LENCLOS , de Paris ,
morte le 17. Octobre 1705. âgée de 90. ans
peinte par Ferdinand,et gravée par G.F. Schmidt$
GEORGES MARESCHAL , Conseiller ,
Premier Chirurgien du Roy , Chevalier de l'Or-
dre de S. Michel , né à Calais en 1658. mort en
son Château de Bievre le 13. Décembre 173.6.
peint par Fontaine , et gravé par Daullé.
Ces Portraits ont toujours un grand débit , et
ces trois derniers sont gravés avec beaucoup de
soin.
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2910
p. 1001-1018
L'Ecole des Amis, &c. [titre d'après la table]
Début :
LA Comédie qui a pour titre l'Ecole des Amis, et qu'on croit être de M. de la Chaussée, [...]
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texteReconnaissance textuelle : L'Ecole des Amis, &c. [titre d'après la table]
LA Comédie qui a pour titre l'Ecole des
Amis, et qu'on croit être de M. de la Chaussée,
des Quarante de l'Académie Françoise,
ayant été interrompuë à la dixiéme Représenta
tion , par l'indisposition d'un Acteur , fut re-
prise vers la fin du Carême avec autant d'aplau-
dissemens qu'elle en avoit eu dans sa naissance.
Nous allons satisfaire la juste impatience de nos
Lecteurs , par l'Extrait qu'ils attendent de nous.
Il ne faut pas chercher dans cette Piece , ce
tissu de plaisanteries qui divertit sans instruire.
C'est un genre nouveau , mais il n'en est pas
moins utile , pour faire un peu moins rire que
bien d'autres , d'où l'on ne raporte quelquefois
Hij
que
100% MERCURE DE FRANCE
que la honte d'y avoir ri. A Dieu ne plaise que
nous prétendions borner la Comédie à instruire
seulement ; il faut instruire agréablement autant
que le comporte le Sujet qu'on traite.
Celui dont nous parlons présentement n'est
pas susceptible de ces ris immoderés qui sont à
la portée du plus grand nombre des Spectateurs;
le genre aproche de l'héroïque ; les interlocu
teurs de la Piece , sont des Gens de Cour ou des
Officiers ; l'Auteur même a affecté de n'y point
mettre de Valets , sur qui , dans la plupart des
Comédies , roule toute l'intrigue ; il a pris soin
a
de n'y inserer qu'une Soubrette , qui n'a pas ,
beaucoup près, le feu d'imagination que ces sor-
tes de caracteres demandent. En effet Clorine
Suivante d'Hortense, qui est l'Héroïne de la Pie-
Acte etdans
ce?ne fait riendans tout le premier
;
une partie du second , qui sente l'intriguante
;
nous n'en parlons
que d'après les Connoisseurs
dont
que l'artifice
rien n'est plus mal imaginé
entre
une entrevûë
elle se sert pour occasionner
aimeavec
. CeMonrose
Monrose
et sa Maîtresse
dontil
, qu'il évite Hortense
tant de délicatesse
est aimé, quoi qu'il doute de l'être ;voici com
,
enparlant à Clorine
ment il s'exprime
Quandj'étois unpeu plus digne d'elle ,
Je l'ai vue insensible à l'ardeur la plus belle ;
Que seroit-ce à présent que je puis n'être rien ?
Comme il persiste dans le dessein de ne point
voir sa Maîtresse , voici de quel stratagême s'a-
vise Clorine; elle parle ainsi dans un Monologue
Fort bien. Il va se perdre en fuyant ma Maîtressen
Jeveux les raprocher tous deux avec adresse.
Ella
MAY.
ginative le voici.
1737.
Ilfaut lui procurer en secret ce bienfait ,
1003
Elle rêve un moment ; que produira son imaż
Eh! le Portrait d'Hortense estpropre à cet effet.
Et luifaire trouver par quelque stratagême
Cette heureuse ressource en dépit de lui- même.
Je veux que ce Portrait serve à vous réunir ;
Oui , Monsieur , je sçaurai vous forcer à venir
Le remettre vous-même entre les mains d'Hortense
Alors ils se verront ; l'Amour d'intelligence ,
Les menera plus loin qu'ils ne veulent tous deux.
Pour bien juger d'un stratagême , il faut d'a-
bord examiner si le piege est tendu d'une ma-
niere à pouvoir réussir ; c'est ce qu'on n'a pas
trouvé dans celui- ci. Clorine dans l'Acte suivant
dit au fond du Théatre :
Le Portrait est en vûë ,
Monrose va rentrer ; attendons -en l'issuë.
Mais quelle en doit être vrai-semblablement
l'issuë ? Ĉlorine est-elle sûre que Monrose rena
trera le premier ? Non , puisque c'est Aramont
qui ramasse le Portrait ; mais quand ce seroit
Monrose , qui répondra à cette trop crédule in-
triguante,qu'il voudra bien le rendre à Hortense ?
N'y a-t'il pas plus d'aparence que prêt à quitter
l'original , il sera ravi d'emporter au moins la
copie ? L'Auteur semble avoir prévû cette criti-
que et y avoir répondu d'avance en faisant dire
à Monrose , parlant à Clorine du Portrait en
question , qu'on avoit fait peindre exprès pour
Jui et qu'on n'a pû lui faire tenir.
H iij
Si
T004 MERCURE DE FRANCE
Si j'avois son Portrait , ilfaudroit le lui rendre
Ilfaudroit la revoir encore et me plonger ..
*
C'est , sans doute , sur ces deux Vers que Clo-
rine a fondé le succès de son stratagême ; mais
cela n sert qu'à faire mieux connoître la force
de l'objection , puisque l'Auteur la sentie tout le
;
premier cependant ce qu'il y a de plus vrai-sem-
blable, c'est que Monrose auroit emporté le Por-
trait , ou que , suposé qu'il eût porté le scrupule
jusqu'à n'oser retenir une chose qui lui avoit
été destinée , il auroit pû exempter sa probité de
tout reproche , en remettant le Portrait d'Hor-
tense entre les mans de sa Confidente.
Nous nous sommes peut-être un peu trop
arrêtés à ces minuties ; mais nous allons dédom
mager l'Auteur de cette legere Critique , par les
beautés de détail dont ce premier Acte est rem-
pli , beautés d'autant plus précieuses qu'elles sont
tirées du fond de la Piece , puisqu'elles regar-
dent le choix des Amis.
Clorine nous a déja exposé le caractere des
Amis de Monrose dès la seconde Scene.
Ses Amis auront beau le servir de leur mieux ;
L'un d'eux n'est qu'un bon homme, ardent, officieux
Qui tracasse et qui veut toujours être de fête ;
L'autre n'a que du faste et du vent dans la tête.
Clorine ne parle pas d'un troisiéme qui mérite
beaucoup mieux le nom respectable d'Ami , c'est
Ariste ; nous en parlerons après avoir montré le
ridicule des deux premiers.
Quoi qu'Aramont soit donné dans la Piece
comme un Ami d'une espece équivoque , on peut
dire
MAY.
1737.
1005
dire de lui qu'il peche plutôt par l'esprit que par
le cœur. Voici comme il parle des Amis qui vous
abandonnent,dès que la fortune vous est contraire.
Cette espece d'Amis n'est pas la moins commune į
Habiles à prévoir de loin une infortune ,
Ils ne paroissent plus dans les temps orageux ;
Le calme revient- il ? on peut compter sur eux ;"
Il ramene avec lui leur troupe mercenaire ;
Dans le Monde en un mot , c'est l'usage ordinaire,
Quifut et qui sera toujours comme aujourd'hui ;
On n'aime à partager que le bonheur d'autrui
:
Il s'en faut bien que Dornane ait le cœur aussi
bon qu'Aramont. On peut même avancer har-
diment que c'est un très- mal-honnête homme ;
voici quels sont ses sentimens sur l'amitié , c'est
lui-même qui parle à Aramont , au sujet d'Aris-
te,dont l'amitié lui paroît douteuse , parce qu'elle
ne paroît pas avec assés d'éclat pour être véri-
table.
Quand on est tel,croi moi,l'on s'annonce autrement.
En effet , l'amitié donne un air moins austere ;
Un véritable Ami n'a d'autre caractere ,
Que celui qui nous plait ; il se regle sur nous ;
Hadopte nos mœurs , il se fait à nos goûts ;
Il se métamorphose au gré de nos caprices ;
Ilprend nos passions , nos vertus et ños vices ,
C'est un Cameleon qui reçoit tour- a- tour ...
Ariste , qui écoute sans se montrer , ne peut
Jui laisser achever une peinture si injurieuse à a
Hij
véritable
1006 MERCURE DE FRANCE
véritable amitié , et lui répond en l'interrompany
brusquement :
Ce Portrait-la, Monsieur, est celui de l'Amour,
II continue ainsi :
Les Amis de Monrose étoient sur le tapis
Vous paroissez avoir épuisé la matiere ,
Et Monrose vous doit sa confiance entiere ;
Qui par provision , vous nous excluez tous
Il ne doit plus compter sur d'autres que sur vous ♬
Vous suffirezà tout , du moins je le souhaite ;
L'amitié qui se vante est souvent indiscrète ;
Cependant , trouvez bon qu'au rang de ses Amis
Quelqu'autre puisse encore avec vous être mis ;
L'Amitié n'admet point de basses jalousies ;
C'est à l'Amour qu'il faut laisser ces frenesies.
L'arrivée de Monrose empêche que cette pe
tite altercation ne soit poussée plus loin ; Mon
rose aprend à Aramont et à Dornane , que ses
affaires sont sur un bon pied à la Cour , et que
tout le monde lui en fait compliment. Ariste le
blâme de prêter l'oreille à des bruits qui ont si
peu de fondement ; Dornane prend un parti
tout oposé , et dit à Monrose , en parlant des
prétendus faux Bruits :
Les empêcher ! je dis que c'est un coup d'Etat ;-
On n'y sçauroit donner trop de cours et d'éclat
Sur la foi de ce bruit heureux et profitable ,
Chacun trouve que rien n'étoit plus équitable
Tout le monde aplaudit ; je vous laisse à penser
MAY.
1737.
Si la Cour qui le voit poura se dispenser
Et qu'enfin elle cede à la nécessité.
1007
D'un Acte d'équité que l'on trouve à sa place ;
Il ne dépend plus d'elle , ilfaut qu'elle le fasse,
Ariste ne pouvant soûtenir un conseil si dan
gereux, et craignant d'éclater , prie Monrose de
vouloir bien l'attendre chés lui , afin qu'il puisse
l'entretenir sans témoins ; Monrose y consent ;
Ariste se retire ; Dornane et Aramont en font
bien-tôt autant , et Monrose finit le premir Ac-
te par ces deux Vers :
Hortense est-il possible ? ... ab !' qu'il me seroit doux
D'avoir à vous offrir un rang digne de vous !
Ariste et Monrose commencent le second Acte,
Monrose fait connoître par un à parte que c'est
à
regret qu'il va écouter ce qu'Ariste peut avoir
à lui dire ; Ariste lui fait une leçon dans laquelle
brille le caractere d'un véritable Ami ; la voici ::
Vous entrez dans le Monde , et vous allezp aroître
Sur ce fameux Théatre , où j'ignore comment
Fai pû me soutenir jusques à ce moment.
Vous n'êtes pas encore instruit de ses mysteres.
Jusqu'ici vos emplois , vos devoirs militaires ,
Vous en ont écarté. La Cour est en tout temps:
Une Terre inconnuë à tous ses Habitans.
Après un long séjour , après un long usage »
On s'y retrouve encore à son aprentissage ;
On y vit entouré d'un Peuple de Rivaux,
'
On y marche toujours sur des pieges nouveaux: -
Ну Q
1cc8 MERCURE DE FRANCE
Cu d'Amis dangereux . Heureux qui les devine !
On n'y peut s'élever que sur quelque ruine ;
On n'y peut profiter que des fautes d'autrui.
Tel, au gré de ses vœux, s'y maintient aujourd'hui,
Qui demain ne poura faire tête à l'orage ,
Et l'onfinit souvent par y faire nauffrage.
Mais d'après ce Portrait qu'on ne peut qu'ébaucher ›
N'avez- vous en secret rien à vous reprocher ?
Monrose , que ses imprudens Amis ont plongé
dans une funeste sécurité , brave tous les périls
qu'Ariste veut lui faire entrevor , et croit qu'on
ne sçauroit , sans injustice , lui refuser l'Emplo
te , en vrai et fidele Ami , lui répond ainsi :
être
2
que son oncle a laissé vacant par sa mort ; Aris--
Vous vousfaites un droit qui pouroit ne pas
Vos Ayeux ont chacun obtenu dans leur temps
Le prix que·méritoient leurs services constans
Ce sont leurs actions , plutôt que leurs Ancêtres
Quiles ontfait combler desfaveurs de leursMaîtresă,
Et monter aux honneurs que vous sollicitez ;
Les bienfaits sont à ceux qui les ont mérités,
Les graces ne sont point des biens hereditaires 3 €
Nous n'en sommesjamais que les dépositaires ; :
"Inais par la même voye on peut les obtenir.
Vos Peres ont laissé leur nom à soutenir ,
Leur vertu, leur exemple et leur carriere à suivre
Voilà cequ'après eux ilfaut faire revivre ,
Elt dontwous vous devez mettre en possession ;-
That ldcreste- n'est pas de leur succession.
Dess
MAY.
1737.
Des maximes si sages produisent dans le cœur
de Monrose le fruit qu'Ariste s'en est promis; ik
lui rend une Lettre que Dornane lui avoit con-
seillé d'écrire au Ministre , et qui est heureuse .
men passée en de plus fidelle malas , attenda
qu'elle l'auroit perdu si elle fût parvenue à la
Cour,par la présomption dont elle etoit remplie.
Après ces citations , qui font un honneur in-
fini à l'Auteur, nos Lecteurs doivent trouver bon
que nous n'en grossissions pas davantage cet Ex-
trait , et que nous nous attachions un quement
à l'action Théatrale , qui a beaucoup de mérite,
tant par sa simplicité que par l'ordre qui y regne.
Monrose ouvre les yeux ; il reconnoit Ariste
pour un véritable Ami , et se résoud à se livrer
tout entier à ses fideles conseils , Ariste ne s'ou
vre point à lui sur les soins qu'il prend secrete-
ment pour sa fortune , de peur qu'il n'ait la foi-
blesse d'en faire part à Aramont et sur tout à
Dornane.
Le premier soin qui occupe Ariste , c'est de
tacher de pénetrer dans le cœur d'Hortense .
pour agir en conséquence ; Hortense plus dé-
iante qu'il n'avoit présumé, ne lui déclar point
e penchant qu'elle a pour Mo rose , mais il ne
laisse pas d'en entrevoir assés pour s'aff rmir
dans le dessein qu'il a formé de l´s unir ensem-
ble , il le fait connoître par ce Vers :
Ah ! je ne m'étois pas trompé dans mon at'ente.
Nous avons déja parlé du stratagême de C
rine ; comme il ne meritoit pas de réussir , nous
n'en dirons rien de plus ; ce qui nous reste à dire
est beaucoup plus important.
Monrose vient aprendre à Aramont et à Dor
nane, qu'il n'a plus rien à prétendre du côté de
a Cour et qu'un autre que lui vient d'être pour
H vj !
1
JOTO MERCURE DE FRANCE
vû du Gouvernement de feu son Oncle. Dor-
nane ne peut croire une injustice si criante.
Monrose veut vendre son Régiment pour payer
ses dettes ; Dornane s'y opose , parce qu'il croit
qu'il n'est rien de plus ourgeois que de satifaire
ses Créanciers ; L le quitte pour un moment, et
revient pour lui demander la préference, en cas
qu'il soit réduit à vendre son Régiment ; Mon◄
rose a le cœur assés bon pour la lui promettre ,
quoiqu'Aramot lui dise que ce préten u Ache-
teur n'a point d'argent. Le reste de ce second Acts
n'a rien d'assés interessant pour nous arrêter ; il
fini par un germe d'action que nous verrons
éclore dans le troisiéme ; c'est un projet d'Ara-
mont , dont nous avons déja remarqué qu'il
peche plutôt par l'esprit que par le cœur ; il ima-
gine de rendre Hortense jalouse , pour réveiller
Pamour qu'elle avoit pour Monrose ; voici par
ou Aramont fait connoître son projet aux Spec-
tateurs e finit le second Acte :
Nous n'avons plus qu'Hortense en cette extrémité,
Allons hater le coup que j'ai prémédité ;
Portons au cœur d'Hortense une atteinte fatale ;
Faisons lui redouter une heureuse Rivale ;
Et , puisqu'il faut contre elle employer ce détour ,
Armons la Jalousie en faveur de l'Amour、
Le troisieme Acte a parû le plus beau et le
plus interessant de la Piece ; Ariste fait connoî-
tre par un court Monologue les raisons qui
Pobligent à cacher à Monrose les démarches se-
crettes qu'il fait pour lui à la Cour. Monrose
vient ; Ariste n'oublie rien pour le detourner du
dessein qu'il a formé de vendre son Régiment. Il
lui dit entre autres choses :
Empêchex
MAY.
1737
Empechez cependant qu'on n'aille débiter
IOLE
Ala Cour et partout que vous voulez quitter
Um bruit si ridicule a l'air d'une menace .
Ou du moins d'un dépit qui n'est pas à saplace!
Il ajoûte en parlant des faux amis , à qui on se
livre trop facilement.
Ne croyez pas , Monsieur , queje taxe personne
Dans ces reflexions que je vous abandonne..
Quand j'y pense, entre nous , je vois présentemene
Que l'amitié se donne et se prend aisément.
Elle est , comme l'Amour , hazardeuse et legere
Une conformité frivole et passagere",
D'âge , d'état , d'humeur et sur tout deplaisir,,
Sans. nul autre examen suffit pour nous saisir
;
Nous nous associons , comme onfait en voyage
Sans sçavoir avec qui le hazard nous engage ,
Et l'on devient Ami comme on devient Amant ;
Pourfaire une Maîtresse il nefaut qu'un moment .
Mais l'amitié, du moins comme je l'envisage
De part et d'autre , exige un long aprentissage,
Et vous devez sçavoir à vos propres dépens ,
Qu'un Ami véritable est l'ouvrage du temps .
Revenons à l'Action. Ariste quitte Monrose ,
pour aller à la Cour , où il lui promet de ne le
pas oublier. Monrose se retire un moment après;
Clorine , qui lui faccede , ne dit que deux Vers;
Hortense vient avec un Billet à la main , elle
Pa ouvert par méprise, croyant qu'il s'adressoit
à elle , cependant comme c'est pour Monrose
qu'il
To12 MERCURE DE FRANCE
qu'il est écrit , elle veut le lui remettre , quoi
qu'il soit de la main d'une Rivale qui lui fait des -
offres capables de le tenter . Elle ordonne à Clo-
rie d'aller chercher Aramont, qu'elle veut char-
ger
du soin de rendre ce Billet à son Ami.
Hortense , en attendant le retour de Clorine ,
refléchit sur sa situation ; elle sent toute la dou
leur d'avoir une Rivale ; mais elle s'en console
un peu , par la flateuse penseé de l'avoir pré-
venue en generosité , et par là l'Auteur nous fair
pressentir ce que nous verrons dans la suite;nous
n'avons garde de blâmer ces petites précautions
mais quelquefois pour trop instruire elles ôtent
le plaisir de la surprise , qui est ce qu'il y a de
plus picquant dans les Pieces de Théatre.
Clorine revient toute éperduë ; elle annonce à
sa Maîtresse qu'on vient de lever le scellé chés
le feu Oncle de Monrose et qu'on n'y a rien →
trouvé ; cette nouvelle l'afflige plus pour M
rose que pour elle- même , quoique tout s
bien eût été mis en dépôt chès cet Oncle. El
se réjouit en secret de ce que le plus nécessai
lui est resté ; ce sont ses Pierreries , dont
aprendra bientôt la destination.
Aramont vient , Hörtense renvoye Clorir
elle fait promettre à Aramont avec serment q
exécutera ce qu'elle va exiger de lui ; Aramo
s'y engage, Dans le temps qu'elle va lui dire a
quoi il s'agit , Clorine , fondant en larmes , vient
lui annoncer qu'elle ne trouve pas ses Pierreries,
et qu'elle ne doute nullement qu'elles n'ayent
été volées. Hortense reçoit ce nouveau coup du
sort avec tant d'indifference , que Clorine com
mence à soupçonner , ou plutôt qu'elle devine
quoiqu'assés gratuitement, la vé ité du fait Com
me elle veut expliquer ses soupçons , sa Maîtresse
la
Μ᾿ ΑΥ.
1737.
101f
la chasse ; et se trouvant seule avec Aramont ,
elle poursuit la conversation interromptë ; elle
lui aprend que ses Pierreries ne sont pas perdues
et qu'elle les a envoyés chés lui afin qu'elles
servent à payer les Créanciers de Monrose , Ara--
mont , après quelque résistance , se rend enfin.
Cette Sc ne est interrompue par l'arrivée de
Monrose, qui voit Hortense pour la premiere fois-
et qui voudroit bien ne l'avoir point rencontrée;
Hortense après lui avoir demandé l'état de ses
affaires, lui dit qu'il n'est pas abandonné de tout
le monde , et lui remet entre les mains la Let- ·
tre d'une Rivale prétendue. Monrose est bien sur-
pris à la lecture de cette Lettre , qu'il croit être
de la ma n d'Hortense ; on lui offre tous les se-
cours qu'il peut esperer , pourvu qu'il renonce à à
tout autre amour ; il communique la Lettre à
Aramont , qui est bien plus étouné à son tour de
voir que c'est la même qu'il s'est avisé d'écri◄-
re pour picquer Hortense par la jalousie ; Mon-
rose se détermine à répondre à l'inconnue , sans
sçavoir à qui il doit s'adresser ; Aramont lui dit
que ce n'est pas la peine , et lui avoué que c'est
i-même qui a écrit ce Billet pour rendre Hor-
inse jalouse. Cet Acte finit par une generosité
ue fait Monrose ; comme il a apris qu'on n'a
ien trouvé sous le scellé de son Oncle , et qu'il
s'accuse par-là 'avoirpart au malheur d'Horten-
se , il met une Procuration entre les mains d'A~~
ramont et le charge de vendre une Terre qui
lui reste, à quelque prix que ce soit , et de don
ner à Hortense tout l'argent qu'il en poura re-
tirer. Aramont n'y veut pas consentir; mais Mon- -
rose refuse de reprendre sa Procuration , et le
quitte après lui avoir dit un éternel adieu. Nous
abregerons les deux derniers Actes qui nous res
tent ,
1614 MERCURE DE FRANCE
sent, pour ne point passer les bornes ordinaires.
Le quatrième Acte ne cede guere au troisiéme
en beautés de fond et de détail , nous ne pou
vons nous attacher qu'aux beautés de fond,par la
Faison que nous venons de dire ; voici quel est
Fordre des Scenes. La premiere qui est entre
Aramont et Clorine , ne sert proprement qu'à
faire entendre ce qui s'est passé dans l'Entre-Ac
te. Aramont veut empêcher Clorine de faire de
nouvelles tentatives , pour suivre Hortense au
Convent , où elle a résolu d'aller s'ensevelir ;
comme il n'a aucun interêt dans son sort , l'Au-
teur n'a pu faire entre eux qu'une Scene un peu
froide , quoique bien écrite. Clorine qui a déja
soupçonné Aramont d'avoir reçu les Pierreries de
sa Maîtresse , pour en faire l'usage qu'elle lui a
prescrit , fait connoître en le quittant qu'elle va
lui faire une tracasserie avec Monrose.
Hortense demande à Aramont s'il lui.a' tenu
parole au sujet du dépôt qu'elle a mis entre ses
mains ; Aramont lui dit qu'il doit bien s'en gar
der depuis qu'il a apris qu'elle est ruinée ; Hor-
tense lui reproche son manque de foi , mais inu
lement ; ne pouvant rien gagner sur lui , elle
le quitte sans vouloir reprendre ses Pierreries.
Monrose instruit par Clorine , vient demander
à Aramont s'il est vrai qu'il ait accepté les Pier--
reries en question, pour en faire l'usage qu'Hore
tense exige de lui Aramont garde un silence que
Monrose prend pour un aveu du prétendu cri-
me dont on P'accuse.
Un Valet aporte un paquet à Monrose ; il est
tout étonné d'y trouver tous ses Billets acquités;
le premier soupçon qui le frape , c'est qu'ils ont
été payés par la vente des Pierreries d'Hortense ;
Aramont s'en justifie en l'assurant qu'elles sont:
encore
MAY.
1737.
TOTS
encore chés lui ; Monrose ne sçait à qui attri
buer cet acte de generosité ; ce qui l'occupe le
plus c'est un aveu que lui fait Aramont de tous
fes services qu'il a prétendu lui rendre , comme
d'avoir apris à Hortense qu'elle est ruinée, quoi-
qu'il fut convenu avec Monrose de le lui laisser
ignorer ; il lui avoie même qu'il a dit à Hor-
tense qu'elle ne devoit plus compter sur son
cœur ; ce dernier coup accable Monrose.
Dornane vient lui en porter un encore plus
sensible ; il lui aprend qu'Ariste l'a trahi, et qu'il
l'a suplanté en se faisant donner le Gouverne-
ment de feu son Oncle. Monrose a de la peine
à le croire , mais enfin ne pouvant plus en dou-
ter , il l'excuse par ces Vers.
J'étois exclus ; je n'y pouvois prétendre ,
C'étoient des biens vacāns , des graces à répandre 3
Ariste en étoit digne ; il en est revétu
;
Et la Cour a du moins décoré la vertu.
Dornane après avoir imprudemment conseillé
* Monrose de tirer raison de la prétenduë perfi-
die d'Ariste , part pour la Cour ; Monrose prie
plus que jamais Aramont de vendre la Terre pour
laquelle il lui a donné sa Procuration ; Ara-
mont n'en veut rien faire. Clorine vient avertir
Monrose qu'Hortense va partir pour le Convent;
Monrose court chés elle pour l'en détourner.
Cette seconde Scene entre Aramont et Clorine
n'est guère plus nécessaire que l'a été la précé-
dente dans ce même Acte.
Le quatriéme Acte finit par une Scene très-
touchante entre Monrose et Hortense ; cetre
Amante affligée y fait paroître des sentimens
sout à-fait héroïques, auxquels Monrose répond
d'une
1016 MERCURE DE FRANCE
d'une maniere à faire voir que ces deux Amans"
sont dignes l'un de l'autre. Nous allons être en
core plus succints dans le dernier Acte.
Monrose et Aramont ouvrent la Scene ; ce-
dernier , pour empêcher son Ami de partir , lui
aprend que l'honneur de l'un et de l'autre exi-
gent qu'il rest ; ii le prouve par une Lettre qu'il
vient de recevoir de Dornane , elle est con
çûë en ces termes :
Je t'écris à la bâte ; Ariste , non content
Des biens de notre Ami , lui ravit sa Maîtresse
Il l'a fait demander le fait est irès constant.
Tu lui diras , en cas que cela l'interesse.
A propos; on le croit riche , et jc ie l'aprends';
Entre nous , tu lui vaux cette galanterie ;
On l'accuse d'avoir détourné ... tu m'entends
Fais cesser au plutôt cette plaisanterie.
Cette derniere calomnie met le comble au dé-
sespoir de Monrose ; il en est d'autant plus acca
Blé , que les aparences sont co tre lui , et qu'il·
ne donte point que Clorine ne dise par tout que
sa Maîtresse lui a remis ses Pierreries pour en
dispo er à son gré , il veut plus que jamais par--
tir d'un lieu où sa gloire est si indignement
soupçonnée.
Un Garde vient l'arrêter sans pouvoir lui dire
pourquoi. Tout indigné qu'il est de se voir trai-
ter en Criminel , il ne laisse pas d'être prêt à se
soumettre aux ordres de la Cour ; mais le Garde
lui dit qu'il lui est seulement consigné. Aramont
prie le Garde de passer dans un des Apartemens
de la maison. Pendant l'accablement où se trouve
Monrose, Hortense vient le consoler , elle n'ou
blig
MAY.
1737.
1017
Blie rien pour l'arracher aux résolutions les plus
funestes ; sensible à ces marques d'amour, Mon
rose se jette à ses pieds, prêt à faire tout ce qu'elle
lui ordonnera ; cette Scene est des plus tendres.
Aramont qui s'étoit retiré pour les laisser parler
avec plus de liberté , revient pour leur aprendre
qu'Ariste aproche. Hortense qui a apris de Mon-
rose qu'il aspire à son hymen , se prépare à lei
faire une étrange accueil ; elle lui parle dabord:
avec beaucoup de vivacité , de colere et d'indi-
gnation ; mais elle est agréablemen: surprise aus-
si bien que Monrose et Aramont , d'aprendre
que ce prétendu persécuteur est le plus genereux
bienfaicteur qui fût jamais. Ariste leur rend
compte de toute sa conduite , dont il ne leur a
fait un secret que par un effet de prudence : il dit
à Hortense que l'Oncle de Monrose avoit dé-
posé tous ses biens chés un Notaire ; il aprend
à Monrose qu'il a brigué le Gouvernement que
son Oncle avoit laissé vacant par sa mort , de
peur que quelqu'autre ne s'en fîc pourvo r ; qu'il
a obtenu la grace toute entiere de la Cour,et que
le Prince consent qu'il s'en démette en sa faveur,
il ajoûte qu'il n'a fait défendre à Hortense d en
trer dans un Convent que pour la lui faire pos
seder. La Piece finit par ces quatre Vers que
Monrose charmé adresse dabord à sa chere Hor-
tense , et après au génereux Ariste.
Ah ! Madame , souffrez que mon cœur se partage,
Monsieur , je ne puis rien vous offrir davantage.
O Fortune , je sens et j'éprouve à présent
Qu'un Ami véritable est ton plus grand présent.
Quoiqu'on soit encore partagé sur ce nouveaus
genic de Comédie, les Connoisseurs les plus sen-
sés.
for8 MERCURE DE FRANCE
sés conviennent qu'il seroit à souhaiter qu'il eût
des imitateurs , les jeunes gens qui font le plus
grand nombre des Spectateurs et qui préférent
Pagréable à l'utile, y perdroient, mais les mœurs
y gagneroient infiniment.
Cette Piece est très- bien imprimée in 12. chés
le Breton , Quay des Augustins , et mérite le
grand débit qu'elle a.
Amis, et qu'on croit être de M. de la Chaussée,
des Quarante de l'Académie Françoise,
ayant été interrompuë à la dixiéme Représenta
tion , par l'indisposition d'un Acteur , fut re-
prise vers la fin du Carême avec autant d'aplau-
dissemens qu'elle en avoit eu dans sa naissance.
Nous allons satisfaire la juste impatience de nos
Lecteurs , par l'Extrait qu'ils attendent de nous.
Il ne faut pas chercher dans cette Piece , ce
tissu de plaisanteries qui divertit sans instruire.
C'est un genre nouveau , mais il n'en est pas
moins utile , pour faire un peu moins rire que
bien d'autres , d'où l'on ne raporte quelquefois
Hij
que
100% MERCURE DE FRANCE
que la honte d'y avoir ri. A Dieu ne plaise que
nous prétendions borner la Comédie à instruire
seulement ; il faut instruire agréablement autant
que le comporte le Sujet qu'on traite.
Celui dont nous parlons présentement n'est
pas susceptible de ces ris immoderés qui sont à
la portée du plus grand nombre des Spectateurs;
le genre aproche de l'héroïque ; les interlocu
teurs de la Piece , sont des Gens de Cour ou des
Officiers ; l'Auteur même a affecté de n'y point
mettre de Valets , sur qui , dans la plupart des
Comédies , roule toute l'intrigue ; il a pris soin
a
de n'y inserer qu'une Soubrette , qui n'a pas ,
beaucoup près, le feu d'imagination que ces sor-
tes de caracteres demandent. En effet Clorine
Suivante d'Hortense, qui est l'Héroïne de la Pie-
Acte etdans
ce?ne fait riendans tout le premier
;
une partie du second , qui sente l'intriguante
;
nous n'en parlons
que d'après les Connoisseurs
dont
que l'artifice
rien n'est plus mal imaginé
entre
une entrevûë
elle se sert pour occasionner
aimeavec
. CeMonrose
Monrose
et sa Maîtresse
dontil
, qu'il évite Hortense
tant de délicatesse
est aimé, quoi qu'il doute de l'être ;voici com
,
enparlant à Clorine
ment il s'exprime
Quandj'étois unpeu plus digne d'elle ,
Je l'ai vue insensible à l'ardeur la plus belle ;
Que seroit-ce à présent que je puis n'être rien ?
Comme il persiste dans le dessein de ne point
voir sa Maîtresse , voici de quel stratagême s'a-
vise Clorine; elle parle ainsi dans un Monologue
Fort bien. Il va se perdre en fuyant ma Maîtressen
Jeveux les raprocher tous deux avec adresse.
Ella
MAY.
ginative le voici.
1737.
Ilfaut lui procurer en secret ce bienfait ,
1003
Elle rêve un moment ; que produira son imaż
Eh! le Portrait d'Hortense estpropre à cet effet.
Et luifaire trouver par quelque stratagême
Cette heureuse ressource en dépit de lui- même.
Je veux que ce Portrait serve à vous réunir ;
Oui , Monsieur , je sçaurai vous forcer à venir
Le remettre vous-même entre les mains d'Hortense
Alors ils se verront ; l'Amour d'intelligence ,
Les menera plus loin qu'ils ne veulent tous deux.
Pour bien juger d'un stratagême , il faut d'a-
bord examiner si le piege est tendu d'une ma-
niere à pouvoir réussir ; c'est ce qu'on n'a pas
trouvé dans celui- ci. Clorine dans l'Acte suivant
dit au fond du Théatre :
Le Portrait est en vûë ,
Monrose va rentrer ; attendons -en l'issuë.
Mais quelle en doit être vrai-semblablement
l'issuë ? Ĉlorine est-elle sûre que Monrose rena
trera le premier ? Non , puisque c'est Aramont
qui ramasse le Portrait ; mais quand ce seroit
Monrose , qui répondra à cette trop crédule in-
triguante,qu'il voudra bien le rendre à Hortense ?
N'y a-t'il pas plus d'aparence que prêt à quitter
l'original , il sera ravi d'emporter au moins la
copie ? L'Auteur semble avoir prévû cette criti-
que et y avoir répondu d'avance en faisant dire
à Monrose , parlant à Clorine du Portrait en
question , qu'on avoit fait peindre exprès pour
Jui et qu'on n'a pû lui faire tenir.
H iij
Si
T004 MERCURE DE FRANCE
Si j'avois son Portrait , ilfaudroit le lui rendre
Ilfaudroit la revoir encore et me plonger ..
*
C'est , sans doute , sur ces deux Vers que Clo-
rine a fondé le succès de son stratagême ; mais
cela n sert qu'à faire mieux connoître la force
de l'objection , puisque l'Auteur la sentie tout le
;
premier cependant ce qu'il y a de plus vrai-sem-
blable, c'est que Monrose auroit emporté le Por-
trait , ou que , suposé qu'il eût porté le scrupule
jusqu'à n'oser retenir une chose qui lui avoit
été destinée , il auroit pû exempter sa probité de
tout reproche , en remettant le Portrait d'Hor-
tense entre les mans de sa Confidente.
Nous nous sommes peut-être un peu trop
arrêtés à ces minuties ; mais nous allons dédom
mager l'Auteur de cette legere Critique , par les
beautés de détail dont ce premier Acte est rem-
pli , beautés d'autant plus précieuses qu'elles sont
tirées du fond de la Piece , puisqu'elles regar-
dent le choix des Amis.
Clorine nous a déja exposé le caractere des
Amis de Monrose dès la seconde Scene.
Ses Amis auront beau le servir de leur mieux ;
L'un d'eux n'est qu'un bon homme, ardent, officieux
Qui tracasse et qui veut toujours être de fête ;
L'autre n'a que du faste et du vent dans la tête.
Clorine ne parle pas d'un troisiéme qui mérite
beaucoup mieux le nom respectable d'Ami , c'est
Ariste ; nous en parlerons après avoir montré le
ridicule des deux premiers.
Quoi qu'Aramont soit donné dans la Piece
comme un Ami d'une espece équivoque , on peut
dire
MAY.
1737.
1005
dire de lui qu'il peche plutôt par l'esprit que par
le cœur. Voici comme il parle des Amis qui vous
abandonnent,dès que la fortune vous est contraire.
Cette espece d'Amis n'est pas la moins commune į
Habiles à prévoir de loin une infortune ,
Ils ne paroissent plus dans les temps orageux ;
Le calme revient- il ? on peut compter sur eux ;"
Il ramene avec lui leur troupe mercenaire ;
Dans le Monde en un mot , c'est l'usage ordinaire,
Quifut et qui sera toujours comme aujourd'hui ;
On n'aime à partager que le bonheur d'autrui
:
Il s'en faut bien que Dornane ait le cœur aussi
bon qu'Aramont. On peut même avancer har-
diment que c'est un très- mal-honnête homme ;
voici quels sont ses sentimens sur l'amitié , c'est
lui-même qui parle à Aramont , au sujet d'Aris-
te,dont l'amitié lui paroît douteuse , parce qu'elle
ne paroît pas avec assés d'éclat pour être véri-
table.
Quand on est tel,croi moi,l'on s'annonce autrement.
En effet , l'amitié donne un air moins austere ;
Un véritable Ami n'a d'autre caractere ,
Que celui qui nous plait ; il se regle sur nous ;
Hadopte nos mœurs , il se fait à nos goûts ;
Il se métamorphose au gré de nos caprices ;
Ilprend nos passions , nos vertus et ños vices ,
C'est un Cameleon qui reçoit tour- a- tour ...
Ariste , qui écoute sans se montrer , ne peut
Jui laisser achever une peinture si injurieuse à a
Hij
véritable
1006 MERCURE DE FRANCE
véritable amitié , et lui répond en l'interrompany
brusquement :
Ce Portrait-la, Monsieur, est celui de l'Amour,
II continue ainsi :
Les Amis de Monrose étoient sur le tapis
Vous paroissez avoir épuisé la matiere ,
Et Monrose vous doit sa confiance entiere ;
Qui par provision , vous nous excluez tous
Il ne doit plus compter sur d'autres que sur vous ♬
Vous suffirezà tout , du moins je le souhaite ;
L'amitié qui se vante est souvent indiscrète ;
Cependant , trouvez bon qu'au rang de ses Amis
Quelqu'autre puisse encore avec vous être mis ;
L'Amitié n'admet point de basses jalousies ;
C'est à l'Amour qu'il faut laisser ces frenesies.
L'arrivée de Monrose empêche que cette pe
tite altercation ne soit poussée plus loin ; Mon
rose aprend à Aramont et à Dornane , que ses
affaires sont sur un bon pied à la Cour , et que
tout le monde lui en fait compliment. Ariste le
blâme de prêter l'oreille à des bruits qui ont si
peu de fondement ; Dornane prend un parti
tout oposé , et dit à Monrose , en parlant des
prétendus faux Bruits :
Les empêcher ! je dis que c'est un coup d'Etat ;-
On n'y sçauroit donner trop de cours et d'éclat
Sur la foi de ce bruit heureux et profitable ,
Chacun trouve que rien n'étoit plus équitable
Tout le monde aplaudit ; je vous laisse à penser
MAY.
1737.
Si la Cour qui le voit poura se dispenser
Et qu'enfin elle cede à la nécessité.
1007
D'un Acte d'équité que l'on trouve à sa place ;
Il ne dépend plus d'elle , ilfaut qu'elle le fasse,
Ariste ne pouvant soûtenir un conseil si dan
gereux, et craignant d'éclater , prie Monrose de
vouloir bien l'attendre chés lui , afin qu'il puisse
l'entretenir sans témoins ; Monrose y consent ;
Ariste se retire ; Dornane et Aramont en font
bien-tôt autant , et Monrose finit le premir Ac-
te par ces deux Vers :
Hortense est-il possible ? ... ab !' qu'il me seroit doux
D'avoir à vous offrir un rang digne de vous !
Ariste et Monrose commencent le second Acte,
Monrose fait connoître par un à parte que c'est
à
regret qu'il va écouter ce qu'Ariste peut avoir
à lui dire ; Ariste lui fait une leçon dans laquelle
brille le caractere d'un véritable Ami ; la voici ::
Vous entrez dans le Monde , et vous allezp aroître
Sur ce fameux Théatre , où j'ignore comment
Fai pû me soutenir jusques à ce moment.
Vous n'êtes pas encore instruit de ses mysteres.
Jusqu'ici vos emplois , vos devoirs militaires ,
Vous en ont écarté. La Cour est en tout temps:
Une Terre inconnuë à tous ses Habitans.
Après un long séjour , après un long usage »
On s'y retrouve encore à son aprentissage ;
On y vit entouré d'un Peuple de Rivaux,
'
On y marche toujours sur des pieges nouveaux: -
Ну Q
1cc8 MERCURE DE FRANCE
Cu d'Amis dangereux . Heureux qui les devine !
On n'y peut s'élever que sur quelque ruine ;
On n'y peut profiter que des fautes d'autrui.
Tel, au gré de ses vœux, s'y maintient aujourd'hui,
Qui demain ne poura faire tête à l'orage ,
Et l'onfinit souvent par y faire nauffrage.
Mais d'après ce Portrait qu'on ne peut qu'ébaucher ›
N'avez- vous en secret rien à vous reprocher ?
Monrose , que ses imprudens Amis ont plongé
dans une funeste sécurité , brave tous les périls
qu'Ariste veut lui faire entrevor , et croit qu'on
ne sçauroit , sans injustice , lui refuser l'Emplo
te , en vrai et fidele Ami , lui répond ainsi :
être
2
que son oncle a laissé vacant par sa mort ; Aris--
Vous vousfaites un droit qui pouroit ne pas
Vos Ayeux ont chacun obtenu dans leur temps
Le prix que·méritoient leurs services constans
Ce sont leurs actions , plutôt que leurs Ancêtres
Quiles ontfait combler desfaveurs de leursMaîtresă,
Et monter aux honneurs que vous sollicitez ;
Les bienfaits sont à ceux qui les ont mérités,
Les graces ne sont point des biens hereditaires 3 €
Nous n'en sommesjamais que les dépositaires ; :
"Inais par la même voye on peut les obtenir.
Vos Peres ont laissé leur nom à soutenir ,
Leur vertu, leur exemple et leur carriere à suivre
Voilà cequ'après eux ilfaut faire revivre ,
Elt dontwous vous devez mettre en possession ;-
That ldcreste- n'est pas de leur succession.
Dess
MAY.
1737.
Des maximes si sages produisent dans le cœur
de Monrose le fruit qu'Ariste s'en est promis; ik
lui rend une Lettre que Dornane lui avoit con-
seillé d'écrire au Ministre , et qui est heureuse .
men passée en de plus fidelle malas , attenda
qu'elle l'auroit perdu si elle fût parvenue à la
Cour,par la présomption dont elle etoit remplie.
Après ces citations , qui font un honneur in-
fini à l'Auteur, nos Lecteurs doivent trouver bon
que nous n'en grossissions pas davantage cet Ex-
trait , et que nous nous attachions un quement
à l'action Théatrale , qui a beaucoup de mérite,
tant par sa simplicité que par l'ordre qui y regne.
Monrose ouvre les yeux ; il reconnoit Ariste
pour un véritable Ami , et se résoud à se livrer
tout entier à ses fideles conseils , Ariste ne s'ou
vre point à lui sur les soins qu'il prend secrete-
ment pour sa fortune , de peur qu'il n'ait la foi-
blesse d'en faire part à Aramont et sur tout à
Dornane.
Le premier soin qui occupe Ariste , c'est de
tacher de pénetrer dans le cœur d'Hortense .
pour agir en conséquence ; Hortense plus dé-
iante qu'il n'avoit présumé, ne lui déclar point
e penchant qu'elle a pour Mo rose , mais il ne
laisse pas d'en entrevoir assés pour s'aff rmir
dans le dessein qu'il a formé de l´s unir ensem-
ble , il le fait connoître par ce Vers :
Ah ! je ne m'étois pas trompé dans mon at'ente.
Nous avons déja parlé du stratagême de C
rine ; comme il ne meritoit pas de réussir , nous
n'en dirons rien de plus ; ce qui nous reste à dire
est beaucoup plus important.
Monrose vient aprendre à Aramont et à Dor
nane, qu'il n'a plus rien à prétendre du côté de
a Cour et qu'un autre que lui vient d'être pour
H vj !
1
JOTO MERCURE DE FRANCE
vû du Gouvernement de feu son Oncle. Dor-
nane ne peut croire une injustice si criante.
Monrose veut vendre son Régiment pour payer
ses dettes ; Dornane s'y opose , parce qu'il croit
qu'il n'est rien de plus ourgeois que de satifaire
ses Créanciers ; L le quitte pour un moment, et
revient pour lui demander la préference, en cas
qu'il soit réduit à vendre son Régiment ; Mon◄
rose a le cœur assés bon pour la lui promettre ,
quoiqu'Aramot lui dise que ce préten u Ache-
teur n'a point d'argent. Le reste de ce second Acts
n'a rien d'assés interessant pour nous arrêter ; il
fini par un germe d'action que nous verrons
éclore dans le troisiéme ; c'est un projet d'Ara-
mont , dont nous avons déja remarqué qu'il
peche plutôt par l'esprit que par le cœur ; il ima-
gine de rendre Hortense jalouse , pour réveiller
Pamour qu'elle avoit pour Monrose ; voici par
ou Aramont fait connoître son projet aux Spec-
tateurs e finit le second Acte :
Nous n'avons plus qu'Hortense en cette extrémité,
Allons hater le coup que j'ai prémédité ;
Portons au cœur d'Hortense une atteinte fatale ;
Faisons lui redouter une heureuse Rivale ;
Et , puisqu'il faut contre elle employer ce détour ,
Armons la Jalousie en faveur de l'Amour、
Le troisieme Acte a parû le plus beau et le
plus interessant de la Piece ; Ariste fait connoî-
tre par un court Monologue les raisons qui
Pobligent à cacher à Monrose les démarches se-
crettes qu'il fait pour lui à la Cour. Monrose
vient ; Ariste n'oublie rien pour le detourner du
dessein qu'il a formé de vendre son Régiment. Il
lui dit entre autres choses :
Empêchex
MAY.
1737
Empechez cependant qu'on n'aille débiter
IOLE
Ala Cour et partout que vous voulez quitter
Um bruit si ridicule a l'air d'une menace .
Ou du moins d'un dépit qui n'est pas à saplace!
Il ajoûte en parlant des faux amis , à qui on se
livre trop facilement.
Ne croyez pas , Monsieur , queje taxe personne
Dans ces reflexions que je vous abandonne..
Quand j'y pense, entre nous , je vois présentemene
Que l'amitié se donne et se prend aisément.
Elle est , comme l'Amour , hazardeuse et legere
Une conformité frivole et passagere",
D'âge , d'état , d'humeur et sur tout deplaisir,,
Sans. nul autre examen suffit pour nous saisir
;
Nous nous associons , comme onfait en voyage
Sans sçavoir avec qui le hazard nous engage ,
Et l'on devient Ami comme on devient Amant ;
Pourfaire une Maîtresse il nefaut qu'un moment .
Mais l'amitié, du moins comme je l'envisage
De part et d'autre , exige un long aprentissage,
Et vous devez sçavoir à vos propres dépens ,
Qu'un Ami véritable est l'ouvrage du temps .
Revenons à l'Action. Ariste quitte Monrose ,
pour aller à la Cour , où il lui promet de ne le
pas oublier. Monrose se retire un moment après;
Clorine , qui lui faccede , ne dit que deux Vers;
Hortense vient avec un Billet à la main , elle
Pa ouvert par méprise, croyant qu'il s'adressoit
à elle , cependant comme c'est pour Monrose
qu'il
To12 MERCURE DE FRANCE
qu'il est écrit , elle veut le lui remettre , quoi
qu'il soit de la main d'une Rivale qui lui fait des -
offres capables de le tenter . Elle ordonne à Clo-
rie d'aller chercher Aramont, qu'elle veut char-
ger
du soin de rendre ce Billet à son Ami.
Hortense , en attendant le retour de Clorine ,
refléchit sur sa situation ; elle sent toute la dou
leur d'avoir une Rivale ; mais elle s'en console
un peu , par la flateuse penseé de l'avoir pré-
venue en generosité , et par là l'Auteur nous fair
pressentir ce que nous verrons dans la suite;nous
n'avons garde de blâmer ces petites précautions
mais quelquefois pour trop instruire elles ôtent
le plaisir de la surprise , qui est ce qu'il y a de
plus picquant dans les Pieces de Théatre.
Clorine revient toute éperduë ; elle annonce à
sa Maîtresse qu'on vient de lever le scellé chés
le feu Oncle de Monrose et qu'on n'y a rien →
trouvé ; cette nouvelle l'afflige plus pour M
rose que pour elle- même , quoique tout s
bien eût été mis en dépôt chès cet Oncle. El
se réjouit en secret de ce que le plus nécessai
lui est resté ; ce sont ses Pierreries , dont
aprendra bientôt la destination.
Aramont vient , Hörtense renvoye Clorir
elle fait promettre à Aramont avec serment q
exécutera ce qu'elle va exiger de lui ; Aramo
s'y engage, Dans le temps qu'elle va lui dire a
quoi il s'agit , Clorine , fondant en larmes , vient
lui annoncer qu'elle ne trouve pas ses Pierreries,
et qu'elle ne doute nullement qu'elles n'ayent
été volées. Hortense reçoit ce nouveau coup du
sort avec tant d'indifference , que Clorine com
mence à soupçonner , ou plutôt qu'elle devine
quoiqu'assés gratuitement, la vé ité du fait Com
me elle veut expliquer ses soupçons , sa Maîtresse
la
Μ᾿ ΑΥ.
1737.
101f
la chasse ; et se trouvant seule avec Aramont ,
elle poursuit la conversation interromptë ; elle
lui aprend que ses Pierreries ne sont pas perdues
et qu'elle les a envoyés chés lui afin qu'elles
servent à payer les Créanciers de Monrose , Ara--
mont , après quelque résistance , se rend enfin.
Cette Sc ne est interrompue par l'arrivée de
Monrose, qui voit Hortense pour la premiere fois-
et qui voudroit bien ne l'avoir point rencontrée;
Hortense après lui avoir demandé l'état de ses
affaires, lui dit qu'il n'est pas abandonné de tout
le monde , et lui remet entre les mains la Let- ·
tre d'une Rivale prétendue. Monrose est bien sur-
pris à la lecture de cette Lettre , qu'il croit être
de la ma n d'Hortense ; on lui offre tous les se-
cours qu'il peut esperer , pourvu qu'il renonce à à
tout autre amour ; il communique la Lettre à
Aramont , qui est bien plus étouné à son tour de
voir que c'est la même qu'il s'est avisé d'écri◄-
re pour picquer Hortense par la jalousie ; Mon-
rose se détermine à répondre à l'inconnue , sans
sçavoir à qui il doit s'adresser ; Aramont lui dit
que ce n'est pas la peine , et lui avoué que c'est
i-même qui a écrit ce Billet pour rendre Hor-
inse jalouse. Cet Acte finit par une generosité
ue fait Monrose ; comme il a apris qu'on n'a
ien trouvé sous le scellé de son Oncle , et qu'il
s'accuse par-là 'avoirpart au malheur d'Horten-
se , il met une Procuration entre les mains d'A~~
ramont et le charge de vendre une Terre qui
lui reste, à quelque prix que ce soit , et de don
ner à Hortense tout l'argent qu'il en poura re-
tirer. Aramont n'y veut pas consentir; mais Mon- -
rose refuse de reprendre sa Procuration , et le
quitte après lui avoir dit un éternel adieu. Nous
abregerons les deux derniers Actes qui nous res
tent ,
1614 MERCURE DE FRANCE
sent, pour ne point passer les bornes ordinaires.
Le quatrième Acte ne cede guere au troisiéme
en beautés de fond et de détail , nous ne pou
vons nous attacher qu'aux beautés de fond,par la
Faison que nous venons de dire ; voici quel est
Fordre des Scenes. La premiere qui est entre
Aramont et Clorine , ne sert proprement qu'à
faire entendre ce qui s'est passé dans l'Entre-Ac
te. Aramont veut empêcher Clorine de faire de
nouvelles tentatives , pour suivre Hortense au
Convent , où elle a résolu d'aller s'ensevelir ;
comme il n'a aucun interêt dans son sort , l'Au-
teur n'a pu faire entre eux qu'une Scene un peu
froide , quoique bien écrite. Clorine qui a déja
soupçonné Aramont d'avoir reçu les Pierreries de
sa Maîtresse , pour en faire l'usage qu'elle lui a
prescrit , fait connoître en le quittant qu'elle va
lui faire une tracasserie avec Monrose.
Hortense demande à Aramont s'il lui.a' tenu
parole au sujet du dépôt qu'elle a mis entre ses
mains ; Aramont lui dit qu'il doit bien s'en gar
der depuis qu'il a apris qu'elle est ruinée ; Hor-
tense lui reproche son manque de foi , mais inu
lement ; ne pouvant rien gagner sur lui , elle
le quitte sans vouloir reprendre ses Pierreries.
Monrose instruit par Clorine , vient demander
à Aramont s'il est vrai qu'il ait accepté les Pier--
reries en question, pour en faire l'usage qu'Hore
tense exige de lui Aramont garde un silence que
Monrose prend pour un aveu du prétendu cri-
me dont on P'accuse.
Un Valet aporte un paquet à Monrose ; il est
tout étonné d'y trouver tous ses Billets acquités;
le premier soupçon qui le frape , c'est qu'ils ont
été payés par la vente des Pierreries d'Hortense ;
Aramont s'en justifie en l'assurant qu'elles sont:
encore
MAY.
1737.
TOTS
encore chés lui ; Monrose ne sçait à qui attri
buer cet acte de generosité ; ce qui l'occupe le
plus c'est un aveu que lui fait Aramont de tous
fes services qu'il a prétendu lui rendre , comme
d'avoir apris à Hortense qu'elle est ruinée, quoi-
qu'il fut convenu avec Monrose de le lui laisser
ignorer ; il lui avoie même qu'il a dit à Hor-
tense qu'elle ne devoit plus compter sur son
cœur ; ce dernier coup accable Monrose.
Dornane vient lui en porter un encore plus
sensible ; il lui aprend qu'Ariste l'a trahi, et qu'il
l'a suplanté en se faisant donner le Gouverne-
ment de feu son Oncle. Monrose a de la peine
à le croire , mais enfin ne pouvant plus en dou-
ter , il l'excuse par ces Vers.
J'étois exclus ; je n'y pouvois prétendre ,
C'étoient des biens vacāns , des graces à répandre 3
Ariste en étoit digne ; il en est revétu
;
Et la Cour a du moins décoré la vertu.
Dornane après avoir imprudemment conseillé
* Monrose de tirer raison de la prétenduë perfi-
die d'Ariste , part pour la Cour ; Monrose prie
plus que jamais Aramont de vendre la Terre pour
laquelle il lui a donné sa Procuration ; Ara-
mont n'en veut rien faire. Clorine vient avertir
Monrose qu'Hortense va partir pour le Convent;
Monrose court chés elle pour l'en détourner.
Cette seconde Scene entre Aramont et Clorine
n'est guère plus nécessaire que l'a été la précé-
dente dans ce même Acte.
Le quatriéme Acte finit par une Scene très-
touchante entre Monrose et Hortense ; cetre
Amante affligée y fait paroître des sentimens
sout à-fait héroïques, auxquels Monrose répond
d'une
1016 MERCURE DE FRANCE
d'une maniere à faire voir que ces deux Amans"
sont dignes l'un de l'autre. Nous allons être en
core plus succints dans le dernier Acte.
Monrose et Aramont ouvrent la Scene ; ce-
dernier , pour empêcher son Ami de partir , lui
aprend que l'honneur de l'un et de l'autre exi-
gent qu'il rest ; ii le prouve par une Lettre qu'il
vient de recevoir de Dornane , elle est con
çûë en ces termes :
Je t'écris à la bâte ; Ariste , non content
Des biens de notre Ami , lui ravit sa Maîtresse
Il l'a fait demander le fait est irès constant.
Tu lui diras , en cas que cela l'interesse.
A propos; on le croit riche , et jc ie l'aprends';
Entre nous , tu lui vaux cette galanterie ;
On l'accuse d'avoir détourné ... tu m'entends
Fais cesser au plutôt cette plaisanterie.
Cette derniere calomnie met le comble au dé-
sespoir de Monrose ; il en est d'autant plus acca
Blé , que les aparences sont co tre lui , et qu'il·
ne donte point que Clorine ne dise par tout que
sa Maîtresse lui a remis ses Pierreries pour en
dispo er à son gré , il veut plus que jamais par--
tir d'un lieu où sa gloire est si indignement
soupçonnée.
Un Garde vient l'arrêter sans pouvoir lui dire
pourquoi. Tout indigné qu'il est de se voir trai-
ter en Criminel , il ne laisse pas d'être prêt à se
soumettre aux ordres de la Cour ; mais le Garde
lui dit qu'il lui est seulement consigné. Aramont
prie le Garde de passer dans un des Apartemens
de la maison. Pendant l'accablement où se trouve
Monrose, Hortense vient le consoler , elle n'ou
blig
MAY.
1737.
1017
Blie rien pour l'arracher aux résolutions les plus
funestes ; sensible à ces marques d'amour, Mon
rose se jette à ses pieds, prêt à faire tout ce qu'elle
lui ordonnera ; cette Scene est des plus tendres.
Aramont qui s'étoit retiré pour les laisser parler
avec plus de liberté , revient pour leur aprendre
qu'Ariste aproche. Hortense qui a apris de Mon-
rose qu'il aspire à son hymen , se prépare à lei
faire une étrange accueil ; elle lui parle dabord:
avec beaucoup de vivacité , de colere et d'indi-
gnation ; mais elle est agréablemen: surprise aus-
si bien que Monrose et Aramont , d'aprendre
que ce prétendu persécuteur est le plus genereux
bienfaicteur qui fût jamais. Ariste leur rend
compte de toute sa conduite , dont il ne leur a
fait un secret que par un effet de prudence : il dit
à Hortense que l'Oncle de Monrose avoit dé-
posé tous ses biens chés un Notaire ; il aprend
à Monrose qu'il a brigué le Gouvernement que
son Oncle avoit laissé vacant par sa mort , de
peur que quelqu'autre ne s'en fîc pourvo r ; qu'il
a obtenu la grace toute entiere de la Cour,et que
le Prince consent qu'il s'en démette en sa faveur,
il ajoûte qu'il n'a fait défendre à Hortense d en
trer dans un Convent que pour la lui faire pos
seder. La Piece finit par ces quatre Vers que
Monrose charmé adresse dabord à sa chere Hor-
tense , et après au génereux Ariste.
Ah ! Madame , souffrez que mon cœur se partage,
Monsieur , je ne puis rien vous offrir davantage.
O Fortune , je sens et j'éprouve à présent
Qu'un Ami véritable est ton plus grand présent.
Quoiqu'on soit encore partagé sur ce nouveaus
genic de Comédie, les Connoisseurs les plus sen-
sés.
for8 MERCURE DE FRANCE
sés conviennent qu'il seroit à souhaiter qu'il eût
des imitateurs , les jeunes gens qui font le plus
grand nombre des Spectateurs et qui préférent
Pagréable à l'utile, y perdroient, mais les mœurs
y gagneroient infiniment.
Cette Piece est très- bien imprimée in 12. chés
le Breton , Quay des Augustins , et mérite le
grand débit qu'elle a.
Fermer
2911
p. 1018
« Le 6. Mai, l'Académie Royale de Musique, donna par extraordinaire et pour la Capitation [...] »
Début :
Le 6. Mai, l'Académie Royale de Musique, donna par extraordinaire et pour la Capitation [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le 6. Mai, l'Académie Royale de Musique, donna par extraordinaire et pour la Capitation [...] »
Le 6. Mai, l'Académie Royale de Musique,
donna par extraordinaire et pour la Capitation
des Acteurs
: représentation de l'Opera de
Persée , qui fut suivie du Pas de Six et du Di-
vertiffement de Pourceaugnac.
Le 9.Elle donna la premiere représentation d'un
Ballet nouveau, composé d'un Prologue et de trois
Entrées , intitulé le Triomphe de l'Harmonie ; le
Poëme est de M. le F. et la Musique de M.
Grenet , Maître de Musique de l'Académie,
Comme cet Ouvrage a été reçû favorablement
du Public , nous en parlerons plus au long
ainsi que des Décorations qui expriment très-
bien , et avec pompe , les differentes Scenes de
ce Ballet. On assure qu'il sera succedé par
celui des Amours des Dieux , qui fut donné.
dans sa nouveauté , il y a dix ans , et dont le
Poëme est de M. Fuzelier , et la Musique de
M. Mouret.
donna par extraordinaire et pour la Capitation
des Acteurs
: représentation de l'Opera de
Persée , qui fut suivie du Pas de Six et du Di-
vertiffement de Pourceaugnac.
Le 9.Elle donna la premiere représentation d'un
Ballet nouveau, composé d'un Prologue et de trois
Entrées , intitulé le Triomphe de l'Harmonie ; le
Poëme est de M. le F. et la Musique de M.
Grenet , Maître de Musique de l'Académie,
Comme cet Ouvrage a été reçû favorablement
du Public , nous en parlerons plus au long
ainsi que des Décorations qui expriment très-
bien , et avec pompe , les differentes Scenes de
ce Ballet. On assure qu'il sera succedé par
celui des Amours des Dieux , qui fut donné.
dans sa nouveauté , il y a dix ans , et dont le
Poëme est de M. Fuzelier , et la Musique de
M. Mouret.
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2912
p. 1018
« Les Comédiens François repetent une Tragédie nouvelle pour être représentée incessamment. [...] »
Début :
Les Comédiens François repetent une Tragédie nouvelle pour être représentée incessamment. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François repetent une Tragédie nouvelle pour être représentée incessamment. [...] »
Les Comédiens François repetent une Tragédie
nouvelle pour être représentée incessamment.
Elle a pour titre Lisimachus.
nouvelle pour être représentée incessamment.
Elle a pour titre Lisimachus.
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2913
p. 1032
« Le Cabinet de défunt M. Vivant, composé de Tableaux, Figures antiques de Bronze, de [...] »
Début :
Le Cabinet de défunt M. Vivant, composé de Tableaux, Figures antiques de Bronze, de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le Cabinet de défunt M. Vivant, composé de Tableaux, Figures antiques de Bronze, de [...] »
Le Cabinet de défunt M. Vivant, composé
de Tableaux, Figures antiques de Bronze, de
Marbre , d'Yvoire , Coquilles , Médailles d'or,
d'argent , de Cuivre , Antiques et Modernes ,
Pierres gravées et précieuses , Droguiers , Cris-
taux , Mineraux , Armes antiques , Estampes
·
Coraux , Emaux , Plantes Marines et Petrifica-
tions, Vases d'Agathe, et autres Pierres , et gé-
neralement de toutes sortes de Curiosités en
très-grand nombre et des mieux choisies , com-
mencera à se vendre en la Maison dudit Sieur
Vivant à Paris , rue Quinquempoix , près l'Hô-
tel de Beaufort, le Lundi 1. Juillet 1737. et
jours suivans.
de Tableaux, Figures antiques de Bronze, de
Marbre , d'Yvoire , Coquilles , Médailles d'or,
d'argent , de Cuivre , Antiques et Modernes ,
Pierres gravées et précieuses , Droguiers , Cris-
taux , Mineraux , Armes antiques , Estampes
·
Coraux , Emaux , Plantes Marines et Petrifica-
tions, Vases d'Agathe, et autres Pierres , et gé-
neralement de toutes sortes de Curiosités en
très-grand nombre et des mieux choisies , com-
mencera à se vendre en la Maison dudit Sieur
Vivant à Paris , rue Quinquempoix , près l'Hô-
tel de Beaufort, le Lundi 1. Juillet 1737. et
jours suivans.
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2914
p. 1051-1081
LETTRE de M. le Tors, Lieutenant Criminel au Bailliage d'Avallon, sur Vellaunodunum, ancienne Ville des Senonois, et Genabum des Carnutes.
Début :
Les Sçavans ont été fort partagés sur la situation de ces deux Villes ; tous [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le Tors, Lieutenant Criminel au Bailliage d'Avallon, sur Vellaunodunum, ancienne Ville des Senonois, et Genabum des Carnutes.
LETTRE de M. le Tors, Lieutenant
Criminel au Bailliage d'Avallon, sur
Vellaunodunum, ancienne Ville des
Senonois, et Genabum des Carnutes.
Les Sçavans ont été fort partagés sur
la situation de ces deux Villes ; tous
conviennent qu'il faut principalement
la chercher dans César , en suivant au-
tant qu'on peut la découvrir , la route
qu'il a tenue pour aller se rendre maître
de ces deux Places.
César ayant apris en Italie que les Gau-
lois avoient profité de son éloignement ,
et des affaires qu'ils croyoient devoir les
retenir à Rome , pour secoüer le joug
de la domination Romaine , les Carnu-
tes , les Senonois , les Parisiens , les Peu
ples du Poitou, de la Touraine , &c. for-
mentune ligue,s'y engagent par serment,,
et choisissent Vercingentorix pour leur Gé-
néral ; les Carnutes les premiers se signa-
lent par une entreprise d'éclat , ils se
rendent à Genabum
1.Voli
,
où se faisoit un
commerce considérable
>
égorgent les
1
Citoyens Romains qui s'y trouvent , et
entre autres Fusius Cotta qui avoit le soin
Av
dess
1052 MERCURE DE FRANCE
des Vivres ; le bruit de cette action se
répand en peu de temps parmi les Gau-
lois , et le jour même il est porté chés
les Auvergnats , qui sont éloignés de
cent soixante mille de Genabum.
César étant arrivé dans les Gaules ;,
s'annonce par quelques expéditions du
côté des Sevennes et de l'Auvergne, vient
3
ensuite à Vienne , continue sa marche
jour et nuit , en suivant les Frontieres
du Pays des Eduens , pour aller dans ce--
lui des Langrois. Quand il y est arrivé ,.
il donne ses ordres pour assembler ses
Troupes dans un même Lieu , avant que
»
les Auvergnats en puissent être avertis ;
ce qui étant cependant venu à la con-
noissance de Vercingentorix , ce Général
conduisit son Armée dans le Berry , d'où
il alla assieger Gergovia, Ville des Boyens,
Peuples qui avoient des motifs pour être.
plus attachés à César , et moins affection-
nés à la liberté Gauloise que les naturels
du Pays..
L'entreprise de Vercingentorix donna
de l'inquietude à César , qui craignoit
pour sa réputation , et que ses Alliés ne
comptassent plus sur lui , s'ils voyoient
que son secours leur manquoit au besoin;
lé courage de Gésar lu! fit passer sur tou-
tes les difficultés , qui auroient été capa
I.Wol!
bles i
"
JUIN.
1737.
10533
bles d'arrêter tout autre que lui. Il s'as-
sura des vivres pour son Armée auprès
des Eduens , et fit avertir les Boyens de
demeurer fidéles et de se défendre avec
vigueur , afin que se mettant en marche
pour les secourir , il eût le tems de les
joindre. Après avoir laissé deux Légions
à Agendicum , et les Equipages de toute
son Armée , il marche au secours des
Boyens , Duabus Agendici Legionibus re-
lictis atque impedimentis totius exercitus, ad
Boyos proficiscitur.
Je ne vois pas sur quel fondement on a
pû faire passerCésar par Agendicum, puis-
qu'il ne dit pas un mot qui le supose , et
qu'il fait même entendre le contraire. 11
parle de son arrivée dans le Pays de Lan-
gres , et raconte avec beaucoup d'ordre
et de précision les mesures qu'il prend ,
et finit son récit par son départ ; il avoit
assemblé son Armée dans un même Lieu
qu'il ne nomme pas , ses ordres étoient
donnés, avoit-il autre chose à faire, que
de partir ? Et ce qu'il dit , ne fait- il pas
connoître qu'il part du Lieu où ses Lé-
gions sétoient rendues ? If les auroit as-
semblées à Agendicum ,
*
s'il en avoit dû
partir , et on ne peut pas croire qu'il y
alt passé pour se donner lui - même un
soin aussi subalterne que d'y conduire
Il-Volt
Avji
deuxx
1054 MERCURE DE FRANCE
deux Légions , et les Equipages d'une
Armée, dans une conjoncture où il étoit
aussi pressé. Il remarque même , à la fin ,
de son VI. Livre , la distribution qu'il,
avoit faite de ses Légions avant que de
sortir desGaules pour aller en Italie.Il y en
avoit six à Agendicum , ainsi il put en ti-
rer quatre , et en laisser deux , et il lui.
étoit facile d'y faire conduire les Equipa-
ges
de l'Armée
sans y aller en person-
ne. Il a pû aussi assembler toutes ses Lé-
gions et en renvoyer deux à Agendicum,
avec les Equipages ; quoiqu'il en soit , de
la maniere dont cela s'est fait, ce sera cet
ordre qu'il a donné , qu'on aura pris.
pour une marche effective qu'il ait faite..
La situation des affaires de César ne.
lui permettoit pas d'ailleurs de passer par.
Agendicum , que presque tous les Sca-
vans prennent pour Sens , ce qui l'auroit:
obligé de traverser le Pays Ennemi ¡des.
Senonois , qui auroient inquiété son Ar-
mée , retardé sa marche , et même au-
roient pû lui couper les Vivres ; de sorte.
qu'il a dû ne pas s'écarter du Pays des
Eduens , Peuples qui étoient son unique.
ressource pour la subsistance de son Ar
mée:
On ne voit pas dans quel endroit du
Pays de Langres ,, César assembla cette
1. Vol.
Armée ; )
JUIN.
1737.
1055
Armée ; ainsi on ne peut pas dire qu'en
partant du Pays de Langres , il abrégeât
son chemin en passant par Agendicum
dans la circonstance où il se trouvoit ,
c'étoit avancer que de prendre même le
chemin le plus long , pourvû qu'il fût
le plus assuré , et on doit croire qu'il
avoit pris ses mésures de la maniere la
plus convenable à ses desseins.
César étant donc parti du Pays de
Langres , marche avec hâte , et arrive le
lendemain de son départ à une Ville des
Senonois , qu'il nomme Vellaunodunum ;
il dit lui-même les raisons qui l'obligent
de l'assieger , ne quem post se hostem relin
queret , quo expeditiore re frumentarià ute-
retur , oppugnare instituit. Il l'aproche en
effet , en fait la circonvallation en deux'
jours , et l'oblige de se rendre ; comme
il n'avoit pas plus de temps qu'il lui en
falloit , il laisse à Trébonius le soin de
faire executer la Capitulation , marchet
à grandes journées à Genabum , et y arri
ve en deux jours.
L Vol.
1
César ne dit rien de la situation de
Fellaunodunum. Pour la trouver il faut
chercher une Place frontiere des Seno-
nois et des Eduens , sur la route du Pays
de Langres pour aller sur la Loire.
Je trouve la Ville d'Avallon , dont le
>
Bailliage,
106 MERCURE DE FRANCE
Bailliage , qui est ancien , est une partiè
engagée dans le Diòcése de Langres, mais
je ne la propose qu'avec précaution et
sans prétendre décider.-
La situation d'Avallon est exprimée
par le mot de Vellaunodunum , qui pré-
sente à l'esprit, l'idée d'une Plaine, d'une
Vallée où il y a une éminence ; il n'est
pas nécessaire sans doute de rebatre aux
Sçavans l'étimologie de Dunum , après
ce que M. Lancelot et M. le Beuf en ont
dit , il y a dans le Pays même des preu-
ves qui fortifient le sentiment général
sur cette explication , qui est reçûë de
tout le monde.
La Ville d'Avallon est située à l'extré
mité d'une Plaine qui est bornée de cô-
téaux plantés de Vignes , qui produisent
ces Vins si estimés , et sur un rocher es-
carpé de trois côtés , entouré de larges
et profonds Vallons , sur lesquels elle
domine , dans une partie desquels cou-
le la Riviere de Cousain , Cusa amnis i
de sorte que ceux qui viennent du Mor-
vent , qui est au midi de cette Ville ,
sont obligés de descendre et de monter
plus qu'ils n'ont descendu , pour arriver
à cette même Ville .
On ne peut pas dire que l'épithete de
Dunn n'y convienne pas , sous prétex-
I fol
te,,
JUIN.
1737.
1057
te , que du côté de la Plaine elle est ac
cessible , puisque des trois autres elle est
sur une éminence qui domine tous les
aspects.
Si on raproche Vellaunodunum du noma™
d'Aballo ,on y trouve plûtôt un retran-
chement qu'un changement , Aballo se´
trouvant dans Vellauno , la lettre V. a
souvent été prise pour le B. et A. pour
E. dans les Mémoires Historiques et Cri-
tiques , attribués à Mezéray ; s'il n'y a
pas faute d'impression , on y lit Abullo ,
Avallon , ainsi Avellau , Abullo, Aballo,
sont un même nom, que les Copistes ou
lés prononciations ont défiguré. Bollan-
dus qui sçavoit les altérations auxque !--
les les noms de Villes sont sujets , dans
ses notes sur la vie de Saint Lubin , Evê-
que de Chartres , a pris Avallocium pour
Avallon , quoique ce soit Alluye au Pays
de Chartres , il n'y a qu'à voir Gregoire
4. c. 50. Avallocium Car
de Tours , liv . 4. c. 50.
natensem Castrum : surquoi Dom Ruinart´
observe qu'il s'est apellé depuis Alcium
ou Alogium , mais qu'il s'est écrit Al-
sium dans la plupart des Manuscrits , le
mot Aval,suivant Menage, signifie pente :
et descente. Les mots de Val et de Val-
lée rapellent cette signification. Avaller
-dans le sens qu'il a communément, étant
1. Vol .
1658 MERCURE DE FRANCE
métaphorique , et faisant allusion à la
descente des alimens , c'est peut-être ce
qui est entré dans l'esprit de l'Auteur
de la Chronique des Minimies , quand
il a dit d'Avallon , à l'occasion du Con-
vent de son Ordre qui y est établi , que
son nom lui venoit de sa situation , à
præter labente fluviolo cui incidet Aballo
dicitur. Ainsi le mot Aballo n'exprimera
qu'une partie de ce que Vellaunodunum
signifie , il présentoit à l'esprit la pente
et la descente en même temps que l'éle-
vation , comme un endroit où on ne fait
que monter et descendre ; au lieu qu'A
ballo n'exprime que la descente , ce qui
revient toujours au même , puisqu'on ne
peut descendre d'un endroit , qu'on ne
remonte pour y retourner.
Il paroît plus à propos de rendre ain-
si l'étymologie d'Avallon , que par une
autre explication du Celtique qui rend
celle de pomme et de pommier , suivant
un Dictionaire François Breton-Armo-
rique , imprimé en 1659. page 130 .
Adrien de Valois a reçû cette étymolo
gie, suivant laquelle Vellaunodunum pou-
roit signifier la même chose ; cependant
quoiqu'il soit plus juste d'expliquer les
noms de nos Villes anciennes par cette
Langue , que par ceux du Grec ou dự
1. Wo!..
Latin
JUIN.
I. Vol.
1737.
1059
Latin , il faut préférer l'explication qui
a un raport à la chose qu'on explique.
Je conviens qu'on ne trouve aucun
Monument qui prouve l'ancienneté d'A-
vallon , et que si on en exigeoit , je se-
rois réduit à la même excuse que ces fa-
milles douteuses qui se forment un titre
de leur obscurité , et qui ont perdu leurs
papiers dans des incendies ou des pilla-
ges ; cette raison ne seroit pas si mau-
vaise pour Avallon qui en a essuyé de
trop connus , pour que je sois obligé
d'en donner ici les preuves. J'ai oui - dire
à des personnes dignes de foy , qu'il y
avoit eu des restes d'Antiquité , mais
c'est comme s'ils n'avoient pas existé ;
on ne sçait ce que c'est , et on n'en voit
rien.
Il y a seulement quelques années qu'en
démolissant ( chés les Prêtres de la Doc-
trine Chrétienne qui gouvernent le Colle
ge ) les fondations du Château d'Aval-
lon , Castrum Avallonis ; on trouva sous
une grosse pierre du bled , dont l'écor-
ce étoit noircie , soit par vetusté , soit
par quelque opération qu'on avoit faite
pour en conserver la farine aussi saine
qu'elle étoit , deux Lyonceaux d'or , et
plusieurs Médailles; j'en ai vû une qui est
encore entre les mains de M. Vallon ,
Chanoine
1060 MERCURE DE FRANCE
Chanoine de l'Eglise Collégiale Notre-
Dame Saint Lazare de cette Ville , qui
est une consecration d'Auguste ; on y lit
Imp. Cas . au revers, Aug. avec un Aigle.
Je sçais bien que tous les murs dans
lesquels il y a des Médailles , n'ont pas
été bâtis dans le temps auquel ces Mé-
dailles ont été frapées , mais celle ci s'est'
trouvée avec plusieurs autres , avec du
bled , deux Lyonceaux , sous une pierre'
distinguée par sa grosseur , et la figure
ronde , qui servoit de fondement à un
mur de dix-huit à vingt pieds d'épais-
seur , dont l'ouvrage étoit si solide et
si massif , qu'un Ouvrier en pouvoit à
peine rompre deux ou trois pieds par
jour , c'est ce que j'ai vû à peu près dans
le même endroit , dans une autre occa-
sion , et ce qu'on avoit déja, vu dans le
temps que les Ursulines ont bâti leur
Convent , et toujours dans l'enceinte où
la Tradition du Pays , les anciens Titres:
et Terriers de la Ville et du Chapitre ,
placent le Châtel d'Avallon..
Ces Lyonceaux , ce bled , ces Médail-
les , me rapellent à ces anciennes super-
stitions , à l'occasion de la fondation ou
du rétablissement des Villes ou Bâti-
mens publics , dont on voit le détail
dans Tacite , 1. 4. Plutarque sur la Vie
1. Vol.
de
JUIN. 1737.
I. Vol.
1:61
de Romulus , Alex.ab Alex.l.6. c. 14. XC.
Ne feroit ce pas encore trop hazırder ,
de conjecturer que ce pouroit être Au-
guste qui auroit formé le Castrum Ava
lonis , pour y loger les Troupes qui de-
voient y pisser sur les grands chemins
qu'il y a fait faire , dont on voit les res-
tes , et dont il est fait mention dans l'I-
tinéraire d'Antonin , et les Tables des-
Peuttingers? Et la destination de ce Cas-
trum , pouroit faire rendre raison du re-
tranchement de Dunum , et de sa substi-
tution en sa place , ce qui lui est com-
mur. avec d'autres Villes. Quoi qu'il en-
soit,l'Itinéraire connu sous le nom d'An-
tonin , qui porte Aballo , ne contredit
pas cette opinion , les Sçavans ne sont
pas même d'accord sur son époque , que
l'on ne porte pas communément à la pre-
miere Antiquité.
Avallon est assés ancien pour pouvoir
être Vellaunodunum , on ajoute à ce que
l'on a déja dit , qu'on voit cette Ville
en considération du temps au moins
de Saint Germain , Evêque de Paris , qui
y avoit étudié , et de Saint Jean de
Reaume , pour avoir un Comte , des
Ecoles , et une étendue de Pays dont
elle étoit la Capitale , qui s'apelloit Pa-
gus Avalensis."
Si
1062 MERCURE DE FRANCE
Si on réunit ce que je dis sur l'ancien-
neté d'Avallon , son nom , sa situation ,
qu'elle est sur la route du Pays de Langres
pour aller sur la Loire , et frontiere aux
Eduens, en ne séparant pas toutes ces vûës,
je crois qu'elles forment au moins une for-
te conjecture pour mon sistême ; mais je
laisse aux Sçavans à décider, et je me sou-
mets d'avance à leur jugement.
Je sçais bien qu'on me peut faire , en
tr'autres objections , celle- ci ; que César
dit que Vellaunodunum est une Ville des
Senonois , et qu'Avallon est du Diocèse
d'Autun , et que les Diocèses Ecclesias-
tiques ont été formés sur le partage tem
porel des Provinces; d'où on doit conclu-
re, dira-t-on, qu'il faur chercher Vellan-
nodunum dans la Métropole de Sens.
Ce principe est vrai , mais il cesse de
l'être , si on en fait en route occasion
un usage trop rigoureux ; loin de le com-
battre,je prétends le recevoir et le rendre
plus certain en le resserrant dans ses bor-
nes , et faisant voir qu'il ne nuit pas à
ce que j'ai proposé.
On sçait que la Foy a été portée dans
les Gaules assés tard , ainsi les Eglises n'ont
pû être en état de faire entr'elles des
divisions de Diocèses que plus tard en-
core, et vraisemblablement depuis Cons-
1. Vol.
tantin
JUIN.
1737.
1063-
tantin.Or il est certain que les distinctions
des Provinces Ecclesiastiques n'ont été
formées que sur la division temporelle
qui subsistoit dans le temps que l'on a
fait ces divisions . C'est donc un Anacro-
nisme d'apliquer l'étenduë d'un Diocèse,
ou d'une Métropole à l'étenduë d'un Païs
du temps de César , puisque depuis lui
jusqu'à l'établissement des Diocèses Ec-
clesiastiques , il y a eu differens partages
de Provinces , et que l'autorité des Villes,
ou du moins de quelques-unes avoitit pas-
sé à d'autres , qui , par consequent, dans
P'Ordre Ecclesiastique étoient devenuës
les premieres. Les divisions des Diocèses
n'ont pas été reglées avec les premiers
Evêques, ce n'a dû être que quand ils ont
été dans un état fixe et tranquille, que les
changemens de Province n'en ont point
fait aux limites du Territoire Ecclesiasti-
que. On voit bien , par exemple , que le
Diocèse d'Autun , quelque étendu qu'il
soit , ne comprend pas tout le Pays des
Eduens ; que le Pays des Senonois n'est
pas exactement le territoire du Diocèse
de Sens , ni même celui de la Métropole;
la quatriéme Lyonnoise étant une divi .
sion posterieure , qui a donné l'étenduë à
la Métropole. M. de Tillemont T. 5. His.
toire des Empereurs , Art. 65. sur l'Em
1. Vol
pereur
1064 MERCURE DE FRANCE
pereur Honorius , raporte que cet Empe-
reur partagea la Lyonnoise en quatre
Provinces , que du tems de Gratien et de
Théodose , elle n'en faisoit que deux , dont
Lyon et Rouen étoient Métropoles
ainsi
c'est à Honoré que les Métropoles de Tours
et de Sens doivent leur Erection , aussi la
troisiéme Lyonnoise , qui est la Province de
Tours et la Senonoise sont marquées entre
·les dix-sept Provinces des Gaules dans la
Notice de l'Empire qu'on croit avoir été fai-
te du temps d'Honoré. M. de la Barre dans
un Mémoire sur les Divisions des Gaules,
imprimé dans les Mém. de Litt. T.8. p .
403 , prétend trouver la division des qua-
tre Lyonnoises avant 381. sous l'Empire
de Gratien. Quoi qu'il en soit, il ne faut
pas conclure que parce qu'uneVille n'est
aujourd'hui ni de la Métropole , ni du
Diocèse de Sens , qu'elle n'étoit pas du
temps de César dans le Pays des Seno-
nois , puisque cette Métropole a été for-
mée bienpostérieurement sur un partage
temporel tout different .
Il est plus que vraisemblable qu'Aval
lon , qui n'est éloigné que de deux ou
trois lieuës du Diocèse et du Bailliage
d'Auxerre , ait été compris dans le Pays
des Senonois ; le Pays des Eduens s'éten
doit moins de ce côté-là ; et César , après
1. Vol.
avoir
L. Vol,
JUIN.
1737.
1065
avoir pris Vellaunodunum, l'aura attribuée
aux Eduens. Enfin il y a eu depuis lui
jusqu'au temps de l'établissement des
Diocèses tant de changemens généraux
et particuliers, qu'on ne peut apliquer la
Division Ecclesiastique pour connoître à
quel Pays on doit attribuer une Ville du
temps de César,
Après la prise de Vellaunodunum, César
partit avec précipitation pour aller à Ge-
nabum. Ipse ut quamprimùm iter faceret ,
Genabum Carnutum proficiscitur. Il falloit
bien que ce fût l'endroit le plus près où
il pût passer la Loire , puisque ne s'étant
mis en marche que pour secourir Gergo-
via , qui n'étoit pas , comme il le dit lui-
même , en état de tenir long-temps , il
avoit trop d'interêt de ne pas prendre un
passage plus bas , pendant qu'il en trous
voit un plus près , et il falloit bien que
ce fût le seul endroit où il dût nécessai-
rement passer , puisque les Carnutes mé-
ditoient de la mettre en défense , et ne
s'étoient pas assés pressés d'y jetter les
secours nécessaires soit d'hommes , soit
de munitions , parce qu'ils croyoient que
le Siege de Vellaunodunum traîneroit en
longueur. Si la situation de leur Place ne
les avoit pas exposés les premiers , ils
n'auroient pas dû croire que César seroit
venu
1.066 MERCURE DE FRANCE
venu à eux après la prise de Vellaunodu-
num ; ce qui prouve , sans replique , que
c'étoit le seul passage convenable aux des-
seins de César.
Son objet assurément n'étoit pas d'al
ler s'amuser à se vanger de Genabum , il
n'y passoit que parce que c'étoit son che
min ; quand il part du Pays de Langres,
il mande aux Boïens qu'il marche à leur
secours ; il les exhorte à lui donner le
temps , par une vigoureuse resistance ,
de lesjoindre à propos.Gergovia étoit trop
peu considerable pour qu'il pût compter
pouvoir prendre Genabum avant que Ver-
cingentorix eût pris Gergovia , lui qui
doutoit même s'il auroit le temps d'y ar
river. On sçait les inquietudes que le
Siege de cette Place lui donnoit ; enfin
il ne párt l'hyver que pour la secou-
rir. On ne peut donc pas lui donner
d'autres motifs s'il passe à Genabum ,
que de prendre le chemin le plus court
pour y aller.
Il y a quantité d'inconveniens à croi-
re que César ne prend Genabum que pour
donner à ses Armes l'éclat d'une ven-
geance ; il y avoit sans doute plus d'éclat
à réussir dans son objet en arrêtant les
entreprises de ses Ennemis , en secourant
ses Alliés , et en ne laissant pas prendre
1. Vol.
Gergovia
JUIN.
1737.
1067
Gerrovia ne risquoit- il pas tout si cetre
Place tomboit entre les mains des Gau
lois ? ainsi c'est la nécessité du passag
qui détermine César à attaquer Genabum
et c'est ce qui me détermine à préférer
le sentiment de ceux qui prennent Gien
pour Genahum , à l'opinion de ceux qui
sont pour Orleans.
Cette marche que je fais faire à César,
en le faisant partir du Pays de Langres ,
et en prenant Avallon pour Vellaunodu
num , comme étant à peu près à égale
distance de Gien et de l'endroit où il
a voit assemblé ses Légions , qui est celui
d'où il part , puisqu'il arrive en deux
jours à Vellaunodunum ,
et qu'il met le
même espace de temps pour aller de
Vellaunodunum à Genabum , cette marche,
dis. je , s'accorde parfaitement avec l'idée
qu'en donne César. Il avoit une Armée
légere , qui n'avoit aucuns embarras d'é.
quipages , et il exprime fort clairement
qu'il va plus vite que de coûtume ; il ne
dit cependant pas qu'il fait de ces mar-
ches forcées et extraordinaires qu'on sçait
qu'il a quelquefois faites en d'autres oc-
casions, et qu'il a soin de remarquer: ain-
si il faut prendre le milieu entre ces gran-
des marches et une marche ordinaire, On
remarque , après Vegece , qu'un Soldat
1. Vol.
B
Romain
1068 MERCURE DE FRANCE
Romain faisoit en cinq heures d'Eté
gradu militari , vingt mille , ce qui re-
vient à six lieuës et demie . Or ceux qui
font passer César à Sens , et qui met-
tent Vellaunodunum entre cette Ville
Orleans , ne lui font faire que vingt qua
tre lieuës en quatre jours de marche ; re.
connoîtroit- on l'activité de César defal
re moins que de coûtume , quand il dit
qu'il en fait davantage , et qu'il s'étoiɛ
même, dans ce dessein, débarassé d'équis
pages? Il y a encore plus d'inconvenient
pour ceux qui , prenant Genabum pour
Gien , ne lui font faire que quinze lieuës
en quatrejours , en le faisant aussi pard
tir de Sens au lieu qu'en prenant Vel
launodunum pour Avallon , et le faisant
partir du Pays de Langres , on lu ficfait
faire dix de nos lieuës par jour, c'est crois
lieues et demie plus que l'ordinaire :
pouvoit-il faire moins étant obligé à faire
une marche plus forte ? et n'a ton
vû qu'il en a fait plus du double en une
nuit? c'est ce que les Partisans d'Orleans
prouvent par César même.
La nouvelle de la Révolution arrivée
à Genabum est portée en douze ou quinze
heures en Auvergne , qui , selon César
en est éloignée d'environ 160. mille , ce
qui revient à 52. lieuës , et prouve que
1. Vol.
JUIN.
1737.
1069
c'est plûtôt Gien qu'Orleans ; car quel-
que prompte qu'on puisse imaginer
qu'ait été la maniere dont les Gaulois se
communiquoient successivement
, par
des cris , ce qui se passoit d'un Pays à un
autre , il ne faut pas outrer la facilité de
cette communication , qui de Gien en
Auvergne aura toûjours été la plus promp-
te que les hommes puissent par eux- mê-
mes mettre en usage.
Quelqu'interessant qu'ait été cet éve-
nement , il arriva sans être médité ; les
Carnutes s'engagerent bien de faire la
premiere entreprise , mais on ne sçavoit
quand, et quelle elle seroit, et quoiqu'on
en répandît sur le champ la nouvelle , elle
ne le fut pas plus promptement que les
autres qu'on communiquoit par la même
voye ; il falloit toûjours que les uns at-
tendissent que ceux qui les devoient en-
tendre parussent , et ainsi des autres , à
moins de suposer qu'ils fussent tous prêts:
c'est ce qui n'est pas naturel à penser, et
ce qu'on ne peut faire dire à César sans
forcer son texte .
Gien est plûtôt à
2. lieuës d'Auver-
gne qu'Orleans qui en est à 12. ou 15.
lieues plus loin , et la distance que César
marque par mille, est plus exacte et plus
près de la verité que notre maniere de
1. Vol.
Bij compter
1070 MERCURE DE FRANCI
compter par lieues , parce que la differen
ce du nombre se trouveroit trop grande
il
y a près de so. mille de Gien à Orleans
et par consequent au lieu de 160. mille
ce sont 210. mille d'Orleans en Auver
gne. Nous disons plus aisément sc.OL
60. lieuës , qu'on ne diroit 150. ou 200
mille: enfin en donnant 15.heures pour l
temps de porter la nouvelle à 160. mille
il aura fallu 4. heu . et demie de plus pou
la porter d'Orleans en Auvergne , etc
plus ou ce moins n'auroit pas manque
d'être remarqué par César , puisque cet
évenement n'auroit pas été sçû , comme
J
il le fut , antè primam confectam vigiliam,
et qu'il l'auroit été 4. heures et demie
plus tard. Aymoin est l'Auteur de l'o
pinion qu'Orleans est Genabum : son au
torité en fait de critique n'est pas assés
bien établie pour qu'il en soit crû sans
༈༙་
nous en avoir cité d'autres pour apuyer
la sienne , et je crois qu'avec Aymoin ,
Hugues de Fleury , le Poëte Gilles de
Paris , la question peut demeurer en son
entier. Peut-on aussi compter tous ceux
qui ont traduit Genabura Orleans , et
ceux qui aportent en faveur de leur opi-
nion , le nom de Genabum par- tout où ils
le trouvent? Tant de personnes ont mis
la main au Livre d'Aymoin , que son
1. Vol.
passage
JUIN.
1737.
1071
passage poutoit bien être une Note in-
serée dans son Texte, et l'autorité qu'on
lui veut donner sur ce qu'il a demeuré
dans le voisinage d'Orleans et de Gien ,
ne presente toûjours que la question de
sçavoir s'il a bien connu ce Pays-là ; cette
demeure pouvoit- elle lui faire connoître
un Fait tel que celui dont il s'agissoit ?
Glaber , qui avoit été Moine à Saint
Germain d'Auxerre , et que l'on croit
même être né en cette Ville , qui n'est
pas fort éloignée de Gien et d'Orleans ,
prétend que cette dernière Ville n'a cu
son nom que de sa situation sur la Loire,
quasi ore Ligerianâ eo videlicet quod in ore
ejufdem Fluminis ripa sit constituta , non
quidam minus cauti existimant ab Aure-
liano Augusto.
M. de Tillemont T. 3. sur la Vie de
Empereur Aurelien
>
a suivi le senti-
ment d'Oton de Frisingue. Cet Empereur
vint , dit il , dans les Gaules ; on ne dit
pas ce qu'ily fit , selon Zonare & le Syn-
celle , il semble qu'il y soit venu à cause de
quelque rébellion des Gaulois , qu'il apai-
sa bien tôt. Le Maire , dans son Histoire
d'Orleans , cite beaucoup de Modernes
qui croyent que cette Ville a été rebâtie par
Aurelien , et le nom Latin qu'elle portoit
dès le cinquième Siecle au moins sen ble ne
I. Vol.
Biij.
venir
T072 MERCURE DE FRANCE
venir que de lui.C'est donc sur l'Analogie
du nom Latin d'Orleans , que cet Au-
teur , si respecté des Sçavans , l'attribuëà
Aurelien,plûtôt que sur l'autorité des Mo
dernes , et il ne passe pas pour cela à l'o-
pinion de ceux qui la font descendre de
Genabum. Il ajoûte même que le nom
Latin d'Aurelianis étoit celui qu'elle por-
toit au moins dès le cinquiéme Siecles
elle n'en avoit donc pas alors d'autr
sous lequel elle fût communément con-
nuë ; ainsi le passage de Gregoire de
Tours dans la Vie de S. Nisier , Evêque
de Lyon , est entierement décisif ; bien
loin de pouvoir être tourné en objection .
Cet Auteur fait mention de Genabensis
Galliarum Urbs : il y désigne une Vill
dont il n'avoit pas encore parlé , et i
falloit que cette Ville ne fût pas alor
bien connue , puisqu'il étoit obligé d'a
joûter , pour qu'on ne s'y méprît pas
que c'étoit une Ville des Gaules. Auroit-
il ainsi parlé d'Orleans qui étoit dans
son état brillant ? Pourquoi l'auroit- il
ainsi obscurcie sans la faire paroître , lui
qui en parle en plus de cinq uante occa-
sions sous le nom de Aurelianis ? Pour
quoi dans ce seul endroit auroit- il don-
né un nom qui n'étoit pas le nom connu
et en usage ? Il faut donc conclure du
I. Vol.
passage
I. Vol.
JUIN.
1737.
1073
passage de Gregoire de Tours , qu'il y
avoit de son temps une Ville de Gena-
bum , et la Ville d'Aurelien , et que ces
deux noms sont de deux Villes differen-
tes. La seule raison qui a fait croire à
Dom Ruinart que Genabensis Vrbs étoit
Orleans ,
c'est que Gregoire de Tours
avoit déja fait mention de Genêve sous
le nom de Januba.
On objecte contre Gien le passage de
Strabon qui place Genabum environ , fe
rè, au milieu de la Loire , restriction qui
rend son expression toûjours douteuse ,
et qui ne doit pas faire chercher Gena-
bum au milieu de ce Fleuve . C'est déci-
der ce qu'il ne décide pas , de tirer la
conséquence que cela s'aplique plûtôt à
la situation d'Orleans qu'à celle de Gien ;
puisque quand il s'en faudroit 15. lieuës,
cela n'empêcheroit pas que , sans accu-
ser Strabon de s'être trompé , on ne pût
dire , sans erreur , que Gien est presque
au milieu de ce Fleuve , par raport à son
long cours ; et je crois qu'à le bien pren-
dre , Gien est plûtôt au milieu de la Loi-
re qu'Orleans.
On ajoûte que Genabum étant le Mar-
ché principal des Carnutes qui venoient
y commercer , cela convient mieux , dit-
on, à Orleans, qui est plus près de Char-
Biiij.
tress
1074 MERCURE DE FRANCE
tres que Gien; mais c'est tout au plus une .
raison de convenance. Quand on parle
des Carnutes , cela doit s'entendre de tout
le Pays , aussi -bien que des Peuples de
la Capitale , et ce n'est pas toujours la
proximité d'une Ville d'un Pays avec la
Capitale , qui lui est la source de son
commerce ; c'est elle- même qui par sa
situation avec l'Etranger le porte au Pays.
C'étoit Genabum qui fournissoit les Car-
nutes , et portoit la richesse et l'abondan-
ce dans le Pays , sans avoir besoin d'être
plus près de Chartres. Il faut faire atten-
tion à l'état des Gaules , qui la rendoit
alors le rendez- vous des Peuples dont
elle étoit voisine.
Strabon justifie la maniere dont je ré-
.
ponds , en parlant du commerce du Rhô-
ne : il dit que la rapidité de ce Fleuve
rendant la navigation difficile à ceux qui
le remontoient , on transportoit les mar-
chandises par terre chés les Auvergnats ,.
et sur la Loire : Gien , auroit sans doute
été bien plus à portée qu'Orleans d'être
l'Entrepôt de ce commerce , et la pre-
miere Place considérable qui auroit reçû
ces marchandises. N'étoit- elle pas dans
une meilleure situation qu'Orleans par ra-
port à l'état de Gaules les Auvergnats y
venoient par la Loire ; elle étoit frontiere
I. Vol.
aux
JUIN.
I Vole
1737.
1075
aux Peuples du Berry , aux Eduens, aux
Senonois, &c. Cela ne valoit- il pas mieux
que d'être dans la situation d'Orleans et
plus près de Chartres ?
Le Maire, dans son Histoire d'Orleans ,
ajoûte qu'une suite de ce commerce ,
c'est que l'Evêque et le Chapitre de Char-
tres faisoient anciennement tous les ans une
Procession à Orleans; ce qui prouvoit , sc-
lon lui ,l'habitude des deux Peuples d'aller
les uns chés les autres Il faut, suivant ce
raisonnement qu'il n'y ait eu aucune inter-
ruption entre le commerce des Chartrains
et Genabum avec l'établissement des Pro-
cessions dans l'Eglise ,pour que l'on puisse
dire que l'un a été l'occasion de l'autre
et c'est ce qu'on ne peut soutenir : la cé-
lébrité d'Orleans , et le commerce qui
y a été porté depuis , en pouroit être la
seule cause, puisque cela aproche plus du
temps des Processions : il seroit même
peut-être plus naturel de donner à cet
établissement une origine plus pieuse
Enfin, pour tirer une consequence justė,
il faut prouver qu'Orleans est Genabum
autrement on tombe dans une petition
de principe.
On ajoûte encore que les chemins Ro-
mains dont on trouve des vestiges consi--
derables , conduisent de Chartres à Or-
Biv
leans>
1076 MERCURE DE FRANCE
leans , sans faire voir qu'ils ayent existé
avant Aurelien; quoi que ce soit Auguste
qui ait fait travailler le premier aux
grands chemins dans les Gaules, on sçait
qu'il ne les a pas tous faits , et Bergier
entre dans un grand détail du soin avec
lequel les Empereurs qui ont suivi , les
entretenoient , et formoient de nouvel
les communications entre les Villes.
On compte ensuite les distances de Ge
nabum à Paris , et on fait la même opera-
tion en suivant la route jusqu'à Autun ,
et on prétend que , par l'évaluation des
Milliaires sur nos lieuës , il est impossi-
ble que Gien soit l'ancien Genabum , puis
qu'Orleans se trouve précisément à la
même distance de ces Villes que Gena-
bum.
Mais sans entrer dans tout le détail de
la réponse qu'on pouroit faire, qui deman-
deroit beaucoup d'étendue , on croit que
ce qu'on a dit , affoiblit d'avance l'im-
pression que peut faire cette objection ,
qui est , à le bien prendre , la seule qui
reste aux Partisans d'Orleans. On sçait
que l'Itineraire est une piece suspecte et
fort peu exacte, puisqu'on convient qu'il
y a des lacunes en plusieurs endroits ,
que les noms des Villes y sont alterés ,
que les Milliaires ne sont pas sûrs , que
4. Fol..
les
IVol.
JUIN.
1737.
1077
Yes Sçavans ne sont pas même d'accord
sur plusieurs routes ; de sorte qu'on ne
doit pas se servir de l'Itineraire pour déci-
der des points obscurs : tout au contraire,
on vérifie l'Itineraire sur les connoissan-
ces que l'on a , et on ne s'en sert pas
comme on a fait avec des conjectures.
Il est inutile de faire valoir la célébrité
d'Orleans sous la premiere Race de nos
Rois , qu'elle a été Capitale, &c . Cela ne
peut pas prouver qu'elle ait été Genabum,
ni qu'elle fût ancienne ; ces raisons ne
déterminent pas pour y porter la Cour
d'un Roy , et ces sortes de distinctions
peuvent fort bien convenir à une Ville
nouvellement bâtie, qui a ordinairement
plus d'agrément qu'une Ville qui n'a que
le mérite de son ancienneté.
On veut encore que Gien justifie des
Monumens anciens , ce qui est hors du
cas ; puisque cette Ville , en la prenant
pour Genabum, ayant été détruite et brû--
lée par César , n'ayant pas eu de Restau-
rateur, et les Romains n'y ayant pas laissé
de ces Ouvrages immortels , n'aura rien
conservé ; combien de Villes anciennes ,
reconnues pour telles , qui n'ont aucuns
monumens de ces Maîtres du Monde ?
Cela peut même s'accorder avec ce qu'on'
Groit d'Orleans , qui ayant été bâtie , ou
Bvj
retablie
1078 MERCURE DE FRANCE
retablie par Aurelien , aura reçu tout le
commerce avec plus d'avantages qu'auci
ne autre Ville : les Peuples mêmes de Gena-
bum , élevés au commerce , auront été
s'y établir;
et ce sera ainsi qu'Orleans
aura été formée des débris de Genabur
qui sera demeurée une Ville peu consi-
dérable : il n'en faut pas davantage pour.
faire naître de ces Traditions populaires
qui se corrompent toûjours , et qui dans
les temps ténebreux de la Litterature, au-
ront été adoptées par Aymoin , & c.
La question que l'on fait , si Gien sub-
sistoit , est la question même ; si elle est
Genabum , elle subsistoit ; si elle est Ge-
nabum , elle avoit un Pont. Il pouvoit y
en avoir plus bas , mais il ne s'agit pas
de celui - là . Enfin le nom qu'elle porte
est d'une grande considération pour
apuyer ce sistême ,
il fait autant croire
que Gien est Genabum , que le nom d'Or
leans peut prouver qu'elle tire son ori-
gine de l'Empereur Aurelien , suivant
M. de Tillemont , il n'y en a pas d'au-
tre preuve. Les noms de Giemus, Gie-
macum, Giemum , qu'elle a porté dans les
temps de la basse Latinité, sont-ils plus
éloignés de Genabum que ceux de quan
tité de Villes qu'on reconnoît avec de
pareilles alterations ?.
I..Vol.
Ons
JUIN.
1737.
1079
On fait encore la même objection à
Gien que celle que j'ai prévu pour Aval
lon , en disant qu'elle est aujourd'hui du
Diocèse d'Auxerre et de la Métropole
de Sens : d'où on conclut qu'elle a dû être
du Pays des Senonois , et qu'elle ne peut
avoir été Genabum , qui étoit du Pays des
Carnutes. Je ne repeterai pas ce que j'ai
dit sur le principe en général , jajoûterai
seulement que le Lieu où est Gien apar-
tenoit incontestablement aux Carnutes
puisque la Loire passoit , suivant Stra
bon , chés les Auvergnats , et dans le
Pays des Carnutes; et il ne dit pas qu'elle
passât chés les Senonois. Enfin ce qui ne
peut convenir à Orleans , et désigne ab-
solument Gien , c'est que César , après-
avoir pris Genabum , entre dans le Pays
de Berry.
Dire que Gien auroit eu l'Evêché si
elle avoit été Genabum, c'est vouloir faire
croire que ces établissemens ont été faits
les Titres à la main , en examinant l'an--
cienneté des Villes , et que les Apôtres
des Gaules , et ceux qui ont fondé des
Eglises , n'ont pas plûtôt fait attention
à d'autres avantages plus propres à ré
pandre la Foy Pourquoi Decise , Me-
lun , &c. n'ont elles pas d'Evêques ? Ces:
Villes ont parû avant Lyon , qui est
14Vol..
cependant
TOS MERCURE DE FRANCE
cependant apellée la Mere des autres
Eglises. C'est que Lyon avoit dans ce
temps là des avantages qui la faisoient
regarder , à juste titre , comme une Ville
des plus considérables par le concours
des Etrangers. N'étoit- il pas plus natu-
rel qu'Orleans , qui sortoit , pour ainsi
dire , des mains d'Aurelien , eût un Evê-
que , que Gien , qui n'avoit que le sou-
venir de son ancienneté , inuțile à l'éta-
blissement d'un Evêché ? cela même au-
ra dû se faire en suivant le rang que
les Villes tenoient dans l'ordre civil , par
les Prérogatives qu'Aurelien aura accor-
dées à sa Ville. Je ne prétens pas enlever
à Orleans aucun de ses avantages ,
ni
même son ancienneté , elle peut avoir
précedé Aurelien , sans avoir été Gena-
bum. Quand elle ne prendroit son origi-
ne que de ce Prince , elle l'emporteroit
toûjours sur quantité de Villes du Royau-
me , par l'éclat avec lequel elle a parû,
et les Grands Hommes qui en sont sortis ,
et ceux qui y vivent encore.
On me reprochera peut- être de m'être
trop attaché à des conjectures , & à l'A-
nalogie ; je ne donne pas les conjectures
pour des preuves; j'ai cru avoir droit d'en'
faire usage dans des questions où on ne
peut que m'en oposer ; pour l'Analogie ,
I,Vol
jai:
JUIN.
1737
To81
fai évité les deux excès de la mépriser, et
d'en faire trop de cas ; je ne m'y suis pas
abandonné sans regle , puisque je l'ai ac-
cordée avec la position de Lieux.
31. Janvier 1737.
Criminel au Bailliage d'Avallon, sur
Vellaunodunum, ancienne Ville des
Senonois, et Genabum des Carnutes.
Les Sçavans ont été fort partagés sur
la situation de ces deux Villes ; tous
conviennent qu'il faut principalement
la chercher dans César , en suivant au-
tant qu'on peut la découvrir , la route
qu'il a tenue pour aller se rendre maître
de ces deux Places.
César ayant apris en Italie que les Gau-
lois avoient profité de son éloignement ,
et des affaires qu'ils croyoient devoir les
retenir à Rome , pour secoüer le joug
de la domination Romaine , les Carnu-
tes , les Senonois , les Parisiens , les Peu
ples du Poitou, de la Touraine , &c. for-
mentune ligue,s'y engagent par serment,,
et choisissent Vercingentorix pour leur Gé-
néral ; les Carnutes les premiers se signa-
lent par une entreprise d'éclat , ils se
rendent à Genabum
1.Voli
,
où se faisoit un
commerce considérable
>
égorgent les
1
Citoyens Romains qui s'y trouvent , et
entre autres Fusius Cotta qui avoit le soin
Av
dess
1052 MERCURE DE FRANCE
des Vivres ; le bruit de cette action se
répand en peu de temps parmi les Gau-
lois , et le jour même il est porté chés
les Auvergnats , qui sont éloignés de
cent soixante mille de Genabum.
César étant arrivé dans les Gaules ;,
s'annonce par quelques expéditions du
côté des Sevennes et de l'Auvergne, vient
3
ensuite à Vienne , continue sa marche
jour et nuit , en suivant les Frontieres
du Pays des Eduens , pour aller dans ce--
lui des Langrois. Quand il y est arrivé ,.
il donne ses ordres pour assembler ses
Troupes dans un même Lieu , avant que
»
les Auvergnats en puissent être avertis ;
ce qui étant cependant venu à la con-
noissance de Vercingentorix , ce Général
conduisit son Armée dans le Berry , d'où
il alla assieger Gergovia, Ville des Boyens,
Peuples qui avoient des motifs pour être.
plus attachés à César , et moins affection-
nés à la liberté Gauloise que les naturels
du Pays..
L'entreprise de Vercingentorix donna
de l'inquietude à César , qui craignoit
pour sa réputation , et que ses Alliés ne
comptassent plus sur lui , s'ils voyoient
que son secours leur manquoit au besoin;
lé courage de Gésar lu! fit passer sur tou-
tes les difficultés , qui auroient été capa
I.Wol!
bles i
"
JUIN.
1737.
10533
bles d'arrêter tout autre que lui. Il s'as-
sura des vivres pour son Armée auprès
des Eduens , et fit avertir les Boyens de
demeurer fidéles et de se défendre avec
vigueur , afin que se mettant en marche
pour les secourir , il eût le tems de les
joindre. Après avoir laissé deux Légions
à Agendicum , et les Equipages de toute
son Armée , il marche au secours des
Boyens , Duabus Agendici Legionibus re-
lictis atque impedimentis totius exercitus, ad
Boyos proficiscitur.
Je ne vois pas sur quel fondement on a
pû faire passerCésar par Agendicum, puis-
qu'il ne dit pas un mot qui le supose , et
qu'il fait même entendre le contraire. 11
parle de son arrivée dans le Pays de Lan-
gres , et raconte avec beaucoup d'ordre
et de précision les mesures qu'il prend ,
et finit son récit par son départ ; il avoit
assemblé son Armée dans un même Lieu
qu'il ne nomme pas , ses ordres étoient
donnés, avoit-il autre chose à faire, que
de partir ? Et ce qu'il dit , ne fait- il pas
connoître qu'il part du Lieu où ses Lé-
gions sétoient rendues ? If les auroit as-
semblées à Agendicum ,
*
s'il en avoit dû
partir , et on ne peut pas croire qu'il y
alt passé pour se donner lui - même un
soin aussi subalterne que d'y conduire
Il-Volt
Avji
deuxx
1054 MERCURE DE FRANCE
deux Légions , et les Equipages d'une
Armée, dans une conjoncture où il étoit
aussi pressé. Il remarque même , à la fin ,
de son VI. Livre , la distribution qu'il,
avoit faite de ses Légions avant que de
sortir desGaules pour aller en Italie.Il y en
avoit six à Agendicum , ainsi il put en ti-
rer quatre , et en laisser deux , et il lui.
étoit facile d'y faire conduire les Equipa-
ges
de l'Armée
sans y aller en person-
ne. Il a pû aussi assembler toutes ses Lé-
gions et en renvoyer deux à Agendicum,
avec les Equipages ; quoiqu'il en soit , de
la maniere dont cela s'est fait, ce sera cet
ordre qu'il a donné , qu'on aura pris.
pour une marche effective qu'il ait faite..
La situation des affaires de César ne.
lui permettoit pas d'ailleurs de passer par.
Agendicum , que presque tous les Sca-
vans prennent pour Sens , ce qui l'auroit:
obligé de traverser le Pays Ennemi ¡des.
Senonois , qui auroient inquiété son Ar-
mée , retardé sa marche , et même au-
roient pû lui couper les Vivres ; de sorte.
qu'il a dû ne pas s'écarter du Pays des
Eduens , Peuples qui étoient son unique.
ressource pour la subsistance de son Ar
mée:
On ne voit pas dans quel endroit du
Pays de Langres ,, César assembla cette
1. Vol.
Armée ; )
JUIN.
1737.
1055
Armée ; ainsi on ne peut pas dire qu'en
partant du Pays de Langres , il abrégeât
son chemin en passant par Agendicum
dans la circonstance où il se trouvoit ,
c'étoit avancer que de prendre même le
chemin le plus long , pourvû qu'il fût
le plus assuré , et on doit croire qu'il
avoit pris ses mésures de la maniere la
plus convenable à ses desseins.
César étant donc parti du Pays de
Langres , marche avec hâte , et arrive le
lendemain de son départ à une Ville des
Senonois , qu'il nomme Vellaunodunum ;
il dit lui-même les raisons qui l'obligent
de l'assieger , ne quem post se hostem relin
queret , quo expeditiore re frumentarià ute-
retur , oppugnare instituit. Il l'aproche en
effet , en fait la circonvallation en deux'
jours , et l'oblige de se rendre ; comme
il n'avoit pas plus de temps qu'il lui en
falloit , il laisse à Trébonius le soin de
faire executer la Capitulation , marchet
à grandes journées à Genabum , et y arri
ve en deux jours.
L Vol.
1
César ne dit rien de la situation de
Fellaunodunum. Pour la trouver il faut
chercher une Place frontiere des Seno-
nois et des Eduens , sur la route du Pays
de Langres pour aller sur la Loire.
Je trouve la Ville d'Avallon , dont le
>
Bailliage,
106 MERCURE DE FRANCE
Bailliage , qui est ancien , est une partiè
engagée dans le Diòcése de Langres, mais
je ne la propose qu'avec précaution et
sans prétendre décider.-
La situation d'Avallon est exprimée
par le mot de Vellaunodunum , qui pré-
sente à l'esprit, l'idée d'une Plaine, d'une
Vallée où il y a une éminence ; il n'est
pas nécessaire sans doute de rebatre aux
Sçavans l'étimologie de Dunum , après
ce que M. Lancelot et M. le Beuf en ont
dit , il y a dans le Pays même des preu-
ves qui fortifient le sentiment général
sur cette explication , qui est reçûë de
tout le monde.
La Ville d'Avallon est située à l'extré
mité d'une Plaine qui est bornée de cô-
téaux plantés de Vignes , qui produisent
ces Vins si estimés , et sur un rocher es-
carpé de trois côtés , entouré de larges
et profonds Vallons , sur lesquels elle
domine , dans une partie desquels cou-
le la Riviere de Cousain , Cusa amnis i
de sorte que ceux qui viennent du Mor-
vent , qui est au midi de cette Ville ,
sont obligés de descendre et de monter
plus qu'ils n'ont descendu , pour arriver
à cette même Ville .
On ne peut pas dire que l'épithete de
Dunn n'y convienne pas , sous prétex-
I fol
te,,
JUIN.
1737.
1057
te , que du côté de la Plaine elle est ac
cessible , puisque des trois autres elle est
sur une éminence qui domine tous les
aspects.
Si on raproche Vellaunodunum du noma™
d'Aballo ,on y trouve plûtôt un retran-
chement qu'un changement , Aballo se´
trouvant dans Vellauno , la lettre V. a
souvent été prise pour le B. et A. pour
E. dans les Mémoires Historiques et Cri-
tiques , attribués à Mezéray ; s'il n'y a
pas faute d'impression , on y lit Abullo ,
Avallon , ainsi Avellau , Abullo, Aballo,
sont un même nom, que les Copistes ou
lés prononciations ont défiguré. Bollan-
dus qui sçavoit les altérations auxque !--
les les noms de Villes sont sujets , dans
ses notes sur la vie de Saint Lubin , Evê-
que de Chartres , a pris Avallocium pour
Avallon , quoique ce soit Alluye au Pays
de Chartres , il n'y a qu'à voir Gregoire
4. c. 50. Avallocium Car
de Tours , liv . 4. c. 50.
natensem Castrum : surquoi Dom Ruinart´
observe qu'il s'est apellé depuis Alcium
ou Alogium , mais qu'il s'est écrit Al-
sium dans la plupart des Manuscrits , le
mot Aval,suivant Menage, signifie pente :
et descente. Les mots de Val et de Val-
lée rapellent cette signification. Avaller
-dans le sens qu'il a communément, étant
1. Vol .
1658 MERCURE DE FRANCE
métaphorique , et faisant allusion à la
descente des alimens , c'est peut-être ce
qui est entré dans l'esprit de l'Auteur
de la Chronique des Minimies , quand
il a dit d'Avallon , à l'occasion du Con-
vent de son Ordre qui y est établi , que
son nom lui venoit de sa situation , à
præter labente fluviolo cui incidet Aballo
dicitur. Ainsi le mot Aballo n'exprimera
qu'une partie de ce que Vellaunodunum
signifie , il présentoit à l'esprit la pente
et la descente en même temps que l'éle-
vation , comme un endroit où on ne fait
que monter et descendre ; au lieu qu'A
ballo n'exprime que la descente , ce qui
revient toujours au même , puisqu'on ne
peut descendre d'un endroit , qu'on ne
remonte pour y retourner.
Il paroît plus à propos de rendre ain-
si l'étymologie d'Avallon , que par une
autre explication du Celtique qui rend
celle de pomme et de pommier , suivant
un Dictionaire François Breton-Armo-
rique , imprimé en 1659. page 130 .
Adrien de Valois a reçû cette étymolo
gie, suivant laquelle Vellaunodunum pou-
roit signifier la même chose ; cependant
quoiqu'il soit plus juste d'expliquer les
noms de nos Villes anciennes par cette
Langue , que par ceux du Grec ou dự
1. Wo!..
Latin
JUIN.
I. Vol.
1737.
1059
Latin , il faut préférer l'explication qui
a un raport à la chose qu'on explique.
Je conviens qu'on ne trouve aucun
Monument qui prouve l'ancienneté d'A-
vallon , et que si on en exigeoit , je se-
rois réduit à la même excuse que ces fa-
milles douteuses qui se forment un titre
de leur obscurité , et qui ont perdu leurs
papiers dans des incendies ou des pilla-
ges ; cette raison ne seroit pas si mau-
vaise pour Avallon qui en a essuyé de
trop connus , pour que je sois obligé
d'en donner ici les preuves. J'ai oui - dire
à des personnes dignes de foy , qu'il y
avoit eu des restes d'Antiquité , mais
c'est comme s'ils n'avoient pas existé ;
on ne sçait ce que c'est , et on n'en voit
rien.
Il y a seulement quelques années qu'en
démolissant ( chés les Prêtres de la Doc-
trine Chrétienne qui gouvernent le Colle
ge ) les fondations du Château d'Aval-
lon , Castrum Avallonis ; on trouva sous
une grosse pierre du bled , dont l'écor-
ce étoit noircie , soit par vetusté , soit
par quelque opération qu'on avoit faite
pour en conserver la farine aussi saine
qu'elle étoit , deux Lyonceaux d'or , et
plusieurs Médailles; j'en ai vû une qui est
encore entre les mains de M. Vallon ,
Chanoine
1060 MERCURE DE FRANCE
Chanoine de l'Eglise Collégiale Notre-
Dame Saint Lazare de cette Ville , qui
est une consecration d'Auguste ; on y lit
Imp. Cas . au revers, Aug. avec un Aigle.
Je sçais bien que tous les murs dans
lesquels il y a des Médailles , n'ont pas
été bâtis dans le temps auquel ces Mé-
dailles ont été frapées , mais celle ci s'est'
trouvée avec plusieurs autres , avec du
bled , deux Lyonceaux , sous une pierre'
distinguée par sa grosseur , et la figure
ronde , qui servoit de fondement à un
mur de dix-huit à vingt pieds d'épais-
seur , dont l'ouvrage étoit si solide et
si massif , qu'un Ouvrier en pouvoit à
peine rompre deux ou trois pieds par
jour , c'est ce que j'ai vû à peu près dans
le même endroit , dans une autre occa-
sion , et ce qu'on avoit déja, vu dans le
temps que les Ursulines ont bâti leur
Convent , et toujours dans l'enceinte où
la Tradition du Pays , les anciens Titres:
et Terriers de la Ville et du Chapitre ,
placent le Châtel d'Avallon..
Ces Lyonceaux , ce bled , ces Médail-
les , me rapellent à ces anciennes super-
stitions , à l'occasion de la fondation ou
du rétablissement des Villes ou Bâti-
mens publics , dont on voit le détail
dans Tacite , 1. 4. Plutarque sur la Vie
1. Vol.
de
JUIN. 1737.
I. Vol.
1:61
de Romulus , Alex.ab Alex.l.6. c. 14. XC.
Ne feroit ce pas encore trop hazırder ,
de conjecturer que ce pouroit être Au-
guste qui auroit formé le Castrum Ava
lonis , pour y loger les Troupes qui de-
voient y pisser sur les grands chemins
qu'il y a fait faire , dont on voit les res-
tes , et dont il est fait mention dans l'I-
tinéraire d'Antonin , et les Tables des-
Peuttingers? Et la destination de ce Cas-
trum , pouroit faire rendre raison du re-
tranchement de Dunum , et de sa substi-
tution en sa place , ce qui lui est com-
mur. avec d'autres Villes. Quoi qu'il en-
soit,l'Itinéraire connu sous le nom d'An-
tonin , qui porte Aballo , ne contredit
pas cette opinion , les Sçavans ne sont
pas même d'accord sur son époque , que
l'on ne porte pas communément à la pre-
miere Antiquité.
Avallon est assés ancien pour pouvoir
être Vellaunodunum , on ajoute à ce que
l'on a déja dit , qu'on voit cette Ville
en considération du temps au moins
de Saint Germain , Evêque de Paris , qui
y avoit étudié , et de Saint Jean de
Reaume , pour avoir un Comte , des
Ecoles , et une étendue de Pays dont
elle étoit la Capitale , qui s'apelloit Pa-
gus Avalensis."
Si
1062 MERCURE DE FRANCE
Si on réunit ce que je dis sur l'ancien-
neté d'Avallon , son nom , sa situation ,
qu'elle est sur la route du Pays de Langres
pour aller sur la Loire , et frontiere aux
Eduens, en ne séparant pas toutes ces vûës,
je crois qu'elles forment au moins une for-
te conjecture pour mon sistême ; mais je
laisse aux Sçavans à décider, et je me sou-
mets d'avance à leur jugement.
Je sçais bien qu'on me peut faire , en
tr'autres objections , celle- ci ; que César
dit que Vellaunodunum est une Ville des
Senonois , et qu'Avallon est du Diocèse
d'Autun , et que les Diocèses Ecclesias-
tiques ont été formés sur le partage tem
porel des Provinces; d'où on doit conclu-
re, dira-t-on, qu'il faur chercher Vellan-
nodunum dans la Métropole de Sens.
Ce principe est vrai , mais il cesse de
l'être , si on en fait en route occasion
un usage trop rigoureux ; loin de le com-
battre,je prétends le recevoir et le rendre
plus certain en le resserrant dans ses bor-
nes , et faisant voir qu'il ne nuit pas à
ce que j'ai proposé.
On sçait que la Foy a été portée dans
les Gaules assés tard , ainsi les Eglises n'ont
pû être en état de faire entr'elles des
divisions de Diocèses que plus tard en-
core, et vraisemblablement depuis Cons-
1. Vol.
tantin
JUIN.
1737.
1063-
tantin.Or il est certain que les distinctions
des Provinces Ecclesiastiques n'ont été
formées que sur la division temporelle
qui subsistoit dans le temps que l'on a
fait ces divisions . C'est donc un Anacro-
nisme d'apliquer l'étenduë d'un Diocèse,
ou d'une Métropole à l'étenduë d'un Païs
du temps de César , puisque depuis lui
jusqu'à l'établissement des Diocèses Ec-
clesiastiques , il y a eu differens partages
de Provinces , et que l'autorité des Villes,
ou du moins de quelques-unes avoitit pas-
sé à d'autres , qui , par consequent, dans
P'Ordre Ecclesiastique étoient devenuës
les premieres. Les divisions des Diocèses
n'ont pas été reglées avec les premiers
Evêques, ce n'a dû être que quand ils ont
été dans un état fixe et tranquille, que les
changemens de Province n'en ont point
fait aux limites du Territoire Ecclesiasti-
que. On voit bien , par exemple , que le
Diocèse d'Autun , quelque étendu qu'il
soit , ne comprend pas tout le Pays des
Eduens ; que le Pays des Senonois n'est
pas exactement le territoire du Diocèse
de Sens , ni même celui de la Métropole;
la quatriéme Lyonnoise étant une divi .
sion posterieure , qui a donné l'étenduë à
la Métropole. M. de Tillemont T. 5. His.
toire des Empereurs , Art. 65. sur l'Em
1. Vol
pereur
1064 MERCURE DE FRANCE
pereur Honorius , raporte que cet Empe-
reur partagea la Lyonnoise en quatre
Provinces , que du tems de Gratien et de
Théodose , elle n'en faisoit que deux , dont
Lyon et Rouen étoient Métropoles
ainsi
c'est à Honoré que les Métropoles de Tours
et de Sens doivent leur Erection , aussi la
troisiéme Lyonnoise , qui est la Province de
Tours et la Senonoise sont marquées entre
·les dix-sept Provinces des Gaules dans la
Notice de l'Empire qu'on croit avoir été fai-
te du temps d'Honoré. M. de la Barre dans
un Mémoire sur les Divisions des Gaules,
imprimé dans les Mém. de Litt. T.8. p .
403 , prétend trouver la division des qua-
tre Lyonnoises avant 381. sous l'Empire
de Gratien. Quoi qu'il en soit, il ne faut
pas conclure que parce qu'uneVille n'est
aujourd'hui ni de la Métropole , ni du
Diocèse de Sens , qu'elle n'étoit pas du
temps de César dans le Pays des Seno-
nois , puisque cette Métropole a été for-
mée bienpostérieurement sur un partage
temporel tout different .
Il est plus que vraisemblable qu'Aval
lon , qui n'est éloigné que de deux ou
trois lieuës du Diocèse et du Bailliage
d'Auxerre , ait été compris dans le Pays
des Senonois ; le Pays des Eduens s'éten
doit moins de ce côté-là ; et César , après
1. Vol.
avoir
L. Vol,
JUIN.
1737.
1065
avoir pris Vellaunodunum, l'aura attribuée
aux Eduens. Enfin il y a eu depuis lui
jusqu'au temps de l'établissement des
Diocèses tant de changemens généraux
et particuliers, qu'on ne peut apliquer la
Division Ecclesiastique pour connoître à
quel Pays on doit attribuer une Ville du
temps de César,
Après la prise de Vellaunodunum, César
partit avec précipitation pour aller à Ge-
nabum. Ipse ut quamprimùm iter faceret ,
Genabum Carnutum proficiscitur. Il falloit
bien que ce fût l'endroit le plus près où
il pût passer la Loire , puisque ne s'étant
mis en marche que pour secourir Gergo-
via , qui n'étoit pas , comme il le dit lui-
même , en état de tenir long-temps , il
avoit trop d'interêt de ne pas prendre un
passage plus bas , pendant qu'il en trous
voit un plus près , et il falloit bien que
ce fût le seul endroit où il dût nécessai-
rement passer , puisque les Carnutes mé-
ditoient de la mettre en défense , et ne
s'étoient pas assés pressés d'y jetter les
secours nécessaires soit d'hommes , soit
de munitions , parce qu'ils croyoient que
le Siege de Vellaunodunum traîneroit en
longueur. Si la situation de leur Place ne
les avoit pas exposés les premiers , ils
n'auroient pas dû croire que César seroit
venu
1.066 MERCURE DE FRANCE
venu à eux après la prise de Vellaunodu-
num ; ce qui prouve , sans replique , que
c'étoit le seul passage convenable aux des-
seins de César.
Son objet assurément n'étoit pas d'al
ler s'amuser à se vanger de Genabum , il
n'y passoit que parce que c'étoit son che
min ; quand il part du Pays de Langres,
il mande aux Boïens qu'il marche à leur
secours ; il les exhorte à lui donner le
temps , par une vigoureuse resistance ,
de lesjoindre à propos.Gergovia étoit trop
peu considerable pour qu'il pût compter
pouvoir prendre Genabum avant que Ver-
cingentorix eût pris Gergovia , lui qui
doutoit même s'il auroit le temps d'y ar
river. On sçait les inquietudes que le
Siege de cette Place lui donnoit ; enfin
il ne párt l'hyver que pour la secou-
rir. On ne peut donc pas lui donner
d'autres motifs s'il passe à Genabum ,
que de prendre le chemin le plus court
pour y aller.
Il y a quantité d'inconveniens à croi-
re que César ne prend Genabum que pour
donner à ses Armes l'éclat d'une ven-
geance ; il y avoit sans doute plus d'éclat
à réussir dans son objet en arrêtant les
entreprises de ses Ennemis , en secourant
ses Alliés , et en ne laissant pas prendre
1. Vol.
Gergovia
JUIN.
1737.
1067
Gerrovia ne risquoit- il pas tout si cetre
Place tomboit entre les mains des Gau
lois ? ainsi c'est la nécessité du passag
qui détermine César à attaquer Genabum
et c'est ce qui me détermine à préférer
le sentiment de ceux qui prennent Gien
pour Genahum , à l'opinion de ceux qui
sont pour Orleans.
Cette marche que je fais faire à César,
en le faisant partir du Pays de Langres ,
et en prenant Avallon pour Vellaunodu
num , comme étant à peu près à égale
distance de Gien et de l'endroit où il
a voit assemblé ses Légions , qui est celui
d'où il part , puisqu'il arrive en deux
jours à Vellaunodunum ,
et qu'il met le
même espace de temps pour aller de
Vellaunodunum à Genabum , cette marche,
dis. je , s'accorde parfaitement avec l'idée
qu'en donne César. Il avoit une Armée
légere , qui n'avoit aucuns embarras d'é.
quipages , et il exprime fort clairement
qu'il va plus vite que de coûtume ; il ne
dit cependant pas qu'il fait de ces mar-
ches forcées et extraordinaires qu'on sçait
qu'il a quelquefois faites en d'autres oc-
casions, et qu'il a soin de remarquer: ain-
si il faut prendre le milieu entre ces gran-
des marches et une marche ordinaire, On
remarque , après Vegece , qu'un Soldat
1. Vol.
B
Romain
1068 MERCURE DE FRANCE
Romain faisoit en cinq heures d'Eté
gradu militari , vingt mille , ce qui re-
vient à six lieuës et demie . Or ceux qui
font passer César à Sens , et qui met-
tent Vellaunodunum entre cette Ville
Orleans , ne lui font faire que vingt qua
tre lieuës en quatre jours de marche ; re.
connoîtroit- on l'activité de César defal
re moins que de coûtume , quand il dit
qu'il en fait davantage , et qu'il s'étoiɛ
même, dans ce dessein, débarassé d'équis
pages? Il y a encore plus d'inconvenient
pour ceux qui , prenant Genabum pour
Gien , ne lui font faire que quinze lieuës
en quatrejours , en le faisant aussi pard
tir de Sens au lieu qu'en prenant Vel
launodunum pour Avallon , et le faisant
partir du Pays de Langres , on lu ficfait
faire dix de nos lieuës par jour, c'est crois
lieues et demie plus que l'ordinaire :
pouvoit-il faire moins étant obligé à faire
une marche plus forte ? et n'a ton
vû qu'il en a fait plus du double en une
nuit? c'est ce que les Partisans d'Orleans
prouvent par César même.
La nouvelle de la Révolution arrivée
à Genabum est portée en douze ou quinze
heures en Auvergne , qui , selon César
en est éloignée d'environ 160. mille , ce
qui revient à 52. lieuës , et prouve que
1. Vol.
JUIN.
1737.
1069
c'est plûtôt Gien qu'Orleans ; car quel-
que prompte qu'on puisse imaginer
qu'ait été la maniere dont les Gaulois se
communiquoient successivement
, par
des cris , ce qui se passoit d'un Pays à un
autre , il ne faut pas outrer la facilité de
cette communication , qui de Gien en
Auvergne aura toûjours été la plus promp-
te que les hommes puissent par eux- mê-
mes mettre en usage.
Quelqu'interessant qu'ait été cet éve-
nement , il arriva sans être médité ; les
Carnutes s'engagerent bien de faire la
premiere entreprise , mais on ne sçavoit
quand, et quelle elle seroit, et quoiqu'on
en répandît sur le champ la nouvelle , elle
ne le fut pas plus promptement que les
autres qu'on communiquoit par la même
voye ; il falloit toûjours que les uns at-
tendissent que ceux qui les devoient en-
tendre parussent , et ainsi des autres , à
moins de suposer qu'ils fussent tous prêts:
c'est ce qui n'est pas naturel à penser, et
ce qu'on ne peut faire dire à César sans
forcer son texte .
Gien est plûtôt à
2. lieuës d'Auver-
gne qu'Orleans qui en est à 12. ou 15.
lieues plus loin , et la distance que César
marque par mille, est plus exacte et plus
près de la verité que notre maniere de
1. Vol.
Bij compter
1070 MERCURE DE FRANCI
compter par lieues , parce que la differen
ce du nombre se trouveroit trop grande
il
y a près de so. mille de Gien à Orleans
et par consequent au lieu de 160. mille
ce sont 210. mille d'Orleans en Auver
gne. Nous disons plus aisément sc.OL
60. lieuës , qu'on ne diroit 150. ou 200
mille: enfin en donnant 15.heures pour l
temps de porter la nouvelle à 160. mille
il aura fallu 4. heu . et demie de plus pou
la porter d'Orleans en Auvergne , etc
plus ou ce moins n'auroit pas manque
d'être remarqué par César , puisque cet
évenement n'auroit pas été sçû , comme
J
il le fut , antè primam confectam vigiliam,
et qu'il l'auroit été 4. heures et demie
plus tard. Aymoin est l'Auteur de l'o
pinion qu'Orleans est Genabum : son au
torité en fait de critique n'est pas assés
bien établie pour qu'il en soit crû sans
༈༙་
nous en avoir cité d'autres pour apuyer
la sienne , et je crois qu'avec Aymoin ,
Hugues de Fleury , le Poëte Gilles de
Paris , la question peut demeurer en son
entier. Peut-on aussi compter tous ceux
qui ont traduit Genabura Orleans , et
ceux qui aportent en faveur de leur opi-
nion , le nom de Genabum par- tout où ils
le trouvent? Tant de personnes ont mis
la main au Livre d'Aymoin , que son
1. Vol.
passage
JUIN.
1737.
1071
passage poutoit bien être une Note in-
serée dans son Texte, et l'autorité qu'on
lui veut donner sur ce qu'il a demeuré
dans le voisinage d'Orleans et de Gien ,
ne presente toûjours que la question de
sçavoir s'il a bien connu ce Pays-là ; cette
demeure pouvoit- elle lui faire connoître
un Fait tel que celui dont il s'agissoit ?
Glaber , qui avoit été Moine à Saint
Germain d'Auxerre , et que l'on croit
même être né en cette Ville , qui n'est
pas fort éloignée de Gien et d'Orleans ,
prétend que cette dernière Ville n'a cu
son nom que de sa situation sur la Loire,
quasi ore Ligerianâ eo videlicet quod in ore
ejufdem Fluminis ripa sit constituta , non
quidam minus cauti existimant ab Aure-
liano Augusto.
M. de Tillemont T. 3. sur la Vie de
Empereur Aurelien
>
a suivi le senti-
ment d'Oton de Frisingue. Cet Empereur
vint , dit il , dans les Gaules ; on ne dit
pas ce qu'ily fit , selon Zonare & le Syn-
celle , il semble qu'il y soit venu à cause de
quelque rébellion des Gaulois , qu'il apai-
sa bien tôt. Le Maire , dans son Histoire
d'Orleans , cite beaucoup de Modernes
qui croyent que cette Ville a été rebâtie par
Aurelien , et le nom Latin qu'elle portoit
dès le cinquième Siecle au moins sen ble ne
I. Vol.
Biij.
venir
T072 MERCURE DE FRANCE
venir que de lui.C'est donc sur l'Analogie
du nom Latin d'Orleans , que cet Au-
teur , si respecté des Sçavans , l'attribuëà
Aurelien,plûtôt que sur l'autorité des Mo
dernes , et il ne passe pas pour cela à l'o-
pinion de ceux qui la font descendre de
Genabum. Il ajoûte même que le nom
Latin d'Aurelianis étoit celui qu'elle por-
toit au moins dès le cinquiéme Siecles
elle n'en avoit donc pas alors d'autr
sous lequel elle fût communément con-
nuë ; ainsi le passage de Gregoire de
Tours dans la Vie de S. Nisier , Evêque
de Lyon , est entierement décisif ; bien
loin de pouvoir être tourné en objection .
Cet Auteur fait mention de Genabensis
Galliarum Urbs : il y désigne une Vill
dont il n'avoit pas encore parlé , et i
falloit que cette Ville ne fût pas alor
bien connue , puisqu'il étoit obligé d'a
joûter , pour qu'on ne s'y méprît pas
que c'étoit une Ville des Gaules. Auroit-
il ainsi parlé d'Orleans qui étoit dans
son état brillant ? Pourquoi l'auroit- il
ainsi obscurcie sans la faire paroître , lui
qui en parle en plus de cinq uante occa-
sions sous le nom de Aurelianis ? Pour
quoi dans ce seul endroit auroit- il don-
né un nom qui n'étoit pas le nom connu
et en usage ? Il faut donc conclure du
I. Vol.
passage
I. Vol.
JUIN.
1737.
1073
passage de Gregoire de Tours , qu'il y
avoit de son temps une Ville de Gena-
bum , et la Ville d'Aurelien , et que ces
deux noms sont de deux Villes differen-
tes. La seule raison qui a fait croire à
Dom Ruinart que Genabensis Vrbs étoit
Orleans ,
c'est que Gregoire de Tours
avoit déja fait mention de Genêve sous
le nom de Januba.
On objecte contre Gien le passage de
Strabon qui place Genabum environ , fe
rè, au milieu de la Loire , restriction qui
rend son expression toûjours douteuse ,
et qui ne doit pas faire chercher Gena-
bum au milieu de ce Fleuve . C'est déci-
der ce qu'il ne décide pas , de tirer la
conséquence que cela s'aplique plûtôt à
la situation d'Orleans qu'à celle de Gien ;
puisque quand il s'en faudroit 15. lieuës,
cela n'empêcheroit pas que , sans accu-
ser Strabon de s'être trompé , on ne pût
dire , sans erreur , que Gien est presque
au milieu de ce Fleuve , par raport à son
long cours ; et je crois qu'à le bien pren-
dre , Gien est plûtôt au milieu de la Loi-
re qu'Orleans.
On ajoûte que Genabum étant le Mar-
ché principal des Carnutes qui venoient
y commercer , cela convient mieux , dit-
on, à Orleans, qui est plus près de Char-
Biiij.
tress
1074 MERCURE DE FRANCE
tres que Gien; mais c'est tout au plus une .
raison de convenance. Quand on parle
des Carnutes , cela doit s'entendre de tout
le Pays , aussi -bien que des Peuples de
la Capitale , et ce n'est pas toujours la
proximité d'une Ville d'un Pays avec la
Capitale , qui lui est la source de son
commerce ; c'est elle- même qui par sa
situation avec l'Etranger le porte au Pays.
C'étoit Genabum qui fournissoit les Car-
nutes , et portoit la richesse et l'abondan-
ce dans le Pays , sans avoir besoin d'être
plus près de Chartres. Il faut faire atten-
tion à l'état des Gaules , qui la rendoit
alors le rendez- vous des Peuples dont
elle étoit voisine.
Strabon justifie la maniere dont je ré-
.
ponds , en parlant du commerce du Rhô-
ne : il dit que la rapidité de ce Fleuve
rendant la navigation difficile à ceux qui
le remontoient , on transportoit les mar-
chandises par terre chés les Auvergnats ,.
et sur la Loire : Gien , auroit sans doute
été bien plus à portée qu'Orleans d'être
l'Entrepôt de ce commerce , et la pre-
miere Place considérable qui auroit reçû
ces marchandises. N'étoit- elle pas dans
une meilleure situation qu'Orleans par ra-
port à l'état de Gaules les Auvergnats y
venoient par la Loire ; elle étoit frontiere
I. Vol.
aux
JUIN.
I Vole
1737.
1075
aux Peuples du Berry , aux Eduens, aux
Senonois, &c. Cela ne valoit- il pas mieux
que d'être dans la situation d'Orleans et
plus près de Chartres ?
Le Maire, dans son Histoire d'Orleans ,
ajoûte qu'une suite de ce commerce ,
c'est que l'Evêque et le Chapitre de Char-
tres faisoient anciennement tous les ans une
Procession à Orleans; ce qui prouvoit , sc-
lon lui ,l'habitude des deux Peuples d'aller
les uns chés les autres Il faut, suivant ce
raisonnement qu'il n'y ait eu aucune inter-
ruption entre le commerce des Chartrains
et Genabum avec l'établissement des Pro-
cessions dans l'Eglise ,pour que l'on puisse
dire que l'un a été l'occasion de l'autre
et c'est ce qu'on ne peut soutenir : la cé-
lébrité d'Orleans , et le commerce qui
y a été porté depuis , en pouroit être la
seule cause, puisque cela aproche plus du
temps des Processions : il seroit même
peut-être plus naturel de donner à cet
établissement une origine plus pieuse
Enfin, pour tirer une consequence justė,
il faut prouver qu'Orleans est Genabum
autrement on tombe dans une petition
de principe.
On ajoûte encore que les chemins Ro-
mains dont on trouve des vestiges consi--
derables , conduisent de Chartres à Or-
Biv
leans>
1076 MERCURE DE FRANCE
leans , sans faire voir qu'ils ayent existé
avant Aurelien; quoi que ce soit Auguste
qui ait fait travailler le premier aux
grands chemins dans les Gaules, on sçait
qu'il ne les a pas tous faits , et Bergier
entre dans un grand détail du soin avec
lequel les Empereurs qui ont suivi , les
entretenoient , et formoient de nouvel
les communications entre les Villes.
On compte ensuite les distances de Ge
nabum à Paris , et on fait la même opera-
tion en suivant la route jusqu'à Autun ,
et on prétend que , par l'évaluation des
Milliaires sur nos lieuës , il est impossi-
ble que Gien soit l'ancien Genabum , puis
qu'Orleans se trouve précisément à la
même distance de ces Villes que Gena-
bum.
Mais sans entrer dans tout le détail de
la réponse qu'on pouroit faire, qui deman-
deroit beaucoup d'étendue , on croit que
ce qu'on a dit , affoiblit d'avance l'im-
pression que peut faire cette objection ,
qui est , à le bien prendre , la seule qui
reste aux Partisans d'Orleans. On sçait
que l'Itineraire est une piece suspecte et
fort peu exacte, puisqu'on convient qu'il
y a des lacunes en plusieurs endroits ,
que les noms des Villes y sont alterés ,
que les Milliaires ne sont pas sûrs , que
4. Fol..
les
IVol.
JUIN.
1737.
1077
Yes Sçavans ne sont pas même d'accord
sur plusieurs routes ; de sorte qu'on ne
doit pas se servir de l'Itineraire pour déci-
der des points obscurs : tout au contraire,
on vérifie l'Itineraire sur les connoissan-
ces que l'on a , et on ne s'en sert pas
comme on a fait avec des conjectures.
Il est inutile de faire valoir la célébrité
d'Orleans sous la premiere Race de nos
Rois , qu'elle a été Capitale, &c . Cela ne
peut pas prouver qu'elle ait été Genabum,
ni qu'elle fût ancienne ; ces raisons ne
déterminent pas pour y porter la Cour
d'un Roy , et ces sortes de distinctions
peuvent fort bien convenir à une Ville
nouvellement bâtie, qui a ordinairement
plus d'agrément qu'une Ville qui n'a que
le mérite de son ancienneté.
On veut encore que Gien justifie des
Monumens anciens , ce qui est hors du
cas ; puisque cette Ville , en la prenant
pour Genabum, ayant été détruite et brû--
lée par César , n'ayant pas eu de Restau-
rateur, et les Romains n'y ayant pas laissé
de ces Ouvrages immortels , n'aura rien
conservé ; combien de Villes anciennes ,
reconnues pour telles , qui n'ont aucuns
monumens de ces Maîtres du Monde ?
Cela peut même s'accorder avec ce qu'on'
Groit d'Orleans , qui ayant été bâtie , ou
Bvj
retablie
1078 MERCURE DE FRANCE
retablie par Aurelien , aura reçu tout le
commerce avec plus d'avantages qu'auci
ne autre Ville : les Peuples mêmes de Gena-
bum , élevés au commerce , auront été
s'y établir;
et ce sera ainsi qu'Orleans
aura été formée des débris de Genabur
qui sera demeurée une Ville peu consi-
dérable : il n'en faut pas davantage pour.
faire naître de ces Traditions populaires
qui se corrompent toûjours , et qui dans
les temps ténebreux de la Litterature, au-
ront été adoptées par Aymoin , & c.
La question que l'on fait , si Gien sub-
sistoit , est la question même ; si elle est
Genabum , elle subsistoit ; si elle est Ge-
nabum , elle avoit un Pont. Il pouvoit y
en avoir plus bas , mais il ne s'agit pas
de celui - là . Enfin le nom qu'elle porte
est d'une grande considération pour
apuyer ce sistême ,
il fait autant croire
que Gien est Genabum , que le nom d'Or
leans peut prouver qu'elle tire son ori-
gine de l'Empereur Aurelien , suivant
M. de Tillemont , il n'y en a pas d'au-
tre preuve. Les noms de Giemus, Gie-
macum, Giemum , qu'elle a porté dans les
temps de la basse Latinité, sont-ils plus
éloignés de Genabum que ceux de quan
tité de Villes qu'on reconnoît avec de
pareilles alterations ?.
I..Vol.
Ons
JUIN.
1737.
1079
On fait encore la même objection à
Gien que celle que j'ai prévu pour Aval
lon , en disant qu'elle est aujourd'hui du
Diocèse d'Auxerre et de la Métropole
de Sens : d'où on conclut qu'elle a dû être
du Pays des Senonois , et qu'elle ne peut
avoir été Genabum , qui étoit du Pays des
Carnutes. Je ne repeterai pas ce que j'ai
dit sur le principe en général , jajoûterai
seulement que le Lieu où est Gien apar-
tenoit incontestablement aux Carnutes
puisque la Loire passoit , suivant Stra
bon , chés les Auvergnats , et dans le
Pays des Carnutes; et il ne dit pas qu'elle
passât chés les Senonois. Enfin ce qui ne
peut convenir à Orleans , et désigne ab-
solument Gien , c'est que César , après-
avoir pris Genabum , entre dans le Pays
de Berry.
Dire que Gien auroit eu l'Evêché si
elle avoit été Genabum, c'est vouloir faire
croire que ces établissemens ont été faits
les Titres à la main , en examinant l'an--
cienneté des Villes , et que les Apôtres
des Gaules , et ceux qui ont fondé des
Eglises , n'ont pas plûtôt fait attention
à d'autres avantages plus propres à ré
pandre la Foy Pourquoi Decise , Me-
lun , &c. n'ont elles pas d'Evêques ? Ces:
Villes ont parû avant Lyon , qui est
14Vol..
cependant
TOS MERCURE DE FRANCE
cependant apellée la Mere des autres
Eglises. C'est que Lyon avoit dans ce
temps là des avantages qui la faisoient
regarder , à juste titre , comme une Ville
des plus considérables par le concours
des Etrangers. N'étoit- il pas plus natu-
rel qu'Orleans , qui sortoit , pour ainsi
dire , des mains d'Aurelien , eût un Evê-
que , que Gien , qui n'avoit que le sou-
venir de son ancienneté , inuțile à l'éta-
blissement d'un Evêché ? cela même au-
ra dû se faire en suivant le rang que
les Villes tenoient dans l'ordre civil , par
les Prérogatives qu'Aurelien aura accor-
dées à sa Ville. Je ne prétens pas enlever
à Orleans aucun de ses avantages ,
ni
même son ancienneté , elle peut avoir
précedé Aurelien , sans avoir été Gena-
bum. Quand elle ne prendroit son origi-
ne que de ce Prince , elle l'emporteroit
toûjours sur quantité de Villes du Royau-
me , par l'éclat avec lequel elle a parû,
et les Grands Hommes qui en sont sortis ,
et ceux qui y vivent encore.
On me reprochera peut- être de m'être
trop attaché à des conjectures , & à l'A-
nalogie ; je ne donne pas les conjectures
pour des preuves; j'ai cru avoir droit d'en'
faire usage dans des questions où on ne
peut que m'en oposer ; pour l'Analogie ,
I,Vol
jai:
JUIN.
1737
To81
fai évité les deux excès de la mépriser, et
d'en faire trop de cas ; je ne m'y suis pas
abandonné sans regle , puisque je l'ai ac-
cordée avec la position de Lieux.
31. Janvier 1737.
Fermer
2915
p. 1082-1115
DISSERTATION sur l'Origine du Papier et Parchemin timbré, les Lieux où cette Formalité est établie, son Objet, ses Effets, et diverses questions auxquelles elle peut donner lieu. Par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
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Quoique l'établissement du Papier et Parchemin timbré en France ne [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur l'Origine du Papier et Parchemin timbré, les Lieux où cette Formalité est établie, son Objet, ses Effets, et diverses questions auxquelles elle peut donner lieu. Par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
DISSERTATION sur l'Origine du
Papier et Parchemin timbré, les Lieux
où cette Formalité est établie, son Objet,
ses Effets, et diverses questions auxquelles
elle peut donner lieu. Par M. A. G.
Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Quoique l'établissement du Papier
et Parchemin timbré en France ne
Q
remonte guere qu'à 60. et quelques an
I Vol.
2
nées
JUIN.
1737.
1033
nées, et que cette matiere semble d'abord
être purement de Finance , la formalité
du Timbre en général , ne laisse pas d'ê-
tre fort ancienne , et de faire naître di-
verses questions , dont la décision dé-
pend des principes du Droit et de l'é-
quité naturelle.
C'est sous ce point de vûë que l'on se
propose de discuter ici cette matiere , et
seulement en ce qui est du Ressort de la
Jurisprudence .
19. Il paroîtra peut- être singulier que
l'on fasse remonter l'origine du Papier
timbré jusqu'au temps des Romains : ce-
pendant il est constant que cette forma-
lité ne leur étoit pas totalement incon-
nuë.
En effet , l'Empereur Justinien , con-
siderant le grand nombre d'Actes que les
Tabellions de Constantinople recevoient
journellement , et voulant prévenir cer-
taines faussetés qui pouvoient s'y glis-
ser , par sa Novelle 44. publiée l'an 537.
suivant les Fastes Consulaires ch. 2.
* Novella 44. de Tabellionibus , et ut Protoco-
la dimittant in
chartis. Imperator Justinianus
August. Joanni Prafect.Prator. iterùm Exconsuli et
Patricio. Litem , &c. Cap. II .
Illud quoque prasenti adjicimus Legi , ut Ta-
beliones non in aliâ charta purafcribant documen
ta , nisi in illâ qua in initio ( quod vocatur Proto-
I.Vol.
donna
7084 MERCURE DE FRANCE
donna que ces Tabellions ne pouroient
recevoir les Originaux des Actes de leur
ministere que sur du Papier en tête du-
quel (ce qu'on apelloit le Protocole ) se-
roit marqué le nom de l'Intendant des
Finances qui seroit alors en place , le
temps auquel auroit été fabriqué le pa-
pier, et les autres chosesque l'on avoit coû
tume de mettre en tête de ces papiers des-
colum per tempora gloriosissimi Comitis sacrarum
nostrarum largitionum habeat appellationem , et
tempus quo Charta facta est , et quacumque in ta-
libus scribuntur , et ut Protocolum non incidant
sed insertum relinquant. Novimus enim multas
falsitates ex talibus chartis ostensas et priùs et nunc;
ideóque licet aliqua sit charta ( nam et hoc san-
cimus ) habens Protocolum non ita conscriptum
sed aliam quandam scripturam gerens , neque il-
lam suscipiant , tanquam adulteram , et ad talia'.
non opportunam: sed in sola ali chartâ qualem du-
dum diximus,documenta scribant: hoc itaque qua de
qualitate talium chartarum à nobis decreta sunt ,
et de incisione eorum qua vocantur Protocola ,
lere in hac felicissimâ solùm Civitate volumus, ubi
plurima quidem contrahentium multitudo , multa
quoque chartarum abundantia est ,
modo interesse negotiis ,
X1 x. Kalend. Septembris
1. Vol.
va-
et licet legali´
et non dare occasionem
quibufdam falsitatem committere : cui se obnoxios
existere demonstrabunt , qui prater hac aliquid'
agere prasumpserint : que igitur placuerunt nobis
et per hanc sanctam declarata sunt Legem : tua
eelsitudo operi effectuique tradere festinet. Datum
tinés
1. Vol.
JUIN.
1737.
1085
tinés à écrire les Originaux des Actes que
recevoient les Tabellions de Constanti-
nople , ce que l'on apelloit , suivant la
Glose et les Interprétes , Imbreviaturam
totius contractus; c'est-à dire un Titre qui
annonçoit sommairement la qualité et
substance de l'Acte.
Par cette même Novelle l'Empereur
défendoit aussi aux Tabellions de Cons-
tantinople de couper ces marques et ti-
tres qui devoient être en tête de leurs-
Actes : il leur enjoignoit de les laisser
sans aucune altération , et défendoit aux
Juges d'avoir égard aux Actes écrits sur
du papier qui ne seroit pas revêtu en tê-
te de ces marques , quelques autres ti
tres ou Protocoles qui y fussent écrits.
Cette origine des Papiers et Parche
mins timbrés a été remarquée par M.de
Bâville , Intendant de Languedoc , dans
les Mémoires ( a ) qu'il a fait pour ser-
vir à l'Histoire de cette Province , dans
lesquels , en parlant du Domaine , il dit
que comme il y a deux Généralités (b )
( a )Ces Mémoiresfurent faits pour l'instruction
de M. le Duc de Bourgogne en l'année 1697. On
les a imprimé depuis sous le nom fent d'Amster-
dam 1734. mais le vrai lieu de cette Edition est
Marseille.
( b) Il n'y avoit alors dans le Languedoc que
dans
1086 MERCURE DE FRANCE
dans leLanguedoc, il y a aussi deux Sous-
Fernres du Domaine ; l'une pour la Gé-
néralité de Toulouse , l'autre pour la Gé-
néralité de Montpellier , et que dans ces
Sous-Fermes sont compris le Papier tim-
bré , les Fórmules et le Contrôle des
Exploits , et à ce propos il remarque, en
passant , que le Papier timbré n'a pas été
inconnu aux Romains , puisqu'on voiť
par la Novelle 44. qu'ils avoient une es-
pece particuliere de papier pour écrire
les Originaux des Actes des Notaires ,
lequel portoit la marque que l'Intendant
des Finances vouloit y faire aposer , et
la date du temps auquel il avoit été
fait.
On ne peut donc pas disconvenir que
la formalité du papier timbré étoit déja
en quelque usage chés les Romains , puis-
que les titres,dates et autres marques qui
devoient être aposées en tête du papier des-
tiné à écrire les Actes originaux des Ta-
bellions de Constantinople , étoient une
espece de Timbre qui avoit le même ob-
jet que ceux qui sont aujourd'hui usités
en France et dans plusieurs autres Pays.
II. Mais il est vrai qu'à l'exception
de la Ville de Constantinople , où cette
ces deux Généralités , aujourd'hui il y en a trois
sçavoir , Toulouse , Montpellier et Montauban.
1. Vol.
formalité
JUIN.
1087
1737.
formalité étoit établie , et pour les Actes
des Tabellions seulement , les Grecs , les
Romains et les autres Nations ne se ser-
voient point anciennement de papier et
Parchemin timbré : il n'y avoit alors au-
cune marque sur les Actes publics qui
les distinguât des écritures privées , car
les Grecs et les Romains n'avoient point
de Sceaux publics , ils n'avoient que des
Sceaux particuliers , ou plûtôt de simples
Cachets qu'ils aposoient aux Actes, au
Heu de signature , comme cela s'est pra-
tiqué long- tems dans plusieurs Pays , et
même autrefois en France , à cause qu'il
y avoit alors peu de personnes qui sçûs-
:
lesquels Sccaux particuliers
sent écrire
n'avoient aucun raport avec les Timbres
dont nous parlons.
III. On tient communément que le
Papier et le Parchemin timbré commen-
cerent à être établis en Espagne et en
Hollande vers l'an 1555.
IV. Ils le furent ensuite en Allema-
gne et dans les Pays-Bas de la Domina-
tion Impériale je n'ai pas trouvé l'Epo-
que précise du temps auquel ils com-
mencerent à y être en usage
mais
je puis assurer qu'il y en avoit du-
moins dès 1668. car j'ai vu un Acte reçû
par des Notaires à Bruxelles daté du 20 .
Février
L.Vol.
088 MERCURE DE FRANCE
Février 1668. qui étoit sur du papier
timbré.
J'ai remarqué deux choses particulie
res au Timbre qui est usité dans ces
Pays.
La premiere, est qu'ils ne sont point
frapés avec un Poinçon , comme ceux
qui sont usités en France et dans plusieurs
autres endroits , mais imprimés avec une
planche de cuivre, comme les Estampes.
La seconde , est que lorsqu'un Acte est
composé de plusieurs feuilles , il suffit
que la premiere soit de Papier timbré, les
autres que l'on insere au dedans peuvent
être de papier commun , au lieu qu'en
France et dans la plupart des autres en-
droits , où les Papiers et Parchemins tim-
brés sont établis, il fautque chaque feüil-
le employée aux Actes publics porte son
timbre.
V. On se sert aussi de papiers et par-
chemins timbrés pour les Actes publics
dans toute l'Angleterre , l'Ecosse et l'Ir-
lande : le Timbre que l'on y apose est
frapé avec un Poinçon , mais il n'y a
point d'encre ni aucune autre couleur
dans le Poinçon , ensorte que le Timbre
qu'il imprime ne paroît que parce qu'il
y a un peu de relief.
Ce Timbre d'Angleterre ne contient
I. Vol.
poinc
JUIN.
1737
1089
point les Armes du Roy , comme la plû-
part des autres Timbres : il est composé
de trois especes d'Ecussons accollés , char-
gés chacun d'une Rose , au tour de la-
quelle sont écrits ces mots : Honny soit
qui mal y pense , qui sont le cri des Ar
mes d'Angleterre.
VI. Les Papiers et Parchemins tim-
brés sont aussi en usage en Lorraine et
dans le Barrois , en Italie , dans le Com-
tat d'Avignon , et dans plusieurs autres
Etats de l'Europe.
VII. Pour ce qui est de la France ,
Louis XIV . étant lors à Paris, donna un
Edit au mois de Mars 1655. portant éta-
blissement d'une Marque sur le Papier et
le Parchemin pour la validité de tous les
Actes qui s'expedieroient dans le Royau-
me. Cet Edit fut enregistré en Parlement,
en la Chambre des Comptes , et en la
Cour des Aydes le 20. du même mois . Il
est à la Chambre des Comptes au je Vo-
lume des Ordonnances de Louis XI V.
coté 3. n. folio 69. et il en est fait men-
tion dans le Recueil des Ordonnances
Edits , &c. par M. Blanchart : mais cet
Edit n'eut pour lors aucune execution.
Ce ne fut qu'en 1673. qu'on ordon-
na de nouveau l'usage des Papiers et Par-
chemins timbrés , à l'occasion des For-
1. Vol.
mules
1090 MERCURE DE FRANCE
mules qui devoient être dressées pour
tous les Actes publics ; le Roy ayant re-
glé la forme de la procédure , tant au
Civil qu'au Criminel , par ses Ordon-
nances de 1.667. et 1670. et ordonné que
cette nouvelle forme de proceder seroit
suivie dans tout son Royame , pour faci-
liter l'execution de ses Reglemens , et
faire cesser les divers stiles particuliers
qui s'observoient dans chaque Tribunal ,
donna une Déclaration le 19. Mars 1673 .
par laquelle il ordonna qu'il seroit dres-
sé un Recueil de Formules , tant des Ac-
tes Judiciaires que des Actes des Notai-
res , pour y avoir recours au besoin , et
que sur ces Formules il seroit imprimé
des Exemplaires de chaque nature d'Ac-
tes , lesquels seroient marqués en tête d'u-
ne Fleur-de- lys , et timbrés de la qualité et
substance des Actes , comme aussi du Droit
qui seroit perçu pour chaque Acre , sui-
vant la Taxe qui en seroit faite au Con..
seil.
Les Formules d'Actes ordonnées par
cette Déclaration n'ont jamais eu lieu ,
parce que l'on y trouva trop de difficulté
et d'inconveniens : mais le Roy donna
une autre Déclaration au mois de Juillet
1673. registrée au Parlement le 10. du
même mois , par laquelle , en attendant
I. Vol.
que
JUIN.
1737.
1091
que les Formules fussent perfectionnées,il
ordonna queles Actes publics ne pouroient
être écrits que sur du papier et parche-
min timbré , comme ils devoient l'être
pour les Formules , avec cette difference
seulement , que le corps de l'Acte seroit
entierement écrit à la main.
Depuis ce Reglement on commença
à écrire les Actes publics sur du papier et
parchemin timbré
,
et on a toujours
continué jusqu'à present ; il y a scule-
ment eu des augmentations et diminu-
tions de Droits sur ces papiers , et divers
changemens dans la Formule des Tim-
bres mais l'objet de cette Dissertation
n'est pas de raporter ici tous ces Regle-
mens , encore moins d'entrer dans le dé-
tail des peines pecuniaires pronon-
cées contre ceux qui commettent à cet
égard quelque contravention ; cette pa : 3
tie qui ne concerne que la Finance
a été traitée par le Sr Deniset , Inte-
ressé dans les Fermes du Roy , lequel en
1715. a donné au Public un Volume in-
12. sous le titre de Recueil des Formules
des Papiers et Parchemins timbrés , & c.
dans lequel il a raporté les divers Regle
mens faits sur ce sujet, même les. Tarifs
des Droits , et les Baux faits aux Adju-
›
dicataires de cette Ferme, avec des Ob-
1. Vol.
C servations
1092 MERCURE DE FRANCE
servations sur la perception de ces Droits,
sur les Fonctions des Préposés et Com-
mis , &c. Ceux qui voudront en voir
davantage à cet égard , peuvent avoir re-
cours à ce Recučil.
VIII. J'observerai seulement que
depuis 1715. date de l'Edition de ce Re-
cueil , il est survenu deux Déclarations
au sujet des Papiers et Parchemins tim
brés.
Par la premiere , qui est du 7. Déa
cembre 1723. registrée en Parlement le
22. du même mois, le Roy en suprimant
la Formalité du Controlle des Actes des
Notaires au Châtelet de Paris , avoit éta-
bli divers Timbres particuliers , qui de-
voient être aposés sur les Actes qu'ils
recevroient , outre le Timbre ordinaire
de la Ferme , sçavoir un Timbre parti-
culier pour
les Actes de la premiere classe
qui y étoient détaillés , un pour les Ac-
tes de la seconde classe , un pour les pre-
mieres feuilles d'Expeditions,un autre pour
les secondesfeuilles.
Toutes ces differentes Formules ont
été suprimées par la seconde Déclaration
qui est du 5. Décembre 1730. par la-
quelle il est ordonné qu'à compter du
premier Janvier 1731. les Notaires de
Paris écriront tous leurs Actes sur du
1. Vol.
papier
JUIN.
1737.
103
papier timbré du Timbreord.naire des Fer
mes du Roy et outre cela d'un Timbre
particulier , intitulé Acres des Notaires de
Paris. Laquelle Formule sera uniforme
pour toute sorte d'Actes .
Tel est le dernier état des Reglemens
faits en France sur cette matiere.
IX.
Il y a quelques Provinces qui
n'ayant été réunies à la France qu'à la
charge d'être maintenues dans leurs Im-
munités et Privileges , n'ont point été
assujetties à la formalité des Timbres
parce qu'ils n'y étoient pas établis aupa-
ravant : Telles sont la Flandre, l'Artois,
Charleville et son Territoire , l'Alsace et
le Roussillon.
X. Il y a aussi deux Principautés
clavées dans la France ; sçavoir celle de
Dombes et celle d'Orange , et encore la
Principauté d'Henrichemont et Bois Belle
en Berry, dans lesquelles on ne se sert pas
non plus de papier timbré.
XI. Les Timbres que l'on apose en
France aux papiers et parchemins desti-
nés à écrire les Actes publics , sont im-
primés avec un Poinçon , et representent
les Armes du Prince, ou son Chiffre , ou
quelqu'autre marque par lui ordonnée ,
selon la nature des Actes , car il y a non
seulement un Timbre particulier pour
1.Vo!
ċij
chaque
1094 MERCUREDE FRANCE
chaque Généralité, mais il y a aussi dans
une même Généralité divers Timbres ,
>
selon la nature des Actes. On garde à
Paris dans l'Hôtel de Charny tous les
Poinçons des Timbres de toutes les Gé-
néralités , et c'est là que se timbrent les
papiers et parchemins pour tout
Royaume.
le
XII. Nos Timbres ont quelque ra
port avec les Sceaux publics , en ce que
les uns et les autres sont ordinairement
une empreinte des Armes du Prince , et
qu'ils s'aposent également aux Actes pu-
blics , et les distinguent des Actes sous
signature privée ; il ne faut pourtant pas
confondre ces deux Formalités , y ayant
entr'elles deux differences essentielles.
La premiere est que les Sceaux publics
tels que ceux du Roy, des Chancelleries,
des Jurisdictions , des Villes , des Uni-
versités , et autres semblables s'apliquent
en relief sur une forme de cire , ou
de quelqu'autre matiere propre à en rece-
voir l'empreinte: il y en aque l'on aplique
sur l'Acte même , d'autres qui sont à dou-
ble face , et qui ne sont attachés à l'Acte
que par des Lacs : au lieu que les Tim-
bres ne sont qu'une marque imprimée
au haut du papier ou parchemin ; lequel
nom de Timbre paroît avoir été emprun-
I. Vol.
té
JUIN.
1737.
1055
té du Blazon , & tirer son étimologie de
ce que le Timbre des papiers et parche-
mins s'imprime au haut de chaque feüil-
le , comme le casque ou autre couron-
nement que l'on nomme aussi Timbre ,
en termes de Blazon , se met au dessus
de l'Ecu.
La seconde difference eft que les Sceaux
que l'on apose aux Actes reçûs par des
Officiers publics, sont la marque de l'au
torité dont ils sont revêtus ; non- scule-
ment ils donnent à l'Acte un caractere
de publicité , mais en quelques endroits
comme à Paris , ils lui donnent aussi le
droit d'éxecution parée , tellement que
si un Acte public n'y étoit pas revêtu du
Sceau qu'il doit avoir pour être execu-
toire , il ne pouroit être mis à execu-
tion , quand même il seroit d'ailleurs re-
vêtu de toutes les autres formalités neces-
;
saires au lieu que le Timbre ne sert qu'à
donner à l'Acte une forme publique et
autentique , et ne lui donne en aucun
Pays le droit d'éxecution parée.
XIII. Quoique la formalité du Tim-
bre semble n'avoir été établie que pour
la finance qui en revient au Roy , elle ne
laisse pas d'être utile d'ailleurs.
En effet , le Timbre sert , 19. à distin-
guer à l'inspection seule du haut de la
1. Vol.
Cij fülle
1096 MERCURE DE FRANCE
feuille sur laquelle l'Acte est écrit, si c'est
un Acte émané d'un Officier public , ou
si ce n'est qu'une Ecriture privée.
2°. Le Timbre sert à faire respecter et
conserver les Affiches , Publications et
autres Actes que l'on attache exterieure-
ment aux portes de certaines Maisons ,
ou dans les Places publiques , en cas de
Decret , Licitation , Adjudication , ou
autre Publication : car dans ces sortes
d'Affiches , il n'y a proprement que le
Timbre qui fasse connoître que ce sont
des Actes émanés de l'autorité publique,
et sans cette formalité ils pouroient être
regardés comme des Ecrits privés, d'au-
tant plus que ces sortes d'Actes ne sont
point scellés , et qu'il n'y a que le Tim-
bre qui les distingue des Ecritures pri-
vées..
3. Le Timbre sert aussi à prévenir
certaines antidates et faussetés que l'on
pouroit plus facilement commettre ,
si
cette formalité n'étoit pas établie : car
comme il y a un Timbre particulier pour
chaque Pays , et même en France pour
chaque Province, que ces Timbres ont
été changés en divers temps , et que l'on
ne peut écrire les Actes publics que sur
du papier ou parchemin timbré du Tim-
bre actuellement autorisé dans le temps
I. Vol
et
JUIN.
1737.
1097
et le lieu où se passe l'Acte , ceux qui
écrivent un Acte sur du papier marqué
du Timbre actuel d'un certain Pays , ne
peuvent pas impunément le dater d'un
temps ni d'un lieu auquel il y auroit eut
un autre Timbre , parce que le Timbre
aposé à l'Acte démentiroit ces dates , et
en feroit connoître la fausseté.
4. Le principal effet des Timbres
( du moins que les Reglemens leur ont
attribué ) est qu'ils sont une des forma-
lités nécessaires pour donner l'authenti-
cité et le caractere de publicité aux Actes
reçûs par des Officiers publics : tellement
que sans cette formalité ces Actes ne pro-
duiroient point d'hypoteque , et ne se-
roient pas authentiques ni exécutoires :
ils ne seroient au plus considerés que
comme des Ecritures privées, et dans cer-
tains cas , ils seroient absolument nuls ,
ainsi que nous l'expliquerons dans un
moment ; ce qui a ainsi lieu , quand mê
me ces Actes seroient d'ailleurs revêtus
de toutes les autres formalités nécessaires
pour produire leur effet.
XIV. L'observation de cette forma
lité est d'autant plus importante , que
les Reglemens qui la prescrivent ne sont
pas des Loix seulement comminatoires ,
elles prononcent formellement la peine
I. Vol.
Ciiij.
de
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis.à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV . Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci- de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Of-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question, est que tout ce qui ne concer-
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que
la forme , ne doivent être observés
"
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint aux
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
Suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la formet
extérieure des Actes , et qui par conse
J. Vol
Gy
quent
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV. Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci-de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Òf-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question , est que tout ce qui ne concer
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que la forme , ne doivent être observés
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint au
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la forme
extérieure des Actes , et qui par conse
J.Vol
Gy
quent
Troo MERCURE DE FRANCE
quent ne regle que la forme de ceux qui'
se passent dans le lieu où ce Statut est
observé.
Il est vrai qu'il arrive rarement qu'il
se forme un combat sur ce Point entre
deux Statuts oposés , parce qu'il faut
pour cela que l'Officier public , qui a sa
residence dans un lieu dans lequel le pa
pier et le parchemin timbré sont établis,
ait été recevoir un Acte dans un lieu où
les Actes même publics s'écrivent sur du
papier commun , ou bien vice versâ, que
I'Officier public , qui auroit sa residence
dans un lieu où il n'y auroit point de
papier timbré , ait été recevoir un Acte
dans un lieu où la formalité du Timbre
seroit établie, ce qui n'est pas ordinaire,
la plupart des Officiers publics , n'ayant
droit d'instrumenter que dans le lieu de
leur residence:
Néanmoins ces sortes de cas peuvent
arriver , et arrivent en effet quelquefois
Par exemple , les Huissiers au Châte-
let de Paris ont droit d'exploiter par tout
le Royaume. Un de ces Huissiers qui a sa
residence ordinaire à Paris , est obligé de
se servir de papier timbré pour les Ex-
ploits qu'il y feroit , parce que cette for-
malité y est établies mais si , en vertu
du privilege qu'il a d'exploiter par tout
Mr.Vol.
le
JUIN.
