Résultats : 2836 texte(s)
Détail
Liste
1151
p. 80-85
A Venise le 1. Février 1716.
Début :
L'on résolut icy dans le Pregadi, de Samedi dernier, [...]
Mots clefs :
Pregadi, Prince, République de Venise
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texteReconnaissance textuelle : A Venise le 1. Février 1716.
j4Veni[e\e I. Février 17.16.
L'on résolut icy dans le
Pregadi, de Samedi dernier,
d'ouvrir la porte à la vente de
quelques dignitez de Procurateurs
de S Marc
, cette réfolution
ne sur prise que pour
trois pcrionncs seulement,
on croit que ces trois dignitez
feront achetées par Meilleurs
Fofcarini&Quirini, elles produiront73.
mille ducats.Peuà
peu on en vendra d'autres à
mesure qu'il fc prvlentefa des
personnes pour en faire l'acquisition,
- On ne prit point des résolutionspourl'aggregacionde
tjuIqucs familles au Corps de
la Nobkfle, parce que jufqucs
a present il nes'est presente
aucunes personnes qui aycnc
témoigné en vouloir faire lacquifition.
On lût dans le même Pregadi
les Lettres qu'on avaic
rcceuës par«une fouflttc de
M. Grimani Arrbàffadeur de
la République à Vienne, clics
contenoienr lesdifficultez que
faifofent les Mmiftrss de lErn.
pcrcur sur les conditions dela
Ligue contre les Turcs ; & les
prétentions qu'ils formotenc
pour avoir. en main des seurefez,
au su jcc de rengagement
que le Sénat y prendroit, de ne
poinr abandonner ce Prince,
&de ne point faire une Paix
particulièreavecla Porre.
Cette affaire a esté remise
en délibération dans le Pregadi
&n'apû y-estre decidée par
les oppofinons qu'elle y a trOLH
vécs, il ya même lieude doutée
que l'Empereur veuille sincerement
conclure cette Ligue,
cependant la fàison s'avance,
& les Turcs fçauronc bien
profiter de ce retardement.
M lcComre deSchulembourg
ayant trouvé l'occasion d'un
bâtimentAnglois qui doit
partirinccffàmrncnt pour ZJnte
a pris la résolution de s'y
embarquer,& d'aller par Mer
à Corfou.
M.leComte deNortitscft
déja. embarqué pour la Dal
matie;mais les mauvais temps
ne luy ont pas permis de mettre
à la voile.
,
Le Prince Electoral de Baviere
arriva Lundy en cette
Ville., on ne luy a point tenu
parole sur la promesse qui luy
avoit eesté faite de luy diminuer
la contumace de 12. jours, ôi
avant d'arriver icy
, ce jeune
Prince étoit déjà fort mécontent
des manicres de ces MeC.
sieurs-cyàson égard.
Les nouveaux Passeports
de la Cour, ont estéremisà
M.Foscarini& Pasquovilego.
Ils les ont remis au Senat pour
en recevoir desordres sur leur
départ.
L'on résolut icy dans le
Pregadi, de Samedi dernier,
d'ouvrir la porte à la vente de
quelques dignitez de Procurateurs
de S Marc
, cette réfolution
ne sur prise que pour
trois pcrionncs seulement,
on croit que ces trois dignitez
feront achetées par Meilleurs
Fofcarini&Quirini, elles produiront73.
mille ducats.Peuà
peu on en vendra d'autres à
mesure qu'il fc prvlentefa des
personnes pour en faire l'acquisition,
- On ne prit point des résolutionspourl'aggregacionde
tjuIqucs familles au Corps de
la Nobkfle, parce que jufqucs
a present il nes'est presente
aucunes personnes qui aycnc
témoigné en vouloir faire lacquifition.
On lût dans le même Pregadi
les Lettres qu'on avaic
rcceuës par«une fouflttc de
M. Grimani Arrbàffadeur de
la République à Vienne, clics
contenoienr lesdifficultez que
faifofent les Mmiftrss de lErn.
pcrcur sur les conditions dela
Ligue contre les Turcs ; & les
prétentions qu'ils formotenc
pour avoir. en main des seurefez,
au su jcc de rengagement
que le Sénat y prendroit, de ne
poinr abandonner ce Prince,
&de ne point faire une Paix
particulièreavecla Porre.
Cette affaire a esté remise
en délibération dans le Pregadi
&n'apû y-estre decidée par
les oppofinons qu'elle y a trOLH
vécs, il ya même lieude doutée
que l'Empereur veuille sincerement
conclure cette Ligue,
cependant la fàison s'avance,
& les Turcs fçauronc bien
profiter de ce retardement.
M lcComre deSchulembourg
ayant trouvé l'occasion d'un
bâtimentAnglois qui doit
partirinccffàmrncnt pour ZJnte
a pris la résolution de s'y
embarquer,& d'aller par Mer
à Corfou.
M.leComte deNortitscft
déja. embarqué pour la Dal
matie;mais les mauvais temps
ne luy ont pas permis de mettre
à la voile.
,
Le Prince Electoral de Baviere
arriva Lundy en cette
Ville., on ne luy a point tenu
parole sur la promesse qui luy
avoit eesté faite de luy diminuer
la contumace de 12. jours, ôi
avant d'arriver icy
, ce jeune
Prince étoit déjà fort mécontent
des manicres de ces MeC.
sieurs-cyàson égard.
Les nouveaux Passeports
de la Cour, ont estéremisà
M.Foscarini& Pasquovilego.
Ils les ont remis au Senat pour
en recevoir desordres sur leur
départ.
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1152
p. 85-91
De Rome le 25. Janvier 1716.
Début :
Le Pape est toûjours d'une santé parfaite, il assista hier [...]
Mots clefs :
Pape, Ambassadeur, Cardinal, Ambassadeur de Portugal, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome le 25. Janvier 1716.
De Rome le 15. Janvier 1716.
Le Pape est toûjours d'une
fanté parfaite,il assista hier
aux obsequés du Roy LapIs
XIV. & M. Alamani son
Camcrier d'honneur prononça
l'Oraison funebre.
Ces jours passez ont tint
Conseil de Guerre chez le
Cardinal Paulucci, Secretaire
d'Etat. Un certain General
Allemand nommé Collembert
a elle appelle auConfcil
, il s'est offert de faire la levée
de toutes les Troupes necessaires
dans les conjonctures presentes;
mais jusques icy on ne
dit point que ses offres ayent
esté acceptées.
On a résolu d'envoyer à
Genes le Chevalier Berreti,
Commandant des Galeres du
Pape
, pour noliser quelques
bâtiments, &.. l'on a écrit à
toutes les Couronnes pour
avoir quelques Vaisseaux
,
les
ordres ont esté donnezaussi
pour équiper la cinquiéme
Galere qui doit aller en course
avec lesautre
Le Chevalier Morrofini
envoyé , par la Républiquede
Venise ,est arrivé en cette
Ville,il demande des secours
pour pouvoir s'opposer aux
entreprites des Turcs. Iladéja
cû Audiance,il a representé la
liccelïhé de deffendre Corfou
à quelque prix que cc soit ,
cette Place estant le boulevart
de toute la Chrétienté.
Outre les Cardinaux dont
on a fait mention dans les avis
precedcnts lesquels ont envoyé
de l'argent au Pape,plusieurs
autres en ont aussi
donne. On pense toujours
auxmoyens d'en trouver,cependant
comme la misereest
grande dans l'EtatEcclesiastique
, Sa Sainteté ne voudra
point charger les Peuples de :
quelque nouvelle imposition.
Dernierement lePape envoya
M. le Cardinal Albani
chez l'Ambassadeur de Portu
gal pour l'exhorter, diton,à
congedier ses braves
,
conformement
aux esperancesqu'il
enavoit donnéesà M. Respo.
ni ;mais on pretend que cet
Ambassadeur a répondu qu'-
aussi-tost que les autres Ministrès
tressemettroienten devoir de
renvoyer les leurs, il obéiroit
promptement là-dessusaux
ordresdeSaSainteté.
Lundy matin le Cardinal
Spinola descendant de carrosse
pour monter chez leCardinal
Nuzzi
,
fit un faux pas & se
rompit la jambe droire ,ilest
neanmoins sans fiévre & l'on
espsre qu'il fera bien-tost gue-
-ry.,
Dimanche au soit le jeune
Marquis de Bufaro se trouvant
au cours qu'il vouloirtraverfcr,
barra lepassage au fils de
l'AmbassadeurdePortugal,les
deux carrosses s'estant rencontrez
,cet accident attira au
cocher de grands coups de
plat d'épée dont les domestiquesdel'Ambassadeur
le chargerent
furieusement., il a fallu
que leMarquis, aprésavoiresté
offensé en la personne de son
cocher, ait estéluy même faire
desexeuses àl'Ambassadeur.,
Les plainres du peuple sur les
prérendus enrôlemens
c
sont
parvenues aux oreilles du
Pape, Sa Sainteré avoit ordonne
que danschaque quartier
de Rome un vingtième
de Soldats feroit la ronde pendant
la nuit; mais le Cardinal
Scocti, qui fait encore les
fonctions de Gouverneur,
ayant representé à Sa Sainteté
l'inutilité de cette précaution,
& que ce qu'on avoit publié
estoit une pure calomnie pour
rendre son Gouvernement
odieux, cet ordre n'a (fié
exécuté qu'uneseule fois., tg,
plusieurs vagabonds qui malheuresement
avoient répan-
,du ce bruit, ont estéfustigez
Le Pape est toûjours d'une
fanté parfaite,il assista hier
aux obsequés du Roy LapIs
XIV. & M. Alamani son
Camcrier d'honneur prononça
l'Oraison funebre.
Ces jours passez ont tint
Conseil de Guerre chez le
Cardinal Paulucci, Secretaire
d'Etat. Un certain General
Allemand nommé Collembert
a elle appelle auConfcil
, il s'est offert de faire la levée
de toutes les Troupes necessaires
dans les conjonctures presentes;
mais jusques icy on ne
dit point que ses offres ayent
esté acceptées.
On a résolu d'envoyer à
Genes le Chevalier Berreti,
Commandant des Galeres du
Pape
, pour noliser quelques
bâtiments, &.. l'on a écrit à
toutes les Couronnes pour
avoir quelques Vaisseaux
,
les
ordres ont esté donnezaussi
pour équiper la cinquiéme
Galere qui doit aller en course
avec lesautre
Le Chevalier Morrofini
envoyé , par la Républiquede
Venise ,est arrivé en cette
Ville,il demande des secours
pour pouvoir s'opposer aux
entreprites des Turcs. Iladéja
cû Audiance,il a representé la
liccelïhé de deffendre Corfou
à quelque prix que cc soit ,
cette Place estant le boulevart
de toute la Chrétienté.
Outre les Cardinaux dont
on a fait mention dans les avis
precedcnts lesquels ont envoyé
de l'argent au Pape,plusieurs
autres en ont aussi
donne. On pense toujours
auxmoyens d'en trouver,cependant
comme la misereest
grande dans l'EtatEcclesiastique
, Sa Sainteté ne voudra
point charger les Peuples de :
quelque nouvelle imposition.
Dernierement lePape envoya
M. le Cardinal Albani
chez l'Ambassadeur de Portu
gal pour l'exhorter, diton,à
congedier ses braves
,
conformement
aux esperancesqu'il
enavoit donnéesà M. Respo.
ni ;mais on pretend que cet
Ambassadeur a répondu qu'-
aussi-tost que les autres Ministrès
tressemettroienten devoir de
renvoyer les leurs, il obéiroit
promptement là-dessusaux
ordresdeSaSainteté.
Lundy matin le Cardinal
Spinola descendant de carrosse
pour monter chez leCardinal
Nuzzi
,
fit un faux pas & se
rompit la jambe droire ,ilest
neanmoins sans fiévre & l'on
espsre qu'il fera bien-tost gue-
-ry.,
Dimanche au soit le jeune
Marquis de Bufaro se trouvant
au cours qu'il vouloirtraverfcr,
barra lepassage au fils de
l'AmbassadeurdePortugal,les
deux carrosses s'estant rencontrez
,cet accident attira au
cocher de grands coups de
plat d'épée dont les domestiquesdel'Ambassadeur
le chargerent
furieusement., il a fallu
que leMarquis, aprésavoiresté
offensé en la personne de son
cocher, ait estéluy même faire
desexeuses àl'Ambassadeur.,
Les plainres du peuple sur les
prérendus enrôlemens
c
sont
parvenues aux oreilles du
Pape, Sa Sainteré avoit ordonne
que danschaque quartier
de Rome un vingtième
de Soldats feroit la ronde pendant
la nuit; mais le Cardinal
Scocti, qui fait encore les
fonctions de Gouverneur,
ayant representé à Sa Sainteté
l'inutilité de cette précaution,
& que ce qu'on avoit publié
estoit une pure calomnie pour
rendre son Gouvernement
odieux, cet ordre n'a (fié
exécuté qu'uneseule fois., tg,
plusieurs vagabonds qui malheuresement
avoient répan-
,du ce bruit, ont estéfustigez
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1153
p. 92-93
Extrait d'une Lettre du Cardinal de la Tremoüille, en date du 30. Janvier.
Début :
Nous ne sçavons encore rien de positif des desseins de l'Empereur [...]
Mots clefs :
Empereur
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre du Cardinal de la Tremoüille, en date du 30. Janvier.
Extraitd'une Lettre du Cardinalde
la Trempüillc, en
date du 30. Janvier.
Nousni fçdTjom tgeorerien
de positifdescfjjeiriide l'Empereusparrapport
aux Turcs. Le
Comte de Gdllds son Imbaffadeur
en cette Courfit demander
Mercredy dernierune Àudknce
extraordinaire 4 Sa SaintetéIl
l'eût lelendemain„ &sortitfort
tard. Le bruit s'est répandu -depuis
ce jour-là que ce Àdinijlre a
donné des nouvelles 'assurances à
$4•Sainteté de l'intention ou
lEmpereurIon Malin:si trotive
de decUrer bien-tofl UguerreA
ces infidelles Je nay point eu
lehonneur depuis quelques jours
de parler au Pape, j'ignore,en.
core U vérité de ce quis'est pajje
dans cette Audience sur ce;fu0,
&jedoutefort encore que tout
ce qu'on a dit, foit bien certain.
M. le Car.di.
la Trempüillc, en
date du 30. Janvier.
Nousni fçdTjom tgeorerien
de positifdescfjjeiriide l'Empereusparrapport
aux Turcs. Le
Comte de Gdllds son Imbaffadeur
en cette Courfit demander
Mercredy dernierune Àudknce
extraordinaire 4 Sa SaintetéIl
l'eût lelendemain„ &sortitfort
tard. Le bruit s'est répandu -depuis
ce jour-là que ce Àdinijlre a
donné des nouvelles 'assurances à
$4•Sainteté de l'intention ou
lEmpereurIon Malin:si trotive
de decUrer bien-tofl UguerreA
ces infidelles Je nay point eu
lehonneur depuis quelques jours
de parler au Pape, j'ignore,en.
core U vérité de ce quis'est pajje
dans cette Audience sur ce;fu0,
&jedoutefort encore que tout
ce qu'on a dit, foit bien certain.
M. le Car.di.
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1154
p. 99-101
Extrait d'une Lettre de Mr le Cardinal de la Tremoille, du 8. Février 1716.
Début :
Il paroist qu'on ne peut plus douter icy de la guerre entre l'Empereur [...]
Mots clefs :
Pape, Roi de Sicile, Vaisseaux, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Mr le Cardinal de la Tremoille, du 8. Février 1716.
Extrait d'une Lettre de Mr le
CardinaldelaTremoille,
du8.Février 1716.
Il paroijlqu'on ne peut plut
douter ig de la guerreentre lEmpereur
& la Porte; Çj-r sott que
ïAmbapadeurde ce Princesifoit
oppofi a la MiffiondeM leCar-
JdjinnaallddeessVrVrfrifntsnJs(oil que Sa Sain-
3
fott Sainteténe
doutant plus de cetteguer-
*te,croitfon*vûyâgr à Vienne inutile3
je crois que fin voyage si
bornera deson Atcbtvêchc 4 ROane.
On ne peut point avoir encore
de réponses des infiances que le
Pape afattes auprès des Princes ,
pour avoir des secours des Vaisséaux.
Je ne' vois cependantpas
faire d'autres démarchestpasmême
pour la garde des Cusses
,
ousi
onenfait, cela ne regardeque les
Milices des Pais^,car il ne meparoîtpasqu'on.
fangeà avoir quel-,
CjuesCompagnies debonne Cavalerircjui
feraient neçrjfairtsIpour
empêcher les defientes quise pourvoient
faireimpunémentdans plusieursendroits
del'Etat du Pape
sur tout du cofte du Gose Adriatique.
On fait icy les Comediesà
l'ordinaire. Sa Saintetéaeu ~t~
depeineàjeresoudre a les permettre
i mais elle a creu a lafin ne
devoir pas priver le Public de cette
Jatisfaflion
, ce qui auroit beaucoupoblige
tous les Romains
y
je
n'entendspas dire que cellequ'on
rapporte ait beaucoup d'applauiffiments.
C'cft tout comme
icy.
Les affaires qui font entre cette
Courçy leRoy de Sicile navancent
point. Ce Prince aifait lever
1 les ifcquejlres qui avoient ejlemis
* fiur les biens des Jefuites dans ce
Royaume,
CardinaldelaTremoille,
du8.Février 1716.
Il paroijlqu'on ne peut plut
douter ig de la guerreentre lEmpereur
& la Porte; Çj-r sott que
ïAmbapadeurde ce Princesifoit
oppofi a la MiffiondeM leCar-
JdjinnaallddeessVrVrfrifntsnJs(oil que Sa Sain-
3
fott Sainteténe
doutant plus de cetteguer-
*te,croitfon*vûyâgr à Vienne inutile3
je crois que fin voyage si
bornera deson Atcbtvêchc 4 ROane.
On ne peut point avoir encore
de réponses des infiances que le
Pape afattes auprès des Princes ,
pour avoir des secours des Vaisséaux.
Je ne' vois cependantpas
faire d'autres démarchestpasmême
pour la garde des Cusses
,
ousi
onenfait, cela ne regardeque les
Milices des Pais^,car il ne meparoîtpasqu'on.
fangeà avoir quel-,
CjuesCompagnies debonne Cavalerircjui
feraient neçrjfairtsIpour
empêcher les defientes quise pourvoient
faireimpunémentdans plusieursendroits
del'Etat du Pape
sur tout du cofte du Gose Adriatique.
On fait icy les Comediesà
l'ordinaire. Sa Saintetéaeu ~t~
depeineàjeresoudre a les permettre
i mais elle a creu a lafin ne
devoir pas priver le Public de cette
Jatisfaflion
, ce qui auroit beaucoupoblige
tous les Romains
y
je
n'entendspas dire que cellequ'on
rapporte ait beaucoup d'applauiffiments.
C'cft tout comme
icy.
Les affaires qui font entre cette
Courçy leRoy de Sicile navancent
point. Ce Prince aifait lever
1 les ifcquejlres qui avoient ejlemis
* fiur les biens des Jefuites dans ce
Royaume,
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1155
p. 102-108
De Venise le 8. Février 1716.
Début :
Le Prince Electoral de Baviere arriva icy Lundy au soir, [...]
Mots clefs :
Prince, Vienne, Porte, Ordres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Venise le 8. Février 1716.
DeVmfe le8.Février1716.
Le Prince Electoral de Bavière
arriva icy Lundy au foir,
il restera icy le Carnaval ,pasfera
de là à Bologne, Lorette,
Rome& Naples) d'où il retournera
à Rome après Pasques
,& de là se rendra à Florence,
où Ion ne croit point
qu'il y ait de difficultéde ceremonial
, parce qu'iln'en observe
aucun, voyageant fous
le nom du Comte de Trannits.
Oi a nommé icy deux
Sages de Terre ferme & deux
Sages des Ordres pour avoir
l'honneur de le complimenter
de la part de la République,&
de le servir pour parler à la
maniere du Répondant le réjour
qu'il fera en cette Ville,
Ce font Messieurs Girmani,
Canal, Justiniani & Pisani.
On attend aussi incessamment,
M. le Prince Electoral
deSa*e:qiii cO: déjàarrivéfut
la Frontiere
, & queuesbus
de ses Gens se trouvent même
déjàici, Samedy le Senat expediaun
Courrier à Vienne,
avec des ordres, àce que l'on
prétend, pour applanir toutes
les d;mcutccz faites par le Conseil
de Vienne au sujet de la
conclusion d'une Ligue contre
les Turcs. Il y a lieu cependant
de douter que l'on donne à ce
Prince une Place de seureté.
Ce même Courrier porte aussi
des ordres à cet Ambassadeur
sur quelques propositions d'accommodement
qui ont esté
faites à la Porte par le Minjistre
de la Cour de Vienne à Constantinople
; mais on dit- que
les demandes des Turcs font si
dures ,que l'on aura peine à
parvenir àcetaccommodement
& ce ne seroit qu'en
cas qu il n'eût point de succes,
que la Ligue se concluraroit.
Cependant quelques dures
que soient ces conditions
de la Porte, il semble que dans
la situation où setrouventces
Mssieurs ci,clles font encore
à préférer pour eux àla continuation
de laGuerre qu'ils sont
ttouteà faitnhors di'étatrde f.oû; M. le Comte de Schutembourg
partit Dimanche dans
la nuit sur un Vaisseau Anglois
pour se rendre à Corfou.
Il passera enfuire en Dalmatie.
Il a esté suivi cette semaine par
un grosConvoy demunitions
& de Troupes qui étoit arrêté
icy depuis cinquante jours par
lesvents contraires Il a même
péri pendant ce tems là un
très grand nombre de ces
Troupes par le grand froid &
par lamisere ; & quelques-uns
Ce trouvantrebutez Õéja& las
du service de Venise avoient
fait une espece de conjuration
contre leurs Officiers ;mais les
principaux Auteurs de ctte
sédition ontesté pris & châriez.
r)
Cependant on a bien de la
peine àlever des Soldats,& de
4. à500. hommes Allemands
qu'un Colonel envoyoit ici, il
n'en estoit arrivé que 18.le reste
ayant deserté en chemin
,
& même fort maltraité les
Officiers qui vouloient les
en empêcher.
M. Foscariny de Cariminy
a acheté une des Dignitez de
Procurateurs de S. Mare mises
envente; £4demain cette affaire
doit paflec dans le
Grand Conseil.
L'on a tié cette semaine la
Loterie établie l'année. derniere
de500. mille ducats.
Il y a si peu de concours q..e
l'on n'a pû faire que quatre
Lors de 300. ducatschacun.
C'est en tout 3600. ducats.
Le Prince Electoral de Bavière
arriva icy Lundy au foir,
il restera icy le Carnaval ,pasfera
de là à Bologne, Lorette,
Rome& Naples) d'où il retournera
à Rome après Pasques
,& de là se rendra à Florence,
où Ion ne croit point
qu'il y ait de difficultéde ceremonial
, parce qu'iln'en observe
aucun, voyageant fous
le nom du Comte de Trannits.
Oi a nommé icy deux
Sages de Terre ferme & deux
Sages des Ordres pour avoir
l'honneur de le complimenter
de la part de la République,&
de le servir pour parler à la
maniere du Répondant le réjour
qu'il fera en cette Ville,
Ce font Messieurs Girmani,
Canal, Justiniani & Pisani.
On attend aussi incessamment,
M. le Prince Electoral
deSa*e:qiii cO: déjàarrivéfut
la Frontiere
, & queuesbus
de ses Gens se trouvent même
déjàici, Samedy le Senat expediaun
Courrier à Vienne,
avec des ordres, àce que l'on
prétend, pour applanir toutes
les d;mcutccz faites par le Conseil
de Vienne au sujet de la
conclusion d'une Ligue contre
les Turcs. Il y a lieu cependant
de douter que l'on donne à ce
Prince une Place de seureté.
Ce même Courrier porte aussi
des ordres à cet Ambassadeur
sur quelques propositions d'accommodement
qui ont esté
faites à la Porte par le Minjistre
de la Cour de Vienne à Constantinople
; mais on dit- que
les demandes des Turcs font si
dures ,que l'on aura peine à
parvenir àcetaccommodement
& ce ne seroit qu'en
cas qu il n'eût point de succes,
que la Ligue se concluraroit.
Cependant quelques dures
que soient ces conditions
de la Porte, il semble que dans
la situation où setrouventces
Mssieurs ci,clles font encore
à préférer pour eux àla continuation
de laGuerre qu'ils sont
ttouteà faitnhors di'étatrde f.oû; M. le Comte de Schutembourg
partit Dimanche dans
la nuit sur un Vaisseau Anglois
pour se rendre à Corfou.
Il passera enfuire en Dalmatie.
Il a esté suivi cette semaine par
un grosConvoy demunitions
& de Troupes qui étoit arrêté
icy depuis cinquante jours par
lesvents contraires Il a même
péri pendant ce tems là un
très grand nombre de ces
Troupes par le grand froid &
par lamisere ; & quelques-uns
Ce trouvantrebutez Õéja& las
du service de Venise avoient
fait une espece de conjuration
contre leurs Officiers ;mais les
principaux Auteurs de ctte
sédition ontesté pris & châriez.
r)
Cependant on a bien de la
peine àlever des Soldats,& de
4. à500. hommes Allemands
qu'un Colonel envoyoit ici, il
n'en estoit arrivé que 18.le reste
ayant deserté en chemin
,
& même fort maltraité les
Officiers qui vouloient les
en empêcher.
M. Foscariny de Cariminy
a acheté une des Dignitez de
Procurateurs de S. Mare mises
envente; £4demain cette affaire
doit paflec dans le
Grand Conseil.
L'on a tié cette semaine la
Loterie établie l'année. derniere
de500. mille ducats.
Il y a si peu de concours q..e
l'on n'a pû faire que quatre
Lors de 300. ducatschacun.
C'est en tout 3600. ducats.
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1156
p. 122-140
De Cadix, le premier Mars. DESCRIPTION de la Pompe Funebre de Loüis XIV.
Début :
Le sieur Robin, chargé des affaires du Consulat de la Nation [...]
Mots clefs :
Louis XIV, Pompe funèbre, Couronne de laurier, Roi, Pieds, Charge, Fleurs, Hercule, Monarque, Pompe funèbre de Louis XIV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Cadix, le premier Mars. DESCRIPTION de la Pompe Funebre de Loüis XIV.
DDeCe aCJ~ixdi,le*'pleremier.Matsi
DESCRIPTION4 i
de la PomPt Funebre
deLamXIV. r
Le sieur Robin, chargé des
affaires du Coniulac de la Nation
Françoise
,
& les autres
Negocians François establis à
Cadix ,ont fait leurs efforts
pour rendre,à la mémoire de
Loüis le Grandles honneurs
qui luy font deus. '': r.
Ils ont fait ériger un va(le
Maufoléc dans le grand vaisseau
de l'Eglise de S. François
decetteVille. Il paroissoitêtre
d'un beau marbreazur&blanc
doré dans tous ses ornemenrs.
Il estoit de cinquante-un pied
de haut, survingt-quatre de
base.
Quatre pieds d'estaux terminoient
les quatre angles d'un
grand socle & portoient chacun
une pyramide chargée de
flambeaux, seméed'unegrosse
fleur-de lys dorée;douze grandes
colomnes,le tiers avec un
demy relief doré & disposées
de trois en trois sur les angles
du socle, supportoient un entablement
quarré enrichi d'une
belle corniche char gée dans
ses quatre faces des Armes de
France en gros relief avec une
riche Couronne. De Itenrablcment
s'élevoit un grand dôme
octogone accompagnéde quatre
grandes Statuës qui tc-j
:
noient une Couronne, un Sceptre
,une Epée, uneBalance
, dorées;quatreAnges l'encensoir
à la main,& quatre grandes
urnes doréts occupoient
huit vuides du dôme;il étoit
terminé par une Mort qui paroissoit
avoir arraché plusieurs
tiges de fleurs de-lys d'une
plante ,excepté une, avec ces
mots:PluTlbus avulsis non d(ftcil
alter; & aux pieds de laMort
estoit un trophée d'armes. &
d'étendarts qu'elle souloit. Enfin
entre les douze colomnes
ont découvroit sous un pavillond'un
riche damas noir ouvert
par quatre endroits, un
magnifique cercuëil couvert
d'un tapis de velours noir en
broderie d'or. Deuxcarreaux
de même estoient posez sur le
devant chargez d'une Main de
Justice & d'un Sceptre doré
passez en fauroir & d'une riche
Couronne. Les quatre faces
estoient semées de fleurs-de-lys
& la premiereestoit occupée
par un grand Ecu de Franceen
gros relief doré avec la Couronne
demême; quatre pyramides
garnies de flambeaux
éclairoient le cercuëil & le desfous
de l'entablement.Tous
lesbords dusocle & des coraidhes,
les pyramides, tout le
dessus du dôme estoient couverts
de cire blanche, tous les
Autels&tout le contour du
dedans de l'Eglise en ettotenc
également chargez.
- On a osé entreprendre de
ttoceraux yeux duPublic quelques
traits de la vie dece Monarque
aussi respectable par sa
pieté éclatante envers Dieu,
qu'il sur grand devant les hommes
par ses actions inoüies.
Les soubassements du Mausoiée
representoient douze
grandes faces.
La première representoit le
Roy mettant la Couronnesur
la teste de deux Princes de son
Sang, l'un grand,& l'autreencore
Enfant, avec ces paroles t
Secundam Cm tertiam coronavit
generationem; & une Renommée
qui mettoit au Royune
Couronnede lauriers, avec ces
paroles:Fatis vita cejjit9sed[d;"
tnâ gesta manebunt. :
La seconde representoit la
Mort qui renverfoic aux pieds
du Roy plusieurs jeunes Princes,
avec ces paroles qui marquoienr
la confiance du Prophere
Job: Fihos dederat mihi
Domious, DominusMnlit*
;
La troisiéme representoit
un Soleil éteint surla fin de sa
cour se,&une grande Etoile
naissante vers ~l'Ouent, avec ces
paroles: Minor )fd non eriL
tmpar.
La quatriéme representoit
une Couronne,contre laquelle
plusieursmainstiroient de toutes
parts des flêches, avec ces
paroles: Mille, ad illamautem
nulla appropinquavit.
La cinquiéme representoit
un Phoenix qui se brûloit sur
un bucher, & un autre jeune
Phoenixau- dessusnaissantd'une
nuë,avec ces paroles:IA
dlterorevivifeam:
•*; JJ,:
La sixiéme representoitun
Hercule qui scioituneMontagne,
avecces paroles:Milta.
planos fecit.- - 1
La septiéme representoit
encore un Hercule, & d'un
côté deux Combattants,qui
aprés avoir jeetez leurs cpecs
en l'airs'embrassoient; de l'autre
deux Lyons affrontez chacun
avec un mord à la bouche
avec cesparoles:Cuello,solus
quifroenum posuit. - La neuviéme representoit
lesneuf Muses qui pleuroient
autour du Roy étendu &cou..
ronné de lauriers,avec ces pa.,
roles: MUftt! nosterobiit j4polio.
La dixiémerepresentoit un
Berger melancolique gardant
un grand Troupeau, avec ces
paroles:Fletemcoe Lodoicum extinctumflet?
cAffclloe.
-': La onziéme representoit
un. grand Aigle qui prenoit
l'effort vers l'Orient ,portant
un Livre des Evangiles à son
bec, accompagné d'une foule
d'Aiglons;&un autre de mèr
me qui voloit vers le Couchant,
avec ces paroles:Ab
gOrieentleiaud omccasum. misit Evan- tn t Evan.
La douzièmerepresentoit la
Mortqui retwerfon d'un seul
pied une grande Tour & une
Chaumicre :Æquopedepulsat
paupemm tabernas
,
RrgumfJ!lt
turres.,Í -
Toute l'Egliseestoittapisfée
de noir, &de part & dautre
les Tapisseries furent ornées
de douze grands Tableaux.
Le premier representoit le
Roy donnant la main au Roy
& à la Reine de la Grande Bretagne,
accompagnez duPrince
& de la Princesse de Galles, &
achevants de descendre d'un
Navire, avec ces paroles: Reges
Regno Patriaque passospif*
cepit befpitio.
Le second representoit le
Buste du Roy avec un Trident
au dessous , présidant à la
jonction de l'Océan & de la
Mer Méditerranée, qui après
avoir nv.fle leurs caux, alloient
arroser un grand Globe, avec
ces paroles: Nomenejus currit
sicunt unda per orbem.
Le troisiéme representoit
le Roy cuirasse, qui d'une main
ébranloit un arbre chargé de
Pommes d'or
, autour de
l'ar brc estoient representez
ks beaux Arts sous la figure
deFemmes qui travailloient à
divers ouvrages; une Renom.
mée mettant une Couronne de
lauriers sur la celle du Roy,
avec ces paroles: Non minus
ac armis,artibus astra petit.
, Le quatriéme representoit
un Hercule,assommant avec
sa massuël'Hydreà sept tcfics,
avec ces paroles: Hoerejim ex-
ItrpaVtt è regno.
Le cinquiéme representoit
lesAmb)(fadeursdeSiam&de
Pet se,offrant leurs Prcfcns au
Roy sur son Trosne,avec ces
paroles: Ab Oriente venerunt
ut 'tJidtret gloâam ejns*
"i Le sixtémerepresentoit le
Roy à l'entrée du College des
quatre Nations, & un grand
Trophée d'armes à sespieds,
avec ces paroles Puguuuit ut
David, adtficaitit utSalomon. ,,..
Le septiéme representoit le
Roy à costé de tHoRet des
Invalidesn & une Compagnie
d'Officiers qui y entroit, avec
ces paroles: Invalidisquoesivit solatium.
Le huitiéme representoit
une Foy voilée, couronnant
le Roy étendu à sespieds,avec
ces paroles: Vere meus hic sir
lius IrAt.
Le neuviéme representoit
le Roy tenant entre ses mains
nostre,jeune.Monarque qu'il
estroit à Dieu à l'entrée d'un
Tabernacle, avec ces paroles:
Unum.petit 4 Domino., ut si
fortis in fide pArentum» !
- Le dixiéme representoie
l'Espagne sous la figure d'une
Femme, donnant la main à la
France fous lafigure d'une
jeune Fille affligée, avec ces paroles:
Soron non deficiam.
Le onziéme representoit un
grandVafc chargé deFleursde
Lysflêtries & abattues
toutes autour du Vase, exceptc
cepté deux qui s'élevoient au
milieu, une passant au travers
d'une Couronne de France,
& l'autre au travers d'une
Couronne d'Espagne ;.'-un
Ange les arrofoit avec l'huile
de la Sainte Ampoule , avec
ces paroles: Darabunt in fudlvitatem
odoris.
Le douziéme representoit
un Phaëton couronné -de
France ,porté dans le Char
du Soleil semé de Fleurs-dc-
Lys; une nouvelle Etoile d'un
grand éclat luy marquait la
route qu'il devoit tenir, avec
ces paroles; Auredia. Régente
luce a via non aberrabo.
1 Le Chapitre de laCathédrale
vint chanter une grande
Mené en Musique; toutes les
Communautez Religieuses y
vinrent à leur tout, ensuite
les Prestres de l'Ordre de S.
François occuperent tous les
Autels de l'Egliseen unmême
temps, & le Service se commença
au bruit des cloches de
toutes les Eglises de la Ville
qui avoient déjàsonné dés la
veille pendant l'Office des
Morts qui fut chanté. L'Oraison
funèbre fut prononcée
enEspagnol:MleGouverneur,
le Chapitre, les Prélats des Ordres
Religieux & toute la Noblesse:
honorercnt cette Pompe
funebre de leur presences
Ce
-
furent là les marques
extérieuresd'une douleur trésintimede
la Nation Françoise,
qui pour estreéloignée de sa
Patile,n'enaestéqueplusvivemencamigeelEMe
puise toute
sa consolation dans le bonheur
de voir la précieufc vie du
Monarque que le Ciel luy a
reservé, entre les mains de
Spn Altesse Royale Monfeigneur
le Duc d'Orléans,dont
l'habileté
,
la prévoyance ÔC
le génie superieurreconnus de
tout l'Univers, sont desassurances
certaines que son regne
ne fera pas moins formidable,
heureux & glorieux que l'a
cfié. celuy du Grand Roy que
nous venons de perdre.
DESCRIPTION4 i
de la PomPt Funebre
deLamXIV. r
Le sieur Robin, chargé des
affaires du Coniulac de la Nation
Françoise
,
& les autres
Negocians François establis à
Cadix ,ont fait leurs efforts
pour rendre,à la mémoire de
Loüis le Grandles honneurs
qui luy font deus. '': r.
Ils ont fait ériger un va(le
Maufoléc dans le grand vaisseau
de l'Eglise de S. François
decetteVille. Il paroissoitêtre
d'un beau marbreazur&blanc
doré dans tous ses ornemenrs.
Il estoit de cinquante-un pied
de haut, survingt-quatre de
base.
Quatre pieds d'estaux terminoient
les quatre angles d'un
grand socle & portoient chacun
une pyramide chargée de
flambeaux, seméed'unegrosse
fleur-de lys dorée;douze grandes
colomnes,le tiers avec un
demy relief doré & disposées
de trois en trois sur les angles
du socle, supportoient un entablement
quarré enrichi d'une
belle corniche char gée dans
ses quatre faces des Armes de
France en gros relief avec une
riche Couronne. De Itenrablcment
s'élevoit un grand dôme
octogone accompagnéde quatre
grandes Statuës qui tc-j
:
noient une Couronne, un Sceptre
,une Epée, uneBalance
, dorées;quatreAnges l'encensoir
à la main,& quatre grandes
urnes doréts occupoient
huit vuides du dôme;il étoit
terminé par une Mort qui paroissoit
avoir arraché plusieurs
tiges de fleurs de-lys d'une
plante ,excepté une, avec ces
mots:PluTlbus avulsis non d(ftcil
alter; & aux pieds de laMort
estoit un trophée d'armes. &
d'étendarts qu'elle souloit. Enfin
entre les douze colomnes
ont découvroit sous un pavillond'un
riche damas noir ouvert
par quatre endroits, un
magnifique cercuëil couvert
d'un tapis de velours noir en
broderie d'or. Deuxcarreaux
de même estoient posez sur le
devant chargez d'une Main de
Justice & d'un Sceptre doré
passez en fauroir & d'une riche
Couronne. Les quatre faces
estoient semées de fleurs-de-lys
& la premiereestoit occupée
par un grand Ecu de Franceen
gros relief doré avec la Couronne
demême; quatre pyramides
garnies de flambeaux
éclairoient le cercuëil & le desfous
de l'entablement.Tous
lesbords dusocle & des coraidhes,
les pyramides, tout le
dessus du dôme estoient couverts
de cire blanche, tous les
Autels&tout le contour du
dedans de l'Eglise en ettotenc
également chargez.
- On a osé entreprendre de
ttoceraux yeux duPublic quelques
traits de la vie dece Monarque
aussi respectable par sa
pieté éclatante envers Dieu,
qu'il sur grand devant les hommes
par ses actions inoüies.
Les soubassements du Mausoiée
representoient douze
grandes faces.
La première representoit le
Roy mettant la Couronnesur
la teste de deux Princes de son
Sang, l'un grand,& l'autreencore
Enfant, avec ces paroles t
Secundam Cm tertiam coronavit
generationem; & une Renommée
qui mettoit au Royune
Couronnede lauriers, avec ces
paroles:Fatis vita cejjit9sed[d;"
tnâ gesta manebunt. :
La seconde representoit la
Mort qui renverfoic aux pieds
du Roy plusieurs jeunes Princes,
avec ces paroles qui marquoienr
la confiance du Prophere
Job: Fihos dederat mihi
Domious, DominusMnlit*
;
La troisiéme representoit
un Soleil éteint surla fin de sa
cour se,&une grande Etoile
naissante vers ~l'Ouent, avec ces
paroles: Minor )fd non eriL
tmpar.
La quatriéme representoit
une Couronne,contre laquelle
plusieursmainstiroient de toutes
parts des flêches, avec ces
paroles: Mille, ad illamautem
nulla appropinquavit.
La cinquiéme representoit
un Phoenix qui se brûloit sur
un bucher, & un autre jeune
Phoenixau- dessusnaissantd'une
nuë,avec ces paroles:IA
dlterorevivifeam:
•*; JJ,:
La sixiéme representoitun
Hercule qui scioituneMontagne,
avecces paroles:Milta.
planos fecit.- - 1
La septiéme representoit
encore un Hercule, & d'un
côté deux Combattants,qui
aprés avoir jeetez leurs cpecs
en l'airs'embrassoient; de l'autre
deux Lyons affrontez chacun
avec un mord à la bouche
avec cesparoles:Cuello,solus
quifroenum posuit. - La neuviéme representoit
lesneuf Muses qui pleuroient
autour du Roy étendu &cou..
ronné de lauriers,avec ces pa.,
roles: MUftt! nosterobiit j4polio.
La dixiémerepresentoit un
Berger melancolique gardant
un grand Troupeau, avec ces
paroles:Fletemcoe Lodoicum extinctumflet?
cAffclloe.
-': La onziéme representoit
un. grand Aigle qui prenoit
l'effort vers l'Orient ,portant
un Livre des Evangiles à son
bec, accompagné d'une foule
d'Aiglons;&un autre de mèr
me qui voloit vers le Couchant,
avec ces paroles:Ab
gOrieentleiaud omccasum. misit Evan- tn t Evan.
La douzièmerepresentoit la
Mortqui retwerfon d'un seul
pied une grande Tour & une
Chaumicre :Æquopedepulsat
paupemm tabernas
,
RrgumfJ!lt
turres.,Í -
Toute l'Egliseestoittapisfée
de noir, &de part & dautre
les Tapisseries furent ornées
de douze grands Tableaux.
Le premier representoit le
Roy donnant la main au Roy
& à la Reine de la Grande Bretagne,
accompagnez duPrince
& de la Princesse de Galles, &
achevants de descendre d'un
Navire, avec ces paroles: Reges
Regno Patriaque passospif*
cepit befpitio.
Le second representoit le
Buste du Roy avec un Trident
au dessous , présidant à la
jonction de l'Océan & de la
Mer Méditerranée, qui après
avoir nv.fle leurs caux, alloient
arroser un grand Globe, avec
ces paroles: Nomenejus currit
sicunt unda per orbem.
Le troisiéme representoit
le Roy cuirasse, qui d'une main
ébranloit un arbre chargé de
Pommes d'or
, autour de
l'ar brc estoient representez
ks beaux Arts sous la figure
deFemmes qui travailloient à
divers ouvrages; une Renom.
mée mettant une Couronne de
lauriers sur la celle du Roy,
avec ces paroles: Non minus
ac armis,artibus astra petit.
, Le quatriéme representoit
un Hercule,assommant avec
sa massuël'Hydreà sept tcfics,
avec ces paroles: Hoerejim ex-
ItrpaVtt è regno.
Le cinquiéme representoit
lesAmb)(fadeursdeSiam&de
Pet se,offrant leurs Prcfcns au
Roy sur son Trosne,avec ces
paroles: Ab Oriente venerunt
ut 'tJidtret gloâam ejns*
"i Le sixtémerepresentoit le
Roy à l'entrée du College des
quatre Nations, & un grand
Trophée d'armes à sespieds,
avec ces paroles Puguuuit ut
David, adtficaitit utSalomon. ,,..
Le septiéme representoit le
Roy à costé de tHoRet des
Invalidesn & une Compagnie
d'Officiers qui y entroit, avec
ces paroles: Invalidisquoesivit solatium.
Le huitiéme representoit
une Foy voilée, couronnant
le Roy étendu à sespieds,avec
ces paroles: Vere meus hic sir
lius IrAt.
Le neuviéme representoit
le Roy tenant entre ses mains
nostre,jeune.Monarque qu'il
estroit à Dieu à l'entrée d'un
Tabernacle, avec ces paroles:
Unum.petit 4 Domino., ut si
fortis in fide pArentum» !
- Le dixiéme representoie
l'Espagne sous la figure d'une
Femme, donnant la main à la
France fous lafigure d'une
jeune Fille affligée, avec ces paroles:
Soron non deficiam.
Le onziéme representoit un
grandVafc chargé deFleursde
Lysflêtries & abattues
toutes autour du Vase, exceptc
cepté deux qui s'élevoient au
milieu, une passant au travers
d'une Couronne de France,
& l'autre au travers d'une
Couronne d'Espagne ;.'-un
Ange les arrofoit avec l'huile
de la Sainte Ampoule , avec
ces paroles: Darabunt in fudlvitatem
odoris.
Le douziéme representoit
un Phaëton couronné -de
France ,porté dans le Char
du Soleil semé de Fleurs-dc-
Lys; une nouvelle Etoile d'un
grand éclat luy marquait la
route qu'il devoit tenir, avec
ces paroles; Auredia. Régente
luce a via non aberrabo.
1 Le Chapitre de laCathédrale
vint chanter une grande
Mené en Musique; toutes les
Communautez Religieuses y
vinrent à leur tout, ensuite
les Prestres de l'Ordre de S.
François occuperent tous les
Autels de l'Egliseen unmême
temps, & le Service se commença
au bruit des cloches de
toutes les Eglises de la Ville
qui avoient déjàsonné dés la
veille pendant l'Office des
Morts qui fut chanté. L'Oraison
funèbre fut prononcée
enEspagnol:MleGouverneur,
le Chapitre, les Prélats des Ordres
Religieux & toute la Noblesse:
honorercnt cette Pompe
funebre de leur presences
Ce
-
furent là les marques
extérieuresd'une douleur trésintimede
la Nation Françoise,
qui pour estreéloignée de sa
Patile,n'enaestéqueplusvivemencamigeelEMe
puise toute
sa consolation dans le bonheur
de voir la précieufc vie du
Monarque que le Ciel luy a
reservé, entre les mains de
Spn Altesse Royale Monfeigneur
le Duc d'Orléans,dont
l'habileté
,
la prévoyance ÔC
le génie superieurreconnus de
tout l'Univers, sont desassurances
certaines que son regne
ne fera pas moins formidable,
heureux & glorieux que l'a
cfié. celuy du Grand Roy que
nous venons de perdre.
Fermer
1157
p. 141-150
D'Ecosse, [titre d'après la table]
Début :
Les dernieres Lettres d'Ecosse ne portoient rien de remarquable [...]
Mots clefs :
Seigneurs, Requête, Roi, Voix, Chambre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'Ecosse, [titre d'après la table]
Les dernieres Lettres d'E
cosse ne pottoient ricn deremarquable,
sinon que les
Troupes du Royavoient fait
un nombre considerable de
prisonniers sur les Mécontents,
parmi lesquels il yavoit
plusieurs Officiers Irlandois
-, Anglois,& merne quelques
François.
Onmande de Londres du
deux de ce mois, que le pre
mier
,
le Royenvoya ordre
au Gouverneur de la Tour
, de livrer les six Seigneurscondamnez
entre les mains des
Scherifs, qui receurenten même
temps l'ordrede les faire
executer le sept sur la Place
l-,
prés de la Tour, le Régiment
des Gardes Cavalerie
, commandé
par le Duc d'Agyle,
& desdétachementsdes Gardes
à pied, & à cheval devoient
estre fous les armes au lieu de
l'execution pour empêcher la
populace de se soulever. Le
Dirécteur de l'échafaut avoir
déjareceu ordre d'en faire un
sur lequelily eût six billots,
pour couper la tête aux six
Seigneurs en même temps.
Les Lettres de Londres du 6.
ne font mention que des adresses
presentées au Roy & des
remerciements qu'il a fait aux
Chambres, &c. Le 5.les Communcs
lurenr pour la troisiéme
fois le Bill pour punir les mutins,
&c. & M. Pultney, Secretaire
d'Etat fut dépêché
pour le porter aux Seigneurs,
ensuite lesDames Epouses des
Seigneurs condamnezaccompagnées
d'autres Dames du
premier rang, se presenterent
à la Barre avec une Requeste ,
pour Supplier la Chambre de
vouloir interceder auprès du
Roy,& le prier d'accorder à
leurs époux un repir Cette
Requeste ayant esté prise par
un
un Membre pour en faire la le-
Ctute,M.Walpoi proposade
s'ajourner pour quelquesjours;
il fut secondé par pluficurs
Membres qui ne vouloient pas
nonplus entendre parler de ré
pic , disant que cesaffaires ne
passoient pas presentement,&
que laChambre devoit s'ajourner;
mais ceux qui estoient d'opinion
délibercrent, fut cette
Requeste
)
& representerent
¡,'lue cette affaire estoit de si
grandeimportance, qu'elle
meritoit bien l'attention de la
Chambre ; ils proposerent
>
d'ordonner que la Icâurc en
seroit faite pour dekberetfut
ce sujet ;mais contrela premiere
proposition cftok pour
s'ajourner
, jon délibéra sur
cela
, ce qui donna lieu:à-de
grands débats PQl)r& contre ;
mais enfin, à laoplurpluéde
161. voix tt contre^ijj. la
question passa à IJffillnatjve
& la Chambre, s'ajourna la'
huitaine,croyant qu'avant cc
temps-la l'ececution des six
Seigneurs seroit ; faite; mais
,ccsDansesayantprefentéune pareilleRequêteauxSeigneurs,
elle fut receuë, & la lecture
en ayant este faite ,onmit en
,
délibération
,
sçavoir si on
priveroit le Roy de vouloir accorder
un répit aux six Seigneurs
condamnez; il y eût
surce sujet de grands débats
& plusieurs beaux discours
faitspour contre;mais enfin
par la pluralité de dix voix
l'affirmative l'emporta, & on
résolut de presencer uneAdresseau
Roy pour cela. Ensuite
le Lord Stanford proposas'il
: ne seroit pas à propos de limiter
le temps, que le Roy devoit
accorder à ces criminels
dans cette adresse ,& ledébat
recommença ; d'un cossé on
soûtenoit qu'on ne devoit pas
limiter le temps; mais qu'il falloit
laissercela à la volonté du
Roy & les autres soutenoient
qu'il falloit le limiterparer que
le Roy pourroit accorder un
telrépit,que ICI jugementcontrecescriminels
ne feroit pas
executé. Enfin il sur résolu
que le temps seroit limité pour
un mois Le Roy pre":
voyant que dans le Conseil &
le Parlement,les opinions sont
partagées sur la question sçavoir
si le Roy est en droit d'accorder
grace aux six Seigneurs
condamnez, S. M. aremis
cetrarjàfïauc au ParlêfrVent &
ditàMadama de Dcrw'-e
jvatccr :Madame 9jefuisfâ-
,hé Je re érÁJ
,
uche.Jenaîtreérut, aAcclrkerjjffîl'%{--''VV(oMu$$ -.rlellUn,t..8-.- -- Il est certain que le Prince
de Galles a donné sa voix en
efyeur des Condamnez, & bien
des gens ont cru que cesSeigneurs
ne feroitntpastraitez
àlarigueur.
: Le General Gordon sest
retiré dansles montagnes avec
zooo. hommes d'Infanterie
, 1 & les 500. chevaux qui s'étoientséparez
de ce General
continuoient le long de la
CoLtcA beaucoup des princi
paux rebelles venoient se COLI-C:
mettre.
cosse ne pottoient ricn deremarquable,
sinon que les
Troupes du Royavoient fait
un nombre considerable de
prisonniers sur les Mécontents,
parmi lesquels il yavoit
plusieurs Officiers Irlandois
-, Anglois,& merne quelques
François.
Onmande de Londres du
deux de ce mois, que le pre
mier
,
le Royenvoya ordre
au Gouverneur de la Tour
, de livrer les six Seigneurscondamnez
entre les mains des
Scherifs, qui receurenten même
temps l'ordrede les faire
executer le sept sur la Place
l-,
prés de la Tour, le Régiment
des Gardes Cavalerie
, commandé
par le Duc d'Agyle,
& desdétachementsdes Gardes
à pied, & à cheval devoient
estre fous les armes au lieu de
l'execution pour empêcher la
populace de se soulever. Le
Dirécteur de l'échafaut avoir
déjareceu ordre d'en faire un
sur lequelily eût six billots,
pour couper la tête aux six
Seigneurs en même temps.
Les Lettres de Londres du 6.
ne font mention que des adresses
presentées au Roy & des
remerciements qu'il a fait aux
Chambres, &c. Le 5.les Communcs
lurenr pour la troisiéme
fois le Bill pour punir les mutins,
&c. & M. Pultney, Secretaire
d'Etat fut dépêché
pour le porter aux Seigneurs,
ensuite lesDames Epouses des
Seigneurs condamnezaccompagnées
d'autres Dames du
premier rang, se presenterent
à la Barre avec une Requeste ,
pour Supplier la Chambre de
vouloir interceder auprès du
Roy,& le prier d'accorder à
leurs époux un repir Cette
Requeste ayant esté prise par
un
un Membre pour en faire la le-
Ctute,M.Walpoi proposade
s'ajourner pour quelquesjours;
il fut secondé par pluficurs
Membres qui ne vouloient pas
nonplus entendre parler de ré
pic , disant que cesaffaires ne
passoient pas presentement,&
que laChambre devoit s'ajourner;
mais ceux qui estoient d'opinion
délibercrent, fut cette
Requeste
)
& representerent
¡,'lue cette affaire estoit de si
grandeimportance, qu'elle
meritoit bien l'attention de la
Chambre ; ils proposerent
>
d'ordonner que la Icâurc en
seroit faite pour dekberetfut
ce sujet ;mais contrela premiere
proposition cftok pour
s'ajourner
, jon délibéra sur
cela
, ce qui donna lieu:à-de
grands débats PQl)r& contre ;
mais enfin, à laoplurpluéde
161. voix tt contre^ijj. la
question passa à IJffillnatjve
& la Chambre, s'ajourna la'
huitaine,croyant qu'avant cc
temps-la l'ececution des six
Seigneurs seroit ; faite; mais
,ccsDansesayantprefentéune pareilleRequêteauxSeigneurs,
elle fut receuë, & la lecture
en ayant este faite ,onmit en
,
délibération
,
sçavoir si on
priveroit le Roy de vouloir accorder
un répit aux six Seigneurs
condamnez; il y eût
surce sujet de grands débats
& plusieurs beaux discours
faitspour contre;mais enfin
par la pluralité de dix voix
l'affirmative l'emporta, & on
résolut de presencer uneAdresseau
Roy pour cela. Ensuite
le Lord Stanford proposas'il
: ne seroit pas à propos de limiter
le temps, que le Roy devoit
accorder à ces criminels
dans cette adresse ,& ledébat
recommença ; d'un cossé on
soûtenoit qu'on ne devoit pas
limiter le temps; mais qu'il falloit
laissercela à la volonté du
Roy & les autres soutenoient
qu'il falloit le limiterparer que
le Roy pourroit accorder un
telrépit,que ICI jugementcontrecescriminels
ne feroit pas
executé. Enfin il sur résolu
que le temps seroit limité pour
un mois Le Roy pre":
voyant que dans le Conseil &
le Parlement,les opinions sont
partagées sur la question sçavoir
si le Roy est en droit d'accorder
grace aux six Seigneurs
condamnez, S. M. aremis
cetrarjàfïauc au ParlêfrVent &
ditàMadama de Dcrw'-e
jvatccr :Madame 9jefuisfâ-
,hé Je re érÁJ
,
uche.Jenaîtreérut, aAcclrkerjjffîl'%{--''VV(oMu$$ -.rlellUn,t..8-.- -- Il est certain que le Prince
de Galles a donné sa voix en
efyeur des Condamnez, & bien
des gens ont cru que cesSeigneurs
ne feroitntpastraitez
àlarigueur.
: Le General Gordon sest
retiré dansles montagnes avec
zooo. hommes d'Infanterie
, 1 & les 500. chevaux qui s'étoientséparez
de ce General
continuoient le long de la
CoLtcA beaucoup des princi
paux rebelles venoient se COLI-C:
mettre.
Fermer
1158
p. 150-168
De Londres, [titre d'après la table]
Début :
On mande de Londres du 12. de ce mois qu'on y avoit receu [...]
Mots clefs :
Roi, Seigneurs, Comte, Femme, Gardes, Lettres, Corps, Échafaud, Vie, Derwentwater, Vicomte, Officier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres, [titre d'après la table]
On mande de Londres du iz
de ce mois qu'on y avoit receu
des Lettres de L sbonne du 14.
Février par lesquellesonavoit
appris que le Tribunal de l'Inquisition
s'estantassembléà
Ibora
,
avoit condamné à
mort soixante personnes, dont
la pluspart estoient Juifs, qu'-
on devoit aussi s'assembler en
cette Cour pour juger plusieurs
personnes accusées d'être
heretiques; que le Roy de
Portugal avoit remis le voyage
qu'il avoit rcfolu de faire
au Printemps prochain dans
plusieurs Cours de l'Europe,
a un autre temps; qu on y avoit
aussi reccu avis de Cadix
que le Capitaine Paddon qu'-
on avoit envoyé auprés du
Roy de Maroc pour y negocier
la Pux avec la grande Bretagne,
n'avoit pasréüssi;qu'on
y avoit encore receu avis que
les Bar bares bâtissoient dans
tous leurs Ports, des Vaissteauix
poeur piranter sursles Ch.rê- Ces mêmes Lettres de Londresajoutent
que les Membres
duCollege de Dublin avoient
procedez à l'élection d'un
Chancelier à la place du Duc
d'Ormond qui est en France,
& qu'onavoit mis en sa place
le Prince de Galles; qu'ony
avo receu des Lettres d'E.t
dimbourg du 3. de ce mois,
qui portent qu'on y avoit eu
avis d Yvernesse,que le Marquis
de Huntley & le Lord
Rollo avoient écrit des Lettres
au Comte de Surherland,par
lesquellesilsoff oient de se soûmettre
avec leurs Vassaux à la
clemence du Roy, mais que le
Comte - de Sutherland leur
avoit demandé aussi bien qu'-
u: Comte de Seaford
,
de se
remettre entre ses mains, jusqua
ce qu'il eut receu les ordres
de la Cour , ce qu'ils avoient
rcfufé
,
disant qu'ils
vouloient auparavant estreassurez
de leur pardon, & s'étoient
retirez dans les montagnes
: cependant ils avoient livré
leurs Chasteaux entre les
>
mainsdes Trotipes du Roy,&
avoient congédiezleurs forces
avec ordre de se retirer chez
eux. Le Comte Maréchallavec
la Cavalerie des Mécontents
avoic joint le General ordon
dans les montagnes,ou Il s'étoit
retiré avec les Clans; où
on dit qu'ils fonr plus de trois
mille hommes dans le dcflfeiti
àce qu'oncroit, de fc faite
acheter, comme ils firent du
temps du Roy Guillaume, qui
leur VOIt. accordé unepenfionannucllc
de quatre mille
livres ster lin,pour mettre bas
les armes, mais qu'il y avoit
apparence qu'ils ne riiïflir dienc
pas, la conjoncture presente
des affaires du Roy ne leur
estant pas si favorable qu'elle
Testoit alors, à cause que le
Roy Guillaume estoit obligé
de soûtenirla guerre en Irlande
& en Flandres,ayant besoin
de ses Troupes.
Le Comte de Nottingham
s'estdémis de la Charge de
President duConseil
,
le Comte
de Aylesford son frere
,
de
celle de Chancelier de Lancaftet
, & le Lord Guernsey
son fils,de celle de Garde des
Joyaux de la Couronne. Le
sujet de leur disgrace vient de
ce que ces deux Seigneurs ont
toûjours esté dans le parti des
Torris
, ce qu'ils avoient fait
connoîcre lorsque les Seigneurs
condamnez presenterent
Requeste à laChambre
des Seigneurs pour les prier
d'interceder auprès du Royen
leurfaveur
, en faisantmême
des discours par lesquels ils
prouvèrent qu'il n'y avoir au."
cune Loy qui orac au Roy le
pouvoir de faire grâce à un
criminellors qu'il estoit condamné.
< Le Roy a démis le Lord
Dundonnel de la Charge de
Capitaine de la quatrième
Compagnie des Gardes du
Corps Escossoises, auquel il a
fait donner dix mille livres
sterlin pour lerembourser,
voutant enfaire present au
Comte de Suthcrland pÓUfle
recompenser de ses bons services
contre les Mécontents, &
on dit même qu'il luy a écrit
une Lettre sur ce sujet.
-
Enfin pendant quelques
jours on a esté fort intrigue
pour sçavoir la destinéedes 11x
Seigneurs condamnez;ce ne
fut que Vendredy dernier au
matin qu'on fut informé de
leur fort,qu'un grosdétachement
des Gardes à pied, des
Grenadiers àcheval & des
Compagnies des Gardes du
Corps alla sur la place prés de
JaTQurJ où l'échaffaut eftoic;
dresse
, pour assistier à l'execution
du Comte de Derwcentwatter,
du Vicomte de Kenmure,
&du Comte Nitsdale.
Ce Détachement forma trois
cercles à l'entour de Péchafaud
; le premier estoit des
Gar desà pied, le second des
Gar des du Corps,& letroisiéme
dei Grenadiers à Cheval.
Sur les onze heures on amena
le Comte de Derwentwatter
dans un carrosse à la place de
l'execution , & l'ayant fait
monter, sur, l'échafaud il parla
quelque tems, &ayant leu un
écritete remu entre les mains
du Scherif
, en lue. disantde
prenne bien garde, en le rendanr
public,d'yajouter ou diminuer
quelque chose
, parce
qu'il en avoir donné un templableàune
per sonnedeconfiance,
qui nemanqueroiot pas
de les confronter; & après
avoit eite pendant quelque
tems en priere il se mit luymême
sur le billot, & il fut décapité
au premier coup de hache
que leBourreauluy donna.
Ensuiteonrojrna le Vicomte
de Kenmure qui monta fore
hardiment sur l'échafaud
,
ik
on peut dire deceluy-cy qu'il
mourutavec toute la fermetéduplus
grandHeros.Lorsqutil,
sur sur l'échafaud leSeherifluy
demanda s'il avoit quelque
chpfc-aJitc ajoutant qu'ille
pouvoit faire; mais ceSeigneur
luy répondit avec une grande
fermeté, je ne fuis pas ici pour
parler,nîait pour mourir;il
fut exhortépar deux Minis- !r tres &' parut mourir fort resigné
& fort repentant;il em-î.
brassa plusieurs de ses amis qui
estoient ;sur l'échafaud en leur
disant adieu ; mais particulierement
à un de les fils qu'il
baisa
baisa plusieurs fois *, auquel il
donna de sa main sur l'épaule,
& se mit surle-billotoùle
Bourreau luy emporta la teste
en deux coups de hache, & la
montra aux spectateurs,comme
il avoir fait de celle du
Comte deDerwencwatccr,en
criant voicy la tested'un traître
; mais il ne donna point d'écric
au Scherif. Le troisième
qui devoit estre exécuté estoit leComte de Nithisdale, mais
le soir auparavant Madame sa
femme avec deux autres femmes
qui e stoient allées le voir
dans sa chambre dans la Tour
ayantdescapottes, l'babille
rent en femme, & luy donnerent
une capotte ,
& le firent
sauver entre les sept & huit
heures du soir; les Gardes s'en
apperçûrent quelque- tempsi
après, mais il estoit hors de la
Tour, & les femmes aussi, ex-i
cepté Madame sa femme,quE
dit à l'Officier qu'on pouvoit
faire d'elle ce qu'on voudroit,
l'Officier fit arrester les deux
Gardes qui estoient commis à
la garde du Prisonnier, &envoya
en avertir le Roy, qui
envoya aussitost ordre par un
Officier de doubler les Gardes
de tous les Prisonniers ,& de
les tenir plus serrez;depuison
ne laisse pas entrer dans l'enceinte
de la Tour aucun carrosse,
ni aucune femme avec
des capottes; les trois autres
Seigneurs condamnez ont un
répit , les uns disent jusqu'à
Vendredy
,
& les autres jusqu'au
Mercredy septiéme du
prochain mois.
On a depuis trouvé dans
la poche du Lord Kenmure,
copie d'une Lettre qu'il doit
avoir écrit au Prétendant, par
laquelleilluy marqueentr'autres
chosesqu'iln'estpasfâche
de mourir pour sonservice
mais qu'il auroit souhaités
avantcela dele voir sur le
Tr ône de ses ancesres&le
pried'avoir foin de sa femme,
& desesenfans,&c.
Voici ce que contient en
substance l'écrit que leComte
de Derwentwatter remit sur
l'échafaut aux Scherifs ; que
devant paroistre dans peu de
minutes devant le Tribunal
de Dieu, il demandoit pardon
de tous ses péchez & esperoit
d'y trouver grace; il demandoit
pardon àtousceuxqu'il
avoit pû scandaliser , en Ce
consessant coupable dans son
jugement, ce qu'il n'avoit
fait qu'à la persuasion de certaines
personnes;mais qu'il
reconnoissoit qu'il avoit en
cela violé sa fidélité
,
n'ayant
jamais reconnu d'autre Roy
légitime que le Roy Jacques
HT. qu'ilavoir esté dés son
enfance d'inclination à le
servir ,y estant porté par un
amour naturel pour sa per sonne
,
le connoissant capable de
rendre son Peuple heureux &
y estant obligé par les Loix divines
& humaines;qu'on luy
avoir proposé des moyens de
sauver sa vie ,
mais qu'il les
avoit rejetté comme incompatiblesà
l'honneur&à la conscience,
preferant de mourir de
toutes fortes demorts,plûtôt
que de faire une action lâche
& indigne, qu'il auroit souhaité
que la perte de sa vie eût
pû contribuer au service de
son Roy & de sa Patrie,& au
rétablissement de l'ancienne&
fondamentale Constitution de
ses Royaumes,sans quoy ils
ne pourront jamais avoir de.
paix durable & de veritable
bonheur; qu'il prioit Dietf
d'accorder ce bonheur à sa
chere Patrie, & d'accepter sa
vie comme un sacrifice qu'il
luy en faisoir
,
qu'il mouroit
Catholique Romain, pardonnant
même à ceux du Gouvcrnement
presenrquiavoient le
plus contribué à samo rt.
!
Etparapostille.
Que si le Prince qui gouverne
aujourd'huy ,luy avoit
donné la vie, il se seroit -cru
obligé dene jamais plus prendre
les armes contre luy.
Les corps deces Seigneurs
ont esté embaumez ,celuy du
Comte de Derwentwatter est
party pour d'imon dans laProvince
de Northumberland
pour y estre inhumé dans le
Tombeau de ses Anc-cflrcse&
celuy du Vicomte de Kenmure
cft aussiparty pour l'Ecosse
de ce mois qu'on y avoit receu
des Lettres de L sbonne du 14.
Février par lesquellesonavoit
appris que le Tribunal de l'Inquisition
s'estantassembléà
Ibora
,
avoit condamné à
mort soixante personnes, dont
la pluspart estoient Juifs, qu'-
on devoit aussi s'assembler en
cette Cour pour juger plusieurs
personnes accusées d'être
heretiques; que le Roy de
Portugal avoit remis le voyage
qu'il avoit rcfolu de faire
au Printemps prochain dans
plusieurs Cours de l'Europe,
a un autre temps; qu on y avoit
aussi reccu avis de Cadix
que le Capitaine Paddon qu'-
on avoit envoyé auprés du
Roy de Maroc pour y negocier
la Pux avec la grande Bretagne,
n'avoit pasréüssi;qu'on
y avoit encore receu avis que
les Bar bares bâtissoient dans
tous leurs Ports, des Vaissteauix
poeur piranter sursles Ch.rê- Ces mêmes Lettres de Londresajoutent
que les Membres
duCollege de Dublin avoient
procedez à l'élection d'un
Chancelier à la place du Duc
d'Ormond qui est en France,
& qu'onavoit mis en sa place
le Prince de Galles; qu'ony
avo receu des Lettres d'E.t
dimbourg du 3. de ce mois,
qui portent qu'on y avoit eu
avis d Yvernesse,que le Marquis
de Huntley & le Lord
Rollo avoient écrit des Lettres
au Comte de Surherland,par
lesquellesilsoff oient de se soûmettre
avec leurs Vassaux à la
clemence du Roy, mais que le
Comte - de Sutherland leur
avoit demandé aussi bien qu'-
u: Comte de Seaford
,
de se
remettre entre ses mains, jusqua
ce qu'il eut receu les ordres
de la Cour , ce qu'ils avoient
rcfufé
,
disant qu'ils
vouloient auparavant estreassurez
de leur pardon, & s'étoient
retirez dans les montagnes
: cependant ils avoient livré
leurs Chasteaux entre les
>
mainsdes Trotipes du Roy,&
avoient congédiezleurs forces
avec ordre de se retirer chez
eux. Le Comte Maréchallavec
la Cavalerie des Mécontents
avoic joint le General ordon
dans les montagnes,ou Il s'étoit
retiré avec les Clans; où
on dit qu'ils fonr plus de trois
mille hommes dans le dcflfeiti
àce qu'oncroit, de fc faite
acheter, comme ils firent du
temps du Roy Guillaume, qui
leur VOIt. accordé unepenfionannucllc
de quatre mille
livres ster lin,pour mettre bas
les armes, mais qu'il y avoit
apparence qu'ils ne riiïflir dienc
pas, la conjoncture presente
des affaires du Roy ne leur
estant pas si favorable qu'elle
Testoit alors, à cause que le
Roy Guillaume estoit obligé
de soûtenirla guerre en Irlande
& en Flandres,ayant besoin
de ses Troupes.
Le Comte de Nottingham
s'estdémis de la Charge de
President duConseil
,
le Comte
de Aylesford son frere
,
de
celle de Chancelier de Lancaftet
, & le Lord Guernsey
son fils,de celle de Garde des
Joyaux de la Couronne. Le
sujet de leur disgrace vient de
ce que ces deux Seigneurs ont
toûjours esté dans le parti des
Torris
, ce qu'ils avoient fait
connoîcre lorsque les Seigneurs
condamnez presenterent
Requeste à laChambre
des Seigneurs pour les prier
d'interceder auprès du Royen
leurfaveur
, en faisantmême
des discours par lesquels ils
prouvèrent qu'il n'y avoir au."
cune Loy qui orac au Roy le
pouvoir de faire grâce à un
criminellors qu'il estoit condamné.
< Le Roy a démis le Lord
Dundonnel de la Charge de
Capitaine de la quatrième
Compagnie des Gardes du
Corps Escossoises, auquel il a
fait donner dix mille livres
sterlin pour lerembourser,
voutant enfaire present au
Comte de Suthcrland pÓUfle
recompenser de ses bons services
contre les Mécontents, &
on dit même qu'il luy a écrit
une Lettre sur ce sujet.
-
Enfin pendant quelques
jours on a esté fort intrigue
pour sçavoir la destinéedes 11x
Seigneurs condamnez;ce ne
fut que Vendredy dernier au
matin qu'on fut informé de
leur fort,qu'un grosdétachement
des Gardes à pied, des
Grenadiers àcheval & des
Compagnies des Gardes du
Corps alla sur la place prés de
JaTQurJ où l'échaffaut eftoic;
dresse
, pour assistier à l'execution
du Comte de Derwcentwatter,
du Vicomte de Kenmure,
&du Comte Nitsdale.
Ce Détachement forma trois
cercles à l'entour de Péchafaud
; le premier estoit des
Gar desà pied, le second des
Gar des du Corps,& letroisiéme
dei Grenadiers à Cheval.
Sur les onze heures on amena
le Comte de Derwentwatter
dans un carrosse à la place de
l'execution , & l'ayant fait
monter, sur, l'échafaud il parla
quelque tems, &ayant leu un
écritete remu entre les mains
du Scherif
, en lue. disantde
prenne bien garde, en le rendanr
public,d'yajouter ou diminuer
quelque chose
, parce
qu'il en avoir donné un templableàune
per sonnedeconfiance,
qui nemanqueroiot pas
de les confronter; & après
avoit eite pendant quelque
tems en priere il se mit luymême
sur le billot, & il fut décapité
au premier coup de hache
que leBourreauluy donna.
Ensuiteonrojrna le Vicomte
de Kenmure qui monta fore
hardiment sur l'échafaud
,
ik
on peut dire deceluy-cy qu'il
mourutavec toute la fermetéduplus
grandHeros.Lorsqutil,
sur sur l'échafaud leSeherifluy
demanda s'il avoit quelque
chpfc-aJitc ajoutant qu'ille
pouvoit faire; mais ceSeigneur
luy répondit avec une grande
fermeté, je ne fuis pas ici pour
parler,nîait pour mourir;il
fut exhortépar deux Minis- !r tres &' parut mourir fort resigné
& fort repentant;il em-î.
brassa plusieurs de ses amis qui
estoient ;sur l'échafaud en leur
disant adieu ; mais particulierement
à un de les fils qu'il
baisa
baisa plusieurs fois *, auquel il
donna de sa main sur l'épaule,
& se mit surle-billotoùle
Bourreau luy emporta la teste
en deux coups de hache, & la
montra aux spectateurs,comme
il avoir fait de celle du
Comte deDerwencwatccr,en
criant voicy la tested'un traître
; mais il ne donna point d'écric
au Scherif. Le troisième
qui devoit estre exécuté estoit leComte de Nithisdale, mais
le soir auparavant Madame sa
femme avec deux autres femmes
qui e stoient allées le voir
dans sa chambre dans la Tour
ayantdescapottes, l'babille
rent en femme, & luy donnerent
une capotte ,
& le firent
sauver entre les sept & huit
heures du soir; les Gardes s'en
apperçûrent quelque- tempsi
après, mais il estoit hors de la
Tour, & les femmes aussi, ex-i
cepté Madame sa femme,quE
dit à l'Officier qu'on pouvoit
faire d'elle ce qu'on voudroit,
l'Officier fit arrester les deux
Gardes qui estoient commis à
la garde du Prisonnier, &envoya
en avertir le Roy, qui
envoya aussitost ordre par un
Officier de doubler les Gardes
de tous les Prisonniers ,& de
les tenir plus serrez;depuison
ne laisse pas entrer dans l'enceinte
de la Tour aucun carrosse,
ni aucune femme avec
des capottes; les trois autres
Seigneurs condamnez ont un
répit , les uns disent jusqu'à
Vendredy
,
& les autres jusqu'au
Mercredy septiéme du
prochain mois.
