Résultats : 2 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 154-183
ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
Début :
MONSIEUR le Cat, Secrétaire pour les Sciences, ouvrit la séance par l'extrait des [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Prix, Mémoire, Génie, Gloire, Ouvrages, Hommes, Amour, Amitié, Chirurgie, Sculpteur, Observations, Sciences, Nature, Voyage, Théorie de la musique, Séance publique, Belles-lettres, Poète, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
ASSEMBLEE publique de l'Académie des
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
Fermer
Résumé : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
L'Assemblée publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de Rouen s'est tenue le 7 août 1765. Le secrétaire, Monsieur le Cat, a présenté les travaux de l'année académique, incluant des études sur la transpiration due aux piqûres de pucerons, les pieux et pilotis, la chute des corps, et diverses observations scientifiques. Les auteurs comprenaient M. Neveu, M. Baronnet, M. le Cat, M. Pinard, M. Hubert, M. Balliere, M. Chandelier, et l'Abbé Jaquin. Des prix ont été attribués en anatomie, chirurgie, mathématiques, botanique, et accouchements. Le Grand Prix de la Classe des Sciences a été décerné à M. David pour son mémoire sur la respiration. M. Maillet du Boullay a rendu compte des travaux littéraires, incluant des drames et des mémoires sur divers sujets. En janvier 1766, plusieurs travaux ont été présentés, tels qu'une dissertation sur l'origine de l'Université de Paris par l'abbé des Houffayes, des portraits par M. Dupont, un traité de peinture par M. Dandré, et une histoire de la ville de Montdidier par le Père Daire. M. Dornay a présenté des observations sur l'utilité des voyages. Les prix en peinture et sculpture ont été attribués à M. Jean-Martin Paulet, Jacques, Mlle Dorothée Jacques, et M. François Asselin. En architecture, M. Louis-Auguste Hardi a remporté le prix pour la construction d'une manufacture. En littérature, M. de la Harpe a été couronné pour son poème sur la délivrance de Salerne. Le texte mentionne également M. de Luxembourg, respecté pour sa bienveillance et son exactitude, décédé le 18 mai 1764, ainsi que les frères Slodtz, sculpteurs renommés. M. Dornay a présenté un mémoire sur les moyens de rendre les voyages utiles, distinguant trois parties : l'utilité pour les voyageurs, pour la patrie, et pour l'humanité. M. du Boullay a lu une traduction en vers réguliers de la première pythique de Pindare, réalisée par l'abbé Fontaine, visant à restituer l'enthousiasme lyrique de Pindare. M. de Couronne a présenté des mémoires sur la vie de François du Quesnoy, sculpteur né à Bruxelles en 1592. Ces mémoires clarifient une confusion entre François et son frère Jérôme. François du Quesnoy a dédié sa vie à son art, surmontant divers obstacles. Il réalisa plusieurs œuvres remarquables, dont une statue de Saint André pour l'église Saint-Pierre de Rome, considérée comme son chef-d'œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 151-170
ELOGE de Monsieur LE CAT, écuyer, docteur en médecine & chirurgien en chef de l'Hôtel Dieu de Rouen, professeur, démonstrateur en anatomie & chirurgie, lithotomiste-pensionnaire de la même ville ; des académies royales de Paris, Londres, Madrid, Porto, Berlin, Lyon, de l'Institut de Bologne, des Académies Impériales des curieux de la nature de Saint-Petersbourg, & secrétaire perpétuel de celle de Rouen.
Début :
De stériles regrets ne suffisent point à la mémoire du citoyen qui a consacré ses [...]
Mots clefs :
Claude-Nicolas Le Cat, Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Mémoire, Observations, Chirurgien, Chirurgien, Lettres, Dissertation, Paris, Académies, Travaux, Sciences, Mémoires, Médecine, Enfant, Liqueurs, Nature, Phénomène, Explication, Cerveau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE de Monsieur LE CAT, écuyer, docteur en médecine & chirurgien en chef de l'Hôtel Dieu de Rouen, professeur, démonstrateur en anatomie & chirurgie, lithotomiste-pensionnaire de la même ville ; des académies royales de Paris, Londres, Madrid, Porto, Berlin, Lyon, de l'Institut de Bologne, des Académies Impériales des curieux de la nature de Saint-Petersbourg, & secrétaire perpétuel de celle de Rouen.
ELOGE de Monfieur LE CAT , écuyer ,
docteur en médecine & chirurgien en
chefde l'Hôtel- Dieu de Rouen , profef-
Seur , démonstrateur en anatomie& chi
rurgie , lithotomiſte - penſionnaire de la
même ville ; des académies royales de
Paris , Londres , Madrid , Porto , Berlin
, Lyon , de l'Institut de Bologne ,
des Académies Impériales des curieux
de la nature de Saint - Petersbourg , &
Secrétaire perpétuel de celle de Rouen . ::
DE Aériles regrets ne fuffiſent point a
la mémoire du citoyen qui a conſacré ſes
veilles à ſa patrie ; la reconnoiffance publique
lui doit des éloges ; pour faire ce-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE
:
lui de M. le Cat , nous n'aurons beſoin
quede rappeller ſes travaux.
Claude- Nicolas le Cat maquit le 6
Septembre 1700 à Blerancourt , bourg
conſidérablede Picardie , entre Noyon ,
Chauni & Soiſſons. Il étoit fils de Claude
le Cat , chirurgien , élève de Monfieur
Maréchal , premier chirurgien du Roi ,
& de N. Mereſſe , fille de Simon Mereffe
, auffi chirurgien , dont le bisayeul
avoit été appellé à la cour pour
guérir un cancer de la Reine Anne d'Au.
triche. De grandes probabilités auroient
autorisé M. le Cat à adopter des traditions
de famille qui le faifoient fortir
d'une race noble , dont il reſte pluſieurs
tiges dans la même province ; mais il aima
mieux illustrer fon nom lui - même
que d'en tirer l'éclat de ſes ancêtres . Dans
certe penfée il prit pour deviſe ce pallage
de Tacite fur un peuple avec lequel fon
nom n'avoit pas moins de rapport que fon
caractere.
Catti fortunam inter dubia , virtutem inter certa
numerant.
M. le Cat commença ſes études à
Soiffons & les termina àParis , en foutenant
une théſe ſur toutes les parties de la
i
AVRIL . 1769 . 153
philoſophie. Son inclination le portoit à
l'étude dugénie. Il avoit appris ſeul, pendant
ſes études , les mathématiques & les
fortifications ; mais ſes parens qui le deftinoient
à l'état eccléſiaſtique , dont il
porta l'habit pendant dix ans , s'oppofoient
à ce penchant , & cette contradiction
de vocation & d'autorité ſe termina
par un parti également éloigné des deux
autres. M. le Cat ſe fit médecin , chirurgien
, & commença à ſe faire connoître
dans la république des lettres par une
differtation fur le balancement des arcsboutans
de l'égliſe St Nicaiſe de Rheims,
phénomene très-curieux.
M. le Cat continua à ſe diſtinguer par
ſes ouvrages , comme phyficien , comme
chirurgien& comme homme de lettres ;
c'eſt ſous ces trois points de vue que nous
le préſenterons , après avoir ſommairement
rendu compte de ſes autres travaux.
