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1
p. 173-188
ALLEMAGNE.
Début :
Le Feld-Maréchal Comte d'Apraxin a commencé d'exiger des contributions du Royaume de Prusse. [...]
Mots clefs :
Dantzig, Vienne, Prague, Dresde, Francfort, Hambourg, Hanovre, Camp d'Insterbourg, Camp du prince Charles de Lorraine, Camp de Valle, Camp de Closter-Seven, Maréchal, Troupes, Ennemis, Marquis, Détachements, Grenadiers, Canons, Prusse, Maréchal de Richelieu, Comte d'Apraxin, Impératrice, Prisonniers, Retraite, Magistrats, Munitions
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE DANTZICK , le 33 Acût.
LE Feld- Maréchal Comte d'Apraxin a commencé
d'exiger des contributions du Royaume
de Pruffe. Ayant mandé les Magiftrats de Tylfit ,
il leur a fignifié les ordres pour la livraiſon d'une
certaine quantité de vivres & de fourrages.
La Colonne des troupes Ruffiennes , qui a pris
fa route par la Samogitie , arriva le 28 Septembre
fur la frontiere de la Pruffe Brandebourgeoife.
Le 29 , elle fut jointe par une autre Colonne ,
qui a traversé la Lithuanie. Le même jour ,
Feld-Maréchal Comte d'Apraxin fit occuper la
Ville de Tilfit , dont les Magiftrats furent confirmés
dans leurs emplois , après avoir prêté ferment
à l'Impératrice de Ruffie. Une partie de l'armée
de cette Princeffe a déja paffé la Niémen.
Le Feld- Maréchal de Lehwald a abandonné les
bords de cette riviere , & s'eft replié ſur la Prégel
. Il eft actuellement campé à Welau dans une
pofition avantageufe , fon centre couvert par un
ravin , fa gauche appuyée à Konigsberg , & fa
droite tirant vers Georgebourg , où elle eft flanquée
par des bois & par des marais . Ce Général a
retiré de Marienwerder le Bataillon qui y étoit
en garniſon. Chaque jour , il y a quelque efcar-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
mouche entre les poftes avancés des deux ar
mées.
On n'eft point informé que la Flotte Ruffienne
ait paru fur les côtes de Poméranie. Cela donne
lieu de préfumer qu'elle eft retournée à Cronstadt
Depuis que l'armée commandée par le Feld-
Maréchal Apraxin eft entrée dans la Pruffe Du
cale , le Confeil de Régence , qui étoit établi
Konigsberg , s'en eft retiré. Il n'y eft refté que
les Magiftrats chargés de la police de la Ville
Les Archives qu'on y tenoit en dépôt , ont été
envoyées à Cuftrin. On fait monter à une fomme
très- confidérable les contributions que les Ruffiens
ont exigées du pays . Ils ont demandé qua
rante mille écus à la ville de Memel , & les habi
tans fe font preffés de payer cette taxe , pour n'è
tre pas exposés aux rigueurs d'une exécution .
DE VIENNE , le premier Août .
Un Officier dépêché par le Prince Charles de
Lorraine , a apporté dix drapeaux pris fur les
Pruffiens à Gabel & à Zittau . Cette derniere Ville
qui eft de la Luface , & fous la domination du
Roi de Pologne Electeur de Saxe , a beaucoup
fouffert des bombes & des boulets rouges. Plu
fieurs édifices publics ont été détruits . Un grand
nombre de maiſons ont été renversées , ou réduites
en cendres. La néceffité de ruiner divers magazins
, que les ennemis avoient dans la place ,
s'eft oppofée aux ménagemens qu'on auroit defiré
d'avoir pour les habitans. Lorfque les troupes de
l'Impératrice Reine fe font emparées de la Ville ,
il n'y reftoit plus qu'environ quatre cens foldats.
Le refte de la garnifon avoit trouvé le moyen
d'en fortir , & de fe retirer au camp du Prince
de Prufle.
OCTOBRE . 1757. 175
Dès le mois d'Avril dernier , le Fifcal de l'Empire
avoit demandé qu'on citât les Magiftrats de
Francfort , pour n'avoir pas fatisfait dans le temps.
preferit aux Avocatoires Impériaux. Le Confeil
Aulique rendit il y a quelques jours un Décret ,
qui ordonne à ces Magiftrats de répondre dans le
terme de deux mois fur l'objet de cette citation .
Le Chevalier Robert Keith , ci- devant Miniftre
plénipotentiaire du Roi de la Grande - Bretagne
auprès de Leurs Majeftés Impériales , vient de
reprendre la route de Londres.
Le Comte de Stainville , nouvel Ambaffadeur
de France auprès de cette Cour , arriva ici le 20
d'Août. Le 24 , il eut fes premieres audiences
particulieres de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine. Leurs Majeftés Impériales font parties
pour Hollitſch , où elles doivent paffer quelques
jours. Elles ont reçu au fujet de deux actions qui
fe font paffées le 13 & le 14 en Siléfie , une Relation
dont voici l'extrait.
Pendant plufieurs jours les Pruffiens n'avoient
fait aucun mouvement. Le 13 , un Caporal , qui
étoit en fauve-garde à Gimansdorff , vint donner
avis qu'ils s'avançoient en force . Auffi - tôt le Colonel
Jahaus doubla toutes fes gardes avancées.
Il fit en même temps plier les tentes & charger le
bagage . On avoit lieu de croire que le deffein des
ennemis étoit de furprendre Landshut , & de nous
contraindre d'abandonner la Siléfie. Ainfi il falloit
prendre une réſolution d'autant plus vigoureuſe ,
qu'on devoit s'attendre à être attaqué par la
droite & par la gauche. Les Pruffiens firent diverfes
feintes , pour engager le Colonel Jahnus à
quitter fa pofition ; mais il fe contenta de faire
manoeuvrer fon avant-garde . Sur les dix heures &
demie du foir , il fit donner l'alarme au camp
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
ennemi par cinquante Volontaires . Ce détache
ment y caufa d'abord tant de défordre , que les
Pruffiens firent feu les uns fur les autres , & qu'il
fe paffa plus d'une demi-heure avant qu'ils puffent
fe reconnoître. On leur enleva trente chevaux ,
& cent déferteurs fe rendirent à notre camp. Le
lendemain à la pointe du jour , on s'apperçut que
les ennemis avoient changé de pofition . Leur Infanterie
s'étoit avancée jufqu'au fauxbourg de
Landshut , & formoit un bataillon quarré . La
nôtre commença à donner par petits pelotons.
Quatre de nos pieces de campagne incommodant
confidérablement les Pruffiens , ils fe replierent
fur leur gauche. Leur premiere attaque fut contre
un bois , où le Capitaine Lakupith étoit avec un
bataillon de Warafdins. Cette attaque fut trèsvive
, & foutenue du feu de feize pieces de canon.
Le fieur Lakupith tint ferme pendant une heure ;
mais il fe vit enfin dans la néceffité de céder au
nombre , & il rejoignit le gros de nos troupes.
Alors l'action devint générale. Les ennemis , vu
la fupériorité de leurs forees , pouvoient déborder
notre droite . Pour remédier à cet inconvénient ,
le Colonel Jahnus avoit couvert de ce côté fon
flanc par plufieurs abattis d'arbres , & y avoit éta
bli deux batteries. Après un combat très- long &
très-opiniâtre , dans lequel notre artillerie chargée
à cartouches fit beaucoup de ravage parmi les
troupes ennemies , les Pruffiens fe retirerent avec
précipitation. Nos troupes les pourſuivirent à
droite au-delà de Reichenau , & à gauche pardelà
Richebanck. Elles fe font emparées de fix
pieces de canon , dont une de quatre livres de
balle , & les autres de trois. On a pris auffi une
grande quantité d'autres armes , plufieurs tambours
, un charriot & deux caiffons de munitions.
OCTOBRE . 1757. 177
Les Pruffiens compofoient un corps d'environ
huit mille hommes , & étoient commandés par le
Général Creutzer . Trois jours après l'action , on
n'avoit pu encore enterrer tous leurs morts. Ils
ont perdu trois milles hommes , en y comprenant
les déferteurs & quatorze cens prifonniers. Parmi
ces derniers , on compte dix-fept Officiers , dont
un eft mort le 16 de fes bleffures . Du côté des
troupes de l'Impératrice Reine , il n'y a eu que
dix-fept hommes tués , quatre- vingt- un bleffès ,
deux faits prifonniers , deux chevaux tués , & deux
autres pris. Da nombre des morts font les fieurs
Ummerhoffer & Liczeni , Capitaines dans les Régimens
de Saint-Georges & de Gradiska. Le Baron
de Jahnus a eu un cheval tué fous lui d'un boulet
de canon. Ce Colonel mande qu'il a fait
occuper
de nouveau les hauteurs de Zeifchenberg auprès
de Freyberg.
DE PRAGUE , le 30 Juillet.
Le 23 de Juillet , le Comte de Nadafty s'avança
de Leitmeritz à Levin . Un détachement de fes
troupes , commandé par le Comte de Draskowitz,
Major général , a fait prifonniers à Schrekenſtein
un Major , un Capitaine , fix autres Officiers , &
deux cens vingt foldats. Mille Pruffiens qui étoient
dans Tetſchen , ont abandonné ce pofte .
L'armée de l'Impératrice Reine marcha le 25
en avant. L'aile gauche a paffé la Neiff , ainfi
qu'avoit fait l'aile droite. Le corps de réſerve eft
refté à Ullersdorff , pour affurer la communication
avec la Boheme. Le Prince Charles de Lorraine
& le Feld-Maréchal Comte de Daun , ont
détaché un nouveau corps de troupes vers la
Siléfie.
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
DE DRESDE, le 31 Août .
·
Le Colonel Laudon continue d'inquiéter les
Pruffiens. Ces jours derniers il marcha avec
foixante Huffards à Liefnig , où il y avoit cinquante
hommes. Ils fe retirerent à ſon approche ,
& il les pourfuivit jufqu'à Querbitz . S'y voyant enveloppés
, il fe jetterent dans une maifon , d'où
ils firent un feu très- vif. Les Huffards mirent pied
à terre , attaquerent la maifon , & obligerent le
dêtachement ennemi de fe rendre à difcrétion.
DE FRANCFORT , le 3 Août.
Avant-hier, M. le Prince de Soubize vint en cette
Ville. Il fut falué par le canon des remparts , &
complimenté par une députation des Magiftrats ,
qui lui préfenta le vin d'honneur. Le foir , il re
tourna à Hanau. La Gendarmerie de France , qui
eft de l'armée de ce Général , s'avance vers ces
quatiers, Le corps de Fifcher doit être entré actuellement
dans la Turinge.
Les troupes de l'Empire
continuent
de s'affembler
entre Furth & Farrenbach
. On ne croit pas
qu'elles puiffent être réunis avant le 7 ou le 8 du
mois de Septembre.
On écrit de Minden , que M. le Maréchal- Duc
de Richelieu y a fait entrer un régiment Suiffe ,
pour renforcer la garn fon , & que M. le Marquis
de Berville, Maréchal de Camp, qui y commande,
fait réparer les fortifications de cette Place.
DE HAMBOURG , le 26 Août.
Quatre Vaiffeaux de guerre Anglois , & deur
Frégates de la même Nation , mouillerent hier à
l'embouchure de l'Elbe près d'Oldinbroek. Ces
OCTOBRE . 1757.
179
Bâtimens doivent remonter le fleuve jufqu'à Stade,
afin d'embarquer les effets retirés de Hanovre.
Les lettres de Siléfie marquent que le 15 du mois
d'Août le Colonel Jahnus a remporté un avantage,
confiderable fur un Corps de cinq mille Pruffiens .
Selon les avis reçus de Koniſberg , le Général Sibilski
, commandant les troupes légeres du Roi de
Polongne Electeur de Saxe , eft entré en Pruffe
avec ces troupes par le Palatinat de Trock. On
mande de Petersbourg , que le Chevalier Douglas
, qui a été chargé des affaires de Sa Majeſté
très-Chrétienne auprès de l'Impératrice de Rufke ,
doit reprendre inceffamment la route de Paris.
DE HANOVRE , le 10 Août.
Suivant la répartition des contributions , auxquelles
cet Electorat eft taxé , la Principauté de
Ĉalemberg doit fournir un million quatre-vingt
mille rations de foin , chacune du poids de dixbuit
livres ; trente- trois mille facs de froment ,
une pareille quantité de feigle , & autant d'avoine
, chaque fac pefant deux quintaux . La Principauté
de Grubenhagen fournira cent mille rations
de fourrage , & la Ville de Gottingen donnera
vingt-quatre mille facs , tant de froment & de
feigle que d'avoine . Ces livraifons doivent être
faites en deux termes , fçavoir une moitié avant le
premier du mois de Septembre , l'autre moitié
avant le premier Octobre , fous peine d'exécution
militaire.