On a depuis trouvé dans
la poche du Lord Kenmure,
copie d'une Lettre qu'il doit
avoir écrit au Prétendant, par
laquelleilluy marqueentr'autres
chosesqu'iln'estpasfâche
de mourir pour sonservice
mais qu'il auroit souhaités
avantcela dele voir sur le
Tr ône de ses ancesres&le
pried'avoir foin de sa femme,
& desesenfans,&c.
Voici ce que contient en
substance l'écrit que leComte
de Derwentwatter remit sur
l'échafaut aux Scherifs ; que
devant paroistre dans peu de
minutes devant le Tribunal
de Dieu, il demandoit pardon
de tous ses péchez & esperoit
d'y trouver grace; il demandoit
pardon àtousceuxqu'il
avoit pû scandaliser , en Ce
consessant coupable dans son
jugement, ce qu'il n'avoit
fait qu'à la persuasion de certaines
personnes;mais qu'il
reconnoissoit qu'il avoit en
cela violé sa fidélité
,
n'ayant
jamais reconnu d'autre Roy
légitime que le Roy Jacques
HT. qu'ilavoir esté dés son
enfance d'inclination à le
servir ,y estant porté par un
amour naturel pour sa per sonne
,
le connoissant capable de
rendre son Peuple heureux &
y estant obligé par les Loix divines
& humaines;qu'on luy
avoir proposé des moyens de
sauver sa vie ,
mais qu'il les
avoit rejetté comme incompatiblesà
l'honneur&à la conscience,
preferant de mourir de
toutes fortes demorts,plûtôt
que de faire une action lâche
& indigne, qu'il auroit souhaité
que la perte de sa vie eût
pû contribuer au service de
son Roy & de sa Patrie,& au
rétablissement de l'ancienne&
fondamentale Constitution de
ses Royaumes,sans quoy ils
ne pourront jamais avoir de.
paix durable & de veritable
bonheur; qu'il prioit Dietf
d'accorder ce bonheur à sa
chere Patrie, & d'accepter sa
vie comme un sacrifice qu'il
luy en faisoir
,
qu'il mouroit
Catholique Romain, pardonnant
même à ceux du Gouvcrnement
presenrquiavoient le
plus contribué à samo rt.
!
Etparapostille.
Que si le Prince qui gouverne
aujourd'huy ,luy avoit
donné la vie, il se seroit -cru
obligé dene jamais plus prendre
les armes contre luy.
Les corps deces Seigneurs
ont esté embaumez ,celuy du
Comte de Derwentwatter est
party pour d'imon dans laProvince
de Northumberland
pour y estre inhumé dans le
Tombeau de ses Anc-cflrcse&
celuy du Vicomte de Kenmure
cft aussiparty pour l'Ecosse
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1159
p. 170-174
De Paris.
Début :
Le premier Dimanche de Carême, premier jour de ce mois [...]
Mots clefs :
Duchesse, Marquis, Palais, Gardes, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris.
De Paris.
Le premier Dimanche de
Carême, premier jour de ce
mois, Madame la Duchesse de
Berry se rendit à l'Eglise de S.
Sulpice sa Paroisse à trois heures,
escortée de ses Gardes du
Corps & detoute sa maison.
Vingt. quatre de ses Gardes
s'estoient emparez du Choeur
où ils resterent pendant le Sermon,
Vêpres, & le Salut, ran- -
gez enhaye. Cette Princesse se
flaça au milieu du Choeur,
ayant devant son Prie-Dieu à
sa droite M. l'Abbé de Castres
,
M. 1.Abbl de Rouget,
M. l'AbbédeParthenay,M.
:rAbbé d'Avejan ses Aumôniers.
Derriere son Prie-Dieu
çessoit M. le Marquis de Coëtenfao,
son Chevalier d'honneur
,M le Marquis de la Rochefoucauld
,
son Capitaine
ttks Gardes, M. le Chevalier
d'Hautefort son premier, Ecuyer.
Sur sa droite Madame
la Duchesse de S. Simonsa
Dame d'honneur,MelaMarquise
dePonssa Dame d'atour.
Sur sa gauche Me la
ComtessedeClermont,&M
la Marquise de Beauveau, se
Dames du Palais.A l'.cOt,réc.
sortie de cette Princesse les si
fres & tambours de (es Cent-
Suisses battirent au champ.
Le il* de ce mois M. le Marquis
de Montsoreau accompagne
de M. l'Abbé de Sourches
son frere
,
Aumônierdu
Roy & Evêque de Dol
,,
allerent
chez le Roy luy apprendre
la mort de M. le Marquis
deSourches leur pere. Ilsallerent
ensuite au Palais du Lu?
xembourg chez Madame la
Duchesse deBerry
,
& au Palais
Royal chez Madame, chez
Monfiear le Duc & chez Madame
la Duchesse d'Orléans.
Le mêmejourl'Envoyé Extraordinaire
de Parme eut Audiance
de congé du Roy,de
Madame la Duchesse de Berry,
de Madame
)
de Monsieur le
Duc & de Madame la Duchesse-
d'Orleans.
Le 12.Madame la Duchcfse
deBerry sortit de sonPalais
de Luxembourgà neuf heure
du matin pouraller à laChasse,
accompagnée desPrincesses&
Dames de la Cour, toutes vé
tues en Amazones.
Le premier Dimanche de
Carême, premier jour de ce
mois, Madame la Duchesse de
Berry se rendit à l'Eglise de S.
Sulpice sa Paroisse à trois heures,
escortée de ses Gardes du
Corps & detoute sa maison.
Vingt. quatre de ses Gardes
s'estoient emparez du Choeur
où ils resterent pendant le Sermon,
Vêpres, & le Salut, ran- -
gez enhaye. Cette Princesse se
flaça au milieu du Choeur,
ayant devant son Prie-Dieu à
sa droite M. l'Abbé de Castres
,
M. 1.Abbl de Rouget,
M. l'AbbédeParthenay,M.
:rAbbé d'Avejan ses Aumôniers.
Derriere son Prie-Dieu
çessoit M. le Marquis de Coëtenfao,
son Chevalier d'honneur
,M le Marquis de la Rochefoucauld
,
son Capitaine
ttks Gardes, M. le Chevalier
d'Hautefort son premier, Ecuyer.
Sur sa droite Madame
la Duchesse de S. Simonsa
Dame d'honneur,MelaMarquise
dePonssa Dame d'atour.
Sur sa gauche Me la
ComtessedeClermont,&M
la Marquise de Beauveau, se
Dames du Palais.A l'.cOt,réc.
sortie de cette Princesse les si
fres & tambours de (es Cent-
Suisses battirent au champ.
Le il* de ce mois M. le Marquis
de Montsoreau accompagne
de M. l'Abbé de Sourches
son frere
,
Aumônierdu
Roy & Evêque de Dol
,,
allerent
chez le Roy luy apprendre
la mort de M. le Marquis
deSourches leur pere. Ilsallerent
ensuite au Palais du Lu?
xembourg chez Madame la
Duchesse deBerry
,
& au Palais
Royal chez Madame, chez
Monfiear le Duc & chez Madame
la Duchesse d'Orléans.
Le mêmejourl'Envoyé Extraordinaire
de Parme eut Audiance
de congé du Roy,de
Madame la Duchesse de Berry,
de Madame
)
de Monsieur le
Duc & de Madame la Duchesse-
d'Orleans.
Le 12.Madame la Duchcfse
deBerry sortit de sonPalais
de Luxembourgà neuf heure
du matin pouraller à laChasse,
accompagnée desPrincesses&
Dames de la Cour, toutes vé
tues en Amazones.
Fermer
1160
p. 174-179
Dons du Roy, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a donné l'Evêché de Troyes à M. l'Abbé Bossuet, [...]
Mots clefs :
Roi, Cérémonies, Marquis, Abbé, Gardes du corps
1161
p. 138-153
Récapitulation generale des évenemens les plus remarquables de l'année 1716.
Début :
J'ai crû qu'il ne seroit point hors de propos de / I. Dans la situation où se trouvoient les affaires au commencement de [...]
Mots clefs :
Paix, Désordres, Pologne, Porte ottomane, Guerre, Hongrie, Campagne militaire, Victoire, Angleterre, France, Alliance, Revenus de l'État, Prince régent, Louis XV, Tsar, Traité, Naissance, Cour impériale
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texteReconnaissance textuelle : Récapitulation generale des évenemens les plus remarquables de l'année 1716.
J'ai crû qu'il ne feroit point
hors de propos de préfenter
ici un Tableau general des évemens
les plus importans arrivés
dans l'année derniere 1716. Je
l'ai tiré en partie du Suplément
de la Gazette d'Amfterdam , perfuadé
qu'il étoit difficile de pouvoir
en donner un plus fidel
crayon.
MERCURE. 139
Recapitulation generale des évenemens
les plus remarquables
de l'année 1716 .
D
I.
Ans la fituation où fe trouvoient
les affaires au commencement
de l'année derniere ,
il étoit bien difficile de prévoir
qu'elles en feroient les fuites
& de porter un jugement certain
parmi tant de changements qui
arrivoient tous les jours . La Paix
dont plufieurs Etats commençoient
à jouir , ne paroiffoit pas
encore bien affermie , & les laiffoit
dans l'embarras de remedier
1
140 LE NOUVEAU
à tant de maux , & de défordres
caufez par une fi longue guerre .
Celle du Nord , bien loin de finir
, fembloit prendre de nouvelles
forces , depuis le retour
du Roy de Suede dans fes Etats ,
où ce Prince toujours le même,
nonobftant toutes les difgraces,
fe propofoit de recouvrer les
Provinces qu'il avoit perduës .
Les troubles augmentoient auffi
en Pologne , à mesure que l'on
travailloità les pacifier ; & même
on en étoit venu à diverfes
hoftilitez .
Tout cela faifoit craindre de
fâcheufes influences de la partde
la Porte Ottomane , qui ne
cherchoit qu'à profiter de ces
divifions ; & qui , fière de fes
MERCURE. 141
conquêtes dans la Morée , nefe
de porter
flattoit pas moins que
la terreur en Italie , d'envahit
en même- tems la Hongrie
& les autres Provinces võifines ,
afin de couper tout fecours aux
Venitiens. L'Empereur de foncô
té voyoit bienlagrandeurdu peril
, & la neceffité indifpenfable
de fecourir promptement fes
Alliez Mais il fortoit d'une
guerre qui l'avoit mis prefque
hors d'état d'en entreprendre
une nouvelle ; & il Y avõit peu
d'apparence qu'il pût être fecouru
affez toft pour ſe charger
d'un fi pefant fardeau , dans un
tems ou toutes fes Provinces
Hereditaires , & l'Empire même
avoient befoin de foulagement
142 LE NOUVEAU
& de repos : de forte qu'en confiderant
toutes ces difpofitions ,
on voyoit par tout beaucoup
plus de fujet de craindre que
d'efperer.
I I.
On a donc été agréablement
furpris , de voir les affaires
changer fitôt de face , & prendre
de tous côtés un train de redreffement,
qui donne de fifavorables
efpérances pour l'avenir .
Pour commencer par la Hongrie,
on a admiré que l'Empereur
ait pû oppofer à tems de forces
capables de faire tête à cellesdes
en nemis , compofées de l'élite de
leurs Troupes, qui étoient fi fort
fuperieures en nombre aux
MERCUR . 143
1
troupes
Impérialles
. Il eſt vrai
celles-ci étoient
comman- que
dées par le Prince Eugene de
Savoye Mais il faut avoüer
ne s'attendoit
qu'on
pas
que ce General
, quelque
haute
opinion
qu'on cut de fa conduite
, pourroit
mander
fitôt
(& de l'attente
- même du Grand
Vizir ) l'entiere
défaite
de l'Armée
Ottomae
, prés de Peter-
Varadin
& d'une manierefi
com
pléte , qu'il n'a pas été poffible
auTurc defe rétablir
da refte de
la Campagne
. Cette
fameule
Victoire
fuivie de la conquétede
.
l'importante
Place deTemifvvar
& de plufieurs
autres
avantages
, a non feulement
délivré
Ja Hongrie , la Tranfilvanie
144 LE NOVEAUU
& les autres Provinces voifi.
nes , mais elle a porté la terreur
dans l'EmpireOttoman , & l'a ré,
duit àfontour àfouhaiter la paix:
Elle a relevé l'honneur des Armes
Chrêtiennes , & contribuć
par cette diverfion au foulagement
de la Dalmatie , à la retraite
précipitée de la flote Ottomane
, & à la levée du mémotable
Siége de Corfou , où le
Maréchal de Schulembourg a fibien
mérité par fa belle deffenfe ,
les honneurs qui lui ont été
décernez par le Sénat de Venife .
La République a commencé à
reprendre divers autres poftes ;
& elle fe voit en état de pouffer
heureufement fes progrés la
Campagne prochaine , par le fecours
MERCURE. 145
cours des forces auxiliaires d'Efpagne
, de Portugal , & des autres
Puiffances , qui fe trouvent
à la portée d'ouvrir la Campagne
de bonheur.
L'Italie le voit en même tems
délivrée de crainte , auffi bien
que la Pologne , où l'efprit de
pacification femble avoir repris
entierement le deffus : Et enfia
il y a lieu d'efperer que les
mefures que tant de grands
Princes prennent de concert ,
pour rétablir la paix du Nord,
produiront enfin leur effet pour
le bien de tous les Etats qui y
font interreffez , & pour le repos
de tant de peuples , qui fouffrent
depuis filong tems.
146 MERCURE
.
III.
L'Angleterre aprés avoir été
agitée violemment par deux Partis
oppofés , jouit à préfent d'un
calme , qui par les précautions
qu'elle a prifes , doit être du
rable. La nouvelle confédération
qu'elle vient de former avec
la France fur les fondements
folides d'une mutuelle confiance
, femble devoir en repondre .
Par cette Alliance , les deux
Royaumes ne fe trouvans plus ,
pour ainfi dire, en oppofition, comme
ci - devant : mais pûtôt en
conjonction ; l'un & l'autre Peuple
ne s'occupera à l'avenir qu'à
travailler l'envy à leur commune
confervation
MERCURE. 147
IV.
A l'égard de la France , quand
on confidere l'état où l'avoit réduit
la derniere Guerre , les dettes
immenfes contractées , les
Domaines de la Couronne alićnez
, les revenus de l'Etat prefque'anéantis
par une infinité de
Charges ; les Impofitions ordinaires
confommées par avance,
& les peuples épuifez ; on ne
peut s'empêcher de reconnoître
le bonheur du Royaume , d'a
voir trouvé un Prince Régent
pendant la Minorité du Nouveau
Roy , cap ble de foûtenig
un poids fi accablant , de dé
O ij
148 LE NOUVEAU
brouiller ce Cahos , & de s'ouvrir
une route fûre , pour procurer
enfin le foulagement des
Peuples , pour rétablir l'abondance
dans le Royaume , pour
pacifier les troubles de l'Eglife ,
& pour affermir la Paix au dedans
& au dehors . S. A. Royale
y a déja travaillé avec tant de
fuccés , & on eft fi perfuadé
que toutes ſes maximes tendent
à ce but , qu'on en peut efperer
qu'une très heureuſe iffuë ,
V.
L'Arrivée du Czar dans les
Provinces Unies , eft un évenement
des plus remarquables de
l'année derniere , & d'un bon
MERCURE . 149
augure pour l'avancement de la
Paix du Nord. La defcente en
Scanie , n'ayant pu avoir lieu au
temps marqué , à caufe de divers
contre- temps furvenus , &
ayant été renvoyée au Printems
prochain , Sa Majesté Czarienne
enfuite de quelques conferences
avec le Roy de Danemark
s'étoit renduë de Copenhague à
Havelberg, pour conferer avec
le Roi de Pruffe , aprés avoir
fait marcher fes Troupes dans le
Metklebourg , & fa Cavalerie en
Pologne , pour être à portée de
paffer au Printemps en Danemark.
En attendant , S M. eft
venue faire un tour en Hollande ,
ayant voulu revoir encore un
Pais pour lequel elle a toûjours
150 LEN OUVEAU
confervé beaucoup d'affection ,
depuis le voyage qu'elle y fie
en 1697. On efpere que le féjour
que S. M. y fera , ne fera pas
infructueux pour la Paix du
Nord : & que l'entre- vûë qu'elle
fe propofe d'avoir avec le Roi
de la Grande Bretagne , contribu
ra à faciliter l'execution
d'un fi bon deffein , pour lequel
leurs Majeftez ont une forte inclination.
Au refte , on ne peut
affez admirer l'attention de S.M.
Czarienne , à remarquer ce qu'il
ya de plus curieux dans les
Arts & les Sciences , & fon ap
plication à tout ce qui peut contribuer
à perf &tionner fes Sujets ,
àfon exemple , dans les connoiffances
utiles , outre toutes les
MERCURE. 15
autres grandes chofes qu'elle a
faites , & qui la font regarder
comme le Fondateur & le Legiflateur
d'un nouvel Empire .
le
On ne peut paffer fous filence
le Traité d'Alliance qui fut figné
4. de Janvier entre la France
& leurs Hautes- Puiffances , conjointement
avec 1 Angleterre
quoiqu'il anticipe fur l'année
1717. Ces Puiffances voisines
vont devenir en quelque maniere
le même Peuple : l'interêt
commun de fe maintenir dans
P'état tranquille dont ellesjoüiffent
par la Paix , fera un lien
puiffant, qui les tiendra unis in-
Téparablement.
152 LE NOUVEAU
VI.
ainf L'année derniere
que les précédentes , a fourni
diversexemples , qui remet
tent devant les yeux la fragilité,
& la viciffitude des chofes
humaines . Tel eft celui de
la naiſſance du Séréniffime Archiduc
, qui aprés avoir été un
fi grand fujet de joie pour la
Cour Imperiale , a été fi tốt
changé en un fujer de deuil , par
la mort de ce jeune Prince ; fans
néanmoins qu'il ait éteint les
efperances que l'on avoit conçûës
, puifqu'on a la confolation
de
MERCURE
.
153
de les voir renaître par l'heureufegroffeffe
de l'Imperatrice
.
hors de propos de préfenter
ici un Tableau general des évemens
les plus importans arrivés
dans l'année derniere 1716. Je
l'ai tiré en partie du Suplément
de la Gazette d'Amfterdam , perfuadé
qu'il étoit difficile de pouvoir
en donner un plus fidel
crayon.
MERCURE. 139
Recapitulation generale des évenemens
les plus remarquables
de l'année 1716 .
D
I.
Ans la fituation où fe trouvoient
les affaires au commencement
de l'année derniere ,
il étoit bien difficile de prévoir
qu'elles en feroient les fuites
& de porter un jugement certain
parmi tant de changements qui
arrivoient tous les jours . La Paix
dont plufieurs Etats commençoient
à jouir , ne paroiffoit pas
encore bien affermie , & les laiffoit
dans l'embarras de remedier
1
140 LE NOUVEAU
à tant de maux , & de défordres
caufez par une fi longue guerre .
Celle du Nord , bien loin de finir
, fembloit prendre de nouvelles
forces , depuis le retour
du Roy de Suede dans fes Etats ,
où ce Prince toujours le même,
nonobftant toutes les difgraces,
fe propofoit de recouvrer les
Provinces qu'il avoit perduës .
Les troubles augmentoient auffi
en Pologne , à mesure que l'on
travailloità les pacifier ; & même
on en étoit venu à diverfes
hoftilitez .
Tout cela faifoit craindre de
fâcheufes influences de la partde
la Porte Ottomane , qui ne
cherchoit qu'à profiter de ces
divifions ; & qui , fière de fes
MERCURE. 141
conquêtes dans la Morée , nefe
de porter
flattoit pas moins que
la terreur en Italie , d'envahit
en même- tems la Hongrie
& les autres Provinces võifines ,
afin de couper tout fecours aux
Venitiens. L'Empereur de foncô
té voyoit bienlagrandeurdu peril
, & la neceffité indifpenfable
de fecourir promptement fes
Alliez Mais il fortoit d'une
guerre qui l'avoit mis prefque
hors d'état d'en entreprendre
une nouvelle ; & il Y avõit peu
d'apparence qu'il pût être fecouru
affez toft pour ſe charger
d'un fi pefant fardeau , dans un
tems ou toutes fes Provinces
Hereditaires , & l'Empire même
avoient befoin de foulagement
142 LE NOUVEAU
& de repos : de forte qu'en confiderant
toutes ces difpofitions ,
on voyoit par tout beaucoup
plus de fujet de craindre que
d'efperer.
I I.
On a donc été agréablement
furpris , de voir les affaires
changer fitôt de face , & prendre
de tous côtés un train de redreffement,
qui donne de fifavorables
efpérances pour l'avenir .
Pour commencer par la Hongrie,
on a admiré que l'Empereur
ait pû oppofer à tems de forces
capables de faire tête à cellesdes
en nemis , compofées de l'élite de
leurs Troupes, qui étoient fi fort
fuperieures en nombre aux
MERCUR . 143
1
troupes
Impérialles
. Il eſt vrai
celles-ci étoient
comman- que
dées par le Prince Eugene de
Savoye Mais il faut avoüer
ne s'attendoit
qu'on
pas
que ce General
, quelque
haute
opinion
qu'on cut de fa conduite
, pourroit
mander
fitôt
(& de l'attente
- même du Grand
Vizir ) l'entiere
défaite
de l'Armée
Ottomae
, prés de Peter-
Varadin
& d'une manierefi
com
pléte , qu'il n'a pas été poffible
auTurc defe rétablir
da refte de
la Campagne
. Cette
fameule
Victoire
fuivie de la conquétede
.
l'importante
Place deTemifvvar
& de plufieurs
autres
avantages
, a non feulement
délivré
Ja Hongrie , la Tranfilvanie
144 LE NOVEAUU
& les autres Provinces voifi.
nes , mais elle a porté la terreur
dans l'EmpireOttoman , & l'a ré,
duit àfontour àfouhaiter la paix:
Elle a relevé l'honneur des Armes
Chrêtiennes , & contribuć
par cette diverfion au foulagement
de la Dalmatie , à la retraite
précipitée de la flote Ottomane
, & à la levée du mémotable
Siége de Corfou , où le
Maréchal de Schulembourg a fibien
mérité par fa belle deffenfe ,
les honneurs qui lui ont été
décernez par le Sénat de Venife .
La République a commencé à
reprendre divers autres poftes ;
& elle fe voit en état de pouffer
heureufement fes progrés la
Campagne prochaine , par le fecours
MERCURE. 145
cours des forces auxiliaires d'Efpagne
, de Portugal , & des autres
Puiffances , qui fe trouvent
à la portée d'ouvrir la Campagne
de bonheur.
L'Italie le voit en même tems
délivrée de crainte , auffi bien
que la Pologne , où l'efprit de
pacification femble avoir repris
entierement le deffus : Et enfia
il y a lieu d'efperer que les
mefures que tant de grands
Princes prennent de concert ,
pour rétablir la paix du Nord,
produiront enfin leur effet pour
le bien de tous les Etats qui y
font interreffez , & pour le repos
de tant de peuples , qui fouffrent
depuis filong tems.
146 MERCURE
.
III.
L'Angleterre aprés avoir été
agitée violemment par deux Partis
oppofés , jouit à préfent d'un
calme , qui par les précautions
qu'elle a prifes , doit être du
rable. La nouvelle confédération
qu'elle vient de former avec
la France fur les fondements
folides d'une mutuelle confiance
, femble devoir en repondre .
Par cette Alliance , les deux
Royaumes ne fe trouvans plus ,
pour ainfi dire, en oppofition, comme
ci - devant : mais pûtôt en
conjonction ; l'un & l'autre Peuple
ne s'occupera à l'avenir qu'à
travailler l'envy à leur commune
confervation
MERCURE. 147
IV.
A l'égard de la France , quand
on confidere l'état où l'avoit réduit
la derniere Guerre , les dettes
immenfes contractées , les
Domaines de la Couronne alićnez
, les revenus de l'Etat prefque'anéantis
par une infinité de
Charges ; les Impofitions ordinaires
confommées par avance,
& les peuples épuifez ; on ne
peut s'empêcher de reconnoître
le bonheur du Royaume , d'a
voir trouvé un Prince Régent
pendant la Minorité du Nouveau
Roy , cap ble de foûtenig
un poids fi accablant , de dé
O ij
148 LE NOUVEAU
brouiller ce Cahos , & de s'ouvrir
une route fûre , pour procurer
enfin le foulagement des
Peuples , pour rétablir l'abondance
dans le Royaume , pour
pacifier les troubles de l'Eglife ,
& pour affermir la Paix au dedans
& au dehors . S. A. Royale
y a déja travaillé avec tant de
fuccés , & on eft fi perfuadé
que toutes ſes maximes tendent
à ce but , qu'on en peut efperer
qu'une très heureuſe iffuë ,
V.
L'Arrivée du Czar dans les
Provinces Unies , eft un évenement
des plus remarquables de
l'année derniere , & d'un bon
MERCURE . 149
augure pour l'avancement de la
Paix du Nord. La defcente en
Scanie , n'ayant pu avoir lieu au
temps marqué , à caufe de divers
contre- temps furvenus , &
ayant été renvoyée au Printems
prochain , Sa Majesté Czarienne
enfuite de quelques conferences
avec le Roy de Danemark
s'étoit renduë de Copenhague à
Havelberg, pour conferer avec
le Roi de Pruffe , aprés avoir
fait marcher fes Troupes dans le
Metklebourg , & fa Cavalerie en
Pologne , pour être à portée de
paffer au Printemps en Danemark.
En attendant , S M. eft
venue faire un tour en Hollande ,
ayant voulu revoir encore un
Pais pour lequel elle a toûjours
150 LEN OUVEAU
confervé beaucoup d'affection ,
depuis le voyage qu'elle y fie
en 1697. On efpere que le féjour
que S. M. y fera , ne fera pas
infructueux pour la Paix du
Nord : & que l'entre- vûë qu'elle
fe propofe d'avoir avec le Roi
de la Grande Bretagne , contribu
ra à faciliter l'execution
d'un fi bon deffein , pour lequel
leurs Majeftez ont une forte inclination.
Au refte , on ne peut
affez admirer l'attention de S.M.
Czarienne , à remarquer ce qu'il
ya de plus curieux dans les
Arts & les Sciences , & fon ap
plication à tout ce qui peut contribuer
à perf &tionner fes Sujets ,
àfon exemple , dans les connoiffances
utiles , outre toutes les
MERCURE. 15
autres grandes chofes qu'elle a
faites , & qui la font regarder
comme le Fondateur & le Legiflateur
d'un nouvel Empire .
le
On ne peut paffer fous filence
le Traité d'Alliance qui fut figné
4. de Janvier entre la France
& leurs Hautes- Puiffances , conjointement
avec 1 Angleterre
quoiqu'il anticipe fur l'année
1717. Ces Puiffances voisines
vont devenir en quelque maniere
le même Peuple : l'interêt
commun de fe maintenir dans
P'état tranquille dont ellesjoüiffent
par la Paix , fera un lien
puiffant, qui les tiendra unis in-
Téparablement.
152 LE NOUVEAU
VI.
ainf L'année derniere
que les précédentes , a fourni
diversexemples , qui remet
tent devant les yeux la fragilité,
& la viciffitude des chofes
humaines . Tel eft celui de
la naiſſance du Séréniffime Archiduc
, qui aprés avoir été un
fi grand fujet de joie pour la
Cour Imperiale , a été fi tốt
changé en un fujer de deuil , par
la mort de ce jeune Prince ; fans
néanmoins qu'il ait éteint les
efperances que l'on avoit conçûës
, puifqu'on a la confolation
de
MERCURE
.
153
de les voir renaître par l'heureufegroffeffe
de l'Imperatrice
.
Fermer
1162
p. 153-167
A ARICA. Côte du Perou. Ce 5 Fevrier 1716.
Début :
L'Homme est naturellement né curieux ; il est avide de / M[onsieur], Nous sommes enfin arrivez ici depuïs deux jours ; [...]
Mots clefs :
Pérou, Navigation, Expédition, Nouveau monde, Capitaine, Sauvages, Descriptions physiques, Îles, Colonies, Tour du monde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A ARICA. Côte du Perou. Ce 5 Fevrier 1716.
L'H
'Homme
eft naturellement
né curieux , il eft avide de
connoître
ce qui fe paffe au- delà
de fa fphere ordinaire
: quand il
ne peut fe tranfporter
lui - même
dans les Régions
les plus éloignées.
Il eft charmé d'être intruit
de ce qui s'y paffe par
quelque voyageur
, ou par quel
que defcription
qui puiffe cone
tenter fon défir ; c'eft ce qui
m'engage
de lui donner la Rela,
tion fuivante
: Elle contient
des
Faits affes finguliers
, pour être
communiquée
au Public ; je la
garantis trés fidéle & tres exacte,
Fanvier 1717 .
P
i54 LE NOUVEAU
4 . A ARICA.
M
Côte du Perou .
Ges Fevrier 17 16.
Nous fommes enfin arrivez
ici depuis deux jours ; ce
n'a pas été fans avoir effuyé
bien des travaux & des périls ,
auxquels on eft expofé pendant !
une navigation de 8 mois . Je
pafferai fous filence une infinité.
de hazards , tous plus terribles
les uns que les autres ; pour ve
nir à celui- ci , dont nous n'écha
MERCURE. 155
.
pâmes que par une efpéce de
miracles ; vous en jugerez par
le récit fuivant .
Après deux mois & demi de
tempête fur le Cap Hoorn , le
4 Avril ayant fait plufieurs ma-
Onoeuvres durant une nuit des
plus facheuſes , tantôt à la Cap
fous l'artimon , & quelquefois
arrivans fous les Fanons de Mifaine
, ne pouvants plus foûtenir
à la mer nous nous trouvâmes
à la pointe du jour à
deux lieues de la Terre de Feu ,
Le jour fe faifant , nous vîmes
l'impoffibilité qu'il y avoit de
doubler aucune pointe de la
terre , par le travers de laquelle
nous étions abîmans par la mer,
& le vent qui nous chargeoint
>
Pij
6 LENOUVEAU
à la côte. Nous jettames nos
canons à la Mer , & le Confeil
affemblé , on réfolut dans cette
extrémité de faire vent en arriere
fur la terre à mats & à
cordes fans voiles : aprés avoir
entrevû une eſpèce d'enfoulement
, remettant pour lors
notre fort à la miféricorde de
Dieu . Nous ne comptions déja 4
plus fur la vie , lorfque dans
une éclaircie qui fe fit , nous
découvrîmes un endroit , où
nous pourrions être à l'abri ;
nous y courumes avec la Mifaine
, nous y trouvâmes bon !
fond , & Y moüillâmes comme
dans un Port de falut. La joye
alors parut autant fur nos vi-
Lages , que l'abatement y étoit
**
MERCURE.
157
peint , une heure auparavant.
Nous y reftâmes quinze jours
par des tems affreux , dégradant
quelquefois d'un endroits
aprés avoir perdu nos ancres
pour aller chercher quelque
autre abri par de nouveaux hazards
. L'entrée de cette Baye
n'a pas plus de deux lieües de
large ; de forte qu'aprés les routes
différentes que nous fîmes
la nuit ; fi nous avions été une
lieue plus de l'avant , où plus
de l'arriere , nous perdions cette
ouverture que nous entrevîmes ,
& nous n'en revenions jamais .
Notre Navire a été le premier
qui ait jamais moüillé ſur cette
côte.
Le Jeudy - Saint , le Capis
Piij
158 LE NOUVEAU
taine & moi defcendîmes à terre
pour la confidérer , & tacher en
même tems de tuer quelque gibier
pour nous régaler , nous
apperçûmes de la fumée dans un
bois au bord de la mer ; ce qui
nous détermina à tourner vers
cet endroit , foupçonnants que
pourrions-nous découvrir quelques
Sauvages . Nous en trouvâmes
en effet , qui nous reçûrent
comme des gens épouventez ,
avec des hurlemens & des cris
terribles . Ils difparurent dans
l'inftant par une fuite précipitée ;
mais quelques moments aprés ,
ils revinrent en plus grand nombre
, & s'approchant de nous
peu à peu , ils
nuds comme
peur. Ils étoie erent d'avoir
"
MERCURE. -
159
eux .
la main , hommes , femmes &
enfants , s'affeyans comme des
finges fur la nége ou fur la glace .
Nous fimes abatre du bois , &
aprés avoir fait grand feu &
bonne garde , nous fimes bientôt
connoiffance avec
Les fignes en cette occafion ,
nous fervirent de truchement .
Notre Capitaine avec quelques
habiles tireurs allerent chaffer ;
pour moi je reftai avec une
vingtaine de nos gens au milieu
de ces Sauvages , que je ne
pouvois trop admirer , comme
de leur côté , ils ne pouvoient
s'abstenir de manier mes habits
& ma barbe. Ils font petits ,
mal faits , fans barbe ni poil
de couleur rougeatre , avec des
>
Piij
160 LE NOUVEAU
cheveux longs & noirs.
Pour les femmes , elles font
encore plus épouventables ;
leurs pendants aux oreilles , au
né & à la lévre inférieure , des
pierres ou coquilles de différentes
couleurs . Pour paroître
plus aimables , elles ont grand
foin de fe peindre le corps d'un
rouge trés éclatant , & le vifage
d'un noir auffi luifant qu'un
Maroquin du Levant. Ces Peuples
fe logent dans des tanieres
moitié dans la terre , & moitić ,
dehors . Ils n'ont que le langage
au- deffus des bêtes , faifant tou→
tes leurs néceffitez en vous para
lant , avec moins de fcrupule
que lorfque nous nous mouchons
. Notre troupe étant reveMERCURE.
` 161
nuë chargée de toutes fortes
de gibiers ; nous nous en fé
parâmes aprés leur avoir laiffé
quelques haches & des coureaux
: Ils nous donnerent en
troc des fléches d'une ftructure
nouvelle , avec des coliers de
differents petits coquillages ,que
je vous deftine à mon retour.
Le Vendredy- Saint ; nous
partîmes de cet endroit que
nous nomâmes la Baye Saint
François du nom de notre Nayire
, aprés y avoir planté une
grande Croix , fur laquelle nous
y gravâmes le nom de notre
Vaiffeau & l'année. 19
Le lendemain nous découvrîmes
quatre ou cinq Ifles jufques
lors inconnuës , auxquelles nous
Piiij
162 LE NOUVEAU
donnâmes le nom de notre Ca
pitaine Enfin aprés avoir extrémement
fouffert , nous arrivâmes
à la Conception du Chily
avec un peu de pain & d'eau ,
étant prefque tous fcorbutiques ,
l'air de la terre & la bonne
nourriture nous eurent bientôt
rétablis . C'eſt affûrement un
des plus beaux , Païs du monde ,
tout y abonde naturellement ,
fans qu'on ait befoin de culture .
Les femmes Espagnoles y
font plus que galantes , on y
joue , on y chaffe & l'on y fait
bonne chere : Enfin aprés quelques
mois de féjour , il nous a
fallu quitter ce canton pour
nous rendre à Arica , d'où je
vous écris , c'eft fans difficulté
MERCURE. 163
f
l'endroit de la côte où il aborde
le plus d'argent , par la proximité
des mines du Potofi , qui
font dans les terres avant ,
d'environ foixante lieuës. On
ne peut s'imaginer un Paifage
plus effroyable ; il femble
que ce n'eft qu'à regret que la
terre donne ce miférable métail ,
dont les pauvres mortels font
fi fort altérez. Aprés qu'on l'a
tiré des mines avec des peines
incroyables. On le tranfporte
à travers des montagnes arides
& feiches , fans eau ni aucune
verdure.
Nous fommes moüillez entre
deux petites montagnes
toutes blanches de fiente d'oiſeaux
: Il y en a une fi grande
164 LE NOUVEAU
quantité , que fort fouvent
ils nous dérobent la clarté du
Soleil . Les Efpagnols s'en fervent
comme d'un excellent fumier
, dont ils en chargent tous
les mois quelques Vaiffeaux
pour le tranfporter à Lima.
Nous formes affiegez d'une
fi prodigieufe quantité de Baleines
,que l'air qu'elles exallent,
joint à l'odeur de cette fiente ,
caufe une infection fi dangereufe
, qu'elle eft mortelle à la
p upart des Etrangers ; nos
François y trouvent prefque
tous , leur cimetiere , & s'il en
meurt dix ailleurs , il en perit
ici deux cents. La terre y tremble
continuellement , & quelquefois
d'une maniere fi terMERCURE.
165
l'on ne fçait où fe rerible
que
fugier
.
Si nous allons à la Chine , &
delà en France par les Indes
Orientales , nous aurons faits à
peu prés le tour du monde ;
je veux dire un cercle fur fa
circonférence ; ce qu'il y a d'extraordinaire
, la route aura toujours
pris de l'Oüeft en allant
comme en revenant.
Il y auroit bien des ſujets de
méditation pour un fçavant
Aftronome . Il y obferveroit des
Etoiles , des Méteors & des Phenoménes
qui changent de climat
en climat : la Lune - même
paroît fujette à des irrégulari
tez extraordinaires .
Nous avons vu pendant fix
16GLE NOUVEAU,
mois deux petits nuages d'étoil
les blanches , qu'on appelle
Magellaniques ; à préfent ils
ont difparus : En échange nous
avons recouvré de nouveaux
aftres , qui nous étoient cachez
auparavant .
ils ne
Pour nos Marins
font pas grands fpéculateurs
ils fe mocquent de moi , quand
ils me furprennent la nuit , faifant
la revûe de mes étoiles ;
ils me difent qu'on vient ici pour
voir des piaftres , & non les
aftres.
à
Nous avons compté en arrivant
ici , prés de 40 Navires
François , il n'en refte pas 15
préfent : Les uns après avoir
vendu à tous prix , font allés à
MERCURE. 167
la Chine , & les autres s'en
font retournez en France . Je ſuis
M. & c.
'Homme
eft naturellement
né curieux , il eft avide de
connoître
ce qui fe paffe au- delà
de fa fphere ordinaire
: quand il
ne peut fe tranfporter
lui - même
dans les Régions
les plus éloignées.
Il eft charmé d'être intruit
de ce qui s'y paffe par
quelque voyageur
, ou par quel
que defcription
qui puiffe cone
tenter fon défir ; c'eft ce qui
m'engage
de lui donner la Rela,
tion fuivante
: Elle contient
des
Faits affes finguliers
, pour être
communiquée
au Public ; je la
garantis trés fidéle & tres exacte,
Fanvier 1717 .
P
i54 LE NOUVEAU
4 . A ARICA.
M
Côte du Perou .
Ges Fevrier 17 16.
Nous fommes enfin arrivez
ici depuis deux jours ; ce
n'a pas été fans avoir effuyé
bien des travaux & des périls ,
auxquels on eft expofé pendant !
une navigation de 8 mois . Je
pafferai fous filence une infinité.
de hazards , tous plus terribles
les uns que les autres ; pour ve
nir à celui- ci , dont nous n'écha
MERCURE. 155
.
pâmes que par une efpéce de
miracles ; vous en jugerez par
le récit fuivant .
Après deux mois & demi de
tempête fur le Cap Hoorn , le
4 Avril ayant fait plufieurs ma-
Onoeuvres durant une nuit des
plus facheuſes , tantôt à la Cap
fous l'artimon , & quelquefois
arrivans fous les Fanons de Mifaine
, ne pouvants plus foûtenir
à la mer nous nous trouvâmes
à la pointe du jour à
deux lieues de la Terre de Feu ,
Le jour fe faifant , nous vîmes
l'impoffibilité qu'il y avoit de
doubler aucune pointe de la
terre , par le travers de laquelle
nous étions abîmans par la mer,
& le vent qui nous chargeoint
>
Pij
6 LENOUVEAU
à la côte. Nous jettames nos
canons à la Mer , & le Confeil
affemblé , on réfolut dans cette
extrémité de faire vent en arriere
fur la terre à mats & à
cordes fans voiles : aprés avoir
entrevû une eſpèce d'enfoulement
, remettant pour lors
notre fort à la miféricorde de
Dieu . Nous ne comptions déja 4
plus fur la vie , lorfque dans
une éclaircie qui fe fit , nous
découvrîmes un endroit , où
nous pourrions être à l'abri ;
nous y courumes avec la Mifaine
, nous y trouvâmes bon !
fond , & Y moüillâmes comme
dans un Port de falut. La joye
alors parut autant fur nos vi-
Lages , que l'abatement y étoit
**
MERCURE.
157
peint , une heure auparavant.
Nous y reftâmes quinze jours
par des tems affreux , dégradant
quelquefois d'un endroits
aprés avoir perdu nos ancres
pour aller chercher quelque
autre abri par de nouveaux hazards
. L'entrée de cette Baye
n'a pas plus de deux lieües de
large ; de forte qu'aprés les routes
différentes que nous fîmes
la nuit ; fi nous avions été une
lieue plus de l'avant , où plus
de l'arriere , nous perdions cette
ouverture que nous entrevîmes ,
& nous n'en revenions jamais .
Notre Navire a été le premier
qui ait jamais moüillé ſur cette
côte.
Le Jeudy - Saint , le Capis
Piij
158 LE NOUVEAU
taine & moi defcendîmes à terre
pour la confidérer , & tacher en
même tems de tuer quelque gibier
pour nous régaler , nous
apperçûmes de la fumée dans un
bois au bord de la mer ; ce qui
nous détermina à tourner vers
cet endroit , foupçonnants que
pourrions-nous découvrir quelques
Sauvages . Nous en trouvâmes
en effet , qui nous reçûrent
comme des gens épouventez ,
avec des hurlemens & des cris
terribles . Ils difparurent dans
l'inftant par une fuite précipitée ;
mais quelques moments aprés ,
ils revinrent en plus grand nombre
, & s'approchant de nous
peu à peu , ils
nuds comme
peur. Ils étoie erent d'avoir
"
MERCURE. -
159
eux .
la main , hommes , femmes &
enfants , s'affeyans comme des
finges fur la nége ou fur la glace .
Nous fimes abatre du bois , &
aprés avoir fait grand feu &
bonne garde , nous fimes bientôt
connoiffance avec
Les fignes en cette occafion ,
nous fervirent de truchement .
Notre Capitaine avec quelques
habiles tireurs allerent chaffer ;
pour moi je reftai avec une
vingtaine de nos gens au milieu
de ces Sauvages , que je ne
pouvois trop admirer , comme
de leur côté , ils ne pouvoient
s'abstenir de manier mes habits
& ma barbe. Ils font petits ,
mal faits , fans barbe ni poil
de couleur rougeatre , avec des
>
Piij
160 LE NOUVEAU
cheveux longs & noirs.
Pour les femmes , elles font
encore plus épouventables ;
leurs pendants aux oreilles , au
né & à la lévre inférieure , des
pierres ou coquilles de différentes
couleurs . Pour paroître
plus aimables , elles ont grand
foin de fe peindre le corps d'un
rouge trés éclatant , & le vifage
d'un noir auffi luifant qu'un
Maroquin du Levant. Ces Peuples
fe logent dans des tanieres
moitié dans la terre , & moitić ,
dehors . Ils n'ont que le langage
au- deffus des bêtes , faifant tou→
tes leurs néceffitez en vous para
lant , avec moins de fcrupule
que lorfque nous nous mouchons
. Notre troupe étant reveMERCURE.
` 161
nuë chargée de toutes fortes
de gibiers ; nous nous en fé
parâmes aprés leur avoir laiffé
quelques haches & des coureaux
: Ils nous donnerent en
troc des fléches d'une ftructure
nouvelle , avec des coliers de
differents petits coquillages ,que
je vous deftine à mon retour.
Le Vendredy- Saint ; nous
partîmes de cet endroit que
nous nomâmes la Baye Saint
François du nom de notre Nayire
, aprés y avoir planté une
grande Croix , fur laquelle nous
y gravâmes le nom de notre
Vaiffeau & l'année. 19
Le lendemain nous découvrîmes
quatre ou cinq Ifles jufques
lors inconnuës , auxquelles nous
Piiij
162 LE NOUVEAU
donnâmes le nom de notre Ca
pitaine Enfin aprés avoir extrémement
fouffert , nous arrivâmes
à la Conception du Chily
avec un peu de pain & d'eau ,
étant prefque tous fcorbutiques ,
l'air de la terre & la bonne
nourriture nous eurent bientôt
rétablis . C'eſt affûrement un
des plus beaux , Païs du monde ,
tout y abonde naturellement ,
fans qu'on ait befoin de culture .
Les femmes Espagnoles y
font plus que galantes , on y
joue , on y chaffe & l'on y fait
bonne chere : Enfin aprés quelques
mois de féjour , il nous a
fallu quitter ce canton pour
nous rendre à Arica , d'où je
vous écris , c'eft fans difficulté
MERCURE. 163
f
l'endroit de la côte où il aborde
le plus d'argent , par la proximité
des mines du Potofi , qui
font dans les terres avant ,
d'environ foixante lieuës. On
ne peut s'imaginer un Paifage
plus effroyable ; il femble
que ce n'eft qu'à regret que la
terre donne ce miférable métail ,
dont les pauvres mortels font
fi fort altérez. Aprés qu'on l'a
tiré des mines avec des peines
incroyables. On le tranfporte
à travers des montagnes arides
& feiches , fans eau ni aucune
verdure.
Nous fommes moüillez entre
deux petites montagnes
toutes blanches de fiente d'oiſeaux
: Il y en a une fi grande
164 LE NOUVEAU
quantité , que fort fouvent
ils nous dérobent la clarté du
Soleil . Les Efpagnols s'en fervent
comme d'un excellent fumier
, dont ils en chargent tous
les mois quelques Vaiffeaux
pour le tranfporter à Lima.
Nous formes affiegez d'une
fi prodigieufe quantité de Baleines
,que l'air qu'elles exallent,
joint à l'odeur de cette fiente ,
caufe une infection fi dangereufe
, qu'elle eft mortelle à la
p upart des Etrangers ; nos
François y trouvent prefque
tous , leur cimetiere , & s'il en
meurt dix ailleurs , il en perit
ici deux cents. La terre y tremble
continuellement , & quelquefois
d'une maniere fi terMERCURE.
165
l'on ne fçait où fe rerible
que
fugier
.
Si nous allons à la Chine , &
delà en France par les Indes
Orientales , nous aurons faits à
peu prés le tour du monde ;
je veux dire un cercle fur fa
circonférence ; ce qu'il y a d'extraordinaire
, la route aura toujours
pris de l'Oüeft en allant
comme en revenant.
Il y auroit bien des ſujets de
méditation pour un fçavant
Aftronome . Il y obferveroit des
Etoiles , des Méteors & des Phenoménes
qui changent de climat
en climat : la Lune - même
paroît fujette à des irrégulari
tez extraordinaires .
Nous avons vu pendant fix
16GLE NOUVEAU,
mois deux petits nuages d'étoil
les blanches , qu'on appelle
Magellaniques ; à préfent ils
ont difparus : En échange nous
avons recouvré de nouveaux
aftres , qui nous étoient cachez
auparavant .
ils ne
Pour nos Marins
font pas grands fpéculateurs
ils fe mocquent de moi , quand
ils me furprennent la nuit , faifant
la revûe de mes étoiles ;
ils me difent qu'on vient ici pour
voir des piaftres , & non les
aftres.
à
Nous avons compté en arrivant
ici , prés de 40 Navires
François , il n'en refte pas 15
préfent : Les uns après avoir
vendu à tous prix , font allés à
MERCURE. 167
la Chine , & les autres s'en
font retournez en France . Je ſuis
M. & c.
Fermer
1163
p. 167-173
A QUEBEC. Le 18 Octobre 1716.
Début :
Aprés avoir promené le Lecteur dans l'Amérique Méridionale, Occidentale, / M[onsieur], Nous sortons d'une expédition contre les Sauvages [...]
Mots clefs :
Expédition, Sauvages, Fort, Peuple, Québec, Fleuve, Artillerie, Colonies, Gouverneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A QUEBEC. Le 18 Octobre 1716.
APrés avoir promené leLecteur
dans l'Amérique Méridionale
, Occidentale ; tranfportons
le à preſent dans la Septentrionale,
En y voyant un autre
Ciel, il y verra d'autres Peu-
Ples , d'autres moeurs . Je lui
donnerai le fpectacle d'un Siége
dans les formes , & comment
il a été attaqué par les François
& défendu par les Sauvages ; II
n'a qu'à me fuivre.
168 LE NOUVEAU
M
A QUEBEC.
Le 18 Octobre 1716.
Nous fortons d'une expédi
tion contre les Sauvages denhaut
, qui mérite bien que je
vous en communique les particularitez,
Ces Peuples connus fous le
nom des Outagamis ; c'eſt - à -
dire Renards , fe confiant (ur un
nouveau Fort qu'ils avoient éle
vés & qu'ils croyoient imprena
bles , faifoient des courfes continuelles
fur les autres Nations
amies
MERCURE. 169
amies desFrançois , & interrompoient
par là le cours du Commerce.
Pour reprimer ces défordres
& les mettre à la raifon , on
forma un petit corps d'Armée ,
composé de 300 François , auxquels
on joignit 600 Sauvages
de nos Aliez . Mr de Louvigny
Major de Quebec , & tres brave
Officier , fut chargé du commandement
de cette Troupe
aprés plus de 400 lieues de marche
nous arrivâmes enfin proche
les habitations des Renards ;
cette Nation eft à l'Ouest du
Lac des Illinois , proche la Baye
des Poute bu Atamis , & prés la
fource d'Ovisconfin , petite Riviere
qui fejette dans le Fleuve
Fanvier 1717. Q
170 LE NOU VE A U
du Mififfipi , nous les trouvâmes
retranches derriere trois rangs
de hautes Paliffades de gros bois
de Chêne , chacune féparée par
des foffés tres profonds . Malgré
la difficulté de l'entreprife, on fit
toutes les difpofitions neceffaires
poar les attaquer : la Tranchée
fut ouverte affez prés de la Paliffade
ils firent un feu continuel
de moufqueterie fur nous
pendant deux jours & demi :
maisfimal - à- propos ; que tous
leurs coups étoient perdus ; le
notre fut bien different ; comme
nous avions fait tranfporter
dans nos Canots deux mortiers
à grenades & quatre petites piéces
de Campagne ; cette artilieric
fit feu en même tems , une
A
ཟླ
MERCURE. 171
de nos grenades ayant crevée en
l'air , leurs femmes en furent fi
effrayées qu'elles fe mirent à
crier , voilà la mort qui vole
le maître de la vie eft irrité contre
nous. La feconde grenade
fit un effet beaucoup plus terrible
: car étant tombée fur une
de leur Cabane , elle en creva
le toit , & une vafte chaudiere
dont les éclats tuérent ou blefferent
plufieurs de ces Sauvages.
Les Outagamis confternés de
cefr acas , n'antendirent pas
qu'on les forçat : ils députérent
un de leurs principaux chefs
avec le Calumet ou la pipe de
paix , pour traiter d'accommodement
on leurs a impofé telle
Loy qu'il a plû ; on les a obligés
"
Qij
172 LE NOUVEAU
furtout , à nous dédomager de
la dépenfe que la Colonie avoit
faite pour les réduire , & à nous
remettre fix des plus confidérables
de leur Nation en otage .
Il y avoit environ trois mille
perfonnes dans ce Fort , dont
la moitié ; fçavoir, les Viellards ,
femmes & enfans s'étoit enfouie
fous terre comme des Renards
dans de profondes cavernes que
ces Peuples avoient pratiqués au
milieu de ce rempart : cette at .
taque ne nous a coûté que deux
de nos Alliez , & un François
bleffé.
Mrle Marquis de Vaudreuil
Gouverneur Général de la Conie
, arriva ici de France fur la
fin de Septembre : il y étoit pafMERCURE.
1-3
fe pour nous procurer de nouveaux
avantages. Jefuis M & c .
dans l'Amérique Méridionale
, Occidentale ; tranfportons
le à preſent dans la Septentrionale,
En y voyant un autre
Ciel, il y verra d'autres Peu-
Ples , d'autres moeurs . Je lui
donnerai le fpectacle d'un Siége
dans les formes , & comment
il a été attaqué par les François
& défendu par les Sauvages ; II
n'a qu'à me fuivre.
168 LE NOUVEAU
M
A QUEBEC.
Le 18 Octobre 1716.
Nous fortons d'une expédi
tion contre les Sauvages denhaut
, qui mérite bien que je
vous en communique les particularitez,
Ces Peuples connus fous le
nom des Outagamis ; c'eſt - à -
dire Renards , fe confiant (ur un
nouveau Fort qu'ils avoient éle
vés & qu'ils croyoient imprena
bles , faifoient des courfes continuelles
fur les autres Nations
amies
MERCURE. 169
amies desFrançois , & interrompoient
par là le cours du Commerce.
Pour reprimer ces défordres
& les mettre à la raifon , on
forma un petit corps d'Armée ,
composé de 300 François , auxquels
on joignit 600 Sauvages
de nos Aliez . Mr de Louvigny
Major de Quebec , & tres brave
Officier , fut chargé du commandement
de cette Troupe
aprés plus de 400 lieues de marche
nous arrivâmes enfin proche
les habitations des Renards ;
cette Nation eft à l'Ouest du
Lac des Illinois , proche la Baye
des Poute bu Atamis , & prés la
fource d'Ovisconfin , petite Riviere
qui fejette dans le Fleuve
Fanvier 1717. Q
170 LE NOU VE A U
du Mififfipi , nous les trouvâmes
retranches derriere trois rangs
de hautes Paliffades de gros bois
de Chêne , chacune féparée par
des foffés tres profonds . Malgré
la difficulté de l'entreprife, on fit
toutes les difpofitions neceffaires
poar les attaquer : la Tranchée
fut ouverte affez prés de la Paliffade
ils firent un feu continuel
de moufqueterie fur nous
pendant deux jours & demi :
maisfimal - à- propos ; que tous
leurs coups étoient perdus ; le
notre fut bien different ; comme
nous avions fait tranfporter
dans nos Canots deux mortiers
à grenades & quatre petites piéces
de Campagne ; cette artilieric
fit feu en même tems , une
A
ཟླ
MERCURE. 171
de nos grenades ayant crevée en
l'air , leurs femmes en furent fi
effrayées qu'elles fe mirent à
crier , voilà la mort qui vole
le maître de la vie eft irrité contre
nous. La feconde grenade
fit un effet beaucoup plus terrible
: car étant tombée fur une
de leur Cabane , elle en creva
le toit , & une vafte chaudiere
dont les éclats tuérent ou blefferent
plufieurs de ces Sauvages.
Les Outagamis confternés de
cefr acas , n'antendirent pas
qu'on les forçat : ils députérent
un de leurs principaux chefs
avec le Calumet ou la pipe de
paix , pour traiter d'accommodement
on leurs a impofé telle
Loy qu'il a plû ; on les a obligés
"
Qij
172 LE NOUVEAU
furtout , à nous dédomager de
la dépenfe que la Colonie avoit
faite pour les réduire , & à nous
remettre fix des plus confidérables
de leur Nation en otage .
Il y avoit environ trois mille
perfonnes dans ce Fort , dont
la moitié ; fçavoir, les Viellards ,
femmes & enfans s'étoit enfouie
fous terre comme des Renards
dans de profondes cavernes que
ces Peuples avoient pratiqués au
milieu de ce rempart : cette at .
taque ne nous a coûté que deux
de nos Alliez , & un François
bleffé.
Mrle Marquis de Vaudreuil
Gouverneur Général de la Conie
, arriva ici de France fur la
fin de Septembre : il y étoit pafMERCURE.
1-3
fe pour nous procurer de nouveaux
avantages. Jefuis M & c .
Fermer
1164
p. 230-233
ARTICLE DE PARIS.
Début :
Puis-je mieux commencer que par le Roy ; ses jours sont trop chers [...]
Mots clefs :
Roi, Espérance, Études, Sa Majesté, Officiers, Assemblée, Bonne année
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DE PARIS.
ARTICLES DE PARIS.
Puis- je mieux commencer que
par le Roy ; fes jours font trop
chers à fes Peuples pour avoir
manqué de faire des voeux tres-
' ardents pour fa fanté . Elle eft
dans un état qui doit raffurer
tous les Sujets , puifqu'elle nous
donne l'efperance de la plus longue
vie , les forces du corps &
de l'efprit augmentent de jour
à autre ; il femble qu'à meſure
que S. M. approche du temps
cù Elle doit paffer ſous le gouMERCURE
231
vernement des hommes , Elle fe
défaffe de l'enfance . On en juge
par fes études favorites , beaucoup
plus ferieuſes que ne le
comporte fon âge ; la Géographie
fait fes délices , le Roy la
poffede à un point qu'il eft difficile
même dans un âge plus avancé
, d'en avoir des idées plus
préfentes ; il aime paffionement
tout ce qui a raport à cette Science
; comme Spheres , Globes ,
Compas , Figures de Mathematiques
, & c. Ne croïez pas , Monfieur
, que j'exagere ; toutes les
perfonnes qui ont l'honneur
d'approcher de S. M. & de fe
trouver à fes exercices , font autant
de témoins de ce que j'avance.
232 LE NOUVEAU
Si ces circonftances ont dequoi
vous furprendre , vous ne
le ferez pas moins de la réponſe
que S. M.fit à un de fes Officiers ,
qui lui dit , SiRF , V. M. n'at'elle
pas lieu d'être contente de
la tripleAlliance qui vient d'être
fignée entre la France , l'Angleterre
& la Hollande ; le Roy
répliqua fans hésiter , oüy , Je
fuis trés-content, mais mes Alliés
ne le doivent pas
être moins que
moi ; car je les deffendrai de tout
mon pouvoir , fi on les attaque .
Aprés un trait auffi remarquable
je paffe aprefent aux Penfions
& auxCharges conferées .
Le jour de l'An il v eût un fi
grand concours de Princes &
Princeffes , de Seigneurs & de
MERCURE.
233
toutes fortes de perfonnes de
diftinction , pour fouhaitter la
bonne année au Roy , que la
Cour n'a été depuis long- temps,
ni fi nombreuſe , ni fi brillante .
Toute cette Cour au fortir de
chez le Roy , alla fouhaiter la
bonne année à Madame Ducheffe
de Berry. Les Chefs des
Compagnies Superieures , avec
tous les Officiers de la Ville ,
ainfi que les Ambaffadeurs des
Têtes couronnées furent admis
à la Toilette de cette Princeffe.
Cette magnifique Affemblée
fe tranfporta enfuite au Palais
Royal où elle rendit les mêmes
devoirs à Madame & à leurs Alteffes
Royales .
Puis- je mieux commencer que
par le Roy ; fes jours font trop
chers à fes Peuples pour avoir
manqué de faire des voeux tres-
' ardents pour fa fanté . Elle eft
dans un état qui doit raffurer
tous les Sujets , puifqu'elle nous
donne l'efperance de la plus longue
vie , les forces du corps &
de l'efprit augmentent de jour
à autre ; il femble qu'à meſure
que S. M. approche du temps
cù Elle doit paffer ſous le gouMERCURE
231
vernement des hommes , Elle fe
défaffe de l'enfance . On en juge
par fes études favorites , beaucoup
plus ferieuſes que ne le
comporte fon âge ; la Géographie
fait fes délices , le Roy la
poffede à un point qu'il eft difficile
même dans un âge plus avancé
, d'en avoir des idées plus
préfentes ; il aime paffionement
tout ce qui a raport à cette Science
; comme Spheres , Globes ,
Compas , Figures de Mathematiques
, & c. Ne croïez pas , Monfieur
, que j'exagere ; toutes les
perfonnes qui ont l'honneur
d'approcher de S. M. & de fe
trouver à fes exercices , font autant
de témoins de ce que j'avance.
232 LE NOUVEAU
Si ces circonftances ont dequoi
vous furprendre , vous ne
le ferez pas moins de la réponſe
que S. M.fit à un de fes Officiers ,
qui lui dit , SiRF , V. M. n'at'elle
pas lieu d'être contente de
la tripleAlliance qui vient d'être
fignée entre la France , l'Angleterre
& la Hollande ; le Roy
répliqua fans hésiter , oüy , Je
fuis trés-content, mais mes Alliés
ne le doivent pas
être moins que
moi ; car je les deffendrai de tout
mon pouvoir , fi on les attaque .
Aprés un trait auffi remarquable
je paffe aprefent aux Penfions
& auxCharges conferées .
Le jour de l'An il v eût un fi
grand concours de Princes &
Princeffes , de Seigneurs & de
MERCURE.
233
toutes fortes de perfonnes de
diftinction , pour fouhaitter la
bonne année au Roy , que la
Cour n'a été depuis long- temps,
ni fi nombreuſe , ni fi brillante .
Toute cette Cour au fortir de
chez le Roy , alla fouhaiter la
bonne année à Madame Ducheffe
de Berry. Les Chefs des
Compagnies Superieures , avec
tous les Officiers de la Ville ,
ainfi que les Ambaffadeurs des
Têtes couronnées furent admis
à la Toilette de cette Princeffe.
Cette magnifique Affemblée
fe tranfporta enfuite au Palais
Royal où elle rendit les mêmes
devoirs à Madame & à leurs Alteffes
Royales .
Fermer
1165
p. 234-236
Dons du Roy.
Début :
Le même jour S. M. tint Chapitre General de l'Ordre du [...]
Mots clefs :
Ordre du Saint-Esprit, Monseigneur, Duc, Dons, Roi, Argent, Valets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy.
Dons du Roy.
Le même jour S. M. tint Chapitre
General de l'Ordre du S.
Efprit , où il fut arrêté qu'on enverroit
l'ordre auRoy d'Espagne
pour le conferer au Prince des
Afturies.
› Monſeigneur le Duc Regent
regla enfuite avec Madame de
Vantadour les Penfions de ceux
& celles qui avoient fervi le
Roy.
Mefdames de Villefort & de
la LandeSous - Gouvernantes de
S. M. furent gratifiées de 6000.
livres de penfion annuelle , chacune
, & de joo . écus pour lear
logement.
MERCURE. 23
Les quatre premieres femmes
de Chambre furent reglées à
2000.livres de penfion chacune,
outre 800. livres pour loge,
ment.
Les feize femmes de Chambre
à 1280. livres & 600. livres pour
logement ..
Les trois Valets de Chambre
du Roy ont été confervez avec
leur gage & nourriture , comme
cy - devant , pour fervir toute
l'année , en qualité de furnume
raires avec les Valets de Chambre
ordinaires .
Des trois Garçons de la Chambre
, deux ont été conſervez &
feront le fervice avec les Garçons
ordinaires de la Chambre ;
le troifiéme qui étoit âgé , s'eſt
236 LE NOUVEAU
retiré a
fion .
avec 300. livres de pen
On a gardé les deux Portes
males du Roy.
Le même jour S. M. tint Chapitre
General de l'Ordre du S.
Efprit , où il fut arrêté qu'on enverroit
l'ordre auRoy d'Espagne
pour le conferer au Prince des
Afturies.
› Monſeigneur le Duc Regent
regla enfuite avec Madame de
Vantadour les Penfions de ceux
& celles qui avoient fervi le
Roy.
Mefdames de Villefort & de
la LandeSous - Gouvernantes de
S. M. furent gratifiées de 6000.
livres de penfion annuelle , chacune
, & de joo . écus pour lear
logement.
MERCURE. 23
Les quatre premieres femmes
de Chambre furent reglées à
2000.livres de penfion chacune,
outre 800. livres pour loge,
ment.
Les feize femmes de Chambre
à 1280. livres & 600. livres pour
logement ..
Les trois Valets de Chambre
du Roy ont été confervez avec
leur gage & nourriture , comme
cy - devant , pour fervir toute
l'année , en qualité de furnume
raires avec les Valets de Chambre
ordinaires .
Des trois Garçons de la Chambre
, deux ont été conſervez &
feront le fervice avec les Garçons
ordinaires de la Chambre ;
le troifiéme qui étoit âgé , s'eſt
236 LE NOUVEAU
retiré a
fion .
avec 300. livres de pen
On a gardé les deux Portes
males du Roy.
Fermer
1166
p. 236-237
ARTICLE DES CHARGES conferés.
Début :
Le Roy ayant accordé la survivance de Colonel du Regiment [...]
Mots clefs :
Roi, Charges, Colonel, Fidélité, Lieutenant au régiment du roi, Capitaines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES CHARGES conferés.
ARTICLE DES CHARGES
conferés .
Le Roy ayant accordé la furvivance
de Colonel du Regiment
des Gardes Françoifes à
M. le Duc de Louvigny le 17.
ce Seigneur en prit poffeffion &
en preta ferment de fidelité entre
les mains de M. le Maréchal
d'iftrées. le Regiment défilant
en préſence de S. M.
La veille , la Lieutenance de
Roy du Château Trompette, vacante
par la mort de M. de la
MERCURE. 237
Fond , fut donnée à M. de Cadrieux
Maréchal de Camp.
La Lieuten ance de Roy de
Phalzbourg avoit été quelque
tempsauparavant conferée à M.
de Mauroy , un des plus anciens
& desplus braves Officiers de S.
M. y ayant peu d'action éclatante
fous le Regne de Louis le
XIV . où il ne fe foit ſignalé .
M. Des vieux Capitaine au Regiment
de Navarre a été gratifié
de la Lieutenance de Roy de
S. Jean Pied-de Por,
conferés .
Le Roy ayant accordé la furvivance
de Colonel du Regiment
des Gardes Françoifes à
M. le Duc de Louvigny le 17.
ce Seigneur en prit poffeffion &
en preta ferment de fidelité entre
les mains de M. le Maréchal
d'iftrées. le Regiment défilant
en préſence de S. M.
La veille , la Lieutenance de
Roy du Château Trompette, vacante
par la mort de M. de la
MERCURE. 237
Fond , fut donnée à M. de Cadrieux
Maréchal de Camp.
La Lieuten ance de Roy de
Phalzbourg avoit été quelque
tempsauparavant conferée à M.
de Mauroy , un des plus anciens
& desplus braves Officiers de S.
M. y ayant peu d'action éclatante
fous le Regne de Louis le
XIV . où il ne fe foit ſignalé .
M. Des vieux Capitaine au Regiment
de Navarre a été gratifié
de la Lieutenance de Roy de
S. Jean Pied-de Por,
Fermer
1167
p. 237-242
Audience donnée aux Députez de Bretagne.
Début :
Le 18. les Députés des Etats de Bretagne eût [...]
Mots clefs :
Duchesse, Bretagne, Comte, Évêque, Cérémonie, Marquis, Gardes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audience donnée aux Députez de Bretagne.
Audience donnée aux Députez
de Bretagne.
Le 18. les Députés des Etats
de Bretagnecûrentu Adiance du
138 LE NOUVEAU
Roy à midy. Ils furent prefentez
par M. le Comte de Touloufe,
Gouverneur de la Province .
La Députation étoit compofée
de l'Evêque de S. Brieux pour le
Clergé, du Duc de la Tremoille
pour la Nobleffe , du Sieur de
la Gacherie Sénéchal de Nantes
pour le Tiers état.
Le 21 de ce mois , le Roy
alla au Palais du Luxembourg ,
rendre vifite à Madame Ducheffe
de Berry. S. M. étoit
accompagnée de Mr le Duc
du Maine , de Mr le Prince de-
Dombes de Mr le Comte
d'Eu , du Prince Charles , de
Mde la Ducheffe de Vantadour
La Gouvernante , & du refte de
MERCURE. 239
fa Maiſon. Elle avoit été précédée
d'un détachement de fes
Gardes du Corps & de les Cent-
Suiffes. A fon arrivée , S. M.
trouva Mr le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des
Gardes , qui la reçût à l'entrée
de la Salle des Gardes ; Mdẹ
la Marquise de Pons Dame
d'Atour à l'entrée de l'Anti
Chambre & M Ducheffe
de Berry à l'entrée de fa Cham,
bre. La vifite fe paſſa de bout ,
& S M. fut reconduite de
même qu'Elle avoit été reçûë.
le même jour à fix heures du
foir , les Etats de Bretagne fe
rendirent aufli au Palais du
Luxembourg , ayant à leur tête
Mr.l'Evêque de S. Brieu , qui
•
240 LE NOUVEAU
harangua cette Princeffe avec
beaucoup d'éloquence . Son difcours
fut trés applaudi : Mr le
Duc de la Tremoille étoit
auffi à la tête des Etats qui
furent préfentez par Mr le Marquis
de Dreux Grand Maître
des Cérémonies & > par Mr
Defgranges Maître des Cérémonies.
Le 27 , on fut tout à coup
furprit de voir une Belande ,
qui remontoit la riviere de Seine
à pleines voiles , ayant toutes
fes banderoles au vent. Elle jetta
l'ancre fur les onze heures
du matin , vis-à-vis le gros Pavillon
des Thuilleries . En arrivant
, elle fit trois décharges
confécutives de fon Artillerie .
C'eft
MERCURE. 241
C'est le fieur Pierre Rhofnay ,
Marchand négociant à Rouen ,
qui l'a conduite à Paris . Elle
porte deux petites piéces de canon
, & quatre pierriers , avec
cinq hommes d'Equipage . Elle
eft chargée de huit milliers de
morue & de quelques fromages.
Elle eft partie de Honfleur le
dix -fept de Janvier , a paffé à
Rouen le vingt - un , & eft
arrivée à Paris le vingt - fept .
Elle n'a qu'un mas & une vergue
, portant Pavillon de differentes
Nations , pour la décoration
feulement.
Belande ou Belandre cft un
petit Batiment de Mer , qui eſt
fort plat de varangue , qui a
fou appareil de mats & de voi-
Fanvier 1717.
Y
242 LE NOUVEAU
#
les ,femblable à celui d'un Heu-
& dont la couverte ou le Tillac
s'élève de prouë à poupe
d'un demi pied plufque le plat
bord. Les plus grandes qui
font de So tonneaux , fe peuvent
conduire par trois ou quatre
hommes. On s'en fert principalement
dans la baffe Flandre
, pour aller fur les canaux
& fur les rivieres,
de Bretagne.
Le 18. les Députés des Etats
de Bretagnecûrentu Adiance du
138 LE NOUVEAU
Roy à midy. Ils furent prefentez
par M. le Comte de Touloufe,
Gouverneur de la Province .
La Députation étoit compofée
de l'Evêque de S. Brieux pour le
Clergé, du Duc de la Tremoille
pour la Nobleffe , du Sieur de
la Gacherie Sénéchal de Nantes
pour le Tiers état.
Le 21 de ce mois , le Roy
alla au Palais du Luxembourg ,
rendre vifite à Madame Ducheffe
de Berry. S. M. étoit
accompagnée de Mr le Duc
du Maine , de Mr le Prince de-
Dombes de Mr le Comte
d'Eu , du Prince Charles , de
Mde la Ducheffe de Vantadour
La Gouvernante , & du refte de
MERCURE. 239
fa Maiſon. Elle avoit été précédée
d'un détachement de fes
Gardes du Corps & de les Cent-
Suiffes. A fon arrivée , S. M.
trouva Mr le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des
Gardes , qui la reçût à l'entrée
de la Salle des Gardes ; Mdẹ
la Marquise de Pons Dame
d'Atour à l'entrée de l'Anti
Chambre & M Ducheffe
de Berry à l'entrée de fa Cham,
bre. La vifite fe paſſa de bout ,
& S M. fut reconduite de
même qu'Elle avoit été reçûë.
le même jour à fix heures du
foir , les Etats de Bretagne fe
rendirent aufli au Palais du
Luxembourg , ayant à leur tête
Mr.l'Evêque de S. Brieu , qui
•
240 LE NOUVEAU
harangua cette Princeffe avec
beaucoup d'éloquence . Son difcours
fut trés applaudi : Mr le
Duc de la Tremoille étoit
auffi à la tête des Etats qui
furent préfentez par Mr le Marquis
de Dreux Grand Maître
des Cérémonies & > par Mr
Defgranges Maître des Cérémonies.
Le 27 , on fut tout à coup
furprit de voir une Belande ,
qui remontoit la riviere de Seine
à pleines voiles , ayant toutes
fes banderoles au vent. Elle jetta
l'ancre fur les onze heures
du matin , vis-à-vis le gros Pavillon
des Thuilleries . En arrivant
, elle fit trois décharges
confécutives de fon Artillerie .
C'eft
MERCURE. 241
C'est le fieur Pierre Rhofnay ,
Marchand négociant à Rouen ,
qui l'a conduite à Paris . Elle
porte deux petites piéces de canon
, & quatre pierriers , avec
cinq hommes d'Equipage . Elle
eft chargée de huit milliers de
morue & de quelques fromages.
Elle eft partie de Honfleur le
dix -fept de Janvier , a paffé à
Rouen le vingt - un , & eft
arrivée à Paris le vingt - fept .
Elle n'a qu'un mas & une vergue
, portant Pavillon de differentes
Nations , pour la décoration
feulement.
Belande ou Belandre cft un
petit Batiment de Mer , qui eſt
fort plat de varangue , qui a
fou appareil de mats & de voi-
Fanvier 1717.
Y
242 LE NOUVEAU
#
les ,femblable à celui d'un Heu-
& dont la couverte ou le Tillac
s'élève de prouë à poupe
d'un demi pied plufque le plat
bord. Les plus grandes qui
font de So tonneaux , fe peuvent
conduire par trois ou quatre
hommes. On s'en fert principalement
dans la baffe Flandre
, pour aller fur les canaux
& fur les rivieres,
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1168
p. 242-243
MARIAGES.
Début :
Le 25. le Roy signa le Contrat de mariage du fils du Duc [...]
Mots clefs :
Mariage, Duc, Contrat de mariage, Procureur général, Nièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
E 23. le Roy figna le
LContrat de mariage du
As du Duc de Popoly avec Muc
MERCURE . 243
des
de Bouflers , en préſence de
l'Ambaſſadeur d'Efpagne .
Le 25 S. M. figna pareillement
celui de Mr Paviot , Procureur
General de la Chambre
Comptes & de la Cour des
Aydes deRouen , qui époufe
Mile le Pileur , Niéce de Mr
l'Evêque de Saintes , & petite
Niéce de Mr du Buiffon , cydevant
Intendant des Financés .
Le 16 le Roy fit le même
honneur à Mr le Pelletier ,
Préfident à Mortier , qui époufe
Mile d'Egvilly.
