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101
p. 85-90
EXTRAIT d'une Lettre écrite de La Fléche à M. V ***
Début :
LE 31 Mai, on célébrera dans le Collége de la Fléche, l'anniversaire de Henri [...]
Mots clefs :
Tombeau, Discours, Terre, Mémoire, Débris, Poète, Dieux, Collège de La Flèche
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de La Fléche à M. V ***
EXTRAIT d'une Leure écrite de
La Flèche à M. V ***
LE3r Mai , on célébrá dans le Collége
de la Flèche, anniverfaire de Henri
le Grandqui en eft le Fondateur . M. de
Pechmėja , Profeffeur de Rhétorique ,
prononça dans la Grand Salle , un Difcours
fur la Cérémonie du jour , après
lequel il récita une Ode intitulée le
Tombeau de Henri IV.
*
On connoîtle Difcours latin qu'il prononça
à la rentrée des Claffes , & les
vues profondes qu'il y développa. Nous
connoiffions fa façon d'écrire dans une
langue qu'il eft fi difficile de bien parler.
On l'a entendu avec un nouveau plai
fir dans cette circonftance ; c'est toujours
la même chaleur dans le ftyle , la même
vérité dans les portraits. Vaici le commencement
de fon Difcours.
»Les jours deffinés à renouveller la
» mémoire des Grands Hommes ne font
» pour le vulgaire, qu'une fource de
* Le Sujet étoit Quantum ad Pacem, in Eua
ropa ,ftabiliendam & propagandam confeire valeas
Litterarum Juntes.
86 MERCURE DE FRANCE.
réfléxions affligeantes & lugubres fur
» les ravages du temps & la fragilité de
» notre exiſtence. Le Sage les regarde
» au contraire comme des jours de
» triomphe & de fêtes confacrés à l'im--
» mortalité des Héros . Ondiroit que les
» hommes pénétrés de reconnoiffance
" envers ceux qui ont fait du bien à leurs
Pères , ont ofé fufpendre par inter
» valles , la rapidité des fiécles , & arrê
» ter le torrent des âges pour contem-
» pler , pendant quelques; inftans , ces !
» Ombres immortelles qui refpirent en-
" core dans les bras même de la mort ,
,, & dans le filence du tombeau Ler
» temps, ce deftructeur rapide des Etres,
» entaffe tous les jours de nouveaux
38
nuages fur les âmes vulgaires qu'il a
» déjà plongées dans ces abîmes ; il)
multiplie , pour ainfi die , leur def
" truction ; tandis qu'il renouvelle fans
» ceffe , pour les Grands Hommes , leur
» exiftence & leur gloire , & s'empreffe
» de ramener , fous nos yeux , le fpecta-
» cle augufte qui doit perpétuer le fou-
» venir de leurs vertus.
Le Ciel qui a placé l'Auteur de las
» Henriade à côtéd'Homere & deVirgile,
mit à côté d'Enée & & Achille le vainqueur
de Mayenne , le Héros quiaffura,
JUILLET. 1763 . 87
Ti
aux Bourbons un Trône ébranlé par
» mille fecouffes , & fubjugua fes propres
» Enfans , par les efforts de fon courage
» & par la bonté de fon coeur. Henri vivra
toujours dans la mémoire des Hommes
, puifque fous le régne de LOUIS
» le BIEN- AIMÉ , nous nous reffouve-
» mons encore avec attendriffément de
»fes vertus paternelles. Henri n'a pu faire!
» oublier Trajan & Titus, Louis ne fera
» point oublier Henri. Le nombre des) -
» bienfaiteurs de l'humanité ne fera ja-
» mais affez grand pour faire perdre let
» fouvenir des Princes bienfaifans que
» le Ciel a accordés à la Terre .
3
Il finit par ce morceau qui prépare les
Auditeurs à l'Ode fuivante , & qui eft
très-bien lié avec la fuite du difcours .
» C'est dans le tumulte des armes
» parmi les clameurs confufes des vain-
» queurs & des vaincus , c'eft dans ces
plaines couvertes du débris de leurs
" Habitans ; cleft dans les ravages du
» monde que les Arts vont quelquefois.
chercher ce délire fublime qui nous
» éléve au-deffus de l'humanité , & fou
» tient notre vol ambitieux jufques aux
» voutes éternelles. Le Poëte, alors ,
» emporté par une impulfion puiffante ,
» eft forcé de peindre & de produire
au dehors , les fentimens qui l'ani
88 MERCURE DE FRANCE.
» ment. Il s'agite , il fe confume en
efforts redoublés , pour fe délivrer
» de l'enthoufiafme qui l'obféde. C'eft
» à la mémoire des travaux de Henri
» que je dois le feu puiffant qui m'en-
» flamme.
Un Dieu m'a tranſporté dans le contredu monde,
De l'implacable mort c'eft l'éternel féjour ;
Pour éclairer l'horreur de cette nuit profonde
Quelle importune main a fak entrer lejour?]
L'Ange exterminateur dans ces vaftes abirres
Entallé à tous momens un Peuple de victimes
Que letorrent de Fage entraîne avec fureur.
Non ; files Elémens recommençoient lear gaerre,
Sur les bords du calos les débris de la Terre
N'offriroient jamais tant d'horreur.
Lamort dans ce féjour fait régner le filences
Er prêve à dévorer tout ce vafte Univers ,
Sur les ailes de temps s'agire & fe balance ,
Parmi d'affreux monceaux de cendres & de vers.
Le cridu défeſpoir des Spectres & des Ombres
Seperd dans le néant de ces demeures fombres ,
Océan de foupirs vainement répétés.
Un fleuve de poiſons dans ces gouffres rerribles
Entraine lentement des offemens horribles
C
Et des crânes enfanglantes.
Le Poëte oit enfuite le tombeau
JUILLET. 1763 . 89
d'Henri , il veut y defcendre pour effacer
l'oppobre de la Terre qui a enfanté
fon affaffin . Mais tout- à-coup il fort
du tombeau une voix qui l'arrête .
Pròfanes, arrêtez ! fur cette urne fatale
Gardez-vous de porter de facriléges mains ;
Ignorez-vous encor le terrible intervalle
Qui fépare les Rois du refte des humains ?
Favoris & rivaux des Maires du Tonnerre ,
Les Princes bienfaifans n'abandonnent la Terre;
Que pourjouir comme eux de l'immortalité.
Dans ces riftes débris que la tombe dévore
A travers ce tombeau reconnoiſſez encore
Le fceau de la Divinité.
Elle donne des leçons aux Peuples fur
la foumiffion qu'ils doivent à leurs Rois,
condamne leurs murmures & finiraihfi.
Si des rigueurs du fort vos âmes étonnées
Ne peuvent plus fuffire au poids de vos malheurs ;
Thémis fçaura pour vous fléchir les deſtinées
Au fidéle récit de vos longues douleurs.
Vénus fcut écarter le vafe redoarable
De revers & de maux que le fort implacable
Verfoit comme un torrent far fon fils malhen
reux .
-Jupiter approuva fa tendrelle & fon zéle :
Il ne fallut pas moins qu'une voix immortelle
Pour parler au Maître des Dieux.
90 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le Poëte exige de fes Auditeurs
un ferment de fidélité.
Raffemblez-vous autour de cette urne plaintive,
Citoyens , à fes pieds accourez vous jetter ;
Et prêtant à ma voix une oreille attentive
Répétez les fermens que je vais vous dicter.
» Grands Dieux , qui de nos Roit affurez la puif
>> fance !
פכ
» Entre mon Prince & moi , fi jamais je balance ,
Qu'au glaive dévorant e fois abandonné ;
» Trop heureux fi je puis fidéle à ma patrie ,
Acheter de mon fang le bonheur & la vie
>> Du Roi que les Dieux m'ont donné. "
Le lendemain , il y eut un Service fofemnel
auquel affifterent tous les Corps
de Ville. M. l'Abbé Donjon , principal
du follége, prononça l'Oraifon funébre .
Il célébra les vertus militaires & morales
d'Henri-le-Grand.
La Flèche à M. V ***
LE3r Mai , on célébrá dans le Collége
de la Flèche, anniverfaire de Henri
le Grandqui en eft le Fondateur . M. de
Pechmėja , Profeffeur de Rhétorique ,
prononça dans la Grand Salle , un Difcours
fur la Cérémonie du jour , après
lequel il récita une Ode intitulée le
Tombeau de Henri IV.
*
On connoîtle Difcours latin qu'il prononça
à la rentrée des Claffes , & les
vues profondes qu'il y développa. Nous
connoiffions fa façon d'écrire dans une
langue qu'il eft fi difficile de bien parler.
On l'a entendu avec un nouveau plai
fir dans cette circonftance ; c'est toujours
la même chaleur dans le ftyle , la même
vérité dans les portraits. Vaici le commencement
de fon Difcours.
»Les jours deffinés à renouveller la
» mémoire des Grands Hommes ne font
» pour le vulgaire, qu'une fource de
* Le Sujet étoit Quantum ad Pacem, in Eua
ropa ,ftabiliendam & propagandam confeire valeas
Litterarum Juntes.
86 MERCURE DE FRANCE.
réfléxions affligeantes & lugubres fur
» les ravages du temps & la fragilité de
» notre exiſtence. Le Sage les regarde
» au contraire comme des jours de
» triomphe & de fêtes confacrés à l'im--
» mortalité des Héros . Ondiroit que les
» hommes pénétrés de reconnoiffance
" envers ceux qui ont fait du bien à leurs
Pères , ont ofé fufpendre par inter
» valles , la rapidité des fiécles , & arrê
» ter le torrent des âges pour contem-
» pler , pendant quelques; inftans , ces !
» Ombres immortelles qui refpirent en-
" core dans les bras même de la mort ,
,, & dans le filence du tombeau Ler
» temps, ce deftructeur rapide des Etres,
» entaffe tous les jours de nouveaux
38
nuages fur les âmes vulgaires qu'il a
» déjà plongées dans ces abîmes ; il)
multiplie , pour ainfi die , leur def
" truction ; tandis qu'il renouvelle fans
» ceffe , pour les Grands Hommes , leur
» exiftence & leur gloire , & s'empreffe
» de ramener , fous nos yeux , le fpecta-
» cle augufte qui doit perpétuer le fou-
» venir de leurs vertus.
Le Ciel qui a placé l'Auteur de las
» Henriade à côtéd'Homere & deVirgile,
mit à côté d'Enée & & Achille le vainqueur
de Mayenne , le Héros quiaffura,
JUILLET. 1763 . 87
Ti
aux Bourbons un Trône ébranlé par
» mille fecouffes , & fubjugua fes propres
» Enfans , par les efforts de fon courage
» & par la bonté de fon coeur. Henri vivra
toujours dans la mémoire des Hommes
, puifque fous le régne de LOUIS
» le BIEN- AIMÉ , nous nous reffouve-
» mons encore avec attendriffément de
»fes vertus paternelles. Henri n'a pu faire!
» oublier Trajan & Titus, Louis ne fera
» point oublier Henri. Le nombre des) -
» bienfaiteurs de l'humanité ne fera ja-
» mais affez grand pour faire perdre let
» fouvenir des Princes bienfaifans que
» le Ciel a accordés à la Terre .
3
Il finit par ce morceau qui prépare les
Auditeurs à l'Ode fuivante , & qui eft
très-bien lié avec la fuite du difcours .
» C'est dans le tumulte des armes
» parmi les clameurs confufes des vain-
» queurs & des vaincus , c'eft dans ces
plaines couvertes du débris de leurs
" Habitans ; cleft dans les ravages du
» monde que les Arts vont quelquefois.
chercher ce délire fublime qui nous
» éléve au-deffus de l'humanité , & fou
» tient notre vol ambitieux jufques aux
» voutes éternelles. Le Poëte, alors ,
» emporté par une impulfion puiffante ,
» eft forcé de peindre & de produire
au dehors , les fentimens qui l'ani
88 MERCURE DE FRANCE.
» ment. Il s'agite , il fe confume en
efforts redoublés , pour fe délivrer
» de l'enthoufiafme qui l'obféde. C'eft
» à la mémoire des travaux de Henri
» que je dois le feu puiffant qui m'en-
» flamme.
Un Dieu m'a tranſporté dans le contredu monde,
De l'implacable mort c'eft l'éternel féjour ;
Pour éclairer l'horreur de cette nuit profonde
Quelle importune main a fak entrer lejour?]
L'Ange exterminateur dans ces vaftes abirres
Entallé à tous momens un Peuple de victimes
Que letorrent de Fage entraîne avec fureur.
Non ; files Elémens recommençoient lear gaerre,
Sur les bords du calos les débris de la Terre
N'offriroient jamais tant d'horreur.
Lamort dans ce féjour fait régner le filences
Er prêve à dévorer tout ce vafte Univers ,
Sur les ailes de temps s'agire & fe balance ,
Parmi d'affreux monceaux de cendres & de vers.
Le cridu défeſpoir des Spectres & des Ombres
Seperd dans le néant de ces demeures fombres ,
Océan de foupirs vainement répétés.
Un fleuve de poiſons dans ces gouffres rerribles
Entraine lentement des offemens horribles
C
Et des crânes enfanglantes.
Le Poëte oit enfuite le tombeau
JUILLET. 1763 . 89
d'Henri , il veut y defcendre pour effacer
l'oppobre de la Terre qui a enfanté
fon affaffin . Mais tout- à-coup il fort
du tombeau une voix qui l'arrête .
Pròfanes, arrêtez ! fur cette urne fatale
Gardez-vous de porter de facriléges mains ;
Ignorez-vous encor le terrible intervalle
Qui fépare les Rois du refte des humains ?
Favoris & rivaux des Maires du Tonnerre ,
Les Princes bienfaifans n'abandonnent la Terre;
Que pourjouir comme eux de l'immortalité.
Dans ces riftes débris que la tombe dévore
A travers ce tombeau reconnoiſſez encore
Le fceau de la Divinité.
Elle donne des leçons aux Peuples fur
la foumiffion qu'ils doivent à leurs Rois,
condamne leurs murmures & finiraihfi.
Si des rigueurs du fort vos âmes étonnées
Ne peuvent plus fuffire au poids de vos malheurs ;
Thémis fçaura pour vous fléchir les deſtinées
Au fidéle récit de vos longues douleurs.
Vénus fcut écarter le vafe redoarable
De revers & de maux que le fort implacable
Verfoit comme un torrent far fon fils malhen
reux .
-Jupiter approuva fa tendrelle & fon zéle :
Il ne fallut pas moins qu'une voix immortelle
Pour parler au Maître des Dieux.
90 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le Poëte exige de fes Auditeurs
un ferment de fidélité.
Raffemblez-vous autour de cette urne plaintive,
Citoyens , à fes pieds accourez vous jetter ;
Et prêtant à ma voix une oreille attentive
Répétez les fermens que je vais vous dicter.
» Grands Dieux , qui de nos Roit affurez la puif
>> fance !
פכ
» Entre mon Prince & moi , fi jamais je balance ,
Qu'au glaive dévorant e fois abandonné ;
» Trop heureux fi je puis fidéle à ma patrie ,
Acheter de mon fang le bonheur & la vie
>> Du Roi que les Dieux m'ont donné. "
Le lendemain , il y eut un Service fofemnel
auquel affifterent tous les Corps
de Ville. M. l'Abbé Donjon , principal
du follége, prononça l'Oraifon funébre .
Il célébra les vertus militaires & morales
d'Henri-le-Grand.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de La Fléche à M. V ***
Le 3 mai, le Collège de la Flèche commémora l'anniversaire de Henri IV, son fondateur. M. de Pechméja, professeur de rhétorique, prononça un discours en latin suivi d'une ode intitulée 'Le Tombeau de Henri IV'. Dans son discours, Pechméja souligna que les anniversaires des grands hommes sont des jours de triomphe et de fête, consacrés à l'immortalité des héros. Il compara Henri IV à des figures mythologiques et historiques, louant son courage et sa bonté. Il conclut en évoquant l'inspiration poétique née des ravages du monde. L'ode décrivait un voyage dans l'au-delà où le poète rencontrait l'âme de Henri IV, qui rappelait l'immortalité des princes bienfaiteurs et la soumission due aux rois, se terminant par un appel à la fidélité et à la reconnaissance envers Henri IV. Une scène de deuil et d'hommage à Henri-le-Grand fut également organisée. Une urne symbolisant la fidélité fut présentée, et un discours exprima la loyauté envers le roi et la patrie, affirmant que la vie et le sang seraient sacrifiés pour le bien du souverain. Le lendemain, un service solennel réunit divers corps de ville. L'abbé Donjon, principal du collège, prononça une oraison funèbre louant les vertus militaires et morales d'Henri-le-Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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102
p. 116-128
SÉANCE publique de l'Académie Royale de Chirurgie, tenue le 14 Avril 1763.
Début :
LE prix de cette année, sur les maladies de l'oreille, consistant en une [...]
Mots clefs :
Corps, Académie, Malade, Chirurgien, Mémoire, Plaie, Genou, Réduction, Maladies de l'oreille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie Royale de Chirurgie, tenue le 14 Avril 1763.
SÉANCEpublique de l'Académie Royale
de Chirurgie , tenue le 14 Avril 1763 .
L E prix de cette année , fur les maladies
de l'oreille , confiftant en une
Médaille d'or , de cinq cens livres , fondée
par feu M. de la Peyronie , a été
remporté par M. Léchevin , Chirurgien
de l'Hôpital général de Rouen.
L'Académie a adjugé une Médaille
d'or de la valeur de deux cens livres
connue fous le nom de prix d'émulation,
à M. Marrigues , Maître en Chirurgie à
Verfailles. Les cinq petites Médailles
ont été méritées par des obfervations
intéreffantes fournies dans le courant de
l'année précédente , & ont été diftribuées
à MM. Lefne & Beaupreau , Académiciens
de la Claffe des Libres ; à
M. Moublet , Chirurgien à Taiafcon ;
à M. Philippe , Chirurgien à Chartres ;
JUILLET. 1763. 117
& à M. Jean-Daniel Mittelhauffer , Phy
ficien de la Province de Weiffenfels.
Après la diftribution des prix , M. Moprononça
les éloges de M. Daviel ,
Affocié de l'Académie , & Oculiste du
Roi , & de M. Faget , Vice -Directeur
de l'Académie .
rand
M. Daviel s'étoit adonné par goût à la
Chirurgie des yeux , dans laquelle il a
bien mérité de fes Contemporains & de
la postérité par l'opération de la cataracte
dont il faifoit l'extraction , au moyen
d'une incifion demi- circulaire pratiquée
à la partie inférieure de la cornée tranfparente.
Le Mémoire qu'il a donné fur
fa Méthode d'opérer , eft inféré dans le
fecond tome de ceux de l'Académie
Royale de Chirurgie ; il étoit Membre
de plufieurs Sociétés Sçavantes , & eft
mort à Genêve , l'année derniere .
M. Faget avoit été éléve du célébre
M. Petit. Sa réputation avoit commencé
par les fuccès qu'il eut dans la maifon de
Condé , étant Chirurgien de Madame la
Ducheffe- Douairière. Elle augmenta au
point de mettre M. Faget à côté des Praticiens
le plus en vogue , & de lui mériter
de grands Seigneurs pour amis. Il étoit
Confeiller de l'Académie depuis l'année
de fa création en 1731. Il a été pendant
118 MERCURE DE FRANCE .
dix ans Chirurgien de l'Hôpital de la
Charité , tant en qualité de Subſtitut
que de Chirurgien en Chef. Il fe diftingua
dans cette place par fon zéle pour
les pauvres . Il étoit Membre de la Société
Royale de Londres , & Vice - Directeur
de l'Académie de Chirurgie , lorſqu'une
'mort prompte l'enleva l'année dernière.
Il avoit donné à ces deux Compagnies
de fort bons Mémoires fur différens
fujets.
M. Levacher lut des réfléxions fur le
changement de direction des balles , par
la réfiftance des parties molles. Pour peu
qu'on ait eu occafion de traiter des
playes d'armes à feu,on a remarqué que
l'entrée & la fortie d'une balle ne font
pas les extrêmités d'une ligne droite ; &
l'on conçoit que les parties offeufes peuvent
, en détournant le corps étranger ,
être la caufe de cette déviation . M. Leva
cher prouve par plufieurs obfervations
dont l'expofé eft utile & inftructif, que
les feules parties molles , lorfqu'elles font
frappées felon une direction affez oblique
à leur furface , font des obftacles
fuffifans pour changer la voie des balles.
A ces faits fuccéde une démonftration
par les loix du mouvement , dans
laquelle l'Auteur explique comment la
JUILLET. 1763. 119
déviation a lieu dans le choc oblique
par la ligne de direction qui participe de
la perpendiculaire & de Phoriontale.
M. Fabre fit enfuite la lecture d'un
Mémoire fur une nouvelle méthode de
réduire la luxation & la fracture de la
cuiffe & du bras . Il établit pour principe
que la difficulté des réductions vient
moins de la réfiftance qu'oppofe la contraction
involontaire des muſcles , que
du lieu où l'on applique les forces qui
font l'extenfion & la contre - extenfion.
La régle générale établie pour l'extenfion
, eft d'appliquer la puiffance à l'os
même fracturé ou luxé. M. Dupouy ,
Membre de l'Académie , dans un Mémoire
qu'il a lu précédemment , affure
avoir réuffi avec très - peu d'efforts dans
la réduction de quelques luxations , en
tirant le membre par un endroit plus
éloigné , comme au-deffus du poignet
pour la réduction de l'os du bras ; &
par le pied , pour la luxation de la cuiffe.
Un homme s'étoit luxé la cuiffe en
montant derrière un caroffe : la tête de
l'os fut portée avec violence à la partie
poftérieure de la cavité de l'os de la
hanche , & fe logea dans l'intervalle
des muſcles feffiers. Un Chirurgien qui
vit le malade prèſqu'à l'inſtant de l'acci120
MERCURE DE FRANCE.
dent fit beaucoup d'efforts inutiles
quoique bien dirigés fuivant les régles
reçues pour la réduction de cette luxation
. M. Dupouy appellé dans cette circonftance
, étendit horizontalement la
cuiffe malade contre la faine , & pendant
qu'un aide appuyoit avec les mains
fur le genou , il alla prendre le pied : à
peine l'eut - il tiré , fans employer beaucoup
de forces , que le bruit de la tête
de l'os annonça qu'elle étoit rentrée
dans fa cavité. L'événement qui furprit
tout le monde , fut prèfque auffi prompt
qu'un clin d'oeil. M. Fabre adopte le procédé
qui a eu un fuccès fi favorable : il
a eu l'occafion de prouver la fupériorité
de cette méthode ; & il rend raiſon de
la facilité avec laquelle cette opération
réuffit. Les liens deftinés à faire les
extenfions n'agiffent plus fur les muſcles
qui doivent être allongés, de là vient
la moindre douleur , & l'abfence des obftacles
qui s'oppofoient au fuccès de l'extenfion.
M.Fabre rend à cet égard tout ce
qui eftdû à M. Dupouy; mais on n'a levé,
dit il, par cette perfection , que la moindre
des difficultés qu'on rencontre dans
la réduction du fémur ou de l'humerus
luxés ou fracturés , furtout près de
leur col. La principale vient , felon M.
Fabre ,
JUILLET. 1763. 121
Fabre , de la manière dont fe fait la contre-
extenfion . Il y avoit bien eu quelques
objections , il y a environ quarante
ans,contre une nouvelle méthode d'opérer
dans la luxation du bras ,par lefquelles
on blâmoit l'effort qu'on y faifoit contre
les muſcles ; mais M. Fabre ne fe contente
pas de la connoiffance du mal ;
occupé de la recherche des moyens de
faire le bien , il abandonne une critique
jufte mais ftérile , & donne des
principes lumineux fur la manière de
faire la contre - extenfion . Il prouve
que dans la réduction de lacuiffe , par
exemple , le lacq pofé dans le pli de
l'aîne , pour empêcher le corps de fuivre
l'extenfion , s'il eft mis , comme il
étoit d'ufage , du côté malade , porte
fur l'attache des mufcles triceps , & que
ce moyen nuit à la contre- extenfion au
lieu de la favorifer ; puifqu'il comprime
des muſcles qui doivent céder aux efforts
de l'extenfion . M. Fabre confeille
de retenir le corps en plaçant le lacq du
côté fain ; & pour empêcher que le baffin
n'obéiffe obliquement du côté malade
aux extenfions , il prefcrit un ſecond
lacq qui embraffe le baffin du
côté malade , dans l'intervalle qui est
entre la crête de l'os des îles & l'articu-
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE .
lation de la cuiffe : on en fait tenir les
extrémités , du côté oppofé , obliquement
de bas en haut. Par ce double
moyen le baffin eft fixé immobilement
& les mufcles font libres.
On ne peut trop louer des vues auffi
méthodiques , dont l'application aux
différentes parties du corps , rendra donavant
la Chirurgie des fractures & des
luxations , plus douce & plus parfaite.
M. Louis lut enfuite un Mémoire fur
une queftion anatomique relative à la
Jurifprudence , dans lequel il établit les
principes , pour diftinguer à l'infpection
d'un corps trouvé pendu , les fignes du
fuicide d'avec ceux de l'affaffinat. L'utilité
dont cet Ouvrage a été jugé , a
déterminé l'Auteur à le faire imprimer
peu de temps après ; & il en a été rendu
compte dans un des Mercures précédens
, comme d'une nouveauté littéraire
: nous renvoyons à cet extrait
pour le fonds de la doctrine , & nous nous
contenterons de rappeller ici un point
particulier de ce Mémoire.
Le principal foin d'un Chirurgien ap
pellé pour conftater l'état d'un homme
trouvé pendu , n'eft pas fimplement ,
dit M. Louis , de remarquer d'un premier
coup d'oeil , toutes les circonftances
JUILLET. 1763 . 123
qui peuvent l'aider dans le jugement
qu'il aura à porter ; mais il doit examiner
fi le Sujet ne feroit pas encore dans
le cas de recevoir des fecours capables de
le rappeller à la vie . L'expérience a prouvé
que des hommes qu'un délire mélancolique
avoit portés à fe défaire euxmêmes
, ont été délivrés à temps du lien
fatal qui auroit rendu leur mort inévita
ble. On a même fauvé la vie à des gens
qui avoient paffé par les mains de l'Exécuteur
de la Juftice : c'eft furtout dans
les armées que ces exemples ont été fréquens.
En fuppofant , continue l'Auteur,
que les bienfaits de l'Art , ne puiffent
dans aucun cas être refervés aux malfaiteurs
, les refufera-t- on aux victimes infortunées
du dérangement de leur propre
efprit. M. Louis applique aux pendus
les raifons qui permettent de donner des
fecours à ceux qu'on croit noyés, avant
toute formalité de Juftice . On perdroit
un temps trop précieux s'il falloit dans
ces différens cas , attendre que les Officiers
chargés de la Police euffent fait les
Procès- verbaux auxquels leurs fonctions
les obligent. L'humanité profcrit tout
délai dans des occafions auffi preffantes.
Ce feroit une barbarie que de différer
P'ufage des moyens capables de rappeller
"
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
à la vie ceux qui paroîtroient fufceptibles
de quelques fecours. La Juſtice eft
intéreffée elle -même à les ordonner'
parce que les foins d'un habile Chirurgien
peuvent procurerla plus parfaite connoiffance
des caufes du délit. M. Louis
cite à ce fujet l'opération faite par le
célébre Ambroife Paré à un Allemand :
Penfionnaire d'un Banquier de Paris ,
qui s'étoit coupé la gorge dans un accès
de phrénéfie. Le domeftique du bleffé
& fon Hôte , prifonniers au Châtelet de
Paris , auroient eu peine à ſe juſtifier de
l'accufation de l'avoir affaffiné , fi la
playe quoique mortelle par fa nature ,
n'avoit pas été méthodiquement réunie .
Ce fecours ne pouvoit être d'aucune
utilité à la confervation de la vie du
bleffé ; mais il le mit en état de parler ,
& de confeffer qu'il avoit attenté luimême
à fa vie. M. Louis tire de ce fait
intéreffant des inductions concernant
l'affaire de Toulouſe. Il paroît par diverfes
circonstances que le Sujet trouvé
pendu pouvoit n'être pas mort , lorsqu'il
a été vifité par l'Eléve en Chirurgie
appellé dans l'intention de le fecourir :
quel contrafte dans les fuites de cette
funefte avanture , fi cet homme avoit été
fecouru , & qu'il eût pu l'être efficaceJUILLET.
1763. 125
ment ! L'Auteur ajoute pour l'intérêt public
, que l'on néglige trop la connoiffance
des vrais fignes qui caractèrifent
la mort certaine ; connoiffance dont on
a tant d'occafions de faire ufage dans le
cours de la vie , foit pour fes parens ,
foit pour fes amis; & que chacun devroit
defirer dans les autres afin d'en tirer le
fruit foi -même dans le cas malheureux
d'une mortincertaine . M. Louis rappelle
à ce fujet fon traité fur la certitude des la
fignes de mort , où il raffure les Citoyens
de la crainte d'être enterrés vivans.
Après la lecture de ce Mémoire , M.
Sabatier fit celle d'une obfervation fur
un Corps étranger placé dans l'articula .
tion du genou. Un Soldat invalide avoit
les mouvemens de cette partie douloureux
& extrêmement difficiles. On y
fentoit un corps étranger d'une figure
irrégulière , du volume d'une féve de
haricot & fort mobile . Le malade. penfoit
que ce corps s'étoit détaché fubitement
de deffous la rotule , & cela
avoit été précédé de douleurs & de gonflemens
qui ne cédérent aux faignées &
aux émolliens qu'au bout de quatre
jours. Ce corps étranger étoit tantôt au
côté interne , tantôt au côté externe du
genou. M. Sabatier , pour qui cette
Fi
126 MERCURE DE FRANCE.
maladie ' étoit nouvelle , n'eut pas la timidité
des Chirurgiens que le malade
avoit confultés précédemment : aucun
n'avoit ofé en faire l'extraction ; il l'a
pratiqué ; le corps étranger , quoique
fort mobile , pouvoit aifément être affujetti.
Il étoit facile de faire une incifion
& de le tirer ; mais les Confrères dont
P'Auteur rechercha les confeils , ne le
raffuroient pas fur l'événement , Les uns
craignoient une ankylofe ou foudure
de l'articulation ; les autres une fiftule.
Ces craintes ne rallentirent pas le zéle
de M. Sabatier pour le foulagement du
malade . L'opération ne fut ni longue ni
douloureufe. Le corps étranger avoit la
couleur & la confiftance de vrai cartilage.
La fortie de ce corps fut fuivie de
l'écoulement d'une médiocre quantité
de fynovie. La réunion de la playe fur
tentée par un bandage uniffant & par
la fituation de la partie maintenue dans
des fanons ; le quatrième jour le gonflement
du genou & une tumeur formée
par l'amas de la fynovie , obligérent d'écarter
les bords de la playe pour procu
rer une libre iffue à cette humeur. On
laiffa la playe dans cet état ; au bout de
huit jours la fynovie ceffa de couler ,
les lévres de la playe fe rapprochérent
JUILLET. 1763. 127
infenfiblement , & elle fe confolida entiérement.
Il n'y avoit plus que de la roideur
qu'on tâcha de vaincre vers le
vingtiéme jour , & l'on y parvint peuà
-peu. La guérifon paroiffoit complette
au bout de trois mois ; mais le malade
eft retombé depuis dans un état qui
approche du premier. Il a conftamment ,
fous la rotule une douleur qu'il croit caufée
par un nouveau corps étranger, parce
qu'elle eft toute femblable à celle qu'il
éprouvoit avant qu'on l'opérât.Ce corps
ne s'eft pas encore rendu fenfible au
toucher. S'il le devenoit & qu'il fût mobile
comme le premier , faudroit- il faire
une opération pour en délivrer le
malade M. Sabatier defire que ceux
qui auroient des obfervations de ce
genre les communiquent à l'Académie .
Il feroit utile de conftater la nature de
cette espéce de corps étranger ; de fçavoir
fi l'ouverture des articulations ne
peut point avoir de fuites fâcheufes , &
fi les récidives font plus ou moins à
craindre . On ne peut trop multiplier ces
faits , combiner de raifons , & prévoir
de conféquences pour établir fur tous ces
points des principes certains & falutaires .
M. Pibrac , Directeur de l'Académie ,
termina la Séance par la lecture d'un
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Mémoire très- utile & qui fut fort applau
di , fur l'ufage du ſublimé corrofif dans
le traitement des maladies vénériennes.
M. Pibrac ne s'eft pas laiffé féduire par
les autorités qui ont voulu accréditer un
poifon plus dangereux que la maladie
qu'on a prétendu guérir par fon ufage:
Il en fait connoître les pernicieux effets
dans l'application extérieure ; il paffe enfuite
aux dangers dont le fublimé corrofif
a été fuivi lorfqu'on l'a adminiſtré
intérieurement. Il a recueilli des faits fur
cette pratique meurtrière qu'il feroit
avantageux de publier pour le bien de
l'humanité : on doit l'efpérer du zele
de M. Pibrac ; pour l'y déterminer , il
fuffira de lui rappeller ce qu'il dit dans
fon Mémoire d'après le jugement de la
Faculté de Halle contre ceux qui employent
le fublimé corrofif, même extérieurement
.... Le fort de ceux- là eft .
à plaindre , qui ont le malheur de tomber
entre les mains de pareils affaffins ;
car quand bien même il leur arrive d'échapper
à la mort , leur fanté ne manque
pas de recevoir des atteintes funeftes
: ils traînent une vie languiffante ;
& ce qu'il y a de plus fatal , c'eft qu'ils
ne foupçonnent feulement pas la fource
des maux qu'ils endurent....
de Chirurgie , tenue le 14 Avril 1763 .
L E prix de cette année , fur les maladies
de l'oreille , confiftant en une
Médaille d'or , de cinq cens livres , fondée
par feu M. de la Peyronie , a été
remporté par M. Léchevin , Chirurgien
de l'Hôpital général de Rouen.
L'Académie a adjugé une Médaille
d'or de la valeur de deux cens livres
connue fous le nom de prix d'émulation,
à M. Marrigues , Maître en Chirurgie à
Verfailles. Les cinq petites Médailles
ont été méritées par des obfervations
intéreffantes fournies dans le courant de
l'année précédente , & ont été diftribuées
à MM. Lefne & Beaupreau , Académiciens
de la Claffe des Libres ; à
M. Moublet , Chirurgien à Taiafcon ;
à M. Philippe , Chirurgien à Chartres ;
JUILLET. 1763. 117
& à M. Jean-Daniel Mittelhauffer , Phy
ficien de la Province de Weiffenfels.
Après la diftribution des prix , M. Moprononça
les éloges de M. Daviel ,
Affocié de l'Académie , & Oculiste du
Roi , & de M. Faget , Vice -Directeur
de l'Académie .
rand
M. Daviel s'étoit adonné par goût à la
Chirurgie des yeux , dans laquelle il a
bien mérité de fes Contemporains & de
la postérité par l'opération de la cataracte
dont il faifoit l'extraction , au moyen
d'une incifion demi- circulaire pratiquée
à la partie inférieure de la cornée tranfparente.
Le Mémoire qu'il a donné fur
fa Méthode d'opérer , eft inféré dans le
fecond tome de ceux de l'Académie
Royale de Chirurgie ; il étoit Membre
de plufieurs Sociétés Sçavantes , & eft
mort à Genêve , l'année derniere .
M. Faget avoit été éléve du célébre
M. Petit. Sa réputation avoit commencé
par les fuccès qu'il eut dans la maifon de
Condé , étant Chirurgien de Madame la
Ducheffe- Douairière. Elle augmenta au
point de mettre M. Faget à côté des Praticiens
le plus en vogue , & de lui mériter
de grands Seigneurs pour amis. Il étoit
Confeiller de l'Académie depuis l'année
de fa création en 1731. Il a été pendant
118 MERCURE DE FRANCE .
dix ans Chirurgien de l'Hôpital de la
Charité , tant en qualité de Subſtitut
que de Chirurgien en Chef. Il fe diftingua
dans cette place par fon zéle pour
les pauvres . Il étoit Membre de la Société
Royale de Londres , & Vice - Directeur
de l'Académie de Chirurgie , lorſqu'une
'mort prompte l'enleva l'année dernière.
Il avoit donné à ces deux Compagnies
de fort bons Mémoires fur différens
fujets.
M. Levacher lut des réfléxions fur le
changement de direction des balles , par
la réfiftance des parties molles. Pour peu
qu'on ait eu occafion de traiter des
playes d'armes à feu,on a remarqué que
l'entrée & la fortie d'une balle ne font
pas les extrêmités d'une ligne droite ; &
l'on conçoit que les parties offeufes peuvent
, en détournant le corps étranger ,
être la caufe de cette déviation . M. Leva
cher prouve par plufieurs obfervations
dont l'expofé eft utile & inftructif, que
les feules parties molles , lorfqu'elles font
frappées felon une direction affez oblique
à leur furface , font des obftacles
fuffifans pour changer la voie des balles.
A ces faits fuccéde une démonftration
par les loix du mouvement , dans
laquelle l'Auteur explique comment la
JUILLET. 1763. 119
déviation a lieu dans le choc oblique
par la ligne de direction qui participe de
la perpendiculaire & de Phoriontale.
M. Fabre fit enfuite la lecture d'un
Mémoire fur une nouvelle méthode de
réduire la luxation & la fracture de la
cuiffe & du bras . Il établit pour principe
que la difficulté des réductions vient
moins de la réfiftance qu'oppofe la contraction
involontaire des muſcles , que
du lieu où l'on applique les forces qui
font l'extenfion & la contre - extenfion.
La régle générale établie pour l'extenfion
, eft d'appliquer la puiffance à l'os
même fracturé ou luxé. M. Dupouy ,
Membre de l'Académie , dans un Mémoire
qu'il a lu précédemment , affure
avoir réuffi avec très - peu d'efforts dans
la réduction de quelques luxations , en
tirant le membre par un endroit plus
éloigné , comme au-deffus du poignet
pour la réduction de l'os du bras ; &
par le pied , pour la luxation de la cuiffe.
Un homme s'étoit luxé la cuiffe en
montant derrière un caroffe : la tête de
l'os fut portée avec violence à la partie
poftérieure de la cavité de l'os de la
hanche , & fe logea dans l'intervalle
des muſcles feffiers. Un Chirurgien qui
vit le malade prèſqu'à l'inſtant de l'acci120
MERCURE DE FRANCE.
dent fit beaucoup d'efforts inutiles
quoique bien dirigés fuivant les régles
reçues pour la réduction de cette luxation
. M. Dupouy appellé dans cette circonftance
, étendit horizontalement la
cuiffe malade contre la faine , & pendant
qu'un aide appuyoit avec les mains
fur le genou , il alla prendre le pied : à
peine l'eut - il tiré , fans employer beaucoup
de forces , que le bruit de la tête
de l'os annonça qu'elle étoit rentrée
dans fa cavité. L'événement qui furprit
tout le monde , fut prèfque auffi prompt
qu'un clin d'oeil. M. Fabre adopte le procédé
qui a eu un fuccès fi favorable : il
a eu l'occafion de prouver la fupériorité
de cette méthode ; & il rend raiſon de
la facilité avec laquelle cette opération
réuffit. Les liens deftinés à faire les
extenfions n'agiffent plus fur les muſcles
qui doivent être allongés, de là vient
la moindre douleur , & l'abfence des obftacles
qui s'oppofoient au fuccès de l'extenfion.
M.Fabre rend à cet égard tout ce
qui eftdû à M. Dupouy; mais on n'a levé,
dit il, par cette perfection , que la moindre
des difficultés qu'on rencontre dans
la réduction du fémur ou de l'humerus
luxés ou fracturés , furtout près de
leur col. La principale vient , felon M.
Fabre ,
JUILLET. 1763. 121
Fabre , de la manière dont fe fait la contre-
extenfion . Il y avoit bien eu quelques
objections , il y a environ quarante
ans,contre une nouvelle méthode d'opérer
dans la luxation du bras ,par lefquelles
on blâmoit l'effort qu'on y faifoit contre
les muſcles ; mais M. Fabre ne fe contente
pas de la connoiffance du mal ;
occupé de la recherche des moyens de
faire le bien , il abandonne une critique
jufte mais ftérile , & donne des
principes lumineux fur la manière de
faire la contre - extenfion . Il prouve
que dans la réduction de lacuiffe , par
exemple , le lacq pofé dans le pli de
l'aîne , pour empêcher le corps de fuivre
l'extenfion , s'il eft mis , comme il
étoit d'ufage , du côté malade , porte
fur l'attache des mufcles triceps , & que
ce moyen nuit à la contre- extenfion au
lieu de la favorifer ; puifqu'il comprime
des muſcles qui doivent céder aux efforts
de l'extenfion . M. Fabre confeille
de retenir le corps en plaçant le lacq du
côté fain ; & pour empêcher que le baffin
n'obéiffe obliquement du côté malade
aux extenfions , il prefcrit un ſecond
lacq qui embraffe le baffin du
côté malade , dans l'intervalle qui est
entre la crête de l'os des îles & l'articu-
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE .
lation de la cuiffe : on en fait tenir les
extrémités , du côté oppofé , obliquement
de bas en haut. Par ce double
moyen le baffin eft fixé immobilement
& les mufcles font libres.
On ne peut trop louer des vues auffi
méthodiques , dont l'application aux
différentes parties du corps , rendra donavant
la Chirurgie des fractures & des
luxations , plus douce & plus parfaite.
M. Louis lut enfuite un Mémoire fur
une queftion anatomique relative à la
Jurifprudence , dans lequel il établit les
principes , pour diftinguer à l'infpection
d'un corps trouvé pendu , les fignes du
fuicide d'avec ceux de l'affaffinat. L'utilité
dont cet Ouvrage a été jugé , a
déterminé l'Auteur à le faire imprimer
peu de temps après ; & il en a été rendu
compte dans un des Mercures précédens
, comme d'une nouveauté littéraire
: nous renvoyons à cet extrait
pour le fonds de la doctrine , & nous nous
contenterons de rappeller ici un point
particulier de ce Mémoire.
Le principal foin d'un Chirurgien ap
pellé pour conftater l'état d'un homme
trouvé pendu , n'eft pas fimplement ,
dit M. Louis , de remarquer d'un premier
coup d'oeil , toutes les circonftances
JUILLET. 1763 . 123
qui peuvent l'aider dans le jugement
qu'il aura à porter ; mais il doit examiner
fi le Sujet ne feroit pas encore dans
le cas de recevoir des fecours capables de
le rappeller à la vie . L'expérience a prouvé
que des hommes qu'un délire mélancolique
avoit portés à fe défaire euxmêmes
, ont été délivrés à temps du lien
fatal qui auroit rendu leur mort inévita
ble. On a même fauvé la vie à des gens
qui avoient paffé par les mains de l'Exécuteur
de la Juftice : c'eft furtout dans
les armées que ces exemples ont été fréquens.
En fuppofant , continue l'Auteur,
que les bienfaits de l'Art , ne puiffent
dans aucun cas être refervés aux malfaiteurs
, les refufera-t- on aux victimes infortunées
du dérangement de leur propre
efprit. M. Louis applique aux pendus
les raifons qui permettent de donner des
fecours à ceux qu'on croit noyés, avant
toute formalité de Juftice . On perdroit
un temps trop précieux s'il falloit dans
ces différens cas , attendre que les Officiers
chargés de la Police euffent fait les
Procès- verbaux auxquels leurs fonctions
les obligent. L'humanité profcrit tout
délai dans des occafions auffi preffantes.
Ce feroit une barbarie que de différer
P'ufage des moyens capables de rappeller
"
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
à la vie ceux qui paroîtroient fufceptibles
de quelques fecours. La Juſtice eft
intéreffée elle -même à les ordonner'
parce que les foins d'un habile Chirurgien
peuvent procurerla plus parfaite connoiffance
des caufes du délit. M. Louis
cite à ce fujet l'opération faite par le
célébre Ambroife Paré à un Allemand :
Penfionnaire d'un Banquier de Paris ,
qui s'étoit coupé la gorge dans un accès
de phrénéfie. Le domeftique du bleffé
& fon Hôte , prifonniers au Châtelet de
Paris , auroient eu peine à ſe juſtifier de
l'accufation de l'avoir affaffiné , fi la
playe quoique mortelle par fa nature ,
n'avoit pas été méthodiquement réunie .
Ce fecours ne pouvoit être d'aucune
utilité à la confervation de la vie du
bleffé ; mais il le mit en état de parler ,
& de confeffer qu'il avoit attenté luimême
à fa vie. M. Louis tire de ce fait
intéreffant des inductions concernant
l'affaire de Toulouſe. Il paroît par diverfes
circonstances que le Sujet trouvé
pendu pouvoit n'être pas mort , lorsqu'il
a été vifité par l'Eléve en Chirurgie
appellé dans l'intention de le fecourir :
quel contrafte dans les fuites de cette
funefte avanture , fi cet homme avoit été
fecouru , & qu'il eût pu l'être efficaceJUILLET.
1763. 125
ment ! L'Auteur ajoute pour l'intérêt public
, que l'on néglige trop la connoiffance
des vrais fignes qui caractèrifent
la mort certaine ; connoiffance dont on
a tant d'occafions de faire ufage dans le
cours de la vie , foit pour fes parens ,
foit pour fes amis; & que chacun devroit
defirer dans les autres afin d'en tirer le
fruit foi -même dans le cas malheureux
d'une mortincertaine . M. Louis rappelle
à ce fujet fon traité fur la certitude des la
fignes de mort , où il raffure les Citoyens
de la crainte d'être enterrés vivans.
Après la lecture de ce Mémoire , M.
Sabatier fit celle d'une obfervation fur
un Corps étranger placé dans l'articula .
tion du genou. Un Soldat invalide avoit
les mouvemens de cette partie douloureux
& extrêmement difficiles. On y
fentoit un corps étranger d'une figure
irrégulière , du volume d'une féve de
haricot & fort mobile . Le malade. penfoit
que ce corps s'étoit détaché fubitement
de deffous la rotule , & cela
avoit été précédé de douleurs & de gonflemens
qui ne cédérent aux faignées &
aux émolliens qu'au bout de quatre
jours. Ce corps étranger étoit tantôt au
côté interne , tantôt au côté externe du
genou. M. Sabatier , pour qui cette
Fi
126 MERCURE DE FRANCE.
maladie ' étoit nouvelle , n'eut pas la timidité
des Chirurgiens que le malade
avoit confultés précédemment : aucun
n'avoit ofé en faire l'extraction ; il l'a
pratiqué ; le corps étranger , quoique
fort mobile , pouvoit aifément être affujetti.
Il étoit facile de faire une incifion
& de le tirer ; mais les Confrères dont
P'Auteur rechercha les confeils , ne le
raffuroient pas fur l'événement , Les uns
craignoient une ankylofe ou foudure
de l'articulation ; les autres une fiftule.
Ces craintes ne rallentirent pas le zéle
de M. Sabatier pour le foulagement du
malade . L'opération ne fut ni longue ni
douloureufe. Le corps étranger avoit la
couleur & la confiftance de vrai cartilage.
La fortie de ce corps fut fuivie de
l'écoulement d'une médiocre quantité
de fynovie. La réunion de la playe fur
tentée par un bandage uniffant & par
la fituation de la partie maintenue dans
des fanons ; le quatrième jour le gonflement
du genou & une tumeur formée
par l'amas de la fynovie , obligérent d'écarter
les bords de la playe pour procu
rer une libre iffue à cette humeur. On
laiffa la playe dans cet état ; au bout de
huit jours la fynovie ceffa de couler ,
les lévres de la playe fe rapprochérent
JUILLET. 1763. 127
infenfiblement , & elle fe confolida entiérement.
Il n'y avoit plus que de la roideur
qu'on tâcha de vaincre vers le
vingtiéme jour , & l'on y parvint peuà
-peu. La guérifon paroiffoit complette
au bout de trois mois ; mais le malade
eft retombé depuis dans un état qui
approche du premier. Il a conftamment ,
fous la rotule une douleur qu'il croit caufée
par un nouveau corps étranger, parce
qu'elle eft toute femblable à celle qu'il
éprouvoit avant qu'on l'opérât.Ce corps
ne s'eft pas encore rendu fenfible au
toucher. S'il le devenoit & qu'il fût mobile
comme le premier , faudroit- il faire
une opération pour en délivrer le
malade M. Sabatier defire que ceux
qui auroient des obfervations de ce
genre les communiquent à l'Académie .
Il feroit utile de conftater la nature de
cette espéce de corps étranger ; de fçavoir
fi l'ouverture des articulations ne
peut point avoir de fuites fâcheufes , &
fi les récidives font plus ou moins à
craindre . On ne peut trop multiplier ces
faits , combiner de raifons , & prévoir
de conféquences pour établir fur tous ces
points des principes certains & falutaires .
M. Pibrac , Directeur de l'Académie ,
termina la Séance par la lecture d'un
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Mémoire très- utile & qui fut fort applau
di , fur l'ufage du ſublimé corrofif dans
le traitement des maladies vénériennes.