En 1725 , il avoit fait une lettre ſur
la fameuſe aurore boréale qui avoit tant
effrayé le Public. En 1731 , il obtint en
concours la ſurvivance de la place de
chirurgien en chef de l'Hôtel - Dieu de
Rouen, où il ne s'érab it cependant qu'en
1733. En 1732 , il prit ſes degrés en médecine
, obtint le premier acceffit que
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
donnoit , pour la premiere fois , l'académie
de chirurgie ; mais il y remporta les
prix de toutes les années ſuivantes jufqu'en
1738 incluſivement : la deviſe du
mémoire de cette année étoit ufquequd.
En effet pour arrêter ſes triomphes , l'académie
ne trouva d'autres moyens que
de ſe l'aſſocier. A la fin de la même année
, M. de la Peyronnie lui offrit à Paris
un établiſſement des plus avantageux ,
qu'il refuſa par reconnoiffance pour les
bienfaits qu'il avoit reçus de la ville de
Rouen , & dans laquelle il ſe fixa pour
jamais en épouſant , en 1742 , Marguerite
Champoſſin , dont il ne lui reſte
qu'une fille âgée de vingt ans , mariée
depuis peu à M. David , docteur en médecine&
chirurgien de Paris , qui lui a
ſuccédé dans toutes ſes places ,& qui s'eſt
déjà fait connoître très-avantageuſement
dans la république des lettres par plufleurs
ouvrages très eſtimés ſur la phyſique
&fur la médecine.
M. le Cat , après avoir rempli d'une
maniere ſi triomphante la carriere qui
l'avoit conduit à l'académie de Paris ,
adreſſa ſes travaux aux autres académies
de l'Europe , qui ſe firent honneur de le
recevoir. Celle de St Petersbourg qui , à
l'exemple de pluſieurs académies d'Ita
AVRIL. 1769 . ISS
lie , eſt dans l'uſagede donner un ſurnom
à ſes aſſociés , l'appella Pliftonicus , c'eſtà-
dire , le remporteur de prix.
Ses ouvrages les plus conſidérables en
phyſique font :
La differtation ſur le phénomene des
arcs- boutans dont nous avons déjà parlé.
Unmémoire ſur la peſanteur & la légereté
des corps.
Un autre fur leur reffort & leur élafticité.
Une differtation ſur le Aux& le reflux
de la mer , dans lequel il démontre l'équilibre
de toutes les parties de l'Univers
, & établit un mouvement de la terre
& de la lune.
Une diſſertation ſur la faſcination.
Une differtation ſur les preſſentimens
&la ſympathie.
Une annonce de ſon eſſai ſur l'hiſtoire
de la terre ou de ſon ſyſtême ſur la formation
des montagnes par le flux & reflux
, & de l'origine des coquillages & des
animaux foffiles , &c. Ce ſyſtème conçu
dès 1731 , & donné dans le Journal de
Verdun en 1748 , eſt antérieur à ceux de
Téliamed & de M. de Buffon .
Une explication du mouvement de rotation
des planetes , ſecond volume du
G vj
136 MERCURE DE FRANCE.
Mercure de Décemb. 1737 , fous le nom
de Romazzini .
Une differtation fur cette queſtion :
Pourquoi la lune paroît elle plus grande à
Chorifon.
Obſervations envoyées à l'académie
des ſciences de Paris, fut la comete de
1742 , qu'il découvrit le premier à
Rouen , & dont il donne les configurations
entre les étoiles fixes .
Differtation ſur les influences de la lune.
Journal de Verdun , Décemb. 1741
& Juillet 1742 .
Pluſieurs mémoires fur Pélectricité , &
entr'autres fur la découverte faite parM.
le Cat du phénomene de la ſuſpenſionde
la feuille d'or en l'air au bout de la barre
électrique en 1745 & 1746 .
Sur l'aſcenſion des liqueurs dans les
tuyaux capillaires. Janvier 1747 .
Mémoire fur les géans , 1747 .
Obſervations météorologiques faites
pendantquatorze années.
Mémoire fur la chaleur centrale de la
terre , les volcans, les incendies fpontanés
terreſtres , leurs cauſes , 1750.
Détermination dela hauteur du pôle à
Rouen , plusjuſte , à ce que préſume l'auteur
, que celle qu'on a déterminée juf
qu'ici , 1750.
AVRIL. 1769. 157
Mémoires ſur la méridienne du tems
moyen , 1750 .
-pour fervir à l'hiſtoire naturelle de la
ville de Rouen & de ſes environs.
Remarques ſur les défauts de l'hydrometre
à corde, l'invention d'un hydrome.
tre plus ſenſible of plus fidéle.
Examendes principales expériences de
la doctrine de M. Franklin ſur l'électricité,
1752 .
Nouveau barometre qui conferve une
partie des avantages des barometres à
groffes colonnes de Mercure , ſans en
avoir les inconvéniens , 1752 .
Explication de quelques phénomenes
du barometre & du thermometre , 1752 .
Defcription d'un mats pour l'usage des
grandes lunettes & de deux ſupports du
bout oculaire de ces lunettes , 1753 .
Mémoire ſur les progrès des ſciences
&des arts , & de la poſſibilitéde les perfectionner
encore , 1753 .
Sur des animaux trouvés vivans au centredes
corps folides , tels que des blocs de
pierre , des arbres , &c. fans aucune iffue
au-dehors , 17550
Difcours qui prouvent que les arts appartiennent
plus aux ſciences qu'aux belles-
lettres , 1756 .
Application des nouvelles expériences
158 MERCURE DE FRANCE.
durefroidiſſement des liqueurs , leſquelles
expériences avoient été envoyées à l'académie
par M. l'abbé Nollet, ſon aſſocié.
Obſervation nouvelle ſur les géans .
Eſſai d'un ſyſtême phyſico mécanique
des affinités, ouvrage brûlé dans l'incendie
de fon cabinet , du 26 Décembre 1762 .
Mémoire fur cette queſtion , propoſée
à l'académie de Rouen , pourquoi le cuivre
est- il plus caſſant à chaud qu'à froid ,
tandis que les autres métauxfont plus caf-
Sans à froid qu'à chaud ? 1759 .
Remarques fur les états de la colle de
farine qui avoit été expoſée à la gêlée &
au dégel , leſquelles confirment les effets
d'atmosphere attractive & impulſive , que
M. le Cat donne pour principe de l'affinité
, 1760 .
Expoſition & explication d'un petit
phenomene obſervé dans la fufion du
ſoufre qui , de très- liquide dans le premier
degré de chaleur où il étoit d'abord,
devient épais comune du miel , à une chaleur
plus conſidérable , & reprend enſuite
ſa premiere liquidité en le laiſſant refroidir
juſqu'à ce premier degré de chaleur où
il étoit d'abord liquéfié , en 1760 .
Explication des effets d'un nouveau
marteau d'eau , ou nouvelle eſpéce de
cette machine , appellée vulgairement
AVRIL. 1769. 159
l'eau dans le vuide , trouvé par le Sr Scanegat
, 1763 .
Hiſtoire de la répétition des expérien
ces de la chûte des corps graves exécutés
du haut de la tour de la cathédrale de
Rouen avec la machine de M. Hubert ,
perfectionnée par M. le Cat, dans l'intention
d'améliorer la doctrine de la deſcente
des graves, cellede la réſiſtance des milieux
& celle de la force de percuffion .