Mr le Marquis de Cormeliere
, fils du Prefident à Mortier
du Parlement de Bretagne,
a épousé Mile de la Tronchet ,
riche héritiere .
E 23. le Roy figna le
LContrat de mariage du
As du Duc de Popoly avec Muc
MERCURE . 243
des
de Bouflers , en préſence de
l'Ambaſſadeur d'Efpagne .
Le 25 S. M. figna pareillement
celui de Mr Paviot , Procureur
General de la Chambre
Comptes & de la Cour des
Aydes deRouen , qui époufe
Mile le Pileur , Niéce de Mr
l'Evêque de Saintes , & petite
Niéce de Mr du Buiffon , cydevant
Intendant des Financés .
Le 16 le Roy fit le même
honneur à Mr le Pelletier ,
Préfident à Mortier , qui époufe
Mile d'Egvilly.
Mr le Marquis de Cormeliere
, fils du Prefident à Mortier
du Parlement de Bretagne,
a épousé Mile de la Tronchet ,
riche héritiere .
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1169
p. 251-255
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Mre Paul-Alexandre Petau, Conseiller au Parlement, & Doyen des [...]
Mots clefs :
Décès, Doyen, Conseiller au Parlement, Dame, Chevalier, Chancelier, Comte, Veuve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES MORTS.
> Mre Paul - Alexandre Petau Confeiller
au Parlement , & Doyen des Rcquêtes
du Palais , mourut le 4 Novembre
1716,
LE NOUVEAU
252
Dame Anne-Catherine de Noailles
Ipoufe de Me Louis - François Armand
Dupleffis , Duc de Richelieu & de Fron
Jacq , Pair de France > mourut fans pofterité
le 7 du même mois , âgée de 20
ans.
A
Dame Madelaine Bernard , époufe de
Me Jacques Hardouin Manfard , Chevalier
, Comte de Sagone , mourut le s
du même mois.
>
Me Claude - Alexis de Héere , Chevalier
de l'Ordre de S. Louis , Brigadier des Armées
du Roy Commandant pour SA
MAJESTE' au Gouvernement de Phalfbourg
& Saltzbourg , mourut le 7 du
même mois.
Dle Voifin , fille de M. le Chancelier ,
mourut fans alliance le 12 de ce mois .
Me François - Louis de Rouffelet , Marquis
de Chateaureynaud , Comte de Crofon
, Vicomte d'Artois , Chevalier des
Ordres du Roy , Grand Croix de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Capitaine général
des Armées navales de S. M˚C .
dans les mers Occidentales , Commandant
en chef
pour le Roy dans les Pays &
Duché de Bretagne , Vice- Amiral , &
Maréchal de France , mourut le du
même mois , âgé de 80 ans .
Jean-Louis de Rabutin , Comte de Bufi
153
Confeiller d'Etat de l'Empereur , Maréchal
de Camp , General & Colonel d'un
Régiment de Dragons , mourut à Vienne
le 16 de ce mois , âgé de 74 ans ,
Me Henri Dagueffau , Confeiller d'Etat
or linaire , & au Confeil de Régence
, mourur le 17 du même mois ,
âgé de 80 ans .
Daine Anne de Harvil , veuve de Me
François de Bethune, Due d'Orval , Chevalier
des Ordres du Rey , mourut le 18 .
Anne - Marie Gitar !, fille de M, Girard
Proc. General en la Chambre des Comptes
Paris , Seigneur de Villetancux , & de
Marie Royer eft morte le 20 Décembre
1716. Elle avoit épousé Jean- Baptifte
Briconnet , Seigneur de Magnanville ,
Confeiller au Parlement , mort le 15
Décembre 1698 , fans enfans . Il étoit fils
de Guillaume Briconnet , Seigneur de Le
veville , Aureuil , Quinquempois , recû
Confeiller au Parlement le 19 May 1635
Maiftre des Requeftes en Decembre 1641
& Préfilent au Grand Conſeil , mor
le trois Fevrier 1674 , & de Margue-t
rite Amelot , morte le 23 Février 1683 ,
Elle étoit fille de Jacques Amelot , Préfident
aux Requêtes du Palais & de
Catherine de Creil.
>
154 LE NOUVEAU
Me Charles Marquis d'Eftampes , Maua
ny , & c. Chevalier des Ordres du Roy ,
Capitaine des Gardes du Corps de S.
A. R. Mr le Duc d'Orleans , mourut le
31 Décembre 1716.
·
De Catherine Françoife d'Arpajon ;
Epouse de M. François de Roye de
la Rochefoucault , Comte de Roucy ,
Lieutenant General des Armées du Roy ,
mourut le 8 .
Se Marie Magdelaine de Caftil , veuve
de Me Nicolas Fouquet Vicomte de
Vacx , Sur- Intendant des Finances , mourut
le 12
,
De Magdelaine Gaudon , Veuve de
Me Georges de Clermont d'Amboiſe ,
Marquis de S. Aignan , mourut le premier
Janvier 1717
De Diane de Monthault Navailles feur
du feu Maréchal de ce nom › veuve de
Me René de Corrdoüan Marquis de
Langey , mourut auffi le premier de ce
mois .
,
De Marie- Louife Melanie Lefevre de
Caumartin , Epoufe de Me Jerofme-
Jofeph Goujon , Marquis de Thuiſi , Maître
des Requêtes , eft morte le premier
De Anne Cherré , Epoufe de Maiſtre
MERCURE.
255
Michel dé Sabin's , Chevalier , Seigneur
de la Qeze, Confeiller au Grand Coifeiller
, mourut le 4
Me Charles - Alexaudre d'Eftein de
Saillan , Abbé de S. Vincent de Senlis ,
mourut le 14 .
Dame Jeanne Gargam , veuve de Me
Charks Bret , Chevalier , Seigneur de
Clermont , Chef du Confeil d'Artois ,
dont elle étoit demeurée veuve à l'âge
de 21 ans , mourut le 14 , âgée de 88 ans .
Me Claude Romanet , Prefilent au Grand
Confeil , mourut fans alliance le 16 , âgée
de 33 ansr
-
Dame Michelle Lucrece Chappel ,
veuve de Meffire Jean- Jacques de Renouard
, Chevalier , Seigneur de Villeyer
& autres lieux , Confeiller du Roy en fa
Cour de Parlement de Bretagne , décéde
rue S. André des Arts , le 24 Janvier 1717 :
Mr Marconnet Gouverneur de la Rochelle
mourut il a quelques jours
dans un âge fort avancé.
·
,
y
0 Mr le Maréchal de Gacé Gouver
neur du Païs d'Aunis , vient d'être gratifié
du Gouvernement de Monfieur Marconnet,
Ces deux Gouvernemens fe trouvent
par - là réunis en une même perfonne,
> Mre Paul - Alexandre Petau Confeiller
au Parlement , & Doyen des Rcquêtes
du Palais , mourut le 4 Novembre
1716,
LE NOUVEAU
252
Dame Anne-Catherine de Noailles
Ipoufe de Me Louis - François Armand
Dupleffis , Duc de Richelieu & de Fron
Jacq , Pair de France > mourut fans pofterité
le 7 du même mois , âgée de 20
ans.
A
Dame Madelaine Bernard , époufe de
Me Jacques Hardouin Manfard , Chevalier
, Comte de Sagone , mourut le s
du même mois.
>
Me Claude - Alexis de Héere , Chevalier
de l'Ordre de S. Louis , Brigadier des Armées
du Roy Commandant pour SA
MAJESTE' au Gouvernement de Phalfbourg
& Saltzbourg , mourut le 7 du
même mois.
Dle Voifin , fille de M. le Chancelier ,
mourut fans alliance le 12 de ce mois .
Me François - Louis de Rouffelet , Marquis
de Chateaureynaud , Comte de Crofon
, Vicomte d'Artois , Chevalier des
Ordres du Roy , Grand Croix de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Capitaine général
des Armées navales de S. M˚C .
dans les mers Occidentales , Commandant
en chef
pour le Roy dans les Pays &
Duché de Bretagne , Vice- Amiral , &
Maréchal de France , mourut le du
même mois , âgé de 80 ans .
Jean-Louis de Rabutin , Comte de Bufi
153
Confeiller d'Etat de l'Empereur , Maréchal
de Camp , General & Colonel d'un
Régiment de Dragons , mourut à Vienne
le 16 de ce mois , âgé de 74 ans ,
Me Henri Dagueffau , Confeiller d'Etat
or linaire , & au Confeil de Régence
, mourur le 17 du même mois ,
âgé de 80 ans .
Daine Anne de Harvil , veuve de Me
François de Bethune, Due d'Orval , Chevalier
des Ordres du Rey , mourut le 18 .
Anne - Marie Gitar !, fille de M, Girard
Proc. General en la Chambre des Comptes
Paris , Seigneur de Villetancux , & de
Marie Royer eft morte le 20 Décembre
1716. Elle avoit épousé Jean- Baptifte
Briconnet , Seigneur de Magnanville ,
Confeiller au Parlement , mort le 15
Décembre 1698 , fans enfans . Il étoit fils
de Guillaume Briconnet , Seigneur de Le
veville , Aureuil , Quinquempois , recû
Confeiller au Parlement le 19 May 1635
Maiftre des Requeftes en Decembre 1641
& Préfilent au Grand Conſeil , mor
le trois Fevrier 1674 , & de Margue-t
rite Amelot , morte le 23 Février 1683 ,
Elle étoit fille de Jacques Amelot , Préfident
aux Requêtes du Palais & de
Catherine de Creil.
>
154 LE NOUVEAU
Me Charles Marquis d'Eftampes , Maua
ny , & c. Chevalier des Ordres du Roy ,
Capitaine des Gardes du Corps de S.
A. R. Mr le Duc d'Orleans , mourut le
31 Décembre 1716.
·
De Catherine Françoife d'Arpajon ;
Epouse de M. François de Roye de
la Rochefoucault , Comte de Roucy ,
Lieutenant General des Armées du Roy ,
mourut le 8 .
Se Marie Magdelaine de Caftil , veuve
de Me Nicolas Fouquet Vicomte de
Vacx , Sur- Intendant des Finances , mourut
le 12
,
De Magdelaine Gaudon , Veuve de
Me Georges de Clermont d'Amboiſe ,
Marquis de S. Aignan , mourut le premier
Janvier 1717
De Diane de Monthault Navailles feur
du feu Maréchal de ce nom › veuve de
Me René de Corrdoüan Marquis de
Langey , mourut auffi le premier de ce
mois .
,
De Marie- Louife Melanie Lefevre de
Caumartin , Epoufe de Me Jerofme-
Jofeph Goujon , Marquis de Thuiſi , Maître
des Requêtes , eft morte le premier
De Anne Cherré , Epoufe de Maiſtre
MERCURE.
255
Michel dé Sabin's , Chevalier , Seigneur
de la Qeze, Confeiller au Grand Coifeiller
, mourut le 4
Me Charles - Alexaudre d'Eftein de
Saillan , Abbé de S. Vincent de Senlis ,
mourut le 14 .
Dame Jeanne Gargam , veuve de Me
Charks Bret , Chevalier , Seigneur de
Clermont , Chef du Confeil d'Artois ,
dont elle étoit demeurée veuve à l'âge
de 21 ans , mourut le 14 , âgée de 88 ans .
Me Claude Romanet , Prefilent au Grand
Confeil , mourut fans alliance le 16 , âgée
de 33 ansr
-
Dame Michelle Lucrece Chappel ,
veuve de Meffire Jean- Jacques de Renouard
, Chevalier , Seigneur de Villeyer
& autres lieux , Confeiller du Roy en fa
Cour de Parlement de Bretagne , décéde
rue S. André des Arts , le 24 Janvier 1717 :
Mr Marconnet Gouverneur de la Rochelle
mourut il a quelques jours
dans un âge fort avancé.
·
,
y
0 Mr le Maréchal de Gacé Gouver
neur du Païs d'Aunis , vient d'être gratifié
du Gouvernement de Monfieur Marconnet,
Ces deux Gouvernemens fe trouvent
par - là réunis en une même perfonne,
Fermer
1170
p. 52-63
De Moscow le 1. Janvier 1717
Début :
Je n'ai pas esté peu surpris, en arrivant ici, de trouver [...]
Mots clefs :
Moscou, Peuples, Moeurs, Russes, Prince, Tsar, Capitale, Quartier, Incivil, Ignorance, Ivrognerie, Défauts, Beauté, Enterrement, Cérémonies, Religion grecque, Seigneurs, Noblesse, Conseillers, Grand Duc, Revenus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Moscow le 1. Janvier 1717
De Mofcovv le 1. Fanvier 17 17
E n'ai pas efté peu furpris , en arrivant
ici , de trouver des Peuples,
des Moëurs & un Gouvernement plus
exactement policéque je ne me l'étois
imaginé. Ces Ruffes que les Auteurs
traitent de Barbares ; font aujourd'hui
des hommes comme les autres .
Il eft vrai que ce changement n'eft dû
qu'au foin & à l'application que le
Czar Pierre Alexieuvvitz , qui regne
à prefent, avec tant de gloire , a
pris de les civilifer.
On ne peut plus douter que ce
Prince continuant à faire fleurir les
Sciences & les Arts ; permettant à fes
fujets de voyager , & aux Etrangers
de negocier librement dans fes Etats ,
les Mofcovites dans peu, ne le difputent
à tous les autres Peuples de l'Europe
, dans quelque genre de difcipline
que ce puiffe eftre , foit litteraire
, foit militaire .
MERCURE. 53
De laVille de Mojcovv.
Ette grande Ville eft la Capita-
Cle deRuffie , elle tire fon nom
de la Riviere de .Moskow ; fon circuit
eft d'environ trois lieuës d'Allemagne.
On y compte à préfent 60-
mille maitons ; la plufpart à la verité
n'ayant qu'un étage . Commeon a vu
les inconveniens qui arrivent à caufe
des incendies frequentes, caufées par
la conftruction des maifons qui n'étoient
que de bois ; par ordre de S
M. on n'en bâtit aujourd'hui que de
briques , pour remedier à ces acci
dens ,
Les rues font belles & fort larges ;
mais fi falles,quand la pluye a detrempé
tant foit peu la terre , qu'il feroic
impoffible de s'en tirer fans des rondins
joints enfemble , qui forment
une espece de Pont , à peu prés de la
façon de celui du Rhin prés de Straf
bourg.
La Ville eft divifée en quatre quartiers
ou enceintes ; elle a quelque raport
à cet égard avec Amferdam..
LE NOUVEAU
Le premier eft nommé Kitaigorod, la
Ville du Milieu . Le Palais de l'Empereur
qui eft dans cette partie , autrement
Cremel , en occupe prefque la
moitié ; il eft fortifié de trois fortes
murailles & d'un bon folé , garnid'artilleries
. L'on voit au milieu de
la Cour du Chafteau, plufieurs Clochers
, il y en a un entre - autres , remarquable
par fa cloche , quell'Empereur
Boris Gudenou fit fondre du poids .
de 336 quintaux ; elle ne peut eftre
ébranlée,à peine 24 hommes fuffifent
pour la fonner avec le batan . On a
bâti dans ce circuit un fort beau Palais
de pierre à l'Italienne. La Place
qui eft devant le Château , eft le premier
marché de la Ville ; il eft rempli
de boutiques , comme toutes les ruës
qui y aboutiffent ; mais chaque métier
a la fienne & fon quartier ; il y a
encore une autre Place que l'on appelle
le marché aux Pouilleux ; parce
que les Habitans s'y faiſant faire
le poil , elle en eft tellement couverte,
qu'il femble qu'on marche fur
des matelats .
Le fecond quartier a la muraille
MERCURE.
$5
particuliere ; il eft remarquable par
fon Arfenal & le lieu , où l'on fond le
canon & les cloches .
Le troifieme eft celui du marché
au bois ; on y vend des mailons que
l'on trouve toutes montées & dref
fées ; on les tranfporte & on les place
où l'on veut avec peu de peine & dedépense.
Le quatrième quartier eft celui que
EmpereurBafili.Ivanovitz fit bâtir,,
il le deftina pour le logement des
foldats étrangers.
Des moeursdes Mofcovites.
L n'y avoit rien de plus groffier &
de plus incivil, que l'étoient ces ,
Peuples, avant l'avene rent du Czar,
qui les a tirez de l'obſcurité où ils
eftoient . Le peu de relation qu'ils
avoient avec les autres Eftats de l'Europe
; jointe à leur ignorance , les
entretenoit dans des moeurs toutà-
fait fauvages ; a préfent ils fe conforment
en tout aax manieres euro-
.
péenes , excepté le bas Peuple ,
comme par tout ailleurs , on y trouve
le la politelle .
5.6
LE
NOUVEAU
Les Mofcovites en general ne
manquent pas d'efprit , ilsfont rufez,
contre-difants, réglants la raiſon fur
leur pouvoir : leur induftrie & la fubtilitéde
leur efprit paroiffent princi
palement dans leur trafic , ne le cedant
à aucune Nation , quand il s'agit
de leur intereft. Leur vice favori ,
eft l'ivrognerie ; elle ett fi commune
que toutes fortes de perfonnes , fans
exception , tombent dans ce défaut
les Ecclefiaftiques comme les autres .
Les gens de baffe condition furtout
, ne fe contentent pas de dépenfer
au cabaret juſqu'au dernier
copee de leur bourfe , ils y engagent
ordinairement leur habit . J'en ai vû
un, entr'autres qui en fortit fans chemife
; lui ayant demandé ce qu'il en
avoit fait , & s'il avoit efté volé ..
Wate promener, me dit- il , c'est
le Cabaretier& fon vin qui m'ont
mis dans cet eftat ; mais à propos,
puifque la chemife y eft demeurée ,
j'y veux auffi laiffer mon calçon,
il le fit comme il le dit.
A l'égard des femmes , elles font
MERCURE.
communément belles ; leur taille
n'eft ni trop grande , ni trop petite
mais fort bien proportionnée , ayant
avec cela un embonpoint charmant ;
il n'y a pas long-tems que le fard les
defiguroit par la maniere groffiere
dont elles l'appliquoient ; mais elles
s'en fervent à prefent avec autant
d'art, que nos femmes de Théatre; elles
fe donnent par là , un vermillon
qui manque à leur trop grande
blancheur.
"
Autréfois on fe marioit fans fe voir,
mais cette coûtume s'abolit peu à
peu ; caril arrivoit fouvent que tel
qui croyoit avoir épousé une aimable
moitié , en trouvoit une laide &
contrefaite.
On meurt ici , comme autre part, les
enterremens s'y font avec beaucoup
de ceremonie ; je m'abftiendrai cependant
de vous en donner aucun détail
; je me contenterai de vous envoyer
la copie du billet qui doit fervir
de palleport pour le voyage de
F'autre monde ; il eft conçu en ces
-termes
LE NOUVEAU
No
YOUSfouffignez, Patriarche
Lou MMetropolitain & Prestre
de cette ville de N ... reconnoif
fons & certifions par ces Prefentes,
.que N .. Porteur de nos Lettres ,
atoujours vêcuparmi nous en bon
Chrétien , faisant profeffion de la
Religion Grecque , & bien qu'il
ait quelquefois peché , il s'en eft
confeffé , il a reçu enfuite l'abſolution
& la Communion en remif.
fion de fes pechez , il a reveré
Dieu , les Saints , il a fait fes
prieres , & jeune jeuné aux heures &
jours ordonnez par l'Eglife , &
s'eftgouverné fibien avec moyqui
fuisfon Confeffeur , que je n'ay
pointfujet de me plaindre de luy,
ni de luy refufer l'abfolution de
fespechez; en témoignage de quoy
nous luy avons fait certifier leprefent
certificat , afin que S. Pierre
MERCURE
19
le voyant , luy ouvre la porte à d
joye immortelle.
Dés qu'on luy a donné ce Paffeport,
on ferme la biere , on le met
dans la fofle , le vifage tourné vers
l'Orient.
Les principaux Seigneurs de Molcovie
ont un grand nombre d'Efclaves
; ils en difpofoient avant le grand
Duc qui regne a prefent , comme
de leur meuble ; un pere même pou
voit vendre fon fils & l'aliener a fon
profit ; mais ce Pouvoir Defpotique
a efte aboli .
On y diftingue trois fortes de Nobleffe
, le Titre de Comte n'y eftant
que nouvellement introduit, ) la premiere
appartient aux Princes & aux.
Gent shommes ; les Princes font les
plus riches Seigneurs du Pays , que
Je Czar employe dans les plus hautes
Charges , aux premiers Gouvernemens
de cet Empire : Ils font auffi ordinairement
Boyars , où Confeillers
d'Etat. Le fecond degré de Noblelle
eft celui des Seigneurs , le troifiéme
des Gentilshommes, qui poffe.
60 LE NOUVEAU
dent des Fiefs par la grace & la liberalité
du Czar , pour recompenfe de
leurs fervices .Ces Terres tombent
auffi avec le Titre fur leurs fils ; ils
eſtoient obligez autre fois , d'envoyer
à la Guerre un certain nombre de Valets
; mais à preſent ſa Majefté Czarienne
ayant difcipliné fes Armées à
la maniere de l'Europe , il choifit
parmi cette Nobieffe , des Officiers,
pour les Troupes . LeCzar les honore
encore de divers Employs , comme de
Gouvernemens de Provinces , il les
fait Chambellans , Gardes du Corps;
outre ceux- ci , il y a encore les Banquiers
& Marchands renommez ; qui
tiennent rang de Nobles ; il y en a toujours
de ces derniers, deux ou trois
dans le Confeil d'Etat , on les appelle
Goften
Le Grand Duc a une autorité fi
étendue , qu'il n'eft point . fujet ats
Loix ; tous les Sujets luy obeiflent
avec une foumiffion fi grande & fi
profonde , que bien loin de s'oppofer
à la volonté , ils la regardent aucontraire
comme facrée & inviolable;
il crée les Magiftrats , les dépofe , les
chaffe
MERCURE. 61
chafle & les punit avec un pouvoir
abfolu ; il a feul , le droit de declarér
la Guerre à ſes Voiſins & de faire la
paix avec eux ; & quoiqu'il entreprenne
, il eft cependant Souverain
Arbitre de fes volontez : il a erigé
-depuis quelques années une Cour
que l'on appelle le Senat de l'Empire,
qui juge toutes les affaires d'Etat en
dernier reffort , pendant fon abſence
Dans les differens Confeils , la Jufice
s'y exerce à peu prés comme
dans les autres Etats de l'Europe.
Avant Michael Fedorovvitz , les
'Peuples ne reconnoiffoient prefque
point d'autres Loix , que celles qui
regardoient les attentats contre les
Czars ; mais en 1647. cet Empereur ,
de l'avis d'une Affemblée des principaux
Seigneurs de Mofcovie , fit rediger
par écrit des Loix que l'on fit
imprimer en un vol . in folio , appellé
le Droit Univerfel , qui fert aujour
d'hui de regle & de modele aux
Boyars ; S. M. Czarienne regnante a
desfein d'y en introduire de nouvelles
, elle avoit nommé feu M , de
Leibnitz fi connu dans tous les
F
gen
62 LE NOUVEAU
res de litterature pour fon Legiflateur
.
A l'égard du revenu que ce Prince
retire de fes Etats ; il eft certainement
trés confiderable , quelquesuns
le font monter à vingt millions;
la feule Ville d' Archangel fournit ou
rapporte plus de 600000 écus ,
Le commerce qu'il fait faire par
fes Facteurs , en divers Etats de l'Europe
; le profit qu'il tire des fourures;
les droits fur les heritages & fur les
maifons , outre la taxe du dixième
denier fur tous fes fujets, en tems de
guerre , montent trés- haut , auffi
peut- il lever dans une neceffité , des
Armées de 2 ou 300 mille hommes
fournies de tout ce qui eft neceffaire.
On fait eftat que Sa Majefté Czarienne
a actuellement 100 mille hommes
d'Infanterie , & 50 mille de Cavalerie
, qu'il peut augmenter & diminuer
felon les befoins de l'Etat .
La Religion Grecque eft la domipante
dans toute la Mofcovie ; on
peut dire qu'il n'y en a prefque point
d'autres , on y a toleré cependant les
Reformez & les Lutheriens ; le PaMERCURE.
63
triarche de Mofcovv eſt à la tefte de
tout le Clergé indépendant aujourd'hui
du Patriarche de Conftantinople,
qui avoit accoûtumé de le confir
mer ;les Czars fe font attribuez ce
droit ; voilà M. tout ce que j'ai pû
remarquer de plus memorable , de ..
puis environ fix mois que je fuis refident
ici. Je dois inceffamment me
rendre à Peterbourg , je vous promets
une relation fidele des établiffe-.
mens nouveaux que le Grand Duc
a fondé, & fonde tous les jours dans
cette Ville.
E n'ai pas efté peu furpris , en arrivant
ici , de trouver des Peuples,
des Moëurs & un Gouvernement plus
exactement policéque je ne me l'étois
imaginé. Ces Ruffes que les Auteurs
traitent de Barbares ; font aujourd'hui
des hommes comme les autres .
Il eft vrai que ce changement n'eft dû
qu'au foin & à l'application que le
Czar Pierre Alexieuvvitz , qui regne
à prefent, avec tant de gloire , a
pris de les civilifer.
On ne peut plus douter que ce
Prince continuant à faire fleurir les
Sciences & les Arts ; permettant à fes
fujets de voyager , & aux Etrangers
de negocier librement dans fes Etats ,
les Mofcovites dans peu, ne le difputent
à tous les autres Peuples de l'Europe
, dans quelque genre de difcipline
que ce puiffe eftre , foit litteraire
, foit militaire .
MERCURE. 53
De laVille de Mojcovv.
Ette grande Ville eft la Capita-
Cle deRuffie , elle tire fon nom
de la Riviere de .Moskow ; fon circuit
eft d'environ trois lieuës d'Allemagne.
On y compte à préfent 60-
mille maitons ; la plufpart à la verité
n'ayant qu'un étage . Commeon a vu
les inconveniens qui arrivent à caufe
des incendies frequentes, caufées par
la conftruction des maifons qui n'étoient
que de bois ; par ordre de S
M. on n'en bâtit aujourd'hui que de
briques , pour remedier à ces acci
dens ,
Les rues font belles & fort larges ;
mais fi falles,quand la pluye a detrempé
tant foit peu la terre , qu'il feroic
impoffible de s'en tirer fans des rondins
joints enfemble , qui forment
une espece de Pont , à peu prés de la
façon de celui du Rhin prés de Straf
bourg.
La Ville eft divifée en quatre quartiers
ou enceintes ; elle a quelque raport
à cet égard avec Amferdam..
LE NOUVEAU
Le premier eft nommé Kitaigorod, la
Ville du Milieu . Le Palais de l'Empereur
qui eft dans cette partie , autrement
Cremel , en occupe prefque la
moitié ; il eft fortifié de trois fortes
murailles & d'un bon folé , garnid'artilleries
. L'on voit au milieu de
la Cour du Chafteau, plufieurs Clochers
, il y en a un entre - autres , remarquable
par fa cloche , quell'Empereur
Boris Gudenou fit fondre du poids .
de 336 quintaux ; elle ne peut eftre
ébranlée,à peine 24 hommes fuffifent
pour la fonner avec le batan . On a
bâti dans ce circuit un fort beau Palais
de pierre à l'Italienne. La Place
qui eft devant le Château , eft le premier
marché de la Ville ; il eft rempli
de boutiques , comme toutes les ruës
qui y aboutiffent ; mais chaque métier
a la fienne & fon quartier ; il y a
encore une autre Place que l'on appelle
le marché aux Pouilleux ; parce
que les Habitans s'y faiſant faire
le poil , elle en eft tellement couverte,
qu'il femble qu'on marche fur
des matelats .
Le fecond quartier a la muraille
MERCURE.
$5
particuliere ; il eft remarquable par
fon Arfenal & le lieu , où l'on fond le
canon & les cloches .
Le troifieme eft celui du marché
au bois ; on y vend des mailons que
l'on trouve toutes montées & dref
fées ; on les tranfporte & on les place
où l'on veut avec peu de peine & dedépense.
Le quatrième quartier eft celui que
EmpereurBafili.Ivanovitz fit bâtir,,
il le deftina pour le logement des
foldats étrangers.
Des moeursdes Mofcovites.
L n'y avoit rien de plus groffier &
de plus incivil, que l'étoient ces ,
Peuples, avant l'avene rent du Czar,
qui les a tirez de l'obſcurité où ils
eftoient . Le peu de relation qu'ils
avoient avec les autres Eftats de l'Europe
; jointe à leur ignorance , les
entretenoit dans des moeurs toutà-
fait fauvages ; a préfent ils fe conforment
en tout aax manieres euro-
.
péenes , excepté le bas Peuple ,
comme par tout ailleurs , on y trouve
le la politelle .
5.6
LE
NOUVEAU
Les Mofcovites en general ne
manquent pas d'efprit , ilsfont rufez,
contre-difants, réglants la raiſon fur
leur pouvoir : leur induftrie & la fubtilitéde
leur efprit paroiffent princi
palement dans leur trafic , ne le cedant
à aucune Nation , quand il s'agit
de leur intereft. Leur vice favori ,
eft l'ivrognerie ; elle ett fi commune
que toutes fortes de perfonnes , fans
exception , tombent dans ce défaut
les Ecclefiaftiques comme les autres .
Les gens de baffe condition furtout
, ne fe contentent pas de dépenfer
au cabaret juſqu'au dernier
copee de leur bourfe , ils y engagent
ordinairement leur habit . J'en ai vû
un, entr'autres qui en fortit fans chemife
; lui ayant demandé ce qu'il en
avoit fait , & s'il avoit efté volé ..
Wate promener, me dit- il , c'est
le Cabaretier& fon vin qui m'ont
mis dans cet eftat ; mais à propos,
puifque la chemife y eft demeurée ,
j'y veux auffi laiffer mon calçon,
il le fit comme il le dit.
A l'égard des femmes , elles font
MERCURE.
communément belles ; leur taille
n'eft ni trop grande , ni trop petite
mais fort bien proportionnée , ayant
avec cela un embonpoint charmant ;
il n'y a pas long-tems que le fard les
defiguroit par la maniere groffiere
dont elles l'appliquoient ; mais elles
s'en fervent à prefent avec autant
d'art, que nos femmes de Théatre; elles
fe donnent par là , un vermillon
qui manque à leur trop grande
blancheur.
"
Autréfois on fe marioit fans fe voir,
mais cette coûtume s'abolit peu à
peu ; caril arrivoit fouvent que tel
qui croyoit avoir épousé une aimable
moitié , en trouvoit une laide &
contrefaite.
On meurt ici , comme autre part, les
enterremens s'y font avec beaucoup
de ceremonie ; je m'abftiendrai cependant
de vous en donner aucun détail
; je me contenterai de vous envoyer
la copie du billet qui doit fervir
de palleport pour le voyage de
F'autre monde ; il eft conçu en ces
-termes
LE NOUVEAU
No
YOUSfouffignez, Patriarche
Lou MMetropolitain & Prestre
de cette ville de N ... reconnoif
fons & certifions par ces Prefentes,
.que N .. Porteur de nos Lettres ,
atoujours vêcuparmi nous en bon
Chrétien , faisant profeffion de la
Religion Grecque , & bien qu'il
ait quelquefois peché , il s'en eft
confeffé , il a reçu enfuite l'abſolution
& la Communion en remif.
fion de fes pechez , il a reveré
Dieu , les Saints , il a fait fes
prieres , & jeune jeuné aux heures &
jours ordonnez par l'Eglife , &
s'eftgouverné fibien avec moyqui
fuisfon Confeffeur , que je n'ay
pointfujet de me plaindre de luy,
ni de luy refufer l'abfolution de
fespechez; en témoignage de quoy
nous luy avons fait certifier leprefent
certificat , afin que S. Pierre
MERCURE
19
le voyant , luy ouvre la porte à d
joye immortelle.
Dés qu'on luy a donné ce Paffeport,
on ferme la biere , on le met
dans la fofle , le vifage tourné vers
l'Orient.
Les principaux Seigneurs de Molcovie
ont un grand nombre d'Efclaves
; ils en difpofoient avant le grand
Duc qui regne a prefent , comme
de leur meuble ; un pere même pou
voit vendre fon fils & l'aliener a fon
profit ; mais ce Pouvoir Defpotique
a efte aboli .
On y diftingue trois fortes de Nobleffe
, le Titre de Comte n'y eftant
que nouvellement introduit, ) la premiere
appartient aux Princes & aux.
Gent shommes ; les Princes font les
plus riches Seigneurs du Pays , que
Je Czar employe dans les plus hautes
Charges , aux premiers Gouvernemens
de cet Empire : Ils font auffi ordinairement
Boyars , où Confeillers
d'Etat. Le fecond degré de Noblelle
eft celui des Seigneurs , le troifiéme
des Gentilshommes, qui poffe.
60 LE NOUVEAU
dent des Fiefs par la grace & la liberalité
du Czar , pour recompenfe de
leurs fervices .Ces Terres tombent
auffi avec le Titre fur leurs fils ; ils
eſtoient obligez autre fois , d'envoyer
à la Guerre un certain nombre de Valets
; mais à preſent ſa Majefté Czarienne
ayant difcipliné fes Armées à
la maniere de l'Europe , il choifit
parmi cette Nobieffe , des Officiers,
pour les Troupes . LeCzar les honore
encore de divers Employs , comme de
Gouvernemens de Provinces , il les
fait Chambellans , Gardes du Corps;
outre ceux- ci , il y a encore les Banquiers
& Marchands renommez ; qui
tiennent rang de Nobles ; il y en a toujours
de ces derniers, deux ou trois
dans le Confeil d'Etat , on les appelle
Goften
Le Grand Duc a une autorité fi
étendue , qu'il n'eft point . fujet ats
Loix ; tous les Sujets luy obeiflent
avec une foumiffion fi grande & fi
profonde , que bien loin de s'oppofer
à la volonté , ils la regardent aucontraire
comme facrée & inviolable;
il crée les Magiftrats , les dépofe , les
chaffe
MERCURE. 61
chafle & les punit avec un pouvoir
abfolu ; il a feul , le droit de declarér
la Guerre à ſes Voiſins & de faire la
paix avec eux ; & quoiqu'il entreprenne
, il eft cependant Souverain
Arbitre de fes volontez : il a erigé
-depuis quelques années une Cour
que l'on appelle le Senat de l'Empire,
qui juge toutes les affaires d'Etat en
dernier reffort , pendant fon abſence
Dans les differens Confeils , la Jufice
s'y exerce à peu prés comme
dans les autres Etats de l'Europe.
Avant Michael Fedorovvitz , les
'Peuples ne reconnoiffoient prefque
point d'autres Loix , que celles qui
regardoient les attentats contre les
Czars ; mais en 1647. cet Empereur ,
de l'avis d'une Affemblée des principaux
Seigneurs de Mofcovie , fit rediger
par écrit des Loix que l'on fit
imprimer en un vol . in folio , appellé
le Droit Univerfel , qui fert aujour
d'hui de regle & de modele aux
Boyars ; S. M. Czarienne regnante a
desfein d'y en introduire de nouvelles
, elle avoit nommé feu M , de
Leibnitz fi connu dans tous les
F
gen
62 LE NOUVEAU
res de litterature pour fon Legiflateur
.
A l'égard du revenu que ce Prince
retire de fes Etats ; il eft certainement
trés confiderable , quelquesuns
le font monter à vingt millions;
la feule Ville d' Archangel fournit ou
rapporte plus de 600000 écus ,
Le commerce qu'il fait faire par
fes Facteurs , en divers Etats de l'Europe
; le profit qu'il tire des fourures;
les droits fur les heritages & fur les
maifons , outre la taxe du dixième
denier fur tous fes fujets, en tems de
guerre , montent trés- haut , auffi
peut- il lever dans une neceffité , des
Armées de 2 ou 300 mille hommes
fournies de tout ce qui eft neceffaire.
On fait eftat que Sa Majefté Czarienne
a actuellement 100 mille hommes
d'Infanterie , & 50 mille de Cavalerie
, qu'il peut augmenter & diminuer
felon les befoins de l'Etat .
La Religion Grecque eft la domipante
dans toute la Mofcovie ; on
peut dire qu'il n'y en a prefque point
d'autres , on y a toleré cependant les
Reformez & les Lutheriens ; le PaMERCURE.
63
triarche de Mofcovv eſt à la tefte de
tout le Clergé indépendant aujourd'hui
du Patriarche de Conftantinople,
qui avoit accoûtumé de le confir
mer ;les Czars fe font attribuez ce
droit ; voilà M. tout ce que j'ai pû
remarquer de plus memorable , de ..
puis environ fix mois que je fuis refident
ici. Je dois inceffamment me
rendre à Peterbourg , je vous promets
une relation fidele des établiffe-.
mens nouveaux que le Grand Duc
a fondé, & fonde tous les jours dans
cette Ville.
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1171
p. 63-65
Harangue faite au Roy par M. de Breslai Ambassadeur des Sauvages Algonkim. [titre d'après la table]
Début :
Il manquoit M à vostre relation de l'expedition des François / NOSTRE PERE, Nous avons appris avec bien de la douleur, la mort [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Français, Outagamis, Missionnaires, Alliance, Décès, Robe noire, Fidélité, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harangue faite au Roy par M. de Breslai Ambassadeur des Sauvages Algonkim. [titre d'après la table]
L manquoit M à votre relation
de l'expedition des François contre
les Outagamis , la harangue que
M. de Breflay Miffionnaire des Sauvages
Algonkins , Ambaffadeur de
leur part en France , fit dernierement
à S. M. au Palais des Thuilleries ; la
voila telle qu'il l'a prononcée.
Il eft bon à ce que je croi , de
vous faire remarquer auparavant que
Fij
64
LE NOUVEAU
Les Sauvages tutejent en parlant .
qu'ils appellent non -feulement le
Royde France leur Pere , mais encore
tous les François. Qu'ils appellent.
la Mer le grand Lac. Que les Miſſionaires
feculiers font appellez Robes
noires . Que le pays des morts , c'eft.
l'autre monde. Que les coliers de porcelaine
, tels qu'ils font d'ufage chez
font d'ordinaire les fymboles.
d'une alliance entre les perfon- .
nes , avec lesquelles ils traitent . La.
victoire remportée par les François ,
ce font les Outagamis , dit Renards,
que l'on a battu l'année pallée , vers
Oüeft de l'Amerique Septentriona,
le . Voici , M. la Hatangak faite au
Roi Louis XV, en 1717
NOSTRE PERE ,
N
Ous avons appris avec biende
la douleur , la mort da
Grand Chefdes François , nofiic
Grand Pere & ton Bifayeul. Nous
aurions fort fouhaité de paffer le
Grand Lac pour l'aller pleurer ;
MERCURE. 65.
mais notre Pere la Robe Noire
"
ne l'a pasjugéà propos. Nous l'a~
vons chargé d'une robe de caftor,
pour couvrir fon corps , & d'un
oreiller pour mettre fousfa tefte
afin qu'il repofe tranquillement
dans le pays des morts ; & aauuſſi
dun colier de porcelaine , pour
nous réjouir avec toi de ce que
nous le voyons renaitre en ta per--
fonne , pour tefeliciter de la premiere
victoire que tu viens de
remporter contre les Outagamis ,
appellez Renards. Nous avons
donnez de nouvelles preuves de
fidelité&d'attachement à ta per-
Lonne&aux François, tes fujets,
nos freres , &pour enfin te de-.
mander à toi qui eft prefentement
·noftre Grand Chef, la continua
tion des mêmes bonsez que ofre
GrandPere avoitpour nous.
de l'expedition des François contre
les Outagamis , la harangue que
M. de Breflay Miffionnaire des Sauvages
Algonkins , Ambaffadeur de
leur part en France , fit dernierement
à S. M. au Palais des Thuilleries ; la
voila telle qu'il l'a prononcée.
Il eft bon à ce que je croi , de
vous faire remarquer auparavant que
Fij
64
LE NOUVEAU
Les Sauvages tutejent en parlant .
qu'ils appellent non -feulement le
Royde France leur Pere , mais encore
tous les François. Qu'ils appellent.
la Mer le grand Lac. Que les Miſſionaires
feculiers font appellez Robes
noires . Que le pays des morts , c'eft.
l'autre monde. Que les coliers de porcelaine
, tels qu'ils font d'ufage chez
font d'ordinaire les fymboles.
d'une alliance entre les perfon- .
nes , avec lesquelles ils traitent . La.
victoire remportée par les François ,
ce font les Outagamis , dit Renards,
que l'on a battu l'année pallée , vers
Oüeft de l'Amerique Septentriona,
le . Voici , M. la Hatangak faite au
Roi Louis XV, en 1717
NOSTRE PERE ,
N
Ous avons appris avec biende
la douleur , la mort da
Grand Chefdes François , nofiic
Grand Pere & ton Bifayeul. Nous
aurions fort fouhaité de paffer le
Grand Lac pour l'aller pleurer ;
MERCURE. 65.
mais notre Pere la Robe Noire
"
ne l'a pasjugéà propos. Nous l'a~
vons chargé d'une robe de caftor,
pour couvrir fon corps , & d'un
oreiller pour mettre fousfa tefte
afin qu'il repofe tranquillement
dans le pays des morts ; & aauuſſi
dun colier de porcelaine , pour
nous réjouir avec toi de ce que
nous le voyons renaitre en ta per--
fonne , pour tefeliciter de la premiere
victoire que tu viens de
remporter contre les Outagamis ,
appellez Renards. Nous avons
donnez de nouvelles preuves de
fidelité&d'attachement à ta per-
Lonne&aux François, tes fujets,
nos freres , &pour enfin te de-.
mander à toi qui eft prefentement
·noftre Grand Chef, la continua
tion des mêmes bonsez que ofre
GrandPere avoitpour nous.
Fermer
1172
p. 78-91
Extinction, & amortissement de plusieurs rentes constituées sur l'Hotel de Ville, & sur differens revenus du Roy. [titre d'après la table]
Début :
On croit interesser la curiosité du Public, en lui faisant voir [...]
Mots clefs :
Rentes, Arrêt du Conseil d'État, Taxes, Amortissement, Sommes, Tailles, Actes de notaire, Recettes, Remboursement, Dettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extinction, & amortissement de plusieurs rentes constituées sur l'Hotel de Ville, & sur differens revenus du Roy. [titre d'après la table]
N croit intereffer la curiofité
te
du Public , en lui faifant voir
d'un coup d'oeil , toutes les rentesqui
ont efté éteintes & amorties par
Arrefts du Confeil d'Eftat du Roy ,
depuis l'impofition des taxes fur les
gens d'affaires , tant für- l'Hostel de
MERCURE
.
7.9
Ville , quefur les Tailles , fur les poftes
, fur les Controls des Actes des
Notaires , fur le Contrôle des Exploits,
fur les Gffes des Domaines , & autres
effets de differente nature, qui feront
employez à acquirer l'Etat .
Je me fuis fervi pour ce calcul , de
piéces autentiques
, fçavoir , de fix
Arrefts du Confeil d'Etat du Roy , portans
extinction & amortiffement
de
plufieurs Rentes conftituées fur l' Hoftel
de Valle & fur differens revenus du
Roy.
Ćes fix Arrefts ne comprenent que
les premiers rôles ; à mesure qu'il en
paroiftra d'autres , j'aurai foin de
fuivre le même plan dans les Mercares
prochains .
Giiij
Liftes. Taxez. Mois . | Sommes .
1.
2 .
3 .
4.
5.
6 .
7.
8.
so. 8 Nov. 15866000l.
60. 14 Nov. 16274000
73. 21 Nov. 26359000
70. 28 Nov. 27794000
s Déc. 10750000
71.13 Déc. 12588000
96. 19 Déc. 20060000
2012 Janv.33 13 7000
104 .
7as Taxez. Total.
162828000l
MERCURE.
PRINCIPAL DES RENTES
fur l'Hotel de Ville ,
ETEINT.
Par Arrêt du 15. 5,228,832 . livres.
Novembre.
Par Arrêt du 22. 5,208 , 448.
Novembre.
Par Arrêt du 29. 4,284,472
Novembre .
Par Arrêt du 13. 4,720,729.
Decembre.
Par Arrêt du 20. 2,546,217.
Decembre.
Par Arrêt du 3. 6,083,381.
Janvier,
Total 28,072,079 , livres .
G iij
82 LE NOUVEAU
PRINCIPAL DES RENTES
fur les Tailles
ETEINT,
Par Arrêt du 15.
Novembre.
Par Arrêt du 22 .
Novembre .
241 , 517 livres.
301 , 300
Par Arrêt du 29. |
1,312,665
Novembre.
Par Arrêt du 13.)
Decembre.
419 , 391
208 Par Arrêt du 20. 362 ,
Dcembre .
Par Arrêt du 3. 420 , 246
Janvier.
Total 2 , 957 , 327 livres
MERCURE.
PRINCIPAL DES RENES
fur les Poftes,
ETEINT.
Par Arrêt du 15
Novembre.
Par Arrêt du 22
Novembre..
Par Arrêt du 29
Novembre.
Par Airêt du 13
Decembre.
Par Arrêt du 20
Decembre ,
·
71, 000. livres.
17 , 000.
Par Arrêt du 331
Janvier.
Total 88,000 livres .
84 LE NOUVEAU
PBINCIPAL
DES RENTES
fur le contrôlle des Alles
des Notaires,
E TEINT.
Par Arrêt du 15 1,446,088.livres
.
Novembre.
Par Arrêt du 22 320,991 .
Novembre.
Par Arrêt du 29 330,547.
Novembre.
Par Arrêt du 13 390,041 .
Decembre.
Par Arrêt du 20 1,020,820.
Decembre.
Par Arrêt du 3 1,435, $19.
Janvier.
1
Total 4 , 944 , 006. livres .
Principal
MERCURE. 35
PRINCIPAL DES RENTES
fur le controlle des Exploits ,
E TEINT.
Par Arrêt du 15 359 , 214. livres
Novembre.
Par Arrêt du 12
Novembre.
47,509
Par Arrêt du 29 112 , 872.
Novembre.
Par Arrêt du 13 153 , 0.0.
Decen bre.
Par Arrêt du 20
Decembre .
70,860,
Par Arieft du ; 57,662.
Janvier.
Total 81 , 137 livres
H
86 LE NOUVEAU
PRINCIPAL
Jur les Greffes
DES RENTES
Domaines ,
E TEINT.
Par Arreft du 15
PNovembre.
Par Arreft du 22
Novembre .
Par Arreft du 29
Novembre.
91 , 526,livres.
35, 235
Par Arreft du 13 179 503.
Decembre.
Par Arreft du 20
Decembre.
Par Arreft du 3.
Janvier .
70 , 666
409 , 103 .
Total 786 , 033. livres .
MERCURE
. 87
PRINCIPAL
DES RENTES
fur les Recettes generales des Pays,
d'Election ,
ETIIN T.
Par Arrest du 15 335 , 675. livres.
Novembre .
Par Arreft du 22
Novembre.
Par Arreft du 29
Novembre.
Par Arreft du 13
Decembre.
94 , 351
23,485
.
Par Arreft du 20 121 800:
Decembre ,
Par Arreft du
Janvier.
31
Total 575 , 311 livres.
Hij
LE NOUVEAU .
PRINCIPAL DES
AUGMENTATIONS
de Gages , éteint .
Par Arreft du 15 53 850 , livres
Novembre.
Par Arreft du 22 185 , 786
Novembre •
Par Arrest du 29 337 , 550
Novembre
Par Arreft du 13 179, 243
Decembre.
Par Arrest du 20 137357
Decembre.
Par Arrest du 13 586 , 268
Janvier.
Total 1,480 , 067 livres .
MER CURE.
Principal des Promeffes des G1-
beles , Affignations
, Billets de
'Etat , de Loterie , des Riceveurs
généraux de le Gendre
& autres,
éteint.
Par Arrest du 15
Noven bre.
•
Par Arreft du 22 19,333 , 105. liv.
Novembre .
Par Arreft du 29
Novembre.
10,183,970
Par Arreft du 13 8,875, 330.
Dicembre.
Par Arreft du 20 ) 6 , 443,460
Decembre ,
Par Anelt du 3 10 , 028 , 325
Janvier.
Total 14,664 , 190 livres.
90 LE NOUVEAU
PRINCIPALDES
REMBOURSEMENTS
d'Offices , c
ETEINT.
Par Arreft du 15 | 11 , 253 , 998 liv.
Novembre.
Par Arreft du 22
S, 432, 806, Novembre
Par Arrest du 29 4,899, 845.
Novembre ,
Par Arreft du 13
Decembre
Par Arre du 3
Janvier .
Tota 34, 309, 038 livres
4,834, 488
7,887 , 901.
MERCURE.
PRINCIPAL DES EFFETS
de differente nature , quiferviront
à payer les dettes du Roy ,
ETE IN T.
Par Arreft du s
Novembre.
Par Arreft du 22 11 , 730 067 li .
Novembre.
Par Arrest du 29
Novembre.
5,416, 342.
Par Arreft du 13 3 , 720 , 204
Decembre
Par Arreft du 20 2,707 , 010
Decembre,
Par Arreft du 3 4,920, 451.
Janvier.
Total 28 , 494 , 084. liv .
En tout cent cinquante-fept millions
, cent foixante- dix mille , deux
cent foixante-neuf livres,
Ce qui fait fix. millions , deux cent
quatre-vingt mille livres de rente.
te
du Public , en lui faifant voir
d'un coup d'oeil , toutes les rentesqui
ont efté éteintes & amorties par
Arrefts du Confeil d'Eftat du Roy ,
depuis l'impofition des taxes fur les
gens d'affaires , tant für- l'Hostel de
MERCURE
.
7.9
Ville , quefur les Tailles , fur les poftes
, fur les Controls des Actes des
Notaires , fur le Contrôle des Exploits,
fur les Gffes des Domaines , & autres
effets de differente nature, qui feront
employez à acquirer l'Etat .
Je me fuis fervi pour ce calcul , de
piéces autentiques
, fçavoir , de fix
Arrefts du Confeil d'Etat du Roy , portans
extinction & amortiffement
de
plufieurs Rentes conftituées fur l' Hoftel
de Valle & fur differens revenus du
Roy.
Ćes fix Arrefts ne comprenent que
les premiers rôles ; à mesure qu'il en
paroiftra d'autres , j'aurai foin de
fuivre le même plan dans les Mercares
prochains .
Giiij
Liftes. Taxez. Mois . | Sommes .
1.
2 .
3 .
4.
5.
6 .
7.
8.
so. 8 Nov. 15866000l.
60. 14 Nov. 16274000
73. 21 Nov. 26359000
70. 28 Nov. 27794000
s Déc. 10750000
71.13 Déc. 12588000
96. 19 Déc. 20060000
2012 Janv.33 13 7000
104 .
7as Taxez. Total.
162828000l
MERCURE.
PRINCIPAL DES RENTES
fur l'Hotel de Ville ,
ETEINT.
Par Arrêt du 15. 5,228,832 . livres.
Novembre.
Par Arrêt du 22. 5,208 , 448.
Novembre.
Par Arrêt du 29. 4,284,472
Novembre .
Par Arrêt du 13. 4,720,729.
Decembre.
Par Arrêt du 20. 2,546,217.
Decembre.
Par Arrêt du 3. 6,083,381.
Janvier,
Total 28,072,079 , livres .
G iij
82 LE NOUVEAU
PRINCIPAL DES RENTES
fur les Tailles
ETEINT,
Par Arrêt du 15.
Novembre.
Par Arrêt du 22 .
Novembre .
241 , 517 livres.
301 , 300
Par Arrêt du 29. |
1,312,665
Novembre.
Par Arrêt du 13.)
Decembre.
419 , 391
208 Par Arrêt du 20. 362 ,
Dcembre .
Par Arrêt du 3. 420 , 246
Janvier.
Total 2 , 957 , 327 livres
MERCURE.
PRINCIPAL DES RENES
fur les Poftes,
ETEINT.
Par Arrêt du 15
Novembre.
Par Arrêt du 22
Novembre..
Par Arrêt du 29
Novembre.
Par Airêt du 13
Decembre.
Par Arrêt du 20
Decembre ,
·
71, 000. livres.
17 , 000.
Par Arrêt du 331
Janvier.
Total 88,000 livres .
84 LE NOUVEAU
PBINCIPAL
DES RENTES
fur le contrôlle des Alles
des Notaires,
E TEINT.
Par Arrêt du 15 1,446,088.livres
.
Novembre.
Par Arrêt du 22 320,991 .
Novembre.
Par Arrêt du 29 330,547.
Novembre.
Par Arrêt du 13 390,041 .
Decembre.
Par Arrêt du 20 1,020,820.
Decembre.
Par Arrêt du 3 1,435, $19.
Janvier.
1
Total 4 , 944 , 006. livres .
Principal
MERCURE. 35
PRINCIPAL DES RENTES
fur le controlle des Exploits ,
E TEINT.
Par Arrêt du 15 359 , 214. livres
Novembre.
Par Arrêt du 12
Novembre.
47,509
Par Arrêt du 29 112 , 872.
Novembre.
Par Arrêt du 13 153 , 0.0.
Decen bre.
Par Arrêt du 20
Decembre .
70,860,
Par Arieft du ; 57,662.
Janvier.
Total 81 , 137 livres
H
86 LE NOUVEAU
PRINCIPAL
Jur les Greffes
DES RENTES
Domaines ,
E TEINT.
Par Arreft du 15
PNovembre.
Par Arreft du 22
Novembre .
Par Arreft du 29
Novembre.
91 , 526,livres.
35, 235
Par Arreft du 13 179 503.
Decembre.
Par Arreft du 20
Decembre.
Par Arreft du 3.
Janvier .
70 , 666
409 , 103 .
Total 786 , 033. livres .
MERCURE
. 87
PRINCIPAL
DES RENTES
fur les Recettes generales des Pays,
d'Election ,
ETIIN T.
Par Arrest du 15 335 , 675. livres.
Novembre .
Par Arreft du 22
Novembre.
Par Arreft du 29
Novembre.
Par Arreft du 13
Decembre.
94 , 351
23,485
.
Par Arreft du 20 121 800:
Decembre ,
Par Arreft du
Janvier.
31
Total 575 , 311 livres.
Hij
LE NOUVEAU .
PRINCIPAL DES
AUGMENTATIONS
de Gages , éteint .
Par Arreft du 15 53 850 , livres
Novembre.
Par Arreft du 22 185 , 786
Novembre •
Par Arrest du 29 337 , 550
Novembre
Par Arreft du 13 179, 243
Decembre.
Par Arrest du 20 137357
Decembre.
Par Arrest du 13 586 , 268
Janvier.
Total 1,480 , 067 livres .
MER CURE.
Principal des Promeffes des G1-
beles , Affignations
, Billets de
'Etat , de Loterie , des Riceveurs
généraux de le Gendre
& autres,
éteint.
Par Arrest du 15
Noven bre.
•
Par Arreft du 22 19,333 , 105. liv.
Novembre .
Par Arreft du 29
Novembre.
10,183,970
Par Arreft du 13 8,875, 330.
Dicembre.
Par Arreft du 20 ) 6 , 443,460
Decembre ,
Par Anelt du 3 10 , 028 , 325
Janvier.
Total 14,664 , 190 livres.
90 LE NOUVEAU
PRINCIPALDES
REMBOURSEMENTS
d'Offices , c
ETEINT.
Par Arreft du 15 | 11 , 253 , 998 liv.
Novembre.
Par Arreft du 22
S, 432, 806, Novembre
Par Arrest du 29 4,899, 845.
Novembre ,
Par Arreft du 13
Decembre
Par Arre du 3
Janvier .
Tota 34, 309, 038 livres
4,834, 488
7,887 , 901.
MERCURE.
PRINCIPAL DES EFFETS
de differente nature , quiferviront
à payer les dettes du Roy ,
ETE IN T.
Par Arreft du s
Novembre.
Par Arreft du 22 11 , 730 067 li .
Novembre.
Par Arrest du 29
Novembre.
5,416, 342.
Par Arreft du 13 3 , 720 , 204
Decembre
Par Arreft du 20 2,707 , 010
Decembre,
Par Arreft du 3 4,920, 451.
Janvier.
Total 28 , 494 , 084. liv .
En tout cent cinquante-fept millions
, cent foixante- dix mille , deux
cent foixante-neuf livres,
Ce qui fait fix. millions , deux cent
quatre-vingt mille livres de rente.
Fermer
1173
p. 118-132
PRECIS DES ARREST &c. Depuis le premier Janvier.
Début :
Arrêt notable de la Cour de Parlement de Paris en faveur des [...]
Mots clefs :
Arrêts, Parlement, Édit du roi, Conseils, Offices de commissaires, Bulles, Cour du Parlement, Juridiction, Grands officiers, Exemption, Ordonnance, Royaume de France, Amnistie générale, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRECIS DES ARREST &c. Depuis le premier Janvier.
PRECIS DES ARRESTS & c.
Depuis le premier Janvier.
A
Rrêt notable de la Cour de
Parlement de Paris en faveur
des Beneficiers , contre les Banquiers
Expéditionnaires en Cour de Rome.
Edit du Roy , portant fuppreffion
des Offices de Controlleurs des
Greffiers- Gardes- Minuttes de Chancelleries
, " prés les Cours , Confeils-
Supérieurs , & Provinciaux , & les
Juges Préfidiaux du Royaume , créés
par Edit du mois de Janvier 1706 ,
MERCURE.
19
donné à Paris au mois de Janvier
1717 , regithié en Pailement.
Edit du Roy , portant fuppreffion
des Offices de Commitlaires Vérifi
cateurs Particuliers des Rôlles, pour
la diftribution du Sel ; donné a Paris
au mois de Janvier 1717 , regiſtré
en Parlement.
Arreft du Confeil d'Etat du Roy ,
qui ordonne , que toutes
perfonnes
qui ont , ou prétendent
avoir dans
la Ville , &
Fauxbourgs de Paris
des Droits de Juftice ou de Police ,
des Privileges ou
Affranchiflemens
de Maîtriles , Franchiſes , &c . feront
tenues de remettre fans délai leurs
Titres de conceffion , & de confirmation
, entre les mains du Sieur
Simon Cailleau
Greffier des Commillions
extraordinaires du Confeil
du 2. Janvier 1717.
Arreft de la Cour de
Parlement
de Paris , qui fait défenfes de recevoir
, publier , ou
executer , imprimer
, vendre , ou diftribuer aucunes
Bulles ou Brefs de Cour de
Rome,fans Lettres Patentes du Roy,
A
120 LE NOUVEAU
regiftrées en ladite Cour.
Arreft de la Cour , de Parlement
de Normandie , qui fait les mêmes
deffenfes du 22 Decembre 1716 .
·
Arreft de la Cour de Parlement
de Dijon , faifant les mêmes deffenfes
du 28 Decembre 1716 .
Arreft de la Cour de Parlement
de Toulouſe faifant les mêmes
deffenfes du 30 Decembre 1716 .
>
Arreft de la Cour de Parlement de
Befançon , qui fait les mêmes deffenfes
du 2 Janvier 1717.
Arreft de la Cour du Parlement de
Bordeaux , qui fait les mêmes deffenfes
du 7 Janvier 1717.
Arreft de la Cour du Parlement
d'Aix , faifant les mêmes deffenfes ,
du 7 Janvier 1717
Arreft du Confeil d'Etat du Roy ,
qui ordonne , que pendant le courant
de l'année 1717 , ii ne fera payé
que moitié des droits de Marc. d'or,
Enregistrement des Gardes de Rôlles
; Sceau des Provifions , frais de
Reception & Inftallation dans les
Cours , & autres Jurifdictions ; des.
Offices
MERCURE. 121
Offices qui feront levez vacans aux
Revenus Cafuels pendant ledit tems ,
défquels ceux qui les auront levez ,
jouiront à titre de furvivance , du
sJanvier 1717 .
Arreft de la Chambre de Juftice ,
contre ceux qui recellent les effets
des Acculez , qui ont efté condamnez
, par lequel , il eſt enjoint à tou
tes perfonnes de quelque qualité
& condition qu'elles foient , de faire
dans quinzaine, du jour de la publication
du préfent Arreft , leur décla-`
ration au Procureur General du Roi
defdits effets , dont ils font dépofitaires
, ou prétés leurs-noms , du 7
fanvier 1717.
Arreft du Confeil d'Etat du Roy,
qui nomme des Commiffaires , pour
proceder à la liquidation de la Finance
des Offices des Greniers à Sel ,
& autres fupprimez , par Edit du
mois de Decembre 1716 , du 9 Janvier
1717.
Arreft du Confeil d'Etat du Roy ,
qui ordonne , que tous les Officiers
de Guerre , & de Juftice , & les
L
122 LE NOUVEAU
Gentilshommes pourront payer en
Billets de l'Etat , tout ce qu'ils doivent
d'arrerages de Capitation , & de
Dixiéme jufqu'au premier Ianvier
i7i6.
Et que les Officiers de Justice qui
n'ont pas encore fait le rachapt de
leur annuel , feront recu à le payer
auffi en Billets de l'Etat
pendant le cours de la préfente année
feulement , du 9 Janvier 1717 .
>
Arreft du Confeil d'Etat du Roy ,
qui déclare communs & executoires
au profit , tant de Me . Paul Manis
que des autres Fermiers ou Adjudicataires
des Fermes generales qui
lui fuccederont, les Arrefts du Confeil
des 3 Aouft 1688 , 13 May 1698 ,
22 Mars 1707 & 7 Octobre 1710 , &
en conféquence , fait tres exprelles ,
inhibitions & deffenfes à tous Huiffiers
, & Sergens , de faire aucunes
contraintes contre lefdits Fermiers ,
& leurs cautions , pour raifon defdites
Fermes , qu'après avoir remis
les Arrefts , Sentences , Jugemens ,
& autres piéces dont ils feront por
MERCURE. 123
teurs , és mains du fieur Barlet de
Bonneval , Receveur general deſdires
Fermes à Paris , ou fes fuccef
feurs , du 9 Janvier 1717 .
Arrest du Confeil d'Etat , qui juge
que quatre Particuliers d'une Communauté
, ne font pas recevables à
former des oppofitions , & demandes
fur affaires qui ont efté jugées
avec la Communauté en Corps defdits
Particuliers , du 9 Janvier 1717.
Arreft du Confeil d'Etat du Roi ,
qui commet M. Rouillé du Coudray
Confeiller d'Etat ordinaire , Directeur
general des Finances , & M.
Gilbert de Voifin Confeiller au Confeil
de Finances , pour liquider la
Finance des Offices d'Infpecteurs
des Fermes , fupprimez par Edit du
mois d'Octobre 1716 , du 9 Janvier
1717 .
Arreft du Confeil d'Etat du Roi ,
du 16 Janvier 1717 , qui commet
Jean de Luret Bourgeois de Paris ,"
pour faire la Regie , & Recette à
commencer du premier Janvier 1717 .
de tous les droits manuels qui ſe
Lij
114 LE NOUVEAU
lévent fur chacun minor de Sel dans
les Gabelles de France , Lyonnois ,
Dauphiné Provence , Languedoc
& Rouffillon , en execution des Edits
des mois de May 1691 , Octobre 1694.
Octobre 1701. Février , Novembre
& Decembre 1704 , Octobre 1705.
Novembre 1707 & Janvier 171 5.
& des Declarations des 6 May 1710.
15 Decembre 1711 , & Arrests rendus
en conféquence , dont les allié
nations ont efté revoquées par Edit
du mois de Decembre 1716 .
Arreft du Confeil d'Etat du Roy
du 16 Janvier 1717 , qui ordonne que .
le recouvrement des droits de Francs-
Fiefs fur les Roturiers poffedants .
Fiefs , & autres biens nobles , qui par
les Annobliffemens & Privileges
dont ils étoient revêtus , étoient
exempts du payement defdits droits ,
fera fait non- feulement fur les particuliers
compris dans les fuppreffions
portées par les Edits de Juin &
Aout 1715. Mais encore fur ceux
dont les exemptions ont été fupprimées
par les Edits de May & Aouft
MERCURE.
125
1716. & autres qui ont efté , ou pourront
être ci -aprés fupprimées , & fixe
le contrôle de chacun des exploits qui
feront faits pour raifon dudit recouvrement
, à 4 fols 6 deniers .
Arreft du Confeil d'Etat du Roy ,
qui nomme des Commiflaires , pour
proceder à la liquidation de la Finance
des Offices de Contrôleurs Vifiteurs
des poids & mefures, fupprimez
par Edit du mois d'Octobre dernier,
& qui commet le fieur Simon Cailfeau
ponr Greffier de la Commiffion
du 16Janvier 1717. -
Ordonnance du Roy , qui oblige
les François,de fe deffaire de la part
qu'ils ont avec les Etrangers dans les
bâtimens conftruits , ou acheptez
dans les Ports du Royaume, & dans
les pays Etrangers , ou d'en acquerir
la totalité . Donnée à Paris le 18
Janvier 1717.
Arreft du Confeil d'Eſtar du Roy
portant extinction , & amortiffement
de plufieurs rentes conftituées fur
l'Hoftel de Ville de Paris ; & fur dif
ferens revenus du Roy , & compri-
Liig
126 LE NOUVEAU
les dans les rôles de taxes faites fur
les jufticiables de la Chambre de
Juftice , arrêtez au Confeil les 9 &
16 du prefent mois. Du 17 Janvier
1717.
Ártêt de la Chambre de Juſtice, par
contumace , contre le nommé Chartier
, Receveur des Traittes Foraines
de Vichy , condamné à faire amende
honorable , & d'eftre pendu pour avoir
detourné & appliqué à fon profit
, des deniers Royaux , & commis
nombre de concuffions & exactions .
Et contre les nommez Marcou , &
la Bellonie , fes Commis prépofez ,
condamnez d'affifter à l'amende ho.
norable, & à l'execution de mort dudit
Chartier , & iceux bannis pour 9
ans. Du 19Janvier 1717.
Arrêt du Confeil d'Eftat du Roy ,
qui ordonne que les louis d'or de 20
livres feront decriez de tout cours
dans le commerce , & n'y pourront
plus être expofez ; fçavoir , dans
Îa Ville & Election de Paris , paflé le
15 Février prochain ; & aprés le dernier
dudit mois , dans tout le refte du
MERCURE. 127
Royaume. Du 30 Janvier 1717.
Declaration du Roy , portant Reglement
pour les droits d'Aydes .
Donnée à Paris le 30 Janvier 1717.
Registrée en la Cour des Aydes.
Arrêt du Confeil d'Eſtat du Roy ,
qui deboute les Orfévres de la Ville
de Rennes en Bretagne , de l'oppofition
par eux formée à l'Arrêt du Confeil
du 19 May 1716. concernant les
droits de marque & contrôle fur les
ouvrages d'or & d'argent , & or.
donne que ledit Arreft fera executé
felon fa forme & teneur. Du 23 Jan
vier 1717.
Evaluation & Tarif des efpeces ,
vaiflelles & matieres d'or & d'argent
. Le 25 Janvier 1717 .
Ordonnance du Roy, portant ami
niftie generale , en faveur des Soldats
des Compagnies Franches de la
Marine , qui ont defertez desdites
Compagnies , juſqu'au premier du
prefent mois , qui regle entr'autres
chofes , ce qui fera obfervé doreſnavant
pour les enrôlemens ; la forme
des congez abfolus , ou pour un tems
728 LE NOUVEAU
limité , & qui impoſe la peine de
mort aux Deferteurs . Donnée à Paris
le 2 Janvier 1717.
Arreft du Confeil d'Etat du Roy '
qui nomme des Commiflaires pour lla
caffation des Contrats de rente au denier
vingt- cinq , fur le revenu des
Bois de S. M. au profit des Commu-
Hautez Laiques & Ecclefiaftiques ,
dont les Bois ont été vendus par extraordinaire
, pour la provifion de
Paris. Du 12 Janvier 1717 .
Arreft de la Chambre de Juftice,
contreJean -François Lievain , ci- devant
Notaire , & Receveur General
de plufieures Lotteries ; par lequel il
eft condanné au Pilory , par trois
jours , & au banniffement pour cinq
ans , du Reffort du Parlement ; &
jufques au parfait payement des fom .
mes qu'il a reçues , appartenantes
aux Paroiffes & Convents ,. tiendra
prifon ; & fon ban ne courrera que
du jour qu'il fortira de prifon , aprés
les payements faits . Du . 12 Février.
1717.
Declaration du Roy , portant exe
MER CURE. 129
tination & fuppreffion des 4 fols pour
livre , fur tous les Droits des Fermes
Generales , & particulieres , établis
par les Declarations des trois
Mars 1705. & 7 May 1715. Donnée
à Paris le 13 Février 1717.
>
Arreft de Reglement pour lesTailles
, rendu à l'encontre de Claude
& Jean Guyard Huiffer Royaux à
Montargis , & Jacques Firmin leur
record.
LP
Arreft de la Cour de Parlement ,
concernant le remboursement des
rentes folidaires; Qui juge dans quel ,
cas les rentes folidaires nommées
Frefches en Touraine , & autres Provinces
voifines , peuvent être ; aux
termes de l'article CXCII , de la Coû--
tume de Tours , rachetées & amor.
ties par chacun des Cofrescheurs &
Codebiteurs pour leur part & por-
- tion.
Arreft de la Cour de Parlement ,
rendu au rapport de M. Boutet de
Guignonville , Qui juge que le Proprietaire
d'un Domaine , qui donne
des beftiaux à titre de Cheptel, pour
LE NOUVEAU
P'exploitation d'icelui , eft en droit
de reprendre à la fin du Bail , à moi.
cié fruits , le même nombre , & de
mêmes efpeces,de beftiaux mentionnez
dans fon cheptel , en payant an
Merayer fa part du profit en argent.
C'est la premiere fois que cette
queſtion s'eft preſentée .
Arreft du Confeil d'Eftat du Roy,
qui deffend à tous Commis & Receveurs
de la Generalité d'Orleans,
de percevoir aucun droit , de quelque
nature qu'il foit , fans en donner
quittance en papier timbré , &
enjoint aux redevables , d'en prendre
& de fembourfer les frais du timbre ;
le tout à peine de concuffion contre
les commis , & de faifie , & confifcation
contre les redevables . Du8 .
Decembre 1716.
Arreft du Confeil d'Etat du Roy ,
qui réduit les droits d'Entréés fur
l'acier non- ouvré , à 28 fols pour
cent pefant.
Arreft du Confeil d'Eftat du Roy
qui commet le fieur Paſſelaigue Greffier
des commiffions extraordinaires
MERCUR E.
131
"
*du Confeil , pour recevoir les titres
des P.oprietaires , & pourvûs des
Offices de Maiftres & Aydes des
Ponts & Pertuits , fupprimez par
Edit du mois d'Aouft 1716. Du deux
Janvier 1717
Arreft de la Chambre de Juftice ,
contre le nommé Jacques Marrel ,
Receveur Particulier des Tailles de
la communauté d'Eure , pour concuffions
& malverfations , condamné
au blâme , declaré incapable d'aucune
fonction publique , & en cent
vingt livres d'amende vers le Roy ;
& contre Pierre Marrel fon frere
complice. Du 23 Janvier 1717 .
Arrêt du Grand Confeil du Roy ,
qui maintient l'ordre de Citeaux
dans l'exemption de la Jurifdiction
des Ordinaires , fur les chapelles qui
dépendent de fes Fermes & Domaines.
Arreft de la Chambre de Juftice
contre Michel Groualle du Bocage ,
Directeur , chargé du kecouvrement
des Droits de Franc- Fifs , &
qui s'étoit fuppofe, charge, de la vente
132 LE NOUVEAU
des quatre Lettres de Maiftrifes accordées
à chaque communauté d'Arts
& Métiers , en faveur de l'avene .
ment du Roy à la Couronne , condamné
au blâme , en 3000 livres
' d'amende vers le Roy ,& déclaré incapable
d'aucune fonction publique.
Arreft du Confeil d'Etat du Roy
qui ordonne que le Recouvrement
des Droits de Franc- Fiefs fur les
Roturiers pollédans Fiefs & autres
biens notables , qui par les Annobliflemens
& Privileges dont ils
étoient revêtus , étoient exempts du
payement detdits Droits , fera fait
non feulement fur les Particuliers
compris dans les fuppreffions portées
par les Edits de Juin & Aouft
1715 Mais encore fur ceux dont les
exemptions ont efté fupprimées par
les Edits de May & Aouft 1716 , &
autres , qui ont été ou pourront être
fupprimées ; a fixé le controlle de
chacun des Exploits qui feront faits
pour raifon dudit Recouvrement à
4. f. 6 d. du 16 Janvier 1717 :
Depuis le premier Janvier.
A
Rrêt notable de la Cour de
Parlement de Paris en faveur
des Beneficiers , contre les Banquiers
Expéditionnaires en Cour de Rome.
Edit du Roy , portant fuppreffion
des Offices de Controlleurs des
Greffiers- Gardes- Minuttes de Chancelleries
, " prés les Cours , Confeils-
Supérieurs , & Provinciaux , & les
Juges Préfidiaux du Royaume , créés
par Edit du mois de Janvier 1706 ,
MERCURE.
19
donné à Paris au mois de Janvier
1717 , regithié en Pailement.
Edit du Roy , portant fuppreffion
des Offices de Commitlaires Vérifi
cateurs Particuliers des Rôlles, pour
la diftribution du Sel ; donné a Paris
au mois de Janvier 1717 , regiſtré
en Parlement.
Arreft du Confeil d'Etat du Roy ,
qui ordonne , que toutes
perfonnes
qui ont , ou prétendent
avoir dans
la Ville , &
Fauxbourgs de Paris
des Droits de Juftice ou de Police ,
des Privileges ou
Affranchiflemens
de Maîtriles , Franchiſes , &c . feront
tenues de remettre fans délai leurs
Titres de conceffion , & de confirmation
, entre les mains du Sieur
Simon Cailleau
Greffier des Commillions
extraordinaires du Confeil
du 2. Janvier 1717.
Arreft de la Cour de
Parlement
de Paris , qui fait défenfes de recevoir
, publier , ou
executer , imprimer
, vendre , ou diftribuer aucunes
Bulles ou Brefs de Cour de
Rome,fans Lettres Patentes du Roy,
A
120 LE NOUVEAU
regiftrées en ladite Cour.
