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1
p. 54-68
HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
Début :
L'HISTOIRE simple des faits peut intéresser la curiosité des gens oisifs ; l'Histoire [...]
Mots clefs :
Divorce, Réflexions, Droits des nations, Historien, Déclamateur, Roi d'Angleterre, Alliances, Reine, Intérêts, Impétuosité
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
HISTOIRE du divorce d'HENRI
VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE
D'ARRAGON. Par M.
l'Abbé RAYNAL. A Amſterdam &
ſe trouve àParis chez Durand , rue du
Foin, 1763 , un Vol. in- 12.
L'HISTOIRE fimple des faits peut intéreſſer
la curiofité des gens oififs ; l'Hiftoire
raiſonnée des motifs pique celle
des Philoſophes. On aime à voir les mobiles
des grands événemens , à comparer
les effets aux cauſes , à développer à
combien de petites circonſtances , d'incidens
légers , de minucies puériles tiennent
& les révolutions des Empires & les
variations des choſes qui opérent ces révolutions.
Auſſi ne ſeroit-ce que par
des hommes profonds dans la ſcience de
la Politique , que l'Hiſtoire devroit être
écrite. Alors , non-ſeulement l'Hiftoire
préſenteroit le tableau des événemens
JUIN. 1763 . 55
paſſés , mais elle ſerviroit de régle pour
les conjonctures préſentes & de guide
pour l'avenir. Car , il ne faut pas s'y tromper,
les réfléxions ſont l'âme de l'Hiftoire.
Si elle en eſt dénuée , l'Hiſtoire
n'eſt plus que le ſquelette froid& inanimé
d'un corps qu'on s'attend à trouver
plein de chaleur &de vie. Mais aufſi , ſi
les réfléxions de l'Hiſtorien ne naiſſent
du Sujet , s'il ceſſe d'être Politique pour
devenir Moraliſte , c'est-à-dire , s'il veut
juger les droits des Nations d'après les
principes qui décident de ceux des Particuliers
, fans fonger que les idées de la
justice conſidérée de Nation à Nation ,
différent infiniment des idées de la juftice
confidérée de Particuliers à Particuliers
; fi , enfin les réflexions dont il nourrit
ſon récit , ſont applicables à divers
faits , ſans que la nuance qui les rend
propres à l'un plutôt qu'à l'autre,ſoit marquée
ſcrupuleuſement ; alors l'Hiſtorien
dégénére en Déclamateur , & fon Ouvrage
n'est qu'une amplification d'Ecolier
de Rhétorique.
,
ne
Ces défauts , trop remarquables dans
la plupart des Hiſtoriens modernes
ſe trouvent point ici ; les qualités oppofées
y brillent au contraire avec éclat ,
&fi la réputation de M. l'Abbé R .....
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit pas faite depuis longtemps , cet
Ouvrage feul fuffiroit pour l'établir.
Henri VII, Roi d'Angleterre, croyant
qu'il étoit de la bonne politique de former
dans le continent des alliances qui
puffent redonner à ſa Couronne l'éclat
que les guèrres civiles lui avoient fait
perdre , demanda & obtint en mariage
pour ſon fils Arthur , Catherine d'Arragon,
fille des Rois Catholiques Ferdinand
& Isabelle. Peu de temps après la
célébration , le jeune Prince mourut.
Cet événement pouvoit rompre les liens
qui uniſſoient l'Eſpagne à l'Angleterre.
Or comme il étoit de l'intérêt des deux
Puiſſances de les reſſerrer , on réfolut de
marier la veuve d'Arthur à Henri fon
frère. Sous tout autre Pape , il y auroit
eu peut-être des difficultés pour obtenir
la diſpenſe néceſſaire ; mais elle fut accordée
avec joie par Jules II. La haine
de cePontife pour laFrance lui fit trouver
du plaiſir à favoriſer l'unionde deux Puifſances
qui ne cherchoient qu'à humilier
cette Couronne. La diſpenſe eut les
fuites qu'elle devoit avoir. Le nouveau
Prince de Galles fiança la veuve de fon
frère ; mais après avoir fait une proteſtation
ſecrette contre le conſentement qu'il
donnoit à cette alliance , le mariage fut
JUIN. 1763 . 57
confommédel'aveu du Conſeil d'Etat ,
lorſque ce jeune Prince monta ſur leTrône
ſous le nom d'Henri VIII. Ces noeuds
formés par la Politique , furent bientôt
ſuivis de dégoûts, qu'aucune beauté dans
la Reine ne pouvoit empêcher de naître,
Anne de Boulen , jeune Angloiſe , qui
avoit été élevée dans la Cour la plus galante
de l'Europe , furprit le jeune Monarque.
La coquetterie ordinaire à fon
fexe lui avoit d'abord fait voir du plaifir
à donner de l'amour à ſon Roi; unecoquetterie
plus adroite , lui fit defirer de
tirer de cet amour tout le parti poſſible.
Elle n'eut pas plutôt connu tout l'excès
de la foliede Henri , que forçant fon caractère
& ſe parant des dehors de la retenue&
de la ſageſſe , elle lui fit ſentir
que ne pouvant être ſa femme , elle avoit
tropde vertu pour être ſa maîtreffe.Henri
dès-lors fongea à ſe ſéparer de Catherine
; & quoique les Hiſtoriens ne foient
pas d'accord fur la date de cet étrange
deffein , & que notre Auteur lui-même
n'oſe en marquer l'époque , il eſt naturel
de penser que le defir de faire caffer
fon mariagevint à Henri à l'inſtant qu'il
ſcut la réſolution de fa maîtreſſe . Mais
il falloit colorer ce projet & en rendre
l'idée moins révoltante pour l'Angleterre
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
& pour l'Europe. Les intérêts du Prince
étoient changés , il falloit bien que ſes
liaiſons changeafſent auffi. Les Ambaſſadeurs
de France arrivent , concluent un
Traité de Paix entre les deux Couronnes
& propoſent de la part de leur Maître
de cimenter ce Traité, en uniſſant les
deux Maiſons par le mariage de Marie ,
fille de Henri & de Catherine avec François
I. Tout applaudiſſoit à cette alliance,
lorſque l'Evêque de Tarbes , l'un des
Ambaſſadeurs de François I. laiſſe entrevoir
des doutes ſur la légitimité de
Marie; & preffé de s'expliquer , il déclare
qu'il croyoit nul le mariage de
Henri & de Catherine , & que les plus
habiles Théologiens penſoient de même.
Aces mots Henri paroît étonné , affligé
même ; mais ne voulant pas vivre
dans une union illicite , il s'empreſſe à
demander la diffolution du mariage inceſtueux
qu'il avoit contracté. Il députe
fur le champ un Miniſtre en Italie , pour
obtenir du Pape une Bulle qui l'autoriſe
au divorce qu'il médite , & que tout lui
faifoit defirer.
Clément VIIavoit fuccédé à Jules II.
Rien de plus oppoſé que ces deux dontifes.
L'impétuofité , la marche rapide
dans ſes projets caractériſoient celui- ci.
JUI N. 1763 . 59
L'irréſolution , la défiance en ſoi-même
&en autrui , conftituoient celui - là. Un
tel homme étoit peu propre à plaire à
Henri. Il falloit pourtant que l'impatience
du Prince cédât & ſe modérât fur
les tergiverſations du Pontife. Ici M.
l'Abbé R ... développe les intrigues de
la Cour de Rome , & les intérêts qui
la font agir. L'hiſtoire des négociations
des Miniftres de Henri pour obtenir le
divorce , des obstacles & des retardemens
que mirent à cette affaire les Légats
de Clément , est trop chargée de
circonſtances pour être fufceptible d'extrait.
C'eſt dans l'Ouvrage même qu'il
faut voir les différens manéges des uns
& des autres , manéges dont l'unique
fruit fut d'aigrir les eſprits des deux
côtés , & d'amener enfin la rupture
éclatante qui ſépara à jamais non ſeulement
Henri & Catherine mais qui
rompit les liens ſpirituels par leſquels
l'Angleterre tenoit à Rome,& fit de cette
Ifle une Province chrétienne qui n'étoit
plus catholique.
,
Henri parvenu au comble de ſes voeux
épousa Anne de Boulen , dont il ſe dégoûta
bientôt. Le divorce l'avoit féparé
de Catherine ; la hache du Bourreau
de Londres le délivra d'Anne. Jeanne
Gvj
60 MERCURE DE FRANCE
Seymour , Anne de Cleves , Catherine
Howard & Catherine Parr fuccéderent
à ſes amours & à ſes fureurs ; & fon lit
tour-à-tour rempli par le caprice ou par
la débauche , tour-a-tour avili ou enfanglanté
par la jalouſie ou la tyrannie,
rendit ce Prince l'objet des regards de
l'Europe, celui du mépris des honnêtes
gens & de la compaffion des ſages.
Il faut maintenant pour juftifier ce
que nous avons dit de la manière de
M. l'Abbé R ... tranfcrire deux ou trois
(morceaux de fon Livre que nous allons
choifir parmi ceux qu'on peut iſoler ;
&comme le premier mérite d'un Hiftorien
eſt de ſçavoir peindre & furtout
de faire reſſembler , nous mettrons ſous
les yeux des Lecteurs les portraits de
Jules II , de Clément VII & deHenri
VIII.
>> Jules II étoit parvenu à la Thiare,
» quoiqu'il y eût publiquement afpiré
>> pendant dix ans. Les voyes qu'il avoit
>>priſes pour aſſurer ſon élévation , n'a-
>>voient pas fait eſpérer un Pontife fort
>>religieux , ni le nom du premier
>>Empereur Romain qu'il avoit choiſi ,
>> un Prince pacifique. Son caractère
>> ſe trouva tel qu'on l'avoit imaginé.
>> Tout entier à la guèrre & à la politiJUIN.
1763 . 61
» que , il abandonna le ſoin de la foi
»& des moeurs à ſes Miniſtres les plus
fubalternes. L'Italie le vit plus d'une
>> fois à la tête des armées ; & l'Europe
>> entière fut bouleversée par ſes intri-
>> gues. On remarquoit dans ſon carac-
>> tère un fond d'inquiétude qui ne lui
>>perm ettoit pas d'être fans projets , &
>> une certaine audace qui lui en faifoit
→ préférer les plus hardis. Il meſuroit fes
>>>entrepriſes plutôt ſur ſon ambition ,
>> que ſur ſes forces ; & les prétentions
>>les plus chimériques de quelques-uns de
>> ſes Prédéceſſeurs étoient à ſes yeux
>> des droits inſéparables de ſa place.
>> Comme il avoit l'âme plus fière qu'é-
>> levée , il étoit plus jaloux de l'empire
>>que donne le rang , que de celui que
>>>donne le génie ; il aimoit mieux régler
>> les actions des hommes que leurs fen-
>>>timens. S'il eut l'enthouſiaſme propre
» à communiquer ſespaſſions à d'autres
>> Puiſſances , il manqua de l'eſprit de
>>conciliation qui les rend durables ....
>>Les difficultés qui découragent les foi-
» bles , qui éclairent les ſages , & qui
> affermiſſent les âmes élevées, l'aigrif-
>> foient ordinairement : mais il avoit
» alors le vice de cette fituation; il ne
>>voyoit rien ou il voyoit mal.
62 MERCURE DE FRANCE .
1
A ce portrait , oppofons celui de Clément
VII. » Inquiet , irréſolu , alterna-
>> tivement foible & opiniâtre , il met-
>>toit la gravité a la place de la dignité ;
» & il avoit plus d'empire ſur ſon exté-
>>>rieur que ſur ſon imagination. Ce ra-
>> finement de diffimulation, qui caracté-
>>riſoit fon fiécle & principalement ſa
>> Nation , formoit le fond de fon carac-
>>rère. Il mettoit beaucoup plus d'eſprit
>>à conduire une fauſſeté, qu'il ne lui en
>> auroit fallu pour s'en paffer. La crain-
>>te étoit le principe deprèſque toutes ſes
>> démarches , & cette foibleſſe perçoit
» à travers les apparences de vue & de
>>politique qu'il affe&oit pour juſtifier ſes
>> fréquens changemens de parti ou de
>>ſyſtême. Il fut ſouvent malheureux, &
>>il fut toujours au-deſſous de ſes mal-
» heurs.En un mot, c'étoit une âme com-
>> mune qu'il étoit poſſible de ſéduire, &
» facile de'corrompre ou d'intimider.
Il n'eſt pas bien difficile de concevoir
comment une affaire auſſi ſimple en elle-
même , que celle du divorce de Henri
VIII , auffi aiſée à décider dans quelque
ſyſtême qu'on eût puiſé la décifion ,
ait été l'objet de tant d'infructueuſes négociations.
Charles V, François I, tour
àt our l'objet des voeux & des craintes
JUIN. 1763 . 63
de Clément VII , qu'il falloit offenfer
l'un ou l'autre par lejugement de cette
affaire , étoient des motifs plus que ſuffifans
pour engager ce Pontife foible &
lâché à traîner la choſe en longueur.
L'idée qu'on ſe forme ordinairement
de Henri VIII , eſt ſi fauſſe ou fi confuſe
, qu'il a paru néceſſaire à notre Auteur
d'en tracer le portrait d'après les
faits qui peuvent ſervir à le faire connoître
; & comme ce portrait nous paroît
exactement conforme à l'idée que
ſa vie donnera de lui , lorſqu'on l'examinera
avec des yeux philofophiques
& politiques , nous terminerons notre
extrait par ſon caractère.
>> La Nature lui avoit donné beaucoup
>>de pénétration, mais de cette pénétration
>>qui fait plutôtla fortune des particuliers ,
>>que la gloire d'un Souverain. Son goût
> particulier& celui de fon fiécle le tour-
>>>nerent vers les ſciences abſtraites , &
>>il perdit à l'étude de la Scholaftique
>>un temps qui pouvoit être utilement
>> employé à approfondir les principes
» du Gouvernement. Par un malheur
» qui a prèſque toujours des ſuites fa-
>> cheuſes , il fut Théologien & enthou-
>> ſiaſte : l'amour de ſes opinions le ren
64 MERCURE DE FRANCE.
>> ditd'abord Controverfiſte * , & enfin
>>tyran . La libéralité qui eſt prèſque tou-
>>jours un crime dans les Rois , parce
>> que ce n'eſt pas leur bien, mais ce-
>> lui de l'Etat qu'ils prodiguent , fut
>> pouffée à l'excès fous fon régne ; il
>> ruina ſes Sujets par des profufions
>> criminelles & extravagantes. Une
> confiance aveugle en ſes Miniſtres , le
>> réduifit à être durant la moitié de fon
>> regne le jouet de leurs paffions , ou
la victime de leurs intérêts ; l'autre
>>partie fut employée à troubler le re-
» pos du Royaume , & à l'inonder de
>>fang. L'opinion qu'il avoit que l'An-
>> gleterre étoit le balancier ** de l'Eu-
*Tout le monde ſçait que Henri VIII écrivic
en 1121 , contre Luther un Livre , intitulé des
Sept Sacremens. Quoiqu'il y ait apparence que
Wolfey , Gardiner & Morus ayent eu beaucoup
de part à la compoſition de cet Ouvrage , il valut
au Monarque Anglois le titre de Défenseur de la
Foi. Fuller dit à cette occaſion dans ſon Hiftoire
de l'Egliſe , que Patch,le fou de la Cour , voyant
unjour le Princede bonne humeur , lui en avoit
demandé la railon , & que le Prince lui avoit répondu
que c'étoit à cauſe du titre de défenſeur
de la Foi. Sur quoi le fou lui repliqua : Je t'en
prie ,mon cherHenri , défendons-nous nous-mêmes ,
&laiffons la Foise défendre feule . Faller .
** Quod illic , de æquilibrio Galliæ & Hifpania
feritur, Angliam effe examen Europe,staterasque
JUIN. 1763 . 65
» rope , l'empêcha de faire les efforts
>>néceſſaires pour que cela fût; & il ſe
>>vit forcé plus d'une fois à recevoir les
>>impreſſions des Puiſſances qu'il au-
>>roit dû conduire par les ſiennes. Com-
>>me ſa politique n'étoit ordinairement
> ni ſçavante ni ſuivie , il formoit fou-
>> vent des entrepriſes pernicieuſes , ou
>>abandonnoit celles qui avoient été fa-
>> gement formées : on ne le trouvoit
>> appliqué& ferme que dans les affai-
>>res qu'il regardoit comme perſonnelles.
>>Ceux qui lui ont accordé des talens
>>ſupérieurs en voyant l'afcendant
>>qu'il avoit pris ſur ſes Peuples , nous
>>paroiſſent avoir confondu l'effet qui
>>étoit frappant avec la cauſe qui étoit
>> cachée : plus d'attention leur auroit
>>fait voir que la ſoumiſſion des Sujets
>>fut, par un pur hafard , le fruit du fy-
>>ſtême de Religion que le dépit ſeul
>>avoit inſpiré au Monarque : les Ca-
>>>tholiques & les Luthériens convaincus
>>que le Prince ne pouvoit pas reſter
>>dans l'eſpéce de milieu qu'il avoit pris
>> entr'eux ſe déterminerent à une
>>complaiſance aveugle , les uns pour
,
و
illa duo regna ejufdem Europa, non omninò rejiciendum
eft à prudenti viro . Antonio Perez. Lettre au
Comted'Effex.
1
66 MERCURE DE FRANCE.
>>le ramener à ſes premiers principes ,
>>& les autres pour l'atrirer à eux. On
>> ne peut nier que Henri n'ait connu
>>les hommes , & qu'il ne les ait mis
> ſouvent à leur place ; mais il lui man-
>> qua le talent de s'en ſervir : ou il les
>>négligeoit par caprice , ou il les aban-
>> donnoit par foibleſſe , ou il les humi-
>>> lioit par fierté & pour faire tomber
>> les ſoupçons qu'on pouvoit avoir ,
>>qu'il laiſſoit prendre trop d'empire
>> fur lui à ſes favoris. Il donna dans tous
>>les écueils des Rois qui n'ont ni prin-
>> cipes fixes ni probité: les loix chan-
>> geoient tous les jours ſous ſon regne ;
»& ce qui étoit plus affreux & plus or-
>>dinaire encore , le Citoyen étoit jugé
>>par la volonté du Prince & non par
>>>l'autorité de la Loi. Ses paffions , ſes
>>>defirs , ſes moindres fantaisies étoient
>> des or ' res pour ce même Parlement ,
>>qui , habile depuis à faire naître ou à
>>ſaiſir des conjonctures favorables , a
> afſuré la liberté de la Nation ſur des
>> fondemens qui paroiſſent inébranla -
>>bles. * Tous ceux qui l'ont étudié
*
>> Le Parlement étoit fi fort ſubjugué qu'il or-
>> donna que ceux qui auroient prêté de l'argent
>> a Henri , feroient obligés de l'en tenir quitte.
>> Quelque injuſte que fût cet acte , les Chambres
JUI N. 1763 . 67
:
» avec quelque ſoin , n'ont vu en lui
» qu'un ami foible , un allié inconſtant ,
>> un amant groffier , un mari jaloux ,
>>un père barbare , un maître impérieux,
>>unRoi cruel. * Quoiqu'en montant
>> ſur le Trône , il trouvat une Nation
>> entiere , prévenue en ſa faveur , des
>>tréſors immenfes , un état paiſible ,
>> des voiſins diviſés , il ne fit rien pour
>> le bonheur de ſes Sujets , & fort
>> peu pour ſa gloire. Pour peindre
» Henri d'un trait il fuffit de ,
>> ne furent point fâchées que le Roi le deſirat ,
>>afin de faire ceſſer l'uſage des emprunts qui
> avec le temps auroient rendu les Parlemens
>>i>nutiles. Mylord Herbert.
* Henri mécontent de François I , lui envoya
pour Ambaſſadeur un Evêque Anglois , qu'il voulut
charger de quelques diſcours fiers & menaçans.
Ce Prélat qui ſentit tout le danger de ſa
commiſſion , chercha à s'en faire diſpenſer. Ne
craignez rien , lui dit le Prince : ſi le Roi de France
vous faiſoit mourir , je ferois abbattre bien des
têtes à quantité de François qui ſont en ma puiſfance.
Je le crois , répondit l'Évêque ; mais de toutes
ces têtes , ajoûta- t- il en riant , iln'y en apas
une qui vint fi bienfur mon corps que celle qui y est.
Sans cette agréable réponſe qui divertit le Roi ,
l'Ambaſſadeur auroit été obligé de ſuivre , au péril
de ſa vie,des inſtructions pleines d'orgueil & de
fiel . M. Herbert.
68 MERCURE DE FRANCE.
>> répéter ce qu'il dit à ſa mort : Qu'il
» n'avoit jamais refusé la vie d'un hom-
»me à ſa haine , ni l'honneur d'une
"femme à ses defirs. *
*On n'appelloit autrefois les Rois d'Angleterre
queVotre Grace. Henri VIII fut le premier qui ſe
fit appeller Alteſſe , puis Majesté. Ce fut François 1
qui commença a lui donner ce dernier titre dans
leur célébre entrevue de 1520. La magnificence
decette aſſemblée connue ſous le nom de camp
dedrap d'or ,fut telle , dit du Bellai , que plusieurs
yporterent leurs moulins , leurs forêts & leurs prés
fur leurs épaules .
VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE
D'ARRAGON. Par M.
l'Abbé RAYNAL. A Amſterdam &
ſe trouve àParis chez Durand , rue du
Foin, 1763 , un Vol. in- 12.
L'HISTOIRE fimple des faits peut intéreſſer
la curiofité des gens oififs ; l'Hiftoire
raiſonnée des motifs pique celle
des Philoſophes. On aime à voir les mobiles
des grands événemens , à comparer
les effets aux cauſes , à développer à
combien de petites circonſtances , d'incidens
légers , de minucies puériles tiennent
& les révolutions des Empires & les
variations des choſes qui opérent ces révolutions.
Auſſi ne ſeroit-ce que par
des hommes profonds dans la ſcience de
la Politique , que l'Hiſtoire devroit être
écrite. Alors , non-ſeulement l'Hiftoire
préſenteroit le tableau des événemens
JUIN. 1763 . 55
paſſés , mais elle ſerviroit de régle pour
les conjonctures préſentes & de guide
pour l'avenir. Car , il ne faut pas s'y tromper,
les réfléxions ſont l'âme de l'Hiftoire.
Si elle en eſt dénuée , l'Hiſtoire
n'eſt plus que le ſquelette froid& inanimé
d'un corps qu'on s'attend à trouver
plein de chaleur &de vie. Mais aufſi , ſi
les réfléxions de l'Hiſtorien ne naiſſent
du Sujet , s'il ceſſe d'être Politique pour
devenir Moraliſte , c'est-à-dire , s'il veut
juger les droits des Nations d'après les
principes qui décident de ceux des Particuliers
, fans fonger que les idées de la
justice conſidérée de Nation à Nation ,
différent infiniment des idées de la juftice
confidérée de Particuliers à Particuliers
; fi , enfin les réflexions dont il nourrit
ſon récit , ſont applicables à divers
faits , ſans que la nuance qui les rend
propres à l'un plutôt qu'à l'autre,ſoit marquée
ſcrupuleuſement ; alors l'Hiſtorien
dégénére en Déclamateur , & fon Ouvrage
n'est qu'une amplification d'Ecolier
de Rhétorique.
,
ne
Ces défauts , trop remarquables dans
la plupart des Hiſtoriens modernes
ſe trouvent point ici ; les qualités oppofées
y brillent au contraire avec éclat ,
&fi la réputation de M. l'Abbé R .....
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit pas faite depuis longtemps , cet
Ouvrage feul fuffiroit pour l'établir.
Henri VII, Roi d'Angleterre, croyant
qu'il étoit de la bonne politique de former
dans le continent des alliances qui
puffent redonner à ſa Couronne l'éclat
que les guèrres civiles lui avoient fait
perdre , demanda & obtint en mariage
pour ſon fils Arthur , Catherine d'Arragon,
fille des Rois Catholiques Ferdinand
& Isabelle. Peu de temps après la
célébration , le jeune Prince mourut.
Cet événement pouvoit rompre les liens
qui uniſſoient l'Eſpagne à l'Angleterre.
Or comme il étoit de l'intérêt des deux
Puiſſances de les reſſerrer , on réfolut de
marier la veuve d'Arthur à Henri fon
frère. Sous tout autre Pape , il y auroit
eu peut-être des difficultés pour obtenir
la diſpenſe néceſſaire ; mais elle fut accordée
avec joie par Jules II. La haine
de cePontife pour laFrance lui fit trouver
du plaiſir à favoriſer l'unionde deux Puifſances
qui ne cherchoient qu'à humilier
cette Couronne. La diſpenſe eut les
fuites qu'elle devoit avoir. Le nouveau
Prince de Galles fiança la veuve de fon
frère ; mais après avoir fait une proteſtation
ſecrette contre le conſentement qu'il
donnoit à cette alliance , le mariage fut
JUIN. 1763 . 57
confommédel'aveu du Conſeil d'Etat ,
lorſque ce jeune Prince monta ſur leTrône
ſous le nom d'Henri VIII. Ces noeuds
formés par la Politique , furent bientôt
ſuivis de dégoûts, qu'aucune beauté dans
la Reine ne pouvoit empêcher de naître,
Anne de Boulen , jeune Angloiſe , qui
avoit été élevée dans la Cour la plus galante
de l'Europe , furprit le jeune Monarque.
La coquetterie ordinaire à fon
fexe lui avoit d'abord fait voir du plaifir
à donner de l'amour à ſon Roi; unecoquetterie
plus adroite , lui fit defirer de
tirer de cet amour tout le parti poſſible.
Elle n'eut pas plutôt connu tout l'excès
de la foliede Henri , que forçant fon caractère
& ſe parant des dehors de la retenue&
de la ſageſſe , elle lui fit ſentir
que ne pouvant être ſa femme , elle avoit
tropde vertu pour être ſa maîtreffe.Henri
dès-lors fongea à ſe ſéparer de Catherine
; & quoique les Hiſtoriens ne foient
pas d'accord fur la date de cet étrange
deffein , & que notre Auteur lui-même
n'oſe en marquer l'époque , il eſt naturel
de penser que le defir de faire caffer
fon mariagevint à Henri à l'inſtant qu'il
ſcut la réſolution de fa maîtreſſe . Mais
il falloit colorer ce projet & en rendre
l'idée moins révoltante pour l'Angleterre
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
& pour l'Europe. Les intérêts du Prince
étoient changés , il falloit bien que ſes
liaiſons changeafſent auffi. Les Ambaſſadeurs
de France arrivent , concluent un
Traité de Paix entre les deux Couronnes
& propoſent de la part de leur Maître
de cimenter ce Traité, en uniſſant les
deux Maiſons par le mariage de Marie ,
fille de Henri & de Catherine avec François
I. Tout applaudiſſoit à cette alliance,
lorſque l'Evêque de Tarbes , l'un des
Ambaſſadeurs de François I. laiſſe entrevoir
des doutes ſur la légitimité de
Marie; & preffé de s'expliquer , il déclare
qu'il croyoit nul le mariage de
Henri & de Catherine , & que les plus
habiles Théologiens penſoient de même.
Aces mots Henri paroît étonné , affligé
même ; mais ne voulant pas vivre
dans une union illicite , il s'empreſſe à
demander la diffolution du mariage inceſtueux
qu'il avoit contracté. Il députe
fur le champ un Miniſtre en Italie , pour
obtenir du Pape une Bulle qui l'autoriſe
au divorce qu'il médite , & que tout lui
faifoit defirer.
Clément VIIavoit fuccédé à Jules II.
Rien de plus oppoſé que ces deux dontifes.
L'impétuofité , la marche rapide
dans ſes projets caractériſoient celui- ci.
JUI N. 1763 . 59
L'irréſolution , la défiance en ſoi-même
&en autrui , conftituoient celui - là. Un
tel homme étoit peu propre à plaire à
Henri. Il falloit pourtant que l'impatience
du Prince cédât & ſe modérât fur
les tergiverſations du Pontife. Ici M.
l'Abbé R ... développe les intrigues de
la Cour de Rome , & les intérêts qui
la font agir. L'hiſtoire des négociations
des Miniftres de Henri pour obtenir le
divorce , des obstacles & des retardemens
que mirent à cette affaire les Légats
de Clément , est trop chargée de
circonſtances pour être fufceptible d'extrait.
C'eſt dans l'Ouvrage même qu'il
faut voir les différens manéges des uns
& des autres , manéges dont l'unique
fruit fut d'aigrir les eſprits des deux
côtés , & d'amener enfin la rupture
éclatante qui ſépara à jamais non ſeulement
Henri & Catherine mais qui
rompit les liens ſpirituels par leſquels
l'Angleterre tenoit à Rome,& fit de cette
Ifle une Province chrétienne qui n'étoit
plus catholique.
,
Henri parvenu au comble de ſes voeux
épousa Anne de Boulen , dont il ſe dégoûta
bientôt. Le divorce l'avoit féparé
de Catherine ; la hache du Bourreau
de Londres le délivra d'Anne. Jeanne
Gvj
60 MERCURE DE FRANCE
Seymour , Anne de Cleves , Catherine
Howard & Catherine Parr fuccéderent
à ſes amours & à ſes fureurs ; & fon lit
tour-à-tour rempli par le caprice ou par
la débauche , tour-a-tour avili ou enfanglanté
par la jalouſie ou la tyrannie,
rendit ce Prince l'objet des regards de
l'Europe, celui du mépris des honnêtes
gens & de la compaffion des ſages.
Il faut maintenant pour juftifier ce
que nous avons dit de la manière de
M. l'Abbé R ... tranfcrire deux ou trois
(morceaux de fon Livre que nous allons
choifir parmi ceux qu'on peut iſoler ;
&comme le premier mérite d'un Hiftorien
eſt de ſçavoir peindre & furtout
de faire reſſembler , nous mettrons ſous
les yeux des Lecteurs les portraits de
Jules II , de Clément VII & deHenri
VIII.
>> Jules II étoit parvenu à la Thiare,
» quoiqu'il y eût publiquement afpiré
>> pendant dix ans. Les voyes qu'il avoit
>>priſes pour aſſurer ſon élévation , n'a-
>>voient pas fait eſpérer un Pontife fort
>>religieux , ni le nom du premier
>>Empereur Romain qu'il avoit choiſi ,
>> un Prince pacifique. Son caractère
>> ſe trouva tel qu'on l'avoit imaginé.
>> Tout entier à la guèrre & à la politiJUIN.
1763 . 61
» que , il abandonna le ſoin de la foi
»& des moeurs à ſes Miniſtres les plus
fubalternes. L'Italie le vit plus d'une
>> fois à la tête des armées ; & l'Europe
>> entière fut bouleversée par ſes intri-
>> gues. On remarquoit dans ſon carac-
>> tère un fond d'inquiétude qui ne lui
>>perm ettoit pas d'être fans projets , &
>> une certaine audace qui lui en faifoit
→ préférer les plus hardis. Il meſuroit fes
>>>entrepriſes plutôt ſur ſon ambition ,
>> que ſur ſes forces ; & les prétentions
>>les plus chimériques de quelques-uns de
>> ſes Prédéceſſeurs étoient à ſes yeux
>> des droits inſéparables de ſa place.
>> Comme il avoit l'âme plus fière qu'é-
>> levée , il étoit plus jaloux de l'empire
>>que donne le rang , que de celui que
>>>donne le génie ; il aimoit mieux régler
>> les actions des hommes que leurs fen-
>>>timens. S'il eut l'enthouſiaſme propre
» à communiquer ſespaſſions à d'autres
>> Puiſſances , il manqua de l'eſprit de
>>conciliation qui les rend durables ....
>>Les difficultés qui découragent les foi-
» bles , qui éclairent les ſages , & qui
> affermiſſent les âmes élevées, l'aigrif-
>> foient ordinairement : mais il avoit
» alors le vice de cette fituation; il ne
>>voyoit rien ou il voyoit mal.
62 MERCURE DE FRANCE .
1
A ce portrait , oppofons celui de Clément
VII. » Inquiet , irréſolu , alterna-
>> tivement foible & opiniâtre , il met-
>>toit la gravité a la place de la dignité ;
» & il avoit plus d'empire ſur ſon exté-
>>>rieur que ſur ſon imagination. Ce ra-
>> finement de diffimulation, qui caracté-
>>riſoit fon fiécle & principalement ſa
>> Nation , formoit le fond de fon carac-
>>rère. Il mettoit beaucoup plus d'eſprit
>>à conduire une fauſſeté, qu'il ne lui en
>> auroit fallu pour s'en paffer. La crain-
>>te étoit le principe deprèſque toutes ſes
>> démarches , & cette foibleſſe perçoit
» à travers les apparences de vue & de
>>politique qu'il affe&oit pour juſtifier ſes
>> fréquens changemens de parti ou de
>>ſyſtême. Il fut ſouvent malheureux, &
>>il fut toujours au-deſſous de ſes mal-
» heurs.En un mot, c'étoit une âme com-
>> mune qu'il étoit poſſible de ſéduire, &
» facile de'corrompre ou d'intimider.
Il n'eſt pas bien difficile de concevoir
comment une affaire auſſi ſimple en elle-
même , que celle du divorce de Henri
VIII , auffi aiſée à décider dans quelque
ſyſtême qu'on eût puiſé la décifion ,
ait été l'objet de tant d'infructueuſes négociations.
Charles V, François I, tour
àt our l'objet des voeux & des craintes
JUIN. 1763 . 63
de Clément VII , qu'il falloit offenfer
l'un ou l'autre par lejugement de cette
affaire , étoient des motifs plus que ſuffifans
pour engager ce Pontife foible &
lâché à traîner la choſe en longueur.
L'idée qu'on ſe forme ordinairement
de Henri VIII , eſt ſi fauſſe ou fi confuſe
, qu'il a paru néceſſaire à notre Auteur
d'en tracer le portrait d'après les
faits qui peuvent ſervir à le faire connoître
; & comme ce portrait nous paroît
exactement conforme à l'idée que
ſa vie donnera de lui , lorſqu'on l'examinera
avec des yeux philofophiques
& politiques , nous terminerons notre
extrait par ſon caractère.
>> La Nature lui avoit donné beaucoup
>>de pénétration, mais de cette pénétration
>>qui fait plutôtla fortune des particuliers ,
>>que la gloire d'un Souverain. Son goût
> particulier& celui de fon fiécle le tour-
>>>nerent vers les ſciences abſtraites , &
>>il perdit à l'étude de la Scholaftique
>>un temps qui pouvoit être utilement
>> employé à approfondir les principes
» du Gouvernement. Par un malheur
» qui a prèſque toujours des ſuites fa-
>> cheuſes , il fut Théologien & enthou-
>> ſiaſte : l'amour de ſes opinions le ren
64 MERCURE DE FRANCE.
>> ditd'abord Controverfiſte * , & enfin
>>tyran . La libéralité qui eſt prèſque tou-
>>jours un crime dans les Rois , parce
>> que ce n'eſt pas leur bien, mais ce-
>> lui de l'Etat qu'ils prodiguent , fut
>> pouffée à l'excès fous fon régne ; il
>> ruina ſes Sujets par des profufions
>> criminelles & extravagantes. Une
> confiance aveugle en ſes Miniſtres , le
>> réduifit à être durant la moitié de fon
>> regne le jouet de leurs paffions , ou
la victime de leurs intérêts ; l'autre
>>partie fut employée à troubler le re-
» pos du Royaume , & à l'inonder de
>>fang. L'opinion qu'il avoit que l'An-
>> gleterre étoit le balancier ** de l'Eu-
*Tout le monde ſçait que Henri VIII écrivic
en 1121 , contre Luther un Livre , intitulé des
Sept Sacremens. Quoiqu'il y ait apparence que
Wolfey , Gardiner & Morus ayent eu beaucoup
de part à la compoſition de cet Ouvrage , il valut
au Monarque Anglois le titre de Défenseur de la
Foi. Fuller dit à cette occaſion dans ſon Hiftoire
de l'Egliſe , que Patch,le fou de la Cour , voyant
unjour le Princede bonne humeur , lui en avoit
demandé la railon , & que le Prince lui avoit répondu
que c'étoit à cauſe du titre de défenſeur
de la Foi. Sur quoi le fou lui repliqua : Je t'en
prie ,mon cherHenri , défendons-nous nous-mêmes ,
&laiffons la Foise défendre feule . Faller .
** Quod illic , de æquilibrio Galliæ & Hifpania
feritur, Angliam effe examen Europe,staterasque
JUIN. 1763 . 65
» rope , l'empêcha de faire les efforts
>>néceſſaires pour que cela fût; & il ſe
>>vit forcé plus d'une fois à recevoir les
>>impreſſions des Puiſſances qu'il au-
>>roit dû conduire par les ſiennes. Com-
>>me ſa politique n'étoit ordinairement
> ni ſçavante ni ſuivie , il formoit fou-
>> vent des entrepriſes pernicieuſes , ou
>>abandonnoit celles qui avoient été fa-
>> gement formées : on ne le trouvoit
>> appliqué& ferme que dans les affai-
>>res qu'il regardoit comme perſonnelles.
>>Ceux qui lui ont accordé des talens
>>ſupérieurs en voyant l'afcendant
>>qu'il avoit pris ſur ſes Peuples , nous
>>paroiſſent avoir confondu l'effet qui
>>étoit frappant avec la cauſe qui étoit
>> cachée : plus d'attention leur auroit
>>fait voir que la ſoumiſſion des Sujets
>>fut, par un pur hafard , le fruit du fy-
>>ſtême de Religion que le dépit ſeul
>>avoit inſpiré au Monarque : les Ca-
>>>tholiques & les Luthériens convaincus
>>que le Prince ne pouvoit pas reſter
>>dans l'eſpéce de milieu qu'il avoit pris
>> entr'eux ſe déterminerent à une
>>complaiſance aveugle , les uns pour
,
و
illa duo regna ejufdem Europa, non omninò rejiciendum
eft à prudenti viro . Antonio Perez. Lettre au
Comted'Effex.
1
66 MERCURE DE FRANCE.
>>le ramener à ſes premiers principes ,
>>& les autres pour l'atrirer à eux. On
>> ne peut nier que Henri n'ait connu
>>les hommes , & qu'il ne les ait mis
> ſouvent à leur place ; mais il lui man-
>> qua le talent de s'en ſervir : ou il les
>>négligeoit par caprice , ou il les aban-
>> donnoit par foibleſſe , ou il les humi-
>>> lioit par fierté & pour faire tomber
>> les ſoupçons qu'on pouvoit avoir ,
>>qu'il laiſſoit prendre trop d'empire
>> fur lui à ſes favoris. Il donna dans tous
>>les écueils des Rois qui n'ont ni prin-
>> cipes fixes ni probité: les loix chan-
>> geoient tous les jours ſous ſon regne ;
»& ce qui étoit plus affreux & plus or-
>>dinaire encore , le Citoyen étoit jugé
>>par la volonté du Prince & non par
>>>l'autorité de la Loi. Ses paffions , ſes
>>>defirs , ſes moindres fantaisies étoient
>> des or ' res pour ce même Parlement ,
>>qui , habile depuis à faire naître ou à
>>ſaiſir des conjonctures favorables , a
> afſuré la liberté de la Nation ſur des
>> fondemens qui paroiſſent inébranla -
>>bles. * Tous ceux qui l'ont étudié
*
>> Le Parlement étoit fi fort ſubjugué qu'il or-
>> donna que ceux qui auroient prêté de l'argent
>> a Henri , feroient obligés de l'en tenir quitte.
>> Quelque injuſte que fût cet acte , les Chambres
JUI N. 1763 . 67
:
» avec quelque ſoin , n'ont vu en lui
» qu'un ami foible , un allié inconſtant ,
>> un amant groffier , un mari jaloux ,
>>un père barbare , un maître impérieux,
>>unRoi cruel. * Quoiqu'en montant
>> ſur le Trône , il trouvat une Nation
>> entiere , prévenue en ſa faveur , des
>>tréſors immenfes , un état paiſible ,
>> des voiſins diviſés , il ne fit rien pour
>> le bonheur de ſes Sujets , & fort
>> peu pour ſa gloire. Pour peindre
» Henri d'un trait il fuffit de ,
>> ne furent point fâchées que le Roi le deſirat ,
>>afin de faire ceſſer l'uſage des emprunts qui
> avec le temps auroient rendu les Parlemens
>>i>nutiles. Mylord Herbert.
* Henri mécontent de François I , lui envoya
pour Ambaſſadeur un Evêque Anglois , qu'il voulut
charger de quelques diſcours fiers & menaçans.
Ce Prélat qui ſentit tout le danger de ſa
commiſſion , chercha à s'en faire diſpenſer. Ne
craignez rien , lui dit le Prince : ſi le Roi de France
vous faiſoit mourir , je ferois abbattre bien des
têtes à quantité de François qui ſont en ma puiſfance.
Je le crois , répondit l'Évêque ; mais de toutes
ces têtes , ajoûta- t- il en riant , iln'y en apas
une qui vint fi bienfur mon corps que celle qui y est.
Sans cette agréable réponſe qui divertit le Roi ,
l'Ambaſſadeur auroit été obligé de ſuivre , au péril
de ſa vie,des inſtructions pleines d'orgueil & de
fiel . M. Herbert.
68 MERCURE DE FRANCE.
>> répéter ce qu'il dit à ſa mort : Qu'il
» n'avoit jamais refusé la vie d'un hom-
»me à ſa haine , ni l'honneur d'une
"femme à ses defirs. *
*On n'appelloit autrefois les Rois d'Angleterre
queVotre Grace. Henri VIII fut le premier qui ſe
fit appeller Alteſſe , puis Majesté. Ce fut François 1
qui commença a lui donner ce dernier titre dans
leur célébre entrevue de 1520. La magnificence
decette aſſemblée connue ſous le nom de camp
dedrap d'or ,fut telle , dit du Bellai , que plusieurs
yporterent leurs moulins , leurs forêts & leurs prés
fur leurs épaules .
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Résumé : HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
L'ouvrage 'Histoire du divorce d'Henri VIII, roi d'Angleterre, avec Catherine d'Aragon' de l'abbé Raynal met en lumière l'importance de comprendre les motivations derrière les événements historiques et la maîtrise de la politique par les historiens. L'histoire débute avec le mariage entre Arthur, fils d'Henri VII, et Catherine d'Aragon, visant à renforcer les alliances européennes. À la mort d'Arthur, Henri VIII épousa Catherine avec la dispense papale de Jules II. Influencé par Anne Boleyn, Henri VIII chercha à divorcer, utilisant les doutes de l'évêque de Tarbes sur la légitimité de son mariage. Les négociations avec le pape Clément VII furent longues et complexes, menant à une rupture entre l'Angleterre et Rome. Henri VIII épousa ensuite Anne Boleyn, qu'il fit exécuter, avant de se remarier successivement avec Jeanne Seymour, Anne de Clèves, Catherine Howard et Catherine Parr. Les portraits des papes Jules II et Clément VII sont esquissés : Jules II était ambitieux et orienté vers la guerre et la politique, tandis que Clément VII était inquiet et influençable. Henri VIII est décrit comme intelligent mais mal avisé, ce qui compliqua son règne marqué par la tyrannie, la libéralité excessive et la manipulation par ses ministres. Son règne fut caractérisé par des changements fréquents de lois et des décisions judiciaires dictées par ses passions. Henri VIII fut le premier roi d'Angleterre à porter le titre de 'Majesté', accordé par François Ier lors de la rencontre du Camp du Drap d'Or en 1520.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 68-84
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
Début :
Le but de votre Journal, Monsieur, étant d'annoncer les productions nouvelles [...]
Mots clefs :
Physique systématique, Abrégé, Solidité de la matière, Physique expérimentale, Opinion, Système, Révolutions célestes , Éclipses, Électricité, Attraction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
LETTRE A L'AUTEUR DU
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
La lettre critique le 'Traité abrégé de Physique à l'usage des Écoliers' de M. de Saintignon, membre de la Société Royale des Sciences et Arts de Metz. L'auteur évalue la qualité de cet ouvrage destiné aux élèves, en vérifiant s'il est précis et utile ou s'il risque de nuire aux étudiants par ses inexactitudes. L'auteur reconnaît que M. de Saintignon a principalement copié des œuvres existantes, notamment le traité de physique expérimentale de l'Abbé Nollet, mais critique les modifications apportées, jugées inexactes et peu claires. La lettre déplore l'absence de planches illustratives et note que les expériences sont mal décrites. Le traité combine la physique systématique et expérimentale, mais l'auteur trouve le système de M. de la Perière, utilisé par M. de Saintignon, difficile à comprendre et incompatible avec les principes de la mécanique. La lettre mentionne également une réfutation du système de Newton, jugée inintéressante et non pertinente. M. de Saintignon critique les théories de Newton sur le mécanisme du monde et les phénomènes célestes, affirmant que les calculs n'expliquent pas nécessairement le mécanisme exact du monde. Il attaque l'électricité et l'attraction sans proposer de solutions alternatives solides, répétant des objections déjà formulées. Le texte souligne l'incohérence de M. de Saintignon, qui commet des erreurs conceptuelles comme confondre inertie et pesanteur, et ignore les principes de la mécanique. L'ouvrage contient des explications obscures et mal démontrées sur la dureté des corps et des digressions sur des sujets comme les odeurs et la cuisine moderne. Les explications sur des concepts physiques élémentaires, comme la mesure de la quantité de mouvement et la pesanteur, sont jugées imprécises et incohérentes. L'auteur conclut que l'ouvrage nécessite de nombreuses corrections avant de pouvoir être utilisé de manière appropriée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 85-95
THEATRE & Œuvres diverses de M. PALISSOT de MONTENOY, de la Société Royale & Littéraire de Lorraine, &c ; avec cette Epigraphe : Principibus placuisse viris non ultima laus est. A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques au Temple du Goût, 1763 ; 3 Vol. in-12.
Début :
ON voit par le titre de ce Recueil, qu'il contient à la fois, & des Piéces de [...]
Mots clefs :
Recueil, Théâtre, Satire, Jeunes Écrivains, Gens de lettres, Gens du monde, Protectrice, Dialogue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : THEATRE & Œuvres diverses de M. PALISSOT de MONTENOY, de la Société Royale & Littéraire de Lorraine, &c ; avec cette Epigraphe : Principibus placuisse viris non ultima laus est. A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques au Temple du Goût, 1763 ; 3 Vol. in-12.
THEATRE & OEuvres diverſes de M.
PALISSOT de MONTENOY , de la
Société Royale & Littéraire de Lorraine,&
c ; avec cette Epigraphe : Principibus
placuiffe viris non ultima laus
eft . A Londres , & se trouve à Paris
chez Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques au Temple du Goût , 1763 ;
3 Vol. in-12.
N voit par le titre de ce Recueil ,
qu'il contient à la fois , & des Piéces de
Théâtre & d'autres productions de différens
genres . Nous renvoyons les premières
à l Article des Spectacles , ainſi
queles Préfaces & les Avertiſſemens qui
les précédent ou qui les ſuivent ; & nous
nous bornerons dans cet extrait , à parcourir
les divers morceaux qui forment
le reſte du Recueil. Les uns , déja connus
, reparoiſſent ici avec des corrections
, des changemens & des additions
conſidérables. L'attention avec laquelle
l'Auteur les a revus , eſt une preuve de
ſon reſpect pour le Public éclairé. Il y a
joint un affez grand nombre de Piéces
86 MERCURE DE FRANCE.
qui n'avoient point encore vu le jour.
Les unes & les autres méritent de fixer
l'attention , & font dignes de l'eſtime
de nos Lecteurs . :
Nous trouvons d'abord à la tête de
cette Edition , un Avertiſſement où il
eſt dit , que par l'examen de ces Ouvrages
réunis , dont aucun n'a été imprimé
dans les ténébres & fans l'aveu du Gouvernement
, on verra combien l'Auteur
a toujours reſpecté la décence, les moeurs
& les égards dûs à la Société ; combien
fon eſprit eſt éloigné de ce goût condamnable
pour la fatyre , dont il a été
accufé par les Auteurs de quelques li
belles.
Ce premier Avertifſfement eſt ſuivi
d'un Avant-propos très- bien écrit , dans
lequel on applaudira ſurtout à ce que
dit M. Paliſſot ſur l'encouragement dû
aux jeunes Ecrivains ; il a eu lui- même
lebonheur de trouver des conſeils par
mi les Gens de Lettres , & des Protecteurs
dans le Gens du monde ; & c'eſt
ſans doute là le ſens de fon Epigraphe :
il étoit encore bien jeune , lorſqu'à l'oc
cafion de fon premier ouvrage pourle
Théâtre >> il eut l'honneur d'être connu
>>d'un des plus reſpectables appuis que
>> les Lettres ayent jamais eus parmi
و
JUIN. 1763 . 87
>>nous. Il ne le nomme point , de peur
>> d'éveiller l'envie ; mais il oppoſera tou-
>> jours les bienfaits de Mécene aux ca-
>> lomnies des Mévius.
C'eſt par le même ſentiment de reconnoiſſance
, qu'il a voulu que l'hommage ,
qu'il croit devoir aux cendres d'une Protectrice
puiſſante & éclairée , fût à jamais
confervé dans ces vers pathétiques
&touchans.
Moment du déſeſpoir ! ſouvenir trop funeſte !
Ojour à nos regrets pour jamais conſacré !
Il eſt donc vrai ! .....
nous refte
cette urne eſt tout ce qui
D'un objet adoré.
Muſes , vous la perdez ; vos lyres ſuſpendues
Ne rendront déſormais que des fons de douleurs
A vos triftes accens les graces éperdues
Viendront mêler des pleurs .
Ah ! fi de ſes deſtins , ſurmontant l'inclémence ,
Elle eût franchi l'inſtant marqué par leur courroux
,
Vos fublimes accords dont l'honoroit la Francé ,
Revivroient parmi nous.
Au matin de ſesjours la mort nous l'a ravie :
Les talens , la beauté la ſuivent au cercueil ;
Et l'ennemi des Arts , le démon de l'envie
Triomphe avec orgueil .
Mais j'oferai chanter ſes vertus immortelles ;
88 MERCURE DE FRANCE .
Je veux dans tous les coeurs conſacrer ſes bienfaits
Son nom vainqueur du tems & des Parques cruelles
,
Ne périra jamais.
Plaignons cet Univers ; hélas ! il l'a perdue ,
Sans connoître le prix d'un ſi rare tréſor !
Mais plaignons bien plutôt qui peut l'avoir connue
Et lui ſurvivre encor.
:
C'eſt à cette même Protectrice que ,
même après ſa mort , M. Paliffot a dédié
un des Ouvrages qui lui ont fait le
plus de réputation , & du même genre
qu'un autre qu'il lui avoit déja dédié
pendant la vie. Ce qui marque de ſa part
une reconnoiffance également conftante
&défintéreffée.
Pour achever de faire connoître le
caractère & la façon de penſer de cet
Auteur , on lit dans un Epilogue qui
termine cette Edition , » avec quels
» égards il a parlé des hommes célébres
>>qui font honneur à leur fiécle & à la
>> Nation , tels que les Montesquieu ,
>» les Voltaire , les Crébillon , les d'Alem-
»e rt, les Buffon , les Piron , les Gref-
» fet , les Saintfoix , &c. On voit donc
dans ce Recueil, non-feulement l'ex
preffion de fa reconnoiffance envers fes
JUIN. 1763 . 89
bienfaiteurs , mais encore une fortede
vénération pour la ſupériorité des talens,
& pour les grands hommes qui les pof
fédent.
En ſuivant toujours l'ordre de cette
Édition
nous trouvons à la fin dupremier
Volume , un Dialogue entre l'Auteur
de Turcaret & un Traitant. Ce dernier
paroît courroucé à la vue d'un homme
qui l'a joué fur le Théâtre : mais lorf
qu'il apprendqu'il n'étoit pas même connu
de l'Auteurde la Comédie, ſon amour
propre en eſt offenfé , croyant qu'un
homme de ſa ſorte eſt un Perſonnage
qui doit attirer tous les regards.
>> C'eſt , dit l'Auteur de Turcaret ,
>>un ridicule commun à la plupart des
>> hommes , de prendre leur petite focié-
>>>té pour l'Univers , de regarder leur
» éxiſtence comme très- importante ; &
>>fi quelquefois leur confcience les aver-
>>tit de leurs travers , bientôt la vanité
>> leur fait accroire que ces travers mê-
> me ont un certain éclat qui les rend
>>>dignes de l'attention publique. Le
Traitant voudroit qu'on prît à la Cour ,
plutôt que dans la Finance , des Sujets
de Comédie . L'Auteur répond : » pour
>>les ridicules à grands traits , tels que
>>la Scène les éxige , & tels qu'ils de90
MERCURE DE FRANCE.
> vroient être pour préſenter des leçons
>> utiles à la fois & piquantes , croyez
> que l'eſpéce en eſt encore moins com-
>>mune à la Cour que partout ailleurs.
>> Elle a ſon peuple auſſi-bien que la ville;
»& parmi ce peuple , combien d'âmes
>> vulgaires ſans vices ni vertus , fans
>>phyfionomie , ſans caractère ? joignez
» à cela la difficulté de rendre ces Mef-
>> ſieurs plaiſans ; & convenez qu'un
» pauvre Auteur comique eſt ſouvent
>> bien embarraffé.
Nous interrompons ici l'ordre de ce
Recueil , pour parler de deux autres Dialogues
Hiftoriques,placés vers la fin du ſecond
Tome. Le premier de ces Dialogues
eſt intitulé Socrate & Erafme. On
fçait la vénération qu'Eraſme a eue pour
ce Philoſophe Grec ; vénération que lui
avoit inſpirée la lecture de Platon. Pour
détruire cette idée avantageuſe au Philoſophe
Athénien , M. Paliſſot entreprend
de faire voir que le divin Socrate n'étoit
peut-être pas fort différent du Socrate
joué dans une des Comédies d'Arifto
phane.
SOCRATE .
» Penſez- vous qu'il y ait ſur la terre
>> un Peuple capable d'honorer un CaJUIN.
1763 . 91
>> lomniateur public? Jugez donc fi dans
» une petite ville comme Athènes , dont
>> tous les Citoyens ſe connoiffoient ,
» Ariftophane qui me jouoit ſous mon
» propre nom , eût ofé en impofer
>> fur mes moeurs , au point que vous
>> l'imaginez. On peut fans doute por-
>>ter quelque atteinte à la vertu la plus
>> pure , l'environner de quelques ridi-
>>cules , peut-être même la rendre ſuf-
>> pecte d'hypocrifie : oui , la malignité
>>humaine peut aller juſques-là ; mais
>> en aucun temps elle n'applaudira un
>>Auteur qui repréſenteroit un homme
>> de bien , reconnu pour tel , comme
» un ſcélérat capable de tous les vices.
> On ſe révolteroit dès les premières
>> Scènes ; toute attention lui feroit re-
>> fuſée. Ce n'eſt point là Socrate , au-
>> roit- on dit tout d'une voix ; & d'ail-
>>leurs chez le Peuple de Solon, il y avoit
>>>une loi contre les colomniateurs,
ERASME..
» Vous confondez toutes mes idées.
» Comment , divin Socrate , vous au-
>> riez reſſemblé au Socrate de la Co-
» médie des Nuées?
Socrate convient qu'Ariftophane a un
peu outré la critique ; mais fans croire:
92 MERCURE DE FRANCE.
Socrate auffi coupable qu'on le repréſen
te dans ce dialogue , nous ne pouvons
nous diſpenſer d'avancer qu'il feroit difficile
d'employer plus d'eſprit & de fineſſe
qu'il y en a dans l'Ouvrage de M.
Paliffot. Il en falloit beaucoup en effet,
pour rendre au moins vrai-ſemblable
une opinion qui contredit les idées reçues
au ſujet du -Philofophe Grec.
Nous ſommes fachés que les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas
d'entrer dans un plus grand détail.
Le dialogue ſuivant eft entre le Père
Brumoy & Ariftophane. Ce dernier en
parlant de la Comédie de ſon temps ,
prétend que le Père Brumoy ne lui a
pas rendu justice , en difant qu'elle ſe
reſſentoit de la groffiéreté du fiécle de
Thefpis. L'objet de cet écrit eſt, comme
l'on voit , de juſtifier le genre de comique
employé par Ariftophane. » La Co-
>> médie , dit-il , telle que j'en avois don-
>>né le plan , étoit liée à la conftitution
» même de l'Etat ; elle étoit un des
>> principaux refforts du Gouvernement.
>>Et lorſque je medonnai tant de liberté
>> contre Cléon & beaucoup d'autres qui
>>avoient part à l'adminiſtration , je me
>> conformois à l'eſprit , & fuivois les
>> ordres fecrets de la République.
JUIN. 1763 . 93
Le reſte du Dialogue eſt employé à
prouver qu'en effetles Comédies d'Aritophane
entroient dans les vues du Gouvernement
fondé fur la nature de la Démocratie.
Toutes ces preuves font appuyées
ſur des faits qui marquent dans
l'Auteur une érudition éclairée , & une
manière de voir les choſes peu communes,
nous ofons même dire absolument
neuves. C'eſt ce qui diftingue ſpéciale
ment ces deux derniers Dialogues.
On a lu dans le temps des lettres de M,
de Voltaire à M. Paliſſot, avec les réponſes
On les retrouve avec plaifir dans cette
Edition , où elles ſerviront à l'Hiſtoire
Littéraire de notre fiécle. Elles font
en même temps un exemple de la modération
avec laquelle on devroit ſe conduire
dans les diſputes de Littérature.
Les piéces fugitives terminent le ſecond
Volume. Elles commencent par
une Épitre au Roi , que l'Auteur eut
l'honneur de préſenter à Sa Majesté en
1749. C'eſt n'est pas l'unique occafion
qu'ait eu M. Paliſſot , de donner des
preuves publiques qu'il eſt également
bon Sujet & bon Poëte. On peut en
voir d'autres preuves dans le Prologue
& le Difcours qu'il a mis à la tête de ſa
Comédie des Originaux.
94 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le troifiéme Tome de ce Recueil
contient l'Histoire des premiers
fiècles de Rome , dédiée au Roi de Pologne
, Duc de Lorraine & de Bar. Elle
avoit déja eu deux Editions. Cette troifiéme
a été revue & corrigée avec ſoin.
Nous invitons ceux qui pourroient condamner
le choix du Sujet , à lire le Difcours
préliminaire ; ou plutôt nous conſeillons
de lire l'Hiſtoire même , qui
porte partout l'empreinte d'un homme
d'eſprit , également verſé dans l'art d'écrire
& dans la connoiſſance de la Politique
& du coeur humain.
Il y a d'autres piéces dans ce recueil
fur leſquelles le temps ne nous promet
pas de nous arrêter : telles font en particulier
, des Epitres , des Odes , des
Chanfons , des Epigrammes , des Difcours
en profe ,& d'autres Ecrits de peu
d'étendue. L'Auteur n'a fait choix que
de ceux qu'il a cru dignes des regards du
Public ; & fa ſévérité a fait exclurre de
cette Edition pluſieurs piéces qui peutêtre
ne l'euffent pas déparée. Quoi qu'il
en ſoit , celles qu'il a conſervées ne peuvent
que lui faire honneur. On peut
voir par le nombre & la variété de fes
Ouvrages , qu'il y a peu de genres dans
leſquels il ne ſe ſoit éxercé ; & il eſt rare
JUIN. 1763. 95
qu'à 33 ans , on ait parcouru une carrière
auffi vaſte & auſſi brillante.
PALISSOT de MONTENOY , de la
Société Royale & Littéraire de Lorraine,&
c ; avec cette Epigraphe : Principibus
placuiffe viris non ultima laus
eft . A Londres , & se trouve à Paris
chez Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques au Temple du Goût , 1763 ;
3 Vol. in-12.
N voit par le titre de ce Recueil ,
qu'il contient à la fois , & des Piéces de
Théâtre & d'autres productions de différens
genres . Nous renvoyons les premières
à l Article des Spectacles , ainſi
queles Préfaces & les Avertiſſemens qui
les précédent ou qui les ſuivent ; & nous
nous bornerons dans cet extrait , à parcourir
les divers morceaux qui forment
le reſte du Recueil. Les uns , déja connus
, reparoiſſent ici avec des corrections
, des changemens & des additions
conſidérables. L'attention avec laquelle
l'Auteur les a revus , eſt une preuve de
ſon reſpect pour le Public éclairé. Il y a
joint un affez grand nombre de Piéces
86 MERCURE DE FRANCE.
qui n'avoient point encore vu le jour.
Les unes & les autres méritent de fixer
l'attention , & font dignes de l'eſtime
de nos Lecteurs . :
Nous trouvons d'abord à la tête de
cette Edition , un Avertiſſement où il
eſt dit , que par l'examen de ces Ouvrages
réunis , dont aucun n'a été imprimé
dans les ténébres & fans l'aveu du Gouvernement
, on verra combien l'Auteur
a toujours reſpecté la décence, les moeurs
& les égards dûs à la Société ; combien
fon eſprit eſt éloigné de ce goût condamnable
pour la fatyre , dont il a été
accufé par les Auteurs de quelques li
belles.
Ce premier Avertifſfement eſt ſuivi
d'un Avant-propos très- bien écrit , dans
lequel on applaudira ſurtout à ce que
dit M. Paliſſot ſur l'encouragement dû
aux jeunes Ecrivains ; il a eu lui- même
lebonheur de trouver des conſeils par
mi les Gens de Lettres , & des Protecteurs
dans le Gens du monde ; & c'eſt
ſans doute là le ſens de fon Epigraphe :
il étoit encore bien jeune , lorſqu'à l'oc
cafion de fon premier ouvrage pourle
Théâtre >> il eut l'honneur d'être connu
>>d'un des plus reſpectables appuis que
>> les Lettres ayent jamais eus parmi
و
JUIN. 1763 . 87
>>nous. Il ne le nomme point , de peur
>> d'éveiller l'envie ; mais il oppoſera tou-
>> jours les bienfaits de Mécene aux ca-
>> lomnies des Mévius.
C'eſt par le même ſentiment de reconnoiſſance
, qu'il a voulu que l'hommage ,
qu'il croit devoir aux cendres d'une Protectrice
puiſſante & éclairée , fût à jamais
confervé dans ces vers pathétiques
&touchans.
Moment du déſeſpoir ! ſouvenir trop funeſte !
Ojour à nos regrets pour jamais conſacré !
Il eſt donc vrai ! .....
nous refte
cette urne eſt tout ce qui
D'un objet adoré.
Muſes , vous la perdez ; vos lyres ſuſpendues
Ne rendront déſormais que des fons de douleurs
A vos triftes accens les graces éperdues
Viendront mêler des pleurs .
Ah ! fi de ſes deſtins , ſurmontant l'inclémence ,
Elle eût franchi l'inſtant marqué par leur courroux
,
Vos fublimes accords dont l'honoroit la Francé ,
Revivroient parmi nous.
Au matin de ſesjours la mort nous l'a ravie :
Les talens , la beauté la ſuivent au cercueil ;
Et l'ennemi des Arts , le démon de l'envie
Triomphe avec orgueil .
Mais j'oferai chanter ſes vertus immortelles ;
88 MERCURE DE FRANCE .
Je veux dans tous les coeurs conſacrer ſes bienfaits
Son nom vainqueur du tems & des Parques cruelles
,
Ne périra jamais.
Plaignons cet Univers ; hélas ! il l'a perdue ,
Sans connoître le prix d'un ſi rare tréſor !
Mais plaignons bien plutôt qui peut l'avoir connue
Et lui ſurvivre encor.
:
C'eſt à cette même Protectrice que ,
même après ſa mort , M. Paliffot a dédié
un des Ouvrages qui lui ont fait le
plus de réputation , & du même genre
qu'un autre qu'il lui avoit déja dédié
pendant la vie. Ce qui marque de ſa part
une reconnoiffance également conftante
&défintéreffée.
Pour achever de faire connoître le
caractère & la façon de penſer de cet
Auteur , on lit dans un Epilogue qui
termine cette Edition , » avec quels
» égards il a parlé des hommes célébres
>>qui font honneur à leur fiécle & à la
>> Nation , tels que les Montesquieu ,
>» les Voltaire , les Crébillon , les d'Alem-
»e rt, les Buffon , les Piron , les Gref-
» fet , les Saintfoix , &c. On voit donc
dans ce Recueil, non-feulement l'ex
preffion de fa reconnoiffance envers fes
JUIN. 1763 . 89
bienfaiteurs , mais encore une fortede
vénération pour la ſupériorité des talens,
& pour les grands hommes qui les pof
fédent.
En ſuivant toujours l'ordre de cette
Édition
nous trouvons à la fin dupremier
Volume , un Dialogue entre l'Auteur
de Turcaret & un Traitant. Ce dernier
paroît courroucé à la vue d'un homme
qui l'a joué fur le Théâtre : mais lorf
qu'il apprendqu'il n'étoit pas même connu
de l'Auteurde la Comédie, ſon amour
propre en eſt offenfé , croyant qu'un
homme de ſa ſorte eſt un Perſonnage
qui doit attirer tous les regards.
>> C'eſt , dit l'Auteur de Turcaret ,
>>un ridicule commun à la plupart des
>> hommes , de prendre leur petite focié-
>>>té pour l'Univers , de regarder leur
» éxiſtence comme très- importante ; &
>>fi quelquefois leur confcience les aver-
>>tit de leurs travers , bientôt la vanité
>> leur fait accroire que ces travers mê-
> me ont un certain éclat qui les rend
>>>dignes de l'attention publique. Le
Traitant voudroit qu'on prît à la Cour ,
plutôt que dans la Finance , des Sujets
de Comédie . L'Auteur répond : » pour
>>les ridicules à grands traits , tels que
>>la Scène les éxige , & tels qu'ils de90
MERCURE DE FRANCE.
> vroient être pour préſenter des leçons
>> utiles à la fois & piquantes , croyez
> que l'eſpéce en eſt encore moins com-
>>mune à la Cour que partout ailleurs.
>> Elle a ſon peuple auſſi-bien que la ville;
»& parmi ce peuple , combien d'âmes
>> vulgaires ſans vices ni vertus , fans
>>phyfionomie , ſans caractère ? joignez
» à cela la difficulté de rendre ces Mef-
>> ſieurs plaiſans ; & convenez qu'un
» pauvre Auteur comique eſt ſouvent
>> bien embarraffé.
Nous interrompons ici l'ordre de ce
Recueil , pour parler de deux autres Dialogues
Hiftoriques,placés vers la fin du ſecond
Tome. Le premier de ces Dialogues
eſt intitulé Socrate & Erafme. On
fçait la vénération qu'Eraſme a eue pour
ce Philoſophe Grec ; vénération que lui
avoit inſpirée la lecture de Platon. Pour
détruire cette idée avantageuſe au Philoſophe
Athénien , M. Paliſſot entreprend
de faire voir que le divin Socrate n'étoit
peut-être pas fort différent du Socrate
joué dans une des Comédies d'Arifto
phane.
SOCRATE .
» Penſez- vous qu'il y ait ſur la terre
>> un Peuple capable d'honorer un CaJUIN.
1763 . 91
>> lomniateur public? Jugez donc fi dans
» une petite ville comme Athènes , dont
>> tous les Citoyens ſe connoiffoient ,
» Ariftophane qui me jouoit ſous mon
» propre nom , eût ofé en impofer
>> fur mes moeurs , au point que vous
>> l'imaginez. On peut fans doute por-
>>ter quelque atteinte à la vertu la plus
>> pure , l'environner de quelques ridi-
>>cules , peut-être même la rendre ſuf-
>> pecte d'hypocrifie : oui , la malignité
>>humaine peut aller juſques-là ; mais
>> en aucun temps elle n'applaudira un
>>Auteur qui repréſenteroit un homme
>> de bien , reconnu pour tel , comme
» un ſcélérat capable de tous les vices.
> On ſe révolteroit dès les premières
>> Scènes ; toute attention lui feroit re-
>> fuſée. Ce n'eſt point là Socrate , au-
>> roit- on dit tout d'une voix ; & d'ail-
>>leurs chez le Peuple de Solon, il y avoit
>>>une loi contre les colomniateurs,
ERASME..
» Vous confondez toutes mes idées.
» Comment , divin Socrate , vous au-
>> riez reſſemblé au Socrate de la Co-
» médie des Nuées?
Socrate convient qu'Ariftophane a un
peu outré la critique ; mais fans croire:
92 MERCURE DE FRANCE.
Socrate auffi coupable qu'on le repréſen
te dans ce dialogue , nous ne pouvons
nous diſpenſer d'avancer qu'il feroit difficile
d'employer plus d'eſprit & de fineſſe
qu'il y en a dans l'Ouvrage de M.
Paliffot. Il en falloit beaucoup en effet,
pour rendre au moins vrai-ſemblable
une opinion qui contredit les idées reçues
au ſujet du -Philofophe Grec.
Nous ſommes fachés que les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas
d'entrer dans un plus grand détail.
Le dialogue ſuivant eft entre le Père
Brumoy & Ariftophane. Ce dernier en
parlant de la Comédie de ſon temps ,
prétend que le Père Brumoy ne lui a
pas rendu justice , en difant qu'elle ſe
reſſentoit de la groffiéreté du fiécle de
Thefpis. L'objet de cet écrit eſt, comme
l'on voit , de juſtifier le genre de comique
employé par Ariftophane. » La Co-
>> médie , dit-il , telle que j'en avois don-
>>né le plan , étoit liée à la conftitution
» même de l'Etat ; elle étoit un des
>> principaux refforts du Gouvernement.
>>Et lorſque je medonnai tant de liberté
>> contre Cléon & beaucoup d'autres qui
>>avoient part à l'adminiſtration , je me
>> conformois à l'eſprit , & fuivois les
>> ordres fecrets de la République.
JUIN. 1763 . 93
Le reſte du Dialogue eſt employé à
prouver qu'en effetles Comédies d'Aritophane
entroient dans les vues du Gouvernement
fondé fur la nature de la Démocratie.
Toutes ces preuves font appuyées
ſur des faits qui marquent dans
l'Auteur une érudition éclairée , & une
manière de voir les choſes peu communes,
nous ofons même dire absolument
neuves. C'eſt ce qui diftingue ſpéciale
ment ces deux derniers Dialogues.
On a lu dans le temps des lettres de M,
de Voltaire à M. Paliſſot, avec les réponſes
On les retrouve avec plaifir dans cette
Edition , où elles ſerviront à l'Hiſtoire
Littéraire de notre fiécle. Elles font
en même temps un exemple de la modération
avec laquelle on devroit ſe conduire
dans les diſputes de Littérature.
Les piéces fugitives terminent le ſecond
Volume. Elles commencent par
une Épitre au Roi , que l'Auteur eut
l'honneur de préſenter à Sa Majesté en
1749. C'eſt n'est pas l'unique occafion
qu'ait eu M. Paliſſot , de donner des
preuves publiques qu'il eſt également
bon Sujet & bon Poëte. On peut en
voir d'autres preuves dans le Prologue
& le Difcours qu'il a mis à la tête de ſa
Comédie des Originaux.
94 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le troifiéme Tome de ce Recueil
contient l'Histoire des premiers
fiècles de Rome , dédiée au Roi de Pologne
, Duc de Lorraine & de Bar. Elle
avoit déja eu deux Editions. Cette troifiéme
a été revue & corrigée avec ſoin.
Nous invitons ceux qui pourroient condamner
le choix du Sujet , à lire le Difcours
préliminaire ; ou plutôt nous conſeillons
de lire l'Hiſtoire même , qui
porte partout l'empreinte d'un homme
d'eſprit , également verſé dans l'art d'écrire
& dans la connoiſſance de la Politique
& du coeur humain.
Il y a d'autres piéces dans ce recueil
fur leſquelles le temps ne nous promet
pas de nous arrêter : telles font en particulier
, des Epitres , des Odes , des
Chanfons , des Epigrammes , des Difcours
en profe ,& d'autres Ecrits de peu
d'étendue. L'Auteur n'a fait choix que
de ceux qu'il a cru dignes des regards du
Public ; & fa ſévérité a fait exclurre de
cette Edition pluſieurs piéces qui peutêtre
ne l'euffent pas déparée. Quoi qu'il
en ſoit , celles qu'il a conſervées ne peuvent
que lui faire honneur. On peut
voir par le nombre & la variété de fes
Ouvrages , qu'il y a peu de genres dans
leſquels il ne ſe ſoit éxercé ; & il eſt rare
JUIN. 1763. 95
qu'à 33 ans , on ait parcouru une carrière
auffi vaſte & auſſi brillante.
Fermer
Résumé : THEATRE & Œuvres diverses de M. PALISSOT de MONTENOY, de la Société Royale & Littéraire de Lorraine, &c ; avec cette Epigraphe : Principibus placuisse viris non ultima laus est. A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques au Temple du Goût, 1763 ; 3 Vol. in-12.
Le texte présente un recueil d'œuvres de Charles Palissot de Montenoy, membre de la Société Royale & Littéraire de Lorraine, publié à Londres en 1763 et disponible à Paris chez Duchesne. Ce recueil rassemble des pièces de théâtre et diverses productions littéraires, certaines révisées et enrichies, d'autres inédites. Palissot y exprime son respect pour le public éclairé et se distancie de la satire condamnable. L'ouvrage s'ouvre par un avertissement sur l'importance du respect de la décence, des mœurs et de la société, suivi d'un avant-propos encourageant le soutien aux jeunes écrivains. Palissot remercie ses protecteurs et dédie des vers à une protectrice décédée. Le recueil rend hommage à des figures célèbres telles que Montesquieu, Voltaire, Crébillon, d'Alembert, Buffon, Piron, Gresset et Saint-Foix. Le texte discute deux dialogues historiques : 'Socrate & Erasme', où Socrate reconnaît la critique d'Aristophane, et un autre dialogue impliquant le Père Brumoy et Aristophane, qui défend son style comique. Il mentionne également des lettres échangées entre Voltaire et Palissot, illustrant la modération dans les disputes littéraires. Le recueil inclut divers genres littéraires, tels que des épîtres, des odes, des chansons, des épigrammes et des discours, ainsi qu'une histoire des premiers siècles de Rome dédiée au roi de Pologne. À 33 ans, Palissot démontre une grande diversité et maîtrise dans ses écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
4
p. 95-103
LETTRE, au sujet du Dictionnaire de Commerce DE SAVARY.
Début :
MONSIEUR, En lisant le Mercure du mois de Mai de cette année, nous y avons vu l'annonce [...]
Mots clefs :
Dictionnaire, Commerce, Édition étrangère, Public, Inexactitudes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE, au sujet du Dictionnaire de Commerce DE SAVARY.
LETTRE , au sujet du Dictionnaire de
Commerce DE SAVARY.
MONSIEUR ,
En lifant le Mercure du mois de Mai
de cette année , nous y avons vù l'annonce
que vous faites d'une nouvelle
édition du Dictionnaire de Commerce
de Savary , à Copenhague , renfermant
beaucoup d'additions , & dont on trouve
, dites-vous , des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires ,
rue S. Jean de Beauvais. Comme nous
jouiſſons du Privilège de l'Ouvrage de
Savary , & que nous ſommes occupés
depuis pluſieurs années à en préparer
une édition nouvelle , nous prenons
la liberté de vous adreſſer à ce
ſujet quelques réflexions que
vous prions d'inférer dans le Mercure
du mois prochain .
nous
Permettez-nous d'abord de vous faire
remarquer que l'annonce d'une édition
étrangère pour un Ouvrage françois ,
96 MERCURE DE FRANCE.
dont le Privilège appartient à un Libraire
du Royaume , eſt contraire aux
uſages conftamment ſuivis dans la
Librairie depuis ſon inſtitution. Vous
êtes trop équitable , Monfieur , pour
que nous penfions que vous ayez voulu
par vous-même donner atteinte à un
bien qui nous appartient , & dans la
jouiſſance duquel nous fommes maintenus
fans trouble par les Lettres de
Privilège que le ministère nous donne,
leſquelles ferment l'entrée du Royaume
à toute édition étrangère. Vous
avez pû ignorer que le Privilége du
Dictionnaire de Commerce nous appartenoit;
mais les perſonnes qui vous
ont fourni cet avis , ne l'ignoroient probablement
pas , & auroient dû vous le
faire ſçavoir. Ces mêmes perſonnes vous
ont trompé encore , en vous diſant
qu'on trouvoit des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires
à Paris . Ces MM. nous ont afſuré qu'ils
n'avoient point de ſouſcriptions à fournir
, & qu'ils n'étoient point dans l'intention
de s'en charger ; & ils nous ont
même permis de rendre public le défaveu
qu'ils font de cette partie de l'Avis
inféré au Mercure.
Cependant , Monfieur , nous ofons
vous
JUIN. 1763 . 97
vous affurer que dans la crainte de priver
la Nation d'un Ouvrage utile , nous
ne réclamerions pas nos droits , fi les
éditions étrangères du Dictionnaire de
Savary étoient faites avec le ſoin que
paroît mériter un ouvrage de cette importance
, & fi nous ne travaillions pas
depuis plufieurs années à le rendre plus
digne d'être préſenté au Public.
On croira que le Dictionnaire de
Commerce ayant été commencé en
France & fous les yeux du Ministère ,
ne pouvoit guères prendre d'accroiffement
que dans le lieu où il avoit pris
naiſſance , & à l'aide des mêmes ſoins
auxquels on en avoit été redevable.
Le Dictionnaire de M. de Savary ,
a été fait ſous la protection & avec
le fecours du Gouvernement , d'aprés
des Mémoires nombreux, communiqués
par Meſſieurs les Intendans , par les
Inſpecteurs du Commerce , par les
Chefs de nos principales Manufactures ,
par nos Confuls dans les principales villes
de Commerce de l'Europe &c. Comment
des Etrangers dépourvus de tous
ces fecours , auroient- ils pu fuivre le
même travail avec ſuccès , corriger les
fautes qu'on a dû faire , remplir les vuides
qu'on a dû laiſſer néceſſairement
dans un premier éffai ?
E
98 MERCURE DE FRANCE .
Quoique le Dictionnaire de Commerce
foit utile à des Négocians étrangers
, & qu'on puiffe à certains égards
le regarder comme Univerſel , il faut
cependant convenir qu'il eſt encore plus
national qu'étranger , & plus fait pour
l'inſtruction de nos Concitoyens , que
pour celle des autres Nations. Or eft- ce
à des Etrangers à nous inſtruire de ce
qui ſe paſſe chez nous , des loix par
leſquelles le Commerce eſt conduit en
France , de l'état de nos Manufactures,
de la nature & de la quantité de nos
importations & exportations , & c , &
de cette multitude immenſe d'autres
détails relatifs à la France , & qui ne
peuvent être bien connus que parmi
nous ?
Mais cette préſomption peu favorable
aux Editions étrangères ſe change en
une entiere certitude , lorſqu'on voit
combien les Editions de Genève & celle
de Coppenhague que vous annoncez
font défectueuſes & peu propres à remplir
l'attente du Public.
Dans l'Edition de Genève , le petit
nombre d'additions & de corrections
qu'on y a faites ne ſont relatives qu'à
elle l'Hiſtoire Naturelle : à cela près ,
ne contient que le Texte de Savary
JUI N. 1763 . 99
avec toutes les fautes qu'on y a remarquées
dès l'origine. On y a confervé
tous les détails que Savary donne
de l'état du Commerce , malgré les
changemens furvenus depuis l'époque
à laquelle écrivoit cet Auteur , c'eſt-àdire
,depuis le commencement du Siécle.
On n'y a fait entrer aucun de ces
Articles généraux concernant l'adminiftration
du Commerce , comme Manufactures
, Liberté du Commerce, Luxe,
Crédit , Circulations Colonies , &c.
&c. &c. En un mot , toutes les raiſons
qui peuvent faire regarder l'ancien Savary
comme inſuffifant , ſont exactement
applicables à l'Edition de Genêve,
qui ne différe que fort peu de l'ancienne
, & dans des choſes tout-à-fait étrangères
à l'objet du Commerce.
,
On ne peut pas juger l'Edition de
Coppenhague plus favorablement : on
y retrouve toutes les omiffions , toutes
les inéxactitudes de l'ancien Savary .
Quant aux additions , elles confiftent
1º. dans les détails d'Hiſtoire Naturelle
dont on avoit groſſi l'Edition de Genêve
, & qui font ſi étrangers au Commerce
: 2 °. Dans les Articles tranfcrits
mot à mot de l'Encyclopédie , & dans
un petit nombre d'autres copiés du
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
Journal de Commerce , du Journal economique
, de la Matière médicale de
M. Geoffroi , & de la Minéralogie de
Wallerius & d'Henctiel.
Nous n'avançons rien ici dont nous
ne ſoyons afſurés d'après un relevé &
une comparaiſon exacte des Editions
de Paris 1748 , de Genève & de Coppenhague.
Et pour en donner une preuve
complette , nous allons préſenter aux
Lecteurs un tableau plus détaillé de ces
additions .
Les changemens & les additions du
Dictionnaire de Coppenhague comparé
à l'Edition de Genève , confiftent en
deux mille articles environ . De ces deux
mille articles , près de quinze cent font
tirés des ſept premiers volumes de l'Encyclopédie
, & ſe trouvent dans les
deux premiers volumes , & dans une
partie du troifiéme de l'Edition de Cop
penhague. Il eſt affez étrange qu'on aille
copier fervilement un Ouvrage auffi
connu & auffi répandu.
Mais il y a plus. 1º. Ces articles empruntés
de l'Encyclopédie font pour la
plupart abfolument étrangers au Dictionnaite
de Commerce , comme des
articles concernant le méchaniſme des
Arts & l'Histoire Naturelle . 2°. Une
JUIN. 1763 . 101
grande partie de ces articles étoient tirés
de Savary même , placés dans l'Encyclopédie
avec des changemens trèslégers.
3°. Ce plagiat des Editeurs de
Coppenhague rend leur Ouvrage inégal
depuis l'A juſqu'au G incluſivement ,
c'est-à-dire en ſept lettres , il y a quinze
cens articles ajoutés ou changés,& deux
volumes & demi ; tandis que depuis l'H
juſqu'auZ, c'est-à-dire en ſeize lettres de
l'Alphabet , il n'y a que cinq cent Articles
environ , & un volume & demi
feulement. 4°. L'Encyclopédie d'où l'on
a tiré ces additions n'étant pas achevée,
les Articles que les Editeurs de Coppenhague
en ont empruntés ne forment
pas à beaucoup près un corps complet
de doctrine & de principes .
5°. Ces mêmes Articles ſont continuellement
en contradiction avec ceux
d'après leſquels le reſte du Dictionnaire
eſt fait. Par exemple : on lit à l'Article
COMMUNAUTÉS , que ces corps ont des
loix particulieres qui ſont prèſque toutes
opposées au bien général ; que leur
établiſſement affoiblit la concurrence, le
premier principe du Commerce
Dans l'Article COMPAGNIES DE Cом-
,
&c.
MERCE , on dit d'après M. Child , que
les Compagnies nefont pa capables
pas
de
1
Elij
102 MERCURE DE FRANCE.
conferver ou d'accroître une branche de
Commerce ; qu'elles cauſent ſouvent des
pertes à la Nation ; qu'on peut s'en
paffer pour étendre le Commerce , &c.
Tandis qu'en d'autres endroits on trouve
que les octrois que reçoivent les Compagnies
des Princes leurs Souverains
font la bafe & l'appui des plus grands
Commerces , & fontfleurir les Etats , & c .
(Voyez la Préface & une infinité d'autres
endroits. )
6°. On a négligé de confulter les
meilleures ſources : Melon , Cantillon ,
Hume , Child , Jean de With , le Négociant
Anglois , & les Ouvrages Anglois.
7°. Dans les additions qu'on a tirées
de quelques autres Ouvrages , les Editeurs
de Coppenhague ont recueilli pref
que toujours des morceaux étrangers
au Commerce.C'eſt ainſi qu'ils ont tranfcrit
beaucoup d'endroits de la Minéralogie
de Walerius & de celle de
Henctiel.
Tel eſt , Monfieur , le jugement que
portent des perſonnes inſtruites des éditions
étrangeres du Dictionnaire de
Commerce, & en particulier de celle que
vous annoncez. Si nous avions voulu
imiter les Editeurs de Genêve & de Cop
JUIN. 1763 . 103
penhague , & ne donner comme eux
que l'ancien Ouvrage avec quelques
additions peu importantes ou étrangères
à l'objet du Commerce , fi nous ne
nous étions pas propoſé de donner une
édition véritablement corrigée & augmentée
, d'y répandre les vrais principes
du Commerce que Savary n'a pas connus
, & de rendre en un mot cet Ouvrage
digne d'être offert au Public, nous
ne nous ferions pas laiſſé prévenir par
les Libraires étrangers. Mais pour remplir
nos vues à cet égard, il nous a fallu
des foins , de la dépenſe , & furtout
du temps.
Nous nous flatons que le Public
attendra avec un peu de patience la
fin d'un travail néceſſairement long ,
mais dont nous voyons le terme s'approcher.
Nous comptons publier le
Profpectus de notre nouvelle édition
dans le courant de l'année prochaine ,
& mettre tout de ſuite ſous preffe.
Nous avons l'honneur d'être &c .
Les Frères ESTIENNE ,
Libraires , rue S. Jacques.
A Paris ce 10 Mai 1763 .
Commerce DE SAVARY.
MONSIEUR ,
En lifant le Mercure du mois de Mai
de cette année , nous y avons vù l'annonce
que vous faites d'une nouvelle
édition du Dictionnaire de Commerce
de Savary , à Copenhague , renfermant
beaucoup d'additions , & dont on trouve
, dites-vous , des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires ,
rue S. Jean de Beauvais. Comme nous
jouiſſons du Privilège de l'Ouvrage de
Savary , & que nous ſommes occupés
depuis pluſieurs années à en préparer
une édition nouvelle , nous prenons
la liberté de vous adreſſer à ce
ſujet quelques réflexions que
vous prions d'inférer dans le Mercure
du mois prochain .
nous
Permettez-nous d'abord de vous faire
remarquer que l'annonce d'une édition
étrangère pour un Ouvrage françois ,
96 MERCURE DE FRANCE.
dont le Privilège appartient à un Libraire
du Royaume , eſt contraire aux
uſages conftamment ſuivis dans la
Librairie depuis ſon inſtitution. Vous
êtes trop équitable , Monfieur , pour
que nous penfions que vous ayez voulu
par vous-même donner atteinte à un
bien qui nous appartient , & dans la
jouiſſance duquel nous fommes maintenus
fans trouble par les Lettres de
Privilège que le ministère nous donne,
leſquelles ferment l'entrée du Royaume
à toute édition étrangère. Vous
avez pû ignorer que le Privilége du
Dictionnaire de Commerce nous appartenoit;
mais les perſonnes qui vous
ont fourni cet avis , ne l'ignoroient probablement
pas , & auroient dû vous le
faire ſçavoir. Ces mêmes perſonnes vous
ont trompé encore , en vous diſant
qu'on trouvoit des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires
à Paris . Ces MM. nous ont afſuré qu'ils
n'avoient point de ſouſcriptions à fournir
, & qu'ils n'étoient point dans l'intention
de s'en charger ; & ils nous ont
même permis de rendre public le défaveu
qu'ils font de cette partie de l'Avis
inféré au Mercure.
Cependant , Monfieur , nous ofons
vous
JUIN. 1763 . 97
vous affurer que dans la crainte de priver
la Nation d'un Ouvrage utile , nous
ne réclamerions pas nos droits , fi les
éditions étrangères du Dictionnaire de
Savary étoient faites avec le ſoin que
paroît mériter un ouvrage de cette importance
, & fi nous ne travaillions pas
depuis plufieurs années à le rendre plus
digne d'être préſenté au Public.
On croira que le Dictionnaire de
Commerce ayant été commencé en
France & fous les yeux du Ministère ,
ne pouvoit guères prendre d'accroiffement
que dans le lieu où il avoit pris
naiſſance , & à l'aide des mêmes ſoins
auxquels on en avoit été redevable.
Le Dictionnaire de M. de Savary ,
a été fait ſous la protection & avec
le fecours du Gouvernement , d'aprés
des Mémoires nombreux, communiqués
par Meſſieurs les Intendans , par les
Inſpecteurs du Commerce , par les
Chefs de nos principales Manufactures ,
par nos Confuls dans les principales villes
de Commerce de l'Europe &c. Comment
des Etrangers dépourvus de tous
ces fecours , auroient- ils pu fuivre le
même travail avec ſuccès , corriger les
fautes qu'on a dû faire , remplir les vuides
qu'on a dû laiſſer néceſſairement
dans un premier éffai ?
E
98 MERCURE DE FRANCE .
Quoique le Dictionnaire de Commerce
foit utile à des Négocians étrangers
, & qu'on puiffe à certains égards
le regarder comme Univerſel , il faut
cependant convenir qu'il eſt encore plus
national qu'étranger , & plus fait pour
l'inſtruction de nos Concitoyens , que
pour celle des autres Nations. Or eft- ce
à des Etrangers à nous inſtruire de ce
qui ſe paſſe chez nous , des loix par
leſquelles le Commerce eſt conduit en
France , de l'état de nos Manufactures,
de la nature & de la quantité de nos
importations & exportations , & c , &
de cette multitude immenſe d'autres
détails relatifs à la France , & qui ne
peuvent être bien connus que parmi
nous ?
Mais cette préſomption peu favorable
aux Editions étrangères ſe change en
une entiere certitude , lorſqu'on voit
combien les Editions de Genève & celle
de Coppenhague que vous annoncez
font défectueuſes & peu propres à remplir
l'attente du Public.
Dans l'Edition de Genève , le petit
nombre d'additions & de corrections
qu'on y a faites ne ſont relatives qu'à
elle l'Hiſtoire Naturelle : à cela près ,
ne contient que le Texte de Savary
JUI N. 1763 . 99
avec toutes les fautes qu'on y a remarquées
dès l'origine. On y a confervé
tous les détails que Savary donne
de l'état du Commerce , malgré les
changemens furvenus depuis l'époque
à laquelle écrivoit cet Auteur , c'eſt-àdire
,depuis le commencement du Siécle.
On n'y a fait entrer aucun de ces
Articles généraux concernant l'adminiftration
du Commerce , comme Manufactures
, Liberté du Commerce, Luxe,
Crédit , Circulations Colonies , &c.
&c. &c. En un mot , toutes les raiſons
qui peuvent faire regarder l'ancien Savary
comme inſuffifant , ſont exactement
applicables à l'Edition de Genêve,
qui ne différe que fort peu de l'ancienne
, & dans des choſes tout-à-fait étrangères
à l'objet du Commerce.
,
On ne peut pas juger l'Edition de
Coppenhague plus favorablement : on
y retrouve toutes les omiffions , toutes
les inéxactitudes de l'ancien Savary .
Quant aux additions , elles confiftent
1º. dans les détails d'Hiſtoire Naturelle
dont on avoit groſſi l'Edition de Genêve
, & qui font ſi étrangers au Commerce
: 2 °. Dans les Articles tranfcrits
mot à mot de l'Encyclopédie , & dans
un petit nombre d'autres copiés du
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
Journal de Commerce , du Journal economique
, de la Matière médicale de
M. Geoffroi , & de la Minéralogie de
Wallerius & d'Henctiel.
Nous n'avançons rien ici dont nous
ne ſoyons afſurés d'après un relevé &
une comparaiſon exacte des Editions
de Paris 1748 , de Genève & de Coppenhague.
Et pour en donner une preuve
complette , nous allons préſenter aux
Lecteurs un tableau plus détaillé de ces
additions .
Les changemens & les additions du
Dictionnaire de Coppenhague comparé
à l'Edition de Genève , confiftent en
deux mille articles environ . De ces deux
mille articles , près de quinze cent font
tirés des ſept premiers volumes de l'Encyclopédie
, & ſe trouvent dans les
deux premiers volumes , & dans une
partie du troifiéme de l'Edition de Cop
penhague. Il eſt affez étrange qu'on aille
copier fervilement un Ouvrage auffi
connu & auffi répandu.
Mais il y a plus. 1º. Ces articles empruntés
de l'Encyclopédie font pour la
plupart abfolument étrangers au Dictionnaite
de Commerce , comme des
articles concernant le méchaniſme des
Arts & l'Histoire Naturelle . 2°. Une
JUIN. 1763 . 101
grande partie de ces articles étoient tirés
de Savary même , placés dans l'Encyclopédie
avec des changemens trèslégers.
3°. Ce plagiat des Editeurs de
Coppenhague rend leur Ouvrage inégal
depuis l'A juſqu'au G incluſivement ,
c'est-à-dire en ſept lettres , il y a quinze
cens articles ajoutés ou changés,& deux
volumes & demi ; tandis que depuis l'H
juſqu'auZ, c'est-à-dire en ſeize lettres de
l'Alphabet , il n'y a que cinq cent Articles
environ , & un volume & demi
feulement. 4°. L'Encyclopédie d'où l'on
a tiré ces additions n'étant pas achevée,
les Articles que les Editeurs de Coppenhague
en ont empruntés ne forment
pas à beaucoup près un corps complet
de doctrine & de principes .
5°. Ces mêmes Articles ſont continuellement
en contradiction avec ceux
d'après leſquels le reſte du Dictionnaire
eſt fait. Par exemple : on lit à l'Article
COMMUNAUTÉS , que ces corps ont des
loix particulieres qui ſont prèſque toutes
opposées au bien général ; que leur
établiſſement affoiblit la concurrence, le
premier principe du Commerce
Dans l'Article COMPAGNIES DE Cом-
,
&c.
MERCE , on dit d'après M. Child , que
les Compagnies nefont pa capables
pas
de
1
Elij
102 MERCURE DE FRANCE.
conferver ou d'accroître une branche de
Commerce ; qu'elles cauſent ſouvent des
pertes à la Nation ; qu'on peut s'en
paffer pour étendre le Commerce , &c.
Tandis qu'en d'autres endroits on trouve
que les octrois que reçoivent les Compagnies
des Princes leurs Souverains
font la bafe & l'appui des plus grands
Commerces , & fontfleurir les Etats , & c .
(Voyez la Préface & une infinité d'autres
endroits. )
6°. On a négligé de confulter les
meilleures ſources : Melon , Cantillon ,
Hume , Child , Jean de With , le Négociant
Anglois , & les Ouvrages Anglois.
7°. Dans les additions qu'on a tirées
de quelques autres Ouvrages , les Editeurs
de Coppenhague ont recueilli pref
que toujours des morceaux étrangers
au Commerce.C'eſt ainſi qu'ils ont tranfcrit
beaucoup d'endroits de la Minéralogie
de Walerius & de celle de
Henctiel.
Tel eſt , Monfieur , le jugement que
portent des perſonnes inſtruites des éditions
étrangeres du Dictionnaire de
Commerce, & en particulier de celle que
vous annoncez. Si nous avions voulu
imiter les Editeurs de Genêve & de Cop
JUIN. 1763 . 103
penhague , & ne donner comme eux
que l'ancien Ouvrage avec quelques
additions peu importantes ou étrangères
à l'objet du Commerce , fi nous ne
nous étions pas propoſé de donner une
édition véritablement corrigée & augmentée
, d'y répandre les vrais principes
du Commerce que Savary n'a pas connus
, & de rendre en un mot cet Ouvrage
digne d'être offert au Public, nous
ne nous ferions pas laiſſé prévenir par
les Libraires étrangers. Mais pour remplir
nos vues à cet égard, il nous a fallu
des foins , de la dépenſe , & furtout
du temps.
Nous nous flatons que le Public
attendra avec un peu de patience la
fin d'un travail néceſſairement long ,
mais dont nous voyons le terme s'approcher.
Nous comptons publier le
Profpectus de notre nouvelle édition
dans le courant de l'année prochaine ,
& mettre tout de ſuite ſous preffe.
Nous avons l'honneur d'être &c .
Les Frères ESTIENNE ,
Libraires , rue S. Jacques.
A Paris ce 10 Mai 1763 .
Fermer
Résumé : LETTRE, au sujet du Dictionnaire de Commerce DE SAVARY.
La lettre traite de la publication d'une nouvelle édition du 'Dictionnaire de Commerce' de Savary à Copenhague, annoncée dans le Mercure de mai 1763. Les auteurs, détenteurs du privilège en France, expriment leur préoccupation face à cette édition étrangère, estimant qu'elle contredit les usages de la librairie française. Ils précisent que les libraires parisiens mentionnés, MM. Deffaint & Saillant, n'ont pas de souscriptions à fournir pour cette édition et désapprouvent l'annonce. Les auteurs soulignent que les éditions étrangères risquent de manquer de qualité et de précision, car le dictionnaire a été créé en France avec le soutien du gouvernement et des contributions de diverses autorités françaises. Ils critiquent les éditions existantes de Genève et de Copenhague, les jugeant défectueuses et inadaptées. L'édition de Genève contient peu d'ajouts pertinents et conserve des erreurs anciennes, tandis que celle de Copenhague ajoute des informations superficielles sur l'histoire naturelle et des extraits d'autres ouvrages sans rapport direct avec le commerce. L'édition de Copenhague comprend environ deux mille articles supplémentaires, dont près de quinze cents proviennent des sept premiers volumes de l'Encyclopédie. Ces ajouts sont souvent étrangers au sujet principal du dictionnaire et proviennent parfois des œuvres de Savary avec des modifications mineures. Cette pratique de plagiat rend l'ouvrage inégal et incohérent. Les éditeurs de Copenhague ont également négligé de consulter des sources majeures comme Melon, Cantillon, Hume, et Child. Les auteurs concluent en affirmant leur intention de publier une édition corrigée et augmentée du dictionnaire, intégrant les vrais principes du commerce, et annoncent la publication prochaine du prospectus de cette nouvelle édition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 104-106
LE Nouvel ABAILLARD, ou Lettres d'un Singe au Docteur ABADOLFS, traduites de l'Allemand, se trouve à Paris chez Dufour & Grangé, Libraires, sur le Pont Notre-Dame. 2 Volumes in-12.
Début :
CES Lettres contiennent une Histoire intéressante, dont les principaux Acteurs [...]
Mots clefs :
Bonté du caractère , Financier, Singe, Militaire, Abbé, Liberté sans indécence, Savoir sans pédanterie, Philosophie sans préjugés , Grâces sans prétentions, Bonheur sans amertume, Lettres, Fabulistes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE Nouvel ABAILLARD, ou Lettres d'un Singe au Docteur ABADOLFS, traduites de l'Allemand, se trouve à Paris chez Dufour & Grangé, Libraires, sur le Pont Notre-Dame. 2 Volumes in-12.
LE Nouvel ABAILLARD , ou Lettres
d'un Singe au Docteur ABADOLFS ,
traduites de l'Allemand Se trouve
à Paris chez Dufour & Grangé , Libraires
, fur le Pont Notre-Dame. 2
Volumes in- 12.
CESES Lettres contiennent une Hiſtoire
intéreſſante , dont les principaux Acteurs
, font un homme qui joint à un
efprit cultivé & orné des plus belles connoiſſances
, la bonté du caractère &
l'amour de l'humanité ; une jeune perſonne
aimable & ſenſible , un Financier
modelé fur l'ancien moule , un Militaire
vicieux & capable de toute forte
d'excès , un Abbé plein de prétentions
& qui eſt parvenu à ne rougir de rien
une fille , dont la fingulière façon de
penfer &d'agir , ſe ſoutient dans tout le
cours de l'Ouvrage. L'intrigue s'ouvre
dans la 7 Lettre. Après avoir crayonné
le tableau de la maiſon du Financier , de
ceux qui la fréquentent, & du premier
Perſonnage , dont nous venons de parler
, ( M. d'Armilli ) voici comme l'Auteur
s'exprime .
,
M. d'Armilli pourroit jouir d'une con
JUIN. 1763 .. 105
fidération diftinguée dans le grand monde
, mais fon humeur mélancolique
l'en éloigne , & depuis qu'il a vu Theréſe
, je comprends par ſon affiduité à
fréquenter notre maiſon , qu'il n'en fréquente
plus d'autres. Theréſe voit M.
d'Armilli avec plaifir : ſon âme eſt douée
d'une vertu magnétique. Ils ſe parloient
il y a quelques jours ſur le ton de la confance
& de l'amitié. On les gênoit
quand on vouloit entrer dans leurs converſations
quoiqu'elles ne roulaffent que
furdes choſes indifférentes ; ils ſe fixoient
avec complaifance , ils ſourioient prèſque
en même-temps , ils devinoient leurs
penſées , je n'ai jamais remarqué de ſympathie
plus parfaite. Ils offroient le touchant
aſſemblage de la liberté ſans indécence
, du ſçavoir fans pédanterie , de
la philoſophie fans préjugés , des grâces
fans prétentions , du bonheur ſans amer
tume. Qu'ils me paroiffent changés !
Leurs yeux ne ſe parlent plus , parce
qu'ils craignent ſans doute d'en comprendre
le langage. Hélas ! ils ne font
point changés. Ils ſe craignent , donc
ils s'aiment. Tant mieux , diras-tu peutêtre
; ce vertueux jeune homme ſemble
formé pour ma fille.... Reviens , vénérable
Abadolfs , de cette erreur funeſte.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
Frémis , mon cher Maître . Dans quel
lieu as-tu envoyé le fruit d'un amour cher
à ton coeur ? .... Tâche plutôt d'étouffer
par les meilleurs avis une paffion dont
les fuites feroient terribles. Apprends
que d'Armilli eſt marié.
Cet amour malheureux eſt la cauſe
de la variété des événemens qu'on trouve
dans cette Hiſtoire. Le récit en eft
ſouvent coupé par de petitesDiffertations
fur différens Sujets. On rend compte
dans la Préface de la manière dont ces
Lettres , qu'on attribue à un Singe , ont
été trouvées. On établit,en plaiſantant,
la poſſibilité de cette fiction que l'exemple
des Fabuliſtes ſemble juſtifier. L'abondance
des matières ne nous permet
pas de nous étendre davantage ſur cet
Ouvrage. On l'attribue à M. de Campigneulles
, qui a déja publié pluſieurs
Ecrits , qui ont reçu un accueil favorable.
d'un Singe au Docteur ABADOLFS ,
traduites de l'Allemand Se trouve
à Paris chez Dufour & Grangé , Libraires
, fur le Pont Notre-Dame. 2
Volumes in- 12.
CESES Lettres contiennent une Hiſtoire
intéreſſante , dont les principaux Acteurs
, font un homme qui joint à un
efprit cultivé & orné des plus belles connoiſſances
, la bonté du caractère &
l'amour de l'humanité ; une jeune perſonne
aimable & ſenſible , un Financier
modelé fur l'ancien moule , un Militaire
vicieux & capable de toute forte
d'excès , un Abbé plein de prétentions
& qui eſt parvenu à ne rougir de rien
une fille , dont la fingulière façon de
penfer &d'agir , ſe ſoutient dans tout le
cours de l'Ouvrage. L'intrigue s'ouvre
dans la 7 Lettre. Après avoir crayonné
le tableau de la maiſon du Financier , de
ceux qui la fréquentent, & du premier
Perſonnage , dont nous venons de parler
, ( M. d'Armilli ) voici comme l'Auteur
s'exprime .
,
M. d'Armilli pourroit jouir d'une con
JUIN. 1763 .. 105
fidération diftinguée dans le grand monde
, mais fon humeur mélancolique
l'en éloigne , & depuis qu'il a vu Theréſe
, je comprends par ſon affiduité à
fréquenter notre maiſon , qu'il n'en fréquente
plus d'autres. Theréſe voit M.
d'Armilli avec plaifir : ſon âme eſt douée
d'une vertu magnétique. Ils ſe parloient
il y a quelques jours ſur le ton de la confance
& de l'amitié. On les gênoit
quand on vouloit entrer dans leurs converſations
quoiqu'elles ne roulaffent que
furdes choſes indifférentes ; ils ſe fixoient
avec complaifance , ils ſourioient prèſque
en même-temps , ils devinoient leurs
penſées , je n'ai jamais remarqué de ſympathie
plus parfaite. Ils offroient le touchant
aſſemblage de la liberté ſans indécence
, du ſçavoir fans pédanterie , de
la philoſophie fans préjugés , des grâces
fans prétentions , du bonheur ſans amer
tume. Qu'ils me paroiffent changés !
Leurs yeux ne ſe parlent plus , parce
qu'ils craignent ſans doute d'en comprendre
le langage. Hélas ! ils ne font
point changés. Ils ſe craignent , donc
ils s'aiment. Tant mieux , diras-tu peutêtre
; ce vertueux jeune homme ſemble
formé pour ma fille.... Reviens , vénérable
Abadolfs , de cette erreur funeſte.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
Frémis , mon cher Maître . Dans quel
lieu as-tu envoyé le fruit d'un amour cher
à ton coeur ? .... Tâche plutôt d'étouffer
par les meilleurs avis une paffion dont
les fuites feroient terribles. Apprends
que d'Armilli eſt marié.
Cet amour malheureux eſt la cauſe
de la variété des événemens qu'on trouve
dans cette Hiſtoire. Le récit en eft
ſouvent coupé par de petitesDiffertations
fur différens Sujets. On rend compte
dans la Préface de la manière dont ces
Lettres , qu'on attribue à un Singe , ont
été trouvées. On établit,en plaiſantant,
la poſſibilité de cette fiction que l'exemple
des Fabuliſtes ſemble juſtifier. L'abondance
des matières ne nous permet
pas de nous étendre davantage ſur cet
Ouvrage. On l'attribue à M. de Campigneulles
, qui a déja publié pluſieurs
Ecrits , qui ont reçu un accueil favorable.
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Résumé : LE Nouvel ABAILLARD, ou Lettres d'un Singe au Docteur ABADOLFS, traduites de l'Allemand, se trouve à Paris chez Dufour & Grangé, Libraires, sur le Pont Notre-Dame. 2 Volumes in-12.
'Le Nouvel Abaillard, ou Lettres d'un Singe au Docteur Abadolfs' est un ouvrage traduit de l'allemand, publié à Paris chez Dufour & Grangé. Composé de deux volumes, il relate une histoire impliquant plusieurs personnages : un homme cultivé, une jeune femme sensible, un financier, un militaire, un abbé prétentieux et une fille au comportement singulier. L'intrigue commence dans la septième lettre, décrivant la maison du financier et les interactions entre M. d'Armilli et Thérèse. Leur relation passe de la sympathie à la crainte réciproque, révélant un amour impossible car M. d'Armilli est marié. Cet amour influence les événements du récit, ponctué de discussions variées. La préface explique que les lettres sont attribuées à un singe, une fiction justifiée par les fabulistes. L'ouvrage est attribué à M. de Campigneulles, auteur de plusieurs écrits bien accueillis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 106-108
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ÉSSAIS historiques sur Paris, de M. de Saintfoix, troisiéme édition, revue, [...]
Mots clefs :
Essais historiques, Succès, Consolateur, Impôt, Économie politique, Histoire militaire, Langage de la religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES .
ÉSSAIS hiſtoriques fur Paris , de M.
de Saintfoix , troifiéme édition , revue ,
corrigée & augmentée , 4 vol. in- 12 .
Londres , 1763 ; & ſe trouvent à Paris ,
chez Duchesne , Libraire , rue S. Jac
JUI N. 1763. 107
ques , au-deſſous de la Fontaine S. Benoît
, au Temple du Goût.
Le ſuccès des premières Editions de
cet Ouvrage où l'utile & l'agréable ſe
trouvent également répandus , eſt un
fùr garant de l'accueil que doit attendre
celle-ci de la part du Public. On vend
à part un Supplément pour les perfonnes
qui ont l'Edition en trois volumes.
Nous en donnerons l'Extrait dans le
Mercure prochain.
1
LE CONSOLATEUR , pour ſervir de
réponſe à la théorie de l'Impôt , & autres
écrits fur FEconomie Politique.
Par M. E B. de S. S... in- 12 . Bruxelles,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez. Valleyre
Père , rue S. Severin , vis-à-vis le
Portail de l'Eglife , à l'Annonciation.
Tout bon Citoyen jugera ce Livre
digne de ſon titre ;& nous ne tarderons
pas d'en rendre compte,
RECUEIL de Lettres , pour fervir
d'éclairciſſement à l'Histoire Militaire
du régne de Louis XIV. Tomes 5 &
6. in-12. La Haye, 1763; & ſe trouve à
Paris, chez Antoine Boudet, Imprimeur
du Roi , rue S. Jacques , à la Bible d'or.
Les Amateurs de notre hiſtoire , &
Evi
108 MERCURE DE FRANCE.
furtout ceux qui connoiffent le mérite
de cette collection , ne pourront qu'applaudir
au zéle très-louable des Continuateurs
de cet Ouvrage.
LE LANGAGE de la Religion , par
l'Auteur du Langage de la Raifon.
Intonuit de Calo Dominus , & Altiffimus
dedit vocem fuam. Pl. 17. v. 15 .
In - 12 . Paris , 1763. Chez Nyon , Libraire
, quai des Auguſtins,à l'Occafion.
ÉSSAIS hiſtoriques fur Paris , de M.
de Saintfoix , troifiéme édition , revue ,
corrigée & augmentée , 4 vol. in- 12 .
Londres , 1763 ; & ſe trouvent à Paris ,
chez Duchesne , Libraire , rue S. Jac
JUI N. 1763. 107
ques , au-deſſous de la Fontaine S. Benoît
, au Temple du Goût.
Le ſuccès des premières Editions de
cet Ouvrage où l'utile & l'agréable ſe
trouvent également répandus , eſt un
fùr garant de l'accueil que doit attendre
celle-ci de la part du Public. On vend
à part un Supplément pour les perfonnes
qui ont l'Edition en trois volumes.
Nous en donnerons l'Extrait dans le
Mercure prochain.
1
LE CONSOLATEUR , pour ſervir de
réponſe à la théorie de l'Impôt , & autres
écrits fur FEconomie Politique.
Par M. E B. de S. S... in- 12 . Bruxelles,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez. Valleyre
Père , rue S. Severin , vis-à-vis le
Portail de l'Eglife , à l'Annonciation.
Tout bon Citoyen jugera ce Livre
digne de ſon titre ;& nous ne tarderons
pas d'en rendre compte,
RECUEIL de Lettres , pour fervir
d'éclairciſſement à l'Histoire Militaire
du régne de Louis XIV. Tomes 5 &
6. in-12. La Haye, 1763; & ſe trouve à
Paris, chez Antoine Boudet, Imprimeur
du Roi , rue S. Jacques , à la Bible d'or.
Les Amateurs de notre hiſtoire , &
Evi
108 MERCURE DE FRANCE.
furtout ceux qui connoiffent le mérite
de cette collection , ne pourront qu'applaudir
au zéle très-louable des Continuateurs
de cet Ouvrage.
LE LANGAGE de la Religion , par
l'Auteur du Langage de la Raifon.
Intonuit de Calo Dominus , & Altiffimus
dedit vocem fuam. Pl. 17. v. 15 .
In - 12 . Paris , 1763. Chez Nyon , Libraire
, quai des Auguſtins,à l'Occafion.
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7
p. 108
« LES PENSÉES de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. In-12 Amsterdam, [...] »
Début :
LES PENSÉES de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. In-12 Amsterdam, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES PENSÉES de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. In-12 Amsterdam, [...] »
LES PENSÉES de J. J. Rousseau ,
Citoyen de Genève. In-12. Amſterdam,
1763 ; & fe trouvent à Paris , chez
Prault petit -fils , Libraire , quai desAuguſtins.
Citoyen de Genève. In-12. Amſterdam,
1763 ; & fe trouvent à Paris , chez
Prault petit -fils , Libraire , quai desAuguſtins.
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8
p. 108-113
« HISTOIRE de l'Empire de Russie sous Pierre le-Grand, par l'Auteur de [...] »
Début :
HISTOIRE de l'Empire de Russie sous Pierre le-Grand, par l'Auteur de [...]
Mots clefs :
Empire de Russie, Chasse aux chiens courants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE de l'Empire de Russie sous Pierre le-Grand, par l'Auteur de [...] »
HISTOIRE de l'Empire de Ruffie
fous Pierre le- Grand , par l'Auteur de
l'hiſtoire de Charles XII. Tome 2. &
dernier, in-8°. 1763. On en trouve des
exemplaires chez Panckoucke , Libraire,
rue & à côté de la Comédie Françoiſe.
La célébrité de l'Auteur & celle du
Héros dont il vient d'achever l'hiſtoire,
faifoient attendre avec impatience le
volume que nous annonçons , avec autant
de p'aiſir que nous nous propoſons
d'en donner bientôt l'Extrait .
JUIN. 1763 . 109
1
L'ÉCOLE de la Chaſſe aux Chiens
courans , par M. le Verrier de la Conterie
, Ecuyer , Seigneur d'Amigny , les
Aulnets , &c . précédée d'une Bibliothéque
hiſtorique & critique des Thereuticographes
. In 8. 2 vol . Rouen , 1763 .
De l'Imprimerie de MM. Nicolas &Richard
Lallemant.
N. B. Ce qui ajoute au mérite de cet
Ouvrage , c'eſt que la première partie
pleine de recherches auſſi ſçavantes
qu'agréables , eſt de MM. Lallemant ,
auffi connus par leur érudition que par
leur naiſſance.
LA VOIX de la Nature , ou lesAvantures
de Madame la Marquiſe de ***.
Par Madame de R. R. Auteur de la
Paysanne Philofophe. 5 parties in - 16 .
Amsterdam , 1763 ; & fe trouve à Paris
chez les Libraires qui vendent les
Nouveautés . Nous en rendrons compte
plus amplement.
PROJET d'Etabliſſement d'un Bureau
de Confultations d'Avocats pour les
Pauvres ; ou Lettre d'un Citoyen à M.
Marin , Cenfeur Royal , en réponſe à
celle par lui écrite à Madame la P ***
de*****, fur un Projet intéreſſant pour
l'humanité. Brochure in-12 . 1763. Se
trouve chez les mêmes Libraires .
1
110 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION fur ce qu'il convient
de faire pour diminuer ou fupprimer
le lait des femmes,&c. Ouvrage
couronné par la Société Hollandoiſe
des Sciences , à Harlem , le 21 Mai
1762 , par M. David , Docteur en Médecine.
Brochure , in- 12. Paris , 1763.
Chez Vallat la Chapelle , Libraire , au
Palais , fur le Perron de la Sainte-Chapelle.
SATYRES nouvelles , par M. de V ***
Brochure in- 12 . Amsterdam, 1763. Et fe
vend à Paris, chez Cuiffart , Pont-au-
Change, à la Harpe. Nous comptons en
donner l'Extrait.
DISCOURS quia remporté le Prix d'Eloquence
, au jugement de la Société
Royale des Sciences & Belles-Lettres de
Nancy , pour l'année 1763. Par M. Billecard,
Avocat à la Cour. In- 8°. Nancy,
1763. Chez la Veuve & Claude Lefeure ,
Imprimeur ordinaire du Roi.
L'Auteur de ce Difcours touche à
peine à ſa vingtiéme année ; & nous ne
tarderons pas à lui rendre toute la justice
qu'il nous paroît mériter.
ÉTAT des Livres nouveaux qui fe
trouvent chez BRIASSON , Libraire
JUIN . 1763 . JIT
à Paris , rue S. Jacques , à la Science
; 1763 .
TRAITÉ des réparations des Egliſes
& des Economats , par M. Piales ,
Avocat en Parlement , in- 12 , 4. vol.
1762.
C'est la suite des Traités de cet Auteur
fur la Matière Bénéficiale , dont
il a dejà paru chez le même Libraire.
Le Traité de la collation des Bénéfices
, du Visa , &c. in- 12 , 8 vol.
Le Traité de la Prévention & Provifion
, in- 12 , 2 vol.
Le Traité de l'Expectative & du
Droit des Gradués , in-12 , 6 vol.
Le Traité de la Dévolution & du
Dévolut , in- 12 , 3 vol.
Le Traité des Commendes , in-12 ,
3 vol.
Obſervations fur les Scavans incrédules
, & fur quelques -uns de leurs
Ecrits , par M. de Luc , in- 8°. Genéve ,
1762.
Differtation ſur les Celtes Brigantes ,
in-12. Breghente , 1762 .
Les mêlanges de Philofophie & de
Mathématique de la Société de Turin
ou Miscellanea Taurinenfia , in-4°. 2
vol. Turin , 1759 & 1762.
112 MERCURE DE FRANCE
,
Les Planches du Dictionnaire des
Sciences , des Arts & Manufactures
feconde & troifiéme livraiſon , in-fol.
Traité des nombres trigonaux , de
leur valeur & uſage , par M. Joncourt ,
in-4° . A la Haye. 1762 .
Le Calendrier des Laboureurs & Fermiers
, traduit de Bradley , nouvelle
Edition , in- 12. 1762.
Phyſique occulte , ou la Baguette divinatoire
, nouvelle Edition , in- 12 , 2
vol . fig. A la Haye , 1762.
Plus, on trouve chezle même Libraire
les fuivans , dont il a acquis les impreffions
depuis peu.
Dalembert : Traité de Dynamique ,
in-4° , fig. Nouvelle Edition augmentée
, 1758.
-Suite ou Traité de l'Equilibre & du
Mouvement des Fluides in-4°. fig.
1744.
-Effai d'une nouvelle Théorie de la
réſiſtance des Fluides, in-4 °. fig . 1752 .
Nota. Les trois Traités ci-deſſus ont
une extrême liaiſon l'un avec l'autre ;
cependant ils continueront à se vendre
toujours séparément.
-Réflexions ſur la cauſe générale
des Vents , in-4° . fig . 1747.
JUIN. 1763. 113
Recherches ſur la préceſſion des
Equinoxes & fur la nutation de l'axe
de la Terre , in- 4° . fig . 1759 .
-Recherches ſur divers points importans
du Syſtême du Monde , in-4° .
3. vol . fig . 1754 & 1756 .
Nota. Le troiſième volume continuera
àfe vendre séparément.
-Opufcules Mathématiques , ou Mémoires
fur différens ſujets de Géométrie
, de Méchanique , d'Optique ,
d'Aſtronomie , &c. in-4°. 2 vol .
fig. 1761 .
L'Auteur prépare un troisième Volume
, qui paroitra dans cette année
2763.
- Nouvelles tables de la Lune , in-4°.
-Les mêmes en Latin , in-4°.
Recherche de la Vérité , par le Pere
Malebranche , in- 12. 4. vol. 1761 .
Les OEuvres de M. Renuffon , contenant
les Traités de la Communauté ,
du Douaire , de la Garde- noble &
bourgeoife , des Propres , & de la Subrogation
, avec des Queſtions de Droit
les plus difficiles : nouvelle Edition
augmentée , in-fol. 1760.
Lettres Philoſophiques ſur la formation
des Sels & des Cryſtaux , par M.
Bourguet , in- 12 . Amsterdam , 1762.
fous Pierre le- Grand , par l'Auteur de
l'hiſtoire de Charles XII. Tome 2. &
dernier, in-8°. 1763. On en trouve des
exemplaires chez Panckoucke , Libraire,
rue & à côté de la Comédie Françoiſe.
La célébrité de l'Auteur & celle du
Héros dont il vient d'achever l'hiſtoire,
faifoient attendre avec impatience le
volume que nous annonçons , avec autant
de p'aiſir que nous nous propoſons
d'en donner bientôt l'Extrait .
JUIN. 1763 . 109
1
L'ÉCOLE de la Chaſſe aux Chiens
courans , par M. le Verrier de la Conterie
, Ecuyer , Seigneur d'Amigny , les
Aulnets , &c . précédée d'une Bibliothéque
hiſtorique & critique des Thereuticographes
. In 8. 2 vol . Rouen , 1763 .
De l'Imprimerie de MM. Nicolas &Richard
Lallemant.
N. B. Ce qui ajoute au mérite de cet
Ouvrage , c'eſt que la première partie
pleine de recherches auſſi ſçavantes
qu'agréables , eſt de MM. Lallemant ,
auffi connus par leur érudition que par
leur naiſſance.
LA VOIX de la Nature , ou lesAvantures
de Madame la Marquiſe de ***.
Par Madame de R. R. Auteur de la
Paysanne Philofophe. 5 parties in - 16 .
Amsterdam , 1763 ; & fe trouve à Paris
chez les Libraires qui vendent les
Nouveautés . Nous en rendrons compte
plus amplement.
PROJET d'Etabliſſement d'un Bureau
de Confultations d'Avocats pour les
Pauvres ; ou Lettre d'un Citoyen à M.
Marin , Cenfeur Royal , en réponſe à
celle par lui écrite à Madame la P ***
de*****, fur un Projet intéreſſant pour
l'humanité. Brochure in-12 . 1763. Se
trouve chez les mêmes Libraires .
1
110 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION fur ce qu'il convient
de faire pour diminuer ou fupprimer
le lait des femmes,&c. Ouvrage
couronné par la Société Hollandoiſe
des Sciences , à Harlem , le 21 Mai
1762 , par M. David , Docteur en Médecine.
Brochure , in- 12. Paris , 1763.
Chez Vallat la Chapelle , Libraire , au
Palais , fur le Perron de la Sainte-Chapelle.
SATYRES nouvelles , par M. de V ***
Brochure in- 12 . Amsterdam, 1763. Et fe
vend à Paris, chez Cuiffart , Pont-au-
Change, à la Harpe. Nous comptons en
donner l'Extrait.
DISCOURS quia remporté le Prix d'Eloquence
, au jugement de la Société
Royale des Sciences & Belles-Lettres de
Nancy , pour l'année 1763. Par M. Billecard,
Avocat à la Cour. In- 8°. Nancy,
1763. Chez la Veuve & Claude Lefeure ,
Imprimeur ordinaire du Roi.
L'Auteur de ce Difcours touche à
peine à ſa vingtiéme année ; & nous ne
tarderons pas à lui rendre toute la justice
qu'il nous paroît mériter.
ÉTAT des Livres nouveaux qui fe
trouvent chez BRIASSON , Libraire
JUIN . 1763 . JIT
à Paris , rue S. Jacques , à la Science
; 1763 .
TRAITÉ des réparations des Egliſes
& des Economats , par M. Piales ,
Avocat en Parlement , in- 12 , 4. vol.
1762.
C'est la suite des Traités de cet Auteur
fur la Matière Bénéficiale , dont
il a dejà paru chez le même Libraire.
Le Traité de la collation des Bénéfices
, du Visa , &c. in- 12 , 8 vol.
Le Traité de la Prévention & Provifion
, in- 12 , 2 vol.
Le Traité de l'Expectative & du
Droit des Gradués , in-12 , 6 vol.
Le Traité de la Dévolution & du
Dévolut , in- 12 , 3 vol.
Le Traité des Commendes , in-12 ,
3 vol.
Obſervations fur les Scavans incrédules
, & fur quelques -uns de leurs
Ecrits , par M. de Luc , in- 8°. Genéve ,
1762.
Differtation ſur les Celtes Brigantes ,
in-12. Breghente , 1762 .
Les mêlanges de Philofophie & de
Mathématique de la Société de Turin
ou Miscellanea Taurinenfia , in-4°. 2
vol. Turin , 1759 & 1762.
112 MERCURE DE FRANCE
,
Les Planches du Dictionnaire des
Sciences , des Arts & Manufactures
feconde & troifiéme livraiſon , in-fol.
Traité des nombres trigonaux , de
leur valeur & uſage , par M. Joncourt ,
in-4° . A la Haye. 1762 .
Le Calendrier des Laboureurs & Fermiers
, traduit de Bradley , nouvelle
Edition , in- 12. 1762.
Phyſique occulte , ou la Baguette divinatoire
, nouvelle Edition , in- 12 , 2
vol . fig. A la Haye , 1762.
Plus, on trouve chezle même Libraire
les fuivans , dont il a acquis les impreffions
depuis peu.
Dalembert : Traité de Dynamique ,
in-4° , fig. Nouvelle Edition augmentée
, 1758.
-Suite ou Traité de l'Equilibre & du
Mouvement des Fluides in-4°. fig.
1744.
-Effai d'une nouvelle Théorie de la
réſiſtance des Fluides, in-4 °. fig . 1752 .
Nota. Les trois Traités ci-deſſus ont
une extrême liaiſon l'un avec l'autre ;
cependant ils continueront à se vendre
toujours séparément.
-Réflexions ſur la cauſe générale
des Vents , in-4° . fig . 1747.
JUIN. 1763. 113
Recherches ſur la préceſſion des
Equinoxes & fur la nutation de l'axe
de la Terre , in- 4° . fig . 1759 .
-Recherches ſur divers points importans
du Syſtême du Monde , in-4° .
3. vol . fig . 1754 & 1756 .
Nota. Le troiſième volume continuera
àfe vendre séparément.
-Opufcules Mathématiques , ou Mémoires
fur différens ſujets de Géométrie
, de Méchanique , d'Optique ,
d'Aſtronomie , &c. in-4°. 2 vol .
fig. 1761 .
L'Auteur prépare un troisième Volume
, qui paroitra dans cette année
2763.
- Nouvelles tables de la Lune , in-4°.
-Les mêmes en Latin , in-4°.
Recherche de la Vérité , par le Pere
Malebranche , in- 12. 4. vol. 1761 .
Les OEuvres de M. Renuffon , contenant
les Traités de la Communauté ,
du Douaire , de la Garde- noble &
bourgeoife , des Propres , & de la Subrogation
, avec des Queſtions de Droit
les plus difficiles : nouvelle Edition
augmentée , in-fol. 1760.
Lettres Philoſophiques ſur la formation
des Sels & des Cryſtaux , par M.
Bourguet , in- 12 . Amsterdam , 1762.
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