Résultats : 1591 texte(s)
Détail
Liste
651
p. 38-47
EXTRAIT d'un Discours Latin prononcé au College de Louis le Grand, sur la longue durée de la paix dont jouit la France, sous le Regne de Louis XV.
Début :
Le I. Decembre, le Pere de la Sante, Jesuite, l'un des Professeurs [...]
Mots clefs :
Paix, Orateur, Règne, Louis XV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Discours Latin prononcé au College de Louis le Grand, sur la longue durée de la paix dont jouit la France, sous le Regne de Louis XV.
EX' TRAIT£un Discours. Latin prononcé
au College de Louis le Grand , fur la
longue durée de la. paix dont jouit la
France ? fous le Regne de Louis XV.
LE Decembre , le Pere de lai
Sante, Jésuite, l'un des Professeurs
de Rethorique , au College de Louis le
Grand , fit l'éloge de la Paix t dont joiiit
la France depuis plusieursannées, fous le
regne de Louis XV. La salle où se pafla
cette action ,étoit magnifiquement parée.
Ce discours fut prononcé .en prescnee de
M. le Cardinal dè ;Bilïy,de quantité de
Prélats , & de personnes de distinction ,
& il répond ;pa.rfaitetnent à la reputa
tion que s'£Ét' Acquit l'Auteur par d'au-
..E'a : . ' ; "«
7 AN VIE R. 1714. 39
tres íemblables Pieces d'Eloquence , dorçt
nous avons donné l'Extrait les années
precedentes.
' L'Orateur commence par insinuer ,
que comme chaque Roi de l'auguste
Maison de Bourbon , a merité un nom
dlstinctif , qui caracterise les principaux
évenemensde íà vie , chaque Regne de
vrait auffi avoir un nom particulier qui
le distinguat des autres. Sur ce principe
'il .voudrait qu'on appellât le regne de
tìenry I V. le regne de la clemence ,
celui de Louis X IH. le regne de la jus-
.cice , celui de Louis X 1 V. Je regne
de. la victoire , enfin celui de Louis
X V. le regne de la pai.x , puiíqu'elle
est née , puisqu'elle a crû avec ce Monar
que , & que vrai.semblablement elle diu
rera autant , ou plus que si*n regne.
Ce début conduit naturellement le Pa
negyriste à la division de iòn diícours,
où il prétend faire voir la naissance , le
progrès , & la durée de la derniere paix ,
dont il mesure en quelque íorte les disselens
âges, fus ceux même du Roi. Il
montre qu'elle a commencée íôus d'heujreux
auspices , qu'elle s'est avancée par
de sages conseils , qu'elle est íondée fur
4es conditions propres à la perpetuer.
Ces trois propositions partagent l'éloge
de la paix.
^0 MERCURE DE FRANCE.
.1/
Les commencemens de cette paix sem>;
îblent d'autant plus heureux à l'Orateur ,
qu'on entra en négociation dans un.tems
où la paix étoit plus ineíperée , &où elle
pouyoit être plus glorieuse &c plus avan
tageuse à la Francç.
.Paix inesperée , vô la difference de
caractere & d'interêt des nations qui
étoient alors en .guerre , &jque l'Orateur j
Concilie toutes , en les faisant. se regarder I
c.hacune par l'endroit le plus capable de
réiinir tant de genies .opposes , & en
leur faisant trouver un interêt commua
dans cette réunion. Cet endroit a été pour
l'habile Orateur , un de ces morceaux que
l'éloquence embellit de tout ce qu'elle
peut emprunter de la beauté du style , de
k délicateíse des pensées, de la solidité
des reflexions & de la vivacité de l'acr
tion.
Paix glorieuse , parce que ce n'est
qu'après nous être glorieusement relevez
de nos pertes par la victoire de Denain ,
par le recouvrement de la plupart de
nos places de Flandre f parla prise de
quelques.unes des plus fortes Villes de ï.
l'Allemagne qu'on a procedé tout de
bon à la paix generale, Ceci donne lieu à
un magnifique éloge du Maréchal de VilJ
ANVIER i7t4. 41
lars ,& à une élegante description de la
conference qu'il eut à Rastad avec le
Prmce Eugene , dont le caractere est
heureusement pris. L'Orateur fait un
gracieux paralelle de ces deux grands
Generaux avec Scipion & Annibal réunis
pour traiter de la paix ; mais il fait voir
l'avantage jqu'ont les deux Heros mo
dernes fur les deux anciens. Ce trait est
nouveau.
Enfin , paix avantageuse , vûlebeíôin
qu'en avoient les nations d'Europe , qui
toutes y ont trouvé leur compte , comme
l'Orateur le prouve , fie vu les conjonc
tures où elle a été negociée , c'est.à.dire,
quand la France étoit íùr le point de per
dre un grand Roi , & à là veille d'une
minorité ., source seconde de troubles ,
íîir tout quand le Royaume n'est pas en
paix au dehors.
.Rien de plus intereilânt pour le Roi ,
que la conclusion de cette premiere par-
Eie. L'Orateur felicite ce Prince d'avoir
goûté les prémices de la paix aveccelles
du Trône ; en cela plus heureux qu'Au
guste , qui ne put jouir des douceurs de
la paix que íûr la fin de íòn Empire , en
core fut-ce une paix achetée au prix de
bien des cruautez , au lieu que celle ci
n'a point coûté de sang au Roi , qui l'a
vûë naî;re avec lui , & a eu le bonheur
C d'à
4* MERCURE DE FRANCE.
d'avoir ce crait de ressemblance avec 1$
Roi des Rois , donc il est la viye image
fur lacerre.
Ce premier poinc ne rapprochanc que
des objets pour la plupart éloignés , avpit
besoin de couce l'adrefle & de touce l'é
loquence de l'Orateur , pour être recíi
aussi favorablement qu'U l'a été.
Il'
Le íêcond est beaucoup plus piquant , ij[
a les gfaces de la nouveauté par la proxi
mité des choies qu'on y traite. L'Orateur
y peint les progrès merveilleux que fit
la paix , par les foins du feu Duc d'Or
leans. Il represente ce Prince comme uç
habile & grand politique , qui fait ser
vir à la paix un rare genie soutenu d'une
admirable fermeté d'ame ; genie qu'il em.
ploye à presenter íàns cesle de nouvel
les amorces de paix 5 fermeté dont il use
pour en écarter les obstacles.
Le premier article est un portrait na
turel de cet heureux genie occupé à exa
miner & £ connoître à fond les divers in
terêts des Puislances étrangeres , à pene
trer leurs yûès , à discerner le fort & le
foible de chaque nation , à les amener
toutes par differentes voyes à son but ,
à se rendre lui.même impenetrable aux
esprits les plus clair.voyans , à déguiser
JANVIER i724, 4j
iles plus importans projets fous un air
aisé, ou vert & ingenu i à couvrit ses
desseins d'un eípece de jeu i à faire du
secret fame- de ses entreprises , & à in
spirer la même dexterité, la même sageslè,
& la même aisance à. tous ceux qui le
servoient dans les négociations de paix.
Le íecond article est une peinture alle
gorique, mais des plus brillantes de la ma
noeuvre que fit cet habile Pilote qui tint
toujours ferme le gouvernail ,qui sembla
.«'être rendu maître des .vents , qui lçut le
grand art de prévenir -ou d'écarter les tem
pêtes , d'éviter ou de bxaver les écueils,
d'entretenir le calme & de conduire ion
vaiíîeau à bon port.
La mort de ce grand Prince , les lar
mes de la pieuse Princesse , son épouse ,
les regrets d'un auguste fils , si digne de
íâ tendreíïe , & si cher à toute la France,
terminent ces deux articles qui furent
maniés par le Panegyriste avec une fi
nesse d'expressions , & un goût de pen
sées , dont l'Assemblée fit l'éloge par ses
applaudissemens. Il retombe eníuite íur
l'heureux choix qu'a fait le Roi de
Monsieur le Duc, pour remplacer le Prin-
.ce-, que la France vient de perdre. Le ca
ractere de cet auguste Ministre n'e<t des
plus brillans que parce qu'il est vrai. Ou*
»tie plusieurs grandes quaU'ez dont l'ex.
C i) trait
44. MERCURE DE FRANCE. .
trait íèroit trop long , il prouve sa bonté
pour le peuple par le premier usage qu'il
a fait de sa nouvelle autorité,pour le sou
lager , son discernement pour le vrai me
rite, & son amour pour la justice, parle
soin qu'il a eu de presenter au Roi un di
gne sujet pour mettre à la tête du pre
mier Parlement du ;Royaume. Tout le
monde a reconnu avec d'autant plus de
plaisir cet illustre Magistrat au portrait
tracé par l'Orateur , qu'il l'avoit orné de
ses veritables couleurs, & qu'il l'avoit
placé dans le jour , où M. de Novion ,
bien qu'ennemi de la louange , ai meroíc
luí.meme à se reconnoître . U finit ce se
cond point par la douce esperance dont
il flatte ses Auditeurs , que Monsieur le
Duc mettra la derniere main au grand
ouvrage de la paix , si fort avancé par le:
genie & la fermeté de son Predecesseur
de glorieuse mémoire. s
[ U I.
La troisième partie ne cede en rien à
la seconde , quoi qu'elle semble beau
coup moins fournir à l'éloquence de
l'Orateur. Il y parle des fondemens fur
lesquels est appuyée la paix , & qui la
doivent rendre durable > il les reduit à
trois principaux .. i°. à l'exacte fidelité
ayee laquelle les Puissances intéressée*
JANVIER ïfî4V 4?
observent les conventions & les traitez
reglez entr'elles. i°. Aux Alliances con
tractées entre les Maisons des Souverains
& des Princes. Aux congrès pacifi
ques établis pour donner à la' paix la der
niere perfection , & en prévenir la rup
ture. . ^
Comme' nous apprenons que lé di£
cours de l'Auteur est fous la preste, 8c
va bien-tôt paroître , nous n'entrerons
point dans les preuves de ces trois arti
cles. Qu'il nous soit feulement permis.
d'ajoûter un mot fur la conclusion de toute
la Piece. C'est une idée des plus inge
nieusement imaginées Se des plus. noble
ment remplies. L'on y represente les
Plenipotentiaires des Couronnes > envoyés
à Cambray, comme d'excellens Ouvriers
qui travaillent à la structure du Temple
de la Paix, où- chacun d'eux pose fa pierre,
jusqu'à ce que ce grand ouvrage projette
par un second David , soit consommé
par le pacifique Salomon, c'est.à.dire,
par le Roi , que l'Auteur invite à conía
crer ce monument au Dieu de la paix ,
& d'y réunir par les liens sacrez de la
même Religion tous les François , &c
tous les autres Peuples , en sorte qu'il
n'y ait plus qu'une feule bergerie 6c un
seul Pasteur. Il lui fait envisager cette
double paix de l'Eglise & de l'Europe ,
com
4* MERCURE DE FRANCË^
comme un oeuvre digne de sa pieté , de'
sa prudence, de sa qualité de Roi très-
Chrétien, & de Fils aîné de l'Eglise. En--
fin il propose le desiein d'une Inscription'
que l'on pourra graver íur le frontispice
de cet auguste édifice à la gloire du Mo
narque.
Ce seroit défigurer cette inscription ,
que de vouloir la mettre ici, après l'a
voir simplement entendue' reciter. Un
mot ou transposé , ou traduit peu correc.
tement 3lui feroit perdre son prix. Noos .
renvoyons. les Lecteurs à l'imprimé des
Discours, aufli.bien que pour les aqtres.
endroits que nous n'avons osé toucher.
Il est vrai que le papier n'aura pas tout'
l'agrément de l'action vive & animée }
mais en recompense il donnera le temps
de goûter à loisir ce que le feu de l'Ora
teur dérobe quelquefois à l'attention de
l'auditeur ; d'ailleurs ce n'est que dans
une lecture qu'on admire , comme il faut,
ces traits que k Pere de la Sante a sçû
rendre inimitables ; j'entends les caracte
res. Un caractere achevé dans l'éloquen
ce , & un portrait fini dans la peinture ,
ex kent le même sentiment, je veux dire,
ce cri d'applaudiísement universel causé
par l'agréable surprise de voir la copie
heureusement semblable en tout à l'ori
ginal. Telles étoient les acclamations
qu'on
JANVIER if 14. 47
qu'on donnoit à tous Ceux qu'a touché
l'Orateur dans le Discours Latin , dont il
feroit difficile de rendre la majesté & la
pureté de stile en François.
au College de Louis le Grand , fur la
longue durée de la. paix dont jouit la
France ? fous le Regne de Louis XV.
LE Decembre , le Pere de lai
Sante, Jésuite, l'un des Professeurs
de Rethorique , au College de Louis le
Grand , fit l'éloge de la Paix t dont joiiit
la France depuis plusieursannées, fous le
regne de Louis XV. La salle où se pafla
cette action ,étoit magnifiquement parée.
Ce discours fut prononcé .en prescnee de
M. le Cardinal dè ;Bilïy,de quantité de
Prélats , & de personnes de distinction ,
& il répond ;pa.rfaitetnent à la reputa
tion que s'£Ét' Acquit l'Auteur par d'au-
..E'a : . ' ; "«
7 AN VIE R. 1714. 39
tres íemblables Pieces d'Eloquence , dorçt
nous avons donné l'Extrait les années
precedentes.
' L'Orateur commence par insinuer ,
que comme chaque Roi de l'auguste
Maison de Bourbon , a merité un nom
dlstinctif , qui caracterise les principaux
évenemensde íà vie , chaque Regne de
vrait auffi avoir un nom particulier qui
le distinguat des autres. Sur ce principe
'il .voudrait qu'on appellât le regne de
tìenry I V. le regne de la clemence ,
celui de Louis X IH. le regne de la jus-
.cice , celui de Louis X 1 V. Je regne
de. la victoire , enfin celui de Louis
X V. le regne de la pai.x , puiíqu'elle
est née , puisqu'elle a crû avec ce Monar
que , & que vrai.semblablement elle diu
rera autant , ou plus que si*n regne.
Ce début conduit naturellement le Pa
negyriste à la division de iòn diícours,
où il prétend faire voir la naissance , le
progrès , & la durée de la derniere paix ,
dont il mesure en quelque íorte les disselens
âges, fus ceux même du Roi. Il
montre qu'elle a commencée íôus d'heujreux
auspices , qu'elle s'est avancée par
de sages conseils , qu'elle est íondée fur
4es conditions propres à la perpetuer.
Ces trois propositions partagent l'éloge
de la paix.
^0 MERCURE DE FRANCE.
.1/
Les commencemens de cette paix sem>;
îblent d'autant plus heureux à l'Orateur ,
qu'on entra en négociation dans un.tems
où la paix étoit plus ineíperée , &où elle
pouyoit être plus glorieuse &c plus avan
tageuse à la Francç.
.Paix inesperée , vô la difference de
caractere & d'interêt des nations qui
étoient alors en .guerre , &jque l'Orateur j
Concilie toutes , en les faisant. se regarder I
c.hacune par l'endroit le plus capable de
réiinir tant de genies .opposes , & en
leur faisant trouver un interêt commua
dans cette réunion. Cet endroit a été pour
l'habile Orateur , un de ces morceaux que
l'éloquence embellit de tout ce qu'elle
peut emprunter de la beauté du style , de
k délicateíse des pensées, de la solidité
des reflexions & de la vivacité de l'acr
tion.
Paix glorieuse , parce que ce n'est
qu'après nous être glorieusement relevez
de nos pertes par la victoire de Denain ,
par le recouvrement de la plupart de
nos places de Flandre f parla prise de
quelques.unes des plus fortes Villes de ï.
l'Allemagne qu'on a procedé tout de
bon à la paix generale, Ceci donne lieu à
un magnifique éloge du Maréchal de VilJ
ANVIER i7t4. 41
lars ,& à une élegante description de la
conference qu'il eut à Rastad avec le
Prmce Eugene , dont le caractere est
heureusement pris. L'Orateur fait un
gracieux paralelle de ces deux grands
Generaux avec Scipion & Annibal réunis
pour traiter de la paix ; mais il fait voir
l'avantage jqu'ont les deux Heros mo
dernes fur les deux anciens. Ce trait est
nouveau.
Enfin , paix avantageuse , vûlebeíôin
qu'en avoient les nations d'Europe , qui
toutes y ont trouvé leur compte , comme
l'Orateur le prouve , fie vu les conjonc
tures où elle a été negociée , c'est.à.dire,
quand la France étoit íùr le point de per
dre un grand Roi , & à là veille d'une
minorité ., source seconde de troubles ,
íîir tout quand le Royaume n'est pas en
paix au dehors.
.Rien de plus intereilânt pour le Roi ,
que la conclusion de cette premiere par-
Eie. L'Orateur felicite ce Prince d'avoir
goûté les prémices de la paix aveccelles
du Trône ; en cela plus heureux qu'Au
guste , qui ne put jouir des douceurs de
la paix que íûr la fin de íòn Empire , en
core fut-ce une paix achetée au prix de
bien des cruautez , au lieu que celle ci
n'a point coûté de sang au Roi , qui l'a
vûë naî;re avec lui , & a eu le bonheur
C d'à
4* MERCURE DE FRANCE.
d'avoir ce crait de ressemblance avec 1$
Roi des Rois , donc il est la viye image
fur lacerre.
Ce premier poinc ne rapprochanc que
des objets pour la plupart éloignés , avpit
besoin de couce l'adrefle & de touce l'é
loquence de l'Orateur , pour être recíi
aussi favorablement qu'U l'a été.
Il'
Le íêcond est beaucoup plus piquant , ij[
a les gfaces de la nouveauté par la proxi
mité des choies qu'on y traite. L'Orateur
y peint les progrès merveilleux que fit
la paix , par les foins du feu Duc d'Or
leans. Il represente ce Prince comme uç
habile & grand politique , qui fait ser
vir à la paix un rare genie soutenu d'une
admirable fermeté d'ame ; genie qu'il em.
ploye à presenter íàns cesle de nouvel
les amorces de paix 5 fermeté dont il use
pour en écarter les obstacles.
Le premier article est un portrait na
turel de cet heureux genie occupé à exa
miner & £ connoître à fond les divers in
terêts des Puislances étrangeres , à pene
trer leurs yûès , à discerner le fort & le
foible de chaque nation , à les amener
toutes par differentes voyes à son but ,
à se rendre lui.même impenetrable aux
esprits les plus clair.voyans , à déguiser
JANVIER i724, 4j
iles plus importans projets fous un air
aisé, ou vert & ingenu i à couvrit ses
desseins d'un eípece de jeu i à faire du
secret fame- de ses entreprises , & à in
spirer la même dexterité, la même sageslè,
& la même aisance à. tous ceux qui le
servoient dans les négociations de paix.
Le íecond article est une peinture alle
gorique, mais des plus brillantes de la ma
noeuvre que fit cet habile Pilote qui tint
toujours ferme le gouvernail ,qui sembla
.«'être rendu maître des .vents , qui lçut le
grand art de prévenir -ou d'écarter les tem
pêtes , d'éviter ou de bxaver les écueils,
d'entretenir le calme & de conduire ion
vaiíîeau à bon port.
La mort de ce grand Prince , les lar
mes de la pieuse Princesse , son épouse ,
les regrets d'un auguste fils , si digne de
íâ tendreíïe , & si cher à toute la France,
terminent ces deux articles qui furent
maniés par le Panegyriste avec une fi
nesse d'expressions , & un goût de pen
sées , dont l'Assemblée fit l'éloge par ses
applaudissemens. Il retombe eníuite íur
l'heureux choix qu'a fait le Roi de
Monsieur le Duc, pour remplacer le Prin-
.ce-, que la France vient de perdre. Le ca
ractere de cet auguste Ministre n'e<t des
plus brillans que parce qu'il est vrai. Ou*
»tie plusieurs grandes quaU'ez dont l'ex.
C i) trait
44. MERCURE DE FRANCE. .
trait íèroit trop long , il prouve sa bonté
pour le peuple par le premier usage qu'il
a fait de sa nouvelle autorité,pour le sou
lager , son discernement pour le vrai me
rite, & son amour pour la justice, parle
soin qu'il a eu de presenter au Roi un di
gne sujet pour mettre à la tête du pre
mier Parlement du ;Royaume. Tout le
monde a reconnu avec d'autant plus de
plaisir cet illustre Magistrat au portrait
tracé par l'Orateur , qu'il l'avoit orné de
ses veritables couleurs, & qu'il l'avoit
placé dans le jour , où M. de Novion ,
bien qu'ennemi de la louange , ai meroíc
luí.meme à se reconnoître . U finit ce se
cond point par la douce esperance dont
il flatte ses Auditeurs , que Monsieur le
Duc mettra la derniere main au grand
ouvrage de la paix , si fort avancé par le:
genie & la fermeté de son Predecesseur
de glorieuse mémoire. s
[ U I.
La troisième partie ne cede en rien à
la seconde , quoi qu'elle semble beau
coup moins fournir à l'éloquence de
l'Orateur. Il y parle des fondemens fur
lesquels est appuyée la paix , & qui la
doivent rendre durable > il les reduit à
trois principaux .. i°. à l'exacte fidelité
ayee laquelle les Puissances intéressée*
JANVIER ïfî4V 4?
observent les conventions & les traitez
reglez entr'elles. i°. Aux Alliances con
tractées entre les Maisons des Souverains
& des Princes. Aux congrès pacifi
ques établis pour donner à la' paix la der
niere perfection , & en prévenir la rup
ture. . ^
Comme' nous apprenons que lé di£
cours de l'Auteur est fous la preste, 8c
va bien-tôt paroître , nous n'entrerons
point dans les preuves de ces trois arti
cles. Qu'il nous soit feulement permis.
d'ajoûter un mot fur la conclusion de toute
la Piece. C'est une idée des plus inge
nieusement imaginées Se des plus. noble
ment remplies. L'on y represente les
Plenipotentiaires des Couronnes > envoyés
à Cambray, comme d'excellens Ouvriers
qui travaillent à la structure du Temple
de la Paix, où- chacun d'eux pose fa pierre,
jusqu'à ce que ce grand ouvrage projette
par un second David , soit consommé
par le pacifique Salomon, c'est.à.dire,
par le Roi , que l'Auteur invite à conía
crer ce monument au Dieu de la paix ,
& d'y réunir par les liens sacrez de la
même Religion tous les François , &c
tous les autres Peuples , en sorte qu'il
n'y ait plus qu'une feule bergerie 6c un
seul Pasteur. Il lui fait envisager cette
double paix de l'Eglise & de l'Europe ,
com
4* MERCURE DE FRANCË^
comme un oeuvre digne de sa pieté , de'
sa prudence, de sa qualité de Roi très-
Chrétien, & de Fils aîné de l'Eglise. En--
fin il propose le desiein d'une Inscription'
que l'on pourra graver íur le frontispice
de cet auguste édifice à la gloire du Mo
narque.
Ce seroit défigurer cette inscription ,
que de vouloir la mettre ici, après l'a
voir simplement entendue' reciter. Un
mot ou transposé , ou traduit peu correc.
tement 3lui feroit perdre son prix. Noos .
renvoyons. les Lecteurs à l'imprimé des
Discours, aufli.bien que pour les aqtres.
endroits que nous n'avons osé toucher.
Il est vrai que le papier n'aura pas tout'
l'agrément de l'action vive & animée }
mais en recompense il donnera le temps
de goûter à loisir ce que le feu de l'Ora
teur dérobe quelquefois à l'attention de
l'auditeur ; d'ailleurs ce n'est que dans
une lecture qu'on admire , comme il faut,
ces traits que k Pere de la Sante a sçû
rendre inimitables ; j'entends les caracte
res. Un caractere achevé dans l'éloquen
ce , & un portrait fini dans la peinture ,
ex kent le même sentiment, je veux dire,
ce cri d'applaudiísement universel causé
par l'agréable surprise de voir la copie
heureusement semblable en tout à l'ori
ginal. Telles étoient les acclamations
qu'on
JANVIER if 14. 47
qu'on donnoit à tous Ceux qu'a touché
l'Orateur dans le Discours Latin , dont il
feroit difficile de rendre la majesté & la
pureté de stile en François.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'un Discours Latin prononcé au College de Louis le Grand, sur la longue durée de la paix dont jouit la France, sous le Regne de Louis XV.
En décembre, un jésuite et professeur de rhétorique au Collège de Louis le Grand prononça un discours élogieux sur la longue paix dont jouissait la France sous le règne de Louis XV. Cet événement eut lieu en présence du Cardinal de Bissy, de nombreux prélats et personnes de distinction. L'orateur suggéra que chaque règne des Bourbons devrait avoir un nom distinctif, proposant d'appeler celui de Louis XV le 'règne de la paix'. Il divisa son discours en trois parties : la naissance, le progrès et la durée de cette paix. L'orateur souligna que les négociations de paix commencèrent à un moment inattendu et particulièrement glorieux pour la France. Il mentionna la victoire de Denain et le recouvrement des places de Flandre comme préludes à la paix générale. Il fit également un parallèle entre les maréchaux Villars et le Prince Eugène, les comparant à Scipion et Hannibal. La paix était avantageuse pour toutes les nations d'Europe, qui y trouvèrent leur compte. L'orateur félicita Louis XV d'avoir goûté les prémices de la paix dès le début de son règne, le comparant à Auguste qui n'en jouit qu'à la fin de son empire. Le discours détailla ensuite les progrès de la paix sous l'influence du Duc d'Orléans, décrit comme un habile politique. Après la mort du Duc, l'orateur loua le choix du Roi de nommer le Duc de Bourbon pour le remplacer. Il mentionna trois principes de la paix : la fidélité aux conventions, les alliances entre souverains et les congrès pacifiques. Le discours se conclut par une métaphore des plénipotentiaires travaillant à la construction du 'Temple de la Paix', invitant le Roi à consacrer cet ouvrage au Dieu de la paix et à unir tous les peuples sous une même religion. L'orateur proposa une inscription pour ce monument, dont la récitation exacte est renvoyée à l'impression du discours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
652
p. 122-123
Turquie.
Début :
L'Envoyé du Roy de Perse à Constantinople, eut audience du Grand [...]
Mots clefs :
Perse, Grand vizir, Troupes, Roi de Perse, Géorgie, Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Turquie.
Turquie.
L'Envoyé du Roy de Perse à ConfV
tantinople , eut audience du Grand'
Visir au commencement de l'autre mois*
Il se plaignit de Pentrée des Troupes du
G. S. dans la Georgie , & dans d^iutres.
Provinces de la Perse. Ce Premier Mi
nistre lui répondit que S. H. s'étoit çrûe
obligée de s'aíTurer de ces Provinces pour
. arrêter le progrès des Troupes du Czar*.
dont la grande puissance causoit de l'om
brage à la Porte. Le G. V. a asíuré cet
Envoyé que S. H. ne feroit retirer ses
troupes , que lorsque le Roy de Perse së
íèroit mis à sa discretion , & qu'il n'anïoit
plus de liaison particuliere avec S»'
Majesté Czarienne.
On aslure que l'armée Othomane , qui
est commandée par Hassan , Eacha de'
Bag ht , s'est emparée de Schirmanshacn.