M. Pibrac ne s'eft pas laiffé féduire par
les autorités qui ont voulu accréditer un
poifon plus dangereux que la maladie
qu'on a prétendu guérir par fon ufage:
Il en fait connoître les pernicieux effets
dans l'application extérieure ; il paffe enfuite
aux dangers dont le fublimé corrofif
a été fuivi lorfqu'on l'a adminiſtré
intérieurement. Il a recueilli des faits fur
cette pratique meurtrière qu'il feroit
avantageux de publier pour le bien de
l'humanité : on doit l'efpérer du zele
de M. Pibrac ; pour l'y déterminer , il
fuffira de lui rappeller ce qu'il dit dans
fon Mémoire d'après le jugement de la
Faculté de Halle contre ceux qui employent
le fublimé corrofif, même extérieurement
.... Le fort de ceux- là eft .
à plaindre , qui ont le malheur de tomber
entre les mains de pareils affaffins ;
car quand bien même il leur arrive d'échapper
à la mort , leur fanté ne manque
pas de recevoir des atteintes funeftes
: ils traînent une vie languiffante ;
& ce qu'il y a de plus fatal , c'eft qu'ils
ne foupçonnent feulement pas la fource
des maux qu'ils endurent....
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Résumé : SÉANCE publique de l'Académie Royale de Chirurgie, tenue le 14 Avril 1763.
Lors d'une séance publique de l'Académie Royale de Chirurgie le 14 avril 1763, plusieurs distinctions furent attribuées. M. Léchevin reçut le prix annuel pour les maladies de l'oreille, accompagné d'une médaille d'or de cinq cents livres. M. Marrigues obtint également une médaille d'or de deux cents livres pour son travail. Cinq petites médailles furent décernées à MM. Lefne, Beaupreau, Moublet, Philippe et Jean-Daniel Mittelhauffer pour leurs observations. M. Morronça rendit hommage à M. Daviel, célèbre pour ses opérations de la cataracte, et à M. Faget, vice-directeur de l'Académie, tous deux décédés l'année précédente. Plusieurs interventions notables eurent lieu lors de cette séance. M. Levacher discuta du changement de direction des balles en raison de la résistance des parties molles. M. Fabre présenta une nouvelle méthode pour traiter les luxations du bras, visant à éviter la compression des muscles. M. Louis aborda la distinction entre suicide et assassinat chez les personnes pendues, soulignant l'importance de vérifier si elles sont encore en vie. M. Sabatier rapporta une observation sur un corps étranger dans l'articulation du genou d'un soldat, causant douleur et difficulté de mouvement. Il décrivit une opération réussie pour extraire ce corps, bien que le patient ait continué à ressentir une douleur persistante. M. Pibrac présenta un mémoire sur les dangers du sublimé corrosif dans le traitement des maladies vénériennes, mettant en avant ses effets nocifs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
103
p. 126-138
ÉLOGE Historique de M. LE PERE, lu dans l'Assemblée publique de l'Académie d'AUXERRE par M. de S. GEORGE, Sécrétaire perpétuel de la même Académie, le 26 Octobre 1762.
Début :
MATURIN LE PERE, Secrétaire perpétuel de la Société des Sciences, Arts [...]
Mots clefs :
Travail, Mémoire, Opérations, Triangles , Précision, Société, Difficultés, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE Historique de M. LE PERE, lu dans l'Assemblée publique de l'Académie d'AUXERRE par M. de S. GEORGE, Sécrétaire perpétuel de la même Académie, le 26 Octobre 1762.
ÉLOGE Hiftorique de M. LE PERE
lu dans l'Affemblée publique de l'Académie
d'AUXERRE par M. de S.
GEORGE , Sécrétaire perpétuel de la
même Académie , le 26 Octobre 1762.
MATURIN ATURIN LE PER E, Secrétaire
perpétuel de la Société des Sciences, Arts
& Belles-Lettres d'Auxerre Directeur
des Poftes de la même Ville , naquit à
Milli en Gâtinois , le 12 Janvier 1718.
Il avoit reçu de la nature des difpofitions
heureufes , qu'une bonne éducation fçut
heureufement cultiver. Il remporta du
College de Beauvais , où il avoit fait fa
Rhétorique & fa Philofophie , un amour
A O UST. 1763. 127
de l'Etude tel que les leçons des plus
habiles Maîtres pouvoient l'inspirer à un
jeune homme , qui réuniffoit la facilité
de l'efprit à la fagèffe des moeurs.
Après avoir donné dans Paris , plufieurs
années à un genre de travail , qui
femble être devenu le complément de
l'éducation pour la jeuneffe , à qui la
Nobleffe ou l'opulence n'ouvrent point
une meilleure voie de fe faire un état
dans le monde , M. le Père parfaitement
inftruit dans la fcience des affaires
s'établit en cette Ville , avec l'emploi
de Directeur de la Pofte ; auquel il joignit
bientôt après l'office de Notaire , au
Bailliage ; il fallut joindre enfuite aux
devoirs de ces deux places , tous les foins
de l'éducation d'une famille nombreufe.
- Parmi tant d'occupations , dont il a
toujours porté le poids avec une religieufe
exactitude , il fçavoit encore fe
ménager des momens , que la néceffité
du repos & le plaifir auroient pu revendiquer
, mais il étoit content de les donner
à fes anciennes études , dont l'entretien
fouvent trop peu libre n'avoit jamais
été totalement interrompu.
*
Avec ce goût & cette habitude , il
n'étoit pas poffible qu'il négligeât l'occafion
qui fe pré fentoit de cultiver , avec
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
plus d'étendue & plus de fecours , les
lettres & les fciences qu'il aimoit. Perfonne
n'a peut-être embraffé notre inftitution
naiffante avec plus d'ardeur : &
aucun n'a mieux fçu profiter des avantages
qu'elle préfente. Il s'étoit acquis de
longue main , un fond de connoiffances
variées , qui ne demandoient que
d'être repriſes avec ordre , & dirigées à
une fin , pour enfanter fans effort quantité
de productions eftimables.
Le premier objet des occupations de la
fociété devant être l'Hiftoire naturelle &
civile dupays que nous habitons , M. le
Pere commença fes travaux Académiques
par l'étude des moyens qu'il falloit mettre
en oeuvre pour fe procurer une carte
exacte du diocèfe , & une defcription
hiftorique de toutes fes parties. Il fe chargea
lui- même de toutes les opérations de
Trigonométrie néceffaires pour fixer la
fituation & la diftance des lieux &
dreffa un Mémoire qui fut envoyé à tous
MM. les Curés , pour leur demander , &
les mettre en état de donner avec précifion
, tous les éclairciffemens relatifs au
deffein qu'on fe propofoit.
1
>
Perfonne n'étoit plus capable de diriger
& de fuivre cet objet important
que M.Le Pere qui poffédoit une conAÓUST.
1763 . 124)
noiffance profonde de toutes les parties
de la Géographie , dont il préfenta en
ce même tems à nos féances un Tableau
magnifique , dans un Mémoire étendu ,
qu'on peut regarder comme une introduction
facile & attrayante à l'étude de
la Géographie.
%
Le grand ouvrage de M. Bouguer ,
fur la figure de la terre vint alors exercer
& mettre en plus grand jour les talens
de M. le Pere. Il le lut avec tant d'intérêt
, approfondit les difficultés , en rechercha
les folutions avec tant de fuccès
qu'il acquit par fon travail l'honneur
de paroître dans le Public foutenant la
caufe de M. Bouguer , dont le fyftême,
éprouva d'abord de grandes contradictions
. Les lettres qu'il écrivoit à ce sujet ,
ont été répandues & eftimées : & M.
Bouguer ravi de trouver dans une région,
naiffante, &prèfque inconnue du monde
littéraire , un défenfeur auffi habile , entra
avec lui en correfpondance. M. le
Pere étoit l'homme de notre fociété le
plus capable de la produire au dehors ,
& de former & d'entretenir des relations .
auffi utiles à nos progrès qu'honorables
à nos commencemens.
L'étude du fçavant ouvrage de M.
Bouguer, & les débats qu'il occafionna
Fv.
130 MERCURE DE FRANCE,
firent naître à M. le Pere , plufieurs idées
fur la perfection qu'il eft poffible d'ajouter
aux inftrumens d'Aftronomie ; fes
réfléxions fur ces objets font renfermées
dans un Mémoire fort intéreffant qu'il
donna en 1750. Il y expofe une nouvelle
manière d'appliquer le micrometre
aux inftrumens propres à mefurer les
angles , ou plutôt une conftruction toute
nouvelle du micrometre . Elle confifte
en une vis accompagnée d'un fimple
Cadran mobile : les pas de la vis font réglés
fur l'étendue de la divifion du quart
de cercle auquel on veut l'appliquer ; le
Cadran eft divifé de manière que chacune
de fes parties vaille un nombre
complet de fecondes ; par-là on évite les
réductions , ou le calcul des parties du
micrometre , dont toutes les obfervations
font embarraffées ; on évite les
tranfverfales dont le travail eft long , &
fujet aux plus grandes difficultés d'exécution
; on a l'avantage d'avoir toujours
l'objet au centre de la lunette . Enfin
on évite la néceffité de marquer la
Tigne de foi , par un cheveu qui fe caffe
fouvent , & qui eft incommode par fa
groffeur relativement aux divifions imperceptibles
des inftrumens d'Aftronomie.
A OUST. 1763. 131
M. le Pere , examine auffi dans fon
Mémoire l'inconvénient d'un alidade
excentrique , c'est-à- dire d'une lunette
qui tourne fur un quart de cercle , mais
qui ne décrit prèfque jamais exactement
la circonférence de l'inftrument , parce
que le centre de l'axe fur lequel tourne
la lunette , n'eft pas le même centre de
l'arc qu'on a décrit fur le limbe. Il propofe
de faire fervir l'alidade elle - même
à décrire l'arc du quart de cercle & il enfeigne
une manière nouvelle d'employer
Parc de go liv. à la place de l'arc de 601.
dont on s'eft toujours fervi pour divifer
les quarts de cercles. Sa méthode eft fondée
fur le nivellement & le renversement
, opérations connues dans l'Aftronomie
, & que M. le Pere a fçu appliquer
à fa nouvelle conftruction , comme l'auroit
pu faire l'Aftronome le plus exercé
dans ce genre d'opérations .
M. Bouguer , dans fon Livre de la Figure
de la Tèrre s'étoit plaint de l'embarras
que lui caufoit la courbure des
barres de fer qui formoient le rayon
de fon grand fecteur ; M. le Pere imagina
de rendre ce rayon immobile , &
de le laiffer toujours dans la fituation
verticale où la courbure eft nulle , en
në faiſant incliner que la lunette dont
Fvj
132 MERCURE
DE FRANCE .
la courbure eft indifférente ; pour cela
il rendoit mobile le limbe même du
fecteur , en faisant paffer les points de
la divifion fous un fil à plomb tendu
in variablement.
Ce Mémoire fut commuiqué à plufieurs
Sçavans du premier ordre qui rendirent
juftice & applaudirent à des inventions
fupérieures à ce qu'on a exécuté
jufqu'à ce jour , & qui , outre
qu'elles épargnent un travail prodigieux
dans la conftruction des inftrumens &
les difficultés du calcul aux Obfervateurs
, donnent encore dans l'obſervation
des angles la précifion la plus parfaite
.
73 . MM. Delalande & le Gentil , dont le
fuffrage eft d'un fi grand poids en ces
matières , écrivirent au bas du Manuf
crit , que ces inventions étoient abfolument
neuves & préférables à la méthode
ordinaire & que M. le Pere
avoit la gloire d'une invention utile ,
dans une matière auffi difficile qu'importante.
M. Caffini de Thury écrivit à M. le
Pere qu'il avoit examiné fon Mémoire
avec foin ; qu'il contenoit plufieurs
nouveautés intéreffantes ; que l'idée du
micrometre étoit ingénieufe & nouvelAOUST.
1763. 133
Te , & qu'il approuvoit tellement cette
conftruction , qu'il la feroit exécuter ſur
le premier inftrument qu'il ordonneroit.
Si M. le Pere s'attachoit à la perfection
des inftrumens , c'étoit à caufe du
fervice qu'il vouloit en tirer dans l'exécution.
Il fuivoit toujours le projet que
la Société avoit formé de lever la carte
détaillée du Diocèfe avec un graphometre
dont M. Caffini faifoit préfent
au nom du Roi à la Société , afin d'aider
& d'animer fon travail. M. le Pere
a mefuré les pofitions & les diſtances de
tous les endroits remarquables au dedans
& aux environs de la ville : tours ,
clochers , fommets de montagnes , tout
a été foumis à fes obfervations : les
pofitions
déterminées & les diftances calculées
avec une attention & une exactitude
admirables ; qu'il me foit permis
d'entrer en quelque détail pour donner
un exemple frappant de la jufteffe & de
la précifion du travail de M. le Pere.
Il mefura dabord une bafe de 328
Toiſes entre la Croix du Calvaire fituée .
près la Porte Saint - Simon , & un fignal
qu'il fit planter près la Porte d'Egleny
, fur le bord du chemin de Saint-
George. Il fit planter des fignaux fur
les Tureaux de Celles de Jonches & d
134 MERCURE DE FRANCE.
Saint - Denis : enfuite il forma neuf
Triangles & détermina la poſition de
fes fignaux ; celle d'un arbre en quetard
, de la Chapelle Saint- Simeon , de la
Tour Saint- Etienne , des Fourches de
Brellon , & enfin de la Croix de Queine .
Le dernier de fes Triangles fut celui
de la Tour Saint-Etienne , du fignal de
Saint-Denis & de la Croix de Queine ,
dont M. Caffini lui avoit donné les
calculs. M. le Pére calcula fes Triangles
par fa baſe meſurée , calcula en- ·
fuite à l'inverfe fept de fes Triangles
en prenant pour baſe la diftance de la
Croix Queine , au fignal Saint - Denis
donné par M. Caffini : & le réfultat de
fon nouveau calcul ne lui donna dans
la meſure de fa bafe que , de plus
c'eft-à-dire un pied de différence fur
328 Toifes. Cependant il ne s'étoit
fervi dans ces opérations , que d'un
Graphometre d'environ fix pouces de
rayon , dont le défavantage n'a pu être
réparé que par l'induftrie & l'application
la plus fcrupuleufe.
I
Il détermina avec la même jufteffe
la direction de la méridienne de l'horloge
; il fit différentes obfervations de
l'amplitude Orientale & Occidentale
du Soleil , avant & après , & pendant!
A O UST. 1763. 135
le Solftice d'Eté ; il obferva fur le Tu
reau de Celles , & plus encore fur la
plate-forme de l'Horloge. Il forma &
calcula plufieurs Triangles Sphériques ,
qui lui donnerent deuxAngles à la Méridienne
l'un au Nord , & l'autre au
Sud de la Ville . Il détermina l'Angle
au midi entre la Méridienne & le
Pilier Oriental des fourches de Brelon ,
de 11 , 34 par Eft , & l'Angle au Nord,
entre le Pignon occidental de la Chapelle
Saint-Simeon de 16 , 59 par Oueſt ;
& ces deux Angles à la méridienne de
l'horloge font parfaitement d'accord
avec les Angles à la méridienne de la
Tour Saint - Etienne , déterminés par
les opérations faites par la carte générale
du Royaume.
M. le Père a encore vérifié fes obfervations
fur la méridienne de l'horloge
en déterminant trois autres Angles à
cette méridienne , entre le clocher de
Venoi , la Chapelle Sainte- Vaubouée ,
& le fommet du Tureau de Celles.
Cinq cens obfervations faites pour
former une fuite de Triangles avec
cette précifion , & les calculs qu'elles
entraînent devoient coûter beaucoup
à M. le Père , qui jufques- là s'étoit
affez contenté des charmes de la théorie
136 MERCURE DE FRANCE .
fans y joindre les difficultés de la pratique.
Il y fit cependant des progrès
très -rapides ; il l'exerça fupérieurement
& il en fut moins redevable à l'opiniâtreté
du travail , qu'à une étude profonde
& entiere des Mathématiques.
Elles faifoient fon étude favorite , un
goût décidé & invincible l'y ramenoit
préférablement à tout : mais les circonftances
& les affaires de la vie "
fouvent peu d'accord avec l'inclination ,
lui avoient fait paffer fa jeuneffe dans
d'autres occupations. Il avoit réuffi
parce qu'il y avoit porté ce goût d'ordre
& de précifion qui eft l'efprit géométrique
fi éffentiel dans toutes les affaires
férieufes , avec bien plus d'effet
encore fe livroit - il à fon penchant, lorfqu'il
étoit maître de difpofer de fes
momens ? Il portoit alors au travail un
efprit fi appliqué , fi pénétrant , qu'il a
fouvent réfolu des difficultés qui embaraffoient
des Géométres plus confommés
que lui. On l'a vû réfoudre des
queftions de la plus fublime Géométrie
, avec le fecours d'une fimple annalyfe
, employer une adreffe fingulière
dans la manière de confidérer des fuites
infinies dont la fommation dépendoit
de la rectification du cercle , & ſe traA
OUST. 1763. 137
cer une route particuliere pour déterminer
les foutangeantes dans la courbe
tranfcendante connue fous le nom de
Quadratrice de Tſchirnaufen.
Il nous donna en 1753 , un Mé
moire rempli de calculs Algébriques ,
dans lequel il explique une nouvelle
méthode pour trouver facilement la fouf
tylaire , la méridienne , & la déclinaifon
du plan des cadrans Verticaux ,
dès que la hauteur du ftyle eft donnée,
Enfuite il nous rendit compte de l'obfervation
qu'il avoit faite de l'éclipſe de
Soleil du 28 Octobre de la même année
.
Je n'entrerai point dans le détail de
tous les problêmes d'Arithmétique , d'Algebre,
& de Trigonometrie , dont la folution
faifoit fes divertiffemens . On voit
dans le Mercure de 1760 , des lettres de
M. le Pere , qui démontrent avec autant
de clarté & de précifion , que de politeffe
, le défaut d'une nouvelle folution
du fameux problême de la duplication
du cube .
Je ne ferai que citer fon Mémoire fur
les incommenfurables, & leur multiplication:
fur l'ufage du finus d'1 °.1 dans l'approximation
de la quadrature du cercle ,
& fur l'utilité de l'Àlgebre , ou plutôt là
138 MERCURÉ DE FRANCE.
fiéceffité pour parvenir à quelques découvertes
dans la Géométrie Moderne.
Je me contente auffi d'indiquer fes
recherches fur les logarithmes , dont il a
étendu l'ufage , par une nouvelle méthode
de les employer dans certains cas ,
où l'opération eft accablante fans leur
fecours qui n'y avoit point encore été
introduit.
Nous verrons avec plus de plaifir &
d'intérêt,M. le Pere réduifant en pratique
fes hautes connoiffances , & les appliquant
à des opérations de fervice & d'u
fage continuel .
C'eft lui qui a décrit & fait éxécuter
pour l'ufage de notre Société , une machine
propre à recevoir & à mefurer l'eau
de pluie. Elle fert journellement , entre
les mains d'un exact Obfervateur,à mefurer
l'eau qui tombe chaque année à
Auxerre.
La forme que fui a donnée M. le Pere ,
& qui empêche l'évaporation , eft dans
le goût de celle de la Société d'Edimbourg,
& rend ce vaiffeau plus parfait
que ceux dont fe fervent plufieurs Académies
de l'Europe.
Le reste au Mercure prochain.
lu dans l'Affemblée publique de l'Académie
d'AUXERRE par M. de S.
GEORGE , Sécrétaire perpétuel de la
même Académie , le 26 Octobre 1762.
MATURIN ATURIN LE PER E, Secrétaire
perpétuel de la Société des Sciences, Arts
& Belles-Lettres d'Auxerre Directeur
des Poftes de la même Ville , naquit à
Milli en Gâtinois , le 12 Janvier 1718.
Il avoit reçu de la nature des difpofitions
heureufes , qu'une bonne éducation fçut
heureufement cultiver. Il remporta du
College de Beauvais , où il avoit fait fa
Rhétorique & fa Philofophie , un amour
A O UST. 1763. 127
de l'Etude tel que les leçons des plus
habiles Maîtres pouvoient l'inspirer à un
jeune homme , qui réuniffoit la facilité
de l'efprit à la fagèffe des moeurs.
Après avoir donné dans Paris , plufieurs
années à un genre de travail , qui
femble être devenu le complément de
l'éducation pour la jeuneffe , à qui la
Nobleffe ou l'opulence n'ouvrent point
une meilleure voie de fe faire un état
dans le monde , M. le Père parfaitement
inftruit dans la fcience des affaires
s'établit en cette Ville , avec l'emploi
de Directeur de la Pofte ; auquel il joignit
bientôt après l'office de Notaire , au
Bailliage ; il fallut joindre enfuite aux
devoirs de ces deux places , tous les foins
de l'éducation d'une famille nombreufe.
- Parmi tant d'occupations , dont il a
toujours porté le poids avec une religieufe
exactitude , il fçavoit encore fe
ménager des momens , que la néceffité
du repos & le plaifir auroient pu revendiquer
, mais il étoit content de les donner
à fes anciennes études , dont l'entretien
fouvent trop peu libre n'avoit jamais
été totalement interrompu.
*
Avec ce goût & cette habitude , il
n'étoit pas poffible qu'il négligeât l'occafion
qui fe pré fentoit de cultiver , avec
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
plus d'étendue & plus de fecours , les
lettres & les fciences qu'il aimoit. Perfonne
n'a peut-être embraffé notre inftitution
naiffante avec plus d'ardeur : &
aucun n'a mieux fçu profiter des avantages
qu'elle préfente. Il s'étoit acquis de
longue main , un fond de connoiffances
variées , qui ne demandoient que
d'être repriſes avec ordre , & dirigées à
une fin , pour enfanter fans effort quantité
de productions eftimables.
Le premier objet des occupations de la
fociété devant être l'Hiftoire naturelle &
civile dupays que nous habitons , M. le
Pere commença fes travaux Académiques
par l'étude des moyens qu'il falloit mettre
en oeuvre pour fe procurer une carte
exacte du diocèfe , & une defcription
hiftorique de toutes fes parties. Il fe chargea
lui- même de toutes les opérations de
Trigonométrie néceffaires pour fixer la
fituation & la diftance des lieux &
dreffa un Mémoire qui fut envoyé à tous
MM. les Curés , pour leur demander , &
les mettre en état de donner avec précifion
, tous les éclairciffemens relatifs au
deffein qu'on fe propofoit.
1
>
Perfonne n'étoit plus capable de diriger
& de fuivre cet objet important
que M.Le Pere qui poffédoit une conAÓUST.
1763 . 124)
noiffance profonde de toutes les parties
de la Géographie , dont il préfenta en
ce même tems à nos féances un Tableau
magnifique , dans un Mémoire étendu ,
qu'on peut regarder comme une introduction
facile & attrayante à l'étude de
la Géographie.
%
Le grand ouvrage de M. Bouguer ,
fur la figure de la terre vint alors exercer
& mettre en plus grand jour les talens
de M. le Pere. Il le lut avec tant d'intérêt
, approfondit les difficultés , en rechercha
les folutions avec tant de fuccès
qu'il acquit par fon travail l'honneur
de paroître dans le Public foutenant la
caufe de M. Bouguer , dont le fyftême,
éprouva d'abord de grandes contradictions
. Les lettres qu'il écrivoit à ce sujet ,
ont été répandues & eftimées : & M.
Bouguer ravi de trouver dans une région,
naiffante, &prèfque inconnue du monde
littéraire , un défenfeur auffi habile , entra
avec lui en correfpondance. M. le
Pere étoit l'homme de notre fociété le
plus capable de la produire au dehors ,
& de former & d'entretenir des relations .
auffi utiles à nos progrès qu'honorables
à nos commencemens.
L'étude du fçavant ouvrage de M.
Bouguer, & les débats qu'il occafionna
Fv.
130 MERCURE DE FRANCE,
firent naître à M. le Pere , plufieurs idées
fur la perfection qu'il eft poffible d'ajouter
aux inftrumens d'Aftronomie ; fes
réfléxions fur ces objets font renfermées
dans un Mémoire fort intéreffant qu'il
donna en 1750. Il y expofe une nouvelle
manière d'appliquer le micrometre
aux inftrumens propres à mefurer les
angles , ou plutôt une conftruction toute
nouvelle du micrometre . Elle confifte
en une vis accompagnée d'un fimple
Cadran mobile : les pas de la vis font réglés
fur l'étendue de la divifion du quart
de cercle auquel on veut l'appliquer ; le
Cadran eft divifé de manière que chacune
de fes parties vaille un nombre
complet de fecondes ; par-là on évite les
réductions , ou le calcul des parties du
micrometre , dont toutes les obfervations
font embarraffées ; on évite les
tranfverfales dont le travail eft long , &
fujet aux plus grandes difficultés d'exécution
; on a l'avantage d'avoir toujours
l'objet au centre de la lunette . Enfin
on évite la néceffité de marquer la
Tigne de foi , par un cheveu qui fe caffe
fouvent , & qui eft incommode par fa
groffeur relativement aux divifions imperceptibles
des inftrumens d'Aftronomie.
A OUST. 1763. 131
M. le Pere , examine auffi dans fon
Mémoire l'inconvénient d'un alidade
excentrique , c'est-à- dire d'une lunette
qui tourne fur un quart de cercle , mais
qui ne décrit prèfque jamais exactement
la circonférence de l'inftrument , parce
que le centre de l'axe fur lequel tourne
la lunette , n'eft pas le même centre de
l'arc qu'on a décrit fur le limbe. Il propofe
de faire fervir l'alidade elle - même
à décrire l'arc du quart de cercle & il enfeigne
une manière nouvelle d'employer
Parc de go liv. à la place de l'arc de 601.
dont on s'eft toujours fervi pour divifer
les quarts de cercles. Sa méthode eft fondée
fur le nivellement & le renversement
, opérations connues dans l'Aftronomie
, & que M. le Pere a fçu appliquer
à fa nouvelle conftruction , comme l'auroit
pu faire l'Aftronome le plus exercé
dans ce genre d'opérations .
M. Bouguer , dans fon Livre de la Figure
de la Tèrre s'étoit plaint de l'embarras
que lui caufoit la courbure des
barres de fer qui formoient le rayon
de fon grand fecteur ; M. le Pere imagina
de rendre ce rayon immobile , &
de le laiffer toujours dans la fituation
verticale où la courbure eft nulle , en
në faiſant incliner que la lunette dont
Fvj
132 MERCURE
DE FRANCE .
la courbure eft indifférente ; pour cela
il rendoit mobile le limbe même du
fecteur , en faisant paffer les points de
la divifion fous un fil à plomb tendu
in variablement.
Ce Mémoire fut commuiqué à plufieurs
Sçavans du premier ordre qui rendirent
juftice & applaudirent à des inventions
fupérieures à ce qu'on a exécuté
jufqu'à ce jour , & qui , outre
qu'elles épargnent un travail prodigieux
dans la conftruction des inftrumens &
les difficultés du calcul aux Obfervateurs
, donnent encore dans l'obſervation
des angles la précifion la plus parfaite
.
73 . MM. Delalande & le Gentil , dont le
fuffrage eft d'un fi grand poids en ces
matières , écrivirent au bas du Manuf
crit , que ces inventions étoient abfolument
neuves & préférables à la méthode
ordinaire & que M. le Pere
avoit la gloire d'une invention utile ,
dans une matière auffi difficile qu'importante.
M. Caffini de Thury écrivit à M. le
Pere qu'il avoit examiné fon Mémoire
avec foin ; qu'il contenoit plufieurs
nouveautés intéreffantes ; que l'idée du
micrometre étoit ingénieufe & nouvelAOUST.
1763. 133
Te , & qu'il approuvoit tellement cette
conftruction , qu'il la feroit exécuter ſur
le premier inftrument qu'il ordonneroit.
Si M. le Pere s'attachoit à la perfection
des inftrumens , c'étoit à caufe du
fervice qu'il vouloit en tirer dans l'exécution.
Il fuivoit toujours le projet que
la Société avoit formé de lever la carte
détaillée du Diocèfe avec un graphometre
dont M. Caffini faifoit préfent
au nom du Roi à la Société , afin d'aider
& d'animer fon travail. M. le Pere
a mefuré les pofitions & les diſtances de
tous les endroits remarquables au dedans
& aux environs de la ville : tours ,
clochers , fommets de montagnes , tout
a été foumis à fes obfervations : les
pofitions
déterminées & les diftances calculées
avec une attention & une exactitude
admirables ; qu'il me foit permis
d'entrer en quelque détail pour donner
un exemple frappant de la jufteffe & de
la précifion du travail de M. le Pere.
Il mefura dabord une bafe de 328
Toiſes entre la Croix du Calvaire fituée .
près la Porte Saint - Simon , & un fignal
qu'il fit planter près la Porte d'Egleny
, fur le bord du chemin de Saint-
George. Il fit planter des fignaux fur
les Tureaux de Celles de Jonches & d
134 MERCURE DE FRANCE.
Saint - Denis : enfuite il forma neuf
Triangles & détermina la poſition de
fes fignaux ; celle d'un arbre en quetard
, de la Chapelle Saint- Simeon , de la
Tour Saint- Etienne , des Fourches de
Brellon , & enfin de la Croix de Queine .
Le dernier de fes Triangles fut celui
de la Tour Saint-Etienne , du fignal de
Saint-Denis & de la Croix de Queine ,
dont M. Caffini lui avoit donné les
calculs. M. le Pére calcula fes Triangles
par fa baſe meſurée , calcula en- ·
fuite à l'inverfe fept de fes Triangles
en prenant pour baſe la diftance de la
Croix Queine , au fignal Saint - Denis
donné par M. Caffini : & le réfultat de
fon nouveau calcul ne lui donna dans
la meſure de fa bafe que , de plus
c'eft-à-dire un pied de différence fur
328 Toifes. Cependant il ne s'étoit
fervi dans ces opérations , que d'un
Graphometre d'environ fix pouces de
rayon , dont le défavantage n'a pu être
réparé que par l'induftrie & l'application
la plus fcrupuleufe.
I
Il détermina avec la même jufteffe
la direction de la méridienne de l'horloge
; il fit différentes obfervations de
l'amplitude Orientale & Occidentale
du Soleil , avant & après , & pendant!
A O UST. 1763. 135
le Solftice d'Eté ; il obferva fur le Tu
reau de Celles , & plus encore fur la
plate-forme de l'Horloge. Il forma &
calcula plufieurs Triangles Sphériques ,
qui lui donnerent deuxAngles à la Méridienne
l'un au Nord , & l'autre au
Sud de la Ville . Il détermina l'Angle
au midi entre la Méridienne & le
Pilier Oriental des fourches de Brelon ,
de 11 , 34 par Eft , & l'Angle au Nord,
entre le Pignon occidental de la Chapelle
Saint-Simeon de 16 , 59 par Oueſt ;
& ces deux Angles à la méridienne de
l'horloge font parfaitement d'accord
avec les Angles à la méridienne de la
Tour Saint - Etienne , déterminés par
les opérations faites par la carte générale
du Royaume.
M. le Père a encore vérifié fes obfervations
fur la méridienne de l'horloge
en déterminant trois autres Angles à
cette méridienne , entre le clocher de
Venoi , la Chapelle Sainte- Vaubouée ,
& le fommet du Tureau de Celles.
Cinq cens obfervations faites pour
former une fuite de Triangles avec
cette précifion , & les calculs qu'elles
entraînent devoient coûter beaucoup
à M. le Père , qui jufques- là s'étoit
affez contenté des charmes de la théorie
136 MERCURE DE FRANCE .
fans y joindre les difficultés de la pratique.
Il y fit cependant des progrès
très -rapides ; il l'exerça fupérieurement
& il en fut moins redevable à l'opiniâtreté
du travail , qu'à une étude profonde
& entiere des Mathématiques.
Elles faifoient fon étude favorite , un
goût décidé & invincible l'y ramenoit
préférablement à tout : mais les circonftances
& les affaires de la vie "
fouvent peu d'accord avec l'inclination ,
lui avoient fait paffer fa jeuneffe dans
d'autres occupations. Il avoit réuffi
parce qu'il y avoit porté ce goût d'ordre
& de précifion qui eft l'efprit géométrique
fi éffentiel dans toutes les affaires
férieufes , avec bien plus d'effet
encore fe livroit - il à fon penchant, lorfqu'il
étoit maître de difpofer de fes
momens ? Il portoit alors au travail un
efprit fi appliqué , fi pénétrant , qu'il a
fouvent réfolu des difficultés qui embaraffoient
des Géométres plus confommés
que lui. On l'a vû réfoudre des
queftions de la plus fublime Géométrie
, avec le fecours d'une fimple annalyfe
, employer une adreffe fingulière
dans la manière de confidérer des fuites
infinies dont la fommation dépendoit
de la rectification du cercle , & ſe traA
OUST. 1763. 137
cer une route particuliere pour déterminer
les foutangeantes dans la courbe
tranfcendante connue fous le nom de
Quadratrice de Tſchirnaufen.
Il nous donna en 1753 , un Mé
moire rempli de calculs Algébriques ,
dans lequel il explique une nouvelle
méthode pour trouver facilement la fouf
tylaire , la méridienne , & la déclinaifon
du plan des cadrans Verticaux ,
dès que la hauteur du ftyle eft donnée,
Enfuite il nous rendit compte de l'obfervation
qu'il avoit faite de l'éclipſe de
Soleil du 28 Octobre de la même année
.
Je n'entrerai point dans le détail de
tous les problêmes d'Arithmétique , d'Algebre,
& de Trigonometrie , dont la folution
faifoit fes divertiffemens . On voit
dans le Mercure de 1760 , des lettres de
M. le Pere , qui démontrent avec autant
de clarté & de précifion , que de politeffe
, le défaut d'une nouvelle folution
du fameux problême de la duplication
du cube .
Je ne ferai que citer fon Mémoire fur
les incommenfurables, & leur multiplication:
fur l'ufage du finus d'1 °.1 dans l'approximation
de la quadrature du cercle ,
& fur l'utilité de l'Àlgebre , ou plutôt là
138 MERCURÉ DE FRANCE.
fiéceffité pour parvenir à quelques découvertes
dans la Géométrie Moderne.
Je me contente auffi d'indiquer fes
recherches fur les logarithmes , dont il a
étendu l'ufage , par une nouvelle méthode
de les employer dans certains cas ,
où l'opération eft accablante fans leur
fecours qui n'y avoit point encore été
introduit.
Nous verrons avec plus de plaifir &
d'intérêt,M. le Pere réduifant en pratique
fes hautes connoiffances , & les appliquant
à des opérations de fervice & d'u
fage continuel .
C'eft lui qui a décrit & fait éxécuter
pour l'ufage de notre Société , une machine
propre à recevoir & à mefurer l'eau
de pluie. Elle fert journellement , entre
les mains d'un exact Obfervateur,à mefurer
l'eau qui tombe chaque année à
Auxerre.
La forme que fui a donnée M. le Pere ,
& qui empêche l'évaporation , eft dans
le goût de celle de la Société d'Edimbourg,
& rend ce vaiffeau plus parfait
que ceux dont fe fervent plufieurs Académies
de l'Europe.
Le reste au Mercure prochain.
Fermer
Résumé : ÉLOGE Historique de M. LE PERE, lu dans l'Assemblée publique de l'Académie d'AUXERRE par M. de S. GEORGE, Sécrétaire perpétuel de la même Académie, le 26 Octobre 1762.
Maturin Le Père, né le 12 janvier 1718 à Milli en Gâtinois, fut Secrétaire perpétuel de la Société des Sciences, Arts et Belles-Lettres d'Auxerre et Directeur des Postes de la ville. Après des études au Collège de Beauvais, il se distingua par son amour de l'étude et sa rigueur morale. À Paris, il se forma dans les affaires avant de s'établir à Auxerre comme Directeur des Postes et Notaire au Bailliage. Il s'investit particulièrement dans les activités de l'Académie d'Auxerre, notamment dans l'étude de l'histoire naturelle et civile de la région. Il entreprit la création d'une carte précise du diocèse et d'une description historique de ses parties, dirigeant les opérations trigonométriques nécessaires. Il rédigea également un mémoire sur la géographie, présenté lors des séances de l'Académie. Son intérêt pour l'astronomie le poussa à étudier l'ouvrage de Pierre Bouguer sur la figure de la Terre. En 1750, il publia un mémoire proposant une nouvelle méthode d'application du micromètre aux instruments d'astronomie, visant à simplifier les observations et à améliorer la précision des mesures. Ce mémoire abordait également les inconvénients des alidades excentriques et proposait des solutions innovantes pour les instruments astronomiques. Les inventions de M. le Père ont été saluées par plusieurs savants de renom, tels que MM. Delalande et Le Gentil, ainsi que M. Cassini de Thury, qui ont reconnu leur originalité et leur précision. Il a également réalisé des mesures précises des positions et des distances de divers points remarquables autour d'une ville, utilisant un graphomètre pour lever une carte détaillée du diocèse. Ses observations et calculs, notamment ceux concernant la méridienne de l'horloge et les triangles sphériques, ont montré une grande exactitude. En 1753, il publia un mémoire sur les calculs algébriques pour déterminer des éléments astronomiques et observa une éclipse solaire. Il a également conçu une machine pour mesurer l'eau de pluie, utilisée par une société scientifique à Auxerre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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104
p. 113-122
SUITE de l'Eloge historique de M. LE PERE, lû dans l'Assemblée publique de l'Académie D'AUXERRE.
Début :
EN étudiant la matière des poids & des mesures tant anciennes que modernes [...]
Mots clefs :
Père, Mémoire, Estime, Quantité, Ville, Érudition, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Eloge historique de M. LE PERE, lû dans l'Assemblée publique de l'Académie D'AUXERRE.
SUITE de l'Eloge hiftorique de M. LE
PERE , lû dans l'Affemblée publique
de l'Académie D'AUXERRE.
E N étudiant la matière des poids & des
mefures tant anciennes que modernes,
dans le Pere Merfenne , qui l'a traitée
avec la plus profonde érudition , M. le
Pere a reconnu que l'évaluation de la
livre romaine étoit portée trop haut ,
par une légére méprife , telle qu'il en
échappe aux hommes les plus habiles.
Et reprenant tous les calculs il détermine
le poids de l'amphore , de l'urne ;
du boiffeau romain , & toujours audeffous
de celui que le Pere Merfenne
leur attribue. Il a fallu bien de la faga#
14 MERCURE DE FRANCE .
cité & de l'attention pour reconnoître
l'erreur , & bien du travail pour la réparer.
M. le Pere a fait un Mémoire fur les
moyens de garantir les appartemens
de la fumée , qui eft fi fouvent incommode
. Ce Mémoire eft rempli de la
plus fçavante théorie , de forte qu'en
le lifant on fe croit affuré des avantages
qu'il annonce. Mais comme ici la Géo
métrie eft affujettie dans l'exécution à
quantité de caufes phyfiques , on n'ofe
encore efpérer de détourner leurs influences
nuifibles dans quantité de pofitions.
Il eft plus aifé de mettre en ufage ce
qu'il a écrit fur l'arpentage , fur la manière
de jauger les cuves , qu'il eft ordinaire
de payer à l'ouvrier à raiſon de
la quantité de muids qu'elles contiennent
, & fur les moyens de rendre les
puits les plus profonds , tels qu'ils font
dans la partie la plus confidérable de
cette ville , d'un ufage plus facile &
plus prompt , par le fervice d'une nouvelle
machine , de fon invention , dont
il décrit la forme , calcule la puiffance ,
& démontre les avantages.
L'efprit de calcul & de Géométrie
s'applique à tout , perfectionne tout ; M
SEPTEMBRE. 1763. 115
Le Pere le porta dans la Mufique; & peutêtre,
le talent & les difpofitions naturelles
qu'il avoit pour cet Art contribuérentelles
moins au progrès qu'il y fit , que
l'amour du calcul & des proportions qui
en font le fondement. Il y joignit encore
une profonde érudition, qui a paru
dans un Mémoire qu'il nous a fourni
plein de recherches favantes fur la Mufique
des Anciens.
Dans la théorie , la Mufique eft une
fcience profonde & difficile , & fans
cette étude tout ce qu'elle a d'agréable
dans l'exercice auroit eu peu d'attraits
pour M. le Pere. Certainement il n'y a
rien de divertiffant dans les longs calculs
où il s'eft plongé pour évaluer les
dimenfions des cloches , & leurs poids ,
& les fons qu'elles doivent rendre en
conféquence & ramener à la Géométrie
exacte tout le méchanifme que les
Fondeurs employent fans remonter aux
principes & aux régles qui font le fondement
de leur Art.
Un troifiéme Mémoire , où M. le
Pere traite deux queftions de pleinchant
d'un ufage journalier ayant été
lu dans la derniere Affemblée publique,
je n'en dirai rien davantage ; & ne
m'étendrai point fur d'autres ouvrages,
116 MERCURE DE FRANCE.
infiniment intéreffans qui ont été lus ,
les années précédentes , & qui ont parų
remporter une eftime générale .
Tel eft un premier Mémoire fur l'éva
luation des monnoyes anciennes , & la
néceffité d'en connoître les variations
pour les réduire , avec quelque exactitude
, à nos monnoyes courantes,
Un fecond Mémoire qui contient
l'évaluation en monnoie de notre temps,
du prix que couta au Roi Charles V.
l'achat de la Ville du Comté d'Auxerre.
Enfin une differtation fur le nombre
d'habitans qu'Auxerre enfermoit autrefois
comparé à la population préſente
de la Ville , matières appartenantes à
l'hiftoire de fon pays , & dont l'érudition
par conféquent l'affecte & nous
l'intéreffe plus particuliérement.
Je ne ferai qu'indiquer d'autres ouvrages
moins étendus que M. le Pere
a faits , s'appliquant , fuivant l'occafion
, aux différens objets qui venoient
flatter fa curiofité de quelque apparence
d'utilité publique.
Une differtation fur les Chenilles
plieufes de feuilles qui abondérent dans
nos vignes en l'année 1743.
Un Mémoire fur les Eaux de Pougues
& leurs environs qu'il vifita en homme
SEPTEMBRE . 1763. 117
qui met tout à profit , tandis qu'il fu
biffoit en 1754 , des remédes ordonnés.
en vain pour rétablir une fanté qui
commençoit a déperir .
La defcription d'une Chauffée Antique
, qui va de la montagne de Chatenai
,ou d'Ouaine à Entrains , pardeffus
la montagne des Alouettes.
Une defcription phyfique de la Fontaine
de Tonnere , nommée la Foffe
d'Yonne.
Une obfervation fur le Feu qui fe
concentre au coeur d'une maffe d'eau
congelée .. !
Un Mémoire fur la quantité de livres
de pain que doit rendre le Bichet de
Froment , & fur le Tarif à faire en
conféquence , pour le prix du pain.
La defcription de plufieurs Tombeaux
trouvés à S. Amatre .
Une differtation fur l'infcription de
la Tombe de Robins de Beaumont
trouvée dans les ruines de S. Marien.
Cleft ainfi que M. le Pere joignoit la
phyfique & la recherche des Antiquités
aux travaux de l'Algébre & de l'Aftronomie.
Confidérons-le encore faifant valoir
les talens des autres, par la manière dont
il fçait en rendre compte. Vous l'avez
118 MERCURE DE FRANCE.
entendu Meffieurs , pendant quatre an
nées , s'exprimer avec facilité fur toutes
les matières . La Médécine & l'Anatomie
, qu'il ne connoiffoit que par
l'expérience de fes longues infirmités ,
& la Chymie , & la Botanique fembloient
avoir été pour lui l'objet d'une
étude particulière :le zéle & l'application
fuppléoient , en ceci , à la profondeur
des connoiffances .
Toutes les autres parties dont s'occus
pe la Société , lui étoient familières , &
il y en a qui ne l'étoient qu'à lui feul .
Dans l'expofition qu'il en faifoit , fon
Style étoit fimple & précis , tel qu'il
convient en ces matières , il fçavoit auffi
l'élever & l'embellir dans les ſujets qui
permettoient plus d'effor. Les éloges
qu'il a prononcés en ce même lieu font
aifément connoître qu'en s'attachant à
cultiver les hautes fciences, il ne s'étoit
pas févré des ornemens de la plus belle
Littérature..
Son jugement étoit für , & d'un efprit
accoutumé a faifir le vrai ; une généreufe
liberté animoit fes critiques ,
le Génie en faifoit l'affaifonnement :.
mais la modération & l'urbanité qui
conviennent au commerce des lettres
en étoient la régle & la mefure .
7
SEPTEMBRE . 1763. 119
Ses moeurs étoient fimples , fon com
merce facile , fes affections fincéres. I
étoit de grande ftature , de maintien
grave, fi ordinaire à un Géométre; & par
même convenance , d'humeur philofo
phique c'est - à - dire qu'il confidéroit
les événemens de la vie & les jeux de
la fortune , avec plus d'indifférence que
ne fait le commun des hommes.
.
Ses ouvrages & le mérite qu'ils an
noncent lui avoient acquis au dehors
l'éftime de plufieurs grands hommes,
Des Sçavans diftingués qui connoiffoient
tout ce que valoit M. le Pere , avoient
donné de lui l'idée la plus avantageufe
à notre illuftre Préfident. Et pour dire
enfin ce qui fera la plus belle partie de
fon éloge , fes derniers efforts & fes
derniers accens , ont été des expreffions
publiques de fa vive reconnoiffance
pour l'augufte Prélat dont il avoit
reçu des témoignages confidérables
d'eftime & d'affection . Ses fentimens
à cet égard étoient encore animés par le
grand & vif attachement qu'il a tous
jours eu pour notre fociété. Jamais vous
noublierez , Meffieurs , la part qu'il a
eue à fon établiffement ; la haute idée
qu'il en avoit conçue , combien il s'in
téreffoit à fes progrés & à fa gloire &
1
120 MERCURE DE FRANCE.
avec quelle ardeur il y travailloit ;
croyant faire office de bon citoyen ,
s'il contribuoit à fon accroiffement .
Difons quelque chofe de plus : tout
ce que les autres hommes ont de peine
à fe détacher des objets de leur ambition
, ou de leur cupidité , M. le Pere
l'éprouvoit à fe féparer de cette fociété
dans laquelle il trouvoit les compagnons
de la feule fortune qu'il eût vou
lu courir en ce monde.
Il auroit fouhaité de vivre encore ,
ce font fes expreffions , pour jouir des
beaux jours qui fembloient devoir bientot
luire fur elle ; déja nous en voyons
l'aurore paroître , nous difoit-il dans le
dernier ouvrage que vous avez entendu
de lui . Un Prélat l'amour de fon Peuple
, l'ami des Sciences & des Arts ,
& qui eft continuellement occupé du
bien public , en fait éclore les premiers
rayons : il nous aime , il nous protége
il veut lui-même diriger & animer nos
études ; notre existence lui eft précieufe;
il la veut affurer.
La néceffité de la mort venant dans
ces circonftances défarmoit le caractêre
philofophique de M. le Pere : & ce qui
fait aujourd'hui l'objet de nos plus belles
efpérances étoit pour notre illuftre Con
frère
SEPTEMBRE. 1763. 121
>
la ma-
, frère en ces triftes momens
tière du plus grand facrifice . Heureux
de n'avoir a furmonter que des attachemens
honnêtes & légitimes ! tout ce
qu'il pouvoit y avoir eu de flateuſe illufion
; contentement de l'efprit dans fes
nobles occupations , eftime généralement
acquife , relations, amitiés précieufes
, qui en étoient le fruit , tout a cédé
aux grandes vues de la religion qui exerçoit
fes droits avec la préférence qu'elle
a néceffairement fur tous les objets de
l'eftime & de l'affection des hommes .
Purifié par une maladie qui détruifant
le corps infenfiblement n'altera jamais
la liberté de l'efprit , & la tranquillité
de l'âme , confolé par les efpérances
faintes , dont il reçut les gages précieux
avec une piété édifiante , M. le Pere
expira le neuf Décembre de l'année
derniere agé de quarante -trois ans.
La Société Littéraire Militaire de
Befançon lui avoit donné place au nombre
de fes Affociés ordinaires en 1760 ;
fon mérite fe repandoit au dehors avec
un éclat toujours croiffant : & fi fes
travaux n'avoient point été traversés par
les longues fouffrances qui ont confumé
fes dernieres années , & qu'il lui eût
été donné de pouffer plus loin fa car-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
rière , nous ne craignons point de dire
que notre Société & cette Ville même
euffent été honorés de la grande réputation
à laquelle fe fût élevé le nom de
M. le Pere , dans le monde Sçavant.
PERE , lû dans l'Affemblée publique
de l'Académie D'AUXERRE.
E N étudiant la matière des poids & des
mefures tant anciennes que modernes,
dans le Pere Merfenne , qui l'a traitée
avec la plus profonde érudition , M. le
Pere a reconnu que l'évaluation de la
livre romaine étoit portée trop haut ,
par une légére méprife , telle qu'il en
échappe aux hommes les plus habiles.
Et reprenant tous les calculs il détermine
le poids de l'amphore , de l'urne ;
du boiffeau romain , & toujours audeffous
de celui que le Pere Merfenne
leur attribue. Il a fallu bien de la faga#
14 MERCURE DE FRANCE .
cité & de l'attention pour reconnoître
l'erreur , & bien du travail pour la réparer.
