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201
p. 56-60
LE ROI, Protecteur de l'Académie de Peinture & Sculpture. ODE Par M. Desportes, de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture.
Début :
O Rivale de la nature [...]
Mots clefs :
Roi, Arts, Peinture, Protecteur, Académie de peinture et de sculpture, Gloire, Beaux-arts
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texteReconnaissance textuelle : LE ROI, Protecteur de l'Académie de Peinture & Sculpture. ODE Par M. Desportes, de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture.
LE ROI,
Protecteur de l'Académie de Peinture &
Sculpture.
ODE
Par M. Desportes, de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture.
O Rivale de la nature
Et Reine des Arts libéraux
Belle Muse de la Peinture
Pretez-moi vos divins pinceaux.
Que d'une noble ardeur saisie
La Muse de la Poësie
S'unisse à vous pour m'inspirer!
Le Héros qui régit la France
Offre à votre reconnoissance
Un grand bienfait à célébrer.
Ne croyez pas que je m'égare
Dans mes projets ambitieux,
Je crains trop le destin d'Icare
Pour oser m'approcher des Cieux.
JANVIER.
1752.
Je n'itai point sut le Parnasse
Exalter l'bétoique audace
D'un Roi, l'amour de ses sujets,
D'un Roi qui tout brillant de gloire
Sembloit ne chercher la victoire
Que pour faire régner la Paix.
Que nos Homeres, nos Virgiles
Chantent ses combats, ses exploits
Ses conquêtes de tant de Villes
Heureuses de subir ses Loix;
Qu'ils vantent ce vainqueur rapide. ...
Pour moi dont la plume timide
Ne peut suivre ses Etendards,
OMuse, il suffit à mon zéle
De chanter la gloire nouvelle
Dont il décore les beaux Arts.
Mais quel transport involontaire
Vient faisir tout à coup mes sens ?
Od suis je! un nouveau jour m'éclaire,
Mes yeux deviennent plus perçans !
Du Dieu des Ans le Temple s'ouvre,
Que de granas hommes j'y découvre,
Que j'y vois de Héros divers
Appelle est auprès d'Alexandre,
CV
57
58 MERCURE DEFRANCE.
Le grandPeintre est un ami tendre
Du conqueiant de lUnivers.
Que vois je » Ro me triomphante
S'instruit chez ceux qu, elle a domtez;
Les Arts de la Gréce sçavante
Sur le Tibre sont transportés;
Sous les Césars ils y fleurrissent....
Mais c'en est fait, ils s'obscurcissent
Et tombent avec les Romains;
Quels astreux torrens les entrainent!
Les Barbares du Nord raménent
L'ignorance chez les humains.
Le monde perd sa Capitale
Et ses superbes monumens;
Le Conqnérant Goth ou Vandale
En brise jusqu'aux fondemens.
Un reste d'antique Sculpture,
Quel que fiagment d'Architecture
Echape à pene à tant d'horreurs:
Bellone exerce sa furie,
Et l'ignorante Birbarie
Corrompt le goût, les arts, les moeuta
L'Italie en détruit l'eupire
1
JANVIER.
1752.
Elle reprend le goût du beau;
L'aimable Peinture respite,
La Sculpt ure sort du tombeau:
La France écartant les ténebres
Enfante des hommes célebres
Dans chaque gente different;
Troupe nombreuse & vénérable
Qui reud à jamais mémorable
Le siécle de Louis le Grand.
Mais la Parque .... 8 destin funeste
Les égale aux autres mortels;
Des grands Artistes il ne reste
Que leurs chef deuvres éternels.
Du Phenix la cendre féconde
Donue un autre Phenix au monde.
Tels sont nos Maîtres excellens:
Les cendres n'en sont pas stériles
Et dans leurs successeurs habiles
Je vois revivte leurs talens.
N
Un nou veau siécle recommence
Sous des auspices fortunés;
Les beaux arts soutiendront en France
L'éclat dont ils furent ornés
De leur illustre Académie
La gloire est encore affermie,
Cvj
39
60 MERCURE DE FRANCE.
Mécene en accroit la splendeur
Pour mieux prouver combien il l'aime
Il obtient qu'Auguste lui-même
S'en déclare le Protecteur.
Dans nos fastes Académiques
Gravons le nom d'un Roi fameux
Et formons tous des vœux uniques
Pour un Protecteur généreux:
Mie les destins le favorisent
Que les beaux Arts l'immortalisent,
Qu'il ferme le Temple de Mars
Que gouvernez par sa sagesse
Les Fra çois triomphent sans cesse
Pat les armes & par les Arts.
Protecteur de l'Académie de Peinture &
Sculpture.
ODE
Par M. Desportes, de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture.
O Rivale de la nature
Et Reine des Arts libéraux
Belle Muse de la Peinture
Pretez-moi vos divins pinceaux.
Que d'une noble ardeur saisie
La Muse de la Poësie
S'unisse à vous pour m'inspirer!
Le Héros qui régit la France
Offre à votre reconnoissance
Un grand bienfait à célébrer.
Ne croyez pas que je m'égare
Dans mes projets ambitieux,
Je crains trop le destin d'Icare
Pour oser m'approcher des Cieux.
JANVIER.
1752.
Je n'itai point sut le Parnasse
Exalter l'bétoique audace
D'un Roi, l'amour de ses sujets,
D'un Roi qui tout brillant de gloire
Sembloit ne chercher la victoire
Que pour faire régner la Paix.
Que nos Homeres, nos Virgiles
Chantent ses combats, ses exploits
Ses conquêtes de tant de Villes
Heureuses de subir ses Loix;
Qu'ils vantent ce vainqueur rapide. ...
Pour moi dont la plume timide
Ne peut suivre ses Etendards,
OMuse, il suffit à mon zéle
De chanter la gloire nouvelle
Dont il décore les beaux Arts.
Mais quel transport involontaire
Vient faisir tout à coup mes sens ?
Od suis je! un nouveau jour m'éclaire,
Mes yeux deviennent plus perçans !
Du Dieu des Ans le Temple s'ouvre,
Que de granas hommes j'y découvre,
Que j'y vois de Héros divers
Appelle est auprès d'Alexandre,
CV
57
58 MERCURE DEFRANCE.
Le grandPeintre est un ami tendre
Du conqueiant de lUnivers.
Que vois je » Ro me triomphante
S'instruit chez ceux qu, elle a domtez;
Les Arts de la Gréce sçavante
Sur le Tibre sont transportés;
Sous les Césars ils y fleurrissent....
Mais c'en est fait, ils s'obscurcissent
Et tombent avec les Romains;
Quels astreux torrens les entrainent!
Les Barbares du Nord raménent
L'ignorance chez les humains.
Le monde perd sa Capitale
Et ses superbes monumens;
Le Conqnérant Goth ou Vandale
En brise jusqu'aux fondemens.
Un reste d'antique Sculpture,
Quel que fiagment d'Architecture
Echape à pene à tant d'horreurs:
Bellone exerce sa furie,
Et l'ignorante Birbarie
Corrompt le goût, les arts, les moeuta
L'Italie en détruit l'eupire
1
JANVIER.
1752.
Elle reprend le goût du beau;
L'aimable Peinture respite,
La Sculpt ure sort du tombeau:
La France écartant les ténebres
Enfante des hommes célebres
Dans chaque gente different;
Troupe nombreuse & vénérable
Qui reud à jamais mémorable
Le siécle de Louis le Grand.
Mais la Parque .... 8 destin funeste
Les égale aux autres mortels;
Des grands Artistes il ne reste
Que leurs chef deuvres éternels.
Du Phenix la cendre féconde
Donue un autre Phenix au monde.
Tels sont nos Maîtres excellens:
Les cendres n'en sont pas stériles
Et dans leurs successeurs habiles
Je vois revivte leurs talens.
N
Un nou veau siécle recommence
Sous des auspices fortunés;
Les beaux arts soutiendront en France
L'éclat dont ils furent ornés
De leur illustre Académie
La gloire est encore affermie,
Cvj
39
60 MERCURE DE FRANCE.
Mécene en accroit la splendeur
Pour mieux prouver combien il l'aime
Il obtient qu'Auguste lui-même
S'en déclare le Protecteur.
Dans nos fastes Académiques
Gravons le nom d'un Roi fameux
Et formons tous des vœux uniques
Pour un Protecteur généreux:
Mie les destins le favorisent
Que les beaux Arts l'immortalisent,
Qu'il ferme le Temple de Mars
Que gouvernez par sa sagesse
Les Fra çois triomphent sans cesse
Pat les armes & par les Arts.
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202
p. 72-75
ODE Tirée du Pseaume 136.
Début :
O Sion, la vive tendresse [...]
Mots clefs :
Maux, Dieux, Psaume
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texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 136.
ODE
Tirée du Pseaume 136.
O Sion, la vive tendresse
Irrite nos justes douleurs;
Le cœeur pénétré de tristesse,
Et les yeux tout baignés de pleurs
Nous voici sur la rive ingrate
Où le Tigre quitte l'Euphrate:
Nous tournons nos regards vers toi.
Mes longs soupirs, mes tendres larmes
Te disent, quels étoient les charmes
Que ta présence avoit pour moi.
Les regrets que tu nous inspires
Plus accablans que tous nos maux
Nous ont fait suspendre nos lyres
Sous le feuillage des ormeaux.
Tyrans
JANVIER.
1752.
Tyrans, insenses & barbares
Je hais vos satires bisarres!
Cr oyez-vous, ô cruels vainqueurs,
Que par mille insultes diverses
Vous acquerez dans nos traverses
De quoi tyranniser nos cœurs?
« Chantés, disent ils, ces Cantiques,
»Dont vos accords harmonieux
vFitent retentit les portiques
»Du Temple interdit à nos Dieux.
Loin de nous vos discours frivoles.
Commenit, à l'aspect des idoles
Et dans vos méprisables feis,
Nous livrerous-nous à la joie !
Les maux, dont nous sommes la proie,
Autorisent- ils nos Concerts !
O charmante & douce Patrie,
Si dans le plus long avenit
Ta mémoire tendre & chérie
S'efface de mon souvenir,
Je veux que ma langue se seche.
Plût au Ciel que ma main revêche
Soit immobile & dans l'oubli,
Comme un cadavre déplorable
Couché sous la tombe exécrable
Où les vers l'ont enseveli.
1. Vol.
D
73
74 MERCUREDE FRANCE.
Grand Dien, j'implore ton tonnerre,
Tu dois à ses feux dévorans
Le peuple qui te fit la guerre,
Et qui ranime nos tytans.
Les vils enfans de l'Idumée
Soufflent leur haine envenimóe
Daus le coeur de nos ennemis
Pendant notie dur esclavage
Dans ton précieux héritage
Se seroient-ils bien affetmis:
8
»Cachez donc, disent-ils, sous l'berbe,
»Tous les remparts audacieux;
„Consumez le Temple superbe
»Qui semble menacer nos Dieux:
»Que ces hautes tours renversées
„Et quedleur cendres dispersées
»Deviennent le jouet des vents:
„ Qu'elles soient comme un vain prestige,
» Dont il ne reste de vestige
„Que dans les songes des vivans
Lâche Fille de Babylone
Tu t'applaudis de ta grandeur
L'écueil est caché sous le Trône:
Je vois éclipser ta splendeur.
Plus terrible que le nuage
Qui porte la foudre & l'orage
Le vangeut de tes noiis forfaits
JANVIER.
1752.
79
Vient t'arracher le Diadême,
l a rejetté sur toi-même
Tous les maux que tu nous a faits.
Mon coeur applandit à sa gloire,
J'entends tes lugubres accens;
Ce Vainqueur fier de sa victoire,
Te livre au glaive des Persans.
Heureux ce guerrier invincible,
S'il te voit d'un œeil insensible
Mourit sous ses pieds triomphans;
Et si sa main impitoyable
Contre un rocher inébranlable,
Ecrase tes lâches ensans!
Trobat de l'[A]nglade.
Tirée du Pseaume 136.
O Sion, la vive tendresse
Irrite nos justes douleurs;
Le cœeur pénétré de tristesse,
Et les yeux tout baignés de pleurs
Nous voici sur la rive ingrate
Où le Tigre quitte l'Euphrate:
Nous tournons nos regards vers toi.
Mes longs soupirs, mes tendres larmes
Te disent, quels étoient les charmes
Que ta présence avoit pour moi.
Les regrets que tu nous inspires
Plus accablans que tous nos maux
Nous ont fait suspendre nos lyres
Sous le feuillage des ormeaux.
Tyrans
JANVIER.
1752.
Tyrans, insenses & barbares
Je hais vos satires bisarres!
Cr oyez-vous, ô cruels vainqueurs,
Que par mille insultes diverses
Vous acquerez dans nos traverses
De quoi tyranniser nos cœurs?
« Chantés, disent ils, ces Cantiques,
»Dont vos accords harmonieux
vFitent retentit les portiques
»Du Temple interdit à nos Dieux.
Loin de nous vos discours frivoles.
Commenit, à l'aspect des idoles
Et dans vos méprisables feis,
Nous livrerous-nous à la joie !
Les maux, dont nous sommes la proie,
Autorisent- ils nos Concerts !
O charmante & douce Patrie,
Si dans le plus long avenit
Ta mémoire tendre & chérie
S'efface de mon souvenir,
Je veux que ma langue se seche.
Plût au Ciel que ma main revêche
Soit immobile & dans l'oubli,
Comme un cadavre déplorable
Couché sous la tombe exécrable
Où les vers l'ont enseveli.
1. Vol.
D
73
74 MERCUREDE FRANCE.
Grand Dien, j'implore ton tonnerre,
Tu dois à ses feux dévorans
Le peuple qui te fit la guerre,
Et qui ranime nos tytans.
Les vils enfans de l'Idumée
Soufflent leur haine envenimóe
Daus le coeur de nos ennemis
Pendant notie dur esclavage
Dans ton précieux héritage
Se seroient-ils bien affetmis:
8
»Cachez donc, disent-ils, sous l'berbe,
»Tous les remparts audacieux;
„Consumez le Temple superbe
»Qui semble menacer nos Dieux:
»Que ces hautes tours renversées
„Et quedleur cendres dispersées
»Deviennent le jouet des vents:
„ Qu'elles soient comme un vain prestige,
» Dont il ne reste de vestige
„Que dans les songes des vivans
Lâche Fille de Babylone
Tu t'applaudis de ta grandeur
L'écueil est caché sous le Trône:
Je vois éclipser ta splendeur.
Plus terrible que le nuage
Qui porte la foudre & l'orage
Le vangeut de tes noiis forfaits
JANVIER.
1752.
79
Vient t'arracher le Diadême,
l a rejetté sur toi-même
Tous les maux que tu nous a faits.
Mon coeur applandit à sa gloire,
J'entends tes lugubres accens;
Ce Vainqueur fier de sa victoire,
Te livre au glaive des Persans.
Heureux ce guerrier invincible,
S'il te voit d'un œeil insensible
Mourit sous ses pieds triomphans;
Et si sa main impitoyable
Contre un rocher inébranlable,
Ecrase tes lâches ensans!
Trobat de l'[A]nglade.
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203
p. 79-81
ODE, Tirée du Pseaume 23.
Début :
Depuis le rivage vermeil, [...]
Mots clefs :
Dieu, Mortel, Terre, Vainqueur, Psaume
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texteReconnaissance textuelle : ODE, Tirée du Pseaume 23.
ODE,
Tirée du Pseaume 23.
Depuis le rivage vermeil,
se leve la belle Aurore
Pusqu'à la rive sombre od couche la Soleil
Le Seigneur a droit qu'on l'adore.
La terre & ses beaux ornemens
Ce grand Théatro que j'admire,
Tout est soumis à son empire,
Il en a sur les meis jetté les fondemens,
Seigoer, sur la vodio sacrée
Quel Dmme est digne de montet!
Qui pourra, justo Dieu, s'afsecit duns l'Empiréo,
Od ta Grindeur daigne éclater:
Et reçoit l'encens des louanges,
Diiij
89 MERCURE DE FRANCE.
Que ta respectueuse Cout
Brile aux feux de son tendre amour
Et t'offre, en s'inclinant, pat la voix de tes An-
ges?
Ce sera l'homme vertueux
6.
Celui, dont la main innocente,
Contre les longs assauts du vice fastueux,
Soutient la vertu gémissante:
Ce sera l'illustre mortel,
Dont la sincétité sans tache,
Ose, au mensonge impie & lache,
Dans le sond de son cœur refuser un Autel.
Celui, dont l'œil toujours modeste,
Craint sa propre témérité
Et se baisse al 'aspect de cer éclat funeste,
è Qui réjaillit de la beauté.
Celui, qui d'un trafic infame
N'a jamais grossi son trésor
Et voit, malgré l'attrait de l'or
Le néant de la terre, & le prix de son ame.
Voilà ce mortel adoré;
Dieu lui ceint sa propre couronne,
Et malgré les transports de l'Enfer conjuré,
Sa main l'affermit sur le Trône.
Triomphez, 6 mortel heureux I.
L'Empirée est votre héritage;
JANVIER. 1752.
C'est ainsi que Dieu vous partage,
Vour avez scu fraochir le sentier dangereux.
Et vous, ò cohortes fidelles,
Qui gardez les Cieux exaltés,
Hâtez- vous de lever les portes éterpelles-
A l'aspect du Dieu des clartés;
Quel est. il ce Dien de lumiere?
Son nom est le Dieu conquerant.
Le Roi, qui triomphe en moutant,
Ouvrez en sa présence, ou brisez la batriero
Quel est-il, encore une fois,
Ce Monarque si tespectable e
O'est le Dieu du triomphe, & le maître des Rois.
Vainqueur de l'Enfer indomptable,
Il a souffert, il doit regner.
Adorez le Dieu de la gloire:
Son sang réleve sa victoire;
LE Vainqueur de la mort est-il. à dédaigner 2-
Trobat de l'Anglade.
Tirée du Pseaume 23.
Depuis le rivage vermeil,
se leve la belle Aurore
Pusqu'à la rive sombre od couche la Soleil
Le Seigneur a droit qu'on l'adore.
La terre & ses beaux ornemens
Ce grand Théatro que j'admire,
Tout est soumis à son empire,
Il en a sur les meis jetté les fondemens,
Seigoer, sur la vodio sacrée
Quel Dmme est digne de montet!
Qui pourra, justo Dieu, s'afsecit duns l'Empiréo,
Od ta Grindeur daigne éclater:
Et reçoit l'encens des louanges,
Diiij
89 MERCURE DE FRANCE.
Que ta respectueuse Cout
Brile aux feux de son tendre amour
Et t'offre, en s'inclinant, pat la voix de tes An-
ges?
Ce sera l'homme vertueux
6.
Celui, dont la main innocente,
Contre les longs assauts du vice fastueux,
Soutient la vertu gémissante:
Ce sera l'illustre mortel,
Dont la sincétité sans tache,
Ose, au mensonge impie & lache,
Dans le sond de son cœur refuser un Autel.
Celui, dont l'œil toujours modeste,
Craint sa propre témérité
Et se baisse al 'aspect de cer éclat funeste,
è Qui réjaillit de la beauté.
Celui, qui d'un trafic infame
N'a jamais grossi son trésor
Et voit, malgré l'attrait de l'or
Le néant de la terre, & le prix de son ame.
Voilà ce mortel adoré;
Dieu lui ceint sa propre couronne,
Et malgré les transports de l'Enfer conjuré,
Sa main l'affermit sur le Trône.
Triomphez, 6 mortel heureux I.
L'Empirée est votre héritage;
JANVIER. 1752.
C'est ainsi que Dieu vous partage,
Vour avez scu fraochir le sentier dangereux.
Et vous, ò cohortes fidelles,
Qui gardez les Cieux exaltés,
Hâtez- vous de lever les portes éterpelles-
A l'aspect du Dieu des clartés;
Quel est. il ce Dien de lumiere?
Son nom est le Dieu conquerant.
Le Roi, qui triomphe en moutant,
Ouvrez en sa présence, ou brisez la batriero
Quel est-il, encore une fois,
Ce Monarque si tespectable e
O'est le Dieu du triomphe, & le maître des Rois.
Vainqueur de l'Enfer indomptable,
Il a souffert, il doit regner.
Adorez le Dieu de la gloire:
Son sang réleve sa victoire;
LE Vainqueur de la mort est-il. à dédaigner 2-
Trobat de l'Anglade.
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204
p. 89-93
ODE Tirée du Pseaume 93.
Début :
Le Seigneur, le Dieu des vengeances [...]
Mots clefs :
Dieu, Lâche, Esprit, Raison, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 93.
ODE
Tirée du Pseaume 93.
Le Seigneur, le Dieu des vengeances
N'a d'autres Loi que l'Equité;
Notre sang lave ses offenses.
Lom de moi lâche impiété !
J'entens retentir son Tonnerre.
O Dieu !venez jugez la terre.
Montrez vous, en sier Conquérant.
aO
90 MERCURE DE FRANCE.
Plus de pitié pour le superbe
Consumez-le comme un brin d'herbe.
Quand vous lancez la foudre, on vous trouve plus
grand.
Jusqu'à quand verrai- je l'impie
Frauchir devant vous tout écuoil i
Est- ce en médisant qu'il expio
Son injustice & son orgueil:
Ce lache est épris de lui- mê me,
La fortune est le Dien qu'il aime:
Innemi de la vérité,,
L'étranger, l'orphelin, la veuve
Font par leur mort la triste epi euvo-
De son hypocrisie & de sa cruauté.
Sa main se louo à l'avarico
Son coeur avengle sa raison.
Son ame onfante l'injustice,
Et son esprit la trahison.,
Sa soi dépend de ses idoles
Son bonheur des songes frivoles;.
Il craint l'oeil qui le voit de p:ès:
C'est des monstres le plus énormo,
La vertu Iui paroit differme,
Et le vice odieux a pour lui mille auraits.
M3.
FANVIER,
1752.
Dans les accès de sa folie
»Il dit: Dien sçauroit- il me voir?
vA-t'il fait ce qu'on en publie?
»Ai-je à redouter son pouvoir:
» L'effroi réalize un phantôme.
Uu pur esprit n'est qu'un atôme.
Lacrainte lache a falt les Dieux-
Et le Dieu d'Israel lui-même
Est le vain fruit d'un beau système:
Doise eut le secret d'enchantar nos Ayeux.
naen
Antce, quel démon t'apimo-
Haux sage, mortel insensé?
Invain l'esclave est magnanime.
Et brave son mastra offensé.
Cent peodiges to sont contraires,
ka raison détruit tes chimeres,
L'esprit n'oseroit t'approuver.
La fureur t'offre un vain refuge,
Et veut anéantir le juge
Qui devra te proscrire en vonlant to sanver.
N
Le peuple t'érige en otacle,
Et l'on te surnomme esprit fort.
Tu te crois toi-même un miracle
Des nobles caprices du sort.
Ion solide intét et me touclae-
92
92 MERCURE DEFRANCE.
La raison parle par ma bouche,
» Quoi ! l'artisan ingénieux
„ Qui par une double merveille
„ Eclaitoit l'œil, ouvroit l'oreille,
»Est il lui-même aveugle, est il sourd à tes
seux?
Dieu voit de nos folles penséeo
La ridicule vanité.
La voix. de nos fureurs passées
Se plaint à lui de sa bonté.
Heureux les cours en qui Dieu regne !
Heureux ceux que ce maître enseigne.
Ils souftrent les maux dévorans
Saus verser une seule larme,
Jusqu'au jour où sa main les charme
En faisant à leur yeux expiter leurs Tirasa.
N
* *. *
Ce Pasteur visite ses ouaillos:
Loin de lui les loups triomphans
L'amour attendrit ses entrailles.
Tous les agneaux sont ses enfans,
Je le vois ce vainqueur terrible
L'oeil sanglant, le cour infléxible,
Poursuivre ces loups fastueux,
a
JANVIER. 1752.
At dans leurs geules enflammées
J'entens les soudtes t'allumées
Vanger, en éclattant, le Troupeau vertueux.
e.
Quel mortel rempli d'héroisme
Viendra combattre à mon côté
LLe hétos du lache Athéisme.
Monstre paitri de vanité?
Sur les lévres de l'imposture
Vangeons l'honneur de la Nature,
Le Seigneur a pris mon parti
Nous allons le réduire en cendre:
Justes, vous le voyez descendre
Dans le sein du néant dont-il étoit sorti.
Trobat de l'Anglade.
Tirée du Pseaume 93.
Le Seigneur, le Dieu des vengeances
N'a d'autres Loi que l'Equité;
Notre sang lave ses offenses.
Lom de moi lâche impiété !
J'entens retentir son Tonnerre.
O Dieu !venez jugez la terre.
Montrez vous, en sier Conquérant.
aO
90 MERCURE DE FRANCE.
Plus de pitié pour le superbe
Consumez-le comme un brin d'herbe.
Quand vous lancez la foudre, on vous trouve plus
grand.
Jusqu'à quand verrai- je l'impie
Frauchir devant vous tout écuoil i
Est- ce en médisant qu'il expio
Son injustice & son orgueil:
Ce lache est épris de lui- mê me,
La fortune est le Dien qu'il aime:
Innemi de la vérité,,
L'étranger, l'orphelin, la veuve
Font par leur mort la triste epi euvo-
De son hypocrisie & de sa cruauté.
Sa main se louo à l'avarico
Son coeur avengle sa raison.
Son ame onfante l'injustice,
Et son esprit la trahison.,
Sa soi dépend de ses idoles
Son bonheur des songes frivoles;.
Il craint l'oeil qui le voit de p:ès:
C'est des monstres le plus énormo,
La vertu Iui paroit differme,
Et le vice odieux a pour lui mille auraits.
M3.
FANVIER,
1752.
Dans les accès de sa folie
»Il dit: Dien sçauroit- il me voir?
vA-t'il fait ce qu'on en publie?
»Ai-je à redouter son pouvoir:
» L'effroi réalize un phantôme.
Uu pur esprit n'est qu'un atôme.
Lacrainte lache a falt les Dieux-
Et le Dieu d'Israel lui-même
Est le vain fruit d'un beau système:
Doise eut le secret d'enchantar nos Ayeux.
naen
Antce, quel démon t'apimo-
Haux sage, mortel insensé?
Invain l'esclave est magnanime.
Et brave son mastra offensé.
Cent peodiges to sont contraires,
ka raison détruit tes chimeres,
L'esprit n'oseroit t'approuver.
La fureur t'offre un vain refuge,
Et veut anéantir le juge
Qui devra te proscrire en vonlant to sanver.
N
Le peuple t'érige en otacle,
Et l'on te surnomme esprit fort.
Tu te crois toi-même un miracle
Des nobles caprices du sort.
Ion solide intét et me touclae-
92
92 MERCURE DEFRANCE.
La raison parle par ma bouche,
» Quoi ! l'artisan ingénieux
„ Qui par une double merveille
„ Eclaitoit l'œil, ouvroit l'oreille,
»Est il lui-même aveugle, est il sourd à tes
seux?
Dieu voit de nos folles penséeo
La ridicule vanité.
La voix. de nos fureurs passées
Se plaint à lui de sa bonté.
Heureux les cours en qui Dieu regne !
Heureux ceux que ce maître enseigne.
Ils souftrent les maux dévorans
Saus verser une seule larme,
Jusqu'au jour où sa main les charme
En faisant à leur yeux expiter leurs Tirasa.
N
* *. *
Ce Pasteur visite ses ouaillos:
Loin de lui les loups triomphans
L'amour attendrit ses entrailles.
Tous les agneaux sont ses enfans,
Je le vois ce vainqueur terrible
L'oeil sanglant, le cour infléxible,
Poursuivre ces loups fastueux,
a
JANVIER. 1752.
At dans leurs geules enflammées
J'entens les soudtes t'allumées
Vanger, en éclattant, le Troupeau vertueux.
e.
Quel mortel rempli d'héroisme
Viendra combattre à mon côté
LLe hétos du lache Athéisme.
Monstre paitri de vanité?
Sur les lévres de l'imposture
Vangeons l'honneur de la Nature,
Le Seigneur a pris mon parti
Nous allons le réduire en cendre:
Justes, vous le voyez descendre
Dans le sein du néant dont-il étoit sorti.
Trobat de l'Anglade.
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205
p. 14-17
ODE A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
Rempli de l'attrait où m'engage [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Prince, Main, Poète, Désir
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texteReconnaissance textuelle : ODE A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
ODE
A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Rempli de l'attrait où m'engage
Tout ce qu'on présage de toi,
Je veux t'offrir un tendre hommage
Mon cout m'en impose la loi:
Ma main sera son Interprête:
Mais, Prince charmant, un Poëte,
Seulement par amusement
Sans talent, sans art, sans délire,
Que jamais Apolion n'inspire,
Peut-il le faire dignement:
Non. De l'audace qui m'anime,
0
JANVIER.
1752.
Il faudroit arrêter le bruit;
Mais mon transport fût il un crime,
Mes yeux t'ont vû, ma main écrit.
Je suis saus doute un téméraire,
D'oser entrer dans la carriere
Où sont les Poëtes fameux
Que dis-je ? ils n'ont rien que j'envie:
S'ils me surpassent en génie,
L'amour me met au dessus d'eux,
L'éclat qui brille dans ta mere,
Est déja devenu le tien:
Imitant ton auguste pere:
Parfaitement digne du fien,
Tu seras grand, doux, équitable.
L'Empire des tiens est aimable
Il est beau de le soûtenir.
Ce n'est qu'en suivant leurs exemples,,
Que tu p.ux méniter les Temples
Que te prépare l'avenir.
Je chante, Prince, ta sagesse,
En chantant celle de mon Roi:
C'est ses vertus, c'est sa tendresse,
Que le desir admire en toi.
Ses hauts exploits, sa bonté rate,
L'heureuse Ecole qu'il. prépata
15
16. MERCURE DEFRANCE.
Aux fils des peres malheureux,
Assurent sa gloire constante
D'une immortalité brillante,
Conforme à l'ardent de nos veux.
Son nom est inêlé dans nos Fêtes
Aux noms des Rois les plus chéris:
Iliregne aujourd'hui sur nos têtes:
Ton Pere est le Roi de nos fils:
Nos neveux verront tou Empire;
Et, j'ose ici te le prédire,
Un Dieu caché parle à mon cour,
Te voyant marcher sur sa trace,,
Le Ciel éternisant ta race,
Eternisera leur bonheun
Je n'ai point le talent de plaire,
Je n'en connois que le desir;
Mais, jeune Prince, sans mystére,
Sourent on peur y parvenir.
Vets toi, sur cette confiance,
Mes chants volent en assurance,
Sur l'aile. de l'enchantement.
Ma Muse est peut-être indiscréte;
Mais contre le goût d'un Poëte,
La raison parle vainement.
JANVIER.
1752.
Reçois, grand Prince, mon hommage,
Prête l'oreille à mes accens;
Pout t'en crayonner une image
J'ai brulé mon premier encens.
Je ne pouvois. rien autre chose;
Et si déja plusieurs en prose
Te parloient avant mes Concerts,
Quand Page ouvrira ta pensée,
Souviens-toi que, l'ame embrasée,
Je l'ai fait le premier en vers.
Ciel! si jusques à ta mere
Mon ouvrage peut pénétrer
Quelle beauté, quel caractére,
Quel éclat y verrai- je entrer!
Il n'est plus rien qui m'épouvante:
Ses yeux, du feu qui nous enchante,,
Orneront mes expressions:
Ainsi l'Astre de la lumiere,
Parcourant sa vaste carriere,
Embellit tout de ses rayons.
Par M. D. L. F.
A Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Rempli de l'attrait où m'engage
Tout ce qu'on présage de toi,
Je veux t'offrir un tendre hommage
Mon cout m'en impose la loi:
Ma main sera son Interprête:
Mais, Prince charmant, un Poëte,
Seulement par amusement
Sans talent, sans art, sans délire,
Que jamais Apolion n'inspire,
Peut-il le faire dignement:
Non. De l'audace qui m'anime,
0
JANVIER.
1752.
Il faudroit arrêter le bruit;
Mais mon transport fût il un crime,
Mes yeux t'ont vû, ma main écrit.
Je suis saus doute un téméraire,
D'oser entrer dans la carriere
Où sont les Poëtes fameux
Que dis-je ? ils n'ont rien que j'envie:
S'ils me surpassent en génie,
L'amour me met au dessus d'eux,
L'éclat qui brille dans ta mere,
Est déja devenu le tien:
Imitant ton auguste pere:
Parfaitement digne du fien,
Tu seras grand, doux, équitable.
L'Empire des tiens est aimable
Il est beau de le soûtenir.
Ce n'est qu'en suivant leurs exemples,,
Que tu p.ux méniter les Temples
Que te prépare l'avenir.
Je chante, Prince, ta sagesse,
En chantant celle de mon Roi:
C'est ses vertus, c'est sa tendresse,
Que le desir admire en toi.
Ses hauts exploits, sa bonté rate,
L'heureuse Ecole qu'il. prépata
15
16. MERCURE DEFRANCE.
Aux fils des peres malheureux,
Assurent sa gloire constante
D'une immortalité brillante,
Conforme à l'ardent de nos veux.
Son nom est inêlé dans nos Fêtes
Aux noms des Rois les plus chéris:
Iliregne aujourd'hui sur nos têtes:
Ton Pere est le Roi de nos fils:
Nos neveux verront tou Empire;
Et, j'ose ici te le prédire,
Un Dieu caché parle à mon cour,
Te voyant marcher sur sa trace,,
Le Ciel éternisant ta race,
Eternisera leur bonheun
Je n'ai point le talent de plaire,
Je n'en connois que le desir;
Mais, jeune Prince, sans mystére,
Sourent on peur y parvenir.
Vets toi, sur cette confiance,
Mes chants volent en assurance,
Sur l'aile. de l'enchantement.
Ma Muse est peut-être indiscréte;
Mais contre le goût d'un Poëte,
La raison parle vainement.
JANVIER.
1752.
Reçois, grand Prince, mon hommage,
Prête l'oreille à mes accens;
Pout t'en crayonner une image
J'ai brulé mon premier encens.
Je ne pouvois. rien autre chose;
Et si déja plusieurs en prose
Te parloient avant mes Concerts,
Quand Page ouvrira ta pensée,
Souviens-toi que, l'ame embrasée,
Je l'ai fait le premier en vers.
Ciel! si jusques à ta mere
Mon ouvrage peut pénétrer
Quelle beauté, quel caractére,
Quel éclat y verrai- je entrer!
Il n'est plus rien qui m'épouvante:
Ses yeux, du feu qui nous enchante,,
Orneront mes expressions:
Ainsi l'Astre de la lumiere,
Parcourant sa vaste carriere,
Embellit tout de ses rayons.
Par M. D. L. F.
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206
p. 33-36
AU ROI, Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par M. Lorin, Juge des Fermes & Subdélégué de l'Intendance à Bapaume. ODE. Temporibus spes quanta futuris !