4 La premiere repétition qui ſe ſoit faite
en France de la pompe afpirante de Séville
, laquelle porte l'eau , non pas à 32
pieds , felon la regle commune , mais à 60
pieds , &c. Explication de ce phénomene,
1766 .
En qualité de chirurgien , M. le Cat
donna d'abord un mémoire fur la taille
des femmes ; enfuite un volume fur l'opération
en général de la taille ; un autre
fur le diffolvant de la pierre , & fix lettres
fur la même matiere .
Un volume fur la couleur de la peau
humaine & fur celle des Négres en particulier.
Un volume , traitant de l'évacuation
périodique du ſexe . 7
Le premier volume des mémoires de
l'Académie de Rouen, qui feront publiés
160 MERCURE DE FRANCE.
dans peu , contient un grand nombre
d'expériences anatomiques faites parM.
leCat.
Diflertations fur la génération , &c .
Journal de Verdun .
En 1738 , il donna à l'académie des
ſciences de Paris l'obſervation de la biffurcationde
la veine azigos , trouvée dans
un marcaffin , hut. pag. 45 , & de la réuniondes
veines coronaires en un ſeul tronc
qui, ſans pénétrer dans l'oreillette droite,
ſejettoit dans la veine ſouclaviere gauche;
& il envoya , à cette compagnie , un oeil
diſſéqué , où l'origine de ſes tuniques étoit
démontrée venir des meninges du cerveau
.
Un traité de la métamorphoſe des os
enparties molles , en 1740 .
Des obſervations ſur le trou ovale qu'il
a trouvéouvert dans pluſieurs adultes , &
fur tout dans les femmes , dont un cinquiéme
conſerve ſes ouvertures. Il y joignit
des obſervations ,& une differtation
fur les hidatitées.
Depuis 1741 juſqu'à 1765 , il a communiqué
à la même compagnie un grand
nombre de mémoires anatomiques & pathologiques
imprimés dans les tranſactions
, qu'il feroit trop long de détailler
ici . On y trouve , en 1749 , le bocal,qu'il
AVRIL. 1769. 161
a inventé pour conſerver dans les liqueurs
ſpiritueuſes les piéces anatomiques ou
toutes autres ſubſtances corruptibles .
En 1744 , il donna , à l'académie de
Rouen , un mémoire intitulé : Description
d'un homme automate , dans lequel
on verra exécuter les principales fonctions
de l'économie animale , la circulation , la
refpiration , les fecrétions , & au moyen
desquels on peut déterminer les effets méchaniques
de la faignée , &foumettre au
joug de l'expérience pluſieurs phénomenes
intéreſſans qui n'en paroiſſent pasfufceptibles.
Cet ouvrage eſt accompagné de toutes
les figures néceſſaires à l'exécution de
Pautomate. C'eſt un article détaché de la
troifiéme partie d'un traité de la ſaignée
que M. le Cat avoit compofé dès 1729 ,
&qui avoit été annoncé dans les Jour
naux de ce tems. Il en faiſoit la partie
expérimentale.
Cette même année 1744 , il communiqua
à l'académie de Rouen , 1º. l'obſervation
d'une ſpina ventofa à la tête ;
2º. Celle d'une piqûure de l'os d'une frac
ture qu'il a réduite , quia produit une virulence
mortelle &une gangrene au pouce
même de l'opérateur qui avoit touché
cette pointe d'os, à l'occaſion de laquelle
162 MERCURE DE FRANCE.
il differte fur la nature des vitus ; 3 °. Un
mémoire ſur l'hydrophobie ou la rage ;
4°. Un enfant double par le haut juſqu'à
la ceinture , fimple par le bas ; l'un des
deux né vivant, l'autre mort. Il n'y avoit
qu'un coeur pour eux deux , de forte que
l'un des freres donnoit du ſang à l'autre.
M. le Cat differte ſur tous ces points & fur
toutes les difficultés qui en réſultent.
En 1748 , il commença à obſerver
les maladies qui regnerent à Rouen
dans toute l'année, ce qu'il continua d'obſerver
quatre années de ſuite , en y joignant
les variations de l'atmoſphere & les
réflexions qu'on doit attendre d'un médecin
phyficien.
Cet ouvrage contient 1º . un diſcours
fur les obfervations météorologiques . Il
donne des preuves phyfico anatomiques
de divers effets de la température
de l'atmosphere ſur nos nerfs , nos liqueurs
, notre ſanté , &c. Une des utilités
de ces obſervations , ſelon lui , eft de nous
conduire quelque jour à prédire ces températures
des ſaiſons qui onttant de part à
notre vie & à nos beſoins , & qu'il feroit ſi
avantageux à l'état de prévoir. Il prétend
que tout eſt périodique dans la nature , &
il donne de fortes preuves que la variété
AVRIL. 1769. 163
des ſaiſons eſt aſſujettie à la même loi , &
que par une ſuite affez longue d'obſervations
météorologiques bien faites on peut
parvenir à connoître ce période .
2º. Un mémoire fur la température
particuliere du climat de Rouen .
3 °. Pluſieurs differtations phyſiques
de l'article précédent ſur les inftrumens
qui fervent aux obſervations météorologiques&
leurs effets .
4°. Deux grands mémoires ſur les fiévres
malignes en général & en particulier
fur celles qui ont regné à Rouen à la fin de
1753 & au commencementde 1754 .
Depuis 1746 juſqu'en 1765 , M. le
Cat donna à la même académie de Rouen
les ouvrages ſuivans : l'obſervation d'un
prétendu hermaphrodite de Louviers &
d'un os qu'on croyoit appartenir à un
géant ; une differtation ſur cette eſpéce
d'homme ; des obſervations ſur la gangrenne
ſéche; celle ſur un curedentavalé ,
enfuite rendu par les urines ; mémoire
fur la génération& la cauſe des maladies
héréditaires ; féve d'aricot trouvée au
centre d'une pierre de la veſſie ovaire
d'une femme où le canal déférent étoit
creux ; morſure d'un canard irrité qui
donne une fiévre maligne & mortelle .
Obſervations anatomiques fur la com164
MERCURE DE FRANCE.
munication des vaiſſeaux du placenta ,
tant entre eux qu'entre ceux de la matrice
, conſtatées par des injections , & arteſtées
par des commiſſaires de l'académie.
Sur le tetanos , les ſignes caractériſtiques
de l'inflammation de la pie-mere ,
les fonctions des membranes du cerveau.
Sur une groſſeſſe de trois ans .
Surune autre de vingt- fix mois.
Sur une ſuperfétation arrivée à une
femme de Louviers , qui accoucha de
trois enfans , chacun à trois mois l'un de
Pautre.
Sur la communication des vaiſſeaux
fanguins entre le foetus & fa mere , dé
montrée ſur des piéces injectées & conf.
ratées par trois commiffaires de l'académie.
Sur un engorgement par congestion
dans toute l'étendue du péritoine , devenu
fuppuratoire avec iſſue des matieres
fécales.
Sur trois monftres, dont l'un avoit fix
doigts à la main; le ſecond, les yeux hors
de la tête , & le troiſieme , quatre yeux
dans une feule tête .