&í de Hamedan , Villes coníiderables fur
la route d'Ispahan ; que l'autre armée du
Grand
S ÁNVI £R 1724. 123
Grand Seigneur , de 40000 hommes ,
commandée par le Bacha de Baslòra t
fils du Bacha Haslàn , est entrée dans la
Province dé Schiwan , & qu'elle íe dis
pose à faire le siege d'Erivan , après s'ê
tre emparée de la Ville de Gangia.
La troisième armée du G. S. comman
dée par Achmet ,. Bacha , est en Georgie
où elle a fait de très.grands progrès , &
. on croit qu'elle va marcher vers la Ca
pitale de la Perse. L'armée de l'Usurpa
teur Miry.Mamouth , n'est, dit-on , com
posée que de 30000. hommes.
Quelques lettres portent qu'une partie
des troupes du Grand Seigneur qui avoient
penetré dans la Georgie , avoient été atta
quées par celles du Roy de Perse ; que
ces dernieres avoient eu l'avantage, &
que les Turcs avoient été contraints de.
& retirer du côté de Tiflis.
On mande de Constantinople que il
le Divan prend la réíolution de declarer
la guerre à la Russie,on arborera la gran
de queue de cheval dès que le Grand Viíìr
sera prêt à partir peur aller se mettre
à la tète de l'armée qui sera, dit.on , com
posée de izocoo; hommes, outre 4 5 000.
Tartares.
On ajoute que Gianum Coggia, estr
en gr nde faveur à la Porte, qu'il a 1*
direction des aífaires de la Marine, &
qx'ii est admis au Divan.
L'Envoyé du Roy de Perse à ConfV
tantinople , eut audience du Grand'
Visir au commencement de l'autre mois*
Il se plaignit de Pentrée des Troupes du
G. S. dans la Georgie , & dans d^iutres.
Provinces de la Perse. Ce Premier Mi
nistre lui répondit que S. H. s'étoit çrûe
obligée de s'aíTurer de ces Provinces pour
. arrêter le progrès des Troupes du Czar*.
dont la grande puissance causoit de l'om
brage à la Porte. Le G. V. a asíuré cet
Envoyé que S. H. ne feroit retirer ses
troupes , que lorsque le Roy de Perse së
íèroit mis à sa discretion , & qu'il n'anïoit
plus de liaison particuliere avec S»'
Majesté Czarienne.
On aslure que l'armée Othomane , qui
est commandée par Hassan , Eacha de'
Bag ht , s'est emparée de Schirmanshacn.
&í de Hamedan , Villes coníiderables fur
la route d'Ispahan ; que l'autre armée du
Grand
S ÁNVI £R 1724. 123
Grand Seigneur , de 40000 hommes ,
commandée par le Bacha de Baslòra t
fils du Bacha Haslàn , est entrée dans la
Province dé Schiwan , & qu'elle íe dis
pose à faire le siege d'Erivan , après s'ê
tre emparée de la Ville de Gangia.
La troisième armée du G. S. comman
dée par Achmet ,. Bacha , est en Georgie
où elle a fait de très.grands progrès , &
. on croit qu'elle va marcher vers la Ca
pitale de la Perse. L'armée de l'Usurpa
teur Miry.Mamouth , n'est, dit-on , com
posée que de 30000. hommes.
Quelques lettres portent qu'une partie
des troupes du Grand Seigneur qui avoient
penetré dans la Georgie , avoient été atta
quées par celles du Roy de Perse ; que
ces dernieres avoient eu l'avantage, &
que les Turcs avoient été contraints de.
& retirer du côté de Tiflis.
On mande de Constantinople que il
le Divan prend la réíolution de declarer
la guerre à la Russie,on arborera la gran
de queue de cheval dès que le Grand Viíìr
sera prêt à partir peur aller se mettre
à la tète de l'armée qui sera, dit.on , com
posée de izocoo; hommes, outre 4 5 000.
Tartares.
On ajoute que Gianum Coggia, estr
en gr nde faveur à la Porte, qu'il a 1*
direction des aífaires de la Marine, &
qx'ii est admis au Divan.
Fermer
Résumé : Turquie.
En Turquie, l'envoyé du roi de Perse a rencontré le Grand Visir à Constantinople pour protester contre l'entrée des troupes ottomanes en Géorgie et dans d'autres provinces persanes. Le Grand Visir a justifié cette occupation par la nécessité de contrer l'avancée des troupes russes. Il a assuré que les troupes ottomanes ne se retireraient que lorsque le roi de Perse serait sous la discrétion du sultan et n'aurait plus de liens avec la Russie. L'armée ottomane, dirigée par Hassan, Eacha de Bagdad, a pris les villes de Schirmanshah et Hamedan sur la route d'Ispahan. Une autre armée de 40 000 hommes, commandée par le Bacha de Basra, a pénétré en province de Schiwan et se prépare à assiéger Erivan après avoir pris Gangia. Une troisième armée, dirigée par Achmet Bacha, opère en Géorgie et avance vers la capitale perse. L'armée de l'usurpateur Miry Mamouth est estimée à 30 000 hommes. Des rapports indiquent que des troupes ottomanes en Géorgie ont été attaquées par les forces persanes, qui ont pris l'avantage et repoussé les Turcs vers Tiflis. À Constantinople, le Divan a décidé de déclarer la guerre à la Russie. Une armée de 120 000 hommes, renforcée par 45 000 Tartares, se prépare sous le commandement du Grand Visir. Gianum Coggia, en grande faveur à la Porte, dirige les affaires de la marine et est admis au Divan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
654
p. 151-152
De Perse.
Début :
Les Lettres d'Isaphan portent qu'on esperoit d'y rendre inutiles les projets du Prince [...]
Mots clefs :
Troupes, Sultan, Prince, Perse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Perse.
\D E P E R S E .
LEs Lettres d'Ispahan portent qu'on espe*
roit d'y rendre inutiles les projets du Prin
ce- Thamas, qui en se rendant seudataire du
Grand Mogol, en cas qu'il puifle re- ' onter
fur le Trône de ses ancêtres , a engagé ce
Prince à mettre fur pied deux Armées trésnombreuses
, qui doivent marcher au Printems
prochain vers les Frontières de Perse;
On espère auísr que le Grand Seigneur envoyera
une Ambassade au Grand Mogol , pour
le détourner de faire aucune entreprise sur la
Perse , & pour lui proposer quelque accommo
dement en faveur du Prince Thamas, auquel
oh assure qu'il a donné une £e ses filles en
Mariage.
Le.Commercc d'Ispahan est entièrement ín--
terrompuî >
1?* MERCURE DE FRANCÉ.
tersotnpa ; la misère du Peuple y estextrêmè «
& personne n'ose entreprendre d'y envoyer
des Marchandises , ni d'en faire venir , à cause'
du grand nombre de brigands qui font fur les
chemins , & qui piíient les Caravann'es. QuoiÎue
les Magazins des Negocians d'Europe'
oient vuides , & que leuis Facteurs foienc
présentement inutiles , le Sultan Acheraf con
tinue cependant de leur faire payer très- sou
vent des taxes considérables pour fe conserver
deux Généraux de ses troupes , dont il auroic
touc à craindre s'il ne contentoit pas leur ava
rice. Les Troupes du Sultan Acheraf sont en'
quartiers dans les environs d'Ifpahan , & elles
peuvent se rafferabler en deux foij vingt- qua«*
tíe heures, pour former une Armée de cirv:
quante à soixante- mille hommes.
LEs Lettres d'Ispahan portent qu'on espe*
roit d'y rendre inutiles les projets du Prin
ce- Thamas, qui en se rendant seudataire du
Grand Mogol, en cas qu'il puifle re- ' onter
fur le Trône de ses ancêtres , a engagé ce
Prince à mettre fur pied deux Armées trésnombreuses
, qui doivent marcher au Printems
prochain vers les Frontières de Perse;
On espère auísr que le Grand Seigneur envoyera
une Ambassade au Grand Mogol , pour
le détourner de faire aucune entreprise sur la
Perse , & pour lui proposer quelque accommo
dement en faveur du Prince Thamas, auquel
oh assure qu'il a donné une £e ses filles en
Mariage.
Le.Commercc d'Ispahan est entièrement ín--
terrompuî >
1?* MERCURE DE FRANCÉ.
tersotnpa ; la misère du Peuple y estextrêmè «
& personne n'ose entreprendre d'y envoyer
des Marchandises , ni d'en faire venir , à cause'
du grand nombre de brigands qui font fur les
chemins , & qui piíient les Caravann'es. QuoiÎue
les Magazins des Negocians d'Europe'
oient vuides , & que leuis Facteurs foienc
présentement inutiles , le Sultan Acheraf con
tinue cependant de leur faire payer très- sou
vent des taxes considérables pour fe conserver
deux Généraux de ses troupes , dont il auroic
touc à craindre s'il ne contentoit pas leur ava
rice. Les Troupes du Sultan Acheraf sont en'
quartiers dans les environs d'Ifpahan , & elles
peuvent se rafferabler en deux foij vingt- qua«*
tíe heures, pour former une Armée de cirv:
quante à soixante- mille hommes.
Fermer
Résumé : De Perse.
Le texte décrit des tensions politiques et économiques en Perse et en Inde. Le Prince Thamas, allié au Grand Mogol, a préparé deux armées pour une possible offensive contre la Perse au printemps. Les autorités persanes espèrent qu'une ambassade du Grand Seigneur dissuadera le Grand Mogol et proposera un accord en faveur de Thamas, qui épouserait une fille du Grand Seigneur. À Ispahan, le commerce est interrompu en raison de la misère du peuple et de la présence de brigands sur les routes, dissuadant les marchands d'envoyer ou de recevoir des marchandises. Malgré les magasins vides et les facteurs inutiles, le Sultan Acheraf impose des taxes élevées pour maintenir deux généraux. Les troupes du Sultan sont stationnées près d'Ispahan et peuvent rapidement former une armée de 40 000 à 60 000 hommes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
655
p. 152-154
TURQUIE ET AFRIQUE.
Début :
Les Regences de Tripoli & de Tunis, ne sont point broüillées avec le Grand Seigneur [...]
Mots clefs :
Tunis, Régence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET AFRIQUE.
T U R. Q_U í E E T A F F R I Q^U E
LEs Régences de Tripoli & de Tunis, ne?
font point brouillées avec le Grand Sei
gneur , comme le bruit s'en étoit répandu , 8c
Sa Hautesse vient de les assurer de nouveau de
fa protection. On est dans la crainte d-'uné ré
volte g.enerale eiv Egypte, dont les Pachas
oppriment les Peuples , fans leur rendre au
cune justice dans la repartition des impositions.
Le bruit s'est répandu à Constantinople , que
les Turcs ont remporté une victoire complette
fur les rebelles- d'Hgypte, dont il est resté en
viron 40000. fur le Champ de bataille.
On écrit d'Alger, que le Bey de cette Ré
gence avoit fait dire au Commandant des trois
Vaisseaux de Guerre Holhndoisf, qui ont porté
cette année à H Régence ses présens des Etats
Généraux, qu'il n'étoit pa* content de ces
JANVI E R. I7?«. 15 $
frésensj que k Divan les avoit trouye? d'.une
valeur beaucoup inférieure à celle des présens
que la République étoit convenue d'envoyer
tous les ans: lé Commandant ayant pv,omis
que ceux de Tannée prochaine seroient beau
coup plus considérables , le Bey l'assura que
la Régence n'avoit aucun deflèin de violer les
conventions faites avec la République d'Hol
lande , mais qu'elle exigeoit que les itats Gé
néraux & leurs sujets Negocians cessaient de
prêter le Pavillon Hollandois aux Espagnols j
Portugais & Italiens , avec lesquels les Alger
riens sont en guerre, ainsi que cela étoit arri
vé , même depuis trois mois. Ce fut à cette
condition que le Bey fit rendre à ce Comman
dant les effets qui avoient été pris fur un Vais
seau Hollandois vers la fin d'Octobre dernier.
On a apris de Tanger , que Muley-Abdala
«toit actuellement paisible poíksseur des Royau
mes de Maroc & de Fez i que les Blancs & les
•Noirs lui avoient prêté serment de fidélité , Sr ,
que n'ayant que le Royaume de Sus à conqué
rir , on croyoit qu'il rétabliroit bien-tôt fa ré
sidence à Miquenez j que le bruit couroit qu'il
alloit recommencer les Sièges de Ceuta & de
Mellilla.» pour occuper une partie de ses
Troupes , qui dans l'inaction pourroient lui
devenir infidelles ; ces Lettres ajoutent , que ce
Prjnce traitoit les Esclaves Chrétiens avec
beaucoup d'humanité, & qu'il avoit déja don
né la liberté 3 plusieurs d'entre euxi dont ses
services lui avoient été agréables.
On écrit de Tunis , que le Bey de cette Ré
gence s'étoit rendu à Sous* , pour en fajre
rérablir les fortifications qui avoient été ncfligces
depuis plusieurs années , il prétend en
aire une boune Place , & y établit le Com
merce.
7,54 MERCURE DE FRANCE,
merce. La même Régence a envoyé des Dé
putez à celle de /Tripoli , pour . travailler au
jreglement de leurs limites.
Les dernieres Lettres de Tunis portent que
le Bey de cette Ville avoit remporté une vic
toire complète fur le rebelle Ali-Pacha , son
/Neveu , & que s'étant emparé des hauteurs
& des passages des Montagnes , oii s'étoit
retiré le reste des rebelles , ils a voient demandé
à capituler , ce qu'on leur avoit accorde' ; de
Ibrte que cette Régence jouissoit préserfKmeiït
d'une profonde tranquillisé»
LEs Régences de Tripoli & de Tunis, ne?
font point brouillées avec le Grand Sei
gneur , comme le bruit s'en étoit répandu , 8c
Sa Hautesse vient de les assurer de nouveau de
fa protection. On est dans la crainte d-'uné ré
volte g.enerale eiv Egypte, dont les Pachas
oppriment les Peuples , fans leur rendre au
cune justice dans la repartition des impositions.
Le bruit s'est répandu à Constantinople , que
les Turcs ont remporté une victoire complette
fur les rebelles- d'Hgypte, dont il est resté en
viron 40000. fur le Champ de bataille.
On écrit d'Alger, que le Bey de cette Ré
gence avoit fait dire au Commandant des trois
Vaisseaux de Guerre Holhndoisf, qui ont porté
cette année à H Régence ses présens des Etats
Généraux, qu'il n'étoit pa* content de ces
JANVI E R. I7?«. 15 $
frésensj que k Divan les avoit trouye? d'.une
valeur beaucoup inférieure à celle des présens
que la République étoit convenue d'envoyer
tous les ans: lé Commandant ayant pv,omis
que ceux de Tannée prochaine seroient beau
coup plus considérables , le Bey l'assura que
la Régence n'avoit aucun deflèin de violer les
conventions faites avec la République d'Hol
lande , mais qu'elle exigeoit que les itats Gé
néraux & leurs sujets Negocians cessaient de
prêter le Pavillon Hollandois aux Espagnols j
Portugais & Italiens , avec lesquels les Alger
riens sont en guerre, ainsi que cela étoit arri
vé , même depuis trois mois. Ce fut à cette
condition que le Bey fit rendre à ce Comman
dant les effets qui avoient été pris fur un Vais
seau Hollandois vers la fin d'Octobre dernier.
On a apris de Tanger , que Muley-Abdala
«toit actuellement paisible poíksseur des Royau
mes de Maroc & de Fez i que les Blancs & les
•Noirs lui avoient prêté serment de fidélité , Sr ,
que n'ayant que le Royaume de Sus à conqué
rir , on croyoit qu'il rétabliroit bien-tôt fa ré
sidence à Miquenez j que le bruit couroit qu'il
alloit recommencer les Sièges de Ceuta & de
Mellilla.» pour occuper une partie de ses
Troupes , qui dans l'inaction pourroient lui
devenir infidelles ; ces Lettres ajoutent , que ce
Prjnce traitoit les Esclaves Chrétiens avec
beaucoup d'humanité, & qu'il avoit déja don
né la liberté 3 plusieurs d'entre euxi dont ses
services lui avoient été agréables.
On écrit de Tunis , que le Bey de cette Ré
gence s'étoit rendu à Sous* , pour en fajre
rérablir les fortifications qui avoient été ncfligces
depuis plusieurs années , il prétend en
aire une boune Place , & y établit le Com
merce.
7,54 MERCURE DE FRANCE,
merce. La même Régence a envoyé des Dé
putez à celle de /Tripoli , pour . travailler au
jreglement de leurs limites.
Les dernieres Lettres de Tunis portent que
le Bey de cette Ville avoit remporté une vic
toire complète fur le rebelle Ali-Pacha , son
/Neveu , & que s'étant emparé des hauteurs
& des passages des Montagnes , oii s'étoit
retiré le reste des rebelles , ils a voient demandé
à capituler , ce qu'on leur avoit accorde' ; de
Ibrte que cette Régence jouissoit préserfKmeiït
d'une profonde tranquillisé»
Fermer
Résumé : TURQUIE ET AFRIQUE.
En 1798, les régences de Tripoli et de Tunis sont en paix avec le Grand Seigneur, qui leur a renouvelé sa protection. En Égypte, les Pachas oppressent la population et une révolte est redoutée. Les Turcs ont vaincu les rebelles égyptiens, causant environ 40 000 morts. À Alger, le Bey se plaint de la faible valeur des présents des États Généraux hollandais et exige que les Hollandais cessent de prêter leur pavillon à des nations ennemies. Le Bey a libéré des effets pris sur un vaisseau hollandais sous condition. Au Maroc, Muley-Abdallah règne pacifiquement sur les royaumes de Maroc et de Fez et traite les esclaves chrétiens avec humanité. À Tunis, le Bey a renforcé les fortifications de Sousse et envoyé des députés à Tripoli pour régler leurs limites. Il a également vaincu le rebelle Ali-Pacha, son neveu, restaurant ainsi la tranquillité dans la régence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
656
p. 158
ALLEMAGNE.
Début :
Les Juifs ont offert à l'Empereur de lui faire un prêt de quatre cent mille Florins, dans [...]
Mots clefs :
Capitaine, Roi, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
Allemagne.
LEs Juifs ont offert àTEmpereur de lui faire
un prêt de quatre cent mille Florins , dans,
l'efperance d'obtenir la révocation de l'Edic
publié à Prague en 1717- par lequel il r/est per
mis qu'aux aîncz des familles Juives de se ma
rier.
Il y a dans le Palatinat & aux environs une
Troupe de Mendians & d'autres gens fans aveu,
qui mettent le feu aux Granges des Faisans
qui leur refusent retraite. Ils brûlèrent il y
a quelques jours une Ferme tres - considéra
ble , qui appartient à l' Abbesse de Gravent-
Raindorff. On en a déja arrêté plusieurs qui
doivent être exécutez dans quelques jours , &
l'on a envoyé divers détacheroens de Troupes
contre les autres.
On apprend de Dresde que le Régiment des
grands Grenadiers du Roy de Pologne sera,
bien- tôt complet , par les foins que l'on prend
de lui envoyer de plusieurs endroits des hom
mes d'une taille extraordinaire. Outre cette
Troupe qui sera une des plus belles de l'Europe,
on va former une Compagnie de deux cens
Erands Mousquetaires > tous Gentilhommes,
e Roy en fera le Capitaine > & le Prince Lui
bornirsHy Capitaine- Lieutenants
LEs Juifs ont offert àTEmpereur de lui faire
un prêt de quatre cent mille Florins , dans,
l'efperance d'obtenir la révocation de l'Edic
publié à Prague en 1717- par lequel il r/est per
mis qu'aux aîncz des familles Juives de se ma
rier.
Il y a dans le Palatinat & aux environs une
Troupe de Mendians & d'autres gens fans aveu,
qui mettent le feu aux Granges des Faisans
qui leur refusent retraite. Ils brûlèrent il y
a quelques jours une Ferme tres - considéra
ble , qui appartient à l' Abbesse de Gravent-
Raindorff. On en a déja arrêté plusieurs qui
doivent être exécutez dans quelques jours , &
l'on a envoyé divers détacheroens de Troupes
contre les autres.
On apprend de Dresde que le Régiment des
grands Grenadiers du Roy de Pologne sera,
bien- tôt complet , par les foins que l'on prend
de lui envoyer de plusieurs endroits des hom
mes d'une taille extraordinaire. Outre cette
Troupe qui sera une des plus belles de l'Europe,
on va former une Compagnie de deux cens
Erands Mousquetaires > tous Gentilhommes,
e Roy en fera le Capitaine > & le Prince Lui
bornirsHy Capitaine- Lieutenants
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En Allemagne, les Juifs ont sollicité l'Empereur pour un prêt de quatre cent mille florins afin d'obtenir la révocation de l'édit de 1717, qui limite les mariages aux aînés des familles juives. Dans le Palatinat, des mendiants et des personnes sans aveu incendient les granges des fermiers refusant de les accueillir. Une ferme de l'Abbesse de Gravent-Raindorff a été touchée, et plusieurs suspects arrêtés doivent être exécutés. Des troupes ont été déployées pour capturer les autres responsables. À Dresde, le régiment des grands grenadiers du roi de Pologne sera bientôt complet grâce à l'arrivée de nouvelles recrues de grande taille. Par ailleurs, une compagnie de deux cents grands mousquetaires, tous gentilshommes, est en formation. Le roi en sera le capitaine, et le prince héritier sera capitaine-lieutenant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
657
p. 158-159
ITALIE.
Début :
On apprend de Rome que la veille de Noël les Cardinaux qui étoient restez au Palais [...]
Mots clefs :
Turcs, Soldats, Rivière, Pape
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
Italie.
s~\ N apprend de Rome que la veille de Noël
V^/ les Cardinaux qui étoient restez au Palais
du Vatican , pour assister à l'Office de la nuit ,
furent traitez magnifiquement ; ils entendirent
pnfuite les Matines & la Mejse de Minuit, que
- J A N VI E R. 17 3.0. 1 5*
Je Pape célébra pontificalement, ainsi que celle
íiu jour de la t ète. Entre les deux grandes Mes
ses Sa Sainteté en dit une basle,pendant laquel
le elle lacra le Père Manara, Barnabite ,de Savoye
, nouvel Evêque d'AIexandriedelaPaille.
Une Compagnie de Marchands de diverses
Villes d'Italie ont fait présenter par le Baron
Tinti un Proiet pour faire creuser un Canal, par
le moyen duquel les eaux de l'Adige s'ecou-
Jerontplus alternent, & cette Rivière devien
dra navigable jusqu'à Ostiglia;ce qui íeroit fa-
Vofableau commerce de Trieste, parce quon y
pourroit transporter par tau des Marchandi
ses de plusieurs Villes d'Italie, ils demandent
que pour les dédommager des dépenses qu'ifs
auront faites pour ce Canal, on leur accorde
pendant dix années les péages qu'on levé fur
cette Rivière.
On écrit de Florence que deux Galiotes dçs
Côtes de Barbarie ont fait depuis peu une des
cente du côté de Recoieggio; & lur le point da
jour les Turcs qui étoient restez lur ces deux
Bâtimens ayant feint de se battre & tiré plusieurs
coups de Fusil , des gens du pais & plusieurs
Soldats de la Garnison de lJorto-Vecchio ac
coururent sur ce rivage pour être spectateurs
du combat. Sept Soldats qui s'étoient trop
avancez furent envelopez & faits esclaves par
les Turcs qui étoient à terre,
s~\ N apprend de Rome que la veille de Noël
V^/ les Cardinaux qui étoient restez au Palais
du Vatican , pour assister à l'Office de la nuit ,
furent traitez magnifiquement ; ils entendirent
pnfuite les Matines & la Mejse de Minuit, que
- J A N VI E R. 17 3.0. 1 5*
Je Pape célébra pontificalement, ainsi que celle
íiu jour de la t ète. Entre les deux grandes Mes
ses Sa Sainteté en dit une basle,pendant laquel
le elle lacra le Père Manara, Barnabite ,de Savoye
, nouvel Evêque d'AIexandriedelaPaille.
Une Compagnie de Marchands de diverses
Villes d'Italie ont fait présenter par le Baron
Tinti un Proiet pour faire creuser un Canal, par
le moyen duquel les eaux de l'Adige s'ecou-
Jerontplus alternent, & cette Rivière devien
dra navigable jusqu'à Ostiglia;ce qui íeroit fa-
Vofableau commerce de Trieste, parce quon y
pourroit transporter par tau des Marchandi
ses de plusieurs Villes d'Italie, ils demandent
que pour les dédommager des dépenses qu'ifs
auront faites pour ce Canal, on leur accorde
pendant dix années les péages qu'on levé fur
cette Rivière.
On écrit de Florence que deux Galiotes dçs
Côtes de Barbarie ont fait depuis peu une des
cente du côté de Recoieggio; & lur le point da
jour les Turcs qui étoient restez lur ces deux
Bâtimens ayant feint de se battre & tiré plusieurs
coups de Fusil , des gens du pais & plusieurs
Soldats de la Garnison de lJorto-Vecchio ac
coururent sur ce rivage pour être spectateurs
du combat. Sept Soldats qui s'étoient trop
avancez furent envelopez & faits esclaves par
les Turcs qui étoient à terre,
Fermer
Résumé : ITALIE.
En 1730, à Rome, la veille de Noël, les cardinaux ont été reçus au Palais du Vatican et ont assisté aux Matines et à la Messe de Minuit célébrées par le Pape. Le jour de Noël, le Pape a célébré une grande messe et a consacré le Père Manara, Barnabite de Savoie, nouvel évêque d'Alexandrie de la Paille. À Mantoue, une compagnie de marchands italiens, représentée par le Baron Tinti, a proposé de creuser un canal pour rendre la rivière Adige navigable jusqu'à Ostiglia, facilitant ainsi le commerce avec Trieste. Ils ont demandé en échange les péages levés sur cette rivière pendant dix ans pour couvrir leurs dépenses. Par ailleurs, à Florence, deux galiotes des Côtes de Barbarie ont effectué une descente près de Recoieggio. Les Turcs à bord de ces navires ont simulé un combat, attirant des spectateurs locaux et des soldats. Sept soldats, trop avancés, ont été capturés et réduits en esclavage par les Turcs présents sur la terre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
658
p. 168-169
ESPAGNE.
Début :
On mande de Seville que le premier de ce mois, les Ministres Plenipotentiaires du [...]
Mots clefs :
Roi, Alliance, Traité de paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
Es p a c n e.
ON mande de Seville que le premier de ce
mois , les Ministres Plénipotentiaires du
S.oi Très Chrétienne S. M. Catholique , & du
Roy d'Angleterre ». y firent, l'échange des iatir.
> ikations
JANVTER". 1730: Y**1
ftcations du Traité de Paix , d'union , d'amitié
& d'alliance deffensive , conclu dans la méme
Ville le 9 du mois de Novembre dernier , onattend
dans quelques jours un pareil acte d'é
change de ratification de la part des Etats Gé
néraux des Provinces unies, dont l' Ambassa
deur Extraordinaire &Plènipotentiare a accédé
à ce Traité le i 1 du même mois.
On a appris de Lisbonne que le iî Novem
bre un Vaisseau chargé pour le compte des Fer--
miers du Tabac, fut entièrement brûlé, ri per
sonnes y ont péri. II s'apelloit le S. Gabriel.
Le 5» de ce mois , le Marquis de Erancaí
Ambassadeur du Roy Très Chrétien , termina
les Fêtes qu'il a données à SeviUe , à l occasion
de la Naissance dû Dauphin , par un très- beau
Feu d'Artifice qui fut tiré vis-â-vis le Collège
Royal de S. Felme , en présence de Leurs Maiestez
& des Princes & Princesses de la Famille
Royale qui étoient aux fenêtres du Palais dé
í'Arcaçar.
Le 10. on publia dans les Places & Carre-*
fours de Madrid , avec lés cérémonies accou
tumées , le Traite.de Paix , d'union , d' amitié
& d'alliance défensive , conclu ì SeviUe le j.
Novembre dernier .entre le Roy Tr. Ch. le Roi
d'Espagne , le Roi d'Angleterre & les Etats
Généraux des Provinces Unies. Lé soir & le*
deux nuits suivantes il y eut des Feux, des
Hluminations & d'autres marques de réjouit
Ëtnce dans toutes les-rues de la Ville.
ON mande de Seville que le premier de ce
mois , les Ministres Plénipotentiaires du
S.oi Très Chrétienne S. M. Catholique , & du
Roy d'Angleterre ». y firent, l'échange des iatir.
> ikations
JANVTER". 1730: Y**1
ftcations du Traité de Paix , d'union , d'amitié
& d'alliance deffensive , conclu dans la méme
Ville le 9 du mois de Novembre dernier , onattend
dans quelques jours un pareil acte d'é
change de ratification de la part des Etats Gé
néraux des Provinces unies, dont l' Ambassa
deur Extraordinaire &Plènipotentiare a accédé
à ce Traité le i 1 du même mois.
On a appris de Lisbonne que le iî Novem
bre un Vaisseau chargé pour le compte des Fer--
miers du Tabac, fut entièrement brûlé, ri per
sonnes y ont péri. II s'apelloit le S. Gabriel.
Le 5» de ce mois , le Marquis de Erancaí
Ambassadeur du Roy Très Chrétien , termina
les Fêtes qu'il a données à SeviUe , à l occasion
de la Naissance dû Dauphin , par un très- beau
Feu d'Artifice qui fut tiré vis-â-vis le Collège
Royal de S. Felme , en présence de Leurs Maiestez
& des Princes & Princesses de la Famille
Royale qui étoient aux fenêtres du Palais dé
í'Arcaçar.
Le 10. on publia dans les Places & Carre-*
fours de Madrid , avec lés cérémonies accou
tumées , le Traite.de Paix , d'union , d' amitié
& d'alliance défensive , conclu ì SeviUe le j.
Novembre dernier .entre le Roy Tr. Ch. le Roi
d'Espagne , le Roi d'Angleterre & les Etats
Généraux des Provinces Unies. Lé soir & le*
deux nuits suivantes il y eut des Feux, des
Hluminations & d'autres marques de réjouit
Ëtnce dans toutes les-rues de la Ville.
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
En janvier 1730, à Séville, les ministres plénipotentiaires du roi Très Chrétien et du roi d'Angleterre ont échangé les ratifications du traité de paix, d'union, d'amitié et d'alliance défensive signé le 9 novembre précédent. Les États Généraux des Provinces Unies sont également attendus pour adhérer au traité, leur ambassadeur ayant déjà approuvé le 11 novembre. À Lisbonne, le 11 novembre, le vaisseau Saint-Gabriel, chargé pour les fermiers du tabac, a été détruit par un incendie sans perte humaine. Le 5 janvier, le marquis de Françay, ambassadeur du roi Très Chrétien, a conclu les festivités pour la naissance du Dauphin par un feu d'artifice à Séville, en présence des majestés et des princes de la famille royale. Le 10 janvier, le traité de paix a été publié à Madrid avec des cérémonies traditionnelles, suivi de réjouissances publiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
659
p. 169-170
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Sur la fin du mois dernier, près de 160 Vaisseaux Marchands sont partis de differens [...]
Mots clefs :
Commerce, Traité de paix, Brouillard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
Grande B r. s ta gine»
SUr la fin du mois dernier , près de irfo Vaisa
seaux Marchands font partis de disserens*
Bores 4e ce Royaume pour aller dans les Pays.
Etrangeis*
i7<5 MERCURE DE FRANCE.
Étrangers , ce qu'on n'avoit pas vû depuis píttlîeuis~
années.
Le t. Janvier , il arriva à Londres un Cou
rier dépêché de Seville avec les Cedules du
Roi d'Espagne que la Compagnie de la Mer du
Sud attendòit pour continuer son Commerce ,
& pour faire partir le nouveau Vaiiïèau qu'elle
fait construire» j
Le Comte de Stair . ci-devanr Ambassadeur
de France , a été nommé par le»Roi Admirai
d' Ecosse avec mille liv. sterlings d'apointemens.
Le 17. il y eut à Londres' un brouillard fí
-épais 1 que vers les quatre heures après midi
on fut obligé d'allumer des Lanternes & des
Flambeaux pour aller dans les ruës : il arriva
plusieurs accidens fur la Tamise , & un Gen
tilhomme qui se promenoit dans le Parc de
5. James, ne voyant plus à le conduire ,
tomba dans le Canal , où il se seroit noyé in
failliblement . fi deux Soldats qui étoienc au
près , ne l'euííent secouru.
Le 18. on publia dans les Places , Carre»
fours, & aurres lieux accoutumez, le Traité
de Paix d'union , d'amitié & d'alliance défen
sive, conclu à Seville , le 9. du mois de No
vembre dernier.
SUr la fin du mois dernier , près de irfo Vaisa
seaux Marchands font partis de disserens*
Bores 4e ce Royaume pour aller dans les Pays.
Etrangeis*
i7<5 MERCURE DE FRANCE.
Étrangers , ce qu'on n'avoit pas vû depuis píttlîeuis~
années.
Le t. Janvier , il arriva à Londres un Cou
rier dépêché de Seville avec les Cedules du
Roi d'Espagne que la Compagnie de la Mer du
Sud attendòit pour continuer son Commerce ,
& pour faire partir le nouveau Vaiiïèau qu'elle
fait construire» j
Le Comte de Stair . ci-devanr Ambassadeur
de France , a été nommé par le»Roi Admirai
d' Ecosse avec mille liv. sterlings d'apointemens.
Le 17. il y eut à Londres' un brouillard fí
-épais 1 que vers les quatre heures après midi
on fut obligé d'allumer des Lanternes & des
Flambeaux pour aller dans les ruës : il arriva
plusieurs accidens fur la Tamise , & un Gen
tilhomme qui se promenoit dans le Parc de
5. James, ne voyant plus à le conduire ,
tomba dans le Canal , où il se seroit noyé in
failliblement . fi deux Soldats qui étoienc au
près , ne l'euííent secouru.
Le 18. on publia dans les Places , Carre»
fours, & aurres lieux accoutumez, le Traité
de Paix d'union , d'amitié & d'alliance défen
sive, conclu à Seville , le 9. du mois de No
vembre dernier.
Fermer
Résumé : GRANDE BRETAGNE.
À la fin du mois précédent, plusieurs navires marchands ont quitté le Royaume depuis Irfo Vaisa pour des pays étrangers, un événement rare depuis plusieurs années. Le 1er janvier, un courrier est arrivé à Londres depuis Séville, apportant des cédules du roi d'Espagne destinées à la Compagnie de la Mer du Sud pour poursuivre son commerce et lancer un nouveau vaisseau en construction. Le comte de Stair, ancien ambassadeur de France, a été nommé amiral d'Écosse avec une rémunération de mille livres sterling. Le 17 janvier, un épais brouillard à Londres a nécessité l'allumage de lanternes et de flambeaux pour la circulation. Plusieurs accidents se sont produits sur la Tamise, et un gentilhomme a failli se noyer dans un canal du parc de Saint James avant d'être secouru par deux soldats. Le 18 janvier, le traité de paix d'union, d'amitié et d'alliance défensive, conclu à Séville le 9 novembre précédent, a été publié dans les lieux publics.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
660
p. 376-377
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On apprend de Constantinople, qu'on y avoit reçu avis, que le Prince Thamas [...]
Mots clefs :
Prince, Sultan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
T xj r Q_u ie et Perse.
ON apprend de Constantinople, qu'on y
avoit reçu avis , que le Prince Thamas
ayant été joint par quelques troupes de Maymud
, l'un des principaux Seigneurs de la
Province de Candahar , avoit défait en trois
combats la principale armée du Sultan Achec
F E V R I Ë R. I7îq. 377
raf ; qu'il s'étoìt rendu maître quelques jours
après de BenJer- Abassi ; que par la prise de
Cette Pbce importante , le reste des troupe*
. du Sultan Acheraf n'avoit plus de communia
cation avec la ville d'Ispahan , dont le Prince
Thamas avoir résolu de former le siège , aussi-,
tôt qu'il auroitreçu les secours que se Grandi
Mogol lui envoyé. Ces nouvelles, dont le GrJ
Vizir a reçu h confirmation, l'ont obligé d'as
sembler extraordJtairement le Divan , pou*
délibérer si on donneroit du secours au Sultan
Acheraf ; niais les avis ont été partagez ; il est
Cependant arrivé à Constantinople un Envoyé
Extraordinaire du Prince Thamas,qui a obtenu
que la Porte reíteroit neutre.
On a appris depuis que le Prince Thamas
i'étoit emparé de Cafoin 8r de quelques autres
Places ; que les troupes du Mogol étoient en
trées en Perse, &que le Sultan Acheraf a voit
été obligé de se retirer à Ispahan , où on ne
croyoit pas qu'il fut en état de soutenir un
- Siège.
ON apprend de Constantinople, qu'on y
avoit reçu avis , que le Prince Thamas
ayant été joint par quelques troupes de Maymud
, l'un des principaux Seigneurs de la
Province de Candahar , avoit défait en trois
combats la principale armée du Sultan Achec
F E V R I Ë R. I7îq. 377
raf ; qu'il s'étoìt rendu maître quelques jours
après de BenJer- Abassi ; que par la prise de
Cette Pbce importante , le reste des troupe*
. du Sultan Acheraf n'avoit plus de communia
cation avec la ville d'Ispahan , dont le Prince
Thamas avoir résolu de former le siège , aussi-,
tôt qu'il auroitreçu les secours que se Grandi
Mogol lui envoyé. Ces nouvelles, dont le GrJ
Vizir a reçu h confirmation, l'ont obligé d'as
sembler extraordJtairement le Divan , pou*
délibérer si on donneroit du secours au Sultan
Acheraf ; niais les avis ont été partagez ; il est
Cependant arrivé à Constantinople un Envoyé
Extraordinaire du Prince Thamas,qui a obtenu
que la Porte reíteroit neutre.
On a appris depuis que le Prince Thamas
i'étoit emparé de Cafoin 8r de quelques autres
Places ; que les troupes du Mogol étoient en
trées en Perse, &que le Sultan Acheraf a voit
été obligé de se retirer à Ispahan , où on ne
croyoit pas qu'il fut en état de soutenir un
- Siège.
Fermer
Résumé : TURQUIE ET PERSE.
Le prince Thamas, appuyé par les troupes de Maymud, seigneur de Candahar, a vaincu l'armée du sultan Acheraf lors de trois batailles. Il a ensuite pris le contrôle de Benjer-Abassi, isolant ainsi les forces restantes du sultan d'Ispahan. Thamas prévoit de mettre le siège devant Ispahan après avoir reçu des renforts du Grand Mogol. À Constantinople, le Grand Vizir a convoqué le Divan pour discuter d'un éventuel soutien au sultan Acheraf, mais les opinions étaient divisées. Un envoyé de Thamas a obtenu la neutralité de la Porte ottomane. Thamas a également conquis d'autres places, dont Cafoin, et les troupes mogoles ont pénétré en Perse. Le sultan Acheraf s'est retiré à Ispahan, où sa capacité à résister à un siège est incertaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
661
p. 384-386
ITALIE.
Début :
On écrit de Livourne que l'Agneau blanc, Vaisseau Hollandois, y étoit arrivé le [...]
Mots clefs :
Pape, République
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
I ? A l 1 E«
ON écrit de Livourne que Y Agneau lìnnc t
Vaisseau Hollandois , y étoh arrivé le
ínois dernier , venant du Levant , après s'être
échapé heureusement d'un Corsaire d'Alger
qui s'en étoit emparé , sous prétexte que fou
Passeport étoit trop vieux. Douze Turcs dé
voient le conduire à Alger; mais une terri -
père étant survenue sort à propos , & ce Bâ
timent ayant perdu le Corsaire de vuë , dix
Matelots Hollandois qui étoient restez fur ce
íîavire , attaquèrent les douze Turcs , en tuè
rent six j & se rendirent maîtres des autres.
Le Comte d'Almenera , ci-devant Viceroy
de Sicile, » qu* étoit allé à Rome pour entrer
dans les Ordres5re$ut le Dimanche if. Janvier
le Diaconat » & le lendemain le Pape lui con
féra l'Ordre de Prêtrise.
On a publié à Florence une Ordonnance du
Grand
FEVRIER, f 75 è:' ifs
CrandDuc, portant deffenses de se masques'
avant quatre heures du soir , & de l'étre en
core après huit , comme aussi de commettre
aucune irrévérence devant les Eglises , & au
cun desordre aux Spectacles & Feílins pu
blics.
La République de Luques a fait offrir une
pension considérable à 'M. Servioni , s'il veut
K démettre de l'Evêché de cette ville, auquel
le Pape l'a nommé. Il a demandé le coníen»
fentement de Sa Sainteté , pour se déterminer
à accepter cette offre > & on croit qu'il lui seta
accordé pour ne pas compromettre le S. Siège
avec cette Republique , qui veut absolument'
avoir un Ecclésiastique Luquois pour son Evê
que.
Le 19. Janvier , le Chapitre de S. Pierre fk
Célébrer la première Messe solemnelle qu'il a>
fondée, pour demander à Dieu la conserva
tion de la santé du Pape , & le repos de son
ame après fa mort, en reconnoissance de ce
que Sa Sainteté a déchargé let Chanoines da
payement d'une somme considérable qu'ils dé
voient à la Chambre Apostolique.
La Cérémonie de la Béatification du Véné
rable Pierre Fourier , Curé de Matincourt »
Fondateur des Chanoines Réguliers de la
Paix , se fit ce méme jour dansl'Eglise de saint
Pierre , avec la solemnité accoutumée.
Le Gouverneur de Milan a donné ordre $
tous les ouvriers ausquels on avoit permis
de travailler à leurs ouvrages dans les Corpsde-
Garde de la Porte Tosa , d'en emporter
leurs métiers . pour faire place aux troupes
Impériales qu'on attend incessamment à Milan*
On écrit de Gènes que le 24. du mois der
nier M. Marie Balbi y .avoit été éiw Doge de
cette
}8é MERCURE DE FRANCE.
cette République , à la place de M. Grimaldi,
dont les deux années e'toient expirées.
ON écrit de Livourne que Y Agneau lìnnc t
Vaisseau Hollandois , y étoh arrivé le
ínois dernier , venant du Levant , après s'être
échapé heureusement d'un Corsaire d'Alger
qui s'en étoit emparé , sous prétexte que fou
Passeport étoit trop vieux. Douze Turcs dé
voient le conduire à Alger; mais une terri -
père étant survenue sort à propos , & ce Bâ
timent ayant perdu le Corsaire de vuë , dix
Matelots Hollandois qui étoient restez fur ce
íîavire , attaquèrent les douze Turcs , en tuè
rent six j & se rendirent maîtres des autres.
Le Comte d'Almenera , ci-devant Viceroy
de Sicile, » qu* étoit allé à Rome pour entrer
dans les Ordres5re$ut le Dimanche if. Janvier
le Diaconat » & le lendemain le Pape lui con
féra l'Ordre de Prêtrise.
On a publié à Florence une Ordonnance du
Grand
FEVRIER, f 75 è:' ifs
CrandDuc, portant deffenses de se masques'
avant quatre heures du soir , & de l'étre en
core après huit , comme aussi de commettre
aucune irrévérence devant les Eglises , & au
cun desordre aux Spectacles & Feílins pu
blics.
La République de Luques a fait offrir une
pension considérable à 'M. Servioni , s'il veut
K démettre de l'Evêché de cette ville, auquel
le Pape l'a nommé. Il a demandé le coníen»
fentement de Sa Sainteté , pour se déterminer
à accepter cette offre > & on croit qu'il lui seta
accordé pour ne pas compromettre le S. Siège
avec cette Republique , qui veut absolument'
avoir un Ecclésiastique Luquois pour son Evê
que.
Le 19. Janvier , le Chapitre de S. Pierre fk
Célébrer la première Messe solemnelle qu'il a>
fondée, pour demander à Dieu la conserva
tion de la santé du Pape , & le repos de son
ame après fa mort, en reconnoissance de ce
que Sa Sainteté a déchargé let Chanoines da
payement d'une somme considérable qu'ils dé
voient à la Chambre Apostolique.
La Cérémonie de la Béatification du Véné
rable Pierre Fourier , Curé de Matincourt »
Fondateur des Chanoines Réguliers de la
Paix , se fit ce méme jour dansl'Eglise de saint
Pierre , avec la solemnité accoutumée.
Le Gouverneur de Milan a donné ordre $
tous les ouvriers ausquels on avoit permis
de travailler à leurs ouvrages dans les Corpsde-
Garde de la Porte Tosa , d'en emporter
leurs métiers . pour faire place aux troupes
Impériales qu'on attend incessamment à Milan*
On écrit de Gènes que le 24. du mois der
nier M. Marie Balbi y .avoit été éiw Doge de
cette
}8é MERCURE DE FRANCE.
cette République , à la place de M. Grimaldi,
dont les deux années e'toient expirées.
Fermer
Résumé : ITALIE.
Le texte décrit plusieurs événements historiques. À Livourne, le vaisseau hollandais 'L'Agneau' a été capturé par un corsaire algérien en raison d'un passeport périmé. Douze Turcs devaient le conduire à Alger, mais une tempête a permis aux matelots hollandais de reprendre le contrôle du navire. Le Comte d'Almenera, ancien vice-roi de Sicile, a reçu les ordres du diaconat et de prêtrise à Rome. À Florence, une ordonnance du Grand-Duc a interdit le port de masques avant 16h et après 20h, ainsi que les comportements irrévérencieux devant les églises et les désordres lors des spectacles publics. La République de Lucques a proposé une pension à M. Servioni pour qu'il démissionne de son poste d'évêque, offre qu'il a acceptée après avoir obtenu le consentement du Pape. Le 19 janvier, le Chapitre de Saint-Pierre a célébré une messe solennelle pour la santé du Pape et le repos de son âme, ainsi que la béatification du vénérable Pierre Fourier. À Milan, le gouverneur a ordonné aux ouvriers de retirer leurs métiers des corps de garde pour faire place aux troupes impériales. Enfin, à Gênes, M. Marie Balbi a été élu doge, succédant à M. Grimaldi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
662
p. 591-592
ALLEMAGNE.
Début :
On a appris de Dresde que le 18. du mois dernier, le Roi de Prusse y arriva à 11. heures [...]
Mots clefs :
Régiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
Odernier , le Roi de Pruffe y arriva à 11. heu- Na appris de Drefde , que le 18. du mois
rés du foir, S. M. en partit le 25 , après avoir pris
part à tous les
Divertiffemens du Carnaval.
H Oa
592 MERCURE DE FRANCE .
On a envoyé ordre à deux Bataillons du Régiment
d'Alcaudete , & à deux autres du Regiment
de Ketler , de fe tenir prêts à partir pour
l'Italie , où on envoye encore quatre Efcadrons
du Regiment de Cavalerie de Palfi , quatre du
Régiment dit le Jeune Eugene , fix de celui d'Hohenzollern
, quatre du vieux Wirtemberg , fix du
Regiment du Comte Vinceflas de Lichtenſtein ,
fix de celui du Prince Ferdinand de Baviere , & le
Regiment entier de Huffars de Zumgemberg. On
dit que le Comte Maximilien de Staremberg ,
commandera les Troupes de l'Empereur en Italie.
Odernier , le Roi de Pruffe y arriva à 11. heu- Na appris de Drefde , que le 18. du mois
rés du foir, S. M. en partit le 25 , après avoir pris
part à tous les
Divertiffemens du Carnaval.
H Oa
592 MERCURE DE FRANCE .
On a envoyé ordre à deux Bataillons du Régiment
d'Alcaudete , & à deux autres du Regiment
de Ketler , de fe tenir prêts à partir pour
l'Italie , où on envoye encore quatre Efcadrons
du Regiment de Cavalerie de Palfi , quatre du
Régiment dit le Jeune Eugene , fix de celui d'Hohenzollern
, quatre du vieux Wirtemberg , fix du
Regiment du Comte Vinceflas de Lichtenſtein ,
fix de celui du Prince Ferdinand de Baviere , & le
Regiment entier de Huffars de Zumgemberg. On
dit que le Comte Maximilien de Staremberg ,
commandera les Troupes de l'Empereur en Italie.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
Le roi de Prusse arrive à Oder après avoir quitté Dresde le 25. En Italie, des ordres sont envoyés à plusieurs bataillons et escadrons pour se tenir prêts. Le Comte Maximilien de Starhemberg est nommé commandant des troupes impériales en Italie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
663
p. 682-697
SUITE des Troubles d'Egypte. Extrait d'une Lettre écrite du Caire le 30. Août 1729.
Début :
Au mois de Juin dernier, les Beys qui s'étoient retirez au Saïdy, dans [...]
Mots clefs :
Rebelles, Égypte, Le Caire, Troupes, Hommes, Pacha , Beys, Commandant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Troubles d'Egypte. Extrait d'une Lettre écrite du Caire le 30. Août 1729.
SUITE des Troubles d'Egypte. Extrait
d'une Lettre écrite du Caire le 30.
Août 1729.
Aqui
U mois de Juin dernier , les Beys
qui s'étoient retirez au Saïdy , dans
la haute Egypte , lors de la deffaite totale
de Cherkes Mehemet Bey , arrivée en
1725. commencerent à donner des foupçons
aux Commandans du Païs , dont
Zulficar Bey eft le principal Chef , par
les intelligences qu'ils avoient dans la
Ville du Caire , ce qui fit redoubler les
attentions à chaffer ou à faire executer les
Rebelles qui reftoient dans la Ville ; ceux
qui purent éviter de perir par le Sabre
prirent le parti de s'aller joindre à ceux
de la haute Egypte , dont le nombre s'accrut
confiderablement ce qui donna
beaucoup d'inquiétude à nos Commandans
, & les détermina enfin à envoyer
un Corps de 3000. hommes pour tâcher
de les réduire , ou de les difperfer.
,
Ceux de la haute Egypte ne s'endormirent
pas de leur côté, ils s'étoient précautionnez
long- temps auparavant en fe
joignant aux Arabes , dont un des Beys.
Rebelles avoit époufé une Princeffe , fille
d'un des principaux Emirs de cette Nation,
AVRIL. 1730. 683
A
tion , ce qui leur donna le courage de
s'opposer au Corps de Troupes dont on
vient de parler. Le 5. Juillet dernier , co
Corps commença à fe mettre en marche.
Les Rebelles marcherent prefque en même
temps , ils fe rencontrerent bientôt ,
& camperent les uns devant les autres
fans coup ferir.
Quelquesjours après , Soliman Bey, Chef
des Rebelles , envoya dire à Ofman Bey ,
Commandant des Troupes du Caire , qu'il
n'étoit pas bien aife de combattre contre
Les freres , que la Religion Mufulmane ,
dont ils étoient tous , le lui deffendoit
ce qui ayant été pris par Ofman Bey pour
une marque de foibleffe , il fe détermina
au combat qui fut donné le 13. Juillet ,
mais il eut le malheur d'y fuccomber avec
le plus grand nombre des fiens , dont
plus de 350. pafferent du côté des Rebelles.
Dans la mêlée Soliman Bey atteignit
Ofman Bey d'un coup de Lance , &
s'en rendit enfuite bientôt le maître ; il
lui reprocha fes cruautez & les mauvaiſes
manieres que ceux de fon parti avoient
eues avec lui , après quoi il lui coupa luimême
la tête d'un coup de Sabre. Les
autres Beys & ceux qui font échapez
dont le nombre eft fort petit , font prefque
tous bleffez , celui des morts eft trèsconfiderable.
Cij Deux
684 MERCURE DE FRANCE
Deux jours après cette défaite , Cherkez
Mehemet Bey ,qui étoit fugitif depuis fa
déroute de 1725. rentra dans le Royaume
& joignit les Beys du Saïdy , ce qui a
beaucoup renforcé ce Parti ; ayant fait
cette jonction à la tête de 400. Maugre
bins ou Africains de Barbarie , ce renfort
fit prendre la réfolution aux Beys d'écrire
à ceux du Caire , qu'ils euffent à ne
plus envoyer de Troupes contre eux ,
étant bien réfolus d'aller au-devant pour
les combattre , ce qui obligea les Beys.
du Caire à prendre mieux leurs meſures,
ne doutant pas fur cette fierté qu'il n'y
eût dans la Ville quelqu'un qui les trahiffoit.
Ils ne furent pas long- temps à décou
vrir que c'étoit le Pacha d'Egypte lui ,
même , qui abufant de l'autorité dont il
eft revêtu , favorifoit les Rebelles , furquoi
ils s'affemblerent & prirent la réſolution
de le deftituer , ce qu'ils executerent
de cette maniere le 19. Juillet. Tous
les Beys & autres Puiffances du Pays ,
s'étant affemblez à Carameidam , * ils
firent prier le Pacha d'y venir pour conferer
enfemble fur les moyens de faire
cefler les troubles caufez par les Rebel
les ; le Pacha fe rendit à l'Affemblée ;
mais il n'y fut pas plutôt arrivé qu'on
* La Place Noire lieu oùse font les Executions:
lui
AVRIL 1730. 683
lui déclara la réſolution qu'on venoit de
prendre de le deftituer , ce qui fut executé
fur le champ ; il n'en parut point ému ,
on croit même qu'il n'eft pas fâché de
cette deftitution dans les conjonctures prefentes
. Cependant le Pacha affectant toûtjours
un air tranquille , s'adreffa au Tefterdar
ou Tréforier General , préſent à
cette Aſſemblée , à qui il dit , c'eſt donc
à vous à être Kaimakan ou Lieutenant
General du Gouvernement , ce que celuicy
refufa. Alors Zulficar Bey , qui eſt tout
puiffant dans le Parti , dit qu'ils avoient
réfolu d'élire MehemetBey, fils deDervich
Bey pour Kaimakan,à quoi lePacha confentit
; il lui vétitleCaftant ouRobe d'honneur
& lui fit prefent d'une belle Vefte doublée
d'une riche Peau , après quoi le Pacha fe
retira dans la maifon qu'on lui avoit préparée
, où il doit refter fous bonne garde,
en attendant les ordres de la Porte ; il
a reçû depuis bien des mortifications
de la des Puiffances du Pays , jufqu'à
confentir qu'on coupât la tête à trois de
fes Gens , qui étoient ſuſpects au Parti
dominant.
part
Au refte , cette deftitution a fait un
grand changement dans le Pays , ceux.de
la Ville en paroiffent plus tranquilles ,
& ceux de la Campagne ne remuent plus
eependant les Beys d'ici préparent un
Ciij Corps
686 MERCURE DE FRANCE
Corps de 6000. hommes pour l'envoyer
contre les Rebelles , qu'on dit s'être
retranchez dans la haute Egypte , attendant
de pied ferme ceux qui doivent aller
les attaquer. On ne le pourra que par eau,
car nous fommes dans le temps de la
croiffance du Nil . Comme ces Comman
dans ont épuisé leurs fonds , & que pour
la continuation de la guerre , la folde des
6000. hommes & les autres dépenses , il
leur faut plus d'un million cinq cens mille
livres , ils tyrannifent le Peuple & taxent
tous les Marchands , ce qui fait crier hautement
contre leur Gouvernement.
Le 28. nous apprîmes qu'un Corps des
Rebelles s'étoit avancé jufqu'à deux journées
du Caire ; à cette nouvelle on s'affembla
& on confia les poftes du dehors
de la Ville à divers Seigneurs , qui avec
leurs Troupes , fe chargerent de les garder
, & comme on eft toûjouts perfuadé
que le Pacha favorife les Rebelles ,
on
alla lui ordonner de la part des Commandans
, de fortir de fa demeure pour
être conduit à la Prifon de Jofeph , fituée
dans le Château ; c'eft le lieu ordinaire
où l'on execute les Pachas lorsqu'il y a
des ordres de la Porte pour les faire mourir.
Le Pacha parut confterné, & dit qu'il
n'avoit rien fait qui méritât la mort , mais
que fi on devoit l'executer , il falloit
que
AVRIL 1730. 687
que ce fût à la porte de l'Hôtel des Jan- ,
niffaires , comme étant de leur Corps ; il
y fut conduit fur le chimp ; Zulficar Bey
ordonna qu'il y refteroit fous la garde..
d'un Bey ; dès que ce Bey fut arrivé à la
porte des Jannillaires pour y executer les ,
ordres de Zulficar , l'un des anciens Kia- :
hias ou Lieutenans des Janniffaires , fe
leva & dit en s'adreffant à tout le Corps ,
permettrez vous , mes freres , qu'on nous
faffe un tel affront , & ne fommes- nous
pas affez puiffants pour garder nous- mê- ,
mes un Pacha ; ces paroles prononcées :
avec force par un ancien Oficier du
Corps , firent une telle impreffion qu'on
envoya dire fur le champ au Bey de fe
retirer, ce que celui- cy nè fè fit pas dire .
deux fois.
qu'il
Le 29. Zulficar fit fortir toutes fes fem
mes de fa maiſon & tout ce qu'il avoit
de plus précieux , & fit travailler à des
affuts deCanon pour pouvoir monter ceux
avoit fait venir d'Alexandrie des
deux Barques Tripolines qu'il avoit confifquées
, & fait vendre à l'enchere , fur
ce que ceux de Tripoly avoient donné
retraite à Cherkez Mehemet Bey. On ne
put rien apprendre des Rebelles de tout
ce jour là , tous les poftes du dehors continuant
à être gardez .
Le 30. il partit d'ici un détachement
Ciiij de
688 MERCURE DE FRANCE
de 5oo. hommes , commandez par un
Bey , pour aller reconnoître les ennemis ,
qu'on affuroit n'être plus qu'à deux journées
d'ici , & en même- temps un autre
Bey alla fe pofter avec des Troupes &
des Canons fur une élévation qui commande
le Château & une partie de la
Ville ; les poftes continuerent à être exactement
gardez .
›
Le 31. il y eut une petite allarme aur
fujet des 5oo. hommes qu'on avoit envoyez
pour reconnoître les Ennemis , on
affuroit qu'ils avoient été battus & taillez
en pieces ; cependant on continua à envoyer
des Troupes & des Munitions aux
divers Officiers qui occupoient les dehors
de la Ville. Le même jour ceux- cy , peu
accoûtumez aux travaux de la guerre ,
envoyerent dire à Zulficar & à Youffep
Kiahia Officiers dans le Corps des
Azabs , qu'ils euffent à fortir du Caire ,
pour les venir joindre & aller enfemble
attaquer les Rebelles; ceux - cy répondirent
qu'ils ne pouvoient fortir que dans deux
ou trois jours ; on affure qu'ils fe méfient
de ceux qui ont fait cette demande , les
croyant d'intelligence avec les Rebelles .
Le premier Août , les 500. hommes en- ၂၁ ဝ .
voyez pour reconnoître les Ennemis ,
s'en retournerent épouvantez d'une ca-
* Azabs , Corps de Milice,
nonade
.
AVRIL 1730. 689
nonade dont ils furent régalez à leur approche
, ce qui les dérouta totalement.
Le même jour on vint affurer le Bey
Commandant , que les Rebelles n'avoient
tout au plus que 200. hommes de bonnes
Troupes , & 3. à 400. Arabes fort mal
équipez , ce qu'on prit grand foin de publier
pour donner du courage aux Troupes.
Le même jour il arriva au Caire un
Tartare , dépêché par un Aga de la Porte
, arrivé de Conftantinople à Damiette ,
qu'on difoit porteur de la confirmation
du Pacha deftitué. On ne voulut pas
permettre à ce Courier de voir le Pacha
toûjours prifonnier chez les Janniffaires;
le. Kiahia ou Lieutenant de ce Pacha
ayant demandé de pouvoir refter dans la
maifon qu'il occupoit auparavant , pour
avoir foin de fes femmes & de fa famille,
on le lui accorda , mais auffi - tôt qu'il y
fut entré , on lui donna des Gardes , de
forte que ce Lieutenant devint auffi
Prifonnier.
a;
Cependant l'Aga des Janniffaires , pour
calmer la Populace , fit crier par toute
la Ville que la paix & la tranquillité
étoient rétablies , qu'il n'y avoit plus rien
à craindre , & qu'on pouvoit ouvrir les
Boutiques. Mais on continua d'arrêter
tous les Bâtimens trouvez fur le Nil , pour
C v tranf
690 MERCURE DE FRANCE
tranfporter des Munitions de guerre &
de bouche à ceux qui font au bout du
vieux Caire , fur la même Riviere , pour
fervir à réduire les Rebelles.
,
Le 2. on envoya un Commandement à
Damiette pour y arrêter l'Aga , Porteur
de la confirmation du Pacha & les
6000. hommes deftinez pour aller at
taquer les Rebelles partirent. Le Procès
Verbal qu'on a coûtume de dreffer contre
le Pacha lorfqu'on le deftituë , pour envoyer
à la Porte , n'étoit pas encore fi
gné de toutes les Puiffances , mais il le
fut le 3. & on l'envoya à Conftantinople
on apprit ce jour là que les 6000. hommes
avoient fait une marche de 8. heures
confécutives , après quoi ils avoient
fait alte pour laiffer paffer les chaleurs
, & que les Rebelles attendoient
toujours de pied ferme. On apprit auffi
qu'il y avoit trois Beys du parti des Rebelles
dans la Ville , & on arrêta un homme
qui leur portoit des Provifions , mais
ayant fait inveftir la maifon indiquée ,
on ne les y trouva pas , ce qui inquiete
fort le Commandant, perfuadé qu'ils font
cachez dans cette grande Ville , où ils fomentent
les troubles .
Le 4. le bruit fe répandit que les Rebelles
en étoient venus aux mains avec
les 6000. hommes envoyez de la Ville
&
AVRIL 1730. 691
&
que ceux- cy
les avoient deffaits , &
on affure que Soliman Bey étoit mort les
armes à la main , & que Cherkes Mehemet
Bey avoit pris la fuite. Un Chef des
Arabes du parti de Zulficar , arriva en
même- temps & confirma cette nouvelle.
On crut au Caire qu'il apportoit la tête
de Soliman Bey & celle des fix autres
Grands de fon parti ; cet Arabe fut fort
bien reçû du Bey , qui lui fit prefent d'une
belle Peliffe de Samour , d'un Cheval
& d'un Village ; il fit diftribuer deux
poignées de Sequins aux Gens de fa fuite.
Sur cette nouvelle le Commandant rappella
le Bey qui étoit de garde fur la hauteur
qui domine le Château , lequel aban
donna auffi-tôt fon pofte & rentra dans
la Ville avec tous fes Gens. Le Peuple
plaignit extrémement le fort de Soliman
Bey , qui étoit adoré à cauſe de ſes bonnes
qualitez , & les Religieux Latins le
regretterent comme leur plus grand' Protecteur
dans le Pays .
Le 5. une partie des Troupes envoyées
contre les Rebelles rentra dans la Ville
avec quelques - uns des Commandans ; on
publia qu'il n'y avoit eu qu'un petit
choc , & que les Rebelles n'étant pas les:
plus forts , s'étoient retranchez entre deux
Montagnes qui les rendoient maîtres du
paffage , & on affura que Soliman Bey
692 MERCURE DE FRANCE
-1
& Cherkez étoient encore en vie & toujours
très-unis , que la prétenduë tête
qu'on avoit apportée de Soliman Bey ,
étoit celle de Marram Aly Bey , autre
Chef des Rebelles , lequel ayant eu fon
cheval tué fous lui , fut pris & eut la tête
coupée..
>
Le 6. les nouvelles varierent , on confirma
la mort de Soliman Bey , & la
deffaite des Rebelles
ajoûtant que
Cherkez Mehemet Bey , ayant été pourfuivi
, s'étoit refugié dans un Village avec
environ 400. hommes de Troupes ; làdeffus
Zulficar Bey fortit pour faire défiler
les Troupes qui étoient rentrées du
côté de ce Village pour l'inveftir & fe
rendre maître de Cherkez . Ce même jour
on amena Cara Muftapha , Chaoux des
Janniffaires , du parti des Rebelles , lequel
ayant été interrogé par le Bey Commandant
, ne daigna pas lui répondre .
Il fut conduit à l'Hôtel des Janniffaires
& interrogé par les Officiers de fon Corps,
il s'obſtina à ne vouloir rien déclarer
fur quoi on lui fit couper la tête .
Le 7. le Commandant fortit encore de
la Ville pour achever de faire repaffer la
Riviere aux Troupes commandées pour
prendre Cherkez , & en même- temps on
X fit voiturer des Munitions de guerre &
de bouche.
Le
AVRIL 1730. 693
Le 8. on continua d'affurer que SolimanBey
n'étoit pas mort, que dans la derniere
affaire qui s'eft paffée , une balle de
Moufquet ne lui avoit fait qu'éfleurer le
nez , & qu'il étoit toûjours avec Cherkez,
& en état de fe bien deffendre ; cependant
la politique des Commandans continuoit
de le faire paffer pour mort dans
le public , & l'autre Bey rencoigné dans
un Village , prêt à fe rendre ; ce qui eſt,
dit-on , bien different de la verité .
Le 9. on fit fortir le Pacha de l'Hôtel
des Janniffaires & on le renvoya dans fa
premiere maiſon , où il eft toûjours gardé ;
on continue de garder exactement les
Poftes du dedans de la Ville.
Le 10. on apprit que Cherkez s'étoit
retiré dans le Village de Manouri , fitué
dans la Behera , prefque au milieu du
chemin de Roffette à Alexandrie , &
qu'ayant fait alliance avec les Arabes de
cette Contrée , il s'étoit , pour ainfi dire ,
rendu le maître de cette Prefqu'Ifle , d'où
oncroyoit qu'il feroit difficile de le chaffer.
Le 11. le Bey Commandant , taxa toutes
les Boutiques de la Ville à un Sequin
chacune , ce qui doit lui rendre près de
vingt mille Sequins , outre cela il envoya
de temps - en-temps faire des emprunts
aux Habitans les plus aifez du Caire , ce
qui n'augmente pas la confiance , & na
link
694
MERCURE DE FRANCE
lui attire pas l'amitié du Peuple.
Le 12. on apprit que Cherkez & fes
amis avoient abandonné leurs poftes de
la Montagne , & qu'ils avoient parcouru
divers Villages de la Behere , qu'ils avoient
mis à contribution .
Le 13. Aly Bey , Commandant des Troupes
de la Ville , fut renforcé par un petit
Détachement que Zulficar lui envoya.
Ce même jour on fit la ceremonie accoûtumée
de couper le Nil, qui étoit venu
au point fixe de fa croiffance , depuis:
il a encore augmenté ; deforte que les
terres vont dans peu de temps être inondées
, ce qui pourra favorifer Cher
kez dans fa retraite , s'il a ce deffein- là.
>
Le 14. Cherkez Bey s'avança au Fioume,.
canton de la Behere , avec les Troupes
où , en chemin faifant , il fut , dit -on ,
attaqué par le Kiimakan d'un Village ,
qui lui tua une trentaine d'hommes : enfuite
de quoi il arriva au Fioume , où il
fe délaffi pendant deux jours fans être
inquieté de perfonne.
Le 15. Aly Bey envoya dire qu'il s'en
retournoit , ne fe fentant pas affez fort
pour attaquer Cherkez , qui , fuivant les
apparences , ne cherche qu'à fatiguer ceux
qui vont pour le combattre , & ce jour
là il commença d'entrer partie des Troupes
d'Aly Bey dans la Ville.
Lo
"AVRIL 1730.
695
Le 16. il arriva un Courier de la Mec
que, avec avis que la Caravane arrivetoit
dans une quinzaine de jours , il donna
auffi pour nouvelle que Mehemet Pacha
, cy-devant Pacha du Caire & preſentement
de Gedda , étoit mort à la Mecque
, en moins de trois jours , ce qu'on
affure être le motif du Voyage de Janem
Koaga à la Mecque , qui avoit , dit-on
ordre de la Porte, d'empoifonner ce Vizir.
Aly Bey arriva ce jour-là avec le refte de
fes Troupes , mais il campa dehors.
Le 17. on apprit que Cherkez Bey étoit
venu camper à deux journées du Caire
au même endroit où il avoit été ci -de-
,
vant battu , fur quoi Aly Bey envoya dire
qu'il ne vouloit plus entrer , mais qu'il
vouloit aller combattre Cherkez &
qu'on eut à lui envoyer des Troupes ; à
quoi on s'appliqua pendant toute la jour
née. On affure que la diverfion qu'avoit
fait Cherkez de courir vers Alexandrie
où les Troupes du Caire le fuivirent ,
n'étoit pas fans deffein , puifque Soliman
Bey qui avoit été bleffé dans la premiere:
Bataille s'étoit retiré dans un Village pour
fe faire guerir , & afin qu'on ne foupçonnât
rien de ce qui fe paffoit, Cherkez
avoit attiré bien loin les Troupes du Caire
& c.
· Le 18. le Kaïmakan fit appeller en plein
Divan
696 MERCURE DE FRANCE
Divan les Vizirs Aly & Uffein Qurb bigi
de Rofferte , aufquels il revêtit le Caftan
de Bey. Le Parti regnant a fait cependant
tout ce qu'il a pû pour remettre Dekir
Pacha en place ; mais celui- ci a remercié,
& delà , on conjecture avec fondement
que le Procès Verbal contre ce Pacha n'a
pas encore été envoyé à la Porte. Aly Bey
partit avec de nouvelles Troupes pour
aller combattre Cherkez ; mais on apprehende
l'inondation ne feconde pas
fon deffein. Zulficar Bey a mis la tête de
Cherkez Bey à prix , offrant de donner
dix mille fequins à ceux qui l'ameneront
en vie , & deux mille fequins à ceux qui
apporteront fa tête feulement.
que
J
Le 19. Uffein , un des nouveaux Beys,
fortit de la Ville avec 400. hommes de
Milice & alla camper hors du Vieux
Caire , fans qu'on ait fçû dans quel deffein
; les uns croyent que c'eft pour garder
les avenues , & les autres pour être
plus à portée de donner du fecours à Aly
Bey.
Le 20. on apprit que apprit que Cherkez avoit
décampé de l'endroit où il étoit , & qu'il
s'étoit mis en marche pour aller dans la
Haute Egypte , ce qui a fair refoudre Aly
Bey de s'en retourner . On affure que Cher
kez , en chemin faifant , arrête tous les
Batteaux qui tranfportent des grains au
1
Caire
AVRIL 1730. 697
Caire , & qu'il revend enfuite à fort bon
compte. Comme on ne parle en aucune
maniere plus de Soliman Bey , cela fait
croire qu'il eft effectivement mort . Uffein
Bey rentra ce jour là dans la Ville ; mais
les Troupes refterent dehors .
Le 21. les Beys & les autres Puiffances
de la Ville allerent complimenter les deux
nouveaux Beys , aufquels le Pacha n'a
pas voulu envoyer le Pavillon , fuivant
Fufage ; car quoique celui- ci foit deftitué,
il faut que le Pavillon leur foit envoyé
par
l'Homme direct du Grand - Seigneur.
On a réfolu d'envoyer les Kaïmakans dans
la Haute Egypte , chacun dans leur Village
, pour voir s'ils pourront y arriver
fans empêchement , après quoi le Bey ,
Gouverneur de cette Province , s'y rendra
auffi , mais fi au contraire les Kaïmakans
font obligés de s'en retourner , on
formera une nouvelle Thegeride ou Camp
volant pour réduire ceux qui s'oppofent.
à la tranquillité du Pays.
d'une Lettre écrite du Caire le 30.
Août 1729.
Aqui
U mois de Juin dernier , les Beys
qui s'étoient retirez au Saïdy , dans
la haute Egypte , lors de la deffaite totale
de Cherkes Mehemet Bey , arrivée en
1725. commencerent à donner des foupçons
aux Commandans du Païs , dont
Zulficar Bey eft le principal Chef , par
les intelligences qu'ils avoient dans la
Ville du Caire , ce qui fit redoubler les
attentions à chaffer ou à faire executer les
Rebelles qui reftoient dans la Ville ; ceux
qui purent éviter de perir par le Sabre
prirent le parti de s'aller joindre à ceux
de la haute Egypte , dont le nombre s'accrut
confiderablement ce qui donna
beaucoup d'inquiétude à nos Commandans
, & les détermina enfin à envoyer
un Corps de 3000. hommes pour tâcher
de les réduire , ou de les difperfer.
,
Ceux de la haute Egypte ne s'endormirent
pas de leur côté, ils s'étoient précautionnez
long- temps auparavant en fe
joignant aux Arabes , dont un des Beys.
Rebelles avoit époufé une Princeffe , fille
d'un des principaux Emirs de cette Nation,
AVRIL. 1730. 683
A
tion , ce qui leur donna le courage de
s'opposer au Corps de Troupes dont on
vient de parler. Le 5. Juillet dernier , co
Corps commença à fe mettre en marche.
Les Rebelles marcherent prefque en même
temps , ils fe rencontrerent bientôt ,
& camperent les uns devant les autres
fans coup ferir.
Quelquesjours après , Soliman Bey, Chef
des Rebelles , envoya dire à Ofman Bey ,
Commandant des Troupes du Caire , qu'il
n'étoit pas bien aife de combattre contre
Les freres , que la Religion Mufulmane ,
dont ils étoient tous , le lui deffendoit
ce qui ayant été pris par Ofman Bey pour
une marque de foibleffe , il fe détermina
au combat qui fut donné le 13. Juillet ,
mais il eut le malheur d'y fuccomber avec
le plus grand nombre des fiens , dont
plus de 350. pafferent du côté des Rebelles.
Dans la mêlée Soliman Bey atteignit
Ofman Bey d'un coup de Lance , &
s'en rendit enfuite bientôt le maître ; il
lui reprocha fes cruautez & les mauvaiſes
manieres que ceux de fon parti avoient
eues avec lui , après quoi il lui coupa luimême
la tête d'un coup de Sabre. Les
autres Beys & ceux qui font échapez
dont le nombre eft fort petit , font prefque
tous bleffez , celui des morts eft trèsconfiderable.
Cij Deux
684 MERCURE DE FRANCE
Deux jours après cette défaite , Cherkez
Mehemet Bey ,qui étoit fugitif depuis fa
déroute de 1725. rentra dans le Royaume
& joignit les Beys du Saïdy , ce qui a
beaucoup renforcé ce Parti ; ayant fait
cette jonction à la tête de 400. Maugre
bins ou Africains de Barbarie , ce renfort
fit prendre la réfolution aux Beys d'écrire
à ceux du Caire , qu'ils euffent à ne
plus envoyer de Troupes contre eux ,
étant bien réfolus d'aller au-devant pour
les combattre , ce qui obligea les Beys.
du Caire à prendre mieux leurs meſures,
ne doutant pas fur cette fierté qu'il n'y
eût dans la Ville quelqu'un qui les trahiffoit.
Ils ne furent pas long- temps à décou
vrir que c'étoit le Pacha d'Egypte lui ,
même , qui abufant de l'autorité dont il
eft revêtu , favorifoit les Rebelles , furquoi
ils s'affemblerent & prirent la réſolution
de le deftituer , ce qu'ils executerent
de cette maniere le 19. Juillet. Tous
les Beys & autres Puiffances du Pays ,
s'étant affemblez à Carameidam , * ils
firent prier le Pacha d'y venir pour conferer
enfemble fur les moyens de faire
cefler les troubles caufez par les Rebel
les ; le Pacha fe rendit à l'Affemblée ;
mais il n'y fut pas plutôt arrivé qu'on
* La Place Noire lieu oùse font les Executions:
lui
AVRIL 1730. 683
lui déclara la réſolution qu'on venoit de
prendre de le deftituer , ce qui fut executé
fur le champ ; il n'en parut point ému ,
on croit même qu'il n'eft pas fâché de
cette deftitution dans les conjonctures prefentes
. Cependant le Pacha affectant toûtjours
un air tranquille , s'adreffa au Tefterdar
ou Tréforier General , préſent à
cette Aſſemblée , à qui il dit , c'eſt donc
à vous à être Kaimakan ou Lieutenant
General du Gouvernement , ce que celuicy
refufa. Alors Zulficar Bey , qui eſt tout
puiffant dans le Parti , dit qu'ils avoient
réfolu d'élire MehemetBey, fils deDervich
Bey pour Kaimakan,à quoi lePacha confentit
; il lui vétitleCaftant ouRobe d'honneur
& lui fit prefent d'une belle Vefte doublée
d'une riche Peau , après quoi le Pacha fe
retira dans la maifon qu'on lui avoit préparée
, où il doit refter fous bonne garde,
en attendant les ordres de la Porte ; il
a reçû depuis bien des mortifications
de la des Puiffances du Pays , jufqu'à
confentir qu'on coupât la tête à trois de
fes Gens , qui étoient ſuſpects au Parti
dominant.
part
Au refte , cette deftitution a fait un
grand changement dans le Pays , ceux.de
la Ville en paroiffent plus tranquilles ,
& ceux de la Campagne ne remuent plus
eependant les Beys d'ici préparent un
Ciij Corps
686 MERCURE DE FRANCE
Corps de 6000. hommes pour l'envoyer
contre les Rebelles , qu'on dit s'être
retranchez dans la haute Egypte , attendant
de pied ferme ceux qui doivent aller
les attaquer. On ne le pourra que par eau,
car nous fommes dans le temps de la
croiffance du Nil . Comme ces Comman
dans ont épuisé leurs fonds , & que pour
la continuation de la guerre , la folde des
6000. hommes & les autres dépenses , il
leur faut plus d'un million cinq cens mille
livres , ils tyrannifent le Peuple & taxent
tous les Marchands , ce qui fait crier hautement
contre leur Gouvernement.
Le 28. nous apprîmes qu'un Corps des
Rebelles s'étoit avancé jufqu'à deux journées
du Caire ; à cette nouvelle on s'affembla
& on confia les poftes du dehors
de la Ville à divers Seigneurs , qui avec
leurs Troupes , fe chargerent de les garder
, & comme on eft toûjouts perfuadé
que le Pacha favorife les Rebelles ,
on
alla lui ordonner de la part des Commandans
, de fortir de fa demeure pour
être conduit à la Prifon de Jofeph , fituée
dans le Château ; c'eft le lieu ordinaire
où l'on execute les Pachas lorsqu'il y a
des ordres de la Porte pour les faire mourir.
Le Pacha parut confterné, & dit qu'il
n'avoit rien fait qui méritât la mort , mais
que fi on devoit l'executer , il falloit
que
AVRIL 1730. 687
que ce fût à la porte de l'Hôtel des Jan- ,
niffaires , comme étant de leur Corps ; il
y fut conduit fur le chimp ; Zulficar Bey
ordonna qu'il y refteroit fous la garde..
d'un Bey ; dès que ce Bey fut arrivé à la
porte des Jannillaires pour y executer les ,
ordres de Zulficar , l'un des anciens Kia- :
hias ou Lieutenans des Janniffaires , fe
leva & dit en s'adreffant à tout le Corps ,
permettrez vous , mes freres , qu'on nous
faffe un tel affront , & ne fommes- nous
pas affez puiffants pour garder nous- mê- ,
mes un Pacha ; ces paroles prononcées :
avec force par un ancien Oficier du
Corps , firent une telle impreffion qu'on
envoya dire fur le champ au Bey de fe
retirer, ce que celui- cy nè fè fit pas dire .
deux fois.
qu'il
Le 29. Zulficar fit fortir toutes fes fem
mes de fa maiſon & tout ce qu'il avoit
de plus précieux , & fit travailler à des
affuts deCanon pour pouvoir monter ceux
avoit fait venir d'Alexandrie des
deux Barques Tripolines qu'il avoit confifquées
, & fait vendre à l'enchere , fur
ce que ceux de Tripoly avoient donné
retraite à Cherkez Mehemet Bey. On ne
put rien apprendre des Rebelles de tout
ce jour là , tous les poftes du dehors continuant
à être gardez .
Le 30. il partit d'ici un détachement
Ciiij de
688 MERCURE DE FRANCE
de 5oo. hommes , commandez par un
Bey , pour aller reconnoître les ennemis ,
qu'on affuroit n'être plus qu'à deux journées
d'ici , & en même- temps un autre
Bey alla fe pofter avec des Troupes &
des Canons fur une élévation qui commande
le Château & une partie de la
Ville ; les poftes continuerent à être exactement
gardez .
›
Le 31. il y eut une petite allarme aur
fujet des 5oo. hommes qu'on avoit envoyez
pour reconnoître les Ennemis , on
affuroit qu'ils avoient été battus & taillez
en pieces ; cependant on continua à envoyer
des Troupes & des Munitions aux
divers Officiers qui occupoient les dehors
de la Ville. Le même jour ceux- cy , peu
accoûtumez aux travaux de la guerre ,
envoyerent dire à Zulficar & à Youffep
Kiahia Officiers dans le Corps des
Azabs , qu'ils euffent à fortir du Caire ,
pour les venir joindre & aller enfemble
attaquer les Rebelles; ceux - cy répondirent
qu'ils ne pouvoient fortir que dans deux
ou trois jours ; on affure qu'ils fe méfient
de ceux qui ont fait cette demande , les
croyant d'intelligence avec les Rebelles .
Le premier Août , les 500. hommes en- ၂၁ ဝ .
voyez pour reconnoître les Ennemis ,
s'en retournerent épouvantez d'une ca-
* Azabs , Corps de Milice,
nonade
.
AVRIL 1730. 689
nonade dont ils furent régalez à leur approche
, ce qui les dérouta totalement.
Le même jour on vint affurer le Bey
Commandant , que les Rebelles n'avoient
tout au plus que 200. hommes de bonnes
Troupes , & 3. à 400. Arabes fort mal
équipez , ce qu'on prit grand foin de publier
pour donner du courage aux Troupes.
Le même jour il arriva au Caire un
Tartare , dépêché par un Aga de la Porte
, arrivé de Conftantinople à Damiette ,
qu'on difoit porteur de la confirmation
du Pacha deftitué. On ne voulut pas
permettre à ce Courier de voir le Pacha
toûjours prifonnier chez les Janniffaires;
le. Kiahia ou Lieutenant de ce Pacha
ayant demandé de pouvoir refter dans la
maifon qu'il occupoit auparavant , pour
avoir foin de fes femmes & de fa famille,
on le lui accorda , mais auffi - tôt qu'il y
fut entré , on lui donna des Gardes , de
forte que ce Lieutenant devint auffi
Prifonnier.
a;
Cependant l'Aga des Janniffaires , pour
calmer la Populace , fit crier par toute
la Ville que la paix & la tranquillité
étoient rétablies , qu'il n'y avoit plus rien
à craindre , & qu'on pouvoit ouvrir les
Boutiques. Mais on continua d'arrêter
tous les Bâtimens trouvez fur le Nil , pour
C v tranf
690 MERCURE DE FRANCE
tranfporter des Munitions de guerre &
de bouche à ceux qui font au bout du
vieux Caire , fur la même Riviere , pour
fervir à réduire les Rebelles.
,
Le 2. on envoya un Commandement à
Damiette pour y arrêter l'Aga , Porteur
de la confirmation du Pacha & les
6000. hommes deftinez pour aller at
taquer les Rebelles partirent. Le Procès
Verbal qu'on a coûtume de dreffer contre
le Pacha lorfqu'on le deftituë , pour envoyer
à la Porte , n'étoit pas encore fi
gné de toutes les Puiffances , mais il le
fut le 3. & on l'envoya à Conftantinople
on apprit ce jour là que les 6000. hommes
avoient fait une marche de 8. heures
confécutives , après quoi ils avoient
fait alte pour laiffer paffer les chaleurs
, & que les Rebelles attendoient
toujours de pied ferme. On apprit auffi
qu'il y avoit trois Beys du parti des Rebelles
dans la Ville , & on arrêta un homme
qui leur portoit des Provifions , mais
ayant fait inveftir la maifon indiquée ,
on ne les y trouva pas , ce qui inquiete
fort le Commandant, perfuadé qu'ils font
cachez dans cette grande Ville , où ils fomentent
les troubles .
Le 4. le bruit fe répandit que les Rebelles
en étoient venus aux mains avec
les 6000. hommes envoyez de la Ville
&
AVRIL 1730. 691
&
que ceux- cy
les avoient deffaits , &
on affure que Soliman Bey étoit mort les
armes à la main , & que Cherkes Mehemet
Bey avoit pris la fuite. Un Chef des
Arabes du parti de Zulficar , arriva en
même- temps & confirma cette nouvelle.
On crut au Caire qu'il apportoit la tête
de Soliman Bey & celle des fix autres
Grands de fon parti ; cet Arabe fut fort
bien reçû du Bey , qui lui fit prefent d'une
belle Peliffe de Samour , d'un Cheval
& d'un Village ; il fit diftribuer deux
poignées de Sequins aux Gens de fa fuite.
Sur cette nouvelle le Commandant rappella
le Bey qui étoit de garde fur la hauteur
qui domine le Château , lequel aban
donna auffi-tôt fon pofte & rentra dans
la Ville avec tous fes Gens. Le Peuple
plaignit extrémement le fort de Soliman
Bey , qui étoit adoré à cauſe de ſes bonnes
qualitez , & les Religieux Latins le
regretterent comme leur plus grand' Protecteur
dans le Pays .
Le 5. une partie des Troupes envoyées
contre les Rebelles rentra dans la Ville
avec quelques - uns des Commandans ; on
publia qu'il n'y avoit eu qu'un petit
choc , & que les Rebelles n'étant pas les:
plus forts , s'étoient retranchez entre deux
Montagnes qui les rendoient maîtres du
paffage , & on affura que Soliman Bey
692 MERCURE DE FRANCE
-1
& Cherkez étoient encore en vie & toujours
très-unis , que la prétenduë tête
qu'on avoit apportée de Soliman Bey ,
étoit celle de Marram Aly Bey , autre
Chef des Rebelles , lequel ayant eu fon
cheval tué fous lui , fut pris & eut la tête
coupée..
>
Le 6. les nouvelles varierent , on confirma
la mort de Soliman Bey , & la
deffaite des Rebelles
ajoûtant que
Cherkez Mehemet Bey , ayant été pourfuivi
, s'étoit refugié dans un Village avec
environ 400. hommes de Troupes ; làdeffus
Zulficar Bey fortit pour faire défiler
les Troupes qui étoient rentrées du
côté de ce Village pour l'inveftir & fe
rendre maître de Cherkez . Ce même jour
on amena Cara Muftapha , Chaoux des
Janniffaires , du parti des Rebelles , lequel
ayant été interrogé par le Bey Commandant
, ne daigna pas lui répondre .
Il fut conduit à l'Hôtel des Janniffaires
& interrogé par les Officiers de fon Corps,
il s'obſtina à ne vouloir rien déclarer
fur quoi on lui fit couper la tête .
Le 7. le Commandant fortit encore de
la Ville pour achever de faire repaffer la
Riviere aux Troupes commandées pour
prendre Cherkez , & en même- temps on
X fit voiturer des Munitions de guerre &
de bouche.
Le
AVRIL 1730. 693
Le 8. on continua d'affurer que SolimanBey
n'étoit pas mort, que dans la derniere
affaire qui s'eft paffée , une balle de
Moufquet ne lui avoit fait qu'éfleurer le
nez , & qu'il étoit toûjours avec Cherkez,
& en état de fe bien deffendre ; cependant
la politique des Commandans continuoit
de le faire paffer pour mort dans
le public , & l'autre Bey rencoigné dans
un Village , prêt à fe rendre ; ce qui eſt,
dit-on , bien different de la verité .
Le 9. on fit fortir le Pacha de l'Hôtel
des Janniffaires & on le renvoya dans fa
premiere maiſon , où il eft toûjours gardé ;
on continue de garder exactement les
Poftes du dedans de la Ville.
Le 10. on apprit que Cherkez s'étoit
retiré dans le Village de Manouri , fitué
dans la Behera , prefque au milieu du
chemin de Roffette à Alexandrie , &
qu'ayant fait alliance avec les Arabes de
cette Contrée , il s'étoit , pour ainfi dire ,
rendu le maître de cette Prefqu'Ifle , d'où
oncroyoit qu'il feroit difficile de le chaffer.
Le 11. le Bey Commandant , taxa toutes
les Boutiques de la Ville à un Sequin
chacune , ce qui doit lui rendre près de
vingt mille Sequins , outre cela il envoya
de temps - en-temps faire des emprunts
aux Habitans les plus aifez du Caire , ce
qui n'augmente pas la confiance , & na
link
694
MERCURE DE FRANCE
lui attire pas l'amitié du Peuple.
Le 12. on apprit que Cherkez & fes
amis avoient abandonné leurs poftes de
la Montagne , & qu'ils avoient parcouru
divers Villages de la Behere , qu'ils avoient
mis à contribution .
Le 13. Aly Bey , Commandant des Troupes
de la Ville , fut renforcé par un petit
Détachement que Zulficar lui envoya.
Ce même jour on fit la ceremonie accoûtumée
de couper le Nil, qui étoit venu
au point fixe de fa croiffance , depuis:
il a encore augmenté ; deforte que les
terres vont dans peu de temps être inondées
, ce qui pourra favorifer Cher
kez dans fa retraite , s'il a ce deffein- là.
>
Le 14. Cherkez Bey s'avança au Fioume,.
canton de la Behere , avec les Troupes
où , en chemin faifant , il fut , dit -on ,
attaqué par le Kiimakan d'un Village ,
qui lui tua une trentaine d'hommes : enfuite
de quoi il arriva au Fioume , où il
fe délaffi pendant deux jours fans être
inquieté de perfonne.
Le 15. Aly Bey envoya dire qu'il s'en
retournoit , ne fe fentant pas affez fort
pour attaquer Cherkez , qui , fuivant les
apparences , ne cherche qu'à fatiguer ceux
qui vont pour le combattre , & ce jour
là il commença d'entrer partie des Troupes
d'Aly Bey dans la Ville.
Lo
"AVRIL 1730.
695
Le 16. il arriva un Courier de la Mec
que, avec avis que la Caravane arrivetoit
dans une quinzaine de jours , il donna
auffi pour nouvelle que Mehemet Pacha
, cy-devant Pacha du Caire & preſentement
de Gedda , étoit mort à la Mecque
, en moins de trois jours , ce qu'on
affure être le motif du Voyage de Janem
Koaga à la Mecque , qui avoit , dit-on
ordre de la Porte, d'empoifonner ce Vizir.
Aly Bey arriva ce jour-là avec le refte de
fes Troupes , mais il campa dehors.
Le 17. on apprit que Cherkez Bey étoit
venu camper à deux journées du Caire
au même endroit où il avoit été ci -de-
,
vant battu , fur quoi Aly Bey envoya dire
qu'il ne vouloit plus entrer , mais qu'il
vouloit aller combattre Cherkez &
qu'on eut à lui envoyer des Troupes ; à
quoi on s'appliqua pendant toute la jour
née. On affure que la diverfion qu'avoit
fait Cherkez de courir vers Alexandrie
où les Troupes du Caire le fuivirent ,
n'étoit pas fans deffein , puifque Soliman
Bey qui avoit été bleffé dans la premiere:
Bataille s'étoit retiré dans un Village pour
fe faire guerir , & afin qu'on ne foupçonnât
rien de ce qui fe paffoit, Cherkez
avoit attiré bien loin les Troupes du Caire
& c.
· Le 18. le Kaïmakan fit appeller en plein
Divan
696 MERCURE DE FRANCE
Divan les Vizirs Aly & Uffein Qurb bigi
de Rofferte , aufquels il revêtit le Caftan
de Bey. Le Parti regnant a fait cependant
tout ce qu'il a pû pour remettre Dekir
Pacha en place ; mais celui- ci a remercié,
& delà , on conjecture avec fondement
que le Procès Verbal contre ce Pacha n'a
pas encore été envoyé à la Porte. Aly Bey
partit avec de nouvelles Troupes pour
aller combattre Cherkez ; mais on apprehende
l'inondation ne feconde pas
fon deffein. Zulficar Bey a mis la tête de
Cherkez Bey à prix , offrant de donner
dix mille fequins à ceux qui l'ameneront
en vie , & deux mille fequins à ceux qui
apporteront fa tête feulement.
que
J
Le 19. Uffein , un des nouveaux Beys,
fortit de la Ville avec 400. hommes de
Milice & alla camper hors du Vieux
Caire , fans qu'on ait fçû dans quel deffein
; les uns croyent que c'eft pour garder
les avenues , & les autres pour être
plus à portée de donner du fecours à Aly
Bey.
Le 20. on apprit que apprit que Cherkez avoit
décampé de l'endroit où il étoit , & qu'il
s'étoit mis en marche pour aller dans la
Haute Egypte , ce qui a fair refoudre Aly
Bey de s'en retourner . On affure que Cher
kez , en chemin faifant , arrête tous les
Batteaux qui tranfportent des grains au
1
Caire
AVRIL 1730. 697
Caire , & qu'il revend enfuite à fort bon
compte. Comme on ne parle en aucune
maniere plus de Soliman Bey , cela fait
croire qu'il eft effectivement mort . Uffein
Bey rentra ce jour là dans la Ville ; mais
les Troupes refterent dehors .
Le 21. les Beys & les autres Puiffances
de la Ville allerent complimenter les deux
nouveaux Beys , aufquels le Pacha n'a
pas voulu envoyer le Pavillon , fuivant
Fufage ; car quoique celui- ci foit deftitué,
il faut que le Pavillon leur foit envoyé
par
l'Homme direct du Grand - Seigneur.
On a réfolu d'envoyer les Kaïmakans dans
la Haute Egypte , chacun dans leur Village
, pour voir s'ils pourront y arriver
fans empêchement , après quoi le Bey ,
Gouverneur de cette Province , s'y rendra
auffi , mais fi au contraire les Kaïmakans
font obligés de s'en retourner , on
formera une nouvelle Thegeride ou Camp
volant pour réduire ceux qui s'oppofent.
à la tranquillité du Pays.
Fermer
Résumé : SUITE des Troubles d'Egypte. Extrait d'une Lettre écrite du Caire le 30. Août 1729.
En août 1729, les beys retirés au Saïdy en Haute-Égypte, après la défaite de Cherkes Mehemet Bey en 1725, commencèrent à susciter des soupçons parmi les commandants du Caire, notamment Zulficar Bey. Les rebelles restants dans la ville furent soit chassés, soit exécutés, beaucoup rejoignant les rebelles en Haute-Égypte. En juillet 1730, un corps de 3 000 hommes fut envoyé pour les réduire, mais les rebelles, alliés aux Arabes, résistèrent. Le 13 juillet, après un refus de combat de Soliman Bey, chef des rebelles, une bataille éclata. Ofman Bey, commandant des troupes du Caire, fut tué par Soliman Bey, qui lui reprocha ses cruautés avant de lui couper la tête. Cette défaite renforça les rebelles avec le retour de Cherkes Mehemet Bey et un renfort de 400 Maugrebins. Les beys du Caire découvrirent que le Pacha d'Égypte favorisait les rebelles et le destituèrent le 19 juillet. Mehemet Bey, fils de Dervich Bey, fut nommé lieutenant général. Malgré cette destitution, les troubles continuèrent. Les beys préparèrent un corps de 6 000 hommes pour attaquer les rebelles retranchés en Haute-Égypte. Le Pacha, emprisonné, subissait des mortifications. Les commandants, manquant de fonds, tyrannisaient le peuple pour financer la guerre. Le 28 août, des rebelles approchèrent du Caire, renforçant les mesures de sécurité. Le Pacha fut transféré en prison, mais les Jannissaires refusèrent de le garder, le considérant comme l'un des leurs. Zulficar Bey renforça les défenses de la ville. Le 31 août, une alarme fut déclenchée par une attaque sur les éclaireurs. Les commandants continuèrent à envoyer des troupes et des munitions. Le 1er août, les éclaireurs revinrent épouvantés par une embuscade. Les nouvelles sur la situation des rebelles variaient, mais les commandants restaient vigilants. Le 5 août, une partie des troupes rentra au Caire, affirmant une résistance des rebelles. Le 6 août, la mort de Soliman Bey fut confirmée, et Cherkes Mehemet Bey se réfugia dans un village. Zulficar Bey préparait une nouvelle offensive. Du 6 au 21 avril 1730, plusieurs événements marquants se déroulèrent au Caire et dans ses environs. Cara Muftapha, un chef rebelle, fut exécuté après avoir refusé de répondre aux interrogatoires. Le commandant de la ville continua de renforcer les troupes et de préparer des munitions pour affronter Cherkez. Des rumeurs circulaient sur la mort de Soliman Bey, bien que la politique officielle le déclarât mort, des informations suggéraient qu'il était toujours en vie et prêt à se défendre. Cherkez se retira dans le village de Manouri, s'alliant avec les Arabes locaux pour contrôler la région. Le commandant de la ville imposa une taxe sur les boutiques et fit des emprunts auprès des habitants. Cherkez et ses alliés pillèrent divers villages de la Behere. Aly Bey, commandant des troupes, fut renforcé et participa à la cérémonie de la coupe du Nil. Cherkez attaqua le Fioume et se délasça sans être inquiété. Aly Bey, jugeant ses forces insuffisantes, décida de ne pas attaquer Cherkez. Un courrier de La Mecque annonça la mort de Mehemet Pacha et l'arrivée imminente de la caravane. Aly Bey et Uffein Qurb bigi furent nommés Beys, et Aly Bey partit combattre Cherkez, bien que l'inondation puisse entraver ses plans. Uffein sortit de la ville avec des milices, et Cherkez se déplaça vers la Haute Égypte, interrompant le transport de grains vers Le Caire. Les Beys et autres autorités complimentèrent les nouveaux Beys, et des préparatifs furent faits pour envoyer des Kaïmakans en Haute Égypte afin de rétablir l'ordre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
664
p. 697-702
Autres Lettres de Constantinople du 15. & 28 Novembre 1729.
Début :
Le Kam de Tartarie est entré dans la Crimée sans aucune opposition, les [...]
Mots clefs :
Chah, Troupes, Turcs, Perse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres Lettres de Constantinople du 15. & 28 Novembre 1729.
Autres Lettres de Conftantinople du 15. &
28 Novembre 1729 .
E Kam de Tartarie eft entré dans la
Crimée fans aucune oppofition , les
fils de Dely Sultan n'ayant pas trouvé les
Peuples difpofés à favoriler les vûës qu'ils
avoieng
698 MERCURE DE FRANCE
avoient de venger la mort de leur pere.
On affure que la tranquillité eft parfaitement
rétablie dans ce Pays là.
Les troubles continuent en Egypte . II .
y a eu plufieurs Combaez entre quelques
Détachemens des Troupes de Zulficar &
celles de Cherkés Beys ; mais il n'y en a
eu aucun de decifif. Zulficar eft Maître au.
Caire , & Cherkez Bey fe tient dans le
Saïdy , Province de la Haute Egypte.
Le Grand- Seigneur ayant été informé.
que Zulficar avoit fait dépofer Bekir Pacha
, qui étoit Pacha du Caire , y a nom
mé Abdoula Pacha , de la famille des Cuprulis
, pour le remplacer ; mais ce nouveau
Pacha étant arrivé au Caire , Zulfiear
& les autres Grands du Pays n'ont pas
voulu le reconnoître ; on dit auffi que ce
Gouverneur ayant trouvé cette Province
dans la confufion , & jugé qu'il ne feroir
pas facile de s'y maintenir,à moins de voufoir
fuivre aveuglement les volontés de
Zulficar , avoit écrit à la Porte pour être
difpenfé d'accepter ce Pachalik .
L'autorité du G. S. n'a jamais été bien
établie en Egypte ; mais il paroit qu'elle
y eft encore plus affoiblie dans la conjonctu
repréfente.Tous les Turcs qui arrivent
au Caire , venant de Conftantinople , y
font regardés de mauvais cil ; on affure
même qu'on ne les Y laiffe pas libres >
&
AVRIL. 1730. 699
& qu'on leur donne des Gardes. Il eft cer
tain que le G. S. n'eft pas fans inquiétude
fur ce qui fe paffe dans ce Pays là , & il
a été tenu plufieurs Conferences à ce fujet
par les Miniftres de la Porte , aufquelles
on a fait affifter les perfonnes les
plus confiderables de l'Empire , pour les
confulter fur les expediens que l'on crois
roit les plus convenables ; mais on prétend
qu'il n'y a été pris aucune réſolu¬
tion.
La Perle ne jouit pas d'une plus grande
tranquillité que l'Egypte par les derniers
avis qu'on en a reçû. On a appris qu'il y
avoit eu deux Batailles données entre
Acheraf Kam & Schah Thamas , & qu'Acheraf
qui commandoit fon Armée à la
derniere les avoit perdues toutes deux ,
ce qui avoit diminué confiderablement
fes Troupes ; on affure même qu'il ne lui
fera pas poffible de les rétablir , ayant
entierement aliené les Perfans par les
cruautés qu'il a exercées contr'eux , &
ne pouvant faire venir des Troupes de la
Province de Candahar par la difficulté
des paffages , & parceque le frere de Mi.
ri-Mahmoud s'eft rendu Maître de cette
Province ; on ne doute pas que fi Schah
Thamas fçait profiter de la fituation où
fe trouve Acheraf qui a été obligé de s'en.
fuir du côté d'Amadam , il ne fe rende
bientôt
700 MERCURE DE FRANCE
bientôt maître d'Ifpaham , & qu'il ne
chaffe Acheraf du Royaume de Perfe .
Quoique la Porte eut fait des honneur's
infinis à l'Ambaffadeur d'Acheraf , &
qu'elle eut paru ne faire que peu de cas
de celui de Schah Thamas lors de fon
arrivée à Conftantinople , on s'apperçoit
depuis les dernieres nouvelles venues de
Perfe que les difpofitions des Miniftres
de la Porte font changées à l'égard
de ce dernier , qu'ils ont de grandes
attentions pour lui , & lui donnant dans
łe Public bien des applaudiffemens fur
fon caractere & fur fon génie , ce qui perfuade
qu'ils fe détacheront infenfiblement
d'Acheraf ; & qu'après avoir pris le parti
d'affifter indirectement Schah Thamas
dans les commencemens , ils fe détermi
neront à lui donner des fecours ouvertement
dans la fuite.
Un frere Bâtard de Schah Thamas qui
vient auffi difputer la Couronne de Perfe
s'étoit avancé jufqu'à Bagdat dans l'intention
de venir demander du fecours au
G. S. pour l'execution de fon projet ; il
lui avoit été mandé de refter à Bagdat juf
qu'à nouvel ordre ; on prétend qu'il lui
a été permis enfuite de venir à Conftantinople
, & qu'il y doit arriver inceffamment.
Les Turcs fe font déterminés à l'y
attirer , en vûë de contenir par là Schah
Thamas
AVRIL. 1730. 701
Thamas , & pour le réduire plus facilement
à executer le Traité de partage fait
par la médiation du Roi entre les Turcs
& les Mofcovites , les differends furvenus
fur les frontieres de Perfe , entre les
Turcs & les Mofcovites n'ont eu juſqu'à
prefent aucunes fuites d'un certain éclat;
mais on a lieu de croire que leur aigreur
n'eft pas éteinte , fur- tout de la part
des
Turcs qui ont été traités avec beaucoup
de hauteur par les Mofcovites. On attend
avec impatience le retour de l'Aga envoyé
à Molcou , pour fçavoir le traitement
qui lui aura été fait par le Czar ,
& la fatisfaction qu'il aura reçûë de ce
Prince , fur les plaintes qu'il avoit été
lui porter des violences exercées par fes
Troupes,
t
Il y a des gens qui prétendent que cet
Aga eft revenu depuis quelques jours , &
qu'on le fait refter caché à Coftantinople ,
afin de lui donner des inftructions fur
la maniere dont les Miniftres de la Porte
trouveront à propos qu'il s'explique au
fujet du voyage qu'il vient de faire . Si le
Vizir fuivoit les mouvemens du Peuple ,
les Turcs feroient bientôt en guerre avec
les Mofcovites ; mais il paroît être dans
des difpofitions oppofées.
Par les Lettres arrivées aujourd'hui 28 .
Novembre de Perfe , on apprend que
Schab
702 MERCURE DE FRANCE
Schah Thamas dont les Troupes ont été
groffies par les fecours qu'il a reçus de
Mofcovie , s'eft rendu maître de Cafbin,
qu'Acheraf s'eft retiré dans les Montagnes
avec ce qui lui refte de Troupes , & qu'il
ne peut pas même fe jetter dans Ifpaham,
dont on dit que les chemins lui ont été
coupez par Schah Thamas. On ajoûte
que la Porte fait marcher beaucoup de
Troupes fur les Frontieres de Perfe fans
qu'on fçache encore à quoi elles font deftinées
, & quel fera le parti que prendra
le Grand-Seigneur.
28 Novembre 1729 .
E Kam de Tartarie eft entré dans la
Crimée fans aucune oppofition , les
fils de Dely Sultan n'ayant pas trouvé les
Peuples difpofés à favoriler les vûës qu'ils
avoieng
698 MERCURE DE FRANCE
avoient de venger la mort de leur pere.
On affure que la tranquillité eft parfaitement
rétablie dans ce Pays là.
Les troubles continuent en Egypte . II .
y a eu plufieurs Combaez entre quelques
Détachemens des Troupes de Zulficar &
celles de Cherkés Beys ; mais il n'y en a
eu aucun de decifif. Zulficar eft Maître au.
Caire , & Cherkez Bey fe tient dans le
Saïdy , Province de la Haute Egypte.
Le Grand- Seigneur ayant été informé.
que Zulficar avoit fait dépofer Bekir Pacha
, qui étoit Pacha du Caire , y a nom
mé Abdoula Pacha , de la famille des Cuprulis
, pour le remplacer ; mais ce nouveau
Pacha étant arrivé au Caire , Zulfiear
& les autres Grands du Pays n'ont pas
voulu le reconnoître ; on dit auffi que ce
Gouverneur ayant trouvé cette Province
dans la confufion , & jugé qu'il ne feroir
pas facile de s'y maintenir,à moins de voufoir
fuivre aveuglement les volontés de
Zulficar , avoit écrit à la Porte pour être
difpenfé d'accepter ce Pachalik .
L'autorité du G. S. n'a jamais été bien
établie en Egypte ; mais il paroit qu'elle
y eft encore plus affoiblie dans la conjonctu
repréfente.Tous les Turcs qui arrivent
au Caire , venant de Conftantinople , y
font regardés de mauvais cil ; on affure
même qu'on ne les Y laiffe pas libres >
&
AVRIL. 1730. 699
& qu'on leur donne des Gardes. Il eft cer
tain que le G. S. n'eft pas fans inquiétude
fur ce qui fe paffe dans ce Pays là , & il
a été tenu plufieurs Conferences à ce fujet
par les Miniftres de la Porte , aufquelles
on a fait affifter les perfonnes les
plus confiderables de l'Empire , pour les
confulter fur les expediens que l'on crois
roit les plus convenables ; mais on prétend
qu'il n'y a été pris aucune réſolu¬
tion.
La Perle ne jouit pas d'une plus grande
tranquillité que l'Egypte par les derniers
avis qu'on en a reçû. On a appris qu'il y
avoit eu deux Batailles données entre
Acheraf Kam & Schah Thamas , & qu'Acheraf
qui commandoit fon Armée à la
derniere les avoit perdues toutes deux ,
ce qui avoit diminué confiderablement
fes Troupes ; on affure même qu'il ne lui
fera pas poffible de les rétablir , ayant
entierement aliené les Perfans par les
cruautés qu'il a exercées contr'eux , &
ne pouvant faire venir des Troupes de la
Province de Candahar par la difficulté
des paffages , & parceque le frere de Mi.
ri-Mahmoud s'eft rendu Maître de cette
Province ; on ne doute pas que fi Schah
Thamas fçait profiter de la fituation où
fe trouve Acheraf qui a été obligé de s'en.
fuir du côté d'Amadam , il ne fe rende
bientôt
700 MERCURE DE FRANCE
bientôt maître d'Ifpaham , & qu'il ne
chaffe Acheraf du Royaume de Perfe .
Quoique la Porte eut fait des honneur's
infinis à l'Ambaffadeur d'Acheraf , &
qu'elle eut paru ne faire que peu de cas
de celui de Schah Thamas lors de fon
arrivée à Conftantinople , on s'apperçoit
depuis les dernieres nouvelles venues de
Perfe que les difpofitions des Miniftres
de la Porte font changées à l'égard
de ce dernier , qu'ils ont de grandes
attentions pour lui , & lui donnant dans
łe Public bien des applaudiffemens fur
fon caractere & fur fon génie , ce qui perfuade
qu'ils fe détacheront infenfiblement
d'Acheraf ; & qu'après avoir pris le parti
d'affifter indirectement Schah Thamas
dans les commencemens , ils fe détermi
neront à lui donner des fecours ouvertement
dans la fuite.
Un frere Bâtard de Schah Thamas qui
vient auffi difputer la Couronne de Perfe
s'étoit avancé jufqu'à Bagdat dans l'intention
de venir demander du fecours au
G. S. pour l'execution de fon projet ; il
lui avoit été mandé de refter à Bagdat juf
qu'à nouvel ordre ; on prétend qu'il lui
a été permis enfuite de venir à Conftantinople
, & qu'il y doit arriver inceffamment.
Les Turcs fe font déterminés à l'y
attirer , en vûë de contenir par là Schah
Thamas
AVRIL. 1730. 701
Thamas , & pour le réduire plus facilement
à executer le Traité de partage fait
par la médiation du Roi entre les Turcs
& les Mofcovites , les differends furvenus
fur les frontieres de Perfe , entre les
Turcs & les Mofcovites n'ont eu juſqu'à
prefent aucunes fuites d'un certain éclat;
mais on a lieu de croire que leur aigreur
n'eft pas éteinte , fur- tout de la part
des
Turcs qui ont été traités avec beaucoup
de hauteur par les Mofcovites. On attend
avec impatience le retour de l'Aga envoyé
à Molcou , pour fçavoir le traitement
qui lui aura été fait par le Czar ,
& la fatisfaction qu'il aura reçûë de ce
Prince , fur les plaintes qu'il avoit été
lui porter des violences exercées par fes
Troupes,
t
Il y a des gens qui prétendent que cet
Aga eft revenu depuis quelques jours , &
qu'on le fait refter caché à Coftantinople ,
afin de lui donner des inftructions fur
la maniere dont les Miniftres de la Porte
trouveront à propos qu'il s'explique au
fujet du voyage qu'il vient de faire . Si le
Vizir fuivoit les mouvemens du Peuple ,
les Turcs feroient bientôt en guerre avec
les Mofcovites ; mais il paroît être dans
des difpofitions oppofées.
Par les Lettres arrivées aujourd'hui 28 .
Novembre de Perfe , on apprend que
Schab
702 MERCURE DE FRANCE
Schah Thamas dont les Troupes ont été
groffies par les fecours qu'il a reçus de
Mofcovie , s'eft rendu maître de Cafbin,
qu'Acheraf s'eft retiré dans les Montagnes
avec ce qui lui refte de Troupes , & qu'il
ne peut pas même fe jetter dans Ifpaham,
dont on dit que les chemins lui ont été
coupez par Schah Thamas. On ajoûte
que la Porte fait marcher beaucoup de
Troupes fur les Frontieres de Perfe fans
qu'on fçache encore à quoi elles font deftinées
, & quel fera le parti que prendra
le Grand-Seigneur.
Fermer
Résumé : Autres Lettres de Constantinople du 15. & 28 Novembre 1729.
En novembre 1729, Kam de Tartarie a envahi la Crimée sans rencontrer de résistance, les fils de Dely Sultan n'ayant pas réussi à obtenir de soutien pour venger leur père. La situation en Crimée s'est stabilisée. En Égypte, les troubles persistent entre les troupes de Zulficar et celles de Cherkés Bey. Zulficar contrôle Le Caire, tandis que Cherkés Bey est dans la province du Saïdy. Le Grand Seigneur a nommé Abdoula Pacha pour remplacer Bekir Pacha, mais Zulficar et les notables du pays n'ont pas reconnu ce nouveau gouverneur. Cette situation affaiblit l'autorité du Grand Seigneur, qui consulte ses ministres sans prendre de décision. En Perse, deux batailles ont opposé Acheraf Kam et Schah Thamas, ce dernier remportant les deux victoires. Acheraf, affaibli et impopulaire, a dû fuir. La Porte ottomane, initialement favorable à Acheraf, semble désormais soutenir Schah Thamas, lui accordant des applaudissements publics. Un frère bâtard de Schah Thamas est attendu à Constantinople pour obtenir du soutien contre Schah Thamas. Les relations entre les Turcs et les Moscovites restent tendues en raison des violences exercées par les troupes moscovites. Un Aga envoyé à Moscou est revenu et reste caché à Constantinople pour recevoir des instructions. Les Turcs se préparent à la guerre, mais le Vizir semble opposé à cette option. Les dernières nouvelles indiquent que Schah Thamas, renforcé par des troupes moscovites, a pris Cafbin et contraint Acheraf à se retirer. La Porte ottomane mobilise des troupes à la frontière perse, mais leur destination reste incertaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
665
p. 812-813
ALLEMAGNE.
Début :
Mr. Brawe, Ministre Plenipotentiaire du Duc de Brunswick-Wolfembutel ; reçut [...]
Mots clefs :
Troupes, Roi d'Angleterre, Roi de Prusse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLE MAGNE.
Mr.Duc de Brunfwick-Wolfembutel ; reçur r . Brawe , Miniftre Plenipotentiaire du
le 13 Mars , des mains de l'Empereur , Pinvef
titure
AVRIL. 813 1730 :
titure du Duché de Brunfwick .
On apprend de Caffel que le Roy de Suede
doit y aller faire un voyage inceffamment ,
pour prendre poffeffion de fes nouveaux Etats.
On a publié à Drefde une Ordonnance du
Roy de Pologne, par laquelle il eft défendu aux
Lutheriens de cette Ville , fous des peines tresrigoureuſes
, de fe trouver aux Offices & autres
Ceremonies de la Chapelle Catholique du Palais.
Le 30 Mars , on celebra dans la Chapelle de
l'Imperatrice Amelie , à Vienne , une des Fêtes
annuelles de l'Ordre de la Croiſade. Il y cut
pendant la journée treize exhortations , aufquelles
les Dames de cet Ordre fe trouverent alter
nativement..
On a eu avis de Berlin, que les differends entre
le Roy d'Angleterre & le Roy de Pruffe ,.
étoient accommodez & qu'on devoit faire inceffamment
l'échange des Soldats Hanovriens
& Pruffiens, qui ont donné lieu à ces differends.
L'Evêque de Bamberg & de Wurtbourg , Vice-
Chancelier de l'Empire , a promis de fournir à
S. M. I. 6000. hommes de fes Troupes.
Le General Wallis doit commander celles
qu'on envoye en Sicile. Elles formeront un
Corps de 14000. hommes.
Le fecond Corps de Troupes , deftiné pour
la Lombardie & la Calabre eft en marche. Le 28
Mars on fit partir encore pour l'Italie huit Bataillons
, quatre Compagnies de Grenadiers &
quatorze Eſcadrons qu'on a tiré d'Hongrie .
Mr.Duc de Brunfwick-Wolfembutel ; reçur r . Brawe , Miniftre Plenipotentiaire du
le 13 Mars , des mains de l'Empereur , Pinvef
titure
AVRIL. 813 1730 :
titure du Duché de Brunfwick .
On apprend de Caffel que le Roy de Suede
doit y aller faire un voyage inceffamment ,
pour prendre poffeffion de fes nouveaux Etats.
On a publié à Drefde une Ordonnance du
Roy de Pologne, par laquelle il eft défendu aux
Lutheriens de cette Ville , fous des peines tresrigoureuſes
, de fe trouver aux Offices & autres
Ceremonies de la Chapelle Catholique du Palais.
Le 30 Mars , on celebra dans la Chapelle de
l'Imperatrice Amelie , à Vienne , une des Fêtes
annuelles de l'Ordre de la Croiſade. Il y cut
pendant la journée treize exhortations , aufquelles
les Dames de cet Ordre fe trouverent alter
nativement..
On a eu avis de Berlin, que les differends entre
le Roy d'Angleterre & le Roy de Pruffe ,.
étoient accommodez & qu'on devoit faire inceffamment
l'échange des Soldats Hanovriens
& Pruffiens, qui ont donné lieu à ces differends.
L'Evêque de Bamberg & de Wurtbourg , Vice-
Chancelier de l'Empire , a promis de fournir à
S. M. I. 6000. hommes de fes Troupes.
Le General Wallis doit commander celles
qu'on envoye en Sicile. Elles formeront un
Corps de 14000. hommes.
Le fecond Corps de Troupes , deftiné pour
la Lombardie & la Calabre eft en marche. Le 28
Mars on fit partir encore pour l'Italie huit Bataillons
, quatre Compagnies de Grenadiers &
quatorze Eſcadrons qu'on a tiré d'Hongrie .
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En mars 1730, le duc de Brunswick-Wolfenbüttel a reçu la plénipotence impériale. Le roi de Suède envisageait de se rendre en Allemagne pour prendre possession de ses nouveaux États. À Dresde, une ordonnance du roi de Pologne interdisait aux luthériens d'assister aux cérémonies de la chapelle catholique du palais, sous peine de sanctions sévères. Le 30 mars, une fête annuelle de l'Ordre de la Croisade a été célébrée à Vienne. À Berlin, les différends entre le roi d'Angleterre et le roi de Prusse ont été résolus, et un échange de soldats hanovriens et prussiens était imminent. L'évêque de Bamberg et de Wurtzbourg, vice-chancelier de l'Empire, a promis de fournir 6 000 hommes à l'empereur. Le général Wallis devait commander les troupes envoyées en Sicile, formant un corps de 14 000 hommes. Un second corps de troupes, destiné à la Lombardie et à la Calabre, était en marche. Le 28 mars, huit bataillons, quatre compagnies de grenadiers et quatorze escadrons provenant de Hongrie ont été envoyés en Italie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
666
p. 835-846
LISTE des Régiments de Cavalerie qui composeront les Camps qu'on formera dans peu.
Début :
Celui de la Sambre, commandé par le Prince de Tingri, Lieutenant General. [...]
Mots clefs :
Régiments de cavalerie, Escadrons, Camps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LISTE des Régiments de Cavalerie qui composeront les Camps qu'on formera dans peu.
LISTE des Régimens de Cavalerie
qui compoferont les Camps qu'on
formera dans peu.
Celui de la Sambre , commandé par le Prince
de Tingri , Lieutenant General
Efcadrons . Efcadrons,
Colonel General ,
4
Le Roi , 3
Mestre de Camp Ge- 1
neral
3
Royal Cuiraffiers ,
Royal Cravates ,
3
3
Dau
$46 MERCURE DE FRANCE,
Escadron. Efcadron.
Dauphin T
Bretagne ,
Berry ,
3 Vaflé , 3.
3 La Motte Houdan-
3 cour , 3
Comte de Clermont , 3 La Ferronaye , 3
Lambefc
S. Simon *
Gefvres 2.
3 Cheppy * 3 3 Coffe
3
3 Ruffec 3
• 3
3
4
La Roche Foucault , 3
En tout 19. Regimens 58. Eſcadrons.
Le Campde la Meufe , commandé par le Comte
de Belle- Ifle.
Efcadrons
Royal Etranger
Royal Rouffilon ,
Royal Allemand
3
Escadrons
La Tour , 3
Lorraine >
3
Montreuil
La Reine , 3 * Brion ,
Le Roi Staniflas 3
Lenoncourt
Orleans x 3 Rolen ,
Bourbon > 3 Bethune
"
Touloufe 3 Nogent , 3
Villeroy * 3 Mouchy ,
18. Regimens 55. Eſcadrons.
Le Camp de la Saone , commandé par le Duc
de Levy.
Efcadrons
Commiffaire General, 3 Cayeux ,
"
Efcadrons
३.
Royal ,
3 De Turenne, 3:
Royal Piémont , 3 Vauldrey
Dauphin Etranger , 3 Peyre ,
Anjou 3 Aumont ,"
Condé , 3 D'Urfort
3
Du Mame
3 Levy , 3
Du Chaylar , 3 Du Luc , 3
Villars , 3 Noailles ,
Luynes, 3
qui compoferont les Camps qu'on
formera dans peu.
Celui de la Sambre , commandé par le Prince
de Tingri , Lieutenant General
Efcadrons . Efcadrons,
Colonel General ,
4
Le Roi , 3
Mestre de Camp Ge- 1
neral
3
Royal Cuiraffiers ,
Royal Cravates ,
3
3
Dau
$46 MERCURE DE FRANCE,
Escadron. Efcadron.
Dauphin T
Bretagne ,
Berry ,
3 Vaflé , 3.
3 La Motte Houdan-
3 cour , 3
Comte de Clermont , 3 La Ferronaye , 3
Lambefc
S. Simon *
Gefvres 2.
3 Cheppy * 3 3 Coffe
3
3 Ruffec 3
• 3
3
4
La Roche Foucault , 3
En tout 19. Regimens 58. Eſcadrons.
Le Campde la Meufe , commandé par le Comte
de Belle- Ifle.
Efcadrons
Royal Etranger
Royal Rouffilon ,
Royal Allemand
3
Escadrons
La Tour , 3
Lorraine >
3
Montreuil
La Reine , 3 * Brion ,
Le Roi Staniflas 3
Lenoncourt
Orleans x 3 Rolen ,
Bourbon > 3 Bethune
"
Touloufe 3 Nogent , 3
Villeroy * 3 Mouchy ,
18. Regimens 55. Eſcadrons.
Le Camp de la Saone , commandé par le Duc
de Levy.
Efcadrons
Commiffaire General, 3 Cayeux ,
"
Efcadrons
३.
Royal ,
3 De Turenne, 3:
Royal Piémont , 3 Vauldrey
Dauphin Etranger , 3 Peyre ,
Anjou 3 Aumont ,"
Condé , 3 D'Urfort
3
Du Mame
3 Levy , 3
Du Chaylar , 3 Du Luc , 3
Villars , 3 Noailles ,
Luynes, 3
Fermer
Résumé : LISTE des Régiments de Cavalerie qui composeront les Camps qu'on formera dans peu.
Le document énumère les régiments de cavalerie constituant trois camps militaires : la Sambre, la Meuse et la Saône. Le camp de la Sambre, dirigé par le Prince de Tingri, comprend 19 régiments et 58 escadrons, incluant les régiments du Roi, Royal Cuiraffiers, Royal Cravates, Dauphin, Bretagne et Berry. Le camp de la Meuse, sous le commandement du Comte de Belle-Isle, compte 18 régiments et 55 escadrons, avec des régiments tels que Royal Etranger, Royal Rouffilon, Royal Allemand, La Tour, Lorraine et La Reine. Enfin, le camp de la Saône, dirigé par le Duc de Levy, inclut les régiments Royal, Royal Piémont, Dauphin Etranger, Anjou, Condé et Villars. Chaque camp est précisé avec le nombre d'escadrons par régiment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
667
p. 1026
SUEDE.
Début :
Les forces Navales du Roi consistent actuellement en 36. Vaisseaux de ligne & 19. Frégates, [...]
Mots clefs :
Suède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUEDE.
SUEDE
Es forces Navales du Roi confiftent actuelle
ment en 36. Vaiffeaux de ligne & 19. Frégafans
compter les Galeres & les autres Bâtités
,
mens
plats
.
On mande de Stokolm , que les 6000 , hommes
de Troupes Sedoifes qui doivent entrer au ſervice
du Roi Très- Chrétien & de S. M. Britannique ,
étant arrivez à Yftedt , pour s'y embarquer au
premier ordre , ce Corps de Troupes , qui eft
compofé de quatre Régimens d'Infanterie & de
deux de Cavalerie , doit être renforcé en Pomera- ·
nie par un autre Régiment qui y eft en quartier.
Es forces Navales du Roi confiftent actuelle
ment en 36. Vaiffeaux de ligne & 19. Frégafans
compter les Galeres & les autres Bâtités
,
mens
plats
.
On mande de Stokolm , que les 6000 , hommes
de Troupes Sedoifes qui doivent entrer au ſervice
du Roi Très- Chrétien & de S. M. Britannique ,
étant arrivez à Yftedt , pour s'y embarquer au
premier ordre , ce Corps de Troupes , qui eft
compofé de quatre Régimens d'Infanterie & de
deux de Cavalerie , doit être renforcé en Pomera- ·
nie par un autre Régiment qui y eft en quartier.
Fermer
Résumé : SUEDE.
Le roi de Suède dispose de 36 vaisseaux de ligne et 19 frégates. 6 000 soldats suédois, composés de quatre régiments d'infanterie et deux de cavalerie, sont arrivés à Ystädt pour embarquer au service du roi de France et du roi d'Angleterre. Un autre régiment en Poméranie doit renforcer ce corps de troupes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
668
p. 1035-1037
LETTRE écrite de Metz le 15. Mars 1730. au sujet des nouvelles Cazernes.
Début :
Le 12. de ce mois la Bourgeoisie de Metz s'étant assemblée, avec la permission du Lieutenant [...]
Mots clefs :
Évêque, Casernes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Metz le 15. Mars 1730. au sujet des nouvelles Cazernes.
LETTRE écrite de Metz le 15. Mars
1730. aufujet des nouvelles Cazernes .
L
E 12. de ce mois la Bourgeoifie de Metz s'étant
affemblée , avec la permiffion du Lieutenant
de Roi , vint au Palais Epifcopal remercier
le Duc de Coiflin , Evêque de cette Ville , de ce
que , non-content d'avoir fait conftruire à fes dépens
en 1727. un Corps de Cazernes & des Pavillons
en la Place du Champ- a- Seille , pour le
foulagement du Peuple , il venoit de commencer
encore fur la même Place de nouveaux corps de
Cazernes & des Pavillons qui feront fuffifans pour
loger à l'aife trois Bataillons avec leurs Officiers ,
& cela dans un temps où le prix des Materiaux
de toute elpece eft exceffif , à caufe des nouvelles
Fortifications que le Roi fait faire fous les ordres
du Comte de Belleifle , qui rendront Metz unë
des plus fortes Places de l'Europe.
Ces Bourgeois ont témoigné dans leur compliment
à leur Evêque , qu'ils étoient d'autant
plus fienfibles à ce nouvel effet de fa génerofité ,
qu'ils avoient moins de fujet de s'y attendre fi - tôt,
parce que depuis la conftruction des premieres
Cazernes en 1727. il avoit augmenté d'un nouveau
corps de logis compofé de 16. Chambres ,
d'un grand Ouvroir & de plufieurs autres commoditez
, la Maiſon du Refuge , qu'il a fondée
Il y a quelques années , pour renfermer les filles
d'unc
1036 MERCURE DE FRANCE
d'une vie ſcandaleufe , & que voulant que tout
fon Diocèfe refentît les effets falutaires de fon
zele & de fa generofité , on venoit d'achever le
mois dernier un Séminaire , qu'il a fait bâtir pour
yfaire élever dans l'efprit ecclefiaftique par un
Directeur & un Sous-Maitre,vingt jeunes pauvres
Erudians , moitié François , moitié Allemands ,
Sujets du Roy.
Ils auroient pú ajoûter la charité , digne des
Evêques des premiers fiecles , que cet illuftre Prélat
a exercée à la Naiffancé de Monfeigneur le
Dauphin , envers les prifonniers détenus pour
dettes , dont plufieurs arrêtez pour contrebande ,
ne pouvant payer l'amende , devoient être condamnez
aux Galeres.
Le 14. du même mois les trois Ordres de la
Ville vinrent en corps faire le même remerciement
à M. de Metz , dont les aumônes abondantes
ne diminuent point après de fi grandes dépenfes.
On efpere que ces Edifices feront achevez dans
un an, ils formeront une Place entierement parée,
d'un quarré long de 55. toifes de longeur , fur
32. de large. Chaque façade des deux grands
Corps qui font paralleles , eft de 47. toiſes , &
celle des Pavillons , de 28. toifes . Les quatre Avenuës
de la Place feront fermées de Grilles de fer,
deux Fontaines y fourniront de l'eau , & les
Troupes auront une étendue fuffifante pour faire
leurs Exercices & leurs mouvemens.
On a déja donné une Deſcription bien détail→、
lée de ces premiers Corps de Cazernes ,
dans un
Mercure de l'année 1728. on peut y avoir recours
pour le former une jufte idée de ces fuperbes
Edifices.
Voici une Infcription qui avoit été faite pour
Le Seminaire de l'Evêque de Metz.
ProM.
A Y. 1730. 1037
Providus inde gregem Coiflinus pafcit in avum.
Mais ce Prélat n'a pas voulu qu'on lût au- deſſus
de la Porte, il a mieux aimé y faire mettre ces paroles
: Probentur primùm & fic miniftrent. 1.
Timoth. 3. 10,
1730. aufujet des nouvelles Cazernes .
L
E 12. de ce mois la Bourgeoifie de Metz s'étant
affemblée , avec la permiffion du Lieutenant
de Roi , vint au Palais Epifcopal remercier
le Duc de Coiflin , Evêque de cette Ville , de ce
que , non-content d'avoir fait conftruire à fes dépens
en 1727. un Corps de Cazernes & des Pavillons
en la Place du Champ- a- Seille , pour le
foulagement du Peuple , il venoit de commencer
encore fur la même Place de nouveaux corps de
Cazernes & des Pavillons qui feront fuffifans pour
loger à l'aife trois Bataillons avec leurs Officiers ,
& cela dans un temps où le prix des Materiaux
de toute elpece eft exceffif , à caufe des nouvelles
Fortifications que le Roi fait faire fous les ordres
du Comte de Belleifle , qui rendront Metz unë
des plus fortes Places de l'Europe.
Ces Bourgeois ont témoigné dans leur compliment
à leur Evêque , qu'ils étoient d'autant
plus fienfibles à ce nouvel effet de fa génerofité ,
qu'ils avoient moins de fujet de s'y attendre fi - tôt,
parce que depuis la conftruction des premieres
Cazernes en 1727. il avoit augmenté d'un nouveau
corps de logis compofé de 16. Chambres ,
d'un grand Ouvroir & de plufieurs autres commoditez
, la Maiſon du Refuge , qu'il a fondée
Il y a quelques années , pour renfermer les filles
d'unc
1036 MERCURE DE FRANCE
d'une vie ſcandaleufe , & que voulant que tout
fon Diocèfe refentît les effets falutaires de fon
zele & de fa generofité , on venoit d'achever le
mois dernier un Séminaire , qu'il a fait bâtir pour
yfaire élever dans l'efprit ecclefiaftique par un
Directeur & un Sous-Maitre,vingt jeunes pauvres
Erudians , moitié François , moitié Allemands ,
Sujets du Roy.
Ils auroient pú ajoûter la charité , digne des
Evêques des premiers fiecles , que cet illuftre Prélat
a exercée à la Naiffancé de Monfeigneur le
Dauphin , envers les prifonniers détenus pour
dettes , dont plufieurs arrêtez pour contrebande ,
ne pouvant payer l'amende , devoient être condamnez
aux Galeres.
Le 14. du même mois les trois Ordres de la
Ville vinrent en corps faire le même remerciement
à M. de Metz , dont les aumônes abondantes
ne diminuent point après de fi grandes dépenfes.
On efpere que ces Edifices feront achevez dans
un an, ils formeront une Place entierement parée,
d'un quarré long de 55. toifes de longeur , fur
32. de large. Chaque façade des deux grands
Corps qui font paralleles , eft de 47. toiſes , &
celle des Pavillons , de 28. toifes . Les quatre Avenuës
de la Place feront fermées de Grilles de fer,
deux Fontaines y fourniront de l'eau , & les
Troupes auront une étendue fuffifante pour faire
leurs Exercices & leurs mouvemens.
On a déja donné une Deſcription bien détail→、
lée de ces premiers Corps de Cazernes ,
dans un
Mercure de l'année 1728. on peut y avoir recours
pour le former une jufte idée de ces fuperbes
Edifices.
Voici une Infcription qui avoit été faite pour
Le Seminaire de l'Evêque de Metz.
ProM.
A Y. 1730. 1037
Providus inde gregem Coiflinus pafcit in avum.
Mais ce Prélat n'a pas voulu qu'on lût au- deſſus
de la Porte, il a mieux aimé y faire mettre ces paroles
: Probentur primùm & fic miniftrent. 1.
Timoth. 3. 10,
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Metz le 15. Mars 1730. au sujet des nouvelles Cazernes.
Le 12 mars 1730, la bourgeoisie de Metz, avec l'autorisation du Lieutenant du Roi, s'est réunie pour remercier le Duc de Coislain, Évêque de Metz, d'avoir construit des casernes et des pavillons sur la Place du Champ-à-Seille. En 1727, l'Évêque avait déjà financé des bâtiments pour aider le peuple. Actuellement, il entreprend de nouveaux travaux pour loger trois bataillons, malgré les coûts élevés des matériaux dus aux nouvelles fortifications ordonnées par le Comte de Belle-Isle. Les bourgeois ont exprimé leur gratitude, soulignant qu'ils ne s'attendaient pas à une telle générosité si tôt. Depuis 1727, l'Évêque a également agrandi la Maison du Refuge pour les filles de vie scandaleuse et achevé un séminaire pour éduquer vingt jeunes pauvres, moitié Français, moitié Allemands. Il a aussi aidé les prisonniers pour dettes, notamment ceux arrêtés pour contrebande. Le 14 mars, les trois ordres de la ville ont également remercié l'Évêque pour ses aumônes. Les travaux devraient être achevés dans un an, formant une place pavée de 55 toises sur 32, avec des grilles de fer et deux fontaines. Une description des premières casernes a été publiée dans le Mercure de 1728. L'Évêque a choisi une inscription biblique pour le séminaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
669
p. 1037-1038
PROMOTION des Officiers des Galeres, faite par le Roi le 15. Avril 1730.
Début :
Capitaines de Galeres. Mrs De Tournefort, Major. De Gardane. [...]
Mots clefs :
Promotion, Officiers des galères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROMOTION des Officiers des Galeres, faite par le Roi le 15. Avril 1730.
PROMOTION des Officiers des Galeres,
par le Roi le Is.
Avril 1730. faite
Capitaines de Galeres.
Mrs De Tournefort , Major.
De Gardane .
Capitaines- Lieutenans,
De Bernage , l'aîné.
De Langerie.
Gailhac de Caumont.
Lieutenans de Galeres.
De Chaumont.
Du
Guay.
Marquis de Blaças.
Chevalier d'Albert. "
De Soiflans- Villars.
Chevalier de Glandéves , Ayde-Major.
Chevalier de Raouffet , Ayde-Major.
Marquis de Levy,
Enfeignes de Galeres.
Chevalier de Cabre Roquevaire,
De Caftelane d'Hademar.
De Gantés.
Comte de Pontis d'Hurtis.
Chevalier d'Argent.
D'Albert.
Chevalier de Jarente,
I De
1038 MERCURE DE FRANCE
De Chaumont.
De Grandmaiſon.
Chevalier de Gadagne,
Marquis de Bonnivet.
par le Roi le Is.
Avril 1730. faite
Capitaines de Galeres.
Mrs De Tournefort , Major.
De Gardane .
Capitaines- Lieutenans,
De Bernage , l'aîné.
De Langerie.
Gailhac de Caumont.
Lieutenans de Galeres.
De Chaumont.
Du
Guay.
Marquis de Blaças.
Chevalier d'Albert. "
De Soiflans- Villars.
Chevalier de Glandéves , Ayde-Major.
Chevalier de Raouffet , Ayde-Major.
Marquis de Levy,
Enfeignes de Galeres.
Chevalier de Cabre Roquevaire,
De Caftelane d'Hademar.
De Gantés.
Comte de Pontis d'Hurtis.
Chevalier d'Argent.
D'Albert.
Chevalier de Jarente,
I De
1038 MERCURE DE FRANCE
De Chaumont.
De Grandmaiſon.
Chevalier de Gadagne,
Marquis de Bonnivet.
Fermer
Résumé : PROMOTION des Officiers des Galeres, faite par le Roi le 15. Avril 1730.
En avril 1730, le roi a promulgué une promotion d'officiers des galères. Les promotions incluent les capitaines de galères : Monsieur de Tournefort et Monsieur de Gardane. Les capitaines-lieutenants promus sont : Monsieur de Bernage l'aîné, Monsieur de Langerie et Gailhac de Caumont. Les lieutenants de galères promus sont : Monsieur de Chaumont, Marquis de Blaças et Chevalier d'Albert. Les enseignes de galères promus sont : Chevalier de Cabre Roquevaire et Marquis de Bonnivet. Les aides-majors promus sont : Chevalier de Glandèves et Chevalier de Raouffet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
670
p. 1222-1223
ALLEMAGNE.
Début :
On assure que le commandement general des Troupes de l'Empereur en Italie a été donné [...]
Mots clefs :
Troupes de l'empereur en Italie, Tonnerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
N affure
a
le commandement general des
Troupes de l'Empereur en Italie à été donné
au General Comte de Mercy , & que le Comte
de Daun y commandera par interim jufqu'à
fon arrivée , que le Duc Regent de Wirtemberg
commandera fur le Rhin en qualité de Maréchal
de Camp General de l'Empire. On vient d'apprendre
que les -Princes Frederick & Louis de
Wirtemberg , qui ont offert leurs fervices à l'Empereur
, commanderont en Italie en cas de guerre.
On écrit de Manheim que l'Electeur Palatin
avoit promis de fournir 8000. hommes de fes
Troupes à S. M. I. en cas que l'Empire fut attaqué.
Le 24. Mai , vers les 9. heures du foir , le ton .
nerre tomba fur le nouveau Clocher de Peglife
de S. Pierre à Berlin ; il y mit le feu , & en moins
d'un quart d'heure la Tour fut détruite ; par fa
chute,le feu fe communiqua à l'Eglife & aux maifons
voisines avec tant de violence & de rapidité
que les maifons de plufieurs rues étoient déja réduites
en cendre au départ du Courrier.
On apprend de Drefde que le Roi de Pologne
étoit arrivé au Camp de Muhiberg , accompagné
de plufieurs Princes de l'Empire & de la principale
Nobleffe de la Haute & Baffe Saxe , & que
le Duc de Saxe Gotha avoit fait présent à
1. Vol
S.
JUIN
1223
1730 .
•
S. M. P. du Regiment des Grenadiers à Cheval
qu'il a fait lever depuis un an dans la Principauté
Alembourg.
N affure
a
le commandement general des
Troupes de l'Empereur en Italie à été donné
au General Comte de Mercy , & que le Comte
de Daun y commandera par interim jufqu'à
fon arrivée , que le Duc Regent de Wirtemberg
commandera fur le Rhin en qualité de Maréchal
de Camp General de l'Empire. On vient d'apprendre
que les -Princes Frederick & Louis de
Wirtemberg , qui ont offert leurs fervices à l'Empereur
, commanderont en Italie en cas de guerre.
On écrit de Manheim que l'Electeur Palatin
avoit promis de fournir 8000. hommes de fes
Troupes à S. M. I. en cas que l'Empire fut attaqué.
Le 24. Mai , vers les 9. heures du foir , le ton .
nerre tomba fur le nouveau Clocher de Peglife
de S. Pierre à Berlin ; il y mit le feu , & en moins
d'un quart d'heure la Tour fut détruite ; par fa
chute,le feu fe communiqua à l'Eglife & aux maifons
voisines avec tant de violence & de rapidité
que les maifons de plufieurs rues étoient déja réduites
en cendre au départ du Courrier.
On apprend de Drefde que le Roi de Pologne
étoit arrivé au Camp de Muhiberg , accompagné
de plufieurs Princes de l'Empire & de la principale
Nobleffe de la Haute & Baffe Saxe , & que
le Duc de Saxe Gotha avoit fait présent à
1. Vol
S.
JUIN
1223
1730 .
•
S. M. P. du Regiment des Grenadiers à Cheval
qu'il a fait lever depuis un an dans la Principauté
Alembourg.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En 1730, plusieurs nominations militaires et événements notables ont eu lieu en Allemagne. Le général comte de Mercy a été nommé commandant général des troupes impériales en Italie, avec le comte de Daun comme commandant par intérim. Le duc régent de Wurtemberg a été désigné maréchal de camp général de l'Empire sur le Rhin. Les princes Frédéric et Louis de Wurtemberg se tiennent prêts à commander en Italie en cas de conflit. L'électeur Palatin a promis de fournir 8 000 hommes à l'Empereur en cas d'attaque contre l'Empire. Le 24 mai, la foudre a détruit le clocher de l'église Saint-Pierre à Berlin, provoquant un incendie qui a endommagé plusieurs maisons voisines. À Dresde, le roi de Pologne est arrivé au camp de Muhlberg, accompagné de princes de l'Empire et de la noblesse saxonne. Le duc de Saxe-Gotha a offert au roi de Pologne un régiment de grenadiers à cheval récemment levé dans la principauté d'Alembourg.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
671
p. 1223-1226
ITALIE.
Début :
Le Sacré College désirant de faire cesser les differends du Saint Siege avec la Cour de [...]
Mots clefs :
Italie, Naples, Tremblement de terre, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E Sacré College défirant de faire ceffer les
Ldifferends du Saint Siege avec la Cour de
Portugal , a écrit à M. Aldobrandini, Nonce en
Efpagne , d'employer toutes fortes de moyens
pour engager Sa Majefté Portugaife à permettre
aux Cardinaux fes Sujets , ou du moins au Cardinal
de Motta , de venir à Rome , & de lui
donner fes pleins pouvoirs pour finir cette affaire,
On a rendu au Cardinal Cofcia tous les meu→
bles , linges , hardes & vaiffaille d'argent ; on n'a
gardé au Chateau S. Ange que fa Bibliotheque &
fes papiers que le Sacré College fait examiner.
Le 12. Mai , vers les 10. heures du foir , on
fentit à Rome une fecouffe de tremblement de
terre affez violente qui dura environ 6 minutes
& n'a caufé aucun dommage ; mais elle a été plus
confiderable à Tivoli , où elle a fait tomber quelques
murailles , & elle a abbatu prefque toutes
les Maifons de la petite Ville de Norcia , où plufeurs
perfonnes ont été enfevelies fous les ruines;
les autres habitans ont quitté leurs maifons , &
fe font fauvés fur la Place de S. Simon;
On a appris de Venife qu'une Montagne voifine
de la petite Ville de Chiapeffa s'étoit ouverte
le 2 Mai , vers les 9 heures du matin , après une
violente fecouffe de tremblement de terre, & qu'elle
avoit englouti plus de 30 maifons avec une partie
de ceux qui les habitoient ,
Le dernier tremblement de terre qu'on reffen
tit à Rome le 12 du mois dernier , a caufé beau-
I. Vol. coup
1224 MERCURE DE FRANCE
coup de dommages dans les Villes de Notcia ,
d'Aquila , de Cafcia , de Virfa , de Matrica , de
Monteleone & dans plufieurs Bourgs & Villages
des environs. Il y a eu à Norcia trois fecouffes ,
dont la derniere a été fi violente , que toutes les
Maifons de la Ville ont été renverfées de fond
en comble , à la réſerve de la Maifon de Ville &
des Couvents de S. François & de S. Antoine.
On a appris que depuis ce jour-là juſqu'au 14
on avoit déterré 400 perfonnes enfevelies fous
les ruines; les unes mortes & les autres eftropiées.
Cette Ville fituée dans l'Ombrie , près le Mont
Apennin , pouvoit contenir 4000 habitans , qui
la plupart fe retirerent à la Campagne, où ils font
dans une grande mifere. On y a fait venir 500
Soldats qu'on a mis autour des Murs & aux Por
bes , pour arrêter & fouiller tous ceux qui fortent
, afin de prévenir le pillage des effets qu'on
retire de deffous les démolitions. Ce tremblement
de terre s'eft fait fentir à Spolette , mais il n'y a
caufé aucun dommage confiderable.
Le 22 , on envoya de Rome à Norcia 3000
écus d'aumône pour les habitans de cette Ville ,
avec plufieurs Chirurgiens pour panfer les bleffez,
& des Médecins pour traiter les malades. On a
envoyé depuis d'autres fecours d'argent.
Les Cardinaux , Chefs d'Ordres , ont fait arrêter
un Religieux qui , prêchant dans une des
principales Eglifes de Rome , a été affez témé
raire pour prédire & affurer que la nuit du 14 au
15 May , la Ville de Rome feroit renversée de
fond en comble par un tremblement de terre , &
que cet évenement avoit été annoncé en fonge à
une de fes pénitentes, །
Le 17. les Cardinaux ordonnerent des Prieres
publiques pendant trois jours , dans differentes
Eglifes de Rome, & une Neuvaine dans l'Eglife
+
I Vol. de
JUI N. 1730. 1225
de S. Philippe de Neri , pour demander à Dieu
les lumieres neceffaires pour l'Election du Pape.
Les Pourvoyeurs du Conclave ont reçû ordre
d'y faire de nouvelles Provifions d'Huille , de
Bougies , de Bois & de Charbon.
Le bruit court que les Cardinaux de Schrot
tembach & Czacki ont reçû ordre de fe rendre
en diligence au Conclave , pour augmenter le
nombre de ceux qui font affectionnez à l'Empe
teur.
Le Cardinal Innico Carraccioli Napolitain
ayant vifité,fuivant la coutume , l'Eglife de faint
Pierre , entra le 21 du mois dernier au Concla
ve , où il y a prefentement 54 Cardinaux.
Le Commandeur Santini , nommé par le
Grand-Maître de Malte au Prieuré de Rome , a
offert au Sacré Collège d'en donner fa démiffion
, à condition d'une penfion fur ce Prieuré
, auquel les Cardinaux ont nommé le fecond
fils du Chevalier de S. George.
On apprend de Boulogne , qu'au commence→
ment du mois dernier , des Ouvriers travaillant
dans l'Eglife de S. Dominique de la même Ville,
y trouverent le tombeau de Lucius , Roy de
Sardaigne.
Pae un Courrier dépêché d'Anconne , on a re
çu avis qu'il étoit arrivé dans la Marche 3000
hommes de Troupes Impériales qui doivent fe
rendre dans le Royaume de Naples.
Le 25 Avril , on chanta à Naples un Te Deum,
folemnel , en mémoire de ce que cette Ville fut
préfervée de l'Incendie dont elle étoit menacée
par la chute de la Bourre enflammée d'un Canon
qui tomba dans le Magazin des Poudres du Châ
teau de l'Oeuf, lorsqu'on faifoit en 1723. des
décharges d'Artillerie à la fin d'un Te Deum
qu'on avoit chanté , pour rendre graces à Dieu
1. Val
da H
226 MERCURE DE FRANCE
de ce que cette Ville avoit été préfervée de la
communication du mal Contagieux qu'on crainoit
alors.
Le Comte de Wallis qui eft arrivé depuis peu
d'Allemagne à Naples, doit partir pour la Sicile,
pour aller commander en chef les Troupes de
PEmpereur.
On a appris de l'Ile de Corfe , par la voye de
Genes , que M. Venerolo avoit fait fommer trois
fois les Rebelles de cette Ifle de quitter les armes,
fans qu'ils cuffent obéi; & que ces Montagnards
ayant eu l'audace , au contraire , de venir piller
plufieurs Maifons de Campagne à quelques lieuës
de Baftia , le Commiffaire General de la Répus
Blique étoit parti ,à la tête de 500 hommes, pour
fes diffiper, Ces Lettres ajoutent qu'on doutoit à
Genes que les Corfes vouluffent rentrer dans leur
devoir , & qu'ils paroiffoient déterminez à fe
fouftraire à la domination de la République ;
e qui faifoit craindre qu'ils ne fuflent affurez
de la protection fecrete de quelque Puiffance.
E Sacré College défirant de faire ceffer les
Ldifferends du Saint Siege avec la Cour de
Portugal , a écrit à M. Aldobrandini, Nonce en
Efpagne , d'employer toutes fortes de moyens
pour engager Sa Majefté Portugaife à permettre
aux Cardinaux fes Sujets , ou du moins au Cardinal
de Motta , de venir à Rome , & de lui
donner fes pleins pouvoirs pour finir cette affaire,
On a rendu au Cardinal Cofcia tous les meu→
bles , linges , hardes & vaiffaille d'argent ; on n'a
gardé au Chateau S. Ange que fa Bibliotheque &
fes papiers que le Sacré College fait examiner.
Le 12. Mai , vers les 10. heures du foir , on
fentit à Rome une fecouffe de tremblement de
terre affez violente qui dura environ 6 minutes
& n'a caufé aucun dommage ; mais elle a été plus
confiderable à Tivoli , où elle a fait tomber quelques
murailles , & elle a abbatu prefque toutes
les Maifons de la petite Ville de Norcia , où plufeurs
perfonnes ont été enfevelies fous les ruines;
les autres habitans ont quitté leurs maifons , &
fe font fauvés fur la Place de S. Simon;
On a appris de Venife qu'une Montagne voifine
de la petite Ville de Chiapeffa s'étoit ouverte
le 2 Mai , vers les 9 heures du matin , après une
violente fecouffe de tremblement de terre, & qu'elle
avoit englouti plus de 30 maifons avec une partie
de ceux qui les habitoient ,
Le dernier tremblement de terre qu'on reffen
tit à Rome le 12 du mois dernier , a caufé beau-
I. Vol. coup
1224 MERCURE DE FRANCE
coup de dommages dans les Villes de Notcia ,
d'Aquila , de Cafcia , de Virfa , de Matrica , de
Monteleone & dans plufieurs Bourgs & Villages
des environs. Il y a eu à Norcia trois fecouffes ,
dont la derniere a été fi violente , que toutes les
Maifons de la Ville ont été renverfées de fond
en comble , à la réſerve de la Maifon de Ville &
des Couvents de S. François & de S. Antoine.
On a appris que depuis ce jour-là juſqu'au 14
on avoit déterré 400 perfonnes enfevelies fous
les ruines; les unes mortes & les autres eftropiées.
Cette Ville fituée dans l'Ombrie , près le Mont
Apennin , pouvoit contenir 4000 habitans , qui
la plupart fe retirerent à la Campagne, où ils font
dans une grande mifere. On y a fait venir 500
Soldats qu'on a mis autour des Murs & aux Por
bes , pour arrêter & fouiller tous ceux qui fortent
, afin de prévenir le pillage des effets qu'on
retire de deffous les démolitions. Ce tremblement
de terre s'eft fait fentir à Spolette , mais il n'y a
caufé aucun dommage confiderable.
Le 22 , on envoya de Rome à Norcia 3000
écus d'aumône pour les habitans de cette Ville ,
avec plufieurs Chirurgiens pour panfer les bleffez,
& des Médecins pour traiter les malades. On a
envoyé depuis d'autres fecours d'argent.
Les Cardinaux , Chefs d'Ordres , ont fait arrêter
un Religieux qui , prêchant dans une des
principales Eglifes de Rome , a été affez témé
raire pour prédire & affurer que la nuit du 14 au
15 May , la Ville de Rome feroit renversée de
fond en comble par un tremblement de terre , &
que cet évenement avoit été annoncé en fonge à
une de fes pénitentes, །
Le 17. les Cardinaux ordonnerent des Prieres
publiques pendant trois jours , dans differentes
Eglifes de Rome, & une Neuvaine dans l'Eglife
+
I Vol. de
JUI N. 1730. 1225
de S. Philippe de Neri , pour demander à Dieu
les lumieres neceffaires pour l'Election du Pape.
Les Pourvoyeurs du Conclave ont reçû ordre
d'y faire de nouvelles Provifions d'Huille , de
Bougies , de Bois & de Charbon.
Le bruit court que les Cardinaux de Schrot
tembach & Czacki ont reçû ordre de fe rendre
en diligence au Conclave , pour augmenter le
nombre de ceux qui font affectionnez à l'Empe
teur.
Le Cardinal Innico Carraccioli Napolitain
ayant vifité,fuivant la coutume , l'Eglife de faint
Pierre , entra le 21 du mois dernier au Concla
ve , où il y a prefentement 54 Cardinaux.
Le Commandeur Santini , nommé par le
Grand-Maître de Malte au Prieuré de Rome , a
offert au Sacré Collège d'en donner fa démiffion
, à condition d'une penfion fur ce Prieuré
, auquel les Cardinaux ont nommé le fecond
fils du Chevalier de S. George.
On apprend de Boulogne , qu'au commence→
ment du mois dernier , des Ouvriers travaillant
dans l'Eglife de S. Dominique de la même Ville,
y trouverent le tombeau de Lucius , Roy de
Sardaigne.
Pae un Courrier dépêché d'Anconne , on a re
çu avis qu'il étoit arrivé dans la Marche 3000
hommes de Troupes Impériales qui doivent fe
rendre dans le Royaume de Naples.
Le 25 Avril , on chanta à Naples un Te Deum,
folemnel , en mémoire de ce que cette Ville fut
préfervée de l'Incendie dont elle étoit menacée
par la chute de la Bourre enflammée d'un Canon
qui tomba dans le Magazin des Poudres du Châ
teau de l'Oeuf, lorsqu'on faifoit en 1723. des
décharges d'Artillerie à la fin d'un Te Deum
qu'on avoit chanté , pour rendre graces à Dieu
1. Val
da H
226 MERCURE DE FRANCE
de ce que cette Ville avoit été préfervée de la
communication du mal Contagieux qu'on crainoit
alors.
Le Comte de Wallis qui eft arrivé depuis peu
d'Allemagne à Naples, doit partir pour la Sicile,
pour aller commander en chef les Troupes de
PEmpereur.
On a appris de l'Ile de Corfe , par la voye de
Genes , que M. Venerolo avoit fait fommer trois
fois les Rebelles de cette Ifle de quitter les armes,
fans qu'ils cuffent obéi; & que ces Montagnards
ayant eu l'audace , au contraire , de venir piller
plufieurs Maifons de Campagne à quelques lieuës
de Baftia , le Commiffaire General de la Répus
Blique étoit parti ,à la tête de 500 hommes, pour
fes diffiper, Ces Lettres ajoutent qu'on doutoit à
Genes que les Corfes vouluffent rentrer dans leur
devoir , & qu'ils paroiffoient déterminez à fe
fouftraire à la domination de la République ;
e qui faifoit craindre qu'ils ne fuflent affurez
de la protection fecrete de quelque Puiffance.
Fermer
Résumé : ITALIE.
En mai 1730, plusieurs événements marquants se sont produits en Italie. Le Sacré Collège a sollicité l'intervention du nonce en Espagne, M. Aldobrandini, auprès du roi du Portugal pour permettre à certains cardinaux, dont le Cardinal de Motta, de se rendre à Rome afin de résoudre des conflits. Les biens du Cardinal Coscia lui ont été restitués, à l'exception de sa bibliothèque et de ses papiers, qui sont examinés par le Sacré Collège. Le 12 mai, un violent tremblement de terre a frappé Rome, causant des dégâts à Tivoli et détruisant presque toutes les maisons de Norcia, où plusieurs personnes ont été ensevelies. Un autre séisme, le 2 mai, a ouvert une montagne près de Chiapessa, engloutissant plus de 30 maisons. Un précédent tremblement de terre, le 12 du mois précédent, avait déjà causé des dommages importants dans plusieurs villes, notamment Norcia, où 400 personnes ont été déterrées, mortes ou blessées. Des secours, incluant des aumônes et des médecins, ont été envoyés à Norcia. À Rome, un religieux a été arrêté pour avoir prédit la destruction de la ville par un tremblement de terre. Les cardinaux ont ordonné des prières publiques pour demander des lumières pour l'élection du pape. Des préparatifs ont été faits pour le conclave, et des cardinaux ont été convoqués pour augmenter le nombre de ceux favorables à l'empereur. Le Cardinal Innico Caraccioli a rejoint le conclave, où 54 cardinaux sont présents. D'autres événements notables incluent la découverte du tombeau de Lucius, roi de Sardaigne, à Boulogne, l'arrivée de troupes impériales dans la Marche d'Ancône, un Te Deum à Naples pour commémorer un incendie évité, et des troubles à l'île de Corfou où des rebelles refusent de se soumettre à la République. Le Comte de Wallis doit partir pour la Sicile afin de commander les troupes de l'empereur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
672
p. 1286-1292
LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
Début :
Tandis qu'au Temple de Mémoire, [...]
Mots clefs :
Duc de Villars, Conquêtes, Gloire, Victoire, Ardeur , Prudence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
LES CONQUESTES
du Maréchal
Duc de Villars , Protecteur de l'Acade
mie des Belles Lettres de Marseille.
O DE .
Tandis qu'au Temple de Mémoire ,
La fidelle Clio , par des traits éclatans ,
Grave ta glorieuſe hiſtoire ,
Sûre de triompher de l'outrage des temps ,
VILLARS , daigne avouer l'audace ,
D'un Eleve zélé de ce nouveau Parnaſſe ,
Que font refleurit tes bienfaits.
Et permets qu'il confie aux accords de fa Lyre ,
Ce qu'à tous les François infpire ,
L'éclat de tes Exploits qu'ils n'oubliront jamais.
K
Quelle ardeur dès ma tendre enfance ,
Quel zele à les chanter m'excita mille fois ,
Lorfqu'à la gloire de la France ,
Tes triomphes laffoient la Déeffe aux cent voix !
IL Vol.
Lorsqu'à
JUIN. 1730. 1287
Lorfqu'à tes Drapéaux enchaînée ,
Chaque jour la victoire à l'Aigle conſternée ,
Préparoit de nouveaux revers ;
Quels étoient mes tranfports , mais je n'ofai les
croire ;/
La crainte de trahir ta gloire ,
Infléxible toujours , me refufà des Vers.
Sans ceffe à ma Muſe charmée ,
Tu t'offrois au milieu des horreurs des combats,
Guidé par Bellone enflammée ·
Répandant l'épouvante & la mort fur tes pas.
Dans tes yeux quel feu magnanime ,
Infpire à tes Soldats le tranfport qui t'anime !
D'un regard tu faits des Héros.
On diroit que ton ame , en chacun d'eux tranf
mife ,
Les aiguillonne , les maîtriſe ,
Et qu'ils font tes Soldats bien moins que tes
rivaux.
Icy dans un inftant Critique
Où Minerve elle même enfeigne à tout ofer ,
Soudain ton courage héroïque
Frape le coup hardi qu'elle vient de peſer.
Quel fuccès fuit ta noble audace !
Fredelingue te voit , nouveau Dieu de la Thrace,
Foudroier le Germain ſurpris ;
Et l'on doute en voyant les fruits de ta victoire:
II. Vol. Bij S'il
1288 MERCURE DE FRANCE.
1
S'il te revenoit plus de gloire
D'avoir exécuté que d'avoir entrepris.
Là , redoublant envain leur rage
Ni l'hyver , ni le Rhin n'ofent te retenir
Sur l'ennemi gronde l'orage ,
Avant que fa prudence ait pû le prévenir.
Je vois des troupes renversées ,
où par
Od tombant fous tes coups,
fées.
Tout eft glacée par la terreur ;
toi difper-
La Quinche à ton effort voit ceder leurs redoutes,
Kiell témoin de leurs déroutes
Tombe,à peine attaqué,fous la loy du vainqueur.
讚
Mais contre ton ardeur guerriere ,
Contre tous tes fuccès , raffurant le Germain ,
Une redoutable Barriere
De fes vaftes Etats , te ferme le Chemin.
Je vois de fuperbes aziles ,
Des Boulevars féconds en déluges utiles ,
T'oppofer leurs murs fourcilleux ;
Tous prêts , contre l'effort de ton ardent cou
rage ,
A mettre à couvert de l'orage
Sous un rempart flottant leurs Maîtres orgueilleux.
II.Val, Tel
JUIN. 1730. 1289
Tel de la Cime des Montagnes ,
Un fier torrent qui fond à bonds précipitez ,
S'indigne au milieu des campagnes
D'une Digue oppofée à fes flots irritez ,
Soudain fon onde fremiflante ,
A travers les débris de la maffe impuiffante ,
S'ouvre mille chemins nouveaux ;
Fier de cette victoire , & maître de la plaine ",
Il force , il arrache , il entraîne
Les Arbres , les Moiffons , les Jardins , les Troupeaux.
Tel, de l'obftacle tu t'indignes .
Et plus prompt que ces feux qui frappent en brillant
,
Tu forces ces fameufes lignes ,
Dignes de fuccomber fous un tel affaillant.
La plus légere réſiſtance
Suffit à ces guerriers dont la vaine arrogance ,
Trop prompte vient de te braver ;
Ces pâles déffenfeurs que la frayeur maitriſe ,
Gédent , frapez de l'entrepriſe ,
Sûrs que qui la forma , ne peut que l'achever..
Dans cette Contrée éperduë ,,
Quel champ par cet exploit ton bras s'eſt - il ouvert
?
L'épouvante au loin répanduë
I. Vol. En
B. iij
1290 MERCURE DE FRANCE
En fait devant tes pas un immenfe défert.
Où fuiront ces troupes
craintives ?
Le Danube effrayé voit déja fur fes rives ,
Flotter tes Etendarts vainqueurs.
Par de juftes tributs , chaque ville allarmée ,
Enrichit ta terrible armée.
Et par là fe dérobe à de juftes rigueurs.
Bien-tôt quelle fcene terrible !
Combien dans un combat, de combats renaiffans
Quatre fois ton bras invincible
Punit de l'ennemi les efforts impuiffans.
Mais Dieux ! ton fang rougit la plaine.
On t'emporte mourant , la victoire incertaine
Hélite , n'ofe fe fixer ,
Et laiffant du combat l'avantage en balance
Montre que ta feule preſence ,
2
Au parti qu'elle eût pris , auroit pu la forcer..
Mais une plus brillante image .
M'attire vers Denain ; que j'en fuis enchanté !
Que dois-je admirer d'avantage .
Ta valeur , ta prudence , ou ton activité ?
Quel fecret , quelle diligence !
Quelle marche quels foins ! fleuves, lignes, dif
tance,
Tous obftacles font fuperflus.
II. Tola
Eugéne
JUIN. 1730. 1291
Eugene confterné, part , preffe, vole , arrive ,
Guide une reffource tardive ,
Vient fecourir fon camp , fon camp n'est déja
plus.
Déja ton courage intrépide ,
Forçant un fier Rempart , bordé de Bataillons
Dans l'ardent tranfport qui te guide ,
-A de morts , & de fang rempli fes Pavillons.
Tout périt , céde , ou par la fuite
Tâche envain d'échaper à ta vive pourſuite ;
Quels antres pourront les cacher ?
Ah! la mort fous tes coups leur paroît fi terrible
Que , pour fuir ton bras invincible ,
Dans les eaux de Lefcaut,'ils courent la chercher.
Bien-tôt de la Flandre effrayée ,
Succombent fous tes coups les plus fieres Citez
La Ligue eft par tout foudroyée,
Déja par fes revers tous tes jours font comptez
Arrête , Mars & la Victoire
Ne fçauroient ajoûter à l'éclat de ta gloire.
Borne tes rapides travaux
En ramenant la paix fignale ta prudence ,
Villars , il eft beau que la France
Te doive également gloire & fon repos..
20 II. Vol. Mufes
B. iij.
1292 MERCURE DE FRANCE
Mufes fous la paifible olive
Partagez un loifir à l'Etat précieux:
Villars vous aime , vous cultive ,
Quel amour plus fateur , quels foins plus glo
rieux ?
De fes dons , un nouveau Lycée ,
Qui fleurit fous fes loix au ſein de la Phocée-
Ceint le front de vos nourriffons.
> Chantez fon nom fans vous fa gloire eft immortelle..
Mais c'eft l'ardeur de votre zele
Qui doit s'éternifer dans vos doctes chanſons.
du Maréchal
Duc de Villars , Protecteur de l'Acade
mie des Belles Lettres de Marseille.
O DE .
Tandis qu'au Temple de Mémoire ,
La fidelle Clio , par des traits éclatans ,
Grave ta glorieuſe hiſtoire ,
Sûre de triompher de l'outrage des temps ,
VILLARS , daigne avouer l'audace ,
D'un Eleve zélé de ce nouveau Parnaſſe ,
Que font refleurit tes bienfaits.
Et permets qu'il confie aux accords de fa Lyre ,
Ce qu'à tous les François infpire ,
L'éclat de tes Exploits qu'ils n'oubliront jamais.
K
Quelle ardeur dès ma tendre enfance ,
Quel zele à les chanter m'excita mille fois ,
Lorfqu'à la gloire de la France ,
Tes triomphes laffoient la Déeffe aux cent voix !
IL Vol.
Lorsqu'à
JUIN. 1730. 1287
Lorfqu'à tes Drapéaux enchaînée ,
Chaque jour la victoire à l'Aigle conſternée ,
Préparoit de nouveaux revers ;
Quels étoient mes tranfports , mais je n'ofai les
croire ;/
La crainte de trahir ta gloire ,
Infléxible toujours , me refufà des Vers.
Sans ceffe à ma Muſe charmée ,
Tu t'offrois au milieu des horreurs des combats,
Guidé par Bellone enflammée ·
Répandant l'épouvante & la mort fur tes pas.
Dans tes yeux quel feu magnanime ,
Infpire à tes Soldats le tranfport qui t'anime !
D'un regard tu faits des Héros.
On diroit que ton ame , en chacun d'eux tranf
mife ,
Les aiguillonne , les maîtriſe ,
Et qu'ils font tes Soldats bien moins que tes
rivaux.
Icy dans un inftant Critique
Où Minerve elle même enfeigne à tout ofer ,
Soudain ton courage héroïque
Frape le coup hardi qu'elle vient de peſer.
Quel fuccès fuit ta noble audace !
Fredelingue te voit , nouveau Dieu de la Thrace,
Foudroier le Germain ſurpris ;
Et l'on doute en voyant les fruits de ta victoire:
II. Vol. Bij S'il
1288 MERCURE DE FRANCE.
1
S'il te revenoit plus de gloire
D'avoir exécuté que d'avoir entrepris.
Là , redoublant envain leur rage
Ni l'hyver , ni le Rhin n'ofent te retenir
Sur l'ennemi gronde l'orage ,
Avant que fa prudence ait pû le prévenir.
Je vois des troupes renversées ,
où par
Od tombant fous tes coups,
fées.
Tout eft glacée par la terreur ;
toi difper-
La Quinche à ton effort voit ceder leurs redoutes,
Kiell témoin de leurs déroutes
Tombe,à peine attaqué,fous la loy du vainqueur.
讚
Mais contre ton ardeur guerriere ,
Contre tous tes fuccès , raffurant le Germain ,
Une redoutable Barriere
De fes vaftes Etats , te ferme le Chemin.
Je vois de fuperbes aziles ,
Des Boulevars féconds en déluges utiles ,
T'oppofer leurs murs fourcilleux ;
Tous prêts , contre l'effort de ton ardent cou
rage ,
A mettre à couvert de l'orage
Sous un rempart flottant leurs Maîtres orgueilleux.
II.Val, Tel
JUIN. 1730. 1289
Tel de la Cime des Montagnes ,
Un fier torrent qui fond à bonds précipitez ,
S'indigne au milieu des campagnes
D'une Digue oppofée à fes flots irritez ,
Soudain fon onde fremiflante ,
A travers les débris de la maffe impuiffante ,
S'ouvre mille chemins nouveaux ;
Fier de cette victoire , & maître de la plaine ",
Il force , il arrache , il entraîne
Les Arbres , les Moiffons , les Jardins , les Troupeaux.
Tel, de l'obftacle tu t'indignes .
Et plus prompt que ces feux qui frappent en brillant
,
Tu forces ces fameufes lignes ,
Dignes de fuccomber fous un tel affaillant.
La plus légere réſiſtance
Suffit à ces guerriers dont la vaine arrogance ,
Trop prompte vient de te braver ;
Ces pâles déffenfeurs que la frayeur maitriſe ,
Gédent , frapez de l'entrepriſe ,
Sûrs que qui la forma , ne peut que l'achever..
Dans cette Contrée éperduë ,,
Quel champ par cet exploit ton bras s'eſt - il ouvert
?
L'épouvante au loin répanduë
I. Vol. En
B. iij
1290 MERCURE DE FRANCE
En fait devant tes pas un immenfe défert.
Où fuiront ces troupes
craintives ?
Le Danube effrayé voit déja fur fes rives ,
Flotter tes Etendarts vainqueurs.
Par de juftes tributs , chaque ville allarmée ,
Enrichit ta terrible armée.
Et par là fe dérobe à de juftes rigueurs.
Bien-tôt quelle fcene terrible !
Combien dans un combat, de combats renaiffans
Quatre fois ton bras invincible
Punit de l'ennemi les efforts impuiffans.
Mais Dieux ! ton fang rougit la plaine.
On t'emporte mourant , la victoire incertaine
Hélite , n'ofe fe fixer ,
Et laiffant du combat l'avantage en balance
Montre que ta feule preſence ,
2
Au parti qu'elle eût pris , auroit pu la forcer..
Mais une plus brillante image .
M'attire vers Denain ; que j'en fuis enchanté !
Que dois-je admirer d'avantage .
Ta valeur , ta prudence , ou ton activité ?
Quel fecret , quelle diligence !
Quelle marche quels foins ! fleuves, lignes, dif
tance,
Tous obftacles font fuperflus.
II. Tola
Eugéne
JUIN. 1730. 1291
Eugene confterné, part , preffe, vole , arrive ,
Guide une reffource tardive ,
Vient fecourir fon camp , fon camp n'est déja
plus.
Déja ton courage intrépide ,
Forçant un fier Rempart , bordé de Bataillons
Dans l'ardent tranfport qui te guide ,
-A de morts , & de fang rempli fes Pavillons.
Tout périt , céde , ou par la fuite
Tâche envain d'échaper à ta vive pourſuite ;
Quels antres pourront les cacher ?
Ah! la mort fous tes coups leur paroît fi terrible
Que , pour fuir ton bras invincible ,
Dans les eaux de Lefcaut,'ils courent la chercher.
Bien-tôt de la Flandre effrayée ,
Succombent fous tes coups les plus fieres Citez
La Ligue eft par tout foudroyée,
Déja par fes revers tous tes jours font comptez
Arrête , Mars & la Victoire
Ne fçauroient ajoûter à l'éclat de ta gloire.
Borne tes rapides travaux
En ramenant la paix fignale ta prudence ,
Villars , il eft beau que la France
Te doive également gloire & fon repos..
20 II. Vol. Mufes
B. iij.
1292 MERCURE DE FRANCE
Mufes fous la paifible olive
Partagez un loifir à l'Etat précieux:
Villars vous aime , vous cultive ,
Quel amour plus fateur , quels foins plus glo
rieux ?
De fes dons , un nouveau Lycée ,
Qui fleurit fous fes loix au ſein de la Phocée-
Ceint le front de vos nourriffons.
> Chantez fon nom fans vous fa gloire eft immortelle..
Mais c'eft l'ardeur de votre zele
Qui doit s'éternifer dans vos doctes chanſons.
Fermer
Résumé : LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
Le texte célèbre les conquêtes du Maréchal Duc de Villars, protecteur de l'Académie des Belles Lettres de Marseille. Il commence par louer les exploits militaires de Villars, soulignant son courage et son leadership sur le champ de bataille. Le poète décrit les victoires de Villars, notamment contre les forces allemandes, et son habileté à surmonter les obstacles, comme les fortifications ennemies et les conditions climatiques difficiles. Les succès de Villars sont marqués par des batailles décisives, telles que celle de Denain, où son intervention rapide et stratégique a retourné le cours des combats. Le texte met également en avant la terreur et l'admiration que les ennemis éprouvaient face à Villars, ainsi que les tributs et les richesses obtenus après les victoires. La campagne militaire de Villars se conclut par une paix glorieuse, apportant à la France à la fois la victoire et la tranquillité. Enfin, le poème exalte l'amour de Villars pour les arts et les lettres, soulignant son soutien à l'Académie des Belles Lettres et son désir de voir son nom immortalisé dans les chansons et les écrits des muses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
673
p. 1310-1319
TRADUCTION Du Poëme de Petrone, sur la Guerre civile.
Début :
Les Pays éclairez par le flambeau du monde, [...]
Mots clefs :
Guerre civile, Rome, Sang, Fortune, Romains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION Du Poëme de Petrone, sur la Guerre civile.
TRADUCTION
Du Poëme de Petrone ,fur la Guerre civile..
LEs Pays éclairez par le flambeau du monde
Ce vafte compofé de la Terre & de l'Onde
Rome poffedoit tout , & fouhaitoit encor ,
Quelque abîme au- delà ; recele- t'il de l'or ?
C'eft Pays ennemi ; bien- tôt pour fa conquête
On arme des vaiffeaux , une flote s'apprête ,
On cherche , on veur de Por ; les Dieux trop
inhumains
Par ce prefent cruel , divifent les Romains ;
Les plaifirs prodiguez à l'uſage ordinaire ,
Sont à peine goûtez par le fimple vulgaire ;
La perle d'Affyrie eft en proye au foldat ;
La pourpre trop commune a perdu ſon éclat ;
La nouveauté l'efface , à peine en Arabie ,
Trouve- t'on des parfums , du marbre eu Numidie
;
Le Sere eft dépouillé de fes rares toiſons .
Rome réunit tout dans fes vaftes maiſons.
Que je prévoi de maux ! une fecrete rage ,
Au milieu de la paix , infpire le carnage,
Le Maure eft étonné de voir fur des vaiffeaux
Tranfporter avec foin de cruels animaux ;
Les Tigres arrachez des forefts de l'Afrique ,
11, Vol ,
Viennens
JUI N. 1730. 1311
Viennent donner dans Rome une ſcene tragique
Du fang des Citoyens les theatres fumans ;
D'un peuple furieux font les amuſemens ;
Dirai -je, en quels excès cette Rome s'abîme ?
On va chercher en Perfe un exemple de crime .
J'en parle avec horreur , au fortir de berceau
Les hommes mutilez font un fexe nouveau.
Ces lâches inftrumens , d'une flâme impudique ,
Malgré l'effort du tems & fa Loi tyranique ,
Confervent par le fer , leurs criminels appas ;
La nature fe cherche , & ne fe trouve pas ;
L'excès regne par tout , on bannit la tendreſſe.
Pour faire triompher ces fils de la moleffe ;
Leur indolent maintien , leurs cheveux ajustez,
Ces divers noms d'habits par le luxe inventez
Tous ces attraits nouveaux qui défigurent l'hom
me ,
Sont autant d'hameçons où l'on voit courir Rog
me ;
Le Maure en efclavage arrive par troupeaux ;
Les cedres transformez en des meubles nou
yeaux ,
S'applaniffent en table ; où leur couleur dorée
D'un mélange de Pourpre artiftement parée ,
Semble combattre l'or, par un éclat trompeur
Couchez fur ces Autels , les Romains en fureur
Immolent , à l'envi , la raifon trop fevere';
Les fens font leur Idole , & pour les failsfaire ,
L'on voit de toutes parts le foldat furieux "
II.Vol. Cij Ravir
1312 MERCURE DE FRANCE
Ravir ce que la terre offre de précieux ;
En vain deffous les flots qui baignent la Sicile
Le Scare pourfuivi va chercher un azile ,
On l'amene vivant ; dans l'huitre du Lucrin
On trouve le fecret de repater la faim ;
Le ventre ingenieux fçait rendre tout facile
Du Phaſe dépeuplé , le rivage eft tranquille
Et fes arbres jadis fi chargez d'Habitans
Ne font plus agitez que dú fouffle des vents .
Jufques au champ de Mars Rome dans l'efclavage
,
Au gré de l'intereft dirige fon fuffrage ;
Le Peuple , le Senat , marchands de leur faveur
Vendent publiquement le pouvoir & l'honneur ' ;
Même dans les veillards cette vertu févere ,
La liberté Romaine aujourd'hui dégenere ;
Le merite eft l'argent , les charges font à prix
La majefté par- là tombe dans le mépris ;
Caton par-là fuccombe , ou plutôt pour fa
gloire ,
Le Peuple on le bravant rougit de la victoire ;
Caton injuftement privé du Confulat ,
Fait la honte de Rome , il en ternit l'éclat ,
Il entraîne avec lui l'honneur & la puiffance ;
1
Les moeurs fans gouvernail rappellent la licence;
Rome , de fes forfaits le prix & l'artiſan ,
Sans efpoir de vengeur eft fon propre tyran ;
Par le luxe & l'ufure également vaincuë ,
Dans deux gouffres affreux elle reste abatue , 11. Vol.
JUIN. 1730. 1313 .
Sur tous fes Citoyens , fur leurs poffeffions ,
L'hypoteque a par tout gravé fes actions ;
Cet air contagieux , courant de veine en veine
Jufques aux inteftins a porté la gangrene :
Fout refpire la guerre ; on efpere en fes coups ;
On croit dans les hafards trouver un fort plus
doux ;
L'audace fans reffource , ofe tout entreprendre ;
Des remèdes communs on ne doit rien attendre
La guerre , la fureur , eft le feul déformais
Qui puiffe ôter à Rome un fang auffi mauvais.
La fortune avoit mis les Cohortes Romaines ,
Dans trois partis divers , fous trois grands Ca
pitaines ;
Bellone à ces trois Chefs gardant un mêmë fort,
Leur porte en trois endroits une femblable mort.
Chez le Parthe Craffus va terminer fa vie ;
Pompée eft égorgé fur les flots de Lybie ;
Jules au Capitole en proye à des Romains ,
De fes enfans ingrats , enfanglante les mains
Raffembler ces grands Morts , étoit trop entre
prendre ,
S
On diroit que la terre a divifé leur cendre ,
Ne pouvant dans un lieu foûtenir leurs tom
beaux
C'eft ainfi que la gloire honnore ces Heros.
Entre Naple & ces champs où regnoit la Juftice
11. Vol. IL
Cij
1314 MERCURE DE FRANCE
L
Il eſt un lieu borné d'un affreux précipice
Le Cocyte l'arrofe , & dans les environs ,
Répand l'efprit mortel de fes exhalaiſons.
Là , jamais le printemps ne porta la verdure
Jamais un feul gazon n'y para la nature ;
Jamais on n'entendit les tendres arbriffeaux
Y mêler leur murmure aux accens des oiſeaux ;
Les Roches dans la mouffe au hazard entaffées
Parmi quelques cyprès affreufement placées ,
En font tout l'ornement , & dans ce noir cahos
Paroiffent aux regards comme autant de tom
beaux .
Là , le Dieu des Enfers, d'une tête enflâmée ;
Perçant un tourbillon de feux & de fumée
་
y
Parut , & découvrant la fortune en fon cours
Il l'appelle , l'arrête & lui tient ce difcours :
» Décffe , dont les loix par toi feule bornées 33
Des hommes & des Dieux , reglent les deftif
nées "
» Et qui courant toûjours après la nouveauté
Ne peus dans aucun bien laiffer de fûreté ,
" Quoi donc! l'unique Rome ignore ton Empire!
Tu formas fa grandeur , ne peus- tu la détruire
?
» Voi ces lâches Romains , d'eux- mêmes ennemis
,
Profaner ce haut rang où ta main les a mis
Ces dépouilles , ces biens entaffez par la guer-
***
Ces
JUI N. 1730 . 1315
1
Ces prefens infinis que leur produit la terre ,
→ Tout devient l'inftrument d'un demon furieux,
Qui leur ronge le coeur , en leur charmant les
yeux ;
Ils font des maiſons d'or ; jufques dans les
nuées ,
» De cens nouveaux Palais les faces font pouf
fées ,
30
Ils repouffent les eaux , ils traverfent les airs ;
Dans le milieu des champs ils font naître des
mers ;
Enfin l'on voit par tout d'un mouvement red
belle ;
Les élemens changer leur forme naturelle
Jufques dans mon Palais , j'ai fenti leurs ef
forts ;
La terre dans fon fein cache en vain fes tré
fors ,
Perçans en mille endroits les folides campa
gnes ,
Des autres gemiffans , ils tirent des monta
gnes ;
Et tandis qu'épuisée en uſages divers ,
La pierre par leurs mains s'entaffe dans les
airs "
→ Phebus de mes états échauffant la frontiere
Fait aux fombres enfers efperer la lumiere ;
Va donc , Fortune , va ; la guerre eft dans tes
mains ,
» Va¸ cours chaffer la paix , cours armer les
Romains
R
11, Vol. Coe
1316 MERCURE DE FRANCE
Qu'on ne voye en tous lieux que fáng , que
funerailles ;
Redouble mes fujets par cent & cent batailles,
Mon fceptre dès long- temps n'eft plus enfan
glanté:
De ma chere Alecton voi le flanc agité ;
€ » Rien n'a calmé fa foif depuis cette journée ,
Ou du brave Sylla la fureur couronnée ,
Fit naître dans les champs & des bleds & des
fruits ,
» Teints encore du fang dont ils furent nourris
I dit , puis écartant la terre qui le preffe ,
Il joint avec fa main , la main de la Déeffe..
La Fortune auffi-tôt d'une legere voix ,
Commença ce diſcouts : Prince, dont les Loir,
Retiennent pour toujours dans une nuit profonde
,
Tous ceux que leCocyte a portés fur fon onde,
Si je puis en ce jour , fans bleffer mon pouvoir
N
➡ annoncer fûrement ce qu'on va bien - tôt voir,
Tes voeux font exaucez ; mon coeur plein de
< colere ,
S'accorde avec le tien ; il faut les fatisfaire :
Je haï ce que j'ai fait pour ces Peuples ingrats;
Mon bras va renverfer l'ouvrage de mon bras;
C'en eft fait , il est temps de contenter ma
rage ;
11, Vol. Mêlons
JUIN. 1730. 1317
Melons par tout les cris, les feux & le carnage;
Mais quoi je voi déja le Tage épouvanté
Par un double combat , Pharfale
enfanglanté,
Je voi trembler le Nil , & fremir la Lybie ,
Je voi fur les buchers perir la Theffalie ;
Déja dans Actium , les coups d'un Dieu ven→
geur ,
Font entendre des cris
d'épouvante & d'hor
reurs.
➡Va donc ; de tes Etats , ouvre tous les palla
ges ;.
»Du Cocyte alteré prépare les Rivages ;
☛ Pour paffer les mortels qui courent au trépas
» Caron , le feul Caron ne te fuffira pas ;
te faut une flotte ; & toi , pâle Déeſſe
Alecton , que la foif , depuis fi long - tems
preffe ,
» Du fang qui va couler ,,fais cens ragoûts divers
;
Le monde par morceaux và tomber aux En
fers.
Elle parloit encor , lorfqu'un affreux nuage ,
Percé de mille feux , à grand bruit fe partage ;
Pluton connoît la voix du Souverain des Dieux
Difparoît & s'enfuit loin du jour & des Cieux .
annoncée
Par des fignes divers , la terre menacée ,
Auffi- tôt dans le Ciel , voit fa perte
Le Soleil obfcurci retire les rayons ;
H. VOL CY Le
1318 MERCURE DE FRANCE
On croit voir dans les airs marcher des legions
Diane , avec regret fourniffant fa carriere ,
Aux crimes des humains refuſe ſa lumiere ;
Les Rochers avec bruit quittant le haut des
monts ,
Vont par bonds éclatant foudroyer les valons ,
Les fleuves ne font plus bornez par leurs rivages>
En des lieux inconnus ils s'ouvrent des paffages
Ethna jufques au Ciel , élevanr fes torrens ,
Semble contre les Dieux feconder les Titans ;
D'un vain bruit de combats , les Echos retentiffent
;
Les morts font ranimez ; les fepulchres gemif
fent ;
On voit errer par tout des Phantômes affreux a
D'un aftre menaçant les flamboyans cheveux ,
Sement déja par tout l'horreur & l'incendie ;
Le fang enfin , le fang tombe en forme de
pluye...
Ces préfages bien - tôt font fuivis des effets :
Cefar de fa vengeance écoutant les projets ,
Et laiffant des climats en conquêtes fertiles ,
Quitte le fer gaulois pour les armes civiles.
Dans cet enchaînement de monts audacieux
Qui femblent attacher la Terre avec les Cieux ,
On découvre un Rocher , ou plutôt dans la nuë ,
Son front trop élevé diſparoît à la vûë ,
Les Alpes dans ce lieu confervent un Autel
11. Vol.
D'Alci
JUIN. 1319
1730 .
D'Alcide de fes faits , monument éternel ;
De neige & de glaçons les roches revêtues
De cet affreux féjour ferinent les avenuës ;
Le Soleil n'en a pû bannir les aquilons ,
L'hyver y regne feul de toutes les faifons.
Le refte fera dans le prochain Mercure
Du Poëme de Petrone ,fur la Guerre civile..
LEs Pays éclairez par le flambeau du monde
Ce vafte compofé de la Terre & de l'Onde
Rome poffedoit tout , & fouhaitoit encor ,
Quelque abîme au- delà ; recele- t'il de l'or ?
C'eft Pays ennemi ; bien- tôt pour fa conquête
On arme des vaiffeaux , une flote s'apprête ,
On cherche , on veur de Por ; les Dieux trop
inhumains
Par ce prefent cruel , divifent les Romains ;
Les plaifirs prodiguez à l'uſage ordinaire ,
Sont à peine goûtez par le fimple vulgaire ;
La perle d'Affyrie eft en proye au foldat ;
La pourpre trop commune a perdu ſon éclat ;
La nouveauté l'efface , à peine en Arabie ,
Trouve- t'on des parfums , du marbre eu Numidie
;
Le Sere eft dépouillé de fes rares toiſons .
Rome réunit tout dans fes vaftes maiſons.
Que je prévoi de maux ! une fecrete rage ,
Au milieu de la paix , infpire le carnage,
Le Maure eft étonné de voir fur des vaiffeaux
Tranfporter avec foin de cruels animaux ;
Les Tigres arrachez des forefts de l'Afrique ,
11, Vol ,
Viennens
JUI N. 1730. 1311
Viennent donner dans Rome une ſcene tragique
Du fang des Citoyens les theatres fumans ;
D'un peuple furieux font les amuſemens ;
Dirai -je, en quels excès cette Rome s'abîme ?
On va chercher en Perfe un exemple de crime .
J'en parle avec horreur , au fortir de berceau
Les hommes mutilez font un fexe nouveau.
Ces lâches inftrumens , d'une flâme impudique ,
Malgré l'effort du tems & fa Loi tyranique ,
Confervent par le fer , leurs criminels appas ;
La nature fe cherche , & ne fe trouve pas ;
L'excès regne par tout , on bannit la tendreſſe.
Pour faire triompher ces fils de la moleffe ;
Leur indolent maintien , leurs cheveux ajustez,
Ces divers noms d'habits par le luxe inventez
Tous ces attraits nouveaux qui défigurent l'hom
me ,
Sont autant d'hameçons où l'on voit courir Rog
me ;
Le Maure en efclavage arrive par troupeaux ;
Les cedres transformez en des meubles nou
yeaux ,
S'applaniffent en table ; où leur couleur dorée
D'un mélange de Pourpre artiftement parée ,
Semble combattre l'or, par un éclat trompeur
Couchez fur ces Autels , les Romains en fureur
Immolent , à l'envi , la raifon trop fevere';
Les fens font leur Idole , & pour les failsfaire ,
L'on voit de toutes parts le foldat furieux "
II.Vol. Cij Ravir
1312 MERCURE DE FRANCE
Ravir ce que la terre offre de précieux ;
En vain deffous les flots qui baignent la Sicile
Le Scare pourfuivi va chercher un azile ,
On l'amene vivant ; dans l'huitre du Lucrin
On trouve le fecret de repater la faim ;
Le ventre ingenieux fçait rendre tout facile
Du Phaſe dépeuplé , le rivage eft tranquille
Et fes arbres jadis fi chargez d'Habitans
Ne font plus agitez que dú fouffle des vents .
Jufques au champ de Mars Rome dans l'efclavage
,
Au gré de l'intereft dirige fon fuffrage ;
Le Peuple , le Senat , marchands de leur faveur
Vendent publiquement le pouvoir & l'honneur ' ;
Même dans les veillards cette vertu févere ,
La liberté Romaine aujourd'hui dégenere ;
Le merite eft l'argent , les charges font à prix
La majefté par- là tombe dans le mépris ;
Caton par-là fuccombe , ou plutôt pour fa
gloire ,
Le Peuple on le bravant rougit de la victoire ;
Caton injuftement privé du Confulat ,
Fait la honte de Rome , il en ternit l'éclat ,
Il entraîne avec lui l'honneur & la puiffance ;
1
Les moeurs fans gouvernail rappellent la licence;
Rome , de fes forfaits le prix & l'artiſan ,
Sans efpoir de vengeur eft fon propre tyran ;
Par le luxe & l'ufure également vaincuë ,
Dans deux gouffres affreux elle reste abatue , 11. Vol.
JUIN. 1730. