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16201
p. 30-33
A SON EXCELLENCE Mgr DE LA ROCHE-AYMON, le jour qu'il prit possession de l'Archevêché de Reims. Talis decebat ut nobis esset Pontifex. Heb. 7. 26. Ode
Début :
DANS ces murs quels chants d'allégresse [...]
Mots clefs :
Pontife, Église, Dieu, Sage, Audace, Fermeté , Génie, Bonté puissante, Augure
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texteReconnaissance textuelle : A SON EXCELLENCE Mgr DE LA ROCHE-AYMON, le jour qu'il prit possession de l'Archevêché de Reims. Talis decebat ut nobis esset Pontifex. Heb. 7. 26. Ode
Sous ce Pontife qui t'anime ,
Libre & Sage vange la Foi :
Qu'à ta voix , l'erreur & le crime
Redoutent l'Égliſe & la Loi ;
Et vous Titans , dont les ſyſtèmes ,
Les impiétés , les blafphemes
Provoquent Dieu dans ſon repos ;
Voyez votre ligue impuiſſante ,
Et la vérité triomphante
De l'audace de vos complots.
Des moeurs auguſte ſouveraine ,
Vertu , fais revivre tes loix ;
Montre-toi , parle, agis en Reine ;
Un Sage vient vanger tes droits.
A ces côtés voi la décence ,
L'ordre ennemi de la licence ,
Et la prudente fermeté.
Fille du Ciel , à ce cortége,
Du Pontife qui te protége ,
Tu reconnois ta ſainteté.
Muſes , Beaux- Arts , que l'harmonie
De vos plus fublimes concerts
Célébre à l'envi le Génie
Par qui ces biens nous font offerts.
Par ſon goût , ſa délicateſſe ,
Si du Dieu brillant du Permeſſe
JUIN. 1763 . 33
Il vous repréſente les traits ;
Du mérite eſtimateur juſte ,
Il ſera pour vous un Auguste
Par ſon fuffrage & ſes bienfaits.
Quel augure plus favorable
Du bonheur qu'appellent nos voeux ?
Devant lui la Paix adorable
Vole & vient embellir ces lieux.
Que l'époque de ſon Entrée
Reſte parmi nous conſacrée ,
Ainſi que celle des Vainqueurs :
Le jour marqué par ſa préſence
Eſt le jour de la bienfaiſance
Et de la paix dans tous les coeurs.
Grand Dieu , dont la bonté puiſſante
Surpaſſe aujourd'hui nos ſouhaits ,
Prêre une oreille bienveillante
A ce dernier voeu que je fais :
Immortaliſe ton ouvrage ;
Que pour l'objet de notre hommage
Brule l'encens de nos neveux !
L'amour à cet eſpoir me livre ;
Il me dit qu'on ne peut trop vivre,
Quand on doit faire des heureux.
DE SAULX , Chan. de l'Egl. de Reims , Chancelier
de l'Univ . Aſſocié de l' Acad. Royale
des Sciences & Belles - Lettres de Nanci & de
La Société Littér . de Châlons.
Libre & Sage vange la Foi :
Qu'à ta voix , l'erreur & le crime
Redoutent l'Égliſe & la Loi ;
Et vous Titans , dont les ſyſtèmes ,
Les impiétés , les blafphemes
Provoquent Dieu dans ſon repos ;
Voyez votre ligue impuiſſante ,
Et la vérité triomphante
De l'audace de vos complots.
Des moeurs auguſte ſouveraine ,
Vertu , fais revivre tes loix ;
Montre-toi , parle, agis en Reine ;
Un Sage vient vanger tes droits.
A ces côtés voi la décence ,
L'ordre ennemi de la licence ,
Et la prudente fermeté.
Fille du Ciel , à ce cortége,
Du Pontife qui te protége ,
Tu reconnois ta ſainteté.
Muſes , Beaux- Arts , que l'harmonie
De vos plus fublimes concerts
Célébre à l'envi le Génie
Par qui ces biens nous font offerts.
Par ſon goût , ſa délicateſſe ,
Si du Dieu brillant du Permeſſe
JUIN. 1763 . 33
Il vous repréſente les traits ;
Du mérite eſtimateur juſte ,
Il ſera pour vous un Auguste
Par ſon fuffrage & ſes bienfaits.
Quel augure plus favorable
Du bonheur qu'appellent nos voeux ?
Devant lui la Paix adorable
Vole & vient embellir ces lieux.
Que l'époque de ſon Entrée
Reſte parmi nous conſacrée ,
Ainſi que celle des Vainqueurs :
Le jour marqué par ſa préſence
Eſt le jour de la bienfaiſance
Et de la paix dans tous les coeurs.
Grand Dieu , dont la bonté puiſſante
Surpaſſe aujourd'hui nos ſouhaits ,
Prêre une oreille bienveillante
A ce dernier voeu que je fais :
Immortaliſe ton ouvrage ;
Que pour l'objet de notre hommage
Brule l'encens de nos neveux !
L'amour à cet eſpoir me livre ;
Il me dit qu'on ne peut trop vivre,
Quand on doit faire des heureux.
DE SAULX , Chan. de l'Egl. de Reims , Chancelier
de l'Univ . Aſſocié de l' Acad. Royale
des Sciences & Belles - Lettres de Nanci & de
La Société Littér . de Châlons.
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Résumé : A SON EXCELLENCE Mgr DE LA ROCHE-AYMON, le jour qu'il prit possession de l'Archevêché de Reims. Talis decebat ut nobis esset Pontifex. Heb. 7. 26. Ode
Le poème célèbre un pontife, probablement un évêque ou un pape, pour sa foi et sa sagesse qui triomphent de l'erreur et du crime. Il met en garde les Titans, symbolisant les systèmes impies, contre leur impuissance face à la vérité. Le texte appelle à la restauration des lois morales et à la vertu, personnifiée comme une reine. Il loue la décence, l'ordre et la prudence, et reconnaît la sainteté protégée par le pontife. Les Muses et les Beaux-Arts sont invités à célébrer le génie apportant ces bienfaits. Le pontife est décrit comme un juge juste et un bienfaiteur, apportant la paix et la bienfaisance. Le poème se conclut par une prière à Dieu pour immortaliser cette œuvre et exprime l'espoir de continuer à faire le bien. L'auteur est DE SAULX, chancelier de l'Église de Reims et membre de plusieurs académies littéraires et scientifiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16202
p. 34
VERS adressés à Mlle DUBOIS, de la Comédie Françoise.
Début :
TENDRE Dubois, que tu me charmes, [...]
Mots clefs :
Voix, Plaisir, Art, Effort, Immoler, Époux, Amour
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texteReconnaissance textuelle : VERS adressés à Mlle DUBOIS, de la Comédie Françoise.
VERS adressés à Mlle DUBOIS , de
la Comédie Françoife.
TENDRE Dubois ,que tu me charmes ,
Par le ſon touchant de ta voix !
Qu'il eſt doux avec toi de répandre des larmes ;
- Qu'avec plaiſir mon coeur partage les allarmes ,
Et les douleurs que tu conçois !
Ton oeil attendriſſant que l'Amour même anime ,
De ton maintien l'élégante action
De ton jeu naturel la vive expreſſion ,
Tout en toi me ravit ; & de cet Art fublime
Tu ſoutiens la perfection ,
Soit que Rivale de Zulime ,
Par le plus généreux effort
,
Tu veuilles à l'Amant immoler l'Amour même ;
Soit que pour un époux qui t'aime ,
Tu braves ton Père & la mort.
Partout ta voix plaintive également me touche ;
Partout d'un doux tranſport je ſuis le mouvement.
Tu reſpires le ſentiment ;
Et l'Amour parle par ta bouche.
Par M. ***
la Comédie Françoife.
TENDRE Dubois ,que tu me charmes ,
Par le ſon touchant de ta voix !
Qu'il eſt doux avec toi de répandre des larmes ;
- Qu'avec plaiſir mon coeur partage les allarmes ,
Et les douleurs que tu conçois !
Ton oeil attendriſſant que l'Amour même anime ,
De ton maintien l'élégante action
De ton jeu naturel la vive expreſſion ,
Tout en toi me ravit ; & de cet Art fublime
Tu ſoutiens la perfection ,
Soit que Rivale de Zulime ,
Par le plus généreux effort
,
Tu veuilles à l'Amant immoler l'Amour même ;
Soit que pour un époux qui t'aime ,
Tu braves ton Père & la mort.
Partout ta voix plaintive également me touche ;
Partout d'un doux tranſport je ſuis le mouvement.
Tu reſpires le ſentiment ;
Et l'Amour parle par ta bouche.
Par M. ***
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Résumé : VERS adressés à Mlle DUBOIS, de la Comédie Françoise.
L'auteur admire Mlle Dubois, actrice de la Comédie-Française, pour sa voix belle et émotive. Il loue son jeu naturel et expressif, ainsi que sa capacité à incarner divers rôles, tels que Zulime ou une épouse courageuse. Sa performance touche toujours le public, et sa voix semble parler au nom de l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16203
p. 35-36
LETTRE A M. DE LA PLACE.
Début :
IL est, Monsieur, une infinité de Piéces fugitives, dont la lecture seroit utile [...]
Mots clefs :
Pièces fugitives, Public, Devise, Amuser, Instruire, Intéresser, Éloge, Louange, Critique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. DE LA PLACE.
LETTRE A M. DE LA PLACE .
ILeſt , Monfieur , une infinité de Piéces
fugitives , dont la lecture ſeroit utile
& agréable au Public , qui languiffent
oubliées dans la nuit des porte-feuilles.
Ce font autant de larcins faits à votre
Journal , leur dépofitaire naturel.
Celle que je vous envoie eſt une de
ces reſtitutions que j'exhorte le Public
à vous offrir . Quoiqu'elle ne contienne
que le plan informe des premieres idées
d'une perſonne de beaucoup de mérite:
jetté rapidement für le papier , il m'a
paru qu'elle pouvoit remplir la deviſe
de votre Journal , amufer , inſtruire
intéreſſer.
Je n'oferois , Monfieur , faire l'éloge
de ce petit morceau , malgré l'eſtime que
j'ai pour la main dont il eſt forti. Le
Public a généralement autant de goût
pour la critique, que d'averſion pour la
Louange. Cette façon de penſer ſeroit--
elle l'effetde l'amour de l'ordre éternel
qui juge que ce qui eft bien n'eſt que
comme il doit être , & que ce qui eft
mal fortant des régles univerſelles ,doit
* Bvj
26 MERCURE DE FRANCE .
être blâmé ſans ménagement? L'eſprit
en un mot ne ferait-il que juſte en
étant fevère ?
S'il eſt quelques conſidérations qui
puiffent compter ſur ſon indulgence , ce
font certainement celles qui s'arrêtent
auxſentimens les plusdélicieux du coeur,
ceux de l'Amour , ceux de l'Amitié. Les
Philofophes , les beaux-Efprits de l'Antiquité
ont écrit ſur l'une & fur l'autre.
Malgré les éloges prodigués à leurs Ouvrages
fur ces matières , il eſt peu de
fiécles où la poſtérité n'ait ajoûté de nouvelles
réfléxions à celles qu'elle admiroit.
Cette matière eſt-une de celles que l'on
traite toujours & que l'on n'épuiſe jamais
.
J'ai l'honneur d'être , &c .
ILeſt , Monfieur , une infinité de Piéces
fugitives , dont la lecture ſeroit utile
& agréable au Public , qui languiffent
oubliées dans la nuit des porte-feuilles.
Ce font autant de larcins faits à votre
Journal , leur dépofitaire naturel.
Celle que je vous envoie eſt une de
ces reſtitutions que j'exhorte le Public
à vous offrir . Quoiqu'elle ne contienne
que le plan informe des premieres idées
d'une perſonne de beaucoup de mérite:
jetté rapidement für le papier , il m'a
paru qu'elle pouvoit remplir la deviſe
de votre Journal , amufer , inſtruire
intéreſſer.
Je n'oferois , Monfieur , faire l'éloge
de ce petit morceau , malgré l'eſtime que
j'ai pour la main dont il eſt forti. Le
Public a généralement autant de goût
pour la critique, que d'averſion pour la
Louange. Cette façon de penſer ſeroit--
elle l'effetde l'amour de l'ordre éternel
qui juge que ce qui eft bien n'eſt que
comme il doit être , & que ce qui eft
mal fortant des régles univerſelles ,doit
* Bvj
26 MERCURE DE FRANCE .
être blâmé ſans ménagement? L'eſprit
en un mot ne ferait-il que juſte en
étant fevère ?
S'il eſt quelques conſidérations qui
puiffent compter ſur ſon indulgence , ce
font certainement celles qui s'arrêtent
auxſentimens les plusdélicieux du coeur,
ceux de l'Amour , ceux de l'Amitié. Les
Philofophes , les beaux-Efprits de l'Antiquité
ont écrit ſur l'une & fur l'autre.
Malgré les éloges prodigués à leurs Ouvrages
fur ces matières , il eſt peu de
fiécles où la poſtérité n'ait ajoûté de nouvelles
réfléxions à celles qu'elle admiroit.
Cette matière eſt-une de celles que l'on
traite toujours & que l'on n'épuiſe jamais
.
J'ai l'honneur d'être , &c .
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Résumé : LETTRE A M. DE LA PLACE.
La lettre à M. de La Place traite de la restitution de pièces littéraires qualifiées de 'larcins' par rapport à son journal. L'auteur envoie une œuvre brute, conforme à la devise du journal : amuser, instruire et intéresser. Il évite de louer cette œuvre, préférant laisser la critique au public. La lettre évoque également la sévérité de l'esprit humain et les sentiments délicieux du cœur, comme l'amour et l'amitié, sujets abordés par les philosophes et les esprits éclairés de l'Antiquité. Ces thèmes sont intemporels et méritent d'être explorés davantage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16204
p. 36-46
LETTRE de Madame la Marquise de ** à une de ses amies., sur l'Amour & l'Amitié.
Début :
VOUS me demandez, Madame, le compte exact d'une dispute que j'eus il [...]
Mots clefs :
Dispute, Amour, Amitié, Fidélité, Hypocrites, Masque, Bonheur, Tromper, Inconstance, Légèreté
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Madame la Marquise de ** à une de ses amies., sur l'Amour & l'Amitié.
LETTRE de Madame la Marquise de **
à une de ses amies. , fur l'Amour&
l'Amitié.
VOUS me demandez , Madame , le
*compte exact d'une difpute que j'eus il
y a peu de jours , fur laquelle pluſieurs
perfonnes me jugerent affez durement.
Il s'agiſſoit de la fidélité en amour ; & il
yavoit dans la compagnie,de francshyJUI
N. 1763 . 37
pocrites des deux ſexes , qui jouoient
cette vertu , parce qu'ils avoient intérêt
de ſe tromper mutuellement. Le maf
quedont ils ſe couvroient,ne m'empêcha
pas de m'engager dans une façon de penfer
affez hardie , &j'eus le courage de la
foutenir. Mes Adverfaires m'étoient connus
, & j'étois bien fûre que l'hommage
qu'ils rendoient à la fidélité , étoit le premier
qu'elle eût reçu d'eux. Ils ne m'entendirent
donc pas , ou du moins ils le
feignirent : voici le fait.
,
On diſoit beaucoup de mal dans la
compagnie d'un de mes amis qui avoit
rompu bruſquement avec une affez jolie
femme , qu'il avoit vue avec exactitude
pendant fix mois. Je crus le défendre
en diſant ſimplement qu'il n'y avoit rien
que d'ordinaire dans cette rupture ; &
que les perſonnes dont il s'agifſſoit , n'étoient
point faites pour une liaiſon particulière
, parce que la femme n'avoit que
des ridicules & peu d'eſprit. On me répondit
, & on décida que celui dont on
parloit l'avoit aimée , & qu'il ne l'avoit
quittée que par inconſtance. Cela m'impatienta
d'autant plus que c'étoit ſes prétendus
amis qui l'accabloient de tous les
torts du monde. Il est vrai qu'ils commencerent
par établir que c'étoit le plus
38 MERCURE DE FRANCE.
honnête homme du fiécle & le plus aimable.
Mais on lui fit payer bientôt cet
éloge très-cher ; car infenfiblement &
fans y penſer , on ne lui laiſſa ni vertus ,
ni eſprits , ni agrémens. Sa figure fut
traveſtie , fon eſprit ridiculifé , ſes talens
anéantis. Cela me donna de l'humeur
; on continua , elle augmenta : enfin
, croyant finir la difcuffion , j'avançai
que la fidélité , dont on parloit , étoit
un être de raiſon , & que je n'y croyois
pas plus qu'aux revenans.
On ne me tint pas quitte pour la propoſition
, on me preſſa de prouver ; &
je dis avec afſurance qu'il y avoit bien
moins d'inconftance qu'il ne paroiſſoit
y en avoir , parce qu'il y avoit bien moins
d'engagemens dans le monde que l'onne
croioit.Que leplus granddéfaut de l'humanité
n'étoit pas la laffitude du même objet;
qu'il confiftoit dans la légéreté qui lui
eft naturelle , & le peu de temps & de
précautions quel'on prenoit pour ſelivrer.
J'allai plus loin , & ce que j'avois
dit de l'amour , je l'appliquai à l'amitié
, ſentiment divin que j'affurai devoir
ne finir qu'avec la vie , quand on avoit
eu le bonheur de l'éprouver ; mais j'ajoutai
que l'on prodiguoit ces noms
qu'on en abuſoit, & que l'on appel
JUIN. 1763 . 39
loit fentiment ce qui n'étoit que liaiſon
frivole , fondée ſur la fantaiſie & fur des
convenances réciproques de l'inſtant.
Que cette inclination calme & vive qui
doit commencer l'amitié, demande l'éxamen
le plus long , pour connoître à fond
l'objet que l'on veut aimer ; l'uniformi
té de ſes goûts avec les nôtres , la franchiſe
la plus entière , une prudence à
toute épreuve , relativement aux intérêts
& aux besoins des amis ; qu'enfin
pour être digne d'en trouver un qui put
remplir le coeur d'un honnête homme ,
il falloit prèſque être parfait , rencontrer
un être qui fût de même , & être entraînés
tous deux par la force & l'attrait de
la ſympathie. Que le même état , le
même âge , les mêmes goûts paroiffoient
néceffaires dans l'amitié ; qu'il ne l'étoit
pas à la vérité , que les caractères fuffent
ſemblables , mais que les moeurs le devoient
être. Je conclus de là qu'il n'y
avoit rien de fi rare que la véritable amitié
ainſi que le véritable amour.
Je pourſuivis, en diſant que malgré la
rareté des qualités de l'amour & de l'amitié
, rien n'étoit fi commun que les
gens qui voulant aimer , commencent
par efpérer & par croire avoir trouvé ce
que leur coeur cherche. Quelque grâce
40 MERCURE DE FRANCE.
extérieure , la coquetterie du moment ,
l'attrait du plaifir , tout féduit une âme
accoutumée à vouloir aimer , & à infpirer
le même ſentiment.
,
devient fon amie.
Une jeune perſonne vive , étourdie &
novice , eſt encore plus aifée à abuſer.
Sans expérience , perfuadée que les Roinans
& l'Opera ne mentent jamais , la
première femme , dont elle a beſoin
pour confidente
Heureuſe encore , fi elle n'a pas la douleur
& la honte de la voir s'emparer du
bonheur qu'elle croyoit obtenir par fon
fecours , ainſi que de tous les avantages
qu'elle fe flatoit d'en retirer ! Nous connoiffons
l'eſprit de ces commodes intriguantes
qui ne manquent jamais d'éxécuter
cette ſcène , lorſqu'elle leur eſt
utile. L'art de tromper également la maîtreffe
& l'amant , d'enlever l'un , de jouer
l'autre , de s'en débarraſſer enfin , leur
eft familier.
Maisfi ces femmes viles & méprifables
, toujours prêtes & habiles à tout
feindre & à tout ofer , toujours incapables
& indignes de la nobleffe , de
l'amour& de l'amitié , n'ont point d'intérêt
de troublerle commerce d'une femme
crédule , il ceſſe bientôt par la feule
foibleſſe de ſes fondemens . La pauvre
JUI N. 1763 . 41
,
dupe eſt étonnée alors fon amant
l'ayant quittée , de voir qu'elle n'aime
plus , qu'elle n'eſtime plus celle pour
qui elle ſe croyoit une inclination déciddéeee.
Sa crédulité dans le choix d'un
amant eſt encore plus grande ; le premier
homme aimable eſt regardé par
elle comme un héros fidéle & incapable
de pouvoir tromper .
Victime de cet éffai , il arrive à cette
miférable délaiffée ce qui arrive à beaucoupde
femmes: ſemblables aux joueurs,
elles commencent par être dupes & finiffent
par être friponnes.
Pour les homines , ils paſſent leur vie
à ſe tromper mutuellement. Ala Cour ,
dans le Clergé , au Palais , dans la Finance
, on ne fait que ce métier.
S'ils ſe donnent des paroles entr'eux ,
lorſqu'ils font en concurrence , ce n'eſt
que pour les violer ; & convaincus qu'ils
doivent vivre enſemble , ſcachant que
celui qui trompe le mieux&le plus adroitement
, eſt l'eſprit ſupérieur du jour ,
ils s'y attachent au lieu de s'en détacher ,
quoiqu'il les ait trompés auffi toutes les
fois qu'il a eu beſoin de le faire.
Je le répéte donc , en exceptant les
monſtres noircis de tous les crimes , &
furtout de celui de l'inhumanité , les
42 MERCURE DE FRANCE.
autres hommes , même les plus méprifables
, ont plus de légéreté que de vices.
C'eſt de ce défaut, très-grand &
médiocre aux yeux du vulgaire de toutes
les conditions , que partent les actions
inconféquentes qui nous forcent
à les méprifer.
Revenons à notre ſujet , l'inconſtance
que je défends & que je déteſte , voici
ce que j'en penſfe , en me foumettant
à votre jugement & prête à me condamner
, fi vous ne penſez pas de même.
Il m'a toujours paru certain que l'homme
occupé uniquement de fon bonheur ,
& convaincu qu'il ne peut ſe le procurer
que par l'amour ou l'amitié , veut abfolument
aimer , & à quelque prix que
ce puiffe être . Trop preffé des befcins
de fon coeur , il n'a pas le loiſir d'examiner
les convenances des objets. Il
apperçoit une jolie perſonne ; un ſon de
voix agréable , de la gentilleſſe , de la
gaîté, un fouris flatteur , un joli langage
, voilà ce qui forme les premiers
noeuds des grandes paffions. Ceux qui
s'y livrent ſur la foi de ces dehors ne défendentpas
un inſtantleurs coeurs , perſuadés
que l'objet qui les charme eſt l'affemblage
de toutes les perfections. Ils ne
ſe les détaillent pas , mais ils en conçoivent
l'idée.
JUIN . 1763 . 43
Ce moment de raviſſement dure encore
quelquefois au-delà du terme auquel
ils afpirent : mais lorſque raſſaſfié
des tranſports du triomphe , on veut
jouir d'une fociété délicieuſe , que l'âme
&l'efprit ſe flattent à leur tour des plaifirs
que promet l'ivreſſe des ſens ; voilà
précisément où se trouve le mécompte ,
& il y a tout à dire de l'idée à la réalité.
Le caprice dans l'humeur , la fauffeté
dans le jugement , peu de principe dans
le coeur , beaucoup de préjugés dans l'efprit
, un orgueil groffier , peu de connoiffances
, nulle converſation ſuivie
des plaifanteries fades , aigres ou ufées ,
une jalouſie tyrannique , une coquetterie
encore plus odieuſe ; tous ces défauts
que l'on n'apperçoit que ſucceſſivement
font naître de l'un des deux côtés un
commencement de dégoût , les reproches
l'augmentent , des querelles . l'aigriffent
, des bouderies qui accoutument
à ſe paſſer l'un de l'autre lui donnent
une nouvelle force. Enfin après bien
des raccommodemens,délicieux d'abord,
mais à charge à celui qui les obtient , on
ſe ſépare .
,
C'eſt de là que je pars pour avancer
que l'on ne s'eſt jamais aimé , & qu'on
n'a feulement pas fongé à examiner fi
44 MERCURE DE FRANCE.
l'on devoit donner ou refuſer ſon coeur ;
mais que chacun des amans s'eſt jetté à
la tête l'un de l'autre.
Une femme de votre connoiſſance qui
a eu beaucoup d'avantures , & par conféquent
de peu de durée , demandoit à
un de ſes amis , fi un de ſes anciens
amans avoit beaucoup d'eſprit ? cet
homme la regarda en riant , & lui dit :
n'est- ce pas à moi à vous faire cette queftion
? ... Hélas , dit- elle , a-t-on le temps
de fe connoître ?
Ce mot eſt l'hiſtoire de toutes les femmes
légères & des gens du bel-air. Et
vous vous étonnerez , Madame , que des
goûts conduits avec auffi peu de temps
& de connoiffance , finiſſent bruſquement
? & vous nommerez inconſtant un
homme qui vous ayant paru amoureux
à la folie , ceſſera de l'être promptement?
Voilà ce qui me fait foutenir que la légéreté
des engagemens eft prèſque toujours
la cauſe de leur peu de durée.
Mais parlons de l'amour véritable. II
en eſt peu ; mais il s'en trouve que le
temps ne sçauroit affoiblir , qui ne finit
que par la mort ou par des événemens
imprévus , & des difficultés infurmontables.
Cet amour fondé ſur des convenances
abfolues ,fur des beſoins toujours
JUIN. 1763. 45
nouveaux du coeur & de l'eſprit qui font
véritablement à l'uniſſon , qui aiment &
qui haïffent les mêmes chofes , qui ne
font bien que lorſqu'ils reſpirent le même
air , dont la confiance eſt ſans bornes
, qui ont mis tout leur amour-propre
à être honorés & aimés de l'objet de leur
amour , quine rougiſſent ni l'un ni l'autre
de leurs défauts; qui ont plus de plaifir
à avouer une faute , en prouvant l'excès
de leur confiance , qu'ils ne fentent
de regret de l'avoir commife : il me paroît
für que lorſque la réunion de ces
qualités fait rencontrer dans un amant
toutes les eſpéces de bonheur que le coeur
humain peut defirer , nulle inconſtance
r'eſt à craindre , nulle fatiété a redouter.
Le fentiment a bien plus d'étendue que
les ſens ; ſes ſources font infinies ; il
mille manières de
jouit de cent
ce qu'il
aime ; & fa délicateffe connoît mille
plaiſirs inconnus aux âmes ordinaires .
ma..
Que le bonheur que je viens d'éſſayer
de peindre eſt rare ! Si nous l'avons goûté
& qu'il nous foit échappé , ne fongeons
plus à le retrouver , & bornons -nous à
l'amitié encore plus difficile à former &
à remplacer avec ſageſſe.
Je finis par ces vers de la Fontaine que
vous aimez tant.
46 MERCURE DE FRANCE .
Amans, heureux amans , voulez-vous voyager ?
Que ce ſoit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'unà l'autre un monde toujoursbeau ,
Toujours divers , toujours nouveau.
Tenez-vous lieu de tout , comptez pour rien le
reſte.
J'ai quelquefois aimé , je n'aurois pas alors
ContreleLouvre & ſes tréſors ,
Contre le firmament & la voûte céleſte ,
Changé lesbois , changé les lieux
Honorés par les pas , éclairés par les yeux
Del'aimable &jeune Bergère ,
Pour qui ſous les loix de Cythère
Je m'étois engagé par mes premiers ſermens.
Hélas ! quand reviendront de ſemblables momens
?
Faut-il que tant d'objets ſi doux & fi charmeas
Me laiſſent vivre au gréde mon âme inquiette.
Ah! fi mon coeur oſoit encor ſe renflammer ,
Ne ſentirai-je Jus decharme qui m'arrête ?
Ai-jepafféle temps d'aimer ?
LA FONTAINE, Fab. 2. du Liv. g.
à une de ses amies. , fur l'Amour&
l'Amitié.
VOUS me demandez , Madame , le
*compte exact d'une difpute que j'eus il
y a peu de jours , fur laquelle pluſieurs
perfonnes me jugerent affez durement.
Il s'agiſſoit de la fidélité en amour ; & il
yavoit dans la compagnie,de francshyJUI
N. 1763 . 37
pocrites des deux ſexes , qui jouoient
cette vertu , parce qu'ils avoient intérêt
de ſe tromper mutuellement. Le maf
quedont ils ſe couvroient,ne m'empêcha
pas de m'engager dans une façon de penfer
affez hardie , &j'eus le courage de la
foutenir. Mes Adverfaires m'étoient connus
, & j'étois bien fûre que l'hommage
qu'ils rendoient à la fidélité , étoit le premier
qu'elle eût reçu d'eux. Ils ne m'entendirent
donc pas , ou du moins ils le
feignirent : voici le fait.
,
On diſoit beaucoup de mal dans la
compagnie d'un de mes amis qui avoit
rompu bruſquement avec une affez jolie
femme , qu'il avoit vue avec exactitude
pendant fix mois. Je crus le défendre
en diſant ſimplement qu'il n'y avoit rien
que d'ordinaire dans cette rupture ; &
que les perſonnes dont il s'agifſſoit , n'étoient
point faites pour une liaiſon particulière
, parce que la femme n'avoit que
des ridicules & peu d'eſprit. On me répondit
, & on décida que celui dont on
parloit l'avoit aimée , & qu'il ne l'avoit
quittée que par inconſtance. Cela m'impatienta
d'autant plus que c'étoit ſes prétendus
amis qui l'accabloient de tous les
torts du monde. Il est vrai qu'ils commencerent
par établir que c'étoit le plus
38 MERCURE DE FRANCE.
honnête homme du fiécle & le plus aimable.
Mais on lui fit payer bientôt cet
éloge très-cher ; car infenfiblement &
fans y penſer , on ne lui laiſſa ni vertus ,
ni eſprits , ni agrémens. Sa figure fut
traveſtie , fon eſprit ridiculifé , ſes talens
anéantis. Cela me donna de l'humeur
; on continua , elle augmenta : enfin
, croyant finir la difcuffion , j'avançai
que la fidélité , dont on parloit , étoit
un être de raiſon , & que je n'y croyois
pas plus qu'aux revenans.
On ne me tint pas quitte pour la propoſition
, on me preſſa de prouver ; &
je dis avec afſurance qu'il y avoit bien
moins d'inconftance qu'il ne paroiſſoit
y en avoir , parce qu'il y avoit bien moins
d'engagemens dans le monde que l'onne
croioit.Que leplus granddéfaut de l'humanité
n'étoit pas la laffitude du même objet;
qu'il confiftoit dans la légéreté qui lui
eft naturelle , & le peu de temps & de
précautions quel'on prenoit pour ſelivrer.
J'allai plus loin , & ce que j'avois
dit de l'amour , je l'appliquai à l'amitié
, ſentiment divin que j'affurai devoir
ne finir qu'avec la vie , quand on avoit
eu le bonheur de l'éprouver ; mais j'ajoutai
que l'on prodiguoit ces noms
qu'on en abuſoit, & que l'on appel
JUIN. 1763 . 39
loit fentiment ce qui n'étoit que liaiſon
frivole , fondée ſur la fantaiſie & fur des
convenances réciproques de l'inſtant.
Que cette inclination calme & vive qui
doit commencer l'amitié, demande l'éxamen
le plus long , pour connoître à fond
l'objet que l'on veut aimer ; l'uniformi
té de ſes goûts avec les nôtres , la franchiſe
la plus entière , une prudence à
toute épreuve , relativement aux intérêts
& aux besoins des amis ; qu'enfin
pour être digne d'en trouver un qui put
remplir le coeur d'un honnête homme ,
il falloit prèſque être parfait , rencontrer
un être qui fût de même , & être entraînés
tous deux par la force & l'attrait de
la ſympathie. Que le même état , le
même âge , les mêmes goûts paroiffoient
néceffaires dans l'amitié ; qu'il ne l'étoit
pas à la vérité , que les caractères fuffent
ſemblables , mais que les moeurs le devoient
être. Je conclus de là qu'il n'y
avoit rien de fi rare que la véritable amitié
ainſi que le véritable amour.
Je pourſuivis, en diſant que malgré la
rareté des qualités de l'amour & de l'amitié
, rien n'étoit fi commun que les
gens qui voulant aimer , commencent
par efpérer & par croire avoir trouvé ce
que leur coeur cherche. Quelque grâce
40 MERCURE DE FRANCE.
extérieure , la coquetterie du moment ,
l'attrait du plaifir , tout féduit une âme
accoutumée à vouloir aimer , & à infpirer
le même ſentiment.
,
devient fon amie.
Une jeune perſonne vive , étourdie &
novice , eſt encore plus aifée à abuſer.
Sans expérience , perfuadée que les Roinans
& l'Opera ne mentent jamais , la
première femme , dont elle a beſoin
pour confidente
Heureuſe encore , fi elle n'a pas la douleur
& la honte de la voir s'emparer du
bonheur qu'elle croyoit obtenir par fon
fecours , ainſi que de tous les avantages
qu'elle fe flatoit d'en retirer ! Nous connoiffons
l'eſprit de ces commodes intriguantes
qui ne manquent jamais d'éxécuter
cette ſcène , lorſqu'elle leur eſt
utile. L'art de tromper également la maîtreffe
& l'amant , d'enlever l'un , de jouer
l'autre , de s'en débarraſſer enfin , leur
eft familier.
Maisfi ces femmes viles & méprifables
, toujours prêtes & habiles à tout
feindre & à tout ofer , toujours incapables
& indignes de la nobleffe , de
l'amour& de l'amitié , n'ont point d'intérêt
de troublerle commerce d'une femme
crédule , il ceſſe bientôt par la feule
foibleſſe de ſes fondemens . La pauvre
JUI N. 1763 . 41
,
dupe eſt étonnée alors fon amant
l'ayant quittée , de voir qu'elle n'aime
plus , qu'elle n'eſtime plus celle pour
qui elle ſe croyoit une inclination déciddéeee.
Sa crédulité dans le choix d'un
amant eſt encore plus grande ; le premier
homme aimable eſt regardé par
elle comme un héros fidéle & incapable
de pouvoir tromper .
Victime de cet éffai , il arrive à cette
miférable délaiffée ce qui arrive à beaucoupde
femmes: ſemblables aux joueurs,
elles commencent par être dupes & finiffent
par être friponnes.
Pour les homines , ils paſſent leur vie
à ſe tromper mutuellement. Ala Cour ,
dans le Clergé , au Palais , dans la Finance
, on ne fait que ce métier.
S'ils ſe donnent des paroles entr'eux ,
lorſqu'ils font en concurrence , ce n'eſt
que pour les violer ; & convaincus qu'ils
doivent vivre enſemble , ſcachant que
celui qui trompe le mieux&le plus adroitement
, eſt l'eſprit ſupérieur du jour ,
ils s'y attachent au lieu de s'en détacher ,
quoiqu'il les ait trompés auffi toutes les
fois qu'il a eu beſoin de le faire.
Je le répéte donc , en exceptant les
monſtres noircis de tous les crimes , &
furtout de celui de l'inhumanité , les
42 MERCURE DE FRANCE.
autres hommes , même les plus méprifables
, ont plus de légéreté que de vices.
C'eſt de ce défaut, très-grand &
médiocre aux yeux du vulgaire de toutes
les conditions , que partent les actions
inconféquentes qui nous forcent
à les méprifer.
Revenons à notre ſujet , l'inconſtance
que je défends & que je déteſte , voici
ce que j'en penſfe , en me foumettant
à votre jugement & prête à me condamner
, fi vous ne penſez pas de même.
Il m'a toujours paru certain que l'homme
occupé uniquement de fon bonheur ,
& convaincu qu'il ne peut ſe le procurer
que par l'amour ou l'amitié , veut abfolument
aimer , & à quelque prix que
ce puiffe être . Trop preffé des befcins
de fon coeur , il n'a pas le loiſir d'examiner
les convenances des objets. Il
apperçoit une jolie perſonne ; un ſon de
voix agréable , de la gentilleſſe , de la
gaîté, un fouris flatteur , un joli langage
, voilà ce qui forme les premiers
noeuds des grandes paffions. Ceux qui
s'y livrent ſur la foi de ces dehors ne défendentpas
un inſtantleurs coeurs , perſuadés
que l'objet qui les charme eſt l'affemblage
de toutes les perfections. Ils ne
ſe les détaillent pas , mais ils en conçoivent
l'idée.
JUIN . 1763 . 43
Ce moment de raviſſement dure encore
quelquefois au-delà du terme auquel
ils afpirent : mais lorſque raſſaſfié
des tranſports du triomphe , on veut
jouir d'une fociété délicieuſe , que l'âme
&l'efprit ſe flattent à leur tour des plaifirs
que promet l'ivreſſe des ſens ; voilà
précisément où se trouve le mécompte ,
& il y a tout à dire de l'idée à la réalité.
Le caprice dans l'humeur , la fauffeté
dans le jugement , peu de principe dans
le coeur , beaucoup de préjugés dans l'efprit
, un orgueil groffier , peu de connoiffances
, nulle converſation ſuivie
des plaifanteries fades , aigres ou ufées ,
une jalouſie tyrannique , une coquetterie
encore plus odieuſe ; tous ces défauts
que l'on n'apperçoit que ſucceſſivement
font naître de l'un des deux côtés un
commencement de dégoût , les reproches
l'augmentent , des querelles . l'aigriffent
, des bouderies qui accoutument
à ſe paſſer l'un de l'autre lui donnent
une nouvelle force. Enfin après bien
des raccommodemens,délicieux d'abord,
mais à charge à celui qui les obtient , on
ſe ſépare .
,
C'eſt de là que je pars pour avancer
que l'on ne s'eſt jamais aimé , & qu'on
n'a feulement pas fongé à examiner fi
44 MERCURE DE FRANCE.
l'on devoit donner ou refuſer ſon coeur ;
mais que chacun des amans s'eſt jetté à
la tête l'un de l'autre.
Une femme de votre connoiſſance qui
a eu beaucoup d'avantures , & par conféquent
de peu de durée , demandoit à
un de ſes amis , fi un de ſes anciens
amans avoit beaucoup d'eſprit ? cet
homme la regarda en riant , & lui dit :
n'est- ce pas à moi à vous faire cette queftion
? ... Hélas , dit- elle , a-t-on le temps
de fe connoître ?
Ce mot eſt l'hiſtoire de toutes les femmes
légères & des gens du bel-air. Et
vous vous étonnerez , Madame , que des
goûts conduits avec auffi peu de temps
& de connoiffance , finiſſent bruſquement
? & vous nommerez inconſtant un
homme qui vous ayant paru amoureux
à la folie , ceſſera de l'être promptement?
Voilà ce qui me fait foutenir que la légéreté
des engagemens eft prèſque toujours
la cauſe de leur peu de durée.
Mais parlons de l'amour véritable. II
en eſt peu ; mais il s'en trouve que le
temps ne sçauroit affoiblir , qui ne finit
que par la mort ou par des événemens
imprévus , & des difficultés infurmontables.
Cet amour fondé ſur des convenances
abfolues ,fur des beſoins toujours
JUIN. 1763. 45
nouveaux du coeur & de l'eſprit qui font
véritablement à l'uniſſon , qui aiment &
qui haïffent les mêmes chofes , qui ne
font bien que lorſqu'ils reſpirent le même
air , dont la confiance eſt ſans bornes
, qui ont mis tout leur amour-propre
à être honorés & aimés de l'objet de leur
amour , quine rougiſſent ni l'un ni l'autre
de leurs défauts; qui ont plus de plaifir
à avouer une faute , en prouvant l'excès
de leur confiance , qu'ils ne fentent
de regret de l'avoir commife : il me paroît
für que lorſque la réunion de ces
qualités fait rencontrer dans un amant
toutes les eſpéces de bonheur que le coeur
humain peut defirer , nulle inconſtance
r'eſt à craindre , nulle fatiété a redouter.
Le fentiment a bien plus d'étendue que
les ſens ; ſes ſources font infinies ; il
mille manières de
jouit de cent
ce qu'il
aime ; & fa délicateffe connoît mille
plaiſirs inconnus aux âmes ordinaires .
ma..
Que le bonheur que je viens d'éſſayer
de peindre eſt rare ! Si nous l'avons goûté
& qu'il nous foit échappé , ne fongeons
plus à le retrouver , & bornons -nous à
l'amitié encore plus difficile à former &
à remplacer avec ſageſſe.
Je finis par ces vers de la Fontaine que
vous aimez tant.
46 MERCURE DE FRANCE .
Amans, heureux amans , voulez-vous voyager ?
Que ce ſoit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'unà l'autre un monde toujoursbeau ,
Toujours divers , toujours nouveau.
Tenez-vous lieu de tout , comptez pour rien le
reſte.
J'ai quelquefois aimé , je n'aurois pas alors
ContreleLouvre & ſes tréſors ,
Contre le firmament & la voûte céleſte ,
Changé lesbois , changé les lieux
Honorés par les pas , éclairés par les yeux
Del'aimable &jeune Bergère ,
Pour qui ſous les loix de Cythère
Je m'étois engagé par mes premiers ſermens.
Hélas ! quand reviendront de ſemblables momens
?
Faut-il que tant d'objets ſi doux & fi charmeas
Me laiſſent vivre au gréde mon âme inquiette.
Ah! fi mon coeur oſoit encor ſe renflammer ,
Ne ſentirai-je Jus decharme qui m'arrête ?
Ai-jepafféle temps d'aimer ?
LA FONTAINE, Fab. 2. du Liv. g.
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Résumé : LETTRE de Madame la Marquise de ** à une de ses amies., sur l'Amour & l'Amitié.
La Marquise de ** répond à une amie au sujet d'une dispute sur la fidélité en amour. Elle considère la fidélité comme un concept idéalisé et rare, souvent feint par intérêt mutuel. Lors de la dispute, elle a pris la défense d'un ami accusé d'inconstance, justifiant la rupture par les défauts de son ancienne compagne. La Marquise affirme que la fidélité est un 'être de raison' auquel elle ne croit pas plus qu'aux revenants. Elle estime que l'inconstance est moins fréquente qu'on ne le pense, car les engagements sincères sont rares. Cette réflexion s'étend à l'amitié, soulignant que les vraies amitiés sont rares et nécessitent des qualités exceptionnelles. Elle conclut que les gens se trompent souvent en croyant aimer ou être amis, séduits par des apparences ou des convenances temporaires. Le texte aborde également l'inconstance humaine dans le domaine financier, où les individus trahissent leurs engagements pour tromper les autres. Même les personnes méprisables agissent souvent par légèreté plutôt que par vice. Dans les relations amoureuses, les gens se laissent séduire par les apparences sans examiner les véritables qualités de l'autre, menant souvent à des désillusions et des séparations. L'auteur distingue l'amour véritable, rare mais durable, fondé sur des convenances absolues et une profonde compréhension mutuelle. Cet amour, basé sur la confiance et le partage des mêmes valeurs, ne connaît ni l'inconstance ni la fatigue. Si ce bonheur est perdu, l'auteur recommande de se contenter de l'amitié. Un extrait poétique exprime des sentiments de regret et de nostalgie. Le locuteur évoque des moments passés qu'il souhaite revivre mais craint de ne plus jamais retrouver. Il déplore la perte des objets et des charmes qui lui procuraient du bonheur et une certaine tranquillité. Il se demande s'il oserait encore s'enflammer pour l'amour et s'il a encore le temps d'aimer. Le poème reflète une introspection sur les émotions passées et les incertitudes futures concernant l'amour et la passion.
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16205
p. 47-48
VERS à Mlle MAISONNEUVE Actrice nouvelle, qui a été formée par Mlle GAUSSIN, & qui débute dans ses Rôles.
Début :
DIGNE Elève de Gaussin, [...]
Mots clefs :
Actrice, Amour, Charmes, Sens, Tendresse, Auditoire, Spectateur
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle MAISONNEUVE Actrice nouvelle, qui a été formée par Mlle GAUSSIN, & qui débute dans ses Rôles.
VERS à Mlle MAISONNEUVE
Actrice nouvelle , qui a été formée par
Mlle GAUSSIN , & qui débute dans
fes Roles .
DIGN'B Eléve de Gaulfin ,
L'Amour en battant d'une aîle
Fuyoit avec ton modèle.
Il expiroit ſur ſon ſein ,
Et vouloit mourir fidèle ,
Trop content de ſon deſtin.
De la pâleur de ſon tein
Gauffin eſt toute attendrie ;
Et pour lui rendre la vie
Un jour le voyant dormir ,
Sans bruit elle le détache
>
De ſon coeur& puis l'attache
Autien avec un ſoupir.
Soudain ſon tein ſe colore :
L'Amour plus brillant que Flore ,
S'éveille près du deſir ;
Et du feu qui le dévore
Il t'échauffe en s'éveillant.
Mais ton coeur timide encore
Ne l'écoute qu'en tremblant ,
Et l'attire & le repoutle
Parl'agitation douce
48 MERCURE DE FRANCE.
Qu'il donne aux charmes naiſſans
Qui déja fixent nos ſens.
Rends tendreſſe pour tendreſſe ,
Maisonneuve , à ce vainqueur ;
C'eſt Gauffin quand il te preſſe ,
Que penſe preſſer ſon coeur.
Il dormoit & dans un ſonge
Il crut la voir rajeunir ;
Ce n'étoit pas un menſonge
Que le réveil dût finir.
Il la voit dans toi renaître ,
Et dans tes yeux à l'inſtant
Pour revivre auſſi conſtant
Il reprend un nouvel Etre ;
Puis ce Dieu reconnoiſſant
Rentre au Temple languiſſant
De la triſte Mélpoméne :
Il te montre tendrement ;
Et déja le Sentiment
Vient de réchauffer la Scène.
Aux Drames qui d'un amant
Peignent la délicateſſe ,
Les plaiſirs & le tourment ,
L'Auditoire s'intéreſſe ,
Soupire ainſi que l'Acteur ,
Eſpére & tremble de même.
Il n'eſt , en jurant qu'il t'aime ,
Quel'écho du Spectateur.
Actrice nouvelle , qui a été formée par
Mlle GAUSSIN , & qui débute dans
fes Roles .
DIGN'B Eléve de Gaulfin ,
L'Amour en battant d'une aîle
Fuyoit avec ton modèle.
Il expiroit ſur ſon ſein ,
Et vouloit mourir fidèle ,
Trop content de ſon deſtin.
De la pâleur de ſon tein
Gauffin eſt toute attendrie ;
Et pour lui rendre la vie
Un jour le voyant dormir ,
Sans bruit elle le détache
>
De ſon coeur& puis l'attache
Autien avec un ſoupir.
Soudain ſon tein ſe colore :
L'Amour plus brillant que Flore ,
S'éveille près du deſir ;
Et du feu qui le dévore
Il t'échauffe en s'éveillant.
Mais ton coeur timide encore
Ne l'écoute qu'en tremblant ,
Et l'attire & le repoutle
Parl'agitation douce
48 MERCURE DE FRANCE.
Qu'il donne aux charmes naiſſans
Qui déja fixent nos ſens.
Rends tendreſſe pour tendreſſe ,
Maisonneuve , à ce vainqueur ;
C'eſt Gauffin quand il te preſſe ,
Que penſe preſſer ſon coeur.
Il dormoit & dans un ſonge
Il crut la voir rajeunir ;
Ce n'étoit pas un menſonge
Que le réveil dût finir.
Il la voit dans toi renaître ,
Et dans tes yeux à l'inſtant
Pour revivre auſſi conſtant
Il reprend un nouvel Etre ;
Puis ce Dieu reconnoiſſant
Rentre au Temple languiſſant
De la triſte Mélpoméne :
Il te montre tendrement ;
Et déja le Sentiment
Vient de réchauffer la Scène.
Aux Drames qui d'un amant
Peignent la délicateſſe ,
Les plaiſirs & le tourment ,
L'Auditoire s'intéreſſe ,
Soupire ainſi que l'Acteur ,
Eſpére & tremble de même.
Il n'eſt , en jurant qu'il t'aime ,
Quel'écho du Spectateur.
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Résumé : VERS à Mlle MAISONNEUVE Actrice nouvelle, qui a été formée par Mlle GAUSSIN, & qui débute dans ses Rôles.
Le poème est dédié à Mlle Maisonneuve, une jeune actrice formée par Mlle Gauffin. L'Amour, d'abord fugitif, se fixe finalement sur Mlle Maisonneuve après avoir quitté le cœur de Mlle Gauffin. Émue par la pâleur de son élève, Mlle Gauffin ravive l'Amour en le rattachant à son propre cœur, ce qui colore le teint de Mlle Maisonneuve et éveille ses désirs. Cependant, le cœur de Mlle Maisonneuve reste timide face à cette nouvelle passion. Mlle Gauffin l'encourage à répondre à l'amour avec tendresse, affirmant être elle-même touchée par cet amour. En songe, Mlle Gauffin voit Mlle Maisonneuve rajeunir, une vision qui se réalise lorsque celle-ci renaît à travers elle. L'Amour revient alors au théâtre, réchauffant les représentations. Le public, ému par les drames qui montrent la délicatesse, les plaisirs et les tourments d'un amant, s'intéresse profondément aux performances et partage les émotions des acteurs.
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16206
p. 49
A M. PHILIPPE, Censeur Royal & Professeur d'Histoire, le jour de S. André sa fête. Par un des Auditeurs de ses Conférences annuelles & gratuites, sur l'Histoire.
Début :
ENNEMI juré des fadeurs, [...]
Mots clefs :
Censeur royal, Professeur d'histoire, Conférences, Fadeurs, Hyperbole, Obole, Engeance, Persiflage, Oisiveté, Héritage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. PHILIPPE, Censeur Royal & Professeur d'Histoire, le jour de S. André sa fête. Par un des Auditeurs de ses Conférences annuelles & gratuites, sur l'Histoire.
A M. PHILIPPE , Cenfeur Royal &
Profeffeur d'Histoire , le jour de S.
André sa fête. Par un des Auditeurs
de fes Conférences annuelles & gratuites
, fur l'Histoire.
ENNEMI juré des fadeurs ,
Je hais l'emphaſe & l'hyperbole ;
Et j'eſtime moins qu'une obole
La vile engeance des flateurs.
Tout éloge eſt un perfifflage
S'il ne contient la vérité.
Votre Patron eut en partage
Sageſſe , ſcience& bonté ;
Uniſſant à cet avantage
Une heureuſe fimplicité ,
Il déteſtoit l'oiſiveté :
Comme lui vous aimez l'ouvrage ,
Vous êtes bon , ſçavant & fage ;
Tant de vertus dont vous êtes doté ,
Vous obtiendront un jour le céleſte héritage ;
Mais quoiqu'il ſoit fort beau d'être habitant des
Cieux ,
Ne hâtez point votre voyage :
Je crois que le plus tard ſera toujours le mieux.
Profeffeur d'Histoire , le jour de S.
André sa fête. Par un des Auditeurs
de fes Conférences annuelles & gratuites
, fur l'Histoire.
ENNEMI juré des fadeurs ,
Je hais l'emphaſe & l'hyperbole ;
Et j'eſtime moins qu'une obole
La vile engeance des flateurs.
Tout éloge eſt un perfifflage
S'il ne contient la vérité.
Votre Patron eut en partage
Sageſſe , ſcience& bonté ;
Uniſſant à cet avantage
Une heureuſe fimplicité ,
Il déteſtoit l'oiſiveté :
Comme lui vous aimez l'ouvrage ,
Vous êtes bon , ſçavant & fage ;
Tant de vertus dont vous êtes doté ,
Vous obtiendront un jour le céleſte héritage ;
Mais quoiqu'il ſoit fort beau d'être habitant des
Cieux ,
Ne hâtez point votre voyage :
Je crois que le plus tard ſera toujours le mieux.
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Résumé : A M. PHILIPPE, Censeur Royal & Professeur d'Histoire, le jour de S. André sa fête. Par un des Auditeurs de ses Conférences annuelles & gratuites, sur l'Histoire.
L'auteur adresse une lettre à M. Philippe, Censeur Royal et Professeur d'Histoire, pour la fête de Saint André. Il admire ses qualités de sagesse, science et bonté, ainsi que sa simplicité et son aversion pour l'oisiveté. Il souhaite que ces vertus lui assurent un héritage céleste mais lui conseille de retarder son départ vers les cieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16207
p. 50
HOROSCOPE de l'Enfant de M. PHILIDOR.
Début :
LE petit Philidor un jour deviendra grand : [...]
Mots clefs :
Horoscope, Talents, Charmes, Petit, Père, Mère
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texteReconnaissance textuelle : HOROSCOPE de l'Enfant de M. PHILIDOR.
HOROSCOPE de l'Enfant de M. PHILIDOR.
Le petit Philidor un E jour deviendra grand:
C'eſt dire qu'il aura les talens de ſon Père ;
Et je prédis encor , l'Amour m'en eſt garant ,
Qu'il y joindra les charmes de ſa Mère.
Par M. GuUICHARD .
LE
,
,
E mot de la premiere Enigme du
mois de Mai eſt la Charrue. Celui de la
ſeconde eſt Vinaigre. Celui du premier
Logogryphe eſt Printemps , où l'on
trouve Sem , re , mi , ſi , mître , rit
nitre , mine , ripe , mie , Pin , Pie , Serin
, Pré , Epi , Prét , Prime , Sire
Esprit ,
Le petit Philidor un E jour deviendra grand:
C'eſt dire qu'il aura les talens de ſon Père ;
Et je prédis encor , l'Amour m'en eſt garant ,
Qu'il y joindra les charmes de ſa Mère.
Par M. GuUICHARD .
LE
,
,
E mot de la premiere Enigme du
mois de Mai eſt la Charrue. Celui de la
ſeconde eſt Vinaigre. Celui du premier
Logogryphe eſt Printemps , où l'on
trouve Sem , re , mi , ſi , mître , rit
nitre , mine , ripe , mie , Pin , Pie , Serin
, Pré , Epi , Prét , Prime , Sire
Esprit ,
Fermer
Résumé : HOROSCOPE de l'Enfant de M. PHILIDOR.
Le document contient un horoscope pour l'enfant de M. Philidor, prédisant qu'il héritera des talents de son père et des charmes de sa mère. Il est signé par M. Guillichard. Le texte inclut aussi des solutions à des énigmes et logogriphes pour mai. Les mots des énigmes sont 'Charrue' et 'Vinaigre'. Le logogryphe 'Printemps' contient divers mots comme 'Sem', 're', 'mi', 'si', 'mître', 'rit', 'nitre', 'mine', 'ripe', 'mie', 'Pin', 'Pie', 'Serin', 'Pré', 'Epi', 'Prét', 'Prime', 'Sire' et 'Esprit'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16208
p. 50-51
« LE mot de la premiere Enigme du mois de Mai est la Charrue. Celui de la [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du mois de Mai est la Charrue. Celui de la [...]
Mots clefs :
Charrue, Vinaigre, Printemps, Compagnie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du mois de Mai est la Charrue. Celui de la [...] »
LE
,
,
E mot de la premiere Enigme du
mois de Mai eſt la Charrue. Celui de la
ſeconde eſt Vinaigre. Celui du premier
Logogryphe eſt Printemps , où l'on
trouve Sem , re , mi , ſi , mître , rit
nitre , mine , ripe , mie , Pin , Pie , Serin
, Pré , Epi , Prét , Prime , Sire
Esprit , ire , ris , mer , Pite , Temps ,
Emir , Reims , Nimes , Pife , Ipres
& Spire , Pifte , tiers ou troifiéme partie
d'un tout , rime , tri , mien , tien &
fien ; pinte ; ſept ; tenir , mentir , fentir
&miner. Celui du ſecond Logogryphe
eſt Compagnie. On y trouve Api ( pomme
) Ange , Ami , Noce , Ame , Aime ,
Main , Cain , Pan , Ane , Pacome ,
JUIN. 1763 . 51
Ignace , Jean , Mácon , Caën , Gap ,
Agen , Mai , Camp , Pie , Geai , Oie ,
Cane , Pigeon , Paon , Cigne , Japon ,
Païen , Game , Po , Aï , Pic , Amen.
,
,
E mot de la premiere Enigme du
mois de Mai eſt la Charrue. Celui de la
ſeconde eſt Vinaigre. Celui du premier
Logogryphe eſt Printemps , où l'on
trouve Sem , re , mi , ſi , mître , rit
nitre , mine , ripe , mie , Pin , Pie , Serin
, Pré , Epi , Prét , Prime , Sire
Esprit , ire , ris , mer , Pite , Temps ,
Emir , Reims , Nimes , Pife , Ipres
& Spire , Pifte , tiers ou troifiéme partie
d'un tout , rime , tri , mien , tien &
fien ; pinte ; ſept ; tenir , mentir , fentir
&miner. Celui du ſecond Logogryphe
eſt Compagnie. On y trouve Api ( pomme
) Ange , Ami , Noce , Ame , Aime ,
Main , Cain , Pan , Ane , Pacome ,
JUIN. 1763 . 51
Ignace , Jean , Mácon , Caën , Gap ,
Agen , Mai , Camp , Pie , Geai , Oie ,
Cane , Pigeon , Paon , Cigne , Japon ,
Païen , Game , Po , Aï , Pic , Amen.