Sur un enfant née ſans front , ayant un
grand nez qui lui donnoit la phyſionomie
d'un adulte.
AVRIL. 1769 . 165
Sur un hermaphrodite imparfait de
dix ſept ans , & fur un enfant femelle à
deux têres.
Sur la ſubſtancedu cerveau d'un négre,
&c.&c.
Obſervations ſur une femme morte ,
pour avoir été fucée de ſangſues.
Sur des jumeaux d'une parfaite refſemblance.
Sur un enfant monftrueux par l'hypogaftre
en ce que le nombril manquoit ,
une partie des inteſtins étoitdécouverte.
Il n'avoit ni veffie , ni anus , & les deux
ouvertures de l'anus& des ureteres , placées
en- dedans , ſe réuniſſoient en un petit
eſpace au - deffus du pubis .
Sur une fuppuration d'une oreille , devenue
morteile.
Mémoire fur un enfant né ſans cerveau .
M. le Cat en avoit apporté un ſemblable
à l'académie le 18 Décembre 1755 .
Sur lamonſtruoſité des organes de la
génération & de ceux des urines par défaut
ou foibleſſe de nature .
D'un enfant monftrueux qui portoit
une partie de ſon cerveau & de fon cervelet
dans une tumeur ſituée à la partie
poſtérieure de la tête.
Mémoire fur le ſommeil , brûlé à l'incendie
de ſon cabinet.
166 MERCURE DE FRANCE.
:
Obfervations pathologiques & anatomiques
des maladies mortelles en is ou
18 heures .
Remarques ſur l'intérieur de l'utérus
dans le tems des regles; fingularités nouvelles
des trompes de fallope , & maladies
des ovaires du même ſujet.
Foetus humain qui manquoit de tête, de
coeur , de poumon , d'eſtomac , de rate ,
de foie , de pancréas & de reins ordinaires
, & qui , cependant , a vécu les neuf
mois de la groſſeſſe ordinaire , & avec un
accroiſſement à peu- près égal à celui des
autres enfans , 1764 .
Obſervations ſur un mangeur de cail .
loux.
Mémoire fur la féche inſecte poiffon ,
avec grand nombre de planches , tendant
à établir les élémens de l'animalité.
Un mémoire couronné à l'académie de
Berlin , fur la nature du fluide des nerfs ,
& un aurre ſur la ſenſibilité de la duremere
, de la pie- mere &des membranes .
Un autre mémoire à l'académie de Toulouſe,
ſur la théorie de l'ouïe, qui fut couronné
par un triple prix qui n'avoit point
été délivré les années précédentes.
Comme académicien ſecrétaire perpétuel
de l'académie des ſciences& promoteur
de l'établiſſement de celle de Rouen,
AVRIL. 1769. 167
M. le Cat a donné aux belles- lettres une
réfutation du diſcours de Jean - Jacques
Rouſſeau , qui a remporté le prix de l'académie
de Dijon ; réfutation qu'il foutint
avec honneur contre ce célébre écrivain
, & contre l'académie elle - même
qui foutint fon jugement.
Préface du premier volume des mémoires
de l'académie , où , après avoir
expoſé le plan de cet ouvrage , on répond
à quelques objections faites contre la
multiplicité des académies & des livres ,
&l'on prouve , par une hiſtoire ſuccinte
des belles lettres , des ſciences & des arts,
la poffibilité de faire des progrès dans les
uns & d'empêcher la décadence des autres
; double projet à l'exécution duquel
les académies font néceſſaires.
Hiſtoire de l'académie depuis fon origine
juſqu'en 1745 .
Divers éloges du Pere Meſcartel , du
Pere Caſtel , de MM . de Moyancourt , du
Boccage , Gunz , Guerin , le Prince &
Fontenelle.
Ces travaux littéraires ne firent point
négliger à M. le Cat ceux que fon art rendoitplus
directement utiles au Public .Dès
qu'il fût établi à Rouen , il y enſeigna l'anatomie
& la chirurgie. Il obtint du Roi
(1736) que ſon école particuliere fût éri
168 MERCURE DE FRANCE.
gée en école publique ; & ce fut , après
dix ans d'inftruction gratuite , qu'il contribua
de ſes propres deniers à la conftruction
de cet amphithéâtre anatomique.
Dans le même tems il réunit dans la mê
me ville pluſieurs ſcavans & amateurs
des arts , &devint , par ce moyen , le promoteur
de l'académie dont il fut depuis
le ſecrétaire ; il ne concourut pas avec
moins d'efficacité aux progrès de l'école
de deſſin , en lui prêtant ſon amphithéâtre
pendant pluſieurs années , & tandis
qu'il foutenoit le zèle de ſes éleves par
des prix diſtribués à ſes dépens dans des
féances publiques , fon épouſe excitoit
celui des deſſinateurs avec la même généroſité;
enfin la ville , touchée de ce zèle
vraiment patriotique , réſolut , dans les
dernieres années , d'en prendre les frais
fur fon compte.
La pratique de ſon art n'éprouva pas
moins les effets de ſon zèle . Deux ans mê.
me avant fon établiſſement , il fut le reftaurateur
de l'opération de la taille , qu'on
avoit abandonnée en Normandie. Il la
perfectionna , & la fit avec tant de fuccès,
que le magiſtrat de Rouen fit publier en
1739 , que de ſept printems , pendant
leſquels cethabile lithotomiſte avoit taillé
dans cette province , il y en avoit cinq
dans
AVRIL. 1769. 169
dans lesquels il ne lui étoit mort aucun
ſujet. Ses ſuccès , qui l'avoient fait appeller
dans les pays étrangers , dans pluſieurs
de nos provinces , & même à Paris,
-lui mériterent d'abord , comme lithoto-
-miſte , une penſion de deux mille livres
fur les octrois de Rouen ; & depuis une
- ſeconde , viagere , de pareille ſomme
-(1759) par augmentation à celle de chi-
-rurgien en chef de l'Hôtel - Dieu de
Rouen .
- Après tant de travaux &de ſuccès , il
ne manquoit à la gloire decet illuſtre artiſte
que d'éprouver l'ingratitude & l'injustice.
Quelques académiciens nouveaux
-paturent douter de la grande part queM.
le Cat avoit à l'établiſſement de leur académie
, & voulurent l'attribuer à d'autres;
mais tous les anciens académiciens
reclamerent en ſa faveur , & le doyen de
l'académie lui donna le certificat fuivant.
>>Nous ſouſſigné doyen de l'académie
» & témoin oculaire de ſa naiſſance & de
» ſa création, atteſtons que M. le Cat fut,
» en 1740 , l'auteur du projet de transfor-
>> mer notre premiere aſſociation en cette
>> ſociété académique qui eſt devenue de-
>> puis ( 1744) académie royale , & que
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
1
» c'eſt principalement à fon zèle & à ſon
» activité que nous devons l'exécution de
>> ce projet. A Rouen , ce 15 Janv. 1761 .
» Signé , LA ROCHE. »
Enfin , au mois de Janvier , en reconnoiſſance
des ſervices importans & multipliés
de M. le Cat , le Roi lui accorda
des lettres de nobleſſe ;&par une diſtinction
particuliere, le parlement& la chambre
des comptes deNormandie les enregiftrerentgratis.
