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1
p. 143-151
CINQUIEME suite des reflexions sur les Ballets.
Début :
La septiéme entrée fut celle de l'adresse qui amena les Arts pour travailler à la gloire de [...]
Mots clefs :
Gloire, Louis Auguste, Autel, Lustre, Yeux, Héros, Victoire, Paix, Ballet, Éclat, Lyon, Louis XIV
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texteReconnaissance textuelle : CINQUIEME suite des reflexions sur les Ballets.
CINQUIEME fuite des reflexions fun.
les Ballets,
La feptiéme entrée fut celle de l'adreffe qui
amena les Arts pour travailler à la gloire de
Louis Augufte & pour lui faire des trophées
des dépouilles des ennemis.
Que ces Arts feroient aujourd'hui bien
occupés s'ils teatoient d'élever des Monumens
dignes du Héros Bien- Aimé qui vient
de remporter en Flandre une victoire accompagnée
de toutes les circonftances les
plus glorieufes qui peuvent caractériſer la
valeur la plus brillante & la plus profonde
capacité !
La troifiéme partie fit voir le Soleil au figne
du lion' d'où il invitoit Louis Augufte
à la conquête du monde par ce récit .
Monte , jeune LOUIS , au rang où tu me vois ;
Tes regards font un jour plus beau que ma lumiere
Et le monde va voir deux ſoleils à la fois ,
Si tu ne viens tenir une même carriere.
Comme c'étoit la coutume de faire des
difcours & des difputes d'Eloquence devant
l'Autel de Lyon confacré à Augufte ; il ſẹ
144 MERCURE DE FRANCE.
fit devant celui- ci une difpute des quatre luf
tres de la vie de Louis XIV. qui n'avoit
alors que 20 ans , chacun prétendant à l'envi
l'un de l'autre d'avoir eu les plus beaux
évenemens. Le premier luftre qui étoit celui
de fa naiffance & des cinq premieres années
de fa vie commence ainfi.
Qui vit jamais briller tant de luftre à la fois ?
La Nature épuisée à produire des Rois
Pour former celui - ci prit des forces nouvelles ,
Et fans plus travailler fur les premiers modéles
Surpaffa fon adreffe , épuiſa ſes ,tréfors ,
Aformer fon efprit , à façonner fon corps ,
Elle fit fon berceau des palmes de fon pere ,
Elle mit dans fes yeux les graces de fa mere ;
Et plaçant fur fon front des lys épanouis ,
Ramaffa tous les traits & d'Anne & de Louis :
Jamais fiécle ne vit une fi belle image .
La Nature elle - même admira ſon ouvrage ,
Et tous les Dieux ravis d'un miracle fi beau
S'endonnérent la gloire autour de fon berceau.
De la France en ce jour l'efperance remplie ,
Vit croître fon bonheur & l'Epagne affoiblie ,
L'aigle enjetta des cris , le lion en fremit
Le Soleil devint pâle & la Lune ** blemit,
La Perfe.
** La Turquie
Quel
JUILLET. 1745. 145
Quel tems a jamais vû des marques plus illuftres
Du haut rang que je tiens fur le refte des luftres ?
Le deuxième luftre qui étoit celui de l'avenement
à la Couronne deffendit fes
droits après celui de la naiffance , & dit :
La naiffance eft un bien qui n'eft que fortuit ,
Si de ce grand éclat la Vertu n'eft le fruit.
Il faut une ame noble, un courage intrepide ,
Et le coeur d'un Héros pour en faire un Alcide
En fes premiers effais mon Prince triomphant
A fait voir qu'un Héros n'étoit jamais enfant ;
Déja fes premiers pas le portoient à la gloire ,
Quand pour le couronner & Mars & la Victoire
Enchainerent l'Eſcaut , fubjuguerent le Rhin ,
Et d'un nouveau Pays le firent Souverain .
L'Espagne de deux parts fi vivement preffée ;
Vit fon ambition à demi renversée ,
Et l'Empire ayant vû fes deux aigles défaits
Par crainte ou par reſpect lui demanda la paix.
Le troifiéme luftre qui étoit celui de la
Majorité parla à ſon tour,
Par un mauvais démon cette illuftre conquête
Se vit prefqu'arracher le laurier de la tête.
La difcorde infolente alluma fon flambeau ,
Et ne fit de l'Etat qu'un funefte tombeau ;
146 MERCURE DE FRANCE.
Dans le fein de la France en fureur déchainée ,
Ecumante de rage , errante & forcenée ,
Répandit fon venin dans le coeur des fujets,
Et fit en moins d'un jour de terribles projets ;
D'une effroyable voix & d'un ton de tonneire
Elle annonce partout , elle vante la guerre ,
Tout fume de fes feux , tout paroît embrafé ,
En pluſieurs factions le peuple eft diviſé ;
Le Trône eft ébranlé quand Louis court aux armes ;
Et cueille des lauriers qu'il mouille de fes larmes ,
Mais les premiers rayons de famajorité
Ramenerent le calme & la férenité :
Ce courage intrepide alla de Ville en Ville
Pour arrêter le cours de la guerre civile ,
Et pour guerir les maux que le trouble avoit faits ,
Je l'ai vu fous la tente autant que fous le dais.
Le quatriéme luftre qui étoit celui du
facre & des victoires du Roi ne douta point
qu'il ne dût l'emporter fur les trois autres
quand il dit ,
Ces préfages font beaux & ce grand appareil (
Dans les fiécles paffés n'a rien vû de pareil ;
Mais tous ces préjugés de grandeur & de gloire
N'approchent pas de ceux qui fuivent la victoire.
Les ennemis défaits & le fang répandu
Font un Trône plus haut du monde confondu.
C'est de vous que Louis à reçu la Couronne,
JUILLET. 1745. 149
i
1
Et le pompeux éclat de l'or qui l'environne ,
Mais ce brillant éclat ne feroit qu'un fauxjour ,
S'il n'avoit des rayons que pour luire à la Cour.
Il faut qu'un Conquérant entre dans la carriere ,.
Qu'il en forte couvert de fang & de pouffiere ;
Il doit dans les combats montrer fa fermeté
Et s'ouvrir le chemin à l'immortalité.
J'ai vû fortir des yeux de ce foudre de guerre
Des éclairs allumés & fuivis du tonnerre ,
Et lançant des regards fiers & victorieux
Il porte aux ennemis le foleil dans les yeux .
Les ombres des Flamands erran.es & plaintives
S'éforçoient d'animer leurs troupes fugitives ,
Quand mon Prince parut, & dans un champ d'hor
reur
Fit céder la clémence à la noble fureur.
Le feu que l'huile fainte alluma dans ſon ame
Fit fortir de fon coeur une nouvelle flâme ,
Qui portant fon courage à d'illuftres travaux
L'a déjafait paroître en des combats nouveaux ;
Le feu clair & brillant qui dans fes yeux petille
Brave d'un feul regard les forces de Caftille ;
Deja victorieux de la rebellion ,
Il veut arracher l'ongle & la dent au lion :
A peine de Stenay la courtine ebranlée
Souffre le chatiment de la Foi violée ,
Qu'Arras contre l'Ibere implorant fon fecours
Craint d'être enfeyeli fousfes fuperbes tours,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
11 Il y court, il y vole , il voit toute l'Eſpagne
De troupes , d'étendarts inonder la campagne,
La Victoire le fuit & d'un double laurier
Couronnele Monarque & le jeune Guerrier.
Depuis cette action les Places les plus fortes
Ouvrent à mon Héros & leurs coeurs & leurs porte
Et ce dernier Eté fait lui feul plus de bruit
Que la Grece vaincue & l'Empire détruit ;
Ainfi , n'attendez pas que je céde la gloire ,
Du plus haut rang d'honneur au temple de mé
moire.
· Le
temps à venir pour décider les diffé
kens de ces quatre luftres parla ainfi ,
Je viens pour décider le noble différend
Qui vous a partagés pour un Roi Conquérant ;
Déjalfous vingt Soleils fes premieres années
Ont eû tout lefuccès des grandes deſtinées ,
Mais ce commencement tout éclatant qu'il eſt
N'eft que le premier pas de l'aftre qui l'a fait
Il s'avance à la gloire avec plus de lumiere
Il ouvre à ſa valeur une illuftre carriere ,
Et l'Europe & l'Afie offrent à ce guerrier
Une plus belle palmę, un plus riche laurier
Tout le fuperbe éclat dont il vous environne
N'eft qu'un premier brillant que la gloire vous don
ne.
Allez , cedez la place aux luftres à venir
JUILLET. 1745 . 149
Et de ces grands fuccès gardez le fouvenir.
Les fondateurs des quatre grandes Mo
narchies attirés par le bruit des conquêtes de
Louis Augufte viennent offrir leur hommage
à fon Autel ; ils admirent fes trophées & lui
cedent la premiere place du temple de la
gloire. Cétoit la troifiéme entrée de la troi
fiéme partie. Les Dieux qui jurerent autrefois
la guerte contre les géans fur l'autel qui
fait une des conftellations céleftes , vinrent
jurer la paix fur celui de Louis Augufte . Jupiter
y laiffa fa foudre , Mars fon épée , Neptune
foa trident , tandis que la paix fe
montra fur l'arc - en- ciel & fit un récit.
Des payfans challés de leurs cabanes par
les ravages de Bellonne cherchent un azile
près de l'autel de Louis Augufte où ils
trouvent les gages de la paix ; ils prennent
les armes que les Dieux y ont laiffées & en
font des inftrumens d'Agriculture. Minerve
la Divinité de l'ancien temple de Lyon &
Apollon le Dieu des Sçavans viennent éta
blir des facrificateurs pour recevoir les victimes
que les peuples doivent offrir à l'autel
de Louis Augufte. La Fortune Françoiſe y
amena l'hérefie & Mahomet enchainés. Le
grand Ballet fut compofé des treizes Louis
predeceffeurs de 1.ouis XIV , qui vinrent
être les témoins couronnés de fa gloire.
Giij
5 MERCURE DE FRANCE.
Que la compofition de ce Ballet eft (çavante
& variée ! Que de tableaux divers
il prefente à la curiofité des fpectateurs ! Que
tous les rapports des parties tant hiftoriques
qu'allégoriques font bien fimétrifés , & qu'ils
concourent avec habileté à la gloire de
Louis XIV. & à l'honneur de la Ville de
Lyon qui fignala fon zéle par cette ingenieufe
& magnifique fête ! Sans doute les décorations
& les habits aflortiffoient aux idées
fublimes de l'inventeur de ce Ballet ? D'où
vient qu'on fe contente aujourd'hui de danfes
monotoniques qui ne difent jamais rien
d'expreffif & qui n'offrent aux yeux que des
marches & des entrées prefque toujours uniformes
& où le goût & le difcernement ne
trouvent jamais rien à louer que la grace &
Ja legéreté des pas fans pouvoir en admirer
l'ordre & l'application ? Le R. P. Meneftrier
nous apprend que ce fut à l'occafion de ce
Ballet dont il fut chargé par des ordres fupérieurs
qu'il fe crut obligé de lire tout ce
qu'Ariftote , Lucien , Plutarque , Platon ,
Libanius , Athénée , Julius Pollux & quelques
Modernes qu'il ne nomme pas ont
écrit fur la danfe théatrale.
Il n'eft pas douteux que tous ces Auteurs.
là ne font pas connus de bien des compofiteurs
de Ballets de notre fiécle , & que les
danfeurs qui voudront s'en tenir à la routine
JUILLET.
1745. 151
de leur talent fans en approfondir le mérite
principal ne répondront à ces refléxions
que par une pirouette en s'écriant comme
Poiffon dans le Joueur :
Allons faute Marquis.
les Ballets,
La feptiéme entrée fut celle de l'adreffe qui
amena les Arts pour travailler à la gloire de
Louis Augufte & pour lui faire des trophées
des dépouilles des ennemis.
Que ces Arts feroient aujourd'hui bien
occupés s'ils teatoient d'élever des Monumens
dignes du Héros Bien- Aimé qui vient
de remporter en Flandre une victoire accompagnée
de toutes les circonftances les
plus glorieufes qui peuvent caractériſer la
valeur la plus brillante & la plus profonde
capacité !
La troifiéme partie fit voir le Soleil au figne
du lion' d'où il invitoit Louis Augufte
à la conquête du monde par ce récit .
Monte , jeune LOUIS , au rang où tu me vois ;
Tes regards font un jour plus beau que ma lumiere
Et le monde va voir deux ſoleils à la fois ,
Si tu ne viens tenir une même carriere.
Comme c'étoit la coutume de faire des
difcours & des difputes d'Eloquence devant
l'Autel de Lyon confacré à Augufte ; il ſẹ
144 MERCURE DE FRANCE.
fit devant celui- ci une difpute des quatre luf
tres de la vie de Louis XIV. qui n'avoit
alors que 20 ans , chacun prétendant à l'envi
l'un de l'autre d'avoir eu les plus beaux
évenemens. Le premier luftre qui étoit celui
de fa naiffance & des cinq premieres années
de fa vie commence ainfi.
Qui vit jamais briller tant de luftre à la fois ?
La Nature épuisée à produire des Rois
Pour former celui - ci prit des forces nouvelles ,
Et fans plus travailler fur les premiers modéles
Surpaffa fon adreffe , épuiſa ſes ,tréfors ,
Aformer fon efprit , à façonner fon corps ,
Elle fit fon berceau des palmes de fon pere ,
Elle mit dans fes yeux les graces de fa mere ;
Et plaçant fur fon front des lys épanouis ,
Ramaffa tous les traits & d'Anne & de Louis :
Jamais fiécle ne vit une fi belle image .
La Nature elle - même admira ſon ouvrage ,
Et tous les Dieux ravis d'un miracle fi beau
S'endonnérent la gloire autour de fon berceau.
De la France en ce jour l'efperance remplie ,
Vit croître fon bonheur & l'Epagne affoiblie ,
L'aigle enjetta des cris , le lion en fremit
Le Soleil devint pâle & la Lune ** blemit,
La Perfe.
** La Turquie
Quel
JUILLET. 1745. 145
Quel tems a jamais vû des marques plus illuftres
Du haut rang que je tiens fur le refte des luftres ?
Le deuxième luftre qui étoit celui de l'avenement
à la Couronne deffendit fes
droits après celui de la naiffance , & dit :
La naiffance eft un bien qui n'eft que fortuit ,
Si de ce grand éclat la Vertu n'eft le fruit.
Il faut une ame noble, un courage intrepide ,
Et le coeur d'un Héros pour en faire un Alcide
En fes premiers effais mon Prince triomphant
A fait voir qu'un Héros n'étoit jamais enfant ;
Déja fes premiers pas le portoient à la gloire ,
Quand pour le couronner & Mars & la Victoire
Enchainerent l'Eſcaut , fubjuguerent le Rhin ,
Et d'un nouveau Pays le firent Souverain .
L'Espagne de deux parts fi vivement preffée ;
Vit fon ambition à demi renversée ,
Et l'Empire ayant vû fes deux aigles défaits
Par crainte ou par reſpect lui demanda la paix.
Le troifiéme luftre qui étoit celui de la
Majorité parla à ſon tour,
Par un mauvais démon cette illuftre conquête
Se vit prefqu'arracher le laurier de la tête.
La difcorde infolente alluma fon flambeau ,
Et ne fit de l'Etat qu'un funefte tombeau ;
146 MERCURE DE FRANCE.
Dans le fein de la France en fureur déchainée ,
Ecumante de rage , errante & forcenée ,
Répandit fon venin dans le coeur des fujets,
Et fit en moins d'un jour de terribles projets ;
D'une effroyable voix & d'un ton de tonneire
Elle annonce partout , elle vante la guerre ,
Tout fume de fes feux , tout paroît embrafé ,
En pluſieurs factions le peuple eft diviſé ;
Le Trône eft ébranlé quand Louis court aux armes ;
Et cueille des lauriers qu'il mouille de fes larmes ,
Mais les premiers rayons de famajorité
Ramenerent le calme & la férenité :
Ce courage intrepide alla de Ville en Ville
Pour arrêter le cours de la guerre civile ,
Et pour guerir les maux que le trouble avoit faits ,
Je l'ai vu fous la tente autant que fous le dais.
Le quatriéme luftre qui étoit celui du
facre & des victoires du Roi ne douta point
qu'il ne dût l'emporter fur les trois autres
quand il dit ,
Ces préfages font beaux & ce grand appareil (
Dans les fiécles paffés n'a rien vû de pareil ;
Mais tous ces préjugés de grandeur & de gloire
N'approchent pas de ceux qui fuivent la victoire.
Les ennemis défaits & le fang répandu
Font un Trône plus haut du monde confondu.
C'est de vous que Louis à reçu la Couronne,
JUILLET. 1745. 149
i
1
Et le pompeux éclat de l'or qui l'environne ,
Mais ce brillant éclat ne feroit qu'un fauxjour ,
S'il n'avoit des rayons que pour luire à la Cour.
Il faut qu'un Conquérant entre dans la carriere ,.
Qu'il en forte couvert de fang & de pouffiere ;
Il doit dans les combats montrer fa fermeté
Et s'ouvrir le chemin à l'immortalité.
J'ai vû fortir des yeux de ce foudre de guerre
Des éclairs allumés & fuivis du tonnerre ,
Et lançant des regards fiers & victorieux
Il porte aux ennemis le foleil dans les yeux .
Les ombres des Flamands erran.es & plaintives
S'éforçoient d'animer leurs troupes fugitives ,
Quand mon Prince parut, & dans un champ d'hor
reur
Fit céder la clémence à la noble fureur.
Le feu que l'huile fainte alluma dans ſon ame
Fit fortir de fon coeur une nouvelle flâme ,
Qui portant fon courage à d'illuftres travaux
L'a déjafait paroître en des combats nouveaux ;
Le feu clair & brillant qui dans fes yeux petille
Brave d'un feul regard les forces de Caftille ;
Deja victorieux de la rebellion ,
Il veut arracher l'ongle & la dent au lion :
A peine de Stenay la courtine ebranlée
Souffre le chatiment de la Foi violée ,
Qu'Arras contre l'Ibere implorant fon fecours
Craint d'être enfeyeli fousfes fuperbes tours,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
11 Il y court, il y vole , il voit toute l'Eſpagne
De troupes , d'étendarts inonder la campagne,
La Victoire le fuit & d'un double laurier
Couronnele Monarque & le jeune Guerrier.
Depuis cette action les Places les plus fortes
Ouvrent à mon Héros & leurs coeurs & leurs porte
Et ce dernier Eté fait lui feul plus de bruit
Que la Grece vaincue & l'Empire détruit ;
Ainfi , n'attendez pas que je céde la gloire ,
Du plus haut rang d'honneur au temple de mé
moire.
· Le
temps à venir pour décider les diffé
kens de ces quatre luftres parla ainfi ,
Je viens pour décider le noble différend
Qui vous a partagés pour un Roi Conquérant ;
Déjalfous vingt Soleils fes premieres années
Ont eû tout lefuccès des grandes deſtinées ,
Mais ce commencement tout éclatant qu'il eſt
N'eft que le premier pas de l'aftre qui l'a fait
Il s'avance à la gloire avec plus de lumiere
Il ouvre à ſa valeur une illuftre carriere ,
Et l'Europe & l'Afie offrent à ce guerrier
Une plus belle palmę, un plus riche laurier
Tout le fuperbe éclat dont il vous environne
N'eft qu'un premier brillant que la gloire vous don
ne.
Allez , cedez la place aux luftres à venir
JUILLET. 1745 . 149
Et de ces grands fuccès gardez le fouvenir.
Les fondateurs des quatre grandes Mo
narchies attirés par le bruit des conquêtes de
Louis Augufte viennent offrir leur hommage
à fon Autel ; ils admirent fes trophées & lui
cedent la premiere place du temple de la
gloire. Cétoit la troifiéme entrée de la troi
fiéme partie. Les Dieux qui jurerent autrefois
la guerte contre les géans fur l'autel qui
fait une des conftellations céleftes , vinrent
jurer la paix fur celui de Louis Augufte . Jupiter
y laiffa fa foudre , Mars fon épée , Neptune
foa trident , tandis que la paix fe
montra fur l'arc - en- ciel & fit un récit.
Des payfans challés de leurs cabanes par
les ravages de Bellonne cherchent un azile
près de l'autel de Louis Augufte où ils
trouvent les gages de la paix ; ils prennent
les armes que les Dieux y ont laiffées & en
font des inftrumens d'Agriculture. Minerve
la Divinité de l'ancien temple de Lyon &
Apollon le Dieu des Sçavans viennent éta
blir des facrificateurs pour recevoir les victimes
que les peuples doivent offrir à l'autel
de Louis Augufte. La Fortune Françoiſe y
amena l'hérefie & Mahomet enchainés. Le
grand Ballet fut compofé des treizes Louis
predeceffeurs de 1.ouis XIV , qui vinrent
être les témoins couronnés de fa gloire.
Giij
5 MERCURE DE FRANCE.
Que la compofition de ce Ballet eft (çavante
& variée ! Que de tableaux divers
il prefente à la curiofité des fpectateurs ! Que
tous les rapports des parties tant hiftoriques
qu'allégoriques font bien fimétrifés , & qu'ils
concourent avec habileté à la gloire de
Louis XIV. & à l'honneur de la Ville de
Lyon qui fignala fon zéle par cette ingenieufe
& magnifique fête ! Sans doute les décorations
& les habits aflortiffoient aux idées
fublimes de l'inventeur de ce Ballet ? D'où
vient qu'on fe contente aujourd'hui de danfes
monotoniques qui ne difent jamais rien
d'expreffif & qui n'offrent aux yeux que des
marches & des entrées prefque toujours uniformes
& où le goût & le difcernement ne
trouvent jamais rien à louer que la grace &
Ja legéreté des pas fans pouvoir en admirer
l'ordre & l'application ? Le R. P. Meneftrier
nous apprend que ce fut à l'occafion de ce
Ballet dont il fut chargé par des ordres fupérieurs
qu'il fe crut obligé de lire tout ce
qu'Ariftote , Lucien , Plutarque , Platon ,
Libanius , Athénée , Julius Pollux & quelques
Modernes qu'il ne nomme pas ont
écrit fur la danfe théatrale.
Il n'eft pas douteux que tous ces Auteurs.
là ne font pas connus de bien des compofiteurs
de Ballets de notre fiécle , & que les
danfeurs qui voudront s'en tenir à la routine
JUILLET.
1745. 151
de leur talent fans en approfondir le mérite
principal ne répondront à ces refléxions
que par une pirouette en s'écriant comme
Poiffon dans le Joueur :
Allons faute Marquis.
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