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Résumé : « LE mot de la premiere Enigme du mois de Mai est la Charrue. Celui de la [...] »
En mai 1763, les énigmes proposent les mots 'Charrue' et 'Vinaigre'. Le logogryphe est 'Printemps', incluant des termes comme 'Sem', 're', 'mi', 'si', 'mître', 'rit', 'nitre', 'mine', 'ripe', 'mie', 'Pin', 'Pie', 'Serin', 'Pré', 'Epi', 'Prét', 'Prime', 'Sire', 'Esprit', 'ire', 'ris', 'mer', 'Pite', 'Temps', 'Emir', 'Reims', 'Nîmes', 'Pife', 'Ipres', 'Spire', 'Pifte', 'tiers', 'rime', 'tri', 'mien', 'tien', 'fien', 'pinte', 'sept', 'tenir', 'mentir', 'sentir' et 'miner'. En juin 1763, le logogryphe est 'Compagnie', avec des mots tels que 'Api', 'Ange', 'Ami', 'Noce', 'Âme', 'Aime', 'Main', 'Caïn', 'Pan', 'Âne', 'Pacôme', 'Ignace', 'Jean', 'Mâcon', 'Caën', 'Gap', 'Agen', 'Mai', 'Camp', 'Pie', 'Geai', 'Oie', 'Cane', 'Pigeon', 'Paon', 'Cygne', 'Japon', 'Païen', 'Game', 'Po', 'Aï', 'Pic' et 'Amen'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16209
p. 51
ENIGME.
Début :
Mes enfans, cher Lecteur, naissent selon tes voeux : [...]
Mots clefs :
Alphabet
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
MEs enfans,cher Lecteur, naiſſent ſelon tes voeux:
Malgré leur figure difforme
Ils font plaiſir aux curieux.
Mais par un accident énorme
Dans un on en découvre deux,
Dans deux on en découvre quatre ,
Et dansdix on n'en voit que trois.
S'il arrive quelquefois
Que ces trois on veuille rabbattre ,
Parmi vingt
On n'en voit que cinq.
Par M. L. P. MOLINE.
MEs enfans,cher Lecteur, naiſſent ſelon tes voeux:
Malgré leur figure difforme
Ils font plaiſir aux curieux.
Mais par un accident énorme
Dans un on en découvre deux,
Dans deux on en découvre quatre ,
Et dansdix on n'en voit que trois.
S'il arrive quelquefois
Que ces trois on veuille rabbattre ,
Parmi vingt
On n'en voit que cinq.
Par M. L. P. MOLINE.
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16211
p. 52
LOGOGRYPHE.
Début :
En mon entier je ne suis jamais tendre ; [...]
Mots clefs :
Croc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHΗ Ε.
En mon entier je ne ſuis jamais tendre ,
Etqui plus eſt, je ſuis méchant :
Même en ôtant mon chef, Lecteur , tu peux t'attendre
/
Ametrouver plusdur qu'auparavant.
Veux-tu pour lors me prendre par la queue ?
Je ſuis un être différent ,
Dont la voix toujours fort aigue
N'eſt conduite que par le vent.
Et fi de cet objet tu retranches encore
Le premier de ſes pieds quicompoſent ſon corps ,
Tu trouveras un des tréſors
t
Dont la ſoif toujours nous dévore.
Par M. FABRE , Licentie en Droit à Strasbourg.
En mon entier je ne ſuis jamais tendre ,
Etqui plus eſt, je ſuis méchant :
Même en ôtant mon chef, Lecteur , tu peux t'attendre
/
Ametrouver plusdur qu'auparavant.
Veux-tu pour lors me prendre par la queue ?
Je ſuis un être différent ,
Dont la voix toujours fort aigue
N'eſt conduite que par le vent.
Et fi de cet objet tu retranches encore
Le premier de ſes pieds quicompoſent ſon corps ,
Tu trouveras un des tréſors
t
Dont la ſoif toujours nous dévore.
Par M. FABRE , Licentie en Droit à Strasbourg.
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16212
p. 52-53
AUTRE.
Début :
Je suis sur mes cinq pieds d'une énorme structure ; [...]
Mots clefs :
Boeuf
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
1 UTRE.
Je ſuis furmes cinq pieds d'une énorme ſtructures
Je porte avec moi l'élément
Qui peut , Lecteur , facilement
Merendreen peu de temps propre àta nourriture.
Mais ſi tu veux m'ôter la tête ſeulement ,
Sans ceſſer d'être un aliment ,
Loure.
W
De la vive etjeune Aurore, Peigne
+ W
l'air et les attraits;Aux charmes brillans de
+
Flore, d'Hébéjoignés tous les traits.
Mineur.
W
Pourformer beauté complette, Quelque
W + Dquoc.
soit votre pinceau; Si vous n'avés
Fort.
W
W
م
= -nette, Recommencés le tableau .
vuNi
GravéparM. Charpentić. Imprimépar Tournelle.
JUIN. 1763. 53
Je n'ai plusla même nature,
Et mon corps par ce changement ,
Prenant un autre nom devient dans ce moment
D'une très-petite figure.
Par le même.
Je ſuis furmes cinq pieds d'une énorme ſtructures
Je porte avec moi l'élément
Qui peut , Lecteur , facilement
Merendreen peu de temps propre àta nourriture.
Mais ſi tu veux m'ôter la tête ſeulement ,
Sans ceſſer d'être un aliment ,
Loure.
W
De la vive etjeune Aurore, Peigne
+ W
l'air et les attraits;Aux charmes brillans de
+
Flore, d'Hébéjoignés tous les traits.
Mineur.
W
Pourformer beauté complette, Quelque
W + Dquoc.
soit votre pinceau; Si vous n'avés
Fort.
W
W
م
= -nette, Recommencés le tableau .
vuNi
GravéparM. Charpentić. Imprimépar Tournelle.
JUIN. 1763. 53
Je n'ai plusla même nature,
Et mon corps par ce changement ,
Prenant un autre nom devient dans ce moment
D'une très-petite figure.
Par le même.
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16214
p. 53
CHANSON.
Début :
De la vive & jeune Aurore [...]
Mots clefs :
Chanson, Charmes, Beauté, Tableau
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
De la vive & jeune Aurore
Peignez l'air & les attraits ;
Aux charmes brillans de Flore ,
D'Hébé joignez tous les traits.
Pour former Beauté complette ,
Quel que ſoit votre pinceau ,
Si vous n'avez vu Ninette
Recommencez le tableau .
,
Paroles & Muſique de M. D. L. P.
De la vive & jeune Aurore
Peignez l'air & les attraits ;
Aux charmes brillans de Flore ,
D'Hébé joignez tous les traits.
Pour former Beauté complette ,
Quel que ſoit votre pinceau ,
Si vous n'avez vu Ninette
Recommencez le tableau .
,
Paroles & Muſique de M. D. L. P.
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16215
p. 54-68
HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
Début :
L'HISTOIRE simple des faits peut intéresser la curiosité des gens oisifs ; l'Histoire [...]
Mots clefs :
Divorce, Réflexions, Droits des nations, Historien, Déclamateur, Roi d'Angleterre, Alliances, Reine, Intérêts, Impétuosité
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
HISTOIRE du divorce d'HENRI
VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE
D'ARRAGON. Par M.
l'Abbé RAYNAL. A Amſterdam &
ſe trouve àParis chez Durand , rue du
Foin, 1763 , un Vol. in- 12.
L'HISTOIRE fimple des faits peut intéreſſer
la curiofité des gens oififs ; l'Hiftoire
raiſonnée des motifs pique celle
des Philoſophes. On aime à voir les mobiles
des grands événemens , à comparer
les effets aux cauſes , à développer à
combien de petites circonſtances , d'incidens
légers , de minucies puériles tiennent
& les révolutions des Empires & les
variations des choſes qui opérent ces révolutions.
Auſſi ne ſeroit-ce que par
des hommes profonds dans la ſcience de
la Politique , que l'Hiſtoire devroit être
écrite. Alors , non-ſeulement l'Hiftoire
préſenteroit le tableau des événemens
JUIN. 1763 . 55
paſſés , mais elle ſerviroit de régle pour
les conjonctures préſentes & de guide
pour l'avenir. Car , il ne faut pas s'y tromper,
les réfléxions ſont l'âme de l'Hiftoire.
Si elle en eſt dénuée , l'Hiſtoire
n'eſt plus que le ſquelette froid& inanimé
d'un corps qu'on s'attend à trouver
plein de chaleur &de vie. Mais aufſi , ſi
les réfléxions de l'Hiſtorien ne naiſſent
du Sujet , s'il ceſſe d'être Politique pour
devenir Moraliſte , c'est-à-dire , s'il veut
juger les droits des Nations d'après les
principes qui décident de ceux des Particuliers
, fans fonger que les idées de la
justice conſidérée de Nation à Nation ,
différent infiniment des idées de la juftice
confidérée de Particuliers à Particuliers
; fi , enfin les réflexions dont il nourrit
ſon récit , ſont applicables à divers
faits , ſans que la nuance qui les rend
propres à l'un plutôt qu'à l'autre,ſoit marquée
ſcrupuleuſement ; alors l'Hiſtorien
dégénére en Déclamateur , & fon Ouvrage
n'est qu'une amplification d'Ecolier
de Rhétorique.
,
ne
Ces défauts , trop remarquables dans
la plupart des Hiſtoriens modernes
ſe trouvent point ici ; les qualités oppofées
y brillent au contraire avec éclat ,
&fi la réputation de M. l'Abbé R .....
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit pas faite depuis longtemps , cet
Ouvrage feul fuffiroit pour l'établir.
Henri VII, Roi d'Angleterre, croyant
qu'il étoit de la bonne politique de former
dans le continent des alliances qui
puffent redonner à ſa Couronne l'éclat
que les guèrres civiles lui avoient fait
perdre , demanda & obtint en mariage
pour ſon fils Arthur , Catherine d'Arragon,
fille des Rois Catholiques Ferdinand
& Isabelle. Peu de temps après la
célébration , le jeune Prince mourut.
Cet événement pouvoit rompre les liens
qui uniſſoient l'Eſpagne à l'Angleterre.
Or comme il étoit de l'intérêt des deux
Puiſſances de les reſſerrer , on réfolut de
marier la veuve d'Arthur à Henri fon
frère. Sous tout autre Pape , il y auroit
eu peut-être des difficultés pour obtenir
la diſpenſe néceſſaire ; mais elle fut accordée
avec joie par Jules II. La haine
de cePontife pour laFrance lui fit trouver
du plaiſir à favoriſer l'unionde deux Puifſances
qui ne cherchoient qu'à humilier
cette Couronne. La diſpenſe eut les
fuites qu'elle devoit avoir. Le nouveau
Prince de Galles fiança la veuve de fon
frère ; mais après avoir fait une proteſtation
ſecrette contre le conſentement qu'il
donnoit à cette alliance , le mariage fut
JUIN. 1763 . 57
confommédel'aveu du Conſeil d'Etat ,
lorſque ce jeune Prince monta ſur leTrône
ſous le nom d'Henri VIII. Ces noeuds
formés par la Politique , furent bientôt
ſuivis de dégoûts, qu'aucune beauté dans
la Reine ne pouvoit empêcher de naître,
Anne de Boulen , jeune Angloiſe , qui
avoit été élevée dans la Cour la plus galante
de l'Europe , furprit le jeune Monarque.
La coquetterie ordinaire à fon
fexe lui avoit d'abord fait voir du plaifir
à donner de l'amour à ſon Roi; unecoquetterie
plus adroite , lui fit defirer de
tirer de cet amour tout le parti poſſible.
Elle n'eut pas plutôt connu tout l'excès
de la foliede Henri , que forçant fon caractère
& ſe parant des dehors de la retenue&
de la ſageſſe , elle lui fit ſentir
que ne pouvant être ſa femme , elle avoit
tropde vertu pour être ſa maîtreffe.Henri
dès-lors fongea à ſe ſéparer de Catherine
; & quoique les Hiſtoriens ne foient
pas d'accord fur la date de cet étrange
deffein , & que notre Auteur lui-même
n'oſe en marquer l'époque , il eſt naturel
de penser que le defir de faire caffer
fon mariagevint à Henri à l'inſtant qu'il
ſcut la réſolution de fa maîtreſſe . Mais
il falloit colorer ce projet & en rendre
l'idée moins révoltante pour l'Angleterre
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
& pour l'Europe. Les intérêts du Prince
étoient changés , il falloit bien que ſes
liaiſons changeafſent auffi. Les Ambaſſadeurs
de France arrivent , concluent un
Traité de Paix entre les deux Couronnes
& propoſent de la part de leur Maître
de cimenter ce Traité, en uniſſant les
deux Maiſons par le mariage de Marie ,
fille de Henri & de Catherine avec François
I. Tout applaudiſſoit à cette alliance,
lorſque l'Evêque de Tarbes , l'un des
Ambaſſadeurs de François I. laiſſe entrevoir
des doutes ſur la légitimité de
Marie; & preffé de s'expliquer , il déclare
qu'il croyoit nul le mariage de
Henri & de Catherine , & que les plus
habiles Théologiens penſoient de même.
Aces mots Henri paroît étonné , affligé
même ; mais ne voulant pas vivre
dans une union illicite , il s'empreſſe à
demander la diffolution du mariage inceſtueux
qu'il avoit contracté. Il députe
fur le champ un Miniſtre en Italie , pour
obtenir du Pape une Bulle qui l'autoriſe
au divorce qu'il médite , & que tout lui
faifoit defirer.
Clément VIIavoit fuccédé à Jules II.
Rien de plus oppoſé que ces deux dontifes.
L'impétuofité , la marche rapide
dans ſes projets caractériſoient celui- ci.
JUI N. 1763 . 59
L'irréſolution , la défiance en ſoi-même
&en autrui , conftituoient celui - là. Un
tel homme étoit peu propre à plaire à
Henri. Il falloit pourtant que l'impatience
du Prince cédât & ſe modérât fur
les tergiverſations du Pontife. Ici M.
l'Abbé R ... développe les intrigues de
la Cour de Rome , & les intérêts qui
la font agir. L'hiſtoire des négociations
des Miniftres de Henri pour obtenir le
divorce , des obstacles & des retardemens
que mirent à cette affaire les Légats
de Clément , est trop chargée de
circonſtances pour être fufceptible d'extrait.
C'eſt dans l'Ouvrage même qu'il
faut voir les différens manéges des uns
& des autres , manéges dont l'unique
fruit fut d'aigrir les eſprits des deux
côtés , & d'amener enfin la rupture
éclatante qui ſépara à jamais non ſeulement
Henri & Catherine mais qui
rompit les liens ſpirituels par leſquels
l'Angleterre tenoit à Rome,& fit de cette
Ifle une Province chrétienne qui n'étoit
plus catholique.
,
Henri parvenu au comble de ſes voeux
épousa Anne de Boulen , dont il ſe dégoûta
bientôt. Le divorce l'avoit féparé
de Catherine ; la hache du Bourreau
de Londres le délivra d'Anne. Jeanne
Gvj
60 MERCURE DE FRANCE
Seymour , Anne de Cleves , Catherine
Howard & Catherine Parr fuccéderent
à ſes amours & à ſes fureurs ; & fon lit
tour-à-tour rempli par le caprice ou par
la débauche , tour-a-tour avili ou enfanglanté
par la jalouſie ou la tyrannie,
rendit ce Prince l'objet des regards de
l'Europe, celui du mépris des honnêtes
gens & de la compaffion des ſages.
Il faut maintenant pour juftifier ce
que nous avons dit de la manière de
M. l'Abbé R ... tranfcrire deux ou trois
(morceaux de fon Livre que nous allons
choifir parmi ceux qu'on peut iſoler ;
&comme le premier mérite d'un Hiftorien
eſt de ſçavoir peindre & furtout
de faire reſſembler , nous mettrons ſous
les yeux des Lecteurs les portraits de
Jules II , de Clément VII & deHenri
VIII.
>> Jules II étoit parvenu à la Thiare,
» quoiqu'il y eût publiquement afpiré
>> pendant dix ans. Les voyes qu'il avoit
>>priſes pour aſſurer ſon élévation , n'a-
>>voient pas fait eſpérer un Pontife fort
>>religieux , ni le nom du premier
>>Empereur Romain qu'il avoit choiſi ,
>> un Prince pacifique. Son caractère
>> ſe trouva tel qu'on l'avoit imaginé.
>> Tout entier à la guèrre & à la politiJUIN.
1763 . 61
» que , il abandonna le ſoin de la foi
»& des moeurs à ſes Miniſtres les plus
fubalternes. L'Italie le vit plus d'une
>> fois à la tête des armées ; & l'Europe
>> entière fut bouleversée par ſes intri-
>> gues. On remarquoit dans ſon carac-
>> tère un fond d'inquiétude qui ne lui
>>perm ettoit pas d'être fans projets , &
>> une certaine audace qui lui en faifoit
→ préférer les plus hardis. Il meſuroit fes
>>>entrepriſes plutôt ſur ſon ambition ,
>> que ſur ſes forces ; & les prétentions
>>les plus chimériques de quelques-uns de
>> ſes Prédéceſſeurs étoient à ſes yeux
>> des droits inſéparables de ſa place.
>> Comme il avoit l'âme plus fière qu'é-
>> levée , il étoit plus jaloux de l'empire
>>que donne le rang , que de celui que
>>>donne le génie ; il aimoit mieux régler
>> les actions des hommes que leurs fen-
>>>timens. S'il eut l'enthouſiaſme propre
» à communiquer ſespaſſions à d'autres
>> Puiſſances , il manqua de l'eſprit de
>>conciliation qui les rend durables ....
>>Les difficultés qui découragent les foi-
» bles , qui éclairent les ſages , & qui
> affermiſſent les âmes élevées, l'aigrif-
>> foient ordinairement : mais il avoit
» alors le vice de cette fituation; il ne
>>voyoit rien ou il voyoit mal.
62 MERCURE DE FRANCE .
1
A ce portrait , oppofons celui de Clément
VII. » Inquiet , irréſolu , alterna-
>> tivement foible & opiniâtre , il met-
>>toit la gravité a la place de la dignité ;
» & il avoit plus d'empire ſur ſon exté-
>>>rieur que ſur ſon imagination. Ce ra-
>> finement de diffimulation, qui caracté-
>>riſoit fon fiécle & principalement ſa
>> Nation , formoit le fond de fon carac-
>>rère. Il mettoit beaucoup plus d'eſprit
>>à conduire une fauſſeté, qu'il ne lui en
>> auroit fallu pour s'en paffer. La crain-
>>te étoit le principe deprèſque toutes ſes
>> démarches , & cette foibleſſe perçoit
» à travers les apparences de vue & de
>>politique qu'il affe&oit pour juſtifier ſes
>> fréquens changemens de parti ou de
>>ſyſtême. Il fut ſouvent malheureux, &
>>il fut toujours au-deſſous de ſes mal-
» heurs.En un mot, c'étoit une âme com-
>> mune qu'il étoit poſſible de ſéduire, &
» facile de'corrompre ou d'intimider.
Il n'eſt pas bien difficile de concevoir
comment une affaire auſſi ſimple en elle-
même , que celle du divorce de Henri
VIII , auffi aiſée à décider dans quelque
ſyſtême qu'on eût puiſé la décifion ,
ait été l'objet de tant d'infructueuſes négociations.
Charles V, François I, tour
àt our l'objet des voeux & des craintes
JUIN. 1763 . 63
de Clément VII , qu'il falloit offenfer
l'un ou l'autre par lejugement de cette
affaire , étoient des motifs plus que ſuffifans
pour engager ce Pontife foible &
lâché à traîner la choſe en longueur.
L'idée qu'on ſe forme ordinairement
de Henri VIII , eſt ſi fauſſe ou fi confuſe
, qu'il a paru néceſſaire à notre Auteur
d'en tracer le portrait d'après les
faits qui peuvent ſervir à le faire connoître
; & comme ce portrait nous paroît
exactement conforme à l'idée que
ſa vie donnera de lui , lorſqu'on l'examinera
avec des yeux philofophiques
& politiques , nous terminerons notre
extrait par ſon caractère.
>> La Nature lui avoit donné beaucoup
>>de pénétration, mais de cette pénétration
>>qui fait plutôtla fortune des particuliers ,
>>que la gloire d'un Souverain. Son goût
> particulier& celui de fon fiécle le tour-
>>>nerent vers les ſciences abſtraites , &
>>il perdit à l'étude de la Scholaftique
>>un temps qui pouvoit être utilement
>> employé à approfondir les principes
» du Gouvernement. Par un malheur
» qui a prèſque toujours des ſuites fa-
>> cheuſes , il fut Théologien & enthou-
>> ſiaſte : l'amour de ſes opinions le ren
64 MERCURE DE FRANCE.
>> ditd'abord Controverfiſte * , & enfin
>>tyran . La libéralité qui eſt prèſque tou-
>>jours un crime dans les Rois , parce
>> que ce n'eſt pas leur bien, mais ce-
>> lui de l'Etat qu'ils prodiguent , fut
>> pouffée à l'excès fous fon régne ; il
>> ruina ſes Sujets par des profufions
>> criminelles & extravagantes. Une
> confiance aveugle en ſes Miniſtres , le
>> réduifit à être durant la moitié de fon
>> regne le jouet de leurs paffions , ou
la victime de leurs intérêts ; l'autre
>>partie fut employée à troubler le re-
» pos du Royaume , & à l'inonder de
>>fang. L'opinion qu'il avoit que l'An-
>> gleterre étoit le balancier ** de l'Eu-
*Tout le monde ſçait que Henri VIII écrivic
en 1121 , contre Luther un Livre , intitulé des
Sept Sacremens. Quoiqu'il y ait apparence que
Wolfey , Gardiner & Morus ayent eu beaucoup
de part à la compoſition de cet Ouvrage , il valut
au Monarque Anglois le titre de Défenseur de la
Foi. Fuller dit à cette occaſion dans ſon Hiftoire
de l'Egliſe , que Patch,le fou de la Cour , voyant
unjour le Princede bonne humeur , lui en avoit
demandé la railon , & que le Prince lui avoit répondu
que c'étoit à cauſe du titre de défenſeur
de la Foi. Sur quoi le fou lui repliqua : Je t'en
prie ,mon cherHenri , défendons-nous nous-mêmes ,
&laiffons la Foise défendre feule . Faller .
** Quod illic , de æquilibrio Galliæ & Hifpania
feritur, Angliam effe examen Europe,staterasque
JUIN. 1763 . 65
» rope , l'empêcha de faire les efforts
>>néceſſaires pour que cela fût; & il ſe
>>vit forcé plus d'une fois à recevoir les
>>impreſſions des Puiſſances qu'il au-
>>roit dû conduire par les ſiennes. Com-
>>me ſa politique n'étoit ordinairement
> ni ſçavante ni ſuivie , il formoit fou-
>> vent des entrepriſes pernicieuſes , ou
>>abandonnoit celles qui avoient été fa-
>> gement formées : on ne le trouvoit
>> appliqué& ferme que dans les affai-
>>res qu'il regardoit comme perſonnelles.
>>Ceux qui lui ont accordé des talens
>>ſupérieurs en voyant l'afcendant
>>qu'il avoit pris ſur ſes Peuples , nous
>>paroiſſent avoir confondu l'effet qui
>>étoit frappant avec la cauſe qui étoit
>> cachée : plus d'attention leur auroit
>>fait voir que la ſoumiſſion des Sujets
>>fut, par un pur hafard , le fruit du fy-
>>ſtême de Religion que le dépit ſeul
>>avoit inſpiré au Monarque : les Ca-
>>>tholiques & les Luthériens convaincus
>>que le Prince ne pouvoit pas reſter
>>dans l'eſpéce de milieu qu'il avoit pris
>> entr'eux ſe déterminerent à une
>>complaiſance aveugle , les uns pour
,
و
illa duo regna ejufdem Europa, non omninò rejiciendum
eft à prudenti viro . Antonio Perez. Lettre au
Comted'Effex.
1
66 MERCURE DE FRANCE.
>>le ramener à ſes premiers principes ,
>>& les autres pour l'atrirer à eux. On
>> ne peut nier que Henri n'ait connu
>>les hommes , & qu'il ne les ait mis
> ſouvent à leur place ; mais il lui man-
>> qua le talent de s'en ſervir : ou il les
>>négligeoit par caprice , ou il les aban-
>> donnoit par foibleſſe , ou il les humi-
>>> lioit par fierté & pour faire tomber
>> les ſoupçons qu'on pouvoit avoir ,
>>qu'il laiſſoit prendre trop d'empire
>> fur lui à ſes favoris. Il donna dans tous
>>les écueils des Rois qui n'ont ni prin-
>> cipes fixes ni probité: les loix chan-
>> geoient tous les jours ſous ſon regne ;
»& ce qui étoit plus affreux & plus or-
>>dinaire encore , le Citoyen étoit jugé
>>par la volonté du Prince & non par
>>>l'autorité de la Loi. Ses paffions , ſes
>>>defirs , ſes moindres fantaisies étoient
>> des or ' res pour ce même Parlement ,
>>qui , habile depuis à faire naître ou à
>>ſaiſir des conjonctures favorables , a
> afſuré la liberté de la Nation ſur des
>> fondemens qui paroiſſent inébranla -
>>bles. * Tous ceux qui l'ont étudié
*
>> Le Parlement étoit fi fort ſubjugué qu'il or-
>> donna que ceux qui auroient prêté de l'argent
>> a Henri , feroient obligés de l'en tenir quitte.
>> Quelque injuſte que fût cet acte , les Chambres
JUI N. 1763 . 67
:
» avec quelque ſoin , n'ont vu en lui
» qu'un ami foible , un allié inconſtant ,
>> un amant groffier , un mari jaloux ,
>>un père barbare , un maître impérieux,
>>unRoi cruel. * Quoiqu'en montant
>> ſur le Trône , il trouvat une Nation
>> entiere , prévenue en ſa faveur , des
>>tréſors immenfes , un état paiſible ,
>> des voiſins diviſés , il ne fit rien pour
>> le bonheur de ſes Sujets , & fort
>> peu pour ſa gloire. Pour peindre
» Henri d'un trait il fuffit de ,
>> ne furent point fâchées que le Roi le deſirat ,
>>afin de faire ceſſer l'uſage des emprunts qui
> avec le temps auroient rendu les Parlemens
>>i>nutiles. Mylord Herbert.
* Henri mécontent de François I , lui envoya
pour Ambaſſadeur un Evêque Anglois , qu'il voulut
charger de quelques diſcours fiers & menaçans.
Ce Prélat qui ſentit tout le danger de ſa
commiſſion , chercha à s'en faire diſpenſer. Ne
craignez rien , lui dit le Prince : ſi le Roi de France
vous faiſoit mourir , je ferois abbattre bien des
têtes à quantité de François qui ſont en ma puiſfance.
Je le crois , répondit l'Évêque ; mais de toutes
ces têtes , ajoûta- t- il en riant , iln'y en apas
une qui vint fi bienfur mon corps que celle qui y est.
Sans cette agréable réponſe qui divertit le Roi ,
l'Ambaſſadeur auroit été obligé de ſuivre , au péril
de ſa vie,des inſtructions pleines d'orgueil & de
fiel . M. Herbert.
68 MERCURE DE FRANCE.
>> répéter ce qu'il dit à ſa mort : Qu'il
» n'avoit jamais refusé la vie d'un hom-
»me à ſa haine , ni l'honneur d'une
"femme à ses defirs. *
*On n'appelloit autrefois les Rois d'Angleterre
queVotre Grace. Henri VIII fut le premier qui ſe
fit appeller Alteſſe , puis Majesté. Ce fut François 1
qui commença a lui donner ce dernier titre dans
leur célébre entrevue de 1520. La magnificence
decette aſſemblée connue ſous le nom de camp
dedrap d'or ,fut telle , dit du Bellai , que plusieurs
yporterent leurs moulins , leurs forêts & leurs prés
fur leurs épaules .
VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE
D'ARRAGON. Par M.
l'Abbé RAYNAL. A Amſterdam &
ſe trouve àParis chez Durand , rue du
Foin, 1763 , un Vol. in- 12.
L'HISTOIRE fimple des faits peut intéreſſer
la curiofité des gens oififs ; l'Hiftoire
raiſonnée des motifs pique celle
des Philoſophes. On aime à voir les mobiles
des grands événemens , à comparer
les effets aux cauſes , à développer à
combien de petites circonſtances , d'incidens
légers , de minucies puériles tiennent
& les révolutions des Empires & les
variations des choſes qui opérent ces révolutions.
Auſſi ne ſeroit-ce que par
des hommes profonds dans la ſcience de
la Politique , que l'Hiſtoire devroit être
écrite. Alors , non-ſeulement l'Hiftoire
préſenteroit le tableau des événemens
JUIN. 1763 . 55
paſſés , mais elle ſerviroit de régle pour
les conjonctures préſentes & de guide
pour l'avenir. Car , il ne faut pas s'y tromper,
les réfléxions ſont l'âme de l'Hiftoire.
Si elle en eſt dénuée , l'Hiſtoire
n'eſt plus que le ſquelette froid& inanimé
d'un corps qu'on s'attend à trouver
plein de chaleur &de vie. Mais aufſi , ſi
les réfléxions de l'Hiſtorien ne naiſſent
du Sujet , s'il ceſſe d'être Politique pour
devenir Moraliſte , c'est-à-dire , s'il veut
juger les droits des Nations d'après les
principes qui décident de ceux des Particuliers
, fans fonger que les idées de la
justice conſidérée de Nation à Nation ,
différent infiniment des idées de la juftice
confidérée de Particuliers à Particuliers
; fi , enfin les réflexions dont il nourrit
ſon récit , ſont applicables à divers
faits , ſans que la nuance qui les rend
propres à l'un plutôt qu'à l'autre,ſoit marquée
ſcrupuleuſement ; alors l'Hiſtorien
dégénére en Déclamateur , & fon Ouvrage
n'est qu'une amplification d'Ecolier
de Rhétorique.
,
ne
Ces défauts , trop remarquables dans
la plupart des Hiſtoriens modernes
ſe trouvent point ici ; les qualités oppofées
y brillent au contraire avec éclat ,
&fi la réputation de M. l'Abbé R .....
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit pas faite depuis longtemps , cet
Ouvrage feul fuffiroit pour l'établir.
Henri VII, Roi d'Angleterre, croyant
qu'il étoit de la bonne politique de former
dans le continent des alliances qui
puffent redonner à ſa Couronne l'éclat
que les guèrres civiles lui avoient fait
perdre , demanda & obtint en mariage
pour ſon fils Arthur , Catherine d'Arragon,
fille des Rois Catholiques Ferdinand
& Isabelle. Peu de temps après la
célébration , le jeune Prince mourut.
Cet événement pouvoit rompre les liens
qui uniſſoient l'Eſpagne à l'Angleterre.
Or comme il étoit de l'intérêt des deux
Puiſſances de les reſſerrer , on réfolut de
marier la veuve d'Arthur à Henri fon
frère. Sous tout autre Pape , il y auroit
eu peut-être des difficultés pour obtenir
la diſpenſe néceſſaire ; mais elle fut accordée
avec joie par Jules II. La haine
de cePontife pour laFrance lui fit trouver
du plaiſir à favoriſer l'unionde deux Puifſances
qui ne cherchoient qu'à humilier
cette Couronne. La diſpenſe eut les
fuites qu'elle devoit avoir. Le nouveau
Prince de Galles fiança la veuve de fon
frère ; mais après avoir fait une proteſtation
ſecrette contre le conſentement qu'il
donnoit à cette alliance , le mariage fut
JUIN. 1763 . 57
confommédel'aveu du Conſeil d'Etat ,
lorſque ce jeune Prince monta ſur leTrône
ſous le nom d'Henri VIII. Ces noeuds
formés par la Politique , furent bientôt
ſuivis de dégoûts, qu'aucune beauté dans
la Reine ne pouvoit empêcher de naître,
Anne de Boulen , jeune Angloiſe , qui
avoit été élevée dans la Cour la plus galante
de l'Europe , furprit le jeune Monarque.
La coquetterie ordinaire à fon
fexe lui avoit d'abord fait voir du plaifir
à donner de l'amour à ſon Roi; unecoquetterie
plus adroite , lui fit defirer de
tirer de cet amour tout le parti poſſible.
Elle n'eut pas plutôt connu tout l'excès
de la foliede Henri , que forçant fon caractère
& ſe parant des dehors de la retenue&
de la ſageſſe , elle lui fit ſentir
que ne pouvant être ſa femme , elle avoit
tropde vertu pour être ſa maîtreffe.Henri
dès-lors fongea à ſe ſéparer de Catherine
; & quoique les Hiſtoriens ne foient
pas d'accord fur la date de cet étrange
deffein , & que notre Auteur lui-même
n'oſe en marquer l'époque , il eſt naturel
de penser que le defir de faire caffer
fon mariagevint à Henri à l'inſtant qu'il
ſcut la réſolution de fa maîtreſſe . Mais
il falloit colorer ce projet & en rendre
l'idée moins révoltante pour l'Angleterre
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
& pour l'Europe. Les intérêts du Prince
étoient changés , il falloit bien que ſes
liaiſons changeafſent auffi. Les Ambaſſadeurs
de France arrivent , concluent un
Traité de Paix entre les deux Couronnes
& propoſent de la part de leur Maître
de cimenter ce Traité, en uniſſant les
deux Maiſons par le mariage de Marie ,
fille de Henri & de Catherine avec François
I. Tout applaudiſſoit à cette alliance,
lorſque l'Evêque de Tarbes , l'un des
Ambaſſadeurs de François I. laiſſe entrevoir
des doutes ſur la légitimité de
Marie; & preffé de s'expliquer , il déclare
qu'il croyoit nul le mariage de
Henri & de Catherine , & que les plus
habiles Théologiens penſoient de même.
Aces mots Henri paroît étonné , affligé
même ; mais ne voulant pas vivre
dans une union illicite , il s'empreſſe à
demander la diffolution du mariage inceſtueux
qu'il avoit contracté. Il députe
fur le champ un Miniſtre en Italie , pour
obtenir du Pape une Bulle qui l'autoriſe
au divorce qu'il médite , & que tout lui
faifoit defirer.
Clément VIIavoit fuccédé à Jules II.
Rien de plus oppoſé que ces deux dontifes.
L'impétuofité , la marche rapide
dans ſes projets caractériſoient celui- ci.
JUI N. 1763 . 59
L'irréſolution , la défiance en ſoi-même
&en autrui , conftituoient celui - là. Un
tel homme étoit peu propre à plaire à
Henri. Il falloit pourtant que l'impatience
du Prince cédât & ſe modérât fur
les tergiverſations du Pontife. Ici M.
l'Abbé R ... développe les intrigues de
la Cour de Rome , & les intérêts qui
la font agir. L'hiſtoire des négociations
des Miniftres de Henri pour obtenir le
divorce , des obstacles & des retardemens
que mirent à cette affaire les Légats
de Clément , est trop chargée de
circonſtances pour être fufceptible d'extrait.
C'eſt dans l'Ouvrage même qu'il
faut voir les différens manéges des uns
& des autres , manéges dont l'unique
fruit fut d'aigrir les eſprits des deux
côtés , & d'amener enfin la rupture
éclatante qui ſépara à jamais non ſeulement
Henri & Catherine mais qui
rompit les liens ſpirituels par leſquels
l'Angleterre tenoit à Rome,& fit de cette
Ifle une Province chrétienne qui n'étoit
plus catholique.
,
Henri parvenu au comble de ſes voeux
épousa Anne de Boulen , dont il ſe dégoûta
bientôt. Le divorce l'avoit féparé
de Catherine ; la hache du Bourreau
de Londres le délivra d'Anne. Jeanne
Gvj
60 MERCURE DE FRANCE
Seymour , Anne de Cleves , Catherine
Howard & Catherine Parr fuccéderent
à ſes amours & à ſes fureurs ; & fon lit
tour-à-tour rempli par le caprice ou par
la débauche , tour-a-tour avili ou enfanglanté
par la jalouſie ou la tyrannie,
rendit ce Prince l'objet des regards de
l'Europe, celui du mépris des honnêtes
gens & de la compaffion des ſages.
Il faut maintenant pour juftifier ce
que nous avons dit de la manière de
M. l'Abbé R ... tranfcrire deux ou trois
(morceaux de fon Livre que nous allons
choifir parmi ceux qu'on peut iſoler ;
&comme le premier mérite d'un Hiftorien
eſt de ſçavoir peindre & furtout
de faire reſſembler , nous mettrons ſous
les yeux des Lecteurs les portraits de
Jules II , de Clément VII & deHenri
VIII.
>> Jules II étoit parvenu à la Thiare,
» quoiqu'il y eût publiquement afpiré
>> pendant dix ans. Les voyes qu'il avoit
>>priſes pour aſſurer ſon élévation , n'a-
>>voient pas fait eſpérer un Pontife fort
>>religieux , ni le nom du premier
>>Empereur Romain qu'il avoit choiſi ,
>> un Prince pacifique. Son caractère
>> ſe trouva tel qu'on l'avoit imaginé.
>> Tout entier à la guèrre & à la politiJUIN.
1763 . 61
» que , il abandonna le ſoin de la foi
»& des moeurs à ſes Miniſtres les plus
fubalternes. L'Italie le vit plus d'une
>> fois à la tête des armées ; & l'Europe
>> entière fut bouleversée par ſes intri-
>> gues. On remarquoit dans ſon carac-
>> tère un fond d'inquiétude qui ne lui
>>perm ettoit pas d'être fans projets , &
>> une certaine audace qui lui en faifoit
→ préférer les plus hardis. Il meſuroit fes
>>>entrepriſes plutôt ſur ſon ambition ,
>> que ſur ſes forces ; & les prétentions
>>les plus chimériques de quelques-uns de
>> ſes Prédéceſſeurs étoient à ſes yeux
>> des droits inſéparables de ſa place.
>> Comme il avoit l'âme plus fière qu'é-
>> levée , il étoit plus jaloux de l'empire
>>que donne le rang , que de celui que
>>>donne le génie ; il aimoit mieux régler
>> les actions des hommes que leurs fen-
>>>timens. S'il eut l'enthouſiaſme propre
» à communiquer ſespaſſions à d'autres
>> Puiſſances , il manqua de l'eſprit de
>>conciliation qui les rend durables ....
>>Les difficultés qui découragent les foi-
» bles , qui éclairent les ſages , & qui
> affermiſſent les âmes élevées, l'aigrif-
>> foient ordinairement : mais il avoit
» alors le vice de cette fituation; il ne
>>voyoit rien ou il voyoit mal.
62 MERCURE DE FRANCE .
1
A ce portrait , oppofons celui de Clément
VII. » Inquiet , irréſolu , alterna-
>> tivement foible & opiniâtre , il met-
>>toit la gravité a la place de la dignité ;
» & il avoit plus d'empire ſur ſon exté-
>>>rieur que ſur ſon imagination. Ce ra-
>> finement de diffimulation, qui caracté-
>>riſoit fon fiécle & principalement ſa
>> Nation , formoit le fond de fon carac-
>>rère. Il mettoit beaucoup plus d'eſprit
>>à conduire une fauſſeté, qu'il ne lui en
>> auroit fallu pour s'en paffer. La crain-
>>te étoit le principe deprèſque toutes ſes
>> démarches , & cette foibleſſe perçoit
» à travers les apparences de vue & de
>>politique qu'il affe&oit pour juſtifier ſes
>> fréquens changemens de parti ou de
>>ſyſtême. Il fut ſouvent malheureux, &
>>il fut toujours au-deſſous de ſes mal-
» heurs.En un mot, c'étoit une âme com-
>> mune qu'il étoit poſſible de ſéduire, &
» facile de'corrompre ou d'intimider.
Il n'eſt pas bien difficile de concevoir
comment une affaire auſſi ſimple en elle-
même , que celle du divorce de Henri
VIII , auffi aiſée à décider dans quelque
ſyſtême qu'on eût puiſé la décifion ,
ait été l'objet de tant d'infructueuſes négociations.
Charles V, François I, tour
àt our l'objet des voeux & des craintes
JUIN. 1763 . 63
de Clément VII , qu'il falloit offenfer
l'un ou l'autre par lejugement de cette
affaire , étoient des motifs plus que ſuffifans
pour engager ce Pontife foible &
lâché à traîner la choſe en longueur.
L'idée qu'on ſe forme ordinairement
de Henri VIII , eſt ſi fauſſe ou fi confuſe
, qu'il a paru néceſſaire à notre Auteur
d'en tracer le portrait d'après les
faits qui peuvent ſervir à le faire connoître
; & comme ce portrait nous paroît
exactement conforme à l'idée que
ſa vie donnera de lui , lorſqu'on l'examinera
avec des yeux philofophiques
& politiques , nous terminerons notre
extrait par ſon caractère.
>> La Nature lui avoit donné beaucoup
>>de pénétration, mais de cette pénétration
>>qui fait plutôtla fortune des particuliers ,
>>que la gloire d'un Souverain. Son goût
> particulier& celui de fon fiécle le tour-
>>>nerent vers les ſciences abſtraites , &
>>il perdit à l'étude de la Scholaftique
>>un temps qui pouvoit être utilement
>> employé à approfondir les principes
» du Gouvernement. Par un malheur
» qui a prèſque toujours des ſuites fa-
>> cheuſes , il fut Théologien & enthou-
>> ſiaſte : l'amour de ſes opinions le ren
64 MERCURE DE FRANCE.
>> ditd'abord Controverfiſte * , & enfin
>>tyran . La libéralité qui eſt prèſque tou-
>>jours un crime dans les Rois , parce
>> que ce n'eſt pas leur bien, mais ce-
>> lui de l'Etat qu'ils prodiguent , fut
>> pouffée à l'excès fous fon régne ; il
>> ruina ſes Sujets par des profufions
>> criminelles & extravagantes. Une
> confiance aveugle en ſes Miniſtres , le
>> réduifit à être durant la moitié de fon
>> regne le jouet de leurs paffions , ou
la victime de leurs intérêts ; l'autre
>>partie fut employée à troubler le re-
» pos du Royaume , & à l'inonder de
>>fang. L'opinion qu'il avoit que l'An-
>> gleterre étoit le balancier ** de l'Eu-
*Tout le monde ſçait que Henri VIII écrivic
en 1121 , contre Luther un Livre , intitulé des
Sept Sacremens. Quoiqu'il y ait apparence que
Wolfey , Gardiner & Morus ayent eu beaucoup
de part à la compoſition de cet Ouvrage , il valut
au Monarque Anglois le titre de Défenseur de la
Foi. Fuller dit à cette occaſion dans ſon Hiftoire
de l'Egliſe , que Patch,le fou de la Cour , voyant
unjour le Princede bonne humeur , lui en avoit
demandé la railon , & que le Prince lui avoit répondu
que c'étoit à cauſe du titre de défenſeur
de la Foi. Sur quoi le fou lui repliqua : Je t'en
prie ,mon cherHenri , défendons-nous nous-mêmes ,
&laiffons la Foise défendre feule . Faller .
** Quod illic , de æquilibrio Galliæ & Hifpania
feritur, Angliam effe examen Europe,staterasque
JUIN. 1763 . 65
» rope , l'empêcha de faire les efforts
>>néceſſaires pour que cela fût; & il ſe
>>vit forcé plus d'une fois à recevoir les
>>impreſſions des Puiſſances qu'il au-
>>roit dû conduire par les ſiennes. Com-
>>me ſa politique n'étoit ordinairement
> ni ſçavante ni ſuivie , il formoit fou-
>> vent des entrepriſes pernicieuſes , ou
>>abandonnoit celles qui avoient été fa-
>> gement formées : on ne le trouvoit
>> appliqué& ferme que dans les affai-
>>res qu'il regardoit comme perſonnelles.
>>Ceux qui lui ont accordé des talens
>>ſupérieurs en voyant l'afcendant
>>qu'il avoit pris ſur ſes Peuples , nous
>>paroiſſent avoir confondu l'effet qui
>>étoit frappant avec la cauſe qui étoit
>> cachée : plus d'attention leur auroit
>>fait voir que la ſoumiſſion des Sujets
>>fut, par un pur hafard , le fruit du fy-
>>ſtême de Religion que le dépit ſeul
>>avoit inſpiré au Monarque : les Ca-
>>>tholiques & les Luthériens convaincus
>>que le Prince ne pouvoit pas reſter
>>dans l'eſpéce de milieu qu'il avoit pris
>> entr'eux ſe déterminerent à une
>>complaiſance aveugle , les uns pour
,
و
illa duo regna ejufdem Europa, non omninò rejiciendum
eft à prudenti viro . Antonio Perez. Lettre au
Comted'Effex.
1
66 MERCURE DE FRANCE.
>>le ramener à ſes premiers principes ,
>>& les autres pour l'atrirer à eux. On
>> ne peut nier que Henri n'ait connu
>>les hommes , & qu'il ne les ait mis
> ſouvent à leur place ; mais il lui man-
>> qua le talent de s'en ſervir : ou il les
>>négligeoit par caprice , ou il les aban-
>> donnoit par foibleſſe , ou il les humi-
>>> lioit par fierté & pour faire tomber
>> les ſoupçons qu'on pouvoit avoir ,
>>qu'il laiſſoit prendre trop d'empire
>> fur lui à ſes favoris. Il donna dans tous
>>les écueils des Rois qui n'ont ni prin-
>> cipes fixes ni probité: les loix chan-
>> geoient tous les jours ſous ſon regne ;
»& ce qui étoit plus affreux & plus or-
>>dinaire encore , le Citoyen étoit jugé
>>par la volonté du Prince & non par
>>>l'autorité de la Loi. Ses paffions , ſes
>>>defirs , ſes moindres fantaisies étoient
>> des or ' res pour ce même Parlement ,
>>qui , habile depuis à faire naître ou à
>>ſaiſir des conjonctures favorables , a
> afſuré la liberté de la Nation ſur des
>> fondemens qui paroiſſent inébranla -
>>bles. * Tous ceux qui l'ont étudié
*
>> Le Parlement étoit fi fort ſubjugué qu'il or-
>> donna que ceux qui auroient prêté de l'argent
>> a Henri , feroient obligés de l'en tenir quitte.
>> Quelque injuſte que fût cet acte , les Chambres
JUI N. 1763 . 67
:
» avec quelque ſoin , n'ont vu en lui
» qu'un ami foible , un allié inconſtant ,
>> un amant groffier , un mari jaloux ,
>>un père barbare , un maître impérieux,
>>unRoi cruel. * Quoiqu'en montant
>> ſur le Trône , il trouvat une Nation
>> entiere , prévenue en ſa faveur , des
>>tréſors immenfes , un état paiſible ,
>> des voiſins diviſés , il ne fit rien pour
>> le bonheur de ſes Sujets , & fort
>> peu pour ſa gloire. Pour peindre
» Henri d'un trait il fuffit de ,
>> ne furent point fâchées que le Roi le deſirat ,
>>afin de faire ceſſer l'uſage des emprunts qui
> avec le temps auroient rendu les Parlemens
>>i>nutiles. Mylord Herbert.
* Henri mécontent de François I , lui envoya
pour Ambaſſadeur un Evêque Anglois , qu'il voulut
charger de quelques diſcours fiers & menaçans.
Ce Prélat qui ſentit tout le danger de ſa
commiſſion , chercha à s'en faire diſpenſer. Ne
craignez rien , lui dit le Prince : ſi le Roi de France
vous faiſoit mourir , je ferois abbattre bien des
têtes à quantité de François qui ſont en ma puiſfance.
Je le crois , répondit l'Évêque ; mais de toutes
ces têtes , ajoûta- t- il en riant , iln'y en apas
une qui vint fi bienfur mon corps que celle qui y est.
Sans cette agréable réponſe qui divertit le Roi ,
l'Ambaſſadeur auroit été obligé de ſuivre , au péril
de ſa vie,des inſtructions pleines d'orgueil & de
fiel . M. Herbert.
68 MERCURE DE FRANCE.
>> répéter ce qu'il dit à ſa mort : Qu'il
» n'avoit jamais refusé la vie d'un hom-
»me à ſa haine , ni l'honneur d'une
"femme à ses defirs. *
*On n'appelloit autrefois les Rois d'Angleterre
queVotre Grace. Henri VIII fut le premier qui ſe
fit appeller Alteſſe , puis Majesté. Ce fut François 1
qui commença a lui donner ce dernier titre dans
leur célébre entrevue de 1520. La magnificence
decette aſſemblée connue ſous le nom de camp
dedrap d'or ,fut telle , dit du Bellai , que plusieurs
yporterent leurs moulins , leurs forêts & leurs prés
fur leurs épaules .
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Résumé : HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
L'ouvrage 'Histoire du divorce d'Henri VIII, roi d'Angleterre, avec Catherine d'Aragon' de l'abbé Raynal met en lumière l'importance de comprendre les motivations derrière les événements historiques et la maîtrise de la politique par les historiens. L'histoire débute avec le mariage entre Arthur, fils d'Henri VII, et Catherine d'Aragon, visant à renforcer les alliances européennes. À la mort d'Arthur, Henri VIII épousa Catherine avec la dispense papale de Jules II. Influencé par Anne Boleyn, Henri VIII chercha à divorcer, utilisant les doutes de l'évêque de Tarbes sur la légitimité de son mariage. Les négociations avec le pape Clément VII furent longues et complexes, menant à une rupture entre l'Angleterre et Rome. Henri VIII épousa ensuite Anne Boleyn, qu'il fit exécuter, avant de se remarier successivement avec Jeanne Seymour, Anne de Clèves, Catherine Howard et Catherine Parr. Les portraits des papes Jules II et Clément VII sont esquissés : Jules II était ambitieux et orienté vers la guerre et la politique, tandis que Clément VII était inquiet et influençable. Henri VIII est décrit comme intelligent mais mal avisé, ce qui compliqua son règne marqué par la tyrannie, la libéralité excessive et la manipulation par ses ministres. Son règne fut caractérisé par des changements fréquents de lois et des décisions judiciaires dictées par ses passions. Henri VIII fut le premier roi d'Angleterre à porter le titre de 'Majesté', accordé par François Ier lors de la rencontre du Camp du Drap d'Or en 1520.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16216
p. 68-84
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
Début :
Le but de votre Journal, Monsieur, étant d'annoncer les productions nouvelles [...]
Mots clefs :
Physique systématique, Abrégé, Solidité de la matière, Physique expérimentale, Opinion, Système, Révolutions célestes , Éclipses, Électricité, Attraction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
LETTRE A L'AUTEUR DU
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
La lettre critique le 'Traité abrégé de Physique à l'usage des Écoliers' de M. de Saintignon, membre de la Société Royale des Sciences et Arts de Metz. L'auteur évalue la qualité de cet ouvrage destiné aux élèves, en vérifiant s'il est précis et utile ou s'il risque de nuire aux étudiants par ses inexactitudes. L'auteur reconnaît que M. de Saintignon a principalement copié des œuvres existantes, notamment le traité de physique expérimentale de l'Abbé Nollet, mais critique les modifications apportées, jugées inexactes et peu claires. La lettre déplore l'absence de planches illustratives et note que les expériences sont mal décrites. Le traité combine la physique systématique et expérimentale, mais l'auteur trouve le système de M. de la Perière, utilisé par M. de Saintignon, difficile à comprendre et incompatible avec les principes de la mécanique. La lettre mentionne également une réfutation du système de Newton, jugée inintéressante et non pertinente. M. de Saintignon critique les théories de Newton sur le mécanisme du monde et les phénomènes célestes, affirmant que les calculs n'expliquent pas nécessairement le mécanisme exact du monde. Il attaque l'électricité et l'attraction sans proposer de solutions alternatives solides, répétant des objections déjà formulées. Le texte souligne l'incohérence de M. de Saintignon, qui commet des erreurs conceptuelles comme confondre inertie et pesanteur, et ignore les principes de la mécanique. L'ouvrage contient des explications obscures et mal démontrées sur la dureté des corps et des digressions sur des sujets comme les odeurs et la cuisine moderne. Les explications sur des concepts physiques élémentaires, comme la mesure de la quantité de mouvement et la pesanteur, sont jugées imprécises et incohérentes. L'auteur conclut que l'ouvrage nécessite de nombreuses corrections avant de pouvoir être utilisé de manière appropriée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16217
p. 85-95
THEATRE & Œuvres diverses de M. PALISSOT de MONTENOY, de la Société Royale & Littéraire de Lorraine, &c ; avec cette Epigraphe : Principibus placuisse viris non ultima laus est. A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques au Temple du Goût, 1763 ; 3 Vol. in-12.
Début :
ON voit par le titre de ce Recueil, qu'il contient à la fois, & des Piéces de [...]
Mots clefs :
Recueil, Théâtre, Satire, Jeunes Écrivains, Gens de lettres, Gens du monde, Protectrice, Dialogue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : THEATRE & Œuvres diverses de M. PALISSOT de MONTENOY, de la Société Royale & Littéraire de Lorraine, &c ; avec cette Epigraphe : Principibus placuisse viris non ultima laus est. A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques au Temple du Goût, 1763 ; 3 Vol. in-12.
THEATRE & OEuvres diverſes de M.
PALISSOT de MONTENOY , de la
Société Royale & Littéraire de Lorraine,&
c ; avec cette Epigraphe : Principibus
placuiffe viris non ultima laus
eft . A Londres , & se trouve à Paris
chez Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques au Temple du Goût , 1763 ;
3 Vol. in-12.
N voit par le titre de ce Recueil ,
qu'il contient à la fois , & des Piéces de
Théâtre & d'autres productions de différens
genres . Nous renvoyons les premières
à l Article des Spectacles , ainſi
queles Préfaces & les Avertiſſemens qui
les précédent ou qui les ſuivent ; & nous
nous bornerons dans cet extrait , à parcourir
les divers morceaux qui forment
le reſte du Recueil. Les uns , déja connus
, reparoiſſent ici avec des corrections
, des changemens & des additions
conſidérables. L'attention avec laquelle
l'Auteur les a revus , eſt une preuve de
ſon reſpect pour le Public éclairé. Il y a
joint un affez grand nombre de Piéces
86 MERCURE DE FRANCE.
qui n'avoient point encore vu le jour.
Les unes & les autres méritent de fixer
l'attention , & font dignes de l'eſtime
de nos Lecteurs . :
Nous trouvons d'abord à la tête de
cette Edition , un Avertiſſement où il
eſt dit , que par l'examen de ces Ouvrages
réunis , dont aucun n'a été imprimé
dans les ténébres & fans l'aveu du Gouvernement
, on verra combien l'Auteur
a toujours reſpecté la décence, les moeurs
& les égards dûs à la Société ; combien
fon eſprit eſt éloigné de ce goût condamnable
pour la fatyre , dont il a été
accufé par les Auteurs de quelques li
belles.
Ce premier Avertifſfement eſt ſuivi
d'un Avant-propos très- bien écrit , dans
lequel on applaudira ſurtout à ce que
dit M. Paliſſot ſur l'encouragement dû
aux jeunes Ecrivains ; il a eu lui- même
lebonheur de trouver des conſeils par
mi les Gens de Lettres , & des Protecteurs
dans le Gens du monde ; & c'eſt
ſans doute là le ſens de fon Epigraphe :
il étoit encore bien jeune , lorſqu'à l'oc
cafion de fon premier ouvrage pourle
Théâtre >> il eut l'honneur d'être connu
>>d'un des plus reſpectables appuis que
>> les Lettres ayent jamais eus parmi
و
JUIN. 1763 . 87
>>nous. Il ne le nomme point , de peur
>> d'éveiller l'envie ; mais il oppoſera tou-
>> jours les bienfaits de Mécene aux ca-
>> lomnies des Mévius.
C'eſt par le même ſentiment de reconnoiſſance
, qu'il a voulu que l'hommage ,
qu'il croit devoir aux cendres d'une Protectrice
puiſſante & éclairée , fût à jamais
confervé dans ces vers pathétiques
&touchans.
Moment du déſeſpoir ! ſouvenir trop funeſte !
Ojour à nos regrets pour jamais conſacré !
Il eſt donc vrai ! .....
nous refte
cette urne eſt tout ce qui
D'un objet adoré.
Muſes , vous la perdez ; vos lyres ſuſpendues
Ne rendront déſormais que des fons de douleurs
A vos triftes accens les graces éperdues
Viendront mêler des pleurs .
Ah ! fi de ſes deſtins , ſurmontant l'inclémence ,
Elle eût franchi l'inſtant marqué par leur courroux
,
Vos fublimes accords dont l'honoroit la Francé ,
Revivroient parmi nous.
Au matin de ſesjours la mort nous l'a ravie :
Les talens , la beauté la ſuivent au cercueil ;
Et l'ennemi des Arts , le démon de l'envie
Triomphe avec orgueil .
Mais j'oferai chanter ſes vertus immortelles ;
88 MERCURE DE FRANCE .
Je veux dans tous les coeurs conſacrer ſes bienfaits
Son nom vainqueur du tems & des Parques cruelles
,
Ne périra jamais.
Plaignons cet Univers ; hélas ! il l'a perdue ,
Sans connoître le prix d'un ſi rare tréſor !
Mais plaignons bien plutôt qui peut l'avoir connue
Et lui ſurvivre encor.
:
C'eſt à cette même Protectrice que ,
même après ſa mort , M. Paliffot a dédié
un des Ouvrages qui lui ont fait le
plus de réputation , & du même genre
qu'un autre qu'il lui avoit déja dédié
pendant la vie. Ce qui marque de ſa part
une reconnoiffance également conftante
&défintéreffée.
Pour achever de faire connoître le
caractère & la façon de penſer de cet
Auteur , on lit dans un Epilogue qui
termine cette Edition , » avec quels
» égards il a parlé des hommes célébres
>>qui font honneur à leur fiécle & à la
>> Nation , tels que les Montesquieu ,
>» les Voltaire , les Crébillon , les d'Alem-
»e rt, les Buffon , les Piron , les Gref-
» fet , les Saintfoix , &c. On voit donc
dans ce Recueil, non-feulement l'ex
preffion de fa reconnoiffance envers fes
JUIN. 1763 . 89
bienfaiteurs , mais encore une fortede
vénération pour la ſupériorité des talens,
& pour les grands hommes qui les pof
fédent.