Le ,, vers les dix heures du matin , un détachement
de Grénadiers de France vint prendre
poffeffion des portes de cette Capitale. Peu après ,
M.le Duc de Chevreule, nommé pour commander
ici , entra dans la Ville avec les troupes , qui doi-
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
vent en compofer la Garnifon . Celle de l'ancienne
Garnifon ont été défarmées , & on leur a permis de
fe retirer au bon leur fembleroit . MM . le Duc de
Chevreule , & le Marquis de Saint- Pern qui commande
fous lui , ont pris leurs logemens , le premier
à l'Hôtel du Baron de Dieden , Miniftre
d'Etat , le fecond chez le Comte de Kielmanfegg.
Après le dîner, MM . le Duc de Chevreufe & le Mar
quis de Saint- Pern fe promenerent à cheval dans
les rues , pour raffurer les habitans . Ces Lieutenans
- Généraux leur déclarerent que la Bourgeoi-
He devoit être parfaitement tranquille , & que ,
s'il arrivoit à des Soldats de commettre quelques
excès , on en feroit fur le champ une punition
exemplaire.
Brunswic & Wolfenbuttel ont ouvert leurs
portes aux François. Un Détachement des troupes
de cette Nation vient d'occuper auffi Zell . M.
le Maréchal Duc de Richelieu fe diſpoſe à paffer
la Leine , pour s'approcher de l'Electorat de
Brandebourg. On prépare à Hambourg , à Altena
, & dans quelques autres Villes voifines
foixante mille paires de fouliers , & vingt- deux.
mille paires de bottes , pour l'armée de Sa Majefté
Très Chrétienne. M. le Duc de Chevreuse qui
commandoit ici avant l'arrivée du Général , voulant
prévenir tout ce qui pourroit y troubler la
tranquillité publique , a exigé que tous les Bourgeois
dépofaffent leurs armes à l'Hôtel de Ville.
Une indifpofition a obligé M. le Duc d'Orléans
de fe rendre à Aix - la-Chapelle , pour y prendre
les eaux.
L'armée du Duc de Cumberland est toujours
campée à Ferden , Ville Capitale du Duché de ce
nom. Ce Prince fait travailler à applanir les rouses
qui conduifent de-là à Stade , & à en pratiOCTOBRE
. 1757. 181
quer de nouvelles à travers des bois dont le pays
eft entrecoupé.
M. le Maréchal Duc de Richelieu vient de recevoir
un courier de M. le Comte de Beauffobre ,
Maréchal de Camp , commandant le blocus de
Gueldre , avec nouvelle que le Gouverneur de
cette place demandoit à capituler & à fortir , lai
& fa garnifon , avec les honneurs de la guerre.
Notre Général a approuvé cette difpofition , &
en conféquence cette Garnifon doit être renvoyée
à Berlin par la route de Cologne & de Francfort.
DU CAMP D'INSTERBOURG , le 1 z Août.
L'armée de l'impératrice de Ruffie campa le
deuxd'Août près de Scaluponen. Il y eut le même
jour une efcarmouche entre l'avant - garde de cette
armée & un détachement de Huffards Pruffiens.
La perte fut à peu près égale de part & d'autre. Le
4 , le Feld- Maréchal Apraxin s'avança jufqu'à .
Buduponen. Il marcha le 6 à Gumbingen , où il
laiffa repofer les troupes pendant deux jours . La
nuit du 7 au 8 , le Colonel Malachowsky s'étant
avancé avec quelque Cavalerie du Roi de Pruffe ,
pour reconnoître notre camp , cer Officier fut
chargé dans fa retraite. De chaque côté , il y eut
environ trente hommes tués ou bleffés . Le 9 l'armée
ne fit qu'une marche de deux milles . Sur l'avis
que le Général Biaden venoit à nous avec dix-
Efcadrons tant de Dragons que de Huffards , on
envoya contre lui un détachement de Cavalerie
légere. Les deux troupes fe rencontrerent près de
Gerwiskene. A l'approche du détachement Ruffien
, le Général Bladen fe pofta dans le bois de
Piczkemsky . On attaqua les ennemis malgré leur
pofition avantageufe , & on les délogea du bois,
182 MERCURE DE FRANCE.
Ils perdirent cinquante- deux hommes , & nous flmes
vingt-fept prifonniers. Avant- hier , le Feld-
Maréchal Apraxin affit fon camp 3 peu de
diſtance de l'endroit , où cette action s'étoit paffée.
Quelques efpions ayant rapporté qu'un corps
d'Infanterie & de Cavalerie Pruffienne fe formoit
en bataille dans la plaine , on fe mit en marche
vers les dix heures du foir , pour attaquer cette
tête de troupes ennemies. Dès qu'elle fut informée
de notre mouvement , elle fe replia fur le camp
du Feld-Maréchal de Lehwald. Hier , nous continuâmes
de nous porter en avant. Nous fumes
joints par la divifion du Général Fermer , & nous
vînmes camper fous Infterbourg , dont les Magiftrats
ont apporté les clefs au Feld - Maréchal
Apraxin. Ce Général a envoyé des détachemens
dans les Bailliages de Centwallen , de Dittlacken ,
de Naffaven , de Caffouben & de Frackenen. Il a
mis des Garnifons à Schwarpelen , à Trezacken ,
à Cubarthen , à Sodargen , à Plathen , à Dorskabnen
& dans Althoff. On apprend que le Général
Sibilsky avec les troupes légeres du Roi de Pologne
Electeur de Saxe, a pénétré jufqu'à Oletsko .
DU CAMP DU PR. CHARLES DE LORRAINE,
le 17 Août.
Un corps de Bannaliſtes , de Lycaniens & d'Oguliniens
, commandé par le Colonel Laudon ,
ayant paffé l'Elbe , a pénétré en Saxe , & a pris
pofte à Hellendorff. Sur l'avis que le Général
Itzemplitz étoit à Gottluben avec un détachement
des troupes de Pruffe , le Colonel Laudon y marcha
le 8 d'Août. Ayant mis en fuite quelques
Gardes avancés , il attaqua les ennemis , quoique
couverts d'un triple retranchement. Cette atOCTOBRE.
1757. 183
taque fe fit avec tant de vivacité & de fuccès ,
qu'ils furent contraints d'abandonner leurs lignes,
& même la Ville , où ils ont laiffé trois canons de
douze livres de balle & une piece de campagne.
Dans leur retraite , qu'ils firent en un fort grand
défordre , ils furent joints par trois bataillons de
Grenadiers , qui vinrent de Gishubel à leurs fecours.
Alors ils fe rallierent , & le Colonnel Laudon
fe retira. Il a conduit à Hellendorff la piece
de campagne , dont il s'eft emparé. Faute de chevaux
, il n'a pu emmener les trois autres canons.
On a pris les équipages & tous les domestiques du
Général Itzemplitz . La perte des Pruffiens eft eftimée
à cinq cens hommes , en y comprenant les
prifonniers & les déferteurs. Plus de cent de ces
derniers fe rendirent à Hellendorff le jour même
de l'action . Le Colonel Laudon mande au Prince
Charles de Lorraine , que les Officiers , qui fe
font le plus diftingués à l'attaque des retranchemens
, font les fieurs d'Ofchen , Stupiniany
Jegerman , Meffig , Rollag , Millnoufnick ,
Berzinger , Gerlichib & Juftini.
Il arriva le 9 à l'armée du Roi de Pruffe un convoi
de mille charriots chargés de farine & de munitions
de guerre. Le 13 , le Feld-Maréchal Keith
décampa de Tumitz , & fe rendit avec les troupes
au camp que le Prince de Brunſwic - Bevern occupoit
ci-devant près de Baudiffin. Il fe porta le 14
à Hochkirchen. Avant hier , le Roi de Pruffe &
ce Général , ayant réuni leurs deux armées , maxcherent
à Bornstadt . Sa Majeſté Pruffienne s'avança
hier jufqu'aux environs de Hirschfeld . Le
Prince Charles de Lorraine a fait de fon côté un
mouvement , moyennant lequel nous ne fommes
féparés des ennemis que par le village de Witgendorff.
Toute la nuit , on s'eft canonné très - vive.
184 MERCURE DE FRANCE.
ment de part & d'autre. Aujourd'hui , les Pruffiens
ont attaqué le village de Witgendoff à deux
différentes reprifes , mais on les a repouffés.
Ils font tranfporter à Baudiffin une grande quantité
de paliffades. On dit que l'Officier Général ,
qui y commande a ordonné aux habitans ,
en cas d'alarme , non feulement de s'enfermer
dans leurs maifons , mais même de ne point regarder
par les fenêtres , & qu'il a défendu à tous
ceux qui ne font point Gentilshommes , de porter
l'épée.
>
Les avis de Siléfie portent que le Colonel Jahnus
s'eft porté de Hohenfriedberg dans les environs
de Landshut , afin de mettre la garniſon de cette
ville à l'abri des entrepriſes des ennemis . Le Prince
Charle de Lorraine a envoyé à cette Officier
un renfort d'Infanterie & de Cavalerie légere ,
avec quelques pieces d'artillerie de campagne.
Par une convention faite depuis peu entre l'Impératrice
Reine & l'Electeur de Baviere , il a été
ftipulé que tous les foldats , qui ont défesté de
part & d'autre avant le premier d'Août , pour
s'engager au fervice de l'une ou de l'autre Puiffance
, peuvent demeurer dans les corps où ils ont
pris parti ; mais que ceux qui déferteront à
l'avenir , feront punis fuivant la rigueur des loix
militaires.
DU CAMP DE VALLE , le premier Septembre.
Les ennemis gardant toujours leur poſition entre
Rothembourg & Otterberg , M. le Maréchal
Duc de Richelieu s'étoit determiné à les y attaquer.
Le 30 d'Août , il fit partir M. le Marquis
de Monteynard , pour s'approcher de leur
camp , & pour reconnoître le pays. Ce Maréchal
1
OCTOBRE . 1757 .
185
de Camp avoit fous fes ordres vingt Compagnies
de Grenadiers , quatre troupes de Carabiniers ,
deux de Cavalerie , un Détachement des Volontaires
de Flandre & de Haynault , & quatre pie.
ces de canon. Il fe porta fur Everfen à quatre
lieues environ de Werden , & il découvrit le camp
des ennemis encore tendu à un quart de lieue audelà
de Rothembourg. La Brigade d'Alface avoit
marché en même temps à Walle , pour foutenir
le détachement de M. le Marquis de Monteynard,
qui fut joint auffi à Everfen par trois cens Dragons
aux ordres de M. le Marquis de Caraman , que
M. le Marquis de Guerchy , campé à Withoé, avoit
envoyés fur la droite d'Everfen .
M. le Marquis de Monteynard employa la journée
du 30 à reconnoître le pays qui étoit deyant
lui , & à examiner les bords de la Wurm . II
fut inquiété par quelques Huffards & quelques
Chaffeurs fortis de Rothembourg , qui firent le
coup de fufil contre fes poftes avancés . Ayant
paflé la nuit en bataille , il s'avança le lendemain
à la pointe du jour fur le Village de Wderſchled ,
d'où il déboucha & marcha en colonne juſqu'à
une lieue de Rothembourg fur le grand chemin
ayant des marais à droite & à gauche. Alors il
s'apperçut que les ennemis avoient fait décamper
le centre de leurs lignes , & qu'ils n'avoient laiſſé
que des Détachemens dans les Forts de Rothembourg
& d'Otterberg. Comme on avoit lieu de
croire que ces Détachemens n'étoient reftés que
pour favorifer la retraite de leur armée , le Marquis
de Monteynard envoya fur le champ fommer
les deux Commandans. Ils répondirent qu'ils
avoient ordre de fe défendre . M. le Marq . de Monteynard
en informa le Maréchal de Richelieu ,
qui s'étoit déja mis en marche pour le joindre , &
186 MERCURE DE FRANCE.
qui fur cet avis envoya chercher quarante Compagnies
de Grenadiers de l'armée , tous les Gre
nadiers Royaux , les Carabiniers , & douze pieces
de canon d'augmentation.
Afept heures du matin , M. le Maréchal arriva
devant Rothembourg , qu'il alla reconnoître luimême.
On lui tira quelques coups de canon du
Fort , derriere lequel on voyoit une colonne d'Infanterie,
dont on ignoroit la force. M. le Maréchal
fit fes difpofitions , pour entourer le pofte de
droite & de gauche , & pour faire rétablir ſur la
Wurm les ponts que les ennemis avoient rompus.
En même temps , il fit paffer fur une éclufe
douze compagnies de Grenadiers, commandées par
M. le Comte de Wurmfer. Les ennemis , les ayant
apperçues , craignirent d'être coupés , & ils évacuerent
le Fort. Leur appréhenfion étoit d'autant
plus fondée , que M. le Marquis de Caraman avoit
déja paffé par fa droite une partie des marais &
une branche de la Wurm avec les Dragons de fon
Régiment. On vint avertir nos Sentinelles de la
retraite précipitée des ennemis. Mais il ne fut pas
poffible de s'y oppofer , parce qu'il n'y avoit dans
le voisinage aucun gué praticable , & que tous les
ponts fur la Wurm étoient rompus. D'ailleurs on
ne peut arriver à Rothembourg que par une feule
chauffée , & de tous côtés ce pofte eft environné
de marais.
