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501
p. 202-204
GRAVURE.
Début :
Plan géométral de la ville de Bordeaux, levé par ordre de M. de Tourny Intendant [...]
Mots clefs :
Gravure, Bordeaux, Rembrandt
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texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
Plevé par ordre de M. de Tourny In-
Lan géométral de la ville de Bordeaux ,
tendant de la généralité , dédié & préſenté
au Roi par Meffieurs les Maire
Sous-
Maire , Jurats , Procureur , Syndic &
Secrétaire de cette ville : les élévations
de fes principaux édifices , forment une
bordure autour de ce plan ; une vue des
promenades de la même ville du côté du
château Trompette , une autre de la Porte
& Place de Bourgogne du côté du Port.
A Paris , chez Lattré , Graveur , rue faint
Jacques , où l'on trouve aufli les Plans
de Malte , la Carte géofphérique du Globe
terreftre , le Plan de Nancy , les Campagnes
du Roi repréfentées par des figures
allégoriques , & le projet d'une Place de
Louis XV , fur l'efplanade des Tuileries
préfenté à la Ville de Paris en 1752 , par
M. d'Aquinot architecte.
OCTOBRE 1755 . 203
LA DOUZIEME planche de M. de Marcenay
vient de paroître , elle eft gravée d'après
un tableau de Rembrant , ( large de
fix pieds fur quatre de haut , du cabinet de
M. le Comte de Vence , ) où vraifemblablement
il a peint les portraits de deux
perfonnes de grande diftinction à en juger
par la magnificence de leurs habillemens
qui pour lors n'étoient point équivoques ,
le luxe n'ayant point encore confondu les
conditions ni fuggéré l'idée d'en impofer à
la postérité.
On y voit une femme vêtue de fatin
blanc , fon manteau de pareille étoffe ,
doublé d'hermine , eft attaché par une
agrafe de pierreries. Le voile qu'elle a
fur la tête négligemment rejetté en arriere
, les perles dont elle eft ornée, & plus
encore fon chapeau de fleurs , dénotent
affez que c'eft une victime de l'Hymenée .
Son époux la conduit par la main , & ne
lui cede point en magnificence ; fur une
vefte de fatin brodée , il porte un manteau
de velours ponceau , enrichi d'une broderie
en or , parfeméé de diamans ; fur l'épaule
eft attachée une toile d'or pliée en
forme de noeud d'épaule , & fa tête eft
couverte d'une toque de velours noir , relevée
par une plume blanche & un cordon
de diamans ; fon hauſle- col défigne affez
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
que c'est un guerrier , peut - être feroit- il
de l'illuftre maifon de Naffau , ce que
Meffieurs les amateurs Hollandois pourront
fort aisément fçavoir à la vue de l'eftampe
, par la connoiffance exacte qu'ils ont
des ouvrages
de cet habile Peintre qui fait
tant d'honneur à leur patrie.
Un détail plus étendu ennuieroit plutôt
qu'il ne rendroit raifon de la maniere excellente
dont Rembrant s'eft tiré de ce
pompeux étalage qui eft pour l'ordinaire
l'écueil du pinceau . Rien ne trouble l'unité
de vifion , s'il eft permis de hafarder cette
expreffion , bien loin de là : diamans , étoffes
, payfage , tout , en un mot , par un
merveilleux affemblage , foumis à ce moteur
puiffant de l'harmonie , le clair - obfcur
, répand fur les chairs cet éclat féduifant
fi néceffaire aux portraits où le vrai
ne peut exifter fans le relief. On trouve
cette eftampe chez l'Auteur , rue des
Vieux Auguftins , près l'Egoût , vis- à -vis la
2º. lanterne , & chez M. Lutton , Commis
au recouvrement du Mercure , rue fainte
Anne , butte S. Roch , entre deux Selliers.
Plevé par ordre de M. de Tourny In-
Lan géométral de la ville de Bordeaux ,
tendant de la généralité , dédié & préſenté
au Roi par Meffieurs les Maire
Sous-
Maire , Jurats , Procureur , Syndic &
Secrétaire de cette ville : les élévations
de fes principaux édifices , forment une
bordure autour de ce plan ; une vue des
promenades de la même ville du côté du
château Trompette , une autre de la Porte
& Place de Bourgogne du côté du Port.
A Paris , chez Lattré , Graveur , rue faint
Jacques , où l'on trouve aufli les Plans
de Malte , la Carte géofphérique du Globe
terreftre , le Plan de Nancy , les Campagnes
du Roi repréfentées par des figures
allégoriques , & le projet d'une Place de
Louis XV , fur l'efplanade des Tuileries
préfenté à la Ville de Paris en 1752 , par
M. d'Aquinot architecte.
OCTOBRE 1755 . 203
LA DOUZIEME planche de M. de Marcenay
vient de paroître , elle eft gravée d'après
un tableau de Rembrant , ( large de
fix pieds fur quatre de haut , du cabinet de
M. le Comte de Vence , ) où vraifemblablement
il a peint les portraits de deux
perfonnes de grande diftinction à en juger
par la magnificence de leurs habillemens
qui pour lors n'étoient point équivoques ,
le luxe n'ayant point encore confondu les
conditions ni fuggéré l'idée d'en impofer à
la postérité.
On y voit une femme vêtue de fatin
blanc , fon manteau de pareille étoffe ,
doublé d'hermine , eft attaché par une
agrafe de pierreries. Le voile qu'elle a
fur la tête négligemment rejetté en arriere
, les perles dont elle eft ornée, & plus
encore fon chapeau de fleurs , dénotent
affez que c'eft une victime de l'Hymenée .
Son époux la conduit par la main , & ne
lui cede point en magnificence ; fur une
vefte de fatin brodée , il porte un manteau
de velours ponceau , enrichi d'une broderie
en or , parfeméé de diamans ; fur l'épaule
eft attachée une toile d'or pliée en
forme de noeud d'épaule , & fa tête eft
couverte d'une toque de velours noir , relevée
par une plume blanche & un cordon
de diamans ; fon hauſle- col défigne affez
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
que c'est un guerrier , peut - être feroit- il
de l'illuftre maifon de Naffau , ce que
Meffieurs les amateurs Hollandois pourront
fort aisément fçavoir à la vue de l'eftampe
, par la connoiffance exacte qu'ils ont
des ouvrages
de cet habile Peintre qui fait
tant d'honneur à leur patrie.
Un détail plus étendu ennuieroit plutôt
qu'il ne rendroit raifon de la maniere excellente
dont Rembrant s'eft tiré de ce
pompeux étalage qui eft pour l'ordinaire
l'écueil du pinceau . Rien ne trouble l'unité
de vifion , s'il eft permis de hafarder cette
expreffion , bien loin de là : diamans , étoffes
, payfage , tout , en un mot , par un
merveilleux affemblage , foumis à ce moteur
puiffant de l'harmonie , le clair - obfcur
, répand fur les chairs cet éclat féduifant
fi néceffaire aux portraits où le vrai
ne peut exifter fans le relief. On trouve
cette eftampe chez l'Auteur , rue des
Vieux Auguftins , près l'Egoût , vis- à -vis la
2º. lanterne , & chez M. Lutton , Commis
au recouvrement du Mercure , rue fainte
Anne , butte S. Roch , entre deux Selliers.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte décrit une gravure commandée par M. de Tourny, représentant le plan géométrique de la ville de Bordeaux. Ce plan, dédié au roi, inclut les élévations des principaux édifices bordelais et des vues des promenades et lieux emblématiques comme le château Trompette et la Porte de Bourgogne. La gravure est disponible chez Lattré, graveur à Paris, qui propose également d'autres plans et cartes, tels que ceux de Malte, Nancy, et des campagnes du roi. Par ailleurs, la douzième planche de M. de Marcenay, gravée d'après un tableau de Rembrandt, a été publiée. Ce tableau, provenant du cabinet du Comte de Vence, représente deux personnes de grande distinction. La femme, vêtue de satin blanc et d'hermine, porte des perles et un chapeau de fleurs, indiquant son statut de mariée. Son époux, en satin brodé et velours ponceau, arbore des diamants et une toque noire, suggérant qu'il pourrait être un guerrier de la maison de Nassau. La gravure est disponible chez l'auteur, rue des Vieux Augustins, et chez M. Lutton, rue Sainte-Anne. Le texte souligne la maîtrise de Rembrandt dans la représentation harmonieuse des détails luxueux sans troubler l'unité de la vision.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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502
p. 204-206
« LE Sr ALIAMET, habile Graveur, vient de donner au Public deux estampes qu'il a [...] »
Début :
LE Sr ALIAMET, habile Graveur, vient de donner au Public deux estampes qu'il a [...]
Mots clefs :
Estampes, Graveur
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texteReconnaissance textuelle : « LE Sr ALIAMET, habile Graveur, vient de donner au Public deux estampes qu'il a [...] »
LE SI ALTAMET , habile Graveur , vient
de donner au Public deux eftampes qu'il a
gravées d'aprèsTeniers.Elles ont pour titre ,
OCTOBRE . 1755 205
l'une le départ pour le Sabbat , & l'autre
l'arrivée au Sabbat . Les deux tableaux tirés
du cabinet de M. le Comte de Vence ,
palfent pour les plus ingénieux que ce
Peintre Flamand ait compofes. Comme
tout y eft fiction , il y a donné l'eſſor à
fon génie , il en a fait deux fujets de nuit ,
parce que les fcènes magiques qui y font
dépeintes , s'affortiffent mieux avec les ténebres
qu'avec la trop grande lumiere .
Dans le premier , on voit une Magicienne
occupée à préparer des onguents
pour frotter ceux qu'elle envoie au Sabbat .
Autour d'elle font fous les formes les plus
grotéfques , les fuppots du royaume Infernal
, qui applaudiffent à fon travail .
L'un d'eux tient une efpece de flute à bec
pour fonner le départ , d'autres paroiffent
l'accompagner de leurs cris lugubres. Sur
le devant du fujet font tous les attributs de
l'art de la divination . Têtes & offemens de
morts , caracteres écrits en cercle fur le
carreau , cartes difperfées , couteau fiché
en terre , & c. Dans le fond est une femme
qui tient le livre des paroles magiques
, & fait partir par la cheminée à
l'aide de la fumée d'un grand feu , ceux
qui font prêts , & qui ont en main le balet
chargé d'une torche ardente qui doit les
éclairer dans leur route,
206 MERCURE DE FRANCE.
Le fecond fujet repréfente l'arrivée au
Sabbat. On y voit la forciere & fa fervante
accompagnées de toute la cohorte ténébreufe
, occupées à chercher des trafors à la
lueur du flambeau déja décrit . L'une fouille
la terre , l'autre apporte des herbes & des
racines magiques parmi lesquelles eft une
mandragore : la Scene eft en pleine campagne
au pied d'un gibet en ruine , dont
il ne refte qu'un poteau. Les oiſeaux de
nuit voltigeant ça & là , accompagnent de
leurs cris les inftrumens de mufique qui
annoncent d'une façon comique la joie de
toute la troupe.
Ces deux eftampes expriment parfaitement
les beautés & les fineffes des deux
tableaux & rendent très-bien les effets du
clair-obfcur. Elles fe vendent chez l'Auteur
rue des Mathurins , la quatrieme porte
cochere à gauche en entrant par la rue de
la Harpe , à Paris , 1755 .
de donner au Public deux eftampes qu'il a
gravées d'aprèsTeniers.Elles ont pour titre ,
OCTOBRE . 1755 205
l'une le départ pour le Sabbat , & l'autre
l'arrivée au Sabbat . Les deux tableaux tirés
du cabinet de M. le Comte de Vence ,
palfent pour les plus ingénieux que ce
Peintre Flamand ait compofes. Comme
tout y eft fiction , il y a donné l'eſſor à
fon génie , il en a fait deux fujets de nuit ,
parce que les fcènes magiques qui y font
dépeintes , s'affortiffent mieux avec les ténebres
qu'avec la trop grande lumiere .
Dans le premier , on voit une Magicienne
occupée à préparer des onguents
pour frotter ceux qu'elle envoie au Sabbat .
Autour d'elle font fous les formes les plus
grotéfques , les fuppots du royaume Infernal
, qui applaudiffent à fon travail .
L'un d'eux tient une efpece de flute à bec
pour fonner le départ , d'autres paroiffent
l'accompagner de leurs cris lugubres. Sur
le devant du fujet font tous les attributs de
l'art de la divination . Têtes & offemens de
morts , caracteres écrits en cercle fur le
carreau , cartes difperfées , couteau fiché
en terre , & c. Dans le fond est une femme
qui tient le livre des paroles magiques
, & fait partir par la cheminée à
l'aide de la fumée d'un grand feu , ceux
qui font prêts , & qui ont en main le balet
chargé d'une torche ardente qui doit les
éclairer dans leur route,
206 MERCURE DE FRANCE.
Le fecond fujet repréfente l'arrivée au
Sabbat. On y voit la forciere & fa fervante
accompagnées de toute la cohorte ténébreufe
, occupées à chercher des trafors à la
lueur du flambeau déja décrit . L'une fouille
la terre , l'autre apporte des herbes & des
racines magiques parmi lesquelles eft une
mandragore : la Scene eft en pleine campagne
au pied d'un gibet en ruine , dont
il ne refte qu'un poteau. Les oiſeaux de
nuit voltigeant ça & là , accompagnent de
leurs cris les inftrumens de mufique qui
annoncent d'une façon comique la joie de
toute la troupe.
Ces deux eftampes expriment parfaitement
les beautés & les fineffes des deux
tableaux & rendent très-bien les effets du
clair-obfcur. Elles fe vendent chez l'Auteur
rue des Mathurins , la quatrieme porte
cochere à gauche en entrant par la rue de
la Harpe , à Paris , 1755 .
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Résumé : « LE Sr ALIAMET, habile Graveur, vient de donner au Public deux estampes qu'il a [...] »
Le graveur Si Altamet a récemment publié deux estampes inspirées des œuvres de Teniers : 'Le départ pour le Sabbat' et 'L'arrivée au Sabbat'. Ces tableaux, provenant du cabinet du Comte de Vence, sont parmi les plus remarquables du peintre flamand Teniers. Les scènes, fictives et nocturnes, mettent en valeur des éléments magiques. Dans la première estampe, une magicienne prépare des onguents pour envoyer des personnes au Sabbat. Autour d'elle, des formes grotesques et des suppôts infernaux applaudissent. Un d'eux joue de la flûte à bec, tandis que d'autres émettent des cris lugubres. Des attributs de divination, comme des têtes de morts et des cartes, sont présents. Une femme tient un livre de paroles magiques et fait partir les participants par la cheminée, éclairés par une torche. La seconde estampe montre l'arrivée au Sabbat. Une sorcière et sa servante, accompagnées de créatures ténébreuses, cherchent des trésors à la lueur d'un flambeau. Elles fouillent la terre et ramassent des herbes magiques, dont une mandragore. La scène se déroule en pleine campagne au pied d'un gibet en ruine. Des oiseaux de nuit et des instruments de musique comique annoncent la joie de la troupe. Ces estampes sont disponibles à la vente chez l'auteur, rue des Mathurins à Paris, en 1755.
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503
p. 177-187
PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
Début :
C'est à l'émulation que les artistes doivent leurs succès, mais c'est des [...]
Mots clefs :
Louvre, Tableaux, Ouvrage, Beauté, Portrait, Succès, Dessin, Composition, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
PEINTURE.
Réflexionsfommaires fur les ouvrages expofes
C
au Louvre cette année.
EST à l'émulation que les artiſtes
doivent leurs fuccès , mais c'eſt des
connoiffeurs qu'ils en attendent la récompenfe.
Peu flattés des éloges que leur prodigue
l'ignorance , parce qu'elle admire
tout fans choix , & qu'elle confond dans
le tribut injurieux qu'elle offre aux talens ,
le beau & le médiocre , peu touchés des
efforts de la malignité & de l'envie , qui
fufcitent contr'eux des écrivains plus indigens
qu'éclairés , ils méprifent également
les louanges immoderées des panégyriſtes ,
& la licence effrénée de leurs Zoïles . Trop
grands pour être agités par ces petites paffions
qui ne caracterifentque les hommes
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
médiocres , ils n'emploient point un tems
entierement dévoué aux arts , à écouter
ces rumeurs inutiles , ou à y répondre le
génie , le gout enfante leurs travaux ; c'eſt
du genie , c'est du gout qu'ils s'efforcent
de mériter l'hommage. L'encens dont ils
les honorent eft précieux , la critique épurée
à ces rayons eft utile à la perfection
de leur art . L'un leur fert à marcher avec
encore plus de fuccès dans la route heureufe
qu'ils fe font tracée , l'autre leur
fait éviter dans la fuite les écueils où ils
font tombés. Ainfi tout jufqu'à leurs fautes
même leur devient utile. C'est dans cette
vue que fe fait l'expofition des peintures ,
fculptures & gravures . Dans les éloges que
l'on donne ici aux chefs -d'oeuvre en tout
genre qui s'y font faits remarquer , on a
le bonheur d'être à la fois l'interprete du
public & l'organe de la verité.
On a vu avec plaifir dans les tableaux de
M. Reftout ce même feu qui diftingue fi
bien tous fes ouvrages ; cette chaleur dans
la compofition digne de l'illuftre Jouvenet
fon oncle , cette grande ordonnance ,
cette belle difpofition fe font admirer dans
un grand tableau de cet auteur , repréfentant
Jesus-Chrift qui lave les pieds aux
Apôtres. Tout y eft digne de la grandeur
du fujer .
NOVEMBRE. 1755. 179
M. Carlo- Vanloo , déja fi connu par la
beauté de fon pinceau , & la vigueur de fon
coloris , eft digne des plus grands éloges.
Qu'on trouve de dignité dans fes deux
grands tableaux , dont l'an repréfente le
Baptême de S. Auguftin , celui d'Alipe
fon ami , & d'Adeodat fon fils ; l'autre le
même Docteur prechant devant Valere ,
Evêque d'Hyppone ! Le caractere de nobletfe
qui paroît fur le front des deux Evêques
qui font dans ce tableau , eft tel qu'on
fe fent pénetré de refpect & de veneration
à leur vue. Dans le premier de ces tableaux
on a reconnu facilement l'auteur
fous la figure d'un Acolyte , tenant un livre
à la main. Le public , quoiqu'accoutumé
depuis long- tems à ne rien voir que
d'admirable fortir des mains de ce maître ,
n'a vu cependant qu'avec furprife un tableau
de chevalet , réprefentant une converſation
. Il n'eft pas poffible de faire un
tableau mieux peint , plus galant & plus
gracieufement traité . Ce tableau auroit
fait honneur à Wandeik pour la couleur ,
& à Netfcher pour le fini. On peut donner
les mêmes éloges à deux deffus de porte
du même auteur , dont l'un reprefente
deux Sultanes travaillant à la tapifferie , &
l'autre une Sultane prenant du caffé.
MM. Collin de Vermont & Natoire fou-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tiennent dignement la réputation qu'ils fe
font acquife par la nobleffe de leur compofition
, & par l'élegance & la préciſion
de leur deffein .
On ne peut donner que
des
applaudiffemens
à M. Jeaurat . Semblable aux
grands Poëtes tragiques, qui ne dédaignent
point de prendre le brodequin après avoir
long- tems chauffé le Cothurne , on l'a vu
avec plaifir remporter la palme dans un
genre moins élevé que le fien , mais qui
n'a cependant pas moins de difficultés . Il
a rendu avec verité ces petits évenemens
qui fe multiplient fi fouvent dans la vie
populaire . Dans l'un de fes tableaux on
voit un Commiffaire vengeur de l'honnêteté
publique violée ; dans l'autre , un demenagement
troublé par des créanciers
importuns ; l'attelier du Peintre n'a pas
été moins applaudi.
M. Halle parcourt fa carriere avec
gloire. Il foutient avec fuccès un nom
déja cher aux amateurs . Le tableau de cet
auteur reprefentant les Difciples d'Emmaüs
eft bien compofé , & fait un bel
effet.
Le merite de M. Vien a peut - être été
encore plutôt connu que fa perfonne A
peine fes premiers ouvrages ont-ils paruque
le fuccès les a couronnés ? La repuNOVEMBRE
. 1755. 181
tation de cet artifte eft déja faite dans un
âge , où il eſt beau de l'avoir commencée.
Chacun de ſes tableaux a réuni les fuftrages
. On a rendu juftice à la beauté du
deffein , & à la fageffe de la compofition
dans le tableau repréfentant S. Germain &
S. Vincent. Sa maniere de traiter l'hiftoire
nous paroît la meilleure : elle eft vraie &
fimple .
L'illufion ne fe diffipe qu'à peine en
touchant le tableau de M. Chardin , imitant
un bas- relief de bronze.
Dans la foule des portaits dont le fallon
étoit decoré , celui de M. Elvetius , par M.
Louis- Michel Vanloo , m'a frappé ainfi que
la multitude . Il a le merite de la reffemblance
; on peut dire qu'il eft bien portrait
. On apperçoit d'ailleurs dans le deffein
une jufteffe qui décele aux yeux des
connoiffeurs le peintre d'hiftoire. Le portrait
de feue Madame Henriette de France
eft auffi parfaitement reffemblant , & fait
honneur au pinceau de M. Nattier. M.
Tocqué a foutenu fa grande réputation par
le portrait de M. le Duc de Chartres &
par celui de M. le Marquis de Marigny.
L'un eft d'une verité exacte , & l'autre
d'une force de pinceau finguliere. M. Jelyotte
peint en Apollon , ajoute un nouveau
rayon à la gloire de ce Maître. M.
182 MERCURE DE FRANCE.
de la Tour dans le portrait de Madame de
Pompadour , a montré la fuperiorité de
fes talens déja tant de fois applaudis . Il a
égalé fon fujet par la maniere habile dont
il l'a traité. Plus on a vu ce portrait, plus
on l'a eftimé. Il forme un tableau de la
plus grande beauté , & qui gagne à l'examen.
Tous les détails & les ornemens en
font finis .
M. Aved ne s'eft pas moins diftingué.
On a trouvé l'ordonnance & la compofition
du portrait de M. l'Evêque de Meaux
noble & belle , l'exécution heureufe , le
coloris vigoureux & la reffemblance parfaite.
Les regards du public fe font auth
arrêtés fur fes autres tableaux auxquels on
a rendu la juftice qu'ils meritoient.
Un grand tableau peint en cire , fuivant
la découverte ou procedé de M. Bachelier
, qu'il appelle inuftion , c'eſt-àdire
cire brulée , a recueilli toutes les voix .
Deja connu par des talens précieux , mais
moins grands, moins developpés que ceux
qu'il préfente aujourd'hui , il rend la perte
de M. Oudry moins amere ; & la peinture
defolée d'avoir perdu fou la Fontaine
féche fes pleurs en trouvant fon fucceffeur
dans M. Bachelier. Ce tableau repréſente
la fable du cheval & du loup.
L'oeil s'eft fixé avec bien de la fatisfacNOVEMBRE.
1755. 183
tion fur cinq tableaux de M. Vernet. Deux
d'entr'eux reprefentent deux différentes
vues du port du Marfeille ; le troiſieme
une vue du port neuf , ou de l'arfenal de
Toulon ; le quatrieme une pêche du thon ;
& le dernier une tempête. Que de beautés
dans tous ces tableaux , & qu'ils font ingénieufement
variés ! Ce n'eft point une
peinture , ce n'eft plus une repréfentation
d'objets , c'eft l'exiftence , c'eft la réalité
même. Vous y voyez ces ouvrages admirables
fi utiles au commerce de la nation .
Vous y voyez les habitans des quatre parties
du monde reunis par l'interêt & le
bien public agir , commercer enſemble. Le
deffein de l'auteur eft digne du Pouffin . Le
fpectateur eft effrayé à la vue de la tempê
te & du naufrage . Les vagues irritées engloutiffent
les débris d'un vaiffeau dont
quelques hommes s'échappent à peine. Les
figures de ce tableau paroiffent être de la
main de Salvator Roze.
L'art de la miniature s'embellit , & devient
un grand talent dans celles de M.
Venevault .
M. de La Grenée , jeune peintre d'hiftoire
, expofe dans une âge où l'on ne donne
guere que de grandes efperances , des
ouvrages qui font deja les fruits de la maturité
du genie.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Roflin & Dronais le fils , tiennerit
un rang dittingué dans leur genre.
Dans fes payfages M. Juliard rend bien
les effets de la nature .
M. Antoine Le Bel a auffi fon merite.
M. de la Rue marche fur les pas du fameux
Parrocel , dont les connoiffeurs regretteront
long- tems la perte. M. Greuze
nourri par l'étude des Peintres Flamans ,
ces hommes fi habiles à faifir la nature ,
& fi propres à arracher de la bouche du
fpectateur ce cri d'admiration , qu'on ne
peut refufer à la verité de l'expreffion &
de l'imitation , n'eft point inférieur à ces
grands Maîtres. Il eft tout-à- la fois imitateur
heureux , & créateur aimable .
La Sculpture n'a montré que peu d'ouvrages.
Le bufte de M. le Marechal de
Coigny nous a paru d'une grande vérité ,
& digne de M. Confton.
Dans le Milon Crotoniate de M.Falconnet
, on a admiré la beauté du deffein , la
jufteffe des contours & la force du cifeau .
Ce morceau de fculpture repréſente un
lion devorant l'athlete . Il remplit à la fois
de terreur & de compaffion . M. Michel-
Ange Slodiz a expofé l'efquiffe d'un grouppe
de la victoire qui ramene la paix ,
d'une très- belle compofition , ainfi que le
projet d'une chaire de Prédicateur pour S.
NOVEMBRE . 1755. 185
Sulpice , qui en fait fouhaiter l'exécution.
Par quelle fatalité les Bouchardons , les
Pigalles fe refufent- ils à nos applaudiffemens
? Faits pour les obtenir tous , nous
priveront- ils encore long- tems des fruits
de leurs cifeaux ? *
* Nous fommes également fondés à former
cette plainte à l'égard de la peinture . M. Boucher
nous a tenu rigueur à ce fallon , de même que M.
Pierre. La plus belle moitié du public a foupiré de
n'y rien voir de ce Peintre aimable , qui eft le fien ,
puifqu'il eft celui des graces & de la beauté. On
foupçonne que ces petits écrits furtifs , que l'envie
ou le befoin produifent contre le talent à chaque
expofition , en font la caufe fecrete . On craint
même que les autres artiftes du premier ordre
comme lui , ne fuivent fon exemple. Tous fe plaignent
, dit- on , que ces fatyres , quelques méprifables
qu'elles foient, font impreffion dans la province
, & y nuifent à leur gloire , comme à leur
intérêt . On voit bien que les Peintres ne font pas
aguerris ainfi que les auteurs. Il est vrai qu'ils
difent pour leurs raifons que les ouvrages de ces
derniers vont partout en même tems que leurs
critiques , & leur fervent de contre-poifon ; au
lieu que leurs tableaux reſtent dans les cabinets
de la capitale , & que les libelles qui les déchirent
, courent feuls la province. La crainte que
j'ai de nous voir privés par là des nouveaux tréfors
dont ces grands Maîtres peuvent nous enrichir
, m'oblige à leur répondre , pour les raffurer,
que la gravure vient à leur fecours . Elle devient
chaque jour fi parfaite , qu'on peut l'appeller une
traduction auffi fidelle qu'élégante de leurs ta
186, MERCURE DE FRANCE.
Le genie de M. Cochin fait pour les délices
de la nation , l'enchante fans l'étonner.
L'imagination & l'agrément animent
à la fois fon crayon & fon burin .
MM. Cars, Surugue , Le Bas , Tardieu ;
Dupuis, & autres artistes anffi diftingués par
leurs talens , ne laiffent rien à defirer
que
de nouvelles productions de leur part. M.
Guay fait revivre le gout antique dont fes
ouvrages ont toute la beauté. Il excelle
dans un art négligé depuis long-tems, mais
cultivé auparavant avec fuccès par ces
bleaux. Elle en rend l'efprit avec les traits ; les
eftampes que fon burin met au jour d'après leur
pinceau , fe répandent dans toute la France , &
font partout leur apologie. Ces Meffieurs m'objecteront
peut-être que leurs grands tableaux ne
font pas traduits , & que d'ailleurs il refte toujours
une partie effentielle fur laquelle ils ne
font pas juftifiés , qui eft la couleur que la gravure
ne peut jamais rendre. Mais pour y fuppléer
les Journaux publics avertiffent les provinces &
même les pays étrangers où ils parviennent , du
mépris qu'on doit faire de ces critiques informes,
& du difcrédit où elles font à Paris . Tous ces petits
faifeurs de brochures peuvent inquietter un
moment nos Appelles françois , ou leur faire
tout au plus une piquure paflagere ; mais ces infectes
n'exiftent qu'un Automne. Le premier
froid de Phyver les tue heureufement & nous en
délivre , tandis que les chefs - d'oeuvres qu'ils attaquent
font confacrés par les années , & durent
éternellement.
NOVEMBRE . 1755. 187
hommes rares qui confacroient leurs travaux
à immortalifer les traits d'un Cefar ,
d'un Trajan . Il en fait un auffi bel ufage
qu'eux. Il les confacre à retracer à la pofterité
ceux d'un Monarque auffi grand que
ces heros. Siecle heureux , où tout concourt
à la gloire des arts , où il fe trouve
des hommes qui les cultivent , des connoiffeurs
qui les aiment , un Mecene qui
les encourage , & un Prince qui les recompenſe
!
Réflexionsfommaires fur les ouvrages expofes
C
au Louvre cette année.
EST à l'émulation que les artiſtes
doivent leurs fuccès , mais c'eſt des
connoiffeurs qu'ils en attendent la récompenfe.
Peu flattés des éloges que leur prodigue
l'ignorance , parce qu'elle admire
tout fans choix , & qu'elle confond dans
le tribut injurieux qu'elle offre aux talens ,
le beau & le médiocre , peu touchés des
efforts de la malignité & de l'envie , qui
fufcitent contr'eux des écrivains plus indigens
qu'éclairés , ils méprifent également
les louanges immoderées des panégyriſtes ,
& la licence effrénée de leurs Zoïles . Trop
grands pour être agités par ces petites paffions
qui ne caracterifentque les hommes
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
médiocres , ils n'emploient point un tems
entierement dévoué aux arts , à écouter
ces rumeurs inutiles , ou à y répondre le
génie , le gout enfante leurs travaux ; c'eſt
du genie , c'est du gout qu'ils s'efforcent
de mériter l'hommage. L'encens dont ils
les honorent eft précieux , la critique épurée
à ces rayons eft utile à la perfection
de leur art . L'un leur fert à marcher avec
encore plus de fuccès dans la route heureufe
qu'ils fe font tracée , l'autre leur
fait éviter dans la fuite les écueils où ils
font tombés. Ainfi tout jufqu'à leurs fautes
même leur devient utile. C'est dans cette
vue que fe fait l'expofition des peintures ,
fculptures & gravures . Dans les éloges que
l'on donne ici aux chefs -d'oeuvre en tout
genre qui s'y font faits remarquer , on a
le bonheur d'être à la fois l'interprete du
public & l'organe de la verité.
On a vu avec plaifir dans les tableaux de
M. Reftout ce même feu qui diftingue fi
bien tous fes ouvrages ; cette chaleur dans
la compofition digne de l'illuftre Jouvenet
fon oncle , cette grande ordonnance ,
cette belle difpofition fe font admirer dans
un grand tableau de cet auteur , repréfentant
Jesus-Chrift qui lave les pieds aux
Apôtres. Tout y eft digne de la grandeur
du fujer .
NOVEMBRE. 1755. 179
M. Carlo- Vanloo , déja fi connu par la
beauté de fon pinceau , & la vigueur de fon
coloris , eft digne des plus grands éloges.
Qu'on trouve de dignité dans fes deux
grands tableaux , dont l'an repréfente le
Baptême de S. Auguftin , celui d'Alipe
fon ami , & d'Adeodat fon fils ; l'autre le
même Docteur prechant devant Valere ,
Evêque d'Hyppone ! Le caractere de nobletfe
qui paroît fur le front des deux Evêques
qui font dans ce tableau , eft tel qu'on
fe fent pénetré de refpect & de veneration
à leur vue. Dans le premier de ces tableaux
on a reconnu facilement l'auteur
fous la figure d'un Acolyte , tenant un livre
à la main. Le public , quoiqu'accoutumé
depuis long- tems à ne rien voir que
d'admirable fortir des mains de ce maître ,
n'a vu cependant qu'avec furprife un tableau
de chevalet , réprefentant une converſation
. Il n'eft pas poffible de faire un
tableau mieux peint , plus galant & plus
gracieufement traité . Ce tableau auroit
fait honneur à Wandeik pour la couleur ,
& à Netfcher pour le fini. On peut donner
les mêmes éloges à deux deffus de porte
du même auteur , dont l'un reprefente
deux Sultanes travaillant à la tapifferie , &
l'autre une Sultane prenant du caffé.
MM. Collin de Vermont & Natoire fou-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tiennent dignement la réputation qu'ils fe
font acquife par la nobleffe de leur compofition
, & par l'élegance & la préciſion
de leur deffein .
On ne peut donner que
des
applaudiffemens
à M. Jeaurat . Semblable aux
grands Poëtes tragiques, qui ne dédaignent
point de prendre le brodequin après avoir
long- tems chauffé le Cothurne , on l'a vu
avec plaifir remporter la palme dans un
genre moins élevé que le fien , mais qui
n'a cependant pas moins de difficultés . Il
a rendu avec verité ces petits évenemens
qui fe multiplient fi fouvent dans la vie
populaire . Dans l'un de fes tableaux on
voit un Commiffaire vengeur de l'honnêteté
publique violée ; dans l'autre , un demenagement
troublé par des créanciers
importuns ; l'attelier du Peintre n'a pas
été moins applaudi.
M. Halle parcourt fa carriere avec
gloire. Il foutient avec fuccès un nom
déja cher aux amateurs . Le tableau de cet
auteur reprefentant les Difciples d'Emmaüs
eft bien compofé , & fait un bel
effet.
Le merite de M. Vien a peut - être été
encore plutôt connu que fa perfonne A
peine fes premiers ouvrages ont-ils paruque
le fuccès les a couronnés ? La repuNOVEMBRE
. 1755. 181
tation de cet artifte eft déja faite dans un
âge , où il eſt beau de l'avoir commencée.
Chacun de ſes tableaux a réuni les fuftrages
. On a rendu juftice à la beauté du
deffein , & à la fageffe de la compofition
dans le tableau repréfentant S. Germain &
S. Vincent. Sa maniere de traiter l'hiftoire
nous paroît la meilleure : elle eft vraie &
fimple .
L'illufion ne fe diffipe qu'à peine en
touchant le tableau de M. Chardin , imitant
un bas- relief de bronze.
Dans la foule des portaits dont le fallon
étoit decoré , celui de M. Elvetius , par M.
Louis- Michel Vanloo , m'a frappé ainfi que
la multitude . Il a le merite de la reffemblance
; on peut dire qu'il eft bien portrait
. On apperçoit d'ailleurs dans le deffein
une jufteffe qui décele aux yeux des
connoiffeurs le peintre d'hiftoire. Le portrait
de feue Madame Henriette de France
eft auffi parfaitement reffemblant , & fait
honneur au pinceau de M. Nattier. M.
Tocqué a foutenu fa grande réputation par
le portrait de M. le Duc de Chartres &
par celui de M. le Marquis de Marigny.
L'un eft d'une verité exacte , & l'autre
d'une force de pinceau finguliere. M. Jelyotte
peint en Apollon , ajoute un nouveau
rayon à la gloire de ce Maître. M.
182 MERCURE DE FRANCE.
de la Tour dans le portrait de Madame de
Pompadour , a montré la fuperiorité de
fes talens déja tant de fois applaudis . Il a
égalé fon fujet par la maniere habile dont
il l'a traité. Plus on a vu ce portrait, plus
on l'a eftimé. Il forme un tableau de la
plus grande beauté , & qui gagne à l'examen.
Tous les détails & les ornemens en
font finis .
M. Aved ne s'eft pas moins diftingué.
On a trouvé l'ordonnance & la compofition
du portrait de M. l'Evêque de Meaux
noble & belle , l'exécution heureufe , le
coloris vigoureux & la reffemblance parfaite.
Les regards du public fe font auth
arrêtés fur fes autres tableaux auxquels on
a rendu la juftice qu'ils meritoient.
Un grand tableau peint en cire , fuivant
la découverte ou procedé de M. Bachelier
, qu'il appelle inuftion , c'eſt-àdire
cire brulée , a recueilli toutes les voix .
Deja connu par des talens précieux , mais
moins grands, moins developpés que ceux
qu'il préfente aujourd'hui , il rend la perte
de M. Oudry moins amere ; & la peinture
defolée d'avoir perdu fou la Fontaine
féche fes pleurs en trouvant fon fucceffeur
dans M. Bachelier. Ce tableau repréſente
la fable du cheval & du loup.
L'oeil s'eft fixé avec bien de la fatisfacNOVEMBRE.
1755. 183
tion fur cinq tableaux de M. Vernet. Deux
d'entr'eux reprefentent deux différentes
vues du port du Marfeille ; le troiſieme
une vue du port neuf , ou de l'arfenal de
Toulon ; le quatrieme une pêche du thon ;
& le dernier une tempête. Que de beautés
dans tous ces tableaux , & qu'ils font ingénieufement
variés ! Ce n'eft point une
peinture , ce n'eft plus une repréfentation
d'objets , c'eft l'exiftence , c'eft la réalité
même. Vous y voyez ces ouvrages admirables
fi utiles au commerce de la nation .
Vous y voyez les habitans des quatre parties
du monde reunis par l'interêt & le
bien public agir , commercer enſemble. Le
deffein de l'auteur eft digne du Pouffin . Le
fpectateur eft effrayé à la vue de la tempê
te & du naufrage . Les vagues irritées engloutiffent
les débris d'un vaiffeau dont
quelques hommes s'échappent à peine. Les
figures de ce tableau paroiffent être de la
main de Salvator Roze.
L'art de la miniature s'embellit , & devient
un grand talent dans celles de M.
Venevault .
M. de La Grenée , jeune peintre d'hiftoire
, expofe dans une âge où l'on ne donne
guere que de grandes efperances , des
ouvrages qui font deja les fruits de la maturité
du genie.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Roflin & Dronais le fils , tiennerit
un rang dittingué dans leur genre.
Dans fes payfages M. Juliard rend bien
les effets de la nature .
M. Antoine Le Bel a auffi fon merite.
M. de la Rue marche fur les pas du fameux
Parrocel , dont les connoiffeurs regretteront
long- tems la perte. M. Greuze
nourri par l'étude des Peintres Flamans ,
ces hommes fi habiles à faifir la nature ,
& fi propres à arracher de la bouche du
fpectateur ce cri d'admiration , qu'on ne
peut refufer à la verité de l'expreffion &
de l'imitation , n'eft point inférieur à ces
grands Maîtres. Il eft tout-à- la fois imitateur
heureux , & créateur aimable .
La Sculpture n'a montré que peu d'ouvrages.
Le bufte de M. le Marechal de
Coigny nous a paru d'une grande vérité ,
& digne de M. Confton.
Dans le Milon Crotoniate de M.Falconnet
, on a admiré la beauté du deffein , la
jufteffe des contours & la force du cifeau .
Ce morceau de fculpture repréſente un
lion devorant l'athlete . Il remplit à la fois
de terreur & de compaffion . M. Michel-
Ange Slodiz a expofé l'efquiffe d'un grouppe
de la victoire qui ramene la paix ,
d'une très- belle compofition , ainfi que le
projet d'une chaire de Prédicateur pour S.
NOVEMBRE . 1755. 185
Sulpice , qui en fait fouhaiter l'exécution.
Par quelle fatalité les Bouchardons , les
Pigalles fe refufent- ils à nos applaudiffemens
? Faits pour les obtenir tous , nous
priveront- ils encore long- tems des fruits
de leurs cifeaux ? *
* Nous fommes également fondés à former
cette plainte à l'égard de la peinture . M. Boucher
nous a tenu rigueur à ce fallon , de même que M.
Pierre. La plus belle moitié du public a foupiré de
n'y rien voir de ce Peintre aimable , qui eft le fien ,
puifqu'il eft celui des graces & de la beauté. On
foupçonne que ces petits écrits furtifs , que l'envie
ou le befoin produifent contre le talent à chaque
expofition , en font la caufe fecrete . On craint
même que les autres artiftes du premier ordre
comme lui , ne fuivent fon exemple. Tous fe plaignent
, dit- on , que ces fatyres , quelques méprifables
qu'elles foient, font impreffion dans la province
, & y nuifent à leur gloire , comme à leur
intérêt . On voit bien que les Peintres ne font pas
aguerris ainfi que les auteurs. Il est vrai qu'ils
difent pour leurs raifons que les ouvrages de ces
derniers vont partout en même tems que leurs
critiques , & leur fervent de contre-poifon ; au
lieu que leurs tableaux reſtent dans les cabinets
de la capitale , & que les libelles qui les déchirent
, courent feuls la province. La crainte que
j'ai de nous voir privés par là des nouveaux tréfors
dont ces grands Maîtres peuvent nous enrichir
, m'oblige à leur répondre , pour les raffurer,
que la gravure vient à leur fecours . Elle devient
chaque jour fi parfaite , qu'on peut l'appeller une
traduction auffi fidelle qu'élégante de leurs ta
186, MERCURE DE FRANCE.
Le genie de M. Cochin fait pour les délices
de la nation , l'enchante fans l'étonner.
L'imagination & l'agrément animent
à la fois fon crayon & fon burin .
MM. Cars, Surugue , Le Bas , Tardieu ;
Dupuis, & autres artistes anffi diftingués par
leurs talens , ne laiffent rien à defirer
que
de nouvelles productions de leur part. M.
Guay fait revivre le gout antique dont fes
ouvrages ont toute la beauté. Il excelle
dans un art négligé depuis long-tems, mais
cultivé auparavant avec fuccès par ces
bleaux. Elle en rend l'efprit avec les traits ; les
eftampes que fon burin met au jour d'après leur
pinceau , fe répandent dans toute la France , &
font partout leur apologie. Ces Meffieurs m'objecteront
peut-être que leurs grands tableaux ne
font pas traduits , & que d'ailleurs il refte toujours
une partie effentielle fur laquelle ils ne
font pas juftifiés , qui eft la couleur que la gravure
ne peut jamais rendre. Mais pour y fuppléer
les Journaux publics avertiffent les provinces &
même les pays étrangers où ils parviennent , du
mépris qu'on doit faire de ces critiques informes,
& du difcrédit où elles font à Paris . Tous ces petits
faifeurs de brochures peuvent inquietter un
moment nos Appelles françois , ou leur faire
tout au plus une piquure paflagere ; mais ces infectes
n'exiftent qu'un Automne. Le premier
froid de Phyver les tue heureufement & nous en
délivre , tandis que les chefs - d'oeuvres qu'ils attaquent
font confacrés par les années , & durent
éternellement.
NOVEMBRE . 1755. 187
hommes rares qui confacroient leurs travaux
à immortalifer les traits d'un Cefar ,
d'un Trajan . Il en fait un auffi bel ufage
qu'eux. Il les confacre à retracer à la pofterité
ceux d'un Monarque auffi grand que
ces heros. Siecle heureux , où tout concourt
à la gloire des arts , où il fe trouve
des hommes qui les cultivent , des connoiffeurs
qui les aiment , un Mecene qui
les encourage , & un Prince qui les recompenſe
!
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Résumé : PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
En 1755, le Louvre a accueilli des expositions de peintures, sculptures et gravures, où les artistes cherchaient l'émulation et la reconnaissance des connaisseurs, valorisant les critiques constructives et les éloges mérités. Plusieurs artistes ont été particulièrement remarqués pour leurs œuvres. M. Restout a été loué pour son tableau représentant Jésus-Christ lavant les pieds des Apôtres. M. Carlo Vanloo a été admiré pour ses tableaux du Baptême de Saint Augustin et de Saint Augustin prêchant devant Valère. M. Jeaurat a été apprécié pour ses scènes de la vie populaire. M. Halle a été salué pour son tableau des Disciples d'Emmaüs. M. Vien a été reconnu pour son tableau de Saint Germain et Saint Vincent. M. Chardin a impressionné avec son imitation de bas-relief en bronze. Les portraits de M. Elvetius par Louis-Michel Vanloo, de Madame Henriette de France par Nattier, et de Madame de Pompadour par La Tour ont également été remarqués pour leur ressemblance et leur qualité. M. Bachelier a été félicité pour son tableau en cire représentant la fable du cheval et du loup. M. Vernet a été acclamé pour ses tableaux de vues maritimes et de tempêtes. En sculpture, les œuvres de M. Falconet et de M. Michel-Ange Slodtz ont été admirées. Le texte déplore l'absence de certaines figures emblématiques comme Boucher et Pigalle, attribuant cela à des critiques malveillantes. La gravure a été saluée pour sa capacité à diffuser les œuvres des peintres et à contrer les critiques provinciales. Enfin, le texte célèbre un siècle où les arts sont cultivés, aimés, encouragés et récompensés.
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504
p. 187-189
« M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...] »
Début :
M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...]
Mots clefs :
Tableaux, Anatomie, Jacques Gautier d'Agoty, Couleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...] »
M. GAUTIER nous affure qu'il eft l'inventeur
de l'art d'imprimer les tableaux à
quatre cuivres. Les tentatives infructueufes
qui ont été faites pour y parvenir depuis
plus de foixante ans , prouvent les
difficultés qu'il y a de réuffit dans ce nouveau
genre de gravure. Son origine comme
celle de toutes les autres inventions ,
eſt priſe dans les ſources les plus anciennes;
c'eft des Manufactures d'indiennes de Marfeille
que M. Gautier a conçu l'idée de
frapper des tableaux , comme on frappe
des fleurs fur ces fortes de toiles peintes ,
& il prétend avoir réuffi par la raifon qu'il
poffede la théorie des couleurs. Ces fortes
de tableaux peuvent fervir à l'Hiftoire natarelle
, à l'Anatomie , ainfi qu'à l'ornement
des cabinets. Jean - Baptifte - André
188 MERCURE DE FRANCE..
Gautier fon fils aîné , tient déja le burin ,
& va le feconder dans fes entrepriſes. Il
annonce au public , fous la direction & la
touche de fon pere , deux tableaux dans ce
genre , dont l'un repréfente la Toilette du
Soir , d'apres Arnoldus Boonen ; & l'autre
le Magifter Hollandois & fa jeure Ecoliere ,
d'après Therbourk , tous deux tirés du cabinet
de M. le Comte de Vence , & préfentés
à M. le Marquis de Marigny , avec
l'approbation de plufieurs Académiciens.
M. Gautier nous promet après la fecon-
Cde édition de fon cours d'Anatomie auquel
uel il eft fcrupuleufement attaché , de
donner des fuites de tableaux de plusieurs
genres , & les fuites d'Hiftoire naturelle
qu'il ne difcontinue point.
·
Les deux tableaux que nous venons d'annoncer
font fur toile de buit , c'est- à - dire de
quinze pouces de haut fur douze de large.
Le prix eft de trois livres en feuilles , & quatre
livres collés fur toile & vernis .
M. Gautier avertit les amateurs d'Anatomie
, que l'homme en cire n'eft plus chez
lui. Ce morceau a été moulé fur un fujet
difféqué aux Invalides de Paris , & repréfentant
exactement les vifceres , les mufcles
, les vaiffeaux & les nerfs , comme la
nature même ; il eft beaucoup eftimé des
connoiffeurs dans ce genre , & a été vu
NOVEMBRE. 1755. 189
de bien des perfonnes qui en ont loué le
travail & l'exactitude. C'eſt afin que l'on
ne fe donne plus la peine de l'aller voir
chez lui qu'il donne cet avis ; cependant'
les perfonnes de diftinction aufquelles on
ne peut rien réfufer , apprendront chez
M. Gautier où il eft actuellement , & le'
nom de l'amateur qui en a fait l'acquifi-'
tion ; & fi quelque Seigneur veut avoir une
pareille figure , les moules étant encore
entiers , il aura la bonté d'avertir un an
d'avance. Le prix eft de fix mille livres ,
avec la fuite des parties détachées , en
cire également.
de l'art d'imprimer les tableaux à
quatre cuivres. Les tentatives infructueufes
qui ont été faites pour y parvenir depuis
plus de foixante ans , prouvent les
difficultés qu'il y a de réuffit dans ce nouveau
genre de gravure. Son origine comme
celle de toutes les autres inventions ,
eſt priſe dans les ſources les plus anciennes;
c'eft des Manufactures d'indiennes de Marfeille
que M. Gautier a conçu l'idée de
frapper des tableaux , comme on frappe
des fleurs fur ces fortes de toiles peintes ,
& il prétend avoir réuffi par la raifon qu'il
poffede la théorie des couleurs. Ces fortes
de tableaux peuvent fervir à l'Hiftoire natarelle
, à l'Anatomie , ainfi qu'à l'ornement
des cabinets. Jean - Baptifte - André
188 MERCURE DE FRANCE..
Gautier fon fils aîné , tient déja le burin ,
& va le feconder dans fes entrepriſes. Il
annonce au public , fous la direction & la
touche de fon pere , deux tableaux dans ce
genre , dont l'un repréfente la Toilette du
Soir , d'apres Arnoldus Boonen ; & l'autre
le Magifter Hollandois & fa jeure Ecoliere ,
d'après Therbourk , tous deux tirés du cabinet
de M. le Comte de Vence , & préfentés
à M. le Marquis de Marigny , avec
l'approbation de plufieurs Académiciens.
M. Gautier nous promet après la fecon-
Cde édition de fon cours d'Anatomie auquel
uel il eft fcrupuleufement attaché , de
donner des fuites de tableaux de plusieurs
genres , & les fuites d'Hiftoire naturelle
qu'il ne difcontinue point.
·
Les deux tableaux que nous venons d'annoncer
font fur toile de buit , c'est- à - dire de
quinze pouces de haut fur douze de large.
Le prix eft de trois livres en feuilles , & quatre
livres collés fur toile & vernis .
M. Gautier avertit les amateurs d'Anatomie
, que l'homme en cire n'eft plus chez
lui. Ce morceau a été moulé fur un fujet
difféqué aux Invalides de Paris , & repréfentant
exactement les vifceres , les mufcles
, les vaiffeaux & les nerfs , comme la
nature même ; il eft beaucoup eftimé des
connoiffeurs dans ce genre , & a été vu
NOVEMBRE. 1755. 189
de bien des perfonnes qui en ont loué le
travail & l'exactitude. C'eſt afin que l'on
ne fe donne plus la peine de l'aller voir
chez lui qu'il donne cet avis ; cependant'
les perfonnes de diftinction aufquelles on
ne peut rien réfufer , apprendront chez
M. Gautier où il eft actuellement , & le'
nom de l'amateur qui en a fait l'acquifi-'
tion ; & fi quelque Seigneur veut avoir une
pareille figure , les moules étant encore
entiers , il aura la bonté d'avertir un an
d'avance. Le prix eft de fix mille livres ,
avec la fuite des parties détachées , en
cire également.
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Résumé : « M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...] »
M. Gautier se présente comme l'inventeur de l'impression des tableaux à quatre cuivres, une technique inspirée par les manufactures d'indiennes de Marseille. Cette méthode permet de reproduire des tableaux comme on imprime des fleurs sur des toiles. Gautier attribue son succès à sa maîtrise de la théorie des couleurs. Ces impressions peuvent être utilisées pour l'histoire naturelle, l'anatomie ou l'ornementation de cabinets. Son fils, Jean-Baptiste-André Gautier, collabore avec lui et annonce deux tableaux : 'La Toilette du Soir' d'après Arnoldus Boonen et 'Le Magistre Hollandois et sa jeune Écolière' d'après Therbourk. Ces œuvres, tirées du cabinet de M. le Comte de Vence, ont été présentées à M. le Marquis de Marigny avec l'approbation de plusieurs académiciens. Après la seconde édition de son cours d'anatomie, Gautier prévoit de publier des suites de tableaux de divers genres et des suites d'histoire naturelle. Les deux tableaux annoncés sont sur toile de buit, mesurant quinze pouces de haut sur douze de large, et sont vendus trois livres en feuilles et quatre livres collés sur toile et vernis. Gautier informe également les amateurs d'anatomie que son modèle en cire de l'homme, moulé sur un sujet aux Invalides de Paris, a été acquis par un amateur. Il propose de reproduire le modèle pour ceux intéressés, à condition d'être averti un an à l'avance, pour un prix de six mille livres incluant la suite des parties détachées en cire.
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505
p. 189-191
GRAVURE.
Début :
L'Académie Royale de peinture & de sculpture, agréa au mois de Septembre [...]
Mots clefs :
Peintre, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
' Académie Royale de peinture & de
dernier le fieur Jean- George Will , Graveur .
Les progrès rapides qu'il a faits dans cet
art difficile , juftifient de plus en plus l'eftime
& l'amitié dont feu M. Rigaud l'avoit
honoré.
Ce grand Peintre jugeoit par les foins
qu'il lui voyoit prendre à fon ouvrage ,
qu'il parviendroit un jour au dégré de
perfection dont il vient de nous donner des
preuves dans les trois morceaux qui lui
190 MERCURE DE FRANCE.
ont mérité le fuffrage unanime de l'Académie
& les applaudiffemens du public ,
lors de leur expofition au fallon.
Les véritables amateurs en ce genre ont
remarqué avec plaifir que par la coupe
hardie de fon burin , fes eftampes n'ont
rien qui fente la fatigue , que les travaux
en font purs & variés , & qu'ils rendent
avec fidélité les caracteres particuliers des
tableaux qu'il a repréfentés ; ce qui eft un
point des plus effentiels de la gravure.
On croit voir dans la Cléopâtre de Netfcher
, la vigueur , la richeffe & furtout le
féduifant des fatins où ce peintre excelloit.
Par le magnifique portrait de M. le
Comte de Saint-Florentin , on reconnoit
dans les objets principaux , comme dans
les acceffoires , tout le fçavoir & toute
Pintelligence qui diftinguent avec tant
d'avantage l'illuftre Tocqué .
Dans celui du fieur Maffé que ce Graveur
vient de finir d'après le même Peintre,
les travaux font plus larges , plus fermes
& plus convenables à la fimplicité du fujet
, qui n'a d'autres richeffes que la beauté
de l'ordonnance , & celle des tons que
le graveur a parfaitement rendus . Čes
fortes de beautés naïves , méritent aux
yeux des connoiffeurs une diftinction particuliere.
Le célebre M. Piron , par fix vers
NOVEMBRE. 1755. 191
qu'il a mis au bas du portrait de M. Maffé,
n'a pas voulu qu'on pût voir cet Artiſte ,
fans fe reffouvenir que c'eft à fes foins &
à fon intelligence que nous devons la fuperbe
collection de la Gallerie de Verfailles
.
Le fieur Will vient d'achever auffi dans
le même tems & avec le même fuccès , une
planche d'après un tableau de Gerard Dow,
repréfentant la mere de ce Peintre en vieille
devideufe ( 1 ) : les qualités éminentes
du fimple , du vrai & du beau fini , qui
diftinguent ce maître fameux, ne pouvoient
jamais être rendues avec plus d'art & plus
de précifion. C'eft fur la vérité de cet expofé
que nous annonçons au Public avec
confiance , que le fieur Will vient de mettre
au jour ces deux dernieres Planches.
Sa demeure eft fur le quai des Auguftins ,
à côté de l'Hôtel d'Auvergne.
(1 ) Ce tableau eft du cabinet de M. le Comte
de Vence , ainsi que la Cléopâtre de Netfcher.
' Académie Royale de peinture & de
dernier le fieur Jean- George Will , Graveur .
Les progrès rapides qu'il a faits dans cet
art difficile , juftifient de plus en plus l'eftime
& l'amitié dont feu M. Rigaud l'avoit
honoré.
Ce grand Peintre jugeoit par les foins
qu'il lui voyoit prendre à fon ouvrage ,
qu'il parviendroit un jour au dégré de
perfection dont il vient de nous donner des
preuves dans les trois morceaux qui lui
190 MERCURE DE FRANCE.
ont mérité le fuffrage unanime de l'Académie
& les applaudiffemens du public ,
lors de leur expofition au fallon.
Les véritables amateurs en ce genre ont
remarqué avec plaifir que par la coupe
hardie de fon burin , fes eftampes n'ont
rien qui fente la fatigue , que les travaux
en font purs & variés , & qu'ils rendent
avec fidélité les caracteres particuliers des
tableaux qu'il a repréfentés ; ce qui eft un
point des plus effentiels de la gravure.
On croit voir dans la Cléopâtre de Netfcher
, la vigueur , la richeffe & furtout le
féduifant des fatins où ce peintre excelloit.
Par le magnifique portrait de M. le
Comte de Saint-Florentin , on reconnoit
dans les objets principaux , comme dans
les acceffoires , tout le fçavoir & toute
Pintelligence qui diftinguent avec tant
d'avantage l'illuftre Tocqué .
Dans celui du fieur Maffé que ce Graveur
vient de finir d'après le même Peintre,
les travaux font plus larges , plus fermes
& plus convenables à la fimplicité du fujet
, qui n'a d'autres richeffes que la beauté
de l'ordonnance , & celle des tons que
le graveur a parfaitement rendus . Čes
fortes de beautés naïves , méritent aux
yeux des connoiffeurs une diftinction particuliere.
Le célebre M. Piron , par fix vers
NOVEMBRE. 1755. 191
qu'il a mis au bas du portrait de M. Maffé,
n'a pas voulu qu'on pût voir cet Artiſte ,
fans fe reffouvenir que c'eft à fes foins &
à fon intelligence que nous devons la fuperbe
collection de la Gallerie de Verfailles
.
Le fieur Will vient d'achever auffi dans
le même tems & avec le même fuccès , une
planche d'après un tableau de Gerard Dow,
repréfentant la mere de ce Peintre en vieille
devideufe ( 1 ) : les qualités éminentes
du fimple , du vrai & du beau fini , qui
diftinguent ce maître fameux, ne pouvoient
jamais être rendues avec plus d'art & plus
de précifion. C'eft fur la vérité de cet expofé
que nous annonçons au Public avec
confiance , que le fieur Will vient de mettre
au jour ces deux dernieres Planches.
Sa demeure eft fur le quai des Auguftins ,
à côté de l'Hôtel d'Auvergne.
(1 ) Ce tableau eft du cabinet de M. le Comte
de Vence , ainsi que la Cléopâtre de Netfcher.
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Résumé : GRAVURE.
Jean-George Will est un graveur reconnu pour ses progrès rapides dans l'art de la gravure. Il a été soutenu par le défunt peintre Rigaud, qui voyait en lui un potentiel pour atteindre la perfection. Will a récemment exposé trois œuvres à l'Académie Royale de peinture et de sculpture, recevant l'unanimité des suffrages académiques et les applaudissements du public. Ses gravures sont appréciées pour leur coupe hardie, leur pureté, leur variété et leur fidélité aux tableaux originaux. Parmi ses œuvres notables, on trouve la gravure de 'Cléopâtre de Nestor', le portrait du Comte de Saint-Florentin et celui de M. Massé, salué pour ses traits larges et fermes. Le célèbre M. Piron a souligné l'importance de Will dans la création de la collection de la Galerie de Versailles. Will a également achevé une planche d'après un tableau de Gerard Dow, représentant la mère du peintre en vieille dévoteuse. Le texte se conclut par l'annonce de la mise au jour de deux nouvelles planches par Will, dont la demeure est située sur le quai des Augustins, à côté de l'Hôtel d'Auvergne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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506
p. 191-192
A Monsieur le Comte de V.... sur l'Estampe gravée d'après Gerard Dow, par M. Will. HUITAIN.
Début :
Je désirois & Marot & Rousseau [...]
Mots clefs :
Estampe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Monsieur le Comte de V.... sur l'Estampe gravée d'après Gerard Dow, par M. Will. HUITAIN.
A Monfieur le Comte de V.... fur l'Estampe
gravée d'après Gerard Dow , par M.Will.
JE
HUITAIN.
E défirois & Marot & Rouffeau ,
En un dixain , s'ils étoient en ma place ,
192 MERCURE DE FRANCE.
De vous payer , Comte , le beau morceau
Que je poffede en bordure & fous glace.
Moi , pauvret , donc , que veut- on que je faffe ?
Je n'y fçais rien , fors d'avouer tout net ,
Qu'au grand jamais le clinquant du Parnaffe
Ne vaudra l'or de votre cabinet .
gravée d'après Gerard Dow , par M.Will.
JE
HUITAIN.
E défirois & Marot & Rouffeau ,
En un dixain , s'ils étoient en ma place ,
192 MERCURE DE FRANCE.
De vous payer , Comte , le beau morceau
Que je poffede en bordure & fous glace.
Moi , pauvret , donc , que veut- on que je faffe ?
Je n'y fçais rien , fors d'avouer tout net ,
Qu'au grand jamais le clinquant du Parnaffe
Ne vaudra l'or de votre cabinet .
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507
p. 192-194
Vers qui sont au bas du Portrait de M. Massé, gravé par M. Vill.
Début :
Du célebre le Brun, sous ses riches lambris, [...]
Mots clefs :
Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers qui sont au bas du Portrait de M. Massé, gravé par M. Vill.
Vers quifont au bas du Portrait de M. Maſſë,
gravé par M. Vill.
Du célebre le Brun , fous fes riches lambris , U
Verfailles renfermoit les chefs- d'oeuvres fans prix ,
Qui de Louis le Grand nous ont tracé l'hiftoire.
Secondé du burin Maffé durant trente ans ,
Par
NOVEMBRE. 1755. 193
Par des travaux d'un genre à triompher des tems ,
De la France & du Peintre étend partout la
gloire.
Piron , 1755 .
Le fieur Surugue , Graveur du Roi ,
vient de mettre au jour deux jolies Eftampes
d'après les tableaux originaux de David
Teniers ; l'une fous le titre des Payfans
Hollandois revenans des champs ; & l'autre
fous celui de la Glaneufe Flamande . On
les vend chez l'Auteur , rue des Noyers ,
vis-à- vis S. Yves. On y trouve auffi le
portrait de Mlle Silvia , gravé par Suru-.
gue fils , d'après M. de la Tour. On lit
ces vers au bas de l'Eftampe.
Bu jeu de Silvia , la naïve éloquence
Sçait inftruire , égayer , attendrir tous les coeurs
A l'art de plaire uniflant la décence ,
Elle annoblit fon état par les moeurs.
La fuite d'Odieuvre paroît ; elle confifte
en huit nouveaux portraits. On la
trouve chez lui , cul- de-fac des vignes ,
à Paris. Le troifieme volume de l'Europe
Illuftre doit fe diftribuer inceffamment.
Les huit nouvelles planches du Lutrin ,
fe vendent à Paris , chez Gaillard , Graveur
, rue S. Jacques , au -deffus des Jacobins
, entre un Perruquier & une Lingere.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
LE ST LE ROUGE, Ingénieur, Géographe
du Roi , rue des Auguftins , piès la rue S.
André , vient de publier un recueil , contenant
les plans des principales villes & forts
de l'Amérique feptentrionale; fçavoir, Quebec
, vue de Quebec , Louifbourg , Ville-
Marie , Cayene , Nouvelle Orleans , Fort
Dauphin projetté , Fort S. Fréderic , Ville
de Hallifax , Fort de Hallifax , Fort Weftern
, Fort Francfort , Charles Toun , Port
Royal de Jamaique , Kingſton , Port de
Plaifance , Annapolis Royal , S. Domingo ,
Veracrux , Havanne , & le fameux faut de
Niagara , in-4° . broché , ; liv. 3
On trouve auffi chez le même une collection
des côtes d'Angleterre , qu'on nomme
le Pilote Côtier , par Collins, Impreffion
de Londres. prix 48 livres .
Plus , une carte Topographique de
l'ifthme de l'Acadie avec les Forts de
Beauféjour , Gafpereau , &c. levée fur les
lieux en Juin.
Plus , une très -belle carte de la partie
orientale du Canada , contenant l'Acadie
& le fleuve S. Laurent jufques à Quebec ,
terres que les Anglois nomment la nouvelle
Ecoffe , traduite d'une carte angloife , publiée
en Juin dernier par Jeffery.
Plus , toutes les cartes concernant les
affaires préfentes de l'Amérique .
gravé par M. Vill.
Du célebre le Brun , fous fes riches lambris , U
Verfailles renfermoit les chefs- d'oeuvres fans prix ,
Qui de Louis le Grand nous ont tracé l'hiftoire.
Secondé du burin Maffé durant trente ans ,
Par
NOVEMBRE. 1755. 193
Par des travaux d'un genre à triompher des tems ,
De la France & du Peintre étend partout la
gloire.
Piron , 1755 .
Le fieur Surugue , Graveur du Roi ,
vient de mettre au jour deux jolies Eftampes
d'après les tableaux originaux de David
Teniers ; l'une fous le titre des Payfans
Hollandois revenans des champs ; & l'autre
fous celui de la Glaneufe Flamande . On
les vend chez l'Auteur , rue des Noyers ,
vis-à- vis S. Yves. On y trouve auffi le
portrait de Mlle Silvia , gravé par Suru-.
gue fils , d'après M. de la Tour. On lit
ces vers au bas de l'Eftampe.
Bu jeu de Silvia , la naïve éloquence
Sçait inftruire , égayer , attendrir tous les coeurs
A l'art de plaire uniflant la décence ,
Elle annoblit fon état par les moeurs.
La fuite d'Odieuvre paroît ; elle confifte
en huit nouveaux portraits. On la
trouve chez lui , cul- de-fac des vignes ,
à Paris. Le troifieme volume de l'Europe
Illuftre doit fe diftribuer inceffamment.
Les huit nouvelles planches du Lutrin ,
fe vendent à Paris , chez Gaillard , Graveur
, rue S. Jacques , au -deffus des Jacobins
, entre un Perruquier & une Lingere.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
LE ST LE ROUGE, Ingénieur, Géographe
du Roi , rue des Auguftins , piès la rue S.
André , vient de publier un recueil , contenant
les plans des principales villes & forts
de l'Amérique feptentrionale; fçavoir, Quebec
, vue de Quebec , Louifbourg , Ville-
Marie , Cayene , Nouvelle Orleans , Fort
Dauphin projetté , Fort S. Fréderic , Ville
de Hallifax , Fort de Hallifax , Fort Weftern
, Fort Francfort , Charles Toun , Port
Royal de Jamaique , Kingſton , Port de
Plaifance , Annapolis Royal , S. Domingo ,
Veracrux , Havanne , & le fameux faut de
Niagara , in-4° . broché , ; liv. 3
On trouve auffi chez le même une collection
des côtes d'Angleterre , qu'on nomme
le Pilote Côtier , par Collins, Impreffion
de Londres. prix 48 livres .
Plus , une carte Topographique de
l'ifthme de l'Acadie avec les Forts de
Beauféjour , Gafpereau , &c. levée fur les
lieux en Juin.
Plus , une très -belle carte de la partie
orientale du Canada , contenant l'Acadie
& le fleuve S. Laurent jufques à Quebec ,
terres que les Anglois nomment la nouvelle
Ecoffe , traduite d'une carte angloife , publiée
en Juin dernier par Jeffery.
Plus , toutes les cartes concernant les
affaires préfentes de l'Amérique .
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Résumé : Vers qui sont au bas du Portrait de M. Massé, gravé par M. Vill.
En novembre 1755, Piron a écrit un poème en l'honneur de Charles Le Brun, peintre et graveur renommé, soulignant ses contributions à l'histoire de Louis XIV et sa collaboration avec Massé. Le poème met en avant les œuvres d'art conservées à Versailles et la renommée de Le Brun. Le graveur Surugue a publié deux estampes d'après les tableaux de David Teniers : 'Les Paysans Hollandais revenant des champs' et 'La Glaneuse Flamande'. Ces œuvres, ainsi qu'un portrait de Mlle Silvia gravé par Surugue fils d'après M. de la Tour, sont disponibles chez l'auteur. La suite d'Odieuvre, composée de huit nouveaux portraits, est également disponible chez l'auteur. Le troisième volume de 'L'Europe Illustre' et les huit nouvelles planches du 'Lutrin' sont en vente chez Gaillard, graveur. Le St Le Rouge, ingénieur et géographe du Roi, a publié un recueil de plans des principales villes et forts de l'Amérique septentrionale, ainsi qu'une collection des côtes d'Angleterre. Parmi les cartes disponibles, on trouve une carte topographique de l'isthme de l'Acadie et une carte de la partie orientale du Canada. Ces publications sont disponibles chez Le St Le Rouge.
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508
p. 153-160
« LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
Début :
LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...]
Mots clefs :
Poème, Peinture, Sang, Amour, Haine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
LA PEINTURE , poëme , par M. Baillet ,
Baron de S. Julien. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Quillau , rue S. Jacques
, & chez Jombert , rue Dauphine.
Ce court poëme qui n'a guere plus de
deux cens vers , contient moins les préceptes
que les louanges de l'art qu'il célebre
: il nous paroît l'ouvrage d'un Auteur
qui joint au goût de la Peinture , le talent
de la Poéfie.
Quelques tirades que nous allons citer ,
le prouveront mieux que nos difcours .
Otoi , dont la beauté fit mon premier amour ,
Peinture , que j'aimai , dès que je vis le jour .....
Viens , dévoile à mes fens tes auguftes myfteres,,
Dirige tes crayons dans mes mains téméraires,
Allume dans mon fein ces tranſports créateurs
Des refforts du génie inftrumens & moteurs ,
Ce feu noble & facré , cet orgueil de notre être
Où l'homme égal aux Dieux , ſemble ſe reconnoître
,
Ce don qu'aucun effort ne fçauroit obtenir ,
Et qu'il faut éprouver pour te bien définir.
Fuyez. N'efpérez rien de vos foins téméraires,
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Artifans fans génie , ouvriers mercenaires ,
Qui dans ce champ de gloire , attirés par la faim ,
Envifagez pour but non l'honneur , mais le gain.
Allez , portez ailleurs cette vile induſtrie :
Ivres du fol efpoir dont votre ame eft nourrie ;
Il faut , pour le remplir , battre un autre fentier :
La peinture eft un art , & non pas un métier.
A l'occafion des Peintres d'animaux.
voici un morceau philofophique , où la
brute doit remercier le Poëte de la fupériorité
qu'il femble lui donner fur l'homme
, & qu'elle mérite peut- être à certains
égards.
Quel bras de Prométhée , oſant ravir la flâme ,
A l'inftin&t de la brute ajoute encore une ame ?
Nous fait voir des forêts les hôtes tous égaux ,
De l'homme fier & vain , plus fuperbes rivaux.
Plus courageux , plus fiers , plus foumis , plus dociles
,
Plus juftes , plus prudens , plus chaftes , plus tranquiles
,
Plus fobres , plus actifs , aux travaux plus conftans,
Plus fideles amis , plus fideles amans ;
Rois de cet Univers , fi la fourbe & l'adreſſe ,
L'artifice toujours appui de la foibleffe ,
Et les pieges couverts à la force tendus ,
N'étoient pas des humains les premieres vertus.
DECEMBRE 1755. ISS
La peinture d'Hiftoire me paroît bien
peinte dans le morceau fuivant..
Où m'as-tu tranfporté , Déeffe enchantereffe :
Quel nouveau feu dans moi fait paffer fon ivreffe !
Quel jour plus lumineux a frappé mes regards ,
Quels chefs-d'oeuvres vivans naiffent de toutes
parts !
C'étoit donc peu pour toi , féduifante peinture ,
De tromper par ton art , l'art même & la nature ;
Cet art vouloit un but & des projets plus hauts ,
De plus nobles fuccès pour tes nobles travaux .
Pour couronner ta gloire , ainfi que ton ouvrage ,
Dans le fond de nos coeurs , il fe fraye un paffage ,
Y réveille à la fois la pitié , la terreur ,
L'amour , l'ambition , la haine & la fureur ,
Toutes nos paffions , ces idoles fi cheres ,
De l'ame des humains , tyrans trop volontaires.
Le morceau de la haine des fils de Jocafte
eft encore un des mieux frappés . Il
termine le Poëme , & nous finirons par
lui ce précis.
C'eft un fecret penchant que nous éprouvons tous ,
Il naît , fe fortifie , & ne meurt qu'avec nous ,
Nous aimons par inftinct ceux qui nous firent
naître ,
Et.croyons tout devoir à qui nous devons l'être.
Notre coeur généreux , plein de ces fentimens ,
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Aime à multiplier ces tendres mouvemens .
Les neveux , les amis , les parens de nos Peres
Partagent avec eux ces refpects volontaires ;
Chacun d'eux les reçoit & les rend à ſon tour ,
Et les dégrés du fang font des dégrés d'amour.
Mais quand l'indépendance amenant la difcorde !
Des Peres & des Fils a troublé la concorde ,
Ou qu'un vil intérêt , deftructeur des maifons ,
Dans nos coeurs à longs traits répandant fes poi
fons ,
Une fois a rompu ce lien invincible ,
Plus le fang nous unit , plus la haine eft terrible.
Thebe en vit autrefois un exemple fameux.
Deux freres , nés d'un fang profcrit , inceftueux ,
Surpaffant en fureur les crimes de leur race ,
Comblerent dans fes murs leur fratricide audace.
Tous deux las de verfer le fang de leurs fujets ,
De s'habhorrer toujours , fans fe venger jamais ,.
Et de commettre au fort leur rage impatiente ,
Choifirent dans leur bras une route moins lente.
L'un vers l'autre avec joye , on les vit s'avancer ,
Se mefurer , fe joindre , ainfi que fe percer ,
Tomber , & ranimant leur facrilege envie ,
Poursuivre en fon rival les reftes de ſa vie ;
Et contens de la perdre en pouvant la ravir ,
Se rapprocher tous deux , s'égorger & mourir.
A ces freres éteints , par leur haine célebres ,
Thebes fit décerner tous les honneurs funebres ;
Et l'on réunit morts , fur un même bucher ,
DECEMBRE. 1755. 157
Ceux , que vivans , le fang n'avoit pu rapprocher.
O prodige ! à l'inftant la flamme divifée
Se fépare fur eux , ardente & courroucée :
A travers l'épaiffeur de fes globes brúlans.
On croit voir dans les airs leurs ſpectres menaçans
Sindigner , en mourant , d'un foin qui les honore ;
Et dans ces coeurs glacés la haine vit encore.
On a joint à ce Poëme un écrit en profe,
qui a pour titre , Caracteres des Peintres
François actuellement vivans , nouvelle.
édition. Il eft du même Auteur , & mérite
d'être lu.
LA MORT DE SÉJAN , Tragédie en vers.
qui n'a pas été jouée , précédée de deux
Epîtres en vers , Prix 30 fols. A Berlin ;.
& fe vend à Paris chez Duchefne , rue faint
Jacques.
C'eft un coup d'effai qui mérite d'autant
plus d'indulgence que l'auteur n'a que
vingt-deux ans.
NOUVELLE MÉTHODE pour apprendre
la Langue Latine par un fyftême fi facile
qu'il eft à la portée d'un enfant de cinq à
fix ans qui fçait lire : & fi prompt qu'on y
fait plus de progrès en deux ou trois années
qu'en huit ou dix , en fuivant la
158 MERCURE DE FRANCE.
route ordinaire , par M. de Launay , Auteur
de la nouvelle Méthode pour apprendre
à lire . Celle- ci eft propofée par ſoufcription
en quatre volumes in So. A Paris,
chez la veuve Robinot , quai des Grands
Auguftins , & chez Babuty fils , même
qual , 1755.
L'Auteur nous affure que par cet ouvrage
, tout fujet capable d'application depuis
cinq ans jufqu'à foixante , après un mois
ou deux d'inftruction , peut apprendre
feul & fans maître , à expliquer les Auteurs
latins les plus difficiles , & à rendre
raifon de toutes les regles de la Grammaire
& de la maniere la plus commode
& la plus aifée , fans aucun effort d'imagination
ni de mémoire . Ce fyftême eft
général , & peut s'appliquer à toutes les
langues. Le prix en feuilles fera pour les
Soufcripteurs de douze livres , dont fix
feront payées en foufcrivant; La foufcription
aura lieu jufqu'au mois de Février
prochain 1756 ; paffé ce tems , le prix fera
de dix-huit livres. Le premier volume
paroîtra au commencement de Février
& les trois autres de mois en mois.
PRINCIPES GENERAUX & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec
des obfervations fur l'orthographe , les
DECEMBRE 1755. 159
accents , la ponctuation , & la prononcia--
tion ; & un abrégé de regles de la verfification
françoife , dédiés à Mgr . le Duc de
Chartres , par M. Reftaut , Avocat au Parlement
& aux Confeils du Roi . Septieme
édition revue & corrigée par l'Auteur.
A Paris , chez la veuve Lottin , J. H. Buttard
, rue S. Jacques ; & chez Defaint &
Saillant , rue S. Jean de Beauvais . 1755 .
Cet ouvrage eft un des meilleurs qu'on
ait faits fur notre langue. Les nombreuſes
éditions qui en ont été données , le louent
beaucoup plus que tout le bien que nous
pourrions en dire. La feptieme que nous
annonçons , met le comble à l'éloge . La
même Grammaire fe trouve à Poitiers ,
chez J. Felix Faulcon Imprimeur du
Clergé.
