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1801
p. 73-74
AUTRE.
Début :
ENFANS de l'Industrie & de l'Ambition [...]
Mots clefs :
Corsaire
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
NFANS de l'Induſtrie & de l'Ambition
Je n'habite la Terre
Que le temps néceſſaire
Pour me remettreen action .
A ce début , Lecteur , connois - tu mon éſſence ?
Non , je ne le crois pas ;
Et malgré ton intelligence
Il faut t'aider à ſortir d'embarras.
Je t'offre en débutant une marque de joie ;
Leplus durdes métaux; un gros Oiseau de proïes
D
74 MERCURE DE FRANCE .
Un inſtrument finiſtre aux hôtes des forêts ;
Et qui du laboureur fillonne les guérèts ;
Un Roi dont Jupiter trompa la vigilance ;
Une ile où Simonide , a reçu la naiſſance ;
Le plus cher des Mortels que l'on voie à la Cour ;
Etce qui vient fermer lesbarrières du jour ;
Ceque craint le Nocher ſur-toutdans les tempêtes;
Ce quiſert à l'Autel même aux plus grandes Fêtes;
Celle de qui le Phaſe eſſuya la fierté ;
Un péché capital ; une Divinité ;
Le nom de ce Guerrier qui tout couvert de gloire
Du vainqueur de Porus ſurpaſſa la mémoires
Une arme très- connue aux Peuples Indiens ;
Une Nymphe jadis chez les Egyptiens ;
Un des fils de Jacob; du monde une partie ;
L'inſtant ſouvent fatal dans une maladie ;
Le métal pour qui l'homme affronte le trépas
Une fleur dont Eglé peut orner ſes appas ;
Une conjonction ; une Ville en Eſpagne ;
Une riviere en France ; une autre en Allemagne ,
Ce qui fait réſonner le roi des Inſtrumens ;
Ce qui ſert à former les plus beaux vêtemens ;
Le Pére de Gustave ; une des Atlantides ;
Un meuble de dévote ; une des Néreides ;
Deux notes de Muſique ; un Amant malheureux ;
Un nid de ſouveraine ; un meuble dangereux.
Cequi ..... mais retenu par mon peu d'éloquence:
De crainte d'ennuyer je garde le filence.
CA
Par M. LA GACHE Fils , à Am ....
NFANS de l'Induſtrie & de l'Ambition
Je n'habite la Terre
Que le temps néceſſaire
Pour me remettreen action .
A ce début , Lecteur , connois - tu mon éſſence ?
Non , je ne le crois pas ;
Et malgré ton intelligence
Il faut t'aider à ſortir d'embarras.
Je t'offre en débutant une marque de joie ;
Leplus durdes métaux; un gros Oiseau de proïes
D
74 MERCURE DE FRANCE .
Un inſtrument finiſtre aux hôtes des forêts ;
Et qui du laboureur fillonne les guérèts ;
Un Roi dont Jupiter trompa la vigilance ;
Une ile où Simonide , a reçu la naiſſance ;
Le plus cher des Mortels que l'on voie à la Cour ;
Etce qui vient fermer lesbarrières du jour ;
Ceque craint le Nocher ſur-toutdans les tempêtes;
Ce quiſert à l'Autel même aux plus grandes Fêtes;
Celle de qui le Phaſe eſſuya la fierté ;
Un péché capital ; une Divinité ;
Le nom de ce Guerrier qui tout couvert de gloire
Du vainqueur de Porus ſurpaſſa la mémoires
Une arme très- connue aux Peuples Indiens ;
Une Nymphe jadis chez les Egyptiens ;
Un des fils de Jacob; du monde une partie ;
L'inſtant ſouvent fatal dans une maladie ;
Le métal pour qui l'homme affronte le trépas
Une fleur dont Eglé peut orner ſes appas ;
Une conjonction ; une Ville en Eſpagne ;
Une riviere en France ; une autre en Allemagne ,
Ce qui fait réſonner le roi des Inſtrumens ;
Ce qui ſert à former les plus beaux vêtemens ;
Le Pére de Gustave ; une des Atlantides ;
Un meuble de dévote ; une des Néreides ;
Deux notes de Muſique ; un Amant malheureux ;
Un nid de ſouveraine ; un meuble dangereux.
Cequi ..... mais retenu par mon peu d'éloquence:
De crainte d'ennuyer je garde le filence.
CA
Par M. LA GACHE Fils , à Am ....
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1803
p. 75-77
LETTRE De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
Début :
Permettez-moi, Monsieur, d'insérer dans votre Journal mes remercimens [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
LETTRE
De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
Permettez-moi, Monsieur, d'insérer
dans votre Journal mes remercimens
à Monsieur d'Alembert, pour la marque
d'estime qu'il vient de me donner en pu-
bliant ses élémens de Musique théorique
& pratique, suivant mes principes. Quel-
que publicité que je donne aux témoigna-
ges de ma vive reconnoissance, ils seront
toujours moins éclatans que l'honneur que
je reçois.
Les progrès de mon art ont été pour
moi le premier objet de mes veilles. La ré-
compense la plus flatteuse que je me sois
proposée, c'est le suffrage & l'estime des
scçavans.
Il s'est trouvé heureusement pour moi,
dans les Académies les plus célèbres, de
ces hommes éclairés & justes que leurs lu-
mières mettent au-dessus de la prévention,
& leur mérite au-dessus de l'envie. J'ay eu
le bonheur d'obtenir leurs suffrages, &
seurs sustrages ont entraîné ceux de la mul-
titude.
Parmi ces Sçavans, que je fais gloire
DI
76 MERCURE DE FRANCE.
d'appeller mes Juges & mes Maitres, il en
est un que la simplicité de ses mœeurs, l'é-
lévation de ses sentimens, & l'étendue de
ses connoissances me rendent singuliere-
ment respectable. C'est de lui, Monsieur,
que je reçois le témoignage le plus glotieux
auquel l'ambition d'un Auteur puisse ja-
mais aspirer. Quelques Ecrivains ont es-
sayé de se faire connoître tantôt en défi-
gurant mes principes, tantôt en m'en dis-
putant la découverte, tantôt en imaginant
des difficultés dont ils croyoient les obscur-
cir. Ils n ont rien fait ni pour leut réputa-
tion, ni contre la mienne; ils n ont rien
ajouté ni retranché à mes découvertes, &
l'art n'a retité aucun fruit du mal qu'ils
ont voulu me faire. Que c'est peu connoître
l'intérêt de sa propre gloire, que de préten-
dre l'établir sur les ruines de celle d'autrui!
L'homme illustre à qui s'adresse ma recon-
noissance, a cherché dans mes ouvrages
non des défauts à reprendre, mais des vé-
rités à analyser, à simplifier, à rendre
plus familières, plus lumineuses, & par
conséquent plus utiles au grand nombre.
par cet esprit de netteté, d'ordre & de pré-
cision qui caractérise ses ouvrages. Il na
pas dédaigné de se mettre à la portée mê-
me des enfans, par la force de ce génie
qui plie, maîtrise & modifie à son gré
Digsiues vOO
1751.
MAI.
97
toutes les matiéres qu'il traite. Enfin il m'a
donné à moi même la consolation de voir
ajoûter à la solidité de mes principes, une
simplicité dont je les sentois susceptibles,
mais que je ne leur aurois donné qu'avec
beaucoup plus de peine, & peut etre moins
heureusement que lui.
C'est ainsi, Monsieur, que les Scien-
ces & les Arts se prêtant des lumieres mu-
tuelles, hâteroient réciproquement leurs
progrès, si tous les Auteurs, préférant
lintérêt de la vérité à celui de l'amour
propre, les uns avoient la modestie d'ac-
cepter des secours, les autres la généro-
sité d'en offrir. J'ai l'honneur d'être,
RAMEAU.
De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
Permettez-moi, Monsieur, d'insérer
dans votre Journal mes remercimens
à Monsieur d'Alembert, pour la marque
d'estime qu'il vient de me donner en pu-
bliant ses élémens de Musique théorique
& pratique, suivant mes principes. Quel-
que publicité que je donne aux témoigna-
ges de ma vive reconnoissance, ils seront
toujours moins éclatans que l'honneur que
je reçois.
Les progrès de mon art ont été pour
moi le premier objet de mes veilles. La ré-
compense la plus flatteuse que je me sois
proposée, c'est le suffrage & l'estime des
scçavans.
Il s'est trouvé heureusement pour moi,
dans les Académies les plus célèbres, de
ces hommes éclairés & justes que leurs lu-
mières mettent au-dessus de la prévention,
& leur mérite au-dessus de l'envie. J'ay eu
le bonheur d'obtenir leurs suffrages, &
seurs sustrages ont entraîné ceux de la mul-
titude.
Parmi ces Sçavans, que je fais gloire
DI
76 MERCURE DE FRANCE.
d'appeller mes Juges & mes Maitres, il en
est un que la simplicité de ses mœeurs, l'é-
lévation de ses sentimens, & l'étendue de
ses connoissances me rendent singuliere-
ment respectable. C'est de lui, Monsieur,
que je reçois le témoignage le plus glotieux
auquel l'ambition d'un Auteur puisse ja-
mais aspirer. Quelques Ecrivains ont es-
sayé de se faire connoître tantôt en défi-
gurant mes principes, tantôt en m'en dis-
putant la découverte, tantôt en imaginant
des difficultés dont ils croyoient les obscur-
cir. Ils n ont rien fait ni pour leut réputa-
tion, ni contre la mienne; ils n ont rien
ajouté ni retranché à mes découvertes, &
l'art n'a retité aucun fruit du mal qu'ils
ont voulu me faire. Que c'est peu connoître
l'intérêt de sa propre gloire, que de préten-
dre l'établir sur les ruines de celle d'autrui!
L'homme illustre à qui s'adresse ma recon-
noissance, a cherché dans mes ouvrages
non des défauts à reprendre, mais des vé-
rités à analyser, à simplifier, à rendre
plus familières, plus lumineuses, & par
conséquent plus utiles au grand nombre.
par cet esprit de netteté, d'ordre & de pré-
cision qui caractérise ses ouvrages. Il na
pas dédaigné de se mettre à la portée mê-
me des enfans, par la force de ce génie
qui plie, maîtrise & modifie à son gré
Digsiues vOO
1751.
MAI.
97
toutes les matiéres qu'il traite. Enfin il m'a
donné à moi même la consolation de voir
ajoûter à la solidité de mes principes, une
simplicité dont je les sentois susceptibles,
mais que je ne leur aurois donné qu'avec
beaucoup plus de peine, & peut etre moins
heureusement que lui.
C'est ainsi, Monsieur, que les Scien-
ces & les Arts se prêtant des lumieres mu-
tuelles, hâteroient réciproquement leurs
progrès, si tous les Auteurs, préférant
lintérêt de la vérité à celui de l'amour
propre, les uns avoient la modestie d'ac-
cepter des secours, les autres la généro-
sité d'en offrir. J'ai l'honneur d'être,
RAMEAU.
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1804
p. 67-69
LE SONGE. CANTATE à voix seule, mise en Musique par le sieur Bordier.
Début :
Je goûtois du sommeil les attraits gracieux. [...]
Mots clefs :
Amour, Songe, Sommeil
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texteReconnaissance textuelle : LE SONGE. CANTATE à voix seule, mise en Musique par le sieur Bordier.
LE S O N G E.
.ÇANTATE à voix seule # w>//è f«
Musique par le peur Bordicr* .
ÏE goûtais du sommeil les attraits gracier
Ses tranquilles pavots suspendoient met '
allarmes ,
Lorsqu'un Songe enchanteur vint offrir ì
mes yeux ,
,Iris , l'aimable Iris, dent j'adore les chármes.
Etok.il fous le Ciel un mortel plus heureux!
Je lui parlois d* amour , elle daignoit m'en j
tendre^
A mes empreísemens elle sembloit se rendre' ,
.Et par ces mots flateurs , elle approuvoií
mes feux.
Tircis, je cede à ta constance.
Tu triomphes de ma fierté;
. Il est temps que je récompeníe, .,
Tes foins , & ta fidelité.
.C'est assez éprouver ta flamme ,
Je connois u sincere ardeur ,
. Dij L'a
Ht MERCURE DE FRANCE;
L'amour qui regne sur ton ame ,
S'ell rendu maître de mon coeuç.
A cet aveu si doux de la jeune $eigere ,
Que je m'applaudiflçis ! qUe je fus enchantés
Non , non , le fort du Iljeu qui lance te
Tonnerre,
N'étoit pas comparable à ma felicité !
s
Illusion douce & trompeuíç,
Pourquoi flattes.tu mes desirs }
Helas ! à mon ame amoureuíe ,
Que tu vas couter de soupirs !
Pour ce 'délicieux mensonge ^
sommeil , tes mqmens sont trop courju«
Je ne puis voir Iris qu'en songe ,
Ah ! laisse.moi rêver toujours.
Mais déja c'en est fait , Morphée inexorable ,
Va bien.tôt dissiper les douceurs que je fensi
Il dérobe à mes yeux 4e Fantôme adorable ^
De l'objet qui charme mes sens.
Un songe qu'amour fait pajofae ,
Peut
JANVIER; tjxj. es
î*eut offrir un plaifir charmant 5
Mais pour n'être heureux qu'un moment
H vaudroit mieux ne le pais être.
lorsqu'on droit voir une inhumaine
Répondre à notre vive ardeur ,
L'instant qui chaste notre erreur a!
Sert à redoubler notre peine.
Le Maire.
.ÇANTATE à voix seule # w>//è f«
Musique par le peur Bordicr* .
ÏE goûtais du sommeil les attraits gracier
Ses tranquilles pavots suspendoient met '
allarmes ,
Lorsqu'un Songe enchanteur vint offrir ì
mes yeux ,
,Iris , l'aimable Iris, dent j'adore les chármes.
Etok.il fous le Ciel un mortel plus heureux!
Je lui parlois d* amour , elle daignoit m'en j
tendre^
A mes empreísemens elle sembloit se rendre' ,
.Et par ces mots flateurs , elle approuvoií
mes feux.
Tircis, je cede à ta constance.
Tu triomphes de ma fierté;
. Il est temps que je récompeníe, .,
Tes foins , & ta fidelité.
.C'est assez éprouver ta flamme ,
Je connois u sincere ardeur ,
. Dij L'a
Ht MERCURE DE FRANCE;
L'amour qui regne sur ton ame ,
S'ell rendu maître de mon coeuç.
A cet aveu si doux de la jeune $eigere ,
Que je m'applaudiflçis ! qUe je fus enchantés
Non , non , le fort du Iljeu qui lance te
Tonnerre,
N'étoit pas comparable à ma felicité !
s
Illusion douce & trompeuíç,
Pourquoi flattes.tu mes desirs }
Helas ! à mon ame amoureuíe ,
Que tu vas couter de soupirs !
Pour ce 'délicieux mensonge ^
sommeil , tes mqmens sont trop courju«
Je ne puis voir Iris qu'en songe ,
Ah ! laisse.moi rêver toujours.
Mais déja c'en est fait , Morphée inexorable ,
Va bien.tôt dissiper les douceurs que je fensi
Il dérobe à mes yeux 4e Fantôme adorable ^
De l'objet qui charme mes sens.
Un songe qu'amour fait pajofae ,
Peut
JANVIER; tjxj. es
î*eut offrir un plaifir charmant 5
Mais pour n'être heureux qu'un moment
H vaudroit mieux ne le pais être.
lorsqu'on droit voir une inhumaine
Répondre à notre vive ardeur ,
L'instant qui chaste notre erreur a!
Sert à redoubler notre peine.
Le Maire.
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Résumé : LE SONGE. CANTATE à voix seule, mise en Musique par le sieur Bordier.
Dans un rêve, le narrateur voit Iris, une personne qu'il aime, qui répond favorablement à ses avances amoureuses. Iris déclare céder à sa constance et reconnaître son amour sincère, ce qui procure au narrateur une grande joie et félicité. Cependant, il prend conscience que ce bonheur est une illusion et que le réveil sera douloureux. Il regrette la brièveté des moments agréables du rêve et la rapidité avec laquelle Morphée, le dieu du sommeil, dissipe ces douceurs. Le narrateur exprime son désir de continuer à rêver pour voir Iris, mais reconnaît que ces songes ne font qu'accroître sa peine lorsqu'il se réveille et doit affronter la réalité de son amour non partagé.
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1805
p. 74-76
Response par Madame D.
Début :
L'amour est un frippon de qui je me défie, [...]
Mots clefs :
Amour, Vie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Response par Madame D.
RifPonfi par Madame D.
L'amour ett un frippon de
qui jemedéfie,
, ,
Je ne veux point de son
secours,
S'ilm'avoit confervé la vie,
Il voudroit disposer du
reste de nos jours,
Ce mal me paroistroit toujours
Plus cruel que celuy dont
il m'auroit guerie.
Cependant pour ne point
me broüiller avec luy
,
Et ne pas m'exposer aux
traits de sa vengeance, f
Je veux bien luy payer le
tribut qu'aujourd'huy
Il prétend exiger de ma
reconnoissance.
Accordermon estime à qui
la fait parler,
N'est pas chofc fort malaisée,
Par son merire seul, ill'auroit bien causée,
Sans que l'amour deusts'en
mesler.
L'amour ett un frippon de
qui jemedéfie,
, ,
Je ne veux point de son
secours,
S'ilm'avoit confervé la vie,
Il voudroit disposer du
reste de nos jours,
Ce mal me paroistroit toujours
Plus cruel que celuy dont
il m'auroit guerie.
Cependant pour ne point
me broüiller avec luy
,
Et ne pas m'exposer aux
traits de sa vengeance, f
Je veux bien luy payer le
tribut qu'aujourd'huy
Il prétend exiger de ma
reconnoissance.
Accordermon estime à qui
la fait parler,
N'est pas chofc fort malaisée,
Par son merire seul, ill'auroit bien causée,
Sans que l'amour deusts'en
mesler.
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Résumé : Response par Madame D.
Madame D. décrit l'amour comme un fripon dans 'RifPonfi'. Le narrateur refuse son aide, craignant qu'il ne contrôle sa vie. Il accepte de lui témoigner de la reconnaissance pour éviter des représailles. Il note que respecter quelqu'un pour ses mérites est naturel, indépendamment de l'amour.
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1806
p. 69-72
Benediction de l'Abbesse de Betancourt en Picardie. [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche 7. du dernier mois, Dame Catherine Elisabeth de [...]
Mots clefs :
Abbesse, Abbaye de Betancourt, Prélat, Cérémonie, Noblesse, Bénédiction, Symphonie, Repas
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texteReconnaissance textuelle : Benediction de l'Abbesse de Betancourt en Picardie. [titre d'après la table]
Le Dimanche du dernier
mois , Dame Catherine
Elifabeth de Longueval de
Manicamp,Abbeffe de l'Abbaye
de Beftancour en Picardie
, fut benite par les
mains de Meffire François
Faure , Evefque d'Amiens ..
Ce Prelat eftoit reveſtu de
fes Habits Pontificaux , &
affifté de tous fes Officiers.
La Ceremonie fe fit au bruit
de plufieurs décharges , &
en prefence de quantité de
Nobleffe de la Province , de
l'un & de l'autre fexe. La
Meffe fut chantée par la Mu70
MERCURE
fique . Cette Abbeffe alla recevoir
la Benediction , précedée
de Dame Elifabeth de
Monchi de Senarpont, Religieufe
de l'Abbaye de Beftancour
, fa Chapelaine , qui
portoit fa Croffe. A colté
d'elle marcherent Dame Cecile
Gabrielle Faure , Niepce
de M' l'Evefque d'Amiens ,
Prieure de cette Abbaye , &
Dame Marguerite Foucault
Souprieure.Mademoiſelle de
Monchi, feconde Fille de M
de Monchi , Marquis de Senarpont
, & Mademoiſelle
d'Augenlieu , Penſionnaires
GALANT. 71
de la mefme Abbaye , portoient
fa queue. Une fimphonie
fort agreable ſe fit
entendre pendant la marche
du Choeur des Religieufes
jufques à l'Autel . M ' le Marquis
de Senarpont , dont je
vient de vous parler , M' de
la Roche Marquis de Fonteville
, M' de Monchi Baron
de Vifmes , M' de Monchi
Seigneur de Courcelle , &
M'de Vauchelle , portoient
les Offrandes . La Ceremonie
finit par un Te Deum chanté
en Mufique, pendant lequel
on alla baiſer l'Anneau de
72 MERCURE
Madame l'Abbeffe . Il Y eut
enfuite un magnifique repas.
mois , Dame Catherine
Elifabeth de Longueval de
Manicamp,Abbeffe de l'Abbaye
de Beftancour en Picardie
, fut benite par les
mains de Meffire François
Faure , Evefque d'Amiens ..
Ce Prelat eftoit reveſtu de
fes Habits Pontificaux , &
affifté de tous fes Officiers.
La Ceremonie fe fit au bruit
de plufieurs décharges , &
en prefence de quantité de
Nobleffe de la Province , de
l'un & de l'autre fexe. La
Meffe fut chantée par la Mu70
MERCURE
fique . Cette Abbeffe alla recevoir
la Benediction , précedée
de Dame Elifabeth de
Monchi de Senarpont, Religieufe
de l'Abbaye de Beftancour
, fa Chapelaine , qui
portoit fa Croffe. A colté
d'elle marcherent Dame Cecile
Gabrielle Faure , Niepce
de M' l'Evefque d'Amiens ,
Prieure de cette Abbaye , &
Dame Marguerite Foucault
Souprieure.Mademoiſelle de
Monchi, feconde Fille de M
de Monchi , Marquis de Senarpont
, & Mademoiſelle
d'Augenlieu , Penſionnaires
GALANT. 71
de la mefme Abbaye , portoient
fa queue. Une fimphonie
fort agreable ſe fit
entendre pendant la marche
du Choeur des Religieufes
jufques à l'Autel . M ' le Marquis
de Senarpont , dont je
vient de vous parler , M' de
la Roche Marquis de Fonteville
, M' de Monchi Baron
de Vifmes , M' de Monchi
Seigneur de Courcelle , &
M'de Vauchelle , portoient
les Offrandes . La Ceremonie
finit par un Te Deum chanté
en Mufique, pendant lequel
on alla baiſer l'Anneau de
72 MERCURE
Madame l'Abbeffe . Il Y eut
enfuite un magnifique repas.
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Résumé : Benediction de l'Abbesse de Betancourt en Picardie. [titre d'après la table]
Le dimanche du dernier mois, Dame Catherine Élisabeth de Longueval de Manicamp a été bénite comme abbesse de l'Abbaye de Beftancour en Picardie par Monseigneur François Faure, évêque d'Amiens. La cérémonie, marquée par une grande solennité, s'est déroulée en présence de nombreux nobles des deux sexes de la province et au son de décharges d'artillerie. Monseigneur Faure, vêtu de ses habits pontificaux, était assisté de ses officiers. La messe a été chantée par la musique de l'abbaye. Dame Élisabeth de Monchi de Senarpont, religieuse et chapelaine, a précédé l'abbesse avec la croix, accompagnée de Dame Cécile Gabrielle Faure, nièce de l'évêque et prieure de l'abbaye, et de Dame Marguerite Foucault, supérieure. Mademoiselle de Monchi et Mademoiselle d'Augenlieu, pensionnaires, portaient la queue de l'abbesse. Une symphonie a accompagné la marche du chœur des religieuses jusqu'à l'autel. Plusieurs nobles, dont le marquis de Senarpont et le marquis de la Roche, ont porté les offrandes. La cérémonie s'est conclue par un Te Deum chanté en musique, durant lequel les participants ont baisé l'anneau de l'abbesse. Un somptueux repas a suivi.
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1807
p. 1973-1976
JUGEMENT des Anglois sur la Mathématique universelle, abregée à l'usage & à la portée de tout le monde, du P. C. J. imprimée à Paris, chez Simon, rüe de la Harpe.
Début :
La Mathématique du P. C. fait trop de bruit à Paris, pour qu'on n'y soit [...]
Mots clefs :
Mathématique, Journal de Londres, Louis-Bertrand Castel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JUGEMENT des Anglois sur la Mathématique universelle, abregée à l'usage & à la portée de tout le monde, du P. C. J. imprimée à Paris, chez Simon, rüe de la Harpe.
JUGEMENT des Anglois fur la
Mathématique univerfelle , abregée , à
l'ufage à la portée de tout le monde ;
du P. C. J. imprimée à Paris , chez
Simon , rue de la Harpe.
LA
A Mathématique du P. C. fait trop
de bruit à Paris , pour qu'on n'y foit
pas curieux de voir le jugement qu'en
ont porté les Anglois , qui paffent , avec
raifon , pour de fi grands Géometres , &
de fi bons connoiffeurs en cette matiere.
D'abord , rien n'eft plus glorieux au P.C.
ni plus décifif pour le mérite de fon Ouvrage
, que d'avoir été reçû , comme il
l'a été , fans aucune contradiction , fans
même aucune follicitation , dans l'Académie
Royale de Londres , dont il eſt le
premier Membre qu'ait eu fa Compagnie
dans cette illuftre Societé . Du reſte
La Societé Royale s'eft expliqué & a déclaré
qu'elle ne faifoit cet honneur extraordinaire
, & cette finguliere exception
en faveur du P. C. qu'à cauſe de ſa Mathématique.
Voici en particulier comment
un illuftre Membre de cette Societé
parloit de cet Ouvrage dans le Journal
de Londres du mois de Mars 1728 .
à la page 233 .
D TRA
1974 MERCURE DE FRANCE
TRADUCTION de l'Article 26. du
Journal de Londres , Mars 1728. p. 233 .
Le fçavant & celebre P. Caftel , vient
de publier un Ouvrage merveilleux &
extraordinaire ; c'eft un grand in-4. d'environ
700. pages , intitulé : Mathématique
univerfelle , abregée , à l'usage & à la portée
de tout le monde , principalement des jeunes
Seigneurs , Ingenieurs , Phyficiens , Artiftes
, & c. chez P. Simon , à Paris.
Dans les premieres 200. pages de ce
noble Ouvrage,cet Auteur donne un Plan
& une idée generale de toutes les Sciences
Mathématiques , avec une explication
auffi claire qu'élegante de chacune de leurs
branches. Dans l'étendue de ces 200. pages
, tout ce qu'il y a de plus eftimable
& de plus important dans les Sciences
humaines , eft traité fuffifamment. Et
l'Auteur defcend même jufqu'au plus petit
détail, avec une préciſion & une exactitude
inconcevable.
Après ces deux cens pages , il entre
dans la confideration de la Géometrie priſe
en particulier. D'abord il donne divers
Traitez ou Differtations fur la Méthode
& fur diverfes Méthodes d'Invention &
de Doctrine , foit pour toutes les Sciences
Mathématiques en general , foit pour la
Géometrie en particulier.
II
SEPTEMBRE . 1730. 1975
Il vient enfuite à ce qu'il appelle la
Géometrie fimple , dans laquelle il renferme
tous les principes d'Arithmétique ,
d'Algebre & d'Analyſe ; la Doctrine des
Propofitions , celle des Equations fimples ;
enfin les Elemens d'Euclide , & toute la
Géometrie pratique.
De- là il procede à ce qu'il nomme la
Géometrie compofée , contenant en entier
toute la Doctrine du Calcul numerique
& litteral , c'eft - à- dire , l'Arithmetique
& l'Algebre , avec toute la Doctrine de
l'Analyfe compofée , & tout ce qui concerne
les Sections coniques.
En dernier lieu il traite au long de la
nouvelle & plus fublime Géometrie , que
les François appellent la Géometrie tranfcendante
; & c'est ici que nous avons toute.
la Doctrine & la Science des Infinis , expliquez
d'une maniere nouvelle & trèsfinguliere,
également inftructive & agréa
ble , l'Auteur les confiderant dans tous
les jours & points - de -vûë poffibles ; leur
Phyfique, leur Métaphyfique, leur Arithmerique
, les Calculs , exponentiel , integral
, differentiel , comme les François les
nomment ou la Méthode directe ou in- ·
verfe des fluxions ; toute la fcience des
Courbes , leurs defcriptions , comparaifons
, Analyfes & lieux géometriques . Le
tout terminé par un ample Traité des
Dij Qua
1976 MERCURE DE FRANCE
Quadratures , qui contient un grand nom- ,
bre de découvertes toutes neuves & veritablement
curieufes . Entr'autres on y
trouve une Méthode pour les quantitez
infiniment grandes , par où l'Auteur réduit
à une valeur exacte en nombres les
plus petites & infiniment petites differences
des chofes ; il quarre un Cercle infiniment
grand & une portion de Cercle infiniment
petite , auffi - bien qu'une Eclipfe,
& cela avec autant d'exactitude qu'une
Parabole , &c.
Nous ne finirions point , fi nous voulions
détailler les particularitez de tout
ce qui fe trouve de nouveau & de curieux
répandu dans cet excellent Ouvrage ;
mais nous avons deffein d'en faire un rapport
plus exact & plus étendu dans un
autre Journal.
Mathématique univerfelle , abregée , à
l'ufage à la portée de tout le monde ;
du P. C. J. imprimée à Paris , chez
Simon , rue de la Harpe.
LA
A Mathématique du P. C. fait trop
de bruit à Paris , pour qu'on n'y foit
pas curieux de voir le jugement qu'en
ont porté les Anglois , qui paffent , avec
raifon , pour de fi grands Géometres , &
de fi bons connoiffeurs en cette matiere.
D'abord , rien n'eft plus glorieux au P.C.
ni plus décifif pour le mérite de fon Ouvrage
, que d'avoir été reçû , comme il
l'a été , fans aucune contradiction , fans
même aucune follicitation , dans l'Académie
Royale de Londres , dont il eſt le
premier Membre qu'ait eu fa Compagnie
dans cette illuftre Societé . Du reſte
La Societé Royale s'eft expliqué & a déclaré
qu'elle ne faifoit cet honneur extraordinaire
, & cette finguliere exception
en faveur du P. C. qu'à cauſe de ſa Mathématique.
Voici en particulier comment
un illuftre Membre de cette Societé
parloit de cet Ouvrage dans le Journal
de Londres du mois de Mars 1728 .
à la page 233 .
D TRA
1974 MERCURE DE FRANCE
TRADUCTION de l'Article 26. du
Journal de Londres , Mars 1728. p. 233 .
Le fçavant & celebre P. Caftel , vient
de publier un Ouvrage merveilleux &
extraordinaire ; c'eft un grand in-4. d'environ
700. pages , intitulé : Mathématique
univerfelle , abregée , à l'usage & à la portée
de tout le monde , principalement des jeunes
Seigneurs , Ingenieurs , Phyficiens , Artiftes
, & c. chez P. Simon , à Paris.
Dans les premieres 200. pages de ce
noble Ouvrage,cet Auteur donne un Plan
& une idée generale de toutes les Sciences
Mathématiques , avec une explication
auffi claire qu'élegante de chacune de leurs
branches. Dans l'étendue de ces 200. pages
, tout ce qu'il y a de plus eftimable
& de plus important dans les Sciences
humaines , eft traité fuffifamment. Et
l'Auteur defcend même jufqu'au plus petit
détail, avec une préciſion & une exactitude
inconcevable.
Après ces deux cens pages , il entre
dans la confideration de la Géometrie priſe
en particulier. D'abord il donne divers
Traitez ou Differtations fur la Méthode
& fur diverfes Méthodes d'Invention &
de Doctrine , foit pour toutes les Sciences
Mathématiques en general , foit pour la
Géometrie en particulier.
II
SEPTEMBRE . 1730. 1975
Il vient enfuite à ce qu'il appelle la
Géometrie fimple , dans laquelle il renferme
tous les principes d'Arithmétique ,
d'Algebre & d'Analyſe ; la Doctrine des
Propofitions , celle des Equations fimples ;
enfin les Elemens d'Euclide , & toute la
Géometrie pratique.
De- là il procede à ce qu'il nomme la
Géometrie compofée , contenant en entier
toute la Doctrine du Calcul numerique
& litteral , c'eft - à- dire , l'Arithmetique
& l'Algebre , avec toute la Doctrine de
l'Analyfe compofée , & tout ce qui concerne
les Sections coniques.
En dernier lieu il traite au long de la
nouvelle & plus fublime Géometrie , que
les François appellent la Géometrie tranfcendante
; & c'est ici que nous avons toute.
la Doctrine & la Science des Infinis , expliquez
d'une maniere nouvelle & trèsfinguliere,
également inftructive & agréa
ble , l'Auteur les confiderant dans tous
les jours & points - de -vûë poffibles ; leur
Phyfique, leur Métaphyfique, leur Arithmerique
, les Calculs , exponentiel , integral
, differentiel , comme les François les
nomment ou la Méthode directe ou in- ·
verfe des fluxions ; toute la fcience des
Courbes , leurs defcriptions , comparaifons
, Analyfes & lieux géometriques . Le
tout terminé par un ample Traité des
Dij Qua
1976 MERCURE DE FRANCE
Quadratures , qui contient un grand nom- ,
bre de découvertes toutes neuves & veritablement
curieufes . Entr'autres on y
trouve une Méthode pour les quantitez
infiniment grandes , par où l'Auteur réduit
à une valeur exacte en nombres les
plus petites & infiniment petites differences
des chofes ; il quarre un Cercle infiniment
grand & une portion de Cercle infiniment
petite , auffi - bien qu'une Eclipfe,
& cela avec autant d'exactitude qu'une
Parabole , &c.
Nous ne finirions point , fi nous voulions
détailler les particularitez de tout
ce qui fe trouve de nouveau & de curieux
répandu dans cet excellent Ouvrage ;
mais nous avons deffein d'en faire un rapport
plus exact & plus étendu dans un
autre Journal.
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Résumé : JUGEMENT des Anglois sur la Mathématique universelle, abregée à l'usage & à la portée de tout le monde, du P. C. J. imprimée à Paris, chez Simon, rüe de la Harpe.
Le texte présente un ouvrage mathématique intitulé 'Mathématique universelle, abrégée, à l'usage et à la portée de tout le monde', écrit par le Père C. J. Cet ouvrage a été bien accueilli à Paris et a suscité l'intérêt des Anglais, reconnus pour leurs compétences en géométrie. L'Académie Royale de Londres a accepté le Père C. J. comme membre sans contestation, soulignant la qualité de son travail mathématique. Un membre illustre de cette société a loué l'ouvrage dans le Journal de Londres en mars 1728. L'ouvrage, publié chez Simon à Paris, est un grand in-folio de 700 pages. Les premières 200 pages offrent un plan général des sciences mathématiques avec des explications claires et élégantes. Ensuite, l'auteur aborde la géométrie, traitant des méthodes d'invention et de doctrine, ainsi que des principes d'arithmétique, d'algèbre et d'analyse. Il distingue la géométrie simple, qui inclut les éléments d'Euclide et la géométrie pratique, et la géométrie composée, couvrant l'arithmétique, l'algèbre et l'analyse composée. L'auteur explore également la géométrie transcendantale, ou géométrie des infinis, avec des explications nouvelles et singulières sur la physique, la métaphysique et les calculs des infinis. L'ouvrage se termine par un traité sur les quadratures, présentant des découvertes nouvelles et curieuses, notamment une méthode pour les quantités infiniment grandes et petites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1808
p. 75-79
« Le Marquis de los Balbazés a demandé la permission de [...] »
Début :
Le Marquis de los Balbazés a demandé la permission de [...]
Mots clefs :
Majorque, Barcelone, Prince, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Marquis de los Balbazés a demandé la permission de [...] »
Le Marquis de los Balbazés
a demandé la permiffion de
paſſer en Italie pour y aller
mettre ordre à ſes affaires , ce
qui luy à eſté accordé.
ॐ
Le Conſeil de Caſtille s'eſt
aſſemblé extraordinairement ,
&a preſenté auRoyun projet
Gij
76 MERCURE
de Gouvernement nouveau
de la Catalogne, qui aura lieu ,
à ce qu'on croit , dans le même
temps qu'on publiera le
Reglement des autres Tribunaux.
Du 27. du même mois on
écrit d'Aranjuez que les chaleurs
exceſſives ont cauſéquelques
maladies dans la Famille
Royale,& que cependant leurs
Majeſtez vont tous les jours
à la chaſſe , & qu'elles ſe promenent
les nuits dans les Jardins
du Palais , qu'on a ſoin
d'éclairer , & où on affemble
GALANT. 77
les meilleurs Muficiens qui
ſoient en Eſpagne pour leur
donner des concerts agreables.
*
On écrit de Barcelone qu'-
on y a publie un banc par lequel
on ordonne à tous ceux
qui ont obtenu des Benefices ,
& des qualitez de l'Empereur ,
d'aller mettre leurs titres dans
les mains du Prince deSerclas ;
on ajoute que les Peuples de
cette Principauté ſont au deſeſpoir
de la nouvelle contribu-
1
tion de deux millions cinq
cent mille piaſtres qu'on leur a
Gij
78 MERCURE
impoſez , & l'on affeure que
tous les revenus de cette
Province nemontent pas à cette
ſomme.
Le ſept dece mois le Doyen
de Talavera prit poſſeſſion de
l'Eglife Metropolitaine deTolede
au nom du nouvel Archevêque
, cy devant Evêque de
Badajos qui eſt attendu àAranjuez
pour baifer la mainà leurs
Majeftez , & ſe rendre enſuite
à fon Archevêché.
L'expedition de Mayorque
eſt encore differée ; on dit que
lesMayorquins ſont prêts à ſe
foumettre , pourveu qu'on
GALANT. 79
veüille leurs accorder la vie ,
les biens , & la liberté.
a demandé la permiffion de
paſſer en Italie pour y aller
mettre ordre à ſes affaires , ce
qui luy à eſté accordé.
ॐ
Le Conſeil de Caſtille s'eſt
aſſemblé extraordinairement ,
&a preſenté auRoyun projet
Gij
76 MERCURE
de Gouvernement nouveau
de la Catalogne, qui aura lieu ,
à ce qu'on croit , dans le même
temps qu'on publiera le
Reglement des autres Tribunaux.
Du 27. du même mois on
écrit d'Aranjuez que les chaleurs
exceſſives ont cauſéquelques
maladies dans la Famille
Royale,& que cependant leurs
Majeſtez vont tous les jours
à la chaſſe , & qu'elles ſe promenent
les nuits dans les Jardins
du Palais , qu'on a ſoin
d'éclairer , & où on affemble
GALANT. 77
les meilleurs Muficiens qui
ſoient en Eſpagne pour leur
donner des concerts agreables.
*
On écrit de Barcelone qu'-
on y a publie un banc par lequel
on ordonne à tous ceux
qui ont obtenu des Benefices ,
& des qualitez de l'Empereur ,
d'aller mettre leurs titres dans
les mains du Prince deSerclas ;
on ajoute que les Peuples de
cette Principauté ſont au deſeſpoir
de la nouvelle contribu-
1
tion de deux millions cinq
cent mille piaſtres qu'on leur a
Gij
78 MERCURE
impoſez , & l'on affeure que
tous les revenus de cette
Province nemontent pas à cette
ſomme.
Le ſept dece mois le Doyen
de Talavera prit poſſeſſion de
l'Eglife Metropolitaine deTolede
au nom du nouvel Archevêque
, cy devant Evêque de
Badajos qui eſt attendu àAranjuez
pour baifer la mainà leurs
Majeftez , & ſe rendre enſuite
à fon Archevêché.
L'expedition de Mayorque
eſt encore differée ; on dit que
lesMayorquins ſont prêts à ſe
foumettre , pourveu qu'on
GALANT. 79
veüille leurs accorder la vie ,
les biens , & la liberté.
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1809
p. 1-5
L'ANONYME d'Auxerre.
Début :
Je prens plaisir, Monsieur, à m'informer de tout ce [...]
Mots clefs :
Aventure, Vendanges, Style
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ANONYME d'Auxerre.
L'ANONYME
d'Auxerre.
Eprensplaisir Monsieur,
tt m'informer de tout ce
quisepd/fe dans ma Province,
CT j'ai un amy a
Paris, qui me fournit quelques
Mémoires ,rarement
de choses importantes, parce
que les grands évenemens
font rares, mais d'une infinité
de minuties, quitoutes
rassemblée, ne laissent pas
d'amuser la curiosité, si elles
ne la contentent; si je pouvois
me donner la peine de bien
écrire,jeserois votre Anonyme
pour une Lettre chaque
mois : voye^fïmonstyle
négligé& imparfait vous
convient, carje ne puis vous
rendre ce service qu'à plume
SQweante, & quandje vous
promets unstyle négligé, ne
vous attendez pat à un
negligé étudié, je ne yf~f~<
blepoint a ces Coquettes,
qui affectent certains negligez
qui conviennent à leur
taille, à leur air, à leur visage,
& qui sont souvent
endes-babillé, parce que les
habits parez ne leur stéens
point,vous aurtzig un négligéde
bonne foyvray negligé
d'unparesseux, qui ne
firoit pas une rature pour
corriger une faute de construction,
ni peut-être même!
unefaute de bonJens; votU
efeZ de verbiage pour un
paresseux. Commentons à
vous tenir parole par une
petite avanture de vendangeurs
quiconvient au Aiercure
du mois d'Octobrejc'est
auprès d'unepetite ville de
Bourgogne que je ne nomme
point,parce que etefl une
avanturegalante,& qu'en
nommant une petite ville O' dans les Provinces on cdnoît
bientôt les personnes par
l'avanture, pourpeuquelle
soit veritable &circonftanciée,
celle-cy est arrivée naturellement
,comme je vais
Vous h* racontera
d'Auxerre.
Eprensplaisir Monsieur,
tt m'informer de tout ce
quisepd/fe dans ma Province,
CT j'ai un amy a
Paris, qui me fournit quelques
Mémoires ,rarement
de choses importantes, parce
que les grands évenemens
font rares, mais d'une infinité
de minuties, quitoutes
rassemblée, ne laissent pas
d'amuser la curiosité, si elles
ne la contentent; si je pouvois
me donner la peine de bien
écrire,jeserois votre Anonyme
pour une Lettre chaque
mois : voye^fïmonstyle
négligé& imparfait vous
convient, carje ne puis vous
rendre ce service qu'à plume
SQweante, & quandje vous
promets unstyle négligé, ne
vous attendez pat à un
negligé étudié, je ne yf~f~<
blepoint a ces Coquettes,
qui affectent certains negligez
qui conviennent à leur
taille, à leur air, à leur visage,
& qui sont souvent
endes-babillé, parce que les
habits parez ne leur stéens
point,vous aurtzig un négligéde
bonne foyvray negligé
d'unparesseux, qui ne
firoit pas une rature pour
corriger une faute de construction,
ni peut-être même!
unefaute de bonJens; votU
efeZ de verbiage pour un
paresseux. Commentons à
vous tenir parole par une
petite avanture de vendangeurs
quiconvient au Aiercure
du mois d'Octobrejc'est
auprès d'unepetite ville de
Bourgogne que je ne nomme
point,parce que etefl une
avanturegalante,& qu'en
nommant une petite ville O' dans les Provinces on cdnoît
bientôt les personnes par
l'avanture, pourpeuquelle
soit veritable &circonftanciée,
celle-cy est arrivée naturellement
,comme je vais
Vous h* racontera
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Résumé : L'ANONYME d'Auxerre.
Un auteur anonyme d'Auxerre écrit à un destinataire pour partager des nouvelles de sa province. Il mentionne avoir un ami à Paris qui lui fournit des mémoires, souvent des détails mineurs plutôt que des événements majeurs. L'auteur regrette de ne pas pouvoir écrire de manière plus soignée, mais promet un style négligé et imparfait, sans affectation. Il compare cela à des femmes qui affectent un certain négligé pour leur apparence. Pour tenir sa promesse, il raconte une aventure de vendangeurs survenue près d'une petite ville de Bourgogne, qu'il ne nomme pas pour préserver l'anonymat des personnes impliquées. Cette aventure est appropriée pour le mois d'octobre et est présentée comme naturelle et véridique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1810
p. 73-75
« Madame de Vignier qui avoit prédit par quelques Vers au / J'avois bien dit qu'un couple si charmant [...] »
Début :
Madame de Vignier qui avoit prédit par quelques Vers au / J'avois bien dit qu'un couple si charmant [...]
Mots clefs :
Grossesse, Duchesse de Richelieu, Couples, Oracles, Beauté, Charme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Madame de Vignier qui avoit prédit par quelques Vers au / J'avois bien dit qu'un couple si charmant [...] »
Madame Vignier qui
avoit prédit par quelques
G
74 MERCURE
Vers au commencement de
la Groffeffe de Madame la
Ducheffe de Richelieu , que
ce qu'elle mettroit au monde
auroit les charmes du
Pere & de la Mere , envoya
ce Madrigal auffi-toft qu'el
le eut appris fon Accouche-
?
ment.
J
Avois bien dit qu'un couple fi
charmant
Ne produiroitque des miracles ,
Iugez par ce commencement
Si l'on doit croire mes Oracles.
Qui pourroit en douter voyant voſtre
beauté
Qui paroift déja fans feconde,
Et qui n'avonera dans lemonde
Bacilly en a fait un
75
aiman'a
ja̸-
ble;
e est
ra plus
vous trouverez icy note
qui
a
ef
Vis que vous reffemblez à q
vous donna l'eftre, pvis
Vousferez de nosjours
Gij
74
Ver
cre
ce M
le
eu
men
commencement
doit croire mes Oracles .
pourroit en douter voyant voſtre
beauté
Qui paroift déja fans feconde,
Et qui n'avonera dans le monde
GALANT.
75
Que j'ay disune verité ?
Quoy que voussoyez toute aimable,
Et qu'on vous aime plus qu'on n'a ja
mais aimé,
Un Garçon feroit admirable;
Mais attendons un an , le terme eft
Supportable,
Et nous verrons duquel on fera plus.
charmé.
avoit prédit par quelques
G
74 MERCURE
Vers au commencement de
la Groffeffe de Madame la
Ducheffe de Richelieu , que
ce qu'elle mettroit au monde
auroit les charmes du
Pere & de la Mere , envoya
ce Madrigal auffi-toft qu'el
le eut appris fon Accouche-
?
ment.
J
Avois bien dit qu'un couple fi
charmant
Ne produiroitque des miracles ,
Iugez par ce commencement
Si l'on doit croire mes Oracles.
Qui pourroit en douter voyant voſtre
beauté
Qui paroift déja fans feconde,
Et qui n'avonera dans lemonde
Bacilly en a fait un
75
aiman'a
ja̸-
ble;
e est
ra plus
vous trouverez icy note
qui
a
ef
Vis que vous reffemblez à q
vous donna l'eftre, pvis
Vousferez de nosjours
Gij
74
Ver
cre
ce M
le
eu
men
commencement
doit croire mes Oracles .
pourroit en douter voyant voſtre
beauté
Qui paroift déja fans feconde,
Et qui n'avonera dans le monde
GALANT.
75
Que j'ay disune verité ?
Quoy que voussoyez toute aimable,
Et qu'on vous aime plus qu'on n'a ja
mais aimé,
Un Garçon feroit admirable;
Mais attendons un an , le terme eft
Supportable,
Et nous verrons duquel on fera plus.
charmé.
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Résumé : « Madame de Vignier qui avoit prédit par quelques Vers au / J'avois bien dit qu'un couple si charmant [...] »
Madame Vignier a prédit la naissance d'un enfant doté des charmes de ses parents. Cette prédiction a été partagée sous forme de madrigal après l'accouchement. Le madrigal met en avant la beauté de l'enfant, déjà perceptible malgré son jeune âge, et suggère qu'elle surpassera celle de tous les autres enfants. Le poète Bacilly a également écrit un poème sur ce sujet. Le texte inclut des extraits du madrigal, soulignant la beauté de l'enfant et la justesse de la prédiction. Il se termine en exprimant l'espoir de voir si l'enfant deviendra un garçon remarquable, tout en reconnaissant sa beauté actuelle et l'amour qu'il inspire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1811
p. 73-78
DONS DU ROY,
Début :
Le Roy a donné l'Abbaye de saint Paul, Ordre des [...]
Mots clefs :
Dons, Abbayes, Diocèses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DONS DU ROY,
9750
DONS DU ROY,
Le Roy a donné l'Abbaye de faint Paul , Ordre
des Premonftrez, Dioceſe
deVerdun , à M. de Meaux.
May1712.
G
74 MERCURE
Cet Ordre tire fon origine
de celui de faint Benoît ,
qui fut fondé par l'Evêque
Alberon l'an 1136. qui leur
donna pour premier Abbé
Roger auquel fucceda
Theodoric , fils du Comte
de Salmes , l'ana141
L'Abbaye de fainte Croix
de Bordeaux , Ordre de S.
Benoît , à M. l'Abbé de Beringham. Cette Abbaye a
été fondée par Clovis. Elle
étoit autrefois hors des
murs de la ville: ob oved
SoL'Abbaye de faint Mange, Ordre defaint Auguf
GALANT.
75
tin , Dioceſe de Châlons
à M. l'Abbé du Cambout.
L'Abbaye de ChambreFontaine , Ordre des Premonftrez Diocele de
Meaux , à M. l'Abbe de
Brancas.
91790
L'Abbaye d'Herivaut
Ordre de faint Auguftin,
Dioceſe de Paris, à M. l'Abbé des Champs.
L'Abbaye de la Prée
Ordre de Cîteaux, Dioceſe
de Bourges , à M. l'Abbé
2
de Valory.
sb moa
L'Abbaye de faint ¡ Sever , Ordre de fajin Benoît
-U!
la
Gij
76 MERCURE
Dioceſe de Tarbes , à M.
l'Abbé du Caſteja.
- L'Abbaye de Landtteveneek , Ordre de faint Benoît , Dioceſe de Quimper,
à M. l'Abbé d'Argentrée.
Cette Abbaye eft la plus
ancienne de l'Ordre , elle a
étéfondée par Grallon Roy
de Bretagne.
L'Abbaye de Fontaines ,
Ordre de Citeaux , Dioceſe 2.
de Tours à M. l'Abbé de
Baudry. On a donné le
nom de Fontaines à cette
Abbaye , à caufe de plufieurs fontaines qui font
GALANT.
77
aux environs. Ce lieu étoit
rempli de bois.
L'Abbaye du Tronchet ,
Ordre de faint Benoift ,
Dioceſe de Dol , à M. l'Abbéde Vaugenois. Cette Abbaye eft fituée dans la baſſe
Bretagne. Alan , Senechal
de Dol , la fit bâtir l'an 1150.
L'Abbaye de la Vanvaux, Dioceſe de Vannes ,
à M. l'Abbé de Vauluyre.
L'Abbaye du Rivet , Or
dre de Cîteaux , Diocefe de
Vaft, à DomJean Benoist
Bernardin.
L'Abbaye de fainte Croix
G iij
78 MERCURE
d'Apt , Ordre de Cîteaux ,
à Madame de Marnay de
la Baftie
DONS DU ROY,
Le Roy a donné l'Abbaye de faint Paul , Ordre
des Premonftrez, Dioceſe
deVerdun , à M. de Meaux.
May1712.
G
74 MERCURE
Cet Ordre tire fon origine
de celui de faint Benoît ,
qui fut fondé par l'Evêque
Alberon l'an 1136. qui leur
donna pour premier Abbé
Roger auquel fucceda
Theodoric , fils du Comte
de Salmes , l'ana141
L'Abbaye de fainte Croix
de Bordeaux , Ordre de S.
Benoît , à M. l'Abbé de Beringham. Cette Abbaye a
été fondée par Clovis. Elle
étoit autrefois hors des
murs de la ville: ob oved
SoL'Abbaye de faint Mange, Ordre defaint Auguf
GALANT.
75
tin , Dioceſe de Châlons
à M. l'Abbé du Cambout.
L'Abbaye de ChambreFontaine , Ordre des Premonftrez Diocele de
Meaux , à M. l'Abbe de
Brancas.
91790
L'Abbaye d'Herivaut
Ordre de faint Auguftin,
Dioceſe de Paris, à M. l'Abbé des Champs.
L'Abbaye de la Prée
Ordre de Cîteaux, Dioceſe
de Bourges , à M. l'Abbé
2
de Valory.
sb moa
L'Abbaye de faint ¡ Sever , Ordre de fajin Benoît
-U!
la
Gij
76 MERCURE
Dioceſe de Tarbes , à M.
l'Abbé du Caſteja.
- L'Abbaye de Landtteveneek , Ordre de faint Benoît , Dioceſe de Quimper,
à M. l'Abbé d'Argentrée.
Cette Abbaye eft la plus
ancienne de l'Ordre , elle a
étéfondée par Grallon Roy
de Bretagne.
L'Abbaye de Fontaines ,
Ordre de Citeaux , Dioceſe 2.
de Tours à M. l'Abbé de
Baudry. On a donné le
nom de Fontaines à cette
Abbaye , à caufe de plufieurs fontaines qui font
GALANT.
77
aux environs. Ce lieu étoit
rempli de bois.
L'Abbaye du Tronchet ,
Ordre de faint Benoift ,
Dioceſe de Dol , à M. l'Abbéde Vaugenois. Cette Abbaye eft fituée dans la baſſe
Bretagne. Alan , Senechal
de Dol , la fit bâtir l'an 1150.
L'Abbaye de la Vanvaux, Dioceſe de Vannes ,
à M. l'Abbé de Vauluyre.
L'Abbaye du Rivet , Or
dre de Cîteaux , Diocefe de
Vaft, à DomJean Benoist
Bernardin.
L'Abbaye de fainte Croix
G iij
78 MERCURE
d'Apt , Ordre de Cîteaux ,
à Madame de Marnay de
la Baftie
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Résumé : DONS DU ROY,
En mai 1712, le roi a fait plusieurs dons d'abbayes à divers dignitaires. L'abbaye de Saint-Paul, de l'Ordre des Prémontrés, située dans le diocèse de Verdun, a été donnée à M. de Meaux. L'Ordre des Prémontrés, fondé en 1136 par l'évêque Alberon, a eu Roger comme premier abbé, suivi par Théodoric. L'abbaye de Sainte-Croix de Bordeaux, de l'Ordre de Saint Benoît, fondée par Clovis, a été attribuée à M. l'Abbé de Beringham. L'abbaye de Saint-Mange, de l'Ordre de Saint Augustin, dans le diocèse de Châlons, a été donnée à M. l'Abbé du Cambout. L'abbaye de Chambrefontaine, de l'Ordre des Prémontrés, dans le diocèse de Meaux, a été attribuée à M. l'Abbé de Brancas. L'abbaye d'Herivaut, de l'Ordre de Saint Augustin, dans le diocèse de Paris, a été donnée à M. l'Abbé des Champs. L'abbaye de la Prée, de l'Ordre de Cîteaux, dans le diocèse de Bourges, a été attribuée à M. l'Abbé de Valory. L'abbaye de Saint-Sever, de l'Ordre de Saint Benoît, dans le diocèse de Tarbes, a été donnée à M. l'Abbé du Casteja. L'abbaye de Landtévénec, la plus ancienne de l'Ordre de Saint Benoît, dans le diocèse de Quimper, fondée par Grallon, roi de Bretagne, a été attribuée à M. l'Abbé d'Argentrée. L'abbaye de Fontaines, de l'Ordre de Cîteaux, dans le diocèse de Tours, a été donnée à M. l'Abbé de Baudry. L'abbaye du Tronchet, de l'Ordre de Saint Benoît, dans le diocèse de Dol, fondée en 1150 par Alan, sénéchal de Dol, a été attribuée à M. l'Abbé de Vaugenois. L'abbaye de Vanvaux, dans le diocèse de Vannes, a été donnée à M. l'Abbé de Vauluyre. L'abbaye du Rivet, de l'Ordre de Cîteaux, dans le diocèse de Vast, a été attribuée à Dom Jean Benoist Bernardin. Enfin, l'abbaye de Sainte-Croix d'Apt, de l'Ordre de Cîteaux, a été donnée à Madame de Marnay de la Bastie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1812
p. 62-67
Explication historique des Fables, seconde Edition, augmentée d'un Volume ; autre Livre nouveau. [titre d'après la table]
Début :
Explication historique des Fables, 2e. édition, augmentée d'un Volume [...]
Mots clefs :
Fables, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : Explication historique des Fables, seconde Edition, augmentée d'un Volume ; autre Livre nouveau. [titre d'après la table]
Explicationhistorique des
Fables, 2e. édition,augmentée
d'un Volume,chez le Breton
, Quay Malaquais,à rAigle
d'or.
L'accuëil favorable que le
publicsit à la premiereédition
decet Ouvrage
,
dont l'utilité
est si universelle, a porté M.
l'Abbé Banier de l'Academie
Royale des Inscriptions, qui
en est l'Auteur
,
à joindre de
nouvelles découvertes à celles
qui avoient déjà paru; il a
éclairci -& a
<
approfondi plusieurs
sujets qu'il n'avoir, pour
ainsi dire
,
fait qu'ébaucher,
il a traité de nouvelles matieres
qu'il avoirnégligées, & a outre
cela ajoûté cinq nouveaux
entretiens;les augmentations
repanduës dans presque toutes
les pages du Livre
,
l'ont fait
augmenter du prix de moitié,
& il croit lavoir nilsen état
de mériter l'estime que le Public
lui avoit déja accordée.
Il n'etf pas possible d'entrer
ici dans le détail d'un Ouvrage
si rempli, il suffit de remarquer
que la methode de lAuteur
cft de ramener àIhiHoirc
&àla chronologie, les Fables
de l'AntiquitéPayenne, & d'en
éloigner lesinsipidesallegories
qui sont plÛfÔC le fruit de l'imagination
des Aureurs de la
Mitologie, que le fondement
du Systême PoSËtique;& il faut
avoüer que l'esprit est saisi d'un
étonnement agréable
, en
voyant que le systêmeoù l'on
arépandu tant de merveilleux,
n'est que l'abregé de l histoire
de cet ancien tems ,
qu'on a
nomméFabuleux
,
& qu'on
auroit mieux fait d'appeller
Heroïque
,
suivant la remarque
du sçayant Scahger , puifquc
ccft
c'est à luy que se rapportent
toutes les actions de ces premiers
Heros qui ont fondédes
Colonies dans differens Pays,
& appris aux hommes alors
fort grossiers,les Arts les plus
necessaires à la vie.
Tout le monde convient
que la connoissance de la Fable
est necessaire à tous ceux qui
veulent s'appliquer aux Belles
Lettres, puisque sans elle on
auroit dela peine à faireaucun
progrés dans la lecture des
Poëtes, qui y font desallusions
à tout moment. Les sujets de
nosPoëmes dramatiques en
fonr aussi presque tous tirez
ainsique nos plus belles peinturcs,
& on n'aura pas de peine
a convenir que la curiosité
la plus vive, quand on sçait la
Fable,est celle quinousporte
à vouloir en penetrer lemystere.
C'estce qu'apprend avec
beaucoup de méthodele Livre
dont je vous par le ici; l'Auteury
a rassemblé au sujet de
chaque Fable ce que les meilleure
Auteursanciens & modernes
en ont dit; il y a joint
sesconjecteures, & a répandu
par tout aflfcz d'agrément pour
réparée la secheresse des étymologies
& des autres traits
d'érudition qu'on est obligé
d'employer dans une matière
comme celle dont il s'agir dans
cet Ouvrage également necessaire
& curieux.
Fables, 2e. édition,augmentée
d'un Volume,chez le Breton
, Quay Malaquais,à rAigle
d'or.
L'accuëil favorable que le
publicsit à la premiereédition
decet Ouvrage
,
dont l'utilité
est si universelle, a porté M.
l'Abbé Banier de l'Academie
Royale des Inscriptions, qui
en est l'Auteur
,
à joindre de
nouvelles découvertes à celles
qui avoient déjà paru; il a
éclairci -& a
<
approfondi plusieurs
sujets qu'il n'avoir, pour
ainsi dire
,
fait qu'ébaucher,
il a traité de nouvelles matieres
qu'il avoirnégligées, & a outre
cela ajoûté cinq nouveaux
entretiens;les augmentations
repanduës dans presque toutes
les pages du Livre
,
l'ont fait
augmenter du prix de moitié,
& il croit lavoir nilsen état
de mériter l'estime que le Public
lui avoit déja accordée.
Il n'etf pas possible d'entrer
ici dans le détail d'un Ouvrage
si rempli, il suffit de remarquer
que la methode de lAuteur
cft de ramener àIhiHoirc
&àla chronologie, les Fables
de l'AntiquitéPayenne, & d'en
éloigner lesinsipidesallegories
qui sont plÛfÔC le fruit de l'imagination
des Aureurs de la
Mitologie, que le fondement
du Systême PoSËtique;& il faut
avoüer que l'esprit est saisi d'un
étonnement agréable
, en
voyant que le systêmeoù l'on
arépandu tant de merveilleux,
n'est que l'abregé de l histoire
de cet ancien tems ,
qu'on a
nomméFabuleux
,
& qu'on
auroit mieux fait d'appeller
Heroïque
,
suivant la remarque
du sçayant Scahger , puifquc
ccft
c'est à luy que se rapportent
toutes les actions de ces premiers
Heros qui ont fondédes
Colonies dans differens Pays,
& appris aux hommes alors
fort grossiers,les Arts les plus
necessaires à la vie.
Tout le monde convient
que la connoissance de la Fable
est necessaire à tous ceux qui
veulent s'appliquer aux Belles
Lettres, puisque sans elle on
auroit dela peine à faireaucun
progrés dans la lecture des
Poëtes, qui y font desallusions
à tout moment. Les sujets de
nosPoëmes dramatiques en
fonr aussi presque tous tirez
ainsique nos plus belles peinturcs,
& on n'aura pas de peine
a convenir que la curiosité
la plus vive, quand on sçait la
Fable,est celle quinousporte
à vouloir en penetrer lemystere.
C'estce qu'apprend avec
beaucoup de méthodele Livre
dont je vous par le ici; l'Auteury
a rassemblé au sujet de
chaque Fable ce que les meilleure
Auteursanciens & modernes
en ont dit; il y a joint
sesconjecteures, & a répandu
par tout aflfcz d'agrément pour
réparée la secheresse des étymologies
& des autres traits
d'érudition qu'on est obligé
d'employer dans une matière
comme celle dont il s'agir dans
cet Ouvrage également necessaire
& curieux.
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1813
p. 59-64
Arrest du Conseil d'Estat. [titre d'après la table]
Début :
Comme on pourroit perdre une partie du fruit que l'Eglise [...]
Mots clefs :
Religion catholique, Ennemis de la foi, Religion prétendue réformée, Temples, Ministres, Consistoire, Arrêts, Déclarations, Jugement
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texteReconnaissance textuelle : Arrest du Conseil d'Estat. [titre d'après la table]
Comme on pourroit perdre
une partie du fruit que l'E60
MERCURE
glife tire de tous ces heureux
progrez de laReligion Catholique
, fi l'on n'empefchoit par
toutes fortes de juftes moyens
que les Ennemis de la Foy ne
fiffent retomber dans leurs erreurs
ceux qui en font fortis , &
ne
détournaffent ceux quifot
encore dans
l'aveuglement
de prefter l'oreille aux veritez
qu'on leur prefche , fur ce
qui fut remontré que dans
plufieurs lieux où l'exercice
de la Religion Prétenduë Reformée
eftoit interdit , & les
Temples démolis , les Miniftres
qui y avoient efté établis
GALANT. 61
3
y faifoient encore leur de
meure, & que fi quelques uns
en fortoient pour aller ailleurs
exercer leur Miniftere , d'autres
eſtoient envoyez à
leur place par des ordres fecrets
des Confiftoires voiſins,
afin d'y continuer furtivement
l'exercice de cette Religion
, le Roy voulant empefcher
la continuation de
cét abus , fit de tres - expreffes
défenfes par Arreſt de fon
Confeil d'Etat du 13. Juillet
+ 1682. & du 17. May 1683. à tous
Miniftres & Propofans de refter
ou de venir s'habituer à
S
62 MERCURE
l'avenir dans les lieux où l'exercice
eftoit interdit , & à
tous ceux qui y avoient efté
Miniftres ou Propofans , de
faire leur demeure plus prés
de ces endroits que de fix
lieuës, fous quelque prétexte
que ce fuft Mais comme ces
deux Arrefts n'avoient elté
donnez que pour les lieux où
l'exercice
de la Religion
Prétendue
Reformée
eftoit
in .
terdit définitivement
, & qu'il
a encore
ceffé
en plufieurs
endroits
, foit en confequence
de Decrets
décernez
contre
quelques
Miniftres
pour
し
GALANT. 63
né le
des contraventions commifes
aux Edits & Déclarations du
Roy , ou en vertu des Juge-
: mens rendus par les premiers
Juges, Sa Majefté par fon Arreft
du Confeil d'Etat don-
30. Avril dernier , a or
donné que les Miniftres & Pro-
= pofans , qui fe trouveront dans
les lieux où l'exercice public de la
Religion Prétenduë Reformée aura
ceffé à l'occafion des Procez
meus , pour raifon de ces contraventions
commifes , feront tenus
de s'en éloigner au moins de trois
lieuës , avec défenfes de faire leur
demeure plusprés de ces lieux
S
1
que
64 MERCURE
de cette diſtance , jufqu'à ce qu'il
en ait efté autrement ordonné définitivement
par les Fuges à qui la
connoiffance defdites contraven
tions appartient.
une partie du fruit que l'E60
MERCURE
glife tire de tous ces heureux
progrez de laReligion Catholique
, fi l'on n'empefchoit par
toutes fortes de juftes moyens
que les Ennemis de la Foy ne
fiffent retomber dans leurs erreurs
ceux qui en font fortis , &
ne
détournaffent ceux quifot
encore dans
l'aveuglement
de prefter l'oreille aux veritez
qu'on leur prefche , fur ce
qui fut remontré que dans
plufieurs lieux où l'exercice
de la Religion Prétenduë Reformée
eftoit interdit , & les
Temples démolis , les Miniftres
qui y avoient efté établis
GALANT. 61
3
y faifoient encore leur de
meure, & que fi quelques uns
en fortoient pour aller ailleurs
exercer leur Miniftere , d'autres
eſtoient envoyez à
leur place par des ordres fecrets
des Confiftoires voiſins,
afin d'y continuer furtivement
l'exercice de cette Religion
, le Roy voulant empefcher
la continuation de
cét abus , fit de tres - expreffes
défenfes par Arreſt de fon
Confeil d'Etat du 13. Juillet
+ 1682. & du 17. May 1683. à tous
Miniftres & Propofans de refter
ou de venir s'habituer à
S
62 MERCURE
l'avenir dans les lieux où l'exercice
eftoit interdit , & à
tous ceux qui y avoient efté
Miniftres ou Propofans , de
faire leur demeure plus prés
de ces endroits que de fix
lieuës, fous quelque prétexte
que ce fuft Mais comme ces
deux Arrefts n'avoient elté
donnez que pour les lieux où
l'exercice
de la Religion
Prétendue
Reformée
eftoit
in .
terdit définitivement
, & qu'il
a encore
ceffé
en plufieurs
endroits
, foit en confequence
de Decrets
décernez
contre
quelques
Miniftres
pour
し
GALANT. 63
né le
des contraventions commifes
aux Edits & Déclarations du
Roy , ou en vertu des Juge-
: mens rendus par les premiers
Juges, Sa Majefté par fon Arreft
du Confeil d'Etat don-
30. Avril dernier , a or
donné que les Miniftres & Pro-
= pofans , qui fe trouveront dans
les lieux où l'exercice public de la
Religion Prétenduë Reformée aura
ceffé à l'occafion des Procez
meus , pour raifon de ces contraventions
commifes , feront tenus
de s'en éloigner au moins de trois
lieuës , avec défenfes de faire leur
demeure plusprés de ces lieux
S
1
que
64 MERCURE
de cette diſtance , jufqu'à ce qu'il
en ait efté autrement ordonné définitivement
par les Fuges à qui la
connoiffance defdites contraven
tions appartient.
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Résumé : Arrest du Conseil d'Estat. [titre d'après la table]
Le roi a pris diverses mesures pour empêcher la persistance de la religion réformée dans les régions où elle est interdite. Malgré les interdictions et la démolition des temples, certains ministres réformés continuaient d'exercer clandestinement. En réponse, le roi a émis des arrêts en juillet 1682 et mai 1683, interdisant aux ministres et prophètes de résider dans ces lieux ou à moins de six lieues de distance. Cependant, l'exercice de la religion réformée persistant dans certains endroits, le roi a publié un nouvel arrêt le 30 avril, ordonnant aux ministres et prophètes de s'éloigner d'au moins trois lieues des lieux où l'exercice public de la religion réformée avait cessé en raison de procédures judiciaires. Cette mesure reste en vigueur jusqu'à ce que les juges compétents décident autrement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1814
p. 2381-2387
ETABLISSEMENT d'une Académie Royale des Belles Lettres, à la Rochelle. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville, le 20 Août 1732.
Début :
Il y a depuis plusieurs années dans la Ville de la Rochelle, une Société de [...]
Mots clefs :
Académie royale des belles-lettres, La Rochelle, Société de gens de lettres, Lettres patentes, Académiciens honoraires, nommer, Académiciens titulaires, Assemblée
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texteReconnaissance textuelle : ETABLISSEMENT d'une Académie Royale des Belles Lettres, à la Rochelle. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville, le 20 Août 1732.
ETABLISSEMENT d'une Académie
Royale des Belles Lettres , à la Rochelle.
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville
le 20 Août 1732.
Iville Rochelle , une Société de
Ly a depuis plusieurs années dans la
Gens de Lettres , dont l'objet est de se
perfectionner dans les connoissances qui
concernent l'Eloquence et la Poësie . Cette
Société a enfin obtenu des Lettres Patendes bons Poëtes du dernier siecle. Voici une Allusion quifutfaite à son nom par M. le Comte de
Saint Aignan.
D tes
2382 MERCURE DE FRANCE
>
tes à l'instar des autres Corps Académiques du Royaume, par lesquelles le Roy,
en approuvant un dessein qui tend à distinguer cette Ville par la Litterature
comme elle l'est par l'étendue et par l'éclat de son commerce , authorise les Assemblées et les Reglemens necessaires
pour maintenir l'ordre et la splendeur de
la nouvelle Académie.
A la fin des Lettres Patentes en forme
d'Edit, donné à Versailles au mois d'Août
1732. est un Etat des Personnes que S. M.
a nommées pour composer l'Académie
Royale ; le Roy se réservant de nommer
encore pour une fois seulement, cinquante Personnes , à mesure que les sujets se
présenteront pour faire le nombre de 30
Personnes conformement aux Lettres
Patentes.
Académiciens honoraires.
MESSIEURS.
L'Evêque de la Rochelle.
Le *** Commandant dans la Ville.
Bignon , Intendant de la Généralité.
Le Marquis de Bourzac..
Le Président du Présidial.
Le Lieutenant General.
Le Procureur du Roy
Le
NOVEMBRE, 1732. 2383
Le Maire de la Ville.
L'Abbé de Langery.
Académiciens Titulaires.
MESSIEURS le Marquis de la Cheva
Leraye. Boutiron Avocat. Cadoret Chanolne et Conseiller au Présidial, Cadoret de
Beaupreau Conseiller au Présidial. De
Hillerin Doyen du Chapitre. De Hillerin
Trésorier du Chapitre. De Chassiron
Conseiller d'honneur. Darger Chanoine.
Fontaine Lieutenant particulier. L'Abbé
Girouard. Girard de Bellevue Assesseur.
Gastumaux Négociant. L'Abbé de Moncrif Theologal. Robert de Beaurepaire
Conseiller au Présidial. Regnaud Avocat.
Valin Avocat.
+
Fait et arrêté , à Versailles le 24º jour
d'Avril 1732. Signé , LOUIS. Etplus
bas, PHELYPPE AUX.
Suivent aussi les Statuts que le Roy
veut et ordonne être observez par l'Académie.
Ils sont au nombre de xxxv. dont le
premier porte qu'elle sera composée de
Xxx Académiciens, nez dans le Païs d'Aunix ,ou de Pere de la même Province. On
les choisira , s'il se peut , résidents dans la
même Ville de la Rochelle. On pourra
Dij nean-
2384 MERCURE DE FRANCE
néanmoins élire des personnes de la Province domiciliées ailleurs , ou des Etrangers établis et demeurant dans cette Ville, par la considération de leur merite.
Les fonctions du Directeur , du Chancelier , et de deux Secretaires , sont réglées par les Articles III. IV. et V. Les
autres Articles concernent les fonctions
l'ordre , et la police de l'Académie. Fait
et arrêté à Versailles le même jour 24.
Avril 1732. Signé , Phelyppeaux.
Ces Lettres Patentes furent envoyées à
la Societé Litteraire par M. Bignon , Intendant de la Rochelle , qui étoit alors
à Paris ,avec une de ses Lettres , dattée du
premier Juillet , par laquelle il paroît que
S. A. S. M. le Prince de Conti , Protecteur de l'Académie , les lui avoit addressées.
On en fit pour la premiere fois la lecture dans une Assemblée tenuë le 14 Juillet. L'Abbé de Moncrif , l'un des nouveaux Académiciens nommez par le Roi,
en prit occasion de faire son remerciment à M M. de la Societé Litteraire, qui
l'avoient admis depuis peu dans leur
Compagnie , et l'avoient chargé de porter la parole à M. l'Intendant , à l'occasion des services qu'il venoit de rendre
pendant son séjour à Paris , pour l'expé- dition
NOVEMBRE. 1732. 2385
dition des Lettres Patentes. Ce Discours
fut extrêmement goûté par sa délicatesse
et par sa précision , rien n'y fut cependant oublié de tout ce qui devoit natu
rellement y entrer. On écouta surtout
avec une attention singuliere ce que dit
l'Académicien au sujet de la * Princesse à
qui l'Académie doit son Auguste Protecteur , et en particulier l'article qui concerne le Prince.
Prince charmant , dit- il , reste précieux et
unique d'Ayeux si dignes de l'amour des
François , en particulier des Provinces voisines dont ils ont été les Peres , et les Mat
tres. Prince en qui l'on a vu des dispositions
toujours si fort au- dessus de son âge , un espritjuste , penetrant , dont éclatent tous les
jours des traits d'un naturel si heureux , que
nous ne devons point douter de voir se réunir
en lui avec le sang des Condés , des Contys ,
toutes les perfections glorieuses qu'ont partagées tant de Heros dont il est descendu. Aussi le Ciel semble en avoir pris un soin si
singulier, qu'il a fait naître pour le former
un de ces Hommes rares , dont le génie vaste, l'imagination féconde , la solidité du ju
gement , font un de ses plus parfaits Ouvrages. C'est Mentor lui- même , dont les sages
* S. A. S. la Princesse de Conty.
* M. De la Chevaleraye.
*
Diij leçons
2386 MERCURE DE FRANCE
Leçons , et l'active vigilance ont donné aux
dispositions si admirables du jeune Prince
tout l'éclat dont elles étoient susceptibles.
M. Gastumaux , Directeur de la Societé Litteraire , quoique non prévenu sur
le Discours dont on vient de parler , fit
sur le champ une Réponse qui contenta
tous les Auditeurs.
•
?
Le 18 du même mois l'Académie s'étant
' assemblée , M. Regnaud , Avocat , à la
tête de tous les Membres , prononça à
l'Hôtel de Ville un Discours qui mériteroit d'être transcrit ici en son entier ; c'est
ce que les bornes d'unExtrait ne sçauroient
permettre , et ce qu'on tâchera de réparer dans la suite. Če Discours reçût tous
les applaudissemens qu'il méritoit.
Le 25. l'Abbé de Moncrif , choisi par
l'Académie , comme on l'a déja dit , pour
marquer sa reconnoissance à M. Bignon ",
s'acquitta de cette fonction par un autre
Discours , qui en son genre n'étoit pas inferieur à celui du même Académicien
dont il est parlé ci - dessus.
Le 28. M. de Chassiron , Conseiller
d'Honneur au Présidial , complimenta
au nom et à la tête de l'Académie
M. de Chambon , Lieutenant pour le Roi
dans la Ville et Château de la Rochelle
Commandant en l'absence du Gouverneur
NOVEMBRE. 1732. 2387
neur , et Académicien honoraire. On ne
peut parler plus dignement ni en moins
de paroles sut ce sujet.
Comme M. l'Evêque de la Rochelle
n'étoit pas dans la Ville , l'Académie jugea à propos de lui écrire pour lui faire
part de son érection , &c. La Lettre ne
contient rien que de beau et de mesuré.
Elle est dattée du même jour 18 Juillet ,
et signée de MM. l'Abbé de Moncrif
Darger , Fontaine , Cadoret , de Chassiron , Gastumeau , Valin , Regnaud , et
Cadoret de Beaupreau.
Royale des Belles Lettres , à la Rochelle.
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville
le 20 Août 1732.
Iville Rochelle , une Société de
Ly a depuis plusieurs années dans la
Gens de Lettres , dont l'objet est de se
perfectionner dans les connoissances qui
concernent l'Eloquence et la Poësie . Cette
Société a enfin obtenu des Lettres Patendes bons Poëtes du dernier siecle. Voici une Allusion quifutfaite à son nom par M. le Comte de
Saint Aignan.
D tes
2382 MERCURE DE FRANCE
>
tes à l'instar des autres Corps Académiques du Royaume, par lesquelles le Roy,
en approuvant un dessein qui tend à distinguer cette Ville par la Litterature
comme elle l'est par l'étendue et par l'éclat de son commerce , authorise les Assemblées et les Reglemens necessaires
pour maintenir l'ordre et la splendeur de
la nouvelle Académie.
A la fin des Lettres Patentes en forme
d'Edit, donné à Versailles au mois d'Août
1732. est un Etat des Personnes que S. M.
a nommées pour composer l'Académie
Royale ; le Roy se réservant de nommer
encore pour une fois seulement, cinquante Personnes , à mesure que les sujets se
présenteront pour faire le nombre de 30
Personnes conformement aux Lettres
Patentes.
Académiciens honoraires.
MESSIEURS.
L'Evêque de la Rochelle.
Le *** Commandant dans la Ville.
Bignon , Intendant de la Généralité.
Le Marquis de Bourzac..
Le Président du Présidial.
Le Lieutenant General.
Le Procureur du Roy
Le
NOVEMBRE, 1732. 2383
Le Maire de la Ville.
L'Abbé de Langery.
Académiciens Titulaires.
MESSIEURS le Marquis de la Cheva
Leraye. Boutiron Avocat. Cadoret Chanolne et Conseiller au Présidial, Cadoret de
Beaupreau Conseiller au Présidial. De
Hillerin Doyen du Chapitre. De Hillerin
Trésorier du Chapitre. De Chassiron
Conseiller d'honneur. Darger Chanoine.
Fontaine Lieutenant particulier. L'Abbé
Girouard. Girard de Bellevue Assesseur.
Gastumaux Négociant. L'Abbé de Moncrif Theologal. Robert de Beaurepaire
Conseiller au Présidial. Regnaud Avocat.
Valin Avocat.
+
Fait et arrêté , à Versailles le 24º jour
d'Avril 1732. Signé , LOUIS. Etplus
bas, PHELYPPE AUX.
Suivent aussi les Statuts que le Roy
veut et ordonne être observez par l'Académie.
Ils sont au nombre de xxxv. dont le
premier porte qu'elle sera composée de
Xxx Académiciens, nez dans le Païs d'Aunix ,ou de Pere de la même Province. On
les choisira , s'il se peut , résidents dans la
même Ville de la Rochelle. On pourra
Dij nean-
2384 MERCURE DE FRANCE
néanmoins élire des personnes de la Province domiciliées ailleurs , ou des Etrangers établis et demeurant dans cette Ville, par la considération de leur merite.
Les fonctions du Directeur , du Chancelier , et de deux Secretaires , sont réglées par les Articles III. IV. et V. Les
autres Articles concernent les fonctions
l'ordre , et la police de l'Académie. Fait
et arrêté à Versailles le même jour 24.
Avril 1732. Signé , Phelyppeaux.
Ces Lettres Patentes furent envoyées à
la Societé Litteraire par M. Bignon , Intendant de la Rochelle , qui étoit alors
à Paris ,avec une de ses Lettres , dattée du
premier Juillet , par laquelle il paroît que
S. A. S. M. le Prince de Conti , Protecteur de l'Académie , les lui avoit addressées.
On en fit pour la premiere fois la lecture dans une Assemblée tenuë le 14 Juillet. L'Abbé de Moncrif , l'un des nouveaux Académiciens nommez par le Roi,
en prit occasion de faire son remerciment à M M. de la Societé Litteraire, qui
l'avoient admis depuis peu dans leur
Compagnie , et l'avoient chargé de porter la parole à M. l'Intendant , à l'occasion des services qu'il venoit de rendre
pendant son séjour à Paris , pour l'expé- dition
NOVEMBRE. 1732. 2385
dition des Lettres Patentes. Ce Discours
fut extrêmement goûté par sa délicatesse
et par sa précision , rien n'y fut cependant oublié de tout ce qui devoit natu
rellement y entrer. On écouta surtout
avec une attention singuliere ce que dit
l'Académicien au sujet de la * Princesse à
qui l'Académie doit son Auguste Protecteur , et en particulier l'article qui concerne le Prince.
Prince charmant , dit- il , reste précieux et
unique d'Ayeux si dignes de l'amour des
François , en particulier des Provinces voisines dont ils ont été les Peres , et les Mat
tres. Prince en qui l'on a vu des dispositions
toujours si fort au- dessus de son âge , un espritjuste , penetrant , dont éclatent tous les
jours des traits d'un naturel si heureux , que
nous ne devons point douter de voir se réunir
en lui avec le sang des Condés , des Contys ,
toutes les perfections glorieuses qu'ont partagées tant de Heros dont il est descendu. Aussi le Ciel semble en avoir pris un soin si
singulier, qu'il a fait naître pour le former
un de ces Hommes rares , dont le génie vaste, l'imagination féconde , la solidité du ju
gement , font un de ses plus parfaits Ouvrages. C'est Mentor lui- même , dont les sages
* S. A. S. la Princesse de Conty.
* M. De la Chevaleraye.
*
Diij leçons
2386 MERCURE DE FRANCE
Leçons , et l'active vigilance ont donné aux
dispositions si admirables du jeune Prince
tout l'éclat dont elles étoient susceptibles.
M. Gastumaux , Directeur de la Societé Litteraire , quoique non prévenu sur
le Discours dont on vient de parler , fit
sur le champ une Réponse qui contenta
tous les Auditeurs.
•
?
Le 18 du même mois l'Académie s'étant
' assemblée , M. Regnaud , Avocat , à la
tête de tous les Membres , prononça à
l'Hôtel de Ville un Discours qui mériteroit d'être transcrit ici en son entier ; c'est
ce que les bornes d'unExtrait ne sçauroient
permettre , et ce qu'on tâchera de réparer dans la suite. Če Discours reçût tous
les applaudissemens qu'il méritoit.
Le 25. l'Abbé de Moncrif , choisi par
l'Académie , comme on l'a déja dit , pour
marquer sa reconnoissance à M. Bignon ",
s'acquitta de cette fonction par un autre
Discours , qui en son genre n'étoit pas inferieur à celui du même Académicien
dont il est parlé ci - dessus.
Le 28. M. de Chassiron , Conseiller
d'Honneur au Présidial , complimenta
au nom et à la tête de l'Académie
M. de Chambon , Lieutenant pour le Roi
dans la Ville et Château de la Rochelle
Commandant en l'absence du Gouverneur
NOVEMBRE. 1732. 2387
neur , et Académicien honoraire. On ne
peut parler plus dignement ni en moins
de paroles sut ce sujet.
Comme M. l'Evêque de la Rochelle
n'étoit pas dans la Ville , l'Académie jugea à propos de lui écrire pour lui faire
part de son érection , &c. La Lettre ne
contient rien que de beau et de mesuré.
Elle est dattée du même jour 18 Juillet ,
et signée de MM. l'Abbé de Moncrif
Darger , Fontaine , Cadoret , de Chassiron , Gastumeau , Valin , Regnaud , et
Cadoret de Beaupreau.
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Résumé : ETABLISSEMENT d'une Académie Royale des Belles Lettres, à la Rochelle. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville, le 20 Août 1732.
En août 1732, une lettre de La Rochelle annonce la création de l'Académie Royale des Belles Lettres. Depuis plusieurs années, une société de gens de lettres s'était formée dans cette ville pour se perfectionner en éloquence et poésie. Cette société a obtenu des Lettres Patentes du roi, qui approuvent son projet de distinguer La Rochelle par la littérature, à l'image de son commerce. Le roi autorise les assemblées et les règlements nécessaires pour maintenir l'ordre et la splendeur de la nouvelle Académie. Les Lettres Patentes, datées d'août 1732, nomment les premiers académiciens, incluant l'évêque de La Rochelle, l'intendant Bignon, et plusieurs notables locaux. Le roi se réserve le droit de nommer cinquante personnes supplémentaires pour atteindre un total de trente académiciens. Les statuts de l'Académie, au nombre de trente-cinq, régissent son fonctionnement. Ils stipulent que les académiciens doivent être nés ou résidents dans la province d'Aunis, ou domiciliés à La Rochelle. Les rôles du directeur, du chancelier, et des secrétaires sont également définis. Les Lettres Patentes ont été envoyées à la société littéraire par l'intendant Bignon, qui les avait reçues du prince de Conti, protecteur de l'Académie. La première lecture des Lettres Patentes a eu lieu le 14 juillet 1732, lors d'une assemblée où l'abbé de Moncrif a remercié la société littéraire et l'intendant pour leurs services. Plusieurs discours ont été prononcés par les nouveaux académiciens pour marquer leur reconnaissance et leur engagement. Notamment, M. Regnaud a prononcé un discours à l'Hôtel de Ville le 18 juillet, et l'abbé de Moncrif a adressé un discours à M. Bignon le 25 juillet. Le 28 juillet, M. de Chassiron a complimenté M. de Chambon, lieutenant du roi et académicien honoraire. Une lettre a également été envoyée à l'évêque de La Rochelle pour l'informer de l'érection de l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1815
p. 71-77
LETTRE Au sujet du Discours de M. J. J. ROUSSEAU de Genève, sur l'origine & les fondemens de l'inégalité parmi les Hommes.
Début :
Je viens, Monsieur, de lire le Discours de M. JEAN-JACQUES ROUSSEAU de [...]
Mots clefs :
Rousseau, Société, Inégalité, Idées, Dieu, Discours, Hommes, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE Au sujet du Discours de M. J. J. ROUSSEAU de Genève, sur l'origine & les fondemens de l'inégalité parmi les Hommes.
LETTRE
Au fujet du Difcours de M. J. J.
ROUSSEAU de Genève , fur l'origine
& les fondemens de l'inégalité parmi les
Hommes.
E viens , Monfieur , de lire le Difcours
JEde M. JEAN - JACQUES ROUSSEAU de
Genève , fur l'origine & les fondemens de
l'inégalité parmi les hommes . J'ai admiré le
coloris de cet étrange tableau ; mais je n'ai
pu en admirer de même le deffein & la
repréſentation . Je fais grand cas du mérite
& des talens de M. ROUSSEAU , & je félicite
Genève qui eft auffi ma patrie, de le compter
parmi les hommes célebres aufquels elle a
donné le jour : mais je regrette qu'il ait
adopté des idées qui me paroiffent fi oppofées
au vrai , & fi peu propres à faire des
heureux .
On écrira fans doute beaucoup contre
ce nouveau Difcours , comme on a beaucoup
écrit contre celui qui a remporté le
72 MERCURE DE FRANCE.
Prix de l'Académie de Dijon : & parce
qu'on a beaucoup écrit & qu'on écrira
beaucoup encore contre M. ROUSSEAU , on
lui rendra plus cher un paradoxe qu'il n'a
que trop careffé . Pour moi , qui n'ai nulle
envie de faire un livre contre M. Rous-
SEAU , & qui fuis très- convaincu que la
difpute eft de tous les moyens celui qui
peut le moins fur ce génie hardi & indépendant
, je me borne à lui propofer d'approfondir
un raifonnement tout fimple , &
qui me femble renfermer ce qu'il y a de
plus effentiel dans la queftion.
Voici ce raifonnement.
Tout ce qui réfulte immédiatement des
facultés de l'homme ne doit- il pas être dit
réfulter de fa nature ? Or , je crois que l'on
démontre fort bien que l'état de fociété réfulte
immédiatement des facultés de l'homme
je n'en veux point alléguer d'autres
preuves à notre fçavant, Auteur que fes
propres idées fur l'établiffement des fociétés
; idées ingénieufes & qu'il a fi élégamment
exprimées dans la feconde partie de
fon Difcours. Si donc l'état de fociété découle
des facultés de l'homme , il eft naturel
à l'homme. Il feroit donc auffi déraifonnable
de fe plaindre de ce que ces facultés
en fe développant ont donné naiſſance
à cet état , qu'il le feroit de fe plaindre de
OCTOBRE . 1755 . 73
ce que Dieu a donné à l'homme de telles
facultés.
L'homme eft tel que l'exigeoit la place
qu'il devoit occuper dans l'Univers . Il у
falloit apparemment des hommes qui bâtiffent
des villes , comme il y falloit des
caftors qui conftruififfent des cabannes. -
Cette perfectibilité dans laquelle M. Rous-
SEAU fait conſiſter le caractere qui diftingue
éternellement l'homme de la brute, devoit
du propre aveu de l'Auteur , conduire
l'homme au point où nous le voyons aujourd'hui.
Vouloir que cela ne fut point ,
ce feroit vouloir que l'homme ne fut point
homme. L'aigle qui fe perd dans la nue ,
rampera- t-il dans la pouffiere comme le
ferpent ?
L'HommeSauvage de M. ROUSSEAU , cet
homme qu'il chérit avec tant de complaifance
, n'eft point du tout l'homme que DIEU a
voulu faire mais DIEU a fait des Orangoutangs
& des finges qui ne font pas hommes.
:
Quand donc M. ROUSSEAU déclame
avec tant de véhémence & d'obftination
contre l'état de fociété , il s'éleve fans y
penfer contre la vOLONTÉ de CELUI qui a
fait l'homme , & qui a ordonné cet étar.
Les faits font- ils autre chofe que l'expreffion
de cette VOLONTÉ ADORABLE ?
Lorfqu'avec le pinceau d'un LE BRUN ,
D
74
MERCURE DE FRANCE.
l'Auteur trace à nos yeux
l'effroyable peinture
des maux que l'Etat civil a enfantés ,
il oublie que la planette où l'on voit ces
chofes , fait partie d'un Tout immenſe qué
nous ne connoiffons point ; mais que nous
fçavons être l'ouvrage d'une SAGESSE
PARFAITE.
Aini , reconçons pour toujours à la chimérique
entrepriſe de prouver que l'homme
feroit mieux s'il étoit autrement : l'abeille
qui conftruit des cellules fi régulieres
voudra-t-elle juger de la façade du
Louvre ? Au nom du Bon- fens & de la
Raifon , prenons l'homme tel qu'il eft ,
avec toutes fes dépendances : laiffons aller
le monde comme il va ; & foyons fûrs qu'il
va auffi bien qu'il pouvoit aller.
S'il s'agiffoit de juftifier la PROVIDENCE
aux yeux des hommes , Leibnits & Pope
l'ont fait ; & les ouvrages immortels de
ces génies fublimes font des monumens
élevés à la gloire de la Raifon. Le Difcours
de M. ROUSSEAU eft un monument
élevé à l'efprit , mais à l'efprit chagrin &
mécontent de lui- même & des autres .
Lorfque notre Philofophe voudra confacrer
fes lumieres & fes talens à nous découvrir
les origines des chofes , à nous
montrer les développemens plus ou moins
lents des biens & des maux ; en un mot
OCTOBRE. 1755. 75
à fuivre l'humanité dans la courbe tortueufe
qu'elle décrit ; les tentatives de ce
génie original & fécond , pourront nous
valoir des connoiffances précieufes fur ces
fujets intéreffans. Nous nous emprefferons
alors à recueillir ces connoiffances , & à
offrir à l'Auteur le tribut de reconnoiffance
& d'éloges qu'elles lui auront mérité ,
& qui n'aura pas été , je m'affure , la
principale fin de fes recherches .
Il y a lieu , Monfieur , de s'étonner , &
je m'en étonnerois davantage , fi j'avois
moins été appellé à réfléchir fur les fources
de la diverfité des opinions des hommes
; il y a , dis- je , lieu de s'étonner qu'un
écrivain qui a fi bien connu les avantages
d'un bon gouvernement , & qui les a fi
bien peints dans fa belle dédicace à notre
République , où il a cru voir tous ces
avantages réunis , les ait fi- tôt & fi parfaitement
perdus de vûe dans fon Difcours.
On fait des efforts inutiles pour fe perfuader
qu'un écrivain qui feroit , fans doute,
fâché que l'on ne le crut pas judicieux
préférât férieufement d'aller paffer fa vie
dans les bois , fi fa fanté le lui permettoit ,
à vivre au milieu de concitoyens chéris &
dignes de l'être. Eut-on jamais préfumé
qu'un écrivain qui penfe avanceroit dans
un fiécle tel que le nôtre cet étrange para-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
doxe qui tenferme feul une fi grande foule
d'incontéquences , pour ne rien dire de
plus fou ? Si la nature reus a destinés à être
fainis , jaje presque affurer que l'état de
reqion est un état contre nature , త que
l'hom qui medite if an animal dépravé.
22 .
Janué en
commençant cette
Icture ; non deffein n'eft point de prouver
à Monfieur ROUSSEAU par des argumens
, qu'allez d'autres feront fans moi ,
& qu'il feroit peur être mieux que l'on ne
fit point , la fupériorité de l'état du Citoyen
fur l'état de l'homme fauvage ; qui eût
jamais imaginé que cela feroit mis en
queftion ! mon but eft uniquement d'ef-
Layer de faire fentir à notre Auteur combien
fes plaintes continuelles font fuper-
Alues & déplacées : & combien il eſt évident
que la focieté entroit dans la deftination
de notre être.
J'ai parlé à M. ROUSSEAU avec toute la
franchife que la relation de compatriote
authorife. J'ai une fi grande idée des qualités
de fon coeur , que je n'ai pas fongé
un inftant qu'il put ne pas prendre en bonne
part ces réflexions . L'amour feul de la
vérité me les a dictées . Si pourtant en les
faifant , il m'étoit échappé quelque chofe
qui pût déplaire à M. ROUSSEAU , je le
OCTOBRE. 1755 . 77
prie de me le pardonner , & d'être perfuadé
de la pureté de mes intentions .
Je ne dis plus qu'un mot ; c'eft fur la
pitié , cette vertu fi célébrée par notre Auteur
, & qui fut felon lui , le plus bel appade
l'homme dans l'enfance du monde.
Je prie M. ROUSSEAU de vouloir bien
réfléchir fur les queftions fuivantes .
nage
Un homme , ou tout autre être fenfible ,
qui n'auroit jamais connu la douleur ,
auroit il de la pitié , & feroit- il ému à la
vue d'un enfant qu'on égorgeroit ?
Pourquoi la populace , à qui M. Rous-
SEAU accorde une fi grande dofe de pitié ,
fe repaît-elle avec tant d'avidité du fpectacle
d'un malheureux expirant fur la roue ?
ha-
L'affection que les femelles des animaux
témoignent pour leurs petits , a -t- elle ces
petits pour objet , ou la mere ? Si par
fard c'étoit celle - ci , le bien être des petits
n'en auroit été que mieux affuré.
J'ai l'honneur d'être , & c.
PHILOPOLIS , Citoyen de Genève.
A Genève , le 25 Août 1755 .
Au fujet du Difcours de M. J. J.
ROUSSEAU de Genève , fur l'origine
& les fondemens de l'inégalité parmi les
Hommes.
E viens , Monfieur , de lire le Difcours
JEde M. JEAN - JACQUES ROUSSEAU de
Genève , fur l'origine & les fondemens de
l'inégalité parmi les hommes . J'ai admiré le
coloris de cet étrange tableau ; mais je n'ai
pu en admirer de même le deffein & la
repréſentation . Je fais grand cas du mérite
& des talens de M. ROUSSEAU , & je félicite
Genève qui eft auffi ma patrie, de le compter
parmi les hommes célebres aufquels elle a
donné le jour : mais je regrette qu'il ait
adopté des idées qui me paroiffent fi oppofées
au vrai , & fi peu propres à faire des
heureux .
On écrira fans doute beaucoup contre
ce nouveau Difcours , comme on a beaucoup
écrit contre celui qui a remporté le
72 MERCURE DE FRANCE.
Prix de l'Académie de Dijon : & parce
qu'on a beaucoup écrit & qu'on écrira
beaucoup encore contre M. ROUSSEAU , on
lui rendra plus cher un paradoxe qu'il n'a
que trop careffé . Pour moi , qui n'ai nulle
envie de faire un livre contre M. Rous-
SEAU , & qui fuis très- convaincu que la
difpute eft de tous les moyens celui qui
peut le moins fur ce génie hardi & indépendant
, je me borne à lui propofer d'approfondir
un raifonnement tout fimple , &
qui me femble renfermer ce qu'il y a de
plus effentiel dans la queftion.
Voici ce raifonnement.
Tout ce qui réfulte immédiatement des
facultés de l'homme ne doit- il pas être dit
réfulter de fa nature ? Or , je crois que l'on
démontre fort bien que l'état de fociété réfulte
immédiatement des facultés de l'homme
je n'en veux point alléguer d'autres
preuves à notre fçavant, Auteur que fes
propres idées fur l'établiffement des fociétés
; idées ingénieufes & qu'il a fi élégamment
exprimées dans la feconde partie de
fon Difcours. Si donc l'état de fociété découle
des facultés de l'homme , il eft naturel
à l'homme. Il feroit donc auffi déraifonnable
de fe plaindre de ce que ces facultés
en fe développant ont donné naiſſance
à cet état , qu'il le feroit de fe plaindre de
OCTOBRE . 1755 . 73
ce que Dieu a donné à l'homme de telles
facultés.
L'homme eft tel que l'exigeoit la place
qu'il devoit occuper dans l'Univers . Il у
falloit apparemment des hommes qui bâtiffent
des villes , comme il y falloit des
caftors qui conftruififfent des cabannes. -
Cette perfectibilité dans laquelle M. Rous-
SEAU fait conſiſter le caractere qui diftingue
éternellement l'homme de la brute, devoit
du propre aveu de l'Auteur , conduire
l'homme au point où nous le voyons aujourd'hui.
Vouloir que cela ne fut point ,
ce feroit vouloir que l'homme ne fut point
homme. L'aigle qui fe perd dans la nue ,
rampera- t-il dans la pouffiere comme le
ferpent ?
L'HommeSauvage de M. ROUSSEAU , cet
homme qu'il chérit avec tant de complaifance
, n'eft point du tout l'homme que DIEU a
voulu faire mais DIEU a fait des Orangoutangs
& des finges qui ne font pas hommes.
:
Quand donc M. ROUSSEAU déclame
avec tant de véhémence & d'obftination
contre l'état de fociété , il s'éleve fans y
penfer contre la vOLONTÉ de CELUI qui a
fait l'homme , & qui a ordonné cet étar.
Les faits font- ils autre chofe que l'expreffion
de cette VOLONTÉ ADORABLE ?
Lorfqu'avec le pinceau d'un LE BRUN ,
D
74
MERCURE DE FRANCE.
l'Auteur trace à nos yeux
l'effroyable peinture
des maux que l'Etat civil a enfantés ,
il oublie que la planette où l'on voit ces
chofes , fait partie d'un Tout immenſe qué
nous ne connoiffons point ; mais que nous
fçavons être l'ouvrage d'une SAGESSE
PARFAITE.
Aini , reconçons pour toujours à la chimérique
entrepriſe de prouver que l'homme
feroit mieux s'il étoit autrement : l'abeille
qui conftruit des cellules fi régulieres
voudra-t-elle juger de la façade du
Louvre ? Au nom du Bon- fens & de la
Raifon , prenons l'homme tel qu'il eft ,
avec toutes fes dépendances : laiffons aller
le monde comme il va ; & foyons fûrs qu'il
va auffi bien qu'il pouvoit aller.
S'il s'agiffoit de juftifier la PROVIDENCE
aux yeux des hommes , Leibnits & Pope
l'ont fait ; & les ouvrages immortels de
ces génies fublimes font des monumens
élevés à la gloire de la Raifon. Le Difcours
de M. ROUSSEAU eft un monument
élevé à l'efprit , mais à l'efprit chagrin &
mécontent de lui- même & des autres .
Lorfque notre Philofophe voudra confacrer
fes lumieres & fes talens à nous découvrir
les origines des chofes , à nous
montrer les développemens plus ou moins
lents des biens & des maux ; en un mot
OCTOBRE. 1755. 75
à fuivre l'humanité dans la courbe tortueufe
qu'elle décrit ; les tentatives de ce
génie original & fécond , pourront nous
valoir des connoiffances précieufes fur ces
fujets intéreffans. Nous nous emprefferons
alors à recueillir ces connoiffances , & à
offrir à l'Auteur le tribut de reconnoiffance
& d'éloges qu'elles lui auront mérité ,
& qui n'aura pas été , je m'affure , la
principale fin de fes recherches .
Il y a lieu , Monfieur , de s'étonner , &
je m'en étonnerois davantage , fi j'avois
moins été appellé à réfléchir fur les fources
de la diverfité des opinions des hommes
; il y a , dis- je , lieu de s'étonner qu'un
écrivain qui a fi bien connu les avantages
d'un bon gouvernement , & qui les a fi
bien peints dans fa belle dédicace à notre
République , où il a cru voir tous ces
avantages réunis , les ait fi- tôt & fi parfaitement
perdus de vûe dans fon Difcours.
On fait des efforts inutiles pour fe perfuader
qu'un écrivain qui feroit , fans doute,
fâché que l'on ne le crut pas judicieux
préférât férieufement d'aller paffer fa vie
dans les bois , fi fa fanté le lui permettoit ,
à vivre au milieu de concitoyens chéris &
dignes de l'être. Eut-on jamais préfumé
qu'un écrivain qui penfe avanceroit dans
un fiécle tel que le nôtre cet étrange para-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
doxe qui tenferme feul une fi grande foule
d'incontéquences , pour ne rien dire de
plus fou ? Si la nature reus a destinés à être
fainis , jaje presque affurer que l'état de
reqion est un état contre nature , త que
l'hom qui medite if an animal dépravé.
22 .
Janué en
commençant cette
Icture ; non deffein n'eft point de prouver
à Monfieur ROUSSEAU par des argumens
, qu'allez d'autres feront fans moi ,
& qu'il feroit peur être mieux que l'on ne
fit point , la fupériorité de l'état du Citoyen
fur l'état de l'homme fauvage ; qui eût
jamais imaginé que cela feroit mis en
queftion ! mon but eft uniquement d'ef-
Layer de faire fentir à notre Auteur combien
fes plaintes continuelles font fuper-
Alues & déplacées : & combien il eſt évident
que la focieté entroit dans la deftination
de notre être.
J'ai parlé à M. ROUSSEAU avec toute la
franchife que la relation de compatriote
authorife. J'ai une fi grande idée des qualités
de fon coeur , que je n'ai pas fongé
un inftant qu'il put ne pas prendre en bonne
part ces réflexions . L'amour feul de la
vérité me les a dictées . Si pourtant en les
faifant , il m'étoit échappé quelque chofe
qui pût déplaire à M. ROUSSEAU , je le
OCTOBRE. 1755 . 77
prie de me le pardonner , & d'être perfuadé
de la pureté de mes intentions .
Je ne dis plus qu'un mot ; c'eft fur la
pitié , cette vertu fi célébrée par notre Auteur
, & qui fut felon lui , le plus bel appade
l'homme dans l'enfance du monde.
Je prie M. ROUSSEAU de vouloir bien
réfléchir fur les queftions fuivantes .
nage
Un homme , ou tout autre être fenfible ,
qui n'auroit jamais connu la douleur ,
auroit il de la pitié , & feroit- il ému à la
vue d'un enfant qu'on égorgeroit ?
Pourquoi la populace , à qui M. Rous-
SEAU accorde une fi grande dofe de pitié ,
fe repaît-elle avec tant d'avidité du fpectacle
d'un malheureux expirant fur la roue ?
ha-
L'affection que les femelles des animaux
témoignent pour leurs petits , a -t- elle ces
petits pour objet , ou la mere ? Si par
fard c'étoit celle - ci , le bien être des petits
n'en auroit été que mieux affuré.
J'ai l'honneur d'être , & c.
PHILOPOLIS , Citoyen de Genève.
A Genève , le 25 Août 1755 .
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Résumé : LETTRE Au sujet du Discours de M. J. J. ROUSSEAU de Genève, sur l'origine & les fondemens de l'inégalité parmi les Hommes.
Dans une lettre signée Philopolis, citoyen de Genève, publiée dans le Mercure de France en octobre 1755, l'auteur critique le 'Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes' de Jean-Jacques Rousseau. Philopolis admire le style de Rousseau mais rejette ses idées, les jugeant contraires à la vérité et nuisibles au bonheur. Il prédit que le discours suscitera des controverses. Selon Philopolis, la société, née des facultés humaines, est naturelle et critiquer la société revient à critiquer la volonté divine. Rousseau idéalise un 'homme sauvage' que Philopolis considère comme inexistant. Il prône l'acceptation de l'homme tel qu'il est et reconnaît la sagesse divine dans l'ordre du monde. Philopolis compare les critiques de Rousseau à une entreprise chimérique et cite les œuvres de Leibniz et Pope pour justifier la providence. Il s'étonne des contradictions entre les idées de Rousseau sur le gouvernement et celles de son discours, doutant que Rousseau préfère réellement une vie solitaire aux avantages de la société. La lettre pose également des questions sur la pitié, une vertu célébrée par Rousseau, et se termine par des formules de politesse, datées du 25 août 1755.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1816
p. 70-80
Liste de divers Presens envoyez au Roy. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy n'estant pas mois connu & reveré dans les Climats [...]
Mots clefs :
Vases, Japon, Présents, Roi, Siam, Sabres, Chine, Métal, Cabinets, Tartares
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Liste de divers Presens envoyez au Roy. [titre d'après la table]
Le Roy n'estant pJtS moins
connu &reveré dans les Climats
les plus éloignez, que
dans fonRoyaume, on tache,
en luyfaisantdes Prelèns,,
de luy marquer l'admiration
quel'on a pour luy, Voicy
n Memoire de ceux qu'on
eu avis que SUMDES BAABACARFATTRATICAIC
AR DE SIAM,luyenvoyé.
Ce Memoire m'est venu d'un
ieu si seur
,
qu'il ne doit pas
vous estre suspect. On y a
marqué les choses qui suivent.
Differens Vases d'or, qui
sont des Ouvragès du Japon,
pesant vingt-trois ou vingtquatre
livres d'or. Il y a dixhuit
pieces en tout, dont les
unes sont pour du Thé, les
autres sont des Tasses , &
deux grand Coeurs, pour,
mettre des Parfums.
Dix pieces. ou Vases d'argent.
aufsi ouvrage du Japon,
Deux Vases de Tambaque,
avec le couvercle de
la mesmematiere. Cemetal
est presqueaussi precieux
que l'or. Il ne se roüille jamais,
& garde toûjours son
éclat. On croit que c'est ce
que les Anciens appelloient Eleélrum.e
Deux Sabres, dont les
Rois du Japon ont fait present
au Roy de Siam. La
poignée de ces Sabres est
entourée d'un certain cordon
\J.on de Loup, qui marque
la Noblesse dans le Japon.
La garde de l'un est d'or.
On a tiré l'or de l'autre
pour ymettre de la Tambaque,
croyant qu'on 1eftimeroit
davantage en France.
Ondit queceux qui sçavent
bien manier ces fortes
de Sabres, peuvent aisément
couper un homme par le milieu
du corps ;
c'est ce qui
fait qu'ils n'ontpoint de
PrIX"
Un grand Tapis de foyc
dont l'Empereur de la Chine
fit present au Roy de
Siamil y a dix ou douze
ans.
Deux Vestesàla Japonoise.
L'une ell à fond violer,.
& l'autre à fond rouge, &
toutes les deux sont des ouvrages
en or.. Ces fortes de
Vestes sont tres -
cheres à
Siam.
QuelquesFigures de marbre
, recommandables par
leur antiquité, & parmy lesquelles
il yale Portrait d'un
Chinois, que les Siamois appellent
Tomghoing. On croit
que c'est celuy que nous appellons
Conj-ufius..Les autres
Figures representent d'anciens
Chinois, qui sont encore
aujourd'huy en grande
veneration chez eux. Il y en
a quelques-unes travaillées à
jour. Celles-là sont aufil fort
anciennes.
Deux Vases de Soufre rouge.
On croit que c'est du
Cinambre naturel,quoy que le naturel n'ait pas ordinairement
les vertus de celuycy.
L'un est plus grand,l'autre
moindre. Le plus grand
eH: double d'un certain métal
qu'on appelle Toute-naque,
& le moindre elt double d'un
autre metal qui n'est pas
connu. L'on asseure que
quand on met quelque liqueur
empoisonnée dans le
plus grand, il en fort incontinent
une fort grossèfumée,
êc que le poisonperd entierement
sa force dans le pe-
,tir, de forteque l'on en peut
boire ensuite tans rien craindre.
L'experience en à esté
faite à Siam. ils disent que
la différence qui se trouve
entre ces deux Vases, vient
oudifferent métal dont ils
sont doubles. Le premier fut
envoyé il y a environ cinquante-
huit ans par un Eiru
pereur de la Chinenommé
Thiarde, pere de celuy que
les Tartares vainquirent, &
le second par l'Empereur
des Tartares, aprèsqu'il se
fut rendu Maistre de la Chine.
Afin que leRoydeSiam
en connuit mieux la valeur,
illuy manda que ces fortes
de Vases estoient particuliers
aux Empereurs de la
Chine, & qu'on s'en servoit
pour mettre le vin qu'ils devoient
boire. Il luy fit aussi
sçavoir que lamatieredont
ilsestoient composez, avoit
la vertu de chasser les AniL
maux veneneux; qu'il n'en
demeuroit aucun dans les
Lieux où l'on gardoit ces Vases9
& que si l'on en avoit
esté mordu
,
il ne falloir
qu'en prendre un peu,& le
mettreen poudre,l'avaler eThfuite
dans quelque liqueur,
ou en froter l'endroit de la
playe, ce quiestoit un préservariftres-
seur contre toute
forte de poisons.
Du bois de Calembacdu
meilleur & du plus pretieux
qu'on, puisse trouver. Il ne
vient que dans ko, Forests
qui sont proche de la Cochinchine
& de Siampa.
Differens morceauxde Boi-s:
d'Aigle
5
que l'on a choisis
avec çrandfoiri.
De l'Ambre gris,lepoids
de dixTacls, ce qui vient à
une livre quatre onces. Cet
Ambre croist sur les costes
4-e lisle de Jonfalam.
Ces diversPresens sont
renfermezdans deux.Cabinets
duJapon, qui sont couverts
de la peau d'un certain
poisson, fort estimé en
Cepays-là. Le dedansestde
Verny,& tout parseméde
Fleurs de Lys. On les a fait
faire exprés pour les envoyer
en France. Il y a à chaque
Cabinet comme une table,
pour les soûtenir. Elle est
couverte de la mesme peau.
Ces Cabinets coûtent deux
mille écus au Japon, ce qui
fait connoistre qu'ils doivent
valoir beaucoup davantage
ailleurs
J'oubliay le
connu &reveré dans les Climats
les plus éloignez, que
dans fonRoyaume, on tache,
en luyfaisantdes Prelèns,,
de luy marquer l'admiration
quel'on a pour luy, Voicy
n Memoire de ceux qu'on
eu avis que SUMDES BAABACARFATTRATICAIC
AR DE SIAM,luyenvoyé.
Ce Memoire m'est venu d'un
ieu si seur
,
qu'il ne doit pas
vous estre suspect. On y a
marqué les choses qui suivent.
Differens Vases d'or, qui
sont des Ouvragès du Japon,
pesant vingt-trois ou vingtquatre
livres d'or. Il y a dixhuit
pieces en tout, dont les
unes sont pour du Thé, les
autres sont des Tasses , &
deux grand Coeurs, pour,
mettre des Parfums.
Dix pieces. ou Vases d'argent.
aufsi ouvrage du Japon,
Deux Vases de Tambaque,
avec le couvercle de
la mesmematiere. Cemetal
est presqueaussi precieux
que l'or. Il ne se roüille jamais,
& garde toûjours son
éclat. On croit que c'est ce
que les Anciens appelloient Eleélrum.e
Deux Sabres, dont les
Rois du Japon ont fait present
au Roy de Siam. La
poignée de ces Sabres est
entourée d'un certain cordon
\J.on de Loup, qui marque
la Noblesse dans le Japon.
La garde de l'un est d'or.
On a tiré l'or de l'autre
pour ymettre de la Tambaque,
croyant qu'on 1eftimeroit
davantage en France.
Ondit queceux qui sçavent
bien manier ces fortes
de Sabres, peuvent aisément
couper un homme par le milieu
du corps ;
c'est ce qui
fait qu'ils n'ontpoint de
PrIX"
Un grand Tapis de foyc
dont l'Empereur de la Chine
fit present au Roy de
Siamil y a dix ou douze
ans.
Deux Vestesàla Japonoise.
L'une ell à fond violer,.
& l'autre à fond rouge, &
toutes les deux sont des ouvrages
en or.. Ces fortes de
Vestes sont tres -
cheres à
Siam.
QuelquesFigures de marbre
, recommandables par
leur antiquité, & parmy lesquelles
il yale Portrait d'un
Chinois, que les Siamois appellent
Tomghoing. On croit
que c'est celuy que nous appellons
Conj-ufius..Les autres
Figures representent d'anciens
Chinois, qui sont encore
aujourd'huy en grande
veneration chez eux. Il y en
a quelques-unes travaillées à
jour. Celles-là sont aufil fort
anciennes.
Deux Vases de Soufre rouge.
On croit que c'est du
Cinambre naturel,quoy que le naturel n'ait pas ordinairement
les vertus de celuycy.
L'un est plus grand,l'autre
moindre. Le plus grand
eH: double d'un certain métal
qu'on appelle Toute-naque,
& le moindre elt double d'un
autre metal qui n'est pas
connu. L'on asseure que
quand on met quelque liqueur
empoisonnée dans le
plus grand, il en fort incontinent
une fort grossèfumée,
êc que le poisonperd entierement
sa force dans le pe-
,tir, de forteque l'on en peut
boire ensuite tans rien craindre.
L'experience en à esté
faite à Siam. ils disent que
la différence qui se trouve
entre ces deux Vases, vient
oudifferent métal dont ils
sont doubles. Le premier fut
envoyé il y a environ cinquante-
huit ans par un Eiru
pereur de la Chinenommé
Thiarde, pere de celuy que
les Tartares vainquirent, &
le second par l'Empereur
des Tartares, aprèsqu'il se
fut rendu Maistre de la Chine.
Afin que leRoydeSiam
en connuit mieux la valeur,
illuy manda que ces fortes
de Vases estoient particuliers
aux Empereurs de la
Chine, & qu'on s'en servoit
pour mettre le vin qu'ils devoient
boire. Il luy fit aussi
sçavoir que lamatieredont
ilsestoient composez, avoit
la vertu de chasser les AniL
maux veneneux; qu'il n'en
demeuroit aucun dans les
Lieux où l'on gardoit ces Vases9
& que si l'on en avoit
esté mordu
,
il ne falloir
qu'en prendre un peu,& le
mettreen poudre,l'avaler eThfuite
dans quelque liqueur,
ou en froter l'endroit de la
playe, ce quiestoit un préservariftres-
seur contre toute
forte de poisons.
Du bois de Calembacdu
meilleur & du plus pretieux
qu'on, puisse trouver. Il ne
vient que dans ko, Forests
qui sont proche de la Cochinchine
& de Siampa.
Differens morceauxde Boi-s:
d'Aigle
5
que l'on a choisis
avec çrandfoiri.
De l'Ambre gris,lepoids
de dixTacls, ce qui vient à
une livre quatre onces. Cet
Ambre croist sur les costes
4-e lisle de Jonfalam.
Ces diversPresens sont
renfermezdans deux.Cabinets
duJapon, qui sont couverts
de la peau d'un certain
poisson, fort estimé en
Cepays-là. Le dedansestde
Verny,& tout parseméde
Fleurs de Lys. On les a fait
faire exprés pour les envoyer
en France. Il y a à chaque
Cabinet comme une table,
pour les soûtenir. Elle est
couverte de la mesme peau.
Ces Cabinets coûtent deux
mille écus au Japon, ce qui
fait connoistre qu'ils doivent
valoir beaucoup davantage
ailleurs
J'oubliay le
Fermer
Résumé : Liste de divers Presens envoyez au Roy. [titre d'après la table]
Le texte relate l'envoi de divers présents au roi de France par le roi de Siam, Baabacar Fattraticaic. Ces présents comprennent des objets précieux et rares, tels que des vases d'or et d'argent provenant du Japon, des vases de tambaque, des sabres japonais avec des poignées en loup, un grand tapis de la Chine, des vestes japonaises en or, des figures de marbre anciennes, des vases de soufre rouge, du bois de calembac, des morceaux de bois d'aigle, et de l'ambre gris. Ces objets sont conservés dans deux cabinets japonais ornés de fleurs de lys et recouverts de la peau d'un poisson estimé. Ces cabinets valent deux mille écus au Japon. Le texte mentionne également les vertus supposées de certains objets, comme les vases de soufre rouge, qui neutraliseraient les poisons.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1817
p. 2399-2417
DÉFENSE des Remarques de M. Dauvergne sur un Livre de M. Billecocq, intitulé : Les Principes du Droit François sur les Fiefs.
Début :
J'ai attendu jusqu'à présent que le corespondant ou l'ami à qui M. Billecocq [...]
Mots clefs :
Coutume, Seigneur, Fiefs, Droit, Usage, Observations, Seigneuries, Hommage, Maximes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉFENSE des Remarques de M. Dauvergne sur un Livre de M. Billecocq, intitulé : Les Principes du Droit François sur les Fiefs.
DEFENSE des Remarques de M.
Dauvergne fur un Livre de M. Billecocq
, intitulé : Les Principes du Droit
François fur les Fiefs .
'Ai attendu jufqu'à préfent que le corefpondant
ou l'ami à qui M. Billecocq
a adreffe fa Réponse à mes Remarques
530104
2400 MERCURE DE FRANCI
ques a publiât fon ſentiment en faveur
de l'Ouvrage , & contre ma Critique ,
ainfi que l'Auteur fembloit le lui demander
; mais puifque ni l'approbation ni la
cenfure ne paroiffent pas , & que le perfonnage
de qui je croyois qu'elles pourroient
venir , n'existe peut- être pas plus
réellement que les Climenes & les Philis
pour qui les Poëtes feignent de foupirer ,
je ne difererai plus à montrer que mes
Obfervations font juftes. M. Billecocq
trouvera bon que je borne la durée du
plaifir qu'il goûte apparemment de penfer
que je les abandonne ; je crois de l'en
avoir laiffé jouir affez long- tems , pour
demeurer quitte envers lui des complimens
dont il m'a gratifié dans fa Réponſe.
Deux points font principalement en
conteftation entre lui & moi . Le premier,
fi ceux qui acheteroient fon Livre y
trouveroient autant qu'il promet par le
Titre & dans la Préface. Le fecond , s'il
ne vaut pas mieux , ne plus rien écrire fur
la Jurifprudence, que de ne compofer que
des Ouvrages dans le goût de l'Ecrit de
cet Auteur.
Le titre de Principes du Droit François
fur les Fiefs n'annonce pas fimplement
a Les Remarques font dans le Mercure de
France de Janvier 1730. & la Réponse dans
celui du mois de Mai de la méme année .
des
NOVEMBRE. 1730. 2401
des définitions & des divifions fuivies de
quelques maximes également en ufage
dans toutes les Provinces. Ce font là ,
la verité , des principes , mais des principes
genéraux qui fe trouvent par tout,
& pour le petit nombre defquels il n'eft
pas à croire pour cette raiſon que l'on
veuille faire de nouveaux Livres. La
promeffe tombe donc fur les principes
particuliers qui font infinis , qui varient
fuivant la diverfité des ftatuts de chaque
Contrée , & dont le détail eft d'autant
plus neceffaire, que la multitude embaraffe
davantage. Il confifte principalement ce
détail à ranger toutes les Coûtumes du
Royaume fous certaines Claffes , à indiquer
la difference des unes aux autres , à
expliquer de quelles façons oppofées les
principales queftions fe décident le plus
communément fous chaque efpece de
Coûtumes , & à donner des notions fuffifantes
pour conduire à faire les diftinctions
convenables entre toutes ces diverfes
Coûtumes fur les autres difficultés.
Voilà à peu près la maniere dont Coquille
a procedé , & qui a été fuivie par ceux
qui , après lui , nous ont donné des Inftitutions
au Droit François , & ce qu'on a
lieu d'attendre avec plus de perfection
encore de ceux qui , annonçant de nou.
veaux principes , font entendre qu'ils
D donnent
2402 MERCURE DE FRANCE
donnent quelque chofe de meilleur que
e que l'on a déja en ce genre.
Or il ne le trouve rien de femblable
dans le Livre de M. Billecocq , qui , quelque
chofe qu'il lui plaife d'en dire dans
fa Réponſe à mes Remarques , s'eft démenti
lui-même fur cela dans fon Epitre
Dédicatoire & dans fa Préface , où il avoue
qu'il a réduit fes principes à la feule Coûtume
de Peronne. Ainfi de fon propre
aveu le titre qu'il a choifi fait illufion au
Public. En Poitou & en Bretagne on achetera
le Livre de M. Billecocq fur la foi
du Titre , & dans Fefperance que l'on en
concevra d'avoir des principes qui conviennent
à ces Provinces comme à toutes
les autres ; mais on ne l'aura pas plutôr
qu'on y verra que l'Auteur dit lui-même
qu'il n'y donne rien que pour la Coûttume
particuliere de fon Pays. L'abus fi
fréquent de ces titres trop genéraux ne
ceffera- t'il donc jamais & laiffera- t'on
toujours le Public en bute à ces fortes de
fupercheries ?
Le Livre dont je parle eft- il du moins
un Commentaire fur la Coûtume de Peronne
Mondidier & Roye , comme
l'annoncent l'Epitre Dédicatoire & l'Avis
au Lecteur ? je ne veux encore pour preu
ve de la négative que l'aveu de notre Magiftrat
; il demeure d'accord que la def
cription
NOVEMBRE. 1730. 2495
cription que j'ai faite de la maniere de
faire un Commentaire de Coûtume , c
conforme aux idées que l'on doit s'en for
mer. D'un autre côté , il déclare qu'il n'a
point prétendu écrire fur un plan fi grand ,
& dans lequel les difcuffions font fineceffaires
; donc fon Livre n'eft point un
Commentaire ; donc il en a voulu donner
une idée trop avantageuſe , lorſqu'il a die
L'Ouvrage que j'ai fait fur les Fiefs ... eft
un Commentaire fur la Coûtume de Peronne
& c.
En remarquant l'inutilité d'un Com
mentaire qui contient tout auffi peu , &
quelquefois moins que l'article contefté
j'ai ajoûté que c'étoit le défaut dominant
du Commentaire prétendu de M. Billacocq.
Ce reproche eft trop vague , répond
l'Auteur , pour que je fois en état
de m'en juftifier. C'eſt ſe tirer en habile
homme d'un mauvais pas ; on a bien plutôt
fait , & il est bien plus commode &
bien plus avantageux d'imputer ainfi à la
Critique un défaut de jufteffe & de précifion
trop grand pour qu'elle foit fufceptible
d'une Réponſe , que d'en tenter
la réfutation. Il faudroit parmi les articles
que l'on prétend avoir commentés ,
en tirer un certain nombre au hazard . &
faire voir que l'on a donné la décifion de
toutes les difficultés qui naiffent du texte
Dij он
3404 MERCURE DE FRANCE
ou du moins de la plus grande partie ;
& peut- être le hazard n'offriroit- il rien :
de favorable ? La peine que l'on prendroit.
de feiiilleter l'Ouvrage d'un bout à l'au
tre pourroit même ne produire rien de
mieux , & ne préfenter par tout que,
l'occafion ou de fe fouvenir de ce que
dit M. de Saint Evremont , a que les Li
vres font dans la Bibliotheque d'un fameux
Avocat , comme on voit dans la Mer les
Poiffons , dont une partie mange l'autre ,
ou d'appliquer ce qu'on lit dans M. le
Clerc , b qu'il y a une Nation , d'ailleurs
Sçavante & féconde en habiles gens , qui n'eſt
que trop accoutumée à copier , & qui ne
fait que peu d'ufage de fan efprit dans la plupart
des Livres que l'on en voit. Que l'on
connoît que bien des gens lifent en
ce Pays là non pour s'inftruire , pour fe
former l'efprit & le ftile , pour je mettre
en état de juger par eux-mêmes de ce qu'ils
lifent , ou de découvrir quelque chofe de nouveau,
mais pour faire de gros Recueils , &
tirer de tems en tems de ce cabos des Volnmes
indigeftes , & remplis de citations intiles.
par
›
là
Le fingulier eft que l'application fe
trouve faite par M. Billecocq lui-même.
a S. Evremoniana pag. 357.
b Eiblioth. Univ, T. 16. pag. 197.
Je
NOVEMBRE. 1730. 2405
Je n'avois travaillé à ce Recueil , dit- il a
que pour mon inftruction particuliere …..
& en le faifant imprimer par le confeil
de perfonnes judicieuſes qui ont eſtimé
felon la Coûtume ) qu'il pourroit être
utile au Public , je l'ai préſenté tel qu'il
-étoit.
Cela eft excellent dans le Commerce
-ordinaire. On y regarde communément
comme le meilleur ce que chacun a fait
pour fon propre ufage. Mais il en eſt autrement
dans la République des Lettres ;
ce qu'un Auteur a compofé pour lui eft
juftement ce qui y paffe pour valoir le
moins , & pour être le moins eftimable.
Le Public n'y trouve digne de lui que
ce qui a été fait pour lui , convaincu qu'il´
el
eft que qui ne l'a pas en vûë , n'eft pas
fuffilamment excité à fe donner tous les
foins & toutes les peines qui font néceffaires
pour approcher de la perfection :
fur cela le goût eft genéral , & il ſe trouve
ici juftifié par l'inéxactitude , dont j'ai
cité quelques exemples dans mes Obfervations.
M. Billecocq veut , à la verité , que je
mefois trompé , & il n'a rien oublié pour
l'infinuer ; mais je doute qu'il ait réuffi
auprès de ceux qui fe trouvant à portée
a Mercure de Mai , pag: 851,
Diij
de
2406 MERCURE DE FRANCE
de verifier , s'en feront donné la peine.
Sur le premier article , fur tout , il ne
Faut qu'un Du Pleffis & des yeux. M.
Billecocq ayant dit a qu'en l'absence du
mari , ou à fon refus , la femme qui eft en
communauté avec lui peut fe faire autorifer
par Juftice , pour faire la foi & hom
mage des Fiefs à elle échûs pendant le
mariage ; jai remarqué qu'il avoit d'au-
Tant moins de raifon de nous donner cette
maxime comme indubitable , fur la foi
du feul de Heu , que la regle étoit fauffe,
& que Du Pleffis l'avoit fuffifamment fait
entendre de la forte dans le Chapitre même
, dont l'Auteur s'étoit là approprié
Ja meilleure partie. Sur cela il fait le furpris,
parce , dit- il , que les termes dont
Il a fait ufage fe trouvent à peu de chofe
près dans Du Pleffis ; mais il ne dit pas
que Du Pleffis a ajoûté , du moins felon
les Editions de 1702 , de 1709 & de 1728.
car je n'ai pas fous la main la premiere de
16.98. qu'il y a pourtant difficulté à la regle
qu'il venoit de pofer.
La réticence eft fine en mettant fousles
yeux du Public ces dernieres expreffions
, il n'y auroit pas eu moyen de demander
comment je pouvois dire que Da
Pleffis penfoit autrement que de Hen , au
a Liv. 2, Ch. 4 BEEF. 66
lieu
NOVEMBRE. 1930. 1407
Heu qu'en les taifant , & en ne rappor
tant prudemment que ce qui précede y
on s'eft acquis le droit d'avancer hautement
que ma premiere Remarqueute
mak
imaginée , & de la donner pour un début
qui fait porter de la fuite un jugement
défavantageux.
Mais n'imitons pas ces Scholaftiques
qui recherchoient uniquement ce qu'Afiftote
avoit dit fans fe mettre en peine
de ce qu'il auroit du dire , & voyons qui
il faut croire , ou de M. Billecocq qut
continue d'affuter que fon principe eft
inconteftable , ou de Du Pleffis qui a écrit
qu'il étoit très fujet à conteſtation .
La premiere idée qui fe préfente fur
éela eft celle de la diftinction , fi natu
relle entre l'abſence du mari , & ſon refus
de faire la foi & hommage , entre l'abfence
légitime & neceffaire & celle qui
ne feroit affectée que pour éluder de remi
plir ce devoir du vaffelage.
Lorfque l'abfence eft neceffaire , &
qu'elle a pour motif le fervice de l'Etat,
Fattachement à un emploi dont les fonc
tions ne peuvent pas être abandonnées ,
avantl'expiration du tems fixé pour porter
la foi , la difficulté n'eft pas grande. L'E
poufe , de l'hommage de laquelle ce Seigneur
ne veut pas ſe contenter , a la voye
de lui demander fouffrance , c'est- à- dire,
D iiij de
2408 MERCURE DE FRANCE
de requerir qu'il attende que l'empêchement
foit ceffe , & que le mari puiſſe venir
en perfonne s'acquiter de la premiere
obligation que les Loix Féodales
lui impofent. C'eft en ce cas ce que le
Suzerain ne fçauroit refufer , on l'obtiendroit
des Juges malgré lui ; auffi tôt le
droit de faifir eft arrêté pour tout le tems
que doit durer la caufe de l'abfence , &
fila faifie avoit précedé , la main levée
en feroit acquife. Voilà la reffource que
M. Billecocq croit fi impoffible, d'imagi
ner , celle cependant qu'il a dû voir dans
la note fur l'endroit en queftion que MM .
Delauriere & Berroyer ont crû la plus
réguliere , celle enfin pour laquelle Du
Pleffis lui- même a fait affez fentir qu'il
panchoit , lorfqu'il a avoué qu'il trouvoit
de la difficulté à décider qu'en l'abſence
du mari & le délai fatal preffant , la femme
pût fe faire autorifer par juftice pour
porter la foi , fans faire prononcer au
cune féparation.
L'Epoufe peut , & elle doit même faire
la foi & hommage pour les Fiefs qui
lui appartienent , lorfque le Seigneur veut
qu'elle y fatisfaffe pour le mari abfent :
ce n'eft pasfur quoi tombe le doute ; mais
lui donner le droit de mettre à profit
l'éloignement de fon mari pour l'exemter
de la foi , & pour en prendre malgré
le
NOVEMBRE. 1730. 2409
fe
le Seigneur toute la charge fur elle , nonobftant
que ce dernier veuille bien attendre
que l'excufe du mari ceffe , ce leroit
troubler tout l'ordre féodal..
: Car fi l'ufage qui a ſubſiſté aſſez longtems
a d'obliger , autant qu'on le pouvoit
, les filles qui avoient des Fiefs à ne
fe marier que de l'agrément du Seigneur
dans la mouvance de qui ces Fiefs fe
trouvoient , eft abrogé , fi les Suzerains
ont perdu cette prérogative , dont le mo
tif étoit de les préferver de l'inconvenient
d'avoir des vaffaux qui ne leur fuffent
point agréables , ou qui euffent des interêts
oppofés aux leurs , ils fe font du
moins confervé le droit de s'affurer par
un acte de foi & hommage de la fidelité
des nouveaux Feudataires que leur donnent
leurs Vaffales. La décifion s'en trouve
en leur faveur dans toutes les Coûtumes
, dans les unes a , en termes exprès,
& dans les autres , par la conféquence
qui réfulte du principe , que tout nouveau
vaffal , comme le devient le mari qui
a Voyez la Charte de S. Louis du mois de Mai
1246. à la fin du nouvel Examen de l'uſage genéral
des Fiefs. Par M. Druffel , page 35 .
b Eftempes art. 6. Clermont 87. Laon 168 .
Châlons 178. S. Pol 11. Normandie 99. Bretagne
351. Anjou 96. &c . Quelques uns mettent
auffi celle de Paris dans la même Claffe.
Dv exerce
2410 MERCURE DE FRANCE
exerce tous les droits de Seigneurie des
Fiefs de fa femme , doit la foi & hommage
au Seigneur Suzerain , & la doit en per
Sonne.
Delà vient que fi l'abfence n'a point de
cauſe indiſpenſable , & telle qu'il faut
qu'elle foit pour donner lieu à la fouffrance
, la femme ne peut pas non plus
obliger de la recevoir,à porter la foi pour
fon mari , parce qu'elle ne pourroit y
être admife que comme fondée de la pro
turation du mari , puiſque c'est lui qui
eft perſonellement tenu de ce devoir , &
qu'il n'y a qu'une caufe légitime qui puiſfe
donner le privilege de s'en acquiter par
Procureur , fi ce n'eſt dans quelques Coû
tumes particulieres a dont je ne parle
point ici. Vigier 6 rapporte un Arrêt qui
Pa jugé de la forte contre une femme
dont les offres de faire la foi & hommage
y ont été rejettées , quoique ce fut
pour un Fief qui lui appartenoit , &
qu'elle eut une procuration de fon mariy
qui demeuroit dans une autre Province
que
celle du Fief dominant ; & c'eſt auffi
fe fentiment de M. Boucheul . c
b
L'Epoufe fera-t'elle donc fans reffource
Contre la négligence ou le caprice d'un
a Chauny, art. 104.
bsur l'Art 23. de la Coûtume d'Angonmoiss
€ Sur l'art. 144, de la Cratume du Poirou.
mari
NOVEMBRE. 1730. 241T
mhari qui s'obſtinera à ne pas vouloir re-
Venir porter la foi & hommage , ou qui ,
quoique fur les lieux , refufeta fans taifon
d'en faire la démarche ? Et faudra- t'il
qu'en voyant enlever par la faifie qu'un
femblable procede autorife , des revenus
deftinés à un tout autre uſage , dans l'indigence
& la défolation où cette perte la
jette , elle s'en tienne à des plaintes fte
Files & infructueuſes ?
Non : fi la perte des fruits eft un objet
affez confiderable pour mettre du défordre
dans les affaires des deux Epoux ,
pour en caufer le dérangement , la femme
a alors la liberté d'agir contre fon mari
en feparation ; elle recouvre par là l'ad
miniftration de fon bien , elle retire du
mari la Seigneurie des Fiefs qu'elle lui
avoit apporté , & rentre dans le droit
d'en faire feule l'hommage. Mais tant
qu'elle refte en communauté , qu'elle
trouve fon compte à n'en pas pourfuivre
la diffolution , tant que la joüiffance de
fes Fiefs & des droits de Seigneurie qui y
font attachés demeure à fon mari , la Loi
veut que ce foit lui qui faffe l'hommage
fous peine de la perte des fruits. a
Il y a quelques Coûtumes où le refus du
mari de faire la foi & hommage pourles Fiefs
de fa femme, ne produit que le droit de faifir s
le Seigneur ne gagne pas les fruits , il ne pears
D vj
A
2412 MERCURE DE FRANCE
A la verité , cette perte , lorfqu'il y
donne lieu , eft une diffipation , mais qui
fe réduit à ce qui tombe dans la commu
nauté , & qui eft en fon pouvoir , tant
qu'elle ne va point à un affez grand excès
pour donner matiere à la féparation. II
peut difpofer abſolument des effets com
muns , s'en jouer , les perdre & les diffiper
. La femme n'a que la voye de le fou
frir ou de fe féparer.
Voilà les différentes efpeces qui ont été
confondues par les Auteurs , dont M.
Billecocq réclame le fuffrage , & aufquels
il en auroit pû joindre plufieurs autres
qui fe font tous auffi fucceffivement copiés
, fans prendre garde qu'on ne fçauroit
admettre ainfi indiſtinctement la
femme à la foi & hommage pour l'abfence
ou le refus de fon mari , fans donner
atteinte aux Conftitutions féodales .
L'étendue que j'ai été obligé de donner
à ce premier point me fera paffer plus
legerement fur les autres. Heureuſement
il n'y eft pas befoin de tant de difcuffion .
Quiconque ouvrira le Commentaire de
la Villete fur l'article 173. de la Coûtume
de Peronne , y en trouvera affez pour
juger que M. Billecocq a fait une bevûë
que les féqueftrer jufqu'à la prestation de
P'hommage qui lui eft dû. Amiens , art. 9. Bou
enois 47. Chauny.
en
NOVEMBRE. 1730. 2413
en préferant à l'opinion qu'a tenue M.
d'Argentré , que les cadets ne doivent
pas de chambellage à leur frere aîné , là
décifion contraire de la Coûtume de Laon
dont les maximes , qui doivent conduire
à prononcer fur cela , font toutes differentes
de celles de la Coûtume de Peronne
, & qu'il n'a ainfi donné dans l'erreur
que pour avoir négligé de confulter
les Commentateurs de la Coûtume mê
me qu'il vouloit expliquer.
Il fuffit auffi de lire ce qui a été écrit
par Du Moulin , a pour s'appercevoir
qu'une partie des maximes que M. Billecocq
a pofées comme genérales fur la foi
& hommage du Fief contefté entre plufieurs
perfonnes , font fufceptibles de
diverfes exceptions , qu'il ne peut laiffer
ignorer aux vaffaux & aux Seigneurs de
Fief dont il a principalement l'inftruction
en vûë , fans expofer les uns à s'entêter
de prétentions déraifonables , & fans engager
les autres à abandonner les droits
les plus légitimes. C'eft là l'effet de la
préference qu'il a donnée aux compilateurs
modernes fur les Auteurs originaux,
& de fon goût particulier pour le texte
des Coûtumes voifines de la frenne .
Je n'examine point le plus ou le moins
a In Confuetud. Parif. §. 33 , quest , 27.
de
414 MERCURE DE FRANCE
de jufteffe des préjugés fur lefquels ce
goût eft fondé , ni fi la façon dont on
fçait que la redaction des Coûtumes s'eft:
faite , laiffe lieu aux éloges que notre Auteur
leur diftribue. J'aurai occafion d'en
parler dans un Ouvrage plus étendu . If
n'eft queſtion ici que des fuites ou des
effets du plan que M. Billecocq s'eft for
mé.
Son attachement fcrupuleux aux ex-"
preffions des Coûtumes de Champagne ,
qui y font fes favorites , le fait tomber
d'une faute dans une autre. J'ai remarqué
dans mes Obfervations , que pour nous
apprendre fi le Seigneur qui veut retenir
un Fief de fa mouvance , dont le nouvel
acheteur vient lui demander l'inveftiture,
peut déduire , fur le prix de la vente qu'il
eft obligé de rembourfer , le montant des
Droits Féodaux , il apporte pour toute
décifion un texte de la Coûtume de Vermandois
qui ne parle proprement que du
cas , qui ne fait pas de difficulté , auquel
Pacheteur étoit chargé du payement de
ces droits , & qu'ainfi il nous laiffoit
dans l'incertitude fur ce qui doit s'obſerver
lors , ce qui eft le.cas le plus épineux,
que le vendeur eft engagé à l'acquit de
ces droits. Et la remarque eft jufte , parce
que , quoiqu'en dife M. Billecocq , le
texte cité ne préſente rien qui donne lieu
d'ap
NOVEMBRE. 1730. 2415
d'appliquer à d'autre efpece qu'à la pre
miere dont j'ai parlé , la maxime que le
Retrait Seigneurial & lesDroitsFéodauxfont
incompatibles , & ne peuvent pas être pris:
enfemble fur un même Fief.
Dans fa défenſe , déterminé enfin à
nous inftruire plus clairement fi cette Loi
doit auffi être fuivie , lorfque par le contract
de vente le vendeur eft refté chargé
du payement des Droits Féodaux , il
nous dit qu'oül , que cela ne peut pas
former le moindre doute , & il en appor
te en preuve la Coûtume de Rheims
avec le fentiment de quelques Auteurs
qui ont crû, dit- il , que les Coûtumes a ,
qui contiennent des difpofitions contraires
font injuftes , & doivent être reffer
rées dans les bornes de leurs territoires.
Mais c'eft une feconde faute , d'autant
plus inexcufable que la premiere, que l'on
eft exposé à de plus grands maux , par
la prévention pour de fauffes maximes
que par la fimple ignorance des verita-
Bles. Il n'eft rien moins qu'incontefta-
Ble que le vendeur qui eft obligé au
payement des Droits Seigneuriaux pour
la vente qu'il a faite , en devienne déchargé
, & que fa condition change fi le
Seigneur retire des mains de l'acheteur
a Chaumont,art 17 -Amiens,38, Ponthieu ,69%
Ce
2416 MERCURE DE FRANCE
ce qui a été vendu ; de frivoles railonnemens
font le fondement unique d'un privilege
qui feroit fi extraordinaire. Je ne
ferai point de differtation pour le prouver
; la démonftration fe trouve toute
faite dans le Chapitre 3. des Obfervations
Notables fur le Droit Coûtumier , que M.
Bruffel qui n'y laiffe rien à defirer fur
cela , a fait imprimer à S. Omer en 1724.
& dont le fentiment peut être d'ailleurs
appuyé de celui de Pillecart a de Ricard b,
. & de M. De Laitre c
On voit affez que fi je trouve à redire
aux déciſions & aux principes de M. Bil
lecocq , ce n'eft point , comme il l'écrit
à fon ami , parce qu'ils ne font pas affez.
démontrés, mais parce qu'ils ne font point
affez vrais. C'eſt parcequ'il donne continuellement
pour certain ce qui eft au moins
très douteux , pour univerfellement reconnu
ce qui eft le plus contefté , & pour
genéral ce qui eft fufceptible de plufieurs
exceptions .
Une infinité de gens , nous dit l'Auteur
, feront bien contens de trouver d'un
coup d'oeil dans ce Livre la décifion des
difficultés qui fe préfentent ; mais fatif
faction de bien peu de durée pour le
a Sur l'art 216. de la Coût . de Châlons
b Sur l'art 235. de Senlis .
• Sur l'art. 17. de Chaumont,
LecNOVEMBRE
. 1730. 2417 .
Lecteur qui fe donnera la peine d'aller
aux fources , & bien funefte par l'évenement
pour ceux qui , par pareffe de remonter
à ces premieres fources , ou par
ignorance qu'il y en ait de plus pures , fe
feront prévenus & entêtés des idées qu'ils
auront prifes dans une collection fiimparfaite.
Il vaudroit autant pour les premiers
que la compilation fut encore dans
l'obfcurité , & qu'elle n'eut pas été miſe
au jour : Et cela feroit plus avantageux
pour les derniers. C'eſt ce que j'avois à
démontrer.
Dauvergne fur un Livre de M. Billecocq
, intitulé : Les Principes du Droit
François fur les Fiefs .
'Ai attendu jufqu'à préfent que le corefpondant
ou l'ami à qui M. Billecocq
a adreffe fa Réponse à mes Remarques
530104
2400 MERCURE DE FRANCI
ques a publiât fon ſentiment en faveur
de l'Ouvrage , & contre ma Critique ,
ainfi que l'Auteur fembloit le lui demander
; mais puifque ni l'approbation ni la
cenfure ne paroiffent pas , & que le perfonnage
de qui je croyois qu'elles pourroient
venir , n'existe peut- être pas plus
réellement que les Climenes & les Philis
pour qui les Poëtes feignent de foupirer ,
je ne difererai plus à montrer que mes
Obfervations font juftes. M. Billecocq
trouvera bon que je borne la durée du
plaifir qu'il goûte apparemment de penfer
que je les abandonne ; je crois de l'en
avoir laiffé jouir affez long- tems , pour
demeurer quitte envers lui des complimens
dont il m'a gratifié dans fa Réponſe.
Deux points font principalement en
conteftation entre lui & moi . Le premier,
fi ceux qui acheteroient fon Livre y
trouveroient autant qu'il promet par le
Titre & dans la Préface. Le fecond , s'il
ne vaut pas mieux , ne plus rien écrire fur
la Jurifprudence, que de ne compofer que
des Ouvrages dans le goût de l'Ecrit de
cet Auteur.
Le titre de Principes du Droit François
fur les Fiefs n'annonce pas fimplement
a Les Remarques font dans le Mercure de
France de Janvier 1730. & la Réponse dans
celui du mois de Mai de la méme année .
des
NOVEMBRE. 1730. 2401
des définitions & des divifions fuivies de
quelques maximes également en ufage
dans toutes les Provinces. Ce font là ,
la verité , des principes , mais des principes
genéraux qui fe trouvent par tout,
& pour le petit nombre defquels il n'eft
pas à croire pour cette raiſon que l'on
veuille faire de nouveaux Livres. La
promeffe tombe donc fur les principes
particuliers qui font infinis , qui varient
fuivant la diverfité des ftatuts de chaque
Contrée , & dont le détail eft d'autant
plus neceffaire, que la multitude embaraffe
davantage. Il confifte principalement ce
détail à ranger toutes les Coûtumes du
Royaume fous certaines Claffes , à indiquer
la difference des unes aux autres , à
expliquer de quelles façons oppofées les
principales queftions fe décident le plus
communément fous chaque efpece de
Coûtumes , & à donner des notions fuffifantes
pour conduire à faire les diftinctions
convenables entre toutes ces diverfes
Coûtumes fur les autres difficultés.
Voilà à peu près la maniere dont Coquille
a procedé , & qui a été fuivie par ceux
qui , après lui , nous ont donné des Inftitutions
au Droit François , & ce qu'on a
lieu d'attendre avec plus de perfection
encore de ceux qui , annonçant de nou.
veaux principes , font entendre qu'ils
D donnent
2402 MERCURE DE FRANCE
donnent quelque chofe de meilleur que
e que l'on a déja en ce genre.
Or il ne le trouve rien de femblable
dans le Livre de M. Billecocq , qui , quelque
chofe qu'il lui plaife d'en dire dans
fa Réponſe à mes Remarques , s'eft démenti
lui-même fur cela dans fon Epitre
Dédicatoire & dans fa Préface , où il avoue
qu'il a réduit fes principes à la feule Coûtume
de Peronne. Ainfi de fon propre
aveu le titre qu'il a choifi fait illufion au
Public. En Poitou & en Bretagne on achetera
le Livre de M. Billecocq fur la foi
du Titre , & dans Fefperance que l'on en
concevra d'avoir des principes qui conviennent
à ces Provinces comme à toutes
les autres ; mais on ne l'aura pas plutôr
qu'on y verra que l'Auteur dit lui-même
qu'il n'y donne rien que pour la Coûttume
particuliere de fon Pays. L'abus fi
fréquent de ces titres trop genéraux ne
ceffera- t'il donc jamais & laiffera- t'on
toujours le Public en bute à ces fortes de
fupercheries ?
Le Livre dont je parle eft- il du moins
un Commentaire fur la Coûtume de Peronne
Mondidier & Roye , comme
l'annoncent l'Epitre Dédicatoire & l'Avis
au Lecteur ? je ne veux encore pour preu
ve de la négative que l'aveu de notre Magiftrat
; il demeure d'accord que la def
cription
NOVEMBRE. 1730. 2495
cription que j'ai faite de la maniere de
faire un Commentaire de Coûtume , c
conforme aux idées que l'on doit s'en for
mer. D'un autre côté , il déclare qu'il n'a
point prétendu écrire fur un plan fi grand ,
& dans lequel les difcuffions font fineceffaires
; donc fon Livre n'eft point un
Commentaire ; donc il en a voulu donner
une idée trop avantageuſe , lorſqu'il a die
L'Ouvrage que j'ai fait fur les Fiefs ... eft
un Commentaire fur la Coûtume de Peronne
& c.
En remarquant l'inutilité d'un Com
mentaire qui contient tout auffi peu , &
quelquefois moins que l'article contefté
j'ai ajoûté que c'étoit le défaut dominant
du Commentaire prétendu de M. Billacocq.
Ce reproche eft trop vague , répond
l'Auteur , pour que je fois en état
de m'en juftifier. C'eſt ſe tirer en habile
homme d'un mauvais pas ; on a bien plutôt
fait , & il est bien plus commode &
bien plus avantageux d'imputer ainfi à la
Critique un défaut de jufteffe & de précifion
trop grand pour qu'elle foit fufceptible
d'une Réponſe , que d'en tenter
la réfutation. Il faudroit parmi les articles
que l'on prétend avoir commentés ,
en tirer un certain nombre au hazard . &
faire voir que l'on a donné la décifion de
toutes les difficultés qui naiffent du texte
Dij он
3404 MERCURE DE FRANCE
ou du moins de la plus grande partie ;
& peut- être le hazard n'offriroit- il rien :
de favorable ? La peine que l'on prendroit.
de feiiilleter l'Ouvrage d'un bout à l'au
tre pourroit même ne produire rien de
mieux , & ne préfenter par tout que,
l'occafion ou de fe fouvenir de ce que
dit M. de Saint Evremont , a que les Li
vres font dans la Bibliotheque d'un fameux
Avocat , comme on voit dans la Mer les
Poiffons , dont une partie mange l'autre ,
ou d'appliquer ce qu'on lit dans M. le
Clerc , b qu'il y a une Nation , d'ailleurs
Sçavante & féconde en habiles gens , qui n'eſt
que trop accoutumée à copier , & qui ne
fait que peu d'ufage de fan efprit dans la plupart
des Livres que l'on en voit. Que l'on
connoît que bien des gens lifent en
ce Pays là non pour s'inftruire , pour fe
former l'efprit & le ftile , pour je mettre
en état de juger par eux-mêmes de ce qu'ils
lifent , ou de découvrir quelque chofe de nouveau,
mais pour faire de gros Recueils , &
tirer de tems en tems de ce cabos des Volnmes
indigeftes , & remplis de citations intiles.
par
›
là
Le fingulier eft que l'application fe
trouve faite par M. Billecocq lui-même.
a S. Evremoniana pag. 357.
b Eiblioth. Univ, T. 16. pag. 197.
Je
NOVEMBRE. 1730. 2405
Je n'avois travaillé à ce Recueil , dit- il a
que pour mon inftruction particuliere …..
& en le faifant imprimer par le confeil
de perfonnes judicieuſes qui ont eſtimé
felon la Coûtume ) qu'il pourroit être
utile au Public , je l'ai préſenté tel qu'il
-étoit.
Cela eft excellent dans le Commerce
-ordinaire. On y regarde communément
comme le meilleur ce que chacun a fait
pour fon propre ufage. Mais il en eſt autrement
dans la République des Lettres ;
ce qu'un Auteur a compofé pour lui eft
juftement ce qui y paffe pour valoir le
moins , & pour être le moins eftimable.
Le Public n'y trouve digne de lui que
ce qui a été fait pour lui , convaincu qu'il´
el
eft que qui ne l'a pas en vûë , n'eft pas
fuffilamment excité à fe donner tous les
foins & toutes les peines qui font néceffaires
pour approcher de la perfection :
fur cela le goût eft genéral , & il ſe trouve
ici juftifié par l'inéxactitude , dont j'ai
cité quelques exemples dans mes Obfervations.
M. Billecocq veut , à la verité , que je
mefois trompé , & il n'a rien oublié pour
l'infinuer ; mais je doute qu'il ait réuffi
auprès de ceux qui fe trouvant à portée
a Mercure de Mai , pag: 851,
Diij
de
2406 MERCURE DE FRANCE
de verifier , s'en feront donné la peine.
Sur le premier article , fur tout , il ne
Faut qu'un Du Pleffis & des yeux. M.
Billecocq ayant dit a qu'en l'absence du
mari , ou à fon refus , la femme qui eft en
communauté avec lui peut fe faire autorifer
par Juftice , pour faire la foi & hom
mage des Fiefs à elle échûs pendant le
mariage ; jai remarqué qu'il avoit d'au-
Tant moins de raifon de nous donner cette
maxime comme indubitable , fur la foi
du feul de Heu , que la regle étoit fauffe,
& que Du Pleffis l'avoit fuffifamment fait
entendre de la forte dans le Chapitre même
, dont l'Auteur s'étoit là approprié
Ja meilleure partie. Sur cela il fait le furpris,
parce , dit- il , que les termes dont
Il a fait ufage fe trouvent à peu de chofe
près dans Du Pleffis ; mais il ne dit pas
que Du Pleffis a ajoûté , du moins felon
les Editions de 1702 , de 1709 & de 1728.
car je n'ai pas fous la main la premiere de
16.98. qu'il y a pourtant difficulté à la regle
qu'il venoit de pofer.
La réticence eft fine en mettant fousles
yeux du Public ces dernieres expreffions
, il n'y auroit pas eu moyen de demander
comment je pouvois dire que Da
Pleffis penfoit autrement que de Hen , au
a Liv. 2, Ch. 4 BEEF. 66
lieu
NOVEMBRE. 1930. 1407
Heu qu'en les taifant , & en ne rappor
tant prudemment que ce qui précede y
on s'eft acquis le droit d'avancer hautement
que ma premiere Remarqueute
mak
imaginée , & de la donner pour un début
qui fait porter de la fuite un jugement
défavantageux.
Mais n'imitons pas ces Scholaftiques
qui recherchoient uniquement ce qu'Afiftote
avoit dit fans fe mettre en peine
de ce qu'il auroit du dire , & voyons qui
il faut croire , ou de M. Billecocq qut
continue d'affuter que fon principe eft
inconteftable , ou de Du Pleffis qui a écrit
qu'il étoit très fujet à conteſtation .
La premiere idée qui fe préfente fur
éela eft celle de la diftinction , fi natu
relle entre l'abſence du mari , & ſon refus
de faire la foi & hommage , entre l'abfence
légitime & neceffaire & celle qui
ne feroit affectée que pour éluder de remi
plir ce devoir du vaffelage.
Lorfque l'abfence eft neceffaire , &
qu'elle a pour motif le fervice de l'Etat,
Fattachement à un emploi dont les fonc
tions ne peuvent pas être abandonnées ,
avantl'expiration du tems fixé pour porter
la foi , la difficulté n'eft pas grande. L'E
poufe , de l'hommage de laquelle ce Seigneur
ne veut pas ſe contenter , a la voye
de lui demander fouffrance , c'est- à- dire,
D iiij de
2408 MERCURE DE FRANCE
de requerir qu'il attende que l'empêchement
foit ceffe , & que le mari puiſſe venir
en perfonne s'acquiter de la premiere
obligation que les Loix Féodales
lui impofent. C'eft en ce cas ce que le
Suzerain ne fçauroit refufer , on l'obtiendroit
des Juges malgré lui ; auffi tôt le
droit de faifir eft arrêté pour tout le tems
que doit durer la caufe de l'abfence , &
fila faifie avoit précedé , la main levée
en feroit acquife. Voilà la reffource que
M. Billecocq croit fi impoffible, d'imagi
ner , celle cependant qu'il a dû voir dans
la note fur l'endroit en queftion que MM .
Delauriere & Berroyer ont crû la plus
réguliere , celle enfin pour laquelle Du
Pleffis lui- même a fait affez fentir qu'il
panchoit , lorfqu'il a avoué qu'il trouvoit
de la difficulté à décider qu'en l'abſence
du mari & le délai fatal preffant , la femme
pût fe faire autorifer par juftice pour
porter la foi , fans faire prononcer au
cune féparation.
L'Epoufe peut , & elle doit même faire
la foi & hommage pour les Fiefs qui
lui appartienent , lorfque le Seigneur veut
qu'elle y fatisfaffe pour le mari abfent :
ce n'eft pasfur quoi tombe le doute ; mais
lui donner le droit de mettre à profit
l'éloignement de fon mari pour l'exemter
de la foi , & pour en prendre malgré
le
NOVEMBRE. 1730. 2409
fe
le Seigneur toute la charge fur elle , nonobftant
que ce dernier veuille bien attendre
que l'excufe du mari ceffe , ce leroit
troubler tout l'ordre féodal..
: Car fi l'ufage qui a ſubſiſté aſſez longtems
a d'obliger , autant qu'on le pouvoit
, les filles qui avoient des Fiefs à ne
fe marier que de l'agrément du Seigneur
dans la mouvance de qui ces Fiefs fe
trouvoient , eft abrogé , fi les Suzerains
ont perdu cette prérogative , dont le mo
tif étoit de les préferver de l'inconvenient
d'avoir des vaffaux qui ne leur fuffent
point agréables , ou qui euffent des interêts
oppofés aux leurs , ils fe font du
moins confervé le droit de s'affurer par
un acte de foi & hommage de la fidelité
des nouveaux Feudataires que leur donnent
leurs Vaffales. La décifion s'en trouve
en leur faveur dans toutes les Coûtumes
, dans les unes a , en termes exprès,
& dans les autres , par la conféquence
qui réfulte du principe , que tout nouveau
vaffal , comme le devient le mari qui
a Voyez la Charte de S. Louis du mois de Mai
1246. à la fin du nouvel Examen de l'uſage genéral
des Fiefs. Par M. Druffel , page 35 .
b Eftempes art. 6. Clermont 87. Laon 168 .
Châlons 178. S. Pol 11. Normandie 99. Bretagne
351. Anjou 96. &c . Quelques uns mettent
auffi celle de Paris dans la même Claffe.
Dv exerce
2410 MERCURE DE FRANCE
exerce tous les droits de Seigneurie des
Fiefs de fa femme , doit la foi & hommage
au Seigneur Suzerain , & la doit en per
Sonne.
Delà vient que fi l'abfence n'a point de
cauſe indiſpenſable , & telle qu'il faut
qu'elle foit pour donner lieu à la fouffrance
, la femme ne peut pas non plus
obliger de la recevoir,à porter la foi pour
fon mari , parce qu'elle ne pourroit y
être admife que comme fondée de la pro
turation du mari , puiſque c'est lui qui
eft perſonellement tenu de ce devoir , &
qu'il n'y a qu'une caufe légitime qui puiſfe
donner le privilege de s'en acquiter par
Procureur , fi ce n'eſt dans quelques Coû
tumes particulieres a dont je ne parle
point ici. Vigier 6 rapporte un Arrêt qui
Pa jugé de la forte contre une femme
dont les offres de faire la foi & hommage
y ont été rejettées , quoique ce fut
pour un Fief qui lui appartenoit , &
qu'elle eut une procuration de fon mariy
qui demeuroit dans une autre Province
que
celle du Fief dominant ; & c'eſt auffi
fe fentiment de M. Boucheul . c
b
L'Epoufe fera-t'elle donc fans reffource
Contre la négligence ou le caprice d'un
a Chauny, art. 104.
bsur l'Art 23. de la Coûtume d'Angonmoiss
€ Sur l'art. 144, de la Cratume du Poirou.
mari
NOVEMBRE. 1730. 241T
mhari qui s'obſtinera à ne pas vouloir re-
Venir porter la foi & hommage , ou qui ,
quoique fur les lieux , refufeta fans taifon
d'en faire la démarche ? Et faudra- t'il
qu'en voyant enlever par la faifie qu'un
femblable procede autorife , des revenus
deftinés à un tout autre uſage , dans l'indigence
& la défolation où cette perte la
jette , elle s'en tienne à des plaintes fte
Files & infructueuſes ?
Non : fi la perte des fruits eft un objet
affez confiderable pour mettre du défordre
dans les affaires des deux Epoux ,
pour en caufer le dérangement , la femme
a alors la liberté d'agir contre fon mari
en feparation ; elle recouvre par là l'ad
miniftration de fon bien , elle retire du
mari la Seigneurie des Fiefs qu'elle lui
avoit apporté , & rentre dans le droit
d'en faire feule l'hommage. Mais tant
qu'elle refte en communauté , qu'elle
trouve fon compte à n'en pas pourfuivre
la diffolution , tant que la joüiffance de
fes Fiefs & des droits de Seigneurie qui y
font attachés demeure à fon mari , la Loi
veut que ce foit lui qui faffe l'hommage
fous peine de la perte des fruits. a
Il y a quelques Coûtumes où le refus du
mari de faire la foi & hommage pourles Fiefs
de fa femme, ne produit que le droit de faifir s
le Seigneur ne gagne pas les fruits , il ne pears
D vj
A
2412 MERCURE DE FRANCE
A la verité , cette perte , lorfqu'il y
donne lieu , eft une diffipation , mais qui
fe réduit à ce qui tombe dans la commu
nauté , & qui eft en fon pouvoir , tant
qu'elle ne va point à un affez grand excès
pour donner matiere à la féparation. II
peut difpofer abſolument des effets com
muns , s'en jouer , les perdre & les diffiper
. La femme n'a que la voye de le fou
frir ou de fe féparer.
Voilà les différentes efpeces qui ont été
confondues par les Auteurs , dont M.
Billecocq réclame le fuffrage , & aufquels
il en auroit pû joindre plufieurs autres
qui fe font tous auffi fucceffivement copiés
, fans prendre garde qu'on ne fçauroit
admettre ainfi indiſtinctement la
femme à la foi & hommage pour l'abfence
ou le refus de fon mari , fans donner
atteinte aux Conftitutions féodales .
L'étendue que j'ai été obligé de donner
à ce premier point me fera paffer plus
legerement fur les autres. Heureuſement
il n'y eft pas befoin de tant de difcuffion .
Quiconque ouvrira le Commentaire de
la Villete fur l'article 173. de la Coûtume
de Peronne , y en trouvera affez pour
juger que M. Billecocq a fait une bevûë
que les féqueftrer jufqu'à la prestation de
P'hommage qui lui eft dû. Amiens , art. 9. Bou
enois 47. Chauny.
en
NOVEMBRE. 1730. 2413
en préferant à l'opinion qu'a tenue M.
d'Argentré , que les cadets ne doivent
pas de chambellage à leur frere aîné , là
décifion contraire de la Coûtume de Laon
dont les maximes , qui doivent conduire
à prononcer fur cela , font toutes differentes
de celles de la Coûtume de Peronne
, & qu'il n'a ainfi donné dans l'erreur
que pour avoir négligé de confulter
les Commentateurs de la Coûtume mê
me qu'il vouloit expliquer.
Il fuffit auffi de lire ce qui a été écrit
par Du Moulin , a pour s'appercevoir
qu'une partie des maximes que M. Billecocq
a pofées comme genérales fur la foi
& hommage du Fief contefté entre plufieurs
perfonnes , font fufceptibles de
diverfes exceptions , qu'il ne peut laiffer
ignorer aux vaffaux & aux Seigneurs de
Fief dont il a principalement l'inftruction
en vûë , fans expofer les uns à s'entêter
de prétentions déraifonables , & fans engager
les autres à abandonner les droits
les plus légitimes. C'eft là l'effet de la
préference qu'il a donnée aux compilateurs
modernes fur les Auteurs originaux,
& de fon goût particulier pour le texte
des Coûtumes voifines de la frenne .
Je n'examine point le plus ou le moins
a In Confuetud. Parif. §. 33 , quest , 27.
de
414 MERCURE DE FRANCE
de jufteffe des préjugés fur lefquels ce
goût eft fondé , ni fi la façon dont on
fçait que la redaction des Coûtumes s'eft:
faite , laiffe lieu aux éloges que notre Auteur
leur diftribue. J'aurai occafion d'en
parler dans un Ouvrage plus étendu . If
n'eft queſtion ici que des fuites ou des
effets du plan que M. Billecocq s'eft for
mé.
Son attachement fcrupuleux aux ex-"
preffions des Coûtumes de Champagne ,
qui y font fes favorites , le fait tomber
d'une faute dans une autre. J'ai remarqué
dans mes Obfervations , que pour nous
apprendre fi le Seigneur qui veut retenir
un Fief de fa mouvance , dont le nouvel
acheteur vient lui demander l'inveftiture,
peut déduire , fur le prix de la vente qu'il
eft obligé de rembourfer , le montant des
Droits Féodaux , il apporte pour toute
décifion un texte de la Coûtume de Vermandois
qui ne parle proprement que du
cas , qui ne fait pas de difficulté , auquel
Pacheteur étoit chargé du payement de
ces droits , & qu'ainfi il nous laiffoit
dans l'incertitude fur ce qui doit s'obſerver
lors , ce qui eft le.cas le plus épineux,
que le vendeur eft engagé à l'acquit de
ces droits. Et la remarque eft jufte , parce
que , quoiqu'en dife M. Billecocq , le
texte cité ne préſente rien qui donne lieu
d'ap
NOVEMBRE. 1730. 2415
d'appliquer à d'autre efpece qu'à la pre
miere dont j'ai parlé , la maxime que le
Retrait Seigneurial & lesDroitsFéodauxfont
incompatibles , & ne peuvent pas être pris:
enfemble fur un même Fief.
Dans fa défenſe , déterminé enfin à
nous inftruire plus clairement fi cette Loi
doit auffi être fuivie , lorfque par le contract
de vente le vendeur eft refté chargé
du payement des Droits Féodaux , il
nous dit qu'oül , que cela ne peut pas
former le moindre doute , & il en appor
te en preuve la Coûtume de Rheims
avec le fentiment de quelques Auteurs
qui ont crû, dit- il , que les Coûtumes a ,
qui contiennent des difpofitions contraires
font injuftes , & doivent être reffer
rées dans les bornes de leurs territoires.
Mais c'eft une feconde faute , d'autant
plus inexcufable que la premiere, que l'on
eft exposé à de plus grands maux , par
la prévention pour de fauffes maximes
que par la fimple ignorance des verita-
Bles. Il n'eft rien moins qu'incontefta-
Ble que le vendeur qui eft obligé au
payement des Droits Seigneuriaux pour
la vente qu'il a faite , en devienne déchargé
, & que fa condition change fi le
Seigneur retire des mains de l'acheteur
a Chaumont,art 17 -Amiens,38, Ponthieu ,69%
Ce
2416 MERCURE DE FRANCE
ce qui a été vendu ; de frivoles railonnemens
font le fondement unique d'un privilege
qui feroit fi extraordinaire. Je ne
ferai point de differtation pour le prouver
; la démonftration fe trouve toute
faite dans le Chapitre 3. des Obfervations
Notables fur le Droit Coûtumier , que M.
Bruffel qui n'y laiffe rien à defirer fur
cela , a fait imprimer à S. Omer en 1724.
& dont le fentiment peut être d'ailleurs
appuyé de celui de Pillecart a de Ricard b,
. & de M. De Laitre c
On voit affez que fi je trouve à redire
aux déciſions & aux principes de M. Bil
lecocq , ce n'eft point , comme il l'écrit
à fon ami , parce qu'ils ne font pas affez.
démontrés, mais parce qu'ils ne font point
affez vrais. C'eſt parcequ'il donne continuellement
pour certain ce qui eft au moins
très douteux , pour univerfellement reconnu
ce qui eft le plus contefté , & pour
genéral ce qui eft fufceptible de plufieurs
exceptions .
Une infinité de gens , nous dit l'Auteur
, feront bien contens de trouver d'un
coup d'oeil dans ce Livre la décifion des
difficultés qui fe préfentent ; mais fatif
faction de bien peu de durée pour le
a Sur l'art 216. de la Coût . de Châlons
b Sur l'art 235. de Senlis .
• Sur l'art. 17. de Chaumont,
LecNOVEMBRE
. 1730. 2417 .
Lecteur qui fe donnera la peine d'aller
aux fources , & bien funefte par l'évenement
pour ceux qui , par pareffe de remonter
à ces premieres fources , ou par
ignorance qu'il y en ait de plus pures , fe
feront prévenus & entêtés des idées qu'ils
auront prifes dans une collection fiimparfaite.
Il vaudroit autant pour les premiers
que la compilation fut encore dans
l'obfcurité , & qu'elle n'eut pas été miſe
au jour : Et cela feroit plus avantageux
pour les derniers. C'eſt ce que j'avois à
démontrer.
Fermer
Résumé : DÉFENSE des Remarques de M. Dauvergne sur un Livre de M. Billecocq, intitulé : Les Principes du Droit François sur les Fiefs.
Le texte est une défense des remarques de M. Dauvergne concernant le livre de M. Billecocq intitulé 'Les Principes du Droit François fur les Fiefs'. M. Dauvergne a attendu une réponse de M. Billecocq ou de son correspondant avant de réagir, mais n'ayant rien reçu, il décide de justifier ses observations. Deux points principaux sont en contention : la pertinence du contenu du livre par rapport à son titre et la valeur de l'ouvrage pour la jurisprudence. M. Dauvergne critique le titre du livre, qui promet des principes généraux mais ne les fournit pas. Il souligne que les principes particuliers varient selon les coutumes locales et que le livre de M. Billecocq se limite à la coutume de Peronne, contrairement à ce que le titre laisse entendre. Il accuse également M. Billecocq de ne pas fournir un commentaire complet et utile sur la coutume de Peronne, comme annoncé. M. Dauvergne reproche à M. Billecocq de ne pas avoir commenté suffisamment les articles de la coutume, se contentant souvent de répéter le texte sans ajouter de valeur. Il cite des exemples d'inexactitudes et de manque de précision dans le livre. M. Billecocq, en réponse, affirme que les remarques de M. Dauvergne sont trop vagues pour être réfutées. Le texte aborde également des questions spécifiques de droit féodal, comme le droit de la femme de faire la foi et hommage en l'absence de son mari. M. Dauvergne critique la position de M. Billecocq sur ce point, en se référant à des auteurs comme Du Pleffis et en soulignant les distinctions entre l'absence légitime et l'absence affectée. Il conclut que la position de M. Billecocq trouble l'ordre féodal et ne respecte pas les droits des seigneurs. En outre, le texte traite des obligations féodales, notamment la foi et hommage, et des droits des femmes dans ce contexte. En l'absence de cause indispensable, une femme ne peut pas être obligée de recevoir la foi et hommage à la place de son mari, car ce devoir incombe personnellement à ce dernier. Cependant, si la négligence ou le caprice du mari cause un préjudice financier significatif, la femme peut demander une séparation et récupérer l'administration de ses biens, y compris les fiefs, et effectuer seule l'hommage. Certaines coutumes permettent au seigneur de ne pas perdre les fruits en cas de refus du mari, mais cette perte reste une dissipation des biens communs. Le texte critique également les erreurs de M. Billecocq, qui a mal interprété certaines coutumes et maximes féodales, en se basant sur des compilations modernes plutôt que sur les auteurs originaux. Il souligne l'importance de consulter les sources primaires pour éviter les erreurs et les préjugés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1818
p. 71-92
Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Début :
Relation des voyages au tour du monde, entrepris par ordre de Sa Majesté Britannique [...]
Mots clefs :
Pays, Capitaine, Joseph Banks, James Cook, Voyage, Tahiti, Homme, Nouvelle-Zélande, Anglais, Navigateurs, Europe, Île, Îles, Voyages, Continent, Habitants, Indiens , Peuples, Monde, Daniel Solander, Mer, Côtes, Sud, Equipage, Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Relation des voyages au tour du monde ,
entrepris par ordre de Sa Majefté Britannique
actuellement régnante , pour
faire des découvertes dans l'hémifphère
méridional , & fucceffivement
exécutés par le Commodore Byron ,
le Capitaine Carteret , le Capitaine.
Wallis & le Capitaine Cook , dans
les vaiffeaux le Dauphin le Swallow
& l'Endeavour ; rédigée d'après les
Journaux tenus par les différens Commandans
& les papiers de M. Banks ;
& enrichie de figures & d'un grand
nombre de plans & de cartes relatives
aux pays qui ont été nouvellement découverts
, ou qui n'étoient qu'imparfaitement
connus .
Oavrage traduit de l'Anglois , 4 vol .
in+4° . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
rue St Jean - de-Beauvais , & Panckoucke
, Hôtel de Thou rue des
Poitevins.
DEPUIS la découverte entière de l'Amérique
, l'efprit des Navigateurs a dirigé
fes recherches vers cette pofition du
72 MERCURE DE FRANCE .
globe , qui eft entre la pointe méridionale
du nouveau monde , le Cap de bonne-
Efpérance , & le pole Auftral . Les diffétentes
expéditions qu'on a faites pour
reconnoître le continent qu'on fuppofoit
dans ces parages , n'ont pas acquis
toute la célébrité qu'elles auroient pu mériter
, & la géographie n'en a pas retiré
beaucoup de lumières. La Nation qui domine
fur les mers vient de fuivre les
mêmes vues avec plus de fuccès ; & les
quatre voyages autour du monde , qu'ont
exécutés les Anglois en fix ans , annoncent
d'une manière bien frappante les progrès
de la navigation .
Les trois premiers ont été fort utiles ;
mais le quatrième , qu'on peut appeler
une expédition vraiment philofophique ,
fera très mémorable aux yeux de la poftérité.
Les noms de Cook , de Banks &
de Solander feront fameux dans l'hiftoire
des voyages , & l'on dira peut- être qu'il
étoit plus facile de découvrir l'Amérique
fituée au bout de notre Europe , que d'aller
examiner les immenfes pays qu'ils ont
parcourus.
Il n'eft pas poffible de dire dans un extrait
, combien ils ont enrichi la philofophie
morale , l'hiftoire naturelle & la
géographie. La préface des traducteurs
expofe
MAI .
1774- 73
expofe quel étoit l'état de cette dernière
fcience avant les voyages que nous annoncons
, & jufqu'où ils l'ont perfectionnée
.
"
» Les Navigateurs qui avoient parcou-
» ru la mer du Sud , n'avoient pas pu
» déterminer fi la Nouvelle Guinée & la
» Nouv. Hollande ( * ) ne formoient qu'un
feul Pays , ou fi c'étoient deux contrées
féparées . On croyoit que la Nouv. Bretagne
étoit une feule île. La côte orien-
" tale de la Nouv. Hollande étoit abſo-
» lument inconnue . On ne connoiffoit
» guères de la Nouv. Zelande , que le
»petit canton où débarqua Tafman ,
» & qu'il appela baye des affaffins , &
» l'on fuppofoit d'ailleurs , que cette ré-
» gion faifoit partie du continent méri-
» dional. Les cartes plaçoient dans l'O-
» céan pacifique des îles imaginaires
"
39
"
qu'on n'a point trouvées , & elles repré
» fentoient, comme n'étant occupés que
» par la mer , de grands efpaces où
»l'on a découvert plufieurs îles . Enfin ,
les Phyficiens penfoient que depuis le
» degré de latitude fud , auquel les Na-
* Au lieu de Nouvelle Zelande , il faut lire
Nouvelle Hollande,
D
74 MERCURE
DE FRANCE.
"
vigateurs s'étoient arrêtés , il pouvoir
» y avoir jufqu'au pole auftral un conti-
» nent fort étendu .
و د
» Les Anglois , dans les quatre voyages.
qu'ils viennent de faire , ont reconnu
» que la côte orientale de la Nouv. Hol-
» lande , appelée par eux Nouv . Galles
» méridionale , étoit un pays beaucoup
» plus grand que l'Europe ; & le Capitaine
Cook a déterminé avec précifion le
gifement des côtes . La Nouv. Bretagne
» eft compofée de deux îles , & ces deux
îles font féparées par un canal nommé
canal St George . On a fait le tour de
la Nouv . Zelande , & la carte qu'on en a
dreffée , ne peut être plus exacte que
» celle de certaines côtes d'Europe. Quel-
» ques Auteurs avoient penfé que de
» l'ifle de George III à la Nouv . Zelande ,
» il pouvoit y avoir un continent:le Capi-
» taine Cook affure qu'ils fe fonttrompés,
"
"
מ
mais on y a découvert un grand nom-
» bre de petites îles. Quant au continent
méridional , it eft démontré qu'il n'y
en a point au Nord du quarantième de
gré de latitude fud ; nos Navigateurs
» n'ofent affurer également qu'iln'y
» en ait pas un au fud de ce quarantième
fans avoir degré. Le dernier voyage ,
n
"
pas
MAI 17746 75
و د
ود
» entièrement réfolu la queftion , a réduit
à un fi petit efpace l'unique portion de
» l'hémifphère méridional ou pourroit
» fe trouver ce continent , qu'il feroit
» fâcheux qu'on ne fit pas une nouvelle
» tentative pour s'aflurer de la vérité. "
Nous ne parlerons ici que du dernier
voyage , le plus intéreffant de la collec
tion.
L'Endeavour , monté par le Capitaine
Cook , MM. Banks & Solander , & les
autres Obfervateurs qui les accompa
gnoient , partit de Plimouth le 26 Août
1768. Comme ils avoient ordre d'abor
der promptement à l'île d'Otahiti , pour
y obferver le paffage de Vénus au deffus
du difque du faleil , & faire enfuite des
découvertes dans la mer du fud , ils fe
hâtèrent d'arriver à leur deftination . Nous
ne devons pas omettre deux faits qui feront
une preuve des obftacles fans nombre
& de toute efpèce , qu'ont eu à combattre
nos philofophes dans leur expédition.
Lorfqu'ils furent fur les côtes du
Brefil , ils voulurent relâcher à Rio - Janeiro
, pour y prendre des rafraîchiffemens
, & examiner l'état du pays &
fes productions naturelles. Le Vice- Roi
permit au capitaine d'acheter des pro-
Dij
766 MERCURE DE FRANCE,
vifions pour fon équipage
; mais il dé
fendit à MM. Banks & Solander & aux
autres Anglois, de débarquer. Ils parlèrent
en vain du motif de leur voyage , le Portugais
fut inflexible ; il les regardoic
comme des efpions , & il s'embarraffoit
fort peu du progrès des ſciences . MM.
Banks & Solander voulurent employer
des ftratagêmes & des déguifemens pour
pénétrer dans la campagne ; mais ils apprirent
bientôt qu'ils étoient pourfuivis
par les patrouilles du pays , & qu'on
avoit faifi quelques - uns de leurs compagnons
de voyage.
Au lieu de paffer le détroit de Magellan
, ils doublèrent le Cap de Horn
& pendant qu'ils étoient fur les côtes de
la terre de feu, il leur arriva un accident ,
trifte préfage des maux qui les atten
doient dans le courant de leur voyage,
MM. Banks & Solander virent une montagne
dans l'intérieur des terres , & ils
réfolurent d'y aller chercher des plantes,
Ils fe mirent en route , fuivis du Chirurgien
de l'équipage , de M. Gréen
l'Aftronome , de deux Deffinateurs , de
leursDomestiques & de deux Matelots.Ils
trouvèrent un terrein marécageux couvert
de buiffons fi bien entrelacés les uns
M A 1. 17746 77
dans les autres , qu'il étoit impoffible de
les écartér pour s'y frayer un paffage . Le
temps devint très- froid tout- à- coup ; il
tomba de la neige , & la nuit les furprit.
Il leur étoit impoffible de retourner au
vaiffeau , & ils n'eurent plus d'efpoic
que de trouver un abri où ils puflent allumer
du feu & attendre le lendemain
dans cet état cruel . Ils crurent apperce
voir un lieu convenable pour cela , &
chacun s'efforça de s'y traîner. La plupart
tombèrent bientôt fur la neige fans ponvoir
fe relever , ceux qui étoient les moins
engourdis prirent les devants , afin de préparer
le feu , & d'autres s'empreffèrent de
donner du fecours aux malades . Enfin ,
deux hommes furent trouvés morts le
lendemain , & ils couturent tous le plus
grand danger de périr de faim & de froid
dans cette forêt.
Nos voyageurs arrivèrent à Otahiti le
10 Avril 1769. Ils y ont féjourné trois
mois , & ils ont employé tout ce temps
à faire des obfervations fur les moeurs
& les ufages du peuple qui l'habite..Ces
Infulaires vivent dans un climat & fur
un fol qui les met au - deffus du befoin
des arts , & d'après tout ce qu'on en a
rapporté , on eft forcé de penfer que c'eft
*
D iij
78
MERCURE DE FRANCE.
le peuple le plus fortuné de la terre. La
tuation où ils fe trouvent eft véritablement
l'état de nature tel qu'il peut exifter
fur le globe ; & fi nous avions paffé
par cet état avant de nous policer , on auroit
lieu de regretter avec M. Rouffeau
notre ancienne barbarie. Les partifans de
cet eloquent Philofophe ne manqueront
pas de citer les Otahitiens pour appuyer
Leur fyftême ; mais on peut répondre d'avance
, que les circonflances réunies en
leur faveur , ne pourront prefque jamais
s'appliquer à une autre peuplade . Ils naiffent
fous un ciel doux & agréable , & la
même caufe les a rendus aimables , doux
& pacifiques par caractère. Leur pays eft
enchanteur , la terre y produit prefque
fans culture les fruits les plus délicieux ;
ils rencontrent rarement des obftacles à
leurs defirs , & ils fuivent toujours le
pur inftinct de la nature , qui les porte
rarement au mal. La defcription de cette
île & de fes habitans paroîtra romanefque
à pluGeurs lecteurs ; cependant
elle eft de la plus exacte vérité , & conforme
d'ailleurs à ce qu'en dit M. de
Bougainville qui a eu l'art d'y acquérir
tant de connoiffances en fi peu de
temps.
MAI. 17740 79
La moitié du fecond volume de cette
collection rapporte les aventures curieufes
furvenues aux Anglois pendant leur
féjour à Otahiti , & l'on ne trouve aucun
morceau d'hiftoire fur lequel l'ame s'arrête
avec plus de complaifance.
Voici le titre des trois derniers chapitnes
.
Chapitre 17. Defcription particulière
de l'île d'Otahiti , de fes productions &
de fes habitans . Habillemens , habitations
, nourriture , vie domeftique &
amuſemens.
Chapitre 18. Des manufactures , des
Pirogues & de la navigation des Otahitiens.
Chapitre 19. De la divifion du temps
à Orahiti ; manière de compter & de
calculer les diftances ; langue , maladie ,
funérailles & enterremens ; religion
guerres , armes & gouvernement.
Nous allons en citer quelques traits
curieux. Nos philofophes voulant s'inftruire
de la religion du pays , le Capitaine
fit célébrer un dimanche le fervice
divin au fort qu'ils avoient bâti.
M. Banks y invita un des Chefs du
pays , fa femme & quelques autres Otahitiens
; il efpéroit que ces cérémonies
Bccafionneroient quelques queftions de
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
leur part , &lui procureroient quelque inftruction.
Les Indiens s'affirent , fe tin-
» rent debout , ou fe mirent à genoux ,
"
lorfque M. Banks faifoit de même ;
» mais après que le fervice fut fini , ils
» ne firent aucune queftion , & ils ne
vouloient pas nous écouter , lorfque
nous tâchions de leur expliquer ce qui
» venoit de fe paffer.
a
» Les Otahitiens , après avoir vu nos
» cérémonies religieufes , jugèrent à pro-
" pos de nous montrer dans l'après - midi
» les leurs qui étoient très différentes . Ua
» jeune homme de fix pieds & une jeune
» fille de 1 à 12 ans , facrifièrent à Vénus
devant toute l'affemblée , fans paroître
attacher aucune idée d'indécence
» à leur action & avec la liberté qu'on
prend lorfqu'on fe conforme aux ufages
» du pays . La Reine Obéréa préfidoit à
» la cérémonie ; elle donnoit à la fille
» des inftructions fur la manière dont elle
» devoit jouer fon tôle.
"
Cette Obéréa eft la même qui devint
amoureufe du Capitaine Wallis quelques
années auparavant , & dont les adieux
font fi touchans dans leur naïveté , qu'ils
arrachent prefque autant de larmes , que
ceux de Didon à Enée .
M. Bancks , dont on ne peut affez
MAI. 1774. 81
"
»
louer le courage & le zèle infatigable ,
fut fi curieux un jour de voir un convoi
funéraire , qu'il réfolut de s'y charger d'un
emploi , après qu'on lui eut dit qu'il ne
pouvoit pas y affifter fans cette condition.
Il alla donc le foir dans l'endroit
» où étoit dépoté le corps , & il fut reçu
» par la fille de la défunte , quelques au-
» tres perfonnes & un jeune homme qui
» fe préparoient à la cérémonie. On le
» dépouilla de fes vêtemens à l'Européenne
; les Indiens nouèrent au tour
de fes reins une petite pièce d'étoffe
» & ils lui barbouillèrent tout le corps
jufqu'aux épaules avec du charbon &
» de l'eau , de manière qu'il étoit auffi
» noir qu'un nègre . Ils firent la même
» opération à plufieurs perfonnes , & en-
» tr'autres, à quelques femmes qu'on mit
» dans le même état de nudité
que lui ;
» le jeune homme fut noirci par - tout ,
» & enfuite le convoi fe mit en mar-
» che.
"
ກ
M. Banks faifoit une fonction qu'ils
appellent Nineveh ; il étoit chargé , ainfi
que deux Otahitiens , d'examiner s'il Y
avoit du monde dans les lieux où devoit
paffer le convoi , & il allojt dire au princi
pal perfonnage du deuil : imatata , il n'y
a perfonne.
Dy
B2 MERCURE
DE FRANCE
.
Voici un fait qu'on voudroit pouvoir
révoquer en doute , mais qui malheureufement
eft inconteftable.
» Un nombre très - confidérable d'O-
» tahitiens des deux fexes , forment des
» fociétés fingulières appelées arrcoy ,
» où toutes les femmes font communes
499
"
à tous les hommes; cet arrangement met
» dans leurs plaifirs une variété perpé-
» tuelle , dont ils ont tellement befoin
» que le même homme & la même fem-
"
me n'habitent guères plus de deux à
» trois jours enfemble. Les hommes s'y
» divertiffent par des combats de lutte ,
» & les femmes y danfent en liberté la
» Timorodée , ( * ) afin d'excites en elles
des defirs qu'elles fatisfont fur le
» champ.
» Les Otahitiens , loin de regarder
comme un déshonneur d'être aggrégés
» à cette fociété , en tirent au contraire
» vanité , comme d'une grande diftinc-
» tion. Lorfqu'on nous a indiqué quel-
» ques perfonnes qui étoient membre
و د
d'un Arreoy , nous leur avons fait M.
Bancks & moi , des queftions fur cette
» matière , & nous avons reçu de leus
* Efpèce de danfe lubrique du pays.
MAI. 1774. 83
propre bouche les témoignages que
» je viens de rapporter ".
On auroit tort d'imaginer que ce peuple
n'a point de maître , & qu'il jouir
de la chimérique liberté de la nature fi
vantée par des Ecrivains qui ne voient
pas qu'elle ne peut plus exifter dès que
les hommes fe raffembleront en troupes ;.
mais il est étonnant qu'il foit aflervi au
gouvernement féodal '; d'où il eft permis
de conclure que la plupart des peuples
fubiffent ce premier efclavage avant de
parvenir au dernier degré de civiliſation .
Il y a quatre claffes d'hommes à Otahiti
, le Roi , le Baron , le Vaffal & le
Paylan .
Le commerce des Otahitiens avec les
habitans de l'Europe , les a dejà infectés.
de la maladie vénérienne. » Ils la diftin-.
" guent par un mot qui revient à celui
» de pourriture , & ils lui donnent une fi
gnification beaucoup plus étendue ; ils
» nous décrivirent dans les termes les :
plus pathétiques , les fouffrances des :
premiers infortunés qui en furent les:
» victimes ; ils ajoutèrent qu'elle faifoit
"tomber les poils & les ongles , & pour .
riffoit la chair jufqu'aux os ; qu'elle
répandit parmi eux une terreur & une:
» confternation univerfelles; que les ma
"
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» lades étoient abandonnés par leurs plus
» proches parens , qui craignoient que
» cette maladie ne fe communiquât par
contagion , & qu'on les laitoit péric
>> feuls dans des tourmens qu'ils n'avoient
jamais connus auparavant.
"
39
La Nature plaça en vain ce peuple au
milieu des mers ; deux vaiffeaux d'Europe
franchiffent cet intervalle immenſe ,
& ils portent à ces hommes heureux cette
maladie terrible , capable d'anéantir entièrement
leur race .
Nos Navigateurs , après un long lẻ-
jour avec les Otahitiens , fe préparèrent
à les quitter , & le Capitaine ordonna
que chacun fe rendît au vaideau . Deux
foldats de Marine , touchés du bonheur.
dout jouiffent les Infulaires dont ils alloient
fe féparer , & ne trouvant pas dans
nos fociétés policées le contentement
qu'ils efpéroient goûrer parmi eux , défertèrent
le fort, la nuit du jour où l'on devoit
mettre à la voile , & s'enfuirent dans
l'intérieur de l'île pour vivre avec les
Otahitiens. Le Capitaine voulut abfolement
recouvrer fes deux hommes : il
fit faifir quelques chefs & il leur fit des
menaces fi on ne renvoyoit pas les deux
foldats. Les Infulaires tâcherent de fe
défendre , & difoient que les deux EuMAI.
1774. 85
»
ropéens « avoient pris chacun une fem-
» me , & qu'ils étoient devenus habitans
du pays. Cependant , les gens
de l'équipage qu'on avoit envoyés après
eux , vinrent à bout de les ramener
de force..
"
Les déferteurs confirmèrent le rap-
» port des Indiens ; ils étoient devenus
» fort amoureux de deux filles , & ils
» avoient formé le projet de fe cacher
jufqu'à ce que le vaiffeau eût mis à la
voile , & de fixer leur réfidence à Ota-
» hitii »»..
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ce fait intéreffant ; mais on ne peut s'empêcher
de regretter que les deux foldats
n'ayent pas accompli leur projet. Leur
conduite & leur vie auroient fourni bien
des lumières pour comparer l'état des
peuples fauvages avec celui des nations
civilifées , & à moins que le Capitaine
Cook n'eût befoin de ces deux hommes
pour le fervice du vailleau , il auroit
peut-être dû les laiffer à Otahiti , d'où
quelques bâtimens auroient pu dans la
fuite les ramener en Europe.
Un des Otahitiens nommé Tupia ,
qui avoit été premier Miniftre de la
Reine Obéréa , & principal Prêtre de
l'île , abandonna fa patrie pour 's'embar.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
quer avec les Anglois. La vue de nos na
vigateurs & de leur vaiffeau lui avoit
donné l'idée d'un nouveau monde , & ,,
entraîné par l'inquiétude naturelle qui
tourmente l'ame du Sauvage comme celled'un
homme policé, il céda à l'invincible.
curiofité qui le portoit à voir d'autres
peuples & d'autres pays.
» Le 13 Juillet , jour du départ , le
vaiffeau fut rempli des Otahitiens nos
» amis. Dès le point du jour nous levâ-
" mes l'ancre , & dès que le bâtiment
« fut fous voiles , les Naturels du pays.
prirent congé de nous , & versèrent
» des larmes , pénétrés d'une trifteffe qui
avoit quelque chofe de bien tendre &
» de bien intéreffant . Tupia foutint cette:
» fcène avec une fermeté & une tranquillité
vraiment admirables ; il eft
» vrai qu'il pleura , mais les efforts qu'il
fit pour cacher fes larmes , faifoient
encore plus d'honneur à fon caractère :
" Il envoya une chemife pour dernier
39 préfent à Potomai , maîtreffe favo-
» rite de Tootahah , un des Chefs du
" pays ; il alla enfuite fur la grande hune
» avec M. Banks , & il fit des fignes
aux Pirogues tant qu'il continua de les
30%
» voir
Ce Tupia a été d'une très-grande utilité
MA I 1774. 87
aux Anglois pendant le refte du voyage ;
il leur donna fans ceffe des preuves de
fon jugement & de fa pénétration ; mais
malheureuſement il eft mort à Batavia
ainfi que le valet Indien qui l'avoit fuivi.
Nos Navigateurs , en appareillant d'Otahiti
, cherchèrent des îles nouvelles ,
& ils en ont découvert un très- grand
nombre dans les environs. Les moeurs
des peuples qui les habitent , & les incidens
qui leur furvinrent ne font pas
moins curieux . Après avoir paffé un mois
dans ces parages , le Capitaine Cook di
rigea fa route plus au fud , dans le deffein
de rencontrer le continent que des
Géographes y plaçoient. Il partit de l'île
d'Otéroah le 15 Août 1769 , & le 7·
Octobre , ils découvrirent une terre qu'ils
reconnurent par la fuite pour la Nouv.
Zelande : ils ont côtoyé ces deux grandes
îles jufqu'au premier Avril 1770. Ils
ont débarqué dans un très grand nombre
d'endroits , & ils ont prefque toujours
été attaqués par les féroces habitans da
pays.
Le fait fuivant eft fort extraordinaire..
En arrivant fur la côte de la Nouv. Zelande,
Tupia , Infulaire d'Otahiti , enten୫
. MERCURE DE FRANCE.
dit la langue des habitans du pays . Puifque
le langage de ces contrées fi eloignées
l'une de l'autre , eft à- peu- près le
même , il eft fûr que ces deux Nations
tirent leur fource d'une commune origine.
Après la defcription d'Otahiti , celle
de la Nouv. Zelande eft la plus curieufe
du voyage. L'exiftence des peuples antropophages
, conteftée fi mal - à -propos
par quelques Ecrivains , eft déformais hors
de doute , & il eft prouvé par cette relation
,, que les Zélandois mangent des
hommes.
»
" Pendant notre féjour dans le canal
» de la Reine Charlotte , nous trouvâ-
» mes des Indiens occupés à apprêter les
» alimens , & ils faifoient cuire alors un
» chien dans leur four ; il y avoit près
de là plufieurs paniers de provifion .
» En jetant par hafard les yeux fur un
» de ces paniers , à mefure que nous paffions
, nous apperçûmes deux os en-
» tièrement rongés qui ne nous parurent
» pas être des os de chiens , & que nous
reconnûmes pour des os humains , après
» les avoir examinés de plus près . Ce
fpectacle nous frappa d'horreur , quoiqu'il
ne fît que confirmer ce que nous
»
39
7
MAI. 1774. S
19
» avions oui dire plufieurs fois depuis
notre arrivée fur la côte . Comine il
» étoit fûr que c'étoit véritablement des
» os humains , il ne nous fut pas poffble
de douter que la chair qui les cou-
» vroit n'eût été mangée .... Nous char-
» geâmes Tupia de demander ce que c'étoient
que ces os , & les Indiens répondirent
fans héfiter en aucune manière
, que c'étoient des os d'hommes.
» Il leur demanda enfuite ce qu'étoit de
» venu la chair , & ils répliquèrent qu'ils
» l'avoient mangée . .. En nous infor-
» mant qui étoit l'homine dont nous
» avions trouvé les os , ils nous dirent
qu'environ cinq jours auparavant , une
Pirogue montée par fept de leurs en-
» nemis , étoit venue dans la Baye , &
» que cet homme étoit un des fept qu'ils
avoient tués ....
К
"
19
»
.....
Quelques jours après , Tupia reprit
» de nouveau la converfation fur l'ufage
» de manger la chair humaine , & les
Indiens répétèrent ce qu'ils avoient
déjà dit ; mais , dit Tupia , mangezvous
auffi les têtes ? Nous ne mangeons
» que la cervelle , répondit un vieillard
» & demain , je vous apporterai quelques
» têtes , pour vous convaincre que noust
» avons dit la vérité.
n
90% MERCURE
DE FRANCE.
On trouve dans le voyage beaucoup
d'autres preuves de cette horrible coutume.
Vingt jours de navigation s'écoulèrent
depuis leur départ de la Nouv . Zelande ,
jufqu'à la Nouv . Hollande. Ils découvrirent
enfuite la Nouv . Galles méridionale
, pays beaucoup plus grand que l'Europe.
Ils ont paffé trois mois & demi a
viliter les côtes de ce pays ; pendant cet
intervalle , il leur arriva un accident qui
mit tout l'équipage dans le plus grand
danger de périr . Le vaiffeau toucha fur
un banc de rochers , & y refta 48 heures ,
fans que tous les efforts de nos Navigateurs
puffent le remettre en pleine mer ..
On eft faifi d'attendriffement & d'effroi
en lifant la defcription de l'état où ils
fe trouvoient. Enfin , ils fortirent de dan
ger , & ils dûrent leur délivrance à une
circonftance bien fingulière . « Le rocher
» fur lequel échoua le bâtiment , fit plu-
» fieurs trous dans la calle , & un autre
» affez large pour nous couler à fond ;
» mais par bonheur , il fe trouva en
grande partie bouché par un morceau
» de rocher, qui ,après avoir fait l'ouver
»ture , y étoit reſté engagé,
"
Nos voyageurs touchent enfuite à la
Nouv. Guinée , & reprennent le chémin
MAI. 1774. 91
de l'Europpe à Batavia ; ils portent partout
leur efprit obfervateur , & ils nous
apprennent fur cette ville un grand
nombre de particularités qu'on ignoroit
abfolument .
L'homme paroît bien méchant & bien
vil , lorfqu'on le voit commettre des actions
telles que celle- ci , dont nos phi-
Fofophes ont été temoins ..
»
n
"
Depuis un temps immémorial , la
pratique , appelée courir un Muck
eft établie chez ces peuples . Après s'être
» enivrés d'opium , un homme le préci
pite dans les rues une arme à la main ,
tuant toutes les perfonnes qu'il rencontre
. jufqu'à ce qu'il foit tué lui- même
ou arrêté. Nous en avons vu plufieurs
» exemples pendant notre féjour à Batavia
, & un des Officiers chargés de
faifir ces furieux , nous dit qu'il fe paf
» foit rarement une femaine fans que lui
» ou fes confrères fuffent appelés pour
» en arrêter quelqu'un . Dans un des cas
" dont nous avons été témoins , l'homme
" avoit eu plufieurs fois à fe plaindre de
» la perfidie des femmes, & étoit de--
» venu fou de jaloufie avant de s'enivrer
"
d'opium ... Ceux qu'on prend en vie ,
font ordinairement bleйés ; mais ils
n'en font pas moins rompus vifs "..
92 MERCURE DE FRANCE.
L'équipage contracta à Batavia des gers
mes de maladie qui fe
développèrent dès
qu'ils furent en route. Nous avions , dit
le Capitaine , prefque tous les jours un
mort à´jeter à la mer , & dans l'efpace.
d'un mois & demi , nous perdîmes trente
hommes.
Enfin , nos Navigateurs relâchent au
Cap & à Ste Hélene , & ils mouillent
aux Dunes te 2 Mai 1771 , après un
voyage de trois ans.
que
Il eft fur que jamais on ne fera une
expédition au tour du globe auffi célèbre
celle dont on vient de parler ; &
dans la multitude infinie de voyages que
nous avions déjà , on n'en trouve aucun
dont la lecture foit auffi intéreffante &
auffi inftructive.
entrepris par ordre de Sa Majefté Britannique
actuellement régnante , pour
faire des découvertes dans l'hémifphère
méridional , & fucceffivement
exécutés par le Commodore Byron ,
le Capitaine Carteret , le Capitaine.
Wallis & le Capitaine Cook , dans
les vaiffeaux le Dauphin le Swallow
& l'Endeavour ; rédigée d'après les
Journaux tenus par les différens Commandans
& les papiers de M. Banks ;
& enrichie de figures & d'un grand
nombre de plans & de cartes relatives
aux pays qui ont été nouvellement découverts
, ou qui n'étoient qu'imparfaitement
connus .
Oavrage traduit de l'Anglois , 4 vol .
in+4° . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
rue St Jean - de-Beauvais , & Panckoucke
, Hôtel de Thou rue des
Poitevins.
DEPUIS la découverte entière de l'Amérique
, l'efprit des Navigateurs a dirigé
fes recherches vers cette pofition du
72 MERCURE DE FRANCE .
globe , qui eft entre la pointe méridionale
du nouveau monde , le Cap de bonne-
Efpérance , & le pole Auftral . Les diffétentes
expéditions qu'on a faites pour
reconnoître le continent qu'on fuppofoit
dans ces parages , n'ont pas acquis
toute la célébrité qu'elles auroient pu mériter
, & la géographie n'en a pas retiré
beaucoup de lumières. La Nation qui domine
fur les mers vient de fuivre les
mêmes vues avec plus de fuccès ; & les
quatre voyages autour du monde , qu'ont
exécutés les Anglois en fix ans , annoncent
d'une manière bien frappante les progrès
de la navigation .
Les trois premiers ont été fort utiles ;
mais le quatrième , qu'on peut appeler
une expédition vraiment philofophique ,
fera très mémorable aux yeux de la poftérité.
Les noms de Cook , de Banks &
de Solander feront fameux dans l'hiftoire
des voyages , & l'on dira peut- être qu'il
étoit plus facile de découvrir l'Amérique
fituée au bout de notre Europe , que d'aller
examiner les immenfes pays qu'ils ont
parcourus.
Il n'eft pas poffible de dire dans un extrait
, combien ils ont enrichi la philofophie
morale , l'hiftoire naturelle & la
géographie. La préface des traducteurs
expofe
MAI .
1774- 73
expofe quel étoit l'état de cette dernière
fcience avant les voyages que nous annoncons
, & jufqu'où ils l'ont perfectionnée
.
"
» Les Navigateurs qui avoient parcou-
» ru la mer du Sud , n'avoient pas pu
» déterminer fi la Nouvelle Guinée & la
» Nouv. Hollande ( * ) ne formoient qu'un
feul Pays , ou fi c'étoient deux contrées
féparées . On croyoit que la Nouv. Bretagne
étoit une feule île. La côte orien-
" tale de la Nouv. Hollande étoit abſo-
» lument inconnue . On ne connoiffoit
» guères de la Nouv. Zelande , que le
»petit canton où débarqua Tafman ,
» & qu'il appela baye des affaffins , &
» l'on fuppofoit d'ailleurs , que cette ré-
» gion faifoit partie du continent méri-
» dional. Les cartes plaçoient dans l'O-
» céan pacifique des îles imaginaires
"
39
"
qu'on n'a point trouvées , & elles repré
» fentoient, comme n'étant occupés que
» par la mer , de grands efpaces où
»l'on a découvert plufieurs îles . Enfin ,
les Phyficiens penfoient que depuis le
» degré de latitude fud , auquel les Na-
* Au lieu de Nouvelle Zelande , il faut lire
Nouvelle Hollande,
D
74 MERCURE
DE FRANCE.
"
vigateurs s'étoient arrêtés , il pouvoir
» y avoir jufqu'au pole auftral un conti-
» nent fort étendu .
و د
» Les Anglois , dans les quatre voyages.
qu'ils viennent de faire , ont reconnu
» que la côte orientale de la Nouv. Hol-
» lande , appelée par eux Nouv . Galles
» méridionale , étoit un pays beaucoup
» plus grand que l'Europe ; & le Capitaine
Cook a déterminé avec précifion le
gifement des côtes . La Nouv. Bretagne
» eft compofée de deux îles , & ces deux
îles font féparées par un canal nommé
canal St George . On a fait le tour de
la Nouv . Zelande , & la carte qu'on en a
dreffée , ne peut être plus exacte que
» celle de certaines côtes d'Europe. Quel-
» ques Auteurs avoient penfé que de
» l'ifle de George III à la Nouv . Zelande ,
» il pouvoit y avoir un continent:le Capi-
» taine Cook affure qu'ils fe fonttrompés,
"
"
מ
mais on y a découvert un grand nom-
» bre de petites îles. Quant au continent
méridional , it eft démontré qu'il n'y
en a point au Nord du quarantième de
gré de latitude fud ; nos Navigateurs
» n'ofent affurer également qu'iln'y
» en ait pas un au fud de ce quarantième
fans avoir degré. Le dernier voyage ,
n
"
pas
MAI 17746 75
و د
ود
» entièrement réfolu la queftion , a réduit
à un fi petit efpace l'unique portion de
» l'hémifphère méridional ou pourroit
» fe trouver ce continent , qu'il feroit
» fâcheux qu'on ne fit pas une nouvelle
» tentative pour s'aflurer de la vérité. "
Nous ne parlerons ici que du dernier
voyage , le plus intéreffant de la collec
tion.
L'Endeavour , monté par le Capitaine
Cook , MM. Banks & Solander , & les
autres Obfervateurs qui les accompa
gnoient , partit de Plimouth le 26 Août
1768. Comme ils avoient ordre d'abor
der promptement à l'île d'Otahiti , pour
y obferver le paffage de Vénus au deffus
du difque du faleil , & faire enfuite des
découvertes dans la mer du fud , ils fe
hâtèrent d'arriver à leur deftination . Nous
ne devons pas omettre deux faits qui feront
une preuve des obftacles fans nombre
& de toute efpèce , qu'ont eu à combattre
nos philofophes dans leur expédition.
Lorfqu'ils furent fur les côtes du
Brefil , ils voulurent relâcher à Rio - Janeiro
, pour y prendre des rafraîchiffemens
, & examiner l'état du pays &
fes productions naturelles. Le Vice- Roi
permit au capitaine d'acheter des pro-
Dij
766 MERCURE DE FRANCE,
vifions pour fon équipage
; mais il dé
fendit à MM. Banks & Solander & aux
autres Anglois, de débarquer. Ils parlèrent
en vain du motif de leur voyage , le Portugais
fut inflexible ; il les regardoic
comme des efpions , & il s'embarraffoit
fort peu du progrès des ſciences . MM.
Banks & Solander voulurent employer
des ftratagêmes & des déguifemens pour
pénétrer dans la campagne ; mais ils apprirent
bientôt qu'ils étoient pourfuivis
par les patrouilles du pays , & qu'on
avoit faifi quelques - uns de leurs compagnons
de voyage.
Au lieu de paffer le détroit de Magellan
, ils doublèrent le Cap de Horn
& pendant qu'ils étoient fur les côtes de
la terre de feu, il leur arriva un accident ,
trifte préfage des maux qui les atten
doient dans le courant de leur voyage,
MM. Banks & Solander virent une montagne
dans l'intérieur des terres , & ils
réfolurent d'y aller chercher des plantes,
Ils fe mirent en route , fuivis du Chirurgien
de l'équipage , de M. Gréen
l'Aftronome , de deux Deffinateurs , de
leursDomestiques & de deux Matelots.Ils
trouvèrent un terrein marécageux couvert
de buiffons fi bien entrelacés les uns
M A 1. 17746 77
dans les autres , qu'il étoit impoffible de
les écartér pour s'y frayer un paffage . Le
temps devint très- froid tout- à- coup ; il
tomba de la neige , & la nuit les furprit.
Il leur étoit impoffible de retourner au
vaiffeau , & ils n'eurent plus d'efpoic
que de trouver un abri où ils puflent allumer
du feu & attendre le lendemain
dans cet état cruel . Ils crurent apperce
voir un lieu convenable pour cela , &
chacun s'efforça de s'y traîner. La plupart
tombèrent bientôt fur la neige fans ponvoir
fe relever , ceux qui étoient les moins
engourdis prirent les devants , afin de préparer
le feu , & d'autres s'empreffèrent de
donner du fecours aux malades . Enfin ,
deux hommes furent trouvés morts le
lendemain , & ils couturent tous le plus
grand danger de périr de faim & de froid
dans cette forêt.
Nos voyageurs arrivèrent à Otahiti le
10 Avril 1769. Ils y ont féjourné trois
mois , & ils ont employé tout ce temps
à faire des obfervations fur les moeurs
& les ufages du peuple qui l'habite..Ces
Infulaires vivent dans un climat & fur
un fol qui les met au - deffus du befoin
des arts , & d'après tout ce qu'on en a
rapporté , on eft forcé de penfer que c'eft
*
D iij
78
MERCURE DE FRANCE.
le peuple le plus fortuné de la terre. La
tuation où ils fe trouvent eft véritablement
l'état de nature tel qu'il peut exifter
fur le globe ; & fi nous avions paffé
par cet état avant de nous policer , on auroit
lieu de regretter avec M. Rouffeau
notre ancienne barbarie. Les partifans de
cet eloquent Philofophe ne manqueront
pas de citer les Otahitiens pour appuyer
Leur fyftême ; mais on peut répondre d'avance
, que les circonflances réunies en
leur faveur , ne pourront prefque jamais
s'appliquer à une autre peuplade . Ils naiffent
fous un ciel doux & agréable , & la
même caufe les a rendus aimables , doux
& pacifiques par caractère. Leur pays eft
enchanteur , la terre y produit prefque
fans culture les fruits les plus délicieux ;
ils rencontrent rarement des obftacles à
leurs defirs , & ils fuivent toujours le
pur inftinct de la nature , qui les porte
rarement au mal. La defcription de cette
île & de fes habitans paroîtra romanefque
à pluGeurs lecteurs ; cependant
elle eft de la plus exacte vérité , & conforme
d'ailleurs à ce qu'en dit M. de
Bougainville qui a eu l'art d'y acquérir
tant de connoiffances en fi peu de
temps.
MAI. 17740 79
La moitié du fecond volume de cette
collection rapporte les aventures curieufes
furvenues aux Anglois pendant leur
féjour à Otahiti , & l'on ne trouve aucun
morceau d'hiftoire fur lequel l'ame s'arrête
avec plus de complaifance.
Voici le titre des trois derniers chapitnes
.
Chapitre 17. Defcription particulière
de l'île d'Otahiti , de fes productions &
de fes habitans . Habillemens , habitations
, nourriture , vie domeftique &
amuſemens.
Chapitre 18. Des manufactures , des
Pirogues & de la navigation des Otahitiens.
Chapitre 19. De la divifion du temps
à Orahiti ; manière de compter & de
calculer les diftances ; langue , maladie ,
funérailles & enterremens ; religion
guerres , armes & gouvernement.
Nous allons en citer quelques traits
curieux. Nos philofophes voulant s'inftruire
de la religion du pays , le Capitaine
fit célébrer un dimanche le fervice
divin au fort qu'ils avoient bâti.
M. Banks y invita un des Chefs du
pays , fa femme & quelques autres Otahitiens
; il efpéroit que ces cérémonies
Bccafionneroient quelques queftions de
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
leur part , &lui procureroient quelque inftruction.
Les Indiens s'affirent , fe tin-
» rent debout , ou fe mirent à genoux ,
"
lorfque M. Banks faifoit de même ;
» mais après que le fervice fut fini , ils
» ne firent aucune queftion , & ils ne
vouloient pas nous écouter , lorfque
nous tâchions de leur expliquer ce qui
» venoit de fe paffer.
a
» Les Otahitiens , après avoir vu nos
» cérémonies religieufes , jugèrent à pro-
" pos de nous montrer dans l'après - midi
» les leurs qui étoient très différentes . Ua
» jeune homme de fix pieds & une jeune
» fille de 1 à 12 ans , facrifièrent à Vénus
devant toute l'affemblée , fans paroître
attacher aucune idée d'indécence
» à leur action & avec la liberté qu'on
prend lorfqu'on fe conforme aux ufages
» du pays . La Reine Obéréa préfidoit à
» la cérémonie ; elle donnoit à la fille
» des inftructions fur la manière dont elle
» devoit jouer fon tôle.
"
Cette Obéréa eft la même qui devint
amoureufe du Capitaine Wallis quelques
années auparavant , & dont les adieux
font fi touchans dans leur naïveté , qu'ils
arrachent prefque autant de larmes , que
ceux de Didon à Enée .
M. Bancks , dont on ne peut affez
MAI. 1774. 81
"
»
louer le courage & le zèle infatigable ,
fut fi curieux un jour de voir un convoi
funéraire , qu'il réfolut de s'y charger d'un
emploi , après qu'on lui eut dit qu'il ne
pouvoit pas y affifter fans cette condition.
Il alla donc le foir dans l'endroit
» où étoit dépoté le corps , & il fut reçu
» par la fille de la défunte , quelques au-
» tres perfonnes & un jeune homme qui
» fe préparoient à la cérémonie. On le
» dépouilla de fes vêtemens à l'Européenne
; les Indiens nouèrent au tour
de fes reins une petite pièce d'étoffe
» & ils lui barbouillèrent tout le corps
jufqu'aux épaules avec du charbon &
» de l'eau , de manière qu'il étoit auffi
» noir qu'un nègre . Ils firent la même
» opération à plufieurs perfonnes , & en-
» tr'autres, à quelques femmes qu'on mit
» dans le même état de nudité
que lui ;
» le jeune homme fut noirci par - tout ,
» & enfuite le convoi fe mit en mar-
» che.
"
ກ
M. Banks faifoit une fonction qu'ils
appellent Nineveh ; il étoit chargé , ainfi
que deux Otahitiens , d'examiner s'il Y
avoit du monde dans les lieux où devoit
paffer le convoi , & il allojt dire au princi
pal perfonnage du deuil : imatata , il n'y
a perfonne.
Dy
B2 MERCURE
DE FRANCE
.
Voici un fait qu'on voudroit pouvoir
révoquer en doute , mais qui malheureufement
eft inconteftable.
» Un nombre très - confidérable d'O-
» tahitiens des deux fexes , forment des
» fociétés fingulières appelées arrcoy ,
» où toutes les femmes font communes
499
"
à tous les hommes; cet arrangement met
» dans leurs plaifirs une variété perpé-
» tuelle , dont ils ont tellement befoin
» que le même homme & la même fem-
"
me n'habitent guères plus de deux à
» trois jours enfemble. Les hommes s'y
» divertiffent par des combats de lutte ,
» & les femmes y danfent en liberté la
» Timorodée , ( * ) afin d'excites en elles
des defirs qu'elles fatisfont fur le
» champ.
» Les Otahitiens , loin de regarder
comme un déshonneur d'être aggrégés
» à cette fociété , en tirent au contraire
» vanité , comme d'une grande diftinc-
» tion. Lorfqu'on nous a indiqué quel-
» ques perfonnes qui étoient membre
و د
d'un Arreoy , nous leur avons fait M.
Bancks & moi , des queftions fur cette
» matière , & nous avons reçu de leus
* Efpèce de danfe lubrique du pays.
MAI. 1774. 83
propre bouche les témoignages que
» je viens de rapporter ".
On auroit tort d'imaginer que ce peuple
n'a point de maître , & qu'il jouir
de la chimérique liberté de la nature fi
vantée par des Ecrivains qui ne voient
pas qu'elle ne peut plus exifter dès que
les hommes fe raffembleront en troupes ;.
mais il est étonnant qu'il foit aflervi au
gouvernement féodal '; d'où il eft permis
de conclure que la plupart des peuples
fubiffent ce premier efclavage avant de
parvenir au dernier degré de civiliſation .
Il y a quatre claffes d'hommes à Otahiti
, le Roi , le Baron , le Vaffal & le
Paylan .
Le commerce des Otahitiens avec les
habitans de l'Europe , les a dejà infectés.
de la maladie vénérienne. » Ils la diftin-.
" guent par un mot qui revient à celui
» de pourriture , & ils lui donnent une fi
gnification beaucoup plus étendue ; ils
» nous décrivirent dans les termes les :
plus pathétiques , les fouffrances des :
premiers infortunés qui en furent les:
» victimes ; ils ajoutèrent qu'elle faifoit
"tomber les poils & les ongles , & pour .
riffoit la chair jufqu'aux os ; qu'elle
répandit parmi eux une terreur & une:
» confternation univerfelles; que les ma
"
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» lades étoient abandonnés par leurs plus
» proches parens , qui craignoient que
» cette maladie ne fe communiquât par
contagion , & qu'on les laitoit péric
>> feuls dans des tourmens qu'ils n'avoient
jamais connus auparavant.
"
39
La Nature plaça en vain ce peuple au
milieu des mers ; deux vaiffeaux d'Europe
franchiffent cet intervalle immenſe ,
& ils portent à ces hommes heureux cette
maladie terrible , capable d'anéantir entièrement
leur race .
Nos Navigateurs , après un long lẻ-
jour avec les Otahitiens , fe préparèrent
à les quitter , & le Capitaine ordonna
que chacun fe rendît au vaideau . Deux
foldats de Marine , touchés du bonheur.
dout jouiffent les Infulaires dont ils alloient
fe féparer , & ne trouvant pas dans
nos fociétés policées le contentement
qu'ils efpéroient goûrer parmi eux , défertèrent
le fort, la nuit du jour où l'on devoit
mettre à la voile , & s'enfuirent dans
l'intérieur de l'île pour vivre avec les
Otahitiens. Le Capitaine voulut abfolement
recouvrer fes deux hommes : il
fit faifir quelques chefs & il leur fit des
menaces fi on ne renvoyoit pas les deux
foldats. Les Infulaires tâcherent de fe
défendre , & difoient que les deux EuMAI.
1774. 85
»
ropéens « avoient pris chacun une fem-
» me , & qu'ils étoient devenus habitans
du pays. Cependant , les gens
de l'équipage qu'on avoit envoyés après
eux , vinrent à bout de les ramener
de force..
"
Les déferteurs confirmèrent le rap-
» port des Indiens ; ils étoient devenus
» fort amoureux de deux filles , & ils
» avoient formé le projet de fe cacher
jufqu'à ce que le vaiffeau eût mis à la
voile , & de fixer leur réfidence à Ota-
» hitii »»..
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ce fait intéreffant ; mais on ne peut s'empêcher
de regretter que les deux foldats
n'ayent pas accompli leur projet. Leur
conduite & leur vie auroient fourni bien
des lumières pour comparer l'état des
peuples fauvages avec celui des nations
civilifées , & à moins que le Capitaine
Cook n'eût befoin de ces deux hommes
pour le fervice du vailleau , il auroit
peut-être dû les laiffer à Otahiti , d'où
quelques bâtimens auroient pu dans la
fuite les ramener en Europe.
Un des Otahitiens nommé Tupia ,
qui avoit été premier Miniftre de la
Reine Obéréa , & principal Prêtre de
l'île , abandonna fa patrie pour 's'embar.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
quer avec les Anglois. La vue de nos na
vigateurs & de leur vaiffeau lui avoit
donné l'idée d'un nouveau monde , & ,,
entraîné par l'inquiétude naturelle qui
tourmente l'ame du Sauvage comme celled'un
homme policé, il céda à l'invincible.
curiofité qui le portoit à voir d'autres
peuples & d'autres pays.
» Le 13 Juillet , jour du départ , le
vaiffeau fut rempli des Otahitiens nos
» amis. Dès le point du jour nous levâ-
" mes l'ancre , & dès que le bâtiment
« fut fous voiles , les Naturels du pays.
prirent congé de nous , & versèrent
» des larmes , pénétrés d'une trifteffe qui
avoit quelque chofe de bien tendre &
» de bien intéreffant . Tupia foutint cette:
» fcène avec une fermeté & une tranquillité
vraiment admirables ; il eft
» vrai qu'il pleura , mais les efforts qu'il
fit pour cacher fes larmes , faifoient
encore plus d'honneur à fon caractère :
" Il envoya une chemife pour dernier
39 préfent à Potomai , maîtreffe favo-
» rite de Tootahah , un des Chefs du
" pays ; il alla enfuite fur la grande hune
» avec M. Banks , & il fit des fignes
aux Pirogues tant qu'il continua de les
30%
» voir
Ce Tupia a été d'une très-grande utilité
MA I 1774. 87
aux Anglois pendant le refte du voyage ;
il leur donna fans ceffe des preuves de
fon jugement & de fa pénétration ; mais
malheureuſement il eft mort à Batavia
ainfi que le valet Indien qui l'avoit fuivi.
Nos Navigateurs , en appareillant d'Otahiti
, cherchèrent des îles nouvelles ,
& ils en ont découvert un très- grand
nombre dans les environs. Les moeurs
des peuples qui les habitent , & les incidens
qui leur furvinrent ne font pas
moins curieux . Après avoir paffé un mois
dans ces parages , le Capitaine Cook di
rigea fa route plus au fud , dans le deffein
de rencontrer le continent que des
Géographes y plaçoient. Il partit de l'île
d'Otéroah le 15 Août 1769 , & le 7·
Octobre , ils découvrirent une terre qu'ils
reconnurent par la fuite pour la Nouv.
Zelande : ils ont côtoyé ces deux grandes
îles jufqu'au premier Avril 1770. Ils
ont débarqué dans un très grand nombre
d'endroits , & ils ont prefque toujours
été attaqués par les féroces habitans da
pays.
Le fait fuivant eft fort extraordinaire..
En arrivant fur la côte de la Nouv. Zelande,
Tupia , Infulaire d'Otahiti , enten୫
. MERCURE DE FRANCE.
dit la langue des habitans du pays . Puifque
le langage de ces contrées fi eloignées
l'une de l'autre , eft à- peu- près le
même , il eft fûr que ces deux Nations
tirent leur fource d'une commune origine.
Après la defcription d'Otahiti , celle
de la Nouv. Zelande eft la plus curieufe
du voyage. L'exiftence des peuples antropophages
, conteftée fi mal - à -propos
par quelques Ecrivains , eft déformais hors
de doute , & il eft prouvé par cette relation
,, que les Zélandois mangent des
hommes.
»
" Pendant notre féjour dans le canal
» de la Reine Charlotte , nous trouvâ-
» mes des Indiens occupés à apprêter les
» alimens , & ils faifoient cuire alors un
» chien dans leur four ; il y avoit près
de là plufieurs paniers de provifion .
» En jetant par hafard les yeux fur un
» de ces paniers , à mefure que nous paffions
, nous apperçûmes deux os en-
» tièrement rongés qui ne nous parurent
» pas être des os de chiens , & que nous
reconnûmes pour des os humains , après
» les avoir examinés de plus près . Ce
fpectacle nous frappa d'horreur , quoiqu'il
ne fît que confirmer ce que nous
»
39
7
MAI. 1774. S
19
» avions oui dire plufieurs fois depuis
notre arrivée fur la côte . Comine il
» étoit fûr que c'étoit véritablement des
» os humains , il ne nous fut pas poffble
de douter que la chair qui les cou-
» vroit n'eût été mangée .... Nous char-
» geâmes Tupia de demander ce que c'étoient
que ces os , & les Indiens répondirent
fans héfiter en aucune manière
, que c'étoient des os d'hommes.
» Il leur demanda enfuite ce qu'étoit de
» venu la chair , & ils répliquèrent qu'ils
» l'avoient mangée . .. En nous infor-
» mant qui étoit l'homine dont nous
» avions trouvé les os , ils nous dirent
qu'environ cinq jours auparavant , une
Pirogue montée par fept de leurs en-
» nemis , étoit venue dans la Baye , &
» que cet homme étoit un des fept qu'ils
avoient tués ....
К
"
19
»
.....
Quelques jours après , Tupia reprit
» de nouveau la converfation fur l'ufage
» de manger la chair humaine , & les
Indiens répétèrent ce qu'ils avoient
déjà dit ; mais , dit Tupia , mangezvous
auffi les têtes ? Nous ne mangeons
» que la cervelle , répondit un vieillard
» & demain , je vous apporterai quelques
» têtes , pour vous convaincre que noust
» avons dit la vérité.
n
90% MERCURE
DE FRANCE.
On trouve dans le voyage beaucoup
d'autres preuves de cette horrible coutume.
Vingt jours de navigation s'écoulèrent
depuis leur départ de la Nouv . Zelande ,
jufqu'à la Nouv . Hollande. Ils découvrirent
enfuite la Nouv . Galles méridionale
, pays beaucoup plus grand que l'Europe.
Ils ont paffé trois mois & demi a
viliter les côtes de ce pays ; pendant cet
intervalle , il leur arriva un accident qui
mit tout l'équipage dans le plus grand
danger de périr . Le vaiffeau toucha fur
un banc de rochers , & y refta 48 heures ,
fans que tous les efforts de nos Navigateurs
puffent le remettre en pleine mer ..
On eft faifi d'attendriffement & d'effroi
en lifant la defcription de l'état où ils
fe trouvoient. Enfin , ils fortirent de dan
ger , & ils dûrent leur délivrance à une
circonftance bien fingulière . « Le rocher
» fur lequel échoua le bâtiment , fit plu-
» fieurs trous dans la calle , & un autre
» affez large pour nous couler à fond ;
» mais par bonheur , il fe trouva en
grande partie bouché par un morceau
» de rocher, qui ,après avoir fait l'ouver
»ture , y étoit reſté engagé,
"
Nos voyageurs touchent enfuite à la
Nouv. Guinée , & reprennent le chémin
MAI. 1774. 91
de l'Europpe à Batavia ; ils portent partout
leur efprit obfervateur , & ils nous
apprennent fur cette ville un grand
nombre de particularités qu'on ignoroit
abfolument .
L'homme paroît bien méchant & bien
vil , lorfqu'on le voit commettre des actions
telles que celle- ci , dont nos phi-
Fofophes ont été temoins ..
»
n
"
Depuis un temps immémorial , la
pratique , appelée courir un Muck
eft établie chez ces peuples . Après s'être
» enivrés d'opium , un homme le préci
pite dans les rues une arme à la main ,
tuant toutes les perfonnes qu'il rencontre
. jufqu'à ce qu'il foit tué lui- même
ou arrêté. Nous en avons vu plufieurs
» exemples pendant notre féjour à Batavia
, & un des Officiers chargés de
faifir ces furieux , nous dit qu'il fe paf
» foit rarement une femaine fans que lui
» ou fes confrères fuffent appelés pour
» en arrêter quelqu'un . Dans un des cas
" dont nous avons été témoins , l'homme
" avoit eu plufieurs fois à fe plaindre de
» la perfidie des femmes, & étoit de--
» venu fou de jaloufie avant de s'enivrer
"
d'opium ... Ceux qu'on prend en vie ,
font ordinairement bleйés ; mais ils
n'en font pas moins rompus vifs "..
92 MERCURE DE FRANCE.
L'équipage contracta à Batavia des gers
mes de maladie qui fe
développèrent dès
qu'ils furent en route. Nous avions , dit
le Capitaine , prefque tous les jours un
mort à´jeter à la mer , & dans l'efpace.
d'un mois & demi , nous perdîmes trente
hommes.
Enfin , nos Navigateurs relâchent au
Cap & à Ste Hélene , & ils mouillent
aux Dunes te 2 Mai 1771 , après un
voyage de trois ans.
que
Il eft fur que jamais on ne fera une
expédition au tour du globe auffi célèbre
celle dont on vient de parler ; &
dans la multitude infinie de voyages que
nous avions déjà , on n'en trouve aucun
dont la lecture foit auffi intéreffante &
auffi inftructive.
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Résumé : Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Entre 1768 et 1771, plusieurs expéditions britanniques explorèrent l'hémisphère méridional sous la direction de Byron, Carteret, Wallis et Cook. Ces missions avaient pour objectif d'explorer des régions peu connues telles que la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Hollande et la Nouvelle-Zélande. Le quatrième voyage de Cook, à bord de l'Endeavour, fut particulièrement notable. Il clarifia des incertitudes géographiques, découvrit que la Nouvelle-Bretagne était composée de deux îles et dressa une carte précise de la Nouvelle-Zélande. L'expédition démontra également l'absence de continent au nord du 40e parallèle sud. Cook était accompagné de naturalistes comme Banks et Solander. Ils observèrent le passage de Vénus à Tahiti et explorèrent la mer du Sud. Malgré des obstacles au Brésil, ils contournèrent le cap Horn et firent naufrage près de la Terre de Feu. À Tahiti, ils décrivirent les habitants comme pacifiques et aimables, vivant dans un état de nature idyllique, avec une société structurée en quatre classes. Ils notèrent des pratiques culturelles spécifiques, comme les 'arreoy' et les cérémonies funéraires. Les explorateurs découvrirent plusieurs îles, atteignant la Nouvelle-Zélande en octobre 1769. Ils y restèrent jusqu'en avril 1770, affrontant des attaques des habitants et confirmant la pratique du cannibalisme. Ils explorèrent ensuite la Nouvelle-Hollande pendant trois mois et demi, avant de continuer vers la Nouvelle-Guinée et Batavia. À Batavia, ils observèrent une pratique locale violente appelée 'courir un Muck'. L'équipage contracta des maladies à Batavia, entraînant de nombreuses morts durant le retour. Le capitaine rapporta trente décès en un mois et demi. Le voyage se conclut par des escales au Cap et à Sainte-Hélène, avant d'atteindre les Dunes le 2 mai 1771. Cette expédition est considérée comme l'une des plus célèbres et instructives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1819
p. 73-97
LE CHESNE & l'Espine.
Début :
J'ay dessein de me faire hermite, [...]
Mots clefs :
Chêne, Épine, Ermite, Religieux, Loger dans un chêne, Solitude, Damon, Manger, Glands, Ermitage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE CHESNE & l'Espine.
LE CHESNE
&
PEspine.
J'Ay deffein de mefaire
hermite ,
Le monde eft trop contagieux :
Tant qu'on fe trouve
fous les yeux ,
Onl'aime , on s'y plaiſt ,
on l'imite ;
C'eſt peu d'eſtre Religieux ,
J'ay deffein de me faire
hermite.
Septembre 1712. G
74 MERCURE
Non de cette fecte profcrite ,
Qui trouvoit jadis cent
raifons
Pour rendre ou recevoir
viſite ,
De ces gens à face hipocrite ,
Qu'on voyoit en quelques maiſons ,
Couverts d'un froc hiteroclite ,
Et bridez comme des oi9" efonst,
Aller faire la chatemite
GALANT. 75
Et fe coulant par les
maiſons ,
Quefter, dit - on, pourla
marmite ;
C'eft bien fait , il faut
vivre enfin :
Mais gare dans cette conduite ,
Que l'Eftafier de ſaint
Martin ,
De tout temps cauteleux & fin ,
Quelquefois ne marche
àa la fuite. 97
Pour ne point tomber
G ij
76 MERCURE
dans le cas ,
Je veux comme un autre
Stilite
Me guinder dans une
guerite.
Là content , & loin du
tracas
Mépriſant , comme il le
merite ,
Le monde & fes tromCapeurs appas ,
Je le verray du haut en
adar bas.
Si ce deffein vous paqodiroift fage ,
GALANT. 77
Damon , je viens à deux
genoux ,
M'addreffer tout d'abord
àa vous
Pour me fonder un hermitage ,
Peu me fuffit , ne craignez rien ,
Sans demembrer voſtre
hermitage ,
Je vous demande pour
tout bien
Deux arbres , & rien davantage.
Ce chefne creux & tousG iij
F
78 MERCURE
jours verd ,
Qu'on voit en ſuperbe
cftalage
Dominer fur voftre village ,
Semble m'offrirfon flanc
ouvert ,
Grimpant à fon plus
haut eftage
C'eft où je prétends me
loger ,
Y joignant pour tout
bajardinage ,
L'efpine de voſtre verger.
Tantoft comme un oi-
GALANT. 79
feau fauvage ,
Sur leurs belles branches
perché ,
Tantoft aufond du creux
niché
Comme un moineau
dans une cage
J'y feray la nique au
peché.
Pour les befoins de la
nature
J'y trouveray mon entretien
Le gland fera ma nour-.
riture ,
G iiij
80 MERCURE
L'enfant prodigue en vefcut bien.
Le Ciel propice & falutaire
Pour la foif du pauvre
reclus ,
Luy fournira de belle eau
!
claire :
Helas que luy faut . il
de plus.
Ce chefne dont la refiftance
Triomphe depuis fi longtemps
Et des orages & des
vents
GALANT. 81
M'apprendra dans ma
penitence ,
Qu'il faut refifter juſqu'au bout ,
Et que la force & la
conftance
A la fin triomphent de
tout.
En voyant la feüille mobille !
Obeïr aux moindres zephirs ;
Helas ! diray-je avec ſoupirs ,
C'est ainsi que le cœur
fragile
82 MERCURE
Se laiffe aller à fes defirs.
S'il eſt battu de quelque
orage ,
Si des vents il fent la rigueur ,
J'y croiray trouver une
image
De ce trifte & cruel ravage ,
Que les paffions en fureur ,
Caufent quelquefois dans
un cœur.
Charmante épine , mais
trompeuſe ,
GALANT. 83
Vous eftes un peu dangercufe
Par les pointes que vous
cachez :
Vous m'apprendrez que
vos piqueures
Font de moins funeftes
bleffeures ,
Que les plaifirs que j'ay
cherchez.
A la douleur ,
quoyque
fenfible ,
J'en connoiftray l'utilité
Quand vous m'aurez facilité
84 MERCURE
La route fafcheufe &
penible
Qui mene à la felicité.
Vous n'aurez pour moy
rien de rude ,
Aimable & chere folitude ,
Alte là , me dira quelqu'un ,
Moderez un peu voſtre
zele ,
Voftre folitude eft fort
belle ,
Et ce projet n'eſt pas
commun ;
GALANT. 85
Mais cependant pour
vous j'en tremble ,
Je fçay qui s'en repentiroit ,
Et d'abord , à ce qu'il
me femble ,
Vous vous giftez bien à
l'eftroit.
D'ailleurs du gland pour
nourriture ,
C'eſt certes un maigre
repas :
L'enfant prodigue vous
raffeure
Mais le drolle en fut bientoft las.
86 MERCURE
Enfin c'eſt bien pauvre
befogne
Que de belle eau claire
entre nous ;
Atout hazard garniſſezvous
De quelque bon vin de
Bourgogne ,
Cela feroit fort de mon
gouft.
On a beau dire , on a
beau faire ,
La plus belle eau claire
après tout
Ne fouftient point le Solitaire >
GALANT. 87
Et pouffe la ferveur à
bout ,
Le vin meuble mieux la
cellule.
Taifez- vous , demon tentateur ,
N'efperez pas troubler
mon cœur ,
Mon zele jamais ne recule.
Eft -ce à l'eftroit eſtre
giſté ,
Que d'eftre logé dans un
chefne ?
Où ( fi jadis j'ay bien
88 MERCURE
compté )
Quarante enfans tiennent
fans peine.
Pour l'épine je me fouviens ,
Qu'on y tient douze à table ronde ;
Or , s'il y tient bien tant
de monde ,
C'eſt grand hazard ſi je
n'y tiens.
Pour le gland , & la belle
eau claire ,
Je ne m'en fais pas une
affaire ;
Je
GALANT. 89
Je puis m'en contenter.
Enfin ;
Chez Damon ,
quoyque
l'on m'oppoſe ,
Il me fuffit pour toute
chofe ,
Que je vous auray pour
voiſin.
Non ; avec ce doux voifinage ,
Je ne craindray ny foif
ny faim ' ,
Et vivray dans mon hermitage
Sans foucy pour le lenSeptembre 1712. H
90 MERCURE
demain.
Voftre cuiſine en eft fi
proche ,
Que j'entendray tourner
la broche ,
Qui ne tourne jamais en
vain;
Ce bruit me tiendra lieu
de cloche ,
Et je croiray qu'on veut
fonner
Pour marquer l'heure du
difner.
Apeine ferez-vous à table
,
GALANT. 91
1
Que d'unairdoux & charitable ,
Vous direz àvoſtre valet,
Tiens , prend un plat &
ce poulet ,
porte Et le
Qui n'a
à ce pauvre
Hermite ,
ny broche
ny
marmite.
Je l'entendray venir ſoudain ,
Et m'avançant en diligence ,
Je beniray la Providence,
Et n'aurez qu'à tendre la
Hij
92 MERCURE
main ,
Si par hazard on accompagne
Le plat de roz d'un bon
flacon ,
Ou de Bourgogne ou de
Champagne ,
Faudra - t- il le refufer ?
non.
Unpauvre Hermitepeut
bien prendre
Tout ce qui luy vient de
bon lieu.
Tout prendre? oüy, pour
l'amour de Dieu ,
GALANT. 93
Du vin feul, cela doit s'entendre.
Dieu preferve un pauvre
reclus
Degarder meubles fuperAlus.
Tout cecy pourtant doit
fe taire ;
Car autrement je crain-'
drayfort
Qu'on ne fuft jaloux de
mon fort
Si l'on entroit dans ce
myftere.
Tel à qui ce texte a fait
peur ,
94 MERCURE
S'apprivoifant au Commentaire ,
Voudroit fans doute de
bon cœur
Embraffer cette vic auf
tere,
Et demandant avec ardeur
Unpetit coin auSolitaire,
Feroit malgré le Fonda-
: teur
De l'Hermitage un Monaftere.
Mais que chacun refte
chez foy,
GALANT. 95
Le lieu n'eſt pas trop
grand pour moy;
Je m'y borne & je me
confine
Dans monchefne& dans
mon efpine.
J'y fouffriray s'il faut
fouffrir ;
J'y veux vivre , j'y veux
mourir;
Que l'on en parle, qu'on
engronde ;
Que l'on en jafe dans le
monde;
Je le dis , & je le diray,
96 MERCURE
Auffi long-temps que je
vivray.
Vous n'aurez pour moy
rien de rude
Aimable & chere folitude
Belle efpine , cheſne fameux ,
Pourveu que je faſſe me
vœux
Comme Damon me les
fait faire ,
Bon voisinage & bonne
chere
Rendra l'hermite bienheureux.
Qu'un
GALANT. 97
Qu'un jour le Deſtin
nous affemble ,
J'y penfe , j'y refve fou
vent ;
Mais il faudroit auparavant
Que Damon nous uniſt
enſemble.
&
PEspine.
J'Ay deffein de mefaire
hermite ,
Le monde eft trop contagieux :
Tant qu'on fe trouve
fous les yeux ,
Onl'aime , on s'y plaiſt ,
on l'imite ;
C'eſt peu d'eſtre Religieux ,
J'ay deffein de me faire
hermite.
Septembre 1712. G
74 MERCURE
Non de cette fecte profcrite ,
Qui trouvoit jadis cent
raifons
Pour rendre ou recevoir
viſite ,
De ces gens à face hipocrite ,
Qu'on voyoit en quelques maiſons ,
Couverts d'un froc hiteroclite ,
Et bridez comme des oi9" efonst,
Aller faire la chatemite
GALANT. 75
Et fe coulant par les
maiſons ,
Quefter, dit - on, pourla
marmite ;
C'eft bien fait , il faut
vivre enfin :
Mais gare dans cette conduite ,
Que l'Eftafier de ſaint
Martin ,
De tout temps cauteleux & fin ,
Quelquefois ne marche
àa la fuite. 97
Pour ne point tomber
G ij
76 MERCURE
dans le cas ,
Je veux comme un autre
Stilite
Me guinder dans une
guerite.
Là content , & loin du
tracas
Mépriſant , comme il le
merite ,
Le monde & fes tromCapeurs appas ,
Je le verray du haut en
adar bas.
Si ce deffein vous paqodiroift fage ,
GALANT. 77
Damon , je viens à deux
genoux ,
M'addreffer tout d'abord
àa vous
Pour me fonder un hermitage ,
Peu me fuffit , ne craignez rien ,
Sans demembrer voſtre
hermitage ,
Je vous demande pour
tout bien
Deux arbres , & rien davantage.
Ce chefne creux & tousG iij
F
78 MERCURE
jours verd ,
Qu'on voit en ſuperbe
cftalage
Dominer fur voftre village ,
Semble m'offrirfon flanc
ouvert ,
Grimpant à fon plus
haut eftage
C'eft où je prétends me
loger ,
Y joignant pour tout
bajardinage ,
L'efpine de voſtre verger.
Tantoft comme un oi-
GALANT. 79
feau fauvage ,
Sur leurs belles branches
perché ,
Tantoft aufond du creux
niché
Comme un moineau
dans une cage
J'y feray la nique au
peché.
Pour les befoins de la
nature
J'y trouveray mon entretien
Le gland fera ma nour-.
riture ,
G iiij
80 MERCURE
L'enfant prodigue en vefcut bien.
Le Ciel propice & falutaire
Pour la foif du pauvre
reclus ,
Luy fournira de belle eau
!
claire :
Helas que luy faut . il
de plus.
Ce chefne dont la refiftance
Triomphe depuis fi longtemps
Et des orages & des
vents
GALANT. 81
M'apprendra dans ma
penitence ,
Qu'il faut refifter juſqu'au bout ,
Et que la force & la
conftance
A la fin triomphent de
tout.
En voyant la feüille mobille !
Obeïr aux moindres zephirs ;
Helas ! diray-je avec ſoupirs ,
C'est ainsi que le cœur
fragile
82 MERCURE
Se laiffe aller à fes defirs.
S'il eſt battu de quelque
orage ,
Si des vents il fent la rigueur ,
J'y croiray trouver une
image
De ce trifte & cruel ravage ,
Que les paffions en fureur ,
Caufent quelquefois dans
un cœur.
Charmante épine , mais
trompeuſe ,
GALANT. 83
Vous eftes un peu dangercufe
Par les pointes que vous
cachez :
Vous m'apprendrez que
vos piqueures
Font de moins funeftes
bleffeures ,
Que les plaifirs que j'ay
cherchez.
A la douleur ,
quoyque
fenfible ,
J'en connoiftray l'utilité
Quand vous m'aurez facilité
84 MERCURE
La route fafcheufe &
penible
Qui mene à la felicité.
Vous n'aurez pour moy
rien de rude ,
Aimable & chere folitude ,
Alte là , me dira quelqu'un ,
Moderez un peu voſtre
zele ,
Voftre folitude eft fort
belle ,
Et ce projet n'eſt pas
commun ;
GALANT. 85
Mais cependant pour
vous j'en tremble ,
Je fçay qui s'en repentiroit ,
Et d'abord , à ce qu'il
me femble ,
Vous vous giftez bien à
l'eftroit.
D'ailleurs du gland pour
nourriture ,
C'eſt certes un maigre
repas :
L'enfant prodigue vous
raffeure
Mais le drolle en fut bientoft las.
86 MERCURE
Enfin c'eſt bien pauvre
befogne
Que de belle eau claire
entre nous ;
Atout hazard garniſſezvous
De quelque bon vin de
Bourgogne ,
Cela feroit fort de mon
gouft.
On a beau dire , on a
beau faire ,
La plus belle eau claire
après tout
Ne fouftient point le Solitaire >
GALANT. 87
Et pouffe la ferveur à
bout ,
Le vin meuble mieux la
cellule.
Taifez- vous , demon tentateur ,
N'efperez pas troubler
mon cœur ,
Mon zele jamais ne recule.
Eft -ce à l'eftroit eſtre
giſté ,
Que d'eftre logé dans un
chefne ?
Où ( fi jadis j'ay bien
88 MERCURE
compté )
Quarante enfans tiennent
fans peine.
Pour l'épine je me fouviens ,
Qu'on y tient douze à table ronde ;
Or , s'il y tient bien tant
de monde ,
C'eſt grand hazard ſi je
n'y tiens.
Pour le gland , & la belle
eau claire ,
Je ne m'en fais pas une
affaire ;
Je
GALANT. 89
Je puis m'en contenter.
Enfin ;
Chez Damon ,
quoyque
l'on m'oppoſe ,
Il me fuffit pour toute
chofe ,
Que je vous auray pour
voiſin.
Non ; avec ce doux voifinage ,
Je ne craindray ny foif
ny faim ' ,
Et vivray dans mon hermitage
Sans foucy pour le lenSeptembre 1712. H
90 MERCURE
demain.
Voftre cuiſine en eft fi
proche ,
Que j'entendray tourner
la broche ,
Qui ne tourne jamais en
vain;
Ce bruit me tiendra lieu
de cloche ,
Et je croiray qu'on veut
fonner
Pour marquer l'heure du
difner.
Apeine ferez-vous à table
,
GALANT. 91
1
Que d'unairdoux & charitable ,
Vous direz àvoſtre valet,
Tiens , prend un plat &
ce poulet ,
porte Et le
Qui n'a
à ce pauvre
Hermite ,
ny broche
ny
marmite.
Je l'entendray venir ſoudain ,
Et m'avançant en diligence ,
Je beniray la Providence,
Et n'aurez qu'à tendre la
Hij
92 MERCURE
main ,
Si par hazard on accompagne
Le plat de roz d'un bon
flacon ,
Ou de Bourgogne ou de
Champagne ,
Faudra - t- il le refufer ?
non.
Unpauvre Hermitepeut
bien prendre
Tout ce qui luy vient de
bon lieu.
Tout prendre? oüy, pour
l'amour de Dieu ,
GALANT. 93
Du vin feul, cela doit s'entendre.
Dieu preferve un pauvre
reclus
Degarder meubles fuperAlus.
Tout cecy pourtant doit
fe taire ;
Car autrement je crain-'
drayfort
Qu'on ne fuft jaloux de
mon fort
Si l'on entroit dans ce
myftere.
Tel à qui ce texte a fait
peur ,
94 MERCURE
S'apprivoifant au Commentaire ,
Voudroit fans doute de
bon cœur
Embraffer cette vic auf
tere,
Et demandant avec ardeur
Unpetit coin auSolitaire,
Feroit malgré le Fonda-
: teur
De l'Hermitage un Monaftere.
Mais que chacun refte
chez foy,
GALANT. 95
Le lieu n'eſt pas trop
grand pour moy;
Je m'y borne & je me
confine
Dans monchefne& dans
mon efpine.
J'y fouffriray s'il faut
fouffrir ;
J'y veux vivre , j'y veux
mourir;
Que l'on en parle, qu'on
engronde ;
Que l'on en jafe dans le
monde;
Je le dis , & je le diray,
96 MERCURE
Auffi long-temps que je
vivray.
Vous n'aurez pour moy
rien de rude
Aimable & chere folitude
Belle efpine , cheſne fameux ,
Pourveu que je faſſe me
vœux
Comme Damon me les
fait faire ,
Bon voisinage & bonne
chere
Rendra l'hermite bienheureux.
Qu'un
GALANT. 97
Qu'un jour le Deſtin
nous affemble ,
J'y penfe , j'y refve fou
vent ;
Mais il faudroit auparavant
Que Damon nous uniſt
enſemble.
Fermer
Résumé : LE CHESNE & l'Espine.
En septembre 1712, un individu décide de se retirer du monde pour devenir ermite. Il souhaite fuir la contagion du monde et se retirer dans une solitude complète, loin des hypocrisies et des visites fréquentes. Il projette de s'installer dans un chêne creux et verdoyant, dominant un village, et d'y ajouter une épine de verger pour son jardin. Il prévoit de subsister grâce aux glands et à l'eau claire fournie par le ciel. Le chêne lui enseignera la résistance et la force, tandis que l'épine, bien que dangereuse, lui apprendra l'utilité de la douleur. Malgré les objections sur la rudesse de sa future vie, il reste déterminé. Il prévoit de vivre près de Damon, dont la cuisine est proche, et espère recevoir des restes de ses repas. Il insiste sur le fait que son ermitage est suffisant pour lui seul et qu'il n'acceptera pas de visiteurs. Il conclut en exprimant son désir de vivre et de mourir dans son ermitage, malgré les critiques du monde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1820
p. 76
LOGOGRYPHUS.
Début :
Si totum sumas, ah ! quot sum causa dolorum ! [...]
Mots clefs :
Morbus
1821
p. 72
SUR ARRIA.
Début :
Après s'être percé le flanc, [...]
Mots clefs :
Amour, Époux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR ARRIA.
SUR ARRIA.
Près s'être percé le flanc
Arriafans parôitre émie
>
Donnant le fer teint de fon fang
*
APétusfon Epoux qui détournoit fa vûë,
Lui dit ces mots dictés par l'amour conjugat
,
Tiens , cela nefait point de mal.
Près s'être percé le flanc
Arriafans parôitre émie
>
Donnant le fer teint de fon fang
*
APétusfon Epoux qui détournoit fa vûë,
Lui dit ces mots dictés par l'amour conjugat
,
Tiens , cela nefait point de mal.
Fermer
1822
p. 76
LES APRÉS-SOUPERS de la Campagne, ou Recueil d'Histoires courtes, amusantes & intéressantes ; à Amsterdam, & se trouve à Paris chez Bauche, quai des Augustins, & Duchesne, rue S. Jacques. 2. vol. in-12 1763.
Début :
Il paroît que le Public reçoit avec plaisir les différens recueils où l'on réunit [...]
Mots clefs :
Contes, Histoires piquantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES APRÉS-SOUPERS de la Campagne, ou Recueil d'Histoires courtes, amusantes & intéressantes ; à Amsterdam, & se trouve à Paris chez Bauche, quai des Augustins, & Duchesne, rue S. Jacques. 2. vol. in-12 1763.
LES APRÉS- SOUPERS de la Campagne
, ou Recueil d'Hiftoires courtes,
amufantes & intéressantes ; à Amfterdam
, & fe trouve à Paris chez
Bauche , quai des Auguftins , & Duchefne
, rue S. Jacques. 2. vol. in- 12
2763 ,
IL paroît que le Public reçoit avec
plaifir les différens recueils où l'on réunit
pour fon amufement un certain
nombre de Contes , choifis avec goût ,
& recueillis des meilleurs Auteurs. Parmi
ces diverfes collections , nous n'en
avons guères lu de plus agréables que
celle que nous annonçons aujourd'hui .
On y trouve des hiftoires piquantes ,
écrites avec efprit , & préfentées fous
un point de vue moral , qui joint toujours
l'utilité à l'agrément. Nous ferions
fort aifes d'entrer dans quelques
détails ; mais ces fortes d'avantures ne
font point fufceptibles d'analyfe ; ce feroit
ôter à nos Lecteurs une partie du
plaifir qu'il y a à les lire , que de les
annoncer par extraits,
, ou Recueil d'Hiftoires courtes,
amufantes & intéressantes ; à Amfterdam
, & fe trouve à Paris chez
Bauche , quai des Auguftins , & Duchefne
, rue S. Jacques. 2. vol. in- 12
2763 ,
IL paroît que le Public reçoit avec
plaifir les différens recueils où l'on réunit
pour fon amufement un certain
nombre de Contes , choifis avec goût ,
& recueillis des meilleurs Auteurs. Parmi
ces diverfes collections , nous n'en
avons guères lu de plus agréables que
celle que nous annonçons aujourd'hui .
On y trouve des hiftoires piquantes ,
écrites avec efprit , & préfentées fous
un point de vue moral , qui joint toujours
l'utilité à l'agrément. Nous ferions
fort aifes d'entrer dans quelques
détails ; mais ces fortes d'avantures ne
font point fufceptibles d'analyfe ; ce feroit
ôter à nos Lecteurs une partie du
plaifir qu'il y a à les lire , que de les
annoncer par extraits,
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Résumé : LES APRÉS-SOUPERS de la Campagne, ou Recueil d'Histoires courtes, amusantes & intéressantes ; à Amsterdam, & se trouve à Paris chez Bauche, quai des Augustins, & Duchesne, rue S. Jacques. 2. vol. in-12 1763.
Le recueil 'Les Après-Soupers de la Campagne' comprend deux volumes in-12 disponibles à Amsterdam et Paris. Il contient des histoires courtes, amusantes et intéressantes, sélectionnées parmi les meilleurs auteurs. Ces récits, écrits avec esprit et moralité, allient utilité et agrément. Le public apprécie ces contes soigneusement choisis.
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1823
p. 502
A MADEMOISELLE *** Sur la mort de son Chien.
Début :
Que le sort de Raton excite notre envie ! [...]
Mots clefs :
Chien
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texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE *** Sur la mort de son Chien.
A MADEMOISELLE ***
Sur la mort de fon Chien.
Ue le fort de Raton excite notre envie !
Sur les genoux d'Iris il fçut pendant ſa vie
Prendre plus d'une privauté ,
Et même après la mort il eft plus regretté
Que ne le fut jadis le Moineau de Lesbic.
Iris , de la fidelité-
Votre Chien étoit le fimbole
Je le fçais ; mais en verité ,
Faut-il que fi long-tems fa perte vous defole ?
Choififfez un Amant dont les tendres ardeurs
Soient plus dignes de vos faveurs ;
Quoique dans le fiecle où nous fommeɛ
On garde rarement ſa foi >
Votre mérite , croyez moi ,
Vous répond de celle des hommes.
Cocquard.
Sur la mort de fon Chien.
Ue le fort de Raton excite notre envie !
Sur les genoux d'Iris il fçut pendant ſa vie
Prendre plus d'une privauté ,
Et même après la mort il eft plus regretté
Que ne le fut jadis le Moineau de Lesbic.
Iris , de la fidelité-
Votre Chien étoit le fimbole
Je le fçais ; mais en verité ,
Faut-il que fi long-tems fa perte vous defole ?
Choififfez un Amant dont les tendres ardeurs
Soient plus dignes de vos faveurs ;
Quoique dans le fiecle où nous fommeɛ
On garde rarement ſa foi >
Votre mérite , croyez moi ,
Vous répond de celle des hommes.
Cocquard.
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Résumé : A MADEMOISELLE *** Sur la mort de son Chien.
Le poème 'À Mademoiselle ***' évoque la mort du chien d'Iris, symbole de fidélité. Le poète encourage Iris à trouver un amant digne de ses faveurs, malgré la rareté de la fidélité. Il assure qu'Iris mérite la loyauté des hommes. Le poème est signé 'Cocquard'.
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1824
p. 70
LOGOGRYPHE.
Début :
Instrument très-ancien, & très-utile à l'homme, [...]
Mots clefs :
Charrue
1827
p. 76
LOGOGRYPHE.
Début :
J'offre dans tous les maux des secours bienfaisans ; [...]
Mots clefs :
Espérance
1828
p. 72
SUR MADEMOISELLE DE ....
Début :
Les uns disent qu'Arnulfe est mort, [...]
Mots clefs :
Décès, Blessure, Trouble
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR MADEMOISELLE DE ....
SUR MADEMOISELLE DE
Es difent qu' Arnulfe eft mort
LD'autres , qu'il n'a qu'une bleſſure :
Quoiqu'aucun pourtant ne l'affûre ,
Sa Soeur s'en afflige trèsfort.
On a beau lui faire connoître
Que ce n'est qu'un faux bruit peut- être ,
Dont elle s'alarme & fe plaint;
A ces mots , fa douleur redouble :
Cette incertitude la trouble ;
\ Et c'est ce faux bruit qu'elle craint.
Es difent qu' Arnulfe eft mort
LD'autres , qu'il n'a qu'une bleſſure :
Quoiqu'aucun pourtant ne l'affûre ,
Sa Soeur s'en afflige trèsfort.
On a beau lui faire connoître
Que ce n'est qu'un faux bruit peut- être ,
Dont elle s'alarme & fe plaint;
A ces mots , fa douleur redouble :
Cette incertitude la trouble ;
\ Et c'est ce faux bruit qu'elle craint.
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1829
p. 480-481
CONTE, Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
Début :
Un gars Meunier, frapoit avec furie, [...]
Mots clefs :
Palais, Meunier
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texteReconnaissance textuelle : CONTE, Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
CONTE ,
Par Me de Malcrais de la Vigne , du
Croisic , en Bretagne .
UN gars Meunier , frapoit avec furie ,
Un Baudet maigre , accablé sous le faix ;
Deux Avocats au softir du Palais ,
A
MARS.
1733-
481
A ce spectacle eurent l'ame attendrie.
Hò , cria l'un , tourne icy , gros Manant ,
Epargne un peu cette chétive Bête ,
Autant vaudroit l'écorcher à l'instant.
Alors le Drôle , ôtant d'un air honnête ,
Un vieux Chapeau , qui flotoit sur sa tête ,
Moins noir que blanc , par trop long- temps
porté ,
Excusez - donc , dit- il , ma liberté ,
Monsieur , mon Asne , entre- nous sans rancune,
Foint, jusqu'icy , noble Roy des Baudets ,
Foy de Meunier , n'avois croïance aucune
Qu'eussiez amis , ni parens au Palais.
Par Me de Malcrais de la Vigne , du
Croisic , en Bretagne .
UN gars Meunier , frapoit avec furie ,
Un Baudet maigre , accablé sous le faix ;
Deux Avocats au softir du Palais ,
A
MARS.
1733-
481
A ce spectacle eurent l'ame attendrie.
Hò , cria l'un , tourne icy , gros Manant ,
Epargne un peu cette chétive Bête ,
Autant vaudroit l'écorcher à l'instant.
Alors le Drôle , ôtant d'un air honnête ,
Un vieux Chapeau , qui flotoit sur sa tête ,
Moins noir que blanc , par trop long- temps
porté ,
Excusez - donc , dit- il , ma liberté ,
Monsieur , mon Asne , entre- nous sans rancune,
Foint, jusqu'icy , noble Roy des Baudets ,
Foy de Meunier , n'avois croïance aucune
Qu'eussiez amis , ni parens au Palais.
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Résumé : CONTE, Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
Un meunier bat un âne chargé. Deux avocats interviennent pour épargner l'animal. Le meunier, surpris, s'excuse et ignore que les ânes peuvent avoir des amis parmi les avocats. Ce conte, intitulé 'CONTE', est écrit par Me de Malcrais de la Vigne du Croisic en Bretagne, en mars 1733.
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1831
p. 1974-1975
RÉPONSE de Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. D... sur ce qu'il a donné son Portrait en Vers, dans le Mercure de May, page 875.
Début :
Ceux qui me connoîtront, et verront la peinture, [...]
Mots clefs :
Portrait, Louer, Vers
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. D... sur ce qu'il a donné son Portrait en Vers, dans le Mercure de May, page 875.
RE'PONSE de Mlle de Malerais de
la Vigne, à M. D ... sur ce qu'il a donné
son Portrait en Vers , dans le Mercure
de May , page 875.
C
Eux qui me connoîtront , et verront là
peinture ,
Où tu sçais poliment embellir tous mes traits ,
Diront que l'Amitié , réformant la Nature ,
Avec un Microscope aperçoit les objets.
M
Tu veux dans tes beaux Vers que le Lecter
conçoive ,
Que mon ame regarde avec tranquillité ,
Des Eloges fateurs , le breuvage apprêté ;
Composé de ta main , crois- tu que je le boive }
Sans une douce avidité ?
Mot
SEPTEMBRE. 1733. 1975
Mon coeur fut chatoüillé , c'est lui qui te l'avouc
pect des talens , dont le tien l'a doüé ,
Que l'Eloge est touchant ! quand celui qui nous
loüe ,
Est lui-même en tous lieux loüé.
la Vigne, à M. D ... sur ce qu'il a donné
son Portrait en Vers , dans le Mercure
de May , page 875.
C
Eux qui me connoîtront , et verront là
peinture ,
Où tu sçais poliment embellir tous mes traits ,
Diront que l'Amitié , réformant la Nature ,
Avec un Microscope aperçoit les objets.
M
Tu veux dans tes beaux Vers que le Lecter
conçoive ,
Que mon ame regarde avec tranquillité ,
Des Eloges fateurs , le breuvage apprêté ;
Composé de ta main , crois- tu que je le boive }
Sans une douce avidité ?
Mot
SEPTEMBRE. 1733. 1975
Mon coeur fut chatoüillé , c'est lui qui te l'avouc
pect des talens , dont le tien l'a doüé ,
Que l'Eloge est touchant ! quand celui qui nous
loüe ,
Est lui-même en tous lieux loüé.
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Résumé : RÉPONSE de Mlle de Malcrais de la Vigne, à M. D... sur ce qu'il a donné son Portrait en Vers, dans le Mercure de May, page 875.
Mlle de Malerais de la Vigne répond à M. D... au sujet d'un portrait en vers publié dans le Mercure de May. Elle reconnaît que l'amitié embellit ses traits et que les vers de M. D... décrivent son âme avec tranquillité. Elle avoue être émue par ses talents, soulignant que l'éloge est touchant lorsqu'il vient de quelqu'un loué partout. La date est septembre 1733.
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1833
p. 78-79
AUTRE.
Début :
Je suis un corps de plaisante nature, [...]
Mots clefs :
Corps de baleine
1834
p. 76-80
Nouvelles d'Angleterre.
Début :
La Reine fait à present son sejour à Kensington, où [...]
Mots clefs :
Angleterre, Banque, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Angleterre.
Nouvelles d'Angleterre.
La Reine fait à preſent
fan feigurà Kenfington, où
leConfeilfe tiendra à l'avenir. Un des Commis de la
Banque ayant pris la fuite
avec des fommes confide.
rables , qui lui avoient éré
GALANT.
97
données pour les mettre à
la loterie , fur arrêtéàChef
ter , d'où il vouloit paffer
en Irlande : on la conduit.
àLondres pour lui faire fon
procés.
Lesbruits d'une paix pro
chaine ont fait monter les
actions de la Banque de
cent onze & trois quarts à
cent quatorze &un quart;
celles de la Compagnie des
Indes Orientales à cent dix
fept ; & celles de la Compagnie de la Mer du Sud à
foixante &feize & demi....
Les lettres d'Edimbourg,
1
Giij
78 MERCURE
portent quele Ducd'Athol,
Commiffaire de la Reine
y étoit arrivé pour prefider
à l'affemblée du Clergé d'E
coffe, dont il fit l'ouverture:
le 12. par undifcours fur ce
fujet , aprés avoir prefenté:
fa commiffion & une lettre
de Sa Majesté. Le Sieur Ha
milton,Profeffeur en Theo
logie , remerciadla Reine &
ce Seigneur au nom de l'af
femblée.
Le 24. May on proceda
au choix des fept Commif
faires -Examinateurs des
Dons de la Couronne , &
GALANT. 79
on élut à la pluralité des
voix les Sieurs Jean Hind
Cotton , Alexandre Mur
rey, Mylord Dovvn , Jean
Cholmley, Butteel, Levinz,
& le Chevalier Edmond
Bacon.
Le Comte de Strafford.
premier Plenipotentiaire
d'Angleterre , arriva le 26.
May aufoir de Hollande à
Londres. Le lendemain
accompagné du Sieur de
S. Jean , Secretaire d'Etat ,
il fut faluer la Reine , qui
la reçûtrés-favorablement.
Il a depuis affifté au Con1
Giiij
80 MERCURE
ſeil. On ne ſçait point le fu
jet de fon voyage , on croit
que c'eft pour recevoir de
nouvelles inftructions.
Les lettres de la Jamai
queportentqu'on avoit envoyé de cette Ifle à la Caroline quelques troupes re-.
glées , pour empêcher les
courfesdequelques Indiens
du Nordquiravagent cette:
Colonie.
La Reine fait à preſent
fan feigurà Kenfington, où
leConfeilfe tiendra à l'avenir. Un des Commis de la
Banque ayant pris la fuite
avec des fommes confide.
rables , qui lui avoient éré
GALANT.
97
données pour les mettre à
la loterie , fur arrêtéàChef
ter , d'où il vouloit paffer
en Irlande : on la conduit.
àLondres pour lui faire fon
procés.
Lesbruits d'une paix pro
chaine ont fait monter les
actions de la Banque de
cent onze & trois quarts à
cent quatorze &un quart;
celles de la Compagnie des
Indes Orientales à cent dix
fept ; & celles de la Compagnie de la Mer du Sud à
foixante &feize & demi....
Les lettres d'Edimbourg,
1
Giij
78 MERCURE
portent quele Ducd'Athol,
Commiffaire de la Reine
y étoit arrivé pour prefider
à l'affemblée du Clergé d'E
coffe, dont il fit l'ouverture:
le 12. par undifcours fur ce
fujet , aprés avoir prefenté:
fa commiffion & une lettre
de Sa Majesté. Le Sieur Ha
milton,Profeffeur en Theo
logie , remerciadla Reine &
ce Seigneur au nom de l'af
femblée.
Le 24. May on proceda
au choix des fept Commif
faires -Examinateurs des
Dons de la Couronne , &
GALANT. 79
on élut à la pluralité des
voix les Sieurs Jean Hind
Cotton , Alexandre Mur
rey, Mylord Dovvn , Jean
Cholmley, Butteel, Levinz,
& le Chevalier Edmond
Bacon.
Le Comte de Strafford.
premier Plenipotentiaire
d'Angleterre , arriva le 26.
May aufoir de Hollande à
Londres. Le lendemain
accompagné du Sieur de
S. Jean , Secretaire d'Etat ,
il fut faluer la Reine , qui
la reçûtrés-favorablement.
Il a depuis affifté au Con1
Giiij
80 MERCURE
ſeil. On ne ſçait point le fu
jet de fon voyage , on croit
que c'eft pour recevoir de
nouvelles inftructions.
Les lettres de la Jamai
queportentqu'on avoit envoyé de cette Ifle à la Caroline quelques troupes re-.
glées , pour empêcher les
courfesdequelques Indiens
du Nordquiravagent cette:
Colonie.
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Résumé : Nouvelles d'Angleterre.
En Angleterre, la Reine réside à Kensington, où le Conseil se tiendra dorénavant. Un employé de la Banque d'Angleterre, ayant fui avec des fonds de la loterie, a été arrêté à Chester et sera jugé à Londres. Les rumeurs de paix ont fait augmenter les actions de la Banque d'Angleterre, de la Compagnie des Indes Orientales et de la Compagnie de la Mer du Sud. En Écosse, le Duc d'Athol, commissaire de la Reine, a ouvert l'assemblée du Clergé d'Écosse le 12 mai. Le Professeur Hamilton a remercié la Reine et le Duc au nom de l'assemblée. Le 24 mai, sept commissaires-examinateurs des Dons de la Couronne ont été élus, incluant Jean Hind Cotton, Alexandre Murray, et Edmond Bacon. Le Comte de Strafford, premier Plénipotentiaire d'Angleterre, est arrivé à Londres le 26 mai depuis la Hollande, accompagné du Sieur de Saint-Jean. Ils ont été reçus favorablement par la Reine, et le Comte a assisté au Conseil. La raison de son voyage reste inconnue, mais on suppose qu'il s'agit de recevoir de nouvelles instructions. Par ailleurs, des troupes régulières ont été envoyées de Jamaïque à la Caroline pour prévenir les incursions de certains Indiens du Nord.
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1835
p. 27-31
OBSERVATIONS sur les Ecrevisses de Riviere. Par Mr Geoffroy le jeune
Début :
Ce qu'on appelle yeux d'Ecrevisses sont de petites [...]
Mots clefs :
Écrevisses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur les Ecrevisses de Riviere. Par Mr Geoffroy le jeune
OBSERVATIONS
sRur liesvEcireevissnesd.e
ParMrGeoffro*y le jeune ,Ce' qu'on appelle y<oe*
d'Ecrevisses sont de petites
pierres blanches,
rondes, & ordinairementplates
à qui 91?>
donnéce nom , parce
qu'effevtiveiwotelles(è
rirent desEcrevisses de
Riviere, &; que quoyqu'elles
ne ressemblent
guereà des yeux, elles
y ressem blent encore
plus qu'à toute autre
partie.
Il resulte des Obkr.
vations queMr Geoffroy
-à-faites queces pierres
jlnee,cseervfeoarmudenetpsaEscredvainfs- comme lesplus
habiles Naturalistes lavoient
crû.,, mais dans
-la regionde l^eftomac.
comme Vanhelmont l'a
trouve le premier.
, Ces pierres ne se trouvent
dans les écrévisses qu'au
temps de leur muë qui leur
arrive tous les ans au mois
de Juin. Alors elles se dépoüillent
de leur écaille.Une
membrane qui en tapiuc le
dedans devient en se durcissantune
écaillenouvel le.
Leur ancien estomac s'en
va 3- & apparemment aussi
l'intestin; au moins Mon*
sieurGeoffroy le conjecture;
& lesmembranes exterieures
de ces vifccres leur fuccedcnr,
Ciij
Les écrevissespendant
jettes muënt font foibles
&languissantes, & ne mangent
point.
Mais uneparticularité
tres remarquable; ctcfi que
l'ancien estomac estdigeré
par le nouveau ,
& leur sert
d'aliment pendant la muë.
Mr Geoffroy croit que
les pierres que l'on trouve
dans les écrevisses,
contribuënt à leur nourriture
pendant leur fftâladie.
La raison de cette
conjecture est que ces
pierres diminuënt toûjours
de grandeur,jusdqiusp'àacroeissent.
cii fin' celllleess
OBSERVATIONS
sRur liesvEcireevissnesd.e
ParMrGeoffro*y le jeune ,Ce' qu'on appelle y<oe*
d'Ecrevisses sont de petites
pierres blanches,
rondes, & ordinairementplates
à qui 91?>
donnéce nom , parce
qu'effevtiveiwotelles(è
rirent desEcrevisses de
Riviere, &; que quoyqu'elles
ne ressemblent
guereà des yeux, elles
y ressem blent encore
plus qu'à toute autre
partie.
Il resulte des Obkr.
vations queMr Geoffroy
-à-faites queces pierres
jlnee,cseervfeoarmudenetpsaEscredvainfs- comme lesplus
habiles Naturalistes lavoient
crû.,, mais dans
-la regionde l^eftomac.
comme Vanhelmont l'a
trouve le premier.
, Ces pierres ne se trouvent
dans les écrévisses qu'au
temps de leur muë qui leur
arrive tous les ans au mois
de Juin. Alors elles se dépoüillent
de leur écaille.Une
membrane qui en tapiuc le
dedans devient en se durcissantune
écaillenouvel le.
Leur ancien estomac s'en
va 3- & apparemment aussi
l'intestin; au moins Mon*
sieurGeoffroy le conjecture;
& lesmembranes exterieures
de ces vifccres leur fuccedcnr,
Ciij
Les écrevissespendant
jettes muënt font foibles
&languissantes, & ne mangent
point.
Mais uneparticularité
tres remarquable; ctcfi que
l'ancien estomac estdigeré
par le nouveau ,
& leur sert
d'aliment pendant la muë.
Mr Geoffroy croit que
les pierres que l'on trouve
dans les écrevisses,
contribuënt à leur nourriture
pendant leur fftâladie.
La raison de cette
conjecture est que ces
pierres diminuënt toûjours
de grandeur,jusdqiusp'àacroeissent.
cii fin' celllleess
OBSERVATIONS
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Résumé : OBSERVATIONS sur les Ecrevisses de Riviere. Par Mr Geoffroy le jeune
Monsieur Geoffroy le Jeune a observé les écrevisses de rivière, notant leur ressemblance avec des yeux. Il a constaté que des pierres se forment dans leur estomac, surtout durant la mue annuelle en juin. Pendant cette période, les écrevisses perdent leur ancienne écaille et développent une nouvelle membrane qui durcit. Leur ancien estomac et potentiellement leur intestin disparaissent, remplacés par de nouvelles membranes. Les écrevisses sont alors faibles et ne mangent pas. Cependant, l'ancien estomac est digéré par le nouveau, servant d'aliment pendant la mue. Geoffroy suppose que les pierres dans l'estomac contribuent à la nutrition des écrevisses pendant cette phase, diminuant de taille jusqu'à disparaître complètement à la fin de la mue.
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1836
p. 76-8[1]
PARAPHRASE de la septiéme Leçon des Lamentations de Jeremie, accommodée au temps present par Mr Maugard.
Début :
Quoyque vous ne receviez ma Lettre qu'aprés Pasques, la / Si des bleds verdoyans la brillante apparence, [...]
Mots clefs :
Temps, Lamentations de Jérémie, Bonté divine, Ciel, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE de la septiéme Leçon des Lamentations de Jeremie, accommodée au temps present par Mr Maugard.
Quoyque vous ne receviez
maLettre qu'aprés Pafques , la
plupart des nouvelles qu'elle
contient doivent eftre des chofes qui fe font paffées pendant
le Carême ; & comme c'est le
temps où l'on chante les Tenebres , l'Ouvrage qui fuit
convient fort au temps où il
a efté fait.
GALANT 77
PARAPHRASE
de la feptiéme Leçon des
Lamentations de Jeremie ,
accommodée au temps prefent par Mr Maugard.
Si des bleds verdoyans la brillante
apparence ,
Du trifte Laboureur reveille l'efperance ,
Etfemble avoir remis la joye en
tous les cœurs :
Si l'Orge a diffipé les horribles
langueurs
De ce cruel Vautourque l'on nommefamine,
G iij
78 MERCURE
Ilfaut en rendre grace àla bonté
divine ,
Qui tientfurnos befoins l'œilfans
ceffe arrefté,
Et produit l'abondance en lafterilité.
Dés que l'Aftre du jour recommence ſa courſe ,
Le Seigneur de fes dons ouvre la
riche fource ;
Son immuable foy tient ce qu'elle
promet ,
Etfa fainte parole eft autant que
L'effet.
Au raviſſant attrait d'un ſi precieux
gage ,
Le Seigneur, dit mon ame , eft
mon feul heritage,
GALANT 79
Eternelle beauté qui cauſez mes
Fe
foupirs ,
vous attends , venez combler
mesfaints defirs.
Le pauvre qui l'invoque en ce
temps de mifere ,
Connoît qu'il a pour luy les entrailles d'unpere.
I
Toujours bon, toujours doux ,
aime à s'approcher
D'uncœurqui plein d'amour vole
pour le chercher.
Heureux qui fans crier contre la
providence ,
Reçoit de fes travaux la jufte récompenfe.
Si lesfleaux font du Ciel de folides bienfaits, Giiij
80 MERCURE
Heureux qui de bonne heure a
ployé fous leurfaix.
Cefalutaire joug qu'il porte fur
Sa tête
Luy fait des plus grands maux
furmonter latempefte :
Le cheftoûjours panché fous la
main de fon Dieu,
Il enbenit les coups en tout temps,
en tout lieu.
Si d'espoir àfes yeux brille quelque lumiere ,
Il s'aneantira juſques dans la
pouffiere.
Il est de patience un modele parfait;
Si quelqu'un luy décharge un indignefoufflet
GALANT 82
Se fouvenant qu'il fort du vil
fein de la bouë
Acelui qui le frape il tendra l'au
tre jouë :
Il a le cœur fans ceffe humilié ,
contrit,
Etfon ame d'affronts s'abbreuve
&fe nourrit.
maLettre qu'aprés Pafques , la
plupart des nouvelles qu'elle
contient doivent eftre des chofes qui fe font paffées pendant
le Carême ; & comme c'est le
temps où l'on chante les Tenebres , l'Ouvrage qui fuit
convient fort au temps où il
a efté fait.
GALANT 77
PARAPHRASE
de la feptiéme Leçon des
Lamentations de Jeremie ,
accommodée au temps prefent par Mr Maugard.
Si des bleds verdoyans la brillante
apparence ,
Du trifte Laboureur reveille l'efperance ,
Etfemble avoir remis la joye en
tous les cœurs :
Si l'Orge a diffipé les horribles
langueurs
De ce cruel Vautourque l'on nommefamine,
G iij
78 MERCURE
Ilfaut en rendre grace àla bonté
divine ,
Qui tientfurnos befoins l'œilfans
ceffe arrefté,
Et produit l'abondance en lafterilité.
Dés que l'Aftre du jour recommence ſa courſe ,
Le Seigneur de fes dons ouvre la
riche fource ;
Son immuable foy tient ce qu'elle
promet ,
Etfa fainte parole eft autant que
L'effet.
Au raviſſant attrait d'un ſi precieux
gage ,
Le Seigneur, dit mon ame , eft
mon feul heritage,
GALANT 79
Eternelle beauté qui cauſez mes
Fe
foupirs ,
vous attends , venez combler
mesfaints defirs.
Le pauvre qui l'invoque en ce
temps de mifere ,
Connoît qu'il a pour luy les entrailles d'unpere.
I
Toujours bon, toujours doux ,
aime à s'approcher
D'uncœurqui plein d'amour vole
pour le chercher.
Heureux qui fans crier contre la
providence ,
Reçoit de fes travaux la jufte récompenfe.
Si lesfleaux font du Ciel de folides bienfaits, Giiij
80 MERCURE
Heureux qui de bonne heure a
ployé fous leurfaix.
Cefalutaire joug qu'il porte fur
Sa tête
Luy fait des plus grands maux
furmonter latempefte :
Le cheftoûjours panché fous la
main de fon Dieu,
Il enbenit les coups en tout temps,
en tout lieu.
Si d'espoir àfes yeux brille quelque lumiere ,
Il s'aneantira juſques dans la
pouffiere.
Il est de patience un modele parfait;
Si quelqu'un luy décharge un indignefoufflet
GALANT 82
Se fouvenant qu'il fort du vil
fein de la bouë
Acelui qui le frape il tendra l'au
tre jouë :
Il a le cœur fans ceffe humilié ,
contrit,
Etfon ame d'affronts s'abbreuve
&fe nourrit.
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Résumé : PARAPHRASE de la septiéme Leçon des Lamentations de Jeremie, accommodée au temps present par Mr Maugard.
Une lettre mentionne la réception d'une missive après Pâques, contenant des nouvelles survenues pendant le Carême. Elle fait référence à une œuvre adaptée des Lamentations de Jérémie par Monsieur Maugard, adaptée à la période des Ténèbres. Le texte exprime une gratitude envers la bonté divine pour l'abondance des récoltes, comparant la joie des laboureurs à la fin des langueurs de la famine. Il souligne la fidélité de Dieu qui pourvoit aux besoins humains. Le texte exprime également une attente fervente envers Dieu, décrit comme un héritage éternel et une beauté causant des soupirs. Il met en avant la bonté et la douceur de Dieu envers ceux qui l'invoquent, même dans les temps de misère. Enfin, il loue ceux qui acceptent les épreuves avec patience et humilité, bénissant les coups de Dieu et restant humbles face aux affronts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1837
p. 75-80
Nouvelle Relation de Barcelone, du 15. Janvier 1716.
Début :
La nuit du seiziéme du mois de Decembre, un vent [...]
Mots clefs :
Vent, Equipage, Barcelone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Relation de Barcelone, du 15. Janvier 1716.
Nouvelle Relation de Barcelone,,
du15.Janvier 171c.
La nuit du seiziéme du
mois de Décembre ,un vent
de Nord-d'Est forcé, arracha
de ce Port douze Bâcimtflcs
ancrez & amarrez à terre. Le
Navire appelle Je Violent,
Hollandais, de la charge d'en*
viron douze mille quintaux,
rompit le premier & tomba
sur celuy du sieur Abeille
François, qui coula à fonds
s l'équipage au nombre de
vingt-deux hommes s'étant
mis en devoir d'abandonner,
futmalheureufemebtfubmçfgé,
excepte six Matelots. Les
Navires des ficursRichard, &
Feraud aussi Françoisfirent
naufrage dans le même Pors; j
les équipages sesauverent au
moyen de leurs Chaloupes.
Les Angloisont perdu quatre
de LursVaisseaux
,
deux defquelsétoient
chargez de grains
& de balots de marchandises;
le même coup de vent les jctra
sur les rochers, avec deux
-
Vaisseaux Hollandois qui avoient
partie de leur -carguai
son, les équipages ont cfté prefquçtous
sauvez. Onfort mention
3e plusieurs autres petits
Bâcimens qui ont peri pendant
la même nuit
, ceux qui onc
tenu fort pour raison de leurs
cablesont esté considérablement
endommagez. Les Marins
du Pays avouent que
d'aucun temps il ne s'est paffe
une femblablc tempête-, &
qu'il n'y a point d'exemple
qu'il se Toit perdu dans le Port
de Barcelone, des Navires.
3 Le vent de Nord-d'Est qui
a souflé avec la même.impc
tuoficé verslaCofted'EPpagne,
a fait périr trois bârimcnt5
François, celuy du sieusDuval
parti de MarseilleRichement
chargé pour Alicant a
peri sur Calpé à cinq htûcs de
Dénia, le Capitaine ,CesOfficiers
,
dix huit Matelots &
une quantitéde passagers se
font submergez,il n'y a. eû
que six pet sonnes de fàuvé
, on
n'aretiré de ce naufrage que
quelques balots que les gens du
pays ont mis au pillage.
Le Pjnque du PatronCornil
qui avoit chargé à Carragenc
des grains, ayant cité attaque
du mciïîe coup de venr, jetta
fesançresàunmille deCuillera
dans le Golfe de Valence;
mais la grosse Mer fit échouer
& brifer ce bâtiment,l'équipage
a malheureusement péri
avec quelques Religieux François
,
& deux familles Eagnoles
qui paoicm à Barcelone.
-
G iiij
La Tartane du Patron Jacques
a eû le mêmefortdans le
Golfede Valence,exceptéque
l'équipage s'est presquetout
fauvé.
Il ya cû égalementplusieurs
Bâtiments du pays qui ont peri
aux Costesd'Espagne
du15.Janvier 171c.
La nuit du seiziéme du
mois de Décembre ,un vent
de Nord-d'Est forcé, arracha
de ce Port douze Bâcimtflcs
ancrez & amarrez à terre. Le
Navire appelle Je Violent,
Hollandais, de la charge d'en*
viron douze mille quintaux,
rompit le premier & tomba
sur celuy du sieur Abeille
François, qui coula à fonds
s l'équipage au nombre de
vingt-deux hommes s'étant
mis en devoir d'abandonner,
futmalheureufemebtfubmçfgé,
excepte six Matelots. Les
Navires des ficursRichard, &
Feraud aussi Françoisfirent
naufrage dans le même Pors; j
les équipages sesauverent au
moyen de leurs Chaloupes.
Les Angloisont perdu quatre
de LursVaisseaux
,
deux defquelsétoient
chargez de grains
& de balots de marchandises;
le même coup de vent les jctra
sur les rochers, avec deux
-
Vaisseaux Hollandois qui avoient
partie de leur -carguai
son, les équipages ont cfté prefquçtous
sauvez. Onfort mention
3e plusieurs autres petits
Bâcimens qui ont peri pendant
la même nuit
, ceux qui onc
tenu fort pour raison de leurs
cablesont esté considérablement
endommagez. Les Marins
du Pays avouent que
d'aucun temps il ne s'est paffe
une femblablc tempête-, &
qu'il n'y a point d'exemple
qu'il se Toit perdu dans le Port
de Barcelone, des Navires.
3 Le vent de Nord-d'Est qui
a souflé avec la même.impc
tuoficé verslaCofted'EPpagne,
a fait périr trois bârimcnt5
François, celuy du sieusDuval
parti de MarseilleRichement
chargé pour Alicant a
peri sur Calpé à cinq htûcs de
Dénia, le Capitaine ,CesOfficiers
,
dix huit Matelots &
une quantitéde passagers se
font submergez,il n'y a. eû
que six pet sonnes de fàuvé
, on
n'aretiré de ce naufrage que
quelques balots que les gens du
pays ont mis au pillage.
Le Pjnque du PatronCornil
qui avoit chargé à Carragenc
des grains, ayant cité attaque
du mciïîe coup de venr, jetta
fesançresàunmille deCuillera
dans le Golfe de Valence;
mais la grosse Mer fit échouer
& brifer ce bâtiment,l'équipage
a malheureusement péri
avec quelques Religieux François
,
& deux familles Eagnoles
qui paoicm à Barcelone.
-
G iiij
La Tartane du Patron Jacques
a eû le mêmefortdans le
Golfede Valence,exceptéque
l'équipage s'est presquetout
fauvé.
Il ya cû égalementplusieurs
Bâtiments du pays qui ont peri
aux Costesd'Espagne
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1838
p. 74-79
Discours où l'Auteur dit de belles choses. [titre d'après la table]
Début :
Mais ayez la bonté de me dire, s'il vous plaist, Monsieur, [...]
Mots clefs :
Mercure, Anciens et Modernes, Mercure galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur dit de belles choses. [titre d'après la table]
Mais ayez la bonté de me
dire, s'il vous plaiſt , Monfieur,
pourquoy vous ne me faites
jamais part ny vous ny perfonne
d'aucune de ces avantures
galantes dont le monde eſt
rempli ; Et que vous conteriez
vous & les autres , cent fois
plus agréablement que moy.
GALANT. 75
د
Penſez vous que l'infinie diverſité
de tous les événemens
imaginables ſe preſente aifément
chaque mois à la tête
d'un ſeul homme. Il y a prés
d'un an & demi qu'on me
laiffe conter tout ſeul , eſt il
juſte que je fois pour ainfidire
de la forte , & malgré
moy , l'ame de mon petit
volume; fi cela eſt à la bonne
heure , je ne reculeray jamais,
au contraire je babilleray jufqu'à
extinction de voix , mais
entre nous cela nedoit pas être,
& je foutiens que le Mercure
Galant doit eſtre incompara-
:
さ。
Gij
76 MERCURE
blement plus rempli de vos
ouvrages que des miens. Animez
vous donc , s'il vous plaît ,
d'une ardeur nouvelle , & tra
vaillez quelquefois pour moy
puiſque je travaille tous les
jours pour vous. Je ne vous
marquerois pas comme je fais
la diſette où je ſuis de ces aimables
hiſtoriettes qui font le
plaifir &l'amusement des Dames
, fi l'hiſtoire des galanteries
del'Ambaſladeur dePerſe
& de celles de ſes principaux
Officiers que je vais vous donner
inceſſamment , comme je
vous l'ay déja promis , n'avoir,
GALANT . 77
pas derobé au Mercure de ce
mois , la plus grande & la
meilleure partie desévenemens
galants dont il vous regaleroit,
s'il n'y alloit pas de ſon insereſt
de vous renvoyer à cette
hiſtoirequifera le ſecond tome
duJournal de cetAmbaſſadeur.
Vous trouverez au plus tard
enmême tems que le Mercure
de Septembre , ce ſecond
Jume chez les ſieurs Jollet &
Lamele mes Imprimeurs , au
LivreRoyal , au bout du Pont
faint Micheldu côté du Marché
neuf. Le premier vous attend
chez eux , vous pouvez le
VOGiij
78 MERCURE
lire à bon compte , je vous
invite même à l'acheter ; ce
ſera autant de gagné pour
vous & pour moy Je vais en
attendant faire le bel eſprit aux
dépens de qui il appartiendra,
& le tout par honneur. En voicy
la raiſon ,on m'avoit promis
le mois paffé de me donner
un extrait d'un livre nouveau
ſur la querelle des Anciens
& des Modernes dont le
procés vient d'être jugé par
le grand Dominique deffenſeur
d'Homere ſur le Theatre
de la Foire faint Laurent , on
m'avoit, dis -je , promis un exGALANT.
79
1
trait de ce livre ; mais on ne
me l'a pas envoyé , & delà je
conclus que je ſuis obligé de
le faire. D'ailleurs Dominique
ce celebre oracleArlequinique
ne m'aura pas en vain ouvert
un champ que je n'oferois
courir. Vous l'avez ſans doute
entendu,Monfieur,prononcer
melodieuſement ces magnifiques
vers.
Oüy tu me fais un defi
C'a tentons- en l'avanture ,
Et bien dans un mois d'icy
turelure
Je t'attends dans le Mercure
Robin turelure.
dire, s'il vous plaiſt , Monfieur,
pourquoy vous ne me faites
jamais part ny vous ny perfonne
d'aucune de ces avantures
galantes dont le monde eſt
rempli ; Et que vous conteriez
vous & les autres , cent fois
plus agréablement que moy.
GALANT. 75
د
Penſez vous que l'infinie diverſité
de tous les événemens
imaginables ſe preſente aifément
chaque mois à la tête
d'un ſeul homme. Il y a prés
d'un an & demi qu'on me
laiffe conter tout ſeul , eſt il
juſte que je fois pour ainfidire
de la forte , & malgré
moy , l'ame de mon petit
volume; fi cela eſt à la bonne
heure , je ne reculeray jamais,
au contraire je babilleray jufqu'à
extinction de voix , mais
entre nous cela nedoit pas être,
& je foutiens que le Mercure
Galant doit eſtre incompara-
:
さ。
Gij
76 MERCURE
blement plus rempli de vos
ouvrages que des miens. Animez
vous donc , s'il vous plaît ,
d'une ardeur nouvelle , & tra
vaillez quelquefois pour moy
puiſque je travaille tous les
jours pour vous. Je ne vous
marquerois pas comme je fais
la diſette où je ſuis de ces aimables
hiſtoriettes qui font le
plaifir &l'amusement des Dames
, fi l'hiſtoire des galanteries
del'Ambaſladeur dePerſe
& de celles de ſes principaux
Officiers que je vais vous donner
inceſſamment , comme je
vous l'ay déja promis , n'avoir,
GALANT . 77
pas derobé au Mercure de ce
mois , la plus grande & la
meilleure partie desévenemens
galants dont il vous regaleroit,
s'il n'y alloit pas de ſon insereſt
de vous renvoyer à cette
hiſtoirequifera le ſecond tome
duJournal de cetAmbaſſadeur.
Vous trouverez au plus tard
enmême tems que le Mercure
de Septembre , ce ſecond
Jume chez les ſieurs Jollet &
Lamele mes Imprimeurs , au
LivreRoyal , au bout du Pont
faint Micheldu côté du Marché
neuf. Le premier vous attend
chez eux , vous pouvez le
VOGiij
78 MERCURE
lire à bon compte , je vous
invite même à l'acheter ; ce
ſera autant de gagné pour
vous & pour moy Je vais en
attendant faire le bel eſprit aux
dépens de qui il appartiendra,
& le tout par honneur. En voicy
la raiſon ,on m'avoit promis
le mois paffé de me donner
un extrait d'un livre nouveau
ſur la querelle des Anciens
& des Modernes dont le
procés vient d'être jugé par
le grand Dominique deffenſeur
d'Homere ſur le Theatre
de la Foire faint Laurent , on
m'avoit, dis -je , promis un exGALANT.
79
1
trait de ce livre ; mais on ne
me l'a pas envoyé , & delà je
conclus que je ſuis obligé de
le faire. D'ailleurs Dominique
ce celebre oracleArlequinique
ne m'aura pas en vain ouvert
un champ que je n'oferois
courir. Vous l'avez ſans doute
entendu,Monfieur,prononcer
melodieuſement ces magnifiques
vers.
Oüy tu me fais un defi
C'a tentons- en l'avanture ,
Et bien dans un mois d'icy
turelure
Je t'attends dans le Mercure
Robin turelure.
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1839
p. 68-74
LES ARBRES CHOISIS PAR LES DEUX. FABLE.
Début :
Parmy les Fables nouvelles que le Sieur Blageart debite, & / Tout ce qui reluit n'est pas or, [...]
Mots clefs :
Arbres, Prudence, Fruits, Fleurs, Automne, Cieux, Univers, Plantes, Enfants, Minerve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES ARBRES CHOISIS PAR LES DEUX. FABLE.
Parmy les Fables nouvel
les que le Sieur Blageart debite
, & qui ſont ſi eſtimées
du Public , il y en a une qui
porte pour titre , Les Arbres
choifis par les Dieux. M' de la
Barre de Tours a mis en Vers
cette même Fable. Je vous
GALANT. 69
l'envoye.Vous ferez ſans doute
bien aiſe de voir comment
deux Autheurs , qui ont tous
deux beaucoup de talent à
bien conter , auront traité la
meſme matiere.
Szsssess S2552 SSS
LES ARBRES
CHOISIS PAR LES DIEUX.
FABLE.
Tout ce qui veluit n'estpas or, 2
C'est une verité dont on tombe d'accord.
Si vous voulez avec prudences
70 MERCURE
Fugerd'un objettel qu'il eſt's
Regardez s'il est bon ,Sans trop voir
s'il vous plaiſt,
Etne voustrompez pas àlasimple apparence.
Confiderez levray , ne pensez point
au beau,
Au plaisant préferez l'utile,
Lesfruits aux fleurs, lefecond au
Sterile,
LeSolide au brillant , l'Automne au
Renouveau.
Sima Morale eft veritable,
Fen croy le sens commun , j'en croy
mesme.la Fable..
52
Un jour Jupin &tous les autres
Dicux,
Dans la grande SaledesCicux,
Tinrent le divin Conſiſtoire...
Ony traita milleſujets divers
GALANT. 71
Qui concernoient la Police & la
gloire
De ce vaste Univers .
Quand on parlades Arbres& des
Plantes,
Et de leurs Ames vegetantes,
Onfit , dans ce Conseil d'Etat,
De creux raisonnemens , car fur chas
quemiftere
Comme l'on peutjuger , les Dieux en
Sçaventfaire,
Mais creux ou non , voicy le réful.
tat.
Sçavoir, que chacun d'eux fist un
choix volontaire
De l' Arbre qui pourroit luy plaire,
Pour ensuitele proteger,
Etle garderde tout danger,
Comme dufeu du Ciel , des Vents,
des Orages,
Des Eaux, des longs Hyvers , & des
autresravages
72 MERCURE
Le Chesne fur ce pied futchoisi par
Fupin,
Cibelle aprés luy prit le Pin,
Apollon le Dieu de la Live
Pour certaines raisons , s'appliqua le
Laurier,
Hercule le haut Peuplier,
Dame Cypris quifait que d'amouron
Soupire
Prit avec ſon Enfant les Myrthes
amoureuх:
Enfin , àqui pis pis , &non àqui
mieux mieux
Chacun choisit àboulle- veuë.
Minerve dont au Ciel laſageſſe eft
connue,
S'écria d'un air furieux
Non , je ne puis fouffrir une telle
béveuë
Voſtre Conſeil a la berluë,
Et voſtre choixeſt indigne des
Dieux. Pren
F
GALANT. 73
Prendre des Plantes inutiles,
Arbres ſans rapport, infertiles,
Etpropres à jetter au feu .
Pins & Lauriers, Peupliers,Myr.
thes , Cheſnes,
Ne font - ce pas des Plantes
vaines?
Pourquoy donc les choiſir ? Arreſtez-
vous un peu
Ma fille, dit fupin, ſçachez noſtre
penſée.
Noſtre protection ſembloit intéreffée
En la donnant aux Arbres portant
fruits ;
Nous ne voulons rien davantage
Que l'écorce & que le feüilla.
ge;
Il eſt des Dieux puiſſans de proteger
gratis.
Avril 1685. G
24. MERCURE
C'eſt pouffer un peu loin voſtre
délicateſſe,
Dit Minerve , je fais confifter ma
fagefle
A faire un choix qu'approuve la
raifon:
J'ay choiſi l'Olivier,j'en trouve le
fruitbon ,
Le feüillage m'en plaift ..... Que
Minerve eſt aimable !
Interrompit Jupin en l'embras-
Sant
Ouy , ma fille , c'eſt peu que d'aimer
le plaiſant
Joignons pour eſtre heureux l'utile
à l'agréable.
les que le Sieur Blageart debite
, & qui ſont ſi eſtimées
du Public , il y en a une qui
porte pour titre , Les Arbres
choifis par les Dieux. M' de la
Barre de Tours a mis en Vers
cette même Fable. Je vous
GALANT. 69
l'envoye.Vous ferez ſans doute
bien aiſe de voir comment
deux Autheurs , qui ont tous
deux beaucoup de talent à
bien conter , auront traité la
meſme matiere.
Szsssess S2552 SSS
LES ARBRES
CHOISIS PAR LES DIEUX.
FABLE.
Tout ce qui veluit n'estpas or, 2
C'est une verité dont on tombe d'accord.
Si vous voulez avec prudences
70 MERCURE
Fugerd'un objettel qu'il eſt's
Regardez s'il est bon ,Sans trop voir
s'il vous plaiſt,
Etne voustrompez pas àlasimple apparence.
Confiderez levray , ne pensez point
au beau,
Au plaisant préferez l'utile,
Lesfruits aux fleurs, lefecond au
Sterile,
LeSolide au brillant , l'Automne au
Renouveau.
Sima Morale eft veritable,
Fen croy le sens commun , j'en croy
mesme.la Fable..
52
Un jour Jupin &tous les autres
Dicux,
Dans la grande SaledesCicux,
Tinrent le divin Conſiſtoire...
Ony traita milleſujets divers
GALANT. 71
Qui concernoient la Police & la
gloire
De ce vaste Univers .
Quand on parlades Arbres& des
Plantes,
Et de leurs Ames vegetantes,
Onfit , dans ce Conseil d'Etat,
De creux raisonnemens , car fur chas
quemiftere
Comme l'on peutjuger , les Dieux en
Sçaventfaire,
Mais creux ou non , voicy le réful.
tat.
Sçavoir, que chacun d'eux fist un
choix volontaire
De l' Arbre qui pourroit luy plaire,
Pour ensuitele proteger,
Etle garderde tout danger,
Comme dufeu du Ciel , des Vents,
des Orages,
Des Eaux, des longs Hyvers , & des
autresravages
72 MERCURE
Le Chesne fur ce pied futchoisi par
Fupin,
Cibelle aprés luy prit le Pin,
Apollon le Dieu de la Live
Pour certaines raisons , s'appliqua le
Laurier,
Hercule le haut Peuplier,
Dame Cypris quifait que d'amouron
Soupire
Prit avec ſon Enfant les Myrthes
amoureuх:
Enfin , àqui pis pis , &non àqui
mieux mieux
Chacun choisit àboulle- veuë.
Minerve dont au Ciel laſageſſe eft
connue,
S'écria d'un air furieux
Non , je ne puis fouffrir une telle
béveuë
Voſtre Conſeil a la berluë,
Et voſtre choixeſt indigne des
Dieux. Pren
F
GALANT. 73
Prendre des Plantes inutiles,
Arbres ſans rapport, infertiles,
Etpropres à jetter au feu .
Pins & Lauriers, Peupliers,Myr.
thes , Cheſnes,
Ne font - ce pas des Plantes
vaines?
Pourquoy donc les choiſir ? Arreſtez-
vous un peu
Ma fille, dit fupin, ſçachez noſtre
penſée.
Noſtre protection ſembloit intéreffée
En la donnant aux Arbres portant
fruits ;
Nous ne voulons rien davantage
Que l'écorce & que le feüilla.
ge;
Il eſt des Dieux puiſſans de proteger
gratis.
Avril 1685. G
24. MERCURE
C'eſt pouffer un peu loin voſtre
délicateſſe,
Dit Minerve , je fais confifter ma
fagefle
A faire un choix qu'approuve la
raifon:
J'ay choiſi l'Olivier,j'en trouve le
fruitbon ,
Le feüillage m'en plaift ..... Que
Minerve eſt aimable !
Interrompit Jupin en l'embras-
Sant
Ouy , ma fille , c'eſt peu que d'aimer
le plaiſant
Joignons pour eſtre heureux l'utile
à l'agréable.
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Résumé : LES ARBRES CHOISIS PAR LES DEUX. FABLE.
Le texte présente la fable 'Les Arbres choisis par les Dieux' et sa mise en vers par M. de la Barre de Tours. Cette fable illustre la sagesse de choisir avec prudence et discernement, en privilégiant l'utile au plaisant. Elle relate une assemblée des dieux où chacun choisit un arbre à protéger. Jupiter opte pour le chêne, Cybèle pour le pin, Apollon pour le laurier, Hercule pour le peuplier, et Vénus pour les myrtes. Minerve, déçue par ces choix, critique les dieux pour avoir sélectionné des arbres inutiles. Jupiter explique que leur protection vise à préserver l'écorce et le feuillage, sans chercher de fruits. Minerve, insistant sur la raison, choisit l'olivier pour son fruit et son feuillage agréable. Jupiter approuve ce choix, soulignant l'importance de joindre l'utile à l'agréable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1840
p. 75-85
Aventure singuliere. [titre d'après la table]
Début :
La police exacte qui s'observe à Paris est sans contredit [...]
Mots clefs :
Police de Paris, Police, Chevalier, Magistrat, Paris, Prince de Transylvanie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Aventure singuliere. [titre d'après la table]
La police exacte qui s'observe
à Paris est sans contredit
une des plus admirables
choses du monde; les
ordres y sont si bien donnez
& les mesures si bien
prises contre tout ce qui
peut nuire à la furece publique,
qu'on pretend qu'il
est presque impossible que
rien y échape à la precaution
& aux lumieres du Magiftrat
illustre quiest revêtu
presque seul du soin
penible de contenir jour &
nuitunmillion dames dans
un ordre presque toûjours
égal. Cependant, malgré
ses soins & sa vigilance infinis,
il ne laisse peut- erre
pas de s'y passer foliveftfc
bien deschoses(la galanterie
à part) dont le secret
ne fort pas facilement des
mains de ceux qui en font
les auteurs. En voici une
preuve.
M. le Chevalier de P.
sortant il y a environ quinze
jours, entre les dis pu
onze heures du soir, de'
chez le Prince de Transylvanie
,
dont chacun sçait
que la maison cita present
la première & laplusnoble
academie (le' jeu qui (oft
dans le ROYJUIlle) fut embrassé
brusquement par
quatre hommes déguisez,
jetté dans un carosse, promené
une bonne heure
dans les ruës de Paris, 5c
deposé enfindansunemaifOD).
QÙ d'abord on lemena a
la cave )
où on le laissa faire
d'assez tristesreflexions juc.-
qu'au lendemain matin.
Ses guides masquez furent
à la pointe du jour lui
rendre visite
, non pour lui
demander comment il avoit
passé la nuit, ni pour
le consoler de la mauvaise
avanture quilui étoit arrivée
la veille, mais pour l'exhorter
à la mert. Un d'eux
prie la parole, & lui dit:
Dans l'extremitéoùvôtre
imprudéce vous jette,Monsieur,
il ne vous reste plus
d'autre parti à prendre que
celui de mourir. Examinezvous,&
disposez-vous au
plus grand voyageque vous
puissiez faire.L'hommeque
vous avez offensé doit venir
incessamment vous arracher
la vie; si en attendant
vous avez besoin de
quelque chose, on va vous
apporter à boire ôc à manger.
Le Chevalier, qui est
homme d'honneur,&: qu'il
en faut croire sur sa parole,
assure que, quoique nature
pâtît beaucoup en lui, il ne
reçut pas trop mal ce compliment,
& qu'il répondit à
ces Meilleurs qu'ilétoitresolu
à la mort, puis qu'ils
l'avoient condamnéàmourir,
qu'au reste il étoit sûr
qu'il n'avoir ni querelles
J ni procès, ni affaires de
coeur, niintrigues de jeu
qui pussent luisusciter aucup
ennemi dans le monde;
que cependant il y avoit
long-temps qu'il n'avait
rien pris, & qu'ils lui feroiéc
plaisir de lui donner quelque
chose à manger. Ce
qu'onfit sur le champ. La
compagnie alors le quitta.
Vers le milieu de la nuit
suivante, il entendit ouvrir
avec grand bruit les portes
de la cave où il ccoic. Je
vous -
laisse à penser s'ilfc
crut prés de saderniere
heure, lors qu'il vit à la faveur
des lumieres les quatresatellites
s'approcher de
lui, & le livrer en même
temps à la fureur d'un autre
homme qu'il n'avoit point
encore vû. Cet homme tenoità
sa main une epéenue:
mais il fut bien étonné, lors
qu'au lieu de la sentir employer
à l'usageauquel illa
croyoit destinée, il entendit
celuiqu'il prenoit déjà pour
son bourreau dire aux autres
acteurs de la tragedie :
(
Quel homme m'avez-vous
amenéici,Meiffeurs?&d'où
vient cette mépri[c?Nevous
avois- je pas assez bien fait
son portrait ? Et toy, maraud,
dit-il à un d'entr'eux,
ne m'as,tu pas assuré que
tu le connoissois ? Allez,
vous êtes des faquins, re.
menez-moy feulement cet
homme dans la ville, Se
gardez-vous de lui faire aucun
tort.
Ilstirerent aussîtôt le pauvre
Chevalier de son cachot;
ils lui banderent les
yeux,ils le jetterent dans
le carosse de celui qui venoit
de leur parler avec
tant d'autorité
; & après un
grand nombre de tours &
de détours, ils le mirent enfin
au milieu du boulevard
de la porte Montmartre
où , avant de le quitter, ils
lui firent ce dernier compliment:
Vous sçavez,Monsieur,
que nous ne vous avons
rien pris de vôrre argent
, ni de vosnipes, &
mêmenousn'en voulons
rien; voici vôtre canne ôc
vôtreépée que nous mettons
à vos pieds: mais ne
soyez pas assez imprudent
pour vous débander les
yeux d'un bon quart d'heurc.
Nous allons rester deux
auprès de vous a vous examiner
, & prêts a vous tuer
si ce malheur vous arrive.
Le Chevalier qui venoit
de l'echaper si belle, leur
jura qu'il se garderoit bien
d'avoir envie de voir clair,
malgré eux. Il leur tint parole
; ils se retirèrent : il
rentra dans la ville, & le
lendemain J au plus tard, il
conta son histoire à tout le
monde. Je l'ai fçûc de la
premiere main, & je vous
la donne de lamienne,telle
qu'on me l'a donnée.
à Paris est sans contredit
une des plus admirables
choses du monde; les
ordres y sont si bien donnez
& les mesures si bien
prises contre tout ce qui
peut nuire à la furece publique,
qu'on pretend qu'il
est presque impossible que
rien y échape à la precaution
& aux lumieres du Magiftrat
illustre quiest revêtu
presque seul du soin
penible de contenir jour &
nuitunmillion dames dans
un ordre presque toûjours
égal. Cependant, malgré
ses soins & sa vigilance infinis,
il ne laisse peut- erre
pas de s'y passer foliveftfc
bien deschoses(la galanterie
à part) dont le secret
ne fort pas facilement des
mains de ceux qui en font
les auteurs. En voici une
preuve.
M. le Chevalier de P.
sortant il y a environ quinze
jours, entre les dis pu
onze heures du soir, de'
chez le Prince de Transylvanie
,
dont chacun sçait
que la maison cita present
la première & laplusnoble
academie (le' jeu qui (oft
dans le ROYJUIlle) fut embrassé
brusquement par
quatre hommes déguisez,
jetté dans un carosse, promené
une bonne heure
dans les ruës de Paris, 5c
deposé enfindansunemaifOD).
QÙ d'abord on lemena a
la cave )
où on le laissa faire
d'assez tristesreflexions juc.-
qu'au lendemain matin.
Ses guides masquez furent
à la pointe du jour lui
rendre visite
, non pour lui
demander comment il avoit
passé la nuit, ni pour
le consoler de la mauvaise
avanture quilui étoit arrivée
la veille, mais pour l'exhorter
à la mert. Un d'eux
prie la parole, & lui dit:
Dans l'extremitéoùvôtre
imprudéce vous jette,Monsieur,
il ne vous reste plus
d'autre parti à prendre que
celui de mourir. Examinezvous,&
disposez-vous au
plus grand voyageque vous
puissiez faire.L'hommeque
vous avez offensé doit venir
incessamment vous arracher
la vie; si en attendant
vous avez besoin de
quelque chose, on va vous
apporter à boire ôc à manger.
Le Chevalier, qui est
homme d'honneur,&: qu'il
en faut croire sur sa parole,
assure que, quoique nature
pâtît beaucoup en lui, il ne
reçut pas trop mal ce compliment,
& qu'il répondit à
ces Meilleurs qu'ilétoitresolu
à la mort, puis qu'ils
l'avoient condamnéàmourir,
qu'au reste il étoit sûr
qu'il n'avoir ni querelles
J ni procès, ni affaires de
coeur, niintrigues de jeu
qui pussent luisusciter aucup
ennemi dans le monde;
que cependant il y avoit
long-temps qu'il n'avait
rien pris, & qu'ils lui feroiéc
plaisir de lui donner quelque
chose à manger. Ce
qu'onfit sur le champ. La
compagnie alors le quitta.
Vers le milieu de la nuit
suivante, il entendit ouvrir
avec grand bruit les portes
de la cave où il ccoic. Je
vous -
laisse à penser s'ilfc
crut prés de saderniere
heure, lors qu'il vit à la faveur
des lumieres les quatresatellites
s'approcher de
lui, & le livrer en même
temps à la fureur d'un autre
homme qu'il n'avoit point
encore vû. Cet homme tenoità
sa main une epéenue:
mais il fut bien étonné, lors
qu'au lieu de la sentir employer
à l'usageauquel illa
croyoit destinée, il entendit
celuiqu'il prenoit déjà pour
son bourreau dire aux autres
acteurs de la tragedie :
(
Quel homme m'avez-vous
amenéici,Meiffeurs?&d'où
vient cette mépri[c?Nevous
avois- je pas assez bien fait
son portrait ? Et toy, maraud,
dit-il à un d'entr'eux,
ne m'as,tu pas assuré que
tu le connoissois ? Allez,
vous êtes des faquins, re.
menez-moy feulement cet
homme dans la ville, Se
gardez-vous de lui faire aucun
tort.
Ilstirerent aussîtôt le pauvre
Chevalier de son cachot;
ils lui banderent les
yeux,ils le jetterent dans
le carosse de celui qui venoit
de leur parler avec
tant d'autorité
; & après un
grand nombre de tours &
de détours, ils le mirent enfin
au milieu du boulevard
de la porte Montmartre
où , avant de le quitter, ils
lui firent ce dernier compliment:
Vous sçavez,Monsieur,
que nous ne vous avons
rien pris de vôrre argent
, ni de vosnipes, &
mêmenousn'en voulons
rien; voici vôtre canne ôc
vôtreépée que nous mettons
à vos pieds: mais ne
soyez pas assez imprudent
pour vous débander les
yeux d'un bon quart d'heurc.
Nous allons rester deux
auprès de vous a vous examiner
, & prêts a vous tuer
si ce malheur vous arrive.
Le Chevalier qui venoit
de l'echaper si belle, leur
jura qu'il se garderoit bien
d'avoir envie de voir clair,
malgré eux. Il leur tint parole
; ils se retirèrent : il
rentra dans la ville, & le
lendemain J au plus tard, il
conta son histoire à tout le
monde. Je l'ai fçûc de la
premiere main, & je vous
la donne de lamienne,telle
qu'on me l'a donnée.
Fermer
Résumé : Aventure singuliere. [titre d'après la table]
Le texte relate l'enlèvement du Chevalier de P. à Paris, malgré la surveillance de la police. L'incident se produit alors que le Chevalier quitte la résidence du Prince de Transylvanie. Quatre individus déguisés l'enlèvent et le conduisent dans une cave. On lui annonce qu'il sera exécuté en raison de ses imprudences. Le Chevalier, affirmant ne pas avoir d'ennemis, demande à manger. Pendant la nuit, un homme armé d'une épée pénètre dans la cave. Après avoir réprimandé ses complices, il décide de libérer le Chevalier. Ce dernier est ensuite ramené à Paris, où on lui restitue ses effets personnels. Dès le lendemain, il raconte son aventure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1841
p. 60-75
LETTRE écrite à M. Ziorcal au sujet de sa Réponse à M. Barrés, inserée dans le Mercure du mois d'Octobre 1730. sur l'usage interieur de l'Eau de vie.
Début :
Il n'est pas juste, Monsieur, d'établir sur les [...]
Mots clefs :
Eau-de-vie, Santé, Alcool, Digestion, Critique, Médecine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. Ziorcal au sujet de sa Réponse à M. Barrés, inserée dans le Mercure du mois d'Octobre 1730. sur l'usage interieur de l'Eau de vie.
LETTRE écrite à M. Ziorcal au sujet
de sa Réponse à M. Barrés , inserée dans
le Mercure du mois d'Octobre 1730. sur
l'usage interieur de l'Eau de vie.
L n'est pas juste , Monsieur , d'éta-
I blir sur les débris que vous faites de
nos bons sentimens pour le Public , le
grand air de confiance qu'on découvre
d'abord dans votre Réponse à ma Lettre;
pardon , peut- être ne sçavez vous pas que
les gens raisonnables ne se laissent jamais
prévenir follement , & que le ton imposant
d'un Auteur insipide pour s'assurer
leurs suffrages , est moins capable de les
séduire que de les rendre plus scrupuleux
dans leurs décisions . Cela soit dit néanmoins
sans blesser en aucune maniere
l'honneur que vous avez bien voulu nous
faire , en nous proposant brievement vos
doutes , que vous auriez pû , à la verité,
épargner aux dépens d'une plus sérieuse
attenJANVIER.
1731. 61
attention , si sans doute elle n'eut été
trop penible pour vous , ce qui fait que
sans nous détourner beaucoup des devoirs
de notre profession , nous esperons de
vous ramener de votre pirrhonisme.
En premier lieu , quoiqu'on soit assuré
que tous les raisonnemens vagues ne sçauroient
convaincre les personnes raisonnables
de la verité des propositions qu'on
avance , il n'est pas moins à propos cependant
de s'en servir quelquefois , et de
les placer dès l'entrée de la question , où
on les dévelope ensuite , et qu'on ne fait
devancer uniquement que pour disposer
l'esprit du lecteur à la concevoir plus aisément.
Notre Lettre peut fort bien être
l'exemple d'un pareil cas , d'ailleurs ces
grands mots qui vous choquent si rude--
ment n'ont pourtant point blessé le goût:
ni les oreilles des plus fameux Medecins .
de ce tems qui les ont introduits dans leurs
Ouvrages qu'êtes vous , Monsieur
pour ne pas les souffrir ? et pouvez- vous
penser de bonne foi que ces grands Maîtres
de l'Art s'en rapportent à vous quicondamnez
leurs expressions sans les entendre.
Pour moi , je me tiens à l'abri .
des justes reproches qu'on seroit en droit.
de me faire, si j'osois temerairement rien
entreprendre là- dessus , et il me suffit de
trouver dans leur signification autant
D d'éner
-
62 MERCURE DE FRANCE
ト
d'énergie et de force qu'il m'en faut
dans le besoin , pour ne pas en désaprouver
le
sçavant usage ; ainsi vous nous permettrez
, sans doute , de nous en accommoder
dans toutes les occasions favorables
dont vous profiterez aussi , si vous le
pouvez , par la même licence que nous
vous donnons à notre tour . Je serois
beaucoup moins éloigné de bannir des
questions les raisonnemens dénués d'experience
; mais vous ne nous faites jamais
voir que ceux qui viennent de notre part
méritent la rigueur de cet exil. Au reste,
on n'a pas toujours besoin de raisons
fondées sur des principes mathématiques
pour convaincre , ce seroit faire tort à
bien des gens d'esprit qui ne sont point
dans ce goût , quoique pourtant trèsraisonnables
et très judicieux , que de leur
ravir le droit d'une question qui les interesse
avec tout le reste des hommes.
Maintenant sans perdre notre tems à
disputer des termes qu'on peut apprendre.
à l'Ecole , et à discuter de vains raisonnemens
, venons au fait de la question .
Nous assurons que l'Eau de vie est une
eau de mort sur ce qu'elle ne releve les forcés
que pour les abattre peu après , parceque cette
liqueurport: les puissances ou les ressorts des
solides au delà de leur tonus , ou de cettejuste
étendue que la nature leur a donnée,d'où étant
de
JANVIER. 1731. 63
>
on n'ide
retour sur eux mêmes , ils tombent dans la
langueur. Voyons si ce trait de notre Lettre
doit passer justement pour obscur.
Tout le monde sçait ce qu'on entend
par le tonus des parties solides
gnore pas même qu'il n'aille jusqu'à un
certain point , ou qu'il n'ait une, juste
étenduë ; qu'importe qu'on vous l'assigne?
Keil ( a ) et Borelli ( b ) n'ont pas sçû nous
éclaircir touchant l'étendue de la force du
coeur ; a-t'on moins de raison de se persuader
que les ressorts des solides sont
contraints bien souvent de se porter au
delà ? la vessie trop remplie d'urine se
porte au delà de son tonus , les vaisseaux
engorgés de sang souffrent aussi quelquefois
de semblables distensions , dans ces
violens tiraillemens qu'on pratique pour
remettre les os luxés à leur place les
fibres musculaires revenant ensuite sur
elles mêmes, ont-elles cette force d'un arc
bandé qui se débande ? et les membranes
dont elles composent le tissu joüissentt'elles
d'abord après leur retour de leur
premiere vigueur dans le jeu de leur contraction
? qu'en pensez vous , M. le Doc
teur ? Ainsi les ressorts des solides débridés
, pour ainsi dire , ou portés au delà
›
( a ) Jacques Keil donne au coeur une force
de cinq onces.
(b) Alphonse Borelli de trois mille livres.
Dij
de
64 MERCURE DE FRANCE
de leur juste étenduë , se trouvent dans
la langueur ou l'abattement qu'on se sent
après de violens exercices , et après même
l'usage des liqueurs ardentes. En effet , le
corps ayant souffert de trop rudes travaux
se sent fatigué , languissant , ou
pour éviter de passer chez vous pour
obscur , ses ressorts par le jeu continuel
qu'ils ont exercé pendant un assez lorg
tems , se sont comme relâchés , ensorte
que revenant sur eux-mêmes ils ont perdu
leur premiere vigueur , ce qui se fait
infailliblement par l'effort réïteré que
font les liqueurs contre les parois membraneuses
des vaisseaux qu'elles poussent
en dehors avec violence dans leurs cours
acceleré par la contraction continuelle
des muscles qui les envoye au coeur , et
que le coeur leur renvoye de même. Ce
' est donc point ici un arc qui acquiert
d'autant plus de force à se remettre, qu'on
le resserre jusqu'à un certain point , mais
c'est un arc qui en a d'autant moins , que
sa flexion est portée au delà , ou qu'on
le courbe trop , delà vient que dans les
premiers tems de son jeu il se redresse
avec beaucoup de vitesse et de force , et
que dans les derniers elle se trouve molle,
foible et languissante.
Il en est à peu près de même touchant
l'effet que les liqueurs ardentes produisent
JANVIER. 1731. 65
ร
sent dans leur usage interieur ( ce qu'on
reconnoit par le poulx ) d'abord le sang
se gonfle , les parois des vaisseaux sont
repoussées en dehors en tout sens ; les
ressorts des fibres musculaires des tuniques
portés alors au delà de leur tonus ne
pouvant rester constamment dans la même
distension , ni aller plus loin , par l'absence
de la cause qui les a mis en jeu
et qui à force de perdre de son énergie
s'est retirée ( ce qui arrive dans le second
tems de l'action de cette liqueur ) il faut
non seulement que ces puissances revien
nent sur elles- mêmes mais encore que
leur vigueur soit moindre qu'auparavant
pour deux raisons. 1º Parceque les fibres
après cette distension outrée se trouvent
lâches et incapables de repren
dre leur état naturel , si ce n'est après
un certain tems qui est celui de la lan~
gueur.. 20 Que les liqueurs épaissies
étant inhabiles au mouvement , obéïssent
moins à la pression des solides relâ
chés , et leur opposent de plus grandes
résistances à surmonter ; pour lors le sang
ralenti dans son cours passe dans le tissu
des muscles , rend leur contraction laborieuse
qui se force de les en dégager ; delà
ces lassitudes ces langueurs qui ne
manquent jamais de succeder à la force
à la fureur même qu'on observe d'abord
D iij
,
dans
66 MERCURE DE FRANCE
dans ceux qui ont usé des liqueurs ardentes
. Ajoutez à cela que le terme de
tout ce desordre étant le racornissement
des solides et l'épaississement des liquides,
ces langueurs perseverent , augmentent
même tous les jours avec l'usage des eauxde
vie , d'où suit ce nombre prodigieux
de maux qui retranchent une bonne partie
des jours de la durée de l'homme.
L'Eau de vie produit moins cette distension
dont il s'agit par sa quantité que
par sa nature , et vous devriez , Monsieur,
avoir ici plus de honte que dans tout autre
endroit de votre Réponse à ma Lettre,
de sentir mieux que personne qu'un de
mes confreres ne sçache point que ce n'est
pas le seul remede qui pris à petite dose
produit dans le corps de très sensibles
effets. Qu'est - ce qu'un grain d'opium
dans un corps de 160. livres ? Est- ce la
1600 partie de ce même corps ? soyez
surpris après cela , tant qu'il vous plaira ,
qu'on prenne 128. onces d'alimens sans
craindre cette distension qui se fait tou
jours appréhender avec juste raison dans
l'usage de l'Eau de vie qui rarefie le sang,
et qui l'épaissit dans des tems differens.
Le terme des tems que l'Eau de vie parcourt
dans sa maniere d'agir étant surve→
nu , les parties solides se trouvent dépourvues
des sucs lymphatiques qui en
humecJANVIER
. 1731. 67 humectent
le tissu , elles en deviennent
plus seches , plus compactes
, plus fortes,
mais aussi plus rebelles aux causes de leurs
mouvemens
, ou plus difficiles à se mettre
en jeu , ce qui fait voir que la langueur
est une suite de ce qui arrive dans
l'usage des liqueurs ardentes , malgré ces
prétendues
contradictions
dont vous nous
faites un crime , dans le tems que nous
si vous eussiez rapsommes
assurés que
porté plus au long ce trait de notre Lettre
, ou que vous eussiez aimé à méditer
plus attentivement
ce qui se passe dans les differens tems de l'action de l'Eau de
vie , vous auriez été moins scrupuleux
sur vos doutes.
{
Permettez
moi , Monsieur , de vous
dire ici qu'il faut ou que vous n'ayez
jamais pris par excès des liqueurs ardentes
, ou que vous n'ayez jamais vu des
gens
livrés à la débauche de l'Eau de vie
et du vin , pour nier la langueur , l'abattement
qui les ensevelit dans le sommeil,
et qui se fait sentir même quelque tems
après le repos ; sans cela il ne vous seroit
pas difficile par ces grands effets qu'une
quantité considerable
de ces liqueurs peut
produire très sensiblement
, d'inferer ma
thematiquement
par des calculs exacts
que vous faites si bien , quel doit être ce
lui d'une plus petite dose ; que si cepen-
Diiij dant
68
MERCURE DE
FRANCE.
faire
dant l'experience qu'un chacun peut
à ses propres dépens n'est pas un moyen
assuré pour vous convaincre du fait dont
il s'agit, tenez vous en à Regnier qui sçait,
sans doute , mieux que Sidenham & c.
Qu'un jeune Medecin vit moins qu'un vieil yvrogne.
C'est sur ce Vers que le Poëte n'a pas
crû , en le faisant , devoir servir de regle
dans la
Medecine , que vous croyez tout
de bon que le témoignage des buveurs
d'Eau de vie ou de vin ne nous est pas
avantageux , fondé veritablement encore
sur ce que s'ils sont exposés aux maladies
rapportées dans notre Lettre , les buveurs
d'eau n'en sont point exemts . Mais je vous
demande ( à part , s'il vous plaît , votre
grand air de confiance ) lesquels de ces
deux sortes de gens sont plus sujets à ces
mêmes maladies ? parlez sans vous émouvoir.
Quoique vous en disiez , on sçait
fort bien que dans le Pays du Nord ou
l'on se permet trop librement ces sortes
de liqueurs , les habitans se voyent tourmentés
de mille maladies , plus rares dans
tout autre climat où l'on est plus reservé
sur leur usage. Il n'est point question de
l'abus de l'eau simple ou de l'Eau de vie ,
on ne nous apprendra rien là dessus ; il
s'agit seulement de cet usage des Eaux
de
JANVIER. 1731. 69.
de vie qui a scû s'introduire parmi les
hommes , et qui fait voir bien souvent
au prix de la perte de la santé d'un très .
grand nombre , qu'il vaudroit mieux suivre
la saine pratique de Fernel de Sydenham
&c. que toutes les rêveries des
Poëtes que vous pouviez rapporter en,
grand nombre contre de si grands Medecins.
Qu'on ne nous accuse point ici cependant
de desaprouver l'Eau de vie ; nous.
sçavons aussi bien que ceux qui semblent
présomptueusement vouloir nous instruire
sur ce sujet , les bons usages que cette
liqueur spiritueuse remplit dans la Mcdecine
comme remede , soit qu'on l'employe
exterieurement ou interieurement,
nais qu'on la regarde comme necessaire
pour la santé. C'est ce que la Medecine,
ne pardonnera jamais à ceux qui font profession
de suivre sa saine doctrine ; il,
n'est pas possible de penser combien j'ai
été touché de reconnoitre dans un de mes
confreres un si fier ennemi contre un sentiment
qui ne peut qu'être salutaire à
l'homme dans le tems que le sien lui
est très dangereux ; en effet , puisque nous
voyons tous les jours des gens dans l'usage
de l'eau douce route pure joüir d'une
parfaite santé , l'homme ne pourroit-il
pas se passer de l'Eau de vie et se bien
DV porter
70 MERCURE DE FRANCE
porter ? dans les siecles plus reculés où
cette liqueur n'étoit point connue , vivoiton
moins qu'aujourd'hui ? les vieux yvrognes
du tems présent ont-ils une plus
belle vieillesse que ceux qui les ont devancés
loin de l'usage du vin où des liqueurs
ardentes ? que peut- on penser sur
cela ? Enfin doute qui voudra que
la maladie
doive plus à l'Eau de vie que la
santé parfaite dans un doute si dangereux
, il n'y aura que des témeraires et
des insensés qui se livreront au danger.
Malgré toute la sagesse de ces précautions
séduisantes que vous exigez dans l'usage
de l'Eau de vie après des grands repas , sous
le faux prétexte d'aider à la digestion
bien loin d'approuver votre pratique en
pareil cas , nous regardons cette liqueur
comme très contraire à cette fonction ;
et la méchanique que vous faites jouer
dans le secours qu'elle y apporte est toutà
fait ridicule. Cette liqueur acide et spiritueuse
, dites vous , tombant dans l'estomac
, perd son activité dans les parties
graisseuses des alimens , et ne garde qu'une
legere force pour exciter la contraction
de ce viscere affaissé sous leur poids ; comme
s'il se trouvoit dans les alimens divic
sés de petites celulles capables de retenir
ces parties spiritueuses , qu'une bouteille
bien bouchée laissé souvent échaper , et
d'en
JANVIER. 1731 7I
d'en refrener l'énergie. Les rapports vi
neux après une débauche semblent nous
montrer assez vrai semblablement qu'il
doit se passer pour lors dans l'estomac
échauffé en tout sens , farci d'alimens et
de vin , ce qui se passe à peu près dans
un alambic sur le feu , où les parties les
plus volatiles de ce qu'on distile ne sçauroient
se tenir cantonnées , intriquées
bien avant dans la texture du mixte , mais
se trouvent forcées d'obéir aux secousses.
du feu , et de donner lateralement en tout
sens contre ses parois , ou de sortir à la
faveur de la premiere issuë qui se présente.
Maintenant si notre conjecture n'est
pas trop hardie , et si on doit attendre un
semblable effet dans l'estomac après l'usage
du vin , quel sera celui des liqueurs
plus volatiles ? c'est alors que les parois.
de ce viscere continuellement agacées ,
arcelées par un nombre infini de petits
corps rigides effarouchés , qui ne peuvent
que les tourmenter considerablement dans
Feurs rudes et fréquentes atteintes , sont
obligées d'exercer des contractions vio→
lentes et extraordinaires dont la digestion
se passeroit plutôt que d'en recevoir du
secours. Vous direz , sans doute , que lesromac
affaissé sous le poids de trop d'alimens
a besoin d'être reveillé pour s'em
dégager.
D vj
Om
72 MERCURE DE FRANCE
>
On répond à cela que comme cette inhabileté
dans le jeu de ces contractions
ne vient que de trop de résistance qui
s'y oppose il ne faut pour les rendre
plus libres , plus aisées , que la diminuer .
Est- ce par le secours des Liqueurs ardentes
qu'on doit esperer d'y réussir ? Mais
au contraire , elles ne serviroient qu'à
dessecher ou durcir davantage cette masse
d'alimens , soit en interceptant le cours
de la Lymphe stomacale , soit en tarissant
la source de la salive et des autres
sucs lymphatiques qui vaquent à la dijestion
; ce qui augmenteroit la résistance
et rendroit les contractions plus laborieuses
; un bon délayant insipide , propre
à s'insinuer dans la masse des alimens
divisez , à la ramolir , à la détremper ,
à la liquefier et à la rendre ainsi docile
aux pressions de ce Viscere et des parties
voisines , suffit pour l'ouvrage de la digestion
; et comme de tous ceux que la
Nature a toujours offerts à l'homme , il
n'en est point de plus capable de s'acquiter
benignement de cet emploi , que
l'eau douce toute pure ; nous la regardons
comme très - salutaire dans cet usage;
alors les alimens en pâte plus détrempée,
plus mole , résistent moins et cedent aisément
aux contractions de ce Viscere
qui s'en dégage sans peine.
Les:
JANVIER. 1731. 73
·
que la
Les Acides de l'Eau de vie ( continuezvous
) fermentant avec les alimens , se
changent en Sels salez , aident à la division
des viandes , passent dans le sang ,
en accelerent le cours et les sécretions.
Croyez vous de bonne foi
chose se passe de même , et pouvezvous
sur votre même air de confiance
nous proposer publiquement une Méchanique
si mal établie ; de semblables.
raisonnemens ne méritent point de réponse
aux preuves que l'on apporte pour
les soutenir ; car outre qu'il se peut fort.
bien que ces Acides ne rencontrant que
des Acides dans les alimens , vous aurez
beau attendre pour lors de la fermentation
et des changemens en Sels salez
que d'ailleurs le chyle qui résulte après.
la dijestion , étant acide et non point salé,
votre changement est imaginaire , c'est
qu'on ne sçauroit convenir avec vous que
l'Eau de vie est un veritable Acide , et.
que prenant les routes du sang , s'il étoit
vrai que cela fût , loin d'en accelerer le
cours , elle ne dût plutôt le ralentir . Enfin
quand même vous auriez droit d'accuser
votre Sel salé d'augmenter le mouvement
des Liqueurs et des sécretions ,
vous avez oublié, sans doute , qu'on ap-.
prend sur les bancs que le cours des Liqueurs
augmenté , est une maladie dans
leurs
བྱ་
74 MERCURE DE FRANCE
leurs mouvemens que l'Eau de vie occasionne
dans son usage , suivant même
Votre sentiment , qui voudroit la faire
passer pour une Eau de santé.
Puisque vous avez pû vous dispenser
de citer les Auteurs de vos fameuses Experiences
, vous auriez pû aussi beaucoup
mieux vous épargner cette délicatesse affectée
qui vous rend si honteux pour ceux
qui les ignorent , et qui n'en font aucun
cas dans des faits étrangers à notre sujet.
On doit regarder l'Eau de vie dans son
usage interieur , quelque moderé qu'il
soit , comme un remede qui altere le
corps , Pharmaca sunt venena , et non
comme un aliment. Ainsi on peut , sans
craindre de perdre un secours pour
la santé
, s'en priver totalement ; et je conseille
à ceux qui se portent bien sans son usage ,
de ne point envier de se mieux porter
en la pratiquant ; Ovide n'est point une
regle pour nous dans la Medecine`, nous
consultons moins ses Ecrits dans l'Art
de guérir , que dans l'Art de plaire ; et il
faut , à la verité , ou que vous ne connoissiez
nullement vos Auteurs , dont vous
auriez pû préferer l'autorité , ou que vous
croyez que les Poëtes ont droit sur des
hypotheses comme la vôtre .
On reconnoît assez maintenant , sans
no en avertir vous -même , que tout ce
que
JANVIER. 1731.
75
que vous nous dites sur l'Eau de vie , n'est
pas si démonstratif que vous le donnez ;
mais plutôt , puisque vous avoüez ingénument
qu'il vous reste encore bien des
doutes sur ce sujet , n'a-t'on pas raison
de penser que dans cette incertitude des
choses où vous vous trouvez , les gens
raisonnables ne s'en rapportent plus à
vos belles paroles , ainsi ayant déja perdu
par un aveu si sincere de votre part , unebonne
partie de leur confiance , nos éclaircissemens
sur vos doutes , vous ayant entierement
desabusé de la votre propre ;
sera-t'il surprenant qu'il n'en reste à present
du tout point à personne ?
Au reste , Monsieur , on auroit grand
fort de ne pas vous juger digne d'excuse ,
vos doutes ne nous ont amusés que très-peu
de tems , et nous n'avons dérobé à nos
Malades que quelques momens pour les
éclaircir quelque grand que soit cet air
de confiance que vous voulez vous donner
en les proposant , ils ne nous ont
pas paru plus recommandables ; tout au
plus de semblables productions d'esprit ,
suivies d'un si grand bruit , ont sçu nous
rappeller la Fable dont parle Horace.
Quid dignum tanto feret hic promissor hiatus
Parturient montes , nascetur ridiculus mus.
A Pezenas , ce 24. Decembre 1730 .
de sa Réponse à M. Barrés , inserée dans
le Mercure du mois d'Octobre 1730. sur
l'usage interieur de l'Eau de vie.
L n'est pas juste , Monsieur , d'éta-
I blir sur les débris que vous faites de
nos bons sentimens pour le Public , le
grand air de confiance qu'on découvre
d'abord dans votre Réponse à ma Lettre;
pardon , peut- être ne sçavez vous pas que
les gens raisonnables ne se laissent jamais
prévenir follement , & que le ton imposant
d'un Auteur insipide pour s'assurer
leurs suffrages , est moins capable de les
séduire que de les rendre plus scrupuleux
dans leurs décisions . Cela soit dit néanmoins
sans blesser en aucune maniere
l'honneur que vous avez bien voulu nous
faire , en nous proposant brievement vos
doutes , que vous auriez pû , à la verité,
épargner aux dépens d'une plus sérieuse
attenJANVIER.
1731. 61
attention , si sans doute elle n'eut été
trop penible pour vous , ce qui fait que
sans nous détourner beaucoup des devoirs
de notre profession , nous esperons de
vous ramener de votre pirrhonisme.
En premier lieu , quoiqu'on soit assuré
que tous les raisonnemens vagues ne sçauroient
convaincre les personnes raisonnables
de la verité des propositions qu'on
avance , il n'est pas moins à propos cependant
de s'en servir quelquefois , et de
les placer dès l'entrée de la question , où
on les dévelope ensuite , et qu'on ne fait
devancer uniquement que pour disposer
l'esprit du lecteur à la concevoir plus aisément.
Notre Lettre peut fort bien être
l'exemple d'un pareil cas , d'ailleurs ces
grands mots qui vous choquent si rude--
ment n'ont pourtant point blessé le goût:
ni les oreilles des plus fameux Medecins .
de ce tems qui les ont introduits dans leurs
Ouvrages qu'êtes vous , Monsieur
pour ne pas les souffrir ? et pouvez- vous
penser de bonne foi que ces grands Maîtres
de l'Art s'en rapportent à vous quicondamnez
leurs expressions sans les entendre.
Pour moi , je me tiens à l'abri .
des justes reproches qu'on seroit en droit.
de me faire, si j'osois temerairement rien
entreprendre là- dessus , et il me suffit de
trouver dans leur signification autant
D d'éner
-
62 MERCURE DE FRANCE
ト
d'énergie et de force qu'il m'en faut
dans le besoin , pour ne pas en désaprouver
le
sçavant usage ; ainsi vous nous permettrez
, sans doute , de nous en accommoder
dans toutes les occasions favorables
dont vous profiterez aussi , si vous le
pouvez , par la même licence que nous
vous donnons à notre tour . Je serois
beaucoup moins éloigné de bannir des
questions les raisonnemens dénués d'experience
; mais vous ne nous faites jamais
voir que ceux qui viennent de notre part
méritent la rigueur de cet exil. Au reste,
on n'a pas toujours besoin de raisons
fondées sur des principes mathématiques
pour convaincre , ce seroit faire tort à
bien des gens d'esprit qui ne sont point
dans ce goût , quoique pourtant trèsraisonnables
et très judicieux , que de leur
ravir le droit d'une question qui les interesse
avec tout le reste des hommes.
Maintenant sans perdre notre tems à
disputer des termes qu'on peut apprendre.
à l'Ecole , et à discuter de vains raisonnemens
, venons au fait de la question .
Nous assurons que l'Eau de vie est une
eau de mort sur ce qu'elle ne releve les forcés
que pour les abattre peu après , parceque cette
liqueurport: les puissances ou les ressorts des
solides au delà de leur tonus , ou de cettejuste
étendue que la nature leur a donnée,d'où étant
de
JANVIER. 1731. 63
>
on n'ide
retour sur eux mêmes , ils tombent dans la
langueur. Voyons si ce trait de notre Lettre
doit passer justement pour obscur.
Tout le monde sçait ce qu'on entend
par le tonus des parties solides
gnore pas même qu'il n'aille jusqu'à un
certain point , ou qu'il n'ait une, juste
étenduë ; qu'importe qu'on vous l'assigne?
Keil ( a ) et Borelli ( b ) n'ont pas sçû nous
éclaircir touchant l'étendue de la force du
coeur ; a-t'on moins de raison de se persuader
que les ressorts des solides sont
contraints bien souvent de se porter au
delà ? la vessie trop remplie d'urine se
porte au delà de son tonus , les vaisseaux
engorgés de sang souffrent aussi quelquefois
de semblables distensions , dans ces
violens tiraillemens qu'on pratique pour
remettre les os luxés à leur place les
fibres musculaires revenant ensuite sur
elles mêmes, ont-elles cette force d'un arc
bandé qui se débande ? et les membranes
dont elles composent le tissu joüissentt'elles
d'abord après leur retour de leur
premiere vigueur dans le jeu de leur contraction
? qu'en pensez vous , M. le Doc
teur ? Ainsi les ressorts des solides débridés
, pour ainsi dire , ou portés au delà
›
( a ) Jacques Keil donne au coeur une force
de cinq onces.
(b) Alphonse Borelli de trois mille livres.
Dij
de
64 MERCURE DE FRANCE
de leur juste étenduë , se trouvent dans
la langueur ou l'abattement qu'on se sent
après de violens exercices , et après même
l'usage des liqueurs ardentes. En effet , le
corps ayant souffert de trop rudes travaux
se sent fatigué , languissant , ou
pour éviter de passer chez vous pour
obscur , ses ressorts par le jeu continuel
qu'ils ont exercé pendant un assez lorg
tems , se sont comme relâchés , ensorte
que revenant sur eux-mêmes ils ont perdu
leur premiere vigueur , ce qui se fait
infailliblement par l'effort réïteré que
font les liqueurs contre les parois membraneuses
des vaisseaux qu'elles poussent
en dehors avec violence dans leurs cours
acceleré par la contraction continuelle
des muscles qui les envoye au coeur , et
que le coeur leur renvoye de même. Ce
' est donc point ici un arc qui acquiert
d'autant plus de force à se remettre, qu'on
le resserre jusqu'à un certain point , mais
c'est un arc qui en a d'autant moins , que
sa flexion est portée au delà , ou qu'on
le courbe trop , delà vient que dans les
premiers tems de son jeu il se redresse
avec beaucoup de vitesse et de force , et
que dans les derniers elle se trouve molle,
foible et languissante.
Il en est à peu près de même touchant
l'effet que les liqueurs ardentes produisent
JANVIER. 1731. 65
ร
sent dans leur usage interieur ( ce qu'on
reconnoit par le poulx ) d'abord le sang
se gonfle , les parois des vaisseaux sont
repoussées en dehors en tout sens ; les
ressorts des fibres musculaires des tuniques
portés alors au delà de leur tonus ne
pouvant rester constamment dans la même
distension , ni aller plus loin , par l'absence
de la cause qui les a mis en jeu
et qui à force de perdre de son énergie
s'est retirée ( ce qui arrive dans le second
tems de l'action de cette liqueur ) il faut
non seulement que ces puissances revien
nent sur elles- mêmes mais encore que
leur vigueur soit moindre qu'auparavant
pour deux raisons. 1º Parceque les fibres
après cette distension outrée se trouvent
lâches et incapables de repren
dre leur état naturel , si ce n'est après
un certain tems qui est celui de la lan~
gueur.. 20 Que les liqueurs épaissies
étant inhabiles au mouvement , obéïssent
moins à la pression des solides relâ
chés , et leur opposent de plus grandes
résistances à surmonter ; pour lors le sang
ralenti dans son cours passe dans le tissu
des muscles , rend leur contraction laborieuse
qui se force de les en dégager ; delà
ces lassitudes ces langueurs qui ne
manquent jamais de succeder à la force
à la fureur même qu'on observe d'abord
D iij
,
dans
66 MERCURE DE FRANCE
dans ceux qui ont usé des liqueurs ardentes
. Ajoutez à cela que le terme de
tout ce desordre étant le racornissement
des solides et l'épaississement des liquides,
ces langueurs perseverent , augmentent
même tous les jours avec l'usage des eauxde
vie , d'où suit ce nombre prodigieux
de maux qui retranchent une bonne partie
des jours de la durée de l'homme.
L'Eau de vie produit moins cette distension
dont il s'agit par sa quantité que
par sa nature , et vous devriez , Monsieur,
avoir ici plus de honte que dans tout autre
endroit de votre Réponse à ma Lettre,
de sentir mieux que personne qu'un de
mes confreres ne sçache point que ce n'est
pas le seul remede qui pris à petite dose
produit dans le corps de très sensibles
effets. Qu'est - ce qu'un grain d'opium
dans un corps de 160. livres ? Est- ce la
1600 partie de ce même corps ? soyez
surpris après cela , tant qu'il vous plaira ,
qu'on prenne 128. onces d'alimens sans
craindre cette distension qui se fait tou
jours appréhender avec juste raison dans
l'usage de l'Eau de vie qui rarefie le sang,
et qui l'épaissit dans des tems differens.
Le terme des tems que l'Eau de vie parcourt
dans sa maniere d'agir étant surve→
nu , les parties solides se trouvent dépourvues
des sucs lymphatiques qui en
humecJANVIER
. 1731. 67 humectent
le tissu , elles en deviennent
plus seches , plus compactes
, plus fortes,
mais aussi plus rebelles aux causes de leurs
mouvemens
, ou plus difficiles à se mettre
en jeu , ce qui fait voir que la langueur
est une suite de ce qui arrive dans
l'usage des liqueurs ardentes , malgré ces
prétendues
contradictions
dont vous nous
faites un crime , dans le tems que nous
si vous eussiez rapsommes
assurés que
porté plus au long ce trait de notre Lettre
, ou que vous eussiez aimé à méditer
plus attentivement
ce qui se passe dans les differens tems de l'action de l'Eau de
vie , vous auriez été moins scrupuleux
sur vos doutes.
{
Permettez
moi , Monsieur , de vous
dire ici qu'il faut ou que vous n'ayez
jamais pris par excès des liqueurs ardentes
, ou que vous n'ayez jamais vu des
gens
livrés à la débauche de l'Eau de vie
et du vin , pour nier la langueur , l'abattement
qui les ensevelit dans le sommeil,
et qui se fait sentir même quelque tems
après le repos ; sans cela il ne vous seroit
pas difficile par ces grands effets qu'une
quantité considerable
de ces liqueurs peut
produire très sensiblement
, d'inferer ma
thematiquement
par des calculs exacts
que vous faites si bien , quel doit être ce
lui d'une plus petite dose ; que si cepen-
Diiij dant
68
MERCURE DE
FRANCE.
faire
dant l'experience qu'un chacun peut
à ses propres dépens n'est pas un moyen
assuré pour vous convaincre du fait dont
il s'agit, tenez vous en à Regnier qui sçait,
sans doute , mieux que Sidenham & c.
Qu'un jeune Medecin vit moins qu'un vieil yvrogne.
C'est sur ce Vers que le Poëte n'a pas
crû , en le faisant , devoir servir de regle
dans la
Medecine , que vous croyez tout
de bon que le témoignage des buveurs
d'Eau de vie ou de vin ne nous est pas
avantageux , fondé veritablement encore
sur ce que s'ils sont exposés aux maladies
rapportées dans notre Lettre , les buveurs
d'eau n'en sont point exemts . Mais je vous
demande ( à part , s'il vous plaît , votre
grand air de confiance ) lesquels de ces
deux sortes de gens sont plus sujets à ces
mêmes maladies ? parlez sans vous émouvoir.
Quoique vous en disiez , on sçait
fort bien que dans le Pays du Nord ou
l'on se permet trop librement ces sortes
de liqueurs , les habitans se voyent tourmentés
de mille maladies , plus rares dans
tout autre climat où l'on est plus reservé
sur leur usage. Il n'est point question de
l'abus de l'eau simple ou de l'Eau de vie ,
on ne nous apprendra rien là dessus ; il
s'agit seulement de cet usage des Eaux
de
JANVIER. 1731. 69.
de vie qui a scû s'introduire parmi les
hommes , et qui fait voir bien souvent
au prix de la perte de la santé d'un très .
grand nombre , qu'il vaudroit mieux suivre
la saine pratique de Fernel de Sydenham
&c. que toutes les rêveries des
Poëtes que vous pouviez rapporter en,
grand nombre contre de si grands Medecins.
Qu'on ne nous accuse point ici cependant
de desaprouver l'Eau de vie ; nous.
sçavons aussi bien que ceux qui semblent
présomptueusement vouloir nous instruire
sur ce sujet , les bons usages que cette
liqueur spiritueuse remplit dans la Mcdecine
comme remede , soit qu'on l'employe
exterieurement ou interieurement,
nais qu'on la regarde comme necessaire
pour la santé. C'est ce que la Medecine,
ne pardonnera jamais à ceux qui font profession
de suivre sa saine doctrine ; il,
n'est pas possible de penser combien j'ai
été touché de reconnoitre dans un de mes
confreres un si fier ennemi contre un sentiment
qui ne peut qu'être salutaire à
l'homme dans le tems que le sien lui
est très dangereux ; en effet , puisque nous
voyons tous les jours des gens dans l'usage
de l'eau douce route pure joüir d'une
parfaite santé , l'homme ne pourroit-il
pas se passer de l'Eau de vie et se bien
DV porter
70 MERCURE DE FRANCE
porter ? dans les siecles plus reculés où
cette liqueur n'étoit point connue , vivoiton
moins qu'aujourd'hui ? les vieux yvrognes
du tems présent ont-ils une plus
belle vieillesse que ceux qui les ont devancés
loin de l'usage du vin où des liqueurs
ardentes ? que peut- on penser sur
cela ? Enfin doute qui voudra que
la maladie
doive plus à l'Eau de vie que la
santé parfaite dans un doute si dangereux
, il n'y aura que des témeraires et
des insensés qui se livreront au danger.
Malgré toute la sagesse de ces précautions
séduisantes que vous exigez dans l'usage
de l'Eau de vie après des grands repas , sous
le faux prétexte d'aider à la digestion
bien loin d'approuver votre pratique en
pareil cas , nous regardons cette liqueur
comme très contraire à cette fonction ;
et la méchanique que vous faites jouer
dans le secours qu'elle y apporte est toutà
fait ridicule. Cette liqueur acide et spiritueuse
, dites vous , tombant dans l'estomac
, perd son activité dans les parties
graisseuses des alimens , et ne garde qu'une
legere force pour exciter la contraction
de ce viscere affaissé sous leur poids ; comme
s'il se trouvoit dans les alimens divic
sés de petites celulles capables de retenir
ces parties spiritueuses , qu'une bouteille
bien bouchée laissé souvent échaper , et
d'en
JANVIER. 1731 7I
d'en refrener l'énergie. Les rapports vi
neux après une débauche semblent nous
montrer assez vrai semblablement qu'il
doit se passer pour lors dans l'estomac
échauffé en tout sens , farci d'alimens et
de vin , ce qui se passe à peu près dans
un alambic sur le feu , où les parties les
plus volatiles de ce qu'on distile ne sçauroient
se tenir cantonnées , intriquées
bien avant dans la texture du mixte , mais
se trouvent forcées d'obéir aux secousses.
du feu , et de donner lateralement en tout
sens contre ses parois , ou de sortir à la
faveur de la premiere issuë qui se présente.
Maintenant si notre conjecture n'est
pas trop hardie , et si on doit attendre un
semblable effet dans l'estomac après l'usage
du vin , quel sera celui des liqueurs
plus volatiles ? c'est alors que les parois.
de ce viscere continuellement agacées ,
arcelées par un nombre infini de petits
corps rigides effarouchés , qui ne peuvent
que les tourmenter considerablement dans
Feurs rudes et fréquentes atteintes , sont
obligées d'exercer des contractions vio→
lentes et extraordinaires dont la digestion
se passeroit plutôt que d'en recevoir du
secours. Vous direz , sans doute , que lesromac
affaissé sous le poids de trop d'alimens
a besoin d'être reveillé pour s'em
dégager.
D vj
Om
72 MERCURE DE FRANCE
>
On répond à cela que comme cette inhabileté
dans le jeu de ces contractions
ne vient que de trop de résistance qui
s'y oppose il ne faut pour les rendre
plus libres , plus aisées , que la diminuer .
Est- ce par le secours des Liqueurs ardentes
qu'on doit esperer d'y réussir ? Mais
au contraire , elles ne serviroient qu'à
dessecher ou durcir davantage cette masse
d'alimens , soit en interceptant le cours
de la Lymphe stomacale , soit en tarissant
la source de la salive et des autres
sucs lymphatiques qui vaquent à la dijestion
; ce qui augmenteroit la résistance
et rendroit les contractions plus laborieuses
; un bon délayant insipide , propre
à s'insinuer dans la masse des alimens
divisez , à la ramolir , à la détremper ,
à la liquefier et à la rendre ainsi docile
aux pressions de ce Viscere et des parties
voisines , suffit pour l'ouvrage de la digestion
; et comme de tous ceux que la
Nature a toujours offerts à l'homme , il
n'en est point de plus capable de s'acquiter
benignement de cet emploi , que
l'eau douce toute pure ; nous la regardons
comme très - salutaire dans cet usage;
alors les alimens en pâte plus détrempée,
plus mole , résistent moins et cedent aisément
aux contractions de ce Viscere
qui s'en dégage sans peine.
Les:
JANVIER. 1731. 73
·
que la
Les Acides de l'Eau de vie ( continuezvous
) fermentant avec les alimens , se
changent en Sels salez , aident à la division
des viandes , passent dans le sang ,
en accelerent le cours et les sécretions.
Croyez vous de bonne foi
chose se passe de même , et pouvezvous
sur votre même air de confiance
nous proposer publiquement une Méchanique
si mal établie ; de semblables.
raisonnemens ne méritent point de réponse
aux preuves que l'on apporte pour
les soutenir ; car outre qu'il se peut fort.
bien que ces Acides ne rencontrant que
des Acides dans les alimens , vous aurez
beau attendre pour lors de la fermentation
et des changemens en Sels salez
que d'ailleurs le chyle qui résulte après.
la dijestion , étant acide et non point salé,
votre changement est imaginaire , c'est
qu'on ne sçauroit convenir avec vous que
l'Eau de vie est un veritable Acide , et.
que prenant les routes du sang , s'il étoit
vrai que cela fût , loin d'en accelerer le
cours , elle ne dût plutôt le ralentir . Enfin
quand même vous auriez droit d'accuser
votre Sel salé d'augmenter le mouvement
des Liqueurs et des sécretions ,
vous avez oublié, sans doute , qu'on ap-.
prend sur les bancs que le cours des Liqueurs
augmenté , est une maladie dans
leurs
བྱ་
74 MERCURE DE FRANCE
leurs mouvemens que l'Eau de vie occasionne
dans son usage , suivant même
Votre sentiment , qui voudroit la faire
passer pour une Eau de santé.
Puisque vous avez pû vous dispenser
de citer les Auteurs de vos fameuses Experiences
, vous auriez pû aussi beaucoup
mieux vous épargner cette délicatesse affectée
qui vous rend si honteux pour ceux
qui les ignorent , et qui n'en font aucun
cas dans des faits étrangers à notre sujet.
On doit regarder l'Eau de vie dans son
usage interieur , quelque moderé qu'il
soit , comme un remede qui altere le
corps , Pharmaca sunt venena , et non
comme un aliment. Ainsi on peut , sans
craindre de perdre un secours pour
la santé
, s'en priver totalement ; et je conseille
à ceux qui se portent bien sans son usage ,
de ne point envier de se mieux porter
en la pratiquant ; Ovide n'est point une
regle pour nous dans la Medecine`, nous
consultons moins ses Ecrits dans l'Art
de guérir , que dans l'Art de plaire ; et il
faut , à la verité , ou que vous ne connoissiez
nullement vos Auteurs , dont vous
auriez pû préferer l'autorité , ou que vous
croyez que les Poëtes ont droit sur des
hypotheses comme la vôtre .
On reconnoît assez maintenant , sans
no en avertir vous -même , que tout ce
que
JANVIER. 1731.
75
que vous nous dites sur l'Eau de vie , n'est
pas si démonstratif que vous le donnez ;
mais plutôt , puisque vous avoüez ingénument
qu'il vous reste encore bien des
doutes sur ce sujet , n'a-t'on pas raison
de penser que dans cette incertitude des
choses où vous vous trouvez , les gens
raisonnables ne s'en rapportent plus à
vos belles paroles , ainsi ayant déja perdu
par un aveu si sincere de votre part , unebonne
partie de leur confiance , nos éclaircissemens
sur vos doutes , vous ayant entierement
desabusé de la votre propre ;
sera-t'il surprenant qu'il n'en reste à present
du tout point à personne ?
Au reste , Monsieur , on auroit grand
fort de ne pas vous juger digne d'excuse ,
vos doutes ne nous ont amusés que très-peu
de tems , et nous n'avons dérobé à nos
Malades que quelques momens pour les
éclaircir quelque grand que soit cet air
de confiance que vous voulez vous donner
en les proposant , ils ne nous ont
pas paru plus recommandables ; tout au
plus de semblables productions d'esprit ,
suivies d'un si grand bruit , ont sçu nous
rappeller la Fable dont parle Horace.
Quid dignum tanto feret hic promissor hiatus
Parturient montes , nascetur ridiculus mus.
A Pezenas , ce 24. Decembre 1730 .
Fermer
Résumé : LETTRE écrite à M. Ziorcal au sujet de sa Réponse à M. Barrés, inserée dans le Mercure du mois d'Octobre 1730. sur l'usage interieur de l'Eau de vie.
L'auteur répond à une lettre de M. Ziorcal publiée dans le Mercure d'octobre 1730, qui traitait de l'usage intérieur de l'eau-de-vie. Il critique l'attitude confiante de M. Ziorcal et souligne que les personnes raisonnables ne se laissent pas facilement convaincre par des arguments imposants mais vagues. L'auteur défend l'utilisation de termes techniques, soutenus par des médecins célèbres, et rejette les critiques de M. Ziorcal sur ces expressions. L'auteur explique que l'eau-de-vie, bien qu'elle relève temporairement les forces, les abat ensuite en poussant les ressorts des solides au-delà de leur tonus naturel, entraînant une langueur. Il illustre ce phénomène par des exemples physiologiques et compare les effets de l'eau-de-vie à ceux des exercices violents. Il souligne que même en petites quantités, l'eau-de-vie peut produire des effets significatifs, similaires à ceux d'un grain d'opium. L'auteur critique M. Ziorcal pour son manque de compréhension des effets à long terme de l'eau-de-vie, qui assèche les parties solides et épaissit les liquides, entraînant diverses maladies. L'auteur discute également des effets de l'eau-de-vie après les repas, la qualifiant d'acide et spiritueuse, et décrivant son action dans l'estomac comme ridicule. Il compare l'effet du vin et des liqueurs volatiles dans l'estomac à celui d'un alambic, où les parties volatiles sont forcées de se déplacer ou de sortir. Il soutient que les liqueurs ardentes ne font que dessécher ou durcir la masse des aliments, augmentant ainsi la résistance et rendant les contractions de l'estomac plus laborieuses. Il recommande l'eau douce comme un délayant insipide pour faciliter la digestion. L'auteur critique les arguments selon lesquels les acides de l'eau-de-vie fermentent avec les aliments pour se transformer en sels salés, accélérant ainsi la digestion. Il conclut en déconseillant l'usage de l'eau-de-vie comme remède, la considérant plutôt comme un médicament altérant le corps. Il invite ceux qui se portent bien sans elle à ne pas l'utiliser et critique les arguments présentés comme non démonstratifs et incertains. L'auteur affirme que, bien que l'eau-de-vie ait des usages médicaux, son abus est dangereux et qu'il vaut mieux suivre les pratiques de médecins comme Fernel et Sydenham. Il invite M. Ziorcal à reconnaître les dangers de l'eau-de-vie et à promouvoir une meilleure hygiène de vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1842
p. 2552-2568
LETTRE de M. Simonnet d'Heurgeville, au sujet des Réflexions sur la Politesse, publiées dans le II . Volume du Mercure de Juin dernier.
Début :
Il m'a paru, Monsieur, que plusieurs des Réflexions sur la Politesse, inserées [...]
Mots clefs :
Lettre, Prieur, Politesse, Dérèglements, Société, Noble, Manière fine, Bienséance, Solide, Essentiel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Simonnet d'Heurgeville, au sujet des Réflexions sur la Politesse, publiées dans le II . Volume du Mercure de Juin dernier.
LETTRE de M. Simonnet
d'Heurgeville , au sujet des Réflexions
sur la Politesse , publiées dans le II . V9-
lume du Mercure de Juin dernier.
I
L m'a paru , Monsieur , que plusieurs
des Réflexions sur la Politesse ,
rées dans le Mercure de Juin dernier
étoient ou peu justes , ou même d'une
dangereuse conséquence , parce qu'elles
semblent autoriser certains déreglemens
qui ne regnent que trop dans le commerce
du monde mais qui n'en sont
pas moins contraires au bon ordre et au
bien de la Societé. Je crois très-fort que
ce n'est pas le dessein de l'Anonime , qui
' en est l'Auteur ; mais comme on pour-
,
roit › contre son intention , abuser de
ses Principes , il ne trouvera pas mauvais
que j'essaye d'en faire voir le foible
de les combatre sans blesser personne.
et
$
La Politesse est une matiere très-délicate
à traiter : il est aussi difficile d'en
parler bien juste , que de la pratiquer
dans toute sa perfection. Les Réflexions
dont il s'agit ici , en sont une preuve.
On voit qu'elles partent d'une bonne
P
main.
NOVEMBRE . 1731. 2553
main. Le style en est ordinairement pur ,
et il y a , dans le fond , beaucoup à profiter
; mais toutes ne sont pas également
judicieuses.
L'Auteur fait avec raison consister le
point capital de la Politesse dans un air
une façon , une maniere de parler et d'agir
qui plaît , maniere noble aisće ,
fine , délicate. » Un homme ; ajoute -t'il,
>
auroit beau être obligeant , serviable ,
» complaisant , civil même sans une
» certaine maniere d'être tout cela , il ne
passeroit que pour un honnête homme,
» et point du- tout pour un homme poli.
Je ne sçai si beaucoup de personnes
seroient d'humeur de souscrire à cette
Proposition si exclusive : ce point du- tout
est un peu fort. Le moyen de concevoir
qu'un homme , quelque obligeant qu'il
soit , quoiqu'on le trouve toujours prêt
à faire plaisir , à rendre de bons offices
facile à se prêter aux differentes inclinations
, et à se conformer à la volonté des
autres , ( c'est ce que veut dire complaisant
, ) quoiqu'il soit instruit de toutes
les bienséances du monde , et exact à les
observer ce qui s'appelle civil ; le
moyen , dis je , de concevoir qu'un tel
homme puisse ne passer point du - tout
pour un homme poli , qu'il puisse ne
Ꭰ rien
2554 MERCURE DE FRANCE
rien avoir de cette maniere qui plaît , et
qui est le point le plus important.
,
Ce qui le caracterise , semble être , au
contraire , le solide , l'essentiel de la Politesse
; le surplus n'en est que l'accessoire
, ou , si l'on veut , la plus grande
perfection, Parce que cet honnête homme
n'aura pas tout le sublime de la Politesse
est-il juste d'assurer qu'il n'est
point du-tout poli ? Pour peu qu'on le
pratique , on sentira aisément qu'il l'est
du moins dans quelques degrés , qu'il
l'est même plus veritablement et plus
naturellement que beaucoup d'autres
qui n'ont que du fard et des apparences
trompeuses quoiqu'ils brillent peutêtre
davantage.
و
Prenons l'Auteur des Réflexions par
ses principes. Il distingue être poli posi
tivement , c'est - à - dire , faire et dire des
choses polies ; et être poli négativement ,
c'est-à- dire , ne rien faire et ne rien dire
d'impoli. Ces termes positivement , négativement
seroienr , peut- être , mieux placés
sur les bancs , mais il s'agit moins ici
des mots que des choses. L'Honnête-
Homme , le bon Homme dont nous par
lons , ne sera- t'il pas , du moins , dans
la seconde Categorie ; car il faut parler
lé langage de l'Ecole , puisqu'on nous
met
NOVEMBRE . 1731. 2555
靈
met dans ce goût ? Suivons l'Auteur
c'est lui-même qui décidera . » Telle est ,
» dit- il , la Politesse de beaucoup de Per-
» sonnes d'un esprit mediocre , qui ne
» laissent pas de se faire aimer , et d'être
» de bonne compagnie jusqu'à un certain
» point , par leur complaisance , leurs
» attentions , & c. Voila tout juste mon
homme complaisant , attentif à rendre
service , et le reste ; il ne laissera pas de
se faire aimer , et d'être de bonne compagnie
jusqu'à un certain point. Il sera
donc poli du moins negativement. Il aura
même une grande partie de la Politesse
qui selon nôtre Auteur , consiste à souffrir
l'impolitesse des autres. Sa bonté
complaisance , sa civilité , ne lui permettront
pas de relever dans les autres les
traits d'impolitesse qu'il y remarquera ,
encore moins de s'en fâcher.
>
sa
Supposons cependant que cet honnête
homme ne passe point du - tout pour
poli ; il passera donc pour impoli il ?
n'y a point de milieu. C'est à l'Auteur
à nous dire dans quel genre d'impolitesse
il faut mettre la vertu officieuse
la complaisance , la civilité. Lui - même
distingue deux sortes d'impolitesse : l'une
de malice , qui attire la haine , l'autre de
grossiereté , qui attire le mépris. Laquelle
Dij des
2556 MERCURE DE FRANCE
des deux convient à un si honnête homme?
Il n'y paroît point tant de malice :
bien éloigné de vouloir faire de la peine ,
il est tout obligeant , tout serviable. La
grossiereté qui attire le mépris , ne se
trouve pas non plus dans un homme complaisant
et civil : où est donc l'impoli
tesse et s'il n'y en a point , comment
peut-on dire qu'il ne passera point dutout
pour un homme poli ?
L'impolitesse est toûjours choquante¸
et ne peut jamais plaire ; le caractere dont
nous parlons , plaît du moins quelquefois
, et ne blesse pas toujours ; seroit-ce
trop dire que d'avancer qu'il est des
plus aimables ?
Selon l'Auteur , l'accusation d'impolitesse
est une des plus grandes injures.
Etre appellé impoli , est , à mon avis , ditil
, une plus grande injure , que d'être appellé
malin et satyrique . Peut-être trouvera-
t'on qu'il outre un peu ; mais soit :
dans sa pensée , quelle insulte ne fait - il
pas à cet honnête homme , à cet homme
officieux , toûjours prêt à rendre service ,
à cet homme prévenant par ses complaisances
et ses civilitez , quand il assure
hardiment qu'il a beau être tel , qu'il ne
passera point du- tout pour un homme poli ?
Une injure pareille dans l'opinion de
celui
NOVEMBRE. 1731. 2559
celui qui l'a fait , l'obligeroit à répara
tion d'honneur par quel endroit un
homme d'un si bon caractere se l'est- il
attirée ?
Franchement il seroit à plaindre , si
tout le monde , sur la parole de l'inconnu
, consentoit à le regarder comme un
homme qui n'a aucune politesse. Le Public
est trop équitable pour donner dans
cet excès. Quoiqu'en dise l'Anonime ,
il verra de bon ceil tour homme qui
sçaura joindre à un air obligeant et serviable
, beaucoup de complaisance et
de civilité. Il y trouvera sûrement de
la Politesse.
,
,
Qui ne s'étonnera que lAuteur des Réflexions
, après avoir élevé si haut la po.
litesse , que que très peu de personnes y pourroient
atteindre la rabaisse tout d'un
coup , et la dégrade jusqu'à la rendre
vicieuse nécessairement ou au moins
défectueuse ? Si on l'en croit , on ne
peut être poli sans déguisement et sans
adulation. Il regarde la difficulté de feindre
et de dissimuler comme un grand
obstacle à la Politesse . A l'entendre , cette
difficulté est universelle. L'Homme , ditil
, est naturellement sincere il aime à dire
ce qu'il pense , et à témoigner ce qu'il sent.
On ne voit pas comment une Proposi-
Diij tion
2558 MERCURE DE FRANCE
tion si generale s'accorde avec le genie
et le caractere de plus d'une Nation , et
des Peuples de quelques-unes de nos Provinces.
Je ne les nomme pas : ils sont
assez connus par leur penchant naturel
au déguisement et à la duplicité. Le François
même n'est pas toujours si franc.
C'est souvent l'yvresse de quelque passion
, plutôt que le naturel ,
qui fait
qu'on se montre par son foible , et qu'on
parle plus qu'on ne voudroit. L'Homme
de sang froid est ordinairement plus réservé
et plus circonspect.
deو
Il s'en faut bien que M. l'Abbé de
Bellegarde soit du sentiment de nôtre
Auteur , lui qui avance qu'on ne trouve
sinceres
gens que ceux qui n'ont pas
assez d'esprit pour être fourbes. M. Esprit
prend un juste milieu entre ces deux
opinions si opposées. » Comme il y a ,
» dit- il , des gens qui naissent courageux,
» d'autres chastes , il y a aussi des natu-
» rels sinceres , et des gens qui se font
» une vraie violence quand ils sont con-
>> traints d'user de dissimulation . Il y en
» a d'autres tout-à- fait opposés à ceux ci ,
» qui ne peuvent jamais parler avec fran
» chise , et à qui il est toûjours agréable
de se déguiser.
23
De ces deux sortes de personnes , les
derNOVEMBRE
1731. 2559
dernieres sont les seules que nôtre Auteur
croit être de mise pour la Politesse : les
autres , à son jugement , n'en sont pas
succeptibles. Disons tout , ( c'est lui qui
» parle , ) le seul penchant à la sincerité
» le grand éloignement de tout déguise
ment et de toute dissimulation suffic
» pour rendre impoli : il va plus loin .
On ne se bornera pas même , ( ajoûte-
» t'il , à accuser la sincerité d'impoli
» tesse .... celui qui parleroit toûjours
avec une entiere sincerité
» pour malin.
passeroit
Voilà donc la candeur , la bonne foi ,
la sincerité exclues nécessairement du
commerce du beau monde et des Personnes
polies. Tout homme qui aimera
la droiture , qui aura un coeur ouvert ,
une parfaite ingenuité , n'y sera pas bien
venu ; on l'exclura des cercles et des
compagnies comme un homme grossier ,
rustique , impoli , malin même , ou bien
il n'y sera qu'à charge. Chacun ne paroîtra
poli qu'à mesure qu'il aura d'adresse
à feindre à se déguiser , à dissimuler,
Cette honnête liberté cette aimable
franchise , cette communication mutuelle
et entiere de pensées et de sentimens ,
qui formoient autrefois les plus doux
fiens de l'amitié , qui faisoient l'agrément
Diiij des
2560 MERCURE DE FRANCE
des conversations n'étoient bonnes apparamment
que pour nos vieux Peres : Il
faudra d'autres rafinemens pour un siécle
aussi poli que le notre. La Politesse ne
sera qu'hypocrisie , la societé qu'un commerce
de mensonges , officieux, ou, comme
dit M. Flechier , l'on se fera une politesse
de tromper , et un plaisir d'être trompé.
C'est l'idée précise de cette Politesse
trop en regne , qui exclud la sincerité ,
dont l'ame est le déguisement et la dissimulation
; mais doit-on l'autoriser ?
N'y a- t'il pas une Politesse plus saine ,
plus vraïe seule digne d'approbation ;
une politesse qui n'exclud aucune des
vertus , mais qui les rend plus agréables ;
une Politesse qui tempere les rigueurs de
la sincerité , et qui la fait paroître avec
graces et avec noblesse.
>
Ce qui trompe l'Auteur des Refléxions
, c'est qu'il confond la sincerité
avec l'indiscretion et la témerité , qui
porteroient un homme à dire tout ce
qu'il penseroit , ou à faire tout ce qu'il
voudroit. Il y a , dit M. l'Abbé de Belle-
» garde , une grande difference entre la
>> sincerité et une certaine démangeaison
» de parler , qui fair qu'on s'ouvte à
>> tout le monde. La sincerité ne doit
être ni indiscrette , ni étourdie .
Ainsi
NOVEMBRE. 1731. 2561
'Ainsi , renfermons la sincerité dans
ses justes bornes , considerons- la dans
ce milieu , dans ce point fixe , qui la
tient comme en équilibre entre l'indiscretion
et la dissimulation vices dont
l'un la détruit absolument , et l'autre la
fait dégenerer nous trouverons que
pour être très- sincere on n'en est pas
moins poli.
›
La sincerité consiste à dire toûjours
vrai quand on est obligé de parler , mais
elle n'oblige pas à le faire d'une maniere
choquante , imperieuse , passionnée. La
sincerité consiste encore à mettre simplement
au jour ses pensées , à découvrir
ses sentimens , lorsque la necessité ,
l'utilité , les circonstances le demandent,
ou du moins le permettent , mais elle
ne veut pas qu'on le fasse avec imprudence
et sans discernement ; c'est une
vertu qui n'a rien de commun avec la
contagion du vice. Jamais personne ne
dira qu'on manque de sincerité pour tenir
caché dans le secret du coeur ce qui
doit l'être , du consentement de tout le
monde ; ce n'est- là ni déguisement , ni
dissimulation . On ne regarde comme déguisé
, comme dissimulé , que celui qui
se cache lorsqu'il devroit se montrer , ou
qu'il le pourroit sans aucun risque.
Dv C'est
2562 MERCURE DE FRANCE
›
C'est donc avoir une idée trop desavantageuse
de la politesse , que d'en exclure
la sincerité , la franchise , la naïveté,
qui n'en sont pas les moindres agrémens
, et d'y faire entrer la feinte le
déguisement , la dissimulation , qui la
rendroient même odieuse . En effet il y
a peu de personnes que le deffaut de
sincerité , le déguisement , la dissimulàtion
, conius , noffensent ; or , comme
malgré toutes les ruses et les belles démonstrations
, on pourroit souvent s'en
appercevoir , il arriveroit que cette prétendue
politesse elle-même seroit offensante
, bien loin d'être agréable , marque évidente
de sa defectuosité et de sa fausseté.
Le pis est qu'on y fait entrer l'adulation
, comme partie principale . « La
» politesse ( dit - on ) consiste sur tout à
» témoigner aux autres de la considera-
>tion et de l'estime, à flater leur orgueil.
» La vanité est la source , l'assaisonne-
» ment de nos plus grands plaisirs ; il
faut l'avouer , il n'y a que trop de personnes
qui sont de ce goût- là, et qui mettent
leurs délices à se repaître de vanité
; mais il s'en trouve aussi beaucoup
qui puisent leurs plus grands plaisirs dans
des sources plus pures et qui veulent dư
solide.
Quoiqu'il
NOVEMBRE. 1731 .
2563
Quoiqu'il en soit, n'est- ce pas toûjours
une lâche , une indigne condescendance
que de s'asservir à faire le personnage d'adulateur
, si finement qu'on s'y méprenne
de s'occuper sur tout à flatter l'orgueil
, la plus funeste de toutes les passions
? La politesse engage à ne le pas
blesser , à le menager , à l'épargner autant
que le devoir et la conscience n'y
sont point interressez , dans la crainte de
le révolter ; mais elle n'exige pas qu'on
le fomente , qu'on le flatte , qu'on le caresse
; la Religion , l'équité , la verité le
deffendent. On a toûjours regardé la flaterie
comme une honteuse bassesse indigne
d'un honnête homme , comment
donc s'imaginer qu'elle entre dans la politesse
, qui , selon l'Auteur , doit avoir
quelque chose de noble dans ses manieres
?
On peut , on doit même en bien des
Occasions travailler à détruire le regne de
Ia vanité ; abaisser l'orgueil , mortifier
F'amour propre , souvent l'avantage du
Prochain , les interêts de la justice et de
la verité l'exigent. Le tout est de s'y
prendre finement , avec délicatesse', d'une
maniere qui n'ait rien de rude , rien
de choquant , desorte que les personnes
les plus hautes et les plus fieres , ne puis-
D vj seng
&
2564 MERCURE DE FRANCE
sent s'en aigrir ; et c'est le grand art de
la politesse. Jamais elle n'est plus d'usage
que quand il faut blâmer, reprendre ,
dětromper , contredire ; elle enseigne à
le faire comme à regret , et avec tant de
ménagement et d'adresse , avec taat d'agrément
même , qu'on ne peut s'en offenser.
Il s'en faut donc bien qu'elle soit l'esclave
de la vanité , assujettie à la nourrir
par la flatterie ; elle en est au contraire
la maîtresse , elle sçait la gouverner avec
dexterité , la moderer , la tourner contre
elle-même , y jetter à propos un certain
ridicule qui la rend insensiblement hon- ·
teuse et méprisable aux yeux même des
personnes qui en sont les plus entêtées.
L'Auteur des Refléxions n'a gueres
mieux réussi dans quelques - uns des
moyens qu'il indique pour acquerir ou
perfectionner la politesse. » Pour se perfectionner
( dit- il ) et se fortifier dans la
» pratique de la politesse , il seroit peut-
» être utile quelquefois de se trouver avec
» des gens impolis .... leur impolitesse,
» déplaît , l'on voit en quoi ils manquent
» et par là l'on n'y tombe pas.
Voilà un secret admirable et tout nouveau
de se perfectionner dans la pratique
de la politesse ! Il est vrai que l'Auteur
paroît
NOVEMBRE . 1731. 2563
paroît ne le proposer qu'en tremblant ,
il en sent peut- être lui - même le foible.
la raison qu'il apporte , prouve tout au
plus qu'on se tiendra en garde pour ne
pas faire les fautes grossieres qui déplaisent
dans les gens impolis ; qu'à la vûë
de leurs deffauts les plus frappants , on
pourra sentir les avantages de la politesse
et s'y affectionner ; mais de dire que leur
fréquentation puisse être plus utile que
celle des personnes polies pour se pèrfectionner
et se fortifier dans la pratique
de la politesse , c'est ce qui ne paroît
pas probable et ce qui est contraire à l'experience.
Le mauvais exemple favorisé
par le mauvais penchant, a plus de force
pour nous corrompre , que
le bon exemple
pour nous soutenir ou nous redresser.
Ecoutons encore parler l'Auteur :» Des
» occasions fréquentes d'agir ( dit- il ) et
» de surmonter une difficulté considera-
» ble , avancent bien mieux que de sim
ples exemples . » L'application de ce
principe au sujet dont il s'agit , n'est pas
des plus claires. On sçait qu'il y a bien
des occasions de souffrir des grossieretez ,
de l'impolitesse ; mais il n'est pas aisé de
deviner
ce que l'Auteur entend
Occasions fréquentes d'agir , et par cette
difficulté considerable qu'il faudra sur-
-·
par ces
monter
2566 MERCURE DE FRANCE
monter , dont il tire plus d'avancement
pour la politesse , que des simples exemples
; c'est une Enigme un peu obscure ,
dont il faut attendre de lui - même l'explication
, s'il juge à propos de la donner.
Je doute que tout le monde soit de son
sentiment, lorsqu'il avance qu'il n'y a pas
tant à profiter des exemples de politesse que
nous donnent les femmes , que de la necessité
où nous sommes d'en avoir beaucoup à leur
égard. La difficulté consiste à sçavoir si
la necessité d'être poli avec les Dames
rendra un homme effectivement plus poli,
que tous les exemples de politesse qu'elles
peuvent lui donner. Je comprens que
la necessité l'obligera de s'étudier avec
soin à être poli ; mais son étude sera vaine,
et il n'y fera aucun progrès , s'il n'a d'excellens
modeles pour se former. Comme
dit fort bien l'Auteur : La politesse est
une chose d'experience et d'usage ; or dans
toutes les choses d'experience et d'usage,
il faut necessairement avoir devant lesyeux
quelque modele qui guide et qui
dirige , sans quoi on n'y réussiroit jamais
et on n'y comprendroit rien . En genrede
politesse où trouvera- t'on des modeles
plus accomplis que chez les Dames ?
Mais je laisse cette discussion aux personnes
du monde qui sont plus au fair
de
NOVEMBRE . 1731. 2567
de ce qui les concerne , et je finis par
l'Observation suivante .
›
L'Auteur , après avoir dit que la réputation
d'homme poli attire tout ensemble l'estime
et l'amour , semble dans la suite se
rétracter. Il distingue trois sortes de mérites
: le mérite estimable , le mérite aimable ,
le mérite agréable. Et il ajoûte : le mérite
agréable est proprement celui de la politesse
Ce qui donne à entendre que le propre
mérite de la politesse n'est pas tant d'attirer
l'estime et l'amour , que de paroître
agréable. Ne fera- t'on pas mieux de
dire que ces trois mérites conviennent
proprement à la politesse ? Par son air
noble elle est estimable , par sa douceur
et sa complaisance elle est aimable , par
ses manieres aisées , fines , délicates , elle
est agréable.
Si pour se déclarer amateur de la jusresse
et de la sincerité , ennemi du déguisement
, de la dissimulation , de la
flaterie , on encouroit necessairement le
blâme d'impolitesse , j'aurois tout à crain
dre de ce côté- là . Je m'abandonne au jugement
du Public , et sans me flater ni
prévenir ses suffrages , je crois lui devoir
la justice de penser qu'il me sera favorable
dans le parti que j'embrasse , et j'espere
qu'en consideration de la bonté de
ina
ا ی ک
2568 MERCURE DE FRANCE
ma cause, il me fera grace, si je ne l'ai pas
deffendue avec assez d'agrément et de
plaisir. Je suis , Monsieur , &c.
d'Heurgeville , au sujet des Réflexions
sur la Politesse , publiées dans le II . V9-
lume du Mercure de Juin dernier.
I
L m'a paru , Monsieur , que plusieurs
des Réflexions sur la Politesse ,
rées dans le Mercure de Juin dernier
étoient ou peu justes , ou même d'une
dangereuse conséquence , parce qu'elles
semblent autoriser certains déreglemens
qui ne regnent que trop dans le commerce
du monde mais qui n'en sont
pas moins contraires au bon ordre et au
bien de la Societé. Je crois très-fort que
ce n'est pas le dessein de l'Anonime , qui
' en est l'Auteur ; mais comme on pour-
,
roit › contre son intention , abuser de
ses Principes , il ne trouvera pas mauvais
que j'essaye d'en faire voir le foible
de les combatre sans blesser personne.
et
$
La Politesse est une matiere très-délicate
à traiter : il est aussi difficile d'en
parler bien juste , que de la pratiquer
dans toute sa perfection. Les Réflexions
dont il s'agit ici , en sont une preuve.
On voit qu'elles partent d'une bonne
P
main.
NOVEMBRE . 1731. 2553
main. Le style en est ordinairement pur ,
et il y a , dans le fond , beaucoup à profiter
; mais toutes ne sont pas également
judicieuses.
L'Auteur fait avec raison consister le
point capital de la Politesse dans un air
une façon , une maniere de parler et d'agir
qui plaît , maniere noble aisće ,
fine , délicate. » Un homme ; ajoute -t'il,
>
auroit beau être obligeant , serviable ,
» complaisant , civil même sans une
» certaine maniere d'être tout cela , il ne
passeroit que pour un honnête homme,
» et point du- tout pour un homme poli.
Je ne sçai si beaucoup de personnes
seroient d'humeur de souscrire à cette
Proposition si exclusive : ce point du- tout
est un peu fort. Le moyen de concevoir
qu'un homme , quelque obligeant qu'il
soit , quoiqu'on le trouve toujours prêt
à faire plaisir , à rendre de bons offices
facile à se prêter aux differentes inclinations
, et à se conformer à la volonté des
autres , ( c'est ce que veut dire complaisant
, ) quoiqu'il soit instruit de toutes
les bienséances du monde , et exact à les
observer ce qui s'appelle civil ; le
moyen , dis je , de concevoir qu'un tel
homme puisse ne passer point du - tout
pour un homme poli , qu'il puisse ne
Ꭰ rien
2554 MERCURE DE FRANCE
rien avoir de cette maniere qui plaît , et
qui est le point le plus important.
,
Ce qui le caracterise , semble être , au
contraire , le solide , l'essentiel de la Politesse
; le surplus n'en est que l'accessoire
, ou , si l'on veut , la plus grande
perfection, Parce que cet honnête homme
n'aura pas tout le sublime de la Politesse
est-il juste d'assurer qu'il n'est
point du-tout poli ? Pour peu qu'on le
pratique , on sentira aisément qu'il l'est
du moins dans quelques degrés , qu'il
l'est même plus veritablement et plus
naturellement que beaucoup d'autres
qui n'ont que du fard et des apparences
trompeuses quoiqu'ils brillent peutêtre
davantage.
و
Prenons l'Auteur des Réflexions par
ses principes. Il distingue être poli posi
tivement , c'est - à - dire , faire et dire des
choses polies ; et être poli négativement ,
c'est-à- dire , ne rien faire et ne rien dire
d'impoli. Ces termes positivement , négativement
seroienr , peut- être , mieux placés
sur les bancs , mais il s'agit moins ici
des mots que des choses. L'Honnête-
Homme , le bon Homme dont nous par
lons , ne sera- t'il pas , du moins , dans
la seconde Categorie ; car il faut parler
lé langage de l'Ecole , puisqu'on nous
met
NOVEMBRE . 1731. 2555
靈
met dans ce goût ? Suivons l'Auteur
c'est lui-même qui décidera . » Telle est ,
» dit- il , la Politesse de beaucoup de Per-
» sonnes d'un esprit mediocre , qui ne
» laissent pas de se faire aimer , et d'être
» de bonne compagnie jusqu'à un certain
» point , par leur complaisance , leurs
» attentions , & c. Voila tout juste mon
homme complaisant , attentif à rendre
service , et le reste ; il ne laissera pas de
se faire aimer , et d'être de bonne compagnie
jusqu'à un certain point. Il sera
donc poli du moins negativement. Il aura
même une grande partie de la Politesse
qui selon nôtre Auteur , consiste à souffrir
l'impolitesse des autres. Sa bonté
complaisance , sa civilité , ne lui permettront
pas de relever dans les autres les
traits d'impolitesse qu'il y remarquera ,
encore moins de s'en fâcher.
>
sa
Supposons cependant que cet honnête
homme ne passe point du - tout pour
poli ; il passera donc pour impoli il ?
n'y a point de milieu. C'est à l'Auteur
à nous dire dans quel genre d'impolitesse
il faut mettre la vertu officieuse
la complaisance , la civilité. Lui - même
distingue deux sortes d'impolitesse : l'une
de malice , qui attire la haine , l'autre de
grossiereté , qui attire le mépris. Laquelle
Dij des
2556 MERCURE DE FRANCE
des deux convient à un si honnête homme?
Il n'y paroît point tant de malice :
bien éloigné de vouloir faire de la peine ,
il est tout obligeant , tout serviable. La
grossiereté qui attire le mépris , ne se
trouve pas non plus dans un homme complaisant
et civil : où est donc l'impoli
tesse et s'il n'y en a point , comment
peut-on dire qu'il ne passera point dutout
pour un homme poli ?
L'impolitesse est toûjours choquante¸
et ne peut jamais plaire ; le caractere dont
nous parlons , plaît du moins quelquefois
, et ne blesse pas toujours ; seroit-ce
trop dire que d'avancer qu'il est des
plus aimables ?
Selon l'Auteur , l'accusation d'impolitesse
est une des plus grandes injures.
Etre appellé impoli , est , à mon avis , ditil
, une plus grande injure , que d'être appellé
malin et satyrique . Peut-être trouvera-
t'on qu'il outre un peu ; mais soit :
dans sa pensée , quelle insulte ne fait - il
pas à cet honnête homme , à cet homme
officieux , toûjours prêt à rendre service ,
à cet homme prévenant par ses complaisances
et ses civilitez , quand il assure
hardiment qu'il a beau être tel , qu'il ne
passera point du- tout pour un homme poli ?
Une injure pareille dans l'opinion de
celui
NOVEMBRE. 1731. 2559
celui qui l'a fait , l'obligeroit à répara
tion d'honneur par quel endroit un
homme d'un si bon caractere se l'est- il
attirée ?
Franchement il seroit à plaindre , si
tout le monde , sur la parole de l'inconnu
, consentoit à le regarder comme un
homme qui n'a aucune politesse. Le Public
est trop équitable pour donner dans
cet excès. Quoiqu'en dise l'Anonime ,
il verra de bon ceil tour homme qui
sçaura joindre à un air obligeant et serviable
, beaucoup de complaisance et
de civilité. Il y trouvera sûrement de
la Politesse.
,
,
Qui ne s'étonnera que lAuteur des Réflexions
, après avoir élevé si haut la po.
litesse , que que très peu de personnes y pourroient
atteindre la rabaisse tout d'un
coup , et la dégrade jusqu'à la rendre
vicieuse nécessairement ou au moins
défectueuse ? Si on l'en croit , on ne
peut être poli sans déguisement et sans
adulation. Il regarde la difficulté de feindre
et de dissimuler comme un grand
obstacle à la Politesse . A l'entendre , cette
difficulté est universelle. L'Homme , ditil
, est naturellement sincere il aime à dire
ce qu'il pense , et à témoigner ce qu'il sent.
On ne voit pas comment une Proposi-
Diij tion
2558 MERCURE DE FRANCE
tion si generale s'accorde avec le genie
et le caractere de plus d'une Nation , et
des Peuples de quelques-unes de nos Provinces.
Je ne les nomme pas : ils sont
assez connus par leur penchant naturel
au déguisement et à la duplicité. Le François
même n'est pas toujours si franc.
C'est souvent l'yvresse de quelque passion
, plutôt que le naturel ,
qui fait
qu'on se montre par son foible , et qu'on
parle plus qu'on ne voudroit. L'Homme
de sang froid est ordinairement plus réservé
et plus circonspect.
deو
Il s'en faut bien que M. l'Abbé de
Bellegarde soit du sentiment de nôtre
Auteur , lui qui avance qu'on ne trouve
sinceres
gens que ceux qui n'ont pas
assez d'esprit pour être fourbes. M. Esprit
prend un juste milieu entre ces deux
opinions si opposées. » Comme il y a ,
» dit- il , des gens qui naissent courageux,
» d'autres chastes , il y a aussi des natu-
» rels sinceres , et des gens qui se font
» une vraie violence quand ils sont con-
>> traints d'user de dissimulation . Il y en
» a d'autres tout-à- fait opposés à ceux ci ,
» qui ne peuvent jamais parler avec fran
» chise , et à qui il est toûjours agréable
de se déguiser.
23
De ces deux sortes de personnes , les
derNOVEMBRE
1731. 2559
dernieres sont les seules que nôtre Auteur
croit être de mise pour la Politesse : les
autres , à son jugement , n'en sont pas
succeptibles. Disons tout , ( c'est lui qui
» parle , ) le seul penchant à la sincerité
» le grand éloignement de tout déguise
ment et de toute dissimulation suffic
» pour rendre impoli : il va plus loin .
On ne se bornera pas même , ( ajoûte-
» t'il , à accuser la sincerité d'impoli
» tesse .... celui qui parleroit toûjours
avec une entiere sincerité
» pour malin.
passeroit
Voilà donc la candeur , la bonne foi ,
la sincerité exclues nécessairement du
commerce du beau monde et des Personnes
polies. Tout homme qui aimera
la droiture , qui aura un coeur ouvert ,
une parfaite ingenuité , n'y sera pas bien
venu ; on l'exclura des cercles et des
compagnies comme un homme grossier ,
rustique , impoli , malin même , ou bien
il n'y sera qu'à charge. Chacun ne paroîtra
poli qu'à mesure qu'il aura d'adresse
à feindre à se déguiser , à dissimuler,
Cette honnête liberté cette aimable
franchise , cette communication mutuelle
et entiere de pensées et de sentimens ,
qui formoient autrefois les plus doux
fiens de l'amitié , qui faisoient l'agrément
Diiij des
2560 MERCURE DE FRANCE
des conversations n'étoient bonnes apparamment
que pour nos vieux Peres : Il
faudra d'autres rafinemens pour un siécle
aussi poli que le notre. La Politesse ne
sera qu'hypocrisie , la societé qu'un commerce
de mensonges , officieux, ou, comme
dit M. Flechier , l'on se fera une politesse
de tromper , et un plaisir d'être trompé.
C'est l'idée précise de cette Politesse
trop en regne , qui exclud la sincerité ,
dont l'ame est le déguisement et la dissimulation
; mais doit-on l'autoriser ?
N'y a- t'il pas une Politesse plus saine ,
plus vraïe seule digne d'approbation ;
une politesse qui n'exclud aucune des
vertus , mais qui les rend plus agréables ;
une Politesse qui tempere les rigueurs de
la sincerité , et qui la fait paroître avec
graces et avec noblesse.
>
Ce qui trompe l'Auteur des Refléxions
, c'est qu'il confond la sincerité
avec l'indiscretion et la témerité , qui
porteroient un homme à dire tout ce
qu'il penseroit , ou à faire tout ce qu'il
voudroit. Il y a , dit M. l'Abbé de Belle-
» garde , une grande difference entre la
>> sincerité et une certaine démangeaison
» de parler , qui fair qu'on s'ouvte à
>> tout le monde. La sincerité ne doit
être ni indiscrette , ni étourdie .
Ainsi
NOVEMBRE. 1731. 2561
'Ainsi , renfermons la sincerité dans
ses justes bornes , considerons- la dans
ce milieu , dans ce point fixe , qui la
tient comme en équilibre entre l'indiscretion
et la dissimulation vices dont
l'un la détruit absolument , et l'autre la
fait dégenerer nous trouverons que
pour être très- sincere on n'en est pas
moins poli.
›
La sincerité consiste à dire toûjours
vrai quand on est obligé de parler , mais
elle n'oblige pas à le faire d'une maniere
choquante , imperieuse , passionnée. La
sincerité consiste encore à mettre simplement
au jour ses pensées , à découvrir
ses sentimens , lorsque la necessité ,
l'utilité , les circonstances le demandent,
ou du moins le permettent , mais elle
ne veut pas qu'on le fasse avec imprudence
et sans discernement ; c'est une
vertu qui n'a rien de commun avec la
contagion du vice. Jamais personne ne
dira qu'on manque de sincerité pour tenir
caché dans le secret du coeur ce qui
doit l'être , du consentement de tout le
monde ; ce n'est- là ni déguisement , ni
dissimulation . On ne regarde comme déguisé
, comme dissimulé , que celui qui
se cache lorsqu'il devroit se montrer , ou
qu'il le pourroit sans aucun risque.
Dv C'est
2562 MERCURE DE FRANCE
›
C'est donc avoir une idée trop desavantageuse
de la politesse , que d'en exclure
la sincerité , la franchise , la naïveté,
qui n'en sont pas les moindres agrémens
, et d'y faire entrer la feinte le
déguisement , la dissimulation , qui la
rendroient même odieuse . En effet il y
a peu de personnes que le deffaut de
sincerité , le déguisement , la dissimulàtion
, conius , noffensent ; or , comme
malgré toutes les ruses et les belles démonstrations
, on pourroit souvent s'en
appercevoir , il arriveroit que cette prétendue
politesse elle-même seroit offensante
, bien loin d'être agréable , marque évidente
de sa defectuosité et de sa fausseté.
Le pis est qu'on y fait entrer l'adulation
, comme partie principale . « La
» politesse ( dit - on ) consiste sur tout à
» témoigner aux autres de la considera-
>tion et de l'estime, à flater leur orgueil.
» La vanité est la source , l'assaisonne-
» ment de nos plus grands plaisirs ; il
faut l'avouer , il n'y a que trop de personnes
qui sont de ce goût- là, et qui mettent
leurs délices à se repaître de vanité
; mais il s'en trouve aussi beaucoup
qui puisent leurs plus grands plaisirs dans
des sources plus pures et qui veulent dư
solide.
Quoiqu'il
NOVEMBRE. 1731 .
2563
Quoiqu'il en soit, n'est- ce pas toûjours
une lâche , une indigne condescendance
que de s'asservir à faire le personnage d'adulateur
, si finement qu'on s'y méprenne
de s'occuper sur tout à flatter l'orgueil
, la plus funeste de toutes les passions
? La politesse engage à ne le pas
blesser , à le menager , à l'épargner autant
que le devoir et la conscience n'y
sont point interressez , dans la crainte de
le révolter ; mais elle n'exige pas qu'on
le fomente , qu'on le flatte , qu'on le caresse
; la Religion , l'équité , la verité le
deffendent. On a toûjours regardé la flaterie
comme une honteuse bassesse indigne
d'un honnête homme , comment
donc s'imaginer qu'elle entre dans la politesse
, qui , selon l'Auteur , doit avoir
quelque chose de noble dans ses manieres
?
On peut , on doit même en bien des
Occasions travailler à détruire le regne de
Ia vanité ; abaisser l'orgueil , mortifier
F'amour propre , souvent l'avantage du
Prochain , les interêts de la justice et de
la verité l'exigent. Le tout est de s'y
prendre finement , avec délicatesse', d'une
maniere qui n'ait rien de rude , rien
de choquant , desorte que les personnes
les plus hautes et les plus fieres , ne puis-
D vj seng
&
2564 MERCURE DE FRANCE
sent s'en aigrir ; et c'est le grand art de
la politesse. Jamais elle n'est plus d'usage
que quand il faut blâmer, reprendre ,
dětromper , contredire ; elle enseigne à
le faire comme à regret , et avec tant de
ménagement et d'adresse , avec taat d'agrément
même , qu'on ne peut s'en offenser.
Il s'en faut donc bien qu'elle soit l'esclave
de la vanité , assujettie à la nourrir
par la flatterie ; elle en est au contraire
la maîtresse , elle sçait la gouverner avec
dexterité , la moderer , la tourner contre
elle-même , y jetter à propos un certain
ridicule qui la rend insensiblement hon- ·
teuse et méprisable aux yeux même des
personnes qui en sont les plus entêtées.
L'Auteur des Refléxions n'a gueres
mieux réussi dans quelques - uns des
moyens qu'il indique pour acquerir ou
perfectionner la politesse. » Pour se perfectionner
( dit- il ) et se fortifier dans la
» pratique de la politesse , il seroit peut-
» être utile quelquefois de se trouver avec
» des gens impolis .... leur impolitesse,
» déplaît , l'on voit en quoi ils manquent
» et par là l'on n'y tombe pas.
Voilà un secret admirable et tout nouveau
de se perfectionner dans la pratique
de la politesse ! Il est vrai que l'Auteur
paroît
NOVEMBRE . 1731. 2563
paroît ne le proposer qu'en tremblant ,
il en sent peut- être lui - même le foible.
la raison qu'il apporte , prouve tout au
plus qu'on se tiendra en garde pour ne
pas faire les fautes grossieres qui déplaisent
dans les gens impolis ; qu'à la vûë
de leurs deffauts les plus frappants , on
pourra sentir les avantages de la politesse
et s'y affectionner ; mais de dire que leur
fréquentation puisse être plus utile que
celle des personnes polies pour se pèrfectionner
et se fortifier dans la pratique
de la politesse , c'est ce qui ne paroît
pas probable et ce qui est contraire à l'experience.
Le mauvais exemple favorisé
par le mauvais penchant, a plus de force
pour nous corrompre , que
le bon exemple
pour nous soutenir ou nous redresser.
Ecoutons encore parler l'Auteur :» Des
» occasions fréquentes d'agir ( dit- il ) et
» de surmonter une difficulté considera-
» ble , avancent bien mieux que de sim
ples exemples . » L'application de ce
principe au sujet dont il s'agit , n'est pas
des plus claires. On sçait qu'il y a bien
des occasions de souffrir des grossieretez ,
de l'impolitesse ; mais il n'est pas aisé de
deviner
ce que l'Auteur entend
Occasions fréquentes d'agir , et par cette
difficulté considerable qu'il faudra sur-
-·
par ces
monter
2566 MERCURE DE FRANCE
monter , dont il tire plus d'avancement
pour la politesse , que des simples exemples
; c'est une Enigme un peu obscure ,
dont il faut attendre de lui - même l'explication
, s'il juge à propos de la donner.
Je doute que tout le monde soit de son
sentiment, lorsqu'il avance qu'il n'y a pas
tant à profiter des exemples de politesse que
nous donnent les femmes , que de la necessité
où nous sommes d'en avoir beaucoup à leur
égard. La difficulté consiste à sçavoir si
la necessité d'être poli avec les Dames
rendra un homme effectivement plus poli,
que tous les exemples de politesse qu'elles
peuvent lui donner. Je comprens que
la necessité l'obligera de s'étudier avec
soin à être poli ; mais son étude sera vaine,
et il n'y fera aucun progrès , s'il n'a d'excellens
modeles pour se former. Comme
dit fort bien l'Auteur : La politesse est
une chose d'experience et d'usage ; or dans
toutes les choses d'experience et d'usage,
il faut necessairement avoir devant lesyeux
quelque modele qui guide et qui
dirige , sans quoi on n'y réussiroit jamais
et on n'y comprendroit rien . En genrede
politesse où trouvera- t'on des modeles
plus accomplis que chez les Dames ?
Mais je laisse cette discussion aux personnes
du monde qui sont plus au fair
de
NOVEMBRE . 1731. 2567
de ce qui les concerne , et je finis par
l'Observation suivante .
›
L'Auteur , après avoir dit que la réputation
d'homme poli attire tout ensemble l'estime
et l'amour , semble dans la suite se
rétracter. Il distingue trois sortes de mérites
: le mérite estimable , le mérite aimable ,
le mérite agréable. Et il ajoûte : le mérite
agréable est proprement celui de la politesse
Ce qui donne à entendre que le propre
mérite de la politesse n'est pas tant d'attirer
l'estime et l'amour , que de paroître
agréable. Ne fera- t'on pas mieux de
dire que ces trois mérites conviennent
proprement à la politesse ? Par son air
noble elle est estimable , par sa douceur
et sa complaisance elle est aimable , par
ses manieres aisées , fines , délicates , elle
est agréable.
Si pour se déclarer amateur de la jusresse
et de la sincerité , ennemi du déguisement
, de la dissimulation , de la
flaterie , on encouroit necessairement le
blâme d'impolitesse , j'aurois tout à crain
dre de ce côté- là . Je m'abandonne au jugement
du Public , et sans me flater ni
prévenir ses suffrages , je crois lui devoir
la justice de penser qu'il me sera favorable
dans le parti que j'embrasse , et j'espere
qu'en consideration de la bonté de
ina
ا ی ک
2568 MERCURE DE FRANCE
ma cause, il me fera grace, si je ne l'ai pas
deffendue avec assez d'agrément et de
plaisir. Je suis , Monsieur , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Simonnet d'Heurgeville, au sujet des Réflexions sur la Politesse, publiées dans le II . Volume du Mercure de Juin dernier.
M. Simonnet d'Heurgeville critique les Réflexions sur la Politesse publiées dans le Mercure de Juin, estimant qu'elles autorisent des dérèglements contraires au bon ordre et au bien de la société. Il reconnaît que la politesse est une matière délicate et que les réflexions, bien que souvent judicieuses, ne le sont pas toujours. L'auteur des Réflexions définit la politesse par un air, une façon et une manière de parler et d'agir qui plaît, noble, aisée, fine et délicate. M. Simonnet conteste cette définition exclusive, arguant qu'un homme obligeant, serviable, complaisant et civil peut également être poli, même s'il manque du 'sublime' de la politesse. Il distingue deux types de politesse : positive (faire et dire des choses polies) et négative (ne rien faire et ne rien dire d'impoli). Selon lui, un honnête homme, bien que peut-être impoli au sens positif, est poli au sens négatif et possède une grande partie de la politesse qui consiste à souffrir l'impolitesse des autres. M. Simonnet critique également l'idée que la politesse nécessite du déguisement et de l'adulation, et qu'elle exclut la sincérité. Il argue que la sincérité, bien encadrée, n'est pas incompatible avec la politesse. Il conclut que la politesse véritable doit tempérer les rigueurs de la sincérité et la faire apparaître avec grâce et noblesse, sans nécessiter de feinte ou de dissimulation. Le texte, daté de novembre 1731, discute de la politesse et de la flatterie, qualifiant cette dernière de 'honteuse bassesse' incompatible avec la véritable politesse. La politesse est décrite comme un art permettant de gérer l'orgueil et la vanité sans les alimenter. Elle doit être utilisée pour blâmer ou reprendre avec délicatesse et adresse, afin de ne pas offenser. L'auteur conteste certaines méthodes proposées pour perfectionner la politesse, notamment l'idée de fréquenter des gens impolis pour mieux apprécier la politesse. Il souligne que le mauvais exemple corrompt plus facilement que le bon exemple ne redresse. Le texte aborde également la question des modèles de politesse, suggérant que les femmes offrent des exemples accomplis en la matière. Il distingue trois types de mérites associés à la politesse : estimable, aimable et agréable, et conclut en se déclarant amateur de justice et de sincérité, tout en espérant la faveur du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1843
p. 75-96
Dissertation academique sur les Miroirs ardens.
Début :
L'Art perfectionne toûjours, & surmonte même souvent la nature. [...]
Mots clefs :
Miroirs ardents, Centre, Archimède, Rayons, Foyer, Feu, Lois de la réflexion, Défense, Miroirs concaves, Oeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dissertation academique sur les Miroirs ardens.
Dissertation académique sur
les Miroirsardens.
L'Art perfectionne toûjours, & surmonte même
souvent la nature. Le Miroir spherique concave,
que M. V** de Lyon mon-
tre publiquement aux curieuxy & celui que je vous
envoyé, le prouvent par
experience. La surface du
Miroir cte M. V*
*
a
trois
pieds & sept pouces de diametre. Il reçoit par consequent seize mille cinq cent
lignes quarrées des rayons
du Soleil, qu'il reünit, à
trois pieds & demi au- devant de soy dans l'espace
de dix ou douze lignes. Cet
espace de la concentration
des rayons est par analogie
appelle Foyer. C'est la veritable image du Soleil:
elle est si brillante, que les
yeux ne peuvent la fupporrer.
Le feu de la fâme du Soleil est si violent en ce foyer,.
qu'il embrase d'abord toutes les matieres combustibles, & en peu de momens
il fond le fer, l'or, l'argent,
& les autres metaux, &
vitrifiel'argile & la brique.
J'ai démontre en d'autres discours
,
que ce prodigieux effet n'est que la
terebration & violent poussement que les rayons de la
substance liquide, dont l'amas compote le Soleil, font
en passant serrez & condensez dans ce petit espace où
les loix de la reflexion les
reünissent Il en arrive de
même à l'eau
,
qui s'élance
avec violence d'autant plus
haut dans l'air, que sa
source est plus élevée & abondante, & que le diametre
du trou du jet fait sans ajustage, est plus petit.
Archimede, dont le seul
nom fait le panegyrique)
est l'inventeur des Miroirs,
ardens.
Cardan assure, sur le
rapport d'Anroine Gogava, qu'Archimede a
bien
démontré tout ce qui concerne cette forte de Miroirs. C'en: le même Gogava que le docte Rivaltus
dansla vie d'Archirmede dit
avoirété l'interprete de
son livre des Miroirs brûlans.
-
Personne n'ignore que
lors qu'Appius & Marcus
Marcellus assiegerent Syracuse, ville capitale de Sicile, ce grand Archimedc
foûrnit lui seul l'effort de la
-
plus puissante armée des
Romains. C'est Tire-Live
qui l'assure dans le quatriéme livre de la troisiéme Decade.Voici les termes, rendus en nôtre langue par M.
du Ryer. Et il ne fautpoint,
douter que,cette entreprise
ncût eu dusuccésy sans lesecours d'unseul homme pli étoit alors dans Syracuse.C'était le fameux Archimede,
personnage sçavant dans la.
connossance des cieux & des
djîres
: mais admirable surtout par l'invention des ma-,
chines de guerre f
avec lejl
quelles il détruisoitfacilement.
tout ce que les ennemis nepouvaient faire qu'avec beaucoup>
de peines & de grands tra
Vaux.Ce'venerable vieillard
combatant matllematique.
ment,auroitlui seul forcéles
Romains - à lever honteusement le siege si le traître
Mericus, Preret d'Acradine, n'eût pas livré une porte à Marcellus
,
qui avoic
ordonné à son armée de
sauver Archimede, comme
le fruit de la plus g
lorieuse
conquête des Romains.
Bien des gens veulent
qu'Archimede ait employé
les Miroirs, ardens pour la
défensedeSyracuse; ce qui
merite cette petite dissertation.
Diodore Sicilien dit qu'-
Archimede brûla les navires à la distance de troisstades, qui valent sept cent
trente-cinqpas :mais cet
auteur ne
fait
aucune mention du Miroir, bien que
dansle chapitre du premier
livre des Antiquitez il air
remarquéque lesEgyptiens
se servoient de la viz d'Archimede pour élever les.
eaux.
Polibe, qui dans son-huitiéme livre fait le détail des
artifices par lesquels Archimede ion contemporain
défendoit Syracuse, ne parle point des Miroirs.
Les Historiens plus jeunes que Diodore Sicilien,
n'en parlent non plus que lui, bien que Tite-Live
dans sa troisiéme Decade,
& Plutarque dans la vie de
Marcellus,ayent écritavec
foin l'histoire de ce qui se
passa au siege de Syracuse.
Galien dans les premiers pages de son troisiéme
livre, des Temperamens,
parle en cestermes :
On
ditquArchimede embrasa les
navires des ennemis par le
moyen de ses Miroirs brulans.
Dion Historien celebre,
& Tzezez Historien Grec*,
en disent autant. -
Zonaras,au troisiéme tome de ses Histoires dans
Anastase Dicoro
, parle
comme Galien. On dit que
Proclus, à l'imitation d'Llrchimede, fabriquadans Bysance, à present Conftantinople, des Miroirs brû-
tans, lesquels étant exposez
aux rayons du Soleil, lance--
rent des flâmes qui consumerent l'armée navale de Vita-" 1
lian.
Cardan ayant supposéce
que Galien n'avance que
par on dit, enseigna en l'anfit née 1559. dans le quatriéme
livre de la Subtilité,samaniere de construire des Miroirs concaves pour brûler
à mille pas loin. Ce fut avec
juste raison que le Docte
Napolitain Jean
-
Baptiste
Porta,auch.15.du dix-septiéme livre de saMagie na-
turelle, s'écria: Bon Dieu!
combien Cardan dit desotises
fit peu de mots! Il ajoute,
quil est impossible de faire des
Miroirs concaves qui brûlent
à trente pas loin.
Parlons maintenant des
effetsdesMiroirs concaves. Le premier est d'éclairer & de découvrir pendant les nuits les plus sombres les lieux & les objets
très- éloignez, en mettant
la flâme d'un flambeau au
foyer d'un Miroir; car puisque les rayons de chaque
point du disque du Soleil,
qui tombent physiquement
paralleles sur la surface du
Miroir concave, font roflechis convergens, 6c se
ramassenten un foyer; aussi
les rayons de la flâme du
flambeau mise dans le verger tombant divergens sur
la surface du Miroir, en
feront reflechis paralleles
en une colonne de lumiere
éclatante, donc une base est
en la superficie du Miroir,
& l'autre sur les objets éclairez. On les pourra ensuite reconnoître très-distinctement par une lunette
à quatre vers, donc nous
avons donné la construction en l'année 1665. &en
avoir la veritable vision
parfaite ou vue difiinéte)
avec un binocle de la bonne & facile construction
que Daniel Chorez inventa
& executa heureusement,
& qu'il presenta au Royen
l'annee 1625.
Lesecond effetest de
porter, pendant la nuit la
plus noire, telles figures ou
écritures qu'on voudra sur
une muraille éloignée de
plus de trois cent pas, aprés
les
les avoir écrites en ordre
renversé sur la surface du
Miroir, & allumant un
flambeau au point du foyer.
Le troisiéme effet est plus
surprenant
; car si avec de
l'encre ordinaire, qu'on appelle encre double & bien
gommée, vous tracez quelque image sur la surface du
Miroir, vous en jetterez
la representation à plus de
trois cent pas, loin, & lafaifant entrer dans une chambre obscure, la figureparoîtrad'une grandeur gigantesquesur la muraille,
& comme revêtuë de gloire, étant paréedemille,
couleurs que produit la differente refraction & modification de la lumiere.
Le quatriémeeffet est
plus ordinaire, quoique
trés-surprenant. Un objet
mis entre la surface & le
centre du Miroir
,
paroît
hors du Miroir comme un
fantôme suspendu en l'air,
à
ceux qui en sontéloignez
de quinze ou vingt pieds.
Ainsi une courte épée sanble sortir plusgrandedu
Miroir pour venir percer
* ..)[-::-:. t
le regardant, qui peut être
entelle distance qu'il croira que la pointe lui donne
dans l'œil. Si le Miroir de
M. V** étoitattaché au
plancher d'une salle, en
forte que sa surface regardât à plomb le pavé, &
qu'un homme fût directement au-dessous du Miroir, on le verroit en l'air
& comme pendu par les.
pieds. Que si on met quelque petite statuë renversée
au-devant du Miroir, l'image en paroîtra redressee
en l'air.
Enfin je ramasse en un
article tous les autres ef.:
fets furprenans des Miroirs
concaves. z>
L'objet mis entre la surface du Miroir concave Se
son centre, & l'œil étant
situé au-deçà du centre ;
il
en verra toujours l'image
droite plus petite & plus
enfoncée dans le Miroir,
que l'objet n'en est éloigné
par devant, & cela plus ou
moins, suivant lesdifférentes positionsou places de
l'oeit; ce quin'arrive pasaux
Miroirs plans, qui.repre-
sentent toujours les objets
aussi grands & autant enfoncez dans le Miroir,
qu'ils, font éloignez de si
surface.
Si vous mettez la tête,
entre le centre duMiroir.
& sa surface., vous verrez
vôtrevisage plus grand, &.
dans la situation ordinaire.
Eloignez-vous, peu à peu
du devant de la surface
du Miroir concave,limage de votre face s'agrandit jnfcjuà devenir d'unetaille gigantesque
,
& cela
est trés
-
commode pour
reconnoître & remedier
aux défauts du visage;
comme canes, rougeurs poils,&c.En vous éloignant peu a peu, l'image
de vôtre visage paroîtra
toujours droite, & s'agrandira en s'avançant sur
la surface du Miroir
,
jusques à ce que l'œil étant
arrive au centre du Miroir, il ne voit que son image
,
qui est aussi grande
que tout le Miroir. Enfin
vôtreœil s'étant un peuplus éloigné du Miroir, il
verra vôtre visage encore
fort grand, mais renversé & hors du Miroir; & à
mesure que vous vous err
éloignerez davantage, la
grandeur de l'image diminuëra jusqu'à devenir
égale à vôtre visage, &
enfin elle paroîtra d'autant plus petite, que vous
vous éloignerez davantage
du Miroir.
Le Miroir étant couché
horizontalement, sa concavité en haut, un objet
ou statuë suspenduë à plomb
sur sa concavité, entre sa
surface & son centre, vous
paroîtra droite ou renversée, suivant que vous serez plus ou moins éloigné
du Miroir.
les Miroirsardens.
L'Art perfectionne toûjours, & surmonte même
souvent la nature. Le Miroir spherique concave,
que M. V** de Lyon mon-
tre publiquement aux curieuxy & celui que je vous
envoyé, le prouvent par
experience. La surface du
Miroir cte M. V*
*
a
trois
pieds & sept pouces de diametre. Il reçoit par consequent seize mille cinq cent
lignes quarrées des rayons
du Soleil, qu'il reünit, à
trois pieds & demi au- devant de soy dans l'espace
de dix ou douze lignes. Cet
espace de la concentration
des rayons est par analogie
appelle Foyer. C'est la veritable image du Soleil:
elle est si brillante, que les
yeux ne peuvent la fupporrer.
Le feu de la fâme du Soleil est si violent en ce foyer,.
qu'il embrase d'abord toutes les matieres combustibles, & en peu de momens
il fond le fer, l'or, l'argent,
& les autres metaux, &
vitrifiel'argile & la brique.
J'ai démontre en d'autres discours
,
que ce prodigieux effet n'est que la
terebration & violent poussement que les rayons de la
substance liquide, dont l'amas compote le Soleil, font
en passant serrez & condensez dans ce petit espace où
les loix de la reflexion les
reünissent Il en arrive de
même à l'eau
,
qui s'élance
avec violence d'autant plus
haut dans l'air, que sa
source est plus élevée & abondante, & que le diametre
du trou du jet fait sans ajustage, est plus petit.
Archimede, dont le seul
nom fait le panegyrique)
est l'inventeur des Miroirs,
ardens.
Cardan assure, sur le
rapport d'Anroine Gogava, qu'Archimede a
bien
démontré tout ce qui concerne cette forte de Miroirs. C'en: le même Gogava que le docte Rivaltus
dansla vie d'Archirmede dit
avoirété l'interprete de
son livre des Miroirs brûlans.
-
Personne n'ignore que
lors qu'Appius & Marcus
Marcellus assiegerent Syracuse, ville capitale de Sicile, ce grand Archimedc
foûrnit lui seul l'effort de la
-
plus puissante armée des
Romains. C'est Tire-Live
qui l'assure dans le quatriéme livre de la troisiéme Decade.Voici les termes, rendus en nôtre langue par M.
du Ryer. Et il ne fautpoint,
douter que,cette entreprise
ncût eu dusuccésy sans lesecours d'unseul homme pli étoit alors dans Syracuse.C'était le fameux Archimede,
personnage sçavant dans la.
connossance des cieux & des
djîres
: mais admirable surtout par l'invention des ma-,
chines de guerre f
avec lejl
quelles il détruisoitfacilement.
tout ce que les ennemis nepouvaient faire qu'avec beaucoup>
de peines & de grands tra
Vaux.Ce'venerable vieillard
combatant matllematique.
ment,auroitlui seul forcéles
Romains - à lever honteusement le siege si le traître
Mericus, Preret d'Acradine, n'eût pas livré une porte à Marcellus
,
qui avoic
ordonné à son armée de
sauver Archimede, comme
le fruit de la plus g
lorieuse
conquête des Romains.
Bien des gens veulent
qu'Archimede ait employé
les Miroirs, ardens pour la
défensedeSyracuse; ce qui
merite cette petite dissertation.
Diodore Sicilien dit qu'-
Archimede brûla les navires à la distance de troisstades, qui valent sept cent
trente-cinqpas :mais cet
auteur ne
fait
aucune mention du Miroir, bien que
dansle chapitre du premier
livre des Antiquitez il air
remarquéque lesEgyptiens
se servoient de la viz d'Archimede pour élever les.
eaux.
Polibe, qui dans son-huitiéme livre fait le détail des
artifices par lesquels Archimede ion contemporain
défendoit Syracuse, ne parle point des Miroirs.
Les Historiens plus jeunes que Diodore Sicilien,
n'en parlent non plus que lui, bien que Tite-Live
dans sa troisiéme Decade,
& Plutarque dans la vie de
Marcellus,ayent écritavec
foin l'histoire de ce qui se
passa au siege de Syracuse.
Galien dans les premiers pages de son troisiéme
livre, des Temperamens,
parle en cestermes :
On
ditquArchimede embrasa les
navires des ennemis par le
moyen de ses Miroirs brulans.
Dion Historien celebre,
& Tzezez Historien Grec*,
en disent autant. -
Zonaras,au troisiéme tome de ses Histoires dans
Anastase Dicoro
, parle
comme Galien. On dit que
Proclus, à l'imitation d'Llrchimede, fabriquadans Bysance, à present Conftantinople, des Miroirs brû-
tans, lesquels étant exposez
aux rayons du Soleil, lance--
rent des flâmes qui consumerent l'armée navale de Vita-" 1
lian.
Cardan ayant supposéce
que Galien n'avance que
par on dit, enseigna en l'anfit née 1559. dans le quatriéme
livre de la Subtilité,samaniere de construire des Miroirs concaves pour brûler
à mille pas loin. Ce fut avec
juste raison que le Docte
Napolitain Jean
-
Baptiste
Porta,auch.15.du dix-septiéme livre de saMagie na-
turelle, s'écria: Bon Dieu!
combien Cardan dit desotises
fit peu de mots! Il ajoute,
quil est impossible de faire des
Miroirs concaves qui brûlent
à trente pas loin.
Parlons maintenant des
effetsdesMiroirs concaves. Le premier est d'éclairer & de découvrir pendant les nuits les plus sombres les lieux & les objets
très- éloignez, en mettant
la flâme d'un flambeau au
foyer d'un Miroir; car puisque les rayons de chaque
point du disque du Soleil,
qui tombent physiquement
paralleles sur la surface du
Miroir concave, font roflechis convergens, 6c se
ramassenten un foyer; aussi
les rayons de la flâme du
flambeau mise dans le verger tombant divergens sur
la surface du Miroir, en
feront reflechis paralleles
en une colonne de lumiere
éclatante, donc une base est
en la superficie du Miroir,
& l'autre sur les objets éclairez. On les pourra ensuite reconnoître très-distinctement par une lunette
à quatre vers, donc nous
avons donné la construction en l'année 1665. &en
avoir la veritable vision
parfaite ou vue difiinéte)
avec un binocle de la bonne & facile construction
que Daniel Chorez inventa
& executa heureusement,
& qu'il presenta au Royen
l'annee 1625.
Lesecond effetest de
porter, pendant la nuit la
plus noire, telles figures ou
écritures qu'on voudra sur
une muraille éloignée de
plus de trois cent pas, aprés
les
les avoir écrites en ordre
renversé sur la surface du
Miroir, & allumant un
flambeau au point du foyer.
Le troisiéme effet est plus
surprenant
; car si avec de
l'encre ordinaire, qu'on appelle encre double & bien
gommée, vous tracez quelque image sur la surface du
Miroir, vous en jetterez
la representation à plus de
trois cent pas, loin, & lafaifant entrer dans une chambre obscure, la figureparoîtrad'une grandeur gigantesquesur la muraille,
& comme revêtuë de gloire, étant paréedemille,
couleurs que produit la differente refraction & modification de la lumiere.
Le quatriémeeffet est
plus ordinaire, quoique
trés-surprenant. Un objet
mis entre la surface & le
centre du Miroir
,
paroît
hors du Miroir comme un
fantôme suspendu en l'air,
à
ceux qui en sontéloignez
de quinze ou vingt pieds.
Ainsi une courte épée sanble sortir plusgrandedu
Miroir pour venir percer
* ..)[-::-:. t
le regardant, qui peut être
entelle distance qu'il croira que la pointe lui donne
dans l'œil. Si le Miroir de
M. V** étoitattaché au
plancher d'une salle, en
forte que sa surface regardât à plomb le pavé, &
qu'un homme fût directement au-dessous du Miroir, on le verroit en l'air
& comme pendu par les.
pieds. Que si on met quelque petite statuë renversée
au-devant du Miroir, l'image en paroîtra redressee
en l'air.
Enfin je ramasse en un
article tous les autres ef.:
fets furprenans des Miroirs
concaves. z>
L'objet mis entre la surface du Miroir concave Se
son centre, & l'œil étant
situé au-deçà du centre ;
il
en verra toujours l'image
droite plus petite & plus
enfoncée dans le Miroir,
que l'objet n'en est éloigné
par devant, & cela plus ou
moins, suivant lesdifférentes positionsou places de
l'oeit; ce quin'arrive pasaux
Miroirs plans, qui.repre-
sentent toujours les objets
aussi grands & autant enfoncez dans le Miroir,
qu'ils, font éloignez de si
surface.
Si vous mettez la tête,
entre le centre duMiroir.
& sa surface., vous verrez
vôtrevisage plus grand, &.
dans la situation ordinaire.
Eloignez-vous, peu à peu
du devant de la surface
du Miroir concave,limage de votre face s'agrandit jnfcjuà devenir d'unetaille gigantesque
,
& cela
est trés
-
commode pour
reconnoître & remedier
aux défauts du visage;
comme canes, rougeurs poils,&c.En vous éloignant peu a peu, l'image
de vôtre visage paroîtra
toujours droite, & s'agrandira en s'avançant sur
la surface du Miroir
,
jusques à ce que l'œil étant
arrive au centre du Miroir, il ne voit que son image
,
qui est aussi grande
que tout le Miroir. Enfin
vôtreœil s'étant un peuplus éloigné du Miroir, il
verra vôtre visage encore
fort grand, mais renversé & hors du Miroir; & à
mesure que vous vous err
éloignerez davantage, la
grandeur de l'image diminuëra jusqu'à devenir
égale à vôtre visage, &
enfin elle paroîtra d'autant plus petite, que vous
vous éloignerez davantage
du Miroir.
Le Miroir étant couché
horizontalement, sa concavité en haut, un objet
ou statuë suspenduë à plomb
sur sa concavité, entre sa
surface & son centre, vous
paroîtra droite ou renversée, suivant que vous serez plus ou moins éloigné
du Miroir.
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Résumé : Dissertation academique sur les Miroirs ardens.
La dissertation académique examine les miroirs ardents, des dispositifs capables de concentrer les rayons du soleil pour générer une chaleur intense. Un miroir sphérique concave, mesurant trois pieds et sept pouces de diamètre, concentre les rayons solaires dans un point focal appelé foyer, créant une image lumineuse du soleil. Cette concentration de chaleur permet d'enflammer des matériaux combustibles et de fondre des métaux tels que le fer, l'or et l'argent. Le phénomène est expliqué par la réflexion et la concentration des rayons solaires dans un espace restreint. L'auteur compare ce processus à l'élévation de l'eau par un jet, où la hauteur et la violence du jet dépendent de la source et du diamètre du trou. Archimède est souvent crédité comme l'inventeur des miroirs ardents. Selon Cardan et d'autres sources, Archimède aurait utilisé ces miroirs pour défendre Syracuse contre les Romains lors du siège de la ville. Cependant, des historiens comme Polybius et Tite-Live ne mentionnent pas l'utilisation de miroirs ardents dans leurs récits du siège. La dissertation explore également divers effets des miroirs concaves, tels que l'éclairage de lieux éloignés pendant la nuit, la projection de figures ou d'écritures sur des murs distants, et la création d'images gigantesques ou renversées. Ces effets sont démontrés par des expériences et des observations précises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1844
p. 76-97
Morale d'Epicure. / Obstacles levez pour son impression, / Reflexion sur le genie d'Epicure & sur ce qu'il deffend les Panegyriques au Sage. [titre d'après la table]
Début :
Je ne sçai à quel Sçavant je suis redevable du [...]
Mots clefs :
Épicure, Morale, Philosophe, Maximes, Sage, Homme, Auteur, Vie, Génie, Douleur, Esprit, Idées, Morale d'Épicure, Mal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morale d'Epicure. / Obstacles levez pour son impression, / Reflexion sur le genie d'Epicure & sur ce qu'il deffend les Panegyriques au Sage. [titre d'après la table]
Je ne ſçai à quel Sçavant
je ſuis redevable du
memoire qu'il vient de
m'envoyer:mais je ſçai bien
que cette piece eſt un excellent
extrait de la Mo
GALANT. 77
rale d'Epicure , avec des relexions
. Nous avons enfin
reçû , dit- il , le livre queM.
Des C ** a compolé pour
justifier une Morale injuftement
décriée , & nous
l'avons lû avec beaucoup
de plaiſir. C'eſt une lecture
fort propre à montrer le
peu d'équité de l'homme ;
& en general on peut dire
qu'il n'y a guere de ſujets
fur qui la bizarrerie de l'efprit
humain ſe ſoit plus
joüće, que ſur le Philoſophe
dont on voit ici la Morale.
Il diſoit que la felicité de
Giij
78 MERCURE
l'homme confiſte dans le
plaifir , il ne croyoit point
d'autre vie que celle-ci ;&
quoy qu'il fit profeffion
d'admettre des Dieux , il ne
leur donnoit pas le ſoin de
punir , ou de recompenfer
T'homme. Il n'en a point
falu davantage à un trésgrand
nombre de gens ,
pour affurer que c'étoit un
débauchéqui ne conſervoit
aucune idée d'honneur , &
qui ne recommandoit à ſes
diſciples que de ſe plonger
dans les voluptez les plus
infâmes. Sa vie & ſes écrits
GALANT. 79
prêchoient pourtant le contraire
, & c'étoit de là qu'il
faloit prendre le jugement
qu'on portoit de lui : mais
au lieu de s'éclaircir par
cette voye directe & legitime
fur cette queſtion de
fait , on s'eſt jetté ſur la
voye du raiſonnement , &
on a dit : Ilfaut que cet homme-
là ait vécu &ait instruit
fes écoliers en Sardanapale ,
puiſqueſes principes generaux
étoient impies. A quoy bon
ces raiſonnemens dans une
queſtion de fait ? Ne valoitil
pas mieux conſulter exa
Giiij
80 MERCURE.
ctement ce qui nous reſte
d'Epicure , & les témoi
gnages que les Auteurs defintereſſez
ont rendus à ſa
probité ? Si on avoit ſuivi
ce chemin, on fût forti bien
plûtôt de l'ignorance ; car
depuis l'Apologie publiée
par M. Gaffendi pour les
moeurs & pour la morale
ce Philoſophe , on eſt ſi
bien revenu de la vieille
preoccupation , que c'eſt à
preſentunechoſetrop commune
que d'être Gaffendiſte
à cet égard. De forte
que ceux qui aiment à ne
de
GALANT. 8
ſuivre pas le torrent , commencent
à retourner aux
vieux préjugez. Tel eſt le
genie de l'homme ; ceux
qui aiment davantage les
choſesnouvelles, ne laiſſent
pas de prendre parti pour
les anciens,lorſqu'ils remarquent
que trop de gens critiquent
l'antiquité. Quand
je dis que le nombre des
eſprits defabuſez ſur le ſujet
d'Epicure fait le torrent , je
ne laiſſe pas de croire que
la cabale des ſuperſtitieux ,
troupe de tout temps nombreufe
& incorrigible , eſt
i
32 MERCURE
encore ſur l'ancien pied.
Auſſi dit-on qu'elle n'eut
pas plûtôt oui dire qu'on
vouloit faire imprimer la
Morale d'Epicure , qu'elle
enfremit ,& qu'elle reſolut
de s'oppoſer au Privilege:
mais heureuſement l'affaire
paſſa par les mains d'un
cenfeur de livresqui écoute
raiſon , & qui n'a pas un
Chriftianiſme miſantrope.
C'eſt de M. C... qué je parle
, Docteur de Sorbonne ,
& Chancelier de l'Univer.
fité de Paris. Il a lû ce livre,
&lui ayant donné ſon Ap
GALANT. 83
probation , il a été caufe
qu'il a été mis ſous la preſſe.
Cette approbation eſt bien
tournée , & ne donnera
point apparemment aucune
priſe aux inquifiteurs de
la foy.
Il nous donne ici , 1º la
morale d'Epicure en 41. maximes.
2. La lettre qu'il écrivit
à Menecée. 3 Vingthuitmaximesdu
mêmeEpi
cure. Et enfin la traduction
de ce que Diogene Laërce
nous a laiſſé de la vie de ce
Philoſophe. Toutes ces maximes
, & la lettre à Mene-
1
84 MERCURE
cée ſont éclaircies par de
judicieuſes reflexions de
l'auteur , & dans lesquelles
on trouvera non ſeulement
des exemples , mais auſſi de
belles moralitez , &le ſupplément
de la morale chrétienne
par tout où l'autre
eſt defectueuſe. Or comme
ces maximes étoient deſtinées
à former un ſage, l'auteur
nous explique dés l'entrée
ce que les Philoſophes
ont entendu par ce nom là.
Perſonne n'a tant fait va
loir ce nom que les Stoïciens
: mais àforce d'outrer
GALANT .
85
leurs idées , ils les ont renduës
ridicules . Elles au
roient été admirables ; &
peut - être même dans la
derniere juſteſſe , pour un
homme qui ne ſe ſeroit fervi
de fon corps que comme
nousnous fervons d'un cheval:
mais elles ne ſçauroient
convenir àun eſprit qui dépend
du corps , comme
nous faiſons par des loix
qu'une forcemajeure à établies.
Les idées d'Epicure
font beaucoup plus proportionnées
à notre état ; & de
là vient qu'on juge qu'il
2
1
86 .
MERCURE
agiſſoit de bonne foy , &
que les autres n'étoient que
francs comediens. On leur
a fait tort en bien des chofes.
On a imputé à Epicure
de s'être vanté que dans le
Taureau de Phalaris il s'écrieroit
parmi l'apreté du feu :
• Cela ne me regarde point , je
ne sens que du plaisir. Mais
l'auteur montre qu'il n'y a
nulle apparence qu'un Philoſophe
, qui avançoit que les
ſens nese pouvoient tromper,
pût infinuer qu'un des fiens lui
representat aver plaisir une
GALANT
87
chose qui en effet étoit pleine
de douleur. Si Epicure avoit
parlé de la forte , il feroit
tombé dans l'inconvenient
des Stoïques , que l'on ne
ſçauroit excuſer d'un renverſement
manifeſte du
langage. Car pour parler
naturellement & de bonne
foy , ils devoient dire que
la brûlure eſt une vive douleur
, &par conſequent un
mal : mais que le ſage le
ſupporte avec une telle conſtance
, qu'il en tire ſa plus
grande gloire. Voila letour
que les Chrétiens mêmes
1
88 MERCURE
doivent donner au ſupplice
d'un Martyr , s'ils veulent
parler ſans figure de Rhetorique.
Une autre choſe
en quoy Epicure s'eſt ſervi
d'une expreſſion droite &
fincere , c'eſt quand il a dit
que le plaifir eſt un bien
mais un bien de telle nature
, qu'il faut le fuir , lors
qu'il eſt capable de nous
attirer un plus grand mal.
Sur le même principe il dit
auſſi , qu'encore que la douleur
foit un mal , il faut la
preferer au plaiſir , lorsqu'-
,
elle peut être cauſe d'un
plus
GALANT. 89
plus grand bien. Ces maximes
ne font nullement
contraires à la veritable Religion.
Ce qu'il dit en un autre
endroit,que lavertu n'eſt
point aimable par elle-même
, mais à cauſe duplaifir
qui l'accompagne , ſemble
moins orthodoxe. Cependant
ſi on l'examine bien ,
on le trouvera fort folide ;
car il paroît impoffible qu'-
un eſprit puiſſe aimer la
ſainteté, ſans avoir en vûë
la ſatisfaction qui en eſt inſeparable
tôt ou tard ; &
ainſi on n'aime point la
Octob. 1714. H
go MERCURE
vertu à cauſe d'elle-même ,
mais à cauſe de ſes effets.
Voici une autre maxime
de ce Philoſophe , qui va
dans le ſens des Caſuiſtes
les plus rigides. Il veut que
fon Sage n'ait point de commerce
particulier avec unefemme
dont le commerce lui est défendu
par les loix ; qu'il ne fe
laiſſe point furprendre aux
charmes de l'amour ; qu'il ne
Se marie jamais ; &que l'a
mour deſe voir renaître dans
ſa posterité ne l'occupe point.
Il arrive pourtant , ajoûte-til
,de certaines chofes dans la
GALANT. 91
vie qui peuvent obliger le
Sage à cet engagement , & lui
faire souhaiter des enfans. La
maniere claire & diftincte
dont il éclaircit ailleurs fon
ſentiment ſur la volupté &
fur les devoirs de l'homme,
faitqu'on nepeutbien comprendre
qu'il y ait eu des
gens affez hardis pour appuyer
les calomnics qui ont
tant couru contre lui. Le
fameux Gerſon étoit ſi perſuadé
de la justice de ces
bruits injurieux , qu'ayant
ſçû le veritable caractere
d'Epicure , il ſe perfuada
Hij
92
MERCURE
qu'il y avoit eu deux Philoſophes
de cenom- là , l'un
fort ſage , & l'autre fort débauché.
On ne peut difconvenir
qu'Epicure n'ait un peu trop
confondu l'utilité avec la
juſtice : mais cela même
peut recevoir une interpretation
favorable , comme
le montre l'auteur dans ſes
éclairciſſemens . Il eft cer
tain qu'il eſt plus aifé de
faire l'apologie de ce Philoſophe
du côté du coeur ,
que du côté de l'eſprit ; car
quand on confidere d'une
GALANT.
93
part qu'il avoit beaucoup
de genie , & que l'on ſe fouvient
de l'autre qu'il a pû
croire que le monde s'étoit
produit par un concours
hazardeux d'atomes ; que
nos raiſonnemens & nos
idées ne ſont que l'agitation
de quelques petits corpufcules
; que par exemple , le
mouvement en rond d'un
atome peut être l'idée vaſte
& immenſe de l'infini ; &
que la matiere ſe mouvant
par ſa nature & de toute
éternité , nous étions neanmoins
parfaitement libres :
94
MERCURE
on ne ſçauroit rien comprendre
dans un tour d'efprit
comme celui- là. Nous
ne donnerons pas pour une
preuve de fon grand genie
la défenſe qu'il fait à fon
ſage de compoſer des panegyriques
, quoy qu'il lui
permette d'être auteur afin
de revivre aprés ſa mort. Il
ne faloit qu'un jugement
mediocre pour preſcrire
celle - là àun homme que
l'on dirigeoit à la ſageſſe ,
à la verité , à la frugalité,
& au dégagement de l'entretien
d'une famille. Au
GALANT.
95
trement la condition eût pû
devenir dure & préjudicia
ble ; car un auteur chargé
d'enfans & de dettes feroit
en quelque façon traité tyranniquement
, & pour fa
perſonne , & pour ceux qui
lui appartiennent , ſi on lui
interdiſoit l'uſage du panegyrique
, d'où il lui revient
quelquefois de beaux loüis
d'or. Il y a des gens qui ſe
moquent de ceux qui pafſent
toute leur vie à tenir
un Sonnet ou un Madrigal
tout prêt pour les mariages,
les morts , les baptêmes ,
96 MERCURE
& autres évenemens qui
concernent les familles favorites
& opulentes. Mais
M. Peliſſon a remarque depuis
longtemps dans ſa
Preface ſur les Oeuvres de
Sarrazin , que ces Poëtes
ont leurs raiſons. Cet homme,
dit- il , que vous blâmez a
trouvé peut-être que pour rétablir
ſa ſanté qui est ruinée ,
pour se défendre de la mauvaiſe
fortune , pour le bien de
la famille dont il est l'appui ,
il lui eft plus utile de travaillerà
deschansons qu'à des traitez
de Morale
r
de Politique.
GALANT.
97
que. Si cela est , je le dirai
hardiment , la Morale la
Politique lui ordonnent ellesmêmes
defaire des chansons.
je ſuis redevable du
memoire qu'il vient de
m'envoyer:mais je ſçai bien
que cette piece eſt un excellent
extrait de la Mo
GALANT. 77
rale d'Epicure , avec des relexions
. Nous avons enfin
reçû , dit- il , le livre queM.
Des C ** a compolé pour
justifier une Morale injuftement
décriée , & nous
l'avons lû avec beaucoup
de plaiſir. C'eſt une lecture
fort propre à montrer le
peu d'équité de l'homme ;
& en general on peut dire
qu'il n'y a guere de ſujets
fur qui la bizarrerie de l'efprit
humain ſe ſoit plus
joüće, que ſur le Philoſophe
dont on voit ici la Morale.
Il diſoit que la felicité de
Giij
78 MERCURE
l'homme confiſte dans le
plaifir , il ne croyoit point
d'autre vie que celle-ci ;&
quoy qu'il fit profeffion
d'admettre des Dieux , il ne
leur donnoit pas le ſoin de
punir , ou de recompenfer
T'homme. Il n'en a point
falu davantage à un trésgrand
nombre de gens ,
pour affurer que c'étoit un
débauchéqui ne conſervoit
aucune idée d'honneur , &
qui ne recommandoit à ſes
diſciples que de ſe plonger
dans les voluptez les plus
infâmes. Sa vie & ſes écrits
GALANT. 79
prêchoient pourtant le contraire
, & c'étoit de là qu'il
faloit prendre le jugement
qu'on portoit de lui : mais
au lieu de s'éclaircir par
cette voye directe & legitime
fur cette queſtion de
fait , on s'eſt jetté ſur la
voye du raiſonnement , &
on a dit : Ilfaut que cet homme-
là ait vécu &ait instruit
fes écoliers en Sardanapale ,
puiſqueſes principes generaux
étoient impies. A quoy bon
ces raiſonnemens dans une
queſtion de fait ? Ne valoitil
pas mieux conſulter exa
Giiij
80 MERCURE.
ctement ce qui nous reſte
d'Epicure , & les témoi
gnages que les Auteurs defintereſſez
ont rendus à ſa
probité ? Si on avoit ſuivi
ce chemin, on fût forti bien
plûtôt de l'ignorance ; car
depuis l'Apologie publiée
par M. Gaffendi pour les
moeurs & pour la morale
ce Philoſophe , on eſt ſi
bien revenu de la vieille
preoccupation , que c'eſt à
preſentunechoſetrop commune
que d'être Gaffendiſte
à cet égard. De forte
que ceux qui aiment à ne
de
GALANT. 8
ſuivre pas le torrent , commencent
à retourner aux
vieux préjugez. Tel eſt le
genie de l'homme ; ceux
qui aiment davantage les
choſesnouvelles, ne laiſſent
pas de prendre parti pour
les anciens,lorſqu'ils remarquent
que trop de gens critiquent
l'antiquité. Quand
je dis que le nombre des
eſprits defabuſez ſur le ſujet
d'Epicure fait le torrent , je
ne laiſſe pas de croire que
la cabale des ſuperſtitieux ,
troupe de tout temps nombreufe
& incorrigible , eſt
i
32 MERCURE
encore ſur l'ancien pied.
Auſſi dit-on qu'elle n'eut
pas plûtôt oui dire qu'on
vouloit faire imprimer la
Morale d'Epicure , qu'elle
enfremit ,& qu'elle reſolut
de s'oppoſer au Privilege:
mais heureuſement l'affaire
paſſa par les mains d'un
cenfeur de livresqui écoute
raiſon , & qui n'a pas un
Chriftianiſme miſantrope.
C'eſt de M. C... qué je parle
, Docteur de Sorbonne ,
& Chancelier de l'Univer.
fité de Paris. Il a lû ce livre,
&lui ayant donné ſon Ap
GALANT. 83
probation , il a été caufe
qu'il a été mis ſous la preſſe.
Cette approbation eſt bien
tournée , & ne donnera
point apparemment aucune
priſe aux inquifiteurs de
la foy.
Il nous donne ici , 1º la
morale d'Epicure en 41. maximes.
2. La lettre qu'il écrivit
à Menecée. 3 Vingthuitmaximesdu
mêmeEpi
cure. Et enfin la traduction
de ce que Diogene Laërce
nous a laiſſé de la vie de ce
Philoſophe. Toutes ces maximes
, & la lettre à Mene-
1
84 MERCURE
cée ſont éclaircies par de
judicieuſes reflexions de
l'auteur , & dans lesquelles
on trouvera non ſeulement
des exemples , mais auſſi de
belles moralitez , &le ſupplément
de la morale chrétienne
par tout où l'autre
eſt defectueuſe. Or comme
ces maximes étoient deſtinées
à former un ſage, l'auteur
nous explique dés l'entrée
ce que les Philoſophes
ont entendu par ce nom là.
Perſonne n'a tant fait va
loir ce nom que les Stoïciens
: mais àforce d'outrer
GALANT .
85
leurs idées , ils les ont renduës
ridicules . Elles au
roient été admirables ; &
peut - être même dans la
derniere juſteſſe , pour un
homme qui ne ſe ſeroit fervi
de fon corps que comme
nousnous fervons d'un cheval:
mais elles ne ſçauroient
convenir àun eſprit qui dépend
du corps , comme
nous faiſons par des loix
qu'une forcemajeure à établies.
Les idées d'Epicure
font beaucoup plus proportionnées
à notre état ; & de
là vient qu'on juge qu'il
2
1
86 .
MERCURE
agiſſoit de bonne foy , &
que les autres n'étoient que
francs comediens. On leur
a fait tort en bien des chofes.
On a imputé à Epicure
de s'être vanté que dans le
Taureau de Phalaris il s'écrieroit
parmi l'apreté du feu :
• Cela ne me regarde point , je
ne sens que du plaisir. Mais
l'auteur montre qu'il n'y a
nulle apparence qu'un Philoſophe
, qui avançoit que les
ſens nese pouvoient tromper,
pût infinuer qu'un des fiens lui
representat aver plaisir une
GALANT
87
chose qui en effet étoit pleine
de douleur. Si Epicure avoit
parlé de la forte , il feroit
tombé dans l'inconvenient
des Stoïques , que l'on ne
ſçauroit excuſer d'un renverſement
manifeſte du
langage. Car pour parler
naturellement & de bonne
foy , ils devoient dire que
la brûlure eſt une vive douleur
, &par conſequent un
mal : mais que le ſage le
ſupporte avec une telle conſtance
, qu'il en tire ſa plus
grande gloire. Voila letour
que les Chrétiens mêmes
1
88 MERCURE
doivent donner au ſupplice
d'un Martyr , s'ils veulent
parler ſans figure de Rhetorique.
Une autre choſe
en quoy Epicure s'eſt ſervi
d'une expreſſion droite &
fincere , c'eſt quand il a dit
que le plaifir eſt un bien
mais un bien de telle nature
, qu'il faut le fuir , lors
qu'il eſt capable de nous
attirer un plus grand mal.
Sur le même principe il dit
auſſi , qu'encore que la douleur
foit un mal , il faut la
preferer au plaiſir , lorsqu'-
,
elle peut être cauſe d'un
plus
GALANT. 89
plus grand bien. Ces maximes
ne font nullement
contraires à la veritable Religion.
Ce qu'il dit en un autre
endroit,que lavertu n'eſt
point aimable par elle-même
, mais à cauſe duplaifir
qui l'accompagne , ſemble
moins orthodoxe. Cependant
ſi on l'examine bien ,
on le trouvera fort folide ;
car il paroît impoffible qu'-
un eſprit puiſſe aimer la
ſainteté, ſans avoir en vûë
la ſatisfaction qui en eſt inſeparable
tôt ou tard ; &
ainſi on n'aime point la
Octob. 1714. H
go MERCURE
vertu à cauſe d'elle-même ,
mais à cauſe de ſes effets.
Voici une autre maxime
de ce Philoſophe , qui va
dans le ſens des Caſuiſtes
les plus rigides. Il veut que
fon Sage n'ait point de commerce
particulier avec unefemme
dont le commerce lui est défendu
par les loix ; qu'il ne fe
laiſſe point furprendre aux
charmes de l'amour ; qu'il ne
Se marie jamais ; &que l'a
mour deſe voir renaître dans
ſa posterité ne l'occupe point.
Il arrive pourtant , ajoûte-til
,de certaines chofes dans la
GALANT. 91
vie qui peuvent obliger le
Sage à cet engagement , & lui
faire souhaiter des enfans. La
maniere claire & diftincte
dont il éclaircit ailleurs fon
ſentiment ſur la volupté &
fur les devoirs de l'homme,
faitqu'on nepeutbien comprendre
qu'il y ait eu des
gens affez hardis pour appuyer
les calomnics qui ont
tant couru contre lui. Le
fameux Gerſon étoit ſi perſuadé
de la justice de ces
bruits injurieux , qu'ayant
ſçû le veritable caractere
d'Epicure , il ſe perfuada
Hij
92
MERCURE
qu'il y avoit eu deux Philoſophes
de cenom- là , l'un
fort ſage , & l'autre fort débauché.
On ne peut difconvenir
qu'Epicure n'ait un peu trop
confondu l'utilité avec la
juſtice : mais cela même
peut recevoir une interpretation
favorable , comme
le montre l'auteur dans ſes
éclairciſſemens . Il eft cer
tain qu'il eſt plus aifé de
faire l'apologie de ce Philoſophe
du côté du coeur ,
que du côté de l'eſprit ; car
quand on confidere d'une
GALANT.
93
part qu'il avoit beaucoup
de genie , & que l'on ſe fouvient
de l'autre qu'il a pû
croire que le monde s'étoit
produit par un concours
hazardeux d'atomes ; que
nos raiſonnemens & nos
idées ne ſont que l'agitation
de quelques petits corpufcules
; que par exemple , le
mouvement en rond d'un
atome peut être l'idée vaſte
& immenſe de l'infini ; &
que la matiere ſe mouvant
par ſa nature & de toute
éternité , nous étions neanmoins
parfaitement libres :
94
MERCURE
on ne ſçauroit rien comprendre
dans un tour d'efprit
comme celui- là. Nous
ne donnerons pas pour une
preuve de fon grand genie
la défenſe qu'il fait à fon
ſage de compoſer des panegyriques
, quoy qu'il lui
permette d'être auteur afin
de revivre aprés ſa mort. Il
ne faloit qu'un jugement
mediocre pour preſcrire
celle - là àun homme que
l'on dirigeoit à la ſageſſe ,
à la verité , à la frugalité,
& au dégagement de l'entretien
d'une famille. Au
GALANT.
95
trement la condition eût pû
devenir dure & préjudicia
ble ; car un auteur chargé
d'enfans & de dettes feroit
en quelque façon traité tyranniquement
, & pour fa
perſonne , & pour ceux qui
lui appartiennent , ſi on lui
interdiſoit l'uſage du panegyrique
, d'où il lui revient
quelquefois de beaux loüis
d'or. Il y a des gens qui ſe
moquent de ceux qui pafſent
toute leur vie à tenir
un Sonnet ou un Madrigal
tout prêt pour les mariages,
les morts , les baptêmes ,
96 MERCURE
& autres évenemens qui
concernent les familles favorites
& opulentes. Mais
M. Peliſſon a remarque depuis
longtemps dans ſa
Preface ſur les Oeuvres de
Sarrazin , que ces Poëtes
ont leurs raiſons. Cet homme,
dit- il , que vous blâmez a
trouvé peut-être que pour rétablir
ſa ſanté qui est ruinée ,
pour se défendre de la mauvaiſe
fortune , pour le bien de
la famille dont il est l'appui ,
il lui eft plus utile de travaillerà
deschansons qu'à des traitez
de Morale
r
de Politique.
GALANT.
97
que. Si cela est , je le dirai
hardiment , la Morale la
Politique lui ordonnent ellesmêmes
defaire des chansons.
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Résumé : Morale d'Epicure. / Obstacles levez pour son impression, / Reflexion sur le genie d'Epicure & sur ce qu'il deffend les Panegyriques au Sage. [titre d'après la table]
Le texte aborde la réception et la compréhension erronée de la morale d'Épicure, souvent perçue négativement. Épicure enseignait que la félicité humaine repose sur le plaisir et rejetait l'idée d'une vie après la mort ainsi que l'intervention divine. Contrairement aux accusations de débauche, ses écrits et son mode de vie montrent une autre réalité. L'auteur déplore que beaucoup jugent Épicure sans avoir étudié ses œuvres, préférant des jugements hâtifs et biaisés. L'Apologie de Gassendi a contribué à réhabiliter Épicure, mais certains persistent dans leurs préjugés. Le livre inclut des maximes d'Épicure, une lettre à Ménécée, et des réflexions complémentaires à la morale chrétienne. Les idées épicuriennes sont présentées comme plus conformes à la nature humaine que celles des Stoïciens, jugées excessives et ridicules. Le texte réfute plusieurs accusations contre Épicure, notamment celle de se vanter de ne ressentir que du plaisir dans le taureau de Phalaris, et souligne la sincérité de ses propos sur le plaisir et la douleur. Pour Épicure, la vertu est aimée pour les plaisirs qu'elle procure. Ses vues sur la volupté et les devoirs humains sont souvent mal comprises. Le texte mentionne également la confusion entre utilité et justice chez Épicure, ainsi que ses théories matérialistes sur l'origine du monde et la liberté humaine. Certaines restrictions imposées par Épicure, comme l'interdiction de composer des panégyriques, sont critiquées, et l'importance économique de la poésie est soulignée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1846
p. 69
REMERCIMENT A MR. D'AMMON, ENVOYÉ DU ROI DE PRUSSE. Par Madame CURÉ.
Début :
Un étui destiné pour en faire un cachet, [...]
Mots clefs :
Remerciement, Roi de Prusse
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texteReconnaissance textuelle : REMERCIMENT A MR. D'AMMON, ENVOYÉ DU ROI DE PRUSSE. Par Madame CURÉ.
REMERCIMENT A MR. D'AMMON ,
ENVOYÉ DU ROI DE PRUSSE.
U
Par Madame CURE.
N étui deftiné pour en faire un cachet ,
Qui fert à celer un fecret ,
N'étoit pas de ma compétence ;
Car mon coeur eft fi fatisfait
D'un préfent de cette importance ,
Qu'il ne fçauroit être muet ,
Ni cacher les tranfports de fa reconnoiffance
ENVOYÉ DU ROI DE PRUSSE.
U
Par Madame CURE.
N étui deftiné pour en faire un cachet ,
Qui fert à celer un fecret ,
N'étoit pas de ma compétence ;
Car mon coeur eft fi fatisfait
D'un préfent de cette importance ,
Qu'il ne fçauroit être muet ,
Ni cacher les tranfports de fa reconnoiffance
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1848
p. 73
A UN CONSEILLER.
Début :
Avec cent mille francs qu'on vous a fait préter, [...]
Mots clefs :
Charge, Honorable, Capacité
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texteReconnaissance textuelle : A UN CONSEILLER.
A UN CONSEILLER.
Α'
Vec cent mille francs qu'on vous a
faitpréter;
Vous voilà revêtu d'une Charge hone
rable ,
Dont vous pourriez être capable ,
Si la Capacitéfe pouvoit emprunter.
Α'
Vec cent mille francs qu'on vous a
faitpréter;
Vous voilà revêtu d'une Charge hone
rable ,
Dont vous pourriez être capable ,
Si la Capacitéfe pouvoit emprunter.
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1849
p. 2015
A MADAME LA BARONNE D'IGÉ. MADRIGAL, Fait ensuite d'une maladie.
Début :
Les services que je vous rends, [...]
Mots clefs :
Convalescence, Baronne d'Igé, Malade, Triolets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA BARONNE D'IGÉ. MADRIGAL, Fait ensuite d'une maladie.
A MADAME LA BARONNE D'IGE' ,
MADRIGAL,
Fait ensuite d'une maladie.
L
Es ſervices que je vous rends ,
Sont d'une affez grande importance
Quand nous ne ferions point parens ,
Pour vous intereſſer à ma convalefcence :
Il ſemble que mes maux vous foient indiffe
rens ,
Et c'eſt ce que m'annonce un rigoureux filence.
Cependant , belle Igé , quand je ne ſerai plus ,
A faute d'une douce oeillade ,
Qui pourroit du trèpas préſerver un Malade ,
Vous connoîtrez les biens que vous aurez
perdus .
Onpeut vous donner ſerenade,
Ou vous écrire des Poulets ,
On peut, s'il vous en prend envie,
Devant vons danſer des Balets ;
Mais , quand j'aurai perdu la vie ,
Qui vous fera des Triolets ?
MADRIGAL,
Fait ensuite d'une maladie.
L
Es ſervices que je vous rends ,
Sont d'une affez grande importance
Quand nous ne ferions point parens ,
Pour vous intereſſer à ma convalefcence :
Il ſemble que mes maux vous foient indiffe
rens ,
Et c'eſt ce que m'annonce un rigoureux filence.
Cependant , belle Igé , quand je ne ſerai plus ,
A faute d'une douce oeillade ,
Qui pourroit du trèpas préſerver un Malade ,
Vous connoîtrez les biens que vous aurez
perdus .
Onpeut vous donner ſerenade,
Ou vous écrire des Poulets ,
On peut, s'il vous en prend envie,
Devant vons danſer des Balets ;
Mais , quand j'aurai perdu la vie ,
Qui vous fera des Triolets ?
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Résumé : A MADAME LA BARONNE D'IGÉ. MADRIGAL, Fait ensuite d'une maladie.
Le texte est un madrigal adressé à la Baronne d'Igé. L'auteur y exprime ses services et déplore son indifférence face à sa maladie. Il prévient qu'elle regrettera son silence après sa mort, car personne ne pourra lui offrir les mêmes attentions. Il souligne l'unicité de ses triolets, qu'elle ne pourra plus recevoir après sa disparition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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