Début :
Heureuse France, que ta joye [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Roi, Bonheur, Paix, Charmes, Vertus, Digne
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texteReconnaissance textuelle : AU ROI, Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par M. Lorin, Juge des Fermes & Subdélégué de l'Intendance à Bapaume. ODE. Temporibus spes quanta futuris !
AU ROI,
Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par M. Lorin, Juge des
Fermes & Subdélégué de l'Intendance à
Bapaume.
ODE.
Temporibus spes quanta futuris !
Heureuse France, que ta joye
Retentisse au delà des Mers,
EV
MedO
33.
34 MERCURE DE FRANCE.
Le bienfait que le Ciel t'envoye
Interesse tout l'Univers:
Ce Rejetton de cent Monarques
De ses jours respectés des Parques
Verra s'acroitre le bonheur,
Nouvel objet de ta tendresse
D'un regne rempli de sageste
Il perpétura la splendeur.
La Paix an gré de ton envie
Répandant sur toi ses faveurs,
Des charmes dont elle est suivie
Te prodiguera les douceurs:
Par ton influence entraînée
L'Europe attentive, étonnée
Te devra fa tranquilité
A nos neveux ce Prince auguste:
Retracera le siécle juste
Qui fait notre félicité.
Formé sur l'immortel exemple
D'un Héros chéri, révéré
Sorti d'un Fls qui lui ressemble
Quel sort lui sera préparé:
De ses merveilleuses années
Par mille bienfaits signalées
Les vertus marqueront le cours-
JANVIER. 1752.
Son nom beni de tous les âges
Sera des plus lointaines plages
Connu par d'utiles secours.
Couple à jamais chet à la France;
Epoux digne de tous nos vœux,
Vivez, comblez notre espérance,
Achevez de nous rendre heureux:
D'une union pleine de charmes,
D'on amour pur & sans allarmes-
Goutez les durables plaisirs;
Voyez d'un Monarque adorable
Le bonheur long, inaltérable
Remplir vos généreux désirs.
Toi, d'un Peuple soumis, sidéle-
Arbitre, tendre & bien-aimé
Jouis, grand Roi, de notre zéle
Jusqu'au tems le plus reculé:
Fuissent tes vertus qu'on admire
Avec ton sang se reproduire,
D'age en âge se succéder;
Et ta postérité féconde.
Digne objet de l'amour du monde-
Toujours en paix le gouverner.
Pacatumque reget putriis virtutilus orbem.
Wirg. Ecl. 4. v. 17.
Bvjj
zed by Goc
31.
36 MERCURE DEFRANCE.
ENVOI.
Souffrez qu'un fidéle transport
Jusqu'à vos pieds b. ule de se produire;
Le Respect, Sire, y vouloit contredire,
Mais aujourd'hui le zele est le plus fort.
Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par M. Lorin, Juge des
Fermes & Subdélégué de l'Intendance à
Bapaume.
ODE.
Temporibus spes quanta futuris !
Heureuse France, que ta joye
Retentisse au delà des Mers,
EV
MedO
33.
34 MERCURE DE FRANCE.
Le bienfait que le Ciel t'envoye
Interesse tout l'Univers:
Ce Rejetton de cent Monarques
De ses jours respectés des Parques
Verra s'acroitre le bonheur,
Nouvel objet de ta tendresse
D'un regne rempli de sageste
Il perpétura la splendeur.
La Paix an gré de ton envie
Répandant sur toi ses faveurs,
Des charmes dont elle est suivie
Te prodiguera les douceurs:
Par ton influence entraînée
L'Europe attentive, étonnée
Te devra fa tranquilité
A nos neveux ce Prince auguste:
Retracera le siécle juste
Qui fait notre félicité.
Formé sur l'immortel exemple
D'un Héros chéri, révéré
Sorti d'un Fls qui lui ressemble
Quel sort lui sera préparé:
De ses merveilleuses années
Par mille bienfaits signalées
Les vertus marqueront le cours-
JANVIER. 1752.
Son nom beni de tous les âges
Sera des plus lointaines plages
Connu par d'utiles secours.
Couple à jamais chet à la France;
Epoux digne de tous nos vœux,
Vivez, comblez notre espérance,
Achevez de nous rendre heureux:
D'une union pleine de charmes,
D'on amour pur & sans allarmes-
Goutez les durables plaisirs;
Voyez d'un Monarque adorable
Le bonheur long, inaltérable
Remplir vos généreux désirs.
Toi, d'un Peuple soumis, sidéle-
Arbitre, tendre & bien-aimé
Jouis, grand Roi, de notre zéle
Jusqu'au tems le plus reculé:
Fuissent tes vertus qu'on admire
Avec ton sang se reproduire,
D'age en âge se succéder;
Et ta postérité féconde.
Digne objet de l'amour du monde-
Toujours en paix le gouverner.
Pacatumque reget putriis virtutilus orbem.
Wirg. Ecl. 4. v. 17.
Bvjj
zed by Goc
31.
36 MERCURE DEFRANCE.
ENVOI.
Souffrez qu'un fidéle transport
Jusqu'à vos pieds b. ule de se produire;
Le Respect, Sire, y vouloit contredire,
Mais aujourd'hui le zele est le plus fort.
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207
p. 40-50
LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE. ODE A Sa Majesté, le Roi de Pologne, Electeur de Saxe. Par M. d'Arnauld, Conseiller de Légation de Sa Majesté, & Membre de l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Prusse. ......... Tu Lodoicus eris.
Début :
Grand Roi, qui permettez qu'une Muse timide [...]
Mots clefs :
Rois, Dieux, Dieu, Naissance du duc de Bourgogne, Terre, Enfant, Trône, Ange, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE. ODE A Sa Majesté, le Roi de Pologne, Electeur de Saxe. Par M. d'Arnauld, Conseiller de Légation de Sa Majesté, & Membre de l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Prusse. ......... Tu Lodoicus eris.
LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE.
ODE
A Sa Majesté, le Roi de Pologne,
Electeur de Saxe. Par M. d'Arnauld,
Conseiller de Légation de Sa Majeste, &
Membre de l'Académie Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Prusse.
......... Tu Lodoicus eris.
Grand Roi, qui permettez qu'une Muse timide
Dépoje a o pies jes écrits
Daignez favoriser l'audace qui me guide,
Digires b.0O
JANVIER. 1752.
41
Et qu' un de vos regards de mes vers soit le prix!
Quand l'Ange des Francois plein d'une ardeur tro
juste
Pour le Fils des Bourbous un former wus les voela,
Un seal les réunit, qu'il soit un autre Auguste!
Et nous n' aurons plus rien à demander aux Dicur.
en.
Cet astre radieux qu'une clatté (*) premiere
Annonçoit par ses feux naissans
Tel qu'un Dieu qui domine en sa vaste carriere
Se leve & darde ensin ses rayons tout puissans;
La Terre à son aspect tressaille d'allégresse,
Le Démon de la nuit rentre dans les enfers:
Et des jeux caressans la troupe enchanteresse
Revient de sa présence embellir l'Univers.
Franco, ainsi cet Enfant, le présent du Ciel même
Qu'il accorde à tes longs désirs
Vient remplir tes climats de sa splendeur suprême,
Et fixer dans ton sein la paix & les plaisira
Sur son divin berceau la flateuse espérance
Déja laisse tomber ses regards amoureux
Le Destin lui sourit, & l'Ange de la France
Comblé des dons du Ciel, lui porte encor ses
vœux.
(*) Madame, sour de Monseigneur le Duc de
Bourgogne.
Disirad hi0
CE MERCURE DE FRANCE.
Ane du grand Rousseau, du sublime Empirée
Où te couronnent les Talens
Abandonnie pour moi la demeure sacrée,
Viens me préter ta flamme & tes nobles élans,
Dans des vers immortels que je puisse redire
Ces vœux qu'un Dieu lui-même a sçu me révéler
Peuples, Rois, écoutez, c'est ce Dieu qui m'ins-
pire,
L'Ange même des lis par ma voix va patler.
»Grands Dieux (*) que jusqu'à vous l'humble &
„sainte priere
»Monte dans les flots de l'encens !
» Qe d'un Peuple enchanté, que de la France
„entiere
»S'élevent à vos pieds les cris reconnoissans !
»L'Héritier des Bourbons est votre auguste ou-
„vrage,
»Déja ses traits naissans décélent sa grandeur
»Mais ce n'est point asses, Dieux! qu'il soit votre
»image
(*) Personne ne doit ignorer que dans la hau-
te Poësie, Minerve ne veut signifier que la sagesse
qu'en un mot on entend par les Dieux & les im-
mortels, les anges & les esprits célestes. L'écriture
même en parlant de Dieu se sert de l'expression
de Dieu des Dieux.
JANVIER.
1752.
45
nSi vous ne l'échauffez d'une céleste ardeur.
wVenez, descendez tous dans l'azur d'un nuage,
»Sur ce berceau si glorieux,
»Qu'autour de cet Enfant votre cœur se partage,
»Qu'il confonde sur lui tous les rayons des Dieux!
» Quand vous voulez donner des Maîtres à la
terre
»Pout former cet ouvrage est-ce trop de vous
»tous?
»Suffit- il que leur bras soit armé du tonnerre,
»C'est la seule vertu qui les met près de vous
»Minerve, hâte toi; de ta divine Egide
» Viens couvrir cet auguste Enfant,
„ Que son premier regard s'attache sur le guide
»Qui doit le soutenir de son bras triomphant!
„ Ne t'écarte jamais de ses traces brillantes
Dans l'hotreur des combats cours, vole à son
»côté;
»Mais par d'autres chemins que les routes san-
„ glantes
» Qu'il s'éleve au sejour de l'immortalité !-
DEsprits même des Dieux, Enfans de la Déesse,
*Beaux arts, entourez son Berceau !
nA ses yeux que le jour offense encore & blesse,
44 MERCUREDEFRANCE.
»Faites déja briller votre immortel flambeau.
„Des vertus dans son sein r épandez les semences,
„ Vous êtes des vertus & l'oracle & l'appui,
»Réunissez vos dons, que vos trésois immenses
»Comme autant de torrens aillent se perdre en
» lui !
» Par vous il apprendra que ces Mastres du monde
»Ne sout dignes de leur éclat
» Que lorsque leur grandeur est la fource féconde
» D'où jaillisse la vie & le bien de l'Etat;
» Que ces Rois qui de sang & de combats avides,
»Font gémir & pleurer la tendre humanité,
»Verront leurs noms pareils à des vapeurs hu-
» mides
» Se dissiper au jour dunt luit la vérité.
Il sçaura pour le pauvre & l'orphelin timide,
» Pour les malheureux éplorés,
»Que les marches d'un trône où l'équité réside
»D'un salutaire autel sont autant de degrés;
„Il sçaura que sa main doit essuyer leurs larmes,
* Qu'un Roi n'est vraiment grand qu'autant qu'il
» est aimé;
„ Que de noms envolés avec le bruit des armes!
»Et du nom de Titus l'univers est charmé.
N
JANVIER.
1752.
45
„Il sçaura que la terre & lui-même ont un mai-
»tre,
„ Devant qui les Rois ne sont rien,
»Qu'il est un Dieu vengeur que tout doit recon,
»noitre,
„De cent mondes divers & l'ame & le soutien;
»Qu'à ce juge éternel tous les Rois sont comp-
ntables
»Des maux comme des biens de leur Trône
»émanés
»Qu'ensin si tous ses pas ne sont point équitables,
„Dans la nuit de la mort il seront entrainés.
» Sous vos ailes ainsi son Enfance chérie
»Comme un beau lys s'élevera,
»Et cette tendre fleur bien loin d'être flétrie
»En un fruit nourrissant par vous se changera.
„Tel un jeune Tilleul l'amour de la nature
„ Qu'un ruisseau bienfaisant abbreuve de ses eaux,
„ Voit tous les jours son front s'enrichir de ver-
„dure
nEt son tronc se répandre en d'utiles rameaux.
N
»Que de sa propre main, Beaux-Arts, il vous
»couronne
„ Près de lui qu'il vous fasse asseoir
»Comie les ornemens & la gloire du Trone,
46 MERCURE DE FRANCE.
» Le germe des vertus & le sceau du pouvoit !
„Louis du monde entier a mérité l'hommage
„En répandant sur vous ses généreux bienfaits,
»Et les vers de Corneille ont illustré son age
„Autant que la splendeur qu'il dut à ses hauts
» faits.
Ne viens point à ses piés, perside calomnie,
„ Soufflet tes feux & tes poisons
„ Dans sa naifsante aurore obscurcit le génie
„ Qui perce tôt ou tard, & darde ses rayons;
»Qu'assis au même rang de Virgile & d'Horace
»Ovide chante Auguste, & son régne immortel;
»La terre au Triumvir sans doute auroit fait
» grace,
„Si le Maître d'Ovide eut été moins cruel.
»Et vous, lâches flatteurs, vous corrupteurs in-
„fâmes
»La honte & l'opprobre des Rois,
»Vous qui portez l'orgueil & la mort dans leurs
»ames,
u Créateurs des Tytans, & destructeurs des loix,
„Fuyez, que le mensonge & la vile imposture
»N'exhalent point ici leur souffle empoisonneur
»Fuyez, n'infectez point une source aussi pure;
ed by G
1752.
JANVIER.
47
„Que l'univers entier y puise son bo iheus
Toi, sainte Vérité, ne crains point sa présence,
„ Et n'écarte pas ton flambeau,
» Toujours, pour qu'il mérite & régle sa puis-
»lance
» Des foiblesses des Rois offre lui le tableau;
»Quand il sçaura porter le sacré Diadême
»Pat un éloge libre ose l'encourager;
»S'il en pouvoit jamais ternir l'éclat suprême,
»Sans adoucir tes traits ose le corriger.
„ En lui faisant aimer cette fille céleste,
»L'immortelle Religion,
»Que sa raison démasque, & que son cœur dé-
po teste
»Le premier des Tyrans, la superstition;
„ Qu'il contemple les maux dont sa trace est
»suivie,
„ Les femmes, les vieillards, les enfaus immolés,
„Les Rois mêmes tombant sous son audace impie,
»Tous les crimes divers de son sein exhalés.
„Qu'il se souvienne enfin qu'étant ce que nous
» sommes,
„Comme nous soumis aux malheurs,
Mes
48 MERCURE DEFRANCE.
„ Autant humiliés que le dernier des hommes-
»Les Rois peuvent du sort épuiser les rigueurs
nMais le Monarque alors déployant sa grande
»ame
» Se met par sa constance au-dessus de l'humain
„ C'est alors qu'il, est Roi, que sa vertu s'enslam-
»me
n Maîttise la fortune & confond le destin.
25
nAinsi le Grand Louis trahi par la victoire,
»A vu le destin irrité
» Disputer à sou front le siège de la Gloire,
„ Ce laurier immortel qu'il avoit mérité.
nEn vain le sort jaloux vieut jusques sur le Trone,
wVient jusques dans ses bras lui ravir ses enfans,
„Aux fléaux conjurés dont l'horreur l'environne,
»Louis oppose encot les regards triomphans.
nOdivine amitié, flamme pure & sacrée
»Que ressentent si peu les Rois
»Transport de la belle ame aux vertus consa-
»crée
»Doux alimens des cours qui chérissent tes loix,
nAu nouveau Marcellus fais gouter tous tes
»charmes,
nA se remplir le cœeur de ses cheres allarmes
Qu'il
by Goo
JANVIER. 1752.
49
Qu'il connoisse en un mot la douceur de pleurer !
„Pour épuiser vos dons, sous les traits de sa
»mere,
„O! Dieux, puisse-t- il receler,
„La solide grandeur & l'ame de son pere;
»Petit fils de Lovis puisse- t- il l'égaler !
„ Mais conservez l'Ayeul votre image fidéle,
„Qu'il vive, s'il se peut, autant que ses bienfaits!
uQue cet enfant des Rois ait toujours un mo-
dele
»Digne du trône, ensin qu'il n'y monte jamais !
L'Ange dit, & soudain un sillon de lumiere
Entr'ouvre l'Olimpe éclairé
La Gloire qui des cieux traverse la carriere,
Couronne le berceau de son laurier sacté;
Sur ce front qui déja sourit à la déesse,
L'enfant reçoit l'éclat d'un immortel rayon.
Le Français s'applaudit transporté d'allégresse
Et plein d'un doux espoir, il attend un Bour-
bon.
N8
Digne fils de * Louis, à qui ta race antique
Doit ce rejetton, son appui,
Monseigneur le Dauphin.
C
II. Vol
Digistrss yL0
50 MERCURE DE FRANCE.
Lis ces vers ajoutés à l'offrande publique
Que la France à tes piés va porter aujourd'hui;:
Comme Français. ma voix a du se faire en-
tendre
Quand du sang des Bourbons le cours est aug.
menté
Comme sage encor plus, il ne peut trop s'éten,
dre
Pour le bien de la terre, & de l'humanité.
DE MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE.
ODE
A Sa Majesté, le Roi de Pologne,
Electeur de Saxe. Par M. d'Arnauld,
Conseiller de Légation de Sa Majeste, &
Membre de l'Académie Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Prusse.
......... Tu Lodoicus eris.
Grand Roi, qui permettez qu'une Muse timide
Dépoje a o pies jes écrits
Daignez favoriser l'audace qui me guide,
Digires b.0O
JANVIER. 1752.
41
Et qu' un de vos regards de mes vers soit le prix!
Quand l'Ange des Francois plein d'une ardeur tro
juste
Pour le Fils des Bourbous un former wus les voela,
Un seal les réunit, qu'il soit un autre Auguste!
Et nous n' aurons plus rien à demander aux Dicur.
en.
Cet astre radieux qu'une clatté (*) premiere
Annonçoit par ses feux naissans
Tel qu'un Dieu qui domine en sa vaste carriere
Se leve & darde ensin ses rayons tout puissans;
La Terre à son aspect tressaille d'allégresse,
Le Démon de la nuit rentre dans les enfers:
Et des jeux caressans la troupe enchanteresse
Revient de sa présence embellir l'Univers.
Franco, ainsi cet Enfant, le présent du Ciel même
Qu'il accorde à tes longs désirs
Vient remplir tes climats de sa splendeur suprême,
Et fixer dans ton sein la paix & les plaisira
Sur son divin berceau la flateuse espérance
Déja laisse tomber ses regards amoureux
Le Destin lui sourit, & l'Ange de la France
Comblé des dons du Ciel, lui porte encor ses
vœux.
(*) Madame, sour de Monseigneur le Duc de
Bourgogne.
Disirad hi0
CE MERCURE DE FRANCE.
Ane du grand Rousseau, du sublime Empirée
Où te couronnent les Talens
Abandonnie pour moi la demeure sacrée,
Viens me préter ta flamme & tes nobles élans,
Dans des vers immortels que je puisse redire
Ces vœux qu'un Dieu lui-même a sçu me révéler
Peuples, Rois, écoutez, c'est ce Dieu qui m'ins-
pire,
L'Ange même des lis par ma voix va patler.
»Grands Dieux (*) que jusqu'à vous l'humble &
„sainte priere
»Monte dans les flots de l'encens !
» Qe d'un Peuple enchanté, que de la France
„entiere
»S'élevent à vos pieds les cris reconnoissans !
»L'Héritier des Bourbons est votre auguste ou-
„vrage,
»Déja ses traits naissans décélent sa grandeur
»Mais ce n'est point asses, Dieux! qu'il soit votre
»image
(*) Personne ne doit ignorer que dans la hau-
te Poësie, Minerve ne veut signifier que la sagesse
qu'en un mot on entend par les Dieux & les im-
mortels, les anges & les esprits célestes. L'écriture
même en parlant de Dieu se sert de l'expression
de Dieu des Dieux.
JANVIER.
1752.
45
nSi vous ne l'échauffez d'une céleste ardeur.
wVenez, descendez tous dans l'azur d'un nuage,
»Sur ce berceau si glorieux,
»Qu'autour de cet Enfant votre cœur se partage,
»Qu'il confonde sur lui tous les rayons des Dieux!
» Quand vous voulez donner des Maîtres à la
terre
»Pout former cet ouvrage est-ce trop de vous
»tous?
»Suffit- il que leur bras soit armé du tonnerre,
»C'est la seule vertu qui les met près de vous
»Minerve, hâte toi; de ta divine Egide
» Viens couvrir cet auguste Enfant,
„ Que son premier regard s'attache sur le guide
»Qui doit le soutenir de son bras triomphant!
„ Ne t'écarte jamais de ses traces brillantes
Dans l'hotreur des combats cours, vole à son
»côté;
»Mais par d'autres chemins que les routes san-
„ glantes
» Qu'il s'éleve au sejour de l'immortalité !-
DEsprits même des Dieux, Enfans de la Déesse,
*Beaux arts, entourez son Berceau !
nA ses yeux que le jour offense encore & blesse,
44 MERCUREDEFRANCE.
»Faites déja briller votre immortel flambeau.
„Des vertus dans son sein r épandez les semences,
„ Vous êtes des vertus & l'oracle & l'appui,
»Réunissez vos dons, que vos trésois immenses
»Comme autant de torrens aillent se perdre en
» lui !
» Par vous il apprendra que ces Mastres du monde
»Ne sout dignes de leur éclat
» Que lorsque leur grandeur est la fource féconde
» D'où jaillisse la vie & le bien de l'Etat;
» Que ces Rois qui de sang & de combats avides,
»Font gémir & pleurer la tendre humanité,
»Verront leurs noms pareils à des vapeurs hu-
» mides
» Se dissiper au jour dunt luit la vérité.
Il sçaura pour le pauvre & l'orphelin timide,
» Pour les malheureux éplorés,
»Que les marches d'un trône où l'équité réside
»D'un salutaire autel sont autant de degrés;
„Il sçaura que sa main doit essuyer leurs larmes,
* Qu'un Roi n'est vraiment grand qu'autant qu'il
» est aimé;
„ Que de noms envolés avec le bruit des armes!
»Et du nom de Titus l'univers est charmé.
N
JANVIER.
1752.
45
„Il sçaura que la terre & lui-même ont un mai-
»tre,
„ Devant qui les Rois ne sont rien,
»Qu'il est un Dieu vengeur que tout doit recon,
»noitre,
„De cent mondes divers & l'ame & le soutien;
»Qu'à ce juge éternel tous les Rois sont comp-
ntables
»Des maux comme des biens de leur Trône
»émanés
»Qu'ensin si tous ses pas ne sont point équitables,
„Dans la nuit de la mort il seront entrainés.
» Sous vos ailes ainsi son Enfance chérie
»Comme un beau lys s'élevera,
»Et cette tendre fleur bien loin d'être flétrie
»En un fruit nourrissant par vous se changera.
„Tel un jeune Tilleul l'amour de la nature
„ Qu'un ruisseau bienfaisant abbreuve de ses eaux,
„ Voit tous les jours son front s'enrichir de ver-
„dure
nEt son tronc se répandre en d'utiles rameaux.
N
»Que de sa propre main, Beaux-Arts, il vous
»couronne
„ Près de lui qu'il vous fasse asseoir
»Comie les ornemens & la gloire du Trone,
46 MERCURE DE FRANCE.
» Le germe des vertus & le sceau du pouvoit !
„Louis du monde entier a mérité l'hommage
„En répandant sur vous ses généreux bienfaits,
»Et les vers de Corneille ont illustré son age
„Autant que la splendeur qu'il dut à ses hauts
» faits.
Ne viens point à ses piés, perside calomnie,
„ Soufflet tes feux & tes poisons
„ Dans sa naifsante aurore obscurcit le génie
„ Qui perce tôt ou tard, & darde ses rayons;
»Qu'assis au même rang de Virgile & d'Horace
»Ovide chante Auguste, & son régne immortel;
»La terre au Triumvir sans doute auroit fait
» grace,
„Si le Maître d'Ovide eut été moins cruel.
»Et vous, lâches flatteurs, vous corrupteurs in-
„fâmes
»La honte & l'opprobre des Rois,
»Vous qui portez l'orgueil & la mort dans leurs
»ames,
u Créateurs des Tytans, & destructeurs des loix,
„Fuyez, que le mensonge & la vile imposture
»N'exhalent point ici leur souffle empoisonneur
»Fuyez, n'infectez point une source aussi pure;
ed by G
1752.
JANVIER.
47
„Que l'univers entier y puise son bo iheus
Toi, sainte Vérité, ne crains point sa présence,
„ Et n'écarte pas ton flambeau,
» Toujours, pour qu'il mérite & régle sa puis-
»lance
» Des foiblesses des Rois offre lui le tableau;
»Quand il sçaura porter le sacré Diadême
»Pat un éloge libre ose l'encourager;
»S'il en pouvoit jamais ternir l'éclat suprême,
»Sans adoucir tes traits ose le corriger.
„ En lui faisant aimer cette fille céleste,
»L'immortelle Religion,
»Que sa raison démasque, & que son cœur dé-
po teste
»Le premier des Tyrans, la superstition;
„ Qu'il contemple les maux dont sa trace est
»suivie,
„ Les femmes, les vieillards, les enfaus immolés,
„Les Rois mêmes tombant sous son audace impie,
»Tous les crimes divers de son sein exhalés.
„Qu'il se souvienne enfin qu'étant ce que nous
» sommes,
„Comme nous soumis aux malheurs,
Mes
48 MERCURE DEFRANCE.
„ Autant humiliés que le dernier des hommes-
»Les Rois peuvent du sort épuiser les rigueurs
nMais le Monarque alors déployant sa grande
»ame
» Se met par sa constance au-dessus de l'humain
„ C'est alors qu'il, est Roi, que sa vertu s'enslam-
»me
n Maîttise la fortune & confond le destin.
25
nAinsi le Grand Louis trahi par la victoire,
»A vu le destin irrité
» Disputer à sou front le siège de la Gloire,
„ Ce laurier immortel qu'il avoit mérité.
nEn vain le sort jaloux vieut jusques sur le Trone,
wVient jusques dans ses bras lui ravir ses enfans,
„Aux fléaux conjurés dont l'horreur l'environne,
»Louis oppose encot les regards triomphans.
nOdivine amitié, flamme pure & sacrée
»Que ressentent si peu les Rois
»Transport de la belle ame aux vertus consa-
»crée
»Doux alimens des cours qui chérissent tes loix,
nAu nouveau Marcellus fais gouter tous tes
»charmes,
nA se remplir le cœeur de ses cheres allarmes
Qu'il
by Goo
JANVIER. 1752.
49
Qu'il connoisse en un mot la douceur de pleurer !
„Pour épuiser vos dons, sous les traits de sa
»mere,
„O! Dieux, puisse-t- il receler,
„La solide grandeur & l'ame de son pere;
»Petit fils de Lovis puisse- t- il l'égaler !
„ Mais conservez l'Ayeul votre image fidéle,
„Qu'il vive, s'il se peut, autant que ses bienfaits!
uQue cet enfant des Rois ait toujours un mo-
dele
»Digne du trône, ensin qu'il n'y monte jamais !
L'Ange dit, & soudain un sillon de lumiere
Entr'ouvre l'Olimpe éclairé
La Gloire qui des cieux traverse la carriere,
Couronne le berceau de son laurier sacté;
Sur ce front qui déja sourit à la déesse,
L'enfant reçoit l'éclat d'un immortel rayon.
Le Français s'applaudit transporté d'allégresse
Et plein d'un doux espoir, il attend un Bour-
bon.
N8
Digne fils de * Louis, à qui ta race antique
Doit ce rejetton, son appui,
Monseigneur le Dauphin.
C
II. Vol
Digistrss yL0
50 MERCURE DE FRANCE.
Lis ces vers ajoutés à l'offrande publique
Que la France à tes piés va porter aujourd'hui;:
Comme Français. ma voix a du se faire en-
tendre
Quand du sang des Bourbons le cours est aug.
menté
Comme sage encor plus, il ne peut trop s'éten,
dre
Pour le bien de la terre, & de l'humanité.
Fermer
207
208
p. 78-82
ODE Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Par M. LANCELIN. Fortes generantur à fortibus.
Début :
L'Oiseau qui d'un oeil immobile [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Sang, Gloire, Roi, Héros, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : ODE Sur la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Par M. LANCELIN. Fortes generantur à fortibus.
ODE
Sur la Naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne.
Par M. LANCELIN.
Fortes generantur à fortibus.
L'Oiseau qui d'un oeil immobile
Soutient les regards du Soleil
Rempli d'une vigueur fertile
Engendre toujours son pareil.
C'est du coursier plein de courage,
Que naît sur les rives du Tage
Le coursier vainqueur du repos;
De-là par un effort suprême
Dans son sang se peignant lui-même
Le Hétos produit le Héros.
N'en cherchons point ailleurs les marques
Que dans la race des Bourbons:
L'hétoisme de nos Morarques
A passé dans leurs rejettons;
Ainsi l'Enfant qui vient de naîtro
Anos yeux fera reparoître
zed by Goo
JANVIER. 1752.
Les fameux Hétos de son Sang;
Toujours aussi vaillant que juste
Il sera l'héritier auguste
De leurs vertus & de leur rang.
De ta vie il lira l'Histoire.
GRAND ROI, pour apprendre à regner;
S'il cherche le champ de la gloire
Ton exemple peut l'enseigner.
Ne t'a-t-on pas vd dans l'orage,
De la prudence & du courage
A tes Chess disputer le prix?
Ton audace au fort des batailles,
Parmi d'horribles funérailles,,
A sixé nos regards surpris.
La Lis de toi seul occupée,
Pour te voir, suspendoit son cours.
Des miracles de ton épée
L'Escaut se souviendra toujours.
Quel pouvoir au sein de la gloire
T'a fait abjurer la Victoire?
Tu gémis du sort des humains;
Leur sang crie & se fait enteudre,
Une voix si chere & si tendre
Eteint la foudre dans tes mains.
Diiij
79
80 MERCUREDEFRANCE.
Tu parles ... la paix ressuscite:
Le Ciel fait briller un beau jour.
L'affreuse troupe du Cocyte
Rentre dans l'infernal séjour.
Forcé de respecter nos têtes
Mars neévoque plus les tempêtes
Des flancs de l'airain embrasé:
Le Citoyen libre & tranquile
Ne craint plus de voir son azile
Tomber sous la foudre écrasé.
Mais quels noirs objets se découvrent
A mes sens d'horreur suspendus?
Sous mes pas les ensers s'entrouvrent
Je vois des monstres confondus.
Le bras d'un autre fils d'Alcmene
A dompté l'orgueil & la haine
A mis la vengeance au tombeau.
Par un nouveau coup terrassée,
Je vois la discorde insensée
Gémir sans glaive & sans flambeau.
Plongée au gouffre du Tartare
Par l'effort d'un Roi triomphant
Cette divinité barbare
Pleure son couroux impuissant
JANVIER.
1752.
Sur ses couleuvres étouffées
LOUIS érige des trophées
De sa valeur fruits immortels,
De son sang la source féconde
Fixe enfin le bonheur du monde
Sur des fondemens éternels.
Que vois-je ? quel otdre d'années
Vient se présenter à mes yeux:
Pour nous les Parques fortunées
Filent des jours délicieux.
Le Héros naissant qu'environne
L'auguste Majesté du Tróne
De Trajan auta les vertus,
LQUIS, tu seras son modéle,
S'il t'écoute, il est Marc-Aurele,
Et s'il t'imite, il est Titus.
Du brillant sejour du Tonnerre
Déja la céleste Pallas
Pour lui s'élance sur la Terre:
Les Arts accompagnent ses pas.
Le pinceau sçavant des Apelles
Et le ciseau des Praxitelles
Se ranimeront à sa voix;
Dans les archives de l'histoire,
81
DV
82 MERCURE DE FRANCE.
Clio consacrera sa gloire
Et la justice de ses loix.
Zerer.
ee
D'un chene dont le vaste ombrage
Met à couvert les arbrisseaux,
Ce rejetton sous son feuillage
S'éleve parmi les rameaux;
Mais bientôt cherchant la lumiere
Il portera sa cime altiere
Plus haut qu'un ced e ambitieux:
Phénomene étonnant & rare
Ses pieds toucheront le Tenare,
Sa tête sera dans les Cieux.
GRAND ROI, déja d'un nouveau lustro
L'Univers voit briller tes Lis:
Par le fruit d'un Hymen illustre
Tes augustes voux sont remplis.
Quel terus peut borner ta puissance :
Ta gloire est comme un fleuve immense
Qui coule plein de Majesté,
Inépuisable dans sa source
Elle ne finira sa course
Qu'au sein de l'immortalité.
Sur la Naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne.
Par M. LANCELIN.
Fortes generantur à fortibus.
L'Oiseau qui d'un oeil immobile
Soutient les regards du Soleil
Rempli d'une vigueur fertile
Engendre toujours son pareil.
C'est du coursier plein de courage,
Que naît sur les rives du Tage
Le coursier vainqueur du repos;
De-là par un effort suprême
Dans son sang se peignant lui-même
Le Hétos produit le Héros.
N'en cherchons point ailleurs les marques
Que dans la race des Bourbons:
L'hétoisme de nos Morarques
A passé dans leurs rejettons;
Ainsi l'Enfant qui vient de naîtro
Anos yeux fera reparoître
zed by Goo
JANVIER. 1752.
Les fameux Hétos de son Sang;
Toujours aussi vaillant que juste
Il sera l'héritier auguste
De leurs vertus & de leur rang.
De ta vie il lira l'Histoire.
GRAND ROI, pour apprendre à regner;
S'il cherche le champ de la gloire
Ton exemple peut l'enseigner.
Ne t'a-t-on pas vd dans l'orage,
De la prudence & du courage
A tes Chess disputer le prix?
Ton audace au fort des batailles,
Parmi d'horribles funérailles,,
A sixé nos regards surpris.
La Lis de toi seul occupée,
Pour te voir, suspendoit son cours.
Des miracles de ton épée
L'Escaut se souviendra toujours.
Quel pouvoir au sein de la gloire
T'a fait abjurer la Victoire?
Tu gémis du sort des humains;
Leur sang crie & se fait enteudre,
Une voix si chere & si tendre
Eteint la foudre dans tes mains.
Diiij
79
80 MERCUREDEFRANCE.
Tu parles ... la paix ressuscite:
Le Ciel fait briller un beau jour.
L'affreuse troupe du Cocyte
Rentre dans l'infernal séjour.
Forcé de respecter nos têtes
Mars neévoque plus les tempêtes
Des flancs de l'airain embrasé:
Le Citoyen libre & tranquile
Ne craint plus de voir son azile
Tomber sous la foudre écrasé.
Mais quels noirs objets se découvrent
A mes sens d'horreur suspendus?
Sous mes pas les ensers s'entrouvrent
Je vois des monstres confondus.
Le bras d'un autre fils d'Alcmene
A dompté l'orgueil & la haine
A mis la vengeance au tombeau.
Par un nouveau coup terrassée,
Je vois la discorde insensée
Gémir sans glaive & sans flambeau.
Plongée au gouffre du Tartare
Par l'effort d'un Roi triomphant
Cette divinité barbare
Pleure son couroux impuissant
JANVIER.
1752.
Sur ses couleuvres étouffées
LOUIS érige des trophées
De sa valeur fruits immortels,
De son sang la source féconde
Fixe enfin le bonheur du monde
Sur des fondemens éternels.