Arreft de la Cour , de Parlement
de Normandie , qui fait les mêmes
deffenfes du 22 Decembre 1716 .
·
Arreft de la Cour de Parlement
de Dijon , faifant les mêmes deffenfes
du 28 Decembre 1716 .
Arreft de la Cour de Parlement
de Toulouſe faifant les mêmes
deffenfes du 30 Decembre 1716 .
>
Arreft de la Cour de Parlement de
Befançon , qui fait les mêmes deffenfes
du 2 Janvier 1717.
Arreft de la Cour du Parlement de
Bordeaux , qui fait les mêmes deffenfes
du 7 Janvier 1717.
Arreft de la Cour du Parlement
d'Aix , faifant les mêmes deffenfes ,
du 7 Janvier 1717
Arreft du Confeil d'Etat du Roy ,
qui ordonne , que pendant le courant
de l'année 1717 , ii ne fera payé
que moitié des droits de Marc. d'or,
Enregistrement des Gardes de Rôlles
; Sceau des Provifions , frais de
Reception & Inftallation dans les
Cours , & autres Jurifdictions ; des.
Offices
MERCURE. 121
Offices qui feront levez vacans aux
Revenus Cafuels pendant ledit tems ,
défquels ceux qui les auront levez ,
jouiront à titre de furvivance , du
sJanvier 1717 .
Arreft de la Chambre de Juftice ,
contre ceux qui recellent les effets
des Acculez , qui ont efté condamnez
, par lequel , il eſt enjoint à tou
tes perfonnes de quelque qualité
& condition qu'elles foient , de faire
dans quinzaine, du jour de la publication
du préfent Arreft , leur décla-`
ration au Procureur General du Roi
defdits effets , dont ils font dépofitaires
, ou prétés leurs-noms , du 7
fanvier 1717.
Arreft du Confeil d'Etat du Roy,
qui nomme des Commiffaires , pour
proceder à la liquidation de la Finance
des Offices des Greniers à Sel ,
& autres fupprimez , par Edit du
mois de Decembre 1716 , du 9 Janvier
1717.
Arreft du Confeil d'Etat du Roy ,
qui ordonne , que tous les Officiers
de Guerre , & de Juftice , & les
L
122 LE NOUVEAU
Gentilshommes pourront payer en
Billets de l'Etat , tout ce qu'ils doivent
d'arrerages de Capitation , & de
Dixiéme jufqu'au premier Ianvier
i7i6.
Et que les Officiers de Justice qui
n'ont pas encore fait le rachapt de
leur annuel , feront recu à le payer
auffi en Billets de l'Etat
pendant le cours de la préfente année
feulement , du 9 Janvier 1717 .
>
Arreft du Confeil d'Etat du Roy ,
qui déclare communs & executoires
au profit , tant de Me . Paul Manis
que des autres Fermiers ou Adjudicataires
des Fermes generales qui
lui fuccederont, les Arrefts du Confeil
des 3 Aouft 1688 , 13 May 1698 ,
22 Mars 1707 & 7 Octobre 1710 , &
en conféquence , fait tres exprelles ,
inhibitions & deffenfes à tous Huiffiers
, & Sergens , de faire aucunes
contraintes contre lefdits Fermiers ,
& leurs cautions , pour raifon defdites
Fermes , qu'après avoir remis
les Arrefts , Sentences , Jugemens ,
& autres piéces dont ils feront por
MERCURE. 123
teurs , és mains du fieur Barlet de
Bonneval , Receveur general deſdires
Fermes à Paris , ou fes fuccef
feurs , du 9 Janvier 1717 .
Arrest du Confeil d'Etat , qui juge
que quatre Particuliers d'une Communauté
, ne font pas recevables à
former des oppofitions , & demandes
fur affaires qui ont efté jugées
avec la Communauté en Corps defdits
Particuliers , du 9 Janvier 1717.
Arreft du Confeil d'Etat du Roi ,
qui commet M. Rouillé du Coudray
Confeiller d'Etat ordinaire , Directeur
general des Finances , & M.
Gilbert de Voifin Confeiller au Confeil
de Finances , pour liquider la
Finance des Offices d'Infpecteurs
des Fermes , fupprimez par Edit du
mois d'Octobre 1716 , du 9 Janvier
1717 .
Arreft du Confeil d'Etat du Roi ,
du 16 Janvier 1717 , qui commet
Jean de Luret Bourgeois de Paris ,"
pour faire la Regie , & Recette à
commencer du premier Janvier 1717 .
de tous les droits manuels qui ſe
Lij
114 LE NOUVEAU
lévent fur chacun minor de Sel dans
les Gabelles de France , Lyonnois ,
Dauphiné Provence , Languedoc
& Rouffillon , en execution des Edits
des mois de May 1691 , Octobre 1694.
Octobre 1701. Février , Novembre
& Decembre 1704 , Octobre 1705.
Novembre 1707 & Janvier 171 5.
& des Declarations des 6 May 1710.
15 Decembre 1711 , & Arrests rendus
en conféquence , dont les allié
nations ont efté revoquées par Edit
du mois de Decembre 1716 .
Arreft du Confeil d'Etat du Roy
du 16 Janvier 1717 , qui ordonne que .
le recouvrement des droits de Francs-
Fiefs fur les Roturiers poffedants .
Fiefs , & autres biens nobles , qui par
les Annobliffemens & Privileges
dont ils étoient revêtus , étoient
exempts du payement defdits droits ,
fera fait non- feulement fur les particuliers
compris dans les fuppreffions
portées par les Edits de Juin &
Aout 1715. Mais encore fur ceux
dont les exemptions ont été fupprimées
par les Edits de May & Aouft
MERCURE.
125
1716. & autres qui ont efté , ou pourront
être ci -aprés fupprimées , & fixe
le contrôle de chacun des exploits qui
feront faits pour raifon dudit recouvrement
, à 4 fols 6 deniers .
Arreft du Confeil d'Etat du Roy ,
qui nomme des Commiflaires , pour
proceder à la liquidation de la Finance
des Offices de Contrôleurs Vifiteurs
des poids & mefures, fupprimez
par Edit du mois d'Octobre dernier,
& qui commet le fieur Simon Cailfeau
ponr Greffier de la Commiffion
du 16Janvier 1717. -
Ordonnance du Roy , qui oblige
les François,de fe deffaire de la part
qu'ils ont avec les Etrangers dans les
bâtimens conftruits , ou acheptez
dans les Ports du Royaume, & dans
les pays Etrangers , ou d'en acquerir
la totalité . Donnée à Paris le 18
Janvier 1717.
Arreft du Confeil d'Eſtar du Roy
portant extinction , & amortiffement
de plufieurs rentes conftituées fur
l'Hoftel de Ville de Paris ; & fur dif
ferens revenus du Roy , & compri-
Liig
126 LE NOUVEAU
les dans les rôles de taxes faites fur
les jufticiables de la Chambre de
Juftice , arrêtez au Confeil les 9 &
16 du prefent mois. Du 17 Janvier
1717.
Ártêt de la Chambre de Juſtice, par
contumace , contre le nommé Chartier
, Receveur des Traittes Foraines
de Vichy , condamné à faire amende
honorable , & d'eftre pendu pour avoir
detourné & appliqué à fon profit
, des deniers Royaux , & commis
nombre de concuffions & exactions .
Et contre les nommez Marcou , &
la Bellonie , fes Commis prépofez ,
condamnez d'affifter à l'amende ho.
norable, & à l'execution de mort dudit
Chartier , & iceux bannis pour 9
ans. Du 19Janvier 1717.
Arrêt du Confeil d'Eftat du Roy ,
qui ordonne que les louis d'or de 20
livres feront decriez de tout cours
dans le commerce , & n'y pourront
plus être expofez ; fçavoir , dans
Îa Ville & Election de Paris , paflé le
15 Février prochain ; & aprés le dernier
dudit mois , dans tout le refte du
MERCURE. 127
Royaume. Du 30 Janvier 1717.
Declaration du Roy , portant Reglement
pour les droits d'Aydes .
Donnée à Paris le 30 Janvier 1717.
Registrée en la Cour des Aydes.
Arrêt du Confeil d'Eſtat du Roy ,
qui deboute les Orfévres de la Ville
de Rennes en Bretagne , de l'oppofition
par eux formée à l'Arrêt du Confeil
du 19 May 1716. concernant les
droits de marque & contrôle fur les
ouvrages d'or & d'argent , & or.
donne que ledit Arreft fera executé
felon fa forme & teneur. Du 23 Jan
vier 1717.
Evaluation & Tarif des efpeces ,
vaiflelles & matieres d'or & d'argent
. Le 25 Janvier 1717 .
Ordonnance du Roy, portant ami
niftie generale , en faveur des Soldats
des Compagnies Franches de la
Marine , qui ont defertez desdites
Compagnies , juſqu'au premier du
prefent mois , qui regle entr'autres
chofes , ce qui fera obfervé doreſnavant
pour les enrôlemens ; la forme
des congez abfolus , ou pour un tems
728 LE NOUVEAU
limité , & qui impoſe la peine de
mort aux Deferteurs . Donnée à Paris
le 2 Janvier 1717.
Arreft du Confeil d'Etat du Roy '
qui nomme des Commiflaires pour lla
caffation des Contrats de rente au denier
vingt- cinq , fur le revenu des
Bois de S. M. au profit des Commu-
Hautez Laiques & Ecclefiaftiques ,
dont les Bois ont été vendus par extraordinaire
, pour la provifion de
Paris. Du 12 Janvier 1717 .
Arreft de la Chambre de Juftice,
contreJean -François Lievain , ci- devant
Notaire , & Receveur General
de plufieures Lotteries ; par lequel il
eft condanné au Pilory , par trois
jours , & au banniffement pour cinq
ans , du Reffort du Parlement ; &
jufques au parfait payement des fom .
mes qu'il a reçues , appartenantes
aux Paroiffes & Convents ,. tiendra
prifon ; & fon ban ne courrera que
du jour qu'il fortira de prifon , aprés
les payements faits . Du . 12 Février.
1717.
Declaration du Roy , portant exe
MER CURE. 129
tination & fuppreffion des 4 fols pour
livre , fur tous les Droits des Fermes
Generales , & particulieres , établis
par les Declarations des trois
Mars 1705. & 7 May 1715. Donnée
à Paris le 13 Février 1717.
>
Arreft de Reglement pour lesTailles
, rendu à l'encontre de Claude
& Jean Guyard Huiffer Royaux à
Montargis , & Jacques Firmin leur
record.
LP
Arreft de la Cour de Parlement ,
concernant le remboursement des
rentes folidaires; Qui juge dans quel ,
cas les rentes folidaires nommées
Frefches en Touraine , & autres Provinces
voifines , peuvent être ; aux
termes de l'article CXCII , de la Coû--
tume de Tours , rachetées & amor.
ties par chacun des Cofrescheurs &
Codebiteurs pour leur part & por-
- tion.
Arreft de la Cour de Parlement ,
rendu au rapport de M. Boutet de
Guignonville , Qui juge que le Proprietaire
d'un Domaine , qui donne
des beftiaux à titre de Cheptel, pour
LE NOUVEAU
P'exploitation d'icelui , eft en droit
de reprendre à la fin du Bail , à moi.
cié fruits , le même nombre , & de
mêmes efpeces,de beftiaux mentionnez
dans fon cheptel , en payant an
Merayer fa part du profit en argent.
C'est la premiere fois que cette
queſtion s'eft preſentée .
Arreft du Confeil d'Eftat du Roy,
qui deffend à tous Commis & Receveurs
de la Generalité d'Orleans,
de percevoir aucun droit , de quelque
nature qu'il foit , fans en donner
quittance en papier timbré , &
enjoint aux redevables , d'en prendre
& de fembourfer les frais du timbre ;
le tout à peine de concuffion contre
les commis , & de faifie , & confifcation
contre les redevables . Du8 .
Decembre 1716.
Arreft du Confeil d'Etat du Roy ,
qui réduit les droits d'Entréés fur
l'acier non- ouvré , à 28 fols pour
cent pefant.
Arreft du Confeil d'Eftat du Roy
qui commet le fieur Paſſelaigue Greffier
des commiffions extraordinaires
MERCUR E.
131
"
*du Confeil , pour recevoir les titres
des P.oprietaires , & pourvûs des
Offices de Maiftres & Aydes des
Ponts & Pertuits , fupprimez par
Edit du mois d'Aouft 1716. Du deux
Janvier 1717
Arreft de la Chambre de Juftice ,
contre le nommé Jacques Marrel ,
Receveur Particulier des Tailles de
la communauté d'Eure , pour concuffions
& malverfations , condamné
au blâme , declaré incapable d'aucune
fonction publique , & en cent
vingt livres d'amende vers le Roy ;
& contre Pierre Marrel fon frere
complice. Du 23 Janvier 1717 .
Arrêt du Grand Confeil du Roy ,
qui maintient l'ordre de Citeaux
dans l'exemption de la Jurifdiction
des Ordinaires , fur les chapelles qui
dépendent de fes Fermes & Domaines.
Arreft de la Chambre de Juftice
contre Michel Groualle du Bocage ,
Directeur , chargé du kecouvrement
des Droits de Franc- Fifs , &
qui s'étoit fuppofe, charge, de la vente
132 LE NOUVEAU
des quatre Lettres de Maiftrifes accordées
à chaque communauté d'Arts
& Métiers , en faveur de l'avene .
ment du Roy à la Couronne , condamné
au blâme , en 3000 livres
' d'amende vers le Roy ,& déclaré incapable
d'aucune fonction publique.
Arreft du Confeil d'Etat du Roy
qui ordonne que le Recouvrement
des Droits de Franc- Fiefs fur les
Roturiers pollédans Fiefs & autres
biens notables , qui par les Annobliflemens
& Privileges dont ils
étoient revêtus , étoient exempts du
payement detdits Droits , fera fait
non feulement fur les Particuliers
compris dans les fuppreffions portées
par les Edits de Juin & Aouft
1715 Mais encore fur ceux dont les
exemptions ont efté fupprimées par
les Edits de May & Aouft 1716 , &
autres , qui ont été ou pourront être
fupprimées ; a fixé le controlle de
chacun des Exploits qui feront faits
pour raifon dudit Recouvrement à
4. f. 6 d. du 16 Janvier 1717 :
Fermer
1174
p. 133-134
DECLARATION DU ROY. Donnée à Paris le 13 Février
Début :
Le Roy supprime par cette Declaration les quatre sols pour livres [...]
Mots clefs :
Déclarations, Marchandises, Taxes, Douanes, Droits, Impositions, Emprunt, Dettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DECLARATION DU ROY. Donnée à Paris le 13 Février
DECLARATION
DU ROY ,
Donnée à Paris le 13 Février
Lclaration les quatre fols pour li-
E Roy fupprime par cette Devres
, établis par les Declarations des
3 Mars 1705 , & 7 May 1715 , fur le
Sel , les Droits d'Entrée & de Sortie
qui fe levent fur les Marchandiſes &
Denrées , tant dans l'étendue des cinq
Grolles Fermes , qu'autres ; comme
auffi des Droits de la Doüane , tiers
fur Taux , & quarantéme de Lyon,
de la Doüane de Valence , des Droits
d'Abord , & de confommation du
poiffon , Marque & Controlle du papier
, Droits de fortie de Flandres &
de Haynault , Denier de S. André ,
Foraine Domaniale de Provence
Foraine Domaniale ou Patente de
Languedoc , Droits de Sortie &
Entrée , & Bouille de Rouffillon ,
Foraine d'Arzac, Coutume de Bayon
M
>
134
LE NOUVEAU
Convois , Comptablie & Courtage
de Bourdeaux , Traite de Charente
, Prevôté de Nantes , Droits
fur l'Etain ; enfemble fur les Droits
du Papier Timbré, du Controlle des
Exploits , & Greffes qui font unis à
la Ferme des Domaines , & fur les
Droits de la Table de Mer en Provence
, des deux pour cent d'Arles ,
du liard de Baroft & des Ports & Havres
de Bretagne.
1
Ces Impofitions avoient eſté faites
pour acquiter les rentes de la Caille
des Emprunts ; nonobftant leur fuppreffion
, on a pourvû d'ailleurs à
l'acquitement defdites dettes .
DU ROY ,
Donnée à Paris le 13 Février
Lclaration les quatre fols pour li-
E Roy fupprime par cette Devres
, établis par les Declarations des
3 Mars 1705 , & 7 May 1715 , fur le
Sel , les Droits d'Entrée & de Sortie
qui fe levent fur les Marchandiſes &
Denrées , tant dans l'étendue des cinq
Grolles Fermes , qu'autres ; comme
auffi des Droits de la Doüane , tiers
fur Taux , & quarantéme de Lyon,
de la Doüane de Valence , des Droits
d'Abord , & de confommation du
poiffon , Marque & Controlle du papier
, Droits de fortie de Flandres &
de Haynault , Denier de S. André ,
Foraine Domaniale de Provence
Foraine Domaniale ou Patente de
Languedoc , Droits de Sortie &
Entrée , & Bouille de Rouffillon ,
Foraine d'Arzac, Coutume de Bayon
M
>
134
LE NOUVEAU
Convois , Comptablie & Courtage
de Bourdeaux , Traite de Charente
, Prevôté de Nantes , Droits
fur l'Etain ; enfemble fur les Droits
du Papier Timbré, du Controlle des
Exploits , & Greffes qui font unis à
la Ferme des Domaines , & fur les
Droits de la Table de Mer en Provence
, des deux pour cent d'Arles ,
du liard de Baroft & des Ports & Havres
de Bretagne.
1
Ces Impofitions avoient eſté faites
pour acquiter les rentes de la Caille
des Emprunts ; nonobftant leur fuppreffion
, on a pourvû d'ailleurs à
l'acquitement defdites dettes .
Fermer
1175
p. 135-139
De Londres le 12 Février
Début :
Il est arrivé une affaire importante qui fait beaucoup de [...]
Mots clefs :
Colonel, Capitaine des gardes, Ministre, Visite, Arrêts, Gouvernement, Négociation, Abbé, Tsar, Saint-Petersbourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres le 12 Février
NOUVELLES
ETRANGERES
De Londres le 12 Février
Left arrivé une affaire imporqui
beaucoup
Mardi au foir affez tard , le Colonel
Blackney Capitaine aux Gardes , alla
avec un détachement de foixante
hommes alla fe pofter au tour de la
Maifon du Comte de Gyllembourg
Envoyé de Suede ; une heure aprés le
Major G. Wade alla fraper à la porte
de ce Miniftre ; eftant entré dáns fa
maifon avec le Colonel , il le trouva
écrivant des Dépeches , & luy ayant
expliqué le fujet de fa vifite , il fe faifit
des papiers qu'il trouva fur fa table
, & mit le Scellé fur les calfetes
où il y avoit d'autres papiers qu'il
fit tranfporter ; enfuite de quoy
Mij
136 LE NOUVEAU
ayant pris congé de ce Miniftre , il
laiffa dans fa maifon la Garde qu'on y
avoit mife , qui fut relevée le lendemain
Mercredy par vingt Grenadiers ;
ce jour là on arrêta le Chevalier Jacob
Bank Suedois de Nation & autre
fois membre du Parlement , de même
que M. Cefar ci-devant Tréforier
de la Marine , comme il n'y a
que le Roy & fon Confeil qui fçachent
le fecret de cette affaire , on
n'en parle jufqu'ici dans le Public, que
par des conjectures ; mais comme
fon apprend que quelques Miniftres
étrangers ont prefentés un Memoire
pour eftre informez des motifs de
l'arêtde cetEnvoyé, & que l'on ditque
la Cour leur en doit aujourd'hui faire
fçavoir les raifons ; on ne tardera pas
d'en eftre éclairci. Cependant il y a
diverfes circonstances qui font juger
que cette affaire eft des plus graves &
des plus importantes , plufieurs Meſfagers
d'Etat & autres Officiers font
en campagne pour arrêter diverles
perfonnes
; on a envoyé
des Ordres pour faire fermer les
Ports . On preffe l'équipement.de
MERCURE 137
l'Efcadre pour la Mer Baltique , &
pour trouver plus promptement des
Matelots . On a mis un Embargo
fur tous les Vaiffeaux ; on dit auffi
que M. Jakfon Refident de S. M. à
la Cour de Suede, a efté rappellé quelque
tems avant que cette affaire ait
éclaté.
Les papiers qu'on a faifi chez le
Miniftre de Suede , ont efté portez
au Bureau du premier Secretaire d'Etat
, où on travaille actuellement
à les examiner. Le bruit eft generalement
répandu , qu'on a fair des
découvertes de la derniere confequence,
qui n'interreflent pas moins
la Nation que le Gouvernement , &
on en dit tant de chofes & de fi furprenantes,
que tout le Public eft dans
L'impatience de voir ce qui fera publié
de la part de S. M. & communiqué
à Meffieurs les Miniftres touchant
cette affaire.
On vient d'apprendre que le
Comte de Gyllembourg a efté examiné
aujourd'hui , & que la Cour a
fait fçavoir aux Miniftres étrangers
Miij
38 LE
NOUVEAU
les raifons de fon arreft & de la faifie
de fes papiers . S. M. a auffi envoyé
Ordre à fes Miniftres dans les
Cours étrangeres d'en faire une pareille
notification.
On écrit de Peterbourg que le
21 & le 22 Novembre dernier , il
s'éleva un orage fi furieux à Revel.
en Livonie , que non feulement la
plus grande partie de la Flote Mofcovite
en avoit efté fort endommagée
, mais que le Port même avoit
efté prefque entierement detruit ; on
ne l'avoit mis à fa perfection que
Pan paflé, avec des dépenfes exceffives
.
Les Vaiffeaux , Antoine & la Fortune
, da premier rang ont coulez à
fond , fept autres du premier & du
fecond rang , fçavoir la Caterine
le Pultova , le Rafaël , le Gabriel ,.
le Michel , le Saladiel & la Perle
ont efté fracaffés ; cet accident mettoit
la Flotte du Czar hors d'état .
de fortirjen Met de long- tems , on
fait monter cette perte à plufieurs
millions.
MERCURE. 1399
M. l'Abbé Dubois eft de retour de
Hollande à Paris L. H. P.luy avoient
remis avant fon départ de la Haye
une Lettre de récreance pour le
Roytrés Chrétien , par laquelle on
temoigne l'extreme fatisfaction que:
L. H. P. ont eus de la conduite de ce
Miniftre dans tout le cours de fa negociation.
ETRANGERES
De Londres le 12 Février
Left arrivé une affaire imporqui
beaucoup
Mardi au foir affez tard , le Colonel
Blackney Capitaine aux Gardes , alla
avec un détachement de foixante
hommes alla fe pofter au tour de la
Maifon du Comte de Gyllembourg
Envoyé de Suede ; une heure aprés le
Major G. Wade alla fraper à la porte
de ce Miniftre ; eftant entré dáns fa
maifon avec le Colonel , il le trouva
écrivant des Dépeches , & luy ayant
expliqué le fujet de fa vifite , il fe faifit
des papiers qu'il trouva fur fa table
, & mit le Scellé fur les calfetes
où il y avoit d'autres papiers qu'il
fit tranfporter ; enfuite de quoy
Mij
136 LE NOUVEAU
ayant pris congé de ce Miniftre , il
laiffa dans fa maifon la Garde qu'on y
avoit mife , qui fut relevée le lendemain
Mercredy par vingt Grenadiers ;
ce jour là on arrêta le Chevalier Jacob
Bank Suedois de Nation & autre
fois membre du Parlement , de même
que M. Cefar ci-devant Tréforier
de la Marine , comme il n'y a
que le Roy & fon Confeil qui fçachent
le fecret de cette affaire , on
n'en parle jufqu'ici dans le Public, que
par des conjectures ; mais comme
fon apprend que quelques Miniftres
étrangers ont prefentés un Memoire
pour eftre informez des motifs de
l'arêtde cetEnvoyé, & que l'on ditque
la Cour leur en doit aujourd'hui faire
fçavoir les raifons ; on ne tardera pas
d'en eftre éclairci. Cependant il y a
diverfes circonstances qui font juger
que cette affaire eft des plus graves &
des plus importantes , plufieurs Meſfagers
d'Etat & autres Officiers font
en campagne pour arrêter diverles
perfonnes
; on a envoyé
des Ordres pour faire fermer les
Ports . On preffe l'équipement.de
MERCURE 137
l'Efcadre pour la Mer Baltique , &
pour trouver plus promptement des
Matelots . On a mis un Embargo
fur tous les Vaiffeaux ; on dit auffi
que M. Jakfon Refident de S. M. à
la Cour de Suede, a efté rappellé quelque
tems avant que cette affaire ait
éclaté.
Les papiers qu'on a faifi chez le
Miniftre de Suede , ont efté portez
au Bureau du premier Secretaire d'Etat
, où on travaille actuellement
à les examiner. Le bruit eft generalement
répandu , qu'on a fair des
découvertes de la derniere confequence,
qui n'interreflent pas moins
la Nation que le Gouvernement , &
on en dit tant de chofes & de fi furprenantes,
que tout le Public eft dans
L'impatience de voir ce qui fera publié
de la part de S. M. & communiqué
à Meffieurs les Miniftres touchant
cette affaire.
On vient d'apprendre que le
Comte de Gyllembourg a efté examiné
aujourd'hui , & que la Cour a
fait fçavoir aux Miniftres étrangers
Miij
38 LE
NOUVEAU
les raifons de fon arreft & de la faifie
de fes papiers . S. M. a auffi envoyé
Ordre à fes Miniftres dans les
Cours étrangeres d'en faire une pareille
notification.
On écrit de Peterbourg que le
21 & le 22 Novembre dernier , il
s'éleva un orage fi furieux à Revel.
en Livonie , que non feulement la
plus grande partie de la Flote Mofcovite
en avoit efté fort endommagée
, mais que le Port même avoit
efté prefque entierement detruit ; on
ne l'avoit mis à fa perfection que
Pan paflé, avec des dépenfes exceffives
.
Les Vaiffeaux , Antoine & la Fortune
, da premier rang ont coulez à
fond , fept autres du premier & du
fecond rang , fçavoir la Caterine
le Pultova , le Rafaël , le Gabriel ,.
le Michel , le Saladiel & la Perle
ont efté fracaffés ; cet accident mettoit
la Flotte du Czar hors d'état .
de fortirjen Met de long- tems , on
fait monter cette perte à plufieurs
millions.
MERCURE. 1399
M. l'Abbé Dubois eft de retour de
Hollande à Paris L. H. P.luy avoient
remis avant fon départ de la Haye
une Lettre de récreance pour le
Roytrés Chrétien , par laquelle on
temoigne l'extreme fatisfaction que:
L. H. P. ont eus de la conduite de ce
Miniftre dans tout le cours de fa negociation.
Fermer
1176
p. 139-140
A Rome le 2 Fevrier.
Début :
Le Comte Lamberg qui paroissoit n'estre venu à Rome, que pour [...]
Mots clefs :
Comte Lamberg, Empereur, Princes, Grand Duc, Chapelle, Pape, Chant, Cérémonies, Roi du Portugal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 2 Fevrier.
A Rome le a Fevrier.
Le Comte Lamberg qui paroifloit :
n'eftre venu à Rome , que pour donner
part au nom de l'Empereur, de la
conquefte de Themefvvar , avoit de
plus, commiffion de demander au S.
•Pere de l'argent pour la Guerre con..
tre les Infideles ; il en voudroit exi-.
ger 400 mille écus Romains , outre
trois mille piftoles pour fon voyage;
on a peine à croite , qu'on puiffe
trouver une fomme auffi confiderable
, attendu les malheurs & la pauvreté
du patrimoine de faint Pierre.
L'Empereura taxé auffi les Princes
d'Italie comme le Grand Duc , les
14.0 LE
NOUVEA
Ducs de Parme , de Modene , la Ré.
publique de Genes , & autres Sou .
verains de la Bote , à fournir inceffamment
leur
contingent.
Le Roy de Portugal ayant trouvé,
fur la relation fidelle qu'on lui a
envoyée de la chapelle du Pape
qu'il manquoit encore quelque chofe
à la fienne , pour la parfaite reffemblance;
& croyant qu'il eftoit eflentiel
d'avoir des Muficiens , adinftar,
de ceux du Pape , a fait choisir douze
jeunes gens de fes fujets pour les faire
paffer en Italie , afin d'y apprendre
la Mufique , & s'y
perfectionner
dans le goût du chant Romain, avant .
que de les conduire à Rome ; on les
a debarqué à Venife où on leur a.
fait l'operation ; elle s'eft faite li heureufement
, qu'aucun des douze n'en.
eft mort , puifqu'ils font arrivez icy
en bonne fanté ; on a joint à cette
jeuneffe 15 ou 20 autres Portugais
pour apprendre les ceremonies.
Le Comte Lamberg qui paroifloit :
n'eftre venu à Rome , que pour donner
part au nom de l'Empereur, de la
conquefte de Themefvvar , avoit de
plus, commiffion de demander au S.
•Pere de l'argent pour la Guerre con..
tre les Infideles ; il en voudroit exi-.
ger 400 mille écus Romains , outre
trois mille piftoles pour fon voyage;
on a peine à croite , qu'on puiffe
trouver une fomme auffi confiderable
, attendu les malheurs & la pauvreté
du patrimoine de faint Pierre.
L'Empereura taxé auffi les Princes
d'Italie comme le Grand Duc , les
14.0 LE
NOUVEA
Ducs de Parme , de Modene , la Ré.
publique de Genes , & autres Sou .
verains de la Bote , à fournir inceffamment
leur
contingent.
Le Roy de Portugal ayant trouvé,
fur la relation fidelle qu'on lui a
envoyée de la chapelle du Pape
qu'il manquoit encore quelque chofe
à la fienne , pour la parfaite reffemblance;
& croyant qu'il eftoit eflentiel
d'avoir des Muficiens , adinftar,
de ceux du Pape , a fait choisir douze
jeunes gens de fes fujets pour les faire
paffer en Italie , afin d'y apprendre
la Mufique , & s'y
perfectionner
dans le goût du chant Romain, avant .
que de les conduire à Rome ; on les
a debarqué à Venife où on leur a.
fait l'operation ; elle s'eft faite li heureufement
, qu'aucun des douze n'en.
eft mort , puifqu'ils font arrivez icy
en bonne fanté ; on a joint à cette
jeuneffe 15 ou 20 autres Portugais
pour apprendre les ceremonies.
Fermer
1177
p. 146-166
NOUVELLES de Paris.
Début :
Le 30 du mois dernier, le Roy qui jouit d'une parfaite [...]
Mots clefs :
Chevaliers, Recteur de l'Université, Chapitre, Comte, Chancelier, Régence, Avocat général, Fête de la Purification de la Sainte Vierge, Roi, Éloge, Serment, Honneur, Déclarations, Ordre de Saint-Louis, Pensions, Messe, Monseigneur, Duchesse, Maréchal, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de Paris.
NOUVELLES
de Paris .
qui jouit d'une parfaite fanté, fit
Chevaliers de l'Ordre Militaire de
S. Louis , plufieurs Seigneurs & Of.
ficiers , en confideration de leurs fervices.
Lé premier de ce mois , le fieur de
Montempuys , Recteur de l'Univerfité
, accompagné des Chefs, des Facultez
& des Nations , prefenta au
Roy , un Cierge , felon l'ancienne
coûtume.
Le Chapitre de faint Germain
l'Auxerrois , à la tête duquel eftoit
M. l'Abbé Bignon Confeiller d'Eftat,
& Doyen de cette Eglife , eût le même
honneur.
Le même jour les Chevaliers &
Commandeurs de l'Ordre du S. Ef
prit , tinrent Chapitre General dans
le Grand Cabinet du Roy, qui y affiſta,
MERCURE. 147
comme futur Grand - Maiſtre ; Mon
feigneur le Duc d'Orleans y eftoit
preſent. Louis Prince des Afturies
fut admis dans l'Ordre d'une commune
voix , ayant efté propofé le premier
Janvier. Ha efté réglé que le
Cordon de l'Ordre feroit porté inceffament
par quelque Seigneur au Roy
d'Efpagne , pour le donner au Prince
des Afturies .
M. le Comte des Marets Grand
Fauconnier de France a eu l'agrément
du Roy pour la furvivance de
fa charge , en faveur de fon Fils , âgé
de fix à fept ans. Madame la Comteffe
des Marets ayant efté remercier
Monfeigneur le Duc Regent , en reçut
cette réponse gratieufe ; Qu'il y avoit
trop long-tems que cette Charge
eftoit dans fa famille pour en
fortir.
M. le Chancelier Voifin mourut
fubitement la nuit du premier
au deux , il avoit affifté ce jourlà
même au Confeil de Regence , où
il dicta un Arreft , qui concernoit le
dedans du Royaume, il en fortit avec
οι
Nij
148 LE NOUVEAU
un vifage content , & ne reffentit aucune
incommodité pendant le jour..
Sur les 11 heures du foir,foupant avec
fa famille , il fut frappé d'apoplexiequi
l'emporta deux heures aprés .
Cette mort caufa de grands mouvemens
à la Cour , M. le Duc d'Orleans
, fur le premier avis qu'il en
reçût , envoya chercher M. Ďagueffeau
, pour lors Procureur General,
à qui il remit lesSceaux , & le nomma
Chancelier.
M.Joly de Fleury , Avocat General
, s'eftant rendu au Palais Royal,
M. le Duc Regent , lui confera la
Charge de Procureur General , & lui
accorda un Brevet de retenue de 300,
mille livres , afin qu'il fut en eſtat
de payer pareille fomme à M.le
Chancelier Dagueffeau : 11 eft entré
dans le Confeil de Conſcience à
la place de M. le Chancelier , qui eſt
monté au Confeil de Regence.
Le déux , Fefte de la Purification , le
Roy entendit laMeffe , & affifta à la benediction
des cierges , M le Cardinal
de Rohan lui en prefenta un ; le foir, S.
MERCURE.. 149
M. entendit le fermon du R. P.Terraffon
Prêtre de l'Oratoire ; ce célebre
Predicateur adrefla le compliment
fuivant au Roy ; il le plaça
dans l'exorde , aprés la divifion d'un
Sermon , qui avoit pour fujer , la neceffité
de fe rendrefidelle aux prat ques
exterieures de la Religion , & d'accompagner
ces pratiques , des difpofitions
interieures , dont elles empruntent
tout feur merite.
C'est ici un point de morale
qu'il eft d'autant plus important de
prêcher aux Rois , que l'exemple de
leur fidelité à le pratiquer , eft à l'égard
de leurs fujets , plus efficace que
la loy même ; mais qu'heureux eft le
Miniftre de l'Evangile , qui ayant
l'honneur de parler à celui qui fait
aujourd'hui nos plus douces efperances
, le trouve actuellement appliqué
aux devoirs aufquels il l'invite. Docile
aux fages confeils , il embraffe
avec grace toutes les pratiques de
pieté qui lui font propofees : mais ce
qui peut-être , ne feroit aujourd'hui
que l'éloge du digne Prince , charge
Nij
-150
LE NOUVEAU
de fon éducation dans un âge plus avancé
, fera le fien propre. Le feul
amour de fon devoir , aura tout le
merite de fa perfeverance le fuivre;
chaque jour nous dévelopera quelqu'une
de ces vertus Royales , qu'ont
tranfmis en lui fes Auguftes Ayeux ;
& qui , déja , fe laiffent entrevoir ,
fous le voile de fon aimable enfance
. Puifle,fon regne heureux , être le
durable fruit , de la plus fage & de la
plus douce Regence que la France air
admirée? puiflent nos voeux & notre
pieté, meriter la confervation de
ce tendre heritier de la couronne , &
de la gloire de nos Rois ? c'eſt la
grace , SIRE, que nous ne cellerons
de demander pour votre Majefté.
Le 3. M. le Chancelier Dagueffeau
ent l'honneur de faluer le Roy . If
prêtà Serment entre les mains de Sa
Majefté , en prefence de M. le Duc
d'Orleans , Regent du Royaume . Il
donna 8400 livres pour eftre diſtribuées
à la Chambre ,fçavoir un tiers
pour les premieres femmes de ChamMERCURE
15.7
bre , un autre tiers pour les premiers
Valets de Chambre du Roy , & l'autre
tiers pour les Officiers de la
Chambre & de l'Anti - Chambre ,
Le 4. le nouveau Chancelier eut
l'honneur de faluer Madame , qui
luy dit que le choix que venoit de
faire fon Fils , en le nommant Chancelier
, ne pouvoit que faire honneus
à fon difcernement.
Le s. fur les reprefentations de
Meffieurs les Premiers Gentilshommes
de la Chambre touchant leurs
droits ; Monfeigneur le Duc Regent
s'expliqua , qu'il ne changeroit rien
pendant la minorité du Roy , de ce
qui s'eftoit pratiqué fous le feu Roy.
Qu'ils joüiroient de tous les Privileges
& de tous les honneurs de la
Chambre ; qu'à l'égard des Premiers
Valets de Chambre , ils continueroient
de coucher dans la Chambre
du Roy.
S. M. accorda ce jour là même au
Prince de Rohan la furvivance de la
Charge de Capitaine Lieutenant des
Gendarmes de la Garde, pour M. le
52 LENOU VE AU
Prince de Soubife fon Fils ; avec un
Brevet de retenuë de quatre cent mille
livres fur les Gouvernemens de
Champagne & de Brie.
Le 6. on eut une Declaration du
Roy ; concernant les Penfions données
à Paris le 30 Janvier 1717.
Par cette Declaration , les Penfions
de 600 livres & au deffous reftent
fans diminution.
Penfions attribuées à l'Ordre de S.
Louis fans diminution .
Penfions accordées au Corps des
Troupes , celles dont jouiflent les
Officiers des Troupes de la Maiſon
du Roy, par forme d'appointement
ou de fuplément de folde , & qui
font attachées non pas à leur perfonne
, mais à leurs Emplois , & pareillement
celles qui font partie des
appointemens & attributions des
Charges de plufieurs Officiers des
Cours fans dimution .
Voici la réduction desfuivantes.
Les Penfons de 10 mille livres &
MERCURE.
153
au deffus , réduite aux trois cinquiémes
; celles dé 6 mille liv . juſques à
10 mille livres , aux deux tiers; celles
de trois mille livres jufques à 6 mille
livres , aux trois quarts ; celle de
mille livres , jufques à trois mille ,
aux quatre cinquiémes ; & celles aut
deffus de 600 livres , jufques à mille
livres , aux cinq fixièmes ; en forte
néanmoins , que lorfque par la rédution
cy-deffus marquée , les parties
excederont les dixaines de livres , ledit
excedant fera retranché .
Il ne fera accordé aucune nouvelle
penfion ou gratification ordinaire à
qui que ce puifle eftre , jufqu'à ce que
toutes celles qui fubfiftent actuelle.
ment,fe trouventreduites à la fomme
de deux millions par le decés des Penfionnaires
, ou par leur nomination
à d'autres Emplois . Monfeigneur le
Duc Regent fe referve un fond de 500
mil livres pour des gratifications.
Le même jour M. le Chancelier
alla rendre fes devoirs àMadame, Duchelle
de Berry.
Le 7. M. le Chancelier prefenta
$4 LE NOUVEAU
au Roy , Monfieur Joly de Fleury
Procureur General , qui fit un compliment
fort court à S. M.
Le 8. M. Roland , Gentil- Homme
Ordinaire , alla au Palais Royal , de
la part du Roy, pour annoncer à
Monfeigneur le Duc d'Orleans , que
S. M. iroit lui rendre viſite ; en effet,
fur les trois heures , le Roy accompagné
de M. le Duc du Maine , de
M. le Marefchal de Villeroy , & de
Madame la Duchefle de Vantadour
alla voir Monſeigneur le Duc Regent
.
Sur les 11 heures du matin , Mada .
me la Chanceliere Dagueffeau , eût
l'honneur de faluer le Roy , elle en
fut reçûë trés - favorablement.
Le jeune Comte des мarets , vint remercier
le Roy, de la furvivance que
S. M. avoit en la bonté de lui accorder
de la Charge de Grand Fauconnier
de France .
Le 10 , S, M. entendit la Melle
dans la Chapelle des Tuilleries , &
reçût les Cendres par les mains de
M. le Cardinal de Rohan , Grand
MERCURE.
ISS
Aumonier de France.
M. l'Abbé de Caftries premier
Aumonier de Madame Duchefle de
Berry , nommé à l'Archevêché de
Tours , a été admis au Confeil de
Conscience .
Le 13. le Roy fit Chevaliers de
l'ordre Militaire de S. Louis Mrle
Prince de Conty & quelques Officiers
.
1
Le même jour on ôta les Lizieres
au Roy. M. le Maréchal de Villeroy
prit la place de Madame de Vantadour
à dîner ; cette Ducheffe s'étant
éloignée pour éprouver , fi le
Roy s'accoutumeroit avec les hommes.
S. M. ne parut pas d'abord
fort furpriſe .
Le 13. M. le Chancellier alla prendre
Séance dans le Confeil de
Regence.
Le 14. le Roy étant habillé , les
Officiers de Garde-Robe demanderent
, s'il fouhaitoit qu'on lui remit
fes Lizieres , le Roy répondit non ,
non. Madame la Ducheffe de Vantadour
repliqua , le Roy ſe tient
1
156 LE NOUVEAU
tropidroit & marche fi fûrement, que
je n'ai pas deffein qu'on les lui remette
.
M. le Maréchal de Montefquiou
a acheté cinquante cinq mille
livres le Regiment d'Iflanghuien
pour M. fon fils , âgé de fept à huit
ans .
Le 14. au foir M. de S. Maurice
fut choifi par Monſeigneur le Duc
Régent , pour Commandant à la
Rochelle ; il étoit Lieutenant Colonel
du Regiment Royal infanterie,
& Brigadier d'Armée. Il eft Officier
de mérite & de diftinction ; on lui
donna fix mille livres fur les appointemens
du Gouverneur , qui
étoient de douze . La Ville y joint
encore quatre mille francs par an
outre le logement , les fourages ,
& quelques autres uftancils.
Le 15. eft une époque trop mé
morable par le nouveau changement
de Scene arrivé à la Cour , pour n'en
pas donner un détail auffi fidel qu'il
dépendra de moi ,
>
Ce jour là même auquel le Roy
enMER
CURE.
157
entroit dans fa huitième année , Monfeigneur
le Duc Régent fe rendit au
Palais des Thuilleries fur les 9 heu
res & demie du matin .
Madame la Ducheffe de Vantadour
ayant , felon l'ufage , fait examiner
le Roy quelques jours auparavant
par les Medecins & Chirurgiens
qui le trouverent très - bien conftitué
, le remit entre les mains de
Monfeigneur le Duc Régent , &
lui dit , Monfeigneur , voilà le Dépôt
que le feu Roy m'a confié , & que
vous m'avés continué ; j'en ai pris
tous les foins poffibles , & je le rend
en parfaite fanté. Monfeigneur le
Duc Régent lui témoigna › que le
Roy & tout l'Etat lui avoient une
obligation infinie de l'attention
qu'elle avoit apporté à préferver des
jours fi précieux de tout accident ;
il ajouta , qu'il inviteroit lui - même
le Roy à conferver la memoire de fes
fervices fi importans ; qu'à fon égard,
il n'oublieroit rien pour lui donner
des marques fenfibles de fa reconnoiffance.
Dans ce moment , S. A.R,
O
858 LE NOUVEAU
préfenta au Roy M.le Maréchal de
Villeroy pour fon Gouverneur , &
M. Fleury ancien Evêque de Frejus
pour fon Précepteur ; adreflant enfuite
la parole à M. le Ducdu Maine,
& à M.le Maréchal de Villeroy ; il
leur dit , Meffieurs , Ce facré Dépôt
vous regarde particulierement . Nous
efperons que vous répondrés parfaitement
à l'attente que toute la
France a concuë de vous , pour l'éducation
du Roi ; c'eft à vous à préfent
d'en avoir tout le foin que nous
nous promettons de votre zele & de
votre inclination pour S. M. & pour
P'Etat ; alors Madame la Duchelle
de Vantadour dit à S. A. R. Monfeigneur
, voilà mon miniftere fini ,
vous me permetrés de baiſer la main
du Roy , & de me retirer ; dans l'inf
tant elle prit la main du Roy & la
baifa ; mais ce fut avec tant de tendrefle
, qu'il ne lui fut pas poſſible
de retenir fes larmes . Le Roy attendri
, l'embraffa étroitement , &
mit fon chapeau devant les yeux ,
pour cacher les pleurs. Madame la
MERCURE. *159
Duchefle de Vantadour s'étant reti..
rée , le Roy en parut fi touché , qu'il
ne cella de pleurer ; on lui fit entendre
la Meffe dans fon Oratoire ;
mais tournant la tête , & ne voyant
plus Madame de Vantadour , les larmes
recommencérent ; aprés la Meffe
on tâcha de le confoler dans la petite
chambre du Billard , pendant
qu'on démeubloit fon Appartement ,
dont les meubles appartenoient pour
lors de droit à Madame de Vanta-
'dour. Le Roy demeura inconfolable
jufques à trois heures & demie ;
on lui donne de tems en teins à boire
pour le rafraichir ; il renvoya chercher
Madame de Vantadour , qui
de fon côté n'avoit ceffé de pleu
rer ; elle revint néanmoins , avec
un vifage ferain , pour faire reproche
au Roy , de ce qu'à l'âge de
huit ans , il manquoit de réfolution ;
Qu'il devoit au contraire être très
content de fe trouver fous la conduite
des hommes ; il repartit furle
champ à Madame de Vantadour ,
c'eft'parce que j'ai de la raiſon , Ma
Oij
160 LE NOUVEAU
ये
chere Mere , que j'ai regret de me
voir feparé de vous : Elle lui dit ,
mais , SIRE , vous n'avez pas mangé
; il lui repliqua , non , à préſent
que vous êtes auprès de moi , que
l'on m'en apporte ? il dina affés bien ,
Pendant qu'elle étoit auprès de S. M.
M le Marquis de la Vrilliere apporta
un préfent de Diamans de cent cinquante
- quatre mille livres , qu'il
mit fur la table du Roy piéce à
piéce c'étoient des bracelets
avec les Portraits de Monfeigneur
le Dauphin & de Madame la Dauphine
; pere & mere du Roy ; un
collier de perle , avec une croix de
diamant magnifique ; la bague du
feu dernier Monteigneur le Dauphin,
& quantité d'autres pierreries , entre
lefquelles il y a une pierre en
table de grand prix . Le Roy demanda
, eft - ce tout on lui repondit
oüi , SIRE ; c'eft bien peu , Ma
Bonne en merite davantage , par les
foins qu'elle a pris de moi . Madame
la Ducheffe de Ventadour y refta juf
ques à neuf heures le Roy fe
>
·
R
MERCURE . 161
coucha aflez tranquillement , lui
ayant fait promettre qu'elle reviendroit
le lendemain .
M. le Duc de la Tremoille Premier
Gentilhomme de la Chambre,
vint ce jour la remercier S, M. de la
furvivance de la Charge qu'il avoit
obtenue pour le Prince deTarente fon
fils âgé defix à fept ans , on y a attaché
un Brevet de retenue de soo
mille livres au cas que fon fils
vint à mourir , c'eft une grace
que meritoient fon affiduité au fervice
, fon merite & fa naiffance
ayant l'honneur d'eftre Coufin ifla
de Germain de Madame Doüairiere
d'Orleans , Madame fa Grand- Mere
eftant Palatine.
Le 16.le Roy à fon reveil , fut aver
ti par M. le Marefchal de Villeroy',
d'appeller M. le Duc de Mortemart
Premier Gentil Hmme de la cham
bre d'année , le Roy l'appella trois
fois : on le fit entrer , & s'étant prefenté
au lit du Roy , S. M. lui dit :
je veux me lever , Ce Seigneur lui prefenta
la robbede chambre & fes mul
Oij
162 LE NOUVEAU
les , & lui dit , V. M. ne fouhaite- 1
elle pas pafler dans fon cabinet pour
s'habiller. Auffi toft on fit entrer les
Seigneurs qui ont des Brevets d'entrée
, comme fous le feu Roy . S. M.
parut fort étonnée de voir tant
d'hommes autour de lui , M. le Duc
de Mortemart fit appeller la Cham -
'bre & la Garde robe ; alors un grand
nombre d'Officiers fe préfenta
pour faire leur devoir , le Roy fut
encore plus furpris d'en voir le nombre
augmenter. Il demanda cependant
fa chere Mere Madame la Ducheffe
de Vantadour , qui vint quelque
tems aprés en habit de voyageufe,
elle y retta une heure ;MonPrince,
lui dit-elle , je fuis obligée de vous
quitter & d'aller à faint Cyr voir
Madame de Maintenon , le Roy en
fut allarmé , & s'eſtant jerté à lon
col tendrement il donna de nouveau
, en cette occafion , des preuves
fenfibles de fon bon coeur. M. le Marefchal
de Villeroy ravi de contribuer
à l'éducation d'un Prince fi reconnoiffant,
ne pûtqu'admirer un fi excellent
>
MERCURE. 163
naturel Le Roy foupa fur les dix
heares , & repofa tranquillement
jufqu'à 10 heures du matin qu'il fe
leva avec toutes les ceremonies ordinaires
du fervice des hommes.
Le 17. on porta chez Madame la
Ducheffe de Vantadour la Vaiſelle
de vermeille de feu Monfeigneur' le
Dauphin & de Madame la Dauphine ,
elle pefe 400 marcs .
Meffieurs de Sommery & de Ruffe
, Sous - Gouverneurs du Roy, font
convenus entre - eux , pour
le fervi.
ce par femaine , & Meffieurs les
quatre Gentils -Hommes de la Chambre
, qui font , M. le Chevalier de
Pezé . M. d'Ozy , M. d'Arcy , & M.
de la Haye ,ferviront par moitié chaque
femaine.
Le 18. le Roy entendit la Mefle
dans fon Oratoire ; c'étoit le jour
de l'anniverfaire
de feu Monfeigneur
le Dauphin fon pere.
Le 19. M. le Marefchal de Villeroy
a fait donner une penfion de
720 livres au petit Furet , jeune en◄
fant, qui joue fouvent devant le Roy
164 LE NOUVEAU
& l'amufe , on lui a promis de plus
des habits de S. M.
Le 20. le Roy aprés fes exercices , a
diné à fon grand couvert. M. le
Comte de Livry Survivancier dans
la charge de Premier Maiftre d'Hôtel
, a porté le bâton , M. le Mareſchal
étoit auprés du Roy pour le faire
manger. M. le Duc de Noailles
comme Capitaine des Gardes, occupoit
le derriere u fauteüil , avec M.
le Duc de Mortemart comme Premier
Gentil-Homme de la Chambre.
La Nefétoit pofée fur la table
auprés de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier , qui la decouvrit , pour
prefenter des ferviettes quand le Roy
fouhaitoit d'en changer .Aux deux côtez
de la table , eftoient les deux
Gardes de la Manche avec leurs Pertuifannes
; le long de la Salle fix Gardes
du Roy estoient rangez de chaque
côté la carabine fur l'épaule & le
chapeau fous le bras . les Brigadiers
des Gardes tenoient la porte , un
Huiffier de Salle alloit & venoit
pour le fervice , & les Gentilshom
mes fervants faifoient leur fonction
}
MERCUR E. 165
ordinaire ; le Roy parut fort attentif
à ce nouveau ceremonial, & témoigna
qu'il lui faifoit plaifir.
Le 23 les Miniftres étrangers furent
reçûs par le Roy dans le Grand
Cabinet de la Regence.
Ce jour là M. le Marefchal de Villeroy
fut fi content des études dů
Roy , qu'il luy demanda qu'elle récompenfe
il fouhaitoit pour
fon application
à fes exercices , il pria qu'on
luy fit venir fa chere Maman , on la
luy promit à condition cependant
qu'illa laiteroit retourner quand elle
le jugeroit à propos , il s'y engagea ;
lorfqu'il fut preft d'aller a la Priere,.
Madame la Ducheffe de Vantadour
prenant congé du Roy , dit en le
quittant , Adieu mon Maiftre , le
Roy répondit ,Adieu Ma chere Mere.
. M. de Vitteman a efté nommé
Sous- Précepteur en Charge, avec M.
l'Abbé Perrault ci- devant fon Inftituteur
, par commiffion. C'eft une
recompenfe qu'on a crû luy eftre
dûë , en faveur des foins infinis qu'il
a eu de l'éducation du Roy pendant
166 LE NOUVEAU
fa premiere enfance , luy ayant appris
les principes de la Religion ,
I'Hiftoire de France , la Gegraphie : ⚫
il eft vray que le Roy ayant une
difpofition admirable pour les fçiences
, rien ne peut eftre plus agréable
que de travailler à la perfection
d'un genie, dont les lumieres & l'é .
levation doivent faire la felicité de
les peuples.
M. Lambert a efté fait Secretaire
des études du Roy.
Les trois Valers de Chambre ordinaires
du Roy , & en même tems
de quartier , font Meffieurs Domingues
, Mayas & Bigot .
Le 16 M. le Chancelier a tenu le
Sceau pour la premiere fois . Le 18
fés Lettres ont efté enregistrées au
Parlement .
M. l'Abbé Dagueffeau fon Frere
s'eft chargé de l'inſpection de la Librairie.
M. Vigneron a efté continué Secretaire
de la Chancellerie , il eft
chargé du Sceau , & M. Fretteau
Avocat au Parlement , des Affaires du
Confeil,
de Paris .
qui jouit d'une parfaite fanté, fit
Chevaliers de l'Ordre Militaire de
S. Louis , plufieurs Seigneurs & Of.
ficiers , en confideration de leurs fervices.
Lé premier de ce mois , le fieur de
Montempuys , Recteur de l'Univerfité
, accompagné des Chefs, des Facultez
& des Nations , prefenta au
Roy , un Cierge , felon l'ancienne
coûtume.
Le Chapitre de faint Germain
l'Auxerrois , à la tête duquel eftoit
M. l'Abbé Bignon Confeiller d'Eftat,
& Doyen de cette Eglife , eût le même
honneur.
Le même jour les Chevaliers &
Commandeurs de l'Ordre du S. Ef
prit , tinrent Chapitre General dans
le Grand Cabinet du Roy, qui y affiſta,
MERCURE. 147
comme futur Grand - Maiſtre ; Mon
feigneur le Duc d'Orleans y eftoit
preſent. Louis Prince des Afturies
fut admis dans l'Ordre d'une commune
voix , ayant efté propofé le premier
Janvier. Ha efté réglé que le
Cordon de l'Ordre feroit porté inceffament
par quelque Seigneur au Roy
d'Efpagne , pour le donner au Prince
des Afturies .
M. le Comte des Marets Grand
Fauconnier de France a eu l'agrément
du Roy pour la furvivance de
fa charge , en faveur de fon Fils , âgé
de fix à fept ans. Madame la Comteffe
des Marets ayant efté remercier
Monfeigneur le Duc Regent , en reçut
cette réponse gratieufe ; Qu'il y avoit
trop long-tems que cette Charge
eftoit dans fa famille pour en
fortir.
M. le Chancelier Voifin mourut
fubitement la nuit du premier
au deux , il avoit affifté ce jourlà
même au Confeil de Regence , où
il dicta un Arreft , qui concernoit le
dedans du Royaume, il en fortit avec
οι
Nij
148 LE NOUVEAU
un vifage content , & ne reffentit aucune
incommodité pendant le jour..
Sur les 11 heures du foir,foupant avec
fa famille , il fut frappé d'apoplexiequi
l'emporta deux heures aprés .
Cette mort caufa de grands mouvemens
à la Cour , M. le Duc d'Orleans
, fur le premier avis qu'il en
reçût , envoya chercher M. Ďagueffeau
, pour lors Procureur General,
à qui il remit lesSceaux , & le nomma
Chancelier.
M.Joly de Fleury , Avocat General
, s'eftant rendu au Palais Royal,
M. le Duc Regent , lui confera la
Charge de Procureur General , & lui
accorda un Brevet de retenue de 300,
mille livres , afin qu'il fut en eſtat
de payer pareille fomme à M.le
Chancelier Dagueffeau : 11 eft entré
dans le Confeil de Conſcience à
la place de M. le Chancelier , qui eſt
monté au Confeil de Regence.
Le déux , Fefte de la Purification , le
Roy entendit laMeffe , & affifta à la benediction
des cierges , M le Cardinal
de Rohan lui en prefenta un ; le foir, S.
MERCURE.. 149
M. entendit le fermon du R. P.Terraffon
Prêtre de l'Oratoire ; ce célebre
Predicateur adrefla le compliment
fuivant au Roy ; il le plaça
dans l'exorde , aprés la divifion d'un
Sermon , qui avoit pour fujer , la neceffité
de fe rendrefidelle aux prat ques
exterieures de la Religion , & d'accompagner
ces pratiques , des difpofitions
interieures , dont elles empruntent
tout feur merite.
C'est ici un point de morale
qu'il eft d'autant plus important de
prêcher aux Rois , que l'exemple de
leur fidelité à le pratiquer , eft à l'égard
de leurs fujets , plus efficace que
la loy même ; mais qu'heureux eft le
Miniftre de l'Evangile , qui ayant
l'honneur de parler à celui qui fait
aujourd'hui nos plus douces efperances
, le trouve actuellement appliqué
aux devoirs aufquels il l'invite. Docile
aux fages confeils , il embraffe
avec grace toutes les pratiques de
pieté qui lui font propofees : mais ce
qui peut-être , ne feroit aujourd'hui
que l'éloge du digne Prince , charge
Nij
-150
LE NOUVEAU
de fon éducation dans un âge plus avancé
, fera le fien propre. Le feul
amour de fon devoir , aura tout le
merite de fa perfeverance le fuivre;
chaque jour nous dévelopera quelqu'une
de ces vertus Royales , qu'ont
tranfmis en lui fes Auguftes Ayeux ;
& qui , déja , fe laiffent entrevoir ,
fous le voile de fon aimable enfance
. Puifle,fon regne heureux , être le
durable fruit , de la plus fage & de la
plus douce Regence que la France air
admirée? puiflent nos voeux & notre
pieté, meriter la confervation de
ce tendre heritier de la couronne , &
de la gloire de nos Rois ? c'eſt la
grace , SIRE, que nous ne cellerons
de demander pour votre Majefté.
Le 3. M. le Chancelier Dagueffeau
ent l'honneur de faluer le Roy . If
prêtà Serment entre les mains de Sa
Majefté , en prefence de M. le Duc
d'Orleans , Regent du Royaume . Il
donna 8400 livres pour eftre diſtribuées
à la Chambre ,fçavoir un tiers
pour les premieres femmes de ChamMERCURE
15.7
bre , un autre tiers pour les premiers
Valets de Chambre du Roy , & l'autre
tiers pour les Officiers de la
Chambre & de l'Anti - Chambre ,
Le 4. le nouveau Chancelier eut
l'honneur de faluer Madame , qui
luy dit que le choix que venoit de
faire fon Fils , en le nommant Chancelier
, ne pouvoit que faire honneus
à fon difcernement.
Le s. fur les reprefentations de
Meffieurs les Premiers Gentilshommes
de la Chambre touchant leurs
droits ; Monfeigneur le Duc Regent
s'expliqua , qu'il ne changeroit rien
pendant la minorité du Roy , de ce
qui s'eftoit pratiqué fous le feu Roy.
Qu'ils joüiroient de tous les Privileges
& de tous les honneurs de la
Chambre ; qu'à l'égard des Premiers
Valets de Chambre , ils continueroient
de coucher dans la Chambre
du Roy.
S. M. accorda ce jour là même au
Prince de Rohan la furvivance de la
Charge de Capitaine Lieutenant des
Gendarmes de la Garde, pour M. le
52 LENOU VE AU
Prince de Soubife fon Fils ; avec un
Brevet de retenuë de quatre cent mille
livres fur les Gouvernemens de
Champagne & de Brie.
Le 6. on eut une Declaration du
Roy ; concernant les Penfions données
à Paris le 30 Janvier 1717.
Par cette Declaration , les Penfions
de 600 livres & au deffous reftent
fans diminution.
Penfions attribuées à l'Ordre de S.
Louis fans diminution .
Penfions accordées au Corps des
Troupes , celles dont jouiflent les
Officiers des Troupes de la Maiſon
du Roy, par forme d'appointement
ou de fuplément de folde , & qui
font attachées non pas à leur perfonne
, mais à leurs Emplois , & pareillement
celles qui font partie des
appointemens & attributions des
Charges de plufieurs Officiers des
Cours fans dimution .
Voici la réduction desfuivantes.
Les Penfons de 10 mille livres &
MERCURE.
153
au deffus , réduite aux trois cinquiémes
; celles dé 6 mille liv . juſques à
10 mille livres , aux deux tiers; celles
de trois mille livres jufques à 6 mille
livres , aux trois quarts ; celle de
mille livres , jufques à trois mille ,
aux quatre cinquiémes ; & celles aut
deffus de 600 livres , jufques à mille
livres , aux cinq fixièmes ; en forte
néanmoins , que lorfque par la rédution
cy-deffus marquée , les parties
excederont les dixaines de livres , ledit
excedant fera retranché .
Il ne fera accordé aucune nouvelle
penfion ou gratification ordinaire à
qui que ce puifle eftre , jufqu'à ce que
toutes celles qui fubfiftent actuelle.
ment,fe trouventreduites à la fomme
de deux millions par le decés des Penfionnaires
, ou par leur nomination
à d'autres Emplois . Monfeigneur le
Duc Regent fe referve un fond de 500
mil livres pour des gratifications.
Le même jour M. le Chancelier
alla rendre fes devoirs àMadame, Duchelle
de Berry.
Le 7. M. le Chancelier prefenta
$4 LE NOUVEAU
au Roy , Monfieur Joly de Fleury
Procureur General , qui fit un compliment
fort court à S. M.
Le 8. M. Roland , Gentil- Homme
Ordinaire , alla au Palais Royal , de
la part du Roy, pour annoncer à
Monfeigneur le Duc d'Orleans , que
S. M. iroit lui rendre viſite ; en effet,
fur les trois heures , le Roy accompagné
de M. le Duc du Maine , de
M. le Marefchal de Villeroy , & de
Madame la Duchefle de Vantadour
alla voir Monſeigneur le Duc Regent
.
Sur les 11 heures du matin , Mada .
me la Chanceliere Dagueffeau , eût
l'honneur de faluer le Roy , elle en
fut reçûë trés - favorablement.
Le jeune Comte des мarets , vint remercier
le Roy, de la furvivance que
S. M. avoit en la bonté de lui accorder
de la Charge de Grand Fauconnier
de France .
Le 10 , S, M. entendit la Melle
dans la Chapelle des Tuilleries , &
reçût les Cendres par les mains de
M. le Cardinal de Rohan , Grand
MERCURE.
ISS
Aumonier de France.
M. l'Abbé de Caftries premier
Aumonier de Madame Duchefle de
Berry , nommé à l'Archevêché de
Tours , a été admis au Confeil de
Conscience .
Le 13. le Roy fit Chevaliers de
l'ordre Militaire de S. Louis Mrle
Prince de Conty & quelques Officiers
.
1
Le même jour on ôta les Lizieres
au Roy. M. le Maréchal de Villeroy
prit la place de Madame de Vantadour
à dîner ; cette Ducheffe s'étant
éloignée pour éprouver , fi le
Roy s'accoutumeroit avec les hommes.
S. M. ne parut pas d'abord
fort furpriſe .
Le 13. M. le Chancellier alla prendre
Séance dans le Confeil de
Regence.
Le 14. le Roy étant habillé , les
Officiers de Garde-Robe demanderent
, s'il fouhaitoit qu'on lui remit
fes Lizieres , le Roy répondit non ,
non. Madame la Ducheffe de Vantadour
repliqua , le Roy ſe tient
1
156 LE NOUVEAU
tropidroit & marche fi fûrement, que
je n'ai pas deffein qu'on les lui remette
.
M. le Maréchal de Montefquiou
a acheté cinquante cinq mille
livres le Regiment d'Iflanghuien
pour M. fon fils , âgé de fept à huit
ans .
Le 14. au foir M. de S. Maurice
fut choifi par Monſeigneur le Duc
Régent , pour Commandant à la
Rochelle ; il étoit Lieutenant Colonel
du Regiment Royal infanterie,
& Brigadier d'Armée. Il eft Officier
de mérite & de diftinction ; on lui
donna fix mille livres fur les appointemens
du Gouverneur , qui
étoient de douze . La Ville y joint
encore quatre mille francs par an
outre le logement , les fourages ,
& quelques autres uftancils.
Le 15. eft une époque trop mé
morable par le nouveau changement
de Scene arrivé à la Cour , pour n'en
pas donner un détail auffi fidel qu'il
dépendra de moi ,
>
Ce jour là même auquel le Roy
enMER
CURE.
157
entroit dans fa huitième année , Monfeigneur
le Duc Régent fe rendit au
Palais des Thuilleries fur les 9 heu
res & demie du matin .
Madame la Ducheffe de Vantadour
ayant , felon l'ufage , fait examiner
le Roy quelques jours auparavant
par les Medecins & Chirurgiens
qui le trouverent très - bien conftitué
, le remit entre les mains de
Monfeigneur le Duc Régent , &
lui dit , Monfeigneur , voilà le Dépôt
que le feu Roy m'a confié , & que
vous m'avés continué ; j'en ai pris
tous les foins poffibles , & je le rend
en parfaite fanté. Monfeigneur le
Duc Régent lui témoigna › que le
Roy & tout l'Etat lui avoient une
obligation infinie de l'attention
qu'elle avoit apporté à préferver des
jours fi précieux de tout accident ;
il ajouta , qu'il inviteroit lui - même
le Roy à conferver la memoire de fes
fervices fi importans ; qu'à fon égard,
il n'oublieroit rien pour lui donner
des marques fenfibles de fa reconnoiffance.
Dans ce moment , S. A.R,
O
858 LE NOUVEAU
préfenta au Roy M.le Maréchal de
Villeroy pour fon Gouverneur , &
M. Fleury ancien Evêque de Frejus
pour fon Précepteur ; adreflant enfuite
la parole à M. le Ducdu Maine,
& à M.le Maréchal de Villeroy ; il
leur dit , Meffieurs , Ce facré Dépôt
vous regarde particulierement . Nous
efperons que vous répondrés parfaitement
à l'attente que toute la
France a concuë de vous , pour l'éducation
du Roi ; c'eft à vous à préfent
d'en avoir tout le foin que nous
nous promettons de votre zele & de
votre inclination pour S. M. & pour
P'Etat ; alors Madame la Duchelle
de Vantadour dit à S. A. R. Monfeigneur
, voilà mon miniftere fini ,
vous me permetrés de baiſer la main
du Roy , & de me retirer ; dans l'inf
tant elle prit la main du Roy & la
baifa ; mais ce fut avec tant de tendrefle
, qu'il ne lui fut pas poſſible
de retenir fes larmes . Le Roy attendri
, l'embraffa étroitement , &
mit fon chapeau devant les yeux ,
pour cacher les pleurs. Madame la
MERCURE. *159
Duchefle de Vantadour s'étant reti..
rée , le Roy en parut fi touché , qu'il
ne cella de pleurer ; on lui fit entendre
la Meffe dans fon Oratoire ;
mais tournant la tête , & ne voyant
plus Madame de Vantadour , les larmes
recommencérent ; aprés la Meffe
on tâcha de le confoler dans la petite
chambre du Billard , pendant
qu'on démeubloit fon Appartement ,
dont les meubles appartenoient pour
lors de droit à Madame de Vanta-
'dour. Le Roy demeura inconfolable
jufques à trois heures & demie ;
on lui donne de tems en teins à boire
pour le rafraichir ; il renvoya chercher
Madame de Vantadour , qui
de fon côté n'avoit ceffé de pleu
rer ; elle revint néanmoins , avec
un vifage ferain , pour faire reproche
au Roy , de ce qu'à l'âge de
huit ans , il manquoit de réfolution ;
Qu'il devoit au contraire être très
content de fe trouver fous la conduite
des hommes ; il repartit furle
champ à Madame de Vantadour ,
c'eft'parce que j'ai de la raiſon , Ma
Oij
160 LE NOUVEAU
ये
chere Mere , que j'ai regret de me
voir feparé de vous : Elle lui dit ,
mais , SIRE , vous n'avez pas mangé
; il lui repliqua , non , à préſent
que vous êtes auprès de moi , que
l'on m'en apporte ? il dina affés bien ,
Pendant qu'elle étoit auprès de S. M.
M le Marquis de la Vrilliere apporta
un préfent de Diamans de cent cinquante
- quatre mille livres , qu'il
mit fur la table du Roy piéce à
piéce c'étoient des bracelets
avec les Portraits de Monfeigneur
le Dauphin & de Madame la Dauphine
; pere & mere du Roy ; un
collier de perle , avec une croix de
diamant magnifique ; la bague du
feu dernier Monteigneur le Dauphin,
& quantité d'autres pierreries , entre
lefquelles il y a une pierre en
table de grand prix . Le Roy demanda
, eft - ce tout on lui repondit
oüi , SIRE ; c'eft bien peu , Ma
Bonne en merite davantage , par les
foins qu'elle a pris de moi . Madame
la Ducheffe de Ventadour y refta juf
ques à neuf heures le Roy fe
>
·
R
MERCURE . 161
coucha aflez tranquillement , lui
ayant fait promettre qu'elle reviendroit
le lendemain .
M. le Duc de la Tremoille Premier
Gentilhomme de la Chambre,
vint ce jour la remercier S, M. de la
furvivance de la Charge qu'il avoit
obtenue pour le Prince deTarente fon
fils âgé defix à fept ans , on y a attaché
un Brevet de retenue de soo
mille livres au cas que fon fils
vint à mourir , c'eft une grace
que meritoient fon affiduité au fervice
, fon merite & fa naiffance
ayant l'honneur d'eftre Coufin ifla
de Germain de Madame Doüairiere
d'Orleans , Madame fa Grand- Mere
eftant Palatine.
Le 16.le Roy à fon reveil , fut aver
ti par M. le Marefchal de Villeroy',
d'appeller M. le Duc de Mortemart
Premier Gentil Hmme de la cham
bre d'année , le Roy l'appella trois
fois : on le fit entrer , & s'étant prefenté
au lit du Roy , S. M. lui dit :
je veux me lever , Ce Seigneur lui prefenta
la robbede chambre & fes mul
Oij
162 LE NOUVEAU
les , & lui dit , V. M. ne fouhaite- 1
elle pas pafler dans fon cabinet pour
s'habiller. Auffi toft on fit entrer les
Seigneurs qui ont des Brevets d'entrée
, comme fous le feu Roy . S. M.
parut fort étonnée de voir tant
d'hommes autour de lui , M. le Duc
de Mortemart fit appeller la Cham -
'bre & la Garde robe ; alors un grand
nombre d'Officiers fe préfenta
pour faire leur devoir , le Roy fut
encore plus furpris d'en voir le nombre
augmenter. Il demanda cependant
fa chere Mere Madame la Ducheffe
de Vantadour , qui vint quelque
tems aprés en habit de voyageufe,
elle y retta une heure ;MonPrince,
lui dit-elle , je fuis obligée de vous
quitter & d'aller à faint Cyr voir
Madame de Maintenon , le Roy en
fut allarmé , & s'eſtant jerté à lon
col tendrement il donna de nouveau
, en cette occafion , des preuves
fenfibles de fon bon coeur. M. le Marefchal
de Villeroy ravi de contribuer
à l'éducation d'un Prince fi reconnoiffant,
ne pûtqu'admirer un fi excellent
>
MERCURE. 163
naturel Le Roy foupa fur les dix
heares , & repofa tranquillement
jufqu'à 10 heures du matin qu'il fe
leva avec toutes les ceremonies ordinaires
du fervice des hommes.
Le 17. on porta chez Madame la
Ducheffe de Vantadour la Vaiſelle
de vermeille de feu Monfeigneur' le
Dauphin & de Madame la Dauphine ,
elle pefe 400 marcs .
Meffieurs de Sommery & de Ruffe
, Sous - Gouverneurs du Roy, font
convenus entre - eux , pour
le fervi.
ce par femaine , & Meffieurs les
quatre Gentils -Hommes de la Chambre
, qui font , M. le Chevalier de
Pezé . M. d'Ozy , M. d'Arcy , & M.
de la Haye ,ferviront par moitié chaque
femaine.
Le 18. le Roy entendit la Mefle
dans fon Oratoire ; c'étoit le jour
de l'anniverfaire
de feu Monfeigneur
le Dauphin fon pere.
Le 19. M. le Marefchal de Villeroy
a fait donner une penfion de
720 livres au petit Furet , jeune en◄
fant, qui joue fouvent devant le Roy
164 LE NOUVEAU
& l'amufe , on lui a promis de plus
des habits de S. M.
Le 20. le Roy aprés fes exercices , a
diné à fon grand couvert. M. le
Comte de Livry Survivancier dans
la charge de Premier Maiftre d'Hôtel
, a porté le bâton , M. le Mareſchal
étoit auprés du Roy pour le faire
manger. M. le Duc de Noailles
comme Capitaine des Gardes, occupoit
le derriere u fauteüil , avec M.
le Duc de Mortemart comme Premier
Gentil-Homme de la Chambre.
La Nefétoit pofée fur la table
auprés de M. l'Abbé de Maulevrier
Aumônier , qui la decouvrit , pour
prefenter des ferviettes quand le Roy
fouhaitoit d'en changer .Aux deux côtez
de la table , eftoient les deux
Gardes de la Manche avec leurs Pertuifannes
; le long de la Salle fix Gardes
du Roy estoient rangez de chaque
côté la carabine fur l'épaule & le
chapeau fous le bras . les Brigadiers
des Gardes tenoient la porte , un
Huiffier de Salle alloit & venoit
pour le fervice , & les Gentilshom
mes fervants faifoient leur fonction
}
MERCUR E. 165
ordinaire ; le Roy parut fort attentif
à ce nouveau ceremonial, & témoigna
qu'il lui faifoit plaifir.
Le 23 les Miniftres étrangers furent
reçûs par le Roy dans le Grand
Cabinet de la Regence.