M. le Pere a fait un Mémoire fur les
moyens de garantir les appartemens
de la fumée , qui eft fi fouvent incommode
. Ce Mémoire eft rempli de la
plus fçavante théorie , de forte qu'en
le lifant on fe croit affuré des avantages
qu'il annonce. Mais comme ici la Géo
métrie eft affujettie dans l'exécution à
quantité de caufes phyfiques , on n'ofe
encore efpérer de détourner leurs influences
nuifibles dans quantité de pofitions.
Il eft plus aifé de mettre en ufage ce
qu'il a écrit fur l'arpentage , fur la manière
de jauger les cuves , qu'il eft ordinaire
de payer à l'ouvrier à raiſon de
la quantité de muids qu'elles contiennent
, & fur les moyens de rendre les
puits les plus profonds , tels qu'ils font
dans la partie la plus confidérable de
cette ville , d'un ufage plus facile &
plus prompt , par le fervice d'une nouvelle
machine , de fon invention , dont
il décrit la forme , calcule la puiffance ,
& démontre les avantages.
L'efprit de calcul & de Géométrie
s'applique à tout , perfectionne tout ; M
SEPTEMBRE. 1763. 115
Le Pere le porta dans la Mufique; & peutêtre,
le talent & les difpofitions naturelles
qu'il avoit pour cet Art contribuérentelles
moins au progrès qu'il y fit , que
l'amour du calcul & des proportions qui
en font le fondement. Il y joignit encore
une profonde érudition, qui a paru
dans un Mémoire qu'il nous a fourni
plein de recherches favantes fur la Mufique
des Anciens.
Dans la théorie , la Mufique eft une
fcience profonde & difficile , & fans
cette étude tout ce qu'elle a d'agréable
dans l'exercice auroit eu peu d'attraits
pour M. le Pere. Certainement il n'y a
rien de divertiffant dans les longs calculs
où il s'eft plongé pour évaluer les
dimenfions des cloches , & leurs poids ,
& les fons qu'elles doivent rendre en
conféquence & ramener à la Géométrie
exacte tout le méchanifme que les
Fondeurs employent fans remonter aux
principes & aux régles qui font le fondement
de leur Art.
Un troifiéme Mémoire , où M. le
Pere traite deux queftions de pleinchant
d'un ufage journalier ayant été
lu dans la derniere Affemblée publique,
je n'en dirai rien davantage ; & ne
m'étendrai point fur d'autres ouvrages,
116 MERCURE DE FRANCE.
infiniment intéreffans qui ont été lus ,
les années précédentes , & qui ont parų
remporter une eftime générale .
Tel eft un premier Mémoire fur l'éva
luation des monnoyes anciennes , & la
néceffité d'en connoître les variations
pour les réduire , avec quelque exactitude
, à nos monnoyes courantes,
Un fecond Mémoire qui contient
l'évaluation en monnoie de notre temps,
du prix que couta au Roi Charles V.
l'achat de la Ville du Comté d'Auxerre.
Enfin une differtation fur le nombre
d'habitans qu'Auxerre enfermoit autrefois
comparé à la population préſente
de la Ville , matières appartenantes à
l'hiftoire de fon pays , & dont l'érudition
par conféquent l'affecte & nous
l'intéreffe plus particuliérement.
Je ne ferai qu'indiquer d'autres ouvrages
moins étendus que M. le Pere
a faits , s'appliquant , fuivant l'occafion
, aux différens objets qui venoient
flatter fa curiofité de quelque apparence
d'utilité publique.
Une differtation fur les Chenilles
plieufes de feuilles qui abondérent dans
nos vignes en l'année 1743.
Un Mémoire fur les Eaux de Pougues
& leurs environs qu'il vifita en homme
SEPTEMBRE . 1763. 117
qui met tout à profit , tandis qu'il fu
biffoit en 1754 , des remédes ordonnés.
en vain pour rétablir une fanté qui
commençoit a déperir .
La defcription d'une Chauffée Antique
, qui va de la montagne de Chatenai
,ou d'Ouaine à Entrains , pardeffus
la montagne des Alouettes.
Une defcription phyfique de la Fontaine
de Tonnere , nommée la Foffe
d'Yonne.
Une obfervation fur le Feu qui fe
concentre au coeur d'une maffe d'eau
congelée .. !
Un Mémoire fur la quantité de livres
de pain que doit rendre le Bichet de
Froment , & fur le Tarif à faire en
conféquence , pour le prix du pain.
La defcription de plufieurs Tombeaux
trouvés à S. Amatre .
Une differtation fur l'infcription de
la Tombe de Robins de Beaumont
trouvée dans les ruines de S. Marien.
Cleft ainfi que M. le Pere joignoit la
phyfique & la recherche des Antiquités
aux travaux de l'Algébre & de l'Aftronomie.
Confidérons-le encore faifant valoir
les talens des autres, par la manière dont
il fçait en rendre compte. Vous l'avez
118 MERCURE DE FRANCE.
entendu Meffieurs , pendant quatre an
nées , s'exprimer avec facilité fur toutes
les matières . La Médécine & l'Anatomie
, qu'il ne connoiffoit que par
l'expérience de fes longues infirmités ,
& la Chymie , & la Botanique fembloient
avoir été pour lui l'objet d'une
étude particulière :le zéle & l'application
fuppléoient , en ceci , à la profondeur
des connoiffances .
Toutes les autres parties dont s'occus
pe la Société , lui étoient familières , &
il y en a qui ne l'étoient qu'à lui feul .
Dans l'expofition qu'il en faifoit , fon
Style étoit fimple & précis , tel qu'il
convient en ces matières , il fçavoit auffi
l'élever & l'embellir dans les ſujets qui
permettoient plus d'effor. Les éloges
qu'il a prononcés en ce même lieu font
aifément connoître qu'en s'attachant à
cultiver les hautes fciences, il ne s'étoit
pas févré des ornemens de la plus belle
Littérature..
Son jugement étoit für , & d'un efprit
accoutumé a faifir le vrai ; une généreufe
liberté animoit fes critiques ,
le Génie en faifoit l'affaifonnement :.
mais la modération & l'urbanité qui
conviennent au commerce des lettres
en étoient la régle & la mefure .
7
SEPTEMBRE . 1763. 119
Ses moeurs étoient fimples , fon com
merce facile , fes affections fincéres. I
étoit de grande ftature , de maintien
grave, fi ordinaire à un Géométre; & par
même convenance , d'humeur philofo
phique c'est - à - dire qu'il confidéroit
les événemens de la vie & les jeux de
la fortune , avec plus d'indifférence que
ne fait le commun des hommes.
.
Ses ouvrages & le mérite qu'ils an
noncent lui avoient acquis au dehors
l'éftime de plufieurs grands hommes,
Des Sçavans diftingués qui connoiffoient
tout ce que valoit M. le Pere , avoient
donné de lui l'idée la plus avantageufe
à notre illuftre Préfident. Et pour dire
enfin ce qui fera la plus belle partie de
fon éloge , fes derniers efforts & fes
derniers accens , ont été des expreffions
publiques de fa vive reconnoiffance
pour l'augufte Prélat dont il avoit
reçu des témoignages confidérables
d'eftime & d'affection . Ses fentimens
à cet égard étoient encore animés par le
grand & vif attachement qu'il a tous
jours eu pour notre fociété. Jamais vous
noublierez , Meffieurs , la part qu'il a
eue à fon établiffement ; la haute idée
qu'il en avoit conçue , combien il s'in
téreffoit à fes progrés & à fa gloire &
1
120 MERCURE DE FRANCE.
avec quelle ardeur il y travailloit ;
croyant faire office de bon citoyen ,
s'il contribuoit à fon accroiffement .
Difons quelque chofe de plus : tout
ce que les autres hommes ont de peine
à fe détacher des objets de leur ambition
, ou de leur cupidité , M. le Pere
l'éprouvoit à fe féparer de cette fociété
dans laquelle il trouvoit les compagnons
de la feule fortune qu'il eût vou
lu courir en ce monde.
Il auroit fouhaité de vivre encore ,
ce font fes expreffions , pour jouir des
beaux jours qui fembloient devoir bientot
luire fur elle ; déja nous en voyons
l'aurore paroître , nous difoit-il dans le
dernier ouvrage que vous avez entendu
de lui . Un Prélat l'amour de fon Peuple
, l'ami des Sciences & des Arts ,
& qui eft continuellement occupé du
bien public , en fait éclore les premiers
rayons : il nous aime , il nous protége
il veut lui-même diriger & animer nos
études ; notre existence lui eft précieufe;
il la veut affurer.
La néceffité de la mort venant dans
ces circonftances défarmoit le caractêre
philofophique de M. le Pere : & ce qui
fait aujourd'hui l'objet de nos plus belles
efpérances étoit pour notre illuftre Con
frère
SEPTEMBRE. 1763. 121
>
la ma-
, frère en ces triftes momens
tière du plus grand facrifice . Heureux
de n'avoir a furmonter que des attachemens
honnêtes & légitimes ! tout ce
qu'il pouvoit y avoir eu de flateuſe illufion
; contentement de l'efprit dans fes
nobles occupations , eftime généralement
acquife , relations, amitiés précieufes
, qui en étoient le fruit , tout a cédé
aux grandes vues de la religion qui exerçoit
fes droits avec la préférence qu'elle
a néceffairement fur tous les objets de
l'eftime & de l'affection des hommes .
Purifié par une maladie qui détruifant
le corps infenfiblement n'altera jamais
la liberté de l'efprit , & la tranquillité
de l'âme , confolé par les efpérances
faintes , dont il reçut les gages précieux
avec une piété édifiante , M. le Pere
expira le neuf Décembre de l'année
derniere agé de quarante -trois ans.
La Société Littéraire Militaire de
Befançon lui avoit donné place au nombre
de fes Affociés ordinaires en 1760 ;
fon mérite fe repandoit au dehors avec
un éclat toujours croiffant : & fi fes
travaux n'avoient point été traversés par
les longues fouffrances qui ont confumé
fes dernieres années , & qu'il lui eût
été donné de pouffer plus loin fa car-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
rière , nous ne craignons point de dire
que notre Société & cette Ville même
euffent été honorés de la grande réputation
à laquelle fe fût élevé le nom de
M. le Pere , dans le monde Sçavant.
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Résumé : SUITE de l'Eloge historique de M. LE PERE, lû dans l'Assemblée publique de l'Académie D'AUXERRE.
M. le Père a apporté des contributions significatives dans divers domaines scientifiques et historiques. Il a corrigé des erreurs dans les évaluations des poids et mesures, notamment celles du Père Mersenne, et a déterminé précisément le poids de diverses unités romaines. Ses travaux incluent des mémoires sur la protection contre la fumée, l'arpentage, le jaugeage des cuves et l'amélioration des puits, avec l'invention d'une nouvelle machine. Dans le domaine musical, il a utilisé ses compétences en calcul et en géométrie pour analyser les dimensions et les poids des cloches, et a traité des questions de plain-chant. Il a également rédigé des mémoires historiques sur l'évaluation des monnaies anciennes, le coût de l'achat de la ville d'Auxerre par Charles V, et la comparaison de la population passée et présente d'Auxerre. Ses recherches couvrent des sujets variés tels que les chenilles nuisibles aux vignes, les eaux de Pougues, des descriptions de sites antiques et naturels, et des observations sur la congélation de l'eau. Il a également étudié le tarif du pain, les tombeaux anciens et les inscriptions funéraires. Reconnu pour son attachement aux sciences et à la littérature, il était apprécié pour sa simplicité et son jugement sûr. Membre de la Société Littéraire Militaire de Besançon depuis 1760, il est décédé en décembre 1763 à l'âge de quarante-trois ans, laissant derrière lui un héritage académique riche et diversifié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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105
p. 150-158
LETTRE de M. Louis, Professeur Royal de Chirurgie, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
Début :
Vous avez eu la bonté, Monsieur de rendre dans le Mercure de Juin [...]
Mots clefs :
Auteur, Mémoire, Critique, Médecine, Philosophie, Opinions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Louis, Professeur Royal de Chirurgie, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
LETTRE de M. Louis , Profeffeur
Royal de Chirurgie , à M. DE LA
PLACE , Auteur du Mercure de
France.
V ous avez eu la bonté , Monfieur
de rendre dans le Mercure de Juin
un compte avantageux d'un Mémoi
re que j'ai donné au Public fur une
queftion anatomique , relative à la Jurifprudence
, où j'établis les principes
pourdiftinguer, à l'infpection d'un corps
trouvé pendu , les fignes du fuicide d'avec
ceux de l'affaffinat. Ce Mémoire
eft vivement attaqué dans le Journal
SEPTEMBRE. 1763. 151
de Médecine du mois de Septembre ,
fous le nom d'un Bachelier de la Faculté.
On prétend que je ne me fuis
occupé que de détails inutiles ; que j'ai
foutenu des opinions hazardées , &
donné des principes dangereux , dont
on peut tirer de funeftes conféquences.
La troifiéme propofition eft remife à
l'Ordinaire prochain ; il n'eft queſtion
dans celui-ci , que des détails prétendus
inutiles , & des opinions qu'on dit hazardées.
J'efpére que l'Auteur du Journal
de Médecine qui a publié cette critique
par égard pour les perfonnes de
fon Corps qui l'en ont follicité , m'accordera
une place pour la défenfe de la
faine do& rine fur une queftion auffi
intéreffante . Je ne me refuferai pas
à
la recherche de la vérité ; c'eft un engagement
que je contracte volontiers
avec le Public par la voie du Mercure.
La difcuffion du fonds eft fpécia
lement du reffort du Journal de Médecine
mais qu'il me foit permis de
reprendre dans le vôtre la forme que
mes Cenfeurs ont donnée à leur critique
.
Ils ont manifeftement confondu l'oc
cafion qui m'a porté à écrire avec l'ob,
jet de mon Mémoire. Pour établir l'inu-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
tilité de mes recherches & de mes expériences
, ils demandent fi l'affaire des
Calas en eft plus éclaircie ? Non ; difent
ils , & l'Auteur du Mémoire a
tout-à -fait perdu de vue cet objet principal.
-
Ma réponſe eft fimple. Cette affaire
n'a été , ni pû , ni dû être l'objet de
mon Mémoire. Quel homme feroit affez
imprudent & affez dépourvu de raiſon ,
pour ofer prononcer fur un cas particulier
, auffi grave que l'eft l'affaire de
Touloufe , jugé par un Parlement , &
foumis à la décifion du Confeil du Roi ,
qui pourra ordonner , ou ne pas ordonner
la révifion du procès ? C'eſt cependant
cette inutilité relative qu'on m'objecte
! on particularife mes réflexions
générales ,, ppoouurr chercher l'analogie qu'il
doit y avoir , dit-on , entre l'état de
la queftion & l'hiftoire des Calas. J'avoue
que fi l'on en appercevoit , ce
feroit contre mon intention ; & que j'ai
mis tout l'art dont j'ai été capable , à
empêcher qu'on ne pût faire la moindre
application des chofes que j'ai avancées
, à l'affaire particuliere qu'on me
reproche mal-à -propos de n'avoir point
approfondie.
Le premier point fur l'inutilité de mes
SEPTEMBRE. 1763. 153
"
recherches eft donc tout-à-fait déplacé ;
& ayant déclaré dès les premieres phrafes
de mon Mémoire , que je ne traitois
point de l'affaire des Calas &
qu'elle n'étoit que l'occafion qui m'avoit
porté à écrire fur cette matière
il n'y a ni juftice , ni raifon à me demander
en finiffant ce point .... que font
à l'affaire des Calas tous ces raifonnemens
pour engager à fecourir les pendus
fuicides ; cette difcuffion fur les
moral ou le phyfique de leur action ;;
ces avis publiés depuis 1740 , au fujet
des noyés ; l'éloge de la Philofophie
& des Arts ; la longue note où les filles
de Milet , Aulugelle & Tacite font éton
nés de fe rencontrer ? & c.?
TO
.
Vous voyez , Monfieur , ce que dans
cette tirade il y a d'étranger au fonds
de la queſtion. On jugera aifément de
l'infidélité de cette critique. L'on n'au ---
pas dû demander que fait à l'affaire
des Calas , l'éloge de la Philofophie :
& des Arts ; mais à quoi il fert dans un
Mémoire fur les pendus ?. Il fembleroit:
à cette question que perdant véritable--
ment mon objet de vue , je me fuiss
livré par une digreffion déplacée, à faire;
l'éloge de la Philofophie & des Arts . Riem
n'eft cependant fi peu fondé que co
G.V
154 MERCURE DE FRANCE.
reproche. J'ai dit , par occafion , que le
progrès de la Philofophie & des Arts
nous faifoit voir au profit de l'humanité ,
plufieurs objets , fous des afpects plus
raifonnables que nos pères ne les envifageoient.
C'est exactement là tout ce que
je dis ; & cette unique réfléxion fi fimple
& fi vraie , placée à propos , eft repréfentée
comme un chef d'inutilités
dans mon ouvrage : cela n'eft pas pardonnable.
Il faut de la bonne foi dans
la critique , & ſe reſpecter en imaginant
qu'il y a quelques Lecteurs judicieux
, capables de prendre la peine de
vérifier les points de conteftation. Les
filles de Milet qui fe font pendues
elles- mêmes , ne doivent pas être plus
étonnées de fe rencontrer avec Aulu-gelle
, dans mon Mémoire , que dans les
nuits attiques de cet Auteur ; & celui-ci
avec Tacite , dont j'ai crû devoir conferver
une expreffion bien énergique à
l'occafion du fuicide . Mais tout ceci eft
en note ; c'eſt la feule qu'il y ait dans
mon ouvrage ; & on ne peut pas dire
qu'elle ne foit pas amenée par le Texte.
Il faut que l'envie de contredire foit
bien forte , pour porter ceux qui en.
font tourmentés , à des objections auffi
farides L
SEPTEMBRE. 1763. 155
Paffons aux opinions qu'on dit hazar
dées. On foutient que les pendus meu
rent par fuffocation , faute d'air. J'ai
prétendu que la corde , fur-tout dans
ceux qui fe pendent eux-mêmes , n'agit
point du tout fur le conduit de l'air :
fur cela on fait deux interrogations....
Qui le mettroit à l'abri de la corde ?
Sur quelle partie de la corde agiroit-elle ?
Voici une réponse à ces deux queſtions :
rien ne met le conduit de l'air à l'abri de la
corde , & il n'a pas befoin d'abri , puifqu'elle
n'agit point fur lui. Elle porte
fous la machoire & fous l'occipital : elle
comprime principalement les veines jugulaires
, & les pendus meurent apoplectiques
& non pas fuffoqués. Pourquoi
taire que je me fuis autorifé du
fentiment de deux habiles Profeffeurs
en Médecine , Benedicti & Nymann.;
& me citer une autorité contraire , celle
de Garmann , Compilateur déraifannable
de touté efpéce d'inépties
dans un gros volume in-4°. de plus de
1500 pages , fous le titre de Miraculis
mortuorum , où l'on trouve le pour &
le contre , fans choix & fans difcerne
mentfur toutes les queftions qu'il traite ,
& parmi lesquelles il y en a de fort
ridicules. Entre des autorités de parcil
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
poids , il auroit fallu confulter l'expérience
, faire des effais & raiſonner conféquemment
fur les faits . On aime mieux
rappeller des cas particuliers mal obfervés
, que d'avoir recours aux grands
principes par lefquels on doit juger toutes
les conteftations fcientifiques.
1
a
Quel moyen de nier l'effet de la
compreffion des veines jugulaires par
l'impreffion de la corde fur un pendu ?
A ce fait fi fimple & fi clairement démontré
aux yeux même des moins inf
truits , on fubftitue une explication prétendue
phyfiologique , dont Garmann
dit-on , ouvert la voie , mais qu'Hebenfgreit
a développée. Or, cette explication
eft fi mauvaife , qu'elle feroit honte à
un Ecolier d'anatomie & de phyfiolologie
, & que l'Auteur de cette critique
eft forcé lui - même de l'abandonner
enfuite. L'avoir employée est une grande
Aiftraction de la part d'un homme qui
fe fait un mérite de reprocher des inutilités.
Il ne convient qu'avec une forte
de regret de ce qu'il trouve de favorable
à la vérité que je foutiens , dans
les autorités qu'il rapporte ; & il cherche
à donner du crédit aux erreurs pour
me les oppofer. C'est ce que je prouverai
par l'examen détaillé des faits qu'on
SEPTEMBRE. 1763. 157
m'objecte , & qu'il feroit trop long de
difcuter préfentement.
L'Auteur à l'occafion des apopléxies
citel'aphorifme d'Hippocrate quidit, qu'il
eft impoffible de guérir une forte apopléxie
, & qu'il eft difficile d'en guérir
une légère. Et il ajoute à une fauffe conféquence
qu'il tire de cette remarque
qu'on voit bien que ce n'eft pas d'Hippocrate
que je fais mon étude particu
lière.
Je pourrois repliquer qu'une injure n'eft
point une raifon , & que l'Auteur auroit
fans fe faire aucun tort , fup
pu,
primer cette perfonnalité.
Je pourrois lui dire, que les principaux
ouvrages d'Hippocrate étant fur la Chirurgie
, c'eft m'injurier gratuitement ,
que de vouloir faire croire que je ne me
fuis pas autant occupé que je l'aurois
dû , de la lecture de cet Auteur.
Je pourrois obferver encore , que
tout ce qu'Hippocrate a avancé , n'eft
pas confirmé par les faits : il croyoit , par
exemple , que les playes du corps de
la veffie étoient mortelles , & nous en
guériffons tous les jours. Et pour ne pas
dérouter le jeune Bachelier , & le tenir
fur fa citation , je pourrois lui promettre
qu'il apprendra par l'ufage , qu'il n'eſt
158 MERCURE DE FRANCE .
*
point du tout rare de voir des perfon
nes qui ont eu plufieurs attaques d'apopléxie
.
Mais je me contenterai de lui dire ,
ce dont peut-être il ne fe doute pas ,
qu'après une lecture d'Hippocrate , on
peut prendre une leçon utile dans Moliere
qui a relevé , pour le bien public , le
ridicule d'un Médecin qui foutenoit
opiniâtrément qu'un homme enterré
depuis deux jours n'étoit pas mort ;
parce qu'Hippocrate difoit expreffément
que la maladie dont il étoit attaqué , ne
fe terminoit qu'au quatorziéme ou au
vingt-uniéme jour ; & qu'il n'y en avoit
que fix que cet homme étoit malade.
Ce trait de morale s'applique tout
naturellement à ceux qui préférent l'autorité
des hommes à celle de la Nature
& de la Raifon.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Royal de Chirurgie , à M. DE LA
PLACE , Auteur du Mercure de
France.
V ous avez eu la bonté , Monfieur
de rendre dans le Mercure de Juin
un compte avantageux d'un Mémoi
re que j'ai donné au Public fur une
queftion anatomique , relative à la Jurifprudence
, où j'établis les principes
pourdiftinguer, à l'infpection d'un corps
trouvé pendu , les fignes du fuicide d'avec
ceux de l'affaffinat. Ce Mémoire
eft vivement attaqué dans le Journal
SEPTEMBRE. 1763. 151
de Médecine du mois de Septembre ,
fous le nom d'un Bachelier de la Faculté.
On prétend que je ne me fuis
occupé que de détails inutiles ; que j'ai
foutenu des opinions hazardées , &
donné des principes dangereux , dont
on peut tirer de funeftes conféquences.
La troifiéme propofition eft remife à
l'Ordinaire prochain ; il n'eft queſtion
dans celui-ci , que des détails prétendus
inutiles , & des opinions qu'on dit hazardées.
J'efpére que l'Auteur du Journal
de Médecine qui a publié cette critique
par égard pour les perfonnes de
fon Corps qui l'en ont follicité , m'accordera
une place pour la défenfe de la
faine do& rine fur une queftion auffi
intéreffante . Je ne me refuferai pas
à
la recherche de la vérité ; c'eft un engagement
que je contracte volontiers
avec le Public par la voie du Mercure.
La difcuffion du fonds eft fpécia
lement du reffort du Journal de Médecine
mais qu'il me foit permis de
reprendre dans le vôtre la forme que
mes Cenfeurs ont donnée à leur critique
.
Ils ont manifeftement confondu l'oc
cafion qui m'a porté à écrire avec l'ob,
jet de mon Mémoire. Pour établir l'inu-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
tilité de mes recherches & de mes expériences
, ils demandent fi l'affaire des
Calas en eft plus éclaircie ? Non ; difent
ils , & l'Auteur du Mémoire a
tout-à -fait perdu de vue cet objet principal.
-
Ma réponſe eft fimple. Cette affaire
n'a été , ni pû , ni dû être l'objet de
mon Mémoire. Quel homme feroit affez
imprudent & affez dépourvu de raiſon ,
pour ofer prononcer fur un cas particulier
, auffi grave que l'eft l'affaire de
Touloufe , jugé par un Parlement , &
foumis à la décifion du Confeil du Roi ,
qui pourra ordonner , ou ne pas ordonner
la révifion du procès ? C'eſt cependant
cette inutilité relative qu'on m'objecte
! on particularife mes réflexions
générales ,, ppoouurr chercher l'analogie qu'il
doit y avoir , dit-on , entre l'état de
la queftion & l'hiftoire des Calas. J'avoue
que fi l'on en appercevoit , ce
feroit contre mon intention ; & que j'ai
mis tout l'art dont j'ai été capable , à
empêcher qu'on ne pût faire la moindre
application des chofes que j'ai avancées
, à l'affaire particuliere qu'on me
reproche mal-à -propos de n'avoir point
approfondie.
Le premier point fur l'inutilité de mes
SEPTEMBRE. 1763. 153
"
recherches eft donc tout-à-fait déplacé ;
& ayant déclaré dès les premieres phrafes
de mon Mémoire , que je ne traitois
point de l'affaire des Calas &
qu'elle n'étoit que l'occafion qui m'avoit
porté à écrire fur cette matière
il n'y a ni juftice , ni raifon à me demander
en finiffant ce point .... que font
à l'affaire des Calas tous ces raifonnemens
pour engager à fecourir les pendus
fuicides ; cette difcuffion fur les
moral ou le phyfique de leur action ;;
ces avis publiés depuis 1740 , au fujet
des noyés ; l'éloge de la Philofophie
& des Arts ; la longue note où les filles
de Milet , Aulugelle & Tacite font éton
nés de fe rencontrer ? & c.?
TO
.
Vous voyez , Monfieur , ce que dans
cette tirade il y a d'étranger au fonds
de la queſtion. On jugera aifément de
l'infidélité de cette critique. L'on n'au ---
pas dû demander que fait à l'affaire
des Calas , l'éloge de la Philofophie :
& des Arts ; mais à quoi il fert dans un
Mémoire fur les pendus ?. Il fembleroit:
à cette question que perdant véritable--
ment mon objet de vue , je me fuiss
livré par une digreffion déplacée, à faire;
l'éloge de la Philofophie & des Arts . Riem
n'eft cependant fi peu fondé que co
G.V
154 MERCURE DE FRANCE.
reproche. J'ai dit , par occafion , que le
progrès de la Philofophie & des Arts
nous faifoit voir au profit de l'humanité ,
plufieurs objets , fous des afpects plus
raifonnables que nos pères ne les envifageoient.
C'est exactement là tout ce que
je dis ; & cette unique réfléxion fi fimple
& fi vraie , placée à propos , eft repréfentée
comme un chef d'inutilités
dans mon ouvrage : cela n'eft pas pardonnable.
Il faut de la bonne foi dans
la critique , & ſe reſpecter en imaginant
qu'il y a quelques Lecteurs judicieux
, capables de prendre la peine de
vérifier les points de conteftation. Les
filles de Milet qui fe font pendues
elles- mêmes , ne doivent pas être plus
étonnées de fe rencontrer avec Aulu-gelle
, dans mon Mémoire , que dans les
nuits attiques de cet Auteur ; & celui-ci
avec Tacite , dont j'ai crû devoir conferver
une expreffion bien énergique à
l'occafion du fuicide . Mais tout ceci eft
en note ; c'eſt la feule qu'il y ait dans
mon ouvrage ; & on ne peut pas dire
qu'elle ne foit pas amenée par le Texte.
Il faut que l'envie de contredire foit
bien forte , pour porter ceux qui en.
font tourmentés , à des objections auffi
farides L
SEPTEMBRE. 1763. 155
Paffons aux opinions qu'on dit hazar
dées. On foutient que les pendus meu
rent par fuffocation , faute d'air. J'ai
prétendu que la corde , fur-tout dans
ceux qui fe pendent eux-mêmes , n'agit
point du tout fur le conduit de l'air :
fur cela on fait deux interrogations....
Qui le mettroit à l'abri de la corde ?
Sur quelle partie de la corde agiroit-elle ?
Voici une réponse à ces deux queſtions :
rien ne met le conduit de l'air à l'abri de la
corde , & il n'a pas befoin d'abri , puifqu'elle
n'agit point fur lui. Elle porte
fous la machoire & fous l'occipital : elle
comprime principalement les veines jugulaires
, & les pendus meurent apoplectiques
& non pas fuffoqués. Pourquoi
taire que je me fuis autorifé du
fentiment de deux habiles Profeffeurs
en Médecine , Benedicti & Nymann.;
& me citer une autorité contraire , celle
de Garmann , Compilateur déraifannable
de touté efpéce d'inépties
dans un gros volume in-4°. de plus de
1500 pages , fous le titre de Miraculis
mortuorum , où l'on trouve le pour &
le contre , fans choix & fans difcerne
mentfur toutes les queftions qu'il traite ,
& parmi lesquelles il y en a de fort
ridicules. Entre des autorités de parcil
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
poids , il auroit fallu confulter l'expérience
, faire des effais & raiſonner conféquemment
fur les faits . On aime mieux
rappeller des cas particuliers mal obfervés
, que d'avoir recours aux grands
principes par lefquels on doit juger toutes
les conteftations fcientifiques.
1
a
Quel moyen de nier l'effet de la
compreffion des veines jugulaires par
l'impreffion de la corde fur un pendu ?
A ce fait fi fimple & fi clairement démontré
aux yeux même des moins inf
truits , on fubftitue une explication prétendue
phyfiologique , dont Garmann
dit-on , ouvert la voie , mais qu'Hebenfgreit
a développée. Or, cette explication
eft fi mauvaife , qu'elle feroit honte à
un Ecolier d'anatomie & de phyfiolologie
, & que l'Auteur de cette critique
eft forcé lui - même de l'abandonner
enfuite. L'avoir employée est une grande
Aiftraction de la part d'un homme qui
fe fait un mérite de reprocher des inutilités.
Il ne convient qu'avec une forte
de regret de ce qu'il trouve de favorable
à la vérité que je foutiens , dans
les autorités qu'il rapporte ; & il cherche
à donner du crédit aux erreurs pour
me les oppofer. C'est ce que je prouverai
par l'examen détaillé des faits qu'on
SEPTEMBRE. 1763. 157
m'objecte , & qu'il feroit trop long de
difcuter préfentement.
L'Auteur à l'occafion des apopléxies
citel'aphorifme d'Hippocrate quidit, qu'il
eft impoffible de guérir une forte apopléxie
, & qu'il eft difficile d'en guérir
une légère. Et il ajoute à une fauffe conféquence
qu'il tire de cette remarque
qu'on voit bien que ce n'eft pas d'Hippocrate
que je fais mon étude particu
lière.
Je pourrois repliquer qu'une injure n'eft
point une raifon , & que l'Auteur auroit
fans fe faire aucun tort , fup
pu,
primer cette perfonnalité.
Je pourrois lui dire, que les principaux
ouvrages d'Hippocrate étant fur la Chirurgie
, c'eft m'injurier gratuitement ,
que de vouloir faire croire que je ne me
fuis pas autant occupé que je l'aurois
dû , de la lecture de cet Auteur.
Je pourrois obferver encore , que
tout ce qu'Hippocrate a avancé , n'eft
pas confirmé par les faits : il croyoit , par
exemple , que les playes du corps de
la veffie étoient mortelles , & nous en
guériffons tous les jours. Et pour ne pas
dérouter le jeune Bachelier , & le tenir
fur fa citation , je pourrois lui promettre
qu'il apprendra par l'ufage , qu'il n'eſt
158 MERCURE DE FRANCE .
*
point du tout rare de voir des perfon
nes qui ont eu plufieurs attaques d'apopléxie
.
Mais je me contenterai de lui dire ,
ce dont peut-être il ne fe doute pas ,
qu'après une lecture d'Hippocrate , on
peut prendre une leçon utile dans Moliere
qui a relevé , pour le bien public , le
ridicule d'un Médecin qui foutenoit
opiniâtrément qu'un homme enterré
depuis deux jours n'étoit pas mort ;
parce qu'Hippocrate difoit expreffément
que la maladie dont il étoit attaqué , ne
fe terminoit qu'au quatorziéme ou au
vingt-uniéme jour ; & qu'il n'y en avoit
que fix que cet homme étoit malade.
Ce trait de morale s'applique tout
naturellement à ceux qui préférent l'autorité
des hommes à celle de la Nature
& de la Raifon.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Louis, Professeur Royal de Chirurgie, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
M. Louis, Professeur Royal de Chirurgie, réagit à une critique publiée dans le Journal de Médecine de septembre 1763 concernant son mémoire sur la distinction entre suicide et assassinat à partir de l'inspection d'un corps pendu. La critique, signée par un Bachelier de la Faculté, accuse M. Louis de se perdre dans des détails inutiles et de soutenir des opinions dangereuses. M. Louis précise que son mémoire traite de manière générale la question des suicides, sans lien direct avec l'affaire des Calas. Il justifie l'importance de ses recherches en soulignant qu'elles établissent des principes généraux applicables à divers cas. Il défend également l'utilisation de références philosophiques, artistiques et historiques, mal interprétées par les critiques. M. Louis affirme que les pendus meurent principalement d'apoplexie plutôt que de suffocation, s'appuyant sur les avis de deux professeurs éminents. Le texte explore ensuite la cause de la mort par pendaison, attribuant celle-ci à la compression des veines jugulaires plutôt qu'à l'asphyxie. Il critique les écrits de Garmann et une explication physiologique de Hebenstreit, jugée incorrecte. M. Louis déplore l'absence de raisonnement scientifique dans les débats actuels et insiste sur l'importance de privilégier la nature et la raison plutôt que les autorités anciennes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
106
p. 159-166
AVIS de la Société des CONCILIATEURS, sur le Mémoire de M. de PARCIEUX, pour conduire l'Eau de l'YVETTE à Paris.
Début :
APRÉS la lecture d'une Description de la Place de LOUIS XV, insérée [...]
Mots clefs :
Eaux , Rivière, Goût, Faveur, Mémoire, Seine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS de la Société des CONCILIATEURS, sur le Mémoire de M. de PARCIEUX, pour conduire l'Eau de l'YVETTE à Paris.
AVIS de la Société des CONCILIATEURS
, fur le Mémoire de M. de
PARCIEUX , pour conduire l'Eau
de l'YVETTE à Paris.
APRÉS la lecture d'une Deſcription
"
de la Place de LOUIS XV , inférée
dans le précédent Mercure on s'eft
demandé d'où l'on pourroit tirer l'eau
néceffaire aux deux Fontaines qui doi-,
vent entrer dans la décoration de cette
Place ?
Les différens moyens qui ont été difcu
tés pour remplir cet objet , n'ayant préfenté
que des difficultés & des dépenfes
confidérables ; un de nos Affociés , qui
a des connoiffances fur l'Hydrauilque ,
avança que l'exécution du Projet conté
nu dans le Mémoire de M. de Parcieux
en procurant à la Ville de Paris mille
douze cens pouces d'eau , qui pourroient
160 MERCURE DE FRANCE.
être diftribués dans tous les quartiers ,
rempliroit facilement les vues de magnificence
& d'agrément que l'on s'eft
propofées pour la Place de Louis XV
en y projettant la conftruction de ces
deux Fontaines..
On applaudiffoit unanimement à cette
idée , lorfqu'un d'entre nous , que
la
fortune a mis en état de fatisfaire fon inclination
bienfaifante & patriotique ,
repréfenta qu'il auroit déja fait des offres
de contribution pour fa part dans une
entrepriſe auffi importante au bien public
, fi quelques perfonnes ne l'avoient
affuré avoir goûté l'eau de l'Yvette
puifée dans les endroits où cette petite
rivière eft le plus limpide , & lui avoir
toujours trouvé un goût de vâfe & de
marais , qui en rendoit la boiffon un peu
défagréable.
On voit bien , repliqua celui qui avoit
parlé du projet de M. de Parcieux , que
ceux qui ont fait ce rapport ne connoif
fent guères que l'eau qu'on boit à Pa
ris , fans avoir même fait attention comment
elle contracte ce même goût de
vâfe quand la Seine eft fort baffe &
comment elle le perd. Il n'y a pas
ajouta- t- il , une feule des petites rivières
ou des ruiffeaux qui forment la Sei
>
SEPTEMBRE. 1763. 161
ne , fi ce n'eft peut-être dans les Pays
de hautes montagnes , qui n'ait ce mê
me goût de vâfe , & il eft prèfqu'impoffible
que cela foit autrement. Les lits des
petites rivières font pleins d'obftacles à
leur courant , lors même que les eaux
font les plus fortes. Ces obftacles font
les chauffées des étangs , les retenues des
réfervoirs , vanages & biez de moulins ;
des racines & branches d'arbres coupés
ou renversés ; des touffes de rofeaux, de
joncs & autres herbes aquatiques qui
croiffent abondamment. Pendant le
printemps & l'été les eaux de ces riviè
res arrofent les Prés , y féjournent ou
du moins y coulent fort lentement ,
d'où il arrive qu'elles contractent le
goût des herbages qu'elles lavent , &
entraînent avec elles le limon qui s'y eft
formé pendant l'hyver par les herbes
pourries & les feuilles tombées . A la
fin de Septembre & en Octobre on fait
rouir les chanvres & le lin , dans les
ruiffeaux ou da ns des trous voifins, d'où
l'eau paffe avec une partie de ce qu'elle
enlévé de ces chanvres dans ces ruiffeaux
, & de là dans les petites rivières ,
où il fe fait dépôt de ces matières ;
qui contribue encore au mauvais goût
de ces eaux . On ne peut donc , conti162
MERCURE DE FRANCE.
nua le défenfeur des eaux de l'Yvette
faire aucun reproche à cette rivière, qui
ne foit applicable à toutes celles de la
même claffe , & qu'elles mériteront par
des caufes prèfque néceffaires. Mais
pour avoir prouvé l'efpéce de néceffité
d'une mauvaife faveur aux eaux de l'Yvette
, ce ne feroit pas avoir prouvé
qu'on dût en trouver l'ufage moins dé
fagréable. Rien ne feroit fi raifonnable
que cette objection , repliqua notre Af
focié , fi ce mauvais goût étoit effentiellement
inhérent à cette eau , & s'il
n'y avoit pas des moyens certains pour
le lui faire perdre avant qu'elle fût arrivée
dans la Ville .
N'admettez- vous pas comme conftant
que l'eau de la Seine , avant que d'être
chargée des immondices de Paris , eft la
plus pure, en même temps la plus falubre
dont on puiffe boire ? Si l'on a bien lû
l'examen chymique de MM. Hellot &
Maquer, imprimé à la fin du Mémoire
de M. de Parcieux , on a dû fè convaincre
par tous les réfultats des épreuves de
ces deux fçavans Académiciens fur
l'eau de l'Yvette , qu'elle eft dans une
exacte parité à l'eau de la Seine quant
aux qualités effentielles. Ce qui donne
encore plus de poids à cette affertion , eft
SEPTEMBRE. 1763. -163
lefoin fcrupuleux avec lequel on apperçoit
qu'a été fait cet examen . Or fi les
qualités conftitutives des eaux de l'Yvette
font les mêmes que celles des eaux
de la Seine , ou entiérement homogénes
, il ne s'agit donc , pour rendre les
premieres auffi agréables & auffifalubres ,
que de les dé pouiller de la faveur accidentelle
qu'ellesauront contractée. Il faut
pour cela obferver par quels moyens
toutes les petites rivières qui forment la
Seine & qui ont la même faveur marécageufe
que l'on reproche à l'Yvette ,
la perdent dans le lit de cette grande
rivière . On ne peut douter que ce ne
foit en coulant alors plus librement &
dans un lit plus propre que leur canal
originaire ; & que par le mouvement de
la furface au fond & du fond à la furface
, les parties étrangères qui donnoient
cette faveur à l'eau font diffipées
ou par l'évaporation ou par la difperfion.
Et comme ce nouveau lit eft
garanti des dépôts limoneux , entraînés
par la force du courant , ces eaux le
font auffi du goût marécageux qu'elles
ne devoient qu'à ces dépôts. Si l'Art
peut facilement procurer le même
moyen d'épurement à l'Yvette , que la
Nature fournit à toutes les petites ri164
MERCURE DE FRANCE.
vières qui fe jettent dans les grandes , on
ne pourra plus douter raifonnablement
que fes eaux ne deviennent d'un auffi .
bon ufage que celles de la Seine ..
Pour s'affurer de ce changement avan-.
tageux dans les eaux de l'Yvette , il faut
obferver que par des expériences réïtérées
, & que chacun eft en état de faire
par foi- même , on eft certain que cette
eau expofée à l'air dans des vâfes propres,
perd fon goût marécageux en moins.
de quatre ou cinq jours ; que l'on opérera
encore plutôt cet effet en la battant
dans des bouteilles , avec l'attention
de donner de temps en temps paffage
à l'air extérieur en levant le doigt qui
les couvrira. Il en résulte donc néceffairement
, que le mouvement & même le
feul dépôt dans un vâfe propre , avec le
libre contact de l'air , fuffifent pour enlever
de cette eau les parties vafeufes
qui occafionnent la mauvaiſe faveur. Il
eft démontré que le projet de M. de
Parcieux fur la manière de faire parvenir
cette rivière à Paris réunit éminemment
ces deux moyens. En effet , cette
rivière dérivée de fon lit naturel à fept
lieues de Paris , & coulant dans un canal
, qu'à très -peu de frais on pourra
conferver dans une netteté parfaite , à
SEPTEMBRE. 1763 . 165
la faveur de fon mouvement & du contact
de l'air , aurara perdu la faveur marécageufe
avant que d'être parvenue à
moitié de la diftance que parcourera ce
canal , puifqu'il fuffiroit même pour
cela , avec plus de temps , du feul dé.
pôt de ces eaux dans un récipient net.
On ne pourra en douter , fi l'on fait
attention à ce qui fe pratique pour
l'épurement des eaux chargées de parties
minérales les plus divifées & les
plus intimement amalgamées avec le
fluide .
Non feulement donc l'eau de l'Yvette
fera purgée de fes parties étrangères
dans ce canal , comme elle le feroit dans
une grande rivière , mais encore elle
y fera bien plus fùrement garantie de
contracter jamais aucune faveur défagréable;
parce que ce nouveau canal fera
toujours plus propre qu'aucun lit de
rivière , quelque rapide qu'en foit le
courant ; & que les herbes aquatiques ne
pourront y prendre naiffance , quand
même on ne le nettoyeroit que tous
les deux ou trois ans. Ainfi la Capitale
trouvera dans cette nouvelle rivière
dont elle fera enrichie , l'eau la plus pure,
la plus faine & la meilleure qu'on puiffe
d efirer.
166 MERCURE DE FRANCE .
on
En cédant à des raifons fi convaincantes
& qui ont la force de démonftration
, tous les avis de la Société fe
font réunis à convenir de l'extrême utilité
dont feroit l'exécution du projet
contenu dans le Mémoire de M. de Parcieux
; & rejettant toutes les objections
vagues & fans fondement qu'on pourroit
oppofer à une fi belle entreprife ,
s'eft unanimement arrêté à faire des
voeux pour jouir le plus promptement
poffible des avantages qui en réfulteroient
pour la commodité , la falubri
té & l'embelliffement de la Capitale.
Heureux fans doute ceux qui pourront
immortalifer leur mémoire d'âge en âge
parmileurs concitoyens , en contribuant
à un fi beau Monument de bienfaifance
& fi digne de concourir à la décoration
d'une Place qui portera toujours
le nom du Monarque BIEN - AIME !
, fur le Mémoire de M. de
PARCIEUX , pour conduire l'Eau
de l'YVETTE à Paris.
APRÉS la lecture d'une Deſcription
"
de la Place de LOUIS XV , inférée
dans le précédent Mercure on s'eft
demandé d'où l'on pourroit tirer l'eau
néceffaire aux deux Fontaines qui doi-,
vent entrer dans la décoration de cette
Place ?
Les différens moyens qui ont été difcu
tés pour remplir cet objet , n'ayant préfenté
que des difficultés & des dépenfes
confidérables ; un de nos Affociés , qui
a des connoiffances fur l'Hydrauilque ,
avança que l'exécution du Projet conté
nu dans le Mémoire de M. de Parcieux
en procurant à la Ville de Paris mille
douze cens pouces d'eau , qui pourroient
160 MERCURE DE FRANCE.
être diftribués dans tous les quartiers ,
rempliroit facilement les vues de magnificence
& d'agrément que l'on s'eft
propofées pour la Place de Louis XV
en y projettant la conftruction de ces
deux Fontaines..
On applaudiffoit unanimement à cette
idée , lorfqu'un d'entre nous , que
la
fortune a mis en état de fatisfaire fon inclination
bienfaifante & patriotique ,
repréfenta qu'il auroit déja fait des offres
de contribution pour fa part dans une
entrepriſe auffi importante au bien public
, fi quelques perfonnes ne l'avoient
affuré avoir goûté l'eau de l'Yvette
puifée dans les endroits où cette petite
rivière eft le plus limpide , & lui avoir
toujours trouvé un goût de vâfe & de
marais , qui en rendoit la boiffon un peu
défagréable.
On voit bien , repliqua celui qui avoit
parlé du projet de M. de Parcieux , que
ceux qui ont fait ce rapport ne connoif
fent guères que l'eau qu'on boit à Pa
ris , fans avoir même fait attention comment
elle contracte ce même goût de
vâfe quand la Seine eft fort baffe &
comment elle le perd. Il n'y a pas
ajouta- t- il , une feule des petites rivières
ou des ruiffeaux qui forment la Sei
>
SEPTEMBRE. 1763. 161
ne , fi ce n'eft peut-être dans les Pays
de hautes montagnes , qui n'ait ce mê
me goût de vâfe , & il eft prèfqu'impoffible
que cela foit autrement. Les lits des
petites rivières font pleins d'obftacles à
leur courant , lors même que les eaux
font les plus fortes. Ces obftacles font
les chauffées des étangs , les retenues des
réfervoirs , vanages & biez de moulins ;
des racines & branches d'arbres coupés
ou renversés ; des touffes de rofeaux, de
joncs & autres herbes aquatiques qui
croiffent abondamment. Pendant le
printemps & l'été les eaux de ces riviè
res arrofent les Prés , y féjournent ou
du moins y coulent fort lentement ,
d'où il arrive qu'elles contractent le
goût des herbages qu'elles lavent , &
entraînent avec elles le limon qui s'y eft
formé pendant l'hyver par les herbes
pourries & les feuilles tombées . A la
fin de Septembre & en Octobre on fait
rouir les chanvres & le lin , dans les
ruiffeaux ou da ns des trous voifins, d'où
l'eau paffe avec une partie de ce qu'elle
enlévé de ces chanvres dans ces ruiffeaux
, & de là dans les petites rivières ,
où il fe fait dépôt de ces matières ;
qui contribue encore au mauvais goût
de ces eaux . On ne peut donc , conti162
MERCURE DE FRANCE.
nua le défenfeur des eaux de l'Yvette
faire aucun reproche à cette rivière, qui
ne foit applicable à toutes celles de la
même claffe , & qu'elles mériteront par
des caufes prèfque néceffaires. Mais
pour avoir prouvé l'efpéce de néceffité
d'une mauvaife faveur aux eaux de l'Yvette
, ce ne feroit pas avoir prouvé
qu'on dût en trouver l'ufage moins dé
fagréable. Rien ne feroit fi raifonnable
que cette objection , repliqua notre Af
focié , fi ce mauvais goût étoit effentiellement
inhérent à cette eau , & s'il
n'y avoit pas des moyens certains pour
le lui faire perdre avant qu'elle fût arrivée
dans la Ville .
N'admettez- vous pas comme conftant
que l'eau de la Seine , avant que d'être
chargée des immondices de Paris , eft la
plus pure, en même temps la plus falubre
dont on puiffe boire ? Si l'on a bien lû
l'examen chymique de MM. Hellot &
Maquer, imprimé à la fin du Mémoire
de M. de Parcieux , on a dû fè convaincre
par tous les réfultats des épreuves de
ces deux fçavans Académiciens fur
l'eau de l'Yvette , qu'elle eft dans une
exacte parité à l'eau de la Seine quant
aux qualités effentielles. Ce qui donne
encore plus de poids à cette affertion , eft
SEPTEMBRE. 1763. -163
lefoin fcrupuleux avec lequel on apperçoit
qu'a été fait cet examen . Or fi les
qualités conftitutives des eaux de l'Yvette
font les mêmes que celles des eaux
de la Seine , ou entiérement homogénes
, il ne s'agit donc , pour rendre les
premieres auffi agréables & auffifalubres ,
que de les dé pouiller de la faveur accidentelle
qu'ellesauront contractée. Il faut
pour cela obferver par quels moyens
toutes les petites rivières qui forment la
Seine & qui ont la même faveur marécageufe
que l'on reproche à l'Yvette ,
la perdent dans le lit de cette grande
rivière . On ne peut douter que ce ne
foit en coulant alors plus librement &
dans un lit plus propre que leur canal
originaire ; & que par le mouvement de
la furface au fond & du fond à la furface
, les parties étrangères qui donnoient
cette faveur à l'eau font diffipées
ou par l'évaporation ou par la difperfion.