M. le Maréchal de Richelieu fit occuper un des
Fauxbourgs de la Ville par quelques Compagnies
de Grenadiers , en attendant que le pont du Fort
fût rétabli . Les ennemis ont laiffé dans ce Fort
dix-fept pieces de canon de fer enclouées , dont
ils ont brifé les affûts . Quoique ce foit un pofte
très avantageux , qu'il étoit aifé de défendre longtemps,
on n'y a trouvé aucune forte de munitions.
OCTOBRE . 1757. 187
Pendant que le M. Maréchal de Richelieu s'étoit
avancé à Rothembourg, M. le Duc de Broglie avoit
marché avec la réſerve à Baffant , pour déboucher
fur Otterberg. Le Commandant de ce Fort avoit
fait tirer quelques coups de canon à cartouches fur
des Officiers & des Grenadiers , qui étoient allés
le reconnoître. Ayant été fommé de fe rendre , il
fit réponſe qu'il étoit dans l'intention de foutenir.
P'attaque . En conféquence il fit rompre les ponts
qui étoient dans cette partie. Mais M. le Duc de
Broglie ayant fait paffer des Grenadiers au gué , &
ayant fait la même manoeuvre que le Maréchal de
Richelieu avoit fait à Rothembourg , le Commandant
fe retira avec précipitation , laiffant
feize pieces de canon dans le Fort.
Hier , toute l'armée fe rendit de Werden à
Walle , où elle eft campée fur deux lignes . M. le
Marquis de Monteynard s'eft porté environ à trois
lieues en avant de Rothembourg . Les ennemis fe
font d'abord retirés à Gilhum . Leur pofition entre
Otterberg & Rothembourg , qui font des poftes
de la plus grande importance , étoit fi avantageufe,
qu'on eft fort furpris qu'ils l'aient abandonnée
fi précipitamment.
Ils étoient entourés à Gilhum de marais impraticables
, & ils avoient rompu la chauffée qui
étoit le feul chemin par lequel on pût y arriver.
Cependant ils ont levé leur camp avant le jour.
Ils continuent leur retraite fur Stade, & ils ont fait
une marche forcée de fix lieues . La tête de nos
détachemens a pouffé jufqu'à une demi-lieue au
de-là de Gilhum.
188 MERCURE DE FRANCE.
DU CAMP DE CLOSTER- SEVEN ,
les Septembre.
Le 3 du même mois , M. le Maréchal de Richelieu
apprit que les ennemis étoien impés à Emerfem,
& partit d'Otterberg avec tous les Grenadiers
qui étoient à Rothembourg , & avec la Brigade
d'Alface , pour fe porter à Clofter- Seven. Il manda
à M. le Duc de Broglie , de venir l'y joindre avec
fa réſerve , & cependant il pouffa en avant M. le
Marquis de Poyanne avec un détachement de
Carabiniers & de troupes légeres.
Le 4 au matin , fur l'avis que les ennemis
avoient décampé , il fe porta au détachement de
M. le Marquis de Poyanne , & fit attaquer pat
MM les Comtes de Berchiny & de Chabot , &
par deux cens Dragons à pied du Régiment d'Harcourt
, le village de Bevern qui fut emporté. Les
ennemis ayant alors fait avancer un corps confidé .
rable de troupes , le détachement de M. le Marquis
de Poyanne eut ordre de fe replier vers le village
de Selfen. Pendant ce temps , une colonne d'Infanterie
de quinze cens Heffois , commandée par
Je fieur de Saftro , qui pourfuivoit M. le Marquis
de Poyanne avec plufieurs troupes de Cavalerie ,
fut arrêtée par le feu de douze compagnies de
Grenadiers, commandées par le Prince de Chimay
qui avoient été embufquées dans un bois avec
quatre pieces de canon . Les Grenadiers de Chabot
chargerent la tête de cette Infanterie , qui fe retira
fort en défordre , & fut pourfuivie par les Volonsaires
du même corps & par les Huffards.
DE DANTZICK , le 33 Acût.
LE Feld- Maréchal Comte d'Apraxin a commencé
d'exiger des contributions du Royaume
de Pruffe. Ayant mandé les Magiftrats de Tylfit ,
il leur a fignifié les ordres pour la livraiſon d'une
certaine quantité de vivres & de fourrages.
La Colonne des troupes Ruffiennes , qui a pris
fa route par la Samogitie , arriva le 28 Septembre
fur la frontiere de la Pruffe Brandebourgeoife.
Le 29 , elle fut jointe par une autre Colonne ,
qui a traversé la Lithuanie. Le même jour ,
Feld-Maréchal Comte d'Apraxin fit occuper la
Ville de Tilfit , dont les Magiftrats furent confirmés
dans leurs emplois , après avoir prêté ferment
à l'Impératrice de Ruffie. Une partie de l'armée
de cette Princeffe a déja paffé la Niémen.
Le Feld- Maréchal de Lehwald a abandonné les
bords de cette riviere , & s'eft replié ſur la Prégel
. Il eft actuellement campé à Welau dans une
pofition avantageufe , fon centre couvert par un
ravin , fa gauche appuyée à Konigsberg , & fa
droite tirant vers Georgebourg , où elle eft flanquée
par des bois & par des marais . Ce Général a
retiré de Marienwerder le Bataillon qui y étoit
en garniſon. Chaque jour , il y a quelque efcar-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
mouche entre les poftes avancés des deux ar
mées.
On n'eft point informé que la Flotte Ruffienne
ait paru fur les côtes de Poméranie. Cela donne
lieu de préfumer qu'elle eft retournée à Cronstadt
Depuis que l'armée commandée par le Feld-
Maréchal Apraxin eft entrée dans la Pruffe Du
cale , le Confeil de Régence , qui étoit établi
Konigsberg , s'en eft retiré. Il n'y eft refté que
les Magiftrats chargés de la police de la Ville
Les Archives qu'on y tenoit en dépôt , ont été
envoyées à Cuftrin. On fait monter à une fomme
très- confidérable les contributions que les Ruffiens
ont exigées du pays . Ils ont demandé qua
rante mille écus à la ville de Memel , & les habi
tans fe font preffés de payer cette taxe , pour n'è
tre pas exposés aux rigueurs d'une exécution .
DE VIENNE , le premier Août .
Un Officier dépêché par le Prince Charles de
Lorraine , a apporté dix drapeaux pris fur les
Pruffiens à Gabel & à Zittau . Cette derniere Ville
qui eft de la Luface , & fous la domination du
Roi de Pologne Electeur de Saxe , a beaucoup
fouffert des bombes & des boulets rouges. Plu
fieurs édifices publics ont été détruits . Un grand
nombre de maiſons ont été renversées , ou réduites
en cendres. La néceffité de ruiner divers magazins
, que les ennemis avoient dans la place ,
s'eft oppofée aux ménagemens qu'on auroit defiré
d'avoir pour les habitans. Lorfque les troupes de
l'Impératrice Reine fe font emparées de la Ville ,
il n'y reftoit plus qu'environ quatre cens foldats.
Le refte de la garnifon avoit trouvé le moyen
d'en fortir , & de fe retirer au camp du Prince
de Prufle.
OCTOBRE . 1757. 175
Dès le mois d'Avril dernier , le Fifcal de l'Empire
avoit demandé qu'on citât les Magiftrats de
Francfort , pour n'avoir pas fatisfait dans le temps.
preferit aux Avocatoires Impériaux. Le Confeil
Aulique rendit il y a quelques jours un Décret ,
qui ordonne à ces Magiftrats de répondre dans le
terme de deux mois fur l'objet de cette citation .
Le Chevalier Robert Keith , ci- devant Miniftre
plénipotentiaire du Roi de la Grande - Bretagne
auprès de Leurs Majeftés Impériales , vient de
reprendre la route de Londres.
Le Comte de Stainville , nouvel Ambaffadeur
de France auprès de cette Cour , arriva ici le 20
d'Août. Le 24 , il eut fes premieres audiences
particulieres de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine. Leurs Majeftés Impériales font parties
pour Hollitſch , où elles doivent paffer quelques
jours. Elles ont reçu au fujet de deux actions qui
fe font paffées le 13 & le 14 en Siléfie , une Relation
dont voici l'extrait.
Pendant plufieurs jours les Pruffiens n'avoient
fait aucun mouvement. Le 13 , un Caporal , qui
étoit en fauve-garde à Gimansdorff , vint donner
avis qu'ils s'avançoient en force . Auffi - tôt le Colonel
Jahaus doubla toutes fes gardes avancées.
Il fit en même temps plier les tentes & charger le
bagage . On avoit lieu de croire que le deffein des
ennemis étoit de furprendre Landshut , & de nous
contraindre d'abandonner la Siléfie. Ainfi il falloit
prendre une réſolution d'autant plus vigoureuſe ,
qu'on devoit s'attendre à être attaqué par la
droite & par la gauche. Les Pruffiens firent diverfes
feintes , pour engager le Colonel Jahnus à
quitter fa pofition ; mais il fe contenta de faire
manoeuvrer fon avant-garde . Sur les dix heures &
demie du foir , il fit donner l'alarme au camp
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
ennemi par cinquante Volontaires . Ce détache
ment y caufa d'abord tant de défordre , que les
Pruffiens firent feu les uns fur les autres , & qu'il
fe paffa plus d'une demi-heure avant qu'ils puffent
fe reconnoître. On leur enleva trente chevaux ,
& cent déferteurs fe rendirent à notre camp. Le
lendemain à la pointe du jour , on s'apperçut que
les ennemis avoient changé de pofition . Leur Infanterie
s'étoit avancée jufqu'au fauxbourg de
Landshut , & formoit un bataillon quarré . La
nôtre commença à donner par petits pelotons.
Quatre de nos pieces de campagne incommodant
confidérablement les Pruffiens , ils fe replierent
fur leur gauche. Leur premiere attaque fut contre
un bois , où le Capitaine Lakupith étoit avec un
bataillon de Warafdins. Cette attaque fut trèsvive
, & foutenue du feu de feize pieces de canon.
Le fieur Lakupith tint ferme pendant une heure ;
mais il fe vit enfin dans la néceffité de céder au
nombre , & il rejoignit le gros de nos troupes.
Alors l'action devint générale. Les ennemis , vu
la fupériorité de leurs forees , pouvoient déborder
notre droite . Pour remédier à cet inconvénient ,
le Colonel Jahnus avoit couvert de ce côté fon
flanc par plufieurs abattis d'arbres , & y avoit éta
bli deux batteries. Après un combat très- long &
très-opiniâtre , dans lequel notre artillerie chargée
à cartouches fit beaucoup de ravage parmi les
troupes ennemies , les Pruffiens fe retirerent avec
précipitation. Nos troupes les pourſuivirent à
droite au-delà de Reichenau , & à gauche pardelà
Richebanck. Elles fe font emparées de fix
pieces de canon , dont une de quatre livres de
balle , & les autres de trois. On a pris auffi une
grande quantité d'autres armes , plufieurs tambours
, un charriot & deux caiffons de munitions.
OCTOBRE . 1757. 177
Les Pruffiens compofoient un corps d'environ
huit mille hommes , & étoient commandés par le
Général Creutzer . Trois jours après l'action , on
n'avoit pu encore enterrer tous leurs morts. Ils
ont perdu trois milles hommes , en y comprenant
les déferteurs & quatorze cens prifonniers. Parmi
ces derniers , on compte dix-fept Officiers , dont
un eft mort le 16 de fes bleffures . Du côté des
troupes de l'Impératrice Reine , il n'y a eu que
dix-fept hommes tués , quatre- vingt- un bleffès ,
deux faits prifonniers , deux chevaux tués , & deux
autres pris. Da nombre des morts font les fieurs
Ummerhoffer & Liczeni , Capitaines dans les Régimens
de Saint-Georges & de Gradiska. Le Baron
de Jahnus a eu un cheval tué fous lui d'un boulet
de canon. Ce Colonel mande qu'il a fait
occuper
de nouveau les hauteurs de Zeifchenberg auprès
de Freyberg.
DE PRAGUE , le 30 Juillet.
Le 23 de Juillet , le Comte de Nadafty s'avança
de Leitmeritz à Levin . Un détachement de fes
troupes , commandé par le Comte de Draskowitz,
Major général , a fait prifonniers à Schrekenſtein
un Major , un Capitaine , fix autres Officiers , &
deux cens vingt foldats. Mille Pruffiens qui étoient
dans Tetſchen , ont abandonné ce pofte .
L'armée de l'Impératrice Reine marcha le 25
en avant. L'aile gauche a paffé la Neiff , ainfi
qu'avoit fait l'aile droite. Le corps de réſerve eft
refté à Ullersdorff , pour affurer la communication
avec la Boheme. Le Prince Charles de Lorraine
& le Feld-Maréchal Comte de Daun , ont
détaché un nouveau corps de troupes vers la
Siléfie.
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
DE DRESDE, le 31 Août .