Ce jour là M. le Marefchal de Villeroy
fut fi content des études dů
Roy , qu'il luy demanda qu'elle récompenfe
il fouhaitoit pour
fon application
à fes exercices , il pria qu'on
luy fit venir fa chere Maman , on la
luy promit à condition cependant
qu'illa laiteroit retourner quand elle
le jugeroit à propos , il s'y engagea ;
lorfqu'il fut preft d'aller a la Priere,.
Madame la Ducheffe de Vantadour
prenant congé du Roy , dit en le
quittant , Adieu mon Maiftre , le
Roy répondit ,Adieu Ma chere Mere.
. M. de Vitteman a efté nommé
Sous- Précepteur en Charge, avec M.
l'Abbé Perrault ci- devant fon Inftituteur
, par commiffion. C'eft une
recompenfe qu'on a crû luy eftre
dûë , en faveur des foins infinis qu'il
a eu de l'éducation du Roy pendant
166 LE NOUVEAU
fa premiere enfance , luy ayant appris
les principes de la Religion ,
I'Hiftoire de France , la Gegraphie : ⚫
il eft vray que le Roy ayant une
difpofition admirable pour les fçiences
, rien ne peut eftre plus agréable
que de travailler à la perfection
d'un genie, dont les lumieres & l'é .
levation doivent faire la felicité de
les peuples.
M. Lambert a efté fait Secretaire
des études du Roy.
Les trois Valers de Chambre ordinaires
du Roy , & en même tems
de quartier , font Meffieurs Domingues
, Mayas & Bigot .
Le 16 M. le Chancelier a tenu le
Sceau pour la premiere fois . Le 18
fés Lettres ont efté enregistrées au
Parlement .
M. l'Abbé Dagueffeau fon Frere
s'eft chargé de l'inſpection de la Librairie.
M. Vigneron a efté continué Secretaire
de la Chancellerie , il eft
chargé du Sceau , & M. Fretteau
Avocat au Parlement , des Affaires du
Confeil,
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1178
p. 167-175
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Dame Anne-Magdelene Faulcon de Ris, veuve de Messire Estienne [...]
Mots clefs :
Décès, Seigneur, Charges, Veuve, Famille, Messire, Chancelier, Épouse
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
MERCURE. 167
ARTICLE DES MORTS
>
Dame Anne - Magdelene Faulcon
de Ris , veuve de Meflire Etienne
Maignart , Seignent de Bernieres
Confeiller au Parlement de Paris ;
mourut le 22 Decembre 1716. laiflant
pour fils unique Mre. Charles Eſtienne
Maignart , Seigneur de Bernieres
Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , fucceffivement Intendant
de Juftice à Maubeuges ,
Dunkerque , puis en Flandre. Elle
étoit foeur de Mre Charles Faulcon,
Seigneur de Ris , Marquis de Charleval
, Premier Prefident du Parle
ment de Rouen , mort en 1691 , pere
de Mrs de Ris d'aprefent , & fille de
Mre Jean Louis Faulcon Seigneur de
Ris , auffi Premier Prefident du Parlement
de Rouen , nommé l'an 1644
au lieu de Mre Charles Faulcon fon
pere Seigneur de Ris , lequel avoit
fuccedé en cette Charge à Mre Ale178
LE NOUVEAU
xandre Faulcon fou frere ainé , Seigneur
de Ris , moit l'an 1628 , &étoit
fils de Mre Claude Faulcon Seigneur
de Ris , Premier Prefid ne du Parlement
de Bretagne , l'an 1587. La Fa.
mille de Faulcon d Ris , fe prétend
fortie de celte de Falcon de Florence
; & depuis qu'elle cft établie en
France , elle a toujours été regardée,
comme une des plus illuftres de la
Robe ; Celle de Maignart de Be njeres
ne l'eft pas moins , elle eft originaire
de Normandie , & diftinguée
par fon ancienneté & par fes alliances,
Dame FrançoifeJoly , veuve de
Mre Louis de l'Epine Seigneur de
Grainville, mourut le 27Janvier 1717 .
Elle étoit foeur de Mie Guillaume
François Joly de Fleury , à prefent
Procureur Géneral du Parlement de
Paris , dont nous parlerons dans la
fuite de ce Journal .
Mre Claude - François le Févre
d'Ormeffon , Prêtre Docteur de Sorbonne
, ancien Doyen de l'Eglife de
Beauvais , mourut le 1 Février 1717.
IL
MER CURE. 169
,
>
il étoit oncle de Dame Anne le Févre
d'Ormeffon ,femme deMeffire Henry
François Dagueffeau , à prefent
Chancelier , Garde des Sceaux de
France il fortoit d'une des premiéres
familles de la Robe ; puifqu'il
étoit fils de Mre Olivier le Févre
Seigneur d'Ormeſſon , & d'Amboiſle ,
Maitre des Requêtes , perit fils de
Mre André le Févre Seigneur d'Ormeſſon
, auſſi Maistre des Requêtes ,
mort Doyen des Confeils du Roy
l'an 1665 , & arriere petit fils de Mre
Olivier le Févre , Seigneur d'Ormellon
, d'Eaubonne , & de Lezeau
Prefident de la Chambre des Comptes
de Paris ; Confeiller d'Etat , &
Controlleur Général des Finances
mort l'an 1600 , cette Famille s'eft
alliée à celle de Hennequin , de Verthamont
, de Pommereu , le Goux de
la Berchere, de Fourcy , Feydeau , le
Maistre de Bellejamme , & de la
Bourdonnaye & c.
V
Mellfire Daniel François Voyfin ,
Chevalier Seigneur duMefnil-Voyfin
Chancelier & Garde des Sceaux de
P
170
LE NOUVEAU
France , Commandeur des Ordres
du Roy , mourut la nuit du premier
au deux Fevrier 1717. âgé de 62 ans,
ne laiflant que des filles de fon mariage
avec feüe Dame Charlotte Trudaine
, foeur de M. Trudaine Confeiller
d'Eftat & Prevoft des Marchands
de cette Ville , & fille de Meffire
Charles Trudaine Maiftre des Comptes
à Paris . La premiere de fes filles
eft mariée depuis l'an 17e6. à
Mre Louis le Goux de la Berchere
Comte de la Rochepor Confeiller
d'Etat , Chancelier de feu Monfeigneur
le Duc de Berry . La feconde,
depuis l'an 1710. à Charles Guillaume
de Broglio , dit le Marquis de
Broglio depuis Matêchal des
Camps & Armées du Roy , & Gouverneur
de Graveline . Et la troifiéme
, depuis l'an 1711. avec Alexis
Magdelaine Rofolie de Chaftillon
Comte de Chaſtillon , alors Colonel
d'un Regiment de Dragons de fon
nom , depuis Brigadier General des
Ainées du Roy , Grand Bailly de
Hagueneau , & Commiflaire Gene-
2
MERCURE. 171
ral de la Cavalerie legere de France ;
neveu de M. le Marquis de Chaſtil -
lon Chevalier des Ordres du Roy,
& aujourd'hui le feul reftant de la
Maiſon de Chatillon fur Marne , l'une
des plus grandes , des plus puiffantes
, des plus anciennes & des plus
illuftres maifons du Royaume.
Feu M. le Chancelier qui donne
lieu à cet article , avoit eſté élevé à
cette haute dignité les Juillet 1714.
étant alors Miniftre & Secretaire d'E .
tat de la Guerre . Il avoit efté fucellivement
Confeiller au Parlement
de Paris l'an 1674. Maiftre des Requeftes
Ordinaire de l'Hoftel du Roi,
en 1683. & Intendant de Juftiee ea
Hainaut en 1688. & enfin Confeiller
d'Eftat Ordinaire l'an 1708. Il
étoit fils de Melfire Jean- Baptifte
Voifin Seigneur de la Noraye , Maître
des Requeſtes Ordinaire de l'Hôtel
du Roy , mort à Tours , où il
étoit Intendant de Juſtice l'an 1672 ,
& de Dame Madelaine Guillart .
La charge de Chancelier- Garde
des Sceaux de France , vacante par
Pij
172 LE NOUVEAU
cette mort a efté donnée le z . de
ce mois à Mre Henry François Dagueffeau
Procureur General au Parlement
, & ci - devant Avocat General
; il eft fils de Mre Henry Dagueffeau
Conteiller d'Eftat Ordinaire , &
duConfeil de Regence , mort le 17N0-
vembre 1716 , & de feue Dame Claire
Eugenie le Picart , fortie d'une
des premieres familles de la robe , &
fille de Mre Jean-Baptifte le Picart ,
Seigneur du Pleffis , Maiftre des Re-.
queftes , & de Dame Catherine Talon
, foeur de Dame Marie Sufanne
Talon mere de Mre Louis Phely-...
peaux Comte de Pontchartrain , cidevantChancelier
& Garde des Sceaux .
de France , duquel M. le Chancelier .
Dagueffeau fe trouve par cette alliance
neveu , à la mode de Bretagne :
il eft petit fils de Mre Antoine Daguefleau
Maiftre des Requeftes Or
dinaire de l'Hoftel du Roy , Prefi
dent au Grand Confeil & Intendant
de Justice en Picardie, puis Premier
Prefident du Parlement de Bordeaux
l'an 1631. & Confeiller du Roy .
MERCURE. 173
en fon Confeil d'Eftat , & Direction
de fes finances , mort l'an 1645, & de
dame Anne de Gyves fa troifiéme
femme .
M. le Chancelier eft marié depuis
l'an 1694. avec Dame Anne le Fevre
Omellon , fortie d'une des premieres
familles de la robe,
Il a pour freres Mre Jean Baptrfte
Paulin Dagueffeau Preftre Docteur
de la Faculté de Paris , & Mre
Jofeph Antoine Dagueffeau Seigneur.
deValjouant Confeiller au Parlement
de Paris , & ci - devant Avocat du
Roy au Châtelet ; & pour Soeur ,
Dame Marie- Catherine Daguefleau ,
à préfent veuve de Meffire Charles-
Marie de Saulx Comte de Tavannes ,
Lieutenant General pour le Roy au
Gouvernement de Bourgogne , &
Grand Bailly de Dijon , mere de
Mr le Comte de Tavannes , qui a
époufé Mademoifelle Amelot , fille
de Mr Amelot de Gournay , ci - devant
Ambaffadeur en Espagne , & Soeur
de Mr Amelot de Gournay Préfident
à Mortier au Parlement de Paris
P iij
174 LE NOUVEAU
& de Dame Magdelaine Dagueffeau
femme de Mre Pierre Hector le
Guerchois Maistre des Requeftes.
La Charge de Procureur General
au Parlement de Paris , vacante par
la promotion de M. Dagueffeau à
celle de Chancelier , a esté donnée
le même jour à Mre. Guillaume
François Joly de Fleury Avocat General
au Parlement , Charge qu'il
exerçoit depuis la mort de Mre Omer
Jofeph Joly Seigneur de Fleury fon
Frere aîné , il eft fils de Meffire Jean
François Joly , Seigneur de Fleury
Avocas General au Parlement de
Metz , puis Confeiller en celuy de
Paris , mort Confeiller de la Grande
Chambre le Octobre 1702 , & de
Dame Madelaine Talon , Soeur de
Denis Talon Avocat General , puis
Prefident à Mortier au Parlement
de Paris , fille de Mre . Omer Talon ,
& niéce de Mre. Jacques Talon
tous deux Avocats Generaux au Par
lement & coufins germains de Dame
Marie Sufanne Talon , mere de
M. le Chancelier Pontchartrain , &
MER CURE.
175
de Dame Catherine Talon Grande
Mere maternelle de M. Daguefleau
à prefent Chancelier de France ; il
eft petit fils de Mre . Jean Joly , Seigneur
de Fleury , Confeiller au - Parlement
de Bretagne l'an 1629, puis
au Grand Confeil , & de Charlote
Bourlon ; il fort d'une famille diftinguće
dans la Robe , établie depuis
long- tems à Dijon où elle s'eft alhée
avec les plus confiderables , &
où elle fubfifte encore en plufieurs
branches.
M. l'Abbé de Fourcy , Chanoine
de Nôtre- Dame de Paris , mourut le
24 de ce mois ..
ARTICLE DES MORTS
>
Dame Anne - Magdelene Faulcon
de Ris , veuve de Meflire Etienne
Maignart , Seignent de Bernieres
Confeiller au Parlement de Paris ;
mourut le 22 Decembre 1716. laiflant
pour fils unique Mre. Charles Eſtienne
Maignart , Seigneur de Bernieres
Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , fucceffivement Intendant
de Juftice à Maubeuges ,
Dunkerque , puis en Flandre. Elle
étoit foeur de Mre Charles Faulcon,
Seigneur de Ris , Marquis de Charleval
, Premier Prefident du Parle
ment de Rouen , mort en 1691 , pere
de Mrs de Ris d'aprefent , & fille de
Mre Jean Louis Faulcon Seigneur de
Ris , auffi Premier Prefident du Parlement
de Rouen , nommé l'an 1644
au lieu de Mre Charles Faulcon fon
pere Seigneur de Ris , lequel avoit
fuccedé en cette Charge à Mre Ale178
LE NOUVEAU
xandre Faulcon fou frere ainé , Seigneur
de Ris , moit l'an 1628 , &étoit
fils de Mre Claude Faulcon Seigneur
de Ris , Premier Prefid ne du Parlement
de Bretagne , l'an 1587. La Fa.
mille de Faulcon d Ris , fe prétend
fortie de celte de Falcon de Florence
; & depuis qu'elle cft établie en
France , elle a toujours été regardée,
comme une des plus illuftres de la
Robe ; Celle de Maignart de Be njeres
ne l'eft pas moins , elle eft originaire
de Normandie , & diftinguée
par fon ancienneté & par fes alliances,
Dame FrançoifeJoly , veuve de
Mre Louis de l'Epine Seigneur de
Grainville, mourut le 27Janvier 1717 .
Elle étoit foeur de Mie Guillaume
François Joly de Fleury , à prefent
Procureur Géneral du Parlement de
Paris , dont nous parlerons dans la
fuite de ce Journal .
Mre Claude - François le Févre
d'Ormeffon , Prêtre Docteur de Sorbonne
, ancien Doyen de l'Eglife de
Beauvais , mourut le 1 Février 1717.
IL
MER CURE. 169
,
>
il étoit oncle de Dame Anne le Févre
d'Ormeffon ,femme deMeffire Henry
François Dagueffeau , à prefent
Chancelier , Garde des Sceaux de
France il fortoit d'une des premiéres
familles de la Robe ; puifqu'il
étoit fils de Mre Olivier le Févre
Seigneur d'Ormeſſon , & d'Amboiſle ,
Maitre des Requêtes , perit fils de
Mre André le Févre Seigneur d'Ormeſſon
, auſſi Maistre des Requêtes ,
mort Doyen des Confeils du Roy
l'an 1665 , & arriere petit fils de Mre
Olivier le Févre , Seigneur d'Ormellon
, d'Eaubonne , & de Lezeau
Prefident de la Chambre des Comptes
de Paris ; Confeiller d'Etat , &
Controlleur Général des Finances
mort l'an 1600 , cette Famille s'eft
alliée à celle de Hennequin , de Verthamont
, de Pommereu , le Goux de
la Berchere, de Fourcy , Feydeau , le
Maistre de Bellejamme , & de la
Bourdonnaye & c.
V
Mellfire Daniel François Voyfin ,
Chevalier Seigneur duMefnil-Voyfin
Chancelier & Garde des Sceaux de
P
170
LE NOUVEAU
France , Commandeur des Ordres
du Roy , mourut la nuit du premier
au deux Fevrier 1717. âgé de 62 ans,
ne laiflant que des filles de fon mariage
avec feüe Dame Charlotte Trudaine
, foeur de M. Trudaine Confeiller
d'Eftat & Prevoft des Marchands
de cette Ville , & fille de Meffire
Charles Trudaine Maiftre des Comptes
à Paris . La premiere de fes filles
eft mariée depuis l'an 17e6. à
Mre Louis le Goux de la Berchere
Comte de la Rochepor Confeiller
d'Etat , Chancelier de feu Monfeigneur
le Duc de Berry . La feconde,
depuis l'an 1710. à Charles Guillaume
de Broglio , dit le Marquis de
Broglio depuis Matêchal des
Camps & Armées du Roy , & Gouverneur
de Graveline . Et la troifiéme
, depuis l'an 1711. avec Alexis
Magdelaine Rofolie de Chaftillon
Comte de Chaſtillon , alors Colonel
d'un Regiment de Dragons de fon
nom , depuis Brigadier General des
Ainées du Roy , Grand Bailly de
Hagueneau , & Commiflaire Gene-
2
MERCURE. 171
ral de la Cavalerie legere de France ;
neveu de M. le Marquis de Chaſtil -
lon Chevalier des Ordres du Roy,
& aujourd'hui le feul reftant de la
Maiſon de Chatillon fur Marne , l'une
des plus grandes , des plus puiffantes
, des plus anciennes & des plus
illuftres maifons du Royaume.
Feu M. le Chancelier qui donne
lieu à cet article , avoit eſté élevé à
cette haute dignité les Juillet 1714.
étant alors Miniftre & Secretaire d'E .
tat de la Guerre . Il avoit efté fucellivement
Confeiller au Parlement
de Paris l'an 1674. Maiftre des Requeftes
Ordinaire de l'Hoftel du Roi,
en 1683. & Intendant de Juftiee ea
Hainaut en 1688. & enfin Confeiller
d'Eftat Ordinaire l'an 1708. Il
étoit fils de Melfire Jean- Baptifte
Voifin Seigneur de la Noraye , Maître
des Requeſtes Ordinaire de l'Hôtel
du Roy , mort à Tours , où il
étoit Intendant de Juſtice l'an 1672 ,
& de Dame Madelaine Guillart .
La charge de Chancelier- Garde
des Sceaux de France , vacante par
Pij
172 LE NOUVEAU
cette mort a efté donnée le z . de
ce mois à Mre Henry François Dagueffeau
Procureur General au Parlement
, & ci - devant Avocat General
; il eft fils de Mre Henry Dagueffeau
Conteiller d'Eftat Ordinaire , &
duConfeil de Regence , mort le 17N0-
vembre 1716 , & de feue Dame Claire
Eugenie le Picart , fortie d'une
des premieres familles de la robe , &
fille de Mre Jean-Baptifte le Picart ,
Seigneur du Pleffis , Maiftre des Re-.
queftes , & de Dame Catherine Talon
, foeur de Dame Marie Sufanne
Talon mere de Mre Louis Phely-...
peaux Comte de Pontchartrain , cidevantChancelier
& Garde des Sceaux .
de France , duquel M. le Chancelier .
Dagueffeau fe trouve par cette alliance
neveu , à la mode de Bretagne :
il eft petit fils de Mre Antoine Daguefleau
Maiftre des Requeftes Or
dinaire de l'Hoftel du Roy , Prefi
dent au Grand Confeil & Intendant
de Justice en Picardie, puis Premier
Prefident du Parlement de Bordeaux
l'an 1631. & Confeiller du Roy .
MERCURE. 173
en fon Confeil d'Eftat , & Direction
de fes finances , mort l'an 1645, & de
dame Anne de Gyves fa troifiéme
femme .
M. le Chancelier eft marié depuis
l'an 1694. avec Dame Anne le Fevre
Omellon , fortie d'une des premieres
familles de la robe,
Il a pour freres Mre Jean Baptrfte
Paulin Dagueffeau Preftre Docteur
de la Faculté de Paris , & Mre
Jofeph Antoine Dagueffeau Seigneur.
deValjouant Confeiller au Parlement
de Paris , & ci - devant Avocat du
Roy au Châtelet ; & pour Soeur ,
Dame Marie- Catherine Daguefleau ,
à préfent veuve de Meffire Charles-
Marie de Saulx Comte de Tavannes ,
Lieutenant General pour le Roy au
Gouvernement de Bourgogne , &
Grand Bailly de Dijon , mere de
Mr le Comte de Tavannes , qui a
époufé Mademoifelle Amelot , fille
de Mr Amelot de Gournay , ci - devant
Ambaffadeur en Espagne , & Soeur
de Mr Amelot de Gournay Préfident
à Mortier au Parlement de Paris
P iij
174 LE NOUVEAU
& de Dame Magdelaine Dagueffeau
femme de Mre Pierre Hector le
Guerchois Maistre des Requeftes.
La Charge de Procureur General
au Parlement de Paris , vacante par
la promotion de M. Dagueffeau à
celle de Chancelier , a esté donnée
le même jour à Mre. Guillaume
François Joly de Fleury Avocat General
au Parlement , Charge qu'il
exerçoit depuis la mort de Mre Omer
Jofeph Joly Seigneur de Fleury fon
Frere aîné , il eft fils de Meffire Jean
François Joly , Seigneur de Fleury
Avocas General au Parlement de
Metz , puis Confeiller en celuy de
Paris , mort Confeiller de la Grande
Chambre le Octobre 1702 , & de
Dame Madelaine Talon , Soeur de
Denis Talon Avocat General , puis
Prefident à Mortier au Parlement
de Paris , fille de Mre . Omer Talon ,
& niéce de Mre. Jacques Talon
tous deux Avocats Generaux au Par
lement & coufins germains de Dame
Marie Sufanne Talon , mere de
M. le Chancelier Pontchartrain , &
MER CURE.
175
de Dame Catherine Talon Grande
Mere maternelle de M. Daguefleau
à prefent Chancelier de France ; il
eft petit fils de Mre . Jean Joly , Seigneur
de Fleury , Confeiller au - Parlement
de Bretagne l'an 1629, puis
au Grand Confeil , & de Charlote
Bourlon ; il fort d'une famille diftinguće
dans la Robe , établie depuis
long- tems à Dijon où elle s'eft alhée
avec les plus confiderables , &
où elle fubfifte encore en plufieurs
branches.
M. l'Abbé de Fourcy , Chanoine
de Nôtre- Dame de Paris , mourut le
24 de ce mois ..
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1179
p. 56-69
Ecrite de Constantinople, le 7 Novembre 1716.
Début :
Ne vous êtes vous pas imaginé, Mr, sur la foy des [...]
Mots clefs :
Constantinople, Ville, Disposition, Colonnes, Rues, Ambassadeurs, Chrétien, Mosquées, Sultan, Mariages, Eunuque, Filles, Cérémonies, Chambre, Gouvernement, Sérail, Officiers, Peste, Ennemis, Paix, Allemagne, Peuple, Armée, Attaques, Pologne, Envoyé , Vizir, Règne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ecrite de Constantinople, le 7 Novembre 1716.
Ecrite de Conftantinople , le
Novembre 1716.
Ngine, Me , fur la foy des Re-
E vous êtes vous pas imalations,
que CONSTANTINOPLE étoit
la Ville de l'Univers la plus fuperbe
, & la mieux batie. Quelle illufion
! Il est vray , que fi on n'ep
voyoit jamais que fa fituation , fes
dehors & fon port , on en porteroit
ce jugement ; rien de plus
beau en effet. Figurez - vous une
grande Ville en perspective , batie
fur fept montagnes , de même que
Rome. Comme elles font difpofées
en forme d'Amphiteatre , tout
ce qu'il y a de frapant , fe prefente
d'un coup doeil à la vûë. Le
mélange des Cyprés avec les frontifpices
des Maifons , peintes de diverfes
couleurs ; les Domes & Minarets
des Mofquées , le magnifique
Temple de Sainte Sophie ,
les Piramides , ou Colonnes , telles
que celles du Marché des femmes,
d'une hauteur extraordinaire ; celles
de Marcien , ainfi que la Colonne
brulée , le vieux & le nouMERCURE.
57
veau Serail avec fes Tours , ayant
pour horifon le plus beau Ciel du
monde ; Tout cela raffemblé , produit
le plus merveilleux fpectacle
de la Nature . Qui ne croiroit
aprés une defcription auffi véri
table , qu'elle paroît fabuleufe
que les dedans font autant de Palais
, & de chef - d'oeuvres de
l'art ; rien moins que cela , lorfqu'on
y eft une fois entré , on ne
peut s'imaginer que ce foit la même
Ville. On cherche Conitantinople
dans Conftantinople -même.
Les rues en font tortues & inégales
, fales & puantes par la négligence
des habitans ; ce qui
pouroit bien ne pas peu contribuer
à la pefte , dont cette Ville.
elt fi frequemment affligée . Elles
font dailleurs la plupart étroites ,
& baties de bois. Dans un endroit,
les maifons font hautes , dans un
autre , fort baffes : En un mot ,
elles font telles , qu'on a de la peine
à y marcher , & à s'y foûtenir ,
Voilà au juſte , une image fidelle de
cette Capitalle de l'EmpireOtoman.
58
LE
NOUVEAU
Mi- O N peut prefque porter le
ris des même jugement des Ci-
Tures toyens de cette grande Ville : Il
our les faudroit ne les voir que de loin ,
utres fans
fans trop les approcher : Comme
Nations c'est une Nation méprifante & or-
*
pour gueilleufe , le Commerce civil en
CHYS eft infupportable ; les Ambaffaemmes.
deurs - même ne font pas à couvert
de leurs avanies , & de leurs
mépris. Je me foucie bien ( difoit
un jour le Grand Vifir Kupruli à
Mr de la Haye nôtre Ambaffadeur )
que le chien mange le pourceau ,
ou que le pourceau mange le
chien , pourvu que les affaires de
mon Maître aillent bien. Il fit cette
fiére réponſe , à l'occafion de quelques
avantages remportez par les
François en Flandres fur les Efpagnols
, voulant infinuer par-là ,
qu'il ne confideroit les Chrêtiens
que comme des efpeces de Bêtes.
Ce qu'il y a de fort plaifant
c'eft qu'ils ne penfent pas plus avantageufement
fur le compte de
leurs femmes. A peine leurs fontMERCURE.
pas
ils l'honneur de les tenir pour des
animaux raiformables ; auffi ne
leurs permettent - ils d'entrer
dans leurs Mofquées ,, & ils ne
croient pas qu'elles aillent en Paradis.
Cependant avec tout ce mépris
, ils en font fi jaloux , & s'en
défient tellement , à caufe de leurs
foibleffes , qu'ils ne leur permertent
pas de voir aucun homme ; &
une femme qui montreroit fon vifage
découvert , ou fes mains nuës,
feroit deshonorée , & on la chatieroit
à coups de latte . Plus elles
font élevées en dignité , plus elles
font málhûreufes , du moins
par raport à la liberté ; car comme
les gens de qualité ont chez
eux des bains , elles font par - là
obligées d'être renfermées au logis ,
gardées par des Eunuques ; & par
confequent , hors d'état de prendre
au dehors , le moindre divertiffement.
Cette vie retirée les entretient
dans une oifiveté , qui fait,
qu'elles ne fongent qu'aux moyens
de fe procurer du plaifir , à quel60
LE NOUVEAU
que prix que ce foit , ayant naturellement
du penchant au libertinage.
Comme elles font fuperbes
, elles ont , comme nos Parifiennes
, une forte paffion pour
leurs ajuſtemens , n'étans jamais affez
richement parées à leur gré.
Quoiqu'elles foient ordinairement
fort blanches , elles ont pourtant
recours à l'art , pour relever leur
beauté , fe peignans les fourcils
& les paupières d'un noir , dont
elles titent avantage . Leurs ongles
font auffi colorés d'un rouge
obfcur. Comme elles fe . baignent
prefque tous les jours , elles font
d'une propreté , à laquelle on n'atteint
pas dans nos Païs Occidentaux
.
Puifque je fuis fur le chapitre.
des femmes , je ne les quitteray
point , fans vous faire part des cé
rémonies qui fe pratiquent , lorfque
le Sultan marie une de fes filles
à quelque Grand de fa Porte.
Honeur qui eft ordinairement funefte
à l'Époux.
Le
MERCURE GI
Du
Le jour étant venu pour l'entrevue
; les Eunuques introduifent Mariale
futur dans le cabinet de la SUL- ge des
TANE , qui est voilée fur un Sofa . Filles du
Elle fe leve , lorfqu'elle l'apperçoit, Sultan.
pour marquer fon confentement.
Il entre enfuite , fait trois profondes
reverences , & s'arrêtant au
milieu , fait fa priere pour la profperité
de fon Epoufe , & de leur
Mariage , demeurant ainfi les bras
croifez fur l'eftomac , jufques a ce
qu'elle lui dife , comme à un Efclave
, Sou ĜUETIR , donnemoi
de l'eau , qui eft préparée dans
une coupe d'or , qu'il lui préfente
à genoux ; elle leve fon voile pour
boire , & fe fait voir. Cependant
les filles aportent un baffin
d'or , fur lequel il y a deux affietes
de porcelaine & une paire de pigeons.
L'Epoux la prie de manger ;
elle fait la dédaigneufe , il l'adoucit
enfin par de nouveaux préfens,
& l'oblige d'en gouter. Après cet
honneur , il fe retire au fon des
inftruments de mufique , & attend
Mars 1737. F
62 LE NOUVEAU
l'ordre de devenir tout-à-fait fon
il est averty
Epoux. Le jour venu ,
,
par un Eunuque , & conduit en
deshabillé & en Robe de chambre
par une Introductrice , dans l'Appartement
de la Sultane ; alors fe
mettant à genoux aux pieds du lit ,
il lui chatouille doucement la plante
des pieds , & infenfiblement fe
couche auprès d'elle. Le lendemain
, les conviez reviennent de
bonne heure à la même porte , avec
la mufique pour l'éveiller , & le mener
au bain ; alors la nouvelle
mariée lui donne une Toillette
garnie d'une Chemife , Camifole ,
Caleçon , Mouchoir & un Turban ,
qu'il met à la fortie; il paffe delà dans
l'Apartement des hommes
quels il donne un grand repas. La
Sultane fait un femblable regal aux
Dames. Ainfi finit cette Cérémonie ,
fuivie fouvent après , de la mort du
nouvel Epoux , étranglé par ordre
du Grand Seigneur , pour s'emparer
de fes richeffes , & redonner
enfuite fa Fille à quelque autre ,
qui doit avoir le même fort .
> auxMERCURE.
63
Pour le Sultan , vous n'aurés Li
d'autres particularités de moi , que Sultan
celle - ci . Lorsqu'il eft au lit , il y dans fon
a au milieu de la chambre deux lit.
grands Chandeliers d'or , avec de
groffes bougies ambrées , qui brûlent
toute la nuit , pendant que
deux Dames , nommées FIRASCH ,
où fentinelles , veillent & font la
garde. Il a toujours aux pieds de
fon lit , une Maîtreffe qui s'y coule
au moindre figne .
Si je ne craignois de faire une Du
Hiftoire plûtôt qu'une Lettre , je Gouver
vous entretiendrois de ce que j'ai ment &
apris de l'intérieur du Serrail , de queldes
principaux Officiers de la PORTE , ques
de l'Etat du Gouvernement , tant Points
Civil , que Militaire ; des forces de la
& des revenus de cet Empire. Je Religion
n'ométrois point les impertinences destures
qu'ils débitent fur le Paradis de
de Mahomet , où felon l'Alcoran.
On y verra leMOUTONd'ABRAHAM,
le VEAU DE MOYSE , la FOURMI
DE SALOMON,le PERROQUET DE LA
REINE DE SABA , L'ANE D'EDRAS,
Fij
64 LE NOUVEAU
la BALEINE DE JONAS , le CHIEN
DES SEPT-DORMANS , & le CHAMEAU
DE MAHOMET. Mais il ne
feroit pas à propos que je préferaffe
ces matieres , qui ont efté traitées
par tant de Voyageurs , à celles du
tems. Je continuerai donc cette
Lettre par les nouvelles fuivantes,
Nouvelles de Conftantinople.
Malgré la pefte , qui enleve
icy une infinité de perfonnes de
out âge , la PORTE n'est pas moins
occupée à faire tous les prépara-.
tifs néceffaires pour être en état
d'ataquer même fes Ennemis , tant
fur le Danube qu'aux Echelles
du Levant.
Comme toute idée de Paix eſt
effacée , par la quantité d'efpeces
que le G. S. a fait répandre de
toutes parts : cette profufion , jointe
à l'orgueil des Infidels les
a tellement enflez , que le DIVAN
s'eft trouvé tout à coup comme
infpiré , pour faire les derniers efforts
contre l'Allemagne.
>
MERGURE. GS
Il ne fe propofe pas moins , que
de mettre en campagne s . à 600.
mille hommes , en differentes Armées
, pour faire connoître aux
Imperiaux , que la perte d'une
bataille ne fuffit pas pour décourager
les Otomans , & les porter
à mandier une Paix honteufe.
Le Peuple eft ici dans une pleine
allegreffe , fur ce que le MUFTY
a remis entre les mains de fa Haureffe
, un Sabre d'un très grand
prix , dont la poignée , eft un Talifman
prétendu , où l'on voit luire
la Lune à la faveur d'un Eclipfe
du Soleil ; & dans cette interception
de lumiere , on apperçoit un
Aigle ; qui ayant pris l'effort , fe
précipite fur une Moſquée.
D'ailleurs le grand Etendart de
MAHOMET, a efté tranfporté d'ici
, à Andrinople , pour encourager
par cette efpece d'Oriflame , les
fidels Mufulmans à réparer toutes
les pertes de la Campagne derniere.
Ils ne doutent pas que le
G. S. marchant en perfonne , avec
66 LE NOUVEAU
une Armée des plus formidables
il ne porte la terreur jufques à
VIENNE .
Ils prétendent commencer leurs
attaques par la POLOGNE , afin d'y
attirer une puiffante diverfion des
Armées Imperiales , pour couvrir
la HONGRIE ET LA SILESIE ,
fe flatant que les POLONOIS
prefque ruïnez de leurs longues
Guerres inteftines , & de l'épuifement
de leurs Finances , que les
Armées étrangeres ont confumées,
ne feront pas en état de s'oppoſer
à l'irruption des Turcs , & des
.Tartares ; principalement fi les
Mofcovites font occupez contre la
SUEDE. Pour cet effet , le Sultan
qui fait fon féjour à ANDRINOPLE
, pour être plus à portée
de donner fes ordres , preffe viyement
tous les HORDES , ZIAMETS
, TIMARIOTRES , SANGIACS
& BACHAS de fe trouver
au RENDEZ - VOUS avec
tous leurs Corps de Troupes , fur
la fin d'Avril , fous peine du conMERCURE.
67
DON. Non content de ces difpofitions
fur Terre , on n'épargne ni
foins , ni dépenſes , pour mettre en
Mer une Flore , qu'ils nomment
déja par avance L'INVINCIBLE ,
& dont ces Peuples fe promettent
de merveilleux fuccés en ITALIE.
Les Equipages fe rempliffent journellement
de Marins de toutes for
tes de Nations Européanes , qui
préferent leur fervice à celui des
VENITIENS , au grand préjudice
de la Chrêtienté..
ARRIVE'E DE M¹ DE BONNAČ
A CONSTANTINOPLE.
DEPART DE Mr DESALEURS .
M Onfieur de Bonac , qui fuccede
à Mr DESALEURS , en
qualité d'Ambaffadeur de la France
à la Porte , eft arrivé ici en
très bonne fanté. Madame fon Epouſe
, qui la fuivi dans fon Ambaffade
, quoique groffe , a foûtenu
en femme forte , les fatigues de,
68 LE NOUVEAU
la Mer. Elle vient d'accoucher hûreufement
d'un fils : la mere & l'enfant
fe portent bien. Le nouvel
Envoyé va prendre fon Audience
à Andrinople , où S. H. fait fa réfidence
, & où il fera obligé de
faire la fienne.
•
Mr Defaleurs , qui a fi bien mérité
du Roy & de fa Patrie , par
fes fervices importants à la Porte,
s'eft embarqué le fept Novembre
fur le TOULOUSE , il doit être
de retour à Paris , & avoir préfenté
à S. M. les trois Lettres ,
qui lui ont efté remifes ; l'une du
Grand Seigneur , Pautre de fon
Grand Vizir , & la troifiéme du
Mufty ; je crois intéreffer votre
curiofité , en vous les communiquant
toutes traduites. Vous reconoîtrez
fans peine , par le ftile poli de celle
du Pontife des Mufulmans la
difference que l'on peut remarquer
entre un homme de Guerre
& un homme de Lettre ; élevez
tous deux à la Cour ; l'une eft peu
fuivic , & trop familiere ; l'autre au
MERCURE. 69
,
contraire , eft pleine d'égards & de
tour's qui décélent un homme
d'efprit. Mais avant que d'en venir
à la lecture , il eft neceffaire,
pour l'intelligence de ces Lettres,
que je faffe préceder la filiation des
fix derniers Empereurs Turcs
à commencer par IBRAHIM grand
pere du Sultan ACHMED , qui
regne aujourd'huy.
Novembre 1716.
Ngine, Me , fur la foy des Re-
E vous êtes vous pas imalations,
que CONSTANTINOPLE étoit
la Ville de l'Univers la plus fuperbe
, & la mieux batie. Quelle illufion
! Il est vray , que fi on n'ep
voyoit jamais que fa fituation , fes
dehors & fon port , on en porteroit
ce jugement ; rien de plus
beau en effet. Figurez - vous une
grande Ville en perspective , batie
fur fept montagnes , de même que
Rome. Comme elles font difpofées
en forme d'Amphiteatre , tout
ce qu'il y a de frapant , fe prefente
d'un coup doeil à la vûë. Le
mélange des Cyprés avec les frontifpices
des Maifons , peintes de diverfes
couleurs ; les Domes & Minarets
des Mofquées , le magnifique
Temple de Sainte Sophie ,
les Piramides , ou Colonnes , telles
que celles du Marché des femmes,
d'une hauteur extraordinaire ; celles
de Marcien , ainfi que la Colonne
brulée , le vieux & le nouMERCURE.
57
veau Serail avec fes Tours , ayant
pour horifon le plus beau Ciel du
monde ; Tout cela raffemblé , produit
le plus merveilleux fpectacle
de la Nature . Qui ne croiroit
aprés une defcription auffi véri
table , qu'elle paroît fabuleufe
que les dedans font autant de Palais
, & de chef - d'oeuvres de
l'art ; rien moins que cela , lorfqu'on
y eft une fois entré , on ne
peut s'imaginer que ce foit la même
Ville. On cherche Conitantinople
dans Conftantinople -même.
Les rues en font tortues & inégales
, fales & puantes par la négligence
des habitans ; ce qui
pouroit bien ne pas peu contribuer
à la pefte , dont cette Ville.
elt fi frequemment affligée . Elles
font dailleurs la plupart étroites ,
& baties de bois. Dans un endroit,
les maifons font hautes , dans un
autre , fort baffes : En un mot ,
elles font telles , qu'on a de la peine
à y marcher , & à s'y foûtenir ,
Voilà au juſte , une image fidelle de
cette Capitalle de l'EmpireOtoman.
58
LE
NOUVEAU
Mi- O N peut prefque porter le
ris des même jugement des Ci-
Tures toyens de cette grande Ville : Il
our les faudroit ne les voir que de loin ,
utres fans
fans trop les approcher : Comme
Nations c'est une Nation méprifante & or-
*
pour gueilleufe , le Commerce civil en
CHYS eft infupportable ; les Ambaffaemmes.
deurs - même ne font pas à couvert
de leurs avanies , & de leurs
mépris. Je me foucie bien ( difoit
un jour le Grand Vifir Kupruli à
Mr de la Haye nôtre Ambaffadeur )
que le chien mange le pourceau ,
ou que le pourceau mange le
chien , pourvu que les affaires de
mon Maître aillent bien. Il fit cette
fiére réponſe , à l'occafion de quelques
avantages remportez par les
François en Flandres fur les Efpagnols
, voulant infinuer par-là ,
qu'il ne confideroit les Chrêtiens
que comme des efpeces de Bêtes.
Ce qu'il y a de fort plaifant
c'eft qu'ils ne penfent pas plus avantageufement
fur le compte de
leurs femmes. A peine leurs fontMERCURE.
pas
ils l'honneur de les tenir pour des
animaux raiformables ; auffi ne
leurs permettent - ils d'entrer
dans leurs Mofquées ,, & ils ne
croient pas qu'elles aillent en Paradis.
Cependant avec tout ce mépris
, ils en font fi jaloux , & s'en
défient tellement , à caufe de leurs
foibleffes , qu'ils ne leur permertent
pas de voir aucun homme ; &
une femme qui montreroit fon vifage
découvert , ou fes mains nuës,
feroit deshonorée , & on la chatieroit
à coups de latte . Plus elles
font élevées en dignité , plus elles
font málhûreufes , du moins
par raport à la liberté ; car comme
les gens de qualité ont chez
eux des bains , elles font par - là
obligées d'être renfermées au logis ,
gardées par des Eunuques ; & par
confequent , hors d'état de prendre
au dehors , le moindre divertiffement.
Cette vie retirée les entretient
dans une oifiveté , qui fait,
qu'elles ne fongent qu'aux moyens
de fe procurer du plaifir , à quel60
LE NOUVEAU
que prix que ce foit , ayant naturellement
du penchant au libertinage.
Comme elles font fuperbes
, elles ont , comme nos Parifiennes
, une forte paffion pour
leurs ajuſtemens , n'étans jamais affez
richement parées à leur gré.
Quoiqu'elles foient ordinairement
fort blanches , elles ont pourtant
recours à l'art , pour relever leur
beauté , fe peignans les fourcils
& les paupières d'un noir , dont
elles titent avantage . Leurs ongles
font auffi colorés d'un rouge
obfcur. Comme elles fe . baignent
prefque tous les jours , elles font
d'une propreté , à laquelle on n'atteint
pas dans nos Païs Occidentaux
.
Puifque je fuis fur le chapitre.
des femmes , je ne les quitteray
point , fans vous faire part des cé
rémonies qui fe pratiquent , lorfque
le Sultan marie une de fes filles
à quelque Grand de fa Porte.
Honeur qui eft ordinairement funefte
à l'Époux.
Le
MERCURE GI
Du
Le jour étant venu pour l'entrevue
; les Eunuques introduifent Mariale
futur dans le cabinet de la SUL- ge des
TANE , qui est voilée fur un Sofa . Filles du
Elle fe leve , lorfqu'elle l'apperçoit, Sultan.
pour marquer fon confentement.
Il entre enfuite , fait trois profondes
reverences , & s'arrêtant au
milieu , fait fa priere pour la profperité
de fon Epoufe , & de leur
Mariage , demeurant ainfi les bras
croifez fur l'eftomac , jufques a ce
qu'elle lui dife , comme à un Efclave
, Sou ĜUETIR , donnemoi
de l'eau , qui eft préparée dans
une coupe d'or , qu'il lui préfente
à genoux ; elle leve fon voile pour
boire , & fe fait voir. Cependant
les filles aportent un baffin
d'or , fur lequel il y a deux affietes
de porcelaine & une paire de pigeons.
L'Epoux la prie de manger ;
elle fait la dédaigneufe , il l'adoucit
enfin par de nouveaux préfens,
& l'oblige d'en gouter. Après cet
honneur , il fe retire au fon des
inftruments de mufique , & attend
Mars 1737. F
62 LE NOUVEAU
l'ordre de devenir tout-à-fait fon
il est averty
Epoux. Le jour venu ,
,
par un Eunuque , & conduit en
deshabillé & en Robe de chambre
par une Introductrice , dans l'Appartement
de la Sultane ; alors fe
mettant à genoux aux pieds du lit ,
il lui chatouille doucement la plante
des pieds , & infenfiblement fe
couche auprès d'elle. Le lendemain
, les conviez reviennent de
bonne heure à la même porte , avec
la mufique pour l'éveiller , & le mener
au bain ; alors la nouvelle
mariée lui donne une Toillette
garnie d'une Chemife , Camifole ,
Caleçon , Mouchoir & un Turban ,
qu'il met à la fortie; il paffe delà dans
l'Apartement des hommes
quels il donne un grand repas. La
Sultane fait un femblable regal aux
Dames. Ainfi finit cette Cérémonie ,
fuivie fouvent après , de la mort du
nouvel Epoux , étranglé par ordre
du Grand Seigneur , pour s'emparer
de fes richeffes , & redonner
enfuite fa Fille à quelque autre ,
qui doit avoir le même fort .
> auxMERCURE.
63
Pour le Sultan , vous n'aurés Li
d'autres particularités de moi , que Sultan
celle - ci . Lorsqu'il eft au lit , il y dans fon
a au milieu de la chambre deux lit.
grands Chandeliers d'or , avec de
groffes bougies ambrées , qui brûlent
toute la nuit , pendant que
deux Dames , nommées FIRASCH ,
où fentinelles , veillent & font la
garde. Il a toujours aux pieds de
fon lit , une Maîtreffe qui s'y coule
au moindre figne .
Si je ne craignois de faire une Du
Hiftoire plûtôt qu'une Lettre , je Gouver
vous entretiendrois de ce que j'ai ment &
apris de l'intérieur du Serrail , de queldes
principaux Officiers de la PORTE , ques
de l'Etat du Gouvernement , tant Points
Civil , que Militaire ; des forces de la
& des revenus de cet Empire. Je Religion
n'ométrois point les impertinences destures
qu'ils débitent fur le Paradis de
de Mahomet , où felon l'Alcoran.
On y verra leMOUTONd'ABRAHAM,
le VEAU DE MOYSE , la FOURMI
DE SALOMON,le PERROQUET DE LA
REINE DE SABA , L'ANE D'EDRAS,
Fij
64 LE NOUVEAU
la BALEINE DE JONAS , le CHIEN
DES SEPT-DORMANS , & le CHAMEAU
DE MAHOMET. Mais il ne
feroit pas à propos que je préferaffe
ces matieres , qui ont efté traitées
par tant de Voyageurs , à celles du
tems. Je continuerai donc cette
Lettre par les nouvelles fuivantes,
Nouvelles de Conftantinople.
Malgré la pefte , qui enleve
icy une infinité de perfonnes de
out âge , la PORTE n'est pas moins
occupée à faire tous les prépara-.
tifs néceffaires pour être en état
d'ataquer même fes Ennemis , tant
fur le Danube qu'aux Echelles
du Levant.
Comme toute idée de Paix eſt
effacée , par la quantité d'efpeces
que le G. S. a fait répandre de
toutes parts : cette profufion , jointe
à l'orgueil des Infidels les
a tellement enflez , que le DIVAN
s'eft trouvé tout à coup comme
infpiré , pour faire les derniers efforts
contre l'Allemagne.
>
MERGURE. GS
Il ne fe propofe pas moins , que
de mettre en campagne s . à 600.
mille hommes , en differentes Armées
, pour faire connoître aux
Imperiaux , que la perte d'une
bataille ne fuffit pas pour décourager
les Otomans , & les porter
à mandier une Paix honteufe.
Le Peuple eft ici dans une pleine
allegreffe , fur ce que le MUFTY
a remis entre les mains de fa Haureffe
, un Sabre d'un très grand
prix , dont la poignée , eft un Talifman
prétendu , où l'on voit luire
la Lune à la faveur d'un Eclipfe
du Soleil ; & dans cette interception
de lumiere , on apperçoit un
Aigle ; qui ayant pris l'effort , fe
précipite fur une Moſquée.
D'ailleurs le grand Etendart de
MAHOMET, a efté tranfporté d'ici
, à Andrinople , pour encourager
par cette efpece d'Oriflame , les
fidels Mufulmans à réparer toutes
les pertes de la Campagne derniere.
Ils ne doutent pas que le
G. S. marchant en perfonne , avec
66 LE NOUVEAU
une Armée des plus formidables
il ne porte la terreur jufques à
VIENNE .
Ils prétendent commencer leurs
attaques par la POLOGNE , afin d'y
attirer une puiffante diverfion des
Armées Imperiales , pour couvrir
la HONGRIE ET LA SILESIE ,
fe flatant que les POLONOIS
prefque ruïnez de leurs longues
Guerres inteftines , & de l'épuifement
de leurs Finances , que les
Armées étrangeres ont confumées,
ne feront pas en état de s'oppoſer
à l'irruption des Turcs , & des
.Tartares ; principalement fi les
Mofcovites font occupez contre la
SUEDE. Pour cet effet , le Sultan
qui fait fon féjour à ANDRINOPLE
, pour être plus à portée
de donner fes ordres , preffe viyement
tous les HORDES , ZIAMETS
, TIMARIOTRES , SANGIACS
& BACHAS de fe trouver
au RENDEZ - VOUS avec
tous leurs Corps de Troupes , fur
la fin d'Avril , fous peine du conMERCURE.
67
DON. Non content de ces difpofitions
fur Terre , on n'épargne ni
foins , ni dépenſes , pour mettre en
Mer une Flore , qu'ils nomment
déja par avance L'INVINCIBLE ,
& dont ces Peuples fe promettent
de merveilleux fuccés en ITALIE.
Les Equipages fe rempliffent journellement
de Marins de toutes for
tes de Nations Européanes , qui
préferent leur fervice à celui des
VENITIENS , au grand préjudice
de la Chrêtienté..
ARRIVE'E DE M¹ DE BONNAČ
A CONSTANTINOPLE.
DEPART DE Mr DESALEURS .
M Onfieur de Bonac , qui fuccede
à Mr DESALEURS , en
qualité d'Ambaffadeur de la France
à la Porte , eft arrivé ici en
très bonne fanté. Madame fon Epouſe
, qui la fuivi dans fon Ambaffade
, quoique groffe , a foûtenu
en femme forte , les fatigues de,
68 LE NOUVEAU
la Mer. Elle vient d'accoucher hûreufement
d'un fils : la mere & l'enfant
fe portent bien. Le nouvel
Envoyé va prendre fon Audience
à Andrinople , où S. H. fait fa réfidence
, & où il fera obligé de
faire la fienne.
•
Mr Defaleurs , qui a fi bien mérité
du Roy & de fa Patrie , par
fes fervices importants à la Porte,
s'eft embarqué le fept Novembre
fur le TOULOUSE , il doit être
de retour à Paris , & avoir préfenté
à S. M. les trois Lettres ,
qui lui ont efté remifes ; l'une du
Grand Seigneur , Pautre de fon
Grand Vizir , & la troifiéme du
Mufty ; je crois intéreffer votre
curiofité , en vous les communiquant
toutes traduites. Vous reconoîtrez
fans peine , par le ftile poli de celle
du Pontife des Mufulmans la
difference que l'on peut remarquer
entre un homme de Guerre
& un homme de Lettre ; élevez
tous deux à la Cour ; l'une eft peu
fuivic , & trop familiere ; l'autre au
MERCURE. 69
,
contraire , eft pleine d'égards & de
tour's qui décélent un homme
d'efprit. Mais avant que d'en venir
à la lecture , il eft neceffaire,
pour l'intelligence de ces Lettres,
que je faffe préceder la filiation des
fix derniers Empereurs Turcs
à commencer par IBRAHIM grand
pere du Sultan ACHMED , qui
regne aujourd'huy.
Fermer
1180
p. 69-70
FILIATION Des six derniers Empereurs Otomans.
Début :
IBRAHIM Empereur Turc en 1640, étranglé par les Janissaires en [...]
Mots clefs :
Empereur, Janissaires, Mahomet IV, Trône, Fils, Règne, Enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FILIATION Des six derniers Empereurs Otomans.
FILIATION
Des fix derniers Empereurs
Otomans.
BRAHIM Empereur Turc en
1640 , étranglé par les Janiffaires
en 1648. fut remplacé par
fon fils MAHOMET IV. depofe
en 1687.
Soliman III. 2. fils d'Ibrahim,
occupa le Throne la même année ,
& mourut en 1691 .
Achmet II , troifieme fils d'I
brahim , fucceda à fon frere & mourut
en 1695.
70 LE NOUVEAU
MUSTAPHA II. fils de Mahomet
IV. & frere du Sultan , qui regne
aujourd'huy , fut auffi-tôt proclamé
Empereur , après la mort
de fon oncle Achmet II. Il fut
déthroné après un Regne de 6 á
7 ans.
ACHMET III. fon cadet , aujourd'huy'regnant
, fut inſtalé à fa place
en 1703.
De plufieurs enfans qu'il a eu ,
il ne lui eft reité que deux fils ,
l'un nomméMAHOMETH ,né en 1705.
le fix Decembre , & l'autre , Aв-
DUMELECK , né d'une Efclave en
1709.
Il fit époufer la même année
une de fes filles à ALI- BOCH ,
Grand Vilir.
Des fix derniers Empereurs
Otomans.
BRAHIM Empereur Turc en
1640 , étranglé par les Janiffaires
en 1648. fut remplacé par
fon fils MAHOMET IV. depofe
en 1687.
Soliman III. 2. fils d'Ibrahim,
occupa le Throne la même année ,
& mourut en 1691 .
Achmet II , troifieme fils d'I
brahim , fucceda à fon frere & mourut
en 1695.
70 LE NOUVEAU
MUSTAPHA II. fils de Mahomet
IV. & frere du Sultan , qui regne
aujourd'huy , fut auffi-tôt proclamé
Empereur , après la mort
de fon oncle Achmet II. Il fut
déthroné après un Regne de 6 á
7 ans.
ACHMET III. fon cadet , aujourd'huy'regnant
, fut inſtalé à fa place
en 1703.
De plufieurs enfans qu'il a eu ,
il ne lui eft reité que deux fils ,
l'un nomméMAHOMETH ,né en 1705.
le fix Decembre , & l'autre , Aв-
DUMELECK , né d'une Efclave en
1709.
Il fit époufer la même année
une de fes filles à ALI- BOCH ,
Grand Vilir.
Fermer
1181
p. 70-73
Traduction de la Lettre du Grand Seigneur au Roy.
Début :
La gloire des plus majestueux Rois de la croyance de [...]
Mots clefs :
Rois, Croyances, Louis, Amitié, Sincérité, Duc, Ambassade , Félicité, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traduction de la Lettre du Grand Seigneur au Roy.
Traduction de la Lettre du
Grand Seigneur au Roy.
LAgloire des plus majestueux
Rois la croyance de JESUS ,
le choifi entre les Princes de la
Religion du Meffre , l'Arbitre de
MERCURE. 71
toutes les Nations Chrêtiennes ,
Seigneur de majefté & d'honneur,
Patron de louange & de gloire ,
LOUIS EMPEREUR DE FRANCE ,
dont la fin des jours foit comblée
de bonheur & de felicité.
A l'arrivée de cette fublime &
imperialle Lettre , vous fçaurez
que la Lettre d'amitié & de compliments
, qui m'a efté envoyée
de votre part , eftant arrivée , &
ayant efté préfentée avec fa traduction
au pied de mon Throne
Imperial , Siege de la Juſtice , & de
l'équité , par l'entremiſe de mon
Vilir IBRAHIM PACHA , PréfentementCAIMACAM
DE MON EPERON
IMPERIAL, dont la grandeur
foit de durée , j'ay connu par
fon contenu plein de fincerité &
d'amitié , que de l'avis du glorieux
, parmi les Princes de la
royance de JESUS , le choifi
parmi les Grands Honorez de la
Religion du Meffie , dont la
fin foit hûreufe : LE DUG D'ORLEANS
VOTRE ONCLE , ET
72
LE NOUVEAU
VOTRE REGENT , par raport à
votre Minorité , vous aviez trouvé
à propos de rappeler l'Exemplaire
des Grands de la Religion
du Meffie le Comte Defalleurs
dont la fin foit hûreufe , à qui
votre GLORIEUX BIS- AYE UL,
qui a quitté ce monde paffager ,
avoit ci-devant confié l'Ambaffade
de mon hûreuſe PORTE , me priant,
pour , en recompenſe de ſes longs
Tervices , le faire jouir du repos
qu'il a merité , & qui lui eft dû ,
de vous le renvoyer. Et me marquant
en même tems , que vous
n'oublierez rien pour entretenir ,
& maintenir la forte , conftante , &
fincere amitié , que vos glorieux
Ancêtres ont toujours eue avec
ma fublime PORTE , dont la félicité
eft attachée à l'Eternité ; Il est très
fûr , & très veritable , que nous
entretiendrons & maintiendrons
auffi du côté de votre Perfonne
Imperiale , l'amitié , & la bonne
correfpondance , qu'il y a toujours
eûë jufques à prefent , entre
د
Nos
MERCURE. 73
Nos Ancêtres de glorieufe memoire
& les Votres , avec les mêmes
fins que vous y avez apporté
de votre part. Ayant donc
trouvé convenable , fuivant votre
priere , de vous renvoyer votre
fufdit Ambaffadeur , qui eft un
vieillard très fage , très prudent ,
& très confommé dans les affaires ,
qui a très parfaitement bien rempli
les devoirs de fon Ambaffade ,
pour fe rendre auprès de vous. Je
vous écris par lui cette Lettre ,
qui marque la félicité , & la profpérité
, & vous reconnoîtrés , quand
vous la recevrez , la penfée , & le
défir , que j'ay d'entretenir & maintenir
comme il fe doit , la
bonne intelligence , & la forte &
fincere amitié , qui eft entre nous .
Ecrit dans le commencement de
la Lune de Zilkade Icherife , l'an
1128 ; cela repond à peu prés au
au 15 Octobre 1716.
,
A Andrinople la bien gardée ,
lieu de Victoire , & de profpérité.
Grand Seigneur au Roy.
LAgloire des plus majestueux
Rois la croyance de JESUS ,
le choifi entre les Princes de la
Religion du Meffre , l'Arbitre de
MERCURE. 71
toutes les Nations Chrêtiennes ,
Seigneur de majefté & d'honneur,
Patron de louange & de gloire ,
LOUIS EMPEREUR DE FRANCE ,
dont la fin des jours foit comblée
de bonheur & de felicité.
A l'arrivée de cette fublime &
imperialle Lettre , vous fçaurez
que la Lettre d'amitié & de compliments
, qui m'a efté envoyée
de votre part , eftant arrivée , &
ayant efté préfentée avec fa traduction
au pied de mon Throne
Imperial , Siege de la Juſtice , & de
l'équité , par l'entremiſe de mon
Vilir IBRAHIM PACHA , PréfentementCAIMACAM
DE MON EPERON
IMPERIAL, dont la grandeur
foit de durée , j'ay connu par
fon contenu plein de fincerité &
d'amitié , que de l'avis du glorieux
, parmi les Princes de la
royance de JESUS , le choifi
parmi les Grands Honorez de la
Religion du Meffie , dont la
fin foit hûreufe : LE DUG D'ORLEANS
VOTRE ONCLE , ET
72
LE NOUVEAU
VOTRE REGENT , par raport à
votre Minorité , vous aviez trouvé
à propos de rappeler l'Exemplaire
des Grands de la Religion
du Meffie le Comte Defalleurs
dont la fin foit hûreufe , à qui
votre GLORIEUX BIS- AYE UL,
qui a quitté ce monde paffager ,
avoit ci-devant confié l'Ambaffade
de mon hûreuſe PORTE , me priant,
pour , en recompenſe de ſes longs
Tervices , le faire jouir du repos
qu'il a merité , & qui lui eft dû ,
de vous le renvoyer. Et me marquant
en même tems , que vous
n'oublierez rien pour entretenir ,
& maintenir la forte , conftante , &
fincere amitié , que vos glorieux
Ancêtres ont toujours eue avec
ma fublime PORTE , dont la félicité
eft attachée à l'Eternité ; Il est très
fûr , & très veritable , que nous
entretiendrons & maintiendrons
auffi du côté de votre Perfonne
Imperiale , l'amitié , & la bonne
correfpondance , qu'il y a toujours
eûë jufques à prefent , entre
د
Nos
MERCURE. 73
Nos Ancêtres de glorieufe memoire
& les Votres , avec les mêmes
fins que vous y avez apporté
de votre part. Ayant donc
trouvé convenable , fuivant votre
priere , de vous renvoyer votre
fufdit Ambaffadeur , qui eft un
vieillard très fage , très prudent ,
& très confommé dans les affaires ,
qui a très parfaitement bien rempli
les devoirs de fon Ambaffade ,
pour fe rendre auprès de vous. Je
vous écris par lui cette Lettre ,
qui marque la félicité , & la profpérité
, & vous reconnoîtrés , quand
vous la recevrez , la penfée , & le
défir , que j'ay d'entretenir & maintenir
comme il fe doit , la
bonne intelligence , & la forte &
fincere amitié , qui eft entre nous .
Ecrit dans le commencement de
la Lune de Zilkade Icherife , l'an
1128 ; cela repond à peu prés au
au 15 Octobre 1716.
,
A Andrinople la bien gardée ,
lieu de Victoire , & de profpérité.
Fermer
1182
p. 74-77
Traduction de la Lettre écrite au Roy, par Ibrahim Pacha Kaimacam de l'Etrier, à Andrinople.
Début :
Le plus glorieux des grands Princes de la Croyance de Jesus, [...]
Mots clefs :
Prince, Croyance, Messie, Louis, Respect, Amitié, Sultan, Empires, Honneur, Ambassadeur, Soumission
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traduction de la Lettre écrite au Roy, par Ibrahim Pacha Kaimacam de l'Etrier, à Andrinople.
Traduction de la Lettre écrite
au Roy , par Ibrahim Pacha
Kaimacam de l'Etrier, à Andrinople.
E plus glorieux des grands
LEplus, des nce de
JESUS , choifi d'entre les Eminents
Potentats de la Religion du Meffie
, Arbitre des differents qui
arrivent parmi le Peuple Chrêtien
, revetû de magnificence &
de majefté , Seigneur d'honneur ,
& de gloire , le très fincere , très
fidel , & très honoré LOUIS EMPEREUR
DE FRANCE pour
qui nous avons un refpect , & une
affection finguliere : Que Dieu
faffe que votre fin foit hûreufe.
Après avoir offert à Votre Majefté
des faluts purs , & finceres , qui
fortifient l'amitié , les fondemens
de la bonne correfpondance & de
l'union , nous lui faifons fçavoir
avec fincérité , que le très magniMERCURE.
75
fique , puiffant , & formidable Empereur
mon Maître , le protecteur
des Rois , & l'azile des grands
Monarques , Seigneur des deux
Mers , & de deux Terres , Serviteur
des deux nobles & facrées
Villes MEQUE , & MEDINE , Roy
des Rois,LE SULTANACHMED
,
fils de Sultan Muhamed , & petit
fils de Sultan Ibrahim ; que Dieu
perpetue à jamais fa Monarchie ; a
reçû la Lettre Imperiale , que Votre
Majesté lui a envoyée , laquelle
a été rendue , & préfentée par
l'entremise de fon très humble
ferviteur , à l'Augufte Throne de
SA MAJESTE' IMPERIALE ,
& après l'avoir fait traduire , S. M.
I. a vû par fon contenu , que V.
M. défire , de l'avis de fon Oncle
le très honoré , & Notre fincere
Amy le DUC D'ORLEANS,
REGENT de S. M. , à caufe de fa
Minorité, qui est le choisi d'entre
les grands Princes de la Religion
du Meffie , la fin duquel foit hûreufe
. Cette Lettre contient en76
LE NOUVEAU
core , que V. M. défire d'affermir,
& entretenir l'union , & l'amitié ,
qu'il y a entre les deux Empires.
S. M. I. avec fa fçience ordinaire ,
a auffi parfaitement compris tout
ce qui y étoit détaillé plus au long.
J'ay reçû en même tems , la Lettre
, que V. M. m'a fait l'honneur
& la grace de m'écrire , remplie
d'amitié , dont j'ay reçû une joye
extréme. V. M. verra par le raport
que lui fera fon Ambaffadeur
que de tout tems je me fuis employé
en tout ce que j'ay pû , à
favorifer les affaires qui ont dépendus
de moi. Son Ambaffadeur
à donc été congédié , ainſi que V.
M. l'a défiré , & en confidération
de la fincere amitié , & bonne correfpondance
, qu'il y a depuis fi
fi long tems , entre les deux Empires.
il a été émané une Lettre
Imperiale , remplie d'honneur , &
d'amitié , qui eft envoyée à V. M.
par le retour de fon Ambaffadeur ,
J'ay pris la liberté de l'accompagner
d'une des miennes , qui eft
MER URE.
77
pleine de foûmiffion , & de cordialité
Lorfque V. M. recevra la
Lettre Impériale , & qu'Elle verra
on contenuë, nous eſpérons , qu'Elle
voudra mettre fon attention , pour
fortifier , affermir ,
augmenter la
fincere , & parfaite amitié , qui regne
depuis fi long- tems , entre les
deux Empires . Ecrit vers le commencement
de la Lune de Zilchide
, l'an de l'Hegire 1128 , ce qui
revient à peu près au 15 Octobre
1716. A Andrinople la bien gardée.
au Roy , par Ibrahim Pacha
Kaimacam de l'Etrier, à Andrinople.
E plus glorieux des grands
LEplus, des nce de
JESUS , choifi d'entre les Eminents
Potentats de la Religion du Meffie
, Arbitre des differents qui
arrivent parmi le Peuple Chrêtien
, revetû de magnificence &
de majefté , Seigneur d'honneur ,
& de gloire , le très fincere , très
fidel , & très honoré LOUIS EMPEREUR
DE FRANCE pour
qui nous avons un refpect , & une
affection finguliere : Que Dieu
faffe que votre fin foit hûreufe.
Après avoir offert à Votre Majefté
des faluts purs , & finceres , qui
fortifient l'amitié , les fondemens
de la bonne correfpondance & de
l'union , nous lui faifons fçavoir
avec fincérité , que le très magniMERCURE.
75
fique , puiffant , & formidable Empereur
mon Maître , le protecteur
des Rois , & l'azile des grands
Monarques , Seigneur des deux
Mers , & de deux Terres , Serviteur
des deux nobles & facrées
Villes MEQUE , & MEDINE , Roy
des Rois,LE SULTANACHMED
,
fils de Sultan Muhamed , & petit
fils de Sultan Ibrahim ; que Dieu
perpetue à jamais fa Monarchie ; a
reçû la Lettre Imperiale , que Votre
Majesté lui a envoyée , laquelle
a été rendue , & préfentée par
l'entremise de fon très humble
ferviteur , à l'Augufte Throne de
SA MAJESTE' IMPERIALE ,
& après l'avoir fait traduire , S. M.
I. a vû par fon contenu , que V.
M. défire , de l'avis de fon Oncle
le très honoré , & Notre fincere
Amy le DUC D'ORLEANS,
REGENT de S. M. , à caufe de fa
Minorité, qui est le choisi d'entre
les grands Princes de la Religion
du Meffie , la fin duquel foit hûreufe
. Cette Lettre contient en76
LE NOUVEAU
core , que V. M. défire d'affermir,
& entretenir l'union , & l'amitié ,
qu'il y a entre les deux Empires.
S. M. I. avec fa fçience ordinaire ,
a auffi parfaitement compris tout
ce qui y étoit détaillé plus au long.
J'ay reçû en même tems , la Lettre
, que V. M. m'a fait l'honneur
& la grace de m'écrire , remplie
d'amitié , dont j'ay reçû une joye
extréme. V. M. verra par le raport
que lui fera fon Ambaffadeur
que de tout tems je me fuis employé
en tout ce que j'ay pû , à
favorifer les affaires qui ont dépendus
de moi. Son Ambaffadeur
à donc été congédié , ainſi que V.
M. l'a défiré , & en confidération
de la fincere amitié , & bonne correfpondance
, qu'il y a depuis fi
fi long tems , entre les deux Empires.
il a été émané une Lettre
Imperiale , remplie d'honneur , &
d'amitié , qui eft envoyée à V. M.
par le retour de fon Ambaffadeur ,
J'ay pris la liberté de l'accompagner
d'une des miennes , qui eft
MER URE.
77
pleine de foûmiffion , & de cordialité
Lorfque V. M. recevra la
Lettre Impériale , & qu'Elle verra
on contenuë, nous eſpérons , qu'Elle
voudra mettre fon attention , pour
fortifier , affermir ,
augmenter la
fincere , & parfaite amitié , qui regne
depuis fi long- tems , entre les
deux Empires . Ecrit vers le commencement
de la Lune de Zilchide
, l'an de l'Hegire 1128 , ce qui
revient à peu près au 15 Octobre
1716. A Andrinople la bien gardée.
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1183
p. 77-80
Traduction de la Lettre du Moufty, au Roy.
Début :
LA gloire des plus majestueux Monarques de la Croyance de [...]
Mots clefs :
Gloire, Croyance, Jésus, Honneur, Sa Majesté, Louis XV, Amitié, Roi victorieux, Comte, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traduction de la Lettre du Moufty, au Roy.
Traduction de la Lettre du
Moufty , au Roy .
A gloire des plus majestueux
Monarques de la Croyance de
JESUS - CHRIST , choifi d'entre
les Princes glorieux de la Religion
du Meifie , l'Arbitre de toutes
les Nations Chrêtienes , Seigneur
de Majefté , & d'honneur ,
digne de loüange , & de gloire,
Notre très fincere , & très honoré
Seigneur LOUIS XV , Empereur
Giij
78 LE NOUVEAU
de France , que la fin de vos
jours foit comblée de bonheur ; après
vous avoir affûré de mes bons
Offices , & de mes très affectueux
Saluts. V. M. fçaura , que la Lettre
d'amitié qu'Elle a écrite à Notre
très Illuftre & très Puiffant
Empereur , qui eft le foûtien de
notre Religion , le Deffenfeur de
tout le monde , & le Puiffant victorieux
Roi, des Rois, le SE de la Terre
& des deux Mers , le Serviteur des
deux plus Auguftes , & plus facrées
Citées. La MEQUE & MEDINE , fils
de l'Empereur Muhamed , & petit
fils de l'Empereur Ibrahim , que fon
Régne dure jufqu'au jour du Jugement
, lui a été rendue par l'entremife
de fon Mini tre, le très-heureux
& trés-puiffant Ibrahim Pacha Kaimacham
de l'Etrier. Elle contenoit
en fubftance , que Mr le COMTE
DESALLEURS, qui réfide à la fublime
Porte , s'eft acquité des fonctions
de fon Ambaffade , de la maniere
que V. M. le fouhaittoit que de
l'avis deVotreONCLEMONSEIGNEUR
MERCURE. 19
LEDUC D'ORLEANS , le plus glorieux
d'entre les Princes de la Nation
Chrêtiene , & de la croyance du
Meffie , qui eft préfentement Régent
durant votre Minorité ; Elle a jugé
à propos de le rapeler auprès d'Elle:
Elle contenoit encore , que V. M.
maintiendroit , & feroit toujours
conitante dans l'amitié qui eft entre
vous , & la fublime Porte. Voilà
à peu près fon contenu . Préfentement
que vous demandés le fufdit
Ambaſſadeur , on lui a donné pleine
liberté de partir , quand bon lui femblera
, & V. M. jugera par la préfente
, que nous ne défirons rien tant
que de voir régner , comme nous
ávons vû par le paffé , l'union &
l'amitié qui a été plufieurs fiécles
entre les deux Empires : & fondez
que nous fommes fur cette ancienne
amitié , il a été configné au fufdit
Ambaffadeur , la Lettre qu'il vous
remettra de la part de notre Empereur
. J'ai été très fatisfait de voir
l'anciene amitié queV.M. a toujours
confervée pour la fublime Porte , &
LE NOUVEAU
d'avoir eu l'honneur de recevoir
une de vos Lettres , qui me témoigne
votre amitié & votre affection.
Ainfi pour y correfpondre , j'écris
cette Lettre à V. M. que j'envoye
avec celle de notre Empereur , par
laquelle je lui fais fçavoir que je
prendrai toujours beaucoup de part
à ce qui la regarde. Au reste , nous
elperons que V. M. voudra bien
agréer les fincéres proteftations que
nous lui faifons , & qu'Elle aura
la bonté d'y correfpondre , comme
Elle a fait jufques à préfent.
ABDULRAHIM MOUFTY.
Donné le premier du mois de Zilkide
-Icherif , l'an 1128.
Moufty , au Roy .
A gloire des plus majestueux
Monarques de la Croyance de
JESUS - CHRIST , choifi d'entre
les Princes glorieux de la Religion
du Meifie , l'Arbitre de toutes
les Nations Chrêtienes , Seigneur
de Majefté , & d'honneur ,
digne de loüange , & de gloire,
Notre très fincere , & très honoré
Seigneur LOUIS XV , Empereur
Giij
78 LE NOUVEAU
de France , que la fin de vos
jours foit comblée de bonheur ; après
vous avoir affûré de mes bons
Offices , & de mes très affectueux
Saluts. V. M. fçaura , que la Lettre
d'amitié qu'Elle a écrite à Notre
très Illuftre & très Puiffant
Empereur , qui eft le foûtien de
notre Religion , le Deffenfeur de
tout le monde , & le Puiffant victorieux
Roi, des Rois, le SE de la Terre
& des deux Mers , le Serviteur des
deux plus Auguftes , & plus facrées
Citées. La MEQUE & MEDINE , fils
de l'Empereur Muhamed , & petit
fils de l'Empereur Ibrahim , que fon
Régne dure jufqu'au jour du Jugement
, lui a été rendue par l'entremife
de fon Mini tre, le très-heureux
& trés-puiffant Ibrahim Pacha Kaimacham
de l'Etrier. Elle contenoit
en fubftance , que Mr le COMTE
DESALLEURS, qui réfide à la fublime
Porte , s'eft acquité des fonctions
de fon Ambaffade , de la maniere
que V. M. le fouhaittoit que de
l'avis deVotreONCLEMONSEIGNEUR
MERCURE. 19
LEDUC D'ORLEANS , le plus glorieux
d'entre les Princes de la Nation
Chrêtiene , & de la croyance du
Meffie , qui eft préfentement Régent
durant votre Minorité ; Elle a jugé
à propos de le rapeler auprès d'Elle:
Elle contenoit encore , que V. M.
maintiendroit , & feroit toujours
conitante dans l'amitié qui eft entre
vous , & la fublime Porte. Voilà
à peu près fon contenu . Préfentement
que vous demandés le fufdit
Ambaſſadeur , on lui a donné pleine
liberté de partir , quand bon lui femblera
, & V. M. jugera par la préfente
, que nous ne défirons rien tant
que de voir régner , comme nous
ávons vû par le paffé , l'union &
l'amitié qui a été plufieurs fiécles
entre les deux Empires : & fondez
que nous fommes fur cette ancienne
amitié , il a été configné au fufdit
Ambaffadeur , la Lettre qu'il vous
remettra de la part de notre Empereur
. J'ai été très fatisfait de voir
l'anciene amitié queV.M. a toujours
confervée pour la fublime Porte , &
LE NOUVEAU
d'avoir eu l'honneur de recevoir
une de vos Lettres , qui me témoigne
votre amitié & votre affection.