Et comme ce nouveau lit eft
garanti des dépôts limoneux , entraînés
par la force du courant , ces eaux le
font auffi du goût marécageux qu'elles
ne devoient qu'à ces dépôts. Si l'Art
peut facilement procurer le même
moyen d'épurement à l'Yvette , que la
Nature fournit à toutes les petites ri164
MERCURE DE FRANCE.
vières qui fe jettent dans les grandes , on
ne pourra plus douter raifonnablement
que fes eaux ne deviennent d'un auffi .
bon ufage que celles de la Seine ..
Pour s'affurer de ce changement avan-.
tageux dans les eaux de l'Yvette , il faut
obferver que par des expériences réïtérées
, & que chacun eft en état de faire
par foi- même , on eft certain que cette
eau expofée à l'air dans des vâfes propres,
perd fon goût marécageux en moins.
de quatre ou cinq jours ; que l'on opérera
encore plutôt cet effet en la battant
dans des bouteilles , avec l'attention
de donner de temps en temps paffage
à l'air extérieur en levant le doigt qui
les couvrira. Il en résulte donc néceffairement
, que le mouvement & même le
feul dépôt dans un vâfe propre , avec le
libre contact de l'air , fuffifent pour enlever
de cette eau les parties vafeufes
qui occafionnent la mauvaiſe faveur. Il
eft démontré que le projet de M. de
Parcieux fur la manière de faire parvenir
cette rivière à Paris réunit éminemment
ces deux moyens. En effet , cette
rivière dérivée de fon lit naturel à fept
lieues de Paris , & coulant dans un canal
, qu'à très -peu de frais on pourra
conferver dans une netteté parfaite , à
SEPTEMBRE. 1763 . 165
la faveur de fon mouvement & du contact
de l'air , aurara perdu la faveur marécageufe
avant que d'être parvenue à
moitié de la diftance que parcourera ce
canal , puifqu'il fuffiroit même pour
cela , avec plus de temps , du feul dé.
pôt de ces eaux dans un récipient net.
On ne pourra en douter , fi l'on fait
attention à ce qui fe pratique pour
l'épurement des eaux chargées de parties
minérales les plus divifées & les
plus intimement amalgamées avec le
fluide .
Non feulement donc l'eau de l'Yvette
fera purgée de fes parties étrangères
dans ce canal , comme elle le feroit dans
une grande rivière , mais encore elle
y fera bien plus fùrement garantie de
contracter jamais aucune faveur défagréable;
parce que ce nouveau canal fera
toujours plus propre qu'aucun lit de
rivière , quelque rapide qu'en foit le
courant ; & que les herbes aquatiques ne
pourront y prendre naiffance , quand
même on ne le nettoyeroit que tous
les deux ou trois ans. Ainfi la Capitale
trouvera dans cette nouvelle rivière
dont elle fera enrichie , l'eau la plus pure,
la plus faine & la meilleure qu'on puiffe
d efirer.
166 MERCURE DE FRANCE .
on
En cédant à des raifons fi convaincantes
& qui ont la force de démonftration
, tous les avis de la Société fe
font réunis à convenir de l'extrême utilité
dont feroit l'exécution du projet
contenu dans le Mémoire de M. de Parcieux
; & rejettant toutes les objections
vagues & fans fondement qu'on pourroit
oppofer à une fi belle entreprife ,
s'eft unanimement arrêté à faire des
voeux pour jouir le plus promptement
poffible des avantages qui en réfulteroient
pour la commodité , la falubri
té & l'embelliffement de la Capitale.
Heureux fans doute ceux qui pourront
immortalifer leur mémoire d'âge en âge
parmileurs concitoyens , en contribuant
à un fi beau Monument de bienfaifance
& fi digne de concourir à la décoration
d'une Place qui portera toujours
le nom du Monarque BIEN - AIME !
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Résumé : AVIS de la Société des CONCILIATEURS, sur le Mémoire de M. de PARCIEUX, pour conduire l'Eau de l'YVETTE à Paris.
La Société des Conciliateurs a examiné un projet de M. de Parcieux visant à acheminer l'eau de l'Yvette à Paris pour alimenter les fontaines de la Place de Louis XV. Ce projet était initialement apprécié pour sa capacité à fournir 1120 pouces d'eau distribuables dans toute la ville. Cependant, des préoccupations ont été exprimées concernant le goût vaseux et marécageux de l'eau de l'Yvette, basé sur des témoignages de consommateurs. Un membre de la Société a souligné que ce goût est fréquent dans de nombreuses petites rivières et ruisseaux, y compris ceux alimentant la Seine. Il a attribué ce goût aux obstacles naturels et aux activités humaines comme le rouissage du chanvre. Il a également affirmé que l'eau de la Seine, avant d'être polluée par les immondices de Paris, est pure et salubre, tout comme l'eau de l'Yvette selon un examen chimique réalisé par MM. Hellot et Maquer. Pour remédier à ce problème, il a proposé de reproduire artificiellement les conditions naturelles de purification de l'eau. En assurant un écoulement libre et un lit propre, l'eau de l'Yvette pourrait perdre son goût marécageux par évaporation et dispersion des particules étrangères. Des expériences ont démontré que l'exposition de l'eau de l'Yvette à l'air dans des vases propres suffit à éliminer ce goût en peu de temps. Le projet de M. de Parcieux prévoit de dériver la rivière de son lit naturel à sept lieues de Paris et de la faire couler dans un canal. Grâce au mouvement de l'eau et au contact avec l'air, l'eau perdra son goût désagréable avant d'atteindre Paris. Le canal sera maintenu propre pour éviter toute contamination future. La Société des Conciliateurs reconnaît l'utilité du projet et souhaite son exécution rapide pour améliorer la commodité, la salubrité et l'embellissement de la capitale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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107
p. 5-11
L'ANNIVERSAIRE DE M. DE CRÉBILLON. ODE. Ingenio stat sine morte decus. Properce.
Début :
O MORT, Déesse inéxorable, [...]
Mots clefs :
Âme, Voix, Fureur, Mémoire, Horreur
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texteReconnaissance textuelle : L'ANNIVERSAIRE DE M. DE CRÉBILLON. ODE. Ingenio stat sine morte decus. Properce.
L'ANNIVERSAIRE
DE M. DE CREBILLON.
ODE.
Ingenio ftat fine morte decus.
Properce
MORT , Déeffe inézorable ,
>
Monſtre qu'allaita la fureur ,
Arrête ton bras implacable ,
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Sufpends , ô mort , ton bras vengeur.
Le Temps ton rapide Miniftre ,
Fait tomber fous ta main finiftre
Les Princes , le Peuple & les Rois,
Hélas ! en frappant tes victimes ,
Epargne les efprits fublimes ;
Du fort pour eux change les Loix.
Mais non > Héros de l'harmonie ,
Vainqueurs du Temps & de la Mort ,
Vos talens & votre génie
Sont au- deffus des Loix du fort.
Quand les fatales Deftinées
Coupent le fil de vos années ,
Du cercueil perçant les horreurs ,
L'éclat brillant de votre gloire ,
En confacrant votre mémoire ,
S'érige un Trône dans nos coeurs.
Toi , qui dans ton brûlant délire ,
Ravis & tranſportas nos fens ,
Et qui des Maîtres de la lyre
Nous rappellois les fiers accens ,
O Crébillon ! Mortel fublime ,
La mort te prenant pour victime ,
De tes jours éteint le flambeau ;
Mais en t'afurant nos hommages ,
Ton nom , tes célébres Ouvrages
Te font triompher du tombeau.
OCTOBRE. 1763. 7
Des champs fleuris de l'Elysée ,
Accours ; & que tes fons hardis
Paffant dans mon âme embraſée
Raniment mes fens engourdis.
Guidé par la voix de la Gloire,
Je viens célébrer ta mémoire ;
Dirige & forme mes accords :
Toi feul peux donner à mes rimes
Ces beautés mâles & fublimes ,
Fruits des poëtiques tranſports.
Plein de cette célefte flamme
Et de cette noble fureur
Qui pénétrent , embraſent l'âme
De trouble , de crainte & d'horreur ;
Tu faifis , tu montes ta lyre ,
Du Dieu des beaux Arts qui t'inſpire
Suivant les fouveraines loix ,
Tu n'es plus un Mortel prophane ;
Le Dieu , dont ta Mufe eft l'organe,
Parle lui- même par ta voix .
Rappellés du fein des ténebres ,
A tes accens audacieux ,
Sortent de leurs féjours funébres ,
Les Princes , & les Demi- Dieux ....
Où portez- vous vos pas perfides ,
Frères cruels , & parricides ?
Sur qui levez-vous le couteau ?.. •
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Malheureux ! en vangeant ton père ,
L'ombre fanglante de ta mère
Te fuit dans la nuit du tombeau.
Sur l'infléxible coeur d'Atrée ,
Le fang a-t-il repris les droits?
Il jure la coupe facrée ,
Thiefte s'unir à fa voix...
Frère cruel , monftre féroce !
Quelle paix , quel complot atroce !
Le foleil recule d'horreur.
Loin de toi , malheureux Thiefte,
Détourne la coupe funefte ;
Connois tón frère à ſa fureur.
#
Sur la fcène émue & ravie ,
Quel objet arrache nos pleurs ?
Aimable & tendre Zénobie ,
Je partage tous tes malheurs.
En vain un époux fanguinaire
Veut te priver de la lumière ,
Tu défarmes fes bras fanglans ;
Et de Rhadamifte infléxible
Ta vertu modefte & fenfible
Calme les remords dévorans.
Ainfi dans ta brulante yvreffe ,
O Crébillon ! ton fier pinceau ,
Joignant la force à la tendreſſe
Donne au théâtre un jour nouveau.
1
OCTOBRE . 1763.
Le feu céleste qui t'enflamme ,
Embrafe & dévore mon âme ,
La remplit de trouble & d'horreur.
Tranſporté de tes fons fublimes ,
Je te fuis dans les noirs abîmes ,
Je me confonds dans ma terreur.
Mais quoi ! fur la fin de ta vie
N'es-tu plus le même héros ? ....
Mortels , refpectons le génie
Jufques dans les moindres travaux.
D'un éffor toujours intrépide ,
Il s'élève en fon vol rapide,
Il plane jufques dans les Cieux.
Mais moins fuperbes dans leur courſe
Ses feux s'éloignant , de leur fource ,
Perdent leur éclat glorieux.
Tel au milieu de ta carrière ,
Flambeau céleste , Aftre brulant ,
Le vif rayon de ta lumière
Eft plus fécond & plus brillant.
Dans ta courſe rapide & fure
Tu donnes l'âme à la nature's
Tes feux embraſent l'univers.
Le Ciel fe couronne d'étoiles
La nuit obfcure étend fes voiles ,
Et ta te plonges dans les mers.
Dans les accès noirs & funébres ,
999
A v
10 MERCURE
DE FRANCE .
Quel monftre avide & ténébreux
Déchire les Auteurs célébres ,
Et les perce de traits affreux ?
Héros chéri de Melpomène ,
Je vois le poiſon de la haine
De ta vie infecter le cours.
Contre toi l'Envie animée
De fon haleine envenimée
Veut éclipfer ces plus beaux jours.
Mais la fierté de ton génie
Méprife tous ces noirs complots ,
Et d'une lâche calomnie
Craint peu les ténébreux affauts .
Affuré de notre fuffrage ,
Ton nom célébre , d'âge en âge ,
Suivra le cours de l'univers ,
Et dans le Temple de mémoire
Chaque jour la main de la Gloire
Te parera de myrches verds.
Déja l'éclat qui t'environne
Recoit un nouvel ornement ;
Un Monarque l'honneur du Trône
T'érige un pompeux monument.
Des bords fleuris de l'hypocréne ,
Je vois defcendre Melpomène
Qui s'applaudit de ce bienfait ;
Elle vient fur le fronsifpice
De cet immortel édifice
Graver la perte qu'elle a fait.
OCTOBRE. 1763 .
II
Epriſe de ta voix divine
Cette Mufe effuyant fes pleurs ,
Avoit fur la mort de Racine
Calmé les trop juftes douleurs :
Depuis que la Parque homicide
Ta frappé de fa faux perfide ,
Ses larmes coulent de nouveau .
Elle s'arrache de fon trône
Et prenant en main fa couronne
La dépoſe fur ton tombeau .
Pr. Ch. r.
DE M. DE CREBILLON.
ODE.
Ingenio ftat fine morte decus.
Properce
MORT , Déeffe inézorable ,
>
Monſtre qu'allaita la fureur ,
Arrête ton bras implacable ,
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Sufpends , ô mort , ton bras vengeur.
Le Temps ton rapide Miniftre ,
Fait tomber fous ta main finiftre
Les Princes , le Peuple & les Rois,
Hélas ! en frappant tes victimes ,
Epargne les efprits fublimes ;
Du fort pour eux change les Loix.
Mais non > Héros de l'harmonie ,
Vainqueurs du Temps & de la Mort ,
Vos talens & votre génie
Sont au- deffus des Loix du fort.
Quand les fatales Deftinées
Coupent le fil de vos années ,
Du cercueil perçant les horreurs ,
L'éclat brillant de votre gloire ,
En confacrant votre mémoire ,
S'érige un Trône dans nos coeurs.
Toi , qui dans ton brûlant délire ,
Ravis & tranſportas nos fens ,
Et qui des Maîtres de la lyre
Nous rappellois les fiers accens ,
O Crébillon ! Mortel fublime ,
La mort te prenant pour victime ,
De tes jours éteint le flambeau ;
Mais en t'afurant nos hommages ,
Ton nom , tes célébres Ouvrages
Te font triompher du tombeau.
OCTOBRE. 1763. 7
Des champs fleuris de l'Elysée ,
Accours ; & que tes fons hardis
Paffant dans mon âme embraſée
Raniment mes fens engourdis.
Guidé par la voix de la Gloire,
Je viens célébrer ta mémoire ;
Dirige & forme mes accords :
Toi feul peux donner à mes rimes
Ces beautés mâles & fublimes ,
Fruits des poëtiques tranſports.
Plein de cette célefte flamme
Et de cette noble fureur
Qui pénétrent , embraſent l'âme
De trouble , de crainte & d'horreur ;
Tu faifis , tu montes ta lyre ,
Du Dieu des beaux Arts qui t'inſpire
Suivant les fouveraines loix ,
Tu n'es plus un Mortel prophane ;
Le Dieu , dont ta Mufe eft l'organe,
Parle lui- même par ta voix .
Rappellés du fein des ténebres ,
A tes accens audacieux ,
Sortent de leurs féjours funébres ,
Les Princes , & les Demi- Dieux ....
Où portez- vous vos pas perfides ,
Frères cruels , & parricides ?
Sur qui levez-vous le couteau ?.. •
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Malheureux ! en vangeant ton père ,
L'ombre fanglante de ta mère
Te fuit dans la nuit du tombeau.
Sur l'infléxible coeur d'Atrée ,
Le fang a-t-il repris les droits?
Il jure la coupe facrée ,
Thiefte s'unir à fa voix...
Frère cruel , monftre féroce !
Quelle paix , quel complot atroce !
Le foleil recule d'horreur.
Loin de toi , malheureux Thiefte,
Détourne la coupe funefte ;
Connois tón frère à ſa fureur.
#
Sur la fcène émue & ravie ,
Quel objet arrache nos pleurs ?
Aimable & tendre Zénobie ,
Je partage tous tes malheurs.
En vain un époux fanguinaire
Veut te priver de la lumière ,
Tu défarmes fes bras fanglans ;
Et de Rhadamifte infléxible
Ta vertu modefte & fenfible
Calme les remords dévorans.
Ainfi dans ta brulante yvreffe ,
O Crébillon ! ton fier pinceau ,
Joignant la force à la tendreſſe
Donne au théâtre un jour nouveau.
1
OCTOBRE . 1763.
Le feu céleste qui t'enflamme ,
Embrafe & dévore mon âme ,
La remplit de trouble & d'horreur.
Tranſporté de tes fons fublimes ,
Je te fuis dans les noirs abîmes ,
Je me confonds dans ma terreur.
Mais quoi ! fur la fin de ta vie
N'es-tu plus le même héros ? ....
Mortels , refpectons le génie
Jufques dans les moindres travaux.
D'un éffor toujours intrépide ,
Il s'élève en fon vol rapide,
Il plane jufques dans les Cieux.
Mais moins fuperbes dans leur courſe
Ses feux s'éloignant , de leur fource ,
Perdent leur éclat glorieux.
Tel au milieu de ta carrière ,
Flambeau céleste , Aftre brulant ,
Le vif rayon de ta lumière
Eft plus fécond & plus brillant.
Dans ta courſe rapide & fure
Tu donnes l'âme à la nature's
Tes feux embraſent l'univers.
Le Ciel fe couronne d'étoiles
La nuit obfcure étend fes voiles ,
Et ta te plonges dans les mers.
Dans les accès noirs & funébres ,
999
A v
10 MERCURE
DE FRANCE .
Quel monftre avide & ténébreux
Déchire les Auteurs célébres ,
Et les perce de traits affreux ?
Héros chéri de Melpomène ,
Je vois le poiſon de la haine
De ta vie infecter le cours.
Contre toi l'Envie animée
De fon haleine envenimée
Veut éclipfer ces plus beaux jours.
Mais la fierté de ton génie
Méprife tous ces noirs complots ,
Et d'une lâche calomnie
Craint peu les ténébreux affauts .
Affuré de notre fuffrage ,
Ton nom célébre , d'âge en âge ,
Suivra le cours de l'univers ,
Et dans le Temple de mémoire
Chaque jour la main de la Gloire
Te parera de myrches verds.
Déja l'éclat qui t'environne
Recoit un nouvel ornement ;
Un Monarque l'honneur du Trône
T'érige un pompeux monument.
Des bords fleuris de l'hypocréne ,
Je vois defcendre Melpomène
Qui s'applaudit de ce bienfait ;
Elle vient fur le fronsifpice
De cet immortel édifice
Graver la perte qu'elle a fait.
OCTOBRE. 1763 .
II
Epriſe de ta voix divine
Cette Mufe effuyant fes pleurs ,
Avoit fur la mort de Racine
Calmé les trop juftes douleurs :
Depuis que la Parque homicide
Ta frappé de fa faux perfide ,
Ses larmes coulent de nouveau .
Elle s'arrache de fon trône
Et prenant en main fa couronne
La dépoſe fur ton tombeau .
Pr. Ch. r.
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Résumé : L'ANNIVERSAIRE DE M. DE CRÉBILLON. ODE. Ingenio stat sine morte decus. Properce.
L'ode rend hommage à Prosper Jolyot de Crébillon, dramaturge français renommé, à l'occasion de son anniversaire. L'auteur exalte le génie de Crébillon, dont les œuvres transcendent la mort et continuent de vivre à travers les âges. Son talent littéraire est décrit comme ayant le pouvoir de raviver les âmes et de défier les lois du temps. La disparition de Crébillon est perçue comme une perte majeure, mais son nom et ses écrits persistent et triomphent au-delà de la tombe. Le texte met en lumière des scènes dramatiques issues des pièces de Crébillon, notamment des tragédies familiales et des personnages marquants tels qu'Oreste et Zénobie. L'auteur admire la capacité de Crébillon à allier force et tendresse dans ses créations théâtrales. Malgré les critiques et les calomnies, le génie de Crébillon demeure intact et reconnu par la postérité. Un monarque rend hommage à sa mémoire en faisant ériger un monument en son honneur, tandis que les muses célèbrent son héritage littéraire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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108
p. 5-8
ÉPITRE de M. D. R... à M. le Marquis D....
Début :
QUE Dieu te console [...]
Mots clefs :
Château, Troupe, Transports, Prêtre, Mémoire, Respect, Grâce
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE de M. D. R... à M. le Marquis D....
ÉPITRE de M. D. R... * à M. le
Marquis D...
QuUE Dieu te conſole
Dans ton vieux Château ,
Je le crois fort beau ..
La troupe frivole
De maint houbereau.
Sourit , te cajole ,
Humblement t'accole ,
*On prétend queces vers , ainſi que ceux que nous avons
déja inférés ſous les mêmes Lettres , font de feú M. le Comte
de Rochemont..
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tu réponds deux mots ,
Plus froid qu'une idole ,
En tournant le dos
A ces étourneaux.
Mais quel bruit étrange ,
Quels cris , quels tranſports !
On brife ; on dérange ;
C'eſt un Peuple en corps
Qui veut voir ſon Maître.
D'un air de héros ,
En voyant paroître
Tes humbles vaffaux
Conduits par un Prêtre ,
Qui s'en vient le traître
Tout haut dégorger
D'un ton puérile
Sa proſe imbécile
Pour te louanger ;
Plus de morgue encore ;
Prends- toi le menton ,
Songe qu'on t'honore :
Roule les yeux : bon !
L'entrevue eſt faite ,
On fert le dîné .
D'un figne de tête
Grave , combiné
Plein de dignité ,
Bois à la ſanté
DECEMBRE. 1763 . 7
(
De ton gros Curé
Craſſeux , mais poudré ,
Prompt à ſe courber ;
Qui comblé de gloire ,
Perdant la mémoire ,
Laiſſera tomber
Son pain , ſa fourchette ,
Avec ſa ſerviette ,
Saiſi de reſpect ,
A ton noble aſpect.
A chaque parole
Fais ronfier le nom
De la Mirandole ,
Toujours fans raiſon.
Plus bruyant qu'Eole ,
Vante ton drapeau ;
De mainte hyperbole
Embellis le rôle
Qu'aux rives du Pô
Le Dieu de la Thrace
Sûr de ton audace ,
Commit à ta foi ,
Découvrant en toi
Le mâle courage ,
L'eſprit ferme & fage
Du fameux Vauban ,
Qui t'a donné l'être ,
Dont tu fais renaître
A iv
8 MERCURE DE FRANCE..
Le génie ardent ,
Et pour ſa parrie
Le tendre penchant.
C'eſt ſans flatterie
Et fans compliment
Que je le publie :
Toute l'Italie ſera mon garant.
Chaque bec t'embraffe :
Mais reviens de grace!
Marquis D...
QuUE Dieu te conſole
Dans ton vieux Château ,
Je le crois fort beau ..
La troupe frivole
De maint houbereau.
Sourit , te cajole ,
Humblement t'accole ,
*On prétend queces vers , ainſi que ceux que nous avons
déja inférés ſous les mêmes Lettres , font de feú M. le Comte
de Rochemont..
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tu réponds deux mots ,
Plus froid qu'une idole ,
En tournant le dos
A ces étourneaux.
Mais quel bruit étrange ,
Quels cris , quels tranſports !
On brife ; on dérange ;
C'eſt un Peuple en corps
Qui veut voir ſon Maître.
D'un air de héros ,
En voyant paroître
Tes humbles vaffaux
Conduits par un Prêtre ,
Qui s'en vient le traître
Tout haut dégorger
D'un ton puérile
Sa proſe imbécile
Pour te louanger ;
Plus de morgue encore ;
Prends- toi le menton ,
Songe qu'on t'honore :
Roule les yeux : bon !
L'entrevue eſt faite ,
On fert le dîné .
D'un figne de tête
Grave , combiné
Plein de dignité ,
Bois à la ſanté
DECEMBRE. 1763 . 7
(
De ton gros Curé
Craſſeux , mais poudré ,
Prompt à ſe courber ;
Qui comblé de gloire ,
Perdant la mémoire ,
Laiſſera tomber
Son pain , ſa fourchette ,
Avec ſa ſerviette ,
Saiſi de reſpect ,
A ton noble aſpect.
A chaque parole
Fais ronfier le nom
De la Mirandole ,
Toujours fans raiſon.
Plus bruyant qu'Eole ,
Vante ton drapeau ;
De mainte hyperbole
Embellis le rôle
Qu'aux rives du Pô
Le Dieu de la Thrace
Sûr de ton audace ,
Commit à ta foi ,
Découvrant en toi
Le mâle courage ,
L'eſprit ferme & fage
Du fameux Vauban ,
Qui t'a donné l'être ,
Dont tu fais renaître
A iv
8 MERCURE DE FRANCE..
Le génie ardent ,
Et pour ſa parrie
Le tendre penchant.
C'eſt ſans flatterie
Et fans compliment
Que je le publie :
Toute l'Italie ſera mon garant.
Chaque bec t'embraffe :
Mais reviens de grace!
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Résumé : ÉPITRE de M. D. R... à M. le Marquis D....
M. D. R... adresse une épître au Marquis D... pour lui présenter ses condoléances suite à la perte du Comte de Rochemont. Le texte décrit des visiteurs, qualifiés de 'troupe frivole' et d''étourneaux', qui cherchent à obtenir l'attention et l'approbation du Marquis. Ce dernier réagit avec froideur et dignité face à leurs flatteries. Lors d'une rencontre, un prêtre et un curé témoignent de leur admiration pour le Marquis, ce dernier restant impassible. Le Marquis est comparé à Pic de la Mirandole et à Vauban, soulignant son courage et son esprit. L'auteur affirme que toute l'Italie peut attester de ces qualités sans flatterie excessive. L'épître se conclut par un appel au Marquis à revenir, sans préciser les circonstances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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109
p. 99-112
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres & des Arts de ROUEN.
Début :
Du Mercredi 3 Août 1763. M. LECAT, Secrétaire des Sciences [...]
Mots clefs :
Prix, Mémoire, Sciences, Botanique, Pensées, Parties, Mœurs , Extrait, Fleurs, Architecture, Littérature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres & des Arts de ROUEN.
SEANCE publique de l'Académie des
Sciences , des Belles-Lettres & des
Arts de RoUEN.
Du Mercredi 3 Août 1763 .
M. LECAT , Secrétaire des Sciences ,
ouvrit cette Séance ſelon l'uſage , parle
détail ſuccinct des travaux de l'année
académique , détail trop confidérable
- pour trouver place ici : après quoi il annonça
les vainqueurs au concours pour
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
les prix des Ecoles protégées par l'Académie.
Prix d'Anatomie.
1
Le premier a été remporté par Barthelemi
la Porterie , d'Ecouy près Gifors.
Le ſecond , par Michel Damonceaux ,
de Monroye , Diocèſe de Tours.
Le troifiéme , par Michel-Armand
Mulot, de Paris .
Le premier acceffit, par Jacques-René
Boulard, d'Evreux,
Le second acceffit , par Claude Guerin ,
deGenève.
Des trois Prix de Chirurgie , un ſeul
Mémoire , mais très-bon , a été jugé
digne d'en avoir un. L'Auteur est Jacques-
René Boulard, le même qui l'an
paffé remporta le premier Prix du même
genre , avec la note longè primus. Les
deux autres Prix ſont réſervés pour l'année
prochaine.
L'acceffit , par Alexandre- Charles ,
de Rouen.
Il y aura en 1764 deux Prix d'émulation
pour la nouvelle Ecole des Accouchemens
, dont nous avons annoncé la
création dans une des Feuilles hebdomadaires
de Rouen,
DECEMBRE. 1763. 101
Botanique.
Les Prix de Botanique ont été remportés:
Le 1er , par M. Dorignac. de Rouen
Le 2me , par M. Langlois.
Le troifiéme Prix & une quatriéme
Médaille réſervée de l'an paſſe , ſeront
offerts aux Concurrens l'année prochaine.
Il n'y a point eude concours pour les
Prix deMathématique cette année.
Deffeins
Le ſujet pour la Peinture étoit Jofeph
dans la prison , expliquant les ſonges
aux deux Officiers de Pharaon . Le Prix
à été donné à Pierre-Amable Beaufils ,
deRouen.
:
Le premier Prix d'après nature , à
Jean-Baptiste Marc-Antoine Descamps ,
fils de M. le Profeſſeur.
Le ſecond , à Anicet - Charles - Gabriel
Lemonnier , de Rouen.
Le Prix d'après la boſſe , à Jean-Martin
Paulet , de Rouen.
:
Un Prix extraordinaire d'après la boffe,
àMademoiselle de Jouy , de Rouen.
Le Prix d'après le deſſein , à Made-
E nj
102 MERCURE DE FRANCE.
moiselle Bonne- FélicitéDescamps , fille
de M. le Profeſſeur.
L'acceffità Nicolas Milon, de Rouen.
Le Prix d'Architecture , à Jean-Jo
Seph Godefroy, de Dernetal.
L'acceffit , à François Grout, de Sotteville.
• Meſſieurs les Secrétaires lurent enfuite
les Programmes des Prix de leurs Claf
ſes , qu'on a inférés dans le Mercure
précédent : après quoi M. Vregeon fit
la lecture des obfervations météorologiques
, auxquelles il ajouta celles des
maladies qui ont regné dans le cours de
cette année académique.
Enfuite M. Lecat , Secrétaire des
Sciences , lut l'extrait de la ſeconde partie
de ſon Traité du Sommeil , dont la
première , lue à la Séance publique de
l'an paſſé ,a été confumée dans l'incendie
de fon Etude du 26 Décembre dernier.
Cetre ſeconde Partie traite de ce quife
paffe ennouspendant le sommeil, ou des
pensées & des actions d'un homme qui
dort.
Ces Penſées comprennent les fonges
ordinaires , les fonges à preſſentimens ,
à viſions , à prétendues prophéties , &c.
M. Lecat y a fait entrer une maladie
particuliere au fommeil , le cochemart ,
DECEMBRE. 1763 . 103
parce que l'imagination du dormeur y
joue un grand rôle. Par les actions d'un
homme qui dort , il entend les mouvemens&
les cris imparfaits qu'on obferve
dans les dormeurs , &les phénomènes
finguliers des ſomnambules , qu'il diviſe
en pluſieurs claſſes. Cette differtation ,
dont il n'a pû donner qu'un extrait , a
dans tous fes articles deux parties ; une
hiſtorique , dont M. Lecat donne pour
garant lesAuteurs ſeuls dont il l'a tirée ,
&une phyſico-ſyſtématique , qui eft
bien à lui , mais qu'il n'offre au Public
que comme un eſſai d'hypothèſe , &
fur certains points , comme la fimple
lueur d'une vraie lumière qu'il lui a éré
impoffible de répandre fur des ſujets auffi
obfcurs.
M. du Boullay , Secrétaire desBelles-
Lettres , dut l'éloge de M. Titon du Tillet,
Affocié de l'Académie, connu par
fon Parnasse François , né à Paris le 16
Janvier 1677 , mort dans la même ville
le 26 Décembre 1762, âgé de 84 ans ,
11 mois 10 jours. Son exemple , ditM.
du Boullay , a prouvé que l'amour des
Sciences , des Lettres & des Arts , eſt
une paſſion ſi noble , qu'elle mérite
quelquefois à ceux qui en donnent des
marques publiques & éclatantes , une
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
réputation qui ſemble être réſervée aux
talens ſupérieurs.
Le même M. du Boullay lut enſuite
unDifcours intitulé : Eſſaifur l'influence
réciproque des moeurs fur le goût , & du
goût fur les moeurs , dans lequel , après
avoir établi que le goût, Juge de tous
les beaux Arts , eſt un ſentiment vif&
rapide qui précéde toute réflexion , que
la nature donne , que l'étude approfondie
& raiſonnée des principes perfectionne
, & que l'opinion corrompt; il fit
voir que le ſentiment par lequel notre
coeur juge du vice&de la vertu , eft
précisément de même nature , ſe perfectionne
& fe déprave par les mêmes
moyens ; d'où il ſuit que la corruption
des moeurs doit entraîner celle du goût ,
& que la corruption du goût doit à fon
tour accélérer celle des moeurs ; réſultat
conforme à la théorie & à l'expérience.
M. Pinard , Docteur en Médecine ,
& Profeffeur Royal de Botanique , lut
un Mémoire fur le Mufa , connu en
France ſous le nom de Figuier bananier
, ou Figuier d'Adam. Cette plante ,
cultivée dans la Serre de l'Académie ,
ayant donné ſa fleur au mois d'Août
1762 , & fon fruit s'étant trouvé parfaitement
mûr au commencement de Fé
DECEMBRE. 1763. 1ος
vrier ſuivant , notre Profeſſeur n'a pas
laiſſé échapper l'occaſion d'en examiner
toutes les parties avec l'attention la plus
fcrupuleuſe , & de les faire deffiner. Les
fleurs étant l'objet le plus intéreſſant de
ce Mémoire , nous ne le ſuivrons point
dans les détails curieux où il eſt entré
par rapport aux racines , aux feuilles &
à la ſtructure intérieure tant de la tige
que du régime. On donne communément
ce nom à la collection des fruits
diſpoſés en grape du Bananier , du Dattier
, du Cocotier , &c .
On obſerve fut le régime deux ſortes
de fleurs ; celles qui paroiſſent les pre .
mières portent des fruits , & les autres
avortent :
La Corole eſt irrégulière : elle eſt compoſée
de deux pétales , ou ſi l'on veut
d'un pétale & d'un nectarium , qui forment
enſemble une eſpéce de gueule.
Le pétale placé à la partie ſupérieure eſt
plié en gouttière à ſa baſe , cannelé , applati
& relevé par le haut , ou il eſt découpé
ordinairement en cinq parties
roulées en-dehors. Le nectarium poſé
inférieurement eſt creusé en nacelle. Son
extrémité antérieure eſt repliée en-dedans
, légérement déchiquetée , & terminée
dans ſon milieu par une lan
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
guette * qui n'est pas toujours portée
en-dehors . Sa cavité eſt remplie d'une
liqueur très-claire & fucrée.
On trouve dans cette fleur cinq filets
égaux applatis , qui n'ont point de fommets
, & dont l'extrémité eſt flétrie &
brune.
Ces parties font foutenues par un
germe fort grand, terminé par un ſtyle
relevé de trois côtes à ſa baſe , dont le
ſtigmate eft brun , creuſé dans fon milieu
, & divifé dans fes bords en plufieurs
parties.
Les fleurs auxquelles il ne fuccéde
point de fruits , ont le pétale& le nectarium
plus petits : le germe & le ſtyle
font très-grêles . Il n'en est pas ainſi des
cinq filets , qui ſont grands &terminés
par des ſommets chargés dans leurs bords
d'une pouffière que M. Pinard prouve
n'être d'aucune utilité pour féconder les
fleurs ſupérieures.
Cette deſcription de la fleur du Bannier
eſt ſuivie d'une critique judicieuſe
de ce qu'en ont écrit & fait graver
Rheede&le Pere Plumier. Il en réfulte
*Ne feroit-ce pas cette languette que le ſçavant
Profeſſeur d'Upfal auroit priſe pour une fixieme
étamine ?
J
DECEMBRE. 1763 . 107
que l'un & l'autre lui ont donné une
plus grande quantité de pétales qu'elle
n'en a , & que ne ſe trouvant pas même
d'accord entre eux fur le nombre & fur
la forme , ils s'en font rapportés à des
Aides , qui n'ont pas copié la nature
telle qu'elle eſt .
M. l'Abbé Yart lut un Difcours fur
les Pensées détachées.
Combien de perſonnes qui ont beaucoup
de talens & de goût pour la Littérature
& les Sciences , n'ont pas le
temps de donner fur ces ſujets des Ouvrages
fuivis , conſidérables , & à qui il
ſe préſente cependant des idées neuves ,
des traits de génie , matériaux précieux
qui feroient perdus pour la République
des Lettres , fi les Auteurs négligeoient
de les produire. Telles ſont les OEuvres
du plus grand nombre de nos Poëtes ,
de nos meilleurs Ecrivains , anciens &
modernes : on en peut juger par lesMêlanges
de Littérature des Voltaire , des
Dalembert , &c . :
Qu'est-ce qui ignore que ceux même
qui méditent un grand Ouvrage n'en
ont ſouvent conçu le plan que dans un
de ces momens heureux où ſe préfentent
les Pensées détachées ; que ceux de
ces plans qui font les mieux remplis ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
les plus propres à mériter à leurs auteurs
les fuffrages de leur fiécle & ceux de la
poſtérité, ne font dans leur origine qu'une
collection de Pensées détachées , qui ſe
rapportent à un même ſujet.
-
Les Penſées de Pascal, le Livre de
l'Eſprit des Loix de Montesquieu , ces
Ouvrages immortels , font ils autre
choſe?Q'uest-ce qui a manqué à leursAuteurs
pour en faire des Ouvrages ſuivis ,
complets , des chefs-d'oeuvre ? Le temps
ſeulement pour lier entre elles toutes
ces Penfées détachées. M. l'Abbé Yart
entre fur les Pensées détachées dans des
détails où nous ne pouvons le ſuivre ,
fur l'origine , les qualités , les devoirs ,
les avantages , & enfin le méchaniſme de
cesPensées.Toutce que nous en pouvons
dire , c'eſt que ce Difcours , qui fut très
applaudi, inſpira à tous lesGens de Lettres
de l'Auditoire le defir de cultiver cette
facile & folide Littérature..:
M. Dornay termina la Séance par la
lecture d'un Mémoire fur les Edifices
que le Roi Stanislas a fait conſtruire en
Lorraine , &particulièrementfur les embelliſſemens
de la ville de Nancy.
Ce Mémoire eſt le réſumé d'un plus
long ouvrage ,& par conféquent il n'eſt
guères fufceptible d'extrait. On ſe con
DECEMBRE. 1763. 109
tentera doncde dire en général que tous
les plans en ont été finis ſous les yeuxdu
Roi & d'après ſes idées . 4 :
« Ce Prince profondément inſtruit
>> des vrais principes de l'Architecture ,
>>& doué d'un goût exquis , a réuni
>> ſupérieurement,dans ces monumens ,
>> la folidité , la magnificence & l'utilité
>> publique. Les décorations extérieures
>> font tantôt brillantes & riches , tantôt
>> gaies & riantes , quelquefois fimples
» & même ruſtiques , ſelon que l'éxigent
>>les lieux , le goût des bâtimens ou leur
>> deftination. Ces rapports jettent tout
> le monde dans une forte d'enchante-
>>>ment ; & les gens inſtruits les admirent
>> d'autant plus , qu'ils en voyent rare-
>>ment des exemples. Chaque Palais ,
>>chaque Monument , eſt varié au gré
>>d'une imagination qui ne s'épuiſe ja-
>> mais , & qui ne ſe répéte en aucun
>> endroit. On y admire fur-tout l'habi-
-> leté avec laquelle ce Prince a ſçu tirer
>>parti des avantages du local , avec
>> laquelle il a même ſcu faire ſervir des
» obſtacles , des rochers énormes , par
>> exemple, à la production d'un nouveau
>> genre de beautés frappantes, tout-à- fait
>> fingulières , qu'on ne trouve dans au- ,
>> cune de nos grandes maiſons deFrance.
1
110 MERCURE DE FRANCE.
Les eaux concourent , comme on
peut l'imaginer , à embellir , à animer
toutes ces délicieuſes habitations , &
c'eſt vraiment par cette partie qu'on les
prendroit volontiers pour des Palais de
Fées. Le Roi Stanislas non-feulementy
a fait former à cet élément toutes les
eſpéces de fpectacles agréables que la
ſcience de l'hydraulique & le goût lui
font exécuter par-tout ailleurs ; mais ce
qu'on ne voit nulle part, ila fait prendre
à ce fluide toutes les formes ſolides d'utilité
& de décoration que donnent aux
pierres , aux métaux & aux glaces , les
Arts deſtinés à traiter ces matières.
"Dans les dehors on voit les eaux
>>paroître ſous la figure de vafes , de
>>foleils , de colonnes auffi polies &
>> auffi transparentes que le cristal , &
>>qui conſervent éxactement toutes les
>>>proportions de l'ordre d'architecture
>> qu'on leur a aſſignés.
>>Etes-vous dans l'intérieur ? Les portes
& les fenêtres ſe ferment tout-à-
>>coup par des glaces liquides qui vous
>>>laiſſent obſerver toute la tranſparence
>> de celles de nos Manufactures , avec
>>>l'étonnement de les voir imitées par
un élément auſſi inconftant , & qui
>communique bientôt à tout l'appar
DECEMBRE. 1763. 111
>> tement la fraîcheur la plus délicieufe.
Que ne pourroit- on pas dire des formes
agréables qu'on leur a fait prendre
dans l'intérieur de ces ſalles enchantées ,
& au milieu des tables deſtinées à manger
? Il faut lire dans le Mémoire deM.
D. ces deſcriptions charmantes
>> C'eſt , dit cet Académicien , l'uſage le
>>plus ingénieux que l'on ait encore vu
>> faire de cet élément , que de l'avoir
>> fait fervir fur-tout dans des falles de
>> feſtin , où tout doit être gai & vivant,
» & où l'on ne peut raſſembler trop
>>d'objets intéreffans , fi l'on veut parer
>> le beſoin de tous les charmes du
>> plaifir.
>> Le progrès des Arts & l'embelliffe-
>>>ment des Pays qu'il gouverne , n'oc-
>> cupent pas uniquement ce Prince
>>bienfaiſant. Les monumensde ſa pié-
>> té & de ſa charité ſont bien plus
>>nombreux encore. Sa bonté pater-
>> nelle s'étend à tout ,& il eſt incom-
>> préhenſible à quel point il a porté
>> l'attention & la prévoyance non ſeu-
>>>lement pour le foulagement des maux
>>préfens , mais pour remédier d'avan-
>> ce à toutes les calamités auſquelles
>> l'humanité eſt expoſée.
C'eſt au moyen du bel ordre qui ré
112 MERCURE DE FRANCE .
gne dans ſes finances &de leur ſage adminiſtration
, qui , comme le remarque
M. D. multiplie les tréſors des Princes ,
que le Roi Stanislas s'eſt trouvé en état
d'élever un auſſi grand nombre de monumens
utiles , qui le rendront à jamais
cher à l'Etat qu'il gouverne , qu'il décore
& qu'il enrichit ,aux Sciences &
aux Arts qu'il protége , qu'il éclaire , &
qu'il cultive avec ſuccès , à l'humanité
enfindont il eſt le Bienfaiteur & le Père.
On ne rendroit pas à ce Mémoire la
juſtice qui lui eſt due , ſi l'on en jugeoit
par cet Extrait , trop court pour en faire
fentir toutes les beautés..
Sciences , des Belles-Lettres & des
Arts de RoUEN.
Du Mercredi 3 Août 1763 .
M. LECAT , Secrétaire des Sciences ,
ouvrit cette Séance ſelon l'uſage , parle
détail ſuccinct des travaux de l'année
académique , détail trop confidérable
- pour trouver place ici : après quoi il annonça
les vainqueurs au concours pour
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
les prix des Ecoles protégées par l'Académie.
Prix d'Anatomie.
1
Le premier a été remporté par Barthelemi
la Porterie , d'Ecouy près Gifors.
Le ſecond , par Michel Damonceaux ,
de Monroye , Diocèſe de Tours.
Le troifiéme , par Michel-Armand
Mulot, de Paris .
Le premier acceffit, par Jacques-René
Boulard, d'Evreux,
Le second acceffit , par Claude Guerin ,
deGenève.
Des trois Prix de Chirurgie , un ſeul
Mémoire , mais très-bon , a été jugé
digne d'en avoir un. L'Auteur est Jacques-
René Boulard, le même qui l'an
paffé remporta le premier Prix du même
genre , avec la note longè primus. Les
deux autres Prix ſont réſervés pour l'année
prochaine.
L'acceffit , par Alexandre- Charles ,
de Rouen.
Il y aura en 1764 deux Prix d'émulation
pour la nouvelle Ecole des Accouchemens
, dont nous avons annoncé la
création dans une des Feuilles hebdomadaires
de Rouen,
DECEMBRE. 1763. 101
Botanique.
Les Prix de Botanique ont été remportés:
Le 1er , par M. Dorignac. de Rouen
Le 2me , par M. Langlois.
Le troifiéme Prix & une quatriéme
Médaille réſervée de l'an paſſe , ſeront
offerts aux Concurrens l'année prochaine.
Il n'y a point eude concours pour les
Prix deMathématique cette année.
Deffeins
Le ſujet pour la Peinture étoit Jofeph
dans la prison , expliquant les ſonges
aux deux Officiers de Pharaon . Le Prix
à été donné à Pierre-Amable Beaufils ,
deRouen.
:
Le premier Prix d'après nature , à
Jean-Baptiste Marc-Antoine Descamps ,
fils de M. le Profeſſeur.
Le ſecond , à Anicet - Charles - Gabriel
Lemonnier , de Rouen.
Le Prix d'après la boſſe , à Jean-Martin
Paulet , de Rouen.
:
Un Prix extraordinaire d'après la boffe,
àMademoiselle de Jouy , de Rouen.
Le Prix d'après le deſſein , à Made-
E nj
102 MERCURE DE FRANCE.
moiselle Bonne- FélicitéDescamps , fille
de M. le Profeſſeur.
L'acceffità Nicolas Milon, de Rouen.
Le Prix d'Architecture , à Jean-Jo
Seph Godefroy, de Dernetal.
L'acceffit , à François Grout, de Sotteville.
• Meſſieurs les Secrétaires lurent enfuite
les Programmes des Prix de leurs Claf
ſes , qu'on a inférés dans le Mercure
précédent : après quoi M. Vregeon fit
la lecture des obfervations météorologiques
, auxquelles il ajouta celles des
maladies qui ont regné dans le cours de
cette année académique.
Enfuite M. Lecat , Secrétaire des
Sciences , lut l'extrait de la ſeconde partie
de ſon Traité du Sommeil , dont la
première , lue à la Séance publique de
l'an paſſé ,a été confumée dans l'incendie
de fon Etude du 26 Décembre dernier.
Cetre ſeconde Partie traite de ce quife
paffe ennouspendant le sommeil, ou des
pensées & des actions d'un homme qui
dort.
Ces Penſées comprennent les fonges
ordinaires , les fonges à preſſentimens ,
à viſions , à prétendues prophéties , &c.
M. Lecat y a fait entrer une maladie
particuliere au fommeil , le cochemart ,
DECEMBRE. 1763 . 103
parce que l'imagination du dormeur y
joue un grand rôle. Par les actions d'un
homme qui dort , il entend les mouvemens&
les cris imparfaits qu'on obferve
dans les dormeurs , &les phénomènes
finguliers des ſomnambules , qu'il diviſe
en pluſieurs claſſes. Cette differtation ,
dont il n'a pû donner qu'un extrait , a
dans tous fes articles deux parties ; une
hiſtorique , dont M. Lecat donne pour
garant lesAuteurs ſeuls dont il l'a tirée ,
&une phyſico-ſyſtématique , qui eft
bien à lui , mais qu'il n'offre au Public
que comme un eſſai d'hypothèſe , &
fur certains points , comme la fimple
lueur d'une vraie lumière qu'il lui a éré
impoffible de répandre fur des ſujets auffi
obfcurs.
M. du Boullay , Secrétaire desBelles-
Lettres , dut l'éloge de M. Titon du Tillet,
Affocié de l'Académie, connu par
fon Parnasse François , né à Paris le 16
Janvier 1677 , mort dans la même ville
le 26 Décembre 1762, âgé de 84 ans ,
11 mois 10 jours. Son exemple , ditM.
du Boullay , a prouvé que l'amour des
Sciences , des Lettres & des Arts , eſt
une paſſion ſi noble , qu'elle mérite
quelquefois à ceux qui en donnent des
marques publiques & éclatantes , une
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
réputation qui ſemble être réſervée aux
talens ſupérieurs.
Le même M. du Boullay lut enſuite
unDifcours intitulé : Eſſaifur l'influence
réciproque des moeurs fur le goût , & du
goût fur les moeurs , dans lequel , après
avoir établi que le goût, Juge de tous
les beaux Arts , eſt un ſentiment vif&
rapide qui précéde toute réflexion , que
la nature donne , que l'étude approfondie
& raiſonnée des principes perfectionne
, & que l'opinion corrompt; il fit
voir que le ſentiment par lequel notre
coeur juge du vice&de la vertu , eft
précisément de même nature , ſe perfectionne
& fe déprave par les mêmes
moyens ; d'où il ſuit que la corruption
des moeurs doit entraîner celle du goût ,
& que la corruption du goût doit à fon
tour accélérer celle des moeurs ; réſultat
conforme à la théorie & à l'expérience.
M. Pinard , Docteur en Médecine ,
& Profeffeur Royal de Botanique , lut
un Mémoire fur le Mufa , connu en
France ſous le nom de Figuier bananier
, ou Figuier d'Adam. Cette plante ,
cultivée dans la Serre de l'Académie ,
ayant donné ſa fleur au mois d'Août
1762 , & fon fruit s'étant trouvé parfaitement
mûr au commencement de Fé
DECEMBRE. 1763. 1ος
vrier ſuivant , notre Profeſſeur n'a pas
laiſſé échapper l'occaſion d'en examiner
toutes les parties avec l'attention la plus
fcrupuleuſe , & de les faire deffiner. Les
fleurs étant l'objet le plus intéreſſant de
ce Mémoire , nous ne le ſuivrons point
dans les détails curieux où il eſt entré
par rapport aux racines , aux feuilles &
à la ſtructure intérieure tant de la tige
que du régime. On donne communément
ce nom à la collection des fruits
diſpoſés en grape du Bananier , du Dattier
, du Cocotier , &c .