C'eſt avec regret que , pour nous conformer
à la forme ordinaire de cet ouvrage
, nous ne pouvons nous livrer au
plaiſit que nous aurions de nous étendre
fur toutes les qualités ſociales & les vertus
particulieres dece bienfaiteurde l'hu-
-manité qu'il honora par ſes écrits , qu'il
foulagea par ſes travaux ; nous aurionsdefiré
fémer autant de fleurs ſur ſa tombe
que ſa patrie a verſé de larmes ſur ſa
perte.
docteur en médecine & chirurgien en
chefde l'Hôtel- Dieu de Rouen , profef-
Seur , démonstrateur en anatomie& chi
rurgie , lithotomiſte - penſionnaire de la
même ville ; des académies royales de
Paris , Londres , Madrid , Porto , Berlin
, Lyon , de l'Institut de Bologne ,
des Académies Impériales des curieux
de la nature de Saint - Petersbourg , &
Secrétaire perpétuel de celle de Rouen . ::
DE Aériles regrets ne fuffiſent point a
la mémoire du citoyen qui a conſacré ſes
veilles à ſa patrie ; la reconnoiffance publique
lui doit des éloges ; pour faire ce-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE
:
lui de M. le Cat , nous n'aurons beſoin
quede rappeller ſes travaux.
Claude- Nicolas le Cat maquit le 6
Septembre 1700 à Blerancourt , bourg
conſidérablede Picardie , entre Noyon ,
Chauni & Soiſſons. Il étoit fils de Claude
le Cat , chirurgien , élève de Monfieur
Maréchal , premier chirurgien du Roi ,
& de N. Mereſſe , fille de Simon Mereffe
, auffi chirurgien , dont le bisayeul
avoit été appellé à la cour pour
guérir un cancer de la Reine Anne d'Au.
triche. De grandes probabilités auroient
autorisé M. le Cat à adopter des traditions
de famille qui le faifoient fortir
d'une race noble , dont il reſte pluſieurs
tiges dans la même province ; mais il aima
mieux illustrer fon nom lui - même
que d'en tirer l'éclat de ſes ancêtres . Dans
certe penfée il prit pour deviſe ce pallage
de Tacite fur un peuple avec lequel fon
nom n'avoit pas moins de rapport que fon
caractere.
Catti fortunam inter dubia , virtutem inter certa
numerant.
M. le Cat commença ſes études à
Soiffons & les termina àParis , en foutenant
une théſe ſur toutes les parties de la
i
AVRIL . 1769 . 153
philoſophie. Son inclination le portoit à
l'étude dugénie. Il avoit appris ſeul, pendant
ſes études , les mathématiques & les
fortifications ; mais ſes parens qui le deftinoient
à l'état eccléſiaſtique , dont il
porta l'habit pendant dix ans , s'oppofoient
à ce penchant , & cette contradiction
de vocation & d'autorité ſe termina
par un parti également éloigné des deux
autres. M. le Cat ſe fit médecin , chirurgien
, & commença à ſe faire connoître
dans la république des lettres par une
differtation fur le balancement des arcsboutans
de l'égliſe St Nicaiſe de Rheims,
phénomene très-curieux.
M. le Cat continua à ſe diſtinguer par
ſes ouvrages , comme phyficien , comme
chirurgien& comme homme de lettres ;
c'eſt ſous ces trois points de vue que nous
le préſenterons , après avoir ſommairement
rendu compte de ſes autres travaux.
En 1725 , il avoit fait une lettre ſur
la fameuſe aurore boréale qui avoit tant
effrayé le Public. En 1731 , il obtint en
concours la ſurvivance de la place de
chirurgien en chef de l'Hôtel - Dieu de
Rouen, où il ne s'érab it cependant qu'en
1733. En 1732 , il prit ſes degrés en médecine
, obtint le premier acceffit que
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
donnoit , pour la premiere fois , l'académie
de chirurgie ; mais il y remporta les
prix de toutes les années ſuivantes jufqu'en
1738 incluſivement : la deviſe du
mémoire de cette année étoit ufquequd.
En effet pour arrêter ſes triomphes , l'académie
ne trouva d'autres moyens que
de ſe l'aſſocier. A la fin de la même année
, M. de la Peyronnie lui offrit à Paris
un établiſſement des plus avantageux ,
qu'il refuſa par reconnoiffance pour les
bienfaits qu'il avoit reçus de la ville de
Rouen , & dans laquelle il ſe fixa pour
jamais en épouſant , en 1742 , Marguerite
Champoſſin , dont il ne lui reſte
qu'une fille âgée de vingt ans , mariée
depuis peu à M. David , docteur en médecine&
chirurgien de Paris , qui lui a
ſuccédé dans toutes ſes places ,& qui s'eſt
déjà fait connoître très-avantageuſement
dans la république des lettres par plufleurs
ouvrages très eſtimés ſur la phyſique
&fur la médecine.
M. le Cat , après avoir rempli d'une
maniere ſi triomphante la carriere qui
l'avoit conduit à l'académie de Paris ,
adreſſa ſes travaux aux autres académies
de l'Europe , qui ſe firent honneur de le
recevoir. Celle de St Petersbourg qui , à
l'exemple de pluſieurs académies d'Ita
AVRIL. 1769 . ISS
lie , eſt dans l'uſagede donner un ſurnom
à ſes aſſociés , l'appella Pliftonicus , c'eſtà-
dire , le remporteur de prix.
Ses ouvrages les plus conſidérables en
phyſique font :
La differtation ſur le phénomene des
arcs- boutans dont nous avons déjà parlé.
Unmémoire ſur la peſanteur & la légereté
des corps.
Un autre fur leur reffort & leur élafticité.
Une differtation ſur le Aux& le reflux
de la mer , dans lequel il démontre l'équilibre
de toutes les parties de l'Univers
, & établit un mouvement de la terre
& de la lune.
Une diſſertation ſur la faſcination.
Une differtation ſur les preſſentimens
&la ſympathie.
Une annonce de ſon eſſai ſur l'hiſtoire
de la terre ou de ſon ſyſtême ſur la formation
des montagnes par le flux & reflux
, & de l'origine des coquillages & des
animaux foffiles , &c. Ce ſyſtème conçu
dès 1731 , & donné dans le Journal de
Verdun en 1748 , eſt antérieur à ceux de
Téliamed & de M. de Buffon .
Une explication du mouvement de rotation
des planetes , ſecond volume du
G vj
136 MERCURE DE FRANCE.
Mercure de Décemb. 1737 , fous le nom
de Romazzini .
Une differtation fur cette queſtion :
Pourquoi la lune paroît elle plus grande à
Chorifon.
Obſervations envoyées à l'académie
des ſciences de Paris, fut la comete de
1742 , qu'il découvrit le premier à
Rouen , & dont il donne les configurations
entre les étoiles fixes .
Differtation ſur les influences de la lune.
Journal de Verdun , Décemb. 1741
& Juillet 1742 .
Pluſieurs mémoires fur Pélectricité , &
entr'autres fur la découverte faite parM.
le Cat du phénomene de la ſuſpenſionde
la feuille d'or en l'air au bout de la barre
électrique en 1745 & 1746 .
