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1
p. 312-336
Article tres-curieux qui regarde ce qui s'est passé à la Seance publique de la Societé Royale de Montpellier, qui s'est faite pendant la tenuë des Etats de Languedoc. [titre d'après la table]
Début :
Je passe à un Article que vous n'attendiez pas sans doute [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences de Montpellier, Assemblée des États de Languedoc, Sciences, Mr. de Basville, Gouttes puantes, Confrères, Académiciens, Aiguille, Aimant, Pôles, Satellites, Discours
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texteReconnaissance textuelle : Article tres-curieux qui regarde ce qui s'est passé à la Seance publique de la Societé Royale de Montpellier, qui s'est faite pendant la tenuë des Etats de Languedoc. [titre d'après la table]
e paffe à un Article que
vous n'attendiez pas fans doute
ce mois-cy ; mais fçachant
voftre curiofité fur ce qui regarde la Societé Royale des
Sciences de Montpellier , j'ay
fi bien pris mes mefures que
je vous en envoye un Article
digne
GALANT 313
digne de voftre curiofité &
de celle de tout le Public. Cette Societé a tenu fa Seance publique pendant l'Affemblée
des Etats de Languedoc , qui
l'ont honorée de leur prefence.
Mr de Bafville Confeiller d'Etat &Intendant de Languedoc
y prefida comme Academicien
Honoraire; & il en fit l'ouverture par un Difcours qui reçûr de grands aplaudiffemens.
Il parla des Sciences en general
& de l'utilité que les hommes
recevoient à s'y attacher ; il
s'apliqua fur tout à prouver
le bien que fit l'étude de la
Fanvier 1710.
Dd
314 MERCURE
Philofophie. Dans les premiers
fiecles du Paganifme , dit-il ,
cette étude faifoit les délices des
grands hommes de ces temps éloignez e même dans la naiffance
du Chriftianifme l'estime fut fi
prodigieufe pour Platon qu'on
regardoit alors comme l'Oracle de
la Philofophie , qu'on le mettoit
prefque enparallele avec les Prophetes,& qu'on pritfe:Ouvrages
pour des Commentaires de l'E
criture , puifqu'on conçut longtemps la nature du Verbe, comme
il l'avoit conçue. Il remarqua
enfuite que rien ne pouvoit .
tant contribuer au progrés
GALANT 315
des Sciences que les Affemblées des gens de Lettres ; il
parcourut tous les ficcles où
l'on en avoit vû ; & il dit qu'il
y avoit du temps des Empereurs
Romains diverfes Chapelles de
Minerve à Rome qui fervoient à
fortes d'Affemblées , & où
les Orateurs recitoient leurspieces,
& c'eſt ce que le Scholiafte d'Horace nomme Athenæa , felon la
coûtume defon temps , auquel ce
mot fignifioit un Auditoire.
L'Empereur Adrien dans le
deuxième fiecle fit bâtir un Auditoire qu'on nomma auſſi. Athenæum , & il continua d'avoir
Ddij
316 MERCURE
foin des Ecoles publiques à l'imi
·tation & Augufte le fecond des
Cefars qui avoit fait bâtir l'Ecole d'Octavie jointe à unportique ainsi que le R. P. Ardouin
Jefuite nous l'aprend dans fes
Stavantes notes fur Pline
avantluy le celebre GerardJean
Voffius , dansfon Lirure de l'Imitation. En parlant enfuite des.
travaux de la Societé Royale,
il dit qu'elle ne prononce point de
decifions , & qu'elle ne forme
point de fyfteme ; mais qu'elle
propofe des experiences & des
obfervations, laiffant aupublic le
foin de les rectifier , & la liberté
GALANT 317
de les contre-dire pour aller plus
loin dans le Pays des découvertes.
Rien en effect, ajouta- t - il n'eſt
pluspropre à contribuerau progrés
des Sciences , que des experiences
repetées réiterées. Par là on
avance par degrez ; l'on marche
àpas lents , il eft vray ; mais
auffi ils fontplus furs
Mr de Bafville après avoir
fait un détail des travaux de la
Societé Royale pendant l'année derniere , & de ceux auf
quels elle s'attacheroit dans le
cours de celle cy , finit par
l'Eloge du Roy à qui cette
Compagnie doit fon établiſſeDd iij
318 MERCURE
ment & le nom qu'elle s'eft
déja faite parmi tous les Sçavans de l'Europe. Ce Monarque , dit-il , parmi les foins &
lesfatigues d'une guerre onereuſe
& dans laquelle la plus grande
partie de l'Europe eft conjurée contre luy, n'a pas perdu pour cela
le defir qu'il a eu depuis les premieres années de fonregne defaire
fleurirles Sciences dans fes États.
On a sú fe former fous ce regne
glorieux , àjamais memorable
un grand nombre d'Academies
oùſe forment tous les jours lés
jeunes nourriffons des Mules
quis'y exercent pour immortali-
GALANT 319
fer le nom François. Ce grand
Monarque ne fe contente pas ,
ajouta t -il , d'accorder des Privileges , & des établiſſemens confiderables aux Compagnies dont
la culture des Sciences fait tout
L'objet, il les anime encore au travail par fes bienfaits & parſa
Royale liberalité. Le titre de Sçavant en eft un legitime auprés de
ce grandPrince , pour avoir part
àfesgraces & àfes faveurs. On
fe contentoit dans les fiecles precedens d'admirer ces grands genies
pour qui la nature ſembloit s'eſtre
épuisée , mais comme fi on eut
craint qu'une honnefte abondance
320 MERCURE
eut fait perdre la moitié de leur
merite , on les laiffoit dans une
honteuse indigence ; des paroles
des paroles flattenfes eftoient tout
le prixde leurs travaux ; on n'alloitpasplus loin, on auroit crû
en leur faifant du bien les expofer à la tentation de ne plus rien
faire de tomber dans un repos
oifife plein de molleffe . Mais
aujourd'buy graces au grand
Prince qui gouverne la France,les
chofes font bien changées. La récompenfe fuit toujours à prefent
le travail , elle eft accordée fi
à propos & avec tant de prudence
que bien loin de former une ten-
GALANT 321
tation délicate pour celuy qui l'ob
tient , elle ne luyfert que d'aiguil
lon pour avancer dans le progrés
des Sciences. Piquez d'une noble
émulation par les bienfaits du
Prince , ceux qui en font l'objet
ne s'appliquent qu'à les meriter
encore davantage.
Mr Bon le fils , premier
Prefident, en furvivance de Mr
fon pere, de la Cour des Aydes
de Montpellier , parla enfuite;
& aprés avoir loué en peu de
mots Mrde Bafville , qui venoit de parler fi fçavamment
de l'utilité des Sciences , il entretint l'auguſte Aſſemblée qui
322 MERCURE
l'entendoit , d'une découverte
qu'il avoit faite , & dont il
rapporta plufieurs experiences.
Ce fut fur les araignées qu'il
parla long- temps. Ces petits
animaux , dit cet habile Magiſtrat , & ſçavant Academicien , filent une foye qui eft propre aux mefmes usages que celle
des vers , vulgairement appellez
vers à foye ; & il prouva fenfiblement que la føye des araignées eft beaucoup plus abondante celle des vers , pufqu'outre que ceux- cy , dit-il , ne
font que so. œufs , qu'on appelle
vulgairement cocons , les arail
que
GALANT 323
gnées en font 400. Il est vray
qu'à l'égard des araignées , la
moitié franche de leurs œufs fe
perd à caufe de leur petiteffe , &
qu'elles n'achevent leurfoye qu'en
2. ans ; mais enfin quand on reduiroit , à cause de la diminution
causée par la perte ou inutilité de
ces œufs , les 400. à la moitié,
il en refteroit toujours 200.
qu'à cause de la longueur du
temps que les araignées mettent à
filer leurføye , on reduiſe encore
ces 200. œufs à 100. pour faire
quelque comparaison avec ceux
des vers , il fuivra toûjours toutes chofes égaless il en concludque
324 MERCURE
par
les versfaifant so. œufs les araignées 100. celles - cy produisent le
double des vers. Que d'ailleurs
l'avantage que la foye des araignées a pardeffus celle des vers ,
eft qu'elle eft plus fine ,
confequent incomparablement plus
belle. On en a filé par ordre de
Mr le Duc de Noailles pour
faire une paire de bas de foye ,
qui ont efté faits en Languedoc,
&que ce Ducaprefentez à Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Cette Princeffe, ainfi que toute la
Cour,les ont trouvez d'une grande beauté &on a avoué qu'on
ne pouvoit rien ajoûter à la fr
GALANT 325
neffe de cet Ouvrage. D'ailleurs
il faut remarquer qu'il n'eft icy
queftion quedes araignées des jardins de celles qui travaillent
en pleine campagne , & les plus
groffes font les meilleures. Mais
la foye n'est pas la feule richeffe
qu'on tire de ces petits animaux,
& MrBon n'apas borné là fes
recherches. On a fait une Analyfe
exacte de ces petits animaux , &
on en a voulu découurir toutes les
proprietez , & ce n'a pas eftéfans
une grande ſurpriſe mêlée de
beaucoup de joye qu'on a éprouvéaprès une Analyfe faite avec
tous les foins imaginables qu'on
土
326 MERCURE
peut tirer des araignées une cau
qui a des vertus admirables , &
dont on peutfaire des gouttes qui
pafferont mefme en bonté celles
d'Angleterre, qui font fi vantées,
dont onfait unfi grand nombre d'ufages. Ce feront des
gouttes aromatiques , reprit ce
fçavant Magiftrat , qui feront
admirables pour la gravelle &
pour les retentions d'urine
faifant vuider le fable. Elles
feront auffi admirables pour fortifier les poulmons foibles ; & ce
feront d'excellentes eaux pulmonaires on pretend , & ce
n'eft pas fans l'avoir éprouvé,
. ,
en
GALANT 327
qu'elles feront auffi bonnes pour
tapoplexie que l'eau des Carmes
fi vantéejufqu'icy. On a décou
vert à l'égard de deux Paralytiques & d'un Epileptique , qu'elLes font tres-propres à ces maladies dangereufes , & contre lef
quelles il y afi peu de remedes.
Tous ceux qui font fujets aux
coliques & aux maux qui les
caufent,ferontfoulagez en ufant
de ces gouttes , avecquelqué methode un certain regime que
la Societe Royale preferira dans
une petite Differtation qu'un habile Medecin de fon Corps fera
fur ce fujet. A l'égard des per-
328 MERCURE
fonnes qui jouiffent d'une fanté
parfaite , elles en peuvent auffi
ufer; elles purifient le fang, &
Le font circuler ; elles fortifient
l'eftomach , elles facilitent la
digeftion. Ceux qui font fujets
à la migraine en peuvent user,
& ils peuvent compter d'eftre
foulagezfur le champ, en obfervant cependant le regime qui fera
marqué dans la Differtation qui
paroiftra au premier jour. Enfin
pour marquer les effets merveilleux de ces gouttes , il n'y a qu'à
dire qu'elles operent & avec autant de fuccés & avec autant de
promptitude que les gouttes d'An-
GALANT 329
gleterre,qu'on nomme les Gouttes
puantes, dont on nefefert cependant que dans les maux defefperez. Mr Bon a donné à ces
gouttes le nom de Gouttes de
Montpellier, & diverfes experiences qu'on a faites de leurs
vertus & de leurs qualitez, leur
ont déja attiré ce nom. Mr
Bon finit fon Difcours en applaudiffant tous les Academiciens fes Confreres , d'avoir
fait une fi belle découverte
dans la naiffance de leur Societé; & il dit qu'un fecret fifalutaire luy faifoit bien augurer
des travaux de tant de fçavans
Janvier 1710. E e
330 MERCURE
hommes qui compofent cette ilLuftre Compagnie. Ce difcours
fut generalement applaudi.