·
Le Colonel Laudon continue d'inquiéter les
Pruffiens. Ces jours derniers il marcha avec
foixante Huffards à Liefnig , où il y avoit cinquante
hommes. Ils fe retirerent à ſon approche ,
& il les pourfuivit jufqu'à Querbitz . S'y voyant enveloppés
, il fe jetterent dans une maifon , d'où
ils firent un feu très- vif. Les Huffards mirent pied
à terre , attaquerent la maifon , & obligerent le
dêtachement ennemi de fe rendre à difcrétion.
DE FRANCFORT , le 3 Août.
Avant-hier, M. le Prince de Soubize vint en cette
Ville. Il fut falué par le canon des remparts , &
complimenté par une députation des Magiftrats ,
qui lui préfenta le vin d'honneur. Le foir , il re
tourna à Hanau. La Gendarmerie de France , qui
eft de l'armée de ce Général , s'avance vers ces
quatiers, Le corps de Fifcher doit être entré actuellement
dans la Turinge.
Les troupes de l'Empire
continuent
de s'affembler
entre Furth & Farrenbach
. On ne croit pas
qu'elles puiffent être réunis avant le 7 ou le 8 du
mois de Septembre.
On écrit de Minden , que M. le Maréchal- Duc
de Richelieu y a fait entrer un régiment Suiffe ,
pour renforcer la garn fon , & que M. le Marquis
de Berville, Maréchal de Camp, qui y commande,
fait réparer les fortifications de cette Place.
DE HAMBOURG , le 26 Août.
Quatre Vaiffeaux de guerre Anglois , & deur
Frégates de la même Nation , mouillerent hier à
l'embouchure de l'Elbe près d'Oldinbroek. Ces
OCTOBRE . 1757.
179
Bâtimens doivent remonter le fleuve jufqu'à Stade,
afin d'embarquer les effets retirés de Hanovre.
Les lettres de Siléfie marquent que le 15 du mois
d'Août le Colonel Jahnus a remporté un avantage,
confiderable fur un Corps de cinq mille Pruffiens .
Selon les avis reçus de Koniſberg , le Général Sibilski
, commandant les troupes légeres du Roi de
Polongne Electeur de Saxe , eft entré en Pruffe
avec ces troupes par le Palatinat de Trock. On
mande de Petersbourg , que le Chevalier Douglas
, qui a été chargé des affaires de Sa Majeſté
très-Chrétienne auprès de l'Impératrice de Rufke ,
doit reprendre inceffamment la route de Paris.
DE HANOVRE , le 10 Août.
Suivant la répartition des contributions , auxquelles
cet Electorat eft taxé , la Principauté de
Ĉalemberg doit fournir un million quatre-vingt
mille rations de foin , chacune du poids de dixbuit
livres ; trente- trois mille facs de froment ,
une pareille quantité de feigle , & autant d'avoine
, chaque fac pefant deux quintaux . La Principauté
de Grubenhagen fournira cent mille rations
de fourrage , & la Ville de Gottingen donnera
vingt-quatre mille facs , tant de froment & de
feigle que d'avoine . Ces livraifons doivent être
faites en deux termes , fçavoir une moitié avant le
premier du mois de Septembre , l'autre moitié
avant le premier Octobre , fous peine d'exécution
militaire.
Le ,, vers les dix heures du matin , un détachement
de Grénadiers de France vint prendre
poffeffion des portes de cette Capitale. Peu après ,
M.le Duc de Chevreule, nommé pour commander
ici , entra dans la Ville avec les troupes , qui doi-
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
vent en compofer la Garnifon . Celle de l'ancienne
Garnifon ont été défarmées , & on leur a permis de
fe retirer au bon leur fembleroit . MM . le Duc de
Chevreule , & le Marquis de Saint- Pern qui commande
fous lui , ont pris leurs logemens , le premier
à l'Hôtel du Baron de Dieden , Miniftre
d'Etat , le fecond chez le Comte de Kielmanfegg.
Après le dîner, MM . le Duc de Chevreufe & le Mar
quis de Saint- Pern fe promenerent à cheval dans
les rues , pour raffurer les habitans . Ces Lieutenans
- Généraux leur déclarerent que la Bourgeoi-
He devoit être parfaitement tranquille , & que ,
s'il arrivoit à des Soldats de commettre quelques
excès , on en feroit fur le champ une punition
exemplaire.
Brunswic & Wolfenbuttel ont ouvert leurs
portes aux François. Un Détachement des troupes
de cette Nation vient d'occuper auffi Zell . M.
le Maréchal Duc de Richelieu fe diſpoſe à paffer
la Leine , pour s'approcher de l'Electorat de
Brandebourg. On prépare à Hambourg , à Altena
, & dans quelques autres Villes voifines
foixante mille paires de fouliers , & vingt- deux.
mille paires de bottes , pour l'armée de Sa Majefté
Très Chrétienne. M. le Duc de Chevreuse qui
commandoit ici avant l'arrivée du Général , voulant
prévenir tout ce qui pourroit y troubler la
tranquillité publique , a exigé que tous les Bourgeois
dépofaffent leurs armes à l'Hôtel de Ville.
Une indifpofition a obligé M. le Duc d'Orléans
de fe rendre à Aix - la-Chapelle , pour y prendre
les eaux.
L'armée du Duc de Cumberland est toujours
campée à Ferden , Ville Capitale du Duché de ce
nom. Ce Prince fait travailler à applanir les rouses
qui conduifent de-là à Stade , & à en pratiOCTOBRE
. 1757. 181
quer de nouvelles à travers des bois dont le pays
eft entrecoupé.
M. le Maréchal Duc de Richelieu vient de recevoir
un courier de M. le Comte de Beauffobre ,
Maréchal de Camp , commandant le blocus de
Gueldre , avec nouvelle que le Gouverneur de
cette place demandoit à capituler & à fortir , lai
& fa garnifon , avec les honneurs de la guerre.
Notre Général a approuvé cette difpofition , &
en conféquence cette Garnifon doit être renvoyée
à Berlin par la route de Cologne & de Francfort.
DU CAMP D'INSTERBOURG , le 1 z Août.
L'armée de l'impératrice de Ruffie campa le
deuxd'Août près de Scaluponen. Il y eut le même
jour une efcarmouche entre l'avant - garde de cette
armée & un détachement de Huffards Pruffiens.
La perte fut à peu près égale de part & d'autre. Le
4 , le Feld- Maréchal Apraxin s'avança jufqu'à .
Buduponen. Il marcha le 6 à Gumbingen , où il
laiffa repofer les troupes pendant deux jours . La
nuit du 7 au 8 , le Colonel Malachowsky s'étant
avancé avec quelque Cavalerie du Roi de Pruffe ,
pour reconnoître notre camp , cer Officier fut
chargé dans fa retraite. De chaque côté , il y eut
environ trente hommes tués ou bleffés . Le 9 l'armée
ne fit qu'une marche de deux milles . Sur l'avis
que le Général Biaden venoit à nous avec dix-
Efcadrons tant de Dragons que de Huffards , on
envoya contre lui un détachement de Cavalerie
légere. Les deux troupes fe rencontrerent près de
Gerwiskene. A l'approche du détachement Ruffien
, le Général Bladen fe pofta dans le bois de
Piczkemsky . On attaqua les ennemis malgré leur
pofition avantageufe , & on les délogea du bois,
182 MERCURE DE FRANCE.
Ils perdirent cinquante- deux hommes , & nous flmes
vingt-fept prifonniers. Avant- hier , le Feld-
Maréchal Apraxin affit fon camp 3 peu de
diſtance de l'endroit , où cette action s'étoit paffée.
Quelques efpions ayant rapporté qu'un corps
d'Infanterie & de Cavalerie Pruffienne fe formoit
en bataille dans la plaine , on fe mit en marche
vers les dix heures du foir , pour attaquer cette
tête de troupes ennemies. Dès qu'elle fut informée
de notre mouvement , elle fe replia fur le camp
du Feld-Maréchal de Lehwald. Hier , nous continuâmes
de nous porter en avant. Nous fumes
joints par la divifion du Général Fermer , & nous
vînmes camper fous Infterbourg , dont les Magiftrats
ont apporté les clefs au Feld - Maréchal
Apraxin. Ce Général a envoyé des détachemens
dans les Bailliages de Centwallen , de Dittlacken ,
de Naffaven , de Caffouben & de Frackenen. Il a
mis des Garnifons à Schwarpelen , à Trezacken ,
à Cubarthen , à Sodargen , à Plathen , à Dorskabnen
& dans Althoff. On apprend que le Général
Sibilsky avec les troupes légeres du Roi de Pologne
Electeur de Saxe, a pénétré jufqu'à Oletsko .
DU CAMP DU PR. CHARLES DE LORRAINE,
le 17 Août.
Un corps de Bannaliſtes , de Lycaniens & d'Oguliniens
, commandé par le Colonel Laudon ,
ayant paffé l'Elbe , a pénétré en Saxe , & a pris
pofte à Hellendorff. Sur l'avis que le Général
Itzemplitz étoit à Gottluben avec un détachement
des troupes de Pruffe , le Colonel Laudon y marcha
le 8 d'Août. Ayant mis en fuite quelques
Gardes avancés , il attaqua les ennemis , quoique
couverts d'un triple retranchement. Cette atOCTOBRE.
1757. 183
taque fe fit avec tant de vivacité & de fuccès ,
qu'ils furent contraints d'abandonner leurs lignes,
& même la Ville , où ils ont laiffé trois canons de
douze livres de balle & une piece de campagne.
Dans leur retraite , qu'ils firent en un fort grand
défordre , ils furent joints par trois bataillons de
Grenadiers , qui vinrent de Gishubel à leurs fecours.
Alors ils fe rallierent , & le Colonnel Laudon
fe retira. Il a conduit à Hellendorff la piece
de campagne , dont il s'eft emparé. Faute de chevaux
, il n'a pu emmener les trois autres canons.
On a pris les équipages & tous les domestiques du
Général Itzemplitz . La perte des Pruffiens eft eftimée
à cinq cens hommes , en y comprenant les
prifonniers & les déferteurs. Plus de cent de ces
derniers fe rendirent à Hellendorff le jour même
de l'action . Le Colonel Laudon mande au Prince
Charles de Lorraine , que les Officiers , qui fe
font le plus diftingués à l'attaque des retranchemens
, font les fieurs d'Ofchen , Stupiniany
Jegerman , Meffig , Rollag , Millnoufnick ,
Berzinger , Gerlichib & Juftini.
Il arriva le 9 à l'armée du Roi de Pruffe un convoi
de mille charriots chargés de farine & de munitions
de guerre. Le 13 , le Feld-Maréchal Keith
décampa de Tumitz , & fe rendit avec les troupes
au camp que le Prince de Brunſwic - Bevern occupoit
ci-devant près de Baudiffin. Il fe porta le 14
à Hochkirchen. Avant hier , le Roi de Pruffe &
ce Général , ayant réuni leurs deux armées , maxcherent
à Bornstadt . Sa Majeſté Pruffienne s'avança
hier jufqu'aux environs de Hirschfeld . Le
Prince Charles de Lorraine a fait de fon côté un
mouvement , moyennant lequel nous ne fommes
féparés des ennemis que par le village de Witgendorff.
Toute la nuit , on s'eft canonné très - vive.
184 MERCURE DE FRANCE.
ment de part & d'autre. Aujourd'hui , les Pruffiens
ont attaqué le village de Witgendoff à deux
différentes reprifes , mais on les a repouffés.
Ils font tranfporter à Baudiffin une grande quantité
de paliffades. On dit que l'Officier Général ,
qui y commande a ordonné aux habitans ,
en cas d'alarme , non feulement de s'enfermer
dans leurs maifons , mais même de ne point regarder
par les fenêtres , & qu'il a défendu à tous
ceux qui ne font point Gentilshommes , de porter
l'épée.
>
Les avis de Siléfie portent que le Colonel Jahnus
s'eft porté de Hohenfriedberg dans les environs
de Landshut , afin de mettre la garniſon de cette
ville à l'abri des entrepriſes des ennemis . Le Prince
Charle de Lorraine a envoyé à cette Officier
un renfort d'Infanterie & de Cavalerie légere ,
avec quelques pieces d'artillerie de campagne.
Par une convention faite depuis peu entre l'Impératrice
Reine & l'Electeur de Baviere , il a été
ftipulé que tous les foldats , qui ont défesté de
part & d'autre avant le premier d'Août , pour
s'engager au fervice de l'une ou de l'autre Puiffance
, peuvent demeurer dans les corps où ils ont
pris parti ; mais que ceux qui déferteront à
l'avenir , feront punis fuivant la rigueur des loix
militaires.
DU CAMP DE VALLE , le premier Septembre.
Les ennemis gardant toujours leur poſition entre
Rothembourg & Otterberg , M. le Maréchal
Duc de Richelieu s'étoit determiné à les y attaquer.
Le 30 d'Août , il fit partir M. le Marquis
de Monteynard , pour s'approcher de leur
camp , & pour reconnoître le pays. Ce Maréchal
1
OCTOBRE . 1757 .