Sur l'aſcenſion des liqueurs dans les
tuyaux capillaires. Janvier 1747 .
Mémoire fur les géans , 1747 .
Obſervations météorologiques faites
pendantquatorze années.
Mémoire fur la chaleur centrale de la
terre , les volcans, les incendies fpontanés
terreſtres , leurs cauſes , 1750.
Détermination dela hauteur du pôle à
Rouen , plusjuſte , à ce que préſume l'auteur
, que celle qu'on a déterminée juf
qu'ici , 1750.
AVRIL. 1769. 157
Mémoires ſur la méridienne du tems
moyen , 1750 .
-pour fervir à l'hiſtoire naturelle de la
ville de Rouen & de ſes environs.
Remarques ſur les défauts de l'hydrometre
à corde, l'invention d'un hydrome.
tre plus ſenſible of plus fidéle.
Examendes principales expériences de
la doctrine de M. Franklin ſur l'électricité,
1752 .
Nouveau barometre qui conferve une
partie des avantages des barometres à
groffes colonnes de Mercure , ſans en
avoir les inconvéniens , 1752 .
Explication de quelques phénomenes
du barometre & du thermometre , 1752 .
Defcription d'un mats pour l'usage des
grandes lunettes & de deux ſupports du
bout oculaire de ces lunettes , 1753 .
Mémoire ſur les progrès des ſciences
&des arts , & de la poſſibilitéde les perfectionner
encore , 1753 .
Sur des animaux trouvés vivans au centredes
corps folides , tels que des blocs de
pierre , des arbres , &c. fans aucune iffue
au-dehors , 17550
Difcours qui prouvent que les arts appartiennent
plus aux ſciences qu'aux belles-
lettres , 1756 .
Application des nouvelles expériences
158 MERCURE DE FRANCE.
durefroidiſſement des liqueurs , leſquelles
expériences avoient été envoyées à l'académie
par M. l'abbé Nollet, ſon aſſocié.
Obſervation nouvelle ſur les géans .
Eſſai d'un ſyſtême phyſico mécanique
des affinités, ouvrage brûlé dans l'incendie
de fon cabinet , du 26 Décembre 1762 .
Mémoire fur cette queſtion , propoſée
à l'académie de Rouen , pourquoi le cuivre
est- il plus caſſant à chaud qu'à froid ,
tandis que les autres métauxfont plus caf-
Sans à froid qu'à chaud ? 1759 .
Remarques fur les états de la colle de
farine qui avoit été expoſée à la gêlée &
au dégel , leſquelles confirment les effets
d'atmosphere attractive & impulſive , que
M. le Cat donne pour principe de l'affinité
, 1760 .
Expoſition & explication d'un petit
phenomene obſervé dans la fufion du
ſoufre qui , de très- liquide dans le premier
degré de chaleur où il étoit d'abord,
devient épais comune du miel , à une chaleur
plus conſidérable , & reprend enſuite
ſa premiere liquidité en le laiſſant refroidir
juſqu'à ce premier degré de chaleur où
il étoit d'abord liquéfié , en 1760 .
Explication des effets d'un nouveau
marteau d'eau , ou nouvelle eſpéce de
cette machine , appellée vulgairement
AVRIL. 1769. 159
l'eau dans le vuide , trouvé par le Sr Scanegat
, 1763 .
Hiſtoire de la répétition des expérien
ces de la chûte des corps graves exécutés
du haut de la tour de la cathédrale de
Rouen avec la machine de M. Hubert ,
perfectionnée par M. le Cat, dans l'intention
d'améliorer la doctrine de la deſcente
des graves, cellede la réſiſtance des milieux
& celle de la force de percuffion .
4 La premiere repétition qui ſe ſoit faite
en France de la pompe afpirante de Séville
, laquelle porte l'eau , non pas à 32
pieds , felon la regle commune , mais à 60
pieds , &c. Explication de ce phénomene,
1766 .
En qualité de chirurgien , M. le Cat
donna d'abord un mémoire fur la taille
des femmes ; enfuite un volume fur l'opération
en général de la taille ; un autre
fur le diffolvant de la pierre , & fix lettres
fur la même matiere .
Un volume fur la couleur de la peau
humaine & fur celle des Négres en particulier.
Un volume , traitant de l'évacuation
périodique du ſexe . 7
Le premier volume des mémoires de
l'Académie de Rouen, qui feront publiés
160 MERCURE DE FRANCE.
dans peu , contient un grand nombre
d'expériences anatomiques faites parM.
leCat.
Diflertations fur la génération , &c .
Journal de Verdun .
En 1738 , il donna à l'académie des
ſciences de Paris l'obſervation de la biffurcationde
la veine azigos , trouvée dans
un marcaffin , hut. pag. 45 , & de la réuniondes
veines coronaires en un ſeul tronc
qui, ſans pénétrer dans l'oreillette droite,
ſejettoit dans la veine ſouclaviere gauche;
& il envoya , à cette compagnie , un oeil
diſſéqué , où l'origine de ſes tuniques étoit
démontrée venir des meninges du cerveau
.
Un traité de la métamorphoſe des os
enparties molles , en 1740 .
Des obſervations ſur le trou ovale qu'il
a trouvéouvert dans pluſieurs adultes , &
fur tout dans les femmes , dont un cinquiéme
conſerve ſes ouvertures. Il y joignit
des obſervations ,& une differtation
fur les hidatitées.
Depuis 1741 juſqu'à 1765 , il a communiqué
à la même compagnie un grand
nombre de mémoires anatomiques & pathologiques
imprimés dans les tranſactions
, qu'il feroit trop long de détailler
ici . On y trouve , en 1749 , le bocal,qu'il
AVRIL. 1769. 161
a inventé pour conſerver dans les liqueurs
ſpiritueuſes les piéces anatomiques ou
toutes autres ſubſtances corruptibles .
En 1744 , il donna , à l'académie de
Rouen , un mémoire intitulé : Description
d'un homme automate , dans lequel
on verra exécuter les principales fonctions
de l'économie animale , la circulation , la
refpiration , les fecrétions , & au moyen
desquels on peut déterminer les effets méchaniques
de la faignée , &foumettre au
joug de l'expérience pluſieurs phénomenes
intéreſſans qui n'en paroiſſent pasfufceptibles.
Cet ouvrage eſt accompagné de toutes
les figures néceſſaires à l'exécution de
Pautomate. C'eſt un article détaché de la
troifiéme partie d'un traité de la ſaignée
que M. le Cat avoit compofé dès 1729 ,
&qui avoit été annoncé dans les Jour
naux de ce tems. Il en faiſoit la partie
expérimentale.
Cette même année 1744 , il communiqua
à l'académie de Rouen , 1º. l'obſervation
d'une ſpina ventofa à la tête ;
2º. Celle d'une piqûure de l'os d'une frac
ture qu'il a réduite , quia produit une virulence
mortelle &une gangrene au pouce
même de l'opérateur qui avoit touché
cette pointe d'os, à l'occaſion de laquelle
162 MERCURE DE FRANCE.
il differte fur la nature des vitus ; 3 °. Un
mémoire ſur l'hydrophobie ou la rage ;
4°. Un enfant double par le haut juſqu'à
la ceinture , fimple par le bas ; l'un des
deux né vivant, l'autre mort. Il n'y avoit
qu'un coeur pour eux deux , de forte que
l'un des freres donnoit du ſang à l'autre.