On obſerve fut le régime deux ſortes
de fleurs ; celles qui paroiſſent les pre .
mières portent des fruits , & les autres
avortent :
La Corole eſt irrégulière : elle eſt compoſée
de deux pétales , ou ſi l'on veut
d'un pétale & d'un nectarium , qui forment
enſemble une eſpéce de gueule.
Le pétale placé à la partie ſupérieure eſt
plié en gouttière à ſa baſe , cannelé , applati
& relevé par le haut , ou il eſt découpé
ordinairement en cinq parties
roulées en-dehors. Le nectarium poſé
inférieurement eſt creusé en nacelle. Son
extrémité antérieure eſt repliée en-dedans
, légérement déchiquetée , & terminée
dans ſon milieu par une lan
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
guette * qui n'est pas toujours portée
en-dehors . Sa cavité eſt remplie d'une
liqueur très-claire & fucrée.
On trouve dans cette fleur cinq filets
égaux applatis , qui n'ont point de fommets
, & dont l'extrémité eſt flétrie &
brune.
Ces parties font foutenues par un
germe fort grand, terminé par un ſtyle
relevé de trois côtes à ſa baſe , dont le
ſtigmate eft brun , creuſé dans fon milieu
, & divifé dans fes bords en plufieurs
parties.
Les fleurs auxquelles il ne fuccéde
point de fruits , ont le pétale& le nectarium
plus petits : le germe & le ſtyle
font très-grêles . Il n'en est pas ainſi des
cinq filets , qui ſont grands &terminés
par des ſommets chargés dans leurs bords
d'une pouffière que M. Pinard prouve
n'être d'aucune utilité pour féconder les
fleurs ſupérieures.
Cette deſcription de la fleur du Bannier
eſt ſuivie d'une critique judicieuſe
de ce qu'en ont écrit & fait graver
Rheede&le Pere Plumier. Il en réfulte
*Ne feroit-ce pas cette languette que le ſçavant
Profeſſeur d'Upfal auroit priſe pour une fixieme
étamine ?
J
DECEMBRE. 1763 . 107
que l'un & l'autre lui ont donné une
plus grande quantité de pétales qu'elle
n'en a , & que ne ſe trouvant pas même
d'accord entre eux fur le nombre & fur
la forme , ils s'en font rapportés à des
Aides , qui n'ont pas copié la nature
telle qu'elle eſt .
M. l'Abbé Yart lut un Difcours fur
les Pensées détachées.
Combien de perſonnes qui ont beaucoup
de talens & de goût pour la Littérature
& les Sciences , n'ont pas le
temps de donner fur ces ſujets des Ouvrages
fuivis , conſidérables , & à qui il
ſe préſente cependant des idées neuves ,
des traits de génie , matériaux précieux
qui feroient perdus pour la République
des Lettres , fi les Auteurs négligeoient
de les produire. Telles ſont les OEuvres
du plus grand nombre de nos Poëtes ,
de nos meilleurs Ecrivains , anciens &
modernes : on en peut juger par lesMêlanges
de Littérature des Voltaire , des
Dalembert , &c . :
Qu'est-ce qui ignore que ceux même
qui méditent un grand Ouvrage n'en
ont ſouvent conçu le plan que dans un
de ces momens heureux où ſe préfentent
les Pensées détachées ; que ceux de
ces plans qui font les mieux remplis ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
les plus propres à mériter à leurs auteurs
les fuffrages de leur fiécle & ceux de la
poſtérité, ne font dans leur origine qu'une
collection de Pensées détachées , qui ſe
rapportent à un même ſujet.
-
Les Penſées de Pascal, le Livre de
l'Eſprit des Loix de Montesquieu , ces
Ouvrages immortels , font ils autre
choſe?Q'uest-ce qui a manqué à leursAuteurs
pour en faire des Ouvrages ſuivis ,
complets , des chefs-d'oeuvre ? Le temps
ſeulement pour lier entre elles toutes
ces Penfées détachées. M. l'Abbé Yart
entre fur les Pensées détachées dans des
détails où nous ne pouvons le ſuivre ,
fur l'origine , les qualités , les devoirs ,
les avantages , & enfin le méchaniſme de
cesPensées.Toutce que nous en pouvons
dire , c'eſt que ce Difcours , qui fut très
applaudi, inſpira à tous lesGens de Lettres
de l'Auditoire le defir de cultiver cette
facile & folide Littérature..:
M. Dornay termina la Séance par la
lecture d'un Mémoire fur les Edifices
que le Roi Stanislas a fait conſtruire en
Lorraine , &particulièrementfur les embelliſſemens
de la ville de Nancy.
Ce Mémoire eſt le réſumé d'un plus
long ouvrage ,& par conféquent il n'eſt
guères fufceptible d'extrait. On ſe con
DECEMBRE. 1763. 109
tentera doncde dire en général que tous
les plans en ont été finis ſous les yeuxdu
Roi & d'après ſes idées . 4 :
« Ce Prince profondément inſtruit
>> des vrais principes de l'Architecture ,
>>& doué d'un goût exquis , a réuni
>> ſupérieurement,dans ces monumens ,
>> la folidité , la magnificence & l'utilité
>> publique. Les décorations extérieures
>> font tantôt brillantes & riches , tantôt
>> gaies & riantes , quelquefois fimples
» & même ruſtiques , ſelon que l'éxigent
>>les lieux , le goût des bâtimens ou leur
>> deftination. Ces rapports jettent tout
> le monde dans une forte d'enchante-
>>>ment ; & les gens inſtruits les admirent
>> d'autant plus , qu'ils en voyent rare-
>>ment des exemples. Chaque Palais ,
>>chaque Monument , eſt varié au gré
>>d'une imagination qui ne s'épuiſe ja-
>> mais , & qui ne ſe répéte en aucun
>> endroit. On y admire fur-tout l'habi-
-> leté avec laquelle ce Prince a ſçu tirer
>>parti des avantages du local , avec
>> laquelle il a même ſcu faire ſervir des
» obſtacles , des rochers énormes , par
>> exemple, à la production d'un nouveau
>> genre de beautés frappantes, tout-à- fait
>> fingulières , qu'on ne trouve dans au- ,
>> cune de nos grandes maiſons deFrance.
1
110 MERCURE DE FRANCE.
Les eaux concourent , comme on
peut l'imaginer , à embellir , à animer
toutes ces délicieuſes habitations , &
c'eſt vraiment par cette partie qu'on les
prendroit volontiers pour des Palais de
Fées. Le Roi Stanislas non-feulementy
a fait former à cet élément toutes les
eſpéces de fpectacles agréables que la
ſcience de l'hydraulique & le goût lui
font exécuter par-tout ailleurs ; mais ce
qu'on ne voit nulle part, ila fait prendre
à ce fluide toutes les formes ſolides d'utilité
& de décoration que donnent aux
pierres , aux métaux & aux glaces , les
Arts deſtinés à traiter ces matières.
"Dans les dehors on voit les eaux
>>paroître ſous la figure de vafes , de
>>foleils , de colonnes auffi polies &
>> auffi transparentes que le cristal , &
>>qui conſervent éxactement toutes les
>>>proportions de l'ordre d'architecture
>> qu'on leur a aſſignés.
>>Etes-vous dans l'intérieur ? Les portes
& les fenêtres ſe ferment tout-à-
>>coup par des glaces liquides qui vous
>>>laiſſent obſerver toute la tranſparence
>> de celles de nos Manufactures , avec
>>>l'étonnement de les voir imitées par
un élément auſſi inconftant , & qui
>communique bientôt à tout l'appar
DECEMBRE. 1763. 111
>> tement la fraîcheur la plus délicieufe.
Que ne pourroit- on pas dire des formes
agréables qu'on leur a fait prendre
dans l'intérieur de ces ſalles enchantées ,
& au milieu des tables deſtinées à manger
? Il faut lire dans le Mémoire deM.
D. ces deſcriptions charmantes
>> C'eſt , dit cet Académicien , l'uſage le
>>plus ingénieux que l'on ait encore vu
>> faire de cet élément , que de l'avoir
>> fait fervir fur-tout dans des falles de
>> feſtin , où tout doit être gai & vivant,
» & où l'on ne peut raſſembler trop
>>d'objets intéreffans , fi l'on veut parer
>> le beſoin de tous les charmes du
>> plaifir.
>> Le progrès des Arts & l'embelliffe-
>>>ment des Pays qu'il gouverne , n'oc-
>> cupent pas uniquement ce Prince
>>bienfaiſant. Les monumensde ſa pié-
>> té & de ſa charité ſont bien plus
>>nombreux encore. Sa bonté pater-
>> nelle s'étend à tout ,& il eſt incom-
>> préhenſible à quel point il a porté
>> l'attention & la prévoyance non ſeu-
>>>lement pour le foulagement des maux
>>préfens , mais pour remédier d'avan-
>> ce à toutes les calamités auſquelles
>> l'humanité eſt expoſée.
C'eſt au moyen du bel ordre qui ré
112 MERCURE DE FRANCE .
gne dans ſes finances &de leur ſage adminiſtration
, qui , comme le remarque
M. D. multiplie les tréſors des Princes ,
que le Roi Stanislas s'eſt trouvé en état
d'élever un auſſi grand nombre de monumens
utiles , qui le rendront à jamais
cher à l'Etat qu'il gouverne , qu'il décore
& qu'il enrichit ,aux Sciences &
aux Arts qu'il protége , qu'il éclaire , &
qu'il cultive avec ſuccès , à l'humanité
enfindont il eſt le Bienfaiteur & le Père.
On ne rendroit pas à ce Mémoire la
juſtice qui lui eſt due , ſi l'on en jugeoit
par cet Extrait , trop court pour en faire
fentir toutes les beautés..
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110
p. 83-86
MÉMOIRES pour servir à l'Histoire de la Province d'Artois, & principalement de la Ville d'Arras, pendant une partie du quinziéme siécle, précédés d'une Notice chronologique des Comtes d'Artois ; lûs en différentes Séances de la Société Littéraire d'Arras, par M. Harduin, Secrétaire perpétuel de cette Compagnie ; Associé à l'Académie des Transformati de Milan, & à la Société Littéraire-Militaire de Besançon. A Arras, chez Michel Nicolas, rue S. Gery, avec Approbation & Privilége du Roi, 1763, un vol. in-12.
Début :
PARMI les événemens qui paroissent ne devoir intéresser que les Habitans du [...]
Mots clefs :
Mémoire, Ville, Province, Notice, Comtes, Abbés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRES pour servir à l'Histoire de la Province d'Artois, & principalement de la Ville d'Arras, pendant une partie du quinziéme siécle, précédés d'une Notice chronologique des Comtes d'Artois ; lûs en différentes Séances de la Société Littéraire d'Arras, par M. Harduin, Secrétaire perpétuel de cette Compagnie ; Associé à l'Académie des Transformati de Milan, & à la Société Littéraire-Militaire de Besançon. A Arras, chez Michel Nicolas, rue S. Gery, avec Approbation & Privilége du Roi, 1763, un vol. in-12.
MÉMOIRES pour servir à l'Histoire de
la Province d'Artois, & principalement
de la Ville d'Arras, pendant une
partie du quinziéme siécle, précédés
d'une Notice chronologique des Comtes
d'Artois ; lûs en différentes Séances
de la Société Littéraire d'Arras, par
M. Harduin, Secrétaire perpétuel de
cette Compagnie ; Associé à l'Académie
des Transformati de Milan, & à
la Société Littéraire-Militaire de Besançon.
A Arras, chez Michel Nicolas,
rue S. Gery, avec Approbation
& Privilége du Roi, 1763, un vol.
in-12.
PARMI les événemens qui paroissent
ne devoir intéresser que les Habitans du
Pays d'Artois , on en trouvera plufieurs
dans cet Ouvrage , qui font dignes d'oc
D vj
1
84 MERCURE DE FRANCE .
cuper tout Lecteur curieux. Les diffé
rentes piéces qui compofent ce Recueil
font , 1 °. une Notice chronologique des.
Comtes & Comteffes d'Artois , qui fert
d'introduction & de bafe aux Mémoires.
dont elle eft fuivie . Cette Notice.com-
mence à l'année 1 180 ,. & finit au Traité.
de Nimegue, par lequel la Province d'Ar-
tois eut le bonheur de rentrer fous la
Domination Françoiſe , & d'être réunie
pour toujours à la Couronne de fes an-
ciens Maîtres. 2°. Les fentimens d'une
Citoyen d'Arras , à la Naiffance de M.
le Comte d'Artois . C'eft une pièce de
vers dont l'Auteur ne fe nomme point ,
quoique ces vers ne puiffent que lui faire
honneur , & comme Poëte , & comme
Citoyen , & comme François. 3º: Un
Mémoire fur les Abbés de Lieffe d'Ar-
ras , tiré des Regiftres de la Ville. Ces
Abbés de Lieffe , autrement ces Chefs de
la Bande joyeuſe , étoient des hommes
chargés de l'éxécution ou de la conduite
de certains divertiffemens publics. Ils
s'élifoient tous les ans par les Officiers
du Duc de Bourgogne , par le Magiftrat
& par la Bourgeoifie ; & on l'inveſtiſſoit
de fa Charge , en lui remettant une
Croffe d'argent doré , qu'il étoit obligé
de rendre à la fin de fon exercice, Les
JAN VIER. 1764.
833
devoirs de ces fortes d'Abbés offrent des
détails curieux & piquans. 4°. Un Mé-
moire tiré des Regiftres d'Arras , conte-
nant la Relation des Cérémonies qui
s'obfervoient dans cette Ville , fous les ›
Ducs de Bourgogne de la feconde Bran-
2
che Royale , lorfque ces Princes , en
qualité de Comtes d'Artois , ou les Rois
de France , Souverains de la Province , y
faifoient leur Entrée folemnelle . 5° . Un
Mémoire fur les Joûtes , Tournois, Faits .
d'Armes & autres Exercices de ce gen-
re , qui fe firent à Arras du temps de
Philippe le Bon , Duc de Bourgogne &
Comte d'Artois. 6°. Un Mémoire hifto-
rique concernant l'Artois , & principa-
lement la Ville d'Arras , depuis le com--
mencement de l'année 1477 , juſqu'au
mois de Mai 1484. 7° : Un Mémoire qui
fert de fuite au précédent , & comprend
les faits arrivés jufqu'en 1491. 8°. Une
Relation de la furprife d'Arras en 1492.
9°. Un Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
d'Arras & de l'Artois , depuis 1493 jul-
qu'en 1499. Ces neuf articles offrent
une infinité de traits & d'anecdotes
qu'on chercheroit inutilement dans les
Hiftoires générales , & qui pourtant ne
doivent pas être ignorés par ceux qui fe
piquent de bien fçavoir l'Hiftoire, de
86 MERCURE DE FRANCE.
France. L'Auteur , déjà connu par plu--
fieurs Ouvrages eftimés qu'il a donné au
Public , a préfenté un Exemplaire de ce
dernier à l'Affemblée générale des Etats
d'Artois ; & il en a reçu en préfent une
Médaille d'or qui reftoit de celles qui
avoit été frappées à l'occafion de la Naif-
fance de M LE COMTE D'ARTOIS . Il
feroit à fouhaiter que les talens fuffent
toujours encouragés de cette manière ;
le plus grand avantage en reviendroit
au Public.
la Province d'Artois, & principalement
de la Ville d'Arras, pendant une
partie du quinziéme siécle, précédés
d'une Notice chronologique des Comtes
d'Artois ; lûs en différentes Séances
de la Société Littéraire d'Arras, par
M. Harduin, Secrétaire perpétuel de
cette Compagnie ; Associé à l'Académie
des Transformati de Milan, & à
la Société Littéraire-Militaire de Besançon.
A Arras, chez Michel Nicolas,
rue S. Gery, avec Approbation
& Privilége du Roi, 1763, un vol.
in-12.
PARMI les événemens qui paroissent
ne devoir intéresser que les Habitans du
Pays d'Artois , on en trouvera plufieurs
dans cet Ouvrage , qui font dignes d'oc
D vj
1
84 MERCURE DE FRANCE .
cuper tout Lecteur curieux. Les diffé
rentes piéces qui compofent ce Recueil
font , 1 °. une Notice chronologique des.
Comtes & Comteffes d'Artois , qui fert
d'introduction & de bafe aux Mémoires.
dont elle eft fuivie . Cette Notice.com-
mence à l'année 1 180 ,. & finit au Traité.
de Nimegue, par lequel la Province d'Ar-
tois eut le bonheur de rentrer fous la
Domination Françoiſe , & d'être réunie
pour toujours à la Couronne de fes an-
ciens Maîtres. 2°. Les fentimens d'une
Citoyen d'Arras , à la Naiffance de M.
le Comte d'Artois . C'eft une pièce de
vers dont l'Auteur ne fe nomme point ,
quoique ces vers ne puiffent que lui faire
honneur , & comme Poëte , & comme
Citoyen , & comme François. 3º: Un
Mémoire fur les Abbés de Lieffe d'Ar-
ras , tiré des Regiftres de la Ville. Ces
Abbés de Lieffe , autrement ces Chefs de
la Bande joyeuſe , étoient des hommes
chargés de l'éxécution ou de la conduite
de certains divertiffemens publics. Ils
s'élifoient tous les ans par les Officiers
du Duc de Bourgogne , par le Magiftrat
& par la Bourgeoifie ; & on l'inveſtiſſoit
de fa Charge , en lui remettant une
Croffe d'argent doré , qu'il étoit obligé
de rendre à la fin de fon exercice, Les
JAN VIER. 1764.
833
devoirs de ces fortes d'Abbés offrent des
détails curieux & piquans. 4°. Un Mé-
moire tiré des Regiftres d'Arras , conte-
nant la Relation des Cérémonies qui
s'obfervoient dans cette Ville , fous les ›
Ducs de Bourgogne de la feconde Bran-
2
che Royale , lorfque ces Princes , en
qualité de Comtes d'Artois , ou les Rois
de France , Souverains de la Province , y
faifoient leur Entrée folemnelle . 5° . Un
Mémoire fur les Joûtes , Tournois, Faits .
d'Armes & autres Exercices de ce gen-
re , qui fe firent à Arras du temps de
Philippe le Bon , Duc de Bourgogne &
Comte d'Artois. 6°. Un Mémoire hifto-
rique concernant l'Artois , & principa-
lement la Ville d'Arras , depuis le com--
mencement de l'année 1477 , juſqu'au
mois de Mai 1484. 7° : Un Mémoire qui
fert de fuite au précédent , & comprend
les faits arrivés jufqu'en 1491. 8°. Une
Relation de la furprife d'Arras en 1492.
9°. Un Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
d'Arras & de l'Artois , depuis 1493 jul-
qu'en 1499. Ces neuf articles offrent
une infinité de traits & d'anecdotes
qu'on chercheroit inutilement dans les
Hiftoires générales , & qui pourtant ne
doivent pas être ignorés par ceux qui fe
piquent de bien fçavoir l'Hiftoire, de
86 MERCURE DE FRANCE.
France. L'Auteur , déjà connu par plu--
fieurs Ouvrages eftimés qu'il a donné au
Public , a préfenté un Exemplaire de ce
dernier à l'Affemblée générale des Etats
d'Artois ; & il en a reçu en préfent une
Médaille d'or qui reftoit de celles qui
avoit été frappées à l'occafion de la Naif-
fance de M LE COMTE D'ARTOIS . Il
feroit à fouhaiter que les talens fuffent
toujours encouragés de cette manière ;
le plus grand avantage en reviendroit
au Public.
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Résumé : MÉMOIRES pour servir à l'Histoire de la Province d'Artois, & principalement de la Ville d'Arras, pendant une partie du quinziéme siécle, précédés d'une Notice chronologique des Comtes d'Artois ; lûs en différentes Séances de la Société Littéraire d'Arras, par M. Harduin, Secrétaire perpétuel de cette Compagnie ; Associé à l'Académie des Transformati de Milan, & à la Société Littéraire-Militaire de Besançon. A Arras, chez Michel Nicolas, rue S. Gery, avec Approbation & Privilége du Roi, 1763, un vol. in-12.
Le document 'Mémoires pour servir à l'Histoire de la Province d'Artois, & principalement de la Ville d'Arras, pendant une partie du quinzième siècle' a été présenté par M. Harduin, Secrétaire perpétuel de la Société Littéraire d'Arras, et publié à Arras en 1763. Il comprend une notice chronologique des Comtes et Comtesses d'Artois de 1180 au Traité de Nimègue, qui a intégré la province d'Artois à la couronne française. L'ouvrage inclut aussi des poèmes sur la naissance du Comte d'Artois, un mémoire sur les Abbés de Lieffe d'Arras, responsables des divertissements publics, et des descriptions des cérémonies lors des entrées solennelles des Ducs de Bourgogne ou des Rois de France à Arras. Il traite également des tournois et des faits d'armes sous Philippe le Bon, ainsi que des événements historiques de l'Artois et d'Arras entre 1477 et 1499. L'auteur a offert un exemplaire de ce travail aux États d'Artois et a reçu une médaille d'or en récompense.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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110
MÉMOIRES pour servir à l'Histoire de la Province d'Artois, & principalement de la Ville d'Arras, pendant une partie du quinziéme siécle, précédés d'une Notice chronologique des Comtes d'Artois ; lûs en différentes Séances de la Société Littéraire d'Arras, par M. Harduin, Secrétaire perpétuel de cette Compagnie ; Associé à l'Académie des Transformati de Milan, & à la Société Littéraire-Militaire de Besançon. A Arras, chez Michel Nicolas, rue S. Gery, avec Approbation & Privilége du Roi, 1763, un vol. in-12.
111
p. 196-197
De la HAYE, le 23 Décembre 1763.
Début :
Le Comte de Wartensleben, Ministre des Seigneurs Etats-Généraux auprès des trois [...]
Mots clefs :
Comte, Ministres, Landgrave de Hesle-Cassel, Arrestation, Mémoire, Résumé des faits, États généraux, Détention, Motifs, Testament, Mauvaises intentions, Injures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De la HAYE, le 23 Décembre 1763.
De la HAYE , le 23 Décembre 1763 .
Le Comte de Wartenfleben , Miniftre des Seigneurs
Etats-Généraux auprès des trois Electeurs
Eccléfiaftiques & des Cercles du Haut & Bas-
Rhin , s'étant rendu à Caffel pour les affaires parculieres
, le Landgrave de Heffe l'a fait arrêter
par un bas- Officier & huit fufiliers qui , après
lui avoir ôté ſon épée , l'ont étroitement enfermé
dans une chambre où il eſt gardé à vue. Leurs
Hautes Puiffances , étonnées d'un acte de violence
fi contraire aux droits des gens , ont dépêché au
Landgrave de Heffe un Courier qui eft revenu
fans apporter réponſe , mais depuis le Langdgrave
a répondu à la Lettre des Etats-Généraux. Cette
réponse fut accompagnée d'un mémoire contenant
l'expofé des motifs juftificatifs de la conduite
du Landgrave en cette occafion. Le Comte de
Wartenfleben a envoyé , de fon côté , à les maîtres
un mémoire contenant le détail des faits. Les mo
tifs du Landgrave n'ayant pas paru fuffifans pour,
autorifer la violence commife envers le Comte
Leurs Hautes Puiffances ont envoyé hier à Caffel
une Eftafette chargée de la réplique qu'Elles ont
jugé à propos de faire à la réponſe du Landgrave
, & par laquelle Elles infiftent avec force fur
la demande d'une fatisfaction éclatante & proportionnée
à l'injure faite à la République dans
la perfonne de fon Miniftre. Les Etats Généraux
témoignent dans cette réplique le defir qu'ils
ant de ne devoir cette fatisfaction qu'à l'équité de
ji I.
JANVIER. 1764. 197
ce Prince fans être obligés de recourir à des
moyens dont ils ne feroient ufage qu'à regret.
Le Landgrave a fait publier le mémoire dans
lequel il expofe fes motifs . Voici le précis des faits
qui ont donné lieu à la détention du Comte.
>
La Baronne de Gorz'avoit quitté la Heffe pour
éviter les troubles de la guerre & s'étoit retirée
à Francfort fur le Mein , où elle mourut en 1762 .
Elle légua par fon Teftament tous les biens pour
établir un Chapitre de Dames à fon Château de
Homberg dans la Heffe & elle nomma - le
.Comte de Wartenfleben fon éxécuteur Teftamentaire
& Directeur de cet établiffement. On
accufe ce Miniftre d'avoir eu des vues contraires
-aux intérêts de la Nobleffe du Pays , & aux difpolitions
da Teftament de la Baronne de Goerz ,
en prétendant fonder hors de la Heffe le Chapitre
dont l'établiffement lui étoit confié. Le Landgrave
: lui fit déclarer qu'il ne permettroit pas que l'on
s'écartât des difpofitions du Teftament & enjoignit
à la Régence de pourvoit a la fûreté de l'héritage,
En conféquence , la Régence demanda au Comte
la reftitution des deniers & effets dont il avoit été
mis en poffeffion ; mais ce Miniftre , au lieu de les
rendre , les fit fortir hors de la Heffe. Ces procédés
ayant paru auffi injurieux à la dignité du
Landgrave & de la Régence , que contraires aux
intentions de la Baronne de Goerz , le Comte de
Wartenfleben n'étant pas d'ailleurs accrédité à
la Cour de Caffel , le Landgrave a cru devoir
le faire arrêter pour l'obliger à fe foumettre aux
clauſes du Teftament dont il eft l'Exécuteur.
Le Comte de Wartenfleben , Miniftre des Seigneurs
Etats-Généraux auprès des trois Electeurs
Eccléfiaftiques & des Cercles du Haut & Bas-
Rhin , s'étant rendu à Caffel pour les affaires parculieres
, le Landgrave de Heffe l'a fait arrêter
par un bas- Officier & huit fufiliers qui , après
lui avoir ôté ſon épée , l'ont étroitement enfermé
dans une chambre où il eſt gardé à vue. Leurs
Hautes Puiffances , étonnées d'un acte de violence
fi contraire aux droits des gens , ont dépêché au
Landgrave de Heffe un Courier qui eft revenu
fans apporter réponſe , mais depuis le Langdgrave
a répondu à la Lettre des Etats-Généraux. Cette
réponse fut accompagnée d'un mémoire contenant
l'expofé des motifs juftificatifs de la conduite
du Landgrave en cette occafion. Le Comte de
Wartenfleben a envoyé , de fon côté , à les maîtres
un mémoire contenant le détail des faits. Les mo
tifs du Landgrave n'ayant pas paru fuffifans pour,
autorifer la violence commife envers le Comte
Leurs Hautes Puiffances ont envoyé hier à Caffel
une Eftafette chargée de la réplique qu'Elles ont
jugé à propos de faire à la réponſe du Landgrave
, & par laquelle Elles infiftent avec force fur
la demande d'une fatisfaction éclatante & proportionnée
à l'injure faite à la République dans
la perfonne de fon Miniftre. Les Etats Généraux
témoignent dans cette réplique le defir qu'ils
ant de ne devoir cette fatisfaction qu'à l'équité de
ji I.
JANVIER. 1764. 197
ce Prince fans être obligés de recourir à des
moyens dont ils ne feroient ufage qu'à regret.
Le Landgrave a fait publier le mémoire dans
lequel il expofe fes motifs . Voici le précis des faits
qui ont donné lieu à la détention du Comte.
>
La Baronne de Gorz'avoit quitté la Heffe pour
éviter les troubles de la guerre & s'étoit retirée
à Francfort fur le Mein , où elle mourut en 1762 .
Elle légua par fon Teftament tous les biens pour
établir un Chapitre de Dames à fon Château de
Homberg dans la Heffe & elle nomma - le
.Comte de Wartenfleben fon éxécuteur Teftamentaire
& Directeur de cet établiffement. On
accufe ce Miniftre d'avoir eu des vues contraires
-aux intérêts de la Nobleffe du Pays , & aux difpolitions
da Teftament de la Baronne de Goerz ,
en prétendant fonder hors de la Heffe le Chapitre
dont l'établiffement lui étoit confié. Le Landgrave
: lui fit déclarer qu'il ne permettroit pas que l'on
s'écartât des difpofitions du Teftament & enjoignit
à la Régence de pourvoit a la fûreté de l'héritage,
En conféquence , la Régence demanda au Comte
la reftitution des deniers & effets dont il avoit été
mis en poffeffion ; mais ce Miniftre , au lieu de les
rendre , les fit fortir hors de la Heffe. Ces procédés
ayant paru auffi injurieux à la dignité du
Landgrave & de la Régence , que contraires aux
intentions de la Baronne de Goerz , le Comte de
Wartenfleben n'étant pas d'ailleurs accrédité à
la Cour de Caffel , le Landgrave a cru devoir
le faire arrêter pour l'obliger à fe foumettre aux
clauſes du Teftament dont il eft l'Exécuteur.
Fermer
Résumé : De la HAYE, le 23 Décembre 1763.
Le 23 décembre 1763, le Comte de Wartenfleben, ministre des États-Généraux, a été arrêté à Cassel par le Landgrave de Hesse. Cet acte a provoqué l'indignation des Hautes Puissances, qui ont demandé des explications au Landgrave. Ce dernier a justifié son action par un mémoire, tout comme le Comte de Wartenfleben. Les motifs du Landgrave n'ont pas été jugés suffisants, et les États-Généraux ont exigé une satisfaction proportionnée à l'injure faite à la République. Ils ont souhaité résoudre l'affaire par l'équité du Prince, évitant des moyens plus radicaux. L'arrestation est liée à un conflit concernant l'exécution du testament de la Baronne de Gorz, qui avait légué ses biens pour établir un Chapitre de Dames à Homberg. Le Landgrave accuse le Comte de vouloir établir ce Chapitre hors de la Hesse, contraignant ainsi l'arrestation du Comte pour le forcer à se conformer aux clauses testamentaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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112
p. 235-237
De FRANCFORT, le 5 Janvier 1764.
Début :
Le Landgrave de Hesse-Cassel ayant résolu de rentrer dans le Corps du Cercle [...]
Mots clefs :
Landgrave de Hesle-Cassel, Mémoire, Régence, Chapitre, Baronne, Comte, Colonel, Exécuteur testamentaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De FRANCFORT, le 5 Janvier 1764.
De FRANCFORT , les Janvier 1764 .
Le Landgrave de Heſſe-Caffel ayant réſolu de
rentrer dans le Corps du Cercle du Haut-Rhin
comme Membre de ce Corps , dont ſa Maiſon
s'étoit détachée depuis pluſieurs années , a adreſſé
à ce ſujet une Lettre aux Etats du Cercle afdemblés
en cette Ville , par laquelle il leur fait part
de ſes intentions .
Il paroît ici un nouveau Mémoire dans lequel
les faits qui ont donné lieu à la détention du
Comte de Wartenſfleben ſont rapportés avec des
circonstances différentes de celles qui ſont contenues
dans l'Expoſé qu'a fait publier à ce ſujet la
Régence de Heſſe-Caffel. Suivant ce Mémoire,
la Baronne de Goerz légua tout ſon bien pour
établir dans ſa maiſon de Hombourg un Chapitre
deDames Nobles , & nomma le Comte de Wartenfleben
Exécuteur de ſon Testament avec des
pleins pouvoirs illimités , ratifiant d'avance tout
ce qu'il jugeroit à propos d'ordonner à ce ſujet.
L'Empereur confirma cette fondation & promit
d'accorder fa protection au Chapitre. La Baronne
de Goerz , que des ſujets de mécontentement
avoient déterminée à quitter la Heffe , exigea
1
236 MERCURE DE FRANCE.
du Comte de, Wartenſleben le ſerment de transférer
ce Chapitre dans un autre Pays Proteftant.
Le 26 Décembre , elle remit un blanc-ſeing au
Comte de Wartellenben pour revendiquer & emporter
trois coffres qu'elle avoit laiffés dans ſa
maiſon de Hombourg en Heſſe. Le Comte de
Wittgenstein , Colonel au ſervice de France ſe
chargea de les faire emporter : il arriva ſur les
lieux muni du blanc-ſeing que l'homme d'affaires
de la Baronne reconnut & en vertu duquel on lui
livra les coffres , pendant qu'on les chargeoit fur
une voiture , les Baillis de Hombourg ſurvinrent
&les firent enlever de force , ſous prétexte que
le plein-pouvoir étoit faux. La publication du
Teftament étant faite , la Ville de Francfort fit
délivrer à l'Exécuteur Teftamentaire tout ce qui
ſe trouvoit dans la maiſon de la Baronne : celuici
en fit faire un inventaire très-légal : il obſerva
les mêmes formalités vis-à-vis de la Régence de
Caffel& tranſporta publiquement une partie de
ces effets à Mayence. Après neuf mois de délai ,
le Bailli de Hombourg rendit les trois coffres que
le Comte de Wittgenstein avoit cachetés ; mais
le Comtede Wartenfleben éprouva plus de difficultés
à Caffel au ſujet de l'article du Teſtament
qui porte que la défunte deſtine ſa maiſonde
Hombourg à l'érection du Chapitre au cas que le
Landgrave veuille lui accorder les droits qui ſeront
demandés par le Directeur ; ſans néanmoins
que cette diſpoſtion empêche l'Exécuteur Teſta
mentaire de transférer ce Chapitre dans un autre
endroit , s'il le juge convenable , & ôte aux Dames
la liberté de pouvoir fortir du Pays quand elles
pourront s'établir ailleurs plus avantageuſement.
Surce ſujet, le Landgrave & la Régence enſuite ,
déclarerentqu'on n'admettroit de cet articleque
FEVRIER. 1764. 237
se qui regardoit l'établiſſement à Hombourg ,&
que tout le reſte étoit regardé comme nul. Enfin
on exigea que le Comte ſe ſoumît à cet égard
aux diſpoſitions de Son Alteſle Sérénitſime, &
qu'il lui rendît compte de ſon adminiſtration
Le Landgrave de Heſſe-Caffel ayant réſolu de
rentrer dans le Corps du Cercle du Haut-Rhin
comme Membre de ce Corps , dont ſa Maiſon
s'étoit détachée depuis pluſieurs années , a adreſſé
à ce ſujet une Lettre aux Etats du Cercle afdemblés
en cette Ville , par laquelle il leur fait part
de ſes intentions .
Il paroît ici un nouveau Mémoire dans lequel
les faits qui ont donné lieu à la détention du
Comte de Wartenſfleben ſont rapportés avec des
circonstances différentes de celles qui ſont contenues
dans l'Expoſé qu'a fait publier à ce ſujet la
Régence de Heſſe-Caffel. Suivant ce Mémoire,
la Baronne de Goerz légua tout ſon bien pour
établir dans ſa maiſon de Hombourg un Chapitre
deDames Nobles , & nomma le Comte de Wartenfleben
Exécuteur de ſon Testament avec des
pleins pouvoirs illimités , ratifiant d'avance tout
ce qu'il jugeroit à propos d'ordonner à ce ſujet.
L'Empereur confirma cette fondation & promit
d'accorder fa protection au Chapitre. La Baronne
de Goerz , que des ſujets de mécontentement
avoient déterminée à quitter la Heffe , exigea
1
236 MERCURE DE FRANCE.
du Comte de, Wartenſleben le ſerment de transférer
ce Chapitre dans un autre Pays Proteftant.
Le 26 Décembre , elle remit un blanc-ſeing au
Comte de Wartellenben pour revendiquer & emporter
trois coffres qu'elle avoit laiffés dans ſa
maiſon de Hombourg en Heſſe. Le Comte de
Wittgenstein , Colonel au ſervice de France ſe
chargea de les faire emporter : il arriva ſur les
lieux muni du blanc-ſeing que l'homme d'affaires
de la Baronne reconnut & en vertu duquel on lui
livra les coffres , pendant qu'on les chargeoit fur
une voiture , les Baillis de Hombourg ſurvinrent
&les firent enlever de force , ſous prétexte que
le plein-pouvoir étoit faux. La publication du
Teftament étant faite , la Ville de Francfort fit
délivrer à l'Exécuteur Teftamentaire tout ce qui
ſe trouvoit dans la maiſon de la Baronne : celuici
en fit faire un inventaire très-légal : il obſerva
les mêmes formalités vis-à-vis de la Régence de
Caffel& tranſporta publiquement une partie de
ces effets à Mayence. Après neuf mois de délai ,
le Bailli de Hombourg rendit les trois coffres que
le Comte de Wittgenstein avoit cachetés ; mais
le Comtede Wartenfleben éprouva plus de difficultés
à Caffel au ſujet de l'article du Teſtament
qui porte que la défunte deſtine ſa maiſonde
Hombourg à l'érection du Chapitre au cas que le
Landgrave veuille lui accorder les droits qui ſeront
demandés par le Directeur ; ſans néanmoins
que cette diſpoſtion empêche l'Exécuteur Teſta
mentaire de transférer ce Chapitre dans un autre
endroit , s'il le juge convenable , & ôte aux Dames
la liberté de pouvoir fortir du Pays quand elles
pourront s'établir ailleurs plus avantageuſement.
Surce ſujet, le Landgrave & la Régence enſuite ,
déclarerentqu'on n'admettroit de cet articleque
FEVRIER. 1764. 237
se qui regardoit l'établiſſement à Hombourg ,&
que tout le reſte étoit regardé comme nul. Enfin
on exigea que le Comte ſe ſoumît à cet égard
aux diſpoſitions de Son Alteſle Sérénitſime, &
qu'il lui rendît compte de ſon adminiſtration
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Résumé : De FRANCFORT, le 5 Janvier 1764.
En janvier 1764, le Landgrave de Hesse-Cassel a annoncé son intention de réintégrer le Corps du Cercle du Haut-Rhin. Parallèlement, un mémoire a relaté les événements menant à la détention du Comte de Wartensleben. La Baronne de Goerz avait légué ses biens pour créer un chapitre de dames nobles à Hombourg, nommant le Comte exécuteur testamentaire. L'Empereur a confirmé cette fondation. La Baronne a ensuite exigé le transfert du chapitre dans un autre pays protestant. Le 26 décembre, elle a remis un blanc-seing au Comte pour récupérer des coffres à Hombourg, saisis par les baillis locaux. Après la publication du testament, Francfort a délivré les biens de la Baronne à l'exécuteur, qui en a fait un inventaire et transporté des effets à Mayence. Neuf mois plus tard, les coffres ont été rendus au Comte, mais des désaccords sont survenus concernant la maison de Hombourg. Le Landgrave et la Régence ont refusé de valider l'intégralité du testament, exigeant que le Comte se soumette à leurs dispositions.
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113
p. 200-204
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
Début :
J'ai lu, Monsieur, dans votre Mercure du mois de Juillet dernier, Article [...]
Mots clefs :
Mémoire, Histoire de France, Anecdotes, Ouvrage, Historiens, Bibliothèque, Saint-Esprit, Ordres, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE
à M. DE LA PLACE.
J'AI lu , Monfieur , dans votre Mercure
du mois de Juillet dernier , Article
des Nouvelles Littéraires , cette annonce
: Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
de France du quatorziéme fiécle , contenant
les Statuts de l'Ordre du S. Efprit
AU DROIT DESIROU DU NOEU , inf
titué à Naples , en 1352 , par Louis
Premier du Nom , Roi de Jerufalem ,
JUILLET. 1764. 201
de Naples & de Sicile , & renouvellé en
1579 par Henri III , Roi de France
,fous le titre de l'ORDRE DU S. Es-
PRIT , avec une notice fur le manufcrit
original qui renferme les anciens Statuts
, & des Remarques Hiftoriques fur
cet Ordre , par M. LEFEVRE , Prétre
de la Doctrine Chrétienne. Brochure
de quatre vingt-deux pages.
J'ai cru fur ce titre , que je trouverois
dans cette petite brochure quelques
Anecdotes & quelques faits concernant
notre Ordre du S. Efprit ; il n'y
en a pas un feul , excepté que l'Auteur
dit qu'il a été renouvellé d'après
celui de Naples.
M. de Saintfoix , en 1758 , fit imprimer
un petit Ouvrage fur notre
Ordre du S. Efprit ; il le préfenta même
au Roi ; il y rapporte les Statuts
de celui de Naples avec des notes &
quelques Anecdotes fur cet Ordre qui
font à- peu-près les mêmes que celles
de M. Le Fevre. Je ne prétends pas
dire que M. Le Fevre ait vù ce petit
Ouvrage de M. de Saintfoix ; j'ai même
des raifons pour ne le pas croire ;
mais voici ce que M. de Saintfoix y
dit : Louis d'Anjou , Roi de Jérufalem
& de Naples , inflitua , en 1352 ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
un Ordre du S. Efprit. Plufieurs dé
nos Hiftoriens difent qu'attendu les
troubles dont fon régne fut agité dès
l'an 1354 , cet Ordre du S. Efprit
ne putfe foutenir, & que peut - être igno
reroit-on qu'il eût exifté , fi le hafard
n'avoit pas fait tomber le titre original
de fon inflitution entre les mains d'un
Noble Vénitien qui en fit préfent a
Henri III , lorfqu'il paffa par Venife
à fon retour de Pologne ; que ce
Prince voulant s'en approprier l'idée,
le tint fort caché , & qu'après avoir
fait extraire par Chiverni , Chancelier
de France , ce qu'il en vouloit tirer
pour fon nouvel Ordre , il lui ordonna
de le briller ; que Chiverni conferva
cette pièce rare & curieufe , en
partie à caufe des belles mignatures
dont elle étoit ornée ; qu'après fa mort ,
elle paffa dans la Bibliothèque de fon
Fils , & de cette Bibliothèque dans celle
du Président de Maifons . Si ces Hiftoriens
avoient confronté les Statuts de
rOrdre du S. Efprit de Naples , inftituée
en 1352 ; avec ceux de l'Ordre
de l'Etoile , inftitué à Paris un an
auparavant , en 1351 , par le Roi
Jean , ils auroient vu qu'ils font les
mêmes , & qu'étant les mêmes , & ceux
JUILLET. 1764. 203
de l'Ordre de l'Etoile étant très connus
en France , Henri III par conséquent
n'avoit pas pu penfer à s'en approprier
l'idée. D'ailleurs parmi les Statuts de
notre Ordre du S. Efprit , il n'y en
a' au que ou
femblent à ceux de cinq qui refl'Ordre
S.
prit de Naples , & ces quatre ou cinq
Statuts fe trouvent auffi parmi ceux de
S. Michel inftitué par Louis XI: ainfi
ce ne feroit pas de l'Ordre du S. Ef
prit de Naples que Henri III les auroit
pris, mais de celui de S. Michel. Enfin
fi ces Hiftoriens avoient la les Statuts
de nos Ordres de S. Michel & du
S. Efprit , ils auroient vu que le fond
eft entierement le même , & qu'il n'y
a que les changemens qu'exigeoient les
temps différens ; le droit féodal par
rapport a la convocation des grands
& petits Vaffaux , fubfiftoit encore du
temps de Louis XI , au lieu qu'il ne
fubfiftoit plus du temps de Henri III.
Voilà ce qu'avoit dit M. de Saintfoix
& ce que nous retrouverons fans
doute dans fon Hiftoire des Ordres
du Roi . On peut juger à préfent fis
M. Le Fevre a raifon de mettre dans
le titre de fa Brochure que Henri III
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
n'a fait que renouveller l'Ordre du
S. Efprit de Naples.
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA DIX MERIE,
A Paris , le 7 Juillet 1764.
à M. DE LA PLACE.
J'AI lu , Monfieur , dans votre Mercure
du mois de Juillet dernier , Article
des Nouvelles Littéraires , cette annonce
: Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
de France du quatorziéme fiécle , contenant
les Statuts de l'Ordre du S. Efprit
AU DROIT DESIROU DU NOEU , inf
titué à Naples , en 1352 , par Louis
Premier du Nom , Roi de Jerufalem ,
JUILLET. 1764. 201
de Naples & de Sicile , & renouvellé en
1579 par Henri III , Roi de France
,fous le titre de l'ORDRE DU S. Es-
PRIT , avec une notice fur le manufcrit
original qui renferme les anciens Statuts
, & des Remarques Hiftoriques fur
cet Ordre , par M. LEFEVRE , Prétre
de la Doctrine Chrétienne. Brochure
de quatre vingt-deux pages.
J'ai cru fur ce titre , que je trouverois
dans cette petite brochure quelques
Anecdotes & quelques faits concernant
notre Ordre du S. Efprit ; il n'y
en a pas un feul , excepté que l'Auteur
dit qu'il a été renouvellé d'après
celui de Naples.
M. de Saintfoix , en 1758 , fit imprimer
un petit Ouvrage fur notre
Ordre du S. Efprit ; il le préfenta même
au Roi ; il y rapporte les Statuts
de celui de Naples avec des notes &
quelques Anecdotes fur cet Ordre qui
font à- peu-près les mêmes que celles
de M. Le Fevre. Je ne prétends pas
dire que M. Le Fevre ait vù ce petit
Ouvrage de M. de Saintfoix ; j'ai même
des raifons pour ne le pas croire ;
mais voici ce que M. de Saintfoix y
dit : Louis d'Anjou , Roi de Jérufalem
& de Naples , inflitua , en 1352 ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
un Ordre du S. Efprit. Plufieurs dé
nos Hiftoriens difent qu'attendu les
troubles dont fon régne fut agité dès
l'an 1354 , cet Ordre du S. Efprit
ne putfe foutenir, & que peut - être igno
reroit-on qu'il eût exifté , fi le hafard
n'avoit pas fait tomber le titre original
de fon inflitution entre les mains d'un
Noble Vénitien qui en fit préfent a
Henri III , lorfqu'il paffa par Venife
à fon retour de Pologne ; que ce
Prince voulant s'en approprier l'idée,
le tint fort caché , & qu'après avoir
fait extraire par Chiverni , Chancelier
de France , ce qu'il en vouloit tirer
pour fon nouvel Ordre , il lui ordonna
de le briller ; que Chiverni conferva
cette pièce rare & curieufe , en
partie à caufe des belles mignatures
dont elle étoit ornée ; qu'après fa mort ,
elle paffa dans la Bibliothèque de fon
Fils , & de cette Bibliothèque dans celle
du Président de Maifons . Si ces Hiftoriens
avoient confronté les Statuts de
rOrdre du S. Efprit de Naples , inftituée
en 1352 ; avec ceux de l'Ordre
de l'Etoile , inftitué à Paris un an
auparavant , en 1351 , par le Roi
Jean , ils auroient vu qu'ils font les
mêmes , & qu'étant les mêmes , & ceux
JUILLET. 1764. 203
de l'Ordre de l'Etoile étant très connus
en France , Henri III par conséquent
n'avoit pas pu penfer à s'en approprier
l'idée. D'ailleurs parmi les Statuts de
notre Ordre du S. Efprit , il n'y en
a' au que ou
femblent à ceux de cinq qui refl'Ordre
S.
prit de Naples , & ces quatre ou cinq
Statuts fe trouvent auffi parmi ceux de
S. Michel inftitué par Louis XI: ainfi
ce ne feroit pas de l'Ordre du S. Ef
prit de Naples que Henri III les auroit
pris, mais de celui de S. Michel. Enfin
fi ces Hiftoriens avoient la les Statuts
de nos Ordres de S. Michel & du
S. Efprit , ils auroient vu que le fond
eft entierement le même , & qu'il n'y
a que les changemens qu'exigeoient les
temps différens ; le droit féodal par
rapport a la convocation des grands
& petits Vaffaux , fubfiftoit encore du
temps de Louis XI , au lieu qu'il ne
fubfiftoit plus du temps de Henri III.
Voilà ce qu'avoit dit M. de Saintfoix
& ce que nous retrouverons fans
doute dans fon Hiftoire des Ordres
du Roi . On peut juger à préfent fis
M. Le Fevre a raifon de mettre dans
le titre de fa Brochure que Henri III
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
n'a fait que renouveller l'Ordre du
S. Efprit de Naples.
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA DIX MERIE,
A Paris , le 7 Juillet 1764.
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Résumé : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
M. de La Dixmerie écrit à M. de La Place au sujet d'une brochure de M. Lefèvre intitulée 'Mémoire pour servir à l'histoire de France du quatorzième siècle'. Cette brochure traite des Statuts de l'Ordre du Saint-Esprit, institué à Naples en 1352 par Louis Ier, Roi de Jérusalem, de Naples et de Sicile, et renouvelé en 1579 par Henri III. La brochure ne contient aucune autre information sur l'Ordre du Saint-Esprit, sauf la mention de son renouvellement par Henri III. M. de La Dixmerie compare cette brochure à un ouvrage de M. de Saintfoix publié en 1758. Saintfoix relate que Louis d'Anjou a institué l'Ordre du Saint-Esprit en 1352, mais que les troubles de son règne ont empêché sa pérennité. Henri III a redécouvert cet ordre grâce à un titre original trouvé par un noble vénitien et a décidé de le renouveler. Saintfoix souligne que les Statuts de l'Ordre du Saint-Esprit de Naples sont identiques à ceux de l'Ordre de l'Étoile, institué en 1351 par le Roi Jean. Il note également des similitudes avec les Statuts de l'Ordre de Saint-Michel, institué par Louis XI. Saintfoix conclut que Henri III a probablement repris les Statuts de l'Ordre de Saint-Michel pour renouveler l'Ordre du Saint-Esprit. M. de La Dixmerie conclut que M. Lefèvre a raison de mentionner dans le titre de sa brochure que Henri III a renouvelé l'Ordre du Saint-Esprit de Naples.