185
de Camp avoit fous fes ordres vingt Compagnies
de Grenadiers , quatre troupes de Carabiniers ,
deux de Cavalerie , un Détachement des Volontaires
de Flandre & de Haynault , & quatre pie.
ces de canon. Il fe porta fur Everfen à quatre
lieues environ de Werden , & il découvrit le camp
des ennemis encore tendu à un quart de lieue audelà
de Rothembourg. La Brigade d'Alface avoit
marché en même temps à Walle , pour foutenir
le détachement de M. le Marquis de Monteynard,
qui fut joint auffi à Everfen par trois cens Dragons
aux ordres de M. le Marquis de Caraman , que
M. le Marquis de Guerchy , campé à Withoé, avoit
envoyés fur la droite d'Everfen .
M. le Marquis de Monteynard employa la journée
du 30 à reconnoître le pays qui étoit deyant
lui , & à examiner les bords de la Wurm . II
fut inquiété par quelques Huffards & quelques
Chaffeurs fortis de Rothembourg , qui firent le
coup de fufil contre fes poftes avancés . Ayant
paflé la nuit en bataille , il s'avança le lendemain
à la pointe du jour fur le Village de Wderſchled ,
d'où il déboucha & marcha en colonne juſqu'à
une lieue de Rothembourg fur le grand chemin
ayant des marais à droite & à gauche. Alors il
s'apperçut que les ennemis avoient fait décamper
le centre de leurs lignes , & qu'ils n'avoient laiſſé
que des Détachemens dans les Forts de Rothembourg
& d'Otterberg. Comme on avoit lieu de
croire que ces Détachemens n'étoient reftés que
pour favorifer la retraite de leur armée , le Marquis
de Monteynard envoya fur le champ fommer
les deux Commandans. Ils répondirent qu'ils
avoient ordre de fe défendre . M. le Marq . de Monteynard
en informa le Maréchal de Richelieu ,
qui s'étoit déja mis en marche pour le joindre , &
186 MERCURE DE FRANCE.
qui fur cet avis envoya chercher quarante Compagnies
de Grenadiers de l'armée , tous les Gre
nadiers Royaux , les Carabiniers , & douze pieces
de canon d'augmentation.
Afept heures du matin , M. le Maréchal arriva
devant Rothembourg , qu'il alla reconnoître luimême.
On lui tira quelques coups de canon du
Fort , derriere lequel on voyoit une colonne d'Infanterie,
dont on ignoroit la force. M. le Maréchal
fit fes difpofitions , pour entourer le pofte de
droite & de gauche , & pour faire rétablir ſur la
Wurm les ponts que les ennemis avoient rompus.
En même temps , il fit paffer fur une éclufe
douze compagnies de Grenadiers, commandées par
M. le Comte de Wurmfer. Les ennemis , les ayant
apperçues , craignirent d'être coupés , & ils évacuerent
le Fort. Leur appréhenfion étoit d'autant
plus fondée , que M. le Marquis de Caraman avoit
déja paffé par fa droite une partie des marais &
une branche de la Wurm avec les Dragons de fon
Régiment. On vint avertir nos Sentinelles de la
retraite précipitée des ennemis. Mais il ne fut pas
poffible de s'y oppofer , parce qu'il n'y avoit dans
le voisinage aucun gué praticable , & que tous les
ponts fur la Wurm étoient rompus. D'ailleurs on
ne peut arriver à Rothembourg que par une feule
chauffée , & de tous côtés ce pofte eft environné
de marais.
M. le Maréchal de Richelieu fit occuper un des
Fauxbourgs de la Ville par quelques Compagnies
de Grenadiers , en attendant que le pont du Fort
fût rétabli . Les ennemis ont laiffé dans ce Fort
dix-fept pieces de canon de fer enclouées , dont
ils ont brifé les affûts . Quoique ce foit un pofte
très avantageux , qu'il étoit aifé de défendre longtemps,
on n'y a trouvé aucune forte de munitions.
OCTOBRE . 1757. 187
Pendant que le M. Maréchal de Richelieu s'étoit
avancé à Rothembourg, M. le Duc de Broglie avoit
marché avec la réſerve à Baffant , pour déboucher
fur Otterberg. Le Commandant de ce Fort avoit
fait tirer quelques coups de canon à cartouches fur
des Officiers & des Grenadiers , qui étoient allés
le reconnoître. Ayant été fommé de fe rendre , il
fit réponſe qu'il étoit dans l'intention de foutenir.
P'attaque . En conféquence il fit rompre les ponts
qui étoient dans cette partie. Mais M. le Duc de
Broglie ayant fait paffer des Grenadiers au gué , &
ayant fait la même manoeuvre que le Maréchal de
Richelieu avoit fait à Rothembourg , le Commandant
fe retira avec précipitation , laiffant
feize pieces de canon dans le Fort.
Hier , toute l'armée fe rendit de Werden à
Walle , où elle eft campée fur deux lignes . M. le
Marquis de Monteynard s'eft porté environ à trois
lieues en avant de Rothembourg . Les ennemis fe
font d'abord retirés à Gilhum . Leur pofition entre
Otterberg & Rothembourg , qui font des poftes
de la plus grande importance , étoit fi avantageufe,
qu'on eft fort furpris qu'ils l'aient abandonnée
fi précipitamment.
Ils étoient entourés à Gilhum de marais impraticables
, & ils avoient rompu la chauffée qui
étoit le feul chemin par lequel on pût y arriver.
Cependant ils ont levé leur camp avant le jour.
Ils continuent leur retraite fur Stade, & ils ont fait
une marche forcée de fix lieues . La tête de nos
détachemens a pouffé jufqu'à une demi-lieue au
de-là de Gilhum.
188 MERCURE DE FRANCE.
DU CAMP DE CLOSTER- SEVEN ,
les Septembre.
Le 3 du même mois , M. le Maréchal de Richelieu
apprit que les ennemis étoien impés à Emerfem,
& partit d'Otterberg avec tous les Grenadiers
qui étoient à Rothembourg , & avec la Brigade
d'Alface , pour fe porter à Clofter- Seven. Il manda
à M. le Duc de Broglie , de venir l'y joindre avec
fa réſerve , & cependant il pouffa en avant M. le
Marquis de Poyanne avec un détachement de
Carabiniers & de troupes légeres.
Le 4 au matin , fur l'avis que les ennemis
avoient décampé , il fe porta au détachement de
M. le Marquis de Poyanne , & fit attaquer pat
MM les Comtes de Berchiny & de Chabot , &
par deux cens Dragons à pied du Régiment d'Harcourt
, le village de Bevern qui fut emporté. Les
ennemis ayant alors fait avancer un corps confidé .
rable de troupes , le détachement de M. le Marquis
de Poyanne eut ordre de fe replier vers le village
de Selfen. Pendant ce temps , une colonne d'Infanterie
de quinze cens Heffois , commandée par
Je fieur de Saftro , qui pourfuivoit M. le Marquis
de Poyanne avec plufieurs troupes de Cavalerie ,
fut arrêtée par le feu de douze compagnies de
Grenadiers, commandées par le Prince de Chimay
qui avoient été embufquées dans un bois avec
quatre pieces de canon . Les Grenadiers de Chabot
chargerent la tête de cette Infanterie , qui fe retira
fort en défordre , & fut pourfuivie par les Volonsaires
du même corps & par les Huffards.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En août 1757, le Feld-Maréchal Comte d'Apraxin a commencé à exiger des contributions du Royaume de Prusse, ordonnant aux magistrats de Tilsit de livrer des vivres et des fourrages. Les troupes russes ont traversé la Samogitie et la Lituanie, occupant Tilsit le 29 septembre. Le Feld-Maréchal de Lehwald s'est replié sur la Prégel et a campé à Welau. Des escarmouches quotidiennes ont lieu entre les postes avancés des deux armées. La flotte russe n'a pas été vue sur les côtes de Poméranie, suggérant un retour à Cronstadt. Depuis l'entrée des troupes russes en Prusse-Duché, le Conseil de Régence de Königsberg s'est retiré, laissant seulement les magistrats chargés de la police. Les contributions exigées par les Russes sont très élevées, comme les 40 000 écus demandés à Memel. À Vienne, un officier a apporté des drapeaux pris aux Prussiens à Gabel et Zittau. Zittau, sous domination saxonne, a subi des destructions importantes. Le fisc impérial a cité les magistrats de Francfort pour non-respect des avocatures impériales. Le Chevalier Robert Keith a repris la route de Londres, et le Comte de Stainville est arrivé à Vienne en tant que nouvel ambassadeur de France. En Silésie, les Prussiens ont attaqué les troupes de l'Impératrice Reine, mais ont été repoussés après un combat intense, subissant de lourdes pertes. Le Colonel Jahnus a repris les hauteurs de Zeifchenberg près de Freyberg. À Prague, le Comte de Nadasty a avancé vers Levin, capturant des prisonniers prussiens. L'armée de l'Impératrice Reine a continué sa marche, avec des détachements envoyés vers la Silésie. À Dresde, le Colonel Laudon a continué à harceler les Prussiens, capturant un détachement ennemi. À Francfort, le Prince de Soubize a été salué par les magistrats, et les troupes françaises se déplacent vers la Turinge. À Hambourg, des navires anglais ont mouillé à l'embouchure de l'Elbe pour embarquer des effets de Hanovre. Le Colonel Jahnus a remporté une victoire en Silésie contre les Prussiens. À Hanovre, les contributions exigées incluent des quantités importantes de fourrage et de grains. Les troupes françaises ont pris possession des portes de la capitale, et les ducs de Chevreuse et de Saint-Pern ont rassuré les habitants. Brunswick et Wolfenbuttel ont ouvert leurs portes aux Français, et le Maréchal Duc de Richelieu se prépare à passer la Leine. L'armée du Duc de Cumberland est campée à Ferden, travaillant à améliorer les routes vers Stade. Le Maréchal Duc de Richelieu a reçu des nouvelles de la capitulation de Gueldre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 193-203
ALLEMAGNE.
Début :
Une Relation qu'on a reçue de l'armée Russienne, au sujet de la bataille qui [...]
Mots clefs :
Dantzig, Hambourg, Camp de Schona, Vienne, Dresde, Comte, Empire, Armées, Ennemis, Lieutenant, Feld-maréchal, Prusse, Détachement, Impératrice Reine, Comte d'Apraxin, Montagne
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE DANTZICK , le 16 Septembre.
UNE Relation qu'on a reçue de l'armée Ruffienne
, au fujet de la bataille qui s'eft donnée le
30 du mois d'Août entre cette armée & celle du
Roi de Pruffe commandée par le Feld - Maréchal
de Lehwald , contient les particularités fuivantes.
« Les Pruffiens ne pouvant être attaqués que
» très-difficilement dans leur pofition près de Veh-
» lau , le Feld -Maréchal Comte d'Apraxin quitta
» la rive du Prégel , & feignit de marcher à Ko-
» nifberg , pour engager les ennemis à fortir des
» bois qu'ils occupoient . Vers les cinq heures du
» matin , on eut avis qu'ils s'avançoient au nom-
» bre de trente- fix mille hommes de troupes réglées.
Lorfqu'ils furent près de Jagerfdorff , ils
» fe déployerent fur deux lignes , qu'ils reunirent
» bientôt en une feule , afin de nous préfenter un
>> front égal au nôtre. Leurs flancs , furtout le
>> gauche , étoient couverts par leur Cavalerie.
» L'action commença par un feu très-vif d'artil-
» lerie , & l'on s'apperçut que l'objet des Pruf-
» fiens étoit de s'emparer du bois de Narfitten , &
» de nous refferrer dans les défilés qui font der-
» riere ce bois. Pour prévenir le deffein du Feld-
» Maréchal de Lehwald , le Comte d'Apraxin ren
11.Vol. I
1
194 MERCURE
DE FRANCE.
força de plufieurs Régimens les troupes char-
» gées de la défenſe du bois , & établit des deux
» côtés plufieurs fortes batteries . Cependant les
» ennemis s'étoient approchés , & ils n'étoient
» plus qu'à fix cens pas de notre armée. Ils fon-
» dirent fur nous avec une impétuofité extraordi-
»> naire , & ils pénétrerent dans le bois ; mais notre
Infanterie leur oppofa une réſiſtance fi vi-
» goureuſe , qu'ils furent obligés de fe retirer.
» Pendant cette attaque , une partie de leur Ca-
» valerie eſſaya de tourner notre aîle droite. Le Gé-
» néral Comte de Browne chargea ces Eſcadrons ,
» & les mit dans la néceffité de rejoindre leur corps
de bataille. Jufqu'à neuf heures , les ennemis
» combattirent avec la plus grande valeur . Voyant
ils prirent
» qu'ils ne pouvoient nous entamer ,
» le parti de la retraite. On les pourfuivit jul-
» qu'à une licue & demie du champ de la bataille ,
& le foir notre armée alla camper près des bois
de Wehlau. La bataille a duré quatre heures ,
» & le feu,tant de l'artillerie, que de la moufquete
» rie , a été terrible de part & d'autre . Nous devons
principalement la victoire aux fages melu.