M. le Cat differte ſur tous ces points & fur
toutes les difficultés qui en réſultent.
En 1748 , il commença à obſerver
les maladies qui regnerent à Rouen
dans toute l'année, ce qu'il continua d'obſerver
quatre années de ſuite , en y joignant
les variations de l'atmoſphere & les
réflexions qu'on doit attendre d'un médecin
phyficien.
Cet ouvrage contient 1º . un diſcours
fur les obfervations météorologiques . Il
donne des preuves phyfico anatomiques
de divers effets de la température
de l'atmosphere ſur nos nerfs , nos liqueurs
, notre ſanté , &c. Une des utilités
de ces obſervations , ſelon lui , eft de nous
conduire quelque jour à prédire ces températures
des ſaiſons qui onttant de part à
notre vie & à nos beſoins , & qu'il feroit ſi
avantageux à l'état de prévoir. Il prétend
que tout eſt périodique dans la nature , &
il donne de fortes preuves que la variété
AVRIL. 1769. 163
des ſaiſons eſt aſſujettie à la même loi , &
que par une ſuite affez longue d'obſervations
météorologiques bien faites on peut
parvenir à connoître ce période .
2º. Un mémoire fur la température
particuliere du climat de Rouen .
3 °. Pluſieurs differtations phyſiques
de l'article précédent ſur les inftrumens
qui fervent aux obſervations météorologiques&
leurs effets .
4°. Deux grands mémoires ſur les fiévres
malignes en général & en particulier
fur celles qui ont regné à Rouen à la fin de
1753 & au commencementde 1754 .
Depuis 1746 juſqu'en 1765 , M. le
Cat donna à la même académie de Rouen
les ouvrages ſuivans : l'obſervation d'un
prétendu hermaphrodite de Louviers &
d'un os qu'on croyoit appartenir à un
géant ; une differtation ſur cette eſpéce
d'homme ; des obſervations ſur la gangrenne
ſéche; celle ſur un curedentavalé ,
enfuite rendu par les urines ; mémoire
fur la génération& la cauſe des maladies
héréditaires ; féve d'aricot trouvée au
centre d'une pierre de la veſſie ovaire
d'une femme où le canal déférent étoit
creux ; morſure d'un canard irrité qui
donne une fiévre maligne & mortelle .
Obſervations anatomiques fur la com164
MERCURE DE FRANCE.
munication des vaiſſeaux du placenta ,
tant entre eux qu'entre ceux de la matrice
, conſtatées par des injections , & arteſtées
par des commiſſaires de l'académie.
Sur le tetanos , les ſignes caractériſtiques
de l'inflammation de la pie-mere ,
les fonctions des membranes du cerveau.
Sur une groſſeſſe de trois ans .
Surune autre de vingt- fix mois.
Sur une ſuperfétation arrivée à une
femme de Louviers , qui accoucha de
trois enfans , chacun à trois mois l'un de
Pautre.
Sur la communication des vaiſſeaux
fanguins entre le foetus & fa mere , dé
montrée ſur des piéces injectées & conf.
ratées par trois commiffaires de l'académie.
Sur un engorgement par congestion
dans toute l'étendue du péritoine , devenu
fuppuratoire avec iſſue des matieres
fécales.
Sur trois monftres, dont l'un avoit fix
doigts à la main; le ſecond, les yeux hors
de la tête , & le troiſieme , quatre yeux
dans une feule tête .
Sur un enfant née ſans front , ayant un
grand nez qui lui donnoit la phyſionomie
d'un adulte.
AVRIL. 1769 . 165
Sur un hermaphrodite imparfait de
dix ſept ans , & fur un enfant femelle à
deux têres.
Sur la ſubſtancedu cerveau d'un négre,
&c.&c.
Obſervations ſur une femme morte ,
pour avoir été fucée de ſangſues.
Sur des jumeaux d'une parfaite refſemblance.
Sur un enfant monftrueux par l'hypogaftre
en ce que le nombril manquoit ,
une partie des inteſtins étoitdécouverte.
Il n'avoit ni veffie , ni anus , & les deux
ouvertures de l'anus& des ureteres , placées
en- dedans , ſe réuniſſoient en un petit
eſpace au - deffus du pubis .
Sur une fuppuration d'une oreille , devenue
morteile.
Mémoire fur un enfant né ſans cerveau .
M. le Cat en avoit apporté un ſemblable
à l'académie le 18 Décembre 1755 .
Sur lamonſtruoſité des organes de la
génération & de ceux des urines par défaut
ou foibleſſe de nature .
D'un enfant monftrueux qui portoit
une partie de ſon cerveau & de fon cervelet
dans une tumeur ſituée à la partie
poſtérieure de la tête.
Mémoire fur le ſommeil , brûlé à l'incendie
de ſon cabinet.
166 MERCURE DE FRANCE.
:
Obfervations pathologiques & anatomiques
des maladies mortelles en is ou
18 heures .
Remarques ſur l'intérieur de l'utérus
dans le tems des regles; fingularités nouvelles
des trompes de fallope , & maladies
des ovaires du même ſujet.
Foetus humain qui manquoit de tête, de
coeur , de poumon , d'eſtomac , de rate ,
de foie , de pancréas & de reins ordinaires
, & qui , cependant , a vécu les neuf
mois de la groſſeſſe ordinaire , & avec un
accroiſſement à peu- près égal à celui des
autres enfans , 1764 .
Obſervations ſur un mangeur de cail .
loux.
Mémoire fur la féche inſecte poiffon ,
avec grand nombre de planches , tendant
à établir les élémens de l'animalité.
Un mémoire couronné à l'académie de
Berlin , fur la nature du fluide des nerfs ,
& un aurre ſur la ſenſibilité de la duremere
, de la pie- mere &des membranes .
Un autre mémoire à l'académie de Toulouſe,
ſur la théorie de l'ouïe, qui fut couronné
par un triple prix qui n'avoit point
été délivré les années précédentes.
Comme académicien ſecrétaire perpétuel
de l'académie des ſciences& promoteur
de l'établiſſement de celle de Rouen,
AVRIL. 1769. 167
M. le Cat a donné aux belles- lettres une
réfutation du diſcours de Jean - Jacques
Rouſſeau , qui a remporté le prix de l'académie
de Dijon ; réfutation qu'il foutint
avec honneur contre ce célébre écrivain
, & contre l'académie elle - même
qui foutint fon jugement.
Préface du premier volume des mémoires
de l'académie , où , après avoir
expoſé le plan de cet ouvrage , on répond
à quelques objections faites contre la
multiplicité des académies & des livres ,
&l'on prouve , par une hiſtoire ſuccinte
des belles lettres , des ſciences & des arts,
la poffibilité de faire des progrès dans les
uns & d'empêcher la décadence des autres
; double projet à l'exécution duquel
les académies font néceſſaires.
Hiſtoire de l'académie depuis fon origine
juſqu'en 1745 .
Divers éloges du Pere Meſcartel , du
Pere Caſtel , de MM . de Moyancourt , du
Boccage , Gunz , Guerin , le Prince &
Fontenelle.