Le P. Vanier Jefuite , habile Poëte, & qui fait imprimer à Lyon un Dictionnaire
Poëtique , a fait une Eglogue
adreffée à Mr Bon , dont je
viens de parler ; dans laquelle
il le felicite fur la belle découverte qu'il vient de faire.
Cette Eglogue eft Latine , ce
qui m'empefche de vous l'envoyer. Elle eft parfaitement
belle.
La declinaifon de l'Aiguille
aimantée fit la matiere d'un
GALANT 331
Difcours qui fuivit celuy de
Mr Bon; & qui fut prononcé
par Mr Clopinel. Cette Declinaiſon eſt un Phenomene des
plus étonnans & dont la connoiffance est en même temps
tres neceffaire pour la Navigation , puifque fi elle varie felon les lieux & felon les temps ,
les Pilotes peuvent fe tromper confiderablement dans le
coursd'une Navigation &dans
la route, qu'ils font tenir aux
Vaiffeaux. On n'embraffa pas
tout-à-fait dans ce Difcours le
Systême de Mr Defcartes , qui
prétend qu'il fort des Poles de
Ecij
33²´MERCURE
la terre une matiere fubtile ime
palpable & inviſible qui circulant autour d'elle fur le plan
des Meridiens y rentre par les
Pole oppofé à celuy d'où elle
eft fortie. La matiere canelée
trouvant dans la ficuation
des pores de l'Aiman un paf
fage pour le traverler , fait
que l'Aiman a deux Poles auffi bien que la Terre ; ainfi
cette matiere rentrant par un
Pole attire le fer. Mais elle
peut changer fon cours felon
la difpofition des parties à travers lefquelles elle s'ouvre un
paffage , & elle en peut eſtre
GALANI 333
détournée felon la figure & la
difpofition de l'Aiguille qui ent
eft touchée. D'ailleurs on a re
marqué que les Obfervations
qu'on peut faire de la variation de l'Aiguille dans les Vaifſeaux font fujettes à beaucoup
d'erreurs à cauſe du fer qui y
eft en grande quantité. Ce Dif
cours fut trouvé plein de recherches & d'érudition.
Le Difcours fuivant & qui
termina l'Aſſemblée , regarda
les Satellites de Saturne , & fut
prononcé par Mr Aftruc. Les
Anciens , dit-il , ne comptoient
que fept Planettes dans noſtre
334 MERCURE
a
Tourbillon , & nous en avons
neuf, quatre Satellites de Fupiter
& cingde Saturne. Galileé à dé
couvert ceux deJupiter, MrCaſ
fini quatre & Mr Huiguens at
taché aufeu Roy Guillaume , un.
Ce dernier foupçonnoit qu'ily
avoit unfixiéme entre la quatriéme e la cinquième , parce que
diftance entre ces Satellites eft trop
grande à proportion des autres.
C'est par les Satellites de Jupiter
que les Aftronomes ont eu le bonheur de trouver les Longitudes
par leurs emerfions & leurs immerfions. L'ufage qu'on tirera de
ceux de Saturne ne fera pas moins
la
1
GALANT 335
confiderable , parce quefiJupiter
n'eſt pas fur l'horiſon pendant la
nuit Saturne y pourra eftre , & en
ce cas les Satellites fuperieurs feront trouver les Longitudes , les
deux premiers eftant fi proches de
la Planette qu'ilsfont prefque im
perceptibles. D'ailleurs leurs revolutions fontficourtes &leurs ċerclesſipreſſez qu'à noftre égard , il
eft rare qu'ilsfortent des rayons de
Saturne étant de plus dans unéloignement du Soleil double de ceux
de Jupiter. Ce Difcours renfermoit plufieurs autres Remarques d'Aftronomie qui plurent
fort à l'illuftre Affemblée. Mi
336 MERCURE
de Bafville refuma à la fin de
chaque Difcours tout ce qui
avoit eſté dit de plus curieux &
de plus intereffant , & il fit admirer en cette occafion la netteté de fon efprit
vous n'attendiez pas fans doute
ce mois-cy ; mais fçachant
voftre curiofité fur ce qui regarde la Societé Royale des
Sciences de Montpellier , j'ay
fi bien pris mes mefures que
je vous en envoye un Article
digne
GALANT 313
digne de voftre curiofité &
de celle de tout le Public. Cette Societé a tenu fa Seance publique pendant l'Affemblée
des Etats de Languedoc , qui
l'ont honorée de leur prefence.
Mr de Bafville Confeiller d'Etat &Intendant de Languedoc
y prefida comme Academicien
Honoraire; & il en fit l'ouverture par un Difcours qui reçûr de grands aplaudiffemens.
Il parla des Sciences en general
& de l'utilité que les hommes
recevoient à s'y attacher ; il
s'apliqua fur tout à prouver
le bien que fit l'étude de la
Fanvier 1710.
Dd
314 MERCURE
Philofophie. Dans les premiers
fiecles du Paganifme , dit-il ,
cette étude faifoit les délices des
grands hommes de ces temps éloignez e même dans la naiffance
du Chriftianifme l'estime fut fi
prodigieufe pour Platon qu'on
regardoit alors comme l'Oracle de
la Philofophie , qu'on le mettoit
prefque enparallele avec les Prophetes,& qu'on pritfe:Ouvrages
pour des Commentaires de l'E
criture , puifqu'on conçut longtemps la nature du Verbe, comme
il l'avoit conçue. Il remarqua
enfuite que rien ne pouvoit .
tant contribuer au progrés
GALANT 315
des Sciences que les Affemblées des gens de Lettres ; il
parcourut tous les ficcles où
l'on en avoit vû ; & il dit qu'il
y avoit du temps des Empereurs
Romains diverfes Chapelles de
Minerve à Rome qui fervoient à
fortes d'Affemblées , & où
les Orateurs recitoient leurspieces,
& c'eſt ce que le Scholiafte d'Horace nomme Athenæa , felon la
coûtume defon temps , auquel ce
mot fignifioit un Auditoire.
L'Empereur Adrien dans le
deuxième fiecle fit bâtir un Auditoire qu'on nomma auſſi. Athenæum , & il continua d'avoir
Ddij
316 MERCURE
foin des Ecoles publiques à l'imi
·tation & Augufte le fecond des
Cefars qui avoit fait bâtir l'Ecole d'Octavie jointe à unportique ainsi que le R. P. Ardouin
Jefuite nous l'aprend dans fes
Stavantes notes fur Pline
avantluy le celebre GerardJean
Voffius , dansfon Lirure de l'Imitation. En parlant enfuite des.
travaux de la Societé Royale,
il dit qu'elle ne prononce point de
decifions , & qu'elle ne forme
point de fyfteme ; mais qu'elle
propofe des experiences & des
obfervations, laiffant aupublic le
foin de les rectifier , & la liberté
GALANT 317
de les contre-dire pour aller plus
loin dans le Pays des découvertes.
Rien en effect, ajouta- t - il n'eſt
pluspropre à contribuerau progrés
des Sciences , que des experiences
repetées réiterées. Par là on
avance par degrez ; l'on marche
àpas lents , il eft vray ; mais
auffi ils fontplus furs
Mr de Bafville après avoir
fait un détail des travaux de la
Societé Royale pendant l'année derniere , & de ceux auf
quels elle s'attacheroit dans le
cours de celle cy , finit par
l'Eloge du Roy à qui cette
Compagnie doit fon établiſſeDd iij
318 MERCURE
ment & le nom qu'elle s'eft
déja faite parmi tous les Sçavans de l'Europe. Ce Monarque , dit-il , parmi les foins &
lesfatigues d'une guerre onereuſe
& dans laquelle la plus grande
partie de l'Europe eft conjurée contre luy, n'a pas perdu pour cela
le defir qu'il a eu depuis les premieres années de fonregne defaire
fleurirles Sciences dans fes États.
On a sú fe former fous ce regne
glorieux , àjamais memorable
un grand nombre d'Academies
oùſe forment tous les jours lés
jeunes nourriffons des Mules
quis'y exercent pour immortali-
GALANT 319
fer le nom François. Ce grand
Monarque ne fe contente pas ,
ajouta t -il , d'accorder des Privileges , & des établiſſemens confiderables aux Compagnies dont
la culture des Sciences fait tout
L'objet, il les anime encore au travail par fes bienfaits & parſa
Royale liberalité. Le titre de Sçavant en eft un legitime auprés de
ce grandPrince , pour avoir part
àfesgraces & àfes faveurs. On
fe contentoit dans les fiecles precedens d'admirer ces grands genies
pour qui la nature ſembloit s'eſtre
épuisée , mais comme fi on eut
craint qu'une honnefte abondance
320 MERCURE
eut fait perdre la moitié de leur
merite , on les laiffoit dans une
honteuse indigence ; des paroles
des paroles flattenfes eftoient tout
le prixde leurs travaux ; on n'alloitpasplus loin, on auroit crû
en leur faifant du bien les expofer à la tentation de ne plus rien
faire de tomber dans un repos
oifife plein de molleffe . Mais
aujourd'buy graces au grand
Prince qui gouverne la France,les
chofes font bien changées. La récompenfe fuit toujours à prefent
le travail , elle eft accordée fi
à propos & avec tant de prudence
que bien loin de former une ten-
GALANT 321
tation délicate pour celuy qui l'ob
tient , elle ne luyfert que d'aiguil
lon pour avancer dans le progrés
des Sciences. Piquez d'une noble
émulation par les bienfaits du
Prince , ceux qui en font l'objet
ne s'appliquent qu'à les meriter
encore davantage.
Mr Bon le fils , premier
Prefident, en furvivance de Mr
fon pere, de la Cour des Aydes
de Montpellier , parla enfuite;
& aprés avoir loué en peu de
mots Mrde Bafville , qui venoit de parler fi fçavamment
de l'utilité des Sciences , il entretint l'auguſte Aſſemblée qui
322 MERCURE
l'entendoit , d'une découverte
qu'il avoit faite , & dont il
rapporta plufieurs experiences.