Que vois-je ? quel otdre d'années
Vient se présenter à mes yeux:
Pour nous les Parques fortunées
Filent des jours délicieux.
Le Héros naissant qu'environne
L'auguste Majesté du Tróne
De Trajan auta les vertus,
LQUIS, tu seras son modéle,
S'il t'écoute, il est Marc-Aurele,
Et s'il t'imite, il est Titus.
Du brillant sejour du Tonnerre
Déja la céleste Pallas
Pour lui s'élance sur la Terre:
Les Arts accompagnent ses pas.
Le pinceau sçavant des Apelles
Et le ciseau des Praxitelles
Se ranimeront à sa voix;
Dans les archives de l'histoire,
81
DV
82 MERCURE DE FRANCE.
Clio consacrera sa gloire
Et la justice de ses loix.
Zerer.
ee
D'un chene dont le vaste ombrage
Met à couvert les arbrisseaux,
Ce rejetton sous son feuillage
S'éleve parmi les rameaux;
Mais bientôt cherchant la lumiere
Il portera sa cime altiere
Plus haut qu'un ced e ambitieux:
Phénomene étonnant & rare
Ses pieds toucheront le Tenare,
Sa tête sera dans les Cieux.
GRAND ROI, déja d'un nouveau lustro
L'Univers voit briller tes Lis:
Par le fruit d'un Hymen illustre
Tes augustes voux sont remplis.
Quel terus peut borner ta puissance :
Ta gloire est comme un fleuve immense
Qui coule plein de Majesté,
Inépuisable dans sa source
Elle ne finira sa course
Qu'au sein de l'immortalité.
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209
p. 52-56
LA MORT DE LOUISE Reine de Dannemarc. ODE AU ROI, Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Début :
Il est donc vrai ! de ses années [...]
Mots clefs :
Louise de Grande-Bretagne, Dieux, Vertus, Couronne, Coeur, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA MORT DE LOUISE Reine de Dannemarc. ODE AU ROI, Par M. Angliviel de la Beaumelle.
LA MORT DE LOUISE
Reine de Dannemarc.
ODE AU ROI,
Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Il est donc vrai ! de ses années
Les Dieux ont terminé le cours;
Jamais, barbares destinées
Respectâtes-vous de beaux jours!
Jusques à quand, Mort implacable
Ton glaive avide, insatiable
S'étendra-t. il sur les vertus:
Le Ciel irrité sur vos têtes,
Danois! assemble ses tempêtes
Pleurez: Louise helas n'est plus.
Vous n'êtes que de vains fantômes
Plaisirs, jeunesse, biens, honneursi
Serons-nous toujours, soibles hommes,
Séduits par vos charmes trompeurs!
Disparoissez, erreurs brillantes,
Sous mille formes différentes
Notre néant se reproduit.
Venex, voyez, Grands de la terre,
MARS.
1751.
Qu'êtes-vous? un peu de poussiere
Qu'un soussle organise & détruit.
D'un vil peuple la flatterie
Vous place au dessus des moitels,
Du Courtisan l'idolatrie
Ose vous dresser des Autels;
Que de l'immortelle Louise
Le funeste trépas instruise
Et terrasse ensin votre orgueil:
Vous serez malgré la Couronne,
Assis aujourd'hui sur le Trone,
Demain couchés dans le cercueil.
Tendre amout, sidele hymenée,
Jettez des sleurs sur son tombeau;
Elle aimoit, elle étoit aimée;
Vites-vous un destin plus beau?
Elle aimoit en toi l'homme aimable,
FRIDIRIC! ce coeur adorable
Au Heros préferoit l'Amant,
Hé! les couronnes les plus belles,
Toutes les grandeurs, que sont- elles
Au prix d'un tendre sentiment:
Vous ne verrez plus une mere,
Princes, vous presser dans ses bras,
d by Goo
Ciij
53
54 MERCUREDEFRANCE.
Suivre votre course légere,
Et sourire à votre embarras:
Croissez tendres fleurs, son ouvrag
De ses traits offrez-nous Pimage
Montrez à l'Univers surpris
Que fidéle à son origine
La grandeur d'une Héroino
Circule dans le sang des fils.
Heureux enfans de l'abondance
Beaux Arts! elle vous aimoit tous:
Elle réunit des l'enfance
Tous les talens & tous les goûts:
Sur elle, disoit la nature
Versons nos presens sans mesuro
Formons- là digne de Titus;
Soudain marcherent sur ses traces
De son sexe toutes les graces,
Du nôtre toutes les vertus.
Placez Louise sur un Trône
Avili par un de ces Rois
Qui ne peuvent de la Couronne
Soutenir le penible poids,
Automates, que la molesse
Tient dans une éternelle ivtesse
D'un Ministre esclave jaloux,
5009
MARS. 1552.
59
Louise eût sçù régir l'Empire,
**
Pourvoir à tout, à tout sussite,
*
Venger son sexe & son époux.
pet.
We
..
Cette main à qui l'harmonie.
Accordoit ses plus tendres sons,
1
..
Qui d'une riche broderie
Avec grace animoit le fonds,
Eût triomphé de nos Achilles,
. ...
Soutenu les Arts, pris des Villes;
.
Réuni Bellone & Thémis
Et Superieure aux obstacles
Renouvellé tous les miracles
D'Irene & de Semiramis.
:
Tu sçais, Monarque infatigable.
Tu sçais obscurcir ces taleus:
Louise ne patost quiaimable,
L'amour remplit tous ses momens;
Vois, admire avec quel courage
Ce coeur sublime se partage
Et par tendresse & par vertu
Comme une humble & simple bergeré
Entre le désir de te plaire
Et le plaisit de avoir plu.
C iiij
36 MERCURE DEFRANCE.
Mais quelle voix se fait entendte!
»Chet Epoux, seche ensin tes pleuis,
» C'est assez honorer ma cendte,
» Tu l'offenses par tes douleurs;
»Prince trop cheri, si tu m'aimes
» Je vis encore, les Dieux mêmes
» De mon bonheur seront jaloux
Tout est en deuil: pour ta tendresse
nQuel plaisir plus pur: ta tristesse
»Devient la tristesse de tous.
...
Que le pero de la lumiere
Se livre un instant au repos;
C'en est fait la nature entiere
Rentre dans son premier cahos:
Pour tes Provinces fortunées,
i
Tes instans valent des années;
Ceux que tu donne à tes ennuis,
Grand Roi, sont perdus pour l'Histoire,
Tu les voles tous à ta gloire,
..
Tu les voles à ton pais.
Reine de Dannemarc.
ODE AU ROI,
Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Il est donc vrai ! de ses années
Les Dieux ont terminé le cours;
Jamais, barbares destinées
Respectâtes-vous de beaux jours!
Jusques à quand, Mort implacable
Ton glaive avide, insatiable
S'étendra-t. il sur les vertus:
Le Ciel irrité sur vos têtes,
Danois! assemble ses tempêtes
Pleurez: Louise helas n'est plus.
Vous n'êtes que de vains fantômes
Plaisirs, jeunesse, biens, honneursi
Serons-nous toujours, soibles hommes,
Séduits par vos charmes trompeurs!
Disparoissez, erreurs brillantes,
Sous mille formes différentes
Notre néant se reproduit.
Venex, voyez, Grands de la terre,
MARS.
1751.
Qu'êtes-vous? un peu de poussiere
Qu'un soussle organise & détruit.
D'un vil peuple la flatterie
Vous place au dessus des moitels,
Du Courtisan l'idolatrie
Ose vous dresser des Autels;
Que de l'immortelle Louise
Le funeste trépas instruise
Et terrasse ensin votre orgueil:
Vous serez malgré la Couronne,
Assis aujourd'hui sur le Trone,
Demain couchés dans le cercueil.
Tendre amout, sidele hymenée,
Jettez des sleurs sur son tombeau;
Elle aimoit, elle étoit aimée;
Vites-vous un destin plus beau?
Elle aimoit en toi l'homme aimable,
FRIDIRIC! ce coeur adorable
Au Heros préferoit l'Amant,
Hé! les couronnes les plus belles,
Toutes les grandeurs, que sont- elles
Au prix d'un tendre sentiment:
Vous ne verrez plus une mere,
Princes, vous presser dans ses bras,
d by Goo
Ciij
53
54 MERCUREDEFRANCE.
Suivre votre course légere,
Et sourire à votre embarras:
Croissez tendres fleurs, son ouvrag
De ses traits offrez-nous Pimage
Montrez à l'Univers surpris
Que fidéle à son origine
La grandeur d'une Héroino
Circule dans le sang des fils.
Heureux enfans de l'abondance
Beaux Arts! elle vous aimoit tous:
Elle réunit des l'enfance
Tous les talens & tous les goûts:
Sur elle, disoit la nature
Versons nos presens sans mesuro
Formons- là digne de Titus;
Soudain marcherent sur ses traces
De son sexe toutes les graces,
Du nôtre toutes les vertus.
Placez Louise sur un Trône
Avili par un de ces Rois
Qui ne peuvent de la Couronne
Soutenir le penible poids,
Automates, que la molesse
Tient dans une éternelle ivtesse
D'un Ministre esclave jaloux,
5009
MARS. 1552.
59
Louise eût sçù régir l'Empire,
**
Pourvoir à tout, à tout sussite,
*
Venger son sexe & son époux.
pet.
We
..
Cette main à qui l'harmonie.
Accordoit ses plus tendres sons,
1
..
Qui d'une riche broderie
Avec grace animoit le fonds,
Eût triomphé de nos Achilles,
. ...
Soutenu les Arts, pris des Villes;
.
Réuni Bellone & Thémis
Et Superieure aux obstacles
Renouvellé tous les miracles
D'Irene & de Semiramis.
:
Tu sçais, Monarque infatigable.
Tu sçais obscurcir ces taleus:
Louise ne patost quiaimable,
L'amour remplit tous ses momens;
Vois, admire avec quel courage
Ce coeur sublime se partage
Et par tendresse & par vertu
Comme une humble & simple bergeré
Entre le désir de te plaire
Et le plaisit de avoir plu.
C iiij
36 MERCURE DEFRANCE.
Mais quelle voix se fait entendte!
»Chet Epoux, seche ensin tes pleuis,
» C'est assez honorer ma cendte,
» Tu l'offenses par tes douleurs;
»Prince trop cheri, si tu m'aimes
» Je vis encore, les Dieux mêmes
» De mon bonheur seront jaloux
Tout est en deuil: pour ta tendresse
nQuel plaisir plus pur: ta tristesse
»Devient la tristesse de tous.
...
Que le pero de la lumiere
Se livre un instant au repos;
C'en est fait la nature entiere
Rentre dans son premier cahos:
Pour tes Provinces fortunées,
i
Tes instans valent des années;
Ceux que tu donne à tes ennuis,
Grand Roi, sont perdus pour l'Histoire,
Tu les voles tous à ta gloire,
..
Tu les voles à ton pais.
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210
p. 74-77
ODE A M. LE DUC D'AIGUILLON, Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis XV, dans une des places de Rennes.
Début :
Quel Dieu, de mon réduit, troublant l'heureux silence, [...]
Mots clefs :
Statue, Louis XV, Héros, Coeur, Roi
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texteReconnaissance textuelle : ODE A M. LE DUC D'AIGUILLON, Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis XV, dans une des places de Rennes.
ODE
A M. LE DUC D'AIGUILLON ,
Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis
XV, dans une des places de Rennes.
Q
Uel Dieu , de mon réduit , troublant Pheureux
filence ,
Au paifible fommeil d'une chere indolence ,
Par un magique effort, vient arracher mes fens! ...
N'en doutons point , du Dieu ( de la docte manie }
C'eſt le rédoutable génie :
Puis-je le méconnoître aux tranſports que je fens
Mais loin des bords pompeux de la Seine orgueilleuſe
,
Dans quelles régions fon aîle perilleuſe ,
Entraîne malgré moi mon efprit allarmé ? ...
Que vois-je ? ... ô tendre erreur ! dans ma douce
patrie ,
Au gré de mon ame attendrie ,
Soudain je me revois , moins furpris que charmé.
O théatre chéri des jeux de mon enfance !
Quel Dieu femble fur toi déployer fa puiſſance ?
O fpectacle enchanteur dont tu frappes mes yeux !
FEVRIER.
75 1755.
Quels feux ! quels doux feftins ! quels concerts
d'allégreffe t
Bacchus , la joie & la tendreffe
Te rempliffent au loin d'un trouble précieux .
Arrête , ô peuple heureux ! que la gaité tranfporte
,
Et dont la foule aimable & m'entraîne & m'emporte
;
Apprens-moi ton bonheur , dont mon coeur fait le
fien.
Mais quel beau monument s'éleve en ton enceinte
?
J'y reconnois l'image empreinte
D'un heros pacifique & d'un Roi citoyen.
C'eft donc ce monument & d'amour & de zele ,
Que confacre à ton Roi ta franchiſe fidele ,
Qui fait naitre en ton fein l'ivreffe & les tranfports
:
Si ce bronze muet , où manque fa grandeame ,
D'une fi vive ardeur t'enflamme ,
Que feroit la préſence embelliffant tes bords
Vous , à qui les talens , la vertu généreuſe ,
Plutôt que la faveur volage & dangereuſe
Ont mis entre les mains la pleine autorité ,
Et qui ne l'exercez au fein de ma province
Que pour y faire aimer un Prince
Dij
76 MERCURE DE FRANCE ,
Dont elle adore en vous l'héroïque bonté :
Apprenez , d'Aiguillon , à ce Monarque fage
Quels furent , à l'afpect de fon augufte image ,
De nos coeurs enflaminés & l'ivreffe & les voeux.
O! que d'un tel amour la peinture fidele ,
Dans une ame fenfible & belle ,
Doit enfanter foudain de tranfports généreux
Mais cette aimable fête eft à peine paſſée ,
Et déja fecondant votre ardeur empreſſée ,
Louis verfe fur nous fes dons multipliés ,
Alors même qu'il fçait que d'utiles fervices
Et d'honorables facrifices
D'un feul de fes regards feroient affez payés .
Quand , fur fon char de fang , Bellone échevelée ,
Parcourant en fureur l'Europe defolée ,
De fon fouffle homicide , eut embrafé les coeurs ;;
Partageant d'un heros les dangers & les peines ,
On vous a vû dérober Genes
Au barbare pouvoir de fes tyrans vainqueurs.
A préfent qu'un ciel pur rayonne fur nos têtes ,
Un foin pour nous plus cher que d'illuftres conquêtes
,
Remplit votre loifir fécond & glorieux ;
La guerre offroit en vous un heros formidable ,
La paix offre un heros aimable
Qui nous affujettit en nous rendant heureux,
FEVRIER. 1755 . 77
Non , ne nous croyez pas tels que nous peirt
l'envie ,
Qu'elle s'efforce en vain de noircir notre vie ; . . .
Conftamment , du devoir , nous écoutons la voix :
Chacun de nous en fait fa plus chere fcience ,
Et nous n'apprenons dans l'enfance
Qu'à refpecter les Dieux , & qu'à chérir nos Ro
Nos coeurs , quoiqu'un peu fiers , ne font pas inflexibles
,
La gloire & la vertu les trouverent ſenſibles ,
Et jamais on n'en vit plus jaloux de l'honneur.
Mais oùregne une vile & baffe flatterie ,
On doit traiter de barbarie
Une franchiſe mâle , une noble candeur.
D'une épouse , par vous juftement adorée ,
La modefte vertu par les Graces parées ,
Les talens , la douceur , le caractere heureux ,
Prouvent que parmi nous la nature difpenfe
Ses faveurs avec abondance ,
Et qu'il y naît des coeurs nobles & généreux.
A M. LE DUC D'AIGUILLON ,
Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis
XV, dans une des places de Rennes.
Q
Uel Dieu , de mon réduit , troublant Pheureux
filence ,
Au paifible fommeil d'une chere indolence ,
Par un magique effort, vient arracher mes fens! ...
N'en doutons point , du Dieu ( de la docte manie }
C'eſt le rédoutable génie :
Puis-je le méconnoître aux tranſports que je fens
Mais loin des bords pompeux de la Seine orgueilleuſe
,
Dans quelles régions fon aîle perilleuſe ,
Entraîne malgré moi mon efprit allarmé ? ...
Que vois-je ? ... ô tendre erreur ! dans ma douce
patrie ,
Au gré de mon ame attendrie ,
Soudain je me revois , moins furpris que charmé.
O théatre chéri des jeux de mon enfance !
Quel Dieu femble fur toi déployer fa puiſſance ?
O fpectacle enchanteur dont tu frappes mes yeux !
FEVRIER.
75 1755.
Quels feux ! quels doux feftins ! quels concerts
d'allégreffe t
Bacchus , la joie & la tendreffe
Te rempliffent au loin d'un trouble précieux .
Arrête , ô peuple heureux ! que la gaité tranfporte
,
Et dont la foule aimable & m'entraîne & m'emporte
;
Apprens-moi ton bonheur , dont mon coeur fait le
fien.
Mais quel beau monument s'éleve en ton enceinte
?
J'y reconnois l'image empreinte
D'un heros pacifique & d'un Roi citoyen.
C'eft donc ce monument & d'amour & de zele ,
Que confacre à ton Roi ta franchiſe fidele ,
Qui fait naitre en ton fein l'ivreffe & les tranfports
:
Si ce bronze muet , où manque fa grandeame ,
D'une fi vive ardeur t'enflamme ,
Que feroit la préſence embelliffant tes bords
Vous , à qui les talens , la vertu généreuſe ,
Plutôt que la faveur volage & dangereuſe
Ont mis entre les mains la pleine autorité ,
Et qui ne l'exercez au fein de ma province
Que pour y faire aimer un Prince
Dij
76 MERCURE DE FRANCE ,
Dont elle adore en vous l'héroïque bonté :
Apprenez , d'Aiguillon , à ce Monarque fage
Quels furent , à l'afpect de fon augufte image ,
De nos coeurs enflaminés & l'ivreffe & les voeux.
O! que d'un tel amour la peinture fidele ,
Dans une ame fenfible & belle ,
Doit enfanter foudain de tranfports généreux
Mais cette aimable fête eft à peine paſſée ,
Et déja fecondant votre ardeur empreſſée ,
Louis verfe fur nous fes dons multipliés ,
Alors même qu'il fçait que d'utiles fervices
Et d'honorables facrifices
D'un feul de fes regards feroient affez payés .
Quand , fur fon char de fang , Bellone échevelée ,
Parcourant en fureur l'Europe defolée ,
De fon fouffle homicide , eut embrafé les coeurs ;;
Partageant d'un heros les dangers & les peines ,
On vous a vû dérober Genes
Au barbare pouvoir de fes tyrans vainqueurs.
A préfent qu'un ciel pur rayonne fur nos têtes ,
Un foin pour nous plus cher que d'illuftres conquêtes
,
Remplit votre loifir fécond & glorieux ;
La guerre offroit en vous un heros formidable ,
La paix offre un heros aimable
Qui nous affujettit en nous rendant heureux,
FEVRIER. 1755 . 77
Non , ne nous croyez pas tels que nous peirt
l'envie ,
Qu'elle s'efforce en vain de noircir notre vie ; . . .
Conftamment , du devoir , nous écoutons la voix :
Chacun de nous en fait fa plus chere fcience ,
Et nous n'apprenons dans l'enfance
Qu'à refpecter les Dieux , & qu'à chérir nos Ro
Nos coeurs , quoiqu'un peu fiers , ne font pas inflexibles
,
La gloire & la vertu les trouverent ſenſibles ,
Et jamais on n'en vit plus jaloux de l'honneur.
Mais oùregne une vile & baffe flatterie ,
On doit traiter de barbarie
Une franchiſe mâle , une noble candeur.
D'une épouse , par vous juftement adorée ,
La modefte vertu par les Graces parées ,
Les talens , la douceur , le caractere heureux ,
Prouvent que parmi nous la nature difpenfe
Ses faveurs avec abondance ,
Et qu'il y naît des coeurs nobles & généreux.
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Résumé : ODE A M. LE DUC D'AIGUILLON, Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis XV, dans une des places de Rennes.
L'ode célèbre l'érection d'une statue de Louis XV sur une place de Rennes, dédiée à M. le Duc d'Aiguillon. Le poète exprime son admiration pour cette statue, symbole d'un roi pacifique et citoyen. Il décrit la joie et la fierté du peuple rennais face à ce monument. Le texte loue le duc d'Aiguillon pour ses talents et sa vertu, soulignant qu'il exerce son autorité pour faire aimer le prince. La statue est vue comme un témoignage de l'amour et du zèle du peuple. Le poète mentionne les services rendus par le duc, notamment la libération de Gênes des tyrans, et son rôle bénéfique durant la paix. Il conclut en affirmant la loyauté et le sens du devoir du peuple, tout en critiquant la flatterie et en valorisant la franchise et la noblesse des cœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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211
p. 27-30
ODE SUR LA MORT DE M. DE MONTESQUIEU.
Début :
Aux destins d'ici bas si ton coeur s'intéresse, [...]
Mots clefs :
Mort de Montesquieu, Montesquieu, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA MORT DE M. DE MONTESQUIEU.
ODE
SUR LA MORT
DE M. DE MONTESQUIEU,
Aux deftins d'ici bas fiton coeur s'intéreffe ,
Ux
S'il eft encor fenfible à d'illuftres malheurs :
Rouffeau , du haut des cieux viens fervir ma trif
teffe ,
Et feconder mes pleurs.
Ce n'eft point un guerrier mort au ſein du carnage
,
Ce n'eft point un grand Roi fous fon trône abbattu
: Bij
•
28 MERCURE DE FRANCE,
Le héros que je pleure eft un citoyen fage
Mort avec fa vertu .
Montefquieu n'eft plus. D'une trop belle vie ,
Votre main , Dieux jaloux , a terminé le cours ;
Immortel comme vous , fi l'éclat du génie
Eternifoit les jours.
En vain dans les fentiers d'un ténébreux Dédale ,
De la raifon fragile il dirigea les pas ;
Son efprit lumineux , de la loi générale
Ne le garantit pas.
C'eft lui , qui du flambeau de la vérité pure ,
Eclairant fûrement nos efprits & nos coeurs
Sçut apprécier l'homme , & charger la nature
De les propres erreurs .
Philofophe fans fafte , à l'humaine foiblefle
Son front n'oppofa point un ftoïque mépris ,
Et nouvel Ariſtipe , il trouva la ſageſfe
Dans les jeux & les ris .
Mais , quel art ingénu ! quel heureux badinage !
Quand du pinceau d'Afie empruntant les couleurs
,
Il fe plaît à tracer d'une main libre & ſage ,
Le tableau de nos moeurs ?
Tantôt , charmant Rica , fur nos erreurs légeres
Il verfe en fejouant un fel ingénieux ;
11
AVRIL. 29 1755 .
Tantôt , fublime Ufbek , il perce les mysteres
De la terre & des cieux.
Au pied du Capitole a- t -il pris la naiſſance ›
Ce juge fouverain , qui du peuple de Mars
Interroge la cendre , & met dans la balance
La gloire des Céfars.
L'immenfe antiquité n'a point de traits célébres
Qui ne femblent renaître en fes doctes difcours ;
Son efprit créateur fait fortir des ténébres.
• L'éclat des plus beaux jours.
Ami de l'univers , ce fagê politique
Fut toujours l'orateur de la fociété ,
Et bláma fortement toute loi tyrannique
Contre l'humanité .
Sa main marqua les' noeuds d'une chaîne durable ,
Entre le fier monarque & le peuple jaloux ,
Et plaça dans nos coeurs le lien refpectable
Qui nous enchaîne tous.
Tel que l'oifeau facré , miniftre du tonnerre
Parcourt en fon effor cent climats différens :
Tel dans fon vol hardi , cet aigle de la terre
Embraffe tous les tems.
Maintenant , trifte objet des larmes de la France ,
S'il eſt encor des rangs dans l'éternel repos ;
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Daignes nous dire au moins quelle eft la récompenfe
De tes rares travaux .
Sous des berceaux jonchés de myrtes & de roſes
,
Vas-tu joindre tes pas
à ceux d'Anacréon ?
Et traitant librement du principe des chofes ,
Entretenir Platon ?
Au feul bruit de ton nom , l'école du Portique ,
Au-devant de tes pas s'empreffe avec reſpect ;
L'Elifée applaudit , & le héros d'Utique
Se taît à ton afpect.
Déja pour mériter l'honneur de ton fuffrage
Lycurgue a de fon front banni l'auſtérité :
E préfente à tes yeux, fous un pur affemblage ,
L'homme & l'humanité.
SUR LA MORT
DE M. DE MONTESQUIEU,
Aux deftins d'ici bas fiton coeur s'intéreffe ,
Ux
S'il eft encor fenfible à d'illuftres malheurs :
Rouffeau , du haut des cieux viens fervir ma trif
teffe ,
Et feconder mes pleurs.
Ce n'eft point un guerrier mort au ſein du carnage
,
Ce n'eft point un grand Roi fous fon trône abbattu
: Bij
•
28 MERCURE DE FRANCE,
Le héros que je pleure eft un citoyen fage
Mort avec fa vertu .
Montefquieu n'eft plus. D'une trop belle vie ,
Votre main , Dieux jaloux , a terminé le cours ;
Immortel comme vous , fi l'éclat du génie
Eternifoit les jours.
En vain dans les fentiers d'un ténébreux Dédale ,
De la raifon fragile il dirigea les pas ;
Son efprit lumineux , de la loi générale
Ne le garantit pas.
C'eft lui , qui du flambeau de la vérité pure ,
Eclairant fûrement nos efprits & nos coeurs
Sçut apprécier l'homme , & charger la nature
De les propres erreurs .
Philofophe fans fafte , à l'humaine foiblefle
Son front n'oppofa point un ftoïque mépris ,
Et nouvel Ariſtipe , il trouva la ſageſfe
Dans les jeux & les ris .
Mais , quel art ingénu ! quel heureux badinage !
Quand du pinceau d'Afie empruntant les couleurs
,
Il fe plaît à tracer d'une main libre & ſage ,
Le tableau de nos moeurs ?
Tantôt , charmant Rica , fur nos erreurs légeres
Il verfe en fejouant un fel ingénieux ;
11
AVRIL. 29 1755 .
Tantôt , fublime Ufbek , il perce les mysteres
De la terre & des cieux.
Au pied du Capitole a- t -il pris la naiſſance ›
Ce juge fouverain , qui du peuple de Mars
Interroge la cendre , & met dans la balance
La gloire des Céfars.
L'immenfe antiquité n'a point de traits célébres
Qui ne femblent renaître en fes doctes difcours ;
Son efprit créateur fait fortir des ténébres.
• L'éclat des plus beaux jours.
Ami de l'univers , ce fagê politique
Fut toujours l'orateur de la fociété ,
Et bláma fortement toute loi tyrannique
Contre l'humanité .
Sa main marqua les' noeuds d'une chaîne durable ,
Entre le fier monarque & le peuple jaloux ,
Et plaça dans nos coeurs le lien refpectable
Qui nous enchaîne tous.
Tel que l'oifeau facré , miniftre du tonnerre
Parcourt en fon effor cent climats différens :
Tel dans fon vol hardi , cet aigle de la terre
Embraffe tous les tems.
Maintenant , trifte objet des larmes de la France ,
S'il eſt encor des rangs dans l'éternel repos ;
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Daignes nous dire au moins quelle eft la récompenfe
De tes rares travaux .
Sous des berceaux jonchés de myrtes & de roſes
,
Vas-tu joindre tes pas
à ceux d'Anacréon ?
Et traitant librement du principe des chofes ,
Entretenir Platon ?
Au feul bruit de ton nom , l'école du Portique ,
Au-devant de tes pas s'empreffe avec reſpect ;
L'Elifée applaudit , & le héros d'Utique
Se taît à ton afpect.
Déja pour mériter l'honneur de ton fuffrage
Lycurgue a de fon front banni l'auſtérité :
E préfente à tes yeux, fous un pur affemblage ,
L'homme & l'humanité.
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Résumé : ODE SUR LA MORT DE M. DE MONTESQUIEU.
L'ode rend hommage à Montesquieu, récemment décédé. L'auteur exprime sa tristesse et appelle Rousseau à partager sa douleur. Montesquieu, décrit comme un sage citoyen, est mort avec ses vertus. Les dieux ont mis fin à sa vie trop belle et brillante. Malgré son génie, il n'a pas échappé à la mort. Il a éclairé les esprits et les cœurs avec la vérité, appréciant l'homme et révélant les erreurs de la nature. Philosophe sans faste, il a trouvé la sagesse dans les jeux et les rires. Son œuvre, comme les 'Lettres persanes' et 'L'Esprit des lois', a exploré les mœurs humaines et les mystères de l'univers. Montesquieu a été un juge souverain, un politique sage, et un ami de l'univers, blâmant les lois tyranniques. Il a lié le monarque et le peuple par un lien respectueux. Son esprit créateur a illuminé l'antiquité et embrassé tous les temps. L'auteur se demande quelle est la récompense des travaux de Montesquieu dans l'au-delà, imaginant qu'il pourrait se joindre à Anacréon ou entretenir Platon. Les philosophes grecs, comme Lycurgue et le stoïcien de Utique, respectent Montesquieu et présentent l'homme et l'humanité sous leur meilleur jour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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212
p. 53-58
A. S. A. S. Mgr. le Comte de Clermont, protecteur de la Société littéraire de Chaalons-sur-Marne. ODE. Lue dans une séance particuliere de cette Société.
Début :
Chastes filles de l'harmonie, [...]
Mots clefs :
Société littéraire de Châlons-sur-Marne, Roi, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A. S. A. S. Mgr. le Comte de Clermont, protecteur de la Société littéraire de Chaalons-sur-Marne. ODE. Lue dans une séance particuliere de cette Société.
A. S. A. S. Mgr. le Comte de
Clermont , protecteur de la Société
littéraire de Chaalons -fur- Marne.
ODE
Lue dans une feance particuliere de cette
Société.
O Melibae Deus nobis hec otia fecit!
CHaftes
Virg. Eglog. I.
Haftes filles de l'harmonie ,
Meres des fublimes talens ,
Muſes , échauffez mon génie ,
Soutenez mes pas chancelans ;
Tranſporté d'une noble audace ,
J'ofe aujourd'hui fur le Parnaffe
Faire entendre de nouveaux fons ;
Penetres-moi , Dieu de la lyre ,
De ce poëtique délire
Qu'éprouvent tes vrais nourriffons.
C'est toi qui , fous le nom illuftre
D'un Prince , objet de notre amour ,
Viens de donner le plus beau luftre
Aux lieux où j'ai recu le jour ;
Sous les plus auguſtes aufpices ,
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
Oui , deformais tes feux propices
Vont enflammer tous nos efprits ;
Et les lauriers fleuris du Pinde ,
Aux pampres du vainqueur de l'Inde
Vont ajouter un nouveau prix .
Rangs , honneurs , dignités frivoles ,
Tous vos titres font fuperfus ,
Vous êtes de vaines idoles ,
Pour qui l'encens ne fume plus :
Le talent ici s'apprécie ,
Le mérite feul affocie
Autant d'amis que de rivaux ;
Si dans l'ardeur qui les tranfporte
Quelqu'un fe diftingue & l'emporte ,
fes travaux.
Ce n'eft plus que par
O gloire , quelle eft ta puiffance
Sur les coeurs & fur les efprits !
Les arts te doivent leur naiſſance,
Et Bellone fes favoris :
Ton fouffle porte dans nos ames
Ce feu divin , ces vives flammes
Qu'Horace en lui fentoit brûler :
Aujourd'hui tout ici préfage
Qu'avec notre fang d'âge en âge
L'amour des arts va circuler .
Ils naiffent ces hommes utiles ,
Pour qui l'hiftoire a des appas ;
SK
JUIN 1755 . 55
Déja fous leurs plumes fertiles
Revivent d'illuftres prélats * ;
Bientôt , fages dépofitaires ,
Ils nous tranfmettront des myfteres
Qu'il nous eft honteux d'ignorer ;
Et nous verrons dans leur ouvrage ,
Des vertus le fare affemblage ,
Qu'en lui Choifeul ** fait admirer.
Déja l'exacte anatomie ,
L'oeil appliqué fur notre corps ,
De fon admirable harmonie
Nous découvre tous les refforts ;
A jamais , fcience divine ,
Tu feras de la Médecine
La régle fûre & le flambeau ;
Et fi tu ne lui fers de guide ,
C'eft fouvent un art homicide
Qui nous précipite au tombeau.
Ceffez , mortels , ceffez vos plaintes ,
Vous ne fouffrirez pas toujours ,
Les Parques fe verront contraintes
A vous filer de plus longs jours ;
De la Chymie infatigable ,
L'art merveilleux & fecourable
Un des Membres de cette Société travaille à
P'hiftoire des Evêques de Chaalons.
** M. de Choiseul actuellement Evêque de
'Chaalons.
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
Bientôt adoucira vos maux >
Et rétablira votre force
Par l'alliance ou le divorce
Et des plantes & des métaux.
Raffûrez - vous , veuves , pupiles ,
Vos droits feront mieux affermis
Vous trouverez de fûrs aſyles
Dans les Tribunaux de Thémis :
L'étude , la faine éloquence
En s'armant pour votre défenſe
Feront briller la vérité ;
Nouveaux peres de la patrie ,
Vos Juges , comme Barberie * ,
Feront triompher l'équité.
>
Du regne heureux de ton Augufte
Rome , ceffe de te vanter ;
Sous un Roi plus grand & plus jufte
La France a droit de l'emporter ;
L'ami d'Horace & de Virgile
Fut un Romain prefque inutile ,
Trop renfermé dans le repos :
Digne du fang qui l'a fait naître ,
En lui Clermont nous fait connoître
Et le Mécene & le héros.
Je vois ce guerrier intrépide ,
* M. de Barberie de Saint- Contest de la Chataigneraye
, actuellement Intendant de Champagne.
JÚ IN. 57
1755.
A la tête de nos foldats ,
Braver dans fa courſe rapide
Et les frayeurs & le trépas.
C'eft vainement , lion belgique ,
Que d'un fort prochain & tragique
Tu veux reculer les momens ;
A fa gloire Clermont ſenſible ,
Va bientôt de fon bras terrible
Etouffer tes rugiffemens.
Déja notre héros s'avance :
Quels bruits , quels cris , quelles terreurs !
L'affreufe mort qui le devance ,
Imprime par-tout fes horreurs ;
Namur écrasé fous fa foudre ,
Anvers prêt à tomber en poudre ,
Sont pour lui de trop foibles coups :
Il n'eft point de borne à fa gloire ,
Une plus brillante victoire
L'attend à Lawfeld * , à Raucoux **,
* Village des Pays- bas remarquable par la victoire
que le Roi remporta fur les Alliés le 2 Juillet
1747.
** Nom de lieu près de Liége , célebre par la victoire
complette que le Roi remportafur l'armée combinée
des Anglois , Autrichiens & Hollandois , le
11 Octobre 1746.
Mgr le Comte de Clermont donna dans ces deux
batailles des marques fingulieres de fſon intrépidité
& defa valeur.
Cv
58 MERCURE
DE FRANCE
.
Ceffez , Mufe trop indifcrete ;
Pourquoi rappeller la douleur
Qu'une pitié tendre & fecrete
Portoit jufqu'au fond de fon coeur ?
Ce Prince , au milieu des alarmes ,
Sur les vaincus verfoit des larmes ,
Il n'en paroîtra que plus grand ;
Louis , l'univers contemple
, que
Et Clermont nous font un exemple
Qu'on peut être homme & conquerant.
Par M. Meunier , ' Avocat en Par
lement , & membre de la Société
littéraire de Châlons -fur- Marne.
Clermont , protecteur de la Société
littéraire de Chaalons -fur- Marne.
ODE
Lue dans une feance particuliere de cette
Société.
O Melibae Deus nobis hec otia fecit!
CHaftes
Virg. Eglog. I.
Haftes filles de l'harmonie ,
Meres des fublimes talens ,
Muſes , échauffez mon génie ,
Soutenez mes pas chancelans ;
Tranſporté d'une noble audace ,
J'ofe aujourd'hui fur le Parnaffe
Faire entendre de nouveaux fons ;
Penetres-moi , Dieu de la lyre ,
De ce poëtique délire
Qu'éprouvent tes vrais nourriffons.
C'est toi qui , fous le nom illuftre
D'un Prince , objet de notre amour ,
Viens de donner le plus beau luftre
Aux lieux où j'ai recu le jour ;
Sous les plus auguſtes aufpices ,
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
Oui , deformais tes feux propices
Vont enflammer tous nos efprits ;
Et les lauriers fleuris du Pinde ,
Aux pampres du vainqueur de l'Inde
Vont ajouter un nouveau prix .
Rangs , honneurs , dignités frivoles ,
Tous vos titres font fuperfus ,
Vous êtes de vaines idoles ,
Pour qui l'encens ne fume plus :
Le talent ici s'apprécie ,
Le mérite feul affocie
Autant d'amis que de rivaux ;
Si dans l'ardeur qui les tranfporte
Quelqu'un fe diftingue & l'emporte ,
fes travaux.
Ce n'eft plus que par
O gloire , quelle eft ta puiffance
Sur les coeurs & fur les efprits !
Les arts te doivent leur naiſſance,
Et Bellone fes favoris :
Ton fouffle porte dans nos ames
Ce feu divin , ces vives flammes
Qu'Horace en lui fentoit brûler :
Aujourd'hui tout ici préfage
Qu'avec notre fang d'âge en âge
L'amour des arts va circuler .
Ils naiffent ces hommes utiles ,
Pour qui l'hiftoire a des appas ;
SK
JUIN 1755 . 55
Déja fous leurs plumes fertiles
Revivent d'illuftres prélats * ;
Bientôt , fages dépofitaires ,
Ils nous tranfmettront des myfteres
Qu'il nous eft honteux d'ignorer ;
Et nous verrons dans leur ouvrage ,
Des vertus le fare affemblage ,
Qu'en lui Choifeul ** fait admirer.
Déja l'exacte anatomie ,
L'oeil appliqué fur notre corps ,
De fon admirable harmonie
Nous découvre tous les refforts ;
A jamais , fcience divine ,
Tu feras de la Médecine
La régle fûre & le flambeau ;
Et fi tu ne lui fers de guide ,
C'eft fouvent un art homicide
Qui nous précipite au tombeau.
Ceffez , mortels , ceffez vos plaintes ,
Vous ne fouffrirez pas toujours ,
Les Parques fe verront contraintes
A vous filer de plus longs jours ;
De la Chymie infatigable ,
L'art merveilleux & fecourable
Un des Membres de cette Société travaille à
P'hiftoire des Evêques de Chaalons.
** M. de Choiseul actuellement Evêque de
'Chaalons.
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
Bientôt adoucira vos maux >
Et rétablira votre force
Par l'alliance ou le divorce
Et des plantes & des métaux.
Raffûrez - vous , veuves , pupiles ,
Vos droits feront mieux affermis
Vous trouverez de fûrs aſyles
Dans les Tribunaux de Thémis :
L'étude , la faine éloquence
En s'armant pour votre défenſe
Feront briller la vérité ;
Nouveaux peres de la patrie ,
Vos Juges , comme Barberie * ,
Feront triompher l'équité.
>
Du regne heureux de ton Augufte
Rome , ceffe de te vanter ;
Sous un Roi plus grand & plus jufte
La France a droit de l'emporter ;
L'ami d'Horace & de Virgile
Fut un Romain prefque inutile ,
Trop renfermé dans le repos :
Digne du fang qui l'a fait naître ,
En lui Clermont nous fait connoître
Et le Mécene & le héros.
Je vois ce guerrier intrépide ,
* M. de Barberie de Saint- Contest de la Chataigneraye
, actuellement Intendant de Champagne.
JÚ IN. 57
1755.
A la tête de nos foldats ,
Braver dans fa courſe rapide
Et les frayeurs & le trépas.
C'eft vainement , lion belgique ,
Que d'un fort prochain & tragique
Tu veux reculer les momens ;
A fa gloire Clermont ſenſible ,
Va bientôt de fon bras terrible
Etouffer tes rugiffemens.
Déja notre héros s'avance :
Quels bruits , quels cris , quelles terreurs !
L'affreufe mort qui le devance ,
Imprime par-tout fes horreurs ;
Namur écrasé fous fa foudre ,
Anvers prêt à tomber en poudre ,
Sont pour lui de trop foibles coups :
Il n'eft point de borne à fa gloire ,
Une plus brillante victoire
L'attend à Lawfeld * , à Raucoux **,
* Village des Pays- bas remarquable par la victoire
que le Roi remporta fur les Alliés le 2 Juillet
1747.
** Nom de lieu près de Liége , célebre par la victoire
complette que le Roi remportafur l'armée combinée
des Anglois , Autrichiens & Hollandois , le
11 Octobre 1746.
Mgr le Comte de Clermont donna dans ces deux
batailles des marques fingulieres de fſon intrépidité
& defa valeur.
Cv
58 MERCURE
DE FRANCE
.
Ceffez , Mufe trop indifcrete ;
Pourquoi rappeller la douleur
Qu'une pitié tendre & fecrete
Portoit jufqu'au fond de fon coeur ?
Ce Prince , au milieu des alarmes ,
Sur les vaincus verfoit des larmes ,
Il n'en paroîtra que plus grand ;
Louis , l'univers contemple
, que
Et Clermont nous font un exemple
Qu'on peut être homme & conquerant.
Par M. Meunier , ' Avocat en Par
lement , & membre de la Société
littéraire de Châlons -fur- Marne.
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Résumé : A. S. A. S. Mgr. le Comte de Clermont, protecteur de la Société littéraire de Chaalons-sur-Marne. ODE. Lue dans une séance particuliere de cette Société.
Lors d'une séance particulière de la Société littéraire de Châlons-sur-Marne, sous la protection de Mgr le Comte de Clermont, une ode a été lue. L'auteur invoque les Muses pour inspirer son génie et exprime sa gratitude envers un prince illustre qui a apporté un grand lustre à la région. Il célèbre le talent et le mérite, soulignant que les arts et les lettres sont valorisés au sein de cette société. L'ode mentionne les contributions des membres de la société dans divers domaines tels que l'histoire, la médecine et le droit. Elle rend hommage au Comte de Clermont pour ses exploits militaires, notamment lors des batailles de Lawfeld et de Raucoux. Le texte se termine par une réflexion sur la grandeur et la pitié du prince, illustrant qu'il est possible de combiner humanité et conquêtes militaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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213
p. 47-48
ODE Tirée du Pseaume 100.
Début :
Seigneur, de ta gloire immortelle [...]
Mots clefs :
Âme, Coeur, Psaume
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texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 100.
O DE
Tirée du Pfeaume 100 .
Seigneur , de ta gloire
immortelle
Je veux fonder la profondeur ,
Je veux célébrer la grandeur
De ta clémence paternelle ;
Et ce palais augufte où je fuis adoré ,
Ne fera plus qu'un temple à ton nom confacre
J'éloignerai de ma préſence
L'homme fouillé d'impureté ,
Celui dont le fouffle empefté
Ne refpire que la licence ,
Et qui dans les difcours , infâme féducteur ;
Fait trembler l'innocence , & rougir la pudeur.
J'en bannis les langues traîtreffes.
Tous ces noirs enfans du démon ,
Qui couvrant leur fubtil poifon
De mille fleurs enchantereffes ,
Déchirent leur prochain par des traits acérés ,
Et d'autant plus mortels qu'ils font mieux pré
parés.
48 MERCURE DE FRANCE .
Je ne reconnois , ni n'avoue.
Ce courtifan fuperbe & vain ,
Dont le fafte & le front hautain
Ne cachent qu'une ame de boue ;
Qui n'ayant que fa pourpre à faire refpecter ,
Mépriſe des vertus qu'il ne peut imiter.
Je n'admettrai point à ma table
L'hypocrite ni le trompeur ,
Qui vend & fa langue & fon coeur
Par un commerce déteftable.
Celui dont l'intérêt formant l'unique loi
Sçait trahir fans remords fa parole & ſa foi.
Mais le coeur fervent , l'ame jufte ,
L'ami de l'ordre & de la paix ,
· Celui-là fera pour jamais
L'ornement de ma cour auguſte.
Eclaire-moi , grand Dieu , de ces rayons divins ,
Qui te font difcerner tous les coeurs des humains.
Tirée du Pfeaume 100 .
Seigneur , de ta gloire
immortelle
Je veux fonder la profondeur ,
Je veux célébrer la grandeur
De ta clémence paternelle ;
Et ce palais augufte où je fuis adoré ,
Ne fera plus qu'un temple à ton nom confacre
J'éloignerai de ma préſence
L'homme fouillé d'impureté ,
Celui dont le fouffle empefté
Ne refpire que la licence ,
Et qui dans les difcours , infâme féducteur ;
Fait trembler l'innocence , & rougir la pudeur.
J'en bannis les langues traîtreffes.
Tous ces noirs enfans du démon ,
Qui couvrant leur fubtil poifon
De mille fleurs enchantereffes ,
Déchirent leur prochain par des traits acérés ,
Et d'autant plus mortels qu'ils font mieux pré
parés.
48 MERCURE DE FRANCE .
Je ne reconnois , ni n'avoue.
Ce courtifan fuperbe & vain ,
Dont le fafte & le front hautain
Ne cachent qu'une ame de boue ;
Qui n'ayant que fa pourpre à faire refpecter ,
Mépriſe des vertus qu'il ne peut imiter.
Je n'admettrai point à ma table
L'hypocrite ni le trompeur ,
Qui vend & fa langue & fon coeur
Par un commerce déteftable.
Celui dont l'intérêt formant l'unique loi
Sçait trahir fans remords fa parole & ſa foi.
Mais le coeur fervent , l'ame jufte ,
L'ami de l'ordre & de la paix ,
· Celui-là fera pour jamais
L'ornement de ma cour auguſte.
Eclaire-moi , grand Dieu , de ces rayons divins ,
Qui te font difcerner tous les coeurs des humains.
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Résumé : ODE Tirée du Pseaume 100.
Le texte est une prière adressée à Dieu, exprimant le désir de célébrer la clémence divine. Le locuteur souhaite transformer son palais en un temple dédié à Dieu et éloigner les personnes impures et immorales. Il bannit ceux dont les discours corrompent l'innocence et la pudeur, ainsi que les traîtres et les enfants du démon utilisant des paroles enchanteresses pour nuire. Il rejette également les courtisans arrogants et hypocrites, ainsi que ceux qui vendent leur langue et leur cœur par intérêt. En revanche, il accueille favorablement les personnes au cœur fervent, à l'âme juste, et amies de l'ordre et de la paix, qui seront les ornements de sa cour. Le locuteur demande à Dieu de l'éclairer pour discerner les cœurs des humains.
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214
p. 55-57
ODE A la Vérité.
Début :
Du sein de la voûte azurée [...]
Mots clefs :
Âme, Faiblesse, Coeurs, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : ODE A la Vérité.
ODE
A la Vérité.
DUfein de la voûte azurée
Quel rayon
éblouit mes yeux !
Quelle eft cette vierge facrée ,
Qui vers moi s'élance des cieux ?
A ſon éclat , à cette flamme
Qui pénétre & remplit mon ame
C'eft toi , célefte vérité ;
,
Tu viens me rendre à ta lumière ,
Tu viens brifer fur ma paupiere
Le fceau de la crédulité .
Les rives de l'Inculte Ingrie , ( a )
Tôt ou tard rompent leurs glaçons ;
Tôt ou tard les vents en furie
Laiffent flotter les Alcions.
Le jour ferain qui fuit l'orage ,
Offre enfin l'éclatante image
Du calme fûr où je me voi.
Laiffons la foibleffe au vulgaire ,
Tout change , mon ame s'éclaire ,
Un ciel nouveau s'ouvre pour moi.
(a ) Pays très-froid , conquis par les Suédois fur
les Mofcovites , arrofé par la Nieva.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Je connois enfin ces perfides
Que ma foibleffe ofoit aimer ;
Tandis que leurs coeurs parricides
Ne confpiroient qu'à m'opprimer.
Mon oeil franchit le labyrinthe ,
Où ces coeurs fermés par la crainte ,
Cachent l'enfer & fes fureurs ;
Plus d'égards , le Dieu qui m'éclaire ,
Cruels , pour indigner la terre ,
Vous livre à mes crayons vengeurs .
Parlez , Tyrans de ma foibleffe ,
Vils artifans de mes malheurs ,
N'avez-vous flaté ma tendreffe
Que pour vous nourrit de mes pleurs.
Coeurs ingrats , vous tramiez ma perte,
Lorfque pour vous mon ame ouverte ,
A vous aimer bornoit fes foins ;
Ainfi l'agneau , dès fa jeuneffe ,
Chérit la main qui le careffe
Pour l'immoler à nos beſoins.
Venge-moi , Dieu de l'innocence ,
Toi qui feul moteur des deſtins
Foule à tes pieds l'intelligence ,.
Et les vains projets des humains ,
De ces cruels Punis les crimes ...
SEPTEM BR E. 1755.
57
Que dis-je ces lâches victimes
Sont trop indignes de tes coups :
Je veux moi ſeul venger la terre ;
Grand Dieu , prête- moi ton tonnerre
Et laiffe éclater mon couroux.
Fuffent- ils dans les noirs abîmes ,
Je les pourfuivrai chez les morts.
J'irai leur reprocher leurs crimes ,
Trainer fur leurs pas
les remords.
J'écraferai leur tête altiere ,
Leurs fronts briſés fur la pouffiere
N'outrageront plus les vertus :
Mais qu'eft-il befoin de ta foudre ,
Ton fouffle peut les mettre en poudre ?
Grand Dieu , parle , & qu'ils ne foient plus.
Poinfinet le jeune.
L'Auteur dans fa noble colere , prend
ici le ton du Pfalmifte : L'agneau timide
eft tout à coup transformé en aigle , qui
porte & lance la foudre , on peut dire de
jui ,
Facit indignatio verfum.
A la Vérité.
DUfein de la voûte azurée
Quel rayon
éblouit mes yeux !
Quelle eft cette vierge facrée ,
Qui vers moi s'élance des cieux ?
A ſon éclat , à cette flamme
Qui pénétre & remplit mon ame
C'eft toi , célefte vérité ;
,
Tu viens me rendre à ta lumière ,
Tu viens brifer fur ma paupiere
Le fceau de la crédulité .
Les rives de l'Inculte Ingrie , ( a )
Tôt ou tard rompent leurs glaçons ;
Tôt ou tard les vents en furie
Laiffent flotter les Alcions.
Le jour ferain qui fuit l'orage ,
Offre enfin l'éclatante image
Du calme fûr où je me voi.
Laiffons la foibleffe au vulgaire ,
Tout change , mon ame s'éclaire ,
Un ciel nouveau s'ouvre pour moi.
(a ) Pays très-froid , conquis par les Suédois fur
les Mofcovites , arrofé par la Nieva.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Je connois enfin ces perfides
Que ma foibleffe ofoit aimer ;
Tandis que leurs coeurs parricides
Ne confpiroient qu'à m'opprimer.
Mon oeil franchit le labyrinthe ,
Où ces coeurs fermés par la crainte ,
Cachent l'enfer & fes fureurs ;
Plus d'égards , le Dieu qui m'éclaire ,
Cruels , pour indigner la terre ,
Vous livre à mes crayons vengeurs .
Parlez , Tyrans de ma foibleffe ,
Vils artifans de mes malheurs ,
N'avez-vous flaté ma tendreffe
Que pour vous nourrit de mes pleurs.
Coeurs ingrats , vous tramiez ma perte,
Lorfque pour vous mon ame ouverte ,
A vous aimer bornoit fes foins ;
Ainfi l'agneau , dès fa jeuneffe ,
Chérit la main qui le careffe
Pour l'immoler à nos beſoins.
Venge-moi , Dieu de l'innocence ,
Toi qui feul moteur des deſtins
Foule à tes pieds l'intelligence ,.
Et les vains projets des humains ,
De ces cruels Punis les crimes ...
SEPTEM BR E. 1755.
57
Que dis-je ces lâches victimes
Sont trop indignes de tes coups :
Je veux moi ſeul venger la terre ;
Grand Dieu , prête- moi ton tonnerre
Et laiffe éclater mon couroux.
Fuffent- ils dans les noirs abîmes ,
Je les pourfuivrai chez les morts.
J'irai leur reprocher leurs crimes ,
Trainer fur leurs pas
les remords.
J'écraferai leur tête altiere ,
Leurs fronts briſés fur la pouffiere
N'outrageront plus les vertus :
Mais qu'eft-il befoin de ta foudre ,
Ton fouffle peut les mettre en poudre ?
Grand Dieu , parle , & qu'ils ne foient plus.
Poinfinet le jeune.
L'Auteur dans fa noble colere , prend
ici le ton du Pfalmifte : L'agneau timide
eft tout à coup transformé en aigle , qui
porte & lance la foudre , on peut dire de
jui ,
Facit indignatio verfum.
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Résumé : ODE A la Vérité.
Dans l''ODE À LA VÉRITÉ', l'auteur célèbre la vérité comme une lumière éblouissante et sacrée qui dissipe l'ignorance et la crédulité, offrant une vision claire et sereine. Il compare cette révélation à la fonte des glaces en Ingérie, symbolisant la libération des contraintes. Le poète dénonce ensuite ceux qui ont exploité sa faiblesse et conspiré contre lui, révélant leur nature cruelle et parricide cachée derrière des apparences trompeuses. Il décide de les dénoncer et de les punir, invoquant l'aide divine pour venger l'innocence opprimée. Le poète se transforme en un aigle vengeur, prêt à poursuivre ses ennemis même dans les abîmes pour les accabler de remords et les réduire à néant. Il conclut en demandant à Dieu de les anéantir complètement.
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215
p. 33-36
LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE. Imitation d'une Ode Italienne, de M. l'Abbé Métastase.
Début :
GRACE à ta perfidie, un amour malheureux [...]
Mots clefs :
Coeur, Yeux
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texteReconnaissance textuelle : LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE. Imitation d'une Ode Italienne, de M. l'Abbé Métastase.
LA LIBERTÉ ,
O U
LA PARFAITE INDIFFÉRENCE.
Imitation d'une Ode Italienne , de M. l'Abbé
Métaftafe.
GRACE à ta perfidie , un amour malheureux
Ne livre plus mon ame au plus cruel martyre.
Les Dieux ont pris pitié de mon fort rigoureux :
Tes charmes pour mon coeur ne font plus dan
gereux ;
Et libre de ton joug , à la fin je reſpire .
Non , ce n'eft pas un fonge ; un dépit infenfé
Ne me déguiſe point une ardeur mal éteinte :
Vainement devant moi ton nom eft prononcé ;
Je l'entends fans allarme ; & ton afpect , Nicé ,
A ma tranquillité ne porte plus d'atteinte .
Je dors , & le fomineil ne m'offre point tes
traits :
Tu n'es plus cet objet qui m'occupoit fans ceffe ;
Ton abfence à mon coeur ne coute nuls regrets :
Je ne défire point de revoir tes attraits ;
Je les revois fans joie , ainsi que fans trifteffe.
Bv
34
MERCURE DE FRANCE .
D'aucun trouble , à tes yeux , les miens ne font
émus :
J'oppose à tes dédains une froideur extrême .
Tu t'approches de moi , fans me rendre confus :
Je puis , de ta beauté qui ne me touche plus ,
M'entretenir fans rifque avec mon rival même.
Parle- moi fiérement & d'un ton plein d'aigreur
;
Ou daigne m'honorer d'un regard , d'un ſourire :
Tout est égal pour moi , ta haine ou ta douceur.
Tes yeux ne fçavent plus le chemin de mon coeur;
Ta bouche fur mes fens n'a plus aucun empire.
Que je fois fatisfait , ou triſte déſormais ,
Ma joie ou mes ennuis ne font point ton ouvra
ge .
Je ne fuis plus tes pas dans le fond des forêts ;
Sur un côteau riant , loin de toi je me plais :
Je m'ennuie avec toi dans un féjour ſauvage.
1
Je fuis pourtant fincere. Oui , toujours t
verras
Ta beauté juftement attirer mon fuffrage :
Mais j'en fçais dont les yeux brillent de plus
d'appas ;
DECEMBRE . 1755 35
Et même ( que le vrai ne te révolte pas )
Je vois quelques défauts fur ton charmant vifage.
D'abord il m'en couta , je l'avoue ; & la mort
Me parut , en briſant une chaîne auffi rude ,
Devoir être le fruit d'un pénible effort ;
Mais pour redevenir le maître de fon fort ,
Que ne fait point un coeur las de fa fervitude
Pour fe débarraffer , l'oifeau pris au filet
De quelques plumes fait l'utile facrifice :
Bientôt il les recouvre , & rendu plus difcret
Il fçait fe garantir des piéges , qu'en fecret
Lui tend de l'Oifeleur l'impuiffant artifice.
Je jure fi fouvent que je ne t'aime plus ,
Que peut -être , Nicé , ta crois que je t'adore:
Non , ne t'en flate pas , mes liens font rompus ;
Mais après les dangers que le coeur a courus ,
L'efprit avec plaifir fe les retrace encore.
Ainfi par le guerrier fes faits font racontés ;
Des coups qu'il a reçus toujours il fait l'hiſtoire
Et cite les périls par fa valeur domptés :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Tel l'affranchi , des fers qu'il a long- tems portés
,
Se plaît à rappeller fans ceffe la mémoire .
Si je te parle donc , de ma flamme vainqueur ,
Ce n'eft plus pour te rendre un hommage fervile
;
C'est pour me contenter , pour braver ta rigueur ,
Et même fans daigner m'informer fi ton coeur
Eft , en fongeant au mien , inquiet ou tranquile.
En comparant ma perte à celle que tu fais ,
J'ignore qui des deux , Nicé , perd davantage :
Mais je fçais bien au moins , quelques foient tes
attraits ,
Qu'un amant tel que moi ne fe trouve jamais ,
Et qu'on trouve aifément une amante volage.
Par M ... G ... Dourx ...
O U
LA PARFAITE INDIFFÉRENCE.
Imitation d'une Ode Italienne , de M. l'Abbé
Métaftafe.
GRACE à ta perfidie , un amour malheureux
Ne livre plus mon ame au plus cruel martyre.
Les Dieux ont pris pitié de mon fort rigoureux :
Tes charmes pour mon coeur ne font plus dan
gereux ;
Et libre de ton joug , à la fin je reſpire .
Non , ce n'eft pas un fonge ; un dépit infenfé
Ne me déguiſe point une ardeur mal éteinte :
Vainement devant moi ton nom eft prononcé ;
Je l'entends fans allarme ; & ton afpect , Nicé ,
A ma tranquillité ne porte plus d'atteinte .
Je dors , & le fomineil ne m'offre point tes
traits :
Tu n'es plus cet objet qui m'occupoit fans ceffe ;
Ton abfence à mon coeur ne coute nuls regrets :
Je ne défire point de revoir tes attraits ;
Je les revois fans joie , ainsi que fans trifteffe.
Bv
34
MERCURE DE FRANCE .
D'aucun trouble , à tes yeux , les miens ne font
émus :
J'oppose à tes dédains une froideur extrême .
Tu t'approches de moi , fans me rendre confus :
Je puis , de ta beauté qui ne me touche plus ,
M'entretenir fans rifque avec mon rival même.
Parle- moi fiérement & d'un ton plein d'aigreur
;
Ou daigne m'honorer d'un regard , d'un ſourire :
Tout est égal pour moi , ta haine ou ta douceur.
Tes yeux ne fçavent plus le chemin de mon coeur;
Ta bouche fur mes fens n'a plus aucun empire.
Que je fois fatisfait , ou triſte déſormais ,
Ma joie ou mes ennuis ne font point ton ouvra
ge .
Je ne fuis plus tes pas dans le fond des forêts ;
Sur un côteau riant , loin de toi je me plais :
Je m'ennuie avec toi dans un féjour ſauvage.
1
Je fuis pourtant fincere. Oui , toujours t
verras
Ta beauté juftement attirer mon fuffrage :
Mais j'en fçais dont les yeux brillent de plus
d'appas ;
DECEMBRE . 1755 35
Et même ( que le vrai ne te révolte pas )
Je vois quelques défauts fur ton charmant vifage.
D'abord il m'en couta , je l'avoue ; & la mort
Me parut , en briſant une chaîne auffi rude ,
Devoir être le fruit d'un pénible effort ;
Mais pour redevenir le maître de fon fort ,
Que ne fait point un coeur las de fa fervitude
Pour fe débarraffer , l'oifeau pris au filet
De quelques plumes fait l'utile facrifice :
Bientôt il les recouvre , & rendu plus difcret
Il fçait fe garantir des piéges , qu'en fecret
Lui tend de l'Oifeleur l'impuiffant artifice.
Je jure fi fouvent que je ne t'aime plus ,
Que peut -être , Nicé , ta crois que je t'adore:
Non , ne t'en flate pas , mes liens font rompus ;
Mais après les dangers que le coeur a courus ,
L'efprit avec plaifir fe les retrace encore.
Ainfi par le guerrier fes faits font racontés ;
Des coups qu'il a reçus toujours il fait l'hiſtoire
Et cite les périls par fa valeur domptés :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Tel l'affranchi , des fers qu'il a long- tems portés
,
Se plaît à rappeller fans ceffe la mémoire .
Si je te parle donc , de ma flamme vainqueur ,
Ce n'eft plus pour te rendre un hommage fervile
;
C'est pour me contenter , pour braver ta rigueur ,
Et même fans daigner m'informer fi ton coeur
Eft , en fongeant au mien , inquiet ou tranquile.
En comparant ma perte à celle que tu fais ,
J'ignore qui des deux , Nicé , perd davantage :
Mais je fçais bien au moins , quelques foient tes
attraits ,
Qu'un amant tel que moi ne fe trouve jamais ,
Et qu'on trouve aifément une amante volage.
Par M ... G ... Dourx ...
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Résumé : LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE. Imitation d'une Ode Italienne, de M. l'Abbé Métastase.
Le poème 'LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE' est une imitation d'une ode italienne de l'Abbé Métastase. Le narrateur y exprime sa libération d'un amour malheureux pour une personne nommée Nicé. Il affirme que les charmes de Nicé ne le tourmentent plus et qu'il est désormais libre de son emprise. Il peut entendre le nom de Nicé sans alarme et sa présence ne trouble plus sa tranquillité. Le narrateur reconnaît la beauté de Nicé mais note avoir vu d'autres femmes plus attrayantes et quelques défauts sur son visage. Il compare sa libération à un oiseau se débarrassant de ses plumes pour échapper à un filet. Il jure qu'il ne l'aime plus, bien que les dangers passés du cœur puissent être rappelés avec plaisir. Le narrateur parle de sa victoire sur sa flamme non pour rendre hommage, mais pour se contenter et braver la rigueur de Nicé. Il conclut en se demandant qui des deux perd davantage, tout en sachant que les attraits de Nicé sont rares et qu'il est facile de trouver une amante volage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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216
p. 54-57
ODE Tirée du Pseaume 99.
Début :
Foibles enfans de la poussiere ! [...]
Mots clefs :
Dieu, Cieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 99.
ODE
Tirée du
Pleaume 99 .
Foibles enfans de la pouffiere !
Que celui qui vous fit de rien ,
Dans cette pénible carriere
Soit votre infaillible foutien,
Saifis d'une unanime joie ,
Adorez tous le Roi des Rois ;
Goutez les biens qu'il vous envoie ,
Et n'enfreignez jamais fes loix.
Il nous a fait à fon image ,
Il eft notre vrai Créateur ;
Nous fommes fon plus cher ouvrage :
Lui feul a droit fur notre coeur.
Arrachez , d'une fainte force ,
Les vices en vous combattus :
Du plaifir ils n'ont que l'écorce
La tige en eft dans les vertus .
C.
DECEMBRE, 1755 . $52
» Des Cieux contemplez la ftructure !
» Voyez tous ces êtres divers :
» Ah ! je reconnois la nature ,
C'eft la mere de l'univers .
f
» Nous fommes les Dieux de la terre :
Nous ne dépendons que de nous.
» Mortels ! d'un maître du tonnerre
» Ne craignez point le vain courroux,
» Monftre pieux ! fageffe affreuſe !
» Tu rendrois nos jours languiffans.
» Viens , volupté délicieufe !
Sois la Déeffe de nos fens.
Homme ingrat , qui d'un front impie
Etale ces honteux difcours ,
Bientôt d'une exécrable vie
La mort interrompra le cours,
串
Déja ce corps réduit en poudre !
Par l'ordre d'un Dieu ranimé ,
Se leve , & frappé de la foudre ,
Brule fans être confumé.
Civ
56
MERCURE DE FRANCE .
Rebelle enfant , connois un pere !
Parle , pécheur ! eſt- il un Dieu ?
Oui ! ce juge intégre & févere
Sçait punir le feu par le feu.
Vous , qui d'une coupable flamme ,
Fuyant l'éclat trop féducteur ,
Pour ne point égarer votre ame ,
Marchez fous le facré paſteur .
Reftez donc fes brébis chéries ;
Et de loup bravant les fureurs ,
Paiffez dans fes faintes prairies ;
Vous n'y trouverez que des fleurs.
Le chagrin , le mépris , l'outrage
Viennent troubler votre repos
Souffrez , Chrétiens , avec courage:
Ce font de vrais biens que vos maux.
Chantez le Seigneur dans vos fêtes ;
Les hommes droits font fes amis :
Doux foldats , bornez vos conquêtes
A lui gagner les ennemis.
DECEMBRE . 1755. 57
Que l'or décore les portiques
De vos temples majestueux ;
Et joignez vos divins cantiques
Aux concerts immortels des Cieux.
Seigneur , que tu nous es propice !
Loin par toi d'être rejettés ,
Tu vois croître notre malice ,
Et nous conferves tes bontés.
$3
Adorable pere , à toute heure
Tu veilles fur tes chers enfans ;
Et dans la céleste demeure
Tu les fais entrer triomphans.
Toi , qui partout laiffe des traces ,
Et dont Dieu feul eft respecté ,
Tems , porte de races en races.
Son immuable vérité .
Ad ..... d'Arp....
Tirée du
Pleaume 99 .
Foibles enfans de la pouffiere !
Que celui qui vous fit de rien ,
Dans cette pénible carriere
Soit votre infaillible foutien,
Saifis d'une unanime joie ,
Adorez tous le Roi des Rois ;
Goutez les biens qu'il vous envoie ,
Et n'enfreignez jamais fes loix.
Il nous a fait à fon image ,
Il eft notre vrai Créateur ;
Nous fommes fon plus cher ouvrage :
Lui feul a droit fur notre coeur.
Arrachez , d'une fainte force ,
Les vices en vous combattus :
Du plaifir ils n'ont que l'écorce
La tige en eft dans les vertus .
C.
DECEMBRE, 1755 . $52
» Des Cieux contemplez la ftructure !
» Voyez tous ces êtres divers :
» Ah ! je reconnois la nature ,
C'eft la mere de l'univers .
f
» Nous fommes les Dieux de la terre :
Nous ne dépendons que de nous.
» Mortels ! d'un maître du tonnerre
» Ne craignez point le vain courroux,
» Monftre pieux ! fageffe affreuſe !
» Tu rendrois nos jours languiffans.
» Viens , volupté délicieufe !
Sois la Déeffe de nos fens.
Homme ingrat , qui d'un front impie
Etale ces honteux difcours ,
Bientôt d'une exécrable vie
La mort interrompra le cours,
串
Déja ce corps réduit en poudre !
Par l'ordre d'un Dieu ranimé ,
Se leve , & frappé de la foudre ,
Brule fans être confumé.
Civ
56
MERCURE DE FRANCE .
Rebelle enfant , connois un pere !
Parle , pécheur ! eſt- il un Dieu ?
Oui ! ce juge intégre & févere
Sçait punir le feu par le feu.
Vous , qui d'une coupable flamme ,
Fuyant l'éclat trop féducteur ,
Pour ne point égarer votre ame ,
Marchez fous le facré paſteur .
Reftez donc fes brébis chéries ;
Et de loup bravant les fureurs ,
Paiffez dans fes faintes prairies ;
Vous n'y trouverez que des fleurs.
Le chagrin , le mépris , l'outrage
Viennent troubler votre repos
Souffrez , Chrétiens , avec courage:
Ce font de vrais biens que vos maux.
Chantez le Seigneur dans vos fêtes ;
Les hommes droits font fes amis :
Doux foldats , bornez vos conquêtes
A lui gagner les ennemis.
DECEMBRE . 1755. 57
Que l'or décore les portiques
De vos temples majestueux ;
Et joignez vos divins cantiques
Aux concerts immortels des Cieux.
Seigneur , que tu nous es propice !
Loin par toi d'être rejettés ,
Tu vois croître notre malice ,
Et nous conferves tes bontés.
$3
Adorable pere , à toute heure
Tu veilles fur tes chers enfans ;
Et dans la céleste demeure
Tu les fais entrer triomphans.
Toi , qui partout laiffe des traces ,
Et dont Dieu feul eft respecté ,
Tems , porte de races en races.
Son immuable vérité .
Ad ..... d'Arp....
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Résumé : ODE Tirée du Pseaume 99.
Le texte est une ode religieuse et morale, publiée en décembre 1755 dans le Mercure de France. La première section invite les lecteurs à adorer Dieu, à profiter de ses bienfaits et à respecter ses lois. Elle souligne que l'humanité est créée à l'image divine et que les vices doivent être combattus pour révéler les vertus. La deuxième section encourage la contemplation de la structure des cieux et de la diversité des êtres, reconnaissant la nature comme la mère de l'univers. Elle met en garde contre les dangers de la volupté et de l'ingratitude. La troisième section appelle les pécheurs à reconnaître un père céleste et à suivre les enseignements du pasteur sacré. Elle encourage les chrétiens à souffrir avec courage et à chanter le Seigneur lors des fêtes, tout en limitant leurs conquêtes à gagner les ennemis pour Dieu. La dernière section prie pour que l'or décore les temples et que les cantiques divins se joignent aux concerts célestes. Elle exprime la gratitude envers Dieu pour ses bontés malgré la malice humaine et reconnaît le temps comme porteur de la vérité immuable de Dieu.
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217
p. 64-67
ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
Début :
Iris, que les graces formerent [...]
Mots clefs :
Goût, Philosophie, Émilie du Châtelet
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texteReconnaissance textuelle : ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
ODE
A Mlle...fur fon goût pour la Philofophie.
IRis , que les graces formerent
Sur des modeles fi parfaits ,
Vous , qu'en naiffant , elles parerent
De leurs plus folides attraits ,
Quel nouveau penchant vous infpire
N'est-ce point affez de l'empire
Qu'ont acquis vos yeux fur les coeurs ?
Le mérite d'être fçavante ,
A la gloire d'être charmante ,
Peut-il ajouter des honneurs ?
Du fexe l'ouvrage eft de plaire
Et de cultiver l'art d'aimer :
Les fleurs de l'ifle de Cythere
Seules ont droit de le charmer.
La ſcience eft trop épineufe ,
Et l'étude trop ennuyeuſe ,
Pour qu'il y donne fes momens.
Broder avec délicateffe ,
Deffiner , peindre avec fineſſe
Doivent être fes paffe-tems.
DECEMBRE . 1755. 65
Que dis-je Iris eft indignée
Des limites qu'on lui prefcrit ;
L'étude la plus relevée
Eft au-deffous de fon efprit.
Capable des hautes ſciences ,
Les plus fublimes connoiffances
Pour elle ont des appas Aatteurs.
Tout cede à fon heureux génie ,
Et l'abftraite philofophie
Ne lui préfente que des fleurs.
*
Venez Dilèmes , Sillogifmes ,
Votre nom n'effarouche pas ;
Epichérèmes & Sophifmes ,
On ne vous croit plus fans appas.
Iris de vos regles inftruite ,
Des préjugés & de leur fuite,
Aime à voir la futilité.
Au milieu de votre air fauvage ,
Elle démêle votre ufage ,
Et toute votre utilité.
Décider fur une parure
De Cloris c'est le grand talent.
Louer , blâmer une coëffure
D'Agnès c'eft le goût dominant.
Angélique , non moins frivole ,
66.
MERCURE DE
FRANCE.
De fes bijoux fait fon idole ,
Et ne parle que vanité.
Iris , avec plus
d'avantage ,
Du ciel vout eûtes en partage ,
Le goût feul de la vérité.
D'une (1 ) fçavante
incomparable
Imitant les nobles efforts ,
Comme elle , vous joignez l'aimable
Aux plus héroïques transports.
'Avec zele , fuivant fes traces ,
Vous paffez de la cour des graces
A l'auditoire de Platon ,
Et faites une égale eftime
De l'agréable & du fublime ,
Du Dieu des coeurs & de Newton
Souvent de fes foibles lumieres
Votre guide fe défiant ,
A craint de laiffer aux matieres
Un air obfcur & rebutant ;
Mais grace à votre intelligence ,
Le défaut de fon éloquence
N'a point fait tort à vos progrès ;
A vous feule en revient la gloire.
(1 ) Madame la Marquise du Châtelet.
DECEMBRE. 1755. 67
Il n'ofera jamais le croire
Que le témoin de vos fuccès.
Par D. M.
A Mlle...fur fon goût pour la Philofophie.
IRis , que les graces formerent
Sur des modeles fi parfaits ,
Vous , qu'en naiffant , elles parerent
De leurs plus folides attraits ,
Quel nouveau penchant vous infpire
N'est-ce point affez de l'empire
Qu'ont acquis vos yeux fur les coeurs ?
Le mérite d'être fçavante ,
A la gloire d'être charmante ,
Peut-il ajouter des honneurs ?
Du fexe l'ouvrage eft de plaire
Et de cultiver l'art d'aimer :
Les fleurs de l'ifle de Cythere
Seules ont droit de le charmer.
La ſcience eft trop épineufe ,
Et l'étude trop ennuyeuſe ,
Pour qu'il y donne fes momens.
Broder avec délicateffe ,
Deffiner , peindre avec fineſſe
Doivent être fes paffe-tems.
DECEMBRE . 1755. 65
Que dis-je Iris eft indignée
Des limites qu'on lui prefcrit ;
L'étude la plus relevée
Eft au-deffous de fon efprit.
Capable des hautes ſciences ,
Les plus fublimes connoiffances
Pour elle ont des appas Aatteurs.
Tout cede à fon heureux génie ,
Et l'abftraite philofophie
Ne lui préfente que des fleurs.
*
Venez Dilèmes , Sillogifmes ,
Votre nom n'effarouche pas ;
Epichérèmes & Sophifmes ,
On ne vous croit plus fans appas.
Iris de vos regles inftruite ,
Des préjugés & de leur fuite,
Aime à voir la futilité.
Au milieu de votre air fauvage ,
Elle démêle votre ufage ,
Et toute votre utilité.
Décider fur une parure
De Cloris c'est le grand talent.
Louer , blâmer une coëffure
D'Agnès c'eft le goût dominant.
Angélique , non moins frivole ,
66.
MERCURE DE
FRANCE.
De fes bijoux fait fon idole ,
Et ne parle que vanité.
Iris , avec plus
d'avantage ,
Du ciel vout eûtes en partage ,
Le goût feul de la vérité.
D'une (1 ) fçavante
incomparable
Imitant les nobles efforts ,
Comme elle , vous joignez l'aimable
Aux plus héroïques transports.
'Avec zele , fuivant fes traces ,
Vous paffez de la cour des graces
A l'auditoire de Platon ,
Et faites une égale eftime
De l'agréable & du fublime ,
Du Dieu des coeurs & de Newton
Souvent de fes foibles lumieres
Votre guide fe défiant ,
A craint de laiffer aux matieres
Un air obfcur & rebutant ;
Mais grace à votre intelligence ,
Le défaut de fon éloquence
N'a point fait tort à vos progrès ;
A vous feule en revient la gloire.
(1 ) Madame la Marquise du Châtelet.
DECEMBRE. 1755. 67
Il n'ofera jamais le croire
Que le témoin de vos fuccès.
Par D. M.
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Résumé : ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
L'ode célèbre Mlle..., une jeune femme admirée pour son goût pour la philosophie. L'auteur commence par louer sa beauté et ses charmes naturels, puis s'étonne de son intérêt pour une discipline qu'il considère comme ardue et ennuyeuse pour les hommes. Il admire son esprit élevé et sa capacité à apprécier les sciences les plus élevées. Iris, la jeune femme, est contrastée avec d'autres personnages féminins comme Cloris, Agnès et Angélique, préoccupées par des sujets frivoles tels que les parures et les bijoux. Iris est décrite comme ayant un goût pour la vérité et une intelligence incomparable, comparable à celle de Madame la Marquise du Châtelet. L'auteur reconnaît que grâce à son intelligence et sa persévérance, même les sujets les plus complexes deviennent accessibles et attrayants. Il conclut en soulignant que ses succès sont le fruit de son esprit éclairé et de son zèle pour les études philosophiques.
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218
p. 43-46
ODE SUR LE SALLON. On s'est borné uniquement à ce qui regarde le ROI. IL est permis à la Peinture de présenter des Esquisses ; sera-t-il défendu à la Poësie d'en offrir, quand la briéveté du temps empêche de travailler son Sujet avec le soin qu'il exige ?
Début :
DU génie honorable asyle, [...]
Mots clefs :
Roi, Jour, Paix, Temps, Traits
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texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LE SALLON. On s'est borné uniquement à ce qui regarde le ROI. IL est permis à la Peinture de présenter des Esquisses ; sera-t-il défendu à la Poësie d'en offrir, quand la briéveté du temps empêche de travailler son Sujet avec le soin qu'il exige ?
ODE SUR LE SALLON.
On s'eft borné uniquement à ce qui
regarde le Roi.
IL eft permis à la Peinture de préſenter
des Efquiffes ; fera -t-il défendu à
la Poëfie d'en offrir , quand la briéveté
du temps empêche de travailler
fon Sujet avec le foin qu'ilexige ?
Du génie honorable afyle ,
Augufte Temple des Beaux- Arts ,
Sallon en merveilles fertile ,
Que vous enchantez mes regards !
Eft-ce là l'effet du tonnerre ?
Comment dans le fein de la guerre
Sont nés ces doux fruits de la paix ?
C'eft Colbert qui les fait éclorre ;
Je le vois refpir er encore ,
Il prend de Marigni les traits.
Hé qui pourroit le méconnoître
A cet efprit für & brillant ,
Qui fait déterrer , faire naître ,
Et mettre en place le talent ;
44
MERCURE
DE FRANCE.
Et les Zeuxis & les Apelles ,
Les Phidias , les Praxiteles
Se reproduifent fous fes loix.
Partout le grand nous le découvre
On le voit achever fon Louvre ,
Et Perrault paroître à ſa voix.
De ton Monarque * augufte , ô France ,
Contemple les traits adorés ,
Son air doux , fa noble preftauce ,
De fon oeil les feux tempérés ;
Voi fur fon front la bonté même ,
Avec la Majefté ſuprême ,
D'un rare accord fe concerter :
Riches fleurons du diadême ,
Mêlange heureux qui fait qu'on aime
Le Maître qu'on doit refpecter.
En doutes- tu , mon Roi , regarde
L'expreffion de notre amour :
**
Ce font nos coeurs qui font ta garde ,
Et ta Capitale eft ta Cour.
Rappelle-toi ce jour d'ivreſſe ,
Où de tes Sujets la tendreſſe
Épuiſa toutes les douceurs ,
* Portrait du Roi par M. Michel Vanloo .
** Tableau de la Réception du Roi à la Ville
àfa convalefcence.
OCTOBRE. 1761 45
Jour touchant , jour rempli de charmes ,
Où l'on vit les enfans en larmes
Faire au père verfer des pleurs.
Qui vois- je à tes côtés placée *
Couvrir la Tèrre de préfens ?
Sous tes pieds vainqueurs terraffée,
La Diſcorde mord fes ferpens .
La Paix ** defcend fur notre rive :
Vers nous , Louis , avec l'olive
Ta main bienfaiſante s'étend .
Puiffe ce rameau defirable
Etre un préfage favorable
De celui que ton Peuple attend !
Sculpteurs , créez - le dans la pierre ,
Dans le marbre allez le chercher ;
Fondeurs , dans le fein de la Terre ,
A la mine allez l'arracher.
Exerce , Pinceau , ta magie ,
Sur la toile porte la vie ,
Donne la parole aux couleurs.
Burins , multipliez l'ouvrage ,
Offrez à tous les yeux l'image
D'un Roi gravé dans tous les coeurs.
Tandis que Colbert vous infpire ,
* L'Abondance.
** Tableau allégorique de la Paix , en 1749 .
46 MERCURE DE FRANCE.
Artiftes , profitez du temps.
Je vais tenir prête ma lyre ,
Infpirez-lui de nouveaux chants.
Préparez nous d'autres fpectacles ,
Enfantez de nouveaux miracles ,
Fixez à jamais vos deftins.
C'eft fous le regne du grand homme
Qu'on doit fe difputer la pomme ;
Elle n'a de prix qu'en fes mains.
Du Peuple plus l'Agonothete *
Dans la Grèce étoit eftimé ,
Plus on auguroit que l'athléte
Dans les Jeux feroit animé.
Quel est l'appas d'une couronne
Que l'ignorance en place donne ?
Les coups font jugés dans la nuit,
Rivaux jaloux de la victoire ,
Voici le vrai jour de la gloire ,
Combattez quand le Soleil luit.
On s'eft borné uniquement à ce qui
regarde le Roi.
IL eft permis à la Peinture de préſenter
des Efquiffes ; fera -t-il défendu à
la Poëfie d'en offrir , quand la briéveté
du temps empêche de travailler
fon Sujet avec le foin qu'ilexige ?
Du génie honorable afyle ,
Augufte Temple des Beaux- Arts ,
Sallon en merveilles fertile ,
Que vous enchantez mes regards !
Eft-ce là l'effet du tonnerre ?
Comment dans le fein de la guerre
Sont nés ces doux fruits de la paix ?
C'eft Colbert qui les fait éclorre ;
Je le vois refpir er encore ,
Il prend de Marigni les traits.
Hé qui pourroit le méconnoître
A cet efprit für & brillant ,
Qui fait déterrer , faire naître ,
Et mettre en place le talent ;
44
MERCURE
DE FRANCE.
Et les Zeuxis & les Apelles ,
Les Phidias , les Praxiteles
Se reproduifent fous fes loix.
Partout le grand nous le découvre
On le voit achever fon Louvre ,
Et Perrault paroître à ſa voix.
De ton Monarque * augufte , ô France ,
Contemple les traits adorés ,
Son air doux , fa noble preftauce ,
De fon oeil les feux tempérés ;
Voi fur fon front la bonté même ,
Avec la Majefté ſuprême ,
D'un rare accord fe concerter :
Riches fleurons du diadême ,
Mêlange heureux qui fait qu'on aime
Le Maître qu'on doit refpecter.
En doutes- tu , mon Roi , regarde
L'expreffion de notre amour :
**
Ce font nos coeurs qui font ta garde ,
Et ta Capitale eft ta Cour.
Rappelle-toi ce jour d'ivreſſe ,
Où de tes Sujets la tendreſſe
Épuiſa toutes les douceurs ,
* Portrait du Roi par M. Michel Vanloo .
** Tableau de la Réception du Roi à la Ville
àfa convalefcence.
OCTOBRE. 1761 45
Jour touchant , jour rempli de charmes ,
Où l'on vit les enfans en larmes
Faire au père verfer des pleurs.
Qui vois- je à tes côtés placée *
Couvrir la Tèrre de préfens ?
Sous tes pieds vainqueurs terraffée,
La Diſcorde mord fes ferpens .
La Paix ** defcend fur notre rive :
Vers nous , Louis , avec l'olive
Ta main bienfaiſante s'étend .
Puiffe ce rameau defirable
Etre un préfage favorable
De celui que ton Peuple attend !
Sculpteurs , créez - le dans la pierre ,
Dans le marbre allez le chercher ;
Fondeurs , dans le fein de la Terre ,
A la mine allez l'arracher.
Exerce , Pinceau , ta magie ,
Sur la toile porte la vie ,
Donne la parole aux couleurs.
Burins , multipliez l'ouvrage ,
Offrez à tous les yeux l'image
D'un Roi gravé dans tous les coeurs.
Tandis que Colbert vous infpire ,
* L'Abondance.
** Tableau allégorique de la Paix , en 1749 .
46 MERCURE DE FRANCE.
Artiftes , profitez du temps.
Je vais tenir prête ma lyre ,
Infpirez-lui de nouveaux chants.
Préparez nous d'autres fpectacles ,
Enfantez de nouveaux miracles ,
Fixez à jamais vos deftins.
C'eft fous le regne du grand homme
Qu'on doit fe difputer la pomme ;
Elle n'a de prix qu'en fes mains.
Du Peuple plus l'Agonothete *
Dans la Grèce étoit eftimé ,
Plus on auguroit que l'athléte
Dans les Jeux feroit animé.
Quel est l'appas d'une couronne
Que l'ignorance en place donne ?
Les coups font jugés dans la nuit,
Rivaux jaloux de la victoire ,
Voici le vrai jour de la gloire ,
Combattez quand le Soleil luit.
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219
p. 15-19
ODE SUR LA PAIX.
Début :
DEs antres glacés de l'Ourse, [...]
Mots clefs :
Paix, Plaisirs, Enfants, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA PAIX.
ODE SUR LA PAIX.
DESEs antres glacés de l'Ourſe
Borée , au fein du Printemps ,
Vient fouvent tarir la fource ,
Qui fertilife nos champs .
L'on voit fécher la verdure
Et les fruits encore en fleur :
Tout languit , & la Nature
Semble expirer de douleur.
Le Cultivateur foupire ;
Et Dieu fait vers les enfans
Sur les aîles du Zéphire
Planer de riches torrens ;
Leurs eaux forment une voute
Qui pour combler nos defirs ,
Nous diftile goute- à- goute
L'abondance & les plaifirs.
16 MERCURE DE FRANCE.
Tel le plus tendre des Pères
Et le plus humain des Rois ,
Louis ! qui de nos mifères
Plus que nous reffent le poids ,
Brulant de rendre la France
Heureufe par fes bienfaits ,
Y fait voler l'opulence
Sur les aîles de la Paix.
Peuples calmez vos allarmes ;
Ce grand Roi peut aujourd'hui
Quitter ces funeftes Armes ,
Qu'il prit toujours malgré lui .
A vos compagnes ſi chères
Volez , fidéles Epoux ;
Près de vos tremblantes mères
Chers Enfans raffemblez-vous.
Puiffe à jamais dans la France
Vivre comblé de faveurs ,
Ce Sage que fa prudence
Vient de graver dans nos coeurs !
De fon Maître pacifique ,
Faifant refpecter la voix ,
Sa profonde politique
Triomphe des plus grands Rois.
Riche , dont la main avare
Enfouit fecrettement ,
JANVIER. 1763. 17
Cet or que tu rends fi rare
Pour le Public indigent ;
Ne crains plus qu'on te l'enléve
Pour en nourrir le Soldat ; *
Laiffe circuler la féve
Qui fera fleurir l'Etat.
Mais quel merveilleux ſpectacle
Vient exciter mes tranſports ?
Mille vaiffeaux fans obſtacles
Quittent nos pailibles bords.
Bravant d'un oeil intrépide
La fureur des élémens ,
Je les vois d'un vol rapide
Fendre les flots écumans.
**
Que le poifon de l'Envie
Ne fafcine plus vos yeux ,
Fiers Difciples d'Uranie ,
Pilotes chéris des Cieux :
Cet Etre puilfant & ſage
Qui nous commande la Paix ,
Peut fans dépouiller CARTHAGE ,
Combler ROME de bienfaits.
O délices de la Tèrre ,
Douce & raviflante Paix ,
* Cette injufte crainte a toujours été le honteux appana
ge de l'avarice.
** Les Anglois.
18 MERCURE DE FRANCE.
Peut-on préférer la Guèrre ,
A res folides attraits ?
Toujours les Palmes fanglantes ,
S'acherent par des ſoupirs ;
Tes mains toujours bienfaiſantes
Sement partout les plaifirs.
Je les vois avec les graces ,
Les jeux , les aimables ris ,
Naître en foule fur tes traces
Et charmer tous lesfoucis ;
Les Arts pour les faire éclore
N'attendoient que tes faveurs;
Telle des pleurs de l'Aurore
La Tèrre engendre des fleurs.
Tendres Enfans du Génie ,
B- AUX- ARTS , éífuyez vos yeux ;
Ne craignez plus la furie
Du Soldat victorieux :
Dans les fers de l'indigence
Ne craignez plus de languir ;
Arrofés par l'opulence
Vos beaux jours vont refleurir.
Et toi qu'un noble délire
Rendit l'émule des Dieux ,
Génie , au feu qui m'inſpire
Viens rallumer tous tes feux !
JANVIER. 1763. 19
Viens par l'éclat de tes flâmes ,
Faire briller les talens ,
Et pour embrâfer nos âmes ,
Viens enchanter tous nos fens .
GRAND ROI , dont les mains propices
Nous ont fait un fort fi doux ,
Et qui faites vos délices
Des biens répandus fur nous ;
Puille une gloire immortelle
Dans la fource des plaifirs ,
D'une douceur éternelle
Combler vos fages defirs !
DESBORDES.
DESEs antres glacés de l'Ourſe
Borée , au fein du Printemps ,
Vient fouvent tarir la fource ,
Qui fertilife nos champs .
L'on voit fécher la verdure
Et les fruits encore en fleur :
Tout languit , & la Nature
Semble expirer de douleur.
Le Cultivateur foupire ;
Et Dieu fait vers les enfans
Sur les aîles du Zéphire
Planer de riches torrens ;
Leurs eaux forment une voute
Qui pour combler nos defirs ,
Nous diftile goute- à- goute
L'abondance & les plaifirs.
16 MERCURE DE FRANCE.
Tel le plus tendre des Pères
Et le plus humain des Rois ,
Louis ! qui de nos mifères
Plus que nous reffent le poids ,
Brulant de rendre la France
Heureufe par fes bienfaits ,
Y fait voler l'opulence
Sur les aîles de la Paix.
Peuples calmez vos allarmes ;
Ce grand Roi peut aujourd'hui
Quitter ces funeftes Armes ,
Qu'il prit toujours malgré lui .
A vos compagnes ſi chères
Volez , fidéles Epoux ;
Près de vos tremblantes mères
Chers Enfans raffemblez-vous.
Puiffe à jamais dans la France
Vivre comblé de faveurs ,
Ce Sage que fa prudence
Vient de graver dans nos coeurs !
De fon Maître pacifique ,
Faifant refpecter la voix ,
Sa profonde politique
Triomphe des plus grands Rois.
Riche , dont la main avare
Enfouit fecrettement ,
JANVIER. 1763. 17
Cet or que tu rends fi rare
Pour le Public indigent ;
Ne crains plus qu'on te l'enléve
Pour en nourrir le Soldat ; *
Laiffe circuler la féve
Qui fera fleurir l'Etat.
Mais quel merveilleux ſpectacle
Vient exciter mes tranſports ?
Mille vaiffeaux fans obſtacles
Quittent nos pailibles bords.
Bravant d'un oeil intrépide
La fureur des élémens ,
Je les vois d'un vol rapide
Fendre les flots écumans.
**
Que le poifon de l'Envie
Ne fafcine plus vos yeux ,
Fiers Difciples d'Uranie ,
Pilotes chéris des Cieux :
Cet Etre puilfant & ſage
Qui nous commande la Paix ,
Peut fans dépouiller CARTHAGE ,
Combler ROME de bienfaits.
O délices de la Tèrre ,
Douce & raviflante Paix ,
* Cette injufte crainte a toujours été le honteux appana
ge de l'avarice.
** Les Anglois.
18 MERCURE DE FRANCE.
Peut-on préférer la Guèrre ,
A res folides attraits ?
Toujours les Palmes fanglantes ,
S'acherent par des ſoupirs ;
Tes mains toujours bienfaiſantes
Sement partout les plaifirs.
Je les vois avec les graces ,
Les jeux , les aimables ris ,
Naître en foule fur tes traces
Et charmer tous lesfoucis ;
Les Arts pour les faire éclore
N'attendoient que tes faveurs;
Telle des pleurs de l'Aurore
La Tèrre engendre des fleurs.
Tendres Enfans du Génie ,
B- AUX- ARTS , éífuyez vos yeux ;
Ne craignez plus la furie
Du Soldat victorieux :
Dans les fers de l'indigence
Ne craignez plus de languir ;
Arrofés par l'opulence
Vos beaux jours vont refleurir.
Et toi qu'un noble délire
Rendit l'émule des Dieux ,
Génie , au feu qui m'inſpire
Viens rallumer tous tes feux !
JANVIER. 1763. 19
Viens par l'éclat de tes flâmes ,
Faire briller les talens ,
Et pour embrâfer nos âmes ,
Viens enchanter tous nos fens .
GRAND ROI , dont les mains propices
Nous ont fait un fort fi doux ,
Et qui faites vos délices
Des biens répandus fur nous ;
Puille une gloire immortelle
Dans la fource des plaifirs ,
D'une douceur éternelle
Combler vos fages defirs !
DESBORDES.
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Résumé : ODE SUR LA PAIX.
L'ode sur la paix célèbre la fin des conflits et les bienfaits de la paix en France. Elle décrit les effets bénéfiques du printemps, qui fertilise les champs et permet la croissance des cultures, contrastant avec les périodes de froid et de stérilité. Le texte loue Louis, le roi de France, pour ses efforts en faveur de la paix et de la prospérité, soulignant que ses actions permettent à la France de connaître l'opulence et la tranquillité. Le poème invite les peuples à se rassembler et à profiter de cette période de paix, mettant en avant les avantages économiques et sociaux qu'elle apporte. Il mentionne également la circulation des richesses et le développement des arts, encouragés par la paix. Enfin, il exalte le roi pour ses actions bienfaisantes et souhaite une gloire immortelle pour ses contributions à la prospérité et au bonheur du peuple.
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220
p. 47-51
LE TEMPS, Ode.
Début :
QUEL est l'objet qui me frappe ? [...]
Mots clefs :
Désir, Saturne, Mort, Jupiter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TEMPS, Ode.
LE TEMPS ,
ODE.
QUEL eft l'objet qui me frappe ?
Approchons : Ciel je le perds ;
Il fuit , il vole , il s'échappe
Dans l'immensité des airs.
En vain je m'ouvre un paffage ,
Il fe voile d'un nuage
Qui le dérobe à mes yeux.
48 MERCURE
DE
FRANCE
.
Téméraires que nous ſommes ,
Les Dieux puniffent les hommes
D'un defir trop curieux .
N'importe , perçons la nue.
Je vois Saturne en courroux :
Sa barbe longue & chenue
Defcend jufqu'à les genoux.
Sa Clepfidre redoutable
D'une mort inévitable
M'annonce la dure loi ;
Miniftre des deſtinées ,
Il meſure les années
F
Que Cloto file pour moi.
A fon afpect je friſſonne ;
Mon fort eft entre les mains ;
Il ne fait grace à perfonne
Ce deftructeur des humains.
De mes fens l'horreur s'empare :
En vain à ce Dieu barbare
Je voudrois avoir recours :
Armé d'une faulx tranchante ,
Au moment que je le chante ,
Il moiffonne mes beaux jours .
Contre ce Tyran du Monde
Nous nous révoltons en vain
La Tèrre en fecours féconde
A beau nous offrir fon fein.
Ce
JANVIER . 1763 . 49
*
Ce fer , ce marbre , ce cuivre ,
Pour toujours font- ils revivre
Les noms les plus éclatans !
Malgré nos pompeux hommages,
Les héros & leurs images
Sont tributaires du Temps.
Quel monument affez ferme
Des Ans brave les éfforts ?
Le Tybre a vu le Dieu * Terme
Difparoître de fes bords.
D'un grand revers , grand exemple !
Ce Dieu fi fier , dont le Temple
Ne peut être déplacé ,
Et dont le pouvoir fuprême
Réſiſte à Jupiter même ,
Par le Temps eft terraſſé.
1
Vante moins tes Pyramides ,
Memphis , oùfuyant des Cieux ;
Porterent leurs pas timides
Jupiter & tous les Dieux.
Elles montoient juſqu'aux nues :
Que font- elles devenues ?
L'oeil qui les cherche eſt ſurpris.
Tarquin ayant voulu élever un Temple à Jupiter
, fur la ruine de quelques autres , celui du
Dieu Terme fubfifta toujours dans fa même place ,
conformément à la voix des Oracles.
I. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE .
Un Dieu cruel les dévore ;
A peine en voit-on encore
De pitoyables débris.
Les temps vole , & fous fon aîle
Naiffent d'illuftres revers ;
Il détruit , il renouvelle
La face de l'Univers.
Changement , chûre funefte ,
Voilà tout ce qui nous reſte
Des Empires & des Rois !
Leur grandeur eft diſparue ;
Je ne vois qu'une charrue
Où Troye étoit autrefois.
Temps , n'eft-il point de barrière
Contre ta fatalité ?
Dans une noble carrière
Cherchons l'immortalité..
Oui , l'homme a le droit ſuprême
De furvivre à l'homme même :
Je me livre à cet espoir.
Je vivrai , je l'ofe croire ;
Et le Temple de Mémoire
S'ouvre pour me recevoir.
* Des champs confacrés à Flore ,
M'offrent de célébres jeux.
Lauriers , que j'y vois éclore ,
*Les Jeux Floraux.
JANVIER. 1763 . SI
Combien vous flattez mes voeux !
L'immortelle recompenfe
Qu'un jufte choix y diſpenſe ,
Eft un bien où je prétends.
Dieux ! Quelle gloire environne
Les écrits qu'on y courronne !
Seuls , ils triomphent du Temps.
Dignum laude virum Muſa vetat mori.
Horat. Lib. 4. Od. 8.
Par M. D ... ɗH ...
ODE.
QUEL eft l'objet qui me frappe ?
Approchons : Ciel je le perds ;
Il fuit , il vole , il s'échappe
Dans l'immensité des airs.
En vain je m'ouvre un paffage ,
Il fe voile d'un nuage
Qui le dérobe à mes yeux.
48 MERCURE
DE
FRANCE
.
Téméraires que nous ſommes ,
Les Dieux puniffent les hommes
D'un defir trop curieux .
N'importe , perçons la nue.
Je vois Saturne en courroux :
Sa barbe longue & chenue
Defcend jufqu'à les genoux.
Sa Clepfidre redoutable
D'une mort inévitable
M'annonce la dure loi ;
Miniftre des deſtinées ,
Il meſure les années
F
Que Cloto file pour moi.
A fon afpect je friſſonne ;
Mon fort eft entre les mains ;
Il ne fait grace à perfonne
Ce deftructeur des humains.
De mes fens l'horreur s'empare :
En vain à ce Dieu barbare
Je voudrois avoir recours :
Armé d'une faulx tranchante ,
Au moment que je le chante ,
Il moiffonne mes beaux jours .
Contre ce Tyran du Monde
Nous nous révoltons en vain
La Tèrre en fecours féconde
A beau nous offrir fon fein.
Ce
JANVIER . 1763 . 49
*
Ce fer , ce marbre , ce cuivre ,
Pour toujours font- ils revivre
Les noms les plus éclatans !
Malgré nos pompeux hommages,
Les héros & leurs images
Sont tributaires du Temps.
Quel monument affez ferme
Des Ans brave les éfforts ?
Le Tybre a vu le Dieu * Terme
Difparoître de fes bords.
D'un grand revers , grand exemple !
Ce Dieu fi fier , dont le Temple
Ne peut être déplacé ,
Et dont le pouvoir fuprême
Réſiſte à Jupiter même ,
Par le Temps eft terraſſé.
1
Vante moins tes Pyramides ,
Memphis , oùfuyant des Cieux ;
Porterent leurs pas timides
Jupiter & tous les Dieux.
Elles montoient juſqu'aux nues :
Que font- elles devenues ?
L'oeil qui les cherche eſt ſurpris.
Tarquin ayant voulu élever un Temple à Jupiter
, fur la ruine de quelques autres , celui du
Dieu Terme fubfifta toujours dans fa même place ,
conformément à la voix des Oracles.
I. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE .
Un Dieu cruel les dévore ;
A peine en voit-on encore
De pitoyables débris.
Les temps vole , & fous fon aîle
Naiffent d'illuftres revers ;
Il détruit , il renouvelle
La face de l'Univers.
Changement , chûre funefte ,
Voilà tout ce qui nous reſte
Des Empires & des Rois !
Leur grandeur eft diſparue ;
Je ne vois qu'une charrue
Où Troye étoit autrefois.
Temps , n'eft-il point de barrière
Contre ta fatalité ?
Dans une noble carrière
Cherchons l'immortalité..
Oui , l'homme a le droit ſuprême
De furvivre à l'homme même :
Je me livre à cet espoir.
Je vivrai , je l'ofe croire ;
Et le Temple de Mémoire
S'ouvre pour me recevoir.
* Des champs confacrés à Flore ,
M'offrent de célébres jeux.
Lauriers , que j'y vois éclore ,
*Les Jeux Floraux.
JANVIER. 1763 . SI
Combien vous flattez mes voeux !
L'immortelle recompenfe
Qu'un jufte choix y diſpenſe ,
Eft un bien où je prétends.
Dieux ! Quelle gloire environne
Les écrits qu'on y courronne !
Seuls , ils triomphent du Temps.
Dignum laude virum Muſa vetat mori.
Horat. Lib. 4. Od. 8.
Par M. D ... ɗH ...
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Résumé : LE TEMPS, Ode.
Le texte est une ode au Temps, explorant sa nature fugace et destructrice. Le poète observe que le Temps échappe à sa compréhension, se voilant d'un nuage. Il décrit Saturne, ministre des destinées, mesurant les années de la vie humaine avec une clepsydre, symbolisant l'inévitabilité de la mort. Le poète exprime sa terreur face à ce destin implacable, soulignant que même les héros et leurs monuments ne peuvent résister à la marche du Temps. Les pyramides d'Égypte, autrefois majestueuses, ne sont plus que des ruines. Le Temps détruit et renouvelle constamment l'univers, laissant seulement des vestiges des empires passés. Le poète cherche néanmoins une forme d'immortalité à travers ses œuvres, espérant que ses écrits triompheront du Temps et seront couronnés dans des concours littéraires comme les Jeux Floraux. Il cite Horace pour affirmer que la Muse empêche les hommes dignes de mourir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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221
s. p.
ODE SUR LA PAIX.
Début :
UN léger Tourbillon, prémices des orages, A peine de Cérès fait courber les épis, [...]
Mots clefs :
Paix, Europe, Humanité, Mars, Guerre, Mercure, Glaive, Mort, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA PAIX.
ODE SUR LA PAIX .
UN léger Tourbillon , prémices des orages ,
A peine de Cérès fait courber les épis ,
Qu'il vole fur les mers éveiller les naufrages
Et les flots affoupis.
C'eft ainfi que voilant fa funefte origine ,
La Guèrre , qui dans l'ombre alluma fes fambeaux
,
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Vint changer tout-à- coup nos Palais en ruine ,
Et la Tèrre en tombeaux.
J'aivuMars, jeཏུ མl'ai vû, des fommets du Rodope ,
Précipiter fon char & les courfiers fougueux ;
Je t'ai vue , ô Bellone ! épouvanter l'Europe
Detes cris belliqueux .
Ah ! périffe le jour où la Sprée infultante ,
Pareille à ces torrens échappés de l'Etna ,
Vint choquer fa rivale , éperdue & tremblante ,
Aux rochers de Pyrna . *
*
Depuis ce jour fanglant , ô que de jours funeftes
Ont épuifé fur nous leurs tragiques horreurs ,
Les crimes , les revers , les vengeances céleſtes ,
Et nos propres fureurs.
Organe de la Mort , la trompette éffrayante
Appelloit aux combats & la Tèrre & les Mers ;
Et l'Amérique a vû l'Europe foudroyante
Tonner dans les déferts.
Alors furent changés en glaives homicides
Le foc de Triptolème & la faulx de Cérès :
Aux yeux du Laboureur le char des Euménides
Sillonna les guérêts.
Sept fois l'Eté brûlant , fept ois l'humide
tomne ,
* Invafion en Saxe.
JANVIER. 1763. 7
Sept fois le fombre Hyver entouré de glaçons ,
Vit l'affreufe Atropos faire aux champs de Bellone
D'éffroyablesmoillons.
Eh ! pourquoi de la Mort précipiter les aîles ?
La tombe eſt-elle encor trop loin de nos berceaux ?
Malheureux ! eft- ce à nous que les Parques cruelles
Ont remis leurs ciſeaux ?
Mortel , que veut ce glaive en tes mains fanguinaires
?
Menace-t-il le fein des Tigres dévorans ?
Quoi ! l'Homme égorge l'Homme , affaffins mercenaires
Vendus aux Conquérans !
O fainte Humanité ! quel fpectacle fauvage
Offre à tes yeux en pleurs ce Globe malheureux ,
Tous ces fleuves de fang , ces plaines de carnage,
Et ces piéges de feux !
Sans doute Néméfis , en fes profondes nues ,
Accumulant fur nous les orages du Sort ,
Lança de toutes parts ces fléches inconnues
Au carquois de la Mort.
Affez & trop long- temps ont roulé fur nos têtes
Tous ces globes de fer qui brifent les remparts ;
Trop long- temps ont regné les homicides fêtes ,
Les jeux fanglans de Mars.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Que ces Bouches de feux ouvertes au carnage ,
Que ces Monftres d'airain fe taifent pour jamais ;
Ou grondent fans fureur , expiant leur ravage ,
Aux fêtes de la Paix .
Telle après les éclats d'un horrible tonnèrre ,
Sur les reftes grondans d'un nuage enflammé ,
La bienfaiſante Iris vient apprendre à la Tèrre
Que l'Olympe eft calmé.
Rois , enfans des Dieux , imitez leur clémence !
Un thrône bienfaiſant eft rival des autels :
Etouffez des combats la fatale femence ,
Epargnez les Mortels.
Paſteurs des Nations que le Ciel vous confie ,
Quittez ce titre augufte , ou rendez-nous heureux ;
Mais l'orgueil des Héros fouvent nous facrifie
A fes coupables voeux.
Zh !qui peut envier une palme fragile ,
S'il faut , pour la cueillir , enfanglanter fes mains ?
LOUIS , ton coeur préfére à fon éclat ſtérile
Le bonheur des Humains.
Ton Miniftre fidéle , & que Minerve inſpire ,
Va réparer de Mars les finiftres revers ;
Le moment qui rendra la Paix à ton Empire,
La rend à l'Univers .
JANVIER. 1763 . 9
Quel Mécène nouveau , jaloux de ſa mémoire ,
Raffermira des Arts les autels chancelans ?
CHOISEUL , ce fera toi ; tout Amant de la Gloire
Eft Ami des Talens.
O PAIX , divine Paix fi long-temps implorée ,
Prends du haut de l'Olympe un favorable éffor !
Et fur le front fanglant de l'Europe éplorée ,
Fixe tes aîles d'or !
Tes mains de l'Océan nous ouvrent les barrières ;
Ces Pins navigateurs , amis des Matelots ,
Vont deſcendre à ta voix de leurs forêts altières ,
Pour traverser les flots.
Par les noeuds du Commerce embraſſe les deux
Mondes ;
Et des climats de l'Inde aux rives du Boetis ,
Guide nos pavillons fur les vagues profondes
De l'immenfe Thétis.
Tes regards ont calmé l'orageuſe Angleterre ;
Les Peuples du Soleil , enfans des vaſtes Eaux ,
Ne verront plus fortir & la foudre & la guèrre
Des flancs de ſes vaiffeaux.
Aux deux Mondes rivaux donne un juſte équilibre,
Rends les Peuples heureux & les Rois citoyens :
Exile tous les maux ; le bonheur d'être libce
Eft le premier des biens.
1
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Eh ! peux-tu , fans pitié voir un or tyrannique
De l'Africain fervile acheter les malheurs?
L'Humanité qu'outrage un abus politique
Te préfente fes pleurs.
Des enfans du Niger affranchis le rivage ;
De la Nature entin ofe venger les droits :
Fais que l'Humanité , briſant leur esclavage ,
Signe aux Traités des Rois .
L'Univers te rappelle , aimable Fugitive ;
Enchaîne la Difcorde aux Autels dé Janus :
Brife les noirs Cyprès , & joins ta douce olive
Aux myrthes de Vénus .
De pampres & de fleurs tu couronnes la Tèrre ;
Les Bergers conduiront leurs paifibles troupeaux ,
Où Mars tendit fes camps , où grondoit fon tonnèrre
,
Où flottoient fes drapeaux.
O que
de fils rendus à leurs mères tremblantes !
Que d'époufes en pleurs reverront leurs époux ,
* M. de Montefquieu , ce Légiflateur de l'Humanité
, dit au fujet de la Traite des Négres :
» Ne viendrait il pas dans la tête des Princes
» d'Europe qui font entr'eux tant de conven-
> tions , d'en faire une générale en faveur de la
>> miféricorde & de la pitié ? Liv . 15. chap . 5. de
"Efprit des Loix.
JANVIER. 1763 . II
Et ne pâliront plus aux nouvelles fanglantes
De Bellone en courroux !
Ta fouris & de Mars domptant la fière audace
Tu vois fuir les combats devant tes yeux fereins
Ton afpect fait tomber la guèrre & la menace
Du front des Souverains.
Ainfi , quand les Zéphyrs , fur leur aile fleurie ,
Raménent l'Alcyon , doux efpoir des Nochers ,
Le flot grondant s'appaife , & roule fans furie
Du fommet des rochers.
UN léger Tourbillon , prémices des orages ,
A peine de Cérès fait courber les épis ,
Qu'il vole fur les mers éveiller les naufrages
Et les flots affoupis.
C'eft ainfi que voilant fa funefte origine ,
La Guèrre , qui dans l'ombre alluma fes fambeaux
,
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Vint changer tout-à- coup nos Palais en ruine ,
Et la Tèrre en tombeaux.
J'aivuMars, jeཏུ མl'ai vû, des fommets du Rodope ,
Précipiter fon char & les courfiers fougueux ;
Je t'ai vue , ô Bellone ! épouvanter l'Europe
Detes cris belliqueux .
Ah ! périffe le jour où la Sprée infultante ,
Pareille à ces torrens échappés de l'Etna ,
Vint choquer fa rivale , éperdue & tremblante ,
Aux rochers de Pyrna . *
*
Depuis ce jour fanglant , ô que de jours funeftes
Ont épuifé fur nous leurs tragiques horreurs ,
Les crimes , les revers , les vengeances céleſtes ,
Et nos propres fureurs.
Organe de la Mort , la trompette éffrayante
Appelloit aux combats & la Tèrre & les Mers ;
Et l'Amérique a vû l'Europe foudroyante
Tonner dans les déferts.
Alors furent changés en glaives homicides
Le foc de Triptolème & la faulx de Cérès :
Aux yeux du Laboureur le char des Euménides
Sillonna les guérêts.
Sept fois l'Eté brûlant , fept ois l'humide
tomne ,
* Invafion en Saxe.
JANVIER. 1763. 7
Sept fois le fombre Hyver entouré de glaçons ,
Vit l'affreufe Atropos faire aux champs de Bellone
D'éffroyablesmoillons.
Eh ! pourquoi de la Mort précipiter les aîles ?
La tombe eſt-elle encor trop loin de nos berceaux ?
Malheureux ! eft- ce à nous que les Parques cruelles
Ont remis leurs ciſeaux ?
Mortel , que veut ce glaive en tes mains fanguinaires
?
Menace-t-il le fein des Tigres dévorans ?
Quoi ! l'Homme égorge l'Homme , affaffins mercenaires
Vendus aux Conquérans !
O fainte Humanité ! quel fpectacle fauvage
Offre à tes yeux en pleurs ce Globe malheureux ,
Tous ces fleuves de fang , ces plaines de carnage,
Et ces piéges de feux !
Sans doute Néméfis , en fes profondes nues ,
Accumulant fur nous les orages du Sort ,
Lança de toutes parts ces fléches inconnues
Au carquois de la Mort.
Affez & trop long- temps ont roulé fur nos têtes
Tous ces globes de fer qui brifent les remparts ;
Trop long- temps ont regné les homicides fêtes ,
Les jeux fanglans de Mars.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Que ces Bouches de feux ouvertes au carnage ,
Que ces Monftres d'airain fe taifent pour jamais ;
Ou grondent fans fureur , expiant leur ravage ,
Aux fêtes de la Paix .
Telle après les éclats d'un horrible tonnèrre ,
Sur les reftes grondans d'un nuage enflammé ,
La bienfaiſante Iris vient apprendre à la Tèrre
Que l'Olympe eft calmé.
Rois , enfans des Dieux , imitez leur clémence !
Un thrône bienfaiſant eft rival des autels :
Etouffez des combats la fatale femence ,
Epargnez les Mortels.
Paſteurs des Nations que le Ciel vous confie ,
Quittez ce titre augufte , ou rendez-nous heureux ;
Mais l'orgueil des Héros fouvent nous facrifie
A fes coupables voeux.
Zh !qui peut envier une palme fragile ,
S'il faut , pour la cueillir , enfanglanter fes mains ?
LOUIS , ton coeur préfére à fon éclat ſtérile
Le bonheur des Humains.
Ton Miniftre fidéle , & que Minerve inſpire ,
Va réparer de Mars les finiftres revers ;
Le moment qui rendra la Paix à ton Empire,
La rend à l'Univers .
JANVIER. 1763 . 9
Quel Mécène nouveau , jaloux de ſa mémoire ,
Raffermira des Arts les autels chancelans ?
CHOISEUL , ce fera toi ; tout Amant de la Gloire
Eft Ami des Talens.
O PAIX , divine Paix fi long-temps implorée ,
Prends du haut de l'Olympe un favorable éffor !
Et fur le front fanglant de l'Europe éplorée ,
Fixe tes aîles d'or !
Tes mains de l'Océan nous ouvrent les barrières ;
Ces Pins navigateurs , amis des Matelots ,
Vont deſcendre à ta voix de leurs forêts altières ,
Pour traverser les flots.
Par les noeuds du Commerce embraſſe les deux
Mondes ;
Et des climats de l'Inde aux rives du Boetis ,
Guide nos pavillons fur les vagues profondes
De l'immenfe Thétis.
Tes regards ont calmé l'orageuſe Angleterre ;
Les Peuples du Soleil , enfans des vaſtes Eaux ,
Ne verront plus fortir & la foudre & la guèrre
Des flancs de ſes vaiffeaux.
Aux deux Mondes rivaux donne un juſte équilibre,
Rends les Peuples heureux & les Rois citoyens :
Exile tous les maux ; le bonheur d'être libce
Eft le premier des biens.
1
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Eh ! peux-tu , fans pitié voir un or tyrannique
De l'Africain fervile acheter les malheurs?
L'Humanité qu'outrage un abus politique
Te préfente fes pleurs.
Des enfans du Niger affranchis le rivage ;
De la Nature entin ofe venger les droits :
Fais que l'Humanité , briſant leur esclavage ,
Signe aux Traités des Rois .
L'Univers te rappelle , aimable Fugitive ;
Enchaîne la Difcorde aux Autels dé Janus :
Brife les noirs Cyprès , & joins ta douce olive
Aux myrthes de Vénus .
De pampres & de fleurs tu couronnes la Tèrre ;
Les Bergers conduiront leurs paifibles troupeaux ,
Où Mars tendit fes camps , où grondoit fon tonnèrre
,
Où flottoient fes drapeaux.
O que
de fils rendus à leurs mères tremblantes !
Que d'époufes en pleurs reverront leurs époux ,
* M. de Montefquieu , ce Légiflateur de l'Humanité
, dit au fujet de la Traite des Négres :
» Ne viendrait il pas dans la tête des Princes
» d'Europe qui font entr'eux tant de conven-
> tions , d'en faire une générale en faveur de la
>> miféricorde & de la pitié ? Liv . 15. chap . 5. de
"Efprit des Loix.
JANVIER. 1763 . II
Et ne pâliront plus aux nouvelles fanglantes
De Bellone en courroux !
Ta fouris & de Mars domptant la fière audace
Tu vois fuir les combats devant tes yeux fereins
Ton afpect fait tomber la guèrre & la menace
Du front des Souverains.
Ainfi , quand les Zéphyrs , fur leur aile fleurie ,
Raménent l'Alcyon , doux efpoir des Nochers ,
Le flot grondant s'appaife , & roule fans furie
Du fommet des rochers.
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Résumé : ODE SUR LA PAIX.
L'ode 'Sur la Paix' décrit les ravages de la guerre et appelle à la paix. Elle commence par comparer les prémices des orages et leurs dangers à la guerre, qui détruit tout sur son passage. L'auteur évoque Mars et Bellone, déesses de la guerre, semant la terreur en Europe. Il rappelle un jour funeste où la Sprée, en crue, a causé des ravages, symbolisant les conflits destructeurs. Depuis ce jour, de nombreux jours funestes ont épuisé leurs horreurs sur l'humanité, avec des crimes, des revers, des vengeances célestes et des fureurs humaines. La trompette de la mort appelait aux combats sur terre et sur mer, et l'Amérique a vu l'Europe foudroyante tonner dans les déserts. Les outils de paix, comme le soc de Triptolème et la faucille de Cérès, ont été transformés en armes meurtrières. Pendant sept étés, sept automnes et sept hivers, la guerre a ravagé les champs de bataille. L'auteur dénonce les hommes qui s'entretuent, devenus des mercenaires au service des conquérants. L'humanité est présentée comme un spectacle sauvage, avec des fleuves de sang et des plaines de carnage. Némésis, déesse de la vengeance, a accumulé les malheurs sur l'humanité. Les armes de guerre, comme les bouches à feu et les monstres d'airain, doivent se taire pour toujours ou expié leur ravage lors des fêtes de la paix. L'auteur appelle les rois à imiter la clémence des dieux et à étouffer la semence des combats. Il loue le roi Louis et son ministre Choiseul pour leurs efforts en faveur de la paix. La paix est comparée à Iris, qui annonce la fin de l'orage après un tonnerre. L'ode se termine par un appel à la paix, qui doit ouvrir les barrières de l'Océan et embrasser les deux mondes par les nœuds du commerce. La paix doit calmer les conflits, rendre les peuples heureux et les rois citoyens, et exiler tous les maux. L'auteur dénonce également l'esclavage et appelle à l'affranchissement des peuples opprimés. La paix doit enchaîner la discorde et couronner la terre de pampres et de fleurs, permettant aux bergers de conduire leurs troupeaux en paix.
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222
p. 43-47
ODE SUR LA PAIX. PAR M. le Chevalier DE VIGUIER, Mousquetaire du Roi dans la premiere Compagnie.
Début :
O PAIX ! mère de l'abondance, [...]
Mots clefs :
Paix, Humains, Enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA PAIX. PAR M. le Chevalier DE VIGUIER, Mousquetaire du Roi dans la premiere Compagnie.
ODE SUR LA PAIX.
PAR M. le Chevalier DE VIGUIER ,
Moufquetaire du Roi dans la premiere
Compagnie.
OPAIX ! mère de l'abondance ,
Entends nos foupirs & nos voeux !
Jette tes regards fur la FRANCE ,
Aimable PAIX , defcends des Cieux :
Chaffe le Démon de la guerre ,
Et plante fur toute la Terre
L'olive au lieu de nos Drapeaux +
Fleuris nos campagnes fanglantess
Ereins les flâmes dévorantes ,
Qui nous confument fur les eaux.
Tu parois , & la mort s'arrête......
Romain ! par le fort combattu ,
Carthage a foufflé la tempête ,
Mais , il te refte ta vertu.
Tel un Lion de l'Hircanie
Atteint d'une fléche ennemie ,
Des coups mortels s'est échappé.
Non , il n'expire point encore ;
Il rugit , s'élance & dévore
Le Chaffeur qui l'avoit frappé .
7
44 MERCURE DE FRANCE .
Quelle mégère fratricide
Trouble nos fens , arme nos mains ›
O Dieux ! pour le meurtre perfide
Auriez-vous formé les humains ? ...
*Compagnons ! * nourris dans les armes
Loin de nous la PAIX & fes charmes
Vengeons notre Maître irrité ! ...
Comme guerrier , Louis , j'y vole ;
Mais homme , j'ai pris la parole ,
En faveur de l'humanité.
>
Toi ! qui méprifes la fortune ,
Toi ! qui dans tes fages fuccès
De l'ambition importune ,
Combats & détruits les accès *
C'eſt de toi , Déelle sévère !
·
De la PAIX , four tendre & fincère :
Que ma Mufe emprunte fes vers :
Flambeau du bonheur de la vie !
divine Philofophie !
Eclaire & régis l'Univers.
Croyez-vous , Héros magnanimes ,
Mériter le titre de Grand ?
J'ai peſé vos illuftres crimes ,
Et je ne vois que le tyran .
Où cours- tu , cruel Alexandre¿
Arrête. Pourquoi mettre en cendre
La Maifon d Roi.
FEVRIER. 1763.
45
Les Etats d'un paisible Roi ?
Injufte vainqueur de l'Afie !
Porus qui défend la Patrie ,
Moins heureux , eft plus grand que toi.
Si les humains vous ont vu naître
Rivaux de la Divinité ,
A nos coeurs faites - vous connoître
Par les bienfaits , par l'équité.
Les Dieux enchaînés fur ces traces ,
Par leur juſtice, par leurs graces ,
Méritent nos voeux , nos autels.
Princes ! fongez que leur tonnerre
Se brife en éclats fur la terre ,
Et rarement fur les mortels.
L'Univers jette un cri terrible
Sur les enfans qui ne font plus.
Augufte à ces plaintes fenfible
Ferme le Temple de Janus.
L'efprit humain ſe développe 3
De ce fiécle cher à l'Europe
Le fouvenir eft éternel :
Après la PAIX des Pyrénées ,
Renaiſſent ces mêmes années ,
Sous le bras de l'Homme * immortel.
* Alufion à la Statue de LOUIS LE Grand ,
qui eft à la Place des Victoires. Cette Statue a le
bras droit étendu. On lit au bas fur le pied-d'eftal
cette infcription en lettres d'or. VIRO IMMORTALI.
A L'HOMME
IMMORTEL.
46 MERCURE DE FRANCE.
Alors tous les beaux arts fleurirent ,
Enfans d'un innocent loifir.
Les mers de Vaiffeaux fe couvrirent,
Et rapporterent l'or d'Ophir ;
Alors le citoyen tranquille
Ne craignit plus que fon afyle.
Fût par la flamme dévoré ;
Et qu'au milieu de fa famille
La fureur maffacrât fa fille ,
Qu'un barbare a déshonoré .
Charmante PAIX ! vertu facrée !
Raméne -nous ces temps fameux ,
Où fous ta puiffance adorée
Chaque mortel vivoit heureux.
L'époule vertueuse & belle ,
D'un époux compagne fidelle ,
Le jour , partageoit les travaux.
La nuit , dans un antre ſauvage ,
Ils raffembloient , fur le feuillage ,
Leurs Dieux , leurs enfans , leurs troupeaux,
Ce jour defiré va paroître ,
Puiffe-t-il dans les coeurs Français
Imprimer l'image d'un Maître
Signalé par tant de bienfaits !
Sçavantes Filles de Mémoire !
En retraçant dans notre hiſtoire
Notte amour , nos moeurs & nos loix,
FEVRIER. 1763. 47
Dites , que fous un Roi fi jufte ,
Cette Paix fur l'ouvrage augufte
Des CHOISEULS & de NIVERNOIS,
J'ignore la docte meſure
Des fons qui charment les humains,
L'honneur , le zéle , la Nature
Infpiroient les Soldats Romains.
Libres dans leurs chanſons guerrières ,
Ils montroient leurs âmes entières
Autour d'un char triomphateur.
Telle ma Mufe , fans contrainte ,
Bravant la critique & la crainte ,
Eft l'interprête de mon coeur.
PAR M. le Chevalier DE VIGUIER ,
Moufquetaire du Roi dans la premiere
Compagnie.
OPAIX ! mère de l'abondance ,
Entends nos foupirs & nos voeux !
Jette tes regards fur la FRANCE ,
Aimable PAIX , defcends des Cieux :
Chaffe le Démon de la guerre ,
Et plante fur toute la Terre
L'olive au lieu de nos Drapeaux +
Fleuris nos campagnes fanglantess
Ereins les flâmes dévorantes ,
Qui nous confument fur les eaux.
Tu parois , & la mort s'arrête......
Romain ! par le fort combattu ,
Carthage a foufflé la tempête ,
Mais , il te refte ta vertu.
Tel un Lion de l'Hircanie
Atteint d'une fléche ennemie ,
Des coups mortels s'est échappé.
Non , il n'expire point encore ;
Il rugit , s'élance & dévore
Le Chaffeur qui l'avoit frappé .
7
44 MERCURE DE FRANCE .
Quelle mégère fratricide
Trouble nos fens , arme nos mains ›
O Dieux ! pour le meurtre perfide
Auriez-vous formé les humains ? ...
*Compagnons ! * nourris dans les armes
Loin de nous la PAIX & fes charmes
Vengeons notre Maître irrité ! ...
Comme guerrier , Louis , j'y vole ;
Mais homme , j'ai pris la parole ,
En faveur de l'humanité.
>
Toi ! qui méprifes la fortune ,
Toi ! qui dans tes fages fuccès
De l'ambition importune ,
Combats & détruits les accès *
C'eſt de toi , Déelle sévère !
·
De la PAIX , four tendre & fincère :
Que ma Mufe emprunte fes vers :
Flambeau du bonheur de la vie !
divine Philofophie !
Eclaire & régis l'Univers.
Croyez-vous , Héros magnanimes ,
Mériter le titre de Grand ?
J'ai peſé vos illuftres crimes ,
Et je ne vois que le tyran .
Où cours- tu , cruel Alexandre¿
Arrête. Pourquoi mettre en cendre
La Maifon d Roi.
FEVRIER. 1763.
45
Les Etats d'un paisible Roi ?
Injufte vainqueur de l'Afie !
Porus qui défend la Patrie ,
Moins heureux , eft plus grand que toi.
Si les humains vous ont vu naître
Rivaux de la Divinité ,
A nos coeurs faites - vous connoître
Par les bienfaits , par l'équité.
Les Dieux enchaînés fur ces traces ,
Par leur juſtice, par leurs graces ,
Méritent nos voeux , nos autels.
Princes ! fongez que leur tonnerre
Se brife en éclats fur la terre ,
Et rarement fur les mortels.
L'Univers jette un cri terrible
Sur les enfans qui ne font plus.
Augufte à ces plaintes fenfible
Ferme le Temple de Janus.
L'efprit humain ſe développe 3
De ce fiécle cher à l'Europe
Le fouvenir eft éternel :
Après la PAIX des Pyrénées ,
Renaiſſent ces mêmes années ,
Sous le bras de l'Homme * immortel.
* Alufion à la Statue de LOUIS LE Grand ,
qui eft à la Place des Victoires. Cette Statue a le
bras droit étendu. On lit au bas fur le pied-d'eftal
cette infcription en lettres d'or. VIRO IMMORTALI.
A L'HOMME
IMMORTEL.
46 MERCURE DE FRANCE.
Alors tous les beaux arts fleurirent ,
Enfans d'un innocent loifir.
Les mers de Vaiffeaux fe couvrirent,
Et rapporterent l'or d'Ophir ;
Alors le citoyen tranquille
Ne craignit plus que fon afyle.
Fût par la flamme dévoré ;
Et qu'au milieu de fa famille
La fureur maffacrât fa fille ,
Qu'un barbare a déshonoré .
Charmante PAIX ! vertu facrée !
Raméne -nous ces temps fameux ,
Où fous ta puiffance adorée
Chaque mortel vivoit heureux.
L'époule vertueuse & belle ,
D'un époux compagne fidelle ,
Le jour , partageoit les travaux.
La nuit , dans un antre ſauvage ,
Ils raffembloient , fur le feuillage ,
Leurs Dieux , leurs enfans , leurs troupeaux,
Ce jour defiré va paroître ,
Puiffe-t-il dans les coeurs Français
Imprimer l'image d'un Maître
Signalé par tant de bienfaits !
Sçavantes Filles de Mémoire !
En retraçant dans notre hiſtoire
Notte amour , nos moeurs & nos loix,
FEVRIER. 1763. 47
Dites , que fous un Roi fi jufte ,
Cette Paix fur l'ouvrage augufte
Des CHOISEULS & de NIVERNOIS,
J'ignore la docte meſure
Des fons qui charment les humains,
L'honneur , le zéle , la Nature
Infpiroient les Soldats Romains.
Libres dans leurs chanſons guerrières ,
Ils montroient leurs âmes entières
Autour d'un char triomphateur.
Telle ma Mufe , fans contrainte ,
Bravant la critique & la crainte ,
Eft l'interprête de mon coeur.
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Résumé : ODE SUR LA PAIX. PAR M. le Chevalier DE VIGUIER, Mousquetaire du Roi dans la premiere Compagnie.
L'ode 'Sur la Paix' du Chevalier de Viguier célèbre la paix et ses bienfaits pour la France. L'auteur invoque la paix pour qu'elle chasse la guerre et permette aux campagnes de fleurir. La paix arrête la mort et apaise les conflits sur les mers. La France est comparée à un lion blessé, symbolisant sa résistance et sa force. L'ode condamne la guerre et les crimes des héros, qualifiés de tyrans. Alexandre le Grand est critiqué pour ses destructions, tandis que Porus est loué pour sa défense de sa patrie. L'auteur appelle les princes à mériter leurs titres par les bienfaits et l'équité, non par la violence. La paix des Pyrénées est évoquée pour ses bienfaits, permettant aux arts de fleurir et aux citoyens de vivre tranquilles. La paix est exaltée comme une vertu sacrée, et l'auteur rend hommage aux Choiseul et à Nivernois pour leur rôle dans son établissement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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223
s. p.
ODE SUR LA STATUE ÉQUESTRE DU ROI.
Début :
CIEL ! quel Colosse admirable [...]
Mots clefs :
Amour, déité, Lyre, Immortalité, Art, Éloquence
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texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA STATUE ÉQUESTRE DU ROI.
ODE
SUR LA STATUE ÉQUESTRE
CIBLI
DU ROI.
L ! quel Coloffe admirable
S'offre aux yeux des Citoyens ?
Une Déité femblable
Au Soleil des Rhodiens.
D'amour , de reconnoiffance
?
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Je fens mon coeur enflammé ;
Je vois l'Aftre de la France :
C'eft LOUIS LE BIEN - AI MÉ.
Erato , daigne paroître !
Viens !J'implore ton fecours !
Je veux célébrer mon Maître
Sur la Lyre dès Amours.
Paris ! jufques dans les nues ,
Éléve ce Grand BOURBON ;
Tu lui dois plus de Statues
Que Cecropie à Solon.
( a ) Fils célébre de Philippe !
Ton fuffrage fi vanté ,
A Praxitelle , à Lifippe
Donna l'Immortalité.
Sur les traces de leur gloire
S'avancent d'un pas égal ,
Vers le Temple de Mémoire ,
( b ) Goor , Bouchardon & Pigal.
15
(a ) Alexandre le Grand ordonna que fes Portraits
feroient peints par le feul Apelle ; les Statues
fculptées par Praxitelle , & jettées en fonte
par Lifippe , à caufe de l'excellence de ces deux
Artiſtes.
( b ) La Statue du Roi eft du travail du fieur
Goor, fur les deffeins du fieur Bouchardon , qui
dans fon Teſtament , fait fix mois avant la mort,
defira que le fieur Pigal fût fon Succeffeur dans
cet Ouvrage
.
1
AVRIL. 1763. 7
(c ) Une charmante, Bergère ,
Que le Dieu des coeurs guidoit ,
Defina d'une main chère ,
Un Amant qu'elle adoroit;
Ainfije te vois , France !
Retracer dans ce grand jour ,
La parfaite reflemblance
De l'objet de ton amour.
Des Arts , l'Amour eft le maître ,
Par eux il peut nous charmer ;
Si l'efprit leur donna l'être
L'Amour fçut les animer .
Nous lui devons la Sculpture ,
L'Eloquence , les Concerts ,
Le Pinceau , l'Architecture ,
l'Art d'Uranie & les Vers.
Louis ! leur troupe timide
Vole autour de ta Grandeur ;
Sois leur afyle , leur guide ,
Leur ami , leur défenfeur.
Les Rois qui les protégerent
Sont encor chers aux mortels ;
C'eſt par là qu'ils mériterent
Des Monumens éternels.
( c ) Une Bergère , dit Pline , inventa le Def
feing en traçant fur un mur , avec du charbon ,
les contours de l'ombre de fon amant
A iv
& MERCURE DE FRANCE.
Clio , ta plume Içavántės do on ( 0)
A confacré leurs exploits !
La jeune Erato nous vante
L'aménité de leurs Loit. pusma f
Sur les Bronzes d'Italie, dov sebua
Les Céfars nous font préfens. DISK
C'est ainsi que le Génies lion sticking ol
Brave l'injure des temps. blad
( d ) HENRY ! fur ta Face augufte
Je contemple ta Bonté.
I
A tes traits , LouÍS LE JUSTE
Je reconnois l'Équité.
LOUIS LE GRAND , ta nobleffe
21192
Nous annonce tes hauts faits .
ROI BIEN- AIME ! la Sageffe
Sur ton Front grava fés traits .
Vous , dont la Mufe fertile
Fait revivre les Heros !
Chantres du terrible Achille ,
Sans vos pénibles travaux ,
Aux bords de la Mer Égée ,
Son nom voilé par l'oubli ,
Dans les tombeaux de Sigée
Refteroit enſeveli.
1
(d ) Cette Strophe eft adreffé e aux quatre Sta
Lues Equeftres des Rois BOURBON <STRONG
AVRIL. 1763.¨¨
Troupe aveugle de Barbares !
Dont les flambeaux deftructeurs
Confumoient les OEuvres rares
De tant d'efprits créateurs :
Les Préjugés , l'Ignorance ,
L'Esclavage , le Mépris ,
Sont la jufte récompenſe
De vos forfaits inouis.
Nations ! Villes célèbres !
Les Ouvrages de vos mains
Ont diffipé les ténébres ,
Si fatales aux humains.
Memphis , Athènes , Palmire ,
Rome , Florence , Paris !
Vos noms illuftrent l'Empire
Que Pallas vous a remis.
( e) Grand Préfet ! (f) Sages Édiles ,
D'un Roi , Père des Français ,
Dans la Reine de nos Villes ,
Eternifez les bienfaits.
g) Marigni ! que de merveilles
Vont éclore fous tes yeux !
Tu protéges , tu réveilles
Les mortels ingénieux .
( c ) M. le Prévôt des Marchands.
(f MM. les Echevins.
(g M. le Marquis de Marigni , Surintendant
des Bâtimens , &c. A. v
10 MERCURE DE FRANCE .
Dieu des rives du Méandre ,
Sur mon coeur régle ma. voir !
Jeune encor , daigne m'apprendre
A chanter nos dignes Rois !
L'amour feul de la Patrie
Soutient mon foible talent :
Prête-moi ton harmonie ,
Pour l'unir au Sentiment .
Par le Chevalier DE VIGUIER , Mousquetair
du Roi dans la premiere Compagnie .
SUR LA STATUE ÉQUESTRE
CIBLI
DU ROI.
L ! quel Coloffe admirable
S'offre aux yeux des Citoyens ?
Une Déité femblable
Au Soleil des Rhodiens.
D'amour , de reconnoiffance
?
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Je fens mon coeur enflammé ;
Je vois l'Aftre de la France :
C'eft LOUIS LE BIEN - AI MÉ.
Erato , daigne paroître !
Viens !J'implore ton fecours !
Je veux célébrer mon Maître
Sur la Lyre dès Amours.
Paris ! jufques dans les nues ,
Éléve ce Grand BOURBON ;
Tu lui dois plus de Statues
Que Cecropie à Solon.
( a ) Fils célébre de Philippe !
Ton fuffrage fi vanté ,
A Praxitelle , à Lifippe
Donna l'Immortalité.
Sur les traces de leur gloire
S'avancent d'un pas égal ,
Vers le Temple de Mémoire ,
( b ) Goor , Bouchardon & Pigal.
15
(a ) Alexandre le Grand ordonna que fes Portraits
feroient peints par le feul Apelle ; les Statues
fculptées par Praxitelle , & jettées en fonte
par Lifippe , à caufe de l'excellence de ces deux
Artiſtes.
( b ) La Statue du Roi eft du travail du fieur
Goor, fur les deffeins du fieur Bouchardon , qui
dans fon Teſtament , fait fix mois avant la mort,
defira que le fieur Pigal fût fon Succeffeur dans
cet Ouvrage
.
1
AVRIL. 1763. 7
(c ) Une charmante, Bergère ,
Que le Dieu des coeurs guidoit ,
Defina d'une main chère ,
Un Amant qu'elle adoroit;
Ainfije te vois , France !
Retracer dans ce grand jour ,
La parfaite reflemblance
De l'objet de ton amour.
Des Arts , l'Amour eft le maître ,
Par eux il peut nous charmer ;
Si l'efprit leur donna l'être
L'Amour fçut les animer .
Nous lui devons la Sculpture ,
L'Eloquence , les Concerts ,
Le Pinceau , l'Architecture ,
l'Art d'Uranie & les Vers.
Louis ! leur troupe timide
Vole autour de ta Grandeur ;
Sois leur afyle , leur guide ,
Leur ami , leur défenfeur.
Les Rois qui les protégerent
Sont encor chers aux mortels ;
C'eſt par là qu'ils mériterent
Des Monumens éternels.
( c ) Une Bergère , dit Pline , inventa le Def
feing en traçant fur un mur , avec du charbon ,
les contours de l'ombre de fon amant
A iv
& MERCURE DE FRANCE.
Clio , ta plume Içavántės do on ( 0)
A confacré leurs exploits !
La jeune Erato nous vante
L'aménité de leurs Loit. pusma f
Sur les Bronzes d'Italie, dov sebua
Les Céfars nous font préfens. DISK
C'est ainsi que le Génies lion sticking ol
Brave l'injure des temps. blad
( d ) HENRY ! fur ta Face augufte
Je contemple ta Bonté.
I
A tes traits , LouÍS LE JUSTE
Je reconnois l'Équité.
LOUIS LE GRAND , ta nobleffe
21192
Nous annonce tes hauts faits .
ROI BIEN- AIME ! la Sageffe
Sur ton Front grava fés traits .
Vous , dont la Mufe fertile
Fait revivre les Heros !
Chantres du terrible Achille ,
Sans vos pénibles travaux ,
Aux bords de la Mer Égée ,
Son nom voilé par l'oubli ,
Dans les tombeaux de Sigée
Refteroit enſeveli.
1
(d ) Cette Strophe eft adreffé e aux quatre Sta
Lues Equeftres des Rois BOURBON <STRONG
AVRIL. 1763.¨¨
Troupe aveugle de Barbares !
Dont les flambeaux deftructeurs
Confumoient les OEuvres rares
De tant d'efprits créateurs :
Les Préjugés , l'Ignorance ,
L'Esclavage , le Mépris ,
Sont la jufte récompenſe
De vos forfaits inouis.
Nations ! Villes célèbres !
Les Ouvrages de vos mains
Ont diffipé les ténébres ,
Si fatales aux humains.
Memphis , Athènes , Palmire ,
Rome , Florence , Paris !
Vos noms illuftrent l'Empire
Que Pallas vous a remis.
( e) Grand Préfet ! (f) Sages Édiles ,
D'un Roi , Père des Français ,
Dans la Reine de nos Villes ,
Eternifez les bienfaits.
g) Marigni ! que de merveilles
Vont éclore fous tes yeux !
Tu protéges , tu réveilles
Les mortels ingénieux .
( c ) M. le Prévôt des Marchands.
(f MM. les Echevins.
(g M. le Marquis de Marigni , Surintendant
des Bâtimens , &c. A. v
10 MERCURE DE FRANCE .
Dieu des rives du Méandre ,
Sur mon coeur régle ma. voir !
Jeune encor , daigne m'apprendre
A chanter nos dignes Rois !
L'amour feul de la Patrie
Soutient mon foible talent :
Prête-moi ton harmonie ,
Pour l'unir au Sentiment .
Par le Chevalier DE VIGUIER , Mousquetair
du Roi dans la premiere Compagnie .
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Résumé : ODE SUR LA STATUE ÉQUESTRE DU ROI.
Le poème 'ODE SUR LA STATUE ÉQUESTRE DU ROI' a été publié en avril 1763. Il célèbre la statue équestre du roi Louis XV, comparée à une divinité et au soleil des Rhodiens. L'auteur exprime son admiration et sa reconnaissance envers le roi, qu'il nomme 'LOUIS LE BIEN-AIMÉ'. Le poème met en avant les artistes Goor, Bouchardon et Pigalle, impliqués dans la création de la statue. Il souligne l'importance des arts, inspirés par l'amour, et leur rôle dans la célébration des rois protecteurs des arts. Des figures historiques comme Alexandre le Grand et Pline sont mentionnées, soulignant l'impact durable des œuvres d'art. Le texte critique les barbares destructeurs et loue les villes célèbres pour leurs contributions culturelles. Le poème est dédié aux autorités de Paris, notamment le Prévôt des Marchands, les Échevins et le Marquis de Marigni, et exprime le désir de célébrer dignement les rois de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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224
p. 30-33
A SON EXCELLENCE Mgr DE LA ROCHE-AYMON, le jour qu'il prit possession de l'Archevêché de Reims. Talis decebat ut nobis esset Pontifex. Heb. 7. 26. Ode
Début :
DANS ces murs quels chants d'allégresse [...]
Mots clefs :
Pontife, Église, Dieu, Sage, Audace, Fermeté , Génie, Bonté puissante, Augure
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texteReconnaissance textuelle : A SON EXCELLENCE Mgr DE LA ROCHE-AYMON, le jour qu'il prit possession de l'Archevêché de Reims. Talis decebat ut nobis esset Pontifex. Heb. 7. 26. Ode
Sous ce Pontife qui t'anime ,
Libre & Sage vange la Foi :
Qu'à ta voix , l'erreur & le crime
Redoutent l'Égliſe & la Loi ;
Et vous Titans , dont les ſyſtèmes ,
Les impiétés , les blafphemes
Provoquent Dieu dans ſon repos ;
Voyez votre ligue impuiſſante ,
Et la vérité triomphante
De l'audace de vos complots.
Des moeurs auguſte ſouveraine ,
Vertu , fais revivre tes loix ;
Montre-toi , parle, agis en Reine ;
Un Sage vient vanger tes droits.
A ces côtés voi la décence ,
L'ordre ennemi de la licence ,
Et la prudente fermeté.
Fille du Ciel , à ce cortége,
Du Pontife qui te protége ,
Tu reconnois ta ſainteté.
Muſes , Beaux- Arts , que l'harmonie
De vos plus fublimes concerts
Célébre à l'envi le Génie
Par qui ces biens nous font offerts.
Par ſon goût , ſa délicateſſe ,
Si du Dieu brillant du Permeſſe
JUIN. 1763 . 33
Il vous repréſente les traits ;
Du mérite eſtimateur juſte ,
Il ſera pour vous un Auguste
Par ſon fuffrage & ſes bienfaits.
Quel augure plus favorable
Du bonheur qu'appellent nos voeux ?
Devant lui la Paix adorable
Vole & vient embellir ces lieux.
Que l'époque de ſon Entrée
Reſte parmi nous conſacrée ,
Ainſi que celle des Vainqueurs :
Le jour marqué par ſa préſence
Eſt le jour de la bienfaiſance
Et de la paix dans tous les coeurs.
Grand Dieu , dont la bonté puiſſante
Surpaſſe aujourd'hui nos ſouhaits ,
Prêre une oreille bienveillante
A ce dernier voeu que je fais :
Immortaliſe ton ouvrage ;
Que pour l'objet de notre hommage
Brule l'encens de nos neveux !
L'amour à cet eſpoir me livre ;
Il me dit qu'on ne peut trop vivre,
Quand on doit faire des heureux.
DE SAULX , Chan. de l'Egl. de Reims , Chancelier
de l'Univ . Aſſocié de l' Acad. Royale
des Sciences & Belles - Lettres de Nanci & de
La Société Littér . de Châlons.
Libre & Sage vange la Foi :
Qu'à ta voix , l'erreur & le crime
Redoutent l'Égliſe & la Loi ;
Et vous Titans , dont les ſyſtèmes ,
Les impiétés , les blafphemes
Provoquent Dieu dans ſon repos ;
Voyez votre ligue impuiſſante ,
Et la vérité triomphante
De l'audace de vos complots.
Des moeurs auguſte ſouveraine ,
Vertu , fais revivre tes loix ;
Montre-toi , parle, agis en Reine ;
Un Sage vient vanger tes droits.
A ces côtés voi la décence ,
L'ordre ennemi de la licence ,
Et la prudente fermeté.
Fille du Ciel , à ce cortége,
Du Pontife qui te protége ,
Tu reconnois ta ſainteté.
Muſes , Beaux- Arts , que l'harmonie
De vos plus fublimes concerts
Célébre à l'envi le Génie
Par qui ces biens nous font offerts.
Par ſon goût , ſa délicateſſe ,
Si du Dieu brillant du Permeſſe
JUIN. 1763 . 33
Il vous repréſente les traits ;
Du mérite eſtimateur juſte ,
Il ſera pour vous un Auguste
Par ſon fuffrage & ſes bienfaits.
Quel augure plus favorable
Du bonheur qu'appellent nos voeux ?
Devant lui la Paix adorable
Vole & vient embellir ces lieux.
Que l'époque de ſon Entrée
Reſte parmi nous conſacrée ,
Ainſi que celle des Vainqueurs :
Le jour marqué par ſa préſence
Eſt le jour de la bienfaiſance
Et de la paix dans tous les coeurs.
Grand Dieu , dont la bonté puiſſante
Surpaſſe aujourd'hui nos ſouhaits ,
Prêre une oreille bienveillante
A ce dernier voeu que je fais :
Immortaliſe ton ouvrage ;
Que pour l'objet de notre hommage
Brule l'encens de nos neveux !
L'amour à cet eſpoir me livre ;
Il me dit qu'on ne peut trop vivre,
Quand on doit faire des heureux.
DE SAULX , Chan. de l'Egl. de Reims , Chancelier
de l'Univ . Aſſocié de l' Acad. Royale
des Sciences & Belles - Lettres de Nanci & de
La Société Littér . de Châlons.
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Résumé : A SON EXCELLENCE Mgr DE LA ROCHE-AYMON, le jour qu'il prit possession de l'Archevêché de Reims. Talis decebat ut nobis esset Pontifex. Heb. 7. 26. Ode
Le poème célèbre un pontife, probablement un évêque ou un pape, pour sa foi et sa sagesse qui triomphent de l'erreur et du crime. Il met en garde les Titans, symbolisant les systèmes impies, contre leur impuissance face à la vérité. Le texte appelle à la restauration des lois morales et à la vertu, personnifiée comme une reine. Il loue la décence, l'ordre et la prudence, et reconnaît la sainteté protégée par le pontife. Les Muses et les Beaux-Arts sont invités à célébrer le génie apportant ces bienfaits. Le pontife est décrit comme un juge juste et un bienfaiteur, apportant la paix et la bienfaisance. Le poème se conclut par une prière à Dieu pour immortaliser cette œuvre et exprime l'espoir de continuer à faire le bien. L'auteur est DE SAULX, chancelier de l'Église de Reims et membre de plusieurs académies littéraires et scientifiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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225
p. 5-10
L'HUMEUR, ODE.
Début :
SUR le haut ton monte ta lyre, [...]
Mots clefs :
Humeur, Muse, Vices, Humeur jalouse, Humeur grondeuse
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texteReconnaissance textuelle : L'HUMEUR, ODE.
L'HUMEUR ,
ODE.
SUR le haut ton monte ta lyre ,
O Mufe , avec des traits divins
Je peindrai , fi Phoebus m'inſpire ,
Le défaut de tous les humains ,
L'humeur, fi féconde en caprices ,
Mère & fille de tant de vices ,
Lue dans l'Aemblée publique de l'Académie
de Soiffons , le 29 Décembre 1762.
I. Vol.
1
I
a
6 MERCURE DE FRANCE.
Qui ternit l'éclat des vertus ,
Brave la raifon impuiffante ,
Et dans les monftres qu'elle enfante ,
Fait un Tibère d'un Titus.
L'humeur , maîtreffe impérieufe ,
Brouille amis , citoyens , parens,
Les rend dans fa fougue odieufe
Les uns des autres les tyrans ;
Fléau d'une âme pacifique ,
Toujours ce démon domestique
Querelle , ou crie hors de faifon ;
Et , quand il obfède une prude ,
Le trifte époux en fervitude
Trouve l'enfer dans fa maiſon.
Des Sçavans T'humeur orgueilleufe
Eclipfe les plus grands talens ,
Dégrade une âme généreufe ,
Avilit les plus beaux préfens.
Pourquoi des maîtres & des pères
Les leçons d'ailleurs falutaires
Sont-elles fouvent fans fuccès ?
C'eſt qu'à la jeuneffe indocile ,
Une humeur qu'enflamme la bile
Les donne au gré de ſes accès.
Ici, c'eſt l'humeur pointilleuſe
Qui fait cent procès fur un rien ;
Là , domine l'humeur fâcheuſe
•
7.
JUILLET. 1763.
4
A fon gré jamais rien n'eft bien :
Ailleurs on rencontre humeur fombre ,
Humeur jaloufe de fon, ombre ,,
Humeur grondeufe fans raifon ,
Maligne humeur plus redoutable ;
A fes yeux rien n'eſt reſpectable ,
Tout fe reffent de fon poifon.
Parmi tous ceux qu'elle domine ;
Craignons furtout les faux dévots ,
De tout temps leur humeur chagrine
Du monde a troublé le repos.
Dans une âme de fiel pétrie ,
Le zéle devient phrénéfie ,
La charité n'eft plus qu'aigreur.
Nuit & jour ſa ſainte colère
Au péché déclare la guerre
HPour perfécuter le pécheur.
Lorfque l'humeur atrabilaire.
Fermente dans une Beauté ,
Partout , comme un Docteur en chaire ,
Elle prêche la chaſteté.
Elle a beau faire la févère ,
Dans fon coeur fouvent l'humeur fière
Plus que l'honneur a combattu ;
Telle , que pour un exemple on cite ,
Doit à ce lutin qui l'agite
Plus des trois quarts de fa vertu .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Paffion , incompréhensible
Dans tes égaremens divers ,
Quelle eft donc la caufe invifible
De tant d'écarts & de travers ?
Foujours, inquiéte , inégale ,
Toujours ennemie ou rivale ,
A troubler l'ordre tu te plais
A toi , comme aux autres , contraire ,
Tu parles quand il faut fe taire ,
Quand il faut parler tu te tais.
D'un grand à fes pareils affable
Tu fais un Maître redouté ,
D'un Juge au Palais eſtimable
Un père chez lui détefté ;
Et d'une Belle acariâtre
Au bon mari qui l'idolâtre
Tu vends cherement les appas ;
Jouet de ton caprice extrême
L'homme infenfé fuit ce qu'il aime ,
Et pourfuit ce qu'il n'aime pas.
?
Répondez -moi , troupe cynique ,
Cenfeurs chagrins , malins Auteurs
Par des traits d'humeur fatyrique
Penfez-vous réformer les moeurs ?
Ah ce n'eft point ce qui vous touche ;
Et votre morale farouche
D'un beau motif fe mafque en vain ;
JUILLET. 1763 :
L'humeur qui produit la fatyre
De la Raiſon eft le délire ,
Et la honte du coeur humain .
Mortels aveugles , dans Cythère
Vous vous promettez d'heureux jours,
Mais tôt ou tard l'humeur altière
Empoifonnera vos amours :
En vain votre main généreuſe
Flatant une amante ombrageuſe
Sacrifiera tout à la paix ;
Malgré l'amour & l'hyménée ,
Contre vous l'ingrate obſtinée
Armera vos propres bienfaits.
Belles , à qui tout rend hommage ,
A qui l'amour prête les traits ,
Avez-vous l'humeur en partage ?
Je ne vous connois plus d'attraits :
Sans un aimable caractère
La beauté n'a nul droit de plaire ,
Elle perd tous les agrémens ;
Dès que l'humeur s'en rend maîtreffe ,
Plus elle inſpire de tendreſſe ,
Plus elle caufe de tourmens.
Mais finiffez , Mufe caufeufe ,
Continuant à caqueter
Vous deviendriez
ennuyeuſe ,
Bien loin de vous faire goûter.
AN
L
10 MERCURE DE FRANCE .
› Oui , vous détruiriez votre ouvrage
En invectivant davantage
Contre l'humeur & fes travers ;
Vous voulez en guérir les âmes ,
Et vous en donneriez aux Dames
Qui déja bâillent fur vos vers .
' Par M. L'A. D. R. S.
ODE.
SUR le haut ton monte ta lyre ,
O Mufe , avec des traits divins
Je peindrai , fi Phoebus m'inſpire ,
Le défaut de tous les humains ,
L'humeur, fi féconde en caprices ,
Mère & fille de tant de vices ,
Lue dans l'Aemblée publique de l'Académie
de Soiffons , le 29 Décembre 1762.
I. Vol.
1
I
a
6 MERCURE DE FRANCE.
Qui ternit l'éclat des vertus ,
Brave la raifon impuiffante ,
Et dans les monftres qu'elle enfante ,
Fait un Tibère d'un Titus.
L'humeur , maîtreffe impérieufe ,
Brouille amis , citoyens , parens,
Les rend dans fa fougue odieufe
Les uns des autres les tyrans ;
Fléau d'une âme pacifique ,
Toujours ce démon domestique
Querelle , ou crie hors de faifon ;
Et , quand il obfède une prude ,
Le trifte époux en fervitude
Trouve l'enfer dans fa maiſon.
Des Sçavans T'humeur orgueilleufe
Eclipfe les plus grands talens ,
Dégrade une âme généreufe ,
Avilit les plus beaux préfens.
Pourquoi des maîtres & des pères
Les leçons d'ailleurs falutaires
Sont-elles fouvent fans fuccès ?
C'eſt qu'à la jeuneffe indocile ,
Une humeur qu'enflamme la bile
Les donne au gré de ſes accès.
Ici, c'eſt l'humeur pointilleuſe
Qui fait cent procès fur un rien ;
Là , domine l'humeur fâcheuſe
•
7.
JUILLET. 1763.
4
A fon gré jamais rien n'eft bien :
Ailleurs on rencontre humeur fombre ,
Humeur jaloufe de fon, ombre ,,
Humeur grondeufe fans raifon ,
Maligne humeur plus redoutable ;
A fes yeux rien n'eſt reſpectable ,
Tout fe reffent de fon poifon.
Parmi tous ceux qu'elle domine ;
Craignons furtout les faux dévots ,
De tout temps leur humeur chagrine
Du monde a troublé le repos.
Dans une âme de fiel pétrie ,
Le zéle devient phrénéfie ,
La charité n'eft plus qu'aigreur.
Nuit & jour ſa ſainte colère
Au péché déclare la guerre
HPour perfécuter le pécheur.
Lorfque l'humeur atrabilaire.
Fermente dans une Beauté ,
Partout , comme un Docteur en chaire ,
Elle prêche la chaſteté.
Elle a beau faire la févère ,
Dans fon coeur fouvent l'humeur fière
Plus que l'honneur a combattu ;
Telle , que pour un exemple on cite ,
Doit à ce lutin qui l'agite
Plus des trois quarts de fa vertu .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Paffion , incompréhensible
Dans tes égaremens divers ,
Quelle eft donc la caufe invifible
De tant d'écarts & de travers ?
Foujours, inquiéte , inégale ,
Toujours ennemie ou rivale ,
A troubler l'ordre tu te plais
A toi , comme aux autres , contraire ,
Tu parles quand il faut fe taire ,
Quand il faut parler tu te tais.
D'un grand à fes pareils affable
Tu fais un Maître redouté ,
D'un Juge au Palais eſtimable
Un père chez lui détefté ;
Et d'une Belle acariâtre
Au bon mari qui l'idolâtre
Tu vends cherement les appas ;
Jouet de ton caprice extrême
L'homme infenfé fuit ce qu'il aime ,
Et pourfuit ce qu'il n'aime pas.
?
Répondez -moi , troupe cynique ,
Cenfeurs chagrins , malins Auteurs
Par des traits d'humeur fatyrique
Penfez-vous réformer les moeurs ?
Ah ce n'eft point ce qui vous touche ;
Et votre morale farouche
D'un beau motif fe mafque en vain ;
JUILLET. 1763 :
L'humeur qui produit la fatyre
De la Raiſon eft le délire ,
Et la honte du coeur humain .
Mortels aveugles , dans Cythère
Vous vous promettez d'heureux jours,
Mais tôt ou tard l'humeur altière
Empoifonnera vos amours :
En vain votre main généreuſe
Flatant une amante ombrageuſe
Sacrifiera tout à la paix ;
Malgré l'amour & l'hyménée ,
Contre vous l'ingrate obſtinée
Armera vos propres bienfaits.
Belles , à qui tout rend hommage ,
A qui l'amour prête les traits ,
Avez-vous l'humeur en partage ?
Je ne vous connois plus d'attraits :
Sans un aimable caractère
La beauté n'a nul droit de plaire ,
Elle perd tous les agrémens ;
Dès que l'humeur s'en rend maîtreffe ,
Plus elle inſpire de tendreſſe ,
Plus elle caufe de tourmens.
Mais finiffez , Mufe caufeufe ,
Continuant à caqueter
Vous deviendriez
ennuyeuſe ,
Bien loin de vous faire goûter.
AN
L
10 MERCURE DE FRANCE .
› Oui , vous détruiriez votre ouvrage
En invectivant davantage
Contre l'humeur & fes travers ;
Vous voulez en guérir les âmes ,
Et vous en donneriez aux Dames
Qui déja bâillent fur vos vers .
' Par M. L'A. D. R. S.
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Résumé : L'HUMEUR, ODE.
L'ode 'L'Humeur', présentée à l'Assemblée publique de l'Académie de Soissons le 29 décembre 1762, explore l'humeur comme un défaut humain majeur. L'auteur la décrit comme une source de vices et de caprices, ternissant les vertus et défiant la raison. Elle engendre des comportements tyranniques et perturbe les relations entre amis, citoyens et parents. L'humeur affecte également les savants, éclipçant leurs talents et dégradant leurs âmes. Elle se manifeste sous diverses formes : pointilleuse, fâcheuse, sombre, jalouse, grondeuse ou maligne, rendant respectables des actions odieuses. L'humeur atrabilaire peut transformer le zèle en phrénésie et la charité en aigreur. Chez les faux dévots, elle trouble le repos du monde. Chez une beauté, elle prêche la chasteté mais cache souvent une fierté intérieure. L'humeur est décrite comme une passion incompréhensible, inégale et ennemie de l'ordre. Elle altère les relations humaines, rendant les grands affables redoutables et les juges estimés détestés chez eux. L'auteur critique les auteurs satiriques qui, par leurs traits d'humeur facétieuse, prétendent réformer les mœurs sans succès. Il met en garde contre l'humeur altière qui empoisonne les amours et les relations. Les belles, malgré leurs attraits, perdent leur charme si elles ont une mauvaise humeur. L'ode se conclut par une mise en garde contre les dangers de l'humeur, capable de détruire les œuvres et de causer des tourments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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226
p. 23-30
LES TOMBEAUX, ODE.
Début :
ENTRONS sous ces voutes antiques ; [...]
Mots clefs :
Affreux, Ombres, Tombeaux, Images, Parois, Fantômes, Imagination, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES TOMBEAUX, ODE.
LES TOMBEAUX ,
O. D. E.
ENTRONS fous ces voutes antiques ;
Lieux confacrés à la terreur.
Déferts affreux , fombres portiques ,
Pénétrez mon ame d'horreur !
C'eſt ton fouffle que je refpire ,
Mort , viens toi- même , prends ma lyre ,
J'attends ton inſpiration !-
Deïté des fombres rivages ,
Rempliffez de triftes images
Ma nore imagination.
24 MERCURE DE FRANCE.
+
Ciel ! quelles épaiſſes ténébres ,
• Regnent dans cet affreux cahos ,
Je ne vois qu'images funébres ,
Je n'apperçois que des tombeaux !
Fuyons ...fuis-je au fein du Ténare? ...
Ah! laiffe-moi, terreur barbare ,
Laiffe enfin refpirer mes fens ...
Mais non ... que l'horreur du Cocyte ,
Pénétre mon âme interdite ,
Et refpire dans mes accens.
Dans cette région terrible ,
Je vois les gouffres entrouverts ,
Ces antres où la Parque horrible
Traça la route des Enfers.
Du fond de ces tombes affreuſes ,
Sortez , fortez , ombres fameuſes ,
Reparoiffez à mes regards ? ...
Soufflez fur leur cendre flétrie ,
Ranimez- les Efprit de vie ,
Raflemblez leurs membres épars.
Qu'entends-je fur ces fombres rives,
Quelslugubres gémiſſemens ? ...
Ah ! je vois ces ombres plaintives
Sortir du creux des monumens.
Je vois leur troupe enſanglantée
Errer , & la terre humectée ,
Semble
AOUST. 1763. 250
Semble s'abreuver de leur fang .
Près de cette tombe fatale ,
Je vois le Héros de Pharfale
Avec un poignard dans le flanc !
Là Caron , l'exemple de Rome ,
Semble braver l'adverfité ,
Je crois voir encor ce grand homme,
Tomber avec la liberté ;
Je vois les entrailles fumantes ,
Que déchirent les mains fanglantes.
Je vois le foutien du Sénat ,
L'illuftre & malheureux Pompée ,
Héros dont la valeur trompée,
Tomba fous un lâche attcntat.
Quel objet affreux , quel phantôme
Marche fur les pas de Sylla ? ...
C'eſt l'odieux fleau de Rome ,
Le furieux Catilina.
Mort, dérobe-moi fon image ...
Je lis encor fur fon viſage.
Les traces de fa cruauté ...
Tombez , tombez , rochers énormes ,
Couvrez de vos débris informes
Ce monftre de l'humanité.
Parois à fha vue étonnée ,
Jouer infortuné du ſort ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Edipe , quoi ta deſtinée
Te pourfuit- elle après la mort ›
Ciel ! je vois fa main déchirée,.
De fa paupière maffacrée
Arracher les reftes ſanglans.
Les mânes des Thébains frémiſſent ,
Et ces rivages retentiffent
De leurs triſtes gémiſſemens.
Fuyez , images trop affreufes ..
Paroiffez illuftres Romains ,
Yous dont les âmes vertueuſes
Firent le bonheur des humains ;
Venez Trajan & Marc- Aurelle ,
Et toi dont la gloire immortelle
Doit fon éclat à tes vertus ,
Scipion yainqueur magnanime ,
Parois , & vous âme fublime ,
Généreux & tendre Titus,
Exempte du commun naufrage,
Oùvont fe perdre nos inſtans ,
La vertu ne craint point l'outrage
De la faulx rapide des temps ;
Après le fonge de la vie ,
Elle n'eft point anéantie.
Le trépas fixe fon deftin !
Non, mort , non , tu n'es point terribles
Je te verrois d'un ceil paifible ....
Tombeaux , ouvrez-moi votre fein !
A O UST. 1763 . 27
Puifque tous dans la même barque
Nous pafferons le fombre bord ,
Que m'importe-t-il que lá parqué
Avance ou retarde ma mort ?
Dans la profpérité riante ,
Du trépas la Faulx menaçante.
Nous paroît un objet affreux ;
Mais dans le fein de la difgrace ,
La mort hélas , ne nous retrace
Que la fin d'un fort malheureux.
A peine a-t-on vu la lumière ,
Qu'après ce douloureux mom ent
Il faut rentrer dans la pouffière,
Et dans l'oubli du monument..
O mort ! fi tel eft ton Empire
(
Et puifque tout ce qui refpire
Doit fuivre aveuglément tes pas ,
Tu n'es affreufe qu'au vulgaire ;
Viens me rendre au ſein de la Tèrre,
Frappe...Je ne recule pas....
Mais quelle puiffance m'entraîne
Loin de ces objets effrayans ? ..
Est -ce une illufion foudaine
Qui vient s'emparer de mes fens
Volé-je vers une autre Terre ? Defog
Un jour plus radieux m'éclaire { sto
Eft-ce un rêve délicieux nos olet •
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
Non , ce n'eft point un vain délire !
Je fuis defcendu , dans l'empire
Où régnent les mânes heureux.
Quelles ombres majestueuſes
Errant au fond de ces vallons
Sur des lyres harmonieuſes
Méditent de doctes chansons ?
Toi que le monde entier révère
Je t'apperçois, divin Homère ,
Vêtu d'une robbe d'argent .
Deux Cignes déployant leurs aîles,
Vers les demeures immortelles
Traînent fon char étincelant.
Et toi dont la mufe facile
Soupiroit d'un ton fi touchant ,
Parois ici , tendre Virgile,
Divinité du Sentiment...
Il vient brillant comme l'aurore ,
t
Et d'une main il tient encore
Le foudre puiffant des Céfars ;
De l'autre il porte la houlette,
Et mêle au fon de fa muferte
Le terrible clairon de Mars,
Eft-ce le Dieu de l'harmonie
Qui rend ces magiques accords?
C'eft Pindare , enfant du génie,
Je le connois à fes tranfports.
AOUST. 1763: 29
"
Pouffé par le Dieu qui l'infpire ,
Súr fa mélodieufe lyre
Je le vois promener les doigts ;
A travers la noble pouffière ,
Il femble encor dans la carrière
Animer un char de fa voix.
O toi , victime de l'envie.
Ovide , chantre ingénieux ,.
Hélas ! ce monftre fur ta vie :
Répandit fon fiel dangereux ! ...
Vengez- le , noires Euménides ,
Venez de vos mains homicides
Déchirer ce ſpectre hideux ;
Enfer , reçois-le dans ton gouffre,
Engloutis dans un feu de fouffre ,
Ce perfécuteur odieux 1
Ici Properce , ici Tibulle,
Chantent encore les plaifirs.
Là du Luth galant de Catulle,
L'écho répéte les foupirs.
Je les vois dans le char des graces ,
Entraîner encor fur leurs traces ,
Les Héros & même les Dieux.
Horace d'une main hardie
Touchant la Lyre d'Aufonie,
Rend des fons plus majeſtueux.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
Je veux vous fuivre , ombres charmantes.
Ah ! j'envie un fort auffi doux...
Déja dans ces plaines riantes ,
Je crois errer auprès de vous.
Daignez recevoir mes hommages!
Affis dans ces heureux boccages ,
Je méditerai vós concerts ,
Ainfi s'élevant de fonaire ,
L'aiglon fous l'aile de fa mère ,
Apprend à planer dans les airs.
Vous fuyez, aimables phantômes....
N'eft-ce donc qu'un charme trompeur ?
Ah! tels fons les plaifirs des hommes ?
Ce n'est qu'une agréable erreur
Te n'embraffe plus qu'un nuage..
Imagination volage ,
Tu féduis mon facile coeur.
Faut- il que ce ne foit qu'un fonge ...
Mais j'ai jaui d'un doux menfonge ,
Et c'est là tout notre bonheur.
BRUNEAU , G. à Châteaurenault , 20 Juin 1763.
O. D. E.
ENTRONS fous ces voutes antiques ;
Lieux confacrés à la terreur.
Déferts affreux , fombres portiques ,
Pénétrez mon ame d'horreur !
C'eſt ton fouffle que je refpire ,
Mort , viens toi- même , prends ma lyre ,
J'attends ton inſpiration !-
Deïté des fombres rivages ,
Rempliffez de triftes images
Ma nore imagination.
24 MERCURE DE FRANCE.
+
Ciel ! quelles épaiſſes ténébres ,
• Regnent dans cet affreux cahos ,
Je ne vois qu'images funébres ,
Je n'apperçois que des tombeaux !
Fuyons ...fuis-je au fein du Ténare? ...
Ah! laiffe-moi, terreur barbare ,
Laiffe enfin refpirer mes fens ...
Mais non ... que l'horreur du Cocyte ,
Pénétre mon âme interdite ,
Et refpire dans mes accens.
Dans cette région terrible ,
Je vois les gouffres entrouverts ,
Ces antres où la Parque horrible
Traça la route des Enfers.
Du fond de ces tombes affreuſes ,
Sortez , fortez , ombres fameuſes ,
Reparoiffez à mes regards ? ...
Soufflez fur leur cendre flétrie ,
Ranimez- les Efprit de vie ,
Raflemblez leurs membres épars.
Qu'entends-je fur ces fombres rives,
Quelslugubres gémiſſemens ? ...
Ah ! je vois ces ombres plaintives
Sortir du creux des monumens.
Je vois leur troupe enſanglantée
Errer , & la terre humectée ,
Semble
AOUST. 1763. 250
Semble s'abreuver de leur fang .
Près de cette tombe fatale ,
Je vois le Héros de Pharfale
Avec un poignard dans le flanc !
Là Caron , l'exemple de Rome ,
Semble braver l'adverfité ,
Je crois voir encor ce grand homme,
Tomber avec la liberté ;
Je vois les entrailles fumantes ,
Que déchirent les mains fanglantes.
Je vois le foutien du Sénat ,
L'illuftre & malheureux Pompée ,
Héros dont la valeur trompée,
Tomba fous un lâche attcntat.
Quel objet affreux , quel phantôme
Marche fur les pas de Sylla ? ...
C'eſt l'odieux fleau de Rome ,
Le furieux Catilina.
Mort, dérobe-moi fon image ...
Je lis encor fur fon viſage.
Les traces de fa cruauté ...
Tombez , tombez , rochers énormes ,
Couvrez de vos débris informes
Ce monftre de l'humanité.
Parois à fha vue étonnée ,
Jouer infortuné du ſort ,
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Edipe , quoi ta deſtinée
Te pourfuit- elle après la mort ›
Ciel ! je vois fa main déchirée,.
De fa paupière maffacrée
Arracher les reftes ſanglans.
Les mânes des Thébains frémiſſent ,
Et ces rivages retentiffent
De leurs triſtes gémiſſemens.
Fuyez , images trop affreufes ..
Paroiffez illuftres Romains ,
Yous dont les âmes vertueuſes
Firent le bonheur des humains ;
Venez Trajan & Marc- Aurelle ,
Et toi dont la gloire immortelle
Doit fon éclat à tes vertus ,
Scipion yainqueur magnanime ,
Parois , & vous âme fublime ,
Généreux & tendre Titus,
Exempte du commun naufrage,
Oùvont fe perdre nos inſtans ,
La vertu ne craint point l'outrage
De la faulx rapide des temps ;
Après le fonge de la vie ,
Elle n'eft point anéantie.
Le trépas fixe fon deftin !
Non, mort , non , tu n'es point terribles
Je te verrois d'un ceil paifible ....
Tombeaux , ouvrez-moi votre fein !
A O UST. 1763 . 27
Puifque tous dans la même barque
Nous pafferons le fombre bord ,
Que m'importe-t-il que lá parqué
Avance ou retarde ma mort ?
Dans la profpérité riante ,
Du trépas la Faulx menaçante.
Nous paroît un objet affreux ;
Mais dans le fein de la difgrace ,
La mort hélas , ne nous retrace
Que la fin d'un fort malheureux.
A peine a-t-on vu la lumière ,
Qu'après ce douloureux mom ent
Il faut rentrer dans la pouffière,
Et dans l'oubli du monument..
O mort ! fi tel eft ton Empire
(
Et puifque tout ce qui refpire
Doit fuivre aveuglément tes pas ,
Tu n'es affreufe qu'au vulgaire ;
Viens me rendre au ſein de la Tèrre,
Frappe...Je ne recule pas....
Mais quelle puiffance m'entraîne
Loin de ces objets effrayans ? ..
Est -ce une illufion foudaine
Qui vient s'emparer de mes fens
Volé-je vers une autre Terre ? Defog
Un jour plus radieux m'éclaire { sto
Eft-ce un rêve délicieux nos olet •
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
Non , ce n'eft point un vain délire !
Je fuis defcendu , dans l'empire
Où régnent les mânes heureux.
Quelles ombres majestueuſes
Errant au fond de ces vallons
Sur des lyres harmonieuſes
Méditent de doctes chansons ?
Toi que le monde entier révère
Je t'apperçois, divin Homère ,
Vêtu d'une robbe d'argent .
Deux Cignes déployant leurs aîles,
Vers les demeures immortelles
Traînent fon char étincelant.
Et toi dont la mufe facile
Soupiroit d'un ton fi touchant ,
Parois ici , tendre Virgile,
Divinité du Sentiment...
Il vient brillant comme l'aurore ,
t
Et d'une main il tient encore
Le foudre puiffant des Céfars ;
De l'autre il porte la houlette,
Et mêle au fon de fa muferte
Le terrible clairon de Mars,
Eft-ce le Dieu de l'harmonie
Qui rend ces magiques accords?
C'eft Pindare , enfant du génie,
Je le connois à fes tranfports.
AOUST. 1763: 29
"
Pouffé par le Dieu qui l'infpire ,
Súr fa mélodieufe lyre
Je le vois promener les doigts ;
A travers la noble pouffière ,
Il femble encor dans la carrière
Animer un char de fa voix.
O toi , victime de l'envie.
Ovide , chantre ingénieux ,.
Hélas ! ce monftre fur ta vie :
Répandit fon fiel dangereux ! ...
Vengez- le , noires Euménides ,
Venez de vos mains homicides
Déchirer ce ſpectre hideux ;
Enfer , reçois-le dans ton gouffre,
Engloutis dans un feu de fouffre ,
Ce perfécuteur odieux 1
Ici Properce , ici Tibulle,
Chantent encore les plaifirs.
Là du Luth galant de Catulle,
L'écho répéte les foupirs.
Je les vois dans le char des graces ,
Entraîner encor fur leurs traces ,
Les Héros & même les Dieux.
Horace d'une main hardie
Touchant la Lyre d'Aufonie,
Rend des fons plus majeſtueux.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
Je veux vous fuivre , ombres charmantes.
Ah ! j'envie un fort auffi doux...
Déja dans ces plaines riantes ,
Je crois errer auprès de vous.
Daignez recevoir mes hommages!
Affis dans ces heureux boccages ,
Je méditerai vós concerts ,
Ainfi s'élevant de fonaire ,
L'aiglon fous l'aile de fa mère ,
Apprend à planer dans les airs.
Vous fuyez, aimables phantômes....
N'eft-ce donc qu'un charme trompeur ?
Ah! tels fons les plaifirs des hommes ?
Ce n'est qu'une agréable erreur
Te n'embraffe plus qu'un nuage..
Imagination volage ,
Tu féduis mon facile coeur.
Faut- il que ce ne foit qu'un fonge ...
Mais j'ai jaui d'un doux menfonge ,
Et c'est là tout notre bonheur.
BRUNEAU , G. à Châteaurenault , 20 Juin 1763.
Fermer
227
p. 5-11
L'ANNIVERSAIRE DE M. DE CRÉBILLON. ODE. Ingenio stat sine morte decus. Properce.
Début :
O MORT, Déesse inéxorable, [...]
Mots clefs :
Âme, Voix, Fureur, Mémoire, Horreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ANNIVERSAIRE DE M. DE CRÉBILLON. ODE. Ingenio stat sine morte decus. Properce.
L'ANNIVERSAIRE
DE M. DE CREBILLON.
ODE.
Ingenio ftat fine morte decus.
Properce
MORT , Déeffe inézorable ,
>
Monſtre qu'allaita la fureur ,
Arrête ton bras implacable ,
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Sufpends , ô mort , ton bras vengeur.
Le Temps ton rapide Miniftre ,
Fait tomber fous ta main finiftre
Les Princes , le Peuple & les Rois,
Hélas ! en frappant tes victimes ,
Epargne les efprits fublimes ;
Du fort pour eux change les Loix.
Mais non > Héros de l'harmonie ,
Vainqueurs du Temps & de la Mort ,
Vos talens & votre génie
Sont au- deffus des Loix du fort.
Quand les fatales Deftinées
Coupent le fil de vos années ,
Du cercueil perçant les horreurs ,
L'éclat brillant de votre gloire ,
En confacrant votre mémoire ,
S'érige un Trône dans nos coeurs.
Toi , qui dans ton brûlant délire ,
Ravis & tranſportas nos fens ,
Et qui des Maîtres de la lyre
Nous rappellois les fiers accens ,
O Crébillon ! Mortel fublime ,
La mort te prenant pour victime ,
De tes jours éteint le flambeau ;
Mais en t'afurant nos hommages ,
Ton nom , tes célébres Ouvrages
Te font triompher du tombeau.
OCTOBRE. 1763. 7
Des champs fleuris de l'Elysée ,
Accours ; & que tes fons hardis
Paffant dans mon âme embraſée
Raniment mes fens engourdis.
Guidé par la voix de la Gloire,
Je viens célébrer ta mémoire ;
Dirige & forme mes accords :
Toi feul peux donner à mes rimes
Ces beautés mâles & fublimes ,
Fruits des poëtiques tranſports.
Plein de cette célefte flamme
Et de cette noble fureur
Qui pénétrent , embraſent l'âme
De trouble , de crainte & d'horreur ;
Tu faifis , tu montes ta lyre ,
Du Dieu des beaux Arts qui t'inſpire
Suivant les fouveraines loix ,
Tu n'es plus un Mortel prophane ;
Le Dieu , dont ta Mufe eft l'organe,
Parle lui- même par ta voix .
Rappellés du fein des ténebres ,
A tes accens audacieux ,
Sortent de leurs féjours funébres ,
Les Princes , & les Demi- Dieux ....
Où portez- vous vos pas perfides ,
Frères cruels , & parricides ?
Sur qui levez-vous le couteau ?.. •
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Malheureux ! en vangeant ton père ,
L'ombre fanglante de ta mère
Te fuit dans la nuit du tombeau.
Sur l'infléxible coeur d'Atrée ,
Le fang a-t-il repris les droits?
Il jure la coupe facrée ,
Thiefte s'unir à fa voix...
Frère cruel , monftre féroce !
Quelle paix , quel complot atroce !
Le foleil recule d'horreur.
Loin de toi , malheureux Thiefte,
Détourne la coupe funefte ;
Connois tón frère à ſa fureur.
#
Sur la fcène émue & ravie ,
Quel objet arrache nos pleurs ?
Aimable & tendre Zénobie ,
Je partage tous tes malheurs.
En vain un époux fanguinaire
Veut te priver de la lumière ,
Tu défarmes fes bras fanglans ;
Et de Rhadamifte infléxible
Ta vertu modefte & fenfible
Calme les remords dévorans.
Ainfi dans ta brulante yvreffe ,
O Crébillon ! ton fier pinceau ,
Joignant la force à la tendreſſe
Donne au théâtre un jour nouveau.
1
OCTOBRE . 1763.
Le feu céleste qui t'enflamme ,
Embrafe & dévore mon âme ,
La remplit de trouble & d'horreur.
Tranſporté de tes fons fublimes ,
Je te fuis dans les noirs abîmes ,
Je me confonds dans ma terreur.
Mais quoi ! fur la fin de ta vie
N'es-tu plus le même héros ? ....
Mortels , refpectons le génie
Jufques dans les moindres travaux.
D'un éffor toujours intrépide ,
Il s'élève en fon vol rapide,
Il plane jufques dans les Cieux.
Mais moins fuperbes dans leur courſe
Ses feux s'éloignant , de leur fource ,
Perdent leur éclat glorieux.
Tel au milieu de ta carrière ,
Flambeau céleste , Aftre brulant ,
Le vif rayon de ta lumière
Eft plus fécond & plus brillant.
Dans ta courſe rapide & fure
Tu donnes l'âme à la nature's
Tes feux embraſent l'univers.
Le Ciel fe couronne d'étoiles
La nuit obfcure étend fes voiles ,
Et ta te plonges dans les mers.
Dans les accès noirs & funébres ,
999
A v
10 MERCURE
DE FRANCE .
Quel monftre avide & ténébreux
Déchire les Auteurs célébres ,
Et les perce de traits affreux ?
Héros chéri de Melpomène ,
Je vois le poiſon de la haine
De ta vie infecter le cours.
Contre toi l'Envie animée
De fon haleine envenimée
Veut éclipfer ces plus beaux jours.
Mais la fierté de ton génie
Méprife tous ces noirs complots ,
Et d'une lâche calomnie
Craint peu les ténébreux affauts .
Affuré de notre fuffrage ,
Ton nom célébre , d'âge en âge ,
Suivra le cours de l'univers ,
Et dans le Temple de mémoire
Chaque jour la main de la Gloire
Te parera de myrches verds.
Déja l'éclat qui t'environne
Recoit un nouvel ornement ;
Un Monarque l'honneur du Trône
T'érige un pompeux monument.
Des bords fleuris de l'hypocréne ,
Je vois defcendre Melpomène
Qui s'applaudit de ce bienfait ;
Elle vient fur le fronsifpice
De cet immortel édifice
Graver la perte qu'elle a fait.
OCTOBRE. 1763 .
II
Epriſe de ta voix divine
Cette Mufe effuyant fes pleurs ,
Avoit fur la mort de Racine
Calmé les trop juftes douleurs :
Depuis que la Parque homicide
Ta frappé de fa faux perfide ,
Ses larmes coulent de nouveau .
Elle s'arrache de fon trône
Et prenant en main fa couronne
La dépoſe fur ton tombeau .
Pr. Ch. r.
DE M. DE CREBILLON.
ODE.
Ingenio ftat fine morte decus.
Properce
MORT , Déeffe inézorable ,
>
Monſtre qu'allaita la fureur ,
Arrête ton bras implacable ,
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Sufpends , ô mort , ton bras vengeur.
Le Temps ton rapide Miniftre ,
Fait tomber fous ta main finiftre
Les Princes , le Peuple & les Rois,
Hélas ! en frappant tes victimes ,
Epargne les efprits fublimes ;
Du fort pour eux change les Loix.
Mais non > Héros de l'harmonie ,
Vainqueurs du Temps & de la Mort ,
Vos talens & votre génie
Sont au- deffus des Loix du fort.
Quand les fatales Deftinées
Coupent le fil de vos années ,
Du cercueil perçant les horreurs ,
L'éclat brillant de votre gloire ,
En confacrant votre mémoire ,
S'érige un Trône dans nos coeurs.
Toi , qui dans ton brûlant délire ,
Ravis & tranſportas nos fens ,
Et qui des Maîtres de la lyre
Nous rappellois les fiers accens ,
O Crébillon ! Mortel fublime ,
La mort te prenant pour victime ,
De tes jours éteint le flambeau ;
Mais en t'afurant nos hommages ,
Ton nom , tes célébres Ouvrages
Te font triompher du tombeau.
OCTOBRE. 1763. 7
Des champs fleuris de l'Elysée ,
Accours ; & que tes fons hardis
Paffant dans mon âme embraſée
Raniment mes fens engourdis.
Guidé par la voix de la Gloire,
Je viens célébrer ta mémoire ;
Dirige & forme mes accords :
Toi feul peux donner à mes rimes
Ces beautés mâles & fublimes ,
Fruits des poëtiques tranſports.
Plein de cette célefte flamme
Et de cette noble fureur
Qui pénétrent , embraſent l'âme
De trouble , de crainte & d'horreur ;
Tu faifis , tu montes ta lyre ,
Du Dieu des beaux Arts qui t'inſpire
Suivant les fouveraines loix ,
Tu n'es plus un Mortel prophane ;
Le Dieu , dont ta Mufe eft l'organe,
Parle lui- même par ta voix .
Rappellés du fein des ténebres ,
A tes accens audacieux ,
Sortent de leurs féjours funébres ,
Les Princes , & les Demi- Dieux ....
Où portez- vous vos pas perfides ,
Frères cruels , & parricides ?
Sur qui levez-vous le couteau ?.. •
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Malheureux ! en vangeant ton père ,
L'ombre fanglante de ta mère
Te fuit dans la nuit du tombeau.
Sur l'infléxible coeur d'Atrée ,
Le fang a-t-il repris les droits?
Il jure la coupe facrée ,
Thiefte s'unir à fa voix...
Frère cruel , monftre féroce !
Quelle paix , quel complot atroce !
Le foleil recule d'horreur.
Loin de toi , malheureux Thiefte,
Détourne la coupe funefte ;
Connois tón frère à ſa fureur.
#
Sur la fcène émue & ravie ,
Quel objet arrache nos pleurs ?
Aimable & tendre Zénobie ,
Je partage tous tes malheurs.
En vain un époux fanguinaire
Veut te priver de la lumière ,
Tu défarmes fes bras fanglans ;
Et de Rhadamifte infléxible
Ta vertu modefte & fenfible
Calme les remords dévorans.
Ainfi dans ta brulante yvreffe ,
O Crébillon ! ton fier pinceau ,
Joignant la force à la tendreſſe
Donne au théâtre un jour nouveau.
1
OCTOBRE . 1763.
Le feu céleste qui t'enflamme ,
Embrafe & dévore mon âme ,
La remplit de trouble & d'horreur.
Tranſporté de tes fons fublimes ,
Je te fuis dans les noirs abîmes ,
Je me confonds dans ma terreur.
Mais quoi ! fur la fin de ta vie
N'es-tu plus le même héros ? ....
Mortels , refpectons le génie
Jufques dans les moindres travaux.
D'un éffor toujours intrépide ,
Il s'élève en fon vol rapide,
Il plane jufques dans les Cieux.
Mais moins fuperbes dans leur courſe
Ses feux s'éloignant , de leur fource ,
Perdent leur éclat glorieux.
Tel au milieu de ta carrière ,
Flambeau céleste , Aftre brulant ,
Le vif rayon de ta lumière
Eft plus fécond & plus brillant.
Dans ta courſe rapide & fure
Tu donnes l'âme à la nature's
Tes feux embraſent l'univers.
Le Ciel fe couronne d'étoiles
La nuit obfcure étend fes voiles ,
Et ta te plonges dans les mers.
Dans les accès noirs & funébres ,
999
A v
10 MERCURE
DE FRANCE .
Quel monftre avide & ténébreux
Déchire les Auteurs célébres ,
Et les perce de traits affreux ?
Héros chéri de Melpomène ,
Je vois le poiſon de la haine
De ta vie infecter le cours.
Contre toi l'Envie animée
De fon haleine envenimée
Veut éclipfer ces plus beaux jours.
Mais la fierté de ton génie
Méprife tous ces noirs complots ,
Et d'une lâche calomnie
Craint peu les ténébreux affauts .
Affuré de notre fuffrage ,
Ton nom célébre , d'âge en âge ,
Suivra le cours de l'univers ,
Et dans le Temple de mémoire
Chaque jour la main de la Gloire
Te parera de myrches verds.
Déja l'éclat qui t'environne
Recoit un nouvel ornement ;
Un Monarque l'honneur du Trône
T'érige un pompeux monument.
Des bords fleuris de l'hypocréne ,
Je vois defcendre Melpomène
Qui s'applaudit de ce bienfait ;
Elle vient fur le fronsifpice
De cet immortel édifice
Graver la perte qu'elle a fait.
OCTOBRE. 1763 .
II
Epriſe de ta voix divine
Cette Mufe effuyant fes pleurs ,
Avoit fur la mort de Racine
Calmé les trop juftes douleurs :
Depuis que la Parque homicide
Ta frappé de fa faux perfide ,
Ses larmes coulent de nouveau .
Elle s'arrache de fon trône
Et prenant en main fa couronne
La dépoſe fur ton tombeau .
Pr. Ch. r.
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228
p. 58-60
ODE. AUX AGRICULTEURS.
Début :
MINISTRES de l'Agronomie. [...]
Mots clefs :
Charme, Heureux, Perfide, Asiles, Champ
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. AUX AGRICULTEURS.
OD E.
AUX AGRICULTEURS,
MINISTRES de
l'Agronomie ,
Amis de la blonde Cérès ,
A qui la fage oeconomie
Révéle fes plus beaux fecrets ;
Apprenez- moi des lieux champêtres ,
De ces lieux chers à nos ancêtres ,
A chanter les charmes puiſſans ;
Et vous , Protecteurs magnanimes ,
Rois , Princes , Magiftrats fublimes,
Daignez approuver mes accens.
Heureux qui du champ de fes pères
Cultivateur induſtrieux ,
Peut pénétrer dans les myſtères
Que la Nature offre à ſes yeux !
Des coups de la Parque perfide ,
Effroi du Vulgaire ſtupide ,
Ses fens ne font point étonnés ;
Il y fuccombe fans foibleffe:
A l'empire de la Sageſſe
Les deftins font fubordonnés,
Une fauffe Philofophie
Séduit les Mortels inconftans ;
OCTOBRE. 1763.
5.9
L'un jaloux qu'on le déïfie ,
Afpire aux honneurs éclatans ;
L'autre implore Mars ou Neptune ;
Tous fe plaignent que la fortune
Trahit leurs projets inſenſés :
Difciples de l'Agriculture ,
S'ils n'invoquoient que la Nature ,
Tous leurs voeux feroient exaucés.
Nos Ayeux à cette maxime
Sacrifioient l'ambition ;
Un roc qui leur offroit la cime
Flattoit leur inclination ;
Après mille exploits héroïques ,
Retirés dans leurs tours gothiques ;
Ils y goûtoient de doux loifirs :
C'étoit le fruit de la Victoire ;
Et fi la guerre fit leur gloire ,
La campague fit leurs plaifirs.
1
Mais ces moeurs fi dignes d'éloge
Ne trouvent plus de partiſans ;
Tout paffe , fe détruit , s'abroge ,
Tout céde à l'injure des ans .
Dans le fein profane des Villes
Les héritiers de ces afyles
Par le luxe font maîtrisés ;
L'intérêt bannit la décence ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Plutus eft le Dieu qu'on encenſe ,
Les Dieux des Bois font méprifés.
Plutus peut- il malgré les charmes,
Guérir les troubles de l'efprit ?
Non: loin d'adoucir nos allarmes ,
Son or perfide les aigrit .
Sur un rivage folitaire ,
Au Repos , ce Dieu falutaire ,
Mortels , que n'offrez-vous vos voeux ?
Régler les defirs , ſe connoître ,
Vivre fans fafte , être fon maître ,
Voilà le fecret d'être heureux.
AUX AGRICULTEURS,
MINISTRES de
l'Agronomie ,
Amis de la blonde Cérès ,
A qui la fage oeconomie
Révéle fes plus beaux fecrets ;
Apprenez- moi des lieux champêtres ,
De ces lieux chers à nos ancêtres ,
A chanter les charmes puiſſans ;
Et vous , Protecteurs magnanimes ,
Rois , Princes , Magiftrats fublimes,
Daignez approuver mes accens.
Heureux qui du champ de fes pères
Cultivateur induſtrieux ,
Peut pénétrer dans les myſtères
Que la Nature offre à ſes yeux !
Des coups de la Parque perfide ,
Effroi du Vulgaire ſtupide ,
Ses fens ne font point étonnés ;
Il y fuccombe fans foibleffe:
A l'empire de la Sageſſe
Les deftins font fubordonnés,
Une fauffe Philofophie
Séduit les Mortels inconftans ;
OCTOBRE. 1763.
5.9
L'un jaloux qu'on le déïfie ,
Afpire aux honneurs éclatans ;
L'autre implore Mars ou Neptune ;
Tous fe plaignent que la fortune
Trahit leurs projets inſenſés :
Difciples de l'Agriculture ,
S'ils n'invoquoient que la Nature ,
Tous leurs voeux feroient exaucés.
Nos Ayeux à cette maxime
Sacrifioient l'ambition ;
Un roc qui leur offroit la cime
Flattoit leur inclination ;
Après mille exploits héroïques ,
Retirés dans leurs tours gothiques ;
Ils y goûtoient de doux loifirs :
C'étoit le fruit de la Victoire ;
Et fi la guerre fit leur gloire ,
La campague fit leurs plaifirs.
1
Mais ces moeurs fi dignes d'éloge
Ne trouvent plus de partiſans ;
Tout paffe , fe détruit , s'abroge ,
Tout céde à l'injure des ans .
Dans le fein profane des Villes
Les héritiers de ces afyles
Par le luxe font maîtrisés ;
L'intérêt bannit la décence ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Plutus eft le Dieu qu'on encenſe ,
Les Dieux des Bois font méprifés.
Plutus peut- il malgré les charmes,
Guérir les troubles de l'efprit ?
Non: loin d'adoucir nos allarmes ,
Son or perfide les aigrit .
Sur un rivage folitaire ,
Au Repos , ce Dieu falutaire ,
Mortels , que n'offrez-vous vos voeux ?
Régler les defirs , ſe connoître ,
Vivre fans fafte , être fon maître ,
Voilà le fecret d'être heureux.
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229
p. 5-8
IMITATION D'HORACE, ODE. Sic te diva potens Cypri, sic fratres Helenæ. Par feu M. D. R....
Début :
MERE du tendre amour, Déesse de Cythère, [...]
Mots clefs :
Dieux, Jours, Amour, Déesse, Frayeurs, Esclaves
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION D'HORACE, ODE. Sic te diva potens Cypri, sic fratres Helenæ. Par feu M. D. R....
IMITATION D'HORACE ,
ODE
Sic te diva potens Cypri , fic fratres Helena .
M
Par feu M. D. R....
ERE du tendre amour , Déeſſe de Cythère ,
Et vous Aſtres brillans dont l'éclat tutélaire
Du timide Nocher aſſurent le repos ,
Venez frères d'Hélène & regnez ſur les eaux.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
On ſert les Dieux ; mais c'eſt vous que l'on aime.
Ils partagent ſouvent avec le Dia dême
Un culte faſtueux & des voeux ſolemnels ;
Vous ſeuls ſans le ſecours de votre rang ſuprême
Ne devez notre encens , notre amour qu'à vousmême
:
Vous regnez dans nos coeurs; ce ſont-là vosautels.
Je confie à vos ſoins l'objet de ma tendreſſe ;
Partagez les frayeurs d'un amant malheureux ;
Sur ce dépôt ſacré, grands Dieux, veillez ſans ceſſe,
Conduiſez le vaiſſeau qui le cache à mes yeux !
Eole , retenez dans vos grottes profondes
Ces tyrans redoutés de l'empire des ondes ,
Dont le ſouffle orageux ébranle l'Univers ,
Diſpoſe de la foudre & fait trembler les airs.
Quelle férocité , quelle aveugle manie
Nous fait donc tous les jours affronter leur furiez
Quoi ! tant de maux divers , de piéges ,de chagrins
Qui de nos triſtes jours viennent hâter la courſe ,
Ne pouvoient-ils ſuffire ànos coeurs inhumains ?
L'avarice & l'orgueil par de nouveaux chemins ,
D'une mort plus barbare ont découvert la ſource ,
Et nous enſeignent l'art d'abréger nos deſtins.
Quel Mortel intrépide , armé d'un triple airain ,
Aux efforts de ſon art aſſerviſſant Neptune ,
Vint au milieu des mers avec un front ſerein
Faire aux vents indignés reſpecter la fortune ,
Et ſeul aux élémens le premier mettre un frein ?
Les vagues en fureur , les écueils redoutables ,
T
NOVEMBRE. 1763 . 7
Les habitans des eaux, monstrueux, indomptables,
Que la Nature même enfante avec horreur ,
Nepeuvent ébranler ni fléchir ſon audace ;
Il tient l'humanité captive dans mon coeur.
En vain de l'Océan l'épouvantable maſſe
Par les Dieux oppoſée aux Mortels furieux ,
Vint borner leurs deſirs & terminer le monde ;
L'homme ingrat mépriſant leur ſageſſe profonde,
Et de mille attentats artiſan furieux ,
Fabriqua des vaiſſeaux , ſcut apprivoiſer l'onde ;
Malgré l'arrêtdu ſort , chez des peuples heureux ,
Sçut porter l'eſclavage & le fer & les feux ;
Pour prix de leurs tréſors à ces triſtes victimes
Laiſſa le déſeſpoir & l'exemple des crimes.
Que ne peut des humains l'effort audacieux !
Ardens à tout tenter , enclins a tout enfreindre ,
Et par l'horreur des loix encor plus mutinés ,
Ils s'enivrent de ſang , & leurs coeurs effrenés ,
Eſclaves d'une ardeur que rien ne peut éteindre ,
Ade nouveaux forfaits ſont ſans ceſſe entraînés !
C'eſt au fils de Japeth, c'eſt àſa violence ,
Mortels , que nous devons ce penchant odieux:
Du fort trop complaiſant , la fatale indulgence
Le laiſſa pénétrer juſques au ſein des Dieux ;
Et l'ingrat y porta la fraude & la licence;
Il déroba le feu qui brule dans les Cieux :
Mais ce rayon ſacré de la ſuprême eſſence ,
De l'immortalité ce germe précieux ,
Infecté dans ſa main ſacrilege &perfide ,
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
Devint pour ſes enfans une flamme homicide ,
D'où fortit de leurs maux l'eſſain contagieux.
De la boëte funeſte on vit alors éclore
Tous les fleaux divers que la Nature abhorre ,
Les mortelles langueurs , les tranſports forcenés,
Par qui nos triſtes jours dans leurs fleurs moiffonnés
,
Nous laiſſent voir à peine & connoître la vie.
Avant ce coup affreux une heureuſe harmonie
Renouvelloit le cours de nos ans fortunés .
Le terrible fuſeau lent & prèſqu'immobile
S'arrêtoit dans les mains de la Parque facile.
•
L'induſtrieux Dédale oſa prendre des ailes ;
Et traverſant les airs par des routes nouvelles ,
Fit l'éſſai d'un talent à l'homme refuſé .
Les gouffres éternels du Tartare embrûlé
Devinrent pour Hercule un rempart inutile,
Il porta la terreur dans l'empire des Morts .
Tout fléchit ſous nos loix , tout céde à nos efforts ;
Nous attaquons des Dieux le redoutable aſyle ;
Et leur puiſſante main ne s'ouvre plus ſur nous ,
Que pour lancer la foudre & repouffer nos coups.
ODE
Sic te diva potens Cypri , fic fratres Helena .
M
Par feu M. D. R....
ERE du tendre amour , Déeſſe de Cythère ,
Et vous Aſtres brillans dont l'éclat tutélaire
Du timide Nocher aſſurent le repos ,
Venez frères d'Hélène & regnez ſur les eaux.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
On ſert les Dieux ; mais c'eſt vous que l'on aime.
Ils partagent ſouvent avec le Dia dême
Un culte faſtueux & des voeux ſolemnels ;
Vous ſeuls ſans le ſecours de votre rang ſuprême
Ne devez notre encens , notre amour qu'à vousmême
:
Vous regnez dans nos coeurs; ce ſont-là vosautels.
Je confie à vos ſoins l'objet de ma tendreſſe ;
Partagez les frayeurs d'un amant malheureux ;
Sur ce dépôt ſacré, grands Dieux, veillez ſans ceſſe,
Conduiſez le vaiſſeau qui le cache à mes yeux !
Eole , retenez dans vos grottes profondes
Ces tyrans redoutés de l'empire des ondes ,
Dont le ſouffle orageux ébranle l'Univers ,
Diſpoſe de la foudre & fait trembler les airs.
Quelle férocité , quelle aveugle manie
Nous fait donc tous les jours affronter leur furiez
Quoi ! tant de maux divers , de piéges ,de chagrins
Qui de nos triſtes jours viennent hâter la courſe ,
Ne pouvoient-ils ſuffire ànos coeurs inhumains ?
L'avarice & l'orgueil par de nouveaux chemins ,
D'une mort plus barbare ont découvert la ſource ,
Et nous enſeignent l'art d'abréger nos deſtins.
Quel Mortel intrépide , armé d'un triple airain ,
Aux efforts de ſon art aſſerviſſant Neptune ,
Vint au milieu des mers avec un front ſerein
Faire aux vents indignés reſpecter la fortune ,
Et ſeul aux élémens le premier mettre un frein ?
Les vagues en fureur , les écueils redoutables ,
T
NOVEMBRE. 1763 . 7
Les habitans des eaux, monstrueux, indomptables,
Que la Nature même enfante avec horreur ,
Nepeuvent ébranler ni fléchir ſon audace ;
Il tient l'humanité captive dans mon coeur.
En vain de l'Océan l'épouvantable maſſe
Par les Dieux oppoſée aux Mortels furieux ,
Vint borner leurs deſirs & terminer le monde ;
L'homme ingrat mépriſant leur ſageſſe profonde,
Et de mille attentats artiſan furieux ,
Fabriqua des vaiſſeaux , ſcut apprivoiſer l'onde ;
Malgré l'arrêtdu ſort , chez des peuples heureux ,
Sçut porter l'eſclavage & le fer & les feux ;
Pour prix de leurs tréſors à ces triſtes victimes
Laiſſa le déſeſpoir & l'exemple des crimes.
Que ne peut des humains l'effort audacieux !
Ardens à tout tenter , enclins a tout enfreindre ,
Et par l'horreur des loix encor plus mutinés ,
Ils s'enivrent de ſang , & leurs coeurs effrenés ,
Eſclaves d'une ardeur que rien ne peut éteindre ,
Ade nouveaux forfaits ſont ſans ceſſe entraînés !
C'eſt au fils de Japeth, c'eſt àſa violence ,
Mortels , que nous devons ce penchant odieux:
Du fort trop complaiſant , la fatale indulgence
Le laiſſa pénétrer juſques au ſein des Dieux ;
Et l'ingrat y porta la fraude & la licence;
Il déroba le feu qui brule dans les Cieux :
Mais ce rayon ſacré de la ſuprême eſſence ,
De l'immortalité ce germe précieux ,
Infecté dans ſa main ſacrilege &perfide ,
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
Devint pour ſes enfans une flamme homicide ,
D'où fortit de leurs maux l'eſſain contagieux.
De la boëte funeſte on vit alors éclore
Tous les fleaux divers que la Nature abhorre ,
Les mortelles langueurs , les tranſports forcenés,
Par qui nos triſtes jours dans leurs fleurs moiffonnés
,
Nous laiſſent voir à peine & connoître la vie.
Avant ce coup affreux une heureuſe harmonie
Renouvelloit le cours de nos ans fortunés .
Le terrible fuſeau lent & prèſqu'immobile
S'arrêtoit dans les mains de la Parque facile.
•
L'induſtrieux Dédale oſa prendre des ailes ;
Et traverſant les airs par des routes nouvelles ,
Fit l'éſſai d'un talent à l'homme refuſé .
Les gouffres éternels du Tartare embrûlé
Devinrent pour Hercule un rempart inutile,
Il porta la terreur dans l'empire des Morts .
Tout fléchit ſous nos loix , tout céde à nos efforts ;
Nous attaquons des Dieux le redoutable aſyle ;
Et leur puiſſante main ne s'ouvre plus ſur nous ,
Que pour lancer la foudre & repouffer nos coups.
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230
p. 44-46
ODE à M. THOMAS sur l'Eloge de SULLY.
Début :
QU'ENTENDS-JE ? quels nouveaux accens [...]
Mots clefs :
Éloge, Tonnerre, Citoyen, Furie, Peuple, Image, Génie, Vérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE à M. THOMAS sur l'Eloge de SULLY.
ODE à M. THOMAS fur l'Eloge de
SULLY.
QU'ENTENDS - JE ? quels nouveaux accens
Sortent du ſéjour du tonnèrre ?
Qu'annoncent ces ſons éloquens ?
Est- ce un Dieu qui parle à la Terre ?
Est-ce Démosthène en courroux
Qui rend l'eſpoir à ſa patrie ,
Ou qui d'un Citoyen jaloux
Confond l'implacable furie ?
Oui , c'eſt un de ſes fiers rivaux ,
Mais dont la carrière eſt plus belle.
Comme un Dieu du ſein des Tombeaux
Je vois la Vertu qu'il rappelle.
A les accens harmonieux
NOVEMBRE. 1763. 45
Elle fort du ſéjour funébre ;
C'eſt elle qu'il offre à vos yeux ,
François , c'eſt Sulli qu'il célébre.
Venez à ſes traits immortels
De Sulli contempler l'image.
Sans doute il eût eu des autels ,
Si vous en éleviez au Sage ;
Mais tel eſt l'affreux préjugé ;
Le Peuple honore davantage
Un Héros mort dans le carnage ,
Qu'un Sage qui l'a protégé.
O ! prix des versus de Bellonne,
Vous germez parmi les cyprès ,
Et le Héros qui vous moiſſonne ,
Gémit ſouvent de ſes ſuccès.
Malgré ſes talens pour la Guerre,
Sulli fut plus grand dans la Paix ,
Et ſon bras fi craint ſur la Tèrre
La gouverna par ſes bienfaits.
Toi , dont le pinceau frappe & touche ;
Toi qui de Sulli peins les moeurs ;
Ton éloge eſt dans tous les coeurs ;
Mais le ſien eſt mieux dans ta bouche.
O vous ! à ce cher ſouvenir ,
Vous , qu'implore en vain la mifère ,
Si Sulli n'eſt plus notre Père ,
Apprenez à le devenir,
46 MERCURE DE FRANCE.
Quel art ſuprême & quel délire
Enfantent tes divins tranſports ;
Ton âme m'échauffe & m'inſpire ,
Mon coeur s'excite à tes accords.
Là , tu peins la ligue fumante
Des feux qu'elle avoit allumés.
Là , je vois Henri qui préſente
Aux Guiſes des bras déſarmés.
Que ne puis-je d'un vol rapide
Suivre cet Alcide nouveau ,
Et ranimer à ton flambeau
L'éclat qui me ſervit de guide!
Tel Prométhée audacieux
Pour rendre immortel ſon ouvrage ,
Du feu réſervé pour les Dieux
Defira le coupable uſage.
Ainſi mon génie emporté
Bravant le fort qu'il ſe prépare ,
Croit avec les aîles d'Icare
Pouvoir planer à ton côté.
Image du Dieu qui t'inſpire ,
Sans blâmer ma témérité ,
Pardonne à ce que j'ai pû dire
Én faveur de la Vérité.
SULLY.
QU'ENTENDS - JE ? quels nouveaux accens
Sortent du ſéjour du tonnèrre ?
Qu'annoncent ces ſons éloquens ?
Est- ce un Dieu qui parle à la Terre ?
Est-ce Démosthène en courroux
Qui rend l'eſpoir à ſa patrie ,
Ou qui d'un Citoyen jaloux
Confond l'implacable furie ?
Oui , c'eſt un de ſes fiers rivaux ,
Mais dont la carrière eſt plus belle.
Comme un Dieu du ſein des Tombeaux
Je vois la Vertu qu'il rappelle.
A les accens harmonieux
NOVEMBRE. 1763. 45
Elle fort du ſéjour funébre ;
C'eſt elle qu'il offre à vos yeux ,
François , c'eſt Sulli qu'il célébre.
Venez à ſes traits immortels
De Sulli contempler l'image.
Sans doute il eût eu des autels ,
Si vous en éleviez au Sage ;
Mais tel eſt l'affreux préjugé ;
Le Peuple honore davantage
Un Héros mort dans le carnage ,
Qu'un Sage qui l'a protégé.
O ! prix des versus de Bellonne,
Vous germez parmi les cyprès ,
Et le Héros qui vous moiſſonne ,
Gémit ſouvent de ſes ſuccès.
Malgré ſes talens pour la Guerre,
Sulli fut plus grand dans la Paix ,
Et ſon bras fi craint ſur la Tèrre
La gouverna par ſes bienfaits.
Toi , dont le pinceau frappe & touche ;
Toi qui de Sulli peins les moeurs ;
Ton éloge eſt dans tous les coeurs ;
Mais le ſien eſt mieux dans ta bouche.
O vous ! à ce cher ſouvenir ,
Vous , qu'implore en vain la mifère ,
Si Sulli n'eſt plus notre Père ,
Apprenez à le devenir,
46 MERCURE DE FRANCE.
Quel art ſuprême & quel délire
Enfantent tes divins tranſports ;
Ton âme m'échauffe & m'inſpire ,
Mon coeur s'excite à tes accords.
Là , tu peins la ligue fumante
Des feux qu'elle avoit allumés.
Là , je vois Henri qui préſente
Aux Guiſes des bras déſarmés.
Que ne puis-je d'un vol rapide
Suivre cet Alcide nouveau ,
Et ranimer à ton flambeau
L'éclat qui me ſervit de guide!
Tel Prométhée audacieux
Pour rendre immortel ſon ouvrage ,
Du feu réſervé pour les Dieux
Defira le coupable uſage.
Ainſi mon génie emporté
Bravant le fort qu'il ſe prépare ,
Croit avec les aîles d'Icare
Pouvoir planer à ton côté.
Image du Dieu qui t'inſpire ,
Sans blâmer ma témérité ,
Pardonne à ce que j'ai pû dire
Én faveur de la Vérité.
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