Ces travaux littéraires ne firent point
négliger à M. le Cat ceux que fon art rendoitplus
directement utiles au Public .Dès
qu'il fût établi à Rouen , il y enſeigna l'anatomie
& la chirurgie. Il obtint du Roi
(1736) que ſon école particuliere fût éri
168 MERCURE DE FRANCE.
gée en école publique ; & ce fut , après
dix ans d'inftruction gratuite , qu'il contribua
de ſes propres deniers à la conftruction
de cet amphithéâtre anatomique.
Dans le même tems il réunit dans la mê
me ville pluſieurs ſcavans & amateurs
des arts , &devint , par ce moyen , le promoteur
de l'académie dont il fut depuis
le ſecrétaire ; il ne concourut pas avec
moins d'efficacité aux progrès de l'école
de deſſin , en lui prêtant ſon amphithéâtre
pendant pluſieurs années , & tandis
qu'il foutenoit le zèle de ſes éleves par
des prix diſtribués à ſes dépens dans des
féances publiques , fon épouſe excitoit
celui des deſſinateurs avec la même généroſité;
enfin la ville , touchée de ce zèle
vraiment patriotique , réſolut , dans les
dernieres années , d'en prendre les frais
fur fon compte.
La pratique de ſon art n'éprouva pas
moins les effets de ſon zèle . Deux ans mê.
me avant fon établiſſement , il fut le reftaurateur
de l'opération de la taille , qu'on
avoit abandonnée en Normandie. Il la
perfectionna , & la fit avec tant de fuccès,
que le magiſtrat de Rouen fit publier en
1739 , que de ſept printems , pendant
leſquels cethabile lithotomiſte avoit taillé
dans cette province , il y en avoit cinq
dans
AVRIL. 1769. 169
dans lesquels il ne lui étoit mort aucun
ſujet. Ses ſuccès , qui l'avoient fait appeller
dans les pays étrangers , dans pluſieurs
de nos provinces , & même à Paris,
-lui mériterent d'abord , comme lithoto-
-miſte , une penſion de deux mille livres
fur les octrois de Rouen ; & depuis une
- ſeconde , viagere , de pareille ſomme
-(1759) par augmentation à celle de chi-
-rurgien en chef de l'Hôtel - Dieu de
Rouen .
- Après tant de travaux &de ſuccès , il
ne manquoit à la gloire decet illuſtre artiſte
que d'éprouver l'ingratitude & l'injustice.
Quelques académiciens nouveaux
-paturent douter de la grande part queM.
le Cat avoit à l'établiſſement de leur académie
, & voulurent l'attribuer à d'autres;
mais tous les anciens académiciens
reclamerent en ſa faveur , & le doyen de
l'académie lui donna le certificat fuivant.
>>Nous ſouſſigné doyen de l'académie
» & témoin oculaire de ſa naiſſance & de
» ſa création, atteſtons que M. le Cat fut,
» en 1740 , l'auteur du projet de transfor-
>> mer notre premiere aſſociation en cette
>> ſociété académique qui eſt devenue de-
>> puis ( 1744) académie royale , & que
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
1
» c'eſt principalement à fon zèle & à ſon
» activité que nous devons l'exécution de
>> ce projet. A Rouen , ce 15 Janv. 1761 .
» Signé , LA ROCHE. »
Enfin , au mois de Janvier , en reconnoiſſance
des ſervices importans & multipliés
de M. le Cat , le Roi lui accorda
des lettres de nobleſſe ;&par une diſtinction
particuliere, le parlement& la chambre
des comptes deNormandie les enregiftrerentgratis.
C'eſt avec regret que , pour nous conformer
à la forme ordinaire de cet ouvrage
, nous ne pouvons nous livrer au
plaiſit que nous aurions de nous étendre
fur toutes les qualités ſociales & les vertus
particulieres dece bienfaiteurde l'hu-
-manité qu'il honora par ſes écrits , qu'il
foulagea par ſes travaux ; nous aurionsdefiré
fémer autant de fleurs ſur ſa tombe
que ſa patrie a verſé de larmes ſur ſa
perte.
Fermer
Résumé : ELOGE de Monsieur LE CAT, écuyer, docteur en médecine & chirurgien en chef de l'Hôtel Dieu de Rouen, professeur, démonstrateur en anatomie & chirurgie, lithotomiste-pensionnaire de la même ville ; des académies royales de Paris, Londres, Madrid, Porto, Berlin, Lyon, de l'Institut de Bologne, des Académies Impériales des curieux de la nature de Saint-Petersbourg, & secrétaire perpétuel de celle de Rouen.
Claude-Nicolas Le Cat, né le 6 septembre 1700 à Blerancourt en Picardie, fut un médecin et chirurgien renommé. Après des études à Soissons et Paris, il opta pour la médecine malgré les vœux familiaux d'une carrière ecclésiastique. En 1725, il publia une lettre sur l'aurore boréale. En 1731, il obtint la survivance de la place de chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Rouen, où il s'installa en 1733. La même année, il reçut son diplôme en médecine et remporta plusieurs prix de l'Académie de chirurgie jusqu'en 1738. Il déclina une offre à Paris pour rester à Rouen, où il se maria en 1742. Le Cat apporta des contributions notables à divers domaines scientifiques. Ses œuvres majeures incluent des dissertations sur les arcs-boutants, la pesanteur, l'élasticité des corps, les marées, la fascination, les pressentiments, et la sympathie. Il proposa un système sur la formation des montagnes et l'origine des fossiles, précédant ceux de Théophile de Bordeu et de Buffon. Il découvrit la comète de 1742 et étudia les phénomènes électriques, notamment la suspension de la feuille d'or. Ses observations météorologiques s'étendirent sur quatorze années. Ses travaux furent reconnus par de nombreuses académies européennes. Entre 1738 et 1769, Le Cat réalisa divers travaux scientifiques et médicaux. Il écrivit sur l'ascension des liqueurs dans les tuyaux capillaires, la chaleur centrale de la Terre, et les méridiens du temps moyen. Il examina les expériences de Benjamin Franklin sur l'électricité et inventa un nouveau baromètre. Il étudia également des phénomènes physiques et chimiques, comme la cassure du cuivre et la fusion du soufre. En médecine, il écrivit sur la taille des femmes, l'opération de la taille, et la couleur de la peau humaine. Il observa les maladies à Rouen sur quatre années consécutives, notant les variations atmosphériques et leurs effets sur la santé. Le Cat fonda l'Académie de Rouen, enseigna l'anatomie et la chirurgie, et contribua financièrement à la construction d'un amphithéâtre anatomique. Il restaura et perfectionna l'opération de la taille, obtenant des succès remarquables et des pensions royales. Malgré des controverses, il reçut un certificat attestant son rôle clé dans la fondation de l'Académie et des lettres de noblesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
ELOGE de Monsieur LE CAT, écuyer, docteur en médecine & chirurgien en chef de l'Hôtel Dieu de Rouen, professeur, démonstrateur en anatomie & chirurgie, lithotomiste-pensionnaire de la même ville ; des académies royales de Paris, Londres, Madrid, Porto, Berlin, Lyon, de l'Institut de Bologne, des Académies Impériales des curieux de la nature de Saint-Petersbourg, & secrétaire perpétuel de celle de Rouen.