Ce fut fur les araignées qu'il
parla long- temps. Ces petits
animaux , dit cet habile Magiſtrat , & ſçavant Academicien , filent une foye qui eft propre aux mefmes usages que celle
des vers , vulgairement appellez
vers à foye ; & il prouva fenfiblement que la føye des araignées eft beaucoup plus abondante celle des vers , pufqu'outre que ceux- cy , dit-il , ne
font que so. œufs , qu'on appelle
vulgairement cocons , les arail
que
GALANT 323
gnées en font 400. Il est vray
qu'à l'égard des araignées , la
moitié franche de leurs œufs fe
perd à caufe de leur petiteffe , &
qu'elles n'achevent leurfoye qu'en
2. ans ; mais enfin quand on reduiroit , à cause de la diminution
causée par la perte ou inutilité de
ces œufs , les 400. à la moitié,
il en refteroit toujours 200.
qu'à cause de la longueur du
temps que les araignées mettent à
filer leurføye , on reduiſe encore
ces 200. œufs à 100. pour faire
quelque comparaison avec ceux
des vers , il fuivra toûjours toutes chofes égaless il en concludque
324 MERCURE
par
les versfaifant so. œufs les araignées 100. celles - cy produisent le
double des vers. Que d'ailleurs
l'avantage que la foye des araignées a pardeffus celle des vers ,
eft qu'elle eft plus fine ,
confequent incomparablement plus
belle. On en a filé par ordre de
Mr le Duc de Noailles pour
faire une paire de bas de foye ,
qui ont efté faits en Languedoc,
&que ce Ducaprefentez à Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Cette Princeffe, ainfi que toute la
Cour,les ont trouvez d'une grande beauté &on a avoué qu'on
ne pouvoit rien ajoûter à la fr
GALANT 325
neffe de cet Ouvrage. D'ailleurs
il faut remarquer qu'il n'eft icy
queftion quedes araignées des jardins de celles qui travaillent
en pleine campagne , & les plus
groffes font les meilleures. Mais
la foye n'est pas la feule richeffe
qu'on tire de ces petits animaux,
& MrBon n'apas borné là fes
recherches. On a fait une Analyfe
exacte de ces petits animaux , &
on en a voulu découurir toutes les
proprietez , & ce n'a pas eftéfans
une grande ſurpriſe mêlée de
beaucoup de joye qu'on a éprouvéaprès une Analyfe faite avec
tous les foins imaginables qu'on
土
326 MERCURE
peut tirer des araignées une cau
qui a des vertus admirables , &
dont on peutfaire des gouttes qui
pafferont mefme en bonté celles
d'Angleterre, qui font fi vantées,
dont onfait unfi grand nombre d'ufages. Ce feront des
gouttes aromatiques , reprit ce
fçavant Magiftrat , qui feront
admirables pour la gravelle &
pour les retentions d'urine
faifant vuider le fable. Elles
feront auffi admirables pour fortifier les poulmons foibles ; & ce
feront d'excellentes eaux pulmonaires on pretend , & ce
n'eft pas fans l'avoir éprouvé,
. ,
en
GALANT 327
qu'elles feront auffi bonnes pour
tapoplexie que l'eau des Carmes
fi vantéejufqu'icy. On a décou
vert à l'égard de deux Paralytiques & d'un Epileptique , qu'elLes font tres-propres à ces maladies dangereufes , & contre lef
quelles il y afi peu de remedes.
Tous ceux qui font fujets aux
coliques & aux maux qui les
caufent,ferontfoulagez en ufant
de ces gouttes , avecquelqué methode un certain regime que
la Societe Royale preferira dans
une petite Differtation qu'un habile Medecin de fon Corps fera
fur ce fujet. A l'égard des per-
328 MERCURE
fonnes qui jouiffent d'une fanté
parfaite , elles en peuvent auffi
ufer; elles purifient le fang, &
Le font circuler ; elles fortifient
l'eftomach , elles facilitent la
digeftion. Ceux qui font fujets
à la migraine en peuvent user,
& ils peuvent compter d'eftre
foulagezfur le champ, en obfervant cependant le regime qui fera
marqué dans la Differtation qui
paroiftra au premier jour. Enfin
pour marquer les effets merveilleux de ces gouttes , il n'y a qu'à
dire qu'elles operent & avec autant de fuccés & avec autant de
promptitude que les gouttes d'An-
GALANT 329
gleterre,qu'on nomme les Gouttes
puantes, dont on nefefert cependant que dans les maux defefperez. Mr Bon a donné à ces
gouttes le nom de Gouttes de
Montpellier, & diverfes experiences qu'on a faites de leurs
vertus & de leurs qualitez, leur
ont déja attiré ce nom. Mr
Bon finit fon Difcours en applaudiffant tous les Academiciens fes Confreres , d'avoir
fait une fi belle découverte
dans la naiffance de leur Societé; & il dit qu'un fecret fifalutaire luy faifoit bien augurer
des travaux de tant de fçavans
Janvier 1710. E e
330 MERCURE
hommes qui compofent cette ilLuftre Compagnie. Ce difcours
fut generalement applaudi.
Le P. Vanier Jefuite , habile Poëte, & qui fait imprimer à Lyon un Dictionnaire
Poëtique , a fait une Eglogue
adreffée à Mr Bon , dont je
viens de parler ; dans laquelle
il le felicite fur la belle découverte qu'il vient de faire.
Cette Eglogue eft Latine , ce
qui m'empefche de vous l'envoyer. Elle eft parfaitement
belle.
La declinaifon de l'Aiguille
aimantée fit la matiere d'un
GALANT 331
Difcours qui fuivit celuy de
Mr Bon; & qui fut prononcé
par Mr Clopinel. Cette Declinaiſon eſt un Phenomene des
plus étonnans & dont la connoiffance est en même temps
tres neceffaire pour la Navigation , puifque fi elle varie felon les lieux & felon les temps ,
les Pilotes peuvent fe tromper confiderablement dans le
coursd'une Navigation &dans
la route, qu'ils font tenir aux
Vaiffeaux. On n'embraffa pas
tout-à-fait dans ce Difcours le
Systême de Mr Defcartes , qui
prétend qu'il fort des Poles de
Ecij
33²´MERCURE
la terre une matiere fubtile ime
palpable & inviſible qui circulant autour d'elle fur le plan
des Meridiens y rentre par les
Pole oppofé à celuy d'où elle
eft fortie. La matiere canelée
trouvant dans la ficuation
des pores de l'Aiman un paf
fage pour le traverler , fait
que l'Aiman a deux Poles auffi bien que la Terre ; ainfi
cette matiere rentrant par un
Pole attire le fer. Mais elle
peut changer fon cours felon
la difpofition des parties à travers lefquelles elle s'ouvre un
paffage , & elle en peut eſtre
GALANI 333
détournée felon la figure & la
difpofition de l'Aiguille qui ent
eft touchée. D'ailleurs on a re
marqué que les Obfervations
qu'on peut faire de la variation de l'Aiguille dans les Vaifſeaux font fujettes à beaucoup
d'erreurs à cauſe du fer qui y
eft en grande quantité. Ce Dif
cours fut trouvé plein de recherches & d'érudition.
Le Difcours fuivant & qui
termina l'Aſſemblée , regarda
les Satellites de Saturne , & fut
prononcé par Mr Aftruc. Les
Anciens , dit-il , ne comptoient
que fept Planettes dans noſtre
334 MERCURE
a
Tourbillon , & nous en avons
neuf, quatre Satellites de Fupiter
& cingde Saturne. Galileé à dé
couvert ceux deJupiter, MrCaſ
fini quatre & Mr Huiguens at
taché aufeu Roy Guillaume , un.
Ce dernier foupçonnoit qu'ily
avoit unfixiéme entre la quatriéme e la cinquième , parce que
diftance entre ces Satellites eft trop
grande à proportion des autres.
C'est par les Satellites de Jupiter
que les Aftronomes ont eu le bonheur de trouver les Longitudes
par leurs emerfions & leurs immerfions. L'ufage qu'on tirera de
ceux de Saturne ne fera pas moins
la
1
GALANT 335
confiderable , parce quefiJupiter
n'eſt pas fur l'horiſon pendant la
nuit Saturne y pourra eftre , & en
ce cas les Satellites fuperieurs feront trouver les Longitudes , les
deux premiers eftant fi proches de
la Planette qu'ilsfont prefque im
perceptibles. D'ailleurs leurs revolutions fontficourtes &leurs ċerclesſipreſſez qu'à noftre égard , il
eft rare qu'ilsfortent des rayons de
Saturne étant de plus dans unéloignement du Soleil double de ceux
de Jupiter. Ce Difcours renfermoit plufieurs autres Remarques d'Aftronomie qui plurent
fort à l'illuftre Affemblée. Mi
336 MERCURE
de Bafville refuma à la fin de
chaque Difcours tout ce qui
avoit eſté dit de plus curieux &
de plus intereffant , & il fit admirer en cette occafion la netteté de fon efprit
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Résumé : Article tres-curieux qui regarde ce qui s'est passé à la Seance publique de la Societé Royale de Montpellier, qui s'est faite pendant la tenuë des Etats de Languedoc. [titre d'après la table]
Lors d'une séance publique de la Société Royale des Sciences de Montpellier, tenue pendant l'Assemblée des États de Languedoc, Monsieur de Basville, Conseiller d'État et Intendant de Languedoc, présida la séance en tant qu'Académicien Honoraire. Il prononça un discours sur l'utilité des sciences, soulignant l'importance des assemblées de gens de lettres pour le progrès scientifique. Il cita des exemples historiques comme les chapelles de Minerve à Rome et l'Athénée construit par l'empereur Adrien. Monsieur de Basville évoqua également les travaux de la Société Royale, qui se concentrent sur des expériences et des observations, laissant au public le soin de les rectifier. Il loua le roi pour son soutien aux sciences et aux académies, ainsi que pour les privilèges accordés aux savants. Monsieur Bon, fils du premier président de la Cour des Aides de Montpellier, présenta ensuite ses découvertes sur les araignées. Il démontra que la soie des araignées est plus abondante et fine que celle des vers à soie, et rapporta des expériences menées sur ordre du duc de Noailles. Il mentionna également une huile extraite des araignées, utilisée pour fabriquer des gouttes médicinales efficaces contre diverses maladies. Le Père Vanier, jésuite et poète, composa une églogue en latin pour féliciter Monsieur Bon. La séance se poursuivit avec des discours de Monsieur Clopinel sur la déclinaison de l'aiguille aimantée et de Monsieur Astruc sur les satellites de Saturne. Ces discours apportèrent des connaissances essentielles pour la navigation et l'astronomie. À la fin de chaque discours, une personne nommée Bafville résumait les points les plus intéressants et marquants abordés, mettant en évidence la clarté et la vivacité de son esprit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 293-304
EXTRAIT de l'Assemblée publique de la Societé Royale des Sciences, tenuë dans la Grand'Sale de l'Hôtel de Ville de Montpellier le 22. Decembre 1729. l'Archevêque d'Alby y présidant.
Début :
Ce Prélat qui fut nommé l'année derniere à la place d'Académicien Honoraire [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences, Société royale des sciences de Montpellier, Montpellier, Mouvement, Tourbillon, Glace, Cuivre, Vent, Mouvement
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Assemblée publique de la Societé Royale des Sciences, tenuë dans la Grand'Sale de l'Hôtel de Ville de Montpellier le 22. Decembre 1729. l'Archevêque d'Alby y présidant.
EXT R AIT de f Assemblée publique
de la Société Royale des Sciences , tenue
dans la Grand'Sale de PHStcl de Fille
de Montpellier le 11. Décembre 17151.
^Archevêque d' Alby y présidant*
^^nierc à la place d'Académicien Honoraire
du feu Marquis de Castries , son
frère , & qui paroissoit pour la première
fois dans ['Assemblée de l' Académie,
ítoit au haut bout de la Table , avec M.-
l'Evêque de Montpellier & M. Bon ±
Premier Président de la Cour des Com
ptes , Aides & Finances de Montpellier,',
Académiciens Honoraires ; les Académi
ciens ordinaires y croient rangés suivant
la coutume , &c les Consuls de la Ville
y assilloient en Chaperon.
L' Archevêque d'Àlbi ouvrit la Séance
par un remerciement qu'il fit à la Com
pagnie au sujet de son élection , & ce
remerciement assaisonné de toutes les grâ
ces que ce Prélat ne manque jamais de
répandre dans tous ses discours & dan*
toutes ses actions , fir connoître à la Com
pagnie qu'elle trouveroit dan* cet Ho~
aoraire noa-seulement un véritable Me»
ce»ey
i|4 ' MERCURE DE FRÁNCË;
• cene , mais encore un Acade'micien zelé^'
& très-capable par lui-même de perfec
tionner les Sciences & les Beaux- Arts,
íì les devoirs indispensables de son Mi*
nistere pouvoient le lui permettre.
M. Marçot , Directeur de la Sociétés
lut ensuite un Discours préliminaire, dans
lequel après avoir remercié M. le Pré
sident de tout ce qu'il avoir dit d'obli-'
géant pour la Compagnie , donna une
idée générale des occupations de l'Académie
, & parcourut avec beaucoup dé
précision & de netteté toutes les Scien
ces qui font l'objet dé l'Etude des Aca-*
démiciens ; il parla des Observations
particulières qu'ils y avòient déja faires ,
de futilité que le Public en avoit retiré,
& de celles qu'un tems plus favorable
aux Sciences pourroit lui procurer dans
la fuite.
Après cé Préliminaire , M. Marcot lut
tine Observation d'un Anévrisme mixtet
qui fut heureusement guéri par ses foins
& fes attentions.
Cet Anévrisme parut après une piqueure
de l'artere du bras , qui est en
fermée dans une même gaine avec la vei
ne basilique. On crut d'abord avoir suffi
samment íemedié à cet accident par des
saignées copieuses & par des compresses
graduées , soutenues par un bon banda
ge }
FEVRIER. 1730. içj
te î mais malgré ces précautions , la piqueure
de l'artere ne fut point consoli
dée , & celle de la gaine , dans laquelle,
elle est enfermée , se rejoignit en peu de
tems > le sang que fournissoit la piqueure
de l'artere dilata bientôt cette tunique
vaginale , & fit une tumeur de la gros
seur d'une petite noix , qui avoit un mou
vement de sistole & de diastole.
Cependant , soit que les compresses
graduées & les bandages eussent arrêté le
cours ordinaire du sang , soit qu'il s'en
fut extravasé quelque portion avant que
l'ouverrure de la tunique vaginale se fut
cplée , il s'étoir fait au dessous de la,
première tumeur une seconde tumeur ,
qui étoit un véritable flegmon , 5c qui
rendoit la cure de l'anevrisme très-déli-?
çate & très -difficile.
M. Marçot prit le parti dans cettç
conjoncture d'attaquer le flegmon , de
le faire suppurer & de le mener à cica
trice , & ensuite ayant le champ libre
pour comprimer sans danger la tumeur
anevrifmale , il réduisit l'artere dans son
état naturel par le bandage de l'Abbé
IJourdelot , dont on voit tous les jours
des effets merveilleux dans des occasions
semblables.
Un tourbillon qui fit beaucoup de.
ravage aux environs de Montpellier ,
%96 MERCURE DE FRANCE.
fat le sujet d'un Mémoire que lut M.
.de Montferrier le fils , Sous-Directcuc
de l'Académie.
Ceux qui furent les témoins de la vio
lence de ce Météore lui donnèrent d'a
bord le nom d'Ouragan d'autres cru
rent qu'il a voit plus de rapport aux Trom
pes de Mer qui font quelquefois si fa
tales aux Navigateurs -, & d'autres plus
superstitieux que Philosophes , voulurent
>y trouver quelque chose de surnaturel ,
ôc se persuader que quelque Esprit folet
itoit la cause de cet Orage.
M. de Montferrier fit voir par la des
cription qu'il donna des véritables Ou
ragans §c des Trompes de Mer , que le
tourbillon qui étoit le sujet de son Mé
moire , n'avait aucun rapport avec les
Orages de P Amérique , ni avec ces co
lonnes de nuées qui s'élèvent ordinaire
ment fur la Mer > & fans s'arrêter aux
Esprits Folets qui ne peuvent être admis
que dans quelques Contes de Fées , il
appella le Météore en question un tour
billon de nuée & de vent , dénomination
qui n'est point arbitraire , puisqu'elle
«st prise de la nature même du- sujet dont
il s'agit.
En effet , M. de Montferrier fit remar
quer que les Vents de Sud & les Vents
d'Est fuient les seuls qui régnèrent pen
dant
FEVRIER. 173©. *97
dant les derniers jours du mois d'Octo
bre , que ces Vents toujours humides
avoient amoncelé beaucoup de nue'es
epaiffes fur l'Horison , 6V que le second
de Novembre une portion de ces nue'es
çtant poussée par un Vent de SudfEst
fort violent , fut forcée à fe mouvoir vers
le Nord , avec tin mouvement vortiqueux
, causé par les obstacles que l'asíemblage
des autres nuages quj l'environnojent
lui présentoic de toutes parts
hors le côté de la Terre où ce tourbillon
<e porta , y trouvant moins de résistance,
Ce Groupe de nuées qui étoit fort noie
& fort épais , ne patoissoit pas avoir plus
de trois toises de largeur fur une hau
teur indéterminée •> mais comme il étoit
pouffé par un Vent de Sud-Est très vio
lent , qu'il ayoit acquis un mouvement
de tourbillon très-rapide , & qu'il forçoit
l'Air qui l'environnoit à suivre le mê
me mouvement , le tout ensemble faisoit
un tourbillon d'environ cent toises de lar
geur , qui dans l'espace d'une demie lieue
renversa ou enleva tout ce quise ttouv»
sur son passage.
II y eut des personnes qui se trouvant
ì portée de voir cette nuée obscure qui
s'avançoit du Sud-Est au Nord avec un
bruit effroyable , crurent y avoir vû une
lumière rougeâtre comme la fumée ^ qui
«'élevs
fc98 MERCURE DE FRANCE.
s'élève d'un grand incendie , & d'autres
assurent avoir senti une odeur de souffre,
Selle à peu près que celle que l'on sent
jdans les lieux qui ont été frapés de la
foudre.
L'Académicien explique la première
apparence par le mouvement rapide , du
Météore qui poussoir avec violence la
matière étherée , & produisoit par là la
lumière , comme on le' voit arriver dans
le Phosphore du Baromètre , & plusieurs
autres expériences , dans toutes lesquelles
la lumière est une fuite d'un grand
mouvement ; ou par des rayons- du So
leil , qui passant dans les intervales des
nuées , soussroient des reflexions & des
réfractions qui les dirigeoient vers les
yeux du Spectateur. Pour l'odeur de sou
fre , il dit que le froissement des matiè
res que le tourbillon enlevoit pouvoient
bien en être la cause , en faisant dévelo?
per les particules sulfureuses qui y étoient
contenues ou qui étoient répandues dans
F Air , & les vapeurs qui enyironnoient
le tourbillon.
Cette explication paroît très-naturelle,
puisque s'il y avoit eu un feu actuel
dans le nuage , il auroit infailliblement
brûlé les diverses matières combustibles
qu'il enlevoit , & qu'il emportoit à plus
ic cenc t oises.
* ■
ÏEVRIER. 1730: 199
"ïnfin ce tourbillon finit à une demie
íieue de l'endroit où il avoit été apperçû
, parce qu'à force de s'étendre dans les
terres où il étoit moins exposé à l'impul-
{ïon du vent , & de communiquer de
son mouvement aux corps qu'il rencon
trait , il perdoit de Ion mouvement
propre , & que le groupe de nuée donc
il écoit composé venant à se íondre cr»
pluye , acheva de le dissiper.
M. Rivière fit part au Public dans ua
Mémoire qu'il lut ensuite , de l'Analyse
qu'il avoit faite de l'Ivraye , & de la
cause des mauvais effets que cette graine
produit quand elle est mêlée avec le
froment dont on fait le bon pain.
II commença par donner la descrip
tion Botanique de la Plante qui produíc
ce mauvais grain , afin qu'on ne puisse
pas k méconnoître quand rlle est en
herbe , & qu'on puisse l'arracher de bonne
heure quand elle est mêlée avec la plante
qui produit le bon bled.
Il fit voir par des expériences assu
rées , & par des raisonnemens très- so
lides , que les graines produisent toujours
des Plantes de leur espece , & que la
prétendue Métamorphose du froment en
Iyraye , & de l'Ivraye en froment , n'est
qu'une erreur populaire , fondée sur l'in-
%:tention de ceux quí sèment ces grai-
E nés.
joe> MERCURE DE FRANCE,
nés , & qui ne s'apperçoivent pas que
pour l'ordinaire elles font mélangées :
or jl est constant , comme l'a remarqué
M- Rivière , que l'ivraye demande pour
germer un tems fort humide & fort pluvieux
, & que le froment , au contraire,
n'a besoin que d'une humidité médiocre;
cnforte que quand on féme du froment
mêlé avec de l'ivraye , ou de l'ivraye
mêlée avec quelque grain de froment ,
c'est toujours la saison plus ou moins hu
mide qui fait que l'une de ces graines
fructifie, au préjudice de l'autre. Voilà
tout le misterc de cette prétendue Méta-p
morphofe , qui étant bien étendue n'a
tien que de fort naturel. .
M. Rivière passa ensuite à í'Analife
Chimique de l'ivraye, & chercha dans
la décomposition de cette graine les prin*
cipes qui peuvent être la cause des mau
vais effets qu'elle ptoduir. , ,
Il ne compte pas fur I'Analife qu'il en
a faite par la Cornue' , puisque par cette
voye toutes les plantes donnent , à peu
dé chose près , les mêmes substances qu;
ne font pour l'ordinaire que de produc
tions du feu ; mais il s'attache principa
lement aux principes que l'on en peut
tirer par la voye de la fermentation &
par la voye de l'extraction.
L'ivraye fens aucune addition & fans
feu,
FEVRIER. t7ja.
feu , bien preísée , humectée & couverte
d'un entonnoir garni d'une petite chape
d'alambic , lui a donné , quand eile a été
échauféc par la fermentation qui lui est
survenue , un esprit volatil urineux.
Par l'extraction qu'il a fait de la mê
me graine par l'Esprit de vin , il en a
sité une Résine fort acre & sort piquante.
Et de la lessive qu'il a faite du Resi-
-du , il en est sorti un Sel alkali un peu
.caustique. D'où il conclud qu'une graine
qui contient de tels principes peut eni
vrer , donner des vertiges & des maux
àe tête , des maux d'estomac & des votniflernens.
L'experience a .fait voir à M. Rivière
la justesse de ses raisonnemens , puisqu'il
a guéri des personnes attaquées de quel
ques-uns decesmauXjen leur faisant quitet
leur Boulanger, 5c leur faisant man
ger du pain dont on avoit séparé avec
foin toutes les mauvaises graines. C'est
te qu'on peut appeller guérir les mala
dies sûrement , promprement & sans de»
goûr , ce qui est l'intention de la bonne
Médecine.
Personne n'ignore que la fonte de lá
Glace ne soit un effet ordinaire de la
fhaleur , & cette cause est si manifeste
qu'on he s'est pas rais en peine d'en
chercher d'autres j il y en a une cepen
£. ij daia
)©i MERCURE DE FRANCE,
dant plus cachée, que M. Haguenot fe
propose de découvrir dans le Mémoire
dont nous allons donner un Abrégé. '
Quelques Sçavans de Paris firent sçavoir
à M. Haguenot que de deux pos
tions de Glace d'uri égal poids & d'un
égal volume, dont l'une est mise sur U
rriain d'un homme qui se porte bien , &
l'autre sur une asiìete d'argent , celle qui
est mise sur l'aíîìete d'argent fond plu«
vîte de quelques minutes que celle que
l'on met' fur la main. Cette Expérience
que M. Haguenot a repeté plusieurs foisj
a toujours réussi de même.
Pour trouver la cause d'un effet qui
paroît un paradoxe , M. Haguenot mit
des portions égales de glace fur plusieurs
Métaux , comme fur l'or , le cuivre , la
plomb , l'étain , l'aiman , le fer , l'acier,
& il trouva constamment que la Glace
fondoit plus vîte fur le cuivre que fuir
tous les autres Métaux , & fur un fer à
repasser plus vîte que fur du fer ordi
naire , Sc que fur l'acier & fur l'aimanr.
Il fait remarquer que dans toutes ces
Expériences il faut que la Glace touche
immédiatement le Métail , fans quoi la
fonte de la Glace n'est pas à beaucoup
près si prompte ; il a même observé que
lorsqu'on met la Glace sur un fer rabo
teux , la superficie, de la Glace , quoique -
Hie
FEVRIER. 17?»: jej \
polie auparavant , devient inégale , c'cstà-
dire , qu'elle fond plus vîte dans lespoints
où le Métal touche la Glace im
médiatement.
M. Haguenot , après avoir cherché las
cause d'un etfet si long-tems ignoré , &•
avoir abandonné la matière magnétique
qui paroissoit une Cause assez vrai-sem
blable , s'est porté à croire que toutes les
parties intégrantes des corps solides font
dans un trémoussement perpétuel , quoiqu'infensibles
;que ce trémoussement est
la cause que les corps les plus solides fe
détruisent comme d'eux-mêmes avec le
t«ms , & que c'est à ce rríême trémoussèment
qu'il faut attribuer la fonte de 1*
Glace qui arrive sur lés Métaux quand
elle leur est immédiatement appliquée j
8c si cette fonte se fait plus vîte fur le
cuivre que' fur le fer & fur Parier , c'est
apparemment, dit M. Haguenot, pareeque
les parties du fer & de l'acier étant
beaucoup plus ferrées que celles du cui
vre , elles n'ont pas un trémoussement
assez libre , & ne peuvent pas agir si vi
vement fur la glace.
Quoique l'hipotefe de M. Haguenot air;
quelque vrai-semblance , il ne la proposa
cependant que comme douteuse , fc ré
servant de faire encore plusieurs Expé
riences pour s'assurer de la vérité.
E iij Lçâ
$04 MERCURE DE FRANCE;
Les Récapitulations que fit M. te Pré
sident de tous ces Mémoires , en furenc
des Extraits plus courts , mais plus précis
Sc plus vifs que ceiix que l'on donne ici.
11 loua le travail & l'exactitude de ceux
qui a voient lû les Mémoires -, il exhorta
tous les Académiciens à continuer leurs
recherches qu'il dit être aussi utiles que
curieuses , & voulut bien leur faire espé
rer qu'il ne perdroit aucune occasion
d'assister à leurs Aslemblécs quand il se
trouveroit à portée de pouvoir en pro -
fiter.
de la Société Royale des Sciences , tenue
dans la Grand'Sale de PHStcl de Fille
de Montpellier le 11. Décembre 17151.
^Archevêque d' Alby y présidant*
^^nierc à la place d'Académicien Honoraire
du feu Marquis de Castries , son
frère , & qui paroissoit pour la première
fois dans ['Assemblée de l' Académie,
ítoit au haut bout de la Table , avec M.-
l'Evêque de Montpellier & M. Bon ±
Premier Président de la Cour des Com
ptes , Aides & Finances de Montpellier,',
Académiciens Honoraires ; les Académi
ciens ordinaires y croient rangés suivant
la coutume , &c les Consuls de la Ville
y assilloient en Chaperon.
L' Archevêque d'Àlbi ouvrit la Séance
par un remerciement qu'il fit à la Com
pagnie au sujet de son élection , & ce
remerciement assaisonné de toutes les grâ
ces que ce Prélat ne manque jamais de
répandre dans tous ses discours & dan*
toutes ses actions , fir connoître à la Com
pagnie qu'elle trouveroit dan* cet Ho~
aoraire noa-seulement un véritable Me»
ce»ey
i|4 ' MERCURE DE FRÁNCË;
• cene , mais encore un Acade'micien zelé^'
& très-capable par lui-même de perfec
tionner les Sciences & les Beaux- Arts,
íì les devoirs indispensables de son Mi*
nistere pouvoient le lui permettre.
M. Marçot , Directeur de la Sociétés
lut ensuite un Discours préliminaire, dans
lequel après avoir remercié M. le Pré
sident de tout ce qu'il avoir dit d'obli-'
géant pour la Compagnie , donna une
idée générale des occupations de l'Académie
, & parcourut avec beaucoup dé
précision & de netteté toutes les Scien
ces qui font l'objet dé l'Etude des Aca-*
démiciens ; il parla des Observations
particulières qu'ils y avòient déja faires ,
de futilité que le Public en avoit retiré,
& de celles qu'un tems plus favorable
aux Sciences pourroit lui procurer dans
la fuite.
Après cé Préliminaire , M. Marcot lut
tine Observation d'un Anévrisme mixtet
qui fut heureusement guéri par ses foins
& fes attentions.
Cet Anévrisme parut après une piqueure
de l'artere du bras , qui est en
fermée dans une même gaine avec la vei
ne basilique. On crut d'abord avoir suffi
samment íemedié à cet accident par des
saignées copieuses & par des compresses
graduées , soutenues par un bon banda
ge }
FEVRIER. 1730. içj
te î mais malgré ces précautions , la piqueure
de l'artere ne fut point consoli
dée , & celle de la gaine , dans laquelle,
elle est enfermée , se rejoignit en peu de
tems > le sang que fournissoit la piqueure
de l'artere dilata bientôt cette tunique
vaginale , & fit une tumeur de la gros
seur d'une petite noix , qui avoit un mou
vement de sistole & de diastole.
Cependant , soit que les compresses
graduées & les bandages eussent arrêté le
cours ordinaire du sang , soit qu'il s'en
fut extravasé quelque portion avant que
l'ouverrure de la tunique vaginale se fut
cplée , il s'étoir fait au dessous de la,
première tumeur une seconde tumeur ,
qui étoit un véritable flegmon , 5c qui
rendoit la cure de l'anevrisme très-déli-?
çate & très -difficile.
M. Marçot prit le parti dans cettç
conjoncture d'attaquer le flegmon , de
le faire suppurer & de le mener à cica
trice , & ensuite ayant le champ libre
pour comprimer sans danger la tumeur
anevrifmale , il réduisit l'artere dans son
état naturel par le bandage de l'Abbé
IJourdelot , dont on voit tous les jours
des effets merveilleux dans des occasions
semblables.
Un tourbillon qui fit beaucoup de.
ravage aux environs de Montpellier ,
%96 MERCURE DE FRANCE.
fat le sujet d'un Mémoire que lut M.
.de Montferrier le fils , Sous-Directcuc
de l'Académie.
Ceux qui furent les témoins de la vio
lence de ce Météore lui donnèrent d'a
bord le nom d'Ouragan d'autres cru
rent qu'il a voit plus de rapport aux Trom
pes de Mer qui font quelquefois si fa
tales aux Navigateurs -, & d'autres plus
superstitieux que Philosophes , voulurent
>y trouver quelque chose de surnaturel ,
ôc se persuader que quelque Esprit folet
itoit la cause de cet Orage.
M. de Montferrier fit voir par la des
cription qu'il donna des véritables Ou
ragans §c des Trompes de Mer , que le
tourbillon qui étoit le sujet de son Mé
moire , n'avait aucun rapport avec les
Orages de P Amérique , ni avec ces co
lonnes de nuées qui s'élèvent ordinaire
ment fur la Mer > & fans s'arrêter aux
Esprits Folets qui ne peuvent être admis
que dans quelques Contes de Fées , il
appella le Météore en question un tour
billon de nuée & de vent , dénomination
qui n'est point arbitraire , puisqu'elle
«st prise de la nature même du- sujet dont
il s'agit.
En effet , M. de Montferrier fit remar
quer que les Vents de Sud & les Vents
d'Est fuient les seuls qui régnèrent pen
dant
FEVRIER. 173©. *97
dant les derniers jours du mois d'Octo
bre , que ces Vents toujours humides
avoient amoncelé beaucoup de nue'es
epaiffes fur l'Horison , 6V que le second
de Novembre une portion de ces nue'es
çtant poussée par un Vent de SudfEst
fort violent , fut forcée à fe mouvoir vers
le Nord , avec tin mouvement vortiqueux
, causé par les obstacles que l'asíemblage
des autres nuages quj l'environnojent
lui présentoic de toutes parts
hors le côté de la Terre où ce tourbillon
<e porta , y trouvant moins de résistance,
Ce Groupe de nuées qui étoit fort noie
& fort épais , ne patoissoit pas avoir plus
de trois toises de largeur fur une hau
teur indéterminée •> mais comme il étoit
pouffé par un Vent de Sud-Est très vio
lent , qu'il ayoit acquis un mouvement
de tourbillon très-rapide , & qu'il forçoit
l'Air qui l'environnoit à suivre le mê
me mouvement , le tout ensemble faisoit
un tourbillon d'environ cent toises de lar
geur , qui dans l'espace d'une demie lieue
renversa ou enleva tout ce quise ttouv»
sur son passage.
II y eut des personnes qui se trouvant
ì portée de voir cette nuée obscure qui
s'avançoit du Sud-Est au Nord avec un
bruit effroyable , crurent y avoir vû une
lumière rougeâtre comme la fumée ^ qui
«'élevs
fc98 MERCURE DE FRANCE.
s'élève d'un grand incendie , & d'autres
assurent avoir senti une odeur de souffre,
Selle à peu près que celle que l'on sent
jdans les lieux qui ont été frapés de la
foudre.
L'Académicien explique la première
apparence par le mouvement rapide , du
Météore qui poussoir avec violence la
matière étherée , & produisoit par là la
lumière , comme on le' voit arriver dans
le Phosphore du Baromètre , & plusieurs
autres expériences , dans toutes lesquelles
la lumière est une fuite d'un grand
mouvement ; ou par des rayons- du So
leil , qui passant dans les intervales des
nuées , soussroient des reflexions & des
réfractions qui les dirigeoient vers les
yeux du Spectateur. Pour l'odeur de sou
fre , il dit que le froissement des matiè
res que le tourbillon enlevoit pouvoient
bien en être la cause , en faisant dévelo?
per les particules sulfureuses qui y étoient
contenues ou qui étoient répandues dans
F Air , & les vapeurs qui enyironnoient
le tourbillon.
Cette explication paroît très-naturelle,
puisque s'il y avoit eu un feu actuel
dans le nuage , il auroit infailliblement
brûlé les diverses matières combustibles
qu'il enlevoit , & qu'il emportoit à plus
ic cenc t oises.
* ■
ÏEVRIER. 1730: 199
"ïnfin ce tourbillon finit à une demie
íieue de l'endroit où il avoit été apperçû
, parce qu'à force de s'étendre dans les
terres où il étoit moins exposé à l'impul-
{ïon du vent , & de communiquer de
son mouvement aux corps qu'il rencon
trait , il perdoit de Ion mouvement
propre , & que le groupe de nuée donc
il écoit composé venant à se íondre cr»
pluye , acheva de le dissiper.
M. Rivière fit part au Public dans ua
Mémoire qu'il lut ensuite , de l'Analyse
qu'il avoit faite de l'Ivraye , & de la
cause des mauvais effets que cette graine
produit quand elle est mêlée avec le
froment dont on fait le bon pain.
II commença par donner la descrip
tion Botanique de la Plante qui produíc
ce mauvais grain , afin qu'on ne puisse
pas k méconnoître quand rlle est en
herbe , & qu'on puisse l'arracher de bonne
heure quand elle est mêlée avec la plante
qui produit le bon bled.
Il fit voir par des expériences assu
rées , & par des raisonnemens très- so
lides , que les graines produisent toujours
des Plantes de leur espece , & que la
prétendue Métamorphose du froment en
Iyraye , & de l'Ivraye en froment , n'est
qu'une erreur populaire , fondée sur l'in-
%:tention de ceux quí sèment ces grai-
E nés.
joe> MERCURE DE FRANCE,
nés , & qui ne s'apperçoivent pas que
pour l'ordinaire elles font mélangées :
or jl est constant , comme l'a remarqué
M- Rivière , que l'ivraye demande pour
germer un tems fort humide & fort pluvieux
, & que le froment , au contraire,
n'a besoin que d'une humidité médiocre;
cnforte que quand on féme du froment
mêlé avec de l'ivraye , ou de l'ivraye
mêlée avec quelque grain de froment ,
c'est toujours la saison plus ou moins hu
mide qui fait que l'une de ces graines
fructifie, au préjudice de l'autre. Voilà
tout le misterc de cette prétendue Méta-p
morphofe , qui étant bien étendue n'a
tien que de fort naturel. .
M. Rivière passa ensuite à í'Analife
Chimique de l'ivraye, & chercha dans
la décomposition de cette graine les prin*
cipes qui peuvent être la cause des mau
vais effets qu'elle ptoduir. , ,
Il ne compte pas fur I'Analife qu'il en
a faite par la Cornue' , puisque par cette
voye toutes les plantes donnent , à peu
dé chose près , les mêmes substances qu;
ne font pour l'ordinaire que de produc
tions du feu ; mais il s'attache principa
lement aux principes que l'on en peut
tirer par la voye de la fermentation &
par la voye de l'extraction.
L'ivraye fens aucune addition & fans
feu,
FEVRIER. t7ja.
feu , bien preísée , humectée & couverte
d'un entonnoir garni d'une petite chape
d'alambic , lui a donné , quand eile a été
échauféc par la fermentation qui lui est
survenue , un esprit volatil urineux.
Par l'extraction qu'il a fait de la mê
me graine par l'Esprit de vin , il en a
sité une Résine fort acre & sort piquante.
Et de la lessive qu'il a faite du Resi-
-du , il en est sorti un Sel alkali un peu
.caustique. D'où il conclud qu'une graine
qui contient de tels principes peut eni
vrer , donner des vertiges & des maux
àe tête , des maux d'estomac & des votniflernens.
L'experience a .fait voir à M. Rivière
la justesse de ses raisonnemens , puisqu'il
a guéri des personnes attaquées de quel
ques-uns decesmauXjen leur faisant quitet
leur Boulanger, 5c leur faisant man
ger du pain dont on avoit séparé avec
foin toutes les mauvaises graines. C'est
te qu'on peut appeller guérir les mala
dies sûrement , promprement & sans de»
goûr , ce qui est l'intention de la bonne
Médecine.
Personne n'ignore que la fonte de lá
Glace ne soit un effet ordinaire de la
fhaleur , & cette cause est si manifeste
qu'on he s'est pas rais en peine d'en
chercher d'autres j il y en a une cepen
£. ij daia
)©i MERCURE DE FRANCE,
dant plus cachée, que M. Haguenot fe
propose de découvrir dans le Mémoire
dont nous allons donner un Abrégé. '
Quelques Sçavans de Paris firent sçavoir
à M. Haguenot que de deux pos
tions de Glace d'uri égal poids & d'un
égal volume, dont l'une est mise sur U
rriain d'un homme qui se porte bien , &
l'autre sur une asiìete d'argent , celle qui
est mise sur l'aíîìete d'argent fond plu«
vîte de quelques minutes que celle que
l'on met' fur la main. Cette Expérience
que M. Haguenot a repeté plusieurs foisj
a toujours réussi de même.
Pour trouver la cause d'un effet qui
paroît un paradoxe , M. Haguenot mit
des portions égales de glace fur plusieurs
Métaux , comme fur l'or , le cuivre , la
plomb , l'étain , l'aiman , le fer , l'acier,
& il trouva constamment que la Glace
fondoit plus vîte fur le cuivre que fuir
tous les autres Métaux , & fur un fer à
repasser plus vîte que fur du fer ordi
naire , Sc que fur l'acier & fur l'aimanr.
Il fait remarquer que dans toutes ces
Expériences il faut que la Glace touche
immédiatement le Métail , fans quoi la
fonte de la Glace n'est pas à beaucoup
près si prompte ; il a même observé que
lorsqu'on met la Glace sur un fer rabo
teux , la superficie, de la Glace , quoique -
Hie
FEVRIER. 17?»: jej \
polie auparavant , devient inégale , c'cstà-
dire , qu'elle fond plus vîte dans lespoints
où le Métal touche la Glace im
médiatement.
M. Haguenot , après avoir cherché las
cause d'un etfet si long-tems ignoré , &•
avoir abandonné la matière magnétique
qui paroissoit une Cause assez vrai-sem
blable , s'est porté à croire que toutes les
parties intégrantes des corps solides font
dans un trémoussement perpétuel , quoiqu'infensibles
;que ce trémoussement est
la cause que les corps les plus solides fe
détruisent comme d'eux-mêmes avec le
t«ms , & que c'est à ce rríême trémoussèment
qu'il faut attribuer la fonte de 1*
Glace qui arrive sur lés Métaux quand
elle leur est immédiatement appliquée j
8c si cette fonte se fait plus vîte fur le
cuivre que' fur le fer & fur Parier , c'est
apparemment, dit M. Haguenot, pareeque
les parties du fer & de l'acier étant
beaucoup plus ferrées que celles du cui
vre , elles n'ont pas un trémoussement
assez libre , & ne peuvent pas agir si vi
vement fur la glace.
Quoique l'hipotefe de M. Haguenot air;
quelque vrai-semblance , il ne la proposa
cependant que comme douteuse , fc ré
servant de faire encore plusieurs Expé
riences pour s'assurer de la vérité.
E iij Lçâ
$04 MERCURE DE FRANCE;
Les Récapitulations que fit M. te Pré
sident de tous ces Mémoires , en furenc
des Extraits plus courts , mais plus précis
Sc plus vifs que ceiix que l'on donne ici.
11 loua le travail & l'exactitude de ceux
qui a voient lû les Mémoires -, il exhorta
tous les Académiciens à continuer leurs
recherches qu'il dit être aussi utiles que
curieuses , & voulut bien leur faire espé
rer qu'il ne perdroit aucune occasion
d'assister à leurs Aslemblécs quand il se
trouveroit à portée de pouvoir en pro -
fiter.
Fermer
Résumé : EXTRAIT de l'Assemblée publique de la Societé Royale des Sciences, tenuë dans la Grand'Sale de l'Hôtel de Ville de Montpellier le 22. Decembre 1729. l'Archevêque d'Alby y présidant.
Le 11 décembre 1715, une assemblée publique de la Société Royale des Sciences à Montpellier a eu lieu. L'archevêque d'Alby, présidant à la place du marquis de Castries, a remercié la compagnie pour son élection et a affirmé son soutien aux sciences et aux beaux-arts. M. Marçot, directeur de la Société, a lu un discours préliminaire sur les activités de l'Académie et les observations scientifiques réalisées. Il a également présenté une observation médicale sur la guérison d'un anévrisme complexe. M. de Montferrier, sous-directeur, a lu un mémoire sur un tourbillon ayant causé des ravages près de Montpellier. Il a décrit ce phénomène comme un tourbillon de nuages et de vent, expliquant ses effets destructeurs et corrigeant les perceptions erronées liées à des phénomènes surnaturels. M. Rivière a fait une analyse de l'ivraie, une mauvaise herbe nuisible au froment. Il a démystifié la prétendue métamorphose entre l'ivraie et le froment, expliquant que les conditions climatiques favorisent la germination de l'une ou de l'autre. Il a également analysé chimiquement l'ivraie, identifiant des substances nocives responsables de ses effets néfastes sur la santé. Enfin, M. Haguenot a présenté une étude sur la fonte de la glace, notant que celle-ci fond plus rapidement sur certains métaux comme le cuivre. Il a attribué ce phénomène à un trémoussement perpétuel des particules solides, plus libre dans certains métaux que dans d'autres. Le président de l'académie a résumé les mémoires en des extraits plus courts, précis et percutants. Il a loué le travail et l'exactitude des personnes ayant lu les mémoires et a encouragé les académiciens à poursuivre leurs recherches, qu'il juge utiles et intéressantes. Il a également exprimé son souhait de participer aux assemblées de l'académie lorsqu'il en aura l'opportunité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 1579-1587
Assemblée publique de la Société Royale de Montpelier, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 17 Février dernier, la Société Royale des Sciences de Montpellier [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences de Montpellier, Assemblée publique, Académie, Mémoires, Lire, Plantes, Etamines, Huiles, Carnosité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblée publique de la Société Royale de Montpelier, &c. [titre d'après la table]
Le 17 Février dernier , la Societé Roya
le des Sciences de Montpellier , tint son
Assemblée publique dans la grande Sale
de l'Hôtel de Vilie , en présence des trois
Etats de la Province de Languedoc , qui
occupoient leurs places ordinaires ; l'Académie étoit dans le Parterre , autour
d'une grande Table , au haut de laquelle
étoient placez les Académiciens Honoraires. M. de Bernage de S. Maurice , Intendant de Languedoc , comme Président cette année , occupoit la place du
milieu. Il avoit à sa droite l'Archevêque
de Narbonne , Président né des Etats , et
P'Archevêque d'Albi , Académicien Honoraire ; et à sa gauche M. de Montferrier le fils , Directeur de la Compagnie.
Les Académiciens étoient placez sur des
bancs , aux côtez de la Table , et les Adjoints occupoient le bas bout sur des
chaises. Le reste de la Sale étoit rempli
d'un grand nombre de personnes, attirées
par la curiosité d'entendre lire les Mémoires , et par la majesté de l'Assemblée ,
qui étoit très-auguste , &c. M. le Président ne manqua pas de remarquer cette
derniere circonstance dans le petit Discours qu'il fir , en parlant des occupations
de la Societé Royale , et en annonçant les
Mémoires qu'on alloit lire.
Celui
580 MERCURE DE FRANCE
Celui de M. Danyzy avoit pour sujet
la Poussée des Voutes. Il examina avec
quelle force , et dans quelle direction les
Voussoirs agissent contre les Pieds droits
pour les renverser. Les connoissances
qu'il a acquises lui ont fourni le moyen
de déterminer l'épaisseur qu'il faut don
ner aux Pieds droits , afin que par leur
propre pesanteur ils soyent en équilibre
avec les efforts , & c.
Comme nous ne pouvons donner ici
qu'une idée succinte de ce qui s'est passé
dans cette Assemblée , nous n'entrerons
pas dans un trop grand détail , ne connoissant les Mémoires lús , que par les
Extraits qu'on en a imprimés à Montpellier , dans une petite Brochure in 4. de
40 pages. Mais nous sommes priez de rétablir une lacune faite dans le même imprimé , ou à la page 7. après la dix- neuviéme ligne , il faut lire ce qui suit.
Pour donner le loisir d'éxaminer la ma
niere dont les Voussoirs agissent , tl´avoit
fait tous les pieds droits H, h , foibles , er
pour les soutenir'yy avoit ajoûté des contreforts K, k, qui étant reculez tout doucement,
ne laissoient écarter les pieds droits que d'une certaine quantité qui n'étoit pas suffisante
pour faire crouler l'arceau , mais qui lefai- soit
JUILLET. 17327 1581
soit voir dans le tems qu'il étoit prêt à
crouler.
On vitpour lors là voute à plein cintre ;
dont le nombre des voussoirs étoit impair ,
s'écraser et s'ouvrir aux deux joints de la
clef, en dedans et en- dehors , en plusieurs
endroits vers les reins. Voyez la seconde
Figure.
M. Chicoyneau le fils , reçû en survivance aux Charges de Chancelier de l'Ecole de Médecine , et de Professeur d'Anatomie et de Botanique , fit part à la
Compagnie des Observations qu'il a faites sur les Plantes sensitives , et sur la
Mécanique d'où dépend cette espéce de
sensibilité qu'on leur attribuë.
pas
Il observa d'abord que les Plantes sensitives proprement dites , n'étoient
les seules dans lesquelles on remarque ces
mouvemens automatiques , puisque les
Etamines de l'Opuntia et de l'Heliantemum n'en sont pas exemples.
Les Etamines de l'Opuntia se raprochent du pistile , dit il , dès qu'on les
touche ou qu'on secoue un peu la plante , et les Etamines de l'Heliantemum ,
s'éloignent de leur pistile , dès qu'on les
met en jeu par quelque mouvement semblable ; mais ces imouvemens , quoique
differens , ne changent rien à la MécaniF que
82 MERCURE DE FRANCE
$que , par laquelle M. Chicoyneau les
explique ; et il a fait voir que par le seul
changement de situation des tuyaux des
Plantes et de ceux des Etamines , il est
aisé de rendre raison d'un Phénomene
qui a éxercé de tout tems les Botanistes et
les Physiciens.
Pour cet effet , il commence par établir trois propositions , qu'on peut regarder comme des principes qui n'ont pas
besoin de preuve , et qui ne peuvent pas
par conséquent lui être contestez.
Le premier principe est , que les fibres des Plantes sont élastiques.
Le second , que les sucs nourriciers cou
lent dans la cavité de ces fibres comme
dans autant de tuyaux.
Le troisième , que les sucs étendent
les parois de ces tuyaux , et tiraillent les fibres dont ils sont composez.
Par le premier et par le second principe , il est clair que quand par quelque
cause exterieure, comme par quelque attouchement , ou par quelque secousse ,
de ressort des fibres sera mis en jeu , elles
dévront chasser le suc qui est contenu
dans leur cavité , et qu'alors la Plante fera un mouvement particulier , qui la fera
changer de figure ; et il est evident par le
troisième principe que la force du ressort
s'étant
JUILLET. 1732. 1583
s'etant affoiblie , le suc de la Plante rentrera peu à peu dans les cavitez de ses fibres , et que la Plante se remettra dans son état ordinaire.
Mais cela supposé , dit M. Chicoyneau , que dans l'état naturel , le ressort et le suc des Plantes sensitives
sont dans une espece d'équilibre ; car si
le suc étoit en trop grande abondance ,
comme il arrive en temps de pluye , avant
le lever ou après le coucher du Soleil ,
ou quand ces Plantes ont été trop arrosées , il est clair qu'alors Lur ressort ne
pouvant pas surmonter la résistance des
fibres trop tendues par l'abondance des
liqueurs dont elles sont remplies , les sen- sitives ne feront aucun mouvement ,
quoiqu'on les touche ou qu'on les secouë,
et elles ne deviendroient sensibles que
pendant le temps sec , et long- temp
après le lever du Soleil ; c'est- là ce qu
l'experience confirme , et c'est aussi la
raison naturelle et generale du mouvement Automatique des Plantes sensitives ;
mais comme ces mouvemens ne sont pas
les mêmes dans toutes les sensitives , et
qu'il y a de ces Plantes dont les branches s'abatent totalement, et d'autres dont
les feuilles ne font que se replier et s'approcher les unes des autres , M. ChicoyFij nean
MERCURE DE FRANCE
1
neau en supposant toujours l'Elasticité
des tuyaux de ces Plantes , ne fait que
les placer par paquets au colet et en dehors des branches ; dans les sensitives
dont toutes les branches sabattent et en
dedans des Pedicules des feuilles , dans
celles dont les feuilles se replient et s'approchent les unes des autres. Il explique
par la même Mécanique , les mouvemens des Etamines de l'Opuntia , et de plusieurs especes d'Héliantemum
qu'il a observées ; et cette explication
très simple et par là très conforme aux
Loix de la Nature , porte avec soi un
caractere de verité auquel on ne peut pas
refuser son consentement , &c.
C Ce sont ces Etamines chargées en Petale , dit M. Chicoineau en finissant , qui
produisent ces agreables Monstres , qu'on
appelle fleurs doubles , et qui étant simples à la campagne , d'où elles ont été
sirées , ont acquis par la culture , ce degré de beauté qui les fait admirer dans
des Jardins.
Untroisiéme Mémoire fut lû par M. de
Plantade , sur quelques nouvelles experiences du Barometre et la pesanteur de
l'Air , faites pour la plupart sur les Pyrenées.
Le quatrième Memoire de M. Lamorier,
JUILLET. 1732 1985
rier, contient ses Observations sur l'usa
ge de l'eau commune dans la Chirurgie.
Il est surprenant, dit l'Auteur duMémoire , que l'eau commune ne soit pas
d'un plus grand usage pour les playes.
Peut-être le reméde est trop commun *;
le Public fait peu de cas de ce que la Nature lui donne avec profusion : il estime
un reméde rare , qui vient de loin , qu'il
achete chérement , et qui même lui paroît inconnu. Plusieurs aussi pensent ,
qu'un reméde aussi simple que l'eau , ne
peut avoir aucune efficacité. Pour ôter
ces préventions il a fait plusieurs expériences trois entr'autres , au mois de
Janvier de l'année derniere sur trois horames , dont l'un avoit un vieux ulcère
-sur la cheville exterieure du pied , de la
grandeur de la paume dela main. Le deuxiéme , Soldar du Régiment de Médoc ,
avoit reçû un coup de sabre sur le dos de
la main , qui lui avoit coupé les tendons
extenseurs du poignet et des doigts , et
avoit séparé les deux os du métacarpe qui
soutiennent le petit doigt et l'annulaire.
Cette playe fut suivie de fluxions et d'abcès , qui inonderent presque tout l'a- vant bras. La fiévre et le desséchement
de tout le corps , faisoient beaucoup
Fiij
,
crain .
1586 MERCURE DE FRANCE
craindre pour sa vie . Le troisiéme , autre
Soldat du même Régiment , avoit reçû
un coup d'épée à travers l'avant bras , et
avoit ouvert l'artère qui est entre les deux.
s. Il y eut bien du sang épanché dans
les muscles , et de très grandes supurations : ce blessé fut en très-mauvais état.
On fit construire une botte de cuir , dans
laquelle on mettoit de l'eau commune
chaude , pour y faire tremper la jambe
ulcerée. Le malade restoit une heure par
jour dans ce bain. Peu de jours après les
duretez des bords se fondirent , la cicatrice s'avançoit sensiblement d'un jour à
l'autre , et il fut parfaitement guéri.
On fit faire deux machines de fer blanc,
dans lesquelles les deux Soldats pûssent
tremper commodément le bras , depuis
la main jusqu'au dessus du coude. A mesure qu'on trempoit leurs playes dans
l'eau , les suppurations se vuidoient beaucoup mieux , ils remuoient plus facilement les doigts , la douleur et la fièvre
diminuoient tous les jours ; en un mot ,
ils furent entierement guéris.
Dans les personnes atteintes de carnositez , difficultez et retentions d'urine ,
Occasionnées par le séjour des glaires ,
épaisses et abondantes , on a accoûtumé
d'injecter l'huile d'amende douce ou de
lait.
JUILLET. 173201587 lait . Les huiles en général échauffent , et
se mêlent avec peine avec les glaires , les
parties butireuses du lait s'épaississent
dans l'hurétre par la chaleur des parties ,
et bouchent le passage ; ce qui a fait imaginer à M. Lamorier d'injecter l'eau com
mune tiéde , qui relâché les carnositez
et se mêlant avec les glaires , les détrempe , et les malades sont soulagezi
le des Sciences de Montpellier , tint son
Assemblée publique dans la grande Sale
de l'Hôtel de Vilie , en présence des trois
Etats de la Province de Languedoc , qui
occupoient leurs places ordinaires ; l'Académie étoit dans le Parterre , autour
d'une grande Table , au haut de laquelle
étoient placez les Académiciens Honoraires. M. de Bernage de S. Maurice , Intendant de Languedoc , comme Président cette année , occupoit la place du
milieu. Il avoit à sa droite l'Archevêque
de Narbonne , Président né des Etats , et
P'Archevêque d'Albi , Académicien Honoraire ; et à sa gauche M. de Montferrier le fils , Directeur de la Compagnie.
Les Académiciens étoient placez sur des
bancs , aux côtez de la Table , et les Adjoints occupoient le bas bout sur des
chaises. Le reste de la Sale étoit rempli
d'un grand nombre de personnes, attirées
par la curiosité d'entendre lire les Mémoires , et par la majesté de l'Assemblée ,
qui étoit très-auguste , &c. M. le Président ne manqua pas de remarquer cette
derniere circonstance dans le petit Discours qu'il fir , en parlant des occupations
de la Societé Royale , et en annonçant les
Mémoires qu'on alloit lire.
Celui
580 MERCURE DE FRANCE
Celui de M. Danyzy avoit pour sujet
la Poussée des Voutes. Il examina avec
quelle force , et dans quelle direction les
Voussoirs agissent contre les Pieds droits
pour les renverser. Les connoissances
qu'il a acquises lui ont fourni le moyen
de déterminer l'épaisseur qu'il faut don
ner aux Pieds droits , afin que par leur
propre pesanteur ils soyent en équilibre
avec les efforts , & c.
Comme nous ne pouvons donner ici
qu'une idée succinte de ce qui s'est passé
dans cette Assemblée , nous n'entrerons
pas dans un trop grand détail , ne connoissant les Mémoires lús , que par les
Extraits qu'on en a imprimés à Montpellier , dans une petite Brochure in 4. de
40 pages. Mais nous sommes priez de rétablir une lacune faite dans le même imprimé , ou à la page 7. après la dix- neuviéme ligne , il faut lire ce qui suit.
Pour donner le loisir d'éxaminer la ma
niere dont les Voussoirs agissent , tl´avoit
fait tous les pieds droits H, h , foibles , er
pour les soutenir'yy avoit ajoûté des contreforts K, k, qui étant reculez tout doucement,
ne laissoient écarter les pieds droits que d'une certaine quantité qui n'étoit pas suffisante
pour faire crouler l'arceau , mais qui lefai- soit
JUILLET. 17327 1581
soit voir dans le tems qu'il étoit prêt à
crouler.
On vitpour lors là voute à plein cintre ;
dont le nombre des voussoirs étoit impair ,
s'écraser et s'ouvrir aux deux joints de la
clef, en dedans et en- dehors , en plusieurs
endroits vers les reins. Voyez la seconde
Figure.
M. Chicoyneau le fils , reçû en survivance aux Charges de Chancelier de l'Ecole de Médecine , et de Professeur d'Anatomie et de Botanique , fit part à la
Compagnie des Observations qu'il a faites sur les Plantes sensitives , et sur la
Mécanique d'où dépend cette espéce de
sensibilité qu'on leur attribuë.
pas
Il observa d'abord que les Plantes sensitives proprement dites , n'étoient
les seules dans lesquelles on remarque ces
mouvemens automatiques , puisque les
Etamines de l'Opuntia et de l'Heliantemum n'en sont pas exemples.
Les Etamines de l'Opuntia se raprochent du pistile , dit il , dès qu'on les
touche ou qu'on secoue un peu la plante , et les Etamines de l'Heliantemum ,
s'éloignent de leur pistile , dès qu'on les
met en jeu par quelque mouvement semblable ; mais ces imouvemens , quoique
differens , ne changent rien à la MécaniF que
82 MERCURE DE FRANCE
$que , par laquelle M. Chicoyneau les
explique ; et il a fait voir que par le seul
changement de situation des tuyaux des
Plantes et de ceux des Etamines , il est
aisé de rendre raison d'un Phénomene
qui a éxercé de tout tems les Botanistes et
les Physiciens.
Pour cet effet , il commence par établir trois propositions , qu'on peut regarder comme des principes qui n'ont pas
besoin de preuve , et qui ne peuvent pas
par conséquent lui être contestez.
Le premier principe est , que les fibres des Plantes sont élastiques.
Le second , que les sucs nourriciers cou
lent dans la cavité de ces fibres comme
dans autant de tuyaux.
Le troisième , que les sucs étendent
les parois de ces tuyaux , et tiraillent les fibres dont ils sont composez.
Par le premier et par le second principe , il est clair que quand par quelque
cause exterieure, comme par quelque attouchement , ou par quelque secousse ,
de ressort des fibres sera mis en jeu , elles
dévront chasser le suc qui est contenu
dans leur cavité , et qu'alors la Plante fera un mouvement particulier , qui la fera
changer de figure ; et il est evident par le
troisième principe que la force du ressort
s'étant
JUILLET. 1732. 1583
s'etant affoiblie , le suc de la Plante rentrera peu à peu dans les cavitez de ses fibres , et que la Plante se remettra dans son état ordinaire.
Mais cela supposé , dit M. Chicoyneau , que dans l'état naturel , le ressort et le suc des Plantes sensitives
sont dans une espece d'équilibre ; car si
le suc étoit en trop grande abondance ,
comme il arrive en temps de pluye , avant
le lever ou après le coucher du Soleil ,
ou quand ces Plantes ont été trop arrosées , il est clair qu'alors Lur ressort ne
pouvant pas surmonter la résistance des
fibres trop tendues par l'abondance des
liqueurs dont elles sont remplies , les sen- sitives ne feront aucun mouvement ,
quoiqu'on les touche ou qu'on les secouë,
et elles ne deviendroient sensibles que
pendant le temps sec , et long- temp
après le lever du Soleil ; c'est- là ce qu
l'experience confirme , et c'est aussi la
raison naturelle et generale du mouvement Automatique des Plantes sensitives ;
mais comme ces mouvemens ne sont pas
les mêmes dans toutes les sensitives , et
qu'il y a de ces Plantes dont les branches s'abatent totalement, et d'autres dont
les feuilles ne font que se replier et s'approcher les unes des autres , M. ChicoyFij nean
MERCURE DE FRANCE
1
neau en supposant toujours l'Elasticité
des tuyaux de ces Plantes , ne fait que
les placer par paquets au colet et en dehors des branches ; dans les sensitives
dont toutes les branches sabattent et en
dedans des Pedicules des feuilles , dans
celles dont les feuilles se replient et s'approchent les unes des autres. Il explique
par la même Mécanique , les mouvemens des Etamines de l'Opuntia , et de plusieurs especes d'Héliantemum
qu'il a observées ; et cette explication
très simple et par là très conforme aux
Loix de la Nature , porte avec soi un
caractere de verité auquel on ne peut pas
refuser son consentement , &c.
C Ce sont ces Etamines chargées en Petale , dit M. Chicoineau en finissant , qui
produisent ces agreables Monstres , qu'on
appelle fleurs doubles , et qui étant simples à la campagne , d'où elles ont été
sirées , ont acquis par la culture , ce degré de beauté qui les fait admirer dans
des Jardins.
Untroisiéme Mémoire fut lû par M. de
Plantade , sur quelques nouvelles experiences du Barometre et la pesanteur de
l'Air , faites pour la plupart sur les Pyrenées.
Le quatrième Memoire de M. Lamorier,
JUILLET. 1732 1985
rier, contient ses Observations sur l'usa
ge de l'eau commune dans la Chirurgie.
Il est surprenant, dit l'Auteur duMémoire , que l'eau commune ne soit pas
d'un plus grand usage pour les playes.
Peut-être le reméde est trop commun *;
le Public fait peu de cas de ce que la Nature lui donne avec profusion : il estime
un reméde rare , qui vient de loin , qu'il
achete chérement , et qui même lui paroît inconnu. Plusieurs aussi pensent ,
qu'un reméde aussi simple que l'eau , ne
peut avoir aucune efficacité. Pour ôter
ces préventions il a fait plusieurs expériences trois entr'autres , au mois de
Janvier de l'année derniere sur trois horames , dont l'un avoit un vieux ulcère
-sur la cheville exterieure du pied , de la
grandeur de la paume dela main. Le deuxiéme , Soldar du Régiment de Médoc ,
avoit reçû un coup de sabre sur le dos de
la main , qui lui avoit coupé les tendons
extenseurs du poignet et des doigts , et
avoit séparé les deux os du métacarpe qui
soutiennent le petit doigt et l'annulaire.
Cette playe fut suivie de fluxions et d'abcès , qui inonderent presque tout l'a- vant bras. La fiévre et le desséchement
de tout le corps , faisoient beaucoup
Fiij
,
crain .
1586 MERCURE DE FRANCE
craindre pour sa vie . Le troisiéme , autre
Soldat du même Régiment , avoit reçû
un coup d'épée à travers l'avant bras , et
avoit ouvert l'artère qui est entre les deux.
s. Il y eut bien du sang épanché dans
les muscles , et de très grandes supurations : ce blessé fut en très-mauvais état.
On fit construire une botte de cuir , dans
laquelle on mettoit de l'eau commune
chaude , pour y faire tremper la jambe
ulcerée. Le malade restoit une heure par
jour dans ce bain. Peu de jours après les
duretez des bords se fondirent , la cicatrice s'avançoit sensiblement d'un jour à
l'autre , et il fut parfaitement guéri.
On fit faire deux machines de fer blanc,
dans lesquelles les deux Soldats pûssent
tremper commodément le bras , depuis
la main jusqu'au dessus du coude. A mesure qu'on trempoit leurs playes dans
l'eau , les suppurations se vuidoient beaucoup mieux , ils remuoient plus facilement les doigts , la douleur et la fièvre
diminuoient tous les jours ; en un mot ,
ils furent entierement guéris.
Dans les personnes atteintes de carnositez , difficultez et retentions d'urine ,
Occasionnées par le séjour des glaires ,
épaisses et abondantes , on a accoûtumé
d'injecter l'huile d'amende douce ou de
lait.
JUILLET. 173201587 lait . Les huiles en général échauffent , et
se mêlent avec peine avec les glaires , les
parties butireuses du lait s'épaississent
dans l'hurétre par la chaleur des parties ,
et bouchent le passage ; ce qui a fait imaginer à M. Lamorier d'injecter l'eau com
mune tiéde , qui relâché les carnositez
et se mêlant avec les glaires , les détrempe , et les malades sont soulagezi
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Résumé : Assemblée publique de la Société Royale de Montpelier, &c. [titre d'après la table]
Le 17 février, la Société Royale des Sciences de Montpellier a organisé son Assemblée publique dans la grande salle de l'Hôtel de Ville, en présence des trois États de la Province de Languedoc. L'Académie était présidée par M. de Bernage de Saint-Maurice, Intendant de Languedoc. À sa droite se trouvaient l'Archevêque de Narbonne et l'Archevêque d'Albi, et à sa gauche, M. de Montferrier le fils, Directeur de la Compagnie. Les académiciens étaient assis sur des bancs, et les adjoints sur des chaises. La salle était comble de personnes venues écouter les mémoires présentés. M. Danyzy a présenté un mémoire sur la poussée des voûtes, analysant la force et la direction avec lesquelles les voussoirs agissent contre les pieds droits pour les renverser. Il a déterminé l'épaisseur nécessaire des pieds droits pour qu'ils soient en équilibre avec les efforts exercés. M. Chicoyneau le fils, nouvellement nommé Chancelier de l'École de Médecine et Professeur d'Anatomie et de Botanique, a partagé ses observations sur les plantes sensitives et la mécanique de leur sensibilité. Il a expliqué que les mouvements automatiques des plantes sensitives sont dus à l'élasticité des fibres et à la circulation des sucs nourriciers. Il a également observé des mouvements similaires chez les étamines de l'Opuntia et de l'Hélianthemum. M. de Plantade a lu un mémoire sur de nouvelles expériences avec le baromètre et la pesanteur de l'air, réalisées principalement dans les Pyrénées. M. Lamorier a présenté un mémoire sur l'usage de l'eau commune en chirurgie. Il a rapporté des expériences réussies où l'eau chaude a guéri des ulcères et des blessures graves chez des soldats. Il a également recommandé l'injection d'eau commune tiède pour traiter les carnossités et les difficultés urinaires, en remplacement des huiles et du lait.
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