1737
ΥΙΟΙ
le Royaume , I alloit faire quelque Ex-
ploit dans une Province où le papier et le
parchemin timbré n'est pas établi , telle
que Charleville , Henrichemont et autres
semblables , il ne seroit pas obligé de se
servir de papier timbré pour les Exploits
qu'il feroit dans ces Provinces , parce
que la Loy particuliere de chaque Pays
regle la forme extérieure des Actes qui
s'y passent , et que dans ce cas le papier
timbré n'est pas nécessaire , puisque la
Loy du Pays ne l'ordonne point.
Il en est de même à l'égard des No-
taires au Châtelet de Paris , qui ont leur
residence à Paris, et y font ordinairement
leurs fonctions ; ils sont obligés pour les
Actes qu'ils y reçoivent de se servir de
papier ou parchemin timbré, selon la na-
ture des Actes ; mais comme ils ont droit
d'instrumenter par tout le Royaume,
Hs peuvent aller recevoir des Actes
dans quelqu'autre Province dans laquelle
le papier timbré n'a pas lieu , et dans cet
cas ils ne seront pas obligés d'écrire leurs
Actes sur du papier ou parchemin tim-
bré , il suffira qu'ils les écrivent sur du
papier commun , suivant l'usage du lieu
où se passent les Actes.
De même encore un Conseiller au Par
lement de Paris , qui seroit commis par
J Vol.
Cvj
sa
Tro2 MERCURE DE FRANCE
sa Compagnie pour aller faire quelque
Enquête , Information , Visite ou autre
Procès verbal dans un lieu du Ressort où
le papier timbré n'est pas établi, comme
en Artois , ne seroit pas obligé de s'en
servir pour écrire les Actes qu'il feroit
dans ce lieu .
Et par une suite nécessaire du même
principe que la Loy du lieu où se passent
les Actes , regle tout ce qui est de la for-
me extérieure , un Officier public , éta-
bli dans un lieu où l'on se sert de papier
timbré , lequel , en vertu de quelque
Privilege ou Commission , iroit instru
menter dans un lieu où le papier timbré
seroit pareillement établi , mais dont le
Timbre seroit different , ne pouroit pas
dans ce lieu se servir de papier marqué
du Timbre autorisé dans le lieu de sa re-
sidence , il seroit tenu de se servir de
papier timbré pour le lieu où il passeroit
Acte
ensorte que les Notaires au Châ-
telet de Paris , qui par la Déclaration du
7. Septembre 1723. ont été affranchis de
la formalité du Controlle , au moyen
d'un Timbre particulier qui a été ajoûté
au papier dont ils se servent , ne pou
roient pas se servir de ce papier dans une
autre Généralité où il y auroit un Tim-
bre different , ils seroient obligés de se:
I.Vol
servig
JUIN.
1737.
F103
servir de papier timbré pour le lieu où
ils passeroient l'Acte , et il y a lieu de
croire que les Actes ainsi reçûs par des
Notaires de Paris , seroient sujets au Con
trolle comme tous les autres Actes qui
se passent dans les lieux où le Roy n'a
point établi le Timbre particulier , au
moyen duquel il a affranchi les Notaires
de Paris de la formalité du Controlle
parce que , comme on l'a déja observé, la
forme des Actes se reglant par la Loy dư
lieu où ils se passent les Actes reçûs par
des Notaires de Paris dans une autre Géné-
ralité , où le Controlle est établi, et où il
il
y a un Timbre different de celui de Pa-
ris , ne doivent point être reçûs selon la
forme usitée à Paris , mais suivant celle
qui est usitée dans le lieu où ils se passent,
et par consequent doivent être controllés
et écrits sur du papier timbré exprès pour
le lieu de la passation , puisque ce sont là
les formalités prescrites pour ce lieu.
XVI. Quoique par plusieurs Ordon
nances , Edits et Déclarations , le Roy
ait distingué les Actes qui doivent être
écrits en parchemin timbré, de ceux qu'il
suffit d'écrire sur du papier timbré ; un
Acte qui doit être en parchemin timbré
ne seroit pas nul , sous prétexte qu'il ne
seroit qu'en papier timbré
Val
parce que
1104 MERCURE DE FRANCE
le Roy a bien ordonné sous peine de nul-
lité d'écrire les Actes publics sur du papier
ou parchemin timbré , mais lorsqu'il a
distingué les Actes qui doivent être en
parchemin d'avec ceux qui doivent être
en papier, il n'a pas prononcé la peine de
nullité contre les Actes où ces distinc-
tions n'auroient pas été observées : en-
sorte qu'en cas de contravention à ces
distinctions, les Officiers publics sont
seulement sujets aux peines pecuniaires
prononcées par les Reglemens.
XVII. Il y auroit seulement plus de
difficulté, si un Acte d'une certaine nature
étoit écrit sur du papier ou parchemin
destiné à des Actes totalement differens:
Par exemple , si un Notaire écrivoit ses
Actes sur du papier ou parchemin des-
tiné pour les Expeditions des Greffiers ,
et vice versa. Dans ces cas la contradic-
tion qui se trouveroit entre l'intitulé du
Timbre, et la qualité de l'Acte, pouroic
faire foupçonner qu'il y auroit eu quel-
que surprise , et qu'on auroit fait signer
aux Parties un Acte pour un autre , ou
dumoins feroit rejeter l'Acte comme
étant absolument informe.
De même s'il arrivoit qu'un Acte pas
sé dans une Généralité fût écrit sur du
I. Vol.
...
papier
JUIN.
1737-
1105
papier ou parchemin timbré du Timbre
d'une autre Généralité , il y a lieu de
croire qu'un tel Acte seroit declaré nul ,
parce que ce seroit aux Parties à s'im-
puter d'avoir fair écrire leur Acte sur du
papier qui ne pouvoit absolument ycon-
venir , et qu'ils ne pouvoient ignorer
être d'une autre Généralité , puisque le
nom de chaque Généralité est gravé dans
chaque Timbre qui lui est particulier.
Mais si un Acte qu'il suffit d'écrire
sur du papier timbré étoit écrit sur du
parchemin timbré ; ou bien si un Acte-
que l'on peut mettre sur du papier ou
parchemin commun étoit écrit sur du
papier ou parchemin timbré , un tel Ac-
re ne seroit pas pour cela nul , parce que
ce qui abonde ne vicie point.
XVIII. En France , depuis quelques.
années , on a établi une Fabrique par-
ticuliere pour lespapiers que l'on destine
à être timbrés , dans le corps desquels au
licu de la Marque ou Enseigne du Fabri
quant , il y a au milieu de chaque feüil-
let une impression du Tinibre qui y doir
être aposé en tête.
Selon l'usage,ce Timbre interieur ne pa
roît pas être absolument de l'essence de la
formalité , et à la rigueur il suffit que le
papiersur lequel est écritl'Acte public soit
LiseVol
timbré
1105 MERCURE DE FRANCE
timbré au haut de chaque feuille du Tim
bre extérieur qui s'imprime avec un
Poinçon et en effet les Officiers publics
écrivent quelquefois leurs Actes sur du
papier commun , et font ensuite timbrer
chaque feuille avant de signer et de faire
signer l'Acte.
Il seroit néanmoins à propos que les
Officiers publics ne pussent se servir que
de papier timbré , tant du Timbre inté-
rieur que du Timbre extérieur ; carloin
que cette repetition du Timbre soit inu-
tile , chacun de ces deux Timbres a son
atilité particuliere.
Le Timbre imprimé au haut de cha-
que
feüille sert à faire connoître à l'ins-
pection seule d'un Acte, s'il est public ou
privé.
Le Timbre qui est dans le corps du
papier et fait en même temps que le pa-
pier , sert à assurer que le papier étoit
timbré lorsque l'Acte y a été écrit , et
qu'il n'a pas été timbré après coup : en
quoi ce dernier Timbre est un garand
plus sûr de la forme de l'Acte que le
Timbre extérieur , qui pouroit être apli
qué après coup , pour faire valoir un Ac-
re auquel manqueroit cette formalité.
Ce Timbre intérieur pouroit aussi ser-
vir à supléer le Timbre imprimé s'il se
J. Fol
trouvoit
JUIN.
1737.
1107
trouvoit effacé , ou si le haut de la page
sur lequel il est aposé étoit déchiré : sur
quoi il faut remarquer , en passant , que
les Officiers publics devroient toûjours
avoir l'attention de disposer leurs Actes
de maniere qu'on ne puisse en suprimer
le Timbre sans alterer le corps de l'Ac-
te, ce que néanmoins quelques uns n'ob-
servent pas, ne commençant à écrire leurs
Actes qu'au-dessous du Timbre.
Pour revenir au double Timbre , je
dis
que le Timbre intérieur qui est fait
avec le papier est utile pour assurer que
l'Acte a été écrit sur du papier qui étoit
déja timbré : ce qui ne laisse pas d'être
important ; car puisqu'il est ordonné à
peine de nullité que les Actes reçûs par
des Officiers publics soient écrits sur du
papier timbré , ceux qui sont Déposi-
taires des Poinçons du Timbre ne doi-
vent pas timbrer un Acte écrit sur du
papier commun , lorsqu'il est déja signé
et parfait comme écriture privée , pour
le faire valoir après coup , comme Ecri-
tare publique :
si on tolere que le Tim-
bre soit aposé sur un Acte déja écrit , ce
ne doit être que sur un Acte qui ne soit
pas encore signé : c'est pourquoi il se-
roit à propos d'assujettir tous les Officiers
publics à n'écrire les Actes qu'ils reçoi-
1. Vol.
vent
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est-à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , er
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feüille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
P'établissement de cette formalité ; et let
Timbre intérieur écarteroit tout soup-
çon , en constatant que
le papier
étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri-
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier ,
dont le Timbre intérieur se fait en mê-
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma-
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes , il se-
roit à souhaiter que l'on ne se servit que
de papier.
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre
les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré, ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas
I. Vol.
absolument
nuls à tous égards , lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
que
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est- à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , et
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feuille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
l'établissement de cette formalité ; et le
Timbre intérieur écarteroit tout soup
çon , en constatant que le papier étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier,
dont le Timbre intérieur se fait en mê
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes ,
roit à souhaiter que l'on ne se servît que
de papier.
il se-
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré , ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas absolument
nuls à tous égards, lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
I. Vol.
que
1170 MERCURE DE FRANCE
que mais ils sont quelquefois valables
comme Ecriture privée.
En effet , lorsque l'on y a observé la
forme prescrite pour les Ecritures pri-
vées , ils sont valables en cette derniere
qualité, quoiqu'ils eussent été faits pour
valoir comme Actes publics.
Mais si ayant été faits pour valoir
comme Actes publics , ils ne peuvent va-
loir en cette qualité faute de Timbre , ou
à cause de quelque défaut essentiel dans
l'observation de cette formalité ; et que
d'un autre côté ces Actes ne soient pas
dans une forme telle qu'ils puissent va-
loir comme Ecriture privée, c'est alors un
des cas où ils sont absolument nuls aux
termes des Reglemens.
Par exemple , si un Notaire reçoit un
Testament sur du papier commun dans
un lieu où il devoit l'écrire sur du papier
timbré , ce Testament sera absolument
nul, et ne vaudra pas même comme Tes-
tament Olographe's parce que , pour être
valable en cette qualité , il faudroit qu'il
fût entierement écrit et signé de la main
du Testateur , auau lieu qu'ayant été reçû
par un Notaire , ce sera le Notaire qui
l'aura écrit ,
De même si un Notaire reçoit une
Obligation sur du papier commun , tan-
1. Vol.
dis
JUIN;
1737.
IIII
dis qu'elle devoit être sur du papier tim-
bré , elle ne sera pas valable , même
comme promesse sous signature privée ,
parce qu'aux termes de la Déclaration
du Roy du 22. Septembre 1733. regis-
trée en Parlement le 14. Octobre suivant
et le 20, Janvier 1734. Tous Billets sous
signature privée , au Porteur , à ordre , on
autrement, causés pour valeur en argent, sont
nuls , si le corps du Billet n'est écrit de la
main de celui qui l'a signé , ou du moins si
la somme portée au Billet n'est reconnuë par
une aprobation écrite en toutes lettres aussi
de sa main.
Cette Déclaration excepte seulement
les Billets sous signature privée , faits par
des Banquiers , Négocians , Marchands ,
Manufacturiers , Artisans , Fermiers, La-
boureurs , Vignerons , Manouvriers et au-
tres de pareille qualité , à l'égard desquels
elle n'exige pas que le corps de leurs
Billets soit entierement écrit de leur
main ensorte que les Obligations pas-
sées devant Notaires par ces sortes de
personnes , et reçûës sur du papier com-
mun lorsqu'elles devoient l'être sur pa-
pier timbré , pouroient valoir comme
Billets sous signature privée , pourvû
que l'Acte fût signé de l'Obligé.
Pour ce qui est des Actes que les Par-
1. Vol
ties
112 MERCURE DE FRANCE
ties n'ont pû signer , faute de sçavoir
écrire , ou pour quelqu'autre empêche-
ment , ils sont absolument nuls à tous
égards , lorsque les Officiers publics de-
voient les recevoir sur du papier timbré,
et qu'ils les ont reçûs sur du papier com-
mun , et ne peuvent valoir même com-
me Ecriture privée , parce que les Actes
sous seing privé ne sont parfaits que par
la signature des Parties.
A l'égard des Actes sinallagmatiques
tels que les Contrats de vente , d'échan-
ge , de societé , les baux et autres Actes
semblables , qui obligent respectivement
les Parties contractantes à remplir cha-
cun de leur part certains engagemens ,
lorsqu'ils sont reçûs par des Officiers pu-
blics sur du papier commun , dans un
lieu où ils devoient être sur papier tim-
bré , ils sont aussi absolument nuls à
tous égards, et ne peuvent valoir même
comme Ecriture privée , quand même
les Parties contractantes les auroient si-
gné , parce que pour former un Acte
obligatoire , sinallagmatique , sous seing
privé ,
il faut qu'il soit fait double , tri-
ple ou quadruple , & c. selon le nombre
des Contractans , afin que chacun d'eux
puisse en avoir un pardevers soi , ce que
fon apelle en Bretagne , un autant ; et
1. Vol
qu'il
JUIN
1737.
1113
qu'il soit fait mention dans chaque ex-
pédition que l'Acte a été fait double
triple ou quadruple , ce qui est tellement
de rigueur que l'omission de cette men-
tion suffit seule pour annuller la conven-
tion
cette regle est for dée sur le prin-
cipe qu'une convention ne peut pas être
valable , à moins que chaque Contrac-
tant ne puisse contraindre les autres à
exécuter leurs engagemens , comme il
peut être contraint de remplir les siens:
pour mettre les Contractans en état d'o-
bliger les autres d'executer leurs enga-
gemens , il faut
il faut que chacun d'eux ait en
main , pardevers soi un titre contre les
autres ; car un Acte sinallagmatique sous
seing privé qui seroit simple , ne forme-
roit pas un titre commun , quoiqu'il fût
signé de tous les Contractans , puisque
chacun d'eux ne pouroit pas l'avoir , et
que celui qui l'auroit, pouroit le faire
paroître ou le suprimer , selon son in-
terêt
3
au préjudice des autres Contrac-
tans , qui ne pouroient pas s'en aider.
Or lorsqu'un Acte sinallagmatique a
été reçû par un Officier public , pour
valoir comme Acte public ; et que néan,
moins il ne l'a reçû que sur papier com-
mun , soit par impéritie ou autrement,
quoiqu'il dût le recevoir sur du papier
J Vol.
timbré
1114 MERCURE DE FRANCE
timbré , cet Acte ne peut valoir comme
Ecriture privée , parce qu'il n'a point
été fait double , triple ou quadruple ,
& c. selon le nombre des Contractans , et
que par conséquent il n'y est pas fait
mention qu'il ait été fait double ou tri
ple , &c. d'où il s'ensuit qu'il ne peut
etre sinallagmatique , et qu'il est abso-
lument nul.
En vain prétendroit- on que la minu
te de cet Acte sinallagmatique devient
un titre commun dont chaque Contrac
tant peut ensuite lever des expéditions
et par- là se procurer un titre pour obli-
ger
les autres Parties à executer l'Acte
de leur part : dès que l'Acte sinallagma
tique n'a pas été reçû par l'Officier pu-
blic sur du papier timbré , comme il le
devoit , et que par l'omission de cette
formalité l'Acte ne peut valoir comme
Acte public , l'original de cet Acte que
l'Officier public a retenu pardevers lui ,
ne peut être considéré comme une vraie
minute , qui soit un titre commun dont
on puisse lever des expéditions , qui ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'original n'étant pas un Acte
public , mais seulement un Acte privé
simple, il pouvoit être suprimé par ceux
entre les mains desquels il étoit , et par
1. Vol.
conséquent
JUIN 17370
ITTS
conséquent n'étoit pas obligatoire , le
dépôt qui en a été fait chés un Officier
public , ne peut pas réparer ce vice pri-
mordial , ni faire que les expéditions
qu'en délivreroit l'Officier public , ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'Acte étant nul dans le prin-
cipe ne peut être réhabilité par la quali-
té du Lieu où il est placé.
Il faut néanmoins excepter de cette
regle certains Actes que les Notaires
peuvent recevoir en Brevet ; car si ces
Actes ont été faits doubles ou triples ,
selon le nombre des Parties contractan-
tes , ainsi que cela se pratique ordinaire-
ment, et que chaque double soit signé de
la Partie qu'il oblige, ces Actes qui ne se-
roient pas valables comme Actes publics,
s'ils étoient écrits sur du papier ou par-
chemin commun , dans un Lieu où ils
devoient l'être sur du papier ou parche-
min timbré , vaudroient du moins com-
me Ecritures privées , parce qu'ils au-
roient en eux toutes les conditions né
cessaires pour valoir en cette qualité.
Papier et Parchemin timbré, les Lieux
où cette Formalité est établie, son Objet,
ses Effets, et diverses questions auxquelles
elle peut donner lieu. Par M. A. G.
Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Quoique l'établissement du Papier
et Parchemin timbré en France ne
Q
remonte guere qu'à 60. et quelques an
I Vol.
2
nées
JUIN.
1737.
1033
nées, et que cette matiere semble d'abord
être purement de Finance , la formalité
du Timbre en général , ne laisse pas d'ê-
tre fort ancienne , et de faire naître di-
verses questions , dont la décision dé-
pend des principes du Droit et de l'é-
quité naturelle.
C'est sous ce point de vûë que l'on se
propose de discuter ici cette matiere , et
seulement en ce qui est du Ressort de la
Jurisprudence .
19. Il paroîtra peut- être singulier que
l'on fasse remonter l'origine du Papier
timbré jusqu'au temps des Romains : ce-
pendant il est constant que cette forma-
lité ne leur étoit pas totalement incon-
nuë.
En effet , l'Empereur Justinien , con-
siderant le grand nombre d'Actes que les
Tabellions de Constantinople recevoient
journellement , et voulant prévenir cer-
taines faussetés qui pouvoient s'y glis-
ser , par sa Novelle 44. publiée l'an 537.
suivant les Fastes Consulaires ch. 2.
* Novella 44. de Tabellionibus , et ut Protoco-
la dimittant in
chartis. Imperator Justinianus
August. Joanni Prafect.Prator. iterùm Exconsuli et
Patricio. Litem , &c. Cap. II .
Illud quoque prasenti adjicimus Legi , ut Ta-
beliones non in aliâ charta purafcribant documen
ta , nisi in illâ qua in initio ( quod vocatur Proto-
I.Vol.
donna
7084 MERCURE DE FRANCE
donna que ces Tabellions ne pouroient
recevoir les Originaux des Actes de leur
ministere que sur du Papier en tête du-
quel (ce qu'on apelloit le Protocole ) se-
roit marqué le nom de l'Intendant des
Finances qui seroit alors en place , le
temps auquel auroit été fabriqué le pa-
pier, et les autres chosesque l'on avoit coû
tume de mettre en tête de ces papiers des-
colum per tempora gloriosissimi Comitis sacrarum
nostrarum largitionum habeat appellationem , et
tempus quo Charta facta est , et quacumque in ta-
libus scribuntur , et ut Protocolum non incidant
sed insertum relinquant. Novimus enim multas
falsitates ex talibus chartis ostensas et priùs et nunc;
ideóque licet aliqua sit charta ( nam et hoc san-
cimus ) habens Protocolum non ita conscriptum
sed aliam quandam scripturam gerens , neque il-
lam suscipiant , tanquam adulteram , et ad talia'.
non opportunam: sed in sola ali chartâ qualem du-
dum diximus,documenta scribant: hoc itaque qua de
qualitate talium chartarum à nobis decreta sunt ,
et de incisione eorum qua vocantur Protocola ,
lere in hac felicissimâ solùm Civitate volumus, ubi
plurima quidem contrahentium multitudo , multa
quoque chartarum abundantia est ,
modo interesse negotiis ,
X1 x. Kalend. Septembris
1. Vol.
va-
et licet legali´
et non dare occasionem
quibufdam falsitatem committere : cui se obnoxios
existere demonstrabunt , qui prater hac aliquid'
agere prasumpserint : que igitur placuerunt nobis
et per hanc sanctam declarata sunt Legem : tua
eelsitudo operi effectuique tradere festinet. Datum
tinés
1. Vol.
JUIN.
1737.
1085
tinés à écrire les Originaux des Actes que
recevoient les Tabellions de Constanti-
nople , ce que l'on apelloit , suivant la
Glose et les Interprétes , Imbreviaturam
totius contractus; c'est-à dire un Titre qui
annonçoit sommairement la qualité et
substance de l'Acte.
Par cette même Novelle l'Empereur
défendoit aussi aux Tabellions de Cons-
tantinople de couper ces marques et ti-
tres qui devoient être en tête de leurs-
Actes : il leur enjoignoit de les laisser
sans aucune altération , et défendoit aux
Juges d'avoir égard aux Actes écrits sur
du papier qui ne seroit pas revêtu en tê-
te de ces marques , quelques autres ti
tres ou Protocoles qui y fussent écrits.
Cette origine des Papiers et Parche
mins timbrés a été remarquée par M.de
Bâville , Intendant de Languedoc , dans
les Mémoires ( a ) qu'il a fait pour ser-
vir à l'Histoire de cette Province , dans
lesquels , en parlant du Domaine , il dit
que comme il y a deux Généralités (b )
( a )Ces Mémoiresfurent faits pour l'instruction
de M. le Duc de Bourgogne en l'année 1697. On
les a imprimé depuis sous le nom fent d'Amster-
dam 1734. mais le vrai lieu de cette Edition est
Marseille.
( b) Il n'y avoit alors dans le Languedoc que
dans
1086 MERCURE DE FRANCE
dans leLanguedoc, il y a aussi deux Sous-
Fernres du Domaine ; l'une pour la Gé-
néralité de Toulouse , l'autre pour la Gé-
néralité de Montpellier , et que dans ces
Sous-Fermes sont compris le Papier tim-
bré , les Fórmules et le Contrôle des
Exploits , et à ce propos il remarque, en
passant , que le Papier timbré n'a pas été
inconnu aux Romains , puisqu'on voiť
par la Novelle 44. qu'ils avoient une es-
pece particuliere de papier pour écrire
les Originaux des Actes des Notaires ,
lequel portoit la marque que l'Intendant
des Finances vouloit y faire aposer , et
la date du temps auquel il avoit été
fait.
On ne peut donc pas disconvenir que
la formalité du papier timbré étoit déja
en quelque usage chés les Romains , puis-
que les titres,dates et autres marques qui
devoient être aposées en tête du papier des-
tiné à écrire les Actes originaux des Ta-
bellions de Constantinople , étoient une
espece de Timbre qui avoit le même ob-
jet que ceux qui sont aujourd'hui usités
en France et dans plusieurs autres Pays.
II. Mais il est vrai qu'à l'exception
de la Ville de Constantinople , où cette
ces deux Généralités , aujourd'hui il y en a trois
sçavoir , Toulouse , Montpellier et Montauban.
1. Vol.
formalité
JUIN.
1087
1737.
formalité étoit établie , et pour les Actes
des Tabellions seulement , les Grecs , les
Romains et les autres Nations ne se ser-
voient point anciennement de papier et
Parchemin timbré : il n'y avoit alors au-
cune marque sur les Actes publics qui
les distinguât des écritures privées , car
les Grecs et les Romains n'avoient point
de Sceaux publics , ils n'avoient que des
Sceaux particuliers , ou plûtôt de simples
Cachets qu'ils aposoient aux Actes, au
Heu de signature , comme cela s'est pra-
tiqué long- tems dans plusieurs Pays , et
même autrefois en France , à cause qu'il
y avoit alors peu de personnes qui sçûs-
:
lesquels Sccaux particuliers
sent écrire
n'avoient aucun raport avec les Timbres
dont nous parlons.
III. On tient communément que le
Papier et le Parchemin timbré commen-
cerent à être établis en Espagne et en
Hollande vers l'an 1555.
IV. Ils le furent ensuite en Allema-
gne et dans les Pays-Bas de la Domina-
tion Impériale je n'ai pas trouvé l'Epo-
que précise du temps auquel ils com-
mencerent à y être en usage
mais
je puis assurer qu'il y en avoit du-
moins dès 1668. car j'ai vu un Acte reçû
par des Notaires à Bruxelles daté du 20 .
Février
L.Vol.
088 MERCURE DE FRANCE
Février 1668. qui étoit sur du papier
timbré.
J'ai remarqué deux choses particulie
res au Timbre qui est usité dans ces
Pays.
La premiere, est qu'ils ne sont point
frapés avec un Poinçon , comme ceux
qui sont usités en France et dans plusieurs
autres endroits , mais imprimés avec une
planche de cuivre, comme les Estampes.
La seconde , est que lorsqu'un Acte est
composé de plusieurs feuilles , il suffit
que la premiere soit de Papier timbré, les
autres que l'on insere au dedans peuvent
être de papier commun , au lieu qu'en
France et dans la plupart des autres en-
droits , où les Papiers et Parchemins tim-
brés sont établis, il fautque chaque feüil-
le employée aux Actes publics porte son
timbre.
V. On se sert aussi de papiers et par-
chemins timbrés pour les Actes publics
dans toute l'Angleterre , l'Ecosse et l'Ir-
lande : le Timbre que l'on y apose est
frapé avec un Poinçon , mais il n'y a
point d'encre ni aucune autre couleur
dans le Poinçon , ensorte que le Timbre
qu'il imprime ne paroît que parce qu'il
y a un peu de relief.
Ce Timbre d'Angleterre ne contient
I. Vol.
poinc
JUIN.
1737
1089
point les Armes du Roy , comme la plû-
part des autres Timbres : il est composé
de trois especes d'Ecussons accollés , char-
gés chacun d'une Rose , au tour de la-
quelle sont écrits ces mots : Honny soit
qui mal y pense , qui sont le cri des Ar
mes d'Angleterre.
VI. Les Papiers et Parchemins tim-
brés sont aussi en usage en Lorraine et
dans le Barrois , en Italie , dans le Com-
tat d'Avignon , et dans plusieurs autres
Etats de l'Europe.
VII. Pour ce qui est de la France ,
Louis XIV . étant lors à Paris, donna un
Edit au mois de Mars 1655. portant éta-
blissement d'une Marque sur le Papier et
le Parchemin pour la validité de tous les
Actes qui s'expedieroient dans le Royau-
me. Cet Edit fut enregistré en Parlement,
en la Chambre des Comptes , et en la
Cour des Aydes le 20. du même mois . Il
est à la Chambre des Comptes au je Vo-
lume des Ordonnances de Louis XI V.
coté 3. n. folio 69. et il en est fait men-
tion dans le Recueil des Ordonnances
Edits , &c. par M. Blanchart : mais cet
Edit n'eut pour lors aucune execution.
Ce ne fut qu'en 1673. qu'on ordon-
na de nouveau l'usage des Papiers et Par-
chemins timbrés , à l'occasion des For-
1. Vol.
mules
1090 MERCURE DE FRANCE
mules qui devoient être dressées pour
tous les Actes publics ; le Roy ayant re-
glé la forme de la procédure , tant au
Civil qu'au Criminel , par ses Ordon-
nances de 1.667. et 1670. et ordonné que
cette nouvelle forme de proceder seroit
suivie dans tout son Royame , pour faci-
liter l'execution de ses Reglemens , et
faire cesser les divers stiles particuliers
qui s'observoient dans chaque Tribunal ,
donna une Déclaration le 19. Mars 1673 .
par laquelle il ordonna qu'il seroit dres-
sé un Recueil de Formules , tant des Ac-
tes Judiciaires que des Actes des Notai-
res , pour y avoir recours au besoin , et
que sur ces Formules il seroit imprimé
des Exemplaires de chaque nature d'Ac-
tes , lesquels seroient marqués en tête d'u-
ne Fleur-de- lys , et timbrés de la qualité et
substance des Actes , comme aussi du Droit
qui seroit perçu pour chaque Acre , sui-
vant la Taxe qui en seroit faite au Con..
seil.
Les Formules d'Actes ordonnées par
cette Déclaration n'ont jamais eu lieu ,
parce que l'on y trouva trop de difficulté
et d'inconveniens : mais le Roy donna
une autre Déclaration au mois de Juillet
1673. registrée au Parlement le 10. du
même mois , par laquelle , en attendant
I. Vol.
que
JUIN.
1737.
1091
que les Formules fussent perfectionnées,il
ordonna queles Actes publics ne pouroient
être écrits que sur du papier et parche-
min timbré , comme ils devoient l'être
pour les Formules , avec cette difference
seulement , que le corps de l'Acte seroit
entierement écrit à la main.
Depuis ce Reglement on commença
à écrire les Actes publics sur du papier et
parchemin timbré
,
et on a toujours
continué jusqu'à present ; il y a scule-
ment eu des augmentations et diminu-
tions de Droits sur ces papiers , et divers
changemens dans la Formule des Tim-
bres mais l'objet de cette Dissertation
n'est pas de raporter ici tous ces Regle-
mens , encore moins d'entrer dans le dé-
tail des peines pecuniaires pronon-
cées contre ceux qui commettent à cet
égard quelque contravention ; cette pa : 3
tie qui ne concerne que la Finance
a été traitée par le Sr Deniset , Inte-
ressé dans les Fermes du Roy , lequel en
1715. a donné au Public un Volume in-
12. sous le titre de Recueil des Formules
des Papiers et Parchemins timbrés , & c.
dans lequel il a raporté les divers Regle
mens faits sur ce sujet, même les. Tarifs
des Droits , et les Baux faits aux Adju-
›
dicataires de cette Ferme, avec des Ob-
1. Vol.
C servations
1092 MERCURE DE FRANCE
servations sur la perception de ces Droits,
sur les Fonctions des Préposés et Com-
mis , &c. Ceux qui voudront en voir
davantage à cet égard , peuvent avoir re-
cours à ce Recučil.
VIII. J'observerai seulement que
depuis 1715. date de l'Edition de ce Re-
cueil , il est survenu deux Déclarations
au sujet des Papiers et Parchemins tim
brés.
Par la premiere , qui est du 7. Déa
cembre 1723. registrée en Parlement le
22. du même mois, le Roy en suprimant
la Formalité du Controlle des Actes des
Notaires au Châtelet de Paris , avoit éta-
bli divers Timbres particuliers , qui de-
voient être aposés sur les Actes qu'ils
recevroient , outre le Timbre ordinaire
de la Ferme , sçavoir un Timbre parti-
culier pour
les Actes de la premiere classe
qui y étoient détaillés , un pour les Ac-
tes de la seconde classe , un pour les pre-
mieres feuilles d'Expeditions,un autre pour
les secondesfeuilles.
Toutes ces differentes Formules ont
été suprimées par la seconde Déclaration
qui est du 5. Décembre 1730. par la-
quelle il est ordonné qu'à compter du
premier Janvier 1731. les Notaires de
Paris écriront tous leurs Actes sur du
1. Vol.
papier
JUIN.
1737.
103
papier timbré du Timbreord.naire des Fer
mes du Roy et outre cela d'un Timbre
particulier , intitulé Acres des Notaires de
Paris. Laquelle Formule sera uniforme
pour toute sorte d'Actes .
Tel est le dernier état des Reglemens
faits en France sur cette matiere.
IX.
Il y a quelques Provinces qui
n'ayant été réunies à la France qu'à la
charge d'être maintenues dans leurs Im-
munités et Privileges , n'ont point été
assujetties à la formalité des Timbres
parce qu'ils n'y étoient pas établis aupa-
ravant : Telles sont la Flandre, l'Artois,
Charleville et son Territoire , l'Alsace et
le Roussillon.
X. Il y a aussi deux Principautés
clavées dans la France ; sçavoir celle de
Dombes et celle d'Orange , et encore la
Principauté d'Henrichemont et Bois Belle
en Berry, dans lesquelles on ne se sert pas
non plus de papier timbré.
XI. Les Timbres que l'on apose en
France aux papiers et parchemins desti-
nés à écrire les Actes publics , sont im-
primés avec un Poinçon , et representent
les Armes du Prince, ou son Chiffre , ou
quelqu'autre marque par lui ordonnée ,
selon la nature des Actes , car il y a non
seulement un Timbre particulier pour
1.Vo!
ċij
chaque
1094 MERCUREDE FRANCE
chaque Généralité, mais il y a aussi dans
une même Généralité divers Timbres ,
>
selon la nature des Actes. On garde à
Paris dans l'Hôtel de Charny tous les
Poinçons des Timbres de toutes les Gé-
néralités , et c'est là que se timbrent les
papiers et parchemins pour tout
Royaume.
le
XII. Nos Timbres ont quelque ra
port avec les Sceaux publics , en ce que
les uns et les autres sont ordinairement
une empreinte des Armes du Prince , et
qu'ils s'aposent également aux Actes pu-
blics , et les distinguent des Actes sous
signature privée ; il ne faut pourtant pas
confondre ces deux Formalités , y ayant
entr'elles deux differences essentielles.
La premiere est que les Sceaux publics
tels que ceux du Roy, des Chancelleries,
des Jurisdictions , des Villes , des Uni-
versités , et autres semblables s'apliquent
en relief sur une forme de cire , ou
de quelqu'autre matiere propre à en rece-
voir l'empreinte: il y en aque l'on aplique
sur l'Acte même , d'autres qui sont à dou-
ble face , et qui ne sont attachés à l'Acte
que par des Lacs : au lieu que les Tim-
bres ne sont qu'une marque imprimée
au haut du papier ou parchemin ; lequel
nom de Timbre paroît avoir été emprun-
I. Vol.
té
JUIN.
1737.
1055
té du Blazon , & tirer son étimologie de
ce que le Timbre des papiers et parche-
mins s'imprime au haut de chaque feüil-
le , comme le casque ou autre couron-
nement que l'on nomme aussi Timbre ,
en termes de Blazon , se met au dessus
de l'Ecu.
La seconde difference eft que les Sceaux
que l'on apose aux Actes reçûs par des
Officiers publics, sont la marque de l'au
torité dont ils sont revêtus ; non- scule-
ment ils donnent à l'Acte un caractere
de publicité , mais en quelques endroits
comme à Paris , ils lui donnent aussi le
droit d'éxecution parée , tellement que
si un Acte public n'y étoit pas revêtu du
Sceau qu'il doit avoir pour être execu-
toire , il ne pouroit être mis à execu-
tion , quand même il seroit d'ailleurs re-
vêtu de toutes les autres formalités neces-
;
saires au lieu que le Timbre ne sert qu'à
donner à l'Acte une forme publique et
autentique , et ne lui donne en aucun
Pays le droit d'éxecution parée.
XIII. Quoique la formalité du Tim-
bre semble n'avoir été établie que pour
la finance qui en revient au Roy , elle ne
laisse pas d'être utile d'ailleurs.
En effet , le Timbre sert , 19. à distin-
guer à l'inspection seule du haut de la
1. Vol.
Cij fülle
1096 MERCURE DE FRANCE
feuille sur laquelle l'Acte est écrit, si c'est
un Acte émané d'un Officier public , ou
si ce n'est qu'une Ecriture privée.
2°. Le Timbre sert à faire respecter et
conserver les Affiches , Publications et
autres Actes que l'on attache exterieure-
ment aux portes de certaines Maisons ,
ou dans les Places publiques , en cas de
Decret , Licitation , Adjudication , ou
autre Publication : car dans ces sortes
d'Affiches , il n'y a proprement que le
Timbre qui fasse connoître que ce sont
des Actes émanés de l'autorité publique,
et sans cette formalité ils pouroient être
regardés comme des Ecrits privés, d'au-
tant plus que ces sortes d'Actes ne sont
point scellés , et qu'il n'y a que le Tim-
bre qui les distingue des Ecritures pri-
vées..
3. Le Timbre sert aussi à prévenir
certaines antidates et faussetés que l'on
pouroit plus facilement commettre ,
si
cette formalité n'étoit pas établie : car
comme il y a un Timbre particulier pour
chaque Pays , et même en France pour
chaque Province, que ces Timbres ont
été changés en divers temps , et que l'on
ne peut écrire les Actes publics que sur
du papier ou parchemin timbré du Tim-
bre actuellement autorisé dans le temps
I. Vol
et
JUIN.
1737.
1097
et le lieu où se passe l'Acte , ceux qui
écrivent un Acte sur du papier marqué
du Timbre actuel d'un certain Pays , ne
peuvent pas impunément le dater d'un
temps ni d'un lieu auquel il y auroit eut
un autre Timbre , parce que le Timbre
aposé à l'Acte démentiroit ces dates , et
en feroit connoître la fausseté.
4. Le principal effet des Timbres
( du moins que les Reglemens leur ont
attribué ) est qu'ils sont une des forma-
lités nécessaires pour donner l'authenti-
cité et le caractere de publicité aux Actes
reçûs par des Officiers publics : tellement
que sans cette formalité ces Actes ne pro-
duiroient point d'hypoteque , et ne se-
roient pas authentiques ni exécutoires :
ils ne seroient au plus considerés que
comme des Ecritures privées, et dans cer-
tains cas , ils seroient absolument nuls ,
ainsi que nous l'expliquerons dans un
moment ; ce qui a ainsi lieu , quand mê
me ces Actes seroient d'ailleurs revêtus
de toutes les autres formalités nécessaires
pour produire leur effet.
XIV. L'observation de cette forma
lité est d'autant plus importante , que
les Reglemens qui la prescrivent ne sont
pas des Loix seulement comminatoires ,
elles prononcent formellement la peine
I. Vol.
Ciiij.
de
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis.à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV . Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci- de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Of-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question, est que tout ce qui ne concer-
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que
la forme , ne doivent être observés
"
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint aux
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
Suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la formet
extérieure des Actes , et qui par conse
J. Vol
Gy
quent
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV. Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci-de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Òf-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question , est que tout ce qui ne concer
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que la forme , ne doivent être observés
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint au
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la forme
extérieure des Actes , et qui par conse
J.Vol
Gy
quent
Troo MERCURE DE FRANCE
quent ne regle que la forme de ceux qui'
se passent dans le lieu où ce Statut est
observé.
Il est vrai qu'il arrive rarement qu'il
se forme un combat sur ce Point entre
deux Statuts oposés , parce qu'il faut
pour cela que l'Officier public , qui a sa
residence dans un lieu dans lequel le pa
pier et le parchemin timbré sont établis,
ait été recevoir un Acte dans un lieu où
les Actes même publics s'écrivent sur du
papier commun , ou bien vice versâ, que
I'Officier public , qui auroit sa residence
dans un lieu où il n'y auroit point de
papier timbré , ait été recevoir un Acte
dans un lieu où la formalité du Timbre
seroit établie, ce qui n'est pas ordinaire,
la plupart des Officiers publics , n'ayant
droit d'instrumenter que dans le lieu de
leur residence:
Néanmoins ces sortes de cas peuvent
arriver , et arrivent en effet quelquefois
Par exemple , les Huissiers au Châte-
let de Paris ont droit d'exploiter par tout
le Royaume. Un de ces Huissiers qui a sa
residence ordinaire à Paris , est obligé de
se servir de papier timbré pour les Ex-
ploits qu'il y feroit , parce que cette for-
malité y est établies mais si , en vertu
du privilege qu'il a d'exploiter par tout
Mr.Vol.
le
JUIN.
1737
ΥΙΟΙ
le Royaume , I alloit faire quelque Ex-
ploit dans une Province où le papier et le
parchemin timbré n'est pas établi , telle
que Charleville , Henrichemont et autres
semblables , il ne seroit pas obligé de se
servir de papier timbré pour les Exploits
qu'il feroit dans ces Provinces , parce
que la Loy particuliere de chaque Pays
regle la forme extérieure des Actes qui
s'y passent , et que dans ce cas le papier
timbré n'est pas nécessaire , puisque la
Loy du Pays ne l'ordonne point.
Il en est de même à l'égard des No-
taires au Châtelet de Paris , qui ont leur
residence à Paris, et y font ordinairement
leurs fonctions ; ils sont obligés pour les
Actes qu'ils y reçoivent de se servir de
papier ou parchemin timbré, selon la na-
ture des Actes ; mais comme ils ont droit
d'instrumenter par tout le Royaume,
Hs peuvent aller recevoir des Actes
dans quelqu'autre Province dans laquelle
le papier timbré n'a pas lieu , et dans cet
cas ils ne seront pas obligés d'écrire leurs
Actes sur du papier ou parchemin tim-
bré , il suffira qu'ils les écrivent sur du
papier commun , suivant l'usage du lieu
où se passent les Actes.
De même encore un Conseiller au Par
lement de Paris , qui seroit commis par
J Vol.
Cvj
sa
Tro2 MERCURE DE FRANCE
sa Compagnie pour aller faire quelque
Enquête , Information , Visite ou autre
Procès verbal dans un lieu du Ressort où
le papier timbré n'est pas établi, comme
en Artois , ne seroit pas obligé de s'en
servir pour écrire les Actes qu'il feroit
dans ce lieu .
Et par une suite nécessaire du même
principe que la Loy du lieu où se passent
les Actes , regle tout ce qui est de la for-
me extérieure , un Officier public , éta-
bli dans un lieu où l'on se sert de papier
timbré , lequel , en vertu de quelque
Privilege ou Commission , iroit instru
menter dans un lieu où le papier timbré
seroit pareillement établi , mais dont le
Timbre seroit different , ne pouroit pas
dans ce lieu se servir de papier marqué
du Timbre autorisé dans le lieu de sa re-
sidence , il seroit tenu de se servir de
papier timbré pour le lieu où il passeroit
Acte
ensorte que les Notaires au Châ-
telet de Paris , qui par la Déclaration du
7. Septembre 1723. ont été affranchis de
la formalité du Controlle , au moyen
d'un Timbre particulier qui a été ajoûté
au papier dont ils se servent , ne pou
roient pas se servir de ce papier dans une
autre Généralité où il y auroit un Tim-
bre different , ils seroient obligés de se:
I.Vol
servig
JUIN.
1737.
F103
servir de papier timbré pour le lieu où
ils passeroient l'Acte , et il y a lieu de
croire que les Actes ainsi reçûs par des
Notaires de Paris , seroient sujets au Con
trolle comme tous les autres Actes qui
se passent dans les lieux où le Roy n'a
point établi le Timbre particulier , au
moyen duquel il a affranchi les Notaires
de Paris de la formalité du Controlle
parce que , comme on l'a déja observé, la
forme des Actes se reglant par la Loy dư
lieu où ils se passent les Actes reçûs par
des Notaires de Paris dans une autre Géné-
ralité , où le Controlle est établi, et où il
il
y a un Timbre different de celui de Pa-
ris , ne doivent point être reçûs selon la
forme usitée à Paris , mais suivant celle
qui est usitée dans le lieu où ils se passent,
et par consequent doivent être controllés
et écrits sur du papier timbré exprès pour
le lieu de la passation , puisque ce sont là
les formalités prescrites pour ce lieu.
XVI. Quoique par plusieurs Ordon
nances , Edits et Déclarations , le Roy
ait distingué les Actes qui doivent être
écrits en parchemin timbré, de ceux qu'il
suffit d'écrire sur du papier timbré ; un
Acte qui doit être en parchemin timbré
ne seroit pas nul , sous prétexte qu'il ne
seroit qu'en papier timbré
Val
parce que
1104 MERCURE DE FRANCE
le Roy a bien ordonné sous peine de nul-
lité d'écrire les Actes publics sur du papier
ou parchemin timbré , mais lorsqu'il a
distingué les Actes qui doivent être en
parchemin d'avec ceux qui doivent être
en papier, il n'a pas prononcé la peine de
nullité contre les Actes où ces distinc-
tions n'auroient pas été observées : en-
sorte qu'en cas de contravention à ces
distinctions, les Officiers publics sont
seulement sujets aux peines pecuniaires
prononcées par les Reglemens.
XVII. Il y auroit seulement plus de
difficulté, si un Acte d'une certaine nature
étoit écrit sur du papier ou parchemin
destiné à des Actes totalement differens:
Par exemple , si un Notaire écrivoit ses
Actes sur du papier ou parchemin des-
tiné pour les Expeditions des Greffiers ,
et vice versa. Dans ces cas la contradic-
tion qui se trouveroit entre l'intitulé du
Timbre, et la qualité de l'Acte, pouroic
faire foupçonner qu'il y auroit eu quel-
que surprise , et qu'on auroit fait signer
aux Parties un Acte pour un autre , ou
dumoins feroit rejeter l'Acte comme
étant absolument informe.
De même s'il arrivoit qu'un Acte pas
sé dans une Généralité fût écrit sur du
I. Vol.
...
papier
JUIN.
1737-
1105
papier ou parchemin timbré du Timbre
d'une autre Généralité , il y a lieu de
croire qu'un tel Acte seroit declaré nul ,
parce que ce seroit aux Parties à s'im-
puter d'avoir fair écrire leur Acte sur du
papier qui ne pouvoit absolument ycon-
venir , et qu'ils ne pouvoient ignorer
être d'une autre Généralité , puisque le
nom de chaque Généralité est gravé dans
chaque Timbre qui lui est particulier.
Mais si un Acte qu'il suffit d'écrire
sur du papier timbré étoit écrit sur du
parchemin timbré ; ou bien si un Acte-
que l'on peut mettre sur du papier ou
parchemin commun étoit écrit sur du
papier ou parchemin timbré , un tel Ac-
re ne seroit pas pour cela nul , parce que
ce qui abonde ne vicie point.
XVIII. En France , depuis quelques.
années , on a établi une Fabrique par-
ticuliere pour lespapiers que l'on destine
à être timbrés , dans le corps desquels au
licu de la Marque ou Enseigne du Fabri
quant , il y a au milieu de chaque feüil-
let une impression du Tinibre qui y doir
être aposé en tête.
Selon l'usage,ce Timbre interieur ne pa
roît pas être absolument de l'essence de la
formalité , et à la rigueur il suffit que le
papiersur lequel est écritl'Acte public soit
LiseVol
timbré
1105 MERCURE DE FRANCE
timbré au haut de chaque feuille du Tim
bre extérieur qui s'imprime avec un
Poinçon et en effet les Officiers publics
écrivent quelquefois leurs Actes sur du
papier commun , et font ensuite timbrer
chaque feuille avant de signer et de faire
signer l'Acte.
Il seroit néanmoins à propos que les
Officiers publics ne pussent se servir que
de papier timbré , tant du Timbre inté-
rieur que du Timbre extérieur ; carloin
que cette repetition du Timbre soit inu-
tile , chacun de ces deux Timbres a son
atilité particuliere.
Le Timbre imprimé au haut de cha-
que
feüille sert à faire connoître à l'ins-
pection seule d'un Acte, s'il est public ou
privé.
Le Timbre qui est dans le corps du
papier et fait en même temps que le pa-
pier , sert à assurer que le papier étoit
timbré lorsque l'Acte y a été écrit , et
qu'il n'a pas été timbré après coup : en
quoi ce dernier Timbre est un garand
plus sûr de la forme de l'Acte que le
Timbre extérieur , qui pouroit être apli
qué après coup , pour faire valoir un Ac-
re auquel manqueroit cette formalité.
Ce Timbre intérieur pouroit aussi ser-
vir à supléer le Timbre imprimé s'il se
J. Fol
trouvoit
JUIN.
1737.
1107
trouvoit effacé , ou si le haut de la page
sur lequel il est aposé étoit déchiré : sur
quoi il faut remarquer , en passant , que
les Officiers publics devroient toûjours
avoir l'attention de disposer leurs Actes
de maniere qu'on ne puisse en suprimer
le Timbre sans alterer le corps de l'Ac-
te, ce que néanmoins quelques uns n'ob-
servent pas, ne commençant à écrire leurs
Actes qu'au-dessous du Timbre.
Pour revenir au double Timbre , je
dis
que le Timbre intérieur qui est fait
avec le papier est utile pour assurer que
l'Acte a été écrit sur du papier qui étoit
déja timbré : ce qui ne laisse pas d'être
important ; car puisqu'il est ordonné à
peine de nullité que les Actes reçûs par
des Officiers publics soient écrits sur du
papier timbré , ceux qui sont Déposi-
taires des Poinçons du Timbre ne doi-
vent pas timbrer un Acte écrit sur du
papier commun , lorsqu'il est déja signé
et parfait comme écriture privée , pour
le faire valoir après coup , comme Ecri-
tare publique :
si on tolere que le Tim-
bre soit aposé sur un Acte déja écrit , ce
ne doit être que sur un Acte qui ne soit
pas encore signé : c'est pourquoi il se-
roit à propos d'assujettir tous les Officiers
publics à n'écrire les Actes qu'ils reçoi-
1. Vol.
vent
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est-à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , er
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feüille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
P'établissement de cette formalité ; et let
Timbre intérieur écarteroit tout soup-
çon , en constatant que
le papier
étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri-
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier ,
dont le Timbre intérieur se fait en mê-
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma-
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes , il se-
roit à souhaiter que l'on ne se servit que
de papier.
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre
les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré, ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas
I. Vol.
absolument
nuls à tous égards , lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
que
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est- à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , et
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feuille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
l'établissement de cette formalité ; et le
Timbre intérieur écarteroit tout soup
çon , en constatant que le papier étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier,
dont le Timbre intérieur se fait en mê
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes ,
roit à souhaiter que l'on ne se servît que
de papier.
il se-
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré , ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas absolument
nuls à tous égards, lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
I. Vol.
que
1170 MERCURE DE FRANCE
que mais ils sont quelquefois valables
comme Ecriture privée.
En effet , lorsque l'on y a observé la
forme prescrite pour les Ecritures pri-
vées , ils sont valables en cette derniere
qualité, quoiqu'ils eussent été faits pour
valoir comme Actes publics.
Mais si ayant été faits pour valoir
comme Actes publics , ils ne peuvent va-
loir en cette qualité faute de Timbre , ou
à cause de quelque défaut essentiel dans
l'observation de cette formalité ; et que
d'un autre côté ces Actes ne soient pas
dans une forme telle qu'ils puissent va-
loir comme Ecriture privée, c'est alors un
des cas où ils sont absolument nuls aux
termes des Reglemens.
Par exemple , si un Notaire reçoit un
Testament sur du papier commun dans
un lieu où il devoit l'écrire sur du papier
timbré , ce Testament sera absolument
nul, et ne vaudra pas même comme Tes-
tament Olographe's parce que , pour être
valable en cette qualité , il faudroit qu'il
fût entierement écrit et signé de la main
du Testateur , auau lieu qu'ayant été reçû
par un Notaire , ce sera le Notaire qui
l'aura écrit ,
De même si un Notaire reçoit une
Obligation sur du papier commun , tan-
1. Vol.
dis
JUIN;
1737.
IIII
dis qu'elle devoit être sur du papier tim-
bré , elle ne sera pas valable , même
comme promesse sous signature privée ,
parce qu'aux termes de la Déclaration
du Roy du 22. Septembre 1733. regis-
trée en Parlement le 14. Octobre suivant
et le 20, Janvier 1734. Tous Billets sous
signature privée , au Porteur , à ordre , on
autrement, causés pour valeur en argent, sont
nuls , si le corps du Billet n'est écrit de la
main de celui qui l'a signé , ou du moins si
la somme portée au Billet n'est reconnuë par
une aprobation écrite en toutes lettres aussi
de sa main.
Cette Déclaration excepte seulement
les Billets sous signature privée , faits par
des Banquiers , Négocians , Marchands ,
Manufacturiers , Artisans , Fermiers, La-
boureurs , Vignerons , Manouvriers et au-
tres de pareille qualité , à l'égard desquels
elle n'exige pas que le corps de leurs
Billets soit entierement écrit de leur
main ensorte que les Obligations pas-
sées devant Notaires par ces sortes de
personnes , et reçûës sur du papier com-
mun lorsqu'elles devoient l'être sur pa-
pier timbré , pouroient valoir comme
Billets sous signature privée , pourvû
que l'Acte fût signé de l'Obligé.
Pour ce qui est des Actes que les Par-
1. Vol
ties
112 MERCURE DE FRANCE
ties n'ont pû signer , faute de sçavoir
écrire , ou pour quelqu'autre empêche-
ment , ils sont absolument nuls à tous
égards , lorsque les Officiers publics de-
voient les recevoir sur du papier timbré,
et qu'ils les ont reçûs sur du papier com-
mun , et ne peuvent valoir même com-
me Ecriture privée , parce que les Actes
sous seing privé ne sont parfaits que par
la signature des Parties.
A l'égard des Actes sinallagmatiques
tels que les Contrats de vente , d'échan-
ge , de societé , les baux et autres Actes
semblables , qui obligent respectivement
les Parties contractantes à remplir cha-
cun de leur part certains engagemens ,
lorsqu'ils sont reçûs par des Officiers pu-
blics sur du papier commun , dans un
lieu où ils devoient être sur papier tim-
bré , ils sont aussi absolument nuls à
tous égards, et ne peuvent valoir même
comme Ecriture privée , quand même
les Parties contractantes les auroient si-
gné , parce que pour former un Acte
obligatoire , sinallagmatique , sous seing
privé ,
il faut qu'il soit fait double , tri-
ple ou quadruple , & c. selon le nombre
des Contractans , afin que chacun d'eux
puisse en avoir un pardevers soi , ce que
fon apelle en Bretagne , un autant ; et
1. Vol
qu'il
JUIN
1737.
1113
qu'il soit fait mention dans chaque ex-
pédition que l'Acte a été fait double
triple ou quadruple , ce qui est tellement
de rigueur que l'omission de cette men-
tion suffit seule pour annuller la conven-
tion
cette regle est for dée sur le prin-
cipe qu'une convention ne peut pas être
valable , à moins que chaque Contrac-
tant ne puisse contraindre les autres à
exécuter leurs engagemens , comme il
peut être contraint de remplir les siens:
pour mettre les Contractans en état d'o-
bliger les autres d'executer leurs enga-
gemens , il faut
il faut que chacun d'eux ait en
main , pardevers soi un titre contre les
autres ; car un Acte sinallagmatique sous
seing privé qui seroit simple , ne forme-
roit pas un titre commun , quoiqu'il fût
signé de tous les Contractans , puisque
chacun d'eux ne pouroit pas l'avoir , et
que celui qui l'auroit, pouroit le faire
paroître ou le suprimer , selon son in-
terêt
3
au préjudice des autres Contrac-
tans , qui ne pouroient pas s'en aider.
Or lorsqu'un Acte sinallagmatique a
été reçû par un Officier public , pour
valoir comme Acte public ; et que néan,
moins il ne l'a reçû que sur papier com-
mun , soit par impéritie ou autrement,
quoiqu'il dût le recevoir sur du papier
J Vol.
timbré
1114 MERCURE DE FRANCE
timbré , cet Acte ne peut valoir comme
Ecriture privée , parce qu'il n'a point
été fait double , triple ou quadruple ,
& c. selon le nombre des Contractans , et
que par conséquent il n'y est pas fait
mention qu'il ait été fait double ou tri
ple , &c. d'où il s'ensuit qu'il ne peut
etre sinallagmatique , et qu'il est abso-
lument nul.
En vain prétendroit- on que la minu
te de cet Acte sinallagmatique devient
un titre commun dont chaque Contrac
tant peut ensuite lever des expéditions
et par- là se procurer un titre pour obli-
ger
les autres Parties à executer l'Acte
de leur part : dès que l'Acte sinallagma
tique n'a pas été reçû par l'Officier pu-
blic sur du papier timbré , comme il le
devoit , et que par l'omission de cette
formalité l'Acte ne peut valoir comme
Acte public , l'original de cet Acte que
l'Officier public a retenu pardevers lui ,
ne peut être considéré comme une vraie
minute , qui soit un titre commun dont
on puisse lever des expéditions , qui ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'original n'étant pas un Acte
public , mais seulement un Acte privé
simple, il pouvoit être suprimé par ceux
entre les mains desquels il étoit , et par
1. Vol.
conséquent
JUIN 17370
ITTS
conséquent n'étoit pas obligatoire , le
dépôt qui en a été fait chés un Officier
public , ne peut pas réparer ce vice pri-
mordial , ni faire que les expéditions
qu'en délivreroit l'Officier public , ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'Acte étant nul dans le prin-
cipe ne peut être réhabilité par la quali-
té du Lieu où il est placé.
Il faut néanmoins excepter de cette
regle certains Actes que les Notaires
peuvent recevoir en Brevet ; car si ces
Actes ont été faits doubles ou triples ,
selon le nombre des Parties contractan-
tes , ainsi que cela se pratique ordinaire-
ment, et que chaque double soit signé de
la Partie qu'il oblige, ces Actes qui ne se-
roient pas valables comme Actes publics,
s'ils étoient écrits sur du papier ou par-
chemin commun , dans un Lieu où ils
devoient l'être sur du papier ou parche-
min timbré , vaudroient du moins com-
me Ecritures privées , parce qu'ils au-
roient en eux toutes les conditions né
cessaires pour valoir en cette qualité.
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2916
p. 1125-1129
LETTRE de M. Mazure, Maître ès Arts dans l'Université de Paris, & Maître de Mathématiques à Rennes, à M. Bardon.
Début :
On trouve tant d'avantage dans les conversations que l'on peut se ménager [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Mazure, Maître ès Arts dans l'Université de Paris, & Maître de Mathématiques à Rennes, à M. Bardon.
LETTRE de M. Mazure, Maître ès
Arts dans l'Université de Paris, &
Maître de Mathématiques à Rennes, à
M. Bardon.
Ο
On trouve tant d'avantage dans les
conversations que l'on peut se ménager
avec vous , Monsieur , qu'on ne
pouroit , sans ingratitude , se dispenser
de vous en faire un hommage. Vous con-
duisez l'esprit avec tant de méthode
qu'il s'emble que vous ne fassiez naître des
doutes , que pour procurer la satisfaction
de les dissiper soi même. Voici le fruit
de mes réfléxions sur la question que
nous agitâmes dernierement. Il s'agissoit
de sçavoir si la matiere actuellement
existente est infinie ou finie en étendue.
Descartes paroît avoir été pour le
premier sentiment ; mais en verité il y a
tant et de si fortes objections à faire , aux-
quelles on ne voit aucune réponse rai-
sonnable qu'on ne peut guere se dé-
terminer à l'embrasser . Contre le dernier,
dans le Systême des Tourbillons plus pe-
tits , et plus petits , qui paroît le seul rai-
sonnable , la plus forte objection que
Fon ait faite jusqu'ici , c'est que, selon
B. Fol.
D vj
les
I 26 MERCURE DE FRANCE
les Loix du mouvement , les petits Tour-
billons qui seroient à l'extrémité , c'est-
à- dire , aux dernieres couches de l'Uni-
vers , devroient s'en aller par des tangen
tes , et tout cet Univers se détruire. Ce-
pendant il se conserve cet Univers , donc
Dieu le conserve par une volonté parti-
culiere ; mais cette conséquence met ma-
nifestement des bornes à la sagesse de
Dieu , qui n'a pû lui dicter des Loix ,
pour ainsi dire , assés fécondes pour con-
server l'Univers. Je ne crois pas que
consultant l'idée de l'Etre infiniment
parfait , et connoissant combien il est ja
loux de l'Attribut de sa Sagesse , on
puisse admettre une pareille conséquence.
Comment donc se tirer de ces embarras ?
Voilà où nous en restâmes , M. et voici
ce qui m'est venu depuis dans l'esprit à
ce sujet:
Je dis qu'on peut regarder tout cet
Univers comme un Tourbillon qui en
renferme d'autres plus petits ; ceux- ci
d'autres , plus petits encore , et ainsi de
suite ( je ne sçai si on ne pouroit pas dire
à l'infini ) de sorte que ces derniers petits
Tourbillons , dont j'ai parlé , participent
à tous les mouvemens de tous les Tour-
billons dont ils sont parties prochaines
ou éloignées ; donc ils reçoivent des im--
1 Vol .
2
pressions>
JULN.
La Violi
1737.
1127
pressions des forces centrales et centrifu-
ges du premier Tourbillon total , ot de
tous les intermédiaires , ils ont eux-mê-
mes des forces centrales et centrifuges ,
qui leur sont propres. Or toutes ces for-
ces centrales et centrifuges , ont des dé
terminations différentes ; donc ces der
nieres parties de l'Univers sont poussées
suivant un nombre immense de déter
minations.
Mais par la Loy des mouvemens com-
posés , un corps poussé suivant différen-
tes déterminations , qui ne sont point
diamétralement oposées , n'en suit au-
cune , mais décrit une ligne par laquelle
il satisfait à toutes ces déterminations ;
donc chacune de ces dernieres parties, ne
suivra aucune de ces déterminations ,
mais elle décrira une ligne par laquelle
elle satisfera à toutes ; or non seulement
il ne répugne point , mais même il est
très -conforme à la Sagesse infinie de l'E-
tre infiniment parfait , que toutes ces +
différentes déterminations fissent entre-
3
elles des angles tels que la ligne , que
chaque petit Tourbillon devra décrire
soit précisément celle où il sera conservé
et retenu dans les bornes de l'Univers.
Donc cet Univers doit se conserver part
lës Loix des mouvemens , et sans volon
ré
128 MERCURE DE FRANCE
té particuliere ; ce qui porte le caracte-
re d'une sagesse infinie et d'une Provi
dence sans bornes.
Mais , M. ce qui me confirme encore
dans cette opinion , c'est que par ce Sys-
tême, je crois trouver une analogie entre
le physique et le moral, laquelle exprime
parfaitement la simplicité de la conduite
de Dieu, qui par la nécessité de son Etre,
ne peut agir que pour faire porter à son
Ouvrage le caractere de ses Attributs, de
la maniere la plus capable de procurer sa
gloire , qui seule peut être la fin , com-
me le seul amour , qu'il se porte à lui-
même , peut être le motif de son action
En effet , M. comme Habitans de l'Uni-
vers entier , nous avons certaines impres-
sions : comme Européens , nous en avons
d'autres ; comme François , d'autres ; de
différentes comme Bretons.L'Habitant de
Rennes a les siennes ,comme Pere ou par-
tie d'une certaine famille , il en a qui lui
sont particulieres ; et enfin , par un res-
sort et par une combinaison que nous ne
sçaurions assés admirer , toutes ces diffé
rentes impressions , dont chacune en
particulier tendroit au renversement de
la societé , prises toutes ensemble , en
operent la conservation et le bien. Voilà,
M. ce que j'ai pû recueillir de mes médi-
1. Vol.
mations
JUIN.
1737.
F129
tations. Je connois votre sincerité , com-
me vous connoissez mon désintéresse-
ment sur mes sentimens philosophiques,
lorsqu'il ne m'est pas clair que j'en doi-
ve compte à la vérité. J'attends vos avis ,
bien résolu d'en profiter , comme d'être
toute ma vie avec une sincere amitié,
M. Votre , &c.
Arts dans l'Université de Paris, &
Maître de Mathématiques à Rennes, à
M. Bardon.
Ο
On trouve tant d'avantage dans les
conversations que l'on peut se ménager
avec vous , Monsieur , qu'on ne
pouroit , sans ingratitude , se dispenser
de vous en faire un hommage. Vous con-
duisez l'esprit avec tant de méthode
qu'il s'emble que vous ne fassiez naître des
doutes , que pour procurer la satisfaction
de les dissiper soi même. Voici le fruit
de mes réfléxions sur la question que
nous agitâmes dernierement. Il s'agissoit
de sçavoir si la matiere actuellement
existente est infinie ou finie en étendue.
Descartes paroît avoir été pour le
premier sentiment ; mais en verité il y a
tant et de si fortes objections à faire , aux-
quelles on ne voit aucune réponse rai-
sonnable qu'on ne peut guere se dé-
terminer à l'embrasser . Contre le dernier,
dans le Systême des Tourbillons plus pe-
tits , et plus petits , qui paroît le seul rai-
sonnable , la plus forte objection que
Fon ait faite jusqu'ici , c'est que, selon
B. Fol.
D vj
les
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les Loix du mouvement , les petits Tour-
billons qui seroient à l'extrémité , c'est-
à- dire , aux dernieres couches de l'Uni-
vers , devroient s'en aller par des tangen
tes , et tout cet Univers se détruire. Ce-
pendant il se conserve cet Univers , donc
Dieu le conserve par une volonté parti-
culiere ; mais cette conséquence met ma-
nifestement des bornes à la sagesse de
Dieu , qui n'a pû lui dicter des Loix ,
pour ainsi dire , assés fécondes pour con-
server l'Univers. Je ne crois pas que
consultant l'idée de l'Etre infiniment
parfait , et connoissant combien il est ja
loux de l'Attribut de sa Sagesse , on
puisse admettre une pareille conséquence.
Comment donc se tirer de ces embarras ?
Voilà où nous en restâmes , M. et voici
ce qui m'est venu depuis dans l'esprit à
ce sujet:
Je dis qu'on peut regarder tout cet
Univers comme un Tourbillon qui en
renferme d'autres plus petits ; ceux- ci
d'autres , plus petits encore , et ainsi de
suite ( je ne sçai si on ne pouroit pas dire
à l'infini ) de sorte que ces derniers petits
Tourbillons , dont j'ai parlé , participent
à tous les mouvemens de tous les Tour-
billons dont ils sont parties prochaines
ou éloignées ; donc ils reçoivent des im--
1 Vol .
2
pressions>
JULN.
La Violi
1737.
1127
pressions des forces centrales et centrifu-
ges du premier Tourbillon total , ot de
tous les intermédiaires , ils ont eux-mê-
mes des forces centrales et centrifuges ,
qui leur sont propres. Or toutes ces for-
ces centrales et centrifuges , ont des dé
terminations différentes ; donc ces der
nieres parties de l'Univers sont poussées
suivant un nombre immense de déter
minations.
Mais par la Loy des mouvemens com-
posés , un corps poussé suivant différen-
tes déterminations , qui ne sont point
diamétralement oposées , n'en suit au-
cune , mais décrit une ligne par laquelle
il satisfait à toutes ces déterminations ;
donc chacune de ces dernieres parties, ne
suivra aucune de ces déterminations ,
mais elle décrira une ligne par laquelle
elle satisfera à toutes ; or non seulement
il ne répugne point , mais même il est
très -conforme à la Sagesse infinie de l'E-
tre infiniment parfait , que toutes ces +
différentes déterminations fissent entre-
3
elles des angles tels que la ligne , que
chaque petit Tourbillon devra décrire
soit précisément celle où il sera conservé
et retenu dans les bornes de l'Univers.
Donc cet Univers doit se conserver part
lës Loix des mouvemens , et sans volon
ré
128 MERCURE DE FRANCE
té particuliere ; ce qui porte le caracte-
re d'une sagesse infinie et d'une Provi
dence sans bornes.
Mais , M. ce qui me confirme encore
dans cette opinion , c'est que par ce Sys-
tême, je crois trouver une analogie entre
le physique et le moral, laquelle exprime
parfaitement la simplicité de la conduite
de Dieu, qui par la nécessité de son Etre,
ne peut agir que pour faire porter à son
Ouvrage le caractere de ses Attributs, de
la maniere la plus capable de procurer sa
gloire , qui seule peut être la fin , com-
me le seul amour , qu'il se porte à lui-
même , peut être le motif de son action
En effet , M. comme Habitans de l'Uni-
vers entier , nous avons certaines impres-
sions : comme Européens , nous en avons
d'autres ; comme François , d'autres ; de
différentes comme Bretons.L'Habitant de
Rennes a les siennes ,comme Pere ou par-
tie d'une certaine famille , il en a qui lui
sont particulieres ; et enfin , par un res-
sort et par une combinaison que nous ne
sçaurions assés admirer , toutes ces diffé
rentes impressions , dont chacune en
particulier tendroit au renversement de
la societé , prises toutes ensemble , en
operent la conservation et le bien. Voilà,
M. ce que j'ai pû recueillir de mes médi-
1. Vol.
mations
JUIN.
1737.
F129
tations. Je connois votre sincerité , com-
me vous connoissez mon désintéresse-
ment sur mes sentimens philosophiques,
lorsqu'il ne m'est pas clair que j'en doi-
ve compte à la vérité. J'attends vos avis ,
bien résolu d'en profiter , comme d'être
toute ma vie avec une sincere amitié,
M. Votre , &c.
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2917
p. 1137-1146
ASSEMBLÉE Publique de l'Académie Royale des Sciences, du ....
Début :
Monsieur de M. y lût un Discours sur la Propagation du Son dans les [...]
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texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE Publique de l'Académie Royale des Sciences, du ....
ASSEMBLÉE Publique de l'Académie
Royale des Sciences, du ....
Monsieur de M. y lût un Discours
sur la Propagation du Son dans les
differensTons qui le modifient . Il considere le
Son dans quatre sujets differens ; dans le
Corps sonore qui enfait le sujet immédiat par
ses vibrations ; dans l'air , qui en est
le milieu , en tant que susceptible des vi-
brations du corps sonore dans l'organe de
Louie , ébranlé par les vibrations de l'air z
et enfin dans le sentiment que l'ame en re-
çoit . De ces quatre Parties de la ques-
tion du Son , qui se lient et s'éclairent
1. Vol.
A
mutuel.
13 MERCURE DE FRANCE
mutuellement
M. de M. n'a pris à
tâche d'aprofondir que la seconde ,
sçavoir la maniere dont le son est pro-
duit dans l'air , et il ne s'arrête même
dans celle- ci qu'au son modifié en tel ou
tel Ton, aigu ou grave, haut ou bas; en
un mot aux differens Tons qui font l'ob
jet de la Musique. Cependant , à cause
de la liaison de cette Partie avec les trois
autres , il les parcourt toutes dans l'or
dre que nous les avons énoncées, et il en
tire des preuves ou des éclaircissemens
curieux par raport à son hypothese sur
la seconde.
Cette hypothese consiste à admettre
dans l'air autant de particules de diffe-
rente élasticité , et capables par là de vi-
brations d'autant de differentes durées ,
qu'il y a de Tons differens dans les corps
sonores , ou que nous avons de percep-
tions en vertu des differens Tons qui fra-
pent notfe organe : l'ébranlement total
où les vibrations de toutes ces particules
ensemble produisent le Son en géneral
ou le bruit.
M. de M. avoit communiqué son idée
à l'Académie sur ce sujet , il y a plus de
dix- sept ans , car il en est fait mention
dans le Volume des Mémoires de cette
Compagnie de 1720. Il l'avoit même ex-
1. Vol.
pliquée
JUI N.
1737.
1139
pliquée depuis à plusieurs Personnes ,
soit de vive voix , soit par écrit. Aussi
quelques Sçavans s'en étoient-ils déja
servi dans leurs Ouvrages ; mais de ma-
niere
jour
sans doute , que l'Auteur a crû
devoir la mettre lui- même dans tout son
et c'est ce qu'il execute ici . Il se
fait gloire de dire que son systême sur la
Propagation du Son
9
et des differens
Tons , est une imitation de celui de M.
Nevvton sur la lumiere et les couleurs,
L'on voit en effet d'un côté autant d'espe
ces de corpuscules lumineux de differente
refrangibilité , que de couleurs ; de l'autre .
autant de particules sonores d'air de diffe-
rente élasticité, que de Tons : Là le mêlange
de tous les corpuscules lumineux et colorés
produit la lumiere ; ici le fremissement de
toutes les particules sonores et toniques forme
le bruit.
Ce qui a conduit l'Auteur à admet
tre dans l'air cette diversité de parties
intégrantes susceptibles de vibrations de
differente durée , et capables par- là de re-
tenir et de transmettre jusqu'à l'oreille
tous les Tons du corps sonore ,c'est l'im-
possibilité où l'on se trouve, sans cela , de
concevoir comment plusieurs Tons diffe-
rens peuvent se faire entendre à la fois ;
par exemple , plusieurs Parties chantan-
1. Vol.
E
tes
1140 MERCURE DE FRANCE
tes , ou les Tons differens de plusieurs
cordes d'Instrument. Car la difference
méchanique des Tons , ne consistant que
dans le nombre de vibrations que don-
nent les differens corps sonores en temps
égal, comment la même masse d'air peute
elle frémir en même temps avec differen-
tes vîtesses , comme ut , par exemple , et
comme sol , et faire trois vibrations dans
le même instant qu'elle n'en fait que
deux ? On sçait que 2. et 3. forment
le raport numerique des vibrations de la
quinte à celles du Ton fondamental ,
comme 1. et 2. celui de l'Octave ,
5. celui de la Tierce majeure , & c.
4. et
En vain croit- on répondre à la diffi-
culté par la comparaison des ondes que
produisent plusieurs pierres jettées en
même tems sur la surface d'une eau tran-
quille. M. de M.... fait voir combien
cette comparaison ,
si rebatuë , et adop-
tée par des Personnes d'ailleurs très - ha-
biles , est défectueuse , et capable d'in-
duire en erreur. Une des principales dif
ferences entre les Ondes et les Sons , est
que les Ondes resultent du mouvement
de masses d'eau plus ou moins grandes ,
et les Sons , au contraire , ne sont pro-
duits que par les vibrations des parties
insensibles ou intégrantes de l'air. Aussi
1. Vol.
la
JUIN.
1737.
1141
la vitesse du progrès des Ondes peut elle
être plus ou moins grande, selon la gran-
deur , ou , comme on dit , la latitude des
Ondes ; mais la propagation du Son ,
fort ou foible, dans un air calme ou agité,
est toujours la même , parce que la con-
traction
,
ou la dilatation des ressorts, en
quoi consiste le Son , se fait toujours en
temps égal. C'est pourquoi le bruit du
Canon , qui va plus loir. , et qui se sou-
tient plus long - temps que celui du Mous-
quet , ne va pas plus vite , et va aussi
vîte à la fin qu'au commencement ; l'un
et l'autre parcourant également environ
180. toises par seconde. Ainsi il est très-
possible que differentes portions d'eau
s'élevent et s'abaissent alternativement à
sa surface avec differentes vîtesses , quel
qu'uniforme que soit l'eau dans ses par-
ties insensibles. Mais il n'est pas possible
que les parties insensibles de l'air frémis-
sent avec differentes vîtesses , à moins
qu'on ne les supose de differente élasti-
cité les unes à l'égard des autres.
M. de M. se fait encore cette difficulté:
Comment les vibrations ou les frémisse-
mens du corps sonore de tel ou tel Ton
vont- ils ébranler , entre les particules
d'air qui l'environnent précisément
celles qui répondent à ce Ton , par pré-
I. Vol.
E ij
férence
1142 MERCURE DE FRANCE
férence à toutes les autres ? A quoi il ré-
pond par le Phenomene connu de deux
Instrumens accordés à l'Unisson , et dont
l'un répete , comme une espece d'Echo
les airs que l'on joue sur l'autre ; tout de
même le corps sonore par ses vibrations
et ses frémissemens ébranle , sans dis-
tinction , toutes les parties du milieu qui
l'environnent ; mais les vibrations com-
muniquées par lui à ce milieu , ne se sou-
tiennent, et ne deviennentsensibles par des
secousses réiterées , que dans les particu
les Isochrones ; c'est-à- dire , dont les vi
brations sont de la même durée.
Ilraporte ensuite une experience moins
connue , quoique très ancienne , et très-
certaine ; c'est celle d'une corde touchée
à vuide , et qui rend avec le Son fonda-
mental, qui est de beaucoup le plus fort,
la plupart de ses Sons harmoniques , sa
Tierce majeure, sa Quinte , &c. ou leurs
Octaves.Et il fait voir que ce Phénomene
est inexplicable par tout autre hypothe
se que par celle des differentes élastici-
tés ou frequences de vibration , que les
particules de l'air ont entr'elles. Voilà ,
ajoûte- t il , les principales Loix de l'Har-
monie , diciées par la nature même , l'accord
parfaitfondé sur la correspondance que les
particules harmoniques de l'air ont entr'ele
1.fol.
les,
JUIN.
1737
1143
les , et une source féconde de regles que l'art
et le calcul peuvent étendre , et que la Phi-
losophie poura avomer. Il se dispense
d'entrer là- dessus dans aucun détail , en
avertissant qu'un célébre Musicien de
nos jours , à qui ces idées , et cette hy-
pothese ne sont pas inconnuës , va faire
paroître un Traité de Musique qui porte
sur cette même Théorie. Il n'est Person-
ne qui n'ait reconnu ici M. Rameau, qui
a presenté et dédié à l'Académie des
Sciences un Traité des Générations Har
moniques , qu'on imprime actuellement
où il a adopté l'hypothese de M. de M.
sur la Propagation du Son.
Le reste du Discours , qui en fait peut-
être la partie la plus curieuse , et la plus
interessante, est en même temps la moins-
susceptible d'extrait, ou demanderoit un
extrait d'une toute autre étenduë que cel-
le que nous avons résolu de donner à ce-
lui- ci. Nous ne ferons donc qu'en indi-
quer succinctement la teneur.
Il s'agit de la relation que les fibres de
FOrgane de l'Oüie ont avec les differen-
tes vibrations de l'air , et dé ses diverses
,
particules toniques ; de l'Origine du sen-
timent confus , mais invariable de l'Har-
monie , commun aux Hommes de tous
les temps et de tous les Pays ; et enfin
I. Vol.
E iij
de
144 MERCURE DE FRANCE
de la source du plaisir attaché au senti-
ment de l'Harmonie et des Consonnan-
ces , en oposition à la douleur , ou à l'es-
pece d'inquiétude que causent les mau-
vais accords.
L'Organe immédiat de l'Oüie est se-
lon M. de M. qui suit en ceci l'opinion
des plus fameux Anatomistes , un veri-
table Instrument de Musique , comme
l'œil est une vraie lunette d'aproche.C'est
une espece de Clavecin , où se trouvent
une infinité de cordes de differente lon-
gueur , et de differente tension , qui ré-
pondent à toutes les vibrations de l'air.
Il donne une description du Limaçon ,
qu'on sçait qui termine l'oreille interne,
et de la Lame spirale qui partage le Li-
maçon en deux rampes , pour preuve et
pour exemple de ce raport , qui est en
effet surprenant.
Le sentiment naturel de l'Harmonie
est attribué à cette correspondance des
ébranlemens des fibres de l'organe avec
ceux de l'air et du corps sonore , dont
nous éprouvons les effets depuis notre
naissance , et d'où s'est formé ce senti-
ment par une habitude nécessaire et in-
volontaire,
L'Auteur rapelle à cette occasion la
guérison de deux maladies extraordinai-
I. Vol.
res,
JUIN.
1737.
1145
res , accompagnées de délire et de con-
vulsions,dont il est parlé dans les Mémoi
res de l'Académie , et qui , après avoir
resisté à tous les remedes communément
reçûs , céderent enfin aux douces im
pressions de l'Harmonie. Il n'est point
en effet d'organe , dont les ébranlemens
se communiquent plus promptement à
tout le genre nerveux que ceux de l'or-
gane de l'ouie. C'étoient aussi des Musi-
ciens , sur qui ces guerisons furent opé-
rées , c'est- à- dire des sujets en qui l'ha-
bitude de sentir l'Harmonie se trouvoit
la plus forte.
Quant à la sensation délicieuse que
cause l'harmonie , et la peine secrete , ou
même la douleur que produisent les Sons
discordans , M. de M.... n'hésite pas à
leur donner pour cause la conservation
de l'organe favorisée dans un cas , et sa
destruction prochaine , ou commencée
dans l'autre
organes.
;
et c'est- là , dit il , en effet
et en général , la source de tous les plai-
sirs des sens , ou de la douleur que nous
›
éprouvons par leur moyen , en consé-
quence des loix de l'union de l'ame à ses
Il répond à quelques exceptions, qu'on
pouroit alleguer contre cette Théorie ; et
il finit par une Experience remarquable
1. Vol.
E iiij.
qu'il
146 MERCURE DE FRANCE
qu'il fit à Beziers en 1723. et qui tend à
prouver que, malgré la Propagation uni-
forme du Son en général , les differens
Tons qui le modifient pouroient bien
souffrir quelque difference dans les vî-
tesses de leurs Propagations particulieres ,
comme la lumiere hétérogene des diffe
rentes couleurs souffre differentes réfrac-
tions , quoique la lumiere en général, su-
posée homogene, se rompe toujours éga-
lement, en traversant les mêmes milieux.
L'aparell de cette Experience, qui est dé-
ja fort abregé dans le Discours de l'Au-
teur , ne nous permet pas de la raporter.
M. de M... s'est aussi reservé d'éclaircir
quelques autres points de cette matiere ,
dans des Remarques qu'il y ajoûtera , et
qui ne sont destinées que pour les As-
semblées particulieres de l'Académie.
Royale des Sciences, du ....
Monsieur de M. y lût un Discours
sur la Propagation du Son dans les
differensTons qui le modifient . Il considere le
Son dans quatre sujets differens ; dans le
Corps sonore qui enfait le sujet immédiat par
ses vibrations ; dans l'air , qui en est
le milieu , en tant que susceptible des vi-
brations du corps sonore dans l'organe de
Louie , ébranlé par les vibrations de l'air z
et enfin dans le sentiment que l'ame en re-
çoit . De ces quatre Parties de la ques-
tion du Son , qui se lient et s'éclairent
1. Vol.
A
mutuel.
13 MERCURE DE FRANCE
mutuellement
M. de M. n'a pris à
tâche d'aprofondir que la seconde ,
sçavoir la maniere dont le son est pro-
duit dans l'air , et il ne s'arrête même
dans celle- ci qu'au son modifié en tel ou
tel Ton, aigu ou grave, haut ou bas; en
un mot aux differens Tons qui font l'ob
jet de la Musique. Cependant , à cause
de la liaison de cette Partie avec les trois
autres , il les parcourt toutes dans l'or
dre que nous les avons énoncées, et il en
tire des preuves ou des éclaircissemens
curieux par raport à son hypothese sur
la seconde.
Cette hypothese consiste à admettre
dans l'air autant de particules de diffe-
rente élasticité , et capables par là de vi-
brations d'autant de differentes durées ,
qu'il y a de Tons differens dans les corps
sonores , ou que nous avons de percep-
tions en vertu des differens Tons qui fra-
pent notfe organe : l'ébranlement total
où les vibrations de toutes ces particules
ensemble produisent le Son en géneral
ou le bruit.
M. de M. avoit communiqué son idée
à l'Académie sur ce sujet , il y a plus de
dix- sept ans , car il en est fait mention
dans le Volume des Mémoires de cette
Compagnie de 1720. Il l'avoit même ex-
1. Vol.
pliquée
JUI N.
1737.
1139
pliquée depuis à plusieurs Personnes ,
soit de vive voix , soit par écrit. Aussi
quelques Sçavans s'en étoient-ils déja
servi dans leurs Ouvrages ; mais de ma-
niere
jour
sans doute , que l'Auteur a crû
devoir la mettre lui- même dans tout son
et c'est ce qu'il execute ici . Il se
fait gloire de dire que son systême sur la
Propagation du Son
9
et des differens
Tons , est une imitation de celui de M.
Nevvton sur la lumiere et les couleurs,
L'on voit en effet d'un côté autant d'espe
ces de corpuscules lumineux de differente
refrangibilité , que de couleurs ; de l'autre .
autant de particules sonores d'air de diffe-
rente élasticité, que de Tons : Là le mêlange
de tous les corpuscules lumineux et colorés
produit la lumiere ; ici le fremissement de
toutes les particules sonores et toniques forme
le bruit.
Ce qui a conduit l'Auteur à admet
tre dans l'air cette diversité de parties
intégrantes susceptibles de vibrations de
differente durée , et capables par- là de re-
tenir et de transmettre jusqu'à l'oreille
tous les Tons du corps sonore ,c'est l'im-
possibilité où l'on se trouve, sans cela , de
concevoir comment plusieurs Tons diffe-
rens peuvent se faire entendre à la fois ;
par exemple , plusieurs Parties chantan-
1. Vol.
E
tes
1140 MERCURE DE FRANCE
tes , ou les Tons differens de plusieurs
cordes d'Instrument. Car la difference
méchanique des Tons , ne consistant que
dans le nombre de vibrations que don-
nent les differens corps sonores en temps
égal, comment la même masse d'air peute
elle frémir en même temps avec differen-
tes vîtesses , comme ut , par exemple , et
comme sol , et faire trois vibrations dans
le même instant qu'elle n'en fait que
deux ? On sçait que 2. et 3. forment
le raport numerique des vibrations de la
quinte à celles du Ton fondamental ,
comme 1. et 2. celui de l'Octave ,
5. celui de la Tierce majeure , & c.
4. et
En vain croit- on répondre à la diffi-
culté par la comparaison des ondes que
produisent plusieurs pierres jettées en
même tems sur la surface d'une eau tran-
quille. M. de M.... fait voir combien
cette comparaison ,
si rebatuë , et adop-
tée par des Personnes d'ailleurs très - ha-
biles , est défectueuse , et capable d'in-
duire en erreur. Une des principales dif
ferences entre les Ondes et les Sons , est
que les Ondes resultent du mouvement
de masses d'eau plus ou moins grandes ,
et les Sons , au contraire , ne sont pro-
duits que par les vibrations des parties
insensibles ou intégrantes de l'air. Aussi
1. Vol.
la
JUIN.
1737.
1141
la vitesse du progrès des Ondes peut elle
être plus ou moins grande, selon la gran-
deur , ou , comme on dit , la latitude des
Ondes ; mais la propagation du Son ,
fort ou foible, dans un air calme ou agité,
est toujours la même , parce que la con-
traction
,
ou la dilatation des ressorts, en
quoi consiste le Son , se fait toujours en
temps égal. C'est pourquoi le bruit du
Canon , qui va plus loir. , et qui se sou-
tient plus long - temps que celui du Mous-
quet , ne va pas plus vite , et va aussi
vîte à la fin qu'au commencement ; l'un
et l'autre parcourant également environ
180. toises par seconde. Ainsi il est très-
possible que differentes portions d'eau
s'élevent et s'abaissent alternativement à
sa surface avec differentes vîtesses , quel
qu'uniforme que soit l'eau dans ses par-
ties insensibles. Mais il n'est pas possible
que les parties insensibles de l'air frémis-
sent avec differentes vîtesses , à moins
qu'on ne les supose de differente élasti-
cité les unes à l'égard des autres.
M. de M. se fait encore cette difficulté:
Comment les vibrations ou les frémisse-
mens du corps sonore de tel ou tel Ton
vont- ils ébranler , entre les particules
d'air qui l'environnent précisément
celles qui répondent à ce Ton , par pré-
I. Vol.
E ij
férence
1142 MERCURE DE FRANCE
férence à toutes les autres ? A quoi il ré-
pond par le Phenomene connu de deux
Instrumens accordés à l'Unisson , et dont
l'un répete , comme une espece d'Echo
les airs que l'on joue sur l'autre ; tout de
même le corps sonore par ses vibrations
et ses frémissemens ébranle , sans dis-
tinction , toutes les parties du milieu qui
l'environnent ; mais les vibrations com-
muniquées par lui à ce milieu , ne se sou-
tiennent, et ne deviennentsensibles par des
secousses réiterées , que dans les particu
les Isochrones ; c'est-à- dire , dont les vi
brations sont de la même durée.
Ilraporte ensuite une experience moins
connue , quoique très ancienne , et très-
certaine ; c'est celle d'une corde touchée
à vuide , et qui rend avec le Son fonda-
mental, qui est de beaucoup le plus fort,
la plupart de ses Sons harmoniques , sa
Tierce majeure, sa Quinte , &c. ou leurs
Octaves.Et il fait voir que ce Phénomene
est inexplicable par tout autre hypothe
se que par celle des differentes élastici-
tés ou frequences de vibration , que les
particules de l'air ont entr'elles. Voilà ,
ajoûte- t il , les principales Loix de l'Har-
monie , diciées par la nature même , l'accord
parfaitfondé sur la correspondance que les
particules harmoniques de l'air ont entr'ele
1.fol.
les,
JUIN.
1737
1143
les , et une source féconde de regles que l'art
et le calcul peuvent étendre , et que la Phi-
losophie poura avomer. Il se dispense
d'entrer là- dessus dans aucun détail , en
avertissant qu'un célébre Musicien de
nos jours , à qui ces idées , et cette hy-
pothese ne sont pas inconnuës , va faire
paroître un Traité de Musique qui porte
sur cette même Théorie. Il n'est Person-
ne qui n'ait reconnu ici M. Rameau, qui
a presenté et dédié à l'Académie des
Sciences un Traité des Générations Har
moniques , qu'on imprime actuellement
où il a adopté l'hypothese de M. de M.
sur la Propagation du Son.
Le reste du Discours , qui en fait peut-
être la partie la plus curieuse , et la plus
interessante, est en même temps la moins-
susceptible d'extrait, ou demanderoit un
extrait d'une toute autre étenduë que cel-
le que nous avons résolu de donner à ce-
lui- ci. Nous ne ferons donc qu'en indi-
quer succinctement la teneur.
Il s'agit de la relation que les fibres de
FOrgane de l'Oüie ont avec les differen-
tes vibrations de l'air , et dé ses diverses
,
particules toniques ; de l'Origine du sen-
timent confus , mais invariable de l'Har-
monie , commun aux Hommes de tous
les temps et de tous les Pays ; et enfin
I. Vol.
E iij
de
144 MERCURE DE FRANCE
de la source du plaisir attaché au senti-
ment de l'Harmonie et des Consonnan-
ces , en oposition à la douleur , ou à l'es-
pece d'inquiétude que causent les mau-
vais accords.
L'Organe immédiat de l'Oüie est se-
lon M. de M. qui suit en ceci l'opinion
des plus fameux Anatomistes , un veri-
table Instrument de Musique , comme
l'œil est une vraie lunette d'aproche.C'est
une espece de Clavecin , où se trouvent
une infinité de cordes de differente lon-
gueur , et de differente tension , qui ré-
pondent à toutes les vibrations de l'air.
Il donne une description du Limaçon ,
qu'on sçait qui termine l'oreille interne,
et de la Lame spirale qui partage le Li-
maçon en deux rampes , pour preuve et
pour exemple de ce raport , qui est en
effet surprenant.
Le sentiment naturel de l'Harmonie
est attribué à cette correspondance des
ébranlemens des fibres de l'organe avec
ceux de l'air et du corps sonore , dont
nous éprouvons les effets depuis notre
naissance , et d'où s'est formé ce senti-
ment par une habitude nécessaire et in-
volontaire,
L'Auteur rapelle à cette occasion la
guérison de deux maladies extraordinai-
I. Vol.
res,
JUIN.
1737.
1145
res , accompagnées de délire et de con-
vulsions,dont il est parlé dans les Mémoi
res de l'Académie , et qui , après avoir
resisté à tous les remedes communément
reçûs , céderent enfin aux douces im
pressions de l'Harmonie. Il n'est point
en effet d'organe , dont les ébranlemens
se communiquent plus promptement à
tout le genre nerveux que ceux de l'or-
gane de l'ouie. C'étoient aussi des Musi-
ciens , sur qui ces guerisons furent opé-
rées , c'est- à- dire des sujets en qui l'ha-
bitude de sentir l'Harmonie se trouvoit
la plus forte.
Quant à la sensation délicieuse que
cause l'harmonie , et la peine secrete , ou
même la douleur que produisent les Sons
discordans , M. de M.... n'hésite pas à
leur donner pour cause la conservation
de l'organe favorisée dans un cas , et sa
destruction prochaine , ou commencée
dans l'autre
organes.
;
et c'est- là , dit il , en effet
et en général , la source de tous les plai-
sirs des sens , ou de la douleur que nous
›
éprouvons par leur moyen , en consé-
quence des loix de l'union de l'ame à ses
Il répond à quelques exceptions, qu'on
pouroit alleguer contre cette Théorie ; et
il finit par une Experience remarquable
1. Vol.
E iiij.
qu'il
146 MERCURE DE FRANCE
qu'il fit à Beziers en 1723. et qui tend à
prouver que, malgré la Propagation uni-
forme du Son en général , les differens
Tons qui le modifient pouroient bien
souffrir quelque difference dans les vî-
tesses de leurs Propagations particulieres ,
comme la lumiere hétérogene des diffe
rentes couleurs souffre differentes réfrac-
tions , quoique la lumiere en général, su-
posée homogene, se rompe toujours éga-
lement, en traversant les mêmes milieux.
L'aparell de cette Experience, qui est dé-
ja fort abregé dans le Discours de l'Au-
teur , ne nous permet pas de la raporter.
M. de M... s'est aussi reservé d'éclaircir
quelques autres points de cette matiere ,
dans des Remarques qu'il y ajoûtera , et
qui ne sont destinées que pour les As-
semblées particulieres de l'Académie.
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2918
p. 1149-1157
La Religion ou Théologie des Turcs, [titre d'après la table]
Début :
GANNEAU débite un Livre intitulé la Religion ou Théologie des [...]
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texteReconnaissance textuelle : La Religion ou Théologie des Turcs, [titre d'après la table]
GANNEAU débite un Livre intitulé
la Religion ou Théologie des
Turcs , par Echialle Moufti , avec la Pro-
fession de Foy de Mahomet , Fils de Pir
Ali, en deux Volumes in- 12 . A Bruxelles,
chés François Foppens. M. DCC. IV.
Cet Ouvrage est divisé en trois Par-
ties ; les deux premieres ne contiennent
que des Traditions extravagantes de dif-
ferens Docteurs Mahometans sur l'état
de l'Homme à l'agonie , après la mort
jusqr ' au Jugement dernier , et au Ju-
gement dernier; des Descriptions imagi-
naires de ce redoutable jour , du Para-
dis et de l'Enfer ; le tout composé à des-
sein d'épouvanter les Pécheurs , et prin-
1. Vol.
Evi
cipalement
(1150 MERCURE DE FRANCE
cipalement les Peuples qui ne sont pas
soumis à l'Alcoran , qui seuls sont me-
nacés de peines éternelles , desquelles
tous les Mahometans sont exempts par
le privilege de leur Religion . La Traduc-
tion en est assés exacte , à cela près que
le Traducteur a un peu adouci les ex-
travagances les plus outrées de l'original,
qui multiplie tous les biens et les maux
par le nombre de 70000. qui lui est fá-
vori. Par exemple ,
il y a des endroits
dans ce Livre , où , en faisant la descrip
tion de certains Anges , l'Auteur dit que
leurs têtes touchent le Ciel Empirée , et
de leurs pieds est à l'Orient du Ciel ,
l'autre à son Occident ; que du bout
2
leurs pieds le centre de la Terre ; qu'un *
d'une de leurs aîles à celui de l'autre il y
x
2-7000 . années de chemin ; qu'ils ont
76000. têtes ; à chaque rête 70000. bou--
chés dans chaque bouche 70000. lan-
gues
;
que toutes ces langues ne sont
occupées nuit et jour qu'à louer leur
Créateur , et que chacune de ces langues
rend à Dieu autant de louange à chaque
instant , que tous les Peuples de la terre -
lui en poutoient rendre en 70000. an
nées.s
Toutes ces Opinions ; au reste
I -Vol
ne
sont point de foy chés les Mahometans ;
elles
JUIN.
1737.
HIST
elles sont reçûës du plus grand nombre,
mais les Sçavans de cette Religion les re-
jettent , parce qu'elles ne sont pas fon
dées sur l'Alcoran , et ce n'est pas un pè-
ché de n'y point ajoûter foy,
Ce que tous les Mahometans sont obli-
gés en conscience de croire , est renfer-
mé dans la troisiéme Partie de cet Ou-
vrage , qui est le Testament de Maho-
met , Fils de Pir Ali , qui contient sa
+
Profession de Foy en abregé , dans la
quelle il n'a obmis aucun point essentiel
de la Foy Mahometane. Il la commence
comme tout Traité de Théologie , par
l'idée de Dieu en 7. Chapitres. Il pro-
fesse son Unité , et pour détruire la Tri-
nité , il soûtient dans le premier Chap
que Dieu n'a point de Compagnon , et
pour nier la Divinité de J. C. il professe
que Dieu n'a ni engendré ,
"
ni été en-
gendré. Au reste il a de l'Etre supréme
à peu près la même idée que nous.
De l'idée de Dieu , l'Auteur, Chapitre
VIII. passe aux Anges, qu'il croit com-
posés de matiere subtile. Il reconnoît
104. Livres Divins publiés dans le Monde
par differens Prophetes , mais il n'en
nomme que quatre, Chap. I X sçavoir ;
Vol
43
l'Ancien Testament les Pseaumes , l'E-
vangile et l'Alcoran , le dernier de tous
ว
152 MERCURE DE FRANCE
et le plus parfait ; il assure même , Ch.
VI. que ce Livre est incrée et éternel .
L'Auteur traite de la Prédestination
dans plusieurs differens Chapitres de son
Ouvrage; mais tout ce qu'il en raporte est
toujours fondé sur le même principe ,
qui est que Dieu est Auteur du bien et
du mal , Chap. IV. Dieu a créé , dit-il ,
Chap. VII. les bonnes œuvres et les pe-
chés , le bien et le mal. Dieu a créé tous
les pechés et les crimes , et les a inscrits
dans le Livre du Destin , Chap . XXII.
parce que , dit-il tout de suite, Dieu fait
ce qu'il veut , et agit selon ses Decrets ,
et il ne se passe rien qui ne soit entiere-
ment conforme à ses Decrets et Volonté.
De-là , Ch. IV. il tire des conséquences
nécessaires ; c'est que Dieu n'a point sou
haité le salut des Réprouvés; qu'il ne peut
être offensé , Chap. I. par les crimes , ni
glorifié par les bonnes œuvres , d'autant
que c'est lui , dit-il, Ch. VII. qui a créé les
bonnes œuvres et les pechés ,le bien er le
mal. On doit conclure de cette Doctrine,
que l'Homme ne peut ni mériter , ni dé-
mériter ; aussi Dieu , Chap. XVIII . dis-
posera- t-il , à sa volonté , des actions des
Hommes au jour du Jugement , ôtant
aux Réprouvés leurs bonnes œuvres ,
pour les donner aux Elûs , et rendant en
I. V
échange
JUIN.
'1737.
1153
échange aux Reprouvés les pechés que
les Elûs auront commis. Pour les Elûs
,
ils sont aisés à connoître ; ce sont les
Mahometans , car il n'y a point de pe-
ché irrémissible , Chap. XXVIII. que
celui de ne pas croire à Mahomet ; et
pourvû qu'il reste à un Mahometan à la
mort autant de foy qu'un atôme , fut il
d'ailleurs coupable d'un nombre infini
de crimes les plus atroces , il souffrira
tout au plus en Enfer une espace de temps
proportionné à ses pechés , et à la fin
Il sera sauvé, Chap . XIX. L'Auteur se
reprend même un peu après , Chapitre
XXVI. et paroît douter que les Maho-
metans soient punis dans l'autre monde
des pechés dont ils n'auront paspas fait
pe-
nitence. Au reste la penitence des Ma-
hometans n'a rien de difficile , elle con-
siste seulement , Chap. L X. à se repen-
tir des pechés qu'ils ont commis , parce
qu'ils ont mérité les peines de l'Enfer.
L'Auteur traite des Prophetes , et en
particulier de Mahomet, de ses Miracles,
de sa Naissance et de sa Mort ; des trois
premiers Caliphes qui lui ont succedé ;
ensuite il passe aux Quatre Fins de
l'Homme , et vient à la Foy Mahome-
tane , qui consiste à croire en Dieu seul
et à Mahomet, Pour ce qui est de la Re-
I. Vol.
ligion
154 MERCURE DE FRANCE
ligion , il suffit de la sçavoir en abregé
Chap. XXIV . sans en raisonner ni
chercher à en donner de preuve claire
et évidente. Ce n'est pas en faire l'élo-
ge;
l'Auteur en reduit les devoirs essen-
tiels à six ; sçavoir , Recevoir l'Alcoran;
-P
Reciter tous les jours la Profession de
Foy; ( Il n'y a point de Dieu que Dieu ;
Mahomet est son Prophete ) et faire les
cinq Prieres ; Observer les Ablutions ;
Jeûner la Lune du Ramazan ; donner
aux Pauvres la Dixme de son revenu ;
et faire le Pèlerinage de la Mecque, Chap.
XXXVIII Mais de ces six Devoirs l'Au
teur paroît donner la préference à l'Ablu-
tion , en disant: L'essentiel du Mahome-
tisme consiste principalement dans la pu
reté du Corps. Chap. LXXXV.Les Sçavans,
sans mépriser ce point de la Loy , le font
consister dans la pureté de l'Ame : mais
c'est ici l'opinion commune. Cet Auteur,
en parlant de l'Ablution
LXXXVIII.
•
Chapitre
établit les mérites ou
démérites des Femmes , ce qui supose
nécessairement leur salut ou leur dam
nation , et qui détruit l'opinion qu'on a
en Europe,que les Mahometans excluent
les Femmes du Paradis. Un Mahometan
peut apostasier sans renier formellement
sa Religion; on apelle cela tomber dans
I¿Vol .
l'infidelité
#
JUIN
1737
Iss
Finfidelité ; c'est, comme nous dirions,
devenir Payen , être excommunié. Ea
cet état ses exercices de Religion sont
sans mérite ; son mariage est nul ; le de-
voir en est illicite; il n'est pas permis à
un autre de manger d'un animal que cet
Apostat auroit égorgé; toutes ses bonnes
euvres passées sont détruites , et pour
comble de maux , il est permis de le tuer.
L'Apostat , Chap: LXVI. en est quitte
cependant pour demander pardon à Dieu
de son Apostasie, et reciter la Profession
de Foy ; après quoi il se remarie avec sa
Femme , ou avec ses Femmes , s'il ena
plusieurs , et recommence le Pelerinage
de la Mecque , quoiqu'il l'eût déja fait.
L'Auteur cite 51. façons d'apostasier
ainsi ; et entr'autres nier la Prédestina-
tion formelle , c'est apostasier ; douter
de la verité d'un passage de l'Alcoran ,
c'est apostasier ; dire , en parlant de
Dieu , le Dieu qui est au Ciel, c'est apos
tasier. Mais ce qui paroît singulier , c'est
que , Chap. LXVII. dire que les Juifs
sont meilleurs que les Chrétiens
c'est
apostasier ; parce qu'un Juif a plus de
malice que tous les Chrétiens ensem-
ble. On trouve dans tout l'Ouvrage de
beaux principes de Morale , et un en-
trautres bien surprenant dans un Turt,
I. Vol.
Chap .
1156 MERCURE DE FRANCE
Chap. XXXIV. c'est qu'il est défendu
de tirer l'épée contre son Prince légiti
me, quelque cruel et Tyran qu'il puisse
être. Il dit aussi , Chap. XXIX. qu'il ne
faut décider du bon ni du mauvais sort
d'aucune Personne morte, excepté des Pro-
phetes, et de certains fameux Reprouvés,
desquels il donne pour exemple , deux
Persecuteurs de Mahomet. L'Auteur avan-
ce aussi plusieurs autres principes de Mo-
rale qui ne sont pas à suivre. Il prétend,
par exemple , Chap. L. qu'il est permis
de desirer les biens et les dignités que
possedent les gens qui en font mauvais
usage.
Il avance aussi , Chap. LII. qu'on
peut hair non seulement le peché , mais
encore le Pecheur à cause de ses pechés.
Au reste l'Auteur adopte les rêveries
des autres Mahometans à la lettre. Il
prétend Chap. XI que l'Antechrist est
venu du temps de Mahomet , qui l'a
fait releguer dans un desert à l'extrémité
du Monde, où il doit rester lié jusqu'au
jour du Jugement qu'il reparoîtra pour
être tué par J. C.
L'Auteur ordonne de son enterrement,
les cérémonies qu'il veut qu'on y obser
ve , et les aumônes qu'il veut qu'on y
fasse ; il donne ensuite des Regles pour
1.Vola
JUIN.
1737.
1157
la Priere en général , et l'explication des
principales Prieres ; et finit par recom-
mander à ses Enfans et à ses Freres d'at-
tendre leur fortune de Dieu , et de ne la
jamais acheter par des bassesses.
Cette troisiéme Partie mérite d'être
lûë par les Personnes qui veulent con-
noître la Religion Mahometane ; le Tex-
te en est correct , mais on se croit obligé
d'avertir que les Notes n'en sont pas
exactes ; le Traducteur paroît avoir tra-
vaillé sur un sujet dans lequel il n'étoit
pas si bien versé que dans la connoissan-
ce de la Langue.
la Religion ou Théologie des
Turcs , par Echialle Moufti , avec la Pro-
fession de Foy de Mahomet , Fils de Pir
Ali, en deux Volumes in- 12 . A Bruxelles,
chés François Foppens. M. DCC. IV.
Cet Ouvrage est divisé en trois Par-
ties ; les deux premieres ne contiennent
que des Traditions extravagantes de dif-
ferens Docteurs Mahometans sur l'état
de l'Homme à l'agonie , après la mort
jusqr ' au Jugement dernier , et au Ju-
gement dernier; des Descriptions imagi-
naires de ce redoutable jour , du Para-
dis et de l'Enfer ; le tout composé à des-
sein d'épouvanter les Pécheurs , et prin-
1. Vol.
Evi
cipalement
(1150 MERCURE DE FRANCE
cipalement les Peuples qui ne sont pas
soumis à l'Alcoran , qui seuls sont me-
nacés de peines éternelles , desquelles
tous les Mahometans sont exempts par
le privilege de leur Religion . La Traduc-
tion en est assés exacte , à cela près que
le Traducteur a un peu adouci les ex-
travagances les plus outrées de l'original,
qui multiplie tous les biens et les maux
par le nombre de 70000. qui lui est fá-
vori. Par exemple ,
il y a des endroits
dans ce Livre , où , en faisant la descrip
tion de certains Anges , l'Auteur dit que
leurs têtes touchent le Ciel Empirée , et
de leurs pieds est à l'Orient du Ciel ,
l'autre à son Occident ; que du bout
2
leurs pieds le centre de la Terre ; qu'un *
d'une de leurs aîles à celui de l'autre il y
x
2-7000 . années de chemin ; qu'ils ont
76000. têtes ; à chaque rête 70000. bou--
chés dans chaque bouche 70000. lan-
gues
;
que toutes ces langues ne sont
occupées nuit et jour qu'à louer leur
Créateur , et que chacune de ces langues
rend à Dieu autant de louange à chaque
instant , que tous les Peuples de la terre -
lui en poutoient rendre en 70000. an
nées.s
Toutes ces Opinions ; au reste
I -Vol
ne
sont point de foy chés les Mahometans ;
elles
JUIN.
1737.
HIST
elles sont reçûës du plus grand nombre,
mais les Sçavans de cette Religion les re-
jettent , parce qu'elles ne sont pas fon
dées sur l'Alcoran , et ce n'est pas un pè-
ché de n'y point ajoûter foy,
Ce que tous les Mahometans sont obli-
gés en conscience de croire , est renfer-
mé dans la troisiéme Partie de cet Ou-
vrage , qui est le Testament de Maho-
met , Fils de Pir Ali , qui contient sa
+
Profession de Foy en abregé , dans la
quelle il n'a obmis aucun point essentiel
de la Foy Mahometane. Il la commence
comme tout Traité de Théologie , par
l'idée de Dieu en 7. Chapitres. Il pro-
fesse son Unité , et pour détruire la Tri-
nité , il soûtient dans le premier Chap
que Dieu n'a point de Compagnon , et
pour nier la Divinité de J. C. il professe
que Dieu n'a ni engendré ,
"
ni été en-
gendré. Au reste il a de l'Etre supréme
à peu près la même idée que nous.
De l'idée de Dieu , l'Auteur, Chapitre
VIII. passe aux Anges, qu'il croit com-
posés de matiere subtile. Il reconnoît
104. Livres Divins publiés dans le Monde
par differens Prophetes , mais il n'en
nomme que quatre, Chap. I X sçavoir ;
Vol
43
l'Ancien Testament les Pseaumes , l'E-
vangile et l'Alcoran , le dernier de tous
ว
152 MERCURE DE FRANCE
et le plus parfait ; il assure même , Ch.
VI. que ce Livre est incrée et éternel .
L'Auteur traite de la Prédestination
dans plusieurs differens Chapitres de son
Ouvrage; mais tout ce qu'il en raporte est
toujours fondé sur le même principe ,
qui est que Dieu est Auteur du bien et
du mal , Chap. IV. Dieu a créé , dit-il ,
Chap. VII. les bonnes œuvres et les pe-
chés , le bien et le mal. Dieu a créé tous
les pechés et les crimes , et les a inscrits
dans le Livre du Destin , Chap . XXII.
parce que , dit-il tout de suite, Dieu fait
ce qu'il veut , et agit selon ses Decrets ,
et il ne se passe rien qui ne soit entiere-
ment conforme à ses Decrets et Volonté.
De-là , Ch. IV. il tire des conséquences
nécessaires ; c'est que Dieu n'a point sou
haité le salut des Réprouvés; qu'il ne peut
être offensé , Chap. I. par les crimes , ni
glorifié par les bonnes œuvres , d'autant
que c'est lui , dit-il, Ch. VII. qui a créé les
bonnes œuvres et les pechés ,le bien er le
mal. On doit conclure de cette Doctrine,
que l'Homme ne peut ni mériter , ni dé-
mériter ; aussi Dieu , Chap. XVIII . dis-
posera- t-il , à sa volonté , des actions des
Hommes au jour du Jugement , ôtant
aux Réprouvés leurs bonnes œuvres ,
pour les donner aux Elûs , et rendant en
I. V
échange
JUIN.
'1737.
1153
échange aux Reprouvés les pechés que
les Elûs auront commis. Pour les Elûs
,
ils sont aisés à connoître ; ce sont les
Mahometans , car il n'y a point de pe-
ché irrémissible , Chap. XXVIII. que
celui de ne pas croire à Mahomet ; et
pourvû qu'il reste à un Mahometan à la
mort autant de foy qu'un atôme , fut il
d'ailleurs coupable d'un nombre infini
de crimes les plus atroces , il souffrira
tout au plus en Enfer une espace de temps
proportionné à ses pechés , et à la fin
Il sera sauvé, Chap . XIX. L'Auteur se
reprend même un peu après , Chapitre
XXVI. et paroît douter que les Maho-
metans soient punis dans l'autre monde
des pechés dont ils n'auront paspas fait
pe-
nitence. Au reste la penitence des Ma-
hometans n'a rien de difficile , elle con-
siste seulement , Chap. L X. à se repen-
tir des pechés qu'ils ont commis , parce
qu'ils ont mérité les peines de l'Enfer.
L'Auteur traite des Prophetes , et en
particulier de Mahomet, de ses Miracles,
de sa Naissance et de sa Mort ; des trois
premiers Caliphes qui lui ont succedé ;
ensuite il passe aux Quatre Fins de
l'Homme , et vient à la Foy Mahome-
tane , qui consiste à croire en Dieu seul
et à Mahomet, Pour ce qui est de la Re-
I. Vol.
ligion
154 MERCURE DE FRANCE
ligion , il suffit de la sçavoir en abregé
Chap. XXIV . sans en raisonner ni
chercher à en donner de preuve claire
et évidente. Ce n'est pas en faire l'élo-
ge;
l'Auteur en reduit les devoirs essen-
tiels à six ; sçavoir , Recevoir l'Alcoran;
-P
Reciter tous les jours la Profession de
Foy; ( Il n'y a point de Dieu que Dieu ;
Mahomet est son Prophete ) et faire les
cinq Prieres ; Observer les Ablutions ;
Jeûner la Lune du Ramazan ; donner
aux Pauvres la Dixme de son revenu ;
et faire le Pèlerinage de la Mecque, Chap.
XXXVIII Mais de ces six Devoirs l'Au
teur paroît donner la préference à l'Ablu-
tion , en disant: L'essentiel du Mahome-
tisme consiste principalement dans la pu
reté du Corps. Chap. LXXXV.Les Sçavans,
sans mépriser ce point de la Loy , le font
consister dans la pureté de l'Ame : mais
c'est ici l'opinion commune. Cet Auteur,
en parlant de l'Ablution
LXXXVIII.
•
Chapitre
établit les mérites ou
démérites des Femmes , ce qui supose
nécessairement leur salut ou leur dam
nation , et qui détruit l'opinion qu'on a
en Europe,que les Mahometans excluent
les Femmes du Paradis. Un Mahometan
peut apostasier sans renier formellement
sa Religion; on apelle cela tomber dans
I¿Vol .
l'infidelité
#
JUIN
1737
Iss
Finfidelité ; c'est, comme nous dirions,
devenir Payen , être excommunié. Ea
cet état ses exercices de Religion sont
sans mérite ; son mariage est nul ; le de-
voir en est illicite; il n'est pas permis à
un autre de manger d'un animal que cet
Apostat auroit égorgé; toutes ses bonnes
euvres passées sont détruites , et pour
comble de maux , il est permis de le tuer.
L'Apostat , Chap: LXVI. en est quitte
cependant pour demander pardon à Dieu
de son Apostasie, et reciter la Profession
de Foy ; après quoi il se remarie avec sa
Femme , ou avec ses Femmes , s'il ena
plusieurs , et recommence le Pelerinage
de la Mecque , quoiqu'il l'eût déja fait.
L'Auteur cite 51. façons d'apostasier
ainsi ; et entr'autres nier la Prédestina-
tion formelle , c'est apostasier ; douter
de la verité d'un passage de l'Alcoran ,
c'est apostasier ; dire , en parlant de
Dieu , le Dieu qui est au Ciel, c'est apos
tasier. Mais ce qui paroît singulier , c'est
que , Chap. LXVII. dire que les Juifs
sont meilleurs que les Chrétiens
c'est
apostasier ; parce qu'un Juif a plus de
malice que tous les Chrétiens ensem-
ble. On trouve dans tout l'Ouvrage de
beaux principes de Morale , et un en-
trautres bien surprenant dans un Turt,
I. Vol.
Chap .
1156 MERCURE DE FRANCE
Chap. XXXIV. c'est qu'il est défendu
de tirer l'épée contre son Prince légiti
me, quelque cruel et Tyran qu'il puisse
être. Il dit aussi , Chap. XXIX. qu'il ne
faut décider du bon ni du mauvais sort
d'aucune Personne morte, excepté des Pro-
phetes, et de certains fameux Reprouvés,
desquels il donne pour exemple , deux
Persecuteurs de Mahomet. L'Auteur avan-
ce aussi plusieurs autres principes de Mo-
rale qui ne sont pas à suivre. Il prétend,
par exemple , Chap. L. qu'il est permis
de desirer les biens et les dignités que
possedent les gens qui en font mauvais
usage.
Il avance aussi , Chap. LII. qu'on
peut hair non seulement le peché , mais
encore le Pecheur à cause de ses pechés.
Au reste l'Auteur adopte les rêveries
des autres Mahometans à la lettre. Il
prétend Chap. XI que l'Antechrist est
venu du temps de Mahomet , qui l'a
fait releguer dans un desert à l'extrémité
du Monde, où il doit rester lié jusqu'au
jour du Jugement qu'il reparoîtra pour
être tué par J. C.
L'Auteur ordonne de son enterrement,
les cérémonies qu'il veut qu'on y obser
ve , et les aumônes qu'il veut qu'on y
fasse ; il donne ensuite des Regles pour
1.Vola
JUIN.
1737.
1157
la Priere en général , et l'explication des
principales Prieres ; et finit par recom-
mander à ses Enfans et à ses Freres d'at-
tendre leur fortune de Dieu , et de ne la
jamais acheter par des bassesses.
Cette troisiéme Partie mérite d'être
lûë par les Personnes qui veulent con-
noître la Religion Mahometane ; le Tex-
te en est correct , mais on se croit obligé
d'avertir que les Notes n'en sont pas
exactes ; le Traducteur paroît avoir tra-
vaillé sur un sujet dans lequel il n'étoit
pas si bien versé que dans la connoissan-
ce de la Langue.
Fermer
2919
p. 1157
L'Art d'aimer, Poëme, &c. [titre d'après la table]
Début :
L'ART D'AIMER., Poëme en 3. Chants Par M. d'Alegre, de 26. pages . A Paris, [...]
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texteReconnaissance textuelle : L'Art d'aimer, Poëme, &c. [titre d'après la table]
L'ART D'AIMER., Poëme en 3. Chants
Par M. d'Alegre, de 26. pages . A Paris,
chés Prault , Pere , Quay de Gêvres au
Paradis . 1737.
Les quatre Vers pris de la fin du pre-
mier Chant,donneront une petite idée de
cet Ouvrage.
En voguant sur les Mers de l'amoureux Em→
pire ,
Ce n'est qu'au seul plaisir qu'un tendre cœur
afpire ,
Et ce plaisir tout seul vaut encor cent fois mieux
Que tout ce que le Gange a de plus précieux.
Par M. d'Alegre, de 26. pages . A Paris,
chés Prault , Pere , Quay de Gêvres au
Paradis . 1737.
Les quatre Vers pris de la fin du pre-
mier Chant,donneront une petite idée de
cet Ouvrage.
En voguant sur les Mers de l'amoureux Em→
pire ,
Ce n'est qu'au seul plaisir qu'un tendre cœur
afpire ,
Et ce plaisir tout seul vaut encor cent fois mieux
Que tout ce que le Gange a de plus précieux.
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2920
p. 1158
[Texte sans titre]
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texteReconnaissance textuelle : [Texte sans titre]
DISSERTATION sur une fille de Greno-
ble , qui , depuis près de quatre ans , ne
boit ni ne mange. Par M. Charles Fonte-
nettes , Conseiller du Roy , Docteur Re-
gent de la Faculté de Medecine de l'Uni-
versité de Poitiers. A Poitiers
, 1737
Brochure in 4. de 8. pages ; il y en a un
Extrait dans le Journal des Sçavans.
ble , qui , depuis près de quatre ans , ne
boit ni ne mange. Par M. Charles Fonte-
nettes , Conseiller du Roy , Docteur Re-
gent de la Faculté de Medecine de l'Uni-
versité de Poitiers. A Poitiers
, 1737
Brochure in 4. de 8. pages ; il y en a un
Extrait dans le Journal des Sçavans.
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2921
p. 1158
« LETTRES de M. B....... sur differens sujets de Morale et de Pieté. A [...] »
Début :
LETTRES de M. B....... sur differens sujets de Morale et de Pieté. A [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES de M. B....... sur differens sujets de Morale et de Pieté. A [...] »
LETTRES de M. B....... sur differens
sujets de Morale et de Pieté. A
Paris , chés Charles Osmont , ruë Saint
Jacques , à l'Olivier , 1737. in 12.
sujets de Morale et de Pieté. A
Paris , chés Charles Osmont , ruë Saint
Jacques , à l'Olivier , 1737. in 12.
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2922
p. 1158
[Texte sans titre]
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texteReconnaissance textuelle : [Texte sans titre]
COMPLIMENS Composés pour la clôtu
re et pour l'ouverture du Theatre Ita-
lien , par le sieur Sticotti , l'un des Co-
mediens du Roy , prononcés par lui mê-
me les 6. et 29. Avril. A Paris , chés la
Veuve Delormel , rue du Foin à Sainte
Genevieve, petite Brochure de 8 pp. 1737.
re et pour l'ouverture du Theatre Ita-
lien , par le sieur Sticotti , l'un des Co-
mediens du Roy , prononcés par lui mê-
me les 6. et 29. Avril. A Paris , chés la
Veuve Delormel , rue du Foin à Sainte
Genevieve, petite Brochure de 8 pp. 1737.
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2923
p. 1158-1159
Ordonnances des Rois de France, &c. [titre d'après la table]
Début :
ORDONNANCES des Rois de France, de la troisiéme Race, recueillies par Ordre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ordonnances des Rois de France, &c. [titre d'après la table]
ORDONNANCES des Rois de France, de
la troisiéme Race, recueillies par Ordre
Chronologique , quatrième Volume , con-
tenant les Ordonnances de CHARLES V.
données depuis le commencement de
l'année 1367. jusqu'à la fin de l'année
1373. par M. SECOUSSE , ancien Avocat
L
au Parlement, et Associé à l'Academie
Is Vol
Royale
JUIN.
1737.
1159
Royale des Inscriptions , et Belles- Let
tres. In folio , à Paris de l'Imprimerie Roya
le M. DCC. XXXVII . pp. 724. sans la
Preface et les Tables.
Le merite de cette grande Compilation
et la capacité de l'Editeur sont si connus
du Public , qu'il est inutile d'ajouter ici
quelque chose à ce qui en a été dit lors-
qu'on a rendu compte des precedents
Volumes. Les matieres principales que
celui- ci embrasse et qui font l'objet des
Ordonnances rapportées , sont les Guer-
res privées , les Etats generaux & particu
liers & les Monnoyes. Par tout il y a à
aprendre et à profiter , sur tout par le
grand nombre de Notes , dont le Texte
des Ordonnances se trouve enrichi.
la troisiéme Race, recueillies par Ordre
Chronologique , quatrième Volume , con-
tenant les Ordonnances de CHARLES V.
données depuis le commencement de
l'année 1367. jusqu'à la fin de l'année
1373. par M. SECOUSSE , ancien Avocat
L
au Parlement, et Associé à l'Academie
Is Vol
Royale
JUIN.
1737.
1159
Royale des Inscriptions , et Belles- Let
tres. In folio , à Paris de l'Imprimerie Roya
le M. DCC. XXXVII . pp. 724. sans la
Preface et les Tables.
Le merite de cette grande Compilation
et la capacité de l'Editeur sont si connus
du Public , qu'il est inutile d'ajouter ici
quelque chose à ce qui en a été dit lors-
qu'on a rendu compte des precedents
Volumes. Les matieres principales que
celui- ci embrasse et qui font l'objet des
Ordonnances rapportées , sont les Guer-
res privées , les Etats generaux & particu
liers & les Monnoyes. Par tout il y a à
aprendre et à profiter , sur tout par le
grand nombre de Notes , dont le Texte
des Ordonnances se trouve enrichi.
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2924
p. 1159-1162
Principes de l'Histoire pour l'Education de la Jeunesse, &c. [titre d'après la table]
Début :
PRINCIPES DE L'HISTOIRE pour l'éducation de la Jeunesse, quatriéme année, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Principes de l'Histoire pour l'Education de la Jeunesse, &c. [titre d'après la table]
PRINCIPES DE L'HISTOIRE pour l'éducation
de la Jeunesse, quatriéme année,
qui contient l'Histoire generale et parti-
culiere de France, Par M. l'Abbé Len-
glet du Fresnoy, in 12. à Paris , chés De
bure l'Aîné 1737.
Ce nouveau Volume des Principes de
l'Histoire est plus détaillé et plus inte-
ressant que les autres , il est vrai que ce
Volume renferme l'Histoire de notre
Nation , qui doit nous toucher beaucoup
plus que l'Histoire Etrangere. M. l'Ab-
1. Vol.
bé
1160 MERCURE DE FRANCE
bé Lenglet ne s'en tient point à une His
toire seche de nos Rois , on y trouve
encore des Principes de conduite et de
politique par le jour sous lequel il fait
paroître tous les grands Evenemens ; et
l'on peut dire que celui qui sçauroit bien
ce Volume, pouroit parler pertinemment
quoique sobrement sur l'Histoire de nos
Rois.
Leurs caracteres y sont marqués, non
par
des flatteries, ou des censures outrées;
mais par des Faits qui les peignent au na-
turel.
L'Histoire de la premiereRace n'occu-
pe pas plus de seize Leçons , dans les deux
premieres desquelles, l'Auteur traite des
Gaules avant l'irruption des Francs ou
François, et la seconde parle de ces mêmes
François depuis qu'ils sont connus dans
l'Histoire jusqu'à ce qu'ils se sont fixés
dans les Gaules . Après cette premiere Ra-
ce suit une Instruction très curieuse sur
la maniere de l'étudier succinctement, et
l'on a soin d'en marquer le caractere ge-
neral tiré d'après les actions même de
nos premiers Rois. Mais l'Auteur ne veut
que des abregés pour les Gens du Mon-
de. Il laisse aux Sçavans les Livres qui
entrent dans un grand détail.
L'Histoire de la seconde Race contient
I. Vol
les
JUIN.
1737
1161
les treize Leçons suivantes. Elle dura
moins que la premiere, mais elle fut beau-
coup plus distinguée par son amour pour
la Religion , et par la Dignité Imperiale
dont elle a joui. Il est vrai qu'elle dége-
nera : mais elle ne tarda guere à être ré
parée par une Race de benediction qui
subsiste encore aujourd'hui , et qui a
produit des Heros en tout genre.
C'est donc à la troisiéme Race que l'on
voit renaître toute la gloire de la Monar-
chie Françoise. Hugues Capet qui a com-
mencé cette Race , s'est moins distingué
par les armes que par la prudence et la
politique , Robert par sa Religion; mais
Henri et Philippe son Fils reprirent le
caractere martial qui convenoit à la Dig-
nité de la Nation ; Philippe Auguste fut
un modele de conduite et de coura-
ge , Louis IX. en fut un de Sainteté et
de valeur. L'Auteur marquè donc en
peu de mots le caractere des Regnes sui-
vans , qui n'ont pas laissé d'être exposés
à quelques revolutions , dont la plus
dangereuse fut apaisée moins par Char-
les VII. que par la sage conduite de ses
Generaux .
M. l'Abbé Lenglet fait connoître en-
suite que Louis XI . presente une toute
autre maniere de gouverner ; quoique le
1. Vol.
Royaume
2 MERCURE DE FRANCE
Royaume dût- être tranquille par l'auto-
rité legitime que ce Roy avoir sçû re-
prendre, cependant plein de petites four-
beries , dont souvent il étoit le premier
la victime,
il pensa , dit l'Auteur , red
plonger la France dans de nouveaux trou-
bles. Les caracteres des autres Rois sont
temperés par de justes loüanges ; mais
où leurs défauts ne sont pas entiere-
ment deguisés.
Une autre nature d'Histoire commen-
ce à la Leçon 87. de ce Volume , c'est
celle des grands Fiefs de la Couronne ,
qui n'avoit encore été traitée en aucun
abregé. On apelle grands Fiefs , les
Provinces du Royaume que les Seigneurs
usurperent sur la fin de la seconde Race
de nos Rois , qu'ils tenoient cependant
avec dépendance de la Couronne. L'Au-
teur fait voir le tems de leur séparation et
celui de leur réunion. Cette matiere qui
est curieuse n'y est pas traitée moins suc-
cinctement que celles des grandes Char-
ges. Enfin outre la Preface où l'on donne
des remarques solides sur la maniere d'é-
tudier notre Histoire , on y trouve enco-
re une Liste des Livres que l'Auteur croit
les plus necessaires.
de la Jeunesse, quatriéme année,
qui contient l'Histoire generale et parti-
culiere de France, Par M. l'Abbé Len-
glet du Fresnoy, in 12. à Paris , chés De
bure l'Aîné 1737.
Ce nouveau Volume des Principes de
l'Histoire est plus détaillé et plus inte-
ressant que les autres , il est vrai que ce
Volume renferme l'Histoire de notre
Nation , qui doit nous toucher beaucoup
plus que l'Histoire Etrangere. M. l'Ab-
1. Vol.
bé
1160 MERCURE DE FRANCE
bé Lenglet ne s'en tient point à une His
toire seche de nos Rois , on y trouve
encore des Principes de conduite et de
politique par le jour sous lequel il fait
paroître tous les grands Evenemens ; et
l'on peut dire que celui qui sçauroit bien
ce Volume, pouroit parler pertinemment
quoique sobrement sur l'Histoire de nos
Rois.
Leurs caracteres y sont marqués, non
par
des flatteries, ou des censures outrées;
mais par des Faits qui les peignent au na-
turel.
L'Histoire de la premiereRace n'occu-
pe pas plus de seize Leçons , dans les deux
premieres desquelles, l'Auteur traite des
Gaules avant l'irruption des Francs ou
François, et la seconde parle de ces mêmes
François depuis qu'ils sont connus dans
l'Histoire jusqu'à ce qu'ils se sont fixés
dans les Gaules . Après cette premiere Ra-
ce suit une Instruction très curieuse sur
la maniere de l'étudier succinctement, et
l'on a soin d'en marquer le caractere ge-
neral tiré d'après les actions même de
nos premiers Rois. Mais l'Auteur ne veut
que des abregés pour les Gens du Mon-
de. Il laisse aux Sçavans les Livres qui
entrent dans un grand détail.
L'Histoire de la seconde Race contient
I. Vol
les
JUIN.
1737
1161
les treize Leçons suivantes. Elle dura
moins que la premiere, mais elle fut beau-
coup plus distinguée par son amour pour
la Religion , et par la Dignité Imperiale
dont elle a joui. Il est vrai qu'elle dége-
nera : mais elle ne tarda guere à être ré
parée par une Race de benediction qui
subsiste encore aujourd'hui , et qui a
produit des Heros en tout genre.
C'est donc à la troisiéme Race que l'on
voit renaître toute la gloire de la Monar-
chie Françoise. Hugues Capet qui a com-
mencé cette Race , s'est moins distingué
par les armes que par la prudence et la
politique , Robert par sa Religion; mais
Henri et Philippe son Fils reprirent le
caractere martial qui convenoit à la Dig-
nité de la Nation ; Philippe Auguste fut
un modele de conduite et de coura-
ge , Louis IX. en fut un de Sainteté et
de valeur. L'Auteur marquè donc en
peu de mots le caractere des Regnes sui-
vans , qui n'ont pas laissé d'être exposés
à quelques revolutions , dont la plus
dangereuse fut apaisée moins par Char-
les VII. que par la sage conduite de ses
Generaux .
M. l'Abbé Lenglet fait connoître en-
suite que Louis XI . presente une toute
autre maniere de gouverner ; quoique le
1. Vol.
Royaume
2 MERCURE DE FRANCE
Royaume dût- être tranquille par l'auto-
rité legitime que ce Roy avoir sçû re-
prendre, cependant plein de petites four-
beries , dont souvent il étoit le premier
la victime,
il pensa , dit l'Auteur , red
plonger la France dans de nouveaux trou-
bles. Les caracteres des autres Rois sont
temperés par de justes loüanges ; mais
où leurs défauts ne sont pas entiere-
ment deguisés.
Une autre nature d'Histoire commen-
ce à la Leçon 87. de ce Volume , c'est
celle des grands Fiefs de la Couronne ,
qui n'avoit encore été traitée en aucun
abregé. On apelle grands Fiefs , les
Provinces du Royaume que les Seigneurs
usurperent sur la fin de la seconde Race
de nos Rois , qu'ils tenoient cependant
avec dépendance de la Couronne. L'Au-
teur fait voir le tems de leur séparation et
celui de leur réunion. Cette matiere qui
est curieuse n'y est pas traitée moins suc-
cinctement que celles des grandes Char-
ges. Enfin outre la Preface où l'on donne
des remarques solides sur la maniere d'é-
tudier notre Histoire , on y trouve enco-
re une Liste des Livres que l'Auteur croit
les plus necessaires.
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2925
p. 1162-1167
« HISTOIRES du Comté d'Oxfort, de Miledy d'Herby, d'Eustache de Saint [...] »
Début :
HISTOIRES du Comté d'Oxfort, de Miledy d'Herby, d'Eustache de Saint [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRES du Comté d'Oxfort, de Miledy d'Herby, d'Eustache de Saint [...] »
HISTOIRES du Comté d'Oxfort, de Miledy d'Herby, d'Eustache de Saint
I. Vol.
de
JUIN.
1737
1168
Pierre , et de Beatrix de Guinés , au Sie-
ge de Calais
sous le Regne de Philipe
de Valois , Roy de France. Par Madame
de Gomez. A Paris , chés de Poilly , Li-
braire , Quay de Conty , au coin de la
ruë Guenegault , aux Armes d'Angleter-
se , 1737. in 12.
PHILOCTETE, ou Voyage instructif
et amusant, avec des Refléxions Politiques,
Militaires et Morales. Par M. An-
sart , Lieutenant de Dragons ; enrichi de
figures en Taille douce. A Paris, chés le
même Libraire , 1737. in 12.
LA PRETENDUE VEUVE, ou l'Epoux
Magicien, Comédie en cinq Actes, traduite
de l'Anglois de feu M. Adisson , et
mise en Vers par M.Descazeaux Desgran-
•
ges. A Paris , chés Bauche et le Breton,
Quay des Augustins , Gissey , ruë de la
vieille Bouclerie, Briasson, rue S. Jacques,
et Debats , Grand'Salle du Palais , in 12.
1737. Prix 30. sols.
DISCOURS SUR L'HARMONIE.
A Paris, au Palais, chés Jacques-Nicolas
le Clerc , 1737. pages 89.e
REMARQUES Chronologiques sur l'Ancien Testament, proposées à l'examen
1. Vol
F
l'Ancien
1164 MERCURE DE FRANCE
des Sçavans , avec le Plan d'une
Explication des saintes Ecritures. A Pa
ris , chés Kollin , fils , 1737. in 8 .
NOUVEAU COURS de Chymie,
suivant les principes de Newton et de
Sthall . Avec un Discours Historique sur
l'origine et les progrès de la Chymie.
Nouvelle Edition , revûë et corrigée. A
Paris , chés Jacques Vincent , ruë S. Se-
verin , 1737. in 12. deux Parties.
LA VIE de S. Thomas d'Aquin, de
l'Ordre des Freres Prêcheurs, Docteur
de l'Eglise, Avec un Exposé de sa Doc-
trine et de ses Ouvrages. Par le P. A.
Touron , du même Ordre. A Paris ,
bre de Jessé , 1737. vol. in 4.e
chés
Gissey , ruë de la vieille Bouclerie , à l'Ar-
MEMOIRES de M. de la Colonie,
Maréchal de Camp des Armées de l'Electeur
de Baviere , contenant les Eve-
nemens de la guerre depuis le Siege de
Namur en 1692. jusqu'à la Bataille de
Bellegrade en 1717. Les motifs qui enga-
gerent l'Electeur de Baviere a prendre le
parti de la France contre l'Empereur en
1701. La description circonstanciée des
1. Vol
Batailles
JUI N.
1737.
1165
Batailles et des Sieges en Allemagne , en
Flandres, en Espagne, &c. avec les Avan-
tures et les Combats particuliers l'Au-
teur. A Bruxelles , 1737. deux vol. in 12 .
MEMOIRES POSTHUMES du Com
te de D ... B ... avant son retour à Dieu,
fondé sur l'expérience des vanités humai-
nes. Par M. le Chevalier de Mouby , troi-
siéme Partic. A Paris , au Palais , chés
Gregoire- Antoine Dupuis, au cinquième
Pilier de la Grand'Salle , au S. Esprit ,
1737. in 12.
MEMOIRES de Milord *** , Tra-
duits de l'Anglois par M. D. L. P. A
Paris , chés Prault, Pere , Quay de Gê
vres , au Paradis , 1737. in 12.
DISSERTATION sur la Pierre des
Reins et de la Vessie , avec une Méthode
simple et facile pour la dissoudre sans
endommager les organes de l'urine ; avec
la réponse à certains traits de Critique
de M. Astruc , contre la Dissertation de
M. de Sault , sur la Maladie Venerienne,
lesquels se trouvent dans le Livre du mê
me M. Astruc de Morbis Venereis. A Pa-
ris , chés Jacques Guerin , Libraire - Im-
primeur, Quay des Augustins, 1736. vol,
in 12. de 307. pages.
I. Vol.
Fij
SUPLE-
1166 MERCURE DE FRANCE
SUPLEMENT au Glossaire du Roman
de la Rose , contenant des Notes Criti-
ques, Historiques et Grammaticales. Une
Dissertation sur les Auteurs de ce Ro-
man. L'Analyse de ce Poëme. Un Dis
cours sur l'utilité des Glossaires . Les Va-
riantes restituées sur un Manuscrit de
M. le Président Bouhier de Savigny , et
une Table des Auteurs cités dans cet Ou-
vrage.
Multa renascentur qua jam cecidere, cadentque
Qua nunc sunt in honore vocabula.
Q. Horatii , de Arte Poëtica. Lib.
A Dijon , chés J. Sirot , Imprimeurs
Libraire , Place S. Etienne , 1737. vol. in
12. de 344. pages , sans la Table des
Auteurs.
L'ANATOMIE d'Oribase , tirée des
Livres de Galien , avec la Version Latinę
de J. B. Rasario , et les Notes de Guil
laume Dundass , qui a pris soin de cette
Edition . A Leyde , chés Jean Arn. Lans
gerack , 1735. in 4. de 287. pages , sans la
Table et les Additions.
LOGIQUE , ou Systême abregé de Re-
fléxions qui peuvent contribuer à la net-
teté et à l'étendue de nos connoissances,
I. Vol
Par
JUIN.
1737.
1167
Par M. de Crousaz. Seconde Edition , re-
vûë et corrigée par l'Auteur . A Amster
dam , chés Chatelain , 1736. 2. vol. in 8 .
LA GEOGRAPHIE Moderne , Na-
turelle , Historique et Politique , dans
une Méthode nouvelle et aisée. par M.
Abraham Dubois , Géographe ; divisée
en 4. Tomes , avec plusieurs Cartes et
une Table des Matieres . A la Haye chés
Jacques Vanden Kieboom et Gerard Block,
1736. in 4.
RECUEIL des Lettres de Madame la
Marquise de Sévigné, à Mad. la Comtesse
de Grignan , sa fille , Tomes V. et VI.
A Paris , chés Rollin , fils , Quay des
Augustins , 1737, in 12.
LETTRE Critique et Historique à
Auteur de la Vie de Pierre Gassendi. A
Paris, chés F. Herissant, ruë neuve N. D.
à la Providence , 1737. in 12.
I. Vol.
de
JUIN.
1737
1168
Pierre , et de Beatrix de Guinés , au Sie-
ge de Calais
sous le Regne de Philipe
de Valois , Roy de France. Par Madame
de Gomez. A Paris , chés de Poilly , Li-
braire , Quay de Conty , au coin de la
ruë Guenegault , aux Armes d'Angleter-
se , 1737. in 12.
PHILOCTETE, ou Voyage instructif
et amusant, avec des Refléxions Politiques,
Militaires et Morales. Par M. An-
sart , Lieutenant de Dragons ; enrichi de
figures en Taille douce. A Paris, chés le
même Libraire , 1737. in 12.
LA PRETENDUE VEUVE, ou l'Epoux
Magicien, Comédie en cinq Actes, traduite
de l'Anglois de feu M. Adisson , et
mise en Vers par M.Descazeaux Desgran-
•
ges. A Paris , chés Bauche et le Breton,
Quay des Augustins , Gissey , ruë de la
vieille Bouclerie, Briasson, rue S. Jacques,
et Debats , Grand'Salle du Palais , in 12.
1737. Prix 30. sols.
DISCOURS SUR L'HARMONIE.
A Paris, au Palais, chés Jacques-Nicolas
le Clerc , 1737. pages 89.e
REMARQUES Chronologiques sur l'Ancien Testament, proposées à l'examen
1. Vol
F
l'Ancien
1164 MERCURE DE FRANCE
des Sçavans , avec le Plan d'une
Explication des saintes Ecritures. A Pa
ris , chés Kollin , fils , 1737. in 8 .
NOUVEAU COURS de Chymie,
suivant les principes de Newton et de
Sthall . Avec un Discours Historique sur
l'origine et les progrès de la Chymie.
Nouvelle Edition , revûë et corrigée. A
Paris , chés Jacques Vincent , ruë S. Se-
verin , 1737. in 12. deux Parties.
LA VIE de S. Thomas d'Aquin, de
l'Ordre des Freres Prêcheurs, Docteur
de l'Eglise, Avec un Exposé de sa Doc-
trine et de ses Ouvrages. Par le P. A.
Touron , du même Ordre. A Paris ,
bre de Jessé , 1737. vol. in 4.e
chés
Gissey , ruë de la vieille Bouclerie , à l'Ar-
MEMOIRES de M. de la Colonie,
Maréchal de Camp des Armées de l'Electeur
de Baviere , contenant les Eve-
nemens de la guerre depuis le Siege de
Namur en 1692. jusqu'à la Bataille de
Bellegrade en 1717. Les motifs qui enga-
gerent l'Electeur de Baviere a prendre le
parti de la France contre l'Empereur en
1701. La description circonstanciée des
1. Vol
Batailles
JUI N.
1737.
1165
Batailles et des Sieges en Allemagne , en
Flandres, en Espagne, &c. avec les Avan-
tures et les Combats particuliers l'Au-
teur. A Bruxelles , 1737. deux vol. in 12 .
MEMOIRES POSTHUMES du Com
te de D ... B ... avant son retour à Dieu,
fondé sur l'expérience des vanités humai-
nes. Par M. le Chevalier de Mouby , troi-
siéme Partic. A Paris , au Palais , chés
Gregoire- Antoine Dupuis, au cinquième
Pilier de la Grand'Salle , au S. Esprit ,
1737. in 12.
MEMOIRES de Milord *** , Tra-
duits de l'Anglois par M. D. L. P. A
Paris , chés Prault, Pere , Quay de Gê
vres , au Paradis , 1737. in 12.
DISSERTATION sur la Pierre des
Reins et de la Vessie , avec une Méthode
simple et facile pour la dissoudre sans
endommager les organes de l'urine ; avec
la réponse à certains traits de Critique
de M. Astruc , contre la Dissertation de
M. de Sault , sur la Maladie Venerienne,
lesquels se trouvent dans le Livre du mê
me M. Astruc de Morbis Venereis. A Pa-
ris , chés Jacques Guerin , Libraire - Im-
primeur, Quay des Augustins, 1736. vol,
in 12. de 307. pages.
I. Vol.
Fij
SUPLE-
1166 MERCURE DE FRANCE
SUPLEMENT au Glossaire du Roman
de la Rose , contenant des Notes Criti-
ques, Historiques et Grammaticales. Une
Dissertation sur les Auteurs de ce Ro-
man. L'Analyse de ce Poëme. Un Dis
cours sur l'utilité des Glossaires . Les Va-
riantes restituées sur un Manuscrit de
M. le Président Bouhier de Savigny , et
une Table des Auteurs cités dans cet Ou-
vrage.
Multa renascentur qua jam cecidere, cadentque
Qua nunc sunt in honore vocabula.
Q. Horatii , de Arte Poëtica. Lib.
A Dijon , chés J. Sirot , Imprimeurs
Libraire , Place S. Etienne , 1737. vol. in
12. de 344. pages , sans la Table des
Auteurs.
L'ANATOMIE d'Oribase , tirée des
Livres de Galien , avec la Version Latinę
de J. B. Rasario , et les Notes de Guil
laume Dundass , qui a pris soin de cette
Edition . A Leyde , chés Jean Arn. Lans
gerack , 1735. in 4. de 287. pages , sans la
Table et les Additions.
LOGIQUE , ou Systême abregé de Re-
fléxions qui peuvent contribuer à la net-
teté et à l'étendue de nos connoissances,
I. Vol
Par
JUIN.
1737.
1167
Par M. de Crousaz. Seconde Edition , re-
vûë et corrigée par l'Auteur . A Amster
dam , chés Chatelain , 1736. 2. vol. in 8 .
LA GEOGRAPHIE Moderne , Na-
turelle , Historique et Politique , dans
une Méthode nouvelle et aisée. par M.
Abraham Dubois , Géographe ; divisée
en 4. Tomes , avec plusieurs Cartes et
une Table des Matieres . A la Haye chés
Jacques Vanden Kieboom et Gerard Block,
1736. in 4.
RECUEIL des Lettres de Madame la
Marquise de Sévigné, à Mad. la Comtesse
de Grignan , sa fille , Tomes V. et VI.
A Paris , chés Rollin , fils , Quay des
Augustins , 1737, in 12.
LETTRE Critique et Historique à
Auteur de la Vie de Pierre Gassendi. A
Paris, chés F. Herissant, ruë neuve N. D.
à la Providence , 1737. in 12.
Fermer
2926
p. 1167-1169
« CAVELIER, Libraire, rue S. Jacques, à Paris, vient d'achever d'imprimer tout nouvellement : [...] »
Début :
CAVELIER, Libraire, rue S. Jacques, à Paris, vient d'achever d'imprimer tout nouvellement : [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CAVELIER, Libraire, rue S. Jacques, à Paris, vient d'achever d'imprimer tout nouvellement : [...] »
CAVELIER, Libraire, rue S. Jacques, à
Paris, vient d'achever d'imprimer tout nouvellement :
Memoires pour l'Histoire Naturelle de la Pro-
vince de Languedoc , divisés en trois Parties , or
nés de figures et de Cartes en Taille- douce
in 4. Paris , 1737. contenant 630, pages
compris la Préface et la Table des Chap
I. Vol.
F iij
1168 MERCURE DE FRANCE
Le même Cavelier a reçû des Pays Etrangers
les Livres suivans :
Le Febure ( Jo. ) de Usu Missionis sanguinis
ac aliarum artificialium sanguinis Evacuationum
et Cautionum in abusum ; accessit Tractatus de
natura , usu et abusu Caffé , Thé , Chocolatæ et
Tabaci , &c. 2. vol. in 4. cum figuris. Vesun-
tione , 1737.
Plateri ( Felicis ) Praxos Medica , novis Ob-
servationibus et Remediis locuplet. IV. Editio.
cum Præfatione Koericq , 3. vol. in 4. Basilea ,
1736.
Gaveti ( Jac. ) nova Febris idea
12 Geneva , 1700.
,
seu novæ
Conjectura Phisicæ circa Febris Naturam , in
Cope (Henr. ) Démonstratio Medico-Practi-
ca Prognosticorum Hippocratis , cum Ægrota-
rum Historia Gr. Lat. in 8. Dublinia , 1736.
Heisteri ( Frid. ) Apologia pro Medicis quo
eorum depellitur Cavillatio , in 8. Amst. 1736.
Bibliotheque Germanique , Tome 35. pour
l'année 1736. in 8. Amst. 1736.
Bibliotheque Raisonnée, pour les mois d'Avril ,
May , Juin , faisant Tome XV I. seconde
Partie , in 8. Amst. 1736.
La même , Tome XVII . premiere Partie ,
Juillet , Août et Septembre 1736. in 8. Amst.
Acta Eruditorum , 1736. in 4. Lipsia.
La Fisica de Peripatetici Cartesiani , al para-
gone della vera Fisica d'Aristotele , del Padre
Pace 3. vol. in 12. Venezia , 1728. fig.
Hagen ( Gof. ) Meditationes Philosophica de
Methodo Mathematica , cum Præfatione Wolfii,
in 8. Norimberga , 1734.
Miscellanea Duisburgensia Edita , inedita ad
incrementum Rei Litterariæ omnis , præcipue
I. Vol.
Eruditionis
JUIN.
7737-
1169
Eruditionis Theologica Fassiculi VIII. in 8.
Duisburgi , 1735.
Vvagenscilii (Jo. ) Sota, hoc est Liber Mischni
cis de uxore Adulteri suspecta , Hebr. Lat. in 4.
Altoorf , 1674.
Fabricii ( Jo, Alb. ) Bibliotheca Latina ined.
et infimæ Aetatis volumen quintum M. N. O,
P. Liber 12. 13. 14. et 15. in 8. Hamburgi 1736.
Bruckmanni ( Fr. ) Epistolæ 37. ad 48. inclus.
de fossilibus Metallicis Lapidibus, &c. in 4. cum
figuris. Vvolffembufiella , 1735. et 1736,
Apini ( Jac. ) Dissertatio ex jure Naturæ an
Liceat Brutorum corpora mutilare, in 4. Al-
torphii , 1732.
Redekeri ( Fr. ) de Causa Gravitatis , in 8. fig.
Semgovia, 1736.
Menschenii ( Jo. ) Vitæ Summorum dignitate
et eruditione Virorum Literato O. bi restituræ,
2. vol. in 4. Coburgi , 1735 .
Golhardi ( Jo. ) Regis Francorum Merovin
gici , in 4. Luneburgi , 1736.
Paris, vient d'achever d'imprimer tout nouvellement :
Memoires pour l'Histoire Naturelle de la Pro-
vince de Languedoc , divisés en trois Parties , or
nés de figures et de Cartes en Taille- douce
in 4. Paris , 1737. contenant 630, pages
compris la Préface et la Table des Chap
I. Vol.
F iij
1168 MERCURE DE FRANCE
Le même Cavelier a reçû des Pays Etrangers
les Livres suivans :
Le Febure ( Jo. ) de Usu Missionis sanguinis
ac aliarum artificialium sanguinis Evacuationum
et Cautionum in abusum ; accessit Tractatus de
natura , usu et abusu Caffé , Thé , Chocolatæ et
Tabaci , &c. 2. vol. in 4. cum figuris. Vesun-
tione , 1737.
Plateri ( Felicis ) Praxos Medica , novis Ob-
servationibus et Remediis locuplet. IV. Editio.
cum Præfatione Koericq , 3. vol. in 4. Basilea ,
1736.
Gaveti ( Jac. ) nova Febris idea
12 Geneva , 1700.
,
seu novæ
Conjectura Phisicæ circa Febris Naturam , in
Cope (Henr. ) Démonstratio Medico-Practi-
ca Prognosticorum Hippocratis , cum Ægrota-
rum Historia Gr. Lat. in 8. Dublinia , 1736.
Heisteri ( Frid. ) Apologia pro Medicis quo
eorum depellitur Cavillatio , in 8. Amst. 1736.
Bibliotheque Germanique , Tome 35. pour
l'année 1736. in 8. Amst. 1736.
Bibliotheque Raisonnée, pour les mois d'Avril ,
May , Juin , faisant Tome XV I. seconde
Partie , in 8. Amst. 1736.
La même , Tome XVII . premiere Partie ,
Juillet , Août et Septembre 1736. in 8. Amst.
Acta Eruditorum , 1736. in 4. Lipsia.
La Fisica de Peripatetici Cartesiani , al para-
gone della vera Fisica d'Aristotele , del Padre
Pace 3. vol. in 12. Venezia , 1728. fig.
Hagen ( Gof. ) Meditationes Philosophica de
Methodo Mathematica , cum Præfatione Wolfii,
in 8. Norimberga , 1734.
Miscellanea Duisburgensia Edita , inedita ad
incrementum Rei Litterariæ omnis , præcipue
I. Vol.
Eruditionis
JUIN.
7737-
1169
Eruditionis Theologica Fassiculi VIII. in 8.
Duisburgi , 1735.
Vvagenscilii (Jo. ) Sota, hoc est Liber Mischni
cis de uxore Adulteri suspecta , Hebr. Lat. in 4.
Altoorf , 1674.
Fabricii ( Jo, Alb. ) Bibliotheca Latina ined.
et infimæ Aetatis volumen quintum M. N. O,
P. Liber 12. 13. 14. et 15. in 8. Hamburgi 1736.
Bruckmanni ( Fr. ) Epistolæ 37. ad 48. inclus.
de fossilibus Metallicis Lapidibus, &c. in 4. cum
figuris. Vvolffembufiella , 1735. et 1736,
Apini ( Jac. ) Dissertatio ex jure Naturæ an
Liceat Brutorum corpora mutilare, in 4. Al-
torphii , 1732.
Redekeri ( Fr. ) de Causa Gravitatis , in 8. fig.
Semgovia, 1736.
Menschenii ( Jo. ) Vitæ Summorum dignitate
et eruditione Virorum Literato O. bi restituræ,
2. vol. in 4. Coburgi , 1735 .
Golhardi ( Jo. ) Regis Francorum Merovin
gici , in 4. Luneburgi , 1736.
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2927
p. 1169
« Montalant, Libraire, Quay des Augustins à Paris, donne avis qu'il a reçû d'Hollande le [...] »
Début :
Montalant, Libraire, Quay des Augustins à Paris, donne avis qu'il a reçû d'Hollande le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Montalant, Libraire, Quay des Augustins à Paris, donne avis qu'il a reçû d'Hollande le [...] »
Montalant, Libraire, Quay des Augustins à
Paris, donne avis qu'il a reçû d'Hollande le
nouveau et huitiéme volume du Grand Dictio
naire Géographique , Historique et Critique de
Bruzen de la Martiniere; ce volume contient les
Lettres Q. R. S. et son prix est de 24. livres.
On y trouve aussi des Exemplaires entiers, et les
Tomes séparés dont on peut avoir besoin. Il
distribuë en outre la nouvelle Histoire des Incas ,
Rois du Perou , en deux volumes in 4 avec les
figures dessinées par feu Bernard Picard. Prix
24. livres.
Paris, donne avis qu'il a reçû d'Hollande le
nouveau et huitiéme volume du Grand Dictio
naire Géographique , Historique et Critique de
Bruzen de la Martiniere; ce volume contient les
Lettres Q. R. S. et son prix est de 24. livres.
On y trouve aussi des Exemplaires entiers, et les
Tomes séparés dont on peut avoir besoin. Il
distribuë en outre la nouvelle Histoire des Incas ,
Rois du Perou , en deux volumes in 4 avec les
figures dessinées par feu Bernard Picard. Prix
24. livres.
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2928
p. 1169-1170
« On aprend de Lisbonne, que M, Frederic-Jacques Vveinholtz, G[e]ntilhomme Allemand, [...] »
Début :
On aprend de Lisbonne, que M, Frederic-Jacques Vveinholtz, G[e]ntilhomme Allemand, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On aprend de Lisbonne, que M, Frederic-Jacques Vveinholtz, G[e]ntilhomme Allemand, [...] »
On aprend de Lisbonne, que M, Frederic-Jacques Vveinholtz, G[e]ntilhomme Allemand,
1. Vol.
Fij
Jacques
110 MERCURE DE FRANCE
Sergent Major de Bataille dans les Troupes du
Roy de Portugal , a inventé une nouvelle espece
de Canon qui tire vingt coups en une minute.
1. Vol.
Fij
Jacques
110 MERCURE DE FRANCE
Sergent Major de Bataille dans les Troupes du
Roy de Portugal , a inventé une nouvelle espece
de Canon qui tire vingt coups en une minute.
Fermer
2929
p. 1170
« On écrit de Madrid, que les Académiciens de l'Académie Royale Espagnole, ayant à leur tête [...] »
Début :
On écrit de Madrid, que les Académiciens de l'Académie Royale Espagnole, ayant à leur tête [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Madrid, que les Académiciens de l'Académie Royale Espagnole, ayant à leur tête [...] »
On écrit de Madrid, que les Académiciens de
l'Académie Royale Espagnole, ayant à leur tête
le Marquis de Villena , Directeur de la Compa-
gnie , présenterent le 22. du mois passé au Roy
le cinquiéme Tome du Dictionaire de la Langue
Castillane , et qu'ils eurent tous l'honneur de
baiser la main à S. M.
l'Académie Royale Espagnole, ayant à leur tête
le Marquis de Villena , Directeur de la Compa-
gnie , présenterent le 22. du mois passé au Roy
le cinquiéme Tome du Dictionaire de la Langue
Castillane , et qu'ils eurent tous l'honneur de
baiser la main à S. M.
Fermer
2930
p. 1170
« On a apris de Petersbourg, que l'Académie des Sciences, établie en cette Ville, a élû pour [...] »
Début :
On a apris de Petersbourg, que l'Académie des Sciences, établie en cette Ville, a élû pour [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a apris de Petersbourg, que l'Académie des Sciences, établie en cette Ville, a élû pour [...] »
On a apris de Petersbourg, que l'Académie
des Sciences, établie en cette Ville, a élû pour
Associé Etranger M. Rousset , de l'Académie
des Sciences de Berlin.
des Sciences, établie en cette Ville, a élû pour
Associé Etranger M. Rousset , de l'Académie
des Sciences de Berlin.
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2931
p. 1170-1173
Prix de l'Académie, des Jeux Floraux, &c. et Prix réservés, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie des Jeux Floraux distribuë tous les ans quatre Prix ou Fleurs. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Académie, des Jeux Floraux, &c. et Prix réservés, [titre d'après la table]
L'Académie des Jeux Floraux distribuë tous
les ans quatre Prix ou Fleurs.
Le premier de ces Prix , destiné à une Ode
est une Amaranthe d'or de la valeur de quatre
cent livres.
Le second est une Violette d'argent de la va-
leur de deux cent cinquante livres. Ce Prix est
destiné à un Poëme de soixante Vers au moins
et de cent Vers au plus. Le Sujet de cette sorte
de Poëme doit être héroïque ou dans le genre
noble , et les Vers en doivent être Alexandrins.
a Le troisiéme Prix est une Eglantine d'argent
de la valeur de deux cent cinquante livres , qui
est destinée à un Piece de Prose d'un quart d'heu-
re ou d'une petite demie heure de lecture.
Le quatriéme Prix est un Souci d'argent de la
valeur de deux cent livres. Il est destiné à une
Elegie , à une Idyle ou à une Eglogue. Ces trois
I. Vol.
genres
I Val
JUI N. 1737.
1171
genres d'Ouvrages concourent ensemble pour ce
même Prix.
Le Sujet de tous les Ouvrages de Poësie est au
choix des Auteurs.
Les Ouvrages dans lesquels les Auteurs seront re-
connus plagiaires, les Ouvrages qui ne sont quedes
imitations ou des traductions , ceux qui ont parû
dans le Public , ou qui traitent de Sujets qui ont
été donnés par d'autres Académies , et les Cu-
vrages qui ont quelque chose de burlesque , d'in-
décent , de satyrique , de contraire aux bonnes
mœurs, n'entrent pas dans le concours pour les
Prix, non - plus que les Ouvrages dont les Auteurs'
sé font connoître avant le Jugement , ou pour
lesquels ils sollicitent ou font solliciter.
Les Auteurs qui traitent des Matieres Théolo-'
giques , doivent faire mettre au bas de leurs
Ouvrages l'Aprobation de deux Docteurs en
Théologie.
On remettra dans tout le mois dé Janvier de
Pannée 1738. à M. le Chevalier d'Aliés , Secre
taire Perpetuel de l'Académie des Jeux Floraux ,
demeurant dans la rue des Coûteliers à Toulou-
sé , trois Copies bien lisibles de chaque Ouvrage,
qui sera désigné seulement par une Devise ou
Sentence.
M. le Secretaire ne présentera pas à l'Acadé- '
mie les Ouvrages qu'on lui adressera par la Pos-
té en droiture, les Reglemens de cette Compagnie
le lui interdisant. On doit donc charger des Per-
sonnes domiciliées à Toulouse de lui remettre
les Ouvrages. Il en écrira devant eux la récep
tion dans son Registre , leur nom , leur qualité ,
leur demeure , et il leur expédiera les Récepissés
des Ouvrages.
Ceux qui auront remporté des Prix serent
Ey
obligés
1172 MERCURE DE FRANCE
obligés , s'ils sont à Toulouse , de venir les re-
cevoir eux-mêmes l'après midi du troisiéme
jour du mois de May , à l'Assemblée publique
de la Distribution des Prix , qui se fait dans le
grand Consistoire de l'Hôtel de Ville. S'ils sont
hors de portée de venir les recevoir eux- mêmes,
ils doivent envoyer une Procuration en bonne
forme à une Personne domicilée à Toulouse
pour les recevoir de M. le Secretaire , en lui re-
mettant les Procurations des Auteurs et les Ré-
cepissés des Ouvrages,
Après queles Auteurs se seront fait connoî→
tre , on leur donnera des Attestations portant
qu'un tel , une telle année , pour tel Ouvrage par
lui composé , a remporté un tel Prix ; et l'Ou-
vrage en Original sera attaché à ces Attestations,
sous le contre-scel des Jeux.
On ne peut remporter que trois fois en sa vie
chacun des Prix que l'Académie distribuë.
Ceux qui auront remporté trois Prix, l'un des-
quels sera l'Amarante , pouront obtenir des Let-
tres de Maître des Jeux Floraux. Ils seront du
Corps des Jeux , et auront droit d'assister et d'o-
piner commes Juges , avec le Chancelier , les
Mainteneurs ou Académiciens et les autres Maî-
tres , aux Assemblées particulieres et publiques
qui se font pour le Jugement des Ouvrages et
pour la distribution des Prix.
Jugement des Ouvrages présentés à
l'Académie l'année 1737.
L'Ode qui a pour titre , LA MORT , et pour
Devise , Pulvis es , et in pulverem reverteris , a
remporté le premier Prix .
Le Prix du Poëme a été réservé.
Le Discours qui a pour Devise , Pauci quos
I. Vol.
J
JUIN.
1737.
1173
@quus amavit Jupiter , a remporté le Prix de l'an-
née destiné à ce genre ; et un des Prix réservés
a été adjugé au Discours qui a pour Devise, Fa-
ma res quidem ardua.
L'Eglogue qui a pour Interlocuteurs , E GLE',
DAMON , et pour Devise , Quam durum dis-
jungere amantes , a remporté le Prix de ce genre.
On verra dans le Recueil de l'Académie le
nom des Auteurs de tous ces Ouvrages.
L'Académie a réservé deux Prix d'Ode ,
deux Prix de Poëme , un Prix de Discours
et deux Prix d'Eglogue ; ensorte qu'elle aura
à donner l'année prochaine trois Prix d'Ode ,
trois Prix de Poëme , deux Prix de Discours
et trois Prix d'Eglogue. Le Sujet du Discours
sera pour l'année 1738. Le Gouvernement Mo-
narchique est le meilleur de tous.
les ans quatre Prix ou Fleurs.
Le premier de ces Prix , destiné à une Ode
est une Amaranthe d'or de la valeur de quatre
cent livres.
Le second est une Violette d'argent de la va-
leur de deux cent cinquante livres. Ce Prix est
destiné à un Poëme de soixante Vers au moins
et de cent Vers au plus. Le Sujet de cette sorte
de Poëme doit être héroïque ou dans le genre
noble , et les Vers en doivent être Alexandrins.
a Le troisiéme Prix est une Eglantine d'argent
de la valeur de deux cent cinquante livres , qui
est destinée à un Piece de Prose d'un quart d'heu-
re ou d'une petite demie heure de lecture.
Le quatriéme Prix est un Souci d'argent de la
valeur de deux cent livres. Il est destiné à une
Elegie , à une Idyle ou à une Eglogue. Ces trois
I. Vol.
genres
I Val
JUI N. 1737.
1171
genres d'Ouvrages concourent ensemble pour ce
même Prix.
Le Sujet de tous les Ouvrages de Poësie est au
choix des Auteurs.
Les Ouvrages dans lesquels les Auteurs seront re-
connus plagiaires, les Ouvrages qui ne sont quedes
imitations ou des traductions , ceux qui ont parû
dans le Public , ou qui traitent de Sujets qui ont
été donnés par d'autres Académies , et les Cu-
vrages qui ont quelque chose de burlesque , d'in-
décent , de satyrique , de contraire aux bonnes
mœurs, n'entrent pas dans le concours pour les
Prix, non - plus que les Ouvrages dont les Auteurs'
sé font connoître avant le Jugement , ou pour
lesquels ils sollicitent ou font solliciter.
Les Auteurs qui traitent des Matieres Théolo-'
giques , doivent faire mettre au bas de leurs
Ouvrages l'Aprobation de deux Docteurs en
Théologie.
On remettra dans tout le mois dé Janvier de
Pannée 1738. à M. le Chevalier d'Aliés , Secre
taire Perpetuel de l'Académie des Jeux Floraux ,
demeurant dans la rue des Coûteliers à Toulou-
sé , trois Copies bien lisibles de chaque Ouvrage,
qui sera désigné seulement par une Devise ou
Sentence.
M. le Secretaire ne présentera pas à l'Acadé- '
mie les Ouvrages qu'on lui adressera par la Pos-
té en droiture, les Reglemens de cette Compagnie
le lui interdisant. On doit donc charger des Per-
sonnes domiciliées à Toulouse de lui remettre
les Ouvrages. Il en écrira devant eux la récep
tion dans son Registre , leur nom , leur qualité ,
leur demeure , et il leur expédiera les Récepissés
des Ouvrages.
Ceux qui auront remporté des Prix serent
Ey
obligés
1172 MERCURE DE FRANCE
obligés , s'ils sont à Toulouse , de venir les re-
cevoir eux-mêmes l'après midi du troisiéme
jour du mois de May , à l'Assemblée publique
de la Distribution des Prix , qui se fait dans le
grand Consistoire de l'Hôtel de Ville. S'ils sont
hors de portée de venir les recevoir eux- mêmes,
ils doivent envoyer une Procuration en bonne
forme à une Personne domicilée à Toulouse
pour les recevoir de M. le Secretaire , en lui re-
mettant les Procurations des Auteurs et les Ré-
cepissés des Ouvrages,
Après queles Auteurs se seront fait connoî→
tre , on leur donnera des Attestations portant
qu'un tel , une telle année , pour tel Ouvrage par
lui composé , a remporté un tel Prix ; et l'Ou-
vrage en Original sera attaché à ces Attestations,
sous le contre-scel des Jeux.
On ne peut remporter que trois fois en sa vie
chacun des Prix que l'Académie distribuë.
Ceux qui auront remporté trois Prix, l'un des-
quels sera l'Amarante , pouront obtenir des Let-
tres de Maître des Jeux Floraux. Ils seront du
Corps des Jeux , et auront droit d'assister et d'o-
piner commes Juges , avec le Chancelier , les
Mainteneurs ou Académiciens et les autres Maî-
tres , aux Assemblées particulieres et publiques
qui se font pour le Jugement des Ouvrages et
pour la distribution des Prix.
Jugement des Ouvrages présentés à
l'Académie l'année 1737.
L'Ode qui a pour titre , LA MORT , et pour
Devise , Pulvis es , et in pulverem reverteris , a
remporté le premier Prix .
Le Prix du Poëme a été réservé.
Le Discours qui a pour Devise , Pauci quos
I. Vol.
J
JUIN.
1737.
1173
@quus amavit Jupiter , a remporté le Prix de l'an-
née destiné à ce genre ; et un des Prix réservés
a été adjugé au Discours qui a pour Devise, Fa-
ma res quidem ardua.
L'Eglogue qui a pour Interlocuteurs , E GLE',
DAMON , et pour Devise , Quam durum dis-
jungere amantes , a remporté le Prix de ce genre.
On verra dans le Recueil de l'Académie le
nom des Auteurs de tous ces Ouvrages.
L'Académie a réservé deux Prix d'Ode ,
deux Prix de Poëme , un Prix de Discours
et deux Prix d'Eglogue ; ensorte qu'elle aura
à donner l'année prochaine trois Prix d'Ode ,
trois Prix de Poëme , deux Prix de Discours
et trois Prix d'Eglogue. Le Sujet du Discours
sera pour l'année 1738. Le Gouvernement Mo-
narchique est le meilleur de tous.
Fermer
2932
p. 1173-1175
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople le 24. Janvier 1737. sur la Mort d'un Peintre Flamand.
Début :
Je profite de cette occasion pour vous informer d'une perte que nous venons de faire ici ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople le 24. Janvier 1737. sur la Mort d'un Peintre Flamand.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Constantinople le 24. Janvier 1737. sur
la Mort d'un Peintre Flamand.
Je profite de cette occasion pour vous informer
d'une perte que nous venons de faire ici ;
c'est de M. Jean- Baptiste Van- Mour , Peintre
Flamand , Natif de Valenciennes , qui est décédé
le 22. de ce mois à Constantinople , dans la 66.
année de son âge. M. de Ferriol l'y avoit attiré
en 1699. pour lui faire peindre d'après nature ,
une Suite de Tableaux réprésentant les differentes
manieres dont s'habillent les Nations du Levant,
et principalement les Turcs ces Tableaux furent
poussés jusqu'au nombre de cent, et M.de Ferriol
à son retour à Paris , permit qu'on les y gravât,
quoiqu'il ne les cût fait faire que pour sa satis-
faction particuliere , l'aplaudissement que ce
I. Vol.
F vj
grands
1174 MERCURE DE FRANCE
grand et curieux Recueil eut à la Cour , à Paris,,
dans le Royaume et dans les Pays Etrangers, est
une preuve du bon goût de M. de Ferriol pour les
Beaux- Arts , et de l'habileté de M. Van- Mour.
Ce Peintre réussissoit également dans la Portrai
ture , les Tableaux d'Histoire , la Perspective ,
l'Architecture. Il avoit de très- bons principes de
coloris et de clair- obscur , ses Draperies sont
bien jettées , et ses Paysages sont d'un grand
goût , tant par la varieté des Plans et du choix .
des Arbres , que par la legereté de leurs touches. -
Comme il étoit fort laborieux et qu'il a peint
en petit , ces Tableaux , faciles à transporter , se
sont dispersés par toute l'Europe, n'y ayant point
tû d'Ambassadeurs et autres Ministres Chrétiens -
en cette Cour , qui n'ayent envoyé dans leur
Pays , ou emporté en y tetournant , des Ouvra
ges de sa main . M. Calkoën , Ambassadeur de
Hollande à la Porte , en a un très- grand nom
bre et des plus beaux.
M. Van-Mour donna encore des preuves de
son habileté et de son génie dans les Fêtes que
M.le Marquis de Villeneuve donna ici à l'oc-
casion de la Naissance de Monseigneur le Dau-
phin , dont il peignit les Arcs de Triomphe , les
Emblêmes, &c. et qui furent alors, et sont enco-
re admirés aujourd'hui des Connoisseurs.
Si M.. Van-Mour s'est rendu recommandable
par les talens qu'il avoit pour son Art , il l'étoit
encore plus par les vertus morales qu'il posse-
doit , il étoit bon ami , ennemi de la médisance
et de la flaterie , d'une humeur égale et gaye ,.
Ce qui le faisoit aimer et estimer de tout le Monde
t particulierement de tous les Ministres qui ré-
sient ici , qui Padmettoient souvent à leur table-
etalloient le voir travailler..
I. Vale.
MI
JUIN 1737.
I Vol
1175
M. l'Ambassadeur de France envoya toute sa
Maison à son Convoy funebre, où toute la Na-
tion Françone assista ; il fut enterré dans l'Eglise
des RR. PP. Jesuites à Galata , tout proche le
Tombeau de M. le Baron de Salagnac , Ambas--
sadeur de France , qui mourat ici en 1610.
Constantinople le 24. Janvier 1737. sur
la Mort d'un Peintre Flamand.
Je profite de cette occasion pour vous informer
d'une perte que nous venons de faire ici ;
c'est de M. Jean- Baptiste Van- Mour , Peintre
Flamand , Natif de Valenciennes , qui est décédé
le 22. de ce mois à Constantinople , dans la 66.
année de son âge. M. de Ferriol l'y avoit attiré
en 1699. pour lui faire peindre d'après nature ,
une Suite de Tableaux réprésentant les differentes
manieres dont s'habillent les Nations du Levant,
et principalement les Turcs ces Tableaux furent
poussés jusqu'au nombre de cent, et M.de Ferriol
à son retour à Paris , permit qu'on les y gravât,
quoiqu'il ne les cût fait faire que pour sa satis-
faction particuliere , l'aplaudissement que ce
I. Vol.
F vj
grands
1174 MERCURE DE FRANCE
grand et curieux Recueil eut à la Cour , à Paris,,
dans le Royaume et dans les Pays Etrangers, est
une preuve du bon goût de M. de Ferriol pour les
Beaux- Arts , et de l'habileté de M. Van- Mour.
Ce Peintre réussissoit également dans la Portrai
ture , les Tableaux d'Histoire , la Perspective ,
l'Architecture. Il avoit de très- bons principes de
coloris et de clair- obscur , ses Draperies sont
bien jettées , et ses Paysages sont d'un grand
goût , tant par la varieté des Plans et du choix .
des Arbres , que par la legereté de leurs touches. -
Comme il étoit fort laborieux et qu'il a peint
en petit , ces Tableaux , faciles à transporter , se
sont dispersés par toute l'Europe, n'y ayant point
tû d'Ambassadeurs et autres Ministres Chrétiens -
en cette Cour , qui n'ayent envoyé dans leur
Pays , ou emporté en y tetournant , des Ouvra
ges de sa main . M. Calkoën , Ambassadeur de
Hollande à la Porte , en a un très- grand nom
bre et des plus beaux.
M. Van-Mour donna encore des preuves de
son habileté et de son génie dans les Fêtes que
M.le Marquis de Villeneuve donna ici à l'oc-
casion de la Naissance de Monseigneur le Dau-
phin , dont il peignit les Arcs de Triomphe , les
Emblêmes, &c. et qui furent alors, et sont enco-
re admirés aujourd'hui des Connoisseurs.
Si M.. Van-Mour s'est rendu recommandable
par les talens qu'il avoit pour son Art , il l'étoit
encore plus par les vertus morales qu'il posse-
doit , il étoit bon ami , ennemi de la médisance
et de la flaterie , d'une humeur égale et gaye ,.
Ce qui le faisoit aimer et estimer de tout le Monde
t particulierement de tous les Ministres qui ré-
sient ici , qui Padmettoient souvent à leur table-
etalloient le voir travailler..
I. Vale.
MI
JUIN 1737.
I Vol
1175
M. l'Ambassadeur de France envoya toute sa
Maison à son Convoy funebre, où toute la Na-
tion Françone assista ; il fut enterré dans l'Eglise
des RR. PP. Jesuites à Galata , tout proche le
Tombeau de M. le Baron de Salagnac , Ambas--
sadeur de France , qui mourat ici en 1610.
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2933
p. 1175
« On nous a écrit depuis de Constantinople qu'il y a eu depuis peu plusieurs violentes secousses de [...] »
Début :
On nous a écrit depuis de Constantinople qu'il y a eu depuis peu plusieurs violentes secousses de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « On nous a écrit depuis de Constantinople qu'il y a eu depuis peu plusieurs violentes secousses de [...] »
On nous a écrit depuis de Constantinople qu'il
y a eu depuis peu plusieurs violentes secousses de
tremblement de Terre , qu'un des Châteaux ´vis-
à-vis le Canal de Ronelie , a été renversé , et que
la terre s'étant entr'ouverte , il en est sorti une
telie quantité d'eau que plusieurs Villages des
environs ont été inondés.
y a eu depuis peu plusieurs violentes secousses de
tremblement de Terre , qu'un des Châteaux ´vis-
à-vis le Canal de Ronelie , a été renversé , et que
la terre s'étant entr'ouverte , il en est sorti une
telie quantité d'eau que plusieurs Villages des
environs ont été inondés.
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2934
p. 1175-1176
« Les Lettres de Naples du 20. May, portent que le Mont Vesuve vomit depuis le 19. May [...] »
Début :
Les Lettres de Naples du 20. May, portent que le Mont Vesuve vomit depuis le 19. May [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les Lettres de Naples du 20. May, portent que le Mont Vesuve vomit depuis le 19. May [...] »
Les Lettres de Naples du 20. May, portent
que le Mont Vesuve vomit depuis le 19. May
dernier avec un bruit semblable à celui du Ton-
nerre , une si grande quantité de pierres et de
flammes , qu'aucun des Habitans de cette Ville
ne se souvient d'avoir vu une pareille éruption.
En 24 heures tout l'espace qui est depuis le
sommet de la Montagne jusqu'au bord de la
Mer et qui contient douze mille , a été entiere-
ment rempli de souffre et de bitume.Les Villages
et les Bourgades des environs ont été couverts
de cendres. Les pierres qui sortoient du gouffre
étoient d'une grosseur énorme , et en tombant
elles ont fait trembler toute la Ville. Pendant la
nuit , la Montagne ressembloit à un tourbillon?
de feu , et le jour il en sortoit une épaisse fumée
qui s'élevoit à une hauteur extraordinaire.
On a lieu de conjecturer que cette éruption at
préservé ce Pays de quelque grand tremblement.
de Terre , et que tant de matieres bitumineuses
et sulphureuses renfermées dans le sein de la
Terre ;
1176 MERCURE DE FRANCE
Terre , auroient pû causer de grands ravages , si
elles n'avoient pas trouvé quelque moyen de
s'échaper.
que le Mont Vesuve vomit depuis le 19. May
dernier avec un bruit semblable à celui du Ton-
nerre , une si grande quantité de pierres et de
flammes , qu'aucun des Habitans de cette Ville
ne se souvient d'avoir vu une pareille éruption.
En 24 heures tout l'espace qui est depuis le
sommet de la Montagne jusqu'au bord de la
Mer et qui contient douze mille , a été entiere-
ment rempli de souffre et de bitume.Les Villages
et les Bourgades des environs ont été couverts
de cendres. Les pierres qui sortoient du gouffre
étoient d'une grosseur énorme , et en tombant
elles ont fait trembler toute la Ville. Pendant la
nuit , la Montagne ressembloit à un tourbillon?
de feu , et le jour il en sortoit une épaisse fumée
qui s'élevoit à une hauteur extraordinaire.
On a lieu de conjecturer que cette éruption at
préservé ce Pays de quelque grand tremblement.
de Terre , et que tant de matieres bitumineuses
et sulphureuses renfermées dans le sein de la
Terre ;
1176 MERCURE DE FRANCE
Terre , auroient pû causer de grands ravages , si
elles n'avoient pas trouvé quelque moyen de
s'échaper.
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2935
p. 1176-1179
Estampes Nouvelles.
Début :
Le sieur J. Rigaud, de Marseille, Dessinateur et Graveur très-habile, qui a un talent particulier [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampes Nouvelles.
Estampes Nouvelles.
Le sieur J. Rigaud, de Marseille, Dessinateur
et Graveur très-habile, qui a un talent particulier
pour le Paysage et les Vues en Perspectives,
vient de mettre au jour six beaux Morceaux en
large , des diverses Vûës du Château de Sceaux
près Paris,apartenant au feu Duc du Maine, 1736.-
sçavoir , la Vue du côté de la grande Avenue ,
prise à la premiere Grille.
• Vûë du même Château et du petit Parterre
qui conduit à l'Orangerie.
Autre , prise du haut de l'Allée de Diane.
Vues des Parterres et du grand Canal dans
Péloignement.
Vue de la Cascade.
Autre Vue du Château , prise dans l'éloigne-
ment , en face du côté du Village de Chatenay.
Outre la justesse et la magnificence des Lieux
représentés et qu'on croit voir , on sçait encore
bon gré à l'Auteur de plusieurs Ornemens ,
Montagnes et Côteaux placés vers l'Horison
Bocages , Figures et Animaux , dont son génie
a enrichi sa composition.
Ces Estampes , qui ne sont pas moins recher-
chées que celles que nous avons déja annoncées,
des belles Maisons de Campagne des Environs de
Londres , se vendent chés l'Auteur , ruë S. Jac-
ques , vis-à-vis le College du Plessis.
Voici encore une nouvelle Estampe en large
d'aprè
vatteau , gravée par le sieur Ravenet
1. Vol.
qui
I. Vol.
JUIN.
1737.
1177
qui vient de paroître sous le titre de Départ de
Garnison. C'est une composition aussi riche que
pittoresque , et dont le sujet est traité et carac-
terisé parfaitement. Elle se vend chés le sieur
Gersaint , Marchand , Pont Notre Dame , et
chés le sieur Suruque , Graveur du Roy , rue
des Noyers.
Il paroît onze Estampes nouvelles de la gran-
deur de 18. pouces de haut , sur 14. de large ,
représentant la Vie du B. Vincent de Paule ,
d'après les Tableaux qui sont dans l'Eglise de
S. Lazare à Paris , peints par Mrs de Troy , Ga-
loche, Restout , le Frere André , & c. et dessinées
d'après les Originaux , par le sieur Bonnart ,
ancien Professeur de l'Académie Royale de saint
Luc , avec une grande précision et correction
ces onze Desseins sont gravés sous sa conduite
par differens Graveurs des plus habiles.
Ces Estampes se vendent à Paris , chés le sieur
Herisset , Graveur , ruë S. Jacques , vis- à- vis les
Jésuites.
On voit depuis peu du sieur Bonnart, une très-
belle Perspective à la Ménagerie de Clagny, peinte
à huile , ayant 14. pieds de large , sur 12. Elle
est située au bout d'une Allée , formée à droite
par un Jardin Fleuriste, et à gauche par un Bois-
L'ingénieux Artiste a représenté , à s'y tromper,
un Vestibule ouvert , à travers duquel on voit la
continuation du Jardin et du Bois de haute fu-
taye dont on vient de parler , et terminé dans le
lointain par un beau Pays de Chasse , où l'on voit
le Prince de Dombes chassant un Cerf. Aux deux
Côtés sur le devant du Vestibule , sont deux Ter-
mes d'un goût nouveau , représentant le Dieu
Pan et la Déesse Flore.
La
1178 MERCURE DE -FRANCE
La saire des Portraits des grands Hommes
et des Personnes illustres dans les Arts et dans
Ies Sciences , se continue avec succès , chés
Odieuvre , Marchand d'Estampes , sur le Quay
de l'Ecole. Il vient de faire paroître , et tou-
jours de la même grandeur :
LOUIS-ANTOINE CARDINAL DE NOAILLES,
Archevêque de Paris , né le 27. May 1651 .
mort le 4. May 1729. grávé par Ravenet.
LOUIS-HECTOR DUC DE VILLARS ,
Maréchal general des Camps et Armées du Roy,
baptisé à Moulins le 21. May 1653.mort à Tu-
rin le 17. Juin 1734. peint par Hiacinte Rigaud
gravé par G. F. Schmidt.
Jacob , Graveur, demeurant ruë S. Jacques chés
M. Armand, Libraire , attenant la rue du Plâtre;
vend tout nouvellement :
Le Portrait de Louis-Henry de Bourbon , Prin
cé de Condé, peint par M. Gobert , et gravé par
Jacob.
Celui de Caroline de Hesse- Rhinfels , Duchesse
de Bourbon , peint par M. Gober , et gravé par
Jacob.
La belle Cuisiniere , peinte par M. Boucher , et
gravée par le sieur Line.
Mlle Pélissier , peinte par M. Dronais, et grad
vée pa le sieur Daullé.
Charité Romaine , peinte par M. N. Coipel , et
gravée par le sieur Le Bas.
Venus avec l'Amour , sommeillant, peinte par
M. Boucher, et gravée par le sieur Aubert.
Printemps , peint par M. Boucher , et gravé˜
par le sieur Aveline.
Ceres , peinte par M. Boucher , et gravée par ·
Plicur Possud.
Fi Vol
Angdique
JUIN.
1737.
1179
Angelique et Medor , peints par M. Courtin ,
&c. et plusieurs autres Morceaux de dévotion
9
que le Sr Jacob vend avec Privilege du Roy.Il gra
ve les Pendants des Planches annoncées cy-dessus
et autres Morceaux dénommés dans son Pri-
vilege.
Le sieur J. Rigaud, de Marseille, Dessinateur
et Graveur très-habile, qui a un talent particulier
pour le Paysage et les Vues en Perspectives,
vient de mettre au jour six beaux Morceaux en
large , des diverses Vûës du Château de Sceaux
près Paris,apartenant au feu Duc du Maine, 1736.-
sçavoir , la Vue du côté de la grande Avenue ,
prise à la premiere Grille.
• Vûë du même Château et du petit Parterre
qui conduit à l'Orangerie.
Autre , prise du haut de l'Allée de Diane.
Vues des Parterres et du grand Canal dans
Péloignement.
Vue de la Cascade.
Autre Vue du Château , prise dans l'éloigne-
ment , en face du côté du Village de Chatenay.
Outre la justesse et la magnificence des Lieux
représentés et qu'on croit voir , on sçait encore
bon gré à l'Auteur de plusieurs Ornemens ,
Montagnes et Côteaux placés vers l'Horison
Bocages , Figures et Animaux , dont son génie
a enrichi sa composition.
Ces Estampes , qui ne sont pas moins recher-
chées que celles que nous avons déja annoncées,
des belles Maisons de Campagne des Environs de
Londres , se vendent chés l'Auteur , ruë S. Jac-
ques , vis-à-vis le College du Plessis.
Voici encore une nouvelle Estampe en large
d'aprè
vatteau , gravée par le sieur Ravenet
1. Vol.
qui
I. Vol.
JUIN.
1737.
1177
qui vient de paroître sous le titre de Départ de
Garnison. C'est une composition aussi riche que
pittoresque , et dont le sujet est traité et carac-
terisé parfaitement. Elle se vend chés le sieur
Gersaint , Marchand , Pont Notre Dame , et
chés le sieur Suruque , Graveur du Roy , rue
des Noyers.
Il paroît onze Estampes nouvelles de la gran-
deur de 18. pouces de haut , sur 14. de large ,
représentant la Vie du B. Vincent de Paule ,
d'après les Tableaux qui sont dans l'Eglise de
S. Lazare à Paris , peints par Mrs de Troy , Ga-
loche, Restout , le Frere André , & c. et dessinées
d'après les Originaux , par le sieur Bonnart ,
ancien Professeur de l'Académie Royale de saint
Luc , avec une grande précision et correction
ces onze Desseins sont gravés sous sa conduite
par differens Graveurs des plus habiles.
Ces Estampes se vendent à Paris , chés le sieur
Herisset , Graveur , ruë S. Jacques , vis- à- vis les
Jésuites.
On voit depuis peu du sieur Bonnart, une très-
belle Perspective à la Ménagerie de Clagny, peinte
à huile , ayant 14. pieds de large , sur 12. Elle
est située au bout d'une Allée , formée à droite
par un Jardin Fleuriste, et à gauche par un Bois-
L'ingénieux Artiste a représenté , à s'y tromper,
un Vestibule ouvert , à travers duquel on voit la
continuation du Jardin et du Bois de haute fu-
taye dont on vient de parler , et terminé dans le
lointain par un beau Pays de Chasse , où l'on voit
le Prince de Dombes chassant un Cerf. Aux deux
Côtés sur le devant du Vestibule , sont deux Ter-
mes d'un goût nouveau , représentant le Dieu
Pan et la Déesse Flore.
La
1178 MERCURE DE -FRANCE
La saire des Portraits des grands Hommes
et des Personnes illustres dans les Arts et dans
Ies Sciences , se continue avec succès , chés
Odieuvre , Marchand d'Estampes , sur le Quay
de l'Ecole. Il vient de faire paroître , et tou-
jours de la même grandeur :
LOUIS-ANTOINE CARDINAL DE NOAILLES,
Archevêque de Paris , né le 27. May 1651 .
mort le 4. May 1729. grávé par Ravenet.
LOUIS-HECTOR DUC DE VILLARS ,
Maréchal general des Camps et Armées du Roy,
baptisé à Moulins le 21. May 1653.mort à Tu-
rin le 17. Juin 1734. peint par Hiacinte Rigaud
gravé par G. F. Schmidt.
Jacob , Graveur, demeurant ruë S. Jacques chés
M. Armand, Libraire , attenant la rue du Plâtre;
vend tout nouvellement :
Le Portrait de Louis-Henry de Bourbon , Prin
cé de Condé, peint par M. Gobert , et gravé par
Jacob.
Celui de Caroline de Hesse- Rhinfels , Duchesse
de Bourbon , peint par M. Gober , et gravé par
Jacob.
La belle Cuisiniere , peinte par M. Boucher , et
gravée par le sieur Line.
Mlle Pélissier , peinte par M. Dronais, et grad
vée pa le sieur Daullé.
Charité Romaine , peinte par M. N. Coipel , et
gravée par le sieur Le Bas.
Venus avec l'Amour , sommeillant, peinte par
M. Boucher, et gravée par le sieur Aubert.
Printemps , peint par M. Boucher , et gravé˜
par le sieur Aveline.
Ceres , peinte par M. Boucher , et gravée par ·
Plicur Possud.
Fi Vol
Angdique
JUIN.
1737.
1179
Angelique et Medor , peints par M. Courtin ,
&c. et plusieurs autres Morceaux de dévotion
9
que le Sr Jacob vend avec Privilege du Roy.Il gra
ve les Pendants des Planches annoncées cy-dessus
et autres Morceaux dénommés dans son Pri-
vilege.
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2936
p. 1179
« Le Lecteur curieux qui a fait attention en lisant le Mercure de Décembre dernier, premier [...] »
Début :
Le Lecteur curieux qui a fait attention en lisant le Mercure de Décembre dernier, premier [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Lecteur curieux qui a fait attention en lisant le Mercure de Décembre dernier, premier [...] »
Le Lecteur curieux qui a fait attention en lisant
le Mercure de Décembre dernier, premier
volume , à l'idée avantageuse que nous avons
donnée de la grande Collection de Tableaux
des plus excellens Maîtres , de la Comtesse de
Verrue , seront , sans doute , bien aise d'apren
die que le goût pour la Peinture est en regne
plus que jamais , et que ce prodigieux Cabinet ,
dispersé dans Paris et ailleurs , a beaucoup aug-
menté les anciens , possedés par divers Particu
Hiers , et en a formé quantité de nouveaux.
Tous les Tableaux se sont vendus publique
ment au plus offrant , avec un très grand con-
cours de Curieux de distinction , et se sont très-
bien vendus. Il y en a peu qui ne soient mon-
tés à leur valeur , et quantité ont été bien au-
delà , par l'ardeur des Acquereurs , fondés sur
le goût exquis de l'illustre défunte.
Le Comte de Clermont , Prince du Sang
dont on connoît les grandes qualités et l'amour
déclaré qu'il a pour les Beaux Arts, qu'il honore
de sa protection , a acquis plusieurs Tableaux de
Vauvremens , de Berghem, de Vandermeulen , de
D. Teniers , de Skalken , & c. d'une rare beauté,
et qui forment déja un beau Cabinet.
Parmi les Tableaux de prix on en doit distin-
guer deux de Claude Lorrain , qui ont été ade
jugés à 8007. livres au sieur Godefroy , Peintre
4
Flamand et Marchand de Tableaux à Paris ,
Gloire S.-Germain l'Auxerrois,
le Mercure de Décembre dernier, premier
volume , à l'idée avantageuse que nous avons
donnée de la grande Collection de Tableaux
des plus excellens Maîtres , de la Comtesse de
Verrue , seront , sans doute , bien aise d'apren
die que le goût pour la Peinture est en regne
plus que jamais , et que ce prodigieux Cabinet ,
dispersé dans Paris et ailleurs , a beaucoup aug-
menté les anciens , possedés par divers Particu
Hiers , et en a formé quantité de nouveaux.
Tous les Tableaux se sont vendus publique
ment au plus offrant , avec un très grand con-
cours de Curieux de distinction , et se sont très-
bien vendus. Il y en a peu qui ne soient mon-
tés à leur valeur , et quantité ont été bien au-
delà , par l'ardeur des Acquereurs , fondés sur
le goût exquis de l'illustre défunte.
Le Comte de Clermont , Prince du Sang
dont on connoît les grandes qualités et l'amour
déclaré qu'il a pour les Beaux Arts, qu'il honore
de sa protection , a acquis plusieurs Tableaux de
Vauvremens , de Berghem, de Vandermeulen , de
D. Teniers , de Skalken , & c. d'une rare beauté,
et qui forment déja un beau Cabinet.
Parmi les Tableaux de prix on en doit distin-
guer deux de Claude Lorrain , qui ont été ade
jugés à 8007. livres au sieur Godefroy , Peintre
4
Flamand et Marchand de Tableaux à Paris ,
Gloire S.-Germain l'Auxerrois,
Fermer
2937
p. 1180
« L'Optique étant non-seulement une des plus sçavantes, mais encore une des plus agréables [...] »
Début :
L'Optique étant non-seulement une des plus sçavantes, mais encore une des plus agréables [...]
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texteReconnaissance textuelle : « L'Optique étant non-seulement une des plus sçavantes, mais encore une des plus agréables [...] »
L'Optique étant non-seulement une des plus
sçavantes, mais encore une des plus agréables
Parties des Mathématiques , on ne sçauroit être
trop reconnoissant envers ceux dont le génie
nous procure des instrumens propres à rectifier es
à aider la foiblesse de nos yeux . Le sieur Le Bas,
Ingenieur et Mathématicien du Roy, demeurant
aux Galeries du Louvre , est connu depuis long-
temps pour le premier entre ceux qui travaillent
auxVerres,Lunettes et Microscopes. Il s'est depuis
long temps et très assiduinent apliqué à porter
son Art à la perfection , s'en faisant moins un
métier qu'une étude sçavante ; ses peines ont
réussi , sur tout dans les Telescopes , étant par-
venu, après de longues épreuves, à en faire d'aus
si bons et aussi parfaits que ceux d'Angleterre ,
et même plus finis et travaillés avec plus de soin.
Les Connoisseurs qui les ont confrontés , don-
nent l'avantage aux siens , ainsi on croit faire
plaisir au Public de lui donner cet avis , par la
commodité qu'il aura de trouver à Paris encore
mieux que ce qu'il faisoit venir des Pays Etran-
gers.
sçavantes, mais encore une des plus agréables
Parties des Mathématiques , on ne sçauroit être
trop reconnoissant envers ceux dont le génie
nous procure des instrumens propres à rectifier es
à aider la foiblesse de nos yeux . Le sieur Le Bas,
Ingenieur et Mathématicien du Roy, demeurant
aux Galeries du Louvre , est connu depuis long-
temps pour le premier entre ceux qui travaillent
auxVerres,Lunettes et Microscopes. Il s'est depuis
long temps et très assiduinent apliqué à porter
son Art à la perfection , s'en faisant moins un
métier qu'une étude sçavante ; ses peines ont
réussi , sur tout dans les Telescopes , étant par-
venu, après de longues épreuves, à en faire d'aus
si bons et aussi parfaits que ceux d'Angleterre ,
et même plus finis et travaillés avec plus de soin.
Les Connoisseurs qui les ont confrontés , don-
nent l'avantage aux siens , ainsi on croit faire
plaisir au Public de lui donner cet avis , par la
commodité qu'il aura de trouver à Paris encore
mieux que ce qu'il faisoit venir des Pays Etran-
gers.
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2938
p. 1180-1181
« M. le Docteur Taylor, Oculiste du Roy de la Grande-Bretagne, est arrivé depuis peu à l'Hôtel [...] »
Début :
M. le Docteur Taylor, Oculiste du Roy de la Grande-Bretagne, est arrivé depuis peu à l'Hôtel [...]
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texteReconnaissance textuelle : « M. le Docteur Taylor, Oculiste du Roy de la Grande-Bretagne, est arrivé depuis peu à l'Hôtel [...] »
M. le Docteur Taylor, Oculiste du Roy de la
Grande-Bretagne, est arrivé depuis peu à l'Hôtel
de Londres , rue Dauphine à Paris , où il se
propose de rester jusqu'au commencement de
Juillet , après quoi il partira pour se rendre en
Espagne Il nous prie de publier les Découvertes
qu'il a faites de redresser les yeux des Louches
par une Opération prompte et presque sans dou
leur et sans crainte d'aucun accident ; de guérir
presque toutes les maladies du sac lacrimal , sans
Opération , et ôter les Cataractes en tout temps
et de toute espece , sans aucun danger. Il guérit
I. Vol
aussi
JUIN.
1737.
1181
sassi plusieurs especes de Gouttes Sereines, con-
formément à l'explication qu'il en a donnée
dans ses Ouvrages , ce qui a été accomagné de
tant de succès , qu'on voit tous les jours quan-
rité de personnes chercher auprès de lui du sou-
lagement pour ces sortes de maux.
Grande-Bretagne, est arrivé depuis peu à l'Hôtel
de Londres , rue Dauphine à Paris , où il se
propose de rester jusqu'au commencement de
Juillet , après quoi il partira pour se rendre en
Espagne Il nous prie de publier les Découvertes
qu'il a faites de redresser les yeux des Louches
par une Opération prompte et presque sans dou
leur et sans crainte d'aucun accident ; de guérir
presque toutes les maladies du sac lacrimal , sans
Opération , et ôter les Cataractes en tout temps
et de toute espece , sans aucun danger. Il guérit
I. Vol
aussi
JUIN.
1737.
1181
sassi plusieurs especes de Gouttes Sereines, con-
formément à l'explication qu'il en a donnée
dans ses Ouvrages , ce qui a été accomagné de
tant de succès , qu'on voit tous les jours quan-
rité de personnes chercher auprès de lui du sou-
lagement pour ces sortes de maux.
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2939
p. 1182-1183
« Le sieur Aubert, Intendant de la Musique de S. A. S. M. le Duc, vient de donner au Public [...] »
Début :
Le sieur Aubert, Intendant de la Musique de S. A. S. M. le Duc, vient de donner au Public [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Aubert, Intendant de la Musique de S. A. S. M. le Duc, vient de donner au Public [...] »
Le sieur Aubert, Intendant de la Musique de
S. A. S. M. le Duc, vient de donner au Public
la douzième Suite de ses Concerts de Sympho-
nie,les onze précedens ont cû un si grand succès,
qu'on est persuadé que cette dernière sera reçûë
avec plaisir
ces douze Suites forment un Re-
cueilunique en ce genre , composé de plus de deux
cent Morceaux d'une varieté infine , d'un tra-
vail agréable et d'une très - granae utilité pour les
Ecoliers , attendu que les traits , les coups d'ar-
chets, les differens tons er mouvemens , et géné-
ralement tout ce qui peut se pratiquer sans pré-
judicier au bon goût et à la beauté du Chant ,
est inseré dans cet Ouvrage qu'on peut apeller
l'Ecole du Violon et de tous les Instrumens.
L'Auteur donnera le mois prochain une ser
condle Edition de son deuxième Livre de Sona-
tes , dans le goût de celles qu'il a données l'an-
née derniere de son premier, corrigée , augmen-
tée , et toutes les Basses ajustées à la portée du
Violoncelle et du Basson , et chiffrée très-
exactement.
S. A. S. M. le Duc, vient de donner au Public
la douzième Suite de ses Concerts de Sympho-
nie,les onze précedens ont cû un si grand succès,
qu'on est persuadé que cette dernière sera reçûë
avec plaisir
ces douze Suites forment un Re-
cueilunique en ce genre , composé de plus de deux
cent Morceaux d'une varieté infine , d'un tra-
vail agréable et d'une très - granae utilité pour les
Ecoliers , attendu que les traits , les coups d'ar-
chets, les differens tons er mouvemens , et géné-
ralement tout ce qui peut se pratiquer sans pré-
judicier au bon goût et à la beauté du Chant ,
est inseré dans cet Ouvrage qu'on peut apeller
l'Ecole du Violon et de tous les Instrumens.
L'Auteur donnera le mois prochain une ser
condle Edition de son deuxième Livre de Sona-
tes , dans le goût de celles qu'il a données l'an-
née derniere de son premier, corrigée , augmen-
tée , et toutes les Basses ajustées à la portée du
Violoncelle et du Basson , et chiffrée très-
exactement.
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2940
p. 1183-1184
« M. Bouvard, vient de mettre au jour un nouveau Recueil de Musique, mêlé de Cantatille, [...] »
Début :
M. Bouvard, vient de mettre au jour un nouveau Recueil de Musique, mêlé de Cantatille, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « M. Bouvard, vient de mettre au jour un nouveau Recueil de Musique, mêlé de Cantatille, [...] »
M. Bouvard, vient de mettre au jour un nouveau
Recueil de Musique, mêlé de Cantatille,
Fable , Ariettes , Airs sérieux et à boire , à une
et deux voix
:
Brunette et vaudeville , avec la
Basse-continue ; qu'il a dédié à S, A. Madame
Ja Princesse de Soubize.
Ce
1184 MERCURE DE FRANCE
Ce Recueil se vend 3. livres , chés la veuve
Boivin , rue S. Honoré , à la Regle d'or ; chés
le sieur le Clers , rue du Roule , à la Croix d'or,
et chés l'Auteur , Cour du Dragon sainte Mar-
gueritte, Carrefour S. Benoît , Faubourg saint
Germain.
Recueil de Musique, mêlé de Cantatille,
Fable , Ariettes , Airs sérieux et à boire , à une
et deux voix
:
Brunette et vaudeville , avec la
Basse-continue ; qu'il a dédié à S, A. Madame
Ja Princesse de Soubize.
Ce
1184 MERCURE DE FRANCE
Ce Recueil se vend 3. livres , chés la veuve
Boivin , rue S. Honoré , à la Regle d'or ; chés
le sieur le Clers , rue du Roule , à la Croix d'or,
et chés l'Auteur , Cour du Dragon sainte Mar-
gueritte, Carrefour S. Benoît , Faubourg saint
Germain.
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2941
p. 1185
« La premiere Representation de la Tragédie nouvelle de Lysimachus, que [...] »
Début :
La premiere Representation de la Tragédie nouvelle de Lysimachus, que [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La premiere Representation de la Tragédie nouvelle de Lysimachus, que [...] »
La premiere Representation de la
Tragédie nouvelle de Lysimachus,
que nous avons annoncée dans le dernier
Journal, a été renvoyée à un autre temps.
On prétendoit que la premiere nouveauté
que les Comédiens François donneroient,
seroit une Comédie en Vers , et en cinq
Actes , de M. Destouches , sous le Titre
de l'Ambitieux. Et en effet ,
ils ont don
né cette Piece assés brusquement , sans
presque l'annoncer , le Vendredi 14. de
ce mois , avec une fort nombreuse As-
semblée ; elle a été parfaitement repre
sentée et fort aplaudie.Nous ne manque.
rons pas d'en parler plus aut long.
Tragédie nouvelle de Lysimachus,
que nous avons annoncée dans le dernier
Journal, a été renvoyée à un autre temps.
On prétendoit que la premiere nouveauté
que les Comédiens François donneroient,
seroit une Comédie en Vers , et en cinq
Actes , de M. Destouches , sous le Titre
de l'Ambitieux. Et en effet ,
ils ont don
né cette Piece assés brusquement , sans
presque l'annoncer , le Vendredi 14. de
ce mois , avec une fort nombreuse As-
semblée ; elle a été parfaitement repre
sentée et fort aplaudie.Nous ne manque.
rons pas d'en parler plus aut long.
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2942
p. 1185-1197
Le Jeudi 9. May on donna sur le Théatre de l'Opera la premiere Representation du Triomphe de l'Harmonie Ballet Héroïque, par Mrs L. et Grenet.
Début :
L'Auteur du Poëme a prétendu justifier le choix de son Sujet dans une [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Jeudi 9. May on donna sur le Théatre de l'Opera la premiere Representation du Triomphe de l'Harmonie Ballet Héroïque, par Mrs L. et Grenet.
Le Jeudi 9. May on donna sur le Théatre
de l'Opera la premiere Representation du
Triomphe de l'Harmonie Ballet Héroïque,
par Mrs L. et Grenet.
L'Auteur du Poëme a prétendu justifier
le choix de son Sujet dans une
Préface ; quelques Critiques , peut être
un peu trop séveres , ne sont pas con-
I, Vol.
venus
186 MERCURE DE FRANCE
venus de la bonté de ce choix. Les pre-
miers traits de la mauvaise humeur qu'u
ne nouveauté ne manque presque jamais
de mettre en jeu , sont tombés sur le Mu-
sicien , qui osoit apeller son Ouvrage
d'un Titre si présomptueux ; Critique
injuste , puisque c'étoit aux Chants d'Or-
phie et d'An phion , en non aux siens ,
que l'Auteur de cette Musique préten-
doit décerner l'honneur du Triomphe.
Revenons à la Préface par laquelle le
Poëte a prétendu élever son Sujet au-
dessus de la plupart des autres. Elle a
revolté bien des gens , même de ceux
qui n'avoient pas à défendre leur inte-
rêt personnel . Voici ce qui en est venu
à notre connoissance ; on a trouvé mau-
vais qu'un Auteur naissant ait osé dé-
crier le Théatre Lyrique , jusqu'à dire
sans restricton ; il n'est point fait pourla
vraisemblance ; et que , pour achever de
dégrader nos plus beaux Operas , qu'on
ne daigne pas apeller Poëmes , et aux-
quels on donne seulement le nom de
Paroles ; ce n'est pas à ce genre de Poë-
sie Dramatique qu'il faut apliquer le
precepte d'Horace :
Ficta voluptatis causâ sint proxima veris,
Cependant quels Ouvrages peuvent
1. Vol.
à plus
JUIN.
1737.
1187
à plus juste titre , être apellés : Ficta vo-
luptatis causâ , que les Operas tant an-
ciens que modernes ? Cette raison n'au-
roit elle pas dû suffire à ....... pour ne
leur pas refuser la vraisemblance , si né-
cessaire à tout Poëme Dramatique ? mais.
le sujet qu'il avoit à traiter en étoit si
peu susceptible , qu'il n'a pas cru pou-
voir autrementjustifier la prétendue bon-
té de son choix. En effet dans son Am-
phion , a -t-on dir , y a- t il seulement
une ombre de vraisemblance . On est
convenu sur le Théatre Lyrique , d'ac-
corder un pouvoir sans bornes à la Di-
vinité et à la Magie ; mais ce privilege
ne s'est jamais étendu jusqu'à l'Harmo-
nie ; on lui accorde une pleine victoire
sur tout ce qui est capable de sentiment,
mais on ne sçauroit porter la crédulité
jusqu'à convenir qu'elle puisse exercer
un souverain empire sur des Etres inani-
més , tels que les Pierres , les Rochers
et les Montagnes ; l'Auteur même de
ce Ballet convient qu'on ne doit pas
prendre à la lettre tout ce que les Poë-
tes ont dit pour relever la gloire de
l'Harmonie ; voici comme il s'explique
dans sa Préface. Fabius Paulinus , enpar-
lant de la Fable d' Amphion , s'est imagine
qu'on pouvoit bien la prendre à la lettre, et
1. Vol.
G
Pexpliquer
1188 MERCURE DE FRANCE
l'expliquer physiquement par les principes
des Platoniciens : il en fit l'essai , et prou-
va son raisonnement par sept raisons qu'il
croyoit bien convainquantes. Quel exemple
de la foiblesse et de l'extravagance du rai-
sonnement humain !
Il est surprenant , continë- t on , que
l'Auteur du Poëme en question , étant
dans ces principes , ose se vanter d'avoir
fait un bon choix.
Voilà ce qui nous est revenu des di
verses Critiques qu'on a faites sur le Bal-
let du Triomphe de l'Harmonie : comme
on a beaucoup moins critiqué l'Ouvrage
que la Préface , et que d'ailleurs il n'est
pas trop chargé d'action , nous n'en
donnerons qu'un Extrait des plus suc-
cincts.
Le Théatre represente au Prologue
une Campagne couverte de Trophées ,
de Pyramides , et d'Arcs de Triomphe.
La Paix descend du Ciel au bruit des
Timballes et des Trompettes.
Choeur de Peuples.
La Paix vient combler nos desirs ;
Quel bonheur pour nous ! quelle gloire
Elle ramene les plaisirs
Sur les aîles de la Victoire.
La Paix , après avoir fait entendre
1. Vol.
qu'ell
JUIN.
1737.
1189
qu'u'elle vient regner sur la terre , invite
l'Amour et l'Harmonie à descendre des
Cieux , par ces Vers :
Enfans de mes loisirs , acconrez l'un et l'autre ;
Et par mes sons j'inspire tour
;
Mere des doux accords, Dieu souverain des cœurs,
Rendez à ces Climats vos plaisirs enchanteurs &
Ces Lieux sont faits pour vous; mon Empire est
le vôtre.
L'Amour et l'Harmonie descendent
des Cieux dans un Nuage. Les Peuples
célebrent leur venuë par ces Vers :
Charmant Amour , & Divine Harmonie ,
Regnez sur nous ;
Vous faites de la vie
Les momeus les plus doux.
1
L'Harmonie exprime ainsi ses divers
caracteres :
Ma voix de la Nature est l'image naïve ,
Toujours touchante , toujours vive;
Je peins du cœur les secrets sentimens ,
Le trouble , les soupirs , les transports dos
Amans ;
Tremblante , furieuse , attendrie , inflexible ,.
J'épouvante un Ingrat , je touche un Insensible,
La crainte , la pitié , la terreur et l'amour.
Les Suivans de l'Amour et de l'Har-
1.Vol
Gij
à tour ,
monie
1190 MERCURE DE FRANCE
monie forment la Fête de ce Prologue.
ORPHE'E. Premiere Entrée.
Le Théatre represente les Enfers. Le
Dieu du Styx paroît panché sur son
Urne ; on voit dans le fond l'Antre où
Cerbere est enchaîné ; Pluton au milieu
des trois Juges Infernaux , occupe un
Thrône sur un des côtés du Théatre.
Pluton invite les Démons et les Furies
à tourmenter les Ombres criminelles ; il
leur parle ainsi :
Des Manes criminels redoublez les tourmens ;
Remplissez les Enfers d'une terreur nouvelle ;
Que ces Monstres cruels , que ces feux dévorans
Servent du Dieu des Morts la vengeance éter-
nelle !
Les Démons et les Furies témoignent
leur empressement à exécuter les ordres
de Pluton. On entend une douce Sym-
phonie ; on voit paroître Orphée. Plus
ton est aussi irrité que supris de voir un
Mortel descendre dans son Empire avant
que les Parques ayent terminé son sort.
La Symphonie mélodieuse continuë , et
empêche les Démons et les Furies de pu-
nir Orphée de sa témerité ; Pluton mê-
me en est attendri ; Orphée aproche , et
s'exprime ainsi en parlant à Pluton.
I. Vel
Arbit
JUIN.
17:7
Arbitre redouté des vertus et des crimes ,
frgi
Aprouvez d'un Amant les transports légitimes
Pour apaiser le Sort qui me poursuit
Jose porter mes pas sur les rivages sombres ;
C'est l'Amour qui me guide , et ses feux m'ont
conduit
Dans l'éternelle horreut du silence et des om
bres ;
Mon cœur , sans en être effrayé ,
Découvre à vos regards son projet témeraire ;
Je ne crains point d'armer votre colere ,
Si je ne puis toucher votre pitié.
Pluton ne montre d'abord que de la
colere a Orphée , mais desarmé , malgré
lui , par la douceur de ses sons , il dit :
Mais , quand je devrois le punir,
Quelle invisible main semble me retenir ?
Quel charme séduisant me force de l'entendre !
Acheve ; qu'oses-tu prétendre ?
Orphée lui expose la rigueur de son
sort ; la mort lui a arraché Euridice au
moment que l'Hymen venoit de l'unir
avec elle ; il aperçoit Euridice parmi
d'autres Ombres ; ils s'entretiennent en
presence de Pluton , qui dit dans un à
parte :
Que devient ma fureur ! Quoi la pitié l'en-
chaîne.
1. Vol.
G iij
Orphée
1192 MERCURE DE FRANCE
Orphée , s'adressant enfin à Pluton
lui dit :
Punissez mon audace , ou termincz ma peine ;
Dieu des Enfers , unissez- nous ;
Rendez-moi l'objet qui m'enchaîne.;
L'Amour forma nos cœurs pour ses nœuds les
plus doux ;
Si vous nous unissez , il a moins fait que vous.
Euridice joint sa voix à celle d'Or-
phée ; Pluton se rend à la douceur de
leurs accords harmonieux , et dit à Or-
phée :
>
A tes desirs tout est propice ;
Tes accords enchanteurs ont triomphé de moi;
Le sort se declare pour toi ,
Et du sein de la mort il te rend Euridice.
Pluton se retire. Le Théatre change ;
et represente les Champs Elisées ; les
Ombres heureuses célebrent par leurs
chants et par leurs danses la victoire
que l'Harmonie vient de remporter sur
le cœur du Maître des Enfers.
HYLAS. Deuxième Entrée.
Le Théatre represente une Campagne
ornée de Jardins et de Bosquets , cou-
pés par un Fleuve. Eglé , Divinité du
Fleuve , sur le bord duquel la Scene se
1. Vol.
passe
JUIN.
1737.
fait l'exposition du Sujet.
1193
passe , commence cette Entrée avec Do
ris , sa Confidente. Voici comment elle
Enfin voici le jour , où je pourai connoître
Du jeune Hylas les sentimens secrets ;
Je cherche mon malheur , je l'avance peut-être;
Doris, j'ai trop compté sur mes foibles attraits
Il me vit un moment sous ce feuillage épais :
J'évitai ses regards , je rentrai sous les ondes
Cependant ses soupirs font retentir ces Bois ,
Et dans le sein de nos Grotes profondes
L'Echo vient me porter sa voix.
Doris rassure Eglé contre la défianc.
où elle est du pouvoir de ses charmes.
Eglé fait entendre ce que son amour lui
a fait projeter pour s'assurer du cœur
d'Hylas , elle s'explique ainsi :
Hylas se plaît dans ces forêts ;
Tu sçais ce que mon cœur médite ,
Rentrons malgré moi je l'évite.
Que nos tendres accords secondent mes projets.
Hylas , séparé d'une Troupe de Chas-
seurs , expose à son tour ce qu'il a senti
à l'aspect d'une Nymphe dont la voix a
achevé de triompher de sa liberté ; il
ignore le nom de cette aimable Nymphe.
Il entend un Choeur de Nayades , et une
1. Vol.
Giiij
Sympho ,
194 MERCURE DE FRANCE
Symphonie dont la douceur l'invite à
goûter le charme du repos ; il se couche
sur un lit de gazon , les Zephirs l'enle-
vent , et se précipitent avec lui dans le
Fleave. Le Théatre change , et represen-
te le Palais des Nymphes des Eaux , dans
lequel Hylas vient d'être transporté ;
ane Troupe de Nayades danse autour,
de lui ; elles disparoissent à son réveil ;
it exprime une partie de ce qui s'est pas-
sé pendant son sommeil, par ces Vers :
Od suis-je ? Quels Concerts ! Erreur enchante-
resse !
J'aperçois l'objet de mes feux ;
L'éclat de ce séjour m'annonce une Déesse ;
Infortuné Mortel , où s'adressent tes vœux ?
Eglé,dont Hylas ignore et le nom et le
rang , lui annonce que la Souveraine de
ces lieux l'aime ; mais qu'elle ne veut pas
le contraindre , et que s'il n'est pas por-
té à répondre à son amour , les Zephirs
le transporteront où il voudra ; Hylas
consent à partir plûtôt que de renoncer
à un amour secret qu'il préfere aux offres
les plus brillantes. Voici comme il s'ex-
prime :
Que mon trouble est extréme !
En quittant ces beaux lieux , helas !
I. Vol.
Je
JUIN.
1737
Je fuis ce que je n'aime pas ;
Mais je m'arrache à ce que j'aime.
1195
Eglé , l'ayant pressé de s'expliquer ,
et cette explication étant telle qu'elle la
souhaite,elle se fait connoître à lui, et lui
offre sa main ; les Nayades célébrent cet
Hymen , et forment une Fête des plus
brillantes.
AMPHIO N. Troisiéme Entrée.
Le Théatre represente des Forêts, des
Cavernes , des Rochers ; un Camp de
Sauvages y est formé devant la Ville de
Thebes , qui paroît dans le fond à demi
ruinée. Niobe, Fille de Tantale, Roy d'un
Peuple Sauvage , commence cette der-
niere Entrée au Lever de l'Aurore ; elle
se plaint de ce que le jour qui va renaî--
tre sera le dernier d'Amphion qu'elle
aime.
Amphion vient pour chercher Niobe,
qu'il aime. Cette Princesse , après des re-
grets reciproques , lui fait connoître son
amour. Elle le quitte après un avey si
satisfaisant pour lui , et le prie de se dé-
rober à la colere de son Pere , dont elle
desavoue la cruauté. Amphion , charmé
de l'aveu qu'il vient d'entendre , fait un
Monologue dont la Musique et les Vers
I.Vol
Gy sont
1196 MERCURE DE FRANCE
sont généralement aplaudis. Voici quel-
ques-uns des Vers.
Niobe répond à ma flamme ;
Je goûte un sort digne des Dieux
Naissez des transports de mon ame
"
Naissez , Accords harmonieux , &c.
Formez-vous , Murs Thébains, naissez , fameux
Remparts ,
Nouveaux témoins de ma victoire ;
Aux Stécles à venir transmettez ma mémoires
D'un Ennemi barbare effrayez les regards.
Les vœux et l'espoir d'Amphion sont
comblés ; les Remparts de Thebes s'éle-
vent aux accents de sa Voix et de sa Ly-
re. Tantale en est si étonné qu'il vient
offrir la paix à un Roy qui semble com
mander à la Nature ; instruit de son
amour pour sa Fille ,
il consent que
Hymen soit le nœud de la paix ; les Sau-
vages et les Thébains se réunissent pour
célébrer cette heureuse Fête.
Ce Ballet a été très-bien reçû du Pu-
blic ; les suffrages ont paru plus réunis
en faveur de la Musique. On convient
pourtant que le Poëme est très- bien écrit,
on y auroit souhaité un peu plus d'inte-
rt ; mais il est très difficile d'en mettre
beaucoup dans un Ballet ; ce genre de
I. Vel
leur
Piece
pour
JUIN.
1737
1197
Piece semble plûtôt fait pour l'esprit que
le cœur , et d'ailleurs , les Danses
en occupent les deux tiers. Des trois En-
trées , la seconde a paru la plus inte
ressante du côté du Poëte , quoiqu'on
l'ait trouvée la moins convenable au Ti-
tre; la derniere a paru faire le plus d'hon-
neur au Musicien , et on peut
et on peut dire que
l'Harmonie y a été veritablement triom-
plante.
Le 16. Juin on donna la dix- septiéme
Representation de ce Ballet , et le 13.
on remit au Théatre celui des Amours
des Dieux, composé d'un Prologue et de
quatre Entrées , qu'on avoit donné pour
la premiere fois le 14. Septembre 1727.
et que le Public avoit reçû avec satisfac-
tion. Le Poëme est de M. Fuzelier , et la
Musique de M. Mouret. Cet Opera ,
qui est parfaitement bien remis , a été
reçû avec les mêmes aplaudissemens que
dans sa nouveauté ; nous nous dispen-
sons d'en donner un Extrait , l'ayant dé-
ja donné dans le Mercure de Septembre
1727. p. 2076.
de l'Opera la premiere Representation du
Triomphe de l'Harmonie Ballet Héroïque,
par Mrs L. et Grenet.
L'Auteur du Poëme a prétendu justifier
le choix de son Sujet dans une
Préface ; quelques Critiques , peut être
un peu trop séveres , ne sont pas con-
I, Vol.
venus
186 MERCURE DE FRANCE
venus de la bonté de ce choix. Les pre-
miers traits de la mauvaise humeur qu'u
ne nouveauté ne manque presque jamais
de mettre en jeu , sont tombés sur le Mu-
sicien , qui osoit apeller son Ouvrage
d'un Titre si présomptueux ; Critique
injuste , puisque c'étoit aux Chants d'Or-
phie et d'An phion , en non aux siens ,
que l'Auteur de cette Musique préten-
doit décerner l'honneur du Triomphe.
Revenons à la Préface par laquelle le
Poëte a prétendu élever son Sujet au-
dessus de la plupart des autres. Elle a
revolté bien des gens , même de ceux
qui n'avoient pas à défendre leur inte-
rêt personnel . Voici ce qui en est venu
à notre connoissance ; on a trouvé mau-
vais qu'un Auteur naissant ait osé dé-
crier le Théatre Lyrique , jusqu'à dire
sans restricton ; il n'est point fait pourla
vraisemblance ; et que , pour achever de
dégrader nos plus beaux Operas , qu'on
ne daigne pas apeller Poëmes , et aux-
quels on donne seulement le nom de
Paroles ; ce n'est pas à ce genre de Poë-
sie Dramatique qu'il faut apliquer le
precepte d'Horace :
Ficta voluptatis causâ sint proxima veris,
Cependant quels Ouvrages peuvent
1. Vol.
à plus
JUIN.
1737.
1187
à plus juste titre , être apellés : Ficta vo-
luptatis causâ , que les Operas tant an-
ciens que modernes ? Cette raison n'au-
roit elle pas dû suffire à ....... pour ne
leur pas refuser la vraisemblance , si né-
cessaire à tout Poëme Dramatique ? mais.
le sujet qu'il avoit à traiter en étoit si
peu susceptible , qu'il n'a pas cru pou-
voir autrementjustifier la prétendue bon-
té de son choix. En effet dans son Am-
phion , a -t-on dir , y a- t il seulement
une ombre de vraisemblance . On est
convenu sur le Théatre Lyrique , d'ac-
corder un pouvoir sans bornes à la Di-
vinité et à la Magie ; mais ce privilege
ne s'est jamais étendu jusqu'à l'Harmo-
nie ; on lui accorde une pleine victoire
sur tout ce qui est capable de sentiment,
mais on ne sçauroit porter la crédulité
jusqu'à convenir qu'elle puisse exercer
un souverain empire sur des Etres inani-
més , tels que les Pierres , les Rochers
et les Montagnes ; l'Auteur même de
ce Ballet convient qu'on ne doit pas
prendre à la lettre tout ce que les Poë-
tes ont dit pour relever la gloire de
l'Harmonie ; voici comme il s'explique
dans sa Préface. Fabius Paulinus , enpar-
lant de la Fable d' Amphion , s'est imagine
qu'on pouvoit bien la prendre à la lettre, et
1. Vol.
G
Pexpliquer
1188 MERCURE DE FRANCE
l'expliquer physiquement par les principes
des Platoniciens : il en fit l'essai , et prou-
va son raisonnement par sept raisons qu'il
croyoit bien convainquantes. Quel exemple
de la foiblesse et de l'extravagance du rai-
sonnement humain !
Il est surprenant , continë- t on , que
l'Auteur du Poëme en question , étant
dans ces principes , ose se vanter d'avoir
fait un bon choix.
Voilà ce qui nous est revenu des di
verses Critiques qu'on a faites sur le Bal-
let du Triomphe de l'Harmonie : comme
on a beaucoup moins critiqué l'Ouvrage
que la Préface , et que d'ailleurs il n'est
pas trop chargé d'action , nous n'en
donnerons qu'un Extrait des plus suc-
cincts.
Le Théatre represente au Prologue
une Campagne couverte de Trophées ,
de Pyramides , et d'Arcs de Triomphe.
La Paix descend du Ciel au bruit des
Timballes et des Trompettes.
Choeur de Peuples.
La Paix vient combler nos desirs ;
Quel bonheur pour nous ! quelle gloire
Elle ramene les plaisirs
Sur les aîles de la Victoire.
La Paix , après avoir fait entendre
1. Vol.
qu'ell
JUIN.
1737.
1189
qu'u'elle vient regner sur la terre , invite
l'Amour et l'Harmonie à descendre des
Cieux , par ces Vers :
Enfans de mes loisirs , acconrez l'un et l'autre ;
Et par mes sons j'inspire tour
;
Mere des doux accords, Dieu souverain des cœurs,
Rendez à ces Climats vos plaisirs enchanteurs &
Ces Lieux sont faits pour vous; mon Empire est
le vôtre.
L'Amour et l'Harmonie descendent
des Cieux dans un Nuage. Les Peuples
célebrent leur venuë par ces Vers :
Charmant Amour , & Divine Harmonie ,
Regnez sur nous ;
Vous faites de la vie
Les momeus les plus doux.
1
L'Harmonie exprime ainsi ses divers
caracteres :
Ma voix de la Nature est l'image naïve ,
Toujours touchante , toujours vive;
Je peins du cœur les secrets sentimens ,
Le trouble , les soupirs , les transports dos
Amans ;
Tremblante , furieuse , attendrie , inflexible ,.
J'épouvante un Ingrat , je touche un Insensible,
La crainte , la pitié , la terreur et l'amour.
Les Suivans de l'Amour et de l'Har-
1.Vol
Gij
à tour ,
monie
1190 MERCURE DE FRANCE
monie forment la Fête de ce Prologue.
ORPHE'E. Premiere Entrée.
Le Théatre represente les Enfers. Le
Dieu du Styx paroît panché sur son
Urne ; on voit dans le fond l'Antre où
Cerbere est enchaîné ; Pluton au milieu
des trois Juges Infernaux , occupe un
Thrône sur un des côtés du Théatre.
Pluton invite les Démons et les Furies
à tourmenter les Ombres criminelles ; il
leur parle ainsi :
Des Manes criminels redoublez les tourmens ;
Remplissez les Enfers d'une terreur nouvelle ;
Que ces Monstres cruels , que ces feux dévorans
Servent du Dieu des Morts la vengeance éter-
nelle !
Les Démons et les Furies témoignent
leur empressement à exécuter les ordres
de Pluton. On entend une douce Sym-
phonie ; on voit paroître Orphée. Plus
ton est aussi irrité que supris de voir un
Mortel descendre dans son Empire avant
que les Parques ayent terminé son sort.
La Symphonie mélodieuse continuë , et
empêche les Démons et les Furies de pu-
nir Orphée de sa témerité ; Pluton mê-
me en est attendri ; Orphée aproche , et
s'exprime ainsi en parlant à Pluton.
I. Vel
Arbit
JUIN.
17:7
Arbitre redouté des vertus et des crimes ,
frgi
Aprouvez d'un Amant les transports légitimes
Pour apaiser le Sort qui me poursuit
Jose porter mes pas sur les rivages sombres ;
C'est l'Amour qui me guide , et ses feux m'ont
conduit
Dans l'éternelle horreut du silence et des om
bres ;
Mon cœur , sans en être effrayé ,
Découvre à vos regards son projet témeraire ;
Je ne crains point d'armer votre colere ,
Si je ne puis toucher votre pitié.
Pluton ne montre d'abord que de la
colere a Orphée , mais desarmé , malgré
lui , par la douceur de ses sons , il dit :
Mais , quand je devrois le punir,
Quelle invisible main semble me retenir ?
Quel charme séduisant me force de l'entendre !
Acheve ; qu'oses-tu prétendre ?
Orphée lui expose la rigueur de son
sort ; la mort lui a arraché Euridice au
moment que l'Hymen venoit de l'unir
avec elle ; il aperçoit Euridice parmi
d'autres Ombres ; ils s'entretiennent en
presence de Pluton , qui dit dans un à
parte :
Que devient ma fureur ! Quoi la pitié l'en-
chaîne.
1. Vol.
G iij
Orphée
1192 MERCURE DE FRANCE
Orphée , s'adressant enfin à Pluton
lui dit :
Punissez mon audace , ou termincz ma peine ;
Dieu des Enfers , unissez- nous ;
Rendez-moi l'objet qui m'enchaîne.;
L'Amour forma nos cœurs pour ses nœuds les
plus doux ;
Si vous nous unissez , il a moins fait que vous.
Euridice joint sa voix à celle d'Or-
phée ; Pluton se rend à la douceur de
leurs accords harmonieux , et dit à Or-
phée :
>
A tes desirs tout est propice ;
Tes accords enchanteurs ont triomphé de moi;
Le sort se declare pour toi ,
Et du sein de la mort il te rend Euridice.
Pluton se retire. Le Théatre change ;
et represente les Champs Elisées ; les
Ombres heureuses célebrent par leurs
chants et par leurs danses la victoire
que l'Harmonie vient de remporter sur
le cœur du Maître des Enfers.
HYLAS. Deuxième Entrée.
Le Théatre represente une Campagne
ornée de Jardins et de Bosquets , cou-
pés par un Fleuve. Eglé , Divinité du
Fleuve , sur le bord duquel la Scene se
1. Vol.
passe
JUIN.
1737.
fait l'exposition du Sujet.
1193
passe , commence cette Entrée avec Do
ris , sa Confidente. Voici comment elle
Enfin voici le jour , où je pourai connoître
Du jeune Hylas les sentimens secrets ;
Je cherche mon malheur , je l'avance peut-être;
Doris, j'ai trop compté sur mes foibles attraits
Il me vit un moment sous ce feuillage épais :
J'évitai ses regards , je rentrai sous les ondes
Cependant ses soupirs font retentir ces Bois ,
Et dans le sein de nos Grotes profondes
L'Echo vient me porter sa voix.
Doris rassure Eglé contre la défianc.
où elle est du pouvoir de ses charmes.
Eglé fait entendre ce que son amour lui
a fait projeter pour s'assurer du cœur
d'Hylas , elle s'explique ainsi :
Hylas se plaît dans ces forêts ;
Tu sçais ce que mon cœur médite ,
Rentrons malgré moi je l'évite.
Que nos tendres accords secondent mes projets.
Hylas , séparé d'une Troupe de Chas-
seurs , expose à son tour ce qu'il a senti
à l'aspect d'une Nymphe dont la voix a
achevé de triompher de sa liberté ; il
ignore le nom de cette aimable Nymphe.
Il entend un Choeur de Nayades , et une
1. Vol.
Giiij
Sympho ,
194 MERCURE DE FRANCE
Symphonie dont la douceur l'invite à
goûter le charme du repos ; il se couche
sur un lit de gazon , les Zephirs l'enle-
vent , et se précipitent avec lui dans le
Fleave. Le Théatre change , et represen-
te le Palais des Nymphes des Eaux , dans
lequel Hylas vient d'être transporté ;
ane Troupe de Nayades danse autour,
de lui ; elles disparoissent à son réveil ;
it exprime une partie de ce qui s'est pas-
sé pendant son sommeil, par ces Vers :
Od suis-je ? Quels Concerts ! Erreur enchante-
resse !
J'aperçois l'objet de mes feux ;
L'éclat de ce séjour m'annonce une Déesse ;
Infortuné Mortel , où s'adressent tes vœux ?
Eglé,dont Hylas ignore et le nom et le
rang , lui annonce que la Souveraine de
ces lieux l'aime ; mais qu'elle ne veut pas
le contraindre , et que s'il n'est pas por-
té à répondre à son amour , les Zephirs
le transporteront où il voudra ; Hylas
consent à partir plûtôt que de renoncer
à un amour secret qu'il préfere aux offres
les plus brillantes. Voici comme il s'ex-
prime :
Que mon trouble est extréme !
En quittant ces beaux lieux , helas !
I. Vol.
Je
JUIN.
1737
Je fuis ce que je n'aime pas ;
Mais je m'arrache à ce que j'aime.
1195
Eglé , l'ayant pressé de s'expliquer ,
et cette explication étant telle qu'elle la
souhaite,elle se fait connoître à lui, et lui
offre sa main ; les Nayades célébrent cet
Hymen , et forment une Fête des plus
brillantes.
AMPHIO N. Troisiéme Entrée.
Le Théatre represente des Forêts, des
Cavernes , des Rochers ; un Camp de
Sauvages y est formé devant la Ville de
Thebes , qui paroît dans le fond à demi
ruinée. Niobe, Fille de Tantale, Roy d'un
Peuple Sauvage , commence cette der-
niere Entrée au Lever de l'Aurore ; elle
se plaint de ce que le jour qui va renaî--
tre sera le dernier d'Amphion qu'elle
aime.
Amphion vient pour chercher Niobe,
qu'il aime. Cette Princesse , après des re-
grets reciproques , lui fait connoître son
amour. Elle le quitte après un avey si
satisfaisant pour lui , et le prie de se dé-
rober à la colere de son Pere , dont elle
desavoue la cruauté. Amphion , charmé
de l'aveu qu'il vient d'entendre , fait un
Monologue dont la Musique et les Vers
I.Vol
Gy sont
1196 MERCURE DE FRANCE
sont généralement aplaudis. Voici quel-
ques-uns des Vers.
Niobe répond à ma flamme ;
Je goûte un sort digne des Dieux
Naissez des transports de mon ame
"
Naissez , Accords harmonieux , &c.
Formez-vous , Murs Thébains, naissez , fameux
Remparts ,
Nouveaux témoins de ma victoire ;
Aux Stécles à venir transmettez ma mémoires
D'un Ennemi barbare effrayez les regards.
Les vœux et l'espoir d'Amphion sont
comblés ; les Remparts de Thebes s'éle-
vent aux accents de sa Voix et de sa Ly-
re. Tantale en est si étonné qu'il vient
offrir la paix à un Roy qui semble com
mander à la Nature ; instruit de son
amour pour sa Fille ,
il consent que
Hymen soit le nœud de la paix ; les Sau-
vages et les Thébains se réunissent pour
célébrer cette heureuse Fête.
Ce Ballet a été très-bien reçû du Pu-
blic ; les suffrages ont paru plus réunis
en faveur de la Musique. On convient
pourtant que le Poëme est très- bien écrit,
on y auroit souhaité un peu plus d'inte-
rt ; mais il est très difficile d'en mettre
beaucoup dans un Ballet ; ce genre de
I. Vel
leur
Piece
pour
JUIN.
1737
1197
Piece semble plûtôt fait pour l'esprit que
le cœur , et d'ailleurs , les Danses
en occupent les deux tiers. Des trois En-
trées , la seconde a paru la plus inte
ressante du côté du Poëte , quoiqu'on
l'ait trouvée la moins convenable au Ti-
tre; la derniere a paru faire le plus d'hon-
neur au Musicien , et on peut
et on peut dire que
l'Harmonie y a été veritablement triom-
plante.
Le 16. Juin on donna la dix- septiéme
Representation de ce Ballet , et le 13.
on remit au Théatre celui des Amours
des Dieux, composé d'un Prologue et de
quatre Entrées , qu'on avoit donné pour
la premiere fois le 14. Septembre 1727.
et que le Public avoit reçû avec satisfac-
tion. Le Poëme est de M. Fuzelier , et la
Musique de M. Mouret. Cet Opera ,
qui est parfaitement bien remis , a été
reçû avec les mêmes aplaudissemens que
dans sa nouveauté ; nous nous dispen-
sons d'en donner un Extrait , l'ayant dé-
ja donné dans le Mercure de Septembre
1727. p. 2076.
Fermer
2943
p. 1261-1296
HISTOIRE ABREGÉE des Journaux de Jurisprudence Françoise, pour servir de Suplément à l'Histoire Critique des Journaux de M. C..... par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Début :
L'Histoire Critique des Journaux Litteraires, est un Ouvrage que feu [...]
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE ABREGÉE des Journaux de Jurisprudence Françoise, pour servir de Suplément à l'Histoire Critique des Journaux de M. C..... par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
HISTOIRE ABREGÉE des
Journaux de Jurisprudence Françoise,
pour servir de Suplément à l'Histoire
Critique des Journaux de M. C.....
par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat
au Parlement.
L'Histoire Critique des Journaux
Litteraires, est un Ouvrage que
feu
M. Camusat avoit commencé dès l'an-
née 1722. il mourut à Amsterdam le 28.
Octobre 1732. sans y avoir mis la der-
niere main ; cet Ouvrage attendu depuis
long - temps , a été rédigé et donné
au Public par un Auteur anonime ; il a
été imprimé à Amsterdam , chés J. F.
Bernard , en 1734. la forme du Livre est
in 12. et il est divisé en deux Tomes .
II. Vol.
A iiij
Le
#22 MERCURE DE FRANCE
Le premier Tome et la plus grande
partie du second , ne forment que ke
premier Chapitre , qui est subdivisé en
plusieurs Articles et Paragraphes , avec
des Notes ; cette partie de l'Ouvrage
contient l'Histoire du Journal des Sça-
vans , sous la direction des differens Au.
teurs qui y ont travaillé.
La troisiéme Note sur l'Article de M.
de Sallo, premier Auteur du Journal des
Sçavans, explique l'origine des Gazettes.
Le reste du second Tome porte le ti-
tre particulier de Memoires pour servir à
P'Histoire des Journaux et autres Livres
Périodiques qui ont parû en France et ail-
Leurs ; l'Editeur de cet Ouvrage dit dans
son Avertissement que feu M. Camusat
avoit dessein de réduire l'Histoire de
tous ces Livres Périodiques à deux volu
mes in 12. sous le titre de Memoires pour
servir à l'Histoire des petits Journaux, mais
que l'on ne sçait ce que sont devenus
les matériaux qu'il avoit recueillis pour
continuer cette Histoire.
Quoiqu'il en soit , ces Memoires font
le commencement du second Chapitre
de nos deux Tomes , qui est intitulé ,
Journaux divers de peu de durée , et Livres
qui ont du raport aux Journaux ; ce Cha-
pitre est divisé en plusieurs Articles qui
II. Vol.
contiennent
JUIN.
1737
1263
contiennent l'Histoire de diversJournaux
de Politique , de Médecine , de Philoso-
phie et de Mathémathique, l'Histoire cri
tique de la République des Lettres, et au-
tres Memoires de Litterature.
Le troisiéme Chapitre contient l'His
toire des Mémoires de l'Académie Roya
le des Sciences , et de ceux de l'Acadé-
mie Royale des Belles - Lettres.
Le Chapitre quatrième et dernier , con-
tient l'Histoire du Mercure Galant et de la
continuation de ce Livre , qui a changé
de face et de titre ; il est connû au-
jourd'hui sous celui de Mercure de Frances
Si M. Camusat eût achevé son His-
toire des Journaux , il n'auroit pas , sans
doute , omis les Journaux de Jurispru
dence , qui ne sont pas moins des Jour
naux Litteraires , que les Memoires de
Politique , de Médecine et de Philoso
phie aparamment il n'en étoit pas en-
core à cette matiere , car il n'en est point
parlé dans les deux Tomes que nous
avons de son Histoire Critique des Jour-
naux. Il ne sera donc pas hors de propos
de donner ici une Histoire abregée des
Journaux de la Jurisprudence Françoi
se , pour servir de Suplément à l'Histoir
re des Journaux de M: Camusat.
On n'entreprend pas , au reste , de
H. Vol.
A y
donneer
1264 MERCURE DE FRANCE
donner à cette occasion l'Histoire de
tous les Livres de Jurisprudence , mais
seulement de ceux qui portent le titre
de Journaux, ou qui sont en effet de vrais
Journaux , quoiqu'ils portent un autre
titre ; nous allons les parcourir suivant
l'ordre de leur ancienneté.
Journal du Parlement , par M. Denis
Catherinot.
Entre les diverses Pieces Fugitives que
M. Nicolas Catherinot , Avocat du Roy
au Bailliage et Siege Présidial de Bourges,
a fait imprimer à mesure qu'il les com-
posoit , il se trouve une feuille imprimée
à Bourges le premier Août 1685. qui a
pour titre , le Journal du Parlement , à
M. Gueret.
L'Auteur qui dédie ce petit Ouvrage à
M. Gabriël Gueret , celebre Avocat au:
Parlement de Paris , annonce que ce
Journal n'est pas proprement de lui
qu'il l'a tiré d'un Manuscrit de feu Denis
Catherinot , son Pere ; que ce Journal
contient 150. Arrêts des années 1611. et
1612. qu'il ne peut mieux le dédier qu'à
M. Gueret , qui travaille avec M. Blon-
deau , au grand Journal des Parlemens
de France avec un succès merveilleux, et
pour donner à M. Gueret une notion
II. Vol.
plus
M
JUIN.
1737.
1265
plus parfaite de ce Journal , il met en
tête un abregé de la Vie de son Pere, qui
en est l'Auteur , en voici les principales
circonstances.
Denis Catherinot nâquit à Château-
roux en Berry , le 23. Février 1592. d'u
ne famille alliée à celles de Batonneau de
Paris , et de Pinette de Bourges ; il fit sest
Etudes à Bourges , et ensuite trois ou
quatre années de Droit , sous Antoi-
ne Bengy , Ayeul de François Pinson
,
celebre Avocat au Parlement , et sous
la direction particuliere de Jean Chenu,
l'Arrestographe , chés lequel il demeuroit
et qui le présenta au Serment d'Avocat
sur la fin du mois d'Août 1610.
N. Catherinot dit qu'on a voulu lui
persuader que son Pere avoit bonne part
à la derniere Centurie des Arrêts de cet
Auteur, mais il ajoûte que celui qui avoit
fait la premiere pouvoit bien avoir fait
aussi la seconde.
De Bourges , Denis Catherinot vint à
Paris et y demeura pendant les années
1611. et 1612. Il conféroit souvent avec
Mrs Corbin et Cholet , ses Compatrio-
tes , et avec Mrs Brodeau , Tubeuf, Des-
noyers , Doujat , Talon , Bignon , Robert,
Guerin et autres celebres Avocats. Ce fut
dans cette Ville et dans ce temps-là qu'il
II. Vol.
A vj
composa
1266 MERCURE DE FRANCE
composa le Journal du Parlement , que
son Fils dédia ensuite à M. Gueret.
De Paris , Catherinot revint à Bour-
ges , où il fut reçû en 1617. dans une
Charge de Conseiller au Présidial de cet-
te Ville , dont il s'acquitta si dignement,
que le Prince de Condé le prit pour son
Conseil à Bourges , et voulut le faire le
premier Officier de sa Duché- Pairie de
Châteauroux ; mais Catherinot aima
mieux rester à Bourges , où il avoit l'a
grément de converser avec beaucoup de
Sçavans qui y étoient alors.
Le 20. Janvier 1619. il épousa D. Ca
therine Bigot , issuë d'une famille noble
et vertueuse de la Province ; elle mourut
vers l'année 1627. sans avoir eû d'enfans.-
Le 6. Février 1628. il épousa en secon
des Nâces Michelle Riglet , alliée à un
grand nombre de bonnes Familles ; ce se
cond Mariage ne dura que trois ans ; le
sieur Catherinot Pere étant mort le pre-
mier jour de Mars 1631. âgé de 39. ans ,
il laissa un fils nommé Nicolas Catheri
not, qui fut Avocat du Roy au Bailliage
et Siége Présidial de Bourges.
C'est ce même Nicolas Catherinot qui
dédia à M. Gueret le Journal du Parle-
ment , tiré du Manuscrit de son Pere.
Après cet Abregé de la Vie de Denis
LA Vol.
Catherinor,,
JULN.
1737.
1267
Catherinot , Nicolas Catherinot raporte
par ordre de dates , dix Arrêts du Parle
ment de Paris , qui commencent au pre-
mier Août 1611. et finissent au 31. des
mêmes mois et an.
Ces dix Arrêts , qui sont aparamment
tirés du Journal manuscrit de M. Cathe-
rinot, Pere, sont raportés très- sommaire-
ment par le fils dans la feuille imprimée
qu'il dédié à M. Gueret ; chaque Article
n'est proprement qu'une Note des Ques-
tions qui ont été jugées; il a seulement eû
l'attention de marquer le nom des Prési
dens qui tenoient l'Audience et des Avó-
cats qui plaidoient les Causes jugées par
ces Arrêts.
Le titre de la feüille imprimée qui con-
tient ces dix Arrêts , et l'espece d'Epitre
Dédica toire à M. Gueret , qui les préce
de,font présumer que M.Catherinot avoit
dessein de faire imprimer le surplus ; mais
il paroît , sans qu'on en sçache la cause ,
qu'il abandonna ce dessein , car la feuille
dont nous parlons ne contient que ces dix
Arrêts,et est close par une date telle qu'on
la met à fin d'une Lettre, à Bourges ce pre-
mier Août 1685.
Cn n'a point connoissance que le res
të de ce Journal ait été imprimé , ni dė
ce qu'est devenu le Manuscrit ; ce que
L.I. Vola
nous
1268 MERCURE DE FRANCE
nous en avons est si peu de chose qu'il
semble que cela ne mériteroit guere d'ê
tre mis au nombre des Journaux de Ju-
risprudence , cependant comme ce Jour-
nal de Catherinot est le plus ancien , et
que
c'est peut-être celui qui a donné l'i-
dée de ceux qui ont suivi , j'ai crû qu'il
ne devoit pas être omis.
Recueil d' Arrêts , par M. Bardet.
Ce Recueil est un Ouvrage beaucoup
plus considerable que celui de Cathe-
rinot , quoiqu'il ne porte pas le titre de
Journal , c'en est réellement un ; car les
Arrêts y sont raportés suivant l'ordre des
dates.
La Vie de l'Auteur se trouve dans la
Préface que M. Berroyer a mise à la tête
de ce Recueil en le donnant au Public,
M. Pierre Bardet nâquit à Montaguet
en Bourbonnois le 15. Décembre 1651 .
il fit ses Humanités au College des Jésui-
tes de Moulins , et il eut pour Condisciple
M. de Lingendes , qui fut depuis Evêque
de Mâcon ; ils s'apliquerent l'un et l'au-
tre tellement à la Langue Grecque, qu'el-
le leur devint aussi familiere que la Fran--
çoise.
En 1614. âgé de 23. ans il commença
à étudier le Droit à Toulouse , et conti--
II. V.
nua
JUIN 1737.
1269
nua pendant les années 1615. et 1616.
sous Mrs Maran et de la Coste , deux il-
lustres Disciples de Cujas.
Avec de telles dispositions et excité
par l'exemple de ces deux excellens Maî
tres , M. Bardet ne pouvoit pas manquer
de faire de grands progrès dans la scien-
ce du Droit.
Il fut reçû au Parlement de Paris au
Serment d'Avocat en 1617. et commen-
ça aussi- tôt à recueillir les Arrêts qui
se rendoient aux Audiences
,
qu'il
suivit assidûment jusques en 1643. que
les affaires du Cabinet et les Ecritures
l'occuperent tellement , qu'il n'eut plus
le temps de se trouver aux Audiences.
Quoiqu'il fût peu occupé à la plaidoi
rie, son mérite ne laissoit pas d'être con-
nu ; il plaidoit même avec agrément et
facilité, mais plutôt pour persuader, que
pour plaire.
Il fut honoré de l'estime du celebre
Henry de Mesmes , cet illustre Président
qui aimoit tant les Gens de Lettres , et
du sçavant Premier Président le Jy, qui
après avoir vû son Recueil d'Arrêts , fit
des efforts inutiles pour vaincre sa mo-
destie , en l'excitant avec zele à le don
ner au Public.
Il s'étoit beaucoup apliqué à la matiere
LI. Vol.
des
1270 MERCURE DE FRANCE
des Substitutions , et on a remarqué qu'il
avoit travaillé dans toutes les questions
importantes qui se présenterent de son
temps au Palais sur ce sujet , ensorte que
lesMemoires qu'il en a laissés formeroient
seuls plusieurs volumes; les Substitution's
de Levy Cosan et d'Apchon , ne contri-
buerent pas peu à le faire connoître dans
les Pays de Droit Ecrit'; aussi étoit-il l'A-
vocat de la plupart des grandes Maisons
de Lyonnois , Forest et Auvergne , aussi
bien que de Bourbonnois.
La réputation qu'il s'étoit acquise pour
les Substitutions , fit qu'on l'engagea à
suivre un Procès évoqué du Parlement
de Paris et renvoyé en celui de Provence,
où il demeura si long- temps , que ce sé-
jour lui occasionna dans la suite une per
te de biens très- considerable.
Mais comme sa vertu étoit au-dessus
de tous les Evenemens , malgré une si
triste épreuve, il ne lui échapa jamais au--
cun mouvement d'impatience , et une
vie fort traversée ne l'empêcha pas de
conserver toujours la même tranquillicé
d'esprit.
Il fut moins sensible à la perte de ses
biens qu'à celle de ses amis , qu'il trouva
presque tous morts à son retour de Pro-
ven e , desorte qu'il se trouva comme
1. Vol.
inconnus
JUIN.
1737.
1271
Inconnu aux Avocats qui remplissoient
leur place au Palais, ce qui, joint à l'amour
de sa Patrie et à l'affection qu'il avoit
pour ses Neveux , le détermina à quitter
Paris.
Il se retira à Moulins en 1663. et alla
de-là aux grands Jours de Clermont en
1665. et 1666. mais il ne changea pas
pour cela la résolution qu'il avoit prise
de se retirer du Palais ; en effet depuis le
voyage d'Auvergne il resta toujours à
Moulins jusqu'à sa mort.
Il étoit naturellement humble et doct-
le,et sçavoit concilier une grande modes
tie avec beaucoup de mérite et d'érudi
tion. L'esprit de retraite qu'il conserva
toujours , lui faisoit aimer une vie labo-
rieuse et cachée , quoique dans une Pro-
fession toute publiques et par le partage
qu'il fit de ses momens entre la pieté et
Pétude , les Textes de l'Ecriture Sainte et
ceux du Droit de toute espece, lui étoient
tellement présens , que jusqu'à la fin de
sa vie et malgré le poids des années , sa
memoire lui en fournissoit sur le champ
les termes , lorsqu'il se présentoit quel-
que occasion de les raporter.
La principale dispotition de son Tes-
tament qu'il avoit commencé dès 1647.
et qu'il avoit renouvellé tous les ans jus
II. Vol.
qu'en
1272 MERCURE DE FRANCE
qu'en 1685. qu'il déceda , regardoit le
lieu de Montaguet où il étoit né , pour
procurer à ce lieu l'Erection d'une Cure
ou Eglise Paroissiale , à cause de l'incom-
modité que souffroit une partie des Ha-
bitans en allant à celle du Linois , qui
étoit assés éloignée , et par de mauvais
chemins , qui , même dans l'hyver, pou-
voient quelquefois leur rendre l'Eglise
inaccessible : Disposition digne de la pie-
té et de la generosité de M. Bardet.
Quoiqu'il fûr d'une taille mediocre et
déliée , il étoit néanmoins très- robuste ,
n'ayant presque jamais été malade : dans
un âge fort avancé , il n'avoit aucune des
incommodités de la vieillesse , si ce n'est
un peu de surdité , de sorte qu'il ne cessa
point d'étudier jusqu'à la fin de sa vie ;
sa memoire lui rapelloit toûjours avec
facilité les choses qu'il avoit aprises an-
ciennement : elle étoit seulement un peu
moins prompte pour celles qui étoient
plus recentes : à l'égard de son jugement
il fut toujours solide , et ne fut jamais
affoibli par l'âge.
Il ne s'engagea point dans le mariage ,
et ne nous a laissé que des Productions
de son esprit , qui consistent dans son
Recueil d'Arrêts , ses Mémoires impri-
més , et plusieurs Manuscrits. Il mou-
11. Vol.
rut
JUIN.
âgé de 54. ans .
1737.
1273
rut à Moulins le 20. Septembre 1685.
Son Recueil d'Arrêts a éré donné au
Public par feu M: Berroyer. 11 est inti-
tulé Recueil d' Arrêts du Parlement de Pa-
riș , pris des Mémoires de feu M. Pierre
Bardet , ancien Avocat en la Cour , avec
les Notes et les Dissertations de M. Claude
Berroyer , Avocat au même Parlement. 2 .
Vol. in fol. à Paris , 16.90.
Chaque Tome est divisé en plusieurs
Livres , et chaque Livre en plusieurs
Chapitres , ce qui n'ajoûte rien à l'ordre
de l'Ouvrage , parce que les Arrêts n'y
sont pas rangés par matieres , mais seu-
lement par ordre de dates.
Monsieur Berroyer observe dans la
Préface , qu'il a mise à la tête de ce Re-
cueil , que M. Bardet a évité les deux dé
fauts les plus ordinaires dans ces sortes
d'ouvrages ; le premier de raporter les
Arrêts sur la foy d'autrui ; le second , de
ne garder aucun ordre , et de les rapor-
ter en termes obscurs et mal digerés .
En effet , l'Auteur a été lui- même as-
sidu aux Audiences , et n'a compris dans
son Recueil que les Arrêts intervenus:
dans les causes auxquelles il avoit assis-
té
il avoit soin de les rédiger aussi tôt
qu'il étoit de retour du Palais, pour ne pas
11.Vol.
trop
1274 MERCURE DE FRANCE
trop présumer de sa mémoire ;
il a eu
aussi l'attention de ne rien ajoûter dú
sien , à ce qui avoit été plaidé ou pro-
noncé : il a inseré tous les Avertissemens
donnés au Barreau par M M. les Presi-
dens après la prononciationt des Arrêts ,
et son exactitude a été telle , que dans une
Cause , où M. l'Avocat Général Bignon
porta la parole, il ne fait mention de son
avis , qu'en disant qu'il ne l'a point en-
tendu.
Son Recueil d'Arrêts commence en
16 17. six ans avant le Journal des Au-
diences , et comprend les Ariêrs inter-
venus jusqu'en 1642 , inclusivement , pars
mi lesquels il y en a neuf de prononcés
en Robes rouges.
Il y a beaucoup de methode , de nette-
té et d'ordre dans cet Ouvrage; si l'Au-
teur raporte quelques Arrêts déja cités
ailleurs , on trouve dans son Recueil
quelque circonstance du fait , ou quel
que moyen essentiel , qui a pû détermi
ner les Juges , et que les autres Auteurs
avoient omis.
M. Berroyer observe seulement qu'il
a retranché quelques uns des Arrêts qui
étoient dans le Recueil de M. Bardet ,
parce que ces Arrêts étoient déja rapor
tés ailleurs.
HI. Vol
Le
JUIN.
1737
1275
Le stile de M. Bardet est un peu sec
mais il passe pour un des Arrêtistes des
lus exacts , et son Ouvrage est généra
plus
lement estimé: cependant M.Bretonnier,
dans ses Observations sur le XIX. Plai-
doyer d'Henris, tom. 2. remarque que M.
Bardet s'est trompé dans un endroit de
son Recueil tom. 1. liv. 3. ch. 2. où cet
Auteur dit que le Retrait lignager a été
introduit dans la Ville de Lyon , et s'y
pratique communément , que cela a été
ainsi jugé par un Arrêt qu'il raporte du
8. Février 1628. confirmatif d'une Sen-
tence du Sénéchal de Lyon , qui avoit,
dit-il , declaré les offres d'un Retrayant
bonnes et valables , et ordonné que Ï'Ac-
quereur lui délaisseroit la Maison par
Retrait lignager.
M. Bretonnier dit qu'ayant été extré-
mement surpris de cet Arrêt , il en par-
la à M M. Ferrary , Gilet et Terrasson
ses Confreres , qui lui assurerent que le
Retrait lignager n'avoit point lieu à
Lyon , et lui conseillerent de refuter cet
Arrêt , qu'ils jugoient être ou apocry
phe ou collusoire.
Pour éclaircir encore mieux ce fait ,
M. Bretonnier en écrivit à M. Dufour-
nel , célébre Avocat à Lyon , qui lui
envoya une Consultation signée de 15.
II. Vol.
des
1276 MERCURE DE FRANCE
des plus anciens Avocats de Lyon , qu'il
a jointe à ses Observations : ces 15. Avo-
cats répondirent qu'il étoit difficile de
concevoir quel avoit pû être le fonde-
ment de l'Arrêt raporté par M. Bardet ;
qu'il étoit assés naturel de présumer que
M. Bardet s'étoit trompé dans cette ci-
tation , aussi bien que son Apostillateur.
M. Bretonnier ne s'en tint pas là : il
alla lui-même chercher cet Arrêt dans
les Registres du Parlement ; il le trouva,
à la verité , sous la même date du 28.
Février 1628. mais pour une autre Pro-
vince , et une Ville differente ; sçavoir ;
pour la Ville d'Aurillac dans la Haute
Auvergne , et afin de constater ce fait
important, il a raporté cet Arrêt à la sui-
te de ses Observations dans l'endroit que
l'on a cité.
Il ajoûte ensuite qu'il a crû devoir
raporter cet Arrêt , non pas pour met-
tre au jour la bévûë de M. Bardet , pour
qui il a beaucoup de considération et
d'estime , mais pour établir :
1 °. Que le Retrait lignager n'a point
lieu à Lyon.
2°. Que dans les Pays de Droit Ecrit
de l'Auvergne , le Retrait lignager a
lieu.
3°. Qu'il y a peu de fond à faire sur la
11.Vol
foy
JUIN.
1737
s'est trompé en cet Endroit.
Aliquando bonus dormitat Homerus.
1277
foy des Arrêtistes , puisque M. Bardet ,
qui passe pour être un des plus exacts ,
Il ne nous reste plus , par raport aux
Recueils d'Arrêts de M. Bardet , qu'à
donner une notion de M. Berroyer, son-
Annotateur
M. Claude Berroyer nâquit à Mou-
lins , Capitale du Bourbonnois : son Pe-
re étoit Greffier au Bailliage et Siege Pré-
sidial de cete Ville ; pour lui il vint s'é-
tablir à Paris , et y fut reçû au serment
d'Avocat le 22. Février 1677. Il étoit
d'un naturel doux et paisible , sage et
prudent dans toutes ses démarches , et
d'un esprit très- sociable.
Il plaida pendant quelque temps , et
même avec succès ; mais il se livra bien-
tôt tout entier aux occupations du Cabi
net. Sa grande aplication à l'étude , et
l'experience que l'usage des affaires lui
avoit acquise , lui attirerent bientôt
l'estime des Magistrats et la confiance du
Public ; il devint donc très employé à
la Consultation . Il étoit du Conseil or-
dinaire de l'Ordre de S. Lazare , de ce-
lui de la Maison de Villeroy et de plu
sieurs autres grandes Maisons.
II. Vol.
De
278 MERCURE DE FRANCE
De son mariage avec Demoiselle ....
Maillet , il eut quatre Enfans ; sçavoir ,
un Fils qui fut reçû Avocat au Parle
ment , et qui mourut fort jeune ; une
fille à present décédée , qui avoit épousé
Louis -Joseph Moufle , Avocat au Parle-
ment , une autre Fille mariée à André-
François Louvel des Bois , aussi Avocat
au Parlement , et un Fils reçû Conseil-
ler à la Cour des Aydes le 10. May
1735.
Il étoit si laborieux que , malgré le
grand nombre d'affaires dont il étoit
chargé pour differens Particuliers , il
trouva encore le temps de composer plu-
sieurs Traités de Jurisprudence , dont
quelques- uns ont été imprimés de son
vivant , les autres se sont trouvés ma-
nuscrits parmi ses papiers.
Les Ouvrages imprimés que nous avons
de lui , sont la Bibliotheque des Coûtu-
mes qu'il a faite conjointement avec M.
Eusebe de Lauriere , Avocat , à la reser-
ve de la Préface , contenant des conjec-
tures sur l'Origine du Droit François , la-
quelle est de M. Berroyer seul . Les Notes
qu'il a faites sur le Commentaire de M.
Duplessis sur la Coûtume de Paris , aussi
conjointement avec M. de Lauriere , et
les Notes qu'il a faites sur le Recueil
II. Vol.
d'Arrêts
JUIN.
1737.
d'Arrêts de Monsieur Bardet.
1279
Il fut élû Bitonnier de l'Ordre des
Avocats le 9. May 1728. et après avoir
rempli avec honneur tous les differens
dégrés d'une longue vic , il mourut à
Paris le 7. Mars 1735. universellement
regretté de ses Confreres et de tous ceux
qui le connoissoient,
Il avoit connu particulierement M.
Bardet , qui étoit son Compatriote , c'est
ce qui l'excita à donner au Public le Re-
cueil d'Arrêts de celui ci. Il mit donc
cet Ouvrage en ordre › en ayant seule-
ntent retranché quelques Arrêts , qui
étoient déja raportés ailleurs , et dans
lesquels il n'y avoit rien de plus que ce
qui se trouvoit dans les autres Auteurs.
Il a mis à la tête de l'Ouvrage une
Préface , dans laquelle il fait voir l'uti-
lité des Recueils d'Arrêts, quand ils sont
faits avec attention , et dans cette même
Préface , il nous a donné la Vie de M.
Bardet.
A la fin de chaque Chapitre de l'Ou-
vrage, il a joint des Notes Sommaires
pour servir de Conference avec les autres
Livres dont les Auteurs citent ou rapor-
tent les mêmes Arrêts,afin que le Lecteur
puisse vérifier les differences qui s'y
trouvent.
II. Vol.
B
11
1280 MERCURE DE FRANCE
Il a donné quelques Dissertations
pour
expliquer les veritables motifs de cer
tains Arrêts , et pour prévenir les mau-
vaises applications que l'on en fait quel-
quefois dans les Provinces..
Dans le second Tome, ces Dissertations
sont mises à la fin par forme d'Addition ,
parce que l'impression du corps de l'Ou-
vrage devançoit la plume de l'Annota-
teur. Les Notes et Dissertations de M.
Berroyer , aussi bien que ses autres Ou-
vrages , sont estimées , et le Public lui
est redevable de ce qu'il lui a procuré le
Recueil d'Arrêts de M. Bardet , qu'il a
rendu encore plus utile par ses Disserta
tions , & c.
JOURNAL DES AUDIENCES.
Ce Recueil qui est intitulé Journal des
principales Audiences du Parlement , porte
avec d'autant plus de raison le Titre de
Journal , qu'il ne contient pas seulement
les Plaidoyers des Avocats, et les Arrêts
intervenus sur les Contestations particu-
lieres ,
il contient aussi une partie des
Edits et Déclarations avec leurs Enregis-
tremens , et les differens Reglemens et
Arrêts faits par la Cour.
Il est actuellement composé de plu-
sieurs Vol. infol. qui ont été donnés au
II. Vel.
Public
Public en differens temps , et par diffe-
rens Auteurs. Le premier Volume est
l'Ouvrage de Jean Dufresne , issu de
l'ancienne et noble Famille des Dufresne
d'Amiens en Picardie , où il nâquit.
Louis Dufresne , Seigneur de Froide-
val, son Pere , étoit Prevôt de la Prévôté
Foraine de Beauquesne au Bailliage d'A-
miens; il avoit beaucoup d'érudition, ai-
moit les Belles Lettres, et étoit versé dans
la Langue Grecque : il fut marié deux
fois ; de son premier mariage il eut trois
Fils , Adrien , qui lui succeda à la Pre-
vôté de Beauquesne : Jean
,
qui est
l'Auteur du Journal dont nous avons
à parler , et Louis , Médecin , tous trois
très sçavans. De son second mariage il
eut aussi trois Fils , sçavoir , Michel et
-François , qui firent profession dans la
Compagnie de Jesus, et le sçavant Char-
les Dufresne , Seigneur Ducange , Tré
sorier de France au Bureau des Finan-
ces d'Amiens , Auteur des deux Glossai
res l'un Grec , l'autre Latin , et de plu-
sieurs, autres Ouvrages , Monumens de
son érudition.
Jean Dufresne vint s'établir à Paris ,
et y exerça la Profession d'Avocat au Par-
lement avec beaucoup d'honneur et de
distinction , il suivit long- temps les Au-
II. Vol.
Bij
dienc
$ 282 MERCURE DETRANCE
diences , et eut soin de recueillir les Ar-
rêts rendus de son temps.
M. Baluze , dans une Lettre écrite à
Eusebe Renaudot , au sujet de M. Du
cange , laquelle est inserée dans le pre-
mier Volume de son Glossaire Latin, dit
qu'il a connu Jean Dufresné, que c'étoit
un Homme de bien , sage , prudent et
très-versé dans l'étude du- Droit Civil
et de sa Loy municipale.
Il fit en effet une étude particuliere de
la Coûtume d'Amiens , Lieu de sa Nais-
sance,et il en a donné un Commentaire ,
à la fin duquel il a mis beaucoup d'Ar-
rêts , tant concernant cette Coûtume ,
que sur plusieurs autres matieres. Ce
Commentaire est imprimé en 1. Volu-
me in folio, et il a été inseré dans le Cou-
tumier de Picardie , Edition de 1726 .
On eut assés de peine à déterminer
M. Dufresne à donner au Public son
Recueil d'Arrêts , à cause qu'il y avoit
déja plusieurs Recueils , et qu'il crai-
gnoit qu'on ne lui imputât d'avoir vou-
fu encherir sur les autres ; mais comme
ces autresRecueils étoient dans une forme
differente , et que d'ailleurs ils ne com.
prenoient pas les mêmes Arrêts , on le
fit enfin consentir à laisser paroître le
sien.
11. Vol
C
JUIN.
1737.
1283
Ce premierVolume eut tant de succès ,
qu'il y en eut quatre Editions du vivant
de l'Auteur. Il dédia les trois premieres
à Mathieu Molé , Premier Président du
Parlement , et depuis Garde des Sceaux ,
et la quatrième à Jean Molé de Cham-
plastreux , Président à Mortier , Fils du
Garde des Sceaux.
Comme il n'y avoit d'abord du
Journal des Audiences que ce premier
Volume , donné par Jean Dufresne , plu-
sieurs Auteurs l'ont cité sous le nom
d'Arrêts de Dufresnes il comprend les
Arrêts intervenus depuis 1623. jusqu'en
1657.
M. Dufresne mourut à Paris le ....
après son décès , M. François Jamet de
la Guessiere , Avocat au Parlement, con-
tinua le Journal des Audiences , il en
donna au Public trois Volumes depuis
1686. jusqu'en 1700. un qui compre-
noit les Arrêts intervenus depuis 1657,
jusqu'en 1666. inclusivement ; un autre
Volume dédié à M. le Premier Président
de Novion , qui comprenoit les Arrêts
intervenus depuis 1666. jusqu'en 1678 .
et un autre qui comprenoit les Arrêts ren-
dus depuis 1677. jusques en 1685.
Au moyen de cette continuation , le
Journal des Audiences étoit déja en qua-
11. Vol.
Biij
tre
1284 MERCURE DE FRANCE
tre Volumes in-folio ; M. de la Guessiere
en préparoit un cinquiéme tome lorsqu'il
mourut.
M. Nicolas Nupied , ancien Avocat an
Parlement , reçû le 8. Août 1689. mit en
ordre les Mémoires de M. de la Guessie-
re , et en 1707. donna au Public le cin-
quiéme Tome du Journal des Audien-
ces , qui comprenoit les Arrêts interve-
nus depuis 1685. jusques en 1700.
On a réimprimé en 1736. les cinq Vo-
lumes du Journal des Audiences ; dans
cette derniere Edition , des cinq Volumes
on n'en a formé que quatre , et en les
réimprimant on y a ajoûté quelques Ar-
rêts qui manquoient ; on a corrigé plu
sieurs transpositions, et autres fautes qui
s'étoient glissées dans les précedentes
Editions.
Dans la même année M.Nupied a don-
né au Public un nouveau Volume , qui
comprend les Arrêts intervenus depuis
l'année 1700. jusqu'en 1710. ce Volume
qui fait le sixième Tome de l'ancienne
Edition , et le cinquième de la nouvelle,
est divisé en deux Parties. La premiere
est subdivisée en six Livres , et la secon-
de en quatre. Chaque Livre contient tous
les Arrêts qui sont d'une même année.
Ce dernier.Tome a été imprimé avec
II. Vol.
beaucoup
JUIN 1737.
beaucoup de soin et d'attention.
1285
RECUEIL D'ARRETS de M. Soëfve.
M. Lucien Soëfve , Auteur de ce Re- .
cueil , fut reçû au serment d'Avocat le
21. Juillet 1636. Il étoit Doyen de l'Or-
dre en 1693. étant alors âgé d'environ
78. ans.
Il s'attacha aux Audiences , comme à
la meilleure Ecole du Palais , et les sui-
vit assidument pendant plus de so. an
nées. Il commença au mois de Janvier
1640. à recueillir les Arrêts qui se ren-
doient aux Audiences , et en 169 2. il en
donna au Public deux Tomes in -folio ,
qui furent imprimés à Paris.
Cet Ouvrage est intitulé : Nouveau
Recueil de plusieurs Questions notables tant
de Droit que de Coutumes , jugées par Ar-
rêts d'Audiences du Parlement de Paris
depuis 1640. jusqu'à present. L'Auteur le.
dédia à M. de Fourcy , Président aux En-
quêtes.
Ce Recueil est un vrai Journal , car
les Arrêts y sont raportés par ordre de
dates. Il comprend 800. Arrêts rendus.
depuis 1640. jusqu'au 24. Mars 1681 .
inclusivement , soit aux Audiences de
la Grand-Chambre , ou des Enquêtes ,
par évocation ou renvoy du Conseil ,
II. Vol.
B iiij
soit
1286 MERCURE DE FRANCE
soit en la Tournelle , ou en la Chambre
de l'Edit, pendant qu'elle subsistoit.
Il n'y a aucun de ces Arrêts à la pro-
nonciation duquel l'Auteur n'ait été pre-
sent , et après avoir entendu plaider les
Avocats des Parties : s'il y a quelques Ar-
rêts rendus sur raport , ils sont en petit
nombre , et ce ne sont que ceux qui sont
intervenus dans des affaires qui avoient
d'abord éré plaidées , et ensuite apoin-
tées au Conseil ou en Droit.
Le Recueil de M. Soëfve est divisé par
Centuries , mais cela n'empêche pas que
Pordre des dates n'y soit observé.
JOURNAL DU PALAIS.
A ne considerer que le Titre de cet
Ouvrage , on croiroit d'abord que c'est
la même chose que le Journal des Au-
diences ; cependant ces deux Recueils
d'Arrêts sont fort differents l'un de l'au-
tre en toute maniere ; car outre qu'ils ne
sont pas du même Auteur , et que les
Arrêts contenus dans le Journal du Pa-
lais ne commencent pas au même tems ,
et ne sont pas précisément les mêmes
que ceux qui sont dans le Journal des
Audiences , il y a encore entre ces deux
Journaux une autre difference essentiel-
le : c'est que le Journal du Palais com-
II. Vol.
prend
JUIN.
1737.
1287
prend les Arrêts les plus notables de tou's
les Parlemens , et des autres Cours Su-
perieures du Royaume , au lieu que le
Journal des Audiences ne comprend que
des Arrêts du Parlement de Paris.
LeJournal du Palais est intitulé : Jour
nal du Palais , ou Recueil des principales
Décisions de tous les Parlemens de France
sur les Questions les plus importantes de
Droit Civil, de Coûtume , de Matieres
Criminelles et Bénéficiales
Public.
,
et de Droit
Cet Ouvrage est de feus Mrs Claude
Blondeau et Gabriel Gueret, Avocats au
Parlement de Paris. M. Blondeau qui
étoit l'ancien de M. Gueret , fut reçû au
Serment d'Avocat le 12. Août 1659.
En 1672. il commença à travailler au"
Journal du Palais de concert avec M.-
Gueret ; ils en firent imprimer conjoin-
tement dix Volumes in 4. M. Gueret
étant décédé le 22. Avril 1588. M. Blon-
deau , qui lui survécut , continua l'Ou-
vrage , et donna encore deux Volumes
in- 4 . lesquels, avec les dix premiers Vo-
lumes , forment la premiere Edition de
ce Livre en douze Volumes in-4. It cut
été heureux pour le Public que M. Blon .
deau eût pû continuer son aplication pour
la perfection de ce qu'il avoit commencé,
H. Vol
Boy
mais
1288 MERCURE DE FRAN C
mais ses infirmités ne lui permirent pas
de continuer plus long- temps ce pénible
travail.
Pour ce qui est de M. Gueret, son élo
ge se trouve dans un Journal Litterai
re et dans le Dictionnaire Historique.
Il nâquit à Paris l'an 1641. et se dis-
tingua par son esprit , par son érudition
et par les Ouvrages qu'il donna au Pu-
blic. Dans sa jeunesse il fit beaucoup de
Vers , mais il se contenta de les lire à ses
amis , et n'en a jamais fait imprimer.
Il fut reçû au Serment d'Avocat vers
l'an 1660. Pendant les premieres années
qu'il suivit le Barreau , il partageoit son
temps entre les Belles Lettres et la Juris-
prudence , et donna au Public divers Ou-
vrages de Litterature. Le premier qu'il
mit au jour fut Les sept Sages de la Grece,
qu'il dédia à M. le Febvre de Caumar-
tin , alors Maître des Requêtes , et qui
depuis fut Conseiller d'Etat.
Le second , Les Entretiens sur l'Elo-
quence de la Chaire et du Barreau , qu'il
publia l'an 1666. et qu'il dédia à M. Ĉol-
bert. Le troisiéme , Le Parnasse reformé.
C'est une Satyre très- ingenieuse et fort
estimée , qu'il dédia à M. l'Abbé Des-
roches , qui étoit alors à Rome.
La Guerre des Auteurs , qu'il fit im-
II.Vol.
primer
1289
1737.
JUIN.
primer depuis , est la seconde Partie du
Parnasse reformé , à laquelle néanmoins
il donna un Titre different pour des rai-
sons particulieres , et ce Titre , aussi--
1
bien que l'idée de ce Livre , a servi de-
puis de Modele à celui qui a écrit La
Guerre des Auteurs Anciens et Modernes.
Il a encore fait quelques autres Pieces
dans le même genre, qu'il n'a jamais ren- .
du publiques ; il y avoit entr'autres une
Satyre enProse, d'un tour fin et ingenieux,
intitulée: La Promenade de S. Cloud; mais
comme elle étoit écrite contre un Parti-
culier célébre , qui y étoit désigné d'une
maniere à ne pas le méconnoître , il ne
voulut jamais l'imprimer.
Après avoir laissé échaper ces premiers
traits de la vivacité de son esprit , M.
Gueret s'attacha uniquement à sa Profes-
sion , et ne fit plus que des Ouvrages
concernant la Jurisprudence.
M. Gauthier , célébre Avocat au Par-
lement de Paris , étant mort , n'ayant
donné au Public que le premier Tome
de ses Plaidoyers , M. Gueret donna le
second Tome , sur les Mémoires ma-
nuscrits du défunt , qu'il avoit achetés l'an
1669. et auxquels il fut obligé de supléer
beaucoup du sien : il dédia ce Volume à
M. le Pelletier , alors Président aux En-
II. Vol
Bvj
quêres,
1288 MERCURE DE FRAN C
mais ses infirmités ne lui permirent pas
de continuer plus long- temps ce pénible
travail.
Pour ce qui est de M. Gueret, son élo
ge se trouve dans un Journal Litterai-
re et dans le Dictionnaire Historique.
Il nâquit à Paris l'an 1641. et se dis-
tingua par son esprit , par son érudition
et par les Ouvrages qu'il donna au Pu-
blic. Dans sa jeunesse il fit beaucoup de
Vers , mais il se contenta de les lire à ses
amis , et n'en a jamais fait imprimer.
Il fut reçû au Serment d'Avocat vers
l'an 1660. Pendant les premieres années
qu'il suivit le Barreau , il partageoit son
temps entre les Belles Lettres et la Juris-
prudence , et donna au Public divers Ou-
vrages de Litterature. Le premier qu'il
mit au jour fut Les sept Sages de la Grece,
qu'il dédia à M. le Febvre de Caumar-
tin , alors Maître des Requêtes , et qui
depuis fut Conseiller d'Etat.
Le second , Les Entretiens sur l'Elo-
quence de la Chaire et du Barreau , qu'il
publia l'an 1666. et qu'il dédia à M. Col-
bert. Le troisiéme , Le Parnasse reformé.
C'est une Satyre très- ingenieuse et fort
estimée , qu'il dédia à M. l'Abbé Des-
roches , qui étoit alors à Rome .
La Guerre des Auteurs , qu'il fit im-
II.Vol.
primer
JUIN.
1737.
1289
primer depuis , est la seconde Partie du
Parnasse reformé , à laquelle néanmoins
il donna un Titre different pour des rai-
sons particulieres , et ce Titre , aussi-
bien que l'idée de ce Livre , a servi de-
puis de Modele à celui qui a écrit La
Guerre des Auteurs Anciens et Modernes.
Il a encore fait quelques autres Pieces
dans le même genre, qu'il n'a jamais ren-.
du publiques ; il y avoit entr'autres une
Satyre enProse, d'un tour fin et ingenieux,
intitulée: La Promenade de S. Cloud; mais
comme elle étoit écrite contre un Parti-
culier célébre , qui y étoit désigné d'une
maniere à ne pas le méconnoître , il ne
voulut jamais l'imprimer.
Après avoir laissé échaper ces premiers
traits de la vivacité de son esprit , M.
Gueret s'attacha uniquement à sa Profes-
sion , et ne fit plus que des Ouvrages
concernant la Jurisprudence .
M. Gauthier , célébre Avocat au Par-
lement de Paris , étant mort , n'ayant
donné au Public que le premier Tome
de ses Plaidoyers , M. Gueret donna le
second Tome , sur les Mémoires ma-
nuscrits du défunt, qu'il avoit achetés l'an
1669. et auxquels il fut obligé de supléer
beaucoup du sien : il dédia ce Volume à
M. le Pelletier , alors Président aux En-
II.Vol
B-vj
quêtes,
1290 MERCURE DE FRANCE
quêtes , Prevôt des Marchands , depuis
Controlleur Général des Finances et Mi-
nistre d'Etat. Il a mis à la tête de ce Vo
lume une Préface dans laquelle il a fait
l'éloge de M. Gauthier..
Il commença l'an 1672. de concert
avec M. Blondeau , à recueillir les prin-
cipales Décisions de tous les Parlemens
et Cours Superieures du Royaume ,
au Public
2
ils
travaillerent à ce grand Ouvrage , si utile
Sous le Titre de Journal du
Palais , et le dédierent à Jean-Jacques de
Mesmes , Président au Parlement , Pere
"
de Jean Antoine de Mesmes , Premier
Président. Ils continuerent , et en firent
imprimer conjointement dix Volumes
in- 4. jusqu'à la mort de M- Gueret.
Celui- ci a encore augmenté les Arrêts-
Notables du Parlement , recueillis par
M. le Prestre , et réimprimés l'an 1679 .
il y a ajoûté des Notes très- sçavantes ,
et inseré plusieurs Pieces curieuses , en
tr'autres une Dissertation des Coûtu-
mes de France , composée pir Nicolas
Catherinot , Avocat du Roy au Baillia-
ge et Siege Présidial de Bourges , qui
étoit allié de M. le Prestre, M. Catheri
not en fait mention dans une feuille im-
primée , intitulée Le Journal du Parle
ment , dédiée à M. Gueret , dont nous
avons parlé ci-devant..
M..
JUIN.
1737.. 129T
M. Gueret plaida peu , mais il
très
occupé dans le Cabinet et travailla dans
ce genre avec beaucoup de succès. Il étoit
d'un goût excellent et avoit le discerne-
ment fin ; sa Critique étoit toûjours judi-
- cieuse , et sa conversation très agréable.
Il mérite sur tout d'être loüé par l'égalité
d'humeur que l'on vit toujours en lui ,
sans que les occupations sérieuses et pé-
nibles de sa Profession alterassent la
té de son esprit.
gaye.
Il avoit été un des premiers de l'Assem-
blée que l'Abbé d'Aubignac avoit formée
d'Esprits choisis , pour laquelle on de-
manda des Lettres Patentes afin de l'éri-
ger en Acadéinie ; il en fut le Secretaire
tant qu'elle dura , et y prononça entre au-
tres Pieces deux Discours Académiques ,
dont l'un a pour titre l'Orateur, et l'autre
Si l'Empire de l'Eloquence estplus grand que
celui de l'Amour. Ils sont tous deux insé-
rés dans un volume intitulé , Divers
Traités d'Histoire , de Morale et d'Elo-
quence , imprimé chés P. Esclassan , laß
1672.
M. Gueret fut recherché par toutes les
Personnes de mérite qui le connoissoient,
Il se maria en 1677. n'étant encore alors
âgé que de 26. ans Il eut de ce Mariage
trois fils , qui sont actuellement vivans ,
BI. Vol.
sçavoirs
1292 MERCURE DE FRANCE
sçavoir , N. P. Gueret , Curé de S. Paul
à Paris , un autre fils , qui a été Grand-
Vicaire de l'Evêque de Rhodez , et un
autre qui est au Service du Roy. Il mou-
rut le 22. Avril 1688. âgé de 47. ans.
On ne sçauroit assés bien exprimer avec
quel aplaudissement lefournal duPalais de
Mrs Blondeau et Gueret , a été reçû dans
le Public ; aussi ce Journal est il beau-
coup au- dessus de toutes les autres Com-
pilations d'Arrêts. Les deux Auteurs n'y
ont admis que les Décisions des plus il
lustres Tribunaux du Royaume ; ils ont
travaillé sur les Memoires des Avocats
qui avoient plaidé ou écrit, et quelquefois
sur les éclaircissemens et les instructions
que les Juges même leur ont donné. Ils
ont choisi les affaires les plus curieuses
et les plus importantes , les faits y sont
raportés clairement et avec ordre ; indé-
pendamment des moyens allegués par les
Défenseurs des Parties , ils ont eux-mê-
mes travaillé toutes les matieres , et les
questions y sont discutées méthodique-
ment et avec beaucoup d'érudition ; on
y trouve des Arrêts de tous les Parlemens
et autres Cours Superieures du Royau-
me , ils sont rangés suivant l'ordre des
dates ; il y en a seulement quelques - uns
dont les dates ne sont pas si certaines ,
II. Vol.
que
JUIN 1737.
1293
que l'on a mis à la fin du second volume ,
en un mot ce Journal est regardé com-
me un chef d'œuvre en ce genre.
Il y
en a déja eu quatre Editions , toutes qua-
tre faites à Paris. La premiere est en 12.
volumes in 4. dont les dix premiers fu-
rent donnés par Mrs Blondeau et Gueret,
conjointement ; sçavoir , le premier en
1672. le second et le troisiéme en 1673.
le quatrième en 1676. le cinquiéme en
1678. le sixième en 1679. le septième en
1681. le huitiéme en 1682. le neuvième
en 1684. le dixième en 1686. les deux
autres volumes furent donnés par M.
Blondeau seul,après la mort de M.Gueret;
sçavoir , le onzième en 1689. et le dou-
ziéme en 1695.
La seconde Edition de 1701. est en
deux volumes in folio. On y ajoûta trois
Tables , l'une des Questions , la seconde
des Matieres , et la troisiéme des noms
des Parties.
La troisiéme Edition de 1713. est aussi
en deux volumes in folio ; le premier
volume contient les Arrêts intervenus
depuis 1660. jusqu'en 1678. le second
contient les Arrêts intervenus depuis
1679. jusqu'en 1700 .
La quatriéme Edition vient de paroî-
tre au commencement de cette année
II. Vol.
1737.
1294 MERCURE DE FRANCE
1737. elle est aussi en deux volumes in
folio et dans le même ordre que la préce
dente , sans aucun changement.
ARRESTS DE M. AUGEAR D
M. Mathieu Augeard , ancien Avocat
au Parlement , reçû le 26. Novembre
1703. a aussi donné au Public un Jour-
nal de Jurisprudence Françoise , qui est
intitulé, Arrêts Notables des differens Tri-
bunaux du Royaume sur plusieurs Questions
importantes de Droit Civil, de Coûtume, de
Discipline Ecclesiastique et de Droit Public.
Il y en a trois volumes in 4. qu'il a
donnés en differens temps ; le premier
en 1710. le second en 1713. et le troisié--
me en 1718. il n'y en a encore eu que
cette Edition .
Le premier volume contient des Ar
rêts intervenus depuis le 29. Mars 1696.
jusqu'au 5. Juin 1709. Le second com-
mence au 15. Juillet 163 1. et finit au´s.
Août 1710. et le troisiéme commence au
25. Janvier 1650. et finit au 14. Août
1710.
Lorsque ce Recueil d'Arrêts parut , il
servoit de Suplément au Journal des
Audiences et à celui du Palais , parce
qu'il commence à peu près où finissoient
ces deux Journaux.
II Vol
L'ev
JUIN.
1737.
129.5
Le dernier tome du Journal des Au-
diences , que M. Nupied a depuis don-
né au Public , forme un Suplément plus
complet pour ces deux Journaux et par-
ticulierement pour le Journal des Aur
diences. Mais comme ce dernier volume
du Journal des Audiences ne comprend
que des Arrêts du Parlement de Paris
et que le Journal du Palais comprend
des Arrêts de toutes les Cours Souverai-
nes du Royaume , le Recueil de M. Au-
geard , qui comprend aussi des Arrêts de
tous les Parlemens , sert encore à cet
égard de Suplément au Journal du Palais.
Le Recueil d'Arrêts de M. Augeard est
utile et estimé ; il y a néanmoins un dé-
faut dans la disposition de cet Ouvrage,
c'est que l'ordre des dates n'y est observé
que pour chaque volume en particulier,
et non par raport aux trois volumes ,
que dans le second et le troisiéme tome
il y a des Arrêts des mêmes années com-
prises dans le premier , et de même par
raport au second volume , ensorte que
pour y trouver un Arrêt dont la date est
entre les années 1696. et 1709. il faut
le chercher dans les trois volumes , par-
ce que dans tous les trois il y a des Ar-
rêts de ces mêmes années ; ce qui vient
de ce que l'Auteur a donné chaque vo-
11. Vol.
et
lunne
1296 MERCURE DE FRANCE
lume à mesure qu'il a eû de la matiere
pour le former , et que quand il a donné
le second et le troisième , il a repassé sur
les temps compris dans le premier et le
second , parce qu'il avoit retrouvé quel-
ques Arrêts des mêmes années qu'il avoit
déja comprises dans le précedent volume.
Il seroit facile de remedier à cet incon-
venient , en refondant les trois volumes.
ensemble et en rangeant les Arrêts exac-
tement suivant leurs dates , lorsqu'on fe-
ra une nouvelle Edition de cet Ouvrage,
qui le mérite bien.
Journaux de Jurisprudence Françoise,
pour servir de Suplément à l'Histoire
Critique des Journaux de M. C.....
par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat
au Parlement.
L'Histoire Critique des Journaux
Litteraires, est un Ouvrage que
feu
M. Camusat avoit commencé dès l'an-
née 1722. il mourut à Amsterdam le 28.
Octobre 1732. sans y avoir mis la der-
niere main ; cet Ouvrage attendu depuis
long - temps , a été rédigé et donné
au Public par un Auteur anonime ; il a
été imprimé à Amsterdam , chés J. F.
Bernard , en 1734. la forme du Livre est
in 12. et il est divisé en deux Tomes .
II. Vol.
A iiij
Le
#22 MERCURE DE FRANCE
Le premier Tome et la plus grande
partie du second , ne forment que ke
premier Chapitre , qui est subdivisé en
plusieurs Articles et Paragraphes , avec
des Notes ; cette partie de l'Ouvrage
contient l'Histoire du Journal des Sça-
vans , sous la direction des differens Au.
teurs qui y ont travaillé.
La troisiéme Note sur l'Article de M.
de Sallo, premier Auteur du Journal des
Sçavans, explique l'origine des Gazettes.
Le reste du second Tome porte le ti-
tre particulier de Memoires pour servir à
P'Histoire des Journaux et autres Livres
Périodiques qui ont parû en France et ail-
Leurs ; l'Editeur de cet Ouvrage dit dans
son Avertissement que feu M. Camusat
avoit dessein de réduire l'Histoire de
tous ces Livres Périodiques à deux volu
mes in 12. sous le titre de Memoires pour
servir à l'Histoire des petits Journaux, mais
que l'on ne sçait ce que sont devenus
les matériaux qu'il avoit recueillis pour
continuer cette Histoire.
Quoiqu'il en soit , ces Memoires font
le commencement du second Chapitre
de nos deux Tomes , qui est intitulé ,
Journaux divers de peu de durée , et Livres
qui ont du raport aux Journaux ; ce Cha-
pitre est divisé en plusieurs Articles qui
II. Vol.
contiennent
JUIN.
1737
1263
contiennent l'Histoire de diversJournaux
de Politique , de Médecine , de Philoso-
phie et de Mathémathique, l'Histoire cri
tique de la République des Lettres, et au-
tres Memoires de Litterature.
Le troisiéme Chapitre contient l'His
toire des Mémoires de l'Académie Roya
le des Sciences , et de ceux de l'Acadé-
mie Royale des Belles - Lettres.
Le Chapitre quatrième et dernier , con-
tient l'Histoire du Mercure Galant et de la
continuation de ce Livre , qui a changé
de face et de titre ; il est connû au-
jourd'hui sous celui de Mercure de Frances
Si M. Camusat eût achevé son His-
toire des Journaux , il n'auroit pas , sans
doute , omis les Journaux de Jurispru
dence , qui ne sont pas moins des Jour
naux Litteraires , que les Memoires de
Politique , de Médecine et de Philoso
phie aparamment il n'en étoit pas en-
core à cette matiere , car il n'en est point
parlé dans les deux Tomes que nous
avons de son Histoire Critique des Jour-
naux. Il ne sera donc pas hors de propos
de donner ici une Histoire abregée des
Journaux de la Jurisprudence Françoi
se , pour servir de Suplément à l'Histoir
re des Journaux de M: Camusat.
On n'entreprend pas , au reste , de
H. Vol.
A y
donneer
1264 MERCURE DE FRANCE
donner à cette occasion l'Histoire de
tous les Livres de Jurisprudence , mais
seulement de ceux qui portent le titre
de Journaux, ou qui sont en effet de vrais
Journaux , quoiqu'ils portent un autre
titre ; nous allons les parcourir suivant
l'ordre de leur ancienneté.
Journal du Parlement , par M. Denis
Catherinot.
Entre les diverses Pieces Fugitives que
M. Nicolas Catherinot , Avocat du Roy
au Bailliage et Siege Présidial de Bourges,
a fait imprimer à mesure qu'il les com-
posoit , il se trouve une feuille imprimée
à Bourges le premier Août 1685. qui a
pour titre , le Journal du Parlement , à
M. Gueret.
L'Auteur qui dédie ce petit Ouvrage à
M. Gabriël Gueret , celebre Avocat au:
Parlement de Paris , annonce que ce
Journal n'est pas proprement de lui
qu'il l'a tiré d'un Manuscrit de feu Denis
Catherinot , son Pere ; que ce Journal
contient 150. Arrêts des années 1611. et
1612. qu'il ne peut mieux le dédier qu'à
M. Gueret , qui travaille avec M. Blon-
deau , au grand Journal des Parlemens
de France avec un succès merveilleux, et
pour donner à M. Gueret une notion
II. Vol.
plus
M
JUIN.
1737.
1265
plus parfaite de ce Journal , il met en
tête un abregé de la Vie de son Pere, qui
en est l'Auteur , en voici les principales
circonstances.
Denis Catherinot nâquit à Château-
roux en Berry , le 23. Février 1592. d'u
ne famille alliée à celles de Batonneau de
Paris , et de Pinette de Bourges ; il fit sest
Etudes à Bourges , et ensuite trois ou
quatre années de Droit , sous Antoi-
ne Bengy , Ayeul de François Pinson
,
celebre Avocat au Parlement , et sous
la direction particuliere de Jean Chenu,
l'Arrestographe , chés lequel il demeuroit
et qui le présenta au Serment d'Avocat
sur la fin du mois d'Août 1610.
N. Catherinot dit qu'on a voulu lui
persuader que son Pere avoit bonne part
à la derniere Centurie des Arrêts de cet
Auteur, mais il ajoûte que celui qui avoit
fait la premiere pouvoit bien avoir fait
aussi la seconde.
De Bourges , Denis Catherinot vint à
Paris et y demeura pendant les années
1611. et 1612. Il conféroit souvent avec
Mrs Corbin et Cholet , ses Compatrio-
tes , et avec Mrs Brodeau , Tubeuf, Des-
noyers , Doujat , Talon , Bignon , Robert,
Guerin et autres celebres Avocats. Ce fut
dans cette Ville et dans ce temps-là qu'il
II. Vol.
A vj
composa
1266 MERCURE DE FRANCE
composa le Journal du Parlement , que
son Fils dédia ensuite à M. Gueret.
De Paris , Catherinot revint à Bour-
ges , où il fut reçû en 1617. dans une
Charge de Conseiller au Présidial de cet-
te Ville , dont il s'acquitta si dignement,
que le Prince de Condé le prit pour son
Conseil à Bourges , et voulut le faire le
premier Officier de sa Duché- Pairie de
Châteauroux ; mais Catherinot aima
mieux rester à Bourges , où il avoit l'a
grément de converser avec beaucoup de
Sçavans qui y étoient alors.
Le 20. Janvier 1619. il épousa D. Ca
therine Bigot , issuë d'une famille noble
et vertueuse de la Province ; elle mourut
vers l'année 1627. sans avoir eû d'enfans.-
Le 6. Février 1628. il épousa en secon
des Nâces Michelle Riglet , alliée à un
grand nombre de bonnes Familles ; ce se
cond Mariage ne dura que trois ans ; le
sieur Catherinot Pere étant mort le pre-
mier jour de Mars 1631. âgé de 39. ans ,
il laissa un fils nommé Nicolas Catheri
not, qui fut Avocat du Roy au Bailliage
et Siége Présidial de Bourges.
C'est ce même Nicolas Catherinot qui
dédia à M. Gueret le Journal du Parle-
ment , tiré du Manuscrit de son Pere.
Après cet Abregé de la Vie de Denis
LA Vol.
Catherinor,,
JULN.
1737.
1267
Catherinot , Nicolas Catherinot raporte
par ordre de dates , dix Arrêts du Parle
ment de Paris , qui commencent au pre-
mier Août 1611. et finissent au 31. des
mêmes mois et an.
Ces dix Arrêts , qui sont aparamment
tirés du Journal manuscrit de M. Cathe-
rinot, Pere, sont raportés très- sommaire-
ment par le fils dans la feuille imprimée
qu'il dédié à M. Gueret ; chaque Article
n'est proprement qu'une Note des Ques-
tions qui ont été jugées; il a seulement eû
l'attention de marquer le nom des Prési
dens qui tenoient l'Audience et des Avó-
cats qui plaidoient les Causes jugées par
ces Arrêts.
Le titre de la feüille imprimée qui con-
tient ces dix Arrêts , et l'espece d'Epitre
Dédica toire à M. Gueret , qui les préce
de,font présumer que M.Catherinot avoit
dessein de faire imprimer le surplus ; mais
il paroît , sans qu'on en sçache la cause ,
qu'il abandonna ce dessein , car la feuille
dont nous parlons ne contient que ces dix
Arrêts,et est close par une date telle qu'on
la met à fin d'une Lettre, à Bourges ce pre-
mier Août 1685.
Cn n'a point connoissance que le res
të de ce Journal ait été imprimé , ni dė
ce qu'est devenu le Manuscrit ; ce que
L.I. Vola
nous
1268 MERCURE DE FRANCE
nous en avons est si peu de chose qu'il
semble que cela ne mériteroit guere d'ê
tre mis au nombre des Journaux de Ju-
risprudence , cependant comme ce Jour-
nal de Catherinot est le plus ancien , et
que
c'est peut-être celui qui a donné l'i-
dée de ceux qui ont suivi , j'ai crû qu'il
ne devoit pas être omis.
Recueil d' Arrêts , par M. Bardet.
Ce Recueil est un Ouvrage beaucoup
plus considerable que celui de Cathe-
rinot , quoiqu'il ne porte pas le titre de
Journal , c'en est réellement un ; car les
Arrêts y sont raportés suivant l'ordre des
dates.
La Vie de l'Auteur se trouve dans la
Préface que M. Berroyer a mise à la tête
de ce Recueil en le donnant au Public,
M. Pierre Bardet nâquit à Montaguet
en Bourbonnois le 15. Décembre 1651 .
il fit ses Humanités au College des Jésui-
tes de Moulins , et il eut pour Condisciple
M. de Lingendes , qui fut depuis Evêque
de Mâcon ; ils s'apliquerent l'un et l'au-
tre tellement à la Langue Grecque, qu'el-
le leur devint aussi familiere que la Fran--
çoise.
En 1614. âgé de 23. ans il commença
à étudier le Droit à Toulouse , et conti--
II. V.
nua
JUIN 1737.
1269
nua pendant les années 1615. et 1616.
sous Mrs Maran et de la Coste , deux il-
lustres Disciples de Cujas.
Avec de telles dispositions et excité
par l'exemple de ces deux excellens Maî
tres , M. Bardet ne pouvoit pas manquer
de faire de grands progrès dans la scien-
ce du Droit.
Il fut reçû au Parlement de Paris au
Serment d'Avocat en 1617. et commen-
ça aussi- tôt à recueillir les Arrêts qui
se rendoient aux Audiences
,
qu'il
suivit assidûment jusques en 1643. que
les affaires du Cabinet et les Ecritures
l'occuperent tellement , qu'il n'eut plus
le temps de se trouver aux Audiences.
Quoiqu'il fût peu occupé à la plaidoi
rie, son mérite ne laissoit pas d'être con-
nu ; il plaidoit même avec agrément et
facilité, mais plutôt pour persuader, que
pour plaire.
Il fut honoré de l'estime du celebre
Henry de Mesmes , cet illustre Président
qui aimoit tant les Gens de Lettres , et
du sçavant Premier Président le Jy, qui
après avoir vû son Recueil d'Arrêts , fit
des efforts inutiles pour vaincre sa mo-
destie , en l'excitant avec zele à le don
ner au Public.
Il s'étoit beaucoup apliqué à la matiere
LI. Vol.
des
1270 MERCURE DE FRANCE
des Substitutions , et on a remarqué qu'il
avoit travaillé dans toutes les questions
importantes qui se présenterent de son
temps au Palais sur ce sujet , ensorte que
lesMemoires qu'il en a laissés formeroient
seuls plusieurs volumes; les Substitution's
de Levy Cosan et d'Apchon , ne contri-
buerent pas peu à le faire connoître dans
les Pays de Droit Ecrit'; aussi étoit-il l'A-
vocat de la plupart des grandes Maisons
de Lyonnois , Forest et Auvergne , aussi
bien que de Bourbonnois.
La réputation qu'il s'étoit acquise pour
les Substitutions , fit qu'on l'engagea à
suivre un Procès évoqué du Parlement
de Paris et renvoyé en celui de Provence,
où il demeura si long- temps , que ce sé-
jour lui occasionna dans la suite une per
te de biens très- considerable.
Mais comme sa vertu étoit au-dessus
de tous les Evenemens , malgré une si
triste épreuve, il ne lui échapa jamais au--
cun mouvement d'impatience , et une
vie fort traversée ne l'empêcha pas de
conserver toujours la même tranquillicé
d'esprit.
Il fut moins sensible à la perte de ses
biens qu'à celle de ses amis , qu'il trouva
presque tous morts à son retour de Pro-
ven e , desorte qu'il se trouva comme
1. Vol.
inconnus
JUIN.
1737.
1271
Inconnu aux Avocats qui remplissoient
leur place au Palais, ce qui, joint à l'amour
de sa Patrie et à l'affection qu'il avoit
pour ses Neveux , le détermina à quitter
Paris.
Il se retira à Moulins en 1663. et alla
de-là aux grands Jours de Clermont en
1665. et 1666. mais il ne changea pas
pour cela la résolution qu'il avoit prise
de se retirer du Palais ; en effet depuis le
voyage d'Auvergne il resta toujours à
Moulins jusqu'à sa mort.
Il étoit naturellement humble et doct-
le,et sçavoit concilier une grande modes
tie avec beaucoup de mérite et d'érudi
tion. L'esprit de retraite qu'il conserva
toujours , lui faisoit aimer une vie labo-
rieuse et cachée , quoique dans une Pro-
fession toute publiques et par le partage
qu'il fit de ses momens entre la pieté et
Pétude , les Textes de l'Ecriture Sainte et
ceux du Droit de toute espece, lui étoient
tellement présens , que jusqu'à la fin de
sa vie et malgré le poids des années , sa
memoire lui en fournissoit sur le champ
les termes , lorsqu'il se présentoit quel-
que occasion de les raporter.
La principale dispotition de son Tes-
tament qu'il avoit commencé dès 1647.
et qu'il avoit renouvellé tous les ans jus
II. Vol.
qu'en
1272 MERCURE DE FRANCE
qu'en 1685. qu'il déceda , regardoit le
lieu de Montaguet où il étoit né , pour
procurer à ce lieu l'Erection d'une Cure
ou Eglise Paroissiale , à cause de l'incom-
modité que souffroit une partie des Ha-
bitans en allant à celle du Linois , qui
étoit assés éloignée , et par de mauvais
chemins , qui , même dans l'hyver, pou-
voient quelquefois leur rendre l'Eglise
inaccessible : Disposition digne de la pie-
té et de la generosité de M. Bardet.
Quoiqu'il fûr d'une taille mediocre et
déliée , il étoit néanmoins très- robuste ,
n'ayant presque jamais été malade : dans
un âge fort avancé , il n'avoit aucune des
incommodités de la vieillesse , si ce n'est
un peu de surdité , de sorte qu'il ne cessa
point d'étudier jusqu'à la fin de sa vie ;
sa memoire lui rapelloit toûjours avec
facilité les choses qu'il avoit aprises an-
ciennement : elle étoit seulement un peu
moins prompte pour celles qui étoient
plus recentes : à l'égard de son jugement
il fut toujours solide , et ne fut jamais
affoibli par l'âge.
Il ne s'engagea point dans le mariage ,
et ne nous a laissé que des Productions
de son esprit , qui consistent dans son
Recueil d'Arrêts , ses Mémoires impri-
més , et plusieurs Manuscrits. Il mou-
11. Vol.
rut
JUIN.
âgé de 54. ans .
1737.
1273
rut à Moulins le 20. Septembre 1685.
Son Recueil d'Arrêts a éré donné au
Public par feu M: Berroyer. 11 est inti-
tulé Recueil d' Arrêts du Parlement de Pa-
riș , pris des Mémoires de feu M. Pierre
Bardet , ancien Avocat en la Cour , avec
les Notes et les Dissertations de M. Claude
Berroyer , Avocat au même Parlement. 2 .
Vol. in fol. à Paris , 16.90.
Chaque Tome est divisé en plusieurs
Livres , et chaque Livre en plusieurs
Chapitres , ce qui n'ajoûte rien à l'ordre
de l'Ouvrage , parce que les Arrêts n'y
sont pas rangés par matieres , mais seu-
lement par ordre de dates.
Monsieur Berroyer observe dans la
Préface , qu'il a mise à la tête de ce Re-
cueil , que M. Bardet a évité les deux dé
fauts les plus ordinaires dans ces sortes
d'ouvrages ; le premier de raporter les
Arrêts sur la foy d'autrui ; le second , de
ne garder aucun ordre , et de les rapor-
ter en termes obscurs et mal digerés .
En effet , l'Auteur a été lui- même as-
sidu aux Audiences , et n'a compris dans
son Recueil que les Arrêts intervenus:
dans les causes auxquelles il avoit assis-
té
il avoit soin de les rédiger aussi tôt
qu'il étoit de retour du Palais, pour ne pas
11.Vol.
trop
1274 MERCURE DE FRANCE
trop présumer de sa mémoire ;
il a eu
aussi l'attention de ne rien ajoûter dú
sien , à ce qui avoit été plaidé ou pro-
noncé : il a inseré tous les Avertissemens
donnés au Barreau par M M. les Presi-
dens après la prononciationt des Arrêts ,
et son exactitude a été telle , que dans une
Cause , où M. l'Avocat Général Bignon
porta la parole, il ne fait mention de son
avis , qu'en disant qu'il ne l'a point en-
tendu.
Son Recueil d'Arrêts commence en
16 17. six ans avant le Journal des Au-
diences , et comprend les Ariêrs inter-
venus jusqu'en 1642 , inclusivement , pars
mi lesquels il y en a neuf de prononcés
en Robes rouges.
Il y a beaucoup de methode , de nette-
té et d'ordre dans cet Ouvrage; si l'Au-
teur raporte quelques Arrêts déja cités
ailleurs , on trouve dans son Recueil
quelque circonstance du fait , ou quel
que moyen essentiel , qui a pû détermi
ner les Juges , et que les autres Auteurs
avoient omis.
M. Berroyer observe seulement qu'il
a retranché quelques uns des Arrêts qui
étoient dans le Recueil de M. Bardet ,
parce que ces Arrêts étoient déja rapor
tés ailleurs.
HI. Vol
Le
JUIN.
1737
1275
Le stile de M. Bardet est un peu sec
mais il passe pour un des Arrêtistes des
lus exacts , et son Ouvrage est généra
plus
lement estimé: cependant M.Bretonnier,
dans ses Observations sur le XIX. Plai-
doyer d'Henris, tom. 2. remarque que M.
Bardet s'est trompé dans un endroit de
son Recueil tom. 1. liv. 3. ch. 2. où cet
Auteur dit que le Retrait lignager a été
introduit dans la Ville de Lyon , et s'y
pratique communément , que cela a été
ainsi jugé par un Arrêt qu'il raporte du
8. Février 1628. confirmatif d'une Sen-
tence du Sénéchal de Lyon , qui avoit,
dit-il , declaré les offres d'un Retrayant
bonnes et valables , et ordonné que Ï'Ac-
quereur lui délaisseroit la Maison par
Retrait lignager.
M. Bretonnier dit qu'ayant été extré-
mement surpris de cet Arrêt , il en par-
la à M M. Ferrary , Gilet et Terrasson
ses Confreres , qui lui assurerent que le
Retrait lignager n'avoit point lieu à
Lyon , et lui conseillerent de refuter cet
Arrêt , qu'ils jugoient être ou apocry
phe ou collusoire.
Pour éclaircir encore mieux ce fait ,
M. Bretonnier en écrivit à M. Dufour-
nel , célébre Avocat à Lyon , qui lui
envoya une Consultation signée de 15.
II. Vol.
des
1276 MERCURE DE FRANCE
des plus anciens Avocats de Lyon , qu'il
a jointe à ses Observations : ces 15. Avo-
cats répondirent qu'il étoit difficile de
concevoir quel avoit pû être le fonde-
ment de l'Arrêt raporté par M. Bardet ;
qu'il étoit assés naturel de présumer que
M. Bardet s'étoit trompé dans cette ci-
tation , aussi bien que son Apostillateur.
M. Bretonnier ne s'en tint pas là : il
alla lui-même chercher cet Arrêt dans
les Registres du Parlement ; il le trouva,
à la verité , sous la même date du 28.
Février 1628. mais pour une autre Pro-
vince , et une Ville differente ; sçavoir ;
pour la Ville d'Aurillac dans la Haute
Auvergne , et afin de constater ce fait
important, il a raporté cet Arrêt à la sui-
te de ses Observations dans l'endroit que
l'on a cité.
Il ajoûte ensuite qu'il a crû devoir
raporter cet Arrêt , non pas pour met-
tre au jour la bévûë de M. Bardet , pour
qui il a beaucoup de considération et
d'estime , mais pour établir :
1 °. Que le Retrait lignager n'a point
lieu à Lyon.
2°. Que dans les Pays de Droit Ecrit
de l'Auvergne , le Retrait lignager a
lieu.
3°. Qu'il y a peu de fond à faire sur la
11.Vol
foy
JUIN.
1737
s'est trompé en cet Endroit.
Aliquando bonus dormitat Homerus.
1277
foy des Arrêtistes , puisque M. Bardet ,
qui passe pour être un des plus exacts ,
Il ne nous reste plus , par raport aux
Recueils d'Arrêts de M. Bardet , qu'à
donner une notion de M. Berroyer, son-
Annotateur
M. Claude Berroyer nâquit à Mou-
lins , Capitale du Bourbonnois : son Pe-
re étoit Greffier au Bailliage et Siege Pré-
sidial de cete Ville ; pour lui il vint s'é-
tablir à Paris , et y fut reçû au serment
d'Avocat le 22. Février 1677. Il étoit
d'un naturel doux et paisible , sage et
prudent dans toutes ses démarches , et
d'un esprit très- sociable.
Il plaida pendant quelque temps , et
même avec succès ; mais il se livra bien-
tôt tout entier aux occupations du Cabi
net. Sa grande aplication à l'étude , et
l'experience que l'usage des affaires lui
avoit acquise , lui attirerent bientôt
l'estime des Magistrats et la confiance du
Public ; il devint donc très employé à
la Consultation . Il étoit du Conseil or-
dinaire de l'Ordre de S. Lazare , de ce-
lui de la Maison de Villeroy et de plu
sieurs autres grandes Maisons.
II. Vol.
De
278 MERCURE DE FRANCE
De son mariage avec Demoiselle ....
Maillet , il eut quatre Enfans ; sçavoir ,
un Fils qui fut reçû Avocat au Parle
ment , et qui mourut fort jeune ; une
fille à present décédée , qui avoit épousé
Louis -Joseph Moufle , Avocat au Parle-
ment , une autre Fille mariée à André-
François Louvel des Bois , aussi Avocat
au Parlement , et un Fils reçû Conseil-
ler à la Cour des Aydes le 10. May
1735.
Il étoit si laborieux que , malgré le
grand nombre d'affaires dont il étoit
chargé pour differens Particuliers , il
trouva encore le temps de composer plu-
sieurs Traités de Jurisprudence , dont
quelques- uns ont été imprimés de son
vivant , les autres se sont trouvés ma-
nuscrits parmi ses papiers.
Les Ouvrages imprimés que nous avons
de lui , sont la Bibliotheque des Coûtu-
mes qu'il a faite conjointement avec M.
Eusebe de Lauriere , Avocat , à la reser-
ve de la Préface , contenant des conjec-
tures sur l'Origine du Droit François , la-
quelle est de M. Berroyer seul . Les Notes
qu'il a faites sur le Commentaire de M.
Duplessis sur la Coûtume de Paris , aussi
conjointement avec M. de Lauriere , et
les Notes qu'il a faites sur le Recueil
II. Vol.
d'Arrêts
JUIN.
1737.
d'Arrêts de Monsieur Bardet.
1279
Il fut élû Bitonnier de l'Ordre des
Avocats le 9. May 1728. et après avoir
rempli avec honneur tous les differens
dégrés d'une longue vic , il mourut à
Paris le 7. Mars 1735. universellement
regretté de ses Confreres et de tous ceux
qui le connoissoient,
Il avoit connu particulierement M.
Bardet , qui étoit son Compatriote , c'est
ce qui l'excita à donner au Public le Re-
cueil d'Arrêts de celui ci. Il mit donc
cet Ouvrage en ordre › en ayant seule-
ntent retranché quelques Arrêts , qui
étoient déja raportés ailleurs , et dans
lesquels il n'y avoit rien de plus que ce
qui se trouvoit dans les autres Auteurs.
Il a mis à la tête de l'Ouvrage une
Préface , dans laquelle il fait voir l'uti-
lité des Recueils d'Arrêts, quand ils sont
faits avec attention , et dans cette même
Préface , il nous a donné la Vie de M.
Bardet.
A la fin de chaque Chapitre de l'Ou-
vrage, il a joint des Notes Sommaires
pour servir de Conference avec les autres
Livres dont les Auteurs citent ou rapor-
tent les mêmes Arrêts,afin que le Lecteur
puisse vérifier les differences qui s'y
trouvent.
II. Vol.
B
11
1280 MERCURE DE FRANCE
Il a donné quelques Dissertations
pour
expliquer les veritables motifs de cer
tains Arrêts , et pour prévenir les mau-
vaises applications que l'on en fait quel-
quefois dans les Provinces..
Dans le second Tome, ces Dissertations
sont mises à la fin par forme d'Addition ,
parce que l'impression du corps de l'Ou-
vrage devançoit la plume de l'Annota-
teur. Les Notes et Dissertations de M.
Berroyer , aussi bien que ses autres Ou-
vrages , sont estimées , et le Public lui
est redevable de ce qu'il lui a procuré le
Recueil d'Arrêts de M. Bardet , qu'il a
rendu encore plus utile par ses Disserta
tions , & c.
JOURNAL DES AUDIENCES.
Ce Recueil qui est intitulé Journal des
principales Audiences du Parlement , porte
avec d'autant plus de raison le Titre de
Journal , qu'il ne contient pas seulement
les Plaidoyers des Avocats, et les Arrêts
intervenus sur les Contestations particu-
lieres ,
il contient aussi une partie des
Edits et Déclarations avec leurs Enregis-
tremens , et les differens Reglemens et
Arrêts faits par la Cour.
Il est actuellement composé de plu-
sieurs Vol. infol. qui ont été donnés au
II. Vel.
Public
Public en differens temps , et par diffe-
rens Auteurs. Le premier Volume est
l'Ouvrage de Jean Dufresne , issu de
l'ancienne et noble Famille des Dufresne
d'Amiens en Picardie , où il nâquit.
Louis Dufresne , Seigneur de Froide-
val, son Pere , étoit Prevôt de la Prévôté
Foraine de Beauquesne au Bailliage d'A-
miens; il avoit beaucoup d'érudition, ai-
moit les Belles Lettres, et étoit versé dans
la Langue Grecque : il fut marié deux
fois ; de son premier mariage il eut trois
Fils , Adrien , qui lui succeda à la Pre-
vôté de Beauquesne : Jean
,
qui est
l'Auteur du Journal dont nous avons
à parler , et Louis , Médecin , tous trois
très sçavans. De son second mariage il
eut aussi trois Fils , sçavoir , Michel et
-François , qui firent profession dans la
Compagnie de Jesus, et le sçavant Char-
les Dufresne , Seigneur Ducange , Tré
sorier de France au Bureau des Finan-
ces d'Amiens , Auteur des deux Glossai
res l'un Grec , l'autre Latin , et de plu-
sieurs, autres Ouvrages , Monumens de
son érudition.
Jean Dufresne vint s'établir à Paris ,
et y exerça la Profession d'Avocat au Par-
lement avec beaucoup d'honneur et de
distinction , il suivit long- temps les Au-
II. Vol.
Bij
dienc
$ 282 MERCURE DETRANCE
diences , et eut soin de recueillir les Ar-
rêts rendus de son temps.
M. Baluze , dans une Lettre écrite à
Eusebe Renaudot , au sujet de M. Du
cange , laquelle est inserée dans le pre-
mier Volume de son Glossaire Latin, dit
qu'il a connu Jean Dufresné, que c'étoit
un Homme de bien , sage , prudent et
très-versé dans l'étude du- Droit Civil
et de sa Loy municipale.
Il fit en effet une étude particuliere de
la Coûtume d'Amiens , Lieu de sa Nais-
sance,et il en a donné un Commentaire ,
à la fin duquel il a mis beaucoup d'Ar-
rêts , tant concernant cette Coûtume ,
que sur plusieurs autres matieres. Ce
Commentaire est imprimé en 1. Volu-
me in folio, et il a été inseré dans le Cou-
tumier de Picardie , Edition de 1726 .
On eut assés de peine à déterminer
M. Dufresne à donner au Public son
Recueil d'Arrêts , à cause qu'il y avoit
déja plusieurs Recueils , et qu'il crai-
gnoit qu'on ne lui imputât d'avoir vou-
fu encherir sur les autres ; mais comme
ces autresRecueils étoient dans une forme
differente , et que d'ailleurs ils ne com.
prenoient pas les mêmes Arrêts , on le
fit enfin consentir à laisser paroître le
sien.
11. Vol
C
JUIN.
1737.
1283
Ce premierVolume eut tant de succès ,
qu'il y en eut quatre Editions du vivant
de l'Auteur. Il dédia les trois premieres
à Mathieu Molé , Premier Président du
Parlement , et depuis Garde des Sceaux ,
et la quatrième à Jean Molé de Cham-
plastreux , Président à Mortier , Fils du
Garde des Sceaux.
Comme il n'y avoit d'abord du
Journal des Audiences que ce premier
Volume , donné par Jean Dufresne , plu-
sieurs Auteurs l'ont cité sous le nom
d'Arrêts de Dufresnes il comprend les
Arrêts intervenus depuis 1623. jusqu'en
1657.
M. Dufresne mourut à Paris le ....
après son décès , M. François Jamet de
la Guessiere , Avocat au Parlement, con-
tinua le Journal des Audiences , il en
donna au Public trois Volumes depuis
1686. jusqu'en 1700. un qui compre-
noit les Arrêts intervenus depuis 1657,
jusqu'en 1666. inclusivement ; un autre
Volume dédié à M. le Premier Président
de Novion , qui comprenoit les Arrêts
intervenus depuis 1666. jusqu'en 1678 .
et un autre qui comprenoit les Arrêts ren-
dus depuis 1677. jusques en 1685.
Au moyen de cette continuation , le
Journal des Audiences étoit déja en qua-
11. Vol.
Biij
tre
1284 MERCURE DE FRANCE
tre Volumes in-folio ; M. de la Guessiere
en préparoit un cinquiéme tome lorsqu'il
mourut.
M. Nicolas Nupied , ancien Avocat an
Parlement , reçû le 8. Août 1689. mit en
ordre les Mémoires de M. de la Guessie-
re , et en 1707. donna au Public le cin-
quiéme Tome du Journal des Audien-
ces , qui comprenoit les Arrêts interve-
nus depuis 1685. jusques en 1700.
On a réimprimé en 1736. les cinq Vo-
lumes du Journal des Audiences ; dans
cette derniere Edition , des cinq Volumes
on n'en a formé que quatre , et en les
réimprimant on y a ajoûté quelques Ar-
rêts qui manquoient ; on a corrigé plu
sieurs transpositions, et autres fautes qui
s'étoient glissées dans les précedentes
Editions.
Dans la même année M.Nupied a don-
né au Public un nouveau Volume , qui
comprend les Arrêts intervenus depuis
l'année 1700. jusqu'en 1710. ce Volume
qui fait le sixième Tome de l'ancienne
Edition , et le cinquième de la nouvelle,
est divisé en deux Parties. La premiere
est subdivisée en six Livres , et la secon-
de en quatre. Chaque Livre contient tous
les Arrêts qui sont d'une même année.
Ce dernier.Tome a été imprimé avec
II. Vol.
beaucoup
JUIN 1737.
beaucoup de soin et d'attention.
1285
RECUEIL D'ARRETS de M. Soëfve.
M. Lucien Soëfve , Auteur de ce Re- .
cueil , fut reçû au serment d'Avocat le
21. Juillet 1636. Il étoit Doyen de l'Or-
dre en 1693. étant alors âgé d'environ
78. ans.
Il s'attacha aux Audiences , comme à
la meilleure Ecole du Palais , et les sui-
vit assidument pendant plus de so. an
nées. Il commença au mois de Janvier
1640. à recueillir les Arrêts qui se ren-
doient aux Audiences , et en 169 2. il en
donna au Public deux Tomes in -folio ,
qui furent imprimés à Paris.
Cet Ouvrage est intitulé : Nouveau
Recueil de plusieurs Questions notables tant
de Droit que de Coutumes , jugées par Ar-
rêts d'Audiences du Parlement de Paris
depuis 1640. jusqu'à present. L'Auteur le.
dédia à M. de Fourcy , Président aux En-
quêtes.
Ce Recueil est un vrai Journal , car
les Arrêts y sont raportés par ordre de
dates. Il comprend 800. Arrêts rendus.
depuis 1640. jusqu'au 24. Mars 1681 .
inclusivement , soit aux Audiences de
la Grand-Chambre , ou des Enquêtes ,
par évocation ou renvoy du Conseil ,
II. Vol.
B iiij
soit
1286 MERCURE DE FRANCE
soit en la Tournelle , ou en la Chambre
de l'Edit, pendant qu'elle subsistoit.
Il n'y a aucun de ces Arrêts à la pro-
nonciation duquel l'Auteur n'ait été pre-
sent , et après avoir entendu plaider les
Avocats des Parties : s'il y a quelques Ar-
rêts rendus sur raport , ils sont en petit
nombre , et ce ne sont que ceux qui sont
intervenus dans des affaires qui avoient
d'abord éré plaidées , et ensuite apoin-
tées au Conseil ou en Droit.
Le Recueil de M. Soëfve est divisé par
Centuries , mais cela n'empêche pas que
Pordre des dates n'y soit observé.
JOURNAL DU PALAIS.
A ne considerer que le Titre de cet
Ouvrage , on croiroit d'abord que c'est
la même chose que le Journal des Au-
diences ; cependant ces deux Recueils
d'Arrêts sont fort differents l'un de l'au-
tre en toute maniere ; car outre qu'ils ne
sont pas du même Auteur , et que les
Arrêts contenus dans le Journal du Pa-
lais ne commencent pas au même tems ,
et ne sont pas précisément les mêmes
que ceux qui sont dans le Journal des
Audiences , il y a encore entre ces deux
Journaux une autre difference essentiel-
le : c'est que le Journal du Palais com-
II. Vol.
prend
JUIN.
1737.
1287
prend les Arrêts les plus notables de tou's
les Parlemens , et des autres Cours Su-
perieures du Royaume , au lieu que le
Journal des Audiences ne comprend que
des Arrêts du Parlement de Paris.
LeJournal du Palais est intitulé : Jour
nal du Palais , ou Recueil des principales
Décisions de tous les Parlemens de France
sur les Questions les plus importantes de
Droit Civil, de Coûtume , de Matieres
Criminelles et Bénéficiales
Public.
,
et de Droit
Cet Ouvrage est de feus Mrs Claude
Blondeau et Gabriel Gueret, Avocats au
Parlement de Paris. M. Blondeau qui
étoit l'ancien de M. Gueret , fut reçû au
Serment d'Avocat le 12. Août 1659.
En 1672. il commença à travailler au"
Journal du Palais de concert avec M.-
Gueret ; ils en firent imprimer conjoin-
tement dix Volumes in 4. M. Gueret
étant décédé le 22. Avril 1588. M. Blon-
deau , qui lui survécut , continua l'Ou-
vrage , et donna encore deux Volumes
in- 4 . lesquels, avec les dix premiers Vo-
lumes , forment la premiere Edition de
ce Livre en douze Volumes in-4. It cut
été heureux pour le Public que M. Blon .
deau eût pû continuer son aplication pour
la perfection de ce qu'il avoit commencé,
H. Vol
Boy
mais
1288 MERCURE DE FRAN C
mais ses infirmités ne lui permirent pas
de continuer plus long- temps ce pénible
travail.
Pour ce qui est de M. Gueret, son élo
ge se trouve dans un Journal Litterai
re et dans le Dictionnaire Historique.
Il nâquit à Paris l'an 1641. et se dis-
tingua par son esprit , par son érudition
et par les Ouvrages qu'il donna au Pu-
blic. Dans sa jeunesse il fit beaucoup de
Vers , mais il se contenta de les lire à ses
amis , et n'en a jamais fait imprimer.
Il fut reçû au Serment d'Avocat vers
l'an 1660. Pendant les premieres années
qu'il suivit le Barreau , il partageoit son
temps entre les Belles Lettres et la Juris-
prudence , et donna au Public divers Ou-
vrages de Litterature. Le premier qu'il
mit au jour fut Les sept Sages de la Grece,
qu'il dédia à M. le Febvre de Caumar-
tin , alors Maître des Requêtes , et qui
depuis fut Conseiller d'Etat.
Le second , Les Entretiens sur l'Elo-
quence de la Chaire et du Barreau , qu'il
publia l'an 1666. et qu'il dédia à M. Ĉol-
bert. Le troisiéme , Le Parnasse reformé.
C'est une Satyre très- ingenieuse et fort
estimée , qu'il dédia à M. l'Abbé Des-
roches , qui étoit alors à Rome.
La Guerre des Auteurs , qu'il fit im-
II.Vol.
primer
1289
1737.
JUIN.
primer depuis , est la seconde Partie du
Parnasse reformé , à laquelle néanmoins
il donna un Titre different pour des rai-
sons particulieres , et ce Titre , aussi--
1
bien que l'idée de ce Livre , a servi de-
puis de Modele à celui qui a écrit La
Guerre des Auteurs Anciens et Modernes.
Il a encore fait quelques autres Pieces
dans le même genre, qu'il n'a jamais ren- .
du publiques ; il y avoit entr'autres une
Satyre enProse, d'un tour fin et ingenieux,
intitulée: La Promenade de S. Cloud; mais
comme elle étoit écrite contre un Parti-
culier célébre , qui y étoit désigné d'une
maniere à ne pas le méconnoître , il ne
voulut jamais l'imprimer.
Après avoir laissé échaper ces premiers
traits de la vivacité de son esprit , M.
Gueret s'attacha uniquement à sa Profes-
sion , et ne fit plus que des Ouvrages
concernant la Jurisprudence.
M. Gauthier , célébre Avocat au Par-
lement de Paris , étant mort , n'ayant
donné au Public que le premier Tome
de ses Plaidoyers , M. Gueret donna le
second Tome , sur les Mémoires ma-
nuscrits du défunt , qu'il avoit achetés l'an
1669. et auxquels il fut obligé de supléer
beaucoup du sien : il dédia ce Volume à
M. le Pelletier , alors Président aux En-
II. Vol
Bvj
quêres,
1288 MERCURE DE FRAN C
mais ses infirmités ne lui permirent pas
de continuer plus long- temps ce pénible
travail.
Pour ce qui est de M. Gueret, son élo
ge se trouve dans un Journal Litterai-
re et dans le Dictionnaire Historique.
Il nâquit à Paris l'an 1641. et se dis-
tingua par son esprit , par son érudition
et par les Ouvrages qu'il donna au Pu-
blic. Dans sa jeunesse il fit beaucoup de
Vers , mais il se contenta de les lire à ses
amis , et n'en a jamais fait imprimer.
Il fut reçû au Serment d'Avocat vers
l'an 1660. Pendant les premieres années
qu'il suivit le Barreau , il partageoit son
temps entre les Belles Lettres et la Juris-
prudence , et donna au Public divers Ou-
vrages de Litterature. Le premier qu'il
mit au jour fut Les sept Sages de la Grece,
qu'il dédia à M. le Febvre de Caumar-
tin , alors Maître des Requêtes , et qui
depuis fut Conseiller d'Etat.
Le second , Les Entretiens sur l'Elo-
quence de la Chaire et du Barreau , qu'il
publia l'an 1666. et qu'il dédia à M. Col-
bert. Le troisiéme , Le Parnasse reformé.
C'est une Satyre très- ingenieuse et fort
estimée , qu'il dédia à M. l'Abbé Des-
roches , qui étoit alors à Rome .
La Guerre des Auteurs , qu'il fit im-
II.Vol.
primer
JUIN.
1737.
1289
primer depuis , est la seconde Partie du
Parnasse reformé , à laquelle néanmoins
il donna un Titre different pour des rai-
sons particulieres , et ce Titre , aussi-
bien que l'idée de ce Livre , a servi de-
puis de Modele à celui qui a écrit La
Guerre des Auteurs Anciens et Modernes.
Il a encore fait quelques autres Pieces
dans le même genre, qu'il n'a jamais ren-.
du publiques ; il y avoit entr'autres une
Satyre enProse, d'un tour fin et ingenieux,
intitulée: La Promenade de S. Cloud; mais
comme elle étoit écrite contre un Parti-
culier célébre , qui y étoit désigné d'une
maniere à ne pas le méconnoître , il ne
voulut jamais l'imprimer.
Après avoir laissé échaper ces premiers
traits de la vivacité de son esprit , M.
Gueret s'attacha uniquement à sa Profes-
sion , et ne fit plus que des Ouvrages
concernant la Jurisprudence .
M. Gauthier , célébre Avocat au Par-
lement de Paris , étant mort , n'ayant
donné au Public que le premier Tome
de ses Plaidoyers , M. Gueret donna le
second Tome , sur les Mémoires ma-
nuscrits du défunt, qu'il avoit achetés l'an
1669. et auxquels il fut obligé de supléer
beaucoup du sien : il dédia ce Volume à
M. le Pelletier , alors Président aux En-
II.Vol
B-vj
quêtes,
1290 MERCURE DE FRANCE
quêtes , Prevôt des Marchands , depuis
Controlleur Général des Finances et Mi-
nistre d'Etat. Il a mis à la tête de ce Vo
lume une Préface dans laquelle il a fait
l'éloge de M. Gauthier..
Il commença l'an 1672. de concert
avec M. Blondeau , à recueillir les prin-
cipales Décisions de tous les Parlemens
et Cours Superieures du Royaume ,
au Public
2
ils
travaillerent à ce grand Ouvrage , si utile
Sous le Titre de Journal du
Palais , et le dédierent à Jean-Jacques de
Mesmes , Président au Parlement , Pere
"
de Jean Antoine de Mesmes , Premier
Président. Ils continuerent , et en firent
imprimer conjointement dix Volumes
in- 4. jusqu'à la mort de M- Gueret.
Celui- ci a encore augmenté les Arrêts-
Notables du Parlement , recueillis par
M. le Prestre , et réimprimés l'an 1679 .
il y a ajoûté des Notes très- sçavantes ,
et inseré plusieurs Pieces curieuses , en
tr'autres une Dissertation des Coûtu-
mes de France , composée pir Nicolas
Catherinot , Avocat du Roy au Baillia-
ge et Siege Présidial de Bourges , qui
étoit allié de M. le Prestre, M. Catheri
not en fait mention dans une feuille im-
primée , intitulée Le Journal du Parle
ment , dédiée à M. Gueret , dont nous
avons parlé ci-devant..
M..
JUIN.
1737.. 129T
M. Gueret plaida peu , mais il
très
occupé dans le Cabinet et travailla dans
ce genre avec beaucoup de succès. Il étoit
d'un goût excellent et avoit le discerne-
ment fin ; sa Critique étoit toûjours judi-
- cieuse , et sa conversation très agréable.
Il mérite sur tout d'être loüé par l'égalité
d'humeur que l'on vit toujours en lui ,
sans que les occupations sérieuses et pé-
nibles de sa Profession alterassent la
té de son esprit.
gaye.
Il avoit été un des premiers de l'Assem-
blée que l'Abbé d'Aubignac avoit formée
d'Esprits choisis , pour laquelle on de-
manda des Lettres Patentes afin de l'éri-
ger en Acadéinie ; il en fut le Secretaire
tant qu'elle dura , et y prononça entre au-
tres Pieces deux Discours Académiques ,
dont l'un a pour titre l'Orateur, et l'autre
Si l'Empire de l'Eloquence estplus grand que
celui de l'Amour. Ils sont tous deux insé-
rés dans un volume intitulé , Divers
Traités d'Histoire , de Morale et d'Elo-
quence , imprimé chés P. Esclassan , laß
1672.
M. Gueret fut recherché par toutes les
Personnes de mérite qui le connoissoient,
Il se maria en 1677. n'étant encore alors
âgé que de 26. ans Il eut de ce Mariage
trois fils , qui sont actuellement vivans ,
BI. Vol.
sçavoirs
1292 MERCURE DE FRANCE
sçavoir , N. P. Gueret , Curé de S. Paul
à Paris , un autre fils , qui a été Grand-
Vicaire de l'Evêque de Rhodez , et un
autre qui est au Service du Roy. Il mou-
rut le 22. Avril 1688. âgé de 47. ans.
On ne sçauroit assés bien exprimer avec
quel aplaudissement lefournal duPalais de
Mrs Blondeau et Gueret , a été reçû dans
le Public ; aussi ce Journal est il beau-
coup au- dessus de toutes les autres Com-
pilations d'Arrêts. Les deux Auteurs n'y
ont admis que les Décisions des plus il
lustres Tribunaux du Royaume ; ils ont
travaillé sur les Memoires des Avocats
qui avoient plaidé ou écrit, et quelquefois
sur les éclaircissemens et les instructions
que les Juges même leur ont donné. Ils
ont choisi les affaires les plus curieuses
et les plus importantes , les faits y sont
raportés clairement et avec ordre ; indé-
pendamment des moyens allegués par les
Défenseurs des Parties , ils ont eux-mê-
mes travaillé toutes les matieres , et les
questions y sont discutées méthodique-
ment et avec beaucoup d'érudition ; on
y trouve des Arrêts de tous les Parlemens
et autres Cours Superieures du Royau-
me , ils sont rangés suivant l'ordre des
dates ; il y en a seulement quelques - uns
dont les dates ne sont pas si certaines ,
II. Vol.
que
JUIN 1737.
1293
que l'on a mis à la fin du second volume ,
en un mot ce Journal est regardé com-
me un chef d'œuvre en ce genre.
Il y
en a déja eu quatre Editions , toutes qua-
tre faites à Paris. La premiere est en 12.
volumes in 4. dont les dix premiers fu-
rent donnés par Mrs Blondeau et Gueret,
conjointement ; sçavoir , le premier en
1672. le second et le troisiéme en 1673.
le quatrième en 1676. le cinquiéme en
1678. le sixième en 1679. le septième en
1681. le huitiéme en 1682. le neuvième
en 1684. le dixième en 1686. les deux
autres volumes furent donnés par M.
Blondeau seul,après la mort de M.Gueret;
sçavoir , le onzième en 1689. et le dou-
ziéme en 1695.
La seconde Edition de 1701. est en
deux volumes in folio. On y ajoûta trois
Tables , l'une des Questions , la seconde
des Matieres , et la troisiéme des noms
des Parties.
La troisiéme Edition de 1713. est aussi
en deux volumes in folio ; le premier
volume contient les Arrêts intervenus
depuis 1660. jusqu'en 1678. le second
contient les Arrêts intervenus depuis
1679. jusqu'en 1700 .
La quatriéme Edition vient de paroî-
tre au commencement de cette année
II. Vol.
1737.
1294 MERCURE DE FRANCE
1737. elle est aussi en deux volumes in
folio et dans le même ordre que la préce
dente , sans aucun changement.
ARRESTS DE M. AUGEAR D
M. Mathieu Augeard , ancien Avocat
au Parlement , reçû le 26. Novembre
1703. a aussi donné au Public un Jour-
nal de Jurisprudence Françoise , qui est
intitulé, Arrêts Notables des differens Tri-
bunaux du Royaume sur plusieurs Questions
importantes de Droit Civil, de Coûtume, de
Discipline Ecclesiastique et de Droit Public.
Il y en a trois volumes in 4. qu'il a
donnés en differens temps ; le premier
en 1710. le second en 1713. et le troisié--
me en 1718. il n'y en a encore eu que
cette Edition .
Le premier volume contient des Ar
rêts intervenus depuis le 29. Mars 1696.
jusqu'au 5. Juin 1709. Le second com-
mence au 15. Juillet 163 1. et finit au´s.
Août 1710. et le troisiéme commence au
25. Janvier 1650. et finit au 14. Août
1710.
Lorsque ce Recueil d'Arrêts parut , il
servoit de Suplément au Journal des
Audiences et à celui du Palais , parce
qu'il commence à peu près où finissoient
ces deux Journaux.
II Vol
L'ev
JUIN.
1737.
129.5
Le dernier tome du Journal des Au-
diences , que M. Nupied a depuis don-
né au Public , forme un Suplément plus
complet pour ces deux Journaux et par-
ticulierement pour le Journal des Aur
diences. Mais comme ce dernier volume
du Journal des Audiences ne comprend
que des Arrêts du Parlement de Paris
et que le Journal du Palais comprend
des Arrêts de toutes les Cours Souverai-
nes du Royaume , le Recueil de M. Au-
geard , qui comprend aussi des Arrêts de
tous les Parlemens , sert encore à cet
égard de Suplément au Journal du Palais.
Le Recueil d'Arrêts de M. Augeard est
utile et estimé ; il y a néanmoins un dé-
faut dans la disposition de cet Ouvrage,
c'est que l'ordre des dates n'y est observé
que pour chaque volume en particulier,
et non par raport aux trois volumes ,
que dans le second et le troisiéme tome
il y a des Arrêts des mêmes années com-
prises dans le premier , et de même par
raport au second volume , ensorte que
pour y trouver un Arrêt dont la date est
entre les années 1696. et 1709. il faut
le chercher dans les trois volumes , par-
ce que dans tous les trois il y a des Ar-
rêts de ces mêmes années ; ce qui vient
de ce que l'Auteur a donné chaque vo-
11. Vol.
et
lunne
1296 MERCURE DE FRANCE
lume à mesure qu'il a eû de la matiere
pour le former , et que quand il a donné
le second et le troisième , il a repassé sur
les temps compris dans le premier et le
second , parce qu'il avoit retrouvé quel-
ques Arrêts des mêmes années qu'il avoit
déja comprises dans le précedent volume.
Il seroit facile de remedier à cet incon-
venient , en refondant les trois volumes.
ensemble et en rangeant les Arrêts exac-
tement suivant leurs dates , lorsqu'on fe-
ra une nouvelle Edition de cet Ouvrage,
qui le mérite bien.
Fermer
2944
p. 1298-1315
VII. LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. Maillart, ancien Avocat au Parlement, sur quelques Sujets de Litterature.
Début :
Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse et un esprit de curiosité, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VII. LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. Maillart, ancien Avocat au Parlement, sur quelques Sujets de Litterature.
VII. LETTRE de M. D. L. R.
écrite à M. Maillart, ancien Avocat
au Parlement, sur quelques Sujets de
Litterature.
Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse
et un esprit de curiosité,
poussés quelquefois au- delà des bornes ,
II Vol.
for:
JUIN.
1737.
1299 .
font une partie du génie de notre Na-
tion. Les François veulent tout voir ,
tout sçavoir par eux- mêmes , les choses
sur tout qui offrent un grand Spectacle ,
sans s'embarasser du péril , s'il y en a , à
contenter leur curiosité. Jusqu'ici nos
Voyageurs les plus hardis croyoient avoir
beaucoup fait de visiter les principales
Mosquées des grandes Villes de l'Empire
Turc , en prenant les occasions favora-
bles , les précautions nécessaires , dont la
plus indispensable , après la paye de l'In
troducteur , est de ne jamais tenter l'a-
vanture , que lorsque ces Temples sont
déserts,avant ou après le temps de la Prie-
re publique, On sçait ce qui pensa en coû
ter à N. Grelot, Voyageur du Levant des
plusestimables,quand il entreprit de lever
tous les Plans de l'Interieur de sainte So-
phie de Constantinople , et combien il
s'estima heureux d'en être quitte pour
une grêle de coups de Papouches ou Pan-
toufles Turques, et pour un torrent d'in-
jures ; ceremonie avec laquelle il fut re-
reconduit jusqu'à la derniere porte de ce
* Son Livre est intitulé , Relation nouvelle d'un
Voyage de Constantinople , enrichie de Plans , le-
és par l'Auteur , &c. 1. Vol in 4. de 306. pages.
A Paris , chés la veuve de D. Foucault , 1680,
Il est devenu fort rare,
II. Vol.
fameux
1300 MERCURE DE FRANCE
fameux Temple. Il faut lire l'avanture
dans le Livre même , qui est d'ailleurs un
bon Livre.
Mais nous n'avions point encore vû de
François assés hardi , pour ne pas dire
téméraire , pour entreprendre d'entrer
dans le Temple de sainte Sophie , et d'as-
sister à la Priere publique dans une des
plus grandes Solemnités du Mahométis-
me, honorée encore de la présence du G.S.
accompagné de toute sa Cour, &c. C'est
cependant , Monsieur , ce qui est enfin
arrivé , comme vous l'allez voir dans le
Narré qui suit. Je l'ai trouvé parmi les
papiers de feu M. Desroches, qui , com.
me vous sçavez , me sont nouvellement
arrivés de Constantinople. Je n'ai pas be
soin d'autre garant de la vérité du fait ,
étant d'ailleurs déja instruit de ce fait , et
connoissant par moi -même les Acteurs
que je vais mettre sur la Scene. Voici le
Narré en question .
Il y avoit long- temps que nous avions
envie de voir sainte Sophie une des nuits
du Ramazan, Carême des Turcs pendant
qu'on y fait Lakicham Namas , ou la se-
conde Priere du soir. Ce que nous en ra
portoient les Turcs , augmentoit notre
curiosité , et nous n'étions retenus pour
la satisfaire , que par l'impossibilité où
11. Vol.
nous
UIN.
1737.
1301
nous avions été jusqu'ici d'en trouver un
assés hardi pour nous y conduire. Nous
trouvâmes enfin fort heureusement no-
tre fait.Un Jannissaire de nos amis,brave
comme un César , prudent comme un
Ulysse, et sur le tout notre Barbier, s'of-
frit à nous , et nous rendit la chose plus
aisée que nous ne l'avions crû d'abord, en
nous menant souper chés un Grand Sei-
gneur de notre connoissance, qui le prote-
geoit et qui nous donna un homme de
confiance , un Dervich et quatre autres
de ses Gens, afin que nous fussions moins
remarqués dans le nombre.
Après le soupé , et qu'on nous eut don-
né les instructions nécessaires pour faire
la Priere , pour diriger notre marche , en
marchant les pieds cagneux , et pour
quitter , reprendre et porter nos Papou-
ches à l'entrée, à la sortie et pendant que
nous serions dans la Mosquée , nous en
prîmes fort modestement le chemin .
M.... étoit déguisé en habit de Der-
vich , et bien nous en prit. Outre ung
ceinture de cuir
و
relevée d'un gros
bouton de cristal er un prodigieux Čha-
pelet , il affectoit un air de modestie et de
componction qui semble être naturel à
cette espece de Moines. Pour M .... il
avoit caché ses cheveux sous un immense
11. Vol.
Turban
1302 MERCURE DE FRANCE
Turban d'Effendi , et il en avoit pris les
habits ; pour moi , on jugea à ma dé-
marche trop libre que je serois moins
soupçonné , étant habillé en Jannissaire.
Nous nous rendîmes donc en cet équi
page à la Porte de Sainte Sophie.
Il y
avoit ce soir là des Gens du Serrail qui
en défendoient l entrée , parce qu'étant
le dernier Vendredi du Kamazan , et le
Grand Seigneur , et tous les Grands de
l'Empire devant s'y trouver , on y jet-
toit de l'argent au Peuple , de maniere
que le concours y étoit extraordinaire.
Bien nous prit , comme je l'ai déja
dit , que M.... fut habillé en Dervich,
sans cette circonstance nous n'aurions
pas été plus privilegiés que les autres ;
mais comme il étoit à notre tête mar-
motant quelques paroles de l'Alcoran ,
on craignit sans doute de s'attirer la ma-
lediction du Ciel , si on repoussoit un
Dervich si respectable par le sacrifice
qu'il avoit fait à Dieu de sajeunesse. En-
ez , lui dit-on , vous et votre compagnie
dans le Temple de la Sagesse. Le Roy des
Rois est trop juste pour en refuserl'entrée aux
Anges du Seigneur. Il remercia son In-
troducteur en levant les yeux vers le
Ciel, il entra , et nous le suivîmes le plus
modestement qu'il nous fut possible ,
II. Vol.
après
JUIN.
1737.
1303
après avoir quitté nos Papouches à la
Porte ,les avoir prises de la main droite ,
et avoir croisé pardevant nos Pelisses , ou
Robes fourées , de la main gauche.
Nous fumes saisis un instant après
d'admiration et de crainte , car ce ne fut
que lorsque nous nous trouvâmes au mi-
lieu de la Mosquée , exposés à la vûë du
Grand Seigneur , et de tout ce qu'il y a
de plus considerable dans Constantino-
ple , que nous connûmes le peril où no-
tre curiosité nous avoit engagés ; mais
ne pouvant plus reculer , il fallut payer
d'effronterie , et notre Conducteur ayant
commencé de marcher , nous fimes plu-
sieurs tours dans la Mosquée , et dans
les trois Galeries, en quoi, nous nous ex-
posâmes d'autant plus que M..... et
moi , qui n'avions point de moustaches,
étions fort examinés ; nous fûmes ensui-
te nous mettre à genoux les jambes croi-
sées comme les Tailleurs , au milieu de
la Mosquée , où nous eumes le loisir de
satisfaire notre curiosité , et c'est de- là
que je vis les choses que je vais vous ra-
porter.
Le vaste Vaisseau de Sainte Sophie étoit
si fort illuminé qu'il pouvoit y avoir so.
mille Lampions au moins ; mais il n'y
avoit que deux gros Cierges dans le Sanc-
II. Vol.
Ctuaire
1304 MERCURE DE FRANCE
tuaire à côté d'une espece d'Autel, sur
lequel étoit aparamment l'Alcoran , car
j'y vis sur un Pupitre un Livre ouvert ,
écrit à la main , et grand in -folio. La
Chaire du Monfii , ou Premier Ministre
de la Religion , étoit aussi fort illumi
née , et on avoit suspendu vis à vis une
maniere de Lustre dont les Lampions
étoient disposés de maniere qu'ils for-
moient les Caracteres Turcs qui compo-
sent le nom de DIEU. Il y avoit aussi
environ 1000. Tentes , qui contenoient
chacune depuis 3. jusqu'à sept Person-
nes, Elles étoient occupées par des Dé-
vots , entretenus aux dépens de la Mos-
quée , et qui n'en sortoient jamais que
pour des nécessités indispensables. Ils se
relevoient tour à tour pour prier Dieu ;
ce qu'ils faisoient en se dandinant et en
branlant continuellement la tête; ou bien
ils étoient comme ravis en extase ,
en
fixant les yeux sur quelque objer. Outre
ceux-ci , on voyoit encore des Santons
ou especes d'Hermites , distribués en dif-
ferens Endroits , et qui rencherissent par
la bizarrerie de leu.s habits , ou par l'ex-
travagance de leurs postures , sur nos
Arlequins Ici , l'un écumoit à force d'a-
voir prononcé avec vehemence , et du
fond de la poitrine, le mot Allah , DIEU.
11. Vol,
Là
JUIN.
1737.
1305
Là, on en voyoit un autre qui , les bras
aussi étendus qu'il pouvoit , regardoit
vers le Ciel d'un oeil menaçant. Ailleurs,
l'un avoit la tête baissée , les bras croisés
sur sa poitrine , et la vûë fixée à terre ;
Plus loin , un autre apuyé contre une
colonne ,s'occupoit à baiser humblement
les pieds et le bas de la Robe de ceux qui
passoient. Enfin il y avoit tant de pos-
tures et d'attitudes differentes , qu'il fau-
droit un Livre entier pour en décrire la´
varieté et le ridicule , ou pour mieux di-
re , il faut les voit pour s'en faire une
juste idée.
Mais le moment de la Priere étant ve-
nu , le Moufti , du haut de sa Chaire
fut le premier à la commencer. Le Grand
Seigneur , accompagné du Selictar , ou
Grand Ecuyer , du Kislar Agassi , Chef
des Eunuques noirs , et du Kapon Agas-
si, Chef des Eunuques blancs, le suivit,
et tout le Monde se prépara a l'imiter.
Ensuite de quoi un cri terrible de toute
l'Assemblée , qui fit retentir la voûte, et
nous surprit d'autant plus que nous n'y
étions pas préparés , en annonça le com-
mencement.
Alors nous mîmes en pratique les le-
çons qu'on nous avoit données , et nous
nous en acquitâmes si bien , que ceux
11, Vol.
Cap 15
'qu'
11300
qui nous avoient peut-être soupçonnés
de n'être point Turcs , s'en repentirent
interieurement , et quelques-uns même
sortirent de la Mosquée pour s'aller pur-
ger par une ablution du peché , qu'ils
croyoient avoir commis , par ce doute ;
du moins un Effendi , ou Homme de
Loy , à qui nous en avons parlé depuis ,
nous a-t-il confirmés dans cette pensée,
Mais comme nous étions dans le fort
et dans la chaleur de la Priere , que nous
nous prosternions plusieurs fois à terre
nous relevant toujours la face tournée
vers l'Orient , tant de mouvemens , qui
tenoient un peu de la convulsion , firent
délier la Sesse du Turban de M....
il y porta d'abord les mains pour la ra-
commoder , mais tous les differens tours
qu'il faut faire avec cette Mousseline
l'embarassant , il n'en put venir à bout.
D'un autre côté nous n'osions interom-
pre notre prétendue Priere pour l'aider ,
ce qui nous jettoit dans une situation ter-
rible , aprehendant toujours que ses che-
veux , en se découvrant, ne nous décou-
vrissent aussi.Heureusement un Homme
de Loy , qui étoit derriere lui , nous tira
de cet embaras , en la lui racommodant
charitablement. La Sesse est une piece de
Mousseline qui forme le Turban par ses
differens tours &c.
Echapés
JUIN 1737.
1307
Echapés que nous fumes de ce danger,
nous en courûmes un bien plus grand.
Ce fut en sortant de la Mosquée , que
le Grand Visir , sans autre suite que cel-
de quatre Hassekis , ou Chefs d'une Bri
gade de Bostangis , dont deux portoient
de grands fanaux , se trouva , sans que
personne s'en fût aperçu , au milieu de
nous. Cet aspect nous troubla ; les Turcs
même , qui étoient avec nous , en furent
effrayés ; et , pour dire la verité , nous
ne faisions pas trop bonne contenance
lorsque le Grand Visir fit arrêter ses Gens,
et après nous avoir examiné des pieds
jusqu'à la tête ' , mais particulierement
M.... il demanda tout haut à un de
ceux qui le suivoient , s'il ne connoissoit
pas ce Dervich ? Celui- ci lui ayant ré-
pondu que non : Sifait bien moi , repli-
qua le Visir , je le connois , et sa phisiono-
mie ne me trompe pas. Après quoi il con
tinua son chemin , et nous gagnâmes
au plus vite une des Portes de la Mos-
quée.
Le dessein qué nous avions d'abord
projetté d'aller à celle de Sultan Achmet,
n'eut point lieu. Nous étions trop allar-
més pour affronter de nouveaux dangers ;
nous sortimes donc de Sainte Sophie ,
dans la resolution de nous en retourner,
11. Vol.
Cij
et
1308 MERCURE DE FRANCE
et pour cet effet nous prîmes le chemin
de l'Echelle de Bakché Kapoussi, ou Por-
te du Jardin , mais nous n'étions pas
quittes de toutes nos frayeurs. Des Bos-
tangis , Gardes des Maisons Royales
,
que nous trouvions dans tous les coins
des rues où nous passions , et qui nous
suivcient , en observant nos démarches,
les augmentelent. Nous doublâmes pour-
tant si bien le pas , que nous gagnâmes
P'Echelle,et nous nous embarquâmes tous
dans un même Caïque , sans que person-
ne y mit aucune oposition . Nous ordon-
nâmes à nos Bâteliers de nous conduire
à Tophana , ou à l'Arsenal , et nous
étions prêts d'aborder à cette derniere
Echelle , lorsqu'un Bâteau de 7. paires
de rames vint sur nous. Nous n'avions
pas encore eu le temps de nous recon-
noître qu'il nous aborda , et deux Per-
sonnes , l'une desquelles étoit le Reïs, ou
Patron du Bâteau du Grand Visir , et
l'autre un Eunuque de ce Ministre , sau-
terent dans notre Caïque , et penserent
le renverser. Nous ne sçavions ce qu'ils
vouloient , ni de la part de qui ils ve-
noient , mais comme nous étions abîmés
dans nos réflexions , et que nous crai-
gnions d'ailleurs de nous découvrir , si
nous parlions, personne n'en cut le cou
II. Vol.
rage
JUIN.
1737.
tage, et nous les laissâmes faire.
coup d'attention , Mrs ...
1309
Ils examinerent d'abord , avec beau-
mais
quand ils furent venus à moi , ( c'est jus-
tement , dirent-ils , l'Homme que nous
cherchons. ) Comment , Coquin , con-
tinuerent- ils , mener des Femmes dégui-
sées , et en temps de Ramazan , allons ,
il faut venir chés le Grand Visir. A ce
mot de Femmes , qui nous fit connoître
qu'on nous prenoit pour des Turcs ,
nous fumes tout rassurés. Nos Turcs ce-
pendant y regardant de plus près , et
voyant bien que je n'avois point de che-
veux , mais bien du poil au menton
nous firent des excuses de leur méprise ,
et s'en retournerent heureusement pour
eux , car il étoit déja accouru plus de
·500. Topdgis , ou Canoniers , à l'Echelle
de Tophana , qui se seroient jettés à la
la Mer pour nous secourir à la moindre
insulte qu'on nous auroit faire , nous
prenant pour être de leurs Camarades ,
parce que l'Homme de confiance que
nous avions avec nous, et dont ils avoient.
entendu la voix , étoit effectivement un
de leurs Officiers ; ce fut- là , Dieu mer
ci, le dernier des perils que nous coûtu-
mes; nous mîmes pied à terre,et nous nous
retirâmes sains et saufs chacun chés soi ,
II. Vol.
Ciiij
bien
1310 MERCURE DE FRANCE
blen-heureux d'en avoir été quittes pour
la peur, car si on nous eut reconnu quand
nous étions dans Sainte Sophie , ou la
Populace nous auroit assommés sur le
champ , ou si nous étions échapés de ses
mains , il n'y avoit toujours qu'à choisir,
ou de perdre la tête , ou de se faire
Mahometan .
La réflexion qu'il est naturel de faire
sur les differens dangers que nous cou-
rumes , c'est que le Grand Visir
qui
reconnut sans doute M..... comme
ayant été un Drogman , ou Interprete ,
fort employé sous M. le Marquis de …… .
voulut seulement lui faire peur , lors-
qu'il dit tout haut qu'il le connoissoit
bien ; et qu'il passa outre ; et que les
Bostangis , que nous trouvions dans les
ruës , et qui nous examinoient tant ,
avoient effectivement été postés pour em
pêcher qu'il ne se glissât des Femmes dé-
guisées dans la Mosquée , comme cela
arrive quelquefois; et qu'ils ne nous sui-
virent que parce qu'à notre démarche
embarassée , ils crurent qu'il y en avoit
parmi nous , ce qui les engagea à en-
voyer un Caïque après le nôtre , pour
éclaircir leurs soupçons.
A ce recit, qui ne vous aura sans dou
te point ennuyé, trouvez bon, Monsieur,
II. Vol..
que
JUIN.
1737
1312
que j'ajoûte deux ou trois Observations,
La premiere est que M. Desroches n'é-
toit point de cette Partie , et qu'il n'y a
eu d'autre part que celle de la Narration
abregée , et mise dans le stile que vous
venez de voir , d'après un Mémoire plus
ample donné par ces Messieurs.
Ces derniers risquerent assurément
beaucoup , mais ils étoient jeunes , et
curieux. On doit dans la rencontre du
Grand Visir considerer particulierement
la bonté , ou plûtôt la prudence et la po-
litique de ce Premier Ministre , qui re
connut aisément une Personne qu'il
voyoit souvent dans son Palais , mais qui
aima mieux dissimuler que de faire une
affaire d'éclat et de Religion' , dont les
suites pouvoient être fâcheuses , & c.
Passons à un autre sujet.Vous sçavez,
par ma derniere lettre , que sous l'Am-
bassade du Vicomte d'Andrezel , Mon-
sieur Desroches fut chargé d'une Com-
mission importante pour l'Echelle de Sa
lonique , et que cette Ville , autrefois cé-
lebre sous le nom de Tessalonique , est
encore la Capitale de toute la Macedoi-
ne. Notre Ami , en partant de Constan-
tinople , s'étoit bien proposé de profiter
de l'occasion , pour parcourir toute cette
grande Province , à l'avantage de la Lit-
II. Vola
Cv terature,
1312 MERCURE DE FRANCE
terature , et sur tout de l'Antiquariat.
C'est ce qu'il me paroît avoir très bien
execute;car dans le triage et dans l'arran-
gement que j'ai faitde ses Papiers j'ai trou
vé de quoi remplir un Porte- feüille en-
tier de toutes sesObservations &c, surSa
lonique et la Macedoine. J'ai mis à la tête
de tout ce Recueil le Passeport original ,
écrit en Turc du Pacha , Gouverneur de
la Province , qui étoit alors à Constanti-
Rople , et dont M. D. R. trouva à pro-
pos de se munir avant son départ. Com-
me cette Piece peut avoir sa curiosité , et
que je présume que vous n'en avez pas
encore vû de cette espece , en voici une
Traduction exacte:
PASSE PORT du Pacha
de Salonique.
A tous les Docteurs, Grands Etendars
de la Loy, Modeles des Vertus, Seigneurs
Cadis , qui sont en Charge depuis le
Seuil de Félicité jusqu'à Salonique, que
vos vertus soyent multipliées , et vous
la gloire et l'ornement de vos égaux ; les
Commandans des Janissaires , Grands
Officiers des Provinces , et Autres qu'il
apartiendra , qui sont sur la même rou-
te que vos Dignités soyent augmentées..
2
La Cour du Grand Seigneur.
Iilt Vol..
Nous
JUIN.
1737
7313'
Nous vous faisons sçavoir que le Gentil-
homme , Porteur de ce present Ordre ,
nommé Pierre Desroches , l'un des Offi-
Hers de l'Ambassadeur de Francé au même
Seüil de Félicité, étant obligé d'aller à Sa-
lonique pour quelques affaires,après la fin
desquelles il doit revenir ici , ledit Ordre:
lui a été expedié, afin que, lorsqu'il vous
sera presenté,vous aportiez tous vos soins'
à empêcher quesur toute la route, tant en
allant qu'en revenant , personne ne l'in-
quiete ; ni le fasse inquieter, qu'il fut soit
au contraire donné toute liberté d'aller et
de venir en sûreté , ainsi qu'aux trois
Domestiques qui sont à sa suite , et au
Janissaire qui l'accompagne pour sa gare
de. C'est ce que nous esperons de vos.
soins et de vos attentions , qui doivent
contribuer à son heureux voyage. Don-
né le 26. de la Lune de Rebiuleuvel , l'An
1139. C'est-à- dire le zo . Novembre 1726.
Les mots suivans sont écrits dans le
Sceau du Pacha , qui se nomme Maho
met, dont l'empreinte est sur l'Origi
nal : Vous êtes le Dispensateur des secours
que vous accordez à Mahomet dans son
Etat et dans le temps.
Je finirai ma Lettre par un échantil-
lon de la curiosité et de la sagacité de
M. Desroches , en raportant ici l'une des
II. Vol
Cvj
Inscrip
1314 MERCURE DE FRANCE
Inscriptions Grecques qu'il a recueillies
dans ce voyage , telle que je la trouve en
ouvrant au hazard le Porte - feuille en
question , accompagnée d'un petit Cont
mentaire de sa façon.
ΠΟΛΕΙΤΑΡΧΟΥΝΤΩΝ, ΣΩΣΙΠΑΤΡΟΥ,
ΤΟΥ , ΚΛΕΟΠΑΤΡΑΣ , ΚΑΙ , ΛΟΥΚΙΟΥ,
ΠΟΝΤΙΟΥ , ΣΕΚΟ ΔΟΥΙΟΥ , ΑΥΟΥ ,
ΛΟΥΙΟΝ , ΣΑΒΕΙΝΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ
ΤΟΥ , ΦΑΥΣΤΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ , ΤΟΥ
ΝΕΙΚΟΠΟΛΕΟΣ , ΖΟΛΟΥ ΤΟΥ , ΠΑΡΜΕ
,
ΝΙΟΝΟΣ, ΤΟΥ , ΚΑΙΜΕΝΙΣΚΟΥ, ΓΑΛΟΥ ,
ΑΤΙΛΛΗΙΟΥ , ΠΟΤΕΙΤΟΥ , ΤΑΜΙΟΥ ,
ΤΗΣ,ΠΟΛΕΟΣ, ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ ΑΜΜΙΑΣ ,
ΤΟΥ , ΚΑΙΡΙΛΟΥ , ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝ
ΤΟΣ , ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ , ΚΑΙ ΡΗΓΛΟΥ .
En entrant à Salonique par la Porte
du Verdar, ) c'est M. Desroches qui par
le ) on trouve à droite sur le Jambage
de la seconde Porte , car il y en a deux ,
une grande Pierre avec l'Inscription cy-
dessus , à laquelle il ne manquoit rien ,.
du moins à ce qu'il m'a paru , et que j'at
copiée lettre pour lettre , et ligne pour
ligne. Cette Inscription ne contenant
presque que des noms propres , il est
difficile d'en tirer un sens bien clair :
mais ce que je vais ajoûter servira peut-
être à fonder quelques conjectures. Sur .
II. Vol .
BAG
JUIN
1737.
1315
une autre Pierre de ce même Jambage ,
du côté qui est en face quand on entre
›
il y a unCheval qu'un jeune Garçon tient
par la bride , et un Homme debout qui
paroît s'apuyer du dos contre ce Cheval:
.
et sur l'autre Jambage de cette Porte il
y a précisément les mêmes figures posées
en symétrie, à la même hauteur ; c'est
à - dire , environ à trois pieds de terre :
et toutes ces Figures , quoique mutilées,
font encore voir qu'elles ne sont pas sor-
ties d'une mauvaise main. Peut être y
avoit il autrefois à cette Porte , ou aux
environs , quelque Place , où quelque-
Lieu pour l'exercice des Chevaux com-
me le mot de ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝΤΟΣ
semble l'insinuer , et que tous ceux dont
les noms sont cités dans cette Inscrip
tion s'y étoient distingués , & c.
Je suis , Monsieur , & c.
écrite à M. Maillart, ancien Avocat
au Parlement, sur quelques Sujets de
Litterature.
Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse
et un esprit de curiosité,
poussés quelquefois au- delà des bornes ,
II Vol.
for:
JUIN.
1737.
1299 .
font une partie du génie de notre Na-
tion. Les François veulent tout voir ,
tout sçavoir par eux- mêmes , les choses
sur tout qui offrent un grand Spectacle ,
sans s'embarasser du péril , s'il y en a , à
contenter leur curiosité. Jusqu'ici nos
Voyageurs les plus hardis croyoient avoir
beaucoup fait de visiter les principales
Mosquées des grandes Villes de l'Empire
Turc , en prenant les occasions favora-
bles , les précautions nécessaires , dont la
plus indispensable , après la paye de l'In
troducteur , est de ne jamais tenter l'a-
vanture , que lorsque ces Temples sont
déserts,avant ou après le temps de la Prie-
re publique, On sçait ce qui pensa en coû
ter à N. Grelot, Voyageur du Levant des
plusestimables,quand il entreprit de lever
tous les Plans de l'Interieur de sainte So-
phie de Constantinople , et combien il
s'estima heureux d'en être quitte pour
une grêle de coups de Papouches ou Pan-
toufles Turques, et pour un torrent d'in-
jures ; ceremonie avec laquelle il fut re-
reconduit jusqu'à la derniere porte de ce
* Son Livre est intitulé , Relation nouvelle d'un
Voyage de Constantinople , enrichie de Plans , le-
és par l'Auteur , &c. 1. Vol in 4. de 306. pages.
A Paris , chés la veuve de D. Foucault , 1680,
Il est devenu fort rare,
II. Vol.
fameux
1300 MERCURE DE FRANCE
fameux Temple. Il faut lire l'avanture
dans le Livre même , qui est d'ailleurs un
bon Livre.
Mais nous n'avions point encore vû de
François assés hardi , pour ne pas dire
téméraire , pour entreprendre d'entrer
dans le Temple de sainte Sophie , et d'as-
sister à la Priere publique dans une des
plus grandes Solemnités du Mahométis-
me, honorée encore de la présence du G.S.
accompagné de toute sa Cour, &c. C'est
cependant , Monsieur , ce qui est enfin
arrivé , comme vous l'allez voir dans le
Narré qui suit. Je l'ai trouvé parmi les
papiers de feu M. Desroches, qui , com.
me vous sçavez , me sont nouvellement
arrivés de Constantinople. Je n'ai pas be
soin d'autre garant de la vérité du fait ,
étant d'ailleurs déja instruit de ce fait , et
connoissant par moi -même les Acteurs
que je vais mettre sur la Scene. Voici le
Narré en question .
Il y avoit long- temps que nous avions
envie de voir sainte Sophie une des nuits
du Ramazan, Carême des Turcs pendant
qu'on y fait Lakicham Namas , ou la se-
conde Priere du soir. Ce que nous en ra
portoient les Turcs , augmentoit notre
curiosité , et nous n'étions retenus pour
la satisfaire , que par l'impossibilité où
11. Vol.
nous
UIN.
1737.
1301
nous avions été jusqu'ici d'en trouver un
assés hardi pour nous y conduire. Nous
trouvâmes enfin fort heureusement no-
tre fait.Un Jannissaire de nos amis,brave
comme un César , prudent comme un
Ulysse, et sur le tout notre Barbier, s'of-
frit à nous , et nous rendit la chose plus
aisée que nous ne l'avions crû d'abord, en
nous menant souper chés un Grand Sei-
gneur de notre connoissance, qui le prote-
geoit et qui nous donna un homme de
confiance , un Dervich et quatre autres
de ses Gens, afin que nous fussions moins
remarqués dans le nombre.
Après le soupé , et qu'on nous eut don-
né les instructions nécessaires pour faire
la Priere , pour diriger notre marche , en
marchant les pieds cagneux , et pour
quitter , reprendre et porter nos Papou-
ches à l'entrée, à la sortie et pendant que
nous serions dans la Mosquée , nous en
prîmes fort modestement le chemin .
M.... étoit déguisé en habit de Der-
vich , et bien nous en prit. Outre ung
ceinture de cuir
و
relevée d'un gros
bouton de cristal er un prodigieux Čha-
pelet , il affectoit un air de modestie et de
componction qui semble être naturel à
cette espece de Moines. Pour M .... il
avoit caché ses cheveux sous un immense
11. Vol.
Turban
1302 MERCURE DE FRANCE
Turban d'Effendi , et il en avoit pris les
habits ; pour moi , on jugea à ma dé-
marche trop libre que je serois moins
soupçonné , étant habillé en Jannissaire.
Nous nous rendîmes donc en cet équi
page à la Porte de Sainte Sophie.
Il y
avoit ce soir là des Gens du Serrail qui
en défendoient l entrée , parce qu'étant
le dernier Vendredi du Kamazan , et le
Grand Seigneur , et tous les Grands de
l'Empire devant s'y trouver , on y jet-
toit de l'argent au Peuple , de maniere
que le concours y étoit extraordinaire.
Bien nous prit , comme je l'ai déja
dit , que M.... fut habillé en Dervich,
sans cette circonstance nous n'aurions
pas été plus privilegiés que les autres ;
mais comme il étoit à notre tête mar-
motant quelques paroles de l'Alcoran ,
on craignit sans doute de s'attirer la ma-
lediction du Ciel , si on repoussoit un
Dervich si respectable par le sacrifice
qu'il avoit fait à Dieu de sajeunesse. En-
ez , lui dit-on , vous et votre compagnie
dans le Temple de la Sagesse. Le Roy des
Rois est trop juste pour en refuserl'entrée aux
Anges du Seigneur. Il remercia son In-
troducteur en levant les yeux vers le
Ciel, il entra , et nous le suivîmes le plus
modestement qu'il nous fut possible ,
II. Vol.
après
JUIN.
1737.
1303
après avoir quitté nos Papouches à la
Porte ,les avoir prises de la main droite ,
et avoir croisé pardevant nos Pelisses , ou
Robes fourées , de la main gauche.
Nous fumes saisis un instant après
d'admiration et de crainte , car ce ne fut
que lorsque nous nous trouvâmes au mi-
lieu de la Mosquée , exposés à la vûë du
Grand Seigneur , et de tout ce qu'il y a
de plus considerable dans Constantino-
ple , que nous connûmes le peril où no-
tre curiosité nous avoit engagés ; mais
ne pouvant plus reculer , il fallut payer
d'effronterie , et notre Conducteur ayant
commencé de marcher , nous fimes plu-
sieurs tours dans la Mosquée , et dans
les trois Galeries, en quoi, nous nous ex-
posâmes d'autant plus que M..... et
moi , qui n'avions point de moustaches,
étions fort examinés ; nous fûmes ensui-
te nous mettre à genoux les jambes croi-
sées comme les Tailleurs , au milieu de
la Mosquée , où nous eumes le loisir de
satisfaire notre curiosité , et c'est de- là
que je vis les choses que je vais vous ra-
porter.
Le vaste Vaisseau de Sainte Sophie étoit
si fort illuminé qu'il pouvoit y avoir so.
mille Lampions au moins ; mais il n'y
avoit que deux gros Cierges dans le Sanc-
II. Vol.
Ctuaire
1304 MERCURE DE FRANCE
tuaire à côté d'une espece d'Autel, sur
lequel étoit aparamment l'Alcoran , car
j'y vis sur un Pupitre un Livre ouvert ,
écrit à la main , et grand in -folio. La
Chaire du Monfii , ou Premier Ministre
de la Religion , étoit aussi fort illumi
née , et on avoit suspendu vis à vis une
maniere de Lustre dont les Lampions
étoient disposés de maniere qu'ils for-
moient les Caracteres Turcs qui compo-
sent le nom de DIEU. Il y avoit aussi
environ 1000. Tentes , qui contenoient
chacune depuis 3. jusqu'à sept Person-
nes, Elles étoient occupées par des Dé-
vots , entretenus aux dépens de la Mos-
quée , et qui n'en sortoient jamais que
pour des nécessités indispensables. Ils se
relevoient tour à tour pour prier Dieu ;
ce qu'ils faisoient en se dandinant et en
branlant continuellement la tête; ou bien
ils étoient comme ravis en extase ,
en
fixant les yeux sur quelque objer. Outre
ceux-ci , on voyoit encore des Santons
ou especes d'Hermites , distribués en dif-
ferens Endroits , et qui rencherissent par
la bizarrerie de leu.s habits , ou par l'ex-
travagance de leurs postures , sur nos
Arlequins Ici , l'un écumoit à force d'a-
voir prononcé avec vehemence , et du
fond de la poitrine, le mot Allah , DIEU.
11. Vol,
Là
JUIN.
1737.
1305
Là, on en voyoit un autre qui , les bras
aussi étendus qu'il pouvoit , regardoit
vers le Ciel d'un oeil menaçant. Ailleurs,
l'un avoit la tête baissée , les bras croisés
sur sa poitrine , et la vûë fixée à terre ;
Plus loin , un autre apuyé contre une
colonne ,s'occupoit à baiser humblement
les pieds et le bas de la Robe de ceux qui
passoient. Enfin il y avoit tant de pos-
tures et d'attitudes differentes , qu'il fau-
droit un Livre entier pour en décrire la´
varieté et le ridicule , ou pour mieux di-
re , il faut les voit pour s'en faire une
juste idée.
Mais le moment de la Priere étant ve-
nu , le Moufti , du haut de sa Chaire
fut le premier à la commencer. Le Grand
Seigneur , accompagné du Selictar , ou
Grand Ecuyer , du Kislar Agassi , Chef
des Eunuques noirs , et du Kapon Agas-
si, Chef des Eunuques blancs, le suivit,
et tout le Monde se prépara a l'imiter.
Ensuite de quoi un cri terrible de toute
l'Assemblée , qui fit retentir la voûte, et
nous surprit d'autant plus que nous n'y
étions pas préparés , en annonça le com-
mencement.
Alors nous mîmes en pratique les le-
çons qu'on nous avoit données , et nous
nous en acquitâmes si bien , que ceux
11, Vol.
Cap 15
'qu'
11300
qui nous avoient peut-être soupçonnés
de n'être point Turcs , s'en repentirent
interieurement , et quelques-uns même
sortirent de la Mosquée pour s'aller pur-
ger par une ablution du peché , qu'ils
croyoient avoir commis , par ce doute ;
du moins un Effendi , ou Homme de
Loy , à qui nous en avons parlé depuis ,
nous a-t-il confirmés dans cette pensée,
Mais comme nous étions dans le fort
et dans la chaleur de la Priere , que nous
nous prosternions plusieurs fois à terre
nous relevant toujours la face tournée
vers l'Orient , tant de mouvemens , qui
tenoient un peu de la convulsion , firent
délier la Sesse du Turban de M....
il y porta d'abord les mains pour la ra-
commoder , mais tous les differens tours
qu'il faut faire avec cette Mousseline
l'embarassant , il n'en put venir à bout.
D'un autre côté nous n'osions interom-
pre notre prétendue Priere pour l'aider ,
ce qui nous jettoit dans une situation ter-
rible , aprehendant toujours que ses che-
veux , en se découvrant, ne nous décou-
vrissent aussi.Heureusement un Homme
de Loy , qui étoit derriere lui , nous tira
de cet embaras , en la lui racommodant
charitablement. La Sesse est une piece de
Mousseline qui forme le Turban par ses
differens tours &c.
Echapés
JUIN 1737.
1307
Echapés que nous fumes de ce danger,
nous en courûmes un bien plus grand.
Ce fut en sortant de la Mosquée , que
le Grand Visir , sans autre suite que cel-
de quatre Hassekis , ou Chefs d'une Bri
gade de Bostangis , dont deux portoient
de grands fanaux , se trouva , sans que
personne s'en fût aperçu , au milieu de
nous. Cet aspect nous troubla ; les Turcs
même , qui étoient avec nous , en furent
effrayés ; et , pour dire la verité , nous
ne faisions pas trop bonne contenance
lorsque le Grand Visir fit arrêter ses Gens,
et après nous avoir examiné des pieds
jusqu'à la tête ' , mais particulierement
M.... il demanda tout haut à un de
ceux qui le suivoient , s'il ne connoissoit
pas ce Dervich ? Celui- ci lui ayant ré-
pondu que non : Sifait bien moi , repli-
qua le Visir , je le connois , et sa phisiono-
mie ne me trompe pas. Après quoi il con
tinua son chemin , et nous gagnâmes
au plus vite une des Portes de la Mos-
quée.
Le dessein qué nous avions d'abord
projetté d'aller à celle de Sultan Achmet,
n'eut point lieu. Nous étions trop allar-
més pour affronter de nouveaux dangers ;
nous sortimes donc de Sainte Sophie ,
dans la resolution de nous en retourner,
11. Vol.
Cij
et
1308 MERCURE DE FRANCE
et pour cet effet nous prîmes le chemin
de l'Echelle de Bakché Kapoussi, ou Por-
te du Jardin , mais nous n'étions pas
quittes de toutes nos frayeurs. Des Bos-
tangis , Gardes des Maisons Royales
,
que nous trouvions dans tous les coins
des rues où nous passions , et qui nous
suivcient , en observant nos démarches,
les augmentelent. Nous doublâmes pour-
tant si bien le pas , que nous gagnâmes
P'Echelle,et nous nous embarquâmes tous
dans un même Caïque , sans que person-
ne y mit aucune oposition . Nous ordon-
nâmes à nos Bâteliers de nous conduire
à Tophana , ou à l'Arsenal , et nous
étions prêts d'aborder à cette derniere
Echelle , lorsqu'un Bâteau de 7. paires
de rames vint sur nous. Nous n'avions
pas encore eu le temps de nous recon-
noître qu'il nous aborda , et deux Per-
sonnes , l'une desquelles étoit le Reïs, ou
Patron du Bâteau du Grand Visir , et
l'autre un Eunuque de ce Ministre , sau-
terent dans notre Caïque , et penserent
le renverser. Nous ne sçavions ce qu'ils
vouloient , ni de la part de qui ils ve-
noient , mais comme nous étions abîmés
dans nos réflexions , et que nous crai-
gnions d'ailleurs de nous découvrir , si
nous parlions, personne n'en cut le cou
II. Vol.
rage
JUIN.
1737.
tage, et nous les laissâmes faire.
coup d'attention , Mrs ...
1309
Ils examinerent d'abord , avec beau-
mais
quand ils furent venus à moi , ( c'est jus-
tement , dirent-ils , l'Homme que nous
cherchons. ) Comment , Coquin , con-
tinuerent- ils , mener des Femmes dégui-
sées , et en temps de Ramazan , allons ,
il faut venir chés le Grand Visir. A ce
mot de Femmes , qui nous fit connoître
qu'on nous prenoit pour des Turcs ,
nous fumes tout rassurés. Nos Turcs ce-
pendant y regardant de plus près , et
voyant bien que je n'avois point de che-
veux , mais bien du poil au menton
nous firent des excuses de leur méprise ,
et s'en retournerent heureusement pour
eux , car il étoit déja accouru plus de
·500. Topdgis , ou Canoniers , à l'Echelle
de Tophana , qui se seroient jettés à la
la Mer pour nous secourir à la moindre
insulte qu'on nous auroit faire , nous
prenant pour être de leurs Camarades ,
parce que l'Homme de confiance que
nous avions avec nous, et dont ils avoient.
entendu la voix , étoit effectivement un
de leurs Officiers ; ce fut- là , Dieu mer
ci, le dernier des perils que nous coûtu-
mes; nous mîmes pied à terre,et nous nous
retirâmes sains et saufs chacun chés soi ,
II. Vol.
Ciiij
bien
1310 MERCURE DE FRANCE
blen-heureux d'en avoir été quittes pour
la peur, car si on nous eut reconnu quand
nous étions dans Sainte Sophie , ou la
Populace nous auroit assommés sur le
champ , ou si nous étions échapés de ses
mains , il n'y avoit toujours qu'à choisir,
ou de perdre la tête , ou de se faire
Mahometan .
La réflexion qu'il est naturel de faire
sur les differens dangers que nous cou-
rumes , c'est que le Grand Visir
qui
reconnut sans doute M..... comme
ayant été un Drogman , ou Interprete ,
fort employé sous M. le Marquis de …… .
voulut seulement lui faire peur , lors-
qu'il dit tout haut qu'il le connoissoit
bien ; et qu'il passa outre ; et que les
Bostangis , que nous trouvions dans les
ruës , et qui nous examinoient tant ,
avoient effectivement été postés pour em
pêcher qu'il ne se glissât des Femmes dé-
guisées dans la Mosquée , comme cela
arrive quelquefois; et qu'ils ne nous sui-
virent que parce qu'à notre démarche
embarassée , ils crurent qu'il y en avoit
parmi nous , ce qui les engagea à en-
voyer un Caïque après le nôtre , pour
éclaircir leurs soupçons.
A ce recit, qui ne vous aura sans dou
te point ennuyé, trouvez bon, Monsieur,
II. Vol..
que
JUIN.
1737
1312
que j'ajoûte deux ou trois Observations,
La premiere est que M. Desroches n'é-
toit point de cette Partie , et qu'il n'y a
eu d'autre part que celle de la Narration
abregée , et mise dans le stile que vous
venez de voir , d'après un Mémoire plus
ample donné par ces Messieurs.
Ces derniers risquerent assurément
beaucoup , mais ils étoient jeunes , et
curieux. On doit dans la rencontre du
Grand Visir considerer particulierement
la bonté , ou plûtôt la prudence et la po-
litique de ce Premier Ministre , qui re
connut aisément une Personne qu'il
voyoit souvent dans son Palais , mais qui
aima mieux dissimuler que de faire une
affaire d'éclat et de Religion' , dont les
suites pouvoient être fâcheuses , & c.
Passons à un autre sujet.Vous sçavez,
par ma derniere lettre , que sous l'Am-
bassade du Vicomte d'Andrezel , Mon-
sieur Desroches fut chargé d'une Com-
mission importante pour l'Echelle de Sa
lonique , et que cette Ville , autrefois cé-
lebre sous le nom de Tessalonique , est
encore la Capitale de toute la Macedoi-
ne. Notre Ami , en partant de Constan-
tinople , s'étoit bien proposé de profiter
de l'occasion , pour parcourir toute cette
grande Province , à l'avantage de la Lit-
II. Vola
Cv terature,
1312 MERCURE DE FRANCE
terature , et sur tout de l'Antiquariat.
C'est ce qu'il me paroît avoir très bien
execute;car dans le triage et dans l'arran-
gement que j'ai faitde ses Papiers j'ai trou
vé de quoi remplir un Porte- feüille en-
tier de toutes sesObservations &c, surSa
lonique et la Macedoine. J'ai mis à la tête
de tout ce Recueil le Passeport original ,
écrit en Turc du Pacha , Gouverneur de
la Province , qui étoit alors à Constanti-
Rople , et dont M. D. R. trouva à pro-
pos de se munir avant son départ. Com-
me cette Piece peut avoir sa curiosité , et
que je présume que vous n'en avez pas
encore vû de cette espece , en voici une
Traduction exacte:
PASSE PORT du Pacha
de Salonique.
A tous les Docteurs, Grands Etendars
de la Loy, Modeles des Vertus, Seigneurs
Cadis , qui sont en Charge depuis le
Seuil de Félicité jusqu'à Salonique, que
vos vertus soyent multipliées , et vous
la gloire et l'ornement de vos égaux ; les
Commandans des Janissaires , Grands
Officiers des Provinces , et Autres qu'il
apartiendra , qui sont sur la même rou-
te que vos Dignités soyent augmentées..
2
La Cour du Grand Seigneur.
Iilt Vol..
Nous
JUIN.
1737
7313'
Nous vous faisons sçavoir que le Gentil-
homme , Porteur de ce present Ordre ,
nommé Pierre Desroches , l'un des Offi-
Hers de l'Ambassadeur de Francé au même
Seüil de Félicité, étant obligé d'aller à Sa-
lonique pour quelques affaires,après la fin
desquelles il doit revenir ici , ledit Ordre:
lui a été expedié, afin que, lorsqu'il vous
sera presenté,vous aportiez tous vos soins'
à empêcher quesur toute la route, tant en
allant qu'en revenant , personne ne l'in-
quiete ; ni le fasse inquieter, qu'il fut soit
au contraire donné toute liberté d'aller et
de venir en sûreté , ainsi qu'aux trois
Domestiques qui sont à sa suite , et au
Janissaire qui l'accompagne pour sa gare
de. C'est ce que nous esperons de vos.
soins et de vos attentions , qui doivent
contribuer à son heureux voyage. Don-
né le 26. de la Lune de Rebiuleuvel , l'An
1139. C'est-à- dire le zo . Novembre 1726.
Les mots suivans sont écrits dans le
Sceau du Pacha , qui se nomme Maho
met, dont l'empreinte est sur l'Origi
nal : Vous êtes le Dispensateur des secours
que vous accordez à Mahomet dans son
Etat et dans le temps.
Je finirai ma Lettre par un échantil-
lon de la curiosité et de la sagacité de
M. Desroches , en raportant ici l'une des
II. Vol
Cvj
Inscrip
1314 MERCURE DE FRANCE
Inscriptions Grecques qu'il a recueillies
dans ce voyage , telle que je la trouve en
ouvrant au hazard le Porte - feuille en
question , accompagnée d'un petit Cont
mentaire de sa façon.
ΠΟΛΕΙΤΑΡΧΟΥΝΤΩΝ, ΣΩΣΙΠΑΤΡΟΥ,
ΤΟΥ , ΚΛΕΟΠΑΤΡΑΣ , ΚΑΙ , ΛΟΥΚΙΟΥ,
ΠΟΝΤΙΟΥ , ΣΕΚΟ ΔΟΥΙΟΥ , ΑΥΟΥ ,
ΛΟΥΙΟΝ , ΣΑΒΕΙΝΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ
ΤΟΥ , ΦΑΥΣΤΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ , ΤΟΥ
ΝΕΙΚΟΠΟΛΕΟΣ , ΖΟΛΟΥ ΤΟΥ , ΠΑΡΜΕ
,
ΝΙΟΝΟΣ, ΤΟΥ , ΚΑΙΜΕΝΙΣΚΟΥ, ΓΑΛΟΥ ,
ΑΤΙΛΛΗΙΟΥ , ΠΟΤΕΙΤΟΥ , ΤΑΜΙΟΥ ,
ΤΗΣ,ΠΟΛΕΟΣ, ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ ΑΜΜΙΑΣ ,
ΤΟΥ , ΚΑΙΡΙΛΟΥ , ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝ
ΤΟΣ , ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ , ΚΑΙ ΡΗΓΛΟΥ .
En entrant à Salonique par la Porte
du Verdar, ) c'est M. Desroches qui par
le ) on trouve à droite sur le Jambage
de la seconde Porte , car il y en a deux ,
une grande Pierre avec l'Inscription cy-
dessus , à laquelle il ne manquoit rien ,.
du moins à ce qu'il m'a paru , et que j'at
copiée lettre pour lettre , et ligne pour
ligne. Cette Inscription ne contenant
presque que des noms propres , il est
difficile d'en tirer un sens bien clair :
mais ce que je vais ajoûter servira peut-
être à fonder quelques conjectures. Sur .
II. Vol .
BAG
JUIN
1737.
1315
une autre Pierre de ce même Jambage ,
du côté qui est en face quand on entre
›
il y a unCheval qu'un jeune Garçon tient
par la bride , et un Homme debout qui
paroît s'apuyer du dos contre ce Cheval:
.
et sur l'autre Jambage de cette Porte il
y a précisément les mêmes figures posées
en symétrie, à la même hauteur ; c'est
à - dire , environ à trois pieds de terre :
et toutes ces Figures , quoique mutilées,
font encore voir qu'elles ne sont pas sor-
ties d'une mauvaise main. Peut être y
avoit il autrefois à cette Porte , ou aux
environs , quelque Place , où quelque-
Lieu pour l'exercice des Chevaux com-
me le mot de ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝΤΟΣ
semble l'insinuer , et que tous ceux dont
les noms sont cités dans cette Inscrip
tion s'y étoient distingués , & c.
Je suis , Monsieur , & c.
Fermer
2945
p. 1318-1330
LETTRE écrite de Châlons en Champagne par M. le Chevalier de la Touche à M. d'Argenville, Conseiller du Roy, Maître Ordinaire en la Chambre des Comptes, de l'Académie des Arcadiens à Rome.
Début :
La petite Avanture dont je vous fais part, Monsieur, m'a prouvé que [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Châlons en Champagne par M. le Chevalier de la Touche à M. d'Argenville, Conseiller du Roy, Maître Ordinaire en la Chambre des Comptes, de l'Académie des Arcadiens à Rome.
LETTRE écrite de Châlons en Champagne
par M. le Chevalier de la Touche
à M. d'Argenville, Conseiller du
Roy, Maître Ordinaire en la Chambre
des Comptes, de l'Académie des Arcadiens
à Rome.
La petite Avanture dont je vous fais
part, Monsieur, m'a prouvé que
l'indifference , qui regne ordinairement
en Province au sujet de la Litterature et
des Arts , y avoit plus laissé perdre de
belles choses , que les lumieres des Sça-
vans , et les recherches empressées des
Curieux n'en ont peut-être découvert et
conservé dans la Capitale. M. Rudolfe
Kubler , Peintre de Bamberg , qui voya-
ge , et fait connoissance avec tous les
Amateurs qu'il trouve sur sa route , me
vint voir , il y a quelques jours. Cet
Homme a des mœurs , des sentimens
une forte teinture des Belles Lettres,une
grande Théorie de la Peinture : le peu
de ses Ouvrages qu'il me fit voir en pas-
sant , prouve que sa pratique y est très-
inferieure-
Dès notre premiere entrevûë , la con-
i ol.
versation
JUIN.
1737.
1379
versation fut tellement vive et interes-
sante pour lui et pour moi , qu'il se dé-
⚫ termina sans peine à prolonger son sé-
jour dans la Ville où je demeure. Je lui
fis.voir ce que j'avois de plus propre à
flater son goût
à son tour il me com-
muniqua ce qu'il avoit ramassé dans les
differens Pays qu'il avoit parcourus. Rien
ne fixa mon attention , comme un gros
Recueil de Desseins et d'Estampes , qui
peut encore passer pour un Manuscrit
des plas curieux, puisqu'il n'y a ni Des-
seins ni Estampes qui ne soient accompa-
gnés de Remarques Historiques et Criti
ques , ou de Poësies Latines, Italiennes et
Françoises.
Au reste, ce Recueil a des défauts qui
en diminuent beaucoup le prix ; il est
premierement dans un desordre affreux ,
plus de deux cents Pieces en ont été en-
levées. 29. Celles qui restent sont pres
toutes chargées de griffonnemens
d'Ecoliers , ou deshonorées par les fletris-
sures qu'y ont laissées ces esprits foibles,
à qui tout devient un sujet de scandale.
N'en soyez pas surpris , me dit le Voya
geur , vous voyez les restés infortunés de
la succession d'un Peintre, qui ne laissa
rien en mourant , dont les parens , plus
pauvres encore que lui , pussent profites.
ILVol
Ils
1320 MERCURE DE FRANCE
Ils ont long- tems été exposés dans la
boutique d'un Barbier , qui en prenoit
occasion d'exercer son babil , et qui ne
s'est déterminé qu'avec peine à me les
vendre , d'autant qu'ils amusolent , dis
soit-il , ses Enfans , ses Fraters et ses Pra-
tiques.
J'ai vû , Monsieur , dans ce Recueil
ainsi délabré , bien des choses qui pou-
roient mériter une place distinguée dans
la riche Collection que vous avez faite
des Desseins des plus grands Maîtres de
toutes les Ecoles célebres. Je m'attache à
vous en décrire un entr'autres , fait à la
Pierre noire , et rehaussé de blanc , sur
un papier de demi-teinte. Les Figures
sont à demi corps. Le sujet qui en est
agréablement fantastique , offre le Ti-
tien , qui montre à des Dames Illustres
de son temps le Tableau des Amours
qu'il a peint en suivant les idées de Phi-
fostrate. Ces Dames sont accompagnées
de deux Guerriers , d'un jeune Homme
dont la tête a un caractere terrible , d'un
Homme de Lettres , d'une Duegne, d'un
petit More qui tient un Epagneuil de
Boulogne et d'un Page. Les Remarques
écrites de la main du Peintre François
qui avoit formé le Recueil dont
vous
entretiens , portent » que ce Dessein
II. Vol.
» est
JUIN.
II. Vol.
1737
1321
est de Damiano Mazza da Padoua
grand Coloriste , et qui contrefaisoit
» admirablement la maniere du Titien
» dont il étoit Eleve . Que Mazza s'étoit
»
proposé d'y representer les differens
âges de la Vie d'une façon nouvelle et
» singuliere. L'Enfance dans les petits
» Amours du Tableau de son Maître ;
» l'Adolescence dans les Figures du Page
>> et du More ; la Force de la Jeunesse
» sous les traits du Giorgion ; l'Age Viril
» par differens caracteres de Noblesse ,
» de Valeur et de Prudence. De Nobles-
» se dans lePortrait du Marquis de Pescai-
re ; de Valeur dans celui d'Antoine de
» Leve; de Prudence dans celui de l'Ami
» du Titien Parbenio Etiro , habillé en
Noble Venitien , con Beretta nera in
cap . Les trois Dames semblent faire
allusion aux trois Graces , dont la pre-
» miere est vive et enjoüée , et represen
te Volante , Maîtresse du Titien. La
seconde , tranquile et modeste , et re-
» presente Madonna Elizaberta Massola.
» La troisième, serieuse et mélancolique,
» et represente Madama Leonora, Epou-
紫
» se du Duc Francesco - Maria della Rone
» re. La Vieillesse des deux Sexes est ca-
>> ractérisée par la Tête du Titien et de la
» Duegne.
L'Auteur
1322 MERCÚRE DE FRANCE
»
L'Auteur des Remarques prétend
» encore avoir trouvé dans cette Repre
>> sentation un sens moral' , ou , si vous
» voulez , allégorique. Elle renferme ,
" dit-il , l'Idée du Peintre parfait. Le
» Génie , l'Imagination , l'Entousiasme
» sont exprimés dans la tête du Gior
» gion ; la Pratique , Fille du Travail et
» de l'Experience , dans celle du Titien.
» La Vieille , qui accompagne les Dames ,
» et qui a inspection sur leur conduite ,
» sert à faire entendre que la Raison doit
présider au choix , à l'assortiment ;
» à l'usage des Graces dont les caracteres
>> doivent être variés, aussi bien que ceux
» de la Vigueur , de la Fierté , de la Fia
» nesse et de la Pénétration d'esprit, que
les Figures des Guerriers et de l'hom
» me de Lettres montrent dans différens
» points de vûë.
» Les contrastes et l'artifice du clair
obscur rendent là composition pitto
resque , piquante et brillante. L'Amour,
» la Délicatesse, la Naïveté , la Tendres-
se et l'Union la portent à sa derniere
perfection, et lui donnent de la Verité,
» de la Douceur et du relief.
» Le Peintre s'imagine avoir trouvé des
» Simboles de toutes ces choses dans la
»Figure du Page , dont le teint est écla
H. Vol.
tant
JUIN.
II. Vol.
1737.
1323
tant , et l'habillement de Satin noir ,
>
» dans le More à la peau noire , vétu d'u-
» ne Toile d'argent rayée , et dans les
» Amours , dont les attitudes lui ont
» fait naître l'idée de la Délicatesse , de la
» Naiveté, de laTendresse et de l'Union .
Ne vous semble-t- il pas , Monsieur
que ce Peintre a fait comme les Com-
mentateurs, qui font dire à leurs Auteurs
favoris mille belles choses auxquelles
peut-être ils n'ont jamais pensé , et qu'il
attribue comme eux à des vûës miste-
rieuses , et à de profonds raisonnemens,
ce qui pouroit bien n'être au fond que
l'effet du caprice ? Je crois après tout
qu'on doit avoir quelque obligation à
ceux qui ont le talent de faire parler les
muets. Il vaut mieux qu'on me ramene
.
à la raison , même par force , que de
laisser errer mon imagination au hazard;
ne dois -je pas sçavoir bon gré à qui me
fait un sujet de reflexion , de ce qui n'é-
toit d'abord que l'amusement de mes
regards ?
Le Mode vrayement Venitien de l'Ou
vrage dont je viens de parler , me rapel-
e , Monsieur , un des plus beaux mor-
eaux que vous ayez dans votre ample
Collection ; j'entens ce magnifique Des-
ein ou Paul Veronese a representé des
Personnes
1324 MERCURE DE FRANCE
Personnes de tout Sexe , de tout âge et
de toute condition . qui rendent hom-
mage à S. Marc , Patron de Venise , ac-
compagné des trois autres Evangelistes.
Cette composition forme un spectacle
des plus interessans. La simplicité des
Enfans , la pudeur des jeunes Filles , la
modestie des Dames , la gravité des Se-
nateurs , la contenance assurée des Guer-
riers , l'air respectueux des Gens du Peu-
ple , un je ne sçai quoi de pompeux et
qui annonce en même tems la recon-
noissance , la confiance et la devotion
jette dans cette Representation
Pitto-
resque tout le pathetique et le sublime
de la Poësie.
Il faut avouer qu'on trouve dans les
productions des grands Maîtres de l'E-
cole Venitienne , des coups de genie qui
frapent , qui saisissent et qui enlevent.
Je ne m'étonne pas si tant de Peintres
⚫ célebres ont paru plus sensibles aux beau-
tés de cette Ecole qu'à celles des autres
,
et si même aujourd'hui nos François pa-
roissent uniquement attentifs à les re-
produire dans leurs Ouvrages. Je remar-
que à ce propos , dans un Fragment des
Remarques du Peintre , Auteur du Re-
cueil , quelques traits qui peut être ne
vous déplairont point,
II. Vol.
Après
JUIN.
1737.
1325
Après avoir sans doute beaucoup exal-
» té le séjour de Venise. » Je ne pense ,
» dit-il , au sujet de cette Ville de déli-
» ces , que ce qu'en ont pensé des Au-
>> teurs célébres qui lui ont consacré le
Eloges suivans. Il caporte une Descrip-
tion en Vers Latins du Poëte Allemand
Jean Lauterbach , et un Eloge de Jean
Mathieu Vvach.r de Constance. Je crois
que la lecture de ce dernier ne vous seta
point à charge.
Quemcumque Urbs Venetum semel
Portu mirifico acceperit hospitem,
Illum non Gnydus aut Rhodos ,
Aut blanda alliciat Cyprus , ut Adria
Caupo ullum anteferat locum.
Non si Thessalicis possit in hortulis ,
Aut ultra Elisias plagas
Vitam inperpetuis ducere lusibus ,
Sic mentem satiet suam :
Sed qua per tantum Gondola amabilis
Huc illuc fluitatfretum :
Illic vivere amet semper , amet mori,
Roma Principis Urbium ,
Nil huc delicie, nil faciunt, scatet
Queis divina. Neapolis ,
Aut Lucca, aut Genua, aut clara Fluentia;
Urbs sola Deum bonis
II. Vol.
Fundat
1326 MERCURE DE FRANCE
Fundata auspiciis , et alite aurèa !
O ipsis quoque mortuis
Vitam , si lubeat reddere idonea!
Totum muneris hoc tui est >
Quod quas delicias ortus et occidens
Pandunt respuo : praluis,
Quod Diis Templa poli non invideo,tuum.est.
Le Peintre adopte d'autant plus vo-
lontiers les sentimens de cet Auteur ,
» qu'il est , dit- il , tenté de croire , après
» Nicolas Grudius , que Venus en quit-
» tant l'Isle de Chypre , occupée par les
» Othomans , a choisi Venise pour son
» séjour. De là vient aussi que les Pein-
» tres Venitiens , accoûtumés à voir les
» Graces et les Amours à la suite de cette
» Déesse , en ont fait prendre les plus
» touchans caracteres à leurs Tableaux.
» J'ai long-temps consulté pour sçavoir
» quelle Ecole d'Italie j'épouserois ; en-
» fin je me suis déterminé à m'attacher à
»la Venitienne. Il me semble que son
» goût doit le plus flater celui d'nn Hom-
» me de ma Nation.
» Il est vrai que l'Ecole Romaine fut
» l'objet de mon premier amour. En ar-
» rivant en Italie la regularité de ses traits
» me charma , la Beauté Grecque me
11. Vol.
semblolt
29
JUIN.
1737.
1327
» sembloit pour ainsi dire, fondue dans la
sienne. J'étois enchanté de la legereté
» de sa taille, de sa démarche noble , fiere,
"
assurée , libre et dégagée , de ses gran-
des manieres , de ses vûes sublimes ,
et sur- tout d'un air de force , de sa-
ngesse et de majesté qui l'accompagnoit
» toujours et brilloit jusques dans ses
>> moindres actions. Je pris une violen-
» te passion pour elle , mais plus je lui
» faisois assidûment ma cour , plus je
» m'apercevois qu'elle étoit sévere et re-
servée. Elle n'aprouvoit presque rien
» de ce que je faisois pour lui plaire ;
elle me proposoit sans cesse l'imita-
tion de modeles que je trouvois telie
» ment au-dessus de ma portée, que , mal-
gré tous mes efforts , je ne pouvois en
» saisir le caractere à son gré . Toujours
» elle vouloit me ramener au goût anti-
»
que , toujours elle m'entretenoit des
graces de Raphaël , de la correction de
Michel Ange , des Entreprises égalé-
» ment hardies et heureuses de Jules Ro-
» main , de l'élegante facilité du Parme-
san,de la sagesse ingenieuse du Poussin.
» Je m'apercevois bien que ce dernier
» étoit , à proprement parler , le seal
desFrançois qui avoit mérité son amour,
II. Vol.
Det
1328 MERCURE DE FRANCE
et je sentois tant de difficultés à sur-
» monter , pour toucher son cœur par
» les mêmes moyens qu'il avoit em -
» ployés pour la rendre sensible , que je
n'osois m'hazarder à marcher sur ces
traces.
» Je l'aimois donc cette Ecole Romai-
» ne , mais c'étoit sans esperance. Les
»promesses qu'elle me faisoit de récom
» penser mes assiduités , et de couron-
>> ner mes travaux , regardoient un ave◄
» nir si éloigné , que j'en perdois cou
rage.
» J'étois dans cette situation quand une
» occasion se presenta de faire le voyage
» de Venise ; je ne la laissai point écha-
23 per. La Peinture s'y offrit à moi avec
» des traits moins réguliers , mais plus
» piquans : la raison me prouvoit qu'elle
» étoit moins belle qu'à Rome , mais je
ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je la
» trouvois plus vive, plus enjoüée , plus
» dans le goût des parures et des ajuste-
» mens. Une aimable coqueterie sau-
>> voit ses défauts ; ses caprices même me
>>
plaisoient extrémement.
L'EcoleVenitienne n'est point comme
la Romaine et la Florentine , esclave
» des regles et des austeres bienséances.
11. Vol.
Elle
>>
JUIN.
1737.
1329
» Elle ne se fait point scrupule de cer-
taines irregularités , elle ne songe qu'à
plaire. Tout ce qui la mene à ce but
» lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
» épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
>> Pays-Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
» à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
>> Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens que j'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
" pour
elle mon admitation et mon res-
» pect , mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre ,
Auteur
du Recueil
II. Vol.
nous a laissé
une idée de ses études et de son goût
dans une espece de Fable allegorique,
Dij
dont
2
WER CORE CE FRANCE
ACT GENGETCODs ar ie ificaites
* noches:
I becs: n
a mass
sur-
MOCATE YO0ur par
1 ts Trenes: noves mi vor en-
2 DOVES Ture embe , ne e
a. pronesses: niele ne
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s
» has no cetes Imma-
I may cameras. La
» Denker mis lasimuitsumor-
* : ms travaus repCSIT IN W
» nr 3. di Cosme-
eton dan cette situation Quand une
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*pe. La Peinture act a moi ave
as traits moins regulers , mais pur
» piquan : la raisor me prouvor ausle
» étoit moins belle qu'a kome , mas
* ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je ha
uvois plus vive, plus enjouée plus
le ge
parures et des ajuste
able coqueterie sau-
ses caprices même me
eme
pointcomme
he , esclave
bienséances.
Elle
JUIN.
1737.
7329
» Elle ne se fait point scrupule de cer
taines irregularités, elle ne songe qu'à
» plaire. Tout ce qui la mene à ce but
»lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
>>
épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
» Pays - Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
» teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
כן
>>
Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens quej'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
pour elle mon
» pect ,
Auteur
admiration et mon res-
mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre,
du Recueil
nous a laiss
une idée de ses études et de son
lans une espece de Fable alleg
II. Vol.
Dij
1330 MERCURE DE FRANCE
dont il est triste que les injures du temps
et de la fortune nous ayent dérobé la
suite.
L'intelligence que vous avez , Mon
sieur , des misteres d'un Art qui contri
bue à vos plaisirs dans vos momens de
relâche , ne me permet pas de dévelo-
per
ici tout ce que le Peintre a caché sous
le voile du langage figuré ; vous n'avez
pas besoin de mon secours pour discer-
ner dans ce Fragment ce qui donne une
si juste idée du caractere distinctif des
deux Ecoles.
J'ai pris copie dans le Recueil de plus
sieurs autres choses que je vous commu-
niquerai dans la suite , si j'aprens que
vous ayez fait plus d'attention au fond
de celles que contient cette Lettre , qu'à
la forme peu réguliere que je lui ai don-
née. J'ai l'honneur d'être , & c.
par M. le Chevalier de la Touche
à M. d'Argenville, Conseiller du
Roy, Maître Ordinaire en la Chambre
des Comptes, de l'Académie des Arcadiens
à Rome.
La petite Avanture dont je vous fais
part, Monsieur, m'a prouvé que
l'indifference , qui regne ordinairement
en Province au sujet de la Litterature et
des Arts , y avoit plus laissé perdre de
belles choses , que les lumieres des Sça-
vans , et les recherches empressées des
Curieux n'en ont peut-être découvert et
conservé dans la Capitale. M. Rudolfe
Kubler , Peintre de Bamberg , qui voya-
ge , et fait connoissance avec tous les
Amateurs qu'il trouve sur sa route , me
vint voir , il y a quelques jours. Cet
Homme a des mœurs , des sentimens
une forte teinture des Belles Lettres,une
grande Théorie de la Peinture : le peu
de ses Ouvrages qu'il me fit voir en pas-
sant , prouve que sa pratique y est très-
inferieure-
Dès notre premiere entrevûë , la con-
i ol.
versation
JUIN.
1737.
1379
versation fut tellement vive et interes-
sante pour lui et pour moi , qu'il se dé-
⚫ termina sans peine à prolonger son sé-
jour dans la Ville où je demeure. Je lui
fis.voir ce que j'avois de plus propre à
flater son goût
à son tour il me com-
muniqua ce qu'il avoit ramassé dans les
differens Pays qu'il avoit parcourus. Rien
ne fixa mon attention , comme un gros
Recueil de Desseins et d'Estampes , qui
peut encore passer pour un Manuscrit
des plas curieux, puisqu'il n'y a ni Des-
seins ni Estampes qui ne soient accompa-
gnés de Remarques Historiques et Criti
ques , ou de Poësies Latines, Italiennes et
Françoises.
Au reste, ce Recueil a des défauts qui
en diminuent beaucoup le prix ; il est
premierement dans un desordre affreux ,
plus de deux cents Pieces en ont été en-
levées. 29. Celles qui restent sont pres
toutes chargées de griffonnemens
d'Ecoliers , ou deshonorées par les fletris-
sures qu'y ont laissées ces esprits foibles,
à qui tout devient un sujet de scandale.
N'en soyez pas surpris , me dit le Voya
geur , vous voyez les restés infortunés de
la succession d'un Peintre, qui ne laissa
rien en mourant , dont les parens , plus
pauvres encore que lui , pussent profites.
ILVol
Ils
1320 MERCURE DE FRANCE
Ils ont long- tems été exposés dans la
boutique d'un Barbier , qui en prenoit
occasion d'exercer son babil , et qui ne
s'est déterminé qu'avec peine à me les
vendre , d'autant qu'ils amusolent , dis
soit-il , ses Enfans , ses Fraters et ses Pra-
tiques.
J'ai vû , Monsieur , dans ce Recueil
ainsi délabré , bien des choses qui pou-
roient mériter une place distinguée dans
la riche Collection que vous avez faite
des Desseins des plus grands Maîtres de
toutes les Ecoles célebres. Je m'attache à
vous en décrire un entr'autres , fait à la
Pierre noire , et rehaussé de blanc , sur
un papier de demi-teinte. Les Figures
sont à demi corps. Le sujet qui en est
agréablement fantastique , offre le Ti-
tien , qui montre à des Dames Illustres
de son temps le Tableau des Amours
qu'il a peint en suivant les idées de Phi-
fostrate. Ces Dames sont accompagnées
de deux Guerriers , d'un jeune Homme
dont la tête a un caractere terrible , d'un
Homme de Lettres , d'une Duegne, d'un
petit More qui tient un Epagneuil de
Boulogne et d'un Page. Les Remarques
écrites de la main du Peintre François
qui avoit formé le Recueil dont
vous
entretiens , portent » que ce Dessein
II. Vol.
» est
JUIN.
II. Vol.
1737
1321
est de Damiano Mazza da Padoua
grand Coloriste , et qui contrefaisoit
» admirablement la maniere du Titien
» dont il étoit Eleve . Que Mazza s'étoit
»
proposé d'y representer les differens
âges de la Vie d'une façon nouvelle et
» singuliere. L'Enfance dans les petits
» Amours du Tableau de son Maître ;
» l'Adolescence dans les Figures du Page
>> et du More ; la Force de la Jeunesse
» sous les traits du Giorgion ; l'Age Viril
» par differens caracteres de Noblesse ,
» de Valeur et de Prudence. De Nobles-
» se dans lePortrait du Marquis de Pescai-
re ; de Valeur dans celui d'Antoine de
» Leve; de Prudence dans celui de l'Ami
» du Titien Parbenio Etiro , habillé en
Noble Venitien , con Beretta nera in
cap . Les trois Dames semblent faire
allusion aux trois Graces , dont la pre-
» miere est vive et enjoüée , et represen
te Volante , Maîtresse du Titien. La
seconde , tranquile et modeste , et re-
» presente Madonna Elizaberta Massola.
» La troisième, serieuse et mélancolique,
» et represente Madama Leonora, Epou-
紫
» se du Duc Francesco - Maria della Rone
» re. La Vieillesse des deux Sexes est ca-
>> ractérisée par la Tête du Titien et de la
» Duegne.
L'Auteur
1322 MERCÚRE DE FRANCE
»
L'Auteur des Remarques prétend
» encore avoir trouvé dans cette Repre
>> sentation un sens moral' , ou , si vous
» voulez , allégorique. Elle renferme ,
" dit-il , l'Idée du Peintre parfait. Le
» Génie , l'Imagination , l'Entousiasme
» sont exprimés dans la tête du Gior
» gion ; la Pratique , Fille du Travail et
» de l'Experience , dans celle du Titien.
» La Vieille , qui accompagne les Dames ,
» et qui a inspection sur leur conduite ,
» sert à faire entendre que la Raison doit
présider au choix , à l'assortiment ;
» à l'usage des Graces dont les caracteres
>> doivent être variés, aussi bien que ceux
» de la Vigueur , de la Fierté , de la Fia
» nesse et de la Pénétration d'esprit, que
les Figures des Guerriers et de l'hom
» me de Lettres montrent dans différens
» points de vûë.
» Les contrastes et l'artifice du clair
obscur rendent là composition pitto
resque , piquante et brillante. L'Amour,
» la Délicatesse, la Naïveté , la Tendres-
se et l'Union la portent à sa derniere
perfection, et lui donnent de la Verité,
» de la Douceur et du relief.
» Le Peintre s'imagine avoir trouvé des
» Simboles de toutes ces choses dans la
»Figure du Page , dont le teint est écla
H. Vol.
tant
JUIN.
II. Vol.
1737.
1323
tant , et l'habillement de Satin noir ,
>
» dans le More à la peau noire , vétu d'u-
» ne Toile d'argent rayée , et dans les
» Amours , dont les attitudes lui ont
» fait naître l'idée de la Délicatesse , de la
» Naiveté, de laTendresse et de l'Union .
Ne vous semble-t- il pas , Monsieur
que ce Peintre a fait comme les Com-
mentateurs, qui font dire à leurs Auteurs
favoris mille belles choses auxquelles
peut-être ils n'ont jamais pensé , et qu'il
attribue comme eux à des vûës miste-
rieuses , et à de profonds raisonnemens,
ce qui pouroit bien n'être au fond que
l'effet du caprice ? Je crois après tout
qu'on doit avoir quelque obligation à
ceux qui ont le talent de faire parler les
muets. Il vaut mieux qu'on me ramene
.
à la raison , même par force , que de
laisser errer mon imagination au hazard;
ne dois -je pas sçavoir bon gré à qui me
fait un sujet de reflexion , de ce qui n'é-
toit d'abord que l'amusement de mes
regards ?
Le Mode vrayement Venitien de l'Ou
vrage dont je viens de parler , me rapel-
e , Monsieur , un des plus beaux mor-
eaux que vous ayez dans votre ample
Collection ; j'entens ce magnifique Des-
ein ou Paul Veronese a representé des
Personnes
1324 MERCURE DE FRANCE
Personnes de tout Sexe , de tout âge et
de toute condition . qui rendent hom-
mage à S. Marc , Patron de Venise , ac-
compagné des trois autres Evangelistes.
Cette composition forme un spectacle
des plus interessans. La simplicité des
Enfans , la pudeur des jeunes Filles , la
modestie des Dames , la gravité des Se-
nateurs , la contenance assurée des Guer-
riers , l'air respectueux des Gens du Peu-
ple , un je ne sçai quoi de pompeux et
qui annonce en même tems la recon-
noissance , la confiance et la devotion
jette dans cette Representation
Pitto-
resque tout le pathetique et le sublime
de la Poësie.
Il faut avouer qu'on trouve dans les
productions des grands Maîtres de l'E-
cole Venitienne , des coups de genie qui
frapent , qui saisissent et qui enlevent.
Je ne m'étonne pas si tant de Peintres
⚫ célebres ont paru plus sensibles aux beau-
tés de cette Ecole qu'à celles des autres
,
et si même aujourd'hui nos François pa-
roissent uniquement attentifs à les re-
produire dans leurs Ouvrages. Je remar-
que à ce propos , dans un Fragment des
Remarques du Peintre , Auteur du Re-
cueil , quelques traits qui peut être ne
vous déplairont point,
II. Vol.
Après
JUIN.
1737.
1325
Après avoir sans doute beaucoup exal-
» té le séjour de Venise. » Je ne pense ,
» dit-il , au sujet de cette Ville de déli-
» ces , que ce qu'en ont pensé des Au-
>> teurs célébres qui lui ont consacré le
Eloges suivans. Il caporte une Descrip-
tion en Vers Latins du Poëte Allemand
Jean Lauterbach , et un Eloge de Jean
Mathieu Vvach.r de Constance. Je crois
que la lecture de ce dernier ne vous seta
point à charge.
Quemcumque Urbs Venetum semel
Portu mirifico acceperit hospitem,
Illum non Gnydus aut Rhodos ,
Aut blanda alliciat Cyprus , ut Adria
Caupo ullum anteferat locum.
Non si Thessalicis possit in hortulis ,
Aut ultra Elisias plagas
Vitam inperpetuis ducere lusibus ,
Sic mentem satiet suam :
Sed qua per tantum Gondola amabilis
Huc illuc fluitatfretum :
Illic vivere amet semper , amet mori,
Roma Principis Urbium ,
Nil huc delicie, nil faciunt, scatet
Queis divina. Neapolis ,
Aut Lucca, aut Genua, aut clara Fluentia;
Urbs sola Deum bonis
II. Vol.
Fundat
1326 MERCURE DE FRANCE
Fundata auspiciis , et alite aurèa !
O ipsis quoque mortuis
Vitam , si lubeat reddere idonea!
Totum muneris hoc tui est >
Quod quas delicias ortus et occidens
Pandunt respuo : praluis,
Quod Diis Templa poli non invideo,tuum.est.
Le Peintre adopte d'autant plus vo-
lontiers les sentimens de cet Auteur ,
» qu'il est , dit- il , tenté de croire , après
» Nicolas Grudius , que Venus en quit-
» tant l'Isle de Chypre , occupée par les
» Othomans , a choisi Venise pour son
» séjour. De là vient aussi que les Pein-
» tres Venitiens , accoûtumés à voir les
» Graces et les Amours à la suite de cette
» Déesse , en ont fait prendre les plus
» touchans caracteres à leurs Tableaux.
» J'ai long-temps consulté pour sçavoir
» quelle Ecole d'Italie j'épouserois ; en-
» fin je me suis déterminé à m'attacher à
»la Venitienne. Il me semble que son
» goût doit le plus flater celui d'nn Hom-
» me de ma Nation.
» Il est vrai que l'Ecole Romaine fut
» l'objet de mon premier amour. En ar-
» rivant en Italie la regularité de ses traits
» me charma , la Beauté Grecque me
11. Vol.
semblolt
29
JUIN.
1737.
1327
» sembloit pour ainsi dire, fondue dans la
sienne. J'étois enchanté de la legereté
» de sa taille, de sa démarche noble , fiere,
"
assurée , libre et dégagée , de ses gran-
des manieres , de ses vûes sublimes ,
et sur- tout d'un air de force , de sa-
ngesse et de majesté qui l'accompagnoit
» toujours et brilloit jusques dans ses
>> moindres actions. Je pris une violen-
» te passion pour elle , mais plus je lui
» faisois assidûment ma cour , plus je
» m'apercevois qu'elle étoit sévere et re-
servée. Elle n'aprouvoit presque rien
» de ce que je faisois pour lui plaire ;
elle me proposoit sans cesse l'imita-
tion de modeles que je trouvois telie
» ment au-dessus de ma portée, que , mal-
gré tous mes efforts , je ne pouvois en
» saisir le caractere à son gré . Toujours
» elle vouloit me ramener au goût anti-
»
que , toujours elle m'entretenoit des
graces de Raphaël , de la correction de
Michel Ange , des Entreprises égalé-
» ment hardies et heureuses de Jules Ro-
» main , de l'élegante facilité du Parme-
san,de la sagesse ingenieuse du Poussin.
» Je m'apercevois bien que ce dernier
» étoit , à proprement parler , le seal
desFrançois qui avoit mérité son amour,
II. Vol.
Det
1328 MERCURE DE FRANCE
et je sentois tant de difficultés à sur-
» monter , pour toucher son cœur par
» les mêmes moyens qu'il avoit em -
» ployés pour la rendre sensible , que je
n'osois m'hazarder à marcher sur ces
traces.
» Je l'aimois donc cette Ecole Romai-
» ne , mais c'étoit sans esperance. Les
»promesses qu'elle me faisoit de récom
» penser mes assiduités , et de couron-
>> ner mes travaux , regardoient un ave◄
» nir si éloigné , que j'en perdois cou
rage.
» J'étois dans cette situation quand une
» occasion se presenta de faire le voyage
» de Venise ; je ne la laissai point écha-
23 per. La Peinture s'y offrit à moi avec
» des traits moins réguliers , mais plus
» piquans : la raison me prouvoit qu'elle
» étoit moins belle qu'à Rome , mais je
ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je la
» trouvois plus vive, plus enjoüée , plus
» dans le goût des parures et des ajuste-
» mens. Une aimable coqueterie sau-
>> voit ses défauts ; ses caprices même me
>>
plaisoient extrémement.
L'EcoleVenitienne n'est point comme
la Romaine et la Florentine , esclave
» des regles et des austeres bienséances.
11. Vol.
Elle
>>
JUIN.
1737.
1329
» Elle ne se fait point scrupule de cer-
taines irregularités , elle ne songe qu'à
plaire. Tout ce qui la mene à ce but
» lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
» épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
>> Pays-Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
» à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
>> Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens que j'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
" pour
elle mon admitation et mon res-
» pect , mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre ,
Auteur
du Recueil
II. Vol.
nous a laissé
une idée de ses études et de son goût
dans une espece de Fable allegorique,
Dij
dont
2
WER CORE CE FRANCE
ACT GENGETCODs ar ie ificaites
* noches:
I becs: n
a mass
sur-
MOCATE YO0ur par
1 ts Trenes: noves mi vor en-
2 DOVES Ture embe , ne e
a. pronesses: niele ne
t
s
» has no cetes Imma-
I may cameras. La
» Denker mis lasimuitsumor-
* : ms travaus repCSIT IN W
» nr 3. di Cosme-
eton dan cette situation Quand une
DCCASION & present
Venise
talte k vrwage
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*pe. La Peinture act a moi ave
as traits moins regulers , mais pur
» piquan : la raisor me prouvor ausle
» étoit moins belle qu'a kome , mas
* ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je ha
uvois plus vive, plus enjouée plus
le ge
parures et des ajuste
able coqueterie sau-
ses caprices même me
eme
pointcomme
he , esclave
bienséances.
Elle
JUIN.
1737.
7329
» Elle ne se fait point scrupule de cer
taines irregularités, elle ne songe qu'à
» plaire. Tout ce qui la mene à ce but
»lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
>>
épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
» Pays - Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
» teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
כן
>>
Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens quej'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
pour elle mon
» pect ,
Auteur
admiration et mon res-
mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre,
du Recueil
nous a laiss
une idée de ses études et de son
lans une espece de Fable alleg
II. Vol.
Dij
1330 MERCURE DE FRANCE
dont il est triste que les injures du temps
et de la fortune nous ayent dérobé la
suite.
L'intelligence que vous avez , Mon
sieur , des misteres d'un Art qui contri
bue à vos plaisirs dans vos momens de
relâche , ne me permet pas de dévelo-
per
ici tout ce que le Peintre a caché sous
le voile du langage figuré ; vous n'avez
pas besoin de mon secours pour discer-
ner dans ce Fragment ce qui donne une
si juste idée du caractere distinctif des
deux Ecoles.
J'ai pris copie dans le Recueil de plus
sieurs autres choses que je vous commu-
niquerai dans la suite , si j'aprens que
vous ayez fait plus d'attention au fond
de celles que contient cette Lettre , qu'à
la forme peu réguliere que je lui ai don-
née. J'ai l'honneur d'être , & c.
Fermer
2946
p. 1333-1335
LETTRE de M..... au sujet d'une Pendule curieuse.
Début :
Je ne doute pas, Monsieur, que vous ne soyez ravi d'aprendre que M. Lefaucheur, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M..... au sujet d'une Pendule curieuse.
LETTRE de M..... au sujet d'une Pendule curieuse.
Je ne doute pas, Monsieur, que vous
ne soyez ravi d'aprendre que M. Lefaucheur,
Auteur de l'Horloge de Sens ,
ait fini la belle Pendule qu'il avoit com-
mencée en 1730. Je vais vous en tracer
ici une idée.
Cette Pendule bat et marque les Se-
condes , étant à grande vibration et à
poids ; sonne les Heures et les Quarts
sur doubles Timbres , et joue un Air de
Carillon , qui se change de lui - même; de
maniere que , durant la journée , on en-
tend differens Airs à toutes les heures ;
et que le lendemain les mêmes Airs ne
reviennent point aux mêmes Heures.
Elle marque l'Equation sur le même
Cadran, par deux Aiguilles des minutes ,
dont l'une marque le temps moyen , ou
égal , qui est celui de la Pendule , et
l'autre le temps vrai du Soleil, avec tou
te la justesse qu'on peut desirer ; cette
derniere Aiguille fait détendre la Son-
nerie , ce qui fait qu'elle est toujours
conforme au méridien lorsqu'elle sonne
II. Vol.
D iiij
T'Heure
1334 MERCURE DE FRANCE
l'Heure ; elle donne l'Heure et la Minu-
te que le Soleil se leve et se couche tous
les jours. Elle marque le dégré d'éleva-
tion du Soleil , en quel signe et en quel
mois il est , avec son quantième , lequel
Chiffre se remet de lui- même au premier
de chaque mois , lorsqu'il n'a que 28. ou
30. jours.
Les Révolutions Lunaires se font aussi
fort exactement , sans qu'on soit obligé
d'y toucher.
La Boëtte élevée sur son pied d'estal ,
porte plus de 9. pieds de haut , et est de
Marqueterie, plaquée de veritable Ecail-
le , travaillée avec soin , ornée de Bron-
zes dorés d'un goût nouveau et unique ,
n'ayant point été surmoulée ; ce sont
ces modelles mêmes qu'on voit sur la
Boëtte.
Le bas est suporté par quatre Dragons
aîlés , qui , passant au travers de quatre
Consolles , semblent soûtenir tout le
poids de la machine , laquelle se termi-
ne par un Tailloir contourné devant et
par les côtés sur le Tailloir est un beau
Cartouche , pour y mettre les Armes de
celui qui l'achetera.
Au dessus des Dragons et des Consol-
les sont des Enfans sur des nuées repre-
sentant les Arts liberaux .
II. Vol.
Les
JUIN.
1735.
1335
Les quatre Saisons en buste d'un fort
bon goût , forment les coins du haut de
la Boëtte , tenant chacune ses Attributs
Le Dôme, rempli d'ornemens de Bronze,
est couronné par un Phoenix sur un
bucher.
Au bas de la porte , qui a deux pieds
quatre pouces de haut , est une Figure
representant Pallas assise sur tous ses
symboles de la Guerre , avec un Enfant
à ses pieds qui plie des Etendarts et lie
des Javelots , pour signe de la Paix . Le
tout enfin est rempli de divers orne-
mens de Bronze très - bien cizelés et fort
recherchés , qui forment un beau coup
d'œil , outre que la Pendule est parfaite-
ment juste , et peu composée pour tant
d'effets differens.
L'Auteur se charge de l'entretenir tant
qu'il vivra , marque qu'il est bien sûr
de son Ouvrage. La Personne pour qui
il l'avoit commencée , est morte deux
ans avant la perfection de cetre Piece ,
qui vient d'être heureusement finic.
Je suis , & c.
A Paris ce 2. May 1737.
Je ne doute pas, Monsieur, que vous
ne soyez ravi d'aprendre que M. Lefaucheur,
Auteur de l'Horloge de Sens ,
ait fini la belle Pendule qu'il avoit com-
mencée en 1730. Je vais vous en tracer
ici une idée.
Cette Pendule bat et marque les Se-
condes , étant à grande vibration et à
poids ; sonne les Heures et les Quarts
sur doubles Timbres , et joue un Air de
Carillon , qui se change de lui - même; de
maniere que , durant la journée , on en-
tend differens Airs à toutes les heures ;
et que le lendemain les mêmes Airs ne
reviennent point aux mêmes Heures.
Elle marque l'Equation sur le même
Cadran, par deux Aiguilles des minutes ,
dont l'une marque le temps moyen , ou
égal , qui est celui de la Pendule , et
l'autre le temps vrai du Soleil, avec tou
te la justesse qu'on peut desirer ; cette
derniere Aiguille fait détendre la Son-
nerie , ce qui fait qu'elle est toujours
conforme au méridien lorsqu'elle sonne
II. Vol.
D iiij
T'Heure
1334 MERCURE DE FRANCE
l'Heure ; elle donne l'Heure et la Minu-
te que le Soleil se leve et se couche tous
les jours. Elle marque le dégré d'éleva-
tion du Soleil , en quel signe et en quel
mois il est , avec son quantième , lequel
Chiffre se remet de lui- même au premier
de chaque mois , lorsqu'il n'a que 28. ou
30. jours.
Les Révolutions Lunaires se font aussi
fort exactement , sans qu'on soit obligé
d'y toucher.
La Boëtte élevée sur son pied d'estal ,
porte plus de 9. pieds de haut , et est de
Marqueterie, plaquée de veritable Ecail-
le , travaillée avec soin , ornée de Bron-
zes dorés d'un goût nouveau et unique ,
n'ayant point été surmoulée ; ce sont
ces modelles mêmes qu'on voit sur la
Boëtte.
Le bas est suporté par quatre Dragons
aîlés , qui , passant au travers de quatre
Consolles , semblent soûtenir tout le
poids de la machine , laquelle se termi-
ne par un Tailloir contourné devant et
par les côtés sur le Tailloir est un beau
Cartouche , pour y mettre les Armes de
celui qui l'achetera.
Au dessus des Dragons et des Consol-
les sont des Enfans sur des nuées repre-
sentant les Arts liberaux .
II. Vol.
Les
JUIN.
1735.
1335
Les quatre Saisons en buste d'un fort
bon goût , forment les coins du haut de
la Boëtte , tenant chacune ses Attributs
Le Dôme, rempli d'ornemens de Bronze,
est couronné par un Phoenix sur un
bucher.
Au bas de la porte , qui a deux pieds
quatre pouces de haut , est une Figure
representant Pallas assise sur tous ses
symboles de la Guerre , avec un Enfant
à ses pieds qui plie des Etendarts et lie
des Javelots , pour signe de la Paix . Le
tout enfin est rempli de divers orne-
mens de Bronze très - bien cizelés et fort
recherchés , qui forment un beau coup
d'œil , outre que la Pendule est parfaite-
ment juste , et peu composée pour tant
d'effets differens.
L'Auteur se charge de l'entretenir tant
qu'il vivra , marque qu'il est bien sûr
de son Ouvrage. La Personne pour qui
il l'avoit commencée , est morte deux
ans avant la perfection de cetre Piece ,
qui vient d'être heureusement finic.
Je suis , & c.
A Paris ce 2. May 1737.
Fermer
2947
p. 1338-1350
RÉPONSE du R. P. Mathieu Texte, Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf, Chanoine de L. C. D. imprimée dans le Mercure de Mars 1737. au sujet du Lieu de la Naissance de Saint Louis, Roy de France.
Début :
J'avois vû, Monsieur, d'abord avec plaisir, votre nom à la tête de la Lettre [...]
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE du R. P. Mathieu Texte, Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf, Chanoine de L. C. D. imprimée dans le Mercure de Mars 1737. au sujet du Lieu de la Naissance de Saint Louis, Roy de France.
RÉPONSE du R. P. Mathieu Texte,
Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf,
Chanoine de L. C. D. imprimée dans
le Mercure de Mars 1737. au sujet du
Lieu de la Naissance de Saint Louis,
Roy de France.
J'avois vû, Monsieur, d'abord avec
plaisir, votre nom à la tête de la Lettre
à laquelle j'ai l'honneur de répondre;
comme ce qui vient de vous est ordinai-
rement rempli d'érudition et de recher-
ches, je m'attendois à y trouver des
éclaircissemens sur la question agitée en-
tre M. Maillart et moi , d'autant mieux
quejevoyois paroître sur les rangsur Ecri-
vain d'un mérite distingué, sans qu'il eût
aucun interêt au sujet de notre dispute.
Ce n'est donc pas sans raison que j'ai été
surpris de ne voir presque dans certe Let-
tre que les Chartres de la Neuville- en-
11. Vol
Hez ,
JUIN.
1737
1339
Hez , avec quelques avis, dont vous con-
viendrez vous-même que je n'avois pas
besoin , lorsque vous y aurez fait re
Aexion.
1º. Je me suis fait illusion , si on vous
en croit , lorsque j'ai soutenu que M.
Baillet , qui a placé à Poissy la Naissance
de S. Louis , connoissoit les Chartres de
la Neuville , où il étoit né lui- même , et
pour prouver ma prétendue méprise
de cet Ouvrage , à laquelle il présida
>
vous observez que la Note que j'ai copiée
dans les Vies des Saints de ce celebre Cri-
sique , n'est pas dans la premiere Edition
mais seulement dans deux Editions faites
long- temps après sa mort ; sçavoir , en
1715. et en 1724.d'où vous concluez que
cette Note n'est pas de M. Baillet , mais
de l'Editeur.
Comment avez vous pû ignorer, Mon.
sieur , que l'Edition de 1701. qui est la
premiere , ayant été épuisée en très- peu
.de temps , on en fit une seconde , revie
et augmentée par l'Auteur , qui fut mise
en vente dès l'an 1704. chés Jean de
Nully. Baillet étoit alors plein de vie ,
il ne mourut que le 21. Janvier 1706.
Ce fut donc lui-même qui , au Tome II.
de cette Edition p. 379. après avoir écrit
dans le Texte : Louis IX. Roy de France
II. Vol
nâquir
1340 MERCURE DE FRANCE
nâquit à Poissy , ajoûta cette Note. >> On
» voit deux Actes de nos Rois , l'un de
» Louis XI. et l'autre de Henry I V. qui
» portent qu'il est né à Neuville- en-Hez ,
" Bourg du Diocèse de Beauvais, » C'est
lui qui en disant ensuite p. 383. » que
» S. Louis retournoit ordinairement à
» Poissy , non pas tant pour y être né
» que pour y avoir reçû le Baptême »
montre qu'il n'avoit point d'égard à ces
Chartres. De plus on lit au IV. Tome p.