En ſuivant toujours l'ordre de cette
Édition
nous trouvons à la fin dupremier
Volume , un Dialogue entre l'Auteur
de Turcaret & un Traitant. Ce dernier
paroît courroucé à la vue d'un homme
qui l'a joué fur le Théâtre : mais lorf
qu'il apprendqu'il n'étoit pas même connu
de l'Auteurde la Comédie, ſon amour
propre en eſt offenfé , croyant qu'un
homme de ſa ſorte eſt un Perſonnage
qui doit attirer tous les regards.
>> C'eſt , dit l'Auteur de Turcaret ,
>>un ridicule commun à la plupart des
>> hommes , de prendre leur petite focié-
>>>té pour l'Univers , de regarder leur
» éxiſtence comme très- importante ; &
>>fi quelquefois leur confcience les aver-
>>tit de leurs travers , bientôt la vanité
>> leur fait accroire que ces travers mê-
> me ont un certain éclat qui les rend
>>>dignes de l'attention publique. Le
Traitant voudroit qu'on prît à la Cour ,
plutôt que dans la Finance , des Sujets
de Comédie . L'Auteur répond : » pour
>>les ridicules à grands traits , tels que
>>la Scène les éxige , & tels qu'ils de90
MERCURE DE FRANCE.
> vroient être pour préſenter des leçons
>> utiles à la fois & piquantes , croyez
> que l'eſpéce en eſt encore moins com-
>>mune à la Cour que partout ailleurs.
>> Elle a ſon peuple auſſi-bien que la ville;
»& parmi ce peuple , combien d'âmes
>> vulgaires ſans vices ni vertus , fans
>>phyfionomie , ſans caractère ? joignez
» à cela la difficulté de rendre ces Mef-
>> ſieurs plaiſans ; & convenez qu'un
» pauvre Auteur comique eſt ſouvent
>> bien embarraffé.
Nous interrompons ici l'ordre de ce
Recueil , pour parler de deux autres Dialogues
Hiftoriques,placés vers la fin du ſecond
Tome. Le premier de ces Dialogues
eſt intitulé Socrate & Erafme. On
fçait la vénération qu'Eraſme a eue pour
ce Philoſophe Grec ; vénération que lui
avoit inſpirée la lecture de Platon. Pour
détruire cette idée avantageuſe au Philoſophe
Athénien , M. Paliſſot entreprend
de faire voir que le divin Socrate n'étoit
peut-être pas fort différent du Socrate
joué dans une des Comédies d'Arifto
phane.
SOCRATE .
» Penſez- vous qu'il y ait ſur la terre
>> un Peuple capable d'honorer un CaJUIN.
1763 . 91
>> lomniateur public? Jugez donc fi dans
» une petite ville comme Athènes , dont
>> tous les Citoyens ſe connoiffoient ,
» Ariftophane qui me jouoit ſous mon
» propre nom , eût ofé en impofer
>> fur mes moeurs , au point que vous
>> l'imaginez. On peut fans doute por-
>>ter quelque atteinte à la vertu la plus
>> pure , l'environner de quelques ridi-
>>cules , peut-être même la rendre ſuf-
>> pecte d'hypocrifie : oui , la malignité
>>humaine peut aller juſques-là ; mais
>> en aucun temps elle n'applaudira un
>>Auteur qui repréſenteroit un homme
>> de bien , reconnu pour tel , comme
» un ſcélérat capable de tous les vices.
> On ſe révolteroit dès les premières
>> Scènes ; toute attention lui feroit re-
>> fuſée. Ce n'eſt point là Socrate , au-
>> roit- on dit tout d'une voix ; & d'ail-
>>leurs chez le Peuple de Solon, il y avoit
>>>une loi contre les colomniateurs,
ERASME..
» Vous confondez toutes mes idées.
» Comment , divin Socrate , vous au-
>> riez reſſemblé au Socrate de la Co-
» médie des Nuées?
Socrate convient qu'Ariftophane a un
peu outré la critique ; mais fans croire:
92 MERCURE DE FRANCE.
Socrate auffi coupable qu'on le repréſen
te dans ce dialogue , nous ne pouvons
nous diſpenſer d'avancer qu'il feroit difficile
d'employer plus d'eſprit & de fineſſe
qu'il y en a dans l'Ouvrage de M.
Paliffot. Il en falloit beaucoup en effet,
pour rendre au moins vrai-ſemblable
une opinion qui contredit les idées reçues
au ſujet du -Philofophe Grec.
Nous ſommes fachés que les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas
d'entrer dans un plus grand détail.
Le dialogue ſuivant eft entre le Père
Brumoy & Ariftophane. Ce dernier en
parlant de la Comédie de ſon temps ,
prétend que le Père Brumoy ne lui a
pas rendu justice , en difant qu'elle ſe
reſſentoit de la groffiéreté du fiécle de
Thefpis. L'objet de cet écrit eſt, comme
l'on voit , de juſtifier le genre de comique
employé par Ariftophane. » La Co-
>> médie , dit-il , telle que j'en avois don-
>>né le plan , étoit liée à la conftitution
» même de l'Etat ; elle étoit un des
>> principaux refforts du Gouvernement.
>>Et lorſque je medonnai tant de liberté
>> contre Cléon & beaucoup d'autres qui
>>avoient part à l'adminiſtration , je me
>> conformois à l'eſprit , & fuivois les
>> ordres fecrets de la République.
JUIN. 1763 . 93
Le reſte du Dialogue eſt employé à
prouver qu'en effetles Comédies d'Aritophane
entroient dans les vues du Gouvernement
fondé fur la nature de la Démocratie.
Toutes ces preuves font appuyées
ſur des faits qui marquent dans
l'Auteur une érudition éclairée , & une
manière de voir les choſes peu communes,
nous ofons même dire absolument
neuves. C'eſt ce qui diftingue ſpéciale
ment ces deux derniers Dialogues.
On a lu dans le temps des lettres de M,
de Voltaire à M. Paliſſot, avec les réponſes
On les retrouve avec plaifir dans cette
Edition , où elles ſerviront à l'Hiſtoire
Littéraire de notre fiécle. Elles font
en même temps un exemple de la modération
avec laquelle on devroit ſe conduire
dans les diſputes de Littérature.
Les piéces fugitives terminent le ſecond
Volume. Elles commencent par
une Épitre au Roi , que l'Auteur eut
l'honneur de préſenter à Sa Majesté en
1749. C'eſt n'est pas l'unique occafion
qu'ait eu M. Paliſſot , de donner des
preuves publiques qu'il eſt également
bon Sujet & bon Poëte. On peut en
voir d'autres preuves dans le Prologue
& le Difcours qu'il a mis à la tête de ſa
Comédie des Originaux.
94 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le troifiéme Tome de ce Recueil
contient l'Histoire des premiers
fiècles de Rome , dédiée au Roi de Pologne
, Duc de Lorraine & de Bar. Elle
avoit déja eu deux Editions. Cette troifiéme
a été revue & corrigée avec ſoin.
Nous invitons ceux qui pourroient condamner
le choix du Sujet , à lire le Difcours
préliminaire ; ou plutôt nous conſeillons
de lire l'Hiſtoire même , qui
porte partout l'empreinte d'un homme
d'eſprit , également verſé dans l'art d'écrire
& dans la connoiſſance de la Politique
& du coeur humain.
Il y a d'autres piéces dans ce recueil
fur leſquelles le temps ne nous promet
pas de nous arrêter : telles font en particulier
, des Epitres , des Odes , des
Chanfons , des Epigrammes , des Difcours
en profe ,& d'autres Ecrits de peu
d'étendue. L'Auteur n'a fait choix que
de ceux qu'il a cru dignes des regards du
Public ; & fa ſévérité a fait exclurre de
cette Edition pluſieurs piéces qui peutêtre
ne l'euffent pas déparée. Quoi qu'il
en ſoit , celles qu'il a conſervées ne peuvent
que lui faire honneur. On peut
voir par le nombre & la variété de fes
Ouvrages , qu'il y a peu de genres dans
leſquels il ne ſe ſoit éxercé ; & il eſt rare
JUIN. 1763. 95
qu'à 33 ans , on ait parcouru une carrière
auffi vaſte & auſſi brillante.
PALISSOT de MONTENOY , de la
Société Royale & Littéraire de Lorraine,&
c ; avec cette Epigraphe : Principibus
placuiffe viris non ultima laus
eft . A Londres , & se trouve à Paris
chez Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques au Temple du Goût , 1763 ;
3 Vol. in-12.
N voit par le titre de ce Recueil ,
qu'il contient à la fois , & des Piéces de
Théâtre & d'autres productions de différens
genres . Nous renvoyons les premières
à l Article des Spectacles , ainſi
queles Préfaces & les Avertiſſemens qui
les précédent ou qui les ſuivent ; & nous
nous bornerons dans cet extrait , à parcourir
les divers morceaux qui forment
le reſte du Recueil. Les uns , déja connus
, reparoiſſent ici avec des corrections
, des changemens & des additions
conſidérables. L'attention avec laquelle
l'Auteur les a revus , eſt une preuve de
ſon reſpect pour le Public éclairé. Il y a
joint un affez grand nombre de Piéces
86 MERCURE DE FRANCE.
qui n'avoient point encore vu le jour.
Les unes & les autres méritent de fixer
l'attention , & font dignes de l'eſtime
de nos Lecteurs . :
Nous trouvons d'abord à la tête de
cette Edition , un Avertiſſement où il
eſt dit , que par l'examen de ces Ouvrages
réunis , dont aucun n'a été imprimé
dans les ténébres & fans l'aveu du Gouvernement
, on verra combien l'Auteur
a toujours reſpecté la décence, les moeurs
& les égards dûs à la Société ; combien
fon eſprit eſt éloigné de ce goût condamnable
pour la fatyre , dont il a été
accufé par les Auteurs de quelques li
belles.
Ce premier Avertifſfement eſt ſuivi
d'un Avant-propos très- bien écrit , dans
lequel on applaudira ſurtout à ce que
dit M. Paliſſot ſur l'encouragement dû
aux jeunes Ecrivains ; il a eu lui- même
lebonheur de trouver des conſeils par
mi les Gens de Lettres , & des Protecteurs
dans le Gens du monde ; & c'eſt
ſans doute là le ſens de fon Epigraphe :
il étoit encore bien jeune , lorſqu'à l'oc
cafion de fon premier ouvrage pourle
Théâtre >> il eut l'honneur d'être connu
>>d'un des plus reſpectables appuis que
>> les Lettres ayent jamais eus parmi
و
JUIN. 1763 . 87
>>nous. Il ne le nomme point , de peur
>> d'éveiller l'envie ; mais il oppoſera tou-
>> jours les bienfaits de Mécene aux ca-
>> lomnies des Mévius.
C'eſt par le même ſentiment de reconnoiſſance
, qu'il a voulu que l'hommage ,
qu'il croit devoir aux cendres d'une Protectrice
puiſſante & éclairée , fût à jamais
confervé dans ces vers pathétiques
&touchans.
Moment du déſeſpoir ! ſouvenir trop funeſte !
Ojour à nos regrets pour jamais conſacré !
Il eſt donc vrai ! .....
nous refte
cette urne eſt tout ce qui
D'un objet adoré.
Muſes , vous la perdez ; vos lyres ſuſpendues
Ne rendront déſormais que des fons de douleurs
A vos triftes accens les graces éperdues
Viendront mêler des pleurs .
Ah ! fi de ſes deſtins , ſurmontant l'inclémence ,
Elle eût franchi l'inſtant marqué par leur courroux
,
Vos fublimes accords dont l'honoroit la Francé ,
Revivroient parmi nous.
Au matin de ſesjours la mort nous l'a ravie :
Les talens , la beauté la ſuivent au cercueil ;
Et l'ennemi des Arts , le démon de l'envie
Triomphe avec orgueil .
Mais j'oferai chanter ſes vertus immortelles ;
88 MERCURE DE FRANCE .
Je veux dans tous les coeurs conſacrer ſes bienfaits
Son nom vainqueur du tems & des Parques cruelles
,
Ne périra jamais.
Plaignons cet Univers ; hélas ! il l'a perdue ,
Sans connoître le prix d'un ſi rare tréſor !
Mais plaignons bien plutôt qui peut l'avoir connue
Et lui ſurvivre encor.
:
C'eſt à cette même Protectrice que ,
même après ſa mort , M. Paliffot a dédié
un des Ouvrages qui lui ont fait le
plus de réputation , & du même genre
qu'un autre qu'il lui avoit déja dédié
pendant la vie. Ce qui marque de ſa part
une reconnoiffance également conftante
&défintéreffée.
Pour achever de faire connoître le
caractère & la façon de penſer de cet
Auteur , on lit dans un Epilogue qui
termine cette Edition , » avec quels
» égards il a parlé des hommes célébres
>>qui font honneur à leur fiécle & à la
>> Nation , tels que les Montesquieu ,
>» les Voltaire , les Crébillon , les d'Alem-
»e rt, les Buffon , les Piron , les Gref-
» fet , les Saintfoix , &c. On voit donc
dans ce Recueil, non-feulement l'ex
preffion de fa reconnoiffance envers fes
JUIN. 1763 . 89
bienfaiteurs , mais encore une fortede
vénération pour la ſupériorité des talens,
& pour les grands hommes qui les pof
fédent.
En ſuivant toujours l'ordre de cette
Édition
nous trouvons à la fin dupremier
Volume , un Dialogue entre l'Auteur
de Turcaret & un Traitant. Ce dernier
paroît courroucé à la vue d'un homme
qui l'a joué fur le Théâtre : mais lorf
qu'il apprendqu'il n'étoit pas même connu
de l'Auteurde la Comédie, ſon amour
propre en eſt offenfé , croyant qu'un
homme de ſa ſorte eſt un Perſonnage
qui doit attirer tous les regards.
>> C'eſt , dit l'Auteur de Turcaret ,
>>un ridicule commun à la plupart des
>> hommes , de prendre leur petite focié-
>>>té pour l'Univers , de regarder leur
» éxiſtence comme très- importante ; &
>>fi quelquefois leur confcience les aver-
>>tit de leurs travers , bientôt la vanité
>> leur fait accroire que ces travers mê-
> me ont un certain éclat qui les rend
>>>dignes de l'attention publique. Le
Traitant voudroit qu'on prît à la Cour ,
plutôt que dans la Finance , des Sujets
de Comédie . L'Auteur répond : » pour
>>les ridicules à grands traits , tels que
>>la Scène les éxige , & tels qu'ils de90
MERCURE DE FRANCE.
> vroient être pour préſenter des leçons
>> utiles à la fois & piquantes , croyez
> que l'eſpéce en eſt encore moins com-
>>mune à la Cour que partout ailleurs.
>> Elle a ſon peuple auſſi-bien que la ville;
»& parmi ce peuple , combien d'âmes
>> vulgaires ſans vices ni vertus , fans
>>phyfionomie , ſans caractère ? joignez
» à cela la difficulté de rendre ces Mef-
>> ſieurs plaiſans ; & convenez qu'un
» pauvre Auteur comique eſt ſouvent
>> bien embarraffé.
Nous interrompons ici l'ordre de ce
Recueil , pour parler de deux autres Dialogues
Hiftoriques,placés vers la fin du ſecond
Tome. Le premier de ces Dialogues
eſt intitulé Socrate & Erafme. On
fçait la vénération qu'Eraſme a eue pour
ce Philoſophe Grec ; vénération que lui
avoit inſpirée la lecture de Platon. Pour
détruire cette idée avantageuſe au Philoſophe
Athénien , M. Paliſſot entreprend
de faire voir que le divin Socrate n'étoit
peut-être pas fort différent du Socrate
joué dans une des Comédies d'Arifto
phane.
SOCRATE .
» Penſez- vous qu'il y ait ſur la terre
>> un Peuple capable d'honorer un CaJUIN.
1763 . 91
>> lomniateur public? Jugez donc fi dans
» une petite ville comme Athènes , dont
>> tous les Citoyens ſe connoiffoient ,
» Ariftophane qui me jouoit ſous mon
» propre nom , eût ofé en impofer
>> fur mes moeurs , au point que vous
>> l'imaginez. On peut fans doute por-
>>ter quelque atteinte à la vertu la plus
>> pure , l'environner de quelques ridi-
>>cules , peut-être même la rendre ſuf-
>> pecte d'hypocrifie : oui , la malignité
>>humaine peut aller juſques-là ; mais
>> en aucun temps elle n'applaudira un
>>Auteur qui repréſenteroit un homme
>> de bien , reconnu pour tel , comme
» un ſcélérat capable de tous les vices.
> On ſe révolteroit dès les premières
>> Scènes ; toute attention lui feroit re-
>> fuſée. Ce n'eſt point là Socrate , au-
>> roit- on dit tout d'une voix ; & d'ail-
>>leurs chez le Peuple de Solon, il y avoit
>>>une loi contre les colomniateurs,
ERASME..
» Vous confondez toutes mes idées.
» Comment , divin Socrate , vous au-
>> riez reſſemblé au Socrate de la Co-
» médie des Nuées?
Socrate convient qu'Ariftophane a un
peu outré la critique ; mais fans croire:
92 MERCURE DE FRANCE.
Socrate auffi coupable qu'on le repréſen
te dans ce dialogue , nous ne pouvons
nous diſpenſer d'avancer qu'il feroit difficile
d'employer plus d'eſprit & de fineſſe
qu'il y en a dans l'Ouvrage de M.
Paliffot. Il en falloit beaucoup en effet,
pour rendre au moins vrai-ſemblable
une opinion qui contredit les idées reçues
au ſujet du -Philofophe Grec.
Nous ſommes fachés que les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas
d'entrer dans un plus grand détail.
Le dialogue ſuivant eft entre le Père
Brumoy & Ariftophane. Ce dernier en
parlant de la Comédie de ſon temps ,
prétend que le Père Brumoy ne lui a
pas rendu justice , en difant qu'elle ſe
reſſentoit de la groffiéreté du fiécle de
Thefpis. L'objet de cet écrit eſt, comme
l'on voit , de juſtifier le genre de comique
employé par Ariftophane. » La Co-
>> médie , dit-il , telle que j'en avois don-
>>né le plan , étoit liée à la conftitution
» même de l'Etat ; elle étoit un des
>> principaux refforts du Gouvernement.
>>Et lorſque je medonnai tant de liberté
>> contre Cléon & beaucoup d'autres qui
>>avoient part à l'adminiſtration , je me
>> conformois à l'eſprit , & fuivois les
>> ordres fecrets de la République.
JUIN. 1763 . 93
Le reſte du Dialogue eſt employé à
prouver qu'en effetles Comédies d'Aritophane
entroient dans les vues du Gouvernement
fondé fur la nature de la Démocratie.
Toutes ces preuves font appuyées
ſur des faits qui marquent dans
l'Auteur une érudition éclairée , & une
manière de voir les choſes peu communes,
nous ofons même dire absolument
neuves. C'eſt ce qui diftingue ſpéciale
ment ces deux derniers Dialogues.
On a lu dans le temps des lettres de M,
de Voltaire à M. Paliſſot, avec les réponſes
On les retrouve avec plaifir dans cette
Edition , où elles ſerviront à l'Hiſtoire
Littéraire de notre fiécle. Elles font
en même temps un exemple de la modération
avec laquelle on devroit ſe conduire
dans les diſputes de Littérature.
Les piéces fugitives terminent le ſecond
Volume. Elles commencent par
une Épitre au Roi , que l'Auteur eut
l'honneur de préſenter à Sa Majesté en
1749. C'eſt n'est pas l'unique occafion
qu'ait eu M. Paliſſot , de donner des
preuves publiques qu'il eſt également
bon Sujet & bon Poëte. On peut en
voir d'autres preuves dans le Prologue
& le Difcours qu'il a mis à la tête de ſa
Comédie des Originaux.
94 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le troifiéme Tome de ce Recueil
contient l'Histoire des premiers
fiècles de Rome , dédiée au Roi de Pologne
, Duc de Lorraine & de Bar. Elle
avoit déja eu deux Editions. Cette troifiéme
a été revue & corrigée avec ſoin.
Nous invitons ceux qui pourroient condamner
le choix du Sujet , à lire le Difcours
préliminaire ; ou plutôt nous conſeillons
de lire l'Hiſtoire même , qui
porte partout l'empreinte d'un homme
d'eſprit , également verſé dans l'art d'écrire
& dans la connoiſſance de la Politique
& du coeur humain.
Il y a d'autres piéces dans ce recueil
fur leſquelles le temps ne nous promet
pas de nous arrêter : telles font en particulier
, des Epitres , des Odes , des
Chanfons , des Epigrammes , des Difcours
en profe ,& d'autres Ecrits de peu
d'étendue. L'Auteur n'a fait choix que
de ceux qu'il a cru dignes des regards du
Public ; & fa ſévérité a fait exclurre de
cette Edition pluſieurs piéces qui peutêtre
ne l'euffent pas déparée. Quoi qu'il
en ſoit , celles qu'il a conſervées ne peuvent
que lui faire honneur. On peut
voir par le nombre & la variété de fes
Ouvrages , qu'il y a peu de genres dans
leſquels il ne ſe ſoit éxercé ; & il eſt rare
JUIN. 1763. 95
qu'à 33 ans , on ait parcouru une carrière
auffi vaſte & auſſi brillante.
Fermer
Résumé : THEATRE & Œuvres diverses de M. PALISSOT de MONTENOY, de la Société Royale & Littéraire de Lorraine, &c ; avec cette Epigraphe : Principibus placuisse viris non ultima laus est. A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques au Temple du Goût, 1763 ; 3 Vol. in-12.
Le texte présente un recueil d'œuvres de Charles Palissot de Montenoy, membre de la Société Royale & Littéraire de Lorraine, publié à Londres en 1763 et disponible à Paris chez Duchesne. Ce recueil rassemble des pièces de théâtre et diverses productions littéraires, certaines révisées et enrichies, d'autres inédites. Palissot y exprime son respect pour le public éclairé et se distancie de la satire condamnable. L'ouvrage s'ouvre par un avertissement sur l'importance du respect de la décence, des mœurs et de la société, suivi d'un avant-propos encourageant le soutien aux jeunes écrivains. Palissot remercie ses protecteurs et dédie des vers à une protectrice décédée. Le recueil rend hommage à des figures célèbres telles que Montesquieu, Voltaire, Crébillon, d'Alembert, Buffon, Piron, Gresset et Saint-Foix. Le texte discute deux dialogues historiques : 'Socrate & Erasme', où Socrate reconnaît la critique d'Aristophane, et un autre dialogue impliquant le Père Brumoy et Aristophane, qui défend son style comique. Il mentionne également des lettres échangées entre Voltaire et Palissot, illustrant la modération dans les disputes littéraires. Le recueil inclut divers genres littéraires, tels que des épîtres, des odes, des chansons, des épigrammes et des discours, ainsi qu'une histoire des premiers siècles de Rome dédiée au roi de Pologne. À 33 ans, Palissot démontre une grande diversité et maîtrise dans ses écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16217
16218
p. 95-103
LETTRE, au sujet du Dictionnaire de Commerce DE SAVARY.
Début :
MONSIEUR, En lisant le Mercure du mois de Mai de cette année, nous y avons vu l'annonce [...]
Mots clefs :
Dictionnaire, Commerce, Édition étrangère, Public, Inexactitudes
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE, au sujet du Dictionnaire de Commerce DE SAVARY.
LETTRE , au sujet du Dictionnaire de
Commerce DE SAVARY.
MONSIEUR ,
En lifant le Mercure du mois de Mai
de cette année , nous y avons vù l'annonce
que vous faites d'une nouvelle
édition du Dictionnaire de Commerce
de Savary , à Copenhague , renfermant
beaucoup d'additions , & dont on trouve
, dites-vous , des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires ,
rue S. Jean de Beauvais. Comme nous
jouiſſons du Privilège de l'Ouvrage de
Savary , & que nous ſommes occupés
depuis pluſieurs années à en préparer
une édition nouvelle , nous prenons
la liberté de vous adreſſer à ce
ſujet quelques réflexions que
vous prions d'inférer dans le Mercure
du mois prochain .
nous
Permettez-nous d'abord de vous faire
remarquer que l'annonce d'une édition
étrangère pour un Ouvrage françois ,
96 MERCURE DE FRANCE.
dont le Privilège appartient à un Libraire
du Royaume , eſt contraire aux
uſages conftamment ſuivis dans la
Librairie depuis ſon inſtitution. Vous
êtes trop équitable , Monfieur , pour
que nous penfions que vous ayez voulu
par vous-même donner atteinte à un
bien qui nous appartient , & dans la
jouiſſance duquel nous fommes maintenus
fans trouble par les Lettres de
Privilège que le ministère nous donne,
leſquelles ferment l'entrée du Royaume
à toute édition étrangère. Vous
avez pû ignorer que le Privilége du
Dictionnaire de Commerce nous appartenoit;
mais les perſonnes qui vous
ont fourni cet avis , ne l'ignoroient probablement
pas , & auroient dû vous le
faire ſçavoir. Ces mêmes perſonnes vous
ont trompé encore , en vous diſant
qu'on trouvoit des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires
à Paris . Ces MM. nous ont afſuré qu'ils
n'avoient point de ſouſcriptions à fournir
, & qu'ils n'étoient point dans l'intention
de s'en charger ; & ils nous ont
même permis de rendre public le défaveu
qu'ils font de cette partie de l'Avis
inféré au Mercure.
Cependant , Monfieur , nous ofons
vous
JUIN. 1763 . 97
vous affurer que dans la crainte de priver
la Nation d'un Ouvrage utile , nous
ne réclamerions pas nos droits , fi les
éditions étrangères du Dictionnaire de
Savary étoient faites avec le ſoin que
paroît mériter un ouvrage de cette importance
, & fi nous ne travaillions pas
depuis plufieurs années à le rendre plus
digne d'être préſenté au Public.
On croira que le Dictionnaire de
Commerce ayant été commencé en
France & fous les yeux du Ministère ,
ne pouvoit guères prendre d'accroiffement
que dans le lieu où il avoit pris
naiſſance , & à l'aide des mêmes ſoins
auxquels on en avoit été redevable.
Le Dictionnaire de M. de Savary ,
a été fait ſous la protection & avec
le fecours du Gouvernement , d'aprés
des Mémoires nombreux, communiqués
par Meſſieurs les Intendans , par les
Inſpecteurs du Commerce , par les
Chefs de nos principales Manufactures ,
par nos Confuls dans les principales villes
de Commerce de l'Europe &c. Comment
des Etrangers dépourvus de tous
ces fecours , auroient- ils pu fuivre le
même travail avec ſuccès , corriger les
fautes qu'on a dû faire , remplir les vuides
qu'on a dû laiſſer néceſſairement
dans un premier éffai ?
E
98 MERCURE DE FRANCE .
Quoique le Dictionnaire de Commerce
foit utile à des Négocians étrangers
, & qu'on puiffe à certains égards
le regarder comme Univerſel , il faut
cependant convenir qu'il eſt encore plus
national qu'étranger , & plus fait pour
l'inſtruction de nos Concitoyens , que
pour celle des autres Nations. Or eft- ce
à des Etrangers à nous inſtruire de ce
qui ſe paſſe chez nous , des loix par
leſquelles le Commerce eſt conduit en
France , de l'état de nos Manufactures,
de la nature & de la quantité de nos
importations & exportations , & c , &
de cette multitude immenſe d'autres
détails relatifs à la France , & qui ne
peuvent être bien connus que parmi
nous ?
Mais cette préſomption peu favorable
aux Editions étrangères ſe change en
une entiere certitude , lorſqu'on voit
combien les Editions de Genève & celle
de Coppenhague que vous annoncez
font défectueuſes & peu propres à remplir
l'attente du Public.
Dans l'Edition de Genève , le petit
nombre d'additions & de corrections
qu'on y a faites ne ſont relatives qu'à
elle l'Hiſtoire Naturelle : à cela près ,
ne contient que le Texte de Savary
JUI N. 1763 . 99
avec toutes les fautes qu'on y a remarquées
dès l'origine. On y a confervé
tous les détails que Savary donne
de l'état du Commerce , malgré les
changemens furvenus depuis l'époque
à laquelle écrivoit cet Auteur , c'eſt-àdire
,depuis le commencement du Siécle.
On n'y a fait entrer aucun de ces
Articles généraux concernant l'adminiftration
du Commerce , comme Manufactures
, Liberté du Commerce, Luxe,
Crédit , Circulations Colonies , &c.
&c. &c. En un mot , toutes les raiſons
qui peuvent faire regarder l'ancien Savary
comme inſuffifant , ſont exactement
applicables à l'Edition de Genêve,
qui ne différe que fort peu de l'ancienne
, & dans des choſes tout-à-fait étrangères
à l'objet du Commerce.
,
On ne peut pas juger l'Edition de
Coppenhague plus favorablement : on
y retrouve toutes les omiffions , toutes
les inéxactitudes de l'ancien Savary .
Quant aux additions , elles confiftent
1º. dans les détails d'Hiſtoire Naturelle
dont on avoit groſſi l'Edition de Genêve
, & qui font ſi étrangers au Commerce
: 2 °. Dans les Articles tranfcrits
mot à mot de l'Encyclopédie , & dans
un petit nombre d'autres copiés du
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
Journal de Commerce , du Journal economique
, de la Matière médicale de
M. Geoffroi , & de la Minéralogie de
Wallerius & d'Henctiel.
Nous n'avançons rien ici dont nous
ne ſoyons afſurés d'après un relevé &
une comparaiſon exacte des Editions
de Paris 1748 , de Genève & de Coppenhague.
Et pour en donner une preuve
complette , nous allons préſenter aux
Lecteurs un tableau plus détaillé de ces
additions .
Les changemens & les additions du
Dictionnaire de Coppenhague comparé
à l'Edition de Genève , confiftent en
deux mille articles environ . De ces deux
mille articles , près de quinze cent font
tirés des ſept premiers volumes de l'Encyclopédie
, & ſe trouvent dans les
deux premiers volumes , & dans une
partie du troifiéme de l'Edition de Cop
penhague. Il eſt affez étrange qu'on aille
copier fervilement un Ouvrage auffi
connu & auffi répandu.
Mais il y a plus. 1º. Ces articles empruntés
de l'Encyclopédie font pour la
plupart abfolument étrangers au Dictionnaite
de Commerce , comme des
articles concernant le méchaniſme des
Arts & l'Histoire Naturelle . 2°. Une
JUIN. 1763 . 101
grande partie de ces articles étoient tirés
de Savary même , placés dans l'Encyclopédie
avec des changemens trèslégers.
3°. Ce plagiat des Editeurs de
Coppenhague rend leur Ouvrage inégal
depuis l'A juſqu'au G incluſivement ,
c'est-à-dire en ſept lettres , il y a quinze
cens articles ajoutés ou changés,& deux
volumes & demi ; tandis que depuis l'H
juſqu'auZ, c'est-à-dire en ſeize lettres de
l'Alphabet , il n'y a que cinq cent Articles
environ , & un volume & demi
feulement. 4°. L'Encyclopédie d'où l'on
a tiré ces additions n'étant pas achevée,
les Articles que les Editeurs de Coppenhague
en ont empruntés ne forment
pas à beaucoup près un corps complet
de doctrine & de principes .
5°. Ces mêmes Articles ſont continuellement
en contradiction avec ceux
d'après leſquels le reſte du Dictionnaire
eſt fait. Par exemple : on lit à l'Article
COMMUNAUTÉS , que ces corps ont des
loix particulieres qui ſont prèſque toutes
opposées au bien général ; que leur
établiſſement affoiblit la concurrence, le
premier principe du Commerce
Dans l'Article COMPAGNIES DE Cом-
,
&c.
MERCE , on dit d'après M. Child , que
les Compagnies nefont pa capables
pas
de
1
Elij
102 MERCURE DE FRANCE.
conferver ou d'accroître une branche de
Commerce ; qu'elles cauſent ſouvent des
pertes à la Nation ; qu'on peut s'en
paffer pour étendre le Commerce , &c.
Tandis qu'en d'autres endroits on trouve
que les octrois que reçoivent les Compagnies
des Princes leurs Souverains
font la bafe & l'appui des plus grands
Commerces , & fontfleurir les Etats , & c .
(Voyez la Préface & une infinité d'autres
endroits. )
6°. On a négligé de confulter les
meilleures ſources : Melon , Cantillon ,
Hume , Child , Jean de With , le Négociant
Anglois , & les Ouvrages Anglois.
7°. Dans les additions qu'on a tirées
de quelques autres Ouvrages , les Editeurs
de Coppenhague ont recueilli pref
que toujours des morceaux étrangers
au Commerce.C'eſt ainſi qu'ils ont tranfcrit
beaucoup d'endroits de la Minéralogie
de Walerius & de celle de
Henctiel.
Tel eſt , Monfieur , le jugement que
portent des perſonnes inſtruites des éditions
étrangeres du Dictionnaire de
Commerce, & en particulier de celle que
vous annoncez. Si nous avions voulu
imiter les Editeurs de Genêve & de Cop
JUIN. 1763 . 103
penhague , & ne donner comme eux
que l'ancien Ouvrage avec quelques
additions peu importantes ou étrangères
à l'objet du Commerce , fi nous ne
nous étions pas propoſé de donner une
édition véritablement corrigée & augmentée
, d'y répandre les vrais principes
du Commerce que Savary n'a pas connus
, & de rendre en un mot cet Ouvrage
digne d'être offert au Public, nous
ne nous ferions pas laiſſé prévenir par
les Libraires étrangers. Mais pour remplir
nos vues à cet égard, il nous a fallu
des foins , de la dépenſe , & furtout
du temps.
Nous nous flatons que le Public
attendra avec un peu de patience la
fin d'un travail néceſſairement long ,
mais dont nous voyons le terme s'approcher.
Nous comptons publier le
Profpectus de notre nouvelle édition
dans le courant de l'année prochaine ,
& mettre tout de ſuite ſous preffe.
Nous avons l'honneur d'être &c .
Les Frères ESTIENNE ,
Libraires , rue S. Jacques.
A Paris ce 10 Mai 1763 .
Commerce DE SAVARY.
MONSIEUR ,
En lifant le Mercure du mois de Mai
de cette année , nous y avons vù l'annonce
que vous faites d'une nouvelle
édition du Dictionnaire de Commerce
de Savary , à Copenhague , renfermant
beaucoup d'additions , & dont on trouve
, dites-vous , des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires ,
rue S. Jean de Beauvais. Comme nous
jouiſſons du Privilège de l'Ouvrage de
Savary , & que nous ſommes occupés
depuis pluſieurs années à en préparer
une édition nouvelle , nous prenons
la liberté de vous adreſſer à ce
ſujet quelques réflexions que
vous prions d'inférer dans le Mercure
du mois prochain .
nous
Permettez-nous d'abord de vous faire
remarquer que l'annonce d'une édition
étrangère pour un Ouvrage françois ,
96 MERCURE DE FRANCE.
dont le Privilège appartient à un Libraire
du Royaume , eſt contraire aux
uſages conftamment ſuivis dans la
Librairie depuis ſon inſtitution. Vous
êtes trop équitable , Monfieur , pour
que nous penfions que vous ayez voulu
par vous-même donner atteinte à un
bien qui nous appartient , & dans la
jouiſſance duquel nous fommes maintenus
fans trouble par les Lettres de
Privilège que le ministère nous donne,
leſquelles ferment l'entrée du Royaume
à toute édition étrangère. Vous
avez pû ignorer que le Privilége du
Dictionnaire de Commerce nous appartenoit;
mais les perſonnes qui vous
ont fourni cet avis , ne l'ignoroient probablement
pas , & auroient dû vous le
faire ſçavoir. Ces mêmes perſonnes vous
ont trompé encore , en vous diſant
qu'on trouvoit des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires
à Paris . Ces MM. nous ont afſuré qu'ils
n'avoient point de ſouſcriptions à fournir
, & qu'ils n'étoient point dans l'intention
de s'en charger ; & ils nous ont
même permis de rendre public le défaveu
qu'ils font de cette partie de l'Avis
inféré au Mercure.
Cependant , Monfieur , nous ofons
vous
JUIN. 1763 . 97
vous affurer que dans la crainte de priver
la Nation d'un Ouvrage utile , nous
ne réclamerions pas nos droits , fi les
éditions étrangères du Dictionnaire de
Savary étoient faites avec le ſoin que
paroît mériter un ouvrage de cette importance
, & fi nous ne travaillions pas
depuis plufieurs années à le rendre plus
digne d'être préſenté au Public.
On croira que le Dictionnaire de
Commerce ayant été commencé en
France & fous les yeux du Ministère ,
ne pouvoit guères prendre d'accroiffement
que dans le lieu où il avoit pris
naiſſance , & à l'aide des mêmes ſoins
auxquels on en avoit été redevable.
Le Dictionnaire de M. de Savary ,
a été fait ſous la protection & avec
le fecours du Gouvernement , d'aprés
des Mémoires nombreux, communiqués
par Meſſieurs les Intendans , par les
Inſpecteurs du Commerce , par les
Chefs de nos principales Manufactures ,
par nos Confuls dans les principales villes
de Commerce de l'Europe &c. Comment
des Etrangers dépourvus de tous
ces fecours , auroient- ils pu fuivre le
même travail avec ſuccès , corriger les
fautes qu'on a dû faire , remplir les vuides
qu'on a dû laiſſer néceſſairement
dans un premier éffai ?
E
98 MERCURE DE FRANCE .
Quoique le Dictionnaire de Commerce
foit utile à des Négocians étrangers
, & qu'on puiffe à certains égards
le regarder comme Univerſel , il faut
cependant convenir qu'il eſt encore plus
national qu'étranger , & plus fait pour
l'inſtruction de nos Concitoyens , que
pour celle des autres Nations. Or eft- ce
à des Etrangers à nous inſtruire de ce
qui ſe paſſe chez nous , des loix par
leſquelles le Commerce eſt conduit en
France , de l'état de nos Manufactures,
de la nature & de la quantité de nos
importations & exportations , & c , &
de cette multitude immenſe d'autres
détails relatifs à la France , & qui ne
peuvent être bien connus que parmi
nous ?
Mais cette préſomption peu favorable
aux Editions étrangères ſe change en
une entiere certitude , lorſqu'on voit
combien les Editions de Genève & celle
de Coppenhague que vous annoncez
font défectueuſes & peu propres à remplir
l'attente du Public.
Dans l'Edition de Genève , le petit
nombre d'additions & de corrections
qu'on y a faites ne ſont relatives qu'à
elle l'Hiſtoire Naturelle : à cela près ,
ne contient que le Texte de Savary
JUI N. 1763 . 99
avec toutes les fautes qu'on y a remarquées
dès l'origine. On y a confervé
tous les détails que Savary donne
de l'état du Commerce , malgré les
changemens furvenus depuis l'époque
à laquelle écrivoit cet Auteur , c'eſt-àdire
,depuis le commencement du Siécle.
On n'y a fait entrer aucun de ces
Articles généraux concernant l'adminiftration
du Commerce , comme Manufactures
, Liberté du Commerce, Luxe,
Crédit , Circulations Colonies , &c.
&c. &c. En un mot , toutes les raiſons
qui peuvent faire regarder l'ancien Savary
comme inſuffifant , ſont exactement
applicables à l'Edition de Genêve,
qui ne différe que fort peu de l'ancienne
, & dans des choſes tout-à-fait étrangères
à l'objet du Commerce.
,
On ne peut pas juger l'Edition de
Coppenhague plus favorablement : on
y retrouve toutes les omiffions , toutes
les inéxactitudes de l'ancien Savary .
Quant aux additions , elles confiftent
1º. dans les détails d'Hiſtoire Naturelle
dont on avoit groſſi l'Edition de Genêve
, & qui font ſi étrangers au Commerce
: 2 °. Dans les Articles tranfcrits
mot à mot de l'Encyclopédie , & dans
un petit nombre d'autres copiés du
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
Journal de Commerce , du Journal economique
, de la Matière médicale de
M. Geoffroi , & de la Minéralogie de
Wallerius & d'Henctiel.
Nous n'avançons rien ici dont nous
ne ſoyons afſurés d'après un relevé &
une comparaiſon exacte des Editions
de Paris 1748 , de Genève & de Coppenhague.
Et pour en donner une preuve
complette , nous allons préſenter aux
Lecteurs un tableau plus détaillé de ces
additions .
Les changemens & les additions du
Dictionnaire de Coppenhague comparé
à l'Edition de Genève , confiftent en
deux mille articles environ . De ces deux
mille articles , près de quinze cent font
tirés des ſept premiers volumes de l'Encyclopédie
, & ſe trouvent dans les
deux premiers volumes , & dans une
partie du troifiéme de l'Edition de Cop
penhague. Il eſt affez étrange qu'on aille
copier fervilement un Ouvrage auffi
connu & auffi répandu.
Mais il y a plus. 1º. Ces articles empruntés
de l'Encyclopédie font pour la
plupart abfolument étrangers au Dictionnaite
de Commerce , comme des
articles concernant le méchaniſme des
Arts & l'Histoire Naturelle . 2°. Une
JUIN. 1763 . 101
grande partie de ces articles étoient tirés
de Savary même , placés dans l'Encyclopédie
avec des changemens trèslégers.
3°. Ce plagiat des Editeurs de
Coppenhague rend leur Ouvrage inégal
depuis l'A juſqu'au G incluſivement ,
c'est-à-dire en ſept lettres , il y a quinze
cens articles ajoutés ou changés,& deux
volumes & demi ; tandis que depuis l'H
juſqu'auZ, c'est-à-dire en ſeize lettres de
l'Alphabet , il n'y a que cinq cent Articles
environ , & un volume & demi
feulement. 4°. L'Encyclopédie d'où l'on
a tiré ces additions n'étant pas achevée,
les Articles que les Editeurs de Coppenhague
en ont empruntés ne forment
pas à beaucoup près un corps complet
de doctrine & de principes .
5°. Ces mêmes Articles ſont continuellement
en contradiction avec ceux
d'après leſquels le reſte du Dictionnaire
eſt fait. Par exemple : on lit à l'Article
COMMUNAUTÉS , que ces corps ont des
loix particulieres qui ſont prèſque toutes
opposées au bien général ; que leur
établiſſement affoiblit la concurrence, le
premier principe du Commerce
Dans l'Article COMPAGNIES DE Cом-
,
&c.
MERCE , on dit d'après M. Child , que
les Compagnies nefont pa capables
pas
de
1
Elij
102 MERCURE DE FRANCE.
conferver ou d'accroître une branche de
Commerce ; qu'elles cauſent ſouvent des
pertes à la Nation ; qu'on peut s'en
paffer pour étendre le Commerce , &c.
Tandis qu'en d'autres endroits on trouve
que les octrois que reçoivent les Compagnies
des Princes leurs Souverains
font la bafe & l'appui des plus grands
Commerces , & fontfleurir les Etats , & c .
(Voyez la Préface & une infinité d'autres
endroits. )
6°. On a négligé de confulter les
meilleures ſources : Melon , Cantillon ,
Hume , Child , Jean de With , le Négociant
Anglois , & les Ouvrages Anglois.
7°. Dans les additions qu'on a tirées
de quelques autres Ouvrages , les Editeurs
de Coppenhague ont recueilli pref
que toujours des morceaux étrangers
au Commerce.C'eſt ainſi qu'ils ont tranfcrit
beaucoup d'endroits de la Minéralogie
de Walerius & de celle de
Henctiel.
Tel eſt , Monfieur , le jugement que
portent des perſonnes inſtruites des éditions
étrangeres du Dictionnaire de
Commerce, & en particulier de celle que
vous annoncez. Si nous avions voulu
imiter les Editeurs de Genêve & de Cop
JUIN. 1763 . 103
penhague , & ne donner comme eux
que l'ancien Ouvrage avec quelques
additions peu importantes ou étrangères
à l'objet du Commerce , fi nous ne
nous étions pas propoſé de donner une
édition véritablement corrigée & augmentée
, d'y répandre les vrais principes
du Commerce que Savary n'a pas connus
, & de rendre en un mot cet Ouvrage
digne d'être offert au Public, nous
ne nous ferions pas laiſſé prévenir par
les Libraires étrangers. Mais pour remplir
nos vues à cet égard, il nous a fallu
des foins , de la dépenſe , & furtout
du temps.
Nous nous flatons que le Public
attendra avec un peu de patience la
fin d'un travail néceſſairement long ,
mais dont nous voyons le terme s'approcher.
Nous comptons publier le
Profpectus de notre nouvelle édition
dans le courant de l'année prochaine ,
& mettre tout de ſuite ſous preffe.
Nous avons l'honneur d'être &c .
Les Frères ESTIENNE ,
Libraires , rue S. Jacques.
A Paris ce 10 Mai 1763 .
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Résumé : LETTRE, au sujet du Dictionnaire de Commerce DE SAVARY.
La lettre traite de la publication d'une nouvelle édition du 'Dictionnaire de Commerce' de Savary à Copenhague, annoncée dans le Mercure de mai 1763. Les auteurs, détenteurs du privilège en France, expriment leur préoccupation face à cette édition étrangère, estimant qu'elle contredit les usages de la librairie française. Ils précisent que les libraires parisiens mentionnés, MM. Deffaint & Saillant, n'ont pas de souscriptions à fournir pour cette édition et désapprouvent l'annonce. Les auteurs soulignent que les éditions étrangères risquent de manquer de qualité et de précision, car le dictionnaire a été créé en France avec le soutien du gouvernement et des contributions de diverses autorités françaises. Ils critiquent les éditions existantes de Genève et de Copenhague, les jugeant défectueuses et inadaptées. L'édition de Genève contient peu d'ajouts pertinents et conserve des erreurs anciennes, tandis que celle de Copenhague ajoute des informations superficielles sur l'histoire naturelle et des extraits d'autres ouvrages sans rapport direct avec le commerce. L'édition de Copenhague comprend environ deux mille articles supplémentaires, dont près de quinze cents proviennent des sept premiers volumes de l'Encyclopédie. Ces ajouts sont souvent étrangers au sujet principal du dictionnaire et proviennent parfois des œuvres de Savary avec des modifications mineures. Cette pratique de plagiat rend l'ouvrage inégal et incohérent. Les éditeurs de Copenhague ont également négligé de consulter des sources majeures comme Melon, Cantillon, Hume, et Child. Les auteurs concluent en affirmant leur intention de publier une édition corrigée et augmentée du dictionnaire, intégrant les vrais principes du commerce, et annoncent la publication prochaine du prospectus de cette nouvelle édition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16219
p. 104-106
LE Nouvel ABAILLARD, ou Lettres d'un Singe au Docteur ABADOLFS, traduites de l'Allemand, se trouve à Paris chez Dufour & Grangé, Libraires, sur le Pont Notre-Dame. 2 Volumes in-12.
Début :
CES Lettres contiennent une Histoire intéressante, dont les principaux Acteurs [...]
Mots clefs :
Bonté du caractère , Financier, Singe, Militaire, Abbé, Liberté sans indécence, Savoir sans pédanterie, Philosophie sans préjugés , Grâces sans prétentions, Bonheur sans amertume, Lettres, Fabulistes
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texteReconnaissance textuelle : LE Nouvel ABAILLARD, ou Lettres d'un Singe au Docteur ABADOLFS, traduites de l'Allemand, se trouve à Paris chez Dufour & Grangé, Libraires, sur le Pont Notre-Dame. 2 Volumes in-12.
LE Nouvel ABAILLARD , ou Lettres
d'un Singe au Docteur ABADOLFS ,
traduites de l'Allemand Se trouve
à Paris chez Dufour & Grangé , Libraires
, fur le Pont Notre-Dame. 2
Volumes in- 12.
CESES Lettres contiennent une Hiſtoire
intéreſſante , dont les principaux Acteurs
, font un homme qui joint à un
efprit cultivé & orné des plus belles connoiſſances
, la bonté du caractère &
l'amour de l'humanité ; une jeune perſonne
aimable & ſenſible , un Financier
modelé fur l'ancien moule , un Militaire
vicieux & capable de toute forte
d'excès , un Abbé plein de prétentions
& qui eſt parvenu à ne rougir de rien
une fille , dont la fingulière façon de
penfer &d'agir , ſe ſoutient dans tout le
cours de l'Ouvrage. L'intrigue s'ouvre
dans la 7 Lettre. Après avoir crayonné
le tableau de la maiſon du Financier , de
ceux qui la fréquentent, & du premier
Perſonnage , dont nous venons de parler
, ( M. d'Armilli ) voici comme l'Auteur
s'exprime .
,
M. d'Armilli pourroit jouir d'une con
JUIN. 1763 .. 105
fidération diftinguée dans le grand monde
, mais fon humeur mélancolique
l'en éloigne , & depuis qu'il a vu Theréſe
, je comprends par ſon affiduité à
fréquenter notre maiſon , qu'il n'en fréquente
plus d'autres. Theréſe voit M.
d'Armilli avec plaifir : ſon âme eſt douée
d'une vertu magnétique. Ils ſe parloient
il y a quelques jours ſur le ton de la confance
& de l'amitié. On les gênoit
quand on vouloit entrer dans leurs converſations
quoiqu'elles ne roulaffent que
furdes choſes indifférentes ; ils ſe fixoient
avec complaifance , ils ſourioient prèſque
en même-temps , ils devinoient leurs
penſées , je n'ai jamais remarqué de ſympathie
plus parfaite. Ils offroient le touchant
aſſemblage de la liberté ſans indécence
, du ſçavoir fans pédanterie , de
la philoſophie fans préjugés , des grâces
fans prétentions , du bonheur ſans amer
tume. Qu'ils me paroiffent changés !
Leurs yeux ne ſe parlent plus , parce
qu'ils craignent ſans doute d'en comprendre
le langage. Hélas ! ils ne font
point changés. Ils ſe craignent , donc
ils s'aiment. Tant mieux , diras-tu peutêtre
; ce vertueux jeune homme ſemble
formé pour ma fille.... Reviens , vénérable
Abadolfs , de cette erreur funeſte.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
Frémis , mon cher Maître . Dans quel
lieu as-tu envoyé le fruit d'un amour cher
à ton coeur ? .... Tâche plutôt d'étouffer
par les meilleurs avis une paffion dont
les fuites feroient terribles. Apprends
que d'Armilli eſt marié.
Cet amour malheureux eſt la cauſe
de la variété des événemens qu'on trouve
dans cette Hiſtoire. Le récit en eft
ſouvent coupé par de petitesDiffertations
fur différens Sujets. On rend compte
dans la Préface de la manière dont ces
Lettres , qu'on attribue à un Singe , ont
été trouvées. On établit,en plaiſantant,
la poſſibilité de cette fiction que l'exemple
des Fabuliſtes ſemble juſtifier. L'abondance
des matières ne nous permet
pas de nous étendre davantage ſur cet
Ouvrage. On l'attribue à M. de Campigneulles
, qui a déja publié pluſieurs
Ecrits , qui ont reçu un accueil favorable.
d'un Singe au Docteur ABADOLFS ,
traduites de l'Allemand Se trouve
à Paris chez Dufour & Grangé , Libraires
, fur le Pont Notre-Dame. 2
Volumes in- 12.
CESES Lettres contiennent une Hiſtoire
intéreſſante , dont les principaux Acteurs
, font un homme qui joint à un
efprit cultivé & orné des plus belles connoiſſances
, la bonté du caractère &
l'amour de l'humanité ; une jeune perſonne
aimable & ſenſible , un Financier
modelé fur l'ancien moule , un Militaire
vicieux & capable de toute forte
d'excès , un Abbé plein de prétentions
& qui eſt parvenu à ne rougir de rien
une fille , dont la fingulière façon de
penfer &d'agir , ſe ſoutient dans tout le
cours de l'Ouvrage. L'intrigue s'ouvre
dans la 7 Lettre. Après avoir crayonné
le tableau de la maiſon du Financier , de
ceux qui la fréquentent, & du premier
Perſonnage , dont nous venons de parler
, ( M. d'Armilli ) voici comme l'Auteur
s'exprime .
,
M. d'Armilli pourroit jouir d'une con
JUIN. 1763 .. 105
fidération diftinguée dans le grand monde
, mais fon humeur mélancolique
l'en éloigne , & depuis qu'il a vu Theréſe
, je comprends par ſon affiduité à
fréquenter notre maiſon , qu'il n'en fréquente
plus d'autres. Theréſe voit M.
d'Armilli avec plaifir : ſon âme eſt douée
d'une vertu magnétique. Ils ſe parloient
il y a quelques jours ſur le ton de la confance
& de l'amitié. On les gênoit
quand on vouloit entrer dans leurs converſations
quoiqu'elles ne roulaffent que
furdes choſes indifférentes ; ils ſe fixoient
avec complaifance , ils ſourioient prèſque
en même-temps , ils devinoient leurs
penſées , je n'ai jamais remarqué de ſympathie
plus parfaite. Ils offroient le touchant
aſſemblage de la liberté ſans indécence
, du ſçavoir fans pédanterie , de
la philoſophie fans préjugés , des grâces
fans prétentions , du bonheur ſans amer
tume. Qu'ils me paroiffent changés !
Leurs yeux ne ſe parlent plus , parce
qu'ils craignent ſans doute d'en comprendre
le langage. Hélas ! ils ne font
point changés. Ils ſe craignent , donc
ils s'aiment. Tant mieux , diras-tu peutêtre
; ce vertueux jeune homme ſemble
formé pour ma fille.... Reviens , vénérable
Abadolfs , de cette erreur funeſte.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
Frémis , mon cher Maître . Dans quel
lieu as-tu envoyé le fruit d'un amour cher
à ton coeur ? .... Tâche plutôt d'étouffer
par les meilleurs avis une paffion dont
les fuites feroient terribles. Apprends
que d'Armilli eſt marié.
Cet amour malheureux eſt la cauſe
de la variété des événemens qu'on trouve
dans cette Hiſtoire. Le récit en eft
ſouvent coupé par de petitesDiffertations
fur différens Sujets. On rend compte
dans la Préface de la manière dont ces
Lettres , qu'on attribue à un Singe , ont
été trouvées. On établit,en plaiſantant,
la poſſibilité de cette fiction que l'exemple
des Fabuliſtes ſemble juſtifier. L'abondance
des matières ne nous permet
pas de nous étendre davantage ſur cet
Ouvrage. On l'attribue à M. de Campigneulles
, qui a déja publié pluſieurs
Ecrits , qui ont reçu un accueil favorable.
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Résumé : LE Nouvel ABAILLARD, ou Lettres d'un Singe au Docteur ABADOLFS, traduites de l'Allemand, se trouve à Paris chez Dufour & Grangé, Libraires, sur le Pont Notre-Dame. 2 Volumes in-12.
'Le Nouvel Abaillard, ou Lettres d'un Singe au Docteur Abadolfs' est un ouvrage traduit de l'allemand, publié à Paris chez Dufour & Grangé. Composé de deux volumes, il relate une histoire impliquant plusieurs personnages : un homme cultivé, une jeune femme sensible, un financier, un militaire, un abbé prétentieux et une fille au comportement singulier. L'intrigue commence dans la septième lettre, décrivant la maison du financier et les interactions entre M. d'Armilli et Thérèse. Leur relation passe de la sympathie à la crainte réciproque, révélant un amour impossible car M. d'Armilli est marié. Cet amour influence les événements du récit, ponctué de discussions variées. La préface explique que les lettres sont attribuées à un singe, une fiction justifiée par les fabulistes. L'ouvrage est attribué à M. de Campigneulles, auteur de plusieurs écrits bien accueillis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16220
p. 106-108
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ÉSSAIS historiques sur Paris, de M. de Saintfoix, troisiéme édition, revue, [...]
Mots clefs :
Essais historiques, Succès, Consolateur, Impôt, Économie politique, Histoire militaire, Langage de la religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES .
ÉSSAIS hiſtoriques fur Paris , de M.
de Saintfoix , troifiéme édition , revue ,
corrigée & augmentée , 4 vol. in- 12 .
Londres , 1763 ; & ſe trouvent à Paris ,
chez Duchesne , Libraire , rue S. Jac
JUI N. 1763. 107
ques , au-deſſous de la Fontaine S. Benoît
, au Temple du Goût.
Le ſuccès des premières Editions de
cet Ouvrage où l'utile & l'agréable ſe
trouvent également répandus , eſt un
fùr garant de l'accueil que doit attendre
celle-ci de la part du Public. On vend
à part un Supplément pour les perfonnes
qui ont l'Edition en trois volumes.
Nous en donnerons l'Extrait dans le
Mercure prochain.
1
LE CONSOLATEUR , pour ſervir de
réponſe à la théorie de l'Impôt , & autres
écrits fur FEconomie Politique.
Par M. E B. de S. S... in- 12 . Bruxelles,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez. Valleyre
Père , rue S. Severin , vis-à-vis le
Portail de l'Eglife , à l'Annonciation.
Tout bon Citoyen jugera ce Livre
digne de ſon titre ;& nous ne tarderons
pas d'en rendre compte,
RECUEIL de Lettres , pour fervir
d'éclairciſſement à l'Histoire Militaire
du régne de Louis XIV. Tomes 5 &
6. in-12. La Haye, 1763; & ſe trouve à
Paris, chez Antoine Boudet, Imprimeur
du Roi , rue S. Jacques , à la Bible d'or.
Les Amateurs de notre hiſtoire , &
Evi
108 MERCURE DE FRANCE.
furtout ceux qui connoiffent le mérite
de cette collection , ne pourront qu'applaudir
au zéle très-louable des Continuateurs
de cet Ouvrage.
LE LANGAGE de la Religion , par
l'Auteur du Langage de la Raifon.
Intonuit de Calo Dominus , & Altiffimus
dedit vocem fuam. Pl. 17. v. 15 .
In - 12 . Paris , 1763. Chez Nyon , Libraire
, quai des Auguſtins,à l'Occafion.
ÉSSAIS hiſtoriques fur Paris , de M.
de Saintfoix , troifiéme édition , revue ,
corrigée & augmentée , 4 vol. in- 12 .
Londres , 1763 ; & ſe trouvent à Paris ,
chez Duchesne , Libraire , rue S. Jac
JUI N. 1763. 107
ques , au-deſſous de la Fontaine S. Benoît
, au Temple du Goût.
Le ſuccès des premières Editions de
cet Ouvrage où l'utile & l'agréable ſe
trouvent également répandus , eſt un
fùr garant de l'accueil que doit attendre
celle-ci de la part du Public. On vend
à part un Supplément pour les perfonnes
qui ont l'Edition en trois volumes.
Nous en donnerons l'Extrait dans le
Mercure prochain.
1
LE CONSOLATEUR , pour ſervir de
réponſe à la théorie de l'Impôt , & autres
écrits fur FEconomie Politique.
Par M. E B. de S. S... in- 12 . Bruxelles,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez. Valleyre
Père , rue S. Severin , vis-à-vis le
Portail de l'Eglife , à l'Annonciation.
Tout bon Citoyen jugera ce Livre
digne de ſon titre ;& nous ne tarderons
pas d'en rendre compte,
RECUEIL de Lettres , pour fervir
d'éclairciſſement à l'Histoire Militaire
du régne de Louis XIV. Tomes 5 &
6. in-12. La Haye, 1763; & ſe trouve à
Paris, chez Antoine Boudet, Imprimeur
du Roi , rue S. Jacques , à la Bible d'or.
Les Amateurs de notre hiſtoire , &
Evi
108 MERCURE DE FRANCE.
furtout ceux qui connoiffent le mérite
de cette collection , ne pourront qu'applaudir
au zéle très-louable des Continuateurs
de cet Ouvrage.
LE LANGAGE de la Religion , par
l'Auteur du Langage de la Raifon.
Intonuit de Calo Dominus , & Altiffimus
dedit vocem fuam. Pl. 17. v. 15 .
In - 12 . Paris , 1763. Chez Nyon , Libraire
, quai des Auguſtins,à l'Occafion.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En 1763, plusieurs ouvrages ont été annoncés. 'Essais historiques sur Paris' de M. de Saintfoix est en troisième édition, revue, corrigée et augmentée, disponible à Londres et à Paris chez Duchesne. Le succès des précédentes éditions assure une réception positive. Un supplément est prévu pour les possesseurs de l'édition en trois volumes, avec un extrait à paraître dans le prochain Mercure. 'Le Consolateur', traitant de la théorie de l'impôt et d'autres sujets économiques, est écrit par M. E B. de S. S. et publié à Bruxelles, disponible à Paris chez Valleyre Père. Cet ouvrage est considéré comme méritant son titre. Le 'Recueil de Lettres' visant à éclaircir l'histoire militaire du règne de Louis XIV, tomes 5 et 6, est publié à La Haye et disponible à Paris chez Antoine Boudet. Les passionnés d'histoire apprécieront l'effort des continuateurs de cette œuvre. Enfin, 'Le Langage de la Religion' par l'auteur du 'Langage de la Raison' est publié à Paris chez Nyon.
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16221
p. 108
« LES PENSÉES de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. In-12 Amsterdam, [...] »
Début :
LES PENSÉES de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. In-12 Amsterdam, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES PENSÉES de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. In-12 Amsterdam, [...] »
LES PENSÉES de J. J. Rousseau ,
Citoyen de Genève. In-12. Amſterdam,
1763 ; & fe trouvent à Paris , chez
Prault petit -fils , Libraire , quai desAuguſtins.
Citoyen de Genève. In-12. Amſterdam,
1763 ; & fe trouvent à Paris , chez
Prault petit -fils , Libraire , quai desAuguſtins.
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16222
p. 108-113
« HISTOIRE de l'Empire de Russie sous Pierre le-Grand, par l'Auteur de [...] »
Début :
HISTOIRE de l'Empire de Russie sous Pierre le-Grand, par l'Auteur de [...]
Mots clefs :
Empire de Russie, Chasse aux chiens courants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE de l'Empire de Russie sous Pierre le-Grand, par l'Auteur de [...] »
HISTOIRE de l'Empire de Ruffie
fous Pierre le- Grand , par l'Auteur de
l'hiſtoire de Charles XII. Tome 2. &
dernier, in-8°. 1763. On en trouve des
exemplaires chez Panckoucke , Libraire,
rue & à côté de la Comédie Françoiſe.
La célébrité de l'Auteur & celle du
Héros dont il vient d'achever l'hiſtoire,
faifoient attendre avec impatience le
volume que nous annonçons , avec autant
de p'aiſir que nous nous propoſons
d'en donner bientôt l'Extrait .
JUIN. 1763 . 109
1
L'ÉCOLE de la Chaſſe aux Chiens
courans , par M. le Verrier de la Conterie
, Ecuyer , Seigneur d'Amigny , les
Aulnets , &c . précédée d'une Bibliothéque
hiſtorique & critique des Thereuticographes
. In 8. 2 vol . Rouen , 1763 .
De l'Imprimerie de MM. Nicolas &Richard
Lallemant.
N. B. Ce qui ajoute au mérite de cet
Ouvrage , c'eſt que la première partie
pleine de recherches auſſi ſçavantes
qu'agréables , eſt de MM. Lallemant ,
auffi connus par leur érudition que par
leur naiſſance.
LA VOIX de la Nature , ou lesAvantures
de Madame la Marquiſe de ***.
Par Madame de R. R. Auteur de la
Paysanne Philofophe. 5 parties in - 16 .
Amsterdam , 1763 ; & fe trouve à Paris
chez les Libraires qui vendent les
Nouveautés . Nous en rendrons compte
plus amplement.
PROJET d'Etabliſſement d'un Bureau
de Confultations d'Avocats pour les
Pauvres ; ou Lettre d'un Citoyen à M.
Marin , Cenfeur Royal , en réponſe à
celle par lui écrite à Madame la P ***
de*****, fur un Projet intéreſſant pour
l'humanité. Brochure in-12 . 1763. Se
trouve chez les mêmes Libraires .
1
110 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION fur ce qu'il convient
de faire pour diminuer ou fupprimer
le lait des femmes,&c. Ouvrage
couronné par la Société Hollandoiſe
des Sciences , à Harlem , le 21 Mai
1762 , par M. David , Docteur en Médecine.
Brochure , in- 12. Paris , 1763.
Chez Vallat la Chapelle , Libraire , au
Palais , fur le Perron de la Sainte-Chapelle.
SATYRES nouvelles , par M. de V ***
Brochure in- 12 . Amsterdam, 1763. Et fe
vend à Paris, chez Cuiffart , Pont-au-
Change, à la Harpe. Nous comptons en
donner l'Extrait.
DISCOURS quia remporté le Prix d'Eloquence
, au jugement de la Société
Royale des Sciences & Belles-Lettres de
Nancy , pour l'année 1763. Par M. Billecard,
Avocat à la Cour. In- 8°. Nancy,
1763. Chez la Veuve & Claude Lefeure ,
Imprimeur ordinaire du Roi.
L'Auteur de ce Difcours touche à
peine à ſa vingtiéme année ; & nous ne
tarderons pas à lui rendre toute la justice
qu'il nous paroît mériter.
ÉTAT des Livres nouveaux qui fe
trouvent chez BRIASSON , Libraire
JUIN . 1763 . JIT
à Paris , rue S. Jacques , à la Science
; 1763 .
TRAITÉ des réparations des Egliſes
& des Economats , par M. Piales ,
Avocat en Parlement , in- 12 , 4. vol.
1762.
C'est la suite des Traités de cet Auteur
fur la Matière Bénéficiale , dont
il a dejà paru chez le même Libraire.
Le Traité de la collation des Bénéfices
, du Visa , &c. in- 12 , 8 vol.
Le Traité de la Prévention & Provifion
, in- 12 , 2 vol.
Le Traité de l'Expectative & du
Droit des Gradués , in-12 , 6 vol.
Le Traité de la Dévolution & du
Dévolut , in- 12 , 3 vol.
Le Traité des Commendes , in-12 ,
3 vol.
Obſervations fur les Scavans incrédules
, & fur quelques -uns de leurs
Ecrits , par M. de Luc , in- 8°. Genéve ,
1762.
Differtation ſur les Celtes Brigantes ,
in-12. Breghente , 1762 .
Les mêlanges de Philofophie & de
Mathématique de la Société de Turin
ou Miscellanea Taurinenfia , in-4°. 2
vol. Turin , 1759 & 1762.
112 MERCURE DE FRANCE
,
Les Planches du Dictionnaire des
Sciences , des Arts & Manufactures
feconde & troifiéme livraiſon , in-fol.
Traité des nombres trigonaux , de
leur valeur & uſage , par M. Joncourt ,
in-4° . A la Haye. 1762 .
Le Calendrier des Laboureurs & Fermiers
, traduit de Bradley , nouvelle
Edition , in- 12. 1762.
Phyſique occulte , ou la Baguette divinatoire
, nouvelle Edition , in- 12 , 2
vol . fig. A la Haye , 1762.
Plus, on trouve chezle même Libraire
les fuivans , dont il a acquis les impreffions
depuis peu.
Dalembert : Traité de Dynamique ,
in-4° , fig. Nouvelle Edition augmentée
, 1758.
-Suite ou Traité de l'Equilibre & du
Mouvement des Fluides in-4°. fig.
1744.
-Effai d'une nouvelle Théorie de la
réſiſtance des Fluides, in-4 °. fig . 1752 .
Nota. Les trois Traités ci-deſſus ont
une extrême liaiſon l'un avec l'autre ;
cependant ils continueront à se vendre
toujours séparément.
-Réflexions ſur la cauſe générale
des Vents , in-4° . fig . 1747.
JUIN. 1763. 113
Recherches ſur la préceſſion des
Equinoxes & fur la nutation de l'axe
de la Terre , in- 4° . fig . 1759 .
-Recherches ſur divers points importans
du Syſtême du Monde , in-4° .
3. vol . fig . 1754 & 1756 .
Nota. Le troiſième volume continuera
àfe vendre séparément.
-Opufcules Mathématiques , ou Mémoires
fur différens ſujets de Géométrie
, de Méchanique , d'Optique ,
d'Aſtronomie , &c. in-4°. 2 vol .
fig. 1761 .
L'Auteur prépare un troisième Volume
, qui paroitra dans cette année
2763.
- Nouvelles tables de la Lune , in-4°.
-Les mêmes en Latin , in-4°.
Recherche de la Vérité , par le Pere
Malebranche , in- 12. 4. vol. 1761 .
Les OEuvres de M. Renuffon , contenant
les Traités de la Communauté ,
du Douaire , de la Garde- noble &
bourgeoife , des Propres , & de la Subrogation
, avec des Queſtions de Droit
les plus difficiles : nouvelle Edition
augmentée , in-fol. 1760.
Lettres Philoſophiques ſur la formation
des Sels & des Cryſtaux , par M.
Bourguet , in- 12 . Amsterdam , 1762.
fous Pierre le- Grand , par l'Auteur de
l'hiſtoire de Charles XII. Tome 2. &
dernier, in-8°. 1763. On en trouve des
exemplaires chez Panckoucke , Libraire,
rue & à côté de la Comédie Françoiſe.
La célébrité de l'Auteur & celle du
Héros dont il vient d'achever l'hiſtoire,
faifoient attendre avec impatience le
volume que nous annonçons , avec autant
de p'aiſir que nous nous propoſons
d'en donner bientôt l'Extrait .
JUIN. 1763 . 109
1
L'ÉCOLE de la Chaſſe aux Chiens
courans , par M. le Verrier de la Conterie
, Ecuyer , Seigneur d'Amigny , les
Aulnets , &c . précédée d'une Bibliothéque
hiſtorique & critique des Thereuticographes
. In 8. 2 vol . Rouen , 1763 .
De l'Imprimerie de MM. Nicolas &Richard
Lallemant.
N. B. Ce qui ajoute au mérite de cet
Ouvrage , c'eſt que la première partie
pleine de recherches auſſi ſçavantes
qu'agréables , eſt de MM. Lallemant ,
auffi connus par leur érudition que par
leur naiſſance.
LA VOIX de la Nature , ou lesAvantures
de Madame la Marquiſe de ***.
Par Madame de R. R. Auteur de la
Paysanne Philofophe. 5 parties in - 16 .
Amsterdam , 1763 ; & fe trouve à Paris
chez les Libraires qui vendent les
Nouveautés . Nous en rendrons compte
plus amplement.
PROJET d'Etabliſſement d'un Bureau
de Confultations d'Avocats pour les
Pauvres ; ou Lettre d'un Citoyen à M.
Marin , Cenfeur Royal , en réponſe à
celle par lui écrite à Madame la P ***
de*****, fur un Projet intéreſſant pour
l'humanité. Brochure in-12 . 1763. Se
trouve chez les mêmes Libraires .
1
110 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION fur ce qu'il convient
de faire pour diminuer ou fupprimer
le lait des femmes,&c. Ouvrage
couronné par la Société Hollandoiſe
des Sciences , à Harlem , le 21 Mai
1762 , par M. David , Docteur en Médecine.
Brochure , in- 12. Paris , 1763.
Chez Vallat la Chapelle , Libraire , au
Palais , fur le Perron de la Sainte-Chapelle.
SATYRES nouvelles , par M. de V ***
Brochure in- 12 . Amsterdam, 1763. Et fe
vend à Paris, chez Cuiffart , Pont-au-
Change, à la Harpe. Nous comptons en
donner l'Extrait.
DISCOURS quia remporté le Prix d'Eloquence
, au jugement de la Société
Royale des Sciences & Belles-Lettres de
Nancy , pour l'année 1763. Par M. Billecard,
Avocat à la Cour. In- 8°. Nancy,
1763. Chez la Veuve & Claude Lefeure ,
Imprimeur ordinaire du Roi.
L'Auteur de ce Difcours touche à
peine à ſa vingtiéme année ; & nous ne
tarderons pas à lui rendre toute la justice
qu'il nous paroît mériter.
ÉTAT des Livres nouveaux qui fe
trouvent chez BRIASSON , Libraire
JUIN . 1763 . JIT
à Paris , rue S. Jacques , à la Science
; 1763 .
TRAITÉ des réparations des Egliſes
& des Economats , par M. Piales ,
Avocat en Parlement , in- 12 , 4. vol.
1762.
C'est la suite des Traités de cet Auteur
fur la Matière Bénéficiale , dont
il a dejà paru chez le même Libraire.
Le Traité de la collation des Bénéfices
, du Visa , &c. in- 12 , 8 vol.
Le Traité de la Prévention & Provifion
, in- 12 , 2 vol.
Le Traité de l'Expectative & du
Droit des Gradués , in-12 , 6 vol.
Le Traité de la Dévolution & du
Dévolut , in- 12 , 3 vol.
Le Traité des Commendes , in-12 ,
3 vol.
Obſervations fur les Scavans incrédules
, & fur quelques -uns de leurs
Ecrits , par M. de Luc , in- 8°. Genéve ,
1762.
Differtation ſur les Celtes Brigantes ,
in-12. Breghente , 1762 .
Les mêlanges de Philofophie & de
Mathématique de la Société de Turin
ou Miscellanea Taurinenfia , in-4°. 2
vol. Turin , 1759 & 1762.
112 MERCURE DE FRANCE
,
Les Planches du Dictionnaire des
Sciences , des Arts & Manufactures
feconde & troifiéme livraiſon , in-fol.
Traité des nombres trigonaux , de
leur valeur & uſage , par M. Joncourt ,
in-4° . A la Haye. 1762 .
Le Calendrier des Laboureurs & Fermiers
, traduit de Bradley , nouvelle
Edition , in- 12. 1762.
Phyſique occulte , ou la Baguette divinatoire
, nouvelle Edition , in- 12 , 2
vol . fig. A la Haye , 1762.
Plus, on trouve chezle même Libraire
les fuivans , dont il a acquis les impreffions
depuis peu.
Dalembert : Traité de Dynamique ,
in-4° , fig. Nouvelle Edition augmentée
, 1758.
-Suite ou Traité de l'Equilibre & du
Mouvement des Fluides in-4°. fig.
1744.
-Effai d'une nouvelle Théorie de la
réſiſtance des Fluides, in-4 °. fig . 1752 .
Nota. Les trois Traités ci-deſſus ont
une extrême liaiſon l'un avec l'autre ;
cependant ils continueront à se vendre
toujours séparément.
-Réflexions ſur la cauſe générale
des Vents , in-4° . fig . 1747.
JUIN. 1763. 113
Recherches ſur la préceſſion des
Equinoxes & fur la nutation de l'axe
de la Terre , in- 4° . fig . 1759 .
-Recherches ſur divers points importans
du Syſtême du Monde , in-4° .
3. vol . fig . 1754 & 1756 .
Nota. Le troiſième volume continuera
àfe vendre séparément.
-Opufcules Mathématiques , ou Mémoires
fur différens ſujets de Géométrie
, de Méchanique , d'Optique ,
d'Aſtronomie , &c. in-4°. 2 vol .
fig. 1761 .
L'Auteur prépare un troisième Volume
, qui paroitra dans cette année
2763.
- Nouvelles tables de la Lune , in-4°.
-Les mêmes en Latin , in-4°.
Recherche de la Vérité , par le Pere
Malebranche , in- 12. 4. vol. 1761 .
Les OEuvres de M. Renuffon , contenant
les Traités de la Communauté ,
du Douaire , de la Garde- noble &
bourgeoife , des Propres , & de la Subrogation
, avec des Queſtions de Droit
les plus difficiles : nouvelle Edition
augmentée , in-fol. 1760.
Lettres Philoſophiques ſur la formation
des Sels & des Cryſtaux , par M.
Bourguet , in- 12 . Amsterdam , 1762.
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Résumé : « HISTOIRE de l'Empire de Russie sous Pierre le-Grand, par l'Auteur de [...] »
Le document présente une liste d'ouvrages publiés en 1763 et dans les années précédentes. Parmi les œuvres mentionnées, figure 'Histoire de l'Empire de Russie sous Pierre le Grand' par l'auteur de 'l'histoire de Charles XII', disponible chez Panckoucke. Le texte annonce également plusieurs autres publications, telles que 'L'École de la Chasse aux Chiens' par M. le Verrier de la Conterie, 'La Voix de la Nature' par Madame de R., et un 'Projet d'Établissement d'un Bureau de Consultations d'Avocats pour les Pauvres'. D'autres ouvrages notables incluent une dissertation sur la diminution du lait maternel par M. David, des 'Satires nouvelles' par M. de V***, et un discours primé par M. Billecard. Le document liste également divers traités juridiques et scientifiques, ainsi que des travaux philosophiques et mathématiques, notamment ceux de D'Alembert et Malebranche. Plusieurs de ces ouvrages sont disponibles chez différents libraires à Paris et ailleurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16223
p. 114-134
ACADÉMIES. SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville, le Mercredi 8 Décembre 1762.
Début :
L'ACADÉMIE étant dans l'usage d'exposer publiquement à la fin de chaque [...]
Mots clefs :
Académie, Végétal, Physicien, Botanique, Chirurgie, Solitude, Vie champêtre, Curiosité, Égypte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIES. SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville, le Mercredi 8 Décembre 1762.
ACADÉMIES.
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles - Lettres de
DIJON , tenue dans la Salle de l'Hôtel-
de-Ville , le Mercredi 8 Décembre
1762 .
L'ACADÉMIE érant dans l'uſage d'expofer
publiquement à la fin de chaque
année , le tableau de ſes opérations littéraires
; le Secrétaire perpétuel ouvrit la
Séance par un détail hiſtorique des différens
Sujets qui avoient exercé la plume
des Académiciens. Trois genresde
Sciences , dit- il , fixent en quelque forte
les objets de nos travaux Académiques
: la Phyſique & les Arts; la Médecine
& les branches éffentielles qui lui
appartiennent ; l'Hiſtoire & les Belles-
Lettres . Parcourons dans ces trois claffes
les divers ouvrages dont la lecture
JUIN. 1763. 115
a rempli nos féances pendant le cours de
l'année.
Dans le régne végétal, la Nature offre
ſouvent au Phyſicien des Phénomènes
qui piquent ſa curiofité ſans éclairer fon
efprit. Pour découvrir la vérité , il ne
faut jamais la perdre de vue ; & le plus
sûr moyen d'y atteindre , c'eſt de s'en
approcher lentement. Telle eſt la méthode
que fuit M. Daubenton dans l'étude
de la Botanique : ſes Obfervations
fur la culture des arbres mille fois répétées
avec la même éxactitude , lui procurent
tous les jours de nouvelles découvertes.
Dans un Mémoirefur le Platane
, dont il a fait la lecture à l'Académie
, il donne la manière d'élever cet
arbre ; il nous fait connoître ſes différentes
eſpèces , ſes variétés, ſes qualités&
ſes u ages.
M. Michault , en conſidérant la Nature
dans l'étendue de ſes trois régnes ,
y recherche les fautes&les erreurs qu'on
lui impute. On s'imagine , dit- il , lorfqu'elle
paroît manquer à l'uniformité
de ſes loix , qu'on a des caprices à lui
reprocher ; & c'eſt ce que nous appellons
, mais improprement , les jeux de
la Nature. Notre ignorance à l'égard de
fon Mechaniſme & de la plupart de fes
116 MERCURE DE FRANCE .
!
Phénomènes , doit rendre les Phyficiens
attentifs dans leurs recherches , timides
dans leurs conjonctures , & circonfpects
dans leurs jugemens. Dans l'éxamen de
la Nature , défions-nous de la chaleur de
notre eſprit & de lafoibleſſe de nos ſens .
Ses prétendus caprices fe rapportent à
tout ce que le mouvement local , en s'oppofant
à l'éxécution de ſes loix fondamentales
, peut y produire de merveilleux.
L'Auteur termine cet éſſai par l'énumération
des chefs-d'oeuvres de l'Art
qui imitent certains jeux de la Nature.
Dans une autre Differtation , & fur
un plan à-peu-près ſemblable , le même
Académicien tâche d'expliquer phyfiquement
ce que le Peuple regarde comme
des prodiges dans les pluies extraordinaires.
On ne connoît , felon M. Michault
, les cauſes naturelles & les effets
des Météores , que relativement aux modifications
de la matière terrestre. C'eſt
ce qui faifoit imaginer au Père Kirker,
que tous les Phénomènes de la moyenne
région ſe répétent dans les gouffres
& les abîmes de la terre. Lorſque les objets
ne font point à la portée de nos fens;
nous ſubſtituons les conjectures aux
Obſervations , nous ofons juger des
procédés de la Nature par des fuppofi
JUIN. 1763 . 117
tions ; quoique tous les jours de nouveaux
événemens démentent les hypotheſes
& renverſent les ſyſtemes. Le
Philoſophe qui ne fait que deviner les
cauſes phyſiques , peut donc également
ſe tromper fur les effets ſenſibles , comme
celui qui ne connoît ni les uns ni les
autres . M. Michault ſe propoſe d'attaquer
dans ce Mémoire , la plupart des
paradoxes &des opinions ridicules qu'on
a oſé répandre à ce ſujet : ileſſaye de détruire
par des explications phyſiques ,
les érreurs populaires concernant quelques
minéraux , certaines matières végétales
, & même différens animaux
qu'on croit être tombés du Ciel.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettant
pas de repréſenter exactement
ici tous les travaux de l'Académie , nous
pafferons rapidement d'une matière à
l'autre.
Dans la Médecine , dont les maladies
du corps humain font l'objet , on obferve
, on traite , on guérit. Cet art ſi
précieux à l'homme , eſt un labyrinthe
où l'on s'égareroit infailliblement , fi
l'on ne portoit dans ſes routes obfcures ,
le flambeau de la Phyſique , le feu d'Hermès
& le fer de Véſale . C'eſt dans ces
trois points de vue,que le Secrétaire con
118 MERCURE DE FRANCE.
fidère les Ouvrages Académiques concernant
cette Science. Après avoir jetté
un coup d'oeil ſur les procédés chymiques
& fur les obfervations anatomiques;
l'Hiftoire de la Chirurgie , dit- il ,
eſt malheureuſement jointe à celle de
nos infirmités & de nos maux. Il ſemble
que dans le corps humain , la Nature ait
voulu en quelque forte repréſenter ſes
trois régnes : les polypes , comme les
plantes , y germent , y croiffent , y végétent
: les vers y naiſſent , y vivent ,
s'y régénérent : les minéraux s'y forment
, s'y augmentent , s'y multiplient.
La pietre qui cauſe des douleurs fi
cruelles ne peut être tirée de la veffie
que par une opération plus cruelle
encore. S'il faut au Chirurgien une
grande fermeté d'âme pour faire cette
opération ; quel courage ne faut - il
pas au maladepour s'y expofer ? Diſons
plus, quel héroïfſme , lorſque l'art éxige
qu'elle s'éxécute en deux temps ? C'eſt
l'objet d'un Mémoire de M. Marétl'ainé
furles Avantages de différer l'extraction
de la pierre. Après l'inciſion par laquelle
on a commencé d'ouvrir une iſſue , on
nedoit pas toujours pratiquer la taille en
deux temps ; mais il eſt ſouvent auffi des
cas où l'on ne peut ſe diſpenſer de re-
,
JUIN. 1763. 119
courir à cette méthode ſans expofer la
vie du malade. Les raiſons ſur leſquelles
M. Marét appuie ſon ſentiment , font
confirmées tant par fes propres obfervations
, ſa longue expérience & fes fuccès
, que par des faits de pratique inférés
dans les écrits de pluſieurs Lithotomiſtes
. L'Auteur fouhaite en terminant
fon Ouvrage , que déſormais le Chirurgien
ne croye plus ſa réputation intéreſſée
à tailler en deux temps ; & que le
Public fufpende fon jugement fur des
objets qui font quelquefois hors de la
ſphère de ſes connoiffances .
L'Hiftoire & les Belles -Lettres n'ont
pas fourni à l'Académie une récolte
moins abondante : pluſieurs de nos Académiciens
nous ont auſſi préſenté des
fleurs& des fruits du Parnaſſe. Le Secrétaire
, après avoir expoſé les Sujets
qui ont été traités dans ces différens genres
, termine ainſi ce difcours pittorefque.
Enfin , M. l'Evêque de Troyes ,
dans une Piéce en vers qui contient quelques
réfléxions d'un Philoſophe ſur les
charmes de ſa ſolitude , nous a prouvé
qu'avec la même plume dont il trace des
morceaux de la plus fublime éloquence ,
il ſçait employer le plus vif coloris de la
Poëſie pour peindre les délices de la vie
champêtre.
120 MERCURE DE FRANCE.
M. le Préſident de Ruffey lut enſuite
un Effai Historique fur les Académies.
L'Hiftoire des Académies eſt auſſi intéreffante
pour les Gens de Lettres , que
l'eſt l'Histoire d'une Nation pour les
Peuples qui la compoſent. M. l'Abbé
d'Olivet avoit promis cet Ouvrage au
Public : quelques Académies en ont
tracé de légères eſquiſſes , & d'ailleurs
nous avons déja pluſieurs Hiſtoires particulières
de ces Compagnies ſcavantes ;
mais juſqu'ici , perſonne n'avoit encore
travaillé à en faire un corps d'Hiſtoire
générale. M. le Président deRuffey a vu
fans être éffrayé , toute l'étendue de la
matière : il a partagé fon Sujet en trois
parties deſtinées aux lectures de l'Académie
dans ſes Séances publiques. La
première traite des Académies d'Italie ;
la feconde , de celles de France ; la troifiéme
, des Académies étrangères. Mais ,
pour ſe prêter à l'abondance du Sujet , il
ſe propoſe de ſuppléer par des Notes
hiſtoriques & critiques , aux détails intéreſſans
qui ne pourront entrer dans
ces Difcours Académiques.
Dans ſa première partie , l'Auteur remonte
àl'origine des Sciences : la curiofité
eft , felon lui , le premier mobile
qui porte l'eſprit à les cultiver. L'Egypte
en
JUIN. 1763 . 121
en
en fut le berceau ; tranſportées dans la
Gréce , elles y parvinrent au plus haut
degré de perfection & de gloire : les Philoſophes
& lesSçavans ſe raſſemblèrent ,
pour difcourir fur les Sciences , dans la
maiſon d'Academus , Citoyen d'Athènes
; la poſtérité a donné fon nom à tou
tes les Sociétés de Sçavans , de Gens de
Lettres & d'Artiſtes, qui ſe ſont formées
dans la fuite. >> Rome , ce font les pro-
>> pres termes de l'Académicien ,
>>parlant du paſſage des Sciences & des
>>Arts de la Gréce en Italie , Rome doit
>> mettre au nombre de ſes plus glorieu-
>>>ſes conquêtes,celle qu'elle fit des Scien
>> ces & des Arts en les tranſportant
> dans ſon ſein avec les Philoſophes &
>>>les Artiſtes de la Gréce ſubjuguée. Le
>>tumulte des armes & des féditionsdans
>>lequel elle avoit vécu depuis fon ori-
>> gine , avoit plongé l'eſprit de ſes Ci-
>>toyens dans l'ignorance & la fuperfti-
>>>tion ; & cette Maîtreffe de l'Univers
>>étoit plus barbare que les Peuples mê
>>mes à qui elle donnoit ce nom. La
>> férocité des vertus guerrières
>>amour aveugle de la patrie , une am-
>> bition démeſurée , tenoient lieu aux,
• Romains de goût , de Sciences & de
>> talens. Mais bientôt , tout changea de
F
,
un
122 MERCURE DE FRANCE.
>>face; les Romains apprirent aifément
des Nations vaincues à jouir des com-
"modités de la vie : les Arts ornèrent
>>>& élevèrent leurs temples& leurs mo-
>>>numens publics ; leurs maiſons furent
>>transformées en Palais ; l'éloquence ſe
fit entendre au barreau ; il parut des
>>Historiens dignes de Rome; il naquit
des Poëtes dignes de chanter les louan-
>> ges des Dieux &des Héros.
Après ce Préliminaire , l'Auteur entreen
matière & fait mention d'une Aca .
démie célébre établie à Rome par Augufte
; d'une autre fondée plus anciennement
à Marseille; de celle de Lyon
qui faiſoit la terreur des mauvais Auteurss
,, que l'on condamnoit à effacer
leurs Ouvrages avec la langue , ou à être
précipités dans le Rhône.
La décadence des Sciences qui ſuivit
celle de l'Empire Romain , introduifit
lignorance &la barbarie quidéſolèrent
pendant plus de neuf fiécles la face de
PUnivers. L'Auteur parcourtrapidement
cet interrégne des Sciences, où il découvre
dans des aſſemblées ſous Charlemagne
, dans les cours d'amour des Comtes
de Provence dans Fétabliſſement des
jeux floraux de Toulouſe en 1324 , des
préſages des Académies qui devoient ſe
JUIN. 1763. 123
former un jour. M. de Ruffey s'exprime
ainfi fur le renouvellement des Sciences.
>>Enfin arriva le temps heureux de cette
>>fameuſe révolution qui ramena en
> Europe les Muſes fugitives ; qui fir
>>renaître les Lettres & les Arts : par ſes
>>progrès rapides , on vit le ſçavoir fuc-
>céder à l'ignorance , la politeſſe à la
>>barbarie , la religion à la ſuperſtition .
>>Pluſieurs cauſes contribuerent a opé-
> rer ce changement:la priſe deConſtan-
>>tinople en 1453 , obligea les Sçavans
»de la Gréce à ſe retirer en Italie ; l'ac-
>>cueil favorable que leur firent lesMé-
» dicis les fixa dans ce Pays. Laurent
>> de Médicis & fon fils le Pape Léon X,
» pleins de grandes vues & de zéle pour
» leur patrie , n'épargnèrent rien pour
>rendre le commerce de ces Grecs uti-
» les à l'Italie ; s'immortaliſerent en pro-
>> tégeant les Sciences & les Arts , &
donnèrent à tous les Princes le modèle
>> d'un nouveau genre de gloire , qui les
>> conduit plus sûrement à l'immortalité
> que les plus brillantes conquêtes. L'in-
>> vention de l'Imprimerie , en multi-
-pliant les fources de la Science , con-
>>tribua à ſeconder leur projet , & à en
>affurer le ſuccès,
M. de Ruffey nous apprend que la
1
Fij
135
124 MERCURE DE FRANCE .
première Académie fut établie à Naples
en 1470 , par Antoine de Palerme , Secrétaire
du Cabinet d'Alphonse V , Roi
d'Arragon & de Naples ; & la feconde ,
à Florence ſous la protection des Médicis
. Depuis ce temps juſqu'à nos
jours , l'Italie a vu naître dans ſon ſein
une infinité d'Académies qui ont cultivé
tous les genres de Sciences , d'Arts
& de Littérature ; on en a compté plus
de 500 , dont pluſieurs ne ſubſiſtent
plus.
L'Auteur attribue au mauvais goût du
XV & du XVIe fiécle , les noms bifarres
de ces différentes ſociétés : il remarque
que les premières étoient compofées
d'un mêlange de Sçavans & de Cavaliers;
&que les Joûtes & lesTournois faifoient
partie de leurs éxercices ; que l'on combattoit
pour l'honneur des Académies
comme pour celui des Dames.
La plupart de ces Sociétés n'exigeant
aucun détail , l'Auteur ſe borne à ne
parler que de celles qui ont eu de la celebrité;
telles que l'Académie de la Crufca
, établie en 1582 pour polir la langue
Italienne , & qui a fervi de modéle à
l'Académie Françoiſe & à l'Académie
Eſpagnole : l'Académie des Arcades ,
dontl'objet principal fut la réformation
JUIN. 1763. 125
du goût ; & à laquelle les Princes , les
Rois , les Papes même s'emprefferent
d'être afſociés .
>> De nos jours , dit l'Auteur,un grand
>> Roi , dont les qualités bienfaiſantes
- > honorent encore plus l'humanité que
>> le Trône , n'a pas dédaigné de devenir
» Membre de ceste Académie ſous le
>> nom d'Eutimio - Allifireo ; & de la mê-
>> me main dont il tient le ſceptre , ſym-
» bole du bonheur de ſes Peuples , il
>> aime quelquefois à faire uſage de la
>>houlette des Arcades &de la plume
>> des Muſes.
A l'occaſion de l'Académie des Arcades
de Rome , qui a fondé quarantetrois
Colonies dans les principales Villes
d'Italie , avec leſquelles elle entretient
une correfpondance littéraire , l'Auteur
entre dans un enthouſiaſme de zéle digne
d'unvrai Académicien.
>> Que ne puiſſions-nous , dit-il ,
>> voir éxécuter en France un projet di-
>> gne d'être ſuivi ; les Académies de Pa-
>> ris adopter celles des Provinces , diri-
>>ger leurs travaux , juger leurs ouvra-
» ges , épurer leur goût, exciter leur
>>émulation! Quels avantages n'en retireroient
pas les Lettres & les Scien-
>> ces ? Les Académies des Provinces re-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
>>doubleroient leurs efforts pour mériter
>>les fuffrages & la confiance de ceux
» qu'ils reconnoîtroient pour leurs maî-
>> tres & pour leurs modéles ; ces maî-
>> tres trouveroient quelquefois dans les
>> Ecrits de leurs Diſciples , des germes
» d'idées neuves & d'heureuſes décou-
» vertes , dont ils pourroient profiter ;
»& qui , faute d'être fécondés , reſtent
>>>enfouis dans l'obſcurité de la Provin-
» ce. Les Académies de Paris ont déja
>> rempli une partie de ce projet par
>> quelques aſſociations d'Académies de
>> Provinces qui leur payent annuelle-
>> ment un tribut , & par les correfpon-
>>dans régnicoles qu'ils s'aſſocient. J'é-
>> tends plus loin une idée qui me flate
>»>&qui doit flater tout homme ſenſi-
>>ble à la gloire des Lettres& des Scien-
>> ces : pourquoi une correfpondance
>>générale & réciproque n'unit- elle pas
» les Académies des Provinces ? Pour-
>>quoi n'eft- elle pas encore établie entre
>> toutes les Académies de l'Europe ?
» Elles ſont compofées de l'élite des Su-
>>>jets de la République des Lettres ; le
» même zéle & le même eſprit ne doit-
» il pas les animer pourſa gloire ?
Dans la ſuite de ſon Ouvrage , M. de
Ruffey s'attache principalement aux
JUIN. 1763 . 127
Académies des Sciences qu'il regarde
comme les plus utiles; il fait mention de
celle des Lincei de Rome , à laquelle ,
ſuivant quelques Auteurs , on doit l'invention
du Microſcope ; de l'Académie
del Cimento de Florence , qu'il regarde
comme mère de la Phyſique expérimentale
: de l'Inſtitut de Boulogne , dont la
célébrité a prèſqu'égalé celle des Académie
de Paris & de Londres. Il vient enfuite
aux Académies remarquables par
quelques fingularités ; Milan , Crémone,
Boulogne en ont eu où l'on ne recevoit
que des Gentilshommes : il s'en eſt formé
une à Sienne toute compoſée de Dames.
On faifit ici l'occaſion d'applaudir
à l'uſage des Italiens qui les admettent
dans leurs Académies,&de blâmer le
préjugé des François qui les en exclut
ufage auquel on a cependant dérogé dans
quelques Provinces. On n'oublie pas
même une Académie burleſque de la
Taverne à Ancône , où tout ſe reſſentoit
du but de ſon Inſtitution ; une Académie
de Satyres établie à Rome par le CavalierMarin;
mais bientôt ſupprimée par
autorité du Pape Clément VIII : enfin ,
une Académie d'impiété , fur laquelle
l'Auteur fait l'obſervation ſuivante. » Par
>>un abus criminel des talens académi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
» ques , en 1545 , une Société compo-
>>fée à Vicence de 40 perſonnes de dif-
>> tinction , oſa atraquer la Religion ;
>> elle futle berceau du Socinianiſme; les
>> Traités qu'on y bfoit contre les My-
>>tères les plus facrés , allarmèrent le Sé-
>> nat de Venife ; il décréta ces Acadé-
>> miciens , dont deux , Jules Trevifano
» & François de Rugo , furent arrêtés ,
>> condamnés à mort& étouffés : les au-
>> tres , ayant à leur tête Lelio Şocin ,
>>s'échappèrent pour aller répandre en
>>Pologne le venin de leur héréfie.
Après avoir parlé de l'Académie de
Cortone , uniquement conſacrée à l'étude
des Antiquités , M. de Ruffey finit
la première partie de ſon Hiſtoire par
une réfléxion fur la cauſe du grand nombre
des Académies en Italie , qu'il attribue
à la multitude de Souverains & des
Princes qui s'y trouvent. » Pacifiques
>> par le peu d'étendue de leurs Etats ,
>> ils ſe ſont à l'envi diſputé la gloire de
>> fonder & de protéger des Acadé-
>>mies ; les Papes & les Cardinaux ont
>>voulu partager cette gloire ; & , par
>> un heureux événement, la fatisfaction
>>de leur amour-propre a tourné à l'a-
>>>vantage de la République des Lettres ,
>>>au progrès des Sciences & des Arts
JUIN. 1763 . 129
>> qui ne fleuriront jamais que dans les
» Pays où les Scavans & les Artiſtes
>> trouveront la protection & la confi-
>> dération qu'ils croyent mériter.
Cette lecture fut fuivie de l'Eloge Hiftorique
defeu M. Jolyot de Crébillon , de
l'Académie Françoise ; prononcé par
M. Michault , qui te propoſe de le publier
inceffamment.
M. Guyot lut un Diſcoursfur les Avantages
de l'Adverfué. Ce Sujet qui ſemble
d'abord préſenter un paradoxe , devient
néanmoins utile & intéreſſant par la manière
dont l'Auteur l'a traité. En effet ,
ſi l'adverſité nous donne une parfaite
connoiffance de nous -mêmes & de ceux
avec qui nous vivons ; fi ce te connoilfance
peut nous conduire à la vertu & à
l'héroïſme , le paradoxe tombe ; & fur
ſes débris s'élévent les avantages réels de
l'adverſité .
La connoiffance de ſoi-même eſt la
Science la plus néceſſaire à l'homme ,
& peut- être , malheureuſement , celle
qu'il néglige le plus. Entraîné par le
torrent des paffions , livré fans ceſſe à
l'impreſſion des objets étrangers , il femble
ignorer la nobleſſe de ſon origine &
l'importance de ſes devoirs : la profpérité
l'aveugle ; dansle tourbillon de la
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
fortune , il oublie ſes ſemblables , il
s'oublie lui-même : les flateurs applaudiffent
à ſes caprices , louent ſes ridicules
, encenſent ſes défauts & ſes vices ;
l'adulation le plonge dans une forte d'ivreffe.
Le bonheur trop conftant d'Alexandre
n'a- t- il pas fait de ce Prince né
vertueux , un impie , un tyran , un parricide
? Il força la terre à le reconnoître
pour un Dieu; il a fouillé ſa gloire par
les meurtres de Parménion & de Clitus.
La France conſervera toujours le fouvenir
de fa félicité & de ſa ſplendeur
ſous le régne de Henri le Grand: la Lorraine
, PUnivers admirent Stanislas.
Princes éprouvés par l'adverſité pour le
bonheur des Peuples & l'inſtruction des
Souverains , vos noms auguſtes forment
une démonstration lumineuſe de ſes
avantages ! Vos malheurs donnèrent le
plus haut degré de perfection à vos vertus
: quelle bienfaiſance , quelle magnanimité
! On ne sçauroit contempler vos
buſtes ou prononcer vos noms , fans ſe
ſentir pénétré d'amour & de reſpect.
La vie , pour appliquer ici ce beau
versd'un Auteur moderne , la vie n'eſt
Qu'un mélange mobile & d'ombre & de lumière.
L'éclat de la proſpérité ne ſert le plus:
JUIN. 1763 . 131
,
ſouvent qu'à éblouir l'homme. L'ombre
& les nuages que répand l'adverſité
renferment dans leur ſein cette vive lumière
qui doit l'éclairer & le guider. Le
moment de l'éclipſe du bonheur eſt
prèſque toujours celui où la vérité brille
avec plus d'éclat. L'homme heureux
qui ceſſe de l'être , peut être comparé
à ces Acteurs qui , dans l'enthouſiaſme
du jeu théâtral, ſe perfuadent qu'ils font
des Héros ; mais qui , après avoir quitté
le cothurne , ſe retrouvent tels qu'ils
étoient avant que de monter ſur la
Scène.
C'eſt à l'aide d'une profonde Métaphyſique
, que M. Guyot recherche encore
les illufions de l'homme heureux
par rapport à ceux qui l'environnent.
On a ſouvent dit que l'un des malheurs
inſéparables de la condition des
Rois , étoit de ne pouvoir goûter les
douceurs de l'amitié ou les plaiſirs de
l'Amour , avec la certitude d'être parfaitement
aimés ; parce qu'il eſt toujours
à craindre que l'attachement qu'on
leur marque , ne regarde plus le Trône
que la perſonne. L'Auteur , en parcou
rant depuis le Sceptre juſqu'à la Houlette
, toutes les erreurs où la proſpérité
jerte les hommes , établit avec le
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE .
même force le ſecond avantage de l'adverſité
, qui conſiſte à percer le voile
qui cache les refforts du coeur humain,
à pénétrer les véritables ſentimens de
ceux qui nous cultivoient dans le bonheur
, à découvrir enfin les ruſes de
l'intérêt& de l'amour-propre , cesdeux
puiſſances qui déterminent prèſque
toutes les actions de la Société civile.
La Séance a été terminée par une
differtation de M. Marét l'aîné , dans
laquelle il examine quel eft celui des
Sens qui s'éteint le dernier dans l'homme
? la conſtitution & l'excellence des
fonctions de l'oreille , lui font préfumer
que c'eſt l'ouie. Non seulement
l'expérience rend cette opinion probable
, mais pluſieurs coutumes particulières
de différens Peuples ſemblent
annoncer que cette vérité , aujourd'hui
ſi négligée , a cependant été connue.
Après avoir eſſayé dans une digreffion
Métaphysique , d'établir la prééminence
de l'ouie fur la vue , l'Académicien
prouve par une expoſition Anatomique
de l'oreille , & far plufieurs exemples
de perſonnes que des maladies avoient
privées en apparence de l'uſage de leurs
fens & qui cependant confervoient celui
de l'ouie , que l'oreille eſt de tous
JUIN. 1763 . 133
les organes celui dont les fonctions ſe
foutiennent dans l'homme avec plus de
vigueur & plus longtemps. M. Maret
trouve un témoignage authentique de
cette vérité dans les conclamations que
faifoient quelques anciens Peuples , &
qui font encore pra iquées dans certaines
contrées de l'Afie & de l'Amérique .
Les cérémonies même obſervées aux
obſéques des Papes & de nos Rois , lui
font croire qu'on a prèſque toujours
été perfuadé que le ſens de l'ouie fubfifte
le dernier dans l'homme. Au reſte ,
cette vérité eſt peut - être d'une plus
grande importance qu'on ne le penſe
communément , puiſqu'elle nous offre
des ſecours éfficaces dans les cruelles
circonstances où se trouvent quelquefois
des perſonnes qui nous font chères .
C'eſt ce qui engagea le Médecin dont
Horace fait mention , à employer le fon
de l'or pour tirer l'avare Opimius de fa
léthargie. Dans tous les états n'y a- t- il
pas l'objet fenfible dont on peut frapper
l'oreille d'un malade pour le tirer du
plus profond afſoupiffement ? D'ailleurs
ſans s'arrêter précisément aux avantages
qu'on auroit lieu d'eſpérer par rapport
à la ſanté en ranimant le principe vital,
Fhumanité & la Religion ne nous font134
MERCURE DE FRANCE.
elles pas un devoir de ménager la ſenſibilité
des malheureux que nous voyons
lutter avec la mort , de ne jamais ceffer
de les conſoler , & de s'attacher continuellement
& juſqu'au dernier foupir , à
leur inſpirer les ſentimens néceſſaires
dans une poſition auſſi terrible ?
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles - Lettres de
DIJON , tenue dans la Salle de l'Hôtel-
de-Ville , le Mercredi 8 Décembre
1762 .
L'ACADÉMIE érant dans l'uſage d'expofer
publiquement à la fin de chaque
année , le tableau de ſes opérations littéraires
; le Secrétaire perpétuel ouvrit la
Séance par un détail hiſtorique des différens
Sujets qui avoient exercé la plume
des Académiciens. Trois genresde
Sciences , dit- il , fixent en quelque forte
les objets de nos travaux Académiques
: la Phyſique & les Arts; la Médecine
& les branches éffentielles qui lui
appartiennent ; l'Hiſtoire & les Belles-
Lettres . Parcourons dans ces trois claffes
les divers ouvrages dont la lecture
JUIN. 1763. 115
a rempli nos féances pendant le cours de
l'année.
Dans le régne végétal, la Nature offre
ſouvent au Phyſicien des Phénomènes
qui piquent ſa curiofité ſans éclairer fon
efprit. Pour découvrir la vérité , il ne
faut jamais la perdre de vue ; & le plus
sûr moyen d'y atteindre , c'eſt de s'en
approcher lentement. Telle eſt la méthode
que fuit M. Daubenton dans l'étude
de la Botanique : ſes Obfervations
fur la culture des arbres mille fois répétées
avec la même éxactitude , lui procurent
tous les jours de nouvelles découvertes.
Dans un Mémoirefur le Platane
, dont il a fait la lecture à l'Académie
, il donne la manière d'élever cet
arbre ; il nous fait connoître ſes différentes
eſpèces , ſes variétés, ſes qualités&
ſes u ages.
M. Michault , en conſidérant la Nature
dans l'étendue de ſes trois régnes ,
y recherche les fautes&les erreurs qu'on
lui impute. On s'imagine , dit- il , lorfqu'elle
paroît manquer à l'uniformité
de ſes loix , qu'on a des caprices à lui
reprocher ; & c'eſt ce que nous appellons
, mais improprement , les jeux de
la Nature. Notre ignorance à l'égard de
fon Mechaniſme & de la plupart de fes
116 MERCURE DE FRANCE .
!
Phénomènes , doit rendre les Phyficiens
attentifs dans leurs recherches , timides
dans leurs conjonctures , & circonfpects
dans leurs jugemens. Dans l'éxamen de
la Nature , défions-nous de la chaleur de
notre eſprit & de lafoibleſſe de nos ſens .
Ses prétendus caprices fe rapportent à
tout ce que le mouvement local , en s'oppofant
à l'éxécution de ſes loix fondamentales
, peut y produire de merveilleux.
L'Auteur termine cet éſſai par l'énumération
des chefs-d'oeuvres de l'Art
qui imitent certains jeux de la Nature.
Dans une autre Differtation , & fur
un plan à-peu-près ſemblable , le même
Académicien tâche d'expliquer phyfiquement
ce que le Peuple regarde comme
des prodiges dans les pluies extraordinaires.
On ne connoît , felon M. Michault
, les cauſes naturelles & les effets
des Météores , que relativement aux modifications
de la matière terrestre. C'eſt
ce qui faifoit imaginer au Père Kirker,
que tous les Phénomènes de la moyenne
région ſe répétent dans les gouffres
& les abîmes de la terre. Lorſque les objets
ne font point à la portée de nos fens;
nous ſubſtituons les conjectures aux
Obſervations , nous ofons juger des
procédés de la Nature par des fuppofi
JUIN. 1763 . 117
tions ; quoique tous les jours de nouveaux
événemens démentent les hypotheſes
& renverſent les ſyſtemes. Le
Philoſophe qui ne fait que deviner les
cauſes phyſiques , peut donc également
ſe tromper fur les effets ſenſibles , comme
celui qui ne connoît ni les uns ni les
autres . M. Michault ſe propoſe d'attaquer
dans ce Mémoire , la plupart des
paradoxes &des opinions ridicules qu'on
a oſé répandre à ce ſujet : ileſſaye de détruire
par des explications phyſiques ,
les érreurs populaires concernant quelques
minéraux , certaines matières végétales
, & même différens animaux
qu'on croit être tombés du Ciel.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettant
pas de repréſenter exactement
ici tous les travaux de l'Académie , nous
pafferons rapidement d'une matière à
l'autre.
Dans la Médecine , dont les maladies
du corps humain font l'objet , on obferve
, on traite , on guérit. Cet art ſi
précieux à l'homme , eſt un labyrinthe
où l'on s'égareroit infailliblement , fi
l'on ne portoit dans ſes routes obfcures ,
le flambeau de la Phyſique , le feu d'Hermès
& le fer de Véſale . C'eſt dans ces
trois points de vue,que le Secrétaire con
118 MERCURE DE FRANCE.
fidère les Ouvrages Académiques concernant
cette Science. Après avoir jetté
un coup d'oeil ſur les procédés chymiques
& fur les obfervations anatomiques;
l'Hiftoire de la Chirurgie , dit- il ,
eſt malheureuſement jointe à celle de
nos infirmités & de nos maux. Il ſemble
que dans le corps humain , la Nature ait
voulu en quelque forte repréſenter ſes
trois régnes : les polypes , comme les
plantes , y germent , y croiffent , y végétent
: les vers y naiſſent , y vivent ,
s'y régénérent : les minéraux s'y forment
, s'y augmentent , s'y multiplient.
La pietre qui cauſe des douleurs fi
cruelles ne peut être tirée de la veffie
que par une opération plus cruelle
encore. S'il faut au Chirurgien une
grande fermeté d'âme pour faire cette
opération ; quel courage ne faut - il
pas au maladepour s'y expofer ? Diſons
plus, quel héroïfſme , lorſque l'art éxige
qu'elle s'éxécute en deux temps ? C'eſt
l'objet d'un Mémoire de M. Marétl'ainé
furles Avantages de différer l'extraction
de la pierre. Après l'inciſion par laquelle
on a commencé d'ouvrir une iſſue , on
nedoit pas toujours pratiquer la taille en
deux temps ; mais il eſt ſouvent auffi des
cas où l'on ne peut ſe diſpenſer de re-
,
JUIN. 1763. 119
courir à cette méthode ſans expofer la
vie du malade. Les raiſons ſur leſquelles
M. Marét appuie ſon ſentiment , font
confirmées tant par fes propres obfervations
, ſa longue expérience & fes fuccès
, que par des faits de pratique inférés
dans les écrits de pluſieurs Lithotomiſtes
. L'Auteur fouhaite en terminant
fon Ouvrage , que déſormais le Chirurgien
ne croye plus ſa réputation intéreſſée
à tailler en deux temps ; & que le
Public fufpende fon jugement fur des
objets qui font quelquefois hors de la
ſphère de ſes connoiffances .
L'Hiftoire & les Belles -Lettres n'ont
pas fourni à l'Académie une récolte
moins abondante : pluſieurs de nos Académiciens
nous ont auſſi préſenté des
fleurs& des fruits du Parnaſſe. Le Secrétaire
, après avoir expoſé les Sujets
qui ont été traités dans ces différens genres
, termine ainſi ce difcours pittorefque.
Enfin , M. l'Evêque de Troyes ,
dans une Piéce en vers qui contient quelques
réfléxions d'un Philoſophe ſur les
charmes de ſa ſolitude , nous a prouvé
qu'avec la même plume dont il trace des
morceaux de la plus fublime éloquence ,
il ſçait employer le plus vif coloris de la
Poëſie pour peindre les délices de la vie
champêtre.
120 MERCURE DE FRANCE.
M. le Préſident de Ruffey lut enſuite
un Effai Historique fur les Académies.
L'Hiftoire des Académies eſt auſſi intéreffante
pour les Gens de Lettres , que
l'eſt l'Histoire d'une Nation pour les
Peuples qui la compoſent. M. l'Abbé
d'Olivet avoit promis cet Ouvrage au
Public : quelques Académies en ont
tracé de légères eſquiſſes , & d'ailleurs
nous avons déja pluſieurs Hiſtoires particulières
de ces Compagnies ſcavantes ;
mais juſqu'ici , perſonne n'avoit encore
travaillé à en faire un corps d'Hiſtoire
générale. M. le Président deRuffey a vu
fans être éffrayé , toute l'étendue de la
matière : il a partagé fon Sujet en trois
parties deſtinées aux lectures de l'Académie
dans ſes Séances publiques. La
première traite des Académies d'Italie ;
la feconde , de celles de France ; la troifiéme
, des Académies étrangères. Mais ,
pour ſe prêter à l'abondance du Sujet , il
ſe propoſe de ſuppléer par des Notes
hiſtoriques & critiques , aux détails intéreſſans
qui ne pourront entrer dans
ces Difcours Académiques.
Dans ſa première partie , l'Auteur remonte
àl'origine des Sciences : la curiofité
eft , felon lui , le premier mobile
qui porte l'eſprit à les cultiver. L'Egypte
en
JUIN. 1763 . 121
en
en fut le berceau ; tranſportées dans la
Gréce , elles y parvinrent au plus haut
degré de perfection & de gloire : les Philoſophes
& lesSçavans ſe raſſemblèrent ,
pour difcourir fur les Sciences , dans la
maiſon d'Academus , Citoyen d'Athènes
; la poſtérité a donné fon nom à tou
tes les Sociétés de Sçavans , de Gens de
Lettres & d'Artiſtes, qui ſe ſont formées
dans la fuite. >> Rome , ce font les pro-
>> pres termes de l'Académicien ,
>>parlant du paſſage des Sciences & des
>>Arts de la Gréce en Italie , Rome doit
>> mettre au nombre de ſes plus glorieu-
>>>ſes conquêtes,celle qu'elle fit des Scien
>> ces & des Arts en les tranſportant
> dans ſon ſein avec les Philoſophes &
>>>les Artiſtes de la Gréce ſubjuguée. Le
>>tumulte des armes & des féditionsdans
>>lequel elle avoit vécu depuis fon ori-
>> gine , avoit plongé l'eſprit de ſes Ci-
>>toyens dans l'ignorance & la fuperfti-
>>>tion ; & cette Maîtreffe de l'Univers
>>étoit plus barbare que les Peuples mê
>>mes à qui elle donnoit ce nom. La
>> férocité des vertus guerrières
>>amour aveugle de la patrie , une am-
>> bition démeſurée , tenoient lieu aux,
• Romains de goût , de Sciences & de
>> talens. Mais bientôt , tout changea de
F
,
un
122 MERCURE DE FRANCE.
>>face; les Romains apprirent aifément
des Nations vaincues à jouir des com-
"modités de la vie : les Arts ornèrent
>>>& élevèrent leurs temples& leurs mo-
>>>numens publics ; leurs maiſons furent
>>transformées en Palais ; l'éloquence ſe
fit entendre au barreau ; il parut des
>>Historiens dignes de Rome; il naquit
des Poëtes dignes de chanter les louan-
>> ges des Dieux &des Héros.
Après ce Préliminaire , l'Auteur entreen
matière & fait mention d'une Aca .
démie célébre établie à Rome par Augufte
; d'une autre fondée plus anciennement
à Marseille; de celle de Lyon
qui faiſoit la terreur des mauvais Auteurss
,, que l'on condamnoit à effacer
leurs Ouvrages avec la langue , ou à être
précipités dans le Rhône.
La décadence des Sciences qui ſuivit
celle de l'Empire Romain , introduifit
lignorance &la barbarie quidéſolèrent
pendant plus de neuf fiécles la face de
PUnivers. L'Auteur parcourtrapidement
cet interrégne des Sciences, où il découvre
dans des aſſemblées ſous Charlemagne
, dans les cours d'amour des Comtes
de Provence dans Fétabliſſement des
jeux floraux de Toulouſe en 1324 , des
préſages des Académies qui devoient ſe
JUIN. 1763. 123
former un jour. M. de Ruffey s'exprime
ainfi fur le renouvellement des Sciences.
>>Enfin arriva le temps heureux de cette
>>fameuſe révolution qui ramena en
> Europe les Muſes fugitives ; qui fir
>>renaître les Lettres & les Arts : par ſes
>>progrès rapides , on vit le ſçavoir fuc-
>céder à l'ignorance , la politeſſe à la
>>barbarie , la religion à la ſuperſtition .
>>Pluſieurs cauſes contribuerent a opé-
> rer ce changement:la priſe deConſtan-
>>tinople en 1453 , obligea les Sçavans
»de la Gréce à ſe retirer en Italie ; l'ac-
>>cueil favorable que leur firent lesMé-
» dicis les fixa dans ce Pays. Laurent
>> de Médicis & fon fils le Pape Léon X,
» pleins de grandes vues & de zéle pour
» leur patrie , n'épargnèrent rien pour
>rendre le commerce de ces Grecs uti-
» les à l'Italie ; s'immortaliſerent en pro-
>> tégeant les Sciences & les Arts , &
donnèrent à tous les Princes le modèle
>> d'un nouveau genre de gloire , qui les
>> conduit plus sûrement à l'immortalité
> que les plus brillantes conquêtes. L'in-
>> vention de l'Imprimerie , en multi-
-pliant les fources de la Science , con-
>>tribua à ſeconder leur projet , & à en
>affurer le ſuccès,
M. de Ruffey nous apprend que la
1
Fij
135
124 MERCURE DE FRANCE .
première Académie fut établie à Naples
en 1470 , par Antoine de Palerme , Secrétaire
du Cabinet d'Alphonse V , Roi
d'Arragon & de Naples ; & la feconde ,
à Florence ſous la protection des Médicis
. Depuis ce temps juſqu'à nos
jours , l'Italie a vu naître dans ſon ſein
une infinité d'Académies qui ont cultivé
tous les genres de Sciences , d'Arts
& de Littérature ; on en a compté plus
de 500 , dont pluſieurs ne ſubſiſtent
plus.
L'Auteur attribue au mauvais goût du
XV & du XVIe fiécle , les noms bifarres
de ces différentes ſociétés : il remarque
que les premières étoient compofées
d'un mêlange de Sçavans & de Cavaliers;
&que les Joûtes & lesTournois faifoient
partie de leurs éxercices ; que l'on combattoit
pour l'honneur des Académies
comme pour celui des Dames.
La plupart de ces Sociétés n'exigeant
aucun détail , l'Auteur ſe borne à ne
parler que de celles qui ont eu de la celebrité;
telles que l'Académie de la Crufca
, établie en 1582 pour polir la langue
Italienne , & qui a fervi de modéle à
l'Académie Françoiſe & à l'Académie
Eſpagnole : l'Académie des Arcades ,
dontl'objet principal fut la réformation
JUIN. 1763. 125
du goût ; & à laquelle les Princes , les
Rois , les Papes même s'emprefferent
d'être afſociés .
>> De nos jours , dit l'Auteur,un grand
>> Roi , dont les qualités bienfaiſantes
- > honorent encore plus l'humanité que
>> le Trône , n'a pas dédaigné de devenir
» Membre de ceste Académie ſous le
>> nom d'Eutimio - Allifireo ; & de la mê-
>> me main dont il tient le ſceptre , ſym-
» bole du bonheur de ſes Peuples , il
>> aime quelquefois à faire uſage de la
>>houlette des Arcades &de la plume
>> des Muſes.
A l'occaſion de l'Académie des Arcades
de Rome , qui a fondé quarantetrois
Colonies dans les principales Villes
d'Italie , avec leſquelles elle entretient
une correfpondance littéraire , l'Auteur
entre dans un enthouſiaſme de zéle digne
d'unvrai Académicien.
>> Que ne puiſſions-nous , dit-il ,
>> voir éxécuter en France un projet di-
>> gne d'être ſuivi ; les Académies de Pa-
>> ris adopter celles des Provinces , diri-
>>ger leurs travaux , juger leurs ouvra-
» ges , épurer leur goût, exciter leur
>>émulation! Quels avantages n'en retireroient
pas les Lettres & les Scien-
>> ces ? Les Académies des Provinces re-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
>>doubleroient leurs efforts pour mériter
>>les fuffrages & la confiance de ceux
» qu'ils reconnoîtroient pour leurs maî-
>> tres & pour leurs modéles ; ces maî-
>> tres trouveroient quelquefois dans les
>> Ecrits de leurs Diſciples , des germes
» d'idées neuves & d'heureuſes décou-
» vertes , dont ils pourroient profiter ;
»& qui , faute d'être fécondés , reſtent
>>>enfouis dans l'obſcurité de la Provin-
» ce. Les Académies de Paris ont déja
>> rempli une partie de ce projet par
>> quelques aſſociations d'Académies de
>> Provinces qui leur payent annuelle-
>> ment un tribut , & par les correfpon-
>>dans régnicoles qu'ils s'aſſocient. J'é-
>> tends plus loin une idée qui me flate
>»>&qui doit flater tout homme ſenſi-
>>ble à la gloire des Lettres& des Scien-
>> ces : pourquoi une correfpondance
>>générale & réciproque n'unit- elle pas
» les Académies des Provinces ? Pour-
>>quoi n'eft- elle pas encore établie entre
>> toutes les Académies de l'Europe ?
» Elles ſont compofées de l'élite des Su-
>>>jets de la République des Lettres ; le
» même zéle & le même eſprit ne doit-
» il pas les animer pourſa gloire ?
Dans la ſuite de ſon Ouvrage , M. de
Ruffey s'attache principalement aux
JUIN. 1763 . 127
Académies des Sciences qu'il regarde
comme les plus utiles; il fait mention de
celle des Lincei de Rome , à laquelle ,
ſuivant quelques Auteurs , on doit l'invention
du Microſcope ; de l'Académie
del Cimento de Florence , qu'il regarde
comme mère de la Phyſique expérimentale
: de l'Inſtitut de Boulogne , dont la
célébrité a prèſqu'égalé celle des Académie
de Paris & de Londres. Il vient enfuite
aux Académies remarquables par
quelques fingularités ; Milan , Crémone,
Boulogne en ont eu où l'on ne recevoit
que des Gentilshommes : il s'en eſt formé
une à Sienne toute compoſée de Dames.
On faifit ici l'occaſion d'applaudir
à l'uſage des Italiens qui les admettent
dans leurs Académies,&de blâmer le
préjugé des François qui les en exclut
ufage auquel on a cependant dérogé dans
quelques Provinces. On n'oublie pas
même une Académie burleſque de la
Taverne à Ancône , où tout ſe reſſentoit
du but de ſon Inſtitution ; une Académie
de Satyres établie à Rome par le CavalierMarin;
mais bientôt ſupprimée par
autorité du Pape Clément VIII : enfin ,
une Académie d'impiété , fur laquelle
l'Auteur fait l'obſervation ſuivante. » Par
>>un abus criminel des talens académi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
» ques , en 1545 , une Société compo-
>>fée à Vicence de 40 perſonnes de dif-
>> tinction , oſa atraquer la Religion ;
>> elle futle berceau du Socinianiſme; les
>> Traités qu'on y bfoit contre les My-
>>tères les plus facrés , allarmèrent le Sé-
>> nat de Venife ; il décréta ces Acadé-
>> miciens , dont deux , Jules Trevifano
» & François de Rugo , furent arrêtés ,
>> condamnés à mort& étouffés : les au-
>> tres , ayant à leur tête Lelio Şocin ,
>>s'échappèrent pour aller répandre en
>>Pologne le venin de leur héréfie.
Après avoir parlé de l'Académie de
Cortone , uniquement conſacrée à l'étude
des Antiquités , M. de Ruffey finit
la première partie de ſon Hiſtoire par
une réfléxion fur la cauſe du grand nombre
des Académies en Italie , qu'il attribue
à la multitude de Souverains & des
Princes qui s'y trouvent. » Pacifiques
>> par le peu d'étendue de leurs Etats ,
>> ils ſe ſont à l'envi diſputé la gloire de
>> fonder & de protéger des Acadé-
>>mies ; les Papes & les Cardinaux ont
>>voulu partager cette gloire ; & , par
>> un heureux événement, la fatisfaction
>>de leur amour-propre a tourné à l'a-
>>>vantage de la République des Lettres ,
>>>au progrès des Sciences & des Arts
JUIN. 1763 . 129
>> qui ne fleuriront jamais que dans les
» Pays où les Scavans & les Artiſtes
>> trouveront la protection & la confi-
>> dération qu'ils croyent mériter.
Cette lecture fut fuivie de l'Eloge Hiftorique
defeu M. Jolyot de Crébillon , de
l'Académie Françoise ; prononcé par
M. Michault , qui te propoſe de le publier
inceffamment.
M. Guyot lut un Diſcoursfur les Avantages
de l'Adverfué. Ce Sujet qui ſemble
d'abord préſenter un paradoxe , devient
néanmoins utile & intéreſſant par la manière
dont l'Auteur l'a traité. En effet ,
ſi l'adverſité nous donne une parfaite
connoiffance de nous -mêmes & de ceux
avec qui nous vivons ; fi ce te connoilfance
peut nous conduire à la vertu & à
l'héroïſme , le paradoxe tombe ; & fur
ſes débris s'élévent les avantages réels de
l'adverſité .
La connoiffance de ſoi-même eſt la
Science la plus néceſſaire à l'homme ,
& peut- être , malheureuſement , celle
qu'il néglige le plus. Entraîné par le
torrent des paffions , livré fans ceſſe à
l'impreſſion des objets étrangers , il femble
ignorer la nobleſſe de ſon origine &
l'importance de ſes devoirs : la profpérité
l'aveugle ; dansle tourbillon de la
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
fortune , il oublie ſes ſemblables , il
s'oublie lui-même : les flateurs applaudiffent
à ſes caprices , louent ſes ridicules
, encenſent ſes défauts & ſes vices ;
l'adulation le plonge dans une forte d'ivreffe.
Le bonheur trop conftant d'Alexandre
n'a- t- il pas fait de ce Prince né
vertueux , un impie , un tyran , un parricide
? Il força la terre à le reconnoître
pour un Dieu; il a fouillé ſa gloire par
les meurtres de Parménion & de Clitus.
La France conſervera toujours le fouvenir
de fa félicité & de ſa ſplendeur
ſous le régne de Henri le Grand: la Lorraine
, PUnivers admirent Stanislas.
Princes éprouvés par l'adverſité pour le
bonheur des Peuples & l'inſtruction des
Souverains , vos noms auguſtes forment
une démonstration lumineuſe de ſes
avantages ! Vos malheurs donnèrent le
plus haut degré de perfection à vos vertus
: quelle bienfaiſance , quelle magnanimité
! On ne sçauroit contempler vos
buſtes ou prononcer vos noms , fans ſe
ſentir pénétré d'amour & de reſpect.
La vie , pour appliquer ici ce beau
versd'un Auteur moderne , la vie n'eſt
Qu'un mélange mobile & d'ombre & de lumière.
L'éclat de la proſpérité ne ſert le plus:
JUIN. 1763 . 131
,
ſouvent qu'à éblouir l'homme. L'ombre
& les nuages que répand l'adverſité
renferment dans leur ſein cette vive lumière
qui doit l'éclairer & le guider. Le
moment de l'éclipſe du bonheur eſt
prèſque toujours celui où la vérité brille
avec plus d'éclat. L'homme heureux
qui ceſſe de l'être , peut être comparé
à ces Acteurs qui , dans l'enthouſiaſme
du jeu théâtral, ſe perfuadent qu'ils font
des Héros ; mais qui , après avoir quitté
le cothurne , ſe retrouvent tels qu'ils
étoient avant que de monter ſur la
Scène.
C'eſt à l'aide d'une profonde Métaphyſique
, que M. Guyot recherche encore
les illufions de l'homme heureux
par rapport à ceux qui l'environnent.
On a ſouvent dit que l'un des malheurs
inſéparables de la condition des
Rois , étoit de ne pouvoir goûter les
douceurs de l'amitié ou les plaiſirs de
l'Amour , avec la certitude d'être parfaitement
aimés ; parce qu'il eſt toujours
à craindre que l'attachement qu'on
leur marque , ne regarde plus le Trône
que la perſonne. L'Auteur , en parcou
rant depuis le Sceptre juſqu'à la Houlette
, toutes les erreurs où la proſpérité
jerte les hommes , établit avec le
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE .
même force le ſecond avantage de l'adverſité
, qui conſiſte à percer le voile
qui cache les refforts du coeur humain,
à pénétrer les véritables ſentimens de
ceux qui nous cultivoient dans le bonheur
, à découvrir enfin les ruſes de
l'intérêt& de l'amour-propre , cesdeux
puiſſances qui déterminent prèſque
toutes les actions de la Société civile.
La Séance a été terminée par une
differtation de M. Marét l'aîné , dans
laquelle il examine quel eft celui des
Sens qui s'éteint le dernier dans l'homme
? la conſtitution & l'excellence des
fonctions de l'oreille , lui font préfumer
que c'eſt l'ouie. Non seulement
l'expérience rend cette opinion probable
, mais pluſieurs coutumes particulières
de différens Peuples ſemblent
annoncer que cette vérité , aujourd'hui
ſi négligée , a cependant été connue.
Après avoir eſſayé dans une digreffion
Métaphysique , d'établir la prééminence
de l'ouie fur la vue , l'Académicien
prouve par une expoſition Anatomique
de l'oreille , & far plufieurs exemples
de perſonnes que des maladies avoient
privées en apparence de l'uſage de leurs
fens & qui cependant confervoient celui
de l'ouie , que l'oreille eſt de tous
JUIN. 1763 . 133
les organes celui dont les fonctions ſe
foutiennent dans l'homme avec plus de
vigueur & plus longtemps. M. Maret
trouve un témoignage authentique de
cette vérité dans les conclamations que
faifoient quelques anciens Peuples , &
qui font encore pra iquées dans certaines
contrées de l'Afie & de l'Amérique .
Les cérémonies même obſervées aux
obſéques des Papes & de nos Rois , lui
font croire qu'on a prèſque toujours
été perfuadé que le ſens de l'ouie fubfifte
le dernier dans l'homme. Au reſte ,
cette vérité eſt peut - être d'une plus
grande importance qu'on ne le penſe
communément , puiſqu'elle nous offre
des ſecours éfficaces dans les cruelles
circonstances où se trouvent quelquefois
des perſonnes qui nous font chères .
C'eſt ce qui engagea le Médecin dont
Horace fait mention , à employer le fon
de l'or pour tirer l'avare Opimius de fa
léthargie. Dans tous les états n'y a- t- il
pas l'objet fenfible dont on peut frapper
l'oreille d'un malade pour le tirer du
plus profond afſoupiffement ? D'ailleurs
ſans s'arrêter précisément aux avantages
qu'on auroit lieu d'eſpérer par rapport
à la ſanté en ranimant le principe vital,
Fhumanité & la Religion ne nous font134
MERCURE DE FRANCE.
elles pas un devoir de ménager la ſenſibilité
des malheureux que nous voyons
lutter avec la mort , de ne jamais ceffer
de les conſoler , & de s'attacher continuellement
& juſqu'au dernier foupir , à
leur inſpirer les ſentimens néceſſaires
dans une poſition auſſi terrible ?
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Résumé : ACADÉMIES. SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville, le Mercredi 8 Décembre 1762.
Le 8 décembre 1762, l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon a présenté ses travaux annuels, divisés en trois sections : physique et arts, médecine, et histoire et belles-lettres. En botanique, M. Daubenton a traité de la culture des arbres, tandis que M. Michault a abordé les 'jeux de la Nature'. En médecine, l'Académie a étudié les maladies humaines et les traitements chirurgicaux, avec un accent particulier sur l'extraction des calculs rénaux, en soulignant l'importance de la physique et de l'anatomie. Les contributions littéraires et historiques comprenaient des œuvres poétiques et philosophiques, telles que celle de l'Évêque de Troyes sur la solitude. M. le Président de Ruffey a présenté un essai historique sur les académies, retraçant leur origine en Égypte, leur développement en Grèce et à Rome, et leur renaissance en Europe après la prise de Constantinople et l'invention de l'imprimerie. La première académie moderne fut fondée à Naples en 1470. L'essai mentionne également des académies italiennes célèbres comme l'Académie de la Crusca et l'Académie des Arcades. L'auteur exprime le souhait de voir les académies parisiennes diriger celles des provinces françaises et établir une correspondance générale entre les académies européennes. Il critique aussi le préjugé français qui exclut les femmes des académies. En juin 1763, une lecture publique a eu lieu, incluant l'éloge de M. Jolyot de Crébillon et un discours de M. Guyot sur les avantages de l'adversité. M. Maret l'aîné a présenté une dissertation sur le dernier sens à s'éteindre chez l'homme, concluant que c'est l'ouïe. Le texte aborde également la nécessité de réveiller une personne léthargique en utilisant un stimulus sonore et souligne l'importance de prendre soin des malades jusqu'à leur dernier souffle.
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16224
p. 134-135
MATHÉMATIQUES. SOLUTION du Probléme inséré dans le second Mercure d'Avril 1763, page 124.
Début :
AYANT répondu dans le Mercure du mois de Mars dernier, à la question [...]
Mots clefs :
Question, Mathématiques, Diamètres, Isocèle, Triangle, Hauteur, Cercles
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texteReconnaissance textuelle : MATHÉMATIQUES. SOLUTION du Probléme inséré dans le second Mercure d'Avril 1763, page 124.
MATHÉMATIQUES .
SOLUTION du Probléme inféré dans
le second Mercure d'Avril 1763 ,
page 124.
, p.
AYANT répondu dans le Mercure
du mois de Mars dernier ,à la queſtion
propoſée dans celui de Février , page
113 , il ſemble que ce foit une raiſon
de répondre auffi à celle qu'on trouve
dans le ſecond Mercure d'Avril
124 , qui n'est qu'une extenſion de la
première . L'Auteur qui s'étoit d'abord
reſtraint à un ſeul cas particulier
depuis généraliſé ſes idées , & demande
maintenant une ſolution que l'on puiffe
appliquer à tous les Problêmes ſemblables.
Il eſt aifé de le fatisfaire. La méthode
qui conduit à la première , donne
auffi la ſeconde ; ou plutôt celle-ci
eſt leprincipe de l'autre.
,
a
JUIN. 1763. 135
Je dis donc que quel que foit le rapportdes
diamétres de deux cercles contigus
infcrits dans un triangle ifoſcèle
de la manière qui eſt énoncée dans le
Problême , chaque côté égal du triangle
eſt à la baſe , comme la ſomme des
diamètres eſt au double de leur différence.
J'ajoute , quoiqu'on ne le demande
pas , que le diamétre du grand cercle
eſt moyenne proportionnelle entre la
différence des deux diamétres & la hauteur
du triangle ; ce qui peut fervir à
déterminer cette hauteur , & par conféquent
à circonfcrire le triangle aux
deux cercles , s'ils étoient donnés les
premiers.
,
D. B. Abonné au Mercure.
A Paris , le 22 Avril 1763 .
SOLUTION du Probléme inféré dans
le second Mercure d'Avril 1763 ,
page 124.
, p.
AYANT répondu dans le Mercure
du mois de Mars dernier ,à la queſtion
propoſée dans celui de Février , page
113 , il ſemble que ce foit une raiſon
de répondre auffi à celle qu'on trouve
dans le ſecond Mercure d'Avril
124 , qui n'est qu'une extenſion de la
première . L'Auteur qui s'étoit d'abord
reſtraint à un ſeul cas particulier
depuis généraliſé ſes idées , & demande
maintenant une ſolution que l'on puiffe
appliquer à tous les Problêmes ſemblables.
Il eſt aifé de le fatisfaire. La méthode
qui conduit à la première , donne
auffi la ſeconde ; ou plutôt celle-ci
eſt leprincipe de l'autre.
,
a
JUIN. 1763. 135
Je dis donc que quel que foit le rapportdes
diamétres de deux cercles contigus
infcrits dans un triangle ifoſcèle
de la manière qui eſt énoncée dans le
Problême , chaque côté égal du triangle
eſt à la baſe , comme la ſomme des
diamètres eſt au double de leur différence.
J'ajoute , quoiqu'on ne le demande
pas , que le diamétre du grand cercle
eſt moyenne proportionnelle entre la
différence des deux diamétres & la hauteur
du triangle ; ce qui peut fervir à
déterminer cette hauteur , & par conféquent
à circonfcrire le triangle aux
deux cercles , s'ils étoient donnés les
premiers.
,
D. B. Abonné au Mercure.
A Paris , le 22 Avril 1763 .
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Résumé : MATHÉMATIQUES. SOLUTION du Probléme inséré dans le second Mercure d'Avril 1763, page 124.
Le texte présente une réponse à un problème mathématique publié dans le *Mercure* d'avril 1763. L'auteur, ayant déjà traité une question similaire en mars, généralise ses idées pour offrir une solution applicable à tous les problèmes similaires. La méthode utilisée pour résoudre le premier problème permet également de résoudre le second, ce dernier étant une extension du premier. L'auteur affirme que, dans un triangle isocèle, chaque côté égal est proportionnel à la base selon le rapport de la somme des diamètres des deux cercles inscrits au double de leur différence. Il précise aussi que le diamètre du grand cercle est la moyenne proportionnelle entre la différence des deux diamètres et la hauteur du triangle. Cette information aide à déterminer la hauteur du triangle et à circonscrire le triangle aux deux cercles si ceux-ci sont donnés en premier. La lettre est signée 'D. B.' et datée du 22 avril 1763 à Paris.
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16225
p. 135-136
LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet d'un reméde contre l'HYDROPISIE.
Début :
J'AI lû, Monsieur, avec satisfaction, dans le second volume d'Avril, la lettre [...]
Mots clefs :
Hydropisie, Remède, Précaution, Grandes personnes, Femmes grosses, Public, Informé
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet d'un reméde contre l'HYDROPISIE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure , au
fujet d'un reméde contre l'HYDROPISIE.
J'AI lû , Monfieur , avec fatisfaction ,
dans le ſecond volume d'Avril , la let
136 MERCURE DE FRANCE.
tre que j'eus l'honneur de vous adreffer
il y a quelque temps , laquelle concernoit
un reméde contre l'hydropifie ,
page 133 dudit ſecond volume. J'avois
oublié , Monfieur , dans cette lettre une
précaution très- éſſentielle à prendre, c'eſt
de ne point donner le reméde à des
femmes groffes , il ſeroit pernicieux &
elles en fouffriroient. J'ai vu auſſi que
je m'étois trompé pour la doſe de ce reméde
; il faut qu'elle foit du poids de
deux liards pour les grandes perſonnes ,
&du poids d'un liard pour les enfans audeſſous
de 13 ans. Je vous prie en grace ,
Monfieur , d'inférer dans le Mercure du
mois de Juin ces deux articles , dont le
premier eſt d'une conféquence infinie ,
&dont par conféquent le Public ne
peut être informé trop tôt.
J'ai l'honneur d'être &c .
DULAS , Gentilhomme de Vannes enBretagne.
fujet d'un reméde contre l'HYDROPISIE.
J'AI lû , Monfieur , avec fatisfaction ,
dans le ſecond volume d'Avril , la let
136 MERCURE DE FRANCE.
tre que j'eus l'honneur de vous adreffer
il y a quelque temps , laquelle concernoit
un reméde contre l'hydropifie ,
page 133 dudit ſecond volume. J'avois
oublié , Monfieur , dans cette lettre une
précaution très- éſſentielle à prendre, c'eſt
de ne point donner le reméde à des
femmes groffes , il ſeroit pernicieux &
elles en fouffriroient. J'ai vu auſſi que
je m'étois trompé pour la doſe de ce reméde
; il faut qu'elle foit du poids de
deux liards pour les grandes perſonnes ,
&du poids d'un liard pour les enfans audeſſous
de 13 ans. Je vous prie en grace ,
Monfieur , d'inférer dans le Mercure du
mois de Juin ces deux articles , dont le
premier eſt d'une conféquence infinie ,
&dont par conféquent le Public ne
peut être informé trop tôt.
J'ai l'honneur d'être &c .
DULAS , Gentilhomme de Vannes enBretagne.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet d'un reméde contre l'HYDROPISIE.
Dulas, gentilhomme de Vannes, corrige des informations sur un remède contre l'hydropisie dans une lettre au Mercure. Il met en garde contre son usage chez les femmes enceintes et précise la dose : deux liards pour les adultes, un liard pour les enfants de moins de 13 ans. Il demande la publication de ces précisions dans le Mercure de juin.
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16226
p. 136-142
Seconde LETTRE en réponse aux Observations sur l'Histoire de la MÉDECINE.
Début :
ON ne se seroit pas attendu, Monsieur, que l'Auteur anonyme des Observations [...]
Mots clefs :
Observations, Maladie vénérienne, Anonyme, Chirurgiens
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texteReconnaissance textuelle : Seconde LETTRE en réponse aux Observations sur l'Histoire de la MÉDECINE.
Seconde LETTRE en réponse aux
Obfervations fur l'Histoire de la
MÉDECINE.
N ne ſe ſeroit pas attendu , Monneur
, que l'Auteur anonyme des ObJUIN.
1763 . 137
fervations fur l'Essai historique de la
Médecine en France , pour prouver que
la maladie vénérienne étoit plus ancienne
que la découverte du nouveau Monde
, ne rapportat qu'un Paſſage de Lanfranc
de Milan qui a été réfuré il y a
vingt-trois ans pour la dernière fois. La
réponſe à cette objection ſe trouve à la
page 40 du premier volume du Traité
immortel de morbis venereis , Edition
de 1740 , & c'eſt là que je le renvoye .
Il s'y convaincra par ſes propres yeux
qu'il n'a pas été heureux dans le choix
de ce petit paſſage latin. Je ne difconviens
cependant pas que le ſentiment
de Dom Sanchez ſur l'origine de cette
maladie , ne puiſſe être appuyé ſur des
raiſons affez fortes pour s'attirer des partiſans;
mais ce n'eſt pas ici le lieu de les
difcuter , puiſque l'Anonyme s'eſt borné
aux ſeules paroles de Lanfranc dont le
ſçavant M. Aftruc a donné la ſolution
que j'indique . On peut dire en outre que
l'Effſai Hiſtorique n'étant que l'eſquiſſe
d'un plus grand Ouvrage , il ne pouvoit
pas contenir tout ce qui doit conftituer
le corps de l'Ouvrage entier , &
qu'ainfi , lorſque M. Chomel a parlé de
cette maladie , il a pu fans manquer de
cet efprit de difcernement que la dignité
•
138 MERCURE DE FRANCE.
de l'Hiftoire éxige , adopter l'opinion
reçue , en attendant de détailler en temps
& lieu les raiſons qui l'ont décidé. On
voit en effet qu'il n'eſt queſtion du
mal vénérien qu'en paſſant & feulement
pourdéterminer en quoi il diffère de la
Jépre . Le parallèle de ces deux maladies
étoit ſurtout néceſſaire, parce que quelques
Auteurs leur trouvent beaucoup
de reſſemblance dans la cauſe & dans
les ſymptômes ; & d'autres prétendent
que la maladie de Job , la lépre & le
mal vénérien font abſolument la même
choſe. Que l'Anonyme ceſſe donc d'être
étonne de rencontrer de pareilles difcuffions
dans l'Eſſai hiſtorique. Danielle
Clerc & le Docteur Freind ont de fon
aven même, travaillé d'une manière digne
de la poſtérité. L'Ouvrage de l'un
& de l'autre eſt pourtantparfémé de dé
tails de maladies qu'on leur reprocheroit
plutôt d'avoir omis. D'ailleurs M.
Chomel n'avertit- il pas dans la première
page de ſa Préface , que ſon deſſein eſt
deparlerauſſi des maladies épidémiques
& contagieuſes les plus univerſelles ?
C'eſt donc pour remplir ſon objet, qu'il
a inſeré dans ſon Eſſai , l'Histoire de
l'ardent & celle de la lépre , lorſqu'il a
été occupé du fiécle où ces maladies ont
JUIN. 1763. 139
aps
régné en France. La maladie vénérienne
aura ſa place particulière , ainſi que
la peſte , &c , quand il en ſera temps
&je ne crois pas qu'on foit fondé à les
trouver hors d'oeuvre. C'eſt dans la même
Préface, que M. Chomel cite tous ſes
garans. L'Anonyme devroit par conféquent
y avoir vû que ce qu'on rapporte
de Louis Duret eſt tiré du manufcrit de
Jacques Mentel , intitulé Adversaria de
Medicis Parifienfibus , & ne pas ſe plaindre
qu'on avance des faits ſans preuve.
Cette anecdote mémorable , dont on ſe
plaît à perpétuer le ſouvenir , n'eſt pas
plus déplacée dans l'Eſſai historique,que
la deſcription des maladies contagieuſes.
Le fait étant prouvé , la diminution
níême du prix dela vaiſſelle d'argentne
diminueroit rien de l'honneur infigne
que Henri III fit à ſon Médecin. Il y
aencore dans Leclerc & dans Freind , le
détail de mille circonstances de la vie
privéed'un ſimple Particulier , qui font
beaucoup moins célébres. Ce n'eſt pas
ſeulement dans ces minucies qu'on trouve
les obſervations de l'Anonyme en défaut.
Quelques articles plus eſſentiels de
la première partie de ſa critique, auxquels
je n'ai point répondu , méritent
furtout attention. » Nous trouvons ,
140 MERCURE DE FRANCE.
>>dit-il , dans la lecture même de Lan
>>> franc où l'on nous renvoye , le con-
>> traire de tout ce qu'on allégue fur cet
>> ancien Auteur dans l'Eſſai historique.
Voilà un démenti bien formel ; mais
eft - il facile de l'accorder avec les propres
paroles de Lanfranc ? Qu'on éffaye
entr'autres d'expliquer celles-ci autrement
que M. Chomel ne l'a fait. Sed
cum Phyfici , ficut dictum eft alibi , dimittunt
omninò inftrumentum chirurgicum
, itaque rarò Chirurgus rationabilis
invenitur & Laïci operantes cauterio
; differentiam inter actuale cauterium
non difcernunt .... quare omninò difceffit
ab ufu. Ce qui ſe lit enſuite n'eſt pas
moins décifif , puiſque Lanfranc de
Milan nomme Jean de Paſſavant , alors
Doyen de la Faculté. Ibique rogatus à
quibufdam Dominis & Magiftris, ac fpecialiterà
viro venerando D.M. Joanne de
Passavanto, Magiftrorum Medicinæ Decano
, necnon à quibusdam valentibus
Bachelariis omni dignis honore & c . On
ne peut donc pas douter que ce ne ſoit
aux Membres de la Faculté de Médecine
de Paris , que Lanfranc donne des
éloges , & que les reproches qu'il fait
aux Chirurgiens de ces temps reculés
n'ayent été mérités par ceux qui ſe mêJUIN.
1763. 141
loient de cette profeffion. En effet ,
bien loin que les premiers Chirurgiens
pour lesquels on prétend que Jean Pitard
a obtenu des Statuts & des Loix ,
formaſſent à Paris du temps de Lanfranc,
une Société en grande réputation,
comme l'avance l'Anonyme , le contraire
nous eſt démontré dans le préambule
de l'Edit de Philippe -le - Bel de
1311 , c'est-à-dire 15 ans après que Lanfranc
eut écrit fa chirurgie. De quelles
couleurs y trouverons-nous peints les
Chirurgiens de ce temps-là ? Concluons
donc qu'il n'exiſtoit aucun Corps de
Chirurgiens avant 1311. Malgré cet
Edit , l'Anonyme veut néanmoins nous
faire croire que les Chirurgiens formoient
une Société dès l'an 1260 ; mais
où eſt ſon titre ? Pourquoi ne le produit-
il pas ? Lanfranc , nousdit-il , eſt
>> venu à Paris , où il a pratiqué & en-
>>ſeigné la Chirurgie avec la plus gran-
>>de diſtinction ; donc il étoit Chirur-
>> gien. A cela je réponds : Tagault ,
Akakia , Fleſſelles , Saillard , Gourmelin
, Riolan , Courtin , Littre , Col de
Villars , Winslow , Hunauld ont enſeigné
la Chirurgie ; donc ils étoient Chirurgiens
. M. Ferrein l'enſeigne de nos
jours avec l'applaudiſſement général ;
روش
142 MERCURE DE FRANCE .
donc il eſt Chirurgien.M. Antoine Petit
ne ſe borne pas la : il joint aux leçons
les plus ſçavantes fur la Chirurgie , les
démonstrations les plus habiles & la
pratique la plus heureuſe ; donc il eſt
Chirurgien. Eft-il quelqu'un qui ignore
que tous ceux que je viens de nommer
ont été ou font Docteurs-Régens de la
Faculté de Paris ? La contradiction des
Recherches fur l'origine & les progrès
de la Chirurgie en France ſubſiſte donc
dans tout ſon entier , puiſque Lanfranc
n'étoit point Chirurgien , & qu'il ne
pouvoit pas être en 1295 Membre d'une
Communauté qui ne date que de
1311. Ce font la ſi je ne me trompe ,
toutes les objections de FAnonyme.
C'en est donc affez , Monfieur , pour y
répondre.
1
J'ai l'honneur d'être , cc.
PHILIP,Médecin de la Faculté de Paris.
AParis, ce 30 Avril 1763,
Obfervations fur l'Histoire de la
MÉDECINE.
N ne ſe ſeroit pas attendu , Monneur
, que l'Auteur anonyme des ObJUIN.
1763 . 137
fervations fur l'Essai historique de la
Médecine en France , pour prouver que
la maladie vénérienne étoit plus ancienne
que la découverte du nouveau Monde
, ne rapportat qu'un Paſſage de Lanfranc
de Milan qui a été réfuré il y a
vingt-trois ans pour la dernière fois. La
réponſe à cette objection ſe trouve à la
page 40 du premier volume du Traité
immortel de morbis venereis , Edition
de 1740 , & c'eſt là que je le renvoye .
Il s'y convaincra par ſes propres yeux
qu'il n'a pas été heureux dans le choix
de ce petit paſſage latin. Je ne difconviens
cependant pas que le ſentiment
de Dom Sanchez ſur l'origine de cette
maladie , ne puiſſe être appuyé ſur des
raiſons affez fortes pour s'attirer des partiſans;
mais ce n'eſt pas ici le lieu de les
difcuter , puiſque l'Anonyme s'eſt borné
aux ſeules paroles de Lanfranc dont le
ſçavant M. Aftruc a donné la ſolution
que j'indique . On peut dire en outre que
l'Effſai Hiſtorique n'étant que l'eſquiſſe
d'un plus grand Ouvrage , il ne pouvoit
pas contenir tout ce qui doit conftituer
le corps de l'Ouvrage entier , &
qu'ainfi , lorſque M. Chomel a parlé de
cette maladie , il a pu fans manquer de
cet efprit de difcernement que la dignité
•
138 MERCURE DE FRANCE.
de l'Hiftoire éxige , adopter l'opinion
reçue , en attendant de détailler en temps
& lieu les raiſons qui l'ont décidé. On
voit en effet qu'il n'eſt queſtion du
mal vénérien qu'en paſſant & feulement
pourdéterminer en quoi il diffère de la
Jépre . Le parallèle de ces deux maladies
étoit ſurtout néceſſaire, parce que quelques
Auteurs leur trouvent beaucoup
de reſſemblance dans la cauſe & dans
les ſymptômes ; & d'autres prétendent
que la maladie de Job , la lépre & le
mal vénérien font abſolument la même
choſe. Que l'Anonyme ceſſe donc d'être
étonne de rencontrer de pareilles difcuffions
dans l'Eſſai hiſtorique. Danielle
Clerc & le Docteur Freind ont de fon
aven même, travaillé d'une manière digne
de la poſtérité. L'Ouvrage de l'un
& de l'autre eſt pourtantparfémé de dé
tails de maladies qu'on leur reprocheroit
plutôt d'avoir omis. D'ailleurs M.
Chomel n'avertit- il pas dans la première
page de ſa Préface , que ſon deſſein eſt
deparlerauſſi des maladies épidémiques
& contagieuſes les plus univerſelles ?
C'eſt donc pour remplir ſon objet, qu'il
a inſeré dans ſon Eſſai , l'Histoire de
l'ardent & celle de la lépre , lorſqu'il a
été occupé du fiécle où ces maladies ont
JUIN. 1763. 139
aps
régné en France. La maladie vénérienne
aura ſa place particulière , ainſi que
la peſte , &c , quand il en ſera temps
&je ne crois pas qu'on foit fondé à les
trouver hors d'oeuvre. C'eſt dans la même
Préface, que M. Chomel cite tous ſes
garans. L'Anonyme devroit par conféquent
y avoir vû que ce qu'on rapporte
de Louis Duret eſt tiré du manufcrit de
Jacques Mentel , intitulé Adversaria de
Medicis Parifienfibus , & ne pas ſe plaindre
qu'on avance des faits ſans preuve.
Cette anecdote mémorable , dont on ſe
plaît à perpétuer le ſouvenir , n'eſt pas
plus déplacée dans l'Eſſai historique,que
la deſcription des maladies contagieuſes.
Le fait étant prouvé , la diminution
níême du prix dela vaiſſelle d'argentne
diminueroit rien de l'honneur infigne
que Henri III fit à ſon Médecin. Il y
aencore dans Leclerc & dans Freind , le
détail de mille circonstances de la vie
privéed'un ſimple Particulier , qui font
beaucoup moins célébres. Ce n'eſt pas
ſeulement dans ces minucies qu'on trouve
les obſervations de l'Anonyme en défaut.
Quelques articles plus eſſentiels de
la première partie de ſa critique, auxquels
je n'ai point répondu , méritent
furtout attention. » Nous trouvons ,
140 MERCURE DE FRANCE.
>>dit-il , dans la lecture même de Lan
>>> franc où l'on nous renvoye , le con-
>> traire de tout ce qu'on allégue fur cet
>> ancien Auteur dans l'Eſſai historique.
Voilà un démenti bien formel ; mais
eft - il facile de l'accorder avec les propres
paroles de Lanfranc ? Qu'on éffaye
entr'autres d'expliquer celles-ci autrement
que M. Chomel ne l'a fait. Sed
cum Phyfici , ficut dictum eft alibi , dimittunt
omninò inftrumentum chirurgicum
, itaque rarò Chirurgus rationabilis
invenitur & Laïci operantes cauterio
; differentiam inter actuale cauterium
non difcernunt .... quare omninò difceffit
ab ufu. Ce qui ſe lit enſuite n'eſt pas
moins décifif , puiſque Lanfranc de
Milan nomme Jean de Paſſavant , alors
Doyen de la Faculté. Ibique rogatus à
quibufdam Dominis & Magiftris, ac fpecialiterà
viro venerando D.M. Joanne de
Passavanto, Magiftrorum Medicinæ Decano
, necnon à quibusdam valentibus
Bachelariis omni dignis honore & c . On
ne peut donc pas douter que ce ne ſoit
aux Membres de la Faculté de Médecine
de Paris , que Lanfranc donne des
éloges , & que les reproches qu'il fait
aux Chirurgiens de ces temps reculés
n'ayent été mérités par ceux qui ſe mêJUIN.
1763. 141
loient de cette profeffion. En effet ,
bien loin que les premiers Chirurgiens
pour lesquels on prétend que Jean Pitard
a obtenu des Statuts & des Loix ,
formaſſent à Paris du temps de Lanfranc,
une Société en grande réputation,
comme l'avance l'Anonyme , le contraire
nous eſt démontré dans le préambule
de l'Edit de Philippe -le - Bel de
1311 , c'est-à-dire 15 ans après que Lanfranc
eut écrit fa chirurgie. De quelles
couleurs y trouverons-nous peints les
Chirurgiens de ce temps-là ? Concluons
donc qu'il n'exiſtoit aucun Corps de
Chirurgiens avant 1311. Malgré cet
Edit , l'Anonyme veut néanmoins nous
faire croire que les Chirurgiens formoient
une Société dès l'an 1260 ; mais
où eſt ſon titre ? Pourquoi ne le produit-
il pas ? Lanfranc , nousdit-il , eſt
>> venu à Paris , où il a pratiqué & en-
>>ſeigné la Chirurgie avec la plus gran-
>>de diſtinction ; donc il étoit Chirur-
>> gien. A cela je réponds : Tagault ,
Akakia , Fleſſelles , Saillard , Gourmelin
, Riolan , Courtin , Littre , Col de
Villars , Winslow , Hunauld ont enſeigné
la Chirurgie ; donc ils étoient Chirurgiens
. M. Ferrein l'enſeigne de nos
jours avec l'applaudiſſement général ;
روش
142 MERCURE DE FRANCE .
donc il eſt Chirurgien.M. Antoine Petit
ne ſe borne pas la : il joint aux leçons
les plus ſçavantes fur la Chirurgie , les
démonstrations les plus habiles & la
pratique la plus heureuſe ; donc il eſt
Chirurgien. Eft-il quelqu'un qui ignore
que tous ceux que je viens de nommer
ont été ou font Docteurs-Régens de la
Faculté de Paris ? La contradiction des
Recherches fur l'origine & les progrès
de la Chirurgie en France ſubſiſte donc
dans tout ſon entier , puiſque Lanfranc
n'étoit point Chirurgien , & qu'il ne
pouvoit pas être en 1295 Membre d'une
Communauté qui ne date que de
1311. Ce font la ſi je ne me trompe ,
toutes les objections de FAnonyme.
C'en est donc affez , Monfieur , pour y
répondre.
1
J'ai l'honneur d'être , cc.
PHILIP,Médecin de la Faculté de Paris.
AParis, ce 30 Avril 1763,
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Résumé : Seconde LETTRE en réponse aux Observations sur l'Histoire de la MÉDECINE.
L'auteur répond à une critique anonyme de son 'Essai historique de la Médecine en France', qui conteste l'antériorité de la maladie vénérienne par rapport à la découverte du Nouveau Monde. L'anonyme cite un passage de Lanfranc de Milan pour appuyer son argumentation. L'auteur réfute cette critique en se référant à son 'Traité immortel de morbis venereis' (1740), où il explique que le passage de Lanfranc a été mal interprété. Il reconnaît la validité des arguments de Dom Sanchez sur l'origine de la maladie, mais précise que son essai est une esquisse et que les détails seront développés ultérieurement. L'auteur justifie l'inclusion de la maladie vénérienne pour la distinguer de la lèpre, en raison de leurs similitudes selon certains auteurs. Il défend également l'inclusion d'anecdotes sur les maladies épidémiques et contagieuses, conformément à l'objectif de son ouvrage. L'auteur conteste les accusations de l'anonyme concernant l'interprétation des paroles de Lanfranc et affirme que les chirurgiens n'étaient pas organisés en corporation avant 1311. Le texte discute de la qualification de Lanfranc comme chirurgien et mentionne plusieurs personnalités ayant enseigné la chirurgie et étant Docteurs-Régens de la Faculté de Paris. L'auteur conclut que Lanfranc ne pouvait pas être chirurgien en 1295, date antérieure à la fondation de la communauté des chirurgiens en 1311, réfutant ainsi les objections de l'anonyme. Le texte est signé par Philip, Médecin de la Faculté de Paris, et daté du 30 avril 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16227
p. 143-144
COURS public de BOTANIQUE.
Début :
LE sieur Royer, Marchand Epicier Droguiste & Démonstrateur en Botanique, a [...]
Mots clefs :
Botanique, Plantes, Élèves, Jardins, Herborisations, Campagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COURS public de BOTANIQUE.
COURS public de BOTANIQUE.
LE fieur Royer , Marchand Epicier
rela-
Droguiſte & Démonſtrateur en Botanique
, a ouvert cette année ſfon Cours
ordinaire des Plantes , le 16 du mois
de Mai ; il rendra compte d'abord à
ſes Eléves & aux autres Amateurs ,
des phénomènes & des accidens qu'il
a obſervés durant cet hvver
tivement aux ſimples , qui par la rigueur
du froid exceffif qu'on a reffenti
en France & dans les Pays étrangers ,
ont extrêmement fouffert. I! en fera
la démonstration à toute heure du jour,
excepté cependant le Mercredi & le Samedi.
Pour faciliter à ſes Eléves le moyen
d'avancer de plus en plus dans la connoiffance
de la Botanique , il a fait dans
fes Jardins un changement nouveau,
qui leur ſera très-utile ; car outre les
claſſes des Plantes qui feront à l'ordinaire
numérotées ſelon leurs caractères,
ils trouveront une réſerve, où elles feront
rangées fuivant les différentes vertus
& les diverſes propriétés qu'elles ont
en Médecine :& même afin qu'ils.ne
144 MERCURE DE FRANCE.
:
perdent pas un inſtant , il prendra cette
année , le Vendredi de chaque Semaine
pour fon Cours de matière Médicale
& de Drogues ſimples , qui eſt ſi intimement
uni avec celui des Plantes ; il
en commencera les démonstrations &
les explications hiſtoriques auffitôt
après avoir fini celles des Simples , d'ailleurs
il fera attentif à fixer les bornes
qui ſéparent la matière Médicale d'avec
le corps complet d'Hiſtoire Naturelle ;
enfin il continuera ſes Herboriſations
à la Campagne tous les Lundis , comme
les années précédentes .
,
LesDames & les Demoiselles auront
toujours les Mercredis & les Samedis
pour elles , ainſi que cela s'eſt pratiqué
l'an dernier. Les perſonnes qui voudront
ſe faire infcrire font invitées à
venir donner de bonne heure , leurs
noms au fieur Royer. On entrera dans
les Jardins , ou par le côté des Boulevards
, ou par la grande rue du Fauxbourg
S. Martin. Les Lundis feront
comme les années précédentes , deſtinés
pour les Herboriſations à la Campagne.
LE fieur Royer , Marchand Epicier
rela-
Droguiſte & Démonſtrateur en Botanique
, a ouvert cette année ſfon Cours
ordinaire des Plantes , le 16 du mois
de Mai ; il rendra compte d'abord à
ſes Eléves & aux autres Amateurs ,
des phénomènes & des accidens qu'il
a obſervés durant cet hvver
tivement aux ſimples , qui par la rigueur
du froid exceffif qu'on a reffenti
en France & dans les Pays étrangers ,
ont extrêmement fouffert. I! en fera
la démonstration à toute heure du jour,
excepté cependant le Mercredi & le Samedi.
Pour faciliter à ſes Eléves le moyen
d'avancer de plus en plus dans la connoiffance
de la Botanique , il a fait dans
fes Jardins un changement nouveau,
qui leur ſera très-utile ; car outre les
claſſes des Plantes qui feront à l'ordinaire
numérotées ſelon leurs caractères,
ils trouveront une réſerve, où elles feront
rangées fuivant les différentes vertus
& les diverſes propriétés qu'elles ont
en Médecine :& même afin qu'ils.ne
144 MERCURE DE FRANCE.
:
perdent pas un inſtant , il prendra cette
année , le Vendredi de chaque Semaine
pour fon Cours de matière Médicale
& de Drogues ſimples , qui eſt ſi intimement
uni avec celui des Plantes ; il
en commencera les démonstrations &
les explications hiſtoriques auffitôt
après avoir fini celles des Simples , d'ailleurs
il fera attentif à fixer les bornes
qui ſéparent la matière Médicale d'avec
le corps complet d'Hiſtoire Naturelle ;
enfin il continuera ſes Herboriſations
à la Campagne tous les Lundis , comme
les années précédentes .
,
LesDames & les Demoiselles auront
toujours les Mercredis & les Samedis
pour elles , ainſi que cela s'eſt pratiqué
l'an dernier. Les perſonnes qui voudront
ſe faire infcrire font invitées à
venir donner de bonne heure , leurs
noms au fieur Royer. On entrera dans
les Jardins , ou par le côté des Boulevards
, ou par la grande rue du Fauxbourg
S. Martin. Les Lundis feront
comme les années précédentes , deſtinés
pour les Herboriſations à la Campagne.
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Résumé : COURS public de BOTANIQUE.
Le fleuriste Royer, également épicier et droguiste, a lancé son cours ordinaire des plantes le 16 mai. Il y présentera les phénomènes et accidents observés durant l'hiver, notamment les effets du froid extrême sur les plantes en France et à l'étranger. Les démonstrations se dérouleront tous les jours sauf le mercredi et le samedi. Pour optimiser l'apprentissage, Royer a réorganisé ses jardins afin de classer les plantes par leurs caractères, vertus et propriétés médicales. Chaque vendredi, il donnera un cours sur la matière médicale et les drogues simples après les démonstrations sur les plantes. Les sorties en campagne pour cueillir des herbes médicinales auront lieu chaque lundi. Les femmes pourront visiter les jardins les mercredis et samedis. Les inscriptions sont disponibles auprès de M. Royer, et l'accès aux jardins se fait par les boulevards ou la grande rue du Faubourg Saint-Martin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16228
p. 145-150
CHIRURGIE. REMÉDE fondant de M. JACQUET, ancien Chirurgien de S. A. Mgr le Prince de WIRTEMBERG.
Début :
LES découvertes en Médecine, lorsqu'elles font constatées par les Maîtres [...]
Mots clefs :
Remède, Antimoine, Maladies, Usage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. REMÉDE fondant de M. JACQUET, ancien Chirurgien de S. A. Mgr le Prince de WIRTEMBERG.
CHIRURGIE.
REMEDE fondant de M. JACQUET ,
ancien Chirurgien de S. A. Mgr le
Prince de WIRTEMBERG.
LES découvertes en Médecine , lorfqu'elles
font conftatées par les Maîtres
de l'Art , ſont de nouveaux moyens
qu'on préſente aux hommes pour dompter
les maladies qui les affiégent. De toutes
les infirmités auſquelles notre Nature
eſt ſujette , il n'y en a point de plus
rebelles fans doute que les maladies vénériennes
, les écrouelles & autres vices
lymphatiques . Ces affections réſiſtent
aux médicamens. Le Mercure lui-même
malgré toutes les formes différentes qu'on
lui donne , ſe trouve quelquefois infuffifant
en pareil cas , & ſouvent dangereux
quand il eſt manié par des mains
G
146 MERCURE DE FRANCE .
novices. En faiſant uſage des pilules antimoniées
, on obtiendra les bons effets
du vif-argent , ſans avoir à redouter aucun
des inconvéniens de ce demimétal.
On ſçait que M. Jacquet convaincu
de la bonté de ſon fondant , chercha à
ſe procurer l'approbation de la Faculté
de Médecine de Paris , Ecole célébre
depuis tant de Siécles. Ses defirs furent
fatisfaits . On lui nomma des Commiffaires
devant leſquels il fit ſes différentes
manipulations & opérations. Bientôt
après , pluſieurs Docteurs ordonnerent
ce fondant. Il réuffit très-bien ſous
leurs yeux. Cela encouragea d'autres à
s'en ſervir . Tant-mieux pour le Public
fi cet excellent reméde prend faveur de
jour en jour. Il eſt à remarquer qu'on
peut l'adminiſtrer dans tous les cas où
convient le Kermès minéral , mais avec
plus de certitude d'en tirer les avantages
qu'on attend quelquefois en vain de la
poudre des Chartreux.
La conduite qu'a tenue l'Inventeur
de la nouvelle préparation d'antimoine ,
démontre qu'il a fui juſqu'à l'ombre du
charlataniſme. Le defir d'être utile à
l'humanité eſt le motif qui l'a animé.
Voilà ce qui l'a foutenu dans ſes longs
JUIN. 1763 . 147
travaux. Son fondant une fois trouvé ,
loin de ſe ſouſtraite à l'examen & à la
déciſion de ſes Juges naturels , il a été
au-devant d'eux. Il eſt récompenſé aujourd'hui
de ſa façon d'agir , par les obſervations
que les Médecins ſont à portée
de faire en adminiftrant fon fondant.
Entre beaucoup d'autres , voici
deux obfervations qui lui ont été communiquées
par M. Guilbert de Préval,
Docteur de l'Univerſité de Caën & de
celle de Paris . Ce Médecin eſt renommé
pour les maladies de la lymphe dont il
à fait une étude particulière.
PREMIERE OBSERVATION
par M. de PRÉVAL.
>> Un Particulier âgé de 35 ans eut
>> recours à moi , au commencement de
>> l'année 1760 ; il étoit tourmenté par
>> les plus violens accidens vénériens. Je
>>lui procurai un fecours qui n'avoit
>>déja été que trop différé. Cependant
>> on le traitoit depuis fix mois; mais le
>> zéle des perſonnes qui le condui-
>> foient , ne leurdonnoit pas les lumiè-
>> res néceſſaires. Le Malade ne pouvoit
>> fortir du lit par rapport à ſa foibleſſe.
» Je lui fis prendre à petite doſe , la
>> nouvelle préparation d'antimoine en
1
Gij
14.8 MERCURE DE FRANCE.
>> commençant d'abord par quatre
>> grains tous les matins pendant fix jours.
>>J'obtins pour premier ſuccès un peu
» de fommeil & une diminution confi-
>>dérable des douleurs. Encouragé par
>>la réuffite , j'augmentai la doſe par
>> gradation de deux grains chaque jour
>>juſqu'à ce que je fufſe parvenu à dou-
» ze grains. Les forces du malade ſe
>>réparant un peu , je lui en donnai pen-
>> dant trois jours douze grains le matin
» & fix le foir. La ceſſation des douleurs ,
>>des cuiffons , un ſommeil plus tran-
» quille , n'empêchoient pourtant pas
» que les principaux ſymptômes ne ſub-
>>fiſtaſſent toujours. J'augmentai donc
» la doſe de trois grains , c'est-à-dire
>> que deux fois par jour , foir & matin ,
>> mon malade en prenoit quinze . Cinq
>>jours après l'uſage de notre antimoine
>> à cette doſe , j'apperçus manifeſte-
>> ment fon effet fondant & antivéné-
>> rien. Alors tous les ſymptômes dimi-
» nuèrent à vue d'oeil. Le malade ſe
>> trouvant beaucoup plus fort , faifoit ,
>> toutes ſes fonctions aufli parfaitement
» qu'en bonne ſanté. Je le reftreignis
>>alors à une fois par jour en augmen-
>>tant la doſe de deux grains. Le ventre
>>devint libre de plus en plus à proporJUIN.
1763 .. 149
>> tion de l'augmentation. Parvenu à la
>> doſe de vingt-quatre grains , qui eſt la
>>plus grande qu'il ait priſe en une feule
>> fois , il fut purgé fortement pendant
>>>les quatre premiers jours fans que ce
>> flux falutaire altérât en rien ſa ſanté
>>> renaiſſante. Au contraire , elle fem-
>> bloit augmenter par ces évacuations
>> multipliées . Tous les accidens difpa-
>> rurent à la cinquiéme priſe. Je lui fis
>> encore continuer le reméde pendant
>>huit jours & enfuite de deux ou trois
>>>l'un, l'efpace de quelque temps. Par
>> ce moyen fa fanté s'eſt parfaitement
„ rétablie
SECONDE OBSERVATION.
>> Une Cuifinière du Fauxbourg - S.
>>Germain me fut adreſſée par un Mar-
>> chand de la rue Dauphine. Cette fille
>> avoit employé vainement beaucoup
» de remédes pour guérir des dartres
>>dont elle étoit couverte fur le viſage ,
>> les bras , la poitrine & le long du dos .
>>En faiſant uſage de l'antimoine prépa-
>> ré de M. Jacquet , les dartres ont dif-
>> paru entiérement au bout de trois
>> mois.
120
On continuera à prouver combien
ce reméde a d'efficacité pour fondre &
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
réfoudre l'épaiffiſſement de la lymphe ,
en donnant par la ſuite , l'Histoire d'une
tumeur fingulière qui approche de
ſa guériſon. On mettra auſſi ſous les
yeux , la deſcription de la maladie d'une
Jeune fille , qui juſqu'à préſent ayant
fait inutilement unuſage ſuivi des fondans
les plus connus , a été obligée par
l'avis de très-habiles Médecins , de recourir
au reméde nouveau que nous
annonçons.
Les perſonnes qui voudront ſe procurer
le reméde de M. Jacquet , le trouveront
chez trois Apoticaires de Paris ,
ſçavoir , M. Taſſard , vieille rue du
Temple , près l'Hôtel de Soubiſe ; M.
Brocor, rue Montmartre , pre celle des
vieux Auguſtins ; M. Morice , rue S.
André des Arts , vis-à-vis la rue de l'éperon.
REMEDE fondant de M. JACQUET ,
ancien Chirurgien de S. A. Mgr le
Prince de WIRTEMBERG.
LES découvertes en Médecine , lorfqu'elles
font conftatées par les Maîtres
de l'Art , ſont de nouveaux moyens
qu'on préſente aux hommes pour dompter
les maladies qui les affiégent. De toutes
les infirmités auſquelles notre Nature
eſt ſujette , il n'y en a point de plus
rebelles fans doute que les maladies vénériennes
, les écrouelles & autres vices
lymphatiques . Ces affections réſiſtent
aux médicamens. Le Mercure lui-même
malgré toutes les formes différentes qu'on
lui donne , ſe trouve quelquefois infuffifant
en pareil cas , & ſouvent dangereux
quand il eſt manié par des mains
G
146 MERCURE DE FRANCE .
novices. En faiſant uſage des pilules antimoniées
, on obtiendra les bons effets
du vif-argent , ſans avoir à redouter aucun
des inconvéniens de ce demimétal.
On ſçait que M. Jacquet convaincu
de la bonté de ſon fondant , chercha à
ſe procurer l'approbation de la Faculté
de Médecine de Paris , Ecole célébre
depuis tant de Siécles. Ses defirs furent
fatisfaits . On lui nomma des Commiffaires
devant leſquels il fit ſes différentes
manipulations & opérations. Bientôt
après , pluſieurs Docteurs ordonnerent
ce fondant. Il réuffit très-bien ſous
leurs yeux. Cela encouragea d'autres à
s'en ſervir . Tant-mieux pour le Public
fi cet excellent reméde prend faveur de
jour en jour. Il eſt à remarquer qu'on
peut l'adminiſtrer dans tous les cas où
convient le Kermès minéral , mais avec
plus de certitude d'en tirer les avantages
qu'on attend quelquefois en vain de la
poudre des Chartreux.
La conduite qu'a tenue l'Inventeur
de la nouvelle préparation d'antimoine ,
démontre qu'il a fui juſqu'à l'ombre du
charlataniſme. Le defir d'être utile à
l'humanité eſt le motif qui l'a animé.
Voilà ce qui l'a foutenu dans ſes longs
JUIN. 1763 . 147
travaux. Son fondant une fois trouvé ,
loin de ſe ſouſtraite à l'examen & à la
déciſion de ſes Juges naturels , il a été
au-devant d'eux. Il eſt récompenſé aujourd'hui
de ſa façon d'agir , par les obſervations
que les Médecins ſont à portée
de faire en adminiftrant fon fondant.
Entre beaucoup d'autres , voici
deux obfervations qui lui ont été communiquées
par M. Guilbert de Préval,
Docteur de l'Univerſité de Caën & de
celle de Paris . Ce Médecin eſt renommé
pour les maladies de la lymphe dont il
à fait une étude particulière.
PREMIERE OBSERVATION
par M. de PRÉVAL.
>> Un Particulier âgé de 35 ans eut
>> recours à moi , au commencement de
>> l'année 1760 ; il étoit tourmenté par
>> les plus violens accidens vénériens. Je
>>lui procurai un fecours qui n'avoit
>>déja été que trop différé. Cependant
>> on le traitoit depuis fix mois; mais le
>> zéle des perſonnes qui le condui-
>> foient , ne leurdonnoit pas les lumiè-
>> res néceſſaires. Le Malade ne pouvoit
>> fortir du lit par rapport à ſa foibleſſe.
» Je lui fis prendre à petite doſe , la
>> nouvelle préparation d'antimoine en
1
Gij
14.8 MERCURE DE FRANCE.
>> commençant d'abord par quatre
>> grains tous les matins pendant fix jours.
>>J'obtins pour premier ſuccès un peu
» de fommeil & une diminution confi-
>>dérable des douleurs. Encouragé par
>>la réuffite , j'augmentai la doſe par
>> gradation de deux grains chaque jour
>>juſqu'à ce que je fufſe parvenu à dou-
» ze grains. Les forces du malade ſe
>>réparant un peu , je lui en donnai pen-
>> dant trois jours douze grains le matin
» & fix le foir. La ceſſation des douleurs ,
>>des cuiffons , un ſommeil plus tran-
» quille , n'empêchoient pourtant pas
» que les principaux ſymptômes ne ſub-
>>fiſtaſſent toujours. J'augmentai donc
» la doſe de trois grains , c'est-à-dire
>> que deux fois par jour , foir & matin ,
>> mon malade en prenoit quinze . Cinq
>>jours après l'uſage de notre antimoine
>> à cette doſe , j'apperçus manifeſte-
>> ment fon effet fondant & antivéné-
>> rien. Alors tous les ſymptômes dimi-
» nuèrent à vue d'oeil. Le malade ſe
>> trouvant beaucoup plus fort , faifoit ,
>> toutes ſes fonctions aufli parfaitement
» qu'en bonne ſanté. Je le reftreignis
>>alors à une fois par jour en augmen-
>>tant la doſe de deux grains. Le ventre
>>devint libre de plus en plus à proporJUIN.
1763 .. 149
>> tion de l'augmentation. Parvenu à la
>> doſe de vingt-quatre grains , qui eſt la
>>plus grande qu'il ait priſe en une feule
>> fois , il fut purgé fortement pendant
>>>les quatre premiers jours fans que ce
>> flux falutaire altérât en rien ſa ſanté
>>> renaiſſante. Au contraire , elle fem-
>> bloit augmenter par ces évacuations
>> multipliées . Tous les accidens difpa-
>> rurent à la cinquiéme priſe. Je lui fis
>> encore continuer le reméde pendant
>>huit jours & enfuite de deux ou trois
>>>l'un, l'efpace de quelque temps. Par
>> ce moyen fa fanté s'eſt parfaitement
„ rétablie
SECONDE OBSERVATION.
>> Une Cuifinière du Fauxbourg - S.
>>Germain me fut adreſſée par un Mar-
>> chand de la rue Dauphine. Cette fille
>> avoit employé vainement beaucoup
» de remédes pour guérir des dartres
>>dont elle étoit couverte fur le viſage ,
>> les bras , la poitrine & le long du dos .
>>En faiſant uſage de l'antimoine prépa-
>> ré de M. Jacquet , les dartres ont dif-
>> paru entiérement au bout de trois
>> mois.
120
On continuera à prouver combien
ce reméde a d'efficacité pour fondre &
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
réfoudre l'épaiffiſſement de la lymphe ,
en donnant par la ſuite , l'Histoire d'une
tumeur fingulière qui approche de
ſa guériſon. On mettra auſſi ſous les
yeux , la deſcription de la maladie d'une
Jeune fille , qui juſqu'à préſent ayant
fait inutilement unuſage ſuivi des fondans
les plus connus , a été obligée par
l'avis de très-habiles Médecins , de recourir
au reméde nouveau que nous
annonçons.
Les perſonnes qui voudront ſe procurer
le reméde de M. Jacquet , le trouveront
chez trois Apoticaires de Paris ,
ſçavoir , M. Taſſard , vieille rue du
Temple , près l'Hôtel de Soubiſe ; M.
Brocor, rue Montmartre , pre celle des
vieux Auguſtins ; M. Morice , rue S.
André des Arts , vis-à-vis la rue de l'éperon.
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Résumé : CHIRURGIE. REMÉDE fondant de M. JACQUET, ancien Chirurgien de S. A. Mgr le Prince de WIRTEMBERG.
Le texte décrit un remède inventé par M. Jacquet, ancien chirurgien du Prince de Wurtemberg, conçu pour traiter les maladies vénériennes et autres affections lymphatiques. Les méthodes traditionnelles, comme l'utilisation du mercure, présentent des dangers si elles ne sont pas correctement administrées. Le remède de M. Jacquet, basé sur des pilules antimoniées, offre les bénéfices du mercure sans ses risques associés. Ce remède a reçu l'approbation de la Faculté de Médecine de Paris et a été prescrit avec succès par plusieurs docteurs. Il peut être utilisé dans les cas où le kermès minéral est indiqué, mais avec une plus grande certitude et efficacité. Pour garantir son intégrité, M. Jacquet a soumis son remède à l'examen des autorités médicales. Deux observations médicales, fournies par M. Guilbert de Préval, démontrent l'efficacité du remède. La première observation concerne un homme de 35 ans souffrant de symptômes vénériens sévères, qui a été guéri après un traitement progressif. La seconde observation relate le cas d'une cuisinière guérie de dartres après trois mois de traitement. Le remède est disponible auprès de trois apothicaires à Paris : M. Tassard, situé rue du Temple près de l'Hôtel de Soubise ; M. Brocor, rue Montmartre près de la rue des Vieux Augustins ; et M. Morice, rue Saint-André-des-Arts en face de la rue de l'Éperon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16229
p. 150-154
LETTRE du Frère COSME à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, Il est de mon état de mépriser toute imposture qui me feroit personnelle [...]
Mots clefs :
Méthode, Hémorragie, Bruxelles
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Frère COSME à l'Auteur du Mercure.
LETTRE du Frère COSME à
l'Auteur du Mercure.
MONSIEUR,
Il eſt de mon état de mépriſer toute
impoſture qui me feroit perfonnelle ,
mais il m'importe plus qu'à tout autre
JUIN. 1763. 151
d'employer les armes qui peuvent la
détruire , lorſqu'elle donne le change
au bien public. La Lettre d'un certain
Lithotomiſte de Bruxelles à M. le Cat
de Rouen , inférée dans votre Journal
du mois de Février 1763 , page 114 ,
eſt exactement de cette eſpéce. Son
apparition affectée dans pluſieurs Ecrits
Périodiques , me l'ayant rendu ſuſpecte,
j'ai fait des perquifitions au pays de fon
invention ; voici la réponſe qu'on me
fait ; la vérité n'y biaiſe point ; & l'Auteur
paroît ferme dans les preuves qu'il
avance.
MONSIEUR ,
Les fervices que vous avez rendus a
Phumanité , font trop connus de tout
le monde pour que j'eufſe jamais penfé
a multiplier vos admirateurs , en publiant
les fuccès heureux & conftans
que j'éprouve parvotre méthode de tailler
, fi je n'avois vû dans le Mercure
de France du mois de Février dernier ,
& dans la feuille Périodique de cette
Ville du vingt-cinq du même mois ,
une Lettre du fieur Dumont le Fils
Chirurgien de Bruxelles , à M. le Cat ,
par laquelle il ſemble vouloir décréditer
votre méthode , en difant que fon
,
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Père avoit taillé un Garçon de vingt
ans , dont le Père périt il y a quatre
ans dans l'eſpace de trois à quatre jours
fous le tranchant du Lithotome caché ,
qui lui avoit cauſé une hémorragie interne
, dont toute la veſſie avoit été
remplie ainſi que le baffin , &c .
Je ſuis d'autant plus autorisé , Monſieur
, à relever cette expreſſion , que de
douze Sujets que j'ai taillés en me conformant
à votre méthode , c'eſt le ſeul
qui me foit mort , & dont le Sr Dumont
parle ; mais il n'a point péri d'hémorragie
, comme il le prétend ; l'adhérence
de la pierre à la veſſie en doit être ſeule
réputée la cauſe, puiſqu'à l'ouverture du
cadavre , j'ai trouvé une couche de la
pierre encore incruſtée à la veſſie racornie
qui la contenoit. Tous les Lithotomiſtes
qui ont rencontré ces fortes de
pierres adhérentes , ſçavent qu'il eſt
prèſqu'impoſſible que le malade furvive
aux recherches , prèſque toujours
multipliées dans ces fortes de cas , pour
faifir la pierre & aux tiraillemens inévitables
pour l'extraire , ce qui ne peut
que tourmenter la veffie & attirer une
foule d'accidens mortels , qui ſeuls l'ont
fait périr cinq jours après , & non pas
la prétendue hémorragie , comme le dit
JUIN. 1763. 133
le Sr Dumont , car il ne perdit pas plus
de quatre à cinq onces de ſang ; &
c'eſt auſſi ſans aucun fondement , qu'il
a avancé que toute la veffie ainſi que
le baffin avoient été remplis de fang ,
comme pluſieurs de mes Confrères qui
étoient préfens à cette opération , &
à l'ouverture du cadavre peuvent le
certifier.
و
Le nombre des Chirurgiens qui taillent
aujourd'hui en France & dans
toute l'Europe par votre instrument
prouve miet que tout ce que je pourrois
dire , la bonté de votre méthode.
Je les ai éxaminées toutes , && ce
n'eſt qu'après cet éxamen réfléchi , que
j'ai donné la préférence à la vôtre ,
tout y eſt ſimple , tout y eſt facile à
quiconque ſcait un peu manier les inftrumens
de Chirurgie , & les ſuccès
font conſtans pour tout le monde. Le
Sr Dumont a donc tort de chercher à
la décrier en feignant d'ignorer mes fuccès
, & en m'imputant une hémorragie
que je n'ai pas eue , lui qui doit ſçavoir
que j'opère en préſence de quantité de
perſonnes de l'Art , & que je penſe en
cela bien différemment de certains Opérateurs
, qui ferment éxactement la
porte ,& ne font leurs opérations qu'em
1
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
cachette , fans doute pour ne pas rendre
trop familière la méthode dont ils paroiffent
fi enthouſiaſmés , ou pour que l'on
ignore dans le Public le nom & la demeure
de leurs opérés , qu'il leur importe
peut-être beaucoup de cacher
pour mettre leur réputation à couvert ,
ou pour s'en faire une aux dépens de la
vérité.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J. DE GRAVE , Chirurgien & Lithotomiſte
penſionné.
Bruxelles , ce 26Avril 1763 .
l'Auteur du Mercure.
MONSIEUR,
Il eſt de mon état de mépriſer toute
impoſture qui me feroit perfonnelle ,
mais il m'importe plus qu'à tout autre
JUIN. 1763. 151
d'employer les armes qui peuvent la
détruire , lorſqu'elle donne le change
au bien public. La Lettre d'un certain
Lithotomiſte de Bruxelles à M. le Cat
de Rouen , inférée dans votre Journal
du mois de Février 1763 , page 114 ,
eſt exactement de cette eſpéce. Son
apparition affectée dans pluſieurs Ecrits
Périodiques , me l'ayant rendu ſuſpecte,
j'ai fait des perquifitions au pays de fon
invention ; voici la réponſe qu'on me
fait ; la vérité n'y biaiſe point ; & l'Auteur
paroît ferme dans les preuves qu'il
avance.
MONSIEUR ,
Les fervices que vous avez rendus a
Phumanité , font trop connus de tout
le monde pour que j'eufſe jamais penfé
a multiplier vos admirateurs , en publiant
les fuccès heureux & conftans
que j'éprouve parvotre méthode de tailler
, fi je n'avois vû dans le Mercure
de France du mois de Février dernier ,
& dans la feuille Périodique de cette
Ville du vingt-cinq du même mois ,
une Lettre du fieur Dumont le Fils
Chirurgien de Bruxelles , à M. le Cat ,
par laquelle il ſemble vouloir décréditer
votre méthode , en difant que fon
,
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Père avoit taillé un Garçon de vingt
ans , dont le Père périt il y a quatre
ans dans l'eſpace de trois à quatre jours
fous le tranchant du Lithotome caché ,
qui lui avoit cauſé une hémorragie interne
, dont toute la veſſie avoit été
remplie ainſi que le baffin , &c .
Je ſuis d'autant plus autorisé , Monſieur
, à relever cette expreſſion , que de
douze Sujets que j'ai taillés en me conformant
à votre méthode , c'eſt le ſeul
qui me foit mort , & dont le Sr Dumont
parle ; mais il n'a point péri d'hémorragie
, comme il le prétend ; l'adhérence
de la pierre à la veſſie en doit être ſeule
réputée la cauſe, puiſqu'à l'ouverture du
cadavre , j'ai trouvé une couche de la
pierre encore incruſtée à la veſſie racornie
qui la contenoit. Tous les Lithotomiſtes
qui ont rencontré ces fortes de
pierres adhérentes , ſçavent qu'il eſt
prèſqu'impoſſible que le malade furvive
aux recherches , prèſque toujours
multipliées dans ces fortes de cas , pour
faifir la pierre & aux tiraillemens inévitables
pour l'extraire , ce qui ne peut
que tourmenter la veffie & attirer une
foule d'accidens mortels , qui ſeuls l'ont
fait périr cinq jours après , & non pas
la prétendue hémorragie , comme le dit
JUIN. 1763. 133
le Sr Dumont , car il ne perdit pas plus
de quatre à cinq onces de ſang ; &
c'eſt auſſi ſans aucun fondement , qu'il
a avancé que toute la veffie ainſi que
le baffin avoient été remplis de fang ,
comme pluſieurs de mes Confrères qui
étoient préfens à cette opération , &
à l'ouverture du cadavre peuvent le
certifier.
و
Le nombre des Chirurgiens qui taillent
aujourd'hui en France & dans
toute l'Europe par votre instrument
prouve miet que tout ce que je pourrois
dire , la bonté de votre méthode.
Je les ai éxaminées toutes , && ce
n'eſt qu'après cet éxamen réfléchi , que
j'ai donné la préférence à la vôtre ,
tout y eſt ſimple , tout y eſt facile à
quiconque ſcait un peu manier les inftrumens
de Chirurgie , & les ſuccès
font conſtans pour tout le monde. Le
Sr Dumont a donc tort de chercher à
la décrier en feignant d'ignorer mes fuccès
, & en m'imputant une hémorragie
que je n'ai pas eue , lui qui doit ſçavoir
que j'opère en préſence de quantité de
perſonnes de l'Art , & que je penſe en
cela bien différemment de certains Opérateurs
, qui ferment éxactement la
porte ,& ne font leurs opérations qu'em
1
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
cachette , fans doute pour ne pas rendre
trop familière la méthode dont ils paroiffent
fi enthouſiaſmés , ou pour que l'on
ignore dans le Public le nom & la demeure
de leurs opérés , qu'il leur importe
peut-être beaucoup de cacher
pour mettre leur réputation à couvert ,
ou pour s'en faire une aux dépens de la
vérité.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J. DE GRAVE , Chirurgien & Lithotomiſte
penſionné.
Bruxelles , ce 26Avril 1763 .
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Résumé : LETTRE du Frère COSME à l'Auteur du Mercure.
Le frère Cosme adresse une missive à l'auteur du Mercure pour contester une lettre publiée en février 1763, attribuée à un lithotomiste bruxellois nommé Dumont. Cette lettre critique la méthode de lithotomie pratiquée par l'auteur du Mercure. Le frère Cosme, après avoir mené une enquête, réfute les accusations portées par Dumont. Il précise qu'un seul patient sur douze est décédé, non pas à cause d'une hémorragie comme le soutient Dumont, mais en raison de l'adhérence de la pierre à la vessie. Plusieurs confrères présents lors de l'opération corroborent cette explication. De Grave, l'auteur de la lettre, affirme que sa méthode est simple, efficace et largement adoptée par de nombreux chirurgiens en France et en Europe. Il accuse Dumont de tenter de discréditer sa méthode et de pratiquer ses opérations en secret afin de préserver sa réputation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16230
p. 155-161
MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
Début :
LE titre de cette Dissertation en annonce suffisamment l'objet : le supplice [...]
Mots clefs :
Corps, Crime, Chirurgien, Assassinat, Étranglement , Examen, Mémoire
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texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
MÉMOIRE fur, une queſtion Anatomique
relative à la Jurisprudence ;
dans lequel on établit les Principes
pour diftinguer à l'inspection d'un
corps trouvé pendu , les fignes du
SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT.
Par M. LOUIS , Professeur
Royal de Chirurgie , Cenfeur Royal,
Chirurgien-confultant des Armées du
Roi , &c. A Paris chez Cavelier ,
rue Saint Jacques , au lys d'or.
LEE titre de cette Differtation en annonce
fuffisamment l'objet : le fupplice
d'un père , accuſé d'avoir étranglé fon
fils , en a été le motif; la fûreté des
citoyens , l'inſtruction des gens de l'art ,
la certitude des jugemens à prononcer
dans de pareilles affaires , en feront le
fruit ; & l'Auteur ne defire pour la récompenſe
de ſon travail , que de pouvoir
empêcher quelqu'un de commettre
le crime dans la crainte de la conviction ,
&un innocent d'en être accuſé.
La méchanceté des hommes les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
rendus induſtrieux juſques dans le crime,
& pour ſe ſouſtraire aux peines capitales
que mérite un affaffinat, ils ont quelquefois
cherché à le faire méconnoître , en
pendant la perſonne qu'ils avoient fait
mourir par une autre voie. Il s'agit donc
de ſavoir fi un homme , trouvé pendu ,
l'a été vivant, ou après ſa mort. M. Louis
prouve par deux obſervations , qui ne
laiſſent aucun doute ſur cette queſtion ,
qu'un examen éclairé & judicieux peut
empêcher l'impunité des coupables , &
que la mémoire du mort ne foit tachée
d'infamie fur les apparences trompeuſes
du fuicide .
L'absence des ſignes qui caractériſent
la ſtrangulation , fuffit pour faire connoître
qu'une perſonne n'a pas été
étranglée mais il reſte un point plus
difficile à réfoudre ; c'eft de déterminer ,
lorſque l'étranglement aura réellement
cauſe la mort , ſi elle a été volontaire
ou l'effet d'une violence extérieure.
Pour approfondir cette feconde queftion
, fi triſte dans fon objet , & néanmoins
fi utile aux intérêts de la ſociété ,
P'Auteur n'a négligé aucun moyen d'inf
truction ; il a fait des recherches dans
pluſieurs Auteurs , dont la doctrine paroît
lui être très-familière , tels qu'AmJUIN.
1763 . 157
broise Paré , Fortunatus Fidelis , Zacchias
, Benedicti , Nymman , Alberti ,
Garmann , Riolan , Bohnius , Devaux,
&c. Il examine les différentes defcriptions
qu'ils ont données de l'état des
pendus , & des cauſes de leur mort.
Pour jugeravec connoiſſance de cauſe
des différentes opinions de ces Auteurs
célèbres , M. Louis a fait des expériences
fur les cadavres humains & fur des animaux
vivans ; il a établi des correfpondances
dans de grandes villes ; il a confulté
de vive voix l'Exécuteur de la Juftice
, afin de ſe procurer par toutes les
voies poffibles les lumières néceſſaires
fur le point effentiel de cette importante
difcuffion .
Nous ne rapporterons pas ici la diftinction
que l'Auteur établit entre les
fignes invariables de l'étranglement &
les divers effets qui en réſultent , fuivant
la variété de l'impreſſion des caufes qui
peuvent produire le même genre de
mort. Ce tableau , qui feroit hideux dans
notre Extrait , ſe voit ſans répugnance
dans le Mémoire de M. Louis , par l'intérêt
que les Lecteurs y prennent. Il eſt
prouvé que les gens qui ſe pendent euxmêmes
, meurent purement & fimplement
Apoplectiques , par la comprefion
1
158 MERCURE DE FRANCE.
quela corde fait ſur les veines jugulaires;
&que ceux qui ont été pendus violemment,
portent les impreſſions des violences
qu'ils ont fouffertes. Ces impreffions
font différentes , ſuivant la diverſité
des cas. Le Chirurgien obligé
de faire un rapport en Juſtice , ne doit
pas ſe contenter d'un examen fuperficiel,
& dreffer fon procès-verbal d'après le
fimple témoignage de ſes yeux. Pour
ſavoir réellement s'il n'y a pas eu affaffinat
, il faut difféquer exactement les
parties , afin de prononcer avec certitude
fur l'état des vertebres , des cartilages &
des muſcles. Il convient même de remettre
la corde dans le fillon qu'elle a
tracé , pour juger de la diminution plus
ou moins grande du diamètre du col ,
& ſavoir fi la direction de ce fillon prouve
que la ſuſpenſion a été cauſe de la mort,
ou poſtérieure à la perte de la vie. Pourquoi
, dit M. Louis , pourquoi négliger
en ce cas le principe reçu généralement,
& qu'on ſe garderoit d'omettre dans
d'autres circonstances moins difficiles
qui eſt de repréſenter l'inſtrument à la
playe , pour juger de l'une par l'autre ?
Il eſt principalement eſſentiel de bien
examiner s'il n'y a pas deux impreffions
au col , l'une circulaire & tout-a-fait
,
r JUIN. 1763 . 159
horizontale , faite par la torfion fur le
Sujet vivant; & l'autre fans meurtriffure,
dans une diſpoſition oblique vers le
noeud , laquelle auroit été l'effet de la
fufpenfion après la mort. Il ſeroit en
effet bien difficile , comme l'Auteur le
remarquejudicieuſement,qu'un homme
en fit mourir un autre en le pendant ;
cela demande trop d'appareil: il eſt plus
commun de commencer par l'étranglement
; on fufpend le corps après , pour
tâcher de faire méconnoître le genre de
crime ; c'eſt une action réfléchie qui
fuit le mouvement violent qui avoit
porté à l'affaffinat. Le crime laiſſe ordinairement
des traces qui le décélent ;
M. Louis en donne la preuve par deux
obſervations importantes , dont le récit
eſt curieux & néceſſaire , quoiqu'il faſſe
frémir l'humanité : dans l'une , un père
a étranglé fon fils; dans l'autre , un fils
a été l'aſſaffin de fon père, corps à corps,
avec des circonstances qui auroient pu
être équivoques , & favorifer l'impunité
des criminels à la charge des innocens.
Enfin il eſt certain que c'eſt le rapport
qui conſtate la nature du délit ; ce
premier jugement devient ſouvent la
règle unique de l'application des loix
160 MERCURE DE FRANCE.
vengereſſes des crimes : les Magiſtrats
les plus éclairés peuvent être induits à
commettre l'injuſtice la plus affreuſe
par un mauvais rapport. La Differtation
de M. Louis nous paroît capable de prévenir
des cas auſſi facheux , dont malheureuſement
il n'y a que trop d'exemples.
Il ſeroit à ſouhaiter que les principes
qu'il a donnés ne fuſſent ignorés
d'aucun Chirurgien , que tous les Juges.
en euffent connoiſſance , & que les
Officiers de Juſtice chargés de l'examen
des circonstances acceſſoires , tels que
font les lieux , la poſition du corps , les
moyens de deftruction , & tout ce qui
a pû concourir à leur effet , viſſent dans
l'ouvrage dont nous parlons , de quelle
importance eſt l'exactitude de leur procès
- verbal. La règle eſſentielle de ce
premier jugement , commune à toute
eſpèce de raifonnement , eſt de ne pas
conclurre affirmativement d'après les
choſes ſimplement poffibles , & de ne
pas établir fur des témoignages équivoques
, des points de fait dont l'impoffibilité
ſeroit démontrée à des hommes
plus éclairés ou plus attentifs . Les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas de
rapporter les vues philofophiques de
l'Auteur à l'égard de ceux qui attentent
JUIN. 1763 . 161
eux-mêmes à leur vie. Il indique les ſecours
qui leur conviennent , lorſqu'il en
eſt encore temps ; & ce qu'il avance
contre les préjugés reçus, ne paroît choquer
l'opinion de perſonne. On voit
ici l'empire de la Raifon, & l'on ſe joint
volontiers à l'Auteur dans l'hommage
qu'il rend à la Philofophie & aux Arts ,
dont les progrès nous font enviſager ,
au profit de l'humanité , pluſieurs objets
ſous des aſpects plus raisonnables que
nos pères ne les avoient apperçus .
relative à la Jurisprudence ;
dans lequel on établit les Principes
pour diftinguer à l'inspection d'un
corps trouvé pendu , les fignes du
SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT.
Par M. LOUIS , Professeur
Royal de Chirurgie , Cenfeur Royal,
Chirurgien-confultant des Armées du
Roi , &c. A Paris chez Cavelier ,
rue Saint Jacques , au lys d'or.
LEE titre de cette Differtation en annonce
fuffisamment l'objet : le fupplice
d'un père , accuſé d'avoir étranglé fon
fils , en a été le motif; la fûreté des
citoyens , l'inſtruction des gens de l'art ,
la certitude des jugemens à prononcer
dans de pareilles affaires , en feront le
fruit ; & l'Auteur ne defire pour la récompenſe
de ſon travail , que de pouvoir
empêcher quelqu'un de commettre
le crime dans la crainte de la conviction ,
&un innocent d'en être accuſé.
La méchanceté des hommes les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
rendus induſtrieux juſques dans le crime,
& pour ſe ſouſtraire aux peines capitales
que mérite un affaffinat, ils ont quelquefois
cherché à le faire méconnoître , en
pendant la perſonne qu'ils avoient fait
mourir par une autre voie. Il s'agit donc
de ſavoir fi un homme , trouvé pendu ,
l'a été vivant, ou après ſa mort. M. Louis
prouve par deux obſervations , qui ne
laiſſent aucun doute ſur cette queſtion ,
qu'un examen éclairé & judicieux peut
empêcher l'impunité des coupables , &
que la mémoire du mort ne foit tachée
d'infamie fur les apparences trompeuſes
du fuicide .
L'absence des ſignes qui caractériſent
la ſtrangulation , fuffit pour faire connoître
qu'une perſonne n'a pas été
étranglée mais il reſte un point plus
difficile à réfoudre ; c'eft de déterminer ,
lorſque l'étranglement aura réellement
cauſe la mort , ſi elle a été volontaire
ou l'effet d'une violence extérieure.
Pour approfondir cette feconde queftion
, fi triſte dans fon objet , & néanmoins
fi utile aux intérêts de la ſociété ,
P'Auteur n'a négligé aucun moyen d'inf
truction ; il a fait des recherches dans
pluſieurs Auteurs , dont la doctrine paroît
lui être très-familière , tels qu'AmJUIN.
1763 . 157
broise Paré , Fortunatus Fidelis , Zacchias
, Benedicti , Nymman , Alberti ,
Garmann , Riolan , Bohnius , Devaux,
&c. Il examine les différentes defcriptions
qu'ils ont données de l'état des
pendus , & des cauſes de leur mort.
Pour jugeravec connoiſſance de cauſe
des différentes opinions de ces Auteurs
célèbres , M. Louis a fait des expériences
fur les cadavres humains & fur des animaux
vivans ; il a établi des correfpondances
dans de grandes villes ; il a confulté
de vive voix l'Exécuteur de la Juftice
, afin de ſe procurer par toutes les
voies poffibles les lumières néceſſaires
fur le point effentiel de cette importante
difcuffion .
Nous ne rapporterons pas ici la diftinction
que l'Auteur établit entre les
fignes invariables de l'étranglement &
les divers effets qui en réſultent , fuivant
la variété de l'impreſſion des caufes qui
peuvent produire le même genre de
mort. Ce tableau , qui feroit hideux dans
notre Extrait , ſe voit ſans répugnance
dans le Mémoire de M. Louis , par l'intérêt
que les Lecteurs y prennent. Il eſt
prouvé que les gens qui ſe pendent euxmêmes
, meurent purement & fimplement
Apoplectiques , par la comprefion
1
158 MERCURE DE FRANCE.
quela corde fait ſur les veines jugulaires;
&que ceux qui ont été pendus violemment,
portent les impreſſions des violences
qu'ils ont fouffertes. Ces impreffions
font différentes , ſuivant la diverſité
des cas. Le Chirurgien obligé
de faire un rapport en Juſtice , ne doit
pas ſe contenter d'un examen fuperficiel,
& dreffer fon procès-verbal d'après le
fimple témoignage de ſes yeux. Pour
ſavoir réellement s'il n'y a pas eu affaffinat
, il faut difféquer exactement les
parties , afin de prononcer avec certitude
fur l'état des vertebres , des cartilages &
des muſcles. Il convient même de remettre
la corde dans le fillon qu'elle a
tracé , pour juger de la diminution plus
ou moins grande du diamètre du col ,
& ſavoir fi la direction de ce fillon prouve
que la ſuſpenſion a été cauſe de la mort,
ou poſtérieure à la perte de la vie. Pourquoi
, dit M. Louis , pourquoi négliger
en ce cas le principe reçu généralement,
& qu'on ſe garderoit d'omettre dans
d'autres circonstances moins difficiles
qui eſt de repréſenter l'inſtrument à la
playe , pour juger de l'une par l'autre ?
Il eſt principalement eſſentiel de bien
examiner s'il n'y a pas deux impreffions
au col , l'une circulaire & tout-a-fait
,
r JUIN. 1763 . 159
horizontale , faite par la torfion fur le
Sujet vivant; & l'autre fans meurtriffure,
dans une diſpoſition oblique vers le
noeud , laquelle auroit été l'effet de la
fufpenfion après la mort. Il ſeroit en
effet bien difficile , comme l'Auteur le
remarquejudicieuſement,qu'un homme
en fit mourir un autre en le pendant ;
cela demande trop d'appareil: il eſt plus
commun de commencer par l'étranglement
; on fufpend le corps après , pour
tâcher de faire méconnoître le genre de
crime ; c'eſt une action réfléchie qui
fuit le mouvement violent qui avoit
porté à l'affaffinat. Le crime laiſſe ordinairement
des traces qui le décélent ;
M. Louis en donne la preuve par deux
obſervations importantes , dont le récit
eſt curieux & néceſſaire , quoiqu'il faſſe
frémir l'humanité : dans l'une , un père
a étranglé fon fils; dans l'autre , un fils
a été l'aſſaffin de fon père, corps à corps,
avec des circonstances qui auroient pu
être équivoques , & favorifer l'impunité
des criminels à la charge des innocens.
Enfin il eſt certain que c'eſt le rapport
qui conſtate la nature du délit ; ce
premier jugement devient ſouvent la
règle unique de l'application des loix
160 MERCURE DE FRANCE.
vengereſſes des crimes : les Magiſtrats
les plus éclairés peuvent être induits à
commettre l'injuſtice la plus affreuſe
par un mauvais rapport. La Differtation
de M. Louis nous paroît capable de prévenir
des cas auſſi facheux , dont malheureuſement
il n'y a que trop d'exemples.
Il ſeroit à ſouhaiter que les principes
qu'il a donnés ne fuſſent ignorés
d'aucun Chirurgien , que tous les Juges.
en euffent connoiſſance , & que les
Officiers de Juſtice chargés de l'examen
des circonstances acceſſoires , tels que
font les lieux , la poſition du corps , les
moyens de deftruction , & tout ce qui
a pû concourir à leur effet , viſſent dans
l'ouvrage dont nous parlons , de quelle
importance eſt l'exactitude de leur procès
- verbal. La règle eſſentielle de ce
premier jugement , commune à toute
eſpèce de raifonnement , eſt de ne pas
conclurre affirmativement d'après les
choſes ſimplement poffibles , & de ne
pas établir fur des témoignages équivoques
, des points de fait dont l'impoffibilité
ſeroit démontrée à des hommes
plus éclairés ou plus attentifs . Les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas de
rapporter les vues philofophiques de
l'Auteur à l'égard de ceux qui attentent
JUIN. 1763 . 161
eux-mêmes à leur vie. Il indique les ſecours
qui leur conviennent , lorſqu'il en
eſt encore temps ; & ce qu'il avance
contre les préjugés reçus, ne paroît choquer
l'opinion de perſonne. On voit
ici l'empire de la Raifon, & l'on ſe joint
volontiers à l'Auteur dans l'hommage
qu'il rend à la Philofophie & aux Arts ,
dont les progrès nous font enviſager ,
au profit de l'humanité , pluſieurs objets
ſous des aſpects plus raisonnables que
nos pères ne les avoient apperçus .
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Résumé : MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
Le mémoire de M. Louis, professeur royal de chirurgie, se concentre sur la distinction entre suicide et assassinat dans les cas de corps trouvés pendus. Motivé par une affaire judiciaire, M. Louis vise à assurer la sécurité des citoyens, la formation des professionnels de santé et la justesse des jugements. Il explore les méthodes utilisées par les criminels pour dissimuler les meurtres en pendant leurs victimes après les avoir tuées par d'autres moyens. Pour ce faire, il examine les travaux d'auteurs renommés en anatomie et médecine légale, effectue des expériences sur des cadavres humains et des animaux vivants, et consulte des experts. Le mémoire détaille les signes distinctifs de l'étranglement et les différences entre suicides et assassinats par pendaison, soulignant l'importance d'un examen minutieux du cou pour déterminer la cause exacte de la mort et éviter les erreurs judiciaires. M. Louis illustre ses propos par des cas réels où des crimes ont été déguisés en suicides. Il insiste sur le rôle crucial du rapport médical pour guider l'application des lois et prévenir les injustices. Le texte met en avant la nécessité de précision et de rigueur dans les rapports médicaux et judiciaires. La 'Differtation' de M. Louis est présentée comme un ouvrage capable de prévenir les erreurs judiciaires, souvent causées par des rapports inexacts. L'auteur souhaite que chirurgiens, juges et officiers de justice connaissent et appliquent les principes exposés, y compris l'exactitude des procès-verbaux et l'importance de ne pas conclure sur des bases possibles ou des témoignages équivoques. Le texte aborde également les vues philosophiques de l'auteur sur le suicide et l'impact positif de la philosophie et des arts sur la perception humaine.
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16230
MÉMOIRE sur une question Anatomique relative à la Jurisprudence ; dans lequel on établit les Principes pour distinguer à l'inspection d'un corps trouvé pendu, les signes du SUICIDE d'avec ceux de l'ASSASSINAT. Par M. LOUIS, Professeur Royal de Chirurgie, Censeur Royal, Chirurgien-consultant des Armées du Roi, &c. À Paris chez Cavelier, rue Saint Jacques, au lys d'or.
16231
p. 161-163
HOPITAL. DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Début :
Trente-quatrième & trente-cinquième Traitements faits à l'Hôpital des Gardes Françoises [...]
Mots clefs :
Hôpital, Soldats, Gardes, Frictions
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texteReconnaissance textuelle : HOPITAL. DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
HOPITAL
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Trente - quatrième & trente - cinquième
Traitemens faits à l'Hôpital des Gardes
Françoifes depuis fon Etabliſſement.
Noms des Soldats .
BELAMOUR ,
Parifien ,
Tardu ,
CadetGoffelin ,
t
Compagnies.
1
Guergorlay.
Daldart.
La Sône.
Chevalier,
162 MERCURE DE FRANCE,
Voiſemont , Colonelle.
Toucé , Mathan.
Dumont , Pronleroy.
Cheneau ,.. Viennay.
Vannier , Nolivos.
Fleur d'épine , Chatulé.
Sérion , d'Obſonville .
S. Jofeph , Mithon .
Fabvre , Marfay.
Bigot , Dampierre.
La Cour , d'Anterroche.
Cadet le grand , Pronleroy.
Lecomte ,
Liffant ,
Lafage ,
Lafortune ,
Gauffreſt ,
Rafilly.
Colonelle.
Rafilly.
Pronleroy.
Villers.
Rafilly . Violet,
Doré ,
Bar ,
Hulmé ,
Viennay.
Dampierre.
Mithon.
Ces vingt- cinq Soldats ont été traités
& radicalement guéris ; plufieurs d'entr'eux
avoient déja inutilement été traités
par la méthode des frictions.
JUI N. 1763 . 163
Par les Regiſtres des Hôpitaux des
'Armées du Roi pendant les deux dernières
campagnes , & les états envoyés
à Mgr le Duc de Choiseuil , ceux de
l'Hôpital des Gardes Françoiſes , & tous
ceux de vingt- cinq Hôpitaux militaires,
&de la Marine où l'on traite par ordre
du Roi les maladies vénériennes ,
par la ſeule méthode du ſieur Keyfer ,
il appert qu'il s'y eſt traité & guéri
juſqu'à cette époque fix mille cent quarante-
deux Soldats , Cavaliers , Dragons
; qu'il ne leur eſt arrivé aucun
accident ; que beaucoup de maladies fort
graves & anciennes qui avoient réfifté
à la méthode des frictions , ont cédé
à l'uſage des Dragées; & il paroît en général
que MM. les Chirurgiens Majors
de tous ces Hôpitaux font très-fatisfaits
par les éloges qu'ils en ont faits àMgr
le Duc de Choifent , à qui ils en ont
adreffé leurs Certificats. On rendra fucceſſivement
publics leurs témoignages
par la voie du Mercure.
1
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Trente - quatrième & trente - cinquième
Traitemens faits à l'Hôpital des Gardes
Françoifes depuis fon Etabliſſement.
Noms des Soldats .
BELAMOUR ,
Parifien ,
Tardu ,
CadetGoffelin ,
t
Compagnies.
1
Guergorlay.
Daldart.
La Sône.
Chevalier,
162 MERCURE DE FRANCE,
Voiſemont , Colonelle.
Toucé , Mathan.
Dumont , Pronleroy.
Cheneau ,.. Viennay.
Vannier , Nolivos.
Fleur d'épine , Chatulé.
Sérion , d'Obſonville .
S. Jofeph , Mithon .
Fabvre , Marfay.
Bigot , Dampierre.
La Cour , d'Anterroche.
Cadet le grand , Pronleroy.
Lecomte ,
Liffant ,
Lafage ,
Lafortune ,
Gauffreſt ,
Rafilly.
Colonelle.
Rafilly.
Pronleroy.
Villers.
Rafilly . Violet,
Doré ,
Bar ,
Hulmé ,
Viennay.
Dampierre.
Mithon.
Ces vingt- cinq Soldats ont été traités
& radicalement guéris ; plufieurs d'entr'eux
avoient déja inutilement été traités
par la méthode des frictions.
JUI N. 1763 . 163
Par les Regiſtres des Hôpitaux des
'Armées du Roi pendant les deux dernières
campagnes , & les états envoyés
à Mgr le Duc de Choiseuil , ceux de
l'Hôpital des Gardes Françoiſes , & tous
ceux de vingt- cinq Hôpitaux militaires,
&de la Marine où l'on traite par ordre
du Roi les maladies vénériennes ,
par la ſeule méthode du ſieur Keyfer ,
il appert qu'il s'y eſt traité & guéri
juſqu'à cette époque fix mille cent quarante-
deux Soldats , Cavaliers , Dragons
; qu'il ne leur eſt arrivé aucun
accident ; que beaucoup de maladies fort
graves & anciennes qui avoient réfifté
à la méthode des frictions , ont cédé
à l'uſage des Dragées; & il paroît en général
que MM. les Chirurgiens Majors
de tous ces Hôpitaux font très-fatisfaits
par les éloges qu'ils en ont faits àMgr
le Duc de Choifent , à qui ils en ont
adreffé leurs Certificats. On rendra fucceſſivement
publics leurs témoignages
par la voie du Mercure.
1
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Résumé : HOPITAL. DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Le document relate un rapport sur les traitements administrés à l'Hôpital des Gardes Françaises pour des soldats atteints de maladies vénériennes. Il cite 25 soldats, dont les noms et compagnies sont répertoriés, qui ont été soignés et guéris grâce à la méthode du sieur Keyfer. Certains de ces soldats avaient précédemment été traités sans succès par la méthode des frictions. Selon les registres des hôpitaux des armées du roi et des états envoyés au Duc de Choiseul, 6 142 soldats, cavaliers et dragons ont été traités et guéris par cette méthode sans complications. Les chirurgiens majors des hôpitaux militaires et de la marine ont exprimé leur satisfaction et ont transmis leurs certificats au Duc de Choiseul, lesquels seront publiés dans le Mercure de France.
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16232
p. 164-165
COPIE de la Lettre de M. LERICHE, Chirurgien Major de l'Hôpital de STRASBOURG, à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 20 Janvier.
Début :
MONSIEUR, Je crois ne pouvoir me dispenser d'avoir l'honneur de rendre compte à votre [...]
Mots clefs :
Hôpital, Remède, Vénériens, Grandeur, Virus
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texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre de M. LERICHE, Chirurgien Major de l'Hôpital de STRASBOURG, à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 20 Janvier.
COPIE de la Lettre de M. LERICHE ,
Chirurgien Major de l'Hôpital de
STRASBOURG , à Mgr le Duc DE
CHOISEUL , en date du 20 Janvier.
1
1
ONSEIGNEUR ,
Je crois ne pouvoir me diſpenſer d'avoir
l'honneur de rendre compte à votre
Grandeur , que depuis le 22 de Novembre
que j'ai commencé de traiter les
Vénériens de cet Hôpital avec les dragées
de M. Keyfer , je ſuis très- fatisfait
des effets que ce reméde produit , en ce
qu'il s'ouvre promptement & fans aucun
effort, les iffues par leſquels le virus doit
fortir , & que ces effets diminuent d'abord
les ſymptômes de la maladie & les
font diſparoître enfuite dans uneſpacede
temps plus ou moins grand. C'eſt ceque
j'ai obſervé ſur pluſieurs qui ſont guéris
& fortis , comme fur d'autres qui fuivront
de près ces premiers , dans le nombre
deſquels il s'eſt trouvé des maladies
de toutes eſpéces & des mieux caractérifées.
Depuis plus de 30 ans , Monfei
JUIN. 1763 . 165
gneur , que j'exerce ma profeſſion dans
cet Hôpital , où l'on a toujours traité
beaucoup de Vénériens , je dois dire à
votre Grandeur , que je n'ai point trouvéde
remédes , dont les opérations fufſent
ſi bien ſuivies & fi bien réglées ,
& c'eſt là certainement un grand préjugé
pour la fureté &la folidité de ces
cures ; car on eft bien aiſe de voir
agir un reméde quelconque , toutes les
fois qu'il eſt queſtion de détruire un vice
connu , & nous ne ſommes jamais fi
inquiets ſur les événemens , que lorſque
les effets ne ſe montrent pas bien , ou
même lorſqu'ils font retardés. C'eſt ici
tout le contraire , & c'eſt cette raifon
qui m'a fait bien augurer de ce reméde
la première fois que je l'ai mis en ufage
à cet Hôpital , pour en faire l'épreuve .
Ceux qui font fortis de même que ceux
qui vont fortir inceſſamment , ont conſervé
leurs forces , & on ne diroit pas à
les voir qu'ils viennent de paſſer par les
remédes.
Je ſuis avec reſpect .
Signé LE RICHE .
Chirurgien Major de l'Hôpital de
STRASBOURG , à Mgr le Duc DE
CHOISEUL , en date du 20 Janvier.
1
1
ONSEIGNEUR ,
Je crois ne pouvoir me diſpenſer d'avoir
l'honneur de rendre compte à votre
Grandeur , que depuis le 22 de Novembre
que j'ai commencé de traiter les
Vénériens de cet Hôpital avec les dragées
de M. Keyfer , je ſuis très- fatisfait
des effets que ce reméde produit , en ce
qu'il s'ouvre promptement & fans aucun
effort, les iffues par leſquels le virus doit
fortir , & que ces effets diminuent d'abord
les ſymptômes de la maladie & les
font diſparoître enfuite dans uneſpacede
temps plus ou moins grand. C'eſt ceque
j'ai obſervé ſur pluſieurs qui ſont guéris
& fortis , comme fur d'autres qui fuivront
de près ces premiers , dans le nombre
deſquels il s'eſt trouvé des maladies
de toutes eſpéces & des mieux caractérifées.
Depuis plus de 30 ans , Monfei
JUIN. 1763 . 165
gneur , que j'exerce ma profeſſion dans
cet Hôpital , où l'on a toujours traité
beaucoup de Vénériens , je dois dire à
votre Grandeur , que je n'ai point trouvéde
remédes , dont les opérations fufſent
ſi bien ſuivies & fi bien réglées ,
& c'eſt là certainement un grand préjugé
pour la fureté &la folidité de ces
cures ; car on eft bien aiſe de voir
agir un reméde quelconque , toutes les
fois qu'il eſt queſtion de détruire un vice
connu , & nous ne ſommes jamais fi
inquiets ſur les événemens , que lorſque
les effets ne ſe montrent pas bien , ou
même lorſqu'ils font retardés. C'eſt ici
tout le contraire , & c'eſt cette raifon
qui m'a fait bien augurer de ce reméde
la première fois que je l'ai mis en ufage
à cet Hôpital , pour en faire l'épreuve .
Ceux qui font fortis de même que ceux
qui vont fortir inceſſamment , ont conſervé
leurs forces , & on ne diroit pas à
les voir qu'ils viennent de paſſer par les
remédes.
Je ſuis avec reſpect .
Signé LE RICHE .
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Résumé : COPIE de la Lettre de M. LERICHE, Chirurgien Major de l'Hôpital de STRASBOURG, à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 20 Janvier.
Le chirurgien major de l'Hôpital de Strasbourg, M. Leriche, écrit au Duc de Choiseul le 20 janvier pour partager son expérience favorable avec les dragées de M. Keyfer dans le traitement des maladies vénériennes. Depuis le 22 novembre, il constate que ce remède facilite rapidement et sans difficulté l'évacuation du virus, réduisant ainsi les symptômes et conduisant à la guérison. Cette observation est validée sur plusieurs patients, y compris ceux souffrant de différentes formes bien définies de la maladie. Avec plus de 30 ans d'expérience à l'hôpital, M. Leriche affirme que ce remède est le plus efficace et le plus fiable qu'il ait utilisé. Les patients traités ne montrent pas de signes de faiblesse après le traitement, conservant leurs forces. En raison de cette efficacité rapide et visible, M. Leriche recommande vivement ce remède.
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16233
p. 166-167
COPIE de la Lettre de M. BERNIER, Chirurgien Major des Hôpitaux Militaires de BESANÇON à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 24 Février 1763.
Début :
MONSEIGNEUR, Les avantages que je reçois journellement du reméde de M. Keyser dans [...]
Mots clefs :
Remède, Hôpital, Usage
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texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre de M. BERNIER, Chirurgien Major des Hôpitaux Militaires de BESANÇON à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 24 Février 1763.
COPIE de la Lettre de M. BERNIER ,
Chirurgien Major des Hópitaux Militaires
de BESANÇON à Mgr le Duc
DE CHOISEUL , en date du 24 Février
1763 .
MONSEIGNEUR ,
Les avantages que je reçois journellement
du reméde de M. Keyfer dans
l'Hôpital dont j'ai l'honneur d'être chargé
, ne me permettent pas de différer
plus longtemps à vous en inſtruire. Je
m'acquitte de ce devoir avec d'autant
plus d'empreſſement , qu'il ne peut que
contribuer au bien des Sujets de S. M.
& rendre plus grand & plus efficace un
reméde , dont vous vous êtes rendu le
Protecteur pour le bien de l'humanité.
Le reméde dont il s'agit , mérite d'autant
plus d'éloges , qu'il a non-feulement
la vertu de guérir , mais encore , parce
que les Sujets qui en font uſage , le
ſupportent avec plus de facilité , en reçoivent
moins de fatigue , & ne font
point énervés ni défigurés , comme on a
pu l'obſerver par l'uſage des frictions.
4
JUIN. 1763 . 167
Au contraire , ils ſe trouvent en bon
état & propres à faire leurs ſervices au
fortir de l'Hôpital.
Je ſuis avec reſpect.
Signé BERNIER.
Chirurgien Major des Hópitaux Militaires
de BESANÇON à Mgr le Duc
DE CHOISEUL , en date du 24 Février
1763 .
MONSEIGNEUR ,
Les avantages que je reçois journellement
du reméde de M. Keyfer dans
l'Hôpital dont j'ai l'honneur d'être chargé
, ne me permettent pas de différer
plus longtemps à vous en inſtruire. Je
m'acquitte de ce devoir avec d'autant
plus d'empreſſement , qu'il ne peut que
contribuer au bien des Sujets de S. M.
& rendre plus grand & plus efficace un
reméde , dont vous vous êtes rendu le
Protecteur pour le bien de l'humanité.
Le reméde dont il s'agit , mérite d'autant
plus d'éloges , qu'il a non-feulement
la vertu de guérir , mais encore , parce
que les Sujets qui en font uſage , le
ſupportent avec plus de facilité , en reçoivent
moins de fatigue , & ne font
point énervés ni défigurés , comme on a
pu l'obſerver par l'uſage des frictions.
4
JUIN. 1763 . 167
Au contraire , ils ſe trouvent en bon
état & propres à faire leurs ſervices au
fortir de l'Hôpital.
Je ſuis avec reſpect.
Signé BERNIER.
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Résumé : COPIE de la Lettre de M. BERNIER, Chirurgien Major des Hôpitaux Militaires de BESANÇON à Mgr le Duc DE CHOISEUL, en date du 24 Février 1763.
Le 24 février 1763, M. Bernier, Chirurgien Major des Hôpitaux Militaires de Besançon, écrit au Duc de Choiseul pour vanter les mérites d'un remède de M. Keyfer. Ce remède, utilisé dans son hôpital, se distingue par son efficacité et sa bonne tolérance par les patients. À la différence des frictions traditionnelles, il ne provoque ni fatigue, ni irritation, ni défiguration. Les soldats traités peuvent rapidement reprendre leurs fonctions militaires. Bernier exprime sa satisfaction de pouvoir informer le Duc de Choiseul, protecteur de ce remède, afin de contribuer au bien-être des sujets du roi et de promouvoir un traitement bénéfique pour l'humanité.
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16234
p. 167-171
LISTE de Messieurs les Médecins & Chirurgiens, Correspondans de M. KEYSER.
Début :
M. Imbert, Chancelier de la Faculté de Médecine, & Inspecteur des Hôpitaux [...]
Mots clefs :
Chirurgien, Médecin, Majors, Docteur, Correspondants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LISTE de Messieurs les Médecins & Chirurgiens, Correspondans de M. KEYSER.
LISTE de Meſſieurs les Médecins
& Chirurgiens , Correspondans de
M. KEYSER.
M. Imbert , Chancelier de la Faculté de
Médecine , & Inſpecteur des Hôpitaux
; M. Fournier, Médecin de l'Hôpital
du Roi ; M. Goulard , Chirurgien
major. àMontpellier.
M. le Cat , Ecuyer , & Secrétaire perpétuel
de l'Académie des Sciences.
àRouen.
Les RR. PP. de la Charité , & M. Marmion
, Médecin de l'Hôpital du Roi.
à Grenoble.
Les RR. PP. de la Charité , &M. Berthe,
ancien Chirurgien major.
àlaRochelle.
M. Razoux , Docteur en Médecine .
à Nîmes.
168 MERCURE DE FRANCE.
M. de Freſſiniat , Docteur en Médecine.
à Limoges.
M. Reliquet , Docteur en Médecine .
M. Piers , Docteur en Médecine .
M. Audirac , Docteur en Médecine.
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à Nantes.
à Troyes.
à Cambray.
à Saint Omer.
à Strasbourg .
à Landau.
à Breft.
M. le Riche , Chirurgien major.
M. Ravaton , Chirurgien major.
MM. Demontreux & Duval , Chirurgiens
majors.
M. Maret , Maître en Chirurgie .
à Dijon.
M. Rey, Maître en Chirurgie. à Lyon.
M. de la Plaine , Chirurgien ; M. de la
Fourcade , Chirurgien major.
à Bordeaux.
M. Baquié , & M. de la Marque , Maîtres
en Chirurgie. à Toulouse.
M. de la Peyre , Chirurgien major ; M. le
Page , Maître en Chirurgie. à Caen.
M. Guillon , Maître en Chirurgie.
àOrléans.
Μ.
JUIN. 1763. 169
M. Planque , Chirurgien major ; M. Warocquier
, Maître en Chirurgie.
àLille.
M. Buttet , Maître en Chirurgie .
à Estampes.
MM. Bongourd & Duval , Maîtres en
Chirurgie.
M. Dupont , Maître en Chirurgie .
à Saint-Malo.
à Rennes.
M. Chevreuil , Maître en Chirurgie.
àAngers.
MM. Toujean , freres , Chirurgiens &
Apothicaires. à l'Orient.
M. J. B. de la Marque , Maître en Chi
rurgie. à l'Isle de Rhé.
M. Bernier , Chirurgien major.
à Besançon.
MM. Beauregard & Michel , Chirurgiens
majors. à Perpignan.
M. Moffier , Chirurgien major.
àAvefne.
M. Majault , Chirurgien major.
àDouay.
M. Mirabel , Chirurgien major.
à Nancy,
MM. Paton & Deſvilliers , Maîtres en
Chirurgie. au Mans.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
M. Carpentier , Maître en Chirurgie."
M. Pontiers , Chirurgien.
à Dunkerque.
à Aix en Provence.
M. Daffieu , Docteur en Médecine.
à Tarbes.
M. Douffin , Maître en Chirurgie.
à Xaint
M. Beauregard , Maître en Chirurgie.
à Avignon.
M. de la Haye , Chirurgien major.
àRochefort.
M. Durand , ancien Chirurgien major.
àArras.
M. Texereau , Maître en Chirurgie.
à Poitiers.
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie..
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie .
M. Bourgeois , Maître en Chirurgie.
àMarseille,
àAmiens.
à Calais,
à Saumur.
M. de la Grave , & MM. les Chirurgiens
majors.
M. Barjolle , Docteur en Medecine.
JUIN. 1763 . 171
Pays étrangers .
M. le Docteur Cooper , Médecin.
à Londres.
M. Godineau , Chirurgien major.
àMadrid.
M. Acrell , Chirurgien major.
àStockolm.
MM. Guyot & Fine , Maîtres en Chià
Genève .
rurgie.
.M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
à Bruxelles .
M.le Fat , Docteur en Médecine.
àGand.
M. Naudinat , Chirurgien . à Cadix.
M. Breydel.
M. le Quai , Chirurgien major.
M. Pujoll.
à Bruges.
àBareith.
à Constantinople.
M. Chaſſaing , Chirurgien major au Fort
royal de la Martinique .
à la Martinique.
& Chirurgiens , Correspondans de
M. KEYSER.
M. Imbert , Chancelier de la Faculté de
Médecine , & Inſpecteur des Hôpitaux
; M. Fournier, Médecin de l'Hôpital
du Roi ; M. Goulard , Chirurgien
major. àMontpellier.
M. le Cat , Ecuyer , & Secrétaire perpétuel
de l'Académie des Sciences.
àRouen.
Les RR. PP. de la Charité , & M. Marmion
, Médecin de l'Hôpital du Roi.
à Grenoble.
Les RR. PP. de la Charité , &M. Berthe,
ancien Chirurgien major.
àlaRochelle.
M. Razoux , Docteur en Médecine .
à Nîmes.
168 MERCURE DE FRANCE.
M. de Freſſiniat , Docteur en Médecine.
à Limoges.
M. Reliquet , Docteur en Médecine .
M. Piers , Docteur en Médecine .
M. Audirac , Docteur en Médecine.
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à Nantes.
à Troyes.
à Cambray.
à Saint Omer.
à Strasbourg .
à Landau.
à Breft.
M. le Riche , Chirurgien major.
M. Ravaton , Chirurgien major.
MM. Demontreux & Duval , Chirurgiens
majors.
M. Maret , Maître en Chirurgie .
à Dijon.
M. Rey, Maître en Chirurgie. à Lyon.
M. de la Plaine , Chirurgien ; M. de la
Fourcade , Chirurgien major.
à Bordeaux.
M. Baquié , & M. de la Marque , Maîtres
en Chirurgie. à Toulouse.
M. de la Peyre , Chirurgien major ; M. le
Page , Maître en Chirurgie. à Caen.
M. Guillon , Maître en Chirurgie.
àOrléans.
Μ.
JUIN. 1763. 169
M. Planque , Chirurgien major ; M. Warocquier
, Maître en Chirurgie.
àLille.
M. Buttet , Maître en Chirurgie .
à Estampes.
MM. Bongourd & Duval , Maîtres en
Chirurgie.
M. Dupont , Maître en Chirurgie .
à Saint-Malo.
à Rennes.
M. Chevreuil , Maître en Chirurgie.
àAngers.
MM. Toujean , freres , Chirurgiens &
Apothicaires. à l'Orient.
M. J. B. de la Marque , Maître en Chi
rurgie. à l'Isle de Rhé.
M. Bernier , Chirurgien major.
à Besançon.
MM. Beauregard & Michel , Chirurgiens
majors. à Perpignan.
M. Moffier , Chirurgien major.
àAvefne.
M. Majault , Chirurgien major.
àDouay.
M. Mirabel , Chirurgien major.
à Nancy,
MM. Paton & Deſvilliers , Maîtres en
Chirurgie. au Mans.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
M. Carpentier , Maître en Chirurgie."
M. Pontiers , Chirurgien.
à Dunkerque.
à Aix en Provence.
M. Daffieu , Docteur en Médecine.
à Tarbes.
M. Douffin , Maître en Chirurgie.
à Xaint
M. Beauregard , Maître en Chirurgie.
à Avignon.
M. de la Haye , Chirurgien major.
àRochefort.
M. Durand , ancien Chirurgien major.
àArras.
M. Texereau , Maître en Chirurgie.
à Poitiers.
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie..
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie .
M. Bourgeois , Maître en Chirurgie.
àMarseille,
àAmiens.
à Calais,
à Saumur.
M. de la Grave , & MM. les Chirurgiens
majors.
M. Barjolle , Docteur en Medecine.
JUIN. 1763 . 171
Pays étrangers .
M. le Docteur Cooper , Médecin.
à Londres.
M. Godineau , Chirurgien major.
àMadrid.
M. Acrell , Chirurgien major.
àStockolm.
MM. Guyot & Fine , Maîtres en Chià
Genève .
rurgie.
.M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
à Bruxelles .
M.le Fat , Docteur en Médecine.
àGand.
M. Naudinat , Chirurgien . à Cadix.
M. Breydel.
M. le Quai , Chirurgien major.
M. Pujoll.
à Bruges.
àBareith.
à Constantinople.
M. Chaſſaing , Chirurgien major au Fort
royal de la Martinique .
à la Martinique.
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Résumé : LISTE de Messieurs les Médecins & Chirurgiens, Correspondans de M. KEYSER.
Le document énumère les correspondants médicaux de M. Keyser, répartis en France et à l'étranger. En France, les correspondants incluent M. Imbert, chancelier de la Faculté de Médecine et inspecteur des hôpitaux à Montpellier, ainsi que M. le Cat, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences à Rouen. D'autres correspondants notables se trouvent à Grenoble, La Rochelle, Nantes, Dijon, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Caen, Orléans, Lille, et plusieurs autres villes françaises. À l'étranger, des correspondants sont mentionnés à Londres, Madrid, Stockholm, Genève, Bruxelles, Gand, Cadix, Bruges, Bareith, Constantinople, et la Martinique. Chaque entrée spécifie le titre et la ville de résidence de chaque correspondant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16235
p. 172-174
PEINTURE. LETTRE de M. de G. .... sur les Descendans de CHARLES LE BRUN, premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
Début :
JE vous choisis entre tous mes amis, mon cher Monsieur, & je crois n'avoir [...]
Mots clefs :
Généalogie, Descendants, Art, Peinture
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texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. LETTRE de M. de G. .... sur les Descendans de CHARLES LE BRUN, premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
PEINTURE.
LETTRE de M. de G..... fur les Defcendans
de CHARLES LE BRUN ,
premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
JE vous choiſis entre tous mes amis ,
mon cher Monfieur , & je crois n'avoir
pas tort , pour vous communiquer une
remarque que j'ai faite en lifant Moreri
à l'article Charles le Brun , premier Peintre
de Louis XIV; ille fait mourir fans
poſtérité. S'il y a eu un Arrêt du Conſeil
relativement au nom de Mansard, parce
qu'il n'y a plus de vrais ſucceſſeurs de
ce nom ; pourquoi n'en donneroit-on
pas un pour affurer que le célébre le
Brun a laiſſé une poſtérité affez nombreuſe
? Il doit être auſſi ſacré de conferver
un grand nom , que d'en empêcher
l'ufurpation. Nous avons ici une
généalogie de Charles le Brun , imprimée
en 1748 , en conféquence de la généalogie
enregiſtrée à la Chambre des
Comptes, procréée en loyal mariage, &
reconnue pour tel le ſuivant l'Arrêt du
JUIN. 1763. 173
12 Février 1745. Cette généalogie a été
revêtue de toutes les formalités qui en
affurent l'authenticité.
Il est vrai que Charles le Brun , dont
il s'agit , n'eut qu'un fils nommé André,
mais ce fils en eut un grand nombre ;
les diverſes Branches qu'ils formèrent
font toutes éteintes , excepté celle de
Damien le Brun , qui eſt ſoutenue par
quatre fils , tous mariés ,dont deux ſont
établis à Paris , & deux à Lyon .
S'il eſt ſingulier que le Dictionnaire
de Morery ait fait une faute fi groſſière ;
il l'eſt encore plus que les Defcendans
de ce grand homme ſe ſoient tous appliqués
au deſſein ou à la gravure. On diroit
qu'il leur a tranſmis une portion de
ſon talent , ou qu'ils n'ont pas voulu
eux-mêmes dégénérer en prenant une
autre profeffion que celle de leur ayeul.
Il devroit y avoir des récompenfes
pour ceux qui perpétuent une fi longue
filiation dans le même Art. Il faut apparemment
que M. le Marquis de Marigni
en ait été touché il l'eſt toujours de
tout ce qui est bon & beau : la penfion
qu'il a obtenue pour un des fils d'André
le Brun pour aider à fon éducation , en
eſt la preuve. Les belles actions en ce
genre ſe multiplient. La petite niéce du
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
grand Corneille a trouvé un père adop
tifdans la perſonne de M. de Voltaire ;
<il la dotée & mariée dans le Pays de
Gex, comme fſa propre fille. S. M. fait
ériger un monument à feu M. de Crébillon
; & quel hommage ne vient- on pas
de rendre à Bouchardon ? J'aime les talens
, mon cher ami , furtout les hommes
vertueux , & MM. le Brun qui les
cultivent. Intéreſſez-vous à ces dignes
rejettons d'un fi grand Peintre. Aureſte ,
cés mêmes MM. le Brum , mes amis
font modeſtes , timides , ne demandent
rien ; & j'ai cru leur devoir cette réclamation
contre le peu d'éxactitude des
Editeurs de Morery .
J'ai l'honneur d'être , &c.
ALyon, ce is Mai 1763 .
LETTRE de M. de G..... fur les Defcendans
de CHARLES LE BRUN ,
premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
JE vous choiſis entre tous mes amis ,
mon cher Monfieur , & je crois n'avoir
pas tort , pour vous communiquer une
remarque que j'ai faite en lifant Moreri
à l'article Charles le Brun , premier Peintre
de Louis XIV; ille fait mourir fans
poſtérité. S'il y a eu un Arrêt du Conſeil
relativement au nom de Mansard, parce
qu'il n'y a plus de vrais ſucceſſeurs de
ce nom ; pourquoi n'en donneroit-on
pas un pour affurer que le célébre le
Brun a laiſſé une poſtérité affez nombreuſe
? Il doit être auſſi ſacré de conferver
un grand nom , que d'en empêcher
l'ufurpation. Nous avons ici une
généalogie de Charles le Brun , imprimée
en 1748 , en conféquence de la généalogie
enregiſtrée à la Chambre des
Comptes, procréée en loyal mariage, &
reconnue pour tel le ſuivant l'Arrêt du
JUIN. 1763. 173
12 Février 1745. Cette généalogie a été
revêtue de toutes les formalités qui en
affurent l'authenticité.
Il est vrai que Charles le Brun , dont
il s'agit , n'eut qu'un fils nommé André,
mais ce fils en eut un grand nombre ;
les diverſes Branches qu'ils formèrent
font toutes éteintes , excepté celle de
Damien le Brun , qui eſt ſoutenue par
quatre fils , tous mariés ,dont deux ſont
établis à Paris , & deux à Lyon .
S'il eſt ſingulier que le Dictionnaire
de Morery ait fait une faute fi groſſière ;
il l'eſt encore plus que les Defcendans
de ce grand homme ſe ſoient tous appliqués
au deſſein ou à la gravure. On diroit
qu'il leur a tranſmis une portion de
ſon talent , ou qu'ils n'ont pas voulu
eux-mêmes dégénérer en prenant une
autre profeffion que celle de leur ayeul.
Il devroit y avoir des récompenfes
pour ceux qui perpétuent une fi longue
filiation dans le même Art. Il faut apparemment
que M. le Marquis de Marigni
en ait été touché il l'eſt toujours de
tout ce qui est bon & beau : la penfion
qu'il a obtenue pour un des fils d'André
le Brun pour aider à fon éducation , en
eſt la preuve. Les belles actions en ce
genre ſe multiplient. La petite niéce du
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
grand Corneille a trouvé un père adop
tifdans la perſonne de M. de Voltaire ;
<il la dotée & mariée dans le Pays de
Gex, comme fſa propre fille. S. M. fait
ériger un monument à feu M. de Crébillon
; & quel hommage ne vient- on pas
de rendre à Bouchardon ? J'aime les talens
, mon cher ami , furtout les hommes
vertueux , & MM. le Brun qui les
cultivent. Intéreſſez-vous à ces dignes
rejettons d'un fi grand Peintre. Aureſte ,
cés mêmes MM. le Brum , mes amis
font modeſtes , timides , ne demandent
rien ; & j'ai cru leur devoir cette réclamation
contre le peu d'éxactitude des
Editeurs de Morery .
J'ai l'honneur d'être , &c.
ALyon, ce is Mai 1763 .
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Résumé : PEINTURE. LETTRE de M. de G. .... sur les Descendans de CHARLES LE BRUN, premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
La lettre de M. de G..... rectifie une erreur du dictionnaire de Moreri concernant la descendance de Charles Le Brun, premier peintre du roi Louis XIV. Contrairement à ce qui y est mentionné, Charles Le Brun eut un fils nommé André, dont la lignée perdure à travers Damien Le Brun, soutenu par quatre fils mariés, deux à Paris et deux à Lyon. Les descendants de Charles Le Brun se sont distingués dans les arts du dessin et de la gravure, perpétuant ainsi le talent de leur ancêtre. L'auteur cite des exemples de soutien accordé à ces artistes, comme la pension obtenue pour un fils d'André Le Brun par le Marquis de Marigny, et les hommages rendus à d'autres artistes tels que Corneille, Crébillon et Bouchardon. L'auteur exprime son admiration pour les talents et la vertu des descendants de Le Brun et demande une réclamation contre l'inexactitude des éditeurs de Moreri, appelant à un soutien envers ces descendants modestes et discrets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16236
p. 174-180
MUSIQUE.
Début :
MUSIQUE. LE sieur de la Chevardière, rue du Roule à la Croix d'or, vient de mettre [...]
Mots clefs :
Mesure, Musique, Sonates, Recueil, Auteur, Opéra, Ponctuation, Chapitre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
E fieur de la Chevardière , rue du
Roule à la Croix d'or , vient de mettre
en vente les Ouvrages ſuivans.
" Troiſièine Recueil de Pièces Fran-
>>coiſes & Italiennes , Petits Airs , Ro-
>>>mances , Vaudevilles , choifies dans
,
:
JUIN. 1763 . 175
>> les Opéra- Comiques nouveaux , com-
>>> me le Bucheron , le Roi & le Fermier ,
» Sancho-Pança , le Guy de chêne , &
>>> autres , accommodés pour deux flûtes,
>> deux violons , ou deux pardeſſus -de-
» viole. Par M. Granier. Prix , 6 liv.
>> Ce Recueil forme la fuite de ceux qui
>> ont paru précédemment & qui contient
>>>les airs des Opéra un peu plus anciens.
>> 6 Symphonies à 4 parties obligées
>>> avec Hautbois & Cors-de-Chaffe ad
>>> libitum , compofées par M. Stamitz ,
>>>& mifes au jour par M. de la Chevar-
>> dière : ce font les dernières Sympho-
>>> nies qu'on a pu ramaffer de ce célé-
>>> bre Auteur : elles ont été éxécutées
>> au Concert ſpirituel la ſemaine ſainte ;
>>>on les vend 9 livres.
» 5 & 6 ° Livres de piéces de Clave-
>>cin compoſées par M. Ferdinando Pe-
» legrino , prix, 6 liv. chaque livre.
>> 7º Recueil de récréations chantantes
>>par M. Legat de Furcy , contenant des
>>airs détachés des Opéra - comiques
>> avec accompagnement de Violon ,
>>Flûtes ou pardeſſus-de-Viole , & ar-
>> rangés de façon qu'on peut les jouer
>> en Duo ſur tous les inftrumens ; prix ,
» 3 liv. Cet Ouvrage eſt périodique &
>>paroît tous les mois.
Hiv
1
T
176 MERCURE DE FRANCE.
4º Recueil des récréations de Polym
nie , ou choix d'ariettes & airs tendres
& légers , avecaccompagnement de
Violon , Flûte , Hautbois , Pardeſſusde-
Viole , &c . Ces airs feront auſſi trèsbien
à deux inſtrumens de deſſus au défaut
de la voix. Dédiés au beau ſexe ;
recueillis & mis en ordre par M. le
Loup , Maître de Flûte , Editeur de ces
Recueils . Il y adans celui-ci pluſieurs
ariettes & airs de la Sybille , Opéra-Comique
, Parodie des Fêtes d'Euterpe ,
par M. Gibert ; ainſi qu'un air de Soliman,
&c. Prix, 3 liv. chez l'Éditeur , rue
du Mouton , près la Grève , au Caffé
de la Paix , au coin de la rue de la Tixeranderie.
Ce nouveau recueil nous a paru d'un
bon choix , & s'il eſt poffible plus piquant
encore que les premiers. On y
trouve de plus une ariette nouvelle de
M. le Loup , miſe en Symphonie par
M. Ponteau , paroles de M. Pasquier ,
qui ſe vend ſi l'on veut ſéparément à la
même adreſſe.
Cleffacile & méthodique pour apprendre
en peu de temps à battre la meſure, à
diftinguer les modulations , à préluder
& à phrafer la muſique , par le moyen
JUIN. 1763. 177
de la Ponctuation grammaticale & typographique.
Ouvrage utile & intéreſſant
pourles commençans , ſuivi de 6 petites
Sonates méthodiques, fervant d'exemples
pour l'intelligence & la pratique de cette
méthode. Par M. Atys , Maître de Flûte.
OEuvre 5. A Paris , chez l'Auteur , dans
le paſſage de la rue Traverſière S. Honoréà
celle des Boucheries , & aux Adreſſes
ordinaires . Prix , 7 liv . 4 f.
On ne ſera peut-être pas fàché de voir
comment l'Auteur établit ſon ſyſtême ,
dans ſon Avant-propos .
La meſure dans la Muſique eſt l'effence
même de la mélodie & de l'harmonie
; les commençans doivent donc ,
fitôt les premières notions acquiſes , apprendre
à battre la meſure & à obſerver
exactement la valeur des notes , & ne
rien négliger poury parvenir. Sans cette
attention , il eſt impoſſible qu'ils faififfent
le caractère & le goût particulier
de la Piéce qu'ils chantent , ou qu'ils
éxécutent fur leur inſtrument & qu'ils
en ſentent toutes les beautés & les agrémens.
La Muſique a ſa proſodie ainſi
que le langage ; & fi l'on ne s'afſſujettit
àla meſure& à la valeur des notes , on
rend déſagréable le chant le plus flateur
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
& le plus mélodieux : il eſt donc trèsimportant
de battre la meſure avec toute
la juſteſſe requiſe .
On acquérera aisément cette juſteſſe
av ec un peu d'application , & à l'aide de
cepetit traité qui peut auffi fervir à ceux
qui ont déja avec les difpofitions naturelles
un commencement méthodique
, mais qui ne font pas à portée d'avoir
des Maîtres pour les continuer. Le
moyen d'en retirer l'utilité que j'en promets
, eſt de ſuivre ponctuellement les
exemples que j'ai poſés à côté de chaque
précepte & ceux que je donne d'une
manière plus étendue dans les fix
petites Sonates ci-après.
J'indique dans mon ſeptiéme Chapitre
un nouveau ſyſtême pour phrafer la
Muſique. Son utilité m'a frappé lorſque
l'obſervation la plus commune m'en fit
révenir l'idée. La ponctuation de l'Ecriture
meſure la marche & l'étendue du
difcours; ces fignes peuvent naturellement
produire le même effet dans la
Muſique , qui eſt faite pour parler à
l'oreille comme l'Ecriture parle aux
yeux. L'éffai que j'ai fait de ce projet
dans les petites Sonates qui terminent
cet ouvrage ſuffit pour faire concevoir
fans aucun travail toute l'étendue qu'on
JUIN. 1763 . 179
peut donner à cette idée ; car les inventions
les plus utiles & les plus fages
font prèſque toujours les plus intelligibles
& les plus fimples .
Outre cette ponctuation j'employe
encore dans les fix Sonates que je viens
d'annoncer , des marques ou des fignes
pour avertir d'augmenter ou de diminuer
le ſon lorſque le goût & la délicateſſe
l'exigent.
Enfin le huitiéme & dernier Chapitre
contient une expofition des vingt-quatre
Modes tels que la diviſion de la
Gamme ou Echelle diatonique ordinaire
les produit néceſſairement. La méthode
claire , préciſe & exacte avec laquelle
j'ai tâché de détailler cette expofition
apprendra à ceux qui me liront:
avec un peu d'attention, à diftinguer les
modulations , à connoître & à difcerner
en quel mode ou en quel ton ils
feront foit au commencement , foit dans.
le courant d'une Piece , ou même lorfqu'ils
s'éffſayeront à préluder , à décider
en un mot fi ce ton ou Mode eſt Majeur
ou Mineur.
Quant aux fix petites Sonates que je
viens d'annoncer & qui font à la fuite
de ce huitiéme Chapitre, j'avertis qu'on
doit les regarder comme une leçon gé
H vj
180 MERCURE DE FRANCE:
nérale où l'on appercevra aisément l'application
que je fais faire de ce que
j'enſeigne dans ce Traité.
SIX TRIO pour deux Violons & un
Violoncello,compoſés par le Signor Galeotti
de Gènes , dédiés à Madame la
Princeſſe de Monaco ; à Gènes , chez
l'Auteur ; & à Paris, aux adreſſes ordinaires
de Muſique. Prix , 9 liv. avec privilége.
Cet Ouvrage eſt digne de la ré
putation dont cet Auteur jouit en Italie
par ſes ouvrages & par ſon talent
connu pour le Violoncello .
E fieur de la Chevardière , rue du
Roule à la Croix d'or , vient de mettre
en vente les Ouvrages ſuivans.
" Troiſièine Recueil de Pièces Fran-
>>coiſes & Italiennes , Petits Airs , Ro-
>>>mances , Vaudevilles , choifies dans
,
:
JUIN. 1763 . 175
>> les Opéra- Comiques nouveaux , com-
>>> me le Bucheron , le Roi & le Fermier ,
» Sancho-Pança , le Guy de chêne , &
>>> autres , accommodés pour deux flûtes,
>> deux violons , ou deux pardeſſus -de-
» viole. Par M. Granier. Prix , 6 liv.
>> Ce Recueil forme la fuite de ceux qui
>> ont paru précédemment & qui contient
>>>les airs des Opéra un peu plus anciens.
>> 6 Symphonies à 4 parties obligées
>>> avec Hautbois & Cors-de-Chaffe ad
>>> libitum , compofées par M. Stamitz ,
>>>& mifes au jour par M. de la Chevar-
>> dière : ce font les dernières Sympho-
>>> nies qu'on a pu ramaffer de ce célé-
>>> bre Auteur : elles ont été éxécutées
>> au Concert ſpirituel la ſemaine ſainte ;
>>>on les vend 9 livres.
» 5 & 6 ° Livres de piéces de Clave-
>>cin compoſées par M. Ferdinando Pe-
» legrino , prix, 6 liv. chaque livre.
>> 7º Recueil de récréations chantantes
>>par M. Legat de Furcy , contenant des
>>airs détachés des Opéra - comiques
>> avec accompagnement de Violon ,
>>Flûtes ou pardeſſus-de-Viole , & ar-
>> rangés de façon qu'on peut les jouer
>> en Duo ſur tous les inftrumens ; prix ,
» 3 liv. Cet Ouvrage eſt périodique &
>>paroît tous les mois.
Hiv
1
T
176 MERCURE DE FRANCE.
4º Recueil des récréations de Polym
nie , ou choix d'ariettes & airs tendres
& légers , avecaccompagnement de
Violon , Flûte , Hautbois , Pardeſſusde-
Viole , &c . Ces airs feront auſſi trèsbien
à deux inſtrumens de deſſus au défaut
de la voix. Dédiés au beau ſexe ;
recueillis & mis en ordre par M. le
Loup , Maître de Flûte , Editeur de ces
Recueils . Il y adans celui-ci pluſieurs
ariettes & airs de la Sybille , Opéra-Comique
, Parodie des Fêtes d'Euterpe ,
par M. Gibert ; ainſi qu'un air de Soliman,
&c. Prix, 3 liv. chez l'Éditeur , rue
du Mouton , près la Grève , au Caffé
de la Paix , au coin de la rue de la Tixeranderie.
Ce nouveau recueil nous a paru d'un
bon choix , & s'il eſt poffible plus piquant
encore que les premiers. On y
trouve de plus une ariette nouvelle de
M. le Loup , miſe en Symphonie par
M. Ponteau , paroles de M. Pasquier ,
qui ſe vend ſi l'on veut ſéparément à la
même adreſſe.
Cleffacile & méthodique pour apprendre
en peu de temps à battre la meſure, à
diftinguer les modulations , à préluder
& à phrafer la muſique , par le moyen
JUIN. 1763. 177
de la Ponctuation grammaticale & typographique.
Ouvrage utile & intéreſſant
pourles commençans , ſuivi de 6 petites
Sonates méthodiques, fervant d'exemples
pour l'intelligence & la pratique de cette
méthode. Par M. Atys , Maître de Flûte.
OEuvre 5. A Paris , chez l'Auteur , dans
le paſſage de la rue Traverſière S. Honoréà
celle des Boucheries , & aux Adreſſes
ordinaires . Prix , 7 liv . 4 f.
On ne ſera peut-être pas fàché de voir
comment l'Auteur établit ſon ſyſtême ,
dans ſon Avant-propos .
La meſure dans la Muſique eſt l'effence
même de la mélodie & de l'harmonie
; les commençans doivent donc ,
fitôt les premières notions acquiſes , apprendre
à battre la meſure & à obſerver
exactement la valeur des notes , & ne
rien négliger poury parvenir. Sans cette
attention , il eſt impoſſible qu'ils faififfent
le caractère & le goût particulier
de la Piéce qu'ils chantent , ou qu'ils
éxécutent fur leur inſtrument & qu'ils
en ſentent toutes les beautés & les agrémens.
La Muſique a ſa proſodie ainſi
que le langage ; & fi l'on ne s'afſſujettit
àla meſure& à la valeur des notes , on
rend déſagréable le chant le plus flateur
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
& le plus mélodieux : il eſt donc trèsimportant
de battre la meſure avec toute
la juſteſſe requiſe .
On acquérera aisément cette juſteſſe
av ec un peu d'application , & à l'aide de
cepetit traité qui peut auffi fervir à ceux
qui ont déja avec les difpofitions naturelles
un commencement méthodique
, mais qui ne font pas à portée d'avoir
des Maîtres pour les continuer. Le
moyen d'en retirer l'utilité que j'en promets
, eſt de ſuivre ponctuellement les
exemples que j'ai poſés à côté de chaque
précepte & ceux que je donne d'une
manière plus étendue dans les fix
petites Sonates ci-après.
J'indique dans mon ſeptiéme Chapitre
un nouveau ſyſtême pour phrafer la
Muſique. Son utilité m'a frappé lorſque
l'obſervation la plus commune m'en fit
révenir l'idée. La ponctuation de l'Ecriture
meſure la marche & l'étendue du
difcours; ces fignes peuvent naturellement
produire le même effet dans la
Muſique , qui eſt faite pour parler à
l'oreille comme l'Ecriture parle aux
yeux. L'éffai que j'ai fait de ce projet
dans les petites Sonates qui terminent
cet ouvrage ſuffit pour faire concevoir
fans aucun travail toute l'étendue qu'on
JUIN. 1763 . 179
peut donner à cette idée ; car les inventions
les plus utiles & les plus fages
font prèſque toujours les plus intelligibles
& les plus fimples .
Outre cette ponctuation j'employe
encore dans les fix Sonates que je viens
d'annoncer , des marques ou des fignes
pour avertir d'augmenter ou de diminuer
le ſon lorſque le goût & la délicateſſe
l'exigent.
Enfin le huitiéme & dernier Chapitre
contient une expofition des vingt-quatre
Modes tels que la diviſion de la
Gamme ou Echelle diatonique ordinaire
les produit néceſſairement. La méthode
claire , préciſe & exacte avec laquelle
j'ai tâché de détailler cette expofition
apprendra à ceux qui me liront:
avec un peu d'attention, à diftinguer les
modulations , à connoître & à difcerner
en quel mode ou en quel ton ils
feront foit au commencement , foit dans.
le courant d'une Piece , ou même lorfqu'ils
s'éffſayeront à préluder , à décider
en un mot fi ce ton ou Mode eſt Majeur
ou Mineur.
Quant aux fix petites Sonates que je
viens d'annoncer & qui font à la fuite
de ce huitiéme Chapitre, j'avertis qu'on
doit les regarder comme une leçon gé
H vj
180 MERCURE DE FRANCE:
nérale où l'on appercevra aisément l'application
que je fais faire de ce que
j'enſeigne dans ce Traité.
SIX TRIO pour deux Violons & un
Violoncello,compoſés par le Signor Galeotti
de Gènes , dédiés à Madame la
Princeſſe de Monaco ; à Gènes , chez
l'Auteur ; & à Paris, aux adreſſes ordinaires
de Muſique. Prix , 9 liv. avec privilége.
Cet Ouvrage eſt digne de la ré
putation dont cet Auteur jouit en Italie
par ſes ouvrages & par ſon talent
connu pour le Violoncello .
Fermer
Résumé : MUSIQUE.
En juin 1763, divers ouvrages musicaux étaient disponibles à la vente. Parmi ceux-ci, on trouvait un troisième recueil de pièces françaises et italiennes, incluant des airs d'opéras-comiques récents tels que 'Le Bûcheron', 'Le Roi et le Fermier' et 'Sancho Pança', arrangés pour deux flûtes, deux violons ou deux altos par M. Granier. Six symphonies de M. Stamitz, exécutées au Concert spirituel pendant la semaine sainte, étaient également en vente. Deux livres de pièces pour clavecin par M. Ferdinando Pellegrino et un recueil mensuel de récréations chantantes par M. Legat de Furcy étaient proposés. Un autre recueil, 'Les Récréations de Polymnie', compilait des ariettes et airs tendres, dédié au beau sexe et édité par M. le Loup. Un ouvrage méthodique pour apprendre à battre la mesure et à moduler, accompagné de six sonates, était écrit par M. Atys. Ce traité incluait une méthode de ponctuation musicale inspirée de la ponctuation grammaticale et typographique. Le texte mentionnait aussi des sonates en mode majeur ou mineur, décrites comme une leçon générale illustrant les enseignements d'un traité. De plus, il annonçait la publication de six trios pour deux violons et un violoncelle, composés par le Signor Galeotti de Gênes. Ces trios étaient dédiés à Madame la Princesse de Monaco et étaient disponibles à Gênes chez l'auteur ainsi qu'à Paris, au prix de neuf livres avec un privilège. L'auteur était reconnu en Italie pour ses œuvres et son talent au violoncelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16237
p. 180-181
GRAVURE.
Début :
M. MOITTE, Graveur du ROI, à qui nous devons la belle Estampe de [...]
Mots clefs :
Estampe, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
M. MOITTE , Graveur du Roi , à
qui nous devons la belle Eſtampe de
Vénus fur les eaux , gravée d'après le
célébre M. Boucher , vient de donner
au Public un autre Ouvrage de fa façon
qui probablement ne ſera pas
moins bien accueilli des Connoiffeurs.
Cette nouvelle Eſtampe , intitulée le
Gefte Napolitain , eſt d'après l'un des
plu aimables &des plus dignes Peintres
de la Nature , c'est-à-dire M. Greu
fe, & faitpendant avec le Père de fa-
و
JUIN. 1763 . 181
mille que l'on revoit toujours avec tant
de plaifir. Elle est dédiée à M. le Marquis
de Marigny ; & ſe vend chez l'Auteur ,
rue S. Victor , la troifiéme Porte cochère
à gauche , en entrant par la Place
Maubert. Le Prix eſt de 6 liv.
M. MOITTE , Graveur du Roi , à
qui nous devons la belle Eſtampe de
Vénus fur les eaux , gravée d'après le
célébre M. Boucher , vient de donner
au Public un autre Ouvrage de fa façon
qui probablement ne ſera pas
moins bien accueilli des Connoiffeurs.
Cette nouvelle Eſtampe , intitulée le
Gefte Napolitain , eſt d'après l'un des
plu aimables &des plus dignes Peintres
de la Nature , c'est-à-dire M. Greu
fe, & faitpendant avec le Père de fa-
و
JUIN. 1763 . 181
mille que l'on revoit toujours avec tant
de plaifir. Elle est dédiée à M. le Marquis
de Marigny ; & ſe vend chez l'Auteur ,
rue S. Victor , la troifiéme Porte cochère
à gauche , en entrant par la Place
Maubert. Le Prix eſt de 6 liv.
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Résumé : GRAVURE.
Le graveur du Roi, M. Moitte, a créé une gravure intitulée 'Vénus sur les eaux' d'après François Boucher. Il a également publié 'Le Geste Napolitain', inspiré d'un tableau de Jean-Baptiste Greuze réalisé à Rome. Cette estampe est dédiée au Marquis de Marigny et se vend six livres chez l'auteur, rue Saint-Victor.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16238
p. 181
ÉCRITURE.
Début :
LE Sr ROCHON, Maître Écrivain à Versailles, donne avis au Public que [...]
Mots clefs :
Maître Écrivain, Planches, Principes d'écriture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉCRITURE.
ÉCRITURE.
LE ST ROCHON , Maître Écrivain
Verſailles , donne avis au Public que
les deux Planches de Principes d'Ecriture
qu'il vient de lui donner , ſe trouvent
chez lui & à Paris chez le ſieur de la
Bare , rue du Perche au Marais , chez
un Serrurier. Prix , 2 liv. chaque 'Piéce.
Il donne auffi avis qu'il prend des
Penſionnaires d'âge raisonnable , &
que l'on aura chez lui tous les Maîtres
que l'on defirera.
LE ST ROCHON , Maître Écrivain
Verſailles , donne avis au Public que
les deux Planches de Principes d'Ecriture
qu'il vient de lui donner , ſe trouvent
chez lui & à Paris chez le ſieur de la
Bare , rue du Perche au Marais , chez
un Serrurier. Prix , 2 liv. chaque 'Piéce.
Il donne auffi avis qu'il prend des
Penſionnaires d'âge raisonnable , &
que l'on aura chez lui tous les Maîtres
que l'on defirera.
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16239
p. 182
SPECTACLES DE LA COUR.
Début :
PENDANT le séjour de la Cour à Marli, il y a eu deux Concerts par la [...]
Mots clefs :
Musique, Cour, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR.
SPECTACLES DE LA COUR .
PENDANT le féjour de la Cour à
Marli , il y a eu deux Concerts par la
Muſique du RO1 .
Le Mercredi 11 Mai , on y exécuta
le divertiſſement de l'Acte des Fleurs
& l'Acte des Sauvages , du Ballet des
Indes galantes , Muſique du ſieur RAMEAU.
Les Rôles furent chantés par
la Dlle LARRIVÉE ( ci-devant LEMIERRE
, ) les fieurs GELIN , LARRIVÉE
& BESCHE .
Le Samedi 14 , on exécuta Alcimadure
, Ballet Provençal : Muſique du
Sr MONDONVILLE . Les Rôles furent
chantés par la Dlle FEL & les fieurs.
BESCHE Frères .
PENDANT le féjour de la Cour à
Marli , il y a eu deux Concerts par la
Muſique du RO1 .
Le Mercredi 11 Mai , on y exécuta
le divertiſſement de l'Acte des Fleurs
& l'Acte des Sauvages , du Ballet des
Indes galantes , Muſique du ſieur RAMEAU.
Les Rôles furent chantés par
la Dlle LARRIVÉE ( ci-devant LEMIERRE
, ) les fieurs GELIN , LARRIVÉE
& BESCHE .
Le Samedi 14 , on exécuta Alcimadure
, Ballet Provençal : Muſique du
Sr MONDONVILLE . Les Rôles furent
chantés par la Dlle FEL & les fieurs.
BESCHE Frères .
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR.
À Marly, deux concerts ont eu lieu. Le 11 mai, des extraits des 'Indes galantes' de Rameau ont été joués par Mademoiselle Larrivée, Gelin, Larrivée et Besche. Le 14 mai, le ballet 'Alcimadure' de Mondonville a été présenté par Mademoiselle Fel et les frères Besche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16240
p. 183-189
SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
LES Concerts françois que cette Académie continue de donner les Vendredis [...]
Mots clefs :
Opéra, Concerts, Ballet, Morceaux, Public, Musique
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
SPECTACLES DE PARIS.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
LES ES Concerts françois que cette Académie
continue de donner les Vendredis
de chaque Semaine au Château des
Thuilleries , ont le ſuccès de ces chofes
où le Public ſe porte avec une eſpéce
de fureur. Le premier de ces Concerts ,
duquel nous avons parlé dans le précédent
Mercure avoit raſſemblé déja ,
par le motif de curiofité , un fort grand
nombre d'Auditeurs ; les ſuivans
ont été encore infiniment plus nombreux.
Juſqu'à préfent les Loges ou
Gradins ont été loués pluſieurs jours
en avance ; & les autres places remplies
avec la plus grande affluence.
C Cette époque peut être regardée
comme celle de la reſtauration du goût
de la Nation pour ſa Muſique ; goût
que l'on croyoit éteint ou corrompu ,
lorſqu'il n'étoit , s'il eſt permis de le:-
dire , que débauché par les circonftances.
Les morceaux que l'on éxécute.
dans ces Concerts font fi connus dut
184 MERCURE DE FRANCE.
Public , que quelques-uns même ſembloient
avoir épuisé ſon admiration :
mais le choix ingénieux de ces morceaux
& leur arrangement les renouvellent de
manière a faifir & à donner le plus grand
plaiſir.On doit ajouter encore aux caufes
d'un fi brillantfuccès , une éxécution qui
n'a point d'exemple dans l'Europe, de l'aveu
mêmedes gens del'art le plus attachés
au genre de Muſique étrangère. Cette
perfection a un double avantage dans
notre Orcheſtre françois : c'eſt 1. la précifion
muſicale ; 2°. la fineſſe du Tact,
dans les mouvemens qui n'a d'autre
regle que le goût , & d'autre guide
qu'un ſentiment délicat,
و
C'eſt aux foins des Directeurs ( MM
REBEL & FRANCEUR ) que l'on
doit l'arrangement de ces Concerts .
M. LE BERTON , Maître de Muſique
de l'Orchestre y bat la meſure ainſi qu'à
l'Opéra ; M. REBEL, l'un des Directeurs ,
furveille à l'exactitude totale de l'éxécution.
Ces Concerts ſont compoſés de
divers morceaux d'Opéra & divifés
en quatre parties. On indique ordinairement
par les affiches le premier &
le dernier de ces morceaux , parce qu'ils
こ
JUIN. 1763 . 185
font plus confidérables , ou contiennent
de plus grandes parties d'Actes d'Opéra .
Cela fert à ſpécifier chacun de ces Concerts.
Les autres morceaux tant en Muſique
vocale qu'inſtrumentale , qui rempliffent
le reſte du Concert , entraîneroient
dans trop de détails.
Le premier Concert ( le 28 Avril )
commençoit par le Prologue du Ballet
de la Paix & finiſſoit par le quatriéme
Acte de Zoroastre.
Le deuxiéme ( le fix Mai) commençoit
par l'ouverture de Pigmalion ,
ſuivie de partie du divertiſſement du
premier Acte d'Hippolite & Aricie.
Il finiſſoit par le divertiſſement des
Bacchantes du troiſiéme Acte d'En
& Lavinie.
Le Vendredi 13 Mai , on a repris le
même Concert du 28 Avril.
Le quatriéme ( le 20 Mai ) a commencé
par le Prologue de Tarfis &
Zélie , & a fini par la magie du deuxiéme
Acte de Dardanus.
Le cinquiéme ( le 27 Mai ) a commencé
par l'ouverture des Talens lyriques
ſuivie de fragmens terminés par
lechoeur de Pigmalion , l'Amour triomphe
&c. Il a fini par le divertiſſement
du premier Acte d'Iphigénie.
186 MERCURE DE FRANCE.
On a donné , ainſi que nous l'avions
annoncé , des Bals pour les Acteurs
dans la même Salle du Concert & dans
la Salle fuivante , les 1,8 & 15 Mai.
Ces Bals ont été fort agréables , tant
pár l'éxécution des Ballets (de la compoſition
de M. LANI ) qui ont été fort
applaudis & qui formoient en effet un
ſpectacle brillant & varié , que parce
que les mêmes Danfeurs & Danfeuſes
de l'Opéra qui les avoient éxécutés ,
reftoient dans le Bal en habits de caractères
où ils danſoient encore avec
les perſonnes du Public qui le defiroient
. Au dernier de ces Bals , les
principaux Sujets du Ballet éxécuterent
deux fois de fuite une Contredanſe de
la compofition de M. LANI , qui fut
trouvée admirable; elle étoit très-figurée,
fans fortir néammoins du genre des
Contredanſes ordinaires de Bal.
Le Mai & la Noce de Village , Sujet
d'un grand Ballet éxécuté dans ces
Bals , n'étoit point le même que les
Ballets figurés qui avoient éte danſés
fous ce titre aux Bals de la Cour pendant
le Carnaval. Le Mai & la Noce
étoient , à la Cour , deux Sujets différens
qui formoient chacun un Ballet.
JUIN. 1763 . 187-
,
Le Mai étoit dans le caractère Flamand
, & ici il étoit dans le caractère
François . Chacun de ces Ballets auroit
été trop court pour remplir l'objet qu'on
ſe propofoit ; dans les Bals de l'Opéra
les deux joints enſemble tels qu'ils
étoient , auroient été trop longs . On
les avoit combinés pour en faire un ſeul
Sujet , dont la fiction étoit affez naturelle..
Les Habitans d'un Village plantent
un Mai en préſence du Seigneur
& de la Dame , & leur donnent une
ferénade : une Nôce de ce même Village
vient leur rendre hommage & for-..
mer des Danſes autour de ce Mai nouvellement
planté. Tel étoit le Sujet de
ce Ballet diftribué en pluſieurs ſcènes
de Pantomimes & de Danſes. Miles
LYONNOIS , ALLARD PESLIN
DUMIREY, PETITOT, SARON , & toutes
les autres Danfeuſes ; MM. LAVAL ,
GARDEL , DAUBERVAL , HYACINTHE
, & tous les autres Danfeurs y
figuroient divers Perſonnages & étoient
employés dans ce Ballet.
,
La Salle que l'on conſtruit aux Thuilleries
pour les repréſentations de l'Opéra
, devant ſervir probablement plufieurs
années , on a jugé à propos de
188 MERCURE DE FRANCE.
la faire plus folide & en même temps
d'y donner toutes les commodités néceffaires
au ſervice de ce Spectacle ;
c'eſt pourquoi elle ne pourra être en
état auffitôt qu'on ſe l'étoit propoſé
d'abord & pour le temps que nous
l'avions annoncé ; mais on a lieu d'efpérer
que l'on en jouira dans les
derniers jours du mois d'Août ou au
plus tard dans le commencement de
Septembre. Cette Salle ſera très-commode
pour le Public , par les voies de
circulation & celles d'entrée & de fortie
que l'on y ménage. Le ſervice du
Théâtre y fera , de même , facile &
propre à de grands Spectacles ; dans
l'occafion elle pourra contenir un peu
plus de Spectateurs que l'ancienne Salle
d'Opéra . Celle que l'on doit reconftruire
au Palais Royal ne ſera point
placée dans le ſens que nous avions
indiqué le mois précédent,d'après les premiers
projets; mais dans le même ſens où
étoit l'ancienne , la partie du Théâtre
s'enfoncant beaucoup plus avant dans
le terrein du Palais même que M. le
Duc d'ORLÉANS abandonne àcet effet,
&s'étendant en largeur dans les ter
JUIN. 1763. 184
reins de la rue S. Honoré , deſquels le
Prince fait l'acquiſition pour cet ufage.
Cette Salle fera extérieurement la
décoration d'une des aîles de la première
cour du Palais Royal , qui doit être
entierement reconſtruite. Nous ne doutons
pas que M. MOREAU , Architecte
de la Ville , conféquemment chargé de
la conſtruction de la nouvelle Salle , &
honoré de la confiance de M. le Duc
d'ORLÉANS , ne ſe prête à nous mettre
en état de faire connoître au Public
ſes projets, auſſitôt qu'ils feront entière
ment fixés.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
LES ES Concerts françois que cette Académie
continue de donner les Vendredis
de chaque Semaine au Château des
Thuilleries , ont le ſuccès de ces chofes
où le Public ſe porte avec une eſpéce
de fureur. Le premier de ces Concerts ,
duquel nous avons parlé dans le précédent
Mercure avoit raſſemblé déja ,
par le motif de curiofité , un fort grand
nombre d'Auditeurs ; les ſuivans
ont été encore infiniment plus nombreux.
Juſqu'à préfent les Loges ou
Gradins ont été loués pluſieurs jours
en avance ; & les autres places remplies
avec la plus grande affluence.
C Cette époque peut être regardée
comme celle de la reſtauration du goût
de la Nation pour ſa Muſique ; goût
que l'on croyoit éteint ou corrompu ,
lorſqu'il n'étoit , s'il eſt permis de le:-
dire , que débauché par les circonftances.
Les morceaux que l'on éxécute.
dans ces Concerts font fi connus dut
184 MERCURE DE FRANCE.
Public , que quelques-uns même ſembloient
avoir épuisé ſon admiration :
mais le choix ingénieux de ces morceaux
& leur arrangement les renouvellent de
manière a faifir & à donner le plus grand
plaiſir.On doit ajouter encore aux caufes
d'un fi brillantfuccès , une éxécution qui
n'a point d'exemple dans l'Europe, de l'aveu
mêmedes gens del'art le plus attachés
au genre de Muſique étrangère. Cette
perfection a un double avantage dans
notre Orcheſtre françois : c'eſt 1. la précifion
muſicale ; 2°. la fineſſe du Tact,
dans les mouvemens qui n'a d'autre
regle que le goût , & d'autre guide
qu'un ſentiment délicat,
و
C'eſt aux foins des Directeurs ( MM
REBEL & FRANCEUR ) que l'on
doit l'arrangement de ces Concerts .
M. LE BERTON , Maître de Muſique
de l'Orchestre y bat la meſure ainſi qu'à
l'Opéra ; M. REBEL, l'un des Directeurs ,
furveille à l'exactitude totale de l'éxécution.
Ces Concerts ſont compoſés de
divers morceaux d'Opéra & divifés
en quatre parties. On indique ordinairement
par les affiches le premier &
le dernier de ces morceaux , parce qu'ils
こ
JUIN. 1763 . 185
font plus confidérables , ou contiennent
de plus grandes parties d'Actes d'Opéra .
Cela fert à ſpécifier chacun de ces Concerts.
Les autres morceaux tant en Muſique
vocale qu'inſtrumentale , qui rempliffent
le reſte du Concert , entraîneroient
dans trop de détails.
Le premier Concert ( le 28 Avril )
commençoit par le Prologue du Ballet
de la Paix & finiſſoit par le quatriéme
Acte de Zoroastre.
Le deuxiéme ( le fix Mai) commençoit
par l'ouverture de Pigmalion ,
ſuivie de partie du divertiſſement du
premier Acte d'Hippolite & Aricie.
Il finiſſoit par le divertiſſement des
Bacchantes du troiſiéme Acte d'En
& Lavinie.
Le Vendredi 13 Mai , on a repris le
même Concert du 28 Avril.
Le quatriéme ( le 20 Mai ) a commencé
par le Prologue de Tarfis &
Zélie , & a fini par la magie du deuxiéme
Acte de Dardanus.
Le cinquiéme ( le 27 Mai ) a commencé
par l'ouverture des Talens lyriques
ſuivie de fragmens terminés par
lechoeur de Pigmalion , l'Amour triomphe
&c. Il a fini par le divertiſſement
du premier Acte d'Iphigénie.
186 MERCURE DE FRANCE.
On a donné , ainſi que nous l'avions
annoncé , des Bals pour les Acteurs
dans la même Salle du Concert & dans
la Salle fuivante , les 1,8 & 15 Mai.
Ces Bals ont été fort agréables , tant
pár l'éxécution des Ballets (de la compoſition
de M. LANI ) qui ont été fort
applaudis & qui formoient en effet un
ſpectacle brillant & varié , que parce
que les mêmes Danfeurs & Danfeuſes
de l'Opéra qui les avoient éxécutés ,
reftoient dans le Bal en habits de caractères
où ils danſoient encore avec
les perſonnes du Public qui le defiroient
. Au dernier de ces Bals , les
principaux Sujets du Ballet éxécuterent
deux fois de fuite une Contredanſe de
la compofition de M. LANI , qui fut
trouvée admirable; elle étoit très-figurée,
fans fortir néammoins du genre des
Contredanſes ordinaires de Bal.
Le Mai & la Noce de Village , Sujet
d'un grand Ballet éxécuté dans ces
Bals , n'étoit point le même que les
Ballets figurés qui avoient éte danſés
fous ce titre aux Bals de la Cour pendant
le Carnaval. Le Mai & la Noce
étoient , à la Cour , deux Sujets différens
qui formoient chacun un Ballet.
JUIN. 1763 . 187-
,
Le Mai étoit dans le caractère Flamand
, & ici il étoit dans le caractère
François . Chacun de ces Ballets auroit
été trop court pour remplir l'objet qu'on
ſe propofoit ; dans les Bals de l'Opéra
les deux joints enſemble tels qu'ils
étoient , auroient été trop longs . On
les avoit combinés pour en faire un ſeul
Sujet , dont la fiction étoit affez naturelle..
Les Habitans d'un Village plantent
un Mai en préſence du Seigneur
& de la Dame , & leur donnent une
ferénade : une Nôce de ce même Village
vient leur rendre hommage & for-..
mer des Danſes autour de ce Mai nouvellement
planté. Tel étoit le Sujet de
ce Ballet diftribué en pluſieurs ſcènes
de Pantomimes & de Danſes. Miles
LYONNOIS , ALLARD PESLIN
DUMIREY, PETITOT, SARON , & toutes
les autres Danfeuſes ; MM. LAVAL ,
GARDEL , DAUBERVAL , HYACINTHE
, & tous les autres Danfeurs y
figuroient divers Perſonnages & étoient
employés dans ce Ballet.
,
La Salle que l'on conſtruit aux Thuilleries
pour les repréſentations de l'Opéra
, devant ſervir probablement plufieurs
années , on a jugé à propos de
188 MERCURE DE FRANCE.
la faire plus folide & en même temps
d'y donner toutes les commodités néceffaires
au ſervice de ce Spectacle ;
c'eſt pourquoi elle ne pourra être en
état auffitôt qu'on ſe l'étoit propoſé
d'abord & pour le temps que nous
l'avions annoncé ; mais on a lieu d'efpérer
que l'on en jouira dans les
derniers jours du mois d'Août ou au
plus tard dans le commencement de
Septembre. Cette Salle ſera très-commode
pour le Public , par les voies de
circulation & celles d'entrée & de fortie
que l'on y ménage. Le ſervice du
Théâtre y fera , de même , facile &
propre à de grands Spectacles ; dans
l'occafion elle pourra contenir un peu
plus de Spectateurs que l'ancienne Salle
d'Opéra . Celle que l'on doit reconftruire
au Palais Royal ne ſera point
placée dans le ſens que nous avions
indiqué le mois précédent,d'après les premiers
projets; mais dans le même ſens où
étoit l'ancienne , la partie du Théâtre
s'enfoncant beaucoup plus avant dans
le terrein du Palais même que M. le
Duc d'ORLÉANS abandonne àcet effet,
&s'étendant en largeur dans les ter
JUIN. 1763. 184
reins de la rue S. Honoré , deſquels le
Prince fait l'acquiſition pour cet ufage.
Cette Salle fera extérieurement la
décoration d'une des aîles de la première
cour du Palais Royal , qui doit être
entierement reconſtruite. Nous ne doutons
pas que M. MOREAU , Architecte
de la Ville , conféquemment chargé de
la conſtruction de la nouvelle Salle , &
honoré de la confiance de M. le Duc
d'ORLÉANS , ne ſe prête à nous mettre
en état de faire connoître au Public
ſes projets, auſſitôt qu'ils feront entière
ment fixés.
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Résumé : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique organise des concerts hebdomadaires les vendredis au Château des Tuileries, attirant un large public. Ces événements visent à revitaliser l'appréciation de la musique française, souvent critiquée pour sa corruption ou son caractère débauché. Les morceaux joués, bien connus du public, sont sélectionnés avec soin et arrangés méticuleusement. La qualité de l'exécution musicale est reconnue comme étant la meilleure en Europe, combinant précision et finesse. Les concerts sont dirigés par MM. Rebel et Franceur, avec M. Le Berton responsable du rythme et M. Rebel supervisant l'exécution. Chaque concert inclut divers extraits d'opéras, répartis en quatre parties, tels que des morceaux de 'La Paix', 'Zoroastre', 'Pygmalion', 'Hippolyte et Aricie', 'Enée et Lavinie', 'Tarsis et Zélie', 'Dardanus' et 'Iphigénie'. Des bals pour les acteurs ont été organisés les 1er, 8 et 15 mai, avec des danses et des contredanses composées par M. Lani, très appréciées du public. La salle des Tuileries, dédiée aux représentations de l'Opéra, est en cours de reconstruction pour améliorer sa solidité et ses commodités, et devrait être terminée à la fin août ou au début septembre. En juin 1763, des plans sont en cours pour reconstruire une salle de théâtre au Palais Royal. Contrairement aux projets initiaux, la nouvelle salle sera orientée dans le même sens que l'ancienne et s'étendra davantage sur le terrain du palais, mis à disposition par le duc d'Orléans. Elle empiétera également sur des terrains acquis par le prince dans la rue Saint-Honoré. Cette salle décorera l'une des ailes de la première cour du Palais Royal, qui sera entièrement reconstruite. L'architecte de la ville, M. Moreau, est chargé de cette construction et bénéficie de la confiance du duc d'Orléans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16241
p. 189-195
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE Bienfait rendu ou le Négociant, Comédie en 5 Actes en vers, de laquelle [...]
Mots clefs :
Comédie, Actrice, Débutante, Représentation, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE,
LE Bienfait rendu ou le Négociant
Comédie en 5 Actes en vers , de laquelle
nous avons donné l'Extrait dans
le précédent Volume , a eu neufRepréſentations
de ſuite , toutes avec d'aſſez
fortes recettes ; elle a été redemandée
& repréſentée encore dans le courant
du mois.
Cette Piéce , qui n'eſt point quittée
& qui doit refter au Théâtre , eft impri
mée& ſe trouve chez Prault le jeune ,
Libraire , quai de Conti,à la defcente du
igo MERCURE DE FRANCE.
Pont- neuf. La lecture en eſt agréable ;
•& l'on ne craint pas de reproches en
la recommandant.
Le 3 Mai , une Actrice nouvelle
( Mlle Doligny ) débuta par le rôle
d'Angélique dans la Gouvernante & par
celui de Zénéïde dans la Piéce qui porte
ce titre. Dès cette Repréſentation , le
fuccès de la Débutante fut ſi vivement
&fi unanimement établi , que tous ceux
qui fréquentent habituellement le Théâtre
, ſe font accordés à dire que de-
*puis les débuts des célébres Actrices dont
nous avons annoncé les retraites avec
* tant de regret , on n'en avoit point vu
d'auſſi brillant dans le comique & qui
promît des fuites auſſi avantageufes que
celui- ci. L'augure a été pleinement
juſtifié : les jours de début de la nouvelle
Actrice , font devenus les jours
fréquentés du Spectacle. Elle a continué
par Lucinde dans l'Oracle , ( tréſor précieux
pour notre Scène , que l'on craignoit
d'avoir perdu avec Mlle Gauffin ,
&dans lequel la nouvelle Actrice a paru
excellente)enfuite par Luciledans les Dehors
trompeurs & par Nanine dans la Comédie
de ce nom ; par le rôle de Marianne
dans l'Ecole des Mères , de JuJUIN.
1763 . 191
lie dans la Pupile , de Silvie dans l'Iſle
déferte , d'Agnès dans l'Ecole des Femmes
, &c.
Pendant le cours de ſon début , Mlle
Doligni a été reçue à l'éſſai , pour ne
point violer la régle ; mais en mêmetemps
pour rendre juftice à ſes talens ,
elle a été admiſe dès ce moment aux
grands appointemens de 2000 liv.
Cette Débutante eſt âgée de 15 ans
&& demi ; elle eft, quant à préſent , d'une
moyenne ſtature , d'une taille élégante
& bien prife , la figure fort agréable
au Théâtre , intéreſſante ſans langueur ,
un feu doux , mais vif& perçant dans la
*phyſionomie ; la bouche , qui s'embellit
à chacun de ſes mouvemens , prête à
fon viſage des grâces fort piquantes.
Une naïveté gracieuſe ſemble régler
tout ſon maintien ainſi que ſon jeu.
Ce ne font point de ces tours de têres
apprêtés , de ces eſpéces de Tic dans les
traits qui dénaturent les graces qu'on
pourroit avoir , par celles qu'on veut ſe
donner; ni de ces infléxions traînées ou
groffies qui altèrent le fon , & le rendent
plus ridicule que touchant. Cexe
jeune perſonne paroît ne jouer aucun
des ſentimens qu'elle exprime. Ses actions
& les tons de fa voix ſemblent
192 MERCURE DE FRANCE.
4
naître tous du moment & de la paf
fion qui y donne lieu. La fimplicité ,
qui fait le caractère dominant de fon
jeu , n'eſt jamais niaiſerie , ni ſtupidité ;
c'eſt la primeur, fi l'on peut dire , de la
Nature ornée de toutes les graces qu'elle
donne. Un des mérites que l'on remarque
en elle , eſt une perpétuelle application
à la Scène , mérite que perdent
ſouvent les plus grands Acteurs , en acquérant
plus de liberté ſur le Théâtre&
que l'on éxhorte cette jeune perſonne à
conferver. Elle joint à cette éxacte vérité
de la Nature , dont le plaifir a
fait ſouvent verſer des larmes , une
diſtribution intelligente des différens
mouvemens qu'éxige chaque partie de
ſes rôles. Enfin nous ne craignons pas
d'être démentis , en diſant qu'elle commence
, non pas comme les meilleures
Actrices finiſſent ( ainſi qu'on a tant appliqué
de fois cette phrafe commune )
mais comme il eſt àdefirer qu'elle continue
pour ne pas ceffer de faire le plus
grand plaifir.
Mlle Doligni avoit joué dans ſon enfance
fur le Théâtre François quelques
rôles de cet âge ſous le nom de Mai-
Conneuve: il s'en falloit bien alors qu'elle
donnât
JUIN. 1763. 193
donnât les eſpérances de ce qu'elle eſt
aujourd'hui. Elle eut occafion de prendre
des avis de Mlle GAUSSIN ; enfuite
elle avoit été jouer à Rouen pendant
quelques mois , où elle avoit eu du fucces.
A fon retour , lorſqu'elle ſe diſpofoit
à aller à Bruxelles , elle fut entendue
par des perfonnes de la Cour accoutumées
à connoître & à protéger
les talens , par une entr'autres à qui
tous les arts & tous les talens doivent
le plus de fecours & d'éclat. Le naturel
heureux qu'on trouva dans cette
jeune perſonne&les diſpoſitions qu'elle
montroit, déterminèrent à la fixer fur
le Théâtre de la Capitale. A cet effet
M. MOLÉ Acteur , dont nous avons fi
ſouvent occafion de parler avec éloges ,
fut chargé d'achever par ſes conſeils
ce que la Nature & le Sentiment paroiffoient
indiquer déja dans ce talent
naiſſant. C'eſt environ après fix ſemaines
ou deux mois au plus de leçons,que Mlle
DOLIGNI a paru & a réuni tant d'applaudiſſemens
& de fuffrages. La voix ,
encore un peu foible , dans cette Débutante
, ne laiffe pas eſpérer qu'elle puiffe
& même qu'elle doive tenter de jouer
dans le Tragique.
Le Lundi 9 Mai , on a donné la pre-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
,
mière repréſentation de la Mort de Socrate
, Tragédie nouvelle en 3 Actes par
M. DE SAUVIGNI , qui fut applaudie
& bien reçue du Public. Elle a été continuée
juſqu'au 28 , jour de la geme &
dernière repréſentation. Il y a des beautés
dans cette Piéce la verfification
en eſt généralement approuvée ; mais
comme le fond du Sujet eſt plus triſte
qu'attendriſſant , en ce qu'il a en foi une
forte de féchereſſe pour notre Scène
&que d'ailleurs la catastrophe en eſttrop
connue , il n'y a pas eu un grand concours
de Spectateurs. Nous rendrons
un compte plus éxact de cette Tragédie ,
lorſqu'elle ſera imprimée , attendu que
l'on ne nous a pas mis en état de ſuppléer
à ce ſecours , & qu'il feroit peut-être
dangereux de s'en repoſer ſur la mémoire
pour l'Extrait d'une Piéce chargéé ,
comme celle - ci , de morale & de
métaphyfique , dont on ne ſaiſit pas le
trait indicatif , comme l'on peut faire
de l'ation , de la conduite , & de
l'intérêt , dans les Drames dont ces
moyens conſtituent le mérite.
Mlle Luzzi , jeune Sujet qui dès l'enfance
a fait beaucoup de plaifir fur un
autre Théâtre , que beaucoup de gens
regardoient comme inférieur à ſes dif
JUIN. 1763 . 195
poſitions , a débuté le Jeudi 26 Mai fur
celui de la Comédie Françoife , par
les rôles de Soubrettes dans le Tartuffe &
les Folies amoureuses . La figure & la
taille de cette Débutante ſont des plus
favorables & ne pouvoient que prévenir
très-avantageuſement pour elle . Ces
avantages ſont ſecondés d'un jeu , où
Pon reconnoît en pluſieurs endroits l'intelligence
du grand Maître qui a pris
ſoin de diriger ſes talens ( M. PRÉVILLE.
) Elle a été applaudie , & l'on a
lieu d'eſpérer de cette jeune Actrice
des progrès qui rempliront l'eſpoir
du Public à fon égard. Nous croirions
qu'il feroit imprudent d'avancer rien de
plus décidé fur ce premier début, n'ayant
pas eule temps ſuffifant pour recueillir
les ſentimens à ce ſujet & les Spectateurs
mêmes n'ayant pas encore eu celui
d'en juger définitivement. On parlera
dans le Volume du mois prochain de la
continuation de ce début.
LE Bienfait rendu ou le Négociant
Comédie en 5 Actes en vers , de laquelle
nous avons donné l'Extrait dans
le précédent Volume , a eu neufRepréſentations
de ſuite , toutes avec d'aſſez
fortes recettes ; elle a été redemandée
& repréſentée encore dans le courant
du mois.
Cette Piéce , qui n'eſt point quittée
& qui doit refter au Théâtre , eft impri
mée& ſe trouve chez Prault le jeune ,
Libraire , quai de Conti,à la defcente du
igo MERCURE DE FRANCE.
Pont- neuf. La lecture en eſt agréable ;
•& l'on ne craint pas de reproches en
la recommandant.
Le 3 Mai , une Actrice nouvelle
( Mlle Doligny ) débuta par le rôle
d'Angélique dans la Gouvernante & par
celui de Zénéïde dans la Piéce qui porte
ce titre. Dès cette Repréſentation , le
fuccès de la Débutante fut ſi vivement
&fi unanimement établi , que tous ceux
qui fréquentent habituellement le Théâtre
, ſe font accordés à dire que de-
*puis les débuts des célébres Actrices dont
nous avons annoncé les retraites avec
* tant de regret , on n'en avoit point vu
d'auſſi brillant dans le comique & qui
promît des fuites auſſi avantageufes que
celui- ci. L'augure a été pleinement
juſtifié : les jours de début de la nouvelle
Actrice , font devenus les jours
fréquentés du Spectacle. Elle a continué
par Lucinde dans l'Oracle , ( tréſor précieux
pour notre Scène , que l'on craignoit
d'avoir perdu avec Mlle Gauffin ,
&dans lequel la nouvelle Actrice a paru
excellente)enfuite par Luciledans les Dehors
trompeurs & par Nanine dans la Comédie
de ce nom ; par le rôle de Marianne
dans l'Ecole des Mères , de JuJUIN.
1763 . 191
lie dans la Pupile , de Silvie dans l'Iſle
déferte , d'Agnès dans l'Ecole des Femmes
, &c.
Pendant le cours de ſon début , Mlle
Doligni a été reçue à l'éſſai , pour ne
point violer la régle ; mais en mêmetemps
pour rendre juftice à ſes talens ,
elle a été admiſe dès ce moment aux
grands appointemens de 2000 liv.
Cette Débutante eſt âgée de 15 ans
&& demi ; elle eft, quant à préſent , d'une
moyenne ſtature , d'une taille élégante
& bien prife , la figure fort agréable
au Théâtre , intéreſſante ſans langueur ,
un feu doux , mais vif& perçant dans la
*phyſionomie ; la bouche , qui s'embellit
à chacun de ſes mouvemens , prête à
fon viſage des grâces fort piquantes.
Une naïveté gracieuſe ſemble régler
tout ſon maintien ainſi que ſon jeu.
Ce ne font point de ces tours de têres
apprêtés , de ces eſpéces de Tic dans les
traits qui dénaturent les graces qu'on
pourroit avoir , par celles qu'on veut ſe
donner; ni de ces infléxions traînées ou
groffies qui altèrent le fon , & le rendent
plus ridicule que touchant. Cexe
jeune perſonne paroît ne jouer aucun
des ſentimens qu'elle exprime. Ses actions
& les tons de fa voix ſemblent
192 MERCURE DE FRANCE.
4
naître tous du moment & de la paf
fion qui y donne lieu. La fimplicité ,
qui fait le caractère dominant de fon
jeu , n'eſt jamais niaiſerie , ni ſtupidité ;
c'eſt la primeur, fi l'on peut dire , de la
Nature ornée de toutes les graces qu'elle
donne. Un des mérites que l'on remarque
en elle , eſt une perpétuelle application
à la Scène , mérite que perdent
ſouvent les plus grands Acteurs , en acquérant
plus de liberté ſur le Théâtre&
que l'on éxhorte cette jeune perſonne à
conferver. Elle joint à cette éxacte vérité
de la Nature , dont le plaifir a
fait ſouvent verſer des larmes , une
diſtribution intelligente des différens
mouvemens qu'éxige chaque partie de
ſes rôles. Enfin nous ne craignons pas
d'être démentis , en diſant qu'elle commence
, non pas comme les meilleures
Actrices finiſſent ( ainſi qu'on a tant appliqué
de fois cette phrafe commune )
mais comme il eſt àdefirer qu'elle continue
pour ne pas ceffer de faire le plus
grand plaifir.
Mlle Doligni avoit joué dans ſon enfance
fur le Théâtre François quelques
rôles de cet âge ſous le nom de Mai-
Conneuve: il s'en falloit bien alors qu'elle
donnât
JUIN. 1763. 193
donnât les eſpérances de ce qu'elle eſt
aujourd'hui. Elle eut occafion de prendre
des avis de Mlle GAUSSIN ; enfuite
elle avoit été jouer à Rouen pendant
quelques mois , où elle avoit eu du fucces.
A fon retour , lorſqu'elle ſe diſpofoit
à aller à Bruxelles , elle fut entendue
par des perfonnes de la Cour accoutumées
à connoître & à protéger
les talens , par une entr'autres à qui
tous les arts & tous les talens doivent
le plus de fecours & d'éclat. Le naturel
heureux qu'on trouva dans cette
jeune perſonne&les diſpoſitions qu'elle
montroit, déterminèrent à la fixer fur
le Théâtre de la Capitale. A cet effet
M. MOLÉ Acteur , dont nous avons fi
ſouvent occafion de parler avec éloges ,
fut chargé d'achever par ſes conſeils
ce que la Nature & le Sentiment paroiffoient
indiquer déja dans ce talent
naiſſant. C'eſt environ après fix ſemaines
ou deux mois au plus de leçons,que Mlle
DOLIGNI a paru & a réuni tant d'applaudiſſemens
& de fuffrages. La voix ,
encore un peu foible , dans cette Débutante
, ne laiffe pas eſpérer qu'elle puiffe
& même qu'elle doive tenter de jouer
dans le Tragique.
Le Lundi 9 Mai , on a donné la pre-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
,
mière repréſentation de la Mort de Socrate
, Tragédie nouvelle en 3 Actes par
M. DE SAUVIGNI , qui fut applaudie
& bien reçue du Public. Elle a été continuée
juſqu'au 28 , jour de la geme &
dernière repréſentation. Il y a des beautés
dans cette Piéce la verfification
en eſt généralement approuvée ; mais
comme le fond du Sujet eſt plus triſte
qu'attendriſſant , en ce qu'il a en foi une
forte de féchereſſe pour notre Scène
&que d'ailleurs la catastrophe en eſttrop
connue , il n'y a pas eu un grand concours
de Spectateurs. Nous rendrons
un compte plus éxact de cette Tragédie ,
lorſqu'elle ſera imprimée , attendu que
l'on ne nous a pas mis en état de ſuppléer
à ce ſecours , & qu'il feroit peut-être
dangereux de s'en repoſer ſur la mémoire
pour l'Extrait d'une Piéce chargéé ,
comme celle - ci , de morale & de
métaphyfique , dont on ne ſaiſit pas le
trait indicatif , comme l'on peut faire
de l'ation , de la conduite , & de
l'intérêt , dans les Drames dont ces
moyens conſtituent le mérite.
Mlle Luzzi , jeune Sujet qui dès l'enfance
a fait beaucoup de plaifir fur un
autre Théâtre , que beaucoup de gens
regardoient comme inférieur à ſes dif
JUIN. 1763 . 195
poſitions , a débuté le Jeudi 26 Mai fur
celui de la Comédie Françoife , par
les rôles de Soubrettes dans le Tartuffe &
les Folies amoureuses . La figure & la
taille de cette Débutante ſont des plus
favorables & ne pouvoient que prévenir
très-avantageuſement pour elle . Ces
avantages ſont ſecondés d'un jeu , où
Pon reconnoît en pluſieurs endroits l'intelligence
du grand Maître qui a pris
ſoin de diriger ſes talens ( M. PRÉVILLE.
) Elle a été applaudie , & l'on a
lieu d'eſpérer de cette jeune Actrice
des progrès qui rempliront l'eſpoir
du Public à fon égard. Nous croirions
qu'il feroit imprudent d'avancer rien de
plus décidé fur ce premier début, n'ayant
pas eule temps ſuffifant pour recueillir
les ſentimens à ce ſujet & les Spectateurs
mêmes n'ayant pas encore eu celui
d'en juger définitivement. On parlera
dans le Volume du mois prochain de la
continuation de ce début.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
La pièce 'Le Bienfait rendu ou le Négociant', une comédie en cinq actes en vers, a connu un succès notable avec neuf représentations consécutives et est disponible chez Prault le jeune. Cette œuvre est appréciée pour sa qualité et son absence de défauts. Le 3 mai, Mlle Doligny a fait ses débuts dans 'La Gouvernante' et 'Zénéïde', obtenant un succès immédiat et unanime, comparable à celui des grandes actrices retirées. Elle a ensuite interprété plusieurs rôles, notamment Lucinde dans 'L'Oracle', Lucile dans 'Les Dehors trompeurs', Nanine dans 'Nanine', et Marianne dans 'L'École des Mères'. À 15 ans et demi, elle est décrite comme ayant une taille élégante, une figure agréable et une physionomie expressive. Son jeu est naturel et gracieux, et elle montre une application constante à la scène. Avant ses récents débuts, elle avait joué sous le nom de Mlle Maiconneuve et avait reçu des conseils de Mlle Gaussin. Elle avait également joué à Rouen avant de revenir à Paris, encouragée par des personnes influentes de la cour. Le texte souligne l'importance de consigner par écrit une pièce de théâtre pour éviter de se fier uniquement à la mémoire. Il mentionne également le début de carrière de Mlle Luzzi à la Comédie Française le 26 mai 1763, où elle a interprété des rôles de soubrettes dans 'Le Tartuffe' et 'Les Folies amoureuses'. Sous la direction de M. Préville, Mlle Luzzi a été applaudie par le public, qui espère voir ses progrès futurs. Cependant, il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives après ce premier début.
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16242
p. 195-196
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE 17 Mai on a donné la première représentation de la Famille en discorde [...]
Mots clefs :
Comédie nouvelle, Famille, Discorde
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE
17 Mai on a donné la première
repréſentation de la Famille en difcorde
, Piéce nouvelle Italienne de M. GOLDONI.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le 21 , celle des Deux Coufines , Comédie
nouvelle en 1 Acte, mêlée d'ariettes
, & le 27 la première repréſentation
de l'Eventail , Comédie nouvelle en 3
Actes de M. GOLDONI , dans laquelle
il y a beaucoup de choſes amusantes ,
qui doivent faire eſpérer qu'elle fera
ſuivie. Nous donnerons plus de détails
fur ces Nouveautés dans le Mercure
prochain.
LEE
17 Mai on a donné la première
repréſentation de la Famille en difcorde
, Piéce nouvelle Italienne de M. GOLDONI.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le 21 , celle des Deux Coufines , Comédie
nouvelle en 1 Acte, mêlée d'ariettes
, & le 27 la première repréſentation
de l'Eventail , Comédie nouvelle en 3
Actes de M. GOLDONI , dans laquelle
il y a beaucoup de choſes amusantes ,
qui doivent faire eſpérer qu'elle fera
ſuivie. Nous donnerons plus de détails
fur ces Nouveautés dans le Mercure
prochain.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Du 17 au 27 mai, trois œuvres de Carlo Goldoni ont été présentées : 'La Famille en discord', 'Les Deux Cousines' et 'L'Éventail'. Cette dernière, une comédie en trois actes, est jugée amusante et prometteuse. Des détails supplémentaires paraîtront dans le prochain numéro du Mercure de France.
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16243
p. 196-197
CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
Début :
Dans le premier de ces Concerts, les deux grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor [...]
Mots clefs :
Concerts, Motets, Applaudissements, Pentecôte, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
CONCERTS SPIRITUELS
du Jour de l'Afcenfion & du Dimanche
de Pentecôte.
Dans le premier de ces Concerts , les deux
grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor
LEO & Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON , Motet du plus beau genre , qui eut
beaucoup d'applaudiſſemens , & auquel on ne
peut pas trop en donner.
Dans le ſecond , les Motets à grand choeur
étoient Magnificat de M. BELISSEN & Judica
Domine de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître
de Muſique de l'Egliſe de Paris. Ces deux Motets
furent bien exécutés , & les Connoilleurs y trouverent
pluſieurs choſes à applaudir. M. MAYER
exécuta , dans le premier Concert , avec beaucoup
d'applaudiſſemens un Concerto de ſa compotition
ſur la harpe, &dans le dernier, M. BALBASTRE
n'eut pas moins de ſuccès ſur l'Orgue
JUIN. 1763 . 197
en exécutant auſſi un Concerto dontil eſt l'Auteur
. Dans l'un & l'autre Concert Mile HARDI
a chanté des Airs Italiens avec les mêmes applaudiſſemens
qu'elle eſt en poſſeſſion de mériter.
A ces deux Concerts M. GAVINIÉs a paru ſe
furpaffer ; & les Auditeurs , quelqu'accoutumés
qu'ils foient à la fupériorité de ſes talens , ont
éprouvé cette forte d'étonnement que produit
un nouveau Phénomène en ce genre.
On a exécuté à ces mêmes Concerts des
Trio de Stamitz. Cette admirable Muſique a fait
d'autant plus de plaiſir , que l'on a ſenſiblement
remarquédans les Symphoniſtes le feu de l'émulation
excité par l'admirable exécution des
Concerts François.
La célébre Mile FEL dont on pourroit dire
que la voix eſt encore dans ſa primeur & le talent
dans toute ſa force , a chanté dans le Concert
de la Pentecôte un Motet à voix ſeule pour
la Fête du Jour.
du Jour de l'Afcenfion & du Dimanche
de Pentecôte.
Dans le premier de ces Concerts , les deux
grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor
LEO & Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON , Motet du plus beau genre , qui eut
beaucoup d'applaudiſſemens , & auquel on ne
peut pas trop en donner.
Dans le ſecond , les Motets à grand choeur
étoient Magnificat de M. BELISSEN & Judica
Domine de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître
de Muſique de l'Egliſe de Paris. Ces deux Motets
furent bien exécutés , & les Connoilleurs y trouverent
pluſieurs choſes à applaudir. M. MAYER
exécuta , dans le premier Concert , avec beaucoup
d'applaudiſſemens un Concerto de ſa compotition
ſur la harpe, &dans le dernier, M. BALBASTRE
n'eut pas moins de ſuccès ſur l'Orgue
JUIN. 1763 . 197
en exécutant auſſi un Concerto dontil eſt l'Auteur
. Dans l'un & l'autre Concert Mile HARDI
a chanté des Airs Italiens avec les mêmes applaudiſſemens
qu'elle eſt en poſſeſſion de mériter.
A ces deux Concerts M. GAVINIÉs a paru ſe
furpaffer ; & les Auditeurs , quelqu'accoutumés
qu'ils foient à la fupériorité de ſes talens , ont
éprouvé cette forte d'étonnement que produit
un nouveau Phénomène en ce genre.
On a exécuté à ces mêmes Concerts des
Trio de Stamitz. Cette admirable Muſique a fait
d'autant plus de plaiſir , que l'on a ſenſiblement
remarquédans les Symphoniſtes le feu de l'émulation
excité par l'admirable exécution des
Concerts François.
La célébre Mile FEL dont on pourroit dire
que la voix eſt encore dans ſa primeur & le talent
dans toute ſa force , a chanté dans le Concert
de la Pentecôte un Motet à voix ſeule pour
la Fête du Jour.
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Résumé : CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
En juin 1763, deux concerts spirituels ont été organisés lors du jour de l'Ascension et du dimanche de Pentecôte. Le premier concert a présenté les motets 'Dixit Dominus' de Leo et 'Deus venerunt gentes' de Fanton, ce dernier ayant été particulièrement applaudi. Le second concert a inclus les motets 'Magnificat' de Belissen et 'Judica Domine' de l'abbé Goulet, tous deux bien exécutés et appréciés. M. Mayer a interprété avec succès un concerto pour harpe de sa composition, tandis que M. Balbastre a joué un concerto pour orgue acclamé. Mile Hardi a chanté des airs italiens avec succès lors des deux concerts. M. Gaviniès a impressionné les auditeurs par son talent. Des trios de Stamitz ont été exécutés, mettant en valeur l'émulation entre les symphonistes. Enfin, Mile Fel a interprété un motet solo pour la fête de la Pentecôte, sa voix et son talent étant encore en pleine maturité.
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16244
p. 197-199
LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
Début :
MONSIEUR, Malgré les préjugés qui semblent favoriser partout la Musique nouvelle, le [...]
Mots clefs :
Musique, Acteurs, Entrepreneur, Danseurs de l'Académie royale, Ballets, Affluence, Spectateurs
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
LETTRE écrite de Rouen , à M. DELAGARDE
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
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Résumé : LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
La lettre, envoyée depuis Rouen à M. Delagarde, auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles, décrit les succès des spectacles donnés durant la dernière semaine de Carême à Rouen. M. Bernaut, entrepreneur des spectacles, a prouvé que la musique française pouvait rivaliser avec les préjugés contre la musique nouvelle grâce à un choix judicieux de morceaux et d'acteurs talentueux. Pour attirer le public, il a invité des artistes parisiens renommés comme M. Larrivée et Mlle Lemière, ainsi que la troupe locale, incluant la demoiselle Fontenay. Plusieurs œuvres ont été interprétées, telles que 'Isméne', 'Églé', 'Bacchus et Érigone', 'Alcibiade', 'Titon et l'Aurore', 'Le Devin du village' et 'Alcimadure'. Ce dernier opéra n'a pas rencontré le succès attendu en raison de la langue utilisée. Les ballets ont été exécutés par les danseurs de l'Académie Royale, avec une mention spéciale pour la chaconne d''Iphigénie' dansée par M. Gardel. La direction musicale était assurée par M. Le Berton, avec des musiciens de l'Académie Royale. Malgré l'affluence, les bénéfices étaient minimes car seuls les acteurs chanteurs ont reçu des honoraires, les autres ayant agi de manière désintéressée.
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16245
p. 200-207
PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
Début :
La première est Ninus second, Tragédie. Cette production qui est aussi la [...]
Mots clefs :
Auteur, Comédie, Pièce, Philosophes, Œuvres, Genres, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
PIECES de Théâtre de M. PALISSOT
DE MONTENOY , & c , contenues
dans le Recueil de ses oeuvres
d'une partie desquelles nous avons
rendu compte plus haut.
,
La première eſt Ninus fecond , Tragédie
. Cette prodution qui eſt auſſi la
première de l'Auteur, âgé pour lors de 19
ans , fut repréſentée le3 Juin 1-51 ; mais
elle n'est point offerte aux Lecteurs telle
qu'elle étoit échappée à la jeuneſſe de M.
Paliſſot. Il avertit dans unAvant-propos,
qu'il a mis plus de temps à la corriger ,
qu'il n'en avoit employé à la compofer.
Quelques réfléxions judicieuſes ſur l'étendue
que doit avoir un Drame tragique,
meſurée fur la nature du Sujet ,méritent
d'être lues dans ce même Avantpropos.
Les idées de l'Auteur , ſelon ce qu'il
nous dit lui-même , ayant changé avee
l'âge , il n'a pas cru indifférent de choifir
ou non,un Sujet fondé dans l'Hiſtoire
; il a cru que le Prince qui régna à
JUIN. 1763 : 201
Ninive après la première révolution de
l'Empire d'Affyrie s'étant appellé Ninus
le jeune , il devoit lui conſerver ſon
nom ; quant à celui de Sardanapal , l'un
des principaux perſonnages de cette Piéce
, onlaiſſe à ceux qui en feroient bleffés
, le choix de pluſieurs autres noms
que l'Histoire donne à ce même Roi
d'Affyrie.
Sans faſte dans les expreſſions , fans
affectation de brillant dans les détails , la
verſification de cette Tragédie eſt noble&
convenable au genre ; elle ne manque
pas même de cette énergie qui ſouvent
caractériſe le ſtyle de l'Auteur dans
ſes autres ouvrages.
On trouve enfuite les Tuteurs , Comédie
en vers , repréſentée pour la première
fois le 5 Août 1754 , & remife
au Théâtre dans la même année. Cette
Piéce eut beaucoup de ſuccès ; ainſi les
Journaux de ce temps enayant donné
connoiffance , nous ne nous arrêterons
point à en faire l'extrait. Le Public parut
y reconnoître le véritable ton de la Comédie
; & l'Auteur parut appellé par
ces fuffrages avantageux à ſuivre la carrière
du comique. Les Lecteurs font
avertis,par un avis de l'Editeur,que cette
: Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
Piéce a été revue par l'Auteur avec tout
le foin poffible. Elle ſe trouve augmentée
d'un Acte que fourniſſoit le Sujet ,
&de nouvelles Scènes ajoutées aux deux
rôles qui firent le plus d'effet , ſçavoir
celui de Mlle Dangeville , à qui l'on eſt
redevable encore de la véritable idée
d'un genre dont on regrette que ſes rares
talens n'ayent pas plus longteinps
retardé la perte , & l'autre celui de Valet,
premier rôle nouveau dans lequel débuta
l'inimitable M. Préville.
Nous exhortons à lire un Diſcours
préliminaire , qui ſe trouve à la tête de
cette Piéce , adreſſé à Madame la Comteſſe
de la Marck. Ce Discours contient
d'excellentes obſervations ſur les différens
genres de Comédie.L'Auteur, après
avoir parcouru les divers abus introduits
fur la Scène comique , diftingue ce que
nous avons ajouté aux grands fonds des
anciens. Il fait un éloge très-délicat de
quelques Ouvrages, tels que l'Oracle ,
les Graces , & c , qui tiennent , dit-il
le même rang parmi les riches productions
du genre dramatique , que les tableaux
de l'Albane & du Guide , parmi
les chefs-d'oeuvres de la Peinture. Il ne
veut pas non plus , comme certainsDéclamateurs
, éxagérer les abus attrib ué
,
JUIN. 1763 . 203
,
à certains genres. Quiconque , ſelon lui ,
méconnoîtra les beautés du Glorieux ,
de la Métromanie , du Méchant , &c ,
n'eſt pas digne d'admirer Molière. Mais
avec tous ces avantages , il conclut par
convenir que le véritable genre paroît
menacé d'un décadence prochaine.
Après en avoir obſervé diverſes cauſes
après avoir donné une idée éxacte &
bien vue des genres de Comédie qui
méritent éminemment la préférence , il
remarque que nos meilleurs Poëtes ont
hazardé de donner de très-bons Ouvrages
qui n'ont point aujourd'hui ces
ſuccès brillans , qu'ufurpent quelques
Opéra bouffons , quelques Parades indécentes
, que ſouvent on joue fix mois
de ſuite. Jamais , ajoute M. Paliffot ,
Athalie , jamais le Misantrope ne ſe ſont
foutenus auffi longtemps ſur nos Theatres.
Nous ſommes obligés de convenir
que ce Difcours préliminaire , fans
paroître avoir la prétention d'inſtruire
fur un art auffi difficile que celui dont
il traite , eſt cependant plus folide &
plus inftructif que ces Verbeux Ecrits
dont la plupart n'apprennent au Lecteur
que la vanité de l'Ecrivain qui
a compilé des préceptes communs , &
I vj
04 MERCURE DE FRANCE .
ue ſouvent il obſcurcit par le faſte dé-
Placé d'un ſtyle trop ambitieux .
On trouve dans ce même Recueil
une Bagatelle intitulée leBarbier deBagdad
, Facétie en un Acte qui n'a point
été repréſentée ; l'Auteur s'eſt permis
de l'imprimer ſur la foi de l'amusement
qu'elle avoit procuré dans une Société
dont le goût étoit reſpectable. Le Sujet
eſt tiré d'une des meilleures Hiſtoires
des Mille & une nuit. Il a fait paſſer dans
cet eſſai de drame , les meilleures plaifanteries
du genre de celles qu'on lit
avec plaifir dans les contes d'où il l'a emprunté.
Autant on a lieu de s'élever
contre certains petits Ouvrages de Treteaux
qu'on aime & que l'on applaudit
de nos jours , quoiqu'ils n'ayent pour
ſel que l'indécence & pour guides que
le défordre d'une imagination vuide &
ſtérile , autant doit-on encourager des
plaifanteries qui prêtent à la vraie & faine
gaîté , peut-être trop abandonnée
fur la Scène. Telles font les réflexions
que nous croyons qu'inſpirera la lecture
de cette Facétie.
La dernière Piéce du 1 volume eſt les
Mépriſes ou le Rival par reſſemblance ,
Comédie en vers de Diffyllabes , revue
par l'Auteur..
JUI N. 1763 . 205
Un avis de l'Editeur nous apprend
que cette Comédie, la dernière que l'Auteur
ait donnée , n'eſt pas dans ſon rang ,
parce que le ſecond volume eſt employé
en entier à la Comédie des Philofophes ,
&à tout ce qui eſt relatif à cette Piéce.
و
du
Nous avons parlé des Mépriſes dans
le 1 volume de Juillet 1762. Nous en
avons tranfcrit deux Scènes ; elle a été
depuis imprimée ſéparément avec des
remarques ; l'Editeur de ſes OEuvres en
rapporte une fur le tumulte avec lequel
cette Comédie fut reçue à la première
repréſentation qui obligea l'Auteur de
laretirer. Après la journée des Philofophes
, dit l'Editeur dans l'Edition de
1762 , l'Auteur fentoit tout le danger
de reparoître dans la carrière
moins fi promptement. Nous n'appellerons
jamais des jugemens du Public
aſſemblé , quelque ſuſpectes que foient
même les circonstances qui les font prononcer.
C'eſt dans cet eſprit que nous
avons rendu compte de la Comédie des
Méprises. Nous nejugeons point le droit
qu'a pu avoir l'Auteur de reclamer contre
ce prétendu jugement; mais nous
ne pouvons refuſer à la vérité,de confirmer
ce qui eſt dit dans l'avis qui précéde
cetre Piece , fur ce tumalte affecté de la
206 MERCURE DE FRANCE.
repréſentation qui empêcha de l'entendre
, encore moins ſur le plaifir que
nous croyons qu'en doivent faire plufieurs
détails à la lecture .
,
Nous ſommes ſuffisamment difpenfés
de rendre compte de la Comédie
des Philofophes. Cette Piéce eſt auffi
connue par ſon ſuccès , que par des diffenfions,
trop fameuſes ( nous ofons le
dire ) pour l'honneur de la Littérature ,
& dont il feroit à defirer que l'on n'eût
jamais à charger ſes faſtes. L'Auteur apparemment
pénétré , comme on doit
l'être , de cette vérité , a cru convenable
de ſe juſtifier ſur les traits de ſa Piéce
regardés comme ſatyriques , &
dont il défavoue les applications injurieuſes
qu'on en avoit faites ; c'eſt ce
qui fait la matière de l'Examen qui ſuit
immédiatement cette célébre Comédie.
L'Auteur employe pour terminer fon
apologie , un Ouvrage de M. de la
Marche - Courmont , intitulé , Réponse
aux différens Ecrits pour & contre la
Comédie des Philofophes , & qui avoit
paru imprimé dans le temps que le Public
étoit accablé du nombre de ces
Ecrits.
Nous avons donné plus haut,une notice
des autres morceaux qui rempliffent
JUIN. 1763 . 207
ce ſecond volume. Le reſte a rapport
à ce quia précédé & fuivi la Comédie
des Philofophes ; nous ne devons pas
douter que ces Ecrits n'intéreſſent la curiofité
; ce n'eſt point à nous , mais aux
Lecteurs judicieux & non- prévenus ,
qu'appartient le droit de juger des
moyens dont l'Auteur fait ufage pour fa
juſtification.
Il nous reſte à remarquer en général
ſur les Piéces de Théâtre de M. Paliffot ,
une grande connoiſſance des vrais principes
de l'art , l'uſage du ſtyle propre à
la bonne Comédie , & une variété de
genres , qui doit faire honneur à fon
génie. Pour ne rien laiſſer échaper de
ce qui peut fervir à l'émulation dans le
grand art du Théâtre , nous faiſons
part au Public de la Lettre écrite parM.
Paliffot aux Comédiens François en
leur envoyant le Recueil de fes OEuvres ,
& de leur réponſe à cet Auteur.
DE MONTENOY , & c , contenues
dans le Recueil de ses oeuvres
d'une partie desquelles nous avons
rendu compte plus haut.
,
La première eſt Ninus fecond , Tragédie
. Cette prodution qui eſt auſſi la
première de l'Auteur, âgé pour lors de 19
ans , fut repréſentée le3 Juin 1-51 ; mais
elle n'est point offerte aux Lecteurs telle
qu'elle étoit échappée à la jeuneſſe de M.
Paliſſot. Il avertit dans unAvant-propos,
qu'il a mis plus de temps à la corriger ,
qu'il n'en avoit employé à la compofer.
Quelques réfléxions judicieuſes ſur l'étendue
que doit avoir un Drame tragique,
meſurée fur la nature du Sujet ,méritent
d'être lues dans ce même Avantpropos.
Les idées de l'Auteur , ſelon ce qu'il
nous dit lui-même , ayant changé avee
l'âge , il n'a pas cru indifférent de choifir
ou non,un Sujet fondé dans l'Hiſtoire
; il a cru que le Prince qui régna à
JUIN. 1763 : 201
Ninive après la première révolution de
l'Empire d'Affyrie s'étant appellé Ninus
le jeune , il devoit lui conſerver ſon
nom ; quant à celui de Sardanapal , l'un
des principaux perſonnages de cette Piéce
, onlaiſſe à ceux qui en feroient bleffés
, le choix de pluſieurs autres noms
que l'Histoire donne à ce même Roi
d'Affyrie.
Sans faſte dans les expreſſions , fans
affectation de brillant dans les détails , la
verſification de cette Tragédie eſt noble&
convenable au genre ; elle ne manque
pas même de cette énergie qui ſouvent
caractériſe le ſtyle de l'Auteur dans
ſes autres ouvrages.
On trouve enfuite les Tuteurs , Comédie
en vers , repréſentée pour la première
fois le 5 Août 1754 , & remife
au Théâtre dans la même année. Cette
Piéce eut beaucoup de ſuccès ; ainſi les
Journaux de ce temps enayant donné
connoiffance , nous ne nous arrêterons
point à en faire l'extrait. Le Public parut
y reconnoître le véritable ton de la Comédie
; & l'Auteur parut appellé par
ces fuffrages avantageux à ſuivre la carrière
du comique. Les Lecteurs font
avertis,par un avis de l'Editeur,que cette
: Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
Piéce a été revue par l'Auteur avec tout
le foin poffible. Elle ſe trouve augmentée
d'un Acte que fourniſſoit le Sujet ,
&de nouvelles Scènes ajoutées aux deux
rôles qui firent le plus d'effet , ſçavoir
celui de Mlle Dangeville , à qui l'on eſt
redevable encore de la véritable idée
d'un genre dont on regrette que ſes rares
talens n'ayent pas plus longteinps
retardé la perte , & l'autre celui de Valet,
premier rôle nouveau dans lequel débuta
l'inimitable M. Préville.
Nous exhortons à lire un Diſcours
préliminaire , qui ſe trouve à la tête de
cette Piéce , adreſſé à Madame la Comteſſe
de la Marck. Ce Discours contient
d'excellentes obſervations ſur les différens
genres de Comédie.L'Auteur, après
avoir parcouru les divers abus introduits
fur la Scène comique , diftingue ce que
nous avons ajouté aux grands fonds des
anciens. Il fait un éloge très-délicat de
quelques Ouvrages, tels que l'Oracle ,
les Graces , & c , qui tiennent , dit-il
le même rang parmi les riches productions
du genre dramatique , que les tableaux
de l'Albane & du Guide , parmi
les chefs-d'oeuvres de la Peinture. Il ne
veut pas non plus , comme certainsDéclamateurs
, éxagérer les abus attrib ué
,
JUIN. 1763 . 203
,
à certains genres. Quiconque , ſelon lui ,
méconnoîtra les beautés du Glorieux ,
de la Métromanie , du Méchant , &c ,
n'eſt pas digne d'admirer Molière. Mais
avec tous ces avantages , il conclut par
convenir que le véritable genre paroît
menacé d'un décadence prochaine.
Après en avoir obſervé diverſes cauſes
après avoir donné une idée éxacte &
bien vue des genres de Comédie qui
méritent éminemment la préférence , il
remarque que nos meilleurs Poëtes ont
hazardé de donner de très-bons Ouvrages
qui n'ont point aujourd'hui ces
ſuccès brillans , qu'ufurpent quelques
Opéra bouffons , quelques Parades indécentes
, que ſouvent on joue fix mois
de ſuite. Jamais , ajoute M. Paliffot ,
Athalie , jamais le Misantrope ne ſe ſont
foutenus auffi longtemps ſur nos Theatres.
Nous ſommes obligés de convenir
que ce Difcours préliminaire , fans
paroître avoir la prétention d'inſtruire
fur un art auffi difficile que celui dont
il traite , eſt cependant plus folide &
plus inftructif que ces Verbeux Ecrits
dont la plupart n'apprennent au Lecteur
que la vanité de l'Ecrivain qui
a compilé des préceptes communs , &
I vj
04 MERCURE DE FRANCE .
ue ſouvent il obſcurcit par le faſte dé-
Placé d'un ſtyle trop ambitieux .
On trouve dans ce même Recueil
une Bagatelle intitulée leBarbier deBagdad
, Facétie en un Acte qui n'a point
été repréſentée ; l'Auteur s'eſt permis
de l'imprimer ſur la foi de l'amusement
qu'elle avoit procuré dans une Société
dont le goût étoit reſpectable. Le Sujet
eſt tiré d'une des meilleures Hiſtoires
des Mille & une nuit. Il a fait paſſer dans
cet eſſai de drame , les meilleures plaifanteries
du genre de celles qu'on lit
avec plaifir dans les contes d'où il l'a emprunté.
Autant on a lieu de s'élever
contre certains petits Ouvrages de Treteaux
qu'on aime & que l'on applaudit
de nos jours , quoiqu'ils n'ayent pour
ſel que l'indécence & pour guides que
le défordre d'une imagination vuide &
ſtérile , autant doit-on encourager des
plaifanteries qui prêtent à la vraie & faine
gaîté , peut-être trop abandonnée
fur la Scène. Telles font les réflexions
que nous croyons qu'inſpirera la lecture
de cette Facétie.
La dernière Piéce du 1 volume eſt les
Mépriſes ou le Rival par reſſemblance ,
Comédie en vers de Diffyllabes , revue
par l'Auteur..
JUI N. 1763 . 205
Un avis de l'Editeur nous apprend
que cette Comédie, la dernière que l'Auteur
ait donnée , n'eſt pas dans ſon rang ,
parce que le ſecond volume eſt employé
en entier à la Comédie des Philofophes ,
&à tout ce qui eſt relatif à cette Piéce.
و
du
Nous avons parlé des Mépriſes dans
le 1 volume de Juillet 1762. Nous en
avons tranfcrit deux Scènes ; elle a été
depuis imprimée ſéparément avec des
remarques ; l'Editeur de ſes OEuvres en
rapporte une fur le tumulte avec lequel
cette Comédie fut reçue à la première
repréſentation qui obligea l'Auteur de
laretirer. Après la journée des Philofophes
, dit l'Editeur dans l'Edition de
1762 , l'Auteur fentoit tout le danger
de reparoître dans la carrière
moins fi promptement. Nous n'appellerons
jamais des jugemens du Public
aſſemblé , quelque ſuſpectes que foient
même les circonstances qui les font prononcer.
C'eſt dans cet eſprit que nous
avons rendu compte de la Comédie des
Méprises. Nous nejugeons point le droit
qu'a pu avoir l'Auteur de reclamer contre
ce prétendu jugement; mais nous
ne pouvons refuſer à la vérité,de confirmer
ce qui eſt dit dans l'avis qui précéde
cetre Piece , fur ce tumalte affecté de la
206 MERCURE DE FRANCE.
repréſentation qui empêcha de l'entendre
, encore moins ſur le plaifir que
nous croyons qu'en doivent faire plufieurs
détails à la lecture .
,
Nous ſommes ſuffisamment difpenfés
de rendre compte de la Comédie
des Philofophes. Cette Piéce eſt auffi
connue par ſon ſuccès , que par des diffenfions,
trop fameuſes ( nous ofons le
dire ) pour l'honneur de la Littérature ,
& dont il feroit à defirer que l'on n'eût
jamais à charger ſes faſtes. L'Auteur apparemment
pénétré , comme on doit
l'être , de cette vérité , a cru convenable
de ſe juſtifier ſur les traits de ſa Piéce
regardés comme ſatyriques , &
dont il défavoue les applications injurieuſes
qu'on en avoit faites ; c'eſt ce
qui fait la matière de l'Examen qui ſuit
immédiatement cette célébre Comédie.
L'Auteur employe pour terminer fon
apologie , un Ouvrage de M. de la
Marche - Courmont , intitulé , Réponse
aux différens Ecrits pour & contre la
Comédie des Philofophes , & qui avoit
paru imprimé dans le temps que le Public
étoit accablé du nombre de ces
Ecrits.
Nous avons donné plus haut,une notice
des autres morceaux qui rempliffent
JUIN. 1763 . 207
ce ſecond volume. Le reſte a rapport
à ce quia précédé & fuivi la Comédie
des Philofophes ; nous ne devons pas
douter que ces Ecrits n'intéreſſent la curiofité
; ce n'eſt point à nous , mais aux
Lecteurs judicieux & non- prévenus ,
qu'appartient le droit de juger des
moyens dont l'Auteur fait ufage pour fa
juſtification.
Il nous reſte à remarquer en général
ſur les Piéces de Théâtre de M. Paliffot ,
une grande connoiſſance des vrais principes
de l'art , l'uſage du ſtyle propre à
la bonne Comédie , & une variété de
genres , qui doit faire honneur à fon
génie. Pour ne rien laiſſer échaper de
ce qui peut fervir à l'émulation dans le
grand art du Théâtre , nous faiſons
part au Public de la Lettre écrite parM.
Paliffot aux Comédiens François en
leur envoyant le Recueil de fes OEuvres ,
& de leur réponſe à cet Auteur.
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Résumé : PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
Le texte présente un recueil des œuvres théâtrales de Charles Palissot. La première pièce mentionnée est 'Ninus fécond', une tragédie écrite à l'âge de 19 ans et représentée le 3 juin 1751, caractérisée par une versification noble et énergique. Le recueil comprend également 'Les Tuteurs', une comédie en vers représentée le 5 août 1754 et révisée la même année, ainsi que 'Le Barbier de Bagdad', une facétie inspirée des 'Mille et une nuits'. Une autre œuvre notable est 'Les Méprises ou le Rival par ressemblance', une comédie en vers. Le second volume est consacré à 'La Comédie des Philosophes', qui a connu un grand succès mais aussi des controverses. La pièce 'Les Méprises' a provoqué un tumulte lors de sa première représentation, entraînant son retrait. Palissot a reconnu les risques de revenir trop rapidement sur scène après ce succès. 'La Comédie des Philosophes' est célèbre pour ses traits satiriques, que l'auteur a défendus en utilisant un ouvrage de M. de la Marche-Courmont. Le recueil illustre la maîtrise de Palissot des principes de l'art théâtral et la diversité des genres abordés. Il inclut également une lettre de Palissot adressée aux Comédiens Français et leur réponse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16246
p. 207-208
LETTRE DE M. PALISSOT, à MM. les Comédiens François ordinaires du ROI.
Début :
Je vous présente, Messieurs, un Recueil de mes Ouvrages. Ceux que j'ai composés pour le Théâtre [...]
Mots clefs :
Honneur, Exemple, Contribuer, Projet, Théâtre, Bibliothèque, Recueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. PALISSOT, à MM. les Comédiens François ordinaires du ROI.
LETTRE DE M. PALISSOT ,
J
à MM. les Comédiens François ordinaires
du Ro1.
B vous préſente , Meſſieurs, un Recueil de mes
•Ouvrages. Ceux que j'ai compoſés pour leThéâ208
MERCURE DE FRANCE .
>> tre vous appartiennent ; les autres ſont un
ود
gage de la reconnoillance que je dois à vostalens.
Je ne m'abuſe point furla valeur du préſent
>> que je vous fais; mais je ſuis bien-aiſe de donner
>> le premier un exemple qui peut contribuer à
>> réaliſer un projet quej'aidepuis long- temps pour
>> l'honneur de notre Théâtre.
>> Il me ſemble , Meſſieurs , qu'il vous manque
>>une Bibliothéque Dramatique , & que vous êtes
>>>d'autant plus intéreſles à vous en former une ,
>> qu'elle contiendroit en quelque forte , les archi-
>> ves de votre propre gloire. En effet le Théâtre
>> ne vous doit- il pasle divin Moliere & beaucoup
>> d'autres Auteurs juſtement célébres ? Je ne con-
>> nois aucune Société Littéraire qui puiſſe ſe pré-
> valoir d'avoir enrichi la Scène d'un auſſi grand
>> nombre de productions diſtinguées.
>>>Ce projet auroit auffi ſon utilité , même pour
2 les Gens de Lettres , qui pourroient puiſer dans
>> cette Bibliothèque des reſſourcesqui ne font pas
toujours à leur portée. Les frais n'en feroient pas
très-diſpendieux ; car enfin cette collection n'eſt
point immenſe ; & tous les Auteurs modernes ſe
> diſputeroient l'honneur de contribuer à cet éta-
>>>bliſſement par un tribut de leurs Ouvrages.
C'eſt l'exemple que j'ai voulu donner , & qui
• vous prouvera du moins combien je ſuis ſenſible
à la gloire des Arts , & particulièrement
à la vôtre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J
à MM. les Comédiens François ordinaires
du Ro1.
B vous préſente , Meſſieurs, un Recueil de mes
•Ouvrages. Ceux que j'ai compoſés pour leThéâ208
MERCURE DE FRANCE .
>> tre vous appartiennent ; les autres ſont un
ود
gage de la reconnoillance que je dois à vostalens.
Je ne m'abuſe point furla valeur du préſent
>> que je vous fais; mais je ſuis bien-aiſe de donner
>> le premier un exemple qui peut contribuer à
>> réaliſer un projet quej'aidepuis long- temps pour
>> l'honneur de notre Théâtre.
>> Il me ſemble , Meſſieurs , qu'il vous manque
>>une Bibliothéque Dramatique , & que vous êtes
>>>d'autant plus intéreſles à vous en former une ,
>> qu'elle contiendroit en quelque forte , les archi-
>> ves de votre propre gloire. En effet le Théâtre
>> ne vous doit- il pasle divin Moliere & beaucoup
>> d'autres Auteurs juſtement célébres ? Je ne con-
>> nois aucune Société Littéraire qui puiſſe ſe pré-
> valoir d'avoir enrichi la Scène d'un auſſi grand
>> nombre de productions diſtinguées.
>>>Ce projet auroit auffi ſon utilité , même pour
2 les Gens de Lettres , qui pourroient puiſer dans
>> cette Bibliothèque des reſſourcesqui ne font pas
toujours à leur portée. Les frais n'en feroient pas
très-diſpendieux ; car enfin cette collection n'eſt
point immenſe ; & tous les Auteurs modernes ſe
> diſputeroient l'honneur de contribuer à cet éta-
>>>bliſſement par un tribut de leurs Ouvrages.
C'eſt l'exemple que j'ai voulu donner , & qui
• vous prouvera du moins combien je ſuis ſenſible
à la gloire des Arts , & particulièrement
à la vôtre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : LETTRE DE M. PALISSOT, à MM. les Comédiens François ordinaires du ROI.
Dans une lettre adressée aux comédiens français ordinaires du Roi, Monsieur Palissot présente un recueil de ses œuvres, précisant que certaines pièces appartiennent aux comédiens tandis que d'autres sont offertes en signe de reconnaissance. Il propose la création d'une bibliothèque dramatique pour le théâtre, visant à préserver les archives de la gloire théâtrale, notamment les œuvres de Molière et d'autres auteurs célèbres. Cette bibliothèque serait également bénéfique pour les gens de lettres, leur offrant des ressources souvent inaccessibles. Les coûts de ce projet seraient modérés, et les auteurs modernes seraient honorés de contribuer. Palissot exprime ainsi son attachement à la gloire des arts et du théâtre en particulier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16247
p. 209
RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
Début :
MONSIEUR, Nous avons reçu avec plaisir le Recueil de vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi [...]
Mots clefs :
Ouvrages dramatiques, Comédies, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS
FRANÇOIS , à M. PALISSOT .
MONSIEUR,
>> Nous avons reçu avec plaifir le Recueil de
>>>vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi
>> dernier . C'eſt une attention dont nous vous
>> remercions tous . Vous avez raiſon de penſer
que la Comédie Françoiſe devroit avoir une Bi-
>> bliothéque. Il est vrai qu'il eſt bien extraordi-
>>>naire que les ouvrages dramatiques ſoient dans
>>les mains de tout le monde , & que nous n'en
>>ayons pas la collection la plus exacte.
,
>> Nous avions eu depuis longtemps la même
>>>idée , mais toujours ſans effet. Votre honnêteté,
>> à laquelle nous ſommes ſenſibles va preſſer
>> l'exécution d'un Projet avantageux & qui peut
>> faire honneur à notre Société. Nous vous re-
>>nouvellons encore nos remercimens , & nous
avons l'honneur d'être ,&c.
Le Lundi 16 Mai 1763 .
Nota. Cette Lettre eſt ſignée par les Acteurs &
Actrices de la Comédie .
FRANÇOIS , à M. PALISSOT .
MONSIEUR,
>> Nous avons reçu avec plaifir le Recueil de
>>>vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi
>> dernier . C'eſt une attention dont nous vous
>> remercions tous . Vous avez raiſon de penſer
que la Comédie Françoiſe devroit avoir une Bi-
>> bliothéque. Il est vrai qu'il eſt bien extraordi-
>>>naire que les ouvrages dramatiques ſoient dans
>>les mains de tout le monde , & que nous n'en
>>ayons pas la collection la plus exacte.
,
>> Nous avions eu depuis longtemps la même
>>>idée , mais toujours ſans effet. Votre honnêteté,
>> à laquelle nous ſommes ſenſibles va preſſer
>> l'exécution d'un Projet avantageux & qui peut
>> faire honneur à notre Société. Nous vous re-
>>nouvellons encore nos remercimens , & nous
avons l'honneur d'être ,&c.
Le Lundi 16 Mai 1763 .
Nota. Cette Lettre eſt ſignée par les Acteurs &
Actrices de la Comédie .
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Résumé : RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
Les comédiens de la Comédie Française ont accueilli favorablement le recueil d'ouvrages de M. Palissot. Ils soulignent l'absence d'une bibliothèque complète au sein de la troupe et apprécient l'initiative de M. Palissot. Ils expriment leur gratitude et leur honneur de correspondre avec lui. La lettre est signée le 16 mai 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16248
p. 210
« Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
Début :
Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...]
Mots clefs :
Fête, Statue du roi de France, Inauguration, Cérémonie, Illumination, Te Deum, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
ARTICLE VI .
CÉRÉMONIES ET FESTES
PUBLIQUES.
Les fêtes pour l'inauguration de la
Statue du Roi érigée dans la Place de
Louis XV , & celles qui doivent avoir
lieu à l'occaſion de la paix , occuperont
trois jours , ſçavoir le 20 , 21 & 22 de
ce mois.
Le premier jour est destiné à célébrer
l'auguſte & pompeuſe Cérémonie
de l'inauguration de la Statue. On prépare
des illuminations dans tout le pourtour
de la nouvelle Place & dans l'étendue
des façades , tant conſtruites qu'â
contruire ,des grands bâtimens du côté
du fauxbourg S. Honoré.
Le ſecondjour , ſe fera la publication
de la paix ; & le ſoir de ce même jour
l'Hôtel-de-Ville ſera illuminé.
Le troifiéme jour , Te Deum à Notre
-Dame , Feu d'Artifice ſur l'eau ,&
Illumination générale.
CÉRÉMONIES ET FESTES
PUBLIQUES.
Les fêtes pour l'inauguration de la
Statue du Roi érigée dans la Place de
Louis XV , & celles qui doivent avoir
lieu à l'occaſion de la paix , occuperont
trois jours , ſçavoir le 20 , 21 & 22 de
ce mois.
Le premier jour est destiné à célébrer
l'auguſte & pompeuſe Cérémonie
de l'inauguration de la Statue. On prépare
des illuminations dans tout le pourtour
de la nouvelle Place & dans l'étendue
des façades , tant conſtruites qu'â
contruire ,des grands bâtimens du côté
du fauxbourg S. Honoré.
Le ſecondjour , ſe fera la publication
de la paix ; & le ſoir de ce même jour
l'Hôtel-de-Ville ſera illuminé.
Le troifiéme jour , Te Deum à Notre
-Dame , Feu d'Artifice ſur l'eau ,&
Illumination générale.
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Résumé : « Les fêtes pour l'inauguration de la Statue du Roi érigée dans la Place de [...] »
L'article VI décrit les cérémonies pour l'inauguration de la Statue du Roi et la célébration de la paix sur la Place de Louis XV. Les festivités durent trois jours. Le premier jour, inauguration avec illuminations. Le deuxième jour, proclamation de la paix et illumination de l'Hôtel-de-Ville. Le troisième jour, Te Deum à Notre-Dame, feu d'artifice et illuminations générales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16249
p. 211
De MOSCOU, le 4 Mars 1763.
Début :
Le Baron de Borch, Chambellan du Roi de Pologne, envoyé ici pour faire les plus vives [...]
Mots clefs :
Baron, Chambellan, Roi de Pologne, Courlande, Affaires, Conférences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De MOSCOU, le 4 Mars 1763.
De Moscou , le 4 Mars 1763 .
L8 Baron de Borch , Chambellan du Roi de
Pologne , envoyé ici pour faire les plus vives
repréſentations au ſujet des affaires de la Courlande
, a déja eu quelques conférences ſur l'objet
de ſa miſſion ; mais il n'y a pas d'apparence
que les ſollicitations changent la réſolution
que Sa Majeſté Impériale paroît avoir priſe
en faveur du Duc Ernest - Jean.
L8 Baron de Borch , Chambellan du Roi de
Pologne , envoyé ici pour faire les plus vives
repréſentations au ſujet des affaires de la Courlande
, a déja eu quelques conférences ſur l'objet
de ſa miſſion ; mais il n'y a pas d'apparence
que les ſollicitations changent la réſolution
que Sa Majeſté Impériale paroît avoir priſe
en faveur du Duc Ernest - Jean.
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16250
p. 211-212
De VIENNE, le 16 Mars 1763.
Début :
Le Comte de Montazet, Lieutenant Général des Armées du Roi de France, [...]
Mots clefs :
Comte, Lieutenant général, Campagnes militaires, Troupes, Commandement, Prince Charles, Maréchal, Duchesse de Saxe, Décès
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texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 16 Mars 1763.
De VIENNE , le 16 Mars 1763 .
Le Comte de Montazer , Lieutenant Général
des Armées du Roi de France , qui a fait par
ordre de Sa Majesté Très- Chrétienne , toutes les
campagnes depuis 1757 dans les Armées de
l'Impératrice Reine , part demain pour retourner
en France , comblé des bontés que lui ont
témoigné Leurs Majestés Impériales & Royales
pendant le ſéjour qu'il a fait ici.
La Cour a réglé définitivement la répartition
des troupesdans les Etats de Lears Majestés Impériales
, & les Commandemens en Chef ont été
diſtribués de la manière ſuivante . Le Prince
Charles commande dans les Pays-Bas ; le Duc
de Modene en Italie ; le Prince des Deux- Ponts.
212 MERCURE DE FRANCE.
en Bohême ; le Maréchal de Kollowrath dans la
Moravie ; le Maréchal de Neyperg dans la haute
&Balle-Autriche ; & le Maréchal de Palfy dans
la Hongrie& la Tranfilvanie .
Anne Chriſtine , Ducheſſe de Saxe , Juliers ,
Cléves & Berg- Engern & Westphalie Landgrave
de Thuringe , Margrave de Meillen , de la
Haute & Bafle Luſace , Comteile de Henneberg ,
de la Marck , Ravemperg & Barby , Dame de
Ravenſtein , & demi Soeur des Princes Joſeph-
Wenceslas & Emmanuel de Lichtenſtein , frères ,
Ducs de Toppau & Jagerndorff en Siléſie , eſt
morte ici les de ce mois , âgée de ſoixante- treize
ans.
Le Comte de Montazer , Lieutenant Général
des Armées du Roi de France , qui a fait par
ordre de Sa Majesté Très- Chrétienne , toutes les
campagnes depuis 1757 dans les Armées de
l'Impératrice Reine , part demain pour retourner
en France , comblé des bontés que lui ont
témoigné Leurs Majestés Impériales & Royales
pendant le ſéjour qu'il a fait ici.
La Cour a réglé définitivement la répartition
des troupesdans les Etats de Lears Majestés Impériales
, & les Commandemens en Chef ont été
diſtribués de la manière ſuivante . Le Prince
Charles commande dans les Pays-Bas ; le Duc
de Modene en Italie ; le Prince des Deux- Ponts.
212 MERCURE DE FRANCE.
en Bohême ; le Maréchal de Kollowrath dans la
Moravie ; le Maréchal de Neyperg dans la haute
&Balle-Autriche ; & le Maréchal de Palfy dans
la Hongrie& la Tranfilvanie .
Anne Chriſtine , Ducheſſe de Saxe , Juliers ,
Cléves & Berg- Engern & Westphalie Landgrave
de Thuringe , Margrave de Meillen , de la
Haute & Bafle Luſace , Comteile de Henneberg ,
de la Marck , Ravemperg & Barby , Dame de
Ravenſtein , & demi Soeur des Princes Joſeph-
Wenceslas & Emmanuel de Lichtenſtein , frères ,
Ducs de Toppau & Jagerndorff en Siléſie , eſt
morte ici les de ce mois , âgée de ſoixante- treize
ans.
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Résumé : De VIENNE, le 16 Mars 1763.
Le 16 mars 1763, à Vienne, le Comte de Montazer, Lieutenant Général des Armées du Roi de France, quitte Vienne pour retourner en France. Il a servi dans les armées de l'Impératrice Reine depuis 1757 et a reçu les faveurs des Majestés Impériales et Royales durant son séjour. La Cour a finalisé la répartition des troupes dans les États des Majestés Impériales et attribué les commandements en chef. Le Prince Charles commande dans les Pays-Bas, le Duc de Modène en Italie, le Prince des Deux-Ponts en Bohême, le Maréchal de Kollowrath en Moravie, le Maréchal de Neyperg en Haute et Basse-Autriche, et le Maréchal de Palfy en Hongrie et Transylvanie. Par ailleurs, Anne Christine, Duchesse de Saxe, Juliers, Cléves et Berg, est décédée à l'âge de soixante-treize ans. Elle était également demi-sœur des Princes Joseph-Wenceslas et Emmanuel de Lichtenstein, Ducs de Toppau et Jägerndorff en Silésie.
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