&i res prifes par le Feld -Maréchal d'Apraxin ,
l'activité avec laquelle il s'eft porté partout. Ha eu deux chevaux bleffés fous lui. Les Pruffiens
» ont laiffé fur le champ de bataille plus de deux
mille morts , Dans leur retraite , on leur a tué » fix ceas hommes. Le nombre de leurs bleffés eft
très-confidérable , & l'on prétend qu'il montei
plus de cinq mille. Le jour de la bataille , on fit
>>> mille ou onze cens prifonniers. On en a fairun
grand nombre d'autres les deux jours fuivans
Parmi les Officiers Pruffiens tués le trouvent le
» Comte de Dohna , Lieutenant - Feld- Maréchal ,
≫ & le Major Général Wellau. Nous avons enlevé
OCTOBRE. 1757.
195
» à l'ennemi vingt- cinq pieces de canon , dont il
» y en a trois de 24 livres de balle , & cinq de
» 12. De notre côté , il y a eu onze cens vingt-
>> quatre hommes tués , quatre mille fix cens cinv.
quante- neuf bleffés, & quatre cens foixante-
» fix égarés. Le Général Lapuchin , le Lieute-
» nant-Feld- Maréchal Sibin , le fieur Capinifta ,
» Brigadier , le Colonel Patkul , le Lieutenant-
» Colonel Centrowitz , le Major Gerſtorff , &
trente autres Officiers , font parmi les morts.
» Le Général Comte de Lieven , le Lieutenant-
» Feld-Maréchal Mathias de Lieven fon frere , le
» Lieutenant- Feld -Maréchal Tolstoy , les Majors
Généraux Villebois ; Manteuffel , Weymarhr
» & du Boufquet le Brigadier Plemenikow ; le
» Knés Profozosky , & les fieurs Jafikoff & Bof-
» fuet , Colonels ; quatorze Lieutenans - Colonels
ou Majors ; cent quatre-vingts , tant Capitai-
» nes , que Lieutenans , Sous- Lieutenans & Enfeignes
, ont été bleffés. L'armée Pruffienne
n rentra le foir dans fon camp retranché de Wehlau.
Elle décampa le lendemain , pourfe reti-
» rer à Tapiau. Le 7 de Septembre , nous mar-
» châmes à Wehlau , & nons occupâmes le camp,
» que l'eapemi avoit abandonné » .
Sur diverfes lettres venues depuis cette Relation
, on s'attendoit qu'il y auroit inceffamment
une feconde action entre les deux armées ; mais
on vient d'apprendre que les Ruffiens fe font retirés
de la Pruffe Ducale. On n'eft point encore informé
des cauſes de cette retraite imprévue.
DE HAMBOURG , le 16 Septembre.
1. V ..
>>Plufieurs lettres de Saxe annoncent qu'il y
déja vinge mille Autrichiens devant Drefde. On
Iij
196 MERCURE DE FRANCE.
mande de Poméranie , que les troupes Suédoifes
fe font emparées d'Anclam & de Demmin , Villes
qui étoient fous la puiffance du Roi de Pruffe.
; 1124
DU CAMP DE SCHONA , le 8 Septembre.·
3
On remarqua le 31 du mois d'août beaucoup
de mouvement parmi les troupes Pruffiennes. Elles
marcheren : jufqu'à Schonau , & Fon' crut
qu'elles avoient deflein de s'y arrêter ;; mais elles
fe retirerent dans les environs de Gorlitz , où elles
établirent leur camp fur deux lignes de l'autre
côté de la Neiff . Leur droite étoit couverte par
Landferon - Gifnitz , & une partie de leur gauche
par le village de Folge . Une forte artillerie défendoit
la montagne de Lands- Cronberg , qui
étoit devant leur front. Sur l'avis qu'elles avoient
abandonné le camp de Bornftadt , le Général Beck
envoya des détachemens prendre pofteà Javernick
, à Tauritz , à Neckeren & à Bernstorfft
& le fieur de Morocz occupa Schonau . Le Comte
de Colloredo , Général d'infanterie s'avança
avec fa réferve près de Nide , & le Comte de Na
dafty , après avoir pouffé un détachement à Lauban
, fe porta à Schonberg avecle corps de troupes
, qui eft fous fes ordres.
Le premier de feptembre, vingt compagnies de
Grenadiers , trente piquets & Gx cens chevaux ,
entrerent dans le camp que l'on avoit tracé entre
Bornftadt & Leube . Toute l'armée s'y rendit le 2
fur fix colonnes , & le Prince Charles de Lorraine
établit fon quartier à Oftritz. Quelques troupes
ennemies s'approcherent de Schonberg , dans le
deffein d'attaquer les poftes avancés du Comte de
Nadafty , mais ayant reconnu que ces poftes
avoient été renforcés , elles n'oferent rien entre
prendre .
OCTOBRE. 1757. 197
Le Prince Charles de Lorraine & le Feld-Maréchal
Comte de Daun firent le 3 diverfes difpofitions
, tendantes à former un cordon depuis la
rive droite de la Neiff jufqu'à Lauban , & depuis
la rive gauche de la même riviere jufqu'à Drefde.
Le lendemain , un détachement de notre
droite fe porta à Lauban. Les troupes légeres de
la gauche firent auffi un mouvement en avant.
Sept cens charriots chargés de farine étoient ar
rivés le 4 de Drefde à Baudiffin pour l'armée du
Roi de Pruffe. Ayant été joints à Baudiffin par
fept cens autres , ils pourfuivirent le s leur route
vers Gorlitz. Le Lieutenant-Feld- Maréchal Had.
dick , inftruit de la marche de ce convoi , fit
mettre feize cens , tant Huffards que Croates , en
embuſcade fur le chemin qui conduit à Wurfchen,
par lequel les convois des ennemis paffoient or
dinairement. Selon les apparences , les Pruffiens
en furent avertis . Ils pafferent par Baruth & par
Weigersdorff , afin d'éviter la rencontre des troupes
du Comte de Haddick.
Le cinq , les ennemis commencerent à fe
retrancher fur la montagne de Lands- Cronberg.
Larmée de l'Impératrice Reine s'approcha le même
jour de Bornftadt , & vint camper ici , plufieurs
Compagnies de Grenadiers s'étendant depuis
Tauchriz jufqu'à la Neiff , & occupant les hauteurs
de Javernick . Pour couvrir notre marche ,
le fieur de Morocz s'étoit avancé la veille à
Teutfch Pauls-dorff , & le Général Beck s'étoit
porté fur Javernick & fur Teutfch- Offig . Ce der
nier apprit le 6 , que trois à quatre mille Pruffiens
, qui couvroient la ville de Baudiffin , avoient
joint le gros de leur armée , & que cette Place
n'étoit plus gardée que par fept ou huit cens hommes.
Auffitôt il marcha de ce côté , pour empê-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
cher la Garnifon de fe retirer , ou pour lui rendre
du moins la retraite plus difficile .
Un corps de dix- huit à vingt mille Pruffiens ,
commandé par le Général Winterfeld , étoit retranché
de l'autre côté de la Neiff fur une montagne
de très -difficile accès. Nonobftant cette potion
avantageuse , le Prince Charles de Lorraine
fit attaquer hier ce Général. Le Comte de Nadafty
& le Duc d'Aremberg furent chargés de cette
expédition. On ne pouvoit déloger les ennemis de
a montagne, fans fe rendre maître d'une redoute.
Le Général Wurben , qui étoit à la tête des grenadiers
, & le Comte de Montazet , Brigadier dé
Dragons au fervice du Roi Très - Chrétien , fe
jetterent les premiers dans cette Redoute l'épée à
la main. Ils ne tarderent pas à être fuivis de tous
les Grenadiers qui , la bayonnette au bout du fufil
, chafferent les ennemis. Pendant affez longtemps
, les Pruffiens tinrent ferme fur le haut de
la montagne. Mais le Général Winterfeld ayant
été tué d'un coup de canon , fa mort les découragea
, & ils furent mis en déroute , après avoir perdu
quatre canons & fept drapeaux . Il y a eu du
côté des Autrichiens trois cens hommes tués ou
bleffés . Parmi les premiers, on compte le Marquis
d'Afque , Capitaine au régiment d'Arberg , & le
Comte de Groefberg , Capitaine dans le Régiment
de Ligne. Le Comte de Nadafty a reçu un
coup de feu à l'épaule . Le Marquis de Clerici ,
Lieutenant- Feld- Maréchal ; le fieur Elrichaufen ,
Colonel-Commandant du Régiment de Sprecheri
le Comte d'Arberg , Lieutenant- Colonel du même
Régiment, & le fieur de Kinflog, Lieutenant Colo .
nel du Régiment de Mercy, font auffi bleffés ; & le
dernier l'eft très - dangereufement. On eftime la pere
des ennemis à 1500 hommes , en y compre-
G
OCTOBRE. 1757. 159
nant les prifonniers & les déferteurs.Nous avons fait
prifonniers le Baron de Kamecke , Major Général
; le Comte d'Anholt , Colonel , & plufieurs
autres Officiers .
Peu après l'action , le prince Charles de Lorraine
fut informé qu'à midi le Lieutenant- Feld-
Maréchal Haddick s'étoit emparé de la ville de
Baudiffin ; que la Garnifon s'étoit rendue prifonniere
de guerre , & qu'on avoit trouvé dans la
Place un magafin confidérable de toute forte de
provifions , & quelques pieces de campagne. Les
ennemis , privés de ce pofte , auront beaucoup
de peine à foutenir leur communication avec la
Saxe.
On vient de détacher de notre armée un Corps
confidérable d'Infanterie & de Cavalerie , pour
marcher en avant par la droite de l'Elbe , & le
porter fur Drefde , Meiffen & Torgau , tandis que
les troupes légeres poufferont de leur côté vers la
lifere du Brandebourg.
Quelques efpions viennent de rapporter que le
Prince de Brunfwic- Beverne faifoit défiler des
troupes de fa gauche vers Buntzlau . Son objet eft
fans doute de renforcer le corps que commande le
Général Grumbkow , & de couvrir les Districts
de Lignitz & de Glogaw. Il deftinoit le corps
du Général Winterfeld à couvrir Schweidnitz & la
partie de la Silée , qui s'étend depuis cette Ville
jufqu'à la gauche de l'Oder.
Le Duc Wirtemberg , étant arrivé hier au matin
à notre camp , a voulu fe trouver à l'expédition
du Comte de Nadafty & du Duc d'Aremberg.
Pendant tout le combat , il s'eft exposé au plus
grand feu , ainfi que le Prince Louis fon frere , le
Prince de Deux-Ponts , & le Prince Camille de
Lorraine.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
DE VIENNE, le 4 Septembre .
L'Impératrice Reine , en confidération des fervices
importans que les Colonels Janhus & Laudon
ont rendus pendant cette campagne , a fait
expédier à ces Officiers des brevets de Majors
Généraux.
A l'occafion de la guerre qui agite l'Empire,
Sa Majesté Impériale a donné de nouveaux Avocatoires
, dont voici la teneur.
>> FRANÇOIS , & c. Sçavoir faifons à tous les
Electeurs , Princes , Etats , Vaffaux & Sujets
du Saint Empire , de même qu'à tous les Of-
» ficiers & Soldats , qui fe trouvent au ſervice du
Roi de Pruffe Electeur de Brandebourg , & à
ceux qui voudroient en quelque maniere que ce
» foit lui prêter ſecours & affiftance , que le Roi
de Prufie Electeur de Brandebourg , fans avoir
égard aux Mandemens ni aux Exhortatoires du
Juge Suprême de l'Empire , ayant continué fes
excès & fes violences en Saxe & en Boheme ,
» les Electeurs , Princes & Etats , auroient réfola
» le 17 Janvier dernier , que tous les Cercles de
» l'Empire devoient fournir les fecours néceffai-
» res , & nous auroient requis très - humblement
» de procéder , en vertu de notre autorité de
Chef Suprême de l'Empire , & fuivant le Traité
» de Weftphalie , l'Ordonnance d'Exécution , &
notre Capitulation : en conféquence de quoi
Nous aurions pris les mefures convenables pour
» réunir les fecours de l'Empire , & fait citer
» l'Electeur Frédéric de Brandebourg , pour le
» punir du Ban de l'Empire , & le priver des Fiefs,
» Priviléges , Dignités , Graces , Expectatives ,
» Immunités , Prérogatives , & de toutes les poffeflions
qu'il tient de Nous & du Saint - Empire.
1
1
1
OCTOBRE . 1757. 201
» Les Loix de l'Empire défendant donc que per-
» fonne , de quelque état & condition qu'il foit ,
» adhere à un pareil perturbateur du repos géné-
» ral de l'Empire , & lui accorde la moindre af-
» fiftance & retraite ; & Nous ayant déja fait pu-
» blier le 13 Septembre de l'année derniere un
» Mandement inhibitoire & avocatoire , lequel
» n'a cependant pas été exécuté en tous les points
» & étant néceffaire actuellement de les renou-
» veller , d'autant plus que l'Electeur Frédéric de
» Brandebourg a été cité judiciairement pour être
» mis au Ban de l'Empire : Nous ordonnons , en
» vertu de la plénitude de notre autorité Impériale
, à tous les Vaffaux & Sujets des Electeurs ,
>> Princes & Etats de l'Empire , & à tous les hauts
» & bas Officiers , Soldats , tant Cavaliers que
» Fantaffins , & Nous leur enjoignons très -fé-
» rieuſement , fous les peines portées par le Traité
de Weftphalie & par d'autres conftitutions de
» l'Empire portées contré les infracteurs de la paix
» publique , comme auffi fous des punitions cor-
» porel es , & fous la perte de tous leurs biens ,
» droits , priviléges , &c. , non- feulement de fe
» conformer à notredit Mandement Avocatoire ,
» & de quitter inceffamment le fervice militaire
» de l'Electeur de Brandebourg , mais auffi de ne
» point fe laiffer employer en aucune maniere ,
» foit pour le préfent , foit pour l'avenir , contre
» l'armée d'Exécution de l'Empire , contre les
» Electorats de Sare & de Boheme , contre nos
» autres Alliés & Auxiliaires , & encore moins
>> contre tous les autres Etats de l'Empire ; de ne
» prêter aucune affiftance aux partifans dudit Elec-
>> teur de Brandebourg ; de ne leur point fournir
» de munitions de guerre ni de bouche , & de ne
» point accorder de retraite , ni permettre de fé
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
>> jour à fes Confeillers , Agens & Serviteurs ; le
>> tout fous peine de notre indignation & de celle
» du Saint-Empire Romain , & fous les punitions
» fufmentionnées. A quel effet , nous avons déja
» ordonné à nos Fiſcaux & à notre Chambre Im-
» périale , de procéder après l'écoulement de deux
>> mois fuivant la rigueur des Loix contre les Con-
» trevenans , & contre ceux qui , étant fous la
» la domination de l'Empire , n'auront pas abandonné
après ledit terme le fervice dudit Elec-
» teur de Brandebourg . En foi de quoi Nous avons
» figné de notre main le préfent Mandement ; &
» afin que perfonne n'en prétende caufe d'igno-
» rance , Nous avons ordonné qu'il fût publié &
affiché fur les frontieres de l'Electorat de Bran-
"debourg , & généralement dans tout l'Empire .
A Vienne, le 22 Août 1757.
D
DE DRESDE , le 7 Septembre.
If paroît deux nouvelles Ordonnances du Commiffariat
de Guerre Pruffien. Par la premiere , il
eft enjoint aux cercles de l'Electorat , de fournir
fept cens cinquante-quatre mille huit cens quarante-
huit boiffeaux d'avoine , deux cens vingthuit
mille fix cens quatre- vingt-feize boiffeaux
d'orge , quatre cens mille quintaux de foin , &
trois millions de bottes de paille , dont le Roi de
Pruffe promet de bonnifier la valeur. La feconde
Ordonnance regarde l'établiffement de deux magafins
à Kohren & à Wilsdruff.
Sa Majesté Pruffienne , en partant de cette Ville
, lui a demandé un fubfide de cent vingt mille
écus.
Vingt mille Autrichiens , fous les ordres du
Lieutenant- Feld- Maréchal Comte de Haddick , &
OCTOBRE. 1757. 203
du Major Général Mitrowski , coupent la communication
entre cette Ville & la droite de l'Elbe.
Plufieurs partis des troupes de l'Impératrice Reine
fe font voir auffi de temps en temps à la gauche
du fleuve.
Malgré les nouvelles affurances que le Roi de
Pruffe a données pour la fûreté de la prochaine
foire de Léipfick , on craint qu'il ne s'y rende
aucun Marchand étranger.
DE DANTZICK , le 16 Septembre.
UNE Relation qu'on a reçue de l'armée Ruffienne
, au fujet de la bataille qui s'eft donnée le
30 du mois d'Août entre cette armée & celle du
Roi de Pruffe commandée par le Feld - Maréchal
de Lehwald , contient les particularités fuivantes.
« Les Pruffiens ne pouvant être attaqués que
» très-difficilement dans leur pofition près de Veh-
» lau , le Feld -Maréchal Comte d'Apraxin quitta
» la rive du Prégel , & feignit de marcher à Ko-
» nifberg , pour engager les ennemis à fortir des
» bois qu'ils occupoient . Vers les cinq heures du
» matin , on eut avis qu'ils s'avançoient au nom-
» bre de trente- fix mille hommes de troupes réglées.
Lorfqu'ils furent près de Jagerfdorff , ils
» fe déployerent fur deux lignes , qu'ils reunirent
» bientôt en une feule , afin de nous préfenter un
>> front égal au nôtre. Leurs flancs , furtout le
>> gauche , étoient couverts par leur Cavalerie.
» L'action commença par un feu très-vif d'artil-
» lerie , & l'on s'apperçut que l'objet des Pruf-
» fiens étoit de s'emparer du bois de Narfitten , &
» de nous refferrer dans les défilés qui font der-
» riere ce bois. Pour prévenir le deffein du Feld-
» Maréchal de Lehwald , le Comte d'Apraxin ren
11.Vol. I
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194 MERCURE
DE FRANCE.
força de plufieurs Régimens les troupes char-
» gées de la défenſe du bois , & établit des deux
» côtés plufieurs fortes batteries . Cependant les
» ennemis s'étoient approchés , & ils n'étoient
» plus qu'à fix cens pas de notre armée. Ils fon-
» dirent fur nous avec une impétuofité extraordi-
»> naire , & ils pénétrerent dans le bois ; mais notre
Infanterie leur oppofa une réſiſtance fi vi-
» goureuſe , qu'ils furent obligés de fe retirer.
» Pendant cette attaque , une partie de leur Ca-
» valerie eſſaya de tourner notre aîle droite. Le Gé-
» néral Comte de Browne chargea ces Eſcadrons ,
» & les mit dans la néceffité de rejoindre leur corps
de bataille. Jufqu'à neuf heures , les ennemis
» combattirent avec la plus grande valeur . Voyant
ils prirent
» qu'ils ne pouvoient nous entamer ,
» le parti de la retraite. On les pourfuivit jul-
» qu'à une licue & demie du champ de la bataille ,
& le foir notre armée alla camper près des bois
de Wehlau. La bataille a duré quatre heures ,
» & le feu,tant de l'artillerie, que de la moufquete
» rie , a été terrible de part & d'autre . Nous devons
principalement la victoire aux fages melu.
&i res prifes par le Feld -Maréchal d'Apraxin ,
l'activité avec laquelle il s'eft porté partout. Ha eu deux chevaux bleffés fous lui. Les Pruffiens
» ont laiffé fur le champ de bataille plus de deux
mille morts , Dans leur retraite , on leur a tué » fix ceas hommes. Le nombre de leurs bleffés eft
très-confidérable , & l'on prétend qu'il montei
plus de cinq mille. Le jour de la bataille , on fit
>>> mille ou onze cens prifonniers. On en a fairun
grand nombre d'autres les deux jours fuivans
Parmi les Officiers Pruffiens tués le trouvent le
» Comte de Dohna , Lieutenant - Feld- Maréchal ,
≫ & le Major Général Wellau. Nous avons enlevé
OCTOBRE. 1757.
195
» à l'ennemi vingt- cinq pieces de canon , dont il
» y en a trois de 24 livres de balle , & cinq de
» 12. De notre côté , il y a eu onze cens vingt-
>> quatre hommes tués , quatre mille fix cens cinv.
quante- neuf bleffés, & quatre cens foixante-
» fix égarés. Le Général Lapuchin , le Lieute-
» nant-Feld- Maréchal Sibin , le fieur Capinifta ,
» Brigadier , le Colonel Patkul , le Lieutenant-
» Colonel Centrowitz , le Major Gerſtorff , &
trente autres Officiers , font parmi les morts.
» Le Général Comte de Lieven , le Lieutenant-
» Feld-Maréchal Mathias de Lieven fon frere , le
» Lieutenant- Feld -Maréchal Tolstoy , les Majors
Généraux Villebois ; Manteuffel , Weymarhr
» & du Boufquet le Brigadier Plemenikow ; le
» Knés Profozosky , & les fieurs Jafikoff & Bof-
» fuet , Colonels ; quatorze Lieutenans - Colonels
ou Majors ; cent quatre-vingts , tant Capitai-
» nes , que Lieutenans , Sous- Lieutenans & Enfeignes
, ont été bleffés. L'armée Pruffienne
n rentra le foir dans fon camp retranché de Wehlau.
Elle décampa le lendemain , pourfe reti-
» rer à Tapiau. Le 7 de Septembre , nous mar-
» châmes à Wehlau , & nons occupâmes le camp,
» que l'eapemi avoit abandonné » .
Sur diverfes lettres venues depuis cette Relation
, on s'attendoit qu'il y auroit inceffamment
une feconde action entre les deux armées ; mais
on vient d'apprendre que les Ruffiens fe font retirés
de la Pruffe Ducale. On n'eft point encore informé
des cauſes de cette retraite imprévue.
DE HAMBOURG , le 16 Septembre.
1. V ..
>>Plufieurs lettres de Saxe annoncent qu'il y
déja vinge mille Autrichiens devant Drefde. On
Iij
196 MERCURE DE FRANCE.
mande de Poméranie , que les troupes Suédoifes
fe font emparées d'Anclam & de Demmin , Villes
qui étoient fous la puiffance du Roi de Pruffe.
; 1124
DU CAMP DE SCHONA , le 8 Septembre.·
3
On remarqua le 31 du mois d'août beaucoup
de mouvement parmi les troupes Pruffiennes. Elles
marcheren : jufqu'à Schonau , & Fon' crut
qu'elles avoient deflein de s'y arrêter ;; mais elles
fe retirerent dans les environs de Gorlitz , où elles
établirent leur camp fur deux lignes de l'autre
côté de la Neiff . Leur droite étoit couverte par
Landferon - Gifnitz , & une partie de leur gauche
par le village de Folge . Une forte artillerie défendoit
la montagne de Lands- Cronberg , qui
étoit devant leur front. Sur l'avis qu'elles avoient
abandonné le camp de Bornftadt , le Général Beck
envoya des détachemens prendre pofteà Javernick
, à Tauritz , à Neckeren & à Bernstorfft
& le fieur de Morocz occupa Schonau . Le Comte
de Colloredo , Général d'infanterie s'avança
avec fa réferve près de Nide , & le Comte de Na
dafty , après avoir pouffé un détachement à Lauban
, fe porta à Schonberg avecle corps de troupes
, qui eft fous fes ordres.
Le premier de feptembre, vingt compagnies de
Grenadiers , trente piquets & Gx cens chevaux ,
entrerent dans le camp que l'on avoit tracé entre
Bornftadt & Leube . Toute l'armée s'y rendit le 2
fur fix colonnes , & le Prince Charles de Lorraine
établit fon quartier à Oftritz. Quelques troupes
ennemies s'approcherent de Schonberg , dans le
deffein d'attaquer les poftes avancés du Comte de
Nadafty , mais ayant reconnu que ces poftes
avoient été renforcés , elles n'oferent rien entre
prendre .
OCTOBRE. 1757. 197
Le Prince Charles de Lorraine & le Feld-Maréchal
Comte de Daun firent le 3 diverfes difpofitions
, tendantes à former un cordon depuis la
rive droite de la Neiff jufqu'à Lauban , & depuis
la rive gauche de la même riviere jufqu'à Drefde.
Le lendemain , un détachement de notre
droite fe porta à Lauban. Les troupes légeres de
la gauche firent auffi un mouvement en avant.
Sept cens charriots chargés de farine étoient ar
rivés le 4 de Drefde à Baudiffin pour l'armée du
Roi de Pruffe. Ayant été joints à Baudiffin par
fept cens autres , ils pourfuivirent le s leur route
vers Gorlitz. Le Lieutenant-Feld- Maréchal Had.
dick , inftruit de la marche de ce convoi , fit
mettre feize cens , tant Huffards que Croates , en
embuſcade fur le chemin qui conduit à Wurfchen,
par lequel les convois des ennemis paffoient or
dinairement. Selon les apparences , les Pruffiens
en furent avertis . Ils pafferent par Baruth & par
Weigersdorff , afin d'éviter la rencontre des troupes
du Comte de Haddick.
Le cinq , les ennemis commencerent à fe
retrancher fur la montagne de Lands- Cronberg.
Larmée de l'Impératrice Reine s'approcha le même
jour de Bornftadt , & vint camper ici , plufieurs
Compagnies de Grenadiers s'étendant depuis
Tauchriz jufqu'à la Neiff , & occupant les hauteurs
de Javernick . Pour couvrir notre marche ,
le fieur de Morocz s'étoit avancé la veille à
Teutfch Pauls-dorff , & le Général Beck s'étoit
porté fur Javernick & fur Teutfch- Offig . Ce der
nier apprit le 6 , que trois à quatre mille Pruffiens
, qui couvroient la ville de Baudiffin , avoient
joint le gros de leur armée , & que cette Place
n'étoit plus gardée que par fept ou huit cens hommes.
Auffitôt il marcha de ce côté , pour empê-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
cher la Garnifon de fe retirer , ou pour lui rendre
du moins la retraite plus difficile .
Un corps de dix- huit à vingt mille Pruffiens ,
commandé par le Général Winterfeld , étoit retranché
de l'autre côté de la Neiff fur une montagne
de très -difficile accès. Nonobftant cette potion
avantageuse , le Prince Charles de Lorraine
fit attaquer hier ce Général. Le Comte de Nadafty
& le Duc d'Aremberg furent chargés de cette
expédition. On ne pouvoit déloger les ennemis de
a montagne, fans fe rendre maître d'une redoute.
Le Général Wurben , qui étoit à la tête des grenadiers
, & le Comte de Montazet , Brigadier dé
Dragons au fervice du Roi Très - Chrétien , fe
jetterent les premiers dans cette Redoute l'épée à
la main. Ils ne tarderent pas à être fuivis de tous
les Grenadiers qui , la bayonnette au bout du fufil
, chafferent les ennemis. Pendant affez longtemps
, les Pruffiens tinrent ferme fur le haut de
la montagne. Mais le Général Winterfeld ayant
été tué d'un coup de canon , fa mort les découragea
, & ils furent mis en déroute , après avoir perdu
quatre canons & fept drapeaux . Il y a eu du
côté des Autrichiens trois cens hommes tués ou
bleffés . Parmi les premiers, on compte le Marquis
d'Afque , Capitaine au régiment d'Arberg , & le
Comte de Groefberg , Capitaine dans le Régiment
de Ligne. Le Comte de Nadafty a reçu un
coup de feu à l'épaule . Le Marquis de Clerici ,
Lieutenant- Feld- Maréchal ; le fieur Elrichaufen ,
Colonel-Commandant du Régiment de Sprecheri
le Comte d'Arberg , Lieutenant- Colonel du même
Régiment, & le fieur de Kinflog, Lieutenant Colo .
nel du Régiment de Mercy, font auffi bleffés ; & le
dernier l'eft très - dangereufement. On eftime la pere
des ennemis à 1500 hommes , en y compre-
G
OCTOBRE. 1757. 159
nant les prifonniers & les déferteurs.Nous avons fait
prifonniers le Baron de Kamecke , Major Général
; le Comte d'Anholt , Colonel , & plufieurs
autres Officiers .
Peu après l'action , le prince Charles de Lorraine
fut informé qu'à midi le Lieutenant- Feld-
Maréchal Haddick s'étoit emparé de la ville de
Baudiffin ; que la Garnifon s'étoit rendue prifonniere
de guerre , & qu'on avoit trouvé dans la
Place un magafin confidérable de toute forte de
provifions , & quelques pieces de campagne. Les
ennemis , privés de ce pofte , auront beaucoup
de peine à foutenir leur communication avec la
Saxe.
On vient de détacher de notre armée un Corps
confidérable d'Infanterie & de Cavalerie , pour
marcher en avant par la droite de l'Elbe , & le
porter fur Drefde , Meiffen & Torgau , tandis que
les troupes légeres poufferont de leur côté vers la
lifere du Brandebourg.
Quelques efpions viennent de rapporter que le
Prince de Brunfwic- Beverne faifoit défiler des
troupes de fa gauche vers Buntzlau . Son objet eft
fans doute de renforcer le corps que commande le
Général Grumbkow , & de couvrir les Districts
de Lignitz & de Glogaw. Il deftinoit le corps
du Général Winterfeld à couvrir Schweidnitz & la
partie de la Silée , qui s'étend depuis cette Ville
jufqu'à la gauche de l'Oder.
Le Duc Wirtemberg , étant arrivé hier au matin
à notre camp , a voulu fe trouver à l'expédition
du Comte de Nadafty & du Duc d'Aremberg.
Pendant tout le combat , il s'eft exposé au plus
grand feu , ainfi que le Prince Louis fon frere , le
Prince de Deux-Ponts , & le Prince Camille de
Lorraine.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
DE VIENNE, le 4 Septembre .
L'Impératrice Reine , en confidération des fervices
importans que les Colonels Janhus & Laudon
ont rendus pendant cette campagne , a fait
expédier à ces Officiers des brevets de Majors
Généraux.
A l'occafion de la guerre qui agite l'Empire,
Sa Majesté Impériale a donné de nouveaux Avocatoires
, dont voici la teneur.
>> FRANÇOIS , & c. Sçavoir faifons à tous les
Electeurs , Princes , Etats , Vaffaux & Sujets
du Saint Empire , de même qu'à tous les Of-
» ficiers & Soldats , qui fe trouvent au ſervice du
Roi de Pruffe Electeur de Brandebourg , & à
ceux qui voudroient en quelque maniere que ce
» foit lui prêter ſecours & affiftance , que le Roi
de Prufie Electeur de Brandebourg , fans avoir
égard aux Mandemens ni aux Exhortatoires du
Juge Suprême de l'Empire , ayant continué fes
excès & fes violences en Saxe & en Boheme ,
» les Electeurs , Princes & Etats , auroient réfola
» le 17 Janvier dernier , que tous les Cercles de
» l'Empire devoient fournir les fecours néceffai-
» res , & nous auroient requis très - humblement
» de procéder , en vertu de notre autorité de
Chef Suprême de l'Empire , & fuivant le Traité
» de Weftphalie , l'Ordonnance d'Exécution , &
notre Capitulation : en conféquence de quoi
Nous aurions pris les mefures convenables pour
» réunir les fecours de l'Empire , & fait citer
» l'Electeur Frédéric de Brandebourg , pour le
» punir du Ban de l'Empire , & le priver des Fiefs,
» Priviléges , Dignités , Graces , Expectatives ,
» Immunités , Prérogatives , & de toutes les poffeflions
qu'il tient de Nous & du Saint - Empire.
1
1
1
OCTOBRE . 1757. 201
» Les Loix de l'Empire défendant donc que per-
» fonne , de quelque état & condition qu'il foit ,
» adhere à un pareil perturbateur du repos géné-
» ral de l'Empire , & lui accorde la moindre af-
» fiftance & retraite ; & Nous ayant déja fait pu-
» blier le 13 Septembre de l'année derniere un
» Mandement inhibitoire & avocatoire , lequel
» n'a cependant pas été exécuté en tous les points
» & étant néceffaire actuellement de les renou-
» veller , d'autant plus que l'Electeur Frédéric de
» Brandebourg a été cité judiciairement pour être
» mis au Ban de l'Empire : Nous ordonnons , en
» vertu de la plénitude de notre autorité Impériale
, à tous les Vaffaux & Sujets des Electeurs ,
>> Princes & Etats de l'Empire , & à tous les hauts
» & bas Officiers , Soldats , tant Cavaliers que
» Fantaffins , & Nous leur enjoignons très -fé-
» rieuſement , fous les peines portées par le Traité
de Weftphalie & par d'autres conftitutions de
» l'Empire portées contré les infracteurs de la paix
» publique , comme auffi fous des punitions cor-
» porel es , & fous la perte de tous leurs biens ,
» droits , priviléges , &c. , non- feulement de fe
» conformer à notredit Mandement Avocatoire ,
» & de quitter inceffamment le fervice militaire
» de l'Electeur de Brandebourg , mais auffi de ne
» point fe laiffer employer en aucune maniere ,
» foit pour le préfent , foit pour l'avenir , contre
» l'armée d'Exécution de l'Empire , contre les
» Electorats de Sare & de Boheme , contre nos
» autres Alliés & Auxiliaires , & encore moins
>> contre tous les autres Etats de l'Empire ; de ne
» prêter aucune affiftance aux partifans dudit Elec-
>> teur de Brandebourg ; de ne leur point fournir
» de munitions de guerre ni de bouche , & de ne
» point accorder de retraite , ni permettre de fé
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
>> jour à fes Confeillers , Agens & Serviteurs ; le
>> tout fous peine de notre indignation & de celle
» du Saint-Empire Romain , & fous les punitions
» fufmentionnées. A quel effet , nous avons déja
» ordonné à nos Fiſcaux & à notre Chambre Im-
» périale , de procéder après l'écoulement de deux
>> mois fuivant la rigueur des Loix contre les Con-
» trevenans , & contre ceux qui , étant fous la
» la domination de l'Empire , n'auront pas abandonné
après ledit terme le fervice dudit Elec-
» teur de Brandebourg . En foi de quoi Nous avons
» figné de notre main le préfent Mandement ; &
» afin que perfonne n'en prétende caufe d'igno-
» rance , Nous avons ordonné qu'il fût publié &
affiché fur les frontieres de l'Electorat de Bran-
"debourg , & généralement dans tout l'Empire .
A Vienne, le 22 Août 1757.
D
DE DRESDE , le 7 Septembre.
If paroît deux nouvelles Ordonnances du Commiffariat
de Guerre Pruffien. Par la premiere , il
eft enjoint aux cercles de l'Electorat , de fournir
fept cens cinquante-quatre mille huit cens quarante-
huit boiffeaux d'avoine , deux cens vingthuit
mille fix cens quatre- vingt-feize boiffeaux
d'orge , quatre cens mille quintaux de foin , &
trois millions de bottes de paille , dont le Roi de
Pruffe promet de bonnifier la valeur. La feconde
Ordonnance regarde l'établiffement de deux magafins
à Kohren & à Wilsdruff.
Sa Majesté Pruffienne , en partant de cette Ville
, lui a demandé un fubfide de cent vingt mille
écus.
Vingt mille Autrichiens , fous les ordres du
Lieutenant- Feld- Maréchal Comte de Haddick , &
OCTOBRE. 1757. 203
du Major Général Mitrowski , coupent la communication
entre cette Ville & la droite de l'Elbe.
Plufieurs partis des troupes de l'Impératrice Reine
fe font voir auffi de temps en temps à la gauche
du fleuve.
Malgré les nouvelles affurances que le Roi de
Pruffe a données pour la fûreté de la prochaine
foire de Léipfick , on craint qu'il ne s'y rende
aucun Marchand étranger.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le 30 août 1757, une bataille opposa l'armée russe, dirigée par le Feld-Maréchal Comte d'Apraxin, à l'armée prussienne commandée par le Feld-Maréchal de Lehwald près de Vehlau. Les Prussiens, initialement bien positionnés, furent contraints de quitter les bois qu'ils occupaient. Les Russes, après avoir renforcé la défense du bois de Narfitten, résistèrent à une attaque prussienne. La cavalerie prussienne tenta de tourner l'aile droite russe mais fut repoussée par le Général Comte de Browne. Après neuf heures de combat, les Prussiens se retirèrent, laissant plus de deux mille morts et cinq mille blessés. Les Russes capturèrent vingt-cinq pièces de canon et mille prisonniers, subissant eux-mêmes mille cent vingt-quatre tués, quatre mille six cent cinquante-neuf blessés et quatre cent soixante-six égarés, incluant plusieurs officiers de haut rang. Suite à cette bataille, les Russes occupèrent le camp de Wehlau abandonné par les Prussiens. Des mouvements de troupes furent observés en Saxe et en Poméranie, avec des troupes suédoises s'emparant de villes prussiennes. En Saxe, les Autrichiens se préparaient à attaquer Dresde. Le Prince Charles de Lorraine et le Feld-Maréchal Comte de Daun organisèrent des dispositions défensives autour de la Neisse. Une attaque contre les Prussiens retranchés près de Bornftadt fut couronnée de succès, avec la capture de quatre canons et sept drapeaux. Les Prussiens subirent des pertes significatives, incluant le Général Winterfeld. Les Autrichiens capturèrent également plusieurs officiers prussiens. Le Duc de Wurtemberg et d'autres princes participèrent activement aux combats. L'Impératrice Reine promit les Colonels Janhus et Laudon au rang de Majors Généraux pour leurs services. Des avocatoires impériaux furent émis contre le Roi de Prusse pour ses actions en Saxe et en Bohême. Par ailleurs, un mandement impérial daté du 22 août 1757 ordonna aux vassaux et sujets des électeurs, princes et États de l'Empire de quitter immédiatement le service militaire de l'Électeur Frédéric de Brandebourg. Cette décision est motivée par les lois de l'Empire interdisant de soutenir un perturbateur du repos général. Le mandement rappelle un précédent ordre du 13 septembre de l'année précédente, non entièrement exécuté, et cite l'Électeur Frédéric de Brandebourg pour être mis au Ban de l'Empire. Les sujets sont menacés de sévères punitions, y compris la perte de leurs biens et privilèges, s'ils continuent à servir l'Électeur de Brandebourg ou lui fournissent une quelconque assistance. Le mandement doit être publié et affiché aux frontières de l'Électorat de Brandebourg et dans tout l'Empire. Deux ordonnances du Commissariat de Guerre prussien demandèrent aux cercles de l'Électorat de fournir des provisions et établirent des magasins à Kohren et à Wilsdruff. Le roi de Prusse demanda également un subside de cent vingt mille écus à Dresde. Des troupes autrichiennes, sous les ordres du lieutenant-feld-maréchal Comte de Haddick et du major général Mitrowski, coupèrent la communication entre Dresde et la droite de l'Elbe, tandis que d'autres troupes impériales se montrèrent à gauche du fleuve. Malgré les assurances du roi de Prusse, la sécurité de la prochaine foire de Leipzig fut mise en doute.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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