292. qu'il y avoit eu en 1215. trois éve-
nemens remarquables , dont l'un étoit la
Naissance de S. Louis à Poissy.
M. le Gendre a suivi son exemple , et
malgré ces Chartres , il a écrit T. III. P.
120. de l'Histoire de France , imprimée
à Paris, 12. ans après la mort de M. Bail
let : Louis VIII. eut pour enfans , &c .
S. Louis né à Poissy.
2º. La proximité d'une ruë , dites
vous , a empêché de bâtir le Sanctuaire
de l'Eglise des Dames de Poissy vers l'O-
rient ; cela est vrai , mais ce fut pour ac-
corder cette proximité avec l'endroit où
S. Louis étoit né , sur lequel on voulut
placer le Maître Autel.
3 °. L'autorité de Guidonis , Dominicain ,
né en 1260. Evêque de Lodéve en 1324.
quej'ai cité, m'a paru d'autant plus décisi-
II. Vol.
ve
JUIN.
1737.
1347
ve pour prouver la Naissance de S.Louis à
Poissy , qu'un autre Ecrivain , lequel té-
moigne , selon le P. Echard , l'avoir
connu , assure dans l'Abregé qu'il a fait
de sa Vie , qu'il étoit à la suite de la
Cour de France en 1318. envoyé par le
Pape Jean XXII. pour terminer la
Guerre qui étoit entre le Roy Philipe V.
et les Flamans. Ce qui réussit, dit Meze-
ray , le 20. May 1320. Guidonis , alors
Inquisiteur de Toulouze , et Procureur
General de son Ordre ; dum Inquisitionis
et Procurationis officiis fungeretur , obligé
en cette derniere qualité , de veiller à
l'execution de la Fondation d'un Monas-
tere de son Ordre , faite à Poissy , à cinq
petites lieuës de Paris ; Guidonis , dis - je ,
pouvoit-il ignorer , n'étoit- il pas même
obligé de sçavoir le dessein de Philipe le
Bel et des Princes , ses deux fils , Philipe
Vet Charles IV . auxquels il avoit l'hon-
neur de parler , déclarés avec leur Perc
dans le Nécrologe de certe Maison , Au-
teurs de ces grands Edifices ?
J'ai donc suivi les regles d'une saine
critique , lorsque j'ai regardé ce Prélat
comme un bon garant de la verité que
je défends ; il dit nettement que Philipe
le Bel fonda le Monastere de Poissy in
bonorem Avi sui qui apud Pissiacum natës
1 I. Vol.
esis
1342 MERCURE DE FRANCE
ests et c'est en termes aussi exprès , qu'il
assure dans la Relation de cette Fonda-
tion , que le Lieu de Poissy fut choisi
préférablement à tout autre , parce que
S. Louis y étoit né.
Vous ne voulez pourtant point qu'on
s'arrête à ce témoignage
parce que ,
>> dites- vous, les OuvragesHistoriques de
» Guidonis sont remplis d'une inexacti-
» tude qui leur a'attiré le mépris des Sça-
» vans, et qui est la cause qu'ils restent
» oubliés dans la poussiere des Biblio-
> theques , sans que personne ait jamais
» eu le courage de les rendre publics par
» l'impression. Les Sçavans , selon vous,
méprisent ses Ouvrages Historiques , & c.
Mais tous les Sçavans dont vous voulez
parler se réduisent à un des Continua-
teurs de Bollandus , qui même n ' . dit
autre chose , sinon que la Vie de Saint
Justin d'Aquitaine , publiée par Gui-
donis , contient des fables. A quoi le
P. Echard répond : hasfabulas Bernardo
non tribuas » En effet , Guidonis paroît
>> ici un Ecrivain zelé , lequel ayant
» découvert cette Piece en Gascogne,
» n'a eu d'autre dessein' que de la con-
» server en entier , afin que ce qu'il y a
» de fabuleux ne fut pas cause de la per-
se de ce qu'il y a de vrai , sans préten
ᏞᎥᏤ .
dre
JUIN.
1737
7343
dre autoriser également l'un et l'autre.
Donnez-vous la peine , Monsieur , de
lire sa Vie , raportée par les Peres Labbe
et Echard , et vous y trouverez de quoi
vous former l'idée juste que l'on doit
avoir de notre Auteur et de ses Ouvra-
ges: Guido vir magni consilii , sensatus ,
fama , gratiâ , scientiâ et eloquentiâ clarus.
M. Sponde ad annum 1330. et le P. Ale-
xandre Siecle XIV . p . 148. lui donnent
dans leurs Annales les mêmes éloges . Le
P. Lelong , de l'Oratoiré , fait , dans sa
Bibliotheque Historique , le dénombre-
ment des plus célebres Bibliotheques qui
conservent cherement ses Manuscrits , et
il assure p. 78 2. que son Histoire impri-
mée des Comtes de Toulouze , est suivie
generalement de tous ; M. Baluze , le-
quel , au sentiment de M. Dupin , Siécle
XVII. p. 5. et p. 15. et de tout le monde,
étoit mieux versé que personne dans la
connoissance des Manuscrits , parlant de
notre Prélat , a dit dans son Histoire des
Papes d'Avignon , T. I. p. 579. Bernar-
dus Guidonis Auctor omni exceptione ma-
jor. Bernard Guidonis est un des plus cé-
lebres Auteurs ; et il l'a dit à l'occasion
de ses Additions à l'Ouvrage Historique
des nouveaux établissemens de l'Ordre
des Freres Précheurs , De Exordiis Ord.
II. Vol.
Prad
1344 MERCURE DE FRANCE
Prad. Ce scul témoignage autorise tout
ce que notre Ecrivain a dit de celui de
Poissy , qui est du nombre. Tous ces
Scavans , et plusieurs autres que je pou
rois citer, sont autant de témoins du mé-
rite de Guidonis , par les éloges qu'ils
lui donnent.
Vous ajoûtez enfin que personne n'a
jamais eu le courage de faire imprimer
aucun des Ouvrages Historiques de no-
tre Auteur , et le P. Echard T. I. p . 577.
>
en cite six , avec l'année et le lieu de
l'Impression. Historia Inquisitionis , &c.
Vovez aussi ce que Baillet dit en faveur de
Guidonis T. I. p. 36. Edit. de 1704.
4º. Guillaume de Chartres , Chapelain
de S. Louis , a écrit que ce pieux Roy
observoit les jeûnes qui étoient d'obliga
tion dans le Diocèse de Chartres , eò quod
de Carnotensi Diocesi oriundus existebat.
J'ai traduit ces mots : Parce qu'il étoit
né dans le Diocèse de Chartres. Et je
soutiens encore que c'est leur sens veri-
table et naturel.
Ce que j'ai avancé , qu'en cherchant
une autre autorité que celle de Catel ,
qui vous a paru trop foible , pour mon-
trer que j'ai bien expliqué le mot oriun-
dus , je l'ai trouvée sans peine cette au-
torité , et telle qu'elle ne laisse pas om-
II. Vol.
bre
JUIN.
11. Vol.
1737.
1345
bre de difficulté ; c'est la Vie de S. Eloy
par S. Ouen qui me l'a fournie. Elegius,
dit l'Historien, in Villa Catalanensi oriun-
dus fuit. On l'explique en disant que S.
Eloy nâquit à Cataillac près de Limoges,
et S. Olen ne permet pas de l'entendre
autrement , lorsqu'il ajoûte : ex hâc ergo
regione natus est : Il nâquit donc dans ce
Pays-là. Sum enim et ego , si fortè vos nes-
citis , civitate vestrâ oriundus , et à pueritia
nutritus : » Sçachez , disoitCorneille Agrip-
ра
» pa à ceux de Cologne , que je suis né
» et que j'ai été élevé dans votre Ville ,
qu'il apelle sa Patrie. Melchior, Adam
et Bayle citent cet oriundus pour prouver
qu'il y est né.
5º. Mais si le mot oriundus indique le
Lieu de la naissance temporelle , en se-
ra- t- il autrement du mot originis , em-
ployé par Philipe le Bel en 1304. dans
la Chartre de Fondation du Monastere
de Poissy ? M. Maillart les a expliqués
l'un comme l'autre , et vous en avez usé
de mêmesje n'y trouve aussi aucune dif-
ference ; je crois qu'ils ont la même si-
gnification ; cependant comme il vous
reste deux scrupules , je vais tâcher de
les lever.
On lit donc dans cette Chartre de
Fondation ( par laquelle le Roy accorde,
en
1546 MERCURE DE FRANCE
en vûë de la Naissance de S. Louis , in
honorem , &c. des Privileges bien plus
étendus que ceux de Neuville : Villam
ipsa
ORIGINIS SUE locum habebat.Il
avoit le Domaine de cette petite Ville de
Poissy , le Lieu de sa Naissance. Ce ver-
be habebat vous paroît receler quelque
mistere
,
et en vous en reservant l'intel-
ligence , vous avertissez le Public que si
on l'entend bien , il fait contre moi ; j'a-
voiie que je ne vois point cela , mais ce
que je vois fort bien , c'est que ce même
verbe habebat n'est point dans une autre
Chartre que Philipe le Bel accorda au
Monastere de Poissy , et qui est datée de
Chastillon- sur- Yndre , au mois d'Août
1305. In honorem Dei , B. V. M. nen nen
ad celebrem et specialem egregii Confessoris
B. Ludovici , Avi nostri , Monasterium
præteritis diebusfundare decrevimus in Villä
Pissiaci , ORIGINIS locum prefati Confes
soris , & c.
Ce verbe habebat , comme vous voyez,
n'est plus ici un obstacle , et afin que
vous n'ayez rien à désirer là dessus , lisez
un endroit de la Vie de S. Gregoire , Pa-
pe , écrite par un Chartreux du Val-
Dieu , du XV. Siécle , et raportée dans
le T. VI. p. 28. Veter. scrip. de D. Mar-
tenne , Benedictin. B. Gregorius , Papa ,
VI. Vol.
clarissimis
JUIN.
1737.
clarissimis ortus natalibus ;
8347
S. Gregoire ,
Pape , sorti d'une illustre Famille , ea
tempore duxit originem quo à nativitate Ch.
annus DXLI.volvebatur. nâquit en 541.Le
même Chartreux parle de Guidonis p.
70. comme d'un beau génie : Doctor so-
lertissimus edidit egregium opus speculi sanc-
toralis. Ce Docteur subtil est l'Auteur
de l'excellent Traité du Miroir des
Saints.
A l'égard de votre second scrupule ,
qui consiste en ce que vous ne pouvez
pas comprendre qu'on ait été mieux in-
formé du Lieu de la Naissance de Saint
Louis, que de l'année de cette Naissance,
sur laquelle les Historiens ne sont nul-
lement d'accord ; vous me permettrez de
vous dire que la Patrie est une chose sub-
sistante ; la Naissance des Grands Hom-
mes dans un Lieu fait honneur , et sou-
vent même elle lui est utile : il n'en est
pas de même de l'année , et eût- elle été
écrite dans le temps même , les Copistes
ne sont pas également exacts. On sçait
que Philipe le Bel avoit formé le dessein
de fonder un Monastere , non pas pour
rendre célebre l'Année de la Naissance
de S. Louis , son Ayeul ; c'est pour cela
qu'il n'en fut pas parlé , mais le Lieu où
il étoit né , qu'il déclare être la petite
II. Vol.
Ville
1348 MERCURE DE FRANCE
Ville de Poissy , ayant pû l'aprendre de
S. Louis , son Ayeul , auquel il avoit
parlé de Marguerite de Provence , son
Ayeule , avec laquelle il avoit conversé
17. ans , et celle- ci 18. avec la Reine
Blanche.
Que voulez-vous après cela qu'on dia
se de vos Chartres ? Je sçais le respect
que l'on doit avoir pour tout ce qui éma-
ne du Trône de nos Kois : mais la Char-
tre de Louis XII . dont j'ai aporté l'exem-
ple, donnée en 1513. en faveur de la Cour
des Aydes de Montpellier, pour être éga
lement émanée du Trône , ne fut pas
plus infaillible par le défaut de l'Exposé
quoique fait de bonne foy ) vos Char-
tres étant de ce caractere , elles n'en ont
pas aussi plus d'autorité .
Il n'y en a proprement que deux ;
( celle de 1475. se raportant entierement
à celle de 1468. ne doit être comptée
pour rien ) La premiere est de Louis XI.
et de l'an 1468. c'est-à-dire qu'elle a été
accordée aux Habitans de la Neuville-
en-Hez plus de 250.ans après la Naissan-
ce de S. Louis , et 198. après sa mort.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que
Louis XI. ne dit pas absolument dans
certe Chartre que S. Louis est né à la
Neuville ; quand il l'auroit dit , ce seroit
11. Vol.
encore
JUIN.
encore peu
1737.
1349
de chose: car on sçait bien
que
ce ne sont pas les Rois qui redigent les
Chartres ; mais après avoir écrit dans cel-
le-ci que S. Louis avoit pris Naissance à
la Neuville , on a eu soin d'ajoûter au
nom du Roy , ainsi qu'il nous a été af-
firmé. Par qui affirmé ? Ce n'est pas assu
rément par ceux qui étoient du temps de
S.Louis.Si l'on veut donc que cette Char-
tre prouve quelque chose,ce sera unique-
ment,que plus de 250 ans après la Nais-
sance de S. Louis , les Habitans de la
Neuville , ayant trouvé une protection
auprès de Louis XI . lui demanderent
une exemption pour un temps , que leur
pauvreté seule rendoit nécessaire ; que,
pour être écoutés plus favorablement, ils
exposerent que S. Louis étoit né chés eux;
et que Louis XI . leur accorda ce qu'ils
demandoient sur un oui dire , sans avoir
fait examiner la verité de cette partie de
leur Exposé.
Je n'aurai pas de peine à montrer que
la Chartre d'Henry IV. qui vous a pa
ru si curieuse , ne prouve pas davantage.
Le Roy y dit que les Habitans de la Neu-
ville lui ont exposé qu'ils avoient obte-
nu autrefois plusieurs graces , entr'autres
une Chartre de S.Louis , qui la leur avoit
accordée en consideration de ce qu'il
11. Vol.
avoit
1350 MERCUREDE FRANCE
avoit pris Naissance au Château de la
Neuville. Vous voyez , Monsieur, que ce
sont encore ici les Habitans qui parlent ,
et qui parlent d'une Chartre qu'ils n'a-
voient pas , et qu'ils disent que S. Louis
leur avoit accordée , comme l'ayant oüi
dire.
Enfin tout s'opose à vos Chartres , et
rien ne les favorise . Que d'obstacles à
franchir
que de difficultés à résoudre !
et à combien de conjectures n'êtes- vous
pas obligé de recourir pour trouver quel
que Epoque de la Naissance de S. Louis
à Neuville ? On aura beau chercher le
sujet du voyage de la Princesse Blanche,
qui n'étoit pas encore Keine , M. Mail-
lart avoue dans sa Lettre, et vous Mon-
sieur, vous faites connoître, par les beaux
traits
Histoire dont vous avez enrichi
la vôtre , que vous n'avez rien oublié
l'un et l'autre pour le trouver ce sujet ,
mais sans succès. Après de si habiles
cri.
vains , qui osera se flatter d'y réussir ?
Il en faudra donc toujours revenir au
Château de Poissy , le séjour ordinaire
de cette Princesse.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 1. Juin 1737.
Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf,
Chanoine de L. C. D. imprimée dans
le Mercure de Mars 1737. au sujet du
Lieu de la Naissance de Saint Louis,
Roy de France.
J'avois vû, Monsieur, d'abord avec
plaisir, votre nom à la tête de la Lettre
à laquelle j'ai l'honneur de répondre;
comme ce qui vient de vous est ordinai-
rement rempli d'érudition et de recher-
ches, je m'attendois à y trouver des
éclaircissemens sur la question agitée en-
tre M. Maillart et moi , d'autant mieux
quejevoyois paroître sur les rangsur Ecri-
vain d'un mérite distingué, sans qu'il eût
aucun interêt au sujet de notre dispute.
Ce n'est donc pas sans raison que j'ai été
surpris de ne voir presque dans certe Let-
tre que les Chartres de la Neuville- en-
11. Vol
Hez ,
JUIN.
1737
1339
Hez , avec quelques avis, dont vous con-
viendrez vous-même que je n'avois pas
besoin , lorsque vous y aurez fait re
Aexion.
1º. Je me suis fait illusion , si on vous
en croit , lorsque j'ai soutenu que M.
Baillet , qui a placé à Poissy la Naissance
de S. Louis , connoissoit les Chartres de
la Neuville , où il étoit né lui- même , et
pour prouver ma prétendue méprise
de cet Ouvrage , à laquelle il présida
>
vous observez que la Note que j'ai copiée
dans les Vies des Saints de ce celebre Cri-
sique , n'est pas dans la premiere Edition
mais seulement dans deux Editions faites
long- temps après sa mort ; sçavoir , en
1715. et en 1724.d'où vous concluez que
cette Note n'est pas de M. Baillet , mais
de l'Editeur.
Comment avez vous pû ignorer, Mon.
sieur , que l'Edition de 1701. qui est la
premiere , ayant été épuisée en très- peu
.de temps , on en fit une seconde , revie
et augmentée par l'Auteur , qui fut mise
en vente dès l'an 1704. chés Jean de
Nully. Baillet étoit alors plein de vie ,
il ne mourut que le 21. Janvier 1706.
Ce fut donc lui-même qui , au Tome II.
de cette Edition p. 379. après avoir écrit
dans le Texte : Louis IX. Roy de France
II. Vol
nâquir
1340 MERCURE DE FRANCE
nâquit à Poissy , ajoûta cette Note. >> On
» voit deux Actes de nos Rois , l'un de
» Louis XI. et l'autre de Henry I V. qui
» portent qu'il est né à Neuville- en-Hez ,
" Bourg du Diocèse de Beauvais, » C'est
lui qui en disant ensuite p. 383. » que
» S. Louis retournoit ordinairement à
» Poissy , non pas tant pour y être né
» que pour y avoir reçû le Baptême »
montre qu'il n'avoit point d'égard à ces
Chartres. De plus on lit au IV. Tome p.
292. qu'il y avoit eu en 1215. trois éve-
nemens remarquables , dont l'un étoit la
Naissance de S. Louis à Poissy.
M. le Gendre a suivi son exemple , et
malgré ces Chartres , il a écrit T. III. P.
120. de l'Histoire de France , imprimée
à Paris, 12. ans après la mort de M. Bail
let : Louis VIII. eut pour enfans , &c .
S. Louis né à Poissy.
2º. La proximité d'une ruë , dites
vous , a empêché de bâtir le Sanctuaire
de l'Eglise des Dames de Poissy vers l'O-
rient ; cela est vrai , mais ce fut pour ac-
corder cette proximité avec l'endroit où
S. Louis étoit né , sur lequel on voulut
placer le Maître Autel.
3 °. L'autorité de Guidonis , Dominicain ,
né en 1260. Evêque de Lodéve en 1324.
quej'ai cité, m'a paru d'autant plus décisi-
II. Vol.
ve
JUIN.
1737.
1347
ve pour prouver la Naissance de S.Louis à
Poissy , qu'un autre Ecrivain , lequel té-
moigne , selon le P. Echard , l'avoir
connu , assure dans l'Abregé qu'il a fait
de sa Vie , qu'il étoit à la suite de la
Cour de France en 1318. envoyé par le
Pape Jean XXII. pour terminer la
Guerre qui étoit entre le Roy Philipe V.
et les Flamans. Ce qui réussit, dit Meze-
ray , le 20. May 1320. Guidonis , alors
Inquisiteur de Toulouze , et Procureur
General de son Ordre ; dum Inquisitionis
et Procurationis officiis fungeretur , obligé
en cette derniere qualité , de veiller à
l'execution de la Fondation d'un Monas-
tere de son Ordre , faite à Poissy , à cinq
petites lieuës de Paris ; Guidonis , dis - je ,
pouvoit-il ignorer , n'étoit- il pas même
obligé de sçavoir le dessein de Philipe le
Bel et des Princes , ses deux fils , Philipe
Vet Charles IV . auxquels il avoit l'hon-
neur de parler , déclarés avec leur Perc
dans le Nécrologe de certe Maison , Au-
teurs de ces grands Edifices ?
J'ai donc suivi les regles d'une saine
critique , lorsque j'ai regardé ce Prélat
comme un bon garant de la verité que
je défends ; il dit nettement que Philipe
le Bel fonda le Monastere de Poissy in
bonorem Avi sui qui apud Pissiacum natës
1 I. Vol.
esis
1342 MERCURE DE FRANCE
ests et c'est en termes aussi exprès , qu'il
assure dans la Relation de cette Fonda-
tion , que le Lieu de Poissy fut choisi
préférablement à tout autre , parce que
S. Louis y étoit né.
Vous ne voulez pourtant point qu'on
s'arrête à ce témoignage
parce que ,
>> dites- vous, les OuvragesHistoriques de
» Guidonis sont remplis d'une inexacti-
» tude qui leur a'attiré le mépris des Sça-
» vans, et qui est la cause qu'ils restent
» oubliés dans la poussiere des Biblio-
> theques , sans que personne ait jamais
» eu le courage de les rendre publics par
» l'impression. Les Sçavans , selon vous,
méprisent ses Ouvrages Historiques , & c.
Mais tous les Sçavans dont vous voulez
parler se réduisent à un des Continua-
teurs de Bollandus , qui même n ' . dit
autre chose , sinon que la Vie de Saint
Justin d'Aquitaine , publiée par Gui-
donis , contient des fables. A quoi le
P. Echard répond : hasfabulas Bernardo
non tribuas » En effet , Guidonis paroît
>> ici un Ecrivain zelé , lequel ayant
» découvert cette Piece en Gascogne,
» n'a eu d'autre dessein' que de la con-
» server en entier , afin que ce qu'il y a
» de fabuleux ne fut pas cause de la per-
se de ce qu'il y a de vrai , sans préten
ᏞᎥᏤ .
dre
JUIN.
1737
7343
dre autoriser également l'un et l'autre.
Donnez-vous la peine , Monsieur , de
lire sa Vie , raportée par les Peres Labbe
et Echard , et vous y trouverez de quoi
vous former l'idée juste que l'on doit
avoir de notre Auteur et de ses Ouvra-
ges: Guido vir magni consilii , sensatus ,
fama , gratiâ , scientiâ et eloquentiâ clarus.
M. Sponde ad annum 1330. et le P. Ale-
xandre Siecle XIV . p . 148. lui donnent
dans leurs Annales les mêmes éloges . Le
P. Lelong , de l'Oratoiré , fait , dans sa
Bibliotheque Historique , le dénombre-
ment des plus célebres Bibliotheques qui
conservent cherement ses Manuscrits , et
il assure p. 78 2. que son Histoire impri-
mée des Comtes de Toulouze , est suivie
generalement de tous ; M. Baluze , le-
quel , au sentiment de M. Dupin , Siécle
XVII. p. 5. et p. 15. et de tout le monde,
étoit mieux versé que personne dans la
connoissance des Manuscrits , parlant de
notre Prélat , a dit dans son Histoire des
Papes d'Avignon , T. I. p. 579. Bernar-
dus Guidonis Auctor omni exceptione ma-
jor. Bernard Guidonis est un des plus cé-
lebres Auteurs ; et il l'a dit à l'occasion
de ses Additions à l'Ouvrage Historique
des nouveaux établissemens de l'Ordre
des Freres Précheurs , De Exordiis Ord.
II. Vol.
Prad
1344 MERCURE DE FRANCE
Prad. Ce scul témoignage autorise tout
ce que notre Ecrivain a dit de celui de
Poissy , qui est du nombre. Tous ces
Scavans , et plusieurs autres que je pou
rois citer, sont autant de témoins du mé-
rite de Guidonis , par les éloges qu'ils
lui donnent.
Vous ajoûtez enfin que personne n'a
jamais eu le courage de faire imprimer
aucun des Ouvrages Historiques de no-
tre Auteur , et le P. Echard T. I. p . 577.
>
en cite six , avec l'année et le lieu de
l'Impression. Historia Inquisitionis , &c.
Vovez aussi ce que Baillet dit en faveur de
Guidonis T. I. p. 36. Edit. de 1704.
4º. Guillaume de Chartres , Chapelain
de S. Louis , a écrit que ce pieux Roy
observoit les jeûnes qui étoient d'obliga
tion dans le Diocèse de Chartres , eò quod
de Carnotensi Diocesi oriundus existebat.
J'ai traduit ces mots : Parce qu'il étoit
né dans le Diocèse de Chartres. Et je
soutiens encore que c'est leur sens veri-
table et naturel.
Ce que j'ai avancé , qu'en cherchant
une autre autorité que celle de Catel ,
qui vous a paru trop foible , pour mon-
trer que j'ai bien expliqué le mot oriun-
dus , je l'ai trouvée sans peine cette au-
torité , et telle qu'elle ne laisse pas om-
II. Vol.
bre
JUIN.
11. Vol.
1737.
1345
bre de difficulté ; c'est la Vie de S. Eloy
par S. Ouen qui me l'a fournie. Elegius,
dit l'Historien, in Villa Catalanensi oriun-
dus fuit. On l'explique en disant que S.
Eloy nâquit à Cataillac près de Limoges,
et S. Olen ne permet pas de l'entendre
autrement , lorsqu'il ajoûte : ex hâc ergo
regione natus est : Il nâquit donc dans ce
Pays-là. Sum enim et ego , si fortè vos nes-
citis , civitate vestrâ oriundus , et à pueritia
nutritus : » Sçachez , disoitCorneille Agrip-
ра
» pa à ceux de Cologne , que je suis né
» et que j'ai été élevé dans votre Ville ,
qu'il apelle sa Patrie. Melchior, Adam
et Bayle citent cet oriundus pour prouver
qu'il y est né.
5º. Mais si le mot oriundus indique le
Lieu de la naissance temporelle , en se-
ra- t- il autrement du mot originis , em-
ployé par Philipe le Bel en 1304. dans
la Chartre de Fondation du Monastere
de Poissy ? M. Maillart les a expliqués
l'un comme l'autre , et vous en avez usé
de mêmesje n'y trouve aussi aucune dif-
ference ; je crois qu'ils ont la même si-
gnification ; cependant comme il vous
reste deux scrupules , je vais tâcher de
les lever.
On lit donc dans cette Chartre de
Fondation ( par laquelle le Roy accorde,
en
1546 MERCURE DE FRANCE
en vûë de la Naissance de S. Louis , in
honorem , &c. des Privileges bien plus
étendus que ceux de Neuville : Villam
ipsa
ORIGINIS SUE locum habebat.Il
avoit le Domaine de cette petite Ville de
Poissy , le Lieu de sa Naissance. Ce ver-
be habebat vous paroît receler quelque
mistere
,
et en vous en reservant l'intel-
ligence , vous avertissez le Public que si
on l'entend bien , il fait contre moi ; j'a-
voiie que je ne vois point cela , mais ce
que je vois fort bien , c'est que ce même
verbe habebat n'est point dans une autre
Chartre que Philipe le Bel accorda au
Monastere de Poissy , et qui est datée de
Chastillon- sur- Yndre , au mois d'Août
1305. In honorem Dei , B. V. M. nen nen
ad celebrem et specialem egregii Confessoris
B. Ludovici , Avi nostri , Monasterium
præteritis diebusfundare decrevimus in Villä
Pissiaci , ORIGINIS locum prefati Confes
soris , & c.
Ce verbe habebat , comme vous voyez,
n'est plus ici un obstacle , et afin que
vous n'ayez rien à désirer là dessus , lisez
un endroit de la Vie de S. Gregoire , Pa-
pe , écrite par un Chartreux du Val-
Dieu , du XV. Siécle , et raportée dans
le T. VI. p. 28. Veter. scrip. de D. Mar-
tenne , Benedictin. B. Gregorius , Papa ,
VI. Vol.
clarissimis
JUIN.
1737.
clarissimis ortus natalibus ;
8347
S. Gregoire ,
Pape , sorti d'une illustre Famille , ea
tempore duxit originem quo à nativitate Ch.
annus DXLI.volvebatur. nâquit en 541.Le
même Chartreux parle de Guidonis p.
70. comme d'un beau génie : Doctor so-
lertissimus edidit egregium opus speculi sanc-
toralis. Ce Docteur subtil est l'Auteur
de l'excellent Traité du Miroir des
Saints.
A l'égard de votre second scrupule ,
qui consiste en ce que vous ne pouvez
pas comprendre qu'on ait été mieux in-
formé du Lieu de la Naissance de Saint
Louis, que de l'année de cette Naissance,
sur laquelle les Historiens ne sont nul-
lement d'accord ; vous me permettrez de
vous dire que la Patrie est une chose sub-
sistante ; la Naissance des Grands Hom-
mes dans un Lieu fait honneur , et sou-
vent même elle lui est utile : il n'en est
pas de même de l'année , et eût- elle été
écrite dans le temps même , les Copistes
ne sont pas également exacts. On sçait
que Philipe le Bel avoit formé le dessein
de fonder un Monastere , non pas pour
rendre célebre l'Année de la Naissance
de S. Louis , son Ayeul ; c'est pour cela
qu'il n'en fut pas parlé , mais le Lieu où
il étoit né , qu'il déclare être la petite
II. Vol.
Ville
1348 MERCURE DE FRANCE
Ville de Poissy , ayant pû l'aprendre de
S. Louis , son Ayeul , auquel il avoit
parlé de Marguerite de Provence , son
Ayeule , avec laquelle il avoit conversé
17. ans , et celle- ci 18. avec la Reine
Blanche.
Que voulez-vous après cela qu'on dia
se de vos Chartres ? Je sçais le respect
que l'on doit avoir pour tout ce qui éma-
ne du Trône de nos Kois : mais la Char-
tre de Louis XII . dont j'ai aporté l'exem-
ple, donnée en 1513. en faveur de la Cour
des Aydes de Montpellier, pour être éga
lement émanée du Trône , ne fut pas
plus infaillible par le défaut de l'Exposé
quoique fait de bonne foy ) vos Char-
tres étant de ce caractere , elles n'en ont
pas aussi plus d'autorité .
Il n'y en a proprement que deux ;
( celle de 1475. se raportant entierement
à celle de 1468. ne doit être comptée
pour rien ) La premiere est de Louis XI.
et de l'an 1468. c'est-à-dire qu'elle a été
accordée aux Habitans de la Neuville-
en-Hez plus de 250.ans après la Naissan-
ce de S. Louis , et 198. après sa mort.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que
Louis XI. ne dit pas absolument dans
certe Chartre que S. Louis est né à la
Neuville ; quand il l'auroit dit , ce seroit
11. Vol.
encore
JUIN.
encore peu
1737.
1349
de chose: car on sçait bien
que
ce ne sont pas les Rois qui redigent les
Chartres ; mais après avoir écrit dans cel-
le-ci que S. Louis avoit pris Naissance à
la Neuville , on a eu soin d'ajoûter au
nom du Roy , ainsi qu'il nous a été af-
firmé. Par qui affirmé ? Ce n'est pas assu
rément par ceux qui étoient du temps de
S.Louis.Si l'on veut donc que cette Char-
tre prouve quelque chose,ce sera unique-
ment,que plus de 250 ans après la Nais-
sance de S. Louis , les Habitans de la
Neuville , ayant trouvé une protection
auprès de Louis XI . lui demanderent
une exemption pour un temps , que leur
pauvreté seule rendoit nécessaire ; que,
pour être écoutés plus favorablement, ils
exposerent que S. Louis étoit né chés eux;
et que Louis XI . leur accorda ce qu'ils
demandoient sur un oui dire , sans avoir
fait examiner la verité de cette partie de
leur Exposé.
Je n'aurai pas de peine à montrer que
la Chartre d'Henry IV. qui vous a pa
ru si curieuse , ne prouve pas davantage.
Le Roy y dit que les Habitans de la Neu-
ville lui ont exposé qu'ils avoient obte-
nu autrefois plusieurs graces , entr'autres
une Chartre de S.Louis , qui la leur avoit
accordée en consideration de ce qu'il
11. Vol.
avoit
1350 MERCUREDE FRANCE
avoit pris Naissance au Château de la
Neuville. Vous voyez , Monsieur, que ce
sont encore ici les Habitans qui parlent ,
et qui parlent d'une Chartre qu'ils n'a-
voient pas , et qu'ils disent que S. Louis
leur avoit accordée , comme l'ayant oüi
dire.
Enfin tout s'opose à vos Chartres , et
rien ne les favorise . Que d'obstacles à
franchir
que de difficultés à résoudre !
et à combien de conjectures n'êtes- vous
pas obligé de recourir pour trouver quel
que Epoque de la Naissance de S. Louis
à Neuville ? On aura beau chercher le
sujet du voyage de la Princesse Blanche,
qui n'étoit pas encore Keine , M. Mail-
lart avoue dans sa Lettre, et vous Mon-
sieur, vous faites connoître, par les beaux
traits
Histoire dont vous avez enrichi
la vôtre , que vous n'avez rien oublié
l'un et l'autre pour le trouver ce sujet ,
mais sans succès. Après de si habiles
cri.
vains , qui osera se flatter d'y réussir ?
Il en faudra donc toujours revenir au
Château de Poissy , le séjour ordinaire
de cette Princesse.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 1. Juin 1737.
Fermer
2948
p. 1357-1368
ELOGE du R. P. Dom Claude Dupré, Superieur General des Benedictins de la Congrégation de S. Maur.
Début :
Le R. P. Dom Claude Dupré nâquit à Bresolles, petite Ville du Perche, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE du R. P. Dom Claude Dupré, Superieur General des Benedictins de la Congrégation de S. Maur.
ELOGE du R. P. Dom Claude Dupré,
Superieur General des Benedictins de la
Congrégation de S. Maur.
Le R. P. Dom Claude Dupré nâquit
à Bresolles, petite Ville du Perche,
dans le Diocèse de Chartres , le 18. No
vembre 1667.d'une fort honnête Famille.
A l'âge d'onze ans ses Parens l'envoyerenɛ
à Paris. Après avoir étudié quelque temps
au College de Montaigu , il alla à Caën
achever ses Humanités , et partout il fit
admirer son amour pour les Lettres , et
son assiduité au travail. C'étoit peu pour
lui que les heures d'étude et les devoirs
de Classe ordinaires. Avare de son temps
II. Vol.
E iiij .
et
1358 MERCURE DE FRANCE
et avide de science , les momens que ses
Condisciples passoient à de vains amu-
semens, notre jeune Ecolier les employoit
à la lecture des bons Livres , ou dans la
compagnie des Personnes qui pouvoient
contribuer à son avancement. Ses pro-
menades et ses récréations se bornoient
à l'Abbaye de S. Etienne de Caën , où il
s'entretenoit de matieres de pieté avec
quelques Religieux , dont il avoit fait
connoissance , et s'édifioit de la retraite ,
du silence et de la régularité de cette
Communauté. Leur genre de vie fatoit
Insensiblement son inclination , et la
grace secondant le penchant naturel qu'il
avoit pour la solitude , il se sentit vive-
ment pressé du désir de se faire Religieux.
Fidele à sa vocation , il quitta le Monde
et sortit de Caën à l'insçû de ses Parens,
pour se retirer dans le Monastere de
Lyre.
Là, revêtu de l'habit Religieux, notre
jeune Novice s'apliquoit tout entier à
étudier et à remplir les devoirs de l'Etat
qu'il vouloit embrasser , lorsque son Pe-
re se rendit à Lyre , et le sollicita par
tout ce que la Nature a de plus tendre ,
de retourner avec lui dans le Monde pour
être sa compagnie et sa consolation . Mais
le Novice , ferme dans sa résolution
II. Vol.
Consomma
JUIN 1737.
11, Ꮴ !
1359
consomma son sacrifice avec joye le 10.
Août 1686. par les vœux solennels de
la Religion.
Après sa Profession , il fut envoyé à
S. Ouën de Roüen , pour y faire son Sé-
minaire. Le P. Dom Simon Bougis , qui
en étoit Prieur , déja prévenu sur les
heureuses dispositions du Frere Dupré ,
le reçut , avec complaisance , au nombre
de ses Eleves , et s'apliqua avec soin à
cultiver cette jeune Plante et à la conduite
à sa perfection. Notre jeune Profès fit de
si grands progrès dans la vertu , qu'il
devint en peu de temps l'exemple et le
modele du Séminaire. Il passa ainsi deux
années dans la pratique la plus exacte de
l'observance Réguliere. Apliqué ensuite
par ses Supérieurs à la Philosophie et à
la Théologie , il reprit son ancien goût
pour l'Etude , mais sans jamais perdre le
but de sa vocation . Les succès répondi
rent parfaitement à l'habileté de ses Maî-
tres , et sa pieté ne souffrir rien des athi-
blissemens que la sécheresse et la dissi
pation des Études causent souvent.
Au sortir de ses Etudes , on l'envoya
à Jumiéges , Maison très retirée er pro-
pre à ses inclinations. Il reçut à la fin de
Fannée l'Ordre de Prêtrise , et peu de
temps après les Supérieurs Ini confierent
E v
iédu-
1360 MERCURE DE FRANCE
l'éducation de la Jeunesse , ils lui firent
>
enseigner successivement les Belles- Let
tres au College de Tyron , la Philosophie
à Fécamp , et la Théologie à Caën. Il
s'étudia à former ses Disciples autant par
ses exemples que par ses leçons ; sa con-
duite leur inspiroit également l'amour
pour la vertu et l'ardeur pour les Sciences.
Le Chapitre General de 1705. le nom-
ma Prieur de Saint- Pere de Chartres.
Toute la Province aprouva ce choix ; il
en fut lui seul consterné ; il fit des re-
montrances , il insista , il gémit , il pleu-
ra , mais inutilement
ร
il fallut se sou-
mettre. A la tête de sa Communauté , il
prit pour regle de conduite l'exemple du
bon Pasteur. Dur à lui même , humain
pour ses freres, prévenant officieusement
les besoins de ses Religieux , portant
tout le poids de la Supériorité , sans en
goûter les douceurs ; il possedoit à un
dégré supérieur le don de la parole. Rien
de plus solide , rien de plus pathétique
que les Exhortations qu'il faisoit à ses
Religieux , ils l'écoutoient toujours avec
plaisir , même dans la censure de leurs
fautes.
Le Chapitre General de 1708. instruit
de ses vertus et de ses bonnes qualités
crut devoir lui confer un poste plus con-
II. Vol.
sidérable.
JUIN.
II. Vol.
1737.
1361
sidérable. Il y fut nommé Abbé de Saint
Martin de Séez. Cette nouvelle dignité ,
soûtenuë de tous les talens qui rendent
un homme recommandable , auroit pû lui
procurer des amis distingués , et le faire
briller au-dehors ; mais se renfermant
dans les bornes de son Etat , il évita , au-
tant qu'il put , de paroître et de se ré-
pandre parmi les Séculiers. Malgré tou
tes ses précautions il fut respecté dans le
Pays et connu pendant six ans qu'il gou-
verna cette Abbaye , pour un saint et
sçavant Religieux , qui joignoir aux bel-
les connoissances un excellent caractere.
Les idées avantageuses qu'on avoit de
lui , loin de flater son amour propre , net
servirent qu'à le rendre encore plus hum-
ble. Il souffroit impatiemment des élo-
ges et des attentions qu'il croyoit ne pas
mériter ; et regardant la supériorité com-
me un écueil , il fit tous ses efforts pour
s'en décharger au Chapitre General de
1714. dont il étoit Membre. Il y étoit
destiné pour remplir un des premiers
postes de la Province de Bretagne ; mais
Il préfera l'Office de Secretaire du R. P.
General aux Supériorités les plus hono-
rables.
Il exerça cet Emploi pendant six ans
avec tout le zele et l'attachement que
E vj
méritoit
1362 MERCURE DE FRANCE
méritoit l'entiere confiance dont l'hono-
roit le R. P. Dom Charles de l'Hostalled
rie. Ce R.P. ayant demandé et obtenu sa
décharge au Chapitre de 1720. son Se-
cretaire sollicita vivement la permission
de rentrer dans la retraite et dans la so-
litude , dont il faisoit ses délices ; mais
on n'eut aucun égard à ses prieres , et
malgré toutes ses repugnances , il fuc
nommé par ce Chapitre Visiteur de Nor-
mandie , et par celui de 1723. Visiteur
de la Province de France.
Devenu le Pere des Religieux de ces
Provinces , il en fit le bonheur et l'ad-
miration: il les gouverna avec toute la
fermeté , la douceur et la modération
qu'on pouvoit attendre de son grand
zele , de son bon cœur et de sa charité
paternelle. Son autorité soûtenuë par
l'exemple de ses vertus , y fut toujours
universellement respectée et aimée. Les
Religieux de France ne le virent sortir
qu'à regret de leur Province : il emporta
leurs cœurs et leurs vœux en les quittant
pour aller en 1726. à Fécamp gouverner
cette Abbaye , la premiere et la plus dis-
tinguée de la Normandie.
En changeant de poste, Dom Dupré
ne changea pas de conduite : même zele
pour la discipline réguliere , même rete-
II. Vol
JUIN.
1737.
1363
#ue pour le dehors. Renfermé dans l'in-
terieur de son Monastere , il se livra tout
entier aux besoins de ses Religieux . Obli-
gé par son Office de Grand Vicaire de
l'Archevêque de Rouen , de communi-
quer avec les Seculiers , pour l'exercice
de la Jurisdiction sur plusieurs Paroisses ,
il s'y prêta , mais toujours en vrai Reli-
gieux , satisfaisant simplement aux de-
voirs de sa Charge-
Député de sa Province , Définiteur et
Secretaire du Chapitre de 1729. il y fut
nommé Prieur de l'Abbaye de S. Ger-
main-des- Prez : mais un orage fâcheux
ayant troublé la paix de la Congrégation ,
il prit le parti de la retraite , et renvoya
son Obedience ; il insista long - temps
pour obtenir sa démission , et ne se ren-
dit à S. Germain qu'aux ordres précis et
réïterés du R. P. Général . Peu accoûtu-
mé au grand Monde, ennemi du tumul-
te et des embaras , il se contenta de lever
les mains au Ciel , tandis que les Supe-
rieurs majeurs travailloient à rétablir le
calme dans la Congrégation.
Ilfutpeu de temps après élû Assistant
du R. P. Général. Telle étoit sa situation
lorsqu'il se vit obligé en 1735. par la
mort inopinée du R. P. Général Dom
Hervé Menard , de présider en qualité
11. Fol.
de
1364 MERCURE DEFRANCE
de Vicaire Général à toute la Congréga-
tion. Il soûtint le poids de cette Charge
avec une constance qui le fit admirer.
Sans rien relâcher de sa régularité , de
son assiduité aux exercices , et de ses
austerités , il s'occupa infatigablement à
chercher les moyens de ramener dans la
Congrégation la subordination et la paix,
que les disputes du temps et les élections
précedentes y avoient extrémement al
Terées.
Son accès libre , aisé et affable , ses
entretiens familiers , agréables et insi-
Huans , ses lettres tendres , affectives et
paternelles, lui attirerent d'abord la con-
fiance des Religieux. Les très-humbles
Remontrances qu'il fit au Roy , de con-
cert avec le P. Assistant et quelques Su-
perieurs , pour la levée des exclusions et
la liberté des suffrages dans le prochain
Chapitre , les ordres pleins de bonté et
de clemence qu'il obtint de S. M. au
mois de Mars 1736. et la lettre qu'il
écrivit à tous les Monasteres le lende
main pour les notifier , acheverent de
concilier les Esprits.
Le 3. May 1736. il fit l'ouverture du
Chapitre par un Discours si éloquent et
si pathetique,qu'il pénétra tous les cœurs
et les réunit tellement , que toutes les
Fl. Vol.
élections
JUIN.
1737.
temps de la Congrégation.
1365
élections s'y firent avec une tranquillité
et une modestie dignes des premiers
Après avoir été élû unanimement Dé-
finiteur et Président de ce Chapitre , il
fut aussi élû d'une voix unanime et pro-
clamé Général de la Congrégation le 27.
du même mois. Cette place étoit dûë à
sa grande régularité et à son zele pour le
bon ordre et pour la discipline. Tous les
Religieux le desiroient et le demandoient
depuis long-temps. Tous aplaudirent à
ce choix; lui seul s'en affligea , et l'abon
dance des larmes qu'il versa, au moment
de son élection , et dans la cérémonie de
son installation , fut une preuve bien
sensible de la peine qu'il en ressentoir.
Ses Religieux ne furent pas les seuls
qui se réjouirent de son élection . Le Pape
l'honora d'un Bref, par lequel il lui mar
quoit la joye qu'il avoit de voir si digne-
ment remplie la premiere Place d'une
Congrégation , qui lui étoit chere et pré-
cieuse, M. le Cardinal de Fleury l'hono
ra d'un accueil très - favorable. S. E. aut
fa bonté de le presenter au Roy et à la
Reine
Elle fit à Leurs Majestés l'Eloge
de la Congrégation et du Général en pre-
sence de toute la Cour , dans les termes
les plus obligeans . Le Public ne prit pas
II.Vab
mcins
"
1366 MERCURE DE FRANCE
moins de part à l'heureux succès du Cha
pitre. Le nouveau Général füt reçû par-
tout avec joye , avec distinction ; et ce-
lui qui , jusqu'alors, n'avoit cherché qu'à
se cacher , se vit, avec étonnement, con-
nu et recherché de tout le Monde. Il re-
çut des marques d'une consideration par
ticuliere du Roy et de la Reine de Polo-
gne, lorsqu'il leur presenta une Relique
de S. Benoît , que L. M. lui avoient de-
mandée avec empressement; la noble sim
plicité avec laquelle il les harangua ,
louée de toute la Cour.
fut
Cependant le Seigneur répandoir ses
graces et ses bénédictions sur son gou-
vernement : la science et la pieté repre-
noient une nouvelle vigueur , lorsqu'une
mort prématurée enleva ce digne Géné-
ral à sa Congrégation . Il avoit prédir ,
au moment de son élection , qu'il ne
verroit pas la fin de l'année. En effet, un
travail dur , continuel et opiniâtre , joint
à une vie extrémement pénitente et aus-
tere, épuisa bien- tôt ses forces ,et le con-
duisit en peu de temps au tombeau.
Dès le mois d'Août il se sentir attaqué
d'une sécheresse de poitrine, qui fit crain-
dre pour sa vie . Son corps s'affoiblissoit
à vûë d'œil , et sa poitrine s'alteroit de
plus en plus.
11 Vol.,
A
JUIN.
II. Vol.
17376
1367
Au commencement de l'Avent il se
Trouva fort opressé. Le Médecin lui pres-
crivit un regime de vie ; mais il ne fut
pas possible de lui faire rompre le jeûne
et l'abstinence , et tout ce qu'on put ga
gner sur lui , fut qu'il ne se leveroit pas
la nuit pour aller à Matines , exercice
auquel il avoit été toujours fort assidu.
Quelques saignées faites à propos , lui
donnerent un peu de relâche , et mesu-
rant ses forces sur son courage , il entre-
prit de dire les trois Messes de Noël : il
célébra encore la Messe le jour de Saint
Etienne , mais avec beaucoup de peine ,
et pour la derniere fois.
Le Dimanche suivant, se trouvant plus
mal , il apella son Confesseur , et se pré-
para par une Confession générale à rece-
voir le S. Viatique et l'Extréme- Onction,
Le P. Assistant se disposoit à les lui apor
ter, le Malade les attendoit avec une sain-
te impatience , mais une violente palpi-
tation de cœur lui ôtant tout à coup la
respiration , sans qu'on pût lui donner
aucun secours , le P. Delville , son Se-
cretaire , qui ne le quittoit point , l'ex-
horta à avoir recours au Seigneur. Je
mets , lui répondit- il , toute ma confiance
en sa misericorde , et en prononçant ces
paroles il expira le 30. Décembre 1736.
à trois
1368 MERCURE DE FRANCE
à 3. heures après midi, âgé d'environ 70.
ans. Il fut inhumé le lendemain avec les
cérémonies accoûtumées auprès de ses
Prédécesseurs , vers le milieu du Chœur
de la grande Chapelle de la Vierge. Les
Généraux d'Ordre qui étoient à Paris ,
un très grand nombre d'Ecclesiastiques
et de Religieux assisterent à ses Obse-
ques , et au Service solemnel qui se fit
le 2. de Janvier. S. E. M. le Cardinal de
Fleury a bien voulu honorer sa Mémoi
re par une de ses Lettres , écrite sur ce
sujer au P. Vicaire Général dans les ter-
mes les plus tendres et les plus consolans.
Cette Mémoire sera toujours précieuse
à une Congrégation dans laquelle il avoit
rétabli la paix et le bon ordre , par les
rares exemples de pieté et de toutes les
Vertus Religieuses dont il l'a édifiée'pen-
dant son gouvernement.
Superieur General des Benedictins de la
Congrégation de S. Maur.
Le R. P. Dom Claude Dupré nâquit
à Bresolles, petite Ville du Perche,
dans le Diocèse de Chartres , le 18. No
vembre 1667.d'une fort honnête Famille.
A l'âge d'onze ans ses Parens l'envoyerenɛ
à Paris. Après avoir étudié quelque temps
au College de Montaigu , il alla à Caën
achever ses Humanités , et partout il fit
admirer son amour pour les Lettres , et
son assiduité au travail. C'étoit peu pour
lui que les heures d'étude et les devoirs
de Classe ordinaires. Avare de son temps
II. Vol.
E iiij .
et
1358 MERCURE DE FRANCE
et avide de science , les momens que ses
Condisciples passoient à de vains amu-
semens, notre jeune Ecolier les employoit
à la lecture des bons Livres , ou dans la
compagnie des Personnes qui pouvoient
contribuer à son avancement. Ses pro-
menades et ses récréations se bornoient
à l'Abbaye de S. Etienne de Caën , où il
s'entretenoit de matieres de pieté avec
quelques Religieux , dont il avoit fait
connoissance , et s'édifioit de la retraite ,
du silence et de la régularité de cette
Communauté. Leur genre de vie fatoit
Insensiblement son inclination , et la
grace secondant le penchant naturel qu'il
avoit pour la solitude , il se sentit vive-
ment pressé du désir de se faire Religieux.
Fidele à sa vocation , il quitta le Monde
et sortit de Caën à l'insçû de ses Parens,
pour se retirer dans le Monastere de
Lyre.
Là, revêtu de l'habit Religieux, notre
jeune Novice s'apliquoit tout entier à
étudier et à remplir les devoirs de l'Etat
qu'il vouloit embrasser , lorsque son Pe-
re se rendit à Lyre , et le sollicita par
tout ce que la Nature a de plus tendre ,
de retourner avec lui dans le Monde pour
être sa compagnie et sa consolation . Mais
le Novice , ferme dans sa résolution
II. Vol.
Consomma
JUIN 1737.
11, Ꮴ !
1359
consomma son sacrifice avec joye le 10.
Août 1686. par les vœux solennels de
la Religion.
Après sa Profession , il fut envoyé à
S. Ouën de Roüen , pour y faire son Sé-
minaire. Le P. Dom Simon Bougis , qui
en étoit Prieur , déja prévenu sur les
heureuses dispositions du Frere Dupré ,
le reçut , avec complaisance , au nombre
de ses Eleves , et s'apliqua avec soin à
cultiver cette jeune Plante et à la conduite
à sa perfection. Notre jeune Profès fit de
si grands progrès dans la vertu , qu'il
devint en peu de temps l'exemple et le
modele du Séminaire. Il passa ainsi deux
années dans la pratique la plus exacte de
l'observance Réguliere. Apliqué ensuite
par ses Supérieurs à la Philosophie et à
la Théologie , il reprit son ancien goût
pour l'Etude , mais sans jamais perdre le
but de sa vocation . Les succès répondi
rent parfaitement à l'habileté de ses Maî-
tres , et sa pieté ne souffrir rien des athi-
blissemens que la sécheresse et la dissi
pation des Études causent souvent.
Au sortir de ses Etudes , on l'envoya
à Jumiéges , Maison très retirée er pro-
pre à ses inclinations. Il reçut à la fin de
Fannée l'Ordre de Prêtrise , et peu de
temps après les Supérieurs Ini confierent
E v
iédu-
1360 MERCURE DE FRANCE
l'éducation de la Jeunesse , ils lui firent
>
enseigner successivement les Belles- Let
tres au College de Tyron , la Philosophie
à Fécamp , et la Théologie à Caën. Il
s'étudia à former ses Disciples autant par
ses exemples que par ses leçons ; sa con-
duite leur inspiroit également l'amour
pour la vertu et l'ardeur pour les Sciences.
Le Chapitre General de 1705. le nom-
ma Prieur de Saint- Pere de Chartres.
Toute la Province aprouva ce choix ; il
en fut lui seul consterné ; il fit des re-
montrances , il insista , il gémit , il pleu-
ra , mais inutilement
ร
il fallut se sou-
mettre. A la tête de sa Communauté , il
prit pour regle de conduite l'exemple du
bon Pasteur. Dur à lui même , humain
pour ses freres, prévenant officieusement
les besoins de ses Religieux , portant
tout le poids de la Supériorité , sans en
goûter les douceurs ; il possedoit à un
dégré supérieur le don de la parole. Rien
de plus solide , rien de plus pathétique
que les Exhortations qu'il faisoit à ses
Religieux , ils l'écoutoient toujours avec
plaisir , même dans la censure de leurs
fautes.
Le Chapitre General de 1708. instruit
de ses vertus et de ses bonnes qualités
crut devoir lui confer un poste plus con-
II. Vol.
sidérable.
JUIN.
II. Vol.
1737.
1361
sidérable. Il y fut nommé Abbé de Saint
Martin de Séez. Cette nouvelle dignité ,
soûtenuë de tous les talens qui rendent
un homme recommandable , auroit pû lui
procurer des amis distingués , et le faire
briller au-dehors ; mais se renfermant
dans les bornes de son Etat , il évita , au-
tant qu'il put , de paroître et de se ré-
pandre parmi les Séculiers. Malgré tou
tes ses précautions il fut respecté dans le
Pays et connu pendant six ans qu'il gou-
verna cette Abbaye , pour un saint et
sçavant Religieux , qui joignoir aux bel-
les connoissances un excellent caractere.
Les idées avantageuses qu'on avoit de
lui , loin de flater son amour propre , net
servirent qu'à le rendre encore plus hum-
ble. Il souffroit impatiemment des élo-
ges et des attentions qu'il croyoit ne pas
mériter ; et regardant la supériorité com-
me un écueil , il fit tous ses efforts pour
s'en décharger au Chapitre General de
1714. dont il étoit Membre. Il y étoit
destiné pour remplir un des premiers
postes de la Province de Bretagne ; mais
Il préfera l'Office de Secretaire du R. P.
General aux Supériorités les plus hono-
rables.
Il exerça cet Emploi pendant six ans
avec tout le zele et l'attachement que
E vj
méritoit
1362 MERCURE DE FRANCE
méritoit l'entiere confiance dont l'hono-
roit le R. P. Dom Charles de l'Hostalled
rie. Ce R.P. ayant demandé et obtenu sa
décharge au Chapitre de 1720. son Se-
cretaire sollicita vivement la permission
de rentrer dans la retraite et dans la so-
litude , dont il faisoit ses délices ; mais
on n'eut aucun égard à ses prieres , et
malgré toutes ses repugnances , il fuc
nommé par ce Chapitre Visiteur de Nor-
mandie , et par celui de 1723. Visiteur
de la Province de France.
Devenu le Pere des Religieux de ces
Provinces , il en fit le bonheur et l'ad-
miration: il les gouverna avec toute la
fermeté , la douceur et la modération
qu'on pouvoit attendre de son grand
zele , de son bon cœur et de sa charité
paternelle. Son autorité soûtenuë par
l'exemple de ses vertus , y fut toujours
universellement respectée et aimée. Les
Religieux de France ne le virent sortir
qu'à regret de leur Province : il emporta
leurs cœurs et leurs vœux en les quittant
pour aller en 1726. à Fécamp gouverner
cette Abbaye , la premiere et la plus dis-
tinguée de la Normandie.
En changeant de poste, Dom Dupré
ne changea pas de conduite : même zele
pour la discipline réguliere , même rete-
II. Vol
JUIN.
1737.
1363
#ue pour le dehors. Renfermé dans l'in-
terieur de son Monastere , il se livra tout
entier aux besoins de ses Religieux . Obli-
gé par son Office de Grand Vicaire de
l'Archevêque de Rouen , de communi-
quer avec les Seculiers , pour l'exercice
de la Jurisdiction sur plusieurs Paroisses ,
il s'y prêta , mais toujours en vrai Reli-
gieux , satisfaisant simplement aux de-
voirs de sa Charge-
Député de sa Province , Définiteur et
Secretaire du Chapitre de 1729. il y fut
nommé Prieur de l'Abbaye de S. Ger-
main-des- Prez : mais un orage fâcheux
ayant troublé la paix de la Congrégation ,
il prit le parti de la retraite , et renvoya
son Obedience ; il insista long - temps
pour obtenir sa démission , et ne se ren-
dit à S. Germain qu'aux ordres précis et
réïterés du R. P. Général . Peu accoûtu-
mé au grand Monde, ennemi du tumul-
te et des embaras , il se contenta de lever
les mains au Ciel , tandis que les Supe-
rieurs majeurs travailloient à rétablir le
calme dans la Congrégation.
Ilfutpeu de temps après élû Assistant
du R. P. Général. Telle étoit sa situation
lorsqu'il se vit obligé en 1735. par la
mort inopinée du R. P. Général Dom
Hervé Menard , de présider en qualité
11. Fol.
de
1364 MERCURE DEFRANCE
de Vicaire Général à toute la Congréga-
tion. Il soûtint le poids de cette Charge
avec une constance qui le fit admirer.
Sans rien relâcher de sa régularité , de
son assiduité aux exercices , et de ses
austerités , il s'occupa infatigablement à
chercher les moyens de ramener dans la
Congrégation la subordination et la paix,
que les disputes du temps et les élections
précedentes y avoient extrémement al
Terées.
Son accès libre , aisé et affable , ses
entretiens familiers , agréables et insi-
Huans , ses lettres tendres , affectives et
paternelles, lui attirerent d'abord la con-
fiance des Religieux. Les très-humbles
Remontrances qu'il fit au Roy , de con-
cert avec le P. Assistant et quelques Su-
perieurs , pour la levée des exclusions et
la liberté des suffrages dans le prochain
Chapitre , les ordres pleins de bonté et
de clemence qu'il obtint de S. M. au
mois de Mars 1736. et la lettre qu'il
écrivit à tous les Monasteres le lende
main pour les notifier , acheverent de
concilier les Esprits.
Le 3. May 1736. il fit l'ouverture du
Chapitre par un Discours si éloquent et
si pathetique,qu'il pénétra tous les cœurs
et les réunit tellement , que toutes les
Fl. Vol.
élections
JUIN.
1737.
temps de la Congrégation.
1365
élections s'y firent avec une tranquillité
et une modestie dignes des premiers
Après avoir été élû unanimement Dé-
finiteur et Président de ce Chapitre , il
fut aussi élû d'une voix unanime et pro-
clamé Général de la Congrégation le 27.
du même mois. Cette place étoit dûë à
sa grande régularité et à son zele pour le
bon ordre et pour la discipline. Tous les
Religieux le desiroient et le demandoient
depuis long-temps. Tous aplaudirent à
ce choix; lui seul s'en affligea , et l'abon
dance des larmes qu'il versa, au moment
de son élection , et dans la cérémonie de
son installation , fut une preuve bien
sensible de la peine qu'il en ressentoir.
Ses Religieux ne furent pas les seuls
qui se réjouirent de son élection . Le Pape
l'honora d'un Bref, par lequel il lui mar
quoit la joye qu'il avoit de voir si digne-
ment remplie la premiere Place d'une
Congrégation , qui lui étoit chere et pré-
cieuse, M. le Cardinal de Fleury l'hono
ra d'un accueil très - favorable. S. E. aut
fa bonté de le presenter au Roy et à la
Reine
Elle fit à Leurs Majestés l'Eloge
de la Congrégation et du Général en pre-
sence de toute la Cour , dans les termes
les plus obligeans . Le Public ne prit pas
II.Vab
mcins
"
1366 MERCURE DE FRANCE
moins de part à l'heureux succès du Cha
pitre. Le nouveau Général füt reçû par-
tout avec joye , avec distinction ; et ce-
lui qui , jusqu'alors, n'avoit cherché qu'à
se cacher , se vit, avec étonnement, con-
nu et recherché de tout le Monde. Il re-
çut des marques d'une consideration par
ticuliere du Roy et de la Reine de Polo-
gne, lorsqu'il leur presenta une Relique
de S. Benoît , que L. M. lui avoient de-
mandée avec empressement; la noble sim
plicité avec laquelle il les harangua ,
louée de toute la Cour.
fut
Cependant le Seigneur répandoir ses
graces et ses bénédictions sur son gou-
vernement : la science et la pieté repre-
noient une nouvelle vigueur , lorsqu'une
mort prématurée enleva ce digne Géné-
ral à sa Congrégation . Il avoit prédir ,
au moment de son élection , qu'il ne
verroit pas la fin de l'année. En effet, un
travail dur , continuel et opiniâtre , joint
à une vie extrémement pénitente et aus-
tere, épuisa bien- tôt ses forces ,et le con-
duisit en peu de temps au tombeau.
Dès le mois d'Août il se sentir attaqué
d'une sécheresse de poitrine, qui fit crain-
dre pour sa vie . Son corps s'affoiblissoit
à vûë d'œil , et sa poitrine s'alteroit de
plus en plus.
11 Vol.,
A
JUIN.
II. Vol.
17376
1367
Au commencement de l'Avent il se
Trouva fort opressé. Le Médecin lui pres-
crivit un regime de vie ; mais il ne fut
pas possible de lui faire rompre le jeûne
et l'abstinence , et tout ce qu'on put ga
gner sur lui , fut qu'il ne se leveroit pas
la nuit pour aller à Matines , exercice
auquel il avoit été toujours fort assidu.
Quelques saignées faites à propos , lui
donnerent un peu de relâche , et mesu-
rant ses forces sur son courage , il entre-
prit de dire les trois Messes de Noël : il
célébra encore la Messe le jour de Saint
Etienne , mais avec beaucoup de peine ,
et pour la derniere fois.
Le Dimanche suivant, se trouvant plus
mal , il apella son Confesseur , et se pré-
para par une Confession générale à rece-
voir le S. Viatique et l'Extréme- Onction,
Le P. Assistant se disposoit à les lui apor
ter, le Malade les attendoit avec une sain-
te impatience , mais une violente palpi-
tation de cœur lui ôtant tout à coup la
respiration , sans qu'on pût lui donner
aucun secours , le P. Delville , son Se-
cretaire , qui ne le quittoit point , l'ex-
horta à avoir recours au Seigneur. Je
mets , lui répondit- il , toute ma confiance
en sa misericorde , et en prononçant ces
paroles il expira le 30. Décembre 1736.
à trois
1368 MERCURE DE FRANCE
à 3. heures après midi, âgé d'environ 70.
ans. Il fut inhumé le lendemain avec les
cérémonies accoûtumées auprès de ses
Prédécesseurs , vers le milieu du Chœur
de la grande Chapelle de la Vierge. Les
Généraux d'Ordre qui étoient à Paris ,
un très grand nombre d'Ecclesiastiques
et de Religieux assisterent à ses Obse-
ques , et au Service solemnel qui se fit
le 2. de Janvier. S. E. M. le Cardinal de
Fleury a bien voulu honorer sa Mémoi
re par une de ses Lettres , écrite sur ce
sujer au P. Vicaire Général dans les ter-
mes les plus tendres et les plus consolans.
Cette Mémoire sera toujours précieuse
à une Congrégation dans laquelle il avoit
rétabli la paix et le bon ordre , par les
rares exemples de pieté et de toutes les
Vertus Religieuses dont il l'a édifiée'pen-
dant son gouvernement.
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2949
p. 1369-1375
DIVERTISSEMENT Sur la Paix.
Début :
Le 27. May, on chanta un Divertissement nouveau sur la Paix, dont [...]
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texteReconnaissance textuelle : DIVERTISSEMENT Sur la Paix.
DIVERTISSEMENT
Sur la Paix.
Le 27. May, on chanta un Divertissement
nouveau sur la Paix, dont
les Paroles sont de M. de Morand , et la
Musique de M. Mathien , Ordinaire de
la Musique du Roy. Ce Morceau , qui
tint tout leConcert, fut très - bien reçû de
toute la Cour , et sur- tout de Sa Majesté,
II. Vol.
qui
1370 MERCURE DE FRANCE
qui eut la bonté d'en témoigner elle- mê
me sa satisfaction aux Auteurs.
C'est la France personifiée qui invite
la Paix à regner sur elle , et à triompher
sur tout l'Univers. Un Chœur de Peuples
de France adresse les mêmes vœux à la
Paix et célebre ensuite la gloire de leur
Roy , qui est lui même le soutien de la
Paix , et qui borne son triomphe à en
faire jouir ses Ennemis même. Mars fa-
ché de voir que les François implorent
son Ennemie , arrive , et parle en ces
termes :
Sous les Drapeaux de Mars à vaincre accou
tumés ,
Les François craignent
Guerre ?
tonnerre ,
vages ,
ils les hazards de la
Quand leurs plus fiers Rivaux redoutent leur
Doivent-ils être desarmés ?
Ah ! même en répandant l'horreur et les ra
LOUIS dans ses Etats a fait regner la Paizi
Et ses Ennemis seuls , accablés sous ses traits,
N'ont-ils pas de la guerre essuyé les orages !
A quoi la France répond :
Le Héros qui toujours travaille pour ma gloire,
Vient de montrer quelle victoire
Doit contenter les cœurs guidés par la vertu ;
II. Vol.
-
Pag
JUIN.
11. Vol.
1737-
1371
Par son auguste exemple il a trop sçû m'aprendre
Que rendre heureux un Ennemi vaincu ,
C'est le plus beau triomphe où l'on puisse pré-
tendre.
Et les Peuples reprennent leurs chants
à la Paix. Mars , outré de ce nouvel af-
front , apelle à son secours la Discorde ,
pour le venger , et détruire les projets
d'un Héros pacifique. La Discorde , an-
noncée par des bruits souterrains , des
ténébres affreuses , des tremblemens de
terre , sort des Enfers , suivie des Mons-
tres qui l'accompagnent ordinairement ;
elle promet à Mars de troubler de nou-
veau le repos de l'Europe ; ils s'animent
mutuellement par ce Duo :
Unissons , unissons nos coups ;
Que tout tremble à l'aspect d'un si juste cour
roux !
Quel plaisir de revoir toute l'Europe en armes ?
De n'y faire regner que le trouble et les larmes!
La Discorde s'adresse ensuite en ces
termes aux Ministres de ses fureurs :
O vous , qui , sur mes pas répandez la terreur ,
Volez de toutes parts , secondez mą fureur ;
Que le feu , que le fer signalent votre rage ;
Portez partout l'effroi , le désordre et l'horreur ,
Remplissez l'Univers de sang et de carnage.
Les
1372 MERCURE DE FRANCE
Les Suivants de la Discorde témoignent
leur obéissance en répetant les trois der
miers Vers. Mais à tant d'horreurs succe
de tout à coup une Symphonie douce
qui rassure la France et ses Peuples. En
effet c'est Minerve qui vient annoncer
la Paix et qui dit :
A Mars.
Mars, ne t'opose plus au repos de la France ;
Son Roy , qui , par mes soins brûle des plus
beaux feux ,
Par sa sagesse et sa clémence ,
A contraint le Destin de souscrire-à ses vœux;
La Paix va désormais remplir son esperance ;
Tu n'en sçaurois alterer les douceurs ;
Fuis , et loin de ces lieux va porter tes fureurs,
A la Discorde.
Et toi , Monstre implacable ,
Respecte un ordre irrévocable ;
Et pour jamais reprends res fers !
La Discorde et sa Suite se retirent ea
disant qu'ils vont tâcher de trouver da
secours dans les Enfers ; Mars se retire
aussi en témoignant avec quel regret
obéit aux Arrêts du Destin; Minerve in-
vite la France et ses Peuples à recommen
cer leurs Chants et leurs Jeux en l'hon-
neur de la Paix, dont elle va les faire jouir.
II. Vol.
il
Elle
JUIN.
7737.
1373
Elle adresse ensuite alternativement avec
La France eette Hymne à la Paix.
HYMNE A LA PAIX.
Minerve.
Par toi , divine Paix , tout vit et tout respire ;
Tu fais la gloire d'un Empire ,
Et les beaux jours des Bergers et des Rois.
La France.
Tu regnes dans les Cieux, et les Immortels même
Ne doivent leur bonheur suprême
Qu'à la douceur qu'on goûte sous tes loix.
Minerve.
Quand du sein des Mortels chassant l'affreuse
guerre ,
Tu daignes venir sur la Terre ,
Les Dieux alors y volent sur tes pas.
La France.
Apollon et Thémis , Bacchus , Cerès et Flore
Plutus , Mercure et Terpsicore
Y font briller leurs plus charmans apas.
Mixerve.
Les Prés et les Côteaux reprennent leur verdure;
Les Ruisseaux leur tendre murmure ;
Tout s'embellit , si -tôt que tu parois.
La Franc :
Les Oiseaux rassurés sous un riant feüillage,
II. Vol.
Recom-
374 MERCURE DE FRANCE
Recommencent leur doux ramage ,
Et par leurs chants celebrent tes attraits.
Les Peuples n'oublient pas de mé.
ler encore dans leurs Chants la gloire de
leur Monarques et Minerve elle même
invite les Bergers des bords de la Seine
à venir joindre les aimables sons.de leurs
Chalumeaux et de leurs Hautbois aux
accords éclatans des Tambours et des
Trompettes. Les Bergers arrivent et fi-
nissent le Divertissement par une Fête
Pastorale , des plus galantes.
Nous voudrions pouvoir donner à nos
Lecteurs une idée de la Musique de ce
Divertissement aussi aisément que nous
avons tâché de leur en donner une du
Poëme ; mais n'étant pas possible de leur
présenter des Morceaux deMusique, com.
me nous raportons des Morceaux de Poë-
sie , tout ce que nous pouvons dire à la
gloire du Musicien , c'est que non seule-
ment il a rempli au mieux les idées du
Poëte , et qu'il a parfaitement et avec une
varieté charmante , caractérisé tous les
divers genres de Musique qu'il a eû.oc-
casion d'exprimer , mais encore que son
Ouvrage doit être une preuve nouvelle
que l'excellente Musique Françoise n'est
ni moins sçavante , ni moins brillante
11. Vol.
n
J
JUIN.
1737.
137
ni moins harmonieuse , ni moins fécon-
de
que celle de toute autre Nation , et
qu'elle a de plus les graces et la douceur.
Les principaux Rôles furent remplis
par les Dlles Matthieu et d'Aigremont, et
par les sieurs Dangerville et le Clerc, l'exe-
cution fut si parfaite , tant de la part des
Acteurs Chantans que de celle des Sym-
phonistes, qu'on auroit dit qu'ils avoient
tous autant d'interêt au succès de cette
Piece que laDlle Matthieu elle- même, qui
est l'Epouse de l'Auteur de la Musique.
Sur la Paix.
Le 27. May, on chanta un Divertissement
nouveau sur la Paix, dont
les Paroles sont de M. de Morand , et la
Musique de M. Mathien , Ordinaire de
la Musique du Roy. Ce Morceau , qui
tint tout leConcert, fut très - bien reçû de
toute la Cour , et sur- tout de Sa Majesté,
II. Vol.
qui
1370 MERCURE DE FRANCE
qui eut la bonté d'en témoigner elle- mê
me sa satisfaction aux Auteurs.
C'est la France personifiée qui invite
la Paix à regner sur elle , et à triompher
sur tout l'Univers. Un Chœur de Peuples
de France adresse les mêmes vœux à la
Paix et célebre ensuite la gloire de leur
Roy , qui est lui même le soutien de la
Paix , et qui borne son triomphe à en
faire jouir ses Ennemis même. Mars fa-
ché de voir que les François implorent
son Ennemie , arrive , et parle en ces
termes :
Sous les Drapeaux de Mars à vaincre accou
tumés ,
Les François craignent
Guerre ?
tonnerre ,
vages ,
ils les hazards de la
Quand leurs plus fiers Rivaux redoutent leur
Doivent-ils être desarmés ?
Ah ! même en répandant l'horreur et les ra
LOUIS dans ses Etats a fait regner la Paizi
Et ses Ennemis seuls , accablés sous ses traits,
N'ont-ils pas de la guerre essuyé les orages !
A quoi la France répond :
Le Héros qui toujours travaille pour ma gloire,
Vient de montrer quelle victoire
Doit contenter les cœurs guidés par la vertu ;
II. Vol.
-
Pag
JUIN.
11. Vol.
1737-
1371
Par son auguste exemple il a trop sçû m'aprendre
Que rendre heureux un Ennemi vaincu ,
C'est le plus beau triomphe où l'on puisse pré-
tendre.
Et les Peuples reprennent leurs chants
à la Paix. Mars , outré de ce nouvel af-
front , apelle à son secours la Discorde ,
pour le venger , et détruire les projets
d'un Héros pacifique. La Discorde , an-
noncée par des bruits souterrains , des
ténébres affreuses , des tremblemens de
terre , sort des Enfers , suivie des Mons-
tres qui l'accompagnent ordinairement ;
elle promet à Mars de troubler de nou-
veau le repos de l'Europe ; ils s'animent
mutuellement par ce Duo :
Unissons , unissons nos coups ;
Que tout tremble à l'aspect d'un si juste cour
roux !
Quel plaisir de revoir toute l'Europe en armes ?
De n'y faire regner que le trouble et les larmes!
La Discorde s'adresse ensuite en ces
termes aux Ministres de ses fureurs :
O vous , qui , sur mes pas répandez la terreur ,
Volez de toutes parts , secondez mą fureur ;
Que le feu , que le fer signalent votre rage ;
Portez partout l'effroi , le désordre et l'horreur ,
Remplissez l'Univers de sang et de carnage.
Les
1372 MERCURE DE FRANCE
Les Suivants de la Discorde témoignent
leur obéissance en répetant les trois der
miers Vers. Mais à tant d'horreurs succe
de tout à coup une Symphonie douce
qui rassure la France et ses Peuples. En
effet c'est Minerve qui vient annoncer
la Paix et qui dit :
A Mars.
Mars, ne t'opose plus au repos de la France ;
Son Roy , qui , par mes soins brûle des plus
beaux feux ,
Par sa sagesse et sa clémence ,
A contraint le Destin de souscrire-à ses vœux;
La Paix va désormais remplir son esperance ;
Tu n'en sçaurois alterer les douceurs ;
Fuis , et loin de ces lieux va porter tes fureurs,
A la Discorde.
Et toi , Monstre implacable ,
Respecte un ordre irrévocable ;
Et pour jamais reprends res fers !
La Discorde et sa Suite se retirent ea
disant qu'ils vont tâcher de trouver da
secours dans les Enfers ; Mars se retire
aussi en témoignant avec quel regret
obéit aux Arrêts du Destin; Minerve in-
vite la France et ses Peuples à recommen
cer leurs Chants et leurs Jeux en l'hon-
neur de la Paix, dont elle va les faire jouir.
II. Vol.
il
Elle
JUIN.
7737.
1373
Elle adresse ensuite alternativement avec
La France eette Hymne à la Paix.
HYMNE A LA PAIX.
Minerve.
Par toi , divine Paix , tout vit et tout respire ;
Tu fais la gloire d'un Empire ,
Et les beaux jours des Bergers et des Rois.
La France.
Tu regnes dans les Cieux, et les Immortels même
Ne doivent leur bonheur suprême
Qu'à la douceur qu'on goûte sous tes loix.
Minerve.
Quand du sein des Mortels chassant l'affreuse
guerre ,
Tu daignes venir sur la Terre ,
Les Dieux alors y volent sur tes pas.
La France.
Apollon et Thémis , Bacchus , Cerès et Flore
Plutus , Mercure et Terpsicore
Y font briller leurs plus charmans apas.
Mixerve.
Les Prés et les Côteaux reprennent leur verdure;
Les Ruisseaux leur tendre murmure ;
Tout s'embellit , si -tôt que tu parois.
La Franc :
Les Oiseaux rassurés sous un riant feüillage,
II. Vol.
Recom-
374 MERCURE DE FRANCE
Recommencent leur doux ramage ,
Et par leurs chants celebrent tes attraits.
Les Peuples n'oublient pas de mé.
ler encore dans leurs Chants la gloire de
leur Monarques et Minerve elle même
invite les Bergers des bords de la Seine
à venir joindre les aimables sons.de leurs
Chalumeaux et de leurs Hautbois aux
accords éclatans des Tambours et des
Trompettes. Les Bergers arrivent et fi-
nissent le Divertissement par une Fête
Pastorale , des plus galantes.
Nous voudrions pouvoir donner à nos
Lecteurs une idée de la Musique de ce
Divertissement aussi aisément que nous
avons tâché de leur en donner une du
Poëme ; mais n'étant pas possible de leur
présenter des Morceaux deMusique, com.
me nous raportons des Morceaux de Poë-
sie , tout ce que nous pouvons dire à la
gloire du Musicien , c'est que non seule-
ment il a rempli au mieux les idées du
Poëte , et qu'il a parfaitement et avec une
varieté charmante , caractérisé tous les
divers genres de Musique qu'il a eû.oc-
casion d'exprimer , mais encore que son
Ouvrage doit être une preuve nouvelle
que l'excellente Musique Françoise n'est
ni moins sçavante , ni moins brillante
11. Vol.
n
J
JUIN.
1737.
137
ni moins harmonieuse , ni moins fécon-
de
que celle de toute autre Nation , et
qu'elle a de plus les graces et la douceur.
Les principaux Rôles furent remplis
par les Dlles Matthieu et d'Aigremont, et
par les sieurs Dangerville et le Clerc, l'exe-
cution fut si parfaite , tant de la part des
Acteurs Chantans que de celle des Sym-
phonistes, qu'on auroit dit qu'ils avoient
tous autant d'interêt au succès de cette
Piece que laDlle Matthieu elle- même, qui
est l'Epouse de l'Auteur de la Musique.
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2950
p. 1379-1382
Principes de l'Histoire, &c. [titre d'après la table]
Début :
PRINCIPES DE L'HISTOIRE pour l'Education de la Jeunesse ; cinquiéme [...]
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texteReconnaissance textuelle : Principes de l'Histoire, &c. [titre d'après la table]
PRINCIPES DE L'HISTOIRE pour
l'Education de la Jeunesse ; cinquiéme
année, qui contient l'Histoire Etran
gere. Par M. l'Abbé Lenglet du Fresnoy ,
In 12. A Paris , chés Debure l'aîné , 1737.
11. Vol.
Fiij
Co
1380 MERCURE DE FRANCE
Ce Volume est utile par sa diversité,on
y trouve l'Histoire de nos Voisins ; et
l'on commence par les parties qui apro-
chent le plus de notre propre Histoire.
L'Angleterre , qui marche la premiere ,
est utile à un François qui veut connoî-
tre les differends de cette illustre Nation
avec la Françoise ; la connoissance de
l'Espagne nous devient nécessaire ,
doit nous interesser, depuis qu'un Prince
du Sang de nos Rois est monté sur ce
Trône. L'Histoire de Portugal , qui tienţ
à celle d'Espagne , y est traitée avec une
égale précision. Ces trois natures d'His-
toire occupent les cinquante premieres
Leçons.
L'Auteur employe les 20. Leçons sui-
vantes à l'Histoire d'Italie. Venise , Na
ples , Sicile , la Savoye , la Toscane , et
quelques autresPrincipautés y sont expli-
quées avec cette juste précision qui est
nécessaire dans les Abregés. Et l'on
commence à la 71. Leçon à traiter les
quatre grandes Couronnes du Nort ; le
Dannemarck , la Suede , la Pologne et la
Russie. Ce sont des Histoires qu'on ne
doir pas ignorer ; mais M. Lenglet ne
s'attache point au détail des premiers
temps , qui dans ces sortes d'Histoires
sont très-confus et peu interessans . Ces
11. Vol.
Nations
JUIN.
1737
1381
Nations mêmes n'étoient pas encore sor-
ties de la barbarie , qui caractérisoit les
anciens Peuples du Nort.
Les huit dernieres Leçons sont em
ployées à faire connoître ce qu'il y a de
plus illustre dans les Peuples de l'Asie ,
de l'Afrique et de l'Amérique ; mais
quelle précision n'a-t'il pas falu employer
pour donner quelques idées de tous ces
vastes Pays ? Il est vrai que l'Auteur qui
fait remarquer ce qu'il peut y avoir d'u-
tile dans ces Histoires Etrangeres , a soin
de renvoyer aux Auteurs qui en ont trai
té avec le plus d'exactitude;et ce n'est pas
une chose indifferente d'avoir quelque
notion des Peuples avant que d'en exami-
ner l'Histoire avec quelque détail et mê-
me de ne pas ignorer le caractere des plus
grands Princes qui les ont gouvernés.
Toutes les instructions qui accompa
gnent chaque nature d'Histoire, sont au
tant de Méthodes abregées pour les étu-
dier avec plus d'étendue, mais l'Auteur a
toujours soin d'écarter les Livres qui rens
ferment trop de détail , pour ne pas faire
perdreinutilement un temps que l'on doit
quelquefois employer aux affaires ou à
d'autres études conformes à l'état de vie
que l'on a embrassé.
La Préface de ce Volume , plus courts
11. Vel.
Fiiij
que
1382 MERCURE DE FRANCE
que celle des autres , est suivie d'une Lis
te très-succincte de ce qui est absolu-
ment necessaire pour connoître toutes
les Nations dont l'Histoire est traitée
dans cette cinquième année.
L'Auteur fait esperer dans peu le sixié-
me Volume qui termine cet Ouvrage in-
teressant pour la jeunesse ; et qui n'est
pas même inutile pour des Personnes plus
avancées , mais qui ont besoin de ne pas
languir long-tems sur les mêmes Etudes.
l'Education de la Jeunesse ; cinquiéme
année, qui contient l'Histoire Etran
gere. Par M. l'Abbé Lenglet du Fresnoy ,
In 12. A Paris , chés Debure l'aîné , 1737.
11. Vol.
Fiij
Co
1380 MERCURE DE FRANCE
Ce Volume est utile par sa diversité,on
y trouve l'Histoire de nos Voisins ; et
l'on commence par les parties qui apro-
chent le plus de notre propre Histoire.
L'Angleterre , qui marche la premiere ,
est utile à un François qui veut connoî-
tre les differends de cette illustre Nation
avec la Françoise ; la connoissance de
l'Espagne nous devient nécessaire ,
doit nous interesser, depuis qu'un Prince
du Sang de nos Rois est monté sur ce
Trône. L'Histoire de Portugal , qui tienţ
à celle d'Espagne , y est traitée avec une
égale précision. Ces trois natures d'His-
toire occupent les cinquante premieres
Leçons.
L'Auteur employe les 20. Leçons sui-
vantes à l'Histoire d'Italie. Venise , Na
ples , Sicile , la Savoye , la Toscane , et
quelques autresPrincipautés y sont expli-
quées avec cette juste précision qui est
nécessaire dans les Abregés. Et l'on
commence à la 71. Leçon à traiter les
quatre grandes Couronnes du Nort ; le
Dannemarck , la Suede , la Pologne et la
Russie. Ce sont des Histoires qu'on ne
doir pas ignorer ; mais M. Lenglet ne
s'attache point au détail des premiers
temps , qui dans ces sortes d'Histoires
sont très-confus et peu interessans . Ces
11. Vol.
Nations
JUIN.
1737
1381
Nations mêmes n'étoient pas encore sor-
ties de la barbarie , qui caractérisoit les
anciens Peuples du Nort.
Les huit dernieres Leçons sont em
ployées à faire connoître ce qu'il y a de
plus illustre dans les Peuples de l'Asie ,
de l'Afrique et de l'Amérique ; mais
quelle précision n'a-t'il pas falu employer
pour donner quelques idées de tous ces
vastes Pays ? Il est vrai que l'Auteur qui
fait remarquer ce qu'il peut y avoir d'u-
tile dans ces Histoires Etrangeres , a soin
de renvoyer aux Auteurs qui en ont trai
té avec le plus d'exactitude;et ce n'est pas
une chose indifferente d'avoir quelque
notion des Peuples avant que d'en exami-
ner l'Histoire avec quelque détail et mê-
me de ne pas ignorer le caractere des plus
grands Princes qui les ont gouvernés.
Toutes les instructions qui accompa
gnent chaque nature d'Histoire, sont au
tant de Méthodes abregées pour les étu-
dier avec plus d'étendue, mais l'Auteur a
toujours soin d'écarter les Livres qui rens
ferment trop de détail , pour ne pas faire
perdreinutilement un temps que l'on doit
quelquefois employer aux affaires ou à
d'autres études conformes à l'état de vie
que l'on a embrassé.
La Préface de ce Volume , plus courts
11. Vel.
Fiiij
que
1382 MERCURE DE FRANCE
que celle des autres , est suivie d'une Lis
te très-succincte de ce qui est absolu-
ment necessaire pour connoître toutes
les Nations dont l'Histoire est traitée
dans cette cinquième année.
L'Auteur fait esperer dans peu le sixié-
me Volume qui termine cet Ouvrage in-
teressant pour la jeunesse ; et qui n'est
pas même inutile pour des Personnes plus
avancées , mais qui ont besoin de ne pas
languir long-tems sur les mêmes Etudes.
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