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114
p. 186-189
« L'Impératrice a fait communiquer aux différentes Cours le Mémoire [...] »
Début :
L'Impératrice a fait communiquer aux différentes Cours le Mémoire [...]
Mots clefs :
Mémoire, Impératrice, Confédération, République, Humanité, Engagement, Constitution, Sa Majesté impériale, Amitié, Circonstances, Alliance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Impératrice a fait communiquer aux différentes Cours le Mémoire [...] »
L'I'MIMPPEERRAATTRRIICCEE a fait communiquer aux diffé."
rentes Cours le Mémoire ſuivant , concernant les
affaires de Pologne & particulièrement la Confédération
de Lithuanie.
« Sa Majefté Impériale , ſenſiblement touchée
>> de l'état violent où se trouve la Pologne, ne
>> peut la voir avec indifférence à la veilled'une
>> guerre inteſtine. Les droits de l'humanité ſeule
▸ ne lui permettroient pas de refter tranquille
ſpectatrice desfureurs qui , après avoir fait couler
>> des torrens deſang,entraîneroient la deſtruction
>>> totale de cette Nation. Les Souverains font
>> les défenſeurs du genre humain , & le pouvoir
qu'il ont ſur une partie des hommes leur donne
>> le droitde s'intéreſſer au bien de tous . Mais ,
indépendamment de ces motifs , Sa Majesté
Impériale a des engagemens perſonnels qui
>>>réclament ſon aſſiſtance en faveur de la Polo
>>>gne. Médiatrice naturelle & autoriſée par les
>>>Traités, entre les différens Etats qui compoſent
ככ
la République , Elle veille à l'exemple de ſes
>> Prédéceſſeurs, à ce que rien ne puifle porterat-
>>> teinte aux conſtitutions fondamentales de cette
République. Sa Majefté Impériale , qui avoit
>> prévu les circonstances toujours critiques d'un
interregne , crut , auffi- tôt après la mort du
>> Roi , remplir les devoirs ſacrés de l'humanité
» & de la foi des Traités , en faiſant aſſurer la
République par ſes Miniſtres & en l'affurant
Elle -même par ſes Lettres qu'Elle alloit redou
AOUST. 1764 . 187
לכ bler d'attention pour prévenir les dangers auxquels
laperte de ſon Chef pouvoit l'expoſer. Les
Miniſtres de S. M. I. dans toutes les Cours de
>> l'Europe ont eu ordre d'y faire connoître ces
>> diſpoſitions que ſa conduite a parfaitement juf
tifiées juſqu'a ce jour. Aux engagemens de l'amitié
& de l'alliance , l'Impératrice joint ceux
>> du voisinage qui rend les premières obligations
>>plus étroites & en forme d'autres uniquement
>>>propres à l'Etat voiſin . Une correfpondance mu-
>> tuelle eſt le fondement des avantages &le lien
>> du bonheur réciproque de deux Etats limitro-
>> trophes , quand l'un eft attaqué en quelqu'une
>> de ſes parties. Le contrecoup qu'en reſſent ſon
>> voiſin force celui- ci à prendre part à ce mal .
Alors , les motifs de l'amitié & de l'alliance re-
> çoivent de nouvelles forces & exigent de lui les
>>plus grands efforts après ceux qu'il ſe doit à
>> foi-même. Toutes ces conſidérations ont inſpiré
à Sa Majefté Impériale les démarches qu'Elle
>> a faites , ainſi que les aſſurances qui les ont précédées
& qu'Elle a rénérées autant de fois que
>> les circonstances l'ont éxigé. Aujourd'hui , ſa
gloire , la proſpérité de ſon regne , ſon atten--
driſſement ſur les malheurs de ſes voiſins & le
propre intérêt de ſon Peuple éxigent qu'Elle
>> rempliſſe des paroles qui ne ſont pas moins fa-
>> crées que dictées par l'honneur & la ſageſſe .
>>C'eſt une Nation qui vient l'en prier , qui ré
>> clame ſes engagemens , qui l'appelle à ſon ſe-
>>c>ours : Sa Majeſté Impériale ſe rendroit coupable
du mal ultérieur , fi Elle ne déféroit à des
motifs ſi preſſans. Dans la droiture des principes
qui la guident & des ſentimens qui l'ani-
❤ment, Elle a donc ordonné , auſſi- tôt après la
188 MERCURE DE FRANCE .
réclamation faite par la Confédération géné
>>>rale de Lithuanie , qu'un corps de ſes troupes
>> marchat vers cette Province pour y appuyer les
>>>bonnes intentions des vrais Patriotes , pour y
>> arrêter tout déſordre , y maintenir la liberté
>> des Citoyens & rendre aux conſtitutions de la
>> République leur première vigueur. Sa Majesté
>> Impériale devoit cette marque de confiance au
"zèle patriotique de la Confédération qui , loin
>>>de s'oppoſer à la tenue de la Dière Générale ,
>> ſeule voiepropre à conſolider les conſtitutions
" de la Républiquedans une circonſtance auffi critique
que celle de l'interregne, achargé fon
>Maréchald'y envoyer des Députés pour expo-
5ſer aux Etats de la République aſſemblés , la
>>>pureté de ſes intentions & lajuſtice de ſes de-
>> firs , & pour engager ſes frères des Provinces
>>> de la Couronne à ſecourir de concert la Patrie ,
>> en leur rappellant l'union de la Lithuanie avec
>le Royaume, union confirmée par un ferment
>>facré& maintenue inaltérablement depuis plu-
>>> fieurs fiécles.
>>La néceſſité du ſecours que l'Impératrice en-
>>voye à cette Province eſt d'autant plus preſſante
que depuis que la Confédération s'eft
>>>formée , on apprend que le Prince Radziwill ,
> armé depuis longtemps & le plus ardent à
>> troubler le repos de ſa Patrie , a fait des entrepriſes
contre la Confédération ,& ſe propoſe
»d'empêcher dès ſa naiſſance tout le bien qu'on
>> doit naturellement s'en promettre.
» Les Généraux de Sa Majeſté Impériale
>>n'ont d'autres inſtructions que de reſter tran-
>>> quilles , de s'oppoſer à toute eſpéce de violen--
>> ces & d'éviter ſcrupuleuſement d'en commer--
>> tre la plus légére , de faciliter en tout les liAOUST.
1764. 189
bres délibérations de la Nobleſſe , de garder
uniquement la défenſive , & enfin de ne faire
uſage de leurs armes que lorſqu'on les atta-
>>quera eux- mêmes ou les dépôts précieux com-
>>>mis à leur garde.
>>L'Impératrice, fondée ſur les ſentimens d'humanité
&d'amour pour la paix qu'elle a fait
>> connoître depuis le commencement de ſon ré-
>>gne , ne doute pas qu'on ne rende la juſtiće
qui eſt due à la légitimité de la démarche
>> qu'Elle ſe trouve obligée de faire. Comme Sa
>> Majesté Impériale avoit prévu cet événement ,
>>>Elle avoit tout fait pour le détourner ; &
»quoique toutes les Puillances avec leſquelles
Elle est en amitié ſoient moins intérellées
»qu'Elle aux affaires préſentes , Elle n'avoit pas
balancé à leur en faire part , & avoit cru fe de-
>> voir cette fatisfaction à Elle- même , à la pureté
>>de ſes intentions & à l'uniformité des principes
qu'elle a admis invariablement. p.
rentes Cours le Mémoire ſuivant , concernant les
affaires de Pologne & particulièrement la Confédération
de Lithuanie.
« Sa Majefté Impériale , ſenſiblement touchée
>> de l'état violent où se trouve la Pologne, ne
>> peut la voir avec indifférence à la veilled'une
>> guerre inteſtine. Les droits de l'humanité ſeule
▸ ne lui permettroient pas de refter tranquille
ſpectatrice desfureurs qui , après avoir fait couler
>> des torrens deſang,entraîneroient la deſtruction
>>> totale de cette Nation. Les Souverains font
>> les défenſeurs du genre humain , & le pouvoir
qu'il ont ſur une partie des hommes leur donne
>> le droitde s'intéreſſer au bien de tous . Mais ,
indépendamment de ces motifs , Sa Majesté
Impériale a des engagemens perſonnels qui
>>>réclament ſon aſſiſtance en faveur de la Polo
>>>gne. Médiatrice naturelle & autoriſée par les
>>>Traités, entre les différens Etats qui compoſent
ככ
la République , Elle veille à l'exemple de ſes
>> Prédéceſſeurs, à ce que rien ne puifle porterat-
>>> teinte aux conſtitutions fondamentales de cette
République. Sa Majefté Impériale , qui avoit
>> prévu les circonstances toujours critiques d'un
interregne , crut , auffi- tôt après la mort du
>> Roi , remplir les devoirs ſacrés de l'humanité
» & de la foi des Traités , en faiſant aſſurer la
République par ſes Miniſtres & en l'affurant
Elle -même par ſes Lettres qu'Elle alloit redou
AOUST. 1764 . 187
לכ bler d'attention pour prévenir les dangers auxquels
laperte de ſon Chef pouvoit l'expoſer. Les
Miniſtres de S. M. I. dans toutes les Cours de
>> l'Europe ont eu ordre d'y faire connoître ces
>> diſpoſitions que ſa conduite a parfaitement juf
tifiées juſqu'a ce jour. Aux engagemens de l'amitié
& de l'alliance , l'Impératrice joint ceux
>> du voisinage qui rend les premières obligations
>>plus étroites & en forme d'autres uniquement
>>>propres à l'Etat voiſin . Une correfpondance mu-
>> tuelle eſt le fondement des avantages &le lien
>> du bonheur réciproque de deux Etats limitro-
>> trophes , quand l'un eft attaqué en quelqu'une
>> de ſes parties. Le contrecoup qu'en reſſent ſon
>> voiſin force celui- ci à prendre part à ce mal .
Alors , les motifs de l'amitié & de l'alliance re-
> çoivent de nouvelles forces & exigent de lui les
>>plus grands efforts après ceux qu'il ſe doit à
>> foi-même. Toutes ces conſidérations ont inſpiré
à Sa Majefté Impériale les démarches qu'Elle
>> a faites , ainſi que les aſſurances qui les ont précédées
& qu'Elle a rénérées autant de fois que
>> les circonstances l'ont éxigé. Aujourd'hui , ſa
gloire , la proſpérité de ſon regne , ſon atten--
driſſement ſur les malheurs de ſes voiſins & le
propre intérêt de ſon Peuple éxigent qu'Elle
>> rempliſſe des paroles qui ne ſont pas moins fa-
>> crées que dictées par l'honneur & la ſageſſe .
>>C'eſt une Nation qui vient l'en prier , qui ré
>> clame ſes engagemens , qui l'appelle à ſon ſe-
>>c>ours : Sa Majeſté Impériale ſe rendroit coupable
du mal ultérieur , fi Elle ne déféroit à des
motifs ſi preſſans. Dans la droiture des principes
qui la guident & des ſentimens qui l'ani-
❤ment, Elle a donc ordonné , auſſi- tôt après la
188 MERCURE DE FRANCE .
réclamation faite par la Confédération géné
>>>rale de Lithuanie , qu'un corps de ſes troupes
>> marchat vers cette Province pour y appuyer les
>>>bonnes intentions des vrais Patriotes , pour y
>> arrêter tout déſordre , y maintenir la liberté
>> des Citoyens & rendre aux conſtitutions de la
>> République leur première vigueur. Sa Majesté
>> Impériale devoit cette marque de confiance au
"zèle patriotique de la Confédération qui , loin
>>>de s'oppoſer à la tenue de la Dière Générale ,
>> ſeule voiepropre à conſolider les conſtitutions
" de la Républiquedans une circonſtance auffi critique
que celle de l'interregne, achargé fon
>Maréchald'y envoyer des Députés pour expo-
5ſer aux Etats de la République aſſemblés , la
>>>pureté de ſes intentions & lajuſtice de ſes de-
>> firs , & pour engager ſes frères des Provinces
>>> de la Couronne à ſecourir de concert la Patrie ,
>> en leur rappellant l'union de la Lithuanie avec
>le Royaume, union confirmée par un ferment
>>facré& maintenue inaltérablement depuis plu-
>>> fieurs fiécles.
>>La néceſſité du ſecours que l'Impératrice en-
>>voye à cette Province eſt d'autant plus preſſante
que depuis que la Confédération s'eft
>>>formée , on apprend que le Prince Radziwill ,
> armé depuis longtemps & le plus ardent à
>> troubler le repos de ſa Patrie , a fait des entrepriſes
contre la Confédération ,& ſe propoſe
»d'empêcher dès ſa naiſſance tout le bien qu'on
>> doit naturellement s'en promettre.
» Les Généraux de Sa Majeſté Impériale
>>n'ont d'autres inſtructions que de reſter tran-
>>> quilles , de s'oppoſer à toute eſpéce de violen--
>> ces & d'éviter ſcrupuleuſement d'en commer--
>> tre la plus légére , de faciliter en tout les liAOUST.
1764. 189
bres délibérations de la Nobleſſe , de garder
uniquement la défenſive , & enfin de ne faire
uſage de leurs armes que lorſqu'on les atta-
>>quera eux- mêmes ou les dépôts précieux com-
>>>mis à leur garde.
>>L'Impératrice, fondée ſur les ſentimens d'humanité
&d'amour pour la paix qu'elle a fait
>> connoître depuis le commencement de ſon ré-
>>gne , ne doute pas qu'on ne rende la juſtiće
qui eſt due à la légitimité de la démarche
>> qu'Elle ſe trouve obligée de faire. Comme Sa
>> Majesté Impériale avoit prévu cet événement ,
>>>Elle avoit tout fait pour le détourner ; &
»quoique toutes les Puillances avec leſquelles
Elle est en amitié ſoient moins intérellées
»qu'Elle aux affaires préſentes , Elle n'avoit pas
balancé à leur en faire part , & avoit cru fe de-
>> voir cette fatisfaction à Elle- même , à la pureté
>>de ſes intentions & à l'uniformité des principes
qu'elle a admis invariablement. p.
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Résumé : « L'Impératrice a fait communiquer aux différentes Cours le Mémoire [...] »
L'Impératrice de Russie exprime sa préoccupation face à la situation violente en Pologne, particulièrement en Lituanie. Elle justifie son intervention par des motifs humanitaires et des engagements personnels, se présentant comme une médiatrice naturelle et autorisée par les traités entre les différents États de la République polonaise. L'Impératrice rappelle ses actions passées pour assurer la stabilité de la Pologne après la mort du roi et ses efforts pour prévenir les dangers liés à l'interrègne. Elle souligne les obligations de voisinage et les avantages réciproques d'une correspondance mutuelle entre États limitrophes. Les récentes réclamations de la Confédération générale de Lituanie l'ont poussée à envoyer des troupes pour soutenir les patriotes, maintenir l'ordre et restaurer les constitutions de la République. Ces troupes ont pour mission de rester tranquilles, d'éviter toute violence et de faciliter les délibérations de la noblesse. L'Impératrice espère que ses actions seront comprises et justifiées par les autres puissances, avec lesquelles elle a partagé ses intentions et ses principes. Elle mentionne également les menaces posées par le Prince Radziwill, qui trouble l'ordre public en Lituanie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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115
p. 147-148
De FRANCFORT, le 2 Septembre 1764.
Début :
Le différend qui étoit survenu entre les Etats-Généraux & le Landgrave [...]
Mots clefs :
États généraux, Landgrave, Dispute, Régence, Cassel, Comte, Ministres, Conseillers, Estime, Amitié, Déclaration, Envoyé , Satisfaction, Pouvoir, Mémoire, Hautes Puissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De FRANCFORT, le 2 Septembre 1764.
De FRANCFORT , le 2 Septembre 1764.
Le différend qui étoit furvenu entre les Etats-
Généraux & le Landgrave de Heffe - Caffel au
fujet de la conduite tenue par la Régence de
-Caffel à l'égard du Comte de Warſtenſleben , Miniftre
de Leurs Hautes Puiffances auprès du
Cercle du- Haut - Rhin . vient d'être terminé . Le
Sieur de Mofer , Confeiller Privé , que le Landgrave
avoit envoyé pour cet effet en qualité de
fon Miniftre à la Haye , fut introduit , le 30 du
mois dernier , dans la Chambre de Treves ; il
y fit en François aux Députés des Etats - Généraux
la Déclaration fuivante qu'il leur remit enfuite
par écrit en Langue Allemande.
20
39
» Son Altele Séréniflime Mgr le Landgrave
Régnant de Heffe- Caffel , en conféquence de
l'eftime & de l'amitié qu'il a vouées de tout
temps aux Seigneurs les Etats - Généraux , a appris
» avec fenfibilité le mécontentement que Leurs
Hautes Puiffances,contre toute attente , fe croyent
» autorifées à prendre de la conduite tenue par
» la Régence de Caffel , pour des raifons con-
» nues , à l'égard du Comte de Wartenfleben.
Comme Son Alteffe Séréniffime eft très- éloignée
de conniver en aucune manière , avec au-
>> cun de fes Collégues de juftice , en ce qui
» pourroit léfer les droits & les dignités d'un
Etat voifin & ami , Elle m'a envoyé expreſſément
ici , par confidération particulière d'amitié
, pour témoigner & réitérer qu'en tout
Son Altele Séréniffime n'a jamais eu la vo-
» lonté ni l'intention d'offenfer la République
» ou de porter la moindre atteinte à les droits
» & prérogatives.
» Son Altele Séréniffime effére & fe flatte
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
que Leurs Hautes Puiffances trouveront cette
>> Déclaration conforme au defir fincère avec
»lequel Mgr le Landgrave demande l'amitié
& la bienveillance de l'Etat , tant pour le préfent
que pour l'avenir.
Les Etats -Généraux ont fait répondre au Sieur
Mofer par leurs Députés , qu'ils étoient contens
de cette Déclaration , & que c'étoit avec bien
de la fatisfaction qu'ils voyoient terminer par là
les différends furvenus entre eux & le Landgrave
de Heffe- Caffel , & rétablir la bonne intelligence
& l'amitié qui de tout temps ont fubfifté
entre la République & la Maiſon de Heffe ,
& au maintien defquelles Leurs Hautes Puiflances
Le propofent de concourir de tout leur pouvoir.
Le 4 du même mois , le feur de Mofer eut une
nouvelle conférence avec les Députés des Etats-
Généraux , & leur remit un Mémoire concernant
les Griefs de Landgrave de Heffe contre le Comte
de Wartenfleben qui , de fon côté , a envoyé à
Leurs Hautes Puiffances un autre Mémoire , par
jequel il juftifié la conduite .
Le différend qui étoit furvenu entre les Etats-
Généraux & le Landgrave de Heffe - Caffel au
fujet de la conduite tenue par la Régence de
-Caffel à l'égard du Comte de Warſtenſleben , Miniftre
de Leurs Hautes Puiffances auprès du
Cercle du- Haut - Rhin . vient d'être terminé . Le
Sieur de Mofer , Confeiller Privé , que le Landgrave
avoit envoyé pour cet effet en qualité de
fon Miniftre à la Haye , fut introduit , le 30 du
mois dernier , dans la Chambre de Treves ; il
y fit en François aux Députés des Etats - Généraux
la Déclaration fuivante qu'il leur remit enfuite
par écrit en Langue Allemande.
20
39
» Son Altele Séréniflime Mgr le Landgrave
Régnant de Heffe- Caffel , en conféquence de
l'eftime & de l'amitié qu'il a vouées de tout
temps aux Seigneurs les Etats - Généraux , a appris
» avec fenfibilité le mécontentement que Leurs
Hautes Puiffances,contre toute attente , fe croyent
» autorifées à prendre de la conduite tenue par
» la Régence de Caffel , pour des raifons con-
» nues , à l'égard du Comte de Wartenfleben.
Comme Son Alteffe Séréniffime eft très- éloignée
de conniver en aucune manière , avec au-
>> cun de fes Collégues de juftice , en ce qui
» pourroit léfer les droits & les dignités d'un
Etat voifin & ami , Elle m'a envoyé expreſſément
ici , par confidération particulière d'amitié
, pour témoigner & réitérer qu'en tout
Son Altele Séréniffime n'a jamais eu la vo-
» lonté ni l'intention d'offenfer la République
» ou de porter la moindre atteinte à les droits
» & prérogatives.
» Son Altele Séréniffime effére & fe flatte
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
que Leurs Hautes Puiffances trouveront cette
>> Déclaration conforme au defir fincère avec
»lequel Mgr le Landgrave demande l'amitié
& la bienveillance de l'Etat , tant pour le préfent
que pour l'avenir.
Les Etats -Généraux ont fait répondre au Sieur
Mofer par leurs Députés , qu'ils étoient contens
de cette Déclaration , & que c'étoit avec bien
de la fatisfaction qu'ils voyoient terminer par là
les différends furvenus entre eux & le Landgrave
de Heffe- Caffel , & rétablir la bonne intelligence
& l'amitié qui de tout temps ont fubfifté
entre la République & la Maiſon de Heffe ,
& au maintien defquelles Leurs Hautes Puiflances
Le propofent de concourir de tout leur pouvoir.
Le 4 du même mois , le feur de Mofer eut une
nouvelle conférence avec les Députés des Etats-
Généraux , & leur remit un Mémoire concernant
les Griefs de Landgrave de Heffe contre le Comte
de Wartenfleben qui , de fon côté , a envoyé à
Leurs Hautes Puiffances un autre Mémoire , par
jequel il juftifié la conduite .
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Résumé : De FRANCFORT, le 2 Septembre 1764.
Le 2 septembre 1764, un conflit entre les États-Généraux et le Landgrave de Hesse-Cassel concernant la gestion de la Régence de Cassel par le Comte de Warstensleben a été résolu. Le Sieur de Moser, conseiller privé et ministre du Landgrave, a été dépêché à La Haye pour négocier. Le 30 août, il a présenté une déclaration aux députés des États-Généraux, exprimant les regrets du Landgrave pour le mécontentement causé et son souhait de préserver l'amitié avec la République. Les États-Généraux ont accepté cette déclaration, se félicitant de la résolution du différend. Le 4 septembre, le Sieur de Moser a soumis un mémoire détaillant les reproches du Landgrave contre le Comte de Warstensleben, qui avait également envoyé un mémoire justifiant ses actions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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116
p. 151-156
De VERSAILLES, le 12 Septembre 1764.
Début :
Le 19 du mois dernier, le Maréchal de Clermont-Tonnerre, prêta [...]
Mots clefs :
Maréchal, Serment, Symphonie, Auteurs, Duc, Ministre, Secrétaire, Famille royale, Nominations, Démissions, Évêque, Comtesse, Madame, Députés, Audience, Contrat de mariage, Cérémonies, Académie royale des inscriptions et belles-lettres, Mémoire, Histoire de France, Dictionnaire, Volumes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 12 Septembre 1764.
De VERSAILLES , le 12 Septembre 1764.
Le 19 du mois dernier , le Maréchal de Cler
mont - Tonnerre , prêta ferment entre les mains
du Roi pour la Lieutenance Générale & le Commandement
du Dauphiné.
Le 24 , Dom Nicolas Chanlatte , nommé le
à l'Abbaye de Pontigni , eut l'honneur d'être
préfenté à Sa Majesté.
4
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Le 25 , Fête de S. Louis , les Haut- bois de :
fa Chambre ont joué , au lever du Roi , plufieurs
morceaux de fymphonie de la compofilion
du Sieur Dard , Ordinaire de la Mufique.
Ce foir , Leurs Majeftés ont foupé à leur grand
Couvert. Les Muficiens du Roi ont éxécuté
pendant le fouper plufieurs morceaux de fymphonie
de différens Auteurs , fous la direction
du Sieur de Bury , Surintendant de la Mufique
de Sa Majefté , en furvivance du Sieur Rebel .
La veille , le Corps de Ville fe rendit ici où .
ayant à fa tête le Duc de Chevreufe , Gouver
neur de Paris , il eut audience du Roi avec les
cérémonies accoutumées. Il fut préfenté à Sa
Majefté par le Comte de S. Florentin , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat , & conduit par le Sieur de
Nantouillet , Maître des Cérémonies. Le Sieur
Bignon , Confeiller d'Etat , Commandeur des
Ordres du Roi & Bibliothécaire de Sa Majefté ,
nouveau Frévôt des Marchands ; & les Sieurs
Martel , Confeiller du Roi , Notaire honoraire
Confeiller Quartinier de l'Hôtel de Villė ,
& Gauthier de Rougemont , Négociant , nouveaux
Echevins prêterent entre les mains
du Roi le ferment de fidélité dont le Comte de
S. Florentin fit la lecture , ainfi que du Scrutin
qui fut préfenté par le Sieur de la Porte , Premier
Avocat du Roi au Châtelet . Après cette Audience
le Corps de Ville eut l'honneur de rendre les
refpects à la Reine & à la Famille Royale.
>
-
Le même jour , Leurs Majeftés ainfi que la Famille
Royale, ont figné le Contrat de mariage du
Comte de la Rochefoucault avec Demoiſelle
de Lannion.
Le 2 , le Comte de Woronzow , Grand - Chancelier
de Ruffie , prit congé de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale,
NOVEMBRE. 1764. 153
Le lendemain , les Députés du Parlement de
Bretagne eurent audience du Roi. Ils furent
préfentés à Sa Majefté parle Comte de S. Florentin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
de cette Province , & conduits par
le Sieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies.
Sa Majefté les reçut dans fon fauteuil en préfence
de fes Miniftres & de fes Grands Officiers , &
leur permit de lui préfenter les remontrance
dont ils avoient été chargés par leur Compagnies
Le Roi a nommé l'Evêque de Tulle à l'Evêch ;
de Soiffons , & l'Abbé de S. Sauveur , Vicairé
Général du Diocèfe d'Amiens à l'Evêché de Tullee
Sa Majesté a donné l'Abbaye de S. Evroul ..
Ordre de S. Benoît , Diocèle de Lizieux , à l'E-,
vêque de Rennes , & l'Abbaye d'Annay , Ordrede
Cîteaux , Diocèle d'Arras à la Dame de
Brifoeuil , Religieufe de la même Abbaye .
›
Le 31 , les Députés du Parlement de Bretagne
furent prefentés au Roi au nombre de fept par
le Comte de S. Florentin , & conduits par le Sieur
Bourlier de S. Hilaire ,Maître-d'Hôtel Ördinaire de
Sa Majesté. Le Roi les reçut dans fon fauteuil en
préſence de fes Miniftres & des Grands Officiers ,
& leur fit part de fes intentions au fujet des
repréfentations qu'ils avoient préfentées le 16
à Sa Majefté de la part de leurCompagnie.
La Comteffe de Sommyevre, ayant été nomméo
pour accompagner Madame Adélaïde , à la place
de la Comtelle de Narbonne , s été préſentée
au Roi , le 2 de ce mois , en cette qualité par™
Madame Adélaïde .
Le 3 , les Députés de Languedoc eurent audience
de Sa Majesté. Ils furent préfentés par
le Comte d'Eu , Gouverneur de la Province , &
par le Comte de S. Florentin , & conduits par
G v
154 MERCURE DE FRANCE .
le Sieur de Nantouillet , Maitre des Cérémonies .
La Députation étoit compofée , pour le Clergé ,
de l'Archevêque de Toulouſe qui porta la parole ;
pour la Nobleffe , du Vicomte de Polignac ;
& pour le Tiers - Etat , du Sieur Alifon , Lieutenant-
Maire de Nifmes , du Sieur Gaulard ,
Maire d'Anet , & du Sieur de la Fage , Syndic
Général de la Province . Ils furent enfuite conduits
à l'Audience de la Reine & de la Famille
Royale.
Le 8 , Leurs Majeftés ainsi que la Famille Royale,
fignerent le Contrat de mariage du Sieur Bignon ,
Fils du Prévôt des Marchands de la , Ville de
Paris , avec Demoiſelle de Hennot du Rozel .
Le même jour , le Sieur de Clugni , Conſeiller
au Parlement de Dijon , ci- devant Intendant de
S. Domingue , fut préfenté à Sa Majesté par le
Duc de Choiseul.
Le Roi ayant nommé Chevaliers des Ordres
Royaux , Militaires & Hofpitaliers de Notre-
Dame du Mont- Carmel & de S. Lazare de Jérufalem
le Comte de Redmond , Lieutenant -Général
de fes Armées , & le Comte d'Amblimond ,
Lieutenant de Vaiffeau , ces Chevaliers furent
reçus , le 9 , dans l'appartement & en préſence
de Mgr le Duc de Berry , Grand - Maître defdits
Ordres , après avoir fait leur profeffion &
l'émiffion de leurs voeux entre les mains du
Comte de S. Florentin , Gérent & Adminiſtrateur
de ces Ordres , pendant la minorité de Mgr
le Grand- Maître dont les nouveaux Chevaliers
eurent l'honneur de baifer la main en figne
d'obédience. Plufieurs Chevaliers & Commandeurs
, ainfi que les Grands Officiers desdits
Crdres , ont affifté à cette Cérémonie. La Meffe
a été célébrée par l'Abbé Frottier , Chapelain
du Roi.
NOVEMBRE. 1764. 155
Le même jour , l'Evêque d'Avranches fut facré
dans la Chapelle du Chateau , par l'Archevêque
de Reims , aflifté de l'Evêque de Senlis & de
celui de Soiffons , ci - devant Evêque de Tulle.
L'Abbé , le Bibliothécaire & le Procureur de
Sainte Genevieve eurent l'honneur d'être préfentés
au Roi , le même jour , par le Comte de
S. Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat , &
de faire leurs remercîmens à Sa Majesté à l'oce
cafion de la Cérémonie du 6. Ils furent prcfentés
le même jour , à Mgr le Dauphin.
Le 10 , l'Evêque d'Avranches & celui de Vabres
prêterent ferment entre les mains du Roi pendant
la Meffe , dans la Chapelle du Château .
L'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres eut l'honneur de préfenter , le 3 de ce
mois , à Leurs Majeſtés & à la Famille Royale les
XXIX & XXXe Volumes de fes Mémoires . Le
fieur de Fontanieu , Confeiller d'Etat , Intendant-
Général des Meubles de la Couronne , a préſenté
au Roi deux Sucriers d'Or très - artiftement travaillés
& faits par le fieur Roettiers , Orfévre
ordinaire de la Maifon de Sa Majeſté.
Le Sieur Gallonde , Chanoine Régulier de Ste
Génevieve , a eu l'honneur de préfenter au Roi
le premier Volume d'un Abrégé Chronologique
de l'Hiftoire de France écrit de fa main en lettres
Romaines.
Le fieur Duchefne , fils du Prévôt des Bâtimens
du Roi , & âgé de feize ans , a eu l'honneur de
préfenter au Roi un Livre intitulé . Manuel Botanique
contenant les propriétés des Plantes utiles
pour la nourriture , d'ufage en Médecine , employées
dans les Arts , ou d'ornement pour les jardins
& que l'on trouve à la Campagne aux environs de
Paris .
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Blondeau de Charnage , Penfionnaire
du Roi , a eu autfi l'honneur de préfenter à Sa
Majefté le quatriéme Volume de fon Dictionnaire
des Titres Originaux concernant les Droits de la
Couronne ; les Fiefs , l'Hiftoire , la Généalogie ,
& c.
Le Geur Valeyre fils , Imprimeur Libraire , eut
l'honneur de préſenter à Monſeigneur le Duc de
Berry , à Monfeigneur le Comte de Provence
& à Monfeigneur le Comte d'Artois , le Spectacle
Hiftorique ou Mémorial des principaux événemens
irés de l'Hiftoire Univerfelle.
Le 19 du mois dernier , le Maréchal de Cler
mont - Tonnerre , prêta ferment entre les mains
du Roi pour la Lieutenance Générale & le Commandement
du Dauphiné.
Le 24 , Dom Nicolas Chanlatte , nommé le
à l'Abbaye de Pontigni , eut l'honneur d'être
préfenté à Sa Majesté.
4
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Le 25 , Fête de S. Louis , les Haut- bois de :
fa Chambre ont joué , au lever du Roi , plufieurs
morceaux de fymphonie de la compofilion
du Sieur Dard , Ordinaire de la Mufique.
Ce foir , Leurs Majeftés ont foupé à leur grand
Couvert. Les Muficiens du Roi ont éxécuté
pendant le fouper plufieurs morceaux de fymphonie
de différens Auteurs , fous la direction
du Sieur de Bury , Surintendant de la Mufique
de Sa Majefté , en furvivance du Sieur Rebel .
La veille , le Corps de Ville fe rendit ici où .
ayant à fa tête le Duc de Chevreufe , Gouver
neur de Paris , il eut audience du Roi avec les
cérémonies accoutumées. Il fut préfenté à Sa
Majefté par le Comte de S. Florentin , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat , & conduit par le Sieur de
Nantouillet , Maître des Cérémonies. Le Sieur
Bignon , Confeiller d'Etat , Commandeur des
Ordres du Roi & Bibliothécaire de Sa Majefté ,
nouveau Frévôt des Marchands ; & les Sieurs
Martel , Confeiller du Roi , Notaire honoraire
Confeiller Quartinier de l'Hôtel de Villė ,
& Gauthier de Rougemont , Négociant , nouveaux
Echevins prêterent entre les mains
du Roi le ferment de fidélité dont le Comte de
S. Florentin fit la lecture , ainfi que du Scrutin
qui fut préfenté par le Sieur de la Porte , Premier
Avocat du Roi au Châtelet . Après cette Audience
le Corps de Ville eut l'honneur de rendre les
refpects à la Reine & à la Famille Royale.
>
-
Le même jour , Leurs Majeftés ainfi que la Famille
Royale, ont figné le Contrat de mariage du
Comte de la Rochefoucault avec Demoiſelle
de Lannion.
Le 2 , le Comte de Woronzow , Grand - Chancelier
de Ruffie , prit congé de Leurs Majeftés
& de la Famille Royale,
NOVEMBRE. 1764. 153
Le lendemain , les Députés du Parlement de
Bretagne eurent audience du Roi. Ils furent
préfentés à Sa Majefté parle Comte de S. Florentin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
de cette Province , & conduits par
le Sieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies.
Sa Majefté les reçut dans fon fauteuil en préfence
de fes Miniftres & de fes Grands Officiers , &
leur permit de lui préfenter les remontrance
dont ils avoient été chargés par leur Compagnies
Le Roi a nommé l'Evêque de Tulle à l'Evêch ;
de Soiffons , & l'Abbé de S. Sauveur , Vicairé
Général du Diocèfe d'Amiens à l'Evêché de Tullee
Sa Majesté a donné l'Abbaye de S. Evroul ..
Ordre de S. Benoît , Diocèle de Lizieux , à l'E-,
vêque de Rennes , & l'Abbaye d'Annay , Ordrede
Cîteaux , Diocèle d'Arras à la Dame de
Brifoeuil , Religieufe de la même Abbaye .
›
Le 31 , les Députés du Parlement de Bretagne
furent prefentés au Roi au nombre de fept par
le Comte de S. Florentin , & conduits par le Sieur
Bourlier de S. Hilaire ,Maître-d'Hôtel Ördinaire de
Sa Majesté. Le Roi les reçut dans fon fauteuil en
préſence de fes Miniftres & des Grands Officiers ,
& leur fit part de fes intentions au fujet des
repréfentations qu'ils avoient préfentées le 16
à Sa Majefté de la part de leurCompagnie.
La Comteffe de Sommyevre, ayant été nomméo
pour accompagner Madame Adélaïde , à la place
de la Comtelle de Narbonne , s été préſentée
au Roi , le 2 de ce mois , en cette qualité par™
Madame Adélaïde .
Le 3 , les Députés de Languedoc eurent audience
de Sa Majesté. Ils furent préfentés par
le Comte d'Eu , Gouverneur de la Province , &
par le Comte de S. Florentin , & conduits par
G v
154 MERCURE DE FRANCE .
le Sieur de Nantouillet , Maitre des Cérémonies .
La Députation étoit compofée , pour le Clergé ,
de l'Archevêque de Toulouſe qui porta la parole ;
pour la Nobleffe , du Vicomte de Polignac ;
& pour le Tiers - Etat , du Sieur Alifon , Lieutenant-
Maire de Nifmes , du Sieur Gaulard ,
Maire d'Anet , & du Sieur de la Fage , Syndic
Général de la Province . Ils furent enfuite conduits
à l'Audience de la Reine & de la Famille
Royale.
Le 8 , Leurs Majeftés ainsi que la Famille Royale,
fignerent le Contrat de mariage du Sieur Bignon ,
Fils du Prévôt des Marchands de la , Ville de
Paris , avec Demoiſelle de Hennot du Rozel .
Le même jour , le Sieur de Clugni , Conſeiller
au Parlement de Dijon , ci- devant Intendant de
S. Domingue , fut préfenté à Sa Majesté par le
Duc de Choiseul.
Le Roi ayant nommé Chevaliers des Ordres
Royaux , Militaires & Hofpitaliers de Notre-
Dame du Mont- Carmel & de S. Lazare de Jérufalem
le Comte de Redmond , Lieutenant -Général
de fes Armées , & le Comte d'Amblimond ,
Lieutenant de Vaiffeau , ces Chevaliers furent
reçus , le 9 , dans l'appartement & en préſence
de Mgr le Duc de Berry , Grand - Maître defdits
Ordres , après avoir fait leur profeffion &
l'émiffion de leurs voeux entre les mains du
Comte de S. Florentin , Gérent & Adminiſtrateur
de ces Ordres , pendant la minorité de Mgr
le Grand- Maître dont les nouveaux Chevaliers
eurent l'honneur de baifer la main en figne
d'obédience. Plufieurs Chevaliers & Commandeurs
, ainfi que les Grands Officiers desdits
Crdres , ont affifté à cette Cérémonie. La Meffe
a été célébrée par l'Abbé Frottier , Chapelain
du Roi.
NOVEMBRE. 1764. 155
Le même jour , l'Evêque d'Avranches fut facré
dans la Chapelle du Chateau , par l'Archevêque
de Reims , aflifté de l'Evêque de Senlis & de
celui de Soiffons , ci - devant Evêque de Tulle.
L'Abbé , le Bibliothécaire & le Procureur de
Sainte Genevieve eurent l'honneur d'être préfentés
au Roi , le même jour , par le Comte de
S. Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat , &
de faire leurs remercîmens à Sa Majesté à l'oce
cafion de la Cérémonie du 6. Ils furent prcfentés
le même jour , à Mgr le Dauphin.
Le 10 , l'Evêque d'Avranches & celui de Vabres
prêterent ferment entre les mains du Roi pendant
la Meffe , dans la Chapelle du Château .
L'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres eut l'honneur de préfenter , le 3 de ce
mois , à Leurs Majeſtés & à la Famille Royale les
XXIX & XXXe Volumes de fes Mémoires . Le
fieur de Fontanieu , Confeiller d'Etat , Intendant-
Général des Meubles de la Couronne , a préſenté
au Roi deux Sucriers d'Or très - artiftement travaillés
& faits par le fieur Roettiers , Orfévre
ordinaire de la Maifon de Sa Majeſté.
Le Sieur Gallonde , Chanoine Régulier de Ste
Génevieve , a eu l'honneur de préfenter au Roi
le premier Volume d'un Abrégé Chronologique
de l'Hiftoire de France écrit de fa main en lettres
Romaines.
Le fieur Duchefne , fils du Prévôt des Bâtimens
du Roi , & âgé de feize ans , a eu l'honneur de
préfenter au Roi un Livre intitulé . Manuel Botanique
contenant les propriétés des Plantes utiles
pour la nourriture , d'ufage en Médecine , employées
dans les Arts , ou d'ornement pour les jardins
& que l'on trouve à la Campagne aux environs de
Paris .
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Blondeau de Charnage , Penfionnaire
du Roi , a eu autfi l'honneur de préfenter à Sa
Majefté le quatriéme Volume de fon Dictionnaire
des Titres Originaux concernant les Droits de la
Couronne ; les Fiefs , l'Hiftoire , la Généalogie ,
& c.
Le Geur Valeyre fils , Imprimeur Libraire , eut
l'honneur de préſenter à Monſeigneur le Duc de
Berry , à Monfeigneur le Comte de Provence
& à Monfeigneur le Comte d'Artois , le Spectacle
Hiftorique ou Mémorial des principaux événemens
irés de l'Hiftoire Univerfelle.
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Résumé : De VERSAILLES, le 12 Septembre 1764.
En septembre et novembre 1764, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour de France. Le 19 août, le Maréchal de Clermont-Tonnerre a prêté serment pour la Lieutenance Générale et le Commandement du Dauphiné. Le 24 août, Dom Nicolas Chanlatte a été présenté au roi pour l'Abbaye de Pontigny. Le 25 août, à la fête de Saint Louis, les musiciens de la chambre du roi ont interprété des symphonies. Ce même jour, le corps de ville de Paris, dirigé par le Duc de Chevreuse, a eu audience avec le roi et a prêté serment de fidélité. Le 1er septembre, le roi a signé le contrat de mariage du Comte de La Rochefoucault. Le 2 septembre, le Comte de Woronzow, Grand-Chancelier de Russie, a pris congé des souverains. Le 3 novembre, les députés du Parlement de Bretagne ont présenté leurs remontrances au roi. Le roi a également nommé plusieurs évêques et abbés, dont l'Évêque de Tulle à l'évêché de Soissons et l'Abbé de Saint-Sauveur à l'évêché de Tulle. Le 31 octobre, les députés du Parlement de Bretagne ont été reçus par le roi pour discuter de leurs représentations. La Comtesse de Sommerville a été nommée pour accompagner Madame Adélaïde. Le 3 novembre, les députés de Languedoc ont eu audience avec le roi. Le 8 novembre, le roi a signé le contrat de mariage du Sieur Bignon et le Sieur de Clugny a été présenté au roi. Le 9 novembre, les Comtes de Redmond et d'Amblimond ont été reçus comme Chevaliers des Ordres Royaux et l'Évêque d'Avranches a été sacré. Diverses présentations de livres et d'objets d'art ont également eu lieu, notamment par le Sieur de Fontanieu, le Sieur Gallonde, le Sieur Duchefne, le Sieur Blondeau de Charnage, et le Sieur Valeyre fils.
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117
p. 190-196
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
Début :
MONSIEUR, Si c'est un tribut dû à la mémoire des hommes célèbres [...]
Mots clefs :
Génie, Musique, Oeuvres, Hommes, Hommages, Duc, Violon, Talents, Symphonie, Mémoire
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
LETTRE à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure , fur feu M. LE CLAIR
premier Symphoniſte du ROI.
MONSIE ONSIEUR
Si c'eſt un tribut dû à la mémoire des
hommes célébres que les éloges que
la reconnoiffance de leurs Concitoyens
confacre après leur mort en leur honneur
dans les faftes des beaux- Arts ; il
me femble auffi qu'ils font une confolation
touchante pour ceux qui les ont
NOVEMBRE. 1764. 191
connus plus particuliérement ; j'avois
avec les bons Citoyens , verfé des larmes
à ce Service funébre fi bien exécuté
par l'Académie Royale de Mufique ,
pour ce génie profond qui a changé en
Science la Méchanique de fon art ; je ne
penfois point que j'aurois fitôt à regretter
un homme auffi fçavant(M. Leclair) que
l'affaffinat le plus tragique , nous a enlevé
la nuit du 22 au 23 du préſent mois
d'Octobre.
Il étoit né à Lyon , le 16 Mai 1697 ,
du mariage d'Antoine Leclair , Muficien
de Sa Majefté Louis XIV , & de Benoîte
Ferriere. Jean-Marie Leclair , celui
que nous regrettons , fut dans fa
jeuneffe attaché à M. Bonnier père , &
à fon fils M. Bonnier de Lamofſſon , Tréforier
des Etats de Languedoc. Bientôt
il eut la place de premier Symphoniſte
de Sa Majesté Louis XV. Il fut même
honoré des bontés d'un Monarque , Père
de fes Peuples & des beaux Arts. Un
Brevet expédié au fieur Leclair du 5
Avril 173 , figné par le Duc de Gévres ,
lui affura un honneur qui étoit autant
une juftice qu'une récompenfe.
L'envie de voyager le fit paffer en Hollande
, il y fut comblé des bienfaits de
S. A. Madame la Princeffe d'Orange ,
192 MERCURE DE FRANCE.
& revint à Paris jouir en paix de fa réputation
& de l'eftime des gens de bien.
Il ne faifoit plus d'Ecoliers , & n'étoit
plus qu'Amateur , quand M. le Duc
de Gramont crut rendre fervice au Public
en faifant une douce violence à cette
inaction qui enfeveliffoit des talens aufli
fupérieurs.
Ce Seigneur le penfionna , & cet art
heureux de conduire à ne vouloir que
leurs volontés , dont les Grands font
un ufage fi glorieux , quand le goût des
Arts le confacre ; cet Art enchanteur
rendit à Leclair tout fon amour pour
le travail.
Il avoit compofé dans fa jeuneffe quatre
Livres de Sonates à violon feul , deux
Livres de Duo deux divertiffemens
fous le titre de Récréations , deux Livres
de Trio , deux Livres de Concerto
& l'Opéra de Scilla & Glaucus , dont la
partie harmonique ne le céde en rien aux
plus beaux morceaux de Rameau. A l'âge
de foixante ans , toute la vigueur de fon
génie fembla prendre de nouvelles forces
pour répondre aux bontés d'un Seigneur
dont il avoit été le maître.
Il avoit compofé pour lui l'Acte d'Apollon
& Climene , dont les paroles font
de M. le Marquis de Senneterre , exécuté
aux
NOVEMBRE . 1764. 193
aux charmantes Fêtes de Puttau. Depuis
, il a fait un divertiffement pour
la Provençale; deux Ariettes fupérieures ,
l'une pour la Gouvernante , l'autre pour
le Tuteur , dont le rôle n'avoit rien de
brillant à chanter.
•
Rameau avoit pris du Ballet des Arts ,
dont les paroles font de M. de la Mothe,
& la Mufique de M. de la Barre
l'Acte de Pigmalion , qu'il a refait entièrement.
M. le Duc de Gramont fuivit
la même idée pour les quatre autres
Actes : il fit travailler le Clair & Naudé ,
cet homme fi connu par fon goût fupérieur
pour le chant . Le premier fe
chargea de l'harmonie , & le fecond
de la mélodie. Ainfi les quatre Actes
font entièrement retravaillés , & furtout
celui de la Peinture , où le goût & le
génie femblent avoir épuifé leurs connoiffances.
Ces deux hommes ainfi réunis par
une concorde fi rare parmi les perfonnes
d'un même Art , ont travaillé encore
le Ballet des Saifons , Paroles de
Pic , Mufique de Lulli & de Colaſſe ,
& la Tragédie d'Arion de l'Abbé Pellegrin
,dont la Mufique eft de M. Matho .
Le Clair travailloit à cette Tragédie
quand il eft mort. Il ne manquoit our F
I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendre l'Ouvrage parfait , que quelques
airs de violon ,
M. le Duc de Gramont, toujours attentif
à confacrer à la postérité la mémoire des
hommes de génie , avoit fait une collection
des plus beaux morceaux de
Mufique d'un homme étonnant , mort
chez lui à l'âge de trente ans. Il fe
nommoit Martin & avoit étéVioloncéle
à l'Opéra . M. le Duc de Gramonile l'étoit
attahé par fes bienfaits , & a de lui des
Ouvrages de la première beauté. C'eſt
en réuniffant le génie de ces trois Compofiteurs
qu'il eft parvenu à mettre en
ordre tant d'Ouvrages différens , dont
il pourra faire préfent au Public , s'il
paroît les defirer , & les recevoir comme
des monumens de ce que peut l'union
des talens confacrée par l'amitié .
Le Clair étoit fait pour la connoître
& la rendre aimable . Il avoit dans les
moeurs cette noble fimplicité , caractère
diftin&tif du génie. Il étoit férieux
& penfeur , n'aimoit point le grand
monde. Il n'avoit ni cette modeftie intéreffée
qui mandie des éloges , ni
cet orgueil qui en rend indigne. Il étoit
affez grand Homme pour ofer dire
qu'il étoit content de fes Ouvrages ,
& pour les retoucher s'il croyait qu'un
NOVEMBRE . 1764. 195
meilleur avis lui eut découvert des beautés
qu'il n'avoit point faifies.
L'Europe entière connoît fes Sonates;
& fi la France a des Gavinies & des
Capron , ce font fes Ouvrages qui les
ont formés. Il débrouilla le premier
l'art du violon ; il en décompofa les
difficultés & les beautés. Il manqua un
le Clair à Lulli ; il eft créateur de cette
éxécution brillante qui diftingue nos
Orchestres , & Rameau lui doit autant
qu'à fon propre génie,
La furveille de fa mort il apporta à M.
le Duc de Gramont un morceau de Mufique
plein de feu & d'enthouſiaſme.
il falloit le voir, à foixante-ſept ans , éxécuter
avec une vigueur étonnante , communiquer
à un Orcheſtre tout fon
feu , & fi près du jour fatal , goûter
le plaifir d'être admiré lavec cette joie modefte
& pure qui conviendroit fi bien
à un jeune homme qu'on loueroit pour
la première fois .
Il femble que l'amitié ait des préffentimens.
Celle de M. leDuc de Gramont pour
le Clair , je me fers de fes expreffions ,
en eut d'affreux . Il lui offrit mille fois
un logement chez lui , & l'avoit déterminé
à l'accepter quand il fut affaffiné,
Il eſt fans doute des monftres qui ne font
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ni de leurs pays , ni de leur fiécle. Que
d'êtres n'ont de l'homme que la figure
humaine !
Perfuadé , Monfieur , que les talens
de l'efprit font peu de chofe fans les
fentimens de l'âme , ma première étude
a toujours été de jouir des affections
de la mienne. J'ai connu le Clair , j'ai
pu l'admirer & l'eftimer. Je vous écris
l'âme encore faifie de l'affreux récit
de fa mort. S'il eft impoffible de confacrer
à tous les grands Hommes des
monumens en marbre , & d'y graver
des vers à leur honneur , en voici que
j'ai trouvé gravés pour lui dans mon
coeur & que le Public au moins daignera
peut-être agréer,
Le premier des François , le Clair, à fon génie
Sçut l'art d'affervir fon archet.
Du grand Rameau rival par l'harmonie
Il eft mâle , élégant , tendre & toujours parfait.
Lui feul méritoit bien de rendre les Ouvrages;
Lamitié careffa ſes moeurs :
Il fut eftimé par les Sages ,
Admiré par les Connoiffeurs.
J'ai l'honneur d'être &c,
Le 26 Octobre 1764.
DE ROZOI
du Mercure , fur feu M. LE CLAIR
premier Symphoniſte du ROI.
MONSIE ONSIEUR
Si c'eſt un tribut dû à la mémoire des
hommes célébres que les éloges que
la reconnoiffance de leurs Concitoyens
confacre après leur mort en leur honneur
dans les faftes des beaux- Arts ; il
me femble auffi qu'ils font une confolation
touchante pour ceux qui les ont
NOVEMBRE. 1764. 191
connus plus particuliérement ; j'avois
avec les bons Citoyens , verfé des larmes
à ce Service funébre fi bien exécuté
par l'Académie Royale de Mufique ,
pour ce génie profond qui a changé en
Science la Méchanique de fon art ; je ne
penfois point que j'aurois fitôt à regretter
un homme auffi fçavant(M. Leclair) que
l'affaffinat le plus tragique , nous a enlevé
la nuit du 22 au 23 du préſent mois
d'Octobre.
Il étoit né à Lyon , le 16 Mai 1697 ,
du mariage d'Antoine Leclair , Muficien
de Sa Majefté Louis XIV , & de Benoîte
Ferriere. Jean-Marie Leclair , celui
que nous regrettons , fut dans fa
jeuneffe attaché à M. Bonnier père , &
à fon fils M. Bonnier de Lamofſſon , Tréforier
des Etats de Languedoc. Bientôt
il eut la place de premier Symphoniſte
de Sa Majesté Louis XV. Il fut même
honoré des bontés d'un Monarque , Père
de fes Peuples & des beaux Arts. Un
Brevet expédié au fieur Leclair du 5
Avril 173 , figné par le Duc de Gévres ,
lui affura un honneur qui étoit autant
une juftice qu'une récompenfe.
L'envie de voyager le fit paffer en Hollande
, il y fut comblé des bienfaits de
S. A. Madame la Princeffe d'Orange ,
192 MERCURE DE FRANCE.
& revint à Paris jouir en paix de fa réputation
& de l'eftime des gens de bien.
Il ne faifoit plus d'Ecoliers , & n'étoit
plus qu'Amateur , quand M. le Duc
de Gramont crut rendre fervice au Public
en faifant une douce violence à cette
inaction qui enfeveliffoit des talens aufli
fupérieurs.
Ce Seigneur le penfionna , & cet art
heureux de conduire à ne vouloir que
leurs volontés , dont les Grands font
un ufage fi glorieux , quand le goût des
Arts le confacre ; cet Art enchanteur
rendit à Leclair tout fon amour pour
le travail.
Il avoit compofé dans fa jeuneffe quatre
Livres de Sonates à violon feul , deux
Livres de Duo deux divertiffemens
fous le titre de Récréations , deux Livres
de Trio , deux Livres de Concerto
& l'Opéra de Scilla & Glaucus , dont la
partie harmonique ne le céde en rien aux
plus beaux morceaux de Rameau. A l'âge
de foixante ans , toute la vigueur de fon
génie fembla prendre de nouvelles forces
pour répondre aux bontés d'un Seigneur
dont il avoit été le maître.
Il avoit compofé pour lui l'Acte d'Apollon
& Climene , dont les paroles font
de M. le Marquis de Senneterre , exécuté
aux
NOVEMBRE . 1764. 193
aux charmantes Fêtes de Puttau. Depuis
, il a fait un divertiffement pour
la Provençale; deux Ariettes fupérieures ,
l'une pour la Gouvernante , l'autre pour
le Tuteur , dont le rôle n'avoit rien de
brillant à chanter.
•
Rameau avoit pris du Ballet des Arts ,
dont les paroles font de M. de la Mothe,
& la Mufique de M. de la Barre
l'Acte de Pigmalion , qu'il a refait entièrement.
M. le Duc de Gramont fuivit
la même idée pour les quatre autres
Actes : il fit travailler le Clair & Naudé ,
cet homme fi connu par fon goût fupérieur
pour le chant . Le premier fe
chargea de l'harmonie , & le fecond
de la mélodie. Ainfi les quatre Actes
font entièrement retravaillés , & furtout
celui de la Peinture , où le goût & le
génie femblent avoir épuifé leurs connoiffances.
Ces deux hommes ainfi réunis par
une concorde fi rare parmi les perfonnes
d'un même Art , ont travaillé encore
le Ballet des Saifons , Paroles de
Pic , Mufique de Lulli & de Colaſſe ,
& la Tragédie d'Arion de l'Abbé Pellegrin
,dont la Mufique eft de M. Matho .
Le Clair travailloit à cette Tragédie
quand il eft mort. Il ne manquoit our F
I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendre l'Ouvrage parfait , que quelques
airs de violon ,
M. le Duc de Gramont, toujours attentif
à confacrer à la postérité la mémoire des
hommes de génie , avoit fait une collection
des plus beaux morceaux de
Mufique d'un homme étonnant , mort
chez lui à l'âge de trente ans. Il fe
nommoit Martin & avoit étéVioloncéle
à l'Opéra . M. le Duc de Gramonile l'étoit
attahé par fes bienfaits , & a de lui des
Ouvrages de la première beauté. C'eſt
en réuniffant le génie de ces trois Compofiteurs
qu'il eft parvenu à mettre en
ordre tant d'Ouvrages différens , dont
il pourra faire préfent au Public , s'il
paroît les defirer , & les recevoir comme
des monumens de ce que peut l'union
des talens confacrée par l'amitié .
Le Clair étoit fait pour la connoître
& la rendre aimable . Il avoit dans les
moeurs cette noble fimplicité , caractère
diftin&tif du génie. Il étoit férieux
& penfeur , n'aimoit point le grand
monde. Il n'avoit ni cette modeftie intéreffée
qui mandie des éloges , ni
cet orgueil qui en rend indigne. Il étoit
affez grand Homme pour ofer dire
qu'il étoit content de fes Ouvrages ,
& pour les retoucher s'il croyait qu'un
NOVEMBRE . 1764. 195
meilleur avis lui eut découvert des beautés
qu'il n'avoit point faifies.
L'Europe entière connoît fes Sonates;
& fi la France a des Gavinies & des
Capron , ce font fes Ouvrages qui les
ont formés. Il débrouilla le premier
l'art du violon ; il en décompofa les
difficultés & les beautés. Il manqua un
le Clair à Lulli ; il eft créateur de cette
éxécution brillante qui diftingue nos
Orchestres , & Rameau lui doit autant
qu'à fon propre génie,
La furveille de fa mort il apporta à M.
le Duc de Gramont un morceau de Mufique
plein de feu & d'enthouſiaſme.
il falloit le voir, à foixante-ſept ans , éxécuter
avec une vigueur étonnante , communiquer
à un Orcheſtre tout fon
feu , & fi près du jour fatal , goûter
le plaifir d'être admiré lavec cette joie modefte
& pure qui conviendroit fi bien
à un jeune homme qu'on loueroit pour
la première fois .
Il femble que l'amitié ait des préffentimens.
Celle de M. leDuc de Gramont pour
le Clair , je me fers de fes expreffions ,
en eut d'affreux . Il lui offrit mille fois
un logement chez lui , & l'avoit déterminé
à l'accepter quand il fut affaffiné,
Il eſt fans doute des monftres qui ne font
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ni de leurs pays , ni de leur fiécle. Que
d'êtres n'ont de l'homme que la figure
humaine !
Perfuadé , Monfieur , que les talens
de l'efprit font peu de chofe fans les
fentimens de l'âme , ma première étude
a toujours été de jouir des affections
de la mienne. J'ai connu le Clair , j'ai
pu l'admirer & l'eftimer. Je vous écris
l'âme encore faifie de l'affreux récit
de fa mort. S'il eft impoffible de confacrer
à tous les grands Hommes des
monumens en marbre , & d'y graver
des vers à leur honneur , en voici que
j'ai trouvé gravés pour lui dans mon
coeur & que le Public au moins daignera
peut-être agréer,
Le premier des François , le Clair, à fon génie
Sçut l'art d'affervir fon archet.
Du grand Rameau rival par l'harmonie
Il eft mâle , élégant , tendre & toujours parfait.
Lui feul méritoit bien de rendre les Ouvrages;
Lamitié careffa ſes moeurs :
Il fut eftimé par les Sages ,
Admiré par les Connoiffeurs.
J'ai l'honneur d'être &c,
Le 26 Octobre 1764.
DE ROZOI
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
La lettre rend hommage à Jean-Marie Leclair, un célèbre musicien français décédé la nuit du 22 au 23 octobre 1764. Né à Lyon le 16 mai 1697, Leclair était le fils d'Antoine Leclair, musicien de Louis XIV, et de Benoîte Ferrière. Au cours de sa carrière, il a servi divers patrons, notamment les Bonnier, avant de devenir premier symphoniste de Louis XV. Leclair a composé plusieurs œuvres notables, incluant des sonates, des duos, des trios, des concertos, et l'opéra 'Scilla et Glaucus'. À l'âge de soixante ans, il a repris son activité musicale grâce au soutien du Duc de Gramont, qui l'a pensionné. Leclair a également collaboré avec d'autres compositeurs sur des ballets et des tragédies. Connu pour sa simplicité et son sérieux, il a marqué l'Europe par ses sonates et son influence sur l'art du violon. Sa mort a été ressentie comme une grande perte, tant par ses contemporains que par le Duc de Gramont, qui lui était très attaché.
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118
p. 154-183
ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
Début :
MONSIEUR le Cat, Secrétaire pour les Sciences, ouvrit la séance par l'extrait des [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Prix, Mémoire, Génie, Gloire, Ouvrages, Hommes, Amour, Amitié, Chirurgie, Sculpteur, Observations, Sciences, Nature, Voyage, Théorie de la musique, Séance publique, Belles-lettres, Poète, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
ASSEMBLEE publique de l'Académie des
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
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Résumé : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
L'Assemblée publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de Rouen s'est tenue le 7 août 1765. Le secrétaire, Monsieur le Cat, a présenté les travaux de l'année académique, incluant des études sur la transpiration due aux piqûres de pucerons, les pieux et pilotis, la chute des corps, et diverses observations scientifiques. Les auteurs comprenaient M. Neveu, M. Baronnet, M. le Cat, M. Pinard, M. Hubert, M. Balliere, M. Chandelier, et l'Abbé Jaquin. Des prix ont été attribués en anatomie, chirurgie, mathématiques, botanique, et accouchements. Le Grand Prix de la Classe des Sciences a été décerné à M. David pour son mémoire sur la respiration. M. Maillet du Boullay a rendu compte des travaux littéraires, incluant des drames et des mémoires sur divers sujets. En janvier 1766, plusieurs travaux ont été présentés, tels qu'une dissertation sur l'origine de l'Université de Paris par l'abbé des Houffayes, des portraits par M. Dupont, un traité de peinture par M. Dandré, et une histoire de la ville de Montdidier par le Père Daire. M. Dornay a présenté des observations sur l'utilité des voyages. Les prix en peinture et sculpture ont été attribués à M. Jean-Martin Paulet, Jacques, Mlle Dorothée Jacques, et M. François Asselin. En architecture, M. Louis-Auguste Hardi a remporté le prix pour la construction d'une manufacture. En littérature, M. de la Harpe a été couronné pour son poème sur la délivrance de Salerne. Le texte mentionne également M. de Luxembourg, respecté pour sa bienveillance et son exactitude, décédé le 18 mai 1764, ainsi que les frères Slodtz, sculpteurs renommés. M. Dornay a présenté un mémoire sur les moyens de rendre les voyages utiles, distinguant trois parties : l'utilité pour les voyageurs, pour la patrie, et pour l'humanité. M. du Boullay a lu une traduction en vers réguliers de la première pythique de Pindare, réalisée par l'abbé Fontaine, visant à restituer l'enthousiasme lyrique de Pindare. M. de Couronne a présenté des mémoires sur la vie de François du Quesnoy, sculpteur né à Bruxelles en 1592. Ces mémoires clarifient une confusion entre François et son frère Jérôme. François du Quesnoy a dédié sa vie à son art, surmontant divers obstacles. Il réalisa plusieurs œuvres remarquables, dont une statue de Saint André pour l'église Saint-Pierre de Rome, considérée comme son chef-d'œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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119
p. 155-156
ACADÉMIE des Belles-Lettres, Sciences & Arts de MARSEILLE.
Début :
L'ACADÉMIE des Belles-Lettres, Sciences & Arts de Marseille a tenu sa [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres, sciences et arts de Marseille, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE des Belles-Lettres, Sciences & Arts de MARSEILLE.
ACADÉMIE des Belles - Lettres , Sciences
& Arts de MARSEILLE.
L'ACADEMIE des Belles - Lettres
Sciences & Arts de Marfeille a tenu fa
première affemblée publique d'après Pâques
le 13 de ce mois.
M. le Chancelier , en l'abfence du
Directeur , a ouvert la féance par un
difcours relatif à l'objet de cette affemblée.
M. Guis a la un mémoire fur les
manufactures placées dans les villes maritimes
& commerçantes. M. de Saint--
Jacques a lu un mémoire fur la manière
de trouver les longitudes far mer.
M. Fortic a lu une differtation fur les
volcans & fur quelques phénomènes par
ticuliers du Véfuve. M. Mourrailles a lu
un mémoire fur la méthode des fluxions
& fur les infiniment petits.
G vj
156 1
MERCURE DE FRANCE.
La féance a été terminée par la lec
ture de l'éloge hiftorique de feu M. le
Marquis de Beauffet, fait par M. Audibert.
L'Académie n'ayant point adjugé le
prix , en aura deux à donner l'année
prochaine.
Elle a propofé , pour ces deux prix ,
les fujets fuivans :
Quelles font les caufes de la diminution
de la pêche fur les côtes de Provence , &
quels feroient les moyens de la rendre
plus abondante.
Quelle eft la meilleure manière de faire
&gouverner le vin de Provence , foit pour
l'ufage , foit pour le tranſport.
Les ouvrages ne feront reçus que
jufqu'au premier janvier 1769. Ils deivent
être adreffés à MM. de l'Académie
des Belles - Lettres , Sciences & Arts de
Marſeille , & remis , francs de port , fans
quoi ils ne feront pas retirés..
& Arts de MARSEILLE.
L'ACADEMIE des Belles - Lettres
Sciences & Arts de Marfeille a tenu fa
première affemblée publique d'après Pâques
le 13 de ce mois.
M. le Chancelier , en l'abfence du
Directeur , a ouvert la féance par un
difcours relatif à l'objet de cette affemblée.
M. Guis a la un mémoire fur les
manufactures placées dans les villes maritimes
& commerçantes. M. de Saint--
Jacques a lu un mémoire fur la manière
de trouver les longitudes far mer.
M. Fortic a lu une differtation fur les
volcans & fur quelques phénomènes par
ticuliers du Véfuve. M. Mourrailles a lu
un mémoire fur la méthode des fluxions
& fur les infiniment petits.
G vj
156 1
MERCURE DE FRANCE.
La féance a été terminée par la lec
ture de l'éloge hiftorique de feu M. le
Marquis de Beauffet, fait par M. Audibert.
L'Académie n'ayant point adjugé le
prix , en aura deux à donner l'année
prochaine.
Elle a propofé , pour ces deux prix ,
les fujets fuivans :
Quelles font les caufes de la diminution
de la pêche fur les côtes de Provence , &
quels feroient les moyens de la rendre
plus abondante.
Quelle eft la meilleure manière de faire
&gouverner le vin de Provence , foit pour
l'ufage , foit pour le tranſport.
Les ouvrages ne feront reçus que
jufqu'au premier janvier 1769. Ils deivent
être adreffés à MM. de l'Académie
des Belles - Lettres , Sciences & Arts de
Marſeille , & remis , francs de port , fans
quoi ils ne feront pas retirés..
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Résumé : ACADÉMIE des Belles-Lettres, Sciences & Arts de MARSEILLE.
Le 13 mai, l'Académie des Belles-Lettres, Sciences et Arts de Marseille a tenu sa première assemblée publique après Pâques. M. le Chancelier a inauguré la séance en l'absence du Directeur, en expliquant l'objectif de la réunion. Plusieurs membres ont présenté des mémoires : M. Guis sur les manufactures dans les villes maritimes et commerciales, M. de Saint-Jacques sur la détermination des longitudes en mer, M. Fortic sur les volcans et les phénomènes du Vésuve, et M. Mourrailles sur la méthode des fluxions et les infiniment petits. La séance s'est achevée par la lecture de l'éloge historique du Marquis de Beauffet, rédigé par M. Audibert. L'Académie n'a pas attribué de prix cette année mais en proposera deux l'année suivante. Les sujets proposés sont la diminution de la pêche sur les côtes de Provence et les moyens de la rendre plus abondante, ainsi que la meilleure manière de fabriquer et de gouverner le vin de Provence. Les travaux doivent être soumis avant le 1er janvier 1769 aux membres de l'Académie, les frais de port étant à la charge des auteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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120
p. 151-170
ELOGE de Monsieur LE CAT, écuyer, docteur en médecine & chirurgien en chef de l'Hôtel Dieu de Rouen, professeur, démonstrateur en anatomie & chirurgie, lithotomiste-pensionnaire de la même ville ; des académies royales de Paris, Londres, Madrid, Porto, Berlin, Lyon, de l'Institut de Bologne, des Académies Impériales des curieux de la nature de Saint-Petersbourg, & secrétaire perpétuel de celle de Rouen.
Début :
De stériles regrets ne suffisent point à la mémoire du citoyen qui a consacré ses [...]
Mots clefs :
Claude-Nicolas Le Cat, Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Mémoire, Observations, Chirurgien, Chirurgien, Lettres, Dissertation, Paris, Académies, Travaux, Sciences, Mémoires, Médecine, Enfant, Liqueurs, Nature, Phénomène, Explication, Cerveau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE de Monsieur LE CAT, écuyer, docteur en médecine & chirurgien en chef de l'Hôtel Dieu de Rouen, professeur, démonstrateur en anatomie & chirurgie, lithotomiste-pensionnaire de la même ville ; des académies royales de Paris, Londres, Madrid, Porto, Berlin, Lyon, de l'Institut de Bologne, des Académies Impériales des curieux de la nature de Saint-Petersbourg, & secrétaire perpétuel de celle de Rouen.
ELOGE de Monfieur LE CAT , écuyer ,
docteur en médecine & chirurgien en
chefde l'Hôtel- Dieu de Rouen , profef-
Seur , démonstrateur en anatomie& chi
rurgie , lithotomiſte - penſionnaire de la
même ville ; des académies royales de
Paris , Londres , Madrid , Porto , Berlin
, Lyon , de l'Institut de Bologne ,
des Académies Impériales des curieux
de la nature de Saint - Petersbourg , &
Secrétaire perpétuel de celle de Rouen . ::
DE Aériles regrets ne fuffiſent point a
la mémoire du citoyen qui a conſacré ſes
veilles à ſa patrie ; la reconnoiffance publique
lui doit des éloges ; pour faire ce-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE
:
lui de M. le Cat , nous n'aurons beſoin
quede rappeller ſes travaux.
Claude- Nicolas le Cat maquit le 6
Septembre 1700 à Blerancourt , bourg
conſidérablede Picardie , entre Noyon ,
Chauni & Soiſſons. Il étoit fils de Claude
le Cat , chirurgien , élève de Monfieur
Maréchal , premier chirurgien du Roi ,
& de N. Mereſſe , fille de Simon Mereffe
, auffi chirurgien , dont le bisayeul
avoit été appellé à la cour pour
guérir un cancer de la Reine Anne d'Au.
triche. De grandes probabilités auroient
autorisé M. le Cat à adopter des traditions
de famille qui le faifoient fortir
d'une race noble , dont il reſte pluſieurs
tiges dans la même province ; mais il aima
mieux illustrer fon nom lui - même
que d'en tirer l'éclat de ſes ancêtres . Dans
certe penfée il prit pour deviſe ce pallage
de Tacite fur un peuple avec lequel fon
nom n'avoit pas moins de rapport que fon
caractere.
Catti fortunam inter dubia , virtutem inter certa
numerant.
M. le Cat commença ſes études à
Soiffons & les termina àParis , en foutenant
une théſe ſur toutes les parties de la
i
AVRIL . 1769 . 153
philoſophie. Son inclination le portoit à
l'étude dugénie. Il avoit appris ſeul, pendant
ſes études , les mathématiques & les
fortifications ; mais ſes parens qui le deftinoient
à l'état eccléſiaſtique , dont il
porta l'habit pendant dix ans , s'oppofoient
à ce penchant , & cette contradiction
de vocation & d'autorité ſe termina
par un parti également éloigné des deux
autres. M. le Cat ſe fit médecin , chirurgien
, & commença à ſe faire connoître
dans la république des lettres par une
differtation fur le balancement des arcsboutans
de l'égliſe St Nicaiſe de Rheims,
phénomene très-curieux.
M. le Cat continua à ſe diſtinguer par
ſes ouvrages , comme phyficien , comme
chirurgien& comme homme de lettres ;
c'eſt ſous ces trois points de vue que nous
le préſenterons , après avoir ſommairement
rendu compte de ſes autres travaux.
En 1725 , il avoit fait une lettre ſur
la fameuſe aurore boréale qui avoit tant
effrayé le Public. En 1731 , il obtint en
concours la ſurvivance de la place de
chirurgien en chef de l'Hôtel - Dieu de
Rouen, où il ne s'érab it cependant qu'en
1733. En 1732 , il prit ſes degrés en médecine
, obtint le premier acceffit que
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
donnoit , pour la premiere fois , l'académie
de chirurgie ; mais il y remporta les
prix de toutes les années ſuivantes jufqu'en
1738 incluſivement : la deviſe du
mémoire de cette année étoit ufquequd.
En effet pour arrêter ſes triomphes , l'académie
ne trouva d'autres moyens que
de ſe l'aſſocier. A la fin de la même année
, M. de la Peyronnie lui offrit à Paris
un établiſſement des plus avantageux ,
qu'il refuſa par reconnoiffance pour les
bienfaits qu'il avoit reçus de la ville de
Rouen , & dans laquelle il ſe fixa pour
jamais en épouſant , en 1742 , Marguerite
Champoſſin , dont il ne lui reſte
qu'une fille âgée de vingt ans , mariée
depuis peu à M. David , docteur en médecine&
chirurgien de Paris , qui lui a
ſuccédé dans toutes ſes places ,& qui s'eſt
déjà fait connoître très-avantageuſement
dans la république des lettres par plufleurs
ouvrages très eſtimés ſur la phyſique
&fur la médecine.
M. le Cat , après avoir rempli d'une
maniere ſi triomphante la carriere qui
l'avoit conduit à l'académie de Paris ,
adreſſa ſes travaux aux autres académies
de l'Europe , qui ſe firent honneur de le
recevoir. Celle de St Petersbourg qui , à
l'exemple de pluſieurs académies d'Ita
AVRIL. 1769 . ISS
lie , eſt dans l'uſagede donner un ſurnom
à ſes aſſociés , l'appella Pliftonicus , c'eſtà-
dire , le remporteur de prix.
Ses ouvrages les plus conſidérables en
phyſique font :
La differtation ſur le phénomene des
arcs- boutans dont nous avons déjà parlé.
Unmémoire ſur la peſanteur & la légereté
des corps.
Un autre fur leur reffort & leur élafticité.
Une differtation ſur le Aux& le reflux
de la mer , dans lequel il démontre l'équilibre
de toutes les parties de l'Univers
, & établit un mouvement de la terre
& de la lune.
Une diſſertation ſur la faſcination.
Une differtation ſur les preſſentimens
&la ſympathie.
Une annonce de ſon eſſai ſur l'hiſtoire
de la terre ou de ſon ſyſtême ſur la formation
des montagnes par le flux & reflux
, & de l'origine des coquillages & des
animaux foffiles , &c. Ce ſyſtème conçu
dès 1731 , & donné dans le Journal de
Verdun en 1748 , eſt antérieur à ceux de
Téliamed & de M. de Buffon .
Une explication du mouvement de rotation
des planetes , ſecond volume du
G vj
136 MERCURE DE FRANCE.
Mercure de Décemb. 1737 , fous le nom
de Romazzini .
Une differtation fur cette queſtion :
Pourquoi la lune paroît elle plus grande à
Chorifon.
Obſervations envoyées à l'académie
des ſciences de Paris, fut la comete de
1742 , qu'il découvrit le premier à
Rouen , & dont il donne les configurations
entre les étoiles fixes .
Differtation ſur les influences de la lune.
Journal de Verdun , Décemb. 1741
& Juillet 1742 .
Pluſieurs mémoires fur Pélectricité , &
entr'autres fur la découverte faite parM.
le Cat du phénomene de la ſuſpenſionde
la feuille d'or en l'air au bout de la barre
électrique en 1745 & 1746 .
Sur l'aſcenſion des liqueurs dans les
tuyaux capillaires. Janvier 1747 .
Mémoire fur les géans , 1747 .
Obſervations météorologiques faites
pendantquatorze années.
Mémoire fur la chaleur centrale de la
terre , les volcans, les incendies fpontanés
terreſtres , leurs cauſes , 1750.
Détermination dela hauteur du pôle à
Rouen , plusjuſte , à ce que préſume l'auteur
, que celle qu'on a déterminée juf
qu'ici , 1750.
AVRIL. 1769. 157
Mémoires ſur la méridienne du tems
moyen , 1750 .
-pour fervir à l'hiſtoire naturelle de la
ville de Rouen & de ſes environs.
Remarques ſur les défauts de l'hydrometre
à corde, l'invention d'un hydrome.
tre plus ſenſible of plus fidéle.
Examendes principales expériences de
la doctrine de M. Franklin ſur l'électricité,
1752 .
Nouveau barometre qui conferve une
partie des avantages des barometres à
groffes colonnes de Mercure , ſans en
avoir les inconvéniens , 1752 .
Explication de quelques phénomenes
du barometre & du thermometre , 1752 .
Defcription d'un mats pour l'usage des
grandes lunettes & de deux ſupports du
bout oculaire de ces lunettes , 1753 .
Mémoire ſur les progrès des ſciences
&des arts , & de la poſſibilitéde les perfectionner
encore , 1753 .
Sur des animaux trouvés vivans au centredes
corps folides , tels que des blocs de
pierre , des arbres , &c. fans aucune iffue
au-dehors , 17550
Difcours qui prouvent que les arts appartiennent
plus aux ſciences qu'aux belles-
lettres , 1756 .
Application des nouvelles expériences
158 MERCURE DE FRANCE.
durefroidiſſement des liqueurs , leſquelles
expériences avoient été envoyées à l'académie
par M. l'abbé Nollet, ſon aſſocié.
Obſervation nouvelle ſur les géans .
Eſſai d'un ſyſtême phyſico mécanique
des affinités, ouvrage brûlé dans l'incendie
de fon cabinet , du 26 Décembre 1762 .
Mémoire fur cette queſtion , propoſée
à l'académie de Rouen , pourquoi le cuivre
est- il plus caſſant à chaud qu'à froid ,
tandis que les autres métauxfont plus caf-
Sans à froid qu'à chaud ? 1759 .
Remarques fur les états de la colle de
farine qui avoit été expoſée à la gêlée &
au dégel , leſquelles confirment les effets
d'atmosphere attractive & impulſive , que
M. le Cat donne pour principe de l'affinité
, 1760 .
Expoſition & explication d'un petit
phenomene obſervé dans la fufion du
ſoufre qui , de très- liquide dans le premier
degré de chaleur où il étoit d'abord,
devient épais comune du miel , à une chaleur
plus conſidérable , & reprend enſuite
ſa premiere liquidité en le laiſſant refroidir
juſqu'à ce premier degré de chaleur où
il étoit d'abord liquéfié , en 1760 .
Explication des effets d'un nouveau
marteau d'eau , ou nouvelle eſpéce de
cette machine , appellée vulgairement
AVRIL. 1769. 159
l'eau dans le vuide , trouvé par le Sr Scanegat
, 1763 .
Hiſtoire de la répétition des expérien
ces de la chûte des corps graves exécutés
du haut de la tour de la cathédrale de
Rouen avec la machine de M. Hubert ,
perfectionnée par M. le Cat, dans l'intention
d'améliorer la doctrine de la deſcente
des graves, cellede la réſiſtance des milieux
& celle de la force de percuffion .
4 La premiere repétition qui ſe ſoit faite
en France de la pompe afpirante de Séville
, laquelle porte l'eau , non pas à 32
pieds , felon la regle commune , mais à 60
pieds , &c. Explication de ce phénomene,
1766 .
En qualité de chirurgien , M. le Cat
donna d'abord un mémoire fur la taille
des femmes ; enfuite un volume fur l'opération
en général de la taille ; un autre
fur le diffolvant de la pierre , & fix lettres
fur la même matiere .
Un volume fur la couleur de la peau
humaine & fur celle des Négres en particulier.
Un volume , traitant de l'évacuation
périodique du ſexe . 7
Le premier volume des mémoires de
l'Académie de Rouen, qui feront publiés
160 MERCURE DE FRANCE.
dans peu , contient un grand nombre
d'expériences anatomiques faites parM.
leCat.
Diflertations fur la génération , &c .
Journal de Verdun .
En 1738 , il donna à l'académie des
ſciences de Paris l'obſervation de la biffurcationde
la veine azigos , trouvée dans
un marcaffin , hut. pag. 45 , & de la réuniondes
veines coronaires en un ſeul tronc
qui, ſans pénétrer dans l'oreillette droite,
ſejettoit dans la veine ſouclaviere gauche;
& il envoya , à cette compagnie , un oeil
diſſéqué , où l'origine de ſes tuniques étoit
démontrée venir des meninges du cerveau
.
Un traité de la métamorphoſe des os
enparties molles , en 1740 .
Des obſervations ſur le trou ovale qu'il
a trouvéouvert dans pluſieurs adultes , &
fur tout dans les femmes , dont un cinquiéme
conſerve ſes ouvertures. Il y joignit
des obſervations ,& une differtation
fur les hidatitées.
Depuis 1741 juſqu'à 1765 , il a communiqué
à la même compagnie un grand
nombre de mémoires anatomiques & pathologiques
imprimés dans les tranſactions
, qu'il feroit trop long de détailler
ici . On y trouve , en 1749 , le bocal,qu'il
AVRIL. 1769. 161
a inventé pour conſerver dans les liqueurs
ſpiritueuſes les piéces anatomiques ou
toutes autres ſubſtances corruptibles .
En 1744 , il donna , à l'académie de
Rouen , un mémoire intitulé : Description
d'un homme automate , dans lequel
on verra exécuter les principales fonctions
de l'économie animale , la circulation , la
refpiration , les fecrétions , & au moyen
desquels on peut déterminer les effets méchaniques
de la faignée , &foumettre au
joug de l'expérience pluſieurs phénomenes
intéreſſans qui n'en paroiſſent pasfufceptibles.
Cet ouvrage eſt accompagné de toutes
les figures néceſſaires à l'exécution de
Pautomate. C'eſt un article détaché de la
troifiéme partie d'un traité de la ſaignée
que M. le Cat avoit compofé dès 1729 ,
&qui avoit été annoncé dans les Jour
naux de ce tems. Il en faiſoit la partie
expérimentale.
Cette même année 1744 , il communiqua
à l'académie de Rouen , 1º. l'obſervation
d'une ſpina ventofa à la tête ;
2º. Celle d'une piqûure de l'os d'une frac
ture qu'il a réduite , quia produit une virulence
mortelle &une gangrene au pouce
même de l'opérateur qui avoit touché
cette pointe d'os, à l'occaſion de laquelle
162 MERCURE DE FRANCE.
il differte fur la nature des vitus ; 3 °. Un
mémoire ſur l'hydrophobie ou la rage ;
4°. Un enfant double par le haut juſqu'à
la ceinture , fimple par le bas ; l'un des
deux né vivant, l'autre mort. Il n'y avoit
qu'un coeur pour eux deux , de forte que
l'un des freres donnoit du ſang à l'autre.
M. le Cat differte ſur tous ces points & fur
toutes les difficultés qui en réſultent.
En 1748 , il commença à obſerver
les maladies qui regnerent à Rouen
dans toute l'année, ce qu'il continua d'obſerver
quatre années de ſuite , en y joignant
les variations de l'atmoſphere & les
réflexions qu'on doit attendre d'un médecin
phyficien.
Cet ouvrage contient 1º . un diſcours
fur les obfervations météorologiques . Il
donne des preuves phyfico anatomiques
de divers effets de la température
de l'atmosphere ſur nos nerfs , nos liqueurs
, notre ſanté , &c. Une des utilités
de ces obſervations , ſelon lui , eft de nous
conduire quelque jour à prédire ces températures
des ſaiſons qui onttant de part à
notre vie & à nos beſoins , & qu'il feroit ſi
avantageux à l'état de prévoir. Il prétend
que tout eſt périodique dans la nature , &
il donne de fortes preuves que la variété
AVRIL. 1769. 163
des ſaiſons eſt aſſujettie à la même loi , &
que par une ſuite affez longue d'obſervations
météorologiques bien faites on peut
parvenir à connoître ce période .
2º. Un mémoire fur la température
particuliere du climat de Rouen .
3 °. Pluſieurs differtations phyſiques
de l'article précédent ſur les inftrumens
qui fervent aux obſervations météorologiques&
leurs effets .
4°. Deux grands mémoires ſur les fiévres
malignes en général & en particulier
fur celles qui ont regné à Rouen à la fin de
1753 & au commencementde 1754 .
Depuis 1746 juſqu'en 1765 , M. le
Cat donna à la même académie de Rouen
les ouvrages ſuivans : l'obſervation d'un
prétendu hermaphrodite de Louviers &
d'un os qu'on croyoit appartenir à un
géant ; une differtation ſur cette eſpéce
d'homme ; des obſervations ſur la gangrenne
ſéche; celle ſur un curedentavalé ,
enfuite rendu par les urines ; mémoire
fur la génération& la cauſe des maladies
héréditaires ; féve d'aricot trouvée au
centre d'une pierre de la veſſie ovaire
d'une femme où le canal déférent étoit
creux ; morſure d'un canard irrité qui
donne une fiévre maligne & mortelle .
Obſervations anatomiques fur la com164
MERCURE DE FRANCE.
munication des vaiſſeaux du placenta ,
tant entre eux qu'entre ceux de la matrice
, conſtatées par des injections , & arteſtées
par des commiſſaires de l'académie.
Sur le tetanos , les ſignes caractériſtiques
de l'inflammation de la pie-mere ,
les fonctions des membranes du cerveau.
Sur une groſſeſſe de trois ans .
Surune autre de vingt- fix mois.
Sur une ſuperfétation arrivée à une
femme de Louviers , qui accoucha de
trois enfans , chacun à trois mois l'un de
Pautre.
Sur la communication des vaiſſeaux
fanguins entre le foetus & fa mere , dé
montrée ſur des piéces injectées & conf.
ratées par trois commiffaires de l'académie.
Sur un engorgement par congestion
dans toute l'étendue du péritoine , devenu
fuppuratoire avec iſſue des matieres
fécales.
Sur trois monftres, dont l'un avoit fix
doigts à la main; le ſecond, les yeux hors
de la tête , & le troiſieme , quatre yeux
dans une feule tête .
Sur un enfant née ſans front , ayant un
grand nez qui lui donnoit la phyſionomie
d'un adulte.
AVRIL. 1769 . 165
Sur un hermaphrodite imparfait de
dix ſept ans , & fur un enfant femelle à
deux têres.
Sur la ſubſtancedu cerveau d'un négre,
&c.&c.
Obſervations ſur une femme morte ,
pour avoir été fucée de ſangſues.
Sur des jumeaux d'une parfaite refſemblance.
Sur un enfant monftrueux par l'hypogaftre
en ce que le nombril manquoit ,
une partie des inteſtins étoitdécouverte.
Il n'avoit ni veffie , ni anus , & les deux
ouvertures de l'anus& des ureteres , placées
en- dedans , ſe réuniſſoient en un petit
eſpace au - deffus du pubis .
Sur une fuppuration d'une oreille , devenue
morteile.
Mémoire fur un enfant né ſans cerveau .
M. le Cat en avoit apporté un ſemblable
à l'académie le 18 Décembre 1755 .
Sur lamonſtruoſité des organes de la
génération & de ceux des urines par défaut
ou foibleſſe de nature .
D'un enfant monftrueux qui portoit
une partie de ſon cerveau & de fon cervelet
dans une tumeur ſituée à la partie
poſtérieure de la tête.
Mémoire fur le ſommeil , brûlé à l'incendie
de ſon cabinet.
166 MERCURE DE FRANCE.
:
Obfervations pathologiques & anatomiques
des maladies mortelles en is ou
18 heures .
Remarques ſur l'intérieur de l'utérus
dans le tems des regles; fingularités nouvelles
des trompes de fallope , & maladies
des ovaires du même ſujet.
Foetus humain qui manquoit de tête, de
coeur , de poumon , d'eſtomac , de rate ,
de foie , de pancréas & de reins ordinaires
, & qui , cependant , a vécu les neuf
mois de la groſſeſſe ordinaire , & avec un
accroiſſement à peu- près égal à celui des
autres enfans , 1764 .
Obſervations ſur un mangeur de cail .
loux.
Mémoire fur la féche inſecte poiffon ,
avec grand nombre de planches , tendant
à établir les élémens de l'animalité.
Un mémoire couronné à l'académie de
Berlin , fur la nature du fluide des nerfs ,
& un aurre ſur la ſenſibilité de la duremere
, de la pie- mere &des membranes .
Un autre mémoire à l'académie de Toulouſe,
ſur la théorie de l'ouïe, qui fut couronné
par un triple prix qui n'avoit point
été délivré les années précédentes.
Comme académicien ſecrétaire perpétuel
de l'académie des ſciences& promoteur
de l'établiſſement de celle de Rouen,
AVRIL. 1769. 167
M. le Cat a donné aux belles- lettres une
réfutation du diſcours de Jean - Jacques
Rouſſeau , qui a remporté le prix de l'académie
de Dijon ; réfutation qu'il foutint
avec honneur contre ce célébre écrivain
, & contre l'académie elle - même
qui foutint fon jugement.
Préface du premier volume des mémoires
de l'académie , où , après avoir
expoſé le plan de cet ouvrage , on répond
à quelques objections faites contre la
multiplicité des académies & des livres ,
&l'on prouve , par une hiſtoire ſuccinte
des belles lettres , des ſciences & des arts,
la poffibilité de faire des progrès dans les
uns & d'empêcher la décadence des autres
; double projet à l'exécution duquel
les académies font néceſſaires.
Hiſtoire de l'académie depuis fon origine
juſqu'en 1745 .
Divers éloges du Pere Meſcartel , du
Pere Caſtel , de MM . de Moyancourt , du
Boccage , Gunz , Guerin , le Prince &
Fontenelle.
Ces travaux littéraires ne firent point
négliger à M. le Cat ceux que fon art rendoitplus
directement utiles au Public .Dès
qu'il fût établi à Rouen , il y enſeigna l'anatomie
& la chirurgie. Il obtint du Roi
(1736) que ſon école particuliere fût éri
168 MERCURE DE FRANCE.
gée en école publique ; & ce fut , après
dix ans d'inftruction gratuite , qu'il contribua
de ſes propres deniers à la conftruction
de cet amphithéâtre anatomique.
Dans le même tems il réunit dans la mê
me ville pluſieurs ſcavans & amateurs
des arts , &devint , par ce moyen , le promoteur
de l'académie dont il fut depuis
le ſecrétaire ; il ne concourut pas avec
moins d'efficacité aux progrès de l'école
de deſſin , en lui prêtant ſon amphithéâtre
pendant pluſieurs années , & tandis
qu'il foutenoit le zèle de ſes éleves par
des prix diſtribués à ſes dépens dans des
féances publiques , fon épouſe excitoit
celui des deſſinateurs avec la même généroſité;
enfin la ville , touchée de ce zèle
vraiment patriotique , réſolut , dans les
dernieres années , d'en prendre les frais
fur fon compte.
La pratique de ſon art n'éprouva pas
moins les effets de ſon zèle . Deux ans mê.
me avant fon établiſſement , il fut le reftaurateur
de l'opération de la taille , qu'on
avoit abandonnée en Normandie. Il la
perfectionna , & la fit avec tant de fuccès,
que le magiſtrat de Rouen fit publier en
1739 , que de ſept printems , pendant
leſquels cethabile lithotomiſte avoit taillé
dans cette province , il y en avoit cinq
dans
AVRIL. 1769. 169
dans lesquels il ne lui étoit mort aucun
ſujet. Ses ſuccès , qui l'avoient fait appeller
dans les pays étrangers , dans pluſieurs
de nos provinces , & même à Paris,
-lui mériterent d'abord , comme lithoto-
-miſte , une penſion de deux mille livres
fur les octrois de Rouen ; & depuis une
- ſeconde , viagere , de pareille ſomme
-(1759) par augmentation à celle de chi-
-rurgien en chef de l'Hôtel - Dieu de
Rouen .
- Après tant de travaux &de ſuccès , il
ne manquoit à la gloire decet illuſtre artiſte
que d'éprouver l'ingratitude & l'injustice.
Quelques académiciens nouveaux
-paturent douter de la grande part queM.
le Cat avoit à l'établiſſement de leur académie
, & voulurent l'attribuer à d'autres;
mais tous les anciens académiciens
reclamerent en ſa faveur , & le doyen de
l'académie lui donna le certificat fuivant.
>>Nous ſouſſigné doyen de l'académie
» & témoin oculaire de ſa naiſſance & de
» ſa création, atteſtons que M. le Cat fut,
» en 1740 , l'auteur du projet de transfor-
>> mer notre premiere aſſociation en cette
>> ſociété académique qui eſt devenue de-
>> puis ( 1744) académie royale , & que
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
1
» c'eſt principalement à fon zèle & à ſon
» activité que nous devons l'exécution de
>> ce projet. A Rouen , ce 15 Janv. 1761 .
» Signé , LA ROCHE. »
Enfin , au mois de Janvier , en reconnoiſſance
des ſervices importans & multipliés
de M. le Cat , le Roi lui accorda
des lettres de nobleſſe ;&par une diſtinction
particuliere, le parlement& la chambre
des comptes deNormandie les enregiftrerentgratis.
C'eſt avec regret que , pour nous conformer
à la forme ordinaire de cet ouvrage
, nous ne pouvons nous livrer au
plaiſit que nous aurions de nous étendre
fur toutes les qualités ſociales & les vertus
particulieres dece bienfaiteurde l'hu-
-manité qu'il honora par ſes écrits , qu'il
foulagea par ſes travaux ; nous aurionsdefiré
fémer autant de fleurs ſur ſa tombe
que ſa patrie a verſé de larmes ſur ſa
perte.
docteur en médecine & chirurgien en
chefde l'Hôtel- Dieu de Rouen , profef-
Seur , démonstrateur en anatomie& chi
rurgie , lithotomiſte - penſionnaire de la
même ville ; des académies royales de
Paris , Londres , Madrid , Porto , Berlin
, Lyon , de l'Institut de Bologne ,
des Académies Impériales des curieux
de la nature de Saint - Petersbourg , &
Secrétaire perpétuel de celle de Rouen . ::
DE Aériles regrets ne fuffiſent point a
la mémoire du citoyen qui a conſacré ſes
veilles à ſa patrie ; la reconnoiffance publique
lui doit des éloges ; pour faire ce-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE
:
lui de M. le Cat , nous n'aurons beſoin
quede rappeller ſes travaux.
Claude- Nicolas le Cat maquit le 6
Septembre 1700 à Blerancourt , bourg
conſidérablede Picardie , entre Noyon ,
Chauni & Soiſſons. Il étoit fils de Claude
le Cat , chirurgien , élève de Monfieur
Maréchal , premier chirurgien du Roi ,
& de N. Mereſſe , fille de Simon Mereffe
, auffi chirurgien , dont le bisayeul
avoit été appellé à la cour pour
guérir un cancer de la Reine Anne d'Au.
triche. De grandes probabilités auroient
autorisé M. le Cat à adopter des traditions
de famille qui le faifoient fortir
d'une race noble , dont il reſte pluſieurs
tiges dans la même province ; mais il aima
mieux illustrer fon nom lui - même
que d'en tirer l'éclat de ſes ancêtres . Dans
certe penfée il prit pour deviſe ce pallage
de Tacite fur un peuple avec lequel fon
nom n'avoit pas moins de rapport que fon
caractere.
Catti fortunam inter dubia , virtutem inter certa
numerant.
M. le Cat commença ſes études à
Soiffons & les termina àParis , en foutenant
une théſe ſur toutes les parties de la
i
AVRIL . 1769 . 153
philoſophie. Son inclination le portoit à
l'étude dugénie. Il avoit appris ſeul, pendant
ſes études , les mathématiques & les
fortifications ; mais ſes parens qui le deftinoient
à l'état eccléſiaſtique , dont il
porta l'habit pendant dix ans , s'oppofoient
à ce penchant , & cette contradiction
de vocation & d'autorité ſe termina
par un parti également éloigné des deux
autres. M. le Cat ſe fit médecin , chirurgien
, & commença à ſe faire connoître
dans la république des lettres par une
differtation fur le balancement des arcsboutans
de l'égliſe St Nicaiſe de Rheims,
phénomene très-curieux.
M. le Cat continua à ſe diſtinguer par
ſes ouvrages , comme phyficien , comme
chirurgien& comme homme de lettres ;
c'eſt ſous ces trois points de vue que nous
le préſenterons , après avoir ſommairement
rendu compte de ſes autres travaux.
En 1725 , il avoit fait une lettre ſur
la fameuſe aurore boréale qui avoit tant
effrayé le Public. En 1731 , il obtint en
concours la ſurvivance de la place de
chirurgien en chef de l'Hôtel - Dieu de
Rouen, où il ne s'érab it cependant qu'en
1733. En 1732 , il prit ſes degrés en médecine
, obtint le premier acceffit que
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
donnoit , pour la premiere fois , l'académie
de chirurgie ; mais il y remporta les
prix de toutes les années ſuivantes jufqu'en
1738 incluſivement : la deviſe du
mémoire de cette année étoit ufquequd.
En effet pour arrêter ſes triomphes , l'académie
ne trouva d'autres moyens que
de ſe l'aſſocier. A la fin de la même année
, M. de la Peyronnie lui offrit à Paris
un établiſſement des plus avantageux ,
qu'il refuſa par reconnoiffance pour les
bienfaits qu'il avoit reçus de la ville de
Rouen , & dans laquelle il ſe fixa pour
jamais en épouſant , en 1742 , Marguerite
Champoſſin , dont il ne lui reſte
qu'une fille âgée de vingt ans , mariée
depuis peu à M. David , docteur en médecine&
chirurgien de Paris , qui lui a
ſuccédé dans toutes ſes places ,& qui s'eſt
déjà fait connoître très-avantageuſement
dans la république des lettres par plufleurs
ouvrages très eſtimés ſur la phyſique
&fur la médecine.
M. le Cat , après avoir rempli d'une
maniere ſi triomphante la carriere qui
l'avoit conduit à l'académie de Paris ,
adreſſa ſes travaux aux autres académies
de l'Europe , qui ſe firent honneur de le
recevoir. Celle de St Petersbourg qui , à
l'exemple de pluſieurs académies d'Ita
AVRIL. 1769 . ISS
lie , eſt dans l'uſagede donner un ſurnom
à ſes aſſociés , l'appella Pliftonicus , c'eſtà-
dire , le remporteur de prix.