Ainfi pour y correfpondre , j'écris
cette Lettre à V. M. que j'envoye
avec celle de notre Empereur , par
laquelle je lui fais fçavoir que je
prendrai toujours beaucoup de part
à ce qui la regarde. Au reste , nous
elperons que V. M. voudra bien
agréer les fincéres proteftations que
nous lui faifons , & qu'Elle aura
la bonté d'y correfpondre , comme
Elle a fait jufques à préfent.
ABDULRAHIM MOUFTY.
Donné le premier du mois de Zilkide
-Icherif , l'an 1128.
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1184
p. 81-89
HARANGUE FAITE AU ROY PAR Mr DE MONTEMPUYS, Recteur de l'Université. En présentant un Cierge à SA MAJESTÉ au Louvre, le premier Février 1717.
Début :
Sire, L'Université réglant les voeux qu'elle adresse à Dieu pour [...]
Mots clefs :
Université, Voeux, Sa Majesté, Moeurs, Gloire, Religion, Espérance, Sentiments, Loi, Duc, Serment, Charges, Cérémonie, Mouvements des troupes, Duchesse, Princesse, Ornements, Abbaye
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HARANGUE FAITE AU ROY PAR Mr DE MONTEMPUYS, Recteur de l'Université. En présentant un Cierge à SA MAJESTÉ au Louvre, le premier Février 1717.
HARANGUE
FAITE AU ROY
PAR M DE MONTEMPUYS ,
Recteur de l'Univerfité.
En préfentantunCierge à SAMAIESTE
an Louvre , le premier Février
SIRE,
1717.
L'Univerfité réglant les voeux
qu'elle adreffe à Dieu pour Vous
fur l'état préfent de VOTRE
MAJESTE', eft toute occupée du
moment auquel doit commencer
Votre Inftruction .
Tems précieux pour VOTRE
MAJESTE , SIRE , qui fera le
feul de Votre Vie , où l'on ofera
Vous parler fincérement fur vos actions
, & où n'étant point chargé de
Vos Etats , Vous pourez ne penfer
qu'à Vous même , & Vous donner
82 LE NOUVEAU
tout entier à ce qui pent former
Votre Efprit , & régler Vos Maurs.
Tems important pour Votre
Royaume , dont la gloire & le bonheur
dépendent des Principes que
VOTRE MAJESTE va recevoir
fur la Religion , fur l'Eglife ,
fur les Droits de Sa Couronne
& fur Ses devoirs ; & de
l'habitude qu'Elle prendra de s'y
conformer.
2
Mais quelles efpérances d'une
Education parfaite ne donnent pas
à Votre Peuple , SIRE , la droiture
& l'élévation de Vos fentimens
cultivés par la Perfonne illuftre qui
a eûfoin de Votre Enfance , les qualités
naturelles de Votre efprit
l'expérience & le dés-intereffement
des Perfonnes qui font apellées àl'honneur
de Vous conduire & de
Vous inftruire !
Pour Nous , SIRE , perfuadés
que nous fommes , que la bonne conduite
des Rois , eft pour leur Peuune
Loi puiffante , nous ferons
les premiers à tirer avantage du pro
>
MERCURE. 83
grés que Vous ferez dans les Sciences
; nous propoferons Votre Exemple
à Vos jeunes Sujets qui font confiés
à nos foins , & nous ferons enforte
que lors que Vous ferez en
état de leur donner des Loix, SIRE ,
Vous reconnoiffiez avec quelle application
nous leur aurons donné
des leçons de refpect , d'obéiffance
& d'amour envers VOTRE
MAJESTE'.
Le 25 , le Roy accorda à Mr
le Duc de S. Simon tous les honneurs
du Louvre.
Le 26 M Le Duc de Chaulnes
fut gratifié par le Roy , de la furvivance
de la Charge de Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux Legers pour Mr fon fils,
âgé de fix ans , Sa Majeſté y a joint
un Brevet de retenuë de quatre cent
mille livres , en cas de mort. >
Le 27 à trois heures Mgr le Duc
Regent s'étant rendu chez le Roy ,
S. M. recût le Serment de Mr le
Marquis de Gefvres , pour la furvivance
de la Charge de Premier
84
LE
NOUVEAU
Gentil-homme de la Chambre , en
préfence de Mr le Duc de Trefmes
fon pere & de quantité de Seigneurs.
Cette Cérémonie avoit été précédée
de celle du Serment prêté,quelques
moments auparavant , par M¹
le Prince de Soubize, pour la Charge
de Capitaine-Lieutenant des Gendarmes
, entre les mains de Mr le
Maréchal de Tallard . Ce droit appartenoit
autrefois au Conêtable :
mais depuis l'extinction de cette
Charge , les Grands Officiers ont
la liberté de choifir › pour recevoir
la preſtation de leur Serment , celui
des Maréchaux de France qui leur
agrée davantage.
,
Aprés le Serment prêté par Mr le
Marquis de Gefvres ; le Roy accompagné
de ME le Duc Regent , de
Mer le Duc , de Mers les Princes , de
M le Maréchal de Villeroy &c.
Sa Majesté voulut voir du balcon
de la Salle des Cent-Suiffes , la
Compagnie des Gendarmes de quartier
; Mr le Prince de Rohan , &
Mr le Prince de Soubize à cheval ,
firent
MERCURE. 35
firent faire divers mouvemens .
Aprés que la Compagnie eut défilé
, Mr le Prince de Rohan demanda
l'ordre au Roy , qui répondit
qu'on pouvoit s'en aller. S. M.
parut prendre beaucoup de plaifir à
cette revuë.
Ce fut dans ce temps - là que
Madanie Ducheffe de Berry arriva
dans un magnifique Caroffe , efcortée
d'un détachement de fes Gardes
; elle monta chez le Roy , d'où
elle fe rendit avec S. M. dans la
Chapelle , pour y tenir fur les Fonds
de Batême une fille de Mr le Marquis
de Monchy, Maître de la Garde-
Robe de feu M8 le Duc de Berry;
le Roy y avoit été précédéparMr le
Cardinal de Rohan, Grand Aumônier
de France. Monfieur l'Abbé de
Maulevrier & Mr l'Abbé d'Argentré
Aumôniers du Roy . S. M. étoit
accompagnéede
Mr le Maréchal de
Villeroy , de Mr le Prince Charles
Grand Ecuyer de France , de tous
les Officiers des Gardes.Le Roy portoit
un habit de Velours couleur de
Pourpre enrichi de gros boutons de
Mars 1717. H
86 LE NOUVEAU
diamans. MadameDucheffe de Berry
y avoit été précédée parM l'Abbé de
Caftriez nommé à l'Archevêché de
Tours , fon prémier Aumonier , Mr
l'Abbé de Rouget , & M l'Abbé de
Parthenay fes Aumoniers : elle étoit
accompagnée de Mde la Ducheſſe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, de Mde la Marquise de Pons
fa Dame d'atour , de fes Dames du
Palais , de Mr le Marquis de Coëtenfao
fon Chevalier d'honneur , de
Mile Chevalier d'Hautefort fon prémier
Ecuyer , & du refte de fa Maifon.
Cette Princeffe portoit une Robe
d'une étoffe d'or , toute couverte
de pierreries ; ſa coëffure en étoit
toute brillante . Mde la Ducheſſe de
Saint Simon s'y diftingua auffi par
une grande quantité de Diamans fur
fa robe , & à fa coëffure . Le Roy
fit pareillement l'honneur à Mr le
Marquis d'Arfy , un , des quatre
Gentilshommes de la Manche , de
tenir fon fils avec Mde la Ducheffe
du Mayne.
Cette double cérémonie fut faite
MERCURE.
87
par Mr le Grand Aumônier, Mrs les
Curez de Saint Germain l'Auxerrois
& de Saint Sulpice , préfents ,au
premier Batême , & Mr le Curé de
S. Roch au fecond. Mr le Curé de
Saint Germain l'Auxerrois affiſta
aux deux , avec l'Etole . Tous ont
fignés fur le Regiſtre .
Un monde infini s'étoit affemblé
pour voir ces cérémonies extraordinaires
; dautant plus que c'étoit le
jour de la préfentation des Placets.
L'Abbaye reguliere de Clairemarais
en Artois , elt vacante . Celle
de S. Ambroise de Bourges l'eit
pa
reillement par la mort de M¹ l'Abbé
de Fourcy.
Le premier de ce mois Mr le Maréchal
de Villeroy ayant jugé à
propos d'établir une régle conftante
pour tous les exercices de S. M. fit
lever le Roy à huit heures & demie.
Le 3. on créa une troifiéme
Charge d'Huiffier de l'Anti-chambre
, en faveur de Mr Pernault le
cadet , par la confiance que l'on
a en lui. Ona crû cette augmenta-
Hij
88 LE NOUVEAU
tion neceffaire , à caufe des difficultés
& des peines qui font attachées
à ce pofte , qui demande des foins
& une attention toute particuliére:
Elle a été créé a l'inſtar des deux autres
, avec l'attribution des mêmes
gages : mais afin que ce nouvel Officier
ne puiffe pas préjudicier aux
droits de fes Confreres : il a été ſtatüé
qu'il ne partagera point les droits
anciens avec eux. Le Roy , pour
le dédommager de ces retranchemens
, a ordonné qu'on en fit un
état, afin de les lui payer par que!-
qu'autre équivalent au prorata. La
furvivance de la Charge de M. N. .
Pernault l'aîné , accordée à fon cadet
, reite comme elle étoit.
On a fait un retranchement qu'on
a crû neceffaire pour les dépenfes du
Roy fur fa Table , & dans chaque
Office ; ce qui peut monter en tour
50. mille écus.
L'Abbaye de S. GILBERT à Clermont
en Auvergne , eft vacante par
la mort de M l'Abbé LARCHER
Chapelain ordinaire du Roy , cyMERCURE.
89
devant Sacriftain de la grande Chapelle
Charge qu'il avoit venduë
à Mr l'Abbé Gault , Chapelain du
Roy , & Beau-frere de Mi le Procureur
du Roy au Châtelet .
FAITE AU ROY
PAR M DE MONTEMPUYS ,
Recteur de l'Univerfité.
En préfentantunCierge à SAMAIESTE
an Louvre , le premier Février
SIRE,
1717.
L'Univerfité réglant les voeux
qu'elle adreffe à Dieu pour Vous
fur l'état préfent de VOTRE
MAJESTE', eft toute occupée du
moment auquel doit commencer
Votre Inftruction .
Tems précieux pour VOTRE
MAJESTE , SIRE , qui fera le
feul de Votre Vie , où l'on ofera
Vous parler fincérement fur vos actions
, & où n'étant point chargé de
Vos Etats , Vous pourez ne penfer
qu'à Vous même , & Vous donner
82 LE NOUVEAU
tout entier à ce qui pent former
Votre Efprit , & régler Vos Maurs.
Tems important pour Votre
Royaume , dont la gloire & le bonheur
dépendent des Principes que
VOTRE MAJESTE va recevoir
fur la Religion , fur l'Eglife ,
fur les Droits de Sa Couronne
& fur Ses devoirs ; & de
l'habitude qu'Elle prendra de s'y
conformer.
2
Mais quelles efpérances d'une
Education parfaite ne donnent pas
à Votre Peuple , SIRE , la droiture
& l'élévation de Vos fentimens
cultivés par la Perfonne illuftre qui
a eûfoin de Votre Enfance , les qualités
naturelles de Votre efprit
l'expérience & le dés-intereffement
des Perfonnes qui font apellées àl'honneur
de Vous conduire & de
Vous inftruire !
Pour Nous , SIRE , perfuadés
que nous fommes , que la bonne conduite
des Rois , eft pour leur Peuune
Loi puiffante , nous ferons
les premiers à tirer avantage du pro
>
MERCURE. 83
grés que Vous ferez dans les Sciences
; nous propoferons Votre Exemple
à Vos jeunes Sujets qui font confiés
à nos foins , & nous ferons enforte
que lors que Vous ferez en
état de leur donner des Loix, SIRE ,
Vous reconnoiffiez avec quelle application
nous leur aurons donné
des leçons de refpect , d'obéiffance
& d'amour envers VOTRE
MAJESTE'.
Le 25 , le Roy accorda à Mr
le Duc de S. Simon tous les honneurs
du Louvre.
Le 26 M Le Duc de Chaulnes
fut gratifié par le Roy , de la furvivance
de la Charge de Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux Legers pour Mr fon fils,
âgé de fix ans , Sa Majeſté y a joint
un Brevet de retenuë de quatre cent
mille livres , en cas de mort. >
Le 27 à trois heures Mgr le Duc
Regent s'étant rendu chez le Roy ,
S. M. recût le Serment de Mr le
Marquis de Gefvres , pour la furvivance
de la Charge de Premier
84
LE
NOUVEAU
Gentil-homme de la Chambre , en
préfence de Mr le Duc de Trefmes
fon pere & de quantité de Seigneurs.
Cette Cérémonie avoit été précédée
de celle du Serment prêté,quelques
moments auparavant , par M¹
le Prince de Soubize, pour la Charge
de Capitaine-Lieutenant des Gendarmes
, entre les mains de Mr le
Maréchal de Tallard . Ce droit appartenoit
autrefois au Conêtable :
mais depuis l'extinction de cette
Charge , les Grands Officiers ont
la liberté de choifir › pour recevoir
la preſtation de leur Serment , celui
des Maréchaux de France qui leur
agrée davantage.
,
Aprés le Serment prêté par Mr le
Marquis de Gefvres ; le Roy accompagné
de ME le Duc Regent , de
Mer le Duc , de Mers les Princes , de
M le Maréchal de Villeroy &c.
Sa Majesté voulut voir du balcon
de la Salle des Cent-Suiffes , la
Compagnie des Gendarmes de quartier
; Mr le Prince de Rohan , &
Mr le Prince de Soubize à cheval ,
firent
MERCURE. 35
firent faire divers mouvemens .
Aprés que la Compagnie eut défilé
, Mr le Prince de Rohan demanda
l'ordre au Roy , qui répondit
qu'on pouvoit s'en aller. S. M.
parut prendre beaucoup de plaifir à
cette revuë.
Ce fut dans ce temps - là que
Madanie Ducheffe de Berry arriva
dans un magnifique Caroffe , efcortée
d'un détachement de fes Gardes
; elle monta chez le Roy , d'où
elle fe rendit avec S. M. dans la
Chapelle , pour y tenir fur les Fonds
de Batême une fille de Mr le Marquis
de Monchy, Maître de la Garde-
Robe de feu M8 le Duc de Berry;
le Roy y avoit été précédéparMr le
Cardinal de Rohan, Grand Aumônier
de France. Monfieur l'Abbé de
Maulevrier & Mr l'Abbé d'Argentré
Aumôniers du Roy . S. M. étoit
accompagnéede
Mr le Maréchal de
Villeroy , de Mr le Prince Charles
Grand Ecuyer de France , de tous
les Officiers des Gardes.Le Roy portoit
un habit de Velours couleur de
Pourpre enrichi de gros boutons de
Mars 1717. H
86 LE NOUVEAU
diamans. MadameDucheffe de Berry
y avoit été précédée parM l'Abbé de
Caftriez nommé à l'Archevêché de
Tours , fon prémier Aumonier , Mr
l'Abbé de Rouget , & M l'Abbé de
Parthenay fes Aumoniers : elle étoit
accompagnée de Mde la Ducheſſe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, de Mde la Marquise de Pons
fa Dame d'atour , de fes Dames du
Palais , de Mr le Marquis de Coëtenfao
fon Chevalier d'honneur , de
Mile Chevalier d'Hautefort fon prémier
Ecuyer , & du refte de fa Maifon.
Cette Princeffe portoit une Robe
d'une étoffe d'or , toute couverte
de pierreries ; ſa coëffure en étoit
toute brillante . Mde la Ducheſſe de
Saint Simon s'y diftingua auffi par
une grande quantité de Diamans fur
fa robe , & à fa coëffure . Le Roy
fit pareillement l'honneur à Mr le
Marquis d'Arfy , un , des quatre
Gentilshommes de la Manche , de
tenir fon fils avec Mde la Ducheffe
du Mayne.
Cette double cérémonie fut faite
MERCURE.
87
par Mr le Grand Aumônier, Mrs les
Curez de Saint Germain l'Auxerrois
& de Saint Sulpice , préfents ,au
premier Batême , & Mr le Curé de
S. Roch au fecond. Mr le Curé de
Saint Germain l'Auxerrois affiſta
aux deux , avec l'Etole . Tous ont
fignés fur le Regiſtre .
Un monde infini s'étoit affemblé
pour voir ces cérémonies extraordinaires
; dautant plus que c'étoit le
jour de la préfentation des Placets.
L'Abbaye reguliere de Clairemarais
en Artois , elt vacante . Celle
de S. Ambroise de Bourges l'eit
pa
reillement par la mort de M¹ l'Abbé
de Fourcy.
Le premier de ce mois Mr le Maréchal
de Villeroy ayant jugé à
propos d'établir une régle conftante
pour tous les exercices de S. M. fit
lever le Roy à huit heures & demie.
Le 3. on créa une troifiéme
Charge d'Huiffier de l'Anti-chambre
, en faveur de Mr Pernault le
cadet , par la confiance que l'on
a en lui. Ona crû cette augmenta-
Hij
88 LE NOUVEAU
tion neceffaire , à caufe des difficultés
& des peines qui font attachées
à ce pofte , qui demande des foins
& une attention toute particuliére:
Elle a été créé a l'inſtar des deux autres
, avec l'attribution des mêmes
gages : mais afin que ce nouvel Officier
ne puiffe pas préjudicier aux
droits de fes Confreres : il a été ſtatüé
qu'il ne partagera point les droits
anciens avec eux. Le Roy , pour
le dédommager de ces retranchemens
, a ordonné qu'on en fit un
état, afin de les lui payer par que!-
qu'autre équivalent au prorata. La
furvivance de la Charge de M. N. .
Pernault l'aîné , accordée à fon cadet
, reite comme elle étoit.
On a fait un retranchement qu'on
a crû neceffaire pour les dépenfes du
Roy fur fa Table , & dans chaque
Office ; ce qui peut monter en tour
50. mille écus.
L'Abbaye de S. GILBERT à Clermont
en Auvergne , eft vacante par
la mort de M l'Abbé LARCHER
Chapelain ordinaire du Roy , cyMERCURE.
89
devant Sacriftain de la grande Chapelle
Charge qu'il avoit venduë
à Mr l'Abbé Gault , Chapelain du
Roy , & Beau-frere de Mi le Procureur
du Roy au Châtelet .
Fermer
1185
p. 89-94
Extrait du Traite d'Alliance entre la France, l'Angleterre & la Hollande. [titre d'après la table]
Début :
Le Traité d'Alliance Deffensive entre la France, l'Angleterre, & la Hollande, [...]
Mots clefs :
Traité d'alliance, France, Angleterre, Hollande, Roi très chrétien, Décès, Altesse sérénissime, Rebelles, Peuples, Bâtiments, Marées, Ratification, Démolition, Digues, Alliances, Royaumes, Puissances, Soldats, États généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Traite d'Alliance entre la France, l'Angleterre & la Hollande. [titre d'après la table]
Le Traité d'Alliance Deffenfive
entre la France , l'Angleterre,
& la Hollande , conclu à la Haye
le 4 Janvier 1717 , a été rendu
public. Il est divifé en huit Articles
, & un ge féparé. Il contient
en fubftance , que le Roy Très-
Chrêtien s'oblige d'engager celui
qui a pris le Titre de Prince
de Galles , pendant la vie du feu
Roy Jacques II. & après la mort
dudit Roy , celui de Roy de la
Grande Bretagne , de fortir du
Comtat d'Avignon , & d'aller faire
fon féjour au delà des Alpes , immé
Hiij
90 LE NOUVEAU
diatement après la fignature du préfent
Traité , & avant l'échange des
Ratifications. De plus , que le Roy
Très - Chrêtien promet de ne permettre
en aucun tems à l'avenir ,
à la perfonne ci -deffus défignée
de revenir à Avignon , ou de paffer®
par les Terres dépendantes de la
Couronne de France , fous prétexte
de retourner où à Avignon ,
où en Lorraine, ou même de mettre
le pied en aucun lieu de la Domination
de S. M. T. C.
>
Que lefdits Séréniffimes Rois ,
& lefdits Seigneurs Etats Generaux
s'engagent réciproquement de
refuſer toute forte d'azile , & deretraite
aux sujets de l'un d'entr'
eux , qui auront été , ou pouront
être déclarez Rebelles , auffi - tôt
que la requifition en aura été faite
par celui des Contractans , dont
ces rebelles auront été reconnus fujets
, & même de contraindre lef
dits rebelles de fortir des Terres
de leur obéiffance dans l'efpace de
huit jours , après que le Miniftre:
MERCURE. gr
dudit Allié en aura fait la requifition
, au nom de fon Maître.
Que le Roy Très - Chrêtien confent
, que le nouveau Canal de
MARDICK ne fervira à autreufage
, qu'à l'écoulement des eaux ,
& au Commerce néceffaire pour
la fubfiſtance & l'entretien des Peuples
de cette partie des Païs Bas.
Ce Commerce ne fera fait qu'avec
des Bâtimens , qui ne pour-
- ront avoir plus de 16 pieds de largeur
; pour cet effet , le grand paffage
de la nouvelle Eclufe de
Mardick ; qui a 40 pieds de largeur
, fera détruit de fond en
comble , & les matériaux détruits
ne pourront fervir pour aucun
Port , Havre , ou Éclufe à Dunkerque
, ou à Mardick , ou en
quelque endroit que ce foit , à 2
lieues de distance d'aucune de
ces deux Places .
2°. Que la petite Eclufe reftera
à l'égard de fa profondeur comme
elle eft à préfent , pourvû que:
fa largeur foit réduite , à 16..
pieds ..
92 LE NOUVEAU
3°. Que les jettées & les fafcinages
depuis les DUNES , où la Marée
monte fur LESTRAN , quand elle
est la plus haute , jufques à la
plus baffe Mer , feront rafés des
deux côtés , le long du nouveau
CHENAL par tout , au niveau de
Leftran.
4. Qu'aprés la Ratification du
préfent Traité , on eft convenu
qu'on employera un nombre ſuffifant
d'Ouvriers à la deftruction des
jettées le long du nouveau Chénal.
La démolition fera commencée le
se Avril , & achevée , s'il fe peut ,
à la fin du mois de Juin 1717.
s° . Que la démolition des Digues
ou jettées des deux côtez du vieux
CHENAL , ou Port de Dunkerque ,
fera mife par tout au niveau de
Leftran , depuis la plus baffe Mer,
jufques en dedans de la Ville de
Dunkerque.
Comme l'objet & le véritable
but de cette Alliance , entre lef
dits Seigneurs Rois , & Etats Geneaux
, eft de conferver , & mainMERCURE.
98.
tenir réciproquement la Paix , & la
tranquilité de leurs Royaumes , &
Etats. Ces Puiffances font convenuës
, que fi quelqu'un defdits Alliés
étoit attaqué par quelque Prince
, ou Etat que ce fut , les autres
Alliés interpoferont leurs Offices
auprès de l'aggréffeur ,pour procurer
fatisfaction à la partie lézée , & l'engager
à s'abftenir entierement de
routes fortes d'hoftilités . Mais que
fi ces bons offices n'avoient pas
l'effet que l'on fe promet , pour
concilier l'efprit des deux Parties ;
Alors ceux des Contractans , qui
n'auront point été attaqués , feront
tenus de fecourir fans retardement ,
leur Allié , & fourniront ; fçavoir.
+
Le Roy Très- Chrétien huit mille
hommes de pied , & deux mille
de Cavalerie.
Le Roy de la Grande Bretagne ,
huit mille hommes de pied , &
deux mille de Cavalerie.
Les Etats Generaux , quatre
94 LE NOUVEAU
mille hommes de pied , & mille
de Cavalerie.
Que fi l'Allié qui fera engagé dans
la Guerre , veut plûtôt avoir du fecours
par Mer , ou même préfere
de l'argent aux Troupes de Terre ,
ou de Mer , on lui en laiffera le
choix. Pour cela , on eft convenu ,
que mille hommes de pied feront
évalués à la fomme de dix mille
livres par mois , & mille hommes
de Cavalerie à celle de 30. mille livres.
Les fecours par Mer , feront
évalués , fuivant la même proportion.
Il a été ftipulé pareillement ,
que fi les Royaumes , ou Etats de
quelqu'un des Alliés , font traverfés
par des diffentions inteltines , celui
qui fe trouvera dans ces troubles
, fera en droit de demander ,
que ces Alliez lui fourniffent les
fecours ci - deffus exprimés : bien
entendu que cette garantie reciproque
ne regarde que les Etats &
Poffeffions que ces Puillances ont
refpectivement en Europe.
entre la France , l'Angleterre,
& la Hollande , conclu à la Haye
le 4 Janvier 1717 , a été rendu
public. Il est divifé en huit Articles
, & un ge féparé. Il contient
en fubftance , que le Roy Très-
Chrêtien s'oblige d'engager celui
qui a pris le Titre de Prince
de Galles , pendant la vie du feu
Roy Jacques II. & après la mort
dudit Roy , celui de Roy de la
Grande Bretagne , de fortir du
Comtat d'Avignon , & d'aller faire
fon féjour au delà des Alpes , immé
Hiij
90 LE NOUVEAU
diatement après la fignature du préfent
Traité , & avant l'échange des
Ratifications. De plus , que le Roy
Très - Chrêtien promet de ne permettre
en aucun tems à l'avenir ,
à la perfonne ci -deffus défignée
de revenir à Avignon , ou de paffer®
par les Terres dépendantes de la
Couronne de France , fous prétexte
de retourner où à Avignon ,
où en Lorraine, ou même de mettre
le pied en aucun lieu de la Domination
de S. M. T. C.
>
Que lefdits Séréniffimes Rois ,
& lefdits Seigneurs Etats Generaux
s'engagent réciproquement de
refuſer toute forte d'azile , & deretraite
aux sujets de l'un d'entr'
eux , qui auront été , ou pouront
être déclarez Rebelles , auffi - tôt
que la requifition en aura été faite
par celui des Contractans , dont
ces rebelles auront été reconnus fujets
, & même de contraindre lef
dits rebelles de fortir des Terres
de leur obéiffance dans l'efpace de
huit jours , après que le Miniftre:
MERCURE. gr
dudit Allié en aura fait la requifition
, au nom de fon Maître.
Que le Roy Très - Chrêtien confent
, que le nouveau Canal de
MARDICK ne fervira à autreufage
, qu'à l'écoulement des eaux ,
& au Commerce néceffaire pour
la fubfiſtance & l'entretien des Peuples
de cette partie des Païs Bas.
Ce Commerce ne fera fait qu'avec
des Bâtimens , qui ne pour-
- ront avoir plus de 16 pieds de largeur
; pour cet effet , le grand paffage
de la nouvelle Eclufe de
Mardick ; qui a 40 pieds de largeur
, fera détruit de fond en
comble , & les matériaux détruits
ne pourront fervir pour aucun
Port , Havre , ou Éclufe à Dunkerque
, ou à Mardick , ou en
quelque endroit que ce foit , à 2
lieues de distance d'aucune de
ces deux Places .
2°. Que la petite Eclufe reftera
à l'égard de fa profondeur comme
elle eft à préfent , pourvû que:
fa largeur foit réduite , à 16..
pieds ..
92 LE NOUVEAU
3°. Que les jettées & les fafcinages
depuis les DUNES , où la Marée
monte fur LESTRAN , quand elle
est la plus haute , jufques à la
plus baffe Mer , feront rafés des
deux côtés , le long du nouveau
CHENAL par tout , au niveau de
Leftran.
4. Qu'aprés la Ratification du
préfent Traité , on eft convenu
qu'on employera un nombre ſuffifant
d'Ouvriers à la deftruction des
jettées le long du nouveau Chénal.
La démolition fera commencée le
se Avril , & achevée , s'il fe peut ,
à la fin du mois de Juin 1717.
s° . Que la démolition des Digues
ou jettées des deux côtez du vieux
CHENAL , ou Port de Dunkerque ,
fera mife par tout au niveau de
Leftran , depuis la plus baffe Mer,
jufques en dedans de la Ville de
Dunkerque.
Comme l'objet & le véritable
but de cette Alliance , entre lef
dits Seigneurs Rois , & Etats Geneaux
, eft de conferver , & mainMERCURE.
98.
tenir réciproquement la Paix , & la
tranquilité de leurs Royaumes , &
Etats. Ces Puiffances font convenuës
, que fi quelqu'un defdits Alliés
étoit attaqué par quelque Prince
, ou Etat que ce fut , les autres
Alliés interpoferont leurs Offices
auprès de l'aggréffeur ,pour procurer
fatisfaction à la partie lézée , & l'engager
à s'abftenir entierement de
routes fortes d'hoftilités . Mais que
fi ces bons offices n'avoient pas
l'effet que l'on fe promet , pour
concilier l'efprit des deux Parties ;
Alors ceux des Contractans , qui
n'auront point été attaqués , feront
tenus de fecourir fans retardement ,
leur Allié , & fourniront ; fçavoir.
+
Le Roy Très- Chrétien huit mille
hommes de pied , & deux mille
de Cavalerie.
Le Roy de la Grande Bretagne ,
huit mille hommes de pied , &
deux mille de Cavalerie.
Les Etats Generaux , quatre
94 LE NOUVEAU
mille hommes de pied , & mille
de Cavalerie.
Que fi l'Allié qui fera engagé dans
la Guerre , veut plûtôt avoir du fecours
par Mer , ou même préfere
de l'argent aux Troupes de Terre ,
ou de Mer , on lui en laiffera le
choix. Pour cela , on eft convenu ,
que mille hommes de pied feront
évalués à la fomme de dix mille
livres par mois , & mille hommes
de Cavalerie à celle de 30. mille livres.
Les fecours par Mer , feront
évalués , fuivant la même proportion.
Il a été ftipulé pareillement ,
que fi les Royaumes , ou Etats de
quelqu'un des Alliés , font traverfés
par des diffentions inteltines , celui
qui fe trouvera dans ces troubles
, fera en droit de demander ,
que ces Alliez lui fourniffent les
fecours ci - deffus exprimés : bien
entendu que cette garantie reciproque
ne regarde que les Etats &
Poffeffions que ces Puillances ont
refpectivement en Europe.
Fermer
1186
p. 95-98
« Le 5. Mr le Cardinal de Noailles eût l'honneur de saluer Le [...] »
Début :
Le 5. Mr le Cardinal de Noailles eût l'honneur de saluer Le [...]
Mots clefs :
Cardinal, Officier, Décès, Opération, Huissier, Envoyé extraordinaire, Marquis, Nièce, Nomination, Chancelier, Cérémonie, Naissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 5. Mr le Cardinal de Noailles eût l'honneur de saluer Le [...] »
Le s. Mr le Cardinal de Noailles
eût l'honneur de faluer LE ROY ,
après deux mois d'abfence caufée
par la petite verole de Mr l'Abbé
de Gontault. CetteEminence témoigna
à S. M. combien ce terme lui
avoit parû long.
Le 7. Mr Cantin ancien Officier
du Roy , Barbier , Perruquier , Me
d'Hôtel , Premier Valet de Chambre
& de Garde - Robe , mourut
d'une Paralyfie , dont il avoit efté
attaqué il y a environ cinq ans.
Le 3. le S LODUMIER arracha
deux dents au Roy, l'une qui branloit
, & l'autre qui étoit mal placée .
Le Royfouffrit cette opération douloureuſe
avec beaucoup de fermeté
& de patience ; il garda la chambre
par précaution.
Le 9. Mr Caterby, Chef du Goblet
vin du Roy , eut l'agrément de
la Charge de Mr Vaſſal , Huiffier
duCabinet du Roy , du Semestre de
Janvier à 55000. livres. S. M. en
memoire des anciens fervices de fa
famille lui a accordé un Brevet de
96 LE NOUVEAU
retenuë de 30000 livres .
M. le Baron de SCHUмk Envoyé
extraordinaire du Duc de VIRTEMBERG
, eut le matin fa premiere Au
dience du Roy , dans laquelle il
complimenta S. M. fur fon Avenement
à la Couronnes
Le to Mr le Marquis de la VRILLIERE
, accompagné de Mr de
SEIGNELAY , & de plufieurs autres
Seigneurs est entré chez le Roy , qui
a figné le Contrat de Mariage deMr
le Comte de Seignelay cy - devant
Abbé , avec Mlle de Valfafine , originaire
d'Allemagne , & Niéce du
Prince de la Tour , General des
Poftes de l'Empire.
Mr le Marquis de Theſut , à qui
on avoit ôté il y a quelques années
un Regiment de fon nom , levé à
fes dépens, ayant préfenté un Placet
à Msi le Duc Regent , fur le raport
de Mr le Maréchal de Villars
à S. A. R. on lui a fait la justice
de le rétablir dans la Charge de Colonel.
Ce Marquis eft forti d'une
des plus anciennes Maifons de Bourgogne.
L'on
MERCURE
97
L'on écrit de Limoges que fur la
nouvelle de la
nomination de Mr
DAGUESSEAU à la dignité de
Chancelier & Garde des Seaux de
France , les Habitans avoient don
nés des marques
éclatantes de leur
zele & de leur joye pour cette Promotion.
Puifque le
Dimanche 14
Février , le Corps de l'Hôtel de
Ville fit éxécuter un beauFeu d'Artifice
, aux
acclamations
publiques ,
accompagnées
de plufieures décharges
d'artillerie
.
Cette cérémonie fut fuivie d'un
grand repas que donna la Cour Préfidiale
, où les Confuls de l'Hôtel
de Ville affifterent .
Cette Capitale a raiſon de ſe féliciter
d'avoir donné le jour à ce prémier
chef de la Juftice ; elle conferve
avec foin dans fes Regiftres,
la réponſe flâteufe que feu Mr Da
gueffeau Confeiller d'Etat , pour
lors Intendant de cette Province ,
fit aux Officiers de l'Hôtel de Ville :
étant allez en Corps le complimenter
fur la naiffance de fon fils
Mars
1717. I
98*
LE
NOUVEAUpremier
né , qui eft Mr le Chancecelier
d'aujourd'huy
, il leur répondit
avec bonté , Meffieurs , le Ciel
m'a donné un Succeffeur
& à votre
Ville , un Protecteur
.
eût l'honneur de faluer LE ROY ,
après deux mois d'abfence caufée
par la petite verole de Mr l'Abbé
de Gontault. CetteEminence témoigna
à S. M. combien ce terme lui
avoit parû long.
Le 7. Mr Cantin ancien Officier
du Roy , Barbier , Perruquier , Me
d'Hôtel , Premier Valet de Chambre
& de Garde - Robe , mourut
d'une Paralyfie , dont il avoit efté
attaqué il y a environ cinq ans.
Le 3. le S LODUMIER arracha
deux dents au Roy, l'une qui branloit
, & l'autre qui étoit mal placée .
Le Royfouffrit cette opération douloureuſe
avec beaucoup de fermeté
& de patience ; il garda la chambre
par précaution.
Le 9. Mr Caterby, Chef du Goblet
vin du Roy , eut l'agrément de
la Charge de Mr Vaſſal , Huiffier
duCabinet du Roy , du Semestre de
Janvier à 55000. livres. S. M. en
memoire des anciens fervices de fa
famille lui a accordé un Brevet de
96 LE NOUVEAU
retenuë de 30000 livres .
M. le Baron de SCHUмk Envoyé
extraordinaire du Duc de VIRTEMBERG
, eut le matin fa premiere Au
dience du Roy , dans laquelle il
complimenta S. M. fur fon Avenement
à la Couronnes
Le to Mr le Marquis de la VRILLIERE
, accompagné de Mr de
SEIGNELAY , & de plufieurs autres
Seigneurs est entré chez le Roy , qui
a figné le Contrat de Mariage deMr
le Comte de Seignelay cy - devant
Abbé , avec Mlle de Valfafine , originaire
d'Allemagne , & Niéce du
Prince de la Tour , General des
Poftes de l'Empire.
Mr le Marquis de Theſut , à qui
on avoit ôté il y a quelques années
un Regiment de fon nom , levé à
fes dépens, ayant préfenté un Placet
à Msi le Duc Regent , fur le raport
de Mr le Maréchal de Villars
à S. A. R. on lui a fait la justice
de le rétablir dans la Charge de Colonel.
Ce Marquis eft forti d'une
des plus anciennes Maifons de Bourgogne.
L'on
MERCURE
97
L'on écrit de Limoges que fur la
nouvelle de la
nomination de Mr
DAGUESSEAU à la dignité de
Chancelier & Garde des Seaux de
France , les Habitans avoient don
nés des marques
éclatantes de leur
zele & de leur joye pour cette Promotion.
Puifque le
Dimanche 14
Février , le Corps de l'Hôtel de
Ville fit éxécuter un beauFeu d'Artifice
, aux
acclamations
publiques ,
accompagnées
de plufieures décharges
d'artillerie
.
Cette cérémonie fut fuivie d'un
grand repas que donna la Cour Préfidiale
, où les Confuls de l'Hôtel
de Ville affifterent .
Cette Capitale a raiſon de ſe féliciter
d'avoir donné le jour à ce prémier
chef de la Juftice ; elle conferve
avec foin dans fes Regiftres,
la réponſe flâteufe que feu Mr Da
gueffeau Confeiller d'Etat , pour
lors Intendant de cette Province ,
fit aux Officiers de l'Hôtel de Ville :
étant allez en Corps le complimenter
fur la naiffance de fon fils
Mars
1717. I
98*
LE
NOUVEAUpremier
né , qui eft Mr le Chancecelier
d'aujourd'huy
, il leur répondit
avec bonté , Meffieurs , le Ciel
m'a donné un Succeffeur
& à votre
Ville , un Protecteur
.
Fermer
1187
p. 137-139
Extrait d'une Lettre de Vienne du 20 Mars.
Début :
Messieurs Montagüe & Collieres, Ambassadeurs d'Angleterre & d'Hollande à la [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Angleterre, Hollande, Paix, Empires, Grand seigneur, Forteresse, Traité de Carlowitz, Médiateur, Conquêtes, Cour ottomane, Ecclésiastique, Députés, Province, Despotique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Vienne du 20 Mars.
Extrait d'une Lettre de Vienne
M
du 20 Mars.
Effieurs Montague & Collie
res , Ambaffadeurs d'Angleterre
& d'Hollande à la Porte , font
autorifés par les pleins pouvoirs de
leurs Maîtres , d'offrir leur Médiation
pour la Paix entre les deux Einpires
; ils font chargés de faire tout
leur poffible pour engager le Grand
Seigneur de céder à l'Empereur
Themefvvar, Belgrade & leurs dépendances
; de renoncer aux prétentions
que la Porte peut avoir dans
la Valachie , de faire rafer la
Fortereffe nouvellement conftruite
à Choczin , fur les Frontieres de la
Pologne comme ayant été faite au
>
M iij
138 LE NOUVEAU
préjudice de la teneur du Traité
de Carlovvits ; que la Porte conviendra
d'un accomodement , enforte
que l'Italie foit miſe en fûreté
au moyen dequoi , l'Empereur n'infiftera
pas à la reftitution de la Morée
, que ces Médiateurs repréfenteront
furtout le danger qu'il y auroit
pour la Cour Ottomane de perdre
tout ce qu'elle poffede en Europe
; fi l'Empereur Chrêtien pouffoit
vivement la guerre, étant en étar
de faire des Conquêtes bien avant
dans l'Empire Mufulman , capables.
de foulever la plufpart des Turcs
qui , dit-on , murmure toujours contre
cette guerre. On a eu nouvelle
que Mr Montague eft arrivé à
Belgrade ; on attend prefentement
avec impatience l'effet de fes inftructions
, jointes à celles du fieur
Collieres.
On a apris par les mêmes Lettres
que les Principaux Valaques Ecle-
Gattiques & Seculiers , qui fe font
refugiez en Tranfilvanie , ont dreffés
un Mémoire que les Député
>
MRE.CURE
139
qu'ils envoient à la Cour Impériale ,
doivent préfenter au nom de toute
la Nation , par lequel ils offrent de .
foumettre la Province de Valaquie
à la domination de l'Empereur ; à
condition qu'elle fera gouvernée
comme auparavant , par un Hofpodar
, ou Prince particulier qui fera
Feudataire de S. M. I. mais les
Miniftres Imperiaux prétendent au
contraire , que ce Pais fera regi par
un Gouverneur Impérial de la même
manière que l'eft aujourd'huy
la Tranfilvanie ; de forte que la qualité
de Prince fera éteinte & le Gouvernement
fera defpotique , comme
dans les autres Etats que la Maifon
d'Autriche s'eft appropriez ,
M
du 20 Mars.
Effieurs Montague & Collie
res , Ambaffadeurs d'Angleterre
& d'Hollande à la Porte , font
autorifés par les pleins pouvoirs de
leurs Maîtres , d'offrir leur Médiation
pour la Paix entre les deux Einpires
; ils font chargés de faire tout
leur poffible pour engager le Grand
Seigneur de céder à l'Empereur
Themefvvar, Belgrade & leurs dépendances
; de renoncer aux prétentions
que la Porte peut avoir dans
la Valachie , de faire rafer la
Fortereffe nouvellement conftruite
à Choczin , fur les Frontieres de la
Pologne comme ayant été faite au
>
M iij
138 LE NOUVEAU
préjudice de la teneur du Traité
de Carlovvits ; que la Porte conviendra
d'un accomodement , enforte
que l'Italie foit miſe en fûreté
au moyen dequoi , l'Empereur n'infiftera
pas à la reftitution de la Morée
, que ces Médiateurs repréfenteront
furtout le danger qu'il y auroit
pour la Cour Ottomane de perdre
tout ce qu'elle poffede en Europe
; fi l'Empereur Chrêtien pouffoit
vivement la guerre, étant en étar
de faire des Conquêtes bien avant
dans l'Empire Mufulman , capables.
de foulever la plufpart des Turcs
qui , dit-on , murmure toujours contre
cette guerre. On a eu nouvelle
que Mr Montague eft arrivé à
Belgrade ; on attend prefentement
avec impatience l'effet de fes inftructions
, jointes à celles du fieur
Collieres.
On a apris par les mêmes Lettres
que les Principaux Valaques Ecle-
Gattiques & Seculiers , qui fe font
refugiez en Tranfilvanie , ont dreffés
un Mémoire que les Député
>
MRE.CURE
139
qu'ils envoient à la Cour Impériale ,
doivent préfenter au nom de toute
la Nation , par lequel ils offrent de .
foumettre la Province de Valaquie
à la domination de l'Empereur ; à
condition qu'elle fera gouvernée
comme auparavant , par un Hofpodar
, ou Prince particulier qui fera
Feudataire de S. M. I. mais les
Miniftres Imperiaux prétendent au
contraire , que ce Pais fera regi par
un Gouverneur Impérial de la même
manière que l'eft aujourd'huy
la Tranfilvanie ; de forte que la qualité
de Prince fera éteinte & le Gouvernement
fera defpotique , comme
dans les autres Etats que la Maifon
d'Autriche s'eft appropriez ,
Fermer
1188
p. 142-143
Réponse de Mr le Marquis de Monteleon Ambassadeur d'Espagne, à la Lettre de Mr Stanhope Sécrétaire d'Etat, dattée du 18 Février, touchant la détention de Mr de Gillemborg Ambassadeur de Suéde en Angleterre.
Début :
M. j'ay reçû hier au soir la Lettre que votre Excellence m'avoit fait [...]
Mots clefs :
Honneur, Ministre, Roi de Suède, Sentiment, Paix, Papiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse de Mr le Marquis de Monteleon Ambassadeur d'Espagne, à la Lettre de Mr Stanhope Sécrétaire d'Etat, dattée du 18 Février, touchant la détention de Mr de Gillemborg Ambassadeur de Suéde en Angleterre.
Réponse de Mr le Marquis de Monteleon
Ambaffadeur d'Espagne ,
à la Lettre de Mr Stanhope Sé
crétaire d'Etat , dartée du 18 Février,
touchant la détention de
Mr de Gillenborg Ambaßadeur
de Suéde en Angleterre.
M. j'ay reçû hier au foir la Mi
Lettre que votre Excellence
m'avoit fait l'honneur de m'écrite
le même jour , pour m'informer des
raifons que S. M. a , de faire arreter
le C. de Gillemborg Miniftre
du Roy de Suéde , & de s'affûrer
de tous les papiers . Aprés avoir
remercié votre Excellence de la
bonré qu'Elle a cûe de me faire connoître
les fentimens de S. M. fuivant
l'ordre qu'elle en avoit reçû ,
commeje fuis par là en état d'en informer
fidelement le Roy mon Maî
tre , je ne puis faire autre chofe que
d'attendre fa réponſe pour la communiquer
pareillement à V. Exc.
cependant je fuis obligé de dire que
MERCURE . 143
ceft un grand malheur qu'on n'ait
pû trouver d'autre moyen d'affûrer
la Paix dans les Etats de S. M. &
la tranquilité de l'Europe , auffi
bien que la feureté des préfentes
Alliances , qu'en arrêtant la perfonne
d'un Miniftre public & enfaififlant
tous les papiers qui font les
dépofitaires facrés des fécrets de
fon Maître ; de quelque maniére
qu'on envifage ces deux faits , ils
paroiffent bleffer véritablement le
droit des gens . J'ay l'honneur d'ê-
Ce 18 Février 1717.
Ambaffadeur d'Espagne ,
à la Lettre de Mr Stanhope Sé
crétaire d'Etat , dartée du 18 Février,
touchant la détention de
Mr de Gillenborg Ambaßadeur
de Suéde en Angleterre.
M. j'ay reçû hier au foir la Mi
Lettre que votre Excellence
m'avoit fait l'honneur de m'écrite
le même jour , pour m'informer des
raifons que S. M. a , de faire arreter
le C. de Gillemborg Miniftre
du Roy de Suéde , & de s'affûrer
de tous les papiers . Aprés avoir
remercié votre Excellence de la
bonré qu'Elle a cûe de me faire connoître
les fentimens de S. M. fuivant
l'ordre qu'elle en avoit reçû ,
commeje fuis par là en état d'en informer
fidelement le Roy mon Maî
tre , je ne puis faire autre chofe que
d'attendre fa réponſe pour la communiquer
pareillement à V. Exc.
cependant je fuis obligé de dire que
MERCURE . 143
ceft un grand malheur qu'on n'ait
pû trouver d'autre moyen d'affûrer
la Paix dans les Etats de S. M. &
la tranquilité de l'Europe , auffi
bien que la feureté des préfentes
Alliances , qu'en arrêtant la perfonne
d'un Miniftre public & enfaififlant
tous les papiers qui font les
dépofitaires facrés des fécrets de
fon Maître ; de quelque maniére
qu'on envifage ces deux faits , ils
paroiffent bleffer véritablement le
droit des gens . J'ay l'honneur d'ê-
Ce 18 Février 1717.
Fermer
1189
p. 143-148
A Londres, le 20. Mars 1717.
Début :
Le 5. on publia ici les Lettres du Comte Gyllemborg, des Barons [...]
Mots clefs :
Lettres, Rébellion, Forces, Roi de Suède, Cavalerie, Flotte, Soldats, Trône d'Angleterre, Cour, Armements, Comte Gyllemborg, Tsar, Paix, Baron, Conspiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Londres, le 20. Mars 1717.
A Londres , le 20. Mars 1717 .
Le 5. on publia ici les Lettres du
Comte GYLLEMBORG , des Barons
GORTZ , SPARR & autres contenants
le deffein d'exciter dans la
GRANDE BRETAGNE une Rebellion
qui devoit être foutenue par les forces
de la SUEDE.
Ces Lettres font au nombre de
trente- fix , depuis le 25. Septembre
1716. jufqu'au 10. Février 1717 .
144 LE NOUVEAU
Lettre du
Comte de
Selon ces imprimez , l'entre-
Baron de prife devoit s'executer au mois
Gorte, au de Mars , lorfque les vents de
L'EST régnent, & que l'on s'y attenberg.
à Pa droit le moins. Le Roy de Suéde ,
vis le fix à l'exemple de SCIPION , devoit
jane. 1717 venir en perfonne avec 12000 hom-
Gyllommes
, porter la Guerre dans les Pays
de ceux qui ont voulu , & veulent
encore la perte de celui - ci . Sçavoir .
3000 hommes d'Infanterie , & 4000
de Cavalerie , dont il y en auroit
d'abord 500. montés. Le Pays étant
plufque fuffifant pour fournir des
chevaux de remonte . La Flote Suédoife
devoit être pourvue de l'Ar-
Let.4. tillerie neceffaire , & de quoy ardu
Com mer is à 20000. hommes , qui ne
Gyllem demandoient qu'un corps de TrouborganBa.
ron Gortz Pes réglées , auxquelles , ils puffent
de Londres fe joindre , étant fûr que de dix
le 12 Od perfonnes , il s'en trouveroit neuf
1716.
mécontentes , qui défiroient le rétabliffement
du PRETENDANT. S. M.
Suédoife devoit faire publier à fon
arrivée , un Manifefte ; par lequel il
déclaroit n'avoir point d'autre intention
que de rétablir le PrétenMERCURE.
145
Billet de
meme 7 d
dant fur le Thrône d'Angleterre
de maintenir les Libertés de la Nation
, & de la Religion Anglicane.
D'ailleurs l'argent ne devoit pas
manquer , puifque la Cour D'AVIGNON
offroit 60. mille livres fterlins
d'avance , ad captandam benevolen
tiam ; joins à un million de florins Londres d
que les Amis de ce Prince s'enga- 16 Octobre
geoient de faire toucher en Hollan- 1716 .
de au Baron GORTZ , qui en avoit
déja reçû 100000 livres , afin de
faire travailler avec toute la diligence
poffible à l'Armement , qui
fe faifoit à Gottenburg , & aux
préparatifs néceffaires pour cette
Expédition.Pendant ces difpofitions
fécrettes , on prenoit des méfures ,
pour faire congédier par le Parlement
, la moitié de l'Armée , comme
étant à charge à l'Etat , dans
l'efperance que cette Partie mécontente
fe joindroit aux Rebelles :
Mais le principal objet du Comte
de Gyllemborg étoit , d'empêcher
par toutes fortes de moyens , un
Armement Naval en Angleterre ,
Mars 1717. N
146 LE NOUVEAU
au
jufques au mois de Mai , afin que
la Flote de fon Maître pût être la
premiere en Mer , & ne trouvât
point d'opofition de la part de
celle des Anglois . Non content
de ces précautions , il paroît par
une Lettre de la Haye,du 17 Novembre
1716 , de Mr GUST ,
C. de Gyllemborg fon frere , que
le Czar n'étoit pas éloigné d'entrer
dans cette Ligue , y étant fortement
follicité par un nommé
ERSKINS Médecin & Confeiller privé
de ce Prince . Ce confident écrivoit
à Milord MARR fon Coufin
Germain , que le Grand Duc s'étant
brouillé avec fes Alliez , il
paroiffoit tout -à-fait difpofé à faire
fa Paix avec la Suede , & à ceffer
fes hoftilitez contre ce Royaume ;
Qu'haïffant mortellement le Roy
Georges , & connoiffant la jufte
caufe du Prétendant : Il ne fouhaitoit
rien plus ardemment
qu'une Conjoncture favorable, pour
pouvoir le retablir dans fes Royaumes
; que fon Maître ayant ce-
3
MERCURE. 147
"
pendant tout l'avantage contre la
Suede , il ne lui convenoit pas de
faire le premier pas : mais que fi le
Roy vouloit hazarder la moindre
démarche, l'accommodement feroit
bientôt conclu entr'eux.
Dans la même Lettre , le Prétendant
fait prier le Baron Sparr
de lui procurer la permiffion de fe
retirer à STOLKO M : mais cet
Ambaffadeur ne le juge pas propos
, par la raifon que ce feroit déclarer
la Guerre , à fon de trompe ,
& ruïner entierement leurs affaires.
Dans uneLettre du 8 Janvier 1717,
le Baron Gortz envoye à Mr le
Comte de Gyllemborg , une Copie
du plein pouvoir , qu'il avoit reçû
du Roy , pour traiter & conclure
toutes affaires , qui concernent le
fervice & les interêts de la Nation .
Il eft datté de Lunden en Scanie ,
23 Octobre 1716 du
Enfin par la derniere Lettre du
Comte de Gyllemborg à ce Baron ,
qui étoit retourné de Paris à la
Haye ; le Comte lui fait obſerver
Nij
148 LE NOUVEAU
que l'Aimement de l'Efcadre Angloife
fe fera de bonne heure ; aparemment
, pour prévenir la deftruction
, dont on croit le DANEMARK
menacé ; & qu'ainfi , il est néceffaire
de prendre de juftes meſures
pour être les premiers en Mer.
›
Toutes ces Circonftances convaincront
fans doute , les plus incrédules
, que
, que la Confpiration n'eſt
pas une Nouvelle chimérique . Bien
des gens , malgré l'évidence de
ces preuves , ont encore de la peine
à fe perfuader , que le Roy de
Suéde accablé de toutes parts , par
des Ennemis très-puiffants , ait voulu
entreprendre de paffer en Angleterre
, avec une Flote & des
Troupes , pour faire une invafion ,
en faveur du Prétendant , tandis
qu'il laiffoit fon Païs au premier
occupant.
Le 5. on publia ici les Lettres du
Comte GYLLEMBORG , des Barons
GORTZ , SPARR & autres contenants
le deffein d'exciter dans la
GRANDE BRETAGNE une Rebellion
qui devoit être foutenue par les forces
de la SUEDE.
Ces Lettres font au nombre de
trente- fix , depuis le 25. Septembre
1716. jufqu'au 10. Février 1717 .
144 LE NOUVEAU
Lettre du
Comte de
Selon ces imprimez , l'entre-
Baron de prife devoit s'executer au mois
Gorte, au de Mars , lorfque les vents de
L'EST régnent, & que l'on s'y attenberg.
à Pa droit le moins. Le Roy de Suéde ,
vis le fix à l'exemple de SCIPION , devoit
jane. 1717 venir en perfonne avec 12000 hom-
Gyllommes
, porter la Guerre dans les Pays
de ceux qui ont voulu , & veulent
encore la perte de celui - ci . Sçavoir .
3000 hommes d'Infanterie , & 4000
de Cavalerie , dont il y en auroit
d'abord 500. montés. Le Pays étant
plufque fuffifant pour fournir des
chevaux de remonte . La Flote Suédoife
devoit être pourvue de l'Ar-
Let.4. tillerie neceffaire , & de quoy ardu
Com mer is à 20000. hommes , qui ne
Gyllem demandoient qu'un corps de TrouborganBa.
ron Gortz Pes réglées , auxquelles , ils puffent
de Londres fe joindre , étant fûr que de dix
le 12 Od perfonnes , il s'en trouveroit neuf
1716.
mécontentes , qui défiroient le rétabliffement
du PRETENDANT. S. M.
Suédoife devoit faire publier à fon
arrivée , un Manifefte ; par lequel il
déclaroit n'avoir point d'autre intention
que de rétablir le PrétenMERCURE.
145
Billet de
meme 7 d
dant fur le Thrône d'Angleterre
de maintenir les Libertés de la Nation
, & de la Religion Anglicane.
D'ailleurs l'argent ne devoit pas
manquer , puifque la Cour D'AVIGNON
offroit 60. mille livres fterlins
d'avance , ad captandam benevolen
tiam ; joins à un million de florins Londres d
que les Amis de ce Prince s'enga- 16 Octobre
geoient de faire toucher en Hollan- 1716 .
de au Baron GORTZ , qui en avoit
déja reçû 100000 livres , afin de
faire travailler avec toute la diligence
poffible à l'Armement , qui
fe faifoit à Gottenburg , & aux
préparatifs néceffaires pour cette
Expédition.Pendant ces difpofitions
fécrettes , on prenoit des méfures ,
pour faire congédier par le Parlement
, la moitié de l'Armée , comme
étant à charge à l'Etat , dans
l'efperance que cette Partie mécontente
fe joindroit aux Rebelles :
Mais le principal objet du Comte
de Gyllemborg étoit , d'empêcher
par toutes fortes de moyens , un
Armement Naval en Angleterre ,
Mars 1717. N
146 LE NOUVEAU
au
jufques au mois de Mai , afin que
la Flote de fon Maître pût être la
premiere en Mer , & ne trouvât
point d'opofition de la part de
celle des Anglois . Non content
de ces précautions , il paroît par
une Lettre de la Haye,du 17 Novembre
1716 , de Mr GUST ,
C. de Gyllemborg fon frere , que
le Czar n'étoit pas éloigné d'entrer
dans cette Ligue , y étant fortement
follicité par un nommé
ERSKINS Médecin & Confeiller privé
de ce Prince . Ce confident écrivoit
à Milord MARR fon Coufin
Germain , que le Grand Duc s'étant
brouillé avec fes Alliez , il
paroiffoit tout -à-fait difpofé à faire
fa Paix avec la Suede , & à ceffer
fes hoftilitez contre ce Royaume ;
Qu'haïffant mortellement le Roy
Georges , & connoiffant la jufte
caufe du Prétendant : Il ne fouhaitoit
rien plus ardemment
qu'une Conjoncture favorable, pour
pouvoir le retablir dans fes Royaumes
; que fon Maître ayant ce-
3
MERCURE. 147
"
pendant tout l'avantage contre la
Suede , il ne lui convenoit pas de
faire le premier pas : mais que fi le
Roy vouloit hazarder la moindre
démarche, l'accommodement feroit
bientôt conclu entr'eux.
Dans la même Lettre , le Prétendant
fait prier le Baron Sparr
de lui procurer la permiffion de fe
retirer à STOLKO M : mais cet
Ambaffadeur ne le juge pas propos
, par la raifon que ce feroit déclarer
la Guerre , à fon de trompe ,
& ruïner entierement leurs affaires.
Dans uneLettre du 8 Janvier 1717,
le Baron Gortz envoye à Mr le
Comte de Gyllemborg , une Copie
du plein pouvoir , qu'il avoit reçû
du Roy , pour traiter & conclure
toutes affaires , qui concernent le
fervice & les interêts de la Nation .
Il eft datté de Lunden en Scanie ,
23 Octobre 1716 du
Enfin par la derniere Lettre du
Comte de Gyllemborg à ce Baron ,
qui étoit retourné de Paris à la
Haye ; le Comte lui fait obſerver
Nij
148 LE NOUVEAU
que l'Aimement de l'Efcadre Angloife
fe fera de bonne heure ; aparemment
, pour prévenir la deftruction
, dont on croit le DANEMARK
menacé ; & qu'ainfi , il est néceffaire
de prendre de juftes meſures
pour être les premiers en Mer.
›
Toutes ces Circonftances convaincront
fans doute , les plus incrédules
, que
, que la Confpiration n'eſt
pas une Nouvelle chimérique . Bien
des gens , malgré l'évidence de
ces preuves , ont encore de la peine
à fe perfuader , que le Roy de
Suéde accablé de toutes parts , par
des Ennemis très-puiffants , ait voulu
entreprendre de paffer en Angleterre
, avec une Flote & des
Troupes , pour faire une invafion ,
en faveur du Prétendant , tandis
qu'il laiffoit fon Païs au premier
occupant.
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1190
p. 149-150
PLACET A. S. A. ROYALE Monseigneur le Duc d'Orleans, Régent du Royaume, présenté par les petits Enfans du Sieur Duperier, Directeur des Pompes, employé sur un Rolle de la Chambre de Justice, pour 12500 livres.
Début :
Regent, dont j'ay chanté la Valeur, la Prudence, [...]
Mots clefs :
Régent, Prudence, Clémence, Célébration, Magistrat, Bienfaits, Confiance, Grand Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLACET A. S. A. ROYALE Monseigneur le Duc d'Orleans, Régent du Royaume, présenté par les petits Enfans du Sieur Duperier, Directeur des Pompes, employé sur un Rolle de la Chambre de Justice, pour 12500 livres.
PLACET A. S. A. ROYALE
Monfeigneur le Duc d'orleans
, Régent du Royaume
préfentépar lespetits Enfans
du Sicur Duperier , Dire-
Eteur des Pompes , employe
fur un Rolle de la Chambre
de Justice , pour 12500
livres.
REGENT , dont j'ay chanté là
Valeur , la Prudence ,
Je voudrois aujourd'huy célébrer
ta Clémence :
Quand cinq Chiffres maudits m'accablent
fous leur poids ,
Rayant les deux premiers , ne m'en
laifle que trois .
Cinq cens francs , c'eſt aſſez
les gens de ma forte ,
pour
Je ne puis fuporter une Taxe
plus forte :
La fortune pour moi Marâtre en.
fes préfens
Nijj
150 LE NOUVEAU
M'a donné peu de biens , & plus
de trente enfans. *
Six font à tes genoux , guidez par
mes lumieres ;
Ils font au Ciel pour toi , chaque
jour des prieres :
Le plus âgé de tous n'a pas dix
âns complets.
Juge , s'ils ont befoin de fentir tes
biens - fairs.
Daigne te fouvenir qu'en parlant
de leur pere ,
Tu dis au Magiftrat , qui fçait l'art
de te plaîre ,
Dont ta main liberale a comblé le
fouhait ,
"
Que Duperier attende , il fera fatisfait.
Charmé de ce beau mot ,
rempli de confiance ,
Pénétré de refpect & de
noiffance ,
& de recon-
A tes ordres foûmis j'ay gardé le
tacet ,
Grand Prince , acheve , & mets un
bon fur ce Placet.
* 19. d'une premiere femme , & 12
avec celle d'aujourd'huy.
Monfeigneur le Duc d'orleans
, Régent du Royaume
préfentépar lespetits Enfans
du Sicur Duperier , Dire-
Eteur des Pompes , employe
fur un Rolle de la Chambre
de Justice , pour 12500
livres.
REGENT , dont j'ay chanté là
Valeur , la Prudence ,
Je voudrois aujourd'huy célébrer
ta Clémence :
Quand cinq Chiffres maudits m'accablent
fous leur poids ,
Rayant les deux premiers , ne m'en
laifle que trois .
Cinq cens francs , c'eſt aſſez
les gens de ma forte ,
pour
Je ne puis fuporter une Taxe
plus forte :
La fortune pour moi Marâtre en.
fes préfens
Nijj
150 LE NOUVEAU
M'a donné peu de biens , & plus
de trente enfans. *
Six font à tes genoux , guidez par
mes lumieres ;
Ils font au Ciel pour toi , chaque
jour des prieres :
Le plus âgé de tous n'a pas dix
âns complets.
Juge , s'ils ont befoin de fentir tes
biens - fairs.
Daigne te fouvenir qu'en parlant
de leur pere ,
Tu dis au Magiftrat , qui fçait l'art
de te plaîre ,
Dont ta main liberale a comblé le
fouhait ,
"
Que Duperier attende , il fera fatisfait.
Charmé de ce beau mot ,
rempli de confiance ,
Pénétré de refpect & de
noiffance ,
& de recon-
A tes ordres foûmis j'ay gardé le
tacet ,
Grand Prince , acheve , & mets un
bon fur ce Placet.
* 19. d'une premiere femme , & 12
avec celle d'aujourd'huy.
Fermer
1191
p. 159-167
Suite des Nouvelles de Paris.
Début :
Le 12. le Roy donna à Mr l'Abbé de Beringhen, le Prieuré [...]
Mots clefs :
Abbesse, Cordeliers, Cour, Avocat, Charge, Procédure, Statuts, Chevalier, Plaidoirie, Évêque, Parlement, Duchesse, Applaudissements, Sagesse, Raison, Rétablissement, Lettres patentes, Ambassadrices, Éloge, Vertu, Serment, Aumônier, Chancelier, Conseil, Navires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Paris.
Suite des Nouvelles de Paris.
Le 12. le Roy donna à Mª l'Abbé
de Beringhen , le Prieuré de Pignan,
fitué dans l'Evêché de Frejus .
Le 15. M de Saint Heremobtint
la furvivance du Gouvernement
de Fontainebleau , avec l'aplaudiffement
de toute la Cour , il en a remercié
le Roy.
Le 16. Mde de Saint Herem , conduite
par Mde la Ducheffe de S. Simon
, eut l'honneur de faire la réverence
au Roy.
Le 18 Mr le Comte de Dreux
Grand Maître des Cérémonies , exerçant
par provifion la Charge de
Grand Maréchal des Logis du Roy,
160 LE NOUVEAU
a eû un Brever pour continuer l'exercice
de cette Charge jufqu'à ce
que Mr le Marquis de Cany fon
neveu ait atteint l'âge de 16 ans ,
pour en faire les fonctions par lui
même .
Le 18 l'affaire de Madame de
Sallo Abbeffe des Cordelieres , fut
décidée en fa faveur ; elle a fait
trop de bruit dans le monde pour
n'en pas former un article des plus
curieux de ce Recueil .
Deniſe Elifabeth de Sallo , fille de
feu M de Sallo Confeiller au Parlement
, recommandable par fa naiffance
& fon mérite litteraire , fut
mife dès l'âge de fept ans dans le
Convent des petites Cordelieres :
Eile y fit fa profeffion à l'âge de
15 , & pendant 40 années qu'elle a
demeuré dans cette Communauté,
elle ena paffé plus de 20 , Maîtreffe
des Penfionaires. Aprés la mortde
Mde BETAUT Abbeffè , elle fut élûë
en fa place le 11 Avril 1711.
La Tranquilité regna dans ce
Monaftere jufques au 30 Décembre
1714
MERCURE. 161
que fes Religieufes la foupçonnant
d'être la caufe, que le fieur RENGEAR
n'avoit pas eu la continuation de
fes pouvoirs , l'accuferent devant
le GENERAL , d'Intrufion , d'Irrégularité
, & de Janfenifme. Sur
ces plaintes , le Provincial des Cordeliers
accompagné des fieurs
ET LE ROUGE HENRIOT
:
pour Commiffaires ; Aprés avoir entendus
tous les Griefs intentez contr'elle
elle fut enfin dépofée par
Sentence dudit Provincial , déclarée
inhabile à être élûe Abbeſſe >
& privée de voix active & paffive .
Cette Abbeffe ayant apelé de cette
Sentence , fut reléguée par Lettre
de Cachet , dans le Convent des
Cordelieres DE CHAULNY. Aprés
la mort du Roy , ayant demandé fon
rapel qu'elle obtint ; elle vint pourfuivre
fon apel , comme d'abus , au
Parlement. M CHEVALIER
Avocat s'étant chargé de fon affaire
, commença à plaider le prémier
, & le deuxième Jeudy de
Carême. Mr Guyor de Chefne
Mars
1717.
0
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieut
de Lombreuil , celui du Provincial,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort, fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
Le 18 de ce mois Mr de Lamoi,
gnon Avocat Général commença de
plaider à huit heures , & un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations ,
Elle le jugeoit à propos. Il conelut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers ,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deifenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes. Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte, qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy, par
des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
Njj
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieur
de Lombreiiil , celui du Provincial ,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort , fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
:
Le 18 de ce mois Mr de Lamoignon
Avocat Général commença de
plaider à huit heures , &un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations , fi
Elle le jugeoit à propos. Il conclut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deffenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes . Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte , qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy , par des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
N jj
164 LE NOUVEAU
Grand Convent des Cordeliers &
dans ceux de la Province. Deffenfe
aux Cordeliers , de mettre à execution
lefdits Statuts , & notamment
en ce que par iceux , il eft
deffendu de fe pourvoir devant les
Archevêques & Evêques Royaux.
Ce Prononcé fut aplaudi unanimement
par tout l'Auditoire qui
étoit des plus nombreux , parce
qu'il s'agiffoit d'une Abbeffe
tuelle dépofée.
perpe-
Le 19. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant pris médecine , pria
Mde la Ducheffe de Vantadour , de
venir fervir le Roy à Table ce jour
là, ce qu'elle continua le lendemain .
Le 20. on aprit la mort de
Mr l'Evêque de S. Paul trois Chateaux
, Suffragant de l'Archevêché
d'Arles.
Le Navire SPRIT , ponté de
Conftruction Hollandoife , nommé
la Ville de Paris , conduit par le
Capitaine Jean Darra , arriva le 20
de ce mois , vis -à-vis le gros Pavillon
du Louvre. Il eft parti de
MERCURE
165
la Rade du Havre , le dix du courant
, chargé de Marchandifes.
CetteEpreuve jointe à la premiere,
dont on a parlé dans le Mercure
de Janvier , perfuade que la Navigation
de laMer, en droiture dans
cette Capitale , eft très facile à établir.
Mrs Cabot de Cailletot , & Ronay
, Auteurs de cette entreprife ,
ont fournis au Confeil, des Mémoires
fort amples , fur l'utilité que,
Paris , & le Royaume en retireroient.
Ils font voir que l'avantage
qu'on en reçevra , réflechira néceffairement
fur tout le Commerce de
la France ; que l'abondance poura
toujours couler dans cette Ville ,
& à beaucoup moins de frais ; Puifla
facilité , & l'accélération de
la voiture , animeront davantage le
Marchand , à faire venir plus librement
des Danrées , dont il ne craindra
plus le dépériffement , comme
il arrivera toujours , lorfqu'on feri.
obligé de décharger une feconde
fois & à moitié Route , ces mêmes.
que
O iij
TGG LE NOUVEAU
Marchandiſes , dans des Bateaux
découverts ; ce qui les retardoit en
Riviere 2 & 3 mois , en alteroit la
qualité , faifoit perdre le tems de
la vente , & les chargeoit de frais
confidérables. Ces Meffieurs ont
fatisfait pleinement aux Objections ,
qu'on a pû leur propofer , contre un
Établiffement , qui va au bien public.
Mr le Comte de Kinigfeg , Amballadeur
de l'Empereur en France,
Gouverneur des Païs Bas , ci -devant
, fon Plenipotentiaire , arriva
Samedy 20 Mars de Bruxelles à
Paris , accompagné de Mde l'Ambaffadrice
fon Epoute , de Mlle de
Lanois fa Coufine ; de Mt le Comte
Charles de Kinigſeg , & de
Mr le Marquis de Catinara fes Neveux
, avec une fuite nombreuſe de
Gentils - hommes Allemands , des
Dlles de Me l'Ambaffadrice , de
plufieurs Pages & Officiers àcheval.
Le 21 de ce mois , Dimanche
des Rameaux , le Roy fe rendit à
la Chapelle du Palais des TuilleMERCURE.
167
ries , précédé par Mr l'Evêque de
Frejus fon Précepteur, par M l'Ab
bé de Maulevrier , & M l'Abbé
de Cambou fes Aumôniers , accompagné
deM le Duc du Maine ,
de Male Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , & de plufieurs Sei
gneurs. S. M. affifta à la Bénédiction
des Palmes , & l'après diné
au Sermon du P. Terraffon de l'Oratoire
, & aux Vêpres chantées
la Mufique.
par
Le Lundy 22. Mtle: Chancelier fe:
rendit aux grands Auguftins , pour
l'Extinction de la Chambre de Juftice
. Il étoit précédé par fes Gardes ,
& ceux de la Prévoté de l'Hôtel ,
commandés par Mr de Monticour
Lieutenant de la Compagnie , à la
fuire des Chanceliers de France.:
Les Huiffiers de la Chancellerie
& ceux de la Chaîne , dont deux
portoient les Maffes , marchans
devant lui avec fes Valets de pied,"
& un Cent- Suiffe du Roy; Il fur
reçû à la porte par le Superieur ‹
de la Maifon , qui le complimenta.
Le 12. le Roy donna à Mª l'Abbé
de Beringhen , le Prieuré de Pignan,
fitué dans l'Evêché de Frejus .
Le 15. M de Saint Heremobtint
la furvivance du Gouvernement
de Fontainebleau , avec l'aplaudiffement
de toute la Cour , il en a remercié
le Roy.
Le 16. Mde de Saint Herem , conduite
par Mde la Ducheffe de S. Simon
, eut l'honneur de faire la réverence
au Roy.
Le 18 Mr le Comte de Dreux
Grand Maître des Cérémonies , exerçant
par provifion la Charge de
Grand Maréchal des Logis du Roy,
160 LE NOUVEAU
a eû un Brever pour continuer l'exercice
de cette Charge jufqu'à ce
que Mr le Marquis de Cany fon
neveu ait atteint l'âge de 16 ans ,
pour en faire les fonctions par lui
même .
Le 18 l'affaire de Madame de
Sallo Abbeffe des Cordelieres , fut
décidée en fa faveur ; elle a fait
trop de bruit dans le monde pour
n'en pas former un article des plus
curieux de ce Recueil .
Deniſe Elifabeth de Sallo , fille de
feu M de Sallo Confeiller au Parlement
, recommandable par fa naiffance
& fon mérite litteraire , fut
mife dès l'âge de fept ans dans le
Convent des petites Cordelieres :
Eile y fit fa profeffion à l'âge de
15 , & pendant 40 années qu'elle a
demeuré dans cette Communauté,
elle ena paffé plus de 20 , Maîtreffe
des Penfionaires. Aprés la mortde
Mde BETAUT Abbeffè , elle fut élûë
en fa place le 11 Avril 1711.
La Tranquilité regna dans ce
Monaftere jufques au 30 Décembre
1714
MERCURE. 161
que fes Religieufes la foupçonnant
d'être la caufe, que le fieur RENGEAR
n'avoit pas eu la continuation de
fes pouvoirs , l'accuferent devant
le GENERAL , d'Intrufion , d'Irrégularité
, & de Janfenifme. Sur
ces plaintes , le Provincial des Cordeliers
accompagné des fieurs
ET LE ROUGE HENRIOT
:
pour Commiffaires ; Aprés avoir entendus
tous les Griefs intentez contr'elle
elle fut enfin dépofée par
Sentence dudit Provincial , déclarée
inhabile à être élûe Abbeſſe >
& privée de voix active & paffive .
Cette Abbeffe ayant apelé de cette
Sentence , fut reléguée par Lettre
de Cachet , dans le Convent des
Cordelieres DE CHAULNY. Aprés
la mort du Roy , ayant demandé fon
rapel qu'elle obtint ; elle vint pourfuivre
fon apel , comme d'abus , au
Parlement. M CHEVALIER
Avocat s'étant chargé de fon affaire
, commença à plaider le prémier
, & le deuxième Jeudy de
Carême. Mr Guyor de Chefne
Mars
1717.
0
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieut
de Lombreuil , celui du Provincial,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort, fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
Le 18 de ce mois Mr de Lamoi,
gnon Avocat Général commença de
plaider à huit heures , & un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations ,
Elle le jugeoit à propos. Il conelut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers ,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deifenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes. Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte, qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy, par
des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
Njj
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieur
de Lombreiiil , celui du Provincial ,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort , fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
:
Le 18 de ce mois Mr de Lamoignon
Avocat Général commença de
plaider à huit heures , &un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations , fi
Elle le jugeoit à propos. Il conclut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deffenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes . Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte , qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy , par des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
N jj
164 LE NOUVEAU
Grand Convent des Cordeliers &
dans ceux de la Province. Deffenfe
aux Cordeliers , de mettre à execution
lefdits Statuts , & notamment
en ce que par iceux , il eft
deffendu de fe pourvoir devant les
Archevêques & Evêques Royaux.
Ce Prononcé fut aplaudi unanimement
par tout l'Auditoire qui
étoit des plus nombreux , parce
qu'il s'agiffoit d'une Abbeffe
tuelle dépofée.
perpe-
Le 19. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant pris médecine , pria
Mde la Ducheffe de Vantadour , de
venir fervir le Roy à Table ce jour
là, ce qu'elle continua le lendemain .
Le 20. on aprit la mort de
Mr l'Evêque de S. Paul trois Chateaux
, Suffragant de l'Archevêché
d'Arles.
Le Navire SPRIT , ponté de
Conftruction Hollandoife , nommé
la Ville de Paris , conduit par le
Capitaine Jean Darra , arriva le 20
de ce mois , vis -à-vis le gros Pavillon
du Louvre. Il eft parti de
MERCURE
165
la Rade du Havre , le dix du courant
, chargé de Marchandifes.
CetteEpreuve jointe à la premiere,
dont on a parlé dans le Mercure
de Janvier , perfuade que la Navigation
de laMer, en droiture dans
cette Capitale , eft très facile à établir.
Mrs Cabot de Cailletot , & Ronay
, Auteurs de cette entreprife ,
ont fournis au Confeil, des Mémoires
fort amples , fur l'utilité que,
Paris , & le Royaume en retireroient.
Ils font voir que l'avantage
qu'on en reçevra , réflechira néceffairement
fur tout le Commerce de
la France ; que l'abondance poura
toujours couler dans cette Ville ,
& à beaucoup moins de frais ; Puifla
facilité , & l'accélération de
la voiture , animeront davantage le
Marchand , à faire venir plus librement
des Danrées , dont il ne craindra
plus le dépériffement , comme
il arrivera toujours , lorfqu'on feri.
obligé de décharger une feconde
fois & à moitié Route , ces mêmes.
que
O iij
TGG LE NOUVEAU
Marchandiſes , dans des Bateaux
découverts ; ce qui les retardoit en
Riviere 2 & 3 mois , en alteroit la
qualité , faifoit perdre le tems de
la vente , & les chargeoit de frais
confidérables. Ces Meffieurs ont
fatisfait pleinement aux Objections ,
qu'on a pû leur propofer , contre un
Établiffement , qui va au bien public.
Mr le Comte de Kinigfeg , Amballadeur
de l'Empereur en France,
Gouverneur des Païs Bas , ci -devant
, fon Plenipotentiaire , arriva
Samedy 20 Mars de Bruxelles à
Paris , accompagné de Mde l'Ambaffadrice
fon Epoute , de Mlle de
Lanois fa Coufine ; de Mt le Comte
Charles de Kinigſeg , & de
Mr le Marquis de Catinara fes Neveux
, avec une fuite nombreuſe de
Gentils - hommes Allemands , des
Dlles de Me l'Ambaffadrice , de
plufieurs Pages & Officiers àcheval.
Le 21 de ce mois , Dimanche
des Rameaux , le Roy fe rendit à
la Chapelle du Palais des TuilleMERCURE.
167
ries , précédé par Mr l'Evêque de
Frejus fon Précepteur, par M l'Ab
bé de Maulevrier , & M l'Abbé
de Cambou fes Aumôniers , accompagné
deM le Duc du Maine ,
de Male Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , & de plufieurs Sei
gneurs. S. M. affifta à la Bénédiction
des Palmes , & l'après diné
au Sermon du P. Terraffon de l'Oratoire
, & aux Vêpres chantées
la Mufique.
par
Le Lundy 22. Mtle: Chancelier fe:
rendit aux grands Auguftins , pour
l'Extinction de la Chambre de Juftice
. Il étoit précédé par fes Gardes ,
& ceux de la Prévoté de l'Hôtel ,
commandés par Mr de Monticour
Lieutenant de la Compagnie , à la
fuire des Chanceliers de France.:
Les Huiffiers de la Chancellerie
& ceux de la Chaîne , dont deux
portoient les Maffes , marchans
devant lui avec fes Valets de pied,"
& un Cent- Suiffe du Roy; Il fur
reçû à la porte par le Superieur ‹
de la Maifon , qui le complimenta.
Fermer
1192
p. 168-171
Discours de M le Chancelier à la Chambre de Justice. [titre d'après la table]
Début :
Delà, il fut conduit dans une Chapelle qu'on lui avoit préparée [...]
Mots clefs :
Zèle, Peuples, Royaume, Discours, Chambre, Ministres, Sagesse, Éloge, Orateur, Lois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours de M le Chancelier à la Chambre de Justice. [titre d'après la table]
Delà , il fut conduit dans une Chapelle
qu'on lui avoit préparée , pour
entendre la Meffe , où huit Députez
de la Chambre de Justice allerent
le prendre , & le conduifirent
dans la Chambre , à la quelle
il fit ce Difcours .
MESSIEURS ,
Je viens vous annoncer la fin
" de vos travaux , & la fatisfa-
» ction que le Roy & M8 le Regent
,, ont eûe du Zele & du courage avec
,, lequel vous avez fournis votre pénible
carriere : les Peuples du Ro-
" yaume demandoient la vengeance
" des concuffions & vexations immenfes
, qui les avoient affligez
pendant de fi longues années. Vous
,,avez été choifis pour remplir un fi
redoutable Miniftere ; mais les remedes
peuvent devenir des maux ,
"lorfqu'ils durent trop long -tems.
>> A la vûë de tant de Perfonnes,
qui gemiffent des peines qu'elles
endurent , le Peuple tombe dans
H
MERCURE. 169
une efpéce de Confternation , qui ed.
fait languir le Corps Politique ; &
telle eft fon inconftance , qu'il paffe
tout d'un coup de la Haine qu'il
avoit conçue , à la Compaffion
des Miferes , où elles fe trouvent
réduites , & s'accoûtume enfin , à c
les croire innocenres , lorfqu'il les
voit trop long-tems malheurenfes.
C'eft à la fageffe du Souverain ,
de tempérer la néceffité des Loix «*
avec l'indulgence ; ainfi la même «<
fageffe , qui a donné l'être à la c
Chambre de Juſtice , en ordonne
préfentement la fin , & vous renvoye
à des fonctions plus douces ,
mais non moins importantes. Il “
auroit été plus avantageux au P.,
blic , & à vous Meffieurs , que la
même Voix qui vous a affemblez ,
vint vous annoncer la fin de votre
Carriere ; mais je puis vous affu- ..
rer , que Perfonne ne fent mieux
que moi , l'Eloge , qui eft dû au
zele que vous avez pour la Juftice
i vous n'avez pû remplir
en fon entier , l'Objet qui vous étoit "
ес
le
1
Fen Mi
Chinc
179 LE NOUVEAU
»
propofé ; du moins , vous auriez la
fatisfaction précieufe , d'avoir arrêté
le cours d'une déprédation
fans bornes , & de fçavoir que la
Chambre de Juftice va devenir un
Epoque . , où le bon ordre dans
les Finances va fuccéder aux Abus
qui s'y étoient gliffez , la lumiere ,
à l'obfcurité : & la fageffe qui nous
gouverne , n'aura plus que le plaifir
de faire gouter fes bienfaits ,
» & d'établir la grandeur du Roy , &
le bonheur de fes Sujets.
Mr de la Moignon premier Préfident
de la Chambre de Juftice ,
lui répondit en peu de mots ; il
s'étendit particulierement fur la
gloire , qu'il s'étoit acquife au Bareau
, en qualité d'Avocat General ;
quoique dans un âge peu avancé ,
ayant réuni les qualités d'un parfait
Orateur , à celles d'un grand
Magiftrat. Il mit dans un beau
jour , ce qu'il avoit fait depuis ,
dans la Charge de Procureur General
, avec tant de gloire , pour
maintenir les Loix du Royaume ,
C
D
MER CUR Ea 171
& les Libertés de l'Eglife Gallicane.
qu'on lui avoit préparée , pour
entendre la Meffe , où huit Députez
de la Chambre de Justice allerent
le prendre , & le conduifirent
dans la Chambre , à la quelle
il fit ce Difcours .
MESSIEURS ,
Je viens vous annoncer la fin
" de vos travaux , & la fatisfa-
» ction que le Roy & M8 le Regent
,, ont eûe du Zele & du courage avec
,, lequel vous avez fournis votre pénible
carriere : les Peuples du Ro-
" yaume demandoient la vengeance
" des concuffions & vexations immenfes
, qui les avoient affligez
pendant de fi longues années. Vous
,,avez été choifis pour remplir un fi
redoutable Miniftere ; mais les remedes
peuvent devenir des maux ,
"lorfqu'ils durent trop long -tems.
>> A la vûë de tant de Perfonnes,
qui gemiffent des peines qu'elles
endurent , le Peuple tombe dans
H
MERCURE. 169
une efpéce de Confternation , qui ed.
fait languir le Corps Politique ; &
telle eft fon inconftance , qu'il paffe
tout d'un coup de la Haine qu'il
avoit conçue , à la Compaffion
des Miferes , où elles fe trouvent
réduites , & s'accoûtume enfin , à c
les croire innocenres , lorfqu'il les
voit trop long-tems malheurenfes.
C'eft à la fageffe du Souverain ,
de tempérer la néceffité des Loix «*
avec l'indulgence ; ainfi la même «<
fageffe , qui a donné l'être à la c
Chambre de Juſtice , en ordonne
préfentement la fin , & vous renvoye
à des fonctions plus douces ,
mais non moins importantes. Il “
auroit été plus avantageux au P.,
blic , & à vous Meffieurs , que la
même Voix qui vous a affemblez ,
vint vous annoncer la fin de votre
Carriere ; mais je puis vous affu- ..
rer , que Perfonne ne fent mieux
que moi , l'Eloge , qui eft dû au
zele que vous avez pour la Juftice
i vous n'avez pû remplir
en fon entier , l'Objet qui vous étoit "
ес
le
1
Fen Mi
Chinc
179 LE NOUVEAU
»
propofé ; du moins , vous auriez la
fatisfaction précieufe , d'avoir arrêté
le cours d'une déprédation
fans bornes , & de fçavoir que la
Chambre de Juftice va devenir un
Epoque . , où le bon ordre dans
les Finances va fuccéder aux Abus
qui s'y étoient gliffez , la lumiere ,
à l'obfcurité : & la fageffe qui nous
gouverne , n'aura plus que le plaifir
de faire gouter fes bienfaits ,
» & d'établir la grandeur du Roy , &
le bonheur de fes Sujets.
Mr de la Moignon premier Préfident
de la Chambre de Juftice ,
lui répondit en peu de mots ; il
s'étendit particulierement fur la
gloire , qu'il s'étoit acquife au Bareau
, en qualité d'Avocat General ;
quoique dans un âge peu avancé ,
ayant réuni les qualités d'un parfait
Orateur , à celles d'un grand
Magiftrat. Il mit dans un beau
jour , ce qu'il avoit fait depuis ,
dans la Charge de Procureur General
, avec tant de gloire , pour
maintenir les Loix du Royaume ,
C
D
MER CUR Ea 171
& les Libertés de l'Eglife Gallicane.
Fermer
1193
p. 171-175
Extrait de l'édit du Roy, portant extinction de la Chambre de Justice. [titre d'après la table]
Début :
On lût ensuite l'Edit du Roy, portant suppression de la Chambre [...]
Mots clefs :
Édit, Chambre de justice, Déclarations, Finances, Conseil, Arrêts, Condamnation , Comptes, Prince de Conty, Audience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'édit du Roy, portant extinction de la Chambre de Justice. [titre d'après la table]
On lût enfuite l'Edit du Roy ,
portant fuppreffion de la Chambre
de Juſtice ; on en ordonna
l'Enregistrement , & on en fit la
Publication .
Par cet Edit , le Roy fuprime la
Chambre de Juſtice , quitte , remet
& pardonne à tous ceux qui font
compris , tant dans l'Edit portant
Etabliffement de ladite Chambre de
Juſtice , que dans les Déclarations
rendues en conféquence , tous les
Délicts commis par eux, à l'occafion
des Finances & Deniers publics : les
décharge de toute recherche & folidité
, pour raifon des Condamnations
qui peuvent être intervenuës
contre leurs Affociez ; En ce toutefois
non compris à l'égard des Comptables
, le fimple des Omiffions de
Recettes , faux & double Emploi ,
Fauffes Repriſes & Erreurs de Calcul
, pour lefquels , les Prévenus ne
pouront être pourfuivis que Civilement
, le tout en payant par ceux
72 LE NOUVEAU
qui ont efté taxés, les fommes pour
lefquelles ils ont été employés dans
les Rôles arrêtés au Confeil ; commeauffifans
préjudice du payement
de leur part perfonelle,des condemnations
intervenues contr'eux , &
ce,fans préjudice de l'exécution des
Arrêts rendus par ladite Chambre ,
qui feront executés felon leur forme
& teneur : les faifies réelles &
mobiliaires des biens , meubles
& immeubles qui ont été & qui feront
faites , en execution defdits
Rôles arrêtés au Confeil & des Condamnations
prononcées à ladite
Chambre de Justice , feront portées
à la Cour des Aydes de Paris , en
la première Chambre de ladite
Cour : Au furplus les Comptes des
Officiers comptables feront rendus
comme auparavant, en ladite Chambre
de Juſtice.
Le 23 Mr le Prince de Conty
qui fe deftinoit pour la Campagne
de Hongrie , étant allé voir le Roy.
S. M. lui dit Mr le Prince de
Conty, vous n'irés point en Hongrie,
MERCURE. 173
>
grie , vôtre préfence m'eft néceffaire
, je vous accorde le Gouvernement
de Poitou & je vous
donne place dans mes Confeils.
En effet , Mr le Marquis de la
Vieuville abandonne ce Gouvernement
, moyennant la. fomme de
100000 livres à ce Prince , qui le
laiffe jouir durant fa vie de tous les
Revenus , montans à 40000 livres
de Rentes ; cette Grace a été fuivie
de celle , d'entrer au Confeil de Regence
, quoiqu'il n'ait que 22 ans,
étant né le dix Novembre 1695 .
Le 24. Mr Defalleurs , qui eft
Irevenu de fon Ambaffade de la
Porte , eft venu préfenter au Roy,.
une Lettre du Grand Seigneur ,
dont on a vu la Traduction ci- devant
, avec celles du Vifir , & du
Mufty.
Mr l'Abbé Dubois , en confideration
de fes fervices , a été admis
au Confeil des Affaires Etrangeres ,
& fait Sécrétaire du Cabinet du
Roy , à la place de feu Mr de Callieres
; il tiendra la plume.
P
174 LE NOUVEAU
Le Roy a gratifié Mr le Premier
Prefident de Mefmes d'un Don de
500000 livres.
On travaille avec empreffement
aux Equipages de Ms le Prince de
Dombes , qui va fervir en Hongrie.
Ils confiftent en 12. Mulets, 20. Chevaux
de main,une Berline, une Chai
fe de Pofte , & trois Surtouts . Ce
Prince emmene avec lui fon Gou
verneur , 4. Valets de chambre , &
6. Valets de pied.
Le Prince de Pons , & le Chevalier
de Lorraine fon frere, ont obtenus la
même permiffion.
Le Jeudy Saint 25 , le Roy alla à
dix heures du matin , accompagné
de Mer le Duc d'Orleans , de Me
le Duc , & de tous les Princes , dans
la Salle des Cent- Suiffes , où S.
M. y trouva 13 pauvres Enfans ,
couverts d'un drap rouge , avec un
linge , qui leur pendoit au col . Mr
l'Evêque de RENNES , en Habits
Epifcopaux , y officia à la place de
Mr le Cardinal de Rohan , qui
étoit abfent. Mr le Cardinal de
MERCURE. 175
E
Polignac , M l'Abbé de Mule
vrier , Mr l'Abbé de Cambou ,"
Mr l'Abbé de laVieuville , &M l'Abbé
de Froulay , tous Aumôniers du
Roy , y affiterent en Rochet
portant fuppreffion de la Chambre
de Juſtice ; on en ordonna
l'Enregistrement , & on en fit la
Publication .
Par cet Edit , le Roy fuprime la
Chambre de Juſtice , quitte , remet
& pardonne à tous ceux qui font
compris , tant dans l'Edit portant
Etabliffement de ladite Chambre de
Juſtice , que dans les Déclarations
rendues en conféquence , tous les
Délicts commis par eux, à l'occafion
des Finances & Deniers publics : les
décharge de toute recherche & folidité
, pour raifon des Condamnations
qui peuvent être intervenuës
contre leurs Affociez ; En ce toutefois
non compris à l'égard des Comptables
, le fimple des Omiffions de
Recettes , faux & double Emploi ,
Fauffes Repriſes & Erreurs de Calcul
, pour lefquels , les Prévenus ne
pouront être pourfuivis que Civilement
, le tout en payant par ceux
72 LE NOUVEAU
qui ont efté taxés, les fommes pour
lefquelles ils ont été employés dans
les Rôles arrêtés au Confeil ; commeauffifans
préjudice du payement
de leur part perfonelle,des condemnations
intervenues contr'eux , &
ce,fans préjudice de l'exécution des
Arrêts rendus par ladite Chambre ,
qui feront executés felon leur forme
& teneur : les faifies réelles &
mobiliaires des biens , meubles
& immeubles qui ont été & qui feront
faites , en execution defdits
Rôles arrêtés au Confeil & des Condamnations
prononcées à ladite
Chambre de Justice , feront portées
à la Cour des Aydes de Paris , en
la première Chambre de ladite
Cour : Au furplus les Comptes des
Officiers comptables feront rendus
comme auparavant, en ladite Chambre
de Juſtice.
Le 23 Mr le Prince de Conty
qui fe deftinoit pour la Campagne
de Hongrie , étant allé voir le Roy.
S. M. lui dit Mr le Prince de
Conty, vous n'irés point en Hongrie,
MERCURE. 173
>
grie , vôtre préfence m'eft néceffaire
, je vous accorde le Gouvernement
de Poitou & je vous
donne place dans mes Confeils.
En effet , Mr le Marquis de la
Vieuville abandonne ce Gouvernement
, moyennant la. fomme de
100000 livres à ce Prince , qui le
laiffe jouir durant fa vie de tous les
Revenus , montans à 40000 livres
de Rentes ; cette Grace a été fuivie
de celle , d'entrer au Confeil de Regence
, quoiqu'il n'ait que 22 ans,
étant né le dix Novembre 1695 .
Le 24. Mr Defalleurs , qui eft
Irevenu de fon Ambaffade de la
Porte , eft venu préfenter au Roy,.
une Lettre du Grand Seigneur ,
dont on a vu la Traduction ci- devant
, avec celles du Vifir , & du
Mufty.
Mr l'Abbé Dubois , en confideration
de fes fervices , a été admis
au Confeil des Affaires Etrangeres ,
& fait Sécrétaire du Cabinet du
Roy , à la place de feu Mr de Callieres
; il tiendra la plume.
P
174 LE NOUVEAU
Le Roy a gratifié Mr le Premier
Prefident de Mefmes d'un Don de
500000 livres.
On travaille avec empreffement
aux Equipages de Ms le Prince de
Dombes , qui va fervir en Hongrie.
Ils confiftent en 12. Mulets, 20. Chevaux
de main,une Berline, une Chai
fe de Pofte , & trois Surtouts . Ce
Prince emmene avec lui fon Gou
verneur , 4. Valets de chambre , &
6. Valets de pied.
Le Prince de Pons , & le Chevalier
de Lorraine fon frere, ont obtenus la
même permiffion.
Le Jeudy Saint 25 , le Roy alla à
dix heures du matin , accompagné
de Mer le Duc d'Orleans , de Me
le Duc , & de tous les Princes , dans
la Salle des Cent- Suiffes , où S.
M. y trouva 13 pauvres Enfans ,
couverts d'un drap rouge , avec un
linge , qui leur pendoit au col . Mr
l'Evêque de RENNES , en Habits
Epifcopaux , y officia à la place de
Mr le Cardinal de Rohan , qui
étoit abfent. Mr le Cardinal de
MERCURE. 175
E
Polignac , M l'Abbé de Mule
vrier , Mr l'Abbé de Cambou ,"
Mr l'Abbé de laVieuville , &M l'Abbé
de Froulay , tous Aumôniers du
Roy , y affiterent en Rochet
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1194
p. 175-180
Extrait du Discours que M. l'Abbé Bion prononça devant le Roy le jour de la Céne. [titre d'après la table]
Début :
La Cérémonie commença par une courte Instruction, où Mr [...]
Mots clefs :
Discours, Abbé Bion, Courtisans, Cérémonie, Dignité, Dieu, Esprits, Grands, Digression, Réflexions, Apostrophe, Conséquences, Apôtres, Félicité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Discours que M. l'Abbé Bion prononça devant le Roy le jour de la Céne. [titre d'après la table]
La Cérémonie commença par une
courte Intruction , où Mr l'Abbé
Bion , qui en avoit efté chargé , fe
propofa de montrer , que les Grands
doivent regarder les moindres hommes
avec refpect .
&
Après un trait affés vif fur les baffelles
des Coartifans , Source ordinaire
du mépris des Grands pour les
hommes ; il entra en matière
tira fes preuves de la Dignité de
l'homme en general , & de la Mifere
des Grands en particulier.
De la Dignité de l'homme en general.
Il est formé à l'image de Dieu;
il a efté racheté du Sang d'un Dieu ;
il est appellé au Royaume de Dieu.
De la Mifere des Grands en particulier.
Leur Condition eft la plus
malheureuſe pour le falut;ils ne font
faits que pour fervir les autres ; leur
Grandeur n'eft que lafuite & l'effet
du péché. Verités hardies que
Mc
175 LE NOUVEAU
ود
> à
l'Abbé Bion ne traita, qu'après avoir
prévenu l'abus que la Malignité hu--
maine pouroit en faire. Car fi
les Grands , dit-il , font portés à méprifer
le commun des hommes ; le
Commun des hommes n'eft gueres
moins difpofé à médire des Grands;
& malheur à moi, fi en voulant
détromper les uns , je venois autorifer
les autres. Vous ,donc Efprits
chagrins , Coeurs fuperbes , s'il en
étoit quelqu'un. Vous , dis -je
qui l'Orgueil , où la mauvaife humeur
rend toute domination importune
, & qui , peut - être , vousfaifiez
déja un plaifir malin , d'entendre
ici décrier la Grandeur ; prénez
à votre tour les réponfes de
la Religion. Que , les Grands ,
vous dira-t-elle , s'affligent de leur
Etat , comme de la condition la plus
malheureufe pour le fut : Qu'ils
engémiffent , comme d'une espéce
de défordre dans la Nature : Qu'ils
fe régardent comme des victimes
dévouées au bien public. C'est à
eux feuls . qu'il apartient de feſe
MERCURE. 177
voir fous cette face fi humiliante .
Mais pour vous , il ne vous eft permis
de les envifager , que comme
tenans à votre égard , la place du
Souverain Etre , que comme Dépofitaires
d'une autorité , qui n'eft
autre , que celle de Dieu -même :
en un mot, que comme des Perſonnes
facrées , en qui vous devez
honorer l'image vifible du Tout-
Puillant.
Aprés cette digreffiɔn , qui étoit
néceffaire , pour autorifer la Morale
un peu vive de Mr l'Abbé
Bion , contre les Grands ; il revint
à fonfujet, & Dévelopa fes fix Réflexions
, mais d'une maniere fi précife
, qu'il n'eſt pas poffible d'en
rien extraire. Je raporterai feulement
ce qui regarde la Cinquiéme ;
voir , que les Grands ne font
faits , que pour fervir les autres.
Que vous foyez établis , leur dit-il ,
pour fervir au bien public , independemment
de ce que la Religion
nous enfeigne fur ce point ; En
faut-il d'autre preuve , que la con→
Piij
178 LE NOUVEAU
duite du fage Prince , qui nous gouverne
? dès que le facré dépôt de
l'Autorité Royale lui fut, confié , ne
l'a -t'onpas vû, ramenant laGrandeur
à fa véritable fin ; non feulement
fe confacrer lui- même tout entier
au bonheur de cet Empire , mais
dans la Néceffité indifpenfable de
partager le Travail , s'affocier encore
par préférence , les plus Diftingués
d'entre Vous. Ah ! ne mépriſezdonc
pas des hommes , dont la
félicité doit être nôtre unique objet
; & puifqu'ils ne font point indignes
de vos foins . Refpectés-vous,
vous- mêmes, en les refpectant.
Le difcours finit par cette Apoftrophe
au Roy.
SIRE ,
,, Il y auroit plufieuresConfequen
,, ces à tirer de ces principes pour
la conduite particuliere des Sou-
,, verains. Mais je laiffe aux Grands
hommes qui vous environnent, le
foin de vous les developer. C'eft
3)
AV
179
MERCURE
.
»
و د
"3
,,
à eux qu'il eft refervé de nous
former en vous , unMonarque felon
,, le coeur de Dieu : & fans préten-
,, dre diminuer de leur gloire , j'ofe
affurer , SIRE , que par la droi-
,, ture de vostre efprit , & plus en-
» core par celle de voftre coeur, vous
,, leur rendrez bien aifée une fonc-
,, tion,d'ordinaire fi épineufe. Per-
,, mettez-moi feulement,en finiffant
,, ce Difcours , de vous adreiler en-
,, core les paroles de J. C. à fes
Apôtres,lorfqu'il va achever l'Action
éclatante que vous allez com-
,, mencer. C'eft , qu'après avoir con-
,, nu l'important devoir que je viens
d'établir , & que la Cérémonie de
,, ce jour vous rappellera chaque année
, vous ferez heureux , même
felon le monde , fi vous l'accom-
,, pliffez fidelement. Oui , SIRE .
yous ferez heureux,parce que nous
le ferons nous -mêines , & que le
bonheur d'un bon Prince n'eſt
point diftingué de la félicité de
,, fes peuples . Verité effentielle dont
Vôtre MAJESTE' fera un jour
-
و د
و د
"
و د
و د
""
99
و د
"
180 LE NOUVEAU
""
,, le fondement de fa politique , &
quisaprésl'avoir rendue fur la Terre,
les delices de ce vafte Empire,
lui procurera dans le Ciel la Cou-
,, ronne que Dieu referve aux Roys
felon fon Coeur.
و د
"
Au reste , je ne crois pas néceffaire
de dire ici , qui eft Mr l'Abbé
Bion : il eft affés connu par
le Panegyrique
de S. Louis qu'il a prononcé
en 1715. devant Meffieurs de
l'Académie Françoife.
courte Intruction , où Mr l'Abbé
Bion , qui en avoit efté chargé , fe
propofa de montrer , que les Grands
doivent regarder les moindres hommes
avec refpect .
&
Après un trait affés vif fur les baffelles
des Coartifans , Source ordinaire
du mépris des Grands pour les
hommes ; il entra en matière
tira fes preuves de la Dignité de
l'homme en general , & de la Mifere
des Grands en particulier.
De la Dignité de l'homme en general.
Il est formé à l'image de Dieu;
il a efté racheté du Sang d'un Dieu ;
il est appellé au Royaume de Dieu.
De la Mifere des Grands en particulier.
Leur Condition eft la plus
malheureuſe pour le falut;ils ne font
faits que pour fervir les autres ; leur
Grandeur n'eft que lafuite & l'effet
du péché. Verités hardies que
Mc
175 LE NOUVEAU
ود
> à
l'Abbé Bion ne traita, qu'après avoir
prévenu l'abus que la Malignité hu--
maine pouroit en faire. Car fi
les Grands , dit-il , font portés à méprifer
le commun des hommes ; le
Commun des hommes n'eft gueres
moins difpofé à médire des Grands;
& malheur à moi, fi en voulant
détromper les uns , je venois autorifer
les autres. Vous ,donc Efprits
chagrins , Coeurs fuperbes , s'il en
étoit quelqu'un. Vous , dis -je
qui l'Orgueil , où la mauvaife humeur
rend toute domination importune
, & qui , peut - être , vousfaifiez
déja un plaifir malin , d'entendre
ici décrier la Grandeur ; prénez
à votre tour les réponfes de
la Religion. Que , les Grands ,
vous dira-t-elle , s'affligent de leur
Etat , comme de la condition la plus
malheureufe pour le fut : Qu'ils
engémiffent , comme d'une espéce
de défordre dans la Nature : Qu'ils
fe régardent comme des victimes
dévouées au bien public. C'est à
eux feuls . qu'il apartient de feſe
MERCURE. 177
voir fous cette face fi humiliante .
Mais pour vous , il ne vous eft permis
de les envifager , que comme
tenans à votre égard , la place du
Souverain Etre , que comme Dépofitaires
d'une autorité , qui n'eft
autre , que celle de Dieu -même :
en un mot, que comme des Perſonnes
facrées , en qui vous devez
honorer l'image vifible du Tout-
Puillant.
Aprés cette digreffiɔn , qui étoit
néceffaire , pour autorifer la Morale
un peu vive de Mr l'Abbé
Bion , contre les Grands ; il revint
à fonfujet, & Dévelopa fes fix Réflexions
, mais d'une maniere fi précife
, qu'il n'eſt pas poffible d'en
rien extraire. Je raporterai feulement
ce qui regarde la Cinquiéme ;
voir , que les Grands ne font
faits , que pour fervir les autres.
Que vous foyez établis , leur dit-il ,
pour fervir au bien public , independemment
de ce que la Religion
nous enfeigne fur ce point ; En
faut-il d'autre preuve , que la con→
Piij
178 LE NOUVEAU
duite du fage Prince , qui nous gouverne
? dès que le facré dépôt de
l'Autorité Royale lui fut, confié , ne
l'a -t'onpas vû, ramenant laGrandeur
à fa véritable fin ; non feulement
fe confacrer lui- même tout entier
au bonheur de cet Empire , mais
dans la Néceffité indifpenfable de
partager le Travail , s'affocier encore
par préférence , les plus Diftingués
d'entre Vous. Ah ! ne mépriſezdonc
pas des hommes , dont la
félicité doit être nôtre unique objet
; & puifqu'ils ne font point indignes
de vos foins . Refpectés-vous,
vous- mêmes, en les refpectant.
Le difcours finit par cette Apoftrophe
au Roy.
SIRE ,
,, Il y auroit plufieuresConfequen
,, ces à tirer de ces principes pour
la conduite particuliere des Sou-
,, verains. Mais je laiffe aux Grands
hommes qui vous environnent, le
foin de vous les developer. C'eft
3)
AV
179
MERCURE
.
»
و د
"3
,,
à eux qu'il eft refervé de nous
former en vous , unMonarque felon
,, le coeur de Dieu : & fans préten-
,, dre diminuer de leur gloire , j'ofe
affurer , SIRE , que par la droi-
,, ture de vostre efprit , & plus en-
» core par celle de voftre coeur, vous
,, leur rendrez bien aifée une fonc-
,, tion,d'ordinaire fi épineufe. Per-
,, mettez-moi feulement,en finiffant
,, ce Difcours , de vous adreiler en-
,, core les paroles de J. C. à fes
Apôtres,lorfqu'il va achever l'Action
éclatante que vous allez com-
,, mencer. C'eft , qu'après avoir con-
,, nu l'important devoir que je viens
d'établir , & que la Cérémonie de
,, ce jour vous rappellera chaque année
, vous ferez heureux , même
felon le monde , fi vous l'accom-
,, pliffez fidelement. Oui , SIRE .
yous ferez heureux,parce que nous
le ferons nous -mêines , & que le
bonheur d'un bon Prince n'eſt
point diftingué de la félicité de
,, fes peuples . Verité effentielle dont
Vôtre MAJESTE' fera un jour
-
و د
و د
"
و د
و د
""
99
و د
"
180 LE NOUVEAU
""
,, le fondement de fa politique , &
quisaprésl'avoir rendue fur la Terre,
les delices de ce vafte Empire,
lui procurera dans le Ciel la Cou-
,, ronne que Dieu referve aux Roys
felon fon Coeur.
و د
"
Au reste , je ne crois pas néceffaire
de dire ici , qui eft Mr l'Abbé
Bion : il eft affés connu par
le Panegyrique
de S. Louis qu'il a prononcé
en 1715. devant Meffieurs de
l'Académie Françoife.
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1195
p. 180-185
Autre Extrait du Discours que le R. P. Terrasson prononça dev. le Roy le jour de Pasques. [titre d'après la table]
Début :
Le Sermon fini. Mr l'Evêque de Rennes monta en chaire, [...]
Mots clefs :
Évêque, Sermon, Roi de France, Apôtres, Cérémonie, Duc, Estampes, Gentilhommes, Pâques, Jésus, Zèle, Innocence, Amour, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Extrait du Discours que le R. P. Terrasson prononça dev. le Roy le jour de Pasques. [titre d'après la table]
Le Sermon fini . Mr l'Evêque de
Rennes monta en chaire , la Mitre
fur la tête , la Croffe en main , &
donna l'Abfoure. Le Roy vint auffitôt
laver les pieds des 13. Pauvres,
repréfentans les Apôtres après
avoir verfé de l'eau fur leurs pieds ,
& les avoir effuyez , il les leur baifa .
Cette Ceremonie finie , on fervit les
Pauvres dans l'ordre fuivant. Mr
Defgranges Me des Ceremonies ,precedé
d'un Huiffier ; Mr le Marquis
de Dreux grand Me des Ceremonies
-avec fon bâton de Commandement,
fuivi de treize Mes d'Hoftel ; M85
MERCURE. 181.
le Duc grand Me de la Maifon du .
Roy , portant un bâton parfemné de
Fleurs -de-Lis d'or , marchoient les
premiers , en faifant une profonde
Reverence,lorfqu'ilspaffoientdevant
S. M, Enfuite venoit Mer le Duc
d'Orleans , portant un Plat de bois
fur lequel eftoient treize petits pains
avec une Galette , fuivi de Mrle Marquis
d'Estampes fon Capitaine des
Gardes : Merle Comte de Charollois
y portoit une Cruche pleine de
vin avec une coupe par deffus , le .
tout de bois . Merle Prince de Conti,
Me le Duc du Maine , Mgr le Prince.
de Dombes , Mgr le Comte d'Eu
portoient , l'un, un plat de poiffons,
l'autre de legumes ;des confitures &
du fruit , eftant fuivis du grand
Echanfon , du grand Panetier &...
& des Gentilhommes fervans qui
eſtoient au nombre de treize,portans
auffi chacun leur plat ; à mefure que
l'on aportoit ces plats au Roy , S.
M. les donnoit aux Pauvres . Cette
Ceremonie recommença juſqu'à 13 .
fais , parce que l'on fervoit treize
182 LE
NOUVEAU
-
plats à chaque pauvre. La ceremo
nie finie,le Royfe rendit aux Feüillants
pour y entendre les Tenebres.
Le 28. jour de Pâques , le Roy
ayant affifté à tout l'Office du matin
, avec une modeftie exemplaire,
foûtenue de beaucoup de dignité ,
entendit le Sermon prêché par le R.
P. Terraffon . Cet illuftre Prédicateur
acheva d'enlever les fuffrages
de toute la Cour , par le compliment
qu'il adreffa & S. M. & qui
fit la conclufion de fon Difcours.
Pour en voir tous les raports
, il
faut remarquer
que dansl ' Article qui le précedit
, il avoit été établi
que la Refirection
Spirituelle
( pour
être parfaitement
conforme
à la Refurection
de JESUS
- CHRIST
felon la Chair ) devoit être perfeverante
, & exempte
d'une nou- velle mort.
"" C'eft de vous , Omon Sauyeur ,
,, que nous atendons cette impor-
,, tante Grace , & le grand Mitté-
,, re que nous Célébrons , devient
,, le plus ferme appui de notre efpeMERCURE.
is;
›
pour
.2
te
ce
rance : Mais fi la plus pure Inocence
n'eft pas moins fujette à l'infta- «
bilité , que la nouvelle vie que nous ec
embraffons , elle n'a pas un moindre
interêt à obtenir , des mérites
de votre Refurection , la précieuſe
Grace de la Perfeverance . Et .
qui l'emploirions - nous O mon "
Dieu , avec plus de Zele ? que pour «e
ce digne Fils de vôtre Droite , qui «
fait aujourd'huy la refource , & les
delices de tout vôtre Peuple : déja ,
Seigneur , vous l'avez en quelque
forte reffufcité au monde , l'orfqu'en "
ces triſtes jours , où nous vîmes prefque
s'éteindre avec lui , toutes nos ‹‹
efperances , vous le ranimâtes de
votre foufle , & que par les tendres
ménagements de la fidele Gardienne
de fa premiere Enfance
vous le rendîtes à la lumiére , & à ‹
nos plus ardents défirs : Mais ce "
Miracle de vôtre amour n'en eſt
encore le plus important , & la Côn- ,
fervation de fon innocence fignalera
bien plus vôrre mifericorde que
la confervation de fa vie. Tout im- "
,
"
pas ce
34
LE NOUVEAU
;
plore pour lui , Seigneur , une gra-
" ce fifinguliere , & les dons mêmes,
"' que vous avez fi abondament verfé
dans fon âme , en font les confolans
préfages . Cette heureufe
difpofition à la piété ; cette atention
refpectueufe que nous lui avons
> vú donner à vôtre parole , en un âge
"
qui n'y aporte gueres que de l'ennui,
,,& des inquiétudes ; ce Caractere de
,,gravité , qui fans lui rien ôter de fes
graces les plus brillantes , tourne
" toutes fes affections du côté des
" chofes ferieufes , & le laiffe fans ardeur
, & fans goût pour tous les
,,frivoles amuſements è tant d'autres
vertus naillantes , fi hurenfement
cultivées par les fages Miniftres de
"fon éducation prêtent chaque jour
" de nouvelles forces à nos efpéran-
"
33
ces. Mais Seigneur , c'eft au milieu
,, des écueils que flote fon Innocence ,
& le Trône même qui devroit en
rehauffer l'éclat , fera pour elle le
plus dangereux . Bientôt l'yvrelle de
" la Grandeur , le Poifon de la flâterie
, l'Enchantement des plaifirs ,
confpiMERCURE.
185
pur
confp rerontà la corrompre ; & comment
le garentira -t'elle de leurs atreintes
, fi votre Puiffante Grace ne
veille fans ceffe à la proteger? Ah !
Seigneur , ne permettés pas qu'une
fi belle Fleur foit jamais flétrie .
C'est pour un Roy que nous vous
implorons , pour un Roy auffi
à vos yeux , qu'il eft aimable aux
nôtres Que votre amour foit à
jamais gravé dans fon coeur. Que
vôtre Loy foit toujours la régle de
fes entreprifes. Qu'il ne perde jamais
de vûë , ni vos Jugements , ni
vos Récompenfes : Et tandis que
l'Illuftre Prince , Dépofitaire de fa
Puiffance , fignale fa fageffe à lui
préparer fur la Terre , un Royaume
paifible , & floriffant ; fignalez ,
Seigneur , vôtre mifericorde à préparer
, dans le Ciel , à l'un , & à
l'autre , des Couronnes éternelles ,
& incorruptibles.
Rennes monta en chaire , la Mitre
fur la tête , la Croffe en main , &
donna l'Abfoure. Le Roy vint auffitôt
laver les pieds des 13. Pauvres,
repréfentans les Apôtres après
avoir verfé de l'eau fur leurs pieds ,
& les avoir effuyez , il les leur baifa .
Cette Ceremonie finie , on fervit les
Pauvres dans l'ordre fuivant. Mr
Defgranges Me des Ceremonies ,precedé
d'un Huiffier ; Mr le Marquis
de Dreux grand Me des Ceremonies
-avec fon bâton de Commandement,
fuivi de treize Mes d'Hoftel ; M85
MERCURE. 181.
le Duc grand Me de la Maifon du .
Roy , portant un bâton parfemné de
Fleurs -de-Lis d'or , marchoient les
premiers , en faifant une profonde
Reverence,lorfqu'ilspaffoientdevant
S. M, Enfuite venoit Mer le Duc
d'Orleans , portant un Plat de bois
fur lequel eftoient treize petits pains
avec une Galette , fuivi de Mrle Marquis
d'Estampes fon Capitaine des
Gardes : Merle Comte de Charollois
y portoit une Cruche pleine de
vin avec une coupe par deffus , le .
tout de bois . Merle Prince de Conti,
Me le Duc du Maine , Mgr le Prince.
de Dombes , Mgr le Comte d'Eu
portoient , l'un, un plat de poiffons,
l'autre de legumes ;des confitures &
du fruit , eftant fuivis du grand
Echanfon , du grand Panetier &...
& des Gentilhommes fervans qui
eſtoient au nombre de treize,portans
auffi chacun leur plat ; à mefure que
l'on aportoit ces plats au Roy , S.
M. les donnoit aux Pauvres . Cette
Ceremonie recommença juſqu'à 13 .
fais , parce que l'on fervoit treize
182 LE
NOUVEAU
-
plats à chaque pauvre. La ceremo
nie finie,le Royfe rendit aux Feüillants
pour y entendre les Tenebres.
Le 28. jour de Pâques , le Roy
ayant affifté à tout l'Office du matin
, avec une modeftie exemplaire,
foûtenue de beaucoup de dignité ,
entendit le Sermon prêché par le R.
P. Terraffon . Cet illuftre Prédicateur
acheva d'enlever les fuffrages
de toute la Cour , par le compliment
qu'il adreffa & S. M. & qui
fit la conclufion de fon Difcours.
Pour en voir tous les raports
, il
faut remarquer
que dansl ' Article qui le précedit
, il avoit été établi
que la Refirection
Spirituelle
( pour
être parfaitement
conforme
à la Refurection
de JESUS
- CHRIST
felon la Chair ) devoit être perfeverante
, & exempte
d'une nou- velle mort.
"" C'eft de vous , Omon Sauyeur ,
,, que nous atendons cette impor-
,, tante Grace , & le grand Mitté-
,, re que nous Célébrons , devient
,, le plus ferme appui de notre efpeMERCURE.
is;
›
pour
.2
te
ce
rance : Mais fi la plus pure Inocence
n'eft pas moins fujette à l'infta- «
bilité , que la nouvelle vie que nous ec
embraffons , elle n'a pas un moindre
interêt à obtenir , des mérites
de votre Refurection , la précieuſe
Grace de la Perfeverance . Et .
qui l'emploirions - nous O mon "
Dieu , avec plus de Zele ? que pour «e
ce digne Fils de vôtre Droite , qui «
fait aujourd'huy la refource , & les
delices de tout vôtre Peuple : déja ,
Seigneur , vous l'avez en quelque
forte reffufcité au monde , l'orfqu'en "
ces triſtes jours , où nous vîmes prefque
s'éteindre avec lui , toutes nos ‹‹
efperances , vous le ranimâtes de
votre foufle , & que par les tendres
ménagements de la fidele Gardienne
de fa premiere Enfance
vous le rendîtes à la lumiére , & à ‹
nos plus ardents défirs : Mais ce "
Miracle de vôtre amour n'en eſt
encore le plus important , & la Côn- ,
fervation de fon innocence fignalera
bien plus vôrre mifericorde que
la confervation de fa vie. Tout im- "
,
"
pas ce
34
LE NOUVEAU
;
plore pour lui , Seigneur , une gra-
" ce fifinguliere , & les dons mêmes,
"' que vous avez fi abondament verfé
dans fon âme , en font les confolans
préfages . Cette heureufe
difpofition à la piété ; cette atention
refpectueufe que nous lui avons
> vú donner à vôtre parole , en un âge
"
qui n'y aporte gueres que de l'ennui,
,,& des inquiétudes ; ce Caractere de
,,gravité , qui fans lui rien ôter de fes
graces les plus brillantes , tourne
" toutes fes affections du côté des
" chofes ferieufes , & le laiffe fans ardeur
, & fans goût pour tous les
,,frivoles amuſements è tant d'autres
vertus naillantes , fi hurenfement
cultivées par les fages Miniftres de
"fon éducation prêtent chaque jour
" de nouvelles forces à nos efpéran-
"
33
ces. Mais Seigneur , c'eft au milieu
,, des écueils que flote fon Innocence ,
& le Trône même qui devroit en
rehauffer l'éclat , fera pour elle le
plus dangereux . Bientôt l'yvrelle de
" la Grandeur , le Poifon de la flâterie
, l'Enchantement des plaifirs ,
confpiMERCURE.
185
pur
confp rerontà la corrompre ; & comment
le garentira -t'elle de leurs atreintes
, fi votre Puiffante Grace ne
veille fans ceffe à la proteger? Ah !
Seigneur , ne permettés pas qu'une
fi belle Fleur foit jamais flétrie .
C'est pour un Roy que nous vous
implorons , pour un Roy auffi
à vos yeux , qu'il eft aimable aux
nôtres Que votre amour foit à
jamais gravé dans fon coeur. Que
vôtre Loy foit toujours la régle de
fes entreprifes. Qu'il ne perde jamais
de vûë , ni vos Jugements , ni
vos Récompenfes : Et tandis que
l'Illuftre Prince , Dépofitaire de fa
Puiffance , fignale fa fageffe à lui
préparer fur la Terre , un Royaume
paifible , & floriffant ; fignalez ,
Seigneur , vôtre mifericorde à préparer
, dans le Ciel , à l'un , & à
l'autre , des Couronnes éternelles ,
& incorruptibles.
Fermer
1196
p. 185-189
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Mre François de la Fonds, Seigneur de la Beuvriere, Colonel d'un [...]
Mots clefs :
Décès, Seigneur, Colonel, Dame, Duc, Chevalier, Conseiller, Familles, Prêtre, Lieutenant général
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES. MORTS.
Mre François de la Fonds, Seigneur
de la Beuvriere , Colonel d'un
Regiment d'infanterie , mourut le
25 Février 1717. Il étoit fils de
186 LE NOUVEAU
Mre Claude de la Fonds , Seigneur
de la Beuvriere,Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roy,
ci-devant Intendant de Juftice en
Franche Comté , puis és Armées
du Roy en Allemagne , puis en
Alface ; & de Dame Jeanne Bence ;
& petit fils de Jacques de la Fonds ,
Seigneur de la Beuvriere , Sécrétaire
du Roy , & Garde des Rolles
des Offices de Finance , mort
en 1679 , & de Marguerite Bauvelier
Il étoit neveu de Dame
Marguerite de la Fonds , femme de
Mre Philippes - Augufte le Hardy ",
Marquis de la Trouffe , Chevalier
des Ordres du Roy.
Dame Marie - Victoire- Armande
de la Tremoille , femme d'Emanuël
- Theodofe de la Tour , Duc
d'Albret , Pair & Grand Chambellan
de France , qu'elle avoit époufé
le premier Février 1696 ,
mourut le cinq Mars 1717 , en fa
quarantiéme année , laiffant, entr'autres
enfans deux fils , & une fille
mariée à Mr le Duc de Melun.
Elle étoit feur de Mr le Duc de
la Tremoille , & fille de feu CharMERCURE.
187
les Belgique - Hollande Duc de la
Tremoille , de Thouars , de Chaftelleraut
& de Loudun ' , Pair de
France , Chevalier des Ordres du
Roy , Premier Gentil-Homme de
la Chambre de S. M. & de Magdeleine
de Crequy. Les Noms de
la Tour en Auvergne , de la Tremoille
en Poitou , & de Crequy
en Picardie , font fi grands , & fi illuftres
; & par conféquent vous
doivent être fi connus , que je crois
pouvoir me difpenfer , de vous en
doner ici aucun détail Généalogique .
Mre François de Callieres Chevalier,
Seigneurde laRoche - Chellay,
& de Gigny , Confeiller ordinaire
du Roy en fes Confeils , Sécrétaire
du Cabinet de S. M. ,
l'un des quarante de l'Academie
Françoife , & ci-devant Ambafladeur
Extraordinaire
, & Plenipotentiaire
de France à Rifvvick , mourut
le 5 Mars 1717 , fans laiffer de
pofterité .
Dame N. de Riants , femme de
Mré Anne - Charles Goiflard , Seigueur
de Monfabert , Confeiller
au Parlement , mourut le 16 Mars
Qij
188 LE NOUVEAU
1717. Elle étoit fille de feu Armand
de RiantsComte de Regmalart,
& Baron de Voré au Perche , Cornette
général des Dragons de
France , & de feu Therefe Angelique
Bourlon , petite fille de
François de Riants , Maître des
Requêtes , & de Louife de Moucy
, & arriere petite fille de François
de Riants Seigneur de Houdangeau
au Perche , Maître des
Requêtes & Confeiller d'Etat , lequel
étoit fi's de Gilles de Riants ,
Baron de Villeray au Perche ,
Préfident-à-Mortier au Parlement
de Paris , & Chancelier de Mr le
le Duc d'Anjou , frere du Roy,
mort l'an 1597 , fils de Denis Riants
, Seigneur de Villeray , aufli
Préfident-à -Mortier au Parlementde
Paris. Outre l'avantage què
la famille de Riants a , d'être
décorée des premieres Charges de
la Robe depuis plus de 160 ans :
Elle a encore celui de s'être alliée
aux Maifons de Bloffet Torcy , de
Mariden , Champagne la Suze , de-
Beauxoncles , de Laval , d'Angennes
, le Comte Nonant , &
MERCURE 189
à plufieures familles diftinguées
dans la Robe.
Pour M Goiflard de Monfabert,
il eft fils de Mre Marc Anne Goiflard
auffi Confeiller au Parlement,
& de Dame Anne le Maiftre , Dame
de Monfabert , petit fils d'André
Goislard Maître des Comtes à
Paris , & arriere petit fils de Jacques
Goiflard reçû Secretaire du Roy, l'an
1608 , & de Marie Sevin,
Mr d'Albergoti Lieutenant Général
des Armées du Roy , & Chevalier
de fes Ordres , Gouverneur de.
Sar Louis , Colonel du Regiment
Royal Italien , mourut d'apoplexie
à Paris, le 23 de ce mois,âgé de 63ans,
étant né à Florence le 25 Mai 1654.
-
Mr le Marquis d'Albergoti fon
Neveu , a obtenu l'agrément pour
ce Regiment.
Le P. Hubert Prêtre de l'Oratoire
célébre Predicateur , mourut le 22
Mars 1717,
Mre François de la Fonds, Seigneur
de la Beuvriere , Colonel d'un
Regiment d'infanterie , mourut le
25 Février 1717. Il étoit fils de
186 LE NOUVEAU
Mre Claude de la Fonds , Seigneur
de la Beuvriere,Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roy,
ci-devant Intendant de Juftice en
Franche Comté , puis és Armées
du Roy en Allemagne , puis en
Alface ; & de Dame Jeanne Bence ;
& petit fils de Jacques de la Fonds ,
Seigneur de la Beuvriere , Sécrétaire
du Roy , & Garde des Rolles
des Offices de Finance , mort
en 1679 , & de Marguerite Bauvelier
Il étoit neveu de Dame
Marguerite de la Fonds , femme de
Mre Philippes - Augufte le Hardy ",
Marquis de la Trouffe , Chevalier
des Ordres du Roy.
Dame Marie - Victoire- Armande
de la Tremoille , femme d'Emanuël
- Theodofe de la Tour , Duc
d'Albret , Pair & Grand Chambellan
de France , qu'elle avoit époufé
le premier Février 1696 ,
mourut le cinq Mars 1717 , en fa
quarantiéme année , laiffant, entr'autres
enfans deux fils , & une fille
mariée à Mr le Duc de Melun.
Elle étoit feur de Mr le Duc de
la Tremoille , & fille de feu CharMERCURE.
187
les Belgique - Hollande Duc de la
Tremoille , de Thouars , de Chaftelleraut
& de Loudun ' , Pair de
France , Chevalier des Ordres du
Roy , Premier Gentil-Homme de
la Chambre de S. M. & de Magdeleine
de Crequy. Les Noms de
la Tour en Auvergne , de la Tremoille
en Poitou , & de Crequy
en Picardie , font fi grands , & fi illuftres
; & par conféquent vous
doivent être fi connus , que je crois
pouvoir me difpenfer , de vous en
doner ici aucun détail Généalogique .
Mre François de Callieres Chevalier,
Seigneurde laRoche - Chellay,
& de Gigny , Confeiller ordinaire
du Roy en fes Confeils , Sécrétaire
du Cabinet de S. M. ,
l'un des quarante de l'Academie
Françoife , & ci-devant Ambafladeur
Extraordinaire
, & Plenipotentiaire
de France à Rifvvick , mourut
le 5 Mars 1717 , fans laiffer de
pofterité .
Dame N. de Riants , femme de
Mré Anne - Charles Goiflard , Seigueur
de Monfabert , Confeiller
au Parlement , mourut le 16 Mars
Qij
188 LE NOUVEAU
1717. Elle étoit fille de feu Armand
de RiantsComte de Regmalart,
& Baron de Voré au Perche , Cornette
général des Dragons de
France , & de feu Therefe Angelique
Bourlon , petite fille de
François de Riants , Maître des
Requêtes , & de Louife de Moucy
, & arriere petite fille de François
de Riants Seigneur de Houdangeau
au Perche , Maître des
Requêtes & Confeiller d'Etat , lequel
étoit fi's de Gilles de Riants ,
Baron de Villeray au Perche ,
Préfident-à-Mortier au Parlement
de Paris , & Chancelier de Mr le
le Duc d'Anjou , frere du Roy,
mort l'an 1597 , fils de Denis Riants
, Seigneur de Villeray , aufli
Préfident-à -Mortier au Parlementde
Paris. Outre l'avantage què
la famille de Riants a , d'être
décorée des premieres Charges de
la Robe depuis plus de 160 ans :
Elle a encore celui de s'être alliée
aux Maifons de Bloffet Torcy , de
Mariden , Champagne la Suze , de-
Beauxoncles , de Laval , d'Angennes
, le Comte Nonant , &
MERCURE 189
à plufieures familles diftinguées
dans la Robe.
Pour M Goiflard de Monfabert,
il eft fils de Mre Marc Anne Goiflard
auffi Confeiller au Parlement,
& de Dame Anne le Maiftre , Dame
de Monfabert , petit fils d'André
Goislard Maître des Comtes à
Paris , & arriere petit fils de Jacques
Goiflard reçû Secretaire du Roy, l'an
1608 , & de Marie Sevin,
Mr d'Albergoti Lieutenant Général
des Armées du Roy , & Chevalier
de fes Ordres , Gouverneur de.
Sar Louis , Colonel du Regiment
Royal Italien , mourut d'apoplexie
à Paris, le 23 de ce mois,âgé de 63ans,
étant né à Florence le 25 Mai 1654.
-
Mr le Marquis d'Albergoti fon
Neveu , a obtenu l'agrément pour
ce Regiment.
Le P. Hubert Prêtre de l'Oratoire
célébre Predicateur , mourut le 22
Mars 1717,
Fermer
1197
p. 189-191
MARIAGES.
Début :
Mre Antoine Gaspard de Colins Comte de Mortagne, cy-devant Premier Ecuyer [...]
Mots clefs :
Mariages, Duchesse, Comte, Dame, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIA GES.
Mre Antoine Gafpard de Colins
Comte de Mortagne , cy- levan :
Premier Ecuyer de S.A. R. Ma-
Qüij
190 LE NOUVEAU
dame Ducheffe d'Orleans , & auf
fi Capitaine Lieutenant des Gendirmes
de Bourgogne a épousé
le.. Mars. Dlle Charlotte deRohau ,
fille aînée de Mre Charles de Rohan
, Prince de Guemené Duc de
мntbazon , Pair de France & de
Dame Charlotte Elizabeth de Cochefilet
de Vaurineux ; мr le
Comte de Mortagne fort d'une famille
originaire des Païs - Bas , où
elle tient rang entre les plus diftinguées
, il eft veuf de deux femmes.
La premiere étoit de la mai
fon de Montgommerriy , & la feconde
étoit de celle de Baufremont.
ia paffé de ces Alliances à celle:
de la Maifon de Rohan , dont tout
le monde connoît la grandeur &
l'ancienneté .
Mre Charles Eleonor Colbert ,
Comte de Seignelay , Epoufa le 11
Mars 1717. Dlle Anne de la Tour
Taxis , fille de мre François - Sigifmond
de la Tour Taxis , Comte
de Valfaffine , & du S. Empire ,
Lieutenant General des Armées
de l'Empereur & Gouverneur des
Villes & Duché de Limbourg ; &:
MERCURE. * 197
de feüe Dame - Anne du Val. Sans :
entrer ici dans aucun détail généalogique
fur la naiffance de m ' le
Comte de Seignelay ; je vous dirai
feulement , qu'il eft fils & petit
fils de deux des plus grands Miniftres
, que la France ait encore
eûs ; que feu м le marquis de
Seignelay fon frere aîné avoit époufé
mle de Furftemberg , fille du
Prince de Furftemberg , d'une des
plus anciennes , & des plus illutres
Maifons d'Allemagne ; & que m' le
Comte de Creuilly auffi fon frere
aîné , eft marié depuis environ trois
ans avec мle Spinola , fille du
Prince Spinola , Prince de Vergagne
, & de l'Empire , & Grand
d'Espagne , pour la naiffance de la
nouvelle mariée , elle eft auffi desplus
illuftres je remers à vous en
inftruire amplement dans mon
premierJournal.
Mre Antoine Gafpard de Colins
Comte de Mortagne , cy- levan :
Premier Ecuyer de S.A. R. Ma-
Qüij
190 LE NOUVEAU
dame Ducheffe d'Orleans , & auf
fi Capitaine Lieutenant des Gendirmes
de Bourgogne a épousé
le.. Mars. Dlle Charlotte deRohau ,
fille aînée de Mre Charles de Rohan
, Prince de Guemené Duc de
мntbazon , Pair de France & de
Dame Charlotte Elizabeth de Cochefilet
de Vaurineux ; мr le
Comte de Mortagne fort d'une famille
originaire des Païs - Bas , où
elle tient rang entre les plus diftinguées
, il eft veuf de deux femmes.
La premiere étoit de la mai
fon de Montgommerriy , & la feconde
étoit de celle de Baufremont.
ia paffé de ces Alliances à celle:
de la Maifon de Rohan , dont tout
le monde connoît la grandeur &
l'ancienneté .
Mre Charles Eleonor Colbert ,
Comte de Seignelay , Epoufa le 11
Mars 1717. Dlle Anne de la Tour
Taxis , fille de мre François - Sigifmond
de la Tour Taxis , Comte
de Valfaffine , & du S. Empire ,
Lieutenant General des Armées
de l'Empereur & Gouverneur des
Villes & Duché de Limbourg ; &:
MERCURE. * 197
de feüe Dame - Anne du Val. Sans :
entrer ici dans aucun détail généalogique
fur la naiffance de m ' le
Comte de Seignelay ; je vous dirai
feulement , qu'il eft fils & petit
fils de deux des plus grands Miniftres
, que la France ait encore
eûs ; que feu м le marquis de
Seignelay fon frere aîné avoit époufé
mle de Furftemberg , fille du
Prince de Furftemberg , d'une des
plus anciennes , & des plus illutres
Maifons d'Allemagne ; & que m' le
Comte de Creuilly auffi fon frere
aîné , eft marié depuis environ trois
ans avec мle Spinola , fille du
Prince Spinola , Prince de Vergagne
, & de l'Empire , & Grand
d'Espagne , pour la naiffance de la
nouvelle mariée , elle eft auffi desplus
illuftres je remers à vous en
inftruire amplement dans mon
premierJournal.
Fermer
1198
p. 68-87
MEMOIRE HISTORIQUE, De Lunéville en Lorraine, le 15 Avril 1717.
Début :
Je m'interesse trop à vôtre Mercure, Monsieur, pour ne vous pas communiquer [...]
Mots clefs :
Mémoire, Cardinal de Retz, Histoire, Monarchie, Grands hommes, Morales, Connaissances, Anecdotes, Gouvernement, Comtes, Diable, Réflexion, Vérité, Mlle de Vendôme, Roi de France, Couvent, Fontainebleau, Gouverneur, Cardinal Mazarin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE HISTORIQUE, De Lunéville en Lorraine, le 15 Avril 1717.
MEMOIRE HISTORIQUE ,
De Lunéville en Lorraine , le 15
Avril 1717.
JE
E m'intereffe trop à vôtre Mercure
, Monfieur, pour ne vous
pas communiquer l'Extrait que
jay fait d'un Mémoire curieux, qui
m'eft tombé entre les mains ces
jours paffés. Ce Mémoire eft intitulé
, HISTOIRE OU MEMOIRES
DE MILE CARDINAL DE Retz ,
vous fçavez , Monfieur , avec quel
foin je recherche tout ce qui peut
me procurer une parfaite connoiffance
de nôtre Hiftoire , & parti
D'AVRIL. 69
tulierement des Régnes de nos derniers
Monarques , fous lefquels la
Monarchie eft montée au plus haut
période de fa Grandeur ; vous jugerez
de là que ma joye fut extrême
, de voir entre mes mains les
Mémoires d'une perfonne qui a
joué un fi grand Rôle dans le Siécle
dernier. LaLecture furpaffa mon
attente ; Jamais homme n'a eû
un efprit plus propre pour bien écrire
l'Hiftoire , que Mr le Cardinal
de Retz. La plupart des grands
Hommes qui ont écrit leurs propres
Mémoires , je n'en excepte point
Céfar , fe font contentez de nous
raporter nuënient les faits qui
étoient à leur avantage , fans nous
inftruire des motifs qui les engageoient
à agir. Le Cardinal de
Retz aucontraire , nous fait part de
tous les motifs qui conduifoient les
principaux Autheurs de fon tems.
Il parle de lui - même , comme il
parle des autres , je veux dire , qu'il
découvre également fes Vices & fes
Vertus, enforte qu'on croit en lifant
70 LE MERCURE
cette Hiftoire , que le principal but
de l'Hiftorien a été de procurer à
fes Lecteurs une exacte connoiffance
des Hommes. Une pareille Hiftoire
apprend mieux la Morale , que
tous les Traitez des Philofophes .
Vous connoîtrez mieux , Monfieur
, ce que j'ay l'honneur de
vous dire, par l'Extrait que je vous
envoye des plus beaux endroits de
ces Mémoires , & que j'ay crû plus
propre à interreffer les Lecteurs
du Mercure. Il feroit à fouhaiter
que ceux qui ont entre leurs mains
unpareilThréfor, vouluffent en faire
part au Public. En ce cas vous y
trouveriés la matiére de plufieurs
Morceaux d'autant plus interreffans
pour vos Lecteurs , qu'ils y découvriroient
plufieures Anecdotes,
qu'on ne peut trouver autre part.
Le Mémoire qui m'a été communiqué,
eft écrit de la propre main
de Son Eminence , mais ceux qui
ont eû ce Thréfor en leur poffeffion
, n'en ont point eû affez de foin ;
plufieurs feuillets font arrachez :
D'AVRIL.
78
enforte qu'il n'eft tefté qu'environ
trente pages de tout le premier
Livre de cette Hiftoire , dans lequel
il paroît que ce grand Homme
rendoit compte à la perfonne à
qui ces Mémoires fon adreffez , de
fon éducation & de la manière dont
il étoit entré dans le monde : Car
dés le prémier Livre , il nous fait
un recit trés circonftancié de fa nomination
à la Coadjutorerie de Paris
, & de ce qui y avoit donné lieu
& finit ainfi. Il me femble que j'ay
étéjufqu'ici dans le Partere ou tout
au plus dans l'Orchestre , à jouer &
à badiner avec les Violons : je vais
monter fur le Théatre, où vous verrez
des Scénes , non pas dignes de
vous , mais un peu moins indignes
de vôtre attention.
J'ay choif dans cette premiere
partie,deux endroits qui m'ont parû
devoir être les plus intereffans pour
toutes fortes de Lecteurs , quoiqu'il
y en ait d'infiniment plus intereffans
pour ceux qui fe mélent
de la Politique , & du Gouverne72
LE MERCURE
Y
ment des Etats : Voici le premier.
Feüie Mde de Choify propofa une
promenade à S. Cloud , & dit en
badinant à Me de Vendôme , qu'il
falloit donner la Comédie à Mr
de Lizieux . Le bon homme qui
admiroit les Piéces de Corneil ,
répondit qu'il n'en feroit aucune
difficulté , pourvû que ce fur à la
Campagne, & qu'il y eut peu de
monde. La partie fe fit , on convint
qu'il n'y auroit que Mde & Mile
de Vendôme , Mde de Choify ,
Mr de Turenne , Mr de Brion ,
Voiture & moi . Le Comte de Brion
qui avoit été deux fois Capucin ,
& qui faifoit un falmigondi perpétuel
de dévotion & de péché , fe chargea
de la Comédie & des Violons ;
je me chargeai de la colation.
Nous allames à S. Cloud chez
Mr l'Archevêque , les Comédiens
qui jouoient ce foir à Ruel chez
Mr le Cardinal de Richelieu , n'arriverent
qu'extrêmement tard . Mr
de Lizieux prit plaifir aux Violons ,
Mde de Vendôme ne fe laffoit point
de
D'AVRIL. 73
de voir danfer Mlle fa fille , qui
danfoit pourtant toute feule : Enfin
l'on s'amufa tant , que la petite
pointe du jour ( c'étoit aux grands
jours d'été ) commençoit à paroître,
quand on fut au bas de la defcente
des Bons-Hommes , juftement au
pied , le caroffe arrêta tout court :
Comme j'étois à une des portieres
avec Mlle de Vendôme , je demandai
au Cocher , pourquoi il arrêtoit ,
il me répondit avec une voix
fort étonnée , voulez -vous que je
palle par deffus tous les Diables qui
font devant moi ? Je mis la tête à
la portiere , & comme j'ay toûjours
cu la vûë fort baffe , je ne vis rien.
Me de Choify qui étoit à l'autre portiere
avec Mr de Turenne , fur la
premiere qui apperçût du carroſſe ,
la caufe de la frayeur du Cocher ;
je dis du carroffe , car cinq ou fix
Laquais qui étoient derriere , crioient
JESUS MARIA , & trembloient
déja de peur. Mr de Turenne fe
jetta en bas du carroffe aux cris
de Me de Choify. Je crû que c'é-
Avril 1717. G
74 LE MERCURE
toient des voleurs , je fautai auffi
en bas du carroffe , je pris l'épée
d'un Laquais , je la tirai , & j'allai
joindre Mr de Turenne de l'autre
côté , que je trouvai regardant
fixement quelque chofe que je ne
voyois point. Je lui demandai ce
qu'il regardoit , & il me répondit
en me pouffant le bras , & affés bas
je vous le dirai , mais il ne faut
pas épouventer ces Dames , qui
hûrloient plûtôt qu'elles ne crioient.
Voiture commença un OREMUS .
Vous connoilés peut-être les cris
aigûs deMde de Choify ; ils ne difcontinuerent
point. Mlle de Vendôme
difoit fon Chapelet . Mde de
Vendôme vouloit fe confefler à Mr
de Lizieux , qui lui difoit , ma fille
n'ayez point de peur , vous êtes en
la main de Dieu , & le Comte de
Brion avoit entonné bien dévotement
avec tous nos Laguais , les
Litanies de la Vierge . Tout cela fe
paffa, comme vous pouvés croire,
en même tems , & en moins de rien.
Mr de Turenne qui avoit une petite
D'A VRI L. 75
épée à ſon côté , l'avoit auffi tirée ,
& après avoir regardé , comme je
vous ai déja dit , il fe tourna vers
moi de l'air dont il eut donné une
bataille , & me dit ces paroles :
Allons voir ces gens - là. Quels
gens lui repartis- je ? Et dans la vérité,
n'appercevant rien à caufe de
ma mauvaiſe vûe , je croyois que
tout le monde eur perdu le fens.
Il me répondit , effectivement je
crois que ce pouroit bien être des
Diables. Comme nous avions déja
fait cinq ou fix pas du côté de la
CHANNERIE, & que nous étions
par conféquent plus proches du Spetacle
, je commençai à appercevoir
quelque chofe , & ce qui m'en
parut , fut une longue Proceffion
de Phantômes noirs , qui me donna
dabord plus d'émotion , qu'elle
n'en avoit caufé à Mr de Turenne ,
mais qui ,par la réflexion que je fis ',
que j'avois long-tems cherché des
Efprits , & qu'apparemment j'en
trouvois en ce lieu , me fit faire
an mouvement plus vif que les
Gij
76
LE MERCURE
manieres de Mr de Turenne ne
lui permettoient de faire. Je fis
deux ou trois fauts vers la Proceffion
Les gens du carroffe qui
croyoient que nous étions aux
mains avec tous les Diables , poufferent
un grand cri , & ce ne fut pourtant
pas eux qui eurent le plus de
frayeur. Les pauvres Auguftins Réformés
, que l'on apelle les Capucins
Noirs , qui étoient nos Diables
d'imagination , voyans venir à eux
deux hommes qui avoient l'épée
à la main , l'ûrent tres-grande ; &
l'un d'eux fe détachant de la troupe
, nous cria , Meffieurs , nous
fommes de pauvres Religieux , ne
faifins de mal à perfonne , & qui
dans venous nous rafraichir un peu
la Riviere pour notre fanté. Nous
retournâmes au carroffe Mr de
Turenne & moi , avec des éclats
de rire , que vous vous pouvés
imaginer, & nous fîmes, lui & moi ,
dés ce moment -même , deux réflexions
que nous nous communiquâ
mes dés le lendemain matin . Il me
D'AVRIL.. 77
jura que la premiere apparition de
ces phantômes imaginaires lui avoir
donné de la joye , quoiqu'il eur
toujours crû auparavant qu'il auroit
peur , s'il voyoit jamais quelque
chofe d'éxtraordinaire ; &,
je lui avouai que la premiere vûë
m'avoit ému , quoique j'euffe fouhaité
toute ma vie de voir des
Efprits. La feconde réflexion que
nous fimes , fut ; que tout ce que
nous voyons dans la vie de la plûpart
des hommes, eit faux, M de
Turenne me jura , qu'il n'avoit fenti
aucune émotion : Il convint que
j'avois eût fujet de croire par fon
regard fi fixe , & fon mouvement
flent , qu'il en avoit eû beaucoup .
Je lui confeffai que j'en avois eû
dabord , & il me protetta , qu'il avoit
juré fur fon falut , que je n'avois
eu que du courage & de la gayété .
Qui peut donc croire la vérité ,
que ceux qui l'ont fentie ; & le
Président de Thou a eu raifon de
dire , qu'il n'y a de véritables Hitoires
, que celles qui ont été écri→
↑
G iij
78 LE MERCURE
tes par des Hommes qui ont été
afles fincéres , pour parler véritablement
d'eux - mêmes. Ma Morale
ne tire aucun mérite de cette fincérité
; car je trouve une fatisfaction
fi fenfible à vous rendre compre
de tous les replis de mon ame ,
& de ceux de mon coeur , que que la
raifon à mon égard , a beaucoup
moins de part , que le plaifir dans
la Religion , & l'exactitude que
j'ay pour la Vérité. Ezany ..
Mile de Vendôme conçût un mépris
inconcevable pour le pauvre
Brion , qui en effet avoit fait voir
auffi de fon côté dans cette avanture
une foib'elle inimaginable . Elle
s'en mocqua avec moi , dès que
nous fumes rentrez en caroffe , &
me dit : Je fens , à l'estime que je fais
de la valeur , que je fuis petite Fille
de Henry le Grand . Il faut que
vous ne craigniez rien, puifque vous
n'avez pas eu peur en cette occafion.
J'ay eû peur , lui répondis-je ,
Mile , mais comme je ne fuis pas
a dévot que Brion , mapeur n'a pas
D'AVRIL . 79
que
rourné du côté des Litanies. Vous
n'en n'avez point eû , me réponditelle
; & je crois que vous ne croyez
pas aux Diables : car M de Turenne
qui est bien brave , a été bien
émû lui même , & il n'alloit pas fi
vîte que vous. Je vous confeffe
cette diftinction , qu'elle mit entre
Mr de Turenne & moi , me plût .
& me fit naître la penſée d'hazarder
quelque douceur . Je lui dis donc ;
l'on peut croire le Diable fans le
craindre, il y a des choſes au monde
plus terribles. Et quoi ? repritelle.
Elles le font fi fort que l'on n'o
feroit même les nommer , lui répondis-
je Elle m'entendit bien à ce
qu'elle m'a confeffé depuis mais
elle n'en fit pas femblant. Elle fe
remit dans la converfation publique,
l'on defcendit à l'Hôtel de Vendome
, & chacun s'en retourna chez
foir
Voici deux autres Avantures qui
m'ont frappé , non , par leurs Circonftances
, mais par les fuites qu'-
elle's eurent.
80 LE MERCURE
Le Cardinal de Richelieu étant
mort , le Roy ratifia les Legs que ce
Miniftre avoit fait des Charges &
des Gouvernemens : il careffa tous.
fes Proches il maintint dans le
Ministére toutes fes Créatures , &
il affecta de recevoir affez mal tous
ceux qui avoient été mál avec lui.,
Je fus le feul Privilegié. Lorfque
Mr l'Archevêque de Paris me préfenta
au Roy , il me traita , je ne
dis pa s feulement honnêtement ,
mais avec une diftinction qui fur..
prit & qui étonna tout le monde ..
Il me parla de mes Etudes , de mes,
il
Sermons ; & il me fit même des
railleries douces & obligeantes . Il
me commanda de lui faire ma Cour
toutes les femaines . Voici les raifons
de ce bon traitement , que nous
ne fçûmes nous-mêmes que la veille
de fa mort, qu'il les dit à la Reine.
Ces deux raifons font deux avantures
qui m'arivérent au fortirduCol.
lege, & defquelles je ne vous ay pas.
parlé , parce que je n'ai pas crû ,
que n'ayant aucun raport à rien.
D'AVRIL 81
par elle -mêmes
, elles méritaffent
Teulement
vôtre réfléxion
. Je fuis
obligé
de les expofer
en ce lieu , parce que je trouve
que la fortune
leur a donné plus de fuite fans com. paraifon
, qu'elles
n'en devoient
avoir naturellement
.....
Un peu aprés que je fus forti
du College , le Valet de Chambre
de mon Gouverneur trouva chez
une miférable Epingliére une Niéce
de 14 ans qui étoit d'une beauté
furprenante. Il l'acheta pour moy
cinquante Piſtoles ; aprés me l'avoir
fait voir , il lui loua une Maiſon
à Issı , il mit fa foeur auprés d'Elle,
& j'y allai le lendemain qu'elle y fut
logée. Je la trouvai dans un abattement
extrême , & je n'en fus point
furpris , parce que je l'attribuai à
la pudeur. J'y trouvai quelque chofe
le lendemain de plus , qui fut,
une raifon encore plus furprenante
& plus extraordinaire que fa beauté
, & c'étoit beaucoup dire . Elle
me parla fagement , faintement ,
& fans emportement ; Toure -
82 LE MERCURE
fois elle ne pleura qu'autant
qu'elle ne pût s'en empêcher. Elle
craignoit fa Tante à un point qui
me fit pitié. J'admirai fon efprit,
& aprés j'admirai fa Vertu. Je la
preffois autant qu'il le falut pour
'éprouver: j'eu honte pour moi même.
J'attendis la nuit pour la mettre
dans mon carroffe . Je la menai à
ma Tante de Megnelay , qui la mit
dans un Convent , où elle mourut S
ou 10 ans aprés, en réputationde Sainteté
. Ma Tante , à qui cette fille avoua
que les menacesde l'Epingliere
l'avoient fi fort intimidée , qu'elle
auroit fait tout ce que j'aurois
voulu , fut fi touchée de mon
procédé , qu'elle alla dés le lendemain
, le conter à M¹ de Lizieux ,
qui le dit, le jour-même , au Roy à
fon dîné. Voilà la premiere de ces
deux avantures ; la feconde ne fut
pas de même nature , mais elle ne
fit pas un moindre effet dans l'ef
prit du Roy.
Un An avant cette premiere Avanture
, j'étois allé courre le Cerf &
D'AVRIL. 83
Fontainebleau , avec la Meutte de
Mr de Souvray. Comme mes Chevaux
étoient fort las , je pris la pofte
pour revenir à Paris. Etant mieux
monté que mon Gouverneur , &
qu'un Valet de chambre qui couroit
avec moi , j'arrivai le premier
à Juvify, & je fis mettre ma Selle
fur le meilleur Cheval que j'y trouvai.
Couteneau Capitaine de la petite
Compagnie des Chevaux - Legers
du Roy , brave , mais extravagant
, qui venoit de Paris auffi en
pofte , commanda à un Palfrenier
d'ôter ma Selle , & d'y mettre la
fienne. Je m'avançai , en lui difant,
que j'avois retenu le Cheval ; &
comme il me voyoit un petit colet
uni & un habit fimple , il me prit
pour ce que j'étois en effet , c'est-àdire
, pour un Ecolier , & il ne me
répondit que par un foufflet , qu'il
me donna à tour de bras , & qui me
mit tout en fang. Je mis l'epée à la
main , & lui auſſi , & dés le premier
coup que nous nous portâmes , il
tomba , le pied lui ayant gliffé ; &
84 LE MERCURE
comme il donna de la main , en fe
voulant foûtenir,contre un morceau
de bois pointu , fon épée s'en alla
auffi de l'autre côté. Je me reculai
deux pas , & lui dis de reprendre
fon épée ; il le fit , mais ce fut
par la pointe ; car il m'en préfenta
la garde en me demandant un million
de pardons. Il les redoubla
bien ; quand mon Gouverneur fut
arrivé , qui lui dit qui j'étois : il retourna
fur fes pas , & alla conter au
Roy , avec lequel il avoit une très
grande liberté , toute cette petite
Hiftoire elle lui plût , & il s'en
fouvint en tems & lieu , comme
vous l'allez voir.
Le bon traitement que je recevois
du Roy , fit croire à mes proches
, que l'on pourroit peut - être
trouver quelque ouverture pour
moi à laCoadjutorerie deParis . Ils y
trouvérent dabord beaucoup de difficulté
dans l'efprit de mon Oncle ,
très petit , & par conféquent jaloux
& difficile. Ils le gagnerent par le
moyen d'Efita fon Avocat & de
Coeuret
D'AVRI L. st
Coeuretfon Aumônier, mais ils firent
enmême tems une faute qui rompit,
au moins pour ce coup , leurs mefures.
Ils firent éclater contre mon
fentiment , le confentement de Mr
de Paris , & ils fouffrirent même .
que la Sorbonne , les Curez & le
Chapitre lui en fillent des remercîmens.
Cette conduite eut beaucoup
d'éclat , mais elle en cur
trop. Mr le Cardinal Mazarin ,
Defnoyers & Chavigny en prirent
fujet de me traverfer , en difant au
Roy,qu'il ne falloit pas accoûtumer
les Corps à fe défigner eux mêmes
des Archevêques : De forte que Mr
le Maréchal de Schomberg , qui
avoit épousé enpremieres Noces ma
Coufine germaine , ayant voulu
fonder le Gué , n'y trouvà aucun
jour. Le Roy lui répondit avec
beaucoup de bonté pour moi , mais
que j'étois trop jeune , & que l'affaire
avoit fait trop de bruit avant
que d'aller à lui ; & autres chofes ....
Le Roy mourut .... Mt de Beauvais
.. prit la figure de premier
Avril 1717. H
86. LE MERCURE
Miniftre , & demanda dés les premiers
jours aux Hollandois , qu'ils
fe convertiffent à la Religion Romaine
, s'ils vouloient demeurer
dans l'Alliance de France. La Reine
eut honte de cette momerie du
Miniftre. Elle me commanda d'aller
offrir de fa part , la premiere
place à mon pere , & voyant qu'il
refufoit obítinément de fortir de fa
Célule des Peres de l'Oratoire ,
Elle fe mit entre les mains de Mr
le Cardinal Mazarin. Vous pouvés
juger qu'il ne me fut pas difficile
de trouver ma place dans ces
premiers momens , dans lefquels
d'ailleurs l'on ne refufoit rien
Madame de Megnelay & Mr de
Lizieux demanderent la Coadjutorerie
pour moi , & la Reine
leur refufà , difant qu'elle ne l'accorderoit
qu'à mon pere , qui ne
vouloit point du tout paroître au
Louvre. Il y vint enfin une unique
fois. La Reine lui dit publiquement
qu'elle avoit reçû ordre du
feu Roy , la veille de fa mort
...
de
D'AVRIL. 87
me la faire expédier , & qu'il lui
avoit dit en préfence de Mr de
Lizieux , qu'il m'avoit toujours eû
dans l'efprit depuis les deux avantures
, de l'Epingliere & de Couteneau.
Quel raport de ces deux
bagatelles à l'Archevêché de Paris :
Et voilà toutefois comme la plupart
des chofes fe font.
J'efpere , Monfieur ; que les Extraits
que je vous fournirai du fe
cond Livre de cet excellent Ouvra
ge , vous feront encore plus de
plaifir. Vous pourrés en difpofer ,
comme de vôtre bien propre, & les
inferer dans votre Mercure , Je me
ferai toujours un plaifir de vous témoigner
& c.
De Lunéville en Lorraine , le 15
Avril 1717.
JE
E m'intereffe trop à vôtre Mercure
, Monfieur, pour ne vous
pas communiquer l'Extrait que
jay fait d'un Mémoire curieux, qui
m'eft tombé entre les mains ces
jours paffés. Ce Mémoire eft intitulé
, HISTOIRE OU MEMOIRES
DE MILE CARDINAL DE Retz ,
vous fçavez , Monfieur , avec quel
foin je recherche tout ce qui peut
me procurer une parfaite connoiffance
de nôtre Hiftoire , & parti
D'AVRIL. 69
tulierement des Régnes de nos derniers
Monarques , fous lefquels la
Monarchie eft montée au plus haut
période de fa Grandeur ; vous jugerez
de là que ma joye fut extrême
, de voir entre mes mains les
Mémoires d'une perfonne qui a
joué un fi grand Rôle dans le Siécle
dernier. LaLecture furpaffa mon
attente ; Jamais homme n'a eû
un efprit plus propre pour bien écrire
l'Hiftoire , que Mr le Cardinal
de Retz. La plupart des grands
Hommes qui ont écrit leurs propres
Mémoires , je n'en excepte point
Céfar , fe font contentez de nous
raporter nuënient les faits qui
étoient à leur avantage , fans nous
inftruire des motifs qui les engageoient
à agir. Le Cardinal de
Retz aucontraire , nous fait part de
tous les motifs qui conduifoient les
principaux Autheurs de fon tems.
Il parle de lui - même , comme il
parle des autres , je veux dire , qu'il
découvre également fes Vices & fes
Vertus, enforte qu'on croit en lifant
70 LE MERCURE
cette Hiftoire , que le principal but
de l'Hiftorien a été de procurer à
fes Lecteurs une exacte connoiffance
des Hommes. Une pareille Hiftoire
apprend mieux la Morale , que
tous les Traitez des Philofophes .
Vous connoîtrez mieux , Monfieur
, ce que j'ay l'honneur de
vous dire, par l'Extrait que je vous
envoye des plus beaux endroits de
ces Mémoires , & que j'ay crû plus
propre à interreffer les Lecteurs
du Mercure. Il feroit à fouhaiter
que ceux qui ont entre leurs mains
unpareilThréfor, vouluffent en faire
part au Public. En ce cas vous y
trouveriés la matiére de plufieurs
Morceaux d'autant plus interreffans
pour vos Lecteurs , qu'ils y découvriroient
plufieures Anecdotes,
qu'on ne peut trouver autre part.
Le Mémoire qui m'a été communiqué,
eft écrit de la propre main
de Son Eminence , mais ceux qui
ont eû ce Thréfor en leur poffeffion
, n'en ont point eû affez de foin ;
plufieurs feuillets font arrachez :
D'AVRIL.
78
enforte qu'il n'eft tefté qu'environ
trente pages de tout le premier
Livre de cette Hiftoire , dans lequel
il paroît que ce grand Homme
rendoit compte à la perfonne à
qui ces Mémoires fon adreffez , de
fon éducation & de la manière dont
il étoit entré dans le monde : Car
dés le prémier Livre , il nous fait
un recit trés circonftancié de fa nomination
à la Coadjutorerie de Paris
, & de ce qui y avoit donné lieu
& finit ainfi. Il me femble que j'ay
étéjufqu'ici dans le Partere ou tout
au plus dans l'Orchestre , à jouer &
à badiner avec les Violons : je vais
monter fur le Théatre, où vous verrez
des Scénes , non pas dignes de
vous , mais un peu moins indignes
de vôtre attention.
J'ay choif dans cette premiere
partie,deux endroits qui m'ont parû
devoir être les plus intereffans pour
toutes fortes de Lecteurs , quoiqu'il
y en ait d'infiniment plus intereffans
pour ceux qui fe mélent
de la Politique , & du Gouverne72
LE MERCURE
Y
ment des Etats : Voici le premier.
Feüie Mde de Choify propofa une
promenade à S. Cloud , & dit en
badinant à Me de Vendôme , qu'il
falloit donner la Comédie à Mr
de Lizieux . Le bon homme qui
admiroit les Piéces de Corneil ,
répondit qu'il n'en feroit aucune
difficulté , pourvû que ce fur à la
Campagne, & qu'il y eut peu de
monde. La partie fe fit , on convint
qu'il n'y auroit que Mde & Mile
de Vendôme , Mde de Choify ,
Mr de Turenne , Mr de Brion ,
Voiture & moi . Le Comte de Brion
qui avoit été deux fois Capucin ,
& qui faifoit un falmigondi perpétuel
de dévotion & de péché , fe chargea
de la Comédie & des Violons ;
je me chargeai de la colation.
Nous allames à S. Cloud chez
Mr l'Archevêque , les Comédiens
qui jouoient ce foir à Ruel chez
Mr le Cardinal de Richelieu , n'arriverent
qu'extrêmement tard . Mr
de Lizieux prit plaifir aux Violons ,
Mde de Vendôme ne fe laffoit point
de
D'AVRIL. 73
de voir danfer Mlle fa fille , qui
danfoit pourtant toute feule : Enfin
l'on s'amufa tant , que la petite
pointe du jour ( c'étoit aux grands
jours d'été ) commençoit à paroître,
quand on fut au bas de la defcente
des Bons-Hommes , juftement au
pied , le caroffe arrêta tout court :
Comme j'étois à une des portieres
avec Mlle de Vendôme , je demandai
au Cocher , pourquoi il arrêtoit ,
il me répondit avec une voix
fort étonnée , voulez -vous que je
palle par deffus tous les Diables qui
font devant moi ? Je mis la tête à
la portiere , & comme j'ay toûjours
cu la vûë fort baffe , je ne vis rien.
Me de Choify qui étoit à l'autre portiere
avec Mr de Turenne , fur la
premiere qui apperçût du carroſſe ,
la caufe de la frayeur du Cocher ;
je dis du carroffe , car cinq ou fix
Laquais qui étoient derriere , crioient
JESUS MARIA , & trembloient
déja de peur. Mr de Turenne fe
jetta en bas du carroffe aux cris
de Me de Choify. Je crû que c'é-
Avril 1717. G
74 LE MERCURE
toient des voleurs , je fautai auffi
en bas du carroffe , je pris l'épée
d'un Laquais , je la tirai , & j'allai
joindre Mr de Turenne de l'autre
côté , que je trouvai regardant
fixement quelque chofe que je ne
voyois point. Je lui demandai ce
qu'il regardoit , & il me répondit
en me pouffant le bras , & affés bas
je vous le dirai , mais il ne faut
pas épouventer ces Dames , qui
hûrloient plûtôt qu'elles ne crioient.
Voiture commença un OREMUS .
Vous connoilés peut-être les cris
aigûs deMde de Choify ; ils ne difcontinuerent
point. Mlle de Vendôme
difoit fon Chapelet . Mde de
Vendôme vouloit fe confefler à Mr
de Lizieux , qui lui difoit , ma fille
n'ayez point de peur , vous êtes en
la main de Dieu , & le Comte de
Brion avoit entonné bien dévotement
avec tous nos Laguais , les
Litanies de la Vierge . Tout cela fe
paffa, comme vous pouvés croire,
en même tems , & en moins de rien.
Mr de Turenne qui avoit une petite
D'A VRI L. 75
épée à ſon côté , l'avoit auffi tirée ,
& après avoir regardé , comme je
vous ai déja dit , il fe tourna vers
moi de l'air dont il eut donné une
bataille , & me dit ces paroles :
Allons voir ces gens - là. Quels
gens lui repartis- je ? Et dans la vérité,
n'appercevant rien à caufe de
ma mauvaiſe vûe , je croyois que
tout le monde eur perdu le fens.
Il me répondit , effectivement je
crois que ce pouroit bien être des
Diables. Comme nous avions déja
fait cinq ou fix pas du côté de la
CHANNERIE, & que nous étions
par conféquent plus proches du Spetacle
, je commençai à appercevoir
quelque chofe , & ce qui m'en
parut , fut une longue Proceffion
de Phantômes noirs , qui me donna
dabord plus d'émotion , qu'elle
n'en avoit caufé à Mr de Turenne ,
mais qui ,par la réflexion que je fis ',
que j'avois long-tems cherché des
Efprits , & qu'apparemment j'en
trouvois en ce lieu , me fit faire
an mouvement plus vif que les
Gij
76
LE MERCURE
manieres de Mr de Turenne ne
lui permettoient de faire. Je fis
deux ou trois fauts vers la Proceffion
Les gens du carroffe qui
croyoient que nous étions aux
mains avec tous les Diables , poufferent
un grand cri , & ce ne fut pourtant
pas eux qui eurent le plus de
frayeur. Les pauvres Auguftins Réformés
, que l'on apelle les Capucins
Noirs , qui étoient nos Diables
d'imagination , voyans venir à eux
deux hommes qui avoient l'épée
à la main , l'ûrent tres-grande ; &
l'un d'eux fe détachant de la troupe
, nous cria , Meffieurs , nous
fommes de pauvres Religieux , ne
faifins de mal à perfonne , & qui
dans venous nous rafraichir un peu
la Riviere pour notre fanté. Nous
retournâmes au carroffe Mr de
Turenne & moi , avec des éclats
de rire , que vous vous pouvés
imaginer, & nous fîmes, lui & moi ,
dés ce moment -même , deux réflexions
que nous nous communiquâ
mes dés le lendemain matin . Il me
D'AVRIL.. 77
jura que la premiere apparition de
ces phantômes imaginaires lui avoir
donné de la joye , quoiqu'il eur
toujours crû auparavant qu'il auroit
peur , s'il voyoit jamais quelque
chofe d'éxtraordinaire ; &,
je lui avouai que la premiere vûë
m'avoit ému , quoique j'euffe fouhaité
toute ma vie de voir des
Efprits. La feconde réflexion que
nous fimes , fut ; que tout ce que
nous voyons dans la vie de la plûpart
des hommes, eit faux, M de
Turenne me jura , qu'il n'avoit fenti
aucune émotion : Il convint que
j'avois eût fujet de croire par fon
regard fi fixe , & fon mouvement
flent , qu'il en avoit eû beaucoup .
Je lui confeffai que j'en avois eû
dabord , & il me protetta , qu'il avoit
juré fur fon falut , que je n'avois
eu que du courage & de la gayété .
Qui peut donc croire la vérité ,
que ceux qui l'ont fentie ; & le
Président de Thou a eu raifon de
dire , qu'il n'y a de véritables Hitoires
, que celles qui ont été écri→
↑
G iij
78 LE MERCURE
tes par des Hommes qui ont été
afles fincéres , pour parler véritablement
d'eux - mêmes. Ma Morale
ne tire aucun mérite de cette fincérité
; car je trouve une fatisfaction
fi fenfible à vous rendre compre
de tous les replis de mon ame ,
& de ceux de mon coeur , que que la
raifon à mon égard , a beaucoup
moins de part , que le plaifir dans
la Religion , & l'exactitude que
j'ay pour la Vérité. Ezany ..
Mile de Vendôme conçût un mépris
inconcevable pour le pauvre
Brion , qui en effet avoit fait voir
auffi de fon côté dans cette avanture
une foib'elle inimaginable . Elle
s'en mocqua avec moi , dès que
nous fumes rentrez en caroffe , &
me dit : Je fens , à l'estime que je fais
de la valeur , que je fuis petite Fille
de Henry le Grand . Il faut que
vous ne craigniez rien, puifque vous
n'avez pas eu peur en cette occafion.
J'ay eû peur , lui répondis-je ,
Mile , mais comme je ne fuis pas
a dévot que Brion , mapeur n'a pas
D'AVRIL . 79
que
rourné du côté des Litanies. Vous
n'en n'avez point eû , me réponditelle
; & je crois que vous ne croyez
pas aux Diables : car M de Turenne
qui est bien brave , a été bien
émû lui même , & il n'alloit pas fi
vîte que vous. Je vous confeffe
cette diftinction , qu'elle mit entre
Mr de Turenne & moi , me plût .
& me fit naître la penſée d'hazarder
quelque douceur . Je lui dis donc ;
l'on peut croire le Diable fans le
craindre, il y a des choſes au monde
plus terribles. Et quoi ? repritelle.
Elles le font fi fort que l'on n'o
feroit même les nommer , lui répondis-
je Elle m'entendit bien à ce
qu'elle m'a confeffé depuis mais
elle n'en fit pas femblant. Elle fe
remit dans la converfation publique,
l'on defcendit à l'Hôtel de Vendome
, & chacun s'en retourna chez
foir
Voici deux autres Avantures qui
m'ont frappé , non , par leurs Circonftances
, mais par les fuites qu'-
elle's eurent.
80 LE MERCURE
Le Cardinal de Richelieu étant
mort , le Roy ratifia les Legs que ce
Miniftre avoit fait des Charges &
des Gouvernemens : il careffa tous.
fes Proches il maintint dans le
Ministére toutes fes Créatures , &
il affecta de recevoir affez mal tous
ceux qui avoient été mál avec lui.,
Je fus le feul Privilegié. Lorfque
Mr l'Archevêque de Paris me préfenta
au Roy , il me traita , je ne
dis pa s feulement honnêtement ,
mais avec une diftinction qui fur..
prit & qui étonna tout le monde ..
Il me parla de mes Etudes , de mes,
il
Sermons ; & il me fit même des
railleries douces & obligeantes . Il
me commanda de lui faire ma Cour
toutes les femaines . Voici les raifons
de ce bon traitement , que nous
ne fçûmes nous-mêmes que la veille
de fa mort, qu'il les dit à la Reine.
Ces deux raifons font deux avantures
qui m'arivérent au fortirduCol.
lege, & defquelles je ne vous ay pas.
parlé , parce que je n'ai pas crû ,
que n'ayant aucun raport à rien.
D'AVRIL 81
par elle -mêmes
, elles méritaffent
Teulement
vôtre réfléxion
. Je fuis
obligé
de les expofer
en ce lieu , parce que je trouve
que la fortune
leur a donné plus de fuite fans com. paraifon
, qu'elles
n'en devoient
avoir naturellement
.....
Un peu aprés que je fus forti
du College , le Valet de Chambre
de mon Gouverneur trouva chez
une miférable Epingliére une Niéce
de 14 ans qui étoit d'une beauté
furprenante. Il l'acheta pour moy
cinquante Piſtoles ; aprés me l'avoir
fait voir , il lui loua une Maiſon
à Issı , il mit fa foeur auprés d'Elle,
& j'y allai le lendemain qu'elle y fut
logée. Je la trouvai dans un abattement
extrême , & je n'en fus point
furpris , parce que je l'attribuai à
la pudeur. J'y trouvai quelque chofe
le lendemain de plus , qui fut,
une raifon encore plus furprenante
& plus extraordinaire que fa beauté
, & c'étoit beaucoup dire . Elle
me parla fagement , faintement ,
& fans emportement ; Toure -
82 LE MERCURE
fois elle ne pleura qu'autant
qu'elle ne pût s'en empêcher. Elle
craignoit fa Tante à un point qui
me fit pitié. J'admirai fon efprit,
& aprés j'admirai fa Vertu. Je la
preffois autant qu'il le falut pour
'éprouver: j'eu honte pour moi même.
J'attendis la nuit pour la mettre
dans mon carroffe . Je la menai à
ma Tante de Megnelay , qui la mit
dans un Convent , où elle mourut S
ou 10 ans aprés, en réputationde Sainteté
. Ma Tante , à qui cette fille avoua
que les menacesde l'Epingliere
l'avoient fi fort intimidée , qu'elle
auroit fait tout ce que j'aurois
voulu , fut fi touchée de mon
procédé , qu'elle alla dés le lendemain
, le conter à M¹ de Lizieux ,
qui le dit, le jour-même , au Roy à
fon dîné. Voilà la premiere de ces
deux avantures ; la feconde ne fut
pas de même nature , mais elle ne
fit pas un moindre effet dans l'ef
prit du Roy.
Un An avant cette premiere Avanture
, j'étois allé courre le Cerf &
D'AVRIL. 83
Fontainebleau , avec la Meutte de
Mr de Souvray. Comme mes Chevaux
étoient fort las , je pris la pofte
pour revenir à Paris. Etant mieux
monté que mon Gouverneur , &
qu'un Valet de chambre qui couroit
avec moi , j'arrivai le premier
à Juvify, & je fis mettre ma Selle
fur le meilleur Cheval que j'y trouvai.
Couteneau Capitaine de la petite
Compagnie des Chevaux - Legers
du Roy , brave , mais extravagant
, qui venoit de Paris auffi en
pofte , commanda à un Palfrenier
d'ôter ma Selle , & d'y mettre la
fienne. Je m'avançai , en lui difant,
que j'avois retenu le Cheval ; &
comme il me voyoit un petit colet
uni & un habit fimple , il me prit
pour ce que j'étois en effet , c'est-àdire
, pour un Ecolier , & il ne me
répondit que par un foufflet , qu'il
me donna à tour de bras , & qui me
mit tout en fang. Je mis l'epée à la
main , & lui auſſi , & dés le premier
coup que nous nous portâmes , il
tomba , le pied lui ayant gliffé ; &
84 LE MERCURE
comme il donna de la main , en fe
voulant foûtenir,contre un morceau
de bois pointu , fon épée s'en alla
auffi de l'autre côté. Je me reculai
deux pas , & lui dis de reprendre
fon épée ; il le fit , mais ce fut
par la pointe ; car il m'en préfenta
la garde en me demandant un million
de pardons. Il les redoubla
bien ; quand mon Gouverneur fut
arrivé , qui lui dit qui j'étois : il retourna
fur fes pas , & alla conter au
Roy , avec lequel il avoit une très
grande liberté , toute cette petite
Hiftoire elle lui plût , & il s'en
fouvint en tems & lieu , comme
vous l'allez voir.
Le bon traitement que je recevois
du Roy , fit croire à mes proches
, que l'on pourroit peut - être
trouver quelque ouverture pour
moi à laCoadjutorerie deParis . Ils y
trouvérent dabord beaucoup de difficulté
dans l'efprit de mon Oncle ,
très petit , & par conféquent jaloux
& difficile. Ils le gagnerent par le
moyen d'Efita fon Avocat & de
Coeuret
D'AVRI L. st
Coeuretfon Aumônier, mais ils firent
enmême tems une faute qui rompit,
au moins pour ce coup , leurs mefures.
Ils firent éclater contre mon
fentiment , le confentement de Mr
de Paris , & ils fouffrirent même .
que la Sorbonne , les Curez & le
Chapitre lui en fillent des remercîmens.
Cette conduite eut beaucoup
d'éclat , mais elle en cur
trop. Mr le Cardinal Mazarin ,
Defnoyers & Chavigny en prirent
fujet de me traverfer , en difant au
Roy,qu'il ne falloit pas accoûtumer
les Corps à fe défigner eux mêmes
des Archevêques : De forte que Mr
le Maréchal de Schomberg , qui
avoit épousé enpremieres Noces ma
Coufine germaine , ayant voulu
fonder le Gué , n'y trouvà aucun
jour. Le Roy lui répondit avec
beaucoup de bonté pour moi , mais
que j'étois trop jeune , & que l'affaire
avoit fait trop de bruit avant
que d'aller à lui ; & autres chofes ....
Le Roy mourut .... Mt de Beauvais
.. prit la figure de premier
Avril 1717. H
86. LE MERCURE
Miniftre , & demanda dés les premiers
jours aux Hollandois , qu'ils
fe convertiffent à la Religion Romaine
, s'ils vouloient demeurer
dans l'Alliance de France. La Reine
eut honte de cette momerie du
Miniftre. Elle me commanda d'aller
offrir de fa part , la premiere
place à mon pere , & voyant qu'il
refufoit obítinément de fortir de fa
Célule des Peres de l'Oratoire ,
Elle fe mit entre les mains de Mr
le Cardinal Mazarin. Vous pouvés
juger qu'il ne me fut pas difficile
de trouver ma place dans ces
premiers momens , dans lefquels
d'ailleurs l'on ne refufoit rien
Madame de Megnelay & Mr de
Lizieux demanderent la Coadjutorerie
pour moi , & la Reine
leur refufà , difant qu'elle ne l'accorderoit
qu'à mon pere , qui ne
vouloit point du tout paroître au
Louvre. Il y vint enfin une unique
fois. La Reine lui dit publiquement
qu'elle avoit reçû ordre du
feu Roy , la veille de fa mort
...
de
D'AVRIL. 87
me la faire expédier , & qu'il lui
avoit dit en préfence de Mr de
Lizieux , qu'il m'avoit toujours eû
dans l'efprit depuis les deux avantures
, de l'Epingliere & de Couteneau.
Quel raport de ces deux
bagatelles à l'Archevêché de Paris :
Et voilà toutefois comme la plupart
des chofes fe font.
J'efpere , Monfieur ; que les Extraits
que je vous fournirai du fe
cond Livre de cet excellent Ouvra
ge , vous feront encore plus de
plaifir. Vous pourrés en difpofer ,
comme de vôtre bien propre, & les
inferer dans votre Mercure , Je me
ferai toujours un plaifir de vous témoigner
& c.
Fermer
1199
p. 87-103
NOUVELLE DE PARIS.
Début :
Le 28. jour de Pâques, le Roy ayant été préparé la [...]
Mots clefs :
Duc, Marquis, Prince, Roi de France, Régent, Maréchal, Charges, Nominations, Gouvernement, Pensions, Compagnie, Chambre, Cérémonie, Magnificence, Gentilhommes, Ambassadeurs, Princesses, Paroisse, Garde du corps, Pâques, Aumônier, Honneur, Rentes, Cour, Conseils
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE DE PARIS.
NOUVELLES DE PARIS.
L
E 28.jour de Pâques , le Roy
ayant été préparé la veille
par Mr l'Abbé Fleury fon Confeffeur
, fe confeffa à lui pour la premiere
fois . Il rempliten Roy Tres-
Hji
88 LE MERCURE
*
CHRETIEN , ce devoir de Religion
, avec tout le recueillement ,
& l'édification poffible.
Le même jour , le Roy fit rendre
les Pains- benis à l'Eglife de Saint
Germain l'Auxerrois fa Paroiffe
par M l'Abbé du Cambou l'un
de fes Aumôniers , en Rochet : S.
M. voulut voir de fon Balcon la
marche de cette Cérémonie , qui
étoit tres - magnifique ; il y avoit
huit Pains ornés de Banderoles aux
Armes de France & de Navarre ,
portés par 16 Suiffes de la Garde ,
précédés des Trompetes , Timbales ,
Haut- bois & Tambours , accompagnés
de plufieurs Officiers du Roy.
Mr du Cambou alla à l'Offrande
avec un Cierge garni de Louisd'Or
Il fit plufieures libéralités
aux Quéteufes .
Mde Ducheffe de Berry le fit
rendre auffi le même jour , à l'Eglife
de Saint Sulpice fa Paroiffe ,
par M l'Abbé de Partenai l'un
de fes Aumôniers , en Rochet . Il y
avoit pareillement huit Pains-benis
D'AVRIL. 89
ornés des Banderoles aux Armes de
Berry & d'Orleans , portés par 16
Suiffes , précédés de 12 valets -de-
Pied , 8 Haut-bois , 8 Trompettes ,
des Tambours & Timbales : Cet
Aumônier alla à l'Offrande , avec
un Cierge tout piqué de Louis :
Il fit beaucoup de charités aux
Quéteufes & aux Pauvres. Cette
Princeffe entendit ce jour - là la
Meffe & les Vêpres aux Carmelites
de la rue de Grenelle.
Merle Duc d'Orleans fit rendre auifi
8 Pains - benis , avec les mêmes
Cérémonies à S. Euftache fa Paroiffe.
On annonça le matin à la Cour ,
la mort de M de Briffac Lieutenant
des Gardes du Corps , de la
Compagnie de Villeroy , & Gouverneur
de Guife , arrivée à minuit.
J'oubliai de vous informer , que
M. le Duc Régent avoit accordé ces
jours paffés , trois Brevets de Confeillerd'Etat
, l'un à Ml'Archevêque
de. Cambrai , les deux autres à
Mr le Comte de Chiverni , & à
•
H jii
༡༠ LE MERCURE
Mr le Marquis de Canillac.
Le 29 , M Binet le Cadet
Perruquier & Barbier du Roy
mourut âgé de
35 ans .
Le Lundy de Pâques , Mde
Sallo Abbelle des Cordelieres ,
rentra dans fon Convent , fuivant
l'Arrêt du Parlement rendu en fa,
faveur ; toutes les Religieufes de ſa
Communauté
vinrent au devant
d'elle , pour la recevoir.
Le 30 , Mile Cardinal Archevêque
de Paris , s'étant rendu à l'Abbaye
Royale de Chelles , donna
le Voile blanc à la Princeffe Louïfe-
Adelaïde . d'Orleans Cadette de
Madame Ducheffe de Berry : Cette
Cérémonie fe fit à huis clos , en
préſence de Madame la Ducheffe
d'Orleans .
Ce matin avant la Meffe , le Roy
a donné la premiere Audience à
Mr le Comte de Kinigſegg Ambaſfadeur
de l'Empereur , étant conduit
par M le Marquis de Magny
* Née le 13 Aouft , 1698.
D'AVRIL. ' 91
Introducteur des Ambaffadeurs ;
Mr le Maréchal d'Uxelles y étoit
préfent , comme Sécrétaire des
Affaires Etrangères. Aprés la Meffe ,
tous les Miniftres Etrangers s'y font
trouvés. Mt le Nonce en fortit le
dernier.
MB le Duc Régent a écrit une
Lettre Circulaire à tous les Prélats
du Royaume , pour les éxhorter à
la Paix.
Le 31 , Mr le Duc de Villeroy
ayant vû S. A. R. à 11 heures &
demie , on fçût un moment aprés ,
que Mr de la Boulaye le plus ancien
des Enfeignes de la Compagnie
de Villeroy , étoit monté à la
Lieutenance de feu M'de Briffac,
& que la Brigade du défunt avoit
été accordée au Marquis du Palais
Colonel de Cavalerie réformé , à
la fuite du Régiment du Mayne.
Le Roy allant à ſon Diner , reçûr
l'avis , que la Reine d'Eſpagne
étoit hûreufement accouchée le 21
d'un fecond Prince. A trois heures,
le Prince de Cellamaré Ambaffa-
A jiii
92
LE MERCURE
deur d'Efpagne en vint apporter la
confirmation à S. M. On fçût que
cet Infant , qui eft le cinquième de
la Maiſon Royale , avoit été ondoyé,&
nommé Don Francifco . Au
départ du Courier , le Prince &
la Reine fe portoient bien. Le
Prince Cellamaré prépare une
Fête magnifique pour la Naiffance
de cet Infant.
On a eu avis que M. Burlet premier
Medecin de S. M. C. revenoit
d'Espagne.
Le premier Avril , on a vû
relever les Quartiers des Gardes
du Corps & des Chevaux LEGERS .
M. le Duc de Chaulnes Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux LEGERS , accompagné de
fept ou huit Maréchaux des Logis ,
vint faire fa Cour au Roy.
Le 2 , MADAME fe fit feigner ,
pour rémédier à une efpéce d'affoupiffement
, dont elle fe fent incommodée.
S. M. y envoya M. Roland
un de fes Gentils - Hommes ordilui
faire fes Compli- . pour
naires
mens .
D'AVRIL .
93
•
M. le Marquis d'Albergotti a laiffé
par fa mort , une riche Succeffion ;
il joüiffoit de 80000 livres de Rentes
, Sçavoir le Gouvernement de
Sar-Louis de 20000 livres , une
Penfion de 10000 livres , comme
Lieutenant General , fon Regiment
Royal Italien de 30000 livres , &
de biens confidérables en Italie.
Il a inftitué M. le Marquis d'Albergotti
fon Neveu , héritier de tout
ce qu'il poffedoir en France ; pour
fes biens d'Italie , il les a abandonné
à fes Neveux qui font restés
au delà des Monts.
Mr le Prince de Talmont de la
Tremouille , Coufin Germain de
Madame , Oncle à la mode de Bretagne
de MB LE DUC REGENT , a
obtenu le Gouvernement de Sar-
Louis de 20 mille livres de rentes;
en fuivant les difpofitions de la Régence
, il a abandonné une Penfion
de 12 mille livres fur l'Etat,
parce que on prétend éteindre toutes
les Penfionsjufqu'à ce qu'elles
foient réduites àla fomme de deux
94
LE MERCURE
millions.
Le Roy a donné ce matin le
Gouvernement de Guife follicité
par tous les Lieutenants Généraux
& Maréchaux de Camp , à Mr le
Marquis de Hautefort , le plus ancien
des Lieutenants Généraux, qui
n'avoit que 6000 mille livres de
Penfion , comme Lieutenant Général
. Elle demeure éreinre au profit
du Roy , fuivant le Réglement
de la Régence , qui porte que ,
quand on fera des Graces aux Penfionnaires
qui excéderont leurs
Penfions , elles feront . fupprimées ..
M8 le Duc Régent a fait l'Eloge
de Mr le Marquis de Hautefort ,
en difant aux Perfonnes qui l'en font
venuës remercier , que c'étoit une
juftice , & non une grace , qui étoit
due aux Services de cet Officier.
Mr Pelletier de Souzy , Ancien.
Confeiller du Confeil Royal des
Finances , qui n'entroit au Confeil
de Régence que lorfqu'il y étoit appellé
, a reçû aujourd'hui l'honneur
de l'entrée à tous les Confeils de
- Régence .
D'AVRIL
55
Le 4. jour de Quasimodo , Mi
le Duc du Maine fit offrir fix
Pains Benis à Saint Germain de
l'Auxerrois fa Parroiffe , avec les
Cérémonies ordinaires .
Madame vint voir le Roy , qui
avoit voulû prévenir certe Princeffe
; mais Elle pria S. M. de ne
lui point faire cet honneur , parce
qu'Elle ne fe trouvoit pas en affez
bon état pour la rçevoir.
Mr l'Evêque de Fréjus , Précepteur
du Roy , a été défigné par
l'Académie Françoife , pour remplacer
feu M de Callieres .
A deux heures & demie , on vit en
trer dans lesŢuilleries Mile Duc de
Chaulnes , & Mr le Vidame d'Amiens
fon fils,à la tête desChevaux-
Legers de Quartier. Mr le Maréchal
de Villeroy étant monté à Cheval
, vint recevoir le Serment de
fidelité de M le Vidame , pour
la Charge de Capitaine Lieutenant
de cette Compagnie , recû
en furvivance de M le Duc de
95 LE MERCURE
Chaulnes fon pere ; il en a prêté
Serment de fidélité entre les mains
du Roy, en prefence de Mer le
Duc Regent. S. M. étant fur le Balcon
de la Salle des Cent Suiffes,
a eû la confidération de ne faire fai-.
re aucun mouvement à cette Brigade
, à caufe de la pluye .
M. le Duc d'Orleans eft entré
enfuite au Cenfeil de Régence , le
premier qui s'eft tenu depuis les
Fêtes.
M. le Prince de Conty ût féance
pour la premiere fois dans ce Confeil
, où il fut inftalé par S. A. R.
Les , M. du Liboys Gentil-Homme
seront fort diftingué par
fon mérite , a été choiſi pour aller
recevoir le CZAR fur la Frontiere
& l'accompagner jufques à Paris.
Il y a un ordre du Roy , de traiter
ce Prince par tout avec Cérémonie.
Le Sieur Bocquet Maître
d'Hôtel de M. le Marquis de
de Livry , a été chargé de faire la
dépenfe de la Table : ce Prince
fera défrayé aux dépens du Roy ,
dés
D'AVRIL. 97
dés le moment qu'il mettra le pied
fur les Terres de France.
د
Mr le Commandeur de Belle-
Fontaine ancien Officier de confidération
, a été nommé General
des Galeres du Pape avec l'agrément
du Grand Maître qui lui a
témoigné par une Lettre fort obligeante
, la part qu'il prénoit de le
voir dans un Pofte où il ne lui
laifferoit manquer de rien.
Le 6 , on préfenta à S. M. dix
Oifeaux pour la Fauconerie , que
le Roy de DANEMARC a envoyé
; ils font des plus forts &
des plus beaux que l'on ait vû en
France .
Le même jour , M. l'Abbé Landy
Envoyé Extraordinaire de M. le
Duc de Parme , ût fa premiere
Audience publique du Roy ; il fut
reçû dans le grand Cabinet , le Roy
étant debout ; ce qui ne fe pratiquoit
pas fous le Gouvernement des
Femmes. S. M.recevant pour lors indifferemment
, Ambaffadeurs & Envoyez
dans fon Fauteuil , fur fon
Avril 1717. I
98 LE MERCURE
Trône ; mais M. le Maréchal de
Villeroy a remis les chofes en régle .
Mr de Conflans Marquis d'Armentieres
, premier Gentil - Homme
de la Chambre de M. le Duc
d'Orleans mourut le
dans une
de fes Terres : Sa Charge a paffé
fur la tête de Mr le Marquis de
Conflans fon frere , qui payera
vingt mille écus à la Veuve , dont
le fils qui n'a que huit ans , aura la
Charge en furvivance , aprés la
mort de Monfieur fon Oncle.
La Charge de Maître de la Garde-
Robe de S. A. R. , qui vaquoit
depuis près d'un an , par la mort
de Mr le Marquis de Breauté , a
été accordée gratis à Mr le Comte
de Nocé ; c'eft un Préfent de 50000
écus.
Mr le Marquis de Pluvaut qui
eft auffi revêtu d'une femblable
Charge , a été honoré d'un Brevet
de Premier Gentil-Homme de la
Chambre de M. le Duc Regent ,
avec l'agrément de vendre la premiere.
D'AVRIL. 99
Sur les 3. heures S. M. alla faire
vifite au Palais Royal : le Roy s'étant
mis proche la glace d'une des
portieres , pour mieux voir , M.
le Duc du Maine fe plaça immédiatement
auprès du Roy, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
M. le Duc du Maine . M. le Duc
de Villeroy , comme Capitaine
des Gardes , étoit fur le devant ,
avec M. le Premier.
Le 7 , M. le .Cardinal de
Noailles vint voir le Roy .
Le8 , M. le Premier Préfident
de Mefnars préfenta au Roy M. de
Maupoux à qui il a vendu fa Char
ge de Préfident à Mortier , fept
cens mille livres , dont l'Acquereur
ne jouira cependant qu'après la
mort du Vendeur , à qui il donne
a préfent deux cens mille livres
comptant ; & le jour qu'il l'exercera
, foit par la inort de M. de Mefnars
, où par celle d'un Préfident
à Mortier , il payera les 500 autres
mille livres.
Le 9 , M. Grillet Chef de Bri-
Lij
100 LE MERCURE
gade dans les Gardes du Corps ,
frere de feu M. de Briffac , a obtenu
une gratification de deux mille
livres par chacun an.
Hier , on fit un Service folemnel
& magnifique dans la Paroiffe
de S. Euftache , pour feu Mr le
Marquis d'Albergotti.
M. le Marquis de Silly s'étant excufé
de fuivre M. le Prince de
Dombes en Hongrie , M. le Marquis
d'Eftrades s'eft préfenté en fa
place avec fon fils ; S. M. en confidération
de cette démarche , lui
a accordé un Brevet de retenuë
de 100000 livres fur la mairie de
Bourdeaux , dont il avoit été gratifié
à la mort de M. le Maréchal de
Montrevel , & qui avoit été poffedée
précédemment par le feu
Maréchal d'Eftrades.
M. l'Evêque de Soiffons s'eft préfenté
le 10 , devant le maître Autel
de la Catédrale de Reims , pour
faire fon Serment , en qualité de
premier Suffragant de cet Archevêché
.
D'AVRIL . 101
Le 10 , M. le Marquis d'Alincour
fils de Mr le Duc de Villeroy ,
partit pour aller fervir en Hongrie.
Le 12 , M de Sommery fous-
Gouverneur de S. M. , ût l'honneur
de faire manger le Roy , à
la place de M. le Maréchal de
Villeroy , qui avoit pris ce jour- là,
médecine .
M. le Comte du Luc arrivales ,
de fon Ambaffade de Vienne en
Autriche ; il a été obligé de garder
la Chambre à caufe de fes incommodités,
il a été vifité de toute
la Cour.
Le 14 , on ût avis que le feu
ayant pris dans une Hôtellerie de
Châlons en Champagne , où étoient
les Equipages de M. le Prince de
Dombes , il y avoit perdu feize
Chevaux , huit de Maitre , &
huit de Palfreniers. M. le Duc
du Maine a donné ordre qu'on réparat
promptement le dommage
caufé par le feu , il a renvoyé quatre
beaux Chevaux Anglois , & M.
le Comte de Toulouze a fuplée au
refte.
Iiij
102 LE MERCURE
pour
M. le Duc de la Force & M.
Pelletier des Forts font nommez ,
entendre les raiſons de ceux
qui fe plaignent d'avoit été furtaxés
à la Chambre de Juftice . Le
premier examinera les Rolles Impairs
, & le fecond les Pairs. C'eſtà-
dire qu'ils ont partagé l'Ouvrage .
M. le Duc de la Force ayant le 1,
le 3: le s , le e Rôlle &c. Et
Mr des Forts ayant le 2 , 4. 6.8 .
ainfi jufqu'au 19e.
Mgr le Duc Régent a gratifié
M. Coepel fameux Peintre, de toutes
les prérogatives accordées à feu
M. Jouvenet ; outre la qualité de
Gentil- homme qui lui a été conférée
; ce Prince a ajouté une Penfion
de 2500 livres , & une autre
de soo livres à fon fils , qui fuit de 500
fort prés м. fon pere dans fon Art .
3
Il y a tous les Dimanches & Fêtes,
Toillette chez Madame Ducheffe
de Berry à midy ; M le Nonce
les Ambaffadeurs & Minifttes Etrangers
s'y trouvent régulièrement avec
quantité de Seigneurs & de Dames;
D'AVRIL. 103 •
ce qui forme la Cour la plus nom
breuſe & la plus brillante de l'Eu
rope .
L
E 28.jour de Pâques , le Roy
ayant été préparé la veille
par Mr l'Abbé Fleury fon Confeffeur
, fe confeffa à lui pour la premiere
fois . Il rempliten Roy Tres-
Hji
88 LE MERCURE
*
CHRETIEN , ce devoir de Religion
, avec tout le recueillement ,
& l'édification poffible.
Le même jour , le Roy fit rendre
les Pains- benis à l'Eglife de Saint
Germain l'Auxerrois fa Paroiffe
par M l'Abbé du Cambou l'un
de fes Aumôniers , en Rochet : S.
M. voulut voir de fon Balcon la
marche de cette Cérémonie , qui
étoit tres - magnifique ; il y avoit
huit Pains ornés de Banderoles aux
Armes de France & de Navarre ,
portés par 16 Suiffes de la Garde ,
précédés des Trompetes , Timbales ,
Haut- bois & Tambours , accompagnés
de plufieurs Officiers du Roy.
Mr du Cambou alla à l'Offrande
avec un Cierge garni de Louisd'Or
Il fit plufieures libéralités
aux Quéteufes .
Mde Ducheffe de Berry le fit
rendre auffi le même jour , à l'Eglife
de Saint Sulpice fa Paroiffe ,
par M l'Abbé de Partenai l'un
de fes Aumôniers , en Rochet . Il y
avoit pareillement huit Pains-benis
D'AVRIL. 89
ornés des Banderoles aux Armes de
Berry & d'Orleans , portés par 16
Suiffes , précédés de 12 valets -de-
Pied , 8 Haut-bois , 8 Trompettes ,
des Tambours & Timbales : Cet
Aumônier alla à l'Offrande , avec
un Cierge tout piqué de Louis :
Il fit beaucoup de charités aux
Quéteufes & aux Pauvres. Cette
Princeffe entendit ce jour - là la
Meffe & les Vêpres aux Carmelites
de la rue de Grenelle.
Merle Duc d'Orleans fit rendre auifi
8 Pains - benis , avec les mêmes
Cérémonies à S. Euftache fa Paroiffe.
On annonça le matin à la Cour ,
la mort de M de Briffac Lieutenant
des Gardes du Corps , de la
Compagnie de Villeroy , & Gouverneur
de Guife , arrivée à minuit.
J'oubliai de vous informer , que
M. le Duc Régent avoit accordé ces
jours paffés , trois Brevets de Confeillerd'Etat
, l'un à Ml'Archevêque
de. Cambrai , les deux autres à
Mr le Comte de Chiverni , & à
•
H jii
༡༠ LE MERCURE
Mr le Marquis de Canillac.
Le 29 , M Binet le Cadet
Perruquier & Barbier du Roy
mourut âgé de
35 ans .
Le Lundy de Pâques , Mde
Sallo Abbelle des Cordelieres ,
rentra dans fon Convent , fuivant
l'Arrêt du Parlement rendu en fa,
faveur ; toutes les Religieufes de ſa
Communauté
vinrent au devant
d'elle , pour la recevoir.
Le 30 , Mile Cardinal Archevêque
de Paris , s'étant rendu à l'Abbaye
Royale de Chelles , donna
le Voile blanc à la Princeffe Louïfe-
Adelaïde . d'Orleans Cadette de
Madame Ducheffe de Berry : Cette
Cérémonie fe fit à huis clos , en
préſence de Madame la Ducheffe
d'Orleans .
Ce matin avant la Meffe , le Roy
a donné la premiere Audience à
Mr le Comte de Kinigſegg Ambaſfadeur
de l'Empereur , étant conduit
par M le Marquis de Magny
* Née le 13 Aouft , 1698.
D'AVRIL. ' 91
Introducteur des Ambaffadeurs ;
Mr le Maréchal d'Uxelles y étoit
préfent , comme Sécrétaire des
Affaires Etrangères. Aprés la Meffe ,
tous les Miniftres Etrangers s'y font
trouvés. Mt le Nonce en fortit le
dernier.
MB le Duc Régent a écrit une
Lettre Circulaire à tous les Prélats
du Royaume , pour les éxhorter à
la Paix.
Le 31 , Mr le Duc de Villeroy
ayant vû S. A. R. à 11 heures &
demie , on fçût un moment aprés ,
que Mr de la Boulaye le plus ancien
des Enfeignes de la Compagnie
de Villeroy , étoit monté à la
Lieutenance de feu M'de Briffac,
& que la Brigade du défunt avoit
été accordée au Marquis du Palais
Colonel de Cavalerie réformé , à
la fuite du Régiment du Mayne.
Le Roy allant à ſon Diner , reçûr
l'avis , que la Reine d'Eſpagne
étoit hûreufement accouchée le 21
d'un fecond Prince. A trois heures,
le Prince de Cellamaré Ambaffa-
A jiii
92
LE MERCURE
deur d'Efpagne en vint apporter la
confirmation à S. M. On fçût que
cet Infant , qui eft le cinquième de
la Maiſon Royale , avoit été ondoyé,&
nommé Don Francifco . Au
départ du Courier , le Prince &
la Reine fe portoient bien. Le
Prince Cellamaré prépare une
Fête magnifique pour la Naiffance
de cet Infant.
On a eu avis que M. Burlet premier
Medecin de S. M. C. revenoit
d'Espagne.
Le premier Avril , on a vû
relever les Quartiers des Gardes
du Corps & des Chevaux LEGERS .
M. le Duc de Chaulnes Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux LEGERS , accompagné de
fept ou huit Maréchaux des Logis ,
vint faire fa Cour au Roy.
Le 2 , MADAME fe fit feigner ,
pour rémédier à une efpéce d'affoupiffement
, dont elle fe fent incommodée.
S. M. y envoya M. Roland
un de fes Gentils - Hommes ordilui
faire fes Compli- . pour
naires
mens .
D'AVRIL .
93
•
M. le Marquis d'Albergotti a laiffé
par fa mort , une riche Succeffion ;
il joüiffoit de 80000 livres de Rentes
, Sçavoir le Gouvernement de
Sar-Louis de 20000 livres , une
Penfion de 10000 livres , comme
Lieutenant General , fon Regiment
Royal Italien de 30000 livres , &
de biens confidérables en Italie.
Il a inftitué M. le Marquis d'Albergotti
fon Neveu , héritier de tout
ce qu'il poffedoir en France ; pour
fes biens d'Italie , il les a abandonné
à fes Neveux qui font restés
au delà des Monts.
Mr le Prince de Talmont de la
Tremouille , Coufin Germain de
Madame , Oncle à la mode de Bretagne
de MB LE DUC REGENT , a
obtenu le Gouvernement de Sar-
Louis de 20 mille livres de rentes;
en fuivant les difpofitions de la Régence
, il a abandonné une Penfion
de 12 mille livres fur l'Etat,
parce que on prétend éteindre toutes
les Penfionsjufqu'à ce qu'elles
foient réduites àla fomme de deux
94
LE MERCURE
millions.
Le Roy a donné ce matin le
Gouvernement de Guife follicité
par tous les Lieutenants Généraux
& Maréchaux de Camp , à Mr le
Marquis de Hautefort , le plus ancien
des Lieutenants Généraux, qui
n'avoit que 6000 mille livres de
Penfion , comme Lieutenant Général
. Elle demeure éreinre au profit
du Roy , fuivant le Réglement
de la Régence , qui porte que ,
quand on fera des Graces aux Penfionnaires
qui excéderont leurs
Penfions , elles feront . fupprimées ..
M8 le Duc Régent a fait l'Eloge
de Mr le Marquis de Hautefort ,
en difant aux Perfonnes qui l'en font
venuës remercier , que c'étoit une
juftice , & non une grace , qui étoit
due aux Services de cet Officier.
Mr Pelletier de Souzy , Ancien.
Confeiller du Confeil Royal des
Finances , qui n'entroit au Confeil
de Régence que lorfqu'il y étoit appellé
, a reçû aujourd'hui l'honneur
de l'entrée à tous les Confeils de
- Régence .
D'AVRIL
55
Le 4. jour de Quasimodo , Mi
le Duc du Maine fit offrir fix
Pains Benis à Saint Germain de
l'Auxerrois fa Parroiffe , avec les
Cérémonies ordinaires .
Madame vint voir le Roy , qui
avoit voulû prévenir certe Princeffe
; mais Elle pria S. M. de ne
lui point faire cet honneur , parce
qu'Elle ne fe trouvoit pas en affez
bon état pour la rçevoir.
Mr l'Evêque de Fréjus , Précepteur
du Roy , a été défigné par
l'Académie Françoife , pour remplacer
feu M de Callieres .
A deux heures & demie , on vit en
trer dans lesŢuilleries Mile Duc de
Chaulnes , & Mr le Vidame d'Amiens
fon fils,à la tête desChevaux-
Legers de Quartier. Mr le Maréchal
de Villeroy étant monté à Cheval
, vint recevoir le Serment de
fidelité de M le Vidame , pour
la Charge de Capitaine Lieutenant
de cette Compagnie , recû
en furvivance de M le Duc de
95 LE MERCURE
Chaulnes fon pere ; il en a prêté
Serment de fidélité entre les mains
du Roy, en prefence de Mer le
Duc Regent. S. M. étant fur le Balcon
de la Salle des Cent Suiffes,
a eû la confidération de ne faire fai-.
re aucun mouvement à cette Brigade
, à caufe de la pluye .
M. le Duc d'Orleans eft entré
enfuite au Cenfeil de Régence , le
premier qui s'eft tenu depuis les
Fêtes.
M. le Prince de Conty ût féance
pour la premiere fois dans ce Confeil
, où il fut inftalé par S. A. R.
Les , M. du Liboys Gentil-Homme
seront fort diftingué par
fon mérite , a été choiſi pour aller
recevoir le CZAR fur la Frontiere
& l'accompagner jufques à Paris.
Il y a un ordre du Roy , de traiter
ce Prince par tout avec Cérémonie.
Le Sieur Bocquet Maître
d'Hôtel de M. le Marquis de
de Livry , a été chargé de faire la
dépenfe de la Table : ce Prince
fera défrayé aux dépens du Roy ,
dés
D'AVRIL. 97
dés le moment qu'il mettra le pied
fur les Terres de France.
د
Mr le Commandeur de Belle-
Fontaine ancien Officier de confidération
, a été nommé General
des Galeres du Pape avec l'agrément
du Grand Maître qui lui a
témoigné par une Lettre fort obligeante
, la part qu'il prénoit de le
voir dans un Pofte où il ne lui
laifferoit manquer de rien.
Le 6 , on préfenta à S. M. dix
Oifeaux pour la Fauconerie , que
le Roy de DANEMARC a envoyé
; ils font des plus forts &
des plus beaux que l'on ait vû en
France .
Le même jour , M. l'Abbé Landy
Envoyé Extraordinaire de M. le
Duc de Parme , ût fa premiere
Audience publique du Roy ; il fut
reçû dans le grand Cabinet , le Roy
étant debout ; ce qui ne fe pratiquoit
pas fous le Gouvernement des
Femmes. S. M.recevant pour lors indifferemment
, Ambaffadeurs & Envoyez
dans fon Fauteuil , fur fon
Avril 1717. I
98 LE MERCURE
Trône ; mais M. le Maréchal de
Villeroy a remis les chofes en régle .
Mr de Conflans Marquis d'Armentieres
, premier Gentil - Homme
de la Chambre de M. le Duc
d'Orleans mourut le
dans une
de fes Terres : Sa Charge a paffé
fur la tête de Mr le Marquis de
Conflans fon frere , qui payera
vingt mille écus à la Veuve , dont
le fils qui n'a que huit ans , aura la
Charge en furvivance , aprés la
mort de Monfieur fon Oncle.
La Charge de Maître de la Garde-
Robe de S. A. R. , qui vaquoit
depuis près d'un an , par la mort
de Mr le Marquis de Breauté , a
été accordée gratis à Mr le Comte
de Nocé ; c'eft un Préfent de 50000
écus.
Mr le Marquis de Pluvaut qui
eft auffi revêtu d'une femblable
Charge , a été honoré d'un Brevet
de Premier Gentil-Homme de la
Chambre de M. le Duc Regent ,
avec l'agrément de vendre la premiere.
D'AVRIL. 99
Sur les 3. heures S. M. alla faire
vifite au Palais Royal : le Roy s'étant
mis proche la glace d'une des
portieres , pour mieux voir , M.
le Duc du Maine fe plaça immédiatement
auprès du Roy, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
M. le Duc du Maine . M. le Duc
de Villeroy , comme Capitaine
des Gardes , étoit fur le devant ,
avec M. le Premier.
Le 7 , M. le .Cardinal de
Noailles vint voir le Roy .
Le8 , M. le Premier Préfident
de Mefnars préfenta au Roy M. de
Maupoux à qui il a vendu fa Char
ge de Préfident à Mortier , fept
cens mille livres , dont l'Acquereur
ne jouira cependant qu'après la
mort du Vendeur , à qui il donne
a préfent deux cens mille livres
comptant ; & le jour qu'il l'exercera
, foit par la inort de M. de Mefnars
, où par celle d'un Préfident
à Mortier , il payera les 500 autres
mille livres.
Le 9 , M. Grillet Chef de Bri-
Lij
100 LE MERCURE
gade dans les Gardes du Corps ,
frere de feu M. de Briffac , a obtenu
une gratification de deux mille
livres par chacun an.
Hier , on fit un Service folemnel
& magnifique dans la Paroiffe
de S. Euftache , pour feu Mr le
Marquis d'Albergotti.
M. le Marquis de Silly s'étant excufé
de fuivre M. le Prince de
Dombes en Hongrie , M. le Marquis
d'Eftrades s'eft préfenté en fa
place avec fon fils ; S. M. en confidération
de cette démarche , lui
a accordé un Brevet de retenuë
de 100000 livres fur la mairie de
Bourdeaux , dont il avoit été gratifié
à la mort de M. le Maréchal de
Montrevel , & qui avoit été poffedée
précédemment par le feu
Maréchal d'Eftrades.
M. l'Evêque de Soiffons s'eft préfenté
le 10 , devant le maître Autel
de la Catédrale de Reims , pour
faire fon Serment , en qualité de
premier Suffragant de cet Archevêché
.
D'AVRIL . 101
Le 10 , M. le Marquis d'Alincour
fils de Mr le Duc de Villeroy ,
partit pour aller fervir en Hongrie.
Le 12 , M de Sommery fous-
Gouverneur de S. M. , ût l'honneur
de faire manger le Roy , à
la place de M. le Maréchal de
Villeroy , qui avoit pris ce jour- là,
médecine .
M. le Comte du Luc arrivales ,
de fon Ambaffade de Vienne en
Autriche ; il a été obligé de garder
la Chambre à caufe de fes incommodités,
il a été vifité de toute
la Cour.
Le 14 , on ût avis que le feu
ayant pris dans une Hôtellerie de
Châlons en Champagne , où étoient
les Equipages de M. le Prince de
Dombes , il y avoit perdu feize
Chevaux , huit de Maitre , &
huit de Palfreniers. M. le Duc
du Maine a donné ordre qu'on réparat
promptement le dommage
caufé par le feu , il a renvoyé quatre
beaux Chevaux Anglois , & M.
le Comte de Toulouze a fuplée au
refte.
Iiij
102 LE MERCURE
pour
M. le Duc de la Force & M.
Pelletier des Forts font nommez ,
entendre les raiſons de ceux
qui fe plaignent d'avoit été furtaxés
à la Chambre de Juftice . Le
premier examinera les Rolles Impairs
, & le fecond les Pairs. C'eſtà-
dire qu'ils ont partagé l'Ouvrage .
M. le Duc de la Force ayant le 1,
le 3: le s , le e Rôlle &c. Et
Mr des Forts ayant le 2 , 4. 6.8 .
ainfi jufqu'au 19e.
Mgr le Duc Régent a gratifié
M. Coepel fameux Peintre, de toutes
les prérogatives accordées à feu
M. Jouvenet ; outre la qualité de
Gentil- homme qui lui a été conférée
; ce Prince a ajouté une Penfion
de 2500 livres , & une autre
de soo livres à fon fils , qui fuit de 500
fort prés м. fon pere dans fon Art .
3
Il y a tous les Dimanches & Fêtes,
Toillette chez Madame Ducheffe
de Berry à midy ; M le Nonce
les Ambaffadeurs & Minifttes Etrangers
s'y trouvent régulièrement avec
quantité de Seigneurs & de Dames;
D'AVRIL. 103 •
ce qui forme la Cour la plus nom
breuſe & la plus brillante de l'Eu
rope .
Fermer
1200
p. 129-135
Reflexions Politiques & Morales par M. l'Abbé Pegere. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu un Livre de Réflexions Politiques & Morales, [...]
Mots clefs :
Réflexions politiques, Réflexions morales, Valeur, Belles actions, Guerre, Vérité, Grand Prince, Notes, Souverain, Gouvernement, Sagesse, Auguste, Cicéron, Discours, Peuple, Indépendance, Romains, François I
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reflexions Politiques & Morales par M. l'Abbé Pegere. [titre d'après la table]
Il paroît depuis peu un Livre de
Réflexions Politiques & Morales,
130 LE MERCURE
dédié à M. le Duc de Noailles.
Mr l'Abbé Pegere qui en eft l'Auteur
, dit dans fon Epître Dédicatoire
, qu'il les lui préfente avec d'autant
plus de confiance , que la
valeur foûtenuë de la prúdence lui
eft comme héréditaire : Qu'après
s'être diftingué à la Guerre par fes
belles Actions , il effaye à préfent
de nous faire goûter les fruits de la
Paix , à la vérité toujours amers
dans leur primeur , mais qui ne
peuvent manquer de devenir très
agréables , en fecondant , comme
il fait , le GRAND PRINCE qui
veut bien par fes foins infinis ,
être le Reftaurateur de la France ,
comme il en eft les délices.
Donnons à préfent quelque idée
de l'Ouvrage.
L'Auteur prouve qu'après avoir
confideré les Hommes par raport
à eux-mêmes , il a cru pouvoir les
confiderer par raport à la fociété
Civile : Que c'est ce qui a donné
lieu aux Réflexions Politiques qu'il
a ajoutées dans cette e Edition de
D'AVRIL. r31
ce Livre , avec des Notes la plupart
Hiftoriques .
Le Lecteur fera peut- être plus
à portée de juger de l'Ouvrage ,
fi on donne ici quelques Exemples
de ces Réflexions Politiques.
ARTICLE PREMIER
DU PRINCE OU DU SOUVERAIN.
Quelquefois une feule tête dans
11ºReft, un Etat y change toute la face des
affaires & y maintient la dignité
du Gouvernement
.
MARTIAL dit que Ciceron étoit Note.
la Tête de la Republique Romaine.
" Hoc tibi Roma Caput cum loquereris
erat .
Peut-on fçavoir trop bon gré à Refl.xie
un Prince , qui déclare à fon Con.
feil , qu'il veut avoir les mains liées
pour faire le mal , mais qu'il fouhaire
être libre pour faire le bien.
Un Grand Prince * a autrefois * Trajan
ébauché ce trait de Sageffe : Un autre
Grand Prince de nos jours l'a
accompli.
132 LE MERCURE
Refl. 4° Un Prince , qui non content de
gouverner avec beaucoup d'attention
, veut bien entrer , comme
en focieté de plaifirs , avec le Public
, ne peut manquer d'en être
les délices , & il eft bien fûr par
cette conduite gracieufe & populaire
, de ne point compromettre fa
Grandeur.
Notto. Auguite gagnoit ainfi l'affection
des Peuples , quia Auguftus comiter
interfuiffet & civile
rebatur mifceri voluptatibus vulgi
Réfl.56€
Notte.
"
"
››
"
Tac. ann. I.
Unbon Politique faifant peu d'attention
aux Difcours des Peuples ;
s'attache feulement à les conduire ,
de maniere qu'ils ne s'apperçoivent
pas de la route qu'il leurs fait
tenir; & à ne donner que des atteintes
delicates , & comme imperceptibles
à leur chere liberté.
Galba repréfentoit à Pifon ( qu'-
il avoit deffein d'adopter ) toutes
les difficultez qu'on trouve à gouverner
des Peuples jaloux d'une
liberté mal entendue.
ImD'AVRIL.
133
"9 Imperaturus es hominibus qui nec
totam libertatem , nee totamfervitutem
pati poffunt. 7 ac. His .
""
"
Lib. I.
Un Prince peut s'affûrer qu'il Refl.58 .
fera toûjours Maître de la Langue
des Peuples dont il aura gagné les
coeurs.
Parceque Domitien avoit le fé- Notte,
cret de fe faire quelque fois aimer,
il étoit appellé le pere des Peuples,
que n'en n'eut - t'on point dit , s'il
cût toujours été aimable .
* Populorum vox tamen una
Cum verus Patria diceris effe Pater.
La bonne foy & la confiance étant
le principal lien du Commerce , &
de la Société Civile ; les hommes,
pour
leur
propre
interêt
, devroient
s'attacher , à entretenir l'une &
l'autre ; le défordre des Finances
d'un Etat contribue bien à rompre
ce lien précieux .
Du Tems de TI BERE, les prêts,
Refl.Si .
ou les Traitez Ufuraires avoient Notte.
* Mart . ad Domiti. L. 1. Ep . 3 .
Avril 1717.
M
134
LE MERCURE
mis la confufion dans tous les biens;
il y apporta du remede , & par ce
moyen rétablit la confiance Publique;
c'est l'image naturelle de ce
qu'on voit aujourd'hui , & il ne faut
pas moins auffi qu'un grand homme,
pour apporter un pareil remede
à de femblables maux » Реси-
nias fanore anlitabant , & inopia
rei nummaria commoto are
alieno everfio rei familiaris
""
""
و د
ر د
"
famam præceps dabat; Donec opem
tulit Cafar, &fic fides refecta eft.
Tac. an. 6.
Refl.103 Les Peuples les plus amateurs
de l'indépendence ne font jainais
fi libres , que quand ils obéïffent
à un Prince aimable ; c'eft pour
les plus féroces un attrait pareil
à celui de l'Ayman.
Notte Ces mêmes Romains qui venoient
de donner un exemple éclatant de
leur Amour pour la liberté , en ſe
défaifant de CESAR , s'accoûtumerent
infenfiblement à la perdre
feus l'agréable domination de fon
Succeffeur.
D'AVRIL. 135
C'eftune confolation pour le Peu- Reflex.
ple de voir , qu'en s'épuifant pour
les befoins de l'Etat , il n'enrichit
au moins , & ne foutient que l'Etat .
Lorfque fous François I. les Note:
Peuples fe plaignirent des Impôts
exceflifs qui ne fervoient qu'à enrichir
quelques Particuliers , &fur
tout , le Chancelier du Prat. Ce-
Prince leur répondit par ces Vers
de Virgile , qu'il envoya même à
du Prat..
"" * Claudite jam rivos ,pueri ,fat
›› prata biberunt.
Réflexions Politiques & Morales,
130 LE MERCURE
dédié à M. le Duc de Noailles.
Mr l'Abbé Pegere qui en eft l'Auteur
, dit dans fon Epître Dédicatoire
, qu'il les lui préfente avec d'autant
plus de confiance , que la
valeur foûtenuë de la prúdence lui
eft comme héréditaire : Qu'après
s'être diftingué à la Guerre par fes
belles Actions , il effaye à préfent
de nous faire goûter les fruits de la
Paix , à la vérité toujours amers
dans leur primeur , mais qui ne
peuvent manquer de devenir très
agréables , en fecondant , comme
il fait , le GRAND PRINCE qui
veut bien par fes foins infinis ,
être le Reftaurateur de la France ,
comme il en eft les délices.
Donnons à préfent quelque idée
de l'Ouvrage.
L'Auteur prouve qu'après avoir
confideré les Hommes par raport
à eux-mêmes , il a cru pouvoir les
confiderer par raport à la fociété
Civile : Que c'est ce qui a donné
lieu aux Réflexions Politiques qu'il
a ajoutées dans cette e Edition de
D'AVRIL. r31
ce Livre , avec des Notes la plupart
Hiftoriques .
Le Lecteur fera peut- être plus
à portée de juger de l'Ouvrage ,
fi on donne ici quelques Exemples
de ces Réflexions Politiques.
ARTICLE PREMIER
DU PRINCE OU DU SOUVERAIN.
Quelquefois une feule tête dans
11ºReft, un Etat y change toute la face des
affaires & y maintient la dignité
du Gouvernement
.
MARTIAL dit que Ciceron étoit Note.
la Tête de la Republique Romaine.
" Hoc tibi Roma Caput cum loquereris
erat .
Peut-on fçavoir trop bon gré à Refl.xie
un Prince , qui déclare à fon Con.
feil , qu'il veut avoir les mains liées
pour faire le mal , mais qu'il fouhaire
être libre pour faire le bien.
Un Grand Prince * a autrefois * Trajan
ébauché ce trait de Sageffe : Un autre
Grand Prince de nos jours l'a
accompli.
132 LE MERCURE
Refl. 4° Un Prince , qui non content de
gouverner avec beaucoup d'attention
, veut bien entrer , comme
en focieté de plaifirs , avec le Public
, ne peut manquer d'en être
les délices , & il eft bien fûr par
cette conduite gracieufe & populaire
, de ne point compromettre fa
Grandeur.
Notto. Auguite gagnoit ainfi l'affection
des Peuples , quia Auguftus comiter
interfuiffet & civile
rebatur mifceri voluptatibus vulgi
Réfl.56€
Notte.
"
"
››
"
Tac. ann. I.
Unbon Politique faifant peu d'attention
aux Difcours des Peuples ;
s'attache feulement à les conduire ,
de maniere qu'ils ne s'apperçoivent
pas de la route qu'il leurs fait
tenir; & à ne donner que des atteintes
delicates , & comme imperceptibles
à leur chere liberté.
Galba repréfentoit à Pifon ( qu'-
il avoit deffein d'adopter ) toutes
les difficultez qu'on trouve à gouverner
des Peuples jaloux d'une
liberté mal entendue.
ImD'AVRIL.
133
"9 Imperaturus es hominibus qui nec
totam libertatem , nee totamfervitutem
pati poffunt. 7 ac. His .
""
"
Lib. I.
Un Prince peut s'affûrer qu'il Refl.58 .
fera toûjours Maître de la Langue
des Peuples dont il aura gagné les
coeurs.
Parceque Domitien avoit le fé- Notte,
cret de fe faire quelque fois aimer,
il étoit appellé le pere des Peuples,
que n'en n'eut - t'on point dit , s'il
cût toujours été aimable .
* Populorum vox tamen una
Cum verus Patria diceris effe Pater.
La bonne foy & la confiance étant
le principal lien du Commerce , &
de la Société Civile ; les hommes,
pour
leur
propre
interêt
, devroient
s'attacher , à entretenir l'une &
l'autre ; le défordre des Finances
d'un Etat contribue bien à rompre
ce lien précieux .
Du Tems de TI BERE, les prêts,
Refl.Si .
ou les Traitez Ufuraires avoient Notte.
* Mart . ad Domiti. L. 1. Ep . 3 .
Avril 1717.
M
134
LE MERCURE
mis la confufion dans tous les biens;
il y apporta du remede , & par ce
moyen rétablit la confiance Publique;
c'est l'image naturelle de ce
qu'on voit aujourd'hui , & il ne faut
pas moins auffi qu'un grand homme,
pour apporter un pareil remede
à de femblables maux » Реси-
nias fanore anlitabant , & inopia
rei nummaria commoto are
alieno everfio rei familiaris
""
""
و د
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"
famam præceps dabat; Donec opem
tulit Cafar, &fic fides refecta eft.
Tac. an. 6.
Refl.103 Les Peuples les plus amateurs
de l'indépendence ne font jainais
fi libres , que quand ils obéïffent
à un Prince aimable ; c'eft pour
les plus féroces un attrait pareil
à celui de l'Ayman.
Notte Ces mêmes Romains qui venoient
de donner un exemple éclatant de
leur Amour pour la liberté , en ſe
défaifant de CESAR , s'accoûtumerent
infenfiblement à la perdre
feus l'agréable domination de fon
Succeffeur.
D'AVRIL. 135
C'eftune confolation pour le Peu- Reflex.
ple de voir , qu'en s'épuifant pour
les befoins de l'Etat , il n'enrichit
au moins , & ne foutient que l'Etat .
Lorfque fous François I. les Note:
Peuples fe plaignirent des Impôts
exceflifs qui ne fervoient qu'à enrichir
quelques Particuliers , &fur
tout , le Chancelier du Prat. Ce-
Prince leur répondit par ces Vers
de Virgile , qu'il envoya même à
du Prat..
"" * Claudite jam rivos ,pueri ,fat
›› prata biberunt.
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