LE CONSOLATEUR , pour fervir de
réponse à la Théorie de l'Impôt , &
autres Ecrits fur l'Economie politique;
par M. de S. Suplix. A Bruxelles
, & fe trouve à Paris , chez Valleyre
pere , rue S. Severin , vis - à-vis le
Portail de l'Eglife , à l'Annonciation.
1763. un volume in -12 .
Q
JATORZE Chapitres compofent ce
Volume , qui eft , comme on le voit
SEPTEMBRE. 1763. 83
par le titre , une réfutation de plufieurs
Ouvrages qui ont paru dans les derniers
temps fur l'Economie politique ,
& en particulier du Livre fameux de la
Théorie de l'Impôt.
Les deux premiers Chapitres traitent
de l'Agriculture à laquelle, depuis quelques
années , le Public paroît donner
toute fon attention . L'Auteur ne veut
pas qu'on néglige cet Art ; mais il s'éléve
avec force contre les Ecrivains qui
prétendent qu'il n'eft point affez cultivé
en France ; & il fait voir que s'il eft trèsutile
, il n'eft certainement pas le feul
néceffaire.
La population fait la matière des deux
Chapitres fuivans. Un Auteur moderne
a prétendu que l'Agriculture eft la fource
de la population ; & comme il veut que
' Agriculture foit diminuée en France ,
en conféquence il diminue les habitans
du Royaume. Non-feulement on a prouvé
dans les deux premiers Chapitres que
Agriculture étoit toujours la même ,
mais on montre encore que cet Art ,
quoique le plus utile aux hommes , n'eft
cependant pas le plus favorable à la population
, à ne l'envifager que dans la
culture des grains.
Le cinquiéme chapitre préfente des
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
calculs fur les revenus de la Nation , dans
lefquels on combat encore fortement les
opinions de l'Auteur de la Théorie de
P'Impôt ; car c'eft à lui qu'on en veut
principalement dans cette nouvelle réfutation
; comme on peur le voir encore
par le Titre du Chapitre fuivant : Tableau
des revenus du territoire du Royaume ,
dans un état de profpérité: Parl'Auteur
de la Théorie de l'Impôt. Et remarques
fur ce Tableau. Ces remarques ont pour
objet de prouver que le Tableau en quef.
tion eft extraordinairement exagéré.
Les prohibitions & privilèges exclufifs
font traités dans deux Chapitres. On
juge bien que M. de Mirabeau s'étant éle--
ve fortement contre ces fortes de privi--
lèges , fon adverfaire en prendra la dé--
fenfe; mais ily met des reftrictions.
La forme des impôts , telle qu'elle eft
établie aujourd'hui en France , eft trèsancienne
. Les abus s'y font gliffés par
gradation, il eft néceffaire de les corriger;
mais pour le faire fans danger , dit notre
Auteur , il faut que ce foit peu -à - peu ;
rien de fi périlleux que les changemens.
fubits ; c'étoit le fentiment de M. Colbert.
l'Auteur de la Théorie de l'impôt veut aller
plus vite , & c'eft encore pour le réfuter
dans cette partie de fon Ouvrage,queSEPTEMBRE
. 1763 . 84
T'on employe ici un Chapitre entier , qui
fait le neuvième du Livre que nous annonçons
..
Le dixiéme eft intitulé : L'Auteur de
la Théorie de l'Impôt veut rendre le fel
& le tabac marchands : projet que l'on
a déja tenté inutilement. Ce Chapitre préfente
des faits curieux ; & l'on fera
peut être bien-aife de trouver ici les
progrès du tabac. Cette plante s'appelloit
originairement Petun , & fut apportée
en France fous le régne de
François Second , par Jean Nicot
Ambaffadeur en Portugal. Infenfiblement
fa vertu féduifit au point que
vers l'an 1629 il en entroit fi confidérablement
dans le Royaume , que cela
at ira l'attention du Gouvernement. On
mit une taxe de trente fals par livre dé
droit à fon entrée dans le Royaume ;
mais en même temps pour favorifer
l'établiffement des Colonies Françoifes ,
tous les tabacs qui en provenoient
étoient exempts de droits. Ce droit fut
enfuite diminué & fixé à vingt fols.
Enfin la vente exclufive en fut accordée
à un Fermier , en 1674 , avec les
droits. fur l'étain , pour la fomme de cinq
cens mille livres pendant les deux premières
années , & pour fix cens mille
86 MERCURE DE FRANCE.
livres pendant les quatre autres. Le prix
du tabac du Royaume fut fixé à vingt
fols en gros , & à vingt- cinq en détail.
Le prix du tabac étranger à quarante fols
en gros , & à cinquante en détail . En
1718 , la Compagnie d'Occident s'en
chargea fur le pied de quatre millions
deux cens mille livres par an ; à condition
de tirer de nos Colonies des tabacs
à fumer & à raper , & d'én favorifer la
culture. Le prix du tabac fut fixé à quarante
fols en gros , & à cinquante fols
en détail , & les qualités à proportion.
En 1719 le droit fur le tabac fut converti
en droits d'entrée , avec défenſe
d'en planter dans le Royaume. Enfin la
trifte révolution du fyftême mina cette
Compagnie , & replongea dans l'anéantiffement
le commerce du Tabac , & la
culture de la Colonie de la Louifiane .La
yente exclufive fut rétablie en faveur
de Duverdier , qui fut obligé de réfilier
fon bail en 1723 à la Compagnie des
Indes , moyennant quatre-vingt millions
qu'elle avança au Roi. Enfin le
privilége fut réuni en 1730 aux Fermes
qui en font restées en poffeffion depuis
ce temps.
Sans entrer dans aucun détail fur les autres
Chapitres qui traitent du droit d'auSEPTEMBRE.
1763. 87
baine, de la Finance, du reverſement & de
la circulation , il eft aifé de voir que
l'Auteur de ce nouvel Ouvrage fe propofe
partout de combattre les opinions
de M. de Mirabeau. Ce n'eft point à
nous à juger des raifons alléguées de
part & d'autre pour défendre leur fyftême.
Nous nous bornerons à dire que
le nouvel Auteur écrit avec méthode ,
clarté , intérêt & précision.