Ses ouvrages les plus conſidérables en
phyſique font :
La differtation ſur le phénomene des
arcs- boutans dont nous avons déjà parlé.
Unmémoire ſur la peſanteur & la légereté
des corps.
Un autre fur leur reffort & leur élafticité.
Une differtation ſur le Aux& le reflux
de la mer , dans lequel il démontre l'équilibre
de toutes les parties de l'Univers
, & établit un mouvement de la terre
& de la lune.
Une diſſertation ſur la faſcination.
Une differtation ſur les preſſentimens
&la ſympathie.
Une annonce de ſon eſſai ſur l'hiſtoire
de la terre ou de ſon ſyſtême ſur la formation
des montagnes par le flux & reflux
, & de l'origine des coquillages & des
animaux foffiles , &c. Ce ſyſtème conçu
dès 1731 , & donné dans le Journal de
Verdun en 1748 , eſt antérieur à ceux de
Téliamed & de M. de Buffon .
Une explication du mouvement de rotation
des planetes , ſecond volume du
G vj
136 MERCURE DE FRANCE.
Mercure de Décemb. 1737 , fous le nom
de Romazzini .
Une differtation fur cette queſtion :
Pourquoi la lune paroît elle plus grande à
Chorifon.
Obſervations envoyées à l'académie
des ſciences de Paris, fut la comete de
1742 , qu'il découvrit le premier à
Rouen , & dont il donne les configurations
entre les étoiles fixes .
Differtation ſur les influences de la lune.
Journal de Verdun , Décemb. 1741
& Juillet 1742 .
Pluſieurs mémoires fur Pélectricité , &
entr'autres fur la découverte faite parM.
le Cat du phénomene de la ſuſpenſionde
la feuille d'or en l'air au bout de la barre
électrique en 1745 & 1746 .
Sur l'aſcenſion des liqueurs dans les
tuyaux capillaires. Janvier 1747 .
Mémoire fur les géans , 1747 .
Obſervations météorologiques faites
pendantquatorze années.
Mémoire fur la chaleur centrale de la
terre , les volcans, les incendies fpontanés
terreſtres , leurs cauſes , 1750.
Détermination dela hauteur du pôle à
Rouen , plusjuſte , à ce que préſume l'auteur
, que celle qu'on a déterminée juf
qu'ici , 1750.
AVRIL. 1769. 157
Mémoires ſur la méridienne du tems
moyen , 1750 .
-pour fervir à l'hiſtoire naturelle de la
ville de Rouen & de ſes environs.
Remarques ſur les défauts de l'hydrometre
à corde, l'invention d'un hydrome.
tre plus ſenſible of plus fidéle.
Examendes principales expériences de
la doctrine de M. Franklin ſur l'électricité,
1752 .
Nouveau barometre qui conferve une
partie des avantages des barometres à
groffes colonnes de Mercure , ſans en
avoir les inconvéniens , 1752 .
Explication de quelques phénomenes
du barometre & du thermometre , 1752 .
Defcription d'un mats pour l'usage des
grandes lunettes & de deux ſupports du
bout oculaire de ces lunettes , 1753 .
Mémoire ſur les progrès des ſciences
&des arts , & de la poſſibilitéde les perfectionner
encore , 1753 .
Sur des animaux trouvés vivans au centredes
corps folides , tels que des blocs de
pierre , des arbres , &c. fans aucune iffue
au-dehors , 17550
Difcours qui prouvent que les arts appartiennent
plus aux ſciences qu'aux belles-
lettres , 1756 .
Application des nouvelles expériences
158 MERCURE DE FRANCE.
durefroidiſſement des liqueurs , leſquelles
expériences avoient été envoyées à l'académie
par M. l'abbé Nollet, ſon aſſocié.
Obſervation nouvelle ſur les géans .
Eſſai d'un ſyſtême phyſico mécanique
des affinités, ouvrage brûlé dans l'incendie
de fon cabinet , du 26 Décembre 1762 .
Mémoire fur cette queſtion , propoſée
à l'académie de Rouen , pourquoi le cuivre
est- il plus caſſant à chaud qu'à froid ,
tandis que les autres métauxfont plus caf-
Sans à froid qu'à chaud ? 1759 .
Remarques fur les états de la colle de
farine qui avoit été expoſée à la gêlée &
au dégel , leſquelles confirment les effets
d'atmosphere attractive & impulſive , que
M. le Cat donne pour principe de l'affinité
, 1760 .
Expoſition & explication d'un petit
phenomene obſervé dans la fufion du
ſoufre qui , de très- liquide dans le premier
degré de chaleur où il étoit d'abord,
devient épais comune du miel , à une chaleur
plus conſidérable , & reprend enſuite
ſa premiere liquidité en le laiſſant refroidir
juſqu'à ce premier degré de chaleur où
il étoit d'abord liquéfié , en 1760 .
Explication des effets d'un nouveau
marteau d'eau , ou nouvelle eſpéce de
cette machine , appellée vulgairement
AVRIL. 1769. 159
l'eau dans le vuide , trouvé par le Sr Scanegat
, 1763 .
Hiſtoire de la répétition des expérien
ces de la chûte des corps graves exécutés
du haut de la tour de la cathédrale de
Rouen avec la machine de M. Hubert ,
perfectionnée par M. le Cat, dans l'intention
d'améliorer la doctrine de la deſcente
des graves, cellede la réſiſtance des milieux
& celle de la force de percuffion .
4 La premiere repétition qui ſe ſoit faite
en France de la pompe afpirante de Séville
, laquelle porte l'eau , non pas à 32
pieds , felon la regle commune , mais à 60
pieds , &c. Explication de ce phénomene,
1766 .
En qualité de chirurgien , M. le Cat
donna d'abord un mémoire fur la taille
des femmes ; enfuite un volume fur l'opération
en général de la taille ; un autre
fur le diffolvant de la pierre , & fix lettres
fur la même matiere .
Un volume fur la couleur de la peau
humaine & fur celle des Négres en particulier.
Un volume , traitant de l'évacuation
périodique du ſexe . 7
Le premier volume des mémoires de
l'Académie de Rouen, qui feront publiés
160 MERCURE DE FRANCE.
dans peu , contient un grand nombre
d'expériences anatomiques faites parM.
leCat.
Diflertations fur la génération , &c .
Journal de Verdun .
En 1738 , il donna à l'académie des
ſciences de Paris l'obſervation de la biffurcationde
la veine azigos , trouvée dans
un marcaffin , hut. pag. 45 , & de la réuniondes
veines coronaires en un ſeul tronc
qui, ſans pénétrer dans l'oreillette droite,
ſejettoit dans la veine ſouclaviere gauche;
& il envoya , à cette compagnie , un oeil
diſſéqué , où l'origine de ſes tuniques étoit
démontrée venir des meninges du cerveau
.
Un traité de la métamorphoſe des os
enparties molles , en 1740 .
Des obſervations ſur le trou ovale qu'il
a trouvéouvert dans pluſieurs adultes , &
fur tout dans les femmes , dont un cinquiéme
conſerve ſes ouvertures. Il y joignit
des obſervations ,& une differtation
fur les hidatitées.
Depuis 1741 juſqu'à 1765 , il a communiqué
à la même compagnie un grand
nombre de mémoires anatomiques & pathologiques
imprimés dans les tranſactions
, qu'il feroit trop long de détailler
ici . On y trouve , en 1749 , le bocal,qu'il
AVRIL. 1769. 161
a inventé pour conſerver dans les liqueurs
ſpiritueuſes les piéces anatomiques ou
toutes autres ſubſtances corruptibles .
En 1744 , il donna , à l'académie de
Rouen , un mémoire intitulé : Description
d'un homme automate , dans lequel
on verra exécuter les principales fonctions
de l'économie animale , la circulation , la
refpiration , les fecrétions , & au moyen
desquels on peut déterminer les effets méchaniques
de la faignée , &foumettre au
joug de l'expérience pluſieurs phénomenes
intéreſſans qui n'en paroiſſent pasfufceptibles.
Cet ouvrage eſt accompagné de toutes
les figures néceſſaires à l'exécution de
Pautomate. C'eſt un article détaché de la
troifiéme partie d'un traité de la ſaignée
que M. le Cat avoit compofé dès 1729 ,
&qui avoit été annoncé dans les Jour
naux de ce tems. Il en faiſoit la partie
expérimentale.
Cette même année 1744 , il communiqua
à l'académie de Rouen , 1º. l'obſervation
d'une ſpina ventofa à la tête ;
2º. Celle d'une piqûure de l'os d'une frac
ture qu'il a réduite , quia produit une virulence
mortelle &une gangrene au pouce
même de l'opérateur qui avoit touché
cette pointe d'os, à l'occaſion de laquelle
162 MERCURE DE FRANCE.
il differte fur la nature des vitus ; 3 °. Un
mémoire ſur l'hydrophobie ou la rage ;
4°. Un enfant double par le haut juſqu'à
la ceinture , fimple par le bas ; l'un des
deux né vivant, l'autre mort. Il n'y avoit
qu'un coeur pour eux deux , de forte que
l'un des freres donnoit du ſang à l'autre.
M. le Cat differte ſur tous ces points & fur
toutes les difficultés qui en réſultent.
En 1748 , il commença à obſerver
les maladies qui regnerent à Rouen
dans toute l'année, ce qu'il continua d'obſerver
quatre années de ſuite , en y joignant
les variations de l'atmoſphere & les
réflexions qu'on doit attendre d'un médecin
phyficien.
Cet ouvrage contient 1º . un diſcours
fur les obfervations météorologiques . Il
donne des preuves phyfico anatomiques
de divers effets de la température
de l'atmosphere ſur nos nerfs , nos liqueurs
, notre ſanté , &c. Une des utilités
de ces obſervations , ſelon lui , eft de nous
conduire quelque jour à prédire ces températures
des ſaiſons qui onttant de part à
notre vie & à nos beſoins , & qu'il feroit ſi
avantageux à l'état de prévoir. Il prétend
que tout eſt périodique dans la nature , &
il donne de fortes preuves que la variété
AVRIL. 1769. 163
des ſaiſons eſt aſſujettie à la même loi , &
que par une ſuite affez longue d'obſervations
météorologiques bien faites on peut
parvenir à connoître ce période .
2º. Un mémoire fur la température
particuliere du climat de Rouen .
3 °. Pluſieurs differtations phyſiques
de l'article précédent ſur les inftrumens
qui fervent aux obſervations météorologiques&
leurs effets .
4°. Deux grands mémoires ſur les fiévres
malignes en général & en particulier
fur celles qui ont regné à Rouen à la fin de
1753 & au commencementde 1754 .
Depuis 1746 juſqu'en 1765 , M. le
Cat donna à la même académie de Rouen
les ouvrages ſuivans : l'obſervation d'un
prétendu hermaphrodite de Louviers &
d'un os qu'on croyoit appartenir à un
géant ; une differtation ſur cette eſpéce
d'homme ; des obſervations ſur la gangrenne
ſéche; celle ſur un curedentavalé ,
enfuite rendu par les urines ; mémoire
fur la génération& la cauſe des maladies
héréditaires ; féve d'aricot trouvée au
centre d'une pierre de la veſſie ovaire
d'une femme où le canal déférent étoit
creux ; morſure d'un canard irrité qui
donne une fiévre maligne & mortelle .
Obſervations anatomiques fur la com164
MERCURE DE FRANCE.
munication des vaiſſeaux du placenta ,
tant entre eux qu'entre ceux de la matrice
, conſtatées par des injections , & arteſtées
par des commiſſaires de l'académie.
Sur le tetanos , les ſignes caractériſtiques
de l'inflammation de la pie-mere ,
les fonctions des membranes du cerveau.
Sur une groſſeſſe de trois ans .
Surune autre de vingt- fix mois.
Sur une ſuperfétation arrivée à une
femme de Louviers , qui accoucha de
trois enfans , chacun à trois mois l'un de
Pautre.
Sur la communication des vaiſſeaux
fanguins entre le foetus & fa mere , dé
montrée ſur des piéces injectées & conf.
ratées par trois commiffaires de l'académie.
Sur un engorgement par congestion
dans toute l'étendue du péritoine , devenu
fuppuratoire avec iſſue des matieres
fécales.
Sur trois monftres, dont l'un avoit fix
doigts à la main; le ſecond, les yeux hors
de la tête , & le troiſieme , quatre yeux
dans une feule tête .
Sur un enfant née ſans front , ayant un
grand nez qui lui donnoit la phyſionomie
d'un adulte.
AVRIL. 1769 . 165
Sur un hermaphrodite imparfait de
dix ſept ans , & fur un enfant femelle à
deux têres.
Sur la ſubſtancedu cerveau d'un négre,
&c.&c.
Obſervations ſur une femme morte ,
pour avoir été fucée de ſangſues.
Sur des jumeaux d'une parfaite refſemblance.
Sur un enfant monftrueux par l'hypogaftre
en ce que le nombril manquoit ,
une partie des inteſtins étoitdécouverte.
Il n'avoit ni veffie , ni anus , & les deux
ouvertures de l'anus& des ureteres , placées
en- dedans , ſe réuniſſoient en un petit
eſpace au - deffus du pubis .
Sur une fuppuration d'une oreille , devenue
morteile.
Mémoire fur un enfant né ſans cerveau .
M. le Cat en avoit apporté un ſemblable
à l'académie le 18 Décembre 1755 .
Sur lamonſtruoſité des organes de la
génération & de ceux des urines par défaut
ou foibleſſe de nature .
D'un enfant monftrueux qui portoit
une partie de ſon cerveau & de fon cervelet
dans une tumeur ſituée à la partie
poſtérieure de la tête.
Mémoire fur le ſommeil , brûlé à l'incendie
de ſon cabinet.
166 MERCURE DE FRANCE.
:
Obfervations pathologiques & anatomiques
des maladies mortelles en is ou
18 heures .
Remarques ſur l'intérieur de l'utérus
dans le tems des regles; fingularités nouvelles
des trompes de fallope , & maladies
des ovaires du même ſujet.
Foetus humain qui manquoit de tête, de
coeur , de poumon , d'eſtomac , de rate ,
de foie , de pancréas & de reins ordinaires
, & qui , cependant , a vécu les neuf
mois de la groſſeſſe ordinaire , & avec un
accroiſſement à peu- près égal à celui des
autres enfans , 1764 .
Obſervations ſur un mangeur de cail .
loux.
Mémoire fur la féche inſecte poiffon ,
avec grand nombre de planches , tendant
à établir les élémens de l'animalité.
Un mémoire couronné à l'académie de
Berlin , fur la nature du fluide des nerfs ,
& un aurre ſur la ſenſibilité de la duremere
, de la pie- mere &des membranes .
Un autre mémoire à l'académie de Toulouſe,
ſur la théorie de l'ouïe, qui fut couronné
par un triple prix qui n'avoit point
été délivré les années précédentes.
Comme académicien ſecrétaire perpétuel
de l'académie des ſciences& promoteur
de l'établiſſement de celle de Rouen,
AVRIL. 1769. 167
M. le Cat a donné aux belles- lettres une
réfutation du diſcours de Jean - Jacques
Rouſſeau , qui a remporté le prix de l'académie
de Dijon ; réfutation qu'il foutint
avec honneur contre ce célébre écrivain
, & contre l'académie elle - même
qui foutint fon jugement.
Préface du premier volume des mémoires
de l'académie , où , après avoir
expoſé le plan de cet ouvrage , on répond
à quelques objections faites contre la
multiplicité des académies & des livres ,
&l'on prouve , par une hiſtoire ſuccinte
des belles lettres , des ſciences & des arts,
la poffibilité de faire des progrès dans les
uns & d'empêcher la décadence des autres
; double projet à l'exécution duquel
les académies font néceſſaires.
Hiſtoire de l'académie depuis fon origine
juſqu'en 1745 .
Divers éloges du Pere Meſcartel , du
Pere Caſtel , de MM . de Moyancourt , du
Boccage , Gunz , Guerin , le Prince &
Fontenelle.
Ces travaux littéraires ne firent point
négliger à M. le Cat ceux que fon art rendoitplus
directement utiles au Public .Dès
qu'il fût établi à Rouen , il y enſeigna l'anatomie
& la chirurgie. Il obtint du Roi
(1736) que ſon école particuliere fût éri
168 MERCURE DE FRANCE.
gée en école publique ; & ce fut , après
dix ans d'inftruction gratuite , qu'il contribua
de ſes propres deniers à la conftruction
de cet amphithéâtre anatomique.
Dans le même tems il réunit dans la mê
me ville pluſieurs ſcavans & amateurs
des arts , &devint , par ce moyen , le promoteur
de l'académie dont il fut depuis
le ſecrétaire ; il ne concourut pas avec
moins d'efficacité aux progrès de l'école
de deſſin , en lui prêtant ſon amphithéâtre
pendant pluſieurs années , & tandis
qu'il foutenoit le zèle de ſes éleves par
des prix diſtribués à ſes dépens dans des
féances publiques , fon épouſe excitoit
celui des deſſinateurs avec la même généroſité;
enfin la ville , touchée de ce zèle
vraiment patriotique , réſolut , dans les
dernieres années , d'en prendre les frais
fur fon compte.
La pratique de ſon art n'éprouva pas
moins les effets de ſon zèle . Deux ans mê.
me avant fon établiſſement , il fut le reftaurateur
de l'opération de la taille , qu'on
avoit abandonnée en Normandie. Il la
perfectionna , & la fit avec tant de fuccès,
que le magiſtrat de Rouen fit publier en
1739 , que de ſept printems , pendant
leſquels cethabile lithotomiſte avoit taillé
dans cette province , il y en avoit cinq
dans
AVRIL. 1769. 169
dans lesquels il ne lui étoit mort aucun
ſujet. Ses ſuccès , qui l'avoient fait appeller
dans les pays étrangers , dans pluſieurs
de nos provinces , & même à Paris,
-lui mériterent d'abord , comme lithoto-
-miſte , une penſion de deux mille livres
fur les octrois de Rouen ; & depuis une
- ſeconde , viagere , de pareille ſomme
-(1759) par augmentation à celle de chi-
-rurgien en chef de l'Hôtel - Dieu de
Rouen .
- Après tant de travaux &de ſuccès , il
ne manquoit à la gloire decet illuſtre artiſte
que d'éprouver l'ingratitude & l'injustice.
Quelques académiciens nouveaux
-paturent douter de la grande part queM.
le Cat avoit à l'établiſſement de leur académie
, & voulurent l'attribuer à d'autres;
mais tous les anciens académiciens
reclamerent en ſa faveur , & le doyen de
l'académie lui donna le certificat fuivant.
>>Nous ſouſſigné doyen de l'académie
» & témoin oculaire de ſa naiſſance & de
» ſa création, atteſtons que M. le Cat fut,
» en 1740 , l'auteur du projet de transfor-
>> mer notre premiere aſſociation en cette
>> ſociété académique qui eſt devenue de-
>> puis ( 1744) académie royale , & que
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
1
» c'eſt principalement à fon zèle & à ſon
» activité que nous devons l'exécution de
>> ce projet. A Rouen , ce 15 Janv. 1761 .
» Signé , LA ROCHE. »
Enfin , au mois de Janvier , en reconnoiſſance
des ſervices importans & multipliés
de M. le Cat , le Roi lui accorda
des lettres de nobleſſe ;&par une diſtinction
particuliere, le parlement& la chambre
des comptes deNormandie les enregiftrerentgratis.
C'eſt avec regret que , pour nous conformer
à la forme ordinaire de cet ouvrage
, nous ne pouvons nous livrer au
plaiſit que nous aurions de nous étendre
fur toutes les qualités ſociales & les vertus
particulieres dece bienfaiteurde l'hu-
-manité qu'il honora par ſes écrits , qu'il
foulagea par ſes travaux ; nous aurionsdefiré
fémer autant de fleurs ſur ſa tombe
que ſa patrie a verſé de larmes ſur ſa
perte.
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Résumé : ELOGE de Monsieur LE CAT, écuyer, docteur en médecine & chirurgien en chef de l'Hôtel Dieu de Rouen, professeur, démonstrateur en anatomie & chirurgie, lithotomiste-pensionnaire de la même ville ; des académies royales de Paris, Londres, Madrid, Porto, Berlin, Lyon, de l'Institut de Bologne, des Académies Impériales des curieux de la nature de Saint-Petersbourg, & secrétaire perpétuel de celle de Rouen.
Claude-Nicolas Le Cat, né le 6 septembre 1700 à Blerancourt en Picardie, fut un médecin et chirurgien renommé. Après des études à Soissons et Paris, il opta pour la médecine malgré les vœux familiaux d'une carrière ecclésiastique. En 1725, il publia une lettre sur l'aurore boréale. En 1731, il obtint la survivance de la place de chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Rouen, où il s'installa en 1733. La même année, il reçut son diplôme en médecine et remporta plusieurs prix de l'Académie de chirurgie jusqu'en 1738. Il déclina une offre à Paris pour rester à Rouen, où il se maria en 1742. Le Cat apporta des contributions notables à divers domaines scientifiques. Ses œuvres majeures incluent des dissertations sur les arcs-boutants, la pesanteur, l'élasticité des corps, les marées, la fascination, les pressentiments, et la sympathie. Il proposa un système sur la formation des montagnes et l'origine des fossiles, précédant ceux de Théophile de Bordeu et de Buffon. Il découvrit la comète de 1742 et étudia les phénomènes électriques, notamment la suspension de la feuille d'or. Ses observations météorologiques s'étendirent sur quatorze années. Ses travaux furent reconnus par de nombreuses académies européennes. Entre 1738 et 1769, Le Cat réalisa divers travaux scientifiques et médicaux. Il écrivit sur l'ascension des liqueurs dans les tuyaux capillaires, la chaleur centrale de la Terre, et les méridiens du temps moyen. Il examina les expériences de Benjamin Franklin sur l'électricité et inventa un nouveau baromètre. Il étudia également des phénomènes physiques et chimiques, comme la cassure du cuivre et la fusion du soufre. En médecine, il écrivit sur la taille des femmes, l'opération de la taille, et la couleur de la peau humaine. Il observa les maladies à Rouen sur quatre années consécutives, notant les variations atmosphériques et leurs effets sur la santé. Le Cat fonda l'Académie de Rouen, enseigna l'anatomie et la chirurgie, et contribua financièrement à la construction d'un amphithéâtre anatomique. Il restaura et perfectionna l'opération de la taille, obtenant des succès remarquables et des pensions royales. Malgré des controverses, il reçut un certificat attestant son rôle clé dans la fondation de l'Académie et des lettres de noblesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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120
ELOGE de Monsieur LE CAT, écuyer, docteur en médecine & chirurgien en chef de l'Hôtel Dieu de Rouen, professeur, démonstrateur en anatomie & chirurgie, lithotomiste-pensionnaire de la même ville ; des académies royales de Paris, Londres, Madrid, Porto, Berlin, Lyon, de l'Institut de Bologne, des Académies Impériales des curieux de la nature de Saint-Petersbourg, & secrétaire perpétuel de celle de Rouen.
122
p. 93-99
Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
Début :
Discours sur l'Education, prononcés au Collége Royal de Rouen, suivis de [...]
Mots clefs :
Éducation, Lois, Élève, Mémoire, Dieu, Discours, Réflexions, Professeur, Jean-Jacques Rousseau, Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
Difcours fur l'Education , prononcés au
College Royal de Rouen , fuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié . Par M. Auger
, Prêtre , Profeffeur d'Eloquence
au Collège de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux pères & aux mères qui font
jaloux de bien élever leurs enfans . La
faine morale qu'il refpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon
Plutarque , Montaigne , Locke , Fénélon ,
Rollin , M. Rouffeau , rendent ces Difcours
très- intéreffans . Ce Profeffeur , que
le zèle feul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
l'Emile de M. Rouffeau eft un riche tréfor
où l'on trouve fur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineufes ,
les réflexions les plus juftes & les plus
fenfées , la morale la plus pure & la plus
94 MERCURE DE FRANCE.
févère. Ce Philofophe , également profond
& éloquent , s'eft déclaré pour l'éducation
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur- tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'efprit & le coeur que par occafion
& par forme de converfation . Il veut
qu'on n'exerce le jugement de fon Elève
que de vive voir , & qu'on laiffe fa mémoire
oifive ; éloignant de lui toute ef
pèce de livres , it ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préfère la Religion purement naturelle.
La jufte admiration que notre Profefleur
à conçue pour M. Rouffeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
ce nouveau fyftême d'éducation . Il convient
qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Élève en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une chofe moins effentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire fur des objets
agréables & utiles , comme fables , hiftoires
, & c. parce que c'eft dans la première
jeuneffe que la mémoire eft bonne
& qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne fuffit pas de prendre garde
AVRIL.
1775 .
d'y introduire des idées fauffes , mais on
95
doit encore la remplir d'excellens matériaux
, que le jugement trouvera & mettra
en oeuvre quand il fera formé . Le
Profeffeur refpecte trop la
Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
effentiel de faire connoître au plutôt à
fon Elève l'Être dont il tient
l'existence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par fon amour , & que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit- on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , fera environné des
ténèbres les plus épaiffes & des maximes
les plus fauffes , & qu'il ne
manquera
pas de marcher dans ces fentiers ténébreux
, fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau célefte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées ,
nous font repréfentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de
remèdes propres à guér'r nos
maladies
fpirituelles. Le jeune Elève ,
fentant les propres défauts , pourra trouver
dans ce trésor de la parole de Dieu ,
l'efpèce particulière de remède qui con96
MERCURE DE FRANCE.
vient à fon mal . Comme Dieu aà donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de fucs deftinés
à guérir les plaies du corps ; il a de
même rempli les Livres Saints de préceptes
falutaires pour remédier aux maladies
de notre âme. Qu'on le rappelle le
bel éloge que M. Rouffeau fait de ces
Livres , & l'on fera furpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceffité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture.
Le Profeffeur d'Eloquence obferve judicieufeinent
qu'un des plus précieuxavantages
de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul & de lutter feul contre les difficultés
fans le fecours d'autrui . C'eſt fans doute
une excellente méthode d'inftruire les
enfans en les amufant , en converfant
avec eux , en leur faifant faire de vive
voix des réflexions qui foient à la portéede
leur âge , fur tout ce qu'ils lifent ,
voyent ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la fcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne favons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous fommes efforcés de trouver feuls ,
de
AVRIL. 1775 . 97
de réfoudre feuls les difficultés . En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inftruit que par la converfation , ne s'ennuie
& ne fe morfonde dès qu'il fera
livré au filence & à la folitude da cabinet.
Quant à l'inconvénient de commencer
tard à étudier , on ne peut fe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceffe d'apprendre ;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , fi le cerveau
, fiége de la mémoire , n'eft rempli
ai de mots ni de faits , fur quoi opérerat-
il? Comment manifeftera- t- il aux autres
fes opérations , fi l'on ne l'a pas accoutumé
de bonne heure à recevoir mille
impreffions différentes , à fe plier & fe
replier de mille manières diverfes , lorfqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
a attendu que les fibres fe foient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y entrera
qu'avec peine. Rien ne feroit plus
effentiel au Profefleur que de remplir la
mémoire de fon Elève d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au befoin , & de rendre plus facile , par
l'habitude , l'application de l'efprit.
On trouve dans ces Difcours l'éloge
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la fagefle a devancé
les années , & qui eft convaincu que
pour affermir fon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de fes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le foutien de la puiflance fouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eft
fi visiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eft rare de voir les Princes
fe porter d'eux -mêmes à les détruire . Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent fe fouftraire aux
Loix , & les autres afpirent à dominer
fur elles , Mais pour faire honorer ces
Loix , fur lesquelles repofe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniftres , & fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépofitaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniffent étroitement
toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perfonne facrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiffolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'efprit & au coeur , l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éducaAVRIL.
1775 : 99
tion des anciens Perfes , & celui de l'inftitution
Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eft terminé par des réflexions judicieufes
fur la véritable amitié.
College Royal de Rouen , fuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié . Par M. Auger
, Prêtre , Profeffeur d'Eloquence
au Collège de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux pères & aux mères qui font
jaloux de bien élever leurs enfans . La
faine morale qu'il refpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon
Plutarque , Montaigne , Locke , Fénélon ,
Rollin , M. Rouffeau , rendent ces Difcours
très- intéreffans . Ce Profeffeur , que
le zèle feul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
l'Emile de M. Rouffeau eft un riche tréfor
où l'on trouve fur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineufes ,
les réflexions les plus juftes & les plus
fenfées , la morale la plus pure & la plus
94 MERCURE DE FRANCE.
févère. Ce Philofophe , également profond
& éloquent , s'eft déclaré pour l'éducation
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur- tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'efprit & le coeur que par occafion
& par forme de converfation . Il veut
qu'on n'exerce le jugement de fon Elève
que de vive voir , & qu'on laiffe fa mémoire
oifive ; éloignant de lui toute ef
pèce de livres , it ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préfère la Religion purement naturelle.
La jufte admiration que notre Profefleur
à conçue pour M. Rouffeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
ce nouveau fyftême d'éducation . Il convient
qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Élève en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une chofe moins effentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire fur des objets
agréables & utiles , comme fables , hiftoires
, & c. parce que c'eft dans la première
jeuneffe que la mémoire eft bonne
& qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne fuffit pas de prendre garde
AVRIL.
1775 .
d'y introduire des idées fauffes , mais on
95
doit encore la remplir d'excellens matériaux
, que le jugement trouvera & mettra
en oeuvre quand il fera formé . Le
Profeffeur refpecte trop la
Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
effentiel de faire connoître au plutôt à
fon Elève l'Être dont il tient
l'existence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par fon amour , & que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit- on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , fera environné des
ténèbres les plus épaiffes & des maximes
les plus fauffes , & qu'il ne
manquera
pas de marcher dans ces fentiers ténébreux
, fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau célefte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées ,
nous font repréfentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de
remèdes propres à guér'r nos
maladies
fpirituelles. Le jeune Elève ,
fentant les propres défauts , pourra trouver
dans ce trésor de la parole de Dieu ,
l'efpèce particulière de remède qui con96
MERCURE DE FRANCE.
vient à fon mal . Comme Dieu aà donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de fucs deftinés
à guérir les plaies du corps ; il a de
même rempli les Livres Saints de préceptes
falutaires pour remédier aux maladies
de notre âme. Qu'on le rappelle le
bel éloge que M. Rouffeau fait de ces
Livres , & l'on fera furpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceffité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture.
Le Profeffeur d'Eloquence obferve judicieufeinent
qu'un des plus précieuxavantages
de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul & de lutter feul contre les difficultés
fans le fecours d'autrui . C'eſt fans doute
une excellente méthode d'inftruire les
enfans en les amufant , en converfant
avec eux , en leur faifant faire de vive
voix des réflexions qui foient à la portéede
leur âge , fur tout ce qu'ils lifent ,
voyent ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la fcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne favons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous fommes efforcés de trouver feuls ,
de
AVRIL. 1775 . 97
de réfoudre feuls les difficultés . En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inftruit que par la converfation , ne s'ennuie
& ne fe morfonde dès qu'il fera
livré au filence & à la folitude da cabinet.
Quant à l'inconvénient de commencer
tard à étudier , on ne peut fe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceffe d'apprendre ;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , fi le cerveau
, fiége de la mémoire , n'eft rempli
ai de mots ni de faits , fur quoi opérerat-
il? Comment manifeftera- t- il aux autres
fes opérations , fi l'on ne l'a pas accoutumé
de bonne heure à recevoir mille
impreffions différentes , à fe plier & fe
replier de mille manières diverfes , lorfqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
a attendu que les fibres fe foient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y entrera
qu'avec peine. Rien ne feroit plus
effentiel au Profefleur que de remplir la
mémoire de fon Elève d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au befoin , & de rendre plus facile , par
l'habitude , l'application de l'efprit.
On trouve dans ces Difcours l'éloge
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la fagefle a devancé
les années , & qui eft convaincu que
pour affermir fon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de fes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le foutien de la puiflance fouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eft
fi visiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eft rare de voir les Princes
fe porter d'eux -mêmes à les détruire . Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent fe fouftraire aux
Loix , & les autres afpirent à dominer
fur elles , Mais pour faire honorer ces
Loix , fur lesquelles repofe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniftres , & fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépofitaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniffent étroitement
toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perfonne facrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiffolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'efprit & au coeur , l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éducaAVRIL.
1775 : 99
tion des anciens Perfes , & celui de l'inftitution
Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eft terminé par des réflexions judicieufes
fur la véritable amitié.
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Résumé : Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Discours sur l'Éducation' de M. Auger, professeur d'éloquence au Collège de Rouen et membre de l'Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen, vise à guider les parents dans l'éducation de leurs enfants. M. Auger s'inspire de divers auteurs, dont Jean-Jacques Rousseau, dont il apprécie l'œuvre 'Émile'. Rousseau préconise une éducation lacédémonienne axée sur le renforcement physique et l'apprentissage par la conversation. Cependant, M. Auger recommande de développer la mémoire des jeunes élèves dès leur plus jeune âge avec des sujets agréables et utiles, et d'enseigner tôt les principes religieux, contrairement à Rousseau. M. Auger met en avant l'importance de l'autonomie des élèves, capables de travailler seuls et de surmonter les obstacles sans aide extérieure. Il critique l'idée de n'instruire les enfants que par la conversation, estimant nécessaire de remplir leur mémoire de mots, de faits et d'idées dès le jeune âge pour faciliter l'application de l'esprit plus tard. Le texte aborde également la figure du souverain, dont le pouvoir repose sur les lois et l'amour de ses sujets. Les lois sont essentielles pour affirmer la puissance souveraine, et les princes rares sont ceux qui cherchent à les détruire. La corruption des lois provient souvent des sujets, certains voulant s'y soustraire, d'autres aspirant à dominer par leur biais. Pour que les lois soient respectées, il est crucial d'honorer les ministres et les compagnies utiles, comparées à des chaînes solides attachées au trône, unissant toutes les parties d'un vaste empire et liant les membres du corps politique au souverain. Le texte inclut aussi des extraits sur divers plans d'éducation, notamment ceux de Platon, des anciens Perses et de l'institution lacédémonienne, ainsi que des réflexions sur l'amitié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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123
p. 198-201
De VIENNE, le 15 Août.
Début :
Les perquisitions que M. le Chancelier, Prince de Kaunitz Riethberg, a fait faire pour retrouver la [...]
Mots clefs :
Vienne, Cour de Berlin, Déclaration, Bavière, Mémoire, Autriche, Peste, Joseph Nikolaus De Vins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 15 Août.
De VIENNE , le 15 Août.
LES perquifitions que M. le Chancelier , Prince
de Kaunitz Riethberg , a fait faire pour retrouver la
malle du Courier ordinaire de Conftantinople , du
17 Juillet , n'ont produit encore aucun effet ; on croit
que les brigands qui ont commis ce crime font partie
des troupes Afiatiques , qui font en marche pour
Choczim , & qui le font rendus auffi coupables du
meurtre de leur propre Bacha. On dit qu'il fe trouve
parmi ces fcélérats , un grand nombre de Moldaves ,
qui ont commis pareillement beaucoup de dégats ,
depuis Bender , jufques fur les frontières de la Tranfilvanie.
On redouble d'activité & de précautions fur toutes
nos frontières , pour faire fubir la plus rigoureuſe
quarantaine à tout ce qui vient de la Turquie. Les
lettres de Triefte nous ont donné des allarmes , qui
rendent ces précautions indifpenfables ; s'il faut les
en croire , la pefte fait toujours de grands ravages
dans Conftantinople ; elle s'eft auffi manifeftée dans
quelques diftricts de la Natolie & de la Romélie , &
prefque tous les bâtimens Vénitiens & Ragufiens qui
fe trouvent dans le Levant , en font infectés .
Les prières extraordinaires pour le ſuccès de nos
armes devant être continuées , une fois par mois ,
pendant la guerre , elles ont eu lieu , le 9 de ce mois ,
dans la Cathédrale de Saint-Etienne ; elles fe feront
fucceffivement le 6 Septembre , le 4 Octobre , le 8
Novembre & le 6 Décembre.
L'entrée du Prince Henri en Bohême a fait ici
beaucoup de fenfation ; on a voulu faire un crime au
Général Major de Vins de l'échec qu'il a effuyé près
de Gabel , où il avoit été envoyé avec un détachement
pour s'oppoſer , autant qu'il étoit poffible , aux
( 199 )
progrès ultérieurs des Pruffiens & des Saxons. Cet
Officier dont le zèle & les talens militaires font connus
, s'eft pleinement juſtifié. On dit aujourd'hui
que la perte qu'il a effuyée doit être attribuée d'un
côté à un Major qui avoit été détaché en avant , &
qui avoit été fait prifonnier de guerre ; & de l'autre
à la trahifon des payfans. L'Empereur voulant examiner
cette affaire à fond , a voulu ravoir ce Major, &
a offert en échange un Colonel des Gardes Saxonnes ;
mais les Pruffiens ont refufé d'y confentir. On eſt
inftruit qu'un bataillon de Gaifrugg , un de Caprara ,
un de Kinski & un de Croates , ainfi que deux divifions
de Chevaux- Légers , qui occupoient un bois fur
la route que tenoit la première colonne ennemie , ont
beaucoup fouffert après s'être long-tems & bien défendus.
On avoit d'abord évalué notre perte à plus
de 2000 hommes ; mais il a paru qu'elle ne montoit
qu'à 1000 ou 1200 , parmi lesquels fe trouvent plufieurs
Officiers de l'Etat - Major ; en attendant le mémoire
que la Cour annonce depuis quelque tenis
elle a fait publier l'article fuivant dans la Gazette
d'aujourd'hui.
Il a été fait mention dans ces feuilles , tant du
manifefte que la Cour de Berlin a fait publier au
commencement de Juillet dernier , lors de la nouvelle
invafion en Bohéme , fous le titre d'Expofé des
Motifs , qui ont engagé S. M. Pruffienne à s'opposer
au démembrement de la Bavière , que de la Déclaration
du même Monarque aux hauts Co-Etats du
Saint-Empire , datée du 3 Juillet. Tous ceux qui
ont lu , avec quelqu'attention , certains Ouvrages
d'Auteurs particuliers , qui font fucceffivement fortis
des preffes de cette ville , fur-tout celui qui a pour
titre Réflexions impartiales fur plufieurs Queftions
, concernant la fucceffion des États du défunt
Electeur Maximilien- Jofeph ; & un autre intitulé
: Réponse aux Confidérations concernant la
fucceffion de Bavière , qui ont paru à Berlin , ver-
:
I 4
( 200 )
ront aifément que les principes établis dans l'Exposé
des Motifs & dans la Déclaration aux Co-Etats
font apocryphes ; que les conféquences que l'on a
voulu en tirer font fauffes ; & que les principaux argumens
ont déja été réfutés par les Ouvrages mentionnés
, puifque l'effentiel de l'Expofé & de la
Déclaration ne confifte qu'en pures répétitions de ce
qu'on lit dans les Confidérations . Cependant il va paroître
de la part de la Cour Impériale & Royale une
réfutation détaillée du Manifefte de Berlin & de la
Déclaration qui y est analogue.
» La Cour de Berlin' a encore donné au public un
Mémoire , daté du 14 Juillet dernier , pour fervir
de fuite , tant à l'Expofé , qu'à la Déclaration .
C'est à ce Mémoire que l'on à trouvé à propos de
joindre , comme une foi-difante Pièce Juftificative ,
un Acte du Duc Albert d'Autriche , par lequel il re--
nonce à toute prétention fur la Baffe- Bavière , fait
à Ratisbonne le jour de Saint- André 1429. On prétend
en avoir reçu à Berlin une copie authentique ,
qui doit avoir été vidimée dès l'an 1569 , par un Confeiller
Bavarois & Notaire - public , & l'on ajoute :
que l'original de cette Chartre décifive fe trouvera
fans doute dans les archives de Bavière , s'il n'a
pas été perdu dans les tems malheureux de la Bavière
«. Cette prétendue renonciation doit achever
d'anéantir toutes les prétentions de l'augufte maifon
d'Autriche. Mais , quoiqu'on puiffe fans héfiter s'en
remettre fimplement au jugement de tout homme
expert , verfé dans l'art Diplomatique , & s'affurer
qu'il la reconnoîtra au premier coup d'oeil pour un acte
contrefait , la fauffeté en fera démontrée au premier
jour par les preuves les plus convaincantes. Le public
aura lui-même obſervé , que la Cour de Berlin renverfe
elle-même , par cette prétendue Chartre , les
principes qu'elle avoit établis auparavant , pour met
tre en conteftation les droits de la maifon d'Autriche
fur la Balfe Bavière ; favoir , que l'inveftiture accor(
201 )
dée au Duc Albert avoit été nulle ou du moins
caffée dans la fuite par une Sentence de l'Empereur
Sigifmond; & que d'ailleurs les Agnats du Duc
Albert n'avoient eu aucune part à cette prétention.
Il eft auffi remarquable que la Cour de Berlin n'a
produit cette pièce qu'après avoir pris les armes ,
quoiqu'on cût déja dit publiquement , depuis plus de
trois mois , qu'elle ne pouvoit être que fuppofée «.
LES perquifitions que M. le Chancelier , Prince
de Kaunitz Riethberg , a fait faire pour retrouver la
malle du Courier ordinaire de Conftantinople , du
17 Juillet , n'ont produit encore aucun effet ; on croit
que les brigands qui ont commis ce crime font partie
des troupes Afiatiques , qui font en marche pour
Choczim , & qui le font rendus auffi coupables du
meurtre de leur propre Bacha. On dit qu'il fe trouve
parmi ces fcélérats , un grand nombre de Moldaves ,
qui ont commis pareillement beaucoup de dégats ,
depuis Bender , jufques fur les frontières de la Tranfilvanie.
On redouble d'activité & de précautions fur toutes
nos frontières , pour faire fubir la plus rigoureuſe
quarantaine à tout ce qui vient de la Turquie. Les
lettres de Triefte nous ont donné des allarmes , qui
rendent ces précautions indifpenfables ; s'il faut les
en croire , la pefte fait toujours de grands ravages
dans Conftantinople ; elle s'eft auffi manifeftée dans
quelques diftricts de la Natolie & de la Romélie , &
prefque tous les bâtimens Vénitiens & Ragufiens qui
fe trouvent dans le Levant , en font infectés .
Les prières extraordinaires pour le ſuccès de nos
armes devant être continuées , une fois par mois ,
pendant la guerre , elles ont eu lieu , le 9 de ce mois ,
dans la Cathédrale de Saint-Etienne ; elles fe feront
fucceffivement le 6 Septembre , le 4 Octobre , le 8
Novembre & le 6 Décembre.
L'entrée du Prince Henri en Bohême a fait ici
beaucoup de fenfation ; on a voulu faire un crime au
Général Major de Vins de l'échec qu'il a effuyé près
de Gabel , où il avoit été envoyé avec un détachement
pour s'oppoſer , autant qu'il étoit poffible , aux
( 199 )
progrès ultérieurs des Pruffiens & des Saxons. Cet
Officier dont le zèle & les talens militaires font connus
, s'eft pleinement juſtifié. On dit aujourd'hui
que la perte qu'il a effuyée doit être attribuée d'un
côté à un Major qui avoit été détaché en avant , &
qui avoit été fait prifonnier de guerre ; & de l'autre
à la trahifon des payfans. L'Empereur voulant examiner
cette affaire à fond , a voulu ravoir ce Major, &
a offert en échange un Colonel des Gardes Saxonnes ;
mais les Pruffiens ont refufé d'y confentir. On eſt
inftruit qu'un bataillon de Gaifrugg , un de Caprara ,
un de Kinski & un de Croates , ainfi que deux divifions
de Chevaux- Légers , qui occupoient un bois fur
la route que tenoit la première colonne ennemie , ont
beaucoup fouffert après s'être long-tems & bien défendus.
On avoit d'abord évalué notre perte à plus
de 2000 hommes ; mais il a paru qu'elle ne montoit
qu'à 1000 ou 1200 , parmi lesquels fe trouvent plufieurs
Officiers de l'Etat - Major ; en attendant le mémoire
que la Cour annonce depuis quelque tenis
elle a fait publier l'article fuivant dans la Gazette
d'aujourd'hui.
Il a été fait mention dans ces feuilles , tant du
manifefte que la Cour de Berlin a fait publier au
commencement de Juillet dernier , lors de la nouvelle
invafion en Bohéme , fous le titre d'Expofé des
Motifs , qui ont engagé S. M. Pruffienne à s'opposer
au démembrement de la Bavière , que de la Déclaration
du même Monarque aux hauts Co-Etats du
Saint-Empire , datée du 3 Juillet. Tous ceux qui
ont lu , avec quelqu'attention , certains Ouvrages
d'Auteurs particuliers , qui font fucceffivement fortis
des preffes de cette ville , fur-tout celui qui a pour
titre Réflexions impartiales fur plufieurs Queftions
, concernant la fucceffion des États du défunt
Electeur Maximilien- Jofeph ; & un autre intitulé
: Réponse aux Confidérations concernant la
fucceffion de Bavière , qui ont paru à Berlin , ver-
:
I 4
( 200 )
ront aifément que les principes établis dans l'Exposé
des Motifs & dans la Déclaration aux Co-Etats
font apocryphes ; que les conféquences que l'on a
voulu en tirer font fauffes ; & que les principaux argumens
ont déja été réfutés par les Ouvrages mentionnés
, puifque l'effentiel de l'Expofé & de la
Déclaration ne confifte qu'en pures répétitions de ce
qu'on lit dans les Confidérations . Cependant il va paroître
de la part de la Cour Impériale & Royale une
réfutation détaillée du Manifefte de Berlin & de la
Déclaration qui y est analogue.
» La Cour de Berlin' a encore donné au public un
Mémoire , daté du 14 Juillet dernier , pour fervir
de fuite , tant à l'Expofé , qu'à la Déclaration .
C'est à ce Mémoire que l'on à trouvé à propos de
joindre , comme une foi-difante Pièce Juftificative ,
un Acte du Duc Albert d'Autriche , par lequel il re--
nonce à toute prétention fur la Baffe- Bavière , fait
à Ratisbonne le jour de Saint- André 1429. On prétend
en avoir reçu à Berlin une copie authentique ,
qui doit avoir été vidimée dès l'an 1569 , par un Confeiller
Bavarois & Notaire - public , & l'on ajoute :
que l'original de cette Chartre décifive fe trouvera
fans doute dans les archives de Bavière , s'il n'a
pas été perdu dans les tems malheureux de la Bavière
«. Cette prétendue renonciation doit achever
d'anéantir toutes les prétentions de l'augufte maifon
d'Autriche. Mais , quoiqu'on puiffe fans héfiter s'en
remettre fimplement au jugement de tout homme
expert , verfé dans l'art Diplomatique , & s'affurer
qu'il la reconnoîtra au premier coup d'oeil pour un acte
contrefait , la fauffeté en fera démontrée au premier
jour par les preuves les plus convaincantes. Le public
aura lui-même obſervé , que la Cour de Berlin renverfe
elle-même , par cette prétendue Chartre , les
principes qu'elle avoit établis auparavant , pour met
tre en conteftation les droits de la maifon d'Autriche
fur la Balfe Bavière ; favoir , que l'inveftiture accor(
201 )
dée au Duc Albert avoit été nulle ou du moins
caffée dans la fuite par une Sentence de l'Empereur
Sigifmond; & que d'ailleurs les Agnats du Duc
Albert n'avoient eu aucune part à cette prétention.
Il eft auffi remarquable que la Cour de Berlin n'a
produit cette pièce qu'après avoir pris les armes ,
quoiqu'on cût déja dit publiquement , depuis plus de
trois mois , qu'elle ne pouvoit être que fuppofée «.
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Résumé : De VIENNE, le 15 Août.
Le 15 août à Vienne, les efforts pour localiser la malle du courrier de Constantinople du 17 juillet ont échoué. Des troupes asiatiques en route vers Choczim et des Moldaves sont suspectées d'être impliquées. En raison de la peste à Constantinople et dans certaines régions de l'Anatolie et de la Romélie, des mesures de quarantaine strictes sont renforcées aux frontières, affectant également des navires vénitiens et ragusiens. Des prières extraordinaires pour le succès des armées sont organisées mensuellement, la dernière ayant eu lieu le 9 août à la cathédrale Saint-Étienne. L'arrivée du Prince Henri en Bohême a suscité diverses émotions. Le Général Major de Vins, après une défaite près de Gabel contre les Prussiens et Saxons, s'est justifié en accusant un major capturé et la trahison des paysans. Les pertes militaires sont réévaluées à environ 1000 ou 1200 hommes, incluant plusieurs officiers d'état-major. L'empereur a tenté sans succès d'échanger un colonel saxon contre le major prisonnier. La Cour impériale prépare une réfutation du manifeste et de la déclaration de Berlin concernant la succession en Bavière. Berlin a publié un mémoire incluant un acte du Duc Albert d'Autriche, renonçant à ses prétentions sur la Basse-Bavière, daté de 1429. Cet acte est jugé contrefait et contradictoire avec les principes établis par Berlin. Le texte mentionne que certains acteurs n'ont pas été associés à cette prétention et que Berlin a présenté cette pièce après avoir pris les armes, bien qu'il ait été affirmé publiquement depuis plus de trois mois que cette pièce ne pouvait être que supposée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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