OBSERVATIONS critiques & politiques
fur le commerce maritime , dans
lefquelles on difcute quelques points felatifs
à l'induftrie & au commerce des Colonies
Françoifes , un volume in- 12 , petit
format , imprimé à Amfterdam ; & fe trouve
à Paris , chez Jombert , rue Dauphine.
1755.
Il paroîtra vers la fin de Janvier prochain
une carte en quatre feuilles , inti160
MERCURE DE FRANCE .
tulée Canada , Louisiane , & Terres Angloifes.
On peut attendre de M. d'Anville
qui a compofé cette carte , l'exactitude &
l'abondance de détail qui caractériſent ſes
ouvrages.
Baron de S. Julien. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Quillau , rue S. Jacques
, & chez Jombert , rue Dauphine.
Ce court poëme qui n'a guere plus de
deux cens vers , contient moins les préceptes
que les louanges de l'art qu'il célebre
: il nous paroît l'ouvrage d'un Auteur
qui joint au goût de la Peinture , le talent
de la Poéfie.
Quelques tirades que nous allons citer ,
le prouveront mieux que nos difcours .
Otoi , dont la beauté fit mon premier amour ,
Peinture , que j'aimai , dès que je vis le jour .....
Viens , dévoile à mes fens tes auguftes myfteres,,
Dirige tes crayons dans mes mains téméraires,
Allume dans mon fein ces tranſports créateurs
Des refforts du génie inftrumens & moteurs ,
Ce feu noble & facré , cet orgueil de notre être
Où l'homme égal aux Dieux , ſemble ſe reconnoître
,
Ce don qu'aucun effort ne fçauroit obtenir ,
Et qu'il faut éprouver pour te bien définir.
Fuyez. N'efpérez rien de vos foins téméraires,
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Artifans fans génie , ouvriers mercenaires ,
Qui dans ce champ de gloire , attirés par la faim ,
Envifagez pour but non l'honneur , mais le gain.
Allez , portez ailleurs cette vile induſtrie :
Ivres du fol efpoir dont votre ame eft nourrie ;
Il faut , pour le remplir , battre un autre fentier :
La peinture eft un art , & non pas un métier.
A l'occafion des Peintres d'animaux.
voici un morceau philofophique , où la
brute doit remercier le Poëte de la fupériorité
qu'il femble lui donner fur l'homme
, & qu'elle mérite peut- être à certains
égards.
Quel bras de Prométhée , oſant ravir la flâme ,
A l'inftin&t de la brute ajoute encore une ame ?
Nous fait voir des forêts les hôtes tous égaux ,
De l'homme fier & vain , plus fuperbes rivaux.
Plus courageux , plus fiers , plus foumis , plus dociles
,
Plus juftes , plus prudens , plus chaftes , plus tranquiles
,
Plus fobres , plus actifs , aux travaux plus conftans,
Plus fideles amis , plus fideles amans ;
Rois de cet Univers , fi la fourbe & l'adreſſe ,
L'artifice toujours appui de la foibleffe ,
Et les pieges couverts à la force tendus ,
N'étoient pas des humains les premieres vertus.
DECEMBRE 1755. ISS
La peinture d'Hiftoire me paroît bien
peinte dans le morceau fuivant..
Où m'as-tu tranfporté , Déeffe enchantereffe :
Quel nouveau feu dans moi fait paffer fon ivreffe !
Quel jour plus lumineux a frappé mes regards ,
Quels chefs-d'oeuvres vivans naiffent de toutes
parts !
C'étoit donc peu pour toi , féduifante peinture ,
De tromper par ton art , l'art même & la nature ;
Cet art vouloit un but & des projets plus hauts ,
De plus nobles fuccès pour tes nobles travaux .
Pour couronner ta gloire , ainfi que ton ouvrage ,
Dans le fond de nos coeurs , il fe fraye un paffage ,
Y réveille à la fois la pitié , la terreur ,
L'amour , l'ambition , la haine & la fureur ,
Toutes nos paffions , ces idoles fi cheres ,
De l'ame des humains , tyrans trop volontaires.
Le morceau de la haine des fils de Jocafte
eft encore un des mieux frappés . Il
termine le Poëme , & nous finirons par
lui ce précis.
C'eft un fecret penchant que nous éprouvons tous ,
Il naît , fe fortifie , & ne meurt qu'avec nous ,
Nous aimons par inftinct ceux qui nous firent
naître ,
Et.croyons tout devoir à qui nous devons l'être.
Notre coeur généreux , plein de ces fentimens ,
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Aime à multiplier ces tendres mouvemens .
Les neveux , les amis , les parens de nos Peres
Partagent avec eux ces refpects volontaires ;
Chacun d'eux les reçoit & les rend à ſon tour ,
Et les dégrés du fang font des dégrés d'amour.
Mais quand l'indépendance amenant la difcorde !
Des Peres & des Fils a troublé la concorde ,
Ou qu'un vil intérêt , deftructeur des maifons ,
Dans nos coeurs à longs traits répandant fes poi
fons ,
Une fois a rompu ce lien invincible ,
Plus le fang nous unit , plus la haine eft terrible.
Thebe en vit autrefois un exemple fameux.
Deux freres , nés d'un fang profcrit , inceftueux ,
Surpaffant en fureur les crimes de leur race ,
Comblerent dans fes murs leur fratricide audace.
Tous deux las de verfer le fang de leurs fujets ,
De s'habhorrer toujours , fans fe venger jamais ,.
Et de commettre au fort leur rage impatiente ,
Choifirent dans leur bras une route moins lente.
L'un vers l'autre avec joye , on les vit s'avancer ,
Se mefurer , fe joindre , ainfi que fe percer ,
Tomber , & ranimant leur facrilege envie ,
Poursuivre en fon rival les reftes de ſa vie ;
Et contens de la perdre en pouvant la ravir ,
Se rapprocher tous deux , s'égorger & mourir.
A ces freres éteints , par leur haine célebres ,
Thebes fit décerner tous les honneurs funebres ;
Et l'on réunit morts , fur un même bucher ,
DECEMBRE. 1755. 157
Ceux , que vivans , le fang n'avoit pu rapprocher.
O prodige ! à l'inftant la flamme divifée
Se fépare fur eux , ardente & courroucée :
A travers l'épaiffeur de fes globes brúlans.
On croit voir dans les airs leurs ſpectres menaçans
Sindigner , en mourant , d'un foin qui les honore ;
Et dans ces coeurs glacés la haine vit encore.
On a joint à ce Poëme un écrit en profe,
qui a pour titre , Caracteres des Peintres
François actuellement vivans , nouvelle.
édition. Il eft du même Auteur , & mérite
d'être lu.
LA MORT DE SÉJAN , Tragédie en vers.
qui n'a pas été jouée , précédée de deux
Epîtres en vers , Prix 30 fols. A Berlin ;.
& fe vend à Paris chez Duchefne , rue faint
Jacques.
C'eft un coup d'effai qui mérite d'autant
plus d'indulgence que l'auteur n'a que
vingt-deux ans.
NOUVELLE MÉTHODE pour apprendre
la Langue Latine par un fyftême fi facile
qu'il eft à la portée d'un enfant de cinq à
fix ans qui fçait lire : & fi prompt qu'on y
fait plus de progrès en deux ou trois années
qu'en huit ou dix , en fuivant la
158 MERCURE DE FRANCE.
route ordinaire , par M. de Launay , Auteur
de la nouvelle Méthode pour apprendre
à lire . Celle- ci eft propofée par ſoufcription
en quatre volumes in So. A Paris,
chez la veuve Robinot , quai des Grands
Auguftins , & chez Babuty fils , même
qual , 1755.
L'Auteur nous affure que par cet ouvrage
, tout fujet capable d'application depuis
cinq ans jufqu'à foixante , après un mois
ou deux d'inftruction , peut apprendre
feul & fans maître , à expliquer les Auteurs
latins les plus difficiles , & à rendre
raifon de toutes les regles de la Grammaire
& de la maniere la plus commode
& la plus aifée , fans aucun effort d'imagination
ni de mémoire . Ce fyftême eft
général , & peut s'appliquer à toutes les
langues. Le prix en feuilles fera pour les
Soufcripteurs de douze livres , dont fix
feront payées en foufcrivant; La foufcription
aura lieu jufqu'au mois de Février
prochain 1756 ; paffé ce tems , le prix fera
de dix-huit livres. Le premier volume
paroîtra au commencement de Février
& les trois autres de mois en mois.
PRINCIPES GENERAUX & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec
des obfervations fur l'orthographe , les
DECEMBRE 1755. 159
accents , la ponctuation , & la prononcia--
tion ; & un abrégé de regles de la verfification
françoife , dédiés à Mgr . le Duc de
Chartres , par M. Reftaut , Avocat au Parlement
& aux Confeils du Roi . Septieme
édition revue & corrigée par l'Auteur.
A Paris , chez la veuve Lottin , J. H. Buttard
, rue S. Jacques ; & chez Defaint &
Saillant , rue S. Jean de Beauvais . 1755 .
Cet ouvrage eft un des meilleurs qu'on
ait faits fur notre langue. Les nombreuſes
éditions qui en ont été données , le louent
beaucoup plus que tout le bien que nous
pourrions en dire. La feptieme que nous
annonçons , met le comble à l'éloge . La
même Grammaire fe trouve à Poitiers ,
chez J. Felix Faulcon Imprimeur du
Clergé.
OBSERVATIONS critiques & politiques
fur le commerce maritime , dans
lefquelles on difcute quelques points felatifs
à l'induftrie & au commerce des Colonies
Françoifes , un volume in- 12 , petit
format , imprimé à Amfterdam ; & fe trouve
à Paris , chez Jombert , rue Dauphine.
1755.
Il paroîtra vers la fin de Janvier prochain
une carte en quatre feuilles , inti160
MERCURE DE FRANCE .
tulée Canada , Louisiane , & Terres Angloifes.
On peut attendre de M. d'Anville
qui a compofé cette carte , l'exactitude &
l'abondance de détail qui caractériſent ſes
ouvrages.
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Résumé : « LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
Le texte présente une critique du poème 'La Peinture' de M. Baillet, Baron de Saint-Julien, disponible à Amsterdam et à Paris. Ce poème, composé de deux cents vers, célèbre l'art de la peinture et les talents de son auteur, qui combine un goût prononcé pour la peinture et un talent poétique. Le poème exalte la peinture comme un art noble, distinct d'un simple métier, et critique les artistes sans génie qui recherchent uniquement le gain matériel. Il inclut des réflexions philosophiques sur la supériorité des animaux sur les humains dans certains aspects. Le poème décrit également la peinture d'histoire, qui doit éveiller les passions humaines, et se termine par une évocation de la haine fratricide des fils de Jocaste. En outre, le texte mentionne un écrit en prose du même auteur intitulé 'Caractères des Peintres Français actuellement vivans'. D'autres publications de l'auteur sont également citées, telles que la tragédie 'La Mort de Séjan', une nouvelle méthode pour apprendre le latin, une grammaire française, et des observations critiques sur le commerce maritime.
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509
p. 205-206
PEINTURE.
Début :
COMME la lettre que nous avons insérée dans le Mercure d'Octobre sur [...]
Mots clefs :
Prix, Académie royale de peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE.
PEINTURE.
Cférée dans le Mercure d'Octobre fur
OMME la lettre que nous avons in
la féance publique, tenue le ro Septembre
par l'Académie Royale de Peinture , n'eft
entrée dans aucun détail de la diftribution
des prix , nous allons y fuppléer avec
le plus de précision qu'il nous fera poffible.
M. le Marquis de Marigny , Directeur
& Ordonnateur général des bâtimens du
Roi , diftribua ce jour-là les médailles d'or
& d'argent , que Sa Majefté accorde aux
éleves de cette Académie leur encoupour
ragement. Son gout & fon amour pour les
arts lui font joindre tant de politeffe à
cette diftribution des graces du Roi , qu'en
quelque maniere elles en augmentent de
prix.
206 MERCURE DE FRANCE.
Le premier prix de peinture fut adjugé
au Sr Chardin , fils du célébre M. Chardin
, Confeiller & Tréforier de la même
Académie. Le premier prix de Sculpture
au fieur Bridau. Le fecond prix de Peinture
au Sr Joullain , & le fecond de Sculpture
au Sr Berré. M. le Directeur général fit
enfuite la diftribution des médailles d'argent
accordées aux éleves fur des Académies
deffinées ou modelées . Nous attendons
, comme tout Paris , avec la plus vive
impatience l'impreffion du Poëme dont M.
Watelet fit la lecture dans cette féance ,
pour en rendre compte au Public , & lui
donner toutes les louanges qu'il mérite.
Cférée dans le Mercure d'Octobre fur
OMME la lettre que nous avons in
la féance publique, tenue le ro Septembre
par l'Académie Royale de Peinture , n'eft
entrée dans aucun détail de la diftribution
des prix , nous allons y fuppléer avec
le plus de précision qu'il nous fera poffible.
M. le Marquis de Marigny , Directeur
& Ordonnateur général des bâtimens du
Roi , diftribua ce jour-là les médailles d'or
& d'argent , que Sa Majefté accorde aux
éleves de cette Académie leur encoupour
ragement. Son gout & fon amour pour les
arts lui font joindre tant de politeffe à
cette diftribution des graces du Roi , qu'en
quelque maniere elles en augmentent de
prix.
206 MERCURE DE FRANCE.
Le premier prix de peinture fut adjugé
au Sr Chardin , fils du célébre M. Chardin
, Confeiller & Tréforier de la même
Académie. Le premier prix de Sculpture
au fieur Bridau. Le fecond prix de Peinture
au Sr Joullain , & le fecond de Sculpture
au Sr Berré. M. le Directeur général fit
enfuite la diftribution des médailles d'argent
accordées aux éleves fur des Académies
deffinées ou modelées . Nous attendons
, comme tout Paris , avec la plus vive
impatience l'impreffion du Poëme dont M.
Watelet fit la lecture dans cette féance ,
pour en rendre compte au Public , & lui
donner toutes les louanges qu'il mérite.
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Résumé : PEINTURE.
Le 9 septembre, la distribution des prix de l'Académie Royale de Peinture a eu lieu sous la présidence de M. le Marquis de Marigny, Directeur et Ordonnateur général des bâtiments du Roi. Les médailles d'or et d'argent ont été remises aux lauréats. Le premier prix de peinture a été attribué au Sr Chardin, fils du célèbre M. Chardin, Conseiller et Trésorier de l'Académie. Le premier prix de sculpture a été décerné au Sr Bridau. Le second prix de peinture a été remporté par le Sr Joullain, et le second prix de sculpture par le Sr Berré. Des médailles d'argent ont également été distribuées aux élèves des académies dessinées ou modelées. Le poème de M. Watelet, lu lors de cette séance, sera imprimé pour être rendu public.
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510
p. 206-209
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, n'étant point connu de M. Gautier, & ne le connoissant [...]
Mots clefs :
Inventeur, Planches, Imprimer, Peinture, Couleurs, Jacques Gautier d'Agoty
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
MONSIEUR, cont
ONSIEUR , n'étant point connu
de M. Gautier , & ne le connoiffant
que par fa grande réputation qu'il appuie
de tout fon crédit auprès du Public , permettez-
moi que par votre moyen je lui
demande l'explication de ce qu'il a avancé
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Il nous affure qu'il eft l'inventeur
de l'art d'imprimer les tableaux à quatre
Cuivres. Je n'ai jufqu'ici rien revoqué en
doute de tout ce qu'il lui a plu dire.puDECEMBRE.
1755. 207
bliquement , & fur fa parole j'ai cru , lui
voyant écrire fur toutes fortes de matieres
qu'il y étoit très -entendu . J'ai même
porté ma croyance jufqu'à me perfuader
qu'il avoit fait , ainfi qu'il le dit à qui
veut l'entendre , un fyftême meilleur que
celui de Newton , & j'attribuois à une obfl'inattention
tination impardonnable
,
allant jufqu'au mépris qu'ont les Sçavans
pour les découvertes : enfin j'étois
difpofé à croire des chofes encore plus incroyables
, & je fuis extrêmement affligé
de me voir dans la néceffité de lui retirer
cette confiance aveugle. Il fe dit l'inventeur
de ce qu'il appelle l'Art d'imprimer
les eftampes coloriées. Peut - il avoir oublié
qu'il eft de notoriété publique que M.
Le Blond l'avoit trouvé bien des années
avant qu'il fût en âge d'y penfer , & en
avoit donné des preuves connues pendant
long- tems en Angleterre , & dans fa vieilleffe
à Paris : que M. Gautier lui -même ,
entra chez M. Le Blond pour y apprendre
ce talent , auquel il ne s'étoit pas deftiné
d'abord , puifque s'il s'étoit propofé cette
Occupation plufieurs années auparavant ,
il s'y feroit apparemment préparé par une
longue étude du deffein ? La vafte étendue
des connoiffances dont on a vu depuis
les fruits , le tenoit alors dans une espece
zo8 MERCURE DE FRANCE.
d'indécifion , & c'eft maintenant fans
doute ce qui lui caufe ce manque de mémoire
. Je penfe cependant entrevoir quelque
caufe à l'erreur qui lui donne lieu de
fe croire inventeur.
M. Le Blond ne fe fervoit que de trois
planches chargées chacune d'une couleur ,
& plus ou moins travaillées , felon la quantité
dont cette couleur doit entrer dans la
teinte ; M. Gautier en a ajouté une quatrieme.
Seroit- ce là ce qu'il prendroit pour
une invention ? & fe peut-il qu'il ne s'apperçoive
pas que l'invention de cet art ,
affez peu important , confiſte à avoir conçu
le premier qu'on pourroit, par des planches
gravées & imprimées de différentes
couleurs , imiter les tons de la Peinture ?
M. Le Blond n'en mettoit que trois , M.
Gautier , pour ne faire que la même chofe,
en met quatre , un autre en mettra cinq ,
fix , tant que l'on voudra. Compteronsnous
le nombre des inventeurs par le nombre
des planches ? Quand on fuppoferoit
même que cette quatrieme planche auroit
apporté quelque perfection dans les ouvrages
de ce genre, ne devroit- on pas dire ,
pour parler exactement : M. Gautier , ani
moyen d'un privilege exclusif, a feul perfectionné
l'art d'imprimer les eftampes coloriées
à quatre cuivres.
DECEMBRE . 1755 : 209
Je fuis vraiment fâché que M. Gautier
m'ait mis dans le cas de l'incertitude à
l'égard du dégré de croyance qui lui eft
dûe ; & je ne vous cacherai pas que je
ferois curieux de fçavoir quels font ces
Académiciens qui ont approuvé les morceaux
qu'il a préfentés à M. le Marquis de
Marigny. Ces fuffrages font de poids , & je
crois que le Public , ainfi que moi , feroit
charmé de n'avoir là- deffus aucun doute.
J'ai l'honneur d'être , & c.
MONSIEUR, cont
ONSIEUR , n'étant point connu
de M. Gautier , & ne le connoiffant
que par fa grande réputation qu'il appuie
de tout fon crédit auprès du Public , permettez-
moi que par votre moyen je lui
demande l'explication de ce qu'il a avancé
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Il nous affure qu'il eft l'inventeur
de l'art d'imprimer les tableaux à quatre
Cuivres. Je n'ai jufqu'ici rien revoqué en
doute de tout ce qu'il lui a plu dire.puDECEMBRE.
1755. 207
bliquement , & fur fa parole j'ai cru , lui
voyant écrire fur toutes fortes de matieres
qu'il y étoit très -entendu . J'ai même
porté ma croyance jufqu'à me perfuader
qu'il avoit fait , ainfi qu'il le dit à qui
veut l'entendre , un fyftême meilleur que
celui de Newton , & j'attribuois à une obfl'inattention
tination impardonnable
,
allant jufqu'au mépris qu'ont les Sçavans
pour les découvertes : enfin j'étois
difpofé à croire des chofes encore plus incroyables
, & je fuis extrêmement affligé
de me voir dans la néceffité de lui retirer
cette confiance aveugle. Il fe dit l'inventeur
de ce qu'il appelle l'Art d'imprimer
les eftampes coloriées. Peut - il avoir oublié
qu'il eft de notoriété publique que M.
Le Blond l'avoit trouvé bien des années
avant qu'il fût en âge d'y penfer , & en
avoit donné des preuves connues pendant
long- tems en Angleterre , & dans fa vieilleffe
à Paris : que M. Gautier lui -même ,
entra chez M. Le Blond pour y apprendre
ce talent , auquel il ne s'étoit pas deftiné
d'abord , puifque s'il s'étoit propofé cette
Occupation plufieurs années auparavant ,
il s'y feroit apparemment préparé par une
longue étude du deffein ? La vafte étendue
des connoiffances dont on a vu depuis
les fruits , le tenoit alors dans une espece
zo8 MERCURE DE FRANCE.
d'indécifion , & c'eft maintenant fans
doute ce qui lui caufe ce manque de mémoire
. Je penfe cependant entrevoir quelque
caufe à l'erreur qui lui donne lieu de
fe croire inventeur.
M. Le Blond ne fe fervoit que de trois
planches chargées chacune d'une couleur ,
& plus ou moins travaillées , felon la quantité
dont cette couleur doit entrer dans la
teinte ; M. Gautier en a ajouté une quatrieme.
Seroit- ce là ce qu'il prendroit pour
une invention ? & fe peut-il qu'il ne s'apperçoive
pas que l'invention de cet art ,
affez peu important , confiſte à avoir conçu
le premier qu'on pourroit, par des planches
gravées & imprimées de différentes
couleurs , imiter les tons de la Peinture ?
M. Le Blond n'en mettoit que trois , M.
Gautier , pour ne faire que la même chofe,
en met quatre , un autre en mettra cinq ,
fix , tant que l'on voudra. Compteronsnous
le nombre des inventeurs par le nombre
des planches ? Quand on fuppoferoit
même que cette quatrieme planche auroit
apporté quelque perfection dans les ouvrages
de ce genre, ne devroit- on pas dire ,
pour parler exactement : M. Gautier , ani
moyen d'un privilege exclusif, a feul perfectionné
l'art d'imprimer les eftampes coloriées
à quatre cuivres.
DECEMBRE . 1755 : 209
Je fuis vraiment fâché que M. Gautier
m'ait mis dans le cas de l'incertitude à
l'égard du dégré de croyance qui lui eft
dûe ; & je ne vous cacherai pas que je
ferois curieux de fçavoir quels font ces
Académiciens qui ont approuvé les morceaux
qu'il a préfentés à M. le Marquis de
Marigny. Ces fuffrages font de poids , & je
crois que le Public , ainfi que moi , feroit
charmé de n'avoir là- deffus aucun doute.
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
L'auteur d'une lettre demande des éclaircissements à un destinataire concernant une affirmation de M. Gautier publiée dans le Mercure de novembre précédent. L'auteur avait initialement cru sans réserve les déclarations de M. Gautier, notamment l'invention de l'art d'imprimer les tableaux à quatre cuivres. Cependant, il remet en question cette affirmation en soulignant que M. Le Blond avait déjà développé cette technique avant M. Gautier. L'auteur précise que M. Gautier avait appris cette technique auprès de M. Le Blond et que l'ajout d'une quatrième planche par M. Gautier ne constitue pas une véritable invention, mais une modification mineure. L'auteur exprime son regret de devoir révoquer sa confiance en M. Gautier et souhaite connaître les académiciens ayant approuvé les travaux de M. Gautier pour lever tout doute.
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511
p. 209-212
Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Début :
Les Graces descendant du Ciel, pour animer les Talens & les Arts, forment [...]
Mots clefs :
Tableau, Talents, Gloire, Grâces, Couronne, Madame de Pompadour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Explication d'un Tableau peint à l'encre de
la Chine , par M. Gefmond , repréfentant
les Graces animant & encourageant les
Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Es Graces defcendant du Ciel , pour
, le
LE Grec lesTalens & les Arts , forment
le principal grouppe , & donnent ,
par la lumiere qui les environne
jour à tous les objets dont le Tableau
eft compofé. Elles font accompagnées de
la Libéralité , qui récompenfe les dons ,
que les Graces répandent fur les heureux
Génies des Sciences & des Beaux-
Arts. Ces mêmes Génies. font reprétentés
au deffous , travaillant à l'envi , pour
fe rendre dignes des faveurs qu'ils reçoivent
des Divinités qui les éclairent & qui
les animent. Ils caractériſent , la Mufique,
le Deffein , la Poéfie , l'Architecture , com210
MERCURE DE FRANCE.
me les attributs , qui font au milieu d'eux ,
défignent la Peinture & la Sculpture , Arts,
fi juftement & fi dignement protégés aujourd'hui.
On voit , fur le devant , la
Déelle des Talens , couronnée de laurier ,
& affife au pied d'un palmier , appuyée fur
un ancre , fymbole de l'Efpérance . Elle
tient un cartouche , où font gravées les
armes de Madame de Pompadour , & elle
contemple , avec autant de plaifir que d'admiration
, les Graces animer par leurs . regards
& leurs bienfaits , les Génies dont
elle eft la mere. Apollon , du côté oppofé ,
invite les Mufes qui l'environnent , à rendre
hommage aux Graces & à leur confaerer
leurs talens , puifque ce font elles fenles
, qui les peuvent faire valoir , & les
couronner d'une gloire immortelle . Au
bas du Tableau , on lit ces vers :
Dans les cieux , fur la terre , on invoque les
Graces ;
L'Amour leur doit les coeurs qui volent fur fes
traces ,
Apollon , tout le prix de fes heureux talens :
Elles ornent le coeur , l'efprit , les fentimens.
Sur le Tibre on les vit , dans Augufte & Mécene
Pour former le bon goût , prodiguer leurs faveurs :
Leur regne eft aujourd'hui fur le bord de la Seine ,
On le Dieu des Beaux- Arts leur doit les protecteurs.
DECEMBRE. 1755. 211
Nous ajouterons encore du même Auteur
, ( qui a donné au Public en 1752 .
Hiftoire métallique des campagnes du Roi ,
dédiée à Sa Majefté , & qui fe vend à
Paris , chez le fieur Vanheck , rue d'Enfer ,
près S. Landry, dans la Cité , ) la defcription
d'un tableau allégorique de fa compofition
, repréfentant Hercule couronné par
Les foins de la Sageffe , dédié à M. le Maréchal
Duc de Belle-Ifle , à qui il en avoit
fait un hommage particulier en 1752 , &
dont nous allons donner une légere explication.
Le principal objet qu'a eu l'Auteur de
ce tableau , eft d'y peindre la gloire que
s'eft acquife M. le Maréchal , par fes nobles
travaux . Le Roi y eft défigné fous la
forme de Jupiter , & Minerve eft auprès de
lui . L'illuftre feigneur que l'on a eu deffein
d'y caractériſer , y eft repréſenté fous la
figure d'Hercule. Ce Héros , foulant à fes
pieds l'Hydre de Lerne , Type du plus
glorieux de fes exploits , regarde le fouverain
des Dieux , avec une expreffion , qui
fait voir tout fon amour & toute fa reconnoiffance
; image dont l'objet eft de faire
allufion aux différens emplois politiques
& militares que Sa Majefté a confiés au
Maréchal Duc de Belle- Ifle , dans lesquels
il s'eft autant diftingué par la fupériorité
de fon génie , que par la force de fon cou-
#
212 MERCURE DE FRANCE.
rage . On voit la Victoire fur le devant du
tableau , aflife à l'ombre d'un palmier , fur
des trophées d'armes . Cette Déeffe , d'un
air fatisfait , confidere Hercule , couronné
par les mains de la Sageffe , & elle montre
fur fon bouclier cette infcription : Sic
Herculeo labore , novus Alcides , Heros Gallia
, immortali coronatur gloria , Jove probante
: qui fignifie : C'eft ainfi qu'un nouvel
Alcide , ce Héros François , a mérité , par des
travaux dignes d'Hercule , d'être couronné
d'une gloire immortelle , fous le bon plaifir
même de Jupiter. Au bas du tableau on lic
ces vers :
Un homme jufte , fage , & ferme en fes projets ;
Verroit , fans s'étonner , l'univers fe diffoudre ,
S'écrouler fur la tête , & le réduire en poudre,
Qu'il périrait conftant dans fes nobles objets .
Quand on fuit la vertu , jamais on ne recule :
C'eft par là qu'autrefois la Grece vit Hercule ,
Soutenant des deftins toute l'iniquité ; i
Vôler en dépit d'eux à l'immortalité.
Tel on vit de nos jours , le généreux BELLE-ISLE ,
Inébranlable au fort , à la gloire docile ,
A Prague , nous montrer un nouveau Xénophon ;
Fabius en Provence , au confeil un Caton .
Minerve , couronnant la Gloire qui le guide ,
Lecouronne aujourdhui fous tous les traits d'Alcide.
la Chine , par M. Gefmond , repréfentant
les Graces animant & encourageant les
Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Es Graces defcendant du Ciel , pour
, le
LE Grec lesTalens & les Arts , forment
le principal grouppe , & donnent ,
par la lumiere qui les environne
jour à tous les objets dont le Tableau
eft compofé. Elles font accompagnées de
la Libéralité , qui récompenfe les dons ,
que les Graces répandent fur les heureux
Génies des Sciences & des Beaux-
Arts. Ces mêmes Génies. font reprétentés
au deffous , travaillant à l'envi , pour
fe rendre dignes des faveurs qu'ils reçoivent
des Divinités qui les éclairent & qui
les animent. Ils caractériſent , la Mufique,
le Deffein , la Poéfie , l'Architecture , com210
MERCURE DE FRANCE.
me les attributs , qui font au milieu d'eux ,
défignent la Peinture & la Sculpture , Arts,
fi juftement & fi dignement protégés aujourd'hui.
On voit , fur le devant , la
Déelle des Talens , couronnée de laurier ,
& affife au pied d'un palmier , appuyée fur
un ancre , fymbole de l'Efpérance . Elle
tient un cartouche , où font gravées les
armes de Madame de Pompadour , & elle
contemple , avec autant de plaifir que d'admiration
, les Graces animer par leurs . regards
& leurs bienfaits , les Génies dont
elle eft la mere. Apollon , du côté oppofé ,
invite les Mufes qui l'environnent , à rendre
hommage aux Graces & à leur confaerer
leurs talens , puifque ce font elles fenles
, qui les peuvent faire valoir , & les
couronner d'une gloire immortelle . Au
bas du Tableau , on lit ces vers :
Dans les cieux , fur la terre , on invoque les
Graces ;
L'Amour leur doit les coeurs qui volent fur fes
traces ,
Apollon , tout le prix de fes heureux talens :
Elles ornent le coeur , l'efprit , les fentimens.
Sur le Tibre on les vit , dans Augufte & Mécene
Pour former le bon goût , prodiguer leurs faveurs :
Leur regne eft aujourd'hui fur le bord de la Seine ,
On le Dieu des Beaux- Arts leur doit les protecteurs.
DECEMBRE. 1755. 211
Nous ajouterons encore du même Auteur
, ( qui a donné au Public en 1752 .
Hiftoire métallique des campagnes du Roi ,
dédiée à Sa Majefté , & qui fe vend à
Paris , chez le fieur Vanheck , rue d'Enfer ,
près S. Landry, dans la Cité , ) la defcription
d'un tableau allégorique de fa compofition
, repréfentant Hercule couronné par
Les foins de la Sageffe , dédié à M. le Maréchal
Duc de Belle-Ifle , à qui il en avoit
fait un hommage particulier en 1752 , &
dont nous allons donner une légere explication.
Le principal objet qu'a eu l'Auteur de
ce tableau , eft d'y peindre la gloire que
s'eft acquife M. le Maréchal , par fes nobles
travaux . Le Roi y eft défigné fous la
forme de Jupiter , & Minerve eft auprès de
lui . L'illuftre feigneur que l'on a eu deffein
d'y caractériſer , y eft repréſenté fous la
figure d'Hercule. Ce Héros , foulant à fes
pieds l'Hydre de Lerne , Type du plus
glorieux de fes exploits , regarde le fouverain
des Dieux , avec une expreffion , qui
fait voir tout fon amour & toute fa reconnoiffance
; image dont l'objet eft de faire
allufion aux différens emplois politiques
& militares que Sa Majefté a confiés au
Maréchal Duc de Belle- Ifle , dans lesquels
il s'eft autant diftingué par la fupériorité
de fon génie , que par la force de fon cou-
#
212 MERCURE DE FRANCE.
rage . On voit la Victoire fur le devant du
tableau , aflife à l'ombre d'un palmier , fur
des trophées d'armes . Cette Déeffe , d'un
air fatisfait , confidere Hercule , couronné
par les mains de la Sageffe , & elle montre
fur fon bouclier cette infcription : Sic
Herculeo labore , novus Alcides , Heros Gallia
, immortali coronatur gloria , Jove probante
: qui fignifie : C'eft ainfi qu'un nouvel
Alcide , ce Héros François , a mérité , par des
travaux dignes d'Hercule , d'être couronné
d'une gloire immortelle , fous le bon plaifir
même de Jupiter. Au bas du tableau on lic
ces vers :
Un homme jufte , fage , & ferme en fes projets ;
Verroit , fans s'étonner , l'univers fe diffoudre ,
S'écrouler fur la tête , & le réduire en poudre,
Qu'il périrait conftant dans fes nobles objets .
Quand on fuit la vertu , jamais on ne recule :
C'eft par là qu'autrefois la Grece vit Hercule ,
Soutenant des deftins toute l'iniquité ; i
Vôler en dépit d'eux à l'immortalité.
Tel on vit de nos jours , le généreux BELLE-ISLE ,
Inébranlable au fort , à la gloire docile ,
A Prague , nous montrer un nouveau Xénophon ;
Fabius en Provence , au confeil un Caton .
Minerve , couronnant la Gloire qui le guide ,
Lecouronne aujourdhui fous tous les traits d'Alcide.
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Résumé : Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Le texte présente deux tableaux allégoriques réalisés par M. Gefmond. Le premier tableau, exécuté à l'encre de Chine, est dédié à Madame de Pompadour et met en scène les Grâces animant et encourageant les talents. Les Grâces, descendues du ciel, illuminent les objets du tableau et sont accompagnées de la Libéralité, qui récompense les dons des Grâces aux génies des sciences et des beaux-arts. Ces génies, représentés au-dessous, travaillent pour se rendre dignes des faveurs des divinités. Les arts tels que la musique, le dessin, la poésie, l'architecture, la peinture et la sculpture sont également représentés. La Déesse des Talents, couronnée de laurier, contemple les Grâces animant les génies. Apollon invite les Muses à rendre hommage aux Grâces. Le tableau est orné de vers soulignant l'importance des Grâces dans les arts. Le second tableau, également de M. Gefmond, est dédié au Maréchal Duc de Belle-Isle et représente Hercule couronné par les fruits de la Sagesse. Hercule, foulant l'Hydre de Lerne, symbolise les exploits du Maréchal. Le Roi est représenté sous la forme de Jupiter, et Minerve est à ses côtés. La Victoire, assise à l'ombre d'un palmier, contemple Hercule couronné par la Sagesse. Une inscription sur le bouclier de la Victoire célèbre les travaux du Maréchal, comparés à ceux d'Hercule. Des vers en bas du tableau louent la fermeté et le courage du Maréchal, comparé à Hercule et à d'autres figures historiques.
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512
p. 213-216
GRAVURE.
Début :
Le Sieur Chenu, Graveur, vient de donner au Public deux parfaitement [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampes, Tableau, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
E Sieur Chenu , Graveur , vient de
donner au Public deux parfaitement
belles eftampes d'après les tableaux peints
à Rome , par M. Pierré , Ecuyer , premier
Peintre de S. A. S. Mgneur le Duc d'Or-
Léans. Les fujets font deux Académies de
grandeur naturelle qui paroiffent ici ,
Tous les titres du Supplice de Promethée &
du Repos de Bacchus , parce que l'une qui
eft vue de face , eft attachée avec des chaînes
à un rocher; & l'autre vue par le dos
Le repofe fur une peau de Tigre & a des
pampres de vigne auprès , ce qui caractérife
l'un & l'autre fujet. Il n'eft pas poffible
d'exiger du burin une plus grande
précifion , & les chairs y font rendues avec
la plus grande vérité. Ces deux tableaux
font dans le cabinet de M. le Comte de
Vence. Le fieur Defcamps , Profeffeur de
l'école du deffein à Rouen , qui a eu l'honneur
de lui dédier la vie des Peintres Flamands
, Allemands & Hollandois , dont
les deux premiers tomes ont déja été donnés
au Public , n'a pu fe refufer aux juftes
éloges qu'ils méritent ; & malgré le principe
qu'il s'eft fait de ne parler que des
2
214 MERCURE DE FRANCE.
Peintres de ces trois nations , il dit dans
fon épître dédicatoire que ces tableaux
placés à côté d'un tableau du Rembrandt ,
s'y foutiennent par la couleur , & leur
font fort fupérieurs du côté de la correction
& de l'élegance du deſſein .
LE ST CHEDEL , Graveur , vient de donner
au Public une eftampe d'après Breugel
de Velour , de la même grandeur du tableau
; elle a pour titre Vente de poiffons à
Schevelinge. On y voit une grande multiplicité
de marchands , & plusieurs perfonnes
qui fe promenent au bord de la mer ,
foit à cheval ou dans des voitures. La rade
paroît couverte de vaiffeaux & de bâtimens
de pêcheurs. Ce tableau a tout le
précieux que l'on connoît à ceux de ce
Maître , & le Graveur connu depuis longtems
par fa touche fiere & hardie , en a
rendu les fineffes & les détails avec une
précifion qui né láiffe rien à défirer. Il
loge rue S. André des Arts , en face de la
rue Gît- le- coeur.
LE SI ALIAMET, Graveur, vient de donner
au Public en même tems une eftampe ,
qui a pour titre l'Humilité récompenſée ,
& qui fait pendant à la précédente ;
elle eft d'après le plus grand tableau que
DECEMBRE . 1755. 215
l'on connoiffe de Bartholomée Brehemberg.
Il eft peint fur bois , & a quatre pieds
de large fur trois de hauteur ; mais il a été
réduit de façon que les figures & le tout
fe trouvent en même proportion . Le Peintre
dont les tableaux font l'ornement des
cabinets des curieux , a choisi pour fon
fujet notre Seigneur , & le Centenier qui
eft à fes genoux ; plufieurs figures parfaitement
bien grouppées forment un cercle ,
& paroiffent l'écouter avec attention : le
payfage eft orné fur le devant d'un beau
morceau d'architecture en ruine. On apperçoit
une ville fur des rochers au bord
de la mer qui termine l'horizon ; & le ciel
qui paroît orageux , contribue à faire briller
les parties éclairées de ce tableau . Celui
de Breugel de Velour & ce dernier
font tous les deux du cabinet de M. le
Comte de Vence . Le Sieur Chedel a fait
l'eau- forte de l'un & de l'autre ; mais celle
de Bartholomée Brehemberg a été entierement
finie & retouchée au burin par le
fieur Aliamet , logé rue des Mathurins
la quatrieme porte cochere en entrant par
la rue de la Harpe. On trouvera chez l'un
& l'autre à acheter les deux pendans .
LE Sr DUFLOS vient de faire paroître
deux jolies eftampes qui ont pour titre
216 MERCURE DE FRANCE.
le Billet doux & la Revendeuse à la toilette.
Elles font gravées d'après deux tableaux
peints par M. Louis Aubert. L'un de ces
tableaux repréfente une Dame aflife fur un
fopha , lifant une lettre que vient de lui
apporter un domeftique. Dans l'autre tableau
on voit une Dame à fa toilette , qui
examine des dentelles que lui préfente une
marchande. Ces deux fujets font traités
dans le gout du célebre M. Chardin. Le
Graveur les a rendus avec beaucoup d'intelligence
, & a très bien faifi l'efprit du
Peintre. Les deux eftampes que j'annonce
au Public , fe vendent chez le fieur Duflos
Graveur , rue Galande, à côté de S. Blaiſe .
LE SE RIGAUD vient de mettre au jour
trois différentes vues du château de Bellevae.
Ces trois eftampes font dédiées à
Madame de Pompadour . On trouve chez
lui toutes les vues des Maifons Royales
& autres , & différentes marines & payafages
propres pour l'optique.
Il demeure rue S. Jacques , un peu audeffus
de la rue des Mathurins.
E Sieur Chenu , Graveur , vient de
donner au Public deux parfaitement
belles eftampes d'après les tableaux peints
à Rome , par M. Pierré , Ecuyer , premier
Peintre de S. A. S. Mgneur le Duc d'Or-
Léans. Les fujets font deux Académies de
grandeur naturelle qui paroiffent ici ,
Tous les titres du Supplice de Promethée &
du Repos de Bacchus , parce que l'une qui
eft vue de face , eft attachée avec des chaînes
à un rocher; & l'autre vue par le dos
Le repofe fur une peau de Tigre & a des
pampres de vigne auprès , ce qui caractérife
l'un & l'autre fujet. Il n'eft pas poffible
d'exiger du burin une plus grande
précifion , & les chairs y font rendues avec
la plus grande vérité. Ces deux tableaux
font dans le cabinet de M. le Comte de
Vence. Le fieur Defcamps , Profeffeur de
l'école du deffein à Rouen , qui a eu l'honneur
de lui dédier la vie des Peintres Flamands
, Allemands & Hollandois , dont
les deux premiers tomes ont déja été donnés
au Public , n'a pu fe refufer aux juftes
éloges qu'ils méritent ; & malgré le principe
qu'il s'eft fait de ne parler que des
2
214 MERCURE DE FRANCE.
Peintres de ces trois nations , il dit dans
fon épître dédicatoire que ces tableaux
placés à côté d'un tableau du Rembrandt ,
s'y foutiennent par la couleur , & leur
font fort fupérieurs du côté de la correction
& de l'élegance du deſſein .
LE ST CHEDEL , Graveur , vient de donner
au Public une eftampe d'après Breugel
de Velour , de la même grandeur du tableau
; elle a pour titre Vente de poiffons à
Schevelinge. On y voit une grande multiplicité
de marchands , & plusieurs perfonnes
qui fe promenent au bord de la mer ,
foit à cheval ou dans des voitures. La rade
paroît couverte de vaiffeaux & de bâtimens
de pêcheurs. Ce tableau a tout le
précieux que l'on connoît à ceux de ce
Maître , & le Graveur connu depuis longtems
par fa touche fiere & hardie , en a
rendu les fineffes & les détails avec une
précifion qui né láiffe rien à défirer. Il
loge rue S. André des Arts , en face de la
rue Gît- le- coeur.
LE SI ALIAMET, Graveur, vient de donner
au Public en même tems une eftampe ,
qui a pour titre l'Humilité récompenſée ,
& qui fait pendant à la précédente ;
elle eft d'après le plus grand tableau que
DECEMBRE . 1755. 215
l'on connoiffe de Bartholomée Brehemberg.
Il eft peint fur bois , & a quatre pieds
de large fur trois de hauteur ; mais il a été
réduit de façon que les figures & le tout
fe trouvent en même proportion . Le Peintre
dont les tableaux font l'ornement des
cabinets des curieux , a choisi pour fon
fujet notre Seigneur , & le Centenier qui
eft à fes genoux ; plufieurs figures parfaitement
bien grouppées forment un cercle ,
& paroiffent l'écouter avec attention : le
payfage eft orné fur le devant d'un beau
morceau d'architecture en ruine. On apperçoit
une ville fur des rochers au bord
de la mer qui termine l'horizon ; & le ciel
qui paroît orageux , contribue à faire briller
les parties éclairées de ce tableau . Celui
de Breugel de Velour & ce dernier
font tous les deux du cabinet de M. le
Comte de Vence . Le Sieur Chedel a fait
l'eau- forte de l'un & de l'autre ; mais celle
de Bartholomée Brehemberg a été entierement
finie & retouchée au burin par le
fieur Aliamet , logé rue des Mathurins
la quatrieme porte cochere en entrant par
la rue de la Harpe. On trouvera chez l'un
& l'autre à acheter les deux pendans .
LE Sr DUFLOS vient de faire paroître
deux jolies eftampes qui ont pour titre
216 MERCURE DE FRANCE.
le Billet doux & la Revendeuse à la toilette.
Elles font gravées d'après deux tableaux
peints par M. Louis Aubert. L'un de ces
tableaux repréfente une Dame aflife fur un
fopha , lifant une lettre que vient de lui
apporter un domeftique. Dans l'autre tableau
on voit une Dame à fa toilette , qui
examine des dentelles que lui préfente une
marchande. Ces deux fujets font traités
dans le gout du célebre M. Chardin. Le
Graveur les a rendus avec beaucoup d'intelligence
, & a très bien faifi l'efprit du
Peintre. Les deux eftampes que j'annonce
au Public , fe vendent chez le fieur Duflos
Graveur , rue Galande, à côté de S. Blaiſe .
LE SE RIGAUD vient de mettre au jour
trois différentes vues du château de Bellevae.
Ces trois eftampes font dédiées à
Madame de Pompadour . On trouve chez
lui toutes les vues des Maifons Royales
& autres , & différentes marines & payafages
propres pour l'optique.
Il demeure rue S. Jacques , un peu audeffus
de la rue des Mathurins.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte présente plusieurs gravures récemment réalisées par des artistes renommés. Le Sieur Chenu a produit deux estampes d'après les tableaux de M. Pierré, premier Peintre du Duc d'Orléans. Ces œuvres, intitulées 'Le Supplice de Prométhée' et 'Le Repos de Bacchus', sont situées dans le cabinet du Comte de Vence et sont louées pour leur précision et la vérité des chairs représentées. Le Sieur Descamp, professeur à Rouen, a salué la qualité de ces tableaux, les comparant favorablement à un tableau de Rembrandt. Le Sieur Le St Chedel a gravé une estampe d'après Breugel de Velours, intitulée 'Vente de poissons à Schevelinge', montrant une scène maritime animée. Cette œuvre est appréciée pour sa précision et ses détails. Le Sieur Aliamet a publié une estampe, 'L'Humilité récompensée', d'après Bartholomée Brehemberg, représentant une scène biblique avec Jésus et un centurion. Cette gravure est également située dans le cabinet du Comte de Vence. Le Sieur Duflos a créé deux estampes, 'Le Billet doux' et 'La Revendeuse à la toilette', d'après les tableaux de M. Louis Aubert, dans le style de M. Chardin. Enfin, le Sieur Rigaud a publié trois vues du château de Bellevue, dédiées à Madame de Pompadour, ainsi que diverses autres vues et paysages.
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513
p. 48-50
PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Début :
La vive impression des passions de l'ame ! [...]
Mots clefs :
Peintres d'Italie, Peintres, Léonard de Vinci, Giacomo Cavedone, Jean Lanfranc, Carlo Cignani
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
PORTRAITS DE CINQ FAMEUX
PEINTRES D'ITALIE.
Leonard de Vinci.
LA vive impreffion des paffions de l'ame !
Voilà de Leonard le talent dominant.
Il inftruit Raphael. Michel- Ange le blâme :
La haine doit flatter dans un tel concurrent.
Quel riche fonds fon traité de Peinture
Prodigue à la poſtérité !
Allez puifer à cette fource pure ,
Vous que la gloire appelle à l'immortalité,
Jacques Cavedone.
Le Colonna , Rubens & Velafquez (1)
Admirent tes tableaux , les donnent au Carrache
Cette flatteufe erreur couronna tes fuccès ;
Ce jour , le Dieu du gout te donna ſon attache.
On le vit applaudir aux beaux contours du nu ,
Que ta fimple maniere enfante.
(1 ) Le Roi d'Espagne avoit dans fa Chapelle une
Vifitation du Cavedone , que ces trois célébres Artiftes
jugerent être d'Annibal Carrache. Pareille
méprife étoit arrivée à Venise chez le Sénateur
Grimani ,& arrivoit tous les jours à Bologne , furtout
au fujet du begu tableau de Saint Alo dans
l'Eglife de Mendicanti,
Hélas !
DECEMBRE . 1755 . 49
Hélas ! ce grand talent , qu'eft-il donc devenu
Tu rougis. Ton hyver m'afflige✶ & t'épouvante.
Jean Lanfranc.
La lumiere en ce lieu ** fçavamment fe dégrade
.
Quel génie abondant ! qu'il eft fier & léger !
Son élegance attire , & fon ton perfuade.
Vers ces grouppes on vole ..... on craint de les
charger.
C'eft bien toi qui naquis pour les grandes machi
nes ;
Le raccourci magique eft un jeu pour ta main.
Difons mieux : à ton gré les demeures divines
S'ouvrent leur gloire éclate aux yeux du genre
humain.
Alexandre Veroneze .
Plaire eft ton lot . Tu peins avec amour,
La vigueur de ces tons , ce beau fini , ces graces
Prêtent à la nature un féduifant atour.
* Il devint un Peintre fi médiocre qu'il fut réduit
à faire des ex voto. Enfin il mourut dans une rue
de Bologne , où il mandioitfon pain.
** L'on a ici particuliérement en vue la coupole
de S. André de la Valle , qui fait à Rome l'admiration
des curieux . La Vierge affife fur des nuages
regarde fonfils qui eft peint au haut de la lanterne :
Au basfont plufieurs grouppes de Saints de Prephêtes
, dont l'effet ne laiſſe rien à désirer..
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
Je la vois , elle craint que tu ne la furpafles.
Le meilleur choix par elle échappe de tes mains.
Ate rendre incorrect ſe peut - il qu'on parvienne ›
Tu t'efforces d'unir le deffein des Romains
A la couleur Vénitience ?
Charles Cignani.
Quel Peintre gracieux ; fon fertile génie ,
D'une légere main eft au mieux ſecondé,
Il brille trop pour que la calomnie
A le perfécuter n'ait un gout décidé .
Il foumet à fon art les paffions de l'ame.
La force & la fraîcheur diftinguent fon pinceau :
Emule d'Auguftin l'amour par lui m'enflamme,
Ce Dieu , pour l'admirer , déchire fon bandeau.
* Le Duc Ranucio le manda pour peindre à
Parme les murs d'une chambre , Sur le plafond de
laquelle Auguftin Carrache avoit exprimé le pouvoir
de l'amour. Ce Prince donna à Cignani le
même fujet à continuer ; il le traita avec beaucoup
d'élégance.
PEINTRES D'ITALIE.
Leonard de Vinci.
LA vive impreffion des paffions de l'ame !
Voilà de Leonard le talent dominant.
Il inftruit Raphael. Michel- Ange le blâme :
La haine doit flatter dans un tel concurrent.
Quel riche fonds fon traité de Peinture
Prodigue à la poſtérité !
Allez puifer à cette fource pure ,
Vous que la gloire appelle à l'immortalité,
Jacques Cavedone.
Le Colonna , Rubens & Velafquez (1)
Admirent tes tableaux , les donnent au Carrache
Cette flatteufe erreur couronna tes fuccès ;
Ce jour , le Dieu du gout te donna ſon attache.
On le vit applaudir aux beaux contours du nu ,
Que ta fimple maniere enfante.
(1 ) Le Roi d'Espagne avoit dans fa Chapelle une
Vifitation du Cavedone , que ces trois célébres Artiftes
jugerent être d'Annibal Carrache. Pareille
méprife étoit arrivée à Venise chez le Sénateur
Grimani ,& arrivoit tous les jours à Bologne , furtout
au fujet du begu tableau de Saint Alo dans
l'Eglife de Mendicanti,
Hélas !
DECEMBRE . 1755 . 49
Hélas ! ce grand talent , qu'eft-il donc devenu
Tu rougis. Ton hyver m'afflige✶ & t'épouvante.
Jean Lanfranc.
La lumiere en ce lieu ** fçavamment fe dégrade
.
Quel génie abondant ! qu'il eft fier & léger !
Son élegance attire , & fon ton perfuade.
Vers ces grouppes on vole ..... on craint de les
charger.
C'eft bien toi qui naquis pour les grandes machi
nes ;
Le raccourci magique eft un jeu pour ta main.
Difons mieux : à ton gré les demeures divines
S'ouvrent leur gloire éclate aux yeux du genre
humain.
Alexandre Veroneze .
Plaire eft ton lot . Tu peins avec amour,
La vigueur de ces tons , ce beau fini , ces graces
Prêtent à la nature un féduifant atour.
* Il devint un Peintre fi médiocre qu'il fut réduit
à faire des ex voto. Enfin il mourut dans une rue
de Bologne , où il mandioitfon pain.
** L'on a ici particuliérement en vue la coupole
de S. André de la Valle , qui fait à Rome l'admiration
des curieux . La Vierge affife fur des nuages
regarde fonfils qui eft peint au haut de la lanterne :
Au basfont plufieurs grouppes de Saints de Prephêtes
, dont l'effet ne laiſſe rien à désirer..
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
Je la vois , elle craint que tu ne la furpafles.
Le meilleur choix par elle échappe de tes mains.
Ate rendre incorrect ſe peut - il qu'on parvienne ›
Tu t'efforces d'unir le deffein des Romains
A la couleur Vénitience ?
Charles Cignani.
Quel Peintre gracieux ; fon fertile génie ,
D'une légere main eft au mieux ſecondé,
Il brille trop pour que la calomnie
A le perfécuter n'ait un gout décidé .
Il foumet à fon art les paffions de l'ame.
La force & la fraîcheur diftinguent fon pinceau :
Emule d'Auguftin l'amour par lui m'enflamme,
Ce Dieu , pour l'admirer , déchire fon bandeau.
* Le Duc Ranucio le manda pour peindre à
Parme les murs d'une chambre , Sur le plafond de
laquelle Auguftin Carrache avoit exprimé le pouvoir
de l'amour. Ce Prince donna à Cignani le
même fujet à continuer ; il le traita avec beaucoup
d'élégance.
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Résumé : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Le texte présente des portraits de cinq célèbres peintres italiens. Léonard de Vinci est reconnu pour sa capacité à représenter les passions de l'âme, influençant Raphaël mais étant critiqué par Michel-Ange. Jacques Cavedone est admiré par le Colonna, Rubens et Vélasquez, qui attribuèrent à tort certains de ses tableaux à Annibal Carrache. Jean Lanfranc est loué pour son génie abondant et son talent pour les grandes compositions, notamment la coupole de l'église Saint-André de la Valle à Rome. Alexandre Veronese, après une carrière brillante, finit dans la misère, réduisant à peindre des ex-voto. Charles Cignani est apprécié pour son style gracieux et son talent à représenter les passions de l'âme, travaillant pour le Duc Ranucio à Parme.
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514
p. 216
GRAVURE.
Début :
Le sieur Chenu vient de mettre encore au jour une nouvelle Estampe qui a [...]
Mots clefs :
Estampe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
E fieur Chenu vient de mettre encore
au jour une nouvelle Eftampe qui a
pour titre La Moiffon on l'Eté. Il l'a
gravée d'après le Tableau original de A.
D. Velde , qui fe trouve dans le Cabinet
de fon Ex. Mgr. le Comte de Bruhl , Premier
Miniftre de S. M. le Roi de Pologne,
Electeur de Saxe. Nous croyons qu'elle
mérite l'approbation des Connoiffeurs. On
la vend chez l'Auteur , rue de la Harpe ,
près le paffage des Jacobins , vis- à-vis le
caffé de Condé.
Nous annonçons une autre belle Eftampe
repréfentant Jefus Chrift reffufcité ;
elle eft gravée par Salvador , Penfionnaire
du Roi d'Efpagne , à Paris , d'après le
Tableau de M. Carlo- Vanloo , qu'on voit
dans le Cabinet de M. de Julienne.
E fieur Chenu vient de mettre encore
au jour une nouvelle Eftampe qui a
pour titre La Moiffon on l'Eté. Il l'a
gravée d'après le Tableau original de A.
D. Velde , qui fe trouve dans le Cabinet
de fon Ex. Mgr. le Comte de Bruhl , Premier
Miniftre de S. M. le Roi de Pologne,
Electeur de Saxe. Nous croyons qu'elle
mérite l'approbation des Connoiffeurs. On
la vend chez l'Auteur , rue de la Harpe ,
près le paffage des Jacobins , vis- à-vis le
caffé de Condé.
Nous annonçons une autre belle Eftampe
repréfentant Jefus Chrift reffufcité ;
elle eft gravée par Salvador , Penfionnaire
du Roi d'Efpagne , à Paris , d'après le
Tableau de M. Carlo- Vanloo , qu'on voit
dans le Cabinet de M. de Julienne.
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Résumé : GRAVURE.
Deux gravures sont annoncées. La première, 'La Moisson en l'Été', par Chenu d'après van de Velde, appartient au Comte de Bruhl. La seconde, 'Jésus-Christ ressuscité', par Salvador d'après Vanloo, est dans la collection de Monsieur de Julienne. Les gravures sont disponibles à l'achat chez l'auteur, rue de la Harpe.
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515
p. 233
AUTRE.
Début :
Le Sieur Maillard au College des Trois-Evêques, Place de Cambray, [...]
Mots clefs :
Sieur Maillard, Étrennes, Ornements, Vignettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE Sieur MAILLARD au College des Trois-
Evêques , Place de Cambray , près la rue Saint-
Jacques , fait & vend différens fujets d'Etrennes
gravés & enluminés , ornés de vignettes . Il mérite
la préférence par le choix qu'il a fait de tout
ce qui peut amufer & inferuire ; Emblêmes facrés
, petites Fables , Devifes , Complimens , Sou
haits heureux , Bouquets , &c. avec lesquels on
peut compoſer ou orner des Tabacieres , Ecrans. ,
Almanachs , &c . Il continue de faire & vendre
toutes fortes de caracteres , deffeins , vignettes.,
& papiers à lettres peints en vignettes. On le
trouve tous les jours juſqu'à midi.
LE Sieur MAILLARD au College des Trois-
Evêques , Place de Cambray , près la rue Saint-
Jacques , fait & vend différens fujets d'Etrennes
gravés & enluminés , ornés de vignettes . Il mérite
la préférence par le choix qu'il a fait de tout
ce qui peut amufer & inferuire ; Emblêmes facrés
, petites Fables , Devifes , Complimens , Sou
haits heureux , Bouquets , &c. avec lesquels on
peut compoſer ou orner des Tabacieres , Ecrans. ,
Almanachs , &c . Il continue de faire & vendre
toutes fortes de caracteres , deffeins , vignettes.,
& papiers à lettres peints en vignettes. On le
trouve tous les jours juſqu'à midi.
Fermer
Résumé : AUTRE.
Le Sieur Maillard, au Collège des Trois-Evêques, propose des sujets d'Étrennes gravés et enluminés, incluant emblèmes sacrés, fables, devises, compliments, souhaits et bouquets. Ses articles ornent tabatières, écrans, almanachs. Il vend aussi caractères, dessins, vignettes et papiers à lettres peints. Disponible jusqu'à midi.
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516
p. 238-245
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Sa Majesté a accordé les grandes entrées à M. le Maréchal Duc [...]
Mots clefs :
Comte d'Egmont, Duc de Gesvres, Célébrations de la conquête de Minorque, Monument de gloire, Marquis, Maréchal, Fort de Saint-Philippe, Cardinal de Tavannes, Garnison de la Rochelle, Comtes, Prince de Croy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Sa Majefté a accordé les grandes entrées à M. le
A
Maréchal Duc de Belle- Ifle .
Le jour que M. le Comte d'Egmont apporta au
Roi les articles de la Capitulation du Fort Saint-
Philippe , le Corps de Ville fit tirer à cinq & à fept
heures du foir les boîtes d'artillerie & le canon
de la Ville. Sur les neuf heures , il y eut une pareille
falve d'artillerie , pendant laqucile les Prévôt
des Marchands & Echevins allumerent , avec les
cérémonies accoutumées , le bucher qui avoit
été dreffé dans le milieu de la Place de l'Hôtel de
Ville. On tira enfuite une grande quantité de
fufées volantes. La Ville fit en même temps couler
trois fontaines de vin , & diftribuer des viandes au
peuple dans la même Place . Près de chaque fontaine
de vin étoit une Orcheſtre remplie de
Joueurs d'Inftrumens . La Place étoit éclairée par
un grand nombre d'ifs , qui portoient des lumie
res , & la façade de l'Hôtel de Ville l'étoit par
trois filets de terrines fuivant l'Ordre de l'Architecture.
L'Hôtel de M. le Duc de Gefvres , Gou
SEPTEMBRE . 1756. 239
verneur de Paris ; celui du Prevôt des Marchands,
& les maifons des Echevins & des principaux Officiers
de l'Hôtel de Ville , furent auffi illuminés.
Le Roi ayant écrit à l'Archevêque de Paris
pour faire rendre de folemnelles actions de graces
à l'occafion de la conquête de l'Ifle Minorque
on chanta le 25 Juillet le Te Deum dans l'Eglife
Métropolitaine , & P'Abbé de Saint - Exupery ,
Doyen du Chapitre , y officia. M. de Lamoignon ,
Chancelier de France , & M. de Machault , Garde
des Sceaux , accompagnés de plufieurs Confeillers
d'Etat , & Maîtres des Requêtes , y affifterent ,
ainfi que le Parlement , la Chambre des Comptes
, la Cour des Aides & le Corps de Ville , qui
y avoient été invités de la part de Sa Majesté par
M. Defgranges , Maître des Cérémonies.
On tira le même jour dans la Place de l'Hôtel
de Ville , par ordre des Prevôt des Marchands &
Echevins , un Feu d'artifice dont l'exécution ne
laiffa rien à défirer. La décoration repréfentoit
un grand trophée de guerre , élevé à la gloire du
Roi fur les débris d'un Fort . Le corps de ce tro
phée , étoit une pyramide quadrangulaire de
foixante douze pieds de haut , pofée au milieu de
la principale place d'armes du Fort ſur pluſieurs
canons démontés. Des maffes d'armures antiques ,
des efpeces de foleils formés avec les armes enlevées
aux ennemis , & des médaillons au chiffre
du Roi , ornoient les quatre faces de la pyramide.
La boule de France , furmontée d'une couronne ,
lui fervoit d'amortiffement. Cette pyramide étoit
accompagnée de deux colonnes roftrales de cinq
pieds de diametre , conftruites fur les pointes des
Ravelins , & auxquelles étoient attachés des becs
& des proues de Navires. A l'entrée des attaques
on avoit placé diverfes figures allégoriques. Qua
240 MERCURE DE FRANCE.
tre palmiers étoient plantés fur les quatre contre
gardes , qui enveloppoient le corps de la Place ,
& qui enfermoient la feconde enceinte. Les tiges
de ces arbres étoient chargées de dépouilles remportées
par les vainqueurs , & les rameaux étoient
entrelacés de guirlandes auxquelles des couronnes
de laurier de différentes grandeurs étoient fufpendues.
On voyoit au haut des deux colonnes deux
figures, qui repréfentoient, l'une Neptune , l'autre
Le Génie Tutelaire de la Place. La France , entourée
de plufieurs Génies & d'une troupe de Héros ,
paroiffoit à l'endroit de la principale attaque ,
confacrant ce monument en préſence de Mars &
de Minerve.
Cette décoration enrichie de peinture & de
rondeboffe , avoir quatre-vingt-huit pieds de longueur.
Elle étoit difpofée fur plufieurs plans concentriques
, élevés les uns au- deffus des autres , &
elle préfentoit au naturel le tableau d'une fête
militaire , donnée dans un Fort qui venoit d'être
emporté d'affaut. Les différens jeux de l'artifice
exprimerent l'attaque & la défenfe d'une Place.
Ils furent terminés par un coup de feu très-bril
lant , & par un bouquet en réjouiffance de la
victoire.
Au Feu d'artifice fuccéda une magnifique illu
mination. Un triple cordon de lumieres deffinoit
l'architecture de la façade & du grand comble de
l'Hôtel de Ville . Plufieurs luftres garnis de lanternes
de verre éclairoient diverfes parties du bâ
timent. Toute l'enceinte de la Place étoit illuminée
, ainfi que le pourtour du Feu , par des ifs
chargés de lampions .
Il y eut auffi de très- belles illuminations aux
Hôtels de M. le Duc de Gefvres & du Prevôt des
Marchands , & aux maiſons des Echevins & des
principaux
SEPTEMBRE. 1756. 245
principaux Officiers de l'Hôtel de Ville . Des fontaines
de vin coulerent , & l'on diſtribua du pain
& des viandes au peuple dans tous ces différens
endroits, de même que dans la Place de Louis XV ,
dans celle de Louis le Grand , dans celle des Victoires
, dans celle du Carroufel , dans la Place
Royale , dans les Halles , dans le Marché- Neuf ,
à la Place Maubert & à la Croix- Rouge. On
avoit mis des Orcheſtres partout où le faifoient
ces diſtributions , & le peuple jufqu'à cinq heures
du matin témoigna par les danfes la joie que lui
caufoit la profpérité des armes du Roi. Pendant
toute la nuit , la Place devant l'Hôtel de Ville fut
remplie de carroffes.
Deux Armateurs de Calais ont fait deux prifes
affez confidérables . Un Armateur de Dunkerque
a enlevé un Navire Anglois qui forto t d´´la Tamife
, & il l'a conduit à Oftende. Le chargement
de cette derniere priſe eſt eſtimé trois cens mille
livres.
Le Roi a donné le Gouvernement général de
l'Ile Minorque à M. le Comte de Lannon , Maréchal
de Camp . Sa Majefté a fait Marécha x e
fes Camps & Armées MM. de la Serre , Brigadier,
Lieutenant- Colonel du Régiment Royal la Ma
rine; de la Bliniere , Brigadier , Lieutenant- Colonel
du Régiment Royal Infanterie ; le Marquis
de Roquepine , Brigadier , Colonel du Régi
ment Royal Comtois ; le Marquis de Monti , Bi
gadier , Colonel du Régiment Royal Italien ; le
Marquis de Trainel , Brigadier , Colonel d'un
Régiment d'Infanterie ; le Comte d'Egmont , Brigadier
; Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
, & le Chevalier de Redmont , Brigadier ,
Meftre de Camp Réformé de Cavalerie. Sa Majeſté
a fait Brigadier de Dragons M. le Duc de
L
242 MERCURE DE FRANCE.
Fronfac , Mestre de Camp de Dragons ; & Elle a
fait Brigadiers d'Infanterie M. le Prince de Rohan-
Rochefort , Colonel d'un Régiment d'Infanterie ;
le Comte de Levis- Leran , Colonel du Régiment
Royal la Marine ; le Chevalier de Clermont d'Amboife
, Colonel du Régiment de Bretagne , & le
Comte de Rochambeau , Colonel du Régiment
de la Marche.
Il y a eu , tant pendant le cours du fiege da
Fort Saint- Philippe , qu'à l'attaque faite des ouvrages
de ce Fort dans la nuit du 27 au 28 Juin ,
treize Officiers tués , & quatre vingt- douze bleffés.
Quatre cens dix -neuf Soldats ont été tués , &
le nombre de ceux qui ont été bleffés monte à
neuf cens quatre- vingt- feize.
Les habitans de Rouen ayant été informés que
M. le Cardinal de Tavannes devoit y arriver le 19
Juillet , le Chapitre de l'Eglife Métropolitaine ,
& tous les Ordres de la Ville , fe font empreffés à
l'envi de lui marquer la part qu'ils prenoient à fa
promotion au Cardinalat . Les Compagnies de la
Bourgoifie , à cheval , avec leurs trompettes &
leurs étendards , font allées au devant de lui ,
à l'entrée du Fauxbourg , dans le lieu où il devoit
fe revêtir de fes habits de cérémonie. Toutes les
Brigades de la Maréchauffée , le Grand Prevôt à
leur tête , fe font rendues au même lieu , & toutes
les perfonnes de confidération y ont envoyé leurs
carroffes, pour former un cortége pompeux . L'im- :
patience de voir le Cardinal avoit fait fortir de la
Ville une partie du peuple ; le refte rempliffoit les
rues & les places publiques. Le Cardinal , en entrant
dans Rouen , a été falué par le canon de la
Ville & par celui du vieux Palais. Le Régiment
de Lyonnois , fous les armes , formoit une doable
Laie depuis la porte du Pont juſqu'au grand Por
SEPTEMBRE . 1756. 243
tail de l'Eglife Métropolitaine , dont l'interieur
étoit gardé par les deux Compagnies de Grenadiers
de ce Corps . Lorfque le Cardinal a été prêt
d'entrer dans la grande Place qui eft devant l'E-`
glife , le Chapitre eft forti proceffionellement ,
pour aller au devant de Son Eminence. Le Haut
Doyen l'a complimentée au nom des Chanoines ,
& elle a été conduite dans le choeur de l'Eglife
Métropolitaine , où les principaux Membres du
Parlement & de la Chambre des Comptes , le
Corps de Ville , les Curés , les Supérieurs des
Communautés Régulieres , & un grand nombre
de perfonnes de diftinction , étoient placés avec
un ordre dont tout le monde a été fatisfait . On a
chanté le Te Deum en mufique & avec fymphonie.
A l'entrée de la nuit , la partie extérieure du
choeur de l'Eglife Métropolitaine , qui termine
d'un côté la cour de l'Archevêché , a été illuminée
, ainfi que toutes les maifons des Chanoines ,
les Communautés Religieufes & plufieurs autres
maifons de la Ville.
"
Le premier d'Août , les Officiers de la Garnifon
de la Rochelle , compofée des Régimens d'Infanterie
de la Sarre & de Breffe , & du Régiment
Royal Dragons , célébrerent par une fête éclatante
la prife du Fort Saint- Philippe . La grande
Place de la Ville étant plantée de plufieurs allées
d'arbres , paroiffoit faite exprès pour rendre ce
fpectacle agréable. Après que les troupes y eurent
formé plufieurs faifceaux de leurs armes , l'Aumônier
du Régiment de la Sarre dit la Meſſe fur un
Autel qu'on dreffa dans l'inftant . Enfuite les foldars
des trois Régimens que l'on mêla exprès ,
prirent leurs places aux différentes tables qui leur
étoient deſtinées , & qui furent fervies avec la
plus grande abondance . On avoit préparé des ta-
Lij
244 MERCURE DE FRANCE.
bles particulieres pour les Maréchaux des Logis &
pour les Sergens . M. de Montpouillan & les
Comtes de Carcado & de la Blache , Colonels , accompagnés
de MM. le Blanc & de Labadie , Lieutenans-
Colonels , & de MM. du Menil , de S. Mery
& de Murat, Majors , allerent inviter M. le Marquis
de Clermont- Gallerande, Lieutenans-Général, qui
commande dans la Province , & M. le Marquis de
Dreux employé fous les ordres en qualité de Maréchal
de Camp , à porter la fanté du Roi & celles
de la Famille Royale. Ces fantés furent bues au
bruit de cinq pieces de canon . Pluſieurs inftrumens
de guerre & de mufique augmenterent la
joie de ce feftin militaire. La fête fut fuivie d'un
magnifique repas fervi à une table de cent cinquante
couverts que donna le Marquis de Gallerande.
Le foir , l'Hôtel de ce Lieutenant Général
fut illuminé en tranſparent. La décoration repréfentoit
le Port-Mahon . Au deffus , on lifoit ce vers :
Difcite juftitiam moniti , &non temnere Divos.
La fête que le Prince de Croy a donnée le
même jour au Camp fous Calais , a été de la plus
grande magnificence. Quarante- cinq Dames y
avoient été invitées , ainfi que M. d'Invault , Intendant
de Picardie , & tous les Officiers des Etats
Majors des Villes , Citadelles & Forts des environs
du Camp . On fervit pour cette Compagnie &
pour les Officiers des troupes dont le Camp eft
compofé , plufieurs tables fous des baldaquins à
la Chinoife , dont les bords étoient feftonnés par
des guirlandes de fleurs . Ces mêmes guirlandes
defcendoient par diverfes circonvolutions autour
des colonnes qui foutenoient les baldaquins. Pendant
le repas, qui dura depuis quatre heures aprèsmidi
jufqu'à fept , & dans lequel il régna autant
de profufion que de délicateffe , on diftribua dụ
pain , de la viande & de la biere aux foldats. Les
SEPTEMBRE . 1736. 245
Comédiens jouerent la Comédie gratis ; & comme
la falle du Spectacle ne pouvoit contenir qu'une
petite partie des troupes , on avoit placé des Farceurs,
des Danfeurs de cordes & des Joueurs de gobelets,
à la tête de chaque Brigade . Sur les fept heures
& demie , on chanta le Te Deum dans la Chapelle
du Camp , au bruit de tous les inftrumens de
guerre. Lorfque la nuit commença , trois fufées
partirent d'une montagne à deux lieues du Camp ,
qui eft précisément vis - à-vis de Douvres . La Ville
& la Citadelle de Calais , & tous les Forts des
ennemis répondirent à ce fignal par des falves
générales de leur artillerie. Ces falves furent repétées
trois fois . Elles furent fuivies d'un Feu
d'artifice , dont la décoration repréfentoit un
Fort quarré à double enceinte , femblable à celui
de Saint-Philippe . A la fin du Feu , il tomba fur
le Fort une fleur de lys enflammée. Plufieurs fougaffes
jouerent en même temps , & renverferent
tous les ouvrages . On demeura un inftant dans
une grande obfcurité . Puis on vit s'élever par
dégrés un foleil d'artifice . Les Armes de France
parurent deffinées en feu brillant . Au deffus étoit
un Vive le Roi en caracteres lumineux , parfaitement
exécuté .
La Ville de Saint- Malo ne s'eft pas moins
diftinguée par les réjouiffances qu'elle a faites le
8 , à l'occafion de la conquête de l'Ile Minorque.
Voici le Mandement de M. l'Evêque de cette Ville ,
qui a ordonné de chanter le Te Deum à ce fujet.
Sa Majefté a accordé les grandes entrées à M. le
A
Maréchal Duc de Belle- Ifle .
Le jour que M. le Comte d'Egmont apporta au
Roi les articles de la Capitulation du Fort Saint-
Philippe , le Corps de Ville fit tirer à cinq & à fept
heures du foir les boîtes d'artillerie & le canon
de la Ville. Sur les neuf heures , il y eut une pareille
falve d'artillerie , pendant laqucile les Prévôt
des Marchands & Echevins allumerent , avec les
cérémonies accoutumées , le bucher qui avoit
été dreffé dans le milieu de la Place de l'Hôtel de
Ville. On tira enfuite une grande quantité de
fufées volantes. La Ville fit en même temps couler
trois fontaines de vin , & diftribuer des viandes au
peuple dans la même Place . Près de chaque fontaine
de vin étoit une Orcheſtre remplie de
Joueurs d'Inftrumens . La Place étoit éclairée par
un grand nombre d'ifs , qui portoient des lumie
res , & la façade de l'Hôtel de Ville l'étoit par
trois filets de terrines fuivant l'Ordre de l'Architecture.
L'Hôtel de M. le Duc de Gefvres , Gou
SEPTEMBRE . 1756. 239
verneur de Paris ; celui du Prevôt des Marchands,
& les maifons des Echevins & des principaux Officiers
de l'Hôtel de Ville , furent auffi illuminés.
Le Roi ayant écrit à l'Archevêque de Paris
pour faire rendre de folemnelles actions de graces
à l'occafion de la conquête de l'Ifle Minorque
on chanta le 25 Juillet le Te Deum dans l'Eglife
Métropolitaine , & P'Abbé de Saint - Exupery ,
Doyen du Chapitre , y officia. M. de Lamoignon ,
Chancelier de France , & M. de Machault , Garde
des Sceaux , accompagnés de plufieurs Confeillers
d'Etat , & Maîtres des Requêtes , y affifterent ,
ainfi que le Parlement , la Chambre des Comptes
, la Cour des Aides & le Corps de Ville , qui
y avoient été invités de la part de Sa Majesté par
M. Defgranges , Maître des Cérémonies.
On tira le même jour dans la Place de l'Hôtel
de Ville , par ordre des Prevôt des Marchands &
Echevins , un Feu d'artifice dont l'exécution ne
laiffa rien à défirer. La décoration repréfentoit
un grand trophée de guerre , élevé à la gloire du
Roi fur les débris d'un Fort . Le corps de ce tro
phée , étoit une pyramide quadrangulaire de
foixante douze pieds de haut , pofée au milieu de
la principale place d'armes du Fort ſur pluſieurs
canons démontés. Des maffes d'armures antiques ,
des efpeces de foleils formés avec les armes enlevées
aux ennemis , & des médaillons au chiffre
du Roi , ornoient les quatre faces de la pyramide.
La boule de France , furmontée d'une couronne ,
lui fervoit d'amortiffement. Cette pyramide étoit
accompagnée de deux colonnes roftrales de cinq
pieds de diametre , conftruites fur les pointes des
Ravelins , & auxquelles étoient attachés des becs
& des proues de Navires. A l'entrée des attaques
on avoit placé diverfes figures allégoriques. Qua
240 MERCURE DE FRANCE.
tre palmiers étoient plantés fur les quatre contre
gardes , qui enveloppoient le corps de la Place ,
& qui enfermoient la feconde enceinte. Les tiges
de ces arbres étoient chargées de dépouilles remportées
par les vainqueurs , & les rameaux étoient
entrelacés de guirlandes auxquelles des couronnes
de laurier de différentes grandeurs étoient fufpendues.
On voyoit au haut des deux colonnes deux
figures, qui repréfentoient, l'une Neptune , l'autre
Le Génie Tutelaire de la Place. La France , entourée
de plufieurs Génies & d'une troupe de Héros ,
paroiffoit à l'endroit de la principale attaque ,
confacrant ce monument en préſence de Mars &
de Minerve.
Cette décoration enrichie de peinture & de
rondeboffe , avoir quatre-vingt-huit pieds de longueur.
