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Liste
1201
p. 2353-2357
LETTRE écrite de Malthe le 28. Juillet 1724. contenant les suites du Remede de l'Eau à la glace
Début :
Je fus saisis ces jours passez d'une collique vers le soir, & je passai la nuit [...]
Mots clefs :
Eau, Remède, Douleurs, Urines
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Malthe le 28. Juillet 1724. contenant les suites du Remede de l'Eau à la glace
LETTRE écrite de Malthe le 28. Juillet
1724. contenantlesfuites du Remede
de l'Eau à laglace.
E fus faifis ces jours paffez d'une co
lique vers le foir, & je paffai lanuit
dans des douleurs vives à me rouler fur
monlit. Jebus le matin deux pots d'eau
à la glace , je dînai legerement , j'en pris
encoretrois pots avantquede mecoucher
fans manger. Mes douleurs furent appai
fées. Le lendemain aprèsavoir bû encore
deuxpots à 5. heures du matin, je rendis
beauccoup de matieres brûlées & j'urinai
beaucoup. Deflors plus de colique : j'ai
repris ma vie ordinaire. Ce remede gue
rit tous cours de ventre inveteré , flux
de fang,, fciatique & rumatifme ; nous
en avons déja 50. épreuves. Le Bailly
Semagnes dans les vives douleurs de la
goutte s'eft frotté avec de la glace , & a
mis de l'eau gêlée & des linges moüil
lez fur la partie affligée ; dans deux heu
res
2354 MERCURE DE FRANCE.
res les douleurs ont ceflé. Le Grand
Maître qui fe mocquoit du remede com
mence à y avoir foi , & a obligé le Ca
pucin de s'arrêter ici.
Au refte cette eau glacée ne fe donne
pas fans art, il ne veut entreprendre
perfonne dans la canicule , fon attention
eft d'éviter les fueurs pour que l'effet fe
1
fafle par les felles & par les urines ; il
prétend précipiter les humeurs peccan
tes , & éviter qu'elles ne fe mêlent avec
le fang. Il connoît aux ongles & au poulx
le progrès de l'eau , & double ou dimi
nue la doze fur les indications que lui
fournit la nature. Il traite tous fes mala
des differemment , les uns mangent
foir & matin dès le premier jour , &
furtout des macarrons avec du fromage
cuits à l'eau , & des œufs frais , le jaune
feulement. Il a d'autres malades qui font
15. jours & 3.femaines fans manger ab
folument. 11 en a deux de ma connoif
fance actuellement à la * Camarade, qui
yfont fans manger, l'un depuis 17. jours,
& l'autre depuis 11.
Balbani et maigre à faire peur, &
Caftriofi eft fort gras , & avec des dou
leurs vives , ils ne mangeront pas fi
tôt. Le Capucin m'a dit qu'il avoit traité
un Prêtre quifut d'abord 57. jours fans
Hôpital de Malthe.
man
NOVEMBRE 1724. 2355
manger , il le fit manger enfuite 8. ou
10. jours, & finit fa cure par une diette
de 40. jours c'étoit un homme aban
donné de toute la Medecine. Le Comte
Beuveren , & le Commandeur Guarre
nafont à merveille , ainfi que tous ceux
qu'il a entrepris. Le fils de Dorel atta
qué d'un flux d'urine , & fi foible qu'il
le fallut porter à la Camarade fur fon lit,
marcha le troifiéme jour , & va par tout
aujourd'hui.
Le petit Page Efpagnol eft fans fiévre ,
&fepromene. Il vous expedie une fié
vre en 3. jours ; mais il vous défend de
fuer & devous échauffer ; il prétend que
l'eau a plus d'effet l'Hiver & dans les
pays froids. Tous les Medecins d'ici font
étonnez , & s'étudient à prefent à pene
trer le fecret. Il fe conduit , comme nous
l'avons dit , par l'indication du poulx &
des ongles. Il force à boire ceux qui y
repugnent, & ôte l'eau à ceux qui la
fouhaitent , & ne la leur donne que par
mefure , & dans de certains temps, la
nuit & le jour.
Le 30. du mois paffé le Chevalier de
Serinchan extenué par des chaleurs d'en
trailles & dans les reins , a rendu des
urines fi chaudes & fi brûlantes, que les
pots de chambre de verre fe cafloient. It
eft revenu dans fabonne couleur , & il
fera
2356 MERCURE DE FRANCE.
fera hors des remedes dès que les urines
qui perdent peu à peu de leur chaleur ,
feront au degré ordinaire. Le petit Page
dont j'ai déja parlé , abandonné des Me
decins ordinaires , & qui fe promene au
jourd'hui a été dans le même cas ; fes
urines étoient brûlantes. Le Capucin
vient de dire au Grand-Maître qu'il fe
faifoit fort de guerir un Portugais , nom
méPichotte , qui eft de retour de Mont
pellier depuis fix femaines. Il a une tu
meur dans le ventre groffe comme la for
me d'un Chapeau avecun vifage de cire
jaune.
1
Hier aufoir le Comte Beuveren rendit
par le bas la matiere d'un autre abfcès
fecond effet extraordinaire de l'eau
glacée. Si cet homme reprend fa ſanté,
c'eſtun vrai miracle de ce remede , il eft
à merveilles jufqu'à prefent & fans pal
pitation. Le Page Efpagnol s'embarque
demain pour Alicant enbonne fanté.
Le Chevalier de Romagere le cadet
eft actuellement dans un commencement
d'hydropifie , il a les jambes enflées &
les bourſes pleines d'eau. Le Capucin l'a
affuré qu'il le gueriroit , & que l'eau
étoit sûre pour ce mal ; ajoûtant qu'il en
avoit cent épreuves. Enfin ce bon Pere
m'a dit qu'ila délivré une femme prête
à mourir, ne pouvant accoucher d'un
enfant
1
NOVEMBRE 1724. 2357
enfant mort , le tout en lui faifant boire
de l'eau glacée
1724. contenantlesfuites du Remede
de l'Eau à laglace.
E fus faifis ces jours paffez d'une co
lique vers le foir, & je paffai lanuit
dans des douleurs vives à me rouler fur
monlit. Jebus le matin deux pots d'eau
à la glace , je dînai legerement , j'en pris
encoretrois pots avantquede mecoucher
fans manger. Mes douleurs furent appai
fées. Le lendemain aprèsavoir bû encore
deuxpots à 5. heures du matin, je rendis
beauccoup de matieres brûlées & j'urinai
beaucoup. Deflors plus de colique : j'ai
repris ma vie ordinaire. Ce remede gue
rit tous cours de ventre inveteré , flux
de fang,, fciatique & rumatifme ; nous
en avons déja 50. épreuves. Le Bailly
Semagnes dans les vives douleurs de la
goutte s'eft frotté avec de la glace , & a
mis de l'eau gêlée & des linges moüil
lez fur la partie affligée ; dans deux heu
res
2354 MERCURE DE FRANCE.
res les douleurs ont ceflé. Le Grand
Maître qui fe mocquoit du remede com
mence à y avoir foi , & a obligé le Ca
pucin de s'arrêter ici.
Au refte cette eau glacée ne fe donne
pas fans art, il ne veut entreprendre
perfonne dans la canicule , fon attention
eft d'éviter les fueurs pour que l'effet fe
1
fafle par les felles & par les urines ; il
prétend précipiter les humeurs peccan
tes , & éviter qu'elles ne fe mêlent avec
le fang. Il connoît aux ongles & au poulx
le progrès de l'eau , & double ou dimi
nue la doze fur les indications que lui
fournit la nature. Il traite tous fes mala
des differemment , les uns mangent
foir & matin dès le premier jour , &
furtout des macarrons avec du fromage
cuits à l'eau , & des œufs frais , le jaune
feulement. Il a d'autres malades qui font
15. jours & 3.femaines fans manger ab
folument. 11 en a deux de ma connoif
fance actuellement à la * Camarade, qui
yfont fans manger, l'un depuis 17. jours,
& l'autre depuis 11.
Balbani et maigre à faire peur, &
Caftriofi eft fort gras , & avec des dou
leurs vives , ils ne mangeront pas fi
tôt. Le Capucin m'a dit qu'il avoit traité
un Prêtre quifut d'abord 57. jours fans
Hôpital de Malthe.
man
NOVEMBRE 1724. 2355
manger , il le fit manger enfuite 8. ou
10. jours, & finit fa cure par une diette
de 40. jours c'étoit un homme aban
donné de toute la Medecine. Le Comte
Beuveren , & le Commandeur Guarre
nafont à merveille , ainfi que tous ceux
qu'il a entrepris. Le fils de Dorel atta
qué d'un flux d'urine , & fi foible qu'il
le fallut porter à la Camarade fur fon lit,
marcha le troifiéme jour , & va par tout
aujourd'hui.
Le petit Page Efpagnol eft fans fiévre ,
&fepromene. Il vous expedie une fié
vre en 3. jours ; mais il vous défend de
fuer & devous échauffer ; il prétend que
l'eau a plus d'effet l'Hiver & dans les
pays froids. Tous les Medecins d'ici font
étonnez , & s'étudient à prefent à pene
trer le fecret. Il fe conduit , comme nous
l'avons dit , par l'indication du poulx &
des ongles. Il force à boire ceux qui y
repugnent, & ôte l'eau à ceux qui la
fouhaitent , & ne la leur donne que par
mefure , & dans de certains temps, la
nuit & le jour.
Le 30. du mois paffé le Chevalier de
Serinchan extenué par des chaleurs d'en
trailles & dans les reins , a rendu des
urines fi chaudes & fi brûlantes, que les
pots de chambre de verre fe cafloient. It
eft revenu dans fabonne couleur , & il
fera
2356 MERCURE DE FRANCE.
fera hors des remedes dès que les urines
qui perdent peu à peu de leur chaleur ,
feront au degré ordinaire. Le petit Page
dont j'ai déja parlé , abandonné des Me
decins ordinaires , & qui fe promene au
jourd'hui a été dans le même cas ; fes
urines étoient brûlantes. Le Capucin
vient de dire au Grand-Maître qu'il fe
faifoit fort de guerir un Portugais , nom
méPichotte , qui eft de retour de Mont
pellier depuis fix femaines. Il a une tu
meur dans le ventre groffe comme la for
me d'un Chapeau avecun vifage de cire
jaune.
1
Hier aufoir le Comte Beuveren rendit
par le bas la matiere d'un autre abfcès
fecond effet extraordinaire de l'eau
glacée. Si cet homme reprend fa ſanté,
c'eſtun vrai miracle de ce remede , il eft
à merveilles jufqu'à prefent & fans pal
pitation. Le Page Efpagnol s'embarque
demain pour Alicant enbonne fanté.
Le Chevalier de Romagere le cadet
eft actuellement dans un commencement
d'hydropifie , il a les jambes enflées &
les bourſes pleines d'eau. Le Capucin l'a
affuré qu'il le gueriroit , & que l'eau
étoit sûre pour ce mal ; ajoûtant qu'il en
avoit cent épreuves. Enfin ce bon Pere
m'a dit qu'ila délivré une femme prête
à mourir, ne pouvant accoucher d'un
enfant
1
NOVEMBRE 1724. 2357
enfant mort , le tout en lui faifant boire
de l'eau glacée
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1202
p. 1403-1409
LETTRE de Monsieur *** écrite à Mademoiselle de *** au sujet de la Lettre sur les bons Mots. / ENIGME.
Début :
J'Avois déja lû d'une fois, Mademoiselle, la Lettre sur les bons Mots, / Quoique j'aye un très-petit corps, [...]
Mots clefs :
Clef, Bons mots, Mademoiselle , Plaisir, Sujet, Madame, Princesse, Agrément, Conversations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Monsieur *** écrite à Mademoiselle de *** au sujet de la Lettre sur les bons Mots. / ENIGME.
LETTRE de Monfieur *** écrite à
Mademoiſelle de *** au fujet de la
Lettre fur les bons Mots.
J
'Avois déja lû plus d'une fois , Mademoiselle
, la Lettre fur les bons Mots,
inferée dans le Mercure du mols d'Avril
dernier , lorfque Madame la Marquife
de la S✶✶ dont le merite & les talens de
l'efprit égalent les avantages de la naiſfance
, me dit que vous en étes l'Autrice.
Cette illuftre Dame ne m'a , pour
2. vol. E v Ainfi
1404 MERCURE DE FRANCE .
ainfi dire , rien appris de nouveau , elle
n'a fait au contraire que me confirmer
dans les preffentimens où j'étois déja ;
car fans trop faire le devin , j'y avois reconnu
votre capacité , quelque peine que
vous euffiez prife de la cacher : le ftile aifé
& coulant avec lequel elle est écrite ,
ne m'avoit preſque laiffé aucun ſujet de
douter , que cette Lettre ne fut fortie de
votre plume. Sans être tout-à- fait affeuré
d'où elle partoit , je l'ai lûë avec plaifir ;
elle m'a diverti extrêmement , & je fuis
perfuadé que beaucoup de perfonnes auront
eu le même agrément que moi , tant
vous fçavez donner le bon tour , & l'affaifonnement
, pour ainsi dire , aux chofes
les plus communes.
Qui , Mademoiselle , il eft permis ,
comme vous l'avez fi judicieuſement remarqué
, pendant certains momens de
loifir , & furtout pendant le repas , de fe
donner carriere dans la converfation .
Nous voyons que les Anciens introduifoient
dans leurs feftins des gens dont
l'emploi étoit de dire fans préparation
des chofes plaifantes , pour réjouir les
Convives ; c'eſt ce que nous voyons particulierement
dans le banquet de Xenophon.
Il eft neceffaire d'interrompre fes
Occupations ferieufes , ce qui ne ſe fait
pas à plufieurs reprifes , dit un Anteur ,
2. vol. ge
JUIN. 1726. 1405
ne peut durer , le repos foulage le corps ,
lui redonne des forces , & en ceci , je
ne fçaurois être du fentiment de M. Pafcal
, qui dit dans le Recueil de fes penfées
, Difeurs de bons mots , mauvais caracteres.
Les bons Mots d'un certain genre ,
font au contraire agréables , ils font utiles
, ils font même , fi je l'ofe dire , neceffaires.
Les regles que vous donnez
pour paroître dans les converfations
font très-judicieufes , & très - loüables',
& je ne doute nullement que quiconque
les mettra en pratique , ne s'attire , comme
vous le dites , l'eftime & la confi
deration de tout le monde .
Nous avons plufieurs exemples dans
l'antiquité , que les bons Mots ont toujours
fait l'agrément des converfations,
& qu'on s'eft fait un plaifir de les recueillir
dans tous les temps , chez les Na
tions policées , & c. Les Grecs & les
Romains ont témoigné le cas qu'ils en
faifoient , par le foin qu'ils ont eu de
les ramaffer , & de les citer dans leurs
écrits . Plutarque , l'an des meilleurs
Hiftoriens de l'Antiquité , eft fort exact
à rapporter tous ceux des Hommes ' illuftres
dont il a écrit les vies. Ce font
comme autant de fleurs qu'il répand fur
leurs tombeaux , & qui font l'un des
2. vol. E vi prin
2
1405 MERCURE DE FRANCE.
principaux ornemens de fon Ouvrage
Diogene Laerce , qui a écrit la vie des
Philofophes , l'a imité en cela , & tout
le monde convient que le petit Recueil
que nous a laiffé Valere Maxime , approche
affez de ce deffein .
C
Rien donc n'eft plus propre que les
bons Mots , à faire connoître le genie &
le caractere des perfonnes ; on y remarque
la vivacité , la fubtilité , & même
la naïveté de leur efprit. En voici quelques
exemples .
:
›
Le frere de Ciceron , interrogé par
Philippe pourquoi il aboyoit , c'eft ,
répondit- il , parce que je vois un larron.
Comme on bâtifloit la façade du
Palais , où fe tient le Parlement de ....
un Payfan étoit attentif à regarder travailler
Un Procureur , qui s'en alloit
au Palais avec quantité de facs à la main,
s'approcha de lui , & lui dit en raillant:
Compere , je parie que vous ne comprenez
pas ce que c'eft que ce lieu où l'on
bâtit. Non , Monfieur , je voudrais vous
le demander : c'eft un Moulin , répon
dit le Procureur ; vous avez raifon , repliqui
le Manant , en le regardant , car
je vois que les Afnes y portent des
facs..
En voici un autre d'une grande naïveté
. Une Dame pallant fur un Pont
2. vol.
allez
JUIN. 1726. 1407
affez large , pour qu'il n'y eut point de
danger , demanda à un Payfan , pourquoi
on n'y avoit pas mis de garde - fous :
hé , Madame , répondit le Payfan , on ne
fçavoit pas que vous deviez y paffer.
Je ne m'apperçois pas , qu'infenfiblement
je m'éloigne de mon fujet , & que
ma Lettre , par laquelle j'ai feulement
prétendu vous marquer , Mademoiſelle,
le plaifir que j'ai reifenti à la lecture de
la votre,commence à devenir longue, vous
n'avez rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
vous avez fort bien fait connoître l'agrément
& l'utilité qu'on pouvoit retirer
des bons Mots . Ainfi, je ne doute point ,
qu'on ne fe faffe un plaifir d'en envoyer
aux Auteurs du Mercure , & qu'ils ne
s'en fallent un eux- mêmes , de les inferer
dans leur Journal . Tout ce que je
- pourrois donc dire à prefent fur ce fujet
feroit fuperflu. Je vais cependant encore
joindre ici quelques bons Mots .
Lorfque M. l'Abbé D *** , dont les
connoiffances font fort bornées , eût été
choisi pour être Bibliothecaire de ... la
nouvelle en étant venue dans une Compagnie
, où il y avoit plufieurs Dames ,
une d'entre- ellesdit , que c'étoit lui confier
un tréfor , auquel il ne toucheroit
point. Une autre perfonne ajoûta , avec
autant de fpiritualité , que c'étoit un Ser-
2. vol. rail
1408 MERCUR DEE FRANCE.
rail que l'on donnoit à garder à un Eunuque
.
On a dit de Mademoiſelle *** qui
avoit le teint plus que bafané , & qui
portoit un habit vert , que c'étoit une
Corneille dans un Pré.
Le Marquis de .... fort connu à la
Cour par fes faillies agréables , & par
fes plaifanteries ingenieuſes , paria un
jour contre quelques Courtifans , qu'en
donnant la main à une grande Princeffe,
dont il avoit l'honneur d'être Ecuyer , il
la lui ferreroit fi fort , qu'elle feroit obligée
de crier , ou de fe plaindre tout haut.
En effet , en menant un jour la Princeffe
à la Meffe , il lui ferra fi fort les
doigts , qu'elle cria fort haut : ab ! vous
me bleffez. Alors le Marquis , fans s'émouvoir
, fe tourna du côté des parieurs,
qui fuivoient ; & élevant fa voix , leur
dit , Melkers , vous l'avez entendu,
Meffieurs
cela fuffit. Qu'est - ce que cela veut dire,
demanda da Princeffe ? Je vous demande
pardon , Madame , répondit le Marquis
, mais vous venez de me faire gagner
cent pistoles. La Princeffe ayant
voulu fçavoir comment , ne put s'empê
cher d'en rire beaucoup : mais , dit- elle,
vous avez tort , car vous n'aviez qu'à
m'avertir de votre gageure , & fans être
obligé de me faire du mal , j'aurois crié ,
•
2. vol.
S
JUIN. 1726. 1409
& vous auriez également gagné . Non ,
Madame , reprit l'Ecuyer , je n'aurois
pas gagné de bon jeu , & en confcience
j'aurois été obligé à reftitution .
Mais comme je crains fort de vous énnuyer
, Mademoiſelle , je fuivrai le précepte
des gens qui fçavent leur monde.
Je vais finir. Vous avez cependant tellement
paru prendre plaifir aux Enigmes
, que je ne puis m'empêcher de vous
en envoyer une , que je prends la liberté
de vous propofer , vous priant de m'en
dite votre fentiment ; je le fais d'autant
plus volontiers , qu'elle me paroît telle
que vous me les demandiez autrefois ,
quand j'avois le bonheur d'être à portée
de profiter de vos converfations .
ENIGME.
Quoique j'aye un très- petit corps ,
Il ne faut pas qu'on y régarde ,
Pourvû que mon Maître me garde ,
Je garde bien tous les trefors.
Je n'ai plus qu'à vous affeurer , qu'on
ne peut être avec plus d'eftime & de
refpect que moi , Mademoiſelle , votre
très-humble , & obéïffant , & c.
~A Renancourt le 15. Mai 1726.
Mademoiſelle de *** au fujet de la
Lettre fur les bons Mots.
J
'Avois déja lû plus d'une fois , Mademoiselle
, la Lettre fur les bons Mots,
inferée dans le Mercure du mols d'Avril
dernier , lorfque Madame la Marquife
de la S✶✶ dont le merite & les talens de
l'efprit égalent les avantages de la naiſfance
, me dit que vous en étes l'Autrice.
Cette illuftre Dame ne m'a , pour
2. vol. E v Ainfi
1404 MERCURE DE FRANCE .
ainfi dire , rien appris de nouveau , elle
n'a fait au contraire que me confirmer
dans les preffentimens où j'étois déja ;
car fans trop faire le devin , j'y avois reconnu
votre capacité , quelque peine que
vous euffiez prife de la cacher : le ftile aifé
& coulant avec lequel elle est écrite ,
ne m'avoit preſque laiffé aucun ſujet de
douter , que cette Lettre ne fut fortie de
votre plume. Sans être tout-à- fait affeuré
d'où elle partoit , je l'ai lûë avec plaifir ;
elle m'a diverti extrêmement , & je fuis
perfuadé que beaucoup de perfonnes auront
eu le même agrément que moi , tant
vous fçavez donner le bon tour , & l'affaifonnement
, pour ainsi dire , aux chofes
les plus communes.
Qui , Mademoiselle , il eft permis ,
comme vous l'avez fi judicieuſement remarqué
, pendant certains momens de
loifir , & furtout pendant le repas , de fe
donner carriere dans la converfation .
Nous voyons que les Anciens introduifoient
dans leurs feftins des gens dont
l'emploi étoit de dire fans préparation
des chofes plaifantes , pour réjouir les
Convives ; c'eſt ce que nous voyons particulierement
dans le banquet de Xenophon.
Il eft neceffaire d'interrompre fes
Occupations ferieufes , ce qui ne ſe fait
pas à plufieurs reprifes , dit un Anteur ,
2. vol. ge
JUIN. 1726. 1405
ne peut durer , le repos foulage le corps ,
lui redonne des forces , & en ceci , je
ne fçaurois être du fentiment de M. Pafcal
, qui dit dans le Recueil de fes penfées
, Difeurs de bons mots , mauvais caracteres.
Les bons Mots d'un certain genre ,
font au contraire agréables , ils font utiles
, ils font même , fi je l'ofe dire , neceffaires.
Les regles que vous donnez
pour paroître dans les converfations
font très-judicieufes , & très - loüables',
& je ne doute nullement que quiconque
les mettra en pratique , ne s'attire , comme
vous le dites , l'eftime & la confi
deration de tout le monde .
Nous avons plufieurs exemples dans
l'antiquité , que les bons Mots ont toujours
fait l'agrément des converfations,
& qu'on s'eft fait un plaifir de les recueillir
dans tous les temps , chez les Na
tions policées , & c. Les Grecs & les
Romains ont témoigné le cas qu'ils en
faifoient , par le foin qu'ils ont eu de
les ramaffer , & de les citer dans leurs
écrits . Plutarque , l'an des meilleurs
Hiftoriens de l'Antiquité , eft fort exact
à rapporter tous ceux des Hommes ' illuftres
dont il a écrit les vies. Ce font
comme autant de fleurs qu'il répand fur
leurs tombeaux , & qui font l'un des
2. vol. E vi prin
2
1405 MERCURE DE FRANCE.
principaux ornemens de fon Ouvrage
Diogene Laerce , qui a écrit la vie des
Philofophes , l'a imité en cela , & tout
le monde convient que le petit Recueil
que nous a laiffé Valere Maxime , approche
affez de ce deffein .
C
Rien donc n'eft plus propre que les
bons Mots , à faire connoître le genie &
le caractere des perfonnes ; on y remarque
la vivacité , la fubtilité , & même
la naïveté de leur efprit. En voici quelques
exemples .
:
›
Le frere de Ciceron , interrogé par
Philippe pourquoi il aboyoit , c'eft ,
répondit- il , parce que je vois un larron.
Comme on bâtifloit la façade du
Palais , où fe tient le Parlement de ....
un Payfan étoit attentif à regarder travailler
Un Procureur , qui s'en alloit
au Palais avec quantité de facs à la main,
s'approcha de lui , & lui dit en raillant:
Compere , je parie que vous ne comprenez
pas ce que c'eft que ce lieu où l'on
bâtit. Non , Monfieur , je voudrais vous
le demander : c'eft un Moulin , répon
dit le Procureur ; vous avez raifon , repliqui
le Manant , en le regardant , car
je vois que les Afnes y portent des
facs..
En voici un autre d'une grande naïveté
. Une Dame pallant fur un Pont
2. vol.
allez
JUIN. 1726. 1407
affez large , pour qu'il n'y eut point de
danger , demanda à un Payfan , pourquoi
on n'y avoit pas mis de garde - fous :
hé , Madame , répondit le Payfan , on ne
fçavoit pas que vous deviez y paffer.
Je ne m'apperçois pas , qu'infenfiblement
je m'éloigne de mon fujet , & que
ma Lettre , par laquelle j'ai feulement
prétendu vous marquer , Mademoiſelle,
le plaifir que j'ai reifenti à la lecture de
la votre,commence à devenir longue, vous
n'avez rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
vous avez fort bien fait connoître l'agrément
& l'utilité qu'on pouvoit retirer
des bons Mots . Ainfi, je ne doute point ,
qu'on ne fe faffe un plaifir d'en envoyer
aux Auteurs du Mercure , & qu'ils ne
s'en fallent un eux- mêmes , de les inferer
dans leur Journal . Tout ce que je
- pourrois donc dire à prefent fur ce fujet
feroit fuperflu. Je vais cependant encore
joindre ici quelques bons Mots .
Lorfque M. l'Abbé D *** , dont les
connoiffances font fort bornées , eût été
choisi pour être Bibliothecaire de ... la
nouvelle en étant venue dans une Compagnie
, où il y avoit plufieurs Dames ,
une d'entre- ellesdit , que c'étoit lui confier
un tréfor , auquel il ne toucheroit
point. Une autre perfonne ajoûta , avec
autant de fpiritualité , que c'étoit un Ser-
2. vol. rail
1408 MERCUR DEE FRANCE.
rail que l'on donnoit à garder à un Eunuque
.
On a dit de Mademoiſelle *** qui
avoit le teint plus que bafané , & qui
portoit un habit vert , que c'étoit une
Corneille dans un Pré.
Le Marquis de .... fort connu à la
Cour par fes faillies agréables , & par
fes plaifanteries ingenieuſes , paria un
jour contre quelques Courtifans , qu'en
donnant la main à une grande Princeffe,
dont il avoit l'honneur d'être Ecuyer , il
la lui ferreroit fi fort , qu'elle feroit obligée
de crier , ou de fe plaindre tout haut.
En effet , en menant un jour la Princeffe
à la Meffe , il lui ferra fi fort les
doigts , qu'elle cria fort haut : ab ! vous
me bleffez. Alors le Marquis , fans s'émouvoir
, fe tourna du côté des parieurs,
qui fuivoient ; & élevant fa voix , leur
dit , Melkers , vous l'avez entendu,
Meffieurs
cela fuffit. Qu'est - ce que cela veut dire,
demanda da Princeffe ? Je vous demande
pardon , Madame , répondit le Marquis
, mais vous venez de me faire gagner
cent pistoles. La Princeffe ayant
voulu fçavoir comment , ne put s'empê
cher d'en rire beaucoup : mais , dit- elle,
vous avez tort , car vous n'aviez qu'à
m'avertir de votre gageure , & fans être
obligé de me faire du mal , j'aurois crié ,
•
2. vol.
S
JUIN. 1726. 1409
& vous auriez également gagné . Non ,
Madame , reprit l'Ecuyer , je n'aurois
pas gagné de bon jeu , & en confcience
j'aurois été obligé à reftitution .
Mais comme je crains fort de vous énnuyer
, Mademoiſelle , je fuivrai le précepte
des gens qui fçavent leur monde.
Je vais finir. Vous avez cependant tellement
paru prendre plaifir aux Enigmes
, que je ne puis m'empêcher de vous
en envoyer une , que je prends la liberté
de vous propofer , vous priant de m'en
dite votre fentiment ; je le fais d'autant
plus volontiers , qu'elle me paroît telle
que vous me les demandiez autrefois ,
quand j'avois le bonheur d'être à portée
de profiter de vos converfations .
ENIGME.
Quoique j'aye un très- petit corps ,
Il ne faut pas qu'on y régarde ,
Pourvû que mon Maître me garde ,
Je garde bien tous les trefors.
Je n'ai plus qu'à vous affeurer , qu'on
ne peut être avec plus d'eftime & de
refpect que moi , Mademoiſelle , votre
très-humble , & obéïffant , & c.
~A Renancourt le 15. Mai 1726.
Fermer
1203
p. 2247-2259
Manlius Capitolinus, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Ils remirent au Théatre le 20. Août Manlius-Capitolinus, Tragédie de M de [...]
Mots clefs :
Manlius, Servilius, Valérie, Rutile, Coeur, Ami, Père, Dieux, Sénat, Secret, Albin, Dieux, Sénat, Secret, Valerius, Capitole, Otage
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texteReconnaissance textuelle : Manlius Capitolinus, Extrait, [titre d'après la table]
Ils remirent au Théatre le 20. Août
Manlius - Capitolinus , Tragédie de M de
la Foffe , Cette Piéce qu'on juge la meilleure
des quatre que cet excellent Auteur a données
au Public , fut reçûe avec les applaudiffemens
. que les vrais Connoifleurs ne
refufent jamais aux bons Ouvrages . On en a
interrompu les Repréſentations ; peut- être
eft- ce pour attendre une Saifon plus favorable
aux Spectacles ; cependant nous avons crû
que le Public nous fçauroit bon gré de ne lui
pas differer le plaifir d'en voir l'Extrait dans
notre Journal.
Manlius ouvre la Scene avec Albin , fon Confident
. Il lui fait entendre que le tems approche
o il va tirer raifon de l'injuftice des Tyrans
de Rome. L'Auteur défigne le lieu de la Scene
par ces quatre Vers , qu'il met dans la
bouche d'Albin :
Quels préfages heureux pour un deffein fi
jufte !
Cet écueil des Gaulois , ce Capitole augufte ,
L'azile de nos Dieux , le falut des Romains ,
Vous-même y commandez , fon fort est en vos
mains.
Le Conful Valerius vient fe plaindre à Manlius
de l'azile qu'il prête à Servilius , raviffeur
de fa fille Valerie , & profcript par le Senat
Manlius lui répond :
' une pitié fi jufte eft ce à vous de vous plain
dre ?
Fy
Sa
248 MERCURE DE FRANCE:
`si c'est une vertu qu'en moi l'on doive crain
dre ,
Si du Peuple par elle on fe fait un appui , .
Pourquoi fuis-je le feul qui l'exerce aujourd'hui..
Manlius voyant approcher fon ami Servi
lius , quitte Valerius,en lui difant :
Pour vous parler , Seigneur je le vois qui
s'avance ;
2
Peut-être en l'écoutant , un sentiment plus
doux
Prendra dans votre coeur la place du courroux
..
Valerius promet à Servilius de fe réconcilier
avec lui , à condition qu'il rompra tout com
merce avec Manlius ; Servilius lui répond :
Si votre offre un moment avoit pû m'ébranler ,
De cefer à vos yeuxje voudrois m'immoler.
Valerie vient après que fon Pere s'eft retirés
Manlius lui annonce que ce Conful eft infléxible
; Valerie confent à l'éxil où ils font réduits
tous deux , & répond avec fermeté à
fon Epoux :
Quelques malheurs fur nous que le deftin raffemble
Nousfouffrons , mais unis z nous fuyons » mais
enfemble :
Tous lieux font pleins d'attraits aux coeurs qui
S'aiment bien ;
Et
SEPTEMBRE. 1729. 2249
12
Eh ! peut- on être heureux fans qu'il en coûta
rien ?
Servilius ne veut fortir de Rome qu'après
avoir confulté Manlius .
Manlius & Servilius commencent le ſecond
Acte ; Manlius n'approuve pas le deffein que
fon ami a formé d'abandonnner Rome ; Servilius
lui fait entendre que ce que fa difgrace a
de plus dur pour lui , c'eft qu'elle retombe
fur Valerie , & que le fort de cette chere Epoufe
lui arrache des larmes , ce qui oblige Manlius
à lui répondre :
Des larmes ! Ah ! plutôt par tes vaillantes
mains ,
Soyent noyez dans leur fang , ces perfides Romains.
Des larmes ! jufques - là ta douleur te poffede !
Il est pour l'aquerir un plus noble remede ;
Un privilege illuftre , un des droits glorieux
Qu'un homme tel que toi partage avec les
Dieux ;
La vengeance,
}
A ce mot de vengeance , Servilius founçonne
Manlius de quelque grand deffein , dont il
le prie de lui
le prie de lui faire part. Manlius lui apprend
que leurs communs Tyrans vont bientôt périr
par une conſpiration dont Rutile eft un des
Chefs , à quoi il ajoûte :
Tout me flate , j'ai fçu pour l'effet de mes voeuxs
Trouverdivers moyens indépendants entr'eux ,
Qui peuvent s'entr' aider , fans pouvoir s'entrenuire
v F vj EN
2250 MERCURE DE FRANCE.
Et dont à mon deffein unfeul peut me conduire,
Il avertit Manlius que Rutile exigera de lui
un ferment qui puiffe laffurer de la foi , &
voyant venir ce dernier , il prie fon ami de fe
retirer pour un moment. Rutile eft très - furpris
d'apprendre que Manlius a confié fon fecret
à Servilius , qui doit être fufpect , comme
Gendre de Valerius
Servilius vient raffurer Rutile ; & pour ne
lui laiffer plus aucun doute fur fa foi , il confent
que Valerie ferve d'otage chez Manlius ,
& en veut fervir lui - même chez Rutile ; il dit
à ce dernier :
Témoin de tous mes pas , obſervez ma conduites,
Et fi ma fermeté fe dément dans la fuite ,
A mes yeux auffi- tôt pranez ce fer en main ;
Dites à Valerie , en lui perçant le ſein ,
Pour prix de ta vertu , de ton amour extrême
,
Servilius par moi t'affaffine lui- même ;
Et dans le même inſtant , tournant ſur moi vos
coups ,
'Arrachez- moi ce coeur ; qu'il foit aux yeux de
tous ,
Montré comme le coeur d'un lâche , d'un parjure
,
Et qu'aux Vautours après il ſerve de pâture .
Quoique cette loy que Servilius s'impofe
femble devoir raffurer Rutile , il fe réſerve
d'éprouver la foi de ce nouveau Conjuré par
quelques ftratagêmes.
SerSEPTEMBRE.
1729. 225T
Servilius , dans l'Acte précedent , a chargé
Manlius de faire fes adieux à Valerie , & de la
réfoudre à quitter Rome fans lui ; Valerie ne
fçachant à quoi attribuer cette espece de divorce
, vient attendre Servilius au fortir de
chez Manlius ; fon Epoux arrive, elle lui reproche
le foin qu'il prend de l'éviter , & fur
tout fa défiance. Servilius voyant qu'elle le
preffe de lui dire un fecret qu'il lui veut cas
cher , lui répond :
.... Pourquoi me demander
Ce que ma gloire ici ne peut vous accorder ?
Souffrez que mon devoir borne votre puiſſance ;
Les fecrets que je cache à votre connoiſſance
Sont tels.... mais où se vont égarer mes ef
prits ?
Adieu ,
Valerie l'arrête , & lui dit:
Vous me fuyez en vain , j'ai tout comprise
Votre départ remis, votre fureur fecrette ,
Dont cet airfombre & fier m'eft un sûr interprete
,
Votre ardeur à me fuir , contre vous tout fait
foy.
Vous voulez vous venger de mon Pere , &c .
Un amas prodigieux d'armes que Valerie a
vû chez Manlius , certifie fes foupçons . Servi
lius les augmente par ces mots :
GrandsDieux !
Qu'ofez- vous pénétrer › fçavez vous , Valerie,
Quet
2252 MERCURE DE FRANCE.
Quel peril déformais menace votre vie ?
Que votre sûreté dépend à l'avenir
D'effacer ce difcours de votre fouvenir ?
Par le moindre soupçon , pour peu qu'on en apprenne
,
C'est fait de votre vie , ensemble & de la
mienne.
Vous êtes en ces lieux l'otage de ma foi ;
Je le fuis de la vôtre.
Valerie toujours plus tremblante pour fon
Pere , n'oublie rien pour faire repentir Servilius
du projet où il vient d'entrer ; elle tâche
pourtant de le railurer fur fon fecret par ces
Vers :
Ne croyez pas pourtant qu'après un tel difcours
,
Je trahiffe un fecret d'où dépendent vos jours ;
Ces jours font pour mon coeur d'un prix que rien
n'égale ;
Mais fi pour défarmer cette fureurfatale ,
Mon Pere dans mes pleurs ne trouve point
d'appui ,
J'en attefte les Dieux , je péris avec lui..
Valerie fe retire ; Servilius dans un Monologue
fait connoître que fon coeur commence
à s'ébranler , & que la pitié lui parle en faveur
de fa Patrie ; Manlius vient lui annoncer
que tout favorife la confpiration , & qu'elle
fera executée dès le lendemain dans le Capitole
, où l'on doit offrir un Sacrifice aux
Dieux pour fe les rendre favorables dans la 3.
Guerre
SEPTEMBRE . 1729. 2:53
Guerre que le Senat vient de déclarer aux
Circeiens .
Rutile arrive , & fait connoître par un court
à parte qu'il veut éprouver Servilius. Il fait à
fes yeux une fi horrible image de ce que les
Conjurez doivent executer , que Servilius ne
peut s'empêcher de pâlir à ce terrible récit.
Rutile qui l'obferve , en conçoit de juftes foup ,
çons ; il le prie de lui permettre de parler un
moment fans témoins à Manlius ; Servilius fe
retire.
Kutile rappelle à Manlius les fermens qu'ils
ont tous faits ; voici comment il s'exprime ::
Seigneur , il vous fouvient des fermens que j'ai
faits.
Lorfque de nos amis j'embraffai les projets ,
Je jurai devant tous que fi j'avois un Frere ,
pour qui m'intereffât l'amitié la plus chere ,
Quand , tous deux , en même heure , ayant reço
le jour,
Nourris Jous mêmes foins , dans le même fé
jour
Le Ciel auroit uni par les plus fortes chaînes ,
Nos voeux , nos fentimens , nos plaifirs & nos
peines ;
Si ce Frere ficher , troublé du moindre effroi ,
Me pouvoit faire en lui craindre un manque de
foy ,
Par moi-même auffi - tôt fa lâcheté punie ,
Préviendroit notre perte , & son ignominie.
Vous louates , Seigneur , ce noble fentiment
Et chacun, après vous , fait le méme ferments.
L'ap
2254 MERCURE DE FRANCE:
L'application de ce préambule tombe fur
Servilius , dont la foibleffe n'a que trop vifiblement
paru ; Manlius blâme le foupçon de
Rutile , & le quitte , Rutile marche fur fes
pas pour le porter à tenir fon ferment , & à
facrifier fon ami à la fureté des Conjurez .
Au quatriéme Acte , Servilius paroît agité
de remords , au fujet de la conjuration dans
laquelle il est entré. Valerie arrive , & fait connoître
par un à parte de deux Vers , qu'elle implore
le fecours des Dieux qui l'ont infpirée.
Pour calmer l'agitation de Servilius , elle lui
confeille de tout réveler au Sénat , à condition
qu'il pardonnera tout : Servilius rejette cette
propofition , qu'il femble d'abord approuver
par un fecret avis des Dieux. Il le fait entendre
par ces Vers :
Par les Dieux immortels , appuis de cet Empire
,
Ces motsfont des éclairs qui , paffant dans mon
coeur >
Y font un jour affreux qui me remplit d'horreur
;
Vaincu par ma pitié... mais quoi ! Rome inhumaine
Tu devrois ton falut aux objets de ta baine !
Je pourrois d'un Ami trahir tous les bienfaits
,
Le forcer.... non ; mon cur ne l'ofera jau
mais .
Valerie le voyant encore irréfolu , lui die
enfin :
Il faut ; il faut enfin vous y déterminer :
Vous
SEPTEMBRE . 1729. 2255
Vous n'avezrien à craindre , & puiſqu'il faut
tout dire ›
De la foi du Senat j'ai ce que je defire.
Il m'a tout accordé de peur d'être furpris .
Servilius frappé de ce que Valerie lui annonce
, lui reproche fon indifcretion ; il la
conjure de fe fauver ; elle lui dit de ne rien
craindre , & fe retire , voyant approcher
Manlius .
Manlius , d'un ton de voix fevere , demande
à Servilius s'il connoît bien la maîn de Rutile.
Manlius lui ayant répondu qu'il la connoît ;
Tien , li , lui dit Manlius , en lui donnant
cette Lettre .
Vous avez méprifé majufte défiance ,
Tout eft fçû par l'endroit que j'avois Soupçonné
;
C'est par un Senateur de notre intelligence ,
Qu'en ce moment l'avis m'en eft donné :
Fuyez chez les Veïens où notre fort nous
guide :
Mais , pour flatter les maux où ce coup nous
réduit ,
Trop heureux en partant , fi la mort du perfide
.
De fon crime , par vous , lui déroboit le fruit.
Servilius ne répond qu'en préfentant à Manlius
fon coeur à frapper. Manlius ne peut confentir
à lui donner la mort , & le quitte en
lui difant :
Je laille à tes remords le foin de ma vengeance.
Servi
2256 MERCURE DE FRANCE .
Servilius , couvert de honte par les reproches
que Manlius vient de lui faire , convient
qu'il ne les a que trop meritez , & fe détermi
ne à retourner auprès de fon Ami , pour le faire
douter qui l'emporte dans fon coeur du
crime ou des remords . Albin vient l'avertir
qu'on a arrêté Manlius dans le tems qu'il ne
fongeoit qu'à fe donner la mort , ce qui re
double fon défefpoir. Il reproche à Valerius
qui furvient , fon manque de foi . Valerius lui
répond qu'il ne rend point raifon des ordres
fecrets du Senat ; il l'exhorte à abandonner
Jes interêts de Manlius ces dernieres paroles
lui annonçant le danger de fon Ami , lui font
perdre toute confideration envers Valerie qui
arrive un moment après que fon Pere s'eft retiré
; il l'appelle perfide & trop digne d'être
immolée à fon reffentiment ; il la conjure enfin
par tout l'amour qui les unit d'aller faire un
dernier effort fur le coeur de fon Pere pour
fauver Manlius.
فا
Dans le se Acte , Albin dit à Manlius quet
Servilius , à qui il fouhaite parler , viendra
bientôt. Manlius luy fait connoître qu'il l'aime
encore malgré fa trahifon . Albin luy dit
que Servilius n'a rien oublié pour reparer une
faute à laquelle fon coeur n'a point eu de part,
& que c'eft luy qui a fait que le Senat n'ofant
ni le condamner , ni l'abfoudre , a chargé les
Tribuns de le juger.
Servilius vient. Manlius luy demande s'il
pourra encore compter fur fa foy . Servilius
convient qu'il a merité ce doute injurieux.
Manlius luy fait entendre , qu'étant défarmé ,
il n'eft plus maître de fon fort , & que c'eſt à
luy à le fauver de l'infamie qu'on luy prépare .
Albin vient avertir Manlius qu'un Tribun
monte au Capitole , & que c'et apparemment
pour
SEPTEMBRE . 1729. 2257
pour l'interroger. Manlius dit à Servilius qu'il
eft temps qu'il luy prête le fecours qu'il lui demande.
Servililus lui répond qu'il le fervira
par - delà fon defir. Manlius fe retire.
Valerie vient. Elle dit à Servilius que fon
pere eft inflexible. Servilius s'attendrit pour
elle , & la prépare doucement aux funeftes
fuites d'un malheur où fon imprudence l'a
jettée. Il la quitte.
Valerie veut le fuivre ; mais Tullie , fa confidente,
luy apprend que Servilius luy a donné
des gardes pour l'empêcher de fortir.
Albin tout éperdu vient apprendre à valerie
la mort de Manlius , & celle de Servilius . Il
luy dit que Servilius ayant marché fur les pas
de Manlius qui montoit au Capitole , chargé
d'indignes fers , Manlius avoit dit à fes gardes
qu'il avoit à relever un fecret qui importoit à
la Republique; mais qu'il ne vouloit le confier
qu'au feul Servilius ; que fes ga des s'étant éloignez
pour le laiffer parler à fon ami¸il lui avoit
demandé l'effet de fa promeffe ; que Servilius ,
fans perdre temps l'avoit entraîné vers un
précipice , pour luy épargner la honte de fe
condamner; il finit fon trifte recit par ces vers:
Sur le bord auffi - tôt il l'entraîne avec luy ;
On s'écrie , on y court ; mais ce foin eft frivole
Tous deux précipitez au pied du Capitole ,
Ils meurent embraffez ; triftes objets d'horreur ;
Où l'on voit l'amitié confacrer la fureur.
Valerie fe punit elle- même d'avoir caufé la
mort de fon époux , & fe perce le coeur d'un
poignard , dont elle s'étoit munie à tout évenement.
Comme il n'y a point d'ouvrage parfait ;
celuy
2258 MERCURE DE FRANCE .
celuy- cy n'a pas été exempt de la critique . On
a trouvé la verfification de Manlius nerveuse ,
mais quelquefois un peu dure. Le caractere de
Rutile n'a pas paru fe foûtenir également par
tout .Sa prudence , a- t'on dit, eft un peu en défaut
à l'égard de Servilius, ce dernier veut laiffer
Valerie pour ôtage entre les mains de Manlius
; mais ce Manlius eft fon ami ; fa complaifance
peut aller trop loin en faveur de
celuy qui remet l'ôtage entre fes mains ; cet
ôtage auroit été plus feurement entre les
mains de Rutile , & il devoit l'exiger , ne futce
que pour empêcher que Servilius ne parlât à
Valerie , qui n'étoit que trop fufpećte, comme
fille du Conful , à qui les Conjurez refervoient
leurs premiers coups . Cette Critique n'eft que
trop bien fondée , & l'on n'a befoin pour le
prouver que de ces vers deManlius à Servilius:
Cependant Valerie eft libre dans ces lieux ,
Et fa vue à toute heure eft permife à tes yeux.
Manlius , pourfuit- on , n'a pas même dû recevoir
Valerie dans fon Palais , cet amas prodigieux
d'armes qu'elle y a découvert , fuffifoit
pour luy donner d'étranges foupçons . Valerie
découvre la confpiration trop brufquement
, les Spectateurs auroient du moins voulu
voir quelques combats , entre ce qu'elle devoit
à fon Pere , & à ce qu'elle devoit à la promeffe
qu'elle avoit faite à fon Epoux par ces vers
du troifiéme Acte :
Ne croyez pas tourtant qu'après un tel difcours
Je trahiffe un fecret d'où dépendent vos jours.
Le Senat , ajoute- t'on , ayant promis à Valerie
SEPTEMBRE. 1729. 2259
rie de faire grace à tous les Conjurez , ne peut
condamner Manlius fans violer fa foy ; & quoi
qu'il le faffe juger par les Tribuns , cette pré-
Caution ne fauve pas l'infidelité.
Voilà à peu près toutes les obfervations
Critiques qui font venues à notre connoiffan
ce; mais ce n'eft pas à de pareilles minuties
qu'on doit imputer le peu de fuccez de la reprife
de cette Tragedie, le fort des plus belles
Pieces dépend de tant de circonftances , qu'il
n'eft pas facile de porter un jugement affuré
fur les caufes qui ont pû influer à leur peu de
réuffite.
Manlius - Capitolinus , Tragédie de M de
la Foffe , Cette Piéce qu'on juge la meilleure
des quatre que cet excellent Auteur a données
au Public , fut reçûe avec les applaudiffemens
. que les vrais Connoifleurs ne
refufent jamais aux bons Ouvrages . On en a
interrompu les Repréſentations ; peut- être
eft- ce pour attendre une Saifon plus favorable
aux Spectacles ; cependant nous avons crû
que le Public nous fçauroit bon gré de ne lui
pas differer le plaifir d'en voir l'Extrait dans
notre Journal.
Manlius ouvre la Scene avec Albin , fon Confident
. Il lui fait entendre que le tems approche
o il va tirer raifon de l'injuftice des Tyrans
de Rome. L'Auteur défigne le lieu de la Scene
par ces quatre Vers , qu'il met dans la
bouche d'Albin :
Quels préfages heureux pour un deffein fi
jufte !
Cet écueil des Gaulois , ce Capitole augufte ,
L'azile de nos Dieux , le falut des Romains ,
Vous-même y commandez , fon fort est en vos
mains.
Le Conful Valerius vient fe plaindre à Manlius
de l'azile qu'il prête à Servilius , raviffeur
de fa fille Valerie , & profcript par le Senat
Manlius lui répond :
' une pitié fi jufte eft ce à vous de vous plain
dre ?
Fy
Sa
248 MERCURE DE FRANCE:
`si c'est une vertu qu'en moi l'on doive crain
dre ,
Si du Peuple par elle on fe fait un appui , .
Pourquoi fuis-je le feul qui l'exerce aujourd'hui..
Manlius voyant approcher fon ami Servi
lius , quitte Valerius,en lui difant :
Pour vous parler , Seigneur je le vois qui
s'avance ;
2
Peut-être en l'écoutant , un sentiment plus
doux
Prendra dans votre coeur la place du courroux
..
Valerius promet à Servilius de fe réconcilier
avec lui , à condition qu'il rompra tout com
merce avec Manlius ; Servilius lui répond :
Si votre offre un moment avoit pû m'ébranler ,
De cefer à vos yeuxje voudrois m'immoler.
Valerie vient après que fon Pere s'eft retirés
Manlius lui annonce que ce Conful eft infléxible
; Valerie confent à l'éxil où ils font réduits
tous deux , & répond avec fermeté à
fon Epoux :
Quelques malheurs fur nous que le deftin raffemble
Nousfouffrons , mais unis z nous fuyons » mais
enfemble :
Tous lieux font pleins d'attraits aux coeurs qui
S'aiment bien ;
Et
SEPTEMBRE. 1729. 2249
12
Eh ! peut- on être heureux fans qu'il en coûta
rien ?
Servilius ne veut fortir de Rome qu'après
avoir confulté Manlius .
Manlius & Servilius commencent le ſecond
Acte ; Manlius n'approuve pas le deffein que
fon ami a formé d'abandonnner Rome ; Servilius
lui fait entendre que ce que fa difgrace a
de plus dur pour lui , c'eft qu'elle retombe
fur Valerie , & que le fort de cette chere Epoufe
lui arrache des larmes , ce qui oblige Manlius
à lui répondre :
Des larmes ! Ah ! plutôt par tes vaillantes
mains ,
Soyent noyez dans leur fang , ces perfides Romains.
Des larmes ! jufques - là ta douleur te poffede !
Il est pour l'aquerir un plus noble remede ;
Un privilege illuftre , un des droits glorieux
Qu'un homme tel que toi partage avec les
Dieux ;
La vengeance,
}
A ce mot de vengeance , Servilius founçonne
Manlius de quelque grand deffein , dont il
le prie de lui
le prie de lui faire part. Manlius lui apprend
que leurs communs Tyrans vont bientôt périr
par une conſpiration dont Rutile eft un des
Chefs , à quoi il ajoûte :
Tout me flate , j'ai fçu pour l'effet de mes voeuxs
Trouverdivers moyens indépendants entr'eux ,
Qui peuvent s'entr' aider , fans pouvoir s'entrenuire
v F vj EN
2250 MERCURE DE FRANCE.
Et dont à mon deffein unfeul peut me conduire,
Il avertit Manlius que Rutile exigera de lui
un ferment qui puiffe laffurer de la foi , &
voyant venir ce dernier , il prie fon ami de fe
retirer pour un moment. Rutile eft très - furpris
d'apprendre que Manlius a confié fon fecret
à Servilius , qui doit être fufpect , comme
Gendre de Valerius
Servilius vient raffurer Rutile ; & pour ne
lui laiffer plus aucun doute fur fa foi , il confent
que Valerie ferve d'otage chez Manlius ,
& en veut fervir lui - même chez Rutile ; il dit
à ce dernier :
Témoin de tous mes pas , obſervez ma conduites,
Et fi ma fermeté fe dément dans la fuite ,
A mes yeux auffi- tôt pranez ce fer en main ;
Dites à Valerie , en lui perçant le ſein ,
Pour prix de ta vertu , de ton amour extrême
,
Servilius par moi t'affaffine lui- même ;
Et dans le même inſtant , tournant ſur moi vos
coups ,
'Arrachez- moi ce coeur ; qu'il foit aux yeux de
tous ,
Montré comme le coeur d'un lâche , d'un parjure
,
Et qu'aux Vautours après il ſerve de pâture .
Quoique cette loy que Servilius s'impofe
femble devoir raffurer Rutile , il fe réſerve
d'éprouver la foi de ce nouveau Conjuré par
quelques ftratagêmes.
SerSEPTEMBRE.
1729. 225T
Servilius , dans l'Acte précedent , a chargé
Manlius de faire fes adieux à Valerie , & de la
réfoudre à quitter Rome fans lui ; Valerie ne
fçachant à quoi attribuer cette espece de divorce
, vient attendre Servilius au fortir de
chez Manlius ; fon Epoux arrive, elle lui reproche
le foin qu'il prend de l'éviter , & fur
tout fa défiance. Servilius voyant qu'elle le
preffe de lui dire un fecret qu'il lui veut cas
cher , lui répond :
.... Pourquoi me demander
Ce que ma gloire ici ne peut vous accorder ?
Souffrez que mon devoir borne votre puiſſance ;
Les fecrets que je cache à votre connoiſſance
Sont tels.... mais où se vont égarer mes ef
prits ?
Adieu ,
Valerie l'arrête , & lui dit:
Vous me fuyez en vain , j'ai tout comprise
Votre départ remis, votre fureur fecrette ,
Dont cet airfombre & fier m'eft un sûr interprete
,
Votre ardeur à me fuir , contre vous tout fait
foy.
Vous voulez vous venger de mon Pere , &c .
Un amas prodigieux d'armes que Valerie a
vû chez Manlius , certifie fes foupçons . Servi
lius les augmente par ces mots :
GrandsDieux !
Qu'ofez- vous pénétrer › fçavez vous , Valerie,
Quet
2252 MERCURE DE FRANCE.
Quel peril déformais menace votre vie ?
Que votre sûreté dépend à l'avenir
D'effacer ce difcours de votre fouvenir ?
Par le moindre soupçon , pour peu qu'on en apprenne
,
C'est fait de votre vie , ensemble & de la
mienne.
Vous êtes en ces lieux l'otage de ma foi ;
Je le fuis de la vôtre.
Valerie toujours plus tremblante pour fon
Pere , n'oublie rien pour faire repentir Servilius
du projet où il vient d'entrer ; elle tâche
pourtant de le railurer fur fon fecret par ces
Vers :
Ne croyez pas pourtant qu'après un tel difcours
,
Je trahiffe un fecret d'où dépendent vos jours ;
Ces jours font pour mon coeur d'un prix que rien
n'égale ;
Mais fi pour défarmer cette fureurfatale ,
Mon Pere dans mes pleurs ne trouve point
d'appui ,
J'en attefte les Dieux , je péris avec lui..
Valerie fe retire ; Servilius dans un Monologue
fait connoître que fon coeur commence
à s'ébranler , & que la pitié lui parle en faveur
de fa Patrie ; Manlius vient lui annoncer
que tout favorife la confpiration , & qu'elle
fera executée dès le lendemain dans le Capitole
, où l'on doit offrir un Sacrifice aux
Dieux pour fe les rendre favorables dans la 3.
Guerre
SEPTEMBRE . 1729. 2:53
Guerre que le Senat vient de déclarer aux
Circeiens .
Rutile arrive , & fait connoître par un court
à parte qu'il veut éprouver Servilius. Il fait à
fes yeux une fi horrible image de ce que les
Conjurez doivent executer , que Servilius ne
peut s'empêcher de pâlir à ce terrible récit.
Rutile qui l'obferve , en conçoit de juftes foup ,
çons ; il le prie de lui permettre de parler un
moment fans témoins à Manlius ; Servilius fe
retire.
Kutile rappelle à Manlius les fermens qu'ils
ont tous faits ; voici comment il s'exprime ::
Seigneur , il vous fouvient des fermens que j'ai
faits.
Lorfque de nos amis j'embraffai les projets ,
Je jurai devant tous que fi j'avois un Frere ,
pour qui m'intereffât l'amitié la plus chere ,
Quand , tous deux , en même heure , ayant reço
le jour,
Nourris Jous mêmes foins , dans le même fé
jour
Le Ciel auroit uni par les plus fortes chaînes ,
Nos voeux , nos fentimens , nos plaifirs & nos
peines ;
Si ce Frere ficher , troublé du moindre effroi ,
Me pouvoit faire en lui craindre un manque de
foy ,
Par moi-même auffi - tôt fa lâcheté punie ,
Préviendroit notre perte , & son ignominie.
Vous louates , Seigneur , ce noble fentiment
Et chacun, après vous , fait le méme ferments.
L'ap
2254 MERCURE DE FRANCE:
L'application de ce préambule tombe fur
Servilius , dont la foibleffe n'a que trop vifiblement
paru ; Manlius blâme le foupçon de
Rutile , & le quitte , Rutile marche fur fes
pas pour le porter à tenir fon ferment , & à
facrifier fon ami à la fureté des Conjurez .
Au quatriéme Acte , Servilius paroît agité
de remords , au fujet de la conjuration dans
laquelle il est entré. Valerie arrive , & fait connoître
par un à parte de deux Vers , qu'elle implore
le fecours des Dieux qui l'ont infpirée.
Pour calmer l'agitation de Servilius , elle lui
confeille de tout réveler au Sénat , à condition
qu'il pardonnera tout : Servilius rejette cette
propofition , qu'il femble d'abord approuver
par un fecret avis des Dieux. Il le fait entendre
par ces Vers :
Par les Dieux immortels , appuis de cet Empire
,
Ces motsfont des éclairs qui , paffant dans mon
coeur >
Y font un jour affreux qui me remplit d'horreur
;
Vaincu par ma pitié... mais quoi ! Rome inhumaine
Tu devrois ton falut aux objets de ta baine !
Je pourrois d'un Ami trahir tous les bienfaits
,
Le forcer.... non ; mon cur ne l'ofera jau
mais .
Valerie le voyant encore irréfolu , lui die
enfin :
Il faut ; il faut enfin vous y déterminer :
Vous
SEPTEMBRE . 1729. 2255
Vous n'avezrien à craindre , & puiſqu'il faut
tout dire ›
De la foi du Senat j'ai ce que je defire.
Il m'a tout accordé de peur d'être furpris .
Servilius frappé de ce que Valerie lui annonce
, lui reproche fon indifcretion ; il la
conjure de fe fauver ; elle lui dit de ne rien
craindre , & fe retire , voyant approcher
Manlius .
Manlius , d'un ton de voix fevere , demande
à Servilius s'il connoît bien la maîn de Rutile.
Manlius lui ayant répondu qu'il la connoît ;
Tien , li , lui dit Manlius , en lui donnant
cette Lettre .
Vous avez méprifé majufte défiance ,
Tout eft fçû par l'endroit que j'avois Soupçonné
;
C'est par un Senateur de notre intelligence ,
Qu'en ce moment l'avis m'en eft donné :
Fuyez chez les Veïens où notre fort nous
guide :
Mais , pour flatter les maux où ce coup nous
réduit ,
Trop heureux en partant , fi la mort du perfide
.
De fon crime , par vous , lui déroboit le fruit.
Servilius ne répond qu'en préfentant à Manlius
fon coeur à frapper. Manlius ne peut confentir
à lui donner la mort , & le quitte en
lui difant :
Je laille à tes remords le foin de ma vengeance.
Servi
2256 MERCURE DE FRANCE .
Servilius , couvert de honte par les reproches
que Manlius vient de lui faire , convient
qu'il ne les a que trop meritez , & fe détermi
ne à retourner auprès de fon Ami , pour le faire
douter qui l'emporte dans fon coeur du
crime ou des remords . Albin vient l'avertir
qu'on a arrêté Manlius dans le tems qu'il ne
fongeoit qu'à fe donner la mort , ce qui re
double fon défefpoir. Il reproche à Valerius
qui furvient , fon manque de foi . Valerius lui
répond qu'il ne rend point raifon des ordres
fecrets du Senat ; il l'exhorte à abandonner
Jes interêts de Manlius ces dernieres paroles
lui annonçant le danger de fon Ami , lui font
perdre toute confideration envers Valerie qui
arrive un moment après que fon Pere s'eft retiré
; il l'appelle perfide & trop digne d'être
immolée à fon reffentiment ; il la conjure enfin
par tout l'amour qui les unit d'aller faire un
dernier effort fur le coeur de fon Pere pour
fauver Manlius.
فا
Dans le se Acte , Albin dit à Manlius quet
Servilius , à qui il fouhaite parler , viendra
bientôt. Manlius luy fait connoître qu'il l'aime
encore malgré fa trahifon . Albin luy dit
que Servilius n'a rien oublié pour reparer une
faute à laquelle fon coeur n'a point eu de part,
& que c'eft luy qui a fait que le Senat n'ofant
ni le condamner , ni l'abfoudre , a chargé les
Tribuns de le juger.
Servilius vient. Manlius luy demande s'il
pourra encore compter fur fa foy . Servilius
convient qu'il a merité ce doute injurieux.
Manlius luy fait entendre , qu'étant défarmé ,
il n'eft plus maître de fon fort , & que c'eſt à
luy à le fauver de l'infamie qu'on luy prépare .
Albin vient avertir Manlius qu'un Tribun
monte au Capitole , & que c'et apparemment
pour
SEPTEMBRE . 1729. 2257
pour l'interroger. Manlius dit à Servilius qu'il
eft temps qu'il luy prête le fecours qu'il lui demande.
Servililus lui répond qu'il le fervira
par - delà fon defir. Manlius fe retire.
Valerie vient. Elle dit à Servilius que fon
pere eft inflexible. Servilius s'attendrit pour
elle , & la prépare doucement aux funeftes
fuites d'un malheur où fon imprudence l'a
jettée. Il la quitte.
Valerie veut le fuivre ; mais Tullie , fa confidente,
luy apprend que Servilius luy a donné
des gardes pour l'empêcher de fortir.
Albin tout éperdu vient apprendre à valerie
la mort de Manlius , & celle de Servilius . Il
luy dit que Servilius ayant marché fur les pas
de Manlius qui montoit au Capitole , chargé
d'indignes fers , Manlius avoit dit à fes gardes
qu'il avoit à relever un fecret qui importoit à
la Republique; mais qu'il ne vouloit le confier
qu'au feul Servilius ; que fes ga des s'étant éloignez
pour le laiffer parler à fon ami¸il lui avoit
demandé l'effet de fa promeffe ; que Servilius ,
fans perdre temps l'avoit entraîné vers un
précipice , pour luy épargner la honte de fe
condamner; il finit fon trifte recit par ces vers:
Sur le bord auffi - tôt il l'entraîne avec luy ;
On s'écrie , on y court ; mais ce foin eft frivole
Tous deux précipitez au pied du Capitole ,
Ils meurent embraffez ; triftes objets d'horreur ;
Où l'on voit l'amitié confacrer la fureur.
Valerie fe punit elle- même d'avoir caufé la
mort de fon époux , & fe perce le coeur d'un
poignard , dont elle s'étoit munie à tout évenement.
Comme il n'y a point d'ouvrage parfait ;
celuy
2258 MERCURE DE FRANCE .
celuy- cy n'a pas été exempt de la critique . On
a trouvé la verfification de Manlius nerveuse ,
mais quelquefois un peu dure. Le caractere de
Rutile n'a pas paru fe foûtenir également par
tout .Sa prudence , a- t'on dit, eft un peu en défaut
à l'égard de Servilius, ce dernier veut laiffer
Valerie pour ôtage entre les mains de Manlius
; mais ce Manlius eft fon ami ; fa complaifance
peut aller trop loin en faveur de
celuy qui remet l'ôtage entre fes mains ; cet
ôtage auroit été plus feurement entre les
mains de Rutile , & il devoit l'exiger , ne futce
que pour empêcher que Servilius ne parlât à
Valerie , qui n'étoit que trop fufpećte, comme
fille du Conful , à qui les Conjurez refervoient
leurs premiers coups . Cette Critique n'eft que
trop bien fondée , & l'on n'a befoin pour le
prouver que de ces vers deManlius à Servilius:
Cependant Valerie eft libre dans ces lieux ,
Et fa vue à toute heure eft permife à tes yeux.
Manlius , pourfuit- on , n'a pas même dû recevoir
Valerie dans fon Palais , cet amas prodigieux
d'armes qu'elle y a découvert , fuffifoit
pour luy donner d'étranges foupçons . Valerie
découvre la confpiration trop brufquement
, les Spectateurs auroient du moins voulu
voir quelques combats , entre ce qu'elle devoit
à fon Pere , & à ce qu'elle devoit à la promeffe
qu'elle avoit faite à fon Epoux par ces vers
du troifiéme Acte :
Ne croyez pas tourtant qu'après un tel difcours
Je trahiffe un fecret d'où dépendent vos jours.
Le Senat , ajoute- t'on , ayant promis à Valerie
SEPTEMBRE. 1729. 2259
rie de faire grace à tous les Conjurez , ne peut
condamner Manlius fans violer fa foy ; & quoi
qu'il le faffe juger par les Tribuns , cette pré-
Caution ne fauve pas l'infidelité.
Voilà à peu près toutes les obfervations
Critiques qui font venues à notre connoiffan
ce; mais ce n'eft pas à de pareilles minuties
qu'on doit imputer le peu de fuccez de la reprife
de cette Tragedie, le fort des plus belles
Pieces dépend de tant de circonftances , qu'il
n'eft pas facile de porter un jugement affuré
fur les caufes qui ont pû influer à leur peu de
réuffite.
Fermer
1204
p. 2270-2275
LES SPECTACLES Malades, Extrait.
Début :
On suppose qu'il y a à Paris un Medecin, nommé M. Lavisiere, qui connoît dans [...]
Mots clefs :
Alizon, Opéra-Comique, Paris, Comédie-Française, Yeux, Consultation, Drogues, Chine, Spectacles malades
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES SPECTACLES Malades, Extrait.
LES SPECTACLES Malades , Extrait.
N fuppofe qu'il y a à Paris un Medecin ,
nommé M. Lavifiere , qui connoît dans
les yeux les Maladies les plus cachées , & que
fa réputation attire chez lui un grand concours
de monde , qu'il donne fes Audiances toute la
matinée , & que la Dame Alifon , fa Gouver
nante , auffi habile que fon Maître , reçoit l'après
midi les Malades qui viennent chez lui.
Parmi les perfonnes qui fe préfentent à cette
femme pour la confultation , viennent les quatre
Spectacles de Paris perfonnifiés. L'Opera
arrive le premier , & d'une maniere allégorique
fait connoître fa mauvaiſe fituation. Il
parle en termes de Medecine des differens remedes
qu'il a pris , & de l'effet qu'ils ont caufé.
SEPTEMBRE. 1729. 2271
fé. Alizon lui répond dans le même ftile , l'O--
pera lui dit ce Couplet .
Sur l'Air : de l'Horoſcope accompli.
J'ai beau reprendre du folide ,
De la Rhubarbe d'Amadis ,
Du vrai Catholicon d'Armide ,
De la Confection d'Atys ,
De l'Elixir de Proferpine =
Ces Drogues de vertu divine ;
Qui m'ontjadis fait tant de bien ,
Aujourd'hui ne me font plus rien.
Alizon lui répond . Toutes ces drogues - là
font excellentes , mais vous en avez fait un
trop fréquent ufage , voire corps s'y est accoutumé
, & l'habitude en affoiblit la vertu. Et
elle lui donne à la fin cette Ordonnance.
Sur l'Air : Que Dieu beniffe la befogne.
Tous les matins ; Hyver , Eté ,
Vous prendrez , en guiſe de Thé ,
Quelques feuilles de Patience
Avec du Sucre d'Esperance.
Les deux Comédies viennent enfuite. Alizon
leur regarde dans les yeux . & dit à la Comédie
Françoife :
Sur l'Air : Faites boire à triple meſure.
De votre Pendule Comique ,
Gy Je
2172 MERCURE DE FRANCE :
Je vois mal aller les refforts ,
Et vous êtes paralitique ,
De la moitié de votre corps.
Alizon demande à la Comédie Italienne ,
après avoir deviné fon mal , quel remede elle
a pris en dernier lieu , celle - ci lui dit :
Air , Joconde.
Deux Docteurs de la Faculté
De l'Hôtel de Bourgogne ,
Pour me procurer la fanté ,
(
Se font mis en befogne :
Ces Opérateurs entendus
M'ont donné mainte prife ,
De Vulneraires de débuts ,
Qui m'ont unpeu remife.
La Comédie Françoife interrogée auffi
deffus , répond :
Air: Je ne fuis né ni Roi ni Prince.-
C'étoit une bonne Tifanne
D'un Extrait de Tragique Manne ,
Et d'un Sel Comique excellent
De tous les deux partie égale ,
Où régnoit à l'équipollent.
La Régueliffe Paftorale ..
Alizon confeille à la Comédie Françoile de
prendre pendant l'Hyver lept gros de Catin
lina
SEPTEMBRE. 1729. 2273
lina , & à l'Italienne . d'aller prendre l'air
natal.
L'Opera Comique fe préfente à fon tour
Alizon l'ayant examiné , lui dit qu'il a le dedans
dérangé , & lui demande d'où cela peut
lui venir. ་ །
Helas ! répond l'Opera Comique , j'attribuë
tout mon mal à la nourriture que j'ai priſe det
Hyver à la Foire S. Germain. J'ai mangé chaud,
j'ai mangé froid , doux , falle ; enfin , j'ai pris
de tout ce qu'on m'a donné. Quelle intemperance
, répond Alizon , cela m'a caufé , pour
fuit l'Opera Comique , de grandes indigeftions,
qui m'ont duré jusqu'à l'ouverture de la Foire
S. Laurent. De quelle maniere , lui dit Alizon ,
Vous êtes- vous guéri de ces indigeftions ?
L'Opera Comiquer
Air: Je ne fuis né ni Roi ni Prince.
J'ai pris certaine Medecine ,
Faite de Simples de la Chine ,
Elle m'a bien fait , je le fens s
Mais les Critiques toujours roides ,
Ont dit qu'on avoit mis dedans ,
Un peu trop de femences froides .
Alizon.
Sur l'Air : Amis , fans regretter Paris.
On pouvoit corriger cela ,
L'Opera Comique.
é , quefalloir il faire
La Princeffe de la Chine.
Gvj
Alizon
#274 MERCURE DE FRANCE.
Alizon.
Mêler dans ce Remede là
Des ** Gouttes d'Angleterre.
L'Opera Comique.
C'est ce qu'on a fait avec affez de fuccès.
Sur l'Air : C'eft Mademoiſelle Manon
Mais pour me rétablir l'eftomac , on me donns
Fort peu de tems après dujus de Céladon.
Alizon.
Ah! Jarnicoten !
Qu'il est bon !
L'Ami , comment done ?
Vous n'êtes pas guéri !
L'Opera Comique.
Tout Paris s'en étonnes
Ceft apparemment ,
Que ce divin Médicament ,
Ne convient nullement
A mon temperament..
Alizon.
Il n'en faut pas douter..
Sur l'Air : Je paffe la nuit & le jour.
Dans le péril où font vos jours
** Ce font des Danſes Angloiſes qui ont été
très -goutées.
1
SEPTEMBRE 1729 2275
›
Il faut d'une Plante d'Afrique ,
Vous faire éprouver le fecours.
C'est une espece d'Emetique
Qui d'abord fon effet fera ,
Quifur le champ vous guérira ,
Ou tout à coup vous trouſſera.
L'Opera Comique , pour payer la confultation
, régale Alizon d'un Balet qui eft executé
par les Danfeurs Forains dont on a parlé.
N fuppofe qu'il y a à Paris un Medecin ,
nommé M. Lavifiere , qui connoît dans
les yeux les Maladies les plus cachées , & que
fa réputation attire chez lui un grand concours
de monde , qu'il donne fes Audiances toute la
matinée , & que la Dame Alifon , fa Gouver
nante , auffi habile que fon Maître , reçoit l'après
midi les Malades qui viennent chez lui.
Parmi les perfonnes qui fe préfentent à cette
femme pour la confultation , viennent les quatre
Spectacles de Paris perfonnifiés. L'Opera
arrive le premier , & d'une maniere allégorique
fait connoître fa mauvaiſe fituation. Il
parle en termes de Medecine des differens remedes
qu'il a pris , & de l'effet qu'ils ont caufé.
SEPTEMBRE. 1729. 2271
fé. Alizon lui répond dans le même ftile , l'O--
pera lui dit ce Couplet .
Sur l'Air : de l'Horoſcope accompli.
J'ai beau reprendre du folide ,
De la Rhubarbe d'Amadis ,
Du vrai Catholicon d'Armide ,
De la Confection d'Atys ,
De l'Elixir de Proferpine =
Ces Drogues de vertu divine ;
Qui m'ontjadis fait tant de bien ,
Aujourd'hui ne me font plus rien.
Alizon lui répond . Toutes ces drogues - là
font excellentes , mais vous en avez fait un
trop fréquent ufage , voire corps s'y est accoutumé
, & l'habitude en affoiblit la vertu. Et
elle lui donne à la fin cette Ordonnance.
Sur l'Air : Que Dieu beniffe la befogne.
Tous les matins ; Hyver , Eté ,
Vous prendrez , en guiſe de Thé ,
Quelques feuilles de Patience
Avec du Sucre d'Esperance.
Les deux Comédies viennent enfuite. Alizon
leur regarde dans les yeux . & dit à la Comédie
Françoife :
Sur l'Air : Faites boire à triple meſure.
De votre Pendule Comique ,
Gy Je
2172 MERCURE DE FRANCE :
Je vois mal aller les refforts ,
Et vous êtes paralitique ,
De la moitié de votre corps.
Alizon demande à la Comédie Italienne ,
après avoir deviné fon mal , quel remede elle
a pris en dernier lieu , celle - ci lui dit :
Air , Joconde.
Deux Docteurs de la Faculté
De l'Hôtel de Bourgogne ,
Pour me procurer la fanté ,
(
Se font mis en befogne :
Ces Opérateurs entendus
M'ont donné mainte prife ,
De Vulneraires de débuts ,
Qui m'ont unpeu remife.
La Comédie Françoife interrogée auffi
deffus , répond :
Air: Je ne fuis né ni Roi ni Prince.-
C'étoit une bonne Tifanne
D'un Extrait de Tragique Manne ,
Et d'un Sel Comique excellent
De tous les deux partie égale ,
Où régnoit à l'équipollent.
La Régueliffe Paftorale ..
Alizon confeille à la Comédie Françoile de
prendre pendant l'Hyver lept gros de Catin
lina
SEPTEMBRE. 1729. 2273
lina , & à l'Italienne . d'aller prendre l'air
natal.
L'Opera Comique fe préfente à fon tour
Alizon l'ayant examiné , lui dit qu'il a le dedans
dérangé , & lui demande d'où cela peut
lui venir. ་ །
Helas ! répond l'Opera Comique , j'attribuë
tout mon mal à la nourriture que j'ai priſe det
Hyver à la Foire S. Germain. J'ai mangé chaud,
j'ai mangé froid , doux , falle ; enfin , j'ai pris
de tout ce qu'on m'a donné. Quelle intemperance
, répond Alizon , cela m'a caufé , pour
fuit l'Opera Comique , de grandes indigeftions,
qui m'ont duré jusqu'à l'ouverture de la Foire
S. Laurent. De quelle maniere , lui dit Alizon ,
Vous êtes- vous guéri de ces indigeftions ?
L'Opera Comiquer
Air: Je ne fuis né ni Roi ni Prince.
J'ai pris certaine Medecine ,
Faite de Simples de la Chine ,
Elle m'a bien fait , je le fens s
Mais les Critiques toujours roides ,
Ont dit qu'on avoit mis dedans ,
Un peu trop de femences froides .
Alizon.
Sur l'Air : Amis , fans regretter Paris.
On pouvoit corriger cela ,
L'Opera Comique.
é , quefalloir il faire
La Princeffe de la Chine.
Gvj
Alizon
#274 MERCURE DE FRANCE.
Alizon.
Mêler dans ce Remede là
Des ** Gouttes d'Angleterre.
L'Opera Comique.
C'est ce qu'on a fait avec affez de fuccès.
Sur l'Air : C'eft Mademoiſelle Manon
Mais pour me rétablir l'eftomac , on me donns
Fort peu de tems après dujus de Céladon.
Alizon.
Ah! Jarnicoten !
Qu'il est bon !
L'Ami , comment done ?
Vous n'êtes pas guéri !
L'Opera Comique.
Tout Paris s'en étonnes
Ceft apparemment ,
Que ce divin Médicament ,
Ne convient nullement
A mon temperament..
Alizon.
Il n'en faut pas douter..
Sur l'Air : Je paffe la nuit & le jour.
Dans le péril où font vos jours
** Ce font des Danſes Angloiſes qui ont été
très -goutées.
1
SEPTEMBRE 1729 2275
›
Il faut d'une Plante d'Afrique ,
Vous faire éprouver le fecours.
C'est une espece d'Emetique
Qui d'abord fon effet fera ,
Quifur le champ vous guérira ,
Ou tout à coup vous trouſſera.
L'Opera Comique , pour payer la confultation
, régale Alizon d'un Balet qui eft executé
par les Danfeurs Forains dont on a parlé.
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1205
p. 2275-2284
L'Opéra Comique, Impromptu du Pont N[eu]f, sur la Naissance du Dauphin & Couplets, [titre d'après la table]
Début :
Le 9. Septembre le même Opera Comique, voulant aussi marquer sa joye pour la Naissance [...]
Mots clefs :
Pièce, Chanter, Commère, Amour, Dauphin, Français, Paris, Fille, Lys, Joie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opéra Comique, Impromptu du Pont N[eu]f, sur la Naissance du Dauphin & Couplets, [titre d'après la table]
Le 9. Septembre le même Opera Comique ,
Voulant auffi marquer fa joye pour la Naiffan-
Ce de Monfeigneur le DAUPHIN , donna gratis
fur fon Théatre de la Foire S. Laurent , une
petite Piéce nouvelle d'un Acte , composée
exprès pour être donnée gratis , intitulée :
rimpromptu du Pont Neuf, précédée du Cor
faire de Salé , & de la Noce Angloiſe , dont il a
été parlé. Tout s'y pafla fans défordre , &
au grand contentement d'une multitude de
Peuple que cette nouveauté n'avoit pas manqué
d'attirer , tant du Faubourg que de la Ville.
Cette petite Piéce fut très- applaudie par
les traits plaifans & convenables au tems. Voi
ci l'Extrait de la Piéce.
Clitandre & Julie s'aiment depuis long- tems,
& leur tendreffe a été approuvée par M. Bon
François , Pere de Julie . Ils fe plaignent des
longs délais que ce Pere apporte à l'execu
tion de la parole qu'il leur a donnée de les marier
enfemble au plutôt. Après que ces deux
Amans ont témoigné à ce Pere leur impatience,
& qu'ils l'ont conjuré de ne pas les faire
Le Corfaire de Salé.
Languia
2276 MERCURE DE FRANCE .
languir plus long- tems , il prefcrit enfin cette
époque à leur felicité , & chante , fur l'Air
des Veftales :
Quand au couchant fe levera ,
Nouveau Soleil dont la lumiere
Par tout brillera ,
Et. Lorsqu'à Paris on verrà ,
Le feu fortir de la Riviere ,
L'on vous marira.
Ces deux Amans allarmez de cette réponſe ,
fe font de nouvelles proteftations de s'aimer
toujours ; leur entretien eft interrompu par
un Prélude de Carrillon , qui leur donne oce
cafion de finir la Scêne pour s'informer de ce
qui donne lieu à ce bruit .
Un Chanfonnier du Pont- Neuf arrive , forc
empreffé & fort joyeux; & chante les paroles
fuivantes avec l'accompagnement du Car
rillon..
Kaffemblez- vous , Fille & Garçon
Petits Grands , Jeune & Barbon,
Uniffez vos Concerts à notre carillon ,
Din, dan ; don ,
Que tout abante , que tout danfe
Dans ce Canton !
Tin , tin , tan , ton
L'Hymen Cupidon »
Nous ont fait un don ,
Din , din , dan , don :
Tous deux d'intelligence ,
Ont
SEPTEMBRE. 1729. 2277
Ont fait naître un BOURBON.
Bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon.
Les Scenes fuivantes fe paflent entre un
Suiffe , le Chanfonnier , & un vendeur de Tifane.
Le Suifle fait un récit à fa maniere des
Réjouiffances qu'on fait à Paris , & chante
quelques Airs à boire : voici celui qu'il adreffe
aux Tifaniers , fur l'Air : Baiſe - moi done me
difoit Blaife.
Afti bon Piperon de Berne ,
Garçon , ( bis ) aportir ton taferne ,
Chel poiray ton Vin neuf ou vieux ,
Quand chel trinqueray tout , n'importe »»
Moy, ne me portir jamais mieux ,
Que lorsqu'il faut que l'on me porte.
Deux Muficiens arrivent fur le point de par
tir pour Verſailles , & font la répetition d'uns
Cantatille qu'ils doivent y executer.
I er Muficien.
Pour célebrer une Reine adorable
Heureux François , ranimez votre ardeur;
De l'amour de fon Peuple elle fait fon bonheur
;
Et chaque jour cet objet reſpectable ,
Devient en s'abaissant digne de fa grandeur。-
2 Muficien.
Les plaisirs de retour , voltigent fur fes traces
?
Font
2278 MERCURE DE FRANCE .
Tout Cythere , aujourd'hui , vient embellir fa
• Cours
Après avoirformé trois Graces,
Elle vient de mettre au jour
Un Amour.
Tous deux .
Grands Dieux, confervez votre ouvrage s
Sur ce Prince naiſſant , ayez les yeux ou→
verts :
De notre Roi , c'est la parfaite image ,
Il enchaîne à fon fort celui de l'Univers.
Les deux Muficiens font place à une troupe
de Bouquetieres tenant chacune un Lys , qui
entrent en danfant . Un Procureur furvient
avec un Officier Gafcon 5 les Bouquetieres les
arrêtent tous deux pour les faire danfer avec
elles ; le Procureur fait quelque difficulté de
danfer, parce qu'il eft en robe , & que cela ne
convient nullement à fon caractere; & c. L'Officier
lui répond que les Bouquetieres ont raifon
de le faire danfer , & que la joye doit
occuper tout le monde à préfent . Il chante fur
Air : Suivons tour à tour Bacchus & l'As
mour.
J'arrive de la Garonne
Et je fuis leger d'argenti
Mais ce que le Ciel nous donne ;
Aujourd'hui me rend content i
Un Louis me flatte plus .
Que cent mille écus.
r
L
Ils
SEPTEMBRE 1729. 2179
Ils danſent tous enfemble , en rond , & chantent
le Vaudeville qui fuit , dont l'Air eft noté
page 2246 .
Au Jardin de Versailles ,
Un beau Lys il y a ;
Quelque part que l'on aille ,
Rien ne vaut ce Lys- là ;
Ah ! qu'il est beau , ma chere ,
Ah ! qu'il est bien planté !
Hopegué , ma Commere
Guay, guay, guay , Hopegué.
1 Nuit & jour on le garde
Et l'on veille à l'entour :
Si-tôt qu'on le regarde :
On eft blessé d'amour.
Heureux , qui peut , ma chere ,
L'avoir à fon côté.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
De ce Lys tant aimable ,
Un nouveau rejetton ,
D'un humeur agréable ,
Remplit tout ce Canton,
Dès qu'on afçû l'affaire
Tout le monde a chanté ,
Hopegué
2280 MERCURE DE FRANCÉ .
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Pour parlerfans myftere ,
C'est un DAUPHIN charmant ,
Dont le Ciel vient de faire ,
A la France un préfent:
D'un don fi falutaire ,
Je li fçavons bon gré.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué
On a raison de dire
De cet Enfant cheri ,
Que le Roi notre Sire ,
L'a moulé d'après lui
Car l'Enfant de Cythere ,
N'eft pas fi bien tourné ;
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Tout chacun le revere
Et quoiqu'il foit petit ,
N'y a que Monfieurfon Pere ,
Quifoit plus grand que lui i
Sa fanté nous eft chere ,
Que fon nom foit chanté ;
Hopegué ,
SEPTEMBRE. 1729. 2281
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Mettons- nous des Couronnes
Chantons des Airs joyeux i
Vuidons toutes nos Tonnes ,
Pour en faire des Feux ;
Rendons la Fête entiere ,
Et qu'ilfoit bien trinqué ;
Hopegué , ma Commere
Guay, guay , guay , Hopegué.
La Scene fuivante fe paffe entre le Grand
Thomas fameux Arracheur de Dents du
Pont Neuf, un'Savoyard , & une Savoyarde ,
fes Domeftiques ; le premier témoigne fa joye
par le Couplet fuivant , en langage de fon
pays.
Catharineta ,
Chantons le DAUPHIN ,
Soir & matin ;
Sois Guillereta ,
Mettons- nous en train :
De fon grand Païre ,
Nous , bons Piemontois
Suivons les loix ;
C'est notra affaire
"
Comme les François .
La Savoyarde porte une boëte où eft enfer
mée:
2282 MERCURE DE FRANCE .
mée la Marmotte en vie , & chante ſur l'Aiř :
Si j'avois un bon Mari.
Puifqu'on entre à l'opera ,
Sans y donner de cela ,
Et que l'on voit à Paris ,
Pour rien la Comédie ;
Moi , je montrerai gratis ,
La Marmote en vie
M. Bon- François vient pour expliquer à Julie
, fa Fille , & à Clitandre . for Gendre , le
fens de la Centurie qui leur a chanté au com
mencement de la Piéce , & chante fur l'Air :
Non , je ne ferai pas , & c.
Quand d'un nouveau Soleil on verra la lu
miere •
Quand on verra le feu fortir de la Riviere ;
Ces mots marquent affez l'heureux évenėment
,
Que tout Paris célebre avec raviſſement.
Il juftifie enfuite par ce Couplet , les délais
qui l'ont obligé à differer le Mariage de fa
Fille , Sur l'Air : De tous les Capucins du
monde.
Je défirois ce tems propice ,
Pour formerfous un bon aufpices
Votre indiffoluble lien ;
Enfin , c'étoit ma fantaisie ,
J'attendois qu'il ne manquât rien
Au bonheur de notre Patrie,
* Elle fait le figne de donner de l'argent .
SEPTEMBRE. 1729. 2283
Il invite enfuite fon Gendre & fa Fille à
prendre part au Divertiffement qui furvient.
Ce font des Mariniers en équipage de Tireurs
d'Oye , ils font une marche avec Tambours
& Drapeaux ; on chante quelques Airs pour
couper la Danfe , & la Piéce finit par le Vaudeville
fuivant, qu'on trouvera noté à la page2246
Plein d'une ardeur extrême ,
t
Nous allons fur ces bords •
>
Au Prince qui nous aime
Témoigner nos tranſports i
C'est l'Amour qui nous mené
Que pouvons- nous riſquer ?
Sur les flots de la Seine ,
Ah! qu'il fait bon voguer.
Un Soleil fans nuage ,
Qui commence fon cours ,
Fera fur ce Rivage ,
Régner les plus beaux jours,
Venez , Jeunesse aimable
Venez vous embarquer ;
Le Vent eft favorable ,
Ah ! qu'il fait bon voguer,
>
Sur la liquide Plaine .
Lorsqu'on voit un DAUPHIN ,
C'est la marque certaine
f
D'un
2284 MERCURE DE FRANCE.
D'un tems doux & ferain :
Sans péril & fans peine
Chacun peut s'embarquer ,
Sur les flots de la Seine ,
Ah ! qu'il fait bon voguer.
Pierrot aux Spectateurs,
Quand notre amour s'explique ,
Sur le commun bonheur ,
Meffieurs , point de Critique ,
Respectez notre ardeur ;
Rendons- lui notre hommage ,
Le fujet l'annoblit :
Du coeur , il est l'ouvrage
Plutôt que de l'esprit.
Les Paroles du Divertiffement de la Piéce
des Vaudevilles , font de M. Panard ; elles ont
été très- goutées , de même que la Mufique
qui eft toujours de M. Gilliers.
Le 15. les Marchands Syndics de la même
Foire firent chanter le Te Deum à la Paroiffe
de S. Laurent ; le foir on tira quantité de Fufées
, & toutes les rues qui font dans l'enceinte
de la Foire , furent éclairées par deux
rangs de Luftres de Criftal qu'on y avoit fuf
pendus aux Arbres dont ces rues font plantées.
Il y eut Bal le ſoir , qui dura toute la
nuit.
Voulant auffi marquer fa joye pour la Naiffan-
Ce de Monfeigneur le DAUPHIN , donna gratis
fur fon Théatre de la Foire S. Laurent , une
petite Piéce nouvelle d'un Acte , composée
exprès pour être donnée gratis , intitulée :
rimpromptu du Pont Neuf, précédée du Cor
faire de Salé , & de la Noce Angloiſe , dont il a
été parlé. Tout s'y pafla fans défordre , &
au grand contentement d'une multitude de
Peuple que cette nouveauté n'avoit pas manqué
d'attirer , tant du Faubourg que de la Ville.
Cette petite Piéce fut très- applaudie par
les traits plaifans & convenables au tems. Voi
ci l'Extrait de la Piéce.
Clitandre & Julie s'aiment depuis long- tems,
& leur tendreffe a été approuvée par M. Bon
François , Pere de Julie . Ils fe plaignent des
longs délais que ce Pere apporte à l'execu
tion de la parole qu'il leur a donnée de les marier
enfemble au plutôt. Après que ces deux
Amans ont témoigné à ce Pere leur impatience,
& qu'ils l'ont conjuré de ne pas les faire
Le Corfaire de Salé.
Languia
2276 MERCURE DE FRANCE .
languir plus long- tems , il prefcrit enfin cette
époque à leur felicité , & chante , fur l'Air
des Veftales :
Quand au couchant fe levera ,
Nouveau Soleil dont la lumiere
Par tout brillera ,
Et. Lorsqu'à Paris on verrà ,
Le feu fortir de la Riviere ,
L'on vous marira.
Ces deux Amans allarmez de cette réponſe ,
fe font de nouvelles proteftations de s'aimer
toujours ; leur entretien eft interrompu par
un Prélude de Carrillon , qui leur donne oce
cafion de finir la Scêne pour s'informer de ce
qui donne lieu à ce bruit .
Un Chanfonnier du Pont- Neuf arrive , forc
empreffé & fort joyeux; & chante les paroles
fuivantes avec l'accompagnement du Car
rillon..
Kaffemblez- vous , Fille & Garçon
Petits Grands , Jeune & Barbon,
Uniffez vos Concerts à notre carillon ,
Din, dan ; don ,
Que tout abante , que tout danfe
Dans ce Canton !
Tin , tin , tan , ton
L'Hymen Cupidon »
Nous ont fait un don ,
Din , din , dan , don :
Tous deux d'intelligence ,
Ont
SEPTEMBRE. 1729. 2277
Ont fait naître un BOURBON.
Bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon , bon.
Les Scenes fuivantes fe paflent entre un
Suiffe , le Chanfonnier , & un vendeur de Tifane.
Le Suifle fait un récit à fa maniere des
Réjouiffances qu'on fait à Paris , & chante
quelques Airs à boire : voici celui qu'il adreffe
aux Tifaniers , fur l'Air : Baiſe - moi done me
difoit Blaife.
Afti bon Piperon de Berne ,
Garçon , ( bis ) aportir ton taferne ,
Chel poiray ton Vin neuf ou vieux ,
Quand chel trinqueray tout , n'importe »»
Moy, ne me portir jamais mieux ,
Que lorsqu'il faut que l'on me porte.
Deux Muficiens arrivent fur le point de par
tir pour Verſailles , & font la répetition d'uns
Cantatille qu'ils doivent y executer.
I er Muficien.
Pour célebrer une Reine adorable
Heureux François , ranimez votre ardeur;
De l'amour de fon Peuple elle fait fon bonheur
;
Et chaque jour cet objet reſpectable ,
Devient en s'abaissant digne de fa grandeur。-
2 Muficien.
Les plaisirs de retour , voltigent fur fes traces
?
Font
2278 MERCURE DE FRANCE .
Tout Cythere , aujourd'hui , vient embellir fa
• Cours
Après avoirformé trois Graces,
Elle vient de mettre au jour
Un Amour.
Tous deux .
Grands Dieux, confervez votre ouvrage s
Sur ce Prince naiſſant , ayez les yeux ou→
verts :
De notre Roi , c'est la parfaite image ,
Il enchaîne à fon fort celui de l'Univers.
Les deux Muficiens font place à une troupe
de Bouquetieres tenant chacune un Lys , qui
entrent en danfant . Un Procureur furvient
avec un Officier Gafcon 5 les Bouquetieres les
arrêtent tous deux pour les faire danfer avec
elles ; le Procureur fait quelque difficulté de
danfer, parce qu'il eft en robe , & que cela ne
convient nullement à fon caractere; & c. L'Officier
lui répond que les Bouquetieres ont raifon
de le faire danfer , & que la joye doit
occuper tout le monde à préfent . Il chante fur
Air : Suivons tour à tour Bacchus & l'As
mour.
J'arrive de la Garonne
Et je fuis leger d'argenti
Mais ce que le Ciel nous donne ;
Aujourd'hui me rend content i
Un Louis me flatte plus .
Que cent mille écus.
r
L
Ils
SEPTEMBRE 1729. 2179
Ils danſent tous enfemble , en rond , & chantent
le Vaudeville qui fuit , dont l'Air eft noté
page 2246 .
Au Jardin de Versailles ,
Un beau Lys il y a ;
Quelque part que l'on aille ,
Rien ne vaut ce Lys- là ;
Ah ! qu'il est beau , ma chere ,
Ah ! qu'il est bien planté !
Hopegué , ma Commere
Guay, guay, guay , Hopegué.
1 Nuit & jour on le garde
Et l'on veille à l'entour :
Si-tôt qu'on le regarde :
On eft blessé d'amour.
Heureux , qui peut , ma chere ,
L'avoir à fon côté.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
De ce Lys tant aimable ,
Un nouveau rejetton ,
D'un humeur agréable ,
Remplit tout ce Canton,
Dès qu'on afçû l'affaire
Tout le monde a chanté ,
Hopegué
2280 MERCURE DE FRANCÉ .
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Pour parlerfans myftere ,
C'est un DAUPHIN charmant ,
Dont le Ciel vient de faire ,
A la France un préfent:
D'un don fi falutaire ,
Je li fçavons bon gré.
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué
On a raison de dire
De cet Enfant cheri ,
Que le Roi notre Sire ,
L'a moulé d'après lui
Car l'Enfant de Cythere ,
N'eft pas fi bien tourné ;
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Tout chacun le revere
Et quoiqu'il foit petit ,
N'y a que Monfieurfon Pere ,
Quifoit plus grand que lui i
Sa fanté nous eft chere ,
Que fon nom foit chanté ;
Hopegué ,
SEPTEMBRE. 1729. 2281
Hopegué , ma Commere ,
Guay , guay , guay , Hopegué.
Mettons- nous des Couronnes
Chantons des Airs joyeux i
Vuidons toutes nos Tonnes ,
Pour en faire des Feux ;
Rendons la Fête entiere ,
Et qu'ilfoit bien trinqué ;
Hopegué , ma Commere
Guay, guay , guay , Hopegué.
La Scene fuivante fe paffe entre le Grand
Thomas fameux Arracheur de Dents du
Pont Neuf, un'Savoyard , & une Savoyarde ,
fes Domeftiques ; le premier témoigne fa joye
par le Couplet fuivant , en langage de fon
pays.
Catharineta ,
Chantons le DAUPHIN ,
Soir & matin ;
Sois Guillereta ,
Mettons- nous en train :
De fon grand Païre ,
Nous , bons Piemontois
Suivons les loix ;
C'est notra affaire
"
Comme les François .
La Savoyarde porte une boëte où eft enfer
mée:
2282 MERCURE DE FRANCE .
mée la Marmotte en vie , & chante ſur l'Aiř :
Si j'avois un bon Mari.
Puifqu'on entre à l'opera ,
Sans y donner de cela ,
Et que l'on voit à Paris ,
Pour rien la Comédie ;
Moi , je montrerai gratis ,
La Marmote en vie
M. Bon- François vient pour expliquer à Julie
, fa Fille , & à Clitandre . for Gendre , le
fens de la Centurie qui leur a chanté au com
mencement de la Piéce , & chante fur l'Air :
Non , je ne ferai pas , & c.
Quand d'un nouveau Soleil on verra la lu
miere •
Quand on verra le feu fortir de la Riviere ;
Ces mots marquent affez l'heureux évenėment
,
Que tout Paris célebre avec raviſſement.
Il juftifie enfuite par ce Couplet , les délais
qui l'ont obligé à differer le Mariage de fa
Fille , Sur l'Air : De tous les Capucins du
monde.
Je défirois ce tems propice ,
Pour formerfous un bon aufpices
Votre indiffoluble lien ;
Enfin , c'étoit ma fantaisie ,
J'attendois qu'il ne manquât rien
Au bonheur de notre Patrie,
* Elle fait le figne de donner de l'argent .
SEPTEMBRE. 1729. 2283
Il invite enfuite fon Gendre & fa Fille à
prendre part au Divertiffement qui furvient.
Ce font des Mariniers en équipage de Tireurs
d'Oye , ils font une marche avec Tambours
& Drapeaux ; on chante quelques Airs pour
couper la Danfe , & la Piéce finit par le Vaudeville
fuivant, qu'on trouvera noté à la page2246
Plein d'une ardeur extrême ,
t
Nous allons fur ces bords •
>
Au Prince qui nous aime
Témoigner nos tranſports i
C'est l'Amour qui nous mené
Que pouvons- nous riſquer ?
Sur les flots de la Seine ,
Ah! qu'il fait bon voguer.
Un Soleil fans nuage ,
Qui commence fon cours ,
Fera fur ce Rivage ,
Régner les plus beaux jours,
Venez , Jeunesse aimable
Venez vous embarquer ;
Le Vent eft favorable ,
Ah ! qu'il fait bon voguer,
>
Sur la liquide Plaine .
Lorsqu'on voit un DAUPHIN ,
C'est la marque certaine
f
D'un
2284 MERCURE DE FRANCE.
D'un tems doux & ferain :
Sans péril & fans peine
Chacun peut s'embarquer ,
Sur les flots de la Seine ,
Ah ! qu'il fait bon voguer.
Pierrot aux Spectateurs,
Quand notre amour s'explique ,
Sur le commun bonheur ,
Meffieurs , point de Critique ,
Respectez notre ardeur ;
Rendons- lui notre hommage ,
Le fujet l'annoblit :
Du coeur , il est l'ouvrage
Plutôt que de l'esprit.
Les Paroles du Divertiffement de la Piéce
des Vaudevilles , font de M. Panard ; elles ont
été très- goutées , de même que la Mufique
qui eft toujours de M. Gilliers.
Le 15. les Marchands Syndics de la même
Foire firent chanter le Te Deum à la Paroiffe
de S. Laurent ; le foir on tira quantité de Fufées
, & toutes les rues qui font dans l'enceinte
de la Foire , furent éclairées par deux
rangs de Luftres de Criftal qu'on y avoit fuf
pendus aux Arbres dont ces rues font plantées.
Il y eut Bal le ſoir , qui dura toute la
nuit.
Fermer
1206
p. 5-23
EXTRAIT du Memoire lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 12. Novembre 1729. sur les Eaux de Bourbon.
Début :
Mr. Boulduc lut un Discours intitulé Essai d'Analyse en general des Eaux [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Gilles-François Boulduc, Sel, Eaux , Acide, Sédiment, Terre, Eaux de Bourbon, Eau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Memoire lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 12. Novembre 1729. sur les Eaux de Bourbon.
EXTRAIT du Mémoire lit a l'Afimble'e
■publique de ^Académie Royale de*
Sciences, le 12. Novembre XJíJ. fur
les Eaux de Bourbon.
Mr. Boulduc lut un Discours intitule
Ejfai t£ Analyse m genêtal des Eaux
Minérales chaudes de Bourbon l'Archarabaud.
Ces Eaux étant du nombre des plus an
ciennes du Royaume & des plus renom-f
niées par la guérison de plusieurs mala
dies longues & fâcheuíes.ellcs se sont tou
jours attiré Inattention & la recherche des*
Médecins & des Physiciens.
Dès les années 1605. & 1 £18. fans?
remonter plus haut , Jean Ban , de Mòu-í
.lins, en fait mention dans son Livre des
•vertus des Eaux naturelles de France re
nommées y & croit qu'elles contiennent d*
Souffre minerai , du Bitume & du Nitre ,
qui est le Natron des Anciens , que l'on
regarde comme un Sel Alkali minerai ,
comparable par ses effets aux Sels fixes -,
acres & lixiviels, qu'on tire des Plantes
après les avoir réduites en cendres.
En 1670. M. Duclos , de cette Acadé
mie , reconnut dans nos Eaux le même
Nitres
Ì MERCURE DE FRANCE..
Nitre; & depuis cet Auteur, d'autres Aca
démiciens ayant eu par intervales occa
sion de les examiner, ont encore conclu
avec leur Prédécesseur , qu'elles ne ren
ferment presqu'autre chose que cet Al
kali naturel.
II seinbloit donc, que sa qualité alkaline
leur étoit bien assurée. Mais en 1699:
quelqu'un, fous le nom de Pascal ,1a rejetta
entièrement dans un Livre fait ex
près' au sujet de ces Eaux ; ce n'est pas
un simple Sel Alkali qu'elles contien
nent , c'est , selon lui , un Sei mixte, com
posé d'un Acide volatile & d'un Sel Al
kali fixe, qu'il appelle un Nitre fort vo
latile & fort épuré; on tireroit même,
dit-il , cet Acide comme un véritable
esprit de Nitre du sédimènt,qu'on trouve à'
leur source en manière de croûtes ; &£•
pour Jouir du Sel dans son état naturel
il faudroit laisser évaporer nos Eaux à l'air
ou au Soleil j le feu-, qu'on employé , est
infidèle , il altère les Mixtes , il décom
pose ce Sel, & fajt , à la vérité , qu'on ne
trouve qu'un Alkali, mais cet Alkali étoit?
auparavant lié avec l'acide.
Plusieurs personnes ont applaudi à ce
raisonnement : M.Boulduc fait néanmoins
Remarquer en passant , qu'un véritable
esprit deNitre,uni avec un Sel Alkali fixe,
ftEoir nécessairement un véritable Nitre
Jan vi er. t7ìó. i
áes Modernes , c'est à- dire , un bon Sal
pêtre qui ne se décompose pas fi aisément
qu'on le dit.
Cependant le Livre allégué dérive de
ce Sel Mixte Nitreux la plupart des effets
que nos Eaux produisent sur le corpr
humain} au lieu que les premiers Auteutr
les dérivoient de l'Alkali Salin.
Cette diversité de sentimens a été le
principal motif pour que M. Boulduc'
cherchât les moyens de s'éclaircir de la
Vérité, en examinant ces Eaux de nouveau.
Son dessein a été secondé > il en a reçu
près de cent Bouteilles très- promptement
à l'occasion du retour de S. A. S. Mon
sieur le Duc-, qui les ravoir prises avec
succès à Bourbon; & un bon Artiste voulut
fcien en évaporer à la Source un grand
nombre de livres } & lui en remettre la-
Résidence. '
M. Boulduc , de son côté , y a trouve
par son travail plus de matières qu'onr
n'en avoit encore connu , & quel
ques-unes dans des circonstances singu
lières. Les mystères de la Nature ne se
développent que peu à peu , & c'est tou
jours un avantage pour lès derniers venus.
L'Eau de Bourbon est claire & limpide
comme une Eau de Roche , presque sans
edeur , & d'un gout partagé entre le vrai
felc & le lixiviel i sortant de la terre très^
sensiblement
$ MERCURE DE FRANCE;
sensiblement bouillante , elle fume con
tinuellement daní ses puits & réservoir , &
à mesure qu'il s'en exhale , il paroît à la
surface une fleur ou poussière blanche
très-fine fous l'apparence d'une toile ou
pellicule grasse fans liaison , qui devient
filus visible quand il y á long-temps que
'Eau n'a été agitée , mais qu'on ne sçausoit
ramasser de quelque façon qu'on s'y
prenne. Cette Eau dépose un Sédiment en
maniéré de croules pierreuses assez dures ,
formées de plusieurs couches blanches
bi«n distinctes , & mêlées en quelques
endroits , particulièrement en dessous ,
d'une couche de terre d'un brun foncé.
Ces croûtes qui font fans gout & fans
odeur fe collent aux bords & à la surface
intérieure du puits , du conduit & du réJ
scrvoir, dont on est obligé de les détachée
de temps à autre.
Cette Eau, gardée dans des bouteilles
bien transparentes , fait auflî voir au bouc
de quelque temps à fa surface de petits
corps blancs fort déliez qui augmentent
peu à peu & fe condensent en une
pellicule semblable à celle, qui se forme
sut l'Ëau de Chaux , laquelle gtossissant
au point que l'Eau ne peut plus la sou
tenir , se brise en beaucoup de morceaux ,
qui en tombant, s'attachent au fond &
aux parois du vaisseau , & affectent une
JANVIER. i7j«; 9
1
Configuration régulière comme quelque
chose de lalin» *
Après le récit de ces circonstances ,
M. Boulduc entre dans l' Analyse, & dit
à la fin de chaque article des matières qu'il
y a trouvées , comme il les a pressenties,
par les Epreuves, quand il y en a , par le
gout , par l'odeur , &c. & comment il est
enfin parvenu à les séparer de manière
qu'il les puisse exposer aux yeux.- dont
nous ne pouvons ici donner que le précis.
Les Epreuves les plus significatives que
M. Boulduc a faites fur l'Eau de Bourbon
font ; qu'elle précipite l'argent dissous en
un cailla blanc qui fond aisément au feu
&C devient volatile" , si on n'employe que
peu de cette solution ; que si au contraire
on en passe les bornes , l'Eau en fait un
deuxième précipité qui refuse la fonte i
qu'elle verdit lá teinture de violettes len
tement ; qu'elle fermente avec tous le»
Acides aflez sensiblement,& ptécipite l'Aïun
& les Vitriols ordinaires , quand ili
font dissous dans de l'eau commune :
Avec une forte huille de tartre faite pat
défaillance , elle se trouble & dépose après
jane terre blanche. : .
IÇqus ces effets font plus prompts Sc
plus sensibles , quand notre Eau est con
centrée , soit par le feu , par l'air ou par U
gelée. Alors elle fait même bien plus
jio MERCURE DE FRANCE,
^qu'auparavant, comme de précipiter, eaîre
autres , le sublime' dissous en une pou
dre de couleur d'e'corcc d'Orange. Les
différentes matières réciproques ne pouvoient
pas s'atteindre facilement dans la
grande étendue du liquide.
V Evaporation & la Distillation , con»
tinuées jusqu'à siccité des matières, n'ont
presque rien fait appercevoir à M. Boulcîuc
de diffèrent d'entre-elles. A peine
l'£au ressent- elle la chaleur qu'elle jette
à la surface une poussière blanche très*
fine , laquelle en augmentant se noye en
partie , & tombe ; & eo partie elle forme
par l'union.d'un nombre de petits filets
iìns & transparents des feuillets à peu près
comme on en voit dans l'eau de chaux ,
qui restent quelque temps à la surface }
& se brisant enfin, voltigent long-temps en
tout sens avant que d'aller au fond.L'Eau,
qui est élevée dans la distillation,n'a puine
de gout ni d'odeur,ni ne fait impression fut
aucune matierejla cucurbitc sent seulement
un peu l'empyreume,& toute la Résidence
affaissée est une terre blanche mêlée d'une
matière qui reffernble a une gelés on mu
cilage bien transparent & couverte d'une
malje de Sels fort blancs.
Cette Résidence mise sur une pelle ou;
lame d'argent bien chauffées , jetre une
petite flamme , •& exposée, à l'air elle
s'hu/î
/ JANVIER. 1750: 31
(í'hìimecte. Si son poids varie d'une éva
poration à l'autre de quelques grains audessous
ou au- dessus de soixante pour
chaques deux livres d'Eau , c'est d'avoir
été plus ou moins desséchée.
En démêlant cette Résidence, M. Boulduc
n'a pas perdu de vûe celle qu'on lui
avoit apportée de Bourbon > l'une & l'au*
tre lui ont fourni les mêmes matières par
différentes operations.Cependant M. Boulduc
s'étaat apperçu , que YEvaporation
frh-modèrée de notre Eau , pouvoit pres
que toute seule suffire pour en dévelop
per tout , il la propose comme le moyea
le plus simple & le plus aisé à exécuter.
Sans répeter ce qui a été dit de ce
qu'on voít au commencement de cette
opération , on continue à fajre exhaler
notre eau le plus doucement qu'il est pos
sible , & toutes les fois qu'il se présente
une certaine quantité de Sédiment en par
tie , comme une terre informe &c opaque ,
en partie, comme des filets transparents,
on le sépare en survuidant l'eau claire dans
un autre vaisseau : plus elle se concentre
de cette manière -r plus elle jaunit , & il
íe forme alots peu à peu au fond & aux
parois du vaisseau , des. Cristaux en cubes
■parfaits , pendant que la surface se cou
vre d'une croûte saline , qui en dessus est
jnégalc $c raboteuse , ôc en dessous mêlée
; • de
,1
ttc
t x MERCURE DE FRANCE/n.
4c deux sortes de Crystaux. On ôte certe
croûte aussi souvent qu'il s'en forme ,
pour que l'eau s'c'vapore librement ; &
nous dkons davantage du Sédiment ea
son lieu.
Les Cryftaux cubiques sont un vérita
ble Sel commun , qui se distingue pat
cette confìguratipn , par son gout parti
culièrement salé , & par d'autres proprietez
trop connues pour être rapportées.
II se déclare d'avance par le gout qu'il
donne à notre eau , & encore davantage
dans les Epreuves, par l'effet de ia volatilité
, que son acide imprime à l'argent , en
le précipitant ; & enfin, on le réduit par
l'c'vaporation en fa consistence con
crète.
Ce Sel fait la plus grande quantité
d'entre les matières de la Résidence, com
paré avec chacune en particulier.
Les Croûtes faline/,de nouveau dissoutes
dans de l'eau commune , donnent par
l'évaporation encote du Sel commun i
•près quoi le reste de cette solution survuidée
& exposée à l'aìt fait naître des
Crystaux d'un-quarré long , taillez à far
certes aux extrémitez , amers d'abord , 8c
frais ensuite sur la langue, qui sont des
•^roprietez , qui avec d'autres font le ca
ractère du Sel de Glaufor : Et c'est4à ce
que P»ícal a pris pour un Sel Nitreux^ féJANVIER.
1730; 13
iaìt par quelque rcísemblance superfi
cielle & imparfaite des Crystaux. L'acide
nitreux , qui fait l'essence des Sels de ce
nom , n'entre point dans fa compositions
c'est celui du Vitriol •: & outre que
M. Lemmery a prouvé clairement dans
un de fes Mémoires, que la source de
Notre Nitre , n'est point dans les entrail
les de la terre , mais qu'il naît , pour
ainsi dire , à fa surface , ou à une très-pe
tite profondeur ; il est encore bien cer
tain , qu'il ne s'-en est point trouvé jus-»
qu'ici de bien reconnu pour tel dans au
cune eau Minérale 5 car celles qu'on ap
pelle communément Nitrenses , contien
nent un Sel alkali à toute épreuve 3
on les a comparé au Nitre des Ancient ,
qui leur a fait donner ce nom.
Le Sel de Glaaber ne fçauroit être dis
tingué dans notre Eau par le gout , parce
qu'il est dominé par d'autres , dont nous
ressentons plus d'impression -, on ne fçau
roit non plus le prévoir par une simple
épreuve : il faut le soupçonner , & en par
tie seulement se convaincre de sa présence
avant que de le chercher.
On peut avec quelque fondement le
soupçonner par tout où il y a du Sel
commun , ils ne font guëtes l'un fans
l'autre. 11 y en a ainsi dans quelques Aci
dules ou Eauxierrugineuscs froides,com«
■ j B ta»
14 'MERCURE DE FRANCE,
me il y en a. dans notre Eau naturelle»
ment chaude ; l'eau de la Mer même
n'en est pas exempte ; & M . Boulduc eu
a trouvé dans des eaux de Salines , que
l'on regardoit comme purement salc'es ^
parce que l'on en tire du Sel commun.
J?our s'assurer de la présence de ce Sel
par quelque épreuve , il faut d'abord
yoir , si l'on peut découvrir l'acide vi
triolique en genexal , & c'est ce que
Jyl» Boulduc fait pai le moyen de l'huile
4e Chaux , qui lui sert de pierre de tou
che pour cet acide , lequel (ous quelque
fpijue qu'il se trouve , quitte après ce
mélange fa base quelconque , & se porte
(at la Chaux , avec laquelle il fait une
espèce de crystaliíation : l' Acide vitrioli
que étant ainsi dévoilé , pn employé ensuice
des moyens subsidiaires , par lesquels
Pn puisse reconnoître , s'il est lié avec du
fer , comme il l'est dans le Vitriol , ou
avec une terre crétacée , comme il l'est
dans l'Alun , &c. Que, si ces sortes de
preuves manquent , on est assez certain ,
qu'il y a du Sel de Glauber. Et c'est de
eette manière que M» Boulduc l'a pres
senti dans les Croûtes Salines avant que
de le faire paroître pat la crystalisation.
Ce Sel contribue' beaucoup à faire va
rier le poids de la Résidence , parce qu'on
te peut de#«her au pojnt. qu'il pèse plus
JANVIER. i7J0;
'3e la moitié moins que dans son état na
turel.
Apte's avoir retiré de notre Eau le Sel
-commun & les Croûtes Salines , on con
tinue à l'évaporer : plus elle s'avance ver»
la fin , plus elle devient rousse & grasse ,
d'un gout piquant comme une Lexive ,
& répand une odeur bitumineuse , saoa
déposer davantage deCrystaux.
Ces circonstances font juger , qu'il y a
là plus d'une matière : c'est un Sel qu'on
découvre par le gout , & une substance
cn gênerai appeìlce sulphureufe , qu'on
apperçoir par l'odeur qu'il faut démêler
l'une d'avec l'autre.
Ce qui produit le gout piquant &lixiviel
, est un Sel Alkali fixe , dont le*
proprietez égalent en beaucoup de cir
constances un bon Sel de Tartre , avec
lequel M. Boulduc l'a toujours compare í
mais elles s'en éloignent , entr'autres , en
-ce qù'au lieu que le Sel de Tartre mêle
avec le Vitriol ou son acide fait un Tar
tre vitriolé-, le/ Sel de notre Eau mêlé
avec le même acide produit constam
ment un Sel de Glauber. Ce fait, jusquelà
l'unique , a fait souhaitter à M. Boul
duc d'avoir du moins encore un exemple
<le pareil Sel ; & il l'a trouvé dans la Terre
áppellée Nitreuse , qu'on amasse autour
de Smyrae& d'Ephese , & qu'on employé
Bij dans
i« MERCURE DE FRANCË.
dans ce Pays-là à la fabrique du Savon f
il en a fait une forte Lexive purement
alkaline , & Payant mêle'e avec du Vi
triol ou son acide J il cn a pareillemenc
retiré du Sel de Glauber , & point d'au
tre. Cette différence prouve éviáemment
que ces deux Alkalis tirent leur origine
du Sel commun ; & M. Boulduc conjec
ture , que les Sels de toutes ces Eaux Mi
nérales que M. Du Clos & d'autres ont
appellé Nitreufes , font auíîi de cette cfr
pece distinguée.
i Cet* Alkali salin se déclare d'avance
dans notre Eau par le gout Lixivicl qu'il
lui donne , & qui avec celui du Sel com
mun domine far le reste -, il le fait encore
connoître davantage dans les épreuves
par les effets d'effervescence avec les aci
des , de précipitation de tout ce qu'ils
ont dissous , de changement de couleur
dans la teinture de Violettes , 8i dans la
solution du Sublimé corrosif,; & enfin on
peut le réunir , & le rendre fec'& palpa
ble , comme nous Talions dire en par
lant de ce qu'il y a de sulphurfux dans
notre Eau.
Le Sel commun étant partout où il
íe irouve plus ou moins bitumineux j a
selon toute apparence communiqué 4
notre Eau du Bitume , quel'Alkali tient
dissous, & l'empcçhc par là de surnager^
JANVIER. 173Ò. 17
St de paroîcre. Quoiqu'il en soit de íoa
origine , le Bitume y est , & on peut le sé
parer d'avec l'Alkali ,• en versant de l'Esrit
de Vin sur la derniere portion d'ean
ien concentrée : par ce moyen,comme le
plus aisé d'entre les autres.quelques gout
telettes de Bitume montent â la surface ,
& d'autres se collent aux parois du vais
seau , pendant que le Sel jílcali reste li
quide au fond , d'où on le retire facile
ment pour le destecher& pour l'avoir pur
& blanc. L'Efprit de Vin seul en quantiw
suffisante le réduit à sec avec le tems.
• - Le gout ne fçauroit distinguer le Bitu
me daná netre Eau, & le peu- d'odeur
qu'elle a est une trop foible & incertaine
marque de fa présence : on ne peut que
k soupçonner par l'empyreume que l'eau
imprime au vaisseau dan & la distillation ,
.& par l'odeur qu'elle exhale sur la fin de
-l'évaporation , jusqu'à ce qu'on le sépare
de tout mélange par le moyen que nous
venons de ditev
Le Bitume répandu dans toute la Rési
dence , fait qu'elle s'enflamme , quand
on en met fur une pele rougie , étant in
flammable de lui même.
Nous passons à- examiner le Sédiment ;
c'est autant celui que l'on garde des éva
porations , que celui que l'eau dépose ì
. B iij fa.
t» MERCURE DE FRANCE.
fa Source en manière de croûtes pier*
xeuses.
On apperçoit dans l'Eau , qu'on éva
pore actuellement, de petits filets clairs
& transparents parmi d'autres corps blancs
f!r opaqu.es , qui en s'affaissant se confon
dent ensemble : & dans les croûtes pier
reuses on distingue de petits bri Huns par
mi une matière terne & pins éclat. Voilà:
encore deux substances à démêler.
La première , qui a de la transparence
eu du brillant , est un Sel moyen , dans
lequel l'Acide vitriolique est chargé de
beaucoup de terre , & M. Boulduc a par
lé plus au long de fa qualité saline , à
l'oecasion des Nouvelles Eaux Minérales
de Pafsy. Ce Mixte n'ayant pas encore
été mis au rang des Sels, il fera libre a cha
cun de lui donner tel nom qu'il voudra.'
M. Boulduc l'appelle Sele nite , parce qu'il
prend la même configuration en fecryC
talifant.
Comme un Sel de difficile dissolution ;
ou qui a besoin de beaucoup d'eau pour
-se tenir dissous , il commence à paroît»
comme une poussière fine qui a quelque
éclat , aussi tôt qu'un peu d'eau lui est
soustraite . & à mesure qu'elle diminue
il forme de petits filets , ensuite des fciiil-
]$ïs ou pellicules , dont enfin les mor<
«aux,
Janvier. r72Q. r*
ceaux brisez s'attachent au vaisseau , 8c
prennent encore là plus de volume & plu»
de régularité dans leur configuration.
Ce Sel ne se trouve pas feulement dant
quelques Acidules & Eaux Minérales
chaudes-, il y en a aussi dans des Eaux fa*
tées , dont on tire du Sel commun , comme
font celles de Salins , de Durban , de
Fourtou » de Roquefort.
Pour ce qui regarde la deuxième m»,
r'iere de nos Sedimens , ces corps blanc*
& opaque* ou ternes $ c'est une Terre ».
qui fermente avec tous les Acides , com
me le font celles qu'on appelle abforb*ntes:
elle a pourtant une qualité' de plus »
que M. Boulduc a reconnue par d'autres
essais ; c'est qu'elle a été calcinée dans le
Laboratoire souterrain. Quand on ett
mêle avec du &tl Ammonite , soit qu'ost
employé la terre de la Résidence bien lai
vée , ou les croûtes pierreuses , comme
elles font sorties de l'eau , elles retien*
lient dans la distillation l' Acide du Sel
commun , & rtìertenr en liberté VEsprit
nrineux , qui est vif & pénétrant , & de
ses effets ordinaires , précipitant le Subli^
mé en blanc , verdissant le íyrop violât- \
changeant en bleu céleste toute solutiorî
de cuivre : & le Résidu , comme un Sel"
Ammoniac fixe a résous par l'humidité de
B iiij, l'air „
Se MERCURE DE FRANCE,
l'air , ou détrempé dans de Peau , donna
cette Liqueur ou Solution , qu'on appelle
vulgairement Huile de Chaux , laquelle
passant par le filtre , laisse err arriére une
majse brune , qui après une legere calci—
nation , & pas plutôt , permet à l' Aimant
d'en attirer des parcelles de fer.
Les Croutep pierreuses , dont on avoic
fait espérer un Esprit de Nitre, distillées
seules , donnent un peu de Bitume ; 6c
mêlées avec du Vitriol, elles fournissent
un phlegme d'une odeur bitumineuse , fie
tien au-delà.
L' Alkali terreux se fait bientôt connoî»
tre dans l'évaporation de notre Eau com
me une terre en gênerai -, mais dans les
épreuves il semble , que l'Huile de Tar
tre par défaillance déclare sa qualité par
ticulière , parce qu'elle l'en précipite r
comme elle le fak à l'eau de Chaux. Etanc
bien absorbante, elle a- part à-^'efferves
cence avec les- acides , & à la précipi
tation de ce qu'ils avoient dissous.
Comme cette terre & laSelenite se présenrent
toujours à la surface de laSource,
où il se fait sans cesse une évaporation de
diminution assez forte -, ces deux maticxes
s'amonceLnt dans les tems , que l'eau
»'est point agitée , & parvenant au point
4c surmonter sa résistance , ou aidées par
des
JANVIER. 1719. 21
íîes agitations volontaires de la part de
«eux qui en puisent , elles se déposent
successivement , & forment les couches
des croûtes pierreuses , qui se mêlent 6c
se cimentent encore avec les feuillets
bruns , qui dérivent en partie de la bouë,
que l'eau amène de son fond.
fc Le Fer, dont nous avons touché uq
mot , faisant la plus petite partie d'entre
les matières de la Résidence , ne sçauroic
y paroître sous fa couleur ordinaire -, les
couches rouges brunesdes croures le peu
vent faire soupçonner -, mais Pépreuve ,
qu'on fait avec la noix de galle ne peut
pas déclarer fa présence , parce qu'il n'est
pas dissous dans notre Eau , ou en forme
de Vitriol -, il n'y est pas non plus comme
Fer parfait, parce qu'il n'obéît pas d'aborr
à l' Aimant. II y a apparence , qu'il
fort d'une Marcaflltc ferrugineuse , &
que ses pores sont encore bouchez de
te-rre , dont le feu les délivre ; & alors la
matière magnétique y trouve accès.
M-. Boulduc a tiré du Fer & des croûtes
pierreuses , & de là partie terreuse de la
Résidence M. Burlet en avoir aupara
vant apperçû dans le Mucilage qui est
d'ailleurs, une partie du tout, entremêlé
de Sels, de Bitume & de terres , avec un
petit reste d'eau , qui lui conserve de la
transparence pour quelque tems..
B v l*
a 2 MERCURE DE FRANCE;
Le Mucilage, plus ou moins desséché*,;
{>eut contribuer beaucoup à faire variec
e poids de la Résidence.
\ Après ce détail, M. Boulduc réponds
à une Objection , qu'on fait communé
ment à laChymie fur ses productions ,
& particulièrement fur les Sels : le feu al
tère & décompose. Qu'on laiífe évaporer
notre Eau , dit-il >. â Pair ou au Soleil ,..
comme Pascal l'a voulu, ou qu'on la con
centre par la gelée , de de l'une ou de
l'autre façon, à tel point qu'on voudta %
& qu'on la mêle ensuite à différentes re
prises , avec de l'efprit de Vin , que l'onaugmentera
chaque fois-, qu'on furvuidera
le mélange : de cette manière , on
rerra d'abord la terre , que la Selenite
& le Fer accompagnent , ensuite les Selsmoyens
en Crystaux , & finalement le
Sel Alkali au fond, distinctement séparé'
d'avec l'Efprir de Vin, comme si on y
avoit versé une forte Huile de Tartre par
défaillance.
II n'y. a point d'apparence , qu'après-;
cela on mette le Sel Alkali -ou quelqueautre
fut le compte du feu , qu'on n'á pasemployé.
De tout ce qui a été dit jusqu'ici , Mi
Boulduc conclnd J que les Eaux de Bour
bon contiennent naturellement du Stl
wnmm , du Sel de Glanbtr , un Sel M~
. JANVIER. 17 to.
í-alì , du Bitume , de la Selenite , une Ter
re absorban e , & du Fer , dont lc mélan
ge répandu dans une eau actuellement
chaude , ôc chaque matière considérée
selon fa qualité , connue par l'experience
l'u/agc ; que la Médecine en fait tous
les jours , doivent faire inférer d'avance- ,
qu'elles font «n état de déterger, d'ineiftrt
&c de résoudre , qui font des effetsgénéraux
communément suivis d'une am
ple transpiration 8c excrétion d'urine 5.
que de plus elles peuvent absorber, & en .
partie dessécher ôc fortifier ; mais ce qu'on
•regrette ordinairement fort , c'est qu'el
les ne fçauroient guères purger, 8c c'est
austï ce que la plupart des Malades regar
dent comme un deffaut , mesurant I*
bonté d'âne Eau Minérale fut de fré
quentes évacuations de cette efpece.
Si on accorde, dit M. Boulduc en fiuiffant
, que ce soit ìi vm deffaut , d'ha
biles Médecins fçavent bien lc réparer
soit en faisant précéder les Eaux de Vixhy
, pour frayer le chemin: à celles de
Bourbon , soit en faisant prendre ces der
nieres , quand ils le jugent à propos , avec
des Sels moyens apéritifs , d'entre lesquels •
M* Butler a depuis une vingtaine d'an
nées misen usage 1'1 jircanum dublicatum*
■bien <o»ditionnt , & en a d'heufeussuccès*
■publique de ^Académie Royale de*
Sciences, le 12. Novembre XJíJ. fur
les Eaux de Bourbon.
Mr. Boulduc lut un Discours intitule
Ejfai t£ Analyse m genêtal des Eaux
Minérales chaudes de Bourbon l'Archarabaud.
Ces Eaux étant du nombre des plus an
ciennes du Royaume & des plus renom-f
niées par la guérison de plusieurs mala
dies longues & fâcheuíes.ellcs se sont tou
jours attiré Inattention & la recherche des*
Médecins & des Physiciens.
Dès les années 1605. & 1 £18. fans?
remonter plus haut , Jean Ban , de Mòu-í
.lins, en fait mention dans son Livre des
•vertus des Eaux naturelles de France re
nommées y & croit qu'elles contiennent d*
Souffre minerai , du Bitume & du Nitre ,
qui est le Natron des Anciens , que l'on
regarde comme un Sel Alkali minerai ,
comparable par ses effets aux Sels fixes -,
acres & lixiviels, qu'on tire des Plantes
après les avoir réduites en cendres.
En 1670. M. Duclos , de cette Acadé
mie , reconnut dans nos Eaux le même
Nitres
Ì MERCURE DE FRANCE..
Nitre; & depuis cet Auteur, d'autres Aca
démiciens ayant eu par intervales occa
sion de les examiner, ont encore conclu
avec leur Prédécesseur , qu'elles ne ren
ferment presqu'autre chose que cet Al
kali naturel.
II seinbloit donc, que sa qualité alkaline
leur étoit bien assurée. Mais en 1699:
quelqu'un, fous le nom de Pascal ,1a rejetta
entièrement dans un Livre fait ex
près' au sujet de ces Eaux ; ce n'est pas
un simple Sel Alkali qu'elles contien
nent , c'est , selon lui , un Sei mixte, com
posé d'un Acide volatile & d'un Sel Al
kali fixe, qu'il appelle un Nitre fort vo
latile & fort épuré; on tireroit même,
dit-il , cet Acide comme un véritable
esprit de Nitre du sédimènt,qu'on trouve à'
leur source en manière de croûtes ; &£•
pour Jouir du Sel dans son état naturel
il faudroit laisser évaporer nos Eaux à l'air
ou au Soleil j le feu-, qu'on employé , est
infidèle , il altère les Mixtes , il décom
pose ce Sel, & fajt , à la vérité , qu'on ne
trouve qu'un Alkali, mais cet Alkali étoit?
auparavant lié avec l'acide.
Plusieurs personnes ont applaudi à ce
raisonnement : M.Boulduc fait néanmoins
Remarquer en passant , qu'un véritable
esprit deNitre,uni avec un Sel Alkali fixe,
ftEoir nécessairement un véritable Nitre
Jan vi er. t7ìó. i
áes Modernes , c'est à- dire , un bon Sal
pêtre qui ne se décompose pas fi aisément
qu'on le dit.
Cependant le Livre allégué dérive de
ce Sel Mixte Nitreux la plupart des effets
que nos Eaux produisent sur le corpr
humain} au lieu que les premiers Auteutr
les dérivoient de l'Alkali Salin.
Cette diversité de sentimens a été le
principal motif pour que M. Boulduc'
cherchât les moyens de s'éclaircir de la
Vérité, en examinant ces Eaux de nouveau.
Son dessein a été secondé > il en a reçu
près de cent Bouteilles très- promptement
à l'occasion du retour de S. A. S. Mon
sieur le Duc-, qui les ravoir prises avec
succès à Bourbon; & un bon Artiste voulut
fcien en évaporer à la Source un grand
nombre de livres } & lui en remettre la-
Résidence. '
M. Boulduc , de son côté , y a trouve
par son travail plus de matières qu'onr
n'en avoit encore connu , & quel
ques-unes dans des circonstances singu
lières. Les mystères de la Nature ne se
développent que peu à peu , & c'est tou
jours un avantage pour lès derniers venus.
L'Eau de Bourbon est claire & limpide
comme une Eau de Roche , presque sans
edeur , & d'un gout partagé entre le vrai
felc & le lixiviel i sortant de la terre très^
sensiblement
$ MERCURE DE FRANCE;
sensiblement bouillante , elle fume con
tinuellement daní ses puits & réservoir , &
à mesure qu'il s'en exhale , il paroît à la
surface une fleur ou poussière blanche
très-fine fous l'apparence d'une toile ou
pellicule grasse fans liaison , qui devient
filus visible quand il y á long-temps que
'Eau n'a été agitée , mais qu'on ne sçausoit
ramasser de quelque façon qu'on s'y
prenne. Cette Eau dépose un Sédiment en
maniéré de croules pierreuses assez dures ,
formées de plusieurs couches blanches
bi«n distinctes , & mêlées en quelques
endroits , particulièrement en dessous ,
d'une couche de terre d'un brun foncé.
Ces croûtes qui font fans gout & fans
odeur fe collent aux bords & à la surface
intérieure du puits , du conduit & du réJ
scrvoir, dont on est obligé de les détachée
de temps à autre.
Cette Eau, gardée dans des bouteilles
bien transparentes , fait auflî voir au bouc
de quelque temps à fa surface de petits
corps blancs fort déliez qui augmentent
peu à peu & fe condensent en une
pellicule semblable à celle, qui se forme
sut l'Ëau de Chaux , laquelle gtossissant
au point que l'Eau ne peut plus la sou
tenir , se brise en beaucoup de morceaux ,
qui en tombant, s'attachent au fond &
aux parois du vaisseau , & affectent une
JANVIER. i7j«; 9
1
Configuration régulière comme quelque
chose de lalin» *
Après le récit de ces circonstances ,
M. Boulduc entre dans l' Analyse, & dit
à la fin de chaque article des matières qu'il
y a trouvées , comme il les a pressenties,
par les Epreuves, quand il y en a , par le
gout , par l'odeur , &c. & comment il est
enfin parvenu à les séparer de manière
qu'il les puisse exposer aux yeux.- dont
nous ne pouvons ici donner que le précis.
Les Epreuves les plus significatives que
M. Boulduc a faites fur l'Eau de Bourbon
font ; qu'elle précipite l'argent dissous en
un cailla blanc qui fond aisément au feu
&C devient volatile" , si on n'employe que
peu de cette solution ; que si au contraire
on en passe les bornes , l'Eau en fait un
deuxième précipité qui refuse la fonte i
qu'elle verdit lá teinture de violettes len
tement ; qu'elle fermente avec tous le»
Acides aflez sensiblement,& ptécipite l'Aïun
& les Vitriols ordinaires , quand ili
font dissous dans de l'eau commune :
Avec une forte huille de tartre faite pat
défaillance , elle se trouble & dépose après
jane terre blanche. : .
IÇqus ces effets font plus prompts Sc
plus sensibles , quand notre Eau est con
centrée , soit par le feu , par l'air ou par U
gelée. Alors elle fait même bien plus
jio MERCURE DE FRANCE,
^qu'auparavant, comme de précipiter, eaîre
autres , le sublime' dissous en une pou
dre de couleur d'e'corcc d'Orange. Les
différentes matières réciproques ne pouvoient
pas s'atteindre facilement dans la
grande étendue du liquide.
V Evaporation & la Distillation , con»
tinuées jusqu'à siccité des matières, n'ont
presque rien fait appercevoir à M. Boulcîuc
de diffèrent d'entre-elles. A peine
l'£au ressent- elle la chaleur qu'elle jette
à la surface une poussière blanche très*
fine , laquelle en augmentant se noye en
partie , & tombe ; & eo partie elle forme
par l'union.d'un nombre de petits filets
iìns & transparents des feuillets à peu près
comme on en voit dans l'eau de chaux ,
qui restent quelque temps à la surface }
& se brisant enfin, voltigent long-temps en
tout sens avant que d'aller au fond.L'Eau,
qui est élevée dans la distillation,n'a puine
de gout ni d'odeur,ni ne fait impression fut
aucune matierejla cucurbitc sent seulement
un peu l'empyreume,& toute la Résidence
affaissée est une terre blanche mêlée d'une
matière qui reffernble a une gelés on mu
cilage bien transparent & couverte d'une
malje de Sels fort blancs.
Cette Résidence mise sur une pelle ou;
lame d'argent bien chauffées , jetre une
petite flamme , •& exposée, à l'air elle
s'hu/î
/ JANVIER. 1750: 31
(í'hìimecte. Si son poids varie d'une éva
poration à l'autre de quelques grains audessous
ou au- dessus de soixante pour
chaques deux livres d'Eau , c'est d'avoir
été plus ou moins desséchée.
En démêlant cette Résidence, M. Boulduc
n'a pas perdu de vûe celle qu'on lui
avoit apportée de Bourbon > l'une & l'au*
tre lui ont fourni les mêmes matières par
différentes operations.Cependant M. Boulduc
s'étaat apperçu , que YEvaporation
frh-modèrée de notre Eau , pouvoit pres
que toute seule suffire pour en dévelop
per tout , il la propose comme le moyea
le plus simple & le plus aisé à exécuter.
Sans répeter ce qui a été dit de ce
qu'on voít au commencement de cette
opération , on continue à fajre exhaler
notre eau le plus doucement qu'il est pos
sible , & toutes les fois qu'il se présente
une certaine quantité de Sédiment en par
tie , comme une terre informe &c opaque ,
en partie, comme des filets transparents,
on le sépare en survuidant l'eau claire dans
un autre vaisseau : plus elle se concentre
de cette manière -r plus elle jaunit , & il
íe forme alots peu à peu au fond & aux
parois du vaisseau , des. Cristaux en cubes
■parfaits , pendant que la surface se cou
vre d'une croûte saline , qui en dessus est
jnégalc $c raboteuse , ôc en dessous mêlée
; • de
,1
ttc
t x MERCURE DE FRANCE/n.
4c deux sortes de Crystaux. On ôte certe
croûte aussi souvent qu'il s'en forme ,
pour que l'eau s'c'vapore librement ; &
nous dkons davantage du Sédiment ea
son lieu.
Les Cryftaux cubiques sont un vérita
ble Sel commun , qui se distingue pat
cette confìguratipn , par son gout parti
culièrement salé , & par d'autres proprietez
trop connues pour être rapportées.
II se déclare d'avance par le gout qu'il
donne à notre eau , & encore davantage
dans les Epreuves, par l'effet de ia volatilité
, que son acide imprime à l'argent , en
le précipitant ; & enfin, on le réduit par
l'c'vaporation en fa consistence con
crète.
Ce Sel fait la plus grande quantité
d'entre les matières de la Résidence, com
paré avec chacune en particulier.
Les Croûtes faline/,de nouveau dissoutes
dans de l'eau commune , donnent par
l'évaporation encote du Sel commun i
•près quoi le reste de cette solution survuidée
& exposée à l'aìt fait naître des
Crystaux d'un-quarré long , taillez à far
certes aux extrémitez , amers d'abord , 8c
frais ensuite sur la langue, qui sont des
•^roprietez , qui avec d'autres font le ca
ractère du Sel de Glaufor : Et c'est4à ce
que P»ícal a pris pour un Sel Nitreux^ féJANVIER.
1730; 13
iaìt par quelque rcísemblance superfi
cielle & imparfaite des Crystaux. L'acide
nitreux , qui fait l'essence des Sels de ce
nom , n'entre point dans fa compositions
c'est celui du Vitriol •: & outre que
M. Lemmery a prouvé clairement dans
un de fes Mémoires, que la source de
Notre Nitre , n'est point dans les entrail
les de la terre , mais qu'il naît , pour
ainsi dire , à fa surface , ou à une très-pe
tite profondeur ; il est encore bien cer
tain , qu'il ne s'-en est point trouvé jus-»
qu'ici de bien reconnu pour tel dans au
cune eau Minérale 5 car celles qu'on ap
pelle communément Nitrenses , contien
nent un Sel alkali à toute épreuve 3
on les a comparé au Nitre des Ancient ,
qui leur a fait donner ce nom.
Le Sel de Glaaber ne fçauroit être dis
tingué dans notre Eau par le gout , parce
qu'il est dominé par d'autres , dont nous
ressentons plus d'impression -, on ne fçau
roit non plus le prévoir par une simple
épreuve : il faut le soupçonner , & en par
tie seulement se convaincre de sa présence
avant que de le chercher.
On peut avec quelque fondement le
soupçonner par tout où il y a du Sel
commun , ils ne font guëtes l'un fans
l'autre. 11 y en a ainsi dans quelques Aci
dules ou Eauxierrugineuscs froides,com«
■ j B ta»
14 'MERCURE DE FRANCE,
me il y en a. dans notre Eau naturelle»
ment chaude ; l'eau de la Mer même
n'en est pas exempte ; & M . Boulduc eu
a trouvé dans des eaux de Salines , que
l'on regardoit comme purement salc'es ^
parce que l'on en tire du Sel commun.
J?our s'assurer de la présence de ce Sel
par quelque épreuve , il faut d'abord
yoir , si l'on peut découvrir l'acide vi
triolique en genexal , & c'est ce que
Jyl» Boulduc fait pai le moyen de l'huile
4e Chaux , qui lui sert de pierre de tou
che pour cet acide , lequel (ous quelque
fpijue qu'il se trouve , quitte après ce
mélange fa base quelconque , & se porte
(at la Chaux , avec laquelle il fait une
espèce de crystaliíation : l' Acide vitrioli
que étant ainsi dévoilé , pn employé ensuice
des moyens subsidiaires , par lesquels
Pn puisse reconnoître , s'il est lié avec du
fer , comme il l'est dans le Vitriol , ou
avec une terre crétacée , comme il l'est
dans l'Alun , &c. Que, si ces sortes de
preuves manquent , on est assez certain ,
qu'il y a du Sel de Glauber. Et c'est de
eette manière que M» Boulduc l'a pres
senti dans les Croûtes Salines avant que
de le faire paroître pat la crystalisation.
Ce Sel contribue' beaucoup à faire va
rier le poids de la Résidence , parce qu'on
te peut de#«her au pojnt. qu'il pèse plus
JANVIER. i7J0;
'3e la moitié moins que dans son état na
turel.
Apte's avoir retiré de notre Eau le Sel
-commun & les Croûtes Salines , on con
tinue à l'évaporer : plus elle s'avance ver»
la fin , plus elle devient rousse & grasse ,
d'un gout piquant comme une Lexive ,
& répand une odeur bitumineuse , saoa
déposer davantage deCrystaux.
Ces circonstances font juger , qu'il y a
là plus d'une matière : c'est un Sel qu'on
découvre par le gout , & une substance
cn gênerai appeìlce sulphureufe , qu'on
apperçoir par l'odeur qu'il faut démêler
l'une d'avec l'autre.
Ce qui produit le gout piquant &lixiviel
, est un Sel Alkali fixe , dont le*
proprietez égalent en beaucoup de cir
constances un bon Sel de Tartre , avec
lequel M. Boulduc l'a toujours compare í
mais elles s'en éloignent , entr'autres , en
-ce qù'au lieu que le Sel de Tartre mêle
avec le Vitriol ou son acide fait un Tar
tre vitriolé-, le/ Sel de notre Eau mêlé
avec le même acide produit constam
ment un Sel de Glauber. Ce fait, jusquelà
l'unique , a fait souhaitter à M. Boul
duc d'avoir du moins encore un exemple
<le pareil Sel ; & il l'a trouvé dans la Terre
áppellée Nitreuse , qu'on amasse autour
de Smyrae& d'Ephese , & qu'on employé
Bij dans
i« MERCURE DE FRANCË.
dans ce Pays-là à la fabrique du Savon f
il en a fait une forte Lexive purement
alkaline , & Payant mêle'e avec du Vi
triol ou son acide J il cn a pareillemenc
retiré du Sel de Glauber , & point d'au
tre. Cette différence prouve éviáemment
que ces deux Alkalis tirent leur origine
du Sel commun ; & M. Boulduc conjec
ture , que les Sels de toutes ces Eaux Mi
nérales que M. Du Clos & d'autres ont
appellé Nitreufes , font auíîi de cette cfr
pece distinguée.
i Cet* Alkali salin se déclare d'avance
dans notre Eau par le gout Lixivicl qu'il
lui donne , & qui avec celui du Sel com
mun domine far le reste -, il le fait encore
connoître davantage dans les épreuves
par les effets d'effervescence avec les aci
des , de précipitation de tout ce qu'ils
ont dissous , de changement de couleur
dans la teinture de Violettes , 8i dans la
solution du Sublimé corrosif,; & enfin on
peut le réunir , & le rendre fec'& palpa
ble , comme nous Talions dire en par
lant de ce qu'il y a de sulphurfux dans
notre Eau.
Le Sel commun étant partout où il
íe irouve plus ou moins bitumineux j a
selon toute apparence communiqué 4
notre Eau du Bitume , quel'Alkali tient
dissous, & l'empcçhc par là de surnager^
JANVIER. 173Ò. 17
St de paroîcre. Quoiqu'il en soit de íoa
origine , le Bitume y est , & on peut le sé
parer d'avec l'Alkali ,• en versant de l'Esrit
de Vin sur la derniere portion d'ean
ien concentrée : par ce moyen,comme le
plus aisé d'entre les autres.quelques gout
telettes de Bitume montent â la surface ,
& d'autres se collent aux parois du vais
seau , pendant que le Sel jílcali reste li
quide au fond , d'où on le retire facile
ment pour le destecher& pour l'avoir pur
& blanc. L'Efprit de Vin seul en quantiw
suffisante le réduit à sec avec le tems.
• - Le gout ne fçauroit distinguer le Bitu
me daná netre Eau, & le peu- d'odeur
qu'elle a est une trop foible & incertaine
marque de fa présence : on ne peut que
k soupçonner par l'empyreume que l'eau
imprime au vaisseau dan & la distillation ,
.& par l'odeur qu'elle exhale sur la fin de
-l'évaporation , jusqu'à ce qu'on le sépare
de tout mélange par le moyen que nous
venons de ditev
Le Bitume répandu dans toute la Rési
dence , fait qu'elle s'enflamme , quand
on en met fur une pele rougie , étant in
flammable de lui même.
Nous passons à- examiner le Sédiment ;
c'est autant celui que l'on garde des éva
porations , que celui que l'eau dépose ì
. B iij fa.
t» MERCURE DE FRANCE.
fa Source en manière de croûtes pier*
xeuses.
On apperçoit dans l'Eau , qu'on éva
pore actuellement, de petits filets clairs
& transparents parmi d'autres corps blancs
f!r opaqu.es , qui en s'affaissant se confon
dent ensemble : & dans les croûtes pier
reuses on distingue de petits bri Huns par
mi une matière terne & pins éclat. Voilà:
encore deux substances à démêler.
La première , qui a de la transparence
eu du brillant , est un Sel moyen , dans
lequel l'Acide vitriolique est chargé de
beaucoup de terre , & M. Boulduc a par
lé plus au long de fa qualité saline , à
l'oecasion des Nouvelles Eaux Minérales
de Pafsy. Ce Mixte n'ayant pas encore
été mis au rang des Sels, il fera libre a cha
cun de lui donner tel nom qu'il voudra.'
M. Boulduc l'appelle Sele nite , parce qu'il
prend la même configuration en fecryC
talifant.
Comme un Sel de difficile dissolution ;
ou qui a besoin de beaucoup d'eau pour
-se tenir dissous , il commence à paroît»
comme une poussière fine qui a quelque
éclat , aussi tôt qu'un peu d'eau lui est
soustraite . & à mesure qu'elle diminue
il forme de petits filets , ensuite des fciiil-
]$ïs ou pellicules , dont enfin les mor<
«aux,
Janvier. r72Q. r*
ceaux brisez s'attachent au vaisseau , 8c
prennent encore là plus de volume & plu»
de régularité dans leur configuration.
Ce Sel ne se trouve pas feulement dant
quelques Acidules & Eaux Minérales
chaudes-, il y en a aussi dans des Eaux fa*
tées , dont on tire du Sel commun , comme
font celles de Salins , de Durban , de
Fourtou » de Roquefort.
Pour ce qui regarde la deuxième m»,
r'iere de nos Sedimens , ces corps blanc*
& opaque* ou ternes $ c'est une Terre ».
qui fermente avec tous les Acides , com
me le font celles qu'on appelle abforb*ntes:
elle a pourtant une qualité' de plus »
que M. Boulduc a reconnue par d'autres
essais ; c'est qu'elle a été calcinée dans le
Laboratoire souterrain. Quand on ett
mêle avec du &tl Ammonite , soit qu'ost
employé la terre de la Résidence bien lai
vée , ou les croûtes pierreuses , comme
elles font sorties de l'eau , elles retien*
lient dans la distillation l' Acide du Sel
commun , & rtìertenr en liberté VEsprit
nrineux , qui est vif & pénétrant , & de
ses effets ordinaires , précipitant le Subli^
mé en blanc , verdissant le íyrop violât- \
changeant en bleu céleste toute solutiorî
de cuivre : & le Résidu , comme un Sel"
Ammoniac fixe a résous par l'humidité de
B iiij, l'air „
Se MERCURE DE FRANCE,
l'air , ou détrempé dans de Peau , donna
cette Liqueur ou Solution , qu'on appelle
vulgairement Huile de Chaux , laquelle
passant par le filtre , laisse err arriére une
majse brune , qui après une legere calci—
nation , & pas plutôt , permet à l' Aimant
d'en attirer des parcelles de fer.
Les Croutep pierreuses , dont on avoic
fait espérer un Esprit de Nitre, distillées
seules , donnent un peu de Bitume ; 6c
mêlées avec du Vitriol, elles fournissent
un phlegme d'une odeur bitumineuse , fie
tien au-delà.
L' Alkali terreux se fait bientôt connoî»
tre dans l'évaporation de notre Eau com
me une terre en gênerai -, mais dans les
épreuves il semble , que l'Huile de Tar
tre par défaillance déclare sa qualité par
ticulière , parce qu'elle l'en précipite r
comme elle le fak à l'eau de Chaux. Etanc
bien absorbante, elle a- part à-^'efferves
cence avec les- acides , & à la précipi
tation de ce qu'ils avoient dissous.
Comme cette terre & laSelenite se présenrent
toujours à la surface de laSource,
où il se fait sans cesse une évaporation de
diminution assez forte -, ces deux maticxes
s'amonceLnt dans les tems , que l'eau
»'est point agitée , & parvenant au point
4c surmonter sa résistance , ou aidées par
des
JANVIER. 1719. 21
íîes agitations volontaires de la part de
«eux qui en puisent , elles se déposent
successivement , & forment les couches
des croûtes pierreuses , qui se mêlent 6c
se cimentent encore avec les feuillets
bruns , qui dérivent en partie de la bouë,
que l'eau amène de son fond.
fc Le Fer, dont nous avons touché uq
mot , faisant la plus petite partie d'entre
les matières de la Résidence , ne sçauroic
y paroître sous fa couleur ordinaire -, les
couches rouges brunesdes croures le peu
vent faire soupçonner -, mais Pépreuve ,
qu'on fait avec la noix de galle ne peut
pas déclarer fa présence , parce qu'il n'est
pas dissous dans notre Eau , ou en forme
de Vitriol -, il n'y est pas non plus comme
Fer parfait, parce qu'il n'obéît pas d'aborr
à l' Aimant. II y a apparence , qu'il
fort d'une Marcaflltc ferrugineuse , &
que ses pores sont encore bouchez de
te-rre , dont le feu les délivre ; & alors la
matière magnétique y trouve accès.
M-. Boulduc a tiré du Fer & des croûtes
pierreuses , & de là partie terreuse de la
Résidence M. Burlet en avoir aupara
vant apperçû dans le Mucilage qui est
d'ailleurs, une partie du tout, entremêlé
de Sels, de Bitume & de terres , avec un
petit reste d'eau , qui lui conserve de la
transparence pour quelque tems..
B v l*
a 2 MERCURE DE FRANCE;
Le Mucilage, plus ou moins desséché*,;
{>eut contribuer beaucoup à faire variec
e poids de la Résidence.
\ Après ce détail, M. Boulduc réponds
à une Objection , qu'on fait communé
ment à laChymie fur ses productions ,
& particulièrement fur les Sels : le feu al
tère & décompose. Qu'on laiífe évaporer
notre Eau , dit-il >. â Pair ou au Soleil ,..
comme Pascal l'a voulu, ou qu'on la con
centre par la gelée , de de l'une ou de
l'autre façon, à tel point qu'on voudta %
& qu'on la mêle ensuite à différentes re
prises , avec de l'efprit de Vin , que l'onaugmentera
chaque fois-, qu'on furvuidera
le mélange : de cette manière , on
rerra d'abord la terre , que la Selenite
& le Fer accompagnent , ensuite les Selsmoyens
en Crystaux , & finalement le
Sel Alkali au fond, distinctement séparé'
d'avec l'Efprir de Vin, comme si on y
avoit versé une forte Huile de Tartre par
défaillance.
II n'y. a point d'apparence , qu'après-;
cela on mette le Sel Alkali -ou quelqueautre
fut le compte du feu , qu'on n'á pasemployé.
De tout ce qui a été dit jusqu'ici , Mi
Boulduc conclnd J que les Eaux de Bour
bon contiennent naturellement du Stl
wnmm , du Sel de Glanbtr , un Sel M~
. JANVIER. 17 to.
í-alì , du Bitume , de la Selenite , une Ter
re absorban e , & du Fer , dont lc mélan
ge répandu dans une eau actuellement
chaude , ôc chaque matière considérée
selon fa qualité , connue par l'experience
l'u/agc ; que la Médecine en fait tous
les jours , doivent faire inférer d'avance- ,
qu'elles font «n état de déterger, d'ineiftrt
&c de résoudre , qui font des effetsgénéraux
communément suivis d'une am
ple transpiration 8c excrétion d'urine 5.
que de plus elles peuvent absorber, & en .
partie dessécher ôc fortifier ; mais ce qu'on
•regrette ordinairement fort , c'est qu'el
les ne fçauroient guères purger, 8c c'est
austï ce que la plupart des Malades regar
dent comme un deffaut , mesurant I*
bonté d'âne Eau Minérale fut de fré
quentes évacuations de cette efpece.
Si on accorde, dit M. Boulduc en fiuiffant
, que ce soit ìi vm deffaut , d'ha
biles Médecins fçavent bien lc réparer
soit en faisant précéder les Eaux de Vixhy
, pour frayer le chemin: à celles de
Bourbon , soit en faisant prendre ces der
nieres , quand ils le jugent à propos , avec
des Sels moyens apéritifs , d'entre lesquels •
M* Butler a depuis une vingtaine d'an
nées misen usage 1'1 jircanum dublicatum*
■bien <o»ditionnt , & en a d'heufeussuccès*
Fermer
Résumé : EXTRAIT du Memoire lû à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 12. Novembre 1729. sur les Eaux de Bourbon.
Le 12 novembre, M. Boulduc a présenté un discours à l'Académie Royale des Sciences sur l'analyse des eaux minérales chaudes de Bourbon-l'Archambault, connues pour leur efficacité contre diverses maladies. Ces eaux, parmi les plus anciennes et renommées du royaume, ont été mentionnées par Jean Ban en 1605 et 1618, qui les décrivait comme contenant du soufre minéral, du bitume et du nitre. En 1670, M. Duclos confirma la présence de nitre, mais en 1699, Pascal contesta cette analyse, affirmant que les eaux contenaient un sel mixte composé d'un acide volatile et d'un sel alcalin fixe. Intrigué par ces divergences, M. Boulduc a entrepris une nouvelle analyse des eaux de Bourbon. Il a observé que l'eau est claire, limpide, presque sans odeur et d'un goût entre le salé et le lixiviel. Elle est naturellement bouillante et forme des croûtes blanches à la surface. Ses expériences ont révélé que l'eau précipite l'argent dissous, fermente avec les acides et précipite l'alun et les vitriols. Après évaporation et distillation, il a identifié plusieurs matières, dont un sel commun, du sel de Glauber, une substance sulfurée et une odeur bitumineuse. M. Boulduc a conclu que l'évaporation modérée de l'eau est le moyen le plus simple pour en développer les composants. Il a détaillé les processus chimiques et les propriétés des sels identifiés, soulignant l'importance de méthodes précises pour les analyser. Le texte mentionne également la présence de silice, de sel de Glauber, d'un sel alcalin, de bitume, de selenite, d'une terre absorbante et de fer dans les eaux de Bourbon. Ces eaux sont utilisées en médecine pour leurs effets détergents, irritants et résolutifs, souvent suivis de transpiration et d'excrétion d'urine. Cependant, elles ne purgent pas facilement, ce que certains médecins compensent en les associant à des sels apéritifs ou à des eaux comme celles de Vichy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1207
p. 35-47
REMARQUES de M. d'Auvergne, de Beauvais, sur un Livre intitulé : Les Principes du Droit François sur les Fiefs. Par M. Billecocq.
Début :
Le titre de cet Ouvrage paroît imposant. On y annonce le détail des [...]
Mots clefs :
Fiefs, Droit, Coutume, Loi, Auteur, Texte, Jurisprudence, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES de M. d'Auvergne, de Beauvais, sur un Livre intitulé : Les Principes du Droit François sur les Fiefs. Par M. Billecocq.
R £ MA X QV ES de M. d'Auvergne,
de Beauvaïs ? sur un Livre intitulé :
Les Principes du Droit François fur les
fiefs Par M. Billecocy.
LE titre de .cet Ouvrage paroît impo
sant. On y annonce le détail des
principes de la Jurispiudence Françoise
sur les Fiefs } c'est-à-dire, fur la ma
tière la plus curieuse , la plus difficile &
la plus importante peut-être de tout no
tre Droit. La diversité d'opinions , &
les contestations qu'elle produit tous les
jours fur une infiniré de points , font
une grande preuve qu'après tout ce qu'il
y a eu de Sçavans hommes qui ont tra
vaillé à les éclaircir 9c à les discuter ,
nous y manquons encore de principes
fixes & certains. Aussi un Livre qui reníermeroit
réellement tous ces principes ,
; , serok
■f 6 MERCURE DE FRANCE,
íseroit à rechercher avec empressement.
Mais ici la promesse est crop étendue;
elle ne .s'accorde pas même avec le ju
gement que M- JBiUecpcq a porté de son
Ecrit dans l'Epitre Dédicatoire & dans
l'Áyis au Lecteur. Il n'y présente en
effet ce fruit de ses -travaux que comme
un Commentaire fur la Coutume par
ticulière du Gouvernement de Peronnc,
Mondidier & Roye , & il~y avertit que
c'est à cette Coutume qu'il réduit tous
ses principes. Aussi je ne me propose que
"d'examiner de quelle façon' doit s'executer
une semblable entreprise,, de faci
liter l'intelligence de fa Coutume , & si
la Méthode que l' Auteur s'est faite fur
cela est celle qu'il faut suivre pour le*
Ouvrages de ce .genre : ce fera à quoi
se borneront toutes mes Remarques.
Eclaircir oa commenjter uncCoûturae.
ou une Loi , ce n'est pas simplement,
distribuer fes collections fur toutes les
parties du Texte } ni morceler ce Texte
pour le compiler avec d'autres ; «'est en
interpréter les termes obscurs , détermi
ner Je sení des expressions qui peuvent,
être entendues de différentes façons , Ieyer
tous les doutes fur les cas où le Lé
gislateur ne s'est pas suffisamment expli
qué , ou qu'il a entièrement omis. Pouj:
y jéuslîr , il faut exarajner non-íeulcment
1 ANVIE R. 1730: 37
nient les Ecrits de ceux qui ont fait la
.même entreprise , soit sur cette même
Coutume , soit sur celles qui ont quel
ques dispositions semblables , mais auífî
ccqui nous a été transmis par ceux d'en
tre les Interprètes de toutes les autres
Coutumes différentes ou opposc'es,qui font
en réputation d'y avoir le plus excellé»
Il saur en choisissant parmi leurs diver
ses décisions , montrer par des raisonne
ment clairs & solides , & souvent pac
l'Histoire de l'ancienne Jurisprudence ,
que les íentimtns que l'on embrasse font
véritablement ceux qui doivent préva
loir , & qui conviennent le mieux i
l'efprit de la Loi particulière que l'on
commente. U faut rapporter avec une
judicieuse critique les Sentences & les
Arrêts rendus fur chaque Question ,
rétablir les espèces de ceux qui ont été
mal entendus , enseigner quels sont ceux
qui n'étant pas confoimes au vrai sens
des Coutumes, dans lesquelles ils font in
tervenus j ne doivent pas être suivis ,
faire connoître ce qui auioit dû y être
jugé , relever les fausses applications qui
ont été faites de plusieurs autres. Or il
n'est pas possible qu'il s'en trouve de
cette nature dans un Livre qui n'étant
comme celui-ci que d'environ 440. pa
ges in-ji. contient cependant près de
C 275
0 MERCURE DE FRANCE.
275. Chapitres, dont une bonne partie
est subdivisée en Sections , qui dans
certains Chapitres , yonc jusqu'à douze
«u quinze.
Sans doute , 1* Auteur n'a passait une
attention qu'il est à souhaicter qu'il fasse
pour les autres Ouvrages qu'il se pré*
pare à nous donner fur les Rotures , Ip
Franc- Aleu , les Justices Seigneuriales.
C'est que nous ne sommes plus dans le
tems où nos anciens Auteurs , tels que
^eaumanoir , Desmarcs , Bouteiller &c.
a'avoient qu'à écrire en forme de Loix
ou de Maximes ce qu'ils voyoient pra
tiquer. Comme l'usage étoit alors la
principale Loi , l'ignorancc ou l'incertitude
de cet usage étoit auffi la plus granr
de source des l'rocès , on avoir encore
beaucoup d'obligation à ceux qui pour
le rendre plus invariable &: plus connu,
prenoient la peine de le rédiger par
écrit. Content de l'utilité de laquelle
croient à cet égard leurs compilations ,
on ne leur demandoit pas qu'ils discu
tassent à fond toutes les subtilités qu-'oti
commençoit déja à inventer , en s'écactant
peu à peu de la simplicité des sié
cles précedêns.
Mais aujourd'hui que les Coutumes
particglieres de chaque Contrée font
écrites , que les Ordonnances de nos
Rois
JANVIER. 17! 91 1*
H.OÍS se sont multipliées , que quantité' de
Points qui n'avoient été décides ni dans
les unes ni dans les autres , l'ont été
depuis par les Parlemens , qu'il y a unfi
-infinité de Collections qui contiennent
les règles fur lesquelles on est univer
sellement d'accord i le travail de ceuX
-qui entreprennent encore d'écrire fur
cela , doit touler uniquement fur ce qui
teste à faire jusqu'à ce qu'on soit enfin
parvenu à l'uniforroité de Jurisprudence
si possible & si désirée i (í'est-à-dire , sut
la solution des difficultés que l'obfcurité,
Je silence & la contraricté de ces diver
ses Loix laissent encore subsister , oïl
que l'imaginacion des Interprètes a fait
naître.
A la vérité , l'ouvrage est d'autant
plus pénible Sc moins gracieux , qu'il est
très-difficile de donner à ce qu'on trou
ve encore à dire l'agrément de là nouveauté.
La Jurisprudence est, en esset.une
des sciences fur lesquelles on peut assu.
■ter avec le plus de raison, que tout est
âít.- H est peu de questions , si memeit
y" en a aucunes, qui ne soient traitées par
quantité d'Auteurs. Ceux qui nous ont
précédé ne nous ont presque laissé qu'à
concilier léurs avis , qu'à décider entre
íious à qui la préférence doit être don-
Hee , Bc ^u'à répliquer aux objections
Ç ij qu«
40 MERCURE DE FRANCE,
que Ies\ins ont faites contre les argu,.
mens de ceux qui avoient écrit avant
eux , répliques qui se trouvent aílez
souvent dans les principes mêmes établis
par les premiers ; & ces questions fur
lesquelles il y a diversité de fentimens ,
ou qui ayant été une fois éclaircies , onc
été rebroiiillées de .nouveau , ne peu
vent être ramassées qu'en parcourant lc
plus qu'il se peut du grand nombre de
Volumes où elles font éparses , & qu'en
essuyant , sans se rebuter , le dégoût &
l'cnnui qui font inséparables de la lecture
de tant de Livres qui se font successivement
copiés & remplis pour la plupart
des mêmes lieux communs.
Dans celui-ci , au-contrairc , les fources
où l'on a puisé , & qui peuvent ai
sément être comptées , parce qu'elles
font exactement indiquées fur les mar
ges , se réduisent à un assez petit nom
bre. Je me suis même apperçû fur cet
artiese de deux petites circonstances assez
singulières , pour que je n'obmette pas de
les faire remarquer. La première , est que
l'Auteur a exclus du nombre de ses gui
des tous ceux qui ont écrit en Latin ,
& la seconde , qu'encore que son Re
cueil soit fur les Fiefs » il n'y a cepen
dant pas fait usage d'un seul des trais
tés dont çette matière est l'unique obr
f*. Et
JANVIER.. 1730. 4».
Ét dans le peu de recherches aufquelles
il s'est borné , il a fait son capitat
de ce qui ne devoit être qu'un moyen
pour y parvenir y c'est-à-dire , qu'au lieu
de n'avoir recours aux ouvrages qu'il
avoit fous ses yeux que comme à une
source propre à lui fournir de nouvel
les ouvertures pour mettre dans un plus
grand jour les matières controvcrsées ì
ou comme à un aiguillon qui excitât ,
qui reveillât ses propres idées , il s'est
toujours borné à donner lc précis de9
résolutions qu'il y a trouvées- , fans mê
me indiquer les motifs qui y ont donné
lieu , ni les autorités qui y font op
posées.
C'est ainsi , par exemple , qu'il donne
pour indubitable , pout cela seulement,
que de Heu l'a dit ,, quoique l'axiome
soit faux * & que du Plessis , dont il a
extrait dans le même endroit un des
plus longs Chapitres presque en entier,
ait suffisamment fait entendre le con
traire , que lorsque lc mari néglige ou
refuse de rendre la foi & hommage pour
les Fiefs qui font échus à fa femme , 6c
de les relever , elle peut se faire auto»
riser par Justice , pour remplir cette
obligation.'
*Liv. t Ch. 4. Se&. (*
4r MERCURE DÊ FRÁNCÉ;-
De même, sur l'arriclc de ce que
fainé peut exiger de ses frères & soeurs,
lorsqu'ils, aiment mieux- relever de lui
pour la première fois , que du Seigneue
dominant , l' Auteur, range parmi les*
ftiaximes universellement suivies ce qu'il
a vû dans la Coutume de Laon « que
lès cadets doivent en ce cas à leur aine
le droit de chambellage , fans avetiir que
M. d'Argentré b dont le sentiment a été
en- cela suivi par plusieurs autres » a te
nu le contraire.
Telle est la Méthode de M. D. . . . .
Au lieu de n'avoir recours au Texte de*
autres Coutumes que pour discuter le
plus ou le moins d'application qui en,
oeut être faite 3 la sienne. } jl se çojntente
de les transcrire comme des prin
cipes généraux , tous differens qu'ils font
du, détail dans lequel les Auteurs qui
enr traité les mêmes points font entrés.
Ainsi la Section e où il parle de la foi.
& hommage du Fief contesté entre pluisieurs
personnes , n'est qu'un composé
de purs Textes de quelques Coutumes
de Champagne , posés là en forme de
maximes générales , & fans exception
(a ) Ltv. i. Ch. f. SeS.y.
(b ) Sur V Art. 318. de l'une. Coût, de Bre~
t*gne. .%•-■>.•-
(C) Liv. 2,, Ch. 4. Se&, 4.
tandis
■ j AKVI E K. i7lv% 4î
tandis que ce dont il s'agit » e'té am*
plement traité par du Moulin qui a faitf
les principales des distinctions nécessai
res poiír la décision dey differens cas*
dans lesquels la question peut se présen
ter , qui en a facilité {'application pae
les hypotefes qu'il a dreflées avec foin,
& qui a enseigné quelles font les excep
tions dont les règles qu'il établissoit sonl
susceptibles1.
Ainsi encore quand i! s'agit dé fçavoìt
si le Seigneur qui veut retenir un
Fief de fa mouvance , dont le nouvel
acheteur vient lui demander l'investiture,
peut déduire , fur le prix de la vent*
qu'il est obligé de rembourser , le mon
tant des droits féodaux , M. B. a appor
te de même pour toute décision un ar
ticle de la Coutume de Vermandois qui
fie reçoit d'application que pour le seul
eas , qui n'est susceptible d'aucune diffi
culté, que ce fou l'aeheteur qui soit char
gé du payement de ces droifs. Mais
changez l'espece , supposez que l'aehe
teur ne s'étant pas engagé à les acquiter,
le vendeur en fut resté tenu , & deman
dez si alors il est encore vrai que le
Seigneur ne puisse pas en faire de «sé
duction fur la somme principale , il ne
Liv, 14. Cb. r;, Sí£. 1.
G iii) $*«*
44 MERCURE DE FRANCE,
s'en trouve rien dans l' Auteur , & il vousi
laisse dans l'incertkude du parri qui eít - ■'
à prendre dans la contrariété qui se ren»
Contre sur cela,, non-seulement entre les
diveríes Coutumes , mais aussi entre le» .
divers Jurisconsultes.
Rien , comme, on voit , n'est si oppo
{é au but que j'ai expliqué, qu'un Com
mentateur de Coutume doit se proposer
de suppléer sur le plus grand nombre de
-cas qu'il lui est possible ,de rassembler au
deffaut des Textes> qu'il entreprend d'é
claircir. A quoi bon un- Commentaire
qui contient tout aussi- peu , & même
quelquefois moins que l'article contesté}
& c'est cependant le deffaut dominant de
celui de M. B. en voici encore un exem
ple. Si on cherche dans le Texte de la
Coutume de Peronne a fur quel pied;
l'ainé doit rembourser & récompenser
ses cadets ,, lorsqu'il veut retirer de leurs
mains la part qu'ils ont dans les Fiefs
des successions de leur pere & mere , &
qu'il est obligé d'en faire la récompense
en argent j on y voit que les rédacteurs
de cette Coutume ont décidé que le ra
chat devoir se faire à raison du denier
2 o. pour ce qui est du côté de Vermàndois
6c de l'Artois , & du denier 25.
(a] Liv. 4- Ch. lj. St&, 7.
pour
JAN VIE R. 1750. 4j
pour ce qui est en deçà de la Somme;
au lieu que notre Auteur n'a rien fait
paíser de cela dans son Recueil , où l'on
chercheroit avec tout aussi peu de fruit
à s'instruire de tous les doutes que les
dispositions de la Coutume peuvent cau
ser fur cette matière v comme si cette an
cienne fixation doit encore être suivie ,
s'il est vrai que l'ainé soit toujours le
maître de faire ce rachat en héritages
roturiers , quand il y en a suffisamment
dans la succession , & si les cadets ne
peuvent jamais en ce cas l'exiger en ar
gent } si ce que ceux-ci ont eu par do
nation est sujet à ce droit de retenue de
Fainé , comme ce qui leur est échu par
succession ; si ce droit est cessible ; si le
tems en dedans lequel il doit être exer
cé court pendant la minorité des enfans
du fils ainé mort avant que ce tems fut
écoulé ; si la jouissance de la mere à ti
tre de douaire prolonge ce délai ; si les
propriétaires peuvent rien démolir fut
leur part , & en couper les bois de haute
futayç , tanr que dure la faculté de leur
ôter des mains &c.
Mais les inconveniens de cette der
niere forte d'omissions ne font rien r
pour ainsi dire , en comparaison des
maux que peut produire la réticence des
autorités, opposées aux décisions qui sont
Q % ici
4<? MFRCURE DE FRANCE.
ici Continuellement données comme des
axiomes non contestés j car dans la Scien
ce du Droit encore plus que dans route
autre } un Livre , si mal digéré qu'il
soit , est , fur tout après la mort de son-
Auteur , un oracle pour une ipsinité de
gens. Cette maxime est imprimée ; ce
la suffit pour le vulgaire ; il en concluciauslì-
tôt qu'elle est vraye ; malheureu
sement ce vulgaire n'est que trop nom
breux. Des Avocats mêmes qui passent
pour habiles , sont-ils consultés fur une
question dont ils ignorent le noeud , ils
ne font souvent autre chose qu'ouvrir
un des Auteurs qu'ils sçavent qui en
ont parlé -, &c la décision qu'ils y rrou—
venr , qu'elle soit bien ou mal fondée,,
est la régie de leur réponse. Si ellé est
favorable au confulranr ,-cela l'engage à
entreprendre un Wocès dans lequel ih
succombe , parce qu'il plaide devant des:
Juges qui font mieux instruits des verirablcs
principes ; & le voilà* ruiné s
tant pat les dépenses qu'il a faites que
par celles qu'il est obligé de rembour
ser à ceux qu'il a inquiétés. Quelquefoisc'est
le Magistrat qui donne dans ce
travers , Sc à qui la cause du monde la
mieux fondée paroîr mauvaise , sur lafoi
d'un Auteur pour lequel il s'est pré
venu i & à qui il s'en rapporte aveuglé
ment.
JANVIER. 1730. 47
tfient. Mais que cc soit à fa trop gran
de crédulité ou à celle de l'Avocat
qu'il faille fe prendre de la ruine d'une
famille , l'Ouvrage qni a fait tomber
dans l'erreur le juge , ou l'Avocat , n'en»
est pas moins la première caufe de la dé
solation de cette famille. C'est là l'importance
de ces sortes d'Ecrits i &c ce
qui en doit iendxe les Auteurs bien cir
conspects.
de Beauvaïs ? sur un Livre intitulé :
Les Principes du Droit François fur les
fiefs Par M. Billecocy.
LE titre de .cet Ouvrage paroît impo
sant. On y annonce le détail des
principes de la Jurispiudence Françoise
sur les Fiefs } c'est-à-dire, fur la ma
tière la plus curieuse , la plus difficile &
la plus importante peut-être de tout no
tre Droit. La diversité d'opinions , &
les contestations qu'elle produit tous les
jours fur une infiniré de points , font
une grande preuve qu'après tout ce qu'il
y a eu de Sçavans hommes qui ont tra
vaillé à les éclaircir 9c à les discuter ,
nous y manquons encore de principes
fixes & certains. Aussi un Livre qui reníermeroit
réellement tous ces principes ,
; , serok
■f 6 MERCURE DE FRANCE,
íseroit à rechercher avec empressement.
Mais ici la promesse est crop étendue;
elle ne .s'accorde pas même avec le ju
gement que M- JBiUecpcq a porté de son
Ecrit dans l'Epitre Dédicatoire & dans
l'Áyis au Lecteur. Il n'y présente en
effet ce fruit de ses -travaux que comme
un Commentaire fur la Coutume par
ticulière du Gouvernement de Peronnc,
Mondidier & Roye , & il~y avertit que
c'est à cette Coutume qu'il réduit tous
ses principes. Aussi je ne me propose que
"d'examiner de quelle façon' doit s'executer
une semblable entreprise,, de faci
liter l'intelligence de fa Coutume , & si
la Méthode que l' Auteur s'est faite fur
cela est celle qu'il faut suivre pour le*
Ouvrages de ce .genre : ce fera à quoi
se borneront toutes mes Remarques.
Eclaircir oa commenjter uncCoûturae.
ou une Loi , ce n'est pas simplement,
distribuer fes collections fur toutes les
parties du Texte } ni morceler ce Texte
pour le compiler avec d'autres ; «'est en
interpréter les termes obscurs , détermi
ner Je sení des expressions qui peuvent,
être entendues de différentes façons , Ieyer
tous les doutes fur les cas où le Lé
gislateur ne s'est pas suffisamment expli
qué , ou qu'il a entièrement omis. Pouj:
y jéuslîr , il faut exarajner non-íeulcment
1 ANVIE R. 1730: 37
nient les Ecrits de ceux qui ont fait la
.même entreprise , soit sur cette même
Coutume , soit sur celles qui ont quel
ques dispositions semblables , mais auífî
ccqui nous a été transmis par ceux d'en
tre les Interprètes de toutes les autres
Coutumes différentes ou opposc'es,qui font
en réputation d'y avoir le plus excellé»
Il saur en choisissant parmi leurs diver
ses décisions , montrer par des raisonne
ment clairs & solides , & souvent pac
l'Histoire de l'ancienne Jurisprudence ,
que les íentimtns que l'on embrasse font
véritablement ceux qui doivent préva
loir , & qui conviennent le mieux i
l'efprit de la Loi particulière que l'on
commente. U faut rapporter avec une
judicieuse critique les Sentences & les
Arrêts rendus fur chaque Question ,
rétablir les espèces de ceux qui ont été
mal entendus , enseigner quels sont ceux
qui n'étant pas confoimes au vrai sens
des Coutumes, dans lesquelles ils font in
tervenus j ne doivent pas être suivis ,
faire connoître ce qui auioit dû y être
jugé , relever les fausses applications qui
ont été faites de plusieurs autres. Or il
n'est pas possible qu'il s'en trouve de
cette nature dans un Livre qui n'étant
comme celui-ci que d'environ 440. pa
ges in-ji. contient cependant près de
C 275
0 MERCURE DE FRANCE.
275. Chapitres, dont une bonne partie
est subdivisée en Sections , qui dans
certains Chapitres , yonc jusqu'à douze
«u quinze.
Sans doute , 1* Auteur n'a passait une
attention qu'il est à souhaicter qu'il fasse
pour les autres Ouvrages qu'il se pré*
pare à nous donner fur les Rotures , Ip
Franc- Aleu , les Justices Seigneuriales.
C'est que nous ne sommes plus dans le
tems où nos anciens Auteurs , tels que
^eaumanoir , Desmarcs , Bouteiller &c.
a'avoient qu'à écrire en forme de Loix
ou de Maximes ce qu'ils voyoient pra
tiquer. Comme l'usage étoit alors la
principale Loi , l'ignorancc ou l'incertitude
de cet usage étoit auffi la plus granr
de source des l'rocès , on avoir encore
beaucoup d'obligation à ceux qui pour
le rendre plus invariable &: plus connu,
prenoient la peine de le rédiger par
écrit. Content de l'utilité de laquelle
croient à cet égard leurs compilations ,
on ne leur demandoit pas qu'ils discu
tassent à fond toutes les subtilités qu-'oti
commençoit déja à inventer , en s'écactant
peu à peu de la simplicité des sié
cles précedêns.
Mais aujourd'hui que les Coutumes
particglieres de chaque Contrée font
écrites , que les Ordonnances de nos
Rois
JANVIER. 17! 91 1*
H.OÍS se sont multipliées , que quantité' de
Points qui n'avoient été décides ni dans
les unes ni dans les autres , l'ont été
depuis par les Parlemens , qu'il y a unfi
-infinité de Collections qui contiennent
les règles fur lesquelles on est univer
sellement d'accord i le travail de ceuX
-qui entreprennent encore d'écrire fur
cela , doit touler uniquement fur ce qui
teste à faire jusqu'à ce qu'on soit enfin
parvenu à l'uniforroité de Jurisprudence
si possible & si désirée i (í'est-à-dire , sut
la solution des difficultés que l'obfcurité,
Je silence & la contraricté de ces diver
ses Loix laissent encore subsister , oïl
que l'imaginacion des Interprètes a fait
naître.
A la vérité , l'ouvrage est d'autant
plus pénible Sc moins gracieux , qu'il est
très-difficile de donner à ce qu'on trou
ve encore à dire l'agrément de là nouveauté.
La Jurisprudence est, en esset.une
des sciences fur lesquelles on peut assu.
■ter avec le plus de raison, que tout est
âít.- H est peu de questions , si memeit
y" en a aucunes, qui ne soient traitées par
quantité d'Auteurs. Ceux qui nous ont
précédé ne nous ont presque laissé qu'à
concilier léurs avis , qu'à décider entre
íious à qui la préférence doit être don-
Hee , Bc ^u'à répliquer aux objections
Ç ij qu«
40 MERCURE DE FRANCE,
que Ies\ins ont faites contre les argu,.
mens de ceux qui avoient écrit avant
eux , répliques qui se trouvent aílez
souvent dans les principes mêmes établis
par les premiers ; & ces questions fur
lesquelles il y a diversité de fentimens ,
ou qui ayant été une fois éclaircies , onc
été rebroiiillées de .nouveau , ne peu
vent être ramassées qu'en parcourant lc
plus qu'il se peut du grand nombre de
Volumes où elles font éparses , & qu'en
essuyant , sans se rebuter , le dégoût &
l'cnnui qui font inséparables de la lecture
de tant de Livres qui se font successivement
copiés & remplis pour la plupart
des mêmes lieux communs.
Dans celui-ci , au-contrairc , les fources
où l'on a puisé , & qui peuvent ai
sément être comptées , parce qu'elles
font exactement indiquées fur les mar
ges , se réduisent à un assez petit nom
bre. Je me suis même apperçû fur cet
artiese de deux petites circonstances assez
singulières , pour que je n'obmette pas de
les faire remarquer. La première , est que
l'Auteur a exclus du nombre de ses gui
des tous ceux qui ont écrit en Latin ,
& la seconde , qu'encore que son Re
cueil soit fur les Fiefs » il n'y a cepen
dant pas fait usage d'un seul des trais
tés dont çette matière est l'unique obr
f*. Et
JANVIER.. 1730. 4».
Ét dans le peu de recherches aufquelles
il s'est borné , il a fait son capitat
de ce qui ne devoit être qu'un moyen
pour y parvenir y c'est-à-dire , qu'au lieu
de n'avoir recours aux ouvrages qu'il
avoit fous ses yeux que comme à une
source propre à lui fournir de nouvel
les ouvertures pour mettre dans un plus
grand jour les matières controvcrsées ì
ou comme à un aiguillon qui excitât ,
qui reveillât ses propres idées , il s'est
toujours borné à donner lc précis de9
résolutions qu'il y a trouvées- , fans mê
me indiquer les motifs qui y ont donné
lieu , ni les autorités qui y font op
posées.
C'est ainsi , par exemple , qu'il donne
pour indubitable , pout cela seulement,
que de Heu l'a dit ,, quoique l'axiome
soit faux * & que du Plessis , dont il a
extrait dans le même endroit un des
plus longs Chapitres presque en entier,
ait suffisamment fait entendre le con
traire , que lorsque lc mari néglige ou
refuse de rendre la foi & hommage pour
les Fiefs qui font échus à fa femme , 6c
de les relever , elle peut se faire auto»
riser par Justice , pour remplir cette
obligation.'
*Liv. t Ch. 4. Se&. (*
4r MERCURE DÊ FRÁNCÉ;-
De même, sur l'arriclc de ce que
fainé peut exiger de ses frères & soeurs,
lorsqu'ils, aiment mieux- relever de lui
pour la première fois , que du Seigneue
dominant , l' Auteur, range parmi les*
ftiaximes universellement suivies ce qu'il
a vû dans la Coutume de Laon « que
lès cadets doivent en ce cas à leur aine
le droit de chambellage , fans avetiir que
M. d'Argentré b dont le sentiment a été
en- cela suivi par plusieurs autres » a te
nu le contraire.
Telle est la Méthode de M. D. . . . .
Au lieu de n'avoir recours au Texte de*
autres Coutumes que pour discuter le
plus ou le moins d'application qui en,
oeut être faite 3 la sienne. } jl se çojntente
de les transcrire comme des prin
cipes généraux , tous differens qu'ils font
du, détail dans lequel les Auteurs qui
enr traité les mêmes points font entrés.
Ainsi la Section e où il parle de la foi.
& hommage du Fief contesté entre pluisieurs
personnes , n'est qu'un composé
de purs Textes de quelques Coutumes
de Champagne , posés là en forme de
maximes générales , & fans exception
(a ) Ltv. i. Ch. f. SeS.y.
(b ) Sur V Art. 318. de l'une. Coût, de Bre~
t*gne. .%•-■>.•-
(C) Liv. 2,, Ch. 4. Se&, 4.
tandis
■ j AKVI E K. i7lv% 4î
tandis que ce dont il s'agit » e'té am*
plement traité par du Moulin qui a faitf
les principales des distinctions nécessai
res poiír la décision dey differens cas*
dans lesquels la question peut se présen
ter , qui en a facilité {'application pae
les hypotefes qu'il a dreflées avec foin,
& qui a enseigné quelles font les excep
tions dont les règles qu'il établissoit sonl
susceptibles1.
Ainsi encore quand i! s'agit dé fçavoìt
si le Seigneur qui veut retenir un
Fief de fa mouvance , dont le nouvel
acheteur vient lui demander l'investiture,
peut déduire , fur le prix de la vent*
qu'il est obligé de rembourser , le mon
tant des droits féodaux , M. B. a appor
te de même pour toute décision un ar
ticle de la Coutume de Vermandois qui
fie reçoit d'application que pour le seul
eas , qui n'est susceptible d'aucune diffi
culté, que ce fou l'aeheteur qui soit char
gé du payement de ces droifs. Mais
changez l'espece , supposez que l'aehe
teur ne s'étant pas engagé à les acquiter,
le vendeur en fut resté tenu , & deman
dez si alors il est encore vrai que le
Seigneur ne puisse pas en faire de «sé
duction fur la somme principale , il ne
Liv, 14. Cb. r;, Sí£. 1.
G iii) $*«*
44 MERCURE DE FRANCE,
s'en trouve rien dans l' Auteur , & il vousi
laisse dans l'incertkude du parri qui eít - ■'
à prendre dans la contrariété qui se ren»
Contre sur cela,, non-seulement entre les
diveríes Coutumes , mais aussi entre le» .
divers Jurisconsultes.
Rien , comme, on voit , n'est si oppo
{é au but que j'ai expliqué, qu'un Com
mentateur de Coutume doit se proposer
de suppléer sur le plus grand nombre de
-cas qu'il lui est possible ,de rassembler au
deffaut des Textes> qu'il entreprend d'é
claircir. A quoi bon un- Commentaire
qui contient tout aussi- peu , & même
quelquefois moins que l'article contesté}
& c'est cependant le deffaut dominant de
celui de M. B. en voici encore un exem
ple. Si on cherche dans le Texte de la
Coutume de Peronne a fur quel pied;
l'ainé doit rembourser & récompenser
ses cadets ,, lorsqu'il veut retirer de leurs
mains la part qu'ils ont dans les Fiefs
des successions de leur pere & mere , &
qu'il est obligé d'en faire la récompense
en argent j on y voit que les rédacteurs
de cette Coutume ont décidé que le ra
chat devoir se faire à raison du denier
2 o. pour ce qui est du côté de Vermàndois
6c de l'Artois , & du denier 25.
(a] Liv. 4- Ch. lj. St&, 7.
pour
JAN VIE R. 1750. 4j
pour ce qui est en deçà de la Somme;
au lieu que notre Auteur n'a rien fait
paíser de cela dans son Recueil , où l'on
chercheroit avec tout aussi peu de fruit
à s'instruire de tous les doutes que les
dispositions de la Coutume peuvent cau
ser fur cette matière v comme si cette an
cienne fixation doit encore être suivie ,
s'il est vrai que l'ainé soit toujours le
maître de faire ce rachat en héritages
roturiers , quand il y en a suffisamment
dans la succession , & si les cadets ne
peuvent jamais en ce cas l'exiger en ar
gent } si ce que ceux-ci ont eu par do
nation est sujet à ce droit de retenue de
Fainé , comme ce qui leur est échu par
succession ; si ce droit est cessible ; si le
tems en dedans lequel il doit être exer
cé court pendant la minorité des enfans
du fils ainé mort avant que ce tems fut
écoulé ; si la jouissance de la mere à ti
tre de douaire prolonge ce délai ; si les
propriétaires peuvent rien démolir fut
leur part , & en couper les bois de haute
futayç , tanr que dure la faculté de leur
ôter des mains &c.
Mais les inconveniens de cette der
niere forte d'omissions ne font rien r
pour ainsi dire , en comparaison des
maux que peut produire la réticence des
autorités, opposées aux décisions qui sont
Q % ici
4<? MFRCURE DE FRANCE.
ici Continuellement données comme des
axiomes non contestés j car dans la Scien
ce du Droit encore plus que dans route
autre } un Livre , si mal digéré qu'il
soit , est , fur tout après la mort de son-
Auteur , un oracle pour une ipsinité de
gens. Cette maxime est imprimée ; ce
la suffit pour le vulgaire ; il en concluciauslì-
tôt qu'elle est vraye ; malheureu
sement ce vulgaire n'est que trop nom
breux. Des Avocats mêmes qui passent
pour habiles , sont-ils consultés fur une
question dont ils ignorent le noeud , ils
ne font souvent autre chose qu'ouvrir
un des Auteurs qu'ils sçavent qui en
ont parlé -, &c la décision qu'ils y rrou—
venr , qu'elle soit bien ou mal fondée,,
est la régie de leur réponse. Si ellé est
favorable au confulranr ,-cela l'engage à
entreprendre un Wocès dans lequel ih
succombe , parce qu'il plaide devant des:
Juges qui font mieux instruits des verirablcs
principes ; & le voilà* ruiné s
tant pat les dépenses qu'il a faites que
par celles qu'il est obligé de rembour
ser à ceux qu'il a inquiétés. Quelquefoisc'est
le Magistrat qui donne dans ce
travers , Sc à qui la cause du monde la
mieux fondée paroîr mauvaise , sur lafoi
d'un Auteur pour lequel il s'est pré
venu i & à qui il s'en rapporte aveuglé
ment.
JANVIER. 1730. 47
tfient. Mais que cc soit à fa trop gran
de crédulité ou à celle de l'Avocat
qu'il faille fe prendre de la ruine d'une
famille , l'Ouvrage qni a fait tomber
dans l'erreur le juge , ou l'Avocat , n'en»
est pas moins la première caufe de la dé
solation de cette famille. C'est là l'importance
de ces sortes d'Ecrits i &c ce
qui en doit iendxe les Auteurs bien cir
conspects.
Fermer
Résumé : REMARQUES de M. d'Auvergne, de Beauvais, sur un Livre intitulé : Les Principes du Droit François sur les Fiefs. Par M. Billecocq.
Le texte est une critique du livre 'Les Principes du Droit François sur les fiefs' de M. Billecoq, rédigée par M. d'Auvergne. L'auteur souligne l'importance du sujet traité, à savoir les principes de la jurisprudence française sur les fiefs, un domaine complexe et sujet à de nombreuses controverses. Malgré les nombreux savants ayant travaillé sur ce sujet, des principes fixes et certains manquent encore. M. d'Auvergne critique la promesse excessive du livre, qui se présente comme une œuvre exhaustive mais se révèle être un commentaire limité à la coutume particulière de Peronne, Mondidier et Roye. Il examine la méthode de l'auteur, qui se contente de transcrire des textes de coutumes sans les interpréter ou les discuter en profondeur. Cette approche est jugée insuffisante, car elle ne résout pas les doutes et les controverses existantes. Pour éclaircir une coutume, il est nécessaire d'interpréter les termes obscurs, de déterminer le sens des expressions ambiguës, et de lever les doutes laissés par le législateur. Il faut également examiner les écrits des auteurs précédents et les décisions judiciaires pour choisir les interprétations les plus pertinentes. M. d'Auvergne reproche à M. Billecoq de ne pas avoir suffisamment exploré les sources disponibles, notamment les traités en latin et les ouvrages spécifiques sur les fiefs. Il critique également la méthode de l'auteur, qui se limite à résumer les résolutions trouvées dans d'autres ouvrages sans en discuter les motifs ou les autorités opposées. En conclusion, le critique estime que le livre de M. Billecoq ne remplit pas son objectif annoncé de fournir des principes fixes et certains sur les fiefs. Il manque de profondeur et de discussion critique, se contentant de transcrire des textes sans les analyser en détail. Le texte critique également la réticence des autorités à contester des décisions présentées comme des axiomes incontestés, particulièrement dans le domaine du droit. Une fois publié, un livre, même mal compris, devient une référence incontestée après la mort de son auteur. Le public, souvent nombreux et influençable, accepte ces maximes sans les remettre en question. Même des avocats qualifiés, lorsqu'ils ignorent les détails d'une question juridique, se réfèrent à des auteurs connus pour trouver une décision, qu'elle soit bien ou mal fondée. Cela peut conduire à des procès perdus et à la ruine des parties impliquées, tant par les dépenses engagées que par celles à rembourser. Les magistrats peuvent également tomber dans ce piège, jugeant mal une cause en se fiant aveuglément à un auteur. Que ce soit par la crédulité du juge ou de l'avocat, la cause de la ruine d'une famille réside souvent dans les écrits mal interprétés. Ces ouvrages, en induisant en erreur les juges ou les avocats, jouent un rôle crucial dans la désolation des familles, soulignant ainsi l'importance de la prudence des auteurs dans la rédaction de tels écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1208
p. 49-75
RÉJOUISSANCES faites à Djon. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
Début :
Nous apprimes l'heureuse nouvelle le 7. de Septembre ; elle n'eut pas été plutôt [...]
Mots clefs :
Réjouissances, Dijon, Ville, Instruments, Église, Vin, Tambours, Hautbois, Joie, Nuit, Musiciens, Fête, Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉJOUISSANCES faites à Djon. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
ME'JOVl S S ANCES faites k Òijon.
Extrait d'une Lettre écrite de cettfi
rnu*
NOus apprîmes l'heureuse nouvelle le 77
de Septembre» elle n'eut pas été plu
tôt annoncée par une triple décharge de l' Ar
tillerie de la Ville & du Château , qu'on"
entendit de toutes parts le son des Cloches
& les acclammations des Hábitans. Il n'est'
pas possible de vous décrire les transports"
que produisit ce grand événement. On fortoit
des maisons en foule ; on couroit dé
porte en porte pour apprendre à son pa
rent , à son ami une nouvelle qu'il sçavoie
déja , & qu'il avoicla même passion de dé
biter.
Le Comte de Tavanes qui commande dans"
la Province , ne pouvoit manquer une fi'
belle occasion de- faire éclater son zele , &
l'ardeur héréditaire qu'il a pour le service
de Sa Majesté. Son spacieux Hôtel parut tout
en feu dès l'entrée de la nuit ; la porte &
h façade ornées deRstons, de Dauphins, dé
Fleurs de Lys , les bougies & les Lampions
étoient répandus par fout , & principale
ment fur la belle Terrasse fur la rrtë. Grand
feu au milieu de.Ja Place , grand festin dans
l'interieur de la maison, fonraines de via
su dedans Se au dehors de la Cour , Bal
Ì>our les personnes qualifiées , danses parmt
e Peuple &c.
Eeno#)t les «ois semaines, 4e nos princf-
. .. ' gales
ço MERCURE OE FRANCE,
pales Réjouissances , ce Seigneur a fçu va
rier tous les repas qu'il a donnés ; & lotî
tes les illuminations ; on étoit sûr de trou-
Ver toujours chez lui quelque chose de bril
lant & de nouveau nous appellerions cela.,
des Fêtes dans toutes les formes y. ce n'étoic
pourtant que lc prélude de celle qu'il taéditoit.
Le Parlement étant séparé à cause des va
cations , il ne pût se rassembler que le Sa*'
riiedi. cette illustre Compagnie parut aussi
complète que dans le tems des pleines fean—-
ces. M. de Berbiscy » Premier Président étoit
à la tê'-e ; les Huissiers le précedoient com
me à l'ordinaire , les Avocats & les Procu*
reurs en grand nombre faifoient cortège *
la Maréchaussée bordoit les rangs ; le 2>
T3eum fut chanté dans laSale du Palais.L'Abbá
Bouhîer , Doyen de la Sainte Chapelle, déíigné
pour être notre premier Evêque , offi
cia y la symphonie fut merveilleuse , la Mu
sique excellente, & M. Michel , Maître de la
même Sinte Chapelle , se surpassa.
Les Musiciens qu'il avoit. employez conti
nuèrent ce jour là à se donner mutuellement
des Concerts comme ils avoient fait les jour*
précedens ; ils- illuminèrent les lieux où il»
se régaloient ; & si l'on doit en juger par lesÉfréquentes
décha ges d'une douzaine de pe
tites piéces de Canons dont ils s'étoient pour
vus , & aiisque's on mecroit le feu toutes
les fois q 'ils celébroient lu santé du Rqi
ou de quelque Prince de la Maison Royale»-
en ne peut douter qu'ils ne s'y jíKeressaliene;
infiniment. x~ j
Le Dimanche suivant , les erdres, de las
Geur aiiivs.íûîj & cc foc alors que. la joye
, monta
JANVIE Ft. \7j<s: <v
irsonta ï son comble ; pendant trois jottrs con-:
sécutifs les Cloches sonnèrent , le Canon tli
ra j il y eut des feux devant toutes les por*
tes i des lumières fur toutes les Fenêtres ,
lès Clochers mêmes furent éclaires. Le Lun
di on rit tous les Ouvriers occupés, à sus
pendre des Guirlandes , ì attachtr des A . moi
nes > à élever des Loges de verdure de cent"
figures différentes . tout le Peuple enfin se
livrer à la joye. Nos Comédiens joiierent
pour lui gratis.
mu vM.j —— 1« , w ..y «.f'Srfi^noiv ....
les Boëtes , ni les Fusées , rri les Han-beaux,
ni tous ces autres agrémens que le coeur'
& le bon goût peuvent inspirer ; le détait
de tout cela feroit immense , & j'ai d'ailléurs
à ouvrir une scène plus grande & plus
pompeuse.
C'est M. le Premier Président du Parlement '
qui donna la première Fêre solemnelle le
Lundi m Septembre. El'e commença par une
illumination générale de tcut son quartier »
&■ particulièrement de son Hôtel , non seu
lement la fact.' , mais les Cours, Us Appartemens
& les Jardins ; il y eut un Concert
exécuté par des Musiciens du premier ordre,
un repas splendirie oû les personnes de la
première considération se trouvèrent. II fit
distribuer , ou plutôt prodiguer au Peuple
le pain , le vin & la viande . & il disposa
en differens endroits des Inlîrumens , au son
desquels on dansa jusqu'au jour. En un mor,
on peut dire qu'il n'omit rien de ce que
son inclination pouvoir, demander & s„ Dignité
permetue.
ft MERCURE^ DE FRANCE.
Le lendemain > on chanta , sur les cinq
Beures du soir, à la Sainte Chapelle , un "tt
Deum qui fut annoncé par le Ion des Clo
ches & par le bruit du Canon ; le Parlement
& la Chambre des Comptes y assistèrent en
Robes de cérémonie, avec toutes les Com
pagnies qui ont droit de s'y trouver ; M.
de Tavanes s'y rendit aussi. La plupart des
Communautés Ecclésiastiques , en consé
quence du Mandement de M. l'Evêque de
íangres , firent la même cérémonie ce jourlá.
Les Chevaliers de l'Arbalête firent chanter
le lendemain aux Carmes un Te Deum en
Musique, au bruit des. Boètes •• & quoique là
Ville eut renouvelle le soir ses Illuminations
& ses Feux , ils remportèrent íur tous les
autres , en- éclairant leurs Maisons , jus
qu'aux Jardins , de Bougies , de Lampions-,
&c. & ils donnèrent un grand Repas.
les dehors de leur magnifique Collège fu
ient ornés & éclairés avec gout > mais Ië
plus bel aspect fut celui du seu qu'ils allu
mèrent au milieu de leur grande Cour en
tourée de Bâtimens à tross étages , dont les
Fenêtres étoient également chargées de lu.
mieres. Ge qu'ils eurent de plus singulier %
fut une Armée de nouvelle levée , ce fiic
une Milice brillante, qui fit plusieurs évolutions
dans cette Cour , s'y rangea en bataille > &
y fit des décharges. Oh eut le plaisir de
voir pendant trois jours /Cette belle jeunefle
parcourir les lieux les plus apparens de la
Ville , portant 3e maniant les_armes avec au-
Leí Jésuites se distinguèrent
jÁNVfER- 171^.
te 14. les Bouchers qui ont toujours pr-i»
parc aux Réjouissances publiques > mêlèrent
les Musettes aux Tambours . les uns passè
rent la journée- fous les armes ; les autres
ayant choisi deux jeunes filles , les habillè
rent en Bergères , & au son des Instrumens,
les conduisirent en grand cortège chez la
Comte de Tavanes , à qui elles eurent l'honneur.
de présenter un Agneau , orné de ru^
bans & de guirlandes , qui. fut très- gracieu
sement & très- noblement reçu. Us s'apliquerent
ensuite à embellis les Loges qu'ils svoient
déja construites , à tapifler leurs Boutiques
à décorer d'arbustes , de Festons , de Gui
dons & d'armoiries les Ponts qu'ils avoient
jettes fur leur ruë , & qu'ils illuminoient tous
ícs soirs
Cependant dés Veaux & des Moutons en
tiers se rotissoient au milieu des Places aux
dépens des mêmes Bouchers ; les Hautbois
& les Tambours retentissoient de toutes parts»
les Tables étoient dressées , & parurent trèsbien
servies. M. de Tavanes voulut être té
moin de leurs plaisirs ; Madame de Tavanes
y mit le comble , en les animant elle-mê*
me , & c'est principalement à fa présence &
à îexcellent vin qu'elle envoyoit avec pro
fusion , que ceux qui se donnoient en spec
tacle durent la vivacité de leurs Réjoúi£
sances.
M. Baudor, notre Vicomte- Mayeur , qui
fa vigilance portoit de cous côtés , crut que
la Police même étoit intéressée à entretenir
cette ardeur » son bon vin de Champagne &
de Bourgogne le suivoit par tout , & c'est"
de cette source féconde que coulèrent tane'
d'heureux impromptus à fa louange &c
MERCURE t)Ê FRANCE.
Ce même jour 14. Septembre fut marqliér
par Tune des plus belles Fêtes: que nous
ayons vûës ; je veux parler de celre- d& M. le*
Comte deTavanes; comme il delìroit que touc
répondit à la grandeur de ses idées, íbri Hôtels
tout vaste qu'il est , lui parut trop resserré,-
& il se détermina pour le jeu de l'Arquebuse.
C'est un Bâtiment de 30. toises d'éten
due , íìtué à la Porte de la Ville , Sí
Composé de deux grandes Galeries l'une fut
l'autre , terminées par deux Pavillons quartés.
On y anive par une avenue de ioo.'
pas de longueur , bordée de chaque côté par
deux raogs d'arbres 1 avec un fossé , fur le*
bords duquel règnent des charmiiles à hau
teur d'apui;on entre par une grande porte de fer
placée au milieu de la galerie d'en bai, q^ur
du côté du Jardin est ouverte en peristile.
Ce Jardin est un quarré long , clos de mu«
railles couvertes par tout d'une palissade cîe
Charmes de s ro. pieds d'élévation 5 bV
est coupé en deux portions égales par un
canal , & acompagné de deux grandes allées*
d'Arbres en Berceau , dont le rang exté
rieur a son apui de Charmilles ausli-bien'
que l'avenaë. Les retours qui font au bout
des Allées forment quatre beaux quarrés
pareillerríent enfermés- d'Arbres & de Char
milles ; derrière le canal de cent toises de
longueur , est une esplanade qui fait face â
une niche adossée au mur de' clôture , per
cée par les côtés , & couverte d'une demiè
coupole , fous laquelle est le Buste de M. le
Duc. La distance entre les Allées & lesr
murs de côté est d'environ quarante pas ,
& c'est dans ces vuides qu'on a coutume
de placer les buts pour l'exeicice de l'Ar
quebuse». Devant
JAtfVfER. 1729. ff
Devant la Porte de fer, dans ('endroit ouV"
l'avenuë forme une demi- lune, on avoir
élevé fur des Pillièrs de 1 f. pieds de hau
teur un Edifice de charpente , dont l'Enta-*
blement étoit orné des Ecussons des Armes*
du Roi , de la Reine , de Monseigneur les
Dauphin & du Duc de Bourbon ;-ces Arnioiries
étoient ornées de fleurs , dont 1er
Guirlandes defeendoient jusqu'à terre , St
tournoient autour des Pillieis de l'Edifice.
Sur la Plate forme étoit un petit Acrotêre'
ou Piédestal & cinq Piramides soutenues par
des Dauphins , décorées de Devises & de
Cartouches ; la plus haute de ces Piramides'
portoit un Soleil rempli d'artifice ; les qua
tre autres Piramides étoient surmontées d'au-'
tant de Grenades.
Quatre rangs de Terrines on de lampions
f;arnissoient toute la longueur de l' A venue j
e premier rang étoit posé sur le terrain ,
Te fécond à hauteur d'ápuî"; dans le Jardins'
il y en avoit trois étages 5 !es premiers étoient
rangés le long du canal , les seconds fur les
Charmilles d'apui , & les troisièmes fur les
palissades. Tout fut allumé avec une promtitude
inconcevable ; la Niche parut toute
hérissée de.Bougies ; ses deux côtés- en étoient
pareillement garnis pour termii.er les Allées,
ainsi que toutes les Fenêtres de- la Gallerie
& des Pavillons & le Cordon du Bâtiment
des quatre faces 5 c'étoit un coup d'ceif
charmant , & aussi surprenant de loin qu'il'
paroissoit galant & magnifique de près; la
réflexion de Peau faifoit fur tout un effet
admirable, en multipliant les objets.
Cependant l'illustre Compagnie s'étant as
semblée dans la Gallerie haute ,; on lui donrià*
une
■f4 MERCURE DE FRANCÊ.
une Cantate à grand Choeur , dont les sca
roles avoient été composées par le P. Adam,"
de la Compagnie de Jésus , & la Musique
par le S. Leplivet. Ce Divertissement duraune
heure , & fut reçû avec beaucoup de
satisfaction.
A peine étoit-il fini qu'or» donna le signât
pour tirer le Feu d'artifice par une salve de
vingt pieces de Canon rangées au bas des»
Pilliers de l'Edifice ; aussi tôt Madame l'Intendante
, au bruit des timbales & des trom-:
pettes , mit le feu à la mèche , & fit partirun
Dauphin enflams , qui courant avecrapidité
à l'une des faces , communiqua sesflammes
à trois autres Dauphins qui s'éle
vèrent en même-tem:s des trois autres faces,-
& y revinrent avec la même impétuosité p
tout s'enflamma- à leur retour ; ce ne fut plus
que tonnerre & que feu ; les Serpentau*
Voioient fur la terre , les Fusées s'élevoienc
dans l'air &c. Le Ciel devint en mêmetems
fort obscur, & son obscurité contri
bua encore à rendre le feu- plus éclatant St
^Illumination plus brillante.- On ne vit ja«*
mais rien en ce genre de mieux exécuté, &£■
de plus iultement. applaudi.
On servit ensuite le souper. Il y avoît
quatre Tables , une de 40. Couverts dans
l'un des Pavillons , trois de 30. Couverts cha
cune dans la Gallerie d'en haut , toutes
quatre servies avec un ordre, une abondan
ce . une délicatesse , une propreté qui paíîê
toute expression } cent sortes de ragoûts
nouveaux & recherchés , viandes exquises ,
Vins de tous les Climats , liqueurs de tou
tes les sortes ; on epargnok aux Convives la
peine de demander ï on prívcnoit , on devinoie
JANVIER. 1730.
ío'it les souhaits. Ce qu'on admira fur tout
ce fut le Fruit, & principalement celui qui
étoit destiné pour les Dames ; il n'est pas
possible d'imaginer comment on avoit pè
ramatìér tant de fruits délicieux , tant de
confitures exquises ; l'-ceil , l' odorat , le
gouc , tout y étoit satisfait. 80. pieces de
porcelaines & de cristaux qui contenoient ce
Dessert j rangées avec une simétrie & un art
infini , faisojent dire à tout le monde que
c'étoit dommage d'y toucher. Un de nos
Poètes qui a assisté à toute cette Fête l'a
dépeinte par les Vers que voici :
Vulcain, sans doute, avoit cùniuit les feux;
Apollon avoit fait les Vers & la Musique i
JBacchus se trouva bienheureux
Pe faire les honneurs d'un Busftt magnifique;
Diane & Pan qni fournirent les mets ,
jivoient épuisé les Forés Si
Cornus mime d' intelligence,
~ùt ee Banquet superbe avoit fris Vintindanee
,
Pour donner tant de fleurs , pour donner tant
de fruits ,
fleurs de toutes faisons , fruits d'Eté , fruits
d?Automne ,
flore avec son Zephir , Vertumne avec Ptu
tnone
Avoient pasié plut d'une nuit.
Le Peuple eut part à la somptuosité d«
M. de Tavanes ; on lui fit de grandes distri
butions depwn &dc viande» ; pour le vmi
3 8 MERCURE DE FRANCE,
il n'y avoit qu'à prendre, on en avoit 3iC~
posé six fontaines en six endroits differens./
deux A côté des Pilaltres qui font le com-
.mencement de l' Avenue , les quatre autre*
au commencement Si au bout des Allées da
Jardin ; outre cette profusion , on en donnait
„«ncore à tous ceux qui en demandoient %
de forte qu'il n'étoit pas plus rare que l'eatt
,jqui remplit le canal.
Dès qu'on eut fait guelqu&s tours de proçtnenade
pour voir ^Illumination de plus près»
& ce nombre infini de gens de tous étages,
.:qui dansoient en vingt endroits difíerens j,
au son des tambours & des -hautbois ; on
enleva les Tables , & le Comte de Tavanes
-remontant à la GaUerie , ouvrit un Bal , où
les RafraîchiíTemens furent prodigués ; ce
,Bal dura lì long-tems que le Soleil en vint
éclairer une partie. • *
Le Jeudi t 5 Septembre , les Chevaliers
du Jeu de l' Arquebuse , precedés de leurs
.trompettes & de leurs timballes > allèrent
prendre M. le Comte de Saulx , qu'ils ont
l'honneur d'avoir pour Capitaine , & i'ao
xompagnerent aux Jacobins , où en pré
sence de M. le Comte de Tavanes son pere^
& de M. Baudot , Vicomte - Mayeur , Se
•Chef des Armes , il fit chanter avec matnificence
un Te Deum par un grand nombre
e Musiciens ; il se trouva aussi quelques
-jours après au grand repas qui fut donné
dans u;i Salon de verdure , élevé exprès à
«ôté du .canal dont -on a parlé:; tous les
Bâtimens & le Jardin même furent illumi
nés.
Le i4. les Trésoriers de France celebre-
SH|t Jeux Fête ; ïk n'eoeploycreBi pas cette
: • grande
f AN VIE R. 1730. 59
grande foule de Musiciens qui se trouvè
rent aux autres solemnirez ; leur Chapelle
•n'auroit pas pû les con tenir ; mais ils a voient
,d£S voix & des Instrumens d'élite , & s'il*
■n'eurenf pas la gloire de la magnificence»
jls eurent celle du goût & de ia délica
tesse. _ Ô
, í-e Dimanche pg. fut marqué par une Pro
cession generale du Clergé Séculier & Ré
gulier de la Ville , à laquelle lev Doyen de
Ja Sainte Chapelle présida ; le Parlement r
assista en Robes rouges , & M. de Tavanejs
marcha conjointement cn habit de ceremo-
,»ie.
Les Chevaliers de l'Arc firent les hon»
jieurs du lendemain ; le Te D eu m à grand
choeur qu'ils chantèrent aux Cordeliers , lc
repas qui succéda , & la parure des lieuy
où ils tiennent leur Assemblée ont fait hon
neur à la Ville.
M M. de la Chamòre des Comptes qui
■n'avoiént Ras moins cfe zele & d'empresse
ment .que les autres Corps, choisirent le u.
du mime mois , & la Sainte Chapelle pour
ie lieu de leur Cérémonie; la face de l'Eglisc
fut dscorée & éclairée , la Nef & les
deux Tribunes furent tapissées comme aux
jours les plus folemnels 5 on éleva dans ce
Choeur jusqu'aux premières Galleries trois
rangs de festons de verdures &c.
L'Autel étoit paré des ornemens les plus
précieux j l'Mumination repondoit à la pa
rure j car outre le grand nombre de cierges
dont le Maître- Autel étoit chargé , outre
la multitude de Lustres qui étoient diíhi»
Jbuez dans toute l'étenduè de l'Eglise , les
deux Galleries da Choeur, le* deu*. Tribu
nes
v
MERCURE DE FRANCF.
mes & la Balustrade qui règne le long des
tìtales étoient bordées de Bougies. Les pre
mières Galleries de la Nef étoient garnies
d'une infinité de Pots à feu , où pour évi
ter l'incommodité de la fumée > il n'étoie.
Srefque entré que de Ja cire. C'-e'toit un brilint
inconcevable . & toutes ces lumières que
ia tapisserie & renfoncement des Galleries
faisoienc sortir , parurent d'un gout nou
veau , qui satisfit; également & ceux qui se
piquent, de se connoître en ces choses , 8c
ceux qui ne s'y connoissent pas.
•M M. de la Chambre des Comptes vinrent
à l'Eglise» precedez de leurs Huissiers , &
suivis d'un grand nombre deComptables qu'ils
avoient appeíiés à la Cérémonie. Le Comte
de Tavanes qui s'étoit rendu dans leur Salle
d'Assemblée . marchoit entre le Premier 8e
l'ancien Président . precedé de la Maréchausfée
& de ses Gardes. On entra au bruic
des timbales & des trompettes , & M. Mi
chel donna un troisième TeDeum, qui quoi
que d'un gouc diffèrent» ne parut pas.moins
beau que les deux autres > la Musique
fut exécutée avec la derniere précision j
on ne s'étoit pas contenté des Musiciens
de la Ville , quoiqu'ils soient très - nom.
breux > on en avoir fait venir d'Etrangers,
M. le Doyen de la Sainte Chapelle fitl'Office
, & on finit par la Prière pour le Roi &
pour le Dauphin.
Le ii, notre Vicomte- Mayeur , qui avoir,
envoyé de grandes aumônes aux Hôpitaux,
aux Prisonniers , aux Pauvres honteux , &
même aux Religieux Mendians j se rendicavec
toute la Magistrature & les Officiers
des Paioifics chez M. le Comte de Tavanes >
: •• pour
JANVIER. i7?o. 6i
Çavtt raccompagner au Te Deum de la Villes
oici Tordre de la marche.
Les deux Sergens de Bande , revêtus de
leurs casaques d'écarlate , galonées d'argent,
la hallebarde à la main. Les Sergens des
sept Paroisses, tous en uniforme i luivoienc
deux à deux , pareillement avec des halle
bardes qu'ils porcoient fur Tépaule. Les Offi
ciers de la Milice Bourgeoise » distingues
suivant leurs Paroisses , ayant chacun leurs
Tambours leur Fifre , leurs Hautbois 8c
leur Drapeau. Les Capitaines , Lieutenans ,
Majors & Dizeniers marchoient lts premiers,
avec TEiponton ; les Apointtz étoitnt derjiere
avec la Pertuiíàne. Nous appelions
Apointez certains 'Officiers subalternes qui
fervent fous les Dizeniers. Ils faiíoient un
Corps d'environ roo. hommes , tous trèslestes
& ttès proprement habillez. Les Trem
pettes de la Ville , puis les Gardes de M. de
Tavanes d'un côté , & les Sergens de Mairie
de l'autre. M. de Tavanes vêtu d'un habit de
drap «i'or , avec un manteau noir , doublé pajeillement
de drap d'or , étoit acompagné de
M- le Maire, qui étoit revêtu de fa Robe de
.velours violet ,, doublée de velours cramoisi,
bordée d'une fourure blanche ; les Echevins
avoient aussi leurs Robes de cérémonie, de
moire violette. Le Procureur Syndic étoit à
la fuite avec la même parure , en tête de
les Substituts , &de tout ce qui compose le
Corps dé Ville. La marche étoit fermée par
un Détachement des Sergens des Paroisles ,
pour empêcher la foule.
La grande Porte des Jacobins étoît -ornée
de tapis , de festons &c. & éclairée de bou
ffies ; leur vaste £oui l'itoit des deux cô-
D «B
<Í2 MERCURE DE FRANCE,
tez par des Terrines & des Pots à feu »
Portail étoit aussi illumine ,& on avoit éle
vé fur la principale Porte le tableau d'un
Peintre fameux .représentant le Dauphin de
Viennois, qui cède fa Principauté au Ros
PhiKpcs VI. Tout étoit éclairé en Lustres
& en Girandoles dans i'Eglise. Le Grand-
Autel i de même que ceux des Chapelles ,
étoit fi chargé de cierges , qu'on n'auroit ja
mais p& en augmenter le nombre ; les hauts
fieges du Choeur étoient pareillement cou
ronnez de cierges > mêlez de Grenadiers 8f
"d'Orangers On enrra dans I'Eglise au (on
des Cloches & des Trompettes , & au bruit
d'une décharge genevale de 1" Artillerie de la
Ville & du Château. M., le Comte de Ta>.
vanes prit fa place fur un Prie-Djeu qu'on
lui avoit préparé a ia droite du Chceur.
M. le Vicomte- Mayeur étoit ì droite daps
les hauts fieges , ayant devant lui un tapis
de velours cramoisi ayee deux carreaux ;
tout ce qui compofoit l'Hòtel de Ville ft
"plaça à droite & à gauche dans les mêmes
fieges qu'occupent ordinairement les Reli»
gieux.
Les Pères Jacobins , les uns revêtus de
Chapes , les autres en Tuniques , entonne»
rent le Te Dtum , qui fut chanté par les
mêmes Musiciens qui avoient exécuté celui
de la Chambre des Comptes , & qu'on avoit
placez fur un Amphithéâtre dressé au mi
lieu de I'Eglise , & tout illuminé. La fin d*
la Cérémonie fut marquée comme le com
mencement par le bruit des Instrumens , le foa
des Cloches & par une salve de l' Artillerie.
De I'Eglise des Jacobins on marcha à la
fliçc Royale ; cite a la figure d'un Arc „
donc
JANVIER. 17 î o. *ï
Sont la Maison du Roi fait la corde > le de
mi cercle est composé de 41. Portiques d'une
tr.es b;-lie exécution , & surmontez d'une Ba
lustrade de pierre fort bien travaillée , la
quelle règne auili sur les murs de la Terîasle
du «Louvre. On .avoir, élevé í'Edifice
destiné pour le Feu entre les deux rnës qui
aboutissent à la Place Royale. •
Cet Edifice «toit un Arc de triomphe â
quatre Portiqaes de .a. y. piés de hauteur st*r
10 de laigtur ,, dont les quaire angles exté
rieurs étoient coupez pour -recevoir des Pi
lastres d'Ordre Ionique & autant de col orn
ées isolées à .Baies & Chapiteaux dorez ,
posées iur des Piédestaux élevez fur de*
.Zocles. L' entablement répondoit à Tordre ,
Sc le milieu des Architraves étoit eouvetï
de Cartouches aux Armes de Sa Majesté.
Sur cec Entablement regnoit une Balustrade
avec quatre auctes Piédestaux à l'aplomb
des colomnes qui portoient des urnes feintes
de porphire. Sur la première Plateforme étoit
élevé un .Zocle de sept pieds & demi de
hauteur , & de douze de diamètre , qui formoit
la seconde Plateforme , de laquelle
sortoit un Baldaquin circulaire , & d'Ordre
Corinthien, à huit colomnes grouppées , dont
les Bases & les Chapiteaux étoient pareil
lement dorez , & qui portoient huit Dau
phins surmontez d'un Soleil. Sous le Dôme
étoient placées plusieurs Statues ; celle de la
Félicité qui fe faisoit un plaisir de donner un
Dauphin à la France , celle de Ja France
-qui le recevort avec respect , celle de la
Ville de Dijon qui y applaudissent avec ad
miration. Au dessus de ces Figures voioit le
Génie de la France» qui femoit des lau-
D ij riers
*4 MERCURE DE FRANCE;
ciers fur le nouveau Prince. Toutes les par»
ties de cet Edifice étoient peintes en marr
bre & ornées de Devises & d'Inscriptions,
En arrivant: à la Place s toutes les Trou
pes formèrent un grand cercle autour du '
Théâtre > laissant entre ' elles & ce même
Théâtre un assez grand espace pour que le
Comte de Tavanes & tous ceux qui com
posent la Magistrature, fisient les trois tours
ordinaires avant que de mettre le feu aux
mèches. Plus de cinquante instrumens de
toutes les façons , place* fur la Terrafle qui
ferme le logis du Roi, se mêlèrent au bruit
des tambours , des hautbois & des Fifres •
qui étoient i la tête des Troupes.
Après les trois tours , M. le Comte de
Tavanes & M. le Vicomte- Mayeur , mirent
le feu aux deux mèches qu'on avoit prepar
rées ; le feu se communiqua par tout dans
l'instant , les Fusées, les Lances à feu , les
Saucissons , les Soleils , les Dragons > les
Grenades éclatèrent de toutes parts , & don
nèrent lieu à cet autre Enthousiasme Pojétjque.
■
La veille pendant mon repos
0n m avoit transporté dam Piste de Lemnosi
Là , du milieu des fournaises ardentes
Coulaient des torrens de métaux ,
Et les enclumes gémissantes
Tlioient fous tesson des marteaux.
Ze Cycbpe attentif k l'ordre de son Maître ,
Mêle avec le charbon le souphre & le salpêtre.
Joint au feu , joint au vent h huit & le
fracas ,
Et
Janvier. 1730. g)
$f itút te qui du foudre anime les éclats i
Mais il n'y mêle peint la mort éf les allar*
mes ,
Jl ne le trempe peint dans le sang , dans let
larmes ;
L'ouvrage n est point fait pour nuire (y peut
troubler i
U est fait pour surprendre , il est fait pour
briller,
Ên effet > quoique le vacarme fût grand ,
te qu'il redoublât encore par l'écho de cette
Place spacieuse , quoique les flammes nous
enyelopaflTent de tous côtez , non feulement
nous n'eûmeS point de mal , mais on n'eut
pas même |a moindre peur.
Le feu fini , on continua 1* marche jus
qu'à l'Hôtel de Ville » qui étoit entièrement
illuminé ; fur la Porte on avoit placé le por
trait du Roi fous un Dais. Cependant on
avoit distribué du pain à plusieurs reprises
pendant la journée , les Fontaines de via
li'avoicnt ceflé de couler. Un festin splen
dide attendoit la Compagnie , pour laquelle
on avoit préparé trois Tables dans la grande
Salle de cet Hôtel , une au fond où e'toic
M. de Tavanes avec M. le Vicomte- Mayeuc
& les personnes les plus qualifiées , les deux
autres en long & à côté pour les Eche
vins , les Citoyens & les Etrangers qui
avoient été invites j il y eut plusieurs íer~
vices differens , tous également bien four
nis , & ceux qui aiment l'abondance eu
rent autant de lieu d'être satisfaits que ceux
qui ne demandent que de la propreté & de
D iij la
€6 MERCURE DE FRANCE:
fa delicateste. M. de Tavanes porta la santi'
du Roi , de la Reine , du Dauphin & de M.
• Jc Duc, & ces santez furent accompagnéesde
plusieurs salves.
Les Instrumens qu'on avoit placez fur la
gallerie du Logis du Roi , donnèrent pendant
plus d'une heure une simphonie vive & har
monieuse > les illuminations étoient generáles.-
De quelque côté qu'on tournât dans la Ville,
dans lés rues les plus étroites, dans les quar
tiers les plus éloignez, on ne voyoir que lu
mières , figurées de cent manières différentes
chacun se faisoit honneur de renchérir sur ses
voisins.
Le plus grand spectacle parut dans la Place
Royale ; le Théâtre avoit changé de face, au
lieu de Feux d'artifice PEdifice de charpente
parut chargé dé Lampions Se de Pots à feu;
Ce n'étoit plus des Portiques ni des Balda
quins de marbres-, c'étoient des Portiques &
de? Baldaquins de lumières» Cette Illumina
tion avoir d'ailleurs des accompagnement
merveilleux i les deux Fontaines de vin qui
coulèrent le jour & la nuit , étoient ornées
de lumières & de feuillages : on avoit porté
une gran le quantité de Pots à feu fur la haute
Tour du Louvre , qui est la piece la plus éle
vée de la Ville & qui s'apperçoit de plus d*une
lieue : toute la façade de ce Palais étoit illu
minée , tout le tour de la Place décoré d'un
cordon de verdure qui descendoit en festons
aux côtez des Portiques; deux rangs de ter
rines garnissoient les Ceintres & la Bilustrade
dont ils font couronnez, des Pots à feu ex
traordinaires & placez de distante en distan
ce , en relevoient encore l'éclat ; les rues,
& fur tout les deux grandes rues qui traver
sent
JANVIER; 1730. 6%
íént la Place Royale > avoient une apparence
d'autant plus riche & plus agréable , que tou
tes les fenêtres y sont de même symétrie Sc
qu'elles étoient e'galement éclairées ;on avoit
encore an point 3e vûë' qui l'emportoit fur
tout cela ; le somptueux Portail de l'Eglise de
S. Michel , de dirserens ordres d' Architecture
l'un fur l'autre , étoit totalement illuminé ; la
plateforme étoic bordée de Pot? à feu , les galleries
da milieu & routes les ouvertures des
Tours e» étoient remplies.
Pour peu qu'on s'avaneic dans la Place de
S. Etienne, qui n'eíì qu'à quelque? pas dff
l'autre, on trouvoit d'autres ctartez; on voyoit
en perspective la maison de M. le Vicomte-
Mayeur au bout de la grande ruë qui entre
dans cette Place : pendant tout le jour on y.
avoit fourni du pain & fait couler nnc Fon»
«aine de vin ; fur tout la populace s'étoit fort"
amafée d'un jeune enfant habillé en Bacchus
, qui passa plusieurs heures aflîs fur la
tonneau d'où jaillissoit la Fontaine : pendant
ía nuit on ne reconnut plus ni maison ni porte,
on ne vie qu'une lumière universelle qui en»
velopoit & absorboit entièrement les autre*
objets-.
Toute la Ville à la fin se rassembla dans la
Place , tout y dansoit, touty fautoit; les Instrumens
ne Cessèrent qu'au jour , & on ne cessa
de danser tant qu'ils continuèrent ; enfin certe
nuit si charmante fut pour nous un augure du
bonheur que la naissance du Prince nous pro
met » ce qu'un autre de nos Poètes a tâché
d'exprimer ainsi :
Après une trop longue & trop cruelle absence ,
La Félicité de retour ,
T> iiij E*
rf$ MERCURE DE FRANCE.
En accordant un Dauphin k la Francs
Nous marque qu'elle veut y fix-erfon fejottrí.
Recevons cejirefent de ses mains btenfaìjhnti^t
Ne doutons plus de son secours ;
Si les nuits font pour nous fi belles, fi brillant ex>
§luels seront. déformais, nos jours f
Cependant lés Officiers dé notre Milice Bout>
geoise ne crurent pas avoir marqué leur joye
assez vivement. Le if.de Septembre ils firens
chanter dans TEglise des Jacobins , un Te
Deum aufli magnifique que celui de la Ville »
M. de Tavanne leur fit l'honneur d'y affilier;
M. Ie Vicomte-Mayeur se mit à leur tête. Lx
Troupe n'étoit composée précisément que des
Capitaines, Lieutenans , Enseignes, Major*
& Dizeniers des Paroisses , précédez des Sergens
& des Tambours.. La marche parut d'au
tant plus pompeuse . qu'à commencer par le
Maire, tous les Officiers jusqu'au dernier *
avoient des habits uniformes , la veste galon
née, le justaucorps d'un beau Camelot écarlate,
le chapeau bordé . avec le plumet blanc Se
la coquarde de même ; ils allèrent ensuite au
Jeu de 1* Arbalète . dont ils avoient illuminé
les Bâtimens-&- les Jardins d'une manière trèsriante
& t ès-agréable. La Salle haute & la
Gallerie d'en bas, quoique très-érendi ë , ne le
furent pas trop pout les tables ; M. le Vicomte-
Mayeur tint la première . M. le Comte de Tavanes
n'ayant pû s'y trouver, à cause de I" il—
lustre Compagnie, à qui ce soir là même il
dpnnoit à manger ; mais il s'y rendit fur les
onze heures da soir , & fa présence redoubla
la joye qui ctoit déja bien vive ; on recom
mença
Janvier.
. Aença, au bruit des Canons > â boire la santé
du Roi , de la Reine , de Monseigneur le Dau
phin & de M. le Duc.
Les Bénédictins avoient fait ce même jour
une Procession íbíemnelie & chanté le Te Deum
& l'Exaudiat, avec beaucoup de pompe; 8c
pour rendre leur joye plus sensible ■ ils firent
aux pauvres_ de grandes distributions de paio ,
de vin , de viande & d'argent.
J'ajoûterai que notre Université se trouva
chez les Jacobins pour une pareille cérémo
nie le 8. du- mois a Octobre ; comme elle ne
.fait que de naître» elle a encore tout son
premier zele & toute son ardeur pour le Roi >
toute sa reconnoissance pour M. le Duc, son>
Protecteur. Le Doyen de la Sainte Chapelle ,
Chancelier, se trouva à cette solemnité » con
duit par les Massiers & les Bedeaux , les-Profesteurs
l'accompagnoient en Robes rouges ,
les Ag^regez en Robes noires avec le Chape
ron d'écarlate; ils ne cédèrent en rien à ceux
.qui avoient paru devant eux- dans la même
Eglise. Tous les Corps de Métiers générale
ment quelconques ont rempli les mêmes de
voirs avec un empreíîement & une joye que
je ne puis vous représenter.
La Cérémonie de nos Marchands eut quel
que chose de noble ; la belle Eglise de Notre-
Dame , où ils se rendirent » étoit tapissée ,
ornée & illuminée à faire plaisir; leur* Musique
fut d'un très-bon gout , & les Instrumens en
rehauflèrent le prix ; le Canon n'y manqua
point» &' pendant toute k nuit' suivante ils
étalèrent, à l'envi les uns des autres , tout ce
eui pouvoit rendre leurs maisons plus ornées
Se plus brillantes.
M, de laBfifïe, Inondant de. Bourgogne. *
7o MERCURE DE FR ANCE,
■
n'ayant pû être de retour à Dijon que le ifl.
Septembre , il fixa fa Fête au Dimanche t.
Octobre. M. l'Intendant occupe la Maison Ab
batiale de S Bénigne ; il y a devant la porte
une petite Place qtiarrée.des plus jolies; la
Cour est en arc & d'une étendue plus que rai
sonnable ; les Appartemens font beaux & bien
.suivis. Le Jardin est orné d'un très- beau Par
terre &r de quelques Bassins ; il est terminé par
sept Portiques d'un treiflage très riche , dont
il y en a trois, qui ont plus d'élévation que:
les autres, & qui font décorez de Statués
de part & d'autre font plantez des arbres &
sù-dclïous des Charmilles à hauteur d'apui ;
à droite: derrière ces Charmilles , s'élève
une Ternste qui donne fur l'aliée; à gauche
ce font des Bâtimens couverts de verdure , au
bout desquels on a ménagé une issue pour
monter à la grande Terratle qui tient toutela
largeur- du Jardin : du coté de la Mailorv
cette Terratle est cachée par les- Portiques i.
de l'autre côté elle donne fur le folïé de la,
Ville entre deux Bastions qui la débordent ,
& die a un aspect très gracieux , dont le prin
cipal point de vùë.dt le Jeu de l' Arquebuse 8s.
la Chartreuse.
On s'aflëmbU d'assez bonne heure , & cha
cun s'amusa jusqu'à six heures du soir., la,-
Compagnie attirée par le son des Instrumens,.
fè ren.iit dans la première Salle : on préludí .
par des Concertos; on vint ensuite au Di
vertissement particulier , dont les parole»,
avoient été faites exprès pour lé fuiet , & la
Musique compjsée par le sieur Bourgeois.
La Place que j'ai décrite étoit entourée delanternes;
elle tiroit un grand jour & des
maisons fitutes à 1'oposite , où on n'avoú rienentièrement
illuminé , & de la façade du Palais
Abbatial gui répondoit à tout cela. Le Peu
ple y avoit son Concert & ses Inlhumens ,
Sc des Fontaines de vin qui couloient fans
cesse. Une double ceinture de bougies regnoit
jdans toute l'écenduë de la cour. -Les Bassins
& le Parterre du Jardin éroient profilez &
bordez de Lampions i la petite Terrasie & les
Charmilles écoient chargées de terrines \ les
sept Portiques étoient en bougies qui en
avoient pris les ceintres. C'étoit proprement
un Jardin de lumières1, dont les éclats éblouis
sants avoient été substituez á la place des Buis»
des Charmilles & des Treillages.-
Un très beau Feu d'artifice , placé fur le
chemin couvert-, en vûë de la grande Terrasse
dévoie faire partie de cette Fête ; on s'occupa
encore de lTlluìnínation , qui du haut de cette
Terrassé, faiíbk un spectacle nouveau & rra-
Paiterre lumineux, un Portail & des Tour*
enflammées ; du côté dé la Campagne on
avoit en face le Jeu de l'Arquebuse , d©ac
les Bâtimens étoient éclairez , & fur les co
tez deux, grands Bastions bordez dé lumieKS'
& garnis d'artillerie qui commença à se faine
entendre ; après quoi Madame la Comtesse
dé Tavane & Madame la Marquise de Chajoû
, après avoir long- temps disputé de po
litesse , firent enfin partir en commun un
«Dragon enflammé, qui étoit venu prendre leurs
ordres fur la Terrasse ; i! ne ìes eut pas plutôt
portez fur le Théâtre » que les Piramides s'al-
Jumerent , les Moulinets tournèrent , les Fu
sées partirent, les Lances à feu fuivireiKi ce--
iUc UQ feu continuel & un bruit étonnant ;
Ptj, lie»'»
yi MFRCUHE DE FRANCE,
rien n'étoit plus beau que de voir lts Grenade»,
vomir des milliers de Serpenteaux fur la Po
pulace > qui n'est jamais trop près à son gré ;
mais rien n'étoit plus plaisant que les mouvemens
qu'elle se donnoic pour les éviter ;
ces feux voioient de cent manières différentes-,
les uns sembloient se plonger & se précipiter
fur la terre , les autres sprès cent tours 8c cene
retours remontoient avec vivacité au lieu d'oà
is étoient sortis, la plupart serpentoient vé
ritablement & poursui voient ceux qui vouloient
s'en détourner ; fur la fin on jetta quel*-
ques douzaines de Fusées choisies , qui rem
plirent l'Air de gerbes & d'étoiles.
M. l'Intendant donna ensuite à souper à prèsde
cent personnes distinguées. Quand ily en
auroit eu le double on se seroit loué de l'a>
bondjncej la propreté & la délicatesse en fu
rent Rassortiment. Après le souper il y eut un .
Bal magnifique»
I,a Fête de M"S les Elus a mis , pour ainfidire.
le sceau à- toutes les autres Réjouissance*,
elle a réuni en quelque forte: toutes les Fêtes
qui a voient precedé.Je n'entrerai là dessus dans
aucun détail , ma Lettre n'ttant déja que trop
longue , & le Mercure en ayant déja parlé dans
le premier volume de Décembre, page ^S6é,
Je ne puis, cependant me dispenser de vous
parlei enco e de deux traits qui regardent d'autres
nerfonneí , & qui .méritent de n'être pas
oubliez , & je finis par 'à ma Narration.
Une vingraine de Bourgeois , las d'être
Confondus lans la foule, ont eu recours à une •
nouvelle invention pour fe tirer du nair. Ils
avoient élevé fur quatre roues un Char Ba
chique de i». pieds de long fur 8 de large,
fetm« 4"unc kftrriMC d'envùoo i, pieds de haa-
■-4,..
JANVIER. t7ío, jf
teur , ornée de Tapis & de Peintures. II étoir
couvert d'une riche ImpeiialcenbcrCcau.íoutenuë
par desColomnes cntouréts de Pampre^
à laquelle étoient suspendus plufieurs Lustres.
&• dont les pentes écoient décorées de Tableaux
& d'Ecussons de différentes Armoiries. Les
Hautbois 6c les Ballons étoient plaaz fur le
devant du Ghar $ une table bien servie &
bien arrêtée , chargée de bougies & d'une
grande quantité de plats cris-bien remplis, .&
un Buffet ou plutôt une Boutique de verres
& de bouteilles , ne faiioit pas la moindre par
tie du spectacle. Toute cette Machine étoit
traînée par huit puissants chevaux, enduits,
par quatre Postillons & precedée par un Tin*,
bilier 6c par deux.Trompettes. â cheval, escor
tée par une Compagnie de Gardes à pied, &C'
environnée de flambeaux..
On a voit pris pour quartier d'aflemblée la'
Porte Guillaume , qui est celle par où noussortons
pour aller à Paris. Elle étoit illuminée
de haut en ba^ ; Us Ceintrts , les Pilast.es , les •
cotez , marquez , pour ainsi dire d'aprez. de
Lampions & de Terrines ; toutes lts fenêtres
de la longue rue- qui y aboutit , avoitnt auífi'
leurs lumières , ce qui joint -rJx,Lanternrs<les
rues qu'on allume tous les soirs , vendoit une
clarté égale à. celle du jour. La marche com.»
menca fur les sept heures du soir & elle con
tinua jusqu'à minuit : on s'arrêta dans la Place
Royale & dans tous les lieux où font placez
les Hôtels de ceux qui ent quelque autorité
dans la Ville : là les cris de joye redoubloient ,
r Jes Instrumens se mêloient , la petite Artillerie
se faisoit entendre, mais la poudre n'etoit pas •
|a munition dont un coníumoit le plus.
Uflc.nwlwwdec»nrjaiiu de peuple suivit ce
festia ;
7+ MERCURE DE FRANCE,
festin ambulant pendant toute la nuit , marr
quant par ses acclamacions le gré qu'elle fçavoic
à ceux à qui leur zele íèul avoit inspiré ce'
dessein. Les personnes, les plus considérablesy
applaudirent & les reçurent avecaccueil.lorsqu'ilsse
présentèrent devant leurs Hôtels: touslés
Habitans s'empressèrent de leur faire hon
neur > en chargeant leurs fenêtres de lumières ,>
en jettant des Musées & faisant tirer des Boëtes
& du Canons enfin cette Réjouissance parti
culière devint en un instant une Fête generale
par la part que tout le monde y voulut pren«-
dre. L'autre trait est un peu plus grave.
Les Enfans deChoeur de la Sainte Chapelle,,
à'qui on avoic accordé un jour dè congé , afinqu'ils
se ressentissent- de la joye Duplique, de
mandèrent è le palier Jans un Hérmitage situé,
à une portée de mmisqa<.'t de la Ville , & dont
la Chamelle déiiée soas le noa*de,S. Martin
a set vt autrefois d'Eglise au Village de Fon
taine . lieu de la naissance de S. Bernard. Onne
pen-tra point leur dessein, & on ne les
soupçonna pas de songer â autre chose qu'à'
'une simple promenade : ils avoient néanmoins
des pensées plus sérieuses. Avec le secours de
l'Harmite , ils trouvèrent le secret d'aproprier
là Chapelle, d'en illuminer les dehors & lesdedans
, même de couronner les murs du Jar
din de Lampes à plusieurs lumignons , qui ré
pandirent un éclat d'autant plus étonnant qu'on ■
n'en connoissoit point la cause. Cette clarté
subite , jointe aux Cantiques & aux Motets de
leur composition , qu'ils chantèrent avec une
dévotion touchante & avec beaucoup d'ait,.
charmèrent tout le monde ; on prit part à des
Prières que Dieu exaucera fans doute , puis
qu'elles lui ont été adtefsecs par l'iaaocence
JANVIER. i7? oi 7t
& par le bon coeur. Nos Musiciens & Simphonistfs
qui avoient été invitez secrètement1,,
iè firent un meiite de les leconder. II y eusensuite
un petit régal » où l' enjouement ne nui
sit point à Immodestie, ni la modtíìie à l'enjouëment;
on chanta en panie diverses Cban»
Ions lur la naiflance du Dauphin j le bruit du -
Canon se mêla- au son des Instrumens & ì
l'harmonie des voix , 8c tout s'y paíla d'une
manière fi tendre & fi convenable > que je me
serois íait un reproche de ne vous en avoir
ras rendu cofnpte. Je n'âi plus , pour finir,
heureusement , qu'à ajouter ici le voeu gênerai
de tous nos Citoyens.» vous y soulcriuL de
bon coeur.
Grand Dieu , prene^ soin de la Mere ,
Conservez, nous £r l' Enfant & i* Pert i ;
Qtie pendant des siécles entiers >
lis règnent toiu les trois dans une paix pro
fonde : .
Vous les ave^donne^ pourdt bonheur du mondtì ■
Ghf'ils en joiiijfent Us, premiers.
Extrait d'une Lettre écrite de cettfi
rnu*
NOus apprîmes l'heureuse nouvelle le 77
de Septembre» elle n'eut pas été plu
tôt annoncée par une triple décharge de l' Ar
tillerie de la Ville & du Château , qu'on"
entendit de toutes parts le son des Cloches
& les acclammations des Hábitans. Il n'est'
pas possible de vous décrire les transports"
que produisit ce grand événement. On fortoit
des maisons en foule ; on couroit dé
porte en porte pour apprendre à son pa
rent , à son ami une nouvelle qu'il sçavoie
déja , & qu'il avoicla même passion de dé
biter.
Le Comte de Tavanes qui commande dans"
la Province , ne pouvoit manquer une fi'
belle occasion de- faire éclater son zele , &
l'ardeur héréditaire qu'il a pour le service
de Sa Majesté. Son spacieux Hôtel parut tout
en feu dès l'entrée de la nuit ; la porte &
h façade ornées deRstons, de Dauphins, dé
Fleurs de Lys , les bougies & les Lampions
étoient répandus par fout , & principale
ment fur la belle Terrasse fur la rrtë. Grand
feu au milieu de.Ja Place , grand festin dans
l'interieur de la maison, fonraines de via
su dedans Se au dehors de la Cour , Bal
Ì>our les personnes qualifiées , danses parmt
e Peuple &c.
Eeno#)t les «ois semaines, 4e nos princf-
. .. ' gales
ço MERCURE OE FRANCE,
pales Réjouissances , ce Seigneur a fçu va
rier tous les repas qu'il a donnés ; & lotî
tes les illuminations ; on étoit sûr de trou-
Ver toujours chez lui quelque chose de bril
lant & de nouveau nous appellerions cela.,
des Fêtes dans toutes les formes y. ce n'étoic
pourtant que lc prélude de celle qu'il taéditoit.
Le Parlement étant séparé à cause des va
cations , il ne pût se rassembler que le Sa*'
riiedi. cette illustre Compagnie parut aussi
complète que dans le tems des pleines fean—-
ces. M. de Berbiscy » Premier Président étoit
à la tê'-e ; les Huissiers le précedoient com
me à l'ordinaire , les Avocats & les Procu*
reurs en grand nombre faifoient cortège *
la Maréchaussée bordoit les rangs ; le 2>
T3eum fut chanté dans laSale du Palais.L'Abbá
Bouhîer , Doyen de la Sainte Chapelle, déíigné
pour être notre premier Evêque , offi
cia y la symphonie fut merveilleuse , la Mu
sique excellente, & M. Michel , Maître de la
même Sinte Chapelle , se surpassa.
Les Musiciens qu'il avoit. employez conti
nuèrent ce jour là à se donner mutuellement
des Concerts comme ils avoient fait les jour*
précedens ; ils- illuminèrent les lieux où il»
se régaloient ; & si l'on doit en juger par lesÉfréquentes
décha ges d'une douzaine de pe
tites piéces de Canons dont ils s'étoient pour
vus , & aiisque's on mecroit le feu toutes
les fois q 'ils celébroient lu santé du Rqi
ou de quelque Prince de la Maison Royale»-
en ne peut douter qu'ils ne s'y jíKeressaliene;
infiniment. x~ j
Le Dimanche suivant , les erdres, de las
Geur aiiivs.íûîj & cc foc alors que. la joye
, monta
JANVIE Ft. \7j<s: <v
irsonta ï son comble ; pendant trois jottrs con-:
sécutifs les Cloches sonnèrent , le Canon tli
ra j il y eut des feux devant toutes les por*
tes i des lumières fur toutes les Fenêtres ,
lès Clochers mêmes furent éclaires. Le Lun
di on rit tous les Ouvriers occupés, à sus
pendre des Guirlandes , ì attachtr des A . moi
nes > à élever des Loges de verdure de cent"
figures différentes . tout le Peuple enfin se
livrer à la joye. Nos Comédiens joiierent
pour lui gratis.
mu vM.j —— 1« , w ..y «.f'Srfi^noiv ....
les Boëtes , ni les Fusées , rri les Han-beaux,
ni tous ces autres agrémens que le coeur'
& le bon goût peuvent inspirer ; le détait
de tout cela feroit immense , & j'ai d'ailléurs
à ouvrir une scène plus grande & plus
pompeuse.
C'est M. le Premier Président du Parlement '
qui donna la première Fêre solemnelle le
Lundi m Septembre. El'e commença par une
illumination générale de tcut son quartier »
&■ particulièrement de son Hôtel , non seu
lement la fact.' , mais les Cours, Us Appartemens
& les Jardins ; il y eut un Concert
exécuté par des Musiciens du premier ordre,
un repas splendirie oû les personnes de la
première considération se trouvèrent. II fit
distribuer , ou plutôt prodiguer au Peuple
le pain , le vin & la viande . & il disposa
en differens endroits des Inlîrumens , au son
desquels on dansa jusqu'au jour. En un mor,
on peut dire qu'il n'omit rien de ce que
son inclination pouvoir, demander & s„ Dignité
permetue.
ft MERCURE^ DE FRANCE.
Le lendemain > on chanta , sur les cinq
Beures du soir, à la Sainte Chapelle , un "tt
Deum qui fut annoncé par le Ion des Clo
ches & par le bruit du Canon ; le Parlement
& la Chambre des Comptes y assistèrent en
Robes de cérémonie, avec toutes les Com
pagnies qui ont droit de s'y trouver ; M.
de Tavanes s'y rendit aussi. La plupart des
Communautés Ecclésiastiques , en consé
quence du Mandement de M. l'Evêque de
íangres , firent la même cérémonie ce jourlá.
Les Chevaliers de l'Arbalête firent chanter
le lendemain aux Carmes un Te Deum en
Musique, au bruit des. Boètes •• & quoique là
Ville eut renouvelle le soir ses Illuminations
& ses Feux , ils remportèrent íur tous les
autres , en- éclairant leurs Maisons , jus
qu'aux Jardins , de Bougies , de Lampions-,
&c. & ils donnèrent un grand Repas.
les dehors de leur magnifique Collège fu
ient ornés & éclairés avec gout > mais Ië
plus bel aspect fut celui du seu qu'ils allu
mèrent au milieu de leur grande Cour en
tourée de Bâtimens à tross étages , dont les
Fenêtres étoient également chargées de lu.
mieres. Ge qu'ils eurent de plus singulier %
fut une Armée de nouvelle levée , ce fiic
une Milice brillante, qui fit plusieurs évolutions
dans cette Cour , s'y rangea en bataille > &
y fit des décharges. Oh eut le plaisir de
voir pendant trois jours /Cette belle jeunefle
parcourir les lieux les plus apparens de la
Ville , portant 3e maniant les_armes avec au-
Leí Jésuites se distinguèrent
jÁNVfER- 171^.
te 14. les Bouchers qui ont toujours pr-i»
parc aux Réjouissances publiques > mêlèrent
les Musettes aux Tambours . les uns passè
rent la journée- fous les armes ; les autres
ayant choisi deux jeunes filles , les habillè
rent en Bergères , & au son des Instrumens,
les conduisirent en grand cortège chez la
Comte de Tavanes , à qui elles eurent l'honneur.
de présenter un Agneau , orné de ru^
bans & de guirlandes , qui. fut très- gracieu
sement & très- noblement reçu. Us s'apliquerent
ensuite à embellis les Loges qu'ils svoient
déja construites , à tapifler leurs Boutiques
à décorer d'arbustes , de Festons , de Gui
dons & d'armoiries les Ponts qu'ils avoient
jettes fur leur ruë , & qu'ils illuminoient tous
ícs soirs
Cependant dés Veaux & des Moutons en
tiers se rotissoient au milieu des Places aux
dépens des mêmes Bouchers ; les Hautbois
& les Tambours retentissoient de toutes parts»
les Tables étoient dressées , & parurent trèsbien
servies. M. de Tavanes voulut être té
moin de leurs plaisirs ; Madame de Tavanes
y mit le comble , en les animant elle-mê*
me , & c'est principalement à fa présence &
à îexcellent vin qu'elle envoyoit avec pro
fusion , que ceux qui se donnoient en spec
tacle durent la vivacité de leurs Réjoúi£
sances.
M. Baudor, notre Vicomte- Mayeur , qui
fa vigilance portoit de cous côtés , crut que
la Police même étoit intéressée à entretenir
cette ardeur » son bon vin de Champagne &
de Bourgogne le suivoit par tout , & c'est"
de cette source féconde que coulèrent tane'
d'heureux impromptus à fa louange &c
MERCURE t)Ê FRANCE.
Ce même jour 14. Septembre fut marqliér
par Tune des plus belles Fêtes: que nous
ayons vûës ; je veux parler de celre- d& M. le*
Comte deTavanes; comme il delìroit que touc
répondit à la grandeur de ses idées, íbri Hôtels
tout vaste qu'il est , lui parut trop resserré,-
& il se détermina pour le jeu de l'Arquebuse.
C'est un Bâtiment de 30. toises d'éten
due , íìtué à la Porte de la Ville , Sí
Composé de deux grandes Galeries l'une fut
l'autre , terminées par deux Pavillons quartés.
On y anive par une avenue de ioo.'
pas de longueur , bordée de chaque côté par
deux raogs d'arbres 1 avec un fossé , fur le*
bords duquel règnent des charmiiles à hau
teur d'apui;on entre par une grande porte de fer
placée au milieu de la galerie d'en bai, q^ur
du côté du Jardin est ouverte en peristile.
Ce Jardin est un quarré long , clos de mu«
railles couvertes par tout d'une palissade cîe
Charmes de s ro. pieds d'élévation 5 bV
est coupé en deux portions égales par un
canal , & acompagné de deux grandes allées*
d'Arbres en Berceau , dont le rang exté
rieur a son apui de Charmilles ausli-bien'
que l'avenaë. Les retours qui font au bout
des Allées forment quatre beaux quarrés
pareillerríent enfermés- d'Arbres & de Char
milles ; derrière le canal de cent toises de
longueur , est une esplanade qui fait face â
une niche adossée au mur de' clôture , per
cée par les côtés , & couverte d'une demiè
coupole , fous laquelle est le Buste de M. le
Duc. La distance entre les Allées & lesr
murs de côté est d'environ quarante pas ,
& c'est dans ces vuides qu'on a coutume
de placer les buts pour l'exeicice de l'Ar
quebuse». Devant
JAtfVfER. 1729. ff
Devant la Porte de fer, dans ('endroit ouV"
l'avenuë forme une demi- lune, on avoir
élevé fur des Pillièrs de 1 f. pieds de hau
teur un Edifice de charpente , dont l'Enta-*
blement étoit orné des Ecussons des Armes*
du Roi , de la Reine , de Monseigneur les
Dauphin & du Duc de Bourbon ;-ces Arnioiries
étoient ornées de fleurs , dont 1er
Guirlandes defeendoient jusqu'à terre , St
tournoient autour des Pillieis de l'Edifice.
Sur la Plate forme étoit un petit Acrotêre'
ou Piédestal & cinq Piramides soutenues par
des Dauphins , décorées de Devises & de
Cartouches ; la plus haute de ces Piramides'
portoit un Soleil rempli d'artifice ; les qua
tre autres Piramides étoient surmontées d'au-'
tant de Grenades.
Quatre rangs de Terrines on de lampions
f;arnissoient toute la longueur de l' A venue j
e premier rang étoit posé sur le terrain ,
Te fécond à hauteur d'ápuî"; dans le Jardins'
il y en avoit trois étages 5 !es premiers étoient
rangés le long du canal , les seconds fur les
Charmilles d'apui , & les troisièmes fur les
palissades. Tout fut allumé avec une promtitude
inconcevable ; la Niche parut toute
hérissée de.Bougies ; ses deux côtés- en étoient
pareillement garnis pour termii.er les Allées,
ainsi que toutes les Fenêtres de- la Gallerie
& des Pavillons & le Cordon du Bâtiment
des quatre faces 5 c'étoit un coup d'ceif
charmant , & aussi surprenant de loin qu'il'
paroissoit galant & magnifique de près; la
réflexion de Peau faifoit fur tout un effet
admirable, en multipliant les objets.
Cependant l'illustre Compagnie s'étant as
semblée dans la Gallerie haute ,; on lui donrià*
une
■f4 MERCURE DE FRANCÊ.
une Cantate à grand Choeur , dont les sca
roles avoient été composées par le P. Adam,"
de la Compagnie de Jésus , & la Musique
par le S. Leplivet. Ce Divertissement duraune
heure , & fut reçû avec beaucoup de
satisfaction.
A peine étoit-il fini qu'or» donna le signât
pour tirer le Feu d'artifice par une salve de
vingt pieces de Canon rangées au bas des»
Pilliers de l'Edifice ; aussi tôt Madame l'Intendante
, au bruit des timbales & des trom-:
pettes , mit le feu à la mèche , & fit partirun
Dauphin enflams , qui courant avecrapidité
à l'une des faces , communiqua sesflammes
à trois autres Dauphins qui s'éle
vèrent en même-tem:s des trois autres faces,-
& y revinrent avec la même impétuosité p
tout s'enflamma- à leur retour ; ce ne fut plus
que tonnerre & que feu ; les Serpentau*
Voioient fur la terre , les Fusées s'élevoienc
dans l'air &c. Le Ciel devint en mêmetems
fort obscur, & son obscurité contri
bua encore à rendre le feu- plus éclatant St
^Illumination plus brillante.- On ne vit ja«*
mais rien en ce genre de mieux exécuté, &£■
de plus iultement. applaudi.
On servit ensuite le souper. Il y avoît
quatre Tables , une de 40. Couverts dans
l'un des Pavillons , trois de 30. Couverts cha
cune dans la Gallerie d'en haut , toutes
quatre servies avec un ordre, une abondan
ce . une délicatesse , une propreté qui paíîê
toute expression } cent sortes de ragoûts
nouveaux & recherchés , viandes exquises ,
Vins de tous les Climats , liqueurs de tou
tes les sortes ; on epargnok aux Convives la
peine de demander ï on prívcnoit , on devinoie
JANVIER. 1730.
ío'it les souhaits. Ce qu'on admira fur tout
ce fut le Fruit, & principalement celui qui
étoit destiné pour les Dames ; il n'est pas
possible d'imaginer comment on avoit pè
ramatìér tant de fruits délicieux , tant de
confitures exquises ; l'-ceil , l' odorat , le
gouc , tout y étoit satisfait. 80. pieces de
porcelaines & de cristaux qui contenoient ce
Dessert j rangées avec une simétrie & un art
infini , faisojent dire à tout le monde que
c'étoit dommage d'y toucher. Un de nos
Poètes qui a assisté à toute cette Fête l'a
dépeinte par les Vers que voici :
Vulcain, sans doute, avoit cùniuit les feux;
Apollon avoit fait les Vers & la Musique i
JBacchus se trouva bienheureux
Pe faire les honneurs d'un Busftt magnifique;
Diane & Pan qni fournirent les mets ,
jivoient épuisé les Forés Si
Cornus mime d' intelligence,
~ùt ee Banquet superbe avoit fris Vintindanee
,
Pour donner tant de fleurs , pour donner tant
de fruits ,
fleurs de toutes faisons , fruits d'Eté , fruits
d?Automne ,
flore avec son Zephir , Vertumne avec Ptu
tnone
Avoient pasié plut d'une nuit.
Le Peuple eut part à la somptuosité d«
M. de Tavanes ; on lui fit de grandes distri
butions depwn &dc viande» ; pour le vmi
3 8 MERCURE DE FRANCE,
il n'y avoit qu'à prendre, on en avoit 3iC~
posé six fontaines en six endroits differens./
deux A côté des Pilaltres qui font le com-
.mencement de l' Avenue , les quatre autre*
au commencement Si au bout des Allées da
Jardin ; outre cette profusion , on en donnait
„«ncore à tous ceux qui en demandoient %
de forte qu'il n'étoit pas plus rare que l'eatt
,jqui remplit le canal.
Dès qu'on eut fait guelqu&s tours de proçtnenade
pour voir ^Illumination de plus près»
& ce nombre infini de gens de tous étages,
.:qui dansoient en vingt endroits difíerens j,
au son des tambours & des -hautbois ; on
enleva les Tables , & le Comte de Tavanes
-remontant à la GaUerie , ouvrit un Bal , où
les RafraîchiíTemens furent prodigués ; ce
,Bal dura lì long-tems que le Soleil en vint
éclairer une partie. • *
Le Jeudi t 5 Septembre , les Chevaliers
du Jeu de l' Arquebuse , precedés de leurs
.trompettes & de leurs timballes > allèrent
prendre M. le Comte de Saulx , qu'ils ont
l'honneur d'avoir pour Capitaine , & i'ao
xompagnerent aux Jacobins , où en pré
sence de M. le Comte de Tavanes son pere^
& de M. Baudot , Vicomte - Mayeur , Se
•Chef des Armes , il fit chanter avec matnificence
un Te Deum par un grand nombre
e Musiciens ; il se trouva aussi quelques
-jours après au grand repas qui fut donné
dans u;i Salon de verdure , élevé exprès à
«ôté du .canal dont -on a parlé:; tous les
Bâtimens & le Jardin même furent illumi
nés.
Le i4. les Trésoriers de France celebre-
SH|t Jeux Fête ; ïk n'eoeploycreBi pas cette
: • grande
f AN VIE R. 1730. 59
grande foule de Musiciens qui se trouvè
rent aux autres solemnirez ; leur Chapelle
•n'auroit pas pû les con tenir ; mais ils a voient
,d£S voix & des Instrumens d'élite , & s'il*
■n'eurenf pas la gloire de la magnificence»
jls eurent celle du goût & de ia délica
tesse. _ Ô
, í-e Dimanche pg. fut marqué par une Pro
cession generale du Clergé Séculier & Ré
gulier de la Ville , à laquelle lev Doyen de
Ja Sainte Chapelle présida ; le Parlement r
assista en Robes rouges , & M. de Tavanejs
marcha conjointement cn habit de ceremo-
,»ie.
Les Chevaliers de l'Arc firent les hon»
jieurs du lendemain ; le Te D eu m à grand
choeur qu'ils chantèrent aux Cordeliers , lc
repas qui succéda , & la parure des lieuy
où ils tiennent leur Assemblée ont fait hon
neur à la Ville.
M M. de la Chamòre des Comptes qui
■n'avoiént Ras moins cfe zele & d'empresse
ment .que les autres Corps, choisirent le u.
du mime mois , & la Sainte Chapelle pour
ie lieu de leur Cérémonie; la face de l'Eglisc
fut dscorée & éclairée , la Nef & les
deux Tribunes furent tapissées comme aux
jours les plus folemnels 5 on éleva dans ce
Choeur jusqu'aux premières Galleries trois
rangs de festons de verdures &c.
L'Autel étoit paré des ornemens les plus
précieux j l'Mumination repondoit à la pa
rure j car outre le grand nombre de cierges
dont le Maître- Autel étoit chargé , outre
la multitude de Lustres qui étoient diíhi»
Jbuez dans toute l'étenduè de l'Eglise , les
deux Galleries da Choeur, le* deu*. Tribu
nes
v
MERCURE DE FRANCF.
mes & la Balustrade qui règne le long des
tìtales étoient bordées de Bougies. Les pre
mières Galleries de la Nef étoient garnies
d'une infinité de Pots à feu , où pour évi
ter l'incommodité de la fumée > il n'étoie.
Srefque entré que de Ja cire. C'-e'toit un brilint
inconcevable . & toutes ces lumières que
ia tapisserie & renfoncement des Galleries
faisoienc sortir , parurent d'un gout nou
veau , qui satisfit; également & ceux qui se
piquent, de se connoître en ces choses , 8c
ceux qui ne s'y connoissent pas.
•M M. de la Chambre des Comptes vinrent
à l'Eglise» precedez de leurs Huissiers , &
suivis d'un grand nombre deComptables qu'ils
avoient appeíiés à la Cérémonie. Le Comte
de Tavanes qui s'étoit rendu dans leur Salle
d'Assemblée . marchoit entre le Premier 8e
l'ancien Président . precedé de la Maréchausfée
& de ses Gardes. On entra au bruic
des timbales & des trompettes , & M. Mi
chel donna un troisième TeDeum, qui quoi
que d'un gouc diffèrent» ne parut pas.moins
beau que les deux autres > la Musique
fut exécutée avec la derniere précision j
on ne s'étoit pas contenté des Musiciens
de la Ville , quoiqu'ils soient très - nom.
breux > on en avoir fait venir d'Etrangers,
M. le Doyen de la Sainte Chapelle fitl'Office
, & on finit par la Prière pour le Roi &
pour le Dauphin.
Le ii, notre Vicomte- Mayeur , qui avoir,
envoyé de grandes aumônes aux Hôpitaux,
aux Prisonniers , aux Pauvres honteux , &
même aux Religieux Mendians j se rendicavec
toute la Magistrature & les Officiers
des Paioifics chez M. le Comte de Tavanes >
: •• pour
JANVIER. i7?o. 6i
Çavtt raccompagner au Te Deum de la Villes
oici Tordre de la marche.
Les deux Sergens de Bande , revêtus de
leurs casaques d'écarlate , galonées d'argent,
la hallebarde à la main. Les Sergens des
sept Paroisses, tous en uniforme i luivoienc
deux à deux , pareillement avec des halle
bardes qu'ils porcoient fur Tépaule. Les Offi
ciers de la Milice Bourgeoise » distingues
suivant leurs Paroisses , ayant chacun leurs
Tambours leur Fifre , leurs Hautbois 8c
leur Drapeau. Les Capitaines , Lieutenans ,
Majors & Dizeniers marchoient lts premiers,
avec TEiponton ; les Apointtz étoitnt derjiere
avec la Pertuiíàne. Nous appelions
Apointez certains 'Officiers subalternes qui
fervent fous les Dizeniers. Ils faiíoient un
Corps d'environ roo. hommes , tous trèslestes
& ttès proprement habillez. Les Trem
pettes de la Ville , puis les Gardes de M. de
Tavanes d'un côté , & les Sergens de Mairie
de l'autre. M. de Tavanes vêtu d'un habit de
drap «i'or , avec un manteau noir , doublé pajeillement
de drap d'or , étoit acompagné de
M- le Maire, qui étoit revêtu de fa Robe de
.velours violet ,, doublée de velours cramoisi,
bordée d'une fourure blanche ; les Echevins
avoient aussi leurs Robes de cérémonie, de
moire violette. Le Procureur Syndic étoit à
la fuite avec la même parure , en tête de
les Substituts , &de tout ce qui compose le
Corps dé Ville. La marche étoit fermée par
un Détachement des Sergens des Paroisles ,
pour empêcher la foule.
La grande Porte des Jacobins étoît -ornée
de tapis , de festons &c. & éclairée de bou
ffies ; leur vaste £oui l'itoit des deux cô-
D «B
<Í2 MERCURE DE FRANCE,
tez par des Terrines & des Pots à feu »
Portail étoit aussi illumine ,& on avoit éle
vé fur la principale Porte le tableau d'un
Peintre fameux .représentant le Dauphin de
Viennois, qui cède fa Principauté au Ros
PhiKpcs VI. Tout étoit éclairé en Lustres
& en Girandoles dans i'Eglise. Le Grand-
Autel i de même que ceux des Chapelles ,
étoit fi chargé de cierges , qu'on n'auroit ja
mais p& en augmenter le nombre ; les hauts
fieges du Choeur étoient pareillement cou
ronnez de cierges > mêlez de Grenadiers 8f
"d'Orangers On enrra dans I'Eglise au (on
des Cloches & des Trompettes , & au bruit
d'une décharge genevale de 1" Artillerie de la
Ville & du Château. M., le Comte de Ta>.
vanes prit fa place fur un Prie-Djeu qu'on
lui avoit préparé a ia droite du Chceur.
M. le Vicomte- Mayeur étoit ì droite daps
les hauts fieges , ayant devant lui un tapis
de velours cramoisi ayee deux carreaux ;
tout ce qui compofoit l'Hòtel de Ville ft
"plaça à droite & à gauche dans les mêmes
fieges qu'occupent ordinairement les Reli»
gieux.
Les Pères Jacobins , les uns revêtus de
Chapes , les autres en Tuniques , entonne»
rent le Te Dtum , qui fut chanté par les
mêmes Musiciens qui avoient exécuté celui
de la Chambre des Comptes , & qu'on avoit
placez fur un Amphithéâtre dressé au mi
lieu de I'Eglise , & tout illuminé. La fin d*
la Cérémonie fut marquée comme le com
mencement par le bruit des Instrumens , le foa
des Cloches & par une salve de l' Artillerie.
De I'Eglise des Jacobins on marcha à la
fliçc Royale ; cite a la figure d'un Arc „
donc
JANVIER. 17 î o. *ï
Sont la Maison du Roi fait la corde > le de
mi cercle est composé de 41. Portiques d'une
tr.es b;-lie exécution , & surmontez d'une Ba
lustrade de pierre fort bien travaillée , la
quelle règne auili sur les murs de la Terîasle
du «Louvre. On .avoir, élevé í'Edifice
destiné pour le Feu entre les deux rnës qui
aboutissent à la Place Royale. •
Cet Edifice «toit un Arc de triomphe â
quatre Portiqaes de .a. y. piés de hauteur st*r
10 de laigtur ,, dont les quaire angles exté
rieurs étoient coupez pour -recevoir des Pi
lastres d'Ordre Ionique & autant de col orn
ées isolées à .Baies & Chapiteaux dorez ,
posées iur des Piédestaux élevez fur de*
.Zocles. L' entablement répondoit à Tordre ,
Sc le milieu des Architraves étoit eouvetï
de Cartouches aux Armes de Sa Majesté.
Sur cec Entablement regnoit une Balustrade
avec quatre auctes Piédestaux à l'aplomb
des colomnes qui portoient des urnes feintes
de porphire. Sur la première Plateforme étoit
élevé un .Zocle de sept pieds & demi de
hauteur , & de douze de diamètre , qui formoit
la seconde Plateforme , de laquelle
sortoit un Baldaquin circulaire , & d'Ordre
Corinthien, à huit colomnes grouppées , dont
les Bases & les Chapiteaux étoient pareil
lement dorez , & qui portoient huit Dau
phins surmontez d'un Soleil. Sous le Dôme
étoient placées plusieurs Statues ; celle de la
Félicité qui fe faisoit un plaisir de donner un
Dauphin à la France , celle de Ja France
-qui le recevort avec respect , celle de la
Ville de Dijon qui y applaudissent avec ad
miration. Au dessus de ces Figures voioit le
Génie de la France» qui femoit des lau-
D ij riers
*4 MERCURE DE FRANCE;
ciers fur le nouveau Prince. Toutes les par»
ties de cet Edifice étoient peintes en marr
bre & ornées de Devises & d'Inscriptions,
En arrivant: à la Place s toutes les Trou
pes formèrent un grand cercle autour du '
Théâtre > laissant entre ' elles & ce même
Théâtre un assez grand espace pour que le
Comte de Tavanes & tous ceux qui com
posent la Magistrature, fisient les trois tours
ordinaires avant que de mettre le feu aux
mèches. Plus de cinquante instrumens de
toutes les façons , place* fur la Terrafle qui
ferme le logis du Roi, se mêlèrent au bruit
des tambours , des hautbois & des Fifres •
qui étoient i la tête des Troupes.
Après les trois tours , M. le Comte de
Tavanes & M. le Vicomte- Mayeur , mirent
le feu aux deux mèches qu'on avoit prepar
rées ; le feu se communiqua par tout dans
l'instant , les Fusées, les Lances à feu , les
Saucissons , les Soleils , les Dragons > les
Grenades éclatèrent de toutes parts , & don
nèrent lieu à cet autre Enthousiasme Pojétjque.
■
La veille pendant mon repos
0n m avoit transporté dam Piste de Lemnosi
Là , du milieu des fournaises ardentes
Coulaient des torrens de métaux ,
Et les enclumes gémissantes
Tlioient fous tesson des marteaux.
Ze Cycbpe attentif k l'ordre de son Maître ,
Mêle avec le charbon le souphre & le salpêtre.
Joint au feu , joint au vent h huit & le
fracas ,
Et
Janvier. 1730. g)
$f itút te qui du foudre anime les éclats i
Mais il n'y mêle peint la mort éf les allar*
mes ,
Jl ne le trempe peint dans le sang , dans let
larmes ;
L'ouvrage n est point fait pour nuire (y peut
troubler i
U est fait pour surprendre , il est fait pour
briller,
Ên effet > quoique le vacarme fût grand ,
te qu'il redoublât encore par l'écho de cette
Place spacieuse , quoique les flammes nous
enyelopaflTent de tous côtez , non feulement
nous n'eûmeS point de mal , mais on n'eut
pas même |a moindre peur.
Le feu fini , on continua 1* marche jus
qu'à l'Hôtel de Ville » qui étoit entièrement
illuminé ; fur la Porte on avoit placé le por
trait du Roi fous un Dais. Cependant on
avoit distribué du pain à plusieurs reprises
pendant la journée , les Fontaines de via
li'avoicnt ceflé de couler. Un festin splen
dide attendoit la Compagnie , pour laquelle
on avoit préparé trois Tables dans la grande
Salle de cet Hôtel , une au fond où e'toic
M. de Tavanes avec M. le Vicomte- Mayeuc
& les personnes les plus qualifiées , les deux
autres en long & à côté pour les Eche
vins , les Citoyens & les Etrangers qui
avoient été invites j il y eut plusieurs íer~
vices differens , tous également bien four
nis , & ceux qui aiment l'abondance eu
rent autant de lieu d'être satisfaits que ceux
qui ne demandent que de la propreté & de
D iij la
€6 MERCURE DE FRANCE:
fa delicateste. M. de Tavanes porta la santi'
du Roi , de la Reine , du Dauphin & de M.
• Jc Duc, & ces santez furent accompagnéesde
plusieurs salves.
Les Instrumens qu'on avoit placez fur la
gallerie du Logis du Roi , donnèrent pendant
plus d'une heure une simphonie vive & har
monieuse > les illuminations étoient generáles.-
De quelque côté qu'on tournât dans la Ville,
dans lés rues les plus étroites, dans les quar
tiers les plus éloignez, on ne voyoir que lu
mières , figurées de cent manières différentes
chacun se faisoit honneur de renchérir sur ses
voisins.
Le plus grand spectacle parut dans la Place
Royale ; le Théâtre avoit changé de face, au
lieu de Feux d'artifice PEdifice de charpente
parut chargé dé Lampions Se de Pots à feu;
Ce n'étoit plus des Portiques ni des Balda
quins de marbres-, c'étoient des Portiques &
de? Baldaquins de lumières» Cette Illumina
tion avoir d'ailleurs des accompagnement
merveilleux i les deux Fontaines de vin qui
coulèrent le jour & la nuit , étoient ornées
de lumières & de feuillages : on avoit porté
une gran le quantité de Pots à feu fur la haute
Tour du Louvre , qui est la piece la plus éle
vée de la Ville & qui s'apperçoit de plus d*une
lieue : toute la façade de ce Palais étoit illu
minée , tout le tour de la Place décoré d'un
cordon de verdure qui descendoit en festons
aux côtez des Portiques; deux rangs de ter
rines garnissoient les Ceintres & la Bilustrade
dont ils font couronnez, des Pots à feu ex
traordinaires & placez de distante en distan
ce , en relevoient encore l'éclat ; les rues,
& fur tout les deux grandes rues qui traver
sent
JANVIER; 1730. 6%
íént la Place Royale > avoient une apparence
d'autant plus riche & plus agréable , que tou
tes les fenêtres y sont de même symétrie Sc
qu'elles étoient e'galement éclairées ;on avoit
encore an point 3e vûë' qui l'emportoit fur
tout cela ; le somptueux Portail de l'Eglise de
S. Michel , de dirserens ordres d' Architecture
l'un fur l'autre , étoit totalement illuminé ; la
plateforme étoic bordée de Pot? à feu , les galleries
da milieu & routes les ouvertures des
Tours e» étoient remplies.
Pour peu qu'on s'avaneic dans la Place de
S. Etienne, qui n'eíì qu'à quelque? pas dff
l'autre, on trouvoit d'autres ctartez; on voyoit
en perspective la maison de M. le Vicomte-
Mayeur au bout de la grande ruë qui entre
dans cette Place : pendant tout le jour on y.
avoit fourni du pain & fait couler nnc Fon»
«aine de vin ; fur tout la populace s'étoit fort"
amafée d'un jeune enfant habillé en Bacchus
, qui passa plusieurs heures aflîs fur la
tonneau d'où jaillissoit la Fontaine : pendant
ía nuit on ne reconnut plus ni maison ni porte,
on ne vie qu'une lumière universelle qui en»
velopoit & absorboit entièrement les autre*
objets-.
Toute la Ville à la fin se rassembla dans la
Place , tout y dansoit, touty fautoit; les Instrumens
ne Cessèrent qu'au jour , & on ne cessa
de danser tant qu'ils continuèrent ; enfin certe
nuit si charmante fut pour nous un augure du
bonheur que la naissance du Prince nous pro
met » ce qu'un autre de nos Poètes a tâché
d'exprimer ainsi :
Après une trop longue & trop cruelle absence ,
La Félicité de retour ,
T> iiij E*
rf$ MERCURE DE FRANCE.
En accordant un Dauphin k la Francs
Nous marque qu'elle veut y fix-erfon fejottrí.
Recevons cejirefent de ses mains btenfaìjhnti^t
Ne doutons plus de son secours ;
Si les nuits font pour nous fi belles, fi brillant ex>
§luels seront. déformais, nos jours f
Cependant lés Officiers dé notre Milice Bout>
geoise ne crurent pas avoir marqué leur joye
assez vivement. Le if.de Septembre ils firens
chanter dans TEglise des Jacobins , un Te
Deum aufli magnifique que celui de la Ville »
M. de Tavanne leur fit l'honneur d'y affilier;
M. Ie Vicomte-Mayeur se mit à leur tête. Lx
Troupe n'étoit composée précisément que des
Capitaines, Lieutenans , Enseignes, Major*
& Dizeniers des Paroisses , précédez des Sergens
& des Tambours.. La marche parut d'au
tant plus pompeuse . qu'à commencer par le
Maire, tous les Officiers jusqu'au dernier *
avoient des habits uniformes , la veste galon
née, le justaucorps d'un beau Camelot écarlate,
le chapeau bordé . avec le plumet blanc Se
la coquarde de même ; ils allèrent ensuite au
Jeu de 1* Arbalète . dont ils avoient illuminé
les Bâtimens-&- les Jardins d'une manière trèsriante
& t ès-agréable. La Salle haute & la
Gallerie d'en bas, quoique très-érendi ë , ne le
furent pas trop pout les tables ; M. le Vicomte-
Mayeur tint la première . M. le Comte de Tavanes
n'ayant pû s'y trouver, à cause de I" il—
lustre Compagnie, à qui ce soir là même il
dpnnoit à manger ; mais il s'y rendit fur les
onze heures da soir , & fa présence redoubla
la joye qui ctoit déja bien vive ; on recom
mença
Janvier.
. Aença, au bruit des Canons > â boire la santé
du Roi , de la Reine , de Monseigneur le Dau
phin & de M. le Duc.
Les Bénédictins avoient fait ce même jour
une Procession íbíemnelie & chanté le Te Deum
& l'Exaudiat, avec beaucoup de pompe; 8c
pour rendre leur joye plus sensible ■ ils firent
aux pauvres_ de grandes distributions de paio ,
de vin , de viande & d'argent.
J'ajoûterai que notre Université se trouva
chez les Jacobins pour une pareille cérémo
nie le 8. du- mois a Octobre ; comme elle ne
.fait que de naître» elle a encore tout son
premier zele & toute son ardeur pour le Roi >
toute sa reconnoissance pour M. le Duc, son>
Protecteur. Le Doyen de la Sainte Chapelle ,
Chancelier, se trouva à cette solemnité » con
duit par les Massiers & les Bedeaux , les-Profesteurs
l'accompagnoient en Robes rouges ,
les Ag^regez en Robes noires avec le Chape
ron d'écarlate; ils ne cédèrent en rien à ceux
.qui avoient paru devant eux- dans la même
Eglise. Tous les Corps de Métiers générale
ment quelconques ont rempli les mêmes de
voirs avec un empreíîement & une joye que
je ne puis vous représenter.
La Cérémonie de nos Marchands eut quel
que chose de noble ; la belle Eglise de Notre-
Dame , où ils se rendirent » étoit tapissée ,
ornée & illuminée à faire plaisir; leur* Musique
fut d'un très-bon gout , & les Instrumens en
rehauflèrent le prix ; le Canon n'y manqua
point» &' pendant toute k nuit' suivante ils
étalèrent, à l'envi les uns des autres , tout ce
eui pouvoit rendre leurs maisons plus ornées
Se plus brillantes.
M, de laBfifïe, Inondant de. Bourgogne. *
7o MERCURE DE FR ANCE,
■
n'ayant pû être de retour à Dijon que le ifl.
Septembre , il fixa fa Fête au Dimanche t.
Octobre. M. l'Intendant occupe la Maison Ab
batiale de S Bénigne ; il y a devant la porte
une petite Place qtiarrée.des plus jolies; la
Cour est en arc & d'une étendue plus que rai
sonnable ; les Appartemens font beaux & bien
.suivis. Le Jardin est orné d'un très- beau Par
terre &r de quelques Bassins ; il est terminé par
sept Portiques d'un treiflage très riche , dont
il y en a trois, qui ont plus d'élévation que:
les autres, & qui font décorez de Statués
de part & d'autre font plantez des arbres &
sù-dclïous des Charmilles à hauteur d'apui ;
à droite: derrière ces Charmilles , s'élève
une Ternste qui donne fur l'aliée; à gauche
ce font des Bâtimens couverts de verdure , au
bout desquels on a ménagé une issue pour
monter à la grande Terratle qui tient toutela
largeur- du Jardin : du coté de la Mailorv
cette Terratle est cachée par les- Portiques i.
de l'autre côté elle donne fur le folïé de la,
Ville entre deux Bastions qui la débordent ,
& die a un aspect très gracieux , dont le prin
cipal point de vùë.dt le Jeu de l' Arquebuse 8s.
la Chartreuse.
On s'aflëmbU d'assez bonne heure , & cha
cun s'amusa jusqu'à six heures du soir., la,-
Compagnie attirée par le son des Instrumens,.
fè ren.iit dans la première Salle : on préludí .
par des Concertos; on vint ensuite au Di
vertissement particulier , dont les parole»,
avoient été faites exprès pour lé fuiet , & la
Musique compjsée par le sieur Bourgeois.
La Place que j'ai décrite étoit entourée delanternes;
elle tiroit un grand jour & des
maisons fitutes à 1'oposite , où on n'avoú rienentièrement
illuminé , & de la façade du Palais
Abbatial gui répondoit à tout cela. Le Peu
ple y avoit son Concert & ses Inlhumens ,
Sc des Fontaines de vin qui couloient fans
cesse. Une double ceinture de bougies regnoit
jdans toute l'écenduë de la cour. -Les Bassins
& le Parterre du Jardin éroient profilez &
bordez de Lampions i la petite Terrasie & les
Charmilles écoient chargées de terrines \ les
sept Portiques étoient en bougies qui en
avoient pris les ceintres. C'étoit proprement
un Jardin de lumières1, dont les éclats éblouis
sants avoient été substituez á la place des Buis»
des Charmilles & des Treillages.-
Un très beau Feu d'artifice , placé fur le
chemin couvert-, en vûë de la grande Terrasse
dévoie faire partie de cette Fête ; on s'occupa
encore de lTlluìnínation , qui du haut de cette
Terrassé, faiíbk un spectacle nouveau & rra-
Paiterre lumineux, un Portail & des Tour*
enflammées ; du côté dé la Campagne on
avoit en face le Jeu de l'Arquebuse , d©ac
les Bâtimens étoient éclairez , & fur les co
tez deux, grands Bastions bordez dé lumieKS'
& garnis d'artillerie qui commença à se faine
entendre ; après quoi Madame la Comtesse
dé Tavane & Madame la Marquise de Chajoû
, après avoir long- temps disputé de po
litesse , firent enfin partir en commun un
«Dragon enflammé, qui étoit venu prendre leurs
ordres fur la Terrasse ; i! ne ìes eut pas plutôt
portez fur le Théâtre » que les Piramides s'al-
Jumerent , les Moulinets tournèrent , les Fu
sées partirent, les Lances à feu fuivireiKi ce--
iUc UQ feu continuel & un bruit étonnant ;
Ptj, lie»'»
yi MFRCUHE DE FRANCE,
rien n'étoit plus beau que de voir lts Grenade»,
vomir des milliers de Serpenteaux fur la Po
pulace > qui n'est jamais trop près à son gré ;
mais rien n'étoit plus plaisant que les mouvemens
qu'elle se donnoic pour les éviter ;
ces feux voioient de cent manières différentes-,
les uns sembloient se plonger & se précipiter
fur la terre , les autres sprès cent tours 8c cene
retours remontoient avec vivacité au lieu d'oà
is étoient sortis, la plupart serpentoient vé
ritablement & poursui voient ceux qui vouloient
s'en détourner ; fur la fin on jetta quel*-
ques douzaines de Fusées choisies , qui rem
plirent l'Air de gerbes & d'étoiles.
M. l'Intendant donna ensuite à souper à prèsde
cent personnes distinguées. Quand ily en
auroit eu le double on se seroit loué de l'a>
bondjncej la propreté & la délicatesse en fu
rent Rassortiment. Après le souper il y eut un .
Bal magnifique»
I,a Fête de M"S les Elus a mis , pour ainfidire.
le sceau à- toutes les autres Réjouissance*,
elle a réuni en quelque forte: toutes les Fêtes
qui a voient precedé.Je n'entrerai là dessus dans
aucun détail , ma Lettre n'ttant déja que trop
longue , & le Mercure en ayant déja parlé dans
le premier volume de Décembre, page ^S6é,
Je ne puis, cependant me dispenser de vous
parlei enco e de deux traits qui regardent d'autres
nerfonneí , & qui .méritent de n'être pas
oubliez , & je finis par 'à ma Narration.
Une vingraine de Bourgeois , las d'être
Confondus lans la foule, ont eu recours à une •
nouvelle invention pour fe tirer du nair. Ils
avoient élevé fur quatre roues un Char Ba
chique de i». pieds de long fur 8 de large,
fetm« 4"unc kftrriMC d'envùoo i, pieds de haa-
■-4,..
JANVIER. t7ío, jf
teur , ornée de Tapis & de Peintures. II étoir
couvert d'une riche ImpeiialcenbcrCcau.íoutenuë
par desColomnes cntouréts de Pampre^
à laquelle étoient suspendus plufieurs Lustres.
&• dont les pentes écoient décorées de Tableaux
& d'Ecussons de différentes Armoiries. Les
Hautbois 6c les Ballons étoient plaaz fur le
devant du Ghar $ une table bien servie &
bien arrêtée , chargée de bougies & d'une
grande quantité de plats cris-bien remplis, .&
un Buffet ou plutôt une Boutique de verres
& de bouteilles , ne faiioit pas la moindre par
tie du spectacle. Toute cette Machine étoit
traînée par huit puissants chevaux, enduits,
par quatre Postillons & precedée par un Tin*,
bilier 6c par deux.Trompettes. â cheval, escor
tée par une Compagnie de Gardes à pied, &C'
environnée de flambeaux..
On a voit pris pour quartier d'aflemblée la'
Porte Guillaume , qui est celle par où noussortons
pour aller à Paris. Elle étoit illuminée
de haut en ba^ ; Us Ceintrts , les Pilast.es , les •
cotez , marquez , pour ainsi dire d'aprez. de
Lampions & de Terrines ; toutes lts fenêtres
de la longue rue- qui y aboutit , avoitnt auífi'
leurs lumières , ce qui joint -rJx,Lanternrs<les
rues qu'on allume tous les soirs , vendoit une
clarté égale à. celle du jour. La marche com.»
menca fur les sept heures du soir & elle con
tinua jusqu'à minuit : on s'arrêta dans la Place
Royale & dans tous les lieux où font placez
les Hôtels de ceux qui ent quelque autorité
dans la Ville : là les cris de joye redoubloient ,
r Jes Instrumens se mêloient , la petite Artillerie
se faisoit entendre, mais la poudre n'etoit pas •
|a munition dont un coníumoit le plus.
Uflc.nwlwwdec»nrjaiiu de peuple suivit ce
festia ;
7+ MERCURE DE FRANCE,
festin ambulant pendant toute la nuit , marr
quant par ses acclamacions le gré qu'elle fçavoic
à ceux à qui leur zele íèul avoit inspiré ce'
dessein. Les personnes, les plus considérablesy
applaudirent & les reçurent avecaccueil.lorsqu'ilsse
présentèrent devant leurs Hôtels: touslés
Habitans s'empressèrent de leur faire hon
neur > en chargeant leurs fenêtres de lumières ,>
en jettant des Musées & faisant tirer des Boëtes
& du Canons enfin cette Réjouissance parti
culière devint en un instant une Fête generale
par la part que tout le monde y voulut pren«-
dre. L'autre trait est un peu plus grave.
Les Enfans deChoeur de la Sainte Chapelle,,
à'qui on avoic accordé un jour dè congé , afinqu'ils
se ressentissent- de la joye Duplique, de
mandèrent è le palier Jans un Hérmitage situé,
à une portée de mmisqa<.'t de la Ville , & dont
la Chamelle déiiée soas le noa*de,S. Martin
a set vt autrefois d'Eglise au Village de Fon
taine . lieu de la naissance de S. Bernard. Onne
pen-tra point leur dessein, & on ne les
soupçonna pas de songer â autre chose qu'à'
'une simple promenade : ils avoient néanmoins
des pensées plus sérieuses. Avec le secours de
l'Harmite , ils trouvèrent le secret d'aproprier
là Chapelle, d'en illuminer les dehors & lesdedans
, même de couronner les murs du Jar
din de Lampes à plusieurs lumignons , qui ré
pandirent un éclat d'autant plus étonnant qu'on ■
n'en connoissoit point la cause. Cette clarté
subite , jointe aux Cantiques & aux Motets de
leur composition , qu'ils chantèrent avec une
dévotion touchante & avec beaucoup d'ait,.
charmèrent tout le monde ; on prit part à des
Prières que Dieu exaucera fans doute , puis
qu'elles lui ont été adtefsecs par l'iaaocence
JANVIER. i7? oi 7t
& par le bon coeur. Nos Musiciens & Simphonistfs
qui avoient été invitez secrètement1,,
iè firent un meiite de les leconder. II y eusensuite
un petit régal » où l' enjouement ne nui
sit point à Immodestie, ni la modtíìie à l'enjouëment;
on chanta en panie diverses Cban»
Ions lur la naiflance du Dauphin j le bruit du -
Canon se mêla- au son des Instrumens & ì
l'harmonie des voix , 8c tout s'y paíla d'une
manière fi tendre & fi convenable > que je me
serois íait un reproche de ne vous en avoir
ras rendu cofnpte. Je n'âi plus , pour finir,
heureusement , qu'à ajouter ici le voeu gênerai
de tous nos Citoyens.» vous y soulcriuL de
bon coeur.
Grand Dieu , prene^ soin de la Mere ,
Conservez, nous £r l' Enfant & i* Pert i ;
Qtie pendant des siécles entiers >
lis règnent toiu les trois dans une paix pro
fonde : .
Vous les ave^donne^ pourdt bonheur du mondtì ■
Ghf'ils en joiiijfent Us, premiers.
Fermer
Résumé : RÉJOUISSANCES faites à Djon. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
Le texte relate les célébrations qui ont suivi une nouvelle importante annoncée le 7 septembre. Cette nouvelle fut accueillie avec enthousiasme, des salves d'artillerie et des cloches sonnèrent, et les habitants exprimèrent leur joie. Le Comte de Tavanes, commandant de la province, organisa des festivités dans son hôtel, décoré de symboles royaux et illuminé. Des feux d'artifice, des fontaines de vin, des bals et des danses furent organisés. Pendant les semaines suivantes, les réjouissances se poursuivirent avec des illuminations et des repas somptueux chez le Comte de Tavanes. Le Parlement, réuni après les vacances, organisa une cérémonie avec un Te Deum chanté par l'Abbé Bouhier. Les musiciens et les communautés ecclésiastiques participèrent également aux célébrations. Le dimanche suivant, des loges de verdure furent érigées, et les comédiens jouèrent gratuitement pour le peuple. Les festivités inclurent des illuminations, des feux d'artifice et des danses. Le Premier Président du Parlement organisa une fête solennelle avec illumination, concert, repas somptueux et distributions de nourriture au peuple. Le lendemain, un Te Deum fut chanté à la Sainte Chapelle, avec la participation du Parlement et des compagnies autorisées. Les Chevaliers de l'Arbalête organisèrent également une cérémonie avec un Te Deum et des illuminations. Les Jésuites, les Bouchers et d'autres corporations participèrent aux réjouissances avec des défilés, des musiques et des décorations. Le 14 septembre, une fête mémorable fut organisée par le Comte de Tavanes au jeu de l'Arquebuse. Le bâtiment fut décoré de symboles royaux et illuminé. Une cantate fut interprétée, suivie d'un feu d'artifice spectaculaire. Un souper somptueux fut servi avec une grande variété de mets et de boissons. Les festivités se poursuivirent avec des illuminations et des danses jusqu'au matin. Le texte décrit également les festivités organisées à Dijon en septembre 1730. Les événements commencèrent par une nuit de festivités somptueuses organisées par M. de Tavanes, avec des distributions de viande et des fontaines de vin dans divers endroits de la ville. Le lendemain, les Chevaliers du Jeu de l'Arquebuse accompagnèrent M. le Comte de Saulx aux Jacobins pour un Te Deum, suivi d'un grand repas dans un salon de verdure illuminé. Le 14 septembre, les Trésoriers de France célébrèrent leurs jeux et fêtes avec des musiciens d'élite. Le dimanche suivant, une procession générale du clergé séculier et régulier eut lieu, présidée par le Doyen de la Sainte-Chapelle, avec la participation du Parlement en robes rouges et de M. de Tavanes en habit de cérémonie. Les Chevaliers de l'Arc organisèrent des honneurs le lendemain, avec un Te Deum aux Cordeliers et un repas somptueux. La Chambre des Comptes choisit le 21 septembre pour sa cérémonie à la Sainte-Chapelle, décorée et illuminée de manière grandiose. Le 22 septembre, le Vicomte-Mayeur conduisit la magistrature au Te Deum de la ville, suivi d'un feu d'artifice spectaculaire à la Place Royale. La ville était entièrement illuminée, et un festin splendide fut servi à l'Hôtel de Ville, avec des salves et des symphonies en l'honneur du Roi, de la Reine, du Dauphin et du Duc. Le texte mentionne également les festivités organisées à Dijon en janvier 1730 pour célébrer la naissance du Dauphin. La ville était illuminée de manière somptueuse, avec des décorations de verdure, des terrines, des pots à feu et des fenêtres éclairées. La Place Royale et l'église Saint-Michel étaient particulièrement mises en valeur. La Place Saint-Étienne offrait également des spectacles, avec des distributions de pain et de vin, et un enfant habillé en Bacchus. Toute la ville se rassembla pour danser et célébrer jusqu'au matin. Les officiers de la milice bourgeoise organisèrent un Te Deum à l'église des Jacobins, suivis d'un jeu de l'arbalète illuminé. Les Bénédictins firent une procession et distribuèrent des aumônes aux pauvres. L'Université et les corps de métiers participèrent également aux cérémonies avec pompe et joie. M. de la Billiarderie, Intendant de Bourgogne, organisa une fête à la Maison Abbatiale de Saint-Bénigne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1209
p. 73-81
A Sedan, [titre d'après la table]
Début :
Les Réjouissances à Sedan furent annoncées par deux décharges de l'Artillerie de la Ville [...]
Mots clefs :
Dames, Réjouissances, Sedan, Dauphin, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Sedan, [titre d'après la table]
Les Réjouissances à Sedan furent annoncées*
par deux. décharges de ls Artillerie de la Ville •
& du Château, l'une le Samedy au soir pre
mier Octobre, la seconde le Dimanche à lapoirte
du jour. L'Arrès midi on chanta un<
Te Deum, & on fit ensuite une Procession Sokmnellé
au bruit d'une triple décharge de tou
te T Artillerie & de la Mousqueterie ; on avoir
bordé les Rainparts de toute la. Garnison , tant
Infanterieque Dragons, & la Bourgeoisie avoir,
été commandée , & y faisoit les mimes fgafetmiH
yue les Troupes réglées. .
f€ MERCURE DE FRANCE.
- La Compagnie de la Jeunesse Bourgeoise,,
«omposée de trois cens hommes , s'est fur touc
distinguée; le nom seul annonce quelque chose
de galant & de brillant, austi ayoienc-ils tous
lès livrées de leurs Maîttefles qui étaient fur
les Remparts.
Après le Te Deum , on alluma un Peu trèsélevé
avec les cérémonies ordinaires , la Gar
nison étant sous les armes , & àTentrée de la
nuit , on mit le feu à un Artifice, dont la dis
position étoíc ingénieusement imaginée ; l'Edifice
étoit construit au milieu de la grande Place
sur un Rocher extrêmement élevé , Sc jettaiw
i'eau en arc par quatre muflíS ; cette eau tomboit
dans un Réservoir , d'où elle sortoit en
abondance tout à.Penrour & faisoit une Nape
d'eau de toute la circonférence ; là Charpente
de l'Eiifite étoit cachée par des arbres entiers
qu'on y avoit plantez, ce qui en faisoit un
Baquet frais & enchanté, tel que les Poëces
dépeignent celui du Bain dé Diane.
L' Artifice n'avoit rien de particulier que la
quantité & lî promptitude de l'execution*,
mais ce qu'il y avoit de plus agréable est qu'à
mesure que 1* Air étoit éclairé, on voyoit
les quatre A^cs. d'eau briller des couleurs les
plus vives , tel que celui dé l' Arc- en-Ciel ; ce
mêl.inge des Elemens concourok à faire un
très-bcau spectacle.
A peine' I Artifice fut-il fini, que toute Iá
Ville fut illuminée de Lampions,les Feux furent
en même temps allumez devant chaque parte
& les tables dressées dans les rues-; les Officiers
«le Ville ont bien marqué en cette octasioh
qu'ils étoientles Pères du Peuplrj indépendam
ment des Fontaines de vin qui couloient de
TO"tes p»t« t ik mfàvMi&m du pain > du
jANvrER. tri<r. tr
vin & de la viande à toute la populace , St au*
Heu de donner un Festin à l'Hotel de Ville aux!
dépens du Public, chacun de ces Magistratsdonna
chez foi un Repas splendide , où tout?
eequ'il y avoir dans la Ville.au- dessus du Com
mun , fut invité.-
Le Commandant rassembla' cependant tour
tes les Dames chez lui après le soupé. Elles»
trouvèrent le Frontispice & la façade de l'Hôtel
illuminez de flambeaux de poing 8c de Lam*
I>ions & ornez de Cartouches des Armes de
eurs Majeslez &du Dauphin. Trois grandes
Salles extrêmement éclairées , servirent de Scè
ne. Les deux premières étoient destinées- à I*
danse i & dans la troisième on avoit servi un/
magnifique Ambigu , où toute l'Assemblée allai
se délaslcr & reprendre des forces pour daníèr
de nouveau.
Plusieurs bandes de Masques se succédèrent
les unes aux autres avec des habits somptueux1
& galants. On ne connoît point ici les Do--
mino , ce déguisement répand une uniformité'
ennuyeuse dans une Assemblée, tout s'y res
semble & s'y confond. Nos Mascarades , au
contraire, croient variées & caractérisées.
Ce qu'il y a de remarquable est que les Mas
ques ne dansèrent aucune des danses ordinai
res : on avoit pris foin de donner â l'Orquestr©
des Airs inventez exprès pour la-Fête, & chaque
Mascarade figuroit une danse nouvelle , de
sorte que l'oreille & les yeux furent égalemenp
satisfaits parl'agréable variété. Les Dames des»
Villes voisines qui avoient été invitées â cette
brillante Fête, y concoururent par les déguifemens
qu'elles imaginèrent & par les dansesqu'elles
exécutèrent.
Les jours suiyans furent distinguez par de
ROU>
1% MERCURE m FRANCE.
Nouveaux Spectacles qui méritent d'être rap
portez par leur singularité* Les Ouvriers des
Manufactures qui font en grand nombre à Se
dan , habillèrent un Enfant en Dauphin. Et
firent chanter une grande Meffe & unZV Deumt
Voici l'ordre de ía Cérémonie.. _ ,
Deux Compagnies de Milice Bourgeoise
commençoient la marche. Ils avoient ï leur
- tête des Violons , des Hautbois , & des Tam
bours au centre qui se répondoitnt alternatif
vement. Ensuite marchoit une Compagnie de;
Houssarts vêtus magnifiquement de bien mon
tez. Ils étoient précédez de Trompettes, & Tim
bales-. Gette Compagnie écoit suivie de vingt
Gardes da Corps à cheval en habits bleus uni
formes; le Carrosse où étoit l'Enfant repré
sentant le Dauphin > marchoit immédìatementf
apres; il étok accompagné de Pages, de Valets
de Pied & de huit Coureurs-, & entouré de
douze Heraults,dont six étoient à cheval, an«ez:
de pied en cap à l'antique , & Its chevaux bar
dez.. Ils aboient la visière baiíîée Si les Masses
d'Armes ou les Lances à la main.-
Dans le même Carrosse étoient trois jeunes
Demoiselles richement vêtues , représentant
Mes Dames de France, & une quatrième repré
sentant Madame de Vantadour. Le' Carrosse
étoit surmonté d'une Couronne fermée de quaire
Dauphins.
Les Dames du Palais suivoient dans une
Calèche galamment ornée,- enfin le Cortège
étoit terminé par deux "autres Compagnies a vec
des Violons 8c Tambours, dan»ia même dis
position que les premières.
Ceifut en cet ordre qu'ils marchèrent pour
fè rendre à l'Eelise; on avoit placé au milie»
du Choeur un Carreau pour le Dauphin. Les.
Gardes.
-
AN"VIER. tjjo\ 7
©ardes fáisoiem un demi cercle à l'èntour de
les Cuirassiers à pied , armez de toutes pieces y
étcient aux quatre coins du Coeur & aux
deux cotez de r Autel comme desHeraults d' Ar*
mes. L" Aumônier étoit derrière le Fauteuil qui
prescntoit au Prince le Livre & lui marquoit
toutes les parties de l'Office.
Au sortir de l'Eglise le Cortège passa par Iei
Çrincipales rues , à l'entrée desquelles toute
Infanterie faisoít une décharge de Mousque*
terie & un Officier des Gardes du Corps jettoit
de l'árgent au Peuple.
Cette Cérémonie a été repetée jusqu'à quatre?
fois par differens Corps d'Ouvriers-, qui à;
l'envi l'un de l'autre . encheristoient fur la ma
gnificence &r fur le nombre.
Le Corps de la Manufacture Royale de DrapSa
aussi signalé fbn zele par un "Te Vcum , Se
un Feu de joye. Deux Fontaines de vin in«
dustrieusement pratiquées , ont coulé' pendant'
leur Festin autour de l'Hôtel de Ville , où ils-
**étoient rassemblez, &r oà étoient invitez l'Ëtat
Major & les Chefs des Compagnies. Le*
gout de l'illumination répondoit â la magni
ficence de la Fête-
Les Officiers de la Garnison (Régiment di
Vilon Mandais ) ont couronné toutes ces FêteJ
par un Spectacle de leur métiers & ils l'oiit
exécuté d'une manière qutmarque leur eirpe»-
ailleurs.. : '
Ils ont formé deux partis peur se battre à
coups de Fusées. Les Dames fé divisèrent aussi'
en deux Partis, & chaque Reine choisit les
Champions qui dévoient entrer en lice.
Le ^.Octobre à fix heures du soir les Chcses
de
ítì MÊRCURE I>Ê; FRANCÊ;
de chaque Parti allèrent marquer les deiHif
Camps.Ils partagèrent l'avantage du vent, afin?
que l'un1 des Partis ne pue se plaindre d'être
offusqué de la fumée."
11$ firent rendre deux cordes à douze pas
l'une de l'autre > ils convinrent que l'approche
en seroit deffenduë , & qu'ils s'en tiendroient
â se lancer leur Artifice d'un Camp à l'autre.-
A huit h'euïes les Gombattans parurent au
liombre de quarante ; Ils étoient menez au
Combat chacun par leur Dame , dont ils port'oient
les Livrées s ils conduisirent les Damesaux
Balcons d'où elles dévoient voir le Com
bat & décider de la victoire. Ensuite ils se ren»
dirent sur le Champ de bataille. Cinquante
Soldats de chaque coté étoient fous les armes
pour empêcher le Peuple de s'exposer au feirc
tes Tambou-rs & Fifres étoient des deux côte*
pour animer les Gombattans.
A huit heuTes 8c demie les Dames donneïent
le signai s les Tambours battirent la char
ge, & le feu commença par quelques escar
mouches; ensuite il fut si violent de part 8e
d'autre, qu'il étoit difficile dé juger lequel desdeux
Partis dsvoit l'emporter j enfin après
trois quarts d'hevtre d'un feu vif , égal & con
tinuel , il arriva comme à la Bataille de Phatsale
, que le hazard décida ce que les Dieux
n'osoient juger.. Le feu prit au Parc de l'Areillerie
de l'un des Partis & brûla en un instant
quatre mille Fusées, Pétards ou Serpenteaux ,
qui étoit environ le quart de leur~Artifice.
Après cet accident il fallut céder,, mais auparavant.
çeux de ce Parti voulurent marquer
par leur courage qu'ils étoient dignes d'un fore
plus heureux. Us se présentèrent à la barrier&ì
•Ofps découvert & essuyerenc le feu enneráÛ
pendant
JANVIER. 1730; 81
j ant près d'un quart d'heure, fans autrf
deffenfe que leur intrépidité} enfin le Parti op»
polé ayant épuisé ses Munitions , ils furent ac
cueillis par leurs Dames,qui attachèrent à leurs
chapeaux des Cocardes Simboliques avec une
branche de Laurier.
Les malheureux furent prévenus par les Da
mes qui avoient pris leur parti , elles leur don»
nerent des Dragones vertes en signe d'espérance:
& .une branche de Mirthe . qui est l'arbre con
sacré à l'amour.
On étoit convenu avant le Combat que le*
Vainqueurs donneroient le Bal aux Dames , c«
qui rendoit ceCartel plus noble & plus galant»
c'est le seul desavantage qu'ont eu â essuyer
ceux du Parti malheureux ; mais ils en ont été
amplement dédommagez par le témoignage
que les Dames ont rendu à leur valeur & par
Je Mirthe dont elles les ont couronnez.
par deux. décharges de ls Artillerie de la Ville •
& du Château, l'une le Samedy au soir pre
mier Octobre, la seconde le Dimanche à lapoirte
du jour. L'Arrès midi on chanta un<
Te Deum, & on fit ensuite une Procession Sokmnellé
au bruit d'une triple décharge de tou
te T Artillerie & de la Mousqueterie ; on avoir
bordé les Rainparts de toute la. Garnison , tant
Infanterieque Dragons, & la Bourgeoisie avoir,
été commandée , & y faisoit les mimes fgafetmiH
yue les Troupes réglées. .
f€ MERCURE DE FRANCE.
- La Compagnie de la Jeunesse Bourgeoise,,
«omposée de trois cens hommes , s'est fur touc
distinguée; le nom seul annonce quelque chose
de galant & de brillant, austi ayoienc-ils tous
lès livrées de leurs Maîttefles qui étaient fur
les Remparts.
Après le Te Deum , on alluma un Peu trèsélevé
avec les cérémonies ordinaires , la Gar
nison étant sous les armes , & àTentrée de la
nuit , on mit le feu à un Artifice, dont la dis
position étoíc ingénieusement imaginée ; l'Edifice
étoit construit au milieu de la grande Place
sur un Rocher extrêmement élevé , Sc jettaiw
i'eau en arc par quatre muflíS ; cette eau tomboit
dans un Réservoir , d'où elle sortoit en
abondance tout à.Penrour & faisoit une Nape
d'eau de toute la circonférence ; là Charpente
de l'Eiifite étoit cachée par des arbres entiers
qu'on y avoit plantez, ce qui en faisoit un
Baquet frais & enchanté, tel que les Poëces
dépeignent celui du Bain dé Diane.
L' Artifice n'avoit rien de particulier que la
quantité & lî promptitude de l'execution*,
mais ce qu'il y avoit de plus agréable est qu'à
mesure que 1* Air étoit éclairé, on voyoit
les quatre A^cs. d'eau briller des couleurs les
plus vives , tel que celui dé l' Arc- en-Ciel ; ce
mêl.inge des Elemens concourok à faire un
très-bcau spectacle.
A peine' I Artifice fut-il fini, que toute Iá
Ville fut illuminée de Lampions,les Feux furent
en même temps allumez devant chaque parte
& les tables dressées dans les rues-; les Officiers
«le Ville ont bien marqué en cette octasioh
qu'ils étoientles Pères du Peuplrj indépendam
ment des Fontaines de vin qui couloient de
TO"tes p»t« t ik mfàvMi&m du pain > du
jANvrER. tri<r. tr
vin & de la viande à toute la populace , St au*
Heu de donner un Festin à l'Hotel de Ville aux!
dépens du Public, chacun de ces Magistratsdonna
chez foi un Repas splendide , où tout?
eequ'il y avoir dans la Ville.au- dessus du Com
mun , fut invité.-
Le Commandant rassembla' cependant tour
tes les Dames chez lui après le soupé. Elles»
trouvèrent le Frontispice & la façade de l'Hôtel
illuminez de flambeaux de poing 8c de Lam*
I>ions & ornez de Cartouches des Armes de
eurs Majeslez &du Dauphin. Trois grandes
Salles extrêmement éclairées , servirent de Scè
ne. Les deux premières étoient destinées- à I*
danse i & dans la troisième on avoit servi un/
magnifique Ambigu , où toute l'Assemblée allai
se délaslcr & reprendre des forces pour daníèr
de nouveau.
Plusieurs bandes de Masques se succédèrent
les unes aux autres avec des habits somptueux1
& galants. On ne connoît point ici les Do--
mino , ce déguisement répand une uniformité'
ennuyeuse dans une Assemblée, tout s'y res
semble & s'y confond. Nos Mascarades , au
contraire, croient variées & caractérisées.
Ce qu'il y a de remarquable est que les Mas
ques ne dansèrent aucune des danses ordinai
res : on avoit pris foin de donner â l'Orquestr©
des Airs inventez exprès pour la-Fête, & chaque
Mascarade figuroit une danse nouvelle , de
sorte que l'oreille & les yeux furent égalemenp
satisfaits parl'agréable variété. Les Dames des»
Villes voisines qui avoient été invitées â cette
brillante Fête, y concoururent par les déguifemens
qu'elles imaginèrent & par les dansesqu'elles
exécutèrent.
Les jours suiyans furent distinguez par de
ROU>
1% MERCURE m FRANCE.
Nouveaux Spectacles qui méritent d'être rap
portez par leur singularité* Les Ouvriers des
Manufactures qui font en grand nombre à Se
dan , habillèrent un Enfant en Dauphin. Et
firent chanter une grande Meffe & unZV Deumt
Voici l'ordre de ía Cérémonie.. _ ,
Deux Compagnies de Milice Bourgeoise
commençoient la marche. Ils avoient ï leur
- tête des Violons , des Hautbois , & des Tam
bours au centre qui se répondoitnt alternatif
vement. Ensuite marchoit une Compagnie de;
Houssarts vêtus magnifiquement de bien mon
tez. Ils étoient précédez de Trompettes, & Tim
bales-. Gette Compagnie écoit suivie de vingt
Gardes da Corps à cheval en habits bleus uni
formes; le Carrosse où étoit l'Enfant repré
sentant le Dauphin > marchoit immédìatementf
apres; il étok accompagné de Pages, de Valets
de Pied & de huit Coureurs-, & entouré de
douze Heraults,dont six étoient à cheval, an«ez:
de pied en cap à l'antique , & Its chevaux bar
dez.. Ils aboient la visière baiíîée Si les Masses
d'Armes ou les Lances à la main.-
Dans le même Carrosse étoient trois jeunes
Demoiselles richement vêtues , représentant
Mes Dames de France, & une quatrième repré
sentant Madame de Vantadour. Le' Carrosse
étoit surmonté d'une Couronne fermée de quaire
Dauphins.
Les Dames du Palais suivoient dans une
Calèche galamment ornée,- enfin le Cortège
étoit terminé par deux "autres Compagnies a vec
des Violons 8c Tambours, dan»ia même dis
position que les premières.
Ceifut en cet ordre qu'ils marchèrent pour
fè rendre à l'Eelise; on avoit placé au milie»
du Choeur un Carreau pour le Dauphin. Les.
Gardes.
-
AN"VIER. tjjo\ 7
©ardes fáisoiem un demi cercle à l'èntour de
les Cuirassiers à pied , armez de toutes pieces y
étcient aux quatre coins du Coeur & aux
deux cotez de r Autel comme desHeraults d' Ar*
mes. L" Aumônier étoit derrière le Fauteuil qui
prescntoit au Prince le Livre & lui marquoit
toutes les parties de l'Office.
Au sortir de l'Eglise le Cortège passa par Iei
Çrincipales rues , à l'entrée desquelles toute
Infanterie faisoít une décharge de Mousque*
terie & un Officier des Gardes du Corps jettoit
de l'árgent au Peuple.
Cette Cérémonie a été repetée jusqu'à quatre?
fois par differens Corps d'Ouvriers-, qui à;
l'envi l'un de l'autre . encheristoient fur la ma
gnificence &r fur le nombre.
Le Corps de la Manufacture Royale de DrapSa
aussi signalé fbn zele par un "Te Vcum , Se
un Feu de joye. Deux Fontaines de vin in«
dustrieusement pratiquées , ont coulé' pendant'
leur Festin autour de l'Hôtel de Ville , où ils-
**étoient rassemblez, &r oà étoient invitez l'Ëtat
Major & les Chefs des Compagnies. Le*
gout de l'illumination répondoit â la magni
ficence de la Fête-
Les Officiers de la Garnison (Régiment di
Vilon Mandais ) ont couronné toutes ces FêteJ
par un Spectacle de leur métiers & ils l'oiit
exécuté d'une manière qutmarque leur eirpe»-
ailleurs.. : '
Ils ont formé deux partis peur se battre à
coups de Fusées. Les Dames fé divisèrent aussi'
en deux Partis, & chaque Reine choisit les
Champions qui dévoient entrer en lice.
Le ^.Octobre à fix heures du soir les Chcses
de
ítì MÊRCURE I>Ê; FRANCÊ;
de chaque Parti allèrent marquer les deiHif
Camps.Ils partagèrent l'avantage du vent, afin?
que l'un1 des Partis ne pue se plaindre d'être
offusqué de la fumée."
11$ firent rendre deux cordes à douze pas
l'une de l'autre > ils convinrent que l'approche
en seroit deffenduë , & qu'ils s'en tiendroient
â se lancer leur Artifice d'un Camp à l'autre.-
A huit h'euïes les Gombattans parurent au
liombre de quarante ; Ils étoient menez au
Combat chacun par leur Dame , dont ils port'oient
les Livrées s ils conduisirent les Damesaux
Balcons d'où elles dévoient voir le Com
bat & décider de la victoire. Ensuite ils se ren»
dirent sur le Champ de bataille. Cinquante
Soldats de chaque coté étoient fous les armes
pour empêcher le Peuple de s'exposer au feirc
tes Tambou-rs & Fifres étoient des deux côte*
pour animer les Gombattans.
A huit heuTes 8c demie les Dames donneïent
le signai s les Tambours battirent la char
ge, & le feu commença par quelques escar
mouches; ensuite il fut si violent de part 8e
d'autre, qu'il étoit difficile dé juger lequel desdeux
Partis dsvoit l'emporter j enfin après
trois quarts d'hevtre d'un feu vif , égal & con
tinuel , il arriva comme à la Bataille de Phatsale
, que le hazard décida ce que les Dieux
n'osoient juger.. Le feu prit au Parc de l'Areillerie
de l'un des Partis & brûla en un instant
quatre mille Fusées, Pétards ou Serpenteaux ,
qui étoit environ le quart de leur~Artifice.
Après cet accident il fallut céder,, mais auparavant.
çeux de ce Parti voulurent marquer
par leur courage qu'ils étoient dignes d'un fore
plus heureux. Us se présentèrent à la barrier&ì
•Ofps découvert & essuyerenc le feu enneráÛ
pendant
JANVIER. 1730; 81
j ant près d'un quart d'heure, fans autrf
deffenfe que leur intrépidité} enfin le Parti op»
polé ayant épuisé ses Munitions , ils furent ac
cueillis par leurs Dames,qui attachèrent à leurs
chapeaux des Cocardes Simboliques avec une
branche de Laurier.
Les malheureux furent prévenus par les Da
mes qui avoient pris leur parti , elles leur don»
nerent des Dragones vertes en signe d'espérance:
& .une branche de Mirthe . qui est l'arbre con
sacré à l'amour.
On étoit convenu avant le Combat que le*
Vainqueurs donneroient le Bal aux Dames , c«
qui rendoit ceCartel plus noble & plus galant»
c'est le seul desavantage qu'ont eu â essuyer
ceux du Parti malheureux ; mais ils en ont été
amplement dédommagez par le témoignage
que les Dames ont rendu à leur valeur & par
Je Mirthe dont elles les ont couronnez.
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Résumé : A Sedan, [titre d'après la table]
En octobre 1729, Sedan organisa des festivités mémorables. Les réjouissances commencèrent par deux décharges d'artillerie, suivies d'un Te Deum et d'une procession accompagnée de salves d'artillerie et de mousqueterie. La garnison, l'infanterie, les dragons et la bourgeoisie participèrent activement. La Compagnie de la Jeunesse Bourgeoise, forte de trois cents hommes, se distingua particulièrement. Après le Te Deum, un grand feu d'artifice fut allumé sur la place principale, orné de jets d'eau et de décors évoquant le bain de Diane. La ville fut ensuite illuminée, et des tables furent dressées dans les rues avec des fontaines de vin et des provisions. Les officiers de la ville montrèrent leur sollicitude envers le peuple. Des mascarades somptueuses se succédèrent, avec des danses nouvelles et des costumes variés. Les dames des villes voisines contribuèrent à la fête par leurs déguisements et leurs danses. Les jours suivants, de nouveaux spectacles furent organisés. Les ouvriers des manufactures habillèrent un enfant en dauphin et organisèrent une messe et un Te Deum. Une procession solennelle, incluant des compagnies de milice bourgeoise, des hussards, des gardes du corps et des dames du palais, se rendit à l'église où une cérémonie fut célébrée. Différents corps d'ouvriers répétèrent cette cérémonie, rivalisant de magnificence. La Manufacture Royale de Draps organisa également un Te Deum et un feu de joie, avec des fontaines de vin. Les officiers de la garnison conclurent les festivités par un spectacle où deux partis s'affrontèrent à coups de fusées. Les dames choisirent les champions et assistèrent au combat depuis des balcons. Un incendie accidentel décida de l'issue du combat, et les vainqueurs offrirent un bal aux dames. Les perdants furent récompensés par des cocardes symboliques et des branches de laurier ou de myrte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1210
p. 81-91
Voeu Royal pour la Naissance du Dauphin, [titre d'après la table]
Début :
VOEU ROYAL, fait par LOUIS XIII, & par la Reine ANNE D'AUTRICHE [...]
Mots clefs :
Voeu, Dauphin, Naissance du Dauphin, Compagnie des Pénitents bleus de Toulouse, Louis XII, Reine Anne d'Autriche, Voeu royal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voeu Royal pour la Naissance du Dauphin, [titre d'après la table]
VOEV ROY JL, f'ait par Louis XIII»
& par la Reine Anne d'Autriche
son augufle Epouse p exécuté & renoua
velli À 7'onloitz.e, par la Compagnie
Royale de M" les Pénitens Bleus, £
Voccasion de l'heureuse Naissance de
Monseigneur le Dauphin, le
3 e. Septembre , le premier & le deux
Oftobre 1720. Brochure in-S. de lí,
pages. A Ttuloufì , de l' Imprimerie de
Nicolas Caranove , s la Bible d'Or ,
M. D C C X X I X,
LA Royale Compagnie des Penitens Bleus ,
érigée à Toulouse , est composée des Períonnes
les plus qualifiées de la Ville & de 1*
Pioa
«î MERCURE ©E FRANOE.
Province. Elle donna des marques éclatante»
de son zele Sc de son attachement à la Perfonne
sacrée du -Roi , lors du .rétablissement de
Ja santé de S. M. par une Fête solemnelLe donc
3e détail se trouve dans notre Journal du mois
■d'Octobte 171 1. La .Naissance du Dauphin.
,a fourni à cette Compagnie une nouvelle oc
casion de signaler ce zele.. Ce qu'elle a exécuté
fur ce íujet , fait la matière du Livre dont
nous avons à rendre compte; jamais occupa.
,tion ne peut nous être plus agréable.
> Le 17. Septembre , la Compagnie ayant été
extraordinairemsnt aslemblée â l'occasion de
i'heureufe nouvelle qui avoit été annoncée la
veille , M- Cortade , Docteur ès Droits , Avo
cat au Parlement , Synilic de cette Compagnie»
prononça un fort beau & éloquent Discours
fur ce grand sujet, Nous en rapporterons ici
■quelques traits. •
» Monseigneur sle Dauphin est né, & il
»est né Jans le sein de la Paix , il est né d'un
*• Roi pacifique , le premier de nos Rois qui a
•>vû fa Minorité paisible, & l'Europe entière
» jouir aussi long-temps d'une profonde paix.
« Quel heureux présage pour Je Prince qui
«vient de naître! Monseigneur ís Dau-
■ phi n est né , & il est né d'une pieuse Reine ,
» douce de toutes les vertus 4 il faltoit > fans
m doute, un Tr-ône proportionné à tous les
» dons dont le Ciel l'a comblée, pour cou-
»» ronner fa vertu , pour la gloire d'une Nation
m illustre Sc pour faire le bonheur de la nótre.
» Qu'il est consolant pour now qu'en execu,
».tant&en renouvellantleVoeude Loun XIII,
« de glorieuse mémoire , à la Naissance de cha-
•» que Successeur à la Couronne , d'avoir à ren-
• die grâces à Dieu d'un Evénement qui assure
JANVIER. ï7?o; S3
»1e bonheur d'une Nation la plus digne d'être
» heureuse , au moins par ion respect & par sa
r> fidélité pour ses Souverains.
■ Le Prince qui vient de naître, &r qui est
» l'objet de notre joye , apprendra un jour le
••Voeu que nous allons raire, & que Loui*
» le Just£ nous a chargez de renouveller pour
5= fa conservation,
» Puiflent nos arriere-Petits-Fils , voir dans
•'Monseigneur ie D auph in , un Roi juste,
» religieux , pacifique . & mème si la nécessité
•> l'y oblige , un Roi victorieux ; & pour sou-
»»haiter â ce Prince tous les bonheurs à la fois,
»» fasse le Ciel que le Fils aîné d'un Roi & d'une
••Reine que Dieu a formez félon son coeur;
** fasse le Ciel que l'Héritier de leuv Couronne
*» soit l'heritier de leurs vertus. ;
L'Orateur finit par ces paroles:
«Pour moi, Messisurs , qui fuis d,'avance
*■ instruit de vos intentions & devos sentime ns,
'■**& notre Compagnie Royale étant elle-même
instruite de ses engagemens &de ses devoir»,
*• il ne me reste qu'à la requérir d'exécuter & de
"renouveller le Voeu fait par Louis XIII.& par
«la Reine Anne d'Autrichi , son auguste
'•m Epouse, &■ de prendre à ce sujet la délibéra-
>• tion ordinaire en cette importante occafior.'
Jamais Discours ne fut plus applaudi en
toutes manières , 8c ne mérita mieux de l'être.
A peine M. le Syndic eut cessé de parler , qu'U
fut unanimement , 8e par une acclamation gé
nérale , délibéré que pour rendre grâces à Dit u
de l'heureule Naissance du Dauphin , & pour
-exécuter & renouveller leVceu fait par Louis
XI II. de glorieuse mémoire, & par la Reine
Anne d'Autriche , son auguste Epouse, il
y auroit Oraison de Quarante heure* -k
MERCURE DE FRANCE;
septembre & les deux jours suivans , pour
îdemander à Dieu , &ç. Que le premier jQur le
Te Dtum seroit íblemnellemenc chanté après
íe Voeu fait . & pour çet effet M le Comte de
Bioulle , Meítre de Camp de la ;CoIonejle
" iGenerale de la Cavalerie > Chevalier de Saint
.Louis, ancien Prieur de la Compagnie, fut
nommé Premier Commissaire pour avoir Thon»
Jieur de faire & de renouvelle* le Voeu de
Louis XIII. au nom de la Compagnie. Et à
.■cause de ('absence de l' Archevêque deToulouíe
, à qui il appartient de droit jde recevoir le
voeu, l' Abbé Dejan, Chanoine de PEglife de
S. Sernin , fut nommé pour faire cette fonc
tion & pour officier durant les Prières de 40.
Jieures. On délibéra suffi fur les marques de
de joye qui dévoient suivre le Te Deum , Sc
,que toutes les Compagnies Supérieures seíoient
invitées d'assister au Voeu & au Te Deum*
Voici en abrégé de quelle manière cette Dé
libération fut exécutée. La Chapelle Royale
ctoit ornée de.ces belles & magnifiques Ta-
-pisseries qui ont appartenu à la Reine Margue
rite, qui en fit présent à un Jïvêque deRieux.
,de la Maison de Bertier Les trois Autels étoienx
.éclairez de plus de 100. flambeaux de cire
.blanche.
Le Cordon qui règne autour de la Chapelle
Royale , qui est une des plus belles & donjt
Je Plan est des plus réguliers qu'il y ait en
Europe , étoit couvejt de Laurier avec beau
coup d'art , &r en relevant la blancheur dej
Trumeaux > ornes d'une belle Architecture &
.d'une riche Sculpture > ce Cordon , dis-je,
formoit un coup d' oeil merveilleux. Ces Tru
meaux , fur lesquels font représentées les yer«-
tut & J^urs attributs , font de 1» main du sieur
JANVIER. 1730.
iî'Arcîs , célèbre Sculpteur & un des Membres
de l' Académie Royale de Sculpture , c'est un
Ouvrage très-estimé des Connoisseurs , & qui
tient un rang distingué dans le grand nombre
qu'on en voit dans la .Ville de Toulouse.
Les Portraits du Roi & de la Reine entoures
de flambeaux de cire blanche , furent placez
dans la Chapelle Royale , à une distance con
venable s & au milieu on avoit élevé un riche
Ecusson des Armes de Monseigneur lu
DAURHiN.lemêmequi futfait lorsqu'on exécuta
le Voeu pour la première fois car ordre de
Louis XIII.
Le Vestibule étoit auflì orné de riches Ta
pisseries & d'un grand nombre de bougies.,
posées fur des Girandoles , ainsi que tout l'interieur
des Galeries & les Coridors de la Cha
pelle Royale, dottt les Portes , íur lclquellcs il
y avoit des Arcs de Triomphe , étoient auífi
magnifiquement décorées , ainsi que les Murs,
qui étoient préparez pour une grande illumi-,
cation. '
Les Prières de quarante heures & le Voeu
furent annoncez la veille 19. Septembre après
midi par le son des Cloches , par le bruit des
Tambours & des Trompettes & par plusieurs
salves de la Moufqueterie du Guet , lesquelles
furent souvent réitérées avant & aptès les
premières Vêpres & la Bénédiction du Très-
Saint Sacrement ; ces démonstrations de joye
furent continuées pendant la nuit, ainsi que les
Fanfares , & on tira un grand nombre de Boè
tes & de Fusées-
Le Vendredy marin 50. Septembre , Fêté de
S. Jérôme, l'un des Patrons de la Compagnie ;
on fit dans la Chapelle Royale l'ouverture des
Prières de quarante heures.avec les cérémonies
E acr
«tf MERCURE DE FRANCE,
accoutumées. La Noblesse en très-grand nom
bre & un Peuple infini y affilièrent ; pendanp
qu'on celebroit des Messes aux trois Autels de
la Chapelle Royale, les Aumôniers de la Com7
pagnie distribuoient des aumônes aux pauvres;
malades & aux Prisonniers,
L 'après midi les Compagnies qui avoient
ité invitées pour affilier au Voeu &au Te Tieum,
íçavoir > la Chambre des Vacations > les Tré
soriers de France , TUniversité . le Senechal &
& les Capitouls , se rendirent en grand nombre
& en habits de cérémonie , dans la Chapelle
Royale. Les Capitouls étoient revêtus de leur
Manteau Comtal, & accompagnez des Officier j
de la Ville & de leur grand Cortège.
Le concours des personnes de la première
distinction, de tout sexe, & de la Noblesse, tant
de la Ville que de la Campagne & des Pro
vinces voisines , qui étoient venues avec emr
pressement pour assister au Voeu , fut extrordinaire.
Les Vêpres furent chantées avec beau
coup de solemnité & à plusieurs choeurs » eri
faux-bourdon , qui est une Musique propre Sc
particulière à 1a Chapelle Royale.
Les Vêpres finies , M. le Comte de Bioulle,
premier Commissaire , accompagné de M. Ie
Baron de Ferrand , Sous- Prieur j de M. de Pio
let , Président , Trésorier General de France ,
Censeur; de M. Puiol, Conseiller au Parlement
Consulteur, & de M. Cortade , Docteur ès
Droits & Avocat au Parlement, Syndic de la
Compagnie , seconds Commissaires nez ; de
M. le Comte de Pibrac , de M. le Marquis de
Pinsaguel, & d'un grand nombre d'autres.
Confrères , tous revêtus de leurs habits de
Pénitent, descendirent de la Tribune à la Chaflcjlc}
le Comte de Bioulle porcoic lcCiergs
JANVIER. 1730. 87
duVoeu.du poids de sept livres, orné de Fleurs
de Lys d'or , des Armes du Roi , de Monsei-
.cneur le Dauphin , d'L L. couronnées Sc
de Dauphins^ ce Cierge étoit garni de Velours
avec des Crépines d'or,à laiiautéur de la maint
les quatre seconds .Commissaires portoient ua
court Bâton de couleur bleuë , orné de Fleurs
de Lys d'argenti les autres Confrères portoienc
,des flambeaux de cire blanche , & quatre d'entr'eux
portant des Bâtons de cérémonie , fer-
:moicnt la marche. Les Commissaires étant ar»
rivezà l'Autel après M. l'Abbé Dejean , Offi-
.ciant , qui étoit en Chape de Moëre d'argent»
assis dans un Fauteuil doré.à côtelé l'Evangile,
ils se mirent â genotix.sur Ja première marche
de l' Autel, & après s'être prosternez, le Comte
de Bioulle , premier Comirissaire, prononça
à haute voix lefToeu qui fuit.
Notre Confrérie Royale S' étant toujours par
ticulièrement intereffée en tout ce qui regarde
les avantages de la sacrée Personne du Roi & de
la Famille Roy »le^ & ayant méme lieu de croire
que Dieu a eu égard à ses voeux & à ses_prieres
par les BtnediBions que le Ciel a répandues dan*
Ja'Naiffance & la conservation du Koï, heureu
sement régnant, & depuis feu de jours en Vheureufe
Naissance de Monseigneur .le Dau
phin , notre Compagnie Royale désirant d'ete
témoigner sa recçnnoiffance publique ><& -vou
lant faire tous ses pieux efforts pour ottenir
du Ciel la conservation de la sacrée Personne
du Roi , de la Reine , & en particulier de
Monsegneur le Dauphin , & de toute la
Famille Royale , elle a résolu de vouer & de
promettre , comme en effet elle voue & promet
far ma bouche , en qualité d'ancien Prieur &
E ij de
'fi MERCURE DE FRANCE.
de premier Commissaire , a Dieu & à la sainte
Vierge notre Protectrice & de la France , *
St Jérôme , à S. Louis , à sainte Magielaint ,
nos Patrons , à toute la Cour Céleste , & à vous
Monsieur, de faire exposer le Très Saint Sacre
ment dans notre Chapelle Royale durant trois
jours consécutifs^ & de faire célébrer autant de
Messes qu'il se pourra pendant çes trois jours
k cette intention, d' aller Samedi prochain en
Procession à l 'Eglise Abbatiale de S. Sernin, pour
implorer le secours des Saints , dont les sacrées
Reliques reposent dans cette Eglise , & de dire
jt genoux cinqfois le Pater & cinq fois /'Ave
Maria > tous let Vendredis , dans notre Chapelle , ■
en présence du Tres-Saint Sacrement , âpres les
Prières accoutumées l?ro Rege > é1 {« durant
dix année? à compter de ce jour jo. Septembre
I72-9- *
A quoiM.l'Abbé Dejean,Officiant,répondit :
J'accepte , Monsieur ', le Voeu que vous venez,
défaire au nom de la Compagnie Royale, Ó?
f#r le ^ele & la ferveur que'je vois paroitrtj
dans toute cette illustre & Royale Compagnie ,
j'espete avfc constance que notre Voeu ser&
exaucé , & par l' honneur que j'ai de recevoir
eeVoeuen ï absence Je M. l' Archevêque deTÔulf>
use , notre Confrère , & en qualité d'ancien
S.eus-Prieur de la Compagnie , j'y joindrai mes
Prières & les Saints Sacrifices pour obtenir du
Ciel son accomplissement.
. Le Comte deBioulle, premier Commissaire.
& les Commissaires nez , s'.ctant ensuite levez,
ils remontèrent à la Tribune dans le même
ordre qu'Us en étoient descendus , & le Comte
de Bioulle ayant pris la première place, & les;
autres Officiers & Confrères celles qui leur
conviennent » l'Abbé Dejean , pfficiant, enton-
S*
Janvier. ty}<í. Ì9
ja le Te Deum , qui fut chanté en Musique
&enSimphonie par beaucoup deVoix Si d'Instrumens
; il étoit de la composition de M. Va
lette , Maître de Musique de l'Eglise Abbatiale
de S Sernin , & il fut beaucoup applaudi.
, Après le Te Deum , on réitéra les salves
de Mousqueteric avant & après la Bénédic
tion du très- saint Sacrement, & vers les
septheuresi l'Ilhimination commença des deux
côtez de la grande rue des Penitcns Bleu»
dans toute son étendue ; cette rue est d'une
largeur extraordinaire , & toutes les Maisons
font d'une même élévation , ce qui favori*
soit beaucoup l'Illumination ; la Grande Por
te , les Combles & les Murs de la Cha»
pelle Royale étoient illuminez par un nom
bre infini d^. Globes de feu & de Falots
aux Armes du Roi , de la Reine & de Mon
seigneur le Dauphiìt , & aux Armes de la
Chapelle Royale, qui- sont un Lion d'or,,
sur un Chams d'Azur , avec ces mots San*.
me, Domine.
• Les Chanoines Réguliers de Saint Antoine,
?-fl'ociez ,á la .Compagnie Royalç , qui ont
leur Maison dans la grande Rue des PenitensBleus,
Maison Jorit la façade est tiès-belle,
l'illuminerent magnifiquement le même soir.
Sur les neuf heures , le Comte de Bioulle
, premier Commissaire , encore revêtu da
son habit de Pénitent, ainsi que les Com
missaires nez, alluma le feu qui ayoit été
préparé , tenant à la main un flambeau de
cire blanche , peint en bleu , &: oiné de
Fleurs de Lys d'or. Dès que le feu fut allu
mé , on fit plusieurs salves de Moufquete»
rie , & toute la Ruë, où il y avoit tm peu
ple infini , retentit des acclammations rené*
E iij K'CS
y<j MERCURE DE FRANCE.
iées de Vive le Rei , vive la Reine , vivt
Monseigneur le Dauphin. Les salves de Mousqueterie
furent suivies du son des trom
pettes , hautbois & tambours , qui ne fu
rent interrompus que par le grand uombre
de Boëtès & de Fusées qu'on tira pendant
la nuit.
Un long discours ne suffíroit pas pour
rapporter ici tous les pieux & differens exer
cices auxquels les Confrères de cette Roya
le Compagnie furent occupez pendant les
deux jours suivants. On n'a jamais vû paroi*
tre un plus grand zele , & donner plus d'é
dification. Les Prières de 401 heures furent
terminées le Dimanche au soir par la Bé
nédiction du. très-saint Sacrement , au bruit
- de la Mousqueterie & des Fapseres.
Les Confrères , & particulièrement les
Officiers de la Compagnie , qui avoient ma
gnifiquement illuminé Jeurs Hôtels le soir du
voeu , & pendant la première nuit , conti
nuèrent les Illuminations pendant les deusnuits
suivantes. Enfin la Compagnie Royale
n'a rien négligé pour que Tordre & la ma
gnificence de cette Fête pût être digne d'un
£ heureux événement. M. le Syndic , qui est
l'ame & le principal mobile de tout ce qui
fe fait dans cette Compagnie . ne s'est pas
contenté d'exercer en cette rencontre sonheureux
talent de la composition & de la
parole , il a aussi employé son génie uni
versel pour faire bien exécuter la délibéra
tion de la Compagnie , & on peut dire qu'il;
s'est surpafle .lui même en cette importante
occasion.
II nous reste à" ajouter ici deux ou trois
ft.errurqu.es historiques au sujet de cette
Corn-.
JANVIER. jjía 94
Compagnie , & de la Chapelle Royale.
Le Roi Louis XIII. lui fit l'honneur de voi*.
loir être inscrit sur ses Registres le tj. No
vembre iézi. Louis XIV. de glorieuse me«
moire , lui fit le même honneur le 19. Oo
tobre i6;9. M. Je Duc de Bourgogne le 16,
Février 1701. & M. le Duc de Berry le 17V
février de la même année.
Le 16. Octobre r«}t. Louis XIII. qui le
jo. Mars iíiï. avoit posé la première pierre
de la Chapelle Royale , fit dans la tribune
de cette Chapelle un voeu solemnel avec la
Reine, son Auguste Epouse , & toute la
Compagnie Royale, aííèmblée par ordre de
Leurs Majestez' , pour supplier la Divine
Bonté de donner un successeur au Roi. Ce
Voeu fut renouvellé annuellement jusqu'à la
Naissance de Louis XI V, & ensuite exécuté
& accompli pour & au nom de Leurs Ma
jestez , par ordre du Roi , au mois de Sep
tembre 16 j 8.
Ge Voeu solemnel fut encore exécuté 8c
renouvelle en x66i. à la Naissance du Dau
phin 3 fils de Louis XIV. & au mois d'Aoûe
ií8i. après la Naissance de M. le Duc de
Bourgogne , pere du Roi heureusement ré
gnant i ainsi que le 8. 9. & 10. Août 1704»
après la Naissance de M. le Duc de BretaH
gne, frère aîné de Sa Majesté. Fasse le Ciel
qu'il soie encore renouvellé à l'oecasion du
premier Prince > qui naîtra du nouveau
Dauphin.
& par la Reine Anne d'Autriche
son augufle Epouse p exécuté & renoua
velli À 7'onloitz.e, par la Compagnie
Royale de M" les Pénitens Bleus, £
Voccasion de l'heureuse Naissance de
Monseigneur le Dauphin, le
3 e. Septembre , le premier & le deux
Oftobre 1720. Brochure in-S. de lí,
pages. A Ttuloufì , de l' Imprimerie de
Nicolas Caranove , s la Bible d'Or ,
M. D C C X X I X,
LA Royale Compagnie des Penitens Bleus ,
érigée à Toulouse , est composée des Períonnes
les plus qualifiées de la Ville & de 1*
Pioa
«î MERCURE ©E FRANOE.
Province. Elle donna des marques éclatante»
de son zele Sc de son attachement à la Perfonne
sacrée du -Roi , lors du .rétablissement de
Ja santé de S. M. par une Fête solemnelLe donc
3e détail se trouve dans notre Journal du mois
■d'Octobte 171 1. La .Naissance du Dauphin.
,a fourni à cette Compagnie une nouvelle oc
casion de signaler ce zele.. Ce qu'elle a exécuté
fur ce íujet , fait la matière du Livre dont
nous avons à rendre compte; jamais occupa.
,tion ne peut nous être plus agréable.
> Le 17. Septembre , la Compagnie ayant été
extraordinairemsnt aslemblée â l'occasion de
i'heureufe nouvelle qui avoit été annoncée la
veille , M- Cortade , Docteur ès Droits , Avo
cat au Parlement , Synilic de cette Compagnie»
prononça un fort beau & éloquent Discours
fur ce grand sujet, Nous en rapporterons ici
■quelques traits. •
» Monseigneur sle Dauphin est né, & il
»est né Jans le sein de la Paix , il est né d'un
*• Roi pacifique , le premier de nos Rois qui a
•>vû fa Minorité paisible, & l'Europe entière
» jouir aussi long-temps d'une profonde paix.
« Quel heureux présage pour Je Prince qui
«vient de naître! Monseigneur ís Dau-
■ phi n est né , & il est né d'une pieuse Reine ,
» douce de toutes les vertus 4 il faltoit > fans
m doute, un Tr-ône proportionné à tous les
» dons dont le Ciel l'a comblée, pour cou-
»» ronner fa vertu , pour la gloire d'une Nation
m illustre Sc pour faire le bonheur de la nótre.
» Qu'il est consolant pour now qu'en execu,
».tant&en renouvellantleVoeude Loun XIII,
« de glorieuse mémoire , à la Naissance de cha-
•» que Successeur à la Couronne , d'avoir à ren-
• die grâces à Dieu d'un Evénement qui assure
JANVIER. ï7?o; S3
»1e bonheur d'une Nation la plus digne d'être
» heureuse , au moins par ion respect & par sa
r> fidélité pour ses Souverains.
■ Le Prince qui vient de naître, &r qui est
» l'objet de notre joye , apprendra un jour le
••Voeu que nous allons raire, & que Loui*
» le Just£ nous a chargez de renouveller pour
5= fa conservation,
» Puiflent nos arriere-Petits-Fils , voir dans
•'Monseigneur ie D auph in , un Roi juste,
» religieux , pacifique . & mème si la nécessité
•> l'y oblige , un Roi victorieux ; & pour sou-
»»haiter â ce Prince tous les bonheurs à la fois,
»» fasse le Ciel que le Fils aîné d'un Roi & d'une
••Reine que Dieu a formez félon son coeur;
** fasse le Ciel que l'Héritier de leuv Couronne
*» soit l'heritier de leurs vertus. ;
L'Orateur finit par ces paroles:
«Pour moi, Messisurs , qui fuis d,'avance
*■ instruit de vos intentions & devos sentime ns,
'■**& notre Compagnie Royale étant elle-même
instruite de ses engagemens &de ses devoir»,
*• il ne me reste qu'à la requérir d'exécuter & de
"renouveller le Voeu fait par Louis XIII.& par
«la Reine Anne d'Autrichi , son auguste
'•m Epouse, &■ de prendre à ce sujet la délibéra-
>• tion ordinaire en cette importante occafior.'
Jamais Discours ne fut plus applaudi en
toutes manières , 8c ne mérita mieux de l'être.
A peine M. le Syndic eut cessé de parler , qu'U
fut unanimement , 8e par une acclamation gé
nérale , délibéré que pour rendre grâces à Dit u
de l'heureule Naissance du Dauphin , & pour
-exécuter & renouveller leVceu fait par Louis
XI II. de glorieuse mémoire, & par la Reine
Anne d'Autriche , son auguste Epouse, il
y auroit Oraison de Quarante heure* -k
MERCURE DE FRANCE;
septembre & les deux jours suivans , pour
îdemander à Dieu , &ç. Que le premier jQur le
Te Dtum seroit íblemnellemenc chanté après
íe Voeu fait . & pour çet effet M le Comte de
Bioulle , Meítre de Camp de la ;CoIonejle
" iGenerale de la Cavalerie > Chevalier de Saint
.Louis, ancien Prieur de la Compagnie, fut
nommé Premier Commissaire pour avoir Thon»
Jieur de faire & de renouvelle* le Voeu de
Louis XIII. au nom de la Compagnie. Et à
.■cause de ('absence de l' Archevêque deToulouíe
, à qui il appartient de droit jde recevoir le
voeu, l' Abbé Dejan, Chanoine de PEglife de
S. Sernin , fut nommé pour faire cette fonc
tion & pour officier durant les Prières de 40.
Jieures. On délibéra suffi fur les marques de
de joye qui dévoient suivre le Te Deum , Sc
,que toutes les Compagnies Supérieures seíoient
invitées d'assister au Voeu & au Te Deum*
Voici en abrégé de quelle manière cette Dé
libération fut exécutée. La Chapelle Royale
ctoit ornée de.ces belles & magnifiques Ta-
-pisseries qui ont appartenu à la Reine Margue
rite, qui en fit présent à un Jïvêque deRieux.
,de la Maison de Bertier Les trois Autels étoienx
.éclairez de plus de 100. flambeaux de cire
.blanche.
Le Cordon qui règne autour de la Chapelle
Royale , qui est une des plus belles & donjt
Je Plan est des plus réguliers qu'il y ait en
Europe , étoit couvejt de Laurier avec beau
coup d'art , &r en relevant la blancheur dej
Trumeaux > ornes d'une belle Architecture &
.d'une riche Sculpture > ce Cordon , dis-je,
formoit un coup d' oeil merveilleux. Ces Tru
meaux , fur lesquels font représentées les yer«-
tut & J^urs attributs , font de 1» main du sieur
JANVIER. 1730.
iî'Arcîs , célèbre Sculpteur & un des Membres
de l' Académie Royale de Sculpture , c'est un
Ouvrage très-estimé des Connoisseurs , & qui
tient un rang distingué dans le grand nombre
qu'on en voit dans la .Ville de Toulouse.
Les Portraits du Roi & de la Reine entoures
de flambeaux de cire blanche , furent placez
dans la Chapelle Royale , à une distance con
venable s & au milieu on avoit élevé un riche
Ecusson des Armes de Monseigneur lu
DAURHiN.lemêmequi futfait lorsqu'on exécuta
le Voeu pour la première fois car ordre de
Louis XIII.
Le Vestibule étoit auflì orné de riches Ta
pisseries & d'un grand nombre de bougies.,
posées fur des Girandoles , ainsi que tout l'interieur
des Galeries & les Coridors de la Cha
pelle Royale, dottt les Portes , íur lclquellcs il
y avoit des Arcs de Triomphe , étoient auífi
magnifiquement décorées , ainsi que les Murs,
qui étoient préparez pour une grande illumi-,
cation. '
Les Prières de quarante heures & le Voeu
furent annoncez la veille 19. Septembre après
midi par le son des Cloches , par le bruit des
Tambours & des Trompettes & par plusieurs
salves de la Moufqueterie du Guet , lesquelles
furent souvent réitérées avant & aptès les
premières Vêpres & la Bénédiction du Très-
Saint Sacrement ; ces démonstrations de joye
furent continuées pendant la nuit, ainsi que les
Fanfares , & on tira un grand nombre de Boè
tes & de Fusées-
Le Vendredy marin 50. Septembre , Fêté de
S. Jérôme, l'un des Patrons de la Compagnie ;
on fit dans la Chapelle Royale l'ouverture des
Prières de quarante heures.avec les cérémonies
E acr
«tf MERCURE DE FRANCE,
accoutumées. La Noblesse en très-grand nom
bre & un Peuple infini y affilièrent ; pendanp
qu'on celebroit des Messes aux trois Autels de
la Chapelle Royale, les Aumôniers de la Com7
pagnie distribuoient des aumônes aux pauvres;
malades & aux Prisonniers,
L 'après midi les Compagnies qui avoient
ité invitées pour affilier au Voeu &au Te Tieum,
íçavoir > la Chambre des Vacations > les Tré
soriers de France , TUniversité . le Senechal &
& les Capitouls , se rendirent en grand nombre
& en habits de cérémonie , dans la Chapelle
Royale. Les Capitouls étoient revêtus de leur
Manteau Comtal, & accompagnez des Officier j
de la Ville & de leur grand Cortège.
Le concours des personnes de la première
distinction, de tout sexe, & de la Noblesse, tant
de la Ville que de la Campagne & des Pro
vinces voisines , qui étoient venues avec emr
pressement pour assister au Voeu , fut extrordinaire.
Les Vêpres furent chantées avec beau
coup de solemnité & à plusieurs choeurs » eri
faux-bourdon , qui est une Musique propre Sc
particulière à 1a Chapelle Royale.
Les Vêpres finies , M. le Comte de Bioulle,
premier Commissaire , accompagné de M. Ie
Baron de Ferrand , Sous- Prieur j de M. de Pio
let , Président , Trésorier General de France ,
Censeur; de M. Puiol, Conseiller au Parlement
Consulteur, & de M. Cortade , Docteur ès
Droits & Avocat au Parlement, Syndic de la
Compagnie , seconds Commissaires nez ; de
M. le Comte de Pibrac , de M. le Marquis de
Pinsaguel, & d'un grand nombre d'autres.
Confrères , tous revêtus de leurs habits de
Pénitent, descendirent de la Tribune à la Chaflcjlc}
le Comte de Bioulle porcoic lcCiergs
JANVIER. 1730. 87
duVoeu.du poids de sept livres, orné de Fleurs
de Lys d'or , des Armes du Roi , de Monsei-
.cneur le Dauphin , d'L L. couronnées Sc
de Dauphins^ ce Cierge étoit garni de Velours
avec des Crépines d'or,à laiiautéur de la maint
les quatre seconds .Commissaires portoient ua
court Bâton de couleur bleuë , orné de Fleurs
de Lys d'argenti les autres Confrères portoienc
,des flambeaux de cire blanche , & quatre d'entr'eux
portant des Bâtons de cérémonie , fer-
:moicnt la marche. Les Commissaires étant ar»
rivezà l'Autel après M. l'Abbé Dejean , Offi-
.ciant , qui étoit en Chape de Moëre d'argent»
assis dans un Fauteuil doré.à côtelé l'Evangile,
ils se mirent â genotix.sur Ja première marche
de l' Autel, & après s'être prosternez, le Comte
de Bioulle , premier Comirissaire, prononça
à haute voix lefToeu qui fuit.
Notre Confrérie Royale S' étant toujours par
ticulièrement intereffée en tout ce qui regarde
les avantages de la sacrée Personne du Roi & de
la Famille Roy »le^ & ayant méme lieu de croire
que Dieu a eu égard à ses voeux & à ses_prieres
par les BtnediBions que le Ciel a répandues dan*
Ja'Naiffance & la conservation du Koï, heureu
sement régnant, & depuis feu de jours en Vheureufe
Naissance de Monseigneur .le Dau
phin , notre Compagnie Royale désirant d'ete
témoigner sa recçnnoiffance publique ><& -vou
lant faire tous ses pieux efforts pour ottenir
du Ciel la conservation de la sacrée Personne
du Roi , de la Reine , & en particulier de
Monsegneur le Dauphin , & de toute la
Famille Royale , elle a résolu de vouer & de
promettre , comme en effet elle voue & promet
far ma bouche , en qualité d'ancien Prieur &
E ij de
'fi MERCURE DE FRANCE.
de premier Commissaire , a Dieu & à la sainte
Vierge notre Protectrice & de la France , *
St Jérôme , à S. Louis , à sainte Magielaint ,
nos Patrons , à toute la Cour Céleste , & à vous
Monsieur, de faire exposer le Très Saint Sacre
ment dans notre Chapelle Royale durant trois
jours consécutifs^ & de faire célébrer autant de
Messes qu'il se pourra pendant çes trois jours
k cette intention, d' aller Samedi prochain en
Procession à l 'Eglise Abbatiale de S. Sernin, pour
implorer le secours des Saints , dont les sacrées
Reliques reposent dans cette Eglise , & de dire
jt genoux cinqfois le Pater & cinq fois /'Ave
Maria > tous let Vendredis , dans notre Chapelle , ■
en présence du Tres-Saint Sacrement , âpres les
Prières accoutumées l?ro Rege > é1 {« durant
dix année? à compter de ce jour jo. Septembre
I72-9- *
A quoiM.l'Abbé Dejean,Officiant,répondit :
J'accepte , Monsieur ', le Voeu que vous venez,
défaire au nom de la Compagnie Royale, Ó?
f#r le ^ele & la ferveur que'je vois paroitrtj
dans toute cette illustre & Royale Compagnie ,
j'espete avfc constance que notre Voeu ser&
exaucé , & par l' honneur que j'ai de recevoir
eeVoeuen ï absence Je M. l' Archevêque deTÔulf>
use , notre Confrère , & en qualité d'ancien
S.eus-Prieur de la Compagnie , j'y joindrai mes
Prières & les Saints Sacrifices pour obtenir du
Ciel son accomplissement.
. Le Comte deBioulle, premier Commissaire.
& les Commissaires nez , s'.ctant ensuite levez,
ils remontèrent à la Tribune dans le même
ordre qu'Us en étoient descendus , & le Comte
de Bioulle ayant pris la première place, & les;
autres Officiers & Confrères celles qui leur
conviennent » l'Abbé Dejean , pfficiant, enton-
S*
Janvier. ty}<í. Ì9
ja le Te Deum , qui fut chanté en Musique
&enSimphonie par beaucoup deVoix Si d'Instrumens
; il étoit de la composition de M. Va
lette , Maître de Musique de l'Eglise Abbatiale
de S Sernin , & il fut beaucoup applaudi.
, Après le Te Deum , on réitéra les salves
de Mousqueteric avant & après la Bénédic
tion du très- saint Sacrement, & vers les
septheuresi l'Ilhimination commença des deux
côtez de la grande rue des Penitcns Bleu»
dans toute son étendue ; cette rue est d'une
largeur extraordinaire , & toutes les Maisons
font d'une même élévation , ce qui favori*
soit beaucoup l'Illumination ; la Grande Por
te , les Combles & les Murs de la Cha»
pelle Royale étoient illuminez par un nom
bre infini d^. Globes de feu & de Falots
aux Armes du Roi , de la Reine & de Mon
seigneur le Dauphiìt , & aux Armes de la
Chapelle Royale, qui- sont un Lion d'or,,
sur un Chams d'Azur , avec ces mots San*.
me, Domine.
• Les Chanoines Réguliers de Saint Antoine,
?-fl'ociez ,á la .Compagnie Royalç , qui ont
leur Maison dans la grande Rue des PenitensBleus,
Maison Jorit la façade est tiès-belle,
l'illuminerent magnifiquement le même soir.
Sur les neuf heures , le Comte de Bioulle
, premier Commissaire , encore revêtu da
son habit de Pénitent, ainsi que les Com
missaires nez, alluma le feu qui ayoit été
préparé , tenant à la main un flambeau de
cire blanche , peint en bleu , &: oiné de
Fleurs de Lys d'or. Dès que le feu fut allu
mé , on fit plusieurs salves de Moufquete»
rie , & toute la Ruë, où il y avoit tm peu
ple infini , retentit des acclammations rené*
E iij K'CS
y<j MERCURE DE FRANCE.
iées de Vive le Rei , vive la Reine , vivt
Monseigneur le Dauphin. Les salves de Mousqueterie
furent suivies du son des trom
pettes , hautbois & tambours , qui ne fu
rent interrompus que par le grand uombre
de Boëtès & de Fusées qu'on tira pendant
la nuit.
Un long discours ne suffíroit pas pour
rapporter ici tous les pieux & differens exer
cices auxquels les Confrères de cette Roya
le Compagnie furent occupez pendant les
deux jours suivants. On n'a jamais vû paroi*
tre un plus grand zele , & donner plus d'é
dification. Les Prières de 401 heures furent
terminées le Dimanche au soir par la Bé
nédiction du. très-saint Sacrement , au bruit
- de la Mousqueterie & des Fapseres.
Les Confrères , & particulièrement les
Officiers de la Compagnie , qui avoient ma
gnifiquement illuminé Jeurs Hôtels le soir du
voeu , & pendant la première nuit , conti
nuèrent les Illuminations pendant les deusnuits
suivantes. Enfin la Compagnie Royale
n'a rien négligé pour que Tordre & la ma
gnificence de cette Fête pût être digne d'un
£ heureux événement. M. le Syndic , qui est
l'ame & le principal mobile de tout ce qui
fe fait dans cette Compagnie . ne s'est pas
contenté d'exercer en cette rencontre sonheureux
talent de la composition & de la
parole , il a aussi employé son génie uni
versel pour faire bien exécuter la délibéra
tion de la Compagnie , & on peut dire qu'il;
s'est surpafle .lui même en cette importante
occasion.
II nous reste à" ajouter ici deux ou trois
ft.errurqu.es historiques au sujet de cette
Corn-.
JANVIER. jjía 94
Compagnie , & de la Chapelle Royale.
Le Roi Louis XIII. lui fit l'honneur de voi*.
loir être inscrit sur ses Registres le tj. No
vembre iézi. Louis XIV. de glorieuse me«
moire , lui fit le même honneur le 19. Oo
tobre i6;9. M. Je Duc de Bourgogne le 16,
Février 1701. & M. le Duc de Berry le 17V
février de la même année.
Le 16. Octobre r«}t. Louis XIII. qui le
jo. Mars iíiï. avoit posé la première pierre
de la Chapelle Royale , fit dans la tribune
de cette Chapelle un voeu solemnel avec la
Reine, son Auguste Epouse , & toute la
Compagnie Royale, aííèmblée par ordre de
Leurs Majestez' , pour supplier la Divine
Bonté de donner un successeur au Roi. Ce
Voeu fut renouvellé annuellement jusqu'à la
Naissance de Louis XI V, & ensuite exécuté
& accompli pour & au nom de Leurs Ma
jestez , par ordre du Roi , au mois de Sep
tembre 16 j 8.
Ge Voeu solemnel fut encore exécuté 8c
renouvelle en x66i. à la Naissance du Dau
phin 3 fils de Louis XIV. & au mois d'Aoûe
ií8i. après la Naissance de M. le Duc de
Bourgogne , pere du Roi heureusement ré
gnant i ainsi que le 8. 9. & 10. Août 1704»
après la Naissance de M. le Duc de BretaH
gne, frère aîné de Sa Majesté. Fasse le Ciel
qu'il soie encore renouvellé à l'oecasion du
premier Prince > qui naîtra du nouveau
Dauphin.
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Résumé : Voeu Royal pour la Naissance du Dauphin, [titre d'après la table]
En 1729, la Compagnie Royale des Pénitents Bleus de Toulouse a célébré la naissance du Dauphin avec une série d'événements solennels. Le 17 septembre, lors d'une assemblée extraordinaire, M. Cortade, Docteur ès Droits, a prononcé un discours mettant en avant la naissance du Dauphin dans un contexte de paix et de piété. Il a rappelé le vœu fait par Louis XIII et la Reine Anne d'Autriche. La Compagnie a alors décidé d'organiser des prières de quarante heures et un Te Deum pour remercier Dieu. Les célébrations ont inclus des ornements somptueux dans la Chapelle Royale, des distributions d'aumônes, et la participation de la noblesse et du peuple. Le 20 septembre, après les vêpres, le Comte de Bioulle a renouvelé le vœu au nom de la Compagnie, promettant des prières et des messes pour la conservation du Roi, de la Reine et du Dauphin. L'Abbé Dejan a accepté ce vœu et a assuré ses prières pour son accomplissement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1211
p. 92-93
LETTRE écrite d'Orleans le 15. Janvier 1730. par Madame L. T. D. au sujet des Enigmes pillées.
Début :
Comme chacun est en droit de reclamer son bien, & que la Lettre de [...]
Mots clefs :
Énigmes, Énigmes pillées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite d'Orleans le 15. Janvier 1730. par Madame L. T. D. au sujet des Enigmes pillées.
'LETTRE écrite d'Orléans le, r 5. Jan
vier 1750. par Madame L. T. D'.
sujet des Enigmes pillées.
COmrae chacun est en droit de re
clamer son bien , & que la Lettre
de Verdun insérée dans votre dernier
Mercure , au sujet de PEnigme des Basy
pille'e par Ml,e de Eellefond de Vcrnon,.
m'autorise à demander un fonds de pa
trimoine. J'ai crû , Messieurs devoir
aussi vous écrire fur un pareil sujet.
Il s'agit d'une Enigme fur l'Or sde la
eompósition de feu mon pere , donnée
fous le nom de la Dame Solitaire ; elle
parut dans la première partie du Mer
cure Galant de Juin de Tannée 1684.
page 2 58. & j'ai vu avec douleur que
M"5 de Bellefond de Vernon l'a fait reparoître
sous son nom dans le Mercure
d'Août 1719-
Que peut-on penser d'un tel larcin ?
Tien n'est plus injuste •, le Public devroit-
il s'attendre à de pareilles Trahi
sons ? pour moi , je crois qu'on en devroir
faire un exemple dans la Répu
blique des Belles - Lettres. Je laisse à
Messieurs les Préûdens de cet Etat à>
pro
JANVIER. i7?o; 9j
prononcer Ic jugement ; je suis cepen
dant persuadé , M M. que vous êtes
trop équitables pour ne pas inférer ma
plainte dans votre Mercure , afin que
s'il est possible , on ne tombe plus dans
cet inconvénient1.
H sembloit que l'explication de M11'
Dorvillicrs fur les Enigmes de M.
J. B. D. de Versailles auroit dû arrêter
le couís de ces pilleries j & je vois avec
tout le regret possible que Mlle de Bellefond
& Mlle de Bellefosse , toutes deux
Je la même patrie , n'ont point craijic
lés justes reproches qu'on leur a faics.
Je fuis 6cc.
vier 1750. par Madame L. T. D'.
sujet des Enigmes pillées.
COmrae chacun est en droit de re
clamer son bien , & que la Lettre
de Verdun insérée dans votre dernier
Mercure , au sujet de PEnigme des Basy
pille'e par Ml,e de Eellefond de Vcrnon,.
m'autorise à demander un fonds de pa
trimoine. J'ai crû , Messieurs devoir
aussi vous écrire fur un pareil sujet.
Il s'agit d'une Enigme fur l'Or sde la
eompósition de feu mon pere , donnée
fous le nom de la Dame Solitaire ; elle
parut dans la première partie du Mer
cure Galant de Juin de Tannée 1684.
page 2 58. & j'ai vu avec douleur que
M"5 de Bellefond de Vernon l'a fait reparoître
sous son nom dans le Mercure
d'Août 1719-
Que peut-on penser d'un tel larcin ?
Tien n'est plus injuste •, le Public devroit-
il s'attendre à de pareilles Trahi
sons ? pour moi , je crois qu'on en devroir
faire un exemple dans la Répu
blique des Belles - Lettres. Je laisse à
Messieurs les Préûdens de cet Etat à>
pro
JANVIER. i7?o; 9j
prononcer Ic jugement ; je suis cepen
dant persuadé , M M. que vous êtes
trop équitables pour ne pas inférer ma
plainte dans votre Mercure , afin que
s'il est possible , on ne tombe plus dans
cet inconvénient1.
H sembloit que l'explication de M11'
Dorvillicrs fur les Enigmes de M.
J. B. D. de Versailles auroit dû arrêter
le couís de ces pilleries j & je vois avec
tout le regret possible que Mlle de Bellefond
& Mlle de Bellefosse , toutes deux
Je la même patrie , n'ont point craijic
lés justes reproches qu'on leur a faics.
Je fuis 6cc.
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Résumé : LETTRE écrite d'Orleans le 15. Janvier 1730. par Madame L. T. D. au sujet des Enigmes pillées.
Madame L. T. D' écrit une lettre à Orléans le 5 janvier 1750 pour réclamer la propriété d'une énigme. Elle se réfère à une lettre de Verdun publiée dans le dernier Mercure, qui autorise à demander un fonds de patrimoine. L'auteur mentionne une énigme intitulée 'la Dame Solitaire', composée par son père et parue dans le Mercure Galant de juin 1684. Elle déplore que Mlle de Bellefond de Vernon l'ait republiée sous son nom dans le Mercure d'août 1719, qualifiant ce comportement de larcin et d'injustice. Elle appelle à un exemple dans la République des Belles-Lettres pour éviter de tels inconvénients à l'avenir. L'auteur regrette également que Mlle de Bellefond et Mlle de Bellefosse, originaires de la même patrie, n'aient pas tenu compte des reproches justes qui leur ont été faits.
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1212
p. 98
Addition au Traité d'Accompagnement & de Compostion, &c. [titre d'après la table]
Début :
ADDITION au Traité d'accompagnement & de composition par la Regle de [...]
Mots clefs :
Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Addition au Traité d'Accompagnement & de Compostion, &c. [titre d'après la table]
Addition au'Traité d'accompagne
ment & de composition par la Règle de
l'Octave , où est compris particulièrement:
le secret de l'accompagnement du Theor--
be , de la- Guitarre & du Luth , avec la'
manière de transposer instrumentalement:
& de solfier facilement la Musique vo
cale , sans l'usage de la Gamme. Par le
Sieur Campion , Professeur Maître de
Theorbe & de Guitarre , de P Académies
Royale de Musique. Oteuvec VJí-A Pa
rti , chez, l' Auteur', Rué des Ëtjf X
Mantman*e. A U Port- de POpera , che^
Boivin &c, 173 0^ broch. in - 4,. do'
plus de 60. pages.-
, Plusieurs approbations- de divers Marâ
tres de Musiques très habiles , qu'on
Ctouve à la fin de cet Ouvrage , ne lais
sent aucun lieu de douter qu'il ne soit
fort utile.
ment & de composition par la Règle de
l'Octave , où est compris particulièrement:
le secret de l'accompagnement du Theor--
be , de la- Guitarre & du Luth , avec la'
manière de transposer instrumentalement:
& de solfier facilement la Musique vo
cale , sans l'usage de la Gamme. Par le
Sieur Campion , Professeur Maître de
Theorbe & de Guitarre , de P Académies
Royale de Musique. Oteuvec VJí-A Pa
rti , chez, l' Auteur', Rué des Ëtjf X
Mantman*e. A U Port- de POpera , che^
Boivin &c, 173 0^ broch. in - 4,. do'
plus de 60. pages.-
, Plusieurs approbations- de divers Marâ
tres de Musiques très habiles , qu'on
Ctouve à la fin de cet Ouvrage , ne lais
sent aucun lieu de douter qu'il ne soit
fort utile.
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Résumé : Addition au Traité d'Accompagnement & de Compostion, &c. [titre d'après la table]
Le document de 1730, publié à Paris, est une addition au traité d'accompagnement par la règle de l'octave. L'auteur, le Sieur Campion, y révèle les secrets de l'accompagnement du théorbe, de la guitare et du luth. Il explique aussi la transposition instrumentale et le solfège vocal sans gamme. L'ouvrage, approuvé par des maîtres de musique, compte plus de 60 pages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1213
p. 98
« ELECTRE, Tragédie de M. de Longepierre. A Paris, chez la Veuve Pissot, [...] »
Début :
ELECTRE, Tragédie de M. de Longepierre. A Paris, chez la Veuve Pissot, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ELECTRE, Tragédie de M. de Longepierre. A Paris, chez la Veuve Pissot, [...] »
Electre , Tragédie de M. de Longe*
pierre. A Pari&, chez. U Veuve Pissot ,
Quay de Conti i7jo.in-12.de 84.'
pages.
Cette Piecc pasoic- imprimée pour I»
première fois-.
pierre. A Pari&, chez. U Veuve Pissot ,
Quay de Conti i7jo.in-12.de 84.'
pages.
Cette Piecc pasoic- imprimée pour I»
première fois-.
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1214
p. 98-99
« TABLEAU DU MONDE ANCIEN ET MODERNE, divisé en trois parties [...] »
Début :
TABLEAU DU MONDE ANCIEN ET MODERNE, divisé en trois parties [...]
Mots clefs :
Monde ancien, Monde moderne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TABLEAU DU MONDE ANCIEN ET MODERNE, divisé en trois parties [...] »
Tablh^u du Monde Ancie»
*t Moderne , divisé en trois par
ties, La première contient U division*
da
JANVIER. i7j<s; 5,5,
iáu monde en sept Ages , les Epoque»
les plus célèbres depuis Adam jusqu'à
présent , le partage de la Tcire entre lesenfans
de Noe , rétablissement & la dé
cadence des quatre Monarchies & de»
anciennes Républiques , & comment de • ■>
la derniere des quatre Monarchies , qui
est: celle des Romains, se sont formé»
presque rous les Etats qui subsistent au
jourd'hui. La; seconde est une courte"
description des quatre Parties du Mon
de , contenant ce qu'elles produisent'
pour l'utilité des hommes , les moeurs,
là Religion & la Langue de toutes les
Nations: La troisième enfin est un Re
cueil de toutes sortes de Remarques cu
rieuses , parmi lesquelles on trouvera
Porigine des Arts & des Sciences. Par
W. Noblet. Chez. Claude Prudho^.me ,
tu sixième V illier de la Grand* Salle dit
Palais. 1730. in- 1 2.
*t Moderne , divisé en trois par
ties, La première contient U division*
da
JANVIER. i7j<s; 5,5,
iáu monde en sept Ages , les Epoque»
les plus célèbres depuis Adam jusqu'à
présent , le partage de la Tcire entre lesenfans
de Noe , rétablissement & la dé
cadence des quatre Monarchies & de»
anciennes Républiques , & comment de • ■>
la derniere des quatre Monarchies , qui
est: celle des Romains, se sont formé»
presque rous les Etats qui subsistent au
jourd'hui. La; seconde est une courte"
description des quatre Parties du Mon
de , contenant ce qu'elles produisent'
pour l'utilité des hommes , les moeurs,
là Religion & la Langue de toutes les
Nations: La troisième enfin est un Re
cueil de toutes sortes de Remarques cu
rieuses , parmi lesquelles on trouvera
Porigine des Arts & des Sciences. Par
W. Noblet. Chez. Claude Prudho^.me ,
tu sixième V illier de la Grand* Salle dit
Palais. 1730. in- 1 2.
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Résumé : « TABLEAU DU MONDE ANCIEN ET MODERNE, divisé en trois parties [...] »
Le document « Tableau du Monde Ancien & Moderne » de W. Noblet, publié en 1730, se divise en trois parties. La première explore les quatre monarchies, notamment romaine, influençant les États actuels. La deuxième décrit les produits, mœurs, religions et langues des nations. La troisième compile des remarques sur l'origine des arts et des sciences.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1215
p. 99
Nouvelles Poësies Spirituelles & Morales notées, &c. [titre d'après la table]
Début :
NOUVELLES POESIES SPIRITUELLES ET MORALES ; Noëls sur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Poësies Spirituelles & Morales notées, &c. [titre d'après la table]
NOUVELLES POESÎÏS S PÌ RI-"
tueli.es et Morales ; Nf'è't fur
les plus beaux Airs de la Musique Fran
çoise & Italienne , avec une Basse con
tinue } Fables sur des petits Airs & des*
Vaudevilles choisis , avec une Basse en
JMusette. Premier Recueil. Rue S. JacfjHetyÇhc*.
Loítift , Vefprez, & DefeffarU
tueli.es et Morales ; Nf'è't fur
les plus beaux Airs de la Musique Fran
çoise & Italienne , avec une Basse con
tinue } Fables sur des petits Airs & des*
Vaudevilles choisis , avec une Basse en
JMusette. Premier Recueil. Rue S. JacfjHetyÇhc*.
Loítift , Vefprez, & DefeffarU
Fermer
1216
p. 100-103
« HISTOIRE ANCIENNE DES EGYPTIENS, des Cartaginois, des Assiriens, [...] »
Début :
HISTOIRE ANCIENNE DES EGYPTIENS, des Cartaginois, des Assiriens, [...]
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Lettre, Projet
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texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE ANCIENNE DES EGYPTIENS, des Cartaginois, des Assiriens, [...] »
HISTOIRE ANCIENNE DES EGYP
TIENS , des Cartaginois , des Aíîîriens,
des Babiloniens , des Medes & des Per
ses , des Macédoniens , des Grecsi Par
M. Rollin , ancien Recteur de PUniversité
de Paris , Profeíîeur d'Eloquence
au Collège Royal , & Associé à l'Académie
Royale des Inscriptions & Belles-
Lettres. Tome premier , contenant Phiftoire
des Egyptiens & des Cartaginois;
Chez Jacques Etienne , Rué S. Jacques,
a la Vertu. 1730. in 12..
Reflexions Critiques fur lc
Traité de Pusage des différentes saignées*
principalement de celle du pied , en for
me de Lettré , par M. Chevallier , Doc
teur Regent en la Faculté da Médecine
de PUniverlìté de Pàris, 17s o. Chez.
Rollin , p'ère yQuay des Auguftins.'m-vz.
Les Lotx Ecclésiastiques de
ihcANCc dans leur ordre naturel. Par
M. de Heriviurt , Avocat au Parle
ment. Troisième Edition. Rue S. Jacr
ques y chez. D. Mariette»
Lettre de- M. P Abbé de Brossard
Chanoine de Meaux , écrite en forme,
de Difïertarion à M. de Moz , fur f*
aouveiìe Méthode d'c'çrire le Plaiachanc
JANVIER. 1730. roi
éc la Musique. Chez. Christophe Baïlard,-
broché in-4. de yi. pages.
Oeuvres r>i verses de M. l'Abbé'
de S. Pierre , Tome 2. contenant l9*
un projet pour fendre les Sermons plus1
utiles. 20. un projet pour perfectionnes-
Péducation domestique des Princes &c
des Grands Seigneurs. 3°.un projet pour
perfectionne* l'éducation des filles. 4*.
Observations fur le deíïein d'établir un:
Bureau perpétuel pour l'éducation pu
blique dans les Collèges: 50. un projet;
pour rendre ks Spectacles plus utiles àV
t'Etat. 6". un projet pour mieux mettre
en oeuvre le désir de la distinction en
tre pareils. Che^Briaffon , Rué S.
gues , à la Science. 17 jo. ih- 1 2.
II" va paroître chez Cavelier & Huarr,'-
Libraires , Rue' S. Jacques > une Dis
sertation fur- VOpération de la Pierre ,
fitr l'Appareil' latéral t- au la Méthodô
de Frère- Jacques , corrigée de tous sir
devants y. enrichie d'une épreuve faite suc
un enfant de 8. ans , avec beaucoup de.
succès , & d'une Réponse à la Lettre de
M. Morand , Chirurgien , à M. Senac,?
Médecin de S. Germain. Par M. de Cta* '
rengeot Chirurgien Jure de Paris.
iot MERCURE DE FRANCE;
Introduction a la Rethori-
^ue, par le sieur Brulon de Saint Remi^
Professeur des Humanirez au Collège de
Joinville. Se vend chez l'Auteur. A Join~
ville , che^J. Baptiste Monnayer,
in-iz.àe 166. pages.
Conférences Instructives fur
îa Religion Chrétienne , avec une Juive,
par M. Treviseni , Pactice Vénitien , au
paravant Evêque de Cencda, & presenremenc
de Virone , Ouvrage dédié ai»
Pape Benoît XIII. A Rome, chez. An
toine RoJJì , 171Ï. 4. de iGl. pages»
En Italien*
La Vie de BrútCs , premier Coníuí
de Rome. A Madame de G***. A
Taris , chei Prudhomme , au Palais ; la
veuve Piffot , Qjtay de Conty , &c. 17 30.
brochure in- $. de $ p pages»
On apprend à la fin de ce petit Ou
vrage qu'il a été fait à Pòccafion de -la
Tragédie de Brutus, ^que M. de Volíaire
devoir donner c«t hyver au Théatre
François.
Lis Frère» Jumeaux , Nouvelle
Historique tirée de l'Espagnol. A Paris ,
rn'è S. Jacques , chez. f. fr. Jojse , à la
fleur de Lys cCw, 1 7 jp. in- 11. de 3 00.
pages* Cet
JANVIER. i7i9: io$
Cet Ouvrage dédié au Duc de Gesvres,
est de M. de la Valle, Auteur de quelques
autres Livres afTez connus. Celui cy paroît
assez bien écrit, & il y a lieu d'cfperer
que le Public le recevra avec plai
sir. L'Episode du Médecin est singulier
& d'un gout nouveau. Le caractère da
Poète paroît être tiré d'.apres nature.
TIENS , des Cartaginois , des Aíîîriens,
des Babiloniens , des Medes & des Per
ses , des Macédoniens , des Grecsi Par
M. Rollin , ancien Recteur de PUniversité
de Paris , Profeíîeur d'Eloquence
au Collège Royal , & Associé à l'Académie
Royale des Inscriptions & Belles-
Lettres. Tome premier , contenant Phiftoire
des Egyptiens & des Cartaginois;
Chez Jacques Etienne , Rué S. Jacques,
a la Vertu. 1730. in 12..
Reflexions Critiques fur lc
Traité de Pusage des différentes saignées*
principalement de celle du pied , en for
me de Lettré , par M. Chevallier , Doc
teur Regent en la Faculté da Médecine
de PUniverlìté de Pàris, 17s o. Chez.
Rollin , p'ère yQuay des Auguftins.'m-vz.
Les Lotx Ecclésiastiques de
ihcANCc dans leur ordre naturel. Par
M. de Heriviurt , Avocat au Parle
ment. Troisième Edition. Rue S. Jacr
ques y chez. D. Mariette»
Lettre de- M. P Abbé de Brossard
Chanoine de Meaux , écrite en forme,
de Difïertarion à M. de Moz , fur f*
aouveiìe Méthode d'c'çrire le Plaiachanc
JANVIER. 1730. roi
éc la Musique. Chez. Christophe Baïlard,-
broché in-4. de yi. pages.
Oeuvres r>i verses de M. l'Abbé'
de S. Pierre , Tome 2. contenant l9*
un projet pour fendre les Sermons plus1
utiles. 20. un projet pour perfectionnes-
Péducation domestique des Princes &c
des Grands Seigneurs. 3°.un projet pour
perfectionne* l'éducation des filles. 4*.
Observations fur le deíïein d'établir un:
Bureau perpétuel pour l'éducation pu
blique dans les Collèges: 50. un projet;
pour rendre ks Spectacles plus utiles àV
t'Etat. 6". un projet pour mieux mettre
en oeuvre le désir de la distinction en
tre pareils. Che^Briaffon , Rué S.
gues , à la Science. 17 jo. ih- 1 2.
II" va paroître chez Cavelier & Huarr,'-
Libraires , Rue' S. Jacques > une Dis
sertation fur- VOpération de la Pierre ,
fitr l'Appareil' latéral t- au la Méthodô
de Frère- Jacques , corrigée de tous sir
devants y. enrichie d'une épreuve faite suc
un enfant de 8. ans , avec beaucoup de.
succès , & d'une Réponse à la Lettre de
M. Morand , Chirurgien , à M. Senac,?
Médecin de S. Germain. Par M. de Cta* '
rengeot Chirurgien Jure de Paris.
iot MERCURE DE FRANCE;
Introduction a la Rethori-
^ue, par le sieur Brulon de Saint Remi^
Professeur des Humanirez au Collège de
Joinville. Se vend chez l'Auteur. A Join~
ville , che^J. Baptiste Monnayer,
in-iz.àe 166. pages.
Conférences Instructives fur
îa Religion Chrétienne , avec une Juive,
par M. Treviseni , Pactice Vénitien , au
paravant Evêque de Cencda, & presenremenc
de Virone , Ouvrage dédié ai»
Pape Benoît XIII. A Rome, chez. An
toine RoJJì , 171Ï. 4. de iGl. pages»
En Italien*
La Vie de BrútCs , premier Coníuí
de Rome. A Madame de G***. A
Taris , chei Prudhomme , au Palais ; la
veuve Piffot , Qjtay de Conty , &c. 17 30.
brochure in- $. de $ p pages»
On apprend à la fin de ce petit Ou
vrage qu'il a été fait à Pòccafion de -la
Tragédie de Brutus, ^que M. de Volíaire
devoir donner c«t hyver au Théatre
François.
Lis Frère» Jumeaux , Nouvelle
Historique tirée de l'Espagnol. A Paris ,
rn'è S. Jacques , chez. f. fr. Jojse , à la
fleur de Lys cCw, 1 7 jp. in- 11. de 3 00.
pages* Cet
JANVIER. i7i9: io$
Cet Ouvrage dédié au Duc de Gesvres,
est de M. de la Valle, Auteur de quelques
autres Livres afTez connus. Celui cy paroît
assez bien écrit, & il y a lieu d'cfperer
que le Public le recevra avec plai
sir. L'Episode du Médecin est singulier
& d'un gout nouveau. Le caractère da
Poète paroît être tiré d'.apres nature.
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Résumé : « HISTOIRE ANCIENNE DES EGYPTIENS, des Cartaginois, des Assiriens, [...] »
En 1730, plusieurs publications et ouvrages ont été édités. Parmi eux, 'Histoire ancienne des Égyptiens' de M. Rollin, ancien Recteur de l'Université de Paris, explore l'histoire des Égyptiens et des Carthaginois. D'autres œuvres notables incluent des réflexions critiques sur les saignées par M. Chevallier, une lettre de l'Abbé de Brossard sur la méthode d'écrire le plain-chant, et les vers de l'Abbé de Saint-Pierre, contenant divers projets éducatifs et sociaux. Le domaine médical est également représenté par une dissertation sur l'opération de la pierre par M. de Carrengeot. En littérature, 'La Vie de Brutus' et 'Les Frères Jumeaux', une nouvelle historique tirée de l'espagnol par M. de la Valle, sont mentionnées. Ces ouvrages sont disponibles chez divers libraires à Paris et dans d'autres villes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1217
p. 103-105
Nouvelle Traduction de Saluste, [titre d'après la table]
Début :
La nouvelle Traduction de Saluste, que nous avons annoncée dans le mois [...]
Mots clefs :
Préface, Auteur, Salluste, Traduction
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Traduction de Saluste, [titre d'après la table]
La nouvelle Traduiïion de S.dnfie ;
que nous avons annoncée dans le moi*'
de Septembre dernier , paroît à présent
en deux volumes in iz. chez Huart l'aîtìé
, près la Fontaine S. Severin , à la*
Justice.
M. l'Abbé Thyvon, qui en est l'Auteur
, s'y est attaché à la mettre à la por
tée des Etudians , à en rendre la lecture
agréable aux- Lecteurs qui ont du gout,
& à contenter la curiosité de ceux qui'
aiment à trouver fous leurs yeux les éclaircissemens
capables de les mettre tout d'un'
coup au fait d'un Evénement, d'une épo
que & d'un personnage dont il s'agir.
íi commence fa Préface par un juge
ment très exact des Ouvrages de son
Auteur. Il propose ensuite & réfute les
critiques qui en ont été faites , & il mar
que le plan & l'ordre de cette Edition.
Cette Préface est suivie de la Vie de
tHistotien. Le Traducteur a jugé à pro
pos
■ìtí4 MERCURE DE FRÀNCÉ.
pos de faire des Remarques proprés si
assbiblir du moins les mauvaises im*-
preísions que la lecture de cette Vie
pourroit Laisser sur les moeurs de Saluste'.
Attentif à faire sentir le vrai sens diì
Texte, M.Thyvon a mis à la tête de l'Hiftoire
de la Conjuration de Carilina , deux
Dissertations. L'une où- il justifie „la
ínaniere dont il explique la première phra
se de la Préface de son Auteur ; & l'autre
fur l'Agriculture & sur la Chasse, oiì H
prouve que ces mots fervilibus officiis i
qui font à la fuite d'agrum colendo , atet
venindo ,■ ne signifie autre chose que les
exercices du corps.
Il y a plusieurs autresDissertatíons répan
dues dans les deux Volumes, quoiqu'elles
n'en ayent pas le titre. Les Remarques
font en grand nombre dans tout le corps
de POuvrage. Elles font remplies de Re
cherches curieuses & intéressantes.
Les morceaux qui se trouvent en entier
dans les fragmens de Saluste méritoient
d'être mis en notre Langue. Les Notions
préliminaires que le Traducteur a mises à
la tête dé chacun de ces morceaux , &c les
Notesdont il les a accompaghées font trèsntiles
pour en faeilker l'intelligence. Elles
peuvent même suffire pourdònner unejuste
idée des principaux evenemens des guer
res civiles fut lesquelles roulent ces seagmejiív
Orv
JANVIER. 1730. lof
On ne pourra gueres se deffendre d'ap
prouver M.Xhyvon,rdans le changement
qu'il a fait de Tordre de? deux Lectres
politiques adressées par son Auteur à Cey.
íar, & dans la correction qu'il a intro
duite dans le Texte , au quatrième Cha
pitre de là première de ces Lettres , quand
on aura lû les raisons qu'il en apporte.
En un mot toute cette Traduction est
d'un style aifé& coulant3&il y règne beau
coup 4,'ordre , de netteté & d'érudition.
Tout POuvrage est en z. volumes inji.
le premier dé' 30,6' pages fans U
Préface qui en contient 3 o. & la Vie de
Saluste de 77. & le deuxième 370. fans
les Fragmens de 1 84. pages.
que nous avons annoncée dans le moi*'
de Septembre dernier , paroît à présent
en deux volumes in iz. chez Huart l'aîtìé
, près la Fontaine S. Severin , à la*
Justice.
M. l'Abbé Thyvon, qui en est l'Auteur
, s'y est attaché à la mettre à la por
tée des Etudians , à en rendre la lecture
agréable aux- Lecteurs qui ont du gout,
& à contenter la curiosité de ceux qui'
aiment à trouver fous leurs yeux les éclaircissemens
capables de les mettre tout d'un'
coup au fait d'un Evénement, d'une épo
que & d'un personnage dont il s'agir.
íi commence fa Préface par un juge
ment très exact des Ouvrages de son
Auteur. Il propose ensuite & réfute les
critiques qui en ont été faites , & il mar
que le plan & l'ordre de cette Edition.
Cette Préface est suivie de la Vie de
tHistotien. Le Traducteur a jugé à pro
pos
■ìtí4 MERCURE DE FRÀNCÉ.
pos de faire des Remarques proprés si
assbiblir du moins les mauvaises im*-
preísions que la lecture de cette Vie
pourroit Laisser sur les moeurs de Saluste'.
Attentif à faire sentir le vrai sens diì
Texte, M.Thyvon a mis à la tête de l'Hiftoire
de la Conjuration de Carilina , deux
Dissertations. L'une où- il justifie „la
ínaniere dont il explique la première phra
se de la Préface de son Auteur ; & l'autre
fur l'Agriculture & sur la Chasse, oiì H
prouve que ces mots fervilibus officiis i
qui font à la fuite d'agrum colendo , atet
venindo ,■ ne signifie autre chose que les
exercices du corps.
Il y a plusieurs autresDissertatíons répan
dues dans les deux Volumes, quoiqu'elles
n'en ayent pas le titre. Les Remarques
font en grand nombre dans tout le corps
de POuvrage. Elles font remplies de Re
cherches curieuses & intéressantes.
Les morceaux qui se trouvent en entier
dans les fragmens de Saluste méritoient
d'être mis en notre Langue. Les Notions
préliminaires que le Traducteur a mises à
la tête dé chacun de ces morceaux , &c les
Notesdont il les a accompaghées font trèsntiles
pour en faeilker l'intelligence. Elles
peuvent même suffire pourdònner unejuste
idée des principaux evenemens des guer
res civiles fut lesquelles roulent ces seagmejiív
Orv
JANVIER. 1730. lof
On ne pourra gueres se deffendre d'ap
prouver M.Xhyvon,rdans le changement
qu'il a fait de Tordre de? deux Lectres
politiques adressées par son Auteur à Cey.
íar, & dans la correction qu'il a intro
duite dans le Texte , au quatrième Cha
pitre de là première de ces Lettres , quand
on aura lû les raisons qu'il en apporte.
En un mot toute cette Traduction est
d'un style aifé& coulant3&il y règne beau
coup 4,'ordre , de netteté & d'érudition.
Tout POuvrage est en z. volumes inji.
le premier dé' 30,6' pages fans U
Préface qui en contient 3 o. & la Vie de
Saluste de 77. & le deuxième 370. fans
les Fragmens de 1 84. pages.
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Résumé : Nouvelle Traduction de Saluste, [titre d'après la table]
La nouvelle traduction des œuvres de Salluste par l'Abbé Thyvon est désormais disponible en deux volumes chez Huart l'aîné. L'objectif est de rendre cette traduction accessible aux étudiants, agréable aux lecteurs avertis et enrichissante pour ceux cherchant des éclaircissements historiques. La préface évalue les œuvres de Salluste, réfute les critiques et explique le plan de l'édition. Elle est suivie de la biographie de Salluste et de remarques pour éviter les mauvaises impressions sur ses mœurs. L'Abbé Thyvon a inclus deux dissertations sur la Conjuration de Catilina, clarifiant des termes spécifiques et justifiant des choix de traduction. Les volumes contiennent des dissertations, des remarques et des notes pour faciliter la compréhension des fragments traduits. La traduction modifie l'ordre de deux lettres politiques adressées à César et corrige un texte au quatrième chapitre de la première lettre. Elle est louée pour son style fluide, son ordre et son érudition. Le premier volume compte 306 pages, incluant une préface de 30 pages et la vie de Salluste sur 77 pages. Le second volume compte 370 pages, incluant les fragments sur 184 pages.
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1218
p. 105-109
Cours des Sciences, sur des principes nouveaux, &c. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît un Projet imprimé d'un Ouvrage des plus singuliers qu'on ait vûs [...]
Mots clefs :
Grammaire, Esprit, Langage, Poésie
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texteReconnaissance textuelle : Cours des Sciences, sur des principes nouveaux, &c. [titre d'après la table]
li paroît un Projet imprimé d'un Ou?
vrage des plus singuliers qu'on ait vus
dans la Litteratute , il a pour titre , Cours
des Sciences fur des principes nouveaux
& simples ppur former le langage , f esprit
& le coeur dans l' usage ordinaire de la vie,
Volume in-folio de 8. a 900. pages ,4
deux colonnes , caraSlere de jìugufìin.
Par le Pere Buffier , de la Compagnie de
Jésus.
Si la brièveté que demande notre Mer?
cure, permettoit d'en donner ici le projc*
tput au long , ceux qui ont du gout pour
lesScienccs nousen sçaurpient gréjilsprendroient
%oS MERCURE DE FRANCE,
droient plaisir à la clarté & à la précision
avec laquelle sont énoncez les principes
rde chacune des Sciences qui forment ce
Recueil , 8c entre lesquelles on fak appercevoir
une liaison naturelle.
On rnet d'abord la Grammaire Fran
çoise de l' Auteur, laquelle a e'te' si répan
due dans l'Europe , & qui a pour fonde
ment de représenter le langage comme
l'image de nos pensées pour les discerner
.& les arranger. Inexpérience a montré
d'ailleurs combien elle est utile pour fa-
.ciliter l'étude de la Langue Françoise en
(particulier, & pour tourner en gênerai le
istyle à une lieureuse élocution ; c'est ce
qui conduit à deux facuitez qui sont le
plus excellent usage de la Grammaire ,
íçavoir , {'Eloquence &f la Po'éfìe. Comme
la Grammaire enseigne à nous faire bien
bien entendre , l'Eloquence Sc la Poésie
.enseignent à faire une impression sensible
fur l'esprit de ceux à qui nous nous fai
sons entendre. Le Traité de la Grammaire
,est donc suivi de deux autres Traitez, l'un
fur l' Eloquence , l'autre fur la Poésie ; ÔC
Voilà pour ce qui sert à former le- langage.
Ce qui contribue à former l'esprit & l'intelligence
, est amené aussi naturellement:
Que serviroit , dit l'Auteur , d'énoncer
heureusement nos pensées , si elles-mêmes
ae font exactes & justes? c'est pour cela-
<jue
JANVIER, 1729. 107
que dans les Collèges on fait succéder
J'étude de la Logique à celle des Huma
nisez j mais dans les víiës du P. Buffier ,
la Logique e'tant la science des conséquent
.ces , qui tirent leur prix des principes , la
science des principes doit précéder celle
des conséquences. Ainsi il place avant la
Logique l'Ouvrage intitulé , Des premiè
res ventez,, dont nous parlâmes il y .a.
quelques années. Les veritez qui font dé
duites des premières par voye de consé
quence & de raisonnement , font l'objet
propre & spécial de la Logique. On est
étonné d'abord de voir l'Auteur insinuer
que pour règle générale de Logique , il
ne faut qu'avoir simplement & nettement
préfentes à í'efprit & Vidée du principe ,
& Vidée de la conséquence ; néanmoins fa
proposition se vérifie par les exemples
qu'il apporte. Qu'on ait , dit- il , présents
à I'efprit l'idée d'une Horloge & l'idée
d'un Moulin , il est impossible de conclure
qu'une Horloge est un Moulin. Nouvel
exemple ; un homme craint de vous toucher
far la raison , dit 'il t qu'il vous cajferoiti
vous croyez qu'il raisonne en fou , vous
vous trompez 5 c'est qu'il vous' croît de
verre : la conséquence est juste , il n'y a
de fou que le principe. On ajoûte deux
autres Ouvrages , l'un intitulé Elemens
4e Mét4fhyjì^ue k. la portée de tout le
monde
tf eS MERCURE DE FR ANGE;
monde ; l'autre Examen des préjugez, vttl^
gaires ; ils font destinez à rendre plus fa-
.eíle l'accès des deux fciènces précédentes,
£c ils font traitez en Dialogue avec pré
cision , mais d'un style égayé ; pour faite
sentir que des connoifiances cjui sem
blent difficiles en elles-mêmes , feroient
faciles à guérir fi on les expofoit d'une
manière aisée & familière. Ces quatre
fortes d'Ouvrages font four former l'efprit
.en lui donnant de la justesse §c de lasor
lidité.
Enfin après avoir formé le langage &
l'efprit , il est plus important encore de
former le coeur par la science de la Mo
rale & par celle de la Religion. Ce font
les derniers Traitez de ce Recueil. La Mo
rale est indiquée sous un jour qúi en doit
exciter le gout , puisque dans le Plan de
f" Auteur elle ne tend qu'à nous rendre
.heureux en procurant le bonheur des au
tres. Le Traité intitulé De la Société Ci'
vile , sert d'introduction à un Traité in
titulé, Analyse des preuves les plus plau
sibles de la Religion , ce que i'Auteur ré%
áuit à trois propositions simples & très?-
intelligibles , pour montrer que rien n'est
plus raisonnable que d'embrasser la Foi
Chrétienne , qui feule peut donner £
í'homme toute sa perfection pour le pré
sent & pour 1'av.erar. - , .
ÇC5
.^JANVIER. 173(3. T6f
Ces divers Traitez s'imprimeront cette
anne'e dans un même volume in-folio ,
afin qu'étant liez par des principes nou
veaux & simples , ils faííent un corps com
plet dont les parties ne se puissent disperser.
On i avertit à la fin que ceux qui retien
dront les premiers des Exemplaires de
cette Edition , auront le choix des mieux
imprimez , avec diminution du prix. O»
a sçCi depuis que V In-folio fera de 1 8. li
vres , & qu'on rabattra le tiers à ceux des
amis qui veulent bien d'avance aider aux
frais de ['impression.
vrage des plus singuliers qu'on ait vus
dans la Litteratute , il a pour titre , Cours
des Sciences fur des principes nouveaux
& simples ppur former le langage , f esprit
& le coeur dans l' usage ordinaire de la vie,
Volume in-folio de 8. a 900. pages ,4
deux colonnes , caraSlere de jìugufìin.
Par le Pere Buffier , de la Compagnie de
Jésus.
Si la brièveté que demande notre Mer?
cure, permettoit d'en donner ici le projc*
tput au long , ceux qui ont du gout pour
lesScienccs nousen sçaurpient gréjilsprendroient
%oS MERCURE DE FRANCE,
droient plaisir à la clarté & à la précision
avec laquelle sont énoncez les principes
rde chacune des Sciences qui forment ce
Recueil , 8c entre lesquelles on fak appercevoir
une liaison naturelle.
On rnet d'abord la Grammaire Fran
çoise de l' Auteur, laquelle a e'te' si répan
due dans l'Europe , & qui a pour fonde
ment de représenter le langage comme
l'image de nos pensées pour les discerner
.& les arranger. Inexpérience a montré
d'ailleurs combien elle est utile pour fa-
.ciliter l'étude de la Langue Françoise en
(particulier, & pour tourner en gênerai le
istyle à une lieureuse élocution ; c'est ce
qui conduit à deux facuitez qui sont le
plus excellent usage de la Grammaire ,
íçavoir , {'Eloquence &f la Po'éfìe. Comme
la Grammaire enseigne à nous faire bien
bien entendre , l'Eloquence Sc la Poésie
.enseignent à faire une impression sensible
fur l'esprit de ceux à qui nous nous fai
sons entendre. Le Traité de la Grammaire
,est donc suivi de deux autres Traitez, l'un
fur l' Eloquence , l'autre fur la Poésie ; ÔC
Voilà pour ce qui sert à former le- langage.
Ce qui contribue à former l'esprit & l'intelligence
, est amené aussi naturellement:
Que serviroit , dit l'Auteur , d'énoncer
heureusement nos pensées , si elles-mêmes
ae font exactes & justes? c'est pour cela-
<jue
JANVIER, 1729. 107
que dans les Collèges on fait succéder
J'étude de la Logique à celle des Huma
nisez j mais dans les víiës du P. Buffier ,
la Logique e'tant la science des conséquent
.ces , qui tirent leur prix des principes , la
science des principes doit précéder celle
des conséquences. Ainsi il place avant la
Logique l'Ouvrage intitulé , Des premiè
res ventez,, dont nous parlâmes il y .a.
quelques années. Les veritez qui font dé
duites des premières par voye de consé
quence & de raisonnement , font l'objet
propre & spécial de la Logique. On est
étonné d'abord de voir l'Auteur insinuer
que pour règle générale de Logique , il
ne faut qu'avoir simplement & nettement
préfentes à í'efprit & Vidée du principe ,
& Vidée de la conséquence ; néanmoins fa
proposition se vérifie par les exemples
qu'il apporte. Qu'on ait , dit- il , présents
à I'efprit l'idée d'une Horloge & l'idée
d'un Moulin , il est impossible de conclure
qu'une Horloge est un Moulin. Nouvel
exemple ; un homme craint de vous toucher
far la raison , dit 'il t qu'il vous cajferoiti
vous croyez qu'il raisonne en fou , vous
vous trompez 5 c'est qu'il vous' croît de
verre : la conséquence est juste , il n'y a
de fou que le principe. On ajoûte deux
autres Ouvrages , l'un intitulé Elemens
4e Mét4fhyjì^ue k. la portée de tout le
monde
tf eS MERCURE DE FR ANGE;
monde ; l'autre Examen des préjugez, vttl^
gaires ; ils font destinez à rendre plus fa-
.eíle l'accès des deux fciènces précédentes,
£c ils font traitez en Dialogue avec pré
cision , mais d'un style égayé ; pour faite
sentir que des connoifiances cjui sem
blent difficiles en elles-mêmes , feroient
faciles à guérir fi on les expofoit d'une
manière aisée & familière. Ces quatre
fortes d'Ouvrages font four former l'efprit
.en lui donnant de la justesse §c de lasor
lidité.
Enfin après avoir formé le langage &
l'efprit , il est plus important encore de
former le coeur par la science de la Mo
rale & par celle de la Religion. Ce font
les derniers Traitez de ce Recueil. La Mo
rale est indiquée sous un jour qúi en doit
exciter le gout , puisque dans le Plan de
f" Auteur elle ne tend qu'à nous rendre
.heureux en procurant le bonheur des au
tres. Le Traité intitulé De la Société Ci'
vile , sert d'introduction à un Traité in
titulé, Analyse des preuves les plus plau
sibles de la Religion , ce que i'Auteur ré%
áuit à trois propositions simples & très?-
intelligibles , pour montrer que rien n'est
plus raisonnable que d'embrasser la Foi
Chrétienne , qui feule peut donner £
í'homme toute sa perfection pour le pré
sent & pour 1'av.erar. - , .
ÇC5
.^JANVIER. 173(3. T6f
Ces divers Traitez s'imprimeront cette
anne'e dans un même volume in-folio ,
afin qu'étant liez par des principes nou
veaux & simples , ils faííent un corps com
plet dont les parties ne se puissent disperser.
On i avertit à la fin que ceux qui retien
dront les premiers des Exemplaires de
cette Edition , auront le choix des mieux
imprimez , avec diminution du prix. O»
a sçCi depuis que V In-folio fera de 1 8. li
vres , & qu'on rabattra le tiers à ceux des
amis qui veulent bien d'avance aider aux
frais de ['impression.
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Résumé : Cours des Sciences, sur des principes nouveaux, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un projet d'ouvrage intitulé 'Cours des Sciences sur des principes nouveaux & simples pour former le langage, l'esprit & le cœur dans l'usage ordinaire de la vie', rédigé par le Père Buffier de la Compagnie de Jésus. Cet ouvrage, d'un volume in-folio de 8 à 900 pages organisé en deux colonnes, vise à offrir une approche claire et précise des sciences en mettant en évidence les liaisons naturelles entre elles. L'ouvrage commence par une grammaire française, déjà répandue en Europe, qui considère le langage comme l'image des pensées. Cette grammaire facilite l'étude de la langue et conduit à l'éloquence et à la poésie, qui enseignent à faire une impression sensible sur l'esprit des auditeurs. Le traité de grammaire est suivi de deux autres traités, l'un sur l'éloquence et l'autre sur la poésie. Pour former l'esprit et l'intelligence, l'auteur propose d'abord l'étude des principes avant celle des conséquences, inversant ainsi l'ordre traditionnel des collèges. Il place donc avant la logique un ouvrage intitulé 'Des premières vérités'. La logique, science des conséquences, est précédée par la science des principes. L'auteur illustre ses propos par des exemples simples et concrets. Deux autres ouvrages, 'Éléments de Métaphysique' et 'Examen des préjugés vulgaires', sont destinés à rendre l'accès aux sciences précédentes plus facile. Ils sont présentés sous forme de dialogues précis mais dans un style agréable. Enfin, pour former le cœur, l'ouvrage inclut des traités sur la morale et la religion. La morale est présentée comme un moyen de rendre heureux en procurant le bonheur des autres. Le traité 'De la Société Civile' introduit un autre traité intitulé 'Analyse des preuves les plus plausibles de la Religion', qui montre la rationalité d'embrasser la foi chrétienne pour atteindre la perfection humaine. Tous ces traités seront imprimés dans un même volume in-folio pour former un corps complet et cohérent. Les premiers exemplaires seront disponibles avec une réduction de prix pour ceux qui aident aux frais d'impression.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1219
p. 109-116
L'Univers Materiel, ou Astronomie Physique, [titre d'après la table]
Début :
Jean Vilette, fils, Libraire, ruë saint Jacques, à S. Bernard, mettra en vente [...]
Mots clefs :
Astronomie
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texteReconnaissance textuelle : L'Univers Materiel, ou Astronomie Physique, [titre d'après la table]
Jean Vilette , fils , Libraire , ruë saint
Jacques , à S. Bernard , mettra en vente
au commencemenr du mois prochain , la.
troisième Partie de {'Univers Matériel ,
ou Afi+onomie Physique du sieur Petit ,
contenant les causes du Flux & Reflux de
la Mer, les raisons pourquoi la Mer est
haute en Hollande & aux Isles Canaries
dans le même instant ; pourquoi la Mare'e
monte plus haut en approchant du Nord
que proche l' Equinoxiale -, pourquoi les
Marées font plus fortes au temps des Equi
noxes qu'en toute autre saison, les moyens
de se servir du Flux & du Reflux pouc
Trouver la Longitude d'un Vaisseau en
Ídeine Mer, avec les Tables pour en foire
es expériences pendant i'annéc iíjoMc
F tout
jití MERCURE DE FRANCE
touc indépendemment du mouvement de
la Lune ; comment la pression de la Lune
avance ou retarde lesMarées dans lesPorts
& fur les côtes ; quels font les vents qui
seront causez pat la Lune pendant l'année
1750.
Jacques , à S. Bernard , mettra en vente
au commencemenr du mois prochain , la.
troisième Partie de {'Univers Matériel ,
ou Afi+onomie Physique du sieur Petit ,
contenant les causes du Flux & Reflux de
la Mer, les raisons pourquoi la Mer est
haute en Hollande & aux Isles Canaries
dans le même instant ; pourquoi la Mare'e
monte plus haut en approchant du Nord
que proche l' Equinoxiale -, pourquoi les
Marées font plus fortes au temps des Equi
noxes qu'en toute autre saison, les moyens
de se servir du Flux & du Reflux pouc
Trouver la Longitude d'un Vaisseau en
Ídeine Mer, avec les Tables pour en foire
es expériences pendant i'annéc iíjoMc
F tout
jití MERCURE DE FRANCE
touc indépendemment du mouvement de
la Lune ; comment la pression de la Lune
avance ou retarde lesMarées dans lesPorts
& fur les côtes ; quels font les vents qui
seront causez pat la Lune pendant l'année
1750.
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Résumé : L'Univers Materiel, ou Astronomie Physique, [titre d'après la table]
Jean Vilette, libraire à Saint-Bernard, annoncera la vente de la troisième partie de 'L'Univers Matériel' de M. Petit. Cet ouvrage explique les causes des marées, leur variation selon la latitude et les saisons, et propose des méthodes pour déterminer la longitude en mer. Il traite aussi des phénomènes indépendants du mouvement lunaire et prédit les vents pour 1750.
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1220
p. 110-111
Nouvelle Histoire de France, par demandes & par réponses, [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu chez la veuve Delaulne, ruë S. Jacques, & Théodore le Gras, [...]
Mots clefs :
Histoire de France
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Histoire de France, par demandes & par réponses, [titre d'après la table]
Il.paroît depuis peu chez la veuve Dglaul;
pe , rue S. Jacques , & Théodore le Gras^
au Palais, une nouvelle Histoire de France
par demandes & par réponses , dédiée à
M- le Prince dcConty , in- 1 1. C'est un
abrégé très-méthodique & assez cjrconítancié
de toute PHistoire de France. La
Chronologie' est exactement marquée à la,
marge, & l'Auteur a eu soin dé mettre
à la tête de tous les articles les Papes &
les Empereurs , soit de Constantinople ,
soit d'Allemagne , contemporains des
•Rois de France , ce qui forme une efpece
d'Histoire universelle. Cet Ouvrage sera
ttès-utile aux personnes qui veulent se
rapptller qu-s'imprimer dans la mémoire
tous les traits de l'Histojre de France,,rhais
fur tout aux jeunes gens. On fçait les nom
breuses Editions qui ont été faites d'un
Ouvrage qui est dans ce même genre.
Celui dont il s'agit est beaucoup plus éren:
du , plus exact, & on a eu soin d'éviter
|es«méprifes de Mezeray , qui se trouvent
dans l'autre. On y a aussi profité de quçlque
JANVIER. 1730. lii
qaes Remarques du feu Comte de Bou-
Jainviliers, fur l'Histoire du P. Daniel.
pe , rue S. Jacques , & Théodore le Gras^
au Palais, une nouvelle Histoire de France
par demandes & par réponses , dédiée à
M- le Prince dcConty , in- 1 1. C'est un
abrégé très-méthodique & assez cjrconítancié
de toute PHistoire de France. La
Chronologie' est exactement marquée à la,
marge, & l'Auteur a eu soin dé mettre
à la tête de tous les articles les Papes &
les Empereurs , soit de Constantinople ,
soit d'Allemagne , contemporains des
•Rois de France , ce qui forme une efpece
d'Histoire universelle. Cet Ouvrage sera
ttès-utile aux personnes qui veulent se
rapptller qu-s'imprimer dans la mémoire
tous les traits de l'Histojre de France,,rhais
fur tout aux jeunes gens. On fçait les nom
breuses Editions qui ont été faites d'un
Ouvrage qui est dans ce même genre.
Celui dont il s'agit est beaucoup plus éren:
du , plus exact, & on a eu soin d'éviter
|es«méprifes de Mezeray , qui se trouvent
dans l'autre. On y a aussi profité de quçlque
JANVIER. 1730. lii
qaes Remarques du feu Comte de Bou-
Jainviliers, fur l'Histoire du P. Daniel.
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Résumé : Nouvelle Histoire de France, par demandes & par réponses, [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication d'une nouvelle 'Histoire de France par demandes et par réponses', dédiée au Prince de Conti. Cet ouvrage est un abrégé méthodique et détaillé de l'histoire de France, avec une chronologie précise en marge. L'auteur a inclus les Papes et les Empereurs de Constantinople et d'Allemagne contemporains des Rois de France, offrant ainsi une perspective d'histoire universelle. Cet ouvrage est particulièrement utile pour ceux qui souhaitent mémoriser les événements de l'histoire de France, notamment les jeunes gens. Il est présenté comme plus érudit et exact que les éditions précédentes, évitant les erreurs de Mezeray et intégrant des remarques du Comte de Bouillainvilliers sur l'histoire du Père Daniel.
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1221
p. 111
« La veuve Guillaume vient de publier une suite des Journées amusantes de Me de [...] »
Début :
La veuve Guillaume vient de publier une suite des Journées amusantes de Me de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La veuve Guillaume vient de publier une suite des Journées amusantes de Me de [...] »
La veuye Guillaume vient de publier
.une fuite des Journées amusantes de Me de
Gomes. Le succès des volumes qui ont
précédé & dont on a fait plusieurs Edi
tions , garantit le succès de cette Suite
nouvelle. On y trouve trois ou quatre
belles Histoires, & entr'autres celle du
Comte de Salmoni , qui est très- touchante.
L' Auteur y a fait entrer un de'tail du bom
bardement- d'Alger.
.une fuite des Journées amusantes de Me de
Gomes. Le succès des volumes qui ont
précédé & dont on a fait plusieurs Edi
tions , garantit le succès de cette Suite
nouvelle. On y trouve trois ou quatre
belles Histoires, & entr'autres celle du
Comte de Salmoni , qui est très- touchante.
L' Auteur y a fait entrer un de'tail du bom
bardement- d'Alger.
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1222
p. 111-114
Description de la Fête des Ambassadeurs d'Espagne, [titre d'après la table]
Début :
DESCRIPTION de la Fête & du Feu d'artifice qui doit être tiré à Paris sur la [...]
Mots clefs :
Fête, Feux d'artifice, Ambassadeurs, Naissance du Dauphin, Ambassadeurs d'Espagne
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texteReconnaissance textuelle : Description de la Fête des Ambassadeurs d'Espagne, [titre d'après la table]
Description de la Fête & du Feu
d'artifice qui doit être tiré à Paris fur la
Rivière , au sujet de la Naissance de Mon
seigneur le Dauphin, par ordre de S. MC.
Philippe V. Et par les foins de leurs Ex
cellences M. le Marquis de Santa-Cruz,
& M. de Barrenechea , Ambassadeurs Ex
traordinaires & Plénipotentiaires du Roi
d'Espagne , le 2 4. Janvier i7jo. in-Of
avec figures. A Paris, chez. Pierre
Gandoúin, Qítay des Auguflins , à la Belle
Image > 1730. Brochure de 31. pages,
3. livres.
_ . Cette Description est de M./' Abbé Langlet
du Frefiioy , connu déja par plusieurs
Ouvrages Dogmatiques & Historiques,
& fur tout par la Méthode pour étudier
f ij rtíìf
mi MERCURE DE FRANCE.
V ffistoire\<p'il a publiée l'année derniere
tn 4> volumes /jï-4. C'est un Ouvrage
qu'il a accordé à l'amitié 5 M M. les
Ambassadeurs d'Espagne , l'ayant honoré
de la leur depuis qu'ils sont en France.
Quoique l'Auteur n'ait pas tourné ses
e'tudesdu côté de cetce force d'Ouvrages,
on n'a pas laisse de l'approuver & de le
regarder comme une piece excellente en
ce genre , tant pour l'élegance que pour
ies traits curieux & singuliers qu'on y
trouve. Il a crû, fans doute, que pour
en ôter la secheccfle propre aux Descrip
tions , il dcyoit y semer quelques faits
historiques très-interessans, 8c Passaisonner
meme de quelques Pieces de Vers
François, qui servit à expliquer les Ins
criptions Latines que M. VAbbi Lanqlct
. a -données , & qui sont des application^
heureuses de divers endroits des anciens
Poètes, au sujet de cette illustre Fête. Il
a pris même occasion delà de faire des
Eloges sages de véritables des deux Rois
Sí même des deux Reines de ces deux
Nations , & de placer quelques pensées
brillantes, mais simples dans leurs ex
pressions.
On trouve aussi dans cetce Description
Iís Vers que M. de la Serre s homme de
beaucoup d'esprit & de sçavoir , a faits ,
jla'priere d« M M. les Ambassadeurs d'Es-
P3S"Ç
Janvier-. 17 3». n*
pagne, pour servir au Ballet en Musique
que Leurs Excellences onefait représenter
dans cectd occasions Cette fête qui devoit
se donner dès le mois de Décembre t
a e'té reculée par divers accidens.ElIe avoir
été depuis promise au 1 4. ensuite au x 1 .
&enfinell« s'est donnée le 2 4-de ce mois*
La Fête a surpassé de beaucoup la magni
ficence & le brillant qui est répandu dans
cette Description. Ge petit Ouvrage doic
être regardé. comme un morceau précieux
& comme un monument éternel de latendresse
paternelle da Roi Catholique
poor le Roi son neveu.
Comme nous donnerons une Relatiort
de cette Fête^nous ne nous arrêterons pas
plus long-temps à cette Description; mais
pour donner une idée de Ia> Versification
de l' Auteur, voici par où cette Piece est
terminée. C'est une imitation de Pfopercc*-
S'il est des Dieux fur la Terre ,
H en est dedans, les Cieux t
Ceux- cy lancent le Tonnerre ,
Seuls ils exaucent nos voeux.
II faut» Mortels , leur en faire ,.
Pour que de notre Hémisphère ,
ïls éloignent tout brouillard ,
Les vents , la plùye & l'orage }
Devroient-ils un peu plus tard, s
En envoyer davantage.
f iij . U
iû MERCtTRE DÈ FRANCÊ;
II faut donc pour cette Fête,
Aux Dieux , sans autre façon í
Présenter notre Requête ,
Les priant d'y mettre > Bon.
Mais Bon depuis le quinzième
De Janvier jusqu'au trentième.
On en doit tout espérer ;
C'est pour eux fiipeu de chose ,
Qu'ils daigneront l'accordêr í .
C'est fur quoi je me repose*
d'artifice qui doit être tiré à Paris fur la
Rivière , au sujet de la Naissance de Mon
seigneur le Dauphin, par ordre de S. MC.
Philippe V. Et par les foins de leurs Ex
cellences M. le Marquis de Santa-Cruz,
& M. de Barrenechea , Ambassadeurs Ex
traordinaires & Plénipotentiaires du Roi
d'Espagne , le 2 4. Janvier i7jo. in-Of
avec figures. A Paris, chez. Pierre
Gandoúin, Qítay des Auguflins , à la Belle
Image > 1730. Brochure de 31. pages,
3. livres.
_ . Cette Description est de M./' Abbé Langlet
du Frefiioy , connu déja par plusieurs
Ouvrages Dogmatiques & Historiques,
& fur tout par la Méthode pour étudier
f ij rtíìf
mi MERCURE DE FRANCE.
V ffistoire\<p'il a publiée l'année derniere
tn 4> volumes /jï-4. C'est un Ouvrage
qu'il a accordé à l'amitié 5 M M. les
Ambassadeurs d'Espagne , l'ayant honoré
de la leur depuis qu'ils sont en France.
Quoique l'Auteur n'ait pas tourné ses
e'tudesdu côté de cetce force d'Ouvrages,
on n'a pas laisse de l'approuver & de le
regarder comme une piece excellente en
ce genre , tant pour l'élegance que pour
ies traits curieux & singuliers qu'on y
trouve. Il a crû, fans doute, que pour
en ôter la secheccfle propre aux Descrip
tions , il dcyoit y semer quelques faits
historiques très-interessans, 8c Passaisonner
meme de quelques Pieces de Vers
François, qui servit à expliquer les Ins
criptions Latines que M. VAbbi Lanqlct
. a -données , & qui sont des application^
heureuses de divers endroits des anciens
Poètes, au sujet de cette illustre Fête. Il
a pris même occasion delà de faire des
Eloges sages de véritables des deux Rois
Sí même des deux Reines de ces deux
Nations , & de placer quelques pensées
brillantes, mais simples dans leurs ex
pressions.
On trouve aussi dans cetce Description
Iís Vers que M. de la Serre s homme de
beaucoup d'esprit & de sçavoir , a faits ,
jla'priere d« M M. les Ambassadeurs d'Es-
P3S"Ç
Janvier-. 17 3». n*
pagne, pour servir au Ballet en Musique
que Leurs Excellences onefait représenter
dans cectd occasions Cette fête qui devoit
se donner dès le mois de Décembre t
a e'té reculée par divers accidens.ElIe avoir
été depuis promise au 1 4. ensuite au x 1 .
&enfinell« s'est donnée le 2 4-de ce mois*
La Fête a surpassé de beaucoup la magni
ficence & le brillant qui est répandu dans
cette Description. Ge petit Ouvrage doic
être regardé. comme un morceau précieux
& comme un monument éternel de latendresse
paternelle da Roi Catholique
poor le Roi son neveu.
Comme nous donnerons une Relatiort
de cette Fête^nous ne nous arrêterons pas
plus long-temps à cette Description; mais
pour donner une idée de Ia> Versification
de l' Auteur, voici par où cette Piece est
terminée. C'est une imitation de Pfopercc*-
S'il est des Dieux fur la Terre ,
H en est dedans, les Cieux t
Ceux- cy lancent le Tonnerre ,
Seuls ils exaucent nos voeux.
II faut» Mortels , leur en faire ,.
Pour que de notre Hémisphère ,
ïls éloignent tout brouillard ,
Les vents , la plùye & l'orage }
Devroient-ils un peu plus tard, s
En envoyer davantage.
f iij . U
iû MERCtTRE DÈ FRANCÊ;
II faut donc pour cette Fête,
Aux Dieux , sans autre façon í
Présenter notre Requête ,
Les priant d'y mettre > Bon.
Mais Bon depuis le quinzième
De Janvier jusqu'au trentième.
On en doit tout espérer ;
C'est pour eux fiipeu de chose ,
Qu'ils daigneront l'accordêr í .
C'est fur quoi je me repose*
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Résumé : Description de la Fête des Ambassadeurs d'Espagne, [titre d'après la table]
En 1730, une brochure intitulée 'Description de la Fête & du Feu d'artifice' a été publiée à Paris pour célébrer la naissance du Dauphin, sur ordre de Philippe V, roi d'Espagne. La fête, organisée par les ambassadeurs espagnols M. le Marquis de Santa-Cruz et M. de Barrenechea, a eu lieu le 24 janvier 1730 sur la rivière à Paris. L'ouvrage, rédigé par l'Abbé Langlet du Fresnoy, est apprécié pour son élégance et ses détails curieux. Il inclut des faits historiques et des poèmes français expliquant les inscriptions latines. La fête, initialement prévue pour décembre, a été reportée à plusieurs reprises en raison de divers accidents. Elle a finalement eu lieu le 24 janvier et a été jugée magnifique, symbolisant l'affection paternelle du roi d'Espagne pour son neveu. La brochure contient également des vers de M. de la Serre, composés à la demande des ambassadeurs espagnols pour un ballet musical.
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1223
p. 114-119
Poësies Spirituelles & Morales sur les plus beaux Airs de Musique Françoise & Italienne, [titre d'après la table]
Début :
Il paroît un Ouvrage qui a pour titre, Poëses Spirituelles & Morales sur les plus [...]
Mots clefs :
Airs, Poésies spirituelles et morales, Recueil, Fables
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Poësies Spirituelles & Morales sur les plus beaux Airs de Musique Françoise & Italienne, [titre d'après la table]
Il paîoît un Ouvrage qni a pour titre ^
Pv'èsies Spirituelles & Murales fur les plut
beaux Airs de la Musique Françoise dr
Italienne* Premier Recueil , prix 6. livres
en blanc. A Paris chez. Guillaume Defprez^
Libraire , rué S. Jacques , à S. Prosper t
P h. N. Lottin , k la Vérité , & Guichard,
Marchand Papetier de la Musique du Roi,
rue' de l' Arbre-sec , derrière S. Germain
PAuxerroís ; c'est un in 4. gravé, grand
papier.
On s'est proposé dans ce Recueil de
donner un essai de l'ufage chrétien & rai
sonnable qu'on peut faire de la Musique.
Il commence par un Cantique affez étendu
sur les grandeurs de Dieu, dont la Musique
est du célèbre M. Defmarets , & la Poé
sie d'un grand Maître. On en peut juger
par les deux premières Strophes que nous
allons rapporter. Loin
^ Janvier. i7jo. u?
Loiri d'ici , profanes Mortels ,
Vous dont la main impie a dressé des Autels ,
A des Dieux impuissans que le crime a faic
naître,
Qu'aux accens de ma voix tout tremble eri
l'Univers,
Cieux , Enfers , Terre . Mers , c'est votre au-
: guste Maître >
Que je vais chanter dans mes Yers.
ft est, & par lui seul tout Etre a pris naissance!
Le néant existe à fa voix :
La Nature & les temps agissent par ses Loix j
Tout adore en tremblant fa suprême puissance-
Invisible & présent, • onfe prou ve en tous, lieux*
Il remplit la Terre; 8ç les Cieux i
Par lui tout femeut , tout respire ;
■ Sa durée est ls Eternité , >
£t ks bornes de son Empiro, ■. . •.
Sont celles de l'immensitéï
i i •■ .« • ^ ■. •' t.: • ' ... i
On trouve enfile- des Cantiques far les
Mystères de Nfrtte Seigneur , fur les Ver-<
tus & les Vices , & fur les quatre Fins da
Phomme, Çp_ Recueil renfertne tous les
sujets; d<} pjgfeá qau'on peut désire*. Qç y
tíouvç aussi 4'^utres Pietés que l'on pteut
appeller des Chansons Morales , & ' qui
peuvent servir dans des occasions où, le?*
premières, paroîtroi^ut peiit-êtEç trop feii
' * " F iiij rieutes".
v
ii 6 MERCURE DE FRANCE,
rieuses. Pour intéresser par la variété, on'
a recueilli près d'une centaine d'Airs fur
tous les differens caractères de la Musique.
Plusieurs Musetres , Airs de Violon , Pieces
de Clavecin de M. Couprin , Airs
Italiens & plusieurs doubles dans le gouc
de M. Lambert.
On espère que les personnes qui auront
de la voix seront bien aises qu'on leur
fournisse le moyen d'en faire un usage
Uíile , quand elles voudront elles-mêmes
prendre ce délassement ,. ou qu'elles no
poarront.le refuser a d'autres qui voudront
Its entendre chanter.
On a ajoûté à ce Recueil grand nom."
bre de Fables choisies, dans le gout de?
la Fontaine , fur les petits Airs & Vau
devilles les plus connus , avec une Basse
en Musette, qui. pourront servie au même
usage que les Chansons Morales dont on
vient de parler , mais qui font destinées
principalement à fournir aux Enfans un
amusement utile & convenable à leur âge:
nous en rapporterons deux pour servir
d'exemple.
L'tTTlLE ET IE BbAU.
Le Cerf se mirant dans Peau. Sur l' Air ;
Je fais souvent raisonner ma Muptie , 80
fur les Folies d'Espagne. r ;
Dans le Cristal d'une claire Fontaine ,
Un jeune Cerf se miroit autrefois i
JANVIER. I7jtí.: "Xi
II ne voyoit ses jambes qu'avec peine ,' ' . ■»
Charmé de voir la beauté de son Bois.
m
Soudain du Cor entendant le murmure ,
Prompt 8c leger, il fuit dans les Forêts »
Mais arrêté par fa belle ramure,
En expirant il pousse ces regrets.
SB
Le beau nous plaît & le bien nous ennuyé,,
l'un sert toujours , l'autre est souvent fatal *
Je méprisois ce qui sauvoit ma vie ,
J'aimois , helas ! ce qui fait tout mon mal.
La- Peur.
Les Oreilles du Lièvre. Sur l* Air : C'est
une Bouteille qui n'eut jamais ja pareille
De fa- corne un inconnu >.
Au Lion fit quelque peine.
Lion dit . que tour Cornu ,
Soit chassé de mon Domaine.
Depuis le Taureau jusqu'au Chevreau 2
Tout :*én va chercher pays nouveau. -
Le bruit en vent au Lièvre.
Qui de crainte en a la fievrej N
m
Ah /'dit-il . je fuis banni,
Tai deux cornes bien pareilles.
Ft
Ut MERCURE DE FRANCE; ^* 1
On lui dit en vain , nenni,
Ce ne sont que des oreilles.
II répond toujours , détrompei-vousí
Au gré des malins 8c des jaloux » .
Oreilles seront cornes ,
Voire cornes de Licornes.
Wt *■ -
C'est ainsi, quand on a peur,
Que tout se metamorpholej"
Un Buisson est un Voleur,
Uh Phantôme , ou pire chose,
Mais on fçait de même qu'à la Cour r
Un flateur fait prendre chaque jour >
Les Merles pour Corneilles,
Et pour cornes les Oreilles.
On promet de donner incessamment us
second Recueil de Fables dans le même
goût , & de les. réunir ensuite routes en
semble dans un petit volume avec les airs
notttz , afin qu'en puisse s'en servir plu*
commodément.
Sans vouloir prévenir le jugement
du FuHic , ce Recueil nous paroît être
un excellent' mélange de l'utile & de
l'agréab'e. Une pieté tendre & solide ,
la noblesse des pensées & des senti*
mens, le n^ïf des Fables, le choix. & la
Yarieté des Airs parfaitement assortis aux
, - parole*?
• M / »
JANVIER, 1730. ii9
paroles i tout invite également ceux qui
ne chetchent pas dans la Musique un vain
amusement ou un plaisir dangereux. On
n'a rien épargné pour leur plaire : la beauté
de ta Gravure & du papier , & la modi
cité du prix font assez voir que ceux qui
ont entrepris ce Recueil , n'ont eu en viic
311e Pavantage du Public.
Pv'èsies Spirituelles & Murales fur les plut
beaux Airs de la Musique Françoise dr
Italienne* Premier Recueil , prix 6. livres
en blanc. A Paris chez. Guillaume Defprez^
Libraire , rué S. Jacques , à S. Prosper t
P h. N. Lottin , k la Vérité , & Guichard,
Marchand Papetier de la Musique du Roi,
rue' de l' Arbre-sec , derrière S. Germain
PAuxerroís ; c'est un in 4. gravé, grand
papier.
On s'est proposé dans ce Recueil de
donner un essai de l'ufage chrétien & rai
sonnable qu'on peut faire de la Musique.
Il commence par un Cantique affez étendu
sur les grandeurs de Dieu, dont la Musique
est du célèbre M. Defmarets , & la Poé
sie d'un grand Maître. On en peut juger
par les deux premières Strophes que nous
allons rapporter. Loin
^ Janvier. i7jo. u?
Loiri d'ici , profanes Mortels ,
Vous dont la main impie a dressé des Autels ,
A des Dieux impuissans que le crime a faic
naître,
Qu'aux accens de ma voix tout tremble eri
l'Univers,
Cieux , Enfers , Terre . Mers , c'est votre au-
: guste Maître >
Que je vais chanter dans mes Yers.
ft est, & par lui seul tout Etre a pris naissance!
Le néant existe à fa voix :
La Nature & les temps agissent par ses Loix j
Tout adore en tremblant fa suprême puissance-
Invisible & présent, • onfe prou ve en tous, lieux*
Il remplit la Terre; 8ç les Cieux i
Par lui tout femeut , tout respire ;
■ Sa durée est ls Eternité , >
£t ks bornes de son Empiro, ■. . •.
Sont celles de l'immensitéï
i i •■ .« • ^ ■. •' t.: • ' ... i
On trouve enfile- des Cantiques far les
Mystères de Nfrtte Seigneur , fur les Ver-<
tus & les Vices , & fur les quatre Fins da
Phomme, Çp_ Recueil renfertne tous les
sujets; d<} pjgfeá qau'on peut désire*. Qç y
tíouvç aussi 4'^utres Pietés que l'on pteut
appeller des Chansons Morales , & ' qui
peuvent servir dans des occasions où, le?*
premières, paroîtroi^ut peiit-êtEç trop feii
' * " F iiij rieutes".
v
ii 6 MERCURE DE FRANCE,
rieuses. Pour intéresser par la variété, on'
a recueilli près d'une centaine d'Airs fur
tous les differens caractères de la Musique.
Plusieurs Musetres , Airs de Violon , Pieces
de Clavecin de M. Couprin , Airs
Italiens & plusieurs doubles dans le gouc
de M. Lambert.
On espère que les personnes qui auront
de la voix seront bien aises qu'on leur
fournisse le moyen d'en faire un usage
Uíile , quand elles voudront elles-mêmes
prendre ce délassement ,. ou qu'elles no
poarront.le refuser a d'autres qui voudront
Its entendre chanter.
On a ajoûté à ce Recueil grand nom."
bre de Fables choisies, dans le gout de?
la Fontaine , fur les petits Airs & Vau
devilles les plus connus , avec une Basse
en Musette, qui. pourront servie au même
usage que les Chansons Morales dont on
vient de parler , mais qui font destinées
principalement à fournir aux Enfans un
amusement utile & convenable à leur âge:
nous en rapporterons deux pour servir
d'exemple.
L'tTTlLE ET IE BbAU.
Le Cerf se mirant dans Peau. Sur l' Air ;
Je fais souvent raisonner ma Muptie , 80
fur les Folies d'Espagne. r ;
Dans le Cristal d'une claire Fontaine ,
Un jeune Cerf se miroit autrefois i
JANVIER. I7jtí.: "Xi
II ne voyoit ses jambes qu'avec peine ,' ' . ■»
Charmé de voir la beauté de son Bois.
m
Soudain du Cor entendant le murmure ,
Prompt 8c leger, il fuit dans les Forêts »
Mais arrêté par fa belle ramure,
En expirant il pousse ces regrets.
SB
Le beau nous plaît & le bien nous ennuyé,,
l'un sert toujours , l'autre est souvent fatal *
Je méprisois ce qui sauvoit ma vie ,
J'aimois , helas ! ce qui fait tout mon mal.
La- Peur.
Les Oreilles du Lièvre. Sur l* Air : C'est
une Bouteille qui n'eut jamais ja pareille
De fa- corne un inconnu >.
Au Lion fit quelque peine.
Lion dit . que tour Cornu ,
Soit chassé de mon Domaine.
Depuis le Taureau jusqu'au Chevreau 2
Tout :*én va chercher pays nouveau. -
Le bruit en vent au Lièvre.
Qui de crainte en a la fievrej N
m
Ah /'dit-il . je fuis banni,
Tai deux cornes bien pareilles.
Ft
Ut MERCURE DE FRANCE; ^* 1
On lui dit en vain , nenni,
Ce ne sont que des oreilles.
II répond toujours , détrompei-vousí
Au gré des malins 8c des jaloux » .
Oreilles seront cornes ,
Voire cornes de Licornes.
Wt *■ -
C'est ainsi, quand on a peur,
Que tout se metamorpholej"
Un Buisson est un Voleur,
Uh Phantôme , ou pire chose,
Mais on fçait de même qu'à la Cour r
Un flateur fait prendre chaque jour >
Les Merles pour Corneilles,
Et pour cornes les Oreilles.
On promet de donner incessamment us
second Recueil de Fables dans le même
goût , & de les. réunir ensuite routes en
semble dans un petit volume avec les airs
notttz , afin qu'en puisse s'en servir plu*
commodément.
Sans vouloir prévenir le jugement
du FuHic , ce Recueil nous paroît être
un excellent' mélange de l'utile & de
l'agréab'e. Une pieté tendre & solide ,
la noblesse des pensées & des senti*
mens, le n^ïf des Fables, le choix. & la
Yarieté des Airs parfaitement assortis aux
, - parole*?
• M / »
JANVIER, 1730. ii9
paroles i tout invite également ceux qui
ne chetchent pas dans la Musique un vain
amusement ou un plaisir dangereux. On
n'a rien épargné pour leur plaire : la beauté
de ta Gravure & du papier , & la modi
cité du prix font assez voir que ceux qui
ont entrepris ce Recueil , n'ont eu en viic
311e Pavantage du Public.
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Résumé : Poësies Spirituelles & Morales sur les plus beaux Airs de Musique Françoise & Italienne, [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Poésies Spirituelles & Morales sur les plus beaux Airs de la Musique Françoise & Italienne', publié à Paris en 1730. Ce recueil, vendu 6 livres, est disponible chez Guillaume Defrez et d'autres libraires. L'objectif de l'ouvrage est de démontrer un usage chrétien et raisonnable de la musique. Il commence par un cantique sur les grandeurs de Dieu, avec une musique de Monsieur de Marets et une poésie d'un grand maître. Le recueil inclut divers cantiques sur des sujets religieux et moraux, ainsi que des 'chansons morales' pour des occasions moins solennelles. Il contient près de cent airs variés, incluant des musiques de Couperin, des airs italiens et des pièces pour clavecin. Le texte mentionne également l'ajout de fables choisies, similaires à celles de La Fontaine, adaptées à des airs connus, destinées à divertir les enfants de manière utile. Deux fables sont rapportées en exemple. Un second recueil de fables est promis, à réunir ensuite en un volume avec les airs notés. Le recueil est décrit comme un excellent mélange de l'utile et de l'agréable, destiné à ceux qui cherchent dans la musique un divertissement noble et moral.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1224
p. 119-120
« On écrit d'Amsterdam, que M. Bourguet a donné chez François l'Honoré des [...] »
Début :
On écrit d'Amsterdam, que M. Bourguet a donné chez François l'Honoré des [...]
Mots clefs :
Roi, Académie, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit d'Amsterdam, que M. Bourguet a donné chez François l'Honoré des [...] »
On écrit d'Amsterdam , que M. BonrgHtt
a donné chez François l'Honoré des
Lettres Philosophiques fur la, forrmtion
des Sels & Crystaux , & fur la génération
& le mécanisme organique des Plantes &c
des Animaux , à l'occaíion de la pierre
Belemnitc & de la pierre Lenticulaire,
a.vec un Mémoire fur la Théorie de U
terre. Ces quatre Lettres font adressées à
Ifl. J. Scheuchzer. .
M. Durand, au Collège de Gresham à
Londres , Membre de la Société Royale ,
a composé & distribué {'Histoire de l'Or
& de FArgent, extraite de Pline le Natu
raliste , L. j j. avec un suplément à l'hil*
toire de l'Or, Vol- in folio.
Le Sieur Cbevillard, Généalogiste du
Roy , Çhronologiste & Historiographe
dç France s qualitez qui lui furent.acçordées
par Lettres du Grand Sceau du 19-
C i. F v) Fevrisno
MERCURÉ DE FRANCE:
Février, i 691. ) mourut en cette Ville té;
28 Décembre dernier, âgé de 73 ans moins
trois mois , fa veuve continue de vendre
les Cartes de Chronologie & d'Armoiries*
publiées par ion mari , en fa même de-»
-nieure au coin de ki rué neuve Notre-Dame^.
Si ses deux fils qui ont déja donné au Pu
blic plusieurs Ouvrages , continuent 1»
Profession de leur pere , & demeurent
Faîne , fur le Petit Pont, au Nom de Jésus ,
& le-cadet , rué, neuve Notre-Dame ,
ProvijienCf.. '•' ' • ' - •
Jean Baptiste Henry da Troussée de
Valincour, Secrétaire General de la Ma
rine , l'un des Quarante de l' Académie
Françoise , & Honoraire de l' Académie
Roy-ale des Sciences-, ci-devant Secrétairede
la Chambre ôc du Cabinet du Roy ,
mourut le y . de ce mois âgé de 77. ans».
a donné chez François l'Honoré des
Lettres Philosophiques fur la, forrmtion
des Sels & Crystaux , & fur la génération
& le mécanisme organique des Plantes &c
des Animaux , à l'occaíion de la pierre
Belemnitc & de la pierre Lenticulaire,
a.vec un Mémoire fur la Théorie de U
terre. Ces quatre Lettres font adressées à
Ifl. J. Scheuchzer. .
M. Durand, au Collège de Gresham à
Londres , Membre de la Société Royale ,
a composé & distribué {'Histoire de l'Or
& de FArgent, extraite de Pline le Natu
raliste , L. j j. avec un suplément à l'hil*
toire de l'Or, Vol- in folio.
Le Sieur Cbevillard, Généalogiste du
Roy , Çhronologiste & Historiographe
dç France s qualitez qui lui furent.acçordées
par Lettres du Grand Sceau du 19-
C i. F v) Fevrisno
MERCURÉ DE FRANCE:
Février, i 691. ) mourut en cette Ville té;
28 Décembre dernier, âgé de 73 ans moins
trois mois , fa veuve continue de vendre
les Cartes de Chronologie & d'Armoiries*
publiées par ion mari , en fa même de-»
-nieure au coin de ki rué neuve Notre-Dame^.
Si ses deux fils qui ont déja donné au Pu
blic plusieurs Ouvrages , continuent 1»
Profession de leur pere , & demeurent
Faîne , fur le Petit Pont, au Nom de Jésus ,
& le-cadet , rué, neuve Notre-Dame ,
ProvijienCf.. '•' ' • ' - •
Jean Baptiste Henry da Troussée de
Valincour, Secrétaire General de la Ma
rine , l'un des Quarante de l' Académie
Françoise , & Honoraire de l' Académie
Roy-ale des Sciences-, ci-devant Secrétairede
la Chambre ôc du Cabinet du Roy ,
mourut le y . de ce mois âgé de 77. ans».
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Résumé : « On écrit d'Amsterdam, que M. Bourguet a donné chez François l'Honoré des [...] »
Le texte évoque plusieurs événements et publications scientifiques et littéraires. À Amsterdam, M. BonrgHtt a présenté des Lettres Philosophiques sur la formation des sels et cristaux, ainsi que sur la génération et le mécanisme organique des plantes et des animaux, en étudiant la pierre Belemnitique et la pierre Lenticulaire. Ces lettres, adressées à M. J. Scheuchzer, incluent un mémoire sur la théorie de la Terre. Par ailleurs, M. Durand, membre de la Société Royale et professeur au Collège de Gresham à Londres, a composé et distribué une Histoire de l'Or et de l'Argent, extraite de Pline le Naturaliste, avec un supplément sur l'histoire de l'Or. Le texte mentionne également le décès de Jean Baptiste Henry de Valincour, Secrétaire Général de la Marine et membre de l'Académie Française, survenu le 7 février à l'âge de 77 ans. De plus, il note le décès du Sieur Chevillard, généalogiste du Roi, chronologiste et historiographe de France, survenu le 28 décembre précédent à l'âge de 73 ans moins trois mois. Sa veuve continue de vendre les cartes de chronologie et d'armoiries publiées par son mari.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1225
p. 122-124
« Honoré Tournely, Docteur en Theogie de la Maison & Societé de Sorbonne [...] »
Début :
Honoré Tournely, Docteur en Theogie de la Maison & Societé de Sorbonne [...]
Mots clefs :
Académie royale de l'histoire, Curiosité, Mort, Bijoux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Honoré Tournely, Docteur en Theogie de la Maison & Societé de Sorbonne [...] »
Honoré Tourncly , Docteur én Thectgìe
de la Maison & Société de Sorbonne,
Ancien Professeur Royal en Théo
logie de cette Maison , Chanoine de la
Sainte Chapelle de Paris , & auparavant
de la Cathédrale d'Evreux , Censeur
Royal des Livres * mourut "à Paris 1c
Ï6. Décembre ? âgé de 73. ans , dans 1»
réputation d'un grand Théologien & d'un
Ecclésiastique versé dans toutes les autres
sciences de son Etat. Il a composé plusieurs
Ouvrages de Doctrine <k de Re
ligion , qui font honneur à (a ìwtnoirc*
II étoit Originaire de la Ville d'Ami
bes en Provence.
Jean Bernard Qurscl , Prêtre , Docteur1
de Sorbonne, Chanoine & Grand Péniten
cier de TEgliíe de Paris , né en cette Ville,
mourut le 10. Janvier , âgé de soixarue &c
cinq ans. H avoit été près de sepr an
nées Supérieur de la Communauté des
Prêtres de S. Sulpice , avant que d'ê
tre nommé par le Cardinal de Noailies
à la Grande Penìténceric , qu'il x exer
cée pendant douze ans. II s'étoit pré
paré à ces diíferens emplois par une Re
traite de trente années dans le Sémi
naire de S. Sulpice , ensorte, que toute
sa vie a été consacrée à Dieu , & qu'après
en avoir employé 1a meilleuxe par
Janvier. 17$©; itf
tíe à fa propre sanctification , il a con
sumé le reste à Instruction & au salut
du prochain dans des occupations diffi
ciles & laborieuses , où il a fait paroître
une pureté de moeurs un zele 8c
une çbariié dignes des premiers siéclesde
rÉglise. II avoit une Bibliothèque des
plus curieuses , des plus complètes 8C
d'un prix considérable , qu'il a donnée
par son Testament au Séminaire de saine
Louis de cette Ville*
L'Académie Royale de l'Histoire *
Lisbonne a élu , pour remplir la place
qui vaquoit par la mort de Dom Fran
çois de Souza , Commandant de la
Garde Allemande du Roy , Dom Gonçalve-
Manuel Galvaon de la Cerda ^
Genrilhomme de la Maison du Roy ,
Grand Alcade de 14 Ville de Torram
Commandeur de S. Barthelemi de Rabal
dans l'Ordte de Christ , Conseilles
du Conseil Ultramontain , & Député ai*
Conseil de la Maison de Bragance. Le
Roi ayant approuvé l' Election , le nou
vel Académicien s'est chargé cK'crire
l'Histoire des Rois Dom Pedro 8c Dom
Ferdinand.
Le 17. du mois dernier , le Comte
de Çlcimonc alla voir le Cabinet du
*tf .MERCURE DE FRONCE,
/îcúr Paul Lucas ,• célèbre Voyageur--;
ik y examina avec autant de discernement
que de plaisir les différentes curiosités
anciennes & modernes qui y font ras
semblées. Il s'arrêta fur touc à une belle
Figure antique de Ta Déesse Cerès, rap
portée depuis quelques années d*3ltheîles
, où elle fut trouvée près le Tem
ple de Minerve ; son corps est de mar
bre ; mais les extrémités , c'est- à-dire la
fête „ les pieds & les mains font de bron
ze ^ elle est assise sur une baze de jaspe
floride , 8c dans cette situation , elle a
environ, deux piés de. haut.
Voici un atticle également propre i
Enrichir ces nouvelles &c à faire briller
les Arts , puisque les bijoux vont deve
nir plus communs par la mine de diamans
qu'on a découverte au Brezil -, à ce
qu'on mande de Lisbonne , & qu'on
dit être trésriche. Ces Lettres ajoutent
que les derniers Vaisseaux revenus de la
Baye de Tous tes Saints , en ont ap
porté plusieurs , dans le nombre desquels
îl y en a un qui pefe brut le double da
goids du plus gros diamant qu'on con*
noisse en Kurope ; on l'a mis furie tour
pour le découvrir.
de la Maison & Société de Sorbonne,
Ancien Professeur Royal en Théo
logie de cette Maison , Chanoine de la
Sainte Chapelle de Paris , & auparavant
de la Cathédrale d'Evreux , Censeur
Royal des Livres * mourut "à Paris 1c
Ï6. Décembre ? âgé de 73. ans , dans 1»
réputation d'un grand Théologien & d'un
Ecclésiastique versé dans toutes les autres
sciences de son Etat. Il a composé plusieurs
Ouvrages de Doctrine <k de Re
ligion , qui font honneur à (a ìwtnoirc*
II étoit Originaire de la Ville d'Ami
bes en Provence.
Jean Bernard Qurscl , Prêtre , Docteur1
de Sorbonne, Chanoine & Grand Péniten
cier de TEgliíe de Paris , né en cette Ville,
mourut le 10. Janvier , âgé de soixarue &c
cinq ans. H avoit été près de sepr an
nées Supérieur de la Communauté des
Prêtres de S. Sulpice , avant que d'ê
tre nommé par le Cardinal de Noailies
à la Grande Penìténceric , qu'il x exer
cée pendant douze ans. II s'étoit pré
paré à ces diíferens emplois par une Re
traite de trente années dans le Sémi
naire de S. Sulpice , ensorte, que toute
sa vie a été consacrée à Dieu , & qu'après
en avoir employé 1a meilleuxe par
Janvier. 17$©; itf
tíe à fa propre sanctification , il a con
sumé le reste à Instruction & au salut
du prochain dans des occupations diffi
ciles & laborieuses , où il a fait paroître
une pureté de moeurs un zele 8c
une çbariié dignes des premiers siéclesde
rÉglise. II avoit une Bibliothèque des
plus curieuses , des plus complètes 8C
d'un prix considérable , qu'il a donnée
par son Testament au Séminaire de saine
Louis de cette Ville*
L'Académie Royale de l'Histoire *
Lisbonne a élu , pour remplir la place
qui vaquoit par la mort de Dom Fran
çois de Souza , Commandant de la
Garde Allemande du Roy , Dom Gonçalve-
Manuel Galvaon de la Cerda ^
Genrilhomme de la Maison du Roy ,
Grand Alcade de 14 Ville de Torram
Commandeur de S. Barthelemi de Rabal
dans l'Ordte de Christ , Conseilles
du Conseil Ultramontain , & Député ai*
Conseil de la Maison de Bragance. Le
Roi ayant approuvé l' Election , le nou
vel Académicien s'est chargé cK'crire
l'Histoire des Rois Dom Pedro 8c Dom
Ferdinand.
Le 17. du mois dernier , le Comte
de Çlcimonc alla voir le Cabinet du
*tf .MERCURE DE FRONCE,
/îcúr Paul Lucas ,• célèbre Voyageur--;
ik y examina avec autant de discernement
que de plaisir les différentes curiosités
anciennes & modernes qui y font ras
semblées. Il s'arrêta fur touc à une belle
Figure antique de Ta Déesse Cerès, rap
portée depuis quelques années d*3ltheîles
, où elle fut trouvée près le Tem
ple de Minerve ; son corps est de mar
bre ; mais les extrémités , c'est- à-dire la
fête „ les pieds & les mains font de bron
ze ^ elle est assise sur une baze de jaspe
floride , 8c dans cette situation , elle a
environ, deux piés de. haut.
Voici un atticle également propre i
Enrichir ces nouvelles &c à faire briller
les Arts , puisque les bijoux vont deve
nir plus communs par la mine de diamans
qu'on a découverte au Brezil -, à ce
qu'on mande de Lisbonne , & qu'on
dit être trésriche. Ces Lettres ajoutent
que les derniers Vaisseaux revenus de la
Baye de Tous tes Saints , en ont ap
porté plusieurs , dans le nombre desquels
îl y en a un qui pefe brut le double da
goids du plus gros diamant qu'on con*
noisse en Kurope ; on l'a mis furie tour
pour le découvrir.
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Résumé : « Honoré Tournely, Docteur en Theogie de la Maison & Societé de Sorbonne [...] »
Le texte évoque plusieurs figures historiques et événements marquants. Honoré Tourncly, docteur en théologie de la Sorbonne, ancien professeur royal en théologie, chanoine de la Sainte Chapelle de Paris et de la Cathédrale d'Évreux, et censeur royal des livres, est décédé à Paris le 16 décembre à l'âge de 73 ans. Originaire d'Amiens, il était reconnu pour ses compétences en théologie et en sciences ecclésiastiques et avait composé plusieurs ouvrages de doctrine et de religion. Jean Bernard Qurscl, prêtre et docteur de Sorbonne, chanoine et grand pénitencier de l'église de Paris, est né et décédé dans cette ville le 10 janvier à l'âge de 65 ans. Il a été supérieur de la Communauté des Prêtres de Saint-Sulpice et a légué une bibliothèque précieuse au Séminaire de Sainte-Louis. L'Académie Royale de l'Histoire de Lisbonne a élu Dom Gonçalve-Manuel Galvaon de la Cerda pour remplacer Dom François de Souza. Dom Gonçalve, gentilhomme de la Maison du Roi et conseiller du Conseil Ultramontain, doit écrire l'histoire des rois Dom Pedro et Dom Ferdinand. Le Comte de Çlcimonc a visité le cabinet de Paul Lucas, examinant diverses curiosités, dont une figure antique de la déesse Cérès. Enfin, une découverte de mines de diamants au Brésil est mentionnée, avec des lettres de Lisbonne indiquant la présence de diamants de grande valeur.
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1226
p. 125-126
JETTONS FRAPPÉS pour le premier jour de Janvier 1730. avec l'explication des Types &c.
Début :
I. TRESOR ROYAL. Le Soleil parcourant les Signes du Zodiaque. Legende. Ordine cuique suo. [...]
Mots clefs :
Jetons, Trésor royal, Parties casuelles, Chambre aux deniers, Extraordinaire des guerres, Ordinaire des guerres, Bâtiments du roi, Artillerie, Galères, Maison de la reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JETTONS FRAPPÉS pour le premier jour de Janvier 1730. avec l'explication des Types &c.
ÌETTONS FR AFP E'S pour le
premier jour de Janvier 1730. avtc
l'explication des Types &c.
r. Trésor Royal.
Lc Soleil parcourant les Signes du Zo
diaque. Légende. Ordinc cuique suo.
II. Parties Casuelles.
Un Laurier & la Foudre qui tombe
d^ns le lointain. Légende. Solvic formidîne
cafus.
III. Chambre aux Deniers.-
Une Fortune avec un bandeau ôté de
dessus ses yeux & pendant \ laquelle
répand des pieces d'argent. Legìnde»-
Nec infeia-.
IV. Extraordinaires besGuerres.
•' Des Trompettes ornées de leurs Ban»
detojes. Légende. Pacem non Bella cienti-
V. Ordinaire des Guerres.
Un esiain d'Abeilles , qui environ
nent leur Roi. Légende. Major mole
animus.
lis MERCURE DE FRANCE.
VI. Basti ïíÊfJS du Roy.
Uri diamant taillé eh brillant , & ri
chement monté. Légende. Natura micat
& ane.
VIL Artillerie.
La Renommée tenant fa trompette., d*ô iì
pend une Banderole aux Armes du Dau-4
phin 5 plus des Feux & des Canons.
Légende. Regalis nuncia partus.
VIII. Marine.
Une Aigle qui donne la chasse à des.
Oiíeaux de proye. Légende. Majoribus
apt*.
IX. Galères;
Des Syrenes à la tète d'un Promontoire.
Légende. Délectant atque timentur.
X. Maxsok de la Reine.
Une Vigne chargée de quatre grap
pes , dont une est très-remarquable. Lí*
gendi. Nec vota fefellit.
premier jour de Janvier 1730. avtc
l'explication des Types &c.
r. Trésor Royal.
Lc Soleil parcourant les Signes du Zo
diaque. Légende. Ordinc cuique suo.
II. Parties Casuelles.
Un Laurier & la Foudre qui tombe
d^ns le lointain. Légende. Solvic formidîne
cafus.
III. Chambre aux Deniers.-
Une Fortune avec un bandeau ôté de
dessus ses yeux & pendant \ laquelle
répand des pieces d'argent. Legìnde»-
Nec infeia-.
IV. Extraordinaires besGuerres.
•' Des Trompettes ornées de leurs Ban»
detojes. Légende. Pacem non Bella cienti-
V. Ordinaire des Guerres.
Un esiain d'Abeilles , qui environ
nent leur Roi. Légende. Major mole
animus.
lis MERCURE DE FRANCE.
VI. Basti ïíÊfJS du Roy.
Uri diamant taillé eh brillant , & ri
chement monté. Légende. Natura micat
& ane.
VIL Artillerie.
La Renommée tenant fa trompette., d*ô iì
pend une Banderole aux Armes du Dau-4
phin 5 plus des Feux & des Canons.
Légende. Regalis nuncia partus.
VIII. Marine.
Une Aigle qui donne la chasse à des.
Oiíeaux de proye. Légende. Majoribus
apt*.
IX. Galères;
Des Syrenes à la tète d'un Promontoire.
Légende. Délectant atque timentur.
X. Maxsok de la Reine.
Une Vigne chargée de quatre grap
pes , dont une est très-remarquable. Lí*
gendi. Nec vota fefellit.
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Résumé : JETTONS FRAPPÉS pour le premier jour de Janvier 1730. avec l'explication des Types &c.
Le document de 1730 décrit les emblèmes et légendes associés aux différentes parties du Trésor Royal. Le Trésor Royal est représenté par le Soleil parcourant les Signes du Zodiaque, avec la légende 'Ordinæ cuique suo' (Chacun à son ordre). Les Parties Casuelles montrent un Laurier et la Foudre tombant au loin, avec la légende 'Solvic formidîne cafus' (La foudre redoutable est apaisée). La Chambre aux Deniers présente une Fortune avec un bandeau ôté de ses yeux, répandant des pièces d'argent, avec la légende 'Nec infeia-' (Ni trompeuse). Les Extraordinaires des Guerres sont illustrés par des Trompettes ornées de leurs banderoles, avec la légende 'Pacem non Bella cienti-' (Les guerres ne cherchent pas la paix). L'Ordinaire des Guerres montre un essaim d'abeilles entourant leur Roi, avec la légende 'Major mole animus' (Un grand esprit dans un petit corps). Les Bâtiments du Roy sont représentés par un diamant taillé en brillant et richement monté, avec la légende 'Natura micat & ane' (La nature brille et s'anime). L'Artillerie est illustrée par La Renommée tenant sa trompette, avec des Feux et des Canons, et la légende 'Regalis nuncia partus' (Messager royal de la naissance). La Marine montre une Aigle chassant des oiseaux de proie, avec la légende 'Majoribus apt*' (Apte aux plus grands). Les Galères présentent des Sirènes à la tête d'un Promontoire, avec la légende 'Délectant atque timentur' (Elles charment et effraient). Enfin, la Maison de la Reine est représentée par une Vigne chargée de quatre grappes, avec la légende 'Nec vota fefellit' (Les vœux ne sont pas déçus).
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1227
p. 127-143
Ino & Melicerte, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 17. Decembre, les Comédiens François remirent au Théatre Ino & [...]
Mots clefs :
Esclave, Mort, Roi, Acte, Princesse, Prisonnier, Hymen, Théâtre, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ino & Melicerte, Extrait, [titre d'après la table]
E 17. Décembre , les Comédiens
François remirent au Théâtre lw> &
Melicene , Tragédie de M. de la Gran
ge. Cette Piéce fut donnée pour la pre
mière fois avec un grand succès Tan
1713. oh la reprit sept ou -huit ans
après -, mais par des circonstances dont
on ne íçauroir rendre raison , les Re
présentations n'en furent pas nombreu-
: . „ se*;
*i8 MERCURE DE FRANCÈ. ,
ses } elle vienc de rentrer dans fes droits^
Sc les larmes qu'elle fait répandre dé^-
pol'ent en fa faveur. A cette occasion' ,
nous avons ctíi qu'il, ne seroi.c pas hors
de propos de faice voir dans quelle
source l'Auteur a puisé son sujec. Voici
ce qu'il en dit dans fa Préfaces
La Tragédie d' lai fut une de celles
cjíii firent remporter des- prix a Euripide-y
le tems qui mus' a dérobé- une partie des
Ouvrages de ce grand Poète , r? a pas lais
sé venir jusqu'à nous le moindre frag
ment de celui-ci , & l'on en ignoreroit te
sujet me 'ne , fi Hygitt , Ajf-anvbi d' Augufie,
n'avait pris foin de nous le con^
server dans fa quatrième- Fable , qu'il nousa
laijsée fius' le titre d'Inv d'Euripide ,■
où nous apprennons qu' Aihamas , Sou
verain d'une punie de- la- Thessalie , eut
deux Enfans d'Ino , fin Epouse , & deux
autres ensuite de Themifto qu'iL épousa'
*nffi > qu'Ino , sa première femme , étant
mllie shr le V.arnafi* y pour célébrer ItJ
Fêtes de Bacchus ,,Athamas: envoya de
ses gens qui la lui amenèrent , & trouva
moyen de- la garder près de lui commt
une personne inconnue ; Themtjlo cepen
dant fut informée qu'elle y ètoit , fans:
pouvoir la connoure , & forma le dessein
de faire périr les Enfans de cette pretiHtrt
femme d'Athamas elle la prit
J ANVIER. 1730. *n
elle-rneme pour Confidente , & pour com
plice de son dejfeia , la regardant comme
une Esclave qui apparemment saijoit au
près des quatre enfans d'Athamas , —
qu'on iUvoit ensemble , les fonilions dt
Gouvernante \ afin de ne se point mépren
dre au ehoix qu'elle avoit a faire dt.s
deux qu'elle vouloìt immoler , Themifta
dit k fa Rivale de donner des vêter/:ens
blancs aux deux derniers enfans du Roy t
G7* cThabiller de noir ceux de la prirmiere
femme ; Ino fit le contraire ; Themifio
tua ses propres Fils 5 elle recennut fin
erreur , & fe tua elle-même de desespoir.
Voilà, pour ainsi dire, le germe de la Tra^
ge'die dont nous allons donner l'Extrair.On,
croiroit que c'est par modestie qucM .de la
Grange a voulu rendre à Euripide l'honneur
de l'invention > mais il nous ap
prend lui même que c'est par un autrç
motif qu'il s'y est déterniinét Voici com
ment il s'explique.
Ce sujet n'eft donc point tout entier
de mon invenùon , & il efl surprenant
que dans un tems ou beaucoup de per
sonnes d'une érudition très- profonde dans
P Antiquité , marquent tant de goût pour le
Théâtre , il ne s'en soit presque point
trouvé qui n'ayent regardé cette Piéce
tomme un Roman tout-A-fait nouveau ,
& tiré dans toutes fis parties de mon ima
gination*
t3P MERCURE DE FRANCE.
gination. Ne diroit-on pas par le foiti
que M. de la Grange prend de se jus
tifier , qu'il craint qu'on ne lui impure
à faute ce qui devroit,lui faire honneur,
ëc qu'il croit qu'il est: plus glorieux d'a
voir lû que de créér ? il fait pourtant
Voir par la manière dont il a traité son
sujet , qu'il est; capable de l'avoir inventé.
Voici comment il dispose sa Fable, & se
la rend originale.
Un Roi de Thessalie n'ayant laisse
qu'une fille après fa mort , Athamas
usurpa le Throne fur cette Princesse.
Themiflée , fille du Gouverneur à'Euridicê
, c'-est le nom de la Princesse , se
rendit fi redoutable à l'ufurpateur , qu'il
fut obligé de partager son Throne & son
lit avec elle ; jl ne put le faire fans ré
pudier. Ino , fa première femme, Sf fille
de Cadmus. Themistée voulant assurer
la Couronne à un fils qu'elle avoit eu
d'un premier lit , donna des ordres se
crets pour faire pérjr Melicerte qu'on
avoir dérobé à fa fureur ; ce Melicerte
éroit fils d'Athamas & d'Ino. Le bruit
de fa mort fut répandu par les foins de
Themistée , quoiqu'elle eut manqué son
coup -, elle fit élever Euridice dans une
tour } elle la destinoit à Palamede , c'est
le nom de ee Fils qu'elle avoit eu d'un
premier lie ; elle donna à cette Princesse
une
JANVIER. ï7Jo. n»
une Esclave -pour Gouvernante. Cette
Esclave e'toit Ino elle même , qui croyoir
n'avoir plus de fils , trompée par le bruit
gene'ral de fa mort. Cependant Melicerte;,
échapé aux recherches de ses affalìins ,
respirok sous le nom KAlcidamas , i&
commandoit l'Armée de Cadmus , qui
assiegeoit Pelle , Capitale de la Thessa
lie , pour vanger fa fille Ino. Pelle est
je lieu de ta Scène. Alcidamas & Euri
dice s'aiment par une simple vûe pro
duite par le hazard pendant le siège. Al
cidamas est fait prisonnier dans une at
taque où tout ícmbloit l'assurer d'une
pleine Victoire -, Themistée apprend en
même-rems que cet illustre prisonnier
est ce même Melicerte "dont elle avoit
autrefois ordonné la mort ; elle en fait
confidence à la pre'tenduë Esclave , mere
de Melicerre •■> Ino fait fçavoir à Atha-
»nas par une lettre dont elle charge la
Princesse Euridice , qu'Alcidamas est son
fils Melicerte ; cela produit des recon-
. rioissances .très-touchantes entre le pere
& le fils , & bientôt après entre le fils
& la mere. Tout cela fe passe dans le
sems que Themistée est dans le Temple,
ou elle ordonne les apprêts du mariage
île son fils Palamede avec Euridice ,
íille du légitime Roi de Thessalie. The
mistée ayant appris qu'Athamas a vu Sc
jccoftr
.13* MERCURE DE f R AN CE.
reconnu son fils Melicerte , entreprend
Je faire périr ce Rival de son fils ; elle
.charge fa fidelle Esclave de l'envoyer sur
quelque prétexte , dans un lieu obscur ,
où elle ì'attendra pour le poignarder -,
Ino y envoyé Palamede au lieu de Me
licerte ; & par cette méprise , Themistéc
' plonge dans le sein de son propre fils
£e fer qu'elle croit porter dans le Xein
du fils de ía Rivale ; elle reconnoît ea
raéme-tems -son crime , ôc le véritable
fort de fa prétendue Esclave , & se tue
Je désespoir , peu regrettée d'Athamas ,
*jui depuis long-tems n'étoit occupé que
Je fa chere lno. Cet Argument servira
à rendre la distribution des Actes &
des Scènes plus' claire , &c les Scènes ea
íeront moins chargées d'expositions.
Themistée commence la Tragédie avec
.son fils Palamede. L'Exposition du sujet
est partagée entre le fils & la mere ,
& telle qu'on "l'a mise dans l'Argurhent.
Un secours arrive à Athamas , & con
duit par Thrafile , frère de Themistée , #
.donne lieu à cette femme ambitieuse de
découvrir pour la première fois à soa
fils le grand dessein qu'elle a formé de
puis long-tems de lui faire épouser l'hcjitiere
légitime de la Couronne en la
personne de la Princesse Euridice. L' Au
teur connoìc trop bien le Théâtre pouc
ne
J A N ViER. 1729^ lîï
BC .pas donner des raisons à Thémistés
pour faire édater ptéciíement cn ce jour
un secret qu'elle a toûjoun caché : voici
corame ,elle s'explique.
Il est temps quand tout nous favorise,
Que jc fasse éclater cette illustre entreprise.
U n'est pas vrai , à la rigueur , que tout
favorise Thémistée , le secours que Thra-
£[e vient de lui amener , quelque considé
rable qu'elle le fasse , ne l'a pas empêchée
de dire dès le premier Vers ;
Eh bien, mon fils, le fort changera-t'il de face?
Pouvons- nous espérer de sauver cette Place ?
Mais d'une espérance naislante^lle passe
bientôt à une sécurité qui va jusqu'à la
persuasion, puisqu'en finissant la première
Scène, elle dit >
Du succès que j'attends je fuis persuadée.
Le grand deísein de Thémistée ne con
siste pas seulement à faire épouser la Prin
cesse Euridice à son fils > mais à achever
de déterminer Athamas à abdiquer la Cou
ronne ; ahdication dont Clarigene , le plus
fidèle de ses Sujets l'a détourné jusqu'à
ce jour.
Thémiilée fait connoître ses intentions
G à
*54 MERCURE DE FRANCE,
à Euridice , & exhorte l'Esclave qui lui «
■tenu lieu de Gouvernante dans la Touc
d'où elle fort pour la première fois,
i la porter à cet Hymen ; elle tâche de
l'y engager par la promesse de sa liberté.
Palamede n'eisuye que des mépris de la
part d'Euridice , & la quitte très-peu sa
lissait. L'Esclave inconnue loué la Prin
cesse de la noble fermeté avec laquelle
elle a réprimé l'audace d'un Sujet assez té
méraire pous aspirer à son Hymen.
Clarigene reconnoît Ino dans la peiv
sonne de l'Esclave ; il lui apprend qu'Athamas
la regrette tous les jours. £no pat
ixn premier mouvement voudroit s'aller
jetter aux pieds de son époux ; mais Cla
rigene l'en détourne par prudence ; il
l'instruit de ce qui se passe dans J'arméa
des Aiïìegeans , dont le Chef s'appelle
Alcidamas » ïno soupçonne que c'eù sou
' fils Melicerte qui fe cache fous ce nom ;
Clarigene lui ôte une fi douce erteur,& lui
apprend que Thémistée a fait périr Meli
certe. Cet Acte finit par une promesse que
Clarigene fait à Ino de détourner l'Hymcn
de Palamede avec Euridice & ['abdication
d'Athamas.Il est encore parlé dans ect Acte
de l'Amour d'Alcidamas & d'Euridice.
Au second Acte , Clarigene , dans un
JMonologue, se confirme dans la noble
résolution de périr plutôt que de trahir les
ëaterçci; de son Roi. Âthae
JANVIER. 1730; rffS
Athamas , pour k première fois qu'il
.paroît , témoigne des remords qui tien
nent de la fureur son caractère devienc
plus raisonnable dans le reste de la Piece,
par les différentes situations où il se trou
ve. La mort prétendue' d'Ino & de Melicerte
qu'il s'impute , le rend furieux ;
mais ce cher Fils recouvré , & l'esperancç /
.'de retrouver cette fidèle Epouse, injustes
ment répudiée, donnent lieu à ce qu'on
trouve de changement dans soncaracteresï
cela n'empêche pas qu'il ne soit imbécile»
Clatigene a beau l'exhorrer à ne point
abdiquer la Couronne , par les raisons les
plus pressantes, il persiste dans son dessein,
& n'excuse sa foiblesse que par ces Vers:
•Maître encor dubandeau qu'ils veulent m'ar»
racher .
Moi-même de mon front je le veux détacher :
;Faisons voir qu'un grand coeur aisément le
dédaigne ,
|Lt sçait y renoncer avant qu'on l'y contraigne.
Il confirme à Thémistée qui arrive , l'esperance
dont il l'a flatée ; Clarígene plus
Roi que le Roi même , ose persister en
présence de Thémistée dans le conseil qu'il
vient de lui donner ; tout cela n'ébranle
point Athamas ; quelques larmes que
Thémistée affecte de répandre , le portent
à dice d'Ujti ton absçlu à Clarigene :
G i} Cla,
ij* MERCURE DE FRANCE, ^
Glarigene, suivei l'ordre que j'ai donné.
Euridice qui arrive , témoigne au
contraire une noble fermeté , Thémistée
en est vivement picquée , 8ç Athamas sem
ble presque ['approuver par son silence..
Clarigene qui érpit sorti par ordre du Roi,
revient pour lui annoncer que les ennemis
ont défait le secours amené par Thraíîle.
Thémistée en est déconcertée j mais une
seconde nouvelle que son fils lui apporte
de ^emprisonnement d'Alcidamas , qui
a suivi la mort de Thraíîle ,1a console en
partie & lui fait jurer ia mort d'Alcida-
~mas. Euridice , troublée du danger de son
Amant, prend une résolution digne d'elle,
qu'elle témoigne par çes Vers , qui finis
sent le second Acte ? . ' ;
Allons, quelque malheur que le destin m'zpr
prête,
D'une tête si chere écartons la tempête.
Le péril est pressant , volons à son secours ,
Et conservons fa vie aux dépens de mes jours.
C'est dès la première Scène du troisiè
me Acte , que le grand intérêt commen
ce. L'Esclave à qui Thémistée se confie ,
lui apprend qu'Euridice consent enfin
par ses foins à l'Hymen de son fils , &
qu'elle n'y met d'autre prix que la li
berté du jeune Alcidamas ; ce grand
sacrifice
Janvier* 1730. n?
sacrifice persuade à Thémistéc qu'AÍcidamas
est aimé de la Princesse > Ino
combat cette croyance ; mais elle a bien
d'autres foins quand elle apprend de
Thémistée que cet Alcidamas estMélicerte
8£ que" Lycus , áutrefois chargé de fa môrt
& récemment échappé des prisons de Cad~
mus , vient de lui révéler ce grand secret j
que devient Ino à cette fatale confidence?
elle exhorte Thémistée à suspendre sa ven
geance jusqu'après l'Hymen de son fils
avec Euridice & fur tout à cacher le fort
de Mélicerte au Roi meme ; ce dernier
Conseil, qui a un air de fidélité, confir
me Thémistée dans la croyance où elle
est que fa prétendue Esclave est inviola
blement attachée à ses intérêts.
Euridice vient ; Thémistée dissimulant»
par le Conseil d'Ino , lui promet la liberté
d' Alcidamas au moment qu'elle aura épou
sé son fils.
Euridice gémit du sacrifice que l'Amouí
exige d'elle , pour sauver ce qu'elle aime,
elle s'en plaint à Ino qui l'y a confirmée,
elle proteste ..qu'elle se donnera la mort
après avoir sauvé la vie à son Amant. La
fausse Esclave lui conseille de feindre , Sc
pour l'y mieux obliger , elle lui apprend
que Thémistéc feint elle-même & qu'elle
a juré la mort d'Alcidamas , quelque pro
messe qu'elle ait faite de lui rendre la li-
G iij berté.
MERCURE DE FRANCE;-
berté. Euridice frémit à cette funeste nou*
velle , Ino la rassure áutanc qu'elle peutpar
ces deux Vers :
te Ciel dans- mes projets ne me trahira pas,
Madame, .& je répons des jours d'Alcidamas; *
Euridice déplòre son sort dans un coure
Ivlonologue.Melicerte, qui apparemmenc
ti'Á que la Cour pour prison , vient se pré
senter aux yeux d'Euridice -, il lui dit que
la nouvelle qu'il a reçue de la violence
qu'on vouloir lui faire, l'aroit déterminée
à tout entreprendre pour l'aífranchir d'un-
Hymen odieux ; il lui déclare son amoùr
qu'il s'impute à témérité, ignorant de quel
sang les Dieux l'ont fait naître» Euridice
reçoit cet aveu avec la décence convena*-
fale à son rang.
Ino, sous le nom de Cléonc, vient
rassurer ces deux Amants ; Melicerte est
emû à sa vûè', il reçoit la promesse qu'elle
íui fait de le sauver , comme un Oracle
prononcé par une Divinité -, la fausse Cléone
lui dit qu'il n'y a qu'à le faire connoître
au Roi pour son fils Mélicerte-, elle prie.
Euridice de remettre entre les mains d'Athamas
un écrit qui doit l'instruire d'un
important secret •, Euridice lui demande
d'où vient qu'elle ne le va pas présenter
elle-même au Rói ; elle lui répond qu'elle
ne doit se montrer à ses jeux que lorsJANVIË&.
17 3 0. ijf
«ju'ìl sera le Maître dans ce Palais , Sc
affranchi de la tyrannie de Thémistée.
Touc le monde convient que le quatriè
me est le plus bel Acte de la Piece , Athamas
même 4 qui jusqu'ici en a paru le
personnage le plus deífectueux, reprend
un nouveau caractère ; Clarigene lc rcconnoît
par ces Vers :
Je reconriois mon Koi dans ce noble dessein ,
Que les Dieux appaiscz ont mis dans votra'
sein ;
Par eux en ce moment votre aine est inspiríèV
Aux conseils d'une femme elle n'est plus li*
vrée,
Et fous de noirs chagrins trop long-temps*
abbatu ,
Seigneur , vous reprenez toute votre vertu.
Ce qui obligé Clarigene à parler ainíf
à Athamss c'est la noble résolution qu'il
lui témoigne de protéger le faux Alcidarnas
contre la fureurde Thémistée. Athamas
lui dit qu'il doit ce changement qui;
Vient de se faire en lui , à un songe dans
lequel il a crû voir fa chere Ino , lui pré
sentant d'une main Alcidamas & de l'au
tre son fils Melicerte. Il ajoûte qu'après
son réveil il a entendu la voix d'Ino d'une
manière à ne pouvoir s'y tromper •> mais
que ne l'ayant point trouvée , il n'a poinc
douté qpe ce ne fût ion Ombre , qui , fi-
G iuj deic
pi 4.0 MERCURE DE FRANCE:
"ëelle-même dans les Enfers , venoit lui aniï
«oncer k mort } comme la fin de ses mal
heurs.
Euridiee vient présenter au Roi he
feillet dont la fausse Esclave l'a chargée
pour lui. Voici ce qu'il contient.
West-tu pas satisfait , impitoyable Epoux- ,
Des maux que m' a faits ton courroux-*
Sans ajoûter à ma misère
L'horreur de voir mon fils prisonnier daus ta-
Cour ,
Perdre enfij la clarté du jour
far la cruauté de son pere.
La lecture de ce billet n'avok jamais
tant touché que dans cette derniere re
prise d'Ino & Mdicerte , ce qui fait
©eaucoup d'honneur au sieur Sarrazin ,
^ui joué le Rôle d'Athamas. Le Roi or
donne à- Clarigene d-'allet chercher le
prisonnier î la reconnoiffance entre le
Pere & le Fils est très-touchante. Acha
rnas ordonne à Melicerte d'éviter la Furie
de Themistéc par une prompte fuite. Me
licerte ne veut point partir fans amener
avec lui l'Efclave qui lui a causé tant
d'émotion dans l'Acte précédent. Ino
vient j son fils la reconnoîc pour fa mere
aux tendres foins qu'elle prend de ses
jours. Voici comment il s'explique.
Ces
JANVIER. 1730. *4i,
Ces mots entrecoupés , ces larmes que je
voi .
Celles qui de mes yeux s'échapeiit malgré
moi;
Cet excés de bonté , ces marques de tendresse,
Un secret mouvement qui pour vous m'interesse
>
Madame , tout m'apprend que si je vois le
jour ,
Melicerte deux fois le tient de votre amour.
Ino ne peut enfin se deffendre de lui
avouer qu'elle est sa mere ; elle l'oblige
à fuir avec Clarigene. Melicerte obéit
malgré lui.
Themistée arrive > elle a appris qu'Arhamàs
a reconnu le prisonnier pour sort
fils ; elle en est au desespoir -, elle soup
çonne la fausse Cleone de cette trahison,
& lui demande pour preuve de son in
nocence de conduire fous un faux pré
texte , Melicerte dans un endroit obscur,
où elle le va attendre pour le poignar
der. C'est là un grand coup de Théâtre;
mais en n'auroic pas voulu que Themis
tée eut soupçonné Cleone , parcequ'ellë
lie doit pas lui confier cette derniere en
treprise , si elle se doute qu'elle a pû la
trahir dans une confidence moins imjaortante.-.
Gv Nous
1*4* MERCURE DE FRANCE.'
Nous passerons légèrement fur ce der
nier Acte , & nous n'en dirons que ce.-
qui sert à dénouer une Piéce qui n'est
que trop charge'e d'action. Palamede
vaincu , (a propose d'accabler son RivalJ.
sous fa chute par un noble desespoir.
On a retranché une Scène , où Licus:
paroissoit pour la première fois , 6c qui-:
étoit tout- à-fait inutile. Palàmede faic:
connoître que Themistéc l'attend v il estï
à présumer que c'est la fausse Cleone qui;
J'envoye à l'endroit. obscur où Themistéee
doit poignarder. Melicerte* Athamas 8C:
Eutidice viennent s'applaudir de la vic
toire que Melicerte a remportée fur ses:
Ennemis. T.hemistée vient annoncer à .
Athamas que Melicerte n'est plus-,
qu'elle l'a poignardé de fa propre main.
Melicerte paroîc ; mais on a trouvéqu'il
venoit un peu trop tard desabuser -
Athamas , qui ne disant , ni ne faisant :
rien pendant qu'on lui annonçoit la mortt
de son fils -, retomboit dans ion premier -
caractère, La vue de Melicerte donne
d'étranges soupçons à Themistée , dootr
les coups ont été rrompés. .
Ino vient changer ses soupçons cn cer*
titude -, elle lui apprend qu'elle a poi
gnardé son propre fils. La reconnoissinct •
entre Athamas & Ino ne produit pas un
Etaad effet , parcequ'elle se fait dans une :
sitttttioat
JANVIER. 1730. i4î
situation funeste , qui fait diversion ì
Pinterêt qui en pourroit résulter. Themistée
se tue , après une prédiction ,
dont on croit que l'Auteur auroit bien
fait de se passer.
On a trouve' la Versification de cette
Tragédie tm peu foible ; mais on ne
peut pas refuser à l'Auteur Penrente du
Théâtre qu'il a portée au plus haut degré,
La ' Lecouvrcitr & le Sr Ditval ,
jouent les deux principaux Rôles dans
cette Piéce. Ceux deThemifiée 6c d'Euriâice
, font joiiez par les D"" Balicour 8c
du Frcsne , & celui de Palamede , pat ic
ST Duchemin fils.
François remirent au Théâtre lw> &
Melicene , Tragédie de M. de la Gran
ge. Cette Piéce fut donnée pour la pre
mière fois avec un grand succès Tan
1713. oh la reprit sept ou -huit ans
après -, mais par des circonstances dont
on ne íçauroir rendre raison , les Re
présentations n'en furent pas nombreu-
: . „ se*;
*i8 MERCURE DE FRANCÈ. ,
ses } elle vienc de rentrer dans fes droits^
Sc les larmes qu'elle fait répandre dé^-
pol'ent en fa faveur. A cette occasion' ,
nous avons ctíi qu'il, ne seroi.c pas hors
de propos de faice voir dans quelle
source l'Auteur a puisé son sujec. Voici
ce qu'il en dit dans fa Préfaces
La Tragédie d' lai fut une de celles
cjíii firent remporter des- prix a Euripide-y
le tems qui mus' a dérobé- une partie des
Ouvrages de ce grand Poète , r? a pas lais
sé venir jusqu'à nous le moindre frag
ment de celui-ci , & l'on en ignoreroit te
sujet me 'ne , fi Hygitt , Ajf-anvbi d' Augufie,
n'avait pris foin de nous le con^
server dans fa quatrième- Fable , qu'il nousa
laijsée fius' le titre d'Inv d'Euripide ,■
où nous apprennons qu' Aihamas , Sou
verain d'une punie de- la- Thessalie , eut
deux Enfans d'Ino , fin Epouse , & deux
autres ensuite de Themifto qu'iL épousa'
*nffi > qu'Ino , sa première femme , étant
mllie shr le V.arnafi* y pour célébrer ItJ
Fêtes de Bacchus ,,Athamas: envoya de
ses gens qui la lui amenèrent , & trouva
moyen de- la garder près de lui commt
une personne inconnue ; Themtjlo cepen
dant fut informée qu'elle y ètoit , fans:
pouvoir la connoure , & forma le dessein
de faire périr les Enfans de cette pretiHtrt
femme d'Athamas elle la prit
J ANVIER. 1730. *n
elle-rneme pour Confidente , & pour com
plice de son dejfeia , la regardant comme
une Esclave qui apparemment saijoit au
près des quatre enfans d'Athamas , —
qu'on iUvoit ensemble , les fonilions dt
Gouvernante \ afin de ne se point mépren
dre au ehoix qu'elle avoit a faire dt.s
deux qu'elle vouloìt immoler , Themifta
dit k fa Rivale de donner des vêter/:ens
blancs aux deux derniers enfans du Roy t
G7* cThabiller de noir ceux de la prirmiere
femme ; Ino fit le contraire ; Themifio
tua ses propres Fils 5 elle recennut fin
erreur , & fe tua elle-même de desespoir.
Voilà, pour ainsi dire, le germe de la Tra^
ge'die dont nous allons donner l'Extrair.On,
croiroit que c'est par modestie qucM .de la
Grange a voulu rendre à Euripide l'honneur
de l'invention > mais il nous ap
prend lui même que c'est par un autrç
motif qu'il s'y est déterniinét Voici com
ment il s'explique.
Ce sujet n'eft donc point tout entier
de mon invenùon , & il efl surprenant
que dans un tems ou beaucoup de per
sonnes d'une érudition très- profonde dans
P Antiquité , marquent tant de goût pour le
Théâtre , il ne s'en soit presque point
trouvé qui n'ayent regardé cette Piéce
tomme un Roman tout-A-fait nouveau ,
& tiré dans toutes fis parties de mon ima
gination*
t3P MERCURE DE FRANCE.
gination. Ne diroit-on pas par le foiti
que M. de la Grange prend de se jus
tifier , qu'il craint qu'on ne lui impure
à faute ce qui devroit,lui faire honneur,
ëc qu'il croit qu'il est: plus glorieux d'a
voir lû que de créér ? il fait pourtant
Voir par la manière dont il a traité son
sujet , qu'il est; capable de l'avoir inventé.
Voici comment il dispose sa Fable, & se
la rend originale.
Un Roi de Thessalie n'ayant laisse
qu'une fille après fa mort , Athamas
usurpa le Throne fur cette Princesse.
Themiflée , fille du Gouverneur à'Euridicê
, c'-est le nom de la Princesse , se
rendit fi redoutable à l'ufurpateur , qu'il
fut obligé de partager son Throne & son
lit avec elle ; jl ne put le faire fans ré
pudier. Ino , fa première femme, Sf fille
de Cadmus. Themistée voulant assurer
la Couronne à un fils qu'elle avoit eu
d'un premier lit , donna des ordres se
crets pour faire pérjr Melicerte qu'on
avoir dérobé à fa fureur ; ce Melicerte
éroit fils d'Athamas & d'Ino. Le bruit
de fa mort fut répandu par les foins de
Themistée , quoiqu'elle eut manqué son
coup -, elle fit élever Euridice dans une
tour } elle la destinoit à Palamede , c'est
le nom de ee Fils qu'elle avoit eu d'un
premier lie ; elle donna à cette Princesse
une
JANVIER. ï7Jo. n»
une Esclave -pour Gouvernante. Cette
Esclave e'toit Ino elle même , qui croyoir
n'avoir plus de fils , trompée par le bruit
gene'ral de fa mort. Cependant Melicerte;,
échapé aux recherches de ses affalìins ,
respirok sous le nom KAlcidamas , i&
commandoit l'Armée de Cadmus , qui
assiegeoit Pelle , Capitale de la Thessa
lie , pour vanger fa fille Ino. Pelle est
je lieu de ta Scène. Alcidamas & Euri
dice s'aiment par une simple vûe pro
duite par le hazard pendant le siège. Al
cidamas est fait prisonnier dans une at
taque où tout ícmbloit l'assurer d'une
pleine Victoire -, Themistée apprend en
même-rems que cet illustre prisonnier
est ce même Melicerte "dont elle avoit
autrefois ordonné la mort ; elle en fait
confidence à la pre'tenduë Esclave , mere
de Melicerre •■> Ino fait fçavoir à Atha-
»nas par une lettre dont elle charge la
Princesse Euridice , qu'Alcidamas est son
fils Melicerte ; cela produit des recon-
. rioissances .très-touchantes entre le pere
& le fils , & bientôt après entre le fils
& la mere. Tout cela fe passe dans le
sems que Themistée est dans le Temple,
ou elle ordonne les apprêts du mariage
île son fils Palamede avec Euridice ,
íille du légitime Roi de Thessalie. The
mistée ayant appris qu'Athamas a vu Sc
jccoftr
.13* MERCURE DE f R AN CE.
reconnu son fils Melicerte , entreprend
Je faire périr ce Rival de son fils ; elle
.charge fa fidelle Esclave de l'envoyer sur
quelque prétexte , dans un lieu obscur ,
où elle ì'attendra pour le poignarder -,
Ino y envoyé Palamede au lieu de Me
licerte ; & par cette méprise , Themistéc
' plonge dans le sein de son propre fils
£e fer qu'elle croit porter dans le Xein
du fils de ía Rivale ; elle reconnoît ea
raéme-tems -son crime , ôc le véritable
fort de fa prétendue Esclave , & se tue
Je désespoir , peu regrettée d'Athamas ,
*jui depuis long-tems n'étoit occupé que
Je fa chere lno. Cet Argument servira
à rendre la distribution des Actes &
des Scènes plus' claire , &c les Scènes ea
íeront moins chargées d'expositions.
Themistée commence la Tragédie avec
.son fils Palamede. L'Exposition du sujet
est partagée entre le fils & la mere ,
& telle qu'on "l'a mise dans l'Argurhent.
Un secours arrive à Athamas , & con
duit par Thrafile , frère de Themistée , #
.donne lieu à cette femme ambitieuse de
découvrir pour la première fois à soa
fils le grand dessein qu'elle a formé de
puis long-tems de lui faire épouser l'hcjitiere
légitime de la Couronne en la
personne de la Princesse Euridice. L' Au
teur connoìc trop bien le Théâtre pouc
ne
J A N ViER. 1729^ lîï
BC .pas donner des raisons à Thémistés
pour faire édater ptéciíement cn ce jour
un secret qu'elle a toûjoun caché : voici
corame ,elle s'explique.
Il est temps quand tout nous favorise,
Que jc fasse éclater cette illustre entreprise.
U n'est pas vrai , à la rigueur , que tout
favorise Thémistée , le secours que Thra-
£[e vient de lui amener , quelque considé
rable qu'elle le fasse , ne l'a pas empêchée
de dire dès le premier Vers ;
Eh bien, mon fils, le fort changera-t'il de face?
Pouvons- nous espérer de sauver cette Place ?
Mais d'une espérance naislante^lle passe
bientôt à une sécurité qui va jusqu'à la
persuasion, puisqu'en finissant la première
Scène, elle dit >
Du succès que j'attends je fuis persuadée.
Le grand deísein de Thémistée ne con
siste pas seulement à faire épouser la Prin
cesse Euridice à son fils > mais à achever
de déterminer Athamas à abdiquer la Cou
ronne ; ahdication dont Clarigene , le plus
fidèle de ses Sujets l'a détourné jusqu'à
ce jour.
Thémiilée fait connoître ses intentions
G à
*54 MERCURE DE FRANCE,
à Euridice , & exhorte l'Esclave qui lui «
■tenu lieu de Gouvernante dans la Touc
d'où elle fort pour la première fois,
i la porter à cet Hymen ; elle tâche de
l'y engager par la promesse de sa liberté.
Palamede n'eisuye que des mépris de la
part d'Euridice , & la quitte très-peu sa
lissait. L'Esclave inconnue loué la Prin
cesse de la noble fermeté avec laquelle
elle a réprimé l'audace d'un Sujet assez té
méraire pous aspirer à son Hymen.
Clarigene reconnoît Ino dans la peiv
sonne de l'Esclave ; il lui apprend qu'Athamas
la regrette tous les jours. £no pat
ixn premier mouvement voudroit s'aller
jetter aux pieds de son époux ; mais Cla
rigene l'en détourne par prudence ; il
l'instruit de ce qui se passe dans J'arméa
des Aiïìegeans , dont le Chef s'appelle
Alcidamas » ïno soupçonne que c'eù sou
' fils Melicerte qui fe cache fous ce nom ;
Clarigene lui ôte une fi douce erteur,& lui
apprend que Thémistée a fait périr Meli
certe. Cet Acte finit par une promesse que
Clarigene fait à Ino de détourner l'Hymcn
de Palamede avec Euridice & ['abdication
d'Athamas.Il est encore parlé dans ect Acte
de l'Amour d'Alcidamas & d'Euridice.
Au second Acte , Clarigene , dans un
JMonologue, se confirme dans la noble
résolution de périr plutôt que de trahir les
ëaterçci; de son Roi. Âthae
JANVIER. 1730; rffS
Athamas , pour k première fois qu'il
.paroît , témoigne des remords qui tien
nent de la fureur son caractère devienc
plus raisonnable dans le reste de la Piece,
par les différentes situations où il se trou
ve. La mort prétendue' d'Ino & de Melicerte
qu'il s'impute , le rend furieux ;
mais ce cher Fils recouvré , & l'esperancç /
.'de retrouver cette fidèle Epouse, injustes
ment répudiée, donnent lieu à ce qu'on
trouve de changement dans soncaracteresï
cela n'empêche pas qu'il ne soit imbécile»
Clatigene a beau l'exhorrer à ne point
abdiquer la Couronne , par les raisons les
plus pressantes, il persiste dans son dessein,
& n'excuse sa foiblesse que par ces Vers:
•Maître encor dubandeau qu'ils veulent m'ar»
racher .
Moi-même de mon front je le veux détacher :
;Faisons voir qu'un grand coeur aisément le
dédaigne ,
|Lt sçait y renoncer avant qu'on l'y contraigne.
Il confirme à Thémistée qui arrive , l'esperance
dont il l'a flatée ; Clarígene plus
Roi que le Roi même , ose persister en
présence de Thémistée dans le conseil qu'il
vient de lui donner ; tout cela n'ébranle
point Athamas ; quelques larmes que
Thémistée affecte de répandre , le portent
à dice d'Ujti ton absçlu à Clarigene :
G i} Cla,
ij* MERCURE DE FRANCE, ^
Glarigene, suivei l'ordre que j'ai donné.
Euridice qui arrive , témoigne au
contraire une noble fermeté , Thémistée
en est vivement picquée , 8ç Athamas sem
ble presque ['approuver par son silence..
Clarigene qui érpit sorti par ordre du Roi,
revient pour lui annoncer que les ennemis
ont défait le secours amené par Thraíîle.
Thémistée en est déconcertée j mais une
seconde nouvelle que son fils lui apporte
de ^emprisonnement d'Alcidamas , qui
a suivi la mort de Thraíîle ,1a console en
partie & lui fait jurer ia mort d'Alcida-
~mas. Euridice , troublée du danger de son
Amant, prend une résolution digne d'elle,
qu'elle témoigne par çes Vers , qui finis
sent le second Acte ? . ' ;
Allons, quelque malheur que le destin m'zpr
prête,
D'une tête si chere écartons la tempête.
Le péril est pressant , volons à son secours ,
Et conservons fa vie aux dépens de mes jours.
C'est dès la première Scène du troisiè
me Acte , que le grand intérêt commen
ce. L'Esclave à qui Thémistée se confie ,
lui apprend qu'Euridice consent enfin
par ses foins à l'Hymen de son fils , &
qu'elle n'y met d'autre prix que la li
berté du jeune Alcidamas ; ce grand
sacrifice
Janvier* 1730. n?
sacrifice persuade à Thémistéc qu'AÍcidamas
est aimé de la Princesse > Ino
combat cette croyance ; mais elle a bien
d'autres foins quand elle apprend de
Thémistée que cet Alcidamas estMélicerte
8£ que" Lycus , áutrefois chargé de fa môrt
& récemment échappé des prisons de Cad~
mus , vient de lui révéler ce grand secret j
que devient Ino à cette fatale confidence?
elle exhorte Thémistée à suspendre sa ven
geance jusqu'après l'Hymen de son fils
avec Euridice & fur tout à cacher le fort
de Mélicerte au Roi meme ; ce dernier
Conseil, qui a un air de fidélité, confir
me Thémistée dans la croyance où elle
est que fa prétendue Esclave est inviola
blement attachée à ses intérêts.
Euridice vient ; Thémistée dissimulant»
par le Conseil d'Ino , lui promet la liberté
d' Alcidamas au moment qu'elle aura épou
sé son fils.
Euridice gémit du sacrifice que l'Amouí
exige d'elle , pour sauver ce qu'elle aime,
elle s'en plaint à Ino qui l'y a confirmée,
elle proteste ..qu'elle se donnera la mort
après avoir sauvé la vie à son Amant. La
fausse Esclave lui conseille de feindre , Sc
pour l'y mieux obliger , elle lui apprend
que Thémistéc feint elle-même & qu'elle
a juré la mort d'Alcidamas , quelque pro
messe qu'elle ait faite de lui rendre la li-
G iij berté.
MERCURE DE FRANCE;-
berté. Euridice frémit à cette funeste nou*
velle , Ino la rassure áutanc qu'elle peutpar
ces deux Vers :
te Ciel dans- mes projets ne me trahira pas,
Madame, .& je répons des jours d'Alcidamas; *
Euridice déplòre son sort dans un coure
Ivlonologue.Melicerte, qui apparemmenc
ti'Á que la Cour pour prison , vient se pré
senter aux yeux d'Euridice -, il lui dit que
la nouvelle qu'il a reçue de la violence
qu'on vouloir lui faire, l'aroit déterminée
à tout entreprendre pour l'aífranchir d'un-
Hymen odieux ; il lui déclare son amoùr
qu'il s'impute à témérité, ignorant de quel
sang les Dieux l'ont fait naître» Euridice
reçoit cet aveu avec la décence convena*-
fale à son rang.
Ino, sous le nom de Cléonc, vient
rassurer ces deux Amants ; Melicerte est
emû à sa vûè', il reçoit la promesse qu'elle
íui fait de le sauver , comme un Oracle
prononcé par une Divinité -, la fausse Cléone
lui dit qu'il n'y a qu'à le faire connoître
au Roi pour son fils Mélicerte-, elle prie.
Euridice de remettre entre les mains d'Athamas
un écrit qui doit l'instruire d'un
important secret •, Euridice lui demande
d'où vient qu'elle ne le va pas présenter
elle-même au Rói ; elle lui répond qu'elle
ne doit se montrer à ses jeux que lorsJANVIË&.
17 3 0. ijf
«ju'ìl sera le Maître dans ce Palais , Sc
affranchi de la tyrannie de Thémistée.
Touc le monde convient que le quatriè
me est le plus bel Acte de la Piece , Athamas
même 4 qui jusqu'ici en a paru le
personnage le plus deífectueux, reprend
un nouveau caractère ; Clarigene lc rcconnoît
par ces Vers :
Je reconriois mon Koi dans ce noble dessein ,
Que les Dieux appaiscz ont mis dans votra'
sein ;
Par eux en ce moment votre aine est inspiríèV
Aux conseils d'une femme elle n'est plus li*
vrée,
Et fous de noirs chagrins trop long-temps*
abbatu ,
Seigneur , vous reprenez toute votre vertu.
Ce qui obligé Clarigene à parler ainíf
à Athamss c'est la noble résolution qu'il
lui témoigne de protéger le faux Alcidarnas
contre la fureurde Thémistée. Athamas
lui dit qu'il doit ce changement qui;
Vient de se faire en lui , à un songe dans
lequel il a crû voir fa chere Ino , lui pré
sentant d'une main Alcidamas & de l'au
tre son fils Melicerte. Il ajoûte qu'après
son réveil il a entendu la voix d'Ino d'une
manière à ne pouvoir s'y tromper •> mais
que ne l'ayant point trouvée , il n'a poinc
douté qpe ce ne fût ion Ombre , qui , fi-
G iuj deic
pi 4.0 MERCURE DE FRANCE:
"ëelle-même dans les Enfers , venoit lui aniï
«oncer k mort } comme la fin de ses mal
heurs.
Euridiee vient présenter au Roi he
feillet dont la fausse Esclave l'a chargée
pour lui. Voici ce qu'il contient.
West-tu pas satisfait , impitoyable Epoux- ,
Des maux que m' a faits ton courroux-*
Sans ajoûter à ma misère
L'horreur de voir mon fils prisonnier daus ta-
Cour ,
Perdre enfij la clarté du jour
far la cruauté de son pere.
La lecture de ce billet n'avok jamais
tant touché que dans cette derniere re
prise d'Ino & Mdicerte , ce qui fait
©eaucoup d'honneur au sieur Sarrazin ,
^ui joué le Rôle d'Athamas. Le Roi or
donne à- Clarigene d-'allet chercher le
prisonnier î la reconnoiffance entre le
Pere & le Fils est très-touchante. Acha
rnas ordonne à Melicerte d'éviter la Furie
de Themistéc par une prompte fuite. Me
licerte ne veut point partir fans amener
avec lui l'Efclave qui lui a causé tant
d'émotion dans l'Acte précédent. Ino
vient j son fils la reconnoîc pour fa mere
aux tendres foins qu'elle prend de ses
jours. Voici comment il s'explique.
Ces
JANVIER. 1730. *4i,
Ces mots entrecoupés , ces larmes que je
voi .
Celles qui de mes yeux s'échapeiit malgré
moi;
Cet excés de bonté , ces marques de tendresse,
Un secret mouvement qui pour vous m'interesse
>
Madame , tout m'apprend que si je vois le
jour ,
Melicerte deux fois le tient de votre amour.
Ino ne peut enfin se deffendre de lui
avouer qu'elle est sa mere ; elle l'oblige
à fuir avec Clarigene. Melicerte obéit
malgré lui.
Themistée arrive > elle a appris qu'Arhamàs
a reconnu le prisonnier pour sort
fils ; elle en est au desespoir -, elle soup
çonne la fausse Cleone de cette trahison,
& lui demande pour preuve de son in
nocence de conduire fous un faux pré
texte , Melicerte dans un endroit obscur,
où elle le va attendre pour le poignar
der. C'est là un grand coup de Théâtre;
mais en n'auroic pas voulu que Themis
tée eut soupçonné Cleone , parcequ'ellë
lie doit pas lui confier cette derniere en
treprise , si elle se doute qu'elle a pû la
trahir dans une confidence moins imjaortante.-.
Gv Nous
1*4* MERCURE DE FRANCE.'
Nous passerons légèrement fur ce der
nier Acte , & nous n'en dirons que ce.-
qui sert à dénouer une Piéce qui n'est
que trop charge'e d'action. Palamede
vaincu , (a propose d'accabler son RivalJ.
sous fa chute par un noble desespoir.
On a retranché une Scène , où Licus:
paroissoit pour la première fois , 6c qui-:
étoit tout- à-fait inutile. Palàmede faic:
connoître que Themistéc l'attend v il estï
à présumer que c'est la fausse Cleone qui;
J'envoye à l'endroit. obscur où Themistéee
doit poignarder. Melicerte* Athamas 8C:
Eutidice viennent s'applaudir de la vic
toire que Melicerte a remportée fur ses:
Ennemis. T.hemistée vient annoncer à .
Athamas que Melicerte n'est plus-,
qu'elle l'a poignardé de fa propre main.
Melicerte paroîc ; mais on a trouvéqu'il
venoit un peu trop tard desabuser -
Athamas , qui ne disant , ni ne faisant :
rien pendant qu'on lui annonçoit la mortt
de son fils -, retomboit dans ion premier -
caractère, La vue de Melicerte donne
d'étranges soupçons à Themistée , dootr
les coups ont été rrompés. .
Ino vient changer ses soupçons cn cer*
titude -, elle lui apprend qu'elle a poi
gnardé son propre fils. La reconnoissinct •
entre Athamas & Ino ne produit pas un
Etaad effet , parcequ'elle se fait dans une :
sitttttioat
JANVIER. 1730. i4î
situation funeste , qui fait diversion ì
Pinterêt qui en pourroit résulter. Themistée
se tue , après une prédiction ,
dont on croit que l'Auteur auroit bien
fait de se passer.
On a trouve' la Versification de cette
Tragédie tm peu foible ; mais on ne
peut pas refuser à l'Auteur Penrente du
Théâtre qu'il a portée au plus haut degré,
La ' Lecouvrcitr & le Sr Ditval ,
jouent les deux principaux Rôles dans
cette Piéce. Ceux deThemifiée 6c d'Euriâice
, font joiiez par les D"" Balicour 8c
du Frcsne , & celui de Palamede , pat ic
ST Duchemin fils.
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Résumé : Ino & Melicerte, Extrait, [titre d'après la table]
Le texte du Mercure de France de janvier 1730 relate la représentation de la tragédie 'Mélicerte' de M. de la Grange, initialement jouée en 1713 et reprise après plusieurs années. La pièce s'inspire d'une tragédie d'Euripide et d'un récit d'Hygin, un auteur antique, qui raconte comment Themisto, la seconde épouse d'Athamas, roi de Thessalie, tente de tuer les enfants de la première épouse, Ino. La tragédie de M. de la Grange adapte cette histoire en introduisant des personnages et des événements originaux, tels que la princesse Euridice et Mélicerte, le fils caché d'Athamas et d'Ino, qui survit et commande l'armée sous le nom d'Alcidamas. L'intrigue se développe autour de la princesse Euridice, qui déplore son sort dans un cour. Mélicerte se révèle à elle et lui déclare son amour, prêt à la libérer d'un mariage odieux. Ino, sous le nom de Cléone, rassure les amants et promet de sauver Mélicerte en le faisant reconnaître par Athamas comme son fils. Euridice remet un écrit à Athamas, révélant un important secret. Athamas, inspiré par un songe où il voit Ino avec Alcidamas et Mélicerte, décide de protéger Mélicerte contre Themisto. La reconnaissance entre Athamas et Mélicerte est émouvante. Ino révèle sa véritable identité à Mélicerte et l'oblige à fuir avec Clarigene. Themisto, apprenant la reconnaissance de Mélicerte par Athamas, est désespérée et soupçonne Cléone de trahison. Elle tente de poignarder Mélicerte, mais échoue. Ino révèle à Themisto qu'elle a poignardé son propre fils, Palamède. La reconnaissance entre Athamas et Ino est peu marquée. Themisto se tue après une prédiction. La tragédie explore les thèmes de la vengeance, de l'amour et de la trahison, avec des personnages complexes et des intrigues entremêlées. La versification de la tragédie est jugée faible, mais l'auteur est reconnu pour son talent théâtral. Les rôles principaux sont interprétés par Penrente, Lecouvreur, et le Sr Ditval, tandis que ceux de Themisto et d'Euridice sont joués par les D'' Balicour et du Fresne, et celui de Palamède par le Sr Duchemin fils.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1228
p. 143
« Le 20 de ce mois, les Comediens François ont remis au Theatre une petite Comedie [...] »
Début :
Le 20 de ce mois, les Comediens François ont remis au Theatre une petite Comedie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 20 de ce mois, les Comediens François ont remis au Theatre une petite Comedie [...] »
Le î o de ce mois , les Comédien s Fran
çois ont remis au Théâtre une petite Co»
medie en un acte de M. Nericault Destouches,
qui a pour titre le Triple Mariage it
ôc que le Public revoir avec plaisir.
çois ont remis au Théâtre une petite Co»
medie en un acte de M. Nericault Destouches,
qui a pour titre le Triple Mariage it
ôc que le Public revoir avec plaisir.
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1229
p. 143-144
La Dlle Dangeville la jeune, son début, [titre d'après la table]
Début :
Le 28, ils jouerent du même Auteur la Comedie en vers & en cinq actes du [...]
Mots clefs :
Comédie, Mlle Dangeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Dlle Dangeville la jeune, son début, [titre d'après la table]
Le î 8 , ils jouèrent du même Auteur'
la Comédie en vers & en cinq actes du-
Miiisant, iáfrS laquelle la D"e Mariane "
Dangeville, Nièce & Elevé de MUe Des
mares, à présent âgée d'environ 14 ans ,
joua le rôle de la Suivante, avec beaucoup 1
d'intelligence , de vivacité , de gtaces Sc
de finesse. C'est la même qui a déja beauçoup
brillé sur le même Théâtre dès fa*
G vj pl«Sj
i44 MERCURE DE FRANCE.
λlus tendre jeunesse , par ses calcns pour
a Comédie & pour la Danse. On espère
qu'elle dédommagera le Public , qui 1*9*
extrêmement applaudie de son incompa
rable Tante , qu'on ne cesse de regreter.
Elle joua le même rôle le sur-lendemain
& elle fut infiniment plus applaudie. Et
dans la petite Piece elle parut fous le nom .
de S -zette dans le Coche fùposé , avec
une satisfaction generale des Spectateurs ,
qui la trouvent façonnée au Théâtre com*
me si elle étoit âgée de trente ans , & qu'el
le l'eut toujours alîì.lument cultivé*
Deux jours après , elle remplit le rôle
de Clemtis dans la Comédie de Démocritg
amo ureux , & le Public qui l'applaudic:
extrêmement , en parut encore plus con
tent.
la Comédie en vers & en cinq actes du-
Miiisant, iáfrS laquelle la D"e Mariane "
Dangeville, Nièce & Elevé de MUe Des
mares, à présent âgée d'environ 14 ans ,
joua le rôle de la Suivante, avec beaucoup 1
d'intelligence , de vivacité , de gtaces Sc
de finesse. C'est la même qui a déja beauçoup
brillé sur le même Théâtre dès fa*
G vj pl«Sj
i44 MERCURE DE FRANCE.
λlus tendre jeunesse , par ses calcns pour
a Comédie & pour la Danse. On espère
qu'elle dédommagera le Public , qui 1*9*
extrêmement applaudie de son incompa
rable Tante , qu'on ne cesse de regreter.
Elle joua le même rôle le sur-lendemain
& elle fut infiniment plus applaudie. Et
dans la petite Piece elle parut fous le nom .
de S -zette dans le Coche fùposé , avec
une satisfaction generale des Spectateurs ,
qui la trouvent façonnée au Théâtre com*
me si elle étoit âgée de trente ans , & qu'el
le l'eut toujours alîì.lument cultivé*
Deux jours après , elle remplit le rôle
de Clemtis dans la Comédie de Démocritg
amo ureux , & le Public qui l'applaudic:
extrêmement , en parut encore plus con
tent.
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Résumé : La Dlle Dangeville la jeune, son début, [titre d'après la table]
Le 8 juillet, la comédie en vers et en cinq actes 'Le Misanthrope' fut jouée. Mademoiselle Marianne Dangeville, nièce et élève de Madame Desmares, âgée d'environ 14 ans, interpréta le rôle de la Suivante avec intelligence, vivacité, grâce et finesse. Elle avait déjà démontré ses talents en comédie et en danse sur la même scène. Le public espérait qu'elle compenserait l'absence de sa tante célèbre. Elle joua le même rôle deux jours plus tard et reçut de nombreux applaudissements. Dans une autre pièce, elle incarna Suzanne dans 'Le Coche complaisant', suscitant une satisfaction générale des spectateurs, qui la trouvèrent remarquablement mature pour son âge. Deux jours après, elle interpréta le rôle de Clitandre dans 'Démocrite amoureux', suscitant à nouveau l'admiration du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1230
p. 144-146
« La Comedie du Curieux Impertinent, en vers & en cinq actes, que les Comediens [...] »
Début :
La Comedie du Curieux Impertinent, en vers & en cinq actes, que les Comediens [...]
Mots clefs :
Tragédie, Comédiens, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Comedie du Curieux Impertinent, en vers & en cinq actes, que les Comediens [...] »
La Comédie du Curieux Impertinent ?
envers 5c en cinq actes, que les Comé
diens François représentèrent à la Cous
le j de ce mois , fit un extrême plaisir.
C'est la première Piece de M. Nericault
Destouches , qui eut beaucoup de succèí
en i / 1 o. dans fa nouveauté , & qui ne fait
pas moins de plaisir aujoutd'huy. Elle eíl
parfaitement représentée , quoiqu'il n'y
ait que lcS' de la Thorilliere , de rous
ceux qui en remplissoient les rôles en ce
tems-là ; il y joue le même rôle de l'Olive*
Celui de Ger»met joué par lc feu Sr Guetin
g
jAWvrER. î7?». r4*f
rih, est rempli par leSr du Chemin, pcrc.
Celui de Julie fa fille, joué par Made Dan*
cour, pat la DUe Labar. Celai de Leanire,
joué par. le Sr Baron fils, parle SrQuinaur.
Celui rie Daynon par le y Poisson fils ; par
le Sr /Jufresne. La suivante Nennt , jouée
par ivlad1,e Desmares , par la D,le Qui--
uaut. Crispin , joué alors par le Sr Pois--
ûm pere, aujourd'huy par le Sieur Pois-
/íon fils.
Le 10. les mêmes Comédiens represen^
terent à la. Cour la Tragédie de.Berenice^
le Retour imprévu.
Le li. Jodnlet Maître & Georges Dandine-
Le ï 7. La Tragédie d'EleCtre & Y Avare
amoureux.
Le iç.te Philosophe mariêSc la Sérénade
Le 26. Esope k la Cour, & pour petire
Piece Colin Maillard.
On donnera la première représentation'
és la Tragédie de Callyflene le 1 o. ou le
xl du mois prochain. .
Le 2 $. les Comédiens Italiens donnèrent
là première représentation d'une Piece
nouvelle en Prose & en trois actes , de M.
de Marivaux , intitulée U Jeu de F Amour
& du Hasard , laquelle a été reçue trèsfavorablement
du Public. On en parlera
plus au long; Elle a un très -grand succès.
Le 7. le&mémes Comédiens represeatereoç.
t'4^t tàfcRCUkE DE FIANCE;
tèrent à la Cous » la surprise de l''Amour Ç.,
CSomedie en trois actes , avoO la petice
Piecc des Debftn, dans laquelle la D"e Sitvia
& le Sf Theveneau, jouerait d'une
manière inimitable la Parodie d:Vi trois
Intermèdes du Joueur , qui ont été repré
sentés fur le Théâtre de l'Opera au t.nois
de Juin dernier. Cetie Parodie qui a été
si goûtée à l'Hôtel de Bourgogne, n'a pas -
moins plû à la Cour.
Le 1 4. ils représentèrent Us Comédiens
Esclaves y . & la petite Pieçc de la veuve
Coquette. ■
Le i r . AHêquitt S-uitvage S< Arlequin
Poli par P Amours
Le z 8. la Piecê nouvelle du Jeu de
V-A*nonr & du Haz.ard { qui a été tresgpûtée,
& fHoroscope accompli.'
Le 6. Janvier', Fctc dés Ròis I'Acâdemie
Royale de Mutìque donna le pre- •
mier Bal de cettë année , qu'elle contimiéra
de donner dirferencs jours de la
íémaine pendant le Carnaval jusqu'au •
Carême.
envers 5c en cinq actes, que les Comé
diens François représentèrent à la Cous
le j de ce mois , fit un extrême plaisir.
C'est la première Piece de M. Nericault
Destouches , qui eut beaucoup de succèí
en i / 1 o. dans fa nouveauté , & qui ne fait
pas moins de plaisir aujoutd'huy. Elle eíl
parfaitement représentée , quoiqu'il n'y
ait que lcS' de la Thorilliere , de rous
ceux qui en remplissoient les rôles en ce
tems-là ; il y joue le même rôle de l'Olive*
Celui de Ger»met joué par lc feu Sr Guetin
g
jAWvrER. î7?». r4*f
rih, est rempli par leSr du Chemin, pcrc.
Celui de Julie fa fille, joué par Made Dan*
cour, pat la DUe Labar. Celai de Leanire,
joué par. le Sr Baron fils, parle SrQuinaur.
Celui rie Daynon par le y Poisson fils ; par
le Sr /Jufresne. La suivante Nennt , jouée
par ivlad1,e Desmares , par la D,le Qui--
uaut. Crispin , joué alors par le Sr Pois--
ûm pere, aujourd'huy par le Sieur Pois-
/íon fils.
Le 10. les mêmes Comédiens represen^
terent à la. Cour la Tragédie de.Berenice^
le Retour imprévu.
Le li. Jodnlet Maître & Georges Dandine-
Le ï 7. La Tragédie d'EleCtre & Y Avare
amoureux.
Le iç.te Philosophe mariêSc la Sérénade
Le 26. Esope k la Cour, & pour petire
Piece Colin Maillard.
On donnera la première représentation'
és la Tragédie de Callyflene le 1 o. ou le
xl du mois prochain. .
Le 2 $. les Comédiens Italiens donnèrent
là première représentation d'une Piece
nouvelle en Prose & en trois actes , de M.
de Marivaux , intitulée U Jeu de F Amour
& du Hasard , laquelle a été reçue trèsfavorablement
du Public. On en parlera
plus au long; Elle a un très -grand succès.
Le 7. le&mémes Comédiens represeatereoç.
t'4^t tàfcRCUkE DE FIANCE;
tèrent à la Cous » la surprise de l''Amour Ç.,
CSomedie en trois actes , avoO la petice
Piecc des Debftn, dans laquelle la D"e Sitvia
& le Sf Theveneau, jouerait d'une
manière inimitable la Parodie d:Vi trois
Intermèdes du Joueur , qui ont été repré
sentés fur le Théâtre de l'Opera au t.nois
de Juin dernier. Cetie Parodie qui a été
si goûtée à l'Hôtel de Bourgogne, n'a pas -
moins plû à la Cour.
Le 1 4. ils représentèrent Us Comédiens
Esclaves y . & la petite Pieçc de la veuve
Coquette. ■
Le i r . AHêquitt S-uitvage S< Arlequin
Poli par P Amours
Le z 8. la Piecê nouvelle du Jeu de
V-A*nonr & du Haz.ard { qui a été tresgpûtée,
& fHoroscope accompli.'
Le 6. Janvier', Fctc dés Ròis I'Acâdemie
Royale de Mutìque donna le pre- •
mier Bal de cettë année , qu'elle contimiéra
de donner dirferencs jours de la
íémaine pendant le Carnaval jusqu'au •
Carême.
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Résumé : « La Comedie du Curieux Impertinent, en vers & en cinq actes, que les Comediens [...] »
Le document décrit diverses représentations théâtrales à la cour sur une période d'un mois. La pièce 'La Comédie du Curieux Impertinent' de M. Nericault Destouches, jouée le 5 du mois, a connu un grand succès. Les rôles principaux étaient interprétés par la Thorilliere, le Sr Guetin et la Sr Baron fils. Les Comédiens Français ont présenté plusieurs pièces, notamment 'Bérénice' et 'Le Retour imprévu' le 10, 'Jodlet Maître & Georges Dandin' le 11, 'Électre' et 'L'Avare amoureux' le 17, 'Le Philosophe marié' et 'La Sérénade' le 18, 'Esope' et 'Colin Maillard' le 26, et 'Callyphène' prévue pour le 10 ou le 11 du mois suivant. Les Comédiens Italiens ont également donné plusieurs représentations, dont 'Le Jeu de l'Amour et du Hasard' de M. de Marivaux le 25, 'La Surprise de l'Amour' le 7, 'Les Comédiens Esclaves' le 14, et 'L'Horoscope accompli' le 28. Le 6 janvier, l'Académie Royale de Musique a organisé le premier bal de l'année, continuant cette tradition différents jours de la semaine pendant le Carnaval jusqu'au Carême.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1231
p. 146-151
Décoration du Temple de Minerve à l'Opera, [titre d'après la table]
Début :
On continue les représentations de l'Opera de Thesée, auquel celui de Telemaque, [...]
Mots clefs :
Décorations, Marbre, Temples, Pilastres, Architecture, Arcades
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texteReconnaissance textuelle : Décoration du Temple de Minerve à l'Opera, [titre d'après la table]
On continue lesreprésentátfons de l'Ô«
pera de Thésée , auquel .elui de Telemacftte
, qu'on repete , succédera le mois
prochain ; mais à propos de Thésée , quel
ques personnes d'un go' t exquis, nous
^ntreproçhçde n'avoir rien dit de la helle
Décoration
JANVIER. T7îo; 147'
ra , représentant le Temple de Minerve.
Nous reconnotssons notre tort , & pour le
réparer , voici une Description que nous
allons tâcher de rendre digne de la curio
sité du Lecteur , & s'il se peut , de ré
pondre au mérite de l'Ouvrage. ,
Ce Temple est d'Ordre Ionique, trèsrichement
orné. Les Colonnes , Pilastres
& Contre- Pilastres font en Marbre canelés
; les ornemens en Bronze doré,
& les Hgures & bas Reliefs , en Marbre -
blanc.
Un grand Vestibule est formé par 4. -
Arcades fort exaucées , deux à droite , .
& deux à gauche , soutenues par 16. Co
lonnes <ouplées , qui forment un passage
considérable pour í'entrée & la sortie des
Acteurs;
Dans les espaces entre lés Areades.il y &
deux Colonnes isolées & Contre pilastres»
avec leurs Piédestaux & leurs Enublemens.
De grandes Consoles posent dtssus
& soutiennent des Travées foimant un
Plafond à compartiments , dans le goût
"Antique-, lequel par l'att de \x Perspec
tive trompe les yeux , car il parcît vrai
& de niveau aux Spectateurs , quoiqu'il
seit par la position des toiles , mis per
pendiculairement.:
íiMedtóflflOT"4* Vlctlbule, font
Décoration du premier Acte de cet Ope?
4í* MERCURE DE FRANCE,
v m
des Piédestaux rotods , porcant des Fi*-"
gures qui paroiflent re'ellemenc isolées , ôi
détachées du fond où elles sont peintes.
Au fond de ce Vestibule, est une grande
Arcade de 13. piés d'ouverture , fur ï6-,
de haut , portée par huit Colonnes, L es
Entrecolonnements font de 4. piés d'ou
verture, par où l'on découvre tout le Tem
ple, qui par l'opposition de ces Colonnes,
par la manière dont elles font traitées , &c
par le jour dont il est éclairé, qui est beau
coup plus; vague & brillant que celui du
Vestibule , devient entièrement majeí3-
tueux & éclatant j- eûtre les C olonnes il
y a deux Figures isolées.
Cette grande Arcade sert de principale
entrée au Temple , íequel parou réelle
ment aux yeux de figure ronde.
Tout autour de ['intérieur- du Temple,,
sont f. Arcades voûtées qui forment desbascôtez,
dont les Voûtes sont portées
par des Colonnes de la même proportioa
que celles du Vestibule , avec lesquelles
elles s'alignent & nc font qu'un Corps
à.' Architecture-^ ■ .,
Au-dessus de ces Arcades est une Ga
lerie ou PromcBoir , formé par 5. autres-
Arcad; s , dans les Pil.istres desquels il y .a
■des Colonne* adossées au mur, de même
qu'au premier Ordre. Au-defius de leux
EnrablciDiCat ,s'éiev* ,un,Dorne , orné, de
( Mosaïques,
JAN VI E R. i fi ô. f45
Mosaïques , formé par des formes Octbgones
avec des Rozettes au milieu , dan*
le gouc Antique. Ce second Ordre est
Corinthien.
Pendant la Scène , ce Promenoir se voit
réellement rempli d'un grand nombre de
personnes, qui font Spectateurs des Cé
rémonies qui se fonr dans le Temple. Or»
voit au milieu de ce Temple la Statue de
Minerve en ronde Bosse, aíîìse sur uh
Piédestaik *
Les connoiffeurs ont mis cette Décora^
eion au>deflus de celle du Palais de Ninus
du même Auteur , dans l'Opera de Pi4-
rame & Thisbé , dont nous avons donné
la Description en Octobre 171$'. La
Perspective semble avoir donné réelle*
ment à cette derniere une élévation ex
traordinaire , puisque malgré la petitesse
du lieu , & sans avoir dérangé aucune
machine, les Décorations font beaucoup
plus hsjjrcs- dans- k fond da Tkestr-e quefur
le devant , chose qu'on n'avoit pas en
core vû à l'Opera , & qui fait un effet
admirable ; car outre le Dome , on f
voit dans le fond , deux Ordres d'Archi
tecture , le tout ayant 52 . pics de haut
réels , qui paroisseno à la vue en avoir
plus de 60. au lieu que jusqu'à présent
aucune Décoration n'a eu que 1 8. piés d«
kaur au plus dans le fond.
fc'Ordmt
ï jô MÉRCÛRE DÉ FRAI^CÉ.
E' Ordre du Vestibule, qui est Ionique 'p
Maligne tout au pourtour à l'aplomb dvr
second Ordre du Temple , qui est Co
rinthien. On y voit réellement 78. Co
lonnes ou Pilastres ; les plus grandes
portent l'Entablement qui règne au pour
tour ; lès moindres , qui ne montent
qu'aux deux tiers des grandes , portent
les Voûtes &c les Arcades ; elles font paroître
le Temple d'une grandeur d'autant
plus étonnante ,. que tout le monde fçait-
. que le lieu est très-resserré.
Le-iìeur Servandoni , Auteur de cette
Décoration $í de toutes celles dont nour
avons parle' dans nos précédents Mercures,
à travaillé jusqu'ici avec succès à faire'
pàrokre vrayes toutes' les Décorations
qu'il a données ; mais comme l'Architec-'
ture est sen principal talent , & qu'il y'
donne toute son attention, il a composé
routes ses Décorations avec tant d'étude
& d'art ..qu'elle s Re_tíYenr. ia&touícs miíc&-
réellement à exécution , selon les diíposiv
rions les plus exaótes , & les règles les plusjustes
de l'Architecture.
Il a donné par ordre de la Cour', uti
Dessein pour l'Edifice qu'ort propose de1
bâtir aux Grands Augustins de Paris. Il
est Auteur des Dispositions , Décorations,-
Illuminations de la Fête & du Feu d'arti
fice fur la Rivière de- Seine, tiré le *4-. de*
o©-'
Janvier. i7?0.
ce mois , dont nous nemancjuerons pas de
parler.
pera de Thésée , auquel .elui de Telemacftte
, qu'on repete , succédera le mois
prochain ; mais à propos de Thésée , quel
ques personnes d'un go' t exquis, nous
^ntreproçhçde n'avoir rien dit de la helle
Décoration
JANVIER. T7îo; 147'
ra , représentant le Temple de Minerve.
Nous reconnotssons notre tort , & pour le
réparer , voici une Description que nous
allons tâcher de rendre digne de la curio
sité du Lecteur , & s'il se peut , de ré
pondre au mérite de l'Ouvrage. ,
Ce Temple est d'Ordre Ionique, trèsrichement
orné. Les Colonnes , Pilastres
& Contre- Pilastres font en Marbre canelés
; les ornemens en Bronze doré,
& les Hgures & bas Reliefs , en Marbre -
blanc.
Un grand Vestibule est formé par 4. -
Arcades fort exaucées , deux à droite , .
& deux à gauche , soutenues par 16. Co
lonnes <ouplées , qui forment un passage
considérable pour í'entrée & la sortie des
Acteurs;
Dans les espaces entre lés Areades.il y &
deux Colonnes isolées & Contre pilastres»
avec leurs Piédestaux & leurs Enublemens.
De grandes Consoles posent dtssus
& soutiennent des Travées foimant un
Plafond à compartiments , dans le goût
"Antique-, lequel par l'att de \x Perspec
tive trompe les yeux , car il parcît vrai
& de niveau aux Spectateurs , quoiqu'il
seit par la position des toiles , mis per
pendiculairement.:
íiMedtóflflOT"4* Vlctlbule, font
Décoration du premier Acte de cet Ope?
4í* MERCURE DE FRANCE,
v m
des Piédestaux rotods , porcant des Fi*-"
gures qui paroiflent re'ellemenc isolées , ôi
détachées du fond où elles sont peintes.
Au fond de ce Vestibule, est une grande
Arcade de 13. piés d'ouverture , fur ï6-,
de haut , portée par huit Colonnes, L es
Entrecolonnements font de 4. piés d'ou
verture, par où l'on découvre tout le Tem
ple, qui par l'opposition de ces Colonnes,
par la manière dont elles font traitées , &c
par le jour dont il est éclairé, qui est beau
coup plus; vague & brillant que celui du
Vestibule , devient entièrement majeí3-
tueux & éclatant j- eûtre les C olonnes il
y a deux Figures isolées.
Cette grande Arcade sert de principale
entrée au Temple , íequel parou réelle
ment aux yeux de figure ronde.
Tout autour de ['intérieur- du Temple,,
sont f. Arcades voûtées qui forment desbascôtez,
dont les Voûtes sont portées
par des Colonnes de la même proportioa
que celles du Vestibule , avec lesquelles
elles s'alignent & nc font qu'un Corps
à.' Architecture-^ ■ .,
Au-dessus de ces Arcades est une Ga
lerie ou PromcBoir , formé par 5. autres-
Arcad; s , dans les Pil.istres desquels il y .a
■des Colonne* adossées au mur, de même
qu'au premier Ordre. Au-defius de leux
EnrablciDiCat ,s'éiev* ,un,Dorne , orné, de
( Mosaïques,
JAN VI E R. i fi ô. f45
Mosaïques , formé par des formes Octbgones
avec des Rozettes au milieu , dan*
le gouc Antique. Ce second Ordre est
Corinthien.
Pendant la Scène , ce Promenoir se voit
réellement rempli d'un grand nombre de
personnes, qui font Spectateurs des Cé
rémonies qui se fonr dans le Temple. Or»
voit au milieu de ce Temple la Statue de
Minerve en ronde Bosse, aíîìse sur uh
Piédestaik *
Les connoiffeurs ont mis cette Décora^
eion au>deflus de celle du Palais de Ninus
du même Auteur , dans l'Opera de Pi4-
rame & Thisbé , dont nous avons donné
la Description en Octobre 171$'. La
Perspective semble avoir donné réelle*
ment à cette derniere une élévation ex
traordinaire , puisque malgré la petitesse
du lieu , & sans avoir dérangé aucune
machine, les Décorations font beaucoup
plus hsjjrcs- dans- k fond da Tkestr-e quefur
le devant , chose qu'on n'avoit pas en
core vû à l'Opera , & qui fait un effet
admirable ; car outre le Dome , on f
voit dans le fond , deux Ordres d'Archi
tecture , le tout ayant 52 . pics de haut
réels , qui paroisseno à la vue en avoir
plus de 60. au lieu que jusqu'à présent
aucune Décoration n'a eu que 1 8. piés d«
kaur au plus dans le fond.
fc'Ordmt
ï jô MÉRCÛRE DÉ FRAI^CÉ.
E' Ordre du Vestibule, qui est Ionique 'p
Maligne tout au pourtour à l'aplomb dvr
second Ordre du Temple , qui est Co
rinthien. On y voit réellement 78. Co
lonnes ou Pilastres ; les plus grandes
portent l'Entablement qui règne au pour
tour ; lès moindres , qui ne montent
qu'aux deux tiers des grandes , portent
les Voûtes &c les Arcades ; elles font paroître
le Temple d'une grandeur d'autant
plus étonnante ,. que tout le monde fçait-
. que le lieu est très-resserré.
Le-iìeur Servandoni , Auteur de cette
Décoration $í de toutes celles dont nour
avons parle' dans nos précédents Mercures,
à travaillé jusqu'ici avec succès à faire'
pàrokre vrayes toutes' les Décorations
qu'il a données ; mais comme l'Architec-'
ture est sen principal talent , & qu'il y'
donne toute son attention, il a composé
routes ses Décorations avec tant d'étude
& d'art ..qu'elle s Re_tíYenr. ia&touícs miíc&-
réellement à exécution , selon les diíposiv
rions les plus exaótes , & les règles les plusjustes
de l'Architecture.
Il a donné par ordre de la Cour', uti
Dessein pour l'Edifice qu'ort propose de1
bâtir aux Grands Augustins de Paris. Il
est Auteur des Dispositions , Décorations,-
Illuminations de la Fête & du Feu d'arti
fice fur la Rivière de- Seine, tiré le *4-. de*
o©-'
Janvier. i7?0.
ce mois , dont nous nemancjuerons pas de
parler.
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Résumé : Décoration du Temple de Minerve à l'Opera, [titre d'après la table]
Le texte traite des représentations de l'opéra 'Thésée', suivi par 'Telemach' le mois prochain. Il critique l'absence de description du Temple de Minerve dans l'opéra. Pour pallier cette lacune, une description détaillée du Temple est fournie. Le Temple, de style ionique, est richement orné avec des colonnes, pilastres et contre-pilastres en marbre cannelé, des ornements en bronze doré, et des figures et bas-reliefs en marbre blanc. Le vestibule est formé par quatre arcades soutenues par seize colonnes. La perspective offre une élévation extraordinaire, avec deux ordres d'architecture visibles dans le fond, totalisant 52 pieds de haut. L'ordre du vestibule est ionique, tandis que le second ordre du Temple est corinthien, comptant 78 colonnes ou pilastres. L'architecte Servandoni est félicité pour son talent en architecture et ses décorations précises. Il a également conçu les dispositions et décorations pour la fête et le feu d'artifice sur la Seine le 24 janvier 1770.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1232
p. *151-151
« L'Opera Comique fera l'ouverture de son Theatre, par une Piece intitulée, Le [...] »
Début :
L'Opera Comique fera l'ouverture de son Theatre, par une Piece intitulée, Le [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Opera Comique fera l'ouverture de son Theatre, par une Piece intitulée, Le [...] »
L'Opera Comique fera l'ouverture de'
son Théâtre , par une Piece intitulée , Le
Malade par complaisance , le 3. Février ,
au Jeu de Paulme de la rue de Bussy , oiìil
étoit Tannée derniere; il y a ara deux
Entrées; On n'a rien négligé pour rendre
le lieu commode , autant que fa situation ;
Ra pû permettre»
son Théâtre , par une Piece intitulée , Le
Malade par complaisance , le 3. Février ,
au Jeu de Paulme de la rue de Bussy , oiìil
étoit Tannée derniere; il y a ara deux
Entrées; On n'a rien négligé pour rendre
le lieu commode , autant que fa situation ;
Ra pû permettre»
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1233
p. 155-157
FESTE donnée à Stolkholm, par le Comte de Casteja, Ministre Plenipotentiaire de France en Suede, pour la Naissance du DAUPHIN.
Début :
L'Hôtel destiné pour cette Fête, étoit decoré de 25. Arcades, dont 5. remplissoient [...]
Mots clefs :
Fête, Naissance du Dauphin, Arcades, Lampions, Tables, Bal, Roi de Suède, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTE donnée à Stolkholm, par le Comte de Casteja, Ministre Plenipotentiaire de France en Suede, pour la Naissance du DAUPHIN.
f ESTE donnée k Stolkbolvt , par lé
Comte de Çasteja , Ministre Plénipo
tentiaire de France en Suéde , pour la
Naifance du Daïï.p h i n.
L 'Hôtel destiné pour cette Fête , étoit dé
coré de x$. Arcades , dont y. remplissoient
íaface, & 7- chacune des deux aîles ; il y avoic
frois Arcades à chacun des bouts des deux
aîles. Toutes ces Arcades -çtoient élevées de
puis le Rez- de-Chaussée jusqu'à la Corniche
du Bâtiment composé de deux étages. Le^
fenêtres de chaque étage , se trouvoient i
J'aplomb des Arcades. Elles étoient peintes;
en bleu , semé de Fleur de Lys d'or . donc
chacune étoit éclairée par derrière avec des
Lampions , au nombre de douze mille- Le»
Piédestaux des Pilastres , étoient garnis dif
féremment par d'autres Lampions. Au milieu
de chaque Pilastre , étoient les Armes du Roy.
II y avoit un cordon de Lampions beaucoup
Íilus gros que les autres, aux endroits qui
éparoient les fenêtres les unes des autres.
Toutes ces fenêtres étoient remplies de grands
Chandeliers à trois branches , formez par des
Lampions; & pour garantir l'Illumination des
injures du tems, la Cour étoit entièrement
couverre d'une toile â l'ipreuve de la píuye.
Tous les Àppartemens de cet Hôtel étoient
meublés magnifiquement > les Sales des Res
de Chaussée, furent destinées pour les Tar
bles & les Buffets i trois des Sales du premier
«tage étoient pour le Bal > deux pour le Jeu ,
& l'autre pour le Buffet • où étoient les rafraîchiffemens.
g.i;,ê MERCURE DE FRANCE.
la fêce commença k 7 du mois dernier par
jun dîné , auquel le Comte de Castqja avoit iqyhé
tous les SénateurSjles Ministres étrangers,
ks Présidens des CollegeSjSr d'autres Officiers
les plus considérables , qui s'y trouvèrent au
nombre de quarante. ,Ce dîné dura depuis une
;heure après midi jusqu'à six heures du soir.La
Table fut ser.vie avec autant de délicatefle .que
d'abondance. On y but.auíon des Trompetés
& des Timbales , les santez du Roy , de la
Reine & de Monseigneur le Dauphin, celle du
Ray & de la Reine de Suéde , du Langrave de
Helîe, & beaucoup d'autres qui furent souvení
réïterées.On servit â la fin du repas.lesjLiqueius
les plus exquises.
Le lendemain 8 Décembre il y eut une se
conde fête . qui commença à six heures du soir,
par un grand Bal. II fut ouvert par le Ministre.
d'Angleterre qui en e'toit le Roy , & par la fille
du Comte de Horn , premier Ministre de Sue«
de , qui en étoit la Reine 5 à la fin du premier
Menuet le Roy de Suéde arriva.; il dansa d'a
bord avec la iReine du Bal ; il prit ensuite la
Comtesse de Casteja. Sa Majesté resta au Bal jus
qu'à neuf heures; dès qu'elle se fut retirée oa
íprvit deux Tables de trente- cinq couverts cha
cune , qui furent renouvellées quatre fois > de
deux heures en deux heures pour de nou
veaux Conviez qui se succédèrent les uns aux
autres. II y avoit outre cela dans les mêmes
Sales plusieurs petues Tables s qui furent re
nouvellées de même que les deux grandes ; de
forte que ce furent quatre soupez différents de
spixante & dix personnes chacune, pour les
deux grandes, Tables, & de presque un pareil
nombre pour les petites. .Ces Tables furenc
remplies successivement par toutes ks Dames
T A N VIE R. 1730. ^ f 57
èe la Cour , par les Sénateurs , les Ministres
Etrangers , les Préfidens des Collèges , les Gé
néraux des Troupes, les Lieutenans Généraux,
les Majors , les Colonels , les Chambelans , les
Gentilhommes de la Cour , par tous les Offi
ciers du Régiment des -G ardes, par plusieurs
Lieutenans-Colonels- Majors & autres gens de
condition , par tous les Collèges de la Chancelerie
, & par une partie des Conseillers & Offi
ciers des autres Collèges qui y avoient tous été
invitez avec leur femme & leur famille,
Ces Tables furent servies avec la même abon
dance & la même délicatesse que celle du jour
précédent , & on servit en même - tems une
grande quantité de Confitures , d'Oranges, des
Vins de Liqueurs & toutes sortes de rafraîchissemens
à tout le monde. Le Bal dura toute
h nuit , aussi- bien que l'IIIumination. Les Fon
taines de Vin »'que l'on avoit placées dans les
Arcades de l'Hotel, ne cessèrent de couler pen
dant tout ce temps- là.
II n'y a pas d'exemple en Suéde d'une pareil
le Féte,& où l'on aictégalé en même temps un
fi grand nombre de personnes s & malgré le
monde prodigieux qui s'y trouva» il n'y arriva
aucun désordre.
Il n'y eut point de Feu d'artifice > n'ayant ja
mais été permis d'en faire à Stockholm , par la
crainte du feu . toutes les Maisons de cette Vil
le étant bâties de bois , & on y porte la pré
caution fi loin à cet égard , qu'il y est deffendu
de se servir de Flambeaux la nuit} on ne s'y sert
que de Lanternes.
Comte de Çasteja , Ministre Plénipo
tentiaire de France en Suéde , pour la
Naifance du Daïï.p h i n.
L 'Hôtel destiné pour cette Fête , étoit dé
coré de x$. Arcades , dont y. remplissoient
íaface, & 7- chacune des deux aîles ; il y avoic
frois Arcades à chacun des bouts des deux
aîles. Toutes ces Arcades -çtoient élevées de
puis le Rez- de-Chaussée jusqu'à la Corniche
du Bâtiment composé de deux étages. Le^
fenêtres de chaque étage , se trouvoient i
J'aplomb des Arcades. Elles étoient peintes;
en bleu , semé de Fleur de Lys d'or . donc
chacune étoit éclairée par derrière avec des
Lampions , au nombre de douze mille- Le»
Piédestaux des Pilastres , étoient garnis dif
féremment par d'autres Lampions. Au milieu
de chaque Pilastre , étoient les Armes du Roy.
II y avoit un cordon de Lampions beaucoup
Íilus gros que les autres, aux endroits qui
éparoient les fenêtres les unes des autres.
Toutes ces fenêtres étoient remplies de grands
Chandeliers à trois branches , formez par des
Lampions; & pour garantir l'Illumination des
injures du tems, la Cour étoit entièrement
couverre d'une toile â l'ipreuve de la píuye.
Tous les Àppartemens de cet Hôtel étoient
meublés magnifiquement > les Sales des Res
de Chaussée, furent destinées pour les Tar
bles & les Buffets i trois des Sales du premier
«tage étoient pour le Bal > deux pour le Jeu ,
& l'autre pour le Buffet • où étoient les rafraîchiffemens.
g.i;,ê MERCURE DE FRANCE.
la fêce commença k 7 du mois dernier par
jun dîné , auquel le Comte de Castqja avoit iqyhé
tous les SénateurSjles Ministres étrangers,
ks Présidens des CollegeSjSr d'autres Officiers
les plus considérables , qui s'y trouvèrent au
nombre de quarante. ,Ce dîné dura depuis une
;heure après midi jusqu'à six heures du soir.La
Table fut ser.vie avec autant de délicatefle .que
d'abondance. On y but.auíon des Trompetés
& des Timbales , les santez du Roy , de la
Reine & de Monseigneur le Dauphin, celle du
Ray & de la Reine de Suéde , du Langrave de
Helîe, & beaucoup d'autres qui furent souvení
réïterées.On servit â la fin du repas.lesjLiqueius
les plus exquises.
Le lendemain 8 Décembre il y eut une se
conde fête . qui commença à six heures du soir,
par un grand Bal. II fut ouvert par le Ministre.
d'Angleterre qui en e'toit le Roy , & par la fille
du Comte de Horn , premier Ministre de Sue«
de , qui en étoit la Reine 5 à la fin du premier
Menuet le Roy de Suéde arriva.; il dansa d'a
bord avec la iReine du Bal ; il prit ensuite la
Comtesse de Casteja. Sa Majesté resta au Bal jus
qu'à neuf heures; dès qu'elle se fut retirée oa
íprvit deux Tables de trente- cinq couverts cha
cune , qui furent renouvellées quatre fois > de
deux heures en deux heures pour de nou
veaux Conviez qui se succédèrent les uns aux
autres. II y avoit outre cela dans les mêmes
Sales plusieurs petues Tables s qui furent re
nouvellées de même que les deux grandes ; de
forte que ce furent quatre soupez différents de
spixante & dix personnes chacune, pour les
deux grandes, Tables, & de presque un pareil
nombre pour les petites. .Ces Tables furenc
remplies successivement par toutes ks Dames
T A N VIE R. 1730. ^ f 57
èe la Cour , par les Sénateurs , les Ministres
Etrangers , les Préfidens des Collèges , les Gé
néraux des Troupes, les Lieutenans Généraux,
les Majors , les Colonels , les Chambelans , les
Gentilhommes de la Cour , par tous les Offi
ciers du Régiment des -G ardes, par plusieurs
Lieutenans-Colonels- Majors & autres gens de
condition , par tous les Collèges de la Chancelerie
, & par une partie des Conseillers & Offi
ciers des autres Collèges qui y avoient tous été
invitez avec leur femme & leur famille,
Ces Tables furent servies avec la même abon
dance & la même délicatesse que celle du jour
précédent , & on servit en même - tems une
grande quantité de Confitures , d'Oranges, des
Vins de Liqueurs & toutes sortes de rafraîchissemens
à tout le monde. Le Bal dura toute
h nuit , aussi- bien que l'IIIumination. Les Fon
taines de Vin »'que l'on avoit placées dans les
Arcades de l'Hotel, ne cessèrent de couler pen
dant tout ce temps- là.
II n'y a pas d'exemple en Suéde d'une pareil
le Féte,& où l'on aictégalé en même temps un
fi grand nombre de personnes s & malgré le
monde prodigieux qui s'y trouva» il n'y arriva
aucun désordre.
Il n'y eut point de Feu d'artifice > n'ayant ja
mais été permis d'en faire à Stockholm , par la
crainte du feu . toutes les Maisons de cette Vil
le étant bâties de bois , & on y porte la pré
caution fi loin à cet égard , qu'il y est deffendu
de se servir de Flambeaux la nuit} on ne s'y sert
que de Lanternes.
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Résumé : FESTE donnée à Stolkholm, par le Comte de Casteja, Ministre Plenipotentiaire de France en Suede, pour la Naissance du DAUPHIN.
Le texte relate une fête organisée par le Comte de Castéja, ministre plénipotentiaire de France en Suède, en l'honneur de la naissance du Dauphin. La célébration se déroula dans un hôtel richement décoré d'arcades ornées de lampions et de fenêtres peintes en bleu semé de fleurs de lys. Les appartements étaient somptueusement meublés, avec des salles dédiées aux tables, aux buffets et aux jeux. La première journée de la fête, le 7 décembre, débuta par un dîner auquel étaient conviés des sénateurs, des ministres étrangers, des présidents de collèges et d'autres officiers. Le dîner, servi avec délicatesse et abondance, s'étendit de une heure après midi à six heures du soir. Des toasts furent portés au Roi, à la Reine, au Dauphin, ainsi qu'à des personnalités suédoises et étrangères. Le lendemain, 8 décembre, une seconde fête eut lieu, commençant à six heures du soir par un grand bal ouvert par le ministre d'Angleterre et la fille du Comte de Horn. Le Roi de Suède participa au bal, dansant avec la Reine du bal et la Comtesse de Castéja. Après son départ à neuf heures, des tables furent dressées pour les convives, renouvelées toutes les deux heures. Les tables furent occupées par des dames de la cour, des sénateurs, des ministres étrangers, des généraux et d'autres officiers. La fête se poursuivit toute la nuit, avec des fontaines de vin dans les arcades de l'hôtel. Cette célébration, sans précédent en Suède, rassembla un grand nombre de personnes sans désordre. Aucun feu d'artifice n'eut lieu en raison des risques d'incendie dans la ville de Stockholm, construite en bois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1234
p. 159-168
RÉJOUISSANCES faites à Malte. Extrait de diverses Lettres.
Début :
Les nouvelles de la naissance du DAUPHIN n'étant arrivées à Malte que le 31. Octobre, [...]
Mots clefs :
Réjouissances, Naissance du Dauphin, Arc de triomphe, Roi, Reine, Fête, Messe, Dauphin
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texteReconnaissance textuelle : RÉJOUISSANCES faites à Malte. Extrait de diverses Lettres.
R&50V ISJN CES faites À Malte.
Extrait de diverses Lettres.
LEs nouvelles de la naissance du Daiiphtm
n'étant arrivées à Malte que le 5 %. Octobre»
on commença dçs ce même jour les prépara-
H ij tifs
téo MERCURE DE FRANCE,
tifs des Fêtes que la Religion, & plusieurs per
sonnes considérables de l'Ordre dévoient don
ner à cette occasion. LeBailly d' Avenes de Bo
cage, chargé des affaires du Roy en cette Iíle.est.
íe premier qui s'est distingue'. II fit dresser de
vant son Hôtel un Arc de triomphe de trenrç
pieds de hauteur, lequel occupoit toute la lar
geur de la ruç.Les 4 Colomnes Isolées de la Far
çade étoient ornées de festons , de feuillages
*& de fleurs. L'Attique qui surmontoit cet Arc
étoit orné de la même manière , & on y'voyoit
îes armes du Roy, de la Reine & duDAUPHiK,
avec cette Inscription ;
EX FOECUNDITATE RE©IA FELICI
TAS POPULI.
La Fête commença le soir du n Novembre
par une illumination, compoíee de quantité de
grands Lampions , couverts de papier tranfpa-
.'rent , où les armes du Roy , de la Reine & du
Dauphin étoient peintes séparément & placées
alternativement fur les Corniches & fur les
autres faillies de l'Arc de triomphe , ainsi que
fur les Portes les Fenêtes de 1' Hôtel du Bailly
d'Avernes,&fur celles des Maisons opposées :
rinfcrrption parut alors en lettres de feu.
A vingt pas de distance de l'Arc de triomphe
©n avoit élevé deux Piramides à jour.de vingr-
3uatre pieds de hauteur, garnies de haut en bas
e. quantité de Lampions , & surmontées par *
Globes lumineux. Ces Piramides jetcoient fur
l'Arc de Triomphe & aux environs un éclat
surprenant. Pendant cette illumination on eqr
tendoit une belle symphonie qui étoit placée
ïans u" Balcon assez près de l'Arc de triomphe.
On accouroit en foule à ce Spectacle; on fut
surcoût
JANVIER. 1730. U*
surtout charmée d'un beau Portrait du Roy ,
peint de grandeur naturelle, que M. le Baiíljr
a voie fait placer à l' entrée de son Hôtel sous un
Dais de Velours cramoisi , éclairé de quantité
de Flambeaux de cire blanche.
Le Dimanche 1 j. M. le Bailly fit chanter une
Messe solennelle à plusieurs Choeurs de Musi
que , dans l' Eglise des Jésuites , à laquelle le
Grand-Maure assista , accompagné des Grands
Croix, des Chevaliers , Officiers ,& autres
fiîembíes de l'Ordre qui yavoîentété invitez,-
L'Eglise écoit parée & éclairée extraordinai
rement. Un Portrait du Roy y étoitexpolésous
u a Pais magnifique. On avoit élevé audessus
As la grande Porte les Armes de Sa Majesté, dé
la Reine & du Dauphin, dans des Cartouches,
©tnez de Festons , de Feuillages & de Fleurs ;
& audessous on lisoit ce verset du Pseaume 71,
en lçttres d'or : Ueus' jttdicium tuum Régi d*9
Ô> justitiam tuxm filio Régis.
, . La Messe finie , l' Abbé Signoret fous Prieur
de l'Eglise de S. Jean qui l'avoit célébrée , en
tonna le Te Vùum , qui fut chanté par la Musioue
. aux Fanfares des Trompettes , des Timballes
& au bruit de J' Artillerie de nos Cava
liers , & de celle de tous les Bâtimens François
qiii se trouvèrent dans ce Port. Le Domine fol-
•vum sac Regem , fut chanté de la même ma
nière. Ensuite le Bailly de Bocage,accompagné
du Bailly de la Salle & du Bailly de Froulay ,
General des Galères , tous trois dé la Langue
de France, s'avancèrent à la porte de l'Eglise
f>our remercier le Grand - Maître & toutes
es personnes de l'Ordre ;qui avoient assisté à
«sotte cérémonie. Il s'étoit célébré depuis la
pointe du jour des Messes en plusieurs Eglises
e/ans la méúrte intent ion.
H iij U
îgi MERCURE DE FRANCE.^
te Bailly donna ensuite un splendide dîné,
qui fut servi sur deux Tables de quinze cou
verts chacune. Sur la fin du repas , les santez
du Roy, de la Reine, du Dauphin & du Grand-
Maître furent bues au bruit de l' Artillerie &
des Fanfares.Une Fontaine de vin à quatre jets
&extréirieinent ornée amusa le peuple jusqu'à
la nuit. On lisoit ces Vers au deslus de la Fon
taine :
"Emanure salent Tontes cum murmure Vtm~
phas ,
Hic sons fef'v» murmure vi-va fluit.
Currite jam populi , calices potate fréquentes t
Hec non Çolemnem , nunc ctlebrate diem i
JVjw ftecunda dédit D E L f H 1 Zt V M G Mi»
nobis 5 -
Ei nos DÈLPÍíISO Gaudia noflra danus.
On auroit peine à exprimer I'allegrefie du
peuple St à décrire les diverses Danses des Ma
telots Provençaux, des Maltois &c celles même
des Barbaresques. Le bruit confus des differens
Irstrumens de ces Nations , mêlez aux cris re
doublez de VIVE LE ROY , ne laissoit rien à
délirer au Ministre de Sa Majesté, qui excitoìc
lui- même la joye publique en plusieurs maniè
res , surtout par des envois de vivres & d'au
tres rafraîchiffemens , & en assistant abondam-
.nient les pauvres. II a eu la satisfaction de voir
que malgré ce mélange de Nations, la tran
quillité a toujours été paifaite dans cette soíemnité.
L'illumination recommença le soir comme la
nuit précédente , & fut continuée le troisième
jour presque jusqu'au lever du Soleil. L'Eglife
&
JaMVier: 17*0. i£i
Ùí le Collège des Jésuites furent aussi illumi
nez > ainsi que les Maisons des Chevaliers de la
Ration & celles de tous les François établis a
îrfalte. L'affluence a toujours été égale pendane
ces trois jours dans la maison du Bailly de Bo
cage, où l'on trouvoit toutes sortes de rafraî-
-chissemens , particulièrement des Glaces , des
Confitures & des Pares douces , qui sont trcs
en usage dans ce pais- ci»
Les Réjouissances qui ont été faites ici par
l'Ordre de S. Jean de Jérusalem, ont durétro»
jours consécutifs. Elles commencèrent le Di
manche ío Novembre par une Messe folemnelle
, célébrée pontificalement dans l'Eglise
de S.Jean, par le Piieutde cette Eglise, St chan
tée par une excellente Musque. S. A. Eminentissime
M, le Grand-Maine , y aslìila avec tout
le Corps de la Religion. Après la Méfie, le Te
reum fut chanté par la mème Musique, an
bruit d? plusieurs salves de toute l'Arùllerie de
Terre & de Mer.
Le G.- M. donna ensuite un superbe dîné ï
seize Grands-Croix , François , Allemands ,
Italiens, Espagnols, & Portugais : Le foison
tira un très-beau feu d'Artifice.
Le Lundi , les trois Langues de France firent
chanter une grande Messe & un Te Deam dans.
l'Eglise de S Jean , la Musique fut encore au- .
dessus de celle de la veille , le G. M. à la teste
de tout l'Ordre y assista; les Procureurs des
Langues présentèrent un magnifique bouque t
à S.A.E. & le soir il y eut encore un Feu d'Ar
tifice tiré devant le Palais. On exécuta ensuite
un très-beau Concert dans la Salle de l' Au
berge de France, ornée avec la derniere magni
ficence » & enrichie d'un Portrait du Roi placé "
t H iiij lous
1
r<?4 MERCURE' '-DE FRANCE.;
sous un Dais superbe. Le Concert étoít còirifosé
des meilleures voix . & de plus décent
Instrument. Le Conseil entier & toute la Reli-
Ijion s'y trouva ; on y laissa entrer les Maltois
es plus a.p païens , ce qui fit un concours de
Îrès de deux mille personnes. Les Paroles Itaennes
de ce Concert font de M. Cinnttr , Bajon
Maltois y elles furent fort applaudies.
Le Mardi , I" Auberge d'Arragon & le grand
Prieuré de Castille , firent chanter un Te Deum
dans F Eglise de S. Jean . auquel le Prieur de
cette Eglise , malgré son âge & fes infirmitezi,
continua d'orEcier pontificalement comme les
jours precedensi
La Langue Françoise donna ensuite à dîner î
plus de cent personnes de distinction. Il y eut
trois grandes Tables , dont la première étoit
remphe ptt le Conseil , parles trois premiers
Officiers, du G. M. & par quelques Chevaliers
qui en faifoient les honneurs. La seconde & latroisième
súrent occupées, par les Procureurs dé
toutes les sept Langues & par d'autres Cheva
liers. Les santez du Roi , de la Reine , du Dau«!
phin & du G. M» furent buës.au bruit de quatre
salves de Canons , les trois premières de n'w
coups chacune , & la derniere de dix- neuf
coups. La même chose suc observée au dîné
du G. M.
. Le soir les crois Langues de France firent
une grande Cocagne dans la Place de la Conservatorie
, laquelle fut livrée au Peuple suivant
ia coutume. Tous les ans le Lundi gras le
G. M. donne une pareille Fête. L» cocagne
Consiste en une grande abondance d'Ag
neaux, de Cochons de lait , de Poulets d'In
des > de Lapins , de Chapons , de Pigeons»
&c rôtis , avec quantité de fromages de Jam
bons»
JANVfER. *7?o. i6f
feons . &c. dont le Peuple est regalé. Celle
iiont il est ici question , coníìstoit en une grande
Piramide de Charpente , aussi haute que le toit
des Maisons de la Place ; elle étoic ornée de
feuillages , décorée de Peinture , d'Emblèmes,
&c. & garnie depuis le pied jusqu'au sommet,
de toute sorte de viandes rôties de la qualité
qu'on a dit , & de plusieurs autres choses pour
compoler un Regale parfait. La Compagnie
du G. M. entourait la Piramide , au haut dé
Jaquelle étoic arboré lin Drapeau. Au premier
bruit des Trompettes qui sonnèrent la charge»
une troupe d' Assaillans donna l'assaut, & on
vit fur tout les Matelots montrer une agilité
merveilleuse pour avoir la gloire de rapporter
le Drapeau , celui qui s'en rendit le Maître
reçut quelques sequins pour le prix de íbà
adresse , les autres furerrt dédommagez par le
pillage des viandes , c'étoit un spectacle di
vertissant de voir cette foule d'AffailIans grim
per fur la Piramide , qui n'en pouvoir contenir
qu'un certain nombre , ce qui causoit des chu
tes , des cùkbutes , & une divertissante con
fusion. On avoit rempli de feuillages toute la
Circonférence jusqu'à une certaine hauteur ,
afin que personne ne fut blessé en tombant-
Il y eut ensuite un Feu d'Artifice tiré devant
le Palais, & un grand Bal â l'Aiberge de
ïrance , qui s'est distingué par la profusion des
rafraîchissemèns , par l'illuinination dè la Sale,,
par le choix dès Ihstrumens , & par le boa
accueil fait à tous ceux qui se sont presenteí *
les Baillis de Bocage & de Froulay firent les
honneurs de ce Bal.
Pendant ces trois jours consécutifs , ia Reli*
gion , M. T Evêque & tous les Maltslis ont faife
de très-belles illuminations : Les trois Langue!
H v on*
jgg MERCURE DE FRANCE.
cnt saïc couler des Fontaines de vin : mais Ii
Langue de France a fait toutes choses par pro
fusion. Elle a fait distribuer de grandes chaiitez,
non seuleraenc à tous les Pauvres manrdians
, mais particulièrement aux Pauvres hon
teux , & à toutes les Familles qui lont dans
le besoin.
Je crois , au reste , que dan? cette folemnité
il s'est tiré plus de deux mille coups de Canon,
car on n'a pas cessé de tirer , soit des Fortifi
cations , soit des Bâtimens de Mer , pendant
les grandes Messes , & les Te Veum , faus
compter les salves qui ont été faites durant les
festins , &c.
Entre toutes les Fêtes qui ont été données
ici à l'oecasion de la Naissance du Dauphin j
celle que le Bailly de Froulay , General des
Armées Navales de la Religion , donna le 14.
Novembre , a été fans contredit la plus bril
lant, & la plus au gout de tout le monde.
■ Elie commença par une illumination des
Galères , la plus ample, & la mieux exécutée
qu'on eut encore vûëd,ms cette Iíles les tentes,
les flamfS . & les pavois , y paroissoient toutes
en feu , les rames étendues étoient garnies de
lampions jusqu'à l'extiêmité. On avoit élevé
sur la Poupe de la Capitane à la Place da
Srand Fanal , les Armes du Dauphin fur le
evant d'une michine de 14 pieds de hauteur ,
au bas on li'oit ecte Inscription » Du tiii
PBUT avnos. Les Armoiries étoient couvertes
d'une tenture de damis cranv iíì & »lus de
700 Li niions glacez dans cette machine de
voir nt les éclairer.
Les GMiièS étoient rangées fur une même
ligne rjtre la poi ite de S. Ange Sí celle d< l'Isle
de h Sangle , tk lorsque tout suc allumé le
Grand,
JANVIER. 1730. 167
Grand- Maître qui étoit à sonSe'veder du Port»
donna un signal auquel la tenture de damas
tomba , & les Armes du Dauphin parurent
très-bri!lantes. Les Galères les saluèrent de
trois salves reales con secu ives , de la voix . de
la Moufqueterie , &du Canon ; dans les intervales
des salves on entendoit les Fanfares des
Trompettes , ies Timbales , les Hautbois &
plusieurs autres Inilrumens , placez fous Je
Belveder du Grand- Maître.
Les salves finies, on vit paroître une Ga*
liotte à 18 rames , illuminée d'un côté , & qui
debouchoitde derrière la pointe de Vlûe; aussi
tôt tous les Cliques & les Felonques des Ga
lères , aussi illuminées , allèrent la reconnoître,
la Galiotte prit bientôt chafle , les Felouques
la suivirent , & dès qu'elles en furent à portée,
le combat commença par des décharges réci
proques de moufqueterie & par des grenade9
qui bruloient mèms dans la Mer. La Galiotte
preiïée par les Caiqr.es fut forcée de passer fous
le balcon du Grand M.îcre, où le Feu fut beau
coup plus vif, elle s'ouvrit ensuite un passage,
& fit force de rames pour fuir du côté du Pa
lais de Sichi- Les Caiques & les Felouques !a
íuivoient de près , & lui jettoient fans celïë
des feux ; elle fut encore jointe, ce qui l'obligea
de passer fous la pointe de S. 4ng e, & fort près
des Galères , lesquelles lui lâchèrent quelques
coups de Canon , dont son-principal mâtpamt
abatu : Alors les Caiques l'environnerent, l'abordage
fut vif, & ranimosité qui parut de
part & d'autre représenta parfaitement bien un
Véritable combar. Enfin on vit le feu prendre
à la Galiotte qni fut consumée au milieu du
Port. Pendant tout ce jeu qui fut très-bien exé
cuté , les Galeries tiroient continuellement
H vj des
Vs8 MERCURH DE PRANCE.
des Fusées , des Pots à feu & d'autres Artifices
Il parut ensuite un gran.i Soleil au haut du.
mât de la Capitane qui servit designai aux au
tres Galères pour exécuter quantité de roues ,
de fontaines de feu » & d'autres Artifices. En
fin deux Girandoles de Fusées parties de la
proiie de la Capitane> remplirent Pair de leur*
feux , lesquels étant joints à ceux de quantité
de tonneaux gaudronnez , qui bruloient au
tour des pointes de S. Ange & de l'ifle > & qui
íè repetoient dans la Mer , la faisoientparoître
toute en feu. Le tout ensemble forma un des
plus beaux spectacles qu'on puiflè voir en ce
genre.
Après ce divertissement > M. le General de
Froulay , donna dans son Palais un magnifique
souper aux Chevaliers de toutes les Nations.
Les santez duRoy, de la Reine » du Dauphin
& des autres Potentats Catholiques de l'Europe
y furent célébrées au bruit du Canon du Châ
teau & des Galères. Après le louper on palla
dans la Salle du Bal , où se trouvèrent quatre
jeunes Maltois , du Corps des Galères , & au
tant de filles qu'ils avoient épousées le matin »
&que le General avoit dotées. Pendant le Bal
qui dura jusqu'au jour , on servit toutes sortes
de rafraîchissement. Et pendant toute cette
Sête , il y eut fur le Quay plusieurs Fontaines,
de vin pour les Equipages & pour les Forçats»,
plusieurs desquels furent mis en liberté.
Extrait de diverses Lettres.
LEs nouvelles de la naissance du Daiiphtm
n'étant arrivées à Malte que le 5 %. Octobre»
on commença dçs ce même jour les prépara-
H ij tifs
téo MERCURE DE FRANCE,
tifs des Fêtes que la Religion, & plusieurs per
sonnes considérables de l'Ordre dévoient don
ner à cette occasion. LeBailly d' Avenes de Bo
cage, chargé des affaires du Roy en cette Iíle.est.
íe premier qui s'est distingue'. II fit dresser de
vant son Hôtel un Arc de triomphe de trenrç
pieds de hauteur, lequel occupoit toute la lar
geur de la ruç.Les 4 Colomnes Isolées de la Far
çade étoient ornées de festons , de feuillages
*& de fleurs. L'Attique qui surmontoit cet Arc
étoit orné de la même manière , & on y'voyoit
îes armes du Roy, de la Reine & duDAUPHiK,
avec cette Inscription ;
EX FOECUNDITATE RE©IA FELICI
TAS POPULI.
La Fête commença le soir du n Novembre
par une illumination, compoíee de quantité de
grands Lampions , couverts de papier tranfpa-
.'rent , où les armes du Roy , de la Reine & du
Dauphin étoient peintes séparément & placées
alternativement fur les Corniches & fur les
autres faillies de l'Arc de triomphe , ainsi que
fur les Portes les Fenêtes de 1' Hôtel du Bailly
d'Avernes,&fur celles des Maisons opposées :
rinfcrrption parut alors en lettres de feu.
A vingt pas de distance de l'Arc de triomphe
©n avoit élevé deux Piramides à jour.de vingr-
3uatre pieds de hauteur, garnies de haut en bas
e. quantité de Lampions , & surmontées par *
Globes lumineux. Ces Piramides jetcoient fur
l'Arc de Triomphe & aux environs un éclat
surprenant. Pendant cette illumination on eqr
tendoit une belle symphonie qui étoit placée
ïans u" Balcon assez près de l'Arc de triomphe.
On accouroit en foule à ce Spectacle; on fut
surcoût
JANVIER. 1730. U*
surtout charmée d'un beau Portrait du Roy ,
peint de grandeur naturelle, que M. le Baiíljr
a voie fait placer à l' entrée de son Hôtel sous un
Dais de Velours cramoisi , éclairé de quantité
de Flambeaux de cire blanche.
Le Dimanche 1 j. M. le Bailly fit chanter une
Messe solennelle à plusieurs Choeurs de Musi
que , dans l' Eglise des Jésuites , à laquelle le
Grand-Maure assista , accompagné des Grands
Croix, des Chevaliers , Officiers ,& autres
fiîembíes de l'Ordre qui yavoîentété invitez,-
L'Eglise écoit parée & éclairée extraordinai
rement. Un Portrait du Roy y étoitexpolésous
u a Pais magnifique. On avoit élevé audessus
As la grande Porte les Armes de Sa Majesté, dé
la Reine & du Dauphin, dans des Cartouches,
©tnez de Festons , de Feuillages & de Fleurs ;
& audessous on lisoit ce verset du Pseaume 71,
en lçttres d'or : Ueus' jttdicium tuum Régi d*9
Ô> justitiam tuxm filio Régis.
, . La Messe finie , l' Abbé Signoret fous Prieur
de l'Eglise de S. Jean qui l'avoit célébrée , en
tonna le Te Vùum , qui fut chanté par la Musioue
. aux Fanfares des Trompettes , des Timballes
& au bruit de J' Artillerie de nos Cava
liers , & de celle de tous les Bâtimens François
qiii se trouvèrent dans ce Port. Le Domine fol-
•vum sac Regem , fut chanté de la même ma
nière. Ensuite le Bailly de Bocage,accompagné
du Bailly de la Salle & du Bailly de Froulay ,
General des Galères , tous trois dé la Langue
de France, s'avancèrent à la porte de l'Eglise
f>our remercier le Grand - Maître & toutes
es personnes de l'Ordre ;qui avoient assisté à
«sotte cérémonie. Il s'étoit célébré depuis la
pointe du jour des Messes en plusieurs Eglises
e/ans la méúrte intent ion.
H iij U
îgi MERCURE DE FRANCE.^
te Bailly donna ensuite un splendide dîné,
qui fut servi sur deux Tables de quinze cou
verts chacune. Sur la fin du repas , les santez
du Roy, de la Reine, du Dauphin & du Grand-
Maître furent bues au bruit de l' Artillerie &
des Fanfares.Une Fontaine de vin à quatre jets
&extréirieinent ornée amusa le peuple jusqu'à
la nuit. On lisoit ces Vers au deslus de la Fon
taine :
"Emanure salent Tontes cum murmure Vtm~
phas ,
Hic sons fef'v» murmure vi-va fluit.
Currite jam populi , calices potate fréquentes t
Hec non Çolemnem , nunc ctlebrate diem i
JVjw ftecunda dédit D E L f H 1 Zt V M G Mi»
nobis 5 -
Ei nos DÈLPÍíISO Gaudia noflra danus.
On auroit peine à exprimer I'allegrefie du
peuple St à décrire les diverses Danses des Ma
telots Provençaux, des Maltois &c celles même
des Barbaresques. Le bruit confus des differens
Irstrumens de ces Nations , mêlez aux cris re
doublez de VIVE LE ROY , ne laissoit rien à
délirer au Ministre de Sa Majesté, qui excitoìc
lui- même la joye publique en plusieurs maniè
res , surtout par des envois de vivres & d'au
tres rafraîchiffemens , & en assistant abondam-
.nient les pauvres. II a eu la satisfaction de voir
que malgré ce mélange de Nations, la tran
quillité a toujours été paifaite dans cette soíemnité.
L'illumination recommença le soir comme la
nuit précédente , & fut continuée le troisième
jour presque jusqu'au lever du Soleil. L'Eglife
&
JaMVier: 17*0. i£i
Ùí le Collège des Jésuites furent aussi illumi
nez > ainsi que les Maisons des Chevaliers de la
Ration & celles de tous les François établis a
îrfalte. L'affluence a toujours été égale pendane
ces trois jours dans la maison du Bailly de Bo
cage, où l'on trouvoit toutes sortes de rafraî-
-chissemens , particulièrement des Glaces , des
Confitures & des Pares douces , qui sont trcs
en usage dans ce pais- ci»
Les Réjouissances qui ont été faites ici par
l'Ordre de S. Jean de Jérusalem, ont durétro»
jours consécutifs. Elles commencèrent le Di
manche ío Novembre par une Messe folemnelle
, célébrée pontificalement dans l'Eglise
de S.Jean, par le Piieutde cette Eglise, St chan
tée par une excellente Musque. S. A. Eminentissime
M, le Grand-Maine , y aslìila avec tout
le Corps de la Religion. Après la Méfie, le Te
reum fut chanté par la mème Musique, an
bruit d? plusieurs salves de toute l'Arùllerie de
Terre & de Mer.
Le G.- M. donna ensuite un superbe dîné ï
seize Grands-Croix , François , Allemands ,
Italiens, Espagnols, & Portugais : Le foison
tira un très-beau feu d'Artifice.
Le Lundi , les trois Langues de France firent
chanter une grande Messe & un Te Deam dans.
l'Eglise de S Jean , la Musique fut encore au- .
dessus de celle de la veille , le G. M. à la teste
de tout l'Ordre y assista; les Procureurs des
Langues présentèrent un magnifique bouque t
à S.A.E. & le soir il y eut encore un Feu d'Ar
tifice tiré devant le Palais. On exécuta ensuite
un très-beau Concert dans la Salle de l' Au
berge de France, ornée avec la derniere magni
ficence » & enrichie d'un Portrait du Roi placé "
t H iiij lous
1
r<?4 MERCURE' '-DE FRANCE.;
sous un Dais superbe. Le Concert étoít còirifosé
des meilleures voix . & de plus décent
Instrument. Le Conseil entier & toute la Reli-
Ijion s'y trouva ; on y laissa entrer les Maltois
es plus a.p païens , ce qui fit un concours de
Îrès de deux mille personnes. Les Paroles Itaennes
de ce Concert font de M. Cinnttr , Bajon
Maltois y elles furent fort applaudies.
Le Mardi , I" Auberge d'Arragon & le grand
Prieuré de Castille , firent chanter un Te Deum
dans F Eglise de S. Jean . auquel le Prieur de
cette Eglise , malgré son âge & fes infirmitezi,
continua d'orEcier pontificalement comme les
jours precedensi
La Langue Françoise donna ensuite à dîner î
plus de cent personnes de distinction. Il y eut
trois grandes Tables , dont la première étoit
remphe ptt le Conseil , parles trois premiers
Officiers, du G. M. & par quelques Chevaliers
qui en faifoient les honneurs. La seconde & latroisième
súrent occupées, par les Procureurs dé
toutes les sept Langues & par d'autres Cheva
liers. Les santez du Roi , de la Reine , du Dau«!
phin & du G. M» furent buës.au bruit de quatre
salves de Canons , les trois premières de n'w
coups chacune , & la derniere de dix- neuf
coups. La même chose suc observée au dîné
du G. M.
. Le soir les crois Langues de France firent
une grande Cocagne dans la Place de la Conservatorie
, laquelle fut livrée au Peuple suivant
ia coutume. Tous les ans le Lundi gras le
G. M. donne une pareille Fête. L» cocagne
Consiste en une grande abondance d'Ag
neaux, de Cochons de lait , de Poulets d'In
des > de Lapins , de Chapons , de Pigeons»
&c rôtis , avec quantité de fromages de Jam
bons»
JANVfER. *7?o. i6f
feons . &c. dont le Peuple est regalé. Celle
iiont il est ici question , coníìstoit en une grande
Piramide de Charpente , aussi haute que le toit
des Maisons de la Place ; elle étoic ornée de
feuillages , décorée de Peinture , d'Emblèmes,
&c. & garnie depuis le pied jusqu'au sommet,
de toute sorte de viandes rôties de la qualité
qu'on a dit , & de plusieurs autres choses pour
compoler un Regale parfait. La Compagnie
du G. M. entourait la Piramide , au haut dé
Jaquelle étoic arboré lin Drapeau. Au premier
bruit des Trompettes qui sonnèrent la charge»
une troupe d' Assaillans donna l'assaut, & on
vit fur tout les Matelots montrer une agilité
merveilleuse pour avoir la gloire de rapporter
le Drapeau , celui qui s'en rendit le Maître
reçut quelques sequins pour le prix de íbà
adresse , les autres furerrt dédommagez par le
pillage des viandes , c'étoit un spectacle di
vertissant de voir cette foule d'AffailIans grim
per fur la Piramide , qui n'en pouvoir contenir
qu'un certain nombre , ce qui causoit des chu
tes , des cùkbutes , & une divertissante con
fusion. On avoit rempli de feuillages toute la
Circonférence jusqu'à une certaine hauteur ,
afin que personne ne fut blessé en tombant-
Il y eut ensuite un Feu d'Artifice tiré devant
le Palais, & un grand Bal â l'Aiberge de
ïrance , qui s'est distingué par la profusion des
rafraîchissemèns , par l'illuinination dè la Sale,,
par le choix dès Ihstrumens , & par le boa
accueil fait à tous ceux qui se sont presenteí *
les Baillis de Bocage & de Froulay firent les
honneurs de ce Bal.
Pendant ces trois jours consécutifs , ia Reli*
gion , M. T Evêque & tous les Maltslis ont faife
de très-belles illuminations : Les trois Langue!
H v on*
jgg MERCURE DE FRANCE.
cnt saïc couler des Fontaines de vin : mais Ii
Langue de France a fait toutes choses par pro
fusion. Elle a fait distribuer de grandes chaiitez,
non seuleraenc à tous les Pauvres manrdians
, mais particulièrement aux Pauvres hon
teux , & à toutes les Familles qui lont dans
le besoin.
Je crois , au reste , que dan? cette folemnité
il s'est tiré plus de deux mille coups de Canon,
car on n'a pas cessé de tirer , soit des Fortifi
cations , soit des Bâtimens de Mer , pendant
les grandes Messes , & les Te Veum , faus
compter les salves qui ont été faites durant les
festins , &c.
Entre toutes les Fêtes qui ont été données
ici à l'oecasion de la Naissance du Dauphin j
celle que le Bailly de Froulay , General des
Armées Navales de la Religion , donna le 14.
Novembre , a été fans contredit la plus bril
lant, & la plus au gout de tout le monde.
■ Elie commença par une illumination des
Galères , la plus ample, & la mieux exécutée
qu'on eut encore vûëd,ms cette Iíles les tentes,
les flamfS . & les pavois , y paroissoient toutes
en feu , les rames étendues étoient garnies de
lampions jusqu'à l'extiêmité. On avoit élevé
sur la Poupe de la Capitane à la Place da
Srand Fanal , les Armes du Dauphin fur le
evant d'une michine de 14 pieds de hauteur ,
au bas on li'oit ecte Inscription » Du tiii
PBUT avnos. Les Armoiries étoient couvertes
d'une tenture de damis cranv iíì & »lus de
700 Li niions glacez dans cette machine de
voir nt les éclairer.
Les GMiièS étoient rangées fur une même
ligne rjtre la poi ite de S. Ange Sí celle d< l'Isle
de h Sangle , tk lorsque tout suc allumé le
Grand,
JANVIER. 1730. 167
Grand- Maître qui étoit à sonSe'veder du Port»
donna un signal auquel la tenture de damas
tomba , & les Armes du Dauphin parurent
très-bri!lantes. Les Galères les saluèrent de
trois salves reales con secu ives , de la voix . de
la Moufqueterie , &du Canon ; dans les intervales
des salves on entendoit les Fanfares des
Trompettes , ies Timbales , les Hautbois &
plusieurs autres Inilrumens , placez fous Je
Belveder du Grand- Maître.
Les salves finies, on vit paroître une Ga*
liotte à 18 rames , illuminée d'un côté , & qui
debouchoitde derrière la pointe de Vlûe; aussi
tôt tous les Cliques & les Felonques des Ga
lères , aussi illuminées , allèrent la reconnoître,
la Galiotte prit bientôt chafle , les Felouques
la suivirent , & dès qu'elles en furent à portée,
le combat commença par des décharges réci
proques de moufqueterie & par des grenade9
qui bruloient mèms dans la Mer. La Galiotte
preiïée par les Caiqr.es fut forcée de passer fous
le balcon du Grand M.îcre, où le Feu fut beau
coup plus vif, elle s'ouvrit ensuite un passage,
& fit force de rames pour fuir du côté du Pa
lais de Sichi- Les Caiques & les Felouques !a
íuivoient de près , & lui jettoient fans celïë
des feux ; elle fut encore jointe, ce qui l'obligea
de passer fous la pointe de S. 4ng e, & fort près
des Galères , lesquelles lui lâchèrent quelques
coups de Canon , dont son-principal mâtpamt
abatu : Alors les Caiques l'environnerent, l'abordage
fut vif, & ranimosité qui parut de
part & d'autre représenta parfaitement bien un
Véritable combar. Enfin on vit le feu prendre
à la Galiotte qni fut consumée au milieu du
Port. Pendant tout ce jeu qui fut très-bien exé
cuté , les Galeries tiroient continuellement
H vj des
Vs8 MERCURH DE PRANCE.
des Fusées , des Pots à feu & d'autres Artifices
Il parut ensuite un gran.i Soleil au haut du.
mât de la Capitane qui servit designai aux au
tres Galères pour exécuter quantité de roues ,
de fontaines de feu » & d'autres Artifices. En
fin deux Girandoles de Fusées parties de la
proiie de la Capitane> remplirent Pair de leur*
feux , lesquels étant joints à ceux de quantité
de tonneaux gaudronnez , qui bruloient au
tour des pointes de S. Ange & de l'ifle > & qui
íè repetoient dans la Mer , la faisoientparoître
toute en feu. Le tout ensemble forma un des
plus beaux spectacles qu'on puiflè voir en ce
genre.
Après ce divertissement > M. le General de
Froulay , donna dans son Palais un magnifique
souper aux Chevaliers de toutes les Nations.
Les santez duRoy, de la Reine » du Dauphin
& des autres Potentats Catholiques de l'Europe
y furent célébrées au bruit du Canon du Châ
teau & des Galères. Après le louper on palla
dans la Salle du Bal , où se trouvèrent quatre
jeunes Maltois , du Corps des Galères , & au
tant de filles qu'ils avoient épousées le matin »
&que le General avoit dotées. Pendant le Bal
qui dura jusqu'au jour , on servit toutes sortes
de rafraîchissement. Et pendant toute cette
Sête , il y eut fur le Quay plusieurs Fontaines,
de vin pour les Equipages & pour les Forçats»,
plusieurs desquels furent mis en liberté.
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Résumé : RÉJOUISSANCES faites à Malte. Extrait de diverses Lettres.
Les festivités à Malte pour célébrer la naissance du Dauphin débutèrent le 5 octobre 1729, après l'annonce de la nouvelle. Le Bailly d'Avernes de Bocage, représentant du roi, organisa diverses réjouissances, incluant un arc de triomphe décoré des armes du roi, de la reine et du Dauphin. Le 11 novembre, une illumination fut réalisée avec des lampions représentant les armes royales, et deux pyramides lumineuses furent érigées. Le 12 novembre, une messe solennelle fut célébrée dans l'église des Jésuites en présence du Grand-Maître et des membres de l'Ordre. Un portrait du roi fut exposé, et des salves d'artillerie furent tirées, suivies d'un dîner offert par le Bailly, avec des danses et des distributions de vivres. Les célébrations se poursuivirent avec des messes, des Te Deum, des feux d'artifice et des concerts. Le Grand-Maître organisa un dîner pour les Grands-Croix et un feu d'artifice. Les Langues de France, d'Arragon et de Castille organisèrent également des messes et des dîners. Une grande cocagne fut organisée sur la place de la Conservatorie, offrant une abondance de nourriture au peuple, accompagnée d'illuminations et de fontaines de vin. Le Bailly de Froulay organisa une illumination des galères le 14 novembre, avec des salves de canon et des combats simulés entre une galiotte et des caiques. Les festivités inclurent des illuminations, des concerts et des distributions de vivres aux pauvres. Plus de deux mille coups de canon furent tirés durant ces trois jours de célébrations. Le spectacle pyrotechnique des galères fut particulièrement impressionnant, avec un combat naval simulé culminant par l'incendie d'une galiote. Les galères tirèrent continuellement des fusées et des pots à feu, créant une scène spectaculaire où la mer semblait en feu. Après le divertissement, le général de Froulay offrit un somptueux souper aux Chevaliers de toutes les nations dans son palais. Les santés du Roi, de la Reine, du Dauphin et des autres potentats catholiques d'Europe furent célébrées au son du canon. Suivant le souper, les invités se rendirent dans la salle de bal où se trouvaient quatre jeunes Maltais du corps des galères et leurs épouses, mariées le matin même et dotées par le général. Le bal dura jusqu'au matin, accompagné de rafraîchissements. Sur le quai, plusieurs fontaines de vin furent installées pour les équipages et les forçats, certains d'entre eux étant libérés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1235
p. 169-170
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Sur la fin du mois dernier, près de 160 Vaisseaux Marchands sont partis de differens [...]
Mots clefs :
Commerce, Traité de paix, Brouillard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
Grande B r. s ta gine»
SUr la fin du mois dernier , près de irfo Vaisa
seaux Marchands font partis de disserens*
Bores 4e ce Royaume pour aller dans les Pays.
Etrangeis*
i7<5 MERCURE DE FRANCE.
Étrangers , ce qu'on n'avoit pas vû depuis píttlîeuis~
années.
Le t. Janvier , il arriva à Londres un Cou
rier dépêché de Seville avec les Cedules du
Roi d'Espagne que la Compagnie de la Mer du
Sud attendòit pour continuer son Commerce ,
& pour faire partir le nouveau Vaiiïèau qu'elle
fait construire» j
Le Comte de Stair . ci-devanr Ambassadeur
de France , a été nommé par le»Roi Admirai
d' Ecosse avec mille liv. sterlings d'apointemens.
Le 17. il y eut à Londres' un brouillard fí
-épais 1 que vers les quatre heures après midi
on fut obligé d'allumer des Lanternes & des
Flambeaux pour aller dans les ruës : il arriva
plusieurs accidens fur la Tamise , & un Gen
tilhomme qui se promenoit dans le Parc de
5. James, ne voyant plus à le conduire ,
tomba dans le Canal , où il se seroit noyé in
failliblement . fi deux Soldats qui étoienc au
près , ne l'euííent secouru.
Le 18. on publia dans les Places , Carre»
fours, & aurres lieux accoutumez, le Traité
de Paix d'union , d'amitié & d'alliance défen
sive, conclu à Seville , le 9. du mois de No
vembre dernier.
SUr la fin du mois dernier , près de irfo Vaisa
seaux Marchands font partis de disserens*
Bores 4e ce Royaume pour aller dans les Pays.
Etrangeis*
i7<5 MERCURE DE FRANCE.
Étrangers , ce qu'on n'avoit pas vû depuis píttlîeuis~
années.
Le t. Janvier , il arriva à Londres un Cou
rier dépêché de Seville avec les Cedules du
Roi d'Espagne que la Compagnie de la Mer du
Sud attendòit pour continuer son Commerce ,
& pour faire partir le nouveau Vaiiïèau qu'elle
fait construire» j
Le Comte de Stair . ci-devanr Ambassadeur
de France , a été nommé par le»Roi Admirai
d' Ecosse avec mille liv. sterlings d'apointemens.
Le 17. il y eut à Londres' un brouillard fí
-épais 1 que vers les quatre heures après midi
on fut obligé d'allumer des Lanternes & des
Flambeaux pour aller dans les ruës : il arriva
plusieurs accidens fur la Tamise , & un Gen
tilhomme qui se promenoit dans le Parc de
5. James, ne voyant plus à le conduire ,
tomba dans le Canal , où il se seroit noyé in
failliblement . fi deux Soldats qui étoienc au
près , ne l'euííent secouru.
Le 18. on publia dans les Places , Carre»
fours, & aurres lieux accoutumez, le Traité
de Paix d'union , d'amitié & d'alliance défen
sive, conclu à Seville , le 9. du mois de No
vembre dernier.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
À la fin du mois précédent, plusieurs navires marchands ont quitté le Royaume depuis Irfo Vaisa pour des pays étrangers, un événement rare depuis plusieurs années. Le 1er janvier, un courrier est arrivé à Londres depuis Séville, apportant des cédules du roi d'Espagne destinées à la Compagnie de la Mer du Sud pour poursuivre son commerce et lancer un nouveau vaisseau en construction. Le comte de Stair, ancien ambassadeur de France, a été nommé amiral d'Écosse avec une rémunération de mille livres sterling. Le 17 janvier, un épais brouillard à Londres a nécessité l'allumage de lanternes et de flambeaux pour la circulation. Plusieurs accidents se sont produits sur la Tamise, et un gentilhomme a failli se noyer dans un canal du parc de Saint James avant d'être secouru par deux soldats. Le 18 janvier, le traité de paix d'union, d'amitié et d'alliance défensive, conclu à Séville le 9 novembre précédent, a été publié dans les lieux publics.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1236
p. 177-182
« Le Roi a accordé une place de Conseiller au Conseil Royal des Finances, [...] »
Début :
Le Roi a accordé une place de Conseiller au Conseil Royal des Finances, [...]
Mots clefs :
Roi, Intendant, Reine, Concert, Opéra, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roi a accordé une place de Conseiller au Conseil Royal des Finances, [...] »
Le Roi a accordé une place de Con
seiller au Conseil Royal des Finances ,
à M. de Lamoignon de Courson , Con
seiller d'Etat. Sa Majesté a nommé Con
seillers d'Etat M. Lebret , Premier Pré
sident du Parlement d'Aix , & Intendant
de ProvenceSc du Commerce, &c M. Lek
calopier , Intendant de Champagne.
Les Prêtres de la Mission comment
eerent le 3. dans l'Eglise de la Paroisse
de Versailles la Fête qu'ils ont conti
nuée les deux jours suivans avec beau
coup de folemnité 8c de magnificence ,
pour célébrer la Béatification du Bienheureux
Vincent de Paul , leur Fonda
teur en France. L'Evêque de Xaintes &
l'Evêque de Rennes y ont officié ces
trois jours. Le 4. Janvier , la Reine
accompagnée des Dame$ de fa Cour , ■
alla y entendre la Grande Messe
Le Roi a donné l'Evêché de Mirepoix
au Père Boyer , Religieux Theatin.
Le
I7S MERCURE DE FR ANCE.
Le 8 . de ce mois , l' Abbé de Verta»
•mon de Chavagnac , nommé par le Roi
à l'Evêché de Montauban , fut sacré
dans la Chapelle de l'Archevêché par
l' Archevêque de Paris , aslìsté des Evêrxjues
de Soirîons & de Tarbes.
Le premier de ce mois , le Roi
nomma le sieur Perrin , Docteur en Mé
decine de la Faculté de Montpellier ,
en considération de ses services , Méde
cin Real de ses Galères , à la place du
sieur Pelifleri , qui se retire avec une
pension de izqo. sur les Invalides.
L'Abbé Segui , Auteur du Panégyri
que de S. Louis , dont on a vû avec
plaisir l'Extrait dans le Mercure d'Octopre
, fit à S. Sulpice , le 1 7. de ce mois i
celui du Patron de cette Eglise , devant
une très nombreuse Assemblée , avec un
applaudissement gênerai. Nous tâcherons
d'en donner un Extrait.
Le Maréchal d'Uxelles , Ministre d'E
tat , s'est retiré à cause de son âge
avancé.
On a eu avis de Toulon que dixhuit
Captifs Flamands , rachetés à Al
ger par les Pères Mathurins de l'Ordre
'de la Sainte Trinité , y font débarqués
le 19, Décembre dernier , pour se
tendre à Paris , & de là dans leur Pays.
Les autres Députés du raêmc Ordre font
arrivés
JANVIER. 1730. 179
arrivés à Cadix , pour traiter aussi de la
rançon des François détenus au Royau
me de Maroc.
On apprend de Toulouse que le 8. Jan
vier , l' Académie des Jeux Floraux s'étant
assemblée publiquement , suivanç
l'ufage, M. de Rabaudy , Viguicr *de
Toulouse , l'un des Académiciens ÔÇ
Modérateur de .cette Compagnie, pro
nonça , avec beaucoup de succès , un
Discours fur la Naissance de Monsei
gneur le Dauphin.
Le premier Janvier , les vingt-quatre
Violons de la Chambre du Roi jouè
rent pendant le dîner de S. M. une fuite
d'Airs de la composition de M. Destou
ches , Sur-Intendant de la Musique du
Roi , qui furent parfaitement bien exé
cutés , & très-aplaudis.
. Le 4. il y eut Concert devant la Reine
dans les grands Apartemens. M. Defrouches
fit chanter le second Acte de
Topera à'Atys.
Le 9. on continua le même Opéra
par le quatrième & cinquième Acte. La
P"e Enemens la cadete , chanta le Rôle,
de Cy belle , la D1Ie Lenner , celui de
Sangaride , le S' Dangerville fit le Rôle
.de Qelemts, , & le Sr Cochereau , celui
RAtys, Le tout fut parfaitement bien
-exécuté , Si tous les Acteurs s'attirèrent
beaucouD
>ïo MERCURE DE FRANCE.
í>eaucoup d'applaudistemens.
Le ii. on concerta dans les grands Appartemens
cn présence de la Reine , & on
exécuta une Pastorale en un Acte,intitulcc
ISAmour mutuel, dont les paroles font de
M., Gaukier , & la Musique de M. da
Tartre , connu par d'autres Ouvrages
<jui ont eu du succès. L'autre partie de
cette Pastorale fut chantée le 16. dans les
mêmes Appartemens.
, Le 1%. on chanta le Prologue & Ic
premier Acte de l'Opera de Thésée ,
dont l'exccution fut parfaite , & très-:
applaudie. On continua le 30. le mê*
me Opéra par le second & troiíìe'me
Acte.
Le 4. il y eut Concert François aa
Château des Thuileries ; on y chanta
la Cantate à? Europe & Jupiter S & un
Motet de M. de la Lande , précédé de
plusieurs Piéces de symphonie. Le mê
me Concert a continué tous les Mer
credis du mois.
Le 18. la D1,e Petitpas , l'une des
Actrices de l'Opera , chanta pour la
première fois une Cantatille nouvelle ,
intitulée La Confiance , de la composi
tion de M. le Maire , qui fut très- bien
chantée & applaudie ; elle fut précédée
du Divertissement de la Beauté couron
née , de M. Moutet , qui est toujours
írès-goâté. Lt
1
JANVIER. 1719: itr.
Le 9. la Lottcrie pour le rembourse
ment des Rentes de l'Hôtel de Ville fut
tirée en présence du Prévôt des Mar
chands ôc des Echevins , en la manière
accoutumée. Le fonds de ce premier
mois de cette année s'est trouvé monter
à la somme de 1278990. laquelle a été
distribuée aux Rentiers pour les lots
qui leur font échus , conformément à la
Liste générale qui en a été rendue pur
blíque.
Le 16. du mois dernier , les Députés
des Etacs de Bretagne eurent audiance pu
blique du Roi3 présentés par le Comte
de Toulouse , Gouverneur de la Provintc
, ôc par le Comce de Saint Florentin,
Secrétaire d'Etat , & conduits par le
Marquis de Brezé , Grand - Maître des
Cérémonies , & par M. Desgranges ,
Maître des Cérémonies. La Députation
étoit composée de l'Evêque de Saint
firjeu , pour le Clergé , qui porta U
{>arole ; du Comte de Guebriant , pour
a Noblesse -, de M. de Boisbely , Che-
.valier de l'Ordre de Saint Michel , &C
Lieutenant Général de l'Amirauté de
Morlaix , pour le Tiers-Etat ; du Comte
de Coetlogon , Procureur General Syn
dic ; & de M. de la Boissiere , Trésorier
Général des Etats de la Province. Ces
Députés furent ensuite conduits à l'Aul
dianes
ifz MERCURE DE FRANCE;
diance de la Reine & à celle de Mon
seigneur lç Dauphin & de Mesdames
de France.
Le Roi a pommé Intendant de la Gé
néralisé de Champagne , M. de Vastan ,
qui fera remplacé dans l' Intendance de
•la Généralité de Caen , par M. le Peletier
de Beaupré, Maître des Re
quêtes,.
Le 19. M. Bernage de Saint Maurice,
Maître des Requêtes , & Intendant du
Languedoc , à qui le Roi avoit accordé
dès le mois de Décembre 1724. la
Charge de Grand-Croix , Secrétaire &
Grefríer de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , prêta serment de fidé
lité entre le maúis de S. M. pour cette
Charge»
seiller au Conseil Royal des Finances ,
à M. de Lamoignon de Courson , Con
seiller d'Etat. Sa Majesté a nommé Con
seillers d'Etat M. Lebret , Premier Pré
sident du Parlement d'Aix , & Intendant
de ProvenceSc du Commerce, &c M. Lek
calopier , Intendant de Champagne.
Les Prêtres de la Mission comment
eerent le 3. dans l'Eglise de la Paroisse
de Versailles la Fête qu'ils ont conti
nuée les deux jours suivans avec beau
coup de folemnité 8c de magnificence ,
pour célébrer la Béatification du Bienheureux
Vincent de Paul , leur Fonda
teur en France. L'Evêque de Xaintes &
l'Evêque de Rennes y ont officié ces
trois jours. Le 4. Janvier , la Reine
accompagnée des Dame$ de fa Cour , ■
alla y entendre la Grande Messe
Le Roi a donné l'Evêché de Mirepoix
au Père Boyer , Religieux Theatin.
Le
I7S MERCURE DE FR ANCE.
Le 8 . de ce mois , l' Abbé de Verta»
•mon de Chavagnac , nommé par le Roi
à l'Evêché de Montauban , fut sacré
dans la Chapelle de l'Archevêché par
l' Archevêque de Paris , aslìsté des Evêrxjues
de Soirîons & de Tarbes.
Le premier de ce mois , le Roi
nomma le sieur Perrin , Docteur en Mé
decine de la Faculté de Montpellier ,
en considération de ses services , Méde
cin Real de ses Galères , à la place du
sieur Pelifleri , qui se retire avec une
pension de izqo. sur les Invalides.
L'Abbé Segui , Auteur du Panégyri
que de S. Louis , dont on a vû avec
plaisir l'Extrait dans le Mercure d'Octopre
, fit à S. Sulpice , le 1 7. de ce mois i
celui du Patron de cette Eglise , devant
une très nombreuse Assemblée , avec un
applaudissement gênerai. Nous tâcherons
d'en donner un Extrait.
Le Maréchal d'Uxelles , Ministre d'E
tat , s'est retiré à cause de son âge
avancé.
On a eu avis de Toulon que dixhuit
Captifs Flamands , rachetés à Al
ger par les Pères Mathurins de l'Ordre
'de la Sainte Trinité , y font débarqués
le 19, Décembre dernier , pour se
tendre à Paris , & de là dans leur Pays.
Les autres Députés du raêmc Ordre font
arrivés
JANVIER. 1730. 179
arrivés à Cadix , pour traiter aussi de la
rançon des François détenus au Royau
me de Maroc.
On apprend de Toulouse que le 8. Jan
vier , l' Académie des Jeux Floraux s'étant
assemblée publiquement , suivanç
l'ufage, M. de Rabaudy , Viguicr *de
Toulouse , l'un des Académiciens ÔÇ
Modérateur de .cette Compagnie, pro
nonça , avec beaucoup de succès , un
Discours fur la Naissance de Monsei
gneur le Dauphin.
Le premier Janvier , les vingt-quatre
Violons de la Chambre du Roi jouè
rent pendant le dîner de S. M. une fuite
d'Airs de la composition de M. Destou
ches , Sur-Intendant de la Musique du
Roi , qui furent parfaitement bien exé
cutés , & très-aplaudis.
. Le 4. il y eut Concert devant la Reine
dans les grands Apartemens. M. Defrouches
fit chanter le second Acte de
Topera à'Atys.
Le 9. on continua le même Opéra
par le quatrième & cinquième Acte. La
P"e Enemens la cadete , chanta le Rôle,
de Cy belle , la D1Ie Lenner , celui de
Sangaride , le S' Dangerville fit le Rôle
.de Qelemts, , & le Sr Cochereau , celui
RAtys, Le tout fut parfaitement bien
-exécuté , Si tous les Acteurs s'attirèrent
beaucouD
>ïo MERCURE DE FRANCE.
í>eaucoup d'applaudistemens.
Le ii. on concerta dans les grands Appartemens
cn présence de la Reine , & on
exécuta une Pastorale en un Acte,intitulcc
ISAmour mutuel, dont les paroles font de
M., Gaukier , & la Musique de M. da
Tartre , connu par d'autres Ouvrages
<jui ont eu du succès. L'autre partie de
cette Pastorale fut chantée le 16. dans les
mêmes Appartemens.
, Le 1%. on chanta le Prologue & Ic
premier Acte de l'Opera de Thésée ,
dont l'exccution fut parfaite , & très-:
applaudie. On continua le 30. le mê*
me Opéra par le second & troiíìe'me
Acte.
Le 4. il y eut Concert François aa
Château des Thuileries ; on y chanta
la Cantate à? Europe & Jupiter S & un
Motet de M. de la Lande , précédé de
plusieurs Piéces de symphonie. Le mê
me Concert a continué tous les Mer
credis du mois.
Le 18. la D1,e Petitpas , l'une des
Actrices de l'Opera , chanta pour la
première fois une Cantatille nouvelle ,
intitulée La Confiance , de la composi
tion de M. le Maire , qui fut très- bien
chantée & applaudie ; elle fut précédée
du Divertissement de la Beauté couron
née , de M. Moutet , qui est toujours
írès-goâté. Lt
1
JANVIER. 1719: itr.
Le 9. la Lottcrie pour le rembourse
ment des Rentes de l'Hôtel de Ville fut
tirée en présence du Prévôt des Mar
chands ôc des Echevins , en la manière
accoutumée. Le fonds de ce premier
mois de cette année s'est trouvé monter
à la somme de 1278990. laquelle a été
distribuée aux Rentiers pour les lots
qui leur font échus , conformément à la
Liste générale qui en a été rendue pur
blíque.
Le 16. du mois dernier , les Députés
des Etacs de Bretagne eurent audiance pu
blique du Roi3 présentés par le Comte
de Toulouse , Gouverneur de la Provintc
, ôc par le Comce de Saint Florentin,
Secrétaire d'Etat , & conduits par le
Marquis de Brezé , Grand - Maître des
Cérémonies , & par M. Desgranges ,
Maître des Cérémonies. La Députation
étoit composée de l'Evêque de Saint
firjeu , pour le Clergé , qui porta U
{>arole ; du Comte de Guebriant , pour
a Noblesse -, de M. de Boisbely , Che-
.valier de l'Ordre de Saint Michel , &C
Lieutenant Général de l'Amirauté de
Morlaix , pour le Tiers-Etat ; du Comte
de Coetlogon , Procureur General Syn
dic ; & de M. de la Boissiere , Trésorier
Général des Etats de la Province. Ces
Députés furent ensuite conduits à l'Aul
dianes
ifz MERCURE DE FRANCE;
diance de la Reine & à celle de Mon
seigneur lç Dauphin & de Mesdames
de France.
Le Roi a pommé Intendant de la Gé
néralisé de Champagne , M. de Vastan ,
qui fera remplacé dans l' Intendance de
•la Généralité de Caen , par M. le Peletier
de Beaupré, Maître des Re
quêtes,.
Le 19. M. Bernage de Saint Maurice,
Maître des Requêtes , & Intendant du
Languedoc , à qui le Roi avoit accordé
dès le mois de Décembre 1724. la
Charge de Grand-Croix , Secrétaire &
Grefríer de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , prêta serment de fidé
lité entre le maúis de S. M. pour cette
Charge»
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Résumé : « Le Roi a accordé une place de Conseiller au Conseil Royal des Finances, [...] »
En janvier 1730, plusieurs nominations et événements notables ont marqué la cour royale. Le Roi a nommé M. de Lamoignon de Courson Conseiller au Conseil Royal des Finances et a désigné M. Lebret et M. Lekalopier comme Conseillers d'État. Les Prêtres de la Mission ont célébré la béatification du Bienheureux Vincent de Paul à Versailles, avec la participation des évêques de Saintes et de Rennes. La Reine a assisté à la Grande Messe le 4 janvier. Le Père Boyer a été nommé à l'Évêché de Mirepoix, et l'Abbé de Vertamon de Chavagnac a été sacré évêque de Montauban. Le Roi a également nommé le sieur Perrin Médecin Royal des Galères, remplaçant le sieur Pelifleri. L'Abbé Segui a prononcé un panégyrique à Saint-Sulpice. Le Maréchal d'Uxelles s'est retiré en raison de son âge avancé. Dix-huit captifs flamands ont été rachetés et sont arrivés à Toulon. Des députés de l'Ordre de la Sainte Trinité sont arrivés à Cadix pour négocier la rançon des Français détenus au Maroc. À Toulouse, l'Académie des Jeux Floraux a célébré la naissance du Dauphin. Les Violons de la Chambre du Roi ont joué des airs composés par M. Destouches, et plusieurs opéras ont été représentés en présence de la Reine. Le Roi a nommé M. de Vastan Intendant de la Généralité de Champagne et M. le Peletier de Beaupré à l'Intendance de Caen. Enfin, M. Bernage de Saint Maurice a prêté serment pour la charge de Grand-Croix de l'Ordre de Saint Louis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1237
p. 205-229
ECLAIRCISSEMENS. / ADDITION.
Début :
Sur le lieu où furent données deux Batailles en France, les années 596. & [...]
Mots clefs :
Lieu, Lieux, Bataille, Diocèse, Palais, Bourgogne, Pays, Roi, Royaume de Bourgogne, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : ECLAIRCISSEMENS. / ADDITION.
ECL4IRCISS EMENS.
Sur le lieu où furent données deux Ba
tailles -en France, les années 595. &
600. & fur un ancien Palais de nos
Rois de la première Race , duquel
personne jusqu'ici n'a assigné la situa
tion. Paf -M' le Beuf , Sous-Chantrt
& Chanoine de V Eglise d' Auxerre.
E Journal de Verdun du mois
de Mars dernier , nciis a com
muniqué une Remarque faite
un habile homme , touchant l'en-
A ij droit
%o6 MERCURE DE FRANCE;
droit où fut. donnée une Bataille l'an 59^.
ou 597. entre les Troupes de Clotaire
II. Roi de Soissons & de Paris , fils de
la Reine Fredegonde , d'une part , & les
Troupes de Theodebert II. Roi d'Auftrasie
, jointes à celles de Thierry II. Roi
d'Orléans & de Bourgogne. Ce lieu se
trouve appellé Latofao dans les Impri
més de la Chronique , connue fous le
nom de Fredegaire, M. Maillard , Avo
cat , Auteur de la Remarque du Jour
nal j observe que le Pere Daniel dit qu'on
ne connoît plus ce lieu ; mais que le
Pere Ruinart a marque dans ses Notes
(at Fredegaire que feion quelques uns
ce Latofao est dans le Diocèse de Sens.
Cette désignation générale ne satisfait
point le Lecteur. On aime à voir les
«hoses indiquées plus particulièrement.
C'est ce que tache de faire M. Maillard,
en produisant un garant pour la situa
tion de çe lieu dans le Diocèse de Sens.
Xe garant qu'il croit suffisant est l'Histoire
du Gâcinois , écrite il y a cent ans
par Morin , Grand-Prieur de perrières.
C'est un Ouvrage où , à la vérité , il y
z quelque chose à apprendre } mais en
prenant les précautions nécessaires >
c?cst-à-dire , en vérifiant la plupart des
choses qu'il avance , il y a lieu de se
/défier de tout ce qu'il produit , fans
FEVRIER. i7jo. So?
én apporter la preuve ; Sc je ne vois
pas qu'on puisse fonder fur son simple
témoignage un fait aussi ancien qu'est
celui en question. Cet Historien est fi
peu exacb , & si rempli de fautes , que
dès le premier mot du Chapitre où il
parle de ce Latofao , il dit que Moret
& Doromel font la même chose selon
Aimoin , ce qui est doublement faux ,
puisqu'Aimoin ne parle aucunement de
Moret , lib. 3. e. 8 8. & que Dormèil,
loin d'être Moret , en est éloigné de
trois lieues ou environ.Le PereLe Cointe
die aussi à l'an 596. num. 4. que quel
ques nouveaux Auteurs placent ce La
tofao dans le Diocèse de Sens. ïl ne les
eite point par leur nom , & on ne
connoît que Morin qui ait avancé cette
opinion. C'est lui apparemment que le
Pere Le Cointe a en vue. Mais avec ust
peu d'attention , on s'apperçoit aisément
que ce qui a conduit Morin dans le sen
timent qu'il embrasse sur la Bataille de
Latofao , est que Dormeil , où il s'en
donna quatre ans après une seconde ,
est situé dans le Diocèse de Sens , 8c
peu éloigné de Moret. Pour moi , je
fuis d'un sentiment bien opposé au sienj'
je prétends que les Places où se don
nèrent ces deux Batailles ne font point
si voisines } & que comme l'iflue en suc
A Uj diffe2
»8 MERCURE DE FRANGE;
différente , le terrain en fut aussi fors
diffèrent. Dans celle de Latefao de Pan
y 9 6. c'est Clotaire qui parent aggiesfeur
& qui vient fondre fur les Armées de
Theodeberr & de Thierry , qu'il taille
en pieces. Dans celle de Dormeil , ce
font Theodeberr & Thierry qui venant
à leur tour contre Clotaire , lui rendi
rent la pareille , & mirent toute son
Armée en déroute. Il paroît plus natu
rel que la première Bataille se soit don
née sur un terrain appartenant à Theo
deberr ou à Thierry , de même que la
seconde fut donnée vrai- semblablement
dans un lieu des Etats de Clotaire. U
ne faut point s'astreindre tellement aux
noms marques dans les imprimés de la
Chronique de Fredegaire , qu'on ne
puisse avouer que quelquefois ces noms
ont été mal écrits par les Copistes. Que
penser de certains noms propres dont il
est fait mention dans cet Ecrivain , lors
que l'on voit que dès le titre de fa' Chro
nique , qui étoit intitulée .• Extrait de
FHiftoire de S. Grégoire de Tours , du
mot Greji , les Copistes les plus anciens
avoient fait G >-aec , & de Turonici 3 il*
avoient fait Thoromachi ? Le Pere Ruinart
fait cette Observation dans son ex
cellente Préface, num. 137. Aidons un
peu à la lettré , & voyons si dans la mê
me
FÉVRÏÉR. trtú. ioj
iiie Chronique ou dans ses Continua
teurs , il n'y a pas encore d'autre Ba
taille donnée dans un lieu d'un nom ap*
prochanr. Je découvre par le mûyen des;
íçavantes Notes du P Ruinart , que
l'endroit où le second Continûareur mar
que une Bataille donnée en 680. & que
les imprimés appellent mal Locofico ;
est nommé dans les manuscrits Locofaa
ou Lnfmo , & autrement Lucofaco Lttu _
eofngo 5 je le trouve aussi appelle Luco*
fao dans l'Hiftoirc d'Aimoin. Comme le
Manuscrit des Continuateurs de la Chro
nique , & celui du premier Auteur n'ont
pas toujours paíté par les mêmes mains,
il ne fau! pas s'étonner de la petite dif
férence qui se trouve entre Latofao 8c
Lacofao. Mais je croirois volontiers que
c'est un seul & même endroit ; il s'agit
d'abord d» fixer fa situation. Dom Thierry
Ruinart dit que Monsieur Valois n'a pas
connu cet endroit , mais que ce pour*-
roit être Loixi en Lannois ; il ajoûtfr
ensuite , que cependant il paroîtra à
d'autres assez vrai-semblable , que ce liea
est celui dont prie l'Histoire des Evê
ques d'Auxerre , & qu'elle dit être situé
dans le Pays de Toul. Cette Histoire
e'crite fous le Règne de Charles le Chau-
▼Cy, rapporte que Hainmar , Evêque
d'Auxerre vers l'an j6y ayant été con-
A, iiij duir
ïio MERCURE DE FRANCE:
duit par ordre du Roi sur de faux rap^
porcs à Bastognes , dans la Forée des
Ardennes , fut adroitement tiré de cette
prison par un de ses neveux ; & que
comme il íe sauvoit à cheval , il fut sur
pris & arrêté à Lufaiis , dans le Pays de
Toul , où se£ ennemis en firent un Mar
tyr. Adverfarii infequentes in loco qui
Lufaiis dieitur , j» Pago Tullenfì , eum
conficuti funt &c. Il semble qu-'il ne fauc
point chercher ailleurs ce Lufaiis que
dans le Diocèse de Toul ; ainsi c'est in
failliblement ce qu'on appelle aujour
d'hui Lifou, Il y a Lifou le grand & Lifou
le petit , qui font deux Villages contigus,
à six ou sept lieues de Joinville r
vers L'Orient , tous les deux dans le Dio
cèse de TouL , & dans l'ancienne Austrasie.
Le nom de Lifoldium , que le
P. Benoit , Capucin , leur donne dans son
nouveau Pouiller de Toul, ne m'arrête
aucunement , pareeque j'ai connu que
dans beaucoup d'articles , il a latinisé les
noms fur le François , & que lorsque la
terminaison d'un nom étok susceptible
de deux différentes inflexions Latines ,
il a souvent pris la moins fondée dans
l'antiquité , & a laisse l'autre qui-lui étoit
inconnue*. Telle est la derniere syllabe
du nom Lifou ou Lufou , laquelle n'a
pas été formée de l' Allemand Bold , mais
d»
FEVRIER. 1730. m
du Latin Fagus. A l'égard de la première
syllabe , il est plus probable qu'elle vient
du mot Lhcus que d'aucun autre , & je
me persuade que quiconque est au sait
de la formation des noms propres des
lieux , ne fera aucunement surpris que
de LucasAgus , on ait fait Lifou , qui
auparavant étort écrit & prononcé Luc*
foug 3 soit que ce mot vienne de Leucorum
Fagus , ou de Lucus Fagorum. Je
laisse au Lecteur à juger sì Lifou, quia,
plutôt été le Théâtre de la Guerre de
tan 6 S o. qu'aucun autre lieu , n'est pas
aussi l'endroit de la Bataille de l'an j^óV
puisqu'il étoit dans les Etats de Theodebert
, où il est plus vrai semblable que
Clotaire envoya ses Troupes , que noa
pas dans fes propres Etau , à 1 5. ou
16. lieues de Paris. On pourroit m'objecter,
que qUandmême il seseroit donné
une Bataille à Lifou cn l'an £80. il ne
s'ensuivroir pas delà qu'il s'y en soit aussi
donné une en ^96. Qu'inferec l'un de
l'autre , c'est retomber dans le deffauc
de raisonnement que je blâme dans Morin.
Mais la différence qu'il ya, est que
Latofao & Lucofao , ou par abrégé L«-
fao , se ressemblent si fort , qu'à moins
qu on ne trouve un lieu véritablement
nommé Latofao , diffèrent de Lifou , on
est toujours bien fondé à croire que c'est
A v le
212 MERCURE DE FRANCE.
le même. M. Maillard avoiie qu'on ne
connoît point de lieu appelle' Latofao
où Morin dit qu'il y en a un. II ne pro
duit non plus aucun titre , ni aucune
Histoire qui donne ce nom à aucun en~
droit voisin de Dormeil & de Moret ;
d'où je conclus que fa Remarque est
trop foiblement appuye'e pour qu'on
puisse y avoir égard , &c que si Latofaon'est
pas Lifou , il faut continuer à avouer
avec le Pere Daniel qu'on ne connoîe
plus ce Latofao.
Comme cette Observation tend à ôter
au Diocèse de Sens un endroit mémora
ble que M. Maillard a essayé de lui at
tribuer, je fuis bien aise de lui assigner
' en dédommagemenr un autre lieu plus
célèbre , & qui mériteroit d'être regar
dé avec distinction par les Historiogra
phes de France. C'est le lieu que nos^
anciennes Chroniques , nos Annales Sc
certaines Chartes appellent A4ap>loecnmt,
Aí ■npìlacum Afanfolagum. J'en ai déja
touché quelque chose dans une Note qui»
est au bas de la page 87 du Mercure
de Janvier 1725. Mais comme il n'y a
gueres que les curieux & les personnes,
studieuses qui lisent ce qui est au bas des
pages , j'ai crû devoir m'étendre un peu
plus fur ce point Topographique. Le
HJjet est d'autant plus digne d'attention
que:
FEVRIER. 1730. 213
que 1c Perc Mabiilon avoue dans son cjuatriéme
Livre de la Diplomatique\, qu'il
n'a pû découvrir quel lieu est ce Masolacum
, & que lc P. Ruinart en publiant
Fredegaire , de'clare qu'il ne le connoîc
pas davantage. Ignotus mihi Aianfolaci
fttus , dit le Pere Mabiilon. Hujus Viíl*
Jîtns ignotus est , dit le Pere Ruinart.
Cet endroit n'étant pas un fimple Vil
lage du commun , mais une terre dis*
ringuée par un Palais R oyal , ne doit
pas être non plus , par conséquent , de
ceux qui peuvent rester dans l'obsciuké.
Les Antiquaires qui aiment à suivre la
marche de nos Rois ne peuvent regardée
comme indifferens dans la Géographie
les lieux où ils se retiroient queîquefoisì
soit pour y prendre le divertissement de
la chasse , soit- pour y tenir leurs Etats ,
oti y faire quelqu'autre action éclatante.
Aíaffolacurn est dans ce cas. Ce fut là^
que Clotaire II. fit comparoître l'an 6\ j.
devant lui le Patrice Alethée , lequel
n?ayant pû se purger des crimes dont il
étoit accusé } fut condamné à périr par
le glaive. Dagobert I. étant mort , ce
fcit aussi à Massolac que les Seigneurs de
Neustrie & de Bourgogne s'assemblèrent
pour proclamer Roi , son fils Clovis..
Ces faits font affectés par Fredegaire ,
Auteur du tems , Ôc depuis par Aimoin.
A*j M»is
ZT4 MERCURE DE FRANCE:
Mais où éroit situé ce Maffolac ? & cot»;
ment l'appclle-t'on aujourd'hui ? C'est
suc quoi je me suis déja déclaré en 1725,»
en marquant que c'est Maíky » à une
lieue de Sens. Dom Jean Mabillon die
que ce Maffolac a du être certainement
un Palais Royal du Royaume de Bour
gogne avant le Règne de Clotake I I.
Regni Burgunàici Palatium fuijse cons-
Ut. il le dit fans aíSgner le lieu où il ctoic
situé; mais le voisinage de Sens suffit pour
décider, que ce Palais étoit du même
Royaume que. Sens j & quoique je ne
veuille pas contredire ouvertement le
fçavant Pere Mabillon , je ne crois pas
qu'après la resolution prise par le Roi
Clotaire d'entendre les Chefs d'accusa*
tion contre un Patrice de Bourgogne y.
il fut nécessaire pour cela que l' Assem
blée se íint dans un Palais du Royau
me de Bourgogne , quoique ce Roi en
fut devenu le Maître, On voit que trois
ans après*, ce même Roi fit venir tous
les Evêques & Seigneurs de Bourgogne
au Palais de Boneuil proche Paris , qui
constament n'a jamais été Aa Royaume
de Bourgogne; Il suffisoit donc que ce
fut un lieu sur les limites des Royaumes
de Neustrie & de Bourgogne , comme
cn effet ce fut là que les premiers de
ces deux Royaumes élevèrent l'an 637»
FEVRIER. 1730. sijj
I la Royauté Clovis , fils de Dagobctr.
Or que ce fut dans le voisinage de Sens»
bous en avons une bonne preuve dans
un acte produit par le Perc Mabillon ,
Sec. j. BenediU. part. 2. p. 6 1 4 . on y
lit qu'Emmon , Archevêque de Sens , íc
servant de la présence d'un grand nom
bre d'Evêques assemblés en ce lieu l'an
£57. leur fit signer un Privilège con
cernant l'Abbaye de Saint-Pierre le Vif;
il est daté Mansolaco Curte Dowinica*
II étoit assez naturel à- un Archevêque
de saisir cette occasion , ayant le Roi &
les Evêques si proches de lui. On peur
dire que c'étoit comme le Fontainebleau;
de ce siecle-là ■, les. Rois de France y venoient
de tems en tems , & \& Cour y
étant , il éroit nécessaire que les Prélats,
qui avoient des affaires d'importance à
icgler , s'y transportassent. Clotaire III.
y étoic la troisième année de son Règne,
selon l'Acte ci deflus cité. Il y vint en
core la huitième année , & c'est de la
que fut daté un Oiplome de confirmation
de la terre de Larrey à l'Abbaye de Sains
Bénigne de Dijon qu'on trouve dans Pé
tard à l'an 6x7 > mais qui doit être placé
à l'an 660. comme l'a fait remarquer
le Pere Mabillon. Datum Masolapo in
íalatio nofl'-o. Si depuis ce tems là on
oc trouve plus de mention du Palais de
Massas
%\C MERCURE 0E FRANCE.
Maíïay , c'est qu'il fut peut- être dérruir
par les guerres des Sarrazins au siécle
suivant* Mais le nom de fa première
destination lui est toujours resté , puis
que des deux Maslay contigus , il y en
a un qui est appelle Mastay-le-Roy , ce
qui marque , comme dit le Privilège de
ì' Archevêque Emmon , un Territoire
Royal, Curtem Dominicain. Ces deux en*
droits font à l'Orient dliyver de la yûlede
Sens , fur la Rivière de Vanne , Sc
peu éloignf-s de la Forêt d*Othe qui
étoit alors fort vaste , & qui l'eft encore
assez. J'ai trouvé aux marges d'un Mar
tyrologe de la Cathédrale de Sens , écrit
au dixième siécle , quelques additions de
personnes notables décedees dans le mê
me siécle , & entr'autres une Hermengarde
, Dame de Maflay. XVII. KaLJunii
, obiit Hermengardis de Mafiiaco
Domina , anno Domini D. CCCC LV.
Ces additions font au plus tard d'une
écriture du XI. siécle. L'original est dans
la Bibliothèque de Saint-Benoît fur Loire,
It y a apparence que les deux Maflay
croient originairement une feule & mê
me terre , dont les guerres ont fait faire
des partages , en forte que l'un des Mas
lay s'est appelle le Grand-Maflay , &
l'autre le petit Maslay. Je ne sçai pour
quoi ce dernier est celui qu'on appc líe
autreFEVRTER.
i7Jo: a r
ffutrcment Mastay-le-Roy , ni pourquoi
celui qu'on surnomme le petit est échuau
Roi. Il arrive quelquefois que ce qui
est plus périr , quant au nombre des-
Feux & des Habirans , est d'un plus
grand produit pour le revenu à caufedes
dépendances. Quoiqu'il en soit , le
grand Mastay est nommé dans un His
torien de Sens , contemporain du Roy
Robert : C'est Odoran , Moine de Saint"
Pierre le Vif. Son Ouvrage seroit peutêtre
resté jusqu'ici dans l'obscurité , si cc
n'étoir que M. Jean Baptiste Oudinet
Prieur de l' Abbaye de .Saint ■« Marien
de notre Ville , se fit un plaisir de
le communiquer à Dom Mabillon. Il
renferme plusieurs parricularitez qui ne
font pas indifférentes- à l'Histoire du
Roi Robert, & que je tais parce qu'elles
ne font rien à mon sujet. On peut les
voir au second volume du VI siécle Bé
nédictin. Cer Ecrivain rapporrant dansfbn
ii. Chapitre la punition d'un hom
me qui fit un faux ferment dans l'fgliso
de S. Savinien, proche Sens , dit que cet
homme étoit nomim Rothb rthiti in vicin*
ortus villa , cm nomen JUaftiacm Aft jor
dédit antlcjuitau le Moine C.larius,de
la mime Abbaye de S. l ierre le vif , qui
vivoit cent ans après Odoran , rapportant
dans fa Chronique, imprimée au II. lo
vas
tit MERCURE DE FRANCE:
me du Specilege , les violences qu'on em
ploya l'a n 10 j 2. pour obliger les Senonois
de recevoir Gelduin , que le Roi
Henry I. leur avoit donné pour Evêque ,
dír que ce Roi se transporta en personne
sur les lieux > qu'il vint assiéger la Ville de
Sens,& que ce fut au Grand-Mastay qu'il
fit camper son armée : Rex copiosum exerçitam
applicuit y & in villa qut Maftiacus
M.ijor dicitur cafi'a p»s»it. Ces trois té
moignages prouvent que dans le X.XI. &
XII. siécles on disoit encore dans le pays
M.ifliacHS , qui e'toit une expression moins
éloignée de Moefolacut. Mais dans les fic
elés suivans on commença à corrompre
ee mot de plus en plus. Je trouve dans
un Manuscrit de la Bibliothèque de la Ca.-
thédrale de Sens, qui est du XIII. siécle,
qu'il est fait mention en ces termes du
Maire de Maílay-le- Vicomte & de l'Eglise
de Maíliy-le-Roy : Aíajori de Mas-
Uio-Vicecomiús . & Ecclejit, de MaJIcìo
Régis. Au reste il ne doit pas paroître sur
prenant que l'on ait corrompu Mafìlacurn
en Míijliacum & Majlciam : ces deux ma
nières de latiniser ce nom dans les bas
siécles , marquent que dans le langage
vulgaire on faisoit. la première syllabe
longue comme aujourd'hui , si on ne proaonçoit
pas la lettre S , ce qui est d'au
tant plus véritable que les Titres François
FEVRIER. ï7jo. 219
da XIV. siécle mettent un second a pouc
tenir la place de la lettre S , ensorte qu'on
y lit ce mot ainsi écrit ; Maalay. U est na
turel que dès-là qu'on réduit plusieurs
syllabes à n'en former qu'une , cette syl
labe devienne longue de prononciation»
Quant à la terminaison en ay , il est vrai
que de nos côtez elle est moins communa
que celle en y, qui nous vient de tous
les- noms deg lièux finissant en latin pas
iacurn ; cependant il reste encore dans dis*
ferens cantons de la Province Senonoifs
des noms de lieu en ay qui viennent du
latin iacum ou acam . . . Nous avons dans
notre Diocèse , presque sur les bords da
la Loirp, Mannay qui s'appelloit Man-,
nacum í au sixième siécle, Annay qui se
disoit en latin au neuvième siécle Abundiacum
, & Seignelay, qui est un endrok
fort connu , Seligniacum. Dans le Diocèser
de Senion trouve Bray& Lorayidont les
noms latins ne Yont autres que Braiacum
&cLoriacum. Je ne puis donc croire qu'il y
ait lieu de douter du côté de l'analogie
des deux Langues , que Mallay ne vienne
de Afafolacnrn. Les Antiquaires font obli
gez d'admettre des noms qui sont encore
plus méconnoissibles & moins «pportans
l'un à l'autre. Je n'ái passé qu'une
seule fois dans le grand Maflay , & j'ajr
apoerçji que la Plaine de ce lieu est très*
fertile
iià MERCLÎRÈ DÈ FRAftCÉ.x
fertile. La Rivière de Vanne entoure cti^s
tierement ce Bourg & erl fait une verira^
ble Isle. Comme cette Rivière ne tatis
gueres, elle contribue beaucoup à rendre
cet endroit verdoyant & fort gai en été.
Le petit Maflay est un peu plus vers l'Otient
, la Rivière entre deux. Plus haut
est le Village de Teil , que je pourrois enquelque
forte qualifier d'ancienne Mai
son Royale, en me fondant fur le texta
d'Odoran, quoique te P. Mabillon n'en
ait fait aucune mention. Odoran rap
porte dans son 2 6. Chapitre , que Teil
rut le lieu de la résidence de la ReineConftance
pendant tout le temps que lc Roi
Robert employa à faire son voyage de
Rome. Faïium efi dum quadam terr.port
Robmtts Rex Romam peteret , ut Cons'
tant'ta Regina un à cum filio sue Hagent
parvalo Tille remaneret. Peut être que
Mâlay s'étendbit autrefois jufques-là. Au
moins il est certain que Teil fait encore
partie de k Châtellenie de Mâ!ay-le-Roi«
Cette Châtellenie fut échangée par Phi
lippe le Bel avec Marie Comtesse de Sancerre
, & l'échange fut ratifié au mois
d'Août 1318. par Philippe le Long ,en
faveur de Thibaud & Louis de Sancerre.
M. Couste, Lieutenant Civil & Particu
lier de la Ville de Sens , qui possède une
gartie de cc Mâ-lay , m'apprend par le
Me
FEVRIER. i7jo. ni
Mémoire qu'il a eu la bonté de m'envoyer,
que dans les Titres d'échange & de ra*
tification , ce lieu est écrit Maalay-le-Roi.
II ajoûte que cette Châtellenie appartint
depuis cet échange à un seul Seigneur ,
qui ayant eu huit enfans , en fit le par
tage entre eux dès son vivant ; ce qui est;
cause qu'elle est aujourd'hui divisée etï
sept ou huit portion ì. Et quoiqu'il ob
serve que Mâlay-Ie-Roy , dent la Châtel
lenie porte le nom ,soit le plus petit dessept
Villages qui la composent , & que le
Siège du Bailliage soit à Teil , cela ne doit
point cependant empêcher de croire que
tout ce terrain n'ait été un territoire Royal
dans le temps que j'ai marqué cy-dessus.
Cette supériorité de Seigneuries se trouve
même appuyée par le nom de Villiers-
Louis, qui est un des sept Villages, & qui
est contigu à Mâlay-lc-Roy. Au reste si
cette Châtellenie relevé aujourd'hui de»
Comtes de Joigny , ce n'est que depuis
k Règne de Philippe V. Ce Prince céda
cette Mouvance à Jean Comte de Joigny
en 1 3 r 7. pour avoir la Mouvance de Châ
teau-Renard , qui appartenoit au Comte
de Joigny. Je ne sçai si ce que Nicole
Gilles, Belleforelt& Chappuis, prennent
pour un retranchement fait à Mâlay par
les Anglois au XIV. siécle , ne seroit point
un vestige de l'enceiate daChâteau de nos
Roisïti
MERCURE DE FRANCK
Rois de la première Race , ou du tcrraírf
vqui fut occupé par les Troupes du Rot
Henry I. lorsqu'elles campèrent à Mâlay.
il s'est conservé au Grand- Mâlay , autre
ment dit Mâlay- Ie-Vicomte , une Tradi
tion que S. Agnan Evêque d'Orléans étoit
natif de ce lieu. Tel a été le sentiment de
M. Tripaut, Avocat d'Orléans. On écrit
cependant plus communément que saint
Agnan étoic né à Vienne en Ôaufiné,
plutôt que dans cette Bourgade de la Ri
vière de Venne. Il resterok a examiner s'il
fi 'y a point eu de méprise d'un nora pout
un autre , à cause de la ressemblance des
noms de Venne & de Vienne. Mâlay- le-
Vicomte a été de la Commune de Sensjusques
fous Louis le Gros ; c'est aujour
d'hui une Prévôté Royale : 5c M. le Duc
de Bourbon en nomme tous les Officiers,
soit comme étant aux droits du Vicomte,
ou comme jouissant du Domaine de Sens
& de la Banlieue.
En finissant ces Observations , je reçois
de M. Ferrani , l'un des fçavans Cures
du Diocèse de Sens , Doyen Rural de Marolles
, un Mémoire qu'il a rédigé , fur la
Rivière dont Fredegaire & Aimoin font
mention par rapport à la Bataille qui y fut
donnée en l'an 600. La remarque de
M. Maillard , inférée dans le Journal de
Verdun , m'ayanc engagé à fake des perFEVRIER.
1730.. 11}
quisuions , tant pour constater la choie
que pour corriger ce que j'ai mal mis
moi-même en vouse'crivant fur les lumieres
Célestes qui furent vues l'année de
cette Bataille; (a) je reconnois ne les avoir
point faites inutilement , & qu'il seroit
bon que ceux , qui dans la fuite youdronc
donner une Edition de S. Grégoire de
Tours , de Fredegairc & de toutes nos ar» •
ciennes Annales Latines avec des Notes,
prissent la peine ou de se transporter suc
les lieux ou de faire venir des mémoires
exacts. J'avoue que j'ay e'té trompé en
1716. par la Note de Dom Ruinart fur
la Rivière Aroanna , que j'avois mal com
prise à cause du nom François d'Ouainc
qu'il lui donne. Ce n'est ni de la Rivière
d'Ouaineen Gâtinois ni de celle de Vanne
en Senonois , qu'il faut entendre ce qui
est dit de la Bataille où Clotaire II. suc
défait ; mais de la Rivière qui passe à Dor--
melle même. ( On dit Dormelle dans le
pays , & non Dormeil. ) Elle prend fa
source à trois quarts de lieue" au-dessus
de Dollot , qui est la Cure de M. Fer^
rand , Auteur des Remarques que je vais
rapporter , mais dans la Paroisse de saint
Valerien. Au bout de cent pas , fortifiée
par plusieurs fontaines , elle fait tourfa)
Mercure de Utvembrt vji.6' i4*á«
nef
iî4 MERCURE DE FRANCE,
jner un moulin. Jusques là , elle n'a que
le nom 1 de Fontaine de Saint - Biaise ,
à cause d'une Chapellû voisine de la source
.mais au-dessous du moulin , elle com
mence à s'apeller la Rivière d'Orvanne.
Elle passe ensuite à Dollot , à Valéry ,
JBlennes , Diant , Vaux , Ferrotes > Fla~
gis,Dormelle, Château-Saint-Ange ,8c
va former l'e'tang de Moret, dans le
quel elle est absorbée ; puis delà elle se
décharge dans le Loin , un peu au-dessus
.de Moret i le tout fait l'étenduè" de six
lieues de pays. Le Vallon que cette pe
tite Rivière arrose s'appelle le Vallon
d'Orvanne , & les Paroisses qui y font
k jîtuées ou contigues s'appellent de même
les Paroisses de la Vallée d'Orvanne. On
assure que tous les Contrats de partages
& de ventes dans tous ces pays là n'appellent
point cette Rivière autrement
que la Rivière d'Orvanne. Ce qu'il y a
de singuliers que le nom de cette même
Rivière change dans la bouche de plusieurs
personnes au delà de Dormelle , &
près de fa décharge dans l'Etang de Mo
ret. En ces lieux- là on Pappelle quelque
fois la Rivière de Ravanne , & ce font fur
tout les Paysans voisins de cet Etang qui
lui donnent ce nom , parce qu'au-dessus de
cet Etang elle passe dans un Château assez
distingué, appelle k Château de Rnvanne,
donc
\
FEVRIER. 1750. 22$
dont elle traverse les Jardins , y formant
outre sonCanal,des pieces d'eau trés agréa
bles. Mais si l'on remonte une lieue plus
haut , on voit que ce nom est inconnu.
Au dessus de ce Château 6V une de
mie lieue au-dessous de Dormelle, est la
belle maison de feu M. de Cajumartin ,
bâtie sur la croupe d'une Montagne. Cette
maison s'appelle le Château Saint- Ange.
C'est peut-être l'endoit -où se donna la
Bataille, super fluvium Arvennam nec procul
a Doromdlo vico, ainsi que dit Aimoin.
Cette lecture du mot Arvenna est plus
exacte que celle du mot Aroanna em
ployée dans Fredegaire de la derniere Edi
tion. 11 est incontestable par le moyen de
cet éclaircissement qu'il s'agit dans Fre
degaire & dans Aimoin de la Rivière <sPO»
vanne , qui plus anciennement a dû. être
prononcée Arvanne. Il faut abandonner
en cette occasion la Rivière d'O'ùaine
(Odona ) qui est éloignée de Dormelle de
plus de huit lieues. Le P. Daniel a eu
raison de dire que la Bataille fut donnée
sur une Rivière qui se jette dans le Loiiam
au-dessus lie Moret; mais il s'est trompé
en lui donnant le nom de Rivière d'Oiiaine
, aussi-bien que le P. Ruinart. On doit
en être convaincu par la raison que je
viens de rapporter -, celle d'Odaine étant
bjçn différente, puisqu'elle prend sa source '
% i4 MERCURE DE FRANCE,
à quatre lieuës d'Auxerre , & qu'elle va
/e jetter dans le Loiiain , au-deflus de
Montargis. Ce n'est point non-plur la
Rivière de Vanne , comme le Père le Com
te à l'an £eo. Num. i. semble l'avoir
crû après le Président Fauchet. Encore
moins faut -il aller chercher cette Rivière
dans le Pays du Maine , où il y a un traî
na fiuviolus. II faut quelque chose de plus
que la ressemblance des noms dans leLatin,
pour pouvoir avec fondement e'ioigner de
ros quartiers le Théâtre de cette guerre,
A Auxerre ce 18. May 172.8.
ADDITION.
Après avoir envoyé ces éclairciíTemem
aux Auteurs du Mercure, j'ai eu occasion
d'aller à Paris. Comme le cours de la Ri*
viere d'Or vanne est collatéral à celui de 1»
Rivière d'Yonne , & n'est éloigné du
grand chemin que de deux lieuës ou en
viron , je n'ai pas manqué de vérifier par
moi-même avant que de me rendre dans
la voiture publique, le Mémoire de M. le
Prieur de Dollot. Je l'ai trouvé*' très- juste
à un article près } j'ai remarqué en mêmetemps
que nés Géographes mettent sou
vent à droite d'une Rivière ce qui est à
gauche , ou qu'ils font quelquefois tout
Je contraire. C'est pourquoi si vous avez
U
FEVRIER. i7jo; M7
Ja Carte du Diocèse de Sens dressée par
Samson , vous pouvez en touce fureté ,
yous & vos amis, y faire les corrections
suivantes. Mettez la source de la Rivière
d'Orvannc à une portée de Mousquet du
Bourg de Saint Valerien, à POtient d'Eté; '
mettez ensuite Dollot à droite , comme
a fait le Géographe , mais à gauche du
Ruisseau. Vallery est bien placé dans les
Cartes. C'est un lieu célèbre par fa destin
nation à la sépulture des Princes de la
Maison de Condé. Plus bas à droite est:
Blenne,mal nommé Blaineux par Samfonj1
plus bas encore est Diant. Ensuite à gau
che est le Bourg de Voux, qui çst ferme
de murs, & que les Cartes ont tort de re
présenter comme un simple Hameau.
Après Voux & du mime côté le Villa
ge de Ferrotes , & plus bas encore ì
gauche est le Bourg de Flagy , qui a du
coté du Midi des níurs si élevez & si con
sidérables pour leur épaisseur , qu'on U
peut comparer à ceux des plus anciennes
Villes. Ce Bourg a été cependant fort en
dommagé par les Huguenots , ainsi que
l'Eglise du lieu en fait foi. Au sortir de
Flagy on voit à gauche une Plaine qui
règne jusqu'auprès de Dormelle. Ce der
nier Village est fur une éminence. On
passe la Rivière d'Orvanne fur un
Pont, &dps lois on cesse d'en suivre le
, B cours.
ni MERCURE DE FRANCE,
cours. Lorsqu'on a atteint le haut <kp
Coteau, on apperçoit encore une autre
Plaine à droite , laquelle s'étend dti
<ôré de rOtient & dfi Septentrion. Il y
a plus d'apparence que ce fut en cette
derniere Plaine que fut donne'e la Ba
taille de Dormelle , en tirant vers le
Village de Fossar 3 dont le nom vient
peut-être à Fojsario Jeu loco Fojfitrum. Ce
.que j'ai lemarqué plus loin après avoir
laissé le Village de Montarlpt i gauche,
«e s'accorde plus ayee le Mémoire dont
je vous ai parlé. Il ne m'a point paru que
la Rivière d'Orvanne se jettât dans un
Etang-, c'est elle qui forme cette es
pèce d'Etang par le moyen des murs Sfi.
des Ecluses qui fervent à retenir ses eaux,
Cette Rivière ayant repris ensuite fa pre
mière liberté , ne va point se jettes dans
le Loiiain si tôt que Messieurs Samson
& Deíifle l'ont marqué dans leuts Cartes ;
ce n'est point au-dessus de Motet qu'elle
s'y jette , mais au-dessous } presque vis-àvis
sangle Septentrional des murs de cette
petite Ville ; desorte qu'il y a à More*
Jeux Ponts l'un au bout de l'autre; le plus
grand pour la Rivière de Loiiain au bout
duquel est le Prieuré de Pont Loii f Pons
Lupa; (c'est le nom de la Rivière qui
joint le Canal de Briare à la Seine Lupa-
/ámnis) & l'autre petit Pont est fur la. Ri
vière,
FEVRIER. 1740: 139
viere d'Orvanne. C'est ainsi qu'en une
matinée de temps j'ai eu le plaisir de voie
cette Rivière depuis fa source jusqu'à son
embouchure , avec tout ce qu'il y a de
-curieux sur les bords de la Vallée à laquel
le elle donne son nom.
Ce 15. Juillet 1718.
Sur le lieu où furent données deux Ba
tailles -en France, les années 595. &
600. & fur un ancien Palais de nos
Rois de la première Race , duquel
personne jusqu'ici n'a assigné la situa
tion. Paf -M' le Beuf , Sous-Chantrt
& Chanoine de V Eglise d' Auxerre.
E Journal de Verdun du mois
de Mars dernier , nciis a com
muniqué une Remarque faite
un habile homme , touchant l'en-
A ij droit
%o6 MERCURE DE FRANCE;
droit où fut. donnée une Bataille l'an 59^.
ou 597. entre les Troupes de Clotaire
II. Roi de Soissons & de Paris , fils de
la Reine Fredegonde , d'une part , & les
Troupes de Theodebert II. Roi d'Auftrasie
, jointes à celles de Thierry II. Roi
d'Orléans & de Bourgogne. Ce lieu se
trouve appellé Latofao dans les Impri
més de la Chronique , connue fous le
nom de Fredegaire, M. Maillard , Avo
cat , Auteur de la Remarque du Jour
nal j observe que le Pere Daniel dit qu'on
ne connoît plus ce lieu ; mais que le
Pere Ruinart a marque dans ses Notes
(at Fredegaire que feion quelques uns
ce Latofao est dans le Diocèse de Sens.
Cette désignation générale ne satisfait
point le Lecteur. On aime à voir les
«hoses indiquées plus particulièrement.
C'est ce que tache de faire M. Maillard,
en produisant un garant pour la situa
tion de çe lieu dans le Diocèse de Sens.
Xe garant qu'il croit suffisant est l'Histoire
du Gâcinois , écrite il y a cent ans
par Morin , Grand-Prieur de perrières.
C'est un Ouvrage où , à la vérité , il y
z quelque chose à apprendre } mais en
prenant les précautions nécessaires >
c?cst-à-dire , en vérifiant la plupart des
choses qu'il avance , il y a lieu de se
/défier de tout ce qu'il produit , fans
FEVRIER. i7jo. So?
én apporter la preuve ; Sc je ne vois
pas qu'on puisse fonder fur son simple
témoignage un fait aussi ancien qu'est
celui en question. Cet Historien est fi
peu exacb , & si rempli de fautes , que
dès le premier mot du Chapitre où il
parle de ce Latofao , il dit que Moret
& Doromel font la même chose selon
Aimoin , ce qui est doublement faux ,
puisqu'Aimoin ne parle aucunement de
Moret , lib. 3. e. 8 8. & que Dormèil,
loin d'être Moret , en est éloigné de
trois lieues ou environ.Le PereLe Cointe
die aussi à l'an 596. num. 4. que quel
ques nouveaux Auteurs placent ce La
tofao dans le Diocèse de Sens. ïl ne les
eite point par leur nom , & on ne
connoît que Morin qui ait avancé cette
opinion. C'est lui apparemment que le
Pere Le Cointe a en vue. Mais avec ust
peu d'attention , on s'apperçoit aisément
que ce qui a conduit Morin dans le sen
timent qu'il embrasse sur la Bataille de
Latofao , est que Dormeil , où il s'en
donna quatre ans après une seconde ,
est situé dans le Diocèse de Sens , 8c
peu éloigné de Moret. Pour moi , je
fuis d'un sentiment bien opposé au sienj'
je prétends que les Places où se don
nèrent ces deux Batailles ne font point
si voisines } & que comme l'iflue en suc
A Uj diffe2
»8 MERCURE DE FRANGE;
différente , le terrain en fut aussi fors
diffèrent. Dans celle de Latefao de Pan
y 9 6. c'est Clotaire qui parent aggiesfeur
& qui vient fondre fur les Armées de
Theodeberr & de Thierry , qu'il taille
en pieces. Dans celle de Dormeil , ce
font Theodeberr & Thierry qui venant
à leur tour contre Clotaire , lui rendi
rent la pareille , & mirent toute son
Armée en déroute. Il paroît plus natu
rel que la première Bataille se soit don
née sur un terrain appartenant à Theo
deberr ou à Thierry , de même que la
seconde fut donnée vrai- semblablement
dans un lieu des Etats de Clotaire. U
ne faut point s'astreindre tellement aux
noms marques dans les imprimés de la
Chronique de Fredegaire , qu'on ne
puisse avouer que quelquefois ces noms
ont été mal écrits par les Copistes. Que
penser de certains noms propres dont il
est fait mention dans cet Ecrivain , lors
que l'on voit que dès le titre de fa' Chro
nique , qui étoit intitulée .• Extrait de
FHiftoire de S. Grégoire de Tours , du
mot Greji , les Copistes les plus anciens
avoient fait G >-aec , & de Turonici 3 il*
avoient fait Thoromachi ? Le Pere Ruinart
fait cette Observation dans son ex
cellente Préface, num. 137. Aidons un
peu à la lettré , & voyons si dans la mê
me
FÉVRÏÉR. trtú. ioj
iiie Chronique ou dans ses Continua
teurs , il n'y a pas encore d'autre Ba
taille donnée dans un lieu d'un nom ap*
prochanr. Je découvre par le mûyen des;
íçavantes Notes du P Ruinart , que
l'endroit où le second Continûareur mar
que une Bataille donnée en 680. & que
les imprimés appellent mal Locofico ;
est nommé dans les manuscrits Locofaa
ou Lnfmo , & autrement Lucofaco Lttu _
eofngo 5 je le trouve aussi appelle Luco*
fao dans l'Hiftoirc d'Aimoin. Comme le
Manuscrit des Continuateurs de la Chro
nique , & celui du premier Auteur n'ont
pas toujours paíté par les mêmes mains,
il ne fau! pas s'étonner de la petite dif
férence qui se trouve entre Latofao 8c
Lacofao. Mais je croirois volontiers que
c'est un seul & même endroit ; il s'agit
d'abord d» fixer fa situation. Dom Thierry
Ruinart dit que Monsieur Valois n'a pas
connu cet endroit , mais que ce pour*-
roit être Loixi en Lannois ; il ajoûtfr
ensuite , que cependant il paroîtra à
d'autres assez vrai-semblable , que ce liea
est celui dont prie l'Histoire des Evê
ques d'Auxerre , & qu'elle dit être situé
dans le Pays de Toul. Cette Histoire
e'crite fous le Règne de Charles le Chau-
▼Cy, rapporte que Hainmar , Evêque
d'Auxerre vers l'an j6y ayant été con-
A, iiij duir
ïio MERCURE DE FRANCE:
duit par ordre du Roi sur de faux rap^
porcs à Bastognes , dans la Forée des
Ardennes , fut adroitement tiré de cette
prison par un de ses neveux ; & que
comme il íe sauvoit à cheval , il fut sur
pris & arrêté à Lufaiis , dans le Pays de
Toul , où se£ ennemis en firent un Mar
tyr. Adverfarii infequentes in loco qui
Lufaiis dieitur , j» Pago Tullenfì , eum
conficuti funt &c. Il semble qu-'il ne fauc
point chercher ailleurs ce Lufaiis que
dans le Diocèse de Toul ; ainsi c'est in
failliblement ce qu'on appelle aujour
d'hui Lifou, Il y a Lifou le grand & Lifou
le petit , qui font deux Villages contigus,
à six ou sept lieues de Joinville r
vers L'Orient , tous les deux dans le Dio
cèse de TouL , & dans l'ancienne Austrasie.
Le nom de Lifoldium , que le
P. Benoit , Capucin , leur donne dans son
nouveau Pouiller de Toul, ne m'arrête
aucunement , pareeque j'ai connu que
dans beaucoup d'articles , il a latinisé les
noms fur le François , & que lorsque la
terminaison d'un nom étok susceptible
de deux différentes inflexions Latines ,
il a souvent pris la moins fondée dans
l'antiquité , & a laisse l'autre qui-lui étoit
inconnue*. Telle est la derniere syllabe
du nom Lifou ou Lufou , laquelle n'a
pas été formée de l' Allemand Bold , mais
d»
FEVRIER. 1730. m
du Latin Fagus. A l'égard de la première
syllabe , il est plus probable qu'elle vient
du mot Lhcus que d'aucun autre , & je
me persuade que quiconque est au sait
de la formation des noms propres des
lieux , ne fera aucunement surpris que
de LucasAgus , on ait fait Lifou , qui
auparavant étort écrit & prononcé Luc*
foug 3 soit que ce mot vienne de Leucorum
Fagus , ou de Lucus Fagorum. Je
laisse au Lecteur à juger sì Lifou, quia,
plutôt été le Théâtre de la Guerre de
tan 6 S o. qu'aucun autre lieu , n'est pas
aussi l'endroit de la Bataille de l'an j^óV
puisqu'il étoit dans les Etats de Theodebert
, où il est plus vrai semblable que
Clotaire envoya ses Troupes , que noa
pas dans fes propres Etau , à 1 5. ou
16. lieues de Paris. On pourroit m'objecter,
que qUandmême il seseroit donné
une Bataille à Lifou cn l'an £80. il ne
s'ensuivroir pas delà qu'il s'y en soit aussi
donné une en ^96. Qu'inferec l'un de
l'autre , c'est retomber dans le deffauc
de raisonnement que je blâme dans Morin.
Mais la différence qu'il ya, est que
Latofao & Lucofao , ou par abrégé L«-
fao , se ressemblent si fort , qu'à moins
qu on ne trouve un lieu véritablement
nommé Latofao , diffèrent de Lifou , on
est toujours bien fondé à croire que c'est
A v le
212 MERCURE DE FRANCE.
le même. M. Maillard avoiie qu'on ne
connoît point de lieu appelle' Latofao
où Morin dit qu'il y en a un. II ne pro
duit non plus aucun titre , ni aucune
Histoire qui donne ce nom à aucun en~
droit voisin de Dormeil & de Moret ;
d'où je conclus que fa Remarque est
trop foiblement appuye'e pour qu'on
puisse y avoir égard , &c que si Latofaon'est
pas Lifou , il faut continuer à avouer
avec le Pere Daniel qu'on ne connoîe
plus ce Latofao.
Comme cette Observation tend à ôter
au Diocèse de Sens un endroit mémora
ble que M. Maillard a essayé de lui at
tribuer, je fuis bien aise de lui assigner
' en dédommagemenr un autre lieu plus
célèbre , & qui mériteroit d'être regar
dé avec distinction par les Historiogra
phes de France. C'est le lieu que nos^
anciennes Chroniques , nos Annales Sc
certaines Chartes appellent A4ap>loecnmt,
Aí ■npìlacum Afanfolagum. J'en ai déja
touché quelque chose dans une Note qui»
est au bas de la page 87 du Mercure
de Janvier 1725. Mais comme il n'y a
gueres que les curieux & les personnes,
studieuses qui lisent ce qui est au bas des
pages , j'ai crû devoir m'étendre un peu
plus fur ce point Topographique. Le
HJjet est d'autant plus digne d'attention
que:
FEVRIER. 1730. 213
que 1c Perc Mabiilon avoue dans son cjuatriéme
Livre de la Diplomatique\, qu'il
n'a pû découvrir quel lieu est ce Masolacum
, & que lc P. Ruinart en publiant
Fredegaire , de'clare qu'il ne le connoîc
pas davantage. Ignotus mihi Aianfolaci
fttus , dit le Pere Mabiilon. Hujus Viíl*
Jîtns ignotus est , dit le Pere Ruinart.
Cet endroit n'étant pas un fimple Vil
lage du commun , mais une terre dis*
ringuée par un Palais R oyal , ne doit
pas être non plus , par conséquent , de
ceux qui peuvent rester dans l'obsciuké.
Les Antiquaires qui aiment à suivre la
marche de nos Rois ne peuvent regardée
comme indifferens dans la Géographie
les lieux où ils se retiroient queîquefoisì
soit pour y prendre le divertissement de
la chasse , soit- pour y tenir leurs Etats ,
oti y faire quelqu'autre action éclatante.
Aíaffolacurn est dans ce cas. Ce fut là^
que Clotaire II. fit comparoître l'an 6\ j.
devant lui le Patrice Alethée , lequel
n?ayant pû se purger des crimes dont il
étoit accusé } fut condamné à périr par
le glaive. Dagobert I. étant mort , ce
fcit aussi à Massolac que les Seigneurs de
Neustrie & de Bourgogne s'assemblèrent
pour proclamer Roi , son fils Clovis..
Ces faits font affectés par Fredegaire ,
Auteur du tems , Ôc depuis par Aimoin.
A*j M»is
ZT4 MERCURE DE FRANCE:
Mais où éroit situé ce Maffolac ? & cot»;
ment l'appclle-t'on aujourd'hui ? C'est
suc quoi je me suis déja déclaré en 1725,»
en marquant que c'est Maíky » à une
lieue de Sens. Dom Jean Mabillon die
que ce Maffolac a du être certainement
un Palais Royal du Royaume de Bour
gogne avant le Règne de Clotake I I.
Regni Burgunàici Palatium fuijse cons-
Ut. il le dit fans aíSgner le lieu où il ctoic
situé; mais le voisinage de Sens suffit pour
décider, que ce Palais étoit du même
Royaume que. Sens j & quoique je ne
veuille pas contredire ouvertement le
fçavant Pere Mabillon , je ne crois pas
qu'après la resolution prise par le Roi
Clotaire d'entendre les Chefs d'accusa*
tion contre un Patrice de Bourgogne y.
il fut nécessaire pour cela que l' Assem
blée se íint dans un Palais du Royau
me de Bourgogne , quoique ce Roi en
fut devenu le Maître, On voit que trois
ans après*, ce même Roi fit venir tous
les Evêques & Seigneurs de Bourgogne
au Palais de Boneuil proche Paris , qui
constament n'a jamais été Aa Royaume
de Bourgogne; Il suffisoit donc que ce
fut un lieu sur les limites des Royaumes
de Neustrie & de Bourgogne , comme
cn effet ce fut là que les premiers de
ces deux Royaumes élevèrent l'an 637»
FEVRIER. 1730. sijj
I la Royauté Clovis , fils de Dagobctr.
Or que ce fut dans le voisinage de Sens»
bous en avons une bonne preuve dans
un acte produit par le Perc Mabillon ,
Sec. j. BenediU. part. 2. p. 6 1 4 . on y
lit qu'Emmon , Archevêque de Sens , íc
servant de la présence d'un grand nom
bre d'Evêques assemblés en ce lieu l'an
£57. leur fit signer un Privilège con
cernant l'Abbaye de Saint-Pierre le Vif;
il est daté Mansolaco Curte Dowinica*
II étoit assez naturel à- un Archevêque
de saisir cette occasion , ayant le Roi &
les Evêques si proches de lui. On peur
dire que c'étoit comme le Fontainebleau;
de ce siecle-là ■, les. Rois de France y venoient
de tems en tems , & \& Cour y
étant , il éroit nécessaire que les Prélats,
qui avoient des affaires d'importance à
icgler , s'y transportassent. Clotaire III.
y étoic la troisième année de son Règne,
selon l'Acte ci deflus cité. Il y vint en
core la huitième année , & c'est de la
que fut daté un Oiplome de confirmation
de la terre de Larrey à l'Abbaye de Sains
Bénigne de Dijon qu'on trouve dans Pé
tard à l'an 6x7 > mais qui doit être placé
à l'an 660. comme l'a fait remarquer
le Pere Mabillon. Datum Masolapo in
íalatio nofl'-o. Si depuis ce tems là on
oc trouve plus de mention du Palais de
Massas
%\C MERCURE 0E FRANCE.
Maíïay , c'est qu'il fut peut- être dérruir
par les guerres des Sarrazins au siécle
suivant* Mais le nom de fa première
destination lui est toujours resté , puis
que des deux Maslay contigus , il y en
a un qui est appelle Mastay-le-Roy , ce
qui marque , comme dit le Privilège de
ì' Archevêque Emmon , un Territoire
Royal, Curtem Dominicain. Ces deux en*
droits font à l'Orient dliyver de la yûlede
Sens , fur la Rivière de Vanne , Sc
peu éloignf-s de la Forêt d*Othe qui
étoit alors fort vaste , & qui l'eft encore
assez. J'ai trouvé aux marges d'un Mar
tyrologe de la Cathédrale de Sens , écrit
au dixième siécle , quelques additions de
personnes notables décedees dans le mê
me siécle , & entr'autres une Hermengarde
, Dame de Maflay. XVII. KaLJunii
, obiit Hermengardis de Mafiiaco
Domina , anno Domini D. CCCC LV.
Ces additions font au plus tard d'une
écriture du XI. siécle. L'original est dans
la Bibliothèque de Saint-Benoît fur Loire,
It y a apparence que les deux Maflay
croient originairement une feule & mê
me terre , dont les guerres ont fait faire
des partages , en forte que l'un des Mas
lay s'est appelle le Grand-Maflay , &
l'autre le petit Maslay. Je ne sçai pour
quoi ce dernier est celui qu'on appc líe
autreFEVRTER.
i7Jo: a r
ffutrcment Mastay-le-Roy , ni pourquoi
celui qu'on surnomme le petit est échuau
Roi. Il arrive quelquefois que ce qui
est plus périr , quant au nombre des-
Feux & des Habirans , est d'un plus
grand produit pour le revenu à caufedes
dépendances. Quoiqu'il en soit , le
grand Mastay est nommé dans un His
torien de Sens , contemporain du Roy
Robert : C'est Odoran , Moine de Saint"
Pierre le Vif. Son Ouvrage seroit peutêtre
resté jusqu'ici dans l'obscurité , si cc
n'étoir que M. Jean Baptiste Oudinet
Prieur de l' Abbaye de .Saint ■« Marien
de notre Ville , se fit un plaisir de
le communiquer à Dom Mabillon. Il
renferme plusieurs parricularitez qui ne
font pas indifférentes- à l'Histoire du
Roi Robert, & que je tais parce qu'elles
ne font rien à mon sujet. On peut les
voir au second volume du VI siécle Bé
nédictin. Cer Ecrivain rapporrant dansfbn
ii. Chapitre la punition d'un hom
me qui fit un faux ferment dans l'fgliso
de S. Savinien, proche Sens , dit que cet
homme étoit nomim Rothb rthiti in vicin*
ortus villa , cm nomen JUaftiacm Aft jor
dédit antlcjuitau le Moine C.larius,de
la mime Abbaye de S. l ierre le vif , qui
vivoit cent ans après Odoran , rapportant
dans fa Chronique, imprimée au II. lo
vas
tit MERCURE DE FRANCE:
me du Specilege , les violences qu'on em
ploya l'a n 10 j 2. pour obliger les Senonois
de recevoir Gelduin , que le Roi
Henry I. leur avoit donné pour Evêque ,
dír que ce Roi se transporta en personne
sur les lieux > qu'il vint assiéger la Ville de
Sens,& que ce fut au Grand-Mastay qu'il
fit camper son armée : Rex copiosum exerçitam
applicuit y & in villa qut Maftiacus
M.ijor dicitur cafi'a p»s»it. Ces trois té
moignages prouvent que dans le X.XI. &
XII. siécles on disoit encore dans le pays
M.ifliacHS , qui e'toit une expression moins
éloignée de Moefolacut. Mais dans les fic
elés suivans on commença à corrompre
ee mot de plus en plus. Je trouve dans
un Manuscrit de la Bibliothèque de la Ca.-
thédrale de Sens, qui est du XIII. siécle,
qu'il est fait mention en ces termes du
Maire de Maílay-le- Vicomte & de l'Eglise
de Maíliy-le-Roy : Aíajori de Mas-
Uio-Vicecomiús . & Ecclejit, de MaJIcìo
Régis. Au reste il ne doit pas paroître sur
prenant que l'on ait corrompu Mafìlacurn
en Míijliacum & Majlciam : ces deux ma
nières de latiniser ce nom dans les bas
siécles , marquent que dans le langage
vulgaire on faisoit. la première syllabe
longue comme aujourd'hui , si on ne proaonçoit
pas la lettre S , ce qui est d'au
tant plus véritable que les Titres François
FEVRIER. ï7jo. 219
da XIV. siécle mettent un second a pouc
tenir la place de la lettre S , ensorte qu'on
y lit ce mot ainsi écrit ; Maalay. U est na
turel que dès-là qu'on réduit plusieurs
syllabes à n'en former qu'une , cette syl
labe devienne longue de prononciation»
Quant à la terminaison en ay , il est vrai
que de nos côtez elle est moins communa
que celle en y, qui nous vient de tous
les- noms deg lièux finissant en latin pas
iacurn ; cependant il reste encore dans dis*
ferens cantons de la Province Senonoifs
des noms de lieu en ay qui viennent du
latin iacum ou acam . . . Nous avons dans
notre Diocèse , presque sur les bords da
la Loirp, Mannay qui s'appelloit Man-,
nacum í au sixième siécle, Annay qui se
disoit en latin au neuvième siécle Abundiacum
, & Seignelay, qui est un endrok
fort connu , Seligniacum. Dans le Diocèser
de Senion trouve Bray& Lorayidont les
noms latins ne Yont autres que Braiacum
&cLoriacum. Je ne puis donc croire qu'il y
ait lieu de douter du côté de l'analogie
des deux Langues , que Mallay ne vienne
de Afafolacnrn. Les Antiquaires font obli
gez d'admettre des noms qui sont encore
plus méconnoissibles & moins «pportans
l'un à l'autre. Je n'ái passé qu'une
seule fois dans le grand Maflay , & j'ajr
apoerçji que la Plaine de ce lieu est très*
fertile
iià MERCLÎRÈ DÈ FRAftCÉ.x
fertile. La Rivière de Vanne entoure cti^s
tierement ce Bourg & erl fait une verira^
ble Isle. Comme cette Rivière ne tatis
gueres, elle contribue beaucoup à rendre
cet endroit verdoyant & fort gai en été.
Le petit Maflay est un peu plus vers l'Otient
, la Rivière entre deux. Plus haut
est le Village de Teil , que je pourrois enquelque
forte qualifier d'ancienne Mai
son Royale, en me fondant fur le texta
d'Odoran, quoique te P. Mabillon n'en
ait fait aucune mention. Odoran rap
porte dans son 2 6. Chapitre , que Teil
rut le lieu de la résidence de la ReineConftance
pendant tout le temps que lc Roi
Robert employa à faire son voyage de
Rome. Faïium efi dum quadam terr.port
Robmtts Rex Romam peteret , ut Cons'
tant'ta Regina un à cum filio sue Hagent
parvalo Tille remaneret. Peut être que
Mâlay s'étendbit autrefois jufques-là. Au
moins il est certain que Teil fait encore
partie de k Châtellenie de Mâ!ay-le-Roi«
Cette Châtellenie fut échangée par Phi
lippe le Bel avec Marie Comtesse de Sancerre
, & l'échange fut ratifié au mois
d'Août 1318. par Philippe le Long ,en
faveur de Thibaud & Louis de Sancerre.
M. Couste, Lieutenant Civil & Particu
lier de la Ville de Sens , qui possède une
gartie de cc Mâ-lay , m'apprend par le
Me
FEVRIER. i7jo. ni
Mémoire qu'il a eu la bonté de m'envoyer,
que dans les Titres d'échange & de ra*
tification , ce lieu est écrit Maalay-le-Roi.
II ajoûte que cette Châtellenie appartint
depuis cet échange à un seul Seigneur ,
qui ayant eu huit enfans , en fit le par
tage entre eux dès son vivant ; ce qui est;
cause qu'elle est aujourd'hui divisée etï
sept ou huit portion ì. Et quoiqu'il ob
serve que Mâlay-Ie-Roy , dent la Châtel
lenie porte le nom ,soit le plus petit dessept
Villages qui la composent , & que le
Siège du Bailliage soit à Teil , cela ne doit
point cependant empêcher de croire que
tout ce terrain n'ait été un territoire Royal
dans le temps que j'ai marqué cy-dessus.
Cette supériorité de Seigneuries se trouve
même appuyée par le nom de Villiers-
Louis, qui est un des sept Villages, & qui
est contigu à Mâlay-lc-Roy. Au reste si
cette Châtellenie relevé aujourd'hui de»
Comtes de Joigny , ce n'est que depuis
k Règne de Philippe V. Ce Prince céda
cette Mouvance à Jean Comte de Joigny
en 1 3 r 7. pour avoir la Mouvance de Châ
teau-Renard , qui appartenoit au Comte
de Joigny. Je ne sçai si ce que Nicole
Gilles, Belleforelt& Chappuis, prennent
pour un retranchement fait à Mâlay par
les Anglois au XIV. siécle , ne seroit point
un vestige de l'enceiate daChâteau de nos
Roisïti
MERCURE DE FRANCK
Rois de la première Race , ou du tcrraírf
vqui fut occupé par les Troupes du Rot
Henry I. lorsqu'elles campèrent à Mâlay.
il s'est conservé au Grand- Mâlay , autre
ment dit Mâlay- Ie-Vicomte , une Tradi
tion que S. Agnan Evêque d'Orléans étoit
natif de ce lieu. Tel a été le sentiment de
M. Tripaut, Avocat d'Orléans. On écrit
cependant plus communément que saint
Agnan étoic né à Vienne en Ôaufiné,
plutôt que dans cette Bourgade de la Ri
vière de Venne. Il resterok a examiner s'il
fi 'y a point eu de méprise d'un nora pout
un autre , à cause de la ressemblance des
noms de Venne & de Vienne. Mâlay- le-
Vicomte a été de la Commune de Sensjusques
fous Louis le Gros ; c'est aujour
d'hui une Prévôté Royale : 5c M. le Duc
de Bourbon en nomme tous les Officiers,
soit comme étant aux droits du Vicomte,
ou comme jouissant du Domaine de Sens
& de la Banlieue.
En finissant ces Observations , je reçois
de M. Ferrani , l'un des fçavans Cures
du Diocèse de Sens , Doyen Rural de Marolles
, un Mémoire qu'il a rédigé , fur la
Rivière dont Fredegaire & Aimoin font
mention par rapport à la Bataille qui y fut
donnée en l'an 600. La remarque de
M. Maillard , inférée dans le Journal de
Verdun , m'ayanc engagé à fake des perFEVRIER.
1730.. 11}
quisuions , tant pour constater la choie
que pour corriger ce que j'ai mal mis
moi-même en vouse'crivant fur les lumieres
Célestes qui furent vues l'année de
cette Bataille; (a) je reconnois ne les avoir
point faites inutilement , & qu'il seroit
bon que ceux , qui dans la fuite youdronc
donner une Edition de S. Grégoire de
Tours , de Fredegairc & de toutes nos ar» •
ciennes Annales Latines avec des Notes,
prissent la peine ou de se transporter suc
les lieux ou de faire venir des mémoires
exacts. J'avoue que j'ay e'té trompé en
1716. par la Note de Dom Ruinart fur
la Rivière Aroanna , que j'avois mal com
prise à cause du nom François d'Ouainc
qu'il lui donne. Ce n'est ni de la Rivière
d'Ouaineen Gâtinois ni de celle de Vanne
en Senonois , qu'il faut entendre ce qui
est dit de la Bataille où Clotaire II. suc
défait ; mais de la Rivière qui passe à Dor--
melle même. ( On dit Dormelle dans le
pays , & non Dormeil. ) Elle prend fa
source à trois quarts de lieue" au-dessus
de Dollot , qui est la Cure de M. Fer^
rand , Auteur des Remarques que je vais
rapporter , mais dans la Paroisse de saint
Valerien. Au bout de cent pas , fortifiée
par plusieurs fontaines , elle fait tourfa)
Mercure de Utvembrt vji.6' i4*á«
nef
iî4 MERCURE DE FRANCE,
jner un moulin. Jusques là , elle n'a que
le nom 1 de Fontaine de Saint - Biaise ,
à cause d'une Chapellû voisine de la source
.mais au-dessous du moulin , elle com
mence à s'apeller la Rivière d'Orvanne.
Elle passe ensuite à Dollot , à Valéry ,
JBlennes , Diant , Vaux , Ferrotes > Fla~
gis,Dormelle, Château-Saint-Ange ,8c
va former l'e'tang de Moret, dans le
quel elle est absorbée ; puis delà elle se
décharge dans le Loin , un peu au-dessus
.de Moret i le tout fait l'étenduè" de six
lieues de pays. Le Vallon que cette pe
tite Rivière arrose s'appelle le Vallon
d'Orvanne , & les Paroisses qui y font
k jîtuées ou contigues s'appellent de même
les Paroisses de la Vallée d'Orvanne. On
assure que tous les Contrats de partages
& de ventes dans tous ces pays là n'appellent
point cette Rivière autrement
que la Rivière d'Orvanne. Ce qu'il y a
de singuliers que le nom de cette même
Rivière change dans la bouche de plusieurs
personnes au delà de Dormelle , &
près de fa décharge dans l'Etang de Mo
ret. En ces lieux- là on Pappelle quelque
fois la Rivière de Ravanne , & ce font fur
tout les Paysans voisins de cet Etang qui
lui donnent ce nom , parce qu'au-dessus de
cet Etang elle passe dans un Château assez
distingué, appelle k Château de Rnvanne,
donc
\
FEVRIER. 1750. 22$
dont elle traverse les Jardins , y formant
outre sonCanal,des pieces d'eau trés agréa
bles. Mais si l'on remonte une lieue plus
haut , on voit que ce nom est inconnu.
Au dessus de ce Château 6V une de
mie lieue au-dessous de Dormelle, est la
belle maison de feu M. de Cajumartin ,
bâtie sur la croupe d'une Montagne. Cette
maison s'appelle le Château Saint- Ange.
C'est peut-être l'endoit -où se donna la
Bataille, super fluvium Arvennam nec procul
a Doromdlo vico, ainsi que dit Aimoin.
Cette lecture du mot Arvenna est plus
exacte que celle du mot Aroanna em
ployée dans Fredegaire de la derniere Edi
tion. 11 est incontestable par le moyen de
cet éclaircissement qu'il s'agit dans Fre
degaire & dans Aimoin de la Rivière <sPO»
vanne , qui plus anciennement a dû. être
prononcée Arvanne. Il faut abandonner
en cette occasion la Rivière d'O'ùaine
(Odona ) qui est éloignée de Dormelle de
plus de huit lieues. Le P. Daniel a eu
raison de dire que la Bataille fut donnée
sur une Rivière qui se jette dans le Loiiam
au-dessus lie Moret; mais il s'est trompé
en lui donnant le nom de Rivière d'Oiiaine
, aussi-bien que le P. Ruinart. On doit
en être convaincu par la raison que je
viens de rapporter -, celle d'Odaine étant
bjçn différente, puisqu'elle prend sa source '
% i4 MERCURE DE FRANCE,
à quatre lieuës d'Auxerre , & qu'elle va
/e jetter dans le Loiiain , au-deflus de
Montargis. Ce n'est point non-plur la
Rivière de Vanne , comme le Père le Com
te à l'an £eo. Num. i. semble l'avoir
crû après le Président Fauchet. Encore
moins faut -il aller chercher cette Rivière
dans le Pays du Maine , où il y a un traî
na fiuviolus. II faut quelque chose de plus
que la ressemblance des noms dans leLatin,
pour pouvoir avec fondement e'ioigner de
ros quartiers le Théâtre de cette guerre,
A Auxerre ce 18. May 172.8.
ADDITION.
Après avoir envoyé ces éclairciíTemem
aux Auteurs du Mercure, j'ai eu occasion
d'aller à Paris. Comme le cours de la Ri*
viere d'Or vanne est collatéral à celui de 1»
Rivière d'Yonne , & n'est éloigné du
grand chemin que de deux lieuës ou en
viron , je n'ai pas manqué de vérifier par
moi-même avant que de me rendre dans
la voiture publique, le Mémoire de M. le
Prieur de Dollot. Je l'ai trouvé*' très- juste
à un article près } j'ai remarqué en mêmetemps
que nés Géographes mettent sou
vent à droite d'une Rivière ce qui est à
gauche , ou qu'ils font quelquefois tout
Je contraire. C'est pourquoi si vous avez
U
FEVRIER. i7jo; M7
Ja Carte du Diocèse de Sens dressée par
Samson , vous pouvez en touce fureté ,
yous & vos amis, y faire les corrections
suivantes. Mettez la source de la Rivière
d'Orvannc à une portée de Mousquet du
Bourg de Saint Valerien, à POtient d'Eté; '
mettez ensuite Dollot à droite , comme
a fait le Géographe , mais à gauche du
Ruisseau. Vallery est bien placé dans les
Cartes. C'est un lieu célèbre par fa destin
nation à la sépulture des Princes de la
Maison de Condé. Plus bas à droite est:
Blenne,mal nommé Blaineux par Samfonj1
plus bas encore est Diant. Ensuite à gau
che est le Bourg de Voux, qui çst ferme
de murs, & que les Cartes ont tort de re
présenter comme un simple Hameau.
Après Voux & du mime côté le Villa
ge de Ferrotes , & plus bas encore ì
gauche est le Bourg de Flagy , qui a du
coté du Midi des níurs si élevez & si con
sidérables pour leur épaisseur , qu'on U
peut comparer à ceux des plus anciennes
Villes. Ce Bourg a été cependant fort en
dommagé par les Huguenots , ainsi que
l'Eglise du lieu en fait foi. Au sortir de
Flagy on voit à gauche une Plaine qui
règne jusqu'auprès de Dormelle. Ce der
nier Village est fur une éminence. On
passe la Rivière d'Orvanne fur un
Pont, &dps lois on cesse d'en suivre le
, B cours.
ni MERCURE DE FRANCE,
cours. Lorsqu'on a atteint le haut <kp
Coteau, on apperçoit encore une autre
Plaine à droite , laquelle s'étend dti
<ôré de rOtient & dfi Septentrion. Il y
a plus d'apparence que ce fut en cette
derniere Plaine que fut donne'e la Ba
taille de Dormelle , en tirant vers le
Village de Fossar 3 dont le nom vient
peut-être à Fojsario Jeu loco Fojfitrum. Ce
.que j'ai lemarqué plus loin après avoir
laissé le Village de Montarlpt i gauche,
«e s'accorde plus ayee le Mémoire dont
je vous ai parlé. Il ne m'a point paru que
la Rivière d'Orvanne se jettât dans un
Etang-, c'est elle qui forme cette es
pèce d'Etang par le moyen des murs Sfi.
des Ecluses qui fervent à retenir ses eaux,
Cette Rivière ayant repris ensuite fa pre
mière liberté , ne va point se jettes dans
le Loiiain si tôt que Messieurs Samson
& Deíifle l'ont marqué dans leuts Cartes ;
ce n'est point au-dessus de Motet qu'elle
s'y jette , mais au-dessous } presque vis-àvis
sangle Septentrional des murs de cette
petite Ville ; desorte qu'il y a à More*
Jeux Ponts l'un au bout de l'autre; le plus
grand pour la Rivière de Loiiain au bout
duquel est le Prieuré de Pont Loii f Pons
Lupa; (c'est le nom de la Rivière qui
joint le Canal de Briare à la Seine Lupa-
/ámnis) & l'autre petit Pont est fur la. Ri
vière,
FEVRIER. 1740: 139
viere d'Orvanne. C'est ainsi qu'en une
matinée de temps j'ai eu le plaisir de voie
cette Rivière depuis fa source jusqu'à son
embouchure , avec tout ce qu'il y a de
-curieux sur les bords de la Vallée à laquel
le elle donne son nom.
Ce 15. Juillet 1718.
Fermer
Résumé : ECLAIRCISSEMENS. / ADDITION.
Le texte traite de la localisation de deux batailles en France, survenues en 595 et 600, près d'un ancien palais royal de la première race. Le Journal de Verdun de mars mentionne une remarque sur le lieu de la bataille de 596 ou 597, entre les troupes de Clotaire II et celles de Théodebert II et Thierry II. Ce lieu est appelé Latofao dans la Chronique de Fredegaire. M. Maillard, avocat, cite le Père Daniel et le Père Ruinart, qui situent Latofao dans le diocèse de Sens. Cependant, Maillard critique l'historien Morin pour ses erreurs dans l'Histoire du Gâtinois. La bataille de Dormeil, qui eut lieu quatre ans après celle de Latofao, est également discutée. L'auteur affirme que les lieux des deux batailles ne sont pas proches et que les terrains étaient différents. Il suggère que les noms des lieux dans les chroniques peuvent avoir été mal copiés. Le Père Ruinart note que certains noms propres dans la Chronique de Fredegaire sont mal écrits. L'auteur explore la possibilité que Latofao soit en réalité Lifou, un village dans le diocèse de Toul. Il soutient que Latofao et Lifou pourraient être le même endroit, en se basant sur des similitudes dans les noms et les descriptions. Il conclut que si Latofao n'est pas Lifou, il faut admettre avec le Père Daniel que ce lieu n'est plus connu. Le texte mentionne également Massolacum, un autre lieu historique situé à Marly près de Sens, où des événements royaux importants se sont déroulés. Il critique les incertitudes des historiens précédents sur la localisation de ce palais royal. Le texte traite aussi de l'histoire et de l'évolution des noms des localités de Massas et de Maslay, situées près de la rivière de Vanne et de la forêt d'Othe. Le nom de Maslay-le-Roy indique un territoire royal, et deux Maslay contigus existent : le Grand-Maslay et le Petit-Maslay. Des documents historiques, comme un martyrologe de la cathédrale de Sens du dixième siècle, mentionnent des personnes notables de Maslay. Les guerres ont probablement divisé ces terres, et des historiens comme Odoran et Clarius ont mentionné ces localités dans leurs œuvres. Le texte explore les variations linguistiques et orthographiques des noms de ces lieux au fil des siècles. Par exemple, le nom 'Maslay' a été corrompu en 'Mastay' et 'Mallay' dans divers documents. La rivière de Vanne entoure le bourg de Maslay, contribuant à sa fertilité et à son aspect verdoyant. Le Petit-Maslay est situé plus à l'est, et le village de Teil, autrefois résidence de la reine Constance, fait partie de la châtellenie de Maslay-le-Roi. La châtellenie de Maslay-le-Roi a été échangée par Philippe le Bel avec Marie Comtesse de Sancerre en 1318. Aujourd'hui, cette châtellenie est divisée en plusieurs portions et relève des Comtes de Joigny depuis Philippe V. Le texte mentionne également des traditions locales, comme celle de Saint Agnan, évêque d'Orléans, supposé natif de Maslay-le-Vicomte. Enfin, le texte aborde la rivière d'Orvanne, mentionnée par des historiens comme Fredegaire et Aimoin, et corrige des erreurs historiques concernant son nom et son emplacement. La bataille de l'an 600, où Clotaire II a été défait, s'est probablement déroulée près de la rivière d'Orvanne, et non de la rivière d'Ouaine. L'auteur, après avoir envoyé des éclaircissements aux auteurs du Mercure, se rend à Paris et vérifie personnellement le mémoire de M. le Prieur de Dollot. Il confirme la justesse du mémoire à un article près et note des erreurs fréquentes chez les géographes concernant la position des lieux par rapport aux rivières. Il fournit des corrections pour la carte du Diocèse de Sens dressée par Samson, précisant la localisation de divers lieux tels que Saint-Valérien, Dollot, Vallery, Blenne, Diant, Voux, Ferrières, Flagy, et Dormelle. Il décrit également la bataille de Dormelle et la topographie des environs. La rivière d'Orvanne ne se jette pas dans un étang mais forme un étang par des écluses. Il corrige également l'emplacement où la rivière d'Orvanne se jette dans le Loing, précisant que cela se fait au-dessous de Montargis, et non au-dessus comme indiqué sur certaines cartes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1238
p. 238-249
DISCOURS sur la probité de l'Avocat, prononcé par M. Gaulliere, ensuite de celui de M. Maillard, à l'ouverture de la Conference publique des Avocats.
Début :
Entre les vertus qui relevent le merite personnel de l'homme, il n'en [...]
Mots clefs :
Probité, Avocat, Public, Vertu, Confiance, Actions, Conseils, Justice, Loi, Passions, Conférence publique des avocats, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur la probité de l'Avocat, prononcé par M. Gaulliere, ensuite de celui de M. Maillard, à l'ouverture de la Conference publique des Avocats.
DIS COV RS fur la probité de l'^4-
vocat >t prononcé par M. Gaulliere , en
suite de celui de M. Maillard , a Pou-*
verture de la Conférence publique des
Avocats, , ■ f
ENtre les vertus qui relèvent le mé
rite períbnnel de l'homme , il n'en?
est point cìe plus convenable que la pro
bité ; elle doit régler ses pensées & di
riger ses actions. Elle feule peut lui ap
prendre quelle est là nature de fes de
voirs , quel est son engagement , & com
ment il doit y satisfaire. Survient il dans
Pexecution des difficultés & des peines ?„
la probité lui donne les moyens de les
surmonter ; s'y trouve-t'il du danger ?
elle lui inspire assez de précaution SC
de prudence pour Tévirer , ou du moins
elle y suppléer.
La conduite de l'homme ne peut donc
jamais être régulière fans la probité;
ainsi dequoi PAvocat feroit-il capable
fans elle^ Formons-nous , Meilleurs , Pi»
dêç
FEVRIER. T73âr; ï}f
de'e de l'Avocat le plus digne de l'estime
&c de la confiance du public ; donnons
lui les talens d'un heureux naturel ,
qu'il possédé éminement l'art de la pa
role , qu'il sçac'he les Loix tant ancien
nes que nouvelles , qu'il en comprenne
les plus abstraites dispositions , qu'il er*
explique les plus grandes difficultés ,
qu'il est applique à propos les principes ,-
qu'il sçache démêler tous les tours cmbarassans-
dans lesquels se tache le monsrre
de la chicane , qu'il fe dévoué" à ses
fonctions par un travail pénible & assi
du ; donnons lui enfin en partage tou
tes les qualités extérieures qui lui font
nécessaires pout faire briller son élo
quence ; talens admirables , perfections
louables , à la vérité > mais en mêmetems
, dons pernicieux de la Nature Sc
de l'Art , s'ils ne sont accompagnés d'une
probité à toute épreuve. Il faut donc la
ïegarder , cette Vertu , comme k prin
cipale qualicé de l'Avocat dans routes
les occasions , où son ministère est né
cessaire.
Par elle l'homme est naturellement
porté à rendre service à l'homme ; il ne
fait ni ne pense rien qu'il ne puisse pu
blier hardiment & avec confiance , il m
s-'engage dans aucune entreprise sujette
à reproche > quoiqu'il soit suc que peu»
sonne
*?4<»! MËRCÛRË DË FRAttCÊ.
fbnrtè n'en empêchera la réussite $ son in
térêt ne le porte jamais à rien dire de
Contraire à la vérité » à accuser personne
sens sujet , à ne prendre que ce qui lui:
appartient, & à user de surprise pour par
venir à ses finsi Si l'Avoeat plaide , fans-
1a probité il dégénère en déclàmateur ,
H déguise ou il exagère les faits , il épou
se les passions de ses parties, il' n'a pas
honte d'entreprendre des causes injustes,-
quoiqu'il les connoiííe pour telles. >
S'il est consulté , sans la probité ce
ri'est pas pour lui un ctime de donner
conseil pour favoriser les surprises , d'u
ser de tous les détours imaginables pour
rendre les procès éternels , d'alrerer le
sens des Loix , des Coutumes 8i des Or
donnances pour en imposer aux Juges ,
enfin d'abandonner la juste deffense du
pauvre pour pallier les in justes prétentions
du riche.
Avec la probité , au contraire , le b»uc
de l'Avoeat est de sacrifier ses veilles , &
de se donner tóut entier au Public ; son
Unique attention est de soulager les peiile's
de ses patries , d'être tout pour les
autres-, & presque rien pour lui-même.
Son coeur immole à la Justice tòutes
passions , tout plaisir1, tout intérêt í
ainsi chaque jour, chaque heure , cha-
«jue instant lui fournis les occasions de
^EV R I?ÉR'. f /f* 2*'if
lùi faire pendant route la vie de nouveau»»
sacrifices.
Assiégé de routes parts , demandé enJ
tous lieux , la fin d'une affaire le sou
met au commencement d'une autre , le
dernier des malheureux a droit fut tous
les momens de son loisir.
Il se refuse jusqu'à la jouissance de sespropres
biens , & il n'á d'autre soin que
d'assurer ceux des Qiens qui implorent'
son secours.
Cet esclavage, ou sous un titre fpe-~
cieux on renonce à fa liberté pour deffendre
celle des autres , paroît bien dur; •
mais qu'il est glorieux pour le véritable-
Avocat ! c'est avec ces sentirnens qu'ilse
préfente au Barreau , ce sont eux qui '
font son principal mérite.
li n'á pas besoin de faire briHet son
éloquence par des discours pompeux qui;
ppurroient séduire'; il la fait consister*
dans le récit simple & véritable des faits.
II ne lui est pas nécessaire pour donner'
des preuves de son érudition d'employer
des citations ennuyeuses, & souvent étran
gères à la matière qu'il traire*; une juste ;
application des Loix , leur interprétationnaturelle
composent toute la deffense de
ses-parries;
Sa probité , fa sincérité lui tiennent-
Heu de tout ; fa parole vaut le ferment
*4* MEKCURÉ ÒÈ FRANCÊ.
le plus autentique , & c'est ainsi qu'il
s'attire toute l'estime & toute la con
fiance du public. Que dis- je? Messieurs,
les Rois même n'ont pas dédaigné d'hcríiorer
l'Avocat de la kttr.
En effet , il est dit dans l'Ordonnance
de i JI7- que lorsque dans la plaidoyerie
il y adroit contestation fur des faits,
les Avocats en seroienr crûs à leur fer
ment ; & ('Histoire nous rapporte en
cent endroits les avantages inséparables
de la probité de l'Avoeat.
M. de Montholori acquit par elle une
si grande confiance, que quand il s'agiffoit
de la lecture d'une piéce , les Juges
l'en dispensoient -, & ce fut cette même
probité qui l'éleva au suprême degré de
ta Magistrature.
Sans la probité , aii corítráife j l'Ávocat
feroit en proye à toutes sortes de
passions. Tantôt il feroit asseâ malheu
reux pour ne consulter que lui-même ;
on le verroit rarement marcher la ba
lance à la main , ardent en apparence à
firoscrire le vice & à protéger la vertu ;
a veuve Sc l'orphelin sembleroient être
les objets de fa compassion ; grand en
maximes , fastueux en paroles ; on croitoit
qu'il ne respire que la Justice ;
rhais si on fondoit les secrets replis de son
coeur > si on le suivoit pas à pas dans lés
sentiers
FEVRIER. í73fó. 2+î
sentiers détournés ou le conduiroicnt its
fausses lumières , si on pesoit ses actions
au poids du sanctuaire , on pourroit dé
mêler au milieu de ces vains phantômes
de vertu qui l'environnent , les charmes
féduisans de la volupté > entraîné pat
son penchant naturel au plaisir , il s'y
livreroit de -plus en plus , & il seroit
à craindre que la Justice ne fut la pre
mière victime qu'il immolerok à Tidole
de ses plaisirs.
Tantôt se trouvant dans les occasions
dangereuses de contenter un intérêt qui
exckerok fa cupidité , Tardcur d'acqué
rir 8c de poíTeder , qui est naturelle k
l'homme , ne lui permettroit pas de dis
tinguer le juste de l'ínjuste j rien ne se*
roir capable de servir de contrepoids a
fa passion ; elle lui suggereroit les moyens
d'anéantir la Loi par la Loi même.
Que d'explications forcées , mais en
même-tems captieuses.ne lui fourniroientelles
point pour faire parler à cette Loi
le langage de fa cupidité ? charmes de
Péloquence , connoiffance des Loix , il
mettroit tout à profit pour surprendre »
pour séduire } peut-être même abuseroit-
il du secret & de la confiance de
fes parties , s'il n'étoit retenu par l'integrité.
Sans cile la haine , la jalousie , ou
\ quelr
244 MERCURE DÊ FRANCE:
quelqu'autre passion l'agiteroit fanscéíïey
obscurcirok fa raison , 6c la rendroit fu
rieuse ; & à l'onibre de ces monstres ,
tantôt ea ennemi secret 8c implacable ,
il attaqueroit ceux qui sont l'objet de
ion aversion & de sa Plaine ; tantôt les
yeux blessés de la gloire importune d'un
Rival qui l'ofFufque , que ne tenteroitil
point pour détruire cet ennemi de son
orgueil & de son ambition ?
En proye successivement & quelque
fois en même-rems à toutes ces passions
qui l'agiteroient , la Justice auroit beau
se présenter , il seroit sourd à sa voix ,
elle seroit toujours- proscrire de son coeur
& sur les ruines du Tribunal dé la con
science il éleveroit un Tr-ône à ses pas
sions favorites , ce seroit elles qui lui
donneroient la Loi',. & ce seroit à elles
seules qu'U rendroit compte de ses ac
tiorir , trop content de leur avoir mé
nagé les marquîS" extérieures de la: vertu.
On ne ttouve point heureusement de
ces vices dans le véritable Avocat ; aussi
n'y a t'il rien à soupçonner dans ses dé
marches. Les Puissances ont elles be
soin de son ministère ? incapable de se
laiíîer corrompre par lés pteícns , il voit
avec indignation Demofthenc accepter lacoupe
d' Fía ?pains ; insensible aux mefia-
Cteí >; il íuivroit Papinieit fur Téchafaut,
FEVRIER. 173*. Í45
plutôt que d'excuser un Empereur cou
pable d'un fratricide.
S'agit-il de l'interêt de ses Conci*
toyens ? on ne le voit jamais examiner
une affaire qu'avec une attention scru
puleuse , & conduire un Clienr qu'avec?
prudence ; il ne jette un oeil de compas
sion que sut les objets qui la méritent «
ôc ne donne ses foins & ses conseils aux
riches qu'après avoir secouru les mal-;
heureux.
li né~ repousse l'in jure que par les ar
mes que l'e'quité , la raison & les Loix
lui administrent i il ne fait consister son
plaisir que dans un délassement honnête,
3c souvent même dans le travail y iítrouve
ses peines récompensées plutôt
ar la gloire de les avoir prises que par
utilité qu'il en retire.
S'il apperçoit dans un de ses Confire»
tes des talens supérieurs aux siens , loictd'en
concevoir une indigne jalousie , ils
fie fervent au contraire qu'à lui inspirer
une noble émulation ; enfin ses démar
ches, ses actions ont pour but la vertu
plutôt que fa propre utilité. Par là ses'
conseils font admirés , ses décisions font
regardées comme des Oracles , fa con
duite sert d'exemple à tout homme de
bien , & il se captive la bienveillance de
ffes.Confrercs , l'estime des Magistrats &
Ï4S- MERCURE -DE FRANCÈ*
la confiance du Public.
Mais est-ce dans cette idée feule qué
l'Avocat doit être n pur dans ses pensées*
si réservé dans ses diicours3si intègre dans
ses actions , dont il doit compte même à
soi-même ?
Plus l' Avocat a de talens , plus il est
responsable de sa conduite ; plus il a de
qualités éminentes , plus il doit être en
garde contre les charmes séducteurs des
passions de l'homme.
En effet , que lui servlroifil d'être ap
plaudi à l'oecasion de son éloquence , íî
ses moeurs ne tondoient pas à la perfec
tion ? Seroít-on persuadé de la sagesse de
ses conseils , s'il suivoit lui-même d'autres
routes ?
Qu'il fortifie donc de jour éri jour dans
son coeur les sentimens de la droiture &
de la prob'iré j qu'il s'empresse à pronon
cer par son propre exemple la prejniere
condamnation contre les vices.
Ce font ces sentimens , Messieurs , que
Vous avez reconnus dans les dispositions
de votre digne bienfacteur\ ce fut ainsi
qu'il s'acquit l'estime de tous ses amis ,
la considération de nôtre Ordre & la
confiance du Public. i
La noblesse de fa naissance ne lui pa-j
íut qu'un nouveau degré digne d'être joint
à notre profession ; il s'appliqua fans peine
FEVRIER. l7$o. n.7
ì U. connoissance des Lojx les plus diffi
ciles ; son esprit naturellement pene'trant
en donna facilement les solutions ; à
íe fit respecter même de tous ses enne
mis & de ses envieux ; fa vertu lui donna
pour amis tous les Cliens que fa répu
tation lui addressoit 5 la prudence de ses
conseils détermina souvent les opinions
des Magistrats > utile à tout le monde ,
il fe Uvroit fans cesse à tous > le Publiç
trouvoir des secours infinis dans ses talens
, & les pauvres des ressources iné?
puisables dans fa charité ; ceux qui le
connoissoient se le proposoient pour mor
dele de sçavoir , de modestie , de désin
téressement & de candeur, La mort enfin
s'approcha fans le surprendre ; il l'avoie
prévenue par un sage testament qui
pattageoit ses biens entre les pauvres ,
íes parens , ses amis & notre Ordre j
ses Livres & ses Manuscrits nous seronc
à jamais précieux aussi bien que fa mér
moire. Rappelions nous donc fans cesse
íe mérite de ce grand homme.
Mais fi d'un côté nous avons lieu de
regretter M. de Riparfons , nous avons
de l'autre occasion de nous consoler de
sa perte , puisque nous la trouvons re^
parée par l'illustre Confrère * qui. veut
* Voyex. le 1. Vol, d» Mereun át Dtcembr*
fut-il entré dans la carrière , qu'il
MERCURE DE FRANCE,
bien présider à nos travaux 5 en se faiiant
une gloire d'exécuter les intentions
«le notre bienfaiteur il a Ja meilleure
.part à fa .fondation > il sacrifie son tenu
à nous découvrir des trésors qui fans lui
nous íeroient inconnus -, quels avanta
ges ne trouvons<no«s pas dans ses íçavantes
instructions ? pénétrés de reconnoidance
, faifons-nous donc un mérite
de marcher fur fes traces , & si nous ne
pouvons parvenir au même dégré de
science que lui , donnons-lui du moins
îa satisfaction d'imiter fes vertus»
Animés par de si beaux & de si grands
exemples , nous ferons toujours disposés
à détester l'ufurpatjon , & à repousser 1a
■violence , toujours ptéts à defrendre la
Veuve & l'Otphelin , à soutenir l'inno-
.cence que l'en voudra opprimer , &
poursuivant la punition du 'crime , nous
jae travaillerons pas moins à la fureté
publique qu'à -la conservation des parti
culiers.
Nous sommes les premiers organes
«le la Justice , & même en quelque forte
•les maîtres des droits de nos parties ;
chaque instant de notre vie nous mec
«levant les yeux l'obligation indispensa
ble de ménager leurs intérêts , & d', ~
Cifer leur animosité. En nous faisant
nn.au de leur serviï de patrons , de
peicr
FEVRIER. 1730. 24$
fères & de protecteur* , rions nous four
viendrons encore qu'associés , pour ain$
dire , à la Magistrature , nous sommes
les enfans & les Ministres de la Justice ,
& que nous ne luj devons pas moins:
d'inregrké , de bonne foi & de sincérité
que de foin , de vigilance & de zèle pour
les affaires qui nous font commises. Nous
renoncerons à toute forte de déguisement,
la vérité régnera toujours dans nos dis
cours , & nous oe chercherons jamais des
ces ornemcns capables de surprendre la
Religion des Juges.
Fondés fur les principes de la probité,
notre ministère fera soutenu de courage
& de fermeté fans orgueil , de charité
fans foiblefle, d'une íeverité juste , utile
& nécessaire íans dureté , d'une connoissance
compatissante de la misère de l'horame
sans lâche complaisance , 8c répon
dant à Ir haute idée que l'on a de notre
profession , nous annoncerons par la fa.
gefc de nos conseils les oracles de la
Justice.
vocat >t prononcé par M. Gaulliere , en
suite de celui de M. Maillard , a Pou-*
verture de la Conférence publique des
Avocats, , ■ f
ENtre les vertus qui relèvent le mé
rite períbnnel de l'homme , il n'en?
est point cìe plus convenable que la pro
bité ; elle doit régler ses pensées & di
riger ses actions. Elle feule peut lui ap
prendre quelle est là nature de fes de
voirs , quel est son engagement , & com
ment il doit y satisfaire. Survient il dans
Pexecution des difficultés & des peines ?„
la probité lui donne les moyens de les
surmonter ; s'y trouve-t'il du danger ?
elle lui inspire assez de précaution SC
de prudence pour Tévirer , ou du moins
elle y suppléer.
La conduite de l'homme ne peut donc
jamais être régulière fans la probité;
ainsi dequoi PAvocat feroit-il capable
fans elle^ Formons-nous , Meilleurs , Pi»
dêç
FEVRIER. T73âr; ï}f
de'e de l'Avocat le plus digne de l'estime
&c de la confiance du public ; donnons
lui les talens d'un heureux naturel ,
qu'il possédé éminement l'art de la pa
role , qu'il sçac'he les Loix tant ancien
nes que nouvelles , qu'il en comprenne
les plus abstraites dispositions , qu'il er*
explique les plus grandes difficultés ,
qu'il est applique à propos les principes ,-
qu'il sçache démêler tous les tours cmbarassans-
dans lesquels se tache le monsrre
de la chicane , qu'il fe dévoué" à ses
fonctions par un travail pénible & assi
du ; donnons lui enfin en partage tou
tes les qualités extérieures qui lui font
nécessaires pout faire briller son élo
quence ; talens admirables , perfections
louables , à la vérité > mais en mêmetems
, dons pernicieux de la Nature Sc
de l'Art , s'ils ne sont accompagnés d'une
probité à toute épreuve. Il faut donc la
ïegarder , cette Vertu , comme k prin
cipale qualicé de l'Avocat dans routes
les occasions , où son ministère est né
cessaire.
Par elle l'homme est naturellement
porté à rendre service à l'homme ; il ne
fait ni ne pense rien qu'il ne puisse pu
blier hardiment & avec confiance , il m
s-'engage dans aucune entreprise sujette
à reproche > quoiqu'il soit suc que peu»
sonne
*?4<»! MËRCÛRË DË FRAttCÊ.
fbnrtè n'en empêchera la réussite $ son in
térêt ne le porte jamais à rien dire de
Contraire à la vérité » à accuser personne
sens sujet , à ne prendre que ce qui lui:
appartient, & à user de surprise pour par
venir à ses finsi Si l'Avoeat plaide , fans-
1a probité il dégénère en déclàmateur ,
H déguise ou il exagère les faits , il épou
se les passions de ses parties, il' n'a pas
honte d'entreprendre des causes injustes,-
quoiqu'il les connoiííe pour telles. >
S'il est consulté , sans la probité ce
ri'est pas pour lui un ctime de donner
conseil pour favoriser les surprises , d'u
ser de tous les détours imaginables pour
rendre les procès éternels , d'alrerer le
sens des Loix , des Coutumes 8i des Or
donnances pour en imposer aux Juges ,
enfin d'abandonner la juste deffense du
pauvre pour pallier les in justes prétentions
du riche.
Avec la probité , au contraire , le b»uc
de l'Avoeat est de sacrifier ses veilles , &
de se donner tóut entier au Public ; son
Unique attention est de soulager les peiile's
de ses patries , d'être tout pour les
autres-, & presque rien pour lui-même.
Son coeur immole à la Justice tòutes
passions , tout plaisir1, tout intérêt í
ainsi chaque jour, chaque heure , cha-
«jue instant lui fournis les occasions de
^EV R I?ÉR'. f /f* 2*'if
lùi faire pendant route la vie de nouveau»»
sacrifices.
Assiégé de routes parts , demandé enJ
tous lieux , la fin d'une affaire le sou
met au commencement d'une autre , le
dernier des malheureux a droit fut tous
les momens de son loisir.
Il se refuse jusqu'à la jouissance de sespropres
biens , & il n'á d'autre soin que
d'assurer ceux des Qiens qui implorent'
son secours.
Cet esclavage, ou sous un titre fpe-~
cieux on renonce à fa liberté pour deffendre
celle des autres , paroît bien dur; •
mais qu'il est glorieux pour le véritable-
Avocat ! c'est avec ces sentirnens qu'ilse
préfente au Barreau , ce sont eux qui '
font son principal mérite.
li n'á pas besoin de faire briHet son
éloquence par des discours pompeux qui;
ppurroient séduire'; il la fait consister*
dans le récit simple & véritable des faits.
II ne lui est pas nécessaire pour donner'
des preuves de son érudition d'employer
des citations ennuyeuses, & souvent étran
gères à la matière qu'il traire*; une juste ;
application des Loix , leur interprétationnaturelle
composent toute la deffense de
ses-parries;
Sa probité , fa sincérité lui tiennent-
Heu de tout ; fa parole vaut le ferment
*4* MEKCURÉ ÒÈ FRANCÊ.
le plus autentique , & c'est ainsi qu'il
s'attire toute l'estime & toute la con
fiance du public. Que dis- je? Messieurs,
les Rois même n'ont pas dédaigné d'hcríiorer
l'Avocat de la kttr.
En effet , il est dit dans l'Ordonnance
de i JI7- que lorsque dans la plaidoyerie
il y adroit contestation fur des faits,
les Avocats en seroienr crûs à leur fer
ment ; & ('Histoire nous rapporte en
cent endroits les avantages inséparables
de la probité de l'Avoeat.
M. de Montholori acquit par elle une
si grande confiance, que quand il s'agiffoit
de la lecture d'une piéce , les Juges
l'en dispensoient -, & ce fut cette même
probité qui l'éleva au suprême degré de
ta Magistrature.
Sans la probité , aii corítráife j l'Ávocat
feroit en proye à toutes sortes de
passions. Tantôt il feroit asseâ malheu
reux pour ne consulter que lui-même ;
on le verroit rarement marcher la ba
lance à la main , ardent en apparence à
firoscrire le vice & à protéger la vertu ;
a veuve Sc l'orphelin sembleroient être
les objets de fa compassion ; grand en
maximes , fastueux en paroles ; on croitoit
qu'il ne respire que la Justice ;
rhais si on fondoit les secrets replis de son
coeur > si on le suivoit pas à pas dans lés
sentiers
FEVRIER. í73fó. 2+î
sentiers détournés ou le conduiroicnt its
fausses lumières , si on pesoit ses actions
au poids du sanctuaire , on pourroit dé
mêler au milieu de ces vains phantômes
de vertu qui l'environnent , les charmes
féduisans de la volupté > entraîné pat
son penchant naturel au plaisir , il s'y
livreroit de -plus en plus , & il seroit
à craindre que la Justice ne fut la pre
mière victime qu'il immolerok à Tidole
de ses plaisirs.
Tantôt se trouvant dans les occasions
dangereuses de contenter un intérêt qui
exckerok fa cupidité , Tardcur d'acqué
rir 8c de poíTeder , qui est naturelle k
l'homme , ne lui permettroit pas de dis
tinguer le juste de l'ínjuste j rien ne se*
roir capable de servir de contrepoids a
fa passion ; elle lui suggereroit les moyens
d'anéantir la Loi par la Loi même.
Que d'explications forcées , mais en
même-tems captieuses.ne lui fourniroientelles
point pour faire parler à cette Loi
le langage de fa cupidité ? charmes de
Péloquence , connoiffance des Loix , il
mettroit tout à profit pour surprendre »
pour séduire } peut-être même abuseroit-
il du secret & de la confiance de
fes parties , s'il n'étoit retenu par l'integrité.
Sans cile la haine , la jalousie , ou
\ quelr
244 MERCURE DÊ FRANCE:
quelqu'autre passion l'agiteroit fanscéíïey
obscurcirok fa raison , 6c la rendroit fu
rieuse ; & à l'onibre de ces monstres ,
tantôt ea ennemi secret 8c implacable ,
il attaqueroit ceux qui sont l'objet de
ion aversion & de sa Plaine ; tantôt les
yeux blessés de la gloire importune d'un
Rival qui l'ofFufque , que ne tenteroitil
point pour détruire cet ennemi de son
orgueil & de son ambition ?
En proye successivement & quelque
fois en même-rems à toutes ces passions
qui l'agiteroient , la Justice auroit beau
se présenter , il seroit sourd à sa voix ,
elle seroit toujours- proscrire de son coeur
& sur les ruines du Tribunal dé la con
science il éleveroit un Tr-ône à ses pas
sions favorites , ce seroit elles qui lui
donneroient la Loi',. & ce seroit à elles
seules qu'U rendroit compte de ses ac
tiorir , trop content de leur avoir mé
nagé les marquîS" extérieures de la: vertu.
On ne ttouve point heureusement de
ces vices dans le véritable Avocat ; aussi
n'y a t'il rien à soupçonner dans ses dé
marches. Les Puissances ont elles be
soin de son ministère ? incapable de se
laiíîer corrompre par lés pteícns , il voit
avec indignation Demofthenc accepter lacoupe
d' Fía ?pains ; insensible aux mefia-
Cteí >; il íuivroit Papinieit fur Téchafaut,
FEVRIER. 173*. Í45
plutôt que d'excuser un Empereur cou
pable d'un fratricide.
S'agit-il de l'interêt de ses Conci*
toyens ? on ne le voit jamais examiner
une affaire qu'avec une attention scru
puleuse , & conduire un Clienr qu'avec?
prudence ; il ne jette un oeil de compas
sion que sut les objets qui la méritent «
ôc ne donne ses foins & ses conseils aux
riches qu'après avoir secouru les mal-;
heureux.
li né~ repousse l'in jure que par les ar
mes que l'e'quité , la raison & les Loix
lui administrent i il ne fait consister son
plaisir que dans un délassement honnête,
3c souvent même dans le travail y iítrouve
ses peines récompensées plutôt
ar la gloire de les avoir prises que par
utilité qu'il en retire.
S'il apperçoit dans un de ses Confire»
tes des talens supérieurs aux siens , loictd'en
concevoir une indigne jalousie , ils
fie fervent au contraire qu'à lui inspirer
une noble émulation ; enfin ses démar
ches, ses actions ont pour but la vertu
plutôt que fa propre utilité. Par là ses'
conseils font admirés , ses décisions font
regardées comme des Oracles , fa con
duite sert d'exemple à tout homme de
bien , & il se captive la bienveillance de
ffes.Confrercs , l'estime des Magistrats &
Ï4S- MERCURE -DE FRANCÈ*
la confiance du Public.
Mais est-ce dans cette idée feule qué
l'Avocat doit être n pur dans ses pensées*
si réservé dans ses diicours3si intègre dans
ses actions , dont il doit compte même à
soi-même ?
Plus l' Avocat a de talens , plus il est
responsable de sa conduite ; plus il a de
qualités éminentes , plus il doit être en
garde contre les charmes séducteurs des
passions de l'homme.
En effet , que lui servlroifil d'être ap
plaudi à l'oecasion de son éloquence , íî
ses moeurs ne tondoient pas à la perfec
tion ? Seroít-on persuadé de la sagesse de
ses conseils , s'il suivoit lui-même d'autres
routes ?
Qu'il fortifie donc de jour éri jour dans
son coeur les sentimens de la droiture &
de la prob'iré j qu'il s'empresse à pronon
cer par son propre exemple la prejniere
condamnation contre les vices.
Ce font ces sentimens , Messieurs , que
Vous avez reconnus dans les dispositions
de votre digne bienfacteur\ ce fut ainsi
qu'il s'acquit l'estime de tous ses amis ,
la considération de nôtre Ordre & la
confiance du Public. i
La noblesse de fa naissance ne lui pa-j
íut qu'un nouveau degré digne d'être joint
à notre profession ; il s'appliqua fans peine
FEVRIER. l7$o. n.7
ì U. connoissance des Lojx les plus diffi
ciles ; son esprit naturellement pene'trant
en donna facilement les solutions ; à
íe fit respecter même de tous ses enne
mis & de ses envieux ; fa vertu lui donna
pour amis tous les Cliens que fa répu
tation lui addressoit 5 la prudence de ses
conseils détermina souvent les opinions
des Magistrats > utile à tout le monde ,
il fe Uvroit fans cesse à tous > le Publiç
trouvoir des secours infinis dans ses talens
, & les pauvres des ressources iné?
puisables dans fa charité ; ceux qui le
connoissoient se le proposoient pour mor
dele de sçavoir , de modestie , de désin
téressement & de candeur, La mort enfin
s'approcha fans le surprendre ; il l'avoie
prévenue par un sage testament qui
pattageoit ses biens entre les pauvres ,
íes parens , ses amis & notre Ordre j
ses Livres & ses Manuscrits nous seronc
à jamais précieux aussi bien que fa mér
moire. Rappelions nous donc fans cesse
íe mérite de ce grand homme.
Mais fi d'un côté nous avons lieu de
regretter M. de Riparfons , nous avons
de l'autre occasion de nous consoler de
sa perte , puisque nous la trouvons re^
parée par l'illustre Confrère * qui. veut
* Voyex. le 1. Vol, d» Mereun át Dtcembr*
fut-il entré dans la carrière , qu'il
MERCURE DE FRANCE,
bien présider à nos travaux 5 en se faiiant
une gloire d'exécuter les intentions
«le notre bienfaiteur il a Ja meilleure
.part à fa .fondation > il sacrifie son tenu
à nous découvrir des trésors qui fans lui
nous íeroient inconnus -, quels avanta
ges ne trouvons<no«s pas dans ses íçavantes
instructions ? pénétrés de reconnoidance
, faifons-nous donc un mérite
de marcher fur fes traces , & si nous ne
pouvons parvenir au même dégré de
science que lui , donnons-lui du moins
îa satisfaction d'imiter fes vertus»
Animés par de si beaux & de si grands
exemples , nous ferons toujours disposés
à détester l'ufurpatjon , & à repousser 1a
■violence , toujours ptéts à defrendre la
Veuve & l'Otphelin , à soutenir l'inno-
.cence que l'en voudra opprimer , &
poursuivant la punition du 'crime , nous
jae travaillerons pas moins à la fureté
publique qu'à -la conservation des parti
culiers.
Nous sommes les premiers organes
«le la Justice , & même en quelque forte
•les maîtres des droits de nos parties ;
chaque instant de notre vie nous mec
«levant les yeux l'obligation indispensa
ble de ménager leurs intérêts , & d', ~
Cifer leur animosité. En nous faisant
nn.au de leur serviï de patrons , de
peicr
FEVRIER. 1730. 24$
fères & de protecteur* , rions nous four
viendrons encore qu'associés , pour ain$
dire , à la Magistrature , nous sommes
les enfans & les Ministres de la Justice ,
& que nous ne luj devons pas moins:
d'inregrké , de bonne foi & de sincérité
que de foin , de vigilance & de zèle pour
les affaires qui nous font commises. Nous
renoncerons à toute forte de déguisement,
la vérité régnera toujours dans nos dis
cours , & nous oe chercherons jamais des
ces ornemcns capables de surprendre la
Religion des Juges.
Fondés fur les principes de la probité,
notre ministère fera soutenu de courage
& de fermeté fans orgueil , de charité
fans foiblefle, d'une íeverité juste , utile
& nécessaire íans dureté , d'une connoissance
compatissante de la misère de l'horame
sans lâche complaisance , 8c répon
dant à Ir haute idée que l'on a de notre
profession , nous annoncerons par la fa.
gefc de nos conseils les oracles de la
Justice.
Fermer
Résumé : DISCOURS sur la probité de l'Avocat, prononcé par M. Gaulliere, ensuite de celui de M. Maillard, à l'ouverture de la Conference publique des Avocats.
M. Gaulliere, lors de l'ouverture de la Conférence publique des Avocats, a souligné l'importance cruciale de la probité dans la profession d'avocat. La probité est décrite comme la vertu fondamentale qui doit guider les pensées et les actions des avocats. Elle permet de surmonter les difficultés et les dangers, et d'éviter les tentations de la corruption et des passions. Un avocat dépourvu de probité risque de se transformer en simple déclamateur, de déformer les faits et de favoriser des causes injustes. À l'inverse, un avocat probe se consacre entièrement à ses fonctions, sacrifiant ses intérêts personnels pour servir la justice et soulager les peines de ses clients. Il est intègre dans ses démarches, refuse la corruption et se distingue par sa sincérité et son dévouement. Le discours met également en garde contre les dangers des passions, telles que la cupidité, la haine et la jalousie, qui peuvent obscurcir la raison et conduire à des actions contraires à la justice. Les puissances et les citoyens peuvent compter sur l'avocat probe pour défendre la vérité et protéger les faibles. Par ailleurs, le texte traite des responsabilités et des devoirs des magistrats. Ils doivent constamment protéger les intérêts des parties impliquées et éviter toute animosité. En tant que frères et protecteurs, ils sont associés à la magistrature et doivent incarner la justice avec intégrité, bonne foi et sincérité. Leur ministère doit être marqué par le courage, la fermeté, la charité, la vérité et la compassion, sans orgueil, faiblesse ou dureté. Ils doivent renoncer à toute forme de déguisement et chercher la vérité dans leurs discours, évitant de surprendre la religion des juges. Leur rôle est de conseiller avec sagesse et de répondre à l'idée élevée que l'on a de leur profession, en annonçant les oracles de la justice. Le discours se conclut par un appel à imiter les vertus des grands hommes, tels que M. de Ripafons, et à se consacrer à la défense de la justice et de l'innocence. Les avocats sont invités à suivre l'exemple de probité et de dévouement pour mériter l'estime et la confiance du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1239
p. 253-263
OBSERVATIONS sur la Méthode d'Accompagnement pour le Clavecin qui est en usage, & qu'on appelle Echelle ou Regle de l'Octave.
Début :
Les premiers élemens de la rgele de l'Octave consistent à donner aux [...]
Mots clefs :
Octave, Musique, Accords, Règles, Exceptions, Musicien, Triton
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur la Méthode d'Accompagnement pour le Clavecin qui est en usage, & qu'on appelle Echelle ou Regle de l'Octave.
OBSERF ATIONS fur U Mé
thode d' Accompagnement four le Cla~,
vecin qui est en usage , & qu'on ap
pelle Echelle ou Règle de l'Ottave.
LEs premiers Siemens de la règle de
i' Octave consistent à donner aux
doigts des habitudes conformes aux ac
cords qu'elle prescrit Xur jes degrés xonscíutifs
d'un Mode.
Cette règle renferme quelque chose
de bon ; mais elle est tellement bornée,
qu'il faut dans Ja fuite y faire un nom
bre infini d'exceptions , que les Maîtres
se réservent d'enseigner, à mesure que
les cas s'en présentent.
Le détail de ces exceptions est prodi
gieux i la.connoiflance & la pratique en
font- remplies de difficultés presque in
surmontables , par la multiplicité des ac
cords , par la variation infinie de leurs
Accorhpagnemens , par la surprise où
jettent sans cesse les différentes formes
de succession dont chaque accord en
particulier est susceptible , & qui sont sou
vent contraires aux habitudes déja for
mées , par la confusion des règles fondaoiçntíks
syeç ççUes de gout , par le
154 MERCURE DE FRANCE,
vuide que l'harmonie y souffre le plus
íbuvent , par le peu de ressource que I'ot
reille y trouve pour se former aux. véri
tables progrès des sons , par l'assujetifsement
trop servile aux chifres souvent
fautifs , enfin par les fausses applications
auxquelles des règles de détail éc des ex
ceptions innombrables ne peuvent man
quer d'être sujettes.
La Règle de l'Octave, avec ses excep»
tions , contient 12. Accords dans cha
que Mode , dont yoici l'énumération ca
abrégé. • -
U Accord parfait , la 6e , la 6* ÔC 4 e,
la 7e , la petite 7e , la fausse 5e , la petite
6e , le Triton , la 7e superflue' , la $e su
perflue , la 2e , la 6e'& 5e, la $e com-
{úette , la 9e simple , la 4e , la 9e & 4e,
5ejía 2e superflue , la 7 e dimi
nuée , la 6e majeure avec la fausse j* , le
Triton avec la 5 e mineure, & la 7e super
flue avec la 6e mineure , fans parler de la
<?e doublée, ôc encore moins de la 6e
mineure avec la je majeure , que quelques-
iins ont introduit assez mal à pro
pos , de lâ 6* superflue , que le gont au.
torife depuis quelque tems , ni de la j«
supe-fliië avec la 4 e -, qui pourroit plu
tôt avoir lieu que les deux derniirs.
Chacun de ces accords a ses Accompagnemens
difterens , qui consistent en
FEVRÏEft. 1730. 35s
«leux ou trois intcrvalcs de plus que ceux
dont ces Accords portent le nom ; dtì
forte qu'à la vûë du chiffre , ou par le
moyen de quelques autres notions , il
faut fe représenter tous les intervales qui
composent l'Accord , & y porter incon^
tinent les doigts.
Chaque Accord a d'ailleurs trois faces'
ou permutations fur le Clavier ; & tel
qui connoît la première n'en est pas beau
coup plus avancé pour la seconde , nì
après celle-ci pour la troisième , quanc
à la pratique ; chacun des 2 2 . Accords
exprimés en produit donc trois differens
dans l'execution , ce qui fait k nombre
de 66*
Outre cela , il f a Ì4. Modes i & ft
l'on veut être en état d'accompagner
toute forte de Musique , ou de transpo
ser-,, il faut absolument fe procurer un©
connoiffance locale des 6 6. Accords précedens
dans chacun de ces Modes , car
tel «qui fçait toucher les Accords d'u»
Mode a encore bien à faire pour trouveç
ceux d'un autre j il faut donc multiplier
les tftf». Accords ci- dessus par 24. ce qui
fait le nombre de i584.fi ce n'est pour
ì'esprit , du moins pour' les doigts.
Chacun des- 2 2. Accords primitifs a f*
tegle patticulicfc -, tant pour ce qui doic
ïe préceder, que pour ce qui doit le
C ù\ suivre
9 jtf MERCURE DE FRANCB;
suivre ; par exemple , il faut faire la pe*
tite 6 e pour descendre sur V Accord par
fait , sur 1* 7e ou sur la 4e , il ne faut
{dus faire que la 6e , sil?on descend sûr
a petite 6e , Si si l'on passe en montant
par les mêmes accords, tout change;
ce détail ne finit point. Comment la
mémoire , le jugement &c les doigts peuvent-
ils fur le champ , & tout à la_fois ,
suffire à tant de règles ?
On dira peut-être que la connoiíTance
-du Mode soulage l'Accompagnateur en
pareil cas , puisque la règle spécifie que
tel Accord se fait sur une telle Note du
Mode , en montant ou en 'descendant ;
mais si tant est quron eonnoisse le Modey
ne faut il pas découvrir aussi-tôt quel rang
y tient la Note présente , puis son Accord,
puis les DUz.es ou les- Bémols affectés à ce
Moie , 8c si eníìn on parvient à se rendre
tout cela présent dans la promtitude de
l'execlition , qu'a t'on gagné , si la Note
en question ne porte point l'Accord atta
ché au rang qu'elle tient dans le Mode ?
car , par exemple , au lieu de Y Accord
f>arfait au premier degré, aurrement dit
a Note tonitfnt-, il peut y avoir la 64&
5e , la 5e Sc 4*, la 4e & 3* , la :e Ott
la ?' superflu* , même avec la 6e mineure,
pareillement au lieu de la petite 6e au
deuxième degré , il peut se trouver la 7'
ou
F E V R î É R. ttltì. ìff
étì la 9e tk 4e , ainsi de tous les autre»
degrés , excepté le septième , appelle Nu*
te sensible. 11 faut donc ki bien des ex*
ceptions aux règles que l'on s'est efíbrc«
d'apprendre , & présumer encore que les
doigts accoutumés à n'enchaîner que dans
le mérae ordre leí Accords qu'elles ten*
ferment , prendront facilement la route
contraire que demandent toutes les suc
cessions différentes , dont chaque Accord
est susceptible.
Les chiffres , ajoutera- t'on j doivent
suppléer ici au deffaut de la règle ; mais*
peut-on s'assurer que le Compositeur les?
aura mis régulièrement par tout s & que
íe Copiste ou l'Imprimeur n'J' aura rietï
oublié. Oh a fait voir dans \t nouveau
sistême de Musique que le plus habile
Compositeur de notre siécle n'avoit pas
été exemt de méprise à cet égard ; & c'en,
est assez pour bannir la trop grande con
fiance dans les chiffres ; au reste , qu'estte
qu'une Méthode qui nous rend escla
ves des erreurs d'autrui , ne devroit-elltf
pas plutôt nous enseigner à les rectifier ;
niais bien loin de cela , dans quel em
barras ne met- elle pas l'AccompagnateUir
lorsqu'il n'y a point de chiffres ? le chant"
du Dessus lui indiquera-t'il les Accords?
fi ce chant , par exemple , fait la j* de
la Baffe , cette 3e pourra être accompa-
C iiij, gnéof
iÇS MERCURE 0E FRANCE;
gnéede la 4e , de la 5e , de la 6e , de I»
7e ou de la 9e ; or quelle raison de pré
férence pourra-t'il tirer d'une multiplicité
de règles !
D'ailleurs , on surcharge les comment
çans par le mélange de certaines règles
de gout avec celles de fond , fans penser
que celles -ci font la baze Ôc le modelé
de celles-là ,,& qu'elles seules peuvent
* former essentiellement l'oreille , procurée
aux doigts des habitudes générales ôc ré
gulières , & mettre dans l'esprit la cer
titude avec laquelle Poreille peut secon
der l'exeeution. Ces> règles de gout ne
font pas simplement les harpegemens-,
les fredons 5c te choix des faces , dont
quelque échantillon fait pour certaine*
personnes tout le mérite ôc rout le char
me de P Accompagnement. C'est fur-tout
la règle qui deffend deux Oílaves de fuite,,
desquelles on fait un monstre , Sc dònt la
prohibition , pour éviter une faute ima
ginaire , en fait commettre de véritables.
Pour ne pas blesser ce prejugédes deux
Octaves de fuite , on fait retrancher celle
de la Basse dans presque tous les Accords
dissonans , d'où il arrive que si la Basse
parcourt successivement toutes les Notes
d'un même Accord , il faut à chacune de
ces Notes deux opérations , l'une de lé
ser lc doigt de l'Òctave , l'autre de remetus
FEVRIER. 1730. âyj
mettre celui qu'on a levé précédemment
si l'on ne veut en denuer Pharmonie ,
ce qui varie à tous momens les Accom
pagnement d'un même Accord , & le
présente sans cesse fous des dénominations
diffetentes; or quel retardement cela n'apporte-
t'il pas à la connoissance , 8c quel
préjudice n'est-ce pas pour Pexecution ?
car si les positions changent si fréquem
ment ,.& qu'en même-tems toutes les
faces du Clavier ne soient pas également
familières , il arrive souvent que les
doigts.fe refusent à l'accord qui doit suc
céder à un autre dans une certaine face ;
d'où l'on est obligé de faire aller la main
par sauts , & de la porter précipitamment
à l'endroic où la face est plus familière &
plus commode , ce qui ne se fait point
encore sans le désagrément de partager
continuellement sa- vue" entre le Pupitre
& le Clavier.
Le retranchement de l'Octave multiplie
un même accord jusqu'à cinq ou six , tant
pour l'esptit que pour les doigts , & la
forme de succession naturelle à cet Ac
cord est multipliée à proportion ; si cet
Accord en admet cinq ou six autres diffe- *
rens dans fa succession , ce sonr pour cha
cun autant de successions différentes fut
le Clavier , & autant de nouvelles règlesà-
observer ,.ce qui accable les doigts de
C y tan?
4<îo MERCURE DE FRANCE.' v
tant de positions , & de marches diffé
rentes , qu'il est impossible de ne s'y pas
tromper le plus souvent ; c'est une vérité
dont presque tous les amateurs , & mê
me plusieurs Maîtres peuvent rendre té»
moignage , pour peu qu'ils soient sincè
res. Combien de fois ont-ils senti en ac
compagnant certaines Musiques que leur»
règles , leurs connoiflances , leur oreille
même , Ôc leurs doigts se trouvoient ert
desfaut ?
On peut juger aisément de là que l'o*
reille , de concert avec Les doigts , fè
formeroit bfcn plus sûrement, Ôc s'accoutumeroit
bien plutôt à une successions
Uniforme d'accords qu'elle ne le peut fair$
à plusieurs successions , qui lui paroiflene:
différentes les unes des autres , Ôc qu'elfeprésente
même comme telles- à Pesprit ;
car suivant toutes les Méthodes d'Ac
compagnement qui ont paru jufqu'icr,:
nos Musiciens pratiquent comme diffé
rentes , plusieurs successions d'Accords*
qui dans le fond ne font qu'une , & ils
ont établi en conséquence plusieurs règles;
qui se réduisent toutes à une feule*, par
exemple, quand on dit que leTritan doit
être fauve de la 6e, la fausse 5e de 1a je
la 6e majeure- de la 8e ou de la 6e , lá 7e
/Stperfi 'f de la 8e , la ^'superflue de la-
4e,. & la z* superflue de la ^ consonantey
'*. -, tout
FEVRIER. 1730. 2Í-1
*>ut cela se réunie dans l'Accord de 1*
Note sensible qui doit être suivi de l'Ac
cord parfait de la Note tonique ; mais il
ne saur pas s'étonner du grand nombre de
règles instituées jusqu'à présent sur la
succession des Accords 5 le Muíicien que
le sentiment seul a conduit pendant si long
tems , n?en a décidé que relativement à
l'impression que les différentes dispositions*-
d'un même Accord faifoient fut son oreil
le ; la réunion de toutes ces successions'
en une feule pasloit la portée de cet or
gane.
Au reste , il n'y a presque pas une de"
ces dernieres règles de détail qui ne soit
fausse en cettains cas , puisque si les intervales
de Triton, de fau/se 5e , de 6e ma*
je ure , de 3 e rnajf.ure & de 7 e superflue' t
se trouvent dans un autre Accord que
dans le sensible , comme il arrive trèssouvent
, tantôt ils font consonans , tan--
rôt de dissonances majeures ilv deviennentdissonances
mineures , & tantôt ils font
diflonans fans être foumiïà la succession;
déterminée en premier lieu. Que devien*
fient alors les susdites règles , &c dequoi
fers encore leur multiplicité ? Tel qui
entreprendra de contester ces vérités ne
scra pas Musicien , ou se perdra dans des
distinctions frivoles & dans des éxeep"
tions- fans fin»
.. Gvj; om
ZSi MERCURE DE FRANCE."
On pourroit rapporter plusieurs autreí
exemples des difsererís cas où ces régies
échouent; mais pour achever de prouver
combien elles font vagues , & même pré
judiciables , il suffira de Pexception qu'il
faut faire à l'égard du Triton , qui selon sa
regle,doit être sauvé de la 6e en montant,
&qui selon d'autres règles que l'experience
oblige de suivre à préfent.rcste furie mêmedegré
pour former la 8e , la }e , la 6e ou.
la 5e ; ne voilà Vil pas un conflit de rè
gles opposées ? & ne font- elles pas réci
proquement sujettes à de "fausses applir
cations, vâ que l'une peut se présenter às
Tesprit ^lorsqu'il est question de l'autre?
Cette Méthode , si l'on peut qualifiée
ainsi un amas confus de règles , ne sembleroit
pas un labirinte , & ne rebuteroit
pas tant de personnes de l'Accompagnement
, si elle, étoit plus instructive du.
fond ; cependant on ne doit pas nier qu'il
ne foie possible de posséder entièrement
toutes les regles-du détail & toutes leurs
exceptions , d'en faite la juste applica
tion , & de les mettre en pratique fur les
I58 4. Accords , dont elle exige la conaoissànce.
Mais quel tems &c quels tra
vaux ne faut-il pas pour cela ? D'ailleurs
quelle confusion pour l'esprit ! quelle
charge à la mémoire , & même quel
•bstacle à la précision de l'exeCution ì
FEVRIER; t7yoï *<f?
On donnera dans le Mercure prochai*
le Plan d'une nouvelle Méthode fur le
même sujet.
thode d' Accompagnement four le Cla~,
vecin qui est en usage , & qu'on ap
pelle Echelle ou Règle de l'Ottave.
LEs premiers Siemens de la règle de
i' Octave consistent à donner aux
doigts des habitudes conformes aux ac
cords qu'elle prescrit Xur jes degrés xonscíutifs
d'un Mode.
Cette règle renferme quelque chose
de bon ; mais elle est tellement bornée,
qu'il faut dans Ja fuite y faire un nom
bre infini d'exceptions , que les Maîtres
se réservent d'enseigner, à mesure que
les cas s'en présentent.
Le détail de ces exceptions est prodi
gieux i la.connoiflance & la pratique en
font- remplies de difficultés presque in
surmontables , par la multiplicité des ac
cords , par la variation infinie de leurs
Accorhpagnemens , par la surprise où
jettent sans cesse les différentes formes
de succession dont chaque accord en
particulier est susceptible , & qui sont sou
vent contraires aux habitudes déja for
mées , par la confusion des règles fondaoiçntíks
syeç ççUes de gout , par le
154 MERCURE DE FRANCE,
vuide que l'harmonie y souffre le plus
íbuvent , par le peu de ressource que I'ot
reille y trouve pour se former aux. véri
tables progrès des sons , par l'assujetifsement
trop servile aux chifres souvent
fautifs , enfin par les fausses applications
auxquelles des règles de détail éc des ex
ceptions innombrables ne peuvent man
quer d'être sujettes.
La Règle de l'Octave, avec ses excep»
tions , contient 12. Accords dans cha
que Mode , dont yoici l'énumération ca
abrégé. • -
U Accord parfait , la 6e , la 6* ÔC 4 e,
la 7e , la petite 7e , la fausse 5e , la petite
6e , le Triton , la 7e superflue' , la $e su
perflue , la 2e , la 6e'& 5e, la $e com-
{úette , la 9e simple , la 4e , la 9e & 4e,
5ejía 2e superflue , la 7 e dimi
nuée , la 6e majeure avec la fausse j* , le
Triton avec la 5 e mineure, & la 7e super
flue avec la 6e mineure , fans parler de la
<?e doublée, ôc encore moins de la 6e
mineure avec la je majeure , que quelques-
iins ont introduit assez mal à pro
pos , de lâ 6* superflue , que le gont au.
torife depuis quelque tems , ni de la j«
supe-fliië avec la 4 e -, qui pourroit plu
tôt avoir lieu que les deux derniirs.
Chacun de ces accords a ses Accompagnemens
difterens , qui consistent en
FEVRÏEft. 1730. 35s
«leux ou trois intcrvalcs de plus que ceux
dont ces Accords portent le nom ; dtì
forte qu'à la vûë du chiffre , ou par le
moyen de quelques autres notions , il
faut fe représenter tous les intervales qui
composent l'Accord , & y porter incon^
tinent les doigts.
Chaque Accord a d'ailleurs trois faces'
ou permutations fur le Clavier ; & tel
qui connoît la première n'en est pas beau
coup plus avancé pour la seconde , nì
après celle-ci pour la troisième , quanc
à la pratique ; chacun des 2 2 . Accords
exprimés en produit donc trois differens
dans l'execution , ce qui fait k nombre
de 66*
Outre cela , il f a Ì4. Modes i & ft
l'on veut être en état d'accompagner
toute forte de Musique , ou de transpo
ser-,, il faut absolument fe procurer un©
connoiffance locale des 6 6. Accords précedens
dans chacun de ces Modes , car
tel «qui fçait toucher les Accords d'u»
Mode a encore bien à faire pour trouveç
ceux d'un autre j il faut donc multiplier
les tftf». Accords ci- dessus par 24. ce qui
fait le nombre de i584.fi ce n'est pour
ì'esprit , du moins pour' les doigts.
Chacun des- 2 2. Accords primitifs a f*
tegle patticulicfc -, tant pour ce qui doic
ïe préceder, que pour ce qui doit le
C ù\ suivre
9 jtf MERCURE DE FRANCB;
suivre ; par exemple , il faut faire la pe*
tite 6 e pour descendre sur V Accord par
fait , sur 1* 7e ou sur la 4e , il ne faut
{dus faire que la 6e , sil?on descend sûr
a petite 6e , Si si l'on passe en montant
par les mêmes accords, tout change;
ce détail ne finit point. Comment la
mémoire , le jugement &c les doigts peuvent-
ils fur le champ , & tout à la_fois ,
suffire à tant de règles ?
On dira peut-être que la connoiíTance
-du Mode soulage l'Accompagnateur en
pareil cas , puisque la règle spécifie que
tel Accord se fait sur une telle Note du
Mode , en montant ou en 'descendant ;
mais si tant est quron eonnoisse le Modey
ne faut il pas découvrir aussi-tôt quel rang
y tient la Note présente , puis son Accord,
puis les DUz.es ou les- Bémols affectés à ce
Moie , 8c si eníìn on parvient à se rendre
tout cela présent dans la promtitude de
l'execlition , qu'a t'on gagné , si la Note
en question ne porte point l'Accord atta
ché au rang qu'elle tient dans le Mode ?
car , par exemple , au lieu de Y Accord
f>arfait au premier degré, aurrement dit
a Note tonitfnt-, il peut y avoir la 64&
5e , la 5e Sc 4*, la 4e & 3* , la :e Ott
la ?' superflu* , même avec la 6e mineure,
pareillement au lieu de la petite 6e au
deuxième degré , il peut se trouver la 7'
ou
F E V R î É R. ttltì. ìff
étì la 9e tk 4e , ainsi de tous les autre»
degrés , excepté le septième , appelle Nu*
te sensible. 11 faut donc ki bien des ex*
ceptions aux règles que l'on s'est efíbrc«
d'apprendre , & présumer encore que les
doigts accoutumés à n'enchaîner que dans
le mérae ordre leí Accords qu'elles ten*
ferment , prendront facilement la route
contraire que demandent toutes les suc
cessions différentes , dont chaque Accord
est susceptible.
Les chiffres , ajoutera- t'on j doivent
suppléer ici au deffaut de la règle ; mais*
peut-on s'assurer que le Compositeur les?
aura mis régulièrement par tout s & que
íe Copiste ou l'Imprimeur n'J' aura rietï
oublié. Oh a fait voir dans \t nouveau
sistême de Musique que le plus habile
Compositeur de notre siécle n'avoit pas
été exemt de méprise à cet égard ; & c'en,
est assez pour bannir la trop grande con
fiance dans les chiffres ; au reste , qu'estte
qu'une Méthode qui nous rend escla
ves des erreurs d'autrui , ne devroit-elltf
pas plutôt nous enseigner à les rectifier ;
niais bien loin de cela , dans quel em
barras ne met- elle pas l'AccompagnateUir
lorsqu'il n'y a point de chiffres ? le chant"
du Dessus lui indiquera-t'il les Accords?
fi ce chant , par exemple , fait la j* de
la Baffe , cette 3e pourra être accompa-
C iiij, gnéof
iÇS MERCURE 0E FRANCE;
gnéede la 4e , de la 5e , de la 6e , de I»
7e ou de la 9e ; or quelle raison de pré
férence pourra-t'il tirer d'une multiplicité
de règles !
D'ailleurs , on surcharge les comment
çans par le mélange de certaines règles
de gout avec celles de fond , fans penser
que celles -ci font la baze Ôc le modelé
de celles-là ,,& qu'elles seules peuvent
* former essentiellement l'oreille , procurée
aux doigts des habitudes générales ôc ré
gulières , & mettre dans l'esprit la cer
titude avec laquelle Poreille peut secon
der l'exeeution. Ces> règles de gout ne
font pas simplement les harpegemens-,
les fredons 5c te choix des faces , dont
quelque échantillon fait pour certaine*
personnes tout le mérite ôc rout le char
me de P Accompagnement. C'est fur-tout
la règle qui deffend deux Oílaves de fuite,,
desquelles on fait un monstre , Sc dònt la
prohibition , pour éviter une faute ima
ginaire , en fait commettre de véritables.
Pour ne pas blesser ce prejugédes deux
Octaves de fuite , on fait retrancher celle
de la Basse dans presque tous les Accords
dissonans , d'où il arrive que si la Basse
parcourt successivement toutes les Notes
d'un même Accord , il faut à chacune de
ces Notes deux opérations , l'une de lé
ser lc doigt de l'Òctave , l'autre de remetus
FEVRIER. 1730. âyj
mettre celui qu'on a levé précédemment
si l'on ne veut en denuer Pharmonie ,
ce qui varie à tous momens les Accom
pagnement d'un même Accord , & le
présente sans cesse fous des dénominations
diffetentes; or quel retardement cela n'apporte-
t'il pas à la connoissance , 8c quel
préjudice n'est-ce pas pour Pexecution ?
car si les positions changent si fréquem
ment ,.& qu'en même-tems toutes les
faces du Clavier ne soient pas également
familières , il arrive souvent que les
doigts.fe refusent à l'accord qui doit suc
céder à un autre dans une certaine face ;
d'où l'on est obligé de faire aller la main
par sauts , & de la porter précipitamment
à l'endroic où la face est plus familière &
plus commode , ce qui ne se fait point
encore sans le désagrément de partager
continuellement sa- vue" entre le Pupitre
& le Clavier.
Le retranchement de l'Octave multiplie
un même accord jusqu'à cinq ou six , tant
pour l'esptit que pour les doigts , & la
forme de succession naturelle à cet Ac
cord est multipliée à proportion ; si cet
Accord en admet cinq ou six autres diffe- *
rens dans fa succession , ce sonr pour cha
cun autant de successions différentes fut
le Clavier , & autant de nouvelles règlesà-
observer ,.ce qui accable les doigts de
C y tan?
4<îo MERCURE DE FRANCE.' v
tant de positions , & de marches diffé
rentes , qu'il est impossible de ne s'y pas
tromper le plus souvent ; c'est une vérité
dont presque tous les amateurs , & mê
me plusieurs Maîtres peuvent rendre té»
moignage , pour peu qu'ils soient sincè
res. Combien de fois ont-ils senti en ac
compagnant certaines Musiques que leur»
règles , leurs connoiflances , leur oreille
même , Ôc leurs doigts se trouvoient ert
desfaut ?
On peut juger aisément de là que l'o*
reille , de concert avec Les doigts , fè
formeroit bfcn plus sûrement, Ôc s'accoutumeroit
bien plutôt à une successions
Uniforme d'accords qu'elle ne le peut fair$
à plusieurs successions , qui lui paroiflene:
différentes les unes des autres , Ôc qu'elfeprésente
même comme telles- à Pesprit ;
car suivant toutes les Méthodes d'Ac
compagnement qui ont paru jufqu'icr,:
nos Musiciens pratiquent comme diffé
rentes , plusieurs successions d'Accords*
qui dans le fond ne font qu'une , & ils
ont établi en conséquence plusieurs règles;
qui se réduisent toutes à une feule*, par
exemple, quand on dit que leTritan doit
être fauve de la 6e, la fausse 5e de 1a je
la 6e majeure- de la 8e ou de la 6e , lá 7e
/Stperfi 'f de la 8e , la ^'superflue de la-
4e,. & la z* superflue de la ^ consonantey
'*. -, tout
FEVRIER. 1730. 2Í-1
*>ut cela se réunie dans l'Accord de 1*
Note sensible qui doit être suivi de l'Ac
cord parfait de la Note tonique ; mais il
ne saur pas s'étonner du grand nombre de
règles instituées jusqu'à présent sur la
succession des Accords 5 le Muíicien que
le sentiment seul a conduit pendant si long
tems , n?en a décidé que relativement à
l'impression que les différentes dispositions*-
d'un même Accord faifoient fut son oreil
le ; la réunion de toutes ces successions'
en une feule pasloit la portée de cet or
gane.
Au reste , il n'y a presque pas une de"
ces dernieres règles de détail qui ne soit
fausse en cettains cas , puisque si les intervales
de Triton, de fau/se 5e , de 6e ma*
je ure , de 3 e rnajf.ure & de 7 e superflue' t
se trouvent dans un autre Accord que
dans le sensible , comme il arrive trèssouvent
, tantôt ils font consonans , tan--
rôt de dissonances majeures ilv deviennentdissonances
mineures , & tantôt ils font
diflonans fans être foumiïà la succession;
déterminée en premier lieu. Que devien*
fient alors les susdites règles , &c dequoi
fers encore leur multiplicité ? Tel qui
entreprendra de contester ces vérités ne
scra pas Musicien , ou se perdra dans des
distinctions frivoles & dans des éxeep"
tions- fans fin»
.. Gvj; om
ZSi MERCURE DE FRANCE."
On pourroit rapporter plusieurs autreí
exemples des difsererís cas où ces régies
échouent; mais pour achever de prouver
combien elles font vagues , & même pré
judiciables , il suffira de Pexception qu'il
faut faire à l'égard du Triton , qui selon sa
regle,doit être sauvé de la 6e en montant,
&qui selon d'autres règles que l'experience
oblige de suivre à préfent.rcste furie mêmedegré
pour former la 8e , la }e , la 6e ou.
la 5e ; ne voilà Vil pas un conflit de rè
gles opposées ? & ne font- elles pas réci
proquement sujettes à de "fausses applir
cations, vâ que l'une peut se présenter às
Tesprit ^lorsqu'il est question de l'autre?
Cette Méthode , si l'on peut qualifiée
ainsi un amas confus de règles , ne sembleroit
pas un labirinte , & ne rebuteroit
pas tant de personnes de l'Accompagnement
, si elle, étoit plus instructive du.
fond ; cependant on ne doit pas nier qu'il
ne foie possible de posséder entièrement
toutes les regles-du détail & toutes leurs
exceptions , d'en faite la juste applica
tion , & de les mettre en pratique fur les
I58 4. Accords , dont elle exige la conaoissànce.
Mais quel tems &c quels tra
vaux ne faut-il pas pour cela ? D'ailleurs
quelle confusion pour l'esprit ! quelle
charge à la mémoire , & même quel
•bstacle à la précision de l'exeCution ì
FEVRIER; t7yoï *<f?
On donnera dans le Mercure prochai*
le Plan d'une nouvelle Méthode fur le
même sujet.
Fermer
Résumé : OBSERVATIONS sur la Méthode d'Accompagnement pour le Clavecin qui est en usage, & qu'on appelle Echelle ou Regle de l'Octave.
Le texte aborde la méthode d'accompagnement au clavecin appelée 'Règle de l'Octave'. Cette méthode vise à familiariser les doigts avec les accords spécifiques de chaque degré d'un mode. Cependant, elle présente de nombreuses limitations et exceptions, rendant son apprentissage complexe et propice aux erreurs. La Règle de l'Octave inclut 12 accords par mode, chacun ayant plusieurs accompagnements et permutations sur le clavier. Chaque accord doit être maîtrisé dans 24 modes différents, ce qui totalise 1584 accords à mémoriser. Les règles sont souvent contradictoires et dépendent des successions des accords, des indications du compositeur et des habitudes déjà acquises. Les exceptions et les règles de goût ajoutent encore à la complexité, posant des défis pour la mémoire, le jugement et la dextérité des doigts. Le texte critique également l'interdiction des deux octaves de fuite, qui engendre des complications inutiles et des erreurs dans l'exécution. Enfin, il annonce la présentation d'une nouvelle méthode plus instructive et moins confuse dans un prochain numéro du Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1240
p. 266-284
EXTRAIT du Panegyrique de S. Sulpice.
Début :
Le 17. Janvier, l'Abbé Seguy, nommé par le Roi à l'Abbaye de Genlis, [...]
Mots clefs :
Église, Peuple, Saint Sulpice, Dieu, Vertu, Chrétiens, Cour, Évêque, Dignité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Panegyrique de S. Sulpice.
EXTR AIT dit Panégyriquede
S. Sulpice-
LE 1 7. Janvier , P Abbé Seguy , nom
mé par le Roi à- P Abbaye de Gcnlis ,
prononça ce Discoucs dans l'Eglise Parói.'
îul; de S. Suldce, avec uli applau»
diíse.neat universel. Jamais réputation
a'*
FE V R ÏE R. 17% o.
í'k été plus prompte que celle de ce non»
vel Orateur , dont le premier succès a et©'
assez éclatant pour être honoré de Pattendon
8c des récompenses de la Cour^
Le Public échauffé fur ion compte , at- -
tendoit avec impatience ce second Dis
cours » qui a mis , pour ainsi dire , le sceau1
à sa réputation , & avec d'autant plus de
Ì'ustice que son sujet , bien moins favora-
>le que 1c premier, ne pàroiffoit point
susceptible des traits vifs & grands qu'il
lui a prêtez. L'Extrait du Panégyrique d©'
S. Louis a fait? tant de plaisir , qu'on a'
fort souhaité voir aussi celui du Panégy
rique de S.Sulpice, Se nous avons enfin;
obtenu le consentement de M. l'Abbé Se--
guy pour faire usage du secours des Co-j
pistes qui lui ont enlevé son Discours.
-L'Orateur a pris pour Texte ces paroles
de l'Ecclesiastique : Fattum est illi fungi
facerdotin , . .& habere lait ier)* in nomine;
ejus. Voici l'Exorde , à quelques lignes^
près>
Si l'on fçait à travers les expressions
les plus simples pénétrer le sens le plus
élevé , quelles grandes idées se présentent
à ces mots ! Voilà , Chrétiens , un
Eloge digne d'Àaron , qui en est l'ob'jet
& pour dire encore plus , digne de l'Esprit
Saint qui en est l'Auteur. En effet:
loiier un homme d'avoir mérité le Sacer
doce
MERCÙRE Ï>È FÍIANCÉ.
doce & U plénitude du Sacerdoce , qtíî
«st le Pontificat , n'est-ce pas le rôties
d'avoir mérité le plus sublime de rous le»
Ministères, celui de Pacificateur , de Mé
diateur entre Dieu & son Peuple , & quelle
louange pourroit, ce semble , égaler celle
îà , si ce qui suit n'y mettoit le comble
en ajoutant que ce Ministère si auguste^
Aaron l'exerça avec gloire en Israël ,
FaSinm est Mi fungi facerdotio .... &
habere laudem ih nomme ejuù
Cette idée , toute grande qu'elle est y
Chrétiens Auditeurs , l'est-elle trop pour
k sujet qui nous assemble .... Par tout
l'Histoite de fa vie ( de S. Sulpice) m'a
présenté un homme visiblement destinés
pour entrer en part du gouvernement de
l'Eglise ; un homme que la Grâce de Jé
sus- Christ prit soin de préparer dès soit
enfance à la dignité de Pasteur dans l'E
glise; Un homme élevé d'une commune
voix à ce comble d'honneur pour l'édiSfication
& pour l'utilité de PEglise.
C'est à ce point de vûë que m'ont paru se
íapporter toutes les faces sous lesquelles
on peut l'envifager quand j'entre
prends de vous retracer une si belle vie,-
c'est ou comme la préparation la plusparfaite
à la dignité Episcopale , ou com
me l'accomplissement le plus entier des
ieyoiis qui y sont attachez ; car voici et»
FEVRIER. 1730. ìSf
in deux mots le Plan du Discours que je
consacre à la gloire de S. Sulpice. II mé
rita d'être élevé à l'honneur suprême de
l'Episcopar , & il soutint glorieusement
le poids immense de ''Episcopat. FaElum
eft illi fungi Sacerdotio .... & habere
Uudem in nornine ejus.
Dieu immortel , qui n'aliénez jamais»
votre gloire,c'est à vous que se rapportent
fes louanges de vos Saints , & c'est à vous
aussi que se rapporteroient celles d'un
de vos plus dignesMinistres qui m'écoute..
dans ce saint Temple , dont la construc--
fion n'etoit possible qu'à lui seul. Avec
quel zelc vous prépare-t-il une demeure,
pendant qu'un autre Serviteur fidèle que
tous vous êtes choisi dans fa maison , tra
vaille sans relâche à votre gloire j Pon-i
tifc & deffenscur illustre de votre Reli
gion sacrée. Ainsi Moyse executoit le Pla»
de votre auguste Tabernacle, tandis qu'ho
noré du Pontificat, Aaron son frère préíîdoit
à votre culte divin ... Je rentre
dans mon sujet , mais je sens que je n'enpuis
soutenir le poids si Marie ne s'intefefle
à^'entreprise.
Le comprenons-nous ce que c'est que
d'être un des Pasteurs préposez au gou
vernement de l'Eglise que J.C. a acquise
j»ar son Sang ? nous formons-nous une
aslez haute idée de la grandeur de ce Mi
nistère
t7ò MËRCÚRE DE FRANGÉ; .
«istere ? L'Episcopat , Chrétiens , l'Epìs»
copat n'est rien moins que le Tribunal
irréprochable de cette foi , fans laquelle
on ne peut être sauvé ; la succession non
interrompue du pouvoir &é des fonctions
des Apôtres, le complément, la plénitu
de surabondante du caractère conféré aux
autres Ministres de l' Autel , l'autorité dtf
droit ..divin fur les Fidèles & Air les Pré*
tres qui les conduisent , le gage sensible
de l'union de J. C avec son Eglise , la
participation immédiate de la puissance du
Fils de Dieu lui-même, la íourec primi-*
tive du pouvoir de Her & dé délier suc
la Terre , de conférer la Grâce & de la
suspendre* de rendre présente la Victime
adorable ôc de l'immolct!, Quelle dignité
que celle qui réunit en soi de si grandes
choses , mais aussi de la part de notre
Saint, quelle vertu, quelle capacité à
tous égards , quelle répugnance à aceep.
ter tant de grandeur.Pen rendirent digne l
trois principaux chefs dont je fais tout le
fond de cette première Parrîe. Reprenons.
U semble, Chrétiens, que Sulpice ne
pouvoit naturellement échapper au mon»
de,si son cceiK n'eût été spécialement desti
né de Dieu pour être à lui. La Cour , où sa
naissance Cappella dès ses premières an
nées- la Cour est-elle l'ecole ordinaire de
í* vcítu- > Cet âge même où lc coeur tout
m
FEVRIER. 1730. t7t
m bute aux passions , à peine Ce trouva
libre , est peut-être moins dangereux , 8ç
foubliois presque de vous dire que Sul
pice fut au Seigneur dès le point du jour,
itomme parle le Prophète , dès fa jeunesse,
parce que j'ai quelque chose de plus glo
rieux pour lui à vous dire ; c'est qu'il fut
au Seigneur dans des lieux, the'atre uni
versel desfoiblesses & des vanitez humai
nes , à la Cour. Ce n'est donc pas ici ,
Chrétiens 4 une vertu à l'abri des dangers
du siécle ; c'est une vertu à l'épreuvc des
charmes & des engagemens du monde le
plus séduisant, que l'on appelle le grand
monde , une vertu constamment sollicitée
& constamment victorieuse. . . .
L'Abbé Seguy , après avoir mis dans
tout son jour la vertu de S. Sulpice au
milieu des dangers de la Cour , le repré
sente dans fa Retraire domestique , &
voici comment il en parle.
Il quitte donc cette Cour, où il ne
voit aucun des vrais biens qu'il aime,
où font réunis ensemble tous les faus
biens qu'il n'aime pas j il se fait de sa
maison une retraite particulière aussi inr
accessible aux attaques des folles passions
que le fut jamais celle des Hilarions 8c
des Antoines. La solitude Chrétienne ,
mes frères , ne pensez pas qu'il faille ab
solument l'aller cherchée dans l'ornbre
>7* MERCURE DE FRANCE. ...^
-du Cloitre ou dans l'horreur des Déserts.'
,Un coeur tumultueux , plein des ide'es
des engagemens du siécle ne feroit pas
seul dans les Antres profonds de la Thé-
.baïde même. La vraye solitude est souyent
dans un genre de vie retirée , quoiqu'au
milieu du monde , dans les senti-» ,
.mens qui y font conformes dans le coeur,
L'Orateur , en parlant de l'humble
•résistance de S. Sulpice , lorsque son Evo
que voulut l'ordonner Prêrre, dit: T'
Malgte' un attrait naturel pour cet état ,
3e Serviteur de Dieu, par un effet de cette
íhurnilké qui met le comble à sa vertu re
fuse de repondre à un dessein qu'a fait
jiaître sa vertu même, & pour le fairô
passer de l'état laïque à la Cléricature,
de la Cléricature au Sacerdoce , il faut
que le saint Evêque engage les Princes à
íe joindre à lui. C'est ainsi que la mo
destie des Saints leur cache quelquefois
la volonté divine qu'ils adorent , & que
le Ciel fait exécuter fur eux fa volonté
fans rien faire perdre à leur modestie.
Vous résistiez donc en vain , digne Disci
ple de J. C. yous en deviez être le Prêrre ,
parce que vous en fûtes la Victime. Il étoit,
il étoit convenable que vous pussiez osfric
à l'Autel l'Agneau sans tache , vous qui
pouviez vous offrir avec lui. Vous sçaveát .
É?éja ce qu'il fut dans la vie scculkre,Chré.
liens
FEVRIER. 1730. *73
{tiens Auditeurs , jugez de ce qu'il fut dans,
le Sacerdoce. . . Sa vie inspire, persuade
la vertu que respirent tous ses discours 4
íes exemples font citez dans les familles ,
son simple aspect est une leçon , son seul
nom rappelle une idée salutaire. De'ja se
répand le bruit de sa sainteté dans les Pro
vinces voisines. La Cour l'entendir, & le
Prince Religieux qui commandoit alors
à nos Ancêtres , Clotaire II. jetta les yeux
fur le Serviteur de J. C. pour le charger
d'un emploi plus honorable encore par !»
sainteté de ses fonctions , que considérable
par l'accès & le crédit qu'il donnoit au
près du Monarque . • . Mais il s'agissoit
d'engager l'Homme de Dieu à l'accepter
& son Evêque fut intéressé pour cela ; car
Comme ce Prélat n'eût jamais pû fans le
Prince , forcer l'humilité de Sulpice à re
cevoir le Sacerdoce , le Prince n'eut aust|
jamais pû fans lui,forcer la vertu du Saint
à rentrer dans le grand monde. On l'y sic
rentrer. Sulpice reparoît à la Cour & il
l'édisie de nouveau. La Cour , quelques
passions qui y règnent s n'en est pas moins
pleine d'estime pour la vertu , & fans la.
pratiquer mieux que le peuple , elle fçaic
& la connoître mieux & la respecter dar
vantage.
Rien n'est plus beau & plus délicat que
1c Porcraic que fait V dateur de son Saint;
úm
*74 MERCURE DE FRANCE. - "
áans le crédit que lui donnoient fa Char»
,ge de Grand- Aumônier & l 'amitié de Clo-
,«aire.
Clotaire , dit-il , qui lui doit la conser
vation de ses jours , veut qu'il ait aux
affaires une part considérable , qui ne fut
jamaisl'objet de ses voeux... Je reconnois
ici , ô mon Dieu ! un grand exemple de
;la conduite que vous tenez quelquefois
^ur ceux qui vous aiment ; quoiqu'ordinairement
jaloux de les cacher dans le
secret de votre face, cependant pour lc
bien de leurs frères , pour l'honneur mêjne
de la vertu , vous les menez de temps
jcn temps comme par la main fur la Scène
changeante du monde , vous leur faites
trouver grâce devant les Dieux de la
Terre & toujours fur de leur coeur , vous
les prêtez pour récompense aux bons Rois,
À qui ils font nécessaires.
Ensuite l'Abbé Seguy fait voir S. S ulice
attentif dans fa faveur à ménager pou r
a timide vertu la protection du Monar
que , charmé de pouvoir prêter la voix
aux larmes des malheureux , se rendant
cher à sa Nation , comme un autre M ardochée
, & par le charme d'une douceur
toute Chrétienne , trouvant lc secret de
ne mécontenter personne, malgré l'impuissance
, de procurer des grâces à tous,
conduisant & exécutant tout ce qu'il se
propose
t
FEVRIER; 1730. 171
propose par une nouvelle sorte de politi
que., la droiture & la sincérités agissanc
afec zele & avec zele sçlon la science
dans tout ce qui a rapport à la Religion ,
& qui demande l'appui de l'autorité Roya
le pour l'Eglise ; enfin dans une situation
où d'autres sacrifieroient leur ame , ayant
aux yeux des hommes mêmes le mérite
de ne sacrifier que son repos : tel & plus
grand encore par le saint usage de son cré
dit étoit Sulpice, Chr. Aud. & s'il n'est pa»
le seul1 que son Portrait vous représente,
c'est une heureuse ressemblance qui honore
notre siécle. Au reste , il est bon pour votre
instruction , mes Frères , que vous remar
quiez la cause du saint usage que fit Sulpice
de sa faveur à la Cour, & la raison du bon
heur qu'il eut d'y conserver sa vertu dans
tous les temps. Dieu l'y avoit appelle ; &
parce qu'il l'y avoit appelle , il le sauva,
des écueils dangereux contre lesquels onc
brisés mille autres ; parce qu'il l'y avoit
appelle , il le mit au-dessus des foiblesses
ordinaires du sang , il lui fît oublier le
soin de l'élevation des siens & de leur
fortune particulière ; parce qu'il l'y avoie
appelle , bien loin de l'abandonner à l'amour
du plaisir qui y règne , il se servit
de lui pour y confondre les voluptueux
par son exemple ; parce qu'il l'y avoit
a^pellé, il fit faire en lui la voix de la
g cupidit4
íT6 MERCURE DE FRANCeI^I
cupidité , il lui donna ce détachement ÍÎ
nécellâire à qui peut obtenir tout ce qu'il
désire ; parce qu'il l'y avoit appelle , il
lui conserva au milieu de la pompe &c du
luxe de la Cour , un gout constant pour
la simplicité la plus modeste 3, parce qu'il
l'y avoit appellé , il l'entretint au centre
même du grand monde dans un esprit de
retraite qui l'engageoit à se dérober de
temps en temps à la Cour , pour donner
au loin de recueillir son coeur tous les
momens dont il étoit le maître ; parce
qu'il l'y avoit appellé , il justifia fa voca
tion. Ceux que Dieu lui-même expose,,
sont dans le monde fans appartenir au
monde -, Dieu est avec eux , mais aussi
ceux qui s'exposent sans son aveu, y pensent-
ils sérieusement ....
Si Sulpice y eût été porté par ses pro
pres conseils , il y auroit fait infaillible
ment naufrage. La Providence qui veut
peut-êtte tel d'entre vous loin du tumulte
du monde, le voulut long-temps lui au
rnilieu des dangers du siécle , & elle avoit
ses raisons. Ce n'étoit pas fans dessein,
qu'elle l'avoit fait naître avec les avan
tages des richesses & du rang , qu'elle lui
fit passer plusieurs années parmi les déli
ces & les vaihes pompes contre lesquelles
il étoit obligé de se deffendre. Elle le des.
«inpit à remplir dan&son Eglise une place
fEVRIER. 1730. 277:
^ni pour erre sainte , sacrée, de droit di
vin , n'en expose pás moins aux périls in
séparables des grandes places , une place
qu'une vertu à l'épreuve des tentation»
de la grandeur & de l'abondance , est feule
digne de remplir.Car depuis que les Chrér
tiens , trop indignes de leurs premier*
Ancêtres , ont renoncé à cette heureuse
pauvreté qui fut comme le berceau de leuc
Religion , depuis que l'amour des abbaifiemens
a fait place chez eux aux fatales
chimères de l'orgueil, il a fallu appuyer
l'autorité Episcopale de tout ce que l'ofmlence
, le rang ont de plus imposant à
eurs yeux. Sulpice avoit donc beloin d'u
ne vertu, éminente > éprouvée., pour ré
pondre dignement aux desseins de Dieu
fur lui , & vous avez vû si la sienne ne
fut pas telle, in integritate\ mais la vertu
feule n'eût pas suífi sans une capacité pro
portionnée à fa destination , in doftrina...
Il l'avoit , & si vous me demandez com
ment parmi les distractions & tumulte du
siécle il trouva le temps de l'acquerir , je
vous répondrai qu'il le trouva 3 force
d'attention à saisir & à employer des momens
qu'un autre auroit perdus en amufemens
frivoles ou criminels , je vous fe
rai ressouvenir de cette Retraite domcstN
que de plusieurs années où tout son temp»
jgtoit partagé entre Dieu & une étude re-
P i) glce
' ' '
*78 MERCURE D£ FRANCE; .
glée qui avoic rapporc à lui. Lorsqu'il so
faisoit ainsi par principe d'occupation un
fond de saintes connoissances , il ne prêt
voyoit pas qu'il dût un jour par état les
communiquer aux autres ... U n'e'toit pas
moins propre à annoncer les veritez Evan
géliques aux Grands, qu'à instruise les
petits & à cathéchiser les Habitans des
Campagnes , il éclaircuìoit les doutes des
âmes timorées , il assermissoit la foi des
ames foibles , il étoit utile à son Evêque
Blême qui le consultoit. .....
Voilà ce que c'étoit que les lumières
de Sulpice, Chrétiens Auditeurs, elles
ne faisoient point peut-être cette science
si étendue, li variée, de beaucoup de Sçavans
de nos jours , mais elles faisoient
une science utile à son prochain , à luimême
, & sur tout sobre, modeste , s'arrêtant
où elle devoit ; & plut à Dieu que
plusieurs de nos frères n'en eussent point
d'autre , qu'ils fussent & bien plus hum
bles ôc moins curieux, & par là moins
sujets à des égaremens déplorables. Car ,
ô Ciel ! vous confondez le téméraire re
gard qui veut s'élever jusqu'à la hauteuç
inaccessible des trésors de votre sagesse*
Rendez- nous l'heureuse simplicité des pre
miers temps de l'Eglise.'On ne sçavoit pas
disputer, ah I mais on sçavoit obéïr. . . . ,
L'Orateur , après avoir pafl[é avec un
«P*
FEVRIER. i7?ò. if9
írt infini au troisième Chef de sa subdi-,
vision , continue :
Ici, Chrétiens, s'offre un nouveau spec-i
tacle. C'est une aíTemble'e d'esprits violens
& factieux , qui se calme au seul nom de
Sulpice. Le Siège Episcopal e'toit vacant
& le peuple, alors maître du choix de son
Evêque.étok divisé en plusieurs partis qui
«n alloient venir aux mains , si une voix
sortie du milieu de tant de clameurs, n'eût
tout-à-coUp nommé Sulpice. A un nom
si respecté les troubles cessent, les esprits
font d'accord , & cette Assemblée tumul
tueuse , dont les cris differens étoient la
voix de mille passions différentes , devient
eh un moment par la réunion inespérés
de ses suffrages, l'Infcrprete du choix de
Dieu-même. Mais voici un spectacle plus
grand encore } c'est Sulpice qui refuse
d'accepter la dignité sacrée qu'on lui dé
fère ; on le presse & il résiste pour la pre
mière fois à la volonté de son Dieu , mais
remarquez qu'il y résiste dans une occa
sion où il est beau , j'ose le dire , de la
méconnoître .... c'est mériter l'Episcopat
que d'avoir la pieté , la science né
cessaire pour en exercer avec fruit les
fonctions augustes ; le refuser toutefois
par Religion , c'est avoir un mérite aufli
éminent que la place même. .. .
La résistance de Sulpice aux empréssemens
du peuple , venoit de son profond[
*8a MERCURE DE FRANCE,
respect pour la dignité sacrée qu'il mt*
ritoit si parfaitement, il regardok l'Episcopat
comme le caractère le plus auguste, le
plus élevé dont un Chrétien puisse être
revêtu ici bas. Il avoir toujours été parti
culièrement recommandable par son res
pect pour les premiers Oints duSeigneur,
& il vivoit dans un siécle où des discours»
injurieux à leur gloire , étoient un crime
presque inconnu. >
L'Abbé Seguy termine cette première
Partie pat une morale forte & convena
ble., & passe à son second Point , où it
fait voir S. Sulpice soutenant dignement
le poids immense de l'Episcopat»
La plus grande idée qu'on puisse don
ner d'un Ministre du Seigneur, n'ëst pas;
de dire qu'il mérita d'être honoré du ca
ractère Episcopal ; non , quelque grand
que soit un, tel éloge : mais dire qu'ayant
ïeçû ce caractère sacré , il le mérita tou
jours , est la suprême louange. Il y a
Chrétiens entre la gloire d'être élevé pas
fes vertus à une dignité éminente &c celle
d'en remplk parfaitement les devoirs, une
différence qu'il est aisé de sentir.pour peu
qu'on y réfléchisse . ... Audi parmi rant
d'hommes que les suffrages des peuples
élevèrent 3ux places les plus augustes ;
combien en a-t'on vû qui en auroient
toujours paru dignes s'ils ne les eussent
jamais occupées. Sulpice digne de l'Egifç
i
Ê E VRIER. 1730. M
-tèçat y ôc avant d'y parvenir , & après
y êtrcparvenUjjustifia pleinement le choix
de son peuple, & cela par Pesprit de son
gouvernement , par ses travaux , par se*
succès mêmes. '
L'Abbé Seguy, dans le premier mem
bre de cette subdivision , fait voir Pesprit
du gouvernement du S. Evêque comme
nn esprit de bonté , de fermeté, de sagesse,
& il en rapporte entr'autres exemples un
trait de ce S. Pasteur à Poccasion des ve
xations inoiiies & des cruautez qu'exerçoient
certains exacteurs d'un impôt trop
fort qui mettoit le comble à la misère du)
peuple. 1
Sulpice én est témoin', dit Phabile Pa--
-ft-egyriste , & ses entrailles paternelles en
font émues. Il s'adresse avec douceur aux
barbares Officiers , il leur fait la plus tou
chante peinture de Pétat déplorable de
son peuple, il les conjure au nom du Dieu
■ée bonté de cesser d'indignes poursuites,:
qui auiïì bien ne servent qu'à réduire au
plus affreux desespoir une partie de sort
troupeau, & sans doure il leur auroit ins
piré des fentimens plus humains, si de tels
coeurs en eussent été capables. Eh bien ,
cruels ! je me fuis inutilement abbaiffé
jusqu'à la prière -, il ne me reste qu'à vous
lancer les foudres spirituels qui m'ont été
confies. A Dieu ne plaise , que je m'op-
D iiij pose
*#* MERCURE DE FRANCÈ
pose aux ordres du Prince ; ce n'est páS
a vos pareils qu'il est donné de lui être
plus soumis & plus attachez qu'un Evê
que. Mon Rot n'ignore pas mon zele , il
n'ignore que vos cruautez. Je lui écris-,
il nous fera fçavoir sa volonté souverai
ne... Je vous abandonnerai , s'il l'exige,
& le Troupeau & le Pasteur même ; mars
en attendant n'espérez pas que je souffre
votre barbarie 5 je ne verrai point écraser
ainsi mon peuple , dont lés cris me dé
chirent ; percez plutôt ce coeur qui ne peut
vous abandonner.
Fermeté héroïque, Chrétiens Auditeurs,
qui fans une prudence infinie auroit eu-,
je l'avoue , ses dangers ; mais l'esprit de
sagesse égak toûjours en Sulpice l'esprit
de force. Spiritus fortitudinis , fpiritus fa~
■pievtì* & intelleSius. Tandis que par la
vigueur de fa conduite il arrête les per
sécutions des Publicains barbares , il ex
horte d'un autre côté les riches à leur
payer le nouveau tribut , il recommande
vivement au peuple les sentimens d'atta
chement 8c d'obéissance qu'il doit à son
Souverain , il paraît prêt à accabler da
poids de son indignation quiconque óferoit
s'en écarter, & cependant il conjure
celui qui tient en ses mains les coeurs des
Rois-, de lui rendre favorable Dagobert ,
qui avoit succédé à Clouirc.
L'ait
FEVRIER. 1730. igj
L'art avec lequel l'Oratcur entre dans
la seconde partie de sa subdivision, & la
manière dont il décrit les travaux Aposto
liques du saint Evêque , auroient ici leur
place , si on pouvoit abréger cet endroit
sans le gâter. . . .
Que vous dirai-je de plus ? aussi infa
tigable , aussi prompt que plein de zelc ,
occupé sans relâche , íans altération , il
ne l'est que des intérêts du Ciel & du foin
de son Diocèse. U ne tient d'une main qu'à
ses Ouailles & de l'autre qu'à son Dieu.
L'article des succès du saint Evêque est
traité avec la même dignité & le même
feu. La conversion des Juifs de Bourges
faite par son ministère , n'y est pas ou
bliée , & l'Orateur pour relever ce grand
succès , parlant de ['obstination des Juifs
dit ... . malheureuse race , ton aveugle
ment est la peine de tes ingratitudes. C'est'
du trésor de la colère qu'est sortie ton
obstination insensée ; terrible exemple des
vengeances du Seigneur , tu portes im
primez fur toi les signes les plus marquezde
fa colère , & toi feule ne les reconnòfs
pas ; tu gardes chèrement les Livres saints
où fe lit ta condamnation manifeste , &
toi feule ne l'y trouves pas ; tu fers au
monde entier de témoin contre toi-même
& toi feule ne t'en apperçois pas ; & fi
par une eípece de prodige la vérité puis-
, v ; D v saute
i84< MERCURE DE FRANCE;
íante arrache à quelques-uns des tiens le*
fatal bandeau , ne les voit-on pas presquo
toûjours lui enlever peu de temps après
fa victoire ,& lui voiier une haine plus
cruelle que jamais ; ainsi se justifient les
oracles de tesProphetes par qui a été pre'dk
ton endurciflemenr déplorable. \4ais,Chrétiens,
Sulpice devoir avoir la gloire de
triompher de tant d'obstination. Il prêche
donc J. O crucifié à des infortunez qui le
regardent comme un sujet de scandale , iÈ
lutte contre leurs opiniâtres préjugez Sc
il en triomphe. Ce ne font plus ces enne
mis irréconciliables de rHomme-Dieu ;
ce font des vaincus, qui trop contens de
l'être, baignent de larmes de joye les ar
mes qu'ils remettent au vainqueur. Que
j'aime á les voir gémir amoureusement au
pied de>Ja Croix , ils en font le glorieux
& nouveau trophée. Plus de différence:
de culte dans la même Ville. Les enfans
de Sara Sc d'Agar se font réunis. Que les
Esprits Célestes en soient transportez de
joye , que l'Eglise en faíse retenrir ses
Temples de Chanrs d'allegreíse , que la
Îostcrité de ces Esclaves devenus libres en
. Chemise à jamais ta mémoire du siint:
Pasteur lonr Di u s'est íervi pour renou-
Tcller fur letirs pères Sc fur eux ses an
ciennes miséricordes.
S. Sulpice-
LE 1 7. Janvier , P Abbé Seguy , nom
mé par le Roi à- P Abbaye de Gcnlis ,
prononça ce Discoucs dans l'Eglise Parói.'
îul; de S. Suldce, avec uli applau»
diíse.neat universel. Jamais réputation
a'*
FE V R ÏE R. 17% o.
í'k été plus prompte que celle de ce non»
vel Orateur , dont le premier succès a et©'
assez éclatant pour être honoré de Pattendon
8c des récompenses de la Cour^
Le Public échauffé fur ion compte , at- -
tendoit avec impatience ce second Dis
cours » qui a mis , pour ainsi dire , le sceau1
à sa réputation , & avec d'autant plus de
Ì'ustice que son sujet , bien moins favora-
>le que 1c premier, ne pàroiffoit point
susceptible des traits vifs & grands qu'il
lui a prêtez. L'Extrait du Panégyrique d©'
S. Louis a fait? tant de plaisir , qu'on a'
fort souhaité voir aussi celui du Panégy
rique de S.Sulpice, Se nous avons enfin;
obtenu le consentement de M. l'Abbé Se--
guy pour faire usage du secours des Co-j
pistes qui lui ont enlevé son Discours.
-L'Orateur a pris pour Texte ces paroles
de l'Ecclesiastique : Fattum est illi fungi
facerdotin , . .& habere lait ier)* in nomine;
ejus. Voici l'Exorde , à quelques lignes^
près>
Si l'on fçait à travers les expressions
les plus simples pénétrer le sens le plus
élevé , quelles grandes idées se présentent
à ces mots ! Voilà , Chrétiens , un
Eloge digne d'Àaron , qui en est l'ob'jet
& pour dire encore plus , digne de l'Esprit
Saint qui en est l'Auteur. En effet:
loiier un homme d'avoir mérité le Sacer
doce
MERCÙRE Ï>È FÍIANCÉ.
doce & U plénitude du Sacerdoce , qtíî
«st le Pontificat , n'est-ce pas le rôties
d'avoir mérité le plus sublime de rous le»
Ministères, celui de Pacificateur , de Mé
diateur entre Dieu & son Peuple , & quelle
louange pourroit, ce semble , égaler celle
îà , si ce qui suit n'y mettoit le comble
en ajoutant que ce Ministère si auguste^
Aaron l'exerça avec gloire en Israël ,
FaSinm est Mi fungi facerdotio .... &
habere laudem ih nomme ejuù
Cette idée , toute grande qu'elle est y
Chrétiens Auditeurs , l'est-elle trop pour
k sujet qui nous assemble .... Par tout
l'Histoite de fa vie ( de S. Sulpice) m'a
présenté un homme visiblement destinés
pour entrer en part du gouvernement de
l'Eglise ; un homme que la Grâce de Jé
sus- Christ prit soin de préparer dès soit
enfance à la dignité de Pasteur dans l'E
glise; Un homme élevé d'une commune
voix à ce comble d'honneur pour l'édiSfication
& pour l'utilité de PEglise.
C'est à ce point de vûë que m'ont paru se
íapporter toutes les faces sous lesquelles
on peut l'envifager quand j'entre
prends de vous retracer une si belle vie,-
c'est ou comme la préparation la plusparfaite
à la dignité Episcopale , ou com
me l'accomplissement le plus entier des
ieyoiis qui y sont attachez ; car voici et»
FEVRIER. 1730. ìSf
in deux mots le Plan du Discours que je
consacre à la gloire de S. Sulpice. II mé
rita d'être élevé à l'honneur suprême de
l'Episcopar , & il soutint glorieusement
le poids immense de ''Episcopat. FaElum
eft illi fungi Sacerdotio .... & habere
Uudem in nornine ejus.
Dieu immortel , qui n'aliénez jamais»
votre gloire,c'est à vous que se rapportent
fes louanges de vos Saints , & c'est à vous
aussi que se rapporteroient celles d'un
de vos plus dignesMinistres qui m'écoute..
dans ce saint Temple , dont la construc--
fion n'etoit possible qu'à lui seul. Avec
quel zelc vous prépare-t-il une demeure,
pendant qu'un autre Serviteur fidèle que
tous vous êtes choisi dans fa maison , tra
vaille sans relâche à votre gloire j Pon-i
tifc & deffenscur illustre de votre Reli
gion sacrée. Ainsi Moyse executoit le Pla»
de votre auguste Tabernacle, tandis qu'ho
noré du Pontificat, Aaron son frère préíîdoit
à votre culte divin ... Je rentre
dans mon sujet , mais je sens que je n'enpuis
soutenir le poids si Marie ne s'intefefle
à^'entreprise.
Le comprenons-nous ce que c'est que
d'être un des Pasteurs préposez au gou
vernement de l'Eglise que J.C. a acquise
j»ar son Sang ? nous formons-nous une
aslez haute idée de la grandeur de ce Mi
nistère
t7ò MËRCÚRE DE FRANGÉ; .
«istere ? L'Episcopat , Chrétiens , l'Epìs»
copat n'est rien moins que le Tribunal
irréprochable de cette foi , fans laquelle
on ne peut être sauvé ; la succession non
interrompue du pouvoir &é des fonctions
des Apôtres, le complément, la plénitu
de surabondante du caractère conféré aux
autres Ministres de l' Autel , l'autorité dtf
droit ..divin fur les Fidèles & Air les Pré*
tres qui les conduisent , le gage sensible
de l'union de J. C avec son Eglise , la
participation immédiate de la puissance du
Fils de Dieu lui-même, la íourec primi-*
tive du pouvoir de Her & dé délier suc
la Terre , de conférer la Grâce & de la
suspendre* de rendre présente la Victime
adorable ôc de l'immolct!, Quelle dignité
que celle qui réunit en soi de si grandes
choses , mais aussi de la part de notre
Saint, quelle vertu, quelle capacité à
tous égards , quelle répugnance à aceep.
ter tant de grandeur.Pen rendirent digne l
trois principaux chefs dont je fais tout le
fond de cette première Parrîe. Reprenons.
U semble, Chrétiens, que Sulpice ne
pouvoit naturellement échapper au mon»
de,si son cceiK n'eût été spécialement desti
né de Dieu pour être à lui. La Cour , où sa
naissance Cappella dès ses premières an
nées- la Cour est-elle l'ecole ordinaire de
í* vcítu- > Cet âge même où lc coeur tout
m
FEVRIER. 1730. t7t
m bute aux passions , à peine Ce trouva
libre , est peut-être moins dangereux , 8ç
foubliois presque de vous dire que Sul
pice fut au Seigneur dès le point du jour,
itomme parle le Prophète , dès fa jeunesse,
parce que j'ai quelque chose de plus glo
rieux pour lui à vous dire ; c'est qu'il fut
au Seigneur dans des lieux, the'atre uni
versel desfoiblesses & des vanitez humai
nes , à la Cour. Ce n'est donc pas ici ,
Chrétiens 4 une vertu à l'abri des dangers
du siécle ; c'est une vertu à l'épreuvc des
charmes & des engagemens du monde le
plus séduisant, que l'on appelle le grand
monde , une vertu constamment sollicitée
& constamment victorieuse. . . .
L'Abbé Seguy , après avoir mis dans
tout son jour la vertu de S. Sulpice au
milieu des dangers de la Cour , le repré
sente dans fa Retraire domestique , &
voici comment il en parle.
Il quitte donc cette Cour, où il ne
voit aucun des vrais biens qu'il aime,
où font réunis ensemble tous les faus
biens qu'il n'aime pas j il se fait de sa
maison une retraite particulière aussi inr
accessible aux attaques des folles passions
que le fut jamais celle des Hilarions 8c
des Antoines. La solitude Chrétienne ,
mes frères , ne pensez pas qu'il faille ab
solument l'aller cherchée dans l'ornbre
>7* MERCURE DE FRANCE. ...^
-du Cloitre ou dans l'horreur des Déserts.'
,Un coeur tumultueux , plein des ide'es
des engagemens du siécle ne feroit pas
seul dans les Antres profonds de la Thé-
.baïde même. La vraye solitude est souyent
dans un genre de vie retirée , quoiqu'au
milieu du monde , dans les senti-» ,
.mens qui y font conformes dans le coeur,
L'Orateur , en parlant de l'humble
•résistance de S. Sulpice , lorsque son Evo
que voulut l'ordonner Prêrre, dit: T'
Malgte' un attrait naturel pour cet état ,
3e Serviteur de Dieu, par un effet de cette
íhurnilké qui met le comble à sa vertu re
fuse de repondre à un dessein qu'a fait
jiaître sa vertu même, & pour le fairô
passer de l'état laïque à la Cléricature,
de la Cléricature au Sacerdoce , il faut
que le saint Evêque engage les Princes à
íe joindre à lui. C'est ainsi que la mo
destie des Saints leur cache quelquefois
la volonté divine qu'ils adorent , & que
le Ciel fait exécuter fur eux fa volonté
fans rien faire perdre à leur modestie.
Vous résistiez donc en vain , digne Disci
ple de J. C. yous en deviez être le Prêrre ,
parce que vous en fûtes la Victime. Il étoit,
il étoit convenable que vous pussiez osfric
à l'Autel l'Agneau sans tache , vous qui
pouviez vous offrir avec lui. Vous sçaveát .
É?éja ce qu'il fut dans la vie scculkre,Chré.
liens
FEVRIER. 1730. *73
{tiens Auditeurs , jugez de ce qu'il fut dans,
le Sacerdoce. . . Sa vie inspire, persuade
la vertu que respirent tous ses discours 4
íes exemples font citez dans les familles ,
son simple aspect est une leçon , son seul
nom rappelle une idée salutaire. De'ja se
répand le bruit de sa sainteté dans les Pro
vinces voisines. La Cour l'entendir, & le
Prince Religieux qui commandoit alors
à nos Ancêtres , Clotaire II. jetta les yeux
fur le Serviteur de J. C. pour le charger
d'un emploi plus honorable encore par !»
sainteté de ses fonctions , que considérable
par l'accès & le crédit qu'il donnoit au
près du Monarque . • . Mais il s'agissoit
d'engager l'Homme de Dieu à l'accepter
& son Evêque fut intéressé pour cela ; car
Comme ce Prélat n'eût jamais pû fans le
Prince , forcer l'humilité de Sulpice à re
cevoir le Sacerdoce , le Prince n'eut aust|
jamais pû fans lui,forcer la vertu du Saint
à rentrer dans le grand monde. On l'y sic
rentrer. Sulpice reparoît à la Cour & il
l'édisie de nouveau. La Cour , quelques
passions qui y règnent s n'en est pas moins
pleine d'estime pour la vertu , & fans la.
pratiquer mieux que le peuple , elle fçaic
& la connoître mieux & la respecter dar
vantage.
Rien n'est plus beau & plus délicat que
1c Porcraic que fait V dateur de son Saint;
úm
*74 MERCURE DE FRANCE. - "
áans le crédit que lui donnoient fa Char»
,ge de Grand- Aumônier & l 'amitié de Clo-
,«aire.
Clotaire , dit-il , qui lui doit la conser
vation de ses jours , veut qu'il ait aux
affaires une part considérable , qui ne fut
jamaisl'objet de ses voeux... Je reconnois
ici , ô mon Dieu ! un grand exemple de
;la conduite que vous tenez quelquefois
^ur ceux qui vous aiment ; quoiqu'ordinairement
jaloux de les cacher dans le
secret de votre face, cependant pour lc
bien de leurs frères , pour l'honneur mêjne
de la vertu , vous les menez de temps
jcn temps comme par la main fur la Scène
changeante du monde , vous leur faites
trouver grâce devant les Dieux de la
Terre & toujours fur de leur coeur , vous
les prêtez pour récompense aux bons Rois,
À qui ils font nécessaires.
Ensuite l'Abbé Seguy fait voir S. S ulice
attentif dans fa faveur à ménager pou r
a timide vertu la protection du Monar
que , charmé de pouvoir prêter la voix
aux larmes des malheureux , se rendant
cher à sa Nation , comme un autre M ardochée
, & par le charme d'une douceur
toute Chrétienne , trouvant lc secret de
ne mécontenter personne, malgré l'impuissance
, de procurer des grâces à tous,
conduisant & exécutant tout ce qu'il se
propose
t
FEVRIER; 1730. 171
propose par une nouvelle sorte de politi
que., la droiture & la sincérités agissanc
afec zele & avec zele sçlon la science
dans tout ce qui a rapport à la Religion ,
& qui demande l'appui de l'autorité Roya
le pour l'Eglise ; enfin dans une situation
où d'autres sacrifieroient leur ame , ayant
aux yeux des hommes mêmes le mérite
de ne sacrifier que son repos : tel & plus
grand encore par le saint usage de son cré
dit étoit Sulpice, Chr. Aud. & s'il n'est pa»
le seul1 que son Portrait vous représente,
c'est une heureuse ressemblance qui honore
notre siécle. Au reste , il est bon pour votre
instruction , mes Frères , que vous remar
quiez la cause du saint usage que fit Sulpice
de sa faveur à la Cour, & la raison du bon
heur qu'il eut d'y conserver sa vertu dans
tous les temps. Dieu l'y avoit appelle ; &
parce qu'il l'y avoit appelle , il le sauva,
des écueils dangereux contre lesquels onc
brisés mille autres ; parce qu'il l'y avoit
appelle , il le mit au-dessus des foiblesses
ordinaires du sang , il lui fît oublier le
soin de l'élevation des siens & de leur
fortune particulière ; parce qu'il l'y avoie
appelle , bien loin de l'abandonner à l'amour
du plaisir qui y règne , il se servit
de lui pour y confondre les voluptueux
par son exemple ; parce qu'il l'y avoit
a^pellé, il fit faire en lui la voix de la
g cupidit4
íT6 MERCURE DE FRANCeI^I
cupidité , il lui donna ce détachement ÍÎ
nécellâire à qui peut obtenir tout ce qu'il
désire ; parce qu'il l'y avoit appelle , il
lui conserva au milieu de la pompe &c du
luxe de la Cour , un gout constant pour
la simplicité la plus modeste 3, parce qu'il
l'y avoit appellé , il l'entretint au centre
même du grand monde dans un esprit de
retraite qui l'engageoit à se dérober de
temps en temps à la Cour , pour donner
au loin de recueillir son coeur tous les
momens dont il étoit le maître ; parce
qu'il l'y avoit appellé , il justifia fa voca
tion. Ceux que Dieu lui-même expose,,
sont dans le monde fans appartenir au
monde -, Dieu est avec eux , mais aussi
ceux qui s'exposent sans son aveu, y pensent-
ils sérieusement ....
Si Sulpice y eût été porté par ses pro
pres conseils , il y auroit fait infaillible
ment naufrage. La Providence qui veut
peut-êtte tel d'entre vous loin du tumulte
du monde, le voulut long-temps lui au
rnilieu des dangers du siécle , & elle avoit
ses raisons. Ce n'étoit pas fans dessein,
qu'elle l'avoit fait naître avec les avan
tages des richesses & du rang , qu'elle lui
fit passer plusieurs années parmi les déli
ces & les vaihes pompes contre lesquelles
il étoit obligé de se deffendre. Elle le des.
«inpit à remplir dan&son Eglise une place
fEVRIER. 1730. 277:
^ni pour erre sainte , sacrée, de droit di
vin , n'en expose pás moins aux périls in
séparables des grandes places , une place
qu'une vertu à l'épreuve des tentation»
de la grandeur & de l'abondance , est feule
digne de remplir.Car depuis que les Chrér
tiens , trop indignes de leurs premier*
Ancêtres , ont renoncé à cette heureuse
pauvreté qui fut comme le berceau de leuc
Religion , depuis que l'amour des abbaifiemens
a fait place chez eux aux fatales
chimères de l'orgueil, il a fallu appuyer
l'autorité Episcopale de tout ce que l'ofmlence
, le rang ont de plus imposant à
eurs yeux. Sulpice avoit donc beloin d'u
ne vertu, éminente > éprouvée., pour ré
pondre dignement aux desseins de Dieu
fur lui , & vous avez vû si la sienne ne
fut pas telle, in integritate\ mais la vertu
feule n'eût pas suífi sans une capacité pro
portionnée à fa destination , in doftrina...
Il l'avoit , & si vous me demandez com
ment parmi les distractions & tumulte du
siécle il trouva le temps de l'acquerir , je
vous répondrai qu'il le trouva 3 force
d'attention à saisir & à employer des momens
qu'un autre auroit perdus en amufemens
frivoles ou criminels , je vous fe
rai ressouvenir de cette Retraite domcstN
que de plusieurs années où tout son temp»
jgtoit partagé entre Dieu & une étude re-
P i) glce
' ' '
*78 MERCURE D£ FRANCE; .
glée qui avoic rapporc à lui. Lorsqu'il so
faisoit ainsi par principe d'occupation un
fond de saintes connoissances , il ne prêt
voyoit pas qu'il dût un jour par état les
communiquer aux autres ... U n'e'toit pas
moins propre à annoncer les veritez Evan
géliques aux Grands, qu'à instruise les
petits & à cathéchiser les Habitans des
Campagnes , il éclaircuìoit les doutes des
âmes timorées , il assermissoit la foi des
ames foibles , il étoit utile à son Evêque
Blême qui le consultoit. .....
Voilà ce que c'étoit que les lumières
de Sulpice, Chrétiens Auditeurs, elles
ne faisoient point peut-être cette science
si étendue, li variée, de beaucoup de Sçavans
de nos jours , mais elles faisoient
une science utile à son prochain , à luimême
, & sur tout sobre, modeste , s'arrêtant
où elle devoit ; & plut à Dieu que
plusieurs de nos frères n'en eussent point
d'autre , qu'ils fussent & bien plus hum
bles ôc moins curieux, & par là moins
sujets à des égaremens déplorables. Car ,
ô Ciel ! vous confondez le téméraire re
gard qui veut s'élever jusqu'à la hauteuç
inaccessible des trésors de votre sagesse*
Rendez- nous l'heureuse simplicité des pre
miers temps de l'Eglise.'On ne sçavoit pas
disputer, ah I mais on sçavoit obéïr. . . . ,
L'Orateur , après avoir pafl[é avec un
«P*
FEVRIER. i7?ò. if9
írt infini au troisième Chef de sa subdi-,
vision , continue :
Ici, Chrétiens, s'offre un nouveau spec-i
tacle. C'est une aíTemble'e d'esprits violens
& factieux , qui se calme au seul nom de
Sulpice. Le Siège Episcopal e'toit vacant
& le peuple, alors maître du choix de son
Evêque.étok divisé en plusieurs partis qui
«n alloient venir aux mains , si une voix
sortie du milieu de tant de clameurs, n'eût
tout-à-coUp nommé Sulpice. A un nom
si respecté les troubles cessent, les esprits
font d'accord , & cette Assemblée tumul
tueuse , dont les cris differens étoient la
voix de mille passions différentes , devient
eh un moment par la réunion inespérés
de ses suffrages, l'Infcrprete du choix de
Dieu-même. Mais voici un spectacle plus
grand encore } c'est Sulpice qui refuse
d'accepter la dignité sacrée qu'on lui dé
fère ; on le presse & il résiste pour la pre
mière fois à la volonté de son Dieu , mais
remarquez qu'il y résiste dans une occa
sion où il est beau , j'ose le dire , de la
méconnoître .... c'est mériter l'Episcopat
que d'avoir la pieté , la science né
cessaire pour en exercer avec fruit les
fonctions augustes ; le refuser toutefois
par Religion , c'est avoir un mérite aufli
éminent que la place même. .. .
La résistance de Sulpice aux empréssemens
du peuple , venoit de son profond[
*8a MERCURE DE FRANCE,
respect pour la dignité sacrée qu'il mt*
ritoit si parfaitement, il regardok l'Episcopat
comme le caractère le plus auguste, le
plus élevé dont un Chrétien puisse être
revêtu ici bas. Il avoir toujours été parti
culièrement recommandable par son res
pect pour les premiers Oints duSeigneur,
& il vivoit dans un siécle où des discours»
injurieux à leur gloire , étoient un crime
presque inconnu. >
L'Abbé Seguy termine cette première
Partie pat une morale forte & convena
ble., & passe à son second Point , où it
fait voir S. Sulpice soutenant dignement
le poids immense de l'Episcopat»
La plus grande idée qu'on puisse don
ner d'un Ministre du Seigneur, n'ëst pas;
de dire qu'il mérita d'être honoré du ca
ractère Episcopal ; non , quelque grand
que soit un, tel éloge : mais dire qu'ayant
ïeçû ce caractère sacré , il le mérita tou
jours , est la suprême louange. Il y a
Chrétiens entre la gloire d'être élevé pas
fes vertus à une dignité éminente &c celle
d'en remplk parfaitement les devoirs, une
différence qu'il est aisé de sentir.pour peu
qu'on y réfléchisse . ... Audi parmi rant
d'hommes que les suffrages des peuples
élevèrent 3ux places les plus augustes ;
combien en a-t'on vû qui en auroient
toujours paru dignes s'ils ne les eussent
jamais occupées. Sulpice digne de l'Egifç
i
Ê E VRIER. 1730. M
-tèçat y ôc avant d'y parvenir , & après
y êtrcparvenUjjustifia pleinement le choix
de son peuple, & cela par Pesprit de son
gouvernement , par ses travaux , par se*
succès mêmes. '
L'Abbé Seguy, dans le premier mem
bre de cette subdivision , fait voir Pesprit
du gouvernement du S. Evêque comme
nn esprit de bonté , de fermeté, de sagesse,
& il en rapporte entr'autres exemples un
trait de ce S. Pasteur à Poccasion des ve
xations inoiiies & des cruautez qu'exerçoient
certains exacteurs d'un impôt trop
fort qui mettoit le comble à la misère du)
peuple. 1
Sulpice én est témoin', dit Phabile Pa--
-ft-egyriste , & ses entrailles paternelles en
font émues. Il s'adresse avec douceur aux
barbares Officiers , il leur fait la plus tou
chante peinture de Pétat déplorable de
son peuple, il les conjure au nom du Dieu
■ée bonté de cesser d'indignes poursuites,:
qui auiïì bien ne servent qu'à réduire au
plus affreux desespoir une partie de sort
troupeau, & sans doure il leur auroit ins
piré des fentimens plus humains, si de tels
coeurs en eussent été capables. Eh bien ,
cruels ! je me fuis inutilement abbaiffé
jusqu'à la prière -, il ne me reste qu'à vous
lancer les foudres spirituels qui m'ont été
confies. A Dieu ne plaise , que je m'op-
D iiij pose
*#* MERCURE DE FRANCÈ
pose aux ordres du Prince ; ce n'est páS
a vos pareils qu'il est donné de lui être
plus soumis & plus attachez qu'un Evê
que. Mon Rot n'ignore pas mon zele , il
n'ignore que vos cruautez. Je lui écris-,
il nous fera fçavoir sa volonté souverai
ne... Je vous abandonnerai , s'il l'exige,
& le Troupeau & le Pasteur même ; mars
en attendant n'espérez pas que je souffre
votre barbarie 5 je ne verrai point écraser
ainsi mon peuple , dont lés cris me dé
chirent ; percez plutôt ce coeur qui ne peut
vous abandonner.
Fermeté héroïque, Chrétiens Auditeurs,
qui fans une prudence infinie auroit eu-,
je l'avoue , ses dangers ; mais l'esprit de
sagesse égak toûjours en Sulpice l'esprit
de force. Spiritus fortitudinis , fpiritus fa~
■pievtì* & intelleSius. Tandis que par la
vigueur de fa conduite il arrête les per
sécutions des Publicains barbares , il ex
horte d'un autre côté les riches à leur
payer le nouveau tribut , il recommande
vivement au peuple les sentimens d'atta
chement 8c d'obéissance qu'il doit à son
Souverain , il paraît prêt à accabler da
poids de son indignation quiconque óferoit
s'en écarter, & cependant il conjure
celui qui tient en ses mains les coeurs des
Rois-, de lui rendre favorable Dagobert ,
qui avoit succédé à Clouirc.
L'ait
FEVRIER. 1730. igj
L'art avec lequel l'Oratcur entre dans
la seconde partie de sa subdivision, & la
manière dont il décrit les travaux Aposto
liques du saint Evêque , auroient ici leur
place , si on pouvoit abréger cet endroit
sans le gâter. . . .
Que vous dirai-je de plus ? aussi infa
tigable , aussi prompt que plein de zelc ,
occupé sans relâche , íans altération , il
ne l'est que des intérêts du Ciel & du foin
de son Diocèse. U ne tient d'une main qu'à
ses Ouailles & de l'autre qu'à son Dieu.
L'article des succès du saint Evêque est
traité avec la même dignité & le même
feu. La conversion des Juifs de Bourges
faite par son ministère , n'y est pas ou
bliée , & l'Orateur pour relever ce grand
succès , parlant de ['obstination des Juifs
dit ... . malheureuse race , ton aveugle
ment est la peine de tes ingratitudes. C'est'
du trésor de la colère qu'est sortie ton
obstination insensée ; terrible exemple des
vengeances du Seigneur , tu portes im
primez fur toi les signes les plus marquezde
fa colère , & toi feule ne les reconnòfs
pas ; tu gardes chèrement les Livres saints
où fe lit ta condamnation manifeste , &
toi feule ne l'y trouves pas ; tu fers au
monde entier de témoin contre toi-même
& toi feule ne t'en apperçois pas ; & fi
par une eípece de prodige la vérité puis-
, v ; D v saute
i84< MERCURE DE FRANCE;
íante arrache à quelques-uns des tiens le*
fatal bandeau , ne les voit-on pas presquo
toûjours lui enlever peu de temps après
fa victoire ,& lui voiier une haine plus
cruelle que jamais ; ainsi se justifient les
oracles de tesProphetes par qui a été pre'dk
ton endurciflemenr déplorable. \4ais,Chrétiens,
Sulpice devoir avoir la gloire de
triompher de tant d'obstination. Il prêche
donc J. O crucifié à des infortunez qui le
regardent comme un sujet de scandale , iÈ
lutte contre leurs opiniâtres préjugez Sc
il en triomphe. Ce ne font plus ces enne
mis irréconciliables de rHomme-Dieu ;
ce font des vaincus, qui trop contens de
l'être, baignent de larmes de joye les ar
mes qu'ils remettent au vainqueur. Que
j'aime á les voir gémir amoureusement au
pied de>Ja Croix , ils en font le glorieux
& nouveau trophée. Plus de différence:
de culte dans la même Ville. Les enfans
de Sara Sc d'Agar se font réunis. Que les
Esprits Célestes en soient transportez de
joye , que l'Eglise en faíse retenrir ses
Temples de Chanrs d'allegreíse , que la
Îostcrité de ces Esclaves devenus libres en
. Chemise à jamais ta mémoire du siint:
Pasteur lonr Di u s'est íervi pour renou-
Tcller fur letirs pères Sc fur eux ses an
ciennes miséricordes.
Fermer
Résumé : EXTRAIT du Panegyrique de S. Sulpice.
Le 17 janvier 1730, l'abbé Seguy, nommé par le roi à l'abbaye de Genlis, prononça un discours panégyrique de Saint Sulpice dans l'église paroissiale de Saint Sulpice, suscitant une admiration universelle. Ce discours confirma sa réputation, déjà établie par un précédent succès. L'extrait du panégyrique de Saint Louis ayant été bien accueilli, le public attendait avec impatience celui de Saint Sulpice. L'abbé Seguy accepta de partager son discours, qui fut publié dans le Mercure de France. L'orateur choisit comme texte les paroles de l'Ecclésiastique : 'Il lui fut donné de remplir l'office de prêtre, et de louer son nom.' Il souligna que louer un homme ayant mérité le sacerdoce et la plénitude du pontificat est le plus sublime des ministères, celui de pacificateur et médiateur entre Dieu et son peuple. Saint Sulpice fut présenté comme un homme destiné au gouvernement de l'Église, préparé dès son enfance à la dignité de pasteur. Le discours se structura autour de deux axes principaux : la préparation parfaite de Saint Sulpice à la dignité épiscopale et l'accomplissement entier des devoirs attachés à cette fonction. L'orateur insista sur la grandeur du ministère épiscopal, qui est le tribunal irréprochable de la foi, la succession des Apôtres, et l'autorité divine sur les fidèles. Saint Sulpice, malgré les dangers et les séductions de la cour, resta fidèle à sa vocation. Il quitta la cour pour une retraite domestique, refusant les honneurs et les passions mondaines. Son évêque et le prince Clotaire II durent insister pour qu'il accepte le sacerdoce et des responsabilités plus importantes. À la cour, il se distingua par sa vertu, son humilité et son zèle pour la religion. L'abbé Seguy conclut en soulignant que Saint Sulpice, appelé par Dieu à la cour, y conserva sa vertu grâce à la protection divine. Il utilisa son crédit pour le bien de l'Église et des malheureux, restant toujours humble et détaché des plaisirs mondains. Le texte traite également de la vie et des vertus de Sulpice, un homme d'Église ayant occupé une place éminente dans son diocèse. Sulpice a passé plusieurs années à se défendre contre les délices et les vaines pompes, tout en remplissant une fonction sacrée et divine dans son Église. Sa vertu, éprouvée par les tentations de la grandeur et de l'abondance, était nécessaire pour répondre aux desseins de Dieu. Sulpice a acquis une capacité proportionnée à sa destination grâce à une attention constante et à une retraite domestique dédiée à l'étude et à la prière. Lorsqu'il a été nommé évêque, Sulpice a refusé la dignité sacrée par humilité, mais il a finalement accepté pour répondre à la volonté divine. Son gouvernement épiscopal était marqué par la bonté, la fermeté et la sagesse. Il a protégé son peuple contre les cruautés des exacteurs d'impôts et a exhorté les riches à payer leurs tributs tout en recommandant l'obéissance au souverain. Sulpice a également mené des travaux apostoliques infatigables, convertissant notamment les Juifs de Bourges. Sa vie et son œuvre ont été marquées par une science utile, sobre et modeste, toujours au service de son prochain et de Dieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 285-291
QUESTION PROPOSÉE de Bourgogne à M. D. L. R. sur le Rhume & sur certains regimes de santé, recommandez par les Anciens.
Début :
Depuis que je lis le Mercure j'y ai trouvé si souvent des réponses satisfaisantes [...]
Mots clefs :
Rhume, Médecine, Bains, Anciens, Médecin, Santé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION PROPOSÉE de Bourgogne à M. D. L. R. sur le Rhume & sur certains regimes de santé, recommandez par les Anciens.
QV EsT 10 N PfiOPOSE'E dr
Bourgogne à M. D. L. R. fur le Rhtimç
& fur cenúns régimes de famé , re
commandez, par les Anciens.
DEpuis que je lis le Mercure j'y ai;
trouvé si souvent des réponses satis
faisantes à différentes Questions qui y
avoient été proposées , que j'espere qu'on
voudra bien m'en procurer une par lç
mêmes canal, sur un sujet qui inreressetour
le monde. Il n'çst rien 4e plus préçie
ux que k sarçtç ; nos Anciens avoienr
D vji unv
&$6 ME RCURE DÊ FRANCÉ'
une grande atcentioo sur ccr article. lis
placèrent de tous côtez des Sentences qui
y avoient rapport. Elles étoient quelque
fois rédigées en Vers, quelquefois cn rimes
feulement , d'autres fois en Vers latins
rimez de la nature de ceux qu'on appelle
Techniques , & cela afin qu'on les retint
plus facilement. Mais comme chacun
n'a pas la clef de ces sortes de dictions.,
je me flate que quelque Médecin zélé pour
le bien public voudra bien nous expli
quer ce qui paroît de plus obscur dans
ces sortes de Sentences.
On les trouve en Quatrains au bas de
chaque mois des Calendriers dans presque
cous les Livres d'Eglise qui ont été im
primez en France au commencement du
XVI. siécle avant le Concile de Trente.
II y avoir alors parmi les Chantres & les
autres Ecclésiastiques beaucoup de Méde
cins qui fçavoient faire l'apologie de ces
Vers & qui en dùnnoient le dénouement»
J'en ai des preuves particulières pour l'Eglise
à laquelle je fuis attaché. Aujourd'hui
qu'il n'y en a píiiSjOn regarde ces sortes de
Quatrains comme ridicules & même com
me très-impertinemment placez. Car où
sont-ils imprimez? C'est dans les Missels,
à la marge inférieure du Calendrier , com
me pour servir de brodure au bout des
Saints de chaque mois. Si ces Vers tane
bien
FEVRIER. 1730/ iîf
bien- que mal faits , ne se trouvoient que
«Mis un ou deux Missels , je les croiroís
peu dignes d'attention ; mais comme ils
k rencontrent dans le plus grand nombre
& tnêmé dans ceux de Paris, & dans ceux
de Rome, imprimez en France, c'est une
marque de l'estime generale qu'on ea
avoit. Il n'est donc pas indiffèrent d'exa
miner si cette estime étok bien fondée ôC
si les règles en font solidement établies.
J'ay eu le bonheur de n'être point at
taqué de la maladie qui a été si commune
depuis quelques mois ; mais afin que je
puisse la prévenir au retour d'une autre
année , quelque charitable Médecin voudroit-
il bien nous assurer si l'on peur se
fier à ce qui est marqué dans un de ces
Quatrains í C'est celui du mois de No-;
vembrc.
Fis sanusfieri ? curetur reuma VSovembri :
Quodque nocens vit ai tua fit prítiofa die ta î
Balnea cum ventre tune nulli profit habert :
íotio fit fana, nec jufta minutio v»na.
Voilà , ce me semble , cinq leçons dans
ce Quatrain. Le premier Vers décide que
c'est au mois de Novembre qu'il faut se
préserver du rhume ou le fake Cesser. Il
est en mêmes termes dans la plupart des
differens Missels que j'ay vus. Il y en a
feulement quelques uns où on lit ;
h.tf MERCURE DE FRANCEí
n..c tibì: fcirt dn:ur , qfiod rheuma ìÇtvemèrt
creatur.'
C'est ainsi que je trouve ce premier Vers
dans un Missel de Clugny de 15 10. dans
un d'Autun de 1 5 30. ôc dans-un de Char
tres de 1 53 1. & un de Sens de 1556V
Cetce Variante nous apprend bien que le
rhume se forme en Novembre ; mais elle
n'assure pas qu'il faille f remédier dès cc
mois- là. II est cependant bon de sçavoir
à quoi s'en tenir ; parce que bien des gens
disent que le rhume est de plus longue du
pée lorsqu'on le mitonne que lorsqu'on le
néglige. C'est lur quoi j'attends un parfait
& prompt éclaircissement.
LesVariantes du second Vers n'en chan
gent point le sens. Qj^ajus nociva i>itar
cela revient au même. Pour ce qui est de
dirtit , les Ecclésiastiques plus accoutumez
auxlangages de leurs Rubriques qu'à ce
lui de Galien ou d'Hippocrare , entendoient
autrefois par dieta, l'Office Ferial
Fit dieta, ou bien Pìt de dicta , signifioit"
qu'on faisoit de la Férie. Mais» je croirois
que ces Vers n'ayant pas été composez pat
un Rubriquaire , l' Auteur veut dire qu'il
feut bien prendre garde à la diète qu'on
observera dans ce mois-là. N'est-ce point
en effet la saison où il semble que Tappégt/
renaît à mesure que le froid approche ?
T~ t FEVR sEK. rr?ô-
Je méptiíc la Variante de certains Missels
eù on lit , tua fint pretio/a diEla , ce font'
des fautes grossières qu'on peut rejettec
fur les Imprimeurs, comme s'il falloir
donc parler moins dans le mois de No
vembre que dans les autres , ou bien qu'il
fellùr n'y parler que le langage de cesprécieux
ridicules.
Le grand nombre des Editions contient'
k troisie'me Vers comme je l'ay rapporté
d'après mon Missel Diocésain de l'an 1 5 1 8-»
Cependant celui de Cluny de 1510. ôc
celui d'Autun de 1 5$ o. mettent en stylcassertif.
Salnea eum venere tune nullum constat habere. ■
Ces deux mêmes Missels rapportent aussi;
Hn peu autrement le quatrième Vers, en;
mettant ,Potie fit fana atque minutio bona.
Je pense qu'on y recommande seulement
de prendre garde à ce que l'on boira , &
de songer qu'il sera bon de se faire ti
rer alors un peu de sang. Un Apotiquaire
attentif pourra me reprendre & dire que
folio veut dite là une Médecine , & que'
ce Quatrain ne doit pas donner l'excluíìon
aux fonctions de son ministère. A
cela je suis tout prêt à lui re'pondre , qu'il',
ne paroît pas que l'usage des potions mé
dicinales doive précéder lu saignée , maisqu'il
doit la suivre ,& que tout au plus il
jíst recommandé de ne foint boire trot*'
froid,
tjà MERCURE DE FRANCE:
froid &c peut-être de tremper son vin avetí
tin peu d'eau chaade , dont quantité de
gens, desquels je fuis du nombre, se sonc
bien trouvez. Je crois aussi , que pour ce
qui est de la queuë' du Vers, ri est question
seulement de ces saignées de précaution ,
telles qu'on les pratiquoit anciennement
dans les Monastères, où il falloit que tous
íes Moines se fissent ouvrir la veine à cer
tains jours de Tannée , de la même ma
nière qu'ils se servent tous du ministère
du Barbier un même jour de la semaine.
Au reste , si je me trompe dans mon
explication, je laisse à Messieurs les Doc
teurs ert Médecine- à en décider. Je mes
flate qu'au premier jour quelqu'un d'entt'eux
, moins afferé lorsque les rhumes
auront un peu cessé, nous donnera un
ample Commentaire de ce Quatrain : &
si le Public en est content, je prendrai la
liberté de demander par le même canal une
Paraphrase également instructive sur les?
Quatrains mis à la fin des autres mois.
Cependant pour ne rien celer , je vous
dirai que le Missel d'Autun de 1530.
ájoúte encore les deux Vers sinvans pour
le mois de Novembre , comme d'un au-?
ire Auteur.
lingues vel crines poterts prs.fcinderê~tutè ;
X>* vem minutt ,& bttlnc* citws intres.
U
FEVRIER. 1730. 10
La précision ou coupure des ongles ou
tles cheveux contribue- 1' elle donc à la
íanté , pour être mise en parallèle avec la
saignée ? A l*6gard du bain , l'Auteur or
donne de se le procurer au plutôt , bien
entendu , avec exclusion de cè qui est por
te' dans le troisième Vers cy-dessus. Je ne
connois point de Rivière qui soit chaude
au mois de Novembte , du moins dans
nos quartiers. Sans doute qu'il est question
en cet endroit des bains domestiques , oa
de ceux qui font dans les lieux où la Na
ture fait sortir des Fontaines chaudes des
entrailles de la Terre. Mais comment 8c
pourquoi les Bains sont-ils píus salutaires
au mois de Novembre qu'en d'autre tems?
C'est ce qu'il est à propos d'éclaircir , 011
bien il faut déclarer que les Anciens
avoient tort de proposer ces règles. Je re
commande fur tout l'article du rhume.
La Ptisane dont oh fé sert pour le guérir
ici , est le vin tout pur ou l'eau-de-vie.
C'est nne Médecine qui n'est pas rare
dans nos cantons, principalement au mois
de Novembre. Mais est-elle bonne ? Estce
celle que prescrit le premiers Vers qui
dit : Curetur rheima Novembn ? C'est-là
la question dont j'attends la décision.
Ce 3 1. Janvier 1730»'
Bourgogne à M. D. L. R. fur le Rhtimç
& fur cenúns régimes de famé , re
commandez, par les Anciens.
DEpuis que je lis le Mercure j'y ai;
trouvé si souvent des réponses satis
faisantes à différentes Questions qui y
avoient été proposées , que j'espere qu'on
voudra bien m'en procurer une par lç
mêmes canal, sur un sujet qui inreressetour
le monde. Il n'çst rien 4e plus préçie
ux que k sarçtç ; nos Anciens avoienr
D vji unv
&$6 ME RCURE DÊ FRANCÉ'
une grande atcentioo sur ccr article. lis
placèrent de tous côtez des Sentences qui
y avoient rapport. Elles étoient quelque
fois rédigées en Vers, quelquefois cn rimes
feulement , d'autres fois en Vers latins
rimez de la nature de ceux qu'on appelle
Techniques , & cela afin qu'on les retint
plus facilement. Mais comme chacun
n'a pas la clef de ces sortes de dictions.,
je me flate que quelque Médecin zélé pour
le bien public voudra bien nous expli
quer ce qui paroît de plus obscur dans
ces sortes de Sentences.
On les trouve en Quatrains au bas de
chaque mois des Calendriers dans presque
cous les Livres d'Eglise qui ont été im
primez en France au commencement du
XVI. siécle avant le Concile de Trente.
II y avoir alors parmi les Chantres & les
autres Ecclésiastiques beaucoup de Méde
cins qui fçavoient faire l'apologie de ces
Vers & qui en dùnnoient le dénouement»
J'en ai des preuves particulières pour l'Eglise
à laquelle je fuis attaché. Aujourd'hui
qu'il n'y en a píiiSjOn regarde ces sortes de
Quatrains comme ridicules & même com
me très-impertinemment placez. Car où
sont-ils imprimez? C'est dans les Missels,
à la marge inférieure du Calendrier , com
me pour servir de brodure au bout des
Saints de chaque mois. Si ces Vers tane
bien
FEVRIER. 1730/ iîf
bien- que mal faits , ne se trouvoient que
«Mis un ou deux Missels , je les croiroís
peu dignes d'attention ; mais comme ils
k rencontrent dans le plus grand nombre
& tnêmé dans ceux de Paris, & dans ceux
de Rome, imprimez en France, c'est une
marque de l'estime generale qu'on ea
avoit. Il n'est donc pas indiffèrent d'exa
miner si cette estime étok bien fondée ôC
si les règles en font solidement établies.
J'ay eu le bonheur de n'être point at
taqué de la maladie qui a été si commune
depuis quelques mois ; mais afin que je
puisse la prévenir au retour d'une autre
année , quelque charitable Médecin voudroit-
il bien nous assurer si l'on peur se
fier à ce qui est marqué dans un de ces
Quatrains í C'est celui du mois de No-;
vembrc.
Fis sanusfieri ? curetur reuma VSovembri :
Quodque nocens vit ai tua fit prítiofa die ta î
Balnea cum ventre tune nulli profit habert :
íotio fit fana, nec jufta minutio v»na.
Voilà , ce me semble , cinq leçons dans
ce Quatrain. Le premier Vers décide que
c'est au mois de Novembre qu'il faut se
préserver du rhume ou le fake Cesser. Il
est en mêmes termes dans la plupart des
differens Missels que j'ay vus. Il y en a
feulement quelques uns où on lit ;
h.tf MERCURE DE FRANCEí
n..c tibì: fcirt dn:ur , qfiod rheuma ìÇtvemèrt
creatur.'
C'est ainsi que je trouve ce premier Vers
dans un Missel de Clugny de 15 10. dans
un d'Autun de 1 5 30. ôc dans-un de Char
tres de 1 53 1. & un de Sens de 1556V
Cetce Variante nous apprend bien que le
rhume se forme en Novembre ; mais elle
n'assure pas qu'il faille f remédier dès cc
mois- là. II est cependant bon de sçavoir
à quoi s'en tenir ; parce que bien des gens
disent que le rhume est de plus longue du
pée lorsqu'on le mitonne que lorsqu'on le
néglige. C'est lur quoi j'attends un parfait
& prompt éclaircissement.
LesVariantes du second Vers n'en chan
gent point le sens. Qj^ajus nociva i>itar
cela revient au même. Pour ce qui est de
dirtit , les Ecclésiastiques plus accoutumez
auxlangages de leurs Rubriques qu'à ce
lui de Galien ou d'Hippocrare , entendoient
autrefois par dieta, l'Office Ferial
Fit dieta, ou bien Pìt de dicta , signifioit"
qu'on faisoit de la Férie. Mais» je croirois
que ces Vers n'ayant pas été composez pat
un Rubriquaire , l' Auteur veut dire qu'il
feut bien prendre garde à la diète qu'on
observera dans ce mois-là. N'est-ce point
en effet la saison où il semble que Tappégt/
renaît à mesure que le froid approche ?
T~ t FEVR sEK. rr?ô-
Je méptiíc la Variante de certains Missels
eù on lit , tua fint pretio/a diEla , ce font'
des fautes grossières qu'on peut rejettec
fur les Imprimeurs, comme s'il falloir
donc parler moins dans le mois de No
vembre que dans les autres , ou bien qu'il
fellùr n'y parler que le langage de cesprécieux
ridicules.
Le grand nombre des Editions contient'
k troisie'me Vers comme je l'ay rapporté
d'après mon Missel Diocésain de l'an 1 5 1 8-»
Cependant celui de Cluny de 1510. ôc
celui d'Autun de 1 5$ o. mettent en stylcassertif.
Salnea eum venere tune nullum constat habere. ■
Ces deux mêmes Missels rapportent aussi;
Hn peu autrement le quatrième Vers, en;
mettant ,Potie fit fana atque minutio bona.
Je pense qu'on y recommande seulement
de prendre garde à ce que l'on boira , &
de songer qu'il sera bon de se faire ti
rer alors un peu de sang. Un Apotiquaire
attentif pourra me reprendre & dire que
folio veut dite là une Médecine , & que'
ce Quatrain ne doit pas donner l'excluíìon
aux fonctions de son ministère. A
cela je suis tout prêt à lui re'pondre , qu'il',
ne paroît pas que l'usage des potions mé
dicinales doive précéder lu saignée , maisqu'il
doit la suivre ,& que tout au plus il
jíst recommandé de ne foint boire trot*'
froid,
tjà MERCURE DE FRANCE:
froid &c peut-être de tremper son vin avetí
tin peu d'eau chaade , dont quantité de
gens, desquels je fuis du nombre, se sonc
bien trouvez. Je crois aussi , que pour ce
qui est de la queuë' du Vers, ri est question
seulement de ces saignées de précaution ,
telles qu'on les pratiquoit anciennement
dans les Monastères, où il falloit que tous
íes Moines se fissent ouvrir la veine à cer
tains jours de Tannée , de la même ma
nière qu'ils se servent tous du ministère
du Barbier un même jour de la semaine.
Au reste , si je me trompe dans mon
explication, je laisse à Messieurs les Doc
teurs ert Médecine- à en décider. Je mes
flate qu'au premier jour quelqu'un d'entt'eux
, moins afferé lorsque les rhumes
auront un peu cessé, nous donnera un
ample Commentaire de ce Quatrain : &
si le Public en est content, je prendrai la
liberté de demander par le même canal une
Paraphrase également instructive sur les?
Quatrains mis à la fin des autres mois.
Cependant pour ne rien celer , je vous
dirai que le Missel d'Autun de 1530.
ájoúte encore les deux Vers sinvans pour
le mois de Novembre , comme d'un au-?
ire Auteur.
lingues vel crines poterts prs.fcinderê~tutè ;
X>* vem minutt ,& bttlnc* citws intres.
U
FEVRIER. 1730. 10
La précision ou coupure des ongles ou
tles cheveux contribue- 1' elle donc à la
íanté , pour être mise en parallèle avec la
saignée ? A l*6gard du bain , l'Auteur or
donne de se le procurer au plutôt , bien
entendu , avec exclusion de cè qui est por
te' dans le troisième Vers cy-dessus. Je ne
connois point de Rivière qui soit chaude
au mois de Novembte , du moins dans
nos quartiers. Sans doute qu'il est question
en cet endroit des bains domestiques , oa
de ceux qui font dans les lieux où la Na
ture fait sortir des Fontaines chaudes des
entrailles de la Terre. Mais comment 8c
pourquoi les Bains sont-ils píus salutaires
au mois de Novembre qu'en d'autre tems?
C'est ce qu'il est à propos d'éclaircir , 011
bien il faut déclarer que les Anciens
avoient tort de proposer ces règles. Je re
commande fur tout l'article du rhume.
La Ptisane dont oh fé sert pour le guérir
ici , est le vin tout pur ou l'eau-de-vie.
C'est nne Médecine qui n'est pas rare
dans nos cantons, principalement au mois
de Novembre. Mais est-elle bonne ? Estce
celle que prescrit le premiers Vers qui
dit : Curetur rheima Novembn ? C'est-là
la question dont j'attends la décision.
Ce 3 1. Janvier 1730»'
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Résumé : QUESTION PROPOSÉE de Bourgogne à M. D. L. R. sur le Rhume & sur certains regimes de santé, recommandez par les Anciens.
L'auteur d'une lettre adressée au Mercure de France manifeste un intérêt pour des sentences anciennes relatives à la santé, notamment celles concernant le rhume. Ces sentences étaient souvent présentes dans des quatrains au bas des calendriers et dans des livres d'église imprimés en France au début du XVIe siècle. Les auteurs de ces vers étaient fréquemment des chantres et des ecclésiastiques ayant des connaissances en médecine. L'auteur mentionne un quatrain spécifique du mois de novembre, qui offre des conseils pour prévenir ou guérir le rhume. Il sollicite l'explication de ce quatrain par un médecin soucieux du bien public. Le quatrain en question est le suivant : 'Fis sanus fieri? curetur reuma Novembri: Quodque nocens vit ai tua fit prætiofa die ta; Balnea cum ventre tune nulli profit habent: Potio fit fana, nec juxta minutio vina.' L'auteur examine les différentes variantes de ce quatrain trouvées dans divers missels et discute de leur signification. Il insiste sur l'importance de comprendre ces conseils pour mieux prévenir le rhume, surtout en novembre. Il conclut en espérant qu'un médecin pourra fournir un commentaire éclairé sur ce quatrain et sur ceux des autres mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1242
p. 293-304
EXTRAIT de l'Assemblée publique de la Societé Royale des Sciences, tenuë dans la Grand'Sale de l'Hôtel de Ville de Montpellier le 22. Decembre 1729. l'Archevêque d'Alby y présidant.
Début :
Ce Prélat qui fut nommé l'année derniere à la place d'Académicien Honoraire [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences, Société royale des sciences de Montpellier, Montpellier, Mouvement, Tourbillon, Glace, Cuivre, Vent, Mouvement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Assemblée publique de la Societé Royale des Sciences, tenuë dans la Grand'Sale de l'Hôtel de Ville de Montpellier le 22. Decembre 1729. l'Archevêque d'Alby y présidant.
EXT R AIT de f Assemblée publique
de la Société Royale des Sciences , tenue
dans la Grand'Sale de PHStcl de Fille
de Montpellier le 11. Décembre 17151.
^Archevêque d' Alby y présidant*
^^nierc à la place d'Académicien Honoraire
du feu Marquis de Castries , son
frère , & qui paroissoit pour la première
fois dans ['Assemblée de l' Académie,
ítoit au haut bout de la Table , avec M.-
l'Evêque de Montpellier & M. Bon ±
Premier Président de la Cour des Com
ptes , Aides & Finances de Montpellier,',
Académiciens Honoraires ; les Académi
ciens ordinaires y croient rangés suivant
la coutume , &c les Consuls de la Ville
y assilloient en Chaperon.
L' Archevêque d'Àlbi ouvrit la Séance
par un remerciement qu'il fit à la Com
pagnie au sujet de son élection , & ce
remerciement assaisonné de toutes les grâ
ces que ce Prélat ne manque jamais de
répandre dans tous ses discours & dan*
toutes ses actions , fir connoître à la Com
pagnie qu'elle trouveroit dan* cet Ho~
aoraire noa-seulement un véritable Me»
ce»ey
i|4 ' MERCURE DE FRÁNCË;
• cene , mais encore un Acade'micien zelé^'
& très-capable par lui-même de perfec
tionner les Sciences & les Beaux- Arts,
íì les devoirs indispensables de son Mi*
nistere pouvoient le lui permettre.
M. Marçot , Directeur de la Sociétés
lut ensuite un Discours préliminaire, dans
lequel après avoir remercié M. le Pré
sident de tout ce qu'il avoir dit d'obli-'
géant pour la Compagnie , donna une
idée générale des occupations de l'Académie
, & parcourut avec beaucoup dé
précision & de netteté toutes les Scien
ces qui font l'objet dé l'Etude des Aca-*
démiciens ; il parla des Observations
particulières qu'ils y avòient déja faires ,
de futilité que le Public en avoit retiré,
& de celles qu'un tems plus favorable
aux Sciences pourroit lui procurer dans
la fuite.
Après cé Préliminaire , M. Marcot lut
tine Observation d'un Anévrisme mixtet
qui fut heureusement guéri par ses foins
& fes attentions.
Cet Anévrisme parut après une piqueure
de l'artere du bras , qui est en
fermée dans une même gaine avec la vei
ne basilique. On crut d'abord avoir suffi
samment íemedié à cet accident par des
saignées copieuses & par des compresses
graduées , soutenues par un bon banda
ge }
FEVRIER. 1730. içj
te î mais malgré ces précautions , la piqueure
de l'artere ne fut point consoli
dée , & celle de la gaine , dans laquelle,
elle est enfermée , se rejoignit en peu de
tems > le sang que fournissoit la piqueure
de l'artere dilata bientôt cette tunique
vaginale , & fit une tumeur de la gros
seur d'une petite noix , qui avoit un mou
vement de sistole & de diastole.
Cependant , soit que les compresses
graduées & les bandages eussent arrêté le
cours ordinaire du sang , soit qu'il s'en
fut extravasé quelque portion avant que
l'ouverrure de la tunique vaginale se fut
cplée , il s'étoir fait au dessous de la,
première tumeur une seconde tumeur ,
qui étoit un véritable flegmon , 5c qui
rendoit la cure de l'anevrisme très-déli-?
çate & très -difficile.
M. Marçot prit le parti dans cettç
conjoncture d'attaquer le flegmon , de
le faire suppurer & de le mener à cica
trice , & ensuite ayant le champ libre
pour comprimer sans danger la tumeur
anevrifmale , il réduisit l'artere dans son
état naturel par le bandage de l'Abbé
IJourdelot , dont on voit tous les jours
des effets merveilleux dans des occasions
semblables.
Un tourbillon qui fit beaucoup de.
ravage aux environs de Montpellier ,
%96 MERCURE DE FRANCE.
fat le sujet d'un Mémoire que lut M.
.de Montferrier le fils , Sous-Directcuc
de l'Académie.
Ceux qui furent les témoins de la vio
lence de ce Météore lui donnèrent d'a
bord le nom d'Ouragan d'autres cru
rent qu'il a voit plus de rapport aux Trom
pes de Mer qui font quelquefois si fa
tales aux Navigateurs -, & d'autres plus
superstitieux que Philosophes , voulurent
>y trouver quelque chose de surnaturel ,
ôc se persuader que quelque Esprit folet
itoit la cause de cet Orage.
M. de Montferrier fit voir par la des
cription qu'il donna des véritables Ou
ragans §c des Trompes de Mer , que le
tourbillon qui étoit le sujet de son Mé
moire , n'avait aucun rapport avec les
Orages de P Amérique , ni avec ces co
lonnes de nuées qui s'élèvent ordinaire
ment fur la Mer > & fans s'arrêter aux
Esprits Folets qui ne peuvent être admis
que dans quelques Contes de Fées , il
appella le Météore en question un tour
billon de nuée & de vent , dénomination
qui n'est point arbitraire , puisqu'elle
«st prise de la nature même du- sujet dont
il s'agit.
En effet , M. de Montferrier fit remar
quer que les Vents de Sud & les Vents
d'Est fuient les seuls qui régnèrent pen
dant
FEVRIER. 173©. *97
dant les derniers jours du mois d'Octo
bre , que ces Vents toujours humides
avoient amoncelé beaucoup de nue'es
epaiffes fur l'Horison , 6V que le second
de Novembre une portion de ces nue'es
çtant poussée par un Vent de SudfEst
fort violent , fut forcée à fe mouvoir vers
le Nord , avec tin mouvement vortiqueux
, causé par les obstacles que l'asíemblage
des autres nuages quj l'environnojent
lui présentoic de toutes parts
hors le côté de la Terre où ce tourbillon
<e porta , y trouvant moins de résistance,
Ce Groupe de nuées qui étoit fort noie
& fort épais , ne patoissoit pas avoir plus
de trois toises de largeur fur une hau
teur indéterminée •> mais comme il étoit
pouffé par un Vent de Sud-Est très vio
lent , qu'il ayoit acquis un mouvement
de tourbillon très-rapide , & qu'il forçoit
l'Air qui l'environnoit à suivre le mê
me mouvement , le tout ensemble faisoit
un tourbillon d'environ cent toises de lar
geur , qui dans l'espace d'une demie lieue
renversa ou enleva tout ce quise ttouv»
sur son passage.
II y eut des personnes qui se trouvant
ì portée de voir cette nuée obscure qui
s'avançoit du Sud-Est au Nord avec un
bruit effroyable , crurent y avoir vû une
lumière rougeâtre comme la fumée ^ qui
«'élevs
fc98 MERCURE DE FRANCE.
s'élève d'un grand incendie , & d'autres
assurent avoir senti une odeur de souffre,
Selle à peu près que celle que l'on sent
jdans les lieux qui ont été frapés de la
foudre.
L'Académicien explique la première
apparence par le mouvement rapide , du
Météore qui poussoir avec violence la
matière étherée , & produisoit par là la
lumière , comme on le' voit arriver dans
le Phosphore du Baromètre , & plusieurs
autres expériences , dans toutes lesquelles
la lumière est une fuite d'un grand
mouvement ; ou par des rayons- du So
leil , qui passant dans les intervales des
nuées , soussroient des reflexions & des
réfractions qui les dirigeoient vers les
yeux du Spectateur. Pour l'odeur de sou
fre , il dit que le froissement des matiè
res que le tourbillon enlevoit pouvoient
bien en être la cause , en faisant dévelo?
per les particules sulfureuses qui y étoient
contenues ou qui étoient répandues dans
F Air , & les vapeurs qui enyironnoient
le tourbillon.
Cette explication paroît très-naturelle,
puisque s'il y avoit eu un feu actuel
dans le nuage , il auroit infailliblement
brûlé les diverses matières combustibles
qu'il enlevoit , & qu'il emportoit à plus
ic cenc t oises.
* ■
ÏEVRIER. 1730: 199
"ïnfin ce tourbillon finit à une demie
íieue de l'endroit où il avoit été apperçû
, parce qu'à force de s'étendre dans les
terres où il étoit moins exposé à l'impul-
{ïon du vent , & de communiquer de
son mouvement aux corps qu'il rencon
trait , il perdoit de Ion mouvement
propre , & que le groupe de nuée donc
il écoit composé venant à se íondre cr»
pluye , acheva de le dissiper.
M. Rivière fit part au Public dans ua
Mémoire qu'il lut ensuite , de l'Analyse
qu'il avoit faite de l'Ivraye , & de la
cause des mauvais effets que cette graine
produit quand elle est mêlée avec le
froment dont on fait le bon pain.
II commença par donner la descrip
tion Botanique de la Plante qui produíc
ce mauvais grain , afin qu'on ne puisse
pas k méconnoître quand rlle est en
herbe , & qu'on puisse l'arracher de bonne
heure quand elle est mêlée avec la plante
qui produit le bon bled.
Il fit voir par des expériences assu
rées , & par des raisonnemens très- so
lides , que les graines produisent toujours
des Plantes de leur espece , & que la
prétendue Métamorphose du froment en
Iyraye , & de l'Ivraye en froment , n'est
qu'une erreur populaire , fondée sur l'in-
%:tention de ceux quí sèment ces grai-
E nés.
joe> MERCURE DE FRANCE,
nés , & qui ne s'apperçoivent pas que
pour l'ordinaire elles font mélangées :
or jl est constant , comme l'a remarqué
M- Rivière , que l'ivraye demande pour
germer un tems fort humide & fort pluvieux
, & que le froment , au contraire,
n'a besoin que d'une humidité médiocre;
cnforte que quand on féme du froment
mêlé avec de l'ivraye , ou de l'ivraye
mêlée avec quelque grain de froment ,
c'est toujours la saison plus ou moins hu
mide qui fait que l'une de ces graines
fructifie, au préjudice de l'autre. Voilà
tout le misterc de cette prétendue Méta-p
morphofe , qui étant bien étendue n'a
tien que de fort naturel. .
M. Rivière passa ensuite à í'Analife
Chimique de l'ivraye, & chercha dans
la décomposition de cette graine les prin*
cipes qui peuvent être la cause des mau
vais effets qu'elle ptoduir. , ,
Il ne compte pas fur I'Analife qu'il en
a faite par la Cornue' , puisque par cette
voye toutes les plantes donnent , à peu
dé chose près , les mêmes substances qu;
ne font pour l'ordinaire que de produc
tions du feu ; mais il s'attache principa
lement aux principes que l'on en peut
tirer par la voye de la fermentation &
par la voye de l'extraction.
L'ivraye fens aucune addition & fans
feu,
FEVRIER. t7ja.
feu , bien preísée , humectée & couverte
d'un entonnoir garni d'une petite chape
d'alambic , lui a donné , quand eile a été
échauféc par la fermentation qui lui est
survenue , un esprit volatil urineux.
Par l'extraction qu'il a fait de la mê
me graine par l'Esprit de vin , il en a
sité une Résine fort acre & sort piquante.
Et de la lessive qu'il a faite du Resi-
-du , il en est sorti un Sel alkali un peu
.caustique. D'où il conclud qu'une graine
qui contient de tels principes peut eni
vrer , donner des vertiges & des maux
àe tête , des maux d'estomac & des votniflernens.
L'experience a .fait voir à M. Rivière
la justesse de ses raisonnemens , puisqu'il
a guéri des personnes attaquées de quel
ques-uns decesmauXjen leur faisant quitet
leur Boulanger, 5c leur faisant man
ger du pain dont on avoit séparé avec
foin toutes les mauvaises graines. C'est
te qu'on peut appeller guérir les mala
dies sûrement , promprement & sans de»
goûr , ce qui est l'intention de la bonne
Médecine.
Personne n'ignore que la fonte de lá
Glace ne soit un effet ordinaire de la
fhaleur , & cette cause est si manifeste
qu'on he s'est pas rais en peine d'en
chercher d'autres j il y en a une cepen
£. ij daia
)©i MERCURE DE FRANCE,
dant plus cachée, que M. Haguenot fe
propose de découvrir dans le Mémoire
dont nous allons donner un Abrégé. '
Quelques Sçavans de Paris firent sçavoir
à M. Haguenot que de deux pos
tions de Glace d'uri égal poids & d'un
égal volume, dont l'une est mise sur U
rriain d'un homme qui se porte bien , &
l'autre sur une asiìete d'argent , celle qui
est mise sur l'aíîìete d'argent fond plu«
vîte de quelques minutes que celle que
l'on met' fur la main. Cette Expérience
que M. Haguenot a repeté plusieurs foisj
a toujours réussi de même.
Pour trouver la cause d'un effet qui
paroît un paradoxe , M. Haguenot mit
des portions égales de glace fur plusieurs
Métaux , comme fur l'or , le cuivre , la
plomb , l'étain , l'aiman , le fer , l'acier,
& il trouva constamment que la Glace
fondoit plus vîte fur le cuivre que fuir
tous les autres Métaux , & fur un fer à
repasser plus vîte que fur du fer ordi
naire , Sc que fur l'acier & fur l'aimanr.
Il fait remarquer que dans toutes ces
Expériences il faut que la Glace touche
immédiatement le Métail , fans quoi la
fonte de la Glace n'est pas à beaucoup
près si prompte ; il a même observé que
lorsqu'on met la Glace sur un fer rabo
teux , la superficie, de la Glace , quoique -
Hie
FEVRIER. 17?»: jej \
polie auparavant , devient inégale , c'cstà-
dire , qu'elle fond plus vîte dans lespoints
où le Métal touche la Glace im
médiatement.
M. Haguenot , après avoir cherché las
cause d'un etfet si long-tems ignoré , &•
avoir abandonné la matière magnétique
qui paroissoit une Cause assez vrai-sem
blable , s'est porté à croire que toutes les
parties intégrantes des corps solides font
dans un trémoussement perpétuel , quoiqu'infensibles
;que ce trémoussement est
la cause que les corps les plus solides fe
détruisent comme d'eux-mêmes avec le
t«ms , & que c'est à ce rríême trémoussèment
qu'il faut attribuer la fonte de 1*
Glace qui arrive sur lés Métaux quand
elle leur est immédiatement appliquée j
8c si cette fonte se fait plus vîte fur le
cuivre que' fur le fer & fur Parier , c'est
apparemment, dit M. Haguenot, pareeque
les parties du fer & de l'acier étant
beaucoup plus ferrées que celles du cui
vre , elles n'ont pas un trémoussement
assez libre , & ne peuvent pas agir si vi
vement fur la glace.
Quoique l'hipotefe de M. Haguenot air;
quelque vrai-semblance , il ne la proposa
cependant que comme douteuse , fc ré
servant de faire encore plusieurs Expé
riences pour s'assurer de la vérité.
E iij Lçâ
$04 MERCURE DE FRANCE;
Les Récapitulations que fit M. te Pré
sident de tous ces Mémoires , en furenc
des Extraits plus courts , mais plus précis
Sc plus vifs que ceiix que l'on donne ici.
11 loua le travail & l'exactitude de ceux
qui a voient lû les Mémoires -, il exhorta
tous les Académiciens à continuer leurs
recherches qu'il dit être aussi utiles que
curieuses , & voulut bien leur faire espé
rer qu'il ne perdroit aucune occasion
d'assister à leurs Aslemblécs quand il se
trouveroit à portée de pouvoir en pro -
fiter.
de la Société Royale des Sciences , tenue
dans la Grand'Sale de PHStcl de Fille
de Montpellier le 11. Décembre 17151.
^Archevêque d' Alby y présidant*
^^nierc à la place d'Académicien Honoraire
du feu Marquis de Castries , son
frère , & qui paroissoit pour la première
fois dans ['Assemblée de l' Académie,
ítoit au haut bout de la Table , avec M.-
l'Evêque de Montpellier & M. Bon ±
Premier Président de la Cour des Com
ptes , Aides & Finances de Montpellier,',
Académiciens Honoraires ; les Académi
ciens ordinaires y croient rangés suivant
la coutume , &c les Consuls de la Ville
y assilloient en Chaperon.
L' Archevêque d'Àlbi ouvrit la Séance
par un remerciement qu'il fit à la Com
pagnie au sujet de son élection , & ce
remerciement assaisonné de toutes les grâ
ces que ce Prélat ne manque jamais de
répandre dans tous ses discours & dan*
toutes ses actions , fir connoître à la Com
pagnie qu'elle trouveroit dan* cet Ho~
aoraire noa-seulement un véritable Me»
ce»ey
i|4 ' MERCURE DE FRÁNCË;
• cene , mais encore un Acade'micien zelé^'
& très-capable par lui-même de perfec
tionner les Sciences & les Beaux- Arts,
íì les devoirs indispensables de son Mi*
nistere pouvoient le lui permettre.
M. Marçot , Directeur de la Sociétés
lut ensuite un Discours préliminaire, dans
lequel après avoir remercié M. le Pré
sident de tout ce qu'il avoir dit d'obli-'
géant pour la Compagnie , donna une
idée générale des occupations de l'Académie
, & parcourut avec beaucoup dé
précision & de netteté toutes les Scien
ces qui font l'objet dé l'Etude des Aca-*
démiciens ; il parla des Observations
particulières qu'ils y avòient déja faires ,
de futilité que le Public en avoit retiré,
& de celles qu'un tems plus favorable
aux Sciences pourroit lui procurer dans
la fuite.
Après cé Préliminaire , M. Marcot lut
tine Observation d'un Anévrisme mixtet
qui fut heureusement guéri par ses foins
& fes attentions.
Cet Anévrisme parut après une piqueure
de l'artere du bras , qui est en
fermée dans une même gaine avec la vei
ne basilique. On crut d'abord avoir suffi
samment íemedié à cet accident par des
saignées copieuses & par des compresses
graduées , soutenues par un bon banda
ge }
FEVRIER. 1730. içj
te î mais malgré ces précautions , la piqueure
de l'artere ne fut point consoli
dée , & celle de la gaine , dans laquelle,
elle est enfermée , se rejoignit en peu de
tems > le sang que fournissoit la piqueure
de l'artere dilata bientôt cette tunique
vaginale , & fit une tumeur de la gros
seur d'une petite noix , qui avoit un mou
vement de sistole & de diastole.
Cependant , soit que les compresses
graduées & les bandages eussent arrêté le
cours ordinaire du sang , soit qu'il s'en
fut extravasé quelque portion avant que
l'ouverrure de la tunique vaginale se fut
cplée , il s'étoir fait au dessous de la,
première tumeur une seconde tumeur ,
qui étoit un véritable flegmon , 5c qui
rendoit la cure de l'anevrisme très-déli-?
çate & très -difficile.
M. Marçot prit le parti dans cettç
conjoncture d'attaquer le flegmon , de
le faire suppurer & de le mener à cica
trice , & ensuite ayant le champ libre
pour comprimer sans danger la tumeur
anevrifmale , il réduisit l'artere dans son
état naturel par le bandage de l'Abbé
IJourdelot , dont on voit tous les jours
des effets merveilleux dans des occasions
semblables.
Un tourbillon qui fit beaucoup de.
ravage aux environs de Montpellier ,
%96 MERCURE DE FRANCE.
fat le sujet d'un Mémoire que lut M.
.de Montferrier le fils , Sous-Directcuc
de l'Académie.
Ceux qui furent les témoins de la vio
lence de ce Météore lui donnèrent d'a
bord le nom d'Ouragan d'autres cru
rent qu'il a voit plus de rapport aux Trom
pes de Mer qui font quelquefois si fa
tales aux Navigateurs -, & d'autres plus
superstitieux que Philosophes , voulurent
>y trouver quelque chose de surnaturel ,
ôc se persuader que quelque Esprit folet
itoit la cause de cet Orage.
M. de Montferrier fit voir par la des
cription qu'il donna des véritables Ou
ragans §c des Trompes de Mer , que le
tourbillon qui étoit le sujet de son Mé
moire , n'avait aucun rapport avec les
Orages de P Amérique , ni avec ces co
lonnes de nuées qui s'élèvent ordinaire
ment fur la Mer > & fans s'arrêter aux
Esprits Folets qui ne peuvent être admis
que dans quelques Contes de Fées , il
appella le Météore en question un tour
billon de nuée & de vent , dénomination
qui n'est point arbitraire , puisqu'elle
«st prise de la nature même du- sujet dont
il s'agit.
En effet , M. de Montferrier fit remar
quer que les Vents de Sud & les Vents
d'Est fuient les seuls qui régnèrent pen
dant
FEVRIER. 173©. *97
dant les derniers jours du mois d'Octo
bre , que ces Vents toujours humides
avoient amoncelé beaucoup de nue'es
epaiffes fur l'Horison , 6V que le second
de Novembre une portion de ces nue'es
çtant poussée par un Vent de SudfEst
fort violent , fut forcée à fe mouvoir vers
le Nord , avec tin mouvement vortiqueux
, causé par les obstacles que l'asíemblage
des autres nuages quj l'environnojent
lui présentoic de toutes parts
hors le côté de la Terre où ce tourbillon
<e porta , y trouvant moins de résistance,
Ce Groupe de nuées qui étoit fort noie
& fort épais , ne patoissoit pas avoir plus
de trois toises de largeur fur une hau
teur indéterminée •> mais comme il étoit
pouffé par un Vent de Sud-Est très vio
lent , qu'il ayoit acquis un mouvement
de tourbillon très-rapide , & qu'il forçoit
l'Air qui l'environnoit à suivre le mê
me mouvement , le tout ensemble faisoit
un tourbillon d'environ cent toises de lar
geur , qui dans l'espace d'une demie lieue
renversa ou enleva tout ce quise ttouv»
sur son passage.
II y eut des personnes qui se trouvant
ì portée de voir cette nuée obscure qui
s'avançoit du Sud-Est au Nord avec un
bruit effroyable , crurent y avoir vû une
lumière rougeâtre comme la fumée ^ qui
«'élevs
fc98 MERCURE DE FRANCE.
s'élève d'un grand incendie , & d'autres
assurent avoir senti une odeur de souffre,
Selle à peu près que celle que l'on sent
jdans les lieux qui ont été frapés de la
foudre.
L'Académicien explique la première
apparence par le mouvement rapide , du
Météore qui poussoir avec violence la
matière étherée , & produisoit par là la
lumière , comme on le' voit arriver dans
le Phosphore du Baromètre , & plusieurs
autres expériences , dans toutes lesquelles
la lumière est une fuite d'un grand
mouvement ; ou par des rayons- du So
leil , qui passant dans les intervales des
nuées , soussroient des reflexions & des
réfractions qui les dirigeoient vers les
yeux du Spectateur. Pour l'odeur de sou
fre , il dit que le froissement des matiè
res que le tourbillon enlevoit pouvoient
bien en être la cause , en faisant dévelo?
per les particules sulfureuses qui y étoient
contenues ou qui étoient répandues dans
F Air , & les vapeurs qui enyironnoient
le tourbillon.
Cette explication paroît très-naturelle,
puisque s'il y avoit eu un feu actuel
dans le nuage , il auroit infailliblement
brûlé les diverses matières combustibles
qu'il enlevoit , & qu'il emportoit à plus
ic cenc t oises.
* ■
ÏEVRIER. 1730: 199
"ïnfin ce tourbillon finit à une demie
íieue de l'endroit où il avoit été apperçû
, parce qu'à force de s'étendre dans les
terres où il étoit moins exposé à l'impul-
{ïon du vent , & de communiquer de
son mouvement aux corps qu'il rencon
trait , il perdoit de Ion mouvement
propre , & que le groupe de nuée donc
il écoit composé venant à se íondre cr»
pluye , acheva de le dissiper.
M. Rivière fit part au Public dans ua
Mémoire qu'il lut ensuite , de l'Analyse
qu'il avoit faite de l'Ivraye , & de la
cause des mauvais effets que cette graine
produit quand elle est mêlée avec le
froment dont on fait le bon pain.
II commença par donner la descrip
tion Botanique de la Plante qui produíc
ce mauvais grain , afin qu'on ne puisse
pas k méconnoître quand rlle est en
herbe , & qu'on puisse l'arracher de bonne
heure quand elle est mêlée avec la plante
qui produit le bon bled.
Il fit voir par des expériences assu
rées , & par des raisonnemens très- so
lides , que les graines produisent toujours
des Plantes de leur espece , & que la
prétendue Métamorphose du froment en
Iyraye , & de l'Ivraye en froment , n'est
qu'une erreur populaire , fondée sur l'in-
%:tention de ceux quí sèment ces grai-
E nés.
joe> MERCURE DE FRANCE,
nés , & qui ne s'apperçoivent pas que
pour l'ordinaire elles font mélangées :
or jl est constant , comme l'a remarqué
M- Rivière , que l'ivraye demande pour
germer un tems fort humide & fort pluvieux
, & que le froment , au contraire,
n'a besoin que d'une humidité médiocre;
cnforte que quand on féme du froment
mêlé avec de l'ivraye , ou de l'ivraye
mêlée avec quelque grain de froment ,
c'est toujours la saison plus ou moins hu
mide qui fait que l'une de ces graines
fructifie, au préjudice de l'autre. Voilà
tout le misterc de cette prétendue Méta-p
morphofe , qui étant bien étendue n'a
tien que de fort naturel. .
M. Rivière passa ensuite à í'Analife
Chimique de l'ivraye, & chercha dans
la décomposition de cette graine les prin*
cipes qui peuvent être la cause des mau
vais effets qu'elle ptoduir. , ,
Il ne compte pas fur I'Analife qu'il en
a faite par la Cornue' , puisque par cette
voye toutes les plantes donnent , à peu
dé chose près , les mêmes substances qu;
ne font pour l'ordinaire que de produc
tions du feu ; mais il s'attache principa
lement aux principes que l'on en peut
tirer par la voye de la fermentation &
par la voye de l'extraction.
L'ivraye fens aucune addition & fans
feu,
FEVRIER. t7ja.
feu , bien preísée , humectée & couverte
d'un entonnoir garni d'une petite chape
d'alambic , lui a donné , quand eile a été
échauféc par la fermentation qui lui est
survenue , un esprit volatil urineux.
Par l'extraction qu'il a fait de la mê
me graine par l'Esprit de vin , il en a
sité une Résine fort acre & sort piquante.
Et de la lessive qu'il a faite du Resi-
-du , il en est sorti un Sel alkali un peu
.caustique. D'où il conclud qu'une graine
qui contient de tels principes peut eni
vrer , donner des vertiges & des maux
àe tête , des maux d'estomac & des votniflernens.
L'experience a .fait voir à M. Rivière
la justesse de ses raisonnemens , puisqu'il
a guéri des personnes attaquées de quel
ques-uns decesmauXjen leur faisant quitet
leur Boulanger, 5c leur faisant man
ger du pain dont on avoit séparé avec
foin toutes les mauvaises graines. C'est
te qu'on peut appeller guérir les mala
dies sûrement , promprement & sans de»
goûr , ce qui est l'intention de la bonne
Médecine.
Personne n'ignore que la fonte de lá
Glace ne soit un effet ordinaire de la
fhaleur , & cette cause est si manifeste
qu'on he s'est pas rais en peine d'en
chercher d'autres j il y en a une cepen
£. ij daia
)©i MERCURE DE FRANCE,
dant plus cachée, que M. Haguenot fe
propose de découvrir dans le Mémoire
dont nous allons donner un Abrégé. '
Quelques Sçavans de Paris firent sçavoir
à M. Haguenot que de deux pos
tions de Glace d'uri égal poids & d'un
égal volume, dont l'une est mise sur U
rriain d'un homme qui se porte bien , &
l'autre sur une asiìete d'argent , celle qui
est mise sur l'aíîìete d'argent fond plu«
vîte de quelques minutes que celle que
l'on met' fur la main. Cette Expérience
que M. Haguenot a repeté plusieurs foisj
a toujours réussi de même.
Pour trouver la cause d'un effet qui
paroît un paradoxe , M. Haguenot mit
des portions égales de glace fur plusieurs
Métaux , comme fur l'or , le cuivre , la
plomb , l'étain , l'aiman , le fer , l'acier,
& il trouva constamment que la Glace
fondoit plus vîte fur le cuivre que fuir
tous les autres Métaux , & fur un fer à
repasser plus vîte que fur du fer ordi
naire , Sc que fur l'acier & fur l'aimanr.
Il fait remarquer que dans toutes ces
Expériences il faut que la Glace touche
immédiatement le Métail , fans quoi la
fonte de la Glace n'est pas à beaucoup
près si prompte ; il a même observé que
lorsqu'on met la Glace sur un fer rabo
teux , la superficie, de la Glace , quoique -
Hie
FEVRIER. 17?»: jej \
polie auparavant , devient inégale , c'cstà-
dire , qu'elle fond plus vîte dans lespoints
où le Métal touche la Glace im
médiatement.
M. Haguenot , après avoir cherché las
cause d'un etfet si long-tems ignoré , &•
avoir abandonné la matière magnétique
qui paroissoit une Cause assez vrai-sem
blable , s'est porté à croire que toutes les
parties intégrantes des corps solides font
dans un trémoussement perpétuel , quoiqu'infensibles
;que ce trémoussement est
la cause que les corps les plus solides fe
détruisent comme d'eux-mêmes avec le
t«ms , & que c'est à ce rríême trémoussèment
qu'il faut attribuer la fonte de 1*
Glace qui arrive sur lés Métaux quand
elle leur est immédiatement appliquée j
8c si cette fonte se fait plus vîte fur le
cuivre que' fur le fer & fur Parier , c'est
apparemment, dit M. Haguenot, pareeque
les parties du fer & de l'acier étant
beaucoup plus ferrées que celles du cui
vre , elles n'ont pas un trémoussement
assez libre , & ne peuvent pas agir si vi
vement fur la glace.
Quoique l'hipotefe de M. Haguenot air;
quelque vrai-semblance , il ne la proposa
cependant que comme douteuse , fc ré
servant de faire encore plusieurs Expé
riences pour s'assurer de la vérité.
E iij Lçâ
$04 MERCURE DE FRANCE;
Les Récapitulations que fit M. te Pré
sident de tous ces Mémoires , en furenc
des Extraits plus courts , mais plus précis
Sc plus vifs que ceiix que l'on donne ici.
11 loua le travail & l'exactitude de ceux
qui a voient lû les Mémoires -, il exhorta
tous les Académiciens à continuer leurs
recherches qu'il dit être aussi utiles que
curieuses , & voulut bien leur faire espé
rer qu'il ne perdroit aucune occasion
d'assister à leurs Aslemblécs quand il se
trouveroit à portée de pouvoir en pro -
fiter.
Fermer
Résumé : EXTRAIT de l'Assemblée publique de la Societé Royale des Sciences, tenuë dans la Grand'Sale de l'Hôtel de Ville de Montpellier le 22. Decembre 1729. l'Archevêque d'Alby y présidant.
Le 11 décembre 1715, une assemblée publique de la Société Royale des Sciences à Montpellier a eu lieu. L'archevêque d'Alby, présidant à la place du marquis de Castries, a remercié la compagnie pour son élection et a affirmé son soutien aux sciences et aux beaux-arts. M. Marçot, directeur de la Société, a lu un discours préliminaire sur les activités de l'Académie et les observations scientifiques réalisées. Il a également présenté une observation médicale sur la guérison d'un anévrisme complexe. M. de Montferrier, sous-directeur, a lu un mémoire sur un tourbillon ayant causé des ravages près de Montpellier. Il a décrit ce phénomène comme un tourbillon de nuages et de vent, expliquant ses effets destructeurs et corrigeant les perceptions erronées liées à des phénomènes surnaturels. M. Rivière a fait une analyse de l'ivraie, une mauvaise herbe nuisible au froment. Il a démystifié la prétendue métamorphose entre l'ivraie et le froment, expliquant que les conditions climatiques favorisent la germination de l'une ou de l'autre. Il a également analysé chimiquement l'ivraie, identifiant des substances nocives responsables de ses effets néfastes sur la santé. Enfin, M. Haguenot a présenté une étude sur la fonte de la glace, notant que celle-ci fond plus rapidement sur certains métaux comme le cuivre. Il a attribué ce phénomène à un trémoussement perpétuel des particules solides, plus libre dans certains métaux que dans d'autres. Le président de l'académie a résumé les mémoires en des extraits plus courts, précis et percutants. Il a loué le travail et l'exactitude des personnes ayant lu les mémoires et a encouragé les académiciens à poursuivre leurs recherches, qu'il juge utiles et intéressantes. Il a également exprimé son souhait de participer aux assemblées de l'académie lorsqu'il en aura l'opportunité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1243
p. 304-318
RÉJOUISSANCES de la Ville de Marseille.
Début :
Quoique Marseille, à l'imitation des plus considerables Villes du Royaume, ait [...]
Mots clefs :
Réjouissances, Marseille, Cathédrale, Peuple, Tambours, Naissance du Dauphin, Fête, Bal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉJOUISSANCES de la Ville de Marseille.
R E'J OV ISSANCE S de la Ville de
Marseille.
QUoique Marseille , à l'imîtatíon des plus
considérables Villes du Royaume > ait
íait de fort belles choses à l'occafion de la
Naissance du Dauphin , indépendemment de
ce qui s'est passé dans la même Ville de 1%
part des Citadelles , du Corps des Galères
& de Y Arcenal , dont nous avons rendu comp
te en son tens. Marseille, dis- je, n'a pas
imité ces Villes du premier Ordre dans le
foin qu'elles ont pris de nous envoyer des
Descriptions de leurs Fêtes , pour les. inférer1
dans un Livre qui contient l"Histoire Jour
nalière de la Nation , & qui est particulière
ment dessiné à conserver le dépôt de ces forte»
FEVR I Ë R. trtà. }o5
de momimens. C'est ce qui fait que nouj par*
Ions si tard de ce qui s'eit fait dans cette celebreVille,&
que nous ne pourrons le faire que
fore brièvement , par les circonstances úù\
nous nous trouvons. Nous ferions même tout
à fait hors d'état de rendre ce compte au
Public , fi le hazard ne s'en étoit enfin mêlé*
en faisant tomber entre nos mains , au moié
de Février . le Mémoire imprimé à Marseille
des Réjouissances qui ont été faites dans cette
Ville, en Septembre. Nous allons donner utl
Extrait de ce Mémoire;
Le i7. Septembre au soir , quatre Trom
pettes à cheval » précédez d'un Timballier ,
accompagnez de plusieurs Tambours & Fifres*
tous avec les couleurs de la Ville , publièrent
dans tontes les Places publiques ['Ordonnan
te des Echevins, portant qu'on fermeroit les
Boutiques pendant trois jours i qu'on illumineroit
toutes les Maisons , &t qu'on feroie
des feux devant les portes. Le bruit des trom-*
pettes , des tambours & de toutes lss clo
ches de la Ville qui sonnèrent en mime terni,
anima le Peuple déja disposé à la joye- Totíí
retentit de cris& d'acclamations réitérés.
Dès le matin du iS. les Galères qui celébroient
ce jour là leur derniere Fête , furent
ornées de leurs Etendarts &c. Plus de cent
Vaisseaux & autres Bâtimens qui étoient dans
le Port arborèrent leurs Pavillons, ce quí
fit une variété aussi agréable que surprenante»
Le Peuple dansoit cèpendant au son des tam
bours dans toutes les Places ; on avoit placé
devant l'Hôtel de Ville & au Cours quatrd
Fontaines de vin<
Le Marquis de Pilles , Gouverneur* Viguief
de Marseille, & les Echevins en Roberou
3 o-6 MERCURE DE' FRANCE,
ge , suivis d'un nombreux cortège > se rendîi
rent ce même matin à TEglise Cathédrale
pour assister à la Messe solëmnelle que M%
FEvêque célébra pontificalement ; elle succhantée
en Musique ; on tira à l'élevation n.
pieces de Canon que les Echevins avoiene
fait mettre fur la Plateforme qui regarde la
Mer près la Cathédrale.
Ce jour là M. l'£vêque donna à diner k
cent pauvres dans la Cour de l'Evêché , fie
distribuer des- aumônes à tous ceux qui se pré
sentèrent à la porte pendant ces trois jours de
Fête, & il n'oublia pas les pauvres honteux
auxquels ce Prélat fit des libéralisez par le
Canal des Curez. C'est ainsi que celui qui dans
des jours de deifíl & de désolation n'abandonna
jamais les pauvres , les a traitez dans ces
jours dejoye & de jubilation.
Sur les 4. heures du soir , les Officiers mu
nicipaux & les principaux Citoyens se ren
dirent à l'Hâtel de Ville pour accompagnes
les Magistrats au Te Deum ; une troupe de
plus de mille jeunes garçons portant des
Guidons & des Banderolies aux Armes da
Roi & de Monseigneur le Dauphin commençoient
la marche. Les trompettes & les tim
bales précedoient un Corps d'Infanterie tiré'
des Arts & Métiers , divisé en 4. Compagniesde
cent hommes chacune , avec leurs dîfferens
Drapeaux , & com mandé par les 4. Ca«-
pitaines de la Ville.
Ces nouveaux Soldats étoient proprement
habillez, & avoient des Cocardes > donc les
couleurs distinguoient les différentes Compatnies.
Leurs rangs étoient mêlez de Hautbois*
e Fifres & de Tambours. Une bande de Vio
lons suivoic Les Gardes de Police » la livré*
de
FEVRIER. 1730. 307
de la Ville , celle du Gouvernfur-Viguier Sa
les Halebardiers préeedoient les Echevins. Ler
Marquis de Piles éroit à la droite des deux
premiers , & les deux autres avoient à leur
gauche l'Orateur de la Ville. Une siiite nom
breuse de personnes distinguées fermoit cette,
marche ; un Peuple infini bordoit tous les .
passages. En arrivant à la Cathédrale on fit
une décharge de toute la Mousqueterie & de
aï. pieces de Canon. Les Echevins se pla
cèrent dans le Choeur , où les Officiers de la
Senechauffée s'étoient déja rendus. M. l'Evêque
officiant pontificalement entonna le
Te Deum,<\m fut chanté par la Musique au
bruit des Canons & de toute la Mousque<
terie.
, On, commença ensuite la Procession géné
rale , âlaquelle tout le Clergé séculier & ré
gulier aíîìíta í on y porta la Statue de la trèssainte
Vierge , les Châsses de Saint Lazare 8c
de Saint Cannât , & les Reliques de Saint Vie*
tor , Martyr de Marseille; M. l'Evêque err
habits pontificaux , le Gouverneur Viguier &
les Echevins y assistèrent avec toute leur
fuite. A mesure que les Reliques sortoient de
l'Eglise elles furent íaLuées du Canon & dà
la Mousqueterie , e'ies le furent de cent Boè
tes dans toutes les Places publiques . St on
fit le même salut en rentrant j M. l'Evêque'
donna la Bénédiction du Très- Saint Sacre
ment au bruit du Canon & de la Mousque
terie. v.
Au sortir de la Cathédrale , on marcha versr
la Place Neuve , où l'on avoit dressé lJ Appa
reil d'un grand Feu de joye , orné de Porti
ques, d'Emblèmes &c. Plus de cent flambcauxdfr
cire blanche écìairoient la marcha-
£ v routes
^oS MERCURE DE FRANCE;
toutes les Maisons" étoient illuminées , de*
feux brûloient devant les portes , la Cita
delle , le Fort Saint Jean , celui de Notre-
Dame de la Garde , l'Arfenal , les Tours de
l' Abbaye de Saint Victor > la Rive- Neuve »
les Galères, le Port> tout étoit éclairé ,8e
la Ville entière paroisloit être dans un em
brasement gênerai ; les quatre Compagnies
rangées autour de la Place firent une salve
de Mousqueteric , suivie de celle de itic.
Boëtes. Après que le Marquis de Pilles & le*
Echevins eurent allumé le feu de joye > on
tira en même tems une prodigieuse quantité
de Fusées.
Le Corps de Ville se rendir ensuite à l'Hôref
de Ville par le Quay du Port* alors les Ga
lères firent trois décharges de leurs Canons
Sc des Coursiers > l'Arccnal fit tirer des Biëtes
, les Vaisseaux du Port , la Citadelle , le
Fort Saint Jean , celui de Notre-Dame de la
Garde firent autant de décharges de toute
leur Artillerie , & des Gerbes de Fusées rem
plirent le Port d'une pluye de feu à trois
différentes reprises.
. La Façade de l'Hôtel de Vil'e , fi estimée des
Connoisseurs * si remarquable par ses riches
f*) Le Chevalier Bernin ayant vú à Rome
U dejfein. entier de l'Hôtel de Ville de Mar
seille de la main de Fugeft avoua qu'il navoit
encore rien vû en ce genre d'un plus grand
goût ì ér H admira fur tout la Fa f ad?. 11 y »
une belle description d- cette Façade dans un
M. rcure de l' année iéSi à VOccasion de l*
Herbe illumination qui y parut dins la Vètt
tu* donna Marseille pour célébrer la Naissance:
•iu Due de Bourgogne f père d» Roi. Cette F*.
etobeL
EE VRI ER. 1750. 309
I ímbèllissemens & par la beauté de son Ar-
* chitecture , sur tout par cet incomparable
j morceau de sculpture qui contient les Armes
du Roi , Chef-d'oeuvre du fameux Pierre
I Puget, Marseillois , qui a donné les desseins
de tout le Bâtiment 5 cette Façade , dis-je, at
tira cc four li l' admiration publique» Plus d'un
million de lumières arrangées avec cimétriei
cn fit voir non- seulement toutes lesbeautez,
mais en marqua encore les ornemens les plus
déliez des diflíercns ordres dont elle est com
posée , en les profilant.
Les Echevins se dépouillant , pour ainff
dire , de la qualité de Magistrats pour ren
trer dans celle de simples Citoyens , voulu
rent témoigner leur zele particulier &• personel
, & donneient en leur nom des Fêtes
qui se firent remarquer* M. Ravel , premier
Echevin , donna un souper à tout le Corps
de Ville ; la Maison étoit artistement illumi
née ; les Boëtes furent tirées à chaque santé
Royale. Au sortir de table » la Compagnie alla
au Bal que les Echevins donnoient dans la
Salle de la Loge ( c'est le lieu où* s'affemblenc
tous les Negocians ; cette Salle qui a 90,
pieds de longueur fur 4? de largeur étoit
richement ornée & éclairée par quantité de
lustres de cristal & par des flambeaux por
tez par des Bras » les Portraits du Roi & de
la Reine étoient placez fous un Dais de ve
lours Cramoisi , enrichi de galons , de crepifade
étoit alors dans toute fa beauté , & on
Ciseau du célèbre Puget , font un contraste de~
[agréable.
E vj
jio MERCURE DE FRANCE,
nés & de franges d'or. Les Violons étoîrtic:
placez fur des Amphithéâtres aux deux boucs,
de la Salle ; differens Buffets étoient remplis
de toute forte de Rafraîchissemens ; on pré
senta indifféremment â tout le monde & en
profusion des confitures , des liqueurs & des
eaux glacées de toute efpece. La Salle fut
aífez grande pour y danlèr en trois differens
endroits, Le Bal dura jusqu'à 7. heures du
matin.
Le second jour les Pauvres ressentirent les
effets de l'attention des Echevins. Sur les 9.
heures du matin une Compagnie de Bouchers
habillez en Gladiateurs , quynarchoient avec
des Tambours , escorta deux Boeufs qu'on
avoir égorgez & qui étoienc ornez de Guirlan
des ; ils furent portez chacun par quatre de
ces Gladiateurs à la Place Neuve où on les
rôtit tous entiers ; peu de gens fe refusèrent
à ce fpeótacle ; fur les 4. heures du soir ces
Boeufs furent portez devant l'Hôcel de Ville,
dépecez & distribuez. On y donna deux mille
pains, les Fontaines de vin coulant toujours»
outre cela on fit distribuer des charitez à un
grand nombre de personnes , qui fans ce
secours n'auroient pas participé a la joye pu
blique.
Sur le sòir, les quatre Compagnies dont on
a parlé , s'étant renduës devant l'Hôrel de Vil
le , & toute la Ville étant déja éclairée Comme
el le l'étoit le jour précédent ; le Marquis de
Pilles & les fc chevins , allèrent en Cc-rrmonie
a'iumer un Feu de ioye dressé â la Place de
Linche , au bruit réitéré de la Moufqueterie ,
des Boëtes , & de trois décharges que les Vais
seaux du Port firent de leurs Calons , on y tira.
ua grand nombre de fusée».. Le Corps.de TUfe
FEVRíER. 1730. 31*
alla ensuite chez M. Martin , second Echevin ,
1 qui à ion tour lui donnoit à souper ; sa Maison
tut éclairée avec distinction , les samez Royales
& de Monseigneur le Dauphin furent laluées
au bruit de toutes les Boëtes.
Cependant les Echevins avoient fait élever
un Arc de Triomphe au milieu. du Couis , en
tre les deux grands Bassins de marbre blanc ;
cet Edifice compoíé. de deux Ordres , avoic
depuis le Zocle jusqu'au Eronton qui le couronnort
5-4. piés de hauteur, fus jtf. de largeur.
Les deux principales Faces étoient tournées
l'une vers la Porte Royale > & l'autre vers la
Porte de Rome. II y avoit au milieu de chaque
Eace une grande ouverture ceintrée de 57. piés
de hauteur > fur 10. de largeur.
Le premier Ordre étoit posé fur un Zocle de
marbre brun de j. piés de hauteur , d'où s'éle-,
voient 4- Pilastres saillants d'un marbre jaspé ,
dont les Bases & les Chapiteaux étoient d'or
feint , portant une Corniche qui fer voit d'Im
poste à l'ouverture de l'Arc : les Pihsires les
plus proches dé cette ouverture formoient un',
Avant Corps ,. & des Piédestaux de marbre
blanc ornez de moulúresd'or qui s'élevo:ent
du Zocle y étoient adossés ^ I'entre-dr ux des;
Pilastres étoit rempli de Cartouches , dont les
bordures étoient d'or fur un fond de marbregris
dont tout f Edifice étoit bâti , & l'Entablement
étoit de marbreblanc, excepté laFrize
de lapis , enrichie de tous les orr.emens cpnvenables.
Les Cartouches portoient des Em
blèmes & des Devises.
Des Pilastres couplés & faillànts .. dont les
Bases & Chapiteaux étoient anifi d'or , for
moient le second Ordre qui étoit orné d'une:
Ceiniche de majbie blanc , d'oûí'élevoit un
Etontoite
i t £ MHÏICÛRÊ DÊ FRANCË. ^
Fronton triangulaire . dont le Timpan étoít de
rnarbre noir? les entre-deux de ces Pilastres
étoient remplis de Cartouches ausli remplis
íFEmblêmes & de Devises, & les Cartouches
étoient suspendus à des Festons, attachés à des
masques bronzés & aux volutes des Chapi
teaux.
Dans la Face opposée à la Porte Royale, orr
Voyoit dans le Frontispice les Atmes du Roy
soutenues par deux grands Génies ; & dans
• un riche Cartouche qui forrnoit la clef de
l'ArCjonlisoit cette Inscription en Lettres d'orí
Vublict IttitU Uonumentum tdajsilia civitas
fostiit , M. DCd XXIX.
Sur le sommet du Frontort qui cóuronnóît
tout l' Edifice, s'élevoit sur un Piédestal de
rnarbre une belle 8c grande Figure de Femme ,
Symbole de la Ville de Marseille , qui tenoie
le Portrait de Monseigneur le Dauphin , avec
ces mots qu'on li 1 oie dans un Cadre d'or fur
le Piédestal : Mitjftlia voti compts*
Sut deux autres Piédestaux , à côté de la Fi
gure de Marseille , on voyoit à droite la Re!i-<
gion habillée en Vestale , tenant un Vase d'or
qui exhaloit des Parfums , & à gauche la Justi
ce tenant la Balance d'une main & un Faisceau
d'armesde l'autre ; fur la Corniche de l' Arrierë-
Corps du premier Ordre , d'un côté on voyoit
- Apollon , & de l'autre Minerve , avec tous
leurs Attributs j & devant les Pilastres de
1" Avant Corps fur les Piédestaux qui s'éls-
Voient dt! 2ocle » orí voyoit d'un cô^é Mercure
Dieu du Commerce , tenant une Bourse rem
plie, & de l'autre Thetis tenant un Vaisseau ì
Voiles enflées , ayant à ses pieds des Coquil
lages , des Perles , du Corail , &c.
Tous les Cartouches étoient , comme on l'a
dit ,
fEVRTÊR; 1716;
dît ) remplis de Peintures symboliques , ceusí
des Pilastres supérieurs contenoient ces quatres
Emblèmes.
La première , un Aigle volant & un Aiglon
un peu mains élevé,avec ces mots : Superas docet
ire pir auras»
La seconde , Alcide dans le berceau étouf
fant deux Serpens: Nunc Alcides mox Her
cules,
La troisième , une Corne d'abondance t pré-*
sentant trois Roses & un Lys au-dessus beau
coup plus élevé: Vives jam copia Cornu.
La quatrième » un,Dauphin couronné sor
tant de la mer , environné d'une multitude
d'autres Poissons : Parriìs regnabit in undisj
Sur le Piédestal d'où s'élevoit la Figure de
Mercure, cn'avoit peint dans un Cadre d'or*
une Ancre où étoit entortillé un Dauphin avec
ees mots : Firmat & ornât ; & fur celui d'od;
s'élevoic Thttis on avoit peint la Planette de'
Jupiter & un de ses Satellites : Monsirat miner'
ignis iter.
Dans les Cartouches qui au-dessus de Mer
cure & de Thí cís rempliflòitnt les entre-deux
des Pilastres du premier Ordre , en voyois
ces deux autres Emblèmes.
Trois Homme» regardant un Arc en- Ciel'
& tournant le dos à un Soleil levant : Dat
signa & foedtra pacis Un Soleil naissant &
trois Etoiles qui commençoient à diíparoître í
Majora dabit Soi lum'ma terris^
Dans ta face de 1* Arc de Triomphe, tour-'
liée vers la Porte de Rome , on liíoit au fron
tispice qui étoit de marbre noir cette Infcrip-f
tion en lettres d'or : Serenijsime Galliar. Delfhino
natoprid, non. sept, conjf. N Joan.'B.n'velj
Francis. Martin, J*c, Remuant , Joa». Roman-.
M.DCC XXlXt
Sas
MERCURE DE FRANCE;
Sur la des de l" Arc , un riche Cartouche ,
contenoit ce Distique aussi en lectre d'or.
Expe&ate diò , per te Gens í rancie» neèìit*-
Perpétuas paci Utituque moras.
Sur le Timpan on voyoic s'élever trois gran
des Figures fur leurs Piédestaux, richementpeintes,;
celle du milieu qui paroiíToit fur le
sommet, reprefentoit la France, tenant d'une
màin les Armes de Monseigneur le Dauphin
& de l'autre des liens ou Guirlandes de fleurs.
avec lesquels elie tenoit comme enchaînées la
Paix & la Joye, représentées par les deux au
tres Figures qui étoient à fes côrëi. La Paixqui
étoic à droite avoit à ses pieds trois Gé
nies , dont un lui prefentoit un Rameau d'O--
livier , l'autre une Gorne d'abondance , 8c le
troisième paroilíoit occupé à briser des lances
& des flèches; la joye qui dtoir à gauche,
tenoit à la main un Caducée, & avnit à fespieds
des Feux d'artifice & toutes fortes d'ínstrumens
de Musique.
Sur les Piedestaux^qui s'éíevoierrt du Zocle,.
adossez, au Pilastre du premier ordre, on voyoic
de chaque côté une grande Figure. A droite
celle du Maréchal Duc de Viílars, Gouver
neur de Provence ,■ armé d'une Cuiralîe &-
d:un Bouclier, tenant à la main le Bâton de
commandcment-Un petit-Génie à ses pieds por
tait l'Ecu de les Aimes, 8í au dessous dansune
Bordure i'or on lisoit ces Vers fur le
piédestal de la Figure-
"La Guerre au plus haut point avait porté ma
gloire ,
C'est h mes foins qu'on dut la Faix i
Mais son plus fur garand & le plu: plein d'at~
traits x
FEVRIER. 1730. 31J
Man/jttoit à m» double victoire ,
XJ'ti Héros en naissant y met les derniers traits.
La Figure du côté gauche representoit en-'
core Marseille en Nymphe & dans une attitu^
de majestuejfe,regardant le Portrait deMonseifneur
le Dauphin que la France présentoir dit
auc du Timpan, auquel elle adressoic ces Vers*
Moi qui dans des teins s moins heureux ,
Met 1 ois ma gloire a n avoir point de Maître ,
Au bonheur d'obéir au Roi qui vous fit naître »•
Jt borne aujourd'hui tous mes voeux ,
Comme il est mon Héros vous devez, un jour Vêt rt;
Mais le plus tard fera le mieux.'
Deux grands Génies qu^ s'élevoíent fur Ia>
Corniche du premier ordre, tenoient chacur»
irn Cartouche; on avoit peint dans l'un une colomne
soutenant une partie d'un Edifice avec'
ces mots; Columenque decufque :8c dans l'au
tre des illuminations & des Feux d'artifice
a'vec ces mots.. Veiïora ardetitiùs.
Dans deux autres Cartouches placez audessous
dans les entre- colonnemens de-ce pre
mier ordre, on voyoit dans l'un des Oliviers
qui reçoivent les rayons du Soleil levant, avec
ces mots : Oleas foecundat ab ortu :' & dans
1 autre un Vaisseau , fur la poupe duquel paroissoit
Arion jouant de la Lyre , & fur l'eau,
un Dauphin avec ces mots : Cantu precibujque
VocatHs.
Les Cartouches placez des deux côte* dans
les entre- deux des Pilastres supérieurs contenoient
4. autres Emblèmes. La première des
deux qui écoienc fous la figure de la Joye,.
«ost
;i£ MËRCURË DE Ï*RANÍCE.
étoit un Soleil levant regardé par un Lyórí ,
tin Aigle & un Léopard : Unum fusficitmt omiies:
& l'autre étoit un Dauphin sur la íurface
de la Mer : Mole mìnìr fed Majejìate vcrendús.
La première de celles qui étoient placées de
l'autre côté fous la Figure de la Joye , vepre*
sentoit deux Bergers tendans lès mains vers
le Ciel, à la vue d'une pluye qui tombe , &
la Terre couverte de fleurs desséchées : Preci*
bus alcftia: l'autre faisoit voir trois'Etoiles*
deux ensemble & une plus éloignée j & toutes
trois touchées par les rayons du Soleil nais
sant : Pttlchrior exibit fí fr&eeffere minâtes.
Cet Arc de Triomphe , qui par la beauté du
dessein , la magnificence de sa structure & le
succès de l'execution , avoit déja attiré tous
les regards , les fixi entièrement lorsque le i<u
Septembre au soir il fut éclairé d'une multitude
infinie de Lampions», qui joints à s'illumina-,
tion de tòutes les maisons du Cours , qui font
toutes d'une même hauteur & Architecture,
avec des Balcons, dissipèrent entièrement les
ténèbres. Les 4. Compagnies entrèrent dans
íè Cours par l' Avenue qui est du côté de la
Porte Royale , passèrent fous l'Arc de Triom
phe , firent une salve devant ce Monument &
allèrent se ranger en bon ordre autour de la
Place S, Louis , où le Feu de joye étoit dressé.
Lorsque le Gouverneur- Viguier & les Eche
vins l' eurent allumé, il sortit des 8. Colomnes
posées autour des Portiques de l'Edifice du
Feu & des Caisses placées fur les Corniches
de l'Arc de Triomphe, un fi grand nombre de
fusées, que se croisant ensemble elles firenï
paroître comme une voute de feu , qui occupoit
ce qu'il y a d'espace entre la Place sainÉ
louis & celle de l'Arc de Triomphe. On en
tendit
FEVRÍÉR. T730. itfy
iendit alors une salve de toute la Mousquets
rie , celle de zoo. Boëces, te plus de 500. coups
de Canons que tirèrent les Vaisseaux. Ce bruie
joint à celui des Trompettes , des Timbales 8C
des Tambours > au son des Hautbois & des
Violons , & aux acclamations de tout un grand
Peuple; tout cela fit un effet surprenant.
Le Corps de Ville se rendit ensuite cheA
M. Ramusat , premier Echevin nouvean, qui
f avoit invité pour ce loir-là , sa Maison étoit
ingénieusement éclairée , il y eut y o- Boëtes ti
rées à chaque Santé Royale que l'on but.Aprèí
le Repâs on alla au Concert que les Echevins
donnèrent dans la Salle de la Loge > elle étoit
ornée comme on l'a dit. Le Concert étoit com
posé des meilleurs Instrumens & des p'us belles
voix de l'Academie de Musique & de l' Opérai
11 y eut une affluence infinie de monde. Au
Concert succéda le Bal qui dura jusqu'à neuf
heures du matin, & on diítribua des Confitures
& des Rafraîchissemens comme le premier iour«
M. Roman > Echevin , qui pendant ces trois
jours n'avoit pu donner fa Fête en particulier,
invita le Corps de Ville à souper le premier/
d'Octobre. La situation avantageuse de sa matson
fit encore plus remarquejr son illumina
tion. Les Boëtes se firent entendre . le Repas
fut suivi du Bal, & fa Fête fut cofhme une
extension des Réjouissances publiques. La pro
preté 5 la délicareflè & Tabondance régnèrent
dans tous les repas donnez par les Echevins.
Les Intendans de la Santé ont aussi marqué
leur joye par une Fête particulière;- ils prièrent
les Echevins d'assister au Te Deum qu'ils firent
chanter dans la Chapelle des Infirmeries.» on
alluma ensuite un Feu de joye qu'ils a voient
fait préparer hors des Enceintes ; on fie une
iiì MERCURE m FR ÂlSsCÉ.
décharge de cent cinquante Boëtes > & orir tirai
plusieurs Gerbes de Fusées , toute la façade du
Bureau de la Santé qu'on avoit ornée d'Em
blèmes, &c. étoit parfaitement illuminée, de
même 'que la Porte du grand Pavillon des In
firmeries & les Portes de la double enceinte.'
Ils se rendirent ensuite en un Pavillon voisin ,•
«û l'on servit un Ambigu, & on tira cinquante
Boëtes à chaque Santé Royale
Marseille.
QUoique Marseille , à l'imîtatíon des plus
considérables Villes du Royaume > ait
íait de fort belles choses à l'occafion de la
Naissance du Dauphin , indépendemment de
ce qui s'est passé dans la même Ville de 1%
part des Citadelles , du Corps des Galères
& de Y Arcenal , dont nous avons rendu comp
te en son tens. Marseille, dis- je, n'a pas
imité ces Villes du premier Ordre dans le
foin qu'elles ont pris de nous envoyer des
Descriptions de leurs Fêtes , pour les. inférer1
dans un Livre qui contient l"Histoire Jour
nalière de la Nation , & qui est particulière
ment dessiné à conserver le dépôt de ces forte»
FEVR I Ë R. trtà. }o5
de momimens. C'est ce qui fait que nouj par*
Ions si tard de ce qui s'eit fait dans cette celebreVille,&
que nous ne pourrons le faire que
fore brièvement , par les circonstances úù\
nous nous trouvons. Nous ferions même tout
à fait hors d'état de rendre ce compte au
Public , fi le hazard ne s'en étoit enfin mêlé*
en faisant tomber entre nos mains , au moié
de Février . le Mémoire imprimé à Marseille
des Réjouissances qui ont été faites dans cette
Ville, en Septembre. Nous allons donner utl
Extrait de ce Mémoire;
Le i7. Septembre au soir , quatre Trom
pettes à cheval » précédez d'un Timballier ,
accompagnez de plusieurs Tambours & Fifres*
tous avec les couleurs de la Ville , publièrent
dans tontes les Places publiques ['Ordonnan
te des Echevins, portant qu'on fermeroit les
Boutiques pendant trois jours i qu'on illumineroit
toutes les Maisons , &t qu'on feroie
des feux devant les portes. Le bruit des trom-*
pettes , des tambours & de toutes lss clo
ches de la Ville qui sonnèrent en mime terni,
anima le Peuple déja disposé à la joye- Totíí
retentit de cris& d'acclamations réitérés.
Dès le matin du iS. les Galères qui celébroient
ce jour là leur derniere Fête , furent
ornées de leurs Etendarts &c. Plus de cent
Vaisseaux & autres Bâtimens qui étoient dans
le Port arborèrent leurs Pavillons, ce quí
fit une variété aussi agréable que surprenante»
Le Peuple dansoit cèpendant au son des tam
bours dans toutes les Places ; on avoit placé
devant l'Hôtel de Ville & au Cours quatrd
Fontaines de vin<
Le Marquis de Pilles , Gouverneur* Viguief
de Marseille, & les Echevins en Roberou
3 o-6 MERCURE DE' FRANCE,
ge , suivis d'un nombreux cortège > se rendîi
rent ce même matin à TEglise Cathédrale
pour assister à la Messe solëmnelle que M%
FEvêque célébra pontificalement ; elle succhantée
en Musique ; on tira à l'élevation n.
pieces de Canon que les Echevins avoiene
fait mettre fur la Plateforme qui regarde la
Mer près la Cathédrale.
Ce jour là M. l'£vêque donna à diner k
cent pauvres dans la Cour de l'Evêché , fie
distribuer des- aumônes à tous ceux qui se pré
sentèrent à la porte pendant ces trois jours de
Fête, & il n'oublia pas les pauvres honteux
auxquels ce Prélat fit des libéralisez par le
Canal des Curez. C'est ainsi que celui qui dans
des jours de deifíl & de désolation n'abandonna
jamais les pauvres , les a traitez dans ces
jours dejoye & de jubilation.
Sur les 4. heures du soir , les Officiers mu
nicipaux & les principaux Citoyens se ren
dirent à l'Hâtel de Ville pour accompagnes
les Magistrats au Te Deum ; une troupe de
plus de mille jeunes garçons portant des
Guidons & des Banderolies aux Armes da
Roi & de Monseigneur le Dauphin commençoient
la marche. Les trompettes & les tim
bales précedoient un Corps d'Infanterie tiré'
des Arts & Métiers , divisé en 4. Compagniesde
cent hommes chacune , avec leurs dîfferens
Drapeaux , & com mandé par les 4. Ca«-
pitaines de la Ville.
Ces nouveaux Soldats étoient proprement
habillez, & avoient des Cocardes > donc les
couleurs distinguoient les différentes Compatnies.
Leurs rangs étoient mêlez de Hautbois*
e Fifres & de Tambours. Une bande de Vio
lons suivoic Les Gardes de Police » la livré*
de
FEVRIER. 1730. 307
de la Ville , celle du Gouvernfur-Viguier Sa
les Halebardiers préeedoient les Echevins. Ler
Marquis de Piles éroit à la droite des deux
premiers , & les deux autres avoient à leur
gauche l'Orateur de la Ville. Une siiite nom
breuse de personnes distinguées fermoit cette,
marche ; un Peuple infini bordoit tous les .
passages. En arrivant à la Cathédrale on fit
une décharge de toute la Mousqueterie & de
aï. pieces de Canon. Les Echevins se pla
cèrent dans le Choeur , où les Officiers de la
Senechauffée s'étoient déja rendus. M. l'Evêque
officiant pontificalement entonna le
Te Deum,<\m fut chanté par la Musique au
bruit des Canons & de toute la Mousque<
terie.
, On, commença ensuite la Procession géné
rale , âlaquelle tout le Clergé séculier & ré
gulier aíîìíta í on y porta la Statue de la trèssainte
Vierge , les Châsses de Saint Lazare 8c
de Saint Cannât , & les Reliques de Saint Vie*
tor , Martyr de Marseille; M. l'Evêque err
habits pontificaux , le Gouverneur Viguier &
les Echevins y assistèrent avec toute leur
fuite. A mesure que les Reliques sortoient de
l'Eglise elles furent íaLuées du Canon & dà
la Mousqueterie , e'ies le furent de cent Boè
tes dans toutes les Places publiques . St on
fit le même salut en rentrant j M. l'Evêque'
donna la Bénédiction du Très- Saint Sacre
ment au bruit du Canon & de la Mousque
terie. v.
Au sortir de la Cathédrale , on marcha versr
la Place Neuve , où l'on avoit dressé lJ Appa
reil d'un grand Feu de joye , orné de Porti
ques, d'Emblèmes &c. Plus de cent flambcauxdfr
cire blanche écìairoient la marcha-
£ v routes
^oS MERCURE DE FRANCE;
toutes les Maisons" étoient illuminées , de*
feux brûloient devant les portes , la Cita
delle , le Fort Saint Jean , celui de Notre-
Dame de la Garde , l'Arfenal , les Tours de
l' Abbaye de Saint Victor > la Rive- Neuve »
les Galères, le Port> tout étoit éclairé ,8e
la Ville entière paroisloit être dans un em
brasement gênerai ; les quatre Compagnies
rangées autour de la Place firent une salve
de Mousqueteric , suivie de celle de itic.
Boëtes. Après que le Marquis de Pilles & le*
Echevins eurent allumé le feu de joye > on
tira en même tems une prodigieuse quantité
de Fusées.
Le Corps de Ville se rendir ensuite à l'Hôref
de Ville par le Quay du Port* alors les Ga
lères firent trois décharges de leurs Canons
Sc des Coursiers > l'Arccnal fit tirer des Biëtes
, les Vaisseaux du Port , la Citadelle , le
Fort Saint Jean , celui de Notre-Dame de la
Garde firent autant de décharges de toute
leur Artillerie , & des Gerbes de Fusées rem
plirent le Port d'une pluye de feu à trois
différentes reprises.
. La Façade de l'Hôtel de Vil'e , fi estimée des
Connoisseurs * si remarquable par ses riches
f*) Le Chevalier Bernin ayant vú à Rome
U dejfein. entier de l'Hôtel de Ville de Mar
seille de la main de Fugeft avoua qu'il navoit
encore rien vû en ce genre d'un plus grand
goût ì ér H admira fur tout la Fa f ad?. 11 y »
une belle description d- cette Façade dans un
M. rcure de l' année iéSi à VOccasion de l*
Herbe illumination qui y parut dins la Vètt
tu* donna Marseille pour célébrer la Naissance:
•iu Due de Bourgogne f père d» Roi. Cette F*.
etobeL
EE VRI ER. 1750. 309
I ímbèllissemens & par la beauté de son Ar-
* chitecture , sur tout par cet incomparable
j morceau de sculpture qui contient les Armes
du Roi , Chef-d'oeuvre du fameux Pierre
I Puget, Marseillois , qui a donné les desseins
de tout le Bâtiment 5 cette Façade , dis-je, at
tira cc four li l' admiration publique» Plus d'un
million de lumières arrangées avec cimétriei
cn fit voir non- seulement toutes lesbeautez,
mais en marqua encore les ornemens les plus
déliez des diflíercns ordres dont elle est com
posée , en les profilant.
Les Echevins se dépouillant , pour ainff
dire , de la qualité de Magistrats pour ren
trer dans celle de simples Citoyens , voulu
rent témoigner leur zele particulier &• personel
, & donneient en leur nom des Fêtes
qui se firent remarquer* M. Ravel , premier
Echevin , donna un souper à tout le Corps
de Ville ; la Maison étoit artistement illumi
née ; les Boëtes furent tirées à chaque santé
Royale. Au sortir de table » la Compagnie alla
au Bal que les Echevins donnoient dans la
Salle de la Loge ( c'est le lieu où* s'affemblenc
tous les Negocians ; cette Salle qui a 90,
pieds de longueur fur 4? de largeur étoit
richement ornée & éclairée par quantité de
lustres de cristal & par des flambeaux por
tez par des Bras » les Portraits du Roi & de
la Reine étoient placez fous un Dais de ve
lours Cramoisi , enrichi de galons , de crepifade
étoit alors dans toute fa beauté , & on
Ciseau du célèbre Puget , font un contraste de~
[agréable.
E vj
jio MERCURE DE FRANCE,
nés & de franges d'or. Les Violons étoîrtic:
placez fur des Amphithéâtres aux deux boucs,
de la Salle ; differens Buffets étoient remplis
de toute forte de Rafraîchissemens ; on pré
senta indifféremment â tout le monde & en
profusion des confitures , des liqueurs & des
eaux glacées de toute efpece. La Salle fut
aífez grande pour y danlèr en trois differens
endroits, Le Bal dura jusqu'à 7. heures du
matin.
Le second jour les Pauvres ressentirent les
effets de l'attention des Echevins. Sur les 9.
heures du matin une Compagnie de Bouchers
habillez en Gladiateurs , quynarchoient avec
des Tambours , escorta deux Boeufs qu'on
avoir égorgez & qui étoienc ornez de Guirlan
des ; ils furent portez chacun par quatre de
ces Gladiateurs à la Place Neuve où on les
rôtit tous entiers ; peu de gens fe refusèrent
à ce fpeótacle ; fur les 4. heures du soir ces
Boeufs furent portez devant l'Hôcel de Ville,
dépecez & distribuez. On y donna deux mille
pains, les Fontaines de vin coulant toujours»
outre cela on fit distribuer des charitez à un
grand nombre de personnes , qui fans ce
secours n'auroient pas participé a la joye pu
blique.
Sur le sòir, les quatre Compagnies dont on
a parlé , s'étant renduës devant l'Hôrel de Vil
le , & toute la Ville étant déja éclairée Comme
el le l'étoit le jour précédent ; le Marquis de
Pilles & les fc chevins , allèrent en Cc-rrmonie
a'iumer un Feu de ioye dressé â la Place de
Linche , au bruit réitéré de la Moufqueterie ,
des Boëtes , & de trois décharges que les Vais
seaux du Port firent de leurs Calons , on y tira.
ua grand nombre de fusée».. Le Corps.de TUfe
FEVRíER. 1730. 31*
alla ensuite chez M. Martin , second Echevin ,
1 qui à ion tour lui donnoit à souper ; sa Maison
tut éclairée avec distinction , les samez Royales
& de Monseigneur le Dauphin furent laluées
au bruit de toutes les Boëtes.
Cependant les Echevins avoient fait élever
un Arc de Triomphe au milieu. du Couis , en
tre les deux grands Bassins de marbre blanc ;
cet Edifice compoíé. de deux Ordres , avoic
depuis le Zocle jusqu'au Eronton qui le couronnort
5-4. piés de hauteur, fus jtf. de largeur.
Les deux principales Faces étoient tournées
l'une vers la Porte Royale > & l'autre vers la
Porte de Rome. II y avoit au milieu de chaque
Eace une grande ouverture ceintrée de 57. piés
de hauteur > fur 10. de largeur.
Le premier Ordre étoit posé fur un Zocle de
marbre brun de j. piés de hauteur , d'où s'éle-,
voient 4- Pilastres saillants d'un marbre jaspé ,
dont les Bases & les Chapiteaux étoient d'or
feint , portant une Corniche qui fer voit d'Im
poste à l'ouverture de l'Arc : les Pihsires les
plus proches dé cette ouverture formoient un',
Avant Corps ,. & des Piédestaux de marbre
blanc ornez de moulúresd'or qui s'élevo:ent
du Zocle y étoient adossés ^ I'entre-dr ux des;
Pilastres étoit rempli de Cartouches , dont les
bordures étoient d'or fur un fond de marbregris
dont tout f Edifice étoit bâti , & l'Entablement
étoit de marbreblanc, excepté laFrize
de lapis , enrichie de tous les orr.emens cpnvenables.
Les Cartouches portoient des Em
blèmes & des Devises.
Des Pilastres couplés & faillànts .. dont les
Bases & Chapiteaux étoient anifi d'or , for
moient le second Ordre qui étoit orné d'une:
Ceiniche de majbie blanc , d'oûí'élevoit un
Etontoite
i t £ MHÏICÛRÊ DÊ FRANCË. ^
Fronton triangulaire . dont le Timpan étoít de
rnarbre noir? les entre-deux de ces Pilastres
étoient remplis de Cartouches ausli remplis
íFEmblêmes & de Devises, & les Cartouches
étoient suspendus à des Festons, attachés à des
masques bronzés & aux volutes des Chapi
teaux.
Dans la Face opposée à la Porte Royale, orr
Voyoit dans le Frontispice les Atmes du Roy
soutenues par deux grands Génies ; & dans
• un riche Cartouche qui forrnoit la clef de
l'ArCjonlisoit cette Inscription en Lettres d'orí
Vublict IttitU Uonumentum tdajsilia civitas
fostiit , M. DCd XXIX.
Sur le sommet du Frontort qui cóuronnóît
tout l' Edifice, s'élevoit sur un Piédestal de
rnarbre une belle 8c grande Figure de Femme ,
Symbole de la Ville de Marseille , qui tenoie
le Portrait de Monseigneur le Dauphin , avec
ces mots qu'on li 1 oie dans un Cadre d'or fur
le Piédestal : Mitjftlia voti compts*
Sut deux autres Piédestaux , à côté de la Fi
gure de Marseille , on voyoit à droite la Re!i-<
gion habillée en Vestale , tenant un Vase d'or
qui exhaloit des Parfums , & à gauche la Justi
ce tenant la Balance d'une main & un Faisceau
d'armesde l'autre ; fur la Corniche de l' Arrierë-
Corps du premier Ordre , d'un côté on voyoit
- Apollon , & de l'autre Minerve , avec tous
leurs Attributs j & devant les Pilastres de
1" Avant Corps fur les Piédestaux qui s'éls-
Voient dt! 2ocle » orí voyoit d'un cô^é Mercure
Dieu du Commerce , tenant une Bourse rem
plie, & de l'autre Thetis tenant un Vaisseau ì
Voiles enflées , ayant à ses pieds des Coquil
lages , des Perles , du Corail , &c.
Tous les Cartouches étoient , comme on l'a
dit ,
fEVRTÊR; 1716;
dît ) remplis de Peintures symboliques , ceusí
des Pilastres supérieurs contenoient ces quatres
Emblèmes.
La première , un Aigle volant & un Aiglon
un peu mains élevé,avec ces mots : Superas docet
ire pir auras»
La seconde , Alcide dans le berceau étouf
fant deux Serpens: Nunc Alcides mox Her
cules,
La troisième , une Corne d'abondance t pré-*
sentant trois Roses & un Lys au-dessus beau
coup plus élevé: Vives jam copia Cornu.
La quatrième » un,Dauphin couronné sor
tant de la mer , environné d'une multitude
d'autres Poissons : Parriìs regnabit in undisj
Sur le Piédestal d'où s'élevoit la Figure de
Mercure, cn'avoit peint dans un Cadre d'or*
une Ancre où étoit entortillé un Dauphin avec
ees mots : Firmat & ornât ; & fur celui d'od;
s'élevoic Thttis on avoit peint la Planette de'
Jupiter & un de ses Satellites : Monsirat miner'
ignis iter.
Dans les Cartouches qui au-dessus de Mer
cure & de Thí cís rempliflòitnt les entre-deux
des Pilastres du premier Ordre , en voyois
ces deux autres Emblèmes.
Trois Homme» regardant un Arc en- Ciel'
& tournant le dos à un Soleil levant : Dat
signa & foedtra pacis Un Soleil naissant &
trois Etoiles qui commençoient à diíparoître í
Majora dabit Soi lum'ma terris^
Dans ta face de 1* Arc de Triomphe, tour-'
liée vers la Porte de Rome , on liíoit au fron
tispice qui étoit de marbre noir cette Infcrip-f
tion en lettres d'or : Serenijsime Galliar. Delfhino
natoprid, non. sept, conjf. N Joan.'B.n'velj
Francis. Martin, J*c, Remuant , Joa». Roman-.
M.DCC XXlXt
Sas
MERCURE DE FRANCE;
Sur la des de l" Arc , un riche Cartouche ,
contenoit ce Distique aussi en lectre d'or.
Expe&ate diò , per te Gens í rancie» neèìit*-
Perpétuas paci Utituque moras.
Sur le Timpan on voyoic s'élever trois gran
des Figures fur leurs Piédestaux, richementpeintes,;
celle du milieu qui paroiíToit fur le
sommet, reprefentoit la France, tenant d'une
màin les Armes de Monseigneur le Dauphin
& de l'autre des liens ou Guirlandes de fleurs.
avec lesquels elie tenoit comme enchaînées la
Paix & la Joye, représentées par les deux au
tres Figures qui étoient à fes côrëi. La Paixqui
étoic à droite avoit à ses pieds trois Gé
nies , dont un lui prefentoit un Rameau d'O--
livier , l'autre une Gorne d'abondance , 8c le
troisième paroilíoit occupé à briser des lances
& des flèches; la joye qui dtoir à gauche,
tenoit à la main un Caducée, & avnit à fespieds
des Feux d'artifice & toutes fortes d'ínstrumens
de Musique.
Sur les Piedestaux^qui s'éíevoierrt du Zocle,.
adossez, au Pilastre du premier ordre, on voyoic
de chaque côté une grande Figure. A droite
celle du Maréchal Duc de Viílars, Gouver
neur de Provence ,■ armé d'une Cuiralîe &-
d:un Bouclier, tenant à la main le Bâton de
commandcment-Un petit-Génie à ses pieds por
tait l'Ecu de les Aimes, 8í au dessous dansune
Bordure i'or on lisoit ces Vers fur le
piédestal de la Figure-
"La Guerre au plus haut point avait porté ma
gloire ,
C'est h mes foins qu'on dut la Faix i
Mais son plus fur garand & le plu: plein d'at~
traits x
FEVRIER. 1730. 31J
Man/jttoit à m» double victoire ,
XJ'ti Héros en naissant y met les derniers traits.
La Figure du côté gauche representoit en-'
core Marseille en Nymphe & dans une attitu^
de majestuejfe,regardant le Portrait deMonseifneur
le Dauphin que la France présentoir dit
auc du Timpan, auquel elle adressoic ces Vers*
Moi qui dans des teins s moins heureux ,
Met 1 ois ma gloire a n avoir point de Maître ,
Au bonheur d'obéir au Roi qui vous fit naître »•
Jt borne aujourd'hui tous mes voeux ,
Comme il est mon Héros vous devez, un jour Vêt rt;
Mais le plus tard fera le mieux.'
Deux grands Génies qu^ s'élevoíent fur Ia>
Corniche du premier ordre, tenoient chacur»
irn Cartouche; on avoit peint dans l'un une colomne
soutenant une partie d'un Edifice avec'
ces mots; Columenque decufque :8c dans l'au
tre des illuminations & des Feux d'artifice
a'vec ces mots.. Veiïora ardetitiùs.
Dans deux autres Cartouches placez audessous
dans les entre- colonnemens de-ce pre
mier ordre, on voyoit dans l'un des Oliviers
qui reçoivent les rayons du Soleil levant, avec
ces mots : Oleas foecundat ab ortu :' & dans
1 autre un Vaisseau , fur la poupe duquel paroissoit
Arion jouant de la Lyre , & fur l'eau,
un Dauphin avec ces mots : Cantu precibujque
VocatHs.
Les Cartouches placez des deux côte* dans
les entre- deux des Pilastres supérieurs contenoient
4. autres Emblèmes. La première des
deux qui écoienc fous la figure de la Joye,.
«ost
;i£ MËRCURË DE Ï*RANÍCE.
étoit un Soleil levant regardé par un Lyórí ,
tin Aigle & un Léopard : Unum fusficitmt omiies:
& l'autre étoit un Dauphin sur la íurface
de la Mer : Mole mìnìr fed Majejìate vcrendús.
La première de celles qui étoient placées de
l'autre côté fous la Figure de la Joye , vepre*
sentoit deux Bergers tendans lès mains vers
le Ciel, à la vue d'une pluye qui tombe , &
la Terre couverte de fleurs desséchées : Preci*
bus alcftia: l'autre faisoit voir trois'Etoiles*
deux ensemble & une plus éloignée j & toutes
trois touchées par les rayons du Soleil nais
sant : Pttlchrior exibit fí fr&eeffere minâtes.
Cet Arc de Triomphe , qui par la beauté du
dessein , la magnificence de sa structure & le
succès de l'execution , avoit déja attiré tous
les regards , les fixi entièrement lorsque le i<u
Septembre au soir il fut éclairé d'une multitude
infinie de Lampions», qui joints à s'illumina-,
tion de tòutes les maisons du Cours , qui font
toutes d'une même hauteur & Architecture,
avec des Balcons, dissipèrent entièrement les
ténèbres. Les 4. Compagnies entrèrent dans
íè Cours par l' Avenue qui est du côté de la
Porte Royale , passèrent fous l'Arc de Triom
phe , firent une salve devant ce Monument &
allèrent se ranger en bon ordre autour de la
Place S, Louis , où le Feu de joye étoit dressé.
Lorsque le Gouverneur- Viguier & les Eche
vins l' eurent allumé, il sortit des 8. Colomnes
posées autour des Portiques de l'Edifice du
Feu & des Caisses placées fur les Corniches
de l'Arc de Triomphe, un fi grand nombre de
fusées, que se croisant ensemble elles firenï
paroître comme une voute de feu , qui occupoit
ce qu'il y a d'espace entre la Place sainÉ
louis & celle de l'Arc de Triomphe. On en
tendit
FEVRÍÉR. T730. itfy
iendit alors une salve de toute la Mousquets
rie , celle de zoo. Boëces, te plus de 500. coups
de Canons que tirèrent les Vaisseaux. Ce bruie
joint à celui des Trompettes , des Timbales 8C
des Tambours > au son des Hautbois & des
Violons , & aux acclamations de tout un grand
Peuple; tout cela fit un effet surprenant.
Le Corps de Ville se rendit ensuite cheA
M. Ramusat , premier Echevin nouvean, qui
f avoit invité pour ce loir-là , sa Maison étoit
ingénieusement éclairée , il y eut y o- Boëtes ti
rées à chaque Santé Royale que l'on but.Aprèí
le Repâs on alla au Concert que les Echevins
donnèrent dans la Salle de la Loge > elle étoit
ornée comme on l'a dit. Le Concert étoit com
posé des meilleurs Instrumens & des p'us belles
voix de l'Academie de Musique & de l' Opérai
11 y eut une affluence infinie de monde. Au
Concert succéda le Bal qui dura jusqu'à neuf
heures du matin, & on diítribua des Confitures
& des Rafraîchissemens comme le premier iour«
M. Roman > Echevin , qui pendant ces trois
jours n'avoit pu donner fa Fête en particulier,
invita le Corps de Ville à souper le premier/
d'Octobre. La situation avantageuse de sa matson
fit encore plus remarquejr son illumina
tion. Les Boëtes se firent entendre . le Repas
fut suivi du Bal, & fa Fête fut cofhme une
extension des Réjouissances publiques. La pro
preté 5 la délicareflè & Tabondance régnèrent
dans tous les repas donnez par les Echevins.
Les Intendans de la Santé ont aussi marqué
leur joye par une Fête particulière;- ils prièrent
les Echevins d'assister au Te Deum qu'ils firent
chanter dans la Chapelle des Infirmeries.» on
alluma ensuite un Feu de joye qu'ils a voient
fait préparer hors des Enceintes ; on fie une
iiì MERCURE m FR ÂlSsCÉ.
décharge de cent cinquante Boëtes > & orir tirai
plusieurs Gerbes de Fusées , toute la façade du
Bureau de la Santé qu'on avoit ornée d'Em
blèmes, &c. étoit parfaitement illuminée, de
même 'que la Porte du grand Pavillon des In
firmeries & les Portes de la double enceinte.'
Ils se rendirent ensuite en un Pavillon voisin ,•
«û l'on servit un Ambigu, & on tira cinquante
Boëtes à chaque Santé Royale
Fermer
Résumé : RÉJOUISSANCES de la Ville de Marseille.
En septembre, Marseille a célébré la naissance du Dauphin avec des festivités grandioses. Bien que la ville n'ait pas initialement fourni de descriptions pour un livre historique, un mémoire imprimé retrouvé en février 1730 a permis de rendre compte des événements. Les réjouissances ont débuté le 17 septembre avec des trompettes, tambours et cloches annonçant la fermeture des boutiques et l'illumination des maisons. Le 18 septembre, les galères et vaisseaux étaient ornés, et le peuple dansait dans les places publiques. Le Marquis de Pilles, gouverneur de Marseille, et les échevins ont assisté à une messe solennelle à la cathédrale, suivie d'un Te Deum et d'une procession générale avec des reliques. La ville était illuminée, et des feux de joie étaient allumés. Les échevins ont organisé des fêtes, des soupers et des bals, et ont distribué des aumônes aux pauvres. Un arc de triomphe décoré d'emblèmes et de devises a été érigé sur le Cours. Les festivités incluaient des feux d'artifice et des salves de mousqueterie. L'arc de triomphe présentait diverses figures allégoriques et emblèmes symboliques. Sur la corniche, une figure tenait une balance et un faisceau d'armes, flanquée d'Apollon et de Minerve. Devant les pilastres, Mercure, dieu du Commerce, tenait une bourse remplie, et Thétis tenait un vaisseau à voiles enflées, entourée de coquillages, de perles et de corail. Les cartouches étaient remplis de peintures symboliques. Les emblèmes incluaient un aigle et un aiglon avec l'inscription 'Superas docet ire piras', Alcide étouffant deux serpents avec 'Nunc Alcides mox Hercules', une corne d'abondance avec 'Vives jam copia Cornu', et un dauphin couronné sortant de la mer avec 'Parvis regnabit in undis'. Sur les piédestaux, des figures de Mercure et Thétis étaient accompagnées d'emblèmes supplémentaires comme des hommes regardant un arc-en-ciel et un soleil levant avec 'Dat signa & foedera pacis', et un soleil naissant avec 'Majora dabit Sol lumina terris'. L'arc de triomphe portait une inscription en lettres d'or dédiée au dauphin, avec des distiques en latin. Sur le tympan, la France était représentée tenant les armes du dauphin et des guirlandes de fleurs, enchaînant la Paix et la Joie. La Paix était accompagnée de génies offrant un rameau d'olivier et une corne d'abondance, tandis que la Joie tenait un caducée et des feux d'artifice. Des figures du maréchal Duc de Villars et de Marseille en nymphe étaient également présentes, avec des vers dédiés à leur gloire et à leur loyauté. Les festivités incluaient des concerts, des bals et des feux d'artifice, avec des réjouissances publiques et des fêtes privées organisées par les échevins et les intendants de la santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1244
p. 318-320
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes.
Début :
Les Jesuites de la Ville de Rennes furent assez heureux pour annoncer les premiers [...]
Mots clefs :
Église, Réjouissances, Naissance du Dauphin, Jésuites
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes*
LEs Jésuites de la Ville de Rennes furent
assez heureux pour annoncer les premiers?
au Public la grande nouvelle de la Naissance
«lu. Dauphin- , plusieurs Lettres en avoient dé/ainstruit
les personnes les plus qualifiées , mais'
íé Peuple l'apprit par une décharg-e generale'
& réitérée des Canons conduits fur les bords*
dé la Villaine , qui arrose les: dehors du Col
lège. Le lendemain 8. de Septembre , on y
continua c?s éclatantes démonstrations d'allé
gresse , & le Pere Eo-n , ancien Prédicateur du1
Roi , parla éloquemment dans le Sermon de la
Fête au' noìn de la Compagnie, fur l'heureu*
présent que le Cîel venoit de faire à la France,-
& y joignit les voeux les plus tendres auprès*
du Seigneur pòur la conservation d'un si pré
cieux dépôt- ( ( .
Ces premiers témoignages furent simples.'
le peu de temps qu'on avoit ne permettoit pas
d'en faire davantage; mais ils ne surent que"
fes préludes de la Fête qui fe prépara pour Je
rhardy io. du même mois.- Elle commença fur
fes quatre heures du soir par une salve generafe
d'Artillerie , suivie des Fanfares, des Trom^
jettes 8e' du bruit des Tambours. Ùne multi
tude-
\
FEVRIER. Ï730. ^
I tàde incroyable de Peuple se rendit à l'Eglise
" des Jésuites , en assiégea les avenues , ne
Eouvant y entrer. Cette Eglise est un des plus
eaux morceaux d'Architecture qui soit dan?
le Royaume ; on en doit le dessein au famé u*
F. Martelange, cjui traça celui de l'Eglise du
ï^oviciat desjesuites deParis,& l'execution à la
liberalitédesNobles JSourgeois deRennes.Deux
Tours octogones accompagnent le Frontispice,
& le milieu de ce.superbeYaisseau est couronné
d'une Tourelle en forme de Lanterne, d'un)
travail exquis 5 ce fut là que fe dressa tout
ì'appareil d'une magnifique illumination.
Après que le Te Deummz été chanté avec
l'accompagnement des Flûtes , Hautbois Sc
Tambours , on fit une décharge generale da
Boëtes , on cria plusieus fois , Vive ie Ror ,
Vive ia Reine, Vi.ve Monseigneur is
Dauphin. La nuit cornmençoit lorsqu'on sortk
de l'Eglise; toute sa large façade parut char?
gée des plus brillantes lumières, aussi bien que
son Frontispice. Les Ceintres,le$ Entabletriens
les ouvertures étoient couvertes d'une infinité
de Lampions , difpoíez avec art &: assez mé
nagez pour y 1; ílìer appercevoir des caractè
res hyorogiyphiques à l'fconneur du Roi, de la
Reine & du Dauphin. Le sommet des Tours,
les Balustrades qui y règnent & la Lanterne
étoient chargez de Pots à feu, de Globes lu
mineux & entrelassez d'Ecufíons aux Armes
du Dauphin, qui étoient éclairez par des lu
mières postiches 5 les Trompettes, les Haujbois
& les Tambours fe faifoient entendre du
haut de ces Tours, & répandoient de toutes
parts leurs sons d'allégresses. Les Fusées par
tirent eh abondance , & se mêlant dans les
airs y dissipèrent de temps-en- temps les té
nèbres.
: •
3ìo MERCURE DE FRANCE,
«ebres de la mut. L'oeil n'e'toit pas seulement
frappé du spectacle , l'oreille étoit agréable
ment .flattée par les voix mélodieuses d'une
.troupe chokîé, qui repetoit à differens Choeurs
Aine Chanson fâite à l'occasion de l'heureux
jour.L'Illumination dura quatre jours; la Ville
ue fut pas la feule à en avoir I'agrement , les
lieux circonvoifins placez par la Nature en
differens Amphithéâtres , eurent l'avantage
d'avoir pendant plusieurs nuits ce charmant
point de vûë.
LEs Jésuites de la Ville de Rennes furent
assez heureux pour annoncer les premiers?
au Public la grande nouvelle de la Naissance
«lu. Dauphin- , plusieurs Lettres en avoient dé/ainstruit
les personnes les plus qualifiées , mais'
íé Peuple l'apprit par une décharg-e generale'
& réitérée des Canons conduits fur les bords*
dé la Villaine , qui arrose les: dehors du Col
lège. Le lendemain 8. de Septembre , on y
continua c?s éclatantes démonstrations d'allé
gresse , & le Pere Eo-n , ancien Prédicateur du1
Roi , parla éloquemment dans le Sermon de la
Fête au' noìn de la Compagnie, fur l'heureu*
présent que le Cîel venoit de faire à la France,-
& y joignit les voeux les plus tendres auprès*
du Seigneur pòur la conservation d'un si pré
cieux dépôt- ( ( .
Ces premiers témoignages furent simples.'
le peu de temps qu'on avoit ne permettoit pas
d'en faire davantage; mais ils ne surent que"
fes préludes de la Fête qui fe prépara pour Je
rhardy io. du même mois.- Elle commença fur
fes quatre heures du soir par une salve generafe
d'Artillerie , suivie des Fanfares, des Trom^
jettes 8e' du bruit des Tambours. Ùne multi
tude-
\
FEVRIER. Ï730. ^
I tàde incroyable de Peuple se rendit à l'Eglise
" des Jésuites , en assiégea les avenues , ne
Eouvant y entrer. Cette Eglise est un des plus
eaux morceaux d'Architecture qui soit dan?
le Royaume ; on en doit le dessein au famé u*
F. Martelange, cjui traça celui de l'Eglise du
ï^oviciat desjesuites deParis,& l'execution à la
liberalitédesNobles JSourgeois deRennes.Deux
Tours octogones accompagnent le Frontispice,
& le milieu de ce.superbeYaisseau est couronné
d'une Tourelle en forme de Lanterne, d'un)
travail exquis 5 ce fut là que fe dressa tout
ì'appareil d'une magnifique illumination.
Après que le Te Deummz été chanté avec
l'accompagnement des Flûtes , Hautbois Sc
Tambours , on fit une décharge generale da
Boëtes , on cria plusieus fois , Vive ie Ror ,
Vive ia Reine, Vi.ve Monseigneur is
Dauphin. La nuit cornmençoit lorsqu'on sortk
de l'Eglise; toute sa large façade parut char?
gée des plus brillantes lumières, aussi bien que
son Frontispice. Les Ceintres,le$ Entabletriens
les ouvertures étoient couvertes d'une infinité
de Lampions , difpoíez avec art &: assez mé
nagez pour y 1; ílìer appercevoir des caractè
res hyorogiyphiques à l'fconneur du Roi, de la
Reine & du Dauphin. Le sommet des Tours,
les Balustrades qui y règnent & la Lanterne
étoient chargez de Pots à feu, de Globes lu
mineux & entrelassez d'Ecufíons aux Armes
du Dauphin, qui étoient éclairez par des lu
mières postiches 5 les Trompettes, les Haujbois
& les Tambours fe faifoient entendre du
haut de ces Tours, & répandoient de toutes
parts leurs sons d'allégresses. Les Fusées par
tirent eh abondance , & se mêlant dans les
airs y dissipèrent de temps-en- temps les té
nèbres.
: •
3ìo MERCURE DE FRANCE,
«ebres de la mut. L'oeil n'e'toit pas seulement
frappé du spectacle , l'oreille étoit agréable
ment .flattée par les voix mélodieuses d'une
.troupe chokîé, qui repetoit à differens Choeurs
Aine Chanson fâite à l'occasion de l'heureux
jour.L'Illumination dura quatre jours; la Ville
ue fut pas la feule à en avoir I'agrement , les
lieux circonvoifins placez par la Nature en
differens Amphithéâtres , eurent l'avantage
d'avoir pendant plusieurs nuits ce charmant
point de vûë.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes.
À Rennes, les Jésuites ont annoncé la naissance du Dauphin par des salves de canons sur les bords de la Vilaine. Le 8 septembre, des démonstrations de joie ont continué, avec un sermon élogieux du Père Eon. Une fête plus grandiose a été organisée le 10 septembre. Elle a débuté à 16 heures par une salve d'artillerie et des fanfares. Une grande foule s'est rassemblée à l'église des Jésuites, un chef-d'œuvre architectural financé par les nobles et bourgeois de Rennes. L'église était magnifiquement illuminée avec des lampions et des hiéroglyphes en l'honneur du Roi, de la Reine et du Dauphin. Les tours et la lanterne étaient ornées de pots à feu et de globes lumineux, accompagnés de musique. Des fusées ont été lancées pour disperser les ténèbres. L'illumination a duré quatre jours, offrant un spectacle magnifique à la ville et aux environs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1245
p. 333
« IN ORTU Serenissimi Galliarum DELPHINI Gratulatio. Habita in Regio [...] »
Début :
IN ORTU Serenissimi Galliarum DELPHINI Gratulatio. Habita in Regio [...]
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texteReconnaissance textuelle : « IN ORTU Serenissimi Galliarum DELPHINI Gratulatio. Habita in Regio [...] »
IN o r tu Serenifimi Ga/liarum Delphini
Gramlaúo. Habita in Re^io
Ludovici Magni Collegio , à Carolo Poréc
, Societatis Jefn Sacerdote. Postridie
lins Septembris , anni Domini M.
DCC. XXIX. Vol. 4. Parisiis , sumptibus
Marci Bordelet , via Jacohoeâ , sub *
signo sancti Ignatii. M. DCC. XXX.
De Serenìssimo Delphino
Ludovici XV. Filio , in fpem Galliarum
crefcente. Oratio, Habita Idibus DecemÌtris
\ Anni M. DCC. XXIX. in Regio
Ludovici Magni Collegio Societatis Jt/ùt,
ab yÊgid. An. Xaverio de la Santé,,
ejusdem Societatis Sacerdote. VqI. in-4^
Parisiïs , sumptibus ejusdem M. Bordelec
&c. M. DCC. XXX.
Ces deux Discours qui ont été applau
dis lorsqu'ils ont été prononcés devant"
une illustre Assemblée , méritoient d'êrrç'
rendus publics ; ils méritent aujourd'hui1
á'être recherchés , 6c d'être iûs -avec uneattention
pactiçuliere.
Gramlaúo. Habita in Re^io
Ludovici Magni Collegio , à Carolo Poréc
, Societatis Jefn Sacerdote. Postridie
lins Septembris , anni Domini M.
DCC. XXIX. Vol. 4. Parisiis , sumptibus
Marci Bordelet , via Jacohoeâ , sub *
signo sancti Ignatii. M. DCC. XXX.
De Serenìssimo Delphino
Ludovici XV. Filio , in fpem Galliarum
crefcente. Oratio, Habita Idibus DecemÌtris
\ Anni M. DCC. XXIX. in Regio
Ludovici Magni Collegio Societatis Jt/ùt,
ab yÊgid. An. Xaverio de la Santé,,
ejusdem Societatis Sacerdote. VqI. in-4^
Parisiïs , sumptibus ejusdem M. Bordelec
&c. M. DCC. XXX.
Ces deux Discours qui ont été applau
dis lorsqu'ils ont été prononcés devant"
une illustre Assemblée , méritoient d'êrrç'
rendus publics ; ils méritent aujourd'hui1
á'être recherchés , 6c d'être iûs -avec uneattention
pactiçuliere.
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Résumé : « IN ORTU Serenissimi Galliarum DELPHINI Gratulatio. Habita in Regio [...] »
Le Collège Royal du Louvre à Paris a accueilli deux discours en 1729. Le premier, 'Ortu Serenifimi Galliarum Delphini', a été prononcé par un prêtre jésuite le 13 septembre et publié par Marc Bordelet. Le second, 'De Serenissimo Delphino Ludovici XV. Filio, in spem Galliarum crescente', a été prononcé par l'abbé Xavier de la Santé le 13 décembre et publié par le même éditeur. Les deux discours ont été acclamés par une assemblée illustre.
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1246
p. 334
Histoire de la Ville & de l'Eglise de Frejus, [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE de la Ville & de l'Eglise de Frejus, par M. G. C. D. C. D. E. T. [...]
Mots clefs :
Histoire, Fréjus, Église de Fréjus
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texteReconnaissance textuelle : Histoire de la Ville & de l'Eglise de Frejus, [titre d'après la table]
Histoire de la Ville & de l'Eglise
de Frejus , par M. G. C. D. C. D. E. T.
Tome i. de 278. pages , & Tome a*
de 2-6. pages. 1. Vol. in-n. A Paris ,
chez. La Veuve Delaulne , Rué des Noyerss
Cette Histoire dédiée à S. E. M. le
Cardinal de Fleury est précédée d'unePréface
instructive , & la Préface est suivie
de PApprobation de M. Tourncly , par
laquelle ce Docteur déclare que l'Histoire
de la Ville & de l'Eglise de Frejus
lui a paru fidèle , exacte & curieuse.
»» L'Histoire particulière d'une Province
» ou d'une Ville , dit-il , jette souvent
5) un grand jour sur PHistoire generale
» de tout un Royaume. Un Auteur atta*
»ché à creuser Porigine d'une Ville,
■•«trouve souvent dequoi débrouiller cer-
» tains faits que l'obscurité des tems les
» plus reculés a dérobé à notre connoisj>
sance. C'est ce que l'Auteur de cette
f Histoire a heureusement exécuté , en
«donnant à sa Patrie un juste tribut de
» sa reconnoiffance ; il laisse au Public
»des preuves certaines d'une érudition
»peu commune.
de Frejus , par M. G. C. D. C. D. E. T.
Tome i. de 278. pages , & Tome a*
de 2-6. pages. 1. Vol. in-n. A Paris ,
chez. La Veuve Delaulne , Rué des Noyerss
Cette Histoire dédiée à S. E. M. le
Cardinal de Fleury est précédée d'unePréface
instructive , & la Préface est suivie
de PApprobation de M. Tourncly , par
laquelle ce Docteur déclare que l'Histoire
de la Ville & de l'Eglise de Frejus
lui a paru fidèle , exacte & curieuse.
»» L'Histoire particulière d'une Province
» ou d'une Ville , dit-il , jette souvent
5) un grand jour sur PHistoire generale
» de tout un Royaume. Un Auteur atta*
»ché à creuser Porigine d'une Ville,
■•«trouve souvent dequoi débrouiller cer-
» tains faits que l'obscurité des tems les
» plus reculés a dérobé à notre connoisj>
sance. C'est ce que l'Auteur de cette
f Histoire a heureusement exécuté , en
«donnant à sa Patrie un juste tribut de
» sa reconnoiffance ; il laisse au Public
»des preuves certaines d'une érudition
»peu commune.
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Résumé : Histoire de la Ville & de l'Eglise de Frejus, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire de la Ville & de l'Eglise de Frejus' se compose de deux tomes : le premier de 278 pages et le second de 26 pages. Publié à Paris chez La Veuve Delaulne, rue des Noyers, il est dédié à Son Éminence Monseigneur le Cardinal de Fleury. L'ouvrage est précédé d'une préface instructive et suivi de l'approbation de M. Tourncly, qui le juge fidèle, exact et curieux. Tourncly souligne que l'étude d'une province ou d'une ville peut éclairer l'histoire générale d'un royaume en révélant des faits obscurs des temps anciens. L'auteur a ainsi apporté une contribution érudite à la connaissance de sa patrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1247
p. 334-336
« On nous écrit de Londres que les Libraires Innys, Prevôt, du Noyer & [...] »
Début :
On nous écrit de Londres que les Libraires Innys, Prevôt, du Noyer & [...]
Mots clefs :
Mahomet, Cantates
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texteReconnaissance textuelle : « On nous écrit de Londres que les Libraires Innys, Prevôt, du Noyer & [...] »
On nous écrit de Londres que les
Libraires Innys , Prevòt , du Noyer &
JBriiadlci acheyent d'imprimer l'Histoin
j.
FEVRIER. 173 a. 3jf
de Mahomet , composée par le. Comte
de Boulainvilliers , du moins pour lesdeux
premiers Livres , car le troifie'me
& dernier Livre est d'une autre main , la
mort ayant surpris l' Auteur fur la fin de
son travail. On ttouvera dans le premier
Livre , outre une Description de toute
PArabie , une Relation des moeurs dés
Arabes , & des Reflexions fur la Reli
gion & les Coutumes des Mahométans,,
une Description particulière des Villes
de la Mecque & Medine. On verra dans
le second la Généalogie & la Vie du pré
tendu Prophète jusqu'au tems de YHegire.
Le dernier Livre expose ce qui s'est passé
par rapport à Mahomet , depuis cette*
Epoque jusqu'à l'année de sa mort. Oa
imprime cet Ouvrage sur du grand í£
du petit papier ; on le vendra une Gui*
nçe le grand papier , & une demie Gui*;
née le petit»
M. Bergiron de Briou, l'un de ceu*
qrfi a le plus contribué à l 'établissement
de l' Académie des Beaux- Arts de Lyon ,
& qui a conduit les Concerts pendant six
années entières , avec autant de succès
que s'il éroit Musicien de profession ,
•vient de donner au Public un Recueil dè
Cantates Françoifes de. fa composition qu'il
» fait graver. Cet Ouvrage se vend eti
5^ MERCURE DE FRANCE
Blanc sept livres dix sols. A Lyon , chez?
Thomas y i Marchand Parfumeur , Rué
Mercière , vis -à'- vis S. Antoine , &
a Paris', chez. Beivin , Rue saint Ho
nore , k la Règle d'or. Les paroles de
cet Ouvrage (ont de differens Auteurs^
Il y a plusieurs sujets qui n'ont jamais été'
traités en Poésie de ce genre là.
Libraires Innys , Prevòt , du Noyer &
JBriiadlci acheyent d'imprimer l'Histoin
j.
FEVRIER. 173 a. 3jf
de Mahomet , composée par le. Comte
de Boulainvilliers , du moins pour lesdeux
premiers Livres , car le troifie'me
& dernier Livre est d'une autre main , la
mort ayant surpris l' Auteur fur la fin de
son travail. On ttouvera dans le premier
Livre , outre une Description de toute
PArabie , une Relation des moeurs dés
Arabes , & des Reflexions fur la Reli
gion & les Coutumes des Mahométans,,
une Description particulière des Villes
de la Mecque & Medine. On verra dans
le second la Généalogie & la Vie du pré
tendu Prophète jusqu'au tems de YHegire.
Le dernier Livre expose ce qui s'est passé
par rapport à Mahomet , depuis cette*
Epoque jusqu'à l'année de sa mort. Oa
imprime cet Ouvrage sur du grand í£
du petit papier ; on le vendra une Gui*
nçe le grand papier , & une demie Gui*;
née le petit»
M. Bergiron de Briou, l'un de ceu*
qrfi a le plus contribué à l 'établissement
de l' Académie des Beaux- Arts de Lyon ,
& qui a conduit les Concerts pendant six
années entières , avec autant de succès
que s'il éroit Musicien de profession ,
•vient de donner au Public un Recueil dè
Cantates Françoifes de. fa composition qu'il
» fait graver. Cet Ouvrage se vend eti
5^ MERCURE DE FRANCE
Blanc sept livres dix sols. A Lyon , chez?
Thomas y i Marchand Parfumeur , Rué
Mercière , vis -à'- vis S. Antoine , &
a Paris', chez. Beivin , Rue saint Ho
nore , k la Règle d'or. Les paroles de
cet Ouvrage (ont de differens Auteurs^
Il y a plusieurs sujets qui n'ont jamais été'
traités en Poésie de ce genre là.
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Résumé : « On nous écrit de Londres que les Libraires Innys, Prevôt, du Noyer & [...] »
Le texte décrit l'achèvement de l'impression de l'Histoire de Mahomet par les libraires londoniens Innys, Prévôt, du Noyer et J. Briadlci. L'ouvrage, composé par le Comte de Boulainvilliers, comprend les deux premiers livres, tandis que le troisième et dernier livre est rédigé par un autre auteur en raison du décès de Boulainvilliers. Le premier livre présente une description de l'Arabie, des mœurs arabes, et des réflexions sur la religion et les coutumes mahométanes, ainsi que des descriptions des villes de La Mecque et Médine. Le second livre traite de la généalogie et de la vie de Mahomet jusqu'à l'Hégire. Le dernier livre couvre la période de l'Hégire jusqu'à la mort de Mahomet. L'ouvrage est imprimé sur grand et petit papier, vendu respectivement une guinée et une demi-guinée. Par ailleurs, M. Bergiron de Briou, contributeur majeur à l'Académie des Beaux-Arts de Lyon et directeur des Concerts pendant six ans, a publié un recueil de cantates françaises. Cet ouvrage, vendu cinq livres dix sols à Lyon et à Paris, contient des paroles de différents auteurs et traite de sujets inédits en poésie.
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1248
p. 336-337
Réponse aux quatre Mémoires du Comte d'Orval, [titre d'après la table]
Début :
RÉPONSE GENERALE aux quatre Mémoires que le Comte d'Orval vient d'ajoûter [...]
Mots clefs :
Édit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse aux quatre Mémoires du Comte d'Orval, [titre d'après la table]
Re'ponse Gêner ai n aux quatre Mé
moires que le Comte d'Otval vient d'a
jouter a cinq1 qui av oient précédé. Bro--
ehure Fol. de 20. pages. De l'Imprimerie
de Ph. NiLottin , Rue S. Jacques , à la=
Vérité ,1719.
Cette nouvelle Réponse est divisée estdeux
parties , dont la première exposeles
anciennes Règles des Pairies avant
l'Edit de 17 ï 1. & la seconde marque'
les dispositions de ce même tdir. On ex»
cederoir les bornes fi on entroit ici dans*
lé détail de ce que renferment ces deux
Parties. Le Deffenseur de M. le Duc de-
Sully n'y oublie rien d'essentiel , & ré
pond avec autant de clarté que de pré
cision à toutes les objections. Quoique'
la question dont il s'agit dans cette affai
re soit importante , & qu'elle paroisse
susceptible de plusieurs points de vue,
l'Auteur a sçû , pour ainsi dire , là sim
plifier } on en jugera par les tergies quiFEVRIER.
1750; jjjr
ft trouvent à la première page dans le
Préliminaire de la Réponse gene'rale.
Une vue plus simple encore, suffit ,
clic- il , pour la décision. Si le Comte d'Or-
Val.puisnéjpeuc prendre la qualité d'Aîné
des mâles descendus de Maximìlien de
EethutH, son droit est bon, mais si le Duc
de Sully , reconnu l'Ainé d'une Maison , ,
dont la première Branche descend de
Maximilien de Bcthune , ne peut avoir
cette qualité sans être nécessairement'
YAtnè des mâles descendus du même Ma
ximilien-, la cause est'décidée en sa fa
veur par un texte formel dans PArticle*
7. de l'Edit.-
moires que le Comte d'Otval vient d'a
jouter a cinq1 qui av oient précédé. Bro--
ehure Fol. de 20. pages. De l'Imprimerie
de Ph. NiLottin , Rue S. Jacques , à la=
Vérité ,1719.
Cette nouvelle Réponse est divisée estdeux
parties , dont la première exposeles
anciennes Règles des Pairies avant
l'Edit de 17 ï 1. & la seconde marque'
les dispositions de ce même tdir. On ex»
cederoir les bornes fi on entroit ici dans*
lé détail de ce que renferment ces deux
Parties. Le Deffenseur de M. le Duc de-
Sully n'y oublie rien d'essentiel , & ré
pond avec autant de clarté que de pré
cision à toutes les objections. Quoique'
la question dont il s'agit dans cette affai
re soit importante , & qu'elle paroisse
susceptible de plusieurs points de vue,
l'Auteur a sçû , pour ainsi dire , là sim
plifier } on en jugera par les tergies quiFEVRIER.
1750; jjjr
ft trouvent à la première page dans le
Préliminaire de la Réponse gene'rale.
Une vue plus simple encore, suffit ,
clic- il , pour la décision. Si le Comte d'Or-
Val.puisnéjpeuc prendre la qualité d'Aîné
des mâles descendus de Maximìlien de
EethutH, son droit est bon, mais si le Duc
de Sully , reconnu l'Ainé d'une Maison , ,
dont la première Branche descend de
Maximilien de Bcthune , ne peut avoir
cette qualité sans être nécessairement'
YAtnè des mâles descendus du même Ma
ximilien-, la cause est'décidée en sa fa
veur par un texte formel dans PArticle*
7. de l'Edit.-
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Résumé : Réponse aux quatre Mémoires du Comte d'Orval, [titre d'après la table]
Le document, publié en 1719 par Ph. Nilottin, répond aux mémoires du Comte d'Orval concernant les pairies. Il est structuré en deux parties : la première expose les anciennes règles des pairies avant l'Édit de 1711, et la seconde présente les dispositions de cet édit. L'auteur, soutenant le Duc de Sully, clarifie les objections soulevées. La question, complexe, est simplifiée pour une meilleure compréhension. L'auteur affirme que si le Comte d'Orval, puîné, peut revendiquer la qualité d'aîné des mâles descendants de Maximilien de Béthune, son droit est valide. Cependant, si le Duc de Sully, reconnu comme l'aîné d'une maison dont la première branche descend de Maximilien de Béthune, ne peut avoir cette qualité sans être nécessairement l'aîné des mâles descendants du même Maximilien, l'Article 7 de l'Édit tranche en faveur du Duc de Sully.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1249
p. 337-339
« OEUVRES DIVERSES de M. l'Abbé de Saint Pierre. Tome second, contenant [...] »
Début :
OEUVRES DIVERSES de M. l'Abbé de Saint Pierre. Tome second, contenant [...]
Mots clefs :
Abbé Saint-Pierre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES DIVERSES de M. l'Abbé de Saint Pierre. Tome second, contenant [...] »
Oeuvres Diverses de M. l'Abbë^
de Saint Pierre. Tome second , contenant
t". Un projet pour rendre les Sermons -
plus utiles; i". Un Projet pour perfec
tionner l'éducation domestique des Prin
ces & des Grands Seigneurs. 2°« Un '
Projet pour perfectionner l'éducation des ;
Filles. 40 Observations fur le dessein
d'établir un Bureau perpétuel pour l'édu
cation publique des Collèges* j'Un Pro
jet pour sendre les Spectacles plus utiles >
àM'État. 6°. Un Projet pour mieux met
tre en oeuvre le désir de la distinctionentre
pareils. 1. vol. in- 11. de 2^ «r<» -
pages. A P^ris , tIh% Briajfon , Rué S .
>5S MERCURE DE FRANCE;
Jacques > a la Science 1730.
On continue de remarquer dans ce zì
Volume des Oeuvres de M. l'Abbé de
Saint Pierre les sentimens d'un Philosophe
chrétien, les intentions louables d'un bon
Citoyen , & les talens d'un Ecrivain ,
distingué dans la bonne Littérature.
Coignard imprime actuellement avec
beaucoup de foin Sc de diligence le troi
sième & dernier Tome des Oeuvres de
S. Basile . dont l'Edition , d'abord entre
prise par Dom Julien Garnier , Bénédic
tin de S. Germain des Prez , a été con
tinuée , & mise dans fa perfection pat
le R. P. Dom Prudent Maran , Reli
gieux du même Monastère. L'Eglife ga
gnera roûjours à la publication de pareils
Ouvrages , Sc la République des Lettres
fera en quelque raçon dédommagée de
tant de Livres frivoles qui l'inondent
depuis quelque tems , Sc dont on ne fait
l'annonce qu'à regret.
-
Re'ponse à la Lettre du Gentilhom
me Perigourdin , par uneRéfutation juste
d'un nouveau Livre de Lettres. & de la
Grammaire Françoise de M. de Grimarest
, Maître de Langues à Paris, à la
quelle l' Auteur oppose fa Grammaire
Françoise en faveur des Etrangers. Ou
vrage
FEVRIER. 1730.
rrage dédié aux Sçavans. Par M. de la»
Lande , Interprète ordinaire du Roi 4
Professeur des Langues Françoise , Ita^
lienne , de Géohraphie & d'Histoire. 1 j
vol. K 2. de 41 j. pages. A Paris , cheà
U Veuve de Pierre Ribou. M. DCC*
XXX.
de Saint Pierre. Tome second , contenant
t". Un projet pour rendre les Sermons -
plus utiles; i". Un Projet pour perfec
tionner l'éducation domestique des Prin
ces & des Grands Seigneurs. 2°« Un '
Projet pour perfectionner l'éducation des ;
Filles. 40 Observations fur le dessein
d'établir un Bureau perpétuel pour l'édu
cation publique des Collèges* j'Un Pro
jet pour sendre les Spectacles plus utiles >
àM'État. 6°. Un Projet pour mieux met
tre en oeuvre le désir de la distinctionentre
pareils. 1. vol. in- 11. de 2^ «r<» -
pages. A P^ris , tIh% Briajfon , Rué S .
>5S MERCURE DE FRANCE;
Jacques > a la Science 1730.
On continue de remarquer dans ce zì
Volume des Oeuvres de M. l'Abbé de
Saint Pierre les sentimens d'un Philosophe
chrétien, les intentions louables d'un bon
Citoyen , & les talens d'un Ecrivain ,
distingué dans la bonne Littérature.
Coignard imprime actuellement avec
beaucoup de foin Sc de diligence le troi
sième & dernier Tome des Oeuvres de
S. Basile . dont l'Edition , d'abord entre
prise par Dom Julien Garnier , Bénédic
tin de S. Germain des Prez , a été con
tinuée , & mise dans fa perfection pat
le R. P. Dom Prudent Maran , Reli
gieux du même Monastère. L'Eglife ga
gnera roûjours à la publication de pareils
Ouvrages , Sc la République des Lettres
fera en quelque raçon dédommagée de
tant de Livres frivoles qui l'inondent
depuis quelque tems , Sc dont on ne fait
l'annonce qu'à regret.
-
Re'ponse à la Lettre du Gentilhom
me Perigourdin , par uneRéfutation juste
d'un nouveau Livre de Lettres. & de la
Grammaire Françoise de M. de Grimarest
, Maître de Langues à Paris, à la
quelle l' Auteur oppose fa Grammaire
Françoise en faveur des Etrangers. Ou
vrage
FEVRIER. 1730.
rrage dédié aux Sçavans. Par M. de la»
Lande , Interprète ordinaire du Roi 4
Professeur des Langues Françoise , Ita^
lienne , de Géohraphie & d'Histoire. 1 j
vol. K 2. de 41 j. pages. A Paris , cheà
U Veuve de Pierre Ribou. M. DCC*
XXX.
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Résumé : « OEUVRES DIVERSES de M. l'Abbé de Saint Pierre. Tome second, contenant [...] »
Le texte présente diverses œuvres de l'Abbé de Saint-Pierre, notamment dans le second tome de ses 'Œuvres Diverses', publié à Paris en 1730 par Briasson. Ce volume inclut plusieurs projets visant à améliorer la société, tels qu'un projet pour rendre les sermons plus utiles, un projet pour perfectionner l'éducation domestique des princes et des grands seigneurs, un projet pour perfectionner l'éducation des filles, des observations sur l'établissement d'un bureau perpétuel pour l'éducation publique des collèges, un projet pour rendre les spectacles plus utiles à l'État, et un projet pour mieux mettre en œuvre le désir de distinction entre pairs. L'ouvrage est salué pour ses sentiments philosophiques chrétiens, les intentions louables d'un bon citoyen, et les talents littéraires de l'auteur. Le texte mentionne également la publication en cours du troisième et dernier tome des œuvres de Saint Basile, entreprise par Dom Julien Garnier et continuée par Dom Prudent Maran. Cette édition est appréciée pour son utilité tant pour l'Église que pour la République des Lettres. Enfin, le texte fait référence à une réponse à une lettre d'un gentilhomme Périgourdin, réfutant un nouveau livre de lettres et de grammaire française de M. de Grimarest, et à un ouvrage de grammaire française dédié aux savants par M. de La Lande, publié en 1730.
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1250
p. 339-351
Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la Republique [...]
Mots clefs :
Auteurs, Roi, Mémoires, Hommes illustres, Ouvrages, Histoire, Belles-lettres, Savants, Guillaume Budé, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Mémoires pour servira l'Histoire
des Hommes Illustres dans la République
des Lettres > avec un Catalogue raisonné
de leurs Ouvrages , tome 8 . de 40 8 . pages
fans les Tables. A Paris , chez. Bnaffon „
rué S. làcques , a la Science. 1730.
. A la tête de ce 8 e. volume est un coure
Avertissement , qui apprend au Lecteut
une chose auíïl agréable que nécessaire á
l'égard de ceux qui aiment Inexactitude Sc
la perfection dans les entreprises Litté
raires. L' Auteur de ces Mémoires se pré
pare, nous dit-on , à donner dans le di
xième vol. qui paroîtra fur la fin du mois
de Décembre 1729. les corrections fur les
neuf vol. qui le précédent ^ avec les Ad
ditions qu'on lui a déja données. Il invite
de plus ceux qui auront reconnu quelque
faute , quelque îegere qu'elle puisse être ,
ou qui sçauront <juelques faits oubliez ,
ou enfin qui auront quelques Additions, à
les lui communiquer , se chargeant d'in
struire le Public du nom de ceux dont il
auxar
34© MERCURE Í)E FRANGÉ,
aura receu des remarques utiles. On aver»
tic aussi que le dixième vol. contiendra en
core des Tables générales , Alphabéti
que, Nécrologique ì 6c selon l'ordre des
Matières de ce qui est contenu dans les
neuf premiers vol enfin qu'on pourrs
s'addrefler au Libraire qui vend ce Livre ^
pour tout ce qu'on voudra faire tenir ìt
l'Auteur.
Nous profiterons de l'invitation conte
nue dans cet Avertissement , pour conti
nuer de parler avec franchise en faveur de
la vérité, & pour fa perfection de cet~Ou->
Vrage , quand l'occaíìon s'en présentera.1
Le 7e. vol. en offroit une , mais il n'étfoit
pas encore rems de publier notre Re
niai que , qui n'auroit pu passer alors que
pour une conjecture. Nous. avons depuisdécouvert
que cette Remarque peut être
solidement appuyée. Voici de quoi il s'a
git1. Dans le Catalogue des Ouvrages
d'André Ducheshe , qui est à la fin du
Mémoire quile concerne dans le 7e. tome
pag. 32}'. on trouve art. 6. le Titre qui
fuit : Les Antiquitez. & Recherches des
Villes , Châteaux & Places remarquables
de toute la France■", suivant l'ordre des huit
Parlement. Paris i (íi&. in-%. On ajoute
que' cettepremiere Edition a été suivie de
celles dis années 16 14. 1611. 1619.
iôji. 1637. úv8. Item, rêvât s corri'
g"*
Lévrier. 1730. 3 4 r
gées & augmentées par François Ducbejhe.
Paris 1 £47. in 8.& 166%. z. vol.in-ii.'
L'Arciclc finit par ces paroles Ce Livre
est mal écrit , mais il contient des choses;
curieuses , la derniere Edition que Duchesne
le Fils a procure'e est la meilleure.*
Nous avons toujours cru que cet Ou
vrage, quoique publié sous le nom d'An
dré Duchesne , n'étoit point de ce célèbre'
Auteur. II ne faut que le lire avec une*'
médiocre attention pour s'en appercevoic
: Mauvais stile, défaut de critique ,>
excès de crédulité , tout sent une maint*
qui ne cherche qu'à accumuler des Phra
ses , pour produire enfin un Livre com
posé de choses communes , & qu'on trou
ve dans plusieurs autres Ouvrages', eo-'
qui est bien éloigné du génie & de la ca
pacité d'André Duchesne.
Mais ce qui a achevé de nous con
vaincre fur ce point , c'est le témoignage
d'un Sçavant du premier ordre & des plus
respectables. Il faut d'abord observer que
la première Edition de ce Livre n'est pas
celle de.i 6 l e. marquée ci dessus par no
tre Editeur. Il s'en trouve une autre de
1609. dont il y a un exemplaire dans la
Bibliothèque de S. Germain des Prez ,
faite à Paris, chez Jean Petit Pas. En
second lieu, on lit à la tête de cet Exem
plaire de 1609. les paroles qui suivent,
cuites -
$4* MERCURE DE FRANGÉ,
éiîrites de la main du célèbre Dom' Lire
Dachery ^ contemporain & ami d' André?
Ducheíne.
Ce présent Livre n'ejì point de M. Ditchefìte
, je Pai ffudesà propre bouche r
ifant venu voir quelque chose k notre Bibliothequei
On P a mis fous son nom pour
le mieux vendre , parce que de soi il nevaut
rien , ni pour l' Histoire ni pour le
Stile. Le 19. Avril 1640.
Après une attestation si précise , on ne
peut s'empêcher de convenir de ^impo
sture , laquelle a continué àvec plus d»
facilité après la mort de l' Auteur dans:
les Editions qui ont suivi , jusqu'à sou
tenir que les deux dernieres ont été re
vues & corrigées par F. Duchesne sort
Fils, &c. Quand même il seroit vrai que
le Fils ait eu quelque part à ces dernieres
Editions , ce qui est extrêmement dou
teux , il doit toujours passer pour certaia
que l'Ouvrage original n'est point de son
Père : Au reste l' Auteur des Mémoires
n'a erré Ià dessus qu'après le P. le Long ,
qui l'acopié fur l'article d'André Duches
ne , & après plusieurs autres.
Ce n'est pas la première fois que les1
Libraires , même quelques Auteurs en
ont imposé au Public , en mettant ut»
fiom respectable à la tête d'un Ouvrage
médiocre dans la vue de l'acrediter : C'est
ainsi
FEVRIER. 1730. î4j
•insi qu'on a vu paroître en l'année
1719. un Livre fort superficiel, sous le
nom de M. l'Abbé de Bellegarde , qui
ccrit si poliment , & qui a donné tant de
bons Ouvrages , lequei nous a assure' n'a»-
voir aucune part à celui dor.t on vient de
parler. Mais revenons à notre 8e. vol.
des Mémoires pour l'Histoire des Hom
mes Illustres , Sec. Ce vol. contient la
Vie & le Catalogue des Ouvrages de 37.
Sçavans, dont voici les noms.
Léon Allatius , Emeri Bigot , Lazare
André Bocquillot , Guillaume Budé , Ni*
col. Calliachi , Charles du Cange , Jean
Cocceius , Jacques Cujas , Jean Donne ,
Caffandre Fedele , Claude Fleury , Théo*
phi le Foltngo , Jean Gallois , Th. Qatar
keryijean Gravi us , Nicol. Hartfoel(er ,
Jean Htnn Hottinger , Jacques le Paulmier
de Grantemefnil , Barth. Platine ,
Jean Jovien Pontan , Louis Pontico VirUr
nio , Guill. Poftcl > Etien. Rajficod , Abel
de sainte Marthe Père & Fils , jîbel Louis
de sainte Marthe , Charles de sainte Mar
the , Claude de sainte Marthe , Pierre Sce-r
vole de sainte Marthe , Scevole de saints
Marthe , Scevole & Louis de sainte Mar
the , Jacques Sannazar , Jean-Marie de
la Marque Tilladet , Sebafiien Vaillants
Çharles'VerarÂQ. ..f . '. . v .1
1/ Article. de Guillaume Budé nous »
fan»
tajf. MERCURE* DE PRANOS.
j>aru être l'un des plus curieux de ce vdj.
'& nous croyons que nos Lecteurs nous
^■sçauront gré de le trouver ici , tel que
l'Auteur des Mémoires Ta présenté au
public. Guillaume Budé , ( en Latin Budoeus)
naquit à Paris l'an 14.67. de Jeajn
JBudé , Seigneur d'Yerre , de Villers fur
Marne , & de Marly , Grand-Audianciex
en la Chancellerie de France , & de Ca
therine le Picart*
\ On lui donna des Maîtres dès-qu'il pa,-
lut capable d'apprendre quelque choses
mais la barbarie qui regnoit alors dans lc$
.Collèges , le dégoûta , Ôc l'empêcha de
faire de grands progr.es. C'étoit la cou
tume de pafler à l'étude da Droit , dè$
qu'on sçavoit un peu de Latin , il la sui
vit comme les autres, & alla à Orléans
pour ce sujet ; mais il . y demeura trois ans
fans y rien apprendre. Il n'entendoit pres-
,que point les Auteurs Latins , il n'çtoit
J>as par conséquent eu état de comprendre
es Ecrits & les Leçons de ses Professeurs.
Ainsi il revint à Paris a,ussi ignorant qu'il
,«n éroit parti , & plus dégoûté de l'étude
jqu'il ne l'étoit auparavant. ' . ■
Les plaisirs firent alors toute son occu
pation , ôc il s'adonna particulièrement £
îa chaffe ; mais lorsque le premier feu de
la jeunesse se fût rallenti en lui , il se sentit
coat d'un coup saisi d'une oasEon si vios
FEVRIER. 175©. ?4I
tente pour l'étude , qu'il s'y donna avec
une ardeur inexprimable. Il renonça dès*
j lors à tous les divertissemens & à toutes
j les compagnies ; & regardant comme per
du tout le tems qui n'étoit point employé
àl'étude , il regrettoitles heures qu'il étoit
obligé de donner à (es repas & à son som
meil.
Ce qu'il y a voit de fâcheux pour lui t
1 c'est qu'il n'avoit personne qui pût le dí*
íiger dans ses études, & lui montrer la
route qu'il devojt tenir pour ne poinc
perdre un tems qui lui étoit si précieux»
îl ne fçavoit quels étoient les Auteurs
qu'il de voit lire les premiers , & il se trompoit
souvent dans le choix qu'il en faisoit.
Ce ne fut que dans la fuite , qu'il
apprit par fa propre expérience , & pat
son propre gout , ceux qu'il devoit préfé
rer aux autres. Ainsi il ne dut qu'à luimême
les progtès qu'il fit , par son appli-
I cation assidue dans les Belles-Lettres.
II ne fut non plus redevable qu'à son
travail de la connoissance qu'il acquk de
ia Langue Grecque , il eût, à la vérité, un
Maître nommé George Hermonyme , qui
L se disok natif de Lacédémone , "mais qui
ne sçachant pas grand chose ., ne pouvoit
lui en apprendre beaucoup. Quelques en
tretiens qu'il eut avec Jean Lascaris lui
furent plus utiles , . & les instructions dç
* 4* MERCURE DE FRANCE,
ce grand homme lui soumirent les moy em
d'avancer avec plus de succès dans les
çonnoiffances qu'il s'étoit proposé d'ac
quérir.
Les Belles -Lettres ne l'occuperent pas
jtellement, qu'il négligeât les autres Scien
ces» U apprit les Mathématiques de Jean
Faber, dont il épuisa bientôt le sçavoir ,
par la facilité qu'il ayoit à comprendre
tout ce qu'il lui disoit.
Cependant son Père n« le vòïoit qu'ar
yec peine attaché si fort à l'ctude , appré
hendant que cer attachement ne préjudifiât
à ses affaires domestiques , & ne nui
sît à fa santé ; mais tout ce qu'il pût lui
dire fur ce sujet fut inutile , fa passion
l'emporta fur les remontrances. Au reste
íes craintes de son Pere n'eureqt lieu qu'en
partie ; car il ne négligea jamais ses affai
res , il eut foin au contraire de se parta
gé» entre-elles & ses études. Mais fa santé
en souffrit , car son assiduité au travail lui
procura une maladie , qui le tourmenta à
différentes reprises , pendant plus de vingt
»ns , &c qui le rendit mélancolique & cha
grin. Le triste état où il se trouv,oit alors,
n'étoit point capable de le dégoûter de
J'érude , il profìtojt des niomens de relâ
che qu'il avoit, pour s'y livrer de nou
veau. C'est même pendant cc tems - là
qu'il a composé la plupart de ses QuÏJWgefe
Quelque*
TEVR1ER. 1730. ?4f
Quelques Auteurs on mis en question :
S'il étoit à propos pour un Homme de
Lettres de íe marier , & se sont servi de
Pexemple de Budé pour soutenir l'affirmative.
Il se maria en effet , & si l'on et»
croit un de ces Auteurs > fa femme bienloin
de l'empêcher d'étudier , lui servoit
de second , en lui cherchant les passages ,
& les Livres dont il avoit «besoin, Il falloir,
^u'il l'eût connue de ce goût-là des avant
ion mariage , puisque, le jeùr même de
ses noces il se de'roba trois heures ait
moins , pour les passer avec ses Livres.
Louis le Roy , de'crit ainsi la manière,
dont il avoit coutume de passer lá jour
née : En se levant, il se mettoit au travail,
& étudioit jusqu'à l'heure de dîner j avant
que de se mettre à table , il fáisoit un peu
d'exercice pour se donner de l'appetit.
Après le repas, il passoit deux heures »
Causer avec sa famille , ou ses amis , après
quoi il recommençoit à travailler jusqu'à»
souper. Comme ce repas íe saisott ordi
nairement fort tard , i! ne faisoit jamais
rien après. Ii avoit une Maison de Cam
pagne à saint Maur , où il demeuroic assez
volontiers , parce que son e'rude n'y étoiç
point interrompue par des visites , com
me à la Ville.
t II vécut fort long-tems dans l'obscuriré
{Le son Cabinet , mais son rne'rir,e j'eq tira:
$4 S MERCURE DE FRANCE.
Qay de Rochefort , Chancelier de Fran.
çe , le fit çonnoître au Roy Charles VIII.»
qui voalut le voir , Sc le fie venir auprès
de luiî mais il ne vécut pas assez après
çela, pour lui faire du bien, .. i
Louis XIL successeur de Charles, l'en»,
voya deux fois en Italie pour quelques;
négociations , & le mit ensuite au nombre,
de íes Secrétaires. 11 youlur aussi le fairç,
Conseiller au, Parlement de Paris ; maiç.
Budé refusa cette Charge , qui lui aurpir^
çauíé trop de distractions, ÔC qui lui auroit
enlevé un tems , qu'il aimoit mieu%
donner à ses études.
II se vit cependanc dans la fuite exposd
à ces distractions qu'il craignoit. Le Roy
Fcançois I. qui aimoit les Gens de Lettres,
k fit venir auprès de lui à Ardres » où
5'e'toit rendu en 1520. pour s'aboucher,
avec le Roy d'Angleterre. L' Auteur de fa.
vie remarque , que ce fut alors pour 1%
première fois que Budé eut accès auprès
de lui : ce qui détruit cç que Yarillas aavancé
dans son Histoire da François I<
(a) que ce Prince l'envoya à Rome etj
Ambassade en iji 5. auprès du Pap©
Léon X. fait suppose par cet Auteur ,
qu'iL accompagne d'une reflexion , qui
n'est pas plus vraie. » Budé, dit-il , n'ér
«toit pas mal adroit co négociation ,
Çà) 144$ u fi i -; "---.-< -i
\i'i.< C « quoiqu'il
I 'J TE V RIE R. 17300 j4f
B'qqoiqu'il eut vécu dans Paris , fans au-
» cre conversation que celle de ses Livres, «c
| -Comment Varillas a-r-il pu parler ainsi,
puisque Budé avoit déja e'té deux fois ea
! Italie pour différentes négociations ?
I François I. ayant pris gout à la convec*
/ation de Budé , voulut ,1'avoir toujours
attprès de lui , lui confia le foin de fa Bi
bliothèque , & lui donna une Charge de
Maître des Requêtes , dont il fut pourvu
}e2 I. Août 1522. La. Ville de Paris l'é*
lût la même anne'e Prevôc des Mar»
chands. . • ,
• Il aimoit trop les Sciences , pour ne pas
faire servir à leur avantage le crédit qu'il
> atoit auprès du Roy > il fut un des prin
cipaux Promoteurs de l'érection du CoU
lege Royal , & de la Fondation des Chai-s
res , qui y fur faite fous le Règne ^ de
François I.
, Il se brouilla avec Antoine du Prat t
Chancelier de France , ce qui l'obligea
pendant quelque temsà n'aller à la Cour,
qu'autanc que le devoir de fa Charge l'y
engageoit. M? is ce tems ne dura pas ; car
Guillaume. Po;;et qui l'aimoit , ayant e'té
fait Chancelier , voulut qu'il demeurât
continuellement auprès de lui.
Un voyage qu'il fit avec lui en 15 40.
fur les côres de Normandie , à la fuite duj!
&oy , qui y alloit chercher du rafraîchisr.,
. ^ * G ij sèment
^5<> MERCURE DE FRANCBj
íement dans les chaleurs excessives da
cette année , lui fut funeste. Il y ga*
gna une fièvre , qui lui paroissant dan»
gereuse , lui fit naître l'envie de se faire
porter chez lui , pour mourir du moins
au milieu de fa Famille.
De retour à Paris , il vit bien tôt son
mal s'augmenter , & il mourut le 23,
Août de la même année 1540. âgé de 73.
ans. Plusieurs Auteurs se sont trompés fut
la datte de fa mort La Croix du Maine
en la fixant au z 5. Août. S ponde , en la
mettant au 2©. Août , & Pierre de saint
Romuald, en l'avançant au $. Août de
la même année. Le P. Garasse dans fa
Doctrine curieuse , le fait mourir en 1 5 ; 9.
L'erreurde M. de Launoy est encore plus
considérable , puisqu'il recule (a) sa mort
jusqu'au premier Septembre 1 ç 7 3.
Budé fut enterré le x6 . Août à saint Ni»
colas des Champs 3 fans aucune pompe ,
comme il l'avoit ordonné par son Testa»
ment , ou il dit : m Je veux être porté en
«•terre de nuit , & íans semonce , à une
» Torche , ou à deux seulement , & ne
» veux être proclamé à l'Eglise , ne à la
» Ville , ne alors que je ferai inhumé s ne
>le lendemain; car je n'approuverai ja-
>mais la coutume des cérémonies lugu-
» bres , & pompes funèbres*. . . Je détens
(s) Hijì. Gjmn. ì{*v»rr. f» 8.8 xì. . -
*■ # qu'or*
LEVRIER, i^rjd. jç»
»qn'on m'en fasse, tant pour ce, quepout
»autres choses , qui ne se peuvent faire
asans scandale ; & si je ne veux qu'il y aie
^cérémonie funèbre , ne autre Représerr.
Mtarion à l'entour du lieu où je serai en*
«terré , le long de l'anne'e de mon trépas ,
«parce qu'il me semble imitation des Ce-
Dnotaphes , donc les Gentils ancienne-*
»xment ont asé#
C'étoit ici le lieu de placer rEpigram»
me , que fit Melain de saint Gelais , à
l'oecasion de la mort de Budé, & de la
disposition Testamentaire qu'on vient de
lire. 11 est à croire que l'Editeur des Mé
moires ne l'a pas connue > on ne fera pas
fâché de la trouver ici.
Qui est celui que tout le monde fuit >
tas ! c'est Budé au Cercueil étendu.
Pourquoi n'ont fait les Cloches plus grand]
bruk?
Son nom fans Cloche est aflez épanda;
Que n'a-t on plus en Torches dépendu í
Suivant la mode accoutumée & sainte »
Afin qu'il sut par l'obscur entendu
Que des François la lumière est éteinte*
Nous donnerons dans le prochain Mer*
Cure la fuite de ce Mémoire*
des Hommes Illustres dans la République
des Lettres > avec un Catalogue raisonné
de leurs Ouvrages , tome 8 . de 40 8 . pages
fans les Tables. A Paris , chez. Bnaffon „
rué S. làcques , a la Science. 1730.
. A la tête de ce 8 e. volume est un coure
Avertissement , qui apprend au Lecteut
une chose auíïl agréable que nécessaire á
l'égard de ceux qui aiment Inexactitude Sc
la perfection dans les entreprises Litté
raires. L' Auteur de ces Mémoires se pré
pare, nous dit-on , à donner dans le di
xième vol. qui paroîtra fur la fin du mois
de Décembre 1729. les corrections fur les
neuf vol. qui le précédent ^ avec les Ad
ditions qu'on lui a déja données. Il invite
de plus ceux qui auront reconnu quelque
faute , quelque îegere qu'elle puisse être ,
ou qui sçauront <juelques faits oubliez ,
ou enfin qui auront quelques Additions, à
les lui communiquer , se chargeant d'in
struire le Public du nom de ceux dont il
auxar
34© MERCURE Í)E FRANGÉ,
aura receu des remarques utiles. On aver»
tic aussi que le dixième vol. contiendra en
core des Tables générales , Alphabéti
que, Nécrologique ì 6c selon l'ordre des
Matières de ce qui est contenu dans les
neuf premiers vol enfin qu'on pourrs
s'addrefler au Libraire qui vend ce Livre ^
pour tout ce qu'on voudra faire tenir ìt
l'Auteur.
Nous profiterons de l'invitation conte
nue dans cet Avertissement , pour conti
nuer de parler avec franchise en faveur de
la vérité, & pour fa perfection de cet~Ou->
Vrage , quand l'occaíìon s'en présentera.1
Le 7e. vol. en offroit une , mais il n'étfoit
pas encore rems de publier notre Re
niai que , qui n'auroit pu passer alors que
pour une conjecture. Nous. avons depuisdécouvert
que cette Remarque peut être
solidement appuyée. Voici de quoi il s'a
git1. Dans le Catalogue des Ouvrages
d'André Ducheshe , qui est à la fin du
Mémoire quile concerne dans le 7e. tome
pag. 32}'. on trouve art. 6. le Titre qui
fuit : Les Antiquitez. & Recherches des
Villes , Châteaux & Places remarquables
de toute la France■", suivant l'ordre des huit
Parlement. Paris i (íi&. in-%. On ajoute
que' cettepremiere Edition a été suivie de
celles dis années 16 14. 1611. 1619.
iôji. 1637. úv8. Item, rêvât s corri'
g"*
Lévrier. 1730. 3 4 r
gées & augmentées par François Ducbejhe.
Paris 1 £47. in 8.& 166%. z. vol.in-ii.'
L'Arciclc finit par ces paroles Ce Livre
est mal écrit , mais il contient des choses;
curieuses , la derniere Edition que Duchesne
le Fils a procure'e est la meilleure.*
Nous avons toujours cru que cet Ou
vrage, quoique publié sous le nom d'An
dré Duchesne , n'étoit point de ce célèbre'
Auteur. II ne faut que le lire avec une*'
médiocre attention pour s'en appercevoic
: Mauvais stile, défaut de critique ,>
excès de crédulité , tout sent une maint*
qui ne cherche qu'à accumuler des Phra
ses , pour produire enfin un Livre com
posé de choses communes , & qu'on trou
ve dans plusieurs autres Ouvrages', eo-'
qui est bien éloigné du génie & de la ca
pacité d'André Duchesne.
Mais ce qui a achevé de nous con
vaincre fur ce point , c'est le témoignage
d'un Sçavant du premier ordre & des plus
respectables. Il faut d'abord observer que
la première Edition de ce Livre n'est pas
celle de.i 6 l e. marquée ci dessus par no
tre Editeur. Il s'en trouve une autre de
1609. dont il y a un exemplaire dans la
Bibliothèque de S. Germain des Prez ,
faite à Paris, chez Jean Petit Pas. En
second lieu, on lit à la tête de cet Exem
plaire de 1609. les paroles qui suivent,
cuites -
$4* MERCURE DE FRANGÉ,
éiîrites de la main du célèbre Dom' Lire
Dachery ^ contemporain & ami d' André?
Ducheíne.
Ce présent Livre n'ejì point de M. Ditchefìte
, je Pai ffudesà propre bouche r
ifant venu voir quelque chose k notre Bibliothequei
On P a mis fous son nom pour
le mieux vendre , parce que de soi il nevaut
rien , ni pour l' Histoire ni pour le
Stile. Le 19. Avril 1640.
Après une attestation si précise , on ne
peut s'empêcher de convenir de ^impo
sture , laquelle a continué àvec plus d»
facilité après la mort de l' Auteur dans:
les Editions qui ont suivi , jusqu'à sou
tenir que les deux dernieres ont été re
vues & corrigées par F. Duchesne sort
Fils, &c. Quand même il seroit vrai que
le Fils ait eu quelque part à ces dernieres
Editions , ce qui est extrêmement dou
teux , il doit toujours passer pour certaia
que l'Ouvrage original n'est point de son
Père : Au reste l' Auteur des Mémoires
n'a erré Ià dessus qu'après le P. le Long ,
qui l'acopié fur l'article d'André Duches
ne , & après plusieurs autres.
Ce n'est pas la première fois que les1
Libraires , même quelques Auteurs en
ont imposé au Public , en mettant ut»
fiom respectable à la tête d'un Ouvrage
médiocre dans la vue de l'acrediter : C'est
ainsi
FEVRIER. 1730. î4j
•insi qu'on a vu paroître en l'année
1719. un Livre fort superficiel, sous le
nom de M. l'Abbé de Bellegarde , qui
ccrit si poliment , & qui a donné tant de
bons Ouvrages , lequei nous a assure' n'a»-
voir aucune part à celui dor.t on vient de
parler. Mais revenons à notre 8e. vol.
des Mémoires pour l'Histoire des Hom
mes Illustres , Sec. Ce vol. contient la
Vie & le Catalogue des Ouvrages de 37.
Sçavans, dont voici les noms.
Léon Allatius , Emeri Bigot , Lazare
André Bocquillot , Guillaume Budé , Ni*
col. Calliachi , Charles du Cange , Jean
Cocceius , Jacques Cujas , Jean Donne ,
Caffandre Fedele , Claude Fleury , Théo*
phi le Foltngo , Jean Gallois , Th. Qatar
keryijean Gravi us , Nicol. Hartfoel(er ,
Jean Htnn Hottinger , Jacques le Paulmier
de Grantemefnil , Barth. Platine ,
Jean Jovien Pontan , Louis Pontico VirUr
nio , Guill. Poftcl > Etien. Rajficod , Abel
de sainte Marthe Père & Fils , jîbel Louis
de sainte Marthe , Charles de sainte Mar
the , Claude de sainte Marthe , Pierre Sce-r
vole de sainte Marthe , Scevole de saints
Marthe , Scevole & Louis de sainte Mar
the , Jacques Sannazar , Jean-Marie de
la Marque Tilladet , Sebafiien Vaillants
Çharles'VerarÂQ. ..f . '. . v .1
1/ Article. de Guillaume Budé nous »
fan»
tajf. MERCURE* DE PRANOS.
j>aru être l'un des plus curieux de ce vdj.
'& nous croyons que nos Lecteurs nous
^■sçauront gré de le trouver ici , tel que
l'Auteur des Mémoires Ta présenté au
public. Guillaume Budé , ( en Latin Budoeus)
naquit à Paris l'an 14.67. de Jeajn
JBudé , Seigneur d'Yerre , de Villers fur
Marne , & de Marly , Grand-Audianciex
en la Chancellerie de France , & de Ca
therine le Picart*
\ On lui donna des Maîtres dès-qu'il pa,-
lut capable d'apprendre quelque choses
mais la barbarie qui regnoit alors dans lc$
.Collèges , le dégoûta , Ôc l'empêcha de
faire de grands progr.es. C'étoit la cou
tume de pafler à l'étude da Droit , dè$
qu'on sçavoit un peu de Latin , il la sui
vit comme les autres, & alla à Orléans
pour ce sujet ; mais il . y demeura trois ans
fans y rien apprendre. Il n'entendoit pres-
,que point les Auteurs Latins , il n'çtoit
J>as par conséquent eu état de comprendre
es Ecrits & les Leçons de ses Professeurs.
Ainsi il revint à Paris a,ussi ignorant qu'il
,«n éroit parti , & plus dégoûté de l'étude
jqu'il ne l'étoit auparavant. ' . ■
Les plaisirs firent alors toute son occu
pation , ôc il s'adonna particulièrement £
îa chaffe ; mais lorsque le premier feu de
la jeunesse se fût rallenti en lui , il se sentit
coat d'un coup saisi d'une oasEon si vios
FEVRIER. 175©. ?4I
tente pour l'étude , qu'il s'y donna avec
une ardeur inexprimable. Il renonça dès*
j lors à tous les divertissemens & à toutes
j les compagnies ; & regardant comme per
du tout le tems qui n'étoit point employé
àl'étude , il regrettoitles heures qu'il étoit
obligé de donner à (es repas & à son som
meil.
Ce qu'il y a voit de fâcheux pour lui t
1 c'est qu'il n'avoit personne qui pût le dí*
íiger dans ses études, & lui montrer la
route qu'il devojt tenir pour ne poinc
perdre un tems qui lui étoit si précieux»
îl ne fçavoit quels étoient les Auteurs
qu'il de voit lire les premiers , & il se trompoit
souvent dans le choix qu'il en faisoit.
Ce ne fut que dans la fuite , qu'il
apprit par fa propre expérience , & pat
son propre gout , ceux qu'il devoit préfé
rer aux autres. Ainsi il ne dut qu'à luimême
les progtès qu'il fit , par son appli-
I cation assidue dans les Belles-Lettres.
II ne fut non plus redevable qu'à son
travail de la connoissance qu'il acquk de
ia Langue Grecque , il eût, à la vérité, un
Maître nommé George Hermonyme , qui
L se disok natif de Lacédémone , "mais qui
ne sçachant pas grand chose ., ne pouvoit
lui en apprendre beaucoup. Quelques en
tretiens qu'il eut avec Jean Lascaris lui
furent plus utiles , . & les instructions dç
* 4* MERCURE DE FRANCE,
ce grand homme lui soumirent les moy em
d'avancer avec plus de succès dans les
çonnoiffances qu'il s'étoit proposé d'ac
quérir.
Les Belles -Lettres ne l'occuperent pas
jtellement, qu'il négligeât les autres Scien
ces» U apprit les Mathématiques de Jean
Faber, dont il épuisa bientôt le sçavoir ,
par la facilité qu'il ayoit à comprendre
tout ce qu'il lui disoit.
Cependant son Père n« le vòïoit qu'ar
yec peine attaché si fort à l'ctude , appré
hendant que cer attachement ne préjudifiât
à ses affaires domestiques , & ne nui
sît à fa santé ; mais tout ce qu'il pût lui
dire fur ce sujet fut inutile , fa passion
l'emporta fur les remontrances. Au reste
íes craintes de son Pere n'eureqt lieu qu'en
partie ; car il ne négligea jamais ses affai
res , il eut foin au contraire de se parta
gé» entre-elles & ses études. Mais fa santé
en souffrit , car son assiduité au travail lui
procura une maladie , qui le tourmenta à
différentes reprises , pendant plus de vingt
»ns , &c qui le rendit mélancolique & cha
grin. Le triste état où il se trouv,oit alors,
n'étoit point capable de le dégoûter de
J'érude , il profìtojt des niomens de relâ
che qu'il avoit, pour s'y livrer de nou
veau. C'est même pendant cc tems - là
qu'il a composé la plupart de ses QuÏJWgefe
Quelque*
TEVR1ER. 1730. ?4f
Quelques Auteurs on mis en question :
S'il étoit à propos pour un Homme de
Lettres de íe marier , & se sont servi de
Pexemple de Budé pour soutenir l'affirmative.
Il se maria en effet , & si l'on et»
croit un de ces Auteurs > fa femme bienloin
de l'empêcher d'étudier , lui servoit
de second , en lui cherchant les passages ,
& les Livres dont il avoit «besoin, Il falloir,
^u'il l'eût connue de ce goût-là des avant
ion mariage , puisque, le jeùr même de
ses noces il se de'roba trois heures ait
moins , pour les passer avec ses Livres.
Louis le Roy , de'crit ainsi la manière,
dont il avoit coutume de passer lá jour
née : En se levant, il se mettoit au travail,
& étudioit jusqu'à l'heure de dîner j avant
que de se mettre à table , il fáisoit un peu
d'exercice pour se donner de l'appetit.
Après le repas, il passoit deux heures »
Causer avec sa famille , ou ses amis , après
quoi il recommençoit à travailler jusqu'à»
souper. Comme ce repas íe saisott ordi
nairement fort tard , i! ne faisoit jamais
rien après. Ii avoit une Maison de Cam
pagne à saint Maur , où il demeuroic assez
volontiers , parce que son e'rude n'y étoiç
point interrompue par des visites , com
me à la Ville.
t II vécut fort long-tems dans l'obscuriré
{Le son Cabinet , mais son rne'rir,e j'eq tira:
$4 S MERCURE DE FRANCE.
Qay de Rochefort , Chancelier de Fran.
çe , le fit çonnoître au Roy Charles VIII.»
qui voalut le voir , Sc le fie venir auprès
de luiî mais il ne vécut pas assez après
çela, pour lui faire du bien, .. i
Louis XIL successeur de Charles, l'en»,
voya deux fois en Italie pour quelques;
négociations , & le mit ensuite au nombre,
de íes Secrétaires. 11 youlur aussi le fairç,
Conseiller au, Parlement de Paris ; maiç.
Budé refusa cette Charge , qui lui aurpir^
çauíé trop de distractions, ÔC qui lui auroit
enlevé un tems , qu'il aimoit mieu%
donner à ses études.
II se vit cependanc dans la fuite exposd
à ces distractions qu'il craignoit. Le Roy
Fcançois I. qui aimoit les Gens de Lettres,
k fit venir auprès de lui à Ardres » où
5'e'toit rendu en 1520. pour s'aboucher,
avec le Roy d'Angleterre. L' Auteur de fa.
vie remarque , que ce fut alors pour 1%
première fois que Budé eut accès auprès
de lui : ce qui détruit cç que Yarillas aavancé
dans son Histoire da François I<
(a) que ce Prince l'envoya à Rome etj
Ambassade en iji 5. auprès du Pap©
Léon X. fait suppose par cet Auteur ,
qu'iL accompagne d'une reflexion , qui
n'est pas plus vraie. » Budé, dit-il , n'ér
«toit pas mal adroit co négociation ,
Çà) 144$ u fi i -; "---.-< -i
\i'i.< C « quoiqu'il
I 'J TE V RIE R. 17300 j4f
B'qqoiqu'il eut vécu dans Paris , fans au-
» cre conversation que celle de ses Livres, «c
| -Comment Varillas a-r-il pu parler ainsi,
puisque Budé avoit déja e'té deux fois ea
! Italie pour différentes négociations ?
I François I. ayant pris gout à la convec*
/ation de Budé , voulut ,1'avoir toujours
attprès de lui , lui confia le foin de fa Bi
bliothèque , & lui donna une Charge de
Maître des Requêtes , dont il fut pourvu
}e2 I. Août 1522. La. Ville de Paris l'é*
lût la même anne'e Prevôc des Mar»
chands. . • ,
• Il aimoit trop les Sciences , pour ne pas
faire servir à leur avantage le crédit qu'il
> atoit auprès du Roy > il fut un des prin
cipaux Promoteurs de l'érection du CoU
lege Royal , & de la Fondation des Chai-s
res , qui y fur faite fous le Règne ^ de
François I.
, Il se brouilla avec Antoine du Prat t
Chancelier de France , ce qui l'obligea
pendant quelque temsà n'aller à la Cour,
qu'autanc que le devoir de fa Charge l'y
engageoit. M? is ce tems ne dura pas ; car
Guillaume. Po;;et qui l'aimoit , ayant e'té
fait Chancelier , voulut qu'il demeurât
continuellement auprès de lui.
Un voyage qu'il fit avec lui en 15 40.
fur les côres de Normandie , à la fuite duj!
&oy , qui y alloit chercher du rafraîchisr.,
. ^ * G ij sèment
^5<> MERCURE DE FRANCBj
íement dans les chaleurs excessives da
cette année , lui fut funeste. Il y ga*
gna une fièvre , qui lui paroissant dan»
gereuse , lui fit naître l'envie de se faire
porter chez lui , pour mourir du moins
au milieu de fa Famille.
De retour à Paris , il vit bien tôt son
mal s'augmenter , & il mourut le 23,
Août de la même année 1540. âgé de 73.
ans. Plusieurs Auteurs se sont trompés fut
la datte de fa mort La Croix du Maine
en la fixant au z 5. Août. S ponde , en la
mettant au 2©. Août , & Pierre de saint
Romuald, en l'avançant au $. Août de
la même année. Le P. Garasse dans fa
Doctrine curieuse , le fait mourir en 1 5 ; 9.
L'erreurde M. de Launoy est encore plus
considérable , puisqu'il recule (a) sa mort
jusqu'au premier Septembre 1 ç 7 3.
Budé fut enterré le x6 . Août à saint Ni»
colas des Champs 3 fans aucune pompe ,
comme il l'avoit ordonné par son Testa»
ment , ou il dit : m Je veux être porté en
«•terre de nuit , & íans semonce , à une
» Torche , ou à deux seulement , & ne
» veux être proclamé à l'Eglise , ne à la
» Ville , ne alors que je ferai inhumé s ne
>le lendemain; car je n'approuverai ja-
>mais la coutume des cérémonies lugu-
» bres , & pompes funèbres*. . . Je détens
(s) Hijì. Gjmn. ì{*v»rr. f» 8.8 xì. . -
*■ # qu'or*
LEVRIER, i^rjd. jç»
»qn'on m'en fasse, tant pour ce, quepout
»autres choses , qui ne se peuvent faire
asans scandale ; & si je ne veux qu'il y aie
^cérémonie funèbre , ne autre Représerr.
Mtarion à l'entour du lieu où je serai en*
«terré , le long de l'anne'e de mon trépas ,
«parce qu'il me semble imitation des Ce-
Dnotaphes , donc les Gentils ancienne-*
»xment ont asé#
C'étoit ici le lieu de placer rEpigram»
me , que fit Melain de saint Gelais , à
l'oecasion de la mort de Budé, & de la
disposition Testamentaire qu'on vient de
lire. 11 est à croire que l'Editeur des Mé
moires ne l'a pas connue > on ne fera pas
fâché de la trouver ici.
Qui est celui que tout le monde fuit >
tas ! c'est Budé au Cercueil étendu.
Pourquoi n'ont fait les Cloches plus grand]
bruk?
Son nom fans Cloche est aflez épanda;
Que n'a-t on plus en Torches dépendu í
Suivant la mode accoutumée & sainte »
Afin qu'il sut par l'obscur entendu
Que des François la lumière est éteinte*
Nous donnerons dans le prochain Mer*
Cure la fuite de ce Mémoire*
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Résumé : Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Le texte est un extrait des 'Mémoires pour servira l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres', tome 8, publié à Paris en 1730. L'auteur annonce des corrections et des additions pour les neuf volumes précédents dans le dixième volume, prévu pour décembre 1729, et invite les lecteurs à signaler toute erreur ou information erronée. Le septième volume contenait une remarque confirmée depuis, concernant une erreur sur un ouvrage attribué à André Duchesne. Le catalogue des œuvres de Duchesne mentionne 'Les Antiquitez & Recherches des Villes, Châteaux & Places remarquables de toute la France', avec plusieurs éditions. Cependant, l'auteur des Mémoires affirme que cet ouvrage n'est pas de Duchesne, en se basant sur le témoignage de Dom Louis D'Achery, qui a déclaré que le livre n'était pas de Duchesne et avait été publié sous son nom pour mieux se vendre. Le texte mentionne également d'autres cas où des libraires ou des auteurs ont attribué des œuvres médiocres à des noms respectables pour les accréditer. Le huitième volume des Mémoires contient les vies et les catalogues des œuvres de 37 savants, dont Guillaume Budé. La vie de Budé est détaillée, soulignant son parcours académique, son assiduité dans les études, et son rôle dans la promotion des sciences sous le règne de François I. Budé a refusé des charges qui auraient pu le distraire de ses études, mais a finalement été nommé maître des requêtes et prévôt des marchands de Paris. Il a également joué un rôle clé dans la création du Collège Royal et la fondation des chaires sous François I. Le texte relate la mort de Budé, survenue en 1540. Budé, âgé de 73 ans, contracta une fièvre lors d'un séjour en Normandie et décida de retourner à Paris pour mourir entouré de sa famille. Il décéda le 23 août 1540. Plusieurs auteurs ont commis des erreurs sur la date de sa mort, la situant entre le 25 et le 31 août, ou même en 1573. Budé fut enterré le 26 août à Saint-Nicolas-des-Champs sans cérémonie, conformément à ses volontés exprimées dans son testament. Il souhaitait une inhumation discrète, sans pompe funèbre, et sans proclamation à l'église ou à la ville. Il comparait les cérémonies funèbres à des pratiques païennes. Le texte mentionne également une épigramme de Melchior de Saint-Gelais sur la mort de Budé et ses dispositions testamentaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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