Elle étoit difpofée fur plufieurs plans concentriques
, élevés les uns au- deffus des autres , &
elle préfentoit au naturel le tableau d'une fête
militaire , donnée dans un Fort qui venoit d'être
emporté d'affaut. Les différens jeux de l'artifice
exprimerent l'attaque & la défenfe d'une Place.
Ils furent terminés par un coup de feu très-bril
lant , & par un bouquet en réjouiffance de la
victoire.
Au Feu d'artifice fuccéda une magnifique illu
mination. Un triple cordon de lumieres deffinoit
l'architecture de la façade & du grand comble de
l'Hôtel de Ville . Plufieurs luftres garnis de lanternes
de verre éclairoient diverfes parties du bâ
timent. Toute l'enceinte de la Place étoit illuminée
, ainfi que le pourtour du Feu , par des ifs
chargés de lampions .
Il y eut auffi de très- belles illuminations aux
Hôtels de M. le Duc de Gefvres & du Prevôt des
Marchands , & aux maiſons des Echevins & des
principaux
SEPTEMBRE. 1756. 245
principaux Officiers de l'Hôtel de Ville . Des fontaines
de vin coulerent , & l'on diſtribua du pain
& des viandes au peuple dans tous ces différens
endroits, de même que dans la Place de Louis XV ,
dans celle de Louis le Grand , dans celle des Victoires
, dans celle du Carroufel , dans la Place
Royale , dans les Halles , dans le Marché- Neuf ,
à la Place Maubert & à la Croix- Rouge. On
avoit mis des Orcheſtres partout où le faifoient
ces diſtributions , & le peuple jufqu'à cinq heures
du matin témoigna par les danfes la joie que lui
caufoit la profpérité des armes du Roi. Pendant
toute la nuit , la Place devant l'Hôtel de Ville fut
remplie de carroffes.
Deux Armateurs de Calais ont fait deux prifes
affez confidérables . Un Armateur de Dunkerque
a enlevé un Navire Anglois qui forto t d´´la Tamife
, & il l'a conduit à Oftende. Le chargement
de cette derniere priſe eſt eſtimé trois cens mille
livres.
Le Roi a donné le Gouvernement général de
l'Ile Minorque à M. le Comte de Lannon , Maréchal
de Camp . Sa Majefté a fait Marécha x e
fes Camps & Armées MM. de la Serre , Brigadier,
Lieutenant- Colonel du Régiment Royal la Ma
rine; de la Bliniere , Brigadier , Lieutenant- Colonel
du Régiment Royal Infanterie ; le Marquis
de Roquepine , Brigadier , Colonel du Régi
ment Royal Comtois ; le Marquis de Monti , Bi
gadier , Colonel du Régiment Royal Italien ; le
Marquis de Trainel , Brigadier , Colonel d'un
Régiment d'Infanterie ; le Comte d'Egmont , Brigadier
; Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
, & le Chevalier de Redmont , Brigadier ,
Meftre de Camp Réformé de Cavalerie. Sa Majeſté
a fait Brigadier de Dragons M. le Duc de
L
242 MERCURE DE FRANCE.
Fronfac , Mestre de Camp de Dragons ; & Elle a
fait Brigadiers d'Infanterie M. le Prince de Rohan-
Rochefort , Colonel d'un Régiment d'Infanterie ;
le Comte de Levis- Leran , Colonel du Régiment
Royal la Marine ; le Chevalier de Clermont d'Amboife
, Colonel du Régiment de Bretagne , & le
Comte de Rochambeau , Colonel du Régiment
de la Marche.
Il y a eu , tant pendant le cours du fiege da
Fort Saint- Philippe , qu'à l'attaque faite des ouvrages
de ce Fort dans la nuit du 27 au 28 Juin ,
treize Officiers tués , & quatre vingt- douze bleffés.
Quatre cens dix -neuf Soldats ont été tués , &
le nombre de ceux qui ont été bleffés monte à
neuf cens quatre- vingt- feize.
Les habitans de Rouen ayant été informés que
M. le Cardinal de Tavannes devoit y arriver le 19
Juillet , le Chapitre de l'Eglife Métropolitaine ,
& tous les Ordres de la Ville , fe font empreffés à
l'envi de lui marquer la part qu'ils prenoient à fa
promotion au Cardinalat . Les Compagnies de la
Bourgoifie , à cheval , avec leurs trompettes &
leurs étendards , font allées au devant de lui ,
à l'entrée du Fauxbourg , dans le lieu où il devoit
fe revêtir de fes habits de cérémonie. Toutes les
Brigades de la Maréchauffée , le Grand Prevôt à
leur tête , fe font rendues au même lieu , & toutes
les perfonnes de confidération y ont envoyé leurs
carroffes, pour former un cortége pompeux . L'im- :
patience de voir le Cardinal avoit fait fortir de la
Ville une partie du peuple ; le refte rempliffoit les
rues & les places publiques. Le Cardinal , en entrant
dans Rouen , a été falué par le canon de la
Ville & par celui du vieux Palais. Le Régiment
de Lyonnois , fous les armes , formoit une doable
Laie depuis la porte du Pont juſqu'au grand Por
SEPTEMBRE . 1756. 243
tail de l'Eglife Métropolitaine , dont l'interieur
étoit gardé par les deux Compagnies de Grenadiers
de ce Corps . Lorfque le Cardinal a été prêt
d'entrer dans la grande Place qui eft devant l'E-`
glife , le Chapitre eft forti proceffionellement ,
pour aller au devant de Son Eminence. Le Haut
Doyen l'a complimentée au nom des Chanoines ,
& elle a été conduite dans le choeur de l'Eglife
Métropolitaine , où les principaux Membres du
Parlement & de la Chambre des Comptes , le
Corps de Ville , les Curés , les Supérieurs des
Communautés Régulieres , & un grand nombre
de perfonnes de diftinction , étoient placés avec
un ordre dont tout le monde a été fatisfait . On a
chanté le Te Deum en mufique & avec fymphonie.
A l'entrée de la nuit , la partie extérieure du
choeur de l'Eglife Métropolitaine , qui termine
d'un côté la cour de l'Archevêché , a été illuminée
, ainfi que toutes les maifons des Chanoines ,
les Communautés Religieufes & plufieurs autres
maifons de la Ville.
"
Le premier d'Août , les Officiers de la Garnifon
de la Rochelle , compofée des Régimens d'Infanterie
de la Sarre & de Breffe , & du Régiment
Royal Dragons , célébrerent par une fête éclatante
la prife du Fort Saint- Philippe . La grande
Place de la Ville étant plantée de plufieurs allées
d'arbres , paroiffoit faite exprès pour rendre ce
fpectacle agréable. Après que les troupes y eurent
formé plufieurs faifceaux de leurs armes , l'Aumônier
du Régiment de la Sarre dit la Meſſe fur un
Autel qu'on dreffa dans l'inftant . Enfuite les foldars
des trois Régimens que l'on mêla exprès ,
prirent leurs places aux différentes tables qui leur
étoient deſtinées , & qui furent fervies avec la
plus grande abondance . On avoit préparé des ta-
Lij
244 MERCURE DE FRANCE.
bles particulieres pour les Maréchaux des Logis &
pour les Sergens . M. de Montpouillan & les
Comtes de Carcado & de la Blache , Colonels , accompagnés
de MM. le Blanc & de Labadie , Lieutenans-
Colonels , & de MM. du Menil , de S. Mery
& de Murat, Majors , allerent inviter M. le Marquis
de Clermont- Gallerande, Lieutenans-Général, qui
commande dans la Province , & M. le Marquis de
Dreux employé fous les ordres en qualité de Maréchal
de Camp , à porter la fanté du Roi & celles
de la Famille Royale. Ces fantés furent bues au
bruit de cinq pieces de canon . Pluſieurs inftrumens
de guerre & de mufique augmenterent la
joie de ce feftin militaire. La fête fut fuivie d'un
magnifique repas fervi à une table de cent cinquante
couverts que donna le Marquis de Gallerande.
Le foir , l'Hôtel de ce Lieutenant Général
fut illuminé en tranſparent. La décoration repréfentoit
le Port-Mahon . Au deffus , on lifoit ce vers :
Difcite juftitiam moniti , &non temnere Divos.
La fête que le Prince de Croy a donnée le
même jour au Camp fous Calais , a été de la plus
grande magnificence. Quarante- cinq Dames y
avoient été invitées , ainfi que M. d'Invault , Intendant
de Picardie , & tous les Officiers des Etats
Majors des Villes , Citadelles & Forts des environs
du Camp . On fervit pour cette Compagnie &
pour les Officiers des troupes dont le Camp eft
compofé , plufieurs tables fous des baldaquins à
la Chinoife , dont les bords étoient feftonnés par
des guirlandes de fleurs . Ces mêmes guirlandes
defcendoient par diverfes circonvolutions autour
des colonnes qui foutenoient les baldaquins. Pendant
le repas, qui dura depuis quatre heures aprèsmidi
jufqu'à fept , & dans lequel il régna autant
de profufion que de délicateffe , on diftribua dụ
pain , de la viande & de la biere aux foldats. Les
SEPTEMBRE . 1736. 245
Comédiens jouerent la Comédie gratis ; & comme
la falle du Spectacle ne pouvoit contenir qu'une
petite partie des troupes , on avoit placé des Farceurs,
des Danfeurs de cordes & des Joueurs de gobelets,
à la tête de chaque Brigade . Sur les fept heures
& demie , on chanta le Te Deum dans la Chapelle
du Camp , au bruit de tous les inftrumens de
guerre. Lorfque la nuit commença , trois fufées
partirent d'une montagne à deux lieues du Camp ,
qui eft précisément vis - à-vis de Douvres . La Ville
& la Citadelle de Calais , & tous les Forts des
ennemis répondirent à ce fignal par des falves
générales de leur artillerie. Ces falves furent repétées
trois fois . Elles furent fuivies d'un Feu
d'artifice , dont la décoration repréfentoit un
Fort quarré à double enceinte , femblable à celui
de Saint-Philippe . A la fin du Feu , il tomba fur
le Fort une fleur de lys enflammée. Plufieurs fougaffes
jouerent en même temps , & renverferent
tous les ouvrages . On demeura un inftant dans
une grande obfcurité . Puis on vit s'élever par
dégrés un foleil d'artifice . Les Armes de France
parurent deffinées en feu brillant . Au deffus étoit
un Vive le Roi en caracteres lumineux , parfaitement
exécuté .
La Ville de Saint- Malo ne s'eft pas moins
diftinguée par les réjouiffances qu'elle a faites le
8 , à l'occafion de la conquête de l'Ile Minorque.
Voici le Mandement de M. l'Evêque de cette Ville ,
qui a ordonné de chanter le Te Deum à ce fujet.
Fermer
Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le texte décrit les célébrations et événements liés à la conquête de l'île de Minorque par le roi de France. Le 25 juillet, le roi a ordonné des actions de grâce solennelles. À Paris, un Te Deum a été chanté dans l'église métropolitaine en présence de l'archevêque, du chancelier de France, du garde des sceaux et divers corps officiels. Un feu d'artifice a été tiré sur la place de l'Hôtel de Ville, illustrant un trophée de guerre et des scènes de bataille. La ville a été illuminée, et des fontaines de vin ainsi que des distributions de nourriture ont été organisées dans plusieurs places publiques. Des illuminations ont également eu lieu dans les hôtels des dignitaires et des principaux officiers de la ville. Le roi a procédé à des promotions militaires, nommant notamment M. le Comte de Lannion gouverneur général de l'île de Minorque et plusieurs officiers à des grades supérieurs. Les combats pour le fort Saint-Philippe ont entraîné des pertes humaines importantes : treize officiers tués et quatre-vingt-douze blessés, ainsi que quatre cent dix-neuf soldats tués et neuf cent quatre-vingt-seize blessés. À Rouen, le cardinal de Tavannes a été accueilli par une procession et des salves de canon, suivies d'un Te Deum. La Rochelle a célébré la prise du fort Saint-Philippe par une fête militaire incluant une messe, un banquet et des illuminations. Le prince de Croy a organisé une fête somptueuse dans son camp sous Calais, avec repas, spectacles et feu d'artifice. Saint-Malo a également marqué la conquête de Minorque par des réjouissances publiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
517
p. 223-227
DESCRIPTION de la décoration du Temple de Mars, & du Feu d'artifice que la ville de Bordeaux a fait tirer pour célébrer la prise du Fort S. Philippe.
Début :
Le Plan du Temple de Mars représentoit un quarré parfait. [...]
Mots clefs :
Bordeaux, Temple de Mars, Feux d'artifice, Obélisque, Marbre, Dorures, Arcade, Statues, Maréchal de Richelieu, Symbolique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la décoration du Temple de Mars, & du Feu d'artifice que la ville de Bordeaux a fait tirer pour célébrer la prise du Fort S. Philippe.
DESCRIPTION de la décoration du
Temple de Mars , & du Feu d'artifice que
la ville de Bordeaux a fait tirer pour célébrer
la prife du Fort S. Philippe
LE Plan du Temple de Mars repréfentoit un
quarré parfait. Sa hauteur, depuis le pavé jufqu'au
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
deffus de la corniche étoit de vingt-deux pieds ;
au deffus de la corniche ou entablement , & au
pourtour de tout l'édifice régnoit une balustrade
dorée de quatre pieds de hauteur.
Au deffus , & fur le milieu du Temple , s'élevoit
un obélifque de trente-fix pieds de hauteur , furmonté
d'un grand Globe d'artifice de cinq pieds
de diametre.
Toute la hauteur de l'édifice étoit de foixantelept
pieds ; tous les corps maffifs du Temple
étoient peints en marbre Sérancolin , & les tables .
& panneaux en marbre verd antique ; les focles du
Temple & de l'obélifque étoient en grotte.
La façade , du côté de l'Hôtel de Ville , étoit
décorée d'un avant - corps de dix- fept pieds de largeur
,fur un pied fix pouces de faillie , dans le milieu
duquel il y avoit une arcade de neuf pieds de
largeur fur dix-neuf pieds d'élévation , formée
par deux pilaftres de quatre pieds de largeur , à
cadres doiés & ornés des panneaux de relief, fur
lefquels étoient peints & rehauffés en or des trophées
d'armes entrelacées de branches de lauriers.
L'impofte , l'archivolte & les tables qui régnoient
au tour de l'archivolte étoient de relief
doré.
Au deffus de l'arcade étoit placé un grand cartouche
en relief de fix pieds fix pouces de largeur
fur neuf pieds de hauteur, y compris la couronne ,
dans lequel étoient deux écuffons accolés aux Armes
de France & de Navarre , entourées des colliers
des Ordres du Roi ; le cartouche , la couronne
& tous les ornemens étoient dorés , & les écusfons
blazonnés en couleur.
Au bas du cartouche , & joignant l'archivolte ;
fortoient deux chûtes en feftons de feuilles de
laurier , en relief doré , de neuf pieds de longueur,
OCTOBRE. 1756. 225
de l'extrêmité defquelles tomboient des guirlandes
auffi de relief , attachées par des agraites.
Dans le renfoncement de l'arcade , étoit placée
la ftatue de M. le Maréchal de Richelieu fous
les habits du Dieu Mars , l'épée à la main , &
appuyée fur des trophées d'armes mêlés de lauriers
; à côté étoit un génie portant le bâton
de Maréchal de France , & les armes de M. le
Duc de Richelieu ; ce grouppe de bronze peint en
tranfparent , étoit élevé fur un piedeſtal Corinthien
de marbre de Carrare , dans le panneau duquel
on lifoit cette infcription : Marti Gallico
civitas Burdigalenfis pofuit.
Le piedeftal portoit fur trois marches de marbre
blanc , veiné.
De chaque côté de l'avant- corps & dans les
parties fimples , étoient deux grands cadres à
bordures & ceintres dorés , ornés dans leur milieu
d'agraffes , le tout en relief doré de fix pieds
fix pouces de largeur , fur treize pieds de hauteur,
y compris un fecond focle peint en marbre de
Carrare , fur lefquels repofoient deux tableaux de
coloris en tranfparent , dont l'un représentoit
Neptune fortant du fein de la mer , appuyé fur un
rocher , tendant fes bras au Génie de la France
qui lui ôtoit des fers qu'il préfentoit à la ftatue
de M. le Maréchal de Richelieu . Dans le focle
da tranfparent qui étoit au bas du tableau ,
étoient ces mots : Neptunus Mediterraneus. Liberatori
fuo. L'Attique au deffus de ce tableau
étoit ornée & chantournée d'une bordure en relief
doré , au milieu de laquelle on voyoit en tranfparent
colorié les colonnes d'Hercule pofées fur des
rochers , entre lefquels étoient la maffue de ce:
Dieu avec la dépouille du Lion de Némée : autour:
étoient ces mots : Et plus ultrà , pour défignen
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
que
les conquêtes du Roi fur les Anglois s'éten➡
droient au delà de Gibraltar figuré par les colonnes
d'Hercule .
Le fecond tableau auffi en tranfparent à gauche
de l'avant -corps , repréfentoit la ville de Bordeaux
fous la figure d'ure femme couronnée de
tours , couverte d'une robe rouge , parfemée de
croiflans d'argent qui font partie des armes de la
Ville. Cette figure dans une attitude d'admiration
pofoit une couronne de lauriers fur l'écuffon
des armes de Monfeigneur le Maréchal de Richelien
, fupportées par deux Génies , dont l'un tenoit
des palmes , & l'autre le bâton de Maréchal
entouré de lauriers .Cet écuffon repofoit fur des tro.
phées d'armes. A côté de la ville de Bordeaux étoit
un autre Génie appuyé fur les armes de la Ville .
Dans le focle on lifoit cette infcription : Civi
tas Burdigalenfis . Gubernatori invictiffimo. Dans
l'Attique au- deffus , ornée comme la précédente
, étoit peint en tranfparent un grand foleil
rayonnant , prefque tout couvert , & traversé dans
fon milieu par d'épais nuages , avec ces mots :
Tegitur , dum fulmina pariet ; pour repréſenter la
longue modération du Roi dont les Anglois ont
fi longtemps abufé , & le fecret impénétrable
avec lequel Sa Majesté a préparé & difpofé toutes
les opérations d'une campagne dont le fuccès
étonne aujourd'ui l'Angleterre.
Tout ce qui peut rendre plus éclatante une
grande fête , fut employé dans celle- ci avec une
magnificence extraordinaire. Illumination géné
tale , feux devant les portes , grand fouper où
cert femmes furent fervies par deux cens cava-
Jicis , feu d'artifice très- long & très - heureuſement
exécuté , bal mafqué répété dans fix falles
immenfes, tout ce que l'art , lajoie & le zele peuOCTOBRE.
1756. 227
vent inventer fut mis en ufage pour exprimer
Padmiration pour M. de Richelieu , & l'amour pour
le Roi.
Temple de Mars , & du Feu d'artifice que
la ville de Bordeaux a fait tirer pour célébrer
la prife du Fort S. Philippe
LE Plan du Temple de Mars repréfentoit un
quarré parfait. Sa hauteur, depuis le pavé jufqu'au
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
deffus de la corniche étoit de vingt-deux pieds ;
au deffus de la corniche ou entablement , & au
pourtour de tout l'édifice régnoit une balustrade
dorée de quatre pieds de hauteur.
Au deffus , & fur le milieu du Temple , s'élevoit
un obélifque de trente-fix pieds de hauteur , furmonté
d'un grand Globe d'artifice de cinq pieds
de diametre.
Toute la hauteur de l'édifice étoit de foixantelept
pieds ; tous les corps maffifs du Temple
étoient peints en marbre Sérancolin , & les tables .
& panneaux en marbre verd antique ; les focles du
Temple & de l'obélifque étoient en grotte.
La façade , du côté de l'Hôtel de Ville , étoit
décorée d'un avant - corps de dix- fept pieds de largeur
,fur un pied fix pouces de faillie , dans le milieu
duquel il y avoit une arcade de neuf pieds de
largeur fur dix-neuf pieds d'élévation , formée
par deux pilaftres de quatre pieds de largeur , à
cadres doiés & ornés des panneaux de relief, fur
lefquels étoient peints & rehauffés en or des trophées
d'armes entrelacées de branches de lauriers.
L'impofte , l'archivolte & les tables qui régnoient
au tour de l'archivolte étoient de relief
doré.
Au deffus de l'arcade étoit placé un grand cartouche
en relief de fix pieds fix pouces de largeur
fur neuf pieds de hauteur, y compris la couronne ,
dans lequel étoient deux écuffons accolés aux Armes
de France & de Navarre , entourées des colliers
des Ordres du Roi ; le cartouche , la couronne
& tous les ornemens étoient dorés , & les écusfons
blazonnés en couleur.
Au bas du cartouche , & joignant l'archivolte ;
fortoient deux chûtes en feftons de feuilles de
laurier , en relief doré , de neuf pieds de longueur,
OCTOBRE. 1756. 225
de l'extrêmité defquelles tomboient des guirlandes
auffi de relief , attachées par des agraites.
Dans le renfoncement de l'arcade , étoit placée
la ftatue de M. le Maréchal de Richelieu fous
les habits du Dieu Mars , l'épée à la main , &
appuyée fur des trophées d'armes mêlés de lauriers
; à côté étoit un génie portant le bâton
de Maréchal de France , & les armes de M. le
Duc de Richelieu ; ce grouppe de bronze peint en
tranfparent , étoit élevé fur un piedeſtal Corinthien
de marbre de Carrare , dans le panneau duquel
on lifoit cette infcription : Marti Gallico
civitas Burdigalenfis pofuit.
Le piedeftal portoit fur trois marches de marbre
blanc , veiné.
De chaque côté de l'avant- corps & dans les
parties fimples , étoient deux grands cadres à
bordures & ceintres dorés , ornés dans leur milieu
d'agraffes , le tout en relief doré de fix pieds
fix pouces de largeur , fur treize pieds de hauteur,
y compris un fecond focle peint en marbre de
Carrare , fur lefquels repofoient deux tableaux de
coloris en tranfparent , dont l'un représentoit
Neptune fortant du fein de la mer , appuyé fur un
rocher , tendant fes bras au Génie de la France
qui lui ôtoit des fers qu'il préfentoit à la ftatue
de M. le Maréchal de Richelieu . Dans le focle
da tranfparent qui étoit au bas du tableau ,
étoient ces mots : Neptunus Mediterraneus. Liberatori
fuo. L'Attique au deffus de ce tableau
étoit ornée & chantournée d'une bordure en relief
doré , au milieu de laquelle on voyoit en tranfparent
colorié les colonnes d'Hercule pofées fur des
rochers , entre lefquels étoient la maffue de ce:
Dieu avec la dépouille du Lion de Némée : autour:
étoient ces mots : Et plus ultrà , pour défignen
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
que
les conquêtes du Roi fur les Anglois s'éten➡
droient au delà de Gibraltar figuré par les colonnes
d'Hercule .
Le fecond tableau auffi en tranfparent à gauche
de l'avant -corps , repréfentoit la ville de Bordeaux
fous la figure d'ure femme couronnée de
tours , couverte d'une robe rouge , parfemée de
croiflans d'argent qui font partie des armes de la
Ville. Cette figure dans une attitude d'admiration
pofoit une couronne de lauriers fur l'écuffon
des armes de Monfeigneur le Maréchal de Richelien
, fupportées par deux Génies , dont l'un tenoit
des palmes , & l'autre le bâton de Maréchal
entouré de lauriers .Cet écuffon repofoit fur des tro.
phées d'armes. A côté de la ville de Bordeaux étoit
un autre Génie appuyé fur les armes de la Ville .
Dans le focle on lifoit cette infcription : Civi
tas Burdigalenfis . Gubernatori invictiffimo. Dans
l'Attique au- deffus , ornée comme la précédente
, étoit peint en tranfparent un grand foleil
rayonnant , prefque tout couvert , & traversé dans
fon milieu par d'épais nuages , avec ces mots :
Tegitur , dum fulmina pariet ; pour repréſenter la
longue modération du Roi dont les Anglois ont
fi longtemps abufé , & le fecret impénétrable
avec lequel Sa Majesté a préparé & difpofé toutes
les opérations d'une campagne dont le fuccès
étonne aujourd'ui l'Angleterre.
Tout ce qui peut rendre plus éclatante une
grande fête , fut employé dans celle- ci avec une
magnificence extraordinaire. Illumination géné
tale , feux devant les portes , grand fouper où
cert femmes furent fervies par deux cens cava-
Jicis , feu d'artifice très- long & très - heureuſement
exécuté , bal mafqué répété dans fix falles
immenfes, tout ce que l'art , lajoie & le zele peuOCTOBRE.
1756. 227
vent inventer fut mis en ufage pour exprimer
Padmiration pour M. de Richelieu , & l'amour pour
le Roi.
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Résumé : DESCRIPTION de la décoration du Temple de Mars, & du Feu d'artifice que la ville de Bordeaux a fait tirer pour célébrer la prise du Fort S. Philippe.
Le texte décrit les festivités organisées par la ville de Bordeaux pour célébrer la prise du Fort Saint-Philippe, mettant en avant la décoration du Temple de Mars et un feu d'artifice. Le Temple de Mars était un édifice carré de soixante-sept pieds de hauteur, orné d'une balustrade dorée et d'un obélisque surmonté d'un globe d'artifice. Les matériaux utilisés comprenaient du marbre Sérancolin et du marbre verd antique, avec des décorations en grottes. La façade côté Hôtel de Ville présentait un avant-corps de dix-sept pieds de largeur, avec une arcade de neuf pieds de largeur et dix-neuf pieds d'élévation. Cette arcade était ornée de trophées d'armes et de lauriers. Au-dessus de l'arcade, un cartouche doré affichait les armes de France et de Navarre. Dans l'arcade, une statue du Maréchal de Richelieu en habit de Mars était accompagnée d'un génie portant le bâton de Maréchal. De chaque côté de l'avant-corps, deux tableaux en transparent représentaient Neptune libérant la statue du Maréchal et la ville de Bordeaux couronnant les armes du Maréchal. Ces tableaux étaient ornés de bordures dorées et d'inscriptions latines. La célébration comprenait une illumination générale, des feux devant les portes, un grand souper servi par deux cents cavaliers, un feu d'artifice et des bals masqués dans six salles immenses. Cette fête visait à exprimer l'admiration pour le Maréchal de Richelieu et l'amour pour le Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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518
p. 236
AVIS.
Début :
Le Sieur Vernezobre, Peintre, continue de débiter avec succès [...]
Mots clefs :
Peintre, Sieur Vernezobre, Crayons pour peindre, Pastel
519
p. 212-216
LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
Début :
Je vous l'avois bien dit, Madame, avant de partir de Paris, que vous seriez [...]
Mots clefs :
Fête, Brest, Marquis de Constant, Navire, Fleurs, Colonnes, Décors, Baldaquins, Beauté, Buste du roi, Statues, Musique, Bal, Banquets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
LETTRE à Madame de *** ſur une
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
Fête donnée à Breft.
JE vous l'avois bien dit , Madame , avant de
partir de Paris , que vous feriez bientôt furieuſe
de n'avoir pas été de notre voyage , & je gage que
vous allez l'être. Me voilà arrivée à Brest. Vous
croyez peut- être que je vais vous parler de la mer,
& des préparatifs formidables que l'on fait dans
ce port contre les Anglois ? J'ai vraiment bien
d'autres merveilles à vous conter . Je fors d'un palais
des Fées , d'une maison de campagne fur l'eau :
j'y ai vu des jardins , des bois . Oh ! je voudrois
tout vous dire à la fois , ou plutôt je voudrois y
être encore. Laiffez -moi du moins vous donner
une idée des charmes d'une fête que les Graces
feules devroient décrire , & qu'un Général feul
de mer peut donner. M. le Marquis de Conflans
qui commande l'eſcadre qui eft en rade , vient
de donner cette fête en l'honneur de celle de
NOVEMBRE. 1756. 213
Roi. C'eft de fon vaiffeau que je fors : voilà le
château enchanté. Il y avoit invité toutes les
- femmes de cette ville , avec plufieurs étrangeres
voyageuses comme moi. Nous y fûmes toutes
avec lui dans une petite flotte de canots le plus
galamment équipés , & aufli leftes que nos cabriolets.
En vérité , ce font des magiciens que ces Meffieurs
les Marins : j'imaginois devoir entrer en
arrivant à bord du Soleil royal , dans une citadelle
de bois , hériffée de quatre - vingts canons , &
- c'eft fur le gazon d'abord que j'ai marché. Pai
levé les yeux pour appercevoir une girouette , j'étois
fous un lambri de feuillages émaillés de
fleurs ; enfin dans une allée de myrthes & de lauriers.
Le paffavant ( je vous prie de croire que
je fuis déja un peu marine ; & que j'en fçais les
termes ; je vous les expliquerai à mon retour ) ,
le paffavant donc étoit métamorphofé en cette
belle allée qui régnoit tout autour du vaiffeau ; &
- en faifoit une promenade délicieufe : les vents
ne fouffloient ce jour- là que pour répandre l'efprit
des fleurs dont tout le vaiffeau étoit paré.
L'intervalle qui fépare les deux paffavants , étoit
rempli par un plancher très- uni , & formoit un
fallon fpacieux. Ce fut dans ce fallon que j'entrai
enfuite trois de fes côtés étoient ornés de co-
-lonnes d'ifs dans l'ordre Ionique , entrelaffés de
gairlandes de fleurs ; leurs chapiteaux foutenoient
une galerie auffi militaire qu'elle étoit agréable
aux yeux par tous les trophées de Neptune &
de Mars , dont on l'avoit décorée : le fond du
fallon étoit terminé par un baldaquin de verdure
; on y voyoit le portrait du Roi peint de
grandeur naturelle , & appuyé fur une pouppe de
vaiffeau, Près de lui la Renommée lui préfentoit
214 MERCURE DE FRANCE.
d'une main des lauriers , fe foutenant de l'autre
fur l'épaule du Miniftre de la marine , indiqué par
La caffette des Sceaux : tout l'enſemble de ce tableau
repréfentoit très bien l'emblême de la
gloire que notre augufte Monarque vient d'acquérir
fur la mer.
-
Le Général enchanté des éloges que tout le
monde donnoit à cette maniere ingénieuſe de célébrer
les victoires du Roi & les fuccès de fa
marine triomphante même en renaiffant , nous
conduifit delà dans une autre falle auffi vafte ,
mais décorée différemment ; c'est le gaillard d'arriere
où nous étions ( je vous déroute furieufement
, Madame , par tous ces noms- là , mais
je vous l'ai promis , je vous les apprendrai tous ) :
elle étoit tendue de blanc , vous auriez dit d'une
mouffeline ; ce font leurs pavillons de fignaux.
Le grand mât du vaiffeau qui eft au milieu ,
& qui féparoit ces deux falles , étoit revêtu de
myrthes touffus , dans lefquels on avoit pratiqué
avec art une niche en verdure fleurie , où étoit
placé le bufte du Roi fur un piédeſtal élégamment
orné. Nous appellâmes ces deux falles , l'une
de Mars , & l'autre de l'Amour. Ce fut là qu'on
fervit un repas avec autant de magnificence que
de goût ; une table immenfe étoit couverte des
cryftaux les plus joliment imaginés du monde.
Je fçais bien , pour moi , que j'étois devant le
fiege de Mahon , & tout auprès d'une efcadre
Françoife , dont nos vaiffeaux défignés par de petits
pavillons de taffetas blanc , faifoient prefque
fortir à force de voiles , une troupe de pavillons
rouges qui s'enfuyoient devant eux.
Une bonne fymphonie , que l'on n'appercevoir
point , anima tout le dîner ; fur le foir on chanta
folemnellement un Te Deum en musique. Il fut
NOVEMBRE. 1756. 215
Tuivi d'une falve de moufqueterie & de canons, que
tirerent tous les vaiffeaux de la rade : mais de façon
à nous donner l'image d'un combat naval
fpectacle auffi gracieux à poudre feulement , qu'il
doit être terrible à boulets . Je l'ai donc vu auffi ,
Madame, & avec la même gaieté que je fus enfuite
au bal . Le foleil ne fe coucha point , ou celui
où nous étions prit fa place : mille bougies allumées
parmi les feuillages , furent les feux que jetta
le foleil royal & jamais illumination plus brillante
n'avoit éclairé un bal plus galant, ni mieux ordonné.
Les favoris d'Amphitrite vont fans doute dans
leurs voyages de temps en temps à Paphos ou à
Idalie . Ils ne font point du tout Loups de mer , &
j'apperçus dans nos allées de myrthes une foule de
jeunes marins , qui me fembloient conter leurs
peines , & s'y prendre comme à Paris : croyez
qu'ils fçavent galamment chanter leur Roi & leurs
maîtreffes. Lifez plutôt cette chanſon , ou chantez-
là : car je vous l'envoie notée . C'est une production
marine d'un des Officiers du vaiſſeau , &
une efquiffe de la fête , & de ma rélation aufli.
Mais je vais la finir pour ne pas achever de vous
défefpérer de n'être pas venue.
Le bal ne fut interrompu que par un ambigu
fervi avec une profufion & une délicateffe qui ne
laiffoient rien à défirer . Nous y fûmes d'une folie......
Les Dames de Breft furtout étoient d'une
gaieté charmante , & bien faites pour en infpirer,
bien dignes auffi de la fête que nous célébrions.
Elles n'aiment pas le Roi , elles en font amoureufes.
Nous y aurions paffé la nuit , fi les inftrumens
ne nous euffent rappellé dans la falle du bal, qui recommença
avec encore plus de vivacité & de plaifir
qu'auparavant. Je n'en fuis fortie qu'au jour . J'ai
fini par danſer la Mahon , & je ſuis revenye vîte
216 MERCURE DE FRANCE.
vous écrire au ſon des violons qui , j'imagine ,
frappent encore mes oreilles . Adieu , Madame. Je
pars au premier jour pour revenir vous voir. Que
je vais vous parler marine ! Ce fera le fruit de mes
voyages : mais vous qui les aimez fi peu , ne faites
pas de même au moins d'une voyageufe que vous
fçavez vous être attachée bien fincérement , toute
charmante & toute jolie que vous êtes.
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Résumé : LETTRE à Madame de ***, sur une Fête donnée à Brest.
La lettre relate une fête somptueuse organisée par le Marquis de Conflans à Brest, à bord de son vaisseau, en novembre 1756, en l'honneur des victoires du Roi. L'auteure, après avoir voyagé à Brest, met en avant les merveilles observées plutôt que les préparatifs militaires contre les Anglais. Le vaisseau, transformé en palais enchanté, accueillait des femmes de la ville et des étrangères, transportées en canots élégamment équipés. Les invités découvraient un décor enchanteur avec des jardins, des bois et des allées de myrtes et de lauriers. Le pont principal, métamorphosé en promenade délicieuse, était paré de fleurs et de verdure. Un salon spacieux, orné de colonnes et de trophées, abritait un portrait du Roi et des symboles de la gloire maritime. La fête se poursuivait dans une autre salle, tendue de blanc, où un repas somptueux a été servi. Une symphonie et un Te Deum animaient le dîner, suivi d'une salve de mousqueterie et de canons imitant un combat naval. La soirée se concluait par un bal illuminé par des bougies, avec des marins chantant des chansons en l'honneur du Roi et de leurs maîtresses. Les dames de Brest, particulièrement gaies et charmantes, participaient avec enthousiasme à la fête, qui se prolongeait jusqu'au matin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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520
p. 210-211
AUTRE.
Début :
Le sieur Maillard demeurant au Collège de Cambray, place Cambray, [...]
Mots clefs :
Sieur Maillard, Feuilles d'emblêmes, Cadrans de dévotion, Fables, Devises, Almanachs, Ornements, Vignettes
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE fieur Maillard demeurant au College de
Cambray , place Cambray , près la rue S. Jac
ques à Paris , continue de faire & vendre différens
ouvrages en caracteres & vignettes , &
entreprend de noter les livres d'Eglife ."
On trouvera en fon autre demeure , rue Saint
Jacques, la deuxieme porte cochere au deffus de la
rue des Noyers , une fuite de foixante feuilles
d'emblêmes , fentences , cadrans de dévotion ,
fables , devifes , & autres fujets moraux , ga
lans , en formes d'étrennes , curieufes & inftruc→
tives , & propres à orner des écrans , almanachs,
boîtes, &c. defquels ledit fiear Maillard fait les
envois aux maifons Religieufes , & aux Mar.
chands de province. Ces fujets bien choifis , joints
à la propreté de l'exécution , bien enluminés &
ornés de jolies vignettes deffinées avec goût ,
merité les fuffrages des curieux. On trouvera auſk
ont
AVRIL. 1757. 213
chez le fieur Maillard divers autres fujets peints
avec lefdites vignettes , comme figures Chinoiſes,
papier peint , cartouche, & c,
LE fieur Maillard demeurant au College de
Cambray , place Cambray , près la rue S. Jac
ques à Paris , continue de faire & vendre différens
ouvrages en caracteres & vignettes , &
entreprend de noter les livres d'Eglife ."
On trouvera en fon autre demeure , rue Saint
Jacques, la deuxieme porte cochere au deffus de la
rue des Noyers , une fuite de foixante feuilles
d'emblêmes , fentences , cadrans de dévotion ,
fables , devifes , & autres fujets moraux , ga
lans , en formes d'étrennes , curieufes & inftruc→
tives , & propres à orner des écrans , almanachs,
boîtes, &c. defquels ledit fiear Maillard fait les
envois aux maifons Religieufes , & aux Mar.
chands de province. Ces fujets bien choifis , joints
à la propreté de l'exécution , bien enluminés &
ornés de jolies vignettes deffinées avec goût ,
merité les fuffrages des curieux. On trouvera auſk
ont
AVRIL. 1757. 213
chez le fieur Maillard divers autres fujets peints
avec lefdites vignettes , comme figures Chinoiſes,
papier peint , cartouche, & c,
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Résumé : AUTRE.
Le texte décrit les activités du sieur Maillard, résidant au Collège de Cambray à Paris. Maillard fabrique et vend divers ouvrages en caractères et vignettes, et propose de noter les livres d'Église. Il est également joignable à son domicile de la rue Saint-Jacques, à la deuxième porte cochère au-dessus de la rue des Noyers. Il propose une suite de soixante feuilles d'emblèmes, sentences, cadrans de dévotion, fables, devises et autres sujets moraux et galants, adaptés pour les étrennes. Ces œuvres, destinées à orner des écrans, almanachs, boîtes, etc., sont envoyées à des maisons religieuses et à des marchands de province. Les sujets choisis, combinés à la propreté de l'exécution et à l'enluminure soignée, ainsi qu'aux jolies vignettes définies avec goût, méritent les suffrages des curieux. Maillard offre également divers autres sujets peints avec les mêmes vignettes, tels que des figures chinoises, du papier peint et des cartouches.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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521
p. 165-181
Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
Début :
La joie que cet évènement a répandue dans l'Artois, ne s'est [...]
Mots clefs :
Fêtes, Arras, Monseigneur le Comte d'Artois, Naissance, Évêque d'Arras, Te Deum, Mandement, Heureux, Prince, Royaume, Secrétaire, Lettre du roi, Bonheur, Voeux, Providence, Banquets, Conseillers, Militaires, Religieux, Peuple, Vers d'un citoyen d'Arras, Représentations, Feux d'artifice, Destruction d'édifices, Chronographes, Peinture, Médaillons, Symboles, Histoire de l'Artois, Armes, Inscriptions latines, Arts et sciences, Royauté, Bal, Comtes, Comtesses, Marquis, Cérémonies, Sentiments, Vertus, Architecture, Décors, Concert de musique, Jésuites, Capitale, Villes de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
Defcription des Fêtes données en la ville d'Arras ,
à l'occafion de la Naiffance de Monseigneur le
Comte d'Artois.
LA joie que cet événement a répandue dans
l'Artois , ne s'eft pas bornée aux fentimens de
refpect , d'amour & de reconnoiffance que les
Etats de cette Province ont portés jufqu'au pied
du trône , par la députation nombreufe dont le
Mercure de Novembre a fait mention . Cette joie
a encore éclaté par des fêtes qui méritent qu'on
en conferve le fouvenir ; & nous allons détailler
ce qui s'eft paffé en cette conjoncture dans la
Capitale du pays,
Dès le 11 Octobre , jour auquel un Courier du
cabinet vint apporter aux Députés ordinaires des
Etats ( 1 ) , la nouvelle de l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & du nom donné par
le Roi au Prince nouveau-né , il y eut des illuminations
& autres démonftrations publiques d'alégreffe
, tant aux Etats & à l'Hôtel de Ville , qu'au
Confeil d'Artois , à l'Evêché , à l'Abbaye de Saint-
Vaaft , &c. mais elles ne furent que le prélude
des réjouiffances brillantes qui devoient les fuivre,
M. l'Evêque fixa au Dimanche 6 Novembre , lé
(1 ) Ce font trois perfonnes choifies dans les trois
Corps des Etats , qui réfident à Arras , & font
chargées de l'adminiftration , hors du temps dés
Affemblées,
166 MERCURE DE FRANCE.
"
Te Deum ordonné par le Roi , & publia à ce fujet
un Mandement conçu en ces terines :
Jean de Bonneguize , par la grace de Dien
» & du S. Siège Apoftolique , Evêque d'Arras : à
tous Abbés , Abbeffes , Chapitres , Doyens ,
Paſteurs , Supérieurs & Supérieures des Eglifes
» & Monafteres exempts & non exempts, & à tous
» fideles de notre Dioceſe , falut & bénédiction.
» Le Seigneur , Mes Très- Chers Freres , tient
dans , fes mains , & la deftinée des Maîtres de
» la terre & le fort des Empires. Heureux les Rois
» & les Peuples , quand ils ne l'apprennent qué
par les preuves qu'il leur donne de fon amour
» & de fa protection !
» Tel eft l'avantage dont nous jouiffons , Mes
Très Chers Freres, furtout depuis que l'heureuſe
fécondité de Madame la Dauphine ajoute à tant
» d'autres faveurs du ciel , les bénédictions dont
≫ il comble par elle le Roi & le Royaume . Cha-
» que année nous ramene au pied des Autels pour
» y rendre graces d'un préſent nouveau à un Dieu
» qui véille au repos & à la profpérité de l'Etar.
» Il donne encore aujourd'hui dans le Prince qui
» vient de naître un nouvel appui au trône déjà le
» mieux affermi , & à la Nation la plus heureufe
un gage de plus de la durée de fon bonheur.
i » Mais fi la naiffance de Monfeigneur le Comté
» d'Artois doit être pour toute la France un fujer
» de joié & un objet de reconnoiffance , vous le
fçavez , M. T. C. F. cet événement intéreffe
» particuliérement cette Province ; & le nom de
ce Prince doit lui feul vous rappeller tout ce que
vous devez dans cette circonftance aux bontés
du Roi , ou plutôt aux miféricordes du Seigneur
qui , après avoir mis dans l'ame du Monarque
, l'amour de tous fes Peuples , daigné
JANVIER. 1758. 167
aujourd'hui fixer finguliérement fur nous les regards
de fa tendrefle.
>> Province heureuſe & préférée , hâtons- nous
» de faire éclater notre joie , & de fignaler notre
» reconnoiffance pour un Dieu qui nous diftingue .
» Mais joignons à nos actions de graces pour ce
préfent ineftimable de fa bonté , les prieres les
plus ferventes , pour qu'il daigne nous le con-
>> ferver. Ce Prince eſt , en naiſſant , le fondement
» & l'appui de nos efpérances : qu'il foit pendant
» le cours d'une longue vie , le gage de notre fé-
» licité , & le lien qui refferre de plus en plus les
>> noeuds de cette tendreffe paternelle , dont le Roi
»> nous donne aujourd'hui dans fa perfonne , la
preuve la plus éclatante.
» Demandons au Seigneur de graver de bonne
>> heure dans fon ame les principes inaltérables de
» de bonté & d'humanité qui nous font trouver
» le meilleur des Peres dans le plus grand des
Rois qu'il lui infpire le goût de cette piété tendre
& folide qui fait de la Reine l'exemple de la
Cour & la gloire de la Religion ; qu'il mette
» dans fon coeur le germe des vertus de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la Dauphine,
»fi dignes l'un & l'autre des bénédictions multipliées
que le Ciel répand fur leur union , & fi
propres à attirer fur le Royaume celles qui peuvent
en perpétuer la gloire , le répos & la
» profpérité.
Puiffe cet augufte Enfant fi précieux à cette
» Province en particulier , devenit , pour notre
bonheur, tous les jours de fa vie , plus parfait, en
fe formant fur de pareils modeles puiffent
> nos neveux avoir des raifons de renouveller fans
» ceffe au Seigneur pour fa confervation les ac-
» tions de graces que nous allons lui rendre pour
fa naiflance,
16S MERCURE DE FRANCE.
» A ces cauſes , après avoir pris l'avis de nos
» Vénérables Freres les Prévôt , Doyen , Cha-
» noines & Chapitre de notre Eglife Cathédrale ,
» nous ordonnons de faire chanter le Te Deum,
>> chacun dans vos Eglifes , avec les folemnités
>> requifes , le premier Dimanche ou jour de
Fête , après que vous aurez reçu notre préſent
>> Mandement , les Officiers , Magiftrats des
>> lieux , & tous autres qu'il appartiendra , invités
» d'y aſſiſter .
» Donné à Arras , en notre Palais Epiſcopal ,
fous notre feing & la fignature de notre Secre-
D taire , le trois Novembre mil fept cens cinquan-
» te-fept » .
JEAN , Evêque d'Arras.
Par Monfeigneur ,
PECHENA , Secrétaire.
Lettre du Roi , à M. l'Evêque d'Arras .
Monfieur l'Evêque d'Arras , la durée du bonheur
de mes fujets étant l'objet de mes voeux les plus
ardens , tous les événemens capables de le perpétuef,
excitent en moi les fentimens que mérite
un peuple toujours empreffé à me donner des
marques de fon zele , de fa fidélité & de fon
amour. Les princes dont il a plu à Dieu de combler
mes fouhaits , affurent la tranquillité dans
mes états. Celui dont matrès chere Fille la Dauphine
vient d'être heureuſement délivrée , eſt un
nouveau don de la providence , & c'eft pour lui
rendre les actions de graces qui lui font dûes , que
je vous fais cette lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans votre Eglife Cathédrale , & dans toutes les
autres
JANVIERL
169
. 1758.
autres de votre Dioceſe , avec la folemnité requife
, & que vous invitiez d'y affifter tous ceux qu'il
conviendra ; ce que me promettant de votre zele
je ne vous ferai la préfente plus longue , que pour
prier Dieu qu'il vous ait , Mons. l'Evêque d'Arras
, en fa fainte garde. Ecrit à Versailles le 9 Octobre
1757. Signé , LOUIS . Et plus bas , R. de
Voyer. Etfur le repli : à Mons. l'Evêque d'Arras,
Confeiller en mes Confeils .
La fête fut annoncée le au foir par toutes les
cloches de la Ville , que l'on fonna encore le 6 ,
de grand matin. En même temps des falves d'artillerie
& de boîte fe firent entendre , & recommencerent
à différentes reptiles dans le cours de
la journée. Il y eut ce même jour à l'Hôtel de
Ville un dîner fomptueux de plus de quatre-vingts
couverts , où le trouva M. de Caumartin , Intendant
de la Province . On y avoit auffi invité l'Evêque
, l'Abbé de Saint- Vaaft , le Commandant
de la Place , le premier Préfident du Confeil d'Artois
, & la Nobleffe , ainfi qu'un certain nombre
des Officiers de la garnifon , & des autres principaux
Corps , ecclefiaftiques , civils & militaires.
Pendant ce repas , on jetta de l'argent au peuple
& les Magiftrats lui firent diftribuer du pain , des
viandes & du vin. Immédiatement après que la
fanté de Monfeigneur le Comte d'Artois eût été
bue au fon des inftrumens , on préfenta à tous les
convives des exemplaires de la piece fuivante ,
compofée par M Harduin , Avocat , ancien Député
des Etats d'Artois à la Cour , & Secretaire
perpétuel de la Société Littéraire d'Arras.
L. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
Sentimens d'un Citoyen d'Arras , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Comte d'Artois .
It fort donc aujourd'hui de fon obſcurité ,
Ce Titre qu'autrefois des Héros ont porté ( 1 ).
D'un Enfant de Louis il devient le partage :
Louis , pour couronner notre fidélité ,
Daigne de fon amour nous accorder ce gage .
Vous reprenez enfin votre antique fplendeur ,
Lieux où de Pharamond le brave Succeffeur (1 )
Jetta les fondemens du floriffant Empire
Qui commande à l'Europe , & que le monde admire.
Monarque triomphant , que le Ciel a formé
Pour les vertus & pour la gloire ,
Ton peuple réuni , d'un beau zele animé ,
T'a placé dès long-temps au Temple de mémoire ,
Sous le nom de Roi Bien - Aimé.
Mais lorfque furpaffant toute notre eſpérance ,
Tu veux nous diftinguer de tes autres Sujets ,
Lorfque tu mets pour nous le comble à tes bienfaits
,
Quel nom te donnera notre reconnoiffance !
Plaifirs , volez ici fous mille traits divers :
Que Polymnie & Terpsichore
Célebrent à l'envi le Maître qu'on adore.
(1) Robert I & Robert II, Comtes d'Artois.
(2) Clodion.2
JANVIER.
1758.
171
Qu'un bruit guerrier fe mêle aux plus tendres
concerts :
Que la fiere trompette fonne :
Sur nos murs que la foudre tonne :
Que le falpêtre éclate dans les airs.
Que mille bouche enflammées
Annoncent les tranfports de nos ames charmées
Au bout de ce vafte Univers.
Je vois juſques à
l'Empyrée
S'élevér de rapides feux :
Ainfi vers la voûte azurée
S'élance l'ardeur de nos voeux.
Tels que ces
brillantes étoiles ,
Qui de la nuit perçant les voiles ,
Retombent en foule à nos yeux ,
Sur l'Enfant fi cher à la France
Puiffent
defcendre en
abondance
Les plus riches préfens des Cieux.
Dans le
raviffement où mon ame fe livre ,
En lui déja je vois revivre
Ce Frere vertueux du plus faint de nos Rois ( 1).
A nos ayeux il fit chérir fes loix :
Des cruels
Sarrafins il
confondit la rage :
Prince , lis fes exploits , & deviens fon image ...
Mais pourquoi de l'hiftoire
emprunter le fecours ▸
(1) Robert I, frere de Saint Louis , furnommé
le Bon & le
Vaillant, ‹
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour acquérir une gloire immortelle ,
Il ne te faut d'autre modele
Que ton augufte Ayeul , ou l'Auteur de tes jours.
Illuftre Enfant , auprès du trône
Tu feras de l'Artois le plus ferme foutien :
De Louis & du peuple à qui fa main te donne ,
Tu refferres encor le fortuné lien .
Si tu pouvois juger de notre amour extrêmê
Si tu lifois au fond de notre coeur ,
Ah ! tu t'applaudirois toi- même
Du nom qui fait notre bonheur .
.
On avoit élevé , vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
un Feu d'artifice , pour lequel on n'avoit épargné
ni foins , ni dépenfe , non plus que pour les illuminations
de cet hôtel , de la haute & admirable
tour qui l'accompagne , & des autres édifices publics
. Tous les particuliers s'étoient auffi empreffés
à illuminer leurs maiſons , d'une maniere qui
répondît à la folemnité du jour ; mais une pluie
continuelle empêcha l'effet de ces préparatifs. On
ne put faire jouer qu'une petite partie de l'artifice
; & le refte fut remis au furlendemain.
L'édifice conftruit pour le feu , fur les deffeins
du fieur Beffara , Architecte de la Ville , étoit
feint de marbre blanc , & avoit s 2 pieds d'élévation
en deux étages , furmontés d'une pyramide
de 33 pieds . Le premier étage ou rez - de - chauffée
étoit un quarré d'ordre dorique , ayant 44 pieds
de face , dont le côté principal offroit un portique
, avec fronton & baluftrade , orné des Armes
du Roi , de Monfeigneur le Dauphin , & de Mon.
feigneur le Comte d'Artois , Une colonnade ioniJANVIER.
1758. 173
que formoit le fecond étage , qui étoit circulaire.
Vingt-quatre vafes à fleurs & trophées d'armes
ou de mufique , fervoient d'amortiffemens aux
deux ordres d'architecture . Cette décoration étoit
femée de chronogrammes ou chronographes
forte d'infcription fort en ufage aux Pays Bas ,
dans laquelle on trouve , en chiffre Romain , par
la réunion de toutes les lettres numérales qu'elle
contient , l'année de l'événement qui en eſt l'objet.
Voici quelques- uns de ces chronographes :
nasCItVŕ CoMes , spLenDor artesIx.
DonVM CLI aC, regIs.
PVLChra FIDel MerCes .
LætVs aMor aCCenDIt Ignes,
Entre les différentes illuminations qui avoient
été préparées , on remarquoit aux croifées de
Pappartement que la Société Littéraire occupe à
l'hôtel du Gouverneur , trois tranfparens , fur
lefquels étoient peints autant de médaillons , imaginés
par M. Camp , Avocat , Membre de cette
Société , & actuellement Député des Etats à lạ
Cour. On croit devoir donner ici la defcription
de ces morceaux de peinture.
Premier Médaillon.
L'hiftoire de l'Artois caractérisée fpécifiquement
par une femme vêtue d'une faie blanche
rayée de pourpre ( 1 ) . Elle a fur la tête une couronne
de laurier , & une plume à la main . Devant
(1 ) Cette espece d'étoffe fe fabriquoit autrefois
par les habitans d'Arras , nommés Atrebates, avec
tant de réputation que les Romains en faifoient
leurs plus magniques habillemens.
Hiij
74 MERCURE DE FRANCE.
elle eft un grand livre ouvert , fur la couverture
duquel fe voyent les Armes de la province . Elle
tient de la main gauche un médaillon portant
celles de Monfeigneur le Comte d'Artois , qu'elle
regarde avec un étonnement mêlé de joie. Une
pile de volumes imprimés & manuſcrits , fur laquelle
font les aîles & autres attributs du Temps ,
fert d'appui au livre que cette femme tient ouvert.
Elle a un pied pofé fur un débris de monument
antique , dont les reftes font épars. Auprès eft
une urne renverfée , d'où fe répand un grand
nombre de médailles .
Légende.
QUANTA FASTORUM GLORIA !
Exergue.
COMES DATUS IXA. OCT. M. DCC. LVII .
Second médaillon ,
Minerve affife , ferrant de fon bras gauche un
vafe aux Armes d'Artois , dans lequel eft planté
un rejetton de lys , qu'elle prend foin de cultiver.
A fes pieds font des trophées relatifs aux Arts &
aux Sciences.
Légende.
CURAT NOBISQUE COLIT.
Exergue.
SOC. LITT . ATR. SPES ET VOT.
Troisieme médaillon.
Les chiffres des Rois Louis VIII & Louis XV,
figurés par deux doubles IL , placés fous une
même couronne , & accompagnées refpectivement
JANVIER. 1758 . 175
des nombres VIII & XV . Un cordon bleu fort de
la couronne , entrelace les deux chiffres , & ſe
termine par un noeud , d'où pendent les Armes de
Monfeigneur le Comte d'Artois ( 1 ) .
Légende.
AB EVO IN ÆVUM.
Exergue.
DECUS FUNDATUM ET RESTITUTUM.
Le même jour 6 Novembre , vers les dix heures
du foir , il y eut dans la grande falle de l'Hôtel
de Ville , qu'on avoit fuperbement décorée , un
bal qui fut ouvert par M. l'Intendant avec Madame
la Comteffe de Houchin , épouse du Député
ordinaire de la Nobleffe des Etats . On y fervit
fur des buffets en gradins , un ambigu fuffifant
pour fatisfaire les goûts divers de deux mille perfonnes
au moins qui fe trouverent à ce bal .
Les Etats d'Artois différerent jufqu'à l'ouverture
de leur Affemblée générale , la folemnité de
leurs actions de graces & de leurs réjouiflances ,
afin que tous les Membres des trois Ordres fuflent
à portée d'y participer. Ce fut le lundi 21 Novembre
que le fit cette ouverture ; & après la
féance , qui fe tint dans la forme ordinaire fur les
dix heures du matin , on chanta dans l'Eglife des
Récollets un Te Deum en mufique , auquel M.
(1) Louis VIII , par fon Teftament du mois de
Juin 1225 , affigna l'Artois en partage à Robert
fon fecond fils , frere de S. Louis , de qui defcend la
branche de Bourbon. Depuis ce Robert , premier
Comte d'Artois , aucun fils de France n'en avoit
porté le titre.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
l'Evêque d'Arras officia pontificalement. M. fe
Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province ;
M. l'Intendant , & M. Briois , Premier Préfident
du Confeil Provincial , Commiffaires du Roi pour
la tenue des Etats , affifterent à cette cérémonie ,
accompagnés de tous les Membres de l'Affemblée.
Il y eut enfuite un magnifique dîner de deux cens
vingt-cinq couverts, auquel tous les Corps avoient
été invités. Sur la fin du repas , on but avec appareil
les fantés du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
& du nouveau Prince , qui furent annoncées
fucceffivement par des falves de boîtes & d'artillerie
; & les Députés ordinaires jetterent de l'argent
au peuple. Dès que la nuit fut venue , on tira
avec toute la réuffite poffible , un très- beau Feu
d'artifice au milieu de la grande place.
Ce feu avoit la forme d'un temple , dont le
premier
étage , quarré & élevé d'environ fept pieds
au deffus du pavé , fervoit de focle à tout l'édifice.
Quatre grandes rampes de dix marches occupoient
le milieu de chaque face , & conduifoient
à une galerie fermée de panneaux & d'acroteres
enrichis d'Armes du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
, & de Monfeigneur le Comte d'Artois , ainfi
que des Chiffres de la province.
Le principal corps établi fur le premier étage
avoit huit côtés , dont quatre plus larges que les
autres , faifant faillie & avant- corps , formoient
des portiques , & répondoient aux rampes. Aux
entrées de ces portiques étoient les figures fymboliques
de la fincérité & de la fidélité , qui caractérifent
les Artéfiens , & celles de la reconnoiffance
& de l'espérance , fentimens dont ce peuple eft
particuliérement affecté dans la circonftance préfente.
Les quatre côtés enfoncés étoient ornés de
iches , avec d'autres figures qui défignoient les
JANVIER. 1758. 177
Vertus protectrices du jeune Prince ; fçavoir , la
Religion , la Bonté , la Valeur & la Prudence.
Des emblêmes relatifs à ces vertus rempliffoient
le deffus des niches. La décoration générale de
toute cette partie étoit un ordre Ionique régulier ,
dont l'entablement faillant foutenoit une baluftrade
mêlée d'acroteres , fur chacun defquels on
voyoit des grouppes d'enfans , qui fembloient , en
exprimant leur joie , difputer à qui porteroit les
Armes du Roi , & celles des autres perfonnes de
la Famille Royale.
Sur le deuxieme étage étoit pofé un attique à
quatre faces , dont trois préfentoient des tableaux
emblématiques , & l'autre contenoir cette infcription
:
NOVO ARTESIA COMITI
Il y avoit des pilaftres aux angles de ce corps
d'architecture avec un entablement en faillie ,
lequel étoit couronné de quatre vafes de ronde
bolle. Une pyramide en mofaïque évidée , s'élevoit
fur l'attique qui lui fervoit de baſe , & portoit
fur fa cime les Armes d'Artois , furmontées
d'un foleil .
Aux quatre coins du temple , & à une diſtance
convenable , étoient de grands obéliſques décorés,
de chiffres , de médaillons , &c.
Toutes les parties de l'édifice étoient peintes
en grifaille , à l'exception des tableaux & des
emblêmes , qui l'étoient en camayeu de couleur
bleue. Mais cette fimplicité étoit relevée par l'éclat
de l'or répandu fur les armoiries , les infcriptions
, les cartouches , les guirlandes ; fur la pyramide
, fur les vafes , & fur tous les ornemens
où l'on avoit pu l'employer avec goût.
Cet ouvrage fut exécuté par les foins & fur les
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
deffeins du fieur Linque , Architecte , natif & hæ
bitant d'Arras.
Les Commiffaires de Sa Majesté & les Etats
virent jouer l'artifice d'un amphithéâtre dreffé à
l'un des bouts de la place , qui eft une des plus
vaftes du Royaume. Des fanfares de cors , trompettes
& timbales , animerent ce fpectacle , aprèslequel
plufieurs fontaines de vin coulerent pour
le peuple.
Les deux façades de l'Hôtel des Etats furent
illuminés par une quantité immenfe de lamprons
, dont l'arrangement deffinoit , fans confufion
, toute la belle architecture de cet hôtel Dans
un grand tableau tranfparent placé au deffus de
la porte d'entrée , on voyoit Lucine defcendant
du Ciel , & tenant dans fes bras le Prince nouveau-
né. Le Roi montroit à cette Déeffe la Province
d'Artois perſonnifiée qui , d'un air empreffé
, tendoit les mains pour recevoir l'augufte Enfant.
Un rayon de lumiere partant du vifage de
ce nouveau Comte , fe répandoit fur celui de la
Province ; & on lifoit fur une banderole ce chronographe
:
novo spLenDes CIt CoMIte.
A neuf heures du foir commença un concert ,
dans lequel on exécuta plufieurs pieces de mufique
Françoife & Italienne . A ce concert fuccéda
un ambigu pour les Dames , fervi fur deux tables
de foixante perfonnes chacune . La fête fut terminée
par un grand bal , que M. le Duc de
Chaulnes ouvrit avec Madame la Comteffe de
Houchin , & qui dura jufqu'au jour. Rien n'y
fut oublié , foit pour la décoration des trois falles
où l'on danfa , foit pour la maniere dont elles
furent éclairées , foit pour la fymphonie & les
rafraîchiffemens de toute efpece.
JANVIER . 1758. 179
M. l'Evêque d'Arras donna de grands foupers
la veille de l'ouverture & le jour de la clôture
des Etats. Pendant la fête du 21 , on diftribua
abondamment dans fon palais du pain , des viandes
, de la biere , du bois & de Pargent à cinq
cens perfonnes au moins . La maison du Bon
Pafteur , qui renferme plus de cent pauvres filles ,
a éprouvé les mêmes libéralités de la part de ce
Prélat.
Le 6 & le 21 , M. de Briois , Abbé de S. Vaaſt ,
fit tirer beaucoup d'artifice. Il a pareillement
fignalé fa charité , en faisant délivrer aux pauvres
quatre mille pains , du poids de trois livres &
demie:
M. de Caumartin qui , depuis le commencement
de l'Affemblée des Etats avoit donné des
preuves de fa magnificence ordinaire , y ajouta
le Dimanche 27 Novembre un dîner de cent trente
couverts. Ce feftin ne fut que pour les hommes ;
mais environ quatre- vingts Dames fouperent le
même jour à l'intendance , où il y eut audi un
bal qui ne laiffa rien à défirer . M. le premier
Préſident du Confeil d'Artois s'étoit diftingué de
fon côté le jeudi précédent , par un dîner fuivi
d'un bal , qui fut interrompu pour voir un bouquet
d'artifice & une illumination terreftre , formée
avec goût dans le parterre du jardin de ce
Magiftrat. Il fit fervir fur les neuf heures un ambigu
; après lequel il y eut concert , & l'on reprit
le bal qui ne finit qu'avec la nuit.
Enfin le 30 Novembre , les RR. PP. Jéfuites
du College d'Arras firent chanter dans leur Eglife
le Te Deum & l'Exaudiat , par toute la mufique
de la Cathédrale . M. l'Evêque d'Arra y officia ,
& les Etats qu'on avoit invités à la cérémonie ,
affifterent en corps ; après quoi ils pafferent dans
y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
la falle des Actes , où le R. P. Dubuiffon , Profeffeur
de Rhétorique , leur adreffa une harangue
latine , dont l'objet étoit de féliciter la province
d'Artois fur la naiffance du nouveau Comte.
L'Orateur s'attacha à prouver dans la premiere
partie de fon difcours , qu'il ne pouvoit rien arriver
de plus avantageux à la Province , que de
voir fon nom porté par un Prince de la Maifon de
Bourbon ; & dans la feconde , qu'aucune Province
n'étoit plus digne de cette grace.
Les PP. Jéfuites ont fourni ce jour là de quoi
dîner à douze pauvres familles de chacune des
onze Paroiffes de la Ville. Les écoliers , tant externes
que penfionnaires , qui font de la Congré
gation de la Vierge , ont donné le même jour à
dîner & à fouper aux malheureux détenus dans
les prifons royales , lefquels étoient au nombre
de quarante , les ont fervis eux- mêmes , & leur ont
encore diftribué des aumônes.
Les autres Villes de l'Artois n'ont pas témoi
gné moins d'ardeur que la Capitale à célébrer
une époque fi glorieufe pour la Province ; & de
fimples Bourgades ont donné en cette occafion
les marques les plus éclatantes de leur zele & de
leur alégreffe.
Le Roi a nommé le Maréchal de Tomond ,
pour commander fur les côtes de la Méditerranée .
Sa Majefté a auffi difpofé du commandement de
la Guyenne en faveur du Comte de Langeron
Lieutenant-Général de fes armées , & Elle a donné
au Comte de Gramont , Brigadier d'Infanterie,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , le Commandement
des troupes , dans la partie du Gouvernement
de la Guyenne , qui dépend de la Généralité
d'Aufch.
Sur la démiffion de Madame la Ducheffe d'Antin,
JANVIER. 1758.
181
de la place de Dame du Palais de la Reine , le Roi a
nommé le 25 Novembre Madame la Comteffe de
Clermont-Tonnere pour la remplacer.
Le 27, M. le Comte de Rochechouart prêta ferment
entre les mains du Roi , pour le Gouvernement
de l'Orléannois.
M. Le Duc de Chaulnes étant revenu de l'armée
du Maréchal Duc de Richelieu , pour tenir les
Etats d'Artois , en fit l'ouverture à Arras le 21
Novembre.
à l'occafion de la Naiffance de Monseigneur le
Comte d'Artois.
LA joie que cet événement a répandue dans
l'Artois , ne s'eft pas bornée aux fentimens de
refpect , d'amour & de reconnoiffance que les
Etats de cette Province ont portés jufqu'au pied
du trône , par la députation nombreufe dont le
Mercure de Novembre a fait mention . Cette joie
a encore éclaté par des fêtes qui méritent qu'on
en conferve le fouvenir ; & nous allons détailler
ce qui s'eft paffé en cette conjoncture dans la
Capitale du pays,
Dès le 11 Octobre , jour auquel un Courier du
cabinet vint apporter aux Députés ordinaires des
Etats ( 1 ) , la nouvelle de l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & du nom donné par
le Roi au Prince nouveau-né , il y eut des illuminations
& autres démonftrations publiques d'alégreffe
, tant aux Etats & à l'Hôtel de Ville , qu'au
Confeil d'Artois , à l'Evêché , à l'Abbaye de Saint-
Vaaft , &c. mais elles ne furent que le prélude
des réjouiffances brillantes qui devoient les fuivre,
M. l'Evêque fixa au Dimanche 6 Novembre , lé
(1 ) Ce font trois perfonnes choifies dans les trois
Corps des Etats , qui réfident à Arras , & font
chargées de l'adminiftration , hors du temps dés
Affemblées,
166 MERCURE DE FRANCE.
"
Te Deum ordonné par le Roi , & publia à ce fujet
un Mandement conçu en ces terines :
Jean de Bonneguize , par la grace de Dien
» & du S. Siège Apoftolique , Evêque d'Arras : à
tous Abbés , Abbeffes , Chapitres , Doyens ,
Paſteurs , Supérieurs & Supérieures des Eglifes
» & Monafteres exempts & non exempts, & à tous
» fideles de notre Dioceſe , falut & bénédiction.
» Le Seigneur , Mes Très- Chers Freres , tient
dans , fes mains , & la deftinée des Maîtres de
» la terre & le fort des Empires. Heureux les Rois
» & les Peuples , quand ils ne l'apprennent qué
par les preuves qu'il leur donne de fon amour
» & de fa protection !
» Tel eft l'avantage dont nous jouiffons , Mes
Très Chers Freres, furtout depuis que l'heureuſe
fécondité de Madame la Dauphine ajoute à tant
» d'autres faveurs du ciel , les bénédictions dont
≫ il comble par elle le Roi & le Royaume . Cha-
» que année nous ramene au pied des Autels pour
» y rendre graces d'un préſent nouveau à un Dieu
» qui véille au repos & à la profpérité de l'Etar.
» Il donne encore aujourd'hui dans le Prince qui
» vient de naître un nouvel appui au trône déjà le
» mieux affermi , & à la Nation la plus heureufe
un gage de plus de la durée de fon bonheur.
i » Mais fi la naiffance de Monfeigneur le Comté
» d'Artois doit être pour toute la France un fujer
» de joié & un objet de reconnoiffance , vous le
fçavez , M. T. C. F. cet événement intéreffe
» particuliérement cette Province ; & le nom de
ce Prince doit lui feul vous rappeller tout ce que
vous devez dans cette circonftance aux bontés
du Roi , ou plutôt aux miféricordes du Seigneur
qui , après avoir mis dans l'ame du Monarque
, l'amour de tous fes Peuples , daigné
JANVIER. 1758. 167
aujourd'hui fixer finguliérement fur nous les regards
de fa tendrefle.
>> Province heureuſe & préférée , hâtons- nous
» de faire éclater notre joie , & de fignaler notre
» reconnoiffance pour un Dieu qui nous diftingue .
» Mais joignons à nos actions de graces pour ce
préfent ineftimable de fa bonté , les prieres les
plus ferventes , pour qu'il daigne nous le con-
>> ferver. Ce Prince eſt , en naiſſant , le fondement
» & l'appui de nos efpérances : qu'il foit pendant
» le cours d'une longue vie , le gage de notre fé-
» licité , & le lien qui refferre de plus en plus les
>> noeuds de cette tendreffe paternelle , dont le Roi
»> nous donne aujourd'hui dans fa perfonne , la
preuve la plus éclatante.
» Demandons au Seigneur de graver de bonne
>> heure dans fon ame les principes inaltérables de
» de bonté & d'humanité qui nous font trouver
» le meilleur des Peres dans le plus grand des
Rois qu'il lui infpire le goût de cette piété tendre
& folide qui fait de la Reine l'exemple de la
Cour & la gloire de la Religion ; qu'il mette
» dans fon coeur le germe des vertus de Monſeigneur
le Dauphin , & de Madame la Dauphine,
»fi dignes l'un & l'autre des bénédictions multipliées
que le Ciel répand fur leur union , & fi
propres à attirer fur le Royaume celles qui peuvent
en perpétuer la gloire , le répos & la
» profpérité.
Puiffe cet augufte Enfant fi précieux à cette
» Province en particulier , devenit , pour notre
bonheur, tous les jours de fa vie , plus parfait, en
fe formant fur de pareils modeles puiffent
> nos neveux avoir des raifons de renouveller fans
» ceffe au Seigneur pour fa confervation les ac-
» tions de graces que nous allons lui rendre pour
fa naiflance,
16S MERCURE DE FRANCE.
» A ces cauſes , après avoir pris l'avis de nos
» Vénérables Freres les Prévôt , Doyen , Cha-
» noines & Chapitre de notre Eglife Cathédrale ,
» nous ordonnons de faire chanter le Te Deum,
>> chacun dans vos Eglifes , avec les folemnités
>> requifes , le premier Dimanche ou jour de
Fête , après que vous aurez reçu notre préſent
>> Mandement , les Officiers , Magiftrats des
>> lieux , & tous autres qu'il appartiendra , invités
» d'y aſſiſter .
» Donné à Arras , en notre Palais Epiſcopal ,
fous notre feing & la fignature de notre Secre-
D taire , le trois Novembre mil fept cens cinquan-
» te-fept » .
JEAN , Evêque d'Arras.
Par Monfeigneur ,
PECHENA , Secrétaire.
Lettre du Roi , à M. l'Evêque d'Arras .
Monfieur l'Evêque d'Arras , la durée du bonheur
de mes fujets étant l'objet de mes voeux les plus
ardens , tous les événemens capables de le perpétuef,
excitent en moi les fentimens que mérite
un peuple toujours empreffé à me donner des
marques de fon zele , de fa fidélité & de fon
amour. Les princes dont il a plu à Dieu de combler
mes fouhaits , affurent la tranquillité dans
mes états. Celui dont matrès chere Fille la Dauphine
vient d'être heureuſement délivrée , eſt un
nouveau don de la providence , & c'eft pour lui
rendre les actions de graces qui lui font dûes , que
je vous fais cette lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans votre Eglife Cathédrale , & dans toutes les
autres
JANVIERL
169
. 1758.
autres de votre Dioceſe , avec la folemnité requife
, & que vous invitiez d'y affifter tous ceux qu'il
conviendra ; ce que me promettant de votre zele
je ne vous ferai la préfente plus longue , que pour
prier Dieu qu'il vous ait , Mons. l'Evêque d'Arras
, en fa fainte garde. Ecrit à Versailles le 9 Octobre
1757. Signé , LOUIS . Et plus bas , R. de
Voyer. Etfur le repli : à Mons. l'Evêque d'Arras,
Confeiller en mes Confeils .
La fête fut annoncée le au foir par toutes les
cloches de la Ville , que l'on fonna encore le 6 ,
de grand matin. En même temps des falves d'artillerie
& de boîte fe firent entendre , & recommencerent
à différentes reptiles dans le cours de
la journée. Il y eut ce même jour à l'Hôtel de
Ville un dîner fomptueux de plus de quatre-vingts
couverts , où le trouva M. de Caumartin , Intendant
de la Province . On y avoit auffi invité l'Evêque
, l'Abbé de Saint- Vaaft , le Commandant
de la Place , le premier Préfident du Confeil d'Artois
, & la Nobleffe , ainfi qu'un certain nombre
des Officiers de la garnifon , & des autres principaux
Corps , ecclefiaftiques , civils & militaires.
Pendant ce repas , on jetta de l'argent au peuple
& les Magiftrats lui firent diftribuer du pain , des
viandes & du vin. Immédiatement après que la
fanté de Monfeigneur le Comte d'Artois eût été
bue au fon des inftrumens , on préfenta à tous les
convives des exemplaires de la piece fuivante ,
compofée par M Harduin , Avocat , ancien Député
des Etats d'Artois à la Cour , & Secretaire
perpétuel de la Société Littéraire d'Arras.
L. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
Sentimens d'un Citoyen d'Arras , fur la Naiffance
de Monfeigneur le Comte d'Artois .
It fort donc aujourd'hui de fon obſcurité ,
Ce Titre qu'autrefois des Héros ont porté ( 1 ).
D'un Enfant de Louis il devient le partage :
Louis , pour couronner notre fidélité ,
Daigne de fon amour nous accorder ce gage .
Vous reprenez enfin votre antique fplendeur ,
Lieux où de Pharamond le brave Succeffeur (1 )
Jetta les fondemens du floriffant Empire
Qui commande à l'Europe , & que le monde admire.
Monarque triomphant , que le Ciel a formé
Pour les vertus & pour la gloire ,
Ton peuple réuni , d'un beau zele animé ,
T'a placé dès long-temps au Temple de mémoire ,
Sous le nom de Roi Bien - Aimé.
Mais lorfque furpaffant toute notre eſpérance ,
Tu veux nous diftinguer de tes autres Sujets ,
Lorfque tu mets pour nous le comble à tes bienfaits
,
Quel nom te donnera notre reconnoiffance !
Plaifirs , volez ici fous mille traits divers :
Que Polymnie & Terpsichore
Célebrent à l'envi le Maître qu'on adore.
(1) Robert I & Robert II, Comtes d'Artois.
(2) Clodion.2
JANVIER.
1758.
171
Qu'un bruit guerrier fe mêle aux plus tendres
concerts :
Que la fiere trompette fonne :
Sur nos murs que la foudre tonne :
Que le falpêtre éclate dans les airs.
Que mille bouche enflammées
Annoncent les tranfports de nos ames charmées
Au bout de ce vafte Univers.
Je vois juſques à
l'Empyrée
S'élevér de rapides feux :
Ainfi vers la voûte azurée
S'élance l'ardeur de nos voeux.
Tels que ces
brillantes étoiles ,
Qui de la nuit perçant les voiles ,
Retombent en foule à nos yeux ,
Sur l'Enfant fi cher à la France
Puiffent
defcendre en
abondance
Les plus riches préfens des Cieux.
Dans le
raviffement où mon ame fe livre ,
En lui déja je vois revivre
Ce Frere vertueux du plus faint de nos Rois ( 1).
A nos ayeux il fit chérir fes loix :
Des cruels
Sarrafins il
confondit la rage :
Prince , lis fes exploits , & deviens fon image ...
Mais pourquoi de l'hiftoire
emprunter le fecours ▸
(1) Robert I, frere de Saint Louis , furnommé
le Bon & le
Vaillant, ‹
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour acquérir une gloire immortelle ,
Il ne te faut d'autre modele
Que ton augufte Ayeul , ou l'Auteur de tes jours.
Illuftre Enfant , auprès du trône
Tu feras de l'Artois le plus ferme foutien :
De Louis & du peuple à qui fa main te donne ,
Tu refferres encor le fortuné lien .
Si tu pouvois juger de notre amour extrêmê
Si tu lifois au fond de notre coeur ,
Ah ! tu t'applaudirois toi- même
Du nom qui fait notre bonheur .
.
On avoit élevé , vis- à-vis de l'Hôtel de Ville ,
un Feu d'artifice , pour lequel on n'avoit épargné
ni foins , ni dépenfe , non plus que pour les illuminations
de cet hôtel , de la haute & admirable
tour qui l'accompagne , & des autres édifices publics
. Tous les particuliers s'étoient auffi empreffés
à illuminer leurs maiſons , d'une maniere qui
répondît à la folemnité du jour ; mais une pluie
continuelle empêcha l'effet de ces préparatifs. On
ne put faire jouer qu'une petite partie de l'artifice
; & le refte fut remis au furlendemain.
L'édifice conftruit pour le feu , fur les deffeins
du fieur Beffara , Architecte de la Ville , étoit
feint de marbre blanc , & avoit s 2 pieds d'élévation
en deux étages , furmontés d'une pyramide
de 33 pieds . Le premier étage ou rez - de - chauffée
étoit un quarré d'ordre dorique , ayant 44 pieds
de face , dont le côté principal offroit un portique
, avec fronton & baluftrade , orné des Armes
du Roi , de Monfeigneur le Dauphin , & de Mon.
feigneur le Comte d'Artois , Une colonnade ioniJANVIER.
1758. 173
que formoit le fecond étage , qui étoit circulaire.
Vingt-quatre vafes à fleurs & trophées d'armes
ou de mufique , fervoient d'amortiffemens aux
deux ordres d'architecture . Cette décoration étoit
femée de chronogrammes ou chronographes
forte d'infcription fort en ufage aux Pays Bas ,
dans laquelle on trouve , en chiffre Romain , par
la réunion de toutes les lettres numérales qu'elle
contient , l'année de l'événement qui en eſt l'objet.
Voici quelques- uns de ces chronographes :
nasCItVŕ CoMes , spLenDor artesIx.
DonVM CLI aC, regIs.
PVLChra FIDel MerCes .
LætVs aMor aCCenDIt Ignes,
Entre les différentes illuminations qui avoient
été préparées , on remarquoit aux croifées de
Pappartement que la Société Littéraire occupe à
l'hôtel du Gouverneur , trois tranfparens , fur
lefquels étoient peints autant de médaillons , imaginés
par M. Camp , Avocat , Membre de cette
Société , & actuellement Député des Etats à lạ
Cour. On croit devoir donner ici la defcription
de ces morceaux de peinture.
Premier Médaillon.
L'hiftoire de l'Artois caractérisée fpécifiquement
par une femme vêtue d'une faie blanche
rayée de pourpre ( 1 ) . Elle a fur la tête une couronne
de laurier , & une plume à la main . Devant
(1 ) Cette espece d'étoffe fe fabriquoit autrefois
par les habitans d'Arras , nommés Atrebates, avec
tant de réputation que les Romains en faifoient
leurs plus magniques habillemens.
Hiij
74 MERCURE DE FRANCE.
elle eft un grand livre ouvert , fur la couverture
duquel fe voyent les Armes de la province . Elle
tient de la main gauche un médaillon portant
celles de Monfeigneur le Comte d'Artois , qu'elle
regarde avec un étonnement mêlé de joie. Une
pile de volumes imprimés & manuſcrits , fur laquelle
font les aîles & autres attributs du Temps ,
fert d'appui au livre que cette femme tient ouvert.
Elle a un pied pofé fur un débris de monument
antique , dont les reftes font épars. Auprès eft
une urne renverfée , d'où fe répand un grand
nombre de médailles .
Légende.
QUANTA FASTORUM GLORIA !
Exergue.
COMES DATUS IXA. OCT. M. DCC. LVII .
Second médaillon ,
Minerve affife , ferrant de fon bras gauche un
vafe aux Armes d'Artois , dans lequel eft planté
un rejetton de lys , qu'elle prend foin de cultiver.
A fes pieds font des trophées relatifs aux Arts &
aux Sciences.
Légende.
CURAT NOBISQUE COLIT.
Exergue.
SOC. LITT . ATR. SPES ET VOT.
Troisieme médaillon.
Les chiffres des Rois Louis VIII & Louis XV,
figurés par deux doubles IL , placés fous une
même couronne , & accompagnées refpectivement
JANVIER. 1758 . 175
des nombres VIII & XV . Un cordon bleu fort de
la couronne , entrelace les deux chiffres , & ſe
termine par un noeud , d'où pendent les Armes de
Monfeigneur le Comte d'Artois ( 1 ) .
Légende.
AB EVO IN ÆVUM.
Exergue.
DECUS FUNDATUM ET RESTITUTUM.
Le même jour 6 Novembre , vers les dix heures
du foir , il y eut dans la grande falle de l'Hôtel
de Ville , qu'on avoit fuperbement décorée , un
bal qui fut ouvert par M. l'Intendant avec Madame
la Comteffe de Houchin , épouse du Député
ordinaire de la Nobleffe des Etats . On y fervit
fur des buffets en gradins , un ambigu fuffifant
pour fatisfaire les goûts divers de deux mille perfonnes
au moins qui fe trouverent à ce bal .
Les Etats d'Artois différerent jufqu'à l'ouverture
de leur Affemblée générale , la folemnité de
leurs actions de graces & de leurs réjouiflances ,
afin que tous les Membres des trois Ordres fuflent
à portée d'y participer. Ce fut le lundi 21 Novembre
que le fit cette ouverture ; & après la
féance , qui fe tint dans la forme ordinaire fur les
dix heures du matin , on chanta dans l'Eglife des
Récollets un Te Deum en mufique , auquel M.
(1) Louis VIII , par fon Teftament du mois de
Juin 1225 , affigna l'Artois en partage à Robert
fon fecond fils , frere de S. Louis , de qui defcend la
branche de Bourbon. Depuis ce Robert , premier
Comte d'Artois , aucun fils de France n'en avoit
porté le titre.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
l'Evêque d'Arras officia pontificalement. M. fe
Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province ;
M. l'Intendant , & M. Briois , Premier Préfident
du Confeil Provincial , Commiffaires du Roi pour
la tenue des Etats , affifterent à cette cérémonie ,
accompagnés de tous les Membres de l'Affemblée.
Il y eut enfuite un magnifique dîner de deux cens
vingt-cinq couverts, auquel tous les Corps avoient
été invités. Sur la fin du repas , on but avec appareil
les fantés du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
& du nouveau Prince , qui furent annoncées
fucceffivement par des falves de boîtes & d'artillerie
; & les Députés ordinaires jetterent de l'argent
au peuple. Dès que la nuit fut venue , on tira
avec toute la réuffite poffible , un très- beau Feu
d'artifice au milieu de la grande place.
Ce feu avoit la forme d'un temple , dont le
premier
étage , quarré & élevé d'environ fept pieds
au deffus du pavé , fervoit de focle à tout l'édifice.
Quatre grandes rampes de dix marches occupoient
le milieu de chaque face , & conduifoient
à une galerie fermée de panneaux & d'acroteres
enrichis d'Armes du Roi , de Monfeigneur le Dauphin
, & de Monfeigneur le Comte d'Artois , ainfi
que des Chiffres de la province.
Le principal corps établi fur le premier étage
avoit huit côtés , dont quatre plus larges que les
autres , faifant faillie & avant- corps , formoient
des portiques , & répondoient aux rampes. Aux
entrées de ces portiques étoient les figures fymboliques
de la fincérité & de la fidélité , qui caractérifent
les Artéfiens , & celles de la reconnoiffance
& de l'espérance , fentimens dont ce peuple eft
particuliérement affecté dans la circonftance préfente.
Les quatre côtés enfoncés étoient ornés de
iches , avec d'autres figures qui défignoient les
JANVIER. 1758. 177
Vertus protectrices du jeune Prince ; fçavoir , la
Religion , la Bonté , la Valeur & la Prudence.
Des emblêmes relatifs à ces vertus rempliffoient
le deffus des niches. La décoration générale de
toute cette partie étoit un ordre Ionique régulier ,
dont l'entablement faillant foutenoit une baluftrade
mêlée d'acroteres , fur chacun defquels on
voyoit des grouppes d'enfans , qui fembloient , en
exprimant leur joie , difputer à qui porteroit les
Armes du Roi , & celles des autres perfonnes de
la Famille Royale.
Sur le deuxieme étage étoit pofé un attique à
quatre faces , dont trois préfentoient des tableaux
emblématiques , & l'autre contenoir cette infcription
:
NOVO ARTESIA COMITI
Il y avoit des pilaftres aux angles de ce corps
d'architecture avec un entablement en faillie ,
lequel étoit couronné de quatre vafes de ronde
bolle. Une pyramide en mofaïque évidée , s'élevoit
fur l'attique qui lui fervoit de baſe , & portoit
fur fa cime les Armes d'Artois , furmontées
d'un foleil .
Aux quatre coins du temple , & à une diſtance
convenable , étoient de grands obéliſques décorés,
de chiffres , de médaillons , &c.
Toutes les parties de l'édifice étoient peintes
en grifaille , à l'exception des tableaux & des
emblêmes , qui l'étoient en camayeu de couleur
bleue. Mais cette fimplicité étoit relevée par l'éclat
de l'or répandu fur les armoiries , les infcriptions
, les cartouches , les guirlandes ; fur la pyramide
, fur les vafes , & fur tous les ornemens
où l'on avoit pu l'employer avec goût.
Cet ouvrage fut exécuté par les foins & fur les
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
deffeins du fieur Linque , Architecte , natif & hæ
bitant d'Arras.
Les Commiffaires de Sa Majesté & les Etats
virent jouer l'artifice d'un amphithéâtre dreffé à
l'un des bouts de la place , qui eft une des plus
vaftes du Royaume. Des fanfares de cors , trompettes
& timbales , animerent ce fpectacle , aprèslequel
plufieurs fontaines de vin coulerent pour
le peuple.
Les deux façades de l'Hôtel des Etats furent
illuminés par une quantité immenfe de lamprons
, dont l'arrangement deffinoit , fans confufion
, toute la belle architecture de cet hôtel Dans
un grand tableau tranfparent placé au deffus de
la porte d'entrée , on voyoit Lucine defcendant
du Ciel , & tenant dans fes bras le Prince nouveau-
né. Le Roi montroit à cette Déeffe la Province
d'Artois perſonnifiée qui , d'un air empreffé
, tendoit les mains pour recevoir l'augufte Enfant.
Un rayon de lumiere partant du vifage de
ce nouveau Comte , fe répandoit fur celui de la
Province ; & on lifoit fur une banderole ce chronographe
:
novo spLenDes CIt CoMIte.
A neuf heures du foir commença un concert ,
dans lequel on exécuta plufieurs pieces de mufique
Françoife & Italienne . A ce concert fuccéda
un ambigu pour les Dames , fervi fur deux tables
de foixante perfonnes chacune . La fête fut terminée
par un grand bal , que M. le Duc de
Chaulnes ouvrit avec Madame la Comteffe de
Houchin , & qui dura jufqu'au jour. Rien n'y
fut oublié , foit pour la décoration des trois falles
où l'on danfa , foit pour la maniere dont elles
furent éclairées , foit pour la fymphonie & les
rafraîchiffemens de toute efpece.
JANVIER . 1758. 179
M. l'Evêque d'Arras donna de grands foupers
la veille de l'ouverture & le jour de la clôture
des Etats. Pendant la fête du 21 , on diftribua
abondamment dans fon palais du pain , des viandes
, de la biere , du bois & de Pargent à cinq
cens perfonnes au moins . La maison du Bon
Pafteur , qui renferme plus de cent pauvres filles ,
a éprouvé les mêmes libéralités de la part de ce
Prélat.
Le 6 & le 21 , M. de Briois , Abbé de S. Vaaſt ,
fit tirer beaucoup d'artifice. Il a pareillement
fignalé fa charité , en faisant délivrer aux pauvres
quatre mille pains , du poids de trois livres &
demie:
M. de Caumartin qui , depuis le commencement
de l'Affemblée des Etats avoit donné des
preuves de fa magnificence ordinaire , y ajouta
le Dimanche 27 Novembre un dîner de cent trente
couverts. Ce feftin ne fut que pour les hommes ;
mais environ quatre- vingts Dames fouperent le
même jour à l'intendance , où il y eut audi un
bal qui ne laiffa rien à défirer . M. le premier
Préſident du Confeil d'Artois s'étoit diftingué de
fon côté le jeudi précédent , par un dîner fuivi
d'un bal , qui fut interrompu pour voir un bouquet
d'artifice & une illumination terreftre , formée
avec goût dans le parterre du jardin de ce
Magiftrat. Il fit fervir fur les neuf heures un ambigu
; après lequel il y eut concert , & l'on reprit
le bal qui ne finit qu'avec la nuit.
Enfin le 30 Novembre , les RR. PP. Jéfuites
du College d'Arras firent chanter dans leur Eglife
le Te Deum & l'Exaudiat , par toute la mufique
de la Cathédrale . M. l'Evêque d'Arra y officia ,
& les Etats qu'on avoit invités à la cérémonie ,
affifterent en corps ; après quoi ils pafferent dans
y
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
la falle des Actes , où le R. P. Dubuiffon , Profeffeur
de Rhétorique , leur adreffa une harangue
latine , dont l'objet étoit de féliciter la province
d'Artois fur la naiffance du nouveau Comte.
L'Orateur s'attacha à prouver dans la premiere
partie de fon difcours , qu'il ne pouvoit rien arriver
de plus avantageux à la Province , que de
voir fon nom porté par un Prince de la Maifon de
Bourbon ; & dans la feconde , qu'aucune Province
n'étoit plus digne de cette grace.
Les PP. Jéfuites ont fourni ce jour là de quoi
dîner à douze pauvres familles de chacune des
onze Paroiffes de la Ville. Les écoliers , tant externes
que penfionnaires , qui font de la Congré
gation de la Vierge , ont donné le même jour à
dîner & à fouper aux malheureux détenus dans
les prifons royales , lefquels étoient au nombre
de quarante , les ont fervis eux- mêmes , & leur ont
encore diftribué des aumônes.
Les autres Villes de l'Artois n'ont pas témoi
gné moins d'ardeur que la Capitale à célébrer
une époque fi glorieufe pour la Province ; & de
fimples Bourgades ont donné en cette occafion
les marques les plus éclatantes de leur zele & de
leur alégreffe.
Le Roi a nommé le Maréchal de Tomond ,
pour commander fur les côtes de la Méditerranée .
Sa Majefté a auffi difpofé du commandement de
la Guyenne en faveur du Comte de Langeron
Lieutenant-Général de fes armées , & Elle a donné
au Comte de Gramont , Brigadier d'Infanterie,
& Menin de Monfeigneur le Dauphin , le Commandement
des troupes , dans la partie du Gouvernement
de la Guyenne , qui dépend de la Généralité
d'Aufch.
Sur la démiffion de Madame la Ducheffe d'Antin,
JANVIER. 1758.
181
de la place de Dame du Palais de la Reine , le Roi a
nommé le 25 Novembre Madame la Comteffe de
Clermont-Tonnere pour la remplacer.
Le 27, M. le Comte de Rochechouart prêta ferment
entre les mains du Roi , pour le Gouvernement
de l'Orléannois.
M. Le Duc de Chaulnes étant revenu de l'armée
du Maréchal Duc de Richelieu , pour tenir les
Etats d'Artois , en fit l'ouverture à Arras le 21
Novembre.
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Résumé : Description des Fêtes données en la ville d'Arras, à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Comte d'Artois.
À l'occasion de la naissance du Comte d'Artois, Arras a organisé des festivités marquantes. Dès l'annonce de la nouvelle le 11 octobre, des illuminations et des salves d'artillerie ont exprimé la joie publique. L'évêque d'Arras a ordonné un Te Deum le 6 novembre, accompagné d'un mandement célébrant la naissance du prince et appelant à la prière pour sa conservation. Le roi a demandé la célébration du Te Deum dans toutes les églises du diocèse. Le jour de la fête, des cloches ont sonné, des salves d'artillerie ont retenti, et un dîner somptueux a été organisé à l'Hôtel de Ville, avec la présence de personnalités locales. Pendant le repas, de l'argent et des vivres ont été distribués au peuple. Une pièce poétique de M. Harduin a été lue, exprimant la joie et la reconnaissance des citoyens d'Arras. Un feu d'artifice et des illuminations étaient prévus, mais la pluie a perturbé leur réalisation. L'édifice pour le feu d'artifice, conçu par l'architecte Beffara, était orné des armes royales et de chronogrammes. La Société Littéraire a exposé des transparents avec des médaillons imaginés par M. Camp, dont le premier représentait l'histoire de l'Artois symbolisée par une femme tenant un médaillon aux armes du Comte d'Artois. Le 6 novembre, un bal a été organisé à l'Hôtel de Ville, décoré somptueusement, avec un buffet pour deux mille personnes. Les États d'Artois ont reporté leurs actions de grâce pour permettre à tous les membres de participer. Le 21 novembre, après une séance solennelle, un Te Deum a été chanté à l'église des Récollets, suivi d'un dîner pour deux cent vingt-cinq personnes. Des salves d'artillerie ont annoncé les santés du Roi, du Dauphin et du nouveau prince, et des pièces d'argent ont été jetées au peuple. Un feu d'artifice en forme de temple a été tiré sur la grande place, illustrant diverses vertus et emblèmes. Les façades de l'Hôtel des États ont été illuminées, et un concert ainsi qu'un bal ont clôturé la fête. Des soupers et distributions de vivres aux pauvres ont été organisés par l'évêque d'Arras et d'autres dignitaires. Le 30 novembre, les Jésuites ont chanté un Te Deum, et une harangue latine a félicité la province pour la naissance du nouveau Comte. D'autres villes de l'Artois ont également célébré cet événement. Par ailleurs, le Roi a nommé de nouveaux commandants pour les côtes de la Méditerranée, la Guyenne, et le Gouvernement de l'Orléannois.
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522
p. 212
AUTRE.
Début :
Le sieur Prudhomme, Marchand, rue des Lombards, vis-à-vis celle [...]
Mots clefs :
Marchand, Papier d'Indes, Décors, Tapisserie
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE fieur Prudhomme , Marchand , rue des Lombards
, vis-à-vis celle des cinq diamans , à la Prudence
, à Paris , donne avis qu'il lui eſt arrivé un
affortiment de très- beau papier des Indes , peint
des différentes grandeur & fonds , propre pour tapifferies
, deffus de portes , écrans & paravents ,
& qu'il eft afforti dans ces fortes de papiers , de
façon à ne laifler rien à déflrer.
LE fieur Prudhomme , Marchand , rue des Lombards
, vis-à-vis celle des cinq diamans , à la Prudence
, à Paris , donne avis qu'il lui eſt arrivé un
affortiment de très- beau papier des Indes , peint
des différentes grandeur & fonds , propre pour tapifferies
, deffus de portes , écrans & paravents ,
& qu'il eft afforti dans ces fortes de papiers , de
façon à ne laifler rien à déflrer.
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523
p. 213-214
AUTRE.
Début :
Le sieur Maillard, Marchand d'estampes, demeurant rue Saint Jacques, [...]
Mots clefs :
Planches, Dévotion, Morale, Ornements, Vignettes, Peinture
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE fieur Maillard , Marchand d'eftampes ; demeurant
rue Saint Jacques , la deuxieme grande
porte au deffus de la rue des Noyers , donne avis
qu'il a une fuite de cent planches fur divers fujets
de dévotion , de morale , &c. Il vient d'exécuter
de nouveaux emblêmes en forme d'étrennes &
d'almanach , pour chaque mois de l'année , propres
à orner un almanach : le tout orné de vignettes
gravées & enluminées avec foin. Il continue
de peindre toutes fortes de papiers à vignettes
214 MERCURE DE FRANCE.
& différentes fleurs : comme auffi d'exécuter towtes
fortes de vignettes & caracteres. Il entreprend
à noter des livres d'Eglife.
LE fieur Maillard , Marchand d'eftampes ; demeurant
rue Saint Jacques , la deuxieme grande
porte au deffus de la rue des Noyers , donne avis
qu'il a une fuite de cent planches fur divers fujets
de dévotion , de morale , &c. Il vient d'exécuter
de nouveaux emblêmes en forme d'étrennes &
d'almanach , pour chaque mois de l'année , propres
à orner un almanach : le tout orné de vignettes
gravées & enluminées avec foin. Il continue
de peindre toutes fortes de papiers à vignettes
214 MERCURE DE FRANCE.
& différentes fleurs : comme auffi d'exécuter towtes
fortes de vignettes & caracteres. Il entreprend
à noter des livres d'Eglife.
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Résumé : AUTRE.
Le marchand d'estampes Maillard, rue Saint Jacques, propose une collection de cent planches sur des sujets de dévotion et de morale. Il offre également des emblèmes pour chaque mois de l'année, enrichis de vignettes gravées et enluminées. Maillard peint divers papiers à vignettes et fleurs, exécute des vignettes et caractères, et note des livres d'Église.
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524
p. 224
« Le sieur André Behaque, Marchand, demeurant au coin des Halles sur la petite place à Lille, [...] »
Début :
Le sieur André Behaque, Marchand, demeurant au coin des Halles sur la petite place à Lille, [...]
Mots clefs :
Marchand, Voyages, Cabinet, Rareté, Visite, Merveilles, Art, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur André Behaque, Marchand, demeurant au coin des Halles sur la petite place à Lille, [...] »
Le fieur André Behaque , Marchand , demeurant
au coin des Halles fur la petite Place à Lille ,
à l'Enfeigne de l'Acteur Romain , étant parvenu
après de longues années de voyage & recherches
pénibles qu'il a faites & fait faire dans différentes
Parties de l'Europe , à former un Cabinet , & à
mettre en ordre toutes les raretés fans nombre
& de tout genre qu'il a pu recueillir ; & les complimens
flatteurs qu'il a reçus de tous les Connoiffeurs
qui lui ont fait la grace de l'aller voir ,
ayant enfin rempli fes vues , il a l'honneur d'annoncer
aux Sçavans , Curieux & Artiſtes que
ledit
Cabinet fera vifible tous les jours de la femaine
à raifon de 14 fols par perfonne lorſque le nombre
fera au moins cinq , & la valeur , c'eſt- àdire
fix livres , lorfqu'on fera feul .
Comme il n'eft pas poffible d'inférer ici le dénombrement
de Piéces rares que ce Cabinet contient
, le fieur André Behaque dira ſeulement que
fon cabinet occupe quatre grandes Places richement
ornées , & qui renferment dans leur fein
tout ce que l'Art & la Nature ont produit en tous
genres de curieux & de merveilleux,
au coin des Halles fur la petite Place à Lille ,
à l'Enfeigne de l'Acteur Romain , étant parvenu
après de longues années de voyage & recherches
pénibles qu'il a faites & fait faire dans différentes
Parties de l'Europe , à former un Cabinet , & à
mettre en ordre toutes les raretés fans nombre
& de tout genre qu'il a pu recueillir ; & les complimens
flatteurs qu'il a reçus de tous les Connoiffeurs
qui lui ont fait la grace de l'aller voir ,
ayant enfin rempli fes vues , il a l'honneur d'annoncer
aux Sçavans , Curieux & Artiſtes que
ledit
Cabinet fera vifible tous les jours de la femaine
à raifon de 14 fols par perfonne lorſque le nombre
fera au moins cinq , & la valeur , c'eſt- àdire
fix livres , lorfqu'on fera feul .
Comme il n'eft pas poffible d'inférer ici le dénombrement
de Piéces rares que ce Cabinet contient
, le fieur André Behaque dira ſeulement que
fon cabinet occupe quatre grandes Places richement
ornées , & qui renferment dans leur fein
tout ce que l'Art & la Nature ont produit en tous
genres de curieux & de merveilleux,
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Résumé : « Le sieur André Behaque, Marchand, demeurant au coin des Halles sur la petite place à Lille, [...] »
André Behaque, marchand résidant à Lille, ouvre un cabinet de curiosités au coin des Halles sur la petite Place, sous l'enseigne de l'Acteur Romain. Après des années de voyages et de recherches en Europe, Behaque a rassemblé de nombreuses raretés. Son cabinet a été salué par des connaisseurs. Il est accessible tous les jours de la semaine à un tarif de 14 sols par personne, à condition qu'il y ait au moins cinq visiteurs, ou pour six livres pour une visite individuelle. Le cabinet occupe quatre grandes salles richement ornées et expose des pièces rares représentant les curiosités de l'art et de la nature.
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525
p. 211-212
« Maillard Marchand d'Estampes, rue S. Jacques, la deuxiéme Porte [...] »
Début :
Maillard Marchand d'Estampes, rue S. Jacques, la deuxiéme Porte [...]
Mots clefs :
Estampes, Marchand, Emblèmes, Piété, Morale amusante, Étrennes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Maillard Marchand d'Estampes, rue S. Jacques, la deuxiéme Porte [...] »
Maillard Marchand d'Eftampes , rue S. Jacques
, la deuxième Porte Cochere au- deffus de la
rue des Noyers , même maifon du fieur Farges
Maître Menuifier , débite une fuite d'Emblêmes ,
Deviſes fur divers fujets de Piété & de Morale
amufante , & petites Etrennes ornées de vignettes .
dont il fait des envois aux Maiſons Religieufes &
aux Marchands de Province.
L'Epoufe dudit Maillard exécute toutes fortes de
Caractères , Notes de Plein- chant , Deffeins , Vi212
MERCURE DE FRANCET
gnettes , Ornemens , Bouquets pour meubles , &c.
, la deuxième Porte Cochere au- deffus de la
rue des Noyers , même maifon du fieur Farges
Maître Menuifier , débite une fuite d'Emblêmes ,
Deviſes fur divers fujets de Piété & de Morale
amufante , & petites Etrennes ornées de vignettes .
dont il fait des envois aux Maiſons Religieufes &
aux Marchands de Province.
L'Epoufe dudit Maillard exécute toutes fortes de
Caractères , Notes de Plein- chant , Deffeins , Vi212
MERCURE DE FRANCET
gnettes , Ornemens , Bouquets pour meubles , &c.
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Résumé : « Maillard Marchand d'Estampes, rue S. Jacques, la deuxiéme Porte [...] »
Le document décrit deux artisans à Étampes, rue Saint-Jacques : Maillard, marchand d'estampes, et Maître Menuifier, fournisseur d'emblèmes et de devises. Ils vendent des produits religieux et moraux, ainsi que des étrennes ornées. L'épouse de Maillard réalise des travaux de calligraphie, y compris des dessins et des ornements. Leurs produits sont envoyés aux maisons religieuses et aux marchands de province.
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526
p. 128-140
SUITE des Mêlanges de Littérature, d'Histoire & de Philosophie, par M. Dalembert &c.
Début :
Je terminerai l'analyse de ces Mêlanges par le précis de deux Morceaux qui [...]
Mots clefs :
Goût, Jean Le Rond d'Alembert, Esprit philosophique, Philosophie, Principes, Temps, Beautés, Sens, Religion, Philosophes, Analyse, Objets, Objet, Nuire , Impiété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Mêlanges de Littérature, d'Histoire & de Philosophie, par M. Dalembert &c.
SUITE des Mélanges de Littérature ,
d'Hiftoire & de Philofophie , par
M. Dalembert &c.
J
E terminerai l'analyfe de ces Mélanges
par le précis de deux Morceaux qui
n'avoient point encore été imprimés &
qui ne font pas la partie la moins intéreffante
de ce recueil. Le premier nous
offre des Réfléxions fur l'ufage & fur
l'abus de la Philofophie dans les matières
de goût. Il y a peu d'objets en Littéra
ture qui méritent mieux d'être traités
par un habile homme ; mais on ſent en
même temps combien cette difcuffion eft
délicate. Il n'eft pas aifé de prefcrire des
régles au goût & des bornes à l'efprit
philofophique ; beaucoup de petits Critiques
qui manquent de goût comme de
Philofophie , ne ceffent de répéter que
SEPTEMBRE. 1759. Ize
Pefprit philofophique a perdu la Littérature
; d'autres prétendent foumettre
les chofes même de fentiment à une analyfe
rigoureufe : les uns voudroient réduire
le goût à un inftinct aveugle , &
éterniferoient par - là l'enfance de la raifon
; les autres réfroidiroient l'imagina--
tion & donneroient des entraves au génie
: ces deux extrémités font également
vicieuſes & nuifibles au progrès des Arts.
Il est donc important de fixer la nature
du goût , les lumières qu'il peut tirer de
l'efprit philofophique , & la ligne que
doit féparer l'un de l'autre. Le goût n'eft
point arbitraire , c'eft une vérité inconteftable
; mais eft- il bien décidé que tou
tes les beautés dont les ouvrages de l'Art
font fufceptibles ne foient pas de fon
reffort, comme le prétend M. Dalembert
Il eft des beautés frappantes & fublimes ,
qui faififfent également tous les efprits ,
& dont par conféquent tous les hommes:
font juges ; ce genre de beautés , felon
M. D. n'ont point le goût pour arbitre
mais il en eft qni ne touchent que les ames
fenfibles ,& ce font celles- là qu'il regarde
proprement comme l'objet du goût : ainfi
il définit le goût le talent dé démêler danss
Les ouvrages de l'Art ce qui doit plaire aus130
MERCURE DE FRANCE
1
ames fenfibles & ce qui doit les bleffer,
Peut-être qu'on pourroit confidérer le
goût fous un point de vue plus étendu ,
plus général ; que les beautés fimples ,
fublimes , univerfelles , font auffi bien du
reffort du goût que les beautés plus déficates
; & que le talent de démêler celles-
ci n'eft qu'un goût plus fin , plus exercé.
Quoiqu'il en foit , dans les difcuffions
métaphyfiques , il n'eft question que de
fixer avec précifion les idées qu'on attache
aux mots dont le fens n'eft pas encore
bien déterminé la définition de
M. Dalembert préfente une idée nette &
précife de ce qu'il entend par goût ; l'acception
plus étendue qu'on pourroit donner
à ce terme ne changeroit rien aux réfultats
de fes principes.
Le goût eft fondé fur des principes , il
n'y a donc point d'ouvrages de l'Art dont
on ne puiffe juger en y appliquant ces
principes. La fource de nos fentimens eft
uniquement en nous ; c'eft donc en por
tant une vue attentive au dedans de
nous-mêmes que nous découvrirons des
régles générales & invariables de goût ,
qui feront comme la pierre de touche à
L'épreuve de laquelle toutes les produc
ions du talent pourront être foumifes
La recherche & l'analyfe de ces régles
SEPTEMBRE. 1759. r31
19
font l'objet de l'efprit philofophique ,
mais cette difcuffion doit avoir un ter
me. Il ne faut pas efpérer de pouvoir
remonter aux premiers principes. Vou
loir trouver la caufe métaphyfique de nos
plaifirs feroit un projet auffi chimérique
que d'entreprendre d'expliquer l'action des
objets fur nos fens. Les principes de goût
peuvent donc fe réduire à un petit nom--
bre d'obfervations inconteftables fur no
tre manière de fentir. C'eft jufques- là que
le Philofophe remonte , mais c'est là qu'il
s'arrête , & d'où , par une pente naturel
le , il defcend enfuite aux conféquences .
La jufteffe d'efprit ne fuffit pas , il
faut encore une ame fenfible & délicate ,
» & de plus , dit M. Dalembert , ne
» manquer d'aucun des fens qui compo-
» fent le goût. Dans un Ouvrage de Poc
» fie , par exemple , on doit parler tan
" tôt à l'imagination , tantôt au fenti
» ment , tantôt à la raifon , mais tou
» jours à l'organe ; les vers font une efpéce
de chant , fur lequel l'oreille eft
» fi inéxorable , que la raiſon même eſt
» quelquefois contrainte de lui faire de
légers facrifices. Ainfi un Philofophe
» dénué d'organe , eût-il d'ailleurs tous
» le refte , fera un mauvais Juge en ma
tière de Poëfie.
23
F vj
1152 MERCURE DE FRANCE.
Ce n'eft pas encore affez.d'avoir tous
les fens qui compofen: le goût , il faut
que ces fens ayent été exercés fur les
objets qui appartiennent au goût. Mal
lebranche ne fentoit point les charmes
de la Poefie , quoiqu'il eût les principales
qualités du Poete , l'imagination , le
fentiment & l'harmonie .
M. Dalembert examine enfuite quelles
font les caufes du faux jugement qu'on
porte fur les chofes de goût & il recherche
les moyens de les éviter. Il entre fur
cet objet dans une Métaphyfique trèsdéliée
qu'il n'eft pas aifé de développer
dans un Extrait. Il vange enfuite l'efprit
philofophique des reproches que la fottife
ou l'envie ont coutume de lui faire , &
il avoue que c'eft faire autant d'injure
aux Belles Lettres qu'à la Philofophie ,
de croire qu'elles puiffent fe nuire ou`
s'exclure réciproquement. » Et comment
» le véritable efprit philofophique ſeroitnil
oppofé au bon goût ? Il en eft au
» contraire le plus ferme appui , puifque
» cet efprit confifte à remonter en toat
» aux vrais principes , à reconnoître que
claque Art a fa nature propre , chaque
» ftuation de l'ame fon caractère, chaque
chofe fon coloris ; en un mot à ne
point confondre les limites de chaque
39
→
SEPTEMBRE . 1759.
genre : abufer de l'efprit philofophique
, c'est en manquer.
Je finirai l'analyfe de ce Morceau par
une réfléxion qui le termine & qui mérite
bien d'être recueillie . « Ceux qui poſſé-
» dent & qui connoiffent le moins l'efprit
philofophique en font parmi nous
» les plus ardens détracteurs , comme la
Poefie eft décriée par ceux qui n'ont
» pû y réuffir , les hautes fciences par
» ceux qui en ignorent les premiers prin-
» cipes , & notre fiècle par les Ecrivains
» qui lui font le moins d'honneur.
33
Le Morceau dont il me reſte à rendre
compte eſt intitulé : De l'abus de la Critique
en matière de Religion. Le but que
fe propofe M. Dalembert dans cet Ouvrage
, aufſi intéreſſant par fon objet que
par les circonstances dans lesquelles il
paroît , » eft de vanger les Philofophes
des reproches d'impiété dont on les
"
charge fouvent mal- à-propos , en leur
» attribuant des fentimens qu'ils n'ont
» pas , en donnant à leurs paroles des
» interprétations forcées , en tirant de
leurs principes des conféquences odieu-
» fes & fauffes qu'ils défavouent , en voulant
enfin faire paffer pour criminelles
ou pour dangereufes des opinions que
134 MERCURE DE FRANCE
le Chriftianifine n'a jamais défendu de
» foutenir .
Ce deffein eft digne d'un Philofophe
qui refpecte les vérités du Chriftianif
me , & qui fçait que la vraie Philofophie
& la vraie religion doivent toujours
marcher de front & fe prêter une force
& une lumière mutuelle. Vouloir les oppofer
l'une à l'autre , c'eft nuire à toutes
les deux. Ne nous brouillons point avec les
Philofophes , difoit un Théologien paifble
, modéré & très-religieux. M. Da
lembert ne peut fe diffimuler les progrès
de l'impiété & les attentats des Incrédules
contre la plus fainte des Religions.
» Le defir de n'avoir plus de frein
» dans les paffions , la vanité de ne pas
penfer comme la multitude , ont fait
plutôt encore que l'illufion des fophif-
» mes , un grand nombre d'Incrédules ,
qui felon l'expreffion de Montagne ,
» tâchent d'être pires qu'ils ne peuvent,
On ne peut trop louer le zèle de ceux
qui s'empreffent de vanger la Religion
contre les efforts de l'impiété , mais on
ne peut en même temps s'élever avec trop
de chaleur contre ce zèle prétendu qui
fert de mafque à l'ignorance , à l'orgueil ,
à l'efprit de parti , à des paflions plus
"
"
و د
SEPTEMBRE. 1759 F35
odieufes encore , & dont les méchans &
les fanatiques fe fervent pour allarmer
la piété & détruire la Philofophie.
Rien n'a été plus commun dans tous
les
temps que l'accufation d'irréligion intentée
contre les Sages par ceux qui ne
le font pas. M. Dalembert après avoir
rappellé l'hiftoire de Socrate , d'Anaxagore
, d'Ariftote , paffe à des faits plus
récens. Le Pere Hardouin , moins célèbre
encore par la profondeur de fon
érudition que par l'extravagance de fes
opinions , à fait un ouvrage exprès, pour
mettre fans pudeur & fans remords au
nombre des Athées des Auteurs très-religieux
dont plufieurs avoient folidement
prouvé l'existence de Dieu dans leurs
écrits. Sa folie , dit M. de Voltaire , ôta
à fa calomnie toute fon atrocité ; mais
ceux qui renouvellent cette calomnie dans
notre fiécle , ne font pas toujours recon
nus pour fous , & font fouvent trèsdangereux.
On a accufé Defcartes d'être un Athée
pour avoir dit : Donnez- moi de la matiè
re & du mouvement , & je ferai un monde
, comme fi cette penſée grande &
profonde ne fuppofoit pas la néceffité
d'un être intelligent pour donner l'exi
tence & le mouvement à la matière. On
136 MERCURE DE FRANCE
*
accufé le Newtoniafme de favorifer l'Athéifme
, quoiqu'il n'y ait aucune Philofophie
plus favorable à la croyance d'un
Dieu. La lifte des Philofophes fauffement
accufés d'irréligion eft très-nombreuſe :
jamais les prétextes n'ont manqué au fanatifme
pour fonder cette odieufe impu
tation ; mais en s'élevant contre l'impie
té , du moins ne faudroit- il pas fe méprendre
fur le genre d'impiété qu'on at
taque. On m'accufe de Matérialiſme , difoit
un Pirronien , c'eft à-peu-près comme
ft on accufoit un Conftitutionnaire de Janfenifme.
N'a-t-on pas vu M. de Montequieu
accufé dans le même libelle d'être
Déifte & Spinofiste ?
"
»
»Le nom de Matérialiſme , dit M. Da
lembert , eft devenu de nos jours une
efpéce de cri de guerre : c'eſt là quali-
»fication générale qu'on applique fans
» difcernement à toutes les efpéces d'In-
» crédules , ou même à ceux qu'on veut
» faire paffer pour tels. Dans toutes les
Religions & dans tous les temps le fa-
» natiſme ne s'eft piqué ni d'équité ni de
jufteffe . Il a donné à ceux qu'il vouloit
perdre , non pas les noms qu'ils méri
toient , mais ceux qui pouvoient leur
nuire le plus. Ainfi dans les premiers
fiécles , les Payens donnoient à tous
"
»
SEPTEMBRE. 1759. 137
les Chrétiens le nom de Juifs , parce
qu'il s'agiffoit moins d'avoir raiſon que
» de rendre les Chrétiens odieux.
»
M. Dalembert après avoir rapporté
plufieurs exemples d'imputations ridicules
dont la calomnie fous le nom de zéle a
chargé plufieurs Philofophes , recherche
pourquoi des défenfeurs de la Religion
la plus douce & la plus modefte ont eu
fi fouvent recours aux injures . Ils deshonorent
par- là la caufe qu'ils veulent défendre
, & ne font qu'aigrir & par conféquent
éloigner les efprits que la modération
auroit pu ramener. » Mais l'excès
» en toutes chofes eft l'élément de l'hom-
» me, fa nature eft de fe paffionner fur
tous les objets dont il s'occupe ; la mo-
» dération eft pour lui un état forcé , ce
» n'est jamais que par contrainte ou par
» réfléxion qu'il s'y foumet ; & quand
» le refpect qui est dû à la cauſe qu'il dé-
» fend , peut fervir de prétexte à fon
» animofité , il s'y abandonne fans retenue
& fans remords. Le faux zéle auroit-
il oublié que l'Evangile a deux pré-
" ceptes également indifpenfables , l'a-
" mour de Dieu & celui du prochain ? &
» croit- il mieux pratiquer le premier en
violant le fecond.
Si les accufations téméraires peuvent
18 MERCURE DE FRANCE.
nuire à la Religion, c'eft furtout lorfqu'elles
tombent fur des hommes fupérieurs
dont le nom feul peut donner du poids
aux opinions qu'on leur fuppofe.Qu'a- t - on
gagné à accufer avec tant d'acharnement
Filluftre Auteur de l'Esprit des Loix d'avoir
voulu donner atteinte aux principes
du Chriftianifme ? Les Incrédules fe font
glorifiés du chef qu'on leur donnoit fi
gratuitement , & fon nom leur a donné
plus de confiance que tous leurs fophifmes.
L'autorité eft le grand argument de
la multitude ; & l'incrédulité , difoit un
homme d'efprit , eft une espéce de foi pour
la plupart des impies.
M. Dalembert trace enfuite d'après
l'Hiftoire Eccléfiaftique un tableau court
& frappant des maux que le fanatisme a
produits chez nos ancêtres ; & il fait voir
par ce détail auffi effrayant qu'utile, com、
bien le gouvernement a intérêt de défendre
& d'appuyer les Gens de Lettres.
C'eft à eux que les Souverains doivent aujourd'hui
l'affermiffement de leur puiffance
, & la deftruction d'une foule d'opinions
abfurdes , nuifibles au repos & au
bonheur de leurs Etats.
Je finis cette analyſe par un trait bien
remarquable : » Il n'y a , ce me femble,
qu'un moyen d'affoiblir l'empire de
SEPTEMBRE . 1759 139
1
12
19
29
» l'Inquifition dans les contrées malheu
» reufes où elle domine encore , c'est d'y
» favorifer autant qu'il eft poffible , l'étude
des fciences exactes . Souverains
qui gouvernez ces Peuples , & qui vou→
lez leur faire fecouer le joug de la fuperftition
& de l'ignorance , faites naî
tre des Mathématiciens parmi eux ;
cette femence produira des Philofophes
avec le temps , & prefque fans
qu'on s'en apperçoive . L'orthodoxie la
plus délicate n'a rien à démêler avec
» la géométrie. Ceux qui croyoient avoir
n intérêt de tenir les efprits dans les té-
» nébres , fuffent-ils affez prévoyans pour
preffentir la fuite des progrès de cette
» fcience , manqueroient de prétextes
" pour l'empêcher de fe répandre. Bientôt
l'étude de la Géométrie conduira comme
d'elle - même à celle de la faine Phyfique
, & celle- ci à la vraie Philofophie
, qui par la lumière qu'elle répan-
" dra , fera bientôt plus puiffante que
» tous les efforts de la fuperftition ; car
» ces efforts quelque grands qu'ils foient ,
» deviennent inutiles dès qu'une fois la
Nation eft éclairée.
On trouve dans les deux Morceaux
dont je viens de rendre compte cette hardieffe
de pinceau , ce ton d'humanité &
140 MERCURE DE FRANCE
de Philofophie qui caractérisent les ou
vrages de M. Dalembert. On remarque
même dans le dernier un degré de force
& de chaleur qui peut être produit pa
l'importance & l'intérêt de la matière.
M. Dalembert y marche d'un pas ferme
entre deux fentiers très - gliffans , & fon
courage mérite la reconnoifance & les
éloges de ceux qui aiment fincérement le
véritable Chriftianiſme & la bonne Philofophie.
d'Hiftoire & de Philofophie , par
M. Dalembert &c.
J
E terminerai l'analyfe de ces Mélanges
par le précis de deux Morceaux qui
n'avoient point encore été imprimés &
qui ne font pas la partie la moins intéreffante
de ce recueil. Le premier nous
offre des Réfléxions fur l'ufage & fur
l'abus de la Philofophie dans les matières
de goût. Il y a peu d'objets en Littéra
ture qui méritent mieux d'être traités
par un habile homme ; mais on ſent en
même temps combien cette difcuffion eft
délicate. Il n'eft pas aifé de prefcrire des
régles au goût & des bornes à l'efprit
philofophique ; beaucoup de petits Critiques
qui manquent de goût comme de
Philofophie , ne ceffent de répéter que
SEPTEMBRE. 1759. Ize
Pefprit philofophique a perdu la Littérature
; d'autres prétendent foumettre
les chofes même de fentiment à une analyfe
rigoureufe : les uns voudroient réduire
le goût à un inftinct aveugle , &
éterniferoient par - là l'enfance de la raifon
; les autres réfroidiroient l'imagina--
tion & donneroient des entraves au génie
: ces deux extrémités font également
vicieuſes & nuifibles au progrès des Arts.
Il est donc important de fixer la nature
du goût , les lumières qu'il peut tirer de
l'efprit philofophique , & la ligne que
doit féparer l'un de l'autre. Le goût n'eft
point arbitraire , c'eft une vérité inconteftable
; mais eft- il bien décidé que tou
tes les beautés dont les ouvrages de l'Art
font fufceptibles ne foient pas de fon
reffort, comme le prétend M. Dalembert
Il eft des beautés frappantes & fublimes ,
qui faififfent également tous les efprits ,
& dont par conféquent tous les hommes:
font juges ; ce genre de beautés , felon
M. D. n'ont point le goût pour arbitre
mais il en eft qni ne touchent que les ames
fenfibles ,& ce font celles- là qu'il regarde
proprement comme l'objet du goût : ainfi
il définit le goût le talent dé démêler danss
Les ouvrages de l'Art ce qui doit plaire aus130
MERCURE DE FRANCE
1
ames fenfibles & ce qui doit les bleffer,
Peut-être qu'on pourroit confidérer le
goût fous un point de vue plus étendu ,
plus général ; que les beautés fimples ,
fublimes , univerfelles , font auffi bien du
reffort du goût que les beautés plus déficates
; & que le talent de démêler celles-
ci n'eft qu'un goût plus fin , plus exercé.
Quoiqu'il en foit , dans les difcuffions
métaphyfiques , il n'eft question que de
fixer avec précifion les idées qu'on attache
aux mots dont le fens n'eft pas encore
bien déterminé la définition de
M. Dalembert préfente une idée nette &
précife de ce qu'il entend par goût ; l'acception
plus étendue qu'on pourroit donner
à ce terme ne changeroit rien aux réfultats
de fes principes.
Le goût eft fondé fur des principes , il
n'y a donc point d'ouvrages de l'Art dont
on ne puiffe juger en y appliquant ces
principes. La fource de nos fentimens eft
uniquement en nous ; c'eft donc en por
tant une vue attentive au dedans de
nous-mêmes que nous découvrirons des
régles générales & invariables de goût ,
qui feront comme la pierre de touche à
L'épreuve de laquelle toutes les produc
ions du talent pourront être foumifes
La recherche & l'analyfe de ces régles
SEPTEMBRE. 1759. r31
19
font l'objet de l'efprit philofophique ,
mais cette difcuffion doit avoir un ter
me. Il ne faut pas efpérer de pouvoir
remonter aux premiers principes. Vou
loir trouver la caufe métaphyfique de nos
plaifirs feroit un projet auffi chimérique
que d'entreprendre d'expliquer l'action des
objets fur nos fens. Les principes de goût
peuvent donc fe réduire à un petit nom--
bre d'obfervations inconteftables fur no
tre manière de fentir. C'eft jufques- là que
le Philofophe remonte , mais c'est là qu'il
s'arrête , & d'où , par une pente naturel
le , il defcend enfuite aux conféquences .
La jufteffe d'efprit ne fuffit pas , il
faut encore une ame fenfible & délicate ,
» & de plus , dit M. Dalembert , ne
» manquer d'aucun des fens qui compo-
» fent le goût. Dans un Ouvrage de Poc
» fie , par exemple , on doit parler tan
" tôt à l'imagination , tantôt au fenti
» ment , tantôt à la raifon , mais tou
» jours à l'organe ; les vers font une efpéce
de chant , fur lequel l'oreille eft
» fi inéxorable , que la raiſon même eſt
» quelquefois contrainte de lui faire de
légers facrifices. Ainfi un Philofophe
» dénué d'organe , eût-il d'ailleurs tous
» le refte , fera un mauvais Juge en ma
tière de Poëfie.
23
F vj
1152 MERCURE DE FRANCE.
Ce n'eft pas encore affez.d'avoir tous
les fens qui compofen: le goût , il faut
que ces fens ayent été exercés fur les
objets qui appartiennent au goût. Mal
lebranche ne fentoit point les charmes
de la Poefie , quoiqu'il eût les principales
qualités du Poete , l'imagination , le
fentiment & l'harmonie .
M. Dalembert examine enfuite quelles
font les caufes du faux jugement qu'on
porte fur les chofes de goût & il recherche
les moyens de les éviter. Il entre fur
cet objet dans une Métaphyfique trèsdéliée
qu'il n'eft pas aifé de développer
dans un Extrait. Il vange enfuite l'efprit
philofophique des reproches que la fottife
ou l'envie ont coutume de lui faire , &
il avoue que c'eft faire autant d'injure
aux Belles Lettres qu'à la Philofophie ,
de croire qu'elles puiffent fe nuire ou`
s'exclure réciproquement. » Et comment
» le véritable efprit philofophique ſeroitnil
oppofé au bon goût ? Il en eft au
» contraire le plus ferme appui , puifque
» cet efprit confifte à remonter en toat
» aux vrais principes , à reconnoître que
claque Art a fa nature propre , chaque
» ftuation de l'ame fon caractère, chaque
chofe fon coloris ; en un mot à ne
point confondre les limites de chaque
39
→
SEPTEMBRE . 1759.
genre : abufer de l'efprit philofophique
, c'est en manquer.
Je finirai l'analyfe de ce Morceau par
une réfléxion qui le termine & qui mérite
bien d'être recueillie . « Ceux qui poſſé-
» dent & qui connoiffent le moins l'efprit
philofophique en font parmi nous
» les plus ardens détracteurs , comme la
Poefie eft décriée par ceux qui n'ont
» pû y réuffir , les hautes fciences par
» ceux qui en ignorent les premiers prin-
» cipes , & notre fiècle par les Ecrivains
» qui lui font le moins d'honneur.
33
Le Morceau dont il me reſte à rendre
compte eſt intitulé : De l'abus de la Critique
en matière de Religion. Le but que
fe propofe M. Dalembert dans cet Ouvrage
, aufſi intéreſſant par fon objet que
par les circonstances dans lesquelles il
paroît , » eft de vanger les Philofophes
des reproches d'impiété dont on les
"
charge fouvent mal- à-propos , en leur
» attribuant des fentimens qu'ils n'ont
» pas , en donnant à leurs paroles des
» interprétations forcées , en tirant de
leurs principes des conféquences odieu-
» fes & fauffes qu'ils défavouent , en voulant
enfin faire paffer pour criminelles
ou pour dangereufes des opinions que
134 MERCURE DE FRANCE
le Chriftianifine n'a jamais défendu de
» foutenir .
Ce deffein eft digne d'un Philofophe
qui refpecte les vérités du Chriftianif
me , & qui fçait que la vraie Philofophie
& la vraie religion doivent toujours
marcher de front & fe prêter une force
& une lumière mutuelle. Vouloir les oppofer
l'une à l'autre , c'eft nuire à toutes
les deux. Ne nous brouillons point avec les
Philofophes , difoit un Théologien paifble
, modéré & très-religieux. M. Da
lembert ne peut fe diffimuler les progrès
de l'impiété & les attentats des Incrédules
contre la plus fainte des Religions.
» Le defir de n'avoir plus de frein
» dans les paffions , la vanité de ne pas
penfer comme la multitude , ont fait
plutôt encore que l'illufion des fophif-
» mes , un grand nombre d'Incrédules ,
qui felon l'expreffion de Montagne ,
» tâchent d'être pires qu'ils ne peuvent,
On ne peut trop louer le zèle de ceux
qui s'empreffent de vanger la Religion
contre les efforts de l'impiété , mais on
ne peut en même temps s'élever avec trop
de chaleur contre ce zèle prétendu qui
fert de mafque à l'ignorance , à l'orgueil ,
à l'efprit de parti , à des paflions plus
"
"
و د
SEPTEMBRE. 1759 F35
odieufes encore , & dont les méchans &
les fanatiques fe fervent pour allarmer
la piété & détruire la Philofophie.
Rien n'a été plus commun dans tous
les
temps que l'accufation d'irréligion intentée
contre les Sages par ceux qui ne
le font pas. M. Dalembert après avoir
rappellé l'hiftoire de Socrate , d'Anaxagore
, d'Ariftote , paffe à des faits plus
récens. Le Pere Hardouin , moins célèbre
encore par la profondeur de fon
érudition que par l'extravagance de fes
opinions , à fait un ouvrage exprès, pour
mettre fans pudeur & fans remords au
nombre des Athées des Auteurs très-religieux
dont plufieurs avoient folidement
prouvé l'existence de Dieu dans leurs
écrits. Sa folie , dit M. de Voltaire , ôta
à fa calomnie toute fon atrocité ; mais
ceux qui renouvellent cette calomnie dans
notre fiécle , ne font pas toujours recon
nus pour fous , & font fouvent trèsdangereux.
On a accufé Defcartes d'être un Athée
pour avoir dit : Donnez- moi de la matiè
re & du mouvement , & je ferai un monde
, comme fi cette penſée grande &
profonde ne fuppofoit pas la néceffité
d'un être intelligent pour donner l'exi
tence & le mouvement à la matière. On
136 MERCURE DE FRANCE
*
accufé le Newtoniafme de favorifer l'Athéifme
, quoiqu'il n'y ait aucune Philofophie
plus favorable à la croyance d'un
Dieu. La lifte des Philofophes fauffement
accufés d'irréligion eft très-nombreuſe :
jamais les prétextes n'ont manqué au fanatifme
pour fonder cette odieufe impu
tation ; mais en s'élevant contre l'impie
té , du moins ne faudroit- il pas fe méprendre
fur le genre d'impiété qu'on at
taque. On m'accufe de Matérialiſme , difoit
un Pirronien , c'eft à-peu-près comme
ft on accufoit un Conftitutionnaire de Janfenifme.
N'a-t-on pas vu M. de Montequieu
accufé dans le même libelle d'être
Déifte & Spinofiste ?
"
»
»Le nom de Matérialiſme , dit M. Da
lembert , eft devenu de nos jours une
efpéce de cri de guerre : c'eſt là quali-
»fication générale qu'on applique fans
» difcernement à toutes les efpéces d'In-
» crédules , ou même à ceux qu'on veut
» faire paffer pour tels. Dans toutes les
Religions & dans tous les temps le fa-
» natiſme ne s'eft piqué ni d'équité ni de
jufteffe . Il a donné à ceux qu'il vouloit
perdre , non pas les noms qu'ils méri
toient , mais ceux qui pouvoient leur
nuire le plus. Ainfi dans les premiers
fiécles , les Payens donnoient à tous
"
»
SEPTEMBRE. 1759. 137
les Chrétiens le nom de Juifs , parce
qu'il s'agiffoit moins d'avoir raiſon que
» de rendre les Chrétiens odieux.
»
M. Dalembert après avoir rapporté
plufieurs exemples d'imputations ridicules
dont la calomnie fous le nom de zéle a
chargé plufieurs Philofophes , recherche
pourquoi des défenfeurs de la Religion
la plus douce & la plus modefte ont eu
fi fouvent recours aux injures . Ils deshonorent
par- là la caufe qu'ils veulent défendre
, & ne font qu'aigrir & par conféquent
éloigner les efprits que la modération
auroit pu ramener. » Mais l'excès
» en toutes chofes eft l'élément de l'hom-
» me, fa nature eft de fe paffionner fur
tous les objets dont il s'occupe ; la mo-
» dération eft pour lui un état forcé , ce
» n'est jamais que par contrainte ou par
» réfléxion qu'il s'y foumet ; & quand
» le refpect qui est dû à la cauſe qu'il dé-
» fend , peut fervir de prétexte à fon
» animofité , il s'y abandonne fans retenue
& fans remords. Le faux zéle auroit-
il oublié que l'Evangile a deux pré-
" ceptes également indifpenfables , l'a-
" mour de Dieu & celui du prochain ? &
» croit- il mieux pratiquer le premier en
violant le fecond.
Si les accufations téméraires peuvent
18 MERCURE DE FRANCE.
nuire à la Religion, c'eft furtout lorfqu'elles
tombent fur des hommes fupérieurs
dont le nom feul peut donner du poids
aux opinions qu'on leur fuppofe.Qu'a- t - on
gagné à accufer avec tant d'acharnement
Filluftre Auteur de l'Esprit des Loix d'avoir
voulu donner atteinte aux principes
du Chriftianifme ? Les Incrédules fe font
glorifiés du chef qu'on leur donnoit fi
gratuitement , & fon nom leur a donné
plus de confiance que tous leurs fophifmes.
L'autorité eft le grand argument de
la multitude ; & l'incrédulité , difoit un
homme d'efprit , eft une espéce de foi pour
la plupart des impies.
M. Dalembert trace enfuite d'après
l'Hiftoire Eccléfiaftique un tableau court
& frappant des maux que le fanatisme a
produits chez nos ancêtres ; & il fait voir
par ce détail auffi effrayant qu'utile, com、
bien le gouvernement a intérêt de défendre
& d'appuyer les Gens de Lettres.
C'eft à eux que les Souverains doivent aujourd'hui
l'affermiffement de leur puiffance
, & la deftruction d'une foule d'opinions
abfurdes , nuifibles au repos & au
bonheur de leurs Etats.
Je finis cette analyſe par un trait bien
remarquable : » Il n'y a , ce me femble,
qu'un moyen d'affoiblir l'empire de
SEPTEMBRE . 1759 139
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» l'Inquifition dans les contrées malheu
» reufes où elle domine encore , c'est d'y
» favorifer autant qu'il eft poffible , l'étude
des fciences exactes . Souverains
qui gouvernez ces Peuples , & qui vou→
lez leur faire fecouer le joug de la fuperftition
& de l'ignorance , faites naî
tre des Mathématiciens parmi eux ;
cette femence produira des Philofophes
avec le temps , & prefque fans
qu'on s'en apperçoive . L'orthodoxie la
plus délicate n'a rien à démêler avec
» la géométrie. Ceux qui croyoient avoir
n intérêt de tenir les efprits dans les té-
» nébres , fuffent-ils affez prévoyans pour
preffentir la fuite des progrès de cette
» fcience , manqueroient de prétextes
" pour l'empêcher de fe répandre. Bientôt
l'étude de la Géométrie conduira comme
d'elle - même à celle de la faine Phyfique
, & celle- ci à la vraie Philofophie
, qui par la lumière qu'elle répan-
" dra , fera bientôt plus puiffante que
» tous les efforts de la fuperftition ; car
» ces efforts quelque grands qu'ils foient ,
» deviennent inutiles dès qu'une fois la
Nation eft éclairée.
On trouve dans les deux Morceaux
dont je viens de rendre compte cette hardieffe
de pinceau , ce ton d'humanité &
140 MERCURE DE FRANCE
de Philofophie qui caractérisent les ou
vrages de M. Dalembert. On remarque
même dans le dernier un degré de force
& de chaleur qui peut être produit pa
l'importance & l'intérêt de la matière.
M. Dalembert y marche d'un pas ferme
entre deux fentiers très - gliffans , & fon
courage mérite la reconnoifance & les
éloges de ceux qui aiment fincérement le
véritable Chriftianiſme & la bonne Philofophie.
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Résumé : SUITE des Mêlanges de Littérature, d'Histoire & de Philosophie, par M. Dalembert &c.
Le texte examine deux ouvrages de D'Alembert et Diderot. D'Alembert, dans ses 'Mélanges de Littérature, d'Histoire & de Philosophie', aborde l'usage et l'abus de la philosophie dans les matières de goût. Il souligne la difficulté de prescrire des règles au goût et de définir les limites de l'esprit philosophique. D'Alembert critique les extrêmes : ceux qui pensent que l'esprit philosophique a ruiné la littérature et ceux qui veulent soumettre les sentiments à une analyse rigoureuse. Il définit le goût comme le talent de distinguer ce qui plaît aux âmes sensibles, tout en reconnaissant certaines beautés universelles. Pour juger des œuvres d'art, il faut une juste intelligence, une âme sensible et des sens exercés. D'Alembert examine les causes des faux jugements en matière de goût et défend l'esprit philosophique, affirmant qu'il soutient les belles-lettres en respectant les limites de chaque art. Diderot, dans 'De l'abus de la Critique en matière de Religion', défend les philosophes contre les accusations d'impiété. Il montre comment les idées des philosophes sont mal interprétées ou déformées, soulignant que leurs détracteurs connaissent souvent mal la philosophie et la poésie. Diderot critique les accusations d'athéisme portées contre des penseurs comme Socrate, Anaxagore, Aristote, Descartes et Newton, motivées par l'ignorance, l'orgueil et les passions partisanes. Il met en garde contre l'usage abusif du terme 'matérialisme' pour discréditer les incrédules et rappelle que l'excès de zèle religieux peut nuire à la cause qu'il prétend défendre. Le texte discute également des dangers des accusations infondées contre des figures éminentes comme Montesquieu, auteur de 'L'Esprit des Lois'. Ces accusations ont renforcé les incrédules et leur ont donné une crédibilité injustifiée. Il souligne l'importance de protéger les gens de lettres, qui contribuent à renforcer le pouvoir des souverains et à détruire les opinions nuisibles. D'Alembert est mentionné pour son tableau des méfaits du fanatisme dans l'histoire ecclésiastique, démontrant l'intérêt du gouvernement à soutenir les lettrés. Le texte se conclut par une réflexion sur la manière de combattre l'Inquisition en promouvant l'étude des sciences exactes, notamment la géométrie, qui mène à la philosophie et à l'éclairage des esprits. Le style de D'Alembert est loué pour sa hardiesse, son humanité et sa philosophie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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527
p. 203-204
DE VIENNE, le 8 Janvier.
Début :
Sa Majesté Impériale, accompagnée des Archiducs & des Chevaliers de la [...]
Mots clefs :
Sa Majesté impériale, Chevaliers, Cérémonie, Mausolée, Prince Eugène, Magnificence, Prince, Comte, Maréchal Daun, Régiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 8 Janvier.
De VIENNE, le 8 Janvier..
Sa Majefté Impériale , accompagnée des Ar
chiducs & des Chevaliers de la Toifon d'Or , fie
le 6 de ce mois , la cérémonie de revêtir du
manteau & des marques diftinctives de l'Ordre ,
le Feld Maréchal Prince de Deux - ponts ; qui fur
auffi reçu le 21 , Grand Croix de l'Ordre Mili--
taire de Marie- Thérèfe.
Notre Cour a fait publier un détail exact &
dreffé par
le Commiffariat des guerres , du nom
bre d'hommes faits prifonniers à l'affaire de Ma
ken. Ce nombre monte à quatorze mille neufcens
vingt-deux , parmi lefquels il y a cinq cens trentedeux
Officiers .
On a expofé , depuis peu de jours , à la vuẽ đư
Public , le magnifique Maufolée du Prince Eu
gène , conftruit dans l'Eglife de Saint Etienne .
Ce monument , lui a été élevé par la Ducheffe
douairière de Savoye , née Princeffe de Lichtenf
tein. Il répond , par fa magnificence , & par l'inf¹
cription qui l'accompagne , à la haute réputation
du Héros , à la mémoire duquel il eft confacré.
Le Prince Léopold de Lobkowitz , Major du
Ivi
204 MERCURE DE FRANCE.
Régiment des Deux ponts, eft mort à Drefde ,
après peu de jours de maladie , à l'âge de 25 ans .
On a appris, de Pologne , que les Haydamacs ,.
dont les cour fes avoient cellé depuis quelque
temps , venoient de les recommencer. Ils ont
fondu à l'improvifte fur les Terres du Prince.
Jablonowski, & ils y ont commis mille défordres,.
pillant & mailacrant tout ce qui eft tombé entre
leurs mains.
Le quartier du Maréchal de Daun eſt toujours
dans les environs de Drefde. Le Roi de Pruile , a
abandonné fon pofte de Prefchendorff. Il a établi
de nouveau fon quartier général à Freyberg. Ce
Prince , loin de fonger à attaquer le Maréchal de
Daun, femble fe borner, pour le moment préfent,
à la défenfive.
>
Le Comte de Schmetrau , s'eft porté depuis
peu , à la tête de fix mille Pruffiens vers .
Lauban , Gorlitz , & Oftritz. Le Maréchal de
Daun a auffitôt détaché les chevaux légers faxons,
les Régimens de Vieux Modene, & de Schmertzing
, Cuirafiers , & les deux Régimens de Marf
hall & d'Angern , Infanterie , qui ont arrêté fes
progrès. Le Général Beck tient toujours en échec
le corps aux ordres du Général Fouquet , &
l'empêche de fe joindre à l'Armée du Roi , Ce
Corps a été obligé, par les manoeuvres du Général
Autrichien , de refter près de Glogaw en Silćfie .
Le Général de Ried a eu près de Marienberg ,
une efcarmouche avec un Corps Pruffien. La fupériorité
du nombre , l'a obligé d'abandonner fon
pofte. Ila cependant fait quelques prifonniers,
Pruffiens.
Sa Majefté Impériale , accompagnée des Ar
chiducs & des Chevaliers de la Toifon d'Or , fie
le 6 de ce mois , la cérémonie de revêtir du
manteau & des marques diftinctives de l'Ordre ,
le Feld Maréchal Prince de Deux - ponts ; qui fur
auffi reçu le 21 , Grand Croix de l'Ordre Mili--
taire de Marie- Thérèfe.
Notre Cour a fait publier un détail exact &
dreffé par
le Commiffariat des guerres , du nom
bre d'hommes faits prifonniers à l'affaire de Ma
ken. Ce nombre monte à quatorze mille neufcens
vingt-deux , parmi lefquels il y a cinq cens trentedeux
Officiers .
On a expofé , depuis peu de jours , à la vuẽ đư
Public , le magnifique Maufolée du Prince Eu
gène , conftruit dans l'Eglife de Saint Etienne .
Ce monument , lui a été élevé par la Ducheffe
douairière de Savoye , née Princeffe de Lichtenf
tein. Il répond , par fa magnificence , & par l'inf¹
cription qui l'accompagne , à la haute réputation
du Héros , à la mémoire duquel il eft confacré.
Le Prince Léopold de Lobkowitz , Major du
Ivi
204 MERCURE DE FRANCE.
Régiment des Deux ponts, eft mort à Drefde ,
après peu de jours de maladie , à l'âge de 25 ans .
On a appris, de Pologne , que les Haydamacs ,.
dont les cour fes avoient cellé depuis quelque
temps , venoient de les recommencer. Ils ont
fondu à l'improvifte fur les Terres du Prince.
Jablonowski, & ils y ont commis mille défordres,.
pillant & mailacrant tout ce qui eft tombé entre
leurs mains.
Le quartier du Maréchal de Daun eſt toujours
dans les environs de Drefde. Le Roi de Pruile , a
abandonné fon pofte de Prefchendorff. Il a établi
de nouveau fon quartier général à Freyberg. Ce
Prince , loin de fonger à attaquer le Maréchal de
Daun, femble fe borner, pour le moment préfent,
à la défenfive.
>
Le Comte de Schmetrau , s'eft porté depuis
peu , à la tête de fix mille Pruffiens vers .
Lauban , Gorlitz , & Oftritz. Le Maréchal de
Daun a auffitôt détaché les chevaux légers faxons,
les Régimens de Vieux Modene, & de Schmertzing
, Cuirafiers , & les deux Régimens de Marf
hall & d'Angern , Infanterie , qui ont arrêté fes
progrès. Le Général Beck tient toujours en échec
le corps aux ordres du Général Fouquet , &
l'empêche de fe joindre à l'Armée du Roi , Ce
Corps a été obligé, par les manoeuvres du Général
Autrichien , de refter près de Glogaw en Silćfie .
Le Général de Ried a eu près de Marienberg ,
une efcarmouche avec un Corps Pruffien. La fupériorité
du nombre , l'a obligé d'abandonner fon
pofte. Ila cependant fait quelques prifonniers,
Pruffiens.
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Résumé : DE VIENNE, le 8 Janvier.
Le 6 janvier, Sa Majesté Impériale a décoré le Feld Maréchal Prince de Deux-Ponts de l'Ordre et de la Grand Croix de l'Ordre Militaire de Marie-Thérèse. La Cour a annoncé 14 922 prisonniers dans l'affaire de Macken, incluant 532 officiers. Le mausolée du Prince Eugène, construit par la Duchesse douairière de Savoie, a été inauguré. Le Prince Léopold de Lobkowitz est décédé à Dresde à l'âge de 25 ans. En Pologne, les Haydamacs ont attaqué les terres du Prince Jablonowski, causant pillages et massacres. Le Maréchal de Daun est près de Dresde, tandis que le Roi de Prusse a déplacé son quartier général à Freyberg. Le Comte de Schmetrau, avec 6 000 Prussiens, a été arrêté par les forces autrichiennes. Le Général Beck a empêché le Général Fouquet de rejoindre l'armée prussienne, le retenant près de Glogau. Le Général de Ried a eu une escarmouche près de Marienberg, se retirant malgré quelques prisonniers pris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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528
p. 213-216
DE PARIS, le 19 Janvier 1760, & jours suivans.
Début :
Le 15 de ce mois, on fit dans l'Eglise Métropolitaine de cette Ville, [...]
Mots clefs :
Service religieux, Repos de l'âme, Roi d'Espagne, Madame, Cérémonies, Église, Décorations, Autel, Oraison funèbre, Marbre, Voûte, Colonne, Lumières, Registres publics, Décès, Mariages, Baptêmes, Tremblement de terre, Secousses, Vaisseaux, Combat, Loterie de l'école royale militaire, Tirage
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texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 19 Janvier 1760, & jours suivans.
De PARIS , le 19 Janvier 1760 , &jours fuivans .
Le 1s de ce mois , on fit dans l'Eglife Métropolitaine
de cette Ville , un Service folemnel , par
ordre du Roi , pour le repos de l'ame de Ferdinand
, VI du nom , Roi d'Espagne , & de Marie-
Madelaine de Portugal , Reine d'Espagne , fon
époufe . Sa Majefté avoit nommé pour le grand
deuil du Roi d'Eſpagne, Monfeigneur le Dauphin ,
le Duc d'Orléans , le Prince de Condé ; & pour
celui de la Reine d'Espagne , Madame la Dauphine
, Madame , & Madame Victoire . Ces Princes
& Princeffes s'étant rendus à l'Archevêché , où
le Marquis de Dreux, Grand Maître des Cérémonies
, & le fieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies
en furvivance , allerent les prendre ,
lorfque tout fut prêt. Ils les conduifirent à l'Eglife ;
ils entrèrent par la grande porte , & furent pla
cés dans les hautes Italles , à droite & à gauche.
Plusieurs Archevêques & Evêques affiftèrent à
cette cérémonie , ainfi que le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides , l'Univerfité
, & le Corps de Ville. L'Archevêque de
Paris y officia pontificalement. L'Evêque de Vence
prononça l'Oraifon funèbre.
Le portail de l'Eglife étoit tendu en noir , avec
trois lès de velours, chargés d'écuffons , entre lelquels
étoient placés trois cartels chargés des
armes & des chiffres du Roi & de la Reine d'ELpagne
Le pourtour du choeur , étoit décoré d'un ordre
Ionique , en pilaftres & arcades , furmonté d'un
entablement , dont la frife étoit femée de fleursde-
lys d'or. Cette architecture étoit figurée en
marbre antique, & tous les ornemens étoient
dorés. Ses arcades étoient garnies de rideaux
noirs , rayés d'hermine , retroulés avec des cordons
treffés en or. Au-deffus de l'entablement ,
214 MERCURE DE FRANCE.
étoit un attique , orné à l'aplomb des arcades ,
de grands écullons aux armes d'Espagne , foutenus
par des lions , entourés de palmes & de guirlandes
en or , accompagnés de chiffres du Roi &
de la Rei e d'Espagne , fur un fond d'azur , groupés
de branches de cyprès.
L'Autel , élevé de plufieurs marches , étoit au
pied d'une niche , en marbre blanc. Le fond de
la niche étoit rempli par le fymbole de la Divinité
, entouré de nuages & de grands rayons dorés.
Au haut de l'attique , terminé en fronton, un
grand dais étoit placé en baldaquin , avec des
rideaux pendans & retrouffés , rayés d'hermine.
Le Catafalque , placé à l'entrée du choeur , étoit
fur un plan quarré long. Aux quatre angles, s'élevoient
quatre focles ,; d'où partoient , quatre
corps folides . Deux colonnes , d'ordre Ionique ,
étoient engagées dans chacun de ces corps , &
portoient un entablement pareil à celui de l'architecture
du choeur. Les deux petites faces de ce monument
, étoient difpofées en arcades . Les deux
grands côtés étoient terminés , quarrément , par
la plate-bande de l'entablement . Les colonnes de
verd antique , avoient leurs bafes & leurs chapiteaux
en or. Les corps folides étoient en marbre
jaune antique , avec des encadremens renfoncés ,
chargés de trophées militaires , & de médaillons
en or , liés par des guirlandes de lauriers.
Une pyramide de brêche violette, portée par un
piédeſtal de même marbre , terminoit le monument.
Sur les quatre faces de ce piédeſtal, étoient
les Ecuffons d'Eſpagne en relief, fupportés par
deux lions ; & fur les faces de la pyramide , des
Ecuffons d'Anjou , en or.
Sous la voute du Catafalque , fur une eſtrade
élevée de fix marches , pofoit un focle de verd
campan , chargé fur fes faces de bas-reliefs & de
agures de marbre en ronde boffe. Au-deffus du foFEVRIER
. 1760. 215
cle & fur les griffes de lion , étoit un farcophage
de porphire , couvert d'un drap mortuaire en or,
chargé des écuffons d'Eſpagne en broderie d'or ,
avec deux couronnes voilées d'un crêpe .
Le Catafalque étoit couvert d'un grand poêle à
quatre rideaux pendans & retrouflés , noirs , &
rayés d'hermine.
Toute cette décoration étoit dans le goût antique.
Ses ornemens , étoient du meilleur choix.
Leur éclat étoit relevé par le grand nombre &
par l'heureufe difpofition des lumieres. Il y avoit
beaucoup de richeffe dans les détails , beaucoup
de nobleſſe & de magnificence dans l'enfemble.
Cette pompe funèbre , ordonnée de la part de
Sa Majesté , par le Duc de Duras , Pair de France ,
premier Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
a été dirigée par le fieur de la Ferté , Intendant
des Menus- plaifirs du Roi , fur les deffeins du fieur
Michel Ange Slodtz , Deffinateur ordinaire de la
Chambre & du Cabinet de Sa Majeſté .
Suivant les regiftres publics des Eglifes Paroiffiales
de cette Ville , il eft mort , pendant le cours
de l'année derniére , 18446 perfonnes ; il s'y eſt
fait 4059 mariages ; il y a eu 19058 baptêmes ; &
le nombre des enfans trouvés monte à 5 264.
Le 20 Janvier, on a reſſenti ici , à dix heures & un
quart du foir , une légère ſecoufle de tremblement
de terre ; mais elle a été fi peu fenfible , que trèspeu
de perfonnes s'en font apperçues . On l'a reffentie
plus diftinctement , à Verlailles. On a appris
depuis, que ce tremblement de terre a été fenti
à Amfterdam , à Leyde & à Utrecht. Les lettres
de Bruxelles & de Cologne , parlent de quelques
fecoufles qui le précédèrent le 19. Il a été affez
violent dans ces deux Villes . Suivant les lettres de
Cologne , on a reffenti une nouvelle fecouffe le
21 , vers les quatre heures du matin. A Peronne,
les fecouffes du 20 au foir, durerent deux ou trois
216 MERCURE DE FRANCE.
minutes , & effrayerent plufieurs perfonnes , qui
fortirent précipitamment de leurs maifons , de
crainte d'être écralées fur leurs ruines. On a ap .
pris auffi , que le 22 de Décembre , la fecouffe di
tremblement de terre s'étoit faite fentir dans la
Norwege & dans le Duché de Holſtein . Cette fecoulle
a été précédée , en divers , endroits par un
violent coup de tonnerre.L'ébranlement a été confidérable,
à Hadersleben. Dans quelques villes, routes
les tuilles ont été jettées par terre. Cet accident
n'a pas eu d'autres fuites.
Le 1 Février , le fieur Gigot , Recteur de l'Uni-¸
verfité , accompagné des Doyens des quatre Facultés
& des Procureurs des Nations , ſe rendit à Verfailles
; & fuivant l'ancien ufage, il préſenta un
cierge au Roi , à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
, à Madame la Dauphine , & à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Le mêmejour, le Pere Aubert, Docteur de Sorbonne
, & Commandeur de l'Ordre de Notre
Dame de la Mercy , Rédemption des Captifs, accompagné
de trois Religieux de cet Ordre , eut
l'honneur de préfenter à la Reine un cierge , en
hommage & en reconnoillance de leur établiſſement
à Paris , par la feue Reine Marie de Médicis.
On a reçu avis de Toulon , que les vaiffeaux &
les frégates , qui étoient à Cadix depuis le combat
du fieur de la Clue , font rentrés dans le premier
de ces deux ports , au nombre de cinq vaiſſeaux &
trois frégates. Ils étoient fortis de Cadix immédiatement
après la tempête qui avoit difperfé l'Efcadre
Angloife.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
, s'eft fait le s de Février , en la manière
accoutumée. Les Numéros fortis de la roue de
fortune font 39 , 30 , 64 , 28 , 56. Le prochain
tirage fe fera le 6 du mois de Mars.
Le 1s de ce mois , on fit dans l'Eglife Métropolitaine
de cette Ville , un Service folemnel , par
ordre du Roi , pour le repos de l'ame de Ferdinand
, VI du nom , Roi d'Espagne , & de Marie-
Madelaine de Portugal , Reine d'Espagne , fon
époufe . Sa Majefté avoit nommé pour le grand
deuil du Roi d'Eſpagne, Monfeigneur le Dauphin ,
le Duc d'Orléans , le Prince de Condé ; & pour
celui de la Reine d'Espagne , Madame la Dauphine
, Madame , & Madame Victoire . Ces Princes
& Princeffes s'étant rendus à l'Archevêché , où
le Marquis de Dreux, Grand Maître des Cérémonies
, & le fieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies
en furvivance , allerent les prendre ,
lorfque tout fut prêt. Ils les conduifirent à l'Eglife ;
ils entrèrent par la grande porte , & furent pla
cés dans les hautes Italles , à droite & à gauche.
Plusieurs Archevêques & Evêques affiftèrent à
cette cérémonie , ainfi que le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides , l'Univerfité
, & le Corps de Ville. L'Archevêque de
Paris y officia pontificalement. L'Evêque de Vence
prononça l'Oraifon funèbre.
Le portail de l'Eglife étoit tendu en noir , avec
trois lès de velours, chargés d'écuffons , entre lelquels
étoient placés trois cartels chargés des
armes & des chiffres du Roi & de la Reine d'ELpagne
Le pourtour du choeur , étoit décoré d'un ordre
Ionique , en pilaftres & arcades , furmonté d'un
entablement , dont la frife étoit femée de fleursde-
lys d'or. Cette architecture étoit figurée en
marbre antique, & tous les ornemens étoient
dorés. Ses arcades étoient garnies de rideaux
noirs , rayés d'hermine , retroulés avec des cordons
treffés en or. Au-deffus de l'entablement ,
214 MERCURE DE FRANCE.
étoit un attique , orné à l'aplomb des arcades ,
de grands écullons aux armes d'Espagne , foutenus
par des lions , entourés de palmes & de guirlandes
en or , accompagnés de chiffres du Roi &
de la Rei e d'Espagne , fur un fond d'azur , groupés
de branches de cyprès.
L'Autel , élevé de plufieurs marches , étoit au
pied d'une niche , en marbre blanc. Le fond de
la niche étoit rempli par le fymbole de la Divinité
, entouré de nuages & de grands rayons dorés.
Au haut de l'attique , terminé en fronton, un
grand dais étoit placé en baldaquin , avec des
rideaux pendans & retrouffés , rayés d'hermine.
Le Catafalque , placé à l'entrée du choeur , étoit
fur un plan quarré long. Aux quatre angles, s'élevoient
quatre focles ,; d'où partoient , quatre
corps folides . Deux colonnes , d'ordre Ionique ,
étoient engagées dans chacun de ces corps , &
portoient un entablement pareil à celui de l'architecture
du choeur. Les deux petites faces de ce monument
, étoient difpofées en arcades . Les deux
grands côtés étoient terminés , quarrément , par
la plate-bande de l'entablement . Les colonnes de
verd antique , avoient leurs bafes & leurs chapiteaux
en or. Les corps folides étoient en marbre
jaune antique , avec des encadremens renfoncés ,
chargés de trophées militaires , & de médaillons
en or , liés par des guirlandes de lauriers.
Une pyramide de brêche violette, portée par un
piédeſtal de même marbre , terminoit le monument.
Sur les quatre faces de ce piédeſtal, étoient
les Ecuffons d'Eſpagne en relief, fupportés par
deux lions ; & fur les faces de la pyramide , des
Ecuffons d'Anjou , en or.
Sous la voute du Catafalque , fur une eſtrade
élevée de fix marches , pofoit un focle de verd
campan , chargé fur fes faces de bas-reliefs & de
agures de marbre en ronde boffe. Au-deffus du foFEVRIER
. 1760. 215
cle & fur les griffes de lion , étoit un farcophage
de porphire , couvert d'un drap mortuaire en or,
chargé des écuffons d'Eſpagne en broderie d'or ,
avec deux couronnes voilées d'un crêpe .
Le Catafalque étoit couvert d'un grand poêle à
quatre rideaux pendans & retrouflés , noirs , &
rayés d'hermine.
Toute cette décoration étoit dans le goût antique.
Ses ornemens , étoient du meilleur choix.
Leur éclat étoit relevé par le grand nombre &
par l'heureufe difpofition des lumieres. Il y avoit
beaucoup de richeffe dans les détails , beaucoup
de nobleſſe & de magnificence dans l'enfemble.
Cette pompe funèbre , ordonnée de la part de
Sa Majesté , par le Duc de Duras , Pair de France ,
premier Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
a été dirigée par le fieur de la Ferté , Intendant
des Menus- plaifirs du Roi , fur les deffeins du fieur
Michel Ange Slodtz , Deffinateur ordinaire de la
Chambre & du Cabinet de Sa Majeſté .
Suivant les regiftres publics des Eglifes Paroiffiales
de cette Ville , il eft mort , pendant le cours
de l'année derniére , 18446 perfonnes ; il s'y eſt
fait 4059 mariages ; il y a eu 19058 baptêmes ; &
le nombre des enfans trouvés monte à 5 264.
Le 20 Janvier, on a reſſenti ici , à dix heures & un
quart du foir , une légère ſecoufle de tremblement
de terre ; mais elle a été fi peu fenfible , que trèspeu
de perfonnes s'en font apperçues . On l'a reffentie
plus diftinctement , à Verlailles. On a appris
depuis, que ce tremblement de terre a été fenti
à Amfterdam , à Leyde & à Utrecht. Les lettres
de Bruxelles & de Cologne , parlent de quelques
fecoufles qui le précédèrent le 19. Il a été affez
violent dans ces deux Villes . Suivant les lettres de
Cologne , on a reffenti une nouvelle fecouffe le
21 , vers les quatre heures du matin. A Peronne,
les fecouffes du 20 au foir, durerent deux ou trois
216 MERCURE DE FRANCE.
minutes , & effrayerent plufieurs perfonnes , qui
fortirent précipitamment de leurs maifons , de
crainte d'être écralées fur leurs ruines. On a ap .
pris auffi , que le 22 de Décembre , la fecouffe di
tremblement de terre s'étoit faite fentir dans la
Norwege & dans le Duché de Holſtein . Cette fecoulle
a été précédée , en divers , endroits par un
violent coup de tonnerre.L'ébranlement a été confidérable,
à Hadersleben. Dans quelques villes, routes
les tuilles ont été jettées par terre. Cet accident
n'a pas eu d'autres fuites.
Le 1 Février , le fieur Gigot , Recteur de l'Uni-¸
verfité , accompagné des Doyens des quatre Facultés
& des Procureurs des Nations , ſe rendit à Verfailles
; & fuivant l'ancien ufage, il préſenta un
cierge au Roi , à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
, à Madame la Dauphine , & à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Le mêmejour, le Pere Aubert, Docteur de Sorbonne
, & Commandeur de l'Ordre de Notre
Dame de la Mercy , Rédemption des Captifs, accompagné
de trois Religieux de cet Ordre , eut
l'honneur de préfenter à la Reine un cierge , en
hommage & en reconnoillance de leur établiſſement
à Paris , par la feue Reine Marie de Médicis.
On a reçu avis de Toulon , que les vaiffeaux &
les frégates , qui étoient à Cadix depuis le combat
du fieur de la Clue , font rentrés dans le premier
de ces deux ports , au nombre de cinq vaiſſeaux &
trois frégates. Ils étoient fortis de Cadix immédiatement
après la tempête qui avoit difperfé l'Efcadre
Angloife.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
, s'eft fait le s de Février , en la manière
accoutumée. Les Numéros fortis de la roue de
fortune font 39 , 30 , 64 , 28 , 56. Le prochain
tirage fe fera le 6 du mois de Mars.
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Résumé : DE PARIS, le 19 Janvier 1760, & jours suivans.
Le 1er janvier 1760, un service solennel fut organisé dans l'église métropolitaine de Paris pour honorer la mémoire de Ferdinand VI, roi d'Espagne, et de Marie-Madeleine de Portugal, reine d'Espagne. Ce service fut ordonné par le roi de France, qui désigna le Dauphin, le Duc d'Orléans et le Prince de Condé pour le grand deuil du roi d'Espagne, et Madame la Dauphine, Madame et Madame Victoire pour celui de la reine d'Espagne. Les princes et princesses furent conduits à l'église par le Marquis de Dreux et le sieur de Nantouillet. La cérémonie fut assistée par plusieurs archevêques, évêques, ainsi que par le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aides, l'Université et le Corps de Ville. L'archevêque de Paris officia pontificalement, et l'évêque de Vence prononça l'oraison funèbre. L'église était somptueusement décorée : le portail était tendu de noir avec des écussons, le chœur orné d'un ordre ionique en pilastres et arcades, et un catafalque richement décoré. La décoration, dirigée par le sieur de la Ferté et conçue par Michel Ange Slodtz, était dans le goût antique et d'une grande magnificence. Les registres publics des églises paroissiales de Paris indiquèrent 18 446 décès, 4 059 mariages, 19 058 baptêmes et 5 264 enfants trouvés pour l'année précédente. Le 20 janvier, une légère secousse de tremblement de terre fut ressentie à Paris, plus distinctement à Versailles, et signalée à Amsterdam, Leyde, Utrecht, Bruxelles et Cologne. Des secousses furent également ressenties en Norvège et dans le Duché de Holstein. Le 1er février, le sieur Gigot, recteur de l'Université, présenta un cierge au roi, à la reine et à d'autres membres de la famille royale à Versailles. Le même jour, le Père Aubert présenta un cierge à la reine en reconnaissance de l'établissement de l'Ordre de Notre Dame de la Mercy à Paris. Des nouvelles de Toulon indiquèrent le retour de vaisseaux et de frégates à Cadix après une tempête. Enfin, le tirage de la loterie de l'École Royale Militaire eut lieu le 6 février, avec les numéros 39, 30, 64, 28 et 56.
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529
p. 257-258
GRAVURE.
Début :
Nous annonçâmes en 1758, deux estampes gravées par M. Gaillard, d'après M. Boucher, [...]
Mots clefs :
Estampes, Grâce, Beauté, Tableaux, Plaisir, Nouveautés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
Nous annonçâmes en 1758 , deux eftampest
gravées par M. Gaillard , d'après M. Boucher ,
& qui ont pour titre , les amansfurpris , & l'agréa
ble leçon. Le gracieux de ces eftampes , ayant
parfaitement imité la beauté des tableaux , le
Public a marqué combien elles lui faifoient de
258 MERCURE DE FRANCE.
plaifir , par le prompt débit qui s'en eft fait . Ainfi
on a lieu d'efpérer , qu'il recevra avec le même
agrément deux autres nouvelles Eftampes , gravées
par la même main , d'après le mêine grand
Peintre , & de la forme des précédentes . Elles ont
pour titre , le Berger récompenfé , & le Panier
mystérieux.
Elles fe vendent chez l'Auteur , rue S. Jacques ,
au-deilus des Jacobins , entre un Perruquier &
une Lingére.
Nous annonçâmes en 1758 , deux eftampest
gravées par M. Gaillard , d'après M. Boucher ,
& qui ont pour titre , les amansfurpris , & l'agréa
ble leçon. Le gracieux de ces eftampes , ayant
parfaitement imité la beauté des tableaux , le
Public a marqué combien elles lui faifoient de
258 MERCURE DE FRANCE.
plaifir , par le prompt débit qui s'en eft fait . Ainfi
on a lieu d'efpérer , qu'il recevra avec le même
agrément deux autres nouvelles Eftampes , gravées
par la même main , d'après le mêine grand
Peintre , & de la forme des précédentes . Elles ont
pour titre , le Berger récompenfé , & le Panier
mystérieux.
Elles fe vendent chez l'Auteur , rue S. Jacques ,
au-deilus des Jacobins , entre un Perruquier &
une Lingére.
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Résumé : GRAVURE.
En 1758, M. Gaillard publie deux gravures inspirées par Boucher : 'Les amants surpris' et 'L'agréable leçon'. Leur succès commercial est rapide. Deux autres gravures, 'Le Berger récompensé' et 'Le Panier mystérieux', sont annoncées. Elles sont disponibles chez l'auteur, rue Saint-Jacques, entre un perruquier et une lingère.
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530
p. 205-206
Aux Amateurs de l'Architecture.
Début :
Le Sieur Malhortie s'est livré tout entier depuis plusieurs années, [...]
Mots clefs :
Architecture, Théorie, Pratique, Construction, Bâtiment, Connaissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Aux Amateurs de l'Architecture.
A.x Amateurs de l'Architecture.
LE SIEUR Malhortie s'eft livré tout entier depuis
plusieurs années , à l'étude de l'Architecture ,
& de tout ce qui peut être relatif à cet Art.
Il connoît les parties effentielles des Mathématiques
, & a cultivé également les connoiffances
de Théorie & de Pratique , telles que la coupe des
pierres , la conftruction & la compofition de la
Charpente , celle de la Menuiferie, &c. Il s'eft auffi
mis en état d'être employé dans la partie des Méchaniques
, pour accélérer la conſtruction des bâtimens
. Il peut faire & éxécuter les deffeins , des
plans , élévations géométrales , & perſpectives ,
les coupes & les développemens du bâtiment.
*. Comine le fieur Malhortie a. fuivi avec exactitude
& profit le Cours de M. Blondel , qui a joint
à fes autres bontés , celle de lui faire dicter fes
leçons à fes Eleves externes ; il eft en état de donner
les principes d'Architecture & de Mathématiques
, enfemble , ou féparément.
Son objet feroit , de fe rendre utile aux perfonnes
de qualité , foit en enfeignant aux uns les
Elémens , foit en repaffant avec les autres les
différens Cours de M. Blondel .
Le fieur Malhortie , fe rendra chez les perfon
nes, qui voudront l'employer , auxjours & heus
206 MERCURE DE FRANCE.
res qui leur feront le plus commodes. Il fe contentera
d'honoraires très modiques.
Le fieur Malhortie demeure fur le Pont Notre-
Dame , près & du côté de S. Denys de la Chartre ,
dans l'allée attenant le poreau d'affiche , entre le
Doreur & la Coutariére , au quatrième. En cas
d'abfence , on pourra remettre les billets d'avertiffement
qu'on lui enverra , chez le voisin au
deffous de lui , ou chez le Doreur.
LE SIEUR Malhortie s'eft livré tout entier depuis
plusieurs années , à l'étude de l'Architecture ,
& de tout ce qui peut être relatif à cet Art.
Il connoît les parties effentielles des Mathématiques
, & a cultivé également les connoiffances
de Théorie & de Pratique , telles que la coupe des
pierres , la conftruction & la compofition de la
Charpente , celle de la Menuiferie, &c. Il s'eft auffi
mis en état d'être employé dans la partie des Méchaniques
, pour accélérer la conſtruction des bâtimens
. Il peut faire & éxécuter les deffeins , des
plans , élévations géométrales , & perſpectives ,
les coupes & les développemens du bâtiment.
*. Comine le fieur Malhortie a. fuivi avec exactitude
& profit le Cours de M. Blondel , qui a joint
à fes autres bontés , celle de lui faire dicter fes
leçons à fes Eleves externes ; il eft en état de donner
les principes d'Architecture & de Mathématiques
, enfemble , ou féparément.
Son objet feroit , de fe rendre utile aux perfonnes
de qualité , foit en enfeignant aux uns les
Elémens , foit en repaffant avec les autres les
différens Cours de M. Blondel .
Le fieur Malhortie , fe rendra chez les perfon
nes, qui voudront l'employer , auxjours & heus
206 MERCURE DE FRANCE.
res qui leur feront le plus commodes. Il fe contentera
d'honoraires très modiques.
Le fieur Malhortie demeure fur le Pont Notre-
Dame , près & du côté de S. Denys de la Chartre ,
dans l'allée attenant le poreau d'affiche , entre le
Doreur & la Coutariére , au quatrième. En cas
d'abfence , on pourra remettre les billets d'avertiffement
qu'on lui enverra , chez le voisin au
deffous de lui , ou chez le Doreur.
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Résumé : Aux Amateurs de l'Architecture.
Le texte présente le sieur Malhortie, un expert en architecture ayant étudié cet art et ses disciplines connexes pendant plusieurs années. Il maîtrise les mathématiques, la coupe des pierres, la construction, la charpente, la menuiserie et la mécanique pour accélérer la construction des bâtiments. Malhortie est capable de réaliser divers types de plans et de dessins architecturaux. Il a suivi les cours de M. Blondel et peut enseigner les principes d'architecture et de mathématiques, soit ensemble, soit séparément. Il souhaite enseigner ces disciplines ou reprendre les cours de M. Blondel pour des personnes de qualité. Malhortie se rendra chez ses employeurs aux jours et heures qui leur conviendront, pour des honoraires modiques. Il réside sur le Pont Notre-Dame, près de Saint-Denis de la Chartre, et fournit des informations pour le dépôt des billets en cas d'absence.
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531
p. 206
« Le sieur Sire Jacob donne avis au Publix, que son père, Indien de Nation, lui a laissé, [...] »
Début :
Le sieur Sire Jacob donne avis au Publix, que son père, Indien de Nation, lui a laissé, [...]
Mots clefs :
Indien, Carmin des Indes, Brillance, Beauté, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Sire Jacob donne avis au Publix, que son père, Indien de Nation, lui a laissé, [...] »
Le fieur Sire Jacob donne avis au Public , que
fon père , Indien de Nation , lui a laiffé , avant que
de mourir , le fecret du parfait Carmin des Indes,
qa'il vient de mettre au jour , & après l'avoir fait
examiner par MM . de l'Académie Royale des
Peintres ; MM . Aved & Chardin de la fufdite Académie
, lui ont dit , qu'il n'y avoit rien de plus
beau & de plus brillant que fon Carmin , & qu'ils
lui permettoient , non feulement de citer leurs
noms , dans tous les billets qu'il diftribuera ;
mais même dans tout ce qu'il jugereit à propos.
Il fait auffi le rouge le plus parfait à l'ufage des
Dames ; comme auffi l'Opiat & le Corail , à l'épine
vinette, pour les dents . Le fieur Sire Jacob demeure
place du Puits d'Amour , chez le fieur Selle , marchand
Teinturier , rue la grande Truanderie , & fa
boutique eft au jardin du Palais Royal , vis-à-vis
le Caffé de Foi .
fon père , Indien de Nation , lui a laiffé , avant que
de mourir , le fecret du parfait Carmin des Indes,
qa'il vient de mettre au jour , & après l'avoir fait
examiner par MM . de l'Académie Royale des
Peintres ; MM . Aved & Chardin de la fufdite Académie
, lui ont dit , qu'il n'y avoit rien de plus
beau & de plus brillant que fon Carmin , & qu'ils
lui permettoient , non feulement de citer leurs
noms , dans tous les billets qu'il diftribuera ;
mais même dans tout ce qu'il jugereit à propos.
Il fait auffi le rouge le plus parfait à l'ufage des
Dames ; comme auffi l'Opiat & le Corail , à l'épine
vinette, pour les dents . Le fieur Sire Jacob demeure
place du Puits d'Amour , chez le fieur Selle , marchand
Teinturier , rue la grande Truanderie , & fa
boutique eft au jardin du Palais Royal , vis-à-vis
le Caffé de Foi .
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Résumé : « Le sieur Sire Jacob donne avis au Publix, que son père, Indien de Nation, lui a laissé, [...] »
Le sieur Sire Jacob a hérité de son père le secret du parfait carmin des Indes, approuvé par MM. Aved et Chardin. Il fabrique également un rouge pour dames, de l'opiat et du corail à l'épine vinette. Il réside place du Puits d'Amour et sa boutique est au jardin du Palais Royal.
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532
p. 76
LOGOGRYPHE.
Début :
Chef d'oeuvre d'Iphicrate, & d'Epaminondas, [...]
Mots clefs :
Colonne
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
CHEF HEF D'OEUVRE d'Iphicrate ,& d'Epaminondas,
C'eftpar moi que Gonfalve*a marché fur leurs pas.
Si dans un autre fens quelqu'un veut me connoître;
Au Louvre , mieux qu'ailleurs , il peut me voir paroître.
Mais , Lecteur , pour venir à la déduction
Des mors que je produis , par ma diſſection ;
Cherche un Navigateur , un parent , une Ville,
Où Marcellus parut auffi brave qu'habile ;
Ce qu'Achille prenoit du célèbre Chiron ,
Et que donnoit Polybe au jeune Scipion.
Un jour très-folemnel ; ce fameux Patriarche ,
Préfervé du déluge , à la faveur de l'Arche ;
Un illuftre guerrier , & dont Artaxerxès ,
Au grand Agéfilas , oppofa les fuccès ;
Ce que , pour être femme , une fille defire . .....
C'eft affez : finiffons : il ne faut pas tout dire.
-*
Surnommé le Grand Capitaine : c'eft le Turenne
des Efpagnols.
Par M. DE LANEVERE , ancien Mousquetaire
du Roi , à Dax le …… ..
CHEF HEF D'OEUVRE d'Iphicrate ,& d'Epaminondas,
C'eftpar moi que Gonfalve*a marché fur leurs pas.
Si dans un autre fens quelqu'un veut me connoître;
Au Louvre , mieux qu'ailleurs , il peut me voir paroître.
Mais , Lecteur , pour venir à la déduction
Des mors que je produis , par ma diſſection ;
Cherche un Navigateur , un parent , une Ville,
Où Marcellus parut auffi brave qu'habile ;
Ce qu'Achille prenoit du célèbre Chiron ,
Et que donnoit Polybe au jeune Scipion.
Un jour très-folemnel ; ce fameux Patriarche ,
Préfervé du déluge , à la faveur de l'Arche ;
Un illuftre guerrier , & dont Artaxerxès ,
Au grand Agéfilas , oppofa les fuccès ;
Ce que , pour être femme , une fille defire . .....
C'eft affez : finiffons : il ne faut pas tout dire.
-*
Surnommé le Grand Capitaine : c'eft le Turenne
des Efpagnols.
Par M. DE LANEVERE , ancien Mousquetaire
du Roi , à Dax le …… ..
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533
p. 210-211
« Le sieur Beauvarlet, Graveur, rue S. Jacques, vis-à-vis celle des Mathurins, vient de mettre au jour deux [...] »
Début :
Le sieur Beauvarlet, Graveur, rue S. Jacques, vis-à-vis celle des Mathurins, vient de mettre au jour deux [...]
Mots clefs :
Graveur, Estampes, Artiste, Talents, Tableau, Beauté, Morceaux
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texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Beauvarlet, Graveur, rue S. Jacques, vis-à-vis celle des Mathurins, vient de mettre au jour deux [...] »
Le Geur BEAUVARLET , Graveur, rue S. Jacques,
vis- à - vis celle des Mathurins , vient de mettre
au jour deux Eftampes qui justifient les grandes
efpérances que ce jeune Artie , plein de feu &.
d'émulation , a déja fait concevoir de les talens .
L'une eft intitulée Action métamorphofé en Cerf,
elle elt dédiée à M. le Cote de Coigny , gra-,
vée de même grandeur que le Tableau , dont les
figures font peintes par Rothenhames , & le
Paysage par Benghel de Velours . L'autre eft
un Colin-Maillard, qui fait le pendant à la baf
cule , qui eft aujou depuis quelque temps. Cerie.
Etampe eft des plus he reufes pour la compofition,
Le Graveur a fçu conferver la fraîcheur &
la touche du pinceau ; leafemble eft , on ne peut,
plus agréable . Noas ofons préfumer que les Con
noilleurs ne pourront qu'en admirer le faire ,
tout à la fois favant & gracieux. Tel eft l'effet
AOUST. 1760. 211
4
que produit celle qui a pour titre , Adéon métamorphofé
en Cerf : plus on la regarde , plus elle
plait , plus elle fatisfait , tant par le précieux que
par le fini.
Nous croyons devoir avertir le Public , que le
même Artiſte a entrepris quatre grands morceaux
d'après Luc Jourdans : il eft après le premier, dont
le fujet eft L'enlevement des Sabines . Quand il
l'aura fini & mis au jour , il propofera les trois
autres par foufcription . Il a cru devoir en agir
ainfi , afin de mettre les Amateurs, à portée de fe
décider plus fûrement. Ceux qui defireroient voir
les admirables Tableaux dont il s'agit , peuvent
fe fatisfaire en allant chez le fieur Beauvarlet ,
qui fe fait un plaifir de les faire voir.
vis- à - vis celle des Mathurins , vient de mettre
au jour deux Eftampes qui justifient les grandes
efpérances que ce jeune Artie , plein de feu &.
d'émulation , a déja fait concevoir de les talens .
L'une eft intitulée Action métamorphofé en Cerf,
elle elt dédiée à M. le Cote de Coigny , gra-,
vée de même grandeur que le Tableau , dont les
figures font peintes par Rothenhames , & le
Paysage par Benghel de Velours . L'autre eft
un Colin-Maillard, qui fait le pendant à la baf
cule , qui eft aujou depuis quelque temps. Cerie.
Etampe eft des plus he reufes pour la compofition,
Le Graveur a fçu conferver la fraîcheur &
la touche du pinceau ; leafemble eft , on ne peut,
plus agréable . Noas ofons préfumer que les Con
noilleurs ne pourront qu'en admirer le faire ,
tout à la fois favant & gracieux. Tel eft l'effet
AOUST. 1760. 211
4
que produit celle qui a pour titre , Adéon métamorphofé
en Cerf : plus on la regarde , plus elle
plait , plus elle fatisfait , tant par le précieux que
par le fini.
Nous croyons devoir avertir le Public , que le
même Artiſte a entrepris quatre grands morceaux
d'après Luc Jourdans : il eft après le premier, dont
le fujet eft L'enlevement des Sabines . Quand il
l'aura fini & mis au jour , il propofera les trois
autres par foufcription . Il a cru devoir en agir
ainfi , afin de mettre les Amateurs, à portée de fe
décider plus fûrement. Ceux qui defireroient voir
les admirables Tableaux dont il s'agit , peuvent
fe fatisfaire en allant chez le fieur Beauvarlet ,
qui fe fait un plaifir de les faire voir.
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Résumé : « Le sieur Beauvarlet, Graveur, rue S. Jacques, vis-à-vis celle des Mathurins, vient de mettre au jour deux [...] »
Le graveur Geur Beauvarlet, résidant rue Saint-Jacques, a récemment publié deux estampes. La première, 'Action métamorphosé en Cerf', dédiée à M. le Comte de Coigny, reproduit un tableau avec des figures peintes par Rothenhames et un paysage par Benghel de Velours. La seconde, 'Colin-Maillard', est appréciée pour sa composition, sa fraîcheur et sa touche. En août 1760, 'Action métamorphosé en Cerf' est saluée pour son attrait croissant, sa précision et son fini. Beauvarlet travaille également sur quatre grandes œuvres d'après Luc Jourdans, dont la première, 'L'enlèvement des Sabines', est en cours. Les trois autres seront proposées par souscription. Les tableaux originaux peuvent être consultés chez le sieur Beauvarlet.
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534
p. 210-211
Heureuse découverte pour la Peinture.
Début :
M. le Lieutenant de Police, avant que de faire la faveur de donner [...]
Mots clefs :
Auteur, Impression, Tableau, Peinture, Certificat, Vernis, Couleurs, Vivacité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Heureuse découverte pour la Peinture.
Heureufe découverte pour la Peinture.
M. le Lieutenant de Police , avant que de faire
la faveur de donner à l'Auteur la permiſſion d'imprimer
, a eu la bonté d'envoyer à M. Cochin ,
Garde des Deffeins du Cabinet du Roi , aux Galeries
du Louvre , un petit Tableau pour fçavoir
de lui ce qu'il penferoit de ce furprenant vernis
afin que les curieux en Peinture ne fuffent pas
trompés davantage . M. Cochin l'ayant approuvé ,
M. Bachelier, Peintre ordinaire du Roi & de fon
Académie , en a fait l'analyfe & en a donné fon
Certificat comme on le verra ci- deffous. Il feroit
inutile d'en dire davantage : l'on fçait trop bien
les dommages que les Tableaux ont reçus des
vernis ordinaires que l'on ne fçauroit enlever fans
gâter les foibles touches qui font toutes les graces
du Tableau & font écailler la peinture . Ce vernis
que nous annonçons, redonne aux couleurs toute
leur vivacité ; il fait reparoître à nos yeux tout ce
qui s'étoit perdu , & avec un éclar fans pareil . Il
s'enleve ailément,après nombre d'années, avec une
éponge, & laiffe la peinture dans fa beauté fans
jamais rien gâter . L'Auteur fe fait gloire d'offrir
fes fervices aux Curieux. Il ne vend point fon
vernis , il l'employe lui-même ; on ne dérangepien
dans les appartemens : il vernit les Tableaux
OCTOBRE . 1760. 211
à leur place, comme il a fait en Angleterre , ou
if a demeuré 35 ans.
M. Burel , demeure rue S. Honoré , au coin
de celle du Chantre , Maiſon neuve , au troifiéme
étage.
M. le Lieutenant de Police , avant que de faire
la faveur de donner à l'Auteur la permiſſion d'imprimer
, a eu la bonté d'envoyer à M. Cochin ,
Garde des Deffeins du Cabinet du Roi , aux Galeries
du Louvre , un petit Tableau pour fçavoir
de lui ce qu'il penferoit de ce furprenant vernis
afin que les curieux en Peinture ne fuffent pas
trompés davantage . M. Cochin l'ayant approuvé ,
M. Bachelier, Peintre ordinaire du Roi & de fon
Académie , en a fait l'analyfe & en a donné fon
Certificat comme on le verra ci- deffous. Il feroit
inutile d'en dire davantage : l'on fçait trop bien
les dommages que les Tableaux ont reçus des
vernis ordinaires que l'on ne fçauroit enlever fans
gâter les foibles touches qui font toutes les graces
du Tableau & font écailler la peinture . Ce vernis
que nous annonçons, redonne aux couleurs toute
leur vivacité ; il fait reparoître à nos yeux tout ce
qui s'étoit perdu , & avec un éclar fans pareil . Il
s'enleve ailément,après nombre d'années, avec une
éponge, & laiffe la peinture dans fa beauté fans
jamais rien gâter . L'Auteur fe fait gloire d'offrir
fes fervices aux Curieux. Il ne vend point fon
vernis , il l'employe lui-même ; on ne dérangepien
dans les appartemens : il vernit les Tableaux
OCTOBRE . 1760. 211
à leur place, comme il a fait en Angleterre , ou
if a demeuré 35 ans.
M. Burel , demeure rue S. Honoré , au coin
de celle du Chantre , Maiſon neuve , au troifiéme
étage.
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Résumé : Heureuse découverte pour la Peinture.
Le texte présente une découverte significative dans le domaine de la peinture. Un tableau a été envoyé au Lieutenant de Police, qui l'a transmis à M. Cochin, Garde des Dessins du Cabinet du Roi, pour évaluer un nouveau vernis. M. Cochin a validé ce vernis, et M. Bachelier, Peintre ordinaire du Roi, a effectué une analyse et fourni un certificat. Le vernis traditionnel endommage les tableaux en altérant les touches délicates et en provoquant des écaillures. Le nouveau vernis, en revanche, restaure la vivacité des couleurs, révèle les détails perdus et peut être retiré facilement avec une éponge sans abîmer la peinture. L'auteur, M. Burel, propose ses services aux amateurs de peinture et précise qu'il n'est pas un vendeur de vernis. Il applique lui-même le vernis sur place, comme il l'a fait en Angleterre où il a duré 35 ans. M. Burel réside rue Saint-Honoré, au coin de la rue du Chantre, dans une maison neuve, au troisième étage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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535
p. [5]-8
VERS sur l'Exposition des Tableaux au Sallon du Louvre en 1761.
Début :
QUEL spectacle pompeux vient frapper nos regards ! [...]
Mots clefs :
Yeux, Histoire, Nature, Gloire, Roi, Avenir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur l'Exposition des Tableaux au Sallon du Louvre en 1761.
VERS fur l'Expofition des Tableaux
au Sallon du Louvre en 1761..
QUEL VEL fpectacle pompeux vient frapper nos regards
!
Quel triomphe eft offert à la docte Peinture !
Cent chef-d'oeuvres divers avec éclat épars ,
De lauriers immortels couronnent la Nature ,
Et femblent réunis pour la gloire des Arts.
II. Vol
A iij
1
16 MERCURE DE FRANCE .
Louis s'offre à mes yeux , Dieux ! quelle main
hardie
Transporte à l'avenir le Portrait de mon Roi
* Vanlo , cette heureuſe faillie ,
Ce fuccès étonnant qui n'étoit dû qu'à toi ,
Immortalife ton génie.
Ce n'étoit pas affez que le plus tendre amour
Dans le fond de nos coeurs eût gravé (on image ,
Il falloit expofer au jour
Un Monument qui fçût en être enfin le gage.
Séduit par cent morceaux rares & précieux
Dont le choix prèſqu'inestimable ,
Forme dans ce Palais un coup d'oeil admirables
Sur la Tour , fur Roflin on arrête les yeux :
2.
Ces Rigauds de nos jours , nés pour peindre les
Dieux ,
Triomphent , occupent la Scène;
Et rivaux fans diſſenfion ,
C'eſt à qui dans la route où la gloire les méne ,
Atteindra la perfection.
** Un fublime talent me rappelle à moi- même :
Admirons ! c'est ici qu'avec un goût extrême
Les Arts ont rapproché leurs chefs - d'oeuvres fçavans
;
*** Vanlo, Dumont , Reflout , Boucher , Peintres
d'Hiftoire ,
* Premier Peintre du Roi d'Espagne.
**
L'Hiftoire.
*** Carle Van-loo , célébre Peintred'Hiftoire.
OCTOBRE . 176 !. 7
Dont les noms ne fçauroient paffer qu'avec les
temps ,
S'éfforcent à l'envi d'obtenir la victoire.
Pierre dont le génie en tous lieux eft vanté ,
Marche d'un pas égal à l'Immortalité.
Le Dieu qui préfide au Parnaffe ,
Content de leurs fréquens fuccès ,
Près des Coypels , des Jouvenets
A déja défigné leur place.
+
En dépit de leurs Envieux ,
Je les vois couronnés par les mains de la Gloire.
Ainfi l'Artiſte vertueux
Verra de fon vivant refpecter fa mémoire.
Qu'apperçois -je ! ô prodige ! ô moment fortuné !
La Sculpture eft portée à ſon plus haut degré.
Lemoyne , Falconet , Vaffé , Mignot , Pigale ,
Nous l'offrent aujourd'hui dans toute fa vigueur }
Et l'Antiquité leur rivale
Reprend fous leur cifeau fa première fplendeur.
Parcourons ce charmant afyle.
Ici , plus d'une main habile
Prend , pour ſe diftinguer , des chemins différens.
II eft de ces heureux talens ,
Dont les yeux enchantés chériffent l'impofture.
Cochin , Cars, & le Bas, par leur préciſion ,
Du fage Connoiffeur , font l'admiration :
Vernet , Chardin , Machy , rivaux de la Nature ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Nous la préfentent dans fon beau:
Païfages , Animaux , Figure , Architecture ,
Tout s'anime fous leur pinceau .
D'une nature fimple , imitateur févére ,
Greufe fait dans un goût nouveau ,
Saifir l'art de furprendre , & le fecret de plaire.
Pour rendre à l'avenir les faits les plus brillans.
Et confacrer ton augufte mémoire ,
Dit , à Louis , la Mufe de l'Hiftoire ,
Minerve a fçu former ces hommes excellens 3
Ils vont me feconder dans un fi noble Ouvrages
Tandis que j'écrirai tes exploits glorieux ,
Leur fublime crayon en tracera l'image ;
J'enchanterai les coeurs , ils charmeront les yeux.
BAILLY , Garde des Tableaux du Roi..
au Sallon du Louvre en 1761..
QUEL VEL fpectacle pompeux vient frapper nos regards
!
Quel triomphe eft offert à la docte Peinture !
Cent chef-d'oeuvres divers avec éclat épars ,
De lauriers immortels couronnent la Nature ,
Et femblent réunis pour la gloire des Arts.
II. Vol
A iij
1
16 MERCURE DE FRANCE .
Louis s'offre à mes yeux , Dieux ! quelle main
hardie
Transporte à l'avenir le Portrait de mon Roi
* Vanlo , cette heureuſe faillie ,
Ce fuccès étonnant qui n'étoit dû qu'à toi ,
Immortalife ton génie.
Ce n'étoit pas affez que le plus tendre amour
Dans le fond de nos coeurs eût gravé (on image ,
Il falloit expofer au jour
Un Monument qui fçût en être enfin le gage.
Séduit par cent morceaux rares & précieux
Dont le choix prèſqu'inestimable ,
Forme dans ce Palais un coup d'oeil admirables
Sur la Tour , fur Roflin on arrête les yeux :
2.
Ces Rigauds de nos jours , nés pour peindre les
Dieux ,
Triomphent , occupent la Scène;
Et rivaux fans diſſenfion ,
C'eſt à qui dans la route où la gloire les méne ,
Atteindra la perfection.
** Un fublime talent me rappelle à moi- même :
Admirons ! c'est ici qu'avec un goût extrême
Les Arts ont rapproché leurs chefs - d'oeuvres fçavans
;
*** Vanlo, Dumont , Reflout , Boucher , Peintres
d'Hiftoire ,
* Premier Peintre du Roi d'Espagne.
**
L'Hiftoire.
*** Carle Van-loo , célébre Peintred'Hiftoire.
OCTOBRE . 176 !. 7
Dont les noms ne fçauroient paffer qu'avec les
temps ,
S'éfforcent à l'envi d'obtenir la victoire.
Pierre dont le génie en tous lieux eft vanté ,
Marche d'un pas égal à l'Immortalité.
Le Dieu qui préfide au Parnaffe ,
Content de leurs fréquens fuccès ,
Près des Coypels , des Jouvenets
A déja défigné leur place.
+
En dépit de leurs Envieux ,
Je les vois couronnés par les mains de la Gloire.
Ainfi l'Artiſte vertueux
Verra de fon vivant refpecter fa mémoire.
Qu'apperçois -je ! ô prodige ! ô moment fortuné !
La Sculpture eft portée à ſon plus haut degré.
Lemoyne , Falconet , Vaffé , Mignot , Pigale ,
Nous l'offrent aujourd'hui dans toute fa vigueur }
Et l'Antiquité leur rivale
Reprend fous leur cifeau fa première fplendeur.
Parcourons ce charmant afyle.
Ici , plus d'une main habile
Prend , pour ſe diftinguer , des chemins différens.
II eft de ces heureux talens ,
Dont les yeux enchantés chériffent l'impofture.
Cochin , Cars, & le Bas, par leur préciſion ,
Du fage Connoiffeur , font l'admiration :
Vernet , Chardin , Machy , rivaux de la Nature ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Nous la préfentent dans fon beau:
Païfages , Animaux , Figure , Architecture ,
Tout s'anime fous leur pinceau .
D'une nature fimple , imitateur févére ,
Greufe fait dans un goût nouveau ,
Saifir l'art de furprendre , & le fecret de plaire.
Pour rendre à l'avenir les faits les plus brillans.
Et confacrer ton augufte mémoire ,
Dit , à Louis , la Mufe de l'Hiftoire ,
Minerve a fçu former ces hommes excellens 3
Ils vont me feconder dans un fi noble Ouvrages
Tandis que j'écrirai tes exploits glorieux ,
Leur fublime crayon en tracera l'image ;
J'enchanterai les coeurs , ils charmeront les yeux.
BAILLY , Garde des Tableaux du Roi..
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536
p. 43-46
ODE SUR LE SALLON. On s'est borné uniquement à ce qui regarde le ROI. IL est permis à la Peinture de présenter des Esquisses ; sera-t-il défendu à la Poësie d'en offrir, quand la briéveté du temps empêche de travailler son Sujet avec le soin qu'il exige ?
Début :
DU génie honorable asyle, [...]
Mots clefs :
Roi, Jour, Paix, Temps, Traits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LE SALLON. On s'est borné uniquement à ce qui regarde le ROI. IL est permis à la Peinture de présenter des Esquisses ; sera-t-il défendu à la Poësie d'en offrir, quand la briéveté du temps empêche de travailler son Sujet avec le soin qu'il exige ?
ODE SUR LE SALLON.
On s'eft borné uniquement à ce qui
regarde le Roi.
IL eft permis à la Peinture de préſenter
des Efquiffes ; fera -t-il défendu à
la Poëfie d'en offrir , quand la briéveté
du temps empêche de travailler
fon Sujet avec le foin qu'ilexige ?
Du génie honorable afyle ,
Augufte Temple des Beaux- Arts ,
Sallon en merveilles fertile ,
Que vous enchantez mes regards !
Eft-ce là l'effet du tonnerre ?
Comment dans le fein de la guerre
Sont nés ces doux fruits de la paix ?
C'eft Colbert qui les fait éclorre ;
Je le vois refpir er encore ,
Il prend de Marigni les traits.
Hé qui pourroit le méconnoître
A cet efprit für & brillant ,
Qui fait déterrer , faire naître ,
Et mettre en place le talent ;
44
MERCURE
DE FRANCE.
Et les Zeuxis & les Apelles ,
Les Phidias , les Praxiteles
Se reproduifent fous fes loix.
Partout le grand nous le découvre
On le voit achever fon Louvre ,
Et Perrault paroître à ſa voix.
De ton Monarque * augufte , ô France ,
Contemple les traits adorés ,
Son air doux , fa noble preftauce ,
De fon oeil les feux tempérés ;
Voi fur fon front la bonté même ,
Avec la Majefté ſuprême ,
D'un rare accord fe concerter :
Riches fleurons du diadême ,
Mêlange heureux qui fait qu'on aime
Le Maître qu'on doit refpecter.
En doutes- tu , mon Roi , regarde
L'expreffion de notre amour :
**
Ce font nos coeurs qui font ta garde ,
Et ta Capitale eft ta Cour.
Rappelle-toi ce jour d'ivreſſe ,
Où de tes Sujets la tendreſſe
Épuiſa toutes les douceurs ,
* Portrait du Roi par M. Michel Vanloo .
** Tableau de la Réception du Roi à la Ville
àfa convalefcence.
OCTOBRE. 1761 45
Jour touchant , jour rempli de charmes ,
Où l'on vit les enfans en larmes
Faire au père verfer des pleurs.
Qui vois- je à tes côtés placée *
Couvrir la Tèrre de préfens ?
Sous tes pieds vainqueurs terraffée,
La Diſcorde mord fes ferpens .
La Paix ** defcend fur notre rive :
Vers nous , Louis , avec l'olive
Ta main bienfaiſante s'étend .
Puiffe ce rameau defirable
Etre un préfage favorable
De celui que ton Peuple attend !
Sculpteurs , créez - le dans la pierre ,
Dans le marbre allez le chercher ;
Fondeurs , dans le fein de la Terre ,
A la mine allez l'arracher.
Exerce , Pinceau , ta magie ,
Sur la toile porte la vie ,
Donne la parole aux couleurs.
Burins , multipliez l'ouvrage ,
Offrez à tous les yeux l'image
D'un Roi gravé dans tous les coeurs.
Tandis que Colbert vous infpire ,
* L'Abondance.
** Tableau allégorique de la Paix , en 1749 .
46 MERCURE DE FRANCE.
Artiftes , profitez du temps.
Je vais tenir prête ma lyre ,
Infpirez-lui de nouveaux chants.
Préparez nous d'autres fpectacles ,
Enfantez de nouveaux miracles ,
Fixez à jamais vos deftins.
C'eft fous le regne du grand homme
Qu'on doit fe difputer la pomme ;
Elle n'a de prix qu'en fes mains.
Du Peuple plus l'Agonothete *
Dans la Grèce étoit eftimé ,
Plus on auguroit que l'athléte
Dans les Jeux feroit animé.
Quel est l'appas d'une couronne
Que l'ignorance en place donne ?
Les coups font jugés dans la nuit,
Rivaux jaloux de la victoire ,
Voici le vrai jour de la gloire ,
Combattez quand le Soleil luit.
On s'eft borné uniquement à ce qui
regarde le Roi.
IL eft permis à la Peinture de préſenter
des Efquiffes ; fera -t-il défendu à
la Poëfie d'en offrir , quand la briéveté
du temps empêche de travailler
fon Sujet avec le foin qu'ilexige ?
Du génie honorable afyle ,
Augufte Temple des Beaux- Arts ,
Sallon en merveilles fertile ,
Que vous enchantez mes regards !
Eft-ce là l'effet du tonnerre ?
Comment dans le fein de la guerre
Sont nés ces doux fruits de la paix ?
C'eft Colbert qui les fait éclorre ;
Je le vois refpir er encore ,
Il prend de Marigni les traits.
Hé qui pourroit le méconnoître
A cet efprit für & brillant ,
Qui fait déterrer , faire naître ,
Et mettre en place le talent ;
44
MERCURE
DE FRANCE.
Et les Zeuxis & les Apelles ,
Les Phidias , les Praxiteles
Se reproduifent fous fes loix.
Partout le grand nous le découvre
On le voit achever fon Louvre ,
Et Perrault paroître à ſa voix.
De ton Monarque * augufte , ô France ,
Contemple les traits adorés ,
Son air doux , fa noble preftauce ,
De fon oeil les feux tempérés ;
Voi fur fon front la bonté même ,
Avec la Majefté ſuprême ,
D'un rare accord fe concerter :
Riches fleurons du diadême ,
Mêlange heureux qui fait qu'on aime
Le Maître qu'on doit refpecter.
En doutes- tu , mon Roi , regarde
L'expreffion de notre amour :
**
Ce font nos coeurs qui font ta garde ,
Et ta Capitale eft ta Cour.
Rappelle-toi ce jour d'ivreſſe ,
Où de tes Sujets la tendreſſe
Épuiſa toutes les douceurs ,
* Portrait du Roi par M. Michel Vanloo .
** Tableau de la Réception du Roi à la Ville
àfa convalefcence.
OCTOBRE. 1761 45
Jour touchant , jour rempli de charmes ,
Où l'on vit les enfans en larmes
Faire au père verfer des pleurs.
Qui vois- je à tes côtés placée *
Couvrir la Tèrre de préfens ?
Sous tes pieds vainqueurs terraffée,
La Diſcorde mord fes ferpens .
La Paix ** defcend fur notre rive :
Vers nous , Louis , avec l'olive
Ta main bienfaiſante s'étend .
Puiffe ce rameau defirable
Etre un préfage favorable
De celui que ton Peuple attend !
Sculpteurs , créez - le dans la pierre ,
Dans le marbre allez le chercher ;
Fondeurs , dans le fein de la Terre ,
A la mine allez l'arracher.
Exerce , Pinceau , ta magie ,
Sur la toile porte la vie ,
Donne la parole aux couleurs.
Burins , multipliez l'ouvrage ,
Offrez à tous les yeux l'image
D'un Roi gravé dans tous les coeurs.
Tandis que Colbert vous infpire ,
* L'Abondance.
** Tableau allégorique de la Paix , en 1749 .
46 MERCURE DE FRANCE.
Artiftes , profitez du temps.
Je vais tenir prête ma lyre ,
Infpirez-lui de nouveaux chants.
Préparez nous d'autres fpectacles ,
Enfantez de nouveaux miracles ,
Fixez à jamais vos deftins.
C'eft fous le regne du grand homme
Qu'on doit fe difputer la pomme ;
Elle n'a de prix qu'en fes mains.
Du Peuple plus l'Agonothete *
Dans la Grèce étoit eftimé ,
Plus on auguroit que l'athléte
Dans les Jeux feroit animé.
Quel est l'appas d'une couronne
Que l'ignorance en place donne ?
Les coups font jugés dans la nuit,
Rivaux jaloux de la victoire ,
Voici le vrai jour de la gloire ,
Combattez quand le Soleil luit.
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537
p. 92-129
OBSERVATIONS D'UNE SOCIÉTÉ D'AMATEURS, sur les Tableaux exposés au Sallon cette année 1761 ; tirées de L'OBSERVATEUR LITTÉRAIRE de M. l'Abbé DELAPORTE. A Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût ; Borchure in-12 de 72 pages, prix, 21 sols.
Début :
CETTE Société d'Amateurs, soit qu'elle existe réellement, soit qu'elle ne serve que [...]
Mots clefs :
Tableau, Peintre, Amateurs, Tableaux, Salon, Observations, Vérité, Public, Tête, Art, Parties, Nature, Arts, Attention, Talents, Genre, Figure, Morceau, Ouvrages, Mérite, Manière, Artistes, Sentiment, Force, Effet, Yeux, Connaisseurs, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS D'UNE SOCIÉTÉ D'AMATEURS, sur les Tableaux exposés au Sallon cette année 1761 ; tirées de L'OBSERVATEUR LITTÉRAIRE de M. l'Abbé DELAPORTE. A Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût ; Borchure in-12 de 72 pages, prix, 21 sols.
OBSERVATIONS D'UNE SOCIÉTÉ
D'AMATEURS , fur les Tableaux
expofés au Sallon cette année 2761 ;
tirées de L'OBSERVATEUR LITTÉRAIRE
de M. l'Abbé DELAPORTE.
A Paris , chez Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques, au Temple
du Goût ; Brochure in-12 . de 72 pages
, prix , 21 fols.
CETTE Société d' Amateurs ,ſoit qu'elle
exifte réellement , foit qu'elle ne ferve que
de voile à un feul Auteur , a commencé les
obfervations en 1759 fur diverfes productions
modernes des Arts. M. l'Abbé Delaporte
en a mis au jour quelques Morceaux
en différens temps dans fon Journal . Dès
qu'elles parurent , elles attirérent affez l'attention
des Artiſtes , pour exciter des dif
cuffions, où la fatalité des difputes polémi
ques avoit femé de l'aigreur , tan fis que
Public y voyoit avec affez d'étonnement ,
des connoillances dans les Arts plus profondes
qu'on ne vouloit en montrer, & plus
le
OCTOBRE. 1761 . 93
qu'on n'en fuppoſoit même à des Gens de
Lettres ; en même temps qu'on y reconnoiffoit
dans le ftyle , un talent exercé , & une
méthode de raifonnement fupérieure à ce
que laiffe de loifir aux Artiftes l'exercice de
leurs études ordinaires.
Les dernières obfervations de cette Société
, imprimées féparément dans cette
Brochure , portent fpécialement fur le dernier
Sallon . Il nous a paru qu'en général
le Public y avoit trouvé des vues d'Artiftes
& de Connoiffeurs délicats , préſentées
avec l'ordre & l'agrément des talens littéraires
; une convenance de ftyle analogue
aux divers fujets dont on y rend compte ;
de la Philofophie même dans la recherche
du rapport des effets avec leurs caufes, dans
plufieurs Morceaux de Peinture &de Sculpture
; enfin , ce qui nous a déterminés
pardeffus tour à en faire mention , une
modération très- louable , juſques dans les
critiques , & un fi fage tempérament d'éloges
& de cenfures , que les Artistes même
qui en font l'obiet , ne pourroient ni
affecter de refufer l'éloge , ni fe formaliſer
de la cenfure . Nous copierons plufieurs endroits
en entier , pour laiffer juger de ce
que nous venons de dire : nous commencerons
par le préambule qui eft à la tête
de ces remarques.
94 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» Cette révolution de deux années , qui
» conftamment ouvre dans le Palais de nos
» Rois , le tréfor public des Arts , paroif-
» foit à notre impatience plus intéreffante
» que jamais. Nous penfions bien le
que
goût naturel de la Nation , l'émulation
" animée par les regards du Souverain , la
» libérale curiofité de quelques Connoif-
»feurs diftingués , & furtout la vigilante
bienfaifance d'un Mécène , plus protec-
» teur encore par amour que par état, ſuf-
» firoient fans le fecours de la paix , pour
> entretenir avec éclat les travaux de nos
» Artiſtes : mais nous ne nous attendions
» pas , que tandis que l'Europe gémit fous
» le poids d'une guerre dont nous fuppor-
» tons le plus grand fardeau , Paris verroit
» de nouveaux progrès dans les Arts , &
» une auffi fomptueufe abondance de leurs
plus belles productions.
"
"
و د
Le refte de cette courte Préface annonce
l'intention de l'Auteur fur l'impartialité
& fur la modération dans les jugemens.
MM. les Amateurs commencent par
l'examen du Tableau de M. Dumont, fait à
l'occafion de la Paix publiée en 1749. Ils
remarquent que le Peintre a traité le Sujet
plus dans le genre de l'Hiftoire , que dans
la fervile exactitude du Portrait . Ils donnent
des éloges à la fermeté du pinceau
OCTOBRE. 1761. 95
de l'Artiſte , à la belle & fage diftribution
des lumières , ainfi qu'à l'heureufe difpofition
des Groupes . Ils décrivent très- clairement
l'allégorie qui enrichit une partie de
ce Tableau ;ils en juftifient l'alliage avec la
repréſentation naturelle des autres perfonnages
, par l'exemple des compofitions de
Rubens. En feignant de répondre à ceux
auxquels cette forte de mêlange répugne ,
& en autorifant les Peintres par l'ufage des
Sculpteurs dans les Statues , ils font adroitement
fentir l'abfurdité de l'abus , par lequel
» la poſtérité verra les Rois de Fran-
» ce des 17 & 18 ° fiécles , fous les vête-
» mens des Héros de la Gréce & de Rome.
Si ces figures , fouvent ifolées & par
conféquent fans aucun rapport allégorique
, confondent ainsi, au gré des Sculp
» teurs , les temps , les lieux , les perfon-
" nes , pourquoi les Peintres n'auroient- ils
»pas le même droit , furtout lorfqu'il s'agit
d'enrichir une compofition qui pour..
» roit devenir trop froide fans le fecours de
l'allégorie ? Notre filence à l'égard de ces
» ftatues , eft fans doute un reproche que
"nous aurions à nous faire , fi la confidé-
» ration due à des chefs-d'oeuvre,& les mé-
» nagemens convenables pour les grands .
» Artiſtes qui les produifent , n'exigeoient
» de nous des hommages plutôt que des
» leçons .
"
"
>
96 MERCURE DE FRANCE
A la fuite de quelques remarques fur la
vérité de couleur dans quelques parties
de ce Tableau , & fur ce qu'on defireroit ,
d'après le Public , plus de richeffes & moins
d'âpreté dans la figure du Héros qui défigne
le Souverain , on finit cet article en difant :
» Ces légères critiques , dont on n'honore-
» roit point un ouvrage médiocre , n'enlè-
» vent rien à ce Tableau , de ce qui doit
» le faire confidérer comme une belle &
fçavante production d'un de nos plus
» habiles Maîtres , & comme un morceau
» très digne de fon honorable deftination .
"
و و
»
Nous croirions dérober un des plus
agréables tributs de l'admiration due à M.
Carle Van-Loo , fi nous ne rapprochions
pas en entier le premier article des Obfervations
fur fes Tableaux. » Le pinceau
» de ce Peintre , auffi précieux à l'oeil
» du Connoiffeur , qu'agréable à celui du
vulgaire , a enrichi le fuperbe fpectacle
» du Sallon de plufieurs fcènes , qui toutes
» méritent cette attention qu'on donne
» ordinairement à fes ouvrages . Mais un
» attrait univerfel ramène toujours à celui
» qui représente un jeune Eſpagnol lifant
» ' n Roman à deux jeunes filles , qui pa-
» roiffent être les deux fours . Au caractère
» d'intérêt qu'elles y prennent , on recon-
» noît le genre du Livre ; cette lecture fait
naître
OCTOBRE. 1761. 97
» naître en elles un fentiment vif & neuf ,
par lequel on pénétre jufqu'aux idées
» tumultueufes dont fe rempliffent ces
jeunes têtes. La mère affife à quelque
» diſtance, fufpend fon ouvrage pour écou-
» ter: fon attention eft fenfiblement dif-
» férente de celle de fes filles . On remar-
» que bien en elle ce goût pour les avan-
» tures amoureuſes , commun à toutes les
perfonnes de fon fexe ; mais ce qui eft
exprimé dans les jeunes foeurs, ne paroît
» dans la mère , qu'une curiofité caulée
» par la réminifcence ; ou fi l'on y foupçonne
quelque fentiment , c'eft celui du
» regret. Une troifiéme foeur , encore enfant
, faifant voltiger un oifeau au bout
» d'un fil , fans prendre aucun intérêt à la
» lecture , donne le dernier trait de vérité
» à cette fcène piquante dans fa fimplici-
>>
"
ן כ
→
té , & rendue plus intéreffante fur la
» toile , qu'elle ne le feroit peut être dans
» la nature . Au mérite de cette agréable
compofition le joignent les parties les
plus admirables de la Peinture . Un ac-
» cord harmonieux des tons ne gêne ni
» n'altére la vérité des couleurs locales
» dans les carnations , les étoffes & les
"
fites. Ce même gracieux , ce même fua-
» ve fur lequel la vue fe repofe fi volup-
» tueulement dans tous les Tableaux da
II. Vol E
98 MERCURE DE FRANCE.
7
•
» même Peintre , eft allié dans celui - ci , à
» une force fupérieure de coloris . Une
transparence générale en embellit tous
» les objets. Les plans y font diftincte-
» ment déterminés. La vue paffe aisément
» dans toutes les parties . L'air circule au-
» tour de tous les corps . En un mot , tout
» nous a paru charmant dans cette agréa-
» ble compofition .
On donne ici au Tableau du même Peintre
, qui repréfente une Offrande à l'Amour
, & à celui de l'Amour menaçant ,
des éloges différens & convenables à chacun
de ces Morceaux. On obſerve dans
celui de la Madelaine pénitente , que la
claire des Spectateurs qui fans connoiffances
détaillées fe croit Juge des convenances
, n'a pas trouvé les fignes de pénitence
affez indiqués dans la Madelaine . » D'au-
» tres vont jufqu'à defirer dans la tête
» cette expreffion de douleur & d'atténua-
» tion établies fur les ruines d'une Beauté
voluptueufe dont on verroit encore les
"
>> traces .
Si l'on doit applaudir à la juſteſſe des
vues de MM . les Amateurs , & à la délicateffe
du tour dont ils ornent leurs obfervations
, on doit leur tenir plus compte
encore de l'attention avec laquelle ils vont
fubitement à la défenfe du célèbre Artifte .
OCTOBRE. 1761. 99
"
C'eft ainfi , ajoutent-ils auffitôt , que
la critique trop facile à confeiller , perd
» de vue la difficulté de l'exécution ; par-
» ce qu'elle aura vû quelquefois des mira-
» cles de l'effort humain , elle en exige
» toujours de nouveaux . » Ce que prend
eccafion de dire l'Auteurdes Obfervations ,
fur les critiques honnêtes que l'on fait des
ouvrages des Artiftes , nous paroît fi fage
& fi inftructif , que nous ne pouvons nous
difpenfer de le copier , d'autant qu'il raméne
à un fentiment honorable pour le
Tableau de M. Vanloo .
و ر
» Le grand Artiſte fçait mieux que nous,
> apprécier ces fortes de difcuffions . Il les
»reſpecte & en profite, fi elles ont quelque
» fondement; il les néglige & ne s'en offen-
Girelles
» fe pas ,
à faux. Mais dans
portent
» aucun cas elles ne peuvent altérer fa
gloire , ni empêcher que l'on n'admire ,
» entr'autres perfections de cet ouvrage, le
» beau vaporeux qui y regne. Il n'eft peut-
» être aucun de ceux qui ont fait toutes
» ces remarques , qui ne defirât être l'Au-
» teur ou le poffelfeur de ce morceau .
">
Parmi le petit nombre de morceaux
qu'a expofés M. Boucher ( ce font les expreffions
de MM. les Amateurs ) ils diftinguent
un petit Tableau ovale qui repréfente
une Paftorale. Ils louent beaucoup
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
l'agrément des caractères de tête, le facile
enchaînement du grouppe, la vérité de couleur
locale dans les étoffes , la légèreté &
le naturel des draperies . Ils affectent officieuſement
d'infifter fur la force de couleur
& fur l'empâtement , qui en effet diftinguent
ce Tableau . Ils n'obmettent pas
le bel accord des tons qui lui procure un
agréable effet.
On a pu juger du ftyle pittorefque de
ces Obfervations, par ce que nous en avons
rapporté fur le Tableau de la Lecture de
M. Carlo-Vanloo . Les Amateurs , ou leur
redacteur peignent à l'efprit du Lecteur ce
que leurs yeux ont vû dans les Tableaux ,
& ils le peignent quelquefois comme on
defireroit le voir. Ils ne privent pas M.
Boucher du bon office de leur talent , en
rendant compte de deux autres petits Tableaux
, dont l'un repréfente Jupiter fous
figure de Diane , trompant une trop
crédule Nymphe , & l'autre des Nymphes
endormiesfurpriſes par un Satyre.On ne
remarque rien à l'égard de l'Art fur ces
deux Tableaux , finon que M. Boucher
» voit ordinairement la nature dans un
ور
point de beauté , dont elle n'eſt qu'idéą-
» lement fufceptible, » Remarque agréable
pour ce Peintre , mais dont la fineffe n'échappera
pas aux Connoifleurs . Celle du
pinceau littéraire de nos Obfervateurs fe
OCTOBRE. 1761. 161
laiffe pénétrer dans ce que nous allons copier.
» Les Nymphes endormies , autre Ta-
» bleau du même Auteur , offrent à dé-
» couvert les charmes les plus féducteurs
» de la nature ; tandis que le Satyre qui
les furprend , préfente l'image de l'ar-
»dent & fombre defir , fous une vieille
"peau tannée. Son regard enflammé dé-
» céle ce qu'il médite , & profane déja ce
qu'il contemple. On ne fçait à qui ap-'
partient ce Tableau ; mais plus d'un
»homme pourroit fervir de modéle à ce
Satyre.
On juftifie un autre Tableau du même
Maître, dans lequel un grand nombre d'ob .
jets , au rapport des Obfervateurs , ne préfente
aucun Sujet déterminé , en difant de
M. Boucher , que le Peintre des graces eft
auffi le Peintre de tous les genres. Ils qualifient
ce Tableau : » Un admirable rudi-
» ment de peinture , enrichi des meilleurs
» exemples fur toutes les parties que ren-
»ferme cet Art. » Nous ne pouvons paffer
une réfléxion vive & judicieufe à l'occafion
du peu d'ouvrages de ce Peintre au Sallon .
Pourquoi les Artiftes les plus chers à
» ce même Public , Juge fouverain , & vé-
>> ritable maître des talens , paroîtroient - ils
» en négliger le fuffrage ? L'amitié flatte
E iij
102. MERCURE DE FRANCE.
» & careffe ; l'opulence paye ; le feul Pu-
» blic couronne. Qui dédaigneroit ce prix,
» ne feroit pas digne de le mériter.
Les Tableaux de M. Pierre occupent .
enfuite l'attention de nos Amateurs : fur
celui qui repréſente un Chrift defcendu de
la Croix, voici comme ils s'excufent de pro
noncer . » Nous ne pouvons rien rapporter .
» ni des jugemens du Public , ni de nos.
ni - de
»propres opinions fur quelques- uns de ces .
» fortes d'ouvrages . Lorfque les fujets en
»font convenablement traités pour fuffire
» à la piété des Fidéles ou doit croire .
ן כ
qu'ils ont atteint le principal but de leur
» deſtination . Il eft vrai que le réſultat des
» principes des Arts , doit être d'offrir au
» Public des chofes qui lui plaifent ; mais
" il eft dans ces mêmes Arts , des mystères
» qui lui font affez inconnus , pour qu'il
» ne puiffe pas toujours juger du mérite
» de leurs pratiques.
de
Dans le Jugement de Paris , Tableau
21 pieds de large fur 14 de haut , cette
Société penfe que l'étendue eft trop vafte
pour la scène qu'on y repréfente , & que
cet inconvénient fait perdre , dans l'effet
général , le mérite que l'on reconnoît &
que l'on applaudit dans l'exécution pittorefque
de bien des parties . On defireroit
encore dans ces Obfervations , que le fils.
OCTOBRE. 1761. 103
de Priam fût reconnoiffable par le cofume
Phrygien dans fes vêtemens . On défapprouve
l'ufage de repréfenter les Bergers
Poëtiques , tantôt comme nos Paftres modernes
& nationaux tantôt comme les
Bergers de Théâtre. D'ailleurs on y donne
à la figure de Vénus des éloges bien mérités
, ainfi qu'à la jufteffe & à l'accord des
tons , à la fageffe & à la tranquillité du
coloris , lequel felon cette Obfervation
» fans monotonie ne laiffe rien dominer, en
» faifant tout valoir. » Enfin on annonce
ce Tableau comme très eſtimable pour les
Connoiffeurs .
Ce que l'on remarque fur la Décolation
de S. Jean , autre Tableau du même Artifte
, mérite d'être rapporté en entier.
Le fujet est très - bien conçu . Le Peintre
» a judicieuſement éludé l'aspect répugnant
» d'un col , d'où le fang doit jaillir enco-
» re la poſition du perfonnage qui vient
» d'exécuter l'ordre du Tyran , cache cer-
» te partie dégoûtante. Le refte du cada-
» vre , très-bien peint, eft deffiné avec une
» fineffe admirable. L'horreur qu'inſpire
» naturellement un femblable fpectacle ,
» eft ingénieufement exprimée dans la fi-
" gure de la femme , à qui on préfente la
» tête du Saint. La fcène eft nette, quoi-
22 que bien remplie ; & le fite , qui eft l'ex-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ور
» térieur d'une prifon , ne laiffe rien à de-
» firer de ce qui peut completter la vérité
» & les convenances. Nous nous flattons
» de n'être démentis par aucun Amateur
»impartial , fur l'éloge que nous donnons
» à cet ouvrage.
"
Un Tableau de M. Hallé repréfentant la
prédication de S. Vincent de Paul , eft
bien détaillé , & les beautés en font fenties
& remarquées par la Société , comme
elles l'ont été par l'Auteur des remarques
fur les Tableaux dans le précédent Mercure
.
S. Germain donnant une Médaille à
Sainte Geneviève , Tableau de M. Vien ,
fait dire avec plaifir à la Société , » que la
réputation qu'il s'eft acquife par les pre- *
» miers ouvrages , étoit plus l'effet de la
réalité de fes talens , que de la préven-
» tion de quelques Connoiffeurs.
Au jugement des Amateurs, ceTableau eft
» en général lumineux & d'un grand effet :
» les maffes des vêtemens facrés font ri-
» ches , de grande manière , & d'un bon
ton , &c. Après avoir applaudi à la juſteffe
des caractères dans les têtes des principaux
perfonnages , ils terminent fur ce
Tableau, en difant. » Les beautés de l'exé-
» cution marquent autant de préciſion
» dans la pratique que dans l'efprit de l'Au-
33
>> teur.
و د
OCTOBRE. 1761 . 101
A l'occafion d'un autre Tableau de M.
Vien , repréfentant une jeune Grecque
qui orne un vafe de bronze avec une
guirlande de fleurs ; après beaucoup d'é-
Toges pour le Peintre & pour le goût de
l'antique dont il a cherché à fe rapprocher
dans ce petit Morceau, nos Amateurs
conviennent qu'aux yeux d'un grand nom
bre de Spectateurs la févérité des principes
pourroit fe confondre avec la froideur
de l'expreffion , fi l'on adoptoit
toujours ce genre. » Pour bien juger ,
» ajoutent- ils , de ces fortes d'études , il
» faut fe rappeller l'origine , peut- être
» même l'enfance de la Peinture. Nous
» n'entendons faire tomber la comparaifon
, que fur la pureté ingénue de cet
» âge.
>>
Nous pafferons les éloges , quoique trèsmérités,
que donnent ces mêmes Obfervations
au Tableau d'une des circonstances
du Martyre de S. André , par M. Deshayes
* , pour rapporter en entier la relation
vive & touchante d'un autre de fes
Tableaux » : on a été univerfellement af-
» fecté d'un fentiment d'admiration en
» confidérant le Tableau où S. Benoît
ود
* Ce jeune Peintre avoit jetté les fondemens
de fa célébrité au Sallon précédent , par un Tableau
d'une autre circonſtance du même mar¬
syre.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
» mourant reçoit le Viatique à l'Autel
» La figure de ce Saint tombant fur les
» genoux entre les bras de fes Religieux ,
» a été regardée comme un chef- d'oeuvre
d'expreffion ; tous les traits caractériſti-
» ques de cette tête mourante défignent
» ce moment fatal , qu'à peine l'oeil hu-
» main peut faifir dans la nature. Ce n'eft
ود
ود
point un homme qui vient d'expirer ; ce
» n'eft point un homme qui va mourir ;
» c'eſt un homme qui meurt , & cet hom-
» me eft un Saint : on n'en fçauroit dou-
» ter au premier afpect. On voit fur fes
» lévres , dans un inftant unique , la double
action d'une âme qui appelle fon
» Dieu , & du dernier fouffle qui la lui
»porte. Une fenfibilité fraternelle , une..
» 'tendre vénération font peintes fur tous
les vifages des Religieux , & particulie
» rement fur celui du Diacre qui foutient
» le Saint Inſtituteur . L'amour , le reſpect
filial , & un peu de terreur infpirée par
ود
l'image de la mort , font joints à la trifsteffe
des jeunes Acolytes qui portent les
» flambeaux. Le Célébrant eft celui de
» tous, qui paroît le moins dominé par la
douleur. Le Peintre a confidéré , fans
doute, que la grandeur de fon miniſtere
» devoit feule l'occuper. On remarque
pourtant en lui , une attention trifle ,
OCTOBRE . 1761 . 107
quoique fervente , partagée entre le Sa-
» crement qu'il tient , & le Saint auquel il
» va l'adminiftrer . Une certaine foupleffe
» des épaules annonce dans cette figure ,
» & l'action & le fentiment qu'elle exige .
» Quant aux beautés pratiques de la Pein-
» ture , nous avons entendu les Connoiffeurs
admirer furtout , dans ce Tableau
de M. Deshayes , ce que les gens de
» l'Art appellent la perfection de la va-
»peur ; moyen par lequel lé Peintre eft
parvenu à raffembler les couleurs des dif-
» férens objets , pour en faire un coloris
» général , en les uniffant toutes fans les
» confondre . La lumière heureuſement
» diftribuée , diverfifie par les ombres &
les clairs , les habits facerdoraux que
le coftume du Rit affujettit à l'uniformi-
» té. Quoique l'efpace réel ne foit que
» de fix pieds en largeur , & qu'il contien-
» ne néceffairement beaucoup de figures de
»
par
"
grandeur naturelle , tous les plans font
» diftincts & de la plus grande netteté . En-
» fin , nous ne pouvons dire fur cet ouvra-
" ge , tout ce qu'il a dit lui-même à ceux
» qui ont joui du plaifir de le voir .
Si les bornes d'un Extrait permettoient
de rapporter ce que contiennent les obfervations
fur deux autres Tableaux admirables
de M. Deshayes , celui de S.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Pierre & celui de S. Victor , nos Lecteurs
jugeroient encore mieux & des talens fupérieurs
de ce jeune Maître , & de l'art
avec lequel ils font annoncés dans cette
critique . A l'égard de celui de S. Pierre ,
on y fait obferver l'éclat de la lumière
célefte & furnaturelle qui femble l'éclairer.
L'extafe de l'Apôtre , la beauté de la figure
de l'Ange , l'ordonnance nette & précife
du Tableau , la vérité des fites & des
tons &c . Il faudroit lire dans l'Ouvrage
même ce qui eft dit du Tableau de S. Victor
, Morceau qui difpute de beauté avec
celui de S. Benoît . Une remarque géné
rale & importante pour la gloire de M.
Deshayes & pour augurer de la réputation
où il doit atteindre , eft celle par laquelle
on termine fon Article. » La diverfité
des ftyles ou des manières de ce Pein-
» tre , eft ce qui le rend particulierement
» recommandable. Nous avons reproché
autrefois aux plus grands Maîtres , d'a-
» voir pour tous les Sujets qu'ils traitent,
» une efpéce de furteinte , ( nous hafar-
» dons ce terme ) les uns en jaune , les
» autres en rouge , en verd , en brun , &c .
» On diroit que celui- ci a des yeux particuliers
pour chaque objet, un pinceau dif-
* Voyez l'Obfervateur Littéraire 1759 , Tom.
IV , pages 111 & 180 .
"
"
OCTOBRE. 1761. 109
33
و د
férent pour les rendre , & une touche
» propre à chaque action qu'elle repréfente
. Le Tableau de S. Victor eft par-
» faitement dans le ton de l'Ecole d'Italie .
» Le coloris, quoique vrai dans les détails,
» a , par anticipation , ce vernis du temps,
» ſi reſpecté de quelques Amateurs . Celui
de S. André eft tout différent . Il y a une
» force & une décision que l'on accuferoit
» de dureté , fi l'on ne fenroit qu'elles font
» néceffaires à l'expreffion du Sujet. Au
» contraire , celui de S. Benoît a tout le
fuave qu'on admire dans les Ouvrages
» de le Sueur. Le Tableau de S. Pierre ,
où la vigueur & l'éclat fe marient fans
» fe détruire , eft d'une touche & d'un co-
» loris qui le différencient encore de tous
» les autres .
و د
و د
D'autres morceaux, remarquent les mêmes
obfervations , dans des genres oppofés
aux précédens ,prouvent dans M. Deshayes
une aptitude générale aux diverfes parties
de fon Art.
On diftingue de M. Amédée Vanloo
deux manières dans les Tableaux qu'il a
expofés , L'une ( dans fes repréfentations
bacchiques ) d'un coloris forcé au- delà des
objets confidérés felon l'ordre naturel ; l'autre
d'un ton qui fe rapproche de celui que
femble avoir adopté fa famille. C'eſt dans
10 MERCURE DE FRANCE.
cette dernière que font peints la Guérifon
de S. Roch, & le Baptême de J. C. par
S. Jean. On fait des remarques favorables
à l'égard du premier de ces Tableaux .
En parlant de ceux de M. Chardin ,
cette brochure renouvelle d'une manière
auffi ingénieufe que conforme à la vérité ,
la gloire , & pour ainfi dire les Talens de
cet inimitable Peintre .
On parcourt tous les ouvrages de M.
Bachelier. On tourne en mérite relativement
à l'avantage de la Tapifferie , ce que
ceux qui n'auroient pas fait cette réflexion ,
ont pu critiquer dans un très-grand Tableau
de ce Peintre , deftiné pour la Manufacture
des Gobelins . Celui de Milon le Crotoniate
, eft confidéré comme une fort bonne
étude. On renvoye à un des Mercures de
cette année pour le tableau fur les quatre
Parties duMonde.Nos Amateurs paroiffent
s'être arrêtés avec plaifir fur celui qui repréfente
un très-beau Chat Angola . Mais nous
les laiffons parler eux-mêmes fur un objet qui
femble les avoir avantageuſement affectés .
Ce n'eft pas fans quelque étonnement, que
l'on paffe de la plupart des Tableaux de ce
Peintre ( M. Bachelier ) à une efquiffe en
grifaille , où il a repréfenté une defcente
de Croix. Ce morceau eft, fans outrer
l'éloge , le germe des plus grandes parties
»
OCTOBRE . 1761.
» de l'Art. Un enchaînement fage & ingénieux
dans la compofition , des effets
juftes & frappans d'expreffions & de lamières
, tout ce qui fuffiroit pour conftituer
le grand Peintre , fe trouveroit dans
» le développement de cette belle inten-
» tion , fi elle étoit exécutée dans un Tableau
avec le même fuccès que dans l'ef-
» quiffe.
Les mêmes Amateurs donnent aux Tableaux
de M. Vernet les éloges que l'on.
eft accoutumé de lire & d'entendre fur tout
ce qu'il produit.
» Les talens de M. de Machi pour l'Ar-.
chitecture , difent MM . les Amateurs, dé-
» couvrent à nos yeux impatiens la nouvel
» le Eglife de Sainte Geneviève, avant même
que cet édifice foit conftruit . Ce mo-
» nument de la piété , & qui doit l'être en
» même temps de la gloire de notre Architecture
, eft faifi d'après les projets
» du célébre M. Soufflot , de manière à
» en développer les principales beautés..
Nous y voyons avec la complaifance de
» l'amour propre , combien nos principes
fur la forme des Temples antiques & les
as convenances du Rit Chrétien * , fe font
>> rencontrés avec ceux de ce grand Archi-
»
22
-*
+
* Voyez l'Obfervateur Littéraire 1760 , Tomer
, page 295... IV,
112 MERCURE DE FRANCE.
"
و ر
» tecte . Le goût & le génie qui ont préfidė
» à l'ordonnance de cet édifice , font des
» autorités refpectables qui juftifient les
» obfervationsque nous avions faites à l'é-
» gard du Maître- Autel dans les Eglifes . On
» doit auffi remarquer dans ce nouveau
Temple, avec quelle intelligence par l'emplacement
du grand Autel renfermé dans
» un augufte Sanctuaire , M.Soufflot a diftin-
» gué ce qu'exigeoit l'ineffable majesté des
» Saints Mystères , & par la pofition de la
» Châffe, ce qui convenoit tant à la dignité
» des Reliques , qu'à la commodité des actes-
» de dévotion du Peuple. Nous n'entrerons
point dans le détail de toutes les per-
» fections de l'Art répandues fur cet ad-
» mirable Tableau * ; nous craindrions
» d'être au- deffous & du ſujet , & des éloges
répétés & unanimes des Connoiffeurs
& du Public.
33
ود
Parvenus au Tableau de Vénus bleſſée
par Dioméde, de M. Doyen, nos Amateurs
pefent & balancent tout ce qu'on a dit de
favorable & de défavantageux fur cet Ou-
* N. B. M. l'Abbé Delaporte , Editeur de ces
Obfervations , nous informe que c'eſt par une erreur
dans l'impreffion que le mot de Projet s'étoit
gliffé à la place de celui de Tableau de M. de
Machi , attendu que tout ce qui précéde déclaré
bien que le Projet eft de M. Soufflot.
OCTOBRE . 1761 . 113
,
vrage. Le résultat de leur examen eft un éfpoir
très- flatteur pour ce jeune Artiſte , auquel
ils accordent tout le feu & toute l'élévation
du Poëte Grec dont il a tiré fon fujet
. S'ils conviennent d'une part que tous
les plans ne font pas bien diftincts , que la
chaîne de lumières eft rompue en plufieurs
endroits , &c ; ils rendent juftice à la beauté
de plufieurs parties , entre autres à celles
de ces corps morts ou mourants près
d'un cheval qui lui - même , pour employer
leurs expreffions , foufle pour ainfi dire
lafureur avec le fang. Ils juftifient ce que
quelques Cenfeurs avoient trouvé d'exagégéré
dans la figure de Dioméde ; ils applaudiffent
au caractère de plufieurs autres.
Ils rendent raifon de ce qui a pu donner
lieu à des critiques fur lesquelles ils ne
prononcent pas . Enfin faire connoître
tout ce qu'ils efpérent de ce Peintre
ils terminent ainfi . » Il y a des écarts où
» entraîne un talent trop impérieux pour
»fubir le joug des régles , & qui font
» néanmoins une fource d'efpoir pour la
perfection . Si M. Doyen et tombé dans
quelques uns , ils ne peuvent être que
» de cette espéce . Que ce jeune Artiſte
» étudie encore les Maîtres de l'Art , & il
» le deviendra bientôt lui même.
و د
ود
pour
Ils ne négligent pas de remarquer que l'e
114 MERCURE DE FRANCE.
fuccès d'un Tableau du même Peintre re- .
préfentant une Lifeufe , a été fans contradicteurs.
Nous copions avec plaifir la façon
agréablement ingénieufe dont on annonce
M. Greuze dans ces Obfervations .
» Au Théâtre il eft des Acteurs que le
» Public admire , & aufquels il paye le
» tribut dû aux grands talens ; mais il en
» eft prèfque toujours un qu'il aime davantage
, parce qu'il lui procure un plai-
» fir plus familier . Les premiers font, pour
» ainfi dire , les maîtres , l'autre eft l'ami
» du Parterre ; & cet ami eſt toujours ce-
» lui dont le jeu fe rapproche le plus de la
» naïveté de la nature. Depuis quelques
années c'eft M. Grenze qui jouit de cet
» avantage fur le grand Théâtre Pitto : eſque
du Sallon . Il a eu des prédéceffeurs
» dans l'uſage intéreſſant qu'il fait de ſon
» Art ; mais il en a étendu l'effet , en y
joignant les graces à l'énergie du carac-
» tère : ſon pinceau ſçait ennoblir le
ruftique , fans en altérer la vérité.
L'aimable Tableau de la petite Blanchif
fenfe , & plufieurs têtes admirables font
les premiers objets des louanges très - juftes
& très-raifonnées de ces Obfervations ;
elles vont jufqu'à l'admiration pour le Tableau
qui a fait retourner tout Paris au
ور
genre
OCTOBRE. 1761. 113
Sallon. Nos Lecteurs perdroient trop à extraire
ce morceau .
» Ce qui eft au- deffus de toutes nos
» louanges , au- deffus même de l'idée que
» nous voudrions en donner , c'eſt le Ta-
» bleau fi long- temps attendu au Sallon, &
» dont la fcène eft dans le fein d'une hon-
» nête famille rurale . L'inftant de l'action
-33
qu'a repréſentée M. Greuze , eft celui out
»le pere de l'accordée délivre à fon gen-
» dre futur , l'argent de la dot de fa fille .
» Ce pere affis dans la partie apparente ,
» eft un vieillard d'une phyfionomie ou-
» verte , avec toute la nobleffe de fon état.
" On remarque que c'eft moins la décré-
» pitude de l'âge , que le travail & l'im- .
preffion de l'air , qui a fillonné fon vifa-
» ge. Le pinceau parle dans ce vieillard ;
on entend ce qu'il dit au jeune homme à
qui il remet le fac d'argent , & qui l'é-
» coute debout avec une attention refpectueufe.
On voit qu'il l'exhorte à faire.
» un ufage utile & honnête de cette dot ,
» & on lit fa confiance dans la manière.
» dont il lui parle. La jeune accordée a un.
» bras entrelacé dans celui du jeune hom-
» me. On s'apperçoit que la pudeur & la
préfence des parens retiennent fa main
prête à fe pofer fur celle du futur , qu'elle
defice , mais qu'elle n'ofe toucher . Son
"
".
>>
116 MERCURE DE FRANCÈ.
"autre bras eft embraffé par la bonne mère,
affife vis-à -vis du vieillard . Le chagrin
dé la féparation & la tendreffe maternel-
» le accompagnent & rendent plus inté-
" reffantes les leçons qu'elle donne à ſa fil-
» le. Rien n'eft fi piquant que la figure de
» cette accordée , ni de fi fpirituellement
» adapté au Sujet. Sa tête eft charmante ;
" & les yeux baiffés vers la mère avec ume
" modefte contrainte, ne laiffent que mieux
» deviner le charme naïf de fa phyfiono-
» mie. On y diftingue jufqu'à une petite
hypocrifie douce & honnête , qui couvre
» le véritable intérêt dont elle eft occupée
» dans ce moment. Les foupleffes gracieufes
d'une jolie taille , qui fort des mains
" de la nature, & qu'aucim artifice n'a for-
" mée ni foutenue , font exprimées avec
»une délicateffe au deffus de tout éloge . Il
" n'eſt pas jufqu'à fon tablier blanc , qui
» dans fa chûte naturelle , & fans recherche
apparente , ne concoure à la perfec-
» tion de ce caractère. Une petite foeur ,
» penchée fur les bras de cette accordée ,
pleure leur féparation , comme c'est l'afage
des foeurs cadettes , tandis que derrière
tout ce monde, un petit frère à che-
» veux blonds bouclés , fe léve fur la poin-
» te des pieds pour mieux voir ce qui fe
pafle. L'importance dont eft cette action
""
97
OCTOBRE . 1761. 117
dans une famille , la lui fait croire une
» cérémonie fort curicule. Ce qui ajoute
» infiniment à l'intérêt de la fcène , c'eft le
"3
mêlange de dépit , de regret & de jalou-
» fie qu'on apperçoit diftinctement fur la
phyfionomie d'une autre jeune perfonne,
» qui , le bas du viſage fur la main , derrière
» le fiége du vieillard , léve des yeux mécontens
fur le couple, & particulierement
»fur le futur. Sans reflembler à l'accordée,
» on la reconnoît pourtant à l'air de famil-
» le, pour une foeur aînée , que le choix du
jeune homme a facrifiée à fa cadette.
» Près du vieillard , fur le devant de la toile,
» le Peintre a placé le perfonnage indifpen-
» fable : c'eft le Tabellion avec fon habit
. و د
noir & fon manteau. On voit qu'il fe
» donne l'importance de fon ministère de-
» vant ces bonnes gens , & tout , jufqu'au
» tour de fon chapeau , indique & l'état &
» le perfonnage . En obfervant en détail
" tout ce tableau , on y remarque , de la
» part du Peintre, une attention réfléchie
» & étendue fur toutes les vérités de la na-
» ture , attention qui a peu d'exemples, &
» dont on defireroit plus d'imitateurs .
» Non-feulement les têtes , mais encore
» les jambes , les mains & les carnations
» marquent dans chaque perfonnage l'âge,
» le fixe , l'état , & ce que le plus ou le
118 MERCURE DE FRANCE.
"
33
"3
» moins de fatigue du corps y doit occafionner
de différence . On ne peut trop
» admirer la chaîne heureufe de lumière ,
»qui met tous les objets dans leur véritable
place & dans le ton vrai que
chaque place doit leur donner. Des
ombres fondues avec les clairs opérent
les preftiges de l'illufion , comme on le
» remarque à l'égard d'une armoire placée
»pour faire fond au group pe du vieillard.
La vue en mefure la profondeur & les
faillies , fans le fecours des ombres tranchées
, toujours fauffes lorfque la caufe
de la lumière ne frappe pas l'objet immédiatement.
Les vuides du tableau
"
«
"
و د
و و
33
33
"
و و
font agréablement remplis par quelques
perfonnages épifodiques, mais naturelle-
„ ment acceffoires au fujet. Ce morceau
précieux appartient au Mécène même ,
» qui préfide fur les Arts , ce que nous ré-
» marquons ici , tant pour l'honneur du
» Peintre , que pour celui du goût d'un
,, Protecteur utile aux Artiſtes , non - feu-
» lement par l'ufage de fon autorité , mais
» encore par l'emploi de fes propres fonds.
» Cet hommage que nous lui rendons au
» nom des Artiftes , nous rappelle la jufte
» reconnoiffance qu'ils doivent auffi , &
» qu'ils reffentent tous pour cette généreu-
»fe & conſtante bienfaitrice, qui feconde
و ر
OCTOBRE. 1761 .
» fi ardemment & fi utilement les vues de
» leur Protecteur . C'eſt à elle qu'appar-
» tient un autre Tableau de M. Grenze
repréſentant un Berger qui confulte le
» fort en foufflant fur une fleur. Il a été
» fait pour fervir de pendant à celui de
» l'ingénuité , vu avec tant de plaifir au
» précédent Sallon . Il ne céde point au premier
par le mérite de l'Art ; mais peut-
» être par les graces du caractère de fimpli-
» cité , plus touchantes dans un fexe que
» dans un autre . *
»
On n'a pas omis les deffeins de ce Peintre
qui étoient expofés . On remarque à
l'occafion de ce qu'ils repréfentent , que
» les fujets qu'imagine & que rend fi bien-
» ce jeune Peintre , pourront former un jour
» unTraité complet de morale domestique.
Il paroît que M. Cafanove eft regardé
par MM. les Amateurs, comme le Peintre
qui doit remplacer ceux que nous avons
perdus pour le genre des Batailles . Ils s'expriment
fortement fur la vigueur & fur la
force de la manière de ce Peintre Son
grand Tableau , difent- ils , dévore la vue &
porte la terreur dans l'âme. Expreffion nou .
velle , mais qui rend rapidement & avec
énergie, l'idée de la couleur & de la manière
du nouveau Peintre qui paroît fur la Scè-
* Ces deux Tableaux appartiennent à Madame
la Marquile de Pompadour.
120 MERCURE DE FRANCE.
ne. Ils cherchent enfuite fi cette force dévorante
eft youjours l'imitation exacte de
la nature.
»Le Purgatoire de M. Briard , difent
» nos Amateurs , annonce qu'il n'en deme-
» rera pas là . Ils approuvent & font re-
» marquer beaucoup de parties eftimables
» dans ce Tableau , de la forme la plus in-
» grate pour la compofition . Ils finiffent
» par ce rapport favorable : » Tout ce qui
» peut encourager un jeune Artifte , eft le
» réfultat de l'examen qu'on a fait de ce
» Tableau.
Ce feroit faire tort à M. Roland de la
Porte , nouvel Académicien pour le genre
des imitations , de ne pas copier un trait
qu'on trouve dans l'examen de fes Tableaux
.
"
"
» Si les oifeaux béquetoient des raifins
qui ont fi fort féduit la facile admiration
» de l'antiquité , il feroit très poffible que
» des enfans de nos jours , pour peu qu'ils
» euffent de gourmandife , portaffent la
» main fur les petits pains de notre Pein .
» tre. Ce qui ajoute au mérite de fa ma-
» nière , c'eft qu'elle eft tellement finie &
» fondue , que les yeux fur le Tableau ,
» l'illufion dure encore & n'en devient que
" plus forte.
L'Article des Portraits n'étant pas fort
étendu ,
OCTOBRE. 1761 . Izr
étendu , nous le rapportons prèfqu'en entier.
C
" Le magnifique Portrait du Roi par M.
Michel Van-loo , placé dans l'endroit
» le plus apparent du Sallon , eft un mo-
» nument de ce temps , précieux à la Na-
» tion par l'exactitude de la reffemblan-
» ce , & admiré de tous les Connoiffeurs
» par la beauté du coloris , par l'heu-
» reux agencement de fes parties , & en-
» fin par toute l'ordonnance , où l'on re-
» trouve auffi dans fon exécution , le Pein-
» tre du grand genre.
و د
"
"
» Les Portraits qu'a expofés M. de la
» Tour , foutiennent tous la réputation
qu'il s'eft acquife à fi jufte titre ; c'eſt
» en faire l'éloge le plus flatteur , & le
" plus généralement entendu. Il en est
» plufieurs qui feroient la gloire des Pein-
» tres du premier genre , par la manière
fçavante dont les têtes font travaillées.
Tel eft celui d'un Prince cher aujour-
» d'hui à notre Nation * , & d'un Poëte
Tragique qui jouit de fa mémoire ,
» comme Corneille , dont il a vu les der-
» niers jours , avoit joui de la fienne.
"
"
**
» Nous ne devons pas omettre un au-
» tre Citoyen eftimé , que l'on voit en
* M. le Comte de Luface.
** M. de Crébillon .
II.Vol.
122 MERCURE DE FRANCE.
>
robe de chambre , affis de côté fur une
» chaife dont le doffier lui fert d'appui.
» On ne parle pas de la reffemblance
» mérite ordinaire à ce Peintre ; mais on
ne peut voir une pofition plus facile ,
» plus vraie , & plus d'illufion dans au-
» cun Portrait qui foit forti des mains
» de M. de la Tour.
"
" M. Rofiina exécuté en Peintre de
» Portrait , un des grands Tableaux def-
» tinés à être placés dans l'Hôtel- de -Ville
» de Paris. C'est l'inftant où le Roi, après
» fa maladie , eft reçu dans cette Ville à
» fon retour de Metz. On voit encore
» une partie du carroffe qui a conduit
ce Monarque. Le Prince n'eft pas la
perfonne la plus en évidence , & en-
» core moins celle dont la reffemblance
foit plus exacte. L'Auteur qui eft étranger
, n'a peut -être pas fenti que dans
quelque circonftance que ce puiffe être,
» cette perfonne feroit toujours la plus
s intéreffante à voir pour des fpectateurs
» François; celle que leurs yeux cherchent
d'abord , & fur laquelle ils fixeront tous
leurs regards. M. de Bernage , alors
» Prévôt des Marchands , Magiftrat qui
» s'eft trouvé chargé de confacrer les épo-
» ques les plus mémorables de ce Régne ,
y eft très - reconnoiffable, quoique le co-
و و
15
OCTOBRE. 1761. 123
» loris foit un peu forcé dans les carna-
»tions. On parle , pour ainfi dire , & l'on
» converfe avec les autres perfonnes qui
"
"
"2
compofoient alors le Bureau de la Ville.
» Un petit Page qui court à pied auprès
» d'un Ecuyer , derriere le grouppe où eft
» le Roi , a été généralement remarqué.
» Dans le Portrait de M. le Marquis de
Marigny , par le même Peintre , tout
le Public , en convenant d'une parfaite
» reffemblance dans les traits , a cru voir
» une carnation plus forte & plus arden-
» te , qu'elle n'eft dans l'original . Les Ar-
» tiftes fe font plaints de n'y pas retrouver
» certaine expreffion d'une âme ouverte
» & affable , qui vient auffitôt fe peindre
fur fon vifage , lorfqu'ils approchent de
» lui.
ود
•
» La plupart des Portraits de M. Roflin
lui font encore honneur par la cé-
» lébrité des perfonnes qu'ils repréfentent.
» Les Artiſtes y reconnoiffent M. Bou
» cher , leur Confrère , très- fortement
» reffemblant , dans un de ces inftans qui
» ne font pas donnés au plaifir. Le Por
» trait de Madame Boucher , fa femme ,
» est bien peint , bien ajuſté , & très -re-
» connoiffable : cependant en le compa
» rant à celui du mari , on s'apperçoit que
» le pinceau faifit toujours mieux l'humeur
» que les grâces. Fij
و د
124 MERCURE DE FRANCE.
و د
" Plufieurs Portraits de M. Drouais
» confirment fa réputation par la fraî
» cheur de fon coloris & la vivacité de
fon effet. Tels font entr'autres, ceux de
» MM. de Bethune & d'un des enfans de
» M. le Préfident Defvieux ; mais fur-
» tout , celui d'un jeune Eléve , Tableau
du Cabinet de M. de Marigny. Il eſt
d'un piquant admirable , & peut foute-
» nir & fatisfaire les regards les plus diffi
» ciles . Un autre petit garçon jouant de la
» vielle , peint dans le même genre , eft
» encore un des ouvrages diftingués de
» M. Drouais dans ce Sallon.
ود
"
"
» Les Portraits ramènent à M. Greuze.
» Parmi ceux qu'il a expofés , on doit regarder
le fien comme une galanterie
faite aux Amateurs de la Peinture , auxquels
fes talens font chers. Mais celui
,, de M. Babuty , fon beau- père , fera
confidéré comme un vrai chef- d'oeuvre
peut être propofé comme une utile
leçon , dans la manière de bien traiter
une tête. Ce n'eft pas
feulement par
» caricatures que gravent les années , qu'il
» a donné à ce Portrait la force de l'effet ,
&
و و
"
"
"
les
& la vérité du caractère ; mais c'eſt par
» des paffages , dans les teintes des car-
» nations , dérobés à la Nature même
» avec cette fineffe qui lui eft uniquement
» réſervée.
OCTOBRE. 1761. 125
Nous ne pouvons donner que les premiers
articles de la Sculpture ; l'examen
des autres nous entraîneroit hors des bornes
ordinaires d'un l'Extrait.
» Le Sallon du Louvre , difent MM.
» les Amateurs , eft devenu pour les
» Arts , le Lycée d'Athènes & le Capi-
>> tole de Rome ; c'eft le lieu le plus au-
» gufte de leur Patrie ; les images de ceux
à qui les Arts doivent de la reconnoif-
» fance, y figureront toujours bien. On y
» voit donc avec plaifir , le Bufte en mar-
» bre de Madame la Marquife de Pom-
» padour , par M. le Moine. L'éloge
» qu'on a fait de cet Ouvrage , & qui eft
>> aujourd'hui généralement confirmé par
» les fuffrages du Public , fe trouve dans
» un des Mercures de cette année.Nous y
>> renvoyons nos Lecteurs, dans la crainte
» de ne pas rendre avec autant de jufteffe
& de précifion , tous les détails de ce
» qui conftitue le mérite de ce morceau.
"
» D'autres Portraits expofés au Sallon
» par le même Maître , y font , par
"
» des relations différentes , très - convena-
» bles & très -intéreffans pour le Public &
» pour les Artiftes. Tel eft d'abord celui
» de M. Reftout , refpectable par
» de & belle carrière qu'il a remplie ; &
" enfuite la tête de l'héritier des forces
la
gran-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
» & du génie de Corneille fur notre ſcène
» tragique * . La touche du premier eft
» facile , hardie & fpirituelle. La tête de
» M. de Crébillon eft reffemblante , &
» modelée avec fentiment . Une tête de
» petite fille joue & badine , pour ainſi
» dire , entre la dignité de ces deux Por
» traits. Une touche légere y fait voltiger
» les premieres graces , & cette naïveté
fine , dont la nature pare quelquefois
» notre enfance. Ces trois têtes font en
» terre cuite; ainfi le méchaniſme de l'Art
» en eft plus à découvert , & l'efprit qui
» le guide , plus diftinctement articulé.
» Combien un Artifte ne doit-il pas être
flaté d'avoir contribué à l'immortalité
» de ceux qui , par des talens d'un autre
genre, ont droit de l'attendre de la mé-
» moire des hommes ? Le Bufte en mar-
» bre de Mlle Clairon , procure cet avantage
à M. le Moine. Cette Actrice ini-
» mitable , eft repréfentée fous l'allégorie
» de Melpomène invoquant Apollon , ou
» pour mieux dire , recevant de ce Dieu
» l'infpiration du plus fublime talent de
l'action dramatique . Ce Portrait eſt très-
» reffemblant ; le caractère en eſt noble
» & touchant. Il eft pris fous un de ces
» beaux afpects , par lefquels elle exerce
» fi fouvent au Théâtre , un empire fou-
* M. de Crébillon .
OCTOBRE613 827
verain fur les âmes dont elle fait à fon
» gré moavoir tous les refforts . On nous
accuferoit , peut- être , de trop de prévention
en faveur des Artiftes célébres ,
fi nous n'avions pas foin de remarquer
que quelquefois dans le méchaniſme de
» leur Art , ils négligent trop les recher-
» ches laborieuſes , qui feules finiffent &
» perfectionnent cette vérité d'imitation
que doit prendre la matière fous les
doigts de l'Artifte dans tous les détails .
"
2
,
M. Falconet , dont les Ouvrages portent
toujours le fceau de la vérité embellie
par l'efprit ou par les graces,nous
» fait voir deux petits grouppes de fem-
» mes en plâtre , qui ont attiré notre attention
. Ils font difpofés de manière ,
que de chaque face ils préfentent les
» différens afpects d'une figure de femme.
L'élégance des formes , le choix heureux
» des pofitions , l'agrément des caractères
» de têtes & celui des coëffures , font réu-
» nis dans ces deux grouppes . Pour les
» définir en peu de mots , ce font les di-
» verfes beautés dont eft fufceptible la
» figure d'une femme , diftribuées fous
" quatre points de vue , & rendues avec
» une fidélité qui n'ajoute rien d'idéal à la
» nature. Ces grouppes font des fupports
» de chandeliers , qui doivent être exécu
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE!
tés en argent , & faire partie d'un fer-
» vice de table pour une Cour étrangère.
» Les Amateurs des Arts & ceux de l'hon-
» nêteté , ont applaudi au procédé de M.
» Germain. Il a publié avec une franchi-
»fe , malheureufement peu commune, le
choix qu'il a fait de M. Falconet pour
» l'exécution des modèles de toutes les
figures dans ce Sur-tout. Il foutient ce
» fentiment qui lui fait honneur , par
le
>>
plaifir que paroît lui faire l'expofition
» de ces deux modéles. D'ailleurs , en ren-
» dant publiques les principales études de
» cet ouvrage , M. Falconet affure davan-
» tage à M. Germain le fuccès de fon entrepriſe.
Il eft à préfumer qu'un Auteur
» qui fe foumet à tant de Juges , fait plus
» d'efforts pour mériter les fuffrages .
ور
و د
و د
par
» Nous avons remarqué , avec la plus
> grande diftinction , la tête d'un Philofophe
citoyen ( titres aujourd'hui trop
» fouvent oppofés dans l'opinion publi-
» que célèbre non -feulement la
» fcience & par l'érudition , mais encore
» par toutes les qualités fociales, qui ren-
> dent un homme cher & refpectable à
» fes Compatriotes. Ce Citoyen , ce Philofophe
, porte le même nom que l'Artifte
, qui en a fait un monument auffi
glorieux pour fes talens , qu'honorable
>>
OCTOBRE. 1761. 129
» pour fon coeur *. Nous avons éprouvé
» à l'égard de cette tête , la fatisfaction ,
» flateuſe d'entendre confirmer notre pro-
» pre fentiment , par la déclaration unanime
des Connoiffeurs & des Artiftes
» les plus éclairés. Ils y ont reconnu ,
» ainfi que nous , non - feulement une vé-
» rité de reffemblance égale à la Nature
» même , mais encore une vérité dans le
» travail , qui met ce morceau au nombre
» des modéles propofés pour atteindre à
» la perfection. Nous nous fervirons des
» termes propres à ces Juges , en difant
» que dans ce Bufte , le marbre paroît
» modélé , c'eſt-à- dire , que le cifeau a pris
» toute la liberté , tout l'efprit &la vérité
» de la premiere touche , en confervant
» le fini qu'il doit produire .
Nos Amateurs ne parlent point des Eftampes
qui fe multiplient par l'impreffion;
mais à l'article des Graveurs, ils font avec
juftice un éloge détaillé d'un très - beau
deffein à la Sanguine de M. Cochin , repréfentant
Lycurgue qui appaife une fédition
.
* M. Falconet le Médecin a fait lui- même cette
épigraphe gravée derriere fon Bufte . OMONY-
ΜΟΙΝ ΕΤΕΡΟΣ ΕΤΕΡΟΝ ΕΠΛΑΤΤΕ ΝΕΟΣ
ПРEΣYTÍN , » L'un des deux Omonymes a fait
>> l'autre : le jeune a fait le vieux, »
F v
D'AMATEURS , fur les Tableaux
expofés au Sallon cette année 2761 ;
tirées de L'OBSERVATEUR LITTÉRAIRE
de M. l'Abbé DELAPORTE.
A Paris , chez Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques, au Temple
du Goût ; Brochure in-12 . de 72 pages
, prix , 21 fols.
CETTE Société d' Amateurs ,ſoit qu'elle
exifte réellement , foit qu'elle ne ferve que
de voile à un feul Auteur , a commencé les
obfervations en 1759 fur diverfes productions
modernes des Arts. M. l'Abbé Delaporte
en a mis au jour quelques Morceaux
en différens temps dans fon Journal . Dès
qu'elles parurent , elles attirérent affez l'attention
des Artiſtes , pour exciter des dif
cuffions, où la fatalité des difputes polémi
ques avoit femé de l'aigreur , tan fis que
Public y voyoit avec affez d'étonnement ,
des connoillances dans les Arts plus profondes
qu'on ne vouloit en montrer, & plus
le
OCTOBRE. 1761 . 93
qu'on n'en fuppoſoit même à des Gens de
Lettres ; en même temps qu'on y reconnoiffoit
dans le ftyle , un talent exercé , & une
méthode de raifonnement fupérieure à ce
que laiffe de loifir aux Artiftes l'exercice de
leurs études ordinaires.
Les dernières obfervations de cette Société
, imprimées féparément dans cette
Brochure , portent fpécialement fur le dernier
Sallon . Il nous a paru qu'en général
le Public y avoit trouvé des vues d'Artiftes
& de Connoiffeurs délicats , préſentées
avec l'ordre & l'agrément des talens littéraires
; une convenance de ftyle analogue
aux divers fujets dont on y rend compte ;
de la Philofophie même dans la recherche
du rapport des effets avec leurs caufes, dans
plufieurs Morceaux de Peinture &de Sculpture
; enfin , ce qui nous a déterminés
pardeffus tour à en faire mention , une
modération très- louable , juſques dans les
critiques , & un fi fage tempérament d'éloges
& de cenfures , que les Artistes même
qui en font l'obiet , ne pourroient ni
affecter de refufer l'éloge , ni fe formaliſer
de la cenfure . Nous copierons plufieurs endroits
en entier , pour laiffer juger de ce
que nous venons de dire : nous commencerons
par le préambule qui eft à la tête
de ces remarques.
94 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» Cette révolution de deux années , qui
» conftamment ouvre dans le Palais de nos
» Rois , le tréfor public des Arts , paroif-
» foit à notre impatience plus intéreffante
» que jamais. Nous penfions bien le
que
goût naturel de la Nation , l'émulation
" animée par les regards du Souverain , la
» libérale curiofité de quelques Connoif-
»feurs diftingués , & furtout la vigilante
bienfaifance d'un Mécène , plus protec-
» teur encore par amour que par état, ſuf-
» firoient fans le fecours de la paix , pour
> entretenir avec éclat les travaux de nos
» Artiſtes : mais nous ne nous attendions
» pas , que tandis que l'Europe gémit fous
» le poids d'une guerre dont nous fuppor-
» tons le plus grand fardeau , Paris verroit
» de nouveaux progrès dans les Arts , &
» une auffi fomptueufe abondance de leurs
plus belles productions.
"
"
و د
Le refte de cette courte Préface annonce
l'intention de l'Auteur fur l'impartialité
& fur la modération dans les jugemens.
MM. les Amateurs commencent par
l'examen du Tableau de M. Dumont, fait à
l'occafion de la Paix publiée en 1749. Ils
remarquent que le Peintre a traité le Sujet
plus dans le genre de l'Hiftoire , que dans
la fervile exactitude du Portrait . Ils donnent
des éloges à la fermeté du pinceau
OCTOBRE. 1761. 95
de l'Artiſte , à la belle & fage diftribution
des lumières , ainfi qu'à l'heureufe difpofition
des Groupes . Ils décrivent très- clairement
l'allégorie qui enrichit une partie de
ce Tableau ;ils en juftifient l'alliage avec la
repréſentation naturelle des autres perfonnages
, par l'exemple des compofitions de
Rubens. En feignant de répondre à ceux
auxquels cette forte de mêlange répugne ,
& en autorifant les Peintres par l'ufage des
Sculpteurs dans les Statues , ils font adroitement
fentir l'abfurdité de l'abus , par lequel
» la poſtérité verra les Rois de Fran-
» ce des 17 & 18 ° fiécles , fous les vête-
» mens des Héros de la Gréce & de Rome.
Si ces figures , fouvent ifolées & par
conféquent fans aucun rapport allégorique
, confondent ainsi, au gré des Sculp
» teurs , les temps , les lieux , les perfon-
" nes , pourquoi les Peintres n'auroient- ils
»pas le même droit , furtout lorfqu'il s'agit
d'enrichir une compofition qui pour..
» roit devenir trop froide fans le fecours de
l'allégorie ? Notre filence à l'égard de ces
» ftatues , eft fans doute un reproche que
"nous aurions à nous faire , fi la confidé-
» ration due à des chefs-d'oeuvre,& les mé-
» nagemens convenables pour les grands .
» Artiſtes qui les produifent , n'exigeoient
» de nous des hommages plutôt que des
» leçons .
"
"
>
96 MERCURE DE FRANCE
A la fuite de quelques remarques fur la
vérité de couleur dans quelques parties
de ce Tableau , & fur ce qu'on defireroit ,
d'après le Public , plus de richeffes & moins
d'âpreté dans la figure du Héros qui défigne
le Souverain , on finit cet article en difant :
» Ces légères critiques , dont on n'honore-
» roit point un ouvrage médiocre , n'enlè-
» vent rien à ce Tableau , de ce qui doit
» le faire confidérer comme une belle &
fçavante production d'un de nos plus
» habiles Maîtres , & comme un morceau
» très digne de fon honorable deftination .
"
و و
»
Nous croirions dérober un des plus
agréables tributs de l'admiration due à M.
Carle Van-Loo , fi nous ne rapprochions
pas en entier le premier article des Obfervations
fur fes Tableaux. » Le pinceau
» de ce Peintre , auffi précieux à l'oeil
» du Connoiffeur , qu'agréable à celui du
vulgaire , a enrichi le fuperbe fpectacle
» du Sallon de plufieurs fcènes , qui toutes
» méritent cette attention qu'on donne
» ordinairement à fes ouvrages . Mais un
» attrait univerfel ramène toujours à celui
» qui représente un jeune Eſpagnol lifant
» ' n Roman à deux jeunes filles , qui pa-
» roiffent être les deux fours . Au caractère
» d'intérêt qu'elles y prennent , on recon-
» noît le genre du Livre ; cette lecture fait
naître
OCTOBRE. 1761. 97
» naître en elles un fentiment vif & neuf ,
par lequel on pénétre jufqu'aux idées
» tumultueufes dont fe rempliffent ces
jeunes têtes. La mère affife à quelque
» diſtance, fufpend fon ouvrage pour écou-
» ter: fon attention eft fenfiblement dif-
» férente de celle de fes filles . On remar-
» que bien en elle ce goût pour les avan-
» tures amoureuſes , commun à toutes les
perfonnes de fon fexe ; mais ce qui eft
exprimé dans les jeunes foeurs, ne paroît
» dans la mère , qu'une curiofité caulée
» par la réminifcence ; ou fi l'on y foupçonne
quelque fentiment , c'eft celui du
» regret. Une troifiéme foeur , encore enfant
, faifant voltiger un oifeau au bout
» d'un fil , fans prendre aucun intérêt à la
» lecture , donne le dernier trait de vérité
» à cette fcène piquante dans fa fimplici-
>>
"
ן כ
→
té , & rendue plus intéreffante fur la
» toile , qu'elle ne le feroit peut être dans
» la nature . Au mérite de cette agréable
compofition le joignent les parties les
plus admirables de la Peinture . Un ac-
» cord harmonieux des tons ne gêne ni
» n'altére la vérité des couleurs locales
» dans les carnations , les étoffes & les
"
fites. Ce même gracieux , ce même fua-
» ve fur lequel la vue fe repofe fi volup-
» tueulement dans tous les Tableaux da
II. Vol E
98 MERCURE DE FRANCE.
7
•
» même Peintre , eft allié dans celui - ci , à
» une force fupérieure de coloris . Une
transparence générale en embellit tous
» les objets. Les plans y font diftincte-
» ment déterminés. La vue paffe aisément
» dans toutes les parties . L'air circule au-
» tour de tous les corps . En un mot , tout
» nous a paru charmant dans cette agréa-
» ble compofition .
On donne ici au Tableau du même Peintre
, qui repréfente une Offrande à l'Amour
, & à celui de l'Amour menaçant ,
des éloges différens & convenables à chacun
de ces Morceaux. On obſerve dans
celui de la Madelaine pénitente , que la
claire des Spectateurs qui fans connoiffances
détaillées fe croit Juge des convenances
, n'a pas trouvé les fignes de pénitence
affez indiqués dans la Madelaine . » D'au-
» tres vont jufqu'à defirer dans la tête
» cette expreffion de douleur & d'atténua-
» tion établies fur les ruines d'une Beauté
voluptueufe dont on verroit encore les
"
>> traces .
Si l'on doit applaudir à la juſteſſe des
vues de MM . les Amateurs , & à la délicateffe
du tour dont ils ornent leurs obfervations
, on doit leur tenir plus compte
encore de l'attention avec laquelle ils vont
fubitement à la défenfe du célèbre Artifte .
OCTOBRE. 1761. 99
"
C'eft ainfi , ajoutent-ils auffitôt , que
la critique trop facile à confeiller , perd
» de vue la difficulté de l'exécution ; par-
» ce qu'elle aura vû quelquefois des mira-
» cles de l'effort humain , elle en exige
» toujours de nouveaux . » Ce que prend
eccafion de dire l'Auteurdes Obfervations ,
fur les critiques honnêtes que l'on fait des
ouvrages des Artiftes , nous paroît fi fage
& fi inftructif , que nous ne pouvons nous
difpenfer de le copier , d'autant qu'il raméne
à un fentiment honorable pour le
Tableau de M. Vanloo .
و ر
» Le grand Artiſte fçait mieux que nous,
> apprécier ces fortes de difcuffions . Il les
»reſpecte & en profite, fi elles ont quelque
» fondement; il les néglige & ne s'en offen-
Girelles
» fe pas ,
à faux. Mais dans
portent
» aucun cas elles ne peuvent altérer fa
gloire , ni empêcher que l'on n'admire ,
» entr'autres perfections de cet ouvrage, le
» beau vaporeux qui y regne. Il n'eft peut-
» être aucun de ceux qui ont fait toutes
» ces remarques , qui ne defirât être l'Au-
» teur ou le poffelfeur de ce morceau .
">
Parmi le petit nombre de morceaux
qu'a expofés M. Boucher ( ce font les expreffions
de MM. les Amateurs ) ils diftinguent
un petit Tableau ovale qui repréfente
une Paftorale. Ils louent beaucoup
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
l'agrément des caractères de tête, le facile
enchaînement du grouppe, la vérité de couleur
locale dans les étoffes , la légèreté &
le naturel des draperies . Ils affectent officieuſement
d'infifter fur la force de couleur
& fur l'empâtement , qui en effet diftinguent
ce Tableau . Ils n'obmettent pas
le bel accord des tons qui lui procure un
agréable effet.
On a pu juger du ftyle pittorefque de
ces Obfervations, par ce que nous en avons
rapporté fur le Tableau de la Lecture de
M. Carlo-Vanloo . Les Amateurs , ou leur
redacteur peignent à l'efprit du Lecteur ce
que leurs yeux ont vû dans les Tableaux ,
& ils le peignent quelquefois comme on
defireroit le voir. Ils ne privent pas M.
Boucher du bon office de leur talent , en
rendant compte de deux autres petits Tableaux
, dont l'un repréfente Jupiter fous
figure de Diane , trompant une trop
crédule Nymphe , & l'autre des Nymphes
endormiesfurpriſes par un Satyre.On ne
remarque rien à l'égard de l'Art fur ces
deux Tableaux , finon que M. Boucher
» voit ordinairement la nature dans un
ور
point de beauté , dont elle n'eſt qu'idéą-
» lement fufceptible, » Remarque agréable
pour ce Peintre , mais dont la fineffe n'échappera
pas aux Connoifleurs . Celle du
pinceau littéraire de nos Obfervateurs fe
OCTOBRE. 1761. 161
laiffe pénétrer dans ce que nous allons copier.
» Les Nymphes endormies , autre Ta-
» bleau du même Auteur , offrent à dé-
» couvert les charmes les plus féducteurs
» de la nature ; tandis que le Satyre qui
les furprend , préfente l'image de l'ar-
»dent & fombre defir , fous une vieille
"peau tannée. Son regard enflammé dé-
» céle ce qu'il médite , & profane déja ce
qu'il contemple. On ne fçait à qui ap-'
partient ce Tableau ; mais plus d'un
»homme pourroit fervir de modéle à ce
Satyre.
On juftifie un autre Tableau du même
Maître, dans lequel un grand nombre d'ob .
jets , au rapport des Obfervateurs , ne préfente
aucun Sujet déterminé , en difant de
M. Boucher , que le Peintre des graces eft
auffi le Peintre de tous les genres. Ils qualifient
ce Tableau : » Un admirable rudi-
» ment de peinture , enrichi des meilleurs
» exemples fur toutes les parties que ren-
»ferme cet Art. » Nous ne pouvons paffer
une réfléxion vive & judicieufe à l'occafion
du peu d'ouvrages de ce Peintre au Sallon .
Pourquoi les Artiftes les plus chers à
» ce même Public , Juge fouverain , & vé-
>> ritable maître des talens , paroîtroient - ils
» en négliger le fuffrage ? L'amitié flatte
E iij
102. MERCURE DE FRANCE.
» & careffe ; l'opulence paye ; le feul Pu-
» blic couronne. Qui dédaigneroit ce prix,
» ne feroit pas digne de le mériter.
Les Tableaux de M. Pierre occupent .
enfuite l'attention de nos Amateurs : fur
celui qui repréſente un Chrift defcendu de
la Croix, voici comme ils s'excufent de pro
noncer . » Nous ne pouvons rien rapporter .
» ni des jugemens du Public , ni de nos.
ni - de
»propres opinions fur quelques- uns de ces .
» fortes d'ouvrages . Lorfque les fujets en
»font convenablement traités pour fuffire
» à la piété des Fidéles ou doit croire .
ן כ
qu'ils ont atteint le principal but de leur
» deſtination . Il eft vrai que le réſultat des
» principes des Arts , doit être d'offrir au
» Public des chofes qui lui plaifent ; mais
" il eft dans ces mêmes Arts , des mystères
» qui lui font affez inconnus , pour qu'il
» ne puiffe pas toujours juger du mérite
» de leurs pratiques.
de
Dans le Jugement de Paris , Tableau
21 pieds de large fur 14 de haut , cette
Société penfe que l'étendue eft trop vafte
pour la scène qu'on y repréfente , & que
cet inconvénient fait perdre , dans l'effet
général , le mérite que l'on reconnoît &
que l'on applaudit dans l'exécution pittorefque
de bien des parties . On defireroit
encore dans ces Obfervations , que le fils.
OCTOBRE. 1761. 103
de Priam fût reconnoiffable par le cofume
Phrygien dans fes vêtemens . On défapprouve
l'ufage de repréfenter les Bergers
Poëtiques , tantôt comme nos Paftres modernes
& nationaux tantôt comme les
Bergers de Théâtre. D'ailleurs on y donne
à la figure de Vénus des éloges bien mérités
, ainfi qu'à la jufteffe & à l'accord des
tons , à la fageffe & à la tranquillité du
coloris , lequel felon cette Obfervation
» fans monotonie ne laiffe rien dominer, en
» faifant tout valoir. » Enfin on annonce
ce Tableau comme très eſtimable pour les
Connoiffeurs .
Ce que l'on remarque fur la Décolation
de S. Jean , autre Tableau du même Artifte
, mérite d'être rapporté en entier.
Le fujet est très - bien conçu . Le Peintre
» a judicieuſement éludé l'aspect répugnant
» d'un col , d'où le fang doit jaillir enco-
» re la poſition du perfonnage qui vient
» d'exécuter l'ordre du Tyran , cache cer-
» te partie dégoûtante. Le refte du cada-
» vre , très-bien peint, eft deffiné avec une
» fineffe admirable. L'horreur qu'inſpire
» naturellement un femblable fpectacle ,
» eft ingénieufement exprimée dans la fi-
" gure de la femme , à qui on préfente la
» tête du Saint. La fcène eft nette, quoi-
22 que bien remplie ; & le fite , qui eft l'ex-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ور
» térieur d'une prifon , ne laiffe rien à de-
» firer de ce qui peut completter la vérité
» & les convenances. Nous nous flattons
» de n'être démentis par aucun Amateur
»impartial , fur l'éloge que nous donnons
» à cet ouvrage.
"
Un Tableau de M. Hallé repréfentant la
prédication de S. Vincent de Paul , eft
bien détaillé , & les beautés en font fenties
& remarquées par la Société , comme
elles l'ont été par l'Auteur des remarques
fur les Tableaux dans le précédent Mercure
.
S. Germain donnant une Médaille à
Sainte Geneviève , Tableau de M. Vien ,
fait dire avec plaifir à la Société , » que la
réputation qu'il s'eft acquife par les pre- *
» miers ouvrages , étoit plus l'effet de la
réalité de fes talens , que de la préven-
» tion de quelques Connoiffeurs.
Au jugement des Amateurs, ceTableau eft
» en général lumineux & d'un grand effet :
» les maffes des vêtemens facrés font ri-
» ches , de grande manière , & d'un bon
ton , &c. Après avoir applaudi à la juſteffe
des caractères dans les têtes des principaux
perfonnages , ils terminent fur ce
Tableau, en difant. » Les beautés de l'exé-
» cution marquent autant de préciſion
» dans la pratique que dans l'efprit de l'Au-
33
>> teur.
و د
OCTOBRE. 1761 . 101
A l'occafion d'un autre Tableau de M.
Vien , repréfentant une jeune Grecque
qui orne un vafe de bronze avec une
guirlande de fleurs ; après beaucoup d'é-
Toges pour le Peintre & pour le goût de
l'antique dont il a cherché à fe rapprocher
dans ce petit Morceau, nos Amateurs
conviennent qu'aux yeux d'un grand nom
bre de Spectateurs la févérité des principes
pourroit fe confondre avec la froideur
de l'expreffion , fi l'on adoptoit
toujours ce genre. » Pour bien juger ,
» ajoutent- ils , de ces fortes d'études , il
» faut fe rappeller l'origine , peut- être
» même l'enfance de la Peinture. Nous
» n'entendons faire tomber la comparaifon
, que fur la pureté ingénue de cet
» âge.
>>
Nous pafferons les éloges , quoique trèsmérités,
que donnent ces mêmes Obfervations
au Tableau d'une des circonstances
du Martyre de S. André , par M. Deshayes
* , pour rapporter en entier la relation
vive & touchante d'un autre de fes
Tableaux » : on a été univerfellement af-
» fecté d'un fentiment d'admiration en
» confidérant le Tableau où S. Benoît
ود
* Ce jeune Peintre avoit jetté les fondemens
de fa célébrité au Sallon précédent , par un Tableau
d'une autre circonſtance du même mar¬
syre.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
» mourant reçoit le Viatique à l'Autel
» La figure de ce Saint tombant fur les
» genoux entre les bras de fes Religieux ,
» a été regardée comme un chef- d'oeuvre
d'expreffion ; tous les traits caractériſti-
» ques de cette tête mourante défignent
» ce moment fatal , qu'à peine l'oeil hu-
» main peut faifir dans la nature. Ce n'eft
ود
ود
point un homme qui vient d'expirer ; ce
» n'eft point un homme qui va mourir ;
» c'eſt un homme qui meurt , & cet hom-
» me eft un Saint : on n'en fçauroit dou-
» ter au premier afpect. On voit fur fes
» lévres , dans un inftant unique , la double
action d'une âme qui appelle fon
» Dieu , & du dernier fouffle qui la lui
»porte. Une fenfibilité fraternelle , une..
» 'tendre vénération font peintes fur tous
les vifages des Religieux , & particulie
» rement fur celui du Diacre qui foutient
» le Saint Inſtituteur . L'amour , le reſpect
filial , & un peu de terreur infpirée par
ود
l'image de la mort , font joints à la trifsteffe
des jeunes Acolytes qui portent les
» flambeaux. Le Célébrant eft celui de
» tous, qui paroît le moins dominé par la
douleur. Le Peintre a confidéré , fans
doute, que la grandeur de fon miniſtere
» devoit feule l'occuper. On remarque
pourtant en lui , une attention trifle ,
OCTOBRE . 1761 . 107
quoique fervente , partagée entre le Sa-
» crement qu'il tient , & le Saint auquel il
» va l'adminiftrer . Une certaine foupleffe
» des épaules annonce dans cette figure ,
» & l'action & le fentiment qu'elle exige .
» Quant aux beautés pratiques de la Pein-
» ture , nous avons entendu les Connoiffeurs
admirer furtout , dans ce Tableau
de M. Deshayes , ce que les gens de
» l'Art appellent la perfection de la va-
»peur ; moyen par lequel lé Peintre eft
parvenu à raffembler les couleurs des dif-
» férens objets , pour en faire un coloris
» général , en les uniffant toutes fans les
» confondre . La lumière heureuſement
» diftribuée , diverfifie par les ombres &
les clairs , les habits facerdoraux que
le coftume du Rit affujettit à l'uniformi-
» té. Quoique l'efpace réel ne foit que
» de fix pieds en largeur , & qu'il contien-
» ne néceffairement beaucoup de figures de
»
par
"
grandeur naturelle , tous les plans font
» diftincts & de la plus grande netteté . En-
» fin , nous ne pouvons dire fur cet ouvra-
" ge , tout ce qu'il a dit lui-même à ceux
» qui ont joui du plaifir de le voir .
Si les bornes d'un Extrait permettoient
de rapporter ce que contiennent les obfervations
fur deux autres Tableaux admirables
de M. Deshayes , celui de S.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Pierre & celui de S. Victor , nos Lecteurs
jugeroient encore mieux & des talens fupérieurs
de ce jeune Maître , & de l'art
avec lequel ils font annoncés dans cette
critique . A l'égard de celui de S. Pierre ,
on y fait obferver l'éclat de la lumière
célefte & furnaturelle qui femble l'éclairer.
L'extafe de l'Apôtre , la beauté de la figure
de l'Ange , l'ordonnance nette & précife
du Tableau , la vérité des fites & des
tons &c . Il faudroit lire dans l'Ouvrage
même ce qui eft dit du Tableau de S. Victor
, Morceau qui difpute de beauté avec
celui de S. Benoît . Une remarque géné
rale & importante pour la gloire de M.
Deshayes & pour augurer de la réputation
où il doit atteindre , eft celle par laquelle
on termine fon Article. » La diverfité
des ftyles ou des manières de ce Pein-
» tre , eft ce qui le rend particulierement
» recommandable. Nous avons reproché
autrefois aux plus grands Maîtres , d'a-
» voir pour tous les Sujets qu'ils traitent,
» une efpéce de furteinte , ( nous hafar-
» dons ce terme ) les uns en jaune , les
» autres en rouge , en verd , en brun , &c .
» On diroit que celui- ci a des yeux particuliers
pour chaque objet, un pinceau dif-
* Voyez l'Obfervateur Littéraire 1759 , Tom.
IV , pages 111 & 180 .
"
"
OCTOBRE. 1761. 109
33
و د
férent pour les rendre , & une touche
» propre à chaque action qu'elle repréfente
. Le Tableau de S. Victor eft par-
» faitement dans le ton de l'Ecole d'Italie .
» Le coloris, quoique vrai dans les détails,
» a , par anticipation , ce vernis du temps,
» ſi reſpecté de quelques Amateurs . Celui
de S. André eft tout différent . Il y a une
» force & une décision que l'on accuferoit
» de dureté , fi l'on ne fenroit qu'elles font
» néceffaires à l'expreffion du Sujet. Au
» contraire , celui de S. Benoît a tout le
fuave qu'on admire dans les Ouvrages
» de le Sueur. Le Tableau de S. Pierre ,
où la vigueur & l'éclat fe marient fans
» fe détruire , eft d'une touche & d'un co-
» loris qui le différencient encore de tous
» les autres .
و د
و د
D'autres morceaux, remarquent les mêmes
obfervations , dans des genres oppofés
aux précédens ,prouvent dans M. Deshayes
une aptitude générale aux diverfes parties
de fon Art.
On diftingue de M. Amédée Vanloo
deux manières dans les Tableaux qu'il a
expofés , L'une ( dans fes repréfentations
bacchiques ) d'un coloris forcé au- delà des
objets confidérés felon l'ordre naturel ; l'autre
d'un ton qui fe rapproche de celui que
femble avoir adopté fa famille. C'eſt dans
10 MERCURE DE FRANCE.
cette dernière que font peints la Guérifon
de S. Roch, & le Baptême de J. C. par
S. Jean. On fait des remarques favorables
à l'égard du premier de ces Tableaux .
En parlant de ceux de M. Chardin ,
cette brochure renouvelle d'une manière
auffi ingénieufe que conforme à la vérité ,
la gloire , & pour ainfi dire les Talens de
cet inimitable Peintre .
On parcourt tous les ouvrages de M.
Bachelier. On tourne en mérite relativement
à l'avantage de la Tapifferie , ce que
ceux qui n'auroient pas fait cette réflexion ,
ont pu critiquer dans un très-grand Tableau
de ce Peintre , deftiné pour la Manufacture
des Gobelins . Celui de Milon le Crotoniate
, eft confidéré comme une fort bonne
étude. On renvoye à un des Mercures de
cette année pour le tableau fur les quatre
Parties duMonde.Nos Amateurs paroiffent
s'être arrêtés avec plaifir fur celui qui repréfente
un très-beau Chat Angola . Mais nous
les laiffons parler eux-mêmes fur un objet qui
femble les avoir avantageuſement affectés .
Ce n'eft pas fans quelque étonnement, que
l'on paffe de la plupart des Tableaux de ce
Peintre ( M. Bachelier ) à une efquiffe en
grifaille , où il a repréfenté une defcente
de Croix. Ce morceau eft, fans outrer
l'éloge , le germe des plus grandes parties
»
OCTOBRE . 1761.
» de l'Art. Un enchaînement fage & ingénieux
dans la compofition , des effets
juftes & frappans d'expreffions & de lamières
, tout ce qui fuffiroit pour conftituer
le grand Peintre , fe trouveroit dans
» le développement de cette belle inten-
» tion , fi elle étoit exécutée dans un Tableau
avec le même fuccès que dans l'ef-
» quiffe.
Les mêmes Amateurs donnent aux Tableaux
de M. Vernet les éloges que l'on.
eft accoutumé de lire & d'entendre fur tout
ce qu'il produit.
» Les talens de M. de Machi pour l'Ar-.
chitecture , difent MM . les Amateurs, dé-
» couvrent à nos yeux impatiens la nouvel
» le Eglife de Sainte Geneviève, avant même
que cet édifice foit conftruit . Ce mo-
» nument de la piété , & qui doit l'être en
» même temps de la gloire de notre Architecture
, eft faifi d'après les projets
» du célébre M. Soufflot , de manière à
» en développer les principales beautés..
Nous y voyons avec la complaifance de
» l'amour propre , combien nos principes
fur la forme des Temples antiques & les
as convenances du Rit Chrétien * , fe font
>> rencontrés avec ceux de ce grand Archi-
»
22
-*
+
* Voyez l'Obfervateur Littéraire 1760 , Tomer
, page 295... IV,
112 MERCURE DE FRANCE.
"
و ر
» tecte . Le goût & le génie qui ont préfidė
» à l'ordonnance de cet édifice , font des
» autorités refpectables qui juftifient les
» obfervationsque nous avions faites à l'é-
» gard du Maître- Autel dans les Eglifes . On
» doit auffi remarquer dans ce nouveau
Temple, avec quelle intelligence par l'emplacement
du grand Autel renfermé dans
» un augufte Sanctuaire , M.Soufflot a diftin-
» gué ce qu'exigeoit l'ineffable majesté des
» Saints Mystères , & par la pofition de la
» Châffe, ce qui convenoit tant à la dignité
» des Reliques , qu'à la commodité des actes-
» de dévotion du Peuple. Nous n'entrerons
point dans le détail de toutes les per-
» fections de l'Art répandues fur cet ad-
» mirable Tableau * ; nous craindrions
» d'être au- deffous & du ſujet , & des éloges
répétés & unanimes des Connoiffeurs
& du Public.
33
ود
Parvenus au Tableau de Vénus bleſſée
par Dioméde, de M. Doyen, nos Amateurs
pefent & balancent tout ce qu'on a dit de
favorable & de défavantageux fur cet Ou-
* N. B. M. l'Abbé Delaporte , Editeur de ces
Obfervations , nous informe que c'eſt par une erreur
dans l'impreffion que le mot de Projet s'étoit
gliffé à la place de celui de Tableau de M. de
Machi , attendu que tout ce qui précéde déclaré
bien que le Projet eft de M. Soufflot.
OCTOBRE . 1761 . 113
,
vrage. Le résultat de leur examen eft un éfpoir
très- flatteur pour ce jeune Artiſte , auquel
ils accordent tout le feu & toute l'élévation
du Poëte Grec dont il a tiré fon fujet
. S'ils conviennent d'une part que tous
les plans ne font pas bien diftincts , que la
chaîne de lumières eft rompue en plufieurs
endroits , &c ; ils rendent juftice à la beauté
de plufieurs parties , entre autres à celles
de ces corps morts ou mourants près
d'un cheval qui lui - même , pour employer
leurs expreffions , foufle pour ainfi dire
lafureur avec le fang. Ils juftifient ce que
quelques Cenfeurs avoient trouvé d'exagégéré
dans la figure de Dioméde ; ils applaudiffent
au caractère de plufieurs autres.
Ils rendent raifon de ce qui a pu donner
lieu à des critiques fur lesquelles ils ne
prononcent pas . Enfin faire connoître
tout ce qu'ils efpérent de ce Peintre
ils terminent ainfi . » Il y a des écarts où
» entraîne un talent trop impérieux pour
»fubir le joug des régles , & qui font
» néanmoins une fource d'efpoir pour la
perfection . Si M. Doyen et tombé dans
quelques uns , ils ne peuvent être que
» de cette espéce . Que ce jeune Artiſte
» étudie encore les Maîtres de l'Art , & il
» le deviendra bientôt lui même.
و د
ود
pour
Ils ne négligent pas de remarquer que l'e
114 MERCURE DE FRANCE.
fuccès d'un Tableau du même Peintre re- .
préfentant une Lifeufe , a été fans contradicteurs.
Nous copions avec plaifir la façon
agréablement ingénieufe dont on annonce
M. Greuze dans ces Obfervations .
» Au Théâtre il eft des Acteurs que le
» Public admire , & aufquels il paye le
» tribut dû aux grands talens ; mais il en
» eft prèfque toujours un qu'il aime davantage
, parce qu'il lui procure un plai-
» fir plus familier . Les premiers font, pour
» ainfi dire , les maîtres , l'autre eft l'ami
» du Parterre ; & cet ami eſt toujours ce-
» lui dont le jeu fe rapproche le plus de la
» naïveté de la nature. Depuis quelques
années c'eft M. Grenze qui jouit de cet
» avantage fur le grand Théâtre Pitto : eſque
du Sallon . Il a eu des prédéceffeurs
» dans l'uſage intéreſſant qu'il fait de ſon
» Art ; mais il en a étendu l'effet , en y
joignant les graces à l'énergie du carac-
» tère : ſon pinceau ſçait ennoblir le
ruftique , fans en altérer la vérité.
L'aimable Tableau de la petite Blanchif
fenfe , & plufieurs têtes admirables font
les premiers objets des louanges très - juftes
& très-raifonnées de ces Obfervations ;
elles vont jufqu'à l'admiration pour le Tableau
qui a fait retourner tout Paris au
ور
genre
OCTOBRE. 1761. 113
Sallon. Nos Lecteurs perdroient trop à extraire
ce morceau .
» Ce qui eft au- deffus de toutes nos
» louanges , au- deffus même de l'idée que
» nous voudrions en donner , c'eſt le Ta-
» bleau fi long- temps attendu au Sallon, &
» dont la fcène eft dans le fein d'une hon-
» nête famille rurale . L'inftant de l'action
-33
qu'a repréſentée M. Greuze , eft celui out
»le pere de l'accordée délivre à fon gen-
» dre futur , l'argent de la dot de fa fille .
» Ce pere affis dans la partie apparente ,
» eft un vieillard d'une phyfionomie ou-
» verte , avec toute la nobleffe de fon état.
" On remarque que c'eft moins la décré-
» pitude de l'âge , que le travail & l'im- .
preffion de l'air , qui a fillonné fon vifa-
» ge. Le pinceau parle dans ce vieillard ;
on entend ce qu'il dit au jeune homme à
qui il remet le fac d'argent , & qui l'é-
» coute debout avec une attention refpectueufe.
On voit qu'il l'exhorte à faire.
» un ufage utile & honnête de cette dot ,
» & on lit fa confiance dans la manière.
» dont il lui parle. La jeune accordée a un.
» bras entrelacé dans celui du jeune hom-
» me. On s'apperçoit que la pudeur & la
préfence des parens retiennent fa main
prête à fe pofer fur celle du futur , qu'elle
defice , mais qu'elle n'ofe toucher . Son
"
".
>>
116 MERCURE DE FRANCÈ.
"autre bras eft embraffé par la bonne mère,
affife vis-à -vis du vieillard . Le chagrin
dé la féparation & la tendreffe maternel-
» le accompagnent & rendent plus inté-
" reffantes les leçons qu'elle donne à ſa fil-
» le. Rien n'eft fi piquant que la figure de
» cette accordée , ni de fi fpirituellement
» adapté au Sujet. Sa tête eft charmante ;
" & les yeux baiffés vers la mère avec ume
" modefte contrainte, ne laiffent que mieux
» deviner le charme naïf de fa phyfiono-
» mie. On y diftingue jufqu'à une petite
hypocrifie douce & honnête , qui couvre
» le véritable intérêt dont elle eft occupée
» dans ce moment. Les foupleffes gracieufes
d'une jolie taille , qui fort des mains
" de la nature, & qu'aucim artifice n'a for-
" mée ni foutenue , font exprimées avec
»une délicateffe au deffus de tout éloge . Il
" n'eſt pas jufqu'à fon tablier blanc , qui
» dans fa chûte naturelle , & fans recherche
apparente , ne concoure à la perfec-
» tion de ce caractère. Une petite foeur ,
» penchée fur les bras de cette accordée ,
pleure leur féparation , comme c'est l'afage
des foeurs cadettes , tandis que derrière
tout ce monde, un petit frère à che-
» veux blonds bouclés , fe léve fur la poin-
» te des pieds pour mieux voir ce qui fe
pafle. L'importance dont eft cette action
""
97
OCTOBRE . 1761. 117
dans une famille , la lui fait croire une
» cérémonie fort curicule. Ce qui ajoute
» infiniment à l'intérêt de la fcène , c'eft le
"3
mêlange de dépit , de regret & de jalou-
» fie qu'on apperçoit diftinctement fur la
phyfionomie d'une autre jeune perfonne,
» qui , le bas du viſage fur la main , derrière
» le fiége du vieillard , léve des yeux mécontens
fur le couple, & particulierement
»fur le futur. Sans reflembler à l'accordée,
» on la reconnoît pourtant à l'air de famil-
» le, pour une foeur aînée , que le choix du
jeune homme a facrifiée à fa cadette.
» Près du vieillard , fur le devant de la toile,
» le Peintre a placé le perfonnage indifpen-
» fable : c'eft le Tabellion avec fon habit
. و د
noir & fon manteau. On voit qu'il fe
» donne l'importance de fon ministère de-
» vant ces bonnes gens , & tout , jufqu'au
» tour de fon chapeau , indique & l'état &
» le perfonnage . En obfervant en détail
" tout ce tableau , on y remarque , de la
» part du Peintre, une attention réfléchie
» & étendue fur toutes les vérités de la na-
» ture , attention qui a peu d'exemples, &
» dont on defireroit plus d'imitateurs .
» Non-feulement les têtes , mais encore
» les jambes , les mains & les carnations
» marquent dans chaque perfonnage l'âge,
» le fixe , l'état , & ce que le plus ou le
118 MERCURE DE FRANCE.
"
33
"3
» moins de fatigue du corps y doit occafionner
de différence . On ne peut trop
» admirer la chaîne heureufe de lumière ,
»qui met tous les objets dans leur véritable
place & dans le ton vrai que
chaque place doit leur donner. Des
ombres fondues avec les clairs opérent
les preftiges de l'illufion , comme on le
» remarque à l'égard d'une armoire placée
»pour faire fond au group pe du vieillard.
La vue en mefure la profondeur & les
faillies , fans le fecours des ombres tranchées
, toujours fauffes lorfque la caufe
de la lumière ne frappe pas l'objet immédiatement.
Les vuides du tableau
"
«
"
و د
و و
33
33
"
و و
font agréablement remplis par quelques
perfonnages épifodiques, mais naturelle-
„ ment acceffoires au fujet. Ce morceau
précieux appartient au Mécène même ,
» qui préfide fur les Arts , ce que nous ré-
» marquons ici , tant pour l'honneur du
» Peintre , que pour celui du goût d'un
,, Protecteur utile aux Artiſtes , non - feu-
» lement par l'ufage de fon autorité , mais
» encore par l'emploi de fes propres fonds.
» Cet hommage que nous lui rendons au
» nom des Artiftes , nous rappelle la jufte
» reconnoiffance qu'ils doivent auffi , &
» qu'ils reffentent tous pour cette généreu-
»fe & conſtante bienfaitrice, qui feconde
و ر
OCTOBRE. 1761 .
» fi ardemment & fi utilement les vues de
» leur Protecteur . C'eſt à elle qu'appar-
» tient un autre Tableau de M. Grenze
repréſentant un Berger qui confulte le
» fort en foufflant fur une fleur. Il a été
» fait pour fervir de pendant à celui de
» l'ingénuité , vu avec tant de plaifir au
» précédent Sallon . Il ne céde point au premier
par le mérite de l'Art ; mais peut-
» être par les graces du caractère de fimpli-
» cité , plus touchantes dans un fexe que
» dans un autre . *
»
On n'a pas omis les deffeins de ce Peintre
qui étoient expofés . On remarque à
l'occafion de ce qu'ils repréfentent , que
» les fujets qu'imagine & que rend fi bien-
» ce jeune Peintre , pourront former un jour
» unTraité complet de morale domestique.
Il paroît que M. Cafanove eft regardé
par MM. les Amateurs, comme le Peintre
qui doit remplacer ceux que nous avons
perdus pour le genre des Batailles . Ils s'expriment
fortement fur la vigueur & fur la
force de la manière de ce Peintre Son
grand Tableau , difent- ils , dévore la vue &
porte la terreur dans l'âme. Expreffion nou .
velle , mais qui rend rapidement & avec
énergie, l'idée de la couleur & de la manière
du nouveau Peintre qui paroît fur la Scè-
* Ces deux Tableaux appartiennent à Madame
la Marquile de Pompadour.
120 MERCURE DE FRANCE.
ne. Ils cherchent enfuite fi cette force dévorante
eft youjours l'imitation exacte de
la nature.
»Le Purgatoire de M. Briard , difent
» nos Amateurs , annonce qu'il n'en deme-
» rera pas là . Ils approuvent & font re-
» marquer beaucoup de parties eftimables
» dans ce Tableau , de la forme la plus in-
» grate pour la compofition . Ils finiffent
» par ce rapport favorable : » Tout ce qui
» peut encourager un jeune Artifte , eft le
» réfultat de l'examen qu'on a fait de ce
» Tableau.
Ce feroit faire tort à M. Roland de la
Porte , nouvel Académicien pour le genre
des imitations , de ne pas copier un trait
qu'on trouve dans l'examen de fes Tableaux
.
"
"
» Si les oifeaux béquetoient des raifins
qui ont fi fort féduit la facile admiration
» de l'antiquité , il feroit très poffible que
» des enfans de nos jours , pour peu qu'ils
» euffent de gourmandife , portaffent la
» main fur les petits pains de notre Pein .
» tre. Ce qui ajoute au mérite de fa ma-
» nière , c'eft qu'elle eft tellement finie &
» fondue , que les yeux fur le Tableau ,
» l'illufion dure encore & n'en devient que
" plus forte.
L'Article des Portraits n'étant pas fort
étendu ,
OCTOBRE. 1761 . Izr
étendu , nous le rapportons prèfqu'en entier.
C
" Le magnifique Portrait du Roi par M.
Michel Van-loo , placé dans l'endroit
» le plus apparent du Sallon , eft un mo-
» nument de ce temps , précieux à la Na-
» tion par l'exactitude de la reffemblan-
» ce , & admiré de tous les Connoiffeurs
» par la beauté du coloris , par l'heu-
» reux agencement de fes parties , & en-
» fin par toute l'ordonnance , où l'on re-
» trouve auffi dans fon exécution , le Pein-
» tre du grand genre.
و د
"
"
» Les Portraits qu'a expofés M. de la
» Tour , foutiennent tous la réputation
qu'il s'eft acquife à fi jufte titre ; c'eſt
» en faire l'éloge le plus flatteur , & le
" plus généralement entendu. Il en est
» plufieurs qui feroient la gloire des Pein-
» tres du premier genre , par la manière
fçavante dont les têtes font travaillées.
Tel eft celui d'un Prince cher aujour-
» d'hui à notre Nation * , & d'un Poëte
Tragique qui jouit de fa mémoire ,
» comme Corneille , dont il a vu les der-
» niers jours , avoit joui de la fienne.
"
"
**
» Nous ne devons pas omettre un au-
» tre Citoyen eftimé , que l'on voit en
* M. le Comte de Luface.
** M. de Crébillon .
II.Vol.
122 MERCURE DE FRANCE.
>
robe de chambre , affis de côté fur une
» chaife dont le doffier lui fert d'appui.
» On ne parle pas de la reffemblance
» mérite ordinaire à ce Peintre ; mais on
ne peut voir une pofition plus facile ,
» plus vraie , & plus d'illufion dans au-
» cun Portrait qui foit forti des mains
» de M. de la Tour.
"
" M. Rofiina exécuté en Peintre de
» Portrait , un des grands Tableaux def-
» tinés à être placés dans l'Hôtel- de -Ville
» de Paris. C'est l'inftant où le Roi, après
» fa maladie , eft reçu dans cette Ville à
» fon retour de Metz. On voit encore
» une partie du carroffe qui a conduit
ce Monarque. Le Prince n'eft pas la
perfonne la plus en évidence , & en-
» core moins celle dont la reffemblance
foit plus exacte. L'Auteur qui eft étranger
, n'a peut -être pas fenti que dans
quelque circonftance que ce puiffe être,
» cette perfonne feroit toujours la plus
s intéreffante à voir pour des fpectateurs
» François; celle que leurs yeux cherchent
d'abord , & fur laquelle ils fixeront tous
leurs regards. M. de Bernage , alors
» Prévôt des Marchands , Magiftrat qui
» s'eft trouvé chargé de confacrer les épo-
» ques les plus mémorables de ce Régne ,
y eft très - reconnoiffable, quoique le co-
و و
15
OCTOBRE. 1761. 123
» loris foit un peu forcé dans les carna-
»tions. On parle , pour ainfi dire , & l'on
» converfe avec les autres perfonnes qui
"
"
"2
compofoient alors le Bureau de la Ville.
» Un petit Page qui court à pied auprès
» d'un Ecuyer , derriere le grouppe où eft
» le Roi , a été généralement remarqué.
» Dans le Portrait de M. le Marquis de
Marigny , par le même Peintre , tout
le Public , en convenant d'une parfaite
» reffemblance dans les traits , a cru voir
» une carnation plus forte & plus arden-
» te , qu'elle n'eft dans l'original . Les Ar-
» tiftes fe font plaints de n'y pas retrouver
» certaine expreffion d'une âme ouverte
» & affable , qui vient auffitôt fe peindre
fur fon vifage , lorfqu'ils approchent de
» lui.
ود
•
» La plupart des Portraits de M. Roflin
lui font encore honneur par la cé-
» lébrité des perfonnes qu'ils repréfentent.
» Les Artiſtes y reconnoiffent M. Bou
» cher , leur Confrère , très- fortement
» reffemblant , dans un de ces inftans qui
» ne font pas donnés au plaifir. Le Por
» trait de Madame Boucher , fa femme ,
» est bien peint , bien ajuſté , & très -re-
» connoiffable : cependant en le compa
» rant à celui du mari , on s'apperçoit que
» le pinceau faifit toujours mieux l'humeur
» que les grâces. Fij
و د
124 MERCURE DE FRANCE.
و د
" Plufieurs Portraits de M. Drouais
» confirment fa réputation par la fraî
» cheur de fon coloris & la vivacité de
fon effet. Tels font entr'autres, ceux de
» MM. de Bethune & d'un des enfans de
» M. le Préfident Defvieux ; mais fur-
» tout , celui d'un jeune Eléve , Tableau
du Cabinet de M. de Marigny. Il eſt
d'un piquant admirable , & peut foute-
» nir & fatisfaire les regards les plus diffi
» ciles . Un autre petit garçon jouant de la
» vielle , peint dans le même genre , eft
» encore un des ouvrages diftingués de
» M. Drouais dans ce Sallon.
ود
"
"
» Les Portraits ramènent à M. Greuze.
» Parmi ceux qu'il a expofés , on doit regarder
le fien comme une galanterie
faite aux Amateurs de la Peinture , auxquels
fes talens font chers. Mais celui
,, de M. Babuty , fon beau- père , fera
confidéré comme un vrai chef- d'oeuvre
peut être propofé comme une utile
leçon , dans la manière de bien traiter
une tête. Ce n'eft pas
feulement par
» caricatures que gravent les années , qu'il
» a donné à ce Portrait la force de l'effet ,
&
و و
"
"
"
les
& la vérité du caractère ; mais c'eſt par
» des paffages , dans les teintes des car-
» nations , dérobés à la Nature même
» avec cette fineffe qui lui eft uniquement
» réſervée.
OCTOBRE. 1761. 125
Nous ne pouvons donner que les premiers
articles de la Sculpture ; l'examen
des autres nous entraîneroit hors des bornes
ordinaires d'un l'Extrait.
» Le Sallon du Louvre , difent MM.
» les Amateurs , eft devenu pour les
» Arts , le Lycée d'Athènes & le Capi-
>> tole de Rome ; c'eft le lieu le plus au-
» gufte de leur Patrie ; les images de ceux
à qui les Arts doivent de la reconnoif-
» fance, y figureront toujours bien. On y
» voit donc avec plaifir , le Bufte en mar-
» bre de Madame la Marquife de Pom-
» padour , par M. le Moine. L'éloge
» qu'on a fait de cet Ouvrage , & qui eft
>> aujourd'hui généralement confirmé par
» les fuffrages du Public , fe trouve dans
» un des Mercures de cette année.Nous y
>> renvoyons nos Lecteurs, dans la crainte
» de ne pas rendre avec autant de jufteffe
& de précifion , tous les détails de ce
» qui conftitue le mérite de ce morceau.
"
» D'autres Portraits expofés au Sallon
» par le même Maître , y font , par
"
» des relations différentes , très - convena-
» bles & très -intéreffans pour le Public &
» pour les Artiftes. Tel eft d'abord celui
» de M. Reftout , refpectable par
» de & belle carrière qu'il a remplie ; &
" enfuite la tête de l'héritier des forces
la
gran-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
» & du génie de Corneille fur notre ſcène
» tragique * . La touche du premier eft
» facile , hardie & fpirituelle. La tête de
» M. de Crébillon eft reffemblante , &
» modelée avec fentiment . Une tête de
» petite fille joue & badine , pour ainſi
» dire , entre la dignité de ces deux Por
» traits. Une touche légere y fait voltiger
» les premieres graces , & cette naïveté
fine , dont la nature pare quelquefois
» notre enfance. Ces trois têtes font en
» terre cuite; ainfi le méchaniſme de l'Art
» en eft plus à découvert , & l'efprit qui
» le guide , plus diftinctement articulé.
» Combien un Artifte ne doit-il pas être
flaté d'avoir contribué à l'immortalité
» de ceux qui , par des talens d'un autre
genre, ont droit de l'attendre de la mé-
» moire des hommes ? Le Bufte en mar-
» bre de Mlle Clairon , procure cet avantage
à M. le Moine. Cette Actrice ini-
» mitable , eft repréfentée fous l'allégorie
» de Melpomène invoquant Apollon , ou
» pour mieux dire , recevant de ce Dieu
» l'infpiration du plus fublime talent de
l'action dramatique . Ce Portrait eſt très-
» reffemblant ; le caractère en eſt noble
» & touchant. Il eft pris fous un de ces
» beaux afpects , par lefquels elle exerce
» fi fouvent au Théâtre , un empire fou-
* M. de Crébillon .
OCTOBRE613 827
verain fur les âmes dont elle fait à fon
» gré moavoir tous les refforts . On nous
accuferoit , peut- être , de trop de prévention
en faveur des Artiftes célébres ,
fi nous n'avions pas foin de remarquer
que quelquefois dans le méchaniſme de
» leur Art , ils négligent trop les recher-
» ches laborieuſes , qui feules finiffent &
» perfectionnent cette vérité d'imitation
que doit prendre la matière fous les
doigts de l'Artifte dans tous les détails .
"
2
,
M. Falconet , dont les Ouvrages portent
toujours le fceau de la vérité embellie
par l'efprit ou par les graces,nous
» fait voir deux petits grouppes de fem-
» mes en plâtre , qui ont attiré notre attention
. Ils font difpofés de manière ,
que de chaque face ils préfentent les
» différens afpects d'une figure de femme.
L'élégance des formes , le choix heureux
» des pofitions , l'agrément des caractères
» de têtes & celui des coëffures , font réu-
» nis dans ces deux grouppes . Pour les
» définir en peu de mots , ce font les di-
» verfes beautés dont eft fufceptible la
» figure d'une femme , diftribuées fous
" quatre points de vue , & rendues avec
» une fidélité qui n'ajoute rien d'idéal à la
» nature. Ces grouppes font des fupports
» de chandeliers , qui doivent être exécu
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE!
tés en argent , & faire partie d'un fer-
» vice de table pour une Cour étrangère.
» Les Amateurs des Arts & ceux de l'hon-
» nêteté , ont applaudi au procédé de M.
» Germain. Il a publié avec une franchi-
»fe , malheureufement peu commune, le
choix qu'il a fait de M. Falconet pour
» l'exécution des modèles de toutes les
figures dans ce Sur-tout. Il foutient ce
» fentiment qui lui fait honneur , par
le
>>
plaifir que paroît lui faire l'expofition
» de ces deux modéles. D'ailleurs , en ren-
» dant publiques les principales études de
» cet ouvrage , M. Falconet affure davan-
» tage à M. Germain le fuccès de fon entrepriſe.
Il eft à préfumer qu'un Auteur
» qui fe foumet à tant de Juges , fait plus
» d'efforts pour mériter les fuffrages .
ور
و د
و د
par
» Nous avons remarqué , avec la plus
> grande diftinction , la tête d'un Philofophe
citoyen ( titres aujourd'hui trop
» fouvent oppofés dans l'opinion publi-
» que célèbre non -feulement la
» fcience & par l'érudition , mais encore
» par toutes les qualités fociales, qui ren-
> dent un homme cher & refpectable à
» fes Compatriotes. Ce Citoyen , ce Philofophe
, porte le même nom que l'Artifte
, qui en a fait un monument auffi
glorieux pour fes talens , qu'honorable
>>
OCTOBRE. 1761. 129
» pour fon coeur *. Nous avons éprouvé
» à l'égard de cette tête , la fatisfaction ,
» flateuſe d'entendre confirmer notre pro-
» pre fentiment , par la déclaration unanime
des Connoiffeurs & des Artiftes
» les plus éclairés. Ils y ont reconnu ,
» ainfi que nous , non - feulement une vé-
» rité de reffemblance égale à la Nature
» même , mais encore une vérité dans le
» travail , qui met ce morceau au nombre
» des modéles propofés pour atteindre à
» la perfection. Nous nous fervirons des
» termes propres à ces Juges , en difant
» que dans ce Bufte , le marbre paroît
» modélé , c'eſt-à- dire , que le cifeau a pris
» toute la liberté , tout l'efprit &la vérité
» de la premiere touche , en confervant
» le fini qu'il doit produire .
Nos Amateurs ne parlent point des Eftampes
qui fe multiplient par l'impreffion;
mais à l'article des Graveurs, ils font avec
juftice un éloge détaillé d'un très - beau
deffein à la Sanguine de M. Cochin , repréfentant
Lycurgue qui appaife une fédition
.
* M. Falconet le Médecin a fait lui- même cette
épigraphe gravée derriere fon Bufte . OMONY-
ΜΟΙΝ ΕΤΕΡΟΣ ΕΤΕΡΟΝ ΕΠΛΑΤΤΕ ΝΕΟΣ
ПРEΣYTÍN , » L'un des deux Omonymes a fait
>> l'autre : le jeune a fait le vieux, »
F v
Fermer
539
p. 63-64
ENIGME.
Début :
Fille d'un Médecin qui sçut plus d'un Métier, [...]
Mots clefs :
Façade du Louvre
540
p. 60
ENIGME.
Début :
Quel est mon sort ! si-tôt que je suis née, [...]
Mots clefs :
Médaille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
UBL eft mon fort ! fi- tôt que je ſuis née ,
On m'inſulte , on me bat ; mais malgré ces tourmens
,
La Coquette voudroit avoir ma deſtinée :
Plus je fuis vieille , & plus je plais à mes Amans`
UBL eft mon fort ! fi- tôt que je ſuis née ,
On m'inſulte , on me bat ; mais malgré ces tourmens
,
La Coquette voudroit avoir ma deſtinée :
Plus je fuis vieille , & plus je plais à mes Amans`
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541
p. 111-131
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres & des Arts de Rouen, tenue le Mercredi 4 Août 1762.
Début :
M. le Cat, Secrétaire de la Classe des Sciences, a ouvert la Séance par l'énumération [...]
Mots clefs :
Prix, Rouen, Académie, Académie de Rouen, Temps, Année, Figures, Mémoire, Remporter, Éloge, Feydeau de Brou, Égypte, Débordement des rivières, Lettres, Anatomie, Indiens , Prêtres, Agriculture, Prosper de Crébillon, Hiéroglyphes, Exposition
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres & des Arts de Rouen, tenue le Mercredi 4 Août 1762.
SÉANCE publique del'Académiedes
Sciences , des Belles-Lettres & des Arts
deRouen,tenueleMercredi4Août 17620
M.leCat,Secrétairede laClaſſedes
Sciences , a ouvertla Séanceparl'énu
mération des travaux dela Compagnie
dans l'année académique ;détail trop
conſidérable pour trouver place ici.
Ilditenfuite :
L' Académie avoit propoſé l'an paffé
pour ſujet du Prix de Phyſique,de
déterminer la meilleure maniered'aman
der les terres....... Quoiqu'elle ait reçu
ungrand nombre de Mémoires, par
mi leſquels il y ena qui méritent des
éloges , particulierement le Mémoire
N°.4. dont la deviſe eſt auxAmateurs
dela bonneagriculture , avec leslettres
initiales L.B.D, cependant elle trouve
112 MERCURE DE FRANCE.
qu'il n'eſt pas aſſez fourni d'expériences
nouvelles; elle exhorte donc l'Auteurà
redoubler ſes efforts , ſur une matière
auſſi importante , pour mériter le prix
qu'elle remet à l'année prochaine ; il
fera double , c'est-à-dire de la valeurde
600 liv. Les Auteurs des Mémoiresles
adreſſeront francs de portà M. le Cat,
ils, mettrontà leurs Mémoires une de
viſe , & auront l'attention de couvrir
leur nom d'un papier collé oucacheté.
Les Ecoles protégées par l'Académie
ont tenu leurs concours ordinaires &
au jugementdes Commiſſairesdecette
Compagnie,
Les prixd'Anatomieont étéadjugés ,
Le 1er à M. Louis Daurignac , de
Rouen.
Le 2º, à M. Jacques-René Boulard,
d'Evreux.
e
Le3º , à M. Hubert Aubé, de Ver
non.
Un4º,reſtéde l'anpaſſé,àM. Touf
faint le Roi, d'Evreux.
LesprixdeChirurgieont étéadjugés.
Le rer , à M. Jacques-RenéBoulard,
quia eu le 2º prix d'anatomie
cettenotice....Longè primus.
,
avec
OCTOBRE. 1762. 113
e
Le 2º prix , à M. HubertAubé , qui
a remportéle 3º prix d'anatomie.
Le3º, à M. Céſar Rubis , d'Orléans.
Un4, reſté l'an paſſé , à M. Louis
Daurignac , qui a remporté lepremier
prix d'anatomie.
Acceffit , M. Touſſaint le Roy , qui
a eule 4º prix d'anatomie.
Les prixde Mathématique ont été
adjugés.
Le 1er ſur l'analyſe &les ſectionsco
niques , à M. Maille , d'Elbeuf.
Le 2° & le 3 , fur le calcul & les
élémens de Géométrieont étédiſtribués
entre M. Coufin , de Dieppe , & M.
Tirvache , de Rouen ,lesquels ont ti
ré au fort pour le choix.
Lesprix de Botanique ontétéadjugés.
Le 1er , à M. Baudouin , de Rouen.
Le 2º , à M. Chandelier, de Rouen.
Lez ,a étéréſervé pourl'année pro
chaine.
M. du Boullay ,Secrétaire desBelles
Lettres , annonça que l'Académie avoit
encore remis leprixde Poëfie , dontle
Sujet étoit la délivrance de Salerne ,
par quarante Chevaliers Normands au
commencement du onziéme fiécle , &
114 MERCURE DE FRANCE.
la fondation du Royaume de Sicile ,
qui fut la ſuite de cette expédition.
Dès l'année derniere , l'Académie
avoit exhorté les Auteurs , à traiter ce
Sujetmoins en Hiſtoriens qu'en Poëtes;
elle les avoit avertis qu'elle nedeman
doit pas uneHiſtoireſuivie d'événemens
quioccupentprèsd'unſiécle , que cette
exactitude chronologique répandoit
unfroid mortel ſur un Poëmé , qu'il
s'agiſſoitde choiſirl'époque qu'on croi
roit la plus intéreſſante &de l'embellir
par quelque fiction ingénieuſe quidon
neroit les moyens d'y enchaſſerles évé
nemens qui l'auroient précédée ou fui
vie;quec'étoit lesſeuls avis qu'elle crût
devoir donner , perfuadée qu'il faut
laiſſer au génie une liberté entiere ,&
qu'il eſt peu de faitshiſtoriques , dont
le merveilleux & la fingularité prêtent
davantage à la Poëfie.
L'Académie ne ſe laſſera point de
réïterer le même programme , tant qu'il
ne lui viendrapointd'Ouvrages dignes
d'être couronnés.Elle avertit ſeulement
que pour ranimer encore davantage
l'émulation entre les concurrens elle
,
a jugé à propos dedoublerle prix qui
fera de 600liv. Les Ouvrages feront
adreſſés francs de port , & fous la for
OCTOBRE. 1762. 115
me ordinaire , avant le premier Juillet
1763 , à M. Maillet du Boullay ,Maître
des Comptes , Secrétaire perpétuel de
l'Académie de Rouen pour lesBelles
Lettres,derrière l'Archevêché,àRouen.
M. du Boullay annonça enſuite les
prix de l'Ecole de Deſſein.
L'Académie avoit proposé pour le
prixde compofition enpeinture,le Sa
crifice d'Iphigénie. Après avoir vû les
eſquiſſes desEléves , elles les a jugées
foibles , & elle a remis ce prix à l'an
née prochaine.
Le 1er prix d'après nature a été rem
porté par Marie-Gabriel Frenelle , de
Rouen , qui avoit remporté le ſecond
prixdanslamêmeclaſſel'annéederniere.
Le ſecond prix d'après nature a été
remporté par Anicet-Charles-Gabriël
le Monnier, de Rouen.
Le prix d'après la Boſſe , aété rem
porté par Charles le Carpentier , de
Ponteaudemer.
L'Acceffit , dans la même claſſe a été
adjugé à Philippe-Nicolas Vandart , de
Rouen.
Le prix de Deſſein aété remporté par
Dominique Martin , de Wardiré , près
de S. Omer.
L'Académie a accordéun prix extra
116 MERCURE DE FRANCE.
ordinaire dans cette claſſe à Mlle Do
rothée Jacques , de Rouen.
ARCHITECTURE.
Le Sujetd'Architecture étoitdecon
ſtruire au milieud'unJardin unBelveder,
dans lequel on pouvoit entrer par les
quatre faces , &deleterminer parune
balustrade. OnavoitdemandéunSallon
au centre ,un logement commode pour
le Maître , & laiſſé la liberté du choix
del'ordre dansla décoration extérieure
&intérieure; ce prix a été remporté
par Jacques- François Deſvaux , de
Rouen.
M. Vregeon lut les obſervations mé
téorologiques del'année.
M. le Cat lut l'éloge de M. deMoy
d'Ectot , Conſeiller de la Grand Cham
bre du Parlement & Membre de l'A
cadémie , né le 4 Janvier 1691
&
mort le 8 Juin 1762 , avec la réputa
,
tiond'un despluslaborieux& desplus
reſpectables Magiſtrats de cette Cour.
M. du Boullay lut l'éloge de M. de
Brou, Maîtredes Requêtes , Intendant
de la Généralité de Rouen, Académi
cien Titulairedans la claſſe des Belles
Lettres , né àParis le 3 Octobre 1731 ,
&mort dans lamême Ville le9 Juin
1
OCTOBRE. 1762. 117
1762. On ne peut faire d'autre extrait
de cet éloge qu'en en rapportantquel
questraits.
M. deBroudonna ,dès ſespremieres
années , des marques d'un eſprit péné
trant& d'une âme ſenſible. L'ambition
de ſe diftinguer & de ſe rendre utile ,
lui faiſoit trouverdes charmes dans tous
les objets de l'attention des hommes
qui ont le plus réfléchi.
» Il cultiva ſurtout l'éloquence ; il
>> ſavoit que c'étoit l'art qui le menoit
>> le plus directementà ſon but, &que
>>pour gouverner les hommes , il faut
>>ſavoirleurplaire &lesperfuader : mais
>>ce quifait le plus d'honneur à fon ju
>>gement, fon éloquence n'étoit point
>>celle defonâge. Leluxe de l'eſprit ne
>>le ſéduifit jamais. Ala noble fimplici
>>té de ſon ſtyle ,àla ſageſſedeſesré
>> flexions , on auroit cru entendre un
>> Orateur , dont le goût&la raiſon au
>>roient reçu des années ledernier degréود
>>de maturité. On ne reconnoiſſoit fa
>>jeuneſſe que dans les traits de fon
» viſage & la vive ſenſibilité de fon
» cœur.
Avocatdu Roi au Châteletavant dix
fept ans , Conſeiller au Parlement de
Parisà dix-neuf, Maître des Requêtes à
118 MERCURE DE FRANCE.
vingt,IntendantdeRouenàvingt-qua
tre , >>il fut toujours obligéde deman
>>der desdiſpenſes pourtoutes ſes char
>> ges ,& il prouva toujoursparſa capa
> cité, que cesdiſpenſes n'étoientpoint
»accordées au crédit & à la faveur.
>>Quiſçaura ſe figurerles mouvemens
» d'un jeune cœur que des éloges pré
»maturés ont rendu avide de louan
"ges,mais quidefire cependantencore
>>plus de les mériter que de les ob
»tenir, ſe formera unejuſte idée des
>>diſpoſitions avec leſquelles M. deBrou
>> vint prendre poſſeſſion de ſa Généra
„ lité. Bientôtles défauts& les inconvé
»niens de touteeſpéce, dont fourmil
»lent les inſtitutions humaines, ſe pré
>>fententàlui de toutesparts. Entraîné
>>parla vivacité de fon âge & de fon
>> zèle , il voudroit réformer tout ce qui
»luiparoît vicieux& fupprimertout ce
» cequi luiſemble nuiſible; mais il ne
>> tarde pas à s'appercevoirque les réfor
>>mations trop ſubitesſont ſouvent plus
>>dangereuſes quelesabus mêmes , &
» que le mérite de l'homme d'Etat
>>confifte moins à empêcher tous les
>>maux, qu'àlescontenirdans des bor
>> nes qu'ils ne puiſſent jamais fran
»chir.
OCTOBRE. 1762. 119
Achevons de caractériſer M. deBrou
par quelques autres traits. Après avoir
rapporté ſes Ordonnances ſur la police
des corvées, les exemptions qu'ila ac
cordées auxpèresde famille qui avoient
donné un certain nombred'enfansàla
Patrie,les encouragemens qu'il a procu
rés autant qu'il étoit enſon pouvoir, à
l'Agriculture , au Commerce&auxArts,
lesbienfaits dont l'Académie lui eſt re
devable; M. du Boullay ajoute ce qui
fuit:
» Les malheurs publics retombent,
>>fans doute , ſur tous les Citoyens ;
>> mais ils accablent encore davantage
» ceux qui ontle courage de tenir le
>>gouvernail dans des temps difficiles :
» M. deBrou, quin'avoitpeut-être en
>> core enviſagé les grandes places que
>>parles côtés agréables, en dut reffen
»tir alors toute l'amertume. Mais il
>>étoitbienéloignéd'attacherle fruitde
>>ſes travauxà l'opinion.C'eſt cequ'il fit
>>voirlors du bombardementduHavre;
>>événement rapporté dans cet éloge
>>avec les détails qu'il méritoit.
M. du Boullay le termine par cette
anecdote honorable à la mémoire deM.
deBrou.
» LeRoilui-même , attentifà récom
120 MERCURE DE FRANCE.
penſer ſes fidéles ſerviteurs juſques
>> dans leurpoſtérité, a juſtifiéces éloges
»pardes marques publiquesde ſa bon
>>té,tandisque les perſonnesqui avoient
»été lesplus chères àM. deBrou, reti
>>rées à la campagne y déploroient
>>uneperte fi imprévue , &fi cruelle.
»Sa Majesté leur envoya annoncer la
>> part qu'elle prenoit à leur juſte dou
>>leur,&qu'elledonnoitunepenſion au
>>jeune enfant qui fait déſormais l'uni
>>que eſpérance de cette famille déſo
»lée, bienfait honorable , qui l'excitera
>> à marcherunjourſurles traces de fon
»père.
M.duLagne, Profeſſeurd'Hydrogra
phie, lut un Mémoire concernantune
Cartequ'ilapréſentée, furlaquelle étoit
tracée la route qu'a tenue la derniere
Cométependantle mois deJuindecette
année. Cette Carte étoitdreſſée ſelon les
différences d'aſcenſion droite, & de dé
clinaiſon qu'il avoit obſervées conjoin
tement avec M. Bouin, Aſſocié de l'A
cadémie, entre la Cométe & un grand
nombred'Etoiles.
M. du Boullaylutàla mêmeSéance ,
des réfléxions fur les Ouvragesde M.de
Crébillon ; il avoit cru traiterd'une ma
nière plus littéraire qu'hiſtorique, l'éloge
de
OCTOBRE. 1762. 121
decet illuſtre mort, pour ne pasrépé
ter ce que le Public adéja vû dans le
Mercure , ſecond volumedeJuillet.
Nousnerapportonsquel'éxamend'A
trée & Thyeſte, cellede ſes piéces qui
caractériſe le plus fon génie.
Riennemontreplus , dit M. duBoul
lay,combienlesvéritables Génies font
au-deſſus des vues bornées qui détermi
nentles hommesvulgaires. Pourtoutau
tre que M. Crébillon,c'eûtété une témé
rité d'entreprendre de faire applaudir,
par des Spectateurs François , un ſujet
qu'onauroitcrû êtreobligéd'adoucirfur
le Théâtre mêmedeLondres. Dequelle
difficulté n'étoit pas le principal Rôle ?
CombienlePoëte n'avoit-il pas àcrain
drede la ſituation où il étoitobligé de
repréſenterceperſonnage,&del'eſpéce
d'outrage dontiltireune ſi atroce ven
geance. Devant le Tribunal de notre
Nation, il n'y avoit pasde milieu entre
la terreur&le ridicule.
Pournepasſe brifercontrecetécueil,
il falloit obſerver ſcrupuleuſement les
bienféances , conduire le Drame avec
le plus grandArt, accommoder laFable
ànos mœurs,c'eſt ce qui paroiſſoitpref
qu'impoffible , & c'eſt ceque M. deCré
billonexécuta.
II. Vol.
F
122. MERCURE DE FRANCE.
Enſuppoſant que c'eſt aux Autels
mêmes queThyeſte a enlevéEropeà fon
frère , il écarte du perſonnage d'Atrée
tout cequi pouvoit en diminuer la di
gnité. Cependant l'outrage n'en eſtpas
moins fanglant ; condition néceſſaire
pour rendre la vengeanced'Atrée égale
ment terrible & vraisemblable. Cette
vengeance elle-même , qui faitfrémir
,
eſt préparéede loin', & néceffitée mê
me en quelque forte par les obstacles
qu'Atrée rencontre dans l'exécution de
ſes premiers deſſeins. Enfin , quoique
le Poëteeût eula noblehardieſſedepré
ſenter auxyeux mêmes du Spectateur,la
plus horrible catastrophe qui puiſſe ja
maisterminer une Tragédie,cependant
la Scène n'eſt point deshonorée par un
attentat qui auroit révolté la nature :la
vueſeule de cette coupe funeſte qu'A
tréepréſenteà ſonfrère, ſuffit pour que
la ſituation ne perde riende fa force &
defon effet.
Alabellediſpoſitionde ſonſujet,M.
de Crébillon ſçut ajouter toutes lesbeau
tés de détail dont il étoit fufceptible.
Tous ces caractères ſe ſoutiennent tels
qu'ils ſe fontannoncés. Uncolorisfom
bre , mais vigoureux, femblableà celui
de cesTableaux qu'on fuppofe éclairés
t
OCTOBRE. 1762. 123
parlalueurd'un incendie ,ſubjugue l'at
tention,&attachelesSpectateurs , com
me malgré eux , enles pénétrant d'une
fecrette horreur. Enfin cetteTragédie eft
la preuve la plus complette de la vérité
decettemaximeavancée par nos Maî
tres:
Qu'il n'eſt point deforfait nidemonſtre odieux.
Qui parl'art embellinepuiſſe plaireauxyeux.
M.deCrébillonfut reçuà l'Académie
deRouenle21 Novembre 1754, & elle
regardera toujours comme une diftinc
tion flatteuſe,l'honneurd'avoir compté,
parmi ſesMembres, unPoëteque laNa
tion ne ceſſerajamaisde réclamer parmi
ſes plus grands Maîtres.
M. de Saint Paul, Mouſquetaire du
Roy, lut un Mémoire furl'origine des
Hieroglyphes Egyptiens , dont voici
l'extrait.
Après avoir expoſé la célébrité des
hieroglyphes , ou Ecriture ſacrée des
Egyptiens, M. deSaintPaulajoûtaque
lesAuteursGrecs &Latins n'étoient pas
desguides ſuffiſans dans cette forte d'é
tude; qu'il falloit joindre aux connoif
fances qu'ils donnent, celle des Allégo .
ries Religieuſes des Indiens ; il l'apuiſée
dansdiversmanufcrits queluiont con
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
muniqués des perſonnesqui ont fait un
long ſéjour dans les Indes ſa Patrie.
On ſçait que les Indiens defcendent
desEyptiens , queles cruautés de Cam
byfeobligerentde ſetranſplanterdansles
Indes, mais on ignore communément
que ces fugitifs , eny portant leursuſa
ges &leur religion, y porterent auffi
leurs anciens hieroglyphes ; ils y font
connus ſous le nom des Incarnations,
ou changemens de forme de Vichenou.
CeDieu, le Neptunedes Indiens , étoit
adoré comme Auteur de l'Eau qui fait
croître le pâturage.
Les premiersHabitansdel'Egypte ne
ſe nourrirentpendantlongtemps quede
féves , de Lotus,&dulaitdeleurstrou
peaux. Enfin, il ſe trouva parmi eux
quelques hommesdegéniequi invente
rentlesSciences & les Arts , entr'autres
l'Agriculture. Pendant que cesSçavans
accumuloientde jour enjour de nou
velles connoiffances, lepeuple croupif
foit dansune ignorance quilui étoit ex
trémement préjudiciable. La plupart ſe
laiſſoient furprendre par le débordement
duNil, avantque d'avoirprislesprécau
tionsnéceſſaires, tantpoureuxquepour
leurs beftiaux ; celui-ci ſemoittrop tôt ;
ſongrainpourrifſoit; celui-là trop tard,
il ne levoitpointà temps; cetautreper
OCTOBRE. 1762. 125
doit ſa peine à pêcher hors de ſaiſon , &
ainfi du reſte.
Les Sçavan's ouPrêtres(cesdeux ter
mes ſont ſynonymes ) chercherent le
moyende remédieràces inconvéniens ,
&réuffirent. Ils inventerent neufFigu
res ſymboliques , qu'ils expofoient à la
vue du Peuple, pour Pinformer de ce
qu'illui étoit importantde ſçavoir.
Cinq de ces figures avoient rapport
audébordementdu Nil.
Lapremiere étoitunchien; on l'ex
poſoit pour avertir quel'étoile que nous
appellons encore la canicule, commen
çoit d'être viſible le matin ; que confé
quemmentledébordementduNilnetar
deroitpas à ſefaire fentir , & qu'il étoit
temps de prendre des précautions au
fujetdecette inondation ;ilſemble qu'ern
cetemps-là, cetteétoile ſelevoit vers le
commencementdeJuîn.
La deuxiéme figure étoit un Lion ;
elle avertiſſoit que le débordement que
I'on comparoit à un Lion furieux qui
ravage tout, commençoit d'inonder la
plaine: l'éxpoſition de ce Lion ſe fai
ſoitvers les premiers jours deJuillet.
La troifiéme étoit une des fix fortes
d'oiſeaux de proie connusſous le nom
général d'éperviers. Son éxpoſition ap
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
prenoit que le vent Septentrional qui
favoriſe l'augmentation du déborde
ment, commençoitàſouffler avec force.
Les Prêtres avoient choifi un de ces
Eperviers pour déſigner ce vent; parce
que ces fortesd'oiſeauxde paſſage neſe
sendent en Egypte que quandilſe fait
fentir fortement; l'expofition de cet oi
feau ſe faiſoittantôtplutôt, tantôt plus
tard.
La quatriéme figure étoit celle d'un
Enfantquinefaitquede naître; ſon ex
pofition apprenoit que le débordement
étant arrivéà ſa plus grande hauteur, le
travail ruſtique renaiſſoit ; mais qu'il n'é
toitpas encorepoffiblede s'en occuper ;
qu'on ne lepourroitque quand cetEn
fant feroit devenu grand, c'est-à-dire ,
quand onpourroitmener paîtrelestrou
peaux, &enfemencerla terre. Cette fi
gures'expofoitversle vingtiéme Août ,
c'est-à-dire , environſept ſemaines après
le commencement du débordement.
Lacinquiéme étoit un Héronà aigret
te ; les Prêtres l'expofoient pour ap
prendre au Peuple que le ventméridio
nal,qui favoriſe l'écoulement du débor
dementfe faiſoit ſentir,& qu'ainſi on
pourroit enſemencer les terres dans un
temps convenable : on avoit choiſi le
Héron à aigrette, pour être le ſymbole
OCTOBRE. 1762. 127
decevent, parce qu'onnevoit deces
oiſeauxdepaſſage en Egypte,que quand
il commence à fe fairefentir. L'expofi
tion duHéronſefaiſoitdu premier au
dixiéme de Septembre.
Cefontcescinqfiguresque lesGrecs
ont appellées Bactyles , les comparant
auxcinqdoigtsdelamain,quifonttou
jours enſemble; aux Indes, on les ap
pelle Pandeva' , c'est-à-dire les cinq fre
res.
Lafixiémefigure étoit uncochon:fon
expofition apprenoit qu'il étoit temps
d'enſemencerlesterres.Dans ces anciens
temps la charruen'étoit pas encore in
ventée , &l'onenſemençoit les terres à
l'aide de ces animaux. L'expoſitionde
cette figure ſefaiſoit vers le 15 d'Octob.
Laſeptiéme étoit un Poiffon. On l'ex
poſoitvers lecommencement de Fé
vrier,pour avertirquec'étoit le tempsde
s'occuper de la pêché.
La huitième étoit une Tortue. On
apprenoitpar ſonexpoſition,quec'étoit
la ſaiſon d'obſerverdans quels endroits
les Tortues venoient faire leur ponte ,
afin d'enlever l'animal & fes œufs. On
ne fait rien decertain touchant le temps
de l'expoſition de cette figure.
La neuviéme étoit un Ours : Elle
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
apprenoit que larecolte étantfinie,c'é
toit letemps defairela chaffe à cetani
mal & aux autres Bêtes féroces qui in
feſtoient le Pays. L'expofition de cette
figure ſe faiſoit vers le 15 deMars.
Cesneuffiguresfont devenues , entre
les mains desGrecs, les neufSybilles ,
les neuf Piérides & les neufMuſes.
QuantauxIndiens, elles leur ontdonné
lieu de direqueleurNeptune avoitpris
fucceffivement la forme de ces neuf
Symboles, cequifait la principalepartie
de leurMythologie.
Il y avoitdéja longtemsque ces neuf
figures avoientété inventées , lorſque
des Juifs ſe tranſplanterent en Egypte.
Ils adopterent l'uſage lucratif d'expofer
les neuffigures , & même en invente
rent unedixiéme. Avantleur arrivée,
les Egyptiens n'avoient pointde bat
teaux capables de naviger ſur le Nil
pendant la duréedeſon débordement;
les Prêtres , ou les plusSçavans d'entre
cesJuifs, inventerentles barques à voi
les&àrames;&lorſque ledébordement
étoit parvenu à une hauteur affez con
fidérablepour qu'on pûtſe ſervirde ces
nouveaux batteaux, ils en expoſoient
undedeux coudéesdelong.
Cette dixiéme & derniere figure a
OCTOBRE. 1762. 129
donné lieu au dixiéme changement du
Neptune Indien en cheval aîlé, ainſi
qu'au foulier de Perſée qui avoit deux
coudées de long , & au cheval Pégaſe
desGrecs. Elleaauſſi faitdire par quel
ques-unsd'eux , qu'ilyavoit dixMuſes
&dixSybilles.
Telle eſt l'origine des premiers Hié
roglyphes des Egyptiens; on peut më
meajoûterque c'eſt auſſi celledelaplu
part des Symboles qui accompagnent
les Divinités , tant Grecques qu'In
diennes , & quele cultepopulaire ap
pellé idolatrie, leDogmedela Métemp
fycofe , &les métamorphofesviennent
delamêmefource.
Il eſt vrai qu'à l'imitation de ces dix
anciennes figures, les Prêtres d'Egypte
enontinventédans la fuiteune grande
quantité de nouvelles ; maisil n'eſt pas
difficile d'en pénétrer la fignification ,
quand on connoît bien les dix, dont
onvientdeparler, furtout fià cette con
noiffance onjoint celle des Fables Re
ligieuſesdesGrecs&des Indiens.
:
Cequi a été dit ne fuffitcependant
que pour connoître la fignification de
chaque hiéroglyphe en particulier ;
mais lorſqu'il s'agit de déchiffrer une
fuite de figures hieroglyphiques telles
Fw
130 MERCURE DE FRANCE.
qu'on envoitfurpluſieurs monumens ,
il faut encore obſerver que ſouvent on
doit conſidérer cette écriture ſacrée,
commeune écriture tracée àla manière
des Juifs , c'est-à-dire,comme uneécri
ture qui va de la droite à la gauche;
&s'ilyapluſieurs grouppes de figures ,
ondoit regarderchaquegrouppe , com
meautant de pages d'unLivre dontla
premiere eſt celle qu'à notre façonnous
appellons la dernière. C'eſt en ſuivant
cette méthode qu'il n'est pas difficile ,
parexemple , depénétrerle ſensdes hié
roglyphes de la Table Iſiaque, celui
des grandes figures quiſe voyent aubas
delaTable Egyptienne
&celui des
quatrederniers grouppesdelaTablede
Sienne.2.
L'explication détaillée que M. de
Saint-Paulſepropoſe de donner dans
lafuite,de divers monumens & des Al
légories qui y ont rapport , achévera
deprouverla véritéde fonexpofé. 10
M. Lecat lut l'abregé d'un Mémoire
fur le fommeil, diviféen deux parties.
FL
Dans la première il prétend renverſer
Vol.4. de l'Antiquité expliquée duP.Monfau
Planche 139. Edition de 1719.
oh
2. Idem Pl. 141.
Edition
:
OCTOBRE. 1762. 131
le ſyſtêmele plus reçu pourl'explication
८
dece phénomène. Dans la feconde, il
yenſubſtitue un de ſon invention
,
par lequel il rend raiſon de toutes les
circonstances du fommeil, & fur-tout
de celles qu'il avoit trouvées inexplica
bles par le ſyſtême ordinaire.
M. l'Abbé Yart, des Académies de
Caën & de Lyon , &de la Société
Royale d'Agriculture,terminala féance
parundiſcours ſurl'hiſtoire , où il mon
tra ce que doit être & ce quedoit faire
unHiſtorien. Ildoit être reſpectable par
lui-même ,judicieuxdansſes principes ,
jufte dans ſes ſentimens , il doit écrire
avecſageſſe, avec courage , avec utili
té. Onne pourroit entrer dans le détail
intéreſſant deces diviſions, fans paffer
les bornes quinous fontprefcritesdans
nos extraits.
Sciences , des Belles-Lettres & des Arts
deRouen,tenueleMercredi4Août 17620
M.leCat,Secrétairede laClaſſedes
Sciences , a ouvertla Séanceparl'énu
mération des travaux dela Compagnie
dans l'année académique ;détail trop
conſidérable pour trouver place ici.
Ilditenfuite :
L' Académie avoit propoſé l'an paffé
pour ſujet du Prix de Phyſique,de
déterminer la meilleure maniered'aman
der les terres....... Quoiqu'elle ait reçu
ungrand nombre de Mémoires, par
mi leſquels il y ena qui méritent des
éloges , particulierement le Mémoire
N°.4. dont la deviſe eſt auxAmateurs
dela bonneagriculture , avec leslettres
initiales L.B.D, cependant elle trouve
112 MERCURE DE FRANCE.
qu'il n'eſt pas aſſez fourni d'expériences
nouvelles; elle exhorte donc l'Auteurà
redoubler ſes efforts , ſur une matière
auſſi importante , pour mériter le prix
qu'elle remet à l'année prochaine ; il
fera double , c'est-à-dire de la valeurde
600 liv. Les Auteurs des Mémoiresles
adreſſeront francs de portà M. le Cat,
ils, mettrontà leurs Mémoires une de
viſe , & auront l'attention de couvrir
leur nom d'un papier collé oucacheté.
Les Ecoles protégées par l'Académie
ont tenu leurs concours ordinaires &
au jugementdes Commiſſairesdecette
Compagnie,
Les prixd'Anatomieont étéadjugés ,
Le 1er à M. Louis Daurignac , de
Rouen.
Le 2º, à M. Jacques-René Boulard,
d'Evreux.
e
Le3º , à M. Hubert Aubé, de Ver
non.
Un4º,reſtéde l'anpaſſé,àM. Touf
faint le Roi, d'Evreux.
LesprixdeChirurgieont étéadjugés.
Le rer , à M. Jacques-RenéBoulard,
quia eu le 2º prix d'anatomie
cettenotice....Longè primus.
,
avec
OCTOBRE. 1762. 113
e
Le 2º prix , à M. HubertAubé , qui
a remportéle 3º prix d'anatomie.
Le3º, à M. Céſar Rubis , d'Orléans.
Un4, reſté l'an paſſé , à M. Louis
Daurignac , qui a remporté lepremier
prix d'anatomie.
Acceffit , M. Touſſaint le Roy , qui
a eule 4º prix d'anatomie.
Les prixde Mathématique ont été
adjugés.
Le 1er ſur l'analyſe &les ſectionsco
niques , à M. Maille , d'Elbeuf.
Le 2° & le 3 , fur le calcul & les
élémens de Géométrieont étédiſtribués
entre M. Coufin , de Dieppe , & M.
Tirvache , de Rouen ,lesquels ont ti
ré au fort pour le choix.
Lesprix de Botanique ontétéadjugés.
Le 1er , à M. Baudouin , de Rouen.
Le 2º , à M. Chandelier, de Rouen.
Lez ,a étéréſervé pourl'année pro
chaine.
M. du Boullay ,Secrétaire desBelles
Lettres , annonça que l'Académie avoit
encore remis leprixde Poëfie , dontle
Sujet étoit la délivrance de Salerne ,
par quarante Chevaliers Normands au
commencement du onziéme fiécle , &
114 MERCURE DE FRANCE.
la fondation du Royaume de Sicile ,
qui fut la ſuite de cette expédition.
Dès l'année derniere , l'Académie
avoit exhorté les Auteurs , à traiter ce
Sujetmoins en Hiſtoriens qu'en Poëtes;
elle les avoit avertis qu'elle nedeman
doit pas uneHiſtoireſuivie d'événemens
quioccupentprèsd'unſiécle , que cette
exactitude chronologique répandoit
unfroid mortel ſur un Poëmé , qu'il
s'agiſſoitde choiſirl'époque qu'on croi
roit la plus intéreſſante &de l'embellir
par quelque fiction ingénieuſe quidon
neroit les moyens d'y enchaſſerles évé
nemens qui l'auroient précédée ou fui
vie;quec'étoit lesſeuls avis qu'elle crût
devoir donner , perfuadée qu'il faut
laiſſer au génie une liberté entiere ,&
qu'il eſt peu de faitshiſtoriques , dont
le merveilleux & la fingularité prêtent
davantage à la Poëfie.
L'Académie ne ſe laſſera point de
réïterer le même programme , tant qu'il
ne lui viendrapointd'Ouvrages dignes
d'être couronnés.Elle avertit ſeulement
que pour ranimer encore davantage
l'émulation entre les concurrens elle
,
a jugé à propos dedoublerle prix qui
fera de 600liv. Les Ouvrages feront
adreſſés francs de port , & fous la for
OCTOBRE. 1762. 115
me ordinaire , avant le premier Juillet
1763 , à M. Maillet du Boullay ,Maître
des Comptes , Secrétaire perpétuel de
l'Académie de Rouen pour lesBelles
Lettres,derrière l'Archevêché,àRouen.
M. du Boullay annonça enſuite les
prix de l'Ecole de Deſſein.
L'Académie avoit proposé pour le
prixde compofition enpeinture,le Sa
crifice d'Iphigénie. Après avoir vû les
eſquiſſes desEléves , elles les a jugées
foibles , & elle a remis ce prix à l'an
née prochaine.
Le 1er prix d'après nature a été rem
porté par Marie-Gabriel Frenelle , de
Rouen , qui avoit remporté le ſecond
prixdanslamêmeclaſſel'annéederniere.
Le ſecond prix d'après nature a été
remporté par Anicet-Charles-Gabriël
le Monnier, de Rouen.
Le prix d'après la Boſſe , aété rem
porté par Charles le Carpentier , de
Ponteaudemer.
L'Acceffit , dans la même claſſe a été
adjugé à Philippe-Nicolas Vandart , de
Rouen.
Le prix de Deſſein aété remporté par
Dominique Martin , de Wardiré , près
de S. Omer.
L'Académie a accordéun prix extra
116 MERCURE DE FRANCE.
ordinaire dans cette claſſe à Mlle Do
rothée Jacques , de Rouen.
ARCHITECTURE.
Le Sujetd'Architecture étoitdecon
ſtruire au milieud'unJardin unBelveder,
dans lequel on pouvoit entrer par les
quatre faces , &deleterminer parune
balustrade. OnavoitdemandéunSallon
au centre ,un logement commode pour
le Maître , & laiſſé la liberté du choix
del'ordre dansla décoration extérieure
&intérieure; ce prix a été remporté
par Jacques- François Deſvaux , de
Rouen.
M. Vregeon lut les obſervations mé
téorologiques del'année.
M. le Cat lut l'éloge de M. deMoy
d'Ectot , Conſeiller de la Grand Cham
bre du Parlement & Membre de l'A
cadémie , né le 4 Janvier 1691
&
mort le 8 Juin 1762 , avec la réputa
,
tiond'un despluslaborieux& desplus
reſpectables Magiſtrats de cette Cour.
M. du Boullay lut l'éloge de M. de
Brou, Maîtredes Requêtes , Intendant
de la Généralité de Rouen, Académi
cien Titulairedans la claſſe des Belles
Lettres , né àParis le 3 Octobre 1731 ,
&mort dans lamême Ville le9 Juin
1
OCTOBRE. 1762. 117
1762. On ne peut faire d'autre extrait
de cet éloge qu'en en rapportantquel
questraits.
M. deBroudonna ,dès ſespremieres
années , des marques d'un eſprit péné
trant& d'une âme ſenſible. L'ambition
de ſe diftinguer & de ſe rendre utile ,
lui faiſoit trouverdes charmes dans tous
les objets de l'attention des hommes
qui ont le plus réfléchi.
» Il cultiva ſurtout l'éloquence ; il
>> ſavoit que c'étoit l'art qui le menoit
>> le plus directementà ſon but, &que
>>pour gouverner les hommes , il faut
>>ſavoirleurplaire &lesperfuader : mais
>>ce quifait le plus d'honneur à fon ju
>>gement, fon éloquence n'étoit point
>>celle defonâge. Leluxe de l'eſprit ne
>>le ſéduifit jamais. Ala noble fimplici
>>té de ſon ſtyle ,àla ſageſſedeſesré
>> flexions , on auroit cru entendre un
>> Orateur , dont le goût&la raiſon au
>>roient reçu des années ledernier degréود
>>de maturité. On ne reconnoiſſoit fa
>>jeuneſſe que dans les traits de fon
» viſage & la vive ſenſibilité de fon
» cœur.
Avocatdu Roi au Châteletavant dix
fept ans , Conſeiller au Parlement de
Parisà dix-neuf, Maître des Requêtes à
118 MERCURE DE FRANCE.
vingt,IntendantdeRouenàvingt-qua
tre , >>il fut toujours obligéde deman
>>der desdiſpenſes pourtoutes ſes char
>> ges ,& il prouva toujoursparſa capa
> cité, que cesdiſpenſes n'étoientpoint
»accordées au crédit & à la faveur.
>>Quiſçaura ſe figurerles mouvemens
» d'un jeune cœur que des éloges pré
»maturés ont rendu avide de louan
"ges,mais quidefire cependantencore
>>plus de les mériter que de les ob
»tenir, ſe formera unejuſte idée des
>>diſpoſitions avec leſquelles M. deBrou
>> vint prendre poſſeſſion de ſa Généra
„ lité. Bientôtles défauts& les inconvé
»niens de touteeſpéce, dont fourmil
»lent les inſtitutions humaines, ſe pré
>>fententàlui de toutesparts. Entraîné
>>parla vivacité de fon âge & de fon
>> zèle , il voudroit réformer tout ce qui
»luiparoît vicieux& fupprimertout ce
» cequi luiſemble nuiſible; mais il ne
>> tarde pas à s'appercevoirque les réfor
>>mations trop ſubitesſont ſouvent plus
>>dangereuſes quelesabus mêmes , &
» que le mérite de l'homme d'Etat
>>confifte moins à empêcher tous les
>>maux, qu'àlescontenirdans des bor
>> nes qu'ils ne puiſſent jamais fran
»chir.
OCTOBRE. 1762. 119
Achevons de caractériſer M. deBrou
par quelques autres traits. Après avoir
rapporté ſes Ordonnances ſur la police
des corvées, les exemptions qu'ila ac
cordées auxpèresde famille qui avoient
donné un certain nombred'enfansàla
Patrie,les encouragemens qu'il a procu
rés autant qu'il étoit enſon pouvoir, à
l'Agriculture , au Commerce&auxArts,
lesbienfaits dont l'Académie lui eſt re
devable; M. du Boullay ajoute ce qui
fuit:
» Les malheurs publics retombent,
>>fans doute , ſur tous les Citoyens ;
>> mais ils accablent encore davantage
» ceux qui ontle courage de tenir le
>>gouvernail dans des temps difficiles :
» M. deBrou, quin'avoitpeut-être en
>> core enviſagé les grandes places que
>>parles côtés agréables, en dut reffen
»tir alors toute l'amertume. Mais il
>>étoitbienéloignéd'attacherle fruitde
>>ſes travauxà l'opinion.C'eſt cequ'il fit
>>voirlors du bombardementduHavre;
>>événement rapporté dans cet éloge
>>avec les détails qu'il méritoit.
M. du Boullay le termine par cette
anecdote honorable à la mémoire deM.
deBrou.
» LeRoilui-même , attentifà récom
120 MERCURE DE FRANCE.
penſer ſes fidéles ſerviteurs juſques
>> dans leurpoſtérité, a juſtifiéces éloges
»pardes marques publiquesde ſa bon
>>té,tandisque les perſonnesqui avoient
»été lesplus chères àM. deBrou, reti
>>rées à la campagne y déploroient
>>uneperte fi imprévue , &fi cruelle.
»Sa Majesté leur envoya annoncer la
>> part qu'elle prenoit à leur juſte dou
>>leur,&qu'elledonnoitunepenſion au
>>jeune enfant qui fait déſormais l'uni
>>que eſpérance de cette famille déſo
»lée, bienfait honorable , qui l'excitera
>> à marcherunjourſurles traces de fon
»père.
M.duLagne, Profeſſeurd'Hydrogra
phie, lut un Mémoire concernantune
Cartequ'ilapréſentée, furlaquelle étoit
tracée la route qu'a tenue la derniere
Cométependantle mois deJuindecette
année. Cette Carte étoitdreſſée ſelon les
différences d'aſcenſion droite, & de dé
clinaiſon qu'il avoit obſervées conjoin
tement avec M. Bouin, Aſſocié de l'A
cadémie, entre la Cométe & un grand
nombred'Etoiles.
M. du Boullaylutàla mêmeSéance ,
des réfléxions fur les Ouvragesde M.de
Crébillon ; il avoit cru traiterd'une ma
nière plus littéraire qu'hiſtorique, l'éloge
de
OCTOBRE. 1762. 121
decet illuſtre mort, pour ne pasrépé
ter ce que le Public adéja vû dans le
Mercure , ſecond volumedeJuillet.
Nousnerapportonsquel'éxamend'A
trée & Thyeſte, cellede ſes piéces qui
caractériſe le plus fon génie.
Riennemontreplus , dit M. duBoul
lay,combienlesvéritables Génies font
au-deſſus des vues bornées qui détermi
nentles hommesvulgaires. Pourtoutau
tre que M. Crébillon,c'eûtété une témé
rité d'entreprendre de faire applaudir,
par des Spectateurs François , un ſujet
qu'onauroitcrû êtreobligéd'adoucirfur
le Théâtre mêmedeLondres. Dequelle
difficulté n'étoit pas le principal Rôle ?
CombienlePoëte n'avoit-il pas àcrain
drede la ſituation où il étoitobligé de
repréſenterceperſonnage,&del'eſpéce
d'outrage dontiltireune ſi atroce ven
geance. Devant le Tribunal de notre
Nation, il n'y avoit pasde milieu entre
la terreur&le ridicule.
Pournepasſe brifercontrecetécueil,
il falloit obſerver ſcrupuleuſement les
bienféances , conduire le Drame avec
le plus grandArt, accommoder laFable
ànos mœurs,c'eſt ce qui paroiſſoitpref
qu'impoffible , & c'eſt ceque M. deCré
billonexécuta.
II. Vol.
F
122. MERCURE DE FRANCE.
Enſuppoſant que c'eſt aux Autels
mêmes queThyeſte a enlevéEropeà fon
frère , il écarte du perſonnage d'Atrée
tout cequi pouvoit en diminuer la di
gnité. Cependant l'outrage n'en eſtpas
moins fanglant ; condition néceſſaire
pour rendre la vengeanced'Atrée égale
ment terrible & vraisemblable. Cette
vengeance elle-même , qui faitfrémir
,
eſt préparéede loin', & néceffitée mê
me en quelque forte par les obstacles
qu'Atrée rencontre dans l'exécution de
ſes premiers deſſeins. Enfin , quoique
le Poëteeût eula noblehardieſſedepré
ſenter auxyeux mêmes du Spectateur,la
plus horrible catastrophe qui puiſſe ja
maisterminer une Tragédie,cependant
la Scène n'eſt point deshonorée par un
attentat qui auroit révolté la nature :la
vueſeule de cette coupe funeſte qu'A
tréepréſenteà ſonfrère, ſuffit pour que
la ſituation ne perde riende fa force &
defon effet.
Alabellediſpoſitionde ſonſujet,M.
de Crébillon ſçut ajouter toutes lesbeau
tés de détail dont il étoit fufceptible.
Tous ces caractères ſe ſoutiennent tels
qu'ils ſe fontannoncés. Uncolorisfom
bre , mais vigoureux, femblableà celui
de cesTableaux qu'on fuppofe éclairés
t
OCTOBRE. 1762. 123
parlalueurd'un incendie ,ſubjugue l'at
tention,&attachelesSpectateurs , com
me malgré eux , enles pénétrant d'une
fecrette horreur. Enfin cetteTragédie eft
la preuve la plus complette de la vérité
decettemaximeavancée par nos Maî
tres:
Qu'il n'eſt point deforfait nidemonſtre odieux.
Qui parl'art embellinepuiſſe plaireauxyeux.
M.deCrébillonfut reçuà l'Académie
deRouenle21 Novembre 1754, & elle
regardera toujours comme une diftinc
tion flatteuſe,l'honneurd'avoir compté,
parmi ſesMembres, unPoëteque laNa
tion ne ceſſerajamaisde réclamer parmi
ſes plus grands Maîtres.
M. de Saint Paul, Mouſquetaire du
Roy, lut un Mémoire furl'origine des
Hieroglyphes Egyptiens , dont voici
l'extrait.
Après avoir expoſé la célébrité des
hieroglyphes , ou Ecriture ſacrée des
Egyptiens, M. deSaintPaulajoûtaque
lesAuteursGrecs &Latins n'étoient pas
desguides ſuffiſans dans cette forte d'é
tude; qu'il falloit joindre aux connoif
fances qu'ils donnent, celle des Allégo .
ries Religieuſes des Indiens ; il l'apuiſée
dansdiversmanufcrits queluiont con
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
muniqués des perſonnesqui ont fait un
long ſéjour dans les Indes ſa Patrie.
On ſçait que les Indiens defcendent
desEyptiens , queles cruautés de Cam
byfeobligerentde ſetranſplanterdansles
Indes, mais on ignore communément
que ces fugitifs , eny portant leursuſa
ges &leur religion, y porterent auffi
leurs anciens hieroglyphes ; ils y font
connus ſous le nom des Incarnations,
ou changemens de forme de Vichenou.
CeDieu, le Neptunedes Indiens , étoit
adoré comme Auteur de l'Eau qui fait
croître le pâturage.
Les premiersHabitansdel'Egypte ne
ſe nourrirentpendantlongtemps quede
féves , de Lotus,&dulaitdeleurstrou
peaux. Enfin, il ſe trouva parmi eux
quelques hommesdegéniequi invente
rentlesSciences & les Arts , entr'autres
l'Agriculture. Pendant que cesSçavans
accumuloientde jour enjour de nou
velles connoiffances, lepeuple croupif
foit dansune ignorance quilui étoit ex
trémement préjudiciable. La plupart ſe
laiſſoient furprendre par le débordement
duNil, avantque d'avoirprislesprécau
tionsnéceſſaires, tantpoureuxquepour
leurs beftiaux ; celui-ci ſemoittrop tôt ;
ſongrainpourrifſoit; celui-là trop tard,
il ne levoitpointà temps; cetautreper
OCTOBRE. 1762. 125
doit ſa peine à pêcher hors de ſaiſon , &
ainfi du reſte.
Les Sçavan's ouPrêtres(cesdeux ter
mes ſont ſynonymes ) chercherent le
moyende remédieràces inconvéniens ,
&réuffirent. Ils inventerent neufFigu
res ſymboliques , qu'ils expofoient à la
vue du Peuple, pour Pinformer de ce
qu'illui étoit importantde ſçavoir.
Cinq de ces figures avoient rapport
audébordementdu Nil.
Lapremiere étoitunchien; on l'ex
poſoit pour avertir quel'étoile que nous
appellons encore la canicule, commen
çoit d'être viſible le matin ; que confé
quemmentledébordementduNilnetar
deroitpas à ſefaire fentir , & qu'il étoit
temps de prendre des précautions au
fujetdecette inondation ;ilſemble qu'ern
cetemps-là, cetteétoile ſelevoit vers le
commencementdeJuîn.
La deuxiéme figure étoit un Lion ;
elle avertiſſoit que le débordement que
I'on comparoit à un Lion furieux qui
ravage tout, commençoit d'inonder la
plaine: l'éxpoſition de ce Lion ſe fai
ſoitvers les premiers jours deJuillet.
La troifiéme étoit une des fix fortes
d'oiſeaux de proie connusſous le nom
général d'éperviers. Son éxpoſition ap
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
prenoit que le vent Septentrional qui
favoriſe l'augmentation du déborde
ment, commençoitàſouffler avec force.
Les Prêtres avoient choifi un de ces
Eperviers pour déſigner ce vent; parce
que ces fortesd'oiſeauxde paſſage neſe
sendent en Egypte que quandilſe fait
fentir fortement; l'expofition de cet oi
feau ſe faiſoittantôtplutôt, tantôt plus
tard.
La quatriéme figure étoit celle d'un
Enfantquinefaitquede naître; ſon ex
pofition apprenoit que le débordement
étant arrivéà ſa plus grande hauteur, le
travail ruſtique renaiſſoit ; mais qu'il n'é
toitpas encorepoffiblede s'en occuper ;
qu'on ne lepourroitque quand cetEn
fant feroit devenu grand, c'est-à-dire ,
quand onpourroitmener paîtrelestrou
peaux, &enfemencerla terre. Cette fi
gures'expofoitversle vingtiéme Août ,
c'est-à-dire , environſept ſemaines après
le commencement du débordement.
Lacinquiéme étoit un Héronà aigret
te ; les Prêtres l'expofoient pour ap
prendre au Peuple que le ventméridio
nal,qui favoriſe l'écoulement du débor
dementfe faiſoit ſentir,& qu'ainſi on
pourroit enſemencer les terres dans un
temps convenable : on avoit choiſi le
Héron à aigrette, pour être le ſymbole
OCTOBRE. 1762. 127
decevent, parce qu'onnevoit deces
oiſeauxdepaſſage en Egypte,que quand
il commence à fe fairefentir. L'expofi
tion duHéronſefaiſoitdu premier au
dixiéme de Septembre.
Cefontcescinqfiguresque lesGrecs
ont appellées Bactyles , les comparant
auxcinqdoigtsdelamain,quifonttou
jours enſemble; aux Indes, on les ap
pelle Pandeva' , c'est-à-dire les cinq fre
res.
Lafixiémefigure étoit uncochon:fon
expofition apprenoit qu'il étoit temps
d'enſemencerlesterres.Dans ces anciens
temps la charruen'étoit pas encore in
ventée , &l'onenſemençoit les terres à
l'aide de ces animaux. L'expoſitionde
cette figure ſefaiſoit vers le 15 d'Octob.
Laſeptiéme étoit un Poiffon. On l'ex
poſoitvers lecommencement de Fé
vrier,pour avertirquec'étoit le tempsde
s'occuper de la pêché.
La huitième étoit une Tortue. On
apprenoitpar ſonexpoſition,quec'étoit
la ſaiſon d'obſerverdans quels endroits
les Tortues venoient faire leur ponte ,
afin d'enlever l'animal & fes œufs. On
ne fait rien decertain touchant le temps
de l'expoſition de cette figure.
La neuviéme étoit un Ours : Elle
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
apprenoit que larecolte étantfinie,c'é
toit letemps defairela chaffe à cetani
mal & aux autres Bêtes féroces qui in
feſtoient le Pays. L'expofition de cette
figure ſe faiſoit vers le 15 deMars.
Cesneuffiguresfont devenues , entre
les mains desGrecs, les neufSybilles ,
les neuf Piérides & les neufMuſes.
QuantauxIndiens, elles leur ontdonné
lieu de direqueleurNeptune avoitpris
fucceffivement la forme de ces neuf
Symboles, cequifait la principalepartie
de leurMythologie.
Il y avoitdéja longtemsque ces neuf
figures avoientété inventées , lorſque
des Juifs ſe tranſplanterent en Egypte.
Ils adopterent l'uſage lucratif d'expofer
les neuffigures , & même en invente
rent unedixiéme. Avantleur arrivée,
les Egyptiens n'avoient pointde bat
teaux capables de naviger ſur le Nil
pendant la duréedeſon débordement;
les Prêtres , ou les plusSçavans d'entre
cesJuifs, inventerentles barques à voi
les&àrames;&lorſque ledébordement
étoit parvenu à une hauteur affez con
fidérablepour qu'on pûtſe ſervirde ces
nouveaux batteaux, ils en expoſoient
undedeux coudéesdelong.
Cette dixiéme & derniere figure a
OCTOBRE. 1762. 129
donné lieu au dixiéme changement du
Neptune Indien en cheval aîlé, ainſi
qu'au foulier de Perſée qui avoit deux
coudées de long , & au cheval Pégaſe
desGrecs. Elleaauſſi faitdire par quel
ques-unsd'eux , qu'ilyavoit dixMuſes
&dixSybilles.
Telle eſt l'origine des premiers Hié
roglyphes des Egyptiens; on peut më
meajoûterque c'eſt auſſi celledelaplu
part des Symboles qui accompagnent
les Divinités , tant Grecques qu'In
diennes , & quele cultepopulaire ap
pellé idolatrie, leDogmedela Métemp
fycofe , &les métamorphofesviennent
delamêmefource.
Il eſt vrai qu'à l'imitation de ces dix
anciennes figures, les Prêtres d'Egypte
enontinventédans la fuiteune grande
quantité de nouvelles ; maisil n'eſt pas
difficile d'en pénétrer la fignification ,
quand on connoît bien les dix, dont
onvientdeparler, furtout fià cette con
noiffance onjoint celle des Fables Re
ligieuſesdesGrecs&des Indiens.
:
Cequi a été dit ne fuffitcependant
que pour connoître la fignification de
chaque hiéroglyphe en particulier ;
mais lorſqu'il s'agit de déchiffrer une
fuite de figures hieroglyphiques telles
Fw
130 MERCURE DE FRANCE.
qu'on envoitfurpluſieurs monumens ,
il faut encore obſerver que ſouvent on
doit conſidérer cette écriture ſacrée,
commeune écriture tracée àla manière
des Juifs , c'est-à-dire,comme uneécri
ture qui va de la droite à la gauche;
&s'ilyapluſieurs grouppes de figures ,
ondoit regarderchaquegrouppe , com
meautant de pages d'unLivre dontla
premiere eſt celle qu'à notre façonnous
appellons la dernière. C'eſt en ſuivant
cette méthode qu'il n'est pas difficile ,
parexemple , depénétrerle ſensdes hié
roglyphes de la Table Iſiaque, celui
des grandes figures quiſe voyent aubas
delaTable Egyptienne
&celui des
quatrederniers grouppesdelaTablede
Sienne.2.
L'explication détaillée que M. de
Saint-Paulſepropoſe de donner dans
lafuite,de divers monumens & des Al
légories qui y ont rapport , achévera
deprouverla véritéde fonexpofé. 10
M. Lecat lut l'abregé d'un Mémoire
fur le fommeil, diviféen deux parties.
FL
Dans la première il prétend renverſer
Vol.4. de l'Antiquité expliquée duP.Monfau
Planche 139. Edition de 1719.
oh
2. Idem Pl. 141.
Edition
:
OCTOBRE. 1762. 131
le ſyſtêmele plus reçu pourl'explication
८
dece phénomène. Dans la feconde, il
yenſubſtitue un de ſon invention
,
par lequel il rend raiſon de toutes les
circonstances du fommeil, & fur-tout
de celles qu'il avoit trouvées inexplica
bles par le ſyſtême ordinaire.
M. l'Abbé Yart, des Académies de
Caën & de Lyon , &de la Société
Royale d'Agriculture,terminala féance
parundiſcours ſurl'hiſtoire , où il mon
tra ce que doit être & ce quedoit faire
unHiſtorien. Ildoit être reſpectable par
lui-même ,judicieuxdansſes principes ,
jufte dans ſes ſentimens , il doit écrire
avecſageſſe, avec courage , avec utili
té. Onne pourroit entrer dans le détail
intéreſſant deces diviſions, fans paffer
les bornes quinous fontprefcritesdans
nos extraits.
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542
p. 69-70
AUTRE.
Début :
Je suis petit ou grand, ma taille est arbitraire, [...]
Mots clefs :
Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
J fuis petit ou grand , ma taille eft arbitraire ,
E
Beau , laid , bien ou mal fait , ce n'eſt pas là
l'affaire.
70 MERCURE DE FRANCE .
Tantôt en ris ,
Tantôt en pleurs ,
Ici je vis ,
Et là je meurs.
En même lieu je place & la paix & la guèrre ;
Je fais plus , & fans bruit je lance le tonnèrre.
Je flatte en même temps l'Impie & le Dévot ,
En gardant le filence & fans leur dire mot.
Poëte , Hiftorien , fans vers & fans hiftoire ....
Cher Lecteur , cela te ſurprend !
Le refte eft bien plus étonnant :
Pour être tel il me faut boire.
Par un Abonné au Mercure.
J fuis petit ou grand , ma taille eft arbitraire ,
E
Beau , laid , bien ou mal fait , ce n'eſt pas là
l'affaire.
70 MERCURE DE FRANCE .
Tantôt en ris ,
Tantôt en pleurs ,
Ici je vis ,
Et là je meurs.
En même lieu je place & la paix & la guèrre ;
Je fais plus , & fans bruit je lance le tonnèrre.
Je flatte en même temps l'Impie & le Dévot ,
En gardant le filence & fans leur dire mot.
Poëte , Hiftorien , fans vers & fans hiftoire ....
Cher Lecteur , cela te ſurprend !
Le refte eft bien plus étonnant :
Pour être tel il me faut boire.
Par un Abonné au Mercure.
Fermer
543
p. 73-80
DISSERTATION de M. de SAINT-FOIX, au sujet de la Statue Equestre d'un de nos Rois, qui est dans l'Eglise de Nôtre-Dame de Paris.
Début :
M. le Président Heinaut dit qu'en mémoire de la victoire que Philippe [...]
Mots clefs :
Statue équestre, Nécrologe, Église de Notre-Dame de Paris, Cheval, Chroniques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION de M. de SAINT-FOIX, au sujet de la Statue Equestre d'un de nos Rois, qui est dans l'Eglise de Nôtre-Dame de Paris.
NOUVELLES LITTERAIRES.
DISSERTATION de M. de SAINTFOIX
, au fujet de la Statue Equeftre
d'un de nos Rois , qui eft dans
l'Eglife de Notre-Dame de Paris.
M. le Préfident Heinaut dit qu'en
mémoire de la victoire que Philippe
le Bel avoit remportée fur les Flamans
à Mons en Puelle , le 18 Août
1304 , on éleva à Notre- Dame une Statue
équestre de ce Prince , & qu'il fonda
une rente de cent livres à l'Eglife
de Notre- Dame de Paris. Il y a eu ,
ajoute- t-il , des méprifes fur ce monument
que quelques Auteurs , & entr'autres
Nicole Gilles , ont attribué à Philippe
de Valois ; mais pour s'aflurer
de la vérité du fait , il n'y a qu'à lire le
Nécrologe de l'Eglife de Notre-Dame
de Paris , ainfi que la fixiéme Leçon
du Breviaire de Paris , où il eft fait
commémoration de cette victoire au 18
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Août , jour auquel fe donna la bataille
de Mons en Puelle , au lieu que celle
de Caffel, fe donna le
23 Août.
M. Le Préfident Heinaut ne s'eft
pas
fans doute fouvenu qu'un Hiftorien ,
témoin oculaire & qui a écrit l'hiſtoire
de fon temps depuis 1301 jufqu'en
1340 , en parlant de Philippe le Bel &
de la bataille de Mons en Puelle , dit
fimplement que ce Prince , en actions
de grâces de cette victoire , fit des fondations
à Nôtre-Dame , à S. Denis &
dans plufieurs autres Eglifes ; au lieu
que ce même Historien , en parlant
de Philippe de Valois & de la bataille
de Caffel , dit que Philippe de Valois ,
à fon retour en France , alla à S. Denis
& enfuite à Nôtre-Dame de Paris , où
il monta fur le même cheval & fe fit
armer des mêmes armes qu'il avoit
dans le combat , & les préfenta en offrande
à la Sainte Vierge : Rex vere
(Philippus ** Valefius ) in Francia exiftens
, beatum Dionifuum primitus devote
& humiliter vifitavit , & poftea ivit Parifios
, & Ecclefiam Beatæ Mariæ ingreffus
coram imagine eifdem armis
quibus in bello armatus fuerat , fe armari
fecit & fuper equum cui exiftenti
* Continuat. Guill . de Nangis , p. 61.6.
** Continuat. Guill, de Nangis , p . 737•
JANVIER. 1763. 75
in bello infederat , afcenfus , Bear
Mariæ cui fe in hoc belli periculo facturum
dona voverat , Ecclefiæ ejufdem
arma & equum deferens , devotiffime
præfentavit , eidem de tanti evafione periculi
gratias agens.
On prétend que s'il y a dans quelques
manufcrits ivit Parifios , il y a dans
d'autres ivit Carnutum , c'est-à-dire à
Chartres , & que ce fut dans l'Eglife de
Chartres que Philippe de Valois entra à
cheval , & fit l'offrande de fon cheval
& de fes armes , comme Philippe le Bel
avoit fait vingt- quatre ans auparavant
dans l'Eglife Cathédrale de Paris . Mais
eft-il naturel que l'Hiftorien contemporain
de ces deux Princes,ayant rapporté
l'action de Philippe de Valois , n'eût pas
parlé de la même action faite par Philippe
le Bel , fur- tout lorfqu'il fait mention
des fondations que fit Philippe le
Bel en mémoire & reconnoiffance de
la victoire qu'il avoit remportée à Mons
en Puelle ?
Joignons à ce témoignage de l'hiftorien
contemporain , celui d'un manufcrit
qui paroît être de 1360 , cotté H ,
numero 22 , & faifant partie des manufcrits
que le Chapitre de Notre-Dame
a donnés au Roi : il y eft dit que Phi-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>
lippe de Valois , après la bataille de Caffel
, l'an 1328 , entra tout arméfurfon
deftrier en l'Eglife de Notre- Dame de
Paris & lui offrit ledit cheval & fes
armes en oblation , la remerciant de la
victoire qu'il avoit obtenue par fon interceffion
; & que la repréfentation dudit
Roi eft affife fur deux piliers devant l'image
de ladite Dame , en la Nef de ladite
Eglife.
On peut encore ajouter à ces autorités
, celle des grandes Chroniques de
France , manufcrit de l'an 1380 : elles
difent que Philippe de Valois monta fur
fon deftrier , & ainfi entra dans l'Eglife
de Notre-Dame de Paris , & très - dévotement
la remercia , & lui préfenta ledit
cheval fur lequel il étoit monté , & toutes
fes armures.
Á l'égard du Nécrologe de l'Eglife A
de Nôtre- Dame de Paris , il y eft fimplement
parlé d'une fondation de cent livres
de rente , faite par Philippe le Bel en
actions de graces de la victoire qu'il
avoit remportée à Mons en Puelle ; &
comme il n'y eft point dit que ce Prince
entra dans l'Eglife de Notre - Dame à
cheval , & qu'il fit l'offrande de fon
cheval & de fes armes à la Vierge
c'eft encore une preuve que ce ne fut
point lui , mais Philippe de Valois qui
JANVIER. 1763. 77
entra de la forte dans cette Eglife , &
qui fit cette offrande. L'apoftille qui eft
à la marge de ce Nécrologe , eft d'un
ftyle & d'une écriture très-moderne , &
par conféquent ne prouve rien.
Je conviens que les nouveaux Breviaires
de Paris portent : Philippus Pulcher
reverfus poftea Lutetiam , in ejufdem
Bafilicæ pronao ftatuamfuam equeftrem
, eamque armatam coram Beatæ
Virginis imagine , in perenne collati beneficii
monumentum , erigi voluit. Mais
dans les anciens Breviaires il n'y a que
ces mots , in Ecclefia Parifienfi , propter
commemorationem victoria Philippi Pulchri
, fit duplum. Non feulement on
n'y trouve pas les trois leçons qu'on a
faites & inférées pour Philippe le Bel
dans les nouveaux Breviaires , mais au
contraire on trouve les deux Leçons
fuivantes :
*
LECTIO QUINTA.
Quod intelligens gloriofa memoriæ
Rex Philippus Valefius , cum opitulante
Deo per merita Beata Virginis
Matris , infignem victoriam de rebellibus
Flandris obtinuiffet , quæ contigit
anno 1328 , acturus Deo & Sanc-
* Breviar. Ecclefia Parifienfis. Festa Augufti ,
anno 1584.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
tæ Virgini gratias , triumphans & equitans
Ecclefiam Beata Maria Parifiis
ingreffus eft , non vaná oftentatione elatus
, fed Deo , per quem de ancipiti bello
evaferat , profunda humilitate fubjectus.
LECTIO SEXTA.
Itaque & æquum & arma in quibus
vicerat , gloriofiffimae Virgini devovit :
atque ut teftimonium tanti beneficii pofteritati
relinqueret , ftatuit ut infra octavam
affumptionis ejufdem genitricis
Dei , dies ifta duplo celebrior haberetur
, & propter affumptionis Beatæ Mariæ
folemnitatem , & propter tanta victoriæ
nullis abolendam temporibus memoriam.
On demandera fans doute pourquoi
ces changemens dans les nouveaux breviaires
? je répondrai que je n'en fais pas
la raifon ; mais que de mauvais efprits
pourroient s'imaginer qu'attendu la rente
de cent livres fondée par Philippe le
Bel , pour qu'on fit commémoration de
fa victoire , on a jugé que ce Prince méritoit
qu'on fe fouvînt de lui ; au lieu
qu'on a cru qu'on pouvoit enfin oublier
Philippe de Valois , qui n'avoit donné
àl'Eglife que fes armes & fon cheval .
Dans le récit de la bataille de Caffel
on voit que l'attaque des ennemis fut
affez foudaine & imprévue ; mais que
JANVIER. 1763. 79
cependant Philippe de Valois eut le
temps de s'armer à moitié & de monter
à cheval ; au lieu qu'à la bataille de
Mons en Puelle , Philippe le Bel fut
furpris dans fa tente & combattit à pied
jufqu'à ce que plufieurs Seigneurs étant
accourus a fon fecours , il eut le temps
de monter à cheval. Or , s'il avoit voulu
qu'on mit fa ftatue à Notre - Dame , il
n'eft pas douteux qu'il s'y feroit fait repréfenter
à pied , comme au moment
du plus grand danger , & par conféquent
le plus glorieux pour lui. Je fais
cette remarque * en réponſe à ce qu'a dit
Moreau de Mautour qui , pour foutenir fon
opinion , fe déguife à lui- même les faits .
Je crois que tout ce que je viens de
rapporter doit déterminer à changer
l'infcription nouvelle qu'on a mife à
Notre-Dame , & à y mettre : Rex Philippus
Valefius , &c. au lieu de Rex Philippus
Pulcher. D'ailleurs on a eu tort
de critiquer la fin de cette infcription
& de dire qu'il n'eft pas vraisemblable
qu'un Roi foit entré dans une Eglife
à cheval , parce que cela auroit été
trop indécent. Une pareille critique décéle
un homme peu verfé dans l'étude de
notre hiftoire & de nos anciennes moeurs
* Mém, de l'Acad. des Infcript. T. 3. p. 299.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
*
& coutumes ; il y auroit vu qu'au fervice
fait à S. Denis , en 1389, pour Ber
trand Duguefclin , par l'ordre de Charles
VI , les Chevaliers qui menoient le deuil
entrerent dans l'Eglife fur des chevaux
caparaçonnés de noir , & que l'Evêque
qui célébroit la Meffe , defcendit de l'Autel
après l'Evangile ; & que s'étant placé
à la porte du choeur , il reçut l'offrande
des chevaux , en leur mettant la main
fur la tête.
DISSERTATION de M. de SAINTFOIX
, au fujet de la Statue Equeftre
d'un de nos Rois , qui eft dans
l'Eglife de Notre-Dame de Paris.
M. le Préfident Heinaut dit qu'en
mémoire de la victoire que Philippe
le Bel avoit remportée fur les Flamans
à Mons en Puelle , le 18 Août
1304 , on éleva à Notre- Dame une Statue
équestre de ce Prince , & qu'il fonda
une rente de cent livres à l'Eglife
de Notre- Dame de Paris. Il y a eu ,
ajoute- t-il , des méprifes fur ce monument
que quelques Auteurs , & entr'autres
Nicole Gilles , ont attribué à Philippe
de Valois ; mais pour s'aflurer
de la vérité du fait , il n'y a qu'à lire le
Nécrologe de l'Eglife de Notre-Dame
de Paris , ainfi que la fixiéme Leçon
du Breviaire de Paris , où il eft fait
commémoration de cette victoire au 18
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Août , jour auquel fe donna la bataille
de Mons en Puelle , au lieu que celle
de Caffel, fe donna le
23 Août.
M. Le Préfident Heinaut ne s'eft
pas
fans doute fouvenu qu'un Hiftorien ,
témoin oculaire & qui a écrit l'hiſtoire
de fon temps depuis 1301 jufqu'en
1340 , en parlant de Philippe le Bel &
de la bataille de Mons en Puelle , dit
fimplement que ce Prince , en actions
de grâces de cette victoire , fit des fondations
à Nôtre-Dame , à S. Denis &
dans plufieurs autres Eglifes ; au lieu
que ce même Historien , en parlant
de Philippe de Valois & de la bataille
de Caffel , dit que Philippe de Valois ,
à fon retour en France , alla à S. Denis
& enfuite à Nôtre-Dame de Paris , où
il monta fur le même cheval & fe fit
armer des mêmes armes qu'il avoit
dans le combat , & les préfenta en offrande
à la Sainte Vierge : Rex vere
(Philippus ** Valefius ) in Francia exiftens
, beatum Dionifuum primitus devote
& humiliter vifitavit , & poftea ivit Parifios
, & Ecclefiam Beatæ Mariæ ingreffus
coram imagine eifdem armis
quibus in bello armatus fuerat , fe armari
fecit & fuper equum cui exiftenti
* Continuat. Guill . de Nangis , p. 61.6.
** Continuat. Guill, de Nangis , p . 737•
JANVIER. 1763. 75
in bello infederat , afcenfus , Bear
Mariæ cui fe in hoc belli periculo facturum
dona voverat , Ecclefiæ ejufdem
arma & equum deferens , devotiffime
præfentavit , eidem de tanti evafione periculi
gratias agens.
On prétend que s'il y a dans quelques
manufcrits ivit Parifios , il y a dans
d'autres ivit Carnutum , c'est-à-dire à
Chartres , & que ce fut dans l'Eglife de
Chartres que Philippe de Valois entra à
cheval , & fit l'offrande de fon cheval
& de fes armes , comme Philippe le Bel
avoit fait vingt- quatre ans auparavant
dans l'Eglife Cathédrale de Paris . Mais
eft-il naturel que l'Hiftorien contemporain
de ces deux Princes,ayant rapporté
l'action de Philippe de Valois , n'eût pas
parlé de la même action faite par Philippe
le Bel , fur- tout lorfqu'il fait mention
des fondations que fit Philippe le
Bel en mémoire & reconnoiffance de
la victoire qu'il avoit remportée à Mons
en Puelle ?
Joignons à ce témoignage de l'hiftorien
contemporain , celui d'un manufcrit
qui paroît être de 1360 , cotté H ,
numero 22 , & faifant partie des manufcrits
que le Chapitre de Notre-Dame
a donnés au Roi : il y eft dit que Phi-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>
lippe de Valois , après la bataille de Caffel
, l'an 1328 , entra tout arméfurfon
deftrier en l'Eglife de Notre- Dame de
Paris & lui offrit ledit cheval & fes
armes en oblation , la remerciant de la
victoire qu'il avoit obtenue par fon interceffion
; & que la repréfentation dudit
Roi eft affife fur deux piliers devant l'image
de ladite Dame , en la Nef de ladite
Eglife.
On peut encore ajouter à ces autorités
, celle des grandes Chroniques de
France , manufcrit de l'an 1380 : elles
difent que Philippe de Valois monta fur
fon deftrier , & ainfi entra dans l'Eglife
de Notre-Dame de Paris , & très - dévotement
la remercia , & lui préfenta ledit
cheval fur lequel il étoit monté , & toutes
fes armures.
Á l'égard du Nécrologe de l'Eglife A
de Nôtre- Dame de Paris , il y eft fimplement
parlé d'une fondation de cent livres
de rente , faite par Philippe le Bel en
actions de graces de la victoire qu'il
avoit remportée à Mons en Puelle ; &
comme il n'y eft point dit que ce Prince
entra dans l'Eglife de Notre - Dame à
cheval , & qu'il fit l'offrande de fon
cheval & de fes armes à la Vierge
c'eft encore une preuve que ce ne fut
point lui , mais Philippe de Valois qui
JANVIER. 1763. 77
entra de la forte dans cette Eglife , &
qui fit cette offrande. L'apoftille qui eft
à la marge de ce Nécrologe , eft d'un
ftyle & d'une écriture très-moderne , &
par conféquent ne prouve rien.
Je conviens que les nouveaux Breviaires
de Paris portent : Philippus Pulcher
reverfus poftea Lutetiam , in ejufdem
Bafilicæ pronao ftatuamfuam equeftrem
, eamque armatam coram Beatæ
Virginis imagine , in perenne collati beneficii
monumentum , erigi voluit. Mais
dans les anciens Breviaires il n'y a que
ces mots , in Ecclefia Parifienfi , propter
commemorationem victoria Philippi Pulchri
, fit duplum. Non feulement on
n'y trouve pas les trois leçons qu'on a
faites & inférées pour Philippe le Bel
dans les nouveaux Breviaires , mais au
contraire on trouve les deux Leçons
fuivantes :
*
LECTIO QUINTA.
Quod intelligens gloriofa memoriæ
Rex Philippus Valefius , cum opitulante
Deo per merita Beata Virginis
Matris , infignem victoriam de rebellibus
Flandris obtinuiffet , quæ contigit
anno 1328 , acturus Deo & Sanc-
* Breviar. Ecclefia Parifienfis. Festa Augufti ,
anno 1584.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
tæ Virgini gratias , triumphans & equitans
Ecclefiam Beata Maria Parifiis
ingreffus eft , non vaná oftentatione elatus
, fed Deo , per quem de ancipiti bello
evaferat , profunda humilitate fubjectus.
LECTIO SEXTA.
Itaque & æquum & arma in quibus
vicerat , gloriofiffimae Virgini devovit :
atque ut teftimonium tanti beneficii pofteritati
relinqueret , ftatuit ut infra octavam
affumptionis ejufdem genitricis
Dei , dies ifta duplo celebrior haberetur
, & propter affumptionis Beatæ Mariæ
folemnitatem , & propter tanta victoriæ
nullis abolendam temporibus memoriam.
On demandera fans doute pourquoi
ces changemens dans les nouveaux breviaires
? je répondrai que je n'en fais pas
la raifon ; mais que de mauvais efprits
pourroient s'imaginer qu'attendu la rente
de cent livres fondée par Philippe le
Bel , pour qu'on fit commémoration de
fa victoire , on a jugé que ce Prince méritoit
qu'on fe fouvînt de lui ; au lieu
qu'on a cru qu'on pouvoit enfin oublier
Philippe de Valois , qui n'avoit donné
àl'Eglife que fes armes & fon cheval .
Dans le récit de la bataille de Caffel
on voit que l'attaque des ennemis fut
affez foudaine & imprévue ; mais que
JANVIER. 1763. 79
cependant Philippe de Valois eut le
temps de s'armer à moitié & de monter
à cheval ; au lieu qu'à la bataille de
Mons en Puelle , Philippe le Bel fut
furpris dans fa tente & combattit à pied
jufqu'à ce que plufieurs Seigneurs étant
accourus a fon fecours , il eut le temps
de monter à cheval. Or , s'il avoit voulu
qu'on mit fa ftatue à Notre - Dame , il
n'eft pas douteux qu'il s'y feroit fait repréfenter
à pied , comme au moment
du plus grand danger , & par conféquent
le plus glorieux pour lui. Je fais
cette remarque * en réponſe à ce qu'a dit
Moreau de Mautour qui , pour foutenir fon
opinion , fe déguife à lui- même les faits .
Je crois que tout ce que je viens de
rapporter doit déterminer à changer
l'infcription nouvelle qu'on a mife à
Notre-Dame , & à y mettre : Rex Philippus
Valefius , &c. au lieu de Rex Philippus
Pulcher. D'ailleurs on a eu tort
de critiquer la fin de cette infcription
& de dire qu'il n'eft pas vraisemblable
qu'un Roi foit entré dans une Eglife
à cheval , parce que cela auroit été
trop indécent. Une pareille critique décéle
un homme peu verfé dans l'étude de
notre hiftoire & de nos anciennes moeurs
* Mém, de l'Acad. des Infcript. T. 3. p. 299.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
*
& coutumes ; il y auroit vu qu'au fervice
fait à S. Denis , en 1389, pour Ber
trand Duguefclin , par l'ordre de Charles
VI , les Chevaliers qui menoient le deuil
entrerent dans l'Eglife fur des chevaux
caparaçonnés de noir , & que l'Evêque
qui célébroit la Meffe , defcendit de l'Autel
après l'Evangile ; & que s'étant placé
à la porte du choeur , il reçut l'offrande
des chevaux , en leur mettant la main
fur la tête.
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Résumé : DISSERTATION de M. de SAINT-FOIX, au sujet de la Statue Equestre d'un de nos Rois, qui est dans l'Eglise de Nôtre-Dame de Paris.
Le texte aborde la controverse entourant la statue équestre d'un roi français située dans l'église Notre-Dame de Paris. M. le Président Heinaut affirme que cette statue commémore la victoire de Philippe le Bel à Mons-en-Pévèle le 18 août 1304, et qu'il a fondé une rente de cent livres pour cette église. Cependant, Nicole Gilles et d'autres auteurs attribuent cette statue à Philippe de Valois, vainqueur de la bataille de Cassel le 23 août 1328. Pour clarifier cette confusion, plusieurs sources historiques sont mentionnées. Le Nécrologe de l'église Notre-Dame de Paris et le Breviaire de Paris font référence à la victoire de Philippe le Bel. Guillaume de Nangis, un historien contemporain, décrit les actions de grâce de Philippe le Bel après Mons-en-Pévèle et celles de Philippe de Valois après Cassel, où ce dernier offrit son cheval et ses armes à Notre-Dame de Paris. Les Grandes Chroniques de France confirment que Philippe de Valois entra à cheval dans l'église Notre-Dame après la bataille de Cassel et y offrit son cheval et ses armes. Le Nécrologe de Notre-Dame mentionne seulement la fondation de Philippe le Bel sans parler d'une offrande équestre, ce qui renforce l'idée que cette action fut réalisée par Philippe de Valois. Le texte critique les modifications apportées aux nouveaux Breviaires de Paris, qui attribuent la statue à Philippe le Bel, et plaide pour une correction de l'inscription afin de refléter correctement l'hommage rendu à Philippe de Valois. Il conclut en soulignant l'importance de respecter les coutumes historiques et les témoignages contemporains pour éviter les erreurs d'interprétation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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544
p. 131-134
ARCHITECTURE.
Début :
MESSIEURS les Commissaires dénommés par l'Académie Royale d'Architecture à l'examen [...]
Mots clefs :
Académie royale d'architecture, Commissaires, Sacristie de Notre-Dame de Paris, Contrôleur des bâtiments du roi, Gravures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE.
MESSIEURS ESSIEURS les Commiffaires dénommés
par l'Académie Royale d'Architecture
à l'examen des gravures du
fieur Dumont , ayant marqué par leur
rapport lé defir de voir augmenter la
-collection de cet Artite fur S. Pierre
de Rome, de nombre d'autres détails:
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
de cette Bafilique & continuer cet Ouvrage
autant pour l'utilité des Artiſtes
& Amateurs & la fatisfaction du Public
, que pour l'honneur de cet Architecte
, ont déterminé par leur rapport
-cet Artiſte à nous donner un fupplément
de 7 planches des détails de ce
Monument. La précifion & l'exactitude
de ces dernieres planches répond au
précieux que ces Meffieurs ont reconnu
aux premieres, Cette collection fe trouve
actuellement fixée à 30 planches fur
S. Pierre feul ; le prix en feuilles eft de
71.4 f.
Les portes du chevet de Ste Marie
Majeure ainfi que le profil & l'élévation
de la porte Farméfe qu'il avoit mis
à la fuite de fa collection de S. Pierre ,
font partie d'un fecond Cahier où il
joint une des Campaniles de Sté Agnès
avec fept croifées des plus beaux Palais
de Rome , imprimées deux à deux fur
une même feuille , ce qui fe monte à
12 études particulieres dont le prix en
grand papier eft de 3 l.
En petit papier ,
21. 10 f.
Les élévations , profils & détails de
la Sacriftie de Notre- Dame de Paris ,
gravées d'après les deffeins de M. Soufflot
, Architecte & Contrôleur des BâJANVIER.
1763. 133
timens du Roi forment un cahier de 6
planches , le prix en feuilles grand papier
,
Petit papier ,
I l. 10 f.
1 1. 4 f.
Divers projets de l'Auteur , cahier de
9 planches en feuilles , grand papier ,
I l. 10 f.
Une Fontaine de Bernin , exécutée à
la vigne Panphile, jointe au plan géométral
& élévation perfpective d'un Temple
des Arts , compofition de l'Auteur
pour fa réception à l'Académie de Rome,
en feuilles & grand papier , 1 1. 16f.
Petit papier ,
Il. Io f.
Les quatre petits cahiers de diverfes
parties d'Architecture , dont nous avons
ci-devant parlé , fe trouvent chez l'Auteur
également en grand papier à raifon
I l. 10 f
Et de même en petit papier à 1 1.5 f
Il les débite auffi tous quatre reliés
enfemble . Prix , .61.
de
A ces augmentations ci - deffus l'Auteur
met actuellement au jour douze plan .
ches fur les Salles de Spectacle . Ce cahier
renferme quatre plans des plus belles
Salles d'Italie . La cinquiéme eft occupée
par la fameufe Salle de Turin . La fixiéme
nous donne un projet de Salle de
l'Auteur. La feptiéme contient les plans ,
134 MERCURE DE FRANCE.
coupe & profil de la Salle de l'Opéra-
Comique , Foire S. Laurent. La huitiéme
donne tous les détails néceffaires à l'établiffement
des théâtres , & les quatre
dernieres les plans , coupes & profils
d'une petite Salle de machine , très - curieufe
par la fimplicité de fa méchanique
& par le peu de frais qu'elle entraîne
dans fes opérations . Ce cahier n'eft pas
le moins intéreffant des gravures que le
fieur Dumont vient de mettre au jour.
Les notes qu'il a eu foin de faire appofer
autant qu'elles étoient néceffaires
avec une échelle commune à la plus
grande partie de ces plans , donnent
Féclairciffement de leur rapport entre
elles. Le prix de ce cahier eft de 3 liv.
Une nouvelle perfpective repréfentant
l'intérieur d'un Sallon à l'Italienne
, compofition de l'Auteur auffi proprement
gravée que deffinée avec précifion
de perſpective. Prix , 11.4 £
Toutes ces gravures fe debitent toujours
chez l'Auteur, rue neuve S. Merry,
à l'hôtel de Jabac.
par l'Académie Royale d'Architecture
à l'examen des gravures du
fieur Dumont , ayant marqué par leur
rapport lé defir de voir augmenter la
-collection de cet Artite fur S. Pierre
de Rome, de nombre d'autres détails:
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
de cette Bafilique & continuer cet Ouvrage
autant pour l'utilité des Artiſtes
& Amateurs & la fatisfaction du Public
, que pour l'honneur de cet Architecte
, ont déterminé par leur rapport
-cet Artiſte à nous donner un fupplément
de 7 planches des détails de ce
Monument. La précifion & l'exactitude
de ces dernieres planches répond au
précieux que ces Meffieurs ont reconnu
aux premieres, Cette collection fe trouve
actuellement fixée à 30 planches fur
S. Pierre feul ; le prix en feuilles eft de
71.4 f.
Les portes du chevet de Ste Marie
Majeure ainfi que le profil & l'élévation
de la porte Farméfe qu'il avoit mis
à la fuite de fa collection de S. Pierre ,
font partie d'un fecond Cahier où il
joint une des Campaniles de Sté Agnès
avec fept croifées des plus beaux Palais
de Rome , imprimées deux à deux fur
une même feuille , ce qui fe monte à
12 études particulieres dont le prix en
grand papier eft de 3 l.
En petit papier ,
21. 10 f.
Les élévations , profils & détails de
la Sacriftie de Notre- Dame de Paris ,
gravées d'après les deffeins de M. Soufflot
, Architecte & Contrôleur des BâJANVIER.
1763. 133
timens du Roi forment un cahier de 6
planches , le prix en feuilles grand papier
,
Petit papier ,
I l. 10 f.
1 1. 4 f.
Divers projets de l'Auteur , cahier de
9 planches en feuilles , grand papier ,
I l. 10 f.
Une Fontaine de Bernin , exécutée à
la vigne Panphile, jointe au plan géométral
& élévation perfpective d'un Temple
des Arts , compofition de l'Auteur
pour fa réception à l'Académie de Rome,
en feuilles & grand papier , 1 1. 16f.
Petit papier ,
Il. Io f.
Les quatre petits cahiers de diverfes
parties d'Architecture , dont nous avons
ci-devant parlé , fe trouvent chez l'Auteur
également en grand papier à raifon
I l. 10 f
Et de même en petit papier à 1 1.5 f
Il les débite auffi tous quatre reliés
enfemble . Prix , .61.
de
A ces augmentations ci - deffus l'Auteur
met actuellement au jour douze plan .
ches fur les Salles de Spectacle . Ce cahier
renferme quatre plans des plus belles
Salles d'Italie . La cinquiéme eft occupée
par la fameufe Salle de Turin . La fixiéme
nous donne un projet de Salle de
l'Auteur. La feptiéme contient les plans ,
134 MERCURE DE FRANCE.
coupe & profil de la Salle de l'Opéra-
Comique , Foire S. Laurent. La huitiéme
donne tous les détails néceffaires à l'établiffement
des théâtres , & les quatre
dernieres les plans , coupes & profils
d'une petite Salle de machine , très - curieufe
par la fimplicité de fa méchanique
& par le peu de frais qu'elle entraîne
dans fes opérations . Ce cahier n'eft pas
le moins intéreffant des gravures que le
fieur Dumont vient de mettre au jour.
Les notes qu'il a eu foin de faire appofer
autant qu'elles étoient néceffaires
avec une échelle commune à la plus
grande partie de ces plans , donnent
Féclairciffement de leur rapport entre
elles. Le prix de ce cahier eft de 3 liv.
Une nouvelle perfpective repréfentant
l'intérieur d'un Sallon à l'Italienne
, compofition de l'Auteur auffi proprement
gravée que deffinée avec précifion
de perſpective. Prix , 11.4 £
Toutes ces gravures fe debitent toujours
chez l'Auteur, rue neuve S. Merry,
à l'hôtel de Jabac.
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Résumé : ARCHITECTURE.
Le rapport des commissaires de l'Académie Royale d'Architecture concerne les gravures de l'artiste Dumont. Ils souhaitent enrichir la collection de gravures sur la basilique Saint-Pierre de Rome en ajoutant 7 planches détaillées, portant la collection à 30 planches au total, vendues 71 livres 4 sols en feuilles. Dumont a également réalisé des gravures sur divers sujets architecturaux, comme les portes du chevet de Sainte-Marie-Majeure, des profils et élévations de portes, des campaniles et des croisées de palais romains, regroupés en un second cahier de 12 études particulières, vendu 3 livres en grand papier et 21 livres 10 sols en petit papier. Il a aussi gravé des élévations, profils et détails de la sacristie de Notre-Dame de Paris d'après les dessins de Soufflot, regroupés en un cahier de 6 planches, vendu 1 livre 10 sols en grand papier et 1 livre 4 sols en petit papier. Parmi ses autres travaux, on trouve des projets divers, une fontaine de Bernin et des plans d'un temple des Arts. Dumont propose également un cahier de 12 planches sur les salles de spectacle, vendu 3 livres, et une nouvelle perspective représentant l'intérieur d'un salon à l'italienne, vendue 1 livre 4 sols. Toutes ces gravures sont disponibles chez l'auteur, rue neuve Saint-Merry, à l'hôtel de Jabac.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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545
p. 138-146
GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
Début :
LA Littérature a été enrichie cette année d'une très belle édition des Contes [...]
Mots clefs :
Contes, Format, Papiers, Caractères, Culs-de-lampe, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
GRAVURE.
EDITION des CONTES DE
LA
LA FONTAINE,
?
A Littérature a été enrichie cette année
d'une très-belle édition des Contes
de M. de la Fontaine en deux vol. in- 8°.
A Amfterdam .
Peu d'ouvrages ont été traités avec
autant de foins le texte en eft épuré
d'après les éditions du temps de l'Auteur.
Son ortographe même y a été fcru
puleufement confervée ; le format , le
papier , les caractères , tout annonce le
choix , le goût & l'élégance . Le premier
Tome commence par un court éloge
hiſtorique du Poëte , morceau neuf en
ce genre , & généralement eftimé. Les
deux volumes font ornés de 140 gravu
res , dont deux portraits , quatre - vingt
eftampes d'après les Contes , quatre fleurons
, deux vignettes & cinquante-deux
culs - de-lampe.
Le portrait de M. de la Fontaine regarde
le frontispice du premier Tome :
JANVIER: 1763. 139
celui du Deffinateur occupe la même
place dans le fecond : tous deux font gravés
par le fameux Fiquet.
1
"
Les deffeins des eftampes & des vignettes
font de M. Eifen. Si cet Artifte célébre
s'eft quelquefois négligé(qui peut fe flater
d'être toujours égal ? ) Les fujets de
Richard Minutolo , de la Fiancée du Roi
de Garbe dans la grotte , la feconde
Deftampe du Faucon , & nombre d'autres
, renferment une expreffion pleine
d'intérêt 8a de fentiment. On fe rappelle
la touche de Rubens dans le Magnifique;
celle de Tenières dans les Troqueurs ;
celle des grâces dans le Villageois qui
i cherchefon veau , dans les deux amis &
ailleurs. Le paysage de promettre eft un
eft plein degoût. L'architecture eft noble
udans le mari confeffeur , & la fineffe de
•fa femme eft bien rendue . C'eft un beau
-morceau que le deffein de comment l'efprit
vient aux filles . Le pittorefque , la
force & la correction ifrappent auffi les
Connoiffeurs dans le Glomon, le Juge de
-Mefle ,Feronde , Oraifon de S. Julien ,
son ne s'avife jamais de tout. Nombre
d'autres d'une compofition riche & heureufe
, fe font affez remarquer pour que
nous nous, difpenfions: d'en parler. La
collection ' eft d'autant plus précieuſe ,
140 MERCURE DE FRANCE .
que MM. Aliamet , Lemire , Phlipart &
Longueil ont répandu dans la gravure de
prèfque tous les deffeins , l'excellence
& le charme de leur Art.
C'eft par une fuite néceffaire des foins
qu'on a apportés à la perfection de cette
édition que nous nous trouvons engagés
à dire quelque chofe du genre d'ornement
& des allégories dont on s'eft ſervi
pour les culs-de - lampe & fleurons. Il
fuffit pour en apprécier le choix d'entrer
dans le caractère de poëfie des Contes
de la Fontaine , dans lefquels an
remarque les graces , la légéreté & la
naiveté réunies , en un mot , cette fineffe
de touche ( fi nous ofons nous exprimer
ainfi ) qui anime fes peintures : c'eftice
que M. Choffard , deffinateur & graveur
chargé de cette partie , femble avoir
fenti & éxprimé en employant le genre
Arabefque , genre léger , délicat , illuftré
dans le dernier fiècle , & malheureufement
oublié de nos jours. Il a fçu
le faire revivre par des pensées & des
allégories d'autant plus piquantes & heureufes
, qu'elles font en général d'une
exécution parfaite.
Nous éffleurerons nos remarques à
ce fujet , & nous nous contenterons
d'obferver en faveur de l'Artiſte , &
"
JANVIER. 1763. 141
1
pour la commodité des perfonnes peu
verfées en cette partie , quelques allégories
relatives à l'ouvrage en général , &
particulieres aux Contes.
Nous y avons remarqué le fleuron du
premier Tome repréfentant la Lyre de
la Fontaine placée en regard de fon
portrait , environnée de myrthes & de
rofes pofées fur des couronnes de même
efpéce , & furmontées par celle de l'im-
"mortalité.
Le fleuron qui termine la Préface repréfente
un Satyre , emblême connu de
la paffion de l'amour , qui léve d'une
main le voile qui couvroit les plaifirs
du monde , & femble prêt à les divulguer
avec une trompette fatyrique qu'il ·
tient de l'autre. Ce Satyre paroît regarder
le génie de la nature , embrafant tout de
fon flambeau , qui fait la vignette du
premier Conte.
"
Les culs-de -lampe du cocu battu , du
payfan qui avoit offenfe fon Seigneur
de la fervante juftifiée , de la gageure des
trois commeres &c , quoiqu'agréables
par leurs formes & leur élégance , laiffent
remarquer des allufions plus recherchées
dans ceux du Calendrier du
Gafcon puni , de la Fiancée du Roi de
Garbe , de la coupe enchantée , &c.
و
142 MERCURE DE FRANCE .
L'Artiste paroît avoir voulu exprimer
dans celui du Calendrier des vieillards ze
par un amour entouré de fleurs de la
jeuneffe , & qui montre l'heure de midi
à un globe horaire qu'il foutient , que
la fleur de l'âge eft le vrai temps du
mariage.
Celui de la Fiancée du Roi de Garbe
eft principalement formé des attributs
& du voile de l'hyménée , fur lequel
font pofés les chiffres d'Alaciel & de
Mamolin. Il couvre de fon ombre une
efpéce de chaîne de myrtes fleuris , enrichis
des huit médaillons de fes premiers
amans .... voile très-bienfaifant !
L'allégorie de la coupe enchantée ſẹ
trouve dans la nature de la jaloufie. On
diftingue au milieu des fumées funébres
le trepied d'Hecate , qui fervoit aux enchantèmens
, portant un coeur rongé
des ferpens de la jaloufie .
Les ornemens de ce volume font terminés
par le cul - de-lampe de la differta- i
tion fur la Joconde , où l'on voit des
grenouilles croaffant après les attributs
de la Poëfie , vrai fymbole des mauvais
critiques.
Le fecond volume s'ouvre par un
fleuron en regard du portrait de M.
Eifen. L'allégorie en eft animée & hoJANVIER.
1763 . 143
norable à la Peintnre. La Préface eft fuivie
d'une autre dont la penfée paroît liée
avec le fujet de la vignette fuivante . It
repréfente deux jeunes amours qui , dès
leur aurore , femblent offrir un myrthe ,
& confacrer une chaîne de fleurs à leur
mere , défignée fous l'emblême de la
volupté , fervant de vignette à la premiere
page où commence le Conte des
oies de Frère Philippe. Ce Conte eft
terminé par un cul-de-lampe des plus
agréables : c'eſt un jeune oifeau qui au
lever du foleil s'élance vers d'aimables
objets en cherchant à s'éloigner d'un
trifte féjour , d'une beface & d'un bâton
, où il eft encore attaché. Le fuivant
eft une allufion fenfible du Conte de
Richard Minutolo : l'amour au milieu
des rofes s'appuyant un maſque à la main
fur un fac d'argent , & entouré d'un
filet tendu , rend affez bien les moyens
& les reffources qu'un amant employe
en pareil cas .
L'Oraifon de S. Julien , Hermite , la
Mandragore , où l'on voir l'aveugle ftu
pidité bridée & enlacée par la fineffe ; les
Remois, la Courtifane amoureufe , Nicaife
, le diable de Papefiguierre ont auffi
leurs attributs dans celui de la Courtifanne,
qui eft le corps piqué d'or du Conte , fe
144 MERCURE DE FRANCE .
trouve brodée la Vanité faifant hommage
à l'Amour. Celui de Nicaife eft
tiré fans doute des deux derniers vers
qui ont fait naître l'idée de l'occafion
entourée de fes vapeurs s'échappant de
deffus un tapis.
Féronde , dont le travail eft précieux ,
mérite qu'on en recherche la penſée.
Celui du Roi Candaule & du Maître
en Droit réunit les attributs des deux
Contes dans un tableau furmonté d'un
trophée convenable à la famille des Héraclides.
C'eft un Prince , le bandeau fur
les yeux , répandant fes tréfors les plus
chers devant un courtisan prêt à s'en
emparer. Le bas du cul-de-lampe eſt
orné d'un bas-relief affez plaiſamment
couronné , qui repréſente le moment de
la lanterne du Maître en Droit.
Ceux du diable en enfer , de la Jument
du compere Pierre , de la chofe
impoffible , font très- ornés , & précedent
celui du tableau. Si l'Artiſte a eu
en vue ce mot de la Fontaine
Tout y fera voilé , mais de gaze & fi bien ,
Que je crois qu'on n'y perdra rien.
on peut dire à fa louange , qu'il a rendu
l'intention du Poëte.
Nous pourrions auffi parler avantageufement
JANVIER. 1763 . 145
geufement du bât , dufaifeur d'oreilles ,
du fleuve Scamandre , du reméde , du
contrat & de plufieurs autres que nous
n'avons point nommés ; mais ce feroit
priver le Lecteur intelligent des amufemens
qu'il y trouvera lui - même. Nous
finirons nos remarques par le cul - delampe
du Roffignol , qui eft le dernier
des Contes.
L'Auteur a profité de l'efpace pour y
placer un médaillon , dans lequel il a
gravé fon portrait , qu'on lui avoit demandé.
Quelques nuées légéres & tranfparentes
féparent ce médaillon & les ornemens
d'avec le Roffignol , qui y eft
dans fa cage , & donnent au tout enfemble
une douceur & une harmonie
intéreffante. Nous croyons l'allégorie.
& le fymbole de la guirlande d'olives
& les rofes qui entourent ce portrait ,
auffi-bien employés à ce fujet, que toutes
celles qui font répandues dans l'ouvrage
.
Lambert & Duchefne , rue de la Comédie
Françoife & rue S. Jacques , &
plufieurs autres Libraires , ont reçu quelques
exemplaires de cette belle édition .
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
LARÉCOMPENSE VILLAGEOISÉ ,
eftampe admirable gravée par M. Lebas ,
d'après C. Lorain , & dédiée à M. le Marquis
de Marigny , fe vend , ainfi que les
premiers & feconds Ports de France ,
chez l'Auteur , rue de la Harpe , vis- àvis
la rue Percée , en porte cochere .
EDITION des CONTES DE
LA
LA FONTAINE,
?
A Littérature a été enrichie cette année
d'une très-belle édition des Contes
de M. de la Fontaine en deux vol. in- 8°.
A Amfterdam .
Peu d'ouvrages ont été traités avec
autant de foins le texte en eft épuré
d'après les éditions du temps de l'Auteur.
Son ortographe même y a été fcru
puleufement confervée ; le format , le
papier , les caractères , tout annonce le
choix , le goût & l'élégance . Le premier
Tome commence par un court éloge
hiſtorique du Poëte , morceau neuf en
ce genre , & généralement eftimé. Les
deux volumes font ornés de 140 gravu
res , dont deux portraits , quatre - vingt
eftampes d'après les Contes , quatre fleurons
, deux vignettes & cinquante-deux
culs - de-lampe.
Le portrait de M. de la Fontaine regarde
le frontispice du premier Tome :
JANVIER: 1763. 139
celui du Deffinateur occupe la même
place dans le fecond : tous deux font gravés
par le fameux Fiquet.
1
"
Les deffeins des eftampes & des vignettes
font de M. Eifen. Si cet Artifte célébre
s'eft quelquefois négligé(qui peut fe flater
d'être toujours égal ? ) Les fujets de
Richard Minutolo , de la Fiancée du Roi
de Garbe dans la grotte , la feconde
Deftampe du Faucon , & nombre d'autres
, renferment une expreffion pleine
d'intérêt 8a de fentiment. On fe rappelle
la touche de Rubens dans le Magnifique;
celle de Tenières dans les Troqueurs ;
celle des grâces dans le Villageois qui
i cherchefon veau , dans les deux amis &
ailleurs. Le paysage de promettre eft un
eft plein degoût. L'architecture eft noble
udans le mari confeffeur , & la fineffe de
•fa femme eft bien rendue . C'eft un beau
-morceau que le deffein de comment l'efprit
vient aux filles . Le pittorefque , la
force & la correction ifrappent auffi les
Connoiffeurs dans le Glomon, le Juge de
-Mefle ,Feronde , Oraifon de S. Julien ,
son ne s'avife jamais de tout. Nombre
d'autres d'une compofition riche & heureufe
, fe font affez remarquer pour que
nous nous, difpenfions: d'en parler. La
collection ' eft d'autant plus précieuſe ,
140 MERCURE DE FRANCE .
que MM. Aliamet , Lemire , Phlipart &
Longueil ont répandu dans la gravure de
prèfque tous les deffeins , l'excellence
& le charme de leur Art.
C'eft par une fuite néceffaire des foins
qu'on a apportés à la perfection de cette
édition que nous nous trouvons engagés
à dire quelque chofe du genre d'ornement
& des allégories dont on s'eft ſervi
pour les culs-de - lampe & fleurons. Il
fuffit pour en apprécier le choix d'entrer
dans le caractère de poëfie des Contes
de la Fontaine , dans lefquels an
remarque les graces , la légéreté & la
naiveté réunies , en un mot , cette fineffe
de touche ( fi nous ofons nous exprimer
ainfi ) qui anime fes peintures : c'eftice
que M. Choffard , deffinateur & graveur
chargé de cette partie , femble avoir
fenti & éxprimé en employant le genre
Arabefque , genre léger , délicat , illuftré
dans le dernier fiècle , & malheureufement
oublié de nos jours. Il a fçu
le faire revivre par des pensées & des
allégories d'autant plus piquantes & heureufes
, qu'elles font en général d'une
exécution parfaite.
Nous éffleurerons nos remarques à
ce fujet , & nous nous contenterons
d'obferver en faveur de l'Artiſte , &
"
JANVIER. 1763. 141
1
pour la commodité des perfonnes peu
verfées en cette partie , quelques allégories
relatives à l'ouvrage en général , &
particulieres aux Contes.
Nous y avons remarqué le fleuron du
premier Tome repréfentant la Lyre de
la Fontaine placée en regard de fon
portrait , environnée de myrthes & de
rofes pofées fur des couronnes de même
efpéce , & furmontées par celle de l'im-
"mortalité.
Le fleuron qui termine la Préface repréfente
un Satyre , emblême connu de
la paffion de l'amour , qui léve d'une
main le voile qui couvroit les plaifirs
du monde , & femble prêt à les divulguer
avec une trompette fatyrique qu'il ·
tient de l'autre. Ce Satyre paroît regarder
le génie de la nature , embrafant tout de
fon flambeau , qui fait la vignette du
premier Conte.
"
Les culs-de -lampe du cocu battu , du
payfan qui avoit offenfe fon Seigneur
de la fervante juftifiée , de la gageure des
trois commeres &c , quoiqu'agréables
par leurs formes & leur élégance , laiffent
remarquer des allufions plus recherchées
dans ceux du Calendrier du
Gafcon puni , de la Fiancée du Roi de
Garbe , de la coupe enchantée , &c.
و
142 MERCURE DE FRANCE .
L'Artiste paroît avoir voulu exprimer
dans celui du Calendrier des vieillards ze
par un amour entouré de fleurs de la
jeuneffe , & qui montre l'heure de midi
à un globe horaire qu'il foutient , que
la fleur de l'âge eft le vrai temps du
mariage.
Celui de la Fiancée du Roi de Garbe
eft principalement formé des attributs
& du voile de l'hyménée , fur lequel
font pofés les chiffres d'Alaciel & de
Mamolin. Il couvre de fon ombre une
efpéce de chaîne de myrtes fleuris , enrichis
des huit médaillons de fes premiers
amans .... voile très-bienfaifant !
L'allégorie de la coupe enchantée ſẹ
trouve dans la nature de la jaloufie. On
diftingue au milieu des fumées funébres
le trepied d'Hecate , qui fervoit aux enchantèmens
, portant un coeur rongé
des ferpens de la jaloufie .
Les ornemens de ce volume font terminés
par le cul - de-lampe de la differta- i
tion fur la Joconde , où l'on voit des
grenouilles croaffant après les attributs
de la Poëfie , vrai fymbole des mauvais
critiques.
Le fecond volume s'ouvre par un
fleuron en regard du portrait de M.
Eifen. L'allégorie en eft animée & hoJANVIER.
1763 . 143
norable à la Peintnre. La Préface eft fuivie
d'une autre dont la penfée paroît liée
avec le fujet de la vignette fuivante . It
repréfente deux jeunes amours qui , dès
leur aurore , femblent offrir un myrthe ,
& confacrer une chaîne de fleurs à leur
mere , défignée fous l'emblême de la
volupté , fervant de vignette à la premiere
page où commence le Conte des
oies de Frère Philippe. Ce Conte eft
terminé par un cul-de-lampe des plus
agréables : c'eſt un jeune oifeau qui au
lever du foleil s'élance vers d'aimables
objets en cherchant à s'éloigner d'un
trifte féjour , d'une beface & d'un bâton
, où il eft encore attaché. Le fuivant
eft une allufion fenfible du Conte de
Richard Minutolo : l'amour au milieu
des rofes s'appuyant un maſque à la main
fur un fac d'argent , & entouré d'un
filet tendu , rend affez bien les moyens
& les reffources qu'un amant employe
en pareil cas .
L'Oraifon de S. Julien , Hermite , la
Mandragore , où l'on voir l'aveugle ftu
pidité bridée & enlacée par la fineffe ; les
Remois, la Courtifane amoureufe , Nicaife
, le diable de Papefiguierre ont auffi
leurs attributs dans celui de la Courtifanne,
qui eft le corps piqué d'or du Conte , fe
144 MERCURE DE FRANCE .
trouve brodée la Vanité faifant hommage
à l'Amour. Celui de Nicaife eft
tiré fans doute des deux derniers vers
qui ont fait naître l'idée de l'occafion
entourée de fes vapeurs s'échappant de
deffus un tapis.
Féronde , dont le travail eft précieux ,
mérite qu'on en recherche la penſée.
Celui du Roi Candaule & du Maître
en Droit réunit les attributs des deux
Contes dans un tableau furmonté d'un
trophée convenable à la famille des Héraclides.
C'eft un Prince , le bandeau fur
les yeux , répandant fes tréfors les plus
chers devant un courtisan prêt à s'en
emparer. Le bas du cul-de-lampe eſt
orné d'un bas-relief affez plaiſamment
couronné , qui repréſente le moment de
la lanterne du Maître en Droit.
Ceux du diable en enfer , de la Jument
du compere Pierre , de la chofe
impoffible , font très- ornés , & précedent
celui du tableau. Si l'Artiſte a eu
en vue ce mot de la Fontaine
Tout y fera voilé , mais de gaze & fi bien ,
Que je crois qu'on n'y perdra rien.
on peut dire à fa louange , qu'il a rendu
l'intention du Poëte.
Nous pourrions auffi parler avantageufement
JANVIER. 1763 . 145
geufement du bât , dufaifeur d'oreilles ,
du fleuve Scamandre , du reméde , du
contrat & de plufieurs autres que nous
n'avons point nommés ; mais ce feroit
priver le Lecteur intelligent des amufemens
qu'il y trouvera lui - même. Nous
finirons nos remarques par le cul - delampe
du Roffignol , qui eft le dernier
des Contes.
L'Auteur a profité de l'efpace pour y
placer un médaillon , dans lequel il a
gravé fon portrait , qu'on lui avoit demandé.
Quelques nuées légéres & tranfparentes
féparent ce médaillon & les ornemens
d'avec le Roffignol , qui y eft
dans fa cage , & donnent au tout enfemble
une douceur & une harmonie
intéreffante. Nous croyons l'allégorie.
& le fymbole de la guirlande d'olives
& les rofes qui entourent ce portrait ,
auffi-bien employés à ce fujet, que toutes
celles qui font répandues dans l'ouvrage
.
Lambert & Duchefne , rue de la Comédie
Françoife & rue S. Jacques , &
plufieurs autres Libraires , ont reçu quelques
exemplaires de cette belle édition .
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
LARÉCOMPENSE VILLAGEOISÉ ,
eftampe admirable gravée par M. Lebas ,
d'après C. Lorain , & dédiée à M. le Marquis
de Marigny , fe vend , ainfi que les
premiers & feconds Ports de France ,
chez l'Auteur , rue de la Harpe , vis- àvis
la rue Percée , en porte cochere .
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Résumé : GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
Le texte décrit une édition des Contes de La Fontaine publiée en 1763 à Amsterdam. Cette édition, composée de deux volumes in-octavo, se distingue par un soin particulier apporté au texte, épuré selon les éditions contemporaines de l'auteur et respectant son orthographe. Le format, le papier et les caractères reflètent un choix élégant et raffiné. Le premier tome s'ouvre par un éloge historique du poète. Les deux volumes sont enrichis de 140 gravures, incluant des portraits, des estampes, des fleurons, des vignettes et des culs-de-lampe. Les portraits de La Fontaine et du défunteur sont gravés par Fiquet. Les dessins des estampes et des vignettes sont réalisés par Eisen, qui a su exprimer l'intérêt et le sentiment dans plusieurs sujets. Les gravures sont également l'œuvre de Aliamet, Lemire, Phlipart et Longueil. Les culs-de-lampe et fleurons sont réalisés par Choffard, qui a utilisé le genre arabe pour refléter la grâce, la légèreté et la naïveté des Contes. Les allégories et ornements sont choisis pour correspondre au caractère poétique des Contes. Cette édition est disponible chez plusieurs libraires, dont Lambert et Duchefne.
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546
p. 146-147
LETTRE à M. D...
Début :
Je ne fais aucun doute, Monsieur, que l'estampe que M. Fessard vient de [...]
Mots clefs :
Tableau, Collection, Coloris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. D...
LETTRE à M. D ...
ga
JE
E ne fais
aucun
doute
, Monfieur
que
l'eftampe
que
M. Feffard
vient
de
donner
au Public
d'après
le beau
tableau
de P.P.
Rubens
, du cabinet
du Roi
, &
faite
pour
augmenter
la belle
collection
:
que
Pon
conferve
au cabinet
de S. M.
ne vous
ait fait
la même
impreffion
ainfi
qu'aux
foufcripteurs
& amateurs
, qu'elle
m'a
faite
à moi-même
. L'Auteur
me
paroît
confommé
dans
l'étude
de l'art
qu'il
profeffe
, & l'on
peut
dire
qu'il
a
rendu
Rubens
dans
fa touche
& dans
fes effets
avec
une
grande
vérité
. Je
crois
que
nous
devons
nous
attendre
encore
à de nouveaux
efforts
de fa part
pour
la fuite
de ce grand
projet
, puifqu'il
a rendir
le coloris
de Rubens
, &
les
différentes
étoffes
de fes tableaux
,par
JANVIER . 1763. 147
un genre de gravure & d'oppofitions qui
ne dérangent rien à l'effet. Je crois
donc que le fujet qu'il grave actuéllement
dont la pureté du deffein eft
d'une grande beauté & d'une belle ordonnance
, gagnera encore par l'étude
qu'il a faite du coloris de Rubens. Le peu
d'exemplaires qui lui refte de cette
eftampe , la planche étant déposée au
cabinet de S. M. doit l'encourager à
fuivre vivement fon entreprife. Quant
à moi , je fouhaite que fa convalefcence
lui permette un travail qui ne peut que
lui faire honneur : & je me flatte qu'il ne
fera pas fâché qu'un de fes foufcripteurs
ait entrepris de lui rendre la juftice qui
lui eft due.
J'ai l'honneur d'être , & c.
ga
JE
E ne fais
aucun
doute
, Monfieur
que
l'eftampe
que
M. Feffard
vient
de
donner
au Public
d'après
le beau
tableau
de P.P.
Rubens
, du cabinet
du Roi
, &
faite
pour
augmenter
la belle
collection
:
que
Pon
conferve
au cabinet
de S. M.
ne vous
ait fait
la même
impreffion
ainfi
qu'aux
foufcripteurs
& amateurs
, qu'elle
m'a
faite
à moi-même
. L'Auteur
me
paroît
confommé
dans
l'étude
de l'art
qu'il
profeffe
, & l'on
peut
dire
qu'il
a
rendu
Rubens
dans
fa touche
& dans
fes effets
avec
une
grande
vérité
. Je
crois
que
nous
devons
nous
attendre
encore
à de nouveaux
efforts
de fa part
pour
la fuite
de ce grand
projet
, puifqu'il
a rendir
le coloris
de Rubens
, &
les
différentes
étoffes
de fes tableaux
,par
JANVIER . 1763. 147
un genre de gravure & d'oppofitions qui
ne dérangent rien à l'effet. Je crois
donc que le fujet qu'il grave actuéllement
dont la pureté du deffein eft
d'une grande beauté & d'une belle ordonnance
, gagnera encore par l'étude
qu'il a faite du coloris de Rubens. Le peu
d'exemplaires qui lui refte de cette
eftampe , la planche étant déposée au
cabinet de S. M. doit l'encourager à
fuivre vivement fon entreprife. Quant
à moi , je fouhaite que fa convalefcence
lui permette un travail qui ne peut que
lui faire honneur : & je me flatte qu'il ne
fera pas fâché qu'un de fes foufcripteurs
ait entrepris de lui rendre la juftice qui
lui eft due.
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : LETTRE à M. D...
La lettre à M. D... traite d'une estampe réalisée par M. Fessard d'après un tableau de Pierre-Paul Rubens, conservé au cabinet du Roi. L'auteur admire le travail de Fessard, soulignant sa maîtrise et sa fidélité à la touche et aux effets de Rubens. Il anticipe les futurs efforts de Fessard pour reproduire les couleurs et les étoffes des tableaux de Rubens, en utilisant une technique de gravure et d'oppositions qui préserve l'effet original. L'auteur mentionne également un sujet actuellement gravé par Fessard, notant la pureté de son dessin. Il encourage Fessard à poursuivre son entreprise malgré le faible nombre d'exemplaires restants, la planche étant déposée au cabinet du Roi. L'auteur espère que la convalescence de Fessard lui permettra de continuer son travail et se flatte d'avoir entrepris de rendre justice à Fessard.
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547
p. 38
INSCRIPTION, pour être mise sur le Mausolée de M. DE CRÉBILLON, annoncé dans le dernier Mercure.
Début :
D'UN célébre Ecrivain regretable à jamais, [...]
Mots clefs :
Célèbre, Écrivain, Paix, Roi, Crébillon
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texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTION, pour être mise sur le Mausolée de M. DE CRÉBILLON, annoncé dans le dernier Mercure.
INSCRIPTION , pour être miſe ſur
le Maufolée de M. DE CRÉBILLON
annoncé dans le dernier Mercure.
D'UN célébre Ecrivain regretable à jamais ,
De Crébillon la cendre ici repofe en paix.
Entre le fublime & le tendre
Il choifit le feul ton que , malgré leurs talens ,
Ses deux Devanciers excellens
N'avoient ni pris , ni peut-être ofé prendre.
Louis dont la bonté porte au loin fes regards ,
En Roi difpenfateur & foigneux de la gloire
De ceux qui , fous fon Régne , honorent les
Beaux-Arts ,
Veut que ce Monument confacre fa mémoire.
PIRON.
POSUIT
Regalium Præfectus Edificiorum
Marchio DE MARIGNY.
Jubente Principe ,
Plaudente Patria
Et
Invidia fremente.
le Maufolée de M. DE CRÉBILLON
annoncé dans le dernier Mercure.
D'UN célébre Ecrivain regretable à jamais ,
De Crébillon la cendre ici repofe en paix.
Entre le fublime & le tendre
Il choifit le feul ton que , malgré leurs talens ,
Ses deux Devanciers excellens
N'avoient ni pris , ni peut-être ofé prendre.
Louis dont la bonté porte au loin fes regards ,
En Roi difpenfateur & foigneux de la gloire
De ceux qui , fous fon Régne , honorent les
Beaux-Arts ,
Veut que ce Monument confacre fa mémoire.
PIRON.
POSUIT
Regalium Præfectus Edificiorum
Marchio DE MARIGNY.
Jubente Principe ,
Plaudente Patria
Et
Invidia fremente.
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Résumé : INSCRIPTION, pour être mise sur le Mausolée de M. DE CRÉBILLON, annoncé dans le dernier Mercure.
L'inscription pour le mausolée de Crébillon, annoncée dans le Mercure, honore un écrivain célèbre. Elle souligne son style unique entre le sublime et le tendre, jamais adopté par ses prédécesseurs. Le roi Louis, par bonté et souci de la gloire des artistes, souhaite perpétuer sa mémoire. Le marquis de Marigny, préfet des bâtiments du roi, pose l'inscription avec l'approbation du prince et l'acclamation de la patrie.
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548
p. 78
« EN remuant la Tèrre dans un Jardin particulier à Paris, on a trouvé un jetton [...] »
Début :
EN remuant la Tèrre dans un Jardin particulier à Paris, on a trouvé un jetton [...]
Mots clefs :
Jeton
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texteReconnaissance textuelle : « EN remuant la Tèrre dans un Jardin particulier à Paris, on a trouvé un jetton [...] »
EN remuant la Tèrre dans un Jardin
particulier à Paris , on a trouvé un jetton
de plomb dont on demande l'explication.
Il eft de la grandeur d'un double
louis. Sur l'une des faces eft un
homme dont on diftingue à peine l'habillement
mais qui paroît cependant
revêtu d'un long manteau royal, & porter
fur fa tête une couronne fermée . Il
a une main fur un Autel qui eſt auprès
de lui ; l'autre élevée femble montrer
le Ciel. Sur l'Autel étoit quelque
chofe que le temps a effacé. On lit ces
mots pour Légende : Tuta mihi Numinis
ara.
L'Exergue porte les chiffres 1606 ,
qui font apparemment la date de l'année
dans laquelle le jetton a été frappé.
Sur le revers eft repréſentée une femme
qui tient un enfant par la main , &
qu'elle paroît conduire à une Eglife de
conftruction gothique , & furmontée
d'un clocher élevé , qu'on voit dans
l'éloignement audeffus d'une montagne,
& pour légende . Hæc tibi certa domus.
particulier à Paris , on a trouvé un jetton
de plomb dont on demande l'explication.
Il eft de la grandeur d'un double
louis. Sur l'une des faces eft un
homme dont on diftingue à peine l'habillement
mais qui paroît cependant
revêtu d'un long manteau royal, & porter
fur fa tête une couronne fermée . Il
a une main fur un Autel qui eſt auprès
de lui ; l'autre élevée femble montrer
le Ciel. Sur l'Autel étoit quelque
chofe que le temps a effacé. On lit ces
mots pour Légende : Tuta mihi Numinis
ara.
L'Exergue porte les chiffres 1606 ,
qui font apparemment la date de l'année
dans laquelle le jetton a été frappé.
Sur le revers eft repréſentée une femme
qui tient un enfant par la main , &
qu'elle paroît conduire à une Eglife de
conftruction gothique , & furmontée
d'un clocher élevé , qu'on voit dans
l'éloignement audeffus d'une montagne,
& pour légende . Hæc tibi certa domus.
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Résumé : « EN remuant la Tèrre dans un Jardin particulier à Paris, on a trouvé un jetton [...] »
Lors de travaux à Paris, un jetton de plomb de la taille d'un double louis a été découvert. Il présente deux faces distinctes. L'une montre un homme en manteau royal, couronné, posant une main sur un autel et levant l'autre vers le ciel, avec la légende 'Tuta mihi Numinis ara' et la date '1606'. L'autre face représente une femme conduisant un enfant vers une église gothique, avec la légende 'Hæc tibi certa domus'.
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549
p. 113-118
PEINTURE. ACADÉMIE de Peinture, de Sculpture & autres Arts de MARSEILLE.
Début :
LE 29, dernier Dimanche du mois d'Août, à quatre heures & demie après-midi [...]
Mots clefs :
Peintre, Exposition, Portrait, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. ACADÉMIE de Peinture, de Sculpture & autres Arts de MARSEILLE.
PEINTURE.
ACADÉMIE de Peinture , de Sculpture
& autres Arts de MARSEILLE .
LEE 29 , dernier Dimanche du mois
d'Août , à quatre heures & demie aprèsmidi
, l'Académie de Peinture , de Sculp
ture & autres Arts , tint fon affemblée
publique dans la grande Salle de l'Hôtel-
de-Ville. MM. de l'Académie des
Belles-Lettres & MM. les Amateurs
Honoraires y furent invités. M. Verdiguier
, Directeur ouvrit la féance par
un Difcours adreffé aux Eléves médailliftes
pour les exciter à faire de mieux
en mieux , après qu'il eut fait l'éloge des
protecteurs des Beaux- Arts en la perfonne
de MM. les Echevins qui diftribuerent
enfuite les Médailles adjugées aux Eléves
pour leurs deffeins académiques . La
premiere fut donnée à M. J. B. Cofte ,
fils de Profeffeur. La feconde à M. Antoine
Blanc , & la troifiéme à M. Michel
Henri. Les Médailles diftribuées
114 MERCURE DE FRANCE .
M. Dageville , Architecte , Voyer particulier
de Marfeille & Profeffeur d'Architecture
, prononça un difcours fur
l'état des eaux de la Ville , fur leur
diftribution & fur un projet de décoration
générale relativement à l'Hydraulique.
M. Moulinneuf, Profeffeur &
Secrétaire perpétuel , termina la féance
par quelques obfervations fur la Peinture
& fur la Sculpture. L'Affemblée fut
fort attentive à toutes ces differtations
qui marquoient combien l'Académie
s'empreffe de contribuer au bien & à
P'utilité du Public. Le meme jour il y
á eu dans la maifon de la veuve Androny
, rue de Paradis , vis - à - vis l'Eglife
S. Régis , l'expofition des ouvrages de
divers membres de l'Académie . Cette
expofition a continué le matin & l'après-
dîné pendant l'efpace de quinze
jours.
EXPOSITION des ouvrages de divers
Membres de l'Académie de Peinture ,
de Sculpture & autres Arts de Marfeille.
DIRECTEURS.
M. VERDIGUIER , Sculpteur.
Douze figures de cabinet en rondeJANVIER.
1763. 115
boffe , repréſentant divers fujets ; l'étude
d'un Encelade ; quatre petits basreliefs
.
M. VERNET , Peintre du Roi.
Deux tableaux payfages & marines
du cabinet de M. Poulhafiés.
PROFESSEURS.
M. COSTE , Peintre .
Deux Deffeins de Paftorales ; un Payfage
à la Gouache.
M. PICHAUME , Peintre.
Un grand Portrait & huit en Buftes.-
M. MOULINNEUF , Peintre.
Deux grands Tableaux de nature
morte repréfentant un cabinet de Mufique
& un de chaffe. Quatre Deffeins
fujets tirés de l'Hiftoire de S. George ,
éxécutés en grands tableaux pour M. le
Marquis de Roux. Trois Portraits en
mignature.
M. ZIRIO , Peintre.
Un Portrait en bufte. Une Magdeleine
, & un S. François en bufte .
་
116 MERCURE DE FRANCE.
M. BEAUFORT' , Peintre.
Deux Efquiffes en gouache repréfentant
, l'un Loth & fes deux filles , &
l'autre Noel couvert d'un manteau par
deux de fes fils . Un deffein à la fanguine
qui repréfente Dédale ajuſtant
des aîles à fon fils Icare.
M. KAPELLER , Peintre.
Deux Tableaux de Payfages , deux
de marine. Un d'architecture. Quatre de
fleurs. Quatre deffeins. Deux gouaches.
M. REVELLY , Peintre.
Un Portrait en_grand. Un moindre.
Deux en bufte. Trois en mignature.
M. ARNAUD , Peintre.
Trois portraits en buftes . Une efquiffe
repréfentant l'Afcenfion. Une têt de
vieillard. Uue Vierge peinte en mignature.
ACADEMICIENS.
M. DESPECHES , Peintre ,
Un tableau en Payfage.
M. Loys , Peintre.
Un petit tableau fur cuivre repréfenJANVIER.
1763. 117
tant la tentation de S. Antoine. Trois
têtes de caractère . Deux portraits en
bufte. Une efquiffe de l'Afcenfion. Un
Portrait en mignature.
M. DE CUGIS , Peintre.
Son tableau de réception repréfentant
la Pithoniffe qui fait voir à Sail
l'ombre de Samuël. Une efquiffe de Sufanne.
Une autre de la Nativité de N. S.
AGRÉGÉS.
M. CELONY , Peintre.
Deux tableaux , l'un repréfentant Abigail
aux genoux de David , & l'autre
Moyfe qui défend des infultes de quelques
Bergers les filles de Raguel , Prêtre
de Madian ; du cabinet de M. le
Marquis d'Arcuffia.
M. VIEL , Peintre.
Un Portrait au paftel.
M. BOUTON , Peintre en mignature ,
Membre de l'Académie Royale de
Peinture , de Sculpture & d'Architecture
de Toulouse.
Plufieurs mignatures dans un grand
tableau .
118 MERCURE DE FRANCE.
Outre cette expofition , il y a eu de
la main de M.Verduſſen, un grand tableau
de bataille qui appartenant à l'Académie
, & deux autres repréfentans un
marché de Poiffons & un marché de
toutes efpéces de denrées & volailles ;
du cabinet de M. Poulhariés.
ACADÉMIE de Peinture , de Sculpture
& autres Arts de MARSEILLE .
LEE 29 , dernier Dimanche du mois
d'Août , à quatre heures & demie aprèsmidi
, l'Académie de Peinture , de Sculp
ture & autres Arts , tint fon affemblée
publique dans la grande Salle de l'Hôtel-
de-Ville. MM. de l'Académie des
Belles-Lettres & MM. les Amateurs
Honoraires y furent invités. M. Verdiguier
, Directeur ouvrit la féance par
un Difcours adreffé aux Eléves médailliftes
pour les exciter à faire de mieux
en mieux , après qu'il eut fait l'éloge des
protecteurs des Beaux- Arts en la perfonne
de MM. les Echevins qui diftribuerent
enfuite les Médailles adjugées aux Eléves
pour leurs deffeins académiques . La
premiere fut donnée à M. J. B. Cofte ,
fils de Profeffeur. La feconde à M. Antoine
Blanc , & la troifiéme à M. Michel
Henri. Les Médailles diftribuées
114 MERCURE DE FRANCE .
M. Dageville , Architecte , Voyer particulier
de Marfeille & Profeffeur d'Architecture
, prononça un difcours fur
l'état des eaux de la Ville , fur leur
diftribution & fur un projet de décoration
générale relativement à l'Hydraulique.
M. Moulinneuf, Profeffeur &
Secrétaire perpétuel , termina la féance
par quelques obfervations fur la Peinture
& fur la Sculpture. L'Affemblée fut
fort attentive à toutes ces differtations
qui marquoient combien l'Académie
s'empreffe de contribuer au bien & à
P'utilité du Public. Le meme jour il y
á eu dans la maifon de la veuve Androny
, rue de Paradis , vis - à - vis l'Eglife
S. Régis , l'expofition des ouvrages de
divers membres de l'Académie . Cette
expofition a continué le matin & l'après-
dîné pendant l'efpace de quinze
jours.
EXPOSITION des ouvrages de divers
Membres de l'Académie de Peinture ,
de Sculpture & autres Arts de Marfeille.
DIRECTEURS.
M. VERDIGUIER , Sculpteur.
Douze figures de cabinet en rondeJANVIER.
1763. 115
boffe , repréſentant divers fujets ; l'étude
d'un Encelade ; quatre petits basreliefs
.
M. VERNET , Peintre du Roi.
Deux tableaux payfages & marines
du cabinet de M. Poulhafiés.
PROFESSEURS.
M. COSTE , Peintre .
Deux Deffeins de Paftorales ; un Payfage
à la Gouache.
M. PICHAUME , Peintre.
Un grand Portrait & huit en Buftes.-
M. MOULINNEUF , Peintre.
Deux grands Tableaux de nature
morte repréfentant un cabinet de Mufique
& un de chaffe. Quatre Deffeins
fujets tirés de l'Hiftoire de S. George ,
éxécutés en grands tableaux pour M. le
Marquis de Roux. Trois Portraits en
mignature.
M. ZIRIO , Peintre.
Un Portrait en bufte. Une Magdeleine
, & un S. François en bufte .
་
116 MERCURE DE FRANCE.
M. BEAUFORT' , Peintre.
Deux Efquiffes en gouache repréfentant
, l'un Loth & fes deux filles , &
l'autre Noel couvert d'un manteau par
deux de fes fils . Un deffein à la fanguine
qui repréfente Dédale ajuſtant
des aîles à fon fils Icare.
M. KAPELLER , Peintre.
Deux Tableaux de Payfages , deux
de marine. Un d'architecture. Quatre de
fleurs. Quatre deffeins. Deux gouaches.
M. REVELLY , Peintre.
Un Portrait en_grand. Un moindre.
Deux en bufte. Trois en mignature.
M. ARNAUD , Peintre.
Trois portraits en buftes . Une efquiffe
repréfentant l'Afcenfion. Une têt de
vieillard. Uue Vierge peinte en mignature.
ACADEMICIENS.
M. DESPECHES , Peintre ,
Un tableau en Payfage.
M. Loys , Peintre.
Un petit tableau fur cuivre repréfenJANVIER.
1763. 117
tant la tentation de S. Antoine. Trois
têtes de caractère . Deux portraits en
bufte. Une efquiffe de l'Afcenfion. Un
Portrait en mignature.
M. DE CUGIS , Peintre.
Son tableau de réception repréfentant
la Pithoniffe qui fait voir à Sail
l'ombre de Samuël. Une efquiffe de Sufanne.
Une autre de la Nativité de N. S.
AGRÉGÉS.
M. CELONY , Peintre.
Deux tableaux , l'un repréfentant Abigail
aux genoux de David , & l'autre
Moyfe qui défend des infultes de quelques
Bergers les filles de Raguel , Prêtre
de Madian ; du cabinet de M. le
Marquis d'Arcuffia.
M. VIEL , Peintre.
Un Portrait au paftel.
M. BOUTON , Peintre en mignature ,
Membre de l'Académie Royale de
Peinture , de Sculpture & d'Architecture
de Toulouse.
Plufieurs mignatures dans un grand
tableau .
118 MERCURE DE FRANCE.
Outre cette expofition , il y a eu de
la main de M.Verduſſen, un grand tableau
de bataille qui appartenant à l'Académie
, & deux autres repréfentans un
marché de Poiffons & un marché de
toutes efpéces de denrées & volailles ;
du cabinet de M. Poulhariés.
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Résumé : PEINTURE. ACADÉMIE de Peinture, de Sculpture & autres Arts de MARSEILLE.
Le 29 août, l'Académie de Peinture, de Sculpture et autres Arts de Marseille organisa une assemblée publique dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville. M. Verdiguier, Directeur, inaugura la séance par un discours encourageant les élèves médaillés à s'améliorer. Les échevins remirent ensuite des médailles aux élèves pour leurs dessins académiques : la première à M. J. B. Coste, la seconde à M. Antoine Blanc, et la troisième à M. Michel Henri. M. Dageville, Architecte, prononça un discours sur l'état des eaux de la ville, leur distribution et un projet de décoration hydraulique. M. Moulinneuf, Professeur et Secrétaire perpétuel, conclut la séance par des observations sur la peinture et la sculpture. L'assemblée témoigna de l'engagement de l'Académie pour le bien public. Le même jour, une exposition des œuvres de divers membres de l'Académie eut lieu chez la veuve Androny, rue de Paradis, face à l'église Saint-Régis, et dura quinze jours. Les œuvres exposées incluaient des figures de cabinet, des études, des bas-reliefs, des tableaux de paysages, des marines, des portraits, des natures mortes, et des dessins historiques. Parmi les exposants figuraient M. Verdiguier, M. Vernet, M. Coste, M. Pichaume, M. Moulinneuf, M. Zirio, M. Beaufort, M. Kapeller, M. Revelly, M. Arnaud, M. Despeches, M. Loys, M. de Cugis, M. Celony, M. Viel, et M. Bouton. De plus, un grand tableau de bataille de M. Verdussen, ainsi que deux autres tableaux représentant un marché de poissons et un marché de denrées, furent également exposés.
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550
p. 118-126
A M. DE LA PLACE, Auteur du MERCURE.
Début :
PERSUADE, Monsieur, des avantages que les Arts de Peinture, de Sculpture [...]
Mots clefs :
Sculpture, Peinture, Expressions douces, Grâces, Ruisseau
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texteReconnaissance textuelle : A M. DE LA PLACE, Auteur du MERCURE.
A M. DE LA PLACE , Auteur du
MERCURE.
PERSUADE , Monfieur , des avantages
que les Arts de Peinture , de Sculpture
& c , les Peintres & les Connoiffeurs
peuvent retirer de la defcription d'un
fameux Tableau du célébre Corrége ,
que la France vient tout nouvellement
d'acquérir , je vous prie d'en permettre
l'infertion dans votre Mercure . Elle fait
le contenu d'une lettre que M. Luet de
Bifcontin , ancien Officier d'Infanterie ,
vient de m'adreffer de Marſeille ici à S.
Chamas.Ce favant Connoiffeur nous le
décrit avec beaucoup de lumieres &
de fagacité. Une imagination brillante
& un ftyle délicat femblent en faire le
moindre mérite : en voici l'extrait.
J'ai l'honneur d'être & c.
P. de V **** de P. ****
LETTRE contenant la defcription d'un
Tableau repréfentant les GRACES
qui fe baignent dans la fontaine
d'Acidalie.
J'AI 'AI enfin vu ce précieux Morceau : il
eft non -feulement très-beau , mais encore
je l'ai trouvé parfaitement bien
confervé. On peut dire , Monfieur ,
qu'il n'a pas été payé , quoiqu'on ne
l'ait acquis qu'en le couvrant d'or. Il a ,
franc de baguette,quatre pieds un pouce
de hauteur fur fix pieds cinq pouces de
largeur . Hâtons - nous de vous le décrire.
Je ne voulus point le découvrir qu'auparavant
je ne l'euffe fait placer en un
jour favorable , afin que je puffe jouir
de l'effet du tout enfemble . Il le fit fi
bien , & j'éprouvai un fi grand plaifir
à fon afpect , que je fentis naître dans
l'ame les mêmes mouvemens que l'action
y eût excité , fi elle fe fût paffée
réellement à mes yeux.
Il eſt certain , Monfieur , que de tous
les fujets de Peinture , ceux du genre
galant font ceux qui intéreffent davanrage
, qui ont le plus d'attraits fur l'ima120
MERCURE DE FRANCE .
gination , & qui pénétrent le plus l'âme
du Spectateur. Vous favez que c'eſt là
un goût qui , en enfantant & exécutant
des Sujets gracieux & aimables , ne
manque jamais de donner aux objets
des fituations riantes , des caractères
agréables , & aux figures des expreffions
douces , tendres , délicates , qui flattent
l'oeil , égayent l'efprit , féduifent le coeur.
11 eft donc conftant que les tableaux
comme celui - ci , repréfentans des femmes
dans l'âge de plaire , ont un appas
général. Cela eft aifé à concevoir ; tout
eft charmes , tout eft délices en elles :
elles font la production la plus touchante
, la plus exquife de la nature :
le plaifir anime leurs moindres mouvemens
, & la plupart de leurs actions acquierent
enfin un redoublement d'intérêt.
Notre Tableau devient ainfi un des
plus fatisfaifans ; il nous dépeint , comme
je vous l'écrivis , les Grâces qui fe
baignent dans la fontaine d'Acidalie.
Mais le Corrége les a épifodiquement
accompagnées de divers petits Génies
repréfentans les Amours , les Ris , les
Jeux , les Attraits dont elles font toujours
fuivies. Cupidon , ce redoutable
Dieu , voltige au-deffus des trois Divinités
:
JANVIER. 1763. 121
nités la Fontaine , le Ruiffeau qui en
naît , les Sites & les Arbres du Payfage
y paroiffent avoir été fi fimplement
conduits par la Nature , qu'on
croiroit encore voir ceux du temps de
l'âge d'or.
L'une des Grâces , que je préfume
être Aglaïa , comme la premiere d'entre
elles , occupe la principale place qui eſt
vers le milieu , un peu dans l'enfoncement.
Elle eft de face & debout fur le
bord du ruiffeau : elle a même un pied
dedans. D'une main elle s'appuye fur
le bras de fa compagne ; de l'autre ,
elle fe preffe le mammellon pour en
faire fortir du lait qu'elle répand dans
l'eau . Cette charmante figure ſe préfente
dans une attitude , dont le contour
eft d'une élégance achevée : elle
étale une gorge des mieux fournies , &
des hanches d'une parfaite conformation.
Son teint , dont l'éclatante couleur
eft des plus flatteufes , frappe vivement.
Ses cheveux dorés , & un voile incarnat
attaché fur l'épaule , flottent au gré des
zéphirs.
Quelle douce langueur ne nous montre-
t-elle pas ! De quelle grace , & avec
quelle fine expreffion n'épanche-t - elle
II. Vol. F
-122 MERCURE DE FRANCE .
pas
fon lait ? On croit voir couler du
nectar. Ses yeux languiffans , fa bouche
riante , & un certain air entre le tendre
& le mélancolique , la rendent touchante
& adorable. Auffi pourroit- on
dire que cette Gráce a plus de grâces que
les deux autres .
Cependant celle fur laquelle Aglaia
s'appuye , que nous nommerons Thalie
ne fe préfente pas moins agréablement ,
quoique de profil. La forme de fa
gorge , la coupe délicate de fa taille ,
ont des charmes qui féduifent & nous
prouvent ce qu'elle eft . Notre incomparable
Peintre ne l'auroit pas admiſe au
nombre des grâces , fi elle n'en eût été
pétrie. Elle tâtonne dans l'eau jufqu'à
moitié cuiffe ; & d'une forte
de flacon de cristal à l'antique , elle
répand fur la tête d'un des Jeux , fans
doute , quelque éffence odoriférante
dont le parfum imaginé femble embaumer
l'air qu'on refpire.
Non loin de-là un des Amours traîne
après foi Euphrofine dans la fontaine ,
celle des Graces qui nous montre le dos.
Elle marche en avant , & femble vouloir
s'élancer dans l'eau. Je n'ai guère
vu de dos mieux deffiné , ni d'une fi
JANVIER . 1763 . 123
charmante eurifthmie. Celui de la Vénus
de Medicis n'eft certainement pas d'une
plus belle proportion ; l'attitude en eft
gracieufe à l'extrême . Les parties de
formes ondoyantes ont je ne fai -quoi
de vif, de remuant , d'animé , qu'il n'eft
pas poffible de rencontrer fi bien
ailleurs. Elle eft de caractère léger , délicat
, tel que le charmant Corrége le
donne ordinairement aux Déeffes & aux
Nymphes.
Quelle légéreté ne remarque-t- on
pas dans l'Amour qui vole ? Sufpendu
dans les airs , il femble planer , pour
mieux ajufter fon coup . Le minois capricieux
& dépité , avec lequel il décoche
fon dard , eft d'une expreffion fi
vive , & fi naturelle , qu'en croyant
qu'il refpire véritablement , on ſe perfuaderoit
prefque être foi même en
butte à fes traits.
-
Notre aimable Artifte enfin , toujours
plus ingénieux à nous peindre les
mouvemens de la Nature , a mis entre
les mains d'un des Ris le brandon de
ce Dieu , que fans doute il vient de lui
dérober ; car de l'air avec lequel il fe
cache derrière Thalie l'on préfume
qu'il en eft l'efcamoteur. De plus ,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
croyant mieux couvrir fon larcin , il
l'enfonce & l'éteint dans la fontaine
d'où s'éxhale une vapeur noire , qui
doit vraisemblablement le décéler. Cette
fumée eft caractérisée & coloriée avec
tant de vérité , qu'elle fait illufion au
point de nous perfuader que l'on entend
le même bouillonnement que produir
la flamme précipitée dans l'eau.
Tous ces petits Génies fe divertiffent
parmi elles ; l'un nâge , l'autre
plonge , l'un danfe , l'autre voltige , &
tous expriment certaines naïvetés fi ingénues
& fi enfantines , que l'Art reffemble
à la Nature même.
C'est en ces fortes de fituations
tendres que l'inimitable Corrége , excellemment
doué du talent merveilleux
de remuer les coeurs par la fineffe
des expreffions ,
a caractérisé en cet
intéreffant tableau différentes paffions.
Je ne finirois point , s'il falloit
vous détailler tous les agrémens que le
Corrége a donné aux objets de fa riante
peinture. On ne peut difconvenir que
toutes les idées qui compofent les tableaux
de ce grand Maître , ne foient nobles
, élevées , extraordinaires
, même
un peu bifarres : que le ftyle en eft fuJANVIER.
1763. 125
blime , les airs de tête finguliers & frappans
: cela eft habituel à notre favant
Artifte ; mais ce qui doit vous furpren
dre , ainfi qu'il m'étonné aujourd'hui
dans la compofition de celui-ci , c'eft
que contre fon ordinaire ce fécond génie
a chargé la fcène d'un nombre confidérable
de figures. Sa verve montée
fur le ton riant & badin' , y a caractériſé ,
d'une aimable gaieté , les principales
paffions . Sous ce nouveau crayon , devenues
plus attrayantes , elles m'ont
paru intéreffer jufqu'à féduire. Je pense
que c'eft ici le plus précieux morceau
qui foit forti de fes mains. Je me flatte
de n'être pas contredit, & nos vrais connoiffeurs
feront de mon opinion lorfqu'ils
l'auront vu . Mais pourquoi ne pas dire
un mot de fon furprenant coloris ? Je
ne puis paffer fous filence la partie ou
ce grand Maître nous a prefque fait
croire qu'un Ange conduifoit fon pinceau.
Tout enchanté dans cette délectable
peinture ; on y trouvé un ragoût
de couleurs , & une touche légère
qu'on ne voit pas même toujours dans
fes ouvrages. Tout y eft moelleux ;
tout y paroît tendre & merveilleux ;
mais en même temps quelle fraîcheur ,
?
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
quelle force de coloris ! quelle vérité ! &
quelle excellente manière d'empâter n'y
reconnoît-on pas ? Sa touche élégante
eft d'un fini qui fait fon effet de loin
comme de près. Le tout enfemble tenant
de la magie , a un relief & un
accord dont l'harmonie fe manifefte
généralement dans toutes les parties de
ce délicieux tableau , qui étonne &
fait l'admiration de nos Académiciens ,
ainfi
que de nos plus fins Amateurs.
J'ai l'honneur d'être , & c .
J. LUET DE BISCONTIN.
A Marseille , les Décembre 1762.
MERCURE.
PERSUADE , Monfieur , des avantages
que les Arts de Peinture , de Sculpture
& c , les Peintres & les Connoiffeurs
peuvent retirer de la defcription d'un
fameux Tableau du célébre Corrége ,
que la France vient tout nouvellement
d'acquérir , je vous prie d'en permettre
l'infertion dans votre Mercure . Elle fait
le contenu d'une lettre que M. Luet de
Bifcontin , ancien Officier d'Infanterie ,
vient de m'adreffer de Marſeille ici à S.
Chamas.Ce favant Connoiffeur nous le
décrit avec beaucoup de lumieres &
de fagacité. Une imagination brillante
& un ftyle délicat femblent en faire le
moindre mérite : en voici l'extrait.
J'ai l'honneur d'être & c.
P. de V **** de P. ****
LETTRE contenant la defcription d'un
Tableau repréfentant les GRACES
qui fe baignent dans la fontaine
d'Acidalie.
J'AI 'AI enfin vu ce précieux Morceau : il
eft non -feulement très-beau , mais encore
je l'ai trouvé parfaitement bien
confervé. On peut dire , Monfieur ,
qu'il n'a pas été payé , quoiqu'on ne
l'ait acquis qu'en le couvrant d'or. Il a ,
franc de baguette,quatre pieds un pouce
de hauteur fur fix pieds cinq pouces de
largeur . Hâtons - nous de vous le décrire.
Je ne voulus point le découvrir qu'auparavant
je ne l'euffe fait placer en un
jour favorable , afin que je puffe jouir
de l'effet du tout enfemble . Il le fit fi
bien , & j'éprouvai un fi grand plaifir
à fon afpect , que je fentis naître dans
l'ame les mêmes mouvemens que l'action
y eût excité , fi elle fe fût paffée
réellement à mes yeux.
Il eſt certain , Monfieur , que de tous
les fujets de Peinture , ceux du genre
galant font ceux qui intéreffent davanrage
, qui ont le plus d'attraits fur l'ima120
MERCURE DE FRANCE .
gination , & qui pénétrent le plus l'âme
du Spectateur. Vous favez que c'eſt là
un goût qui , en enfantant & exécutant
des Sujets gracieux & aimables , ne
manque jamais de donner aux objets
des fituations riantes , des caractères
agréables , & aux figures des expreffions
douces , tendres , délicates , qui flattent
l'oeil , égayent l'efprit , féduifent le coeur.
11 eft donc conftant que les tableaux
comme celui - ci , repréfentans des femmes
dans l'âge de plaire , ont un appas
général. Cela eft aifé à concevoir ; tout
eft charmes , tout eft délices en elles :
elles font la production la plus touchante
, la plus exquife de la nature :
le plaifir anime leurs moindres mouvemens
, & la plupart de leurs actions acquierent
enfin un redoublement d'intérêt.
Notre Tableau devient ainfi un des
plus fatisfaifans ; il nous dépeint , comme
je vous l'écrivis , les Grâces qui fe
baignent dans la fontaine d'Acidalie.
Mais le Corrége les a épifodiquement
accompagnées de divers petits Génies
repréfentans les Amours , les Ris , les
Jeux , les Attraits dont elles font toujours
fuivies. Cupidon , ce redoutable
Dieu , voltige au-deffus des trois Divinités
:
JANVIER. 1763. 121
nités la Fontaine , le Ruiffeau qui en
naît , les Sites & les Arbres du Payfage
y paroiffent avoir été fi fimplement
conduits par la Nature , qu'on
croiroit encore voir ceux du temps de
l'âge d'or.
L'une des Grâces , que je préfume
être Aglaïa , comme la premiere d'entre
elles , occupe la principale place qui eſt
vers le milieu , un peu dans l'enfoncement.
Elle eft de face & debout fur le
bord du ruiffeau : elle a même un pied
dedans. D'une main elle s'appuye fur
le bras de fa compagne ; de l'autre ,
elle fe preffe le mammellon pour en
faire fortir du lait qu'elle répand dans
l'eau . Cette charmante figure ſe préfente
dans une attitude , dont le contour
eft d'une élégance achevée : elle
étale une gorge des mieux fournies , &
des hanches d'une parfaite conformation.
Son teint , dont l'éclatante couleur
eft des plus flatteufes , frappe vivement.
Ses cheveux dorés , & un voile incarnat
attaché fur l'épaule , flottent au gré des
zéphirs.
Quelle douce langueur ne nous montre-
t-elle pas ! De quelle grace , & avec
quelle fine expreffion n'épanche-t - elle
II. Vol. F
-122 MERCURE DE FRANCE .
pas
fon lait ? On croit voir couler du
nectar. Ses yeux languiffans , fa bouche
riante , & un certain air entre le tendre
& le mélancolique , la rendent touchante
& adorable. Auffi pourroit- on
dire que cette Gráce a plus de grâces que
les deux autres .
Cependant celle fur laquelle Aglaia
s'appuye , que nous nommerons Thalie
ne fe préfente pas moins agréablement ,
quoique de profil. La forme de fa
gorge , la coupe délicate de fa taille ,
ont des charmes qui féduifent & nous
prouvent ce qu'elle eft . Notre incomparable
Peintre ne l'auroit pas admiſe au
nombre des grâces , fi elle n'en eût été
pétrie. Elle tâtonne dans l'eau jufqu'à
moitié cuiffe ; & d'une forte
de flacon de cristal à l'antique , elle
répand fur la tête d'un des Jeux , fans
doute , quelque éffence odoriférante
dont le parfum imaginé femble embaumer
l'air qu'on refpire.
Non loin de-là un des Amours traîne
après foi Euphrofine dans la fontaine ,
celle des Graces qui nous montre le dos.
Elle marche en avant , & femble vouloir
s'élancer dans l'eau. Je n'ai guère
vu de dos mieux deffiné , ni d'une fi
JANVIER . 1763 . 123
charmante eurifthmie. Celui de la Vénus
de Medicis n'eft certainement pas d'une
plus belle proportion ; l'attitude en eft
gracieufe à l'extrême . Les parties de
formes ondoyantes ont je ne fai -quoi
de vif, de remuant , d'animé , qu'il n'eft
pas poffible de rencontrer fi bien
ailleurs. Elle eft de caractère léger , délicat
, tel que le charmant Corrége le
donne ordinairement aux Déeffes & aux
Nymphes.
Quelle légéreté ne remarque-t- on
pas dans l'Amour qui vole ? Sufpendu
dans les airs , il femble planer , pour
mieux ajufter fon coup . Le minois capricieux
& dépité , avec lequel il décoche
fon dard , eft d'une expreffion fi
vive , & fi naturelle , qu'en croyant
qu'il refpire véritablement , on ſe perfuaderoit
prefque être foi même en
butte à fes traits.
-
Notre aimable Artifte enfin , toujours
plus ingénieux à nous peindre les
mouvemens de la Nature , a mis entre
les mains d'un des Ris le brandon de
ce Dieu , que fans doute il vient de lui
dérober ; car de l'air avec lequel il fe
cache derrière Thalie l'on préfume
qu'il en eft l'efcamoteur. De plus ,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
croyant mieux couvrir fon larcin , il
l'enfonce & l'éteint dans la fontaine
d'où s'éxhale une vapeur noire , qui
doit vraisemblablement le décéler. Cette
fumée eft caractérisée & coloriée avec
tant de vérité , qu'elle fait illufion au
point de nous perfuader que l'on entend
le même bouillonnement que produir
la flamme précipitée dans l'eau.
Tous ces petits Génies fe divertiffent
parmi elles ; l'un nâge , l'autre
plonge , l'un danfe , l'autre voltige , &
tous expriment certaines naïvetés fi ingénues
& fi enfantines , que l'Art reffemble
à la Nature même.
C'est en ces fortes de fituations
tendres que l'inimitable Corrége , excellemment
doué du talent merveilleux
de remuer les coeurs par la fineffe
des expreffions ,
a caractérisé en cet
intéreffant tableau différentes paffions.
Je ne finirois point , s'il falloit
vous détailler tous les agrémens que le
Corrége a donné aux objets de fa riante
peinture. On ne peut difconvenir que
toutes les idées qui compofent les tableaux
de ce grand Maître , ne foient nobles
, élevées , extraordinaires
, même
un peu bifarres : que le ftyle en eft fuJANVIER.
1763. 125
blime , les airs de tête finguliers & frappans
: cela eft habituel à notre favant
Artifte ; mais ce qui doit vous furpren
dre , ainfi qu'il m'étonné aujourd'hui
dans la compofition de celui-ci , c'eft
que contre fon ordinaire ce fécond génie
a chargé la fcène d'un nombre confidérable
de figures. Sa verve montée
fur le ton riant & badin' , y a caractériſé ,
d'une aimable gaieté , les principales
paffions . Sous ce nouveau crayon , devenues
plus attrayantes , elles m'ont
paru intéreffer jufqu'à féduire. Je pense
que c'eft ici le plus précieux morceau
qui foit forti de fes mains. Je me flatte
de n'être pas contredit, & nos vrais connoiffeurs
feront de mon opinion lorfqu'ils
l'auront vu . Mais pourquoi ne pas dire
un mot de fon furprenant coloris ? Je
ne puis paffer fous filence la partie ou
ce grand Maître nous a prefque fait
croire qu'un Ange conduifoit fon pinceau.
Tout enchanté dans cette délectable
peinture ; on y trouvé un ragoût
de couleurs , & une touche légère
qu'on ne voit pas même toujours dans
fes ouvrages. Tout y eft moelleux ;
tout y paroît tendre & merveilleux ;
mais en même temps quelle fraîcheur ,
?
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
quelle force de coloris ! quelle vérité ! &
quelle excellente manière d'empâter n'y
reconnoît-on pas ? Sa touche élégante
eft d'un fini qui fait fon effet de loin
comme de près. Le tout enfemble tenant
de la magie , a un relief & un
accord dont l'harmonie fe manifefte
généralement dans toutes les parties de
ce délicieux tableau , qui étonne &
fait l'admiration de nos Académiciens ,
ainfi
que de nos plus fins Amateurs.
J'ai l'honneur d'être , & c .
J. LUET DE BISCONTIN.
A Marseille , les Décembre 1762.
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Résumé : A M. DE LA PLACE, Auteur du MERCURE.
La lettre adressée à M. de La Place, auteur du Mercure, décrit un célèbre tableau du peintre Corrége, récemment acquis par la France. L'auteur de la lettre, M. Luet de Biscontin, ancien officier d'infanterie, admire ce tableau représentant les Grâces se baignant dans la fontaine d'Acidalie. Le tableau mesure quatre pieds un pouce de hauteur sur six pieds cinq pouces de largeur et est en excellent état malgré les sommes dépensées pour son acquisition. Luet de Biscontin souligne que les sujets galants, comme celui représenté, sont particulièrement captivants. Le tableau montre les Grâces accompagnées de divers petits génies représentant les Amours, les Rires, les Jeux et les Attraits. Cupidon plane au-dessus des trois divinités, et la scène est entourée de la fontaine, du ruisseau, des sites et des arbres du paysage, tous rendus avec une simplicité naturelle. La Grâce principale, présumée être Aglaïa, est décrite en détail : elle est debout sur le bord du ruisseau, appuyée sur une compagne, et presse son sein pour faire sortir du lait qu'elle répand dans l'eau. Sa posture, son teint éclatant, ses cheveux dorés et son voile incarnat sont soulignés pour leur élégance et leur douceur. Les autres Grâces, Thalie et Euphrosine, sont également admirées pour leurs formes et leurs attitudes gracieuses. Les petits génies sont représentés en train de se divertir, exprimant des naïvetés ingénues. Corrége est loué pour son talent à remuer les cœurs par la finesse des expressions et pour la richesse des idées nobles et élevées dans ses tableaux. Le coloris du tableau est particulièrement remarqué pour sa fraîcheur, sa force et sa vérité, avec une touche élégante et un fini exceptionnel. Le tableau est considéré comme un chef-d'œuvre, admiré par les Académiciens et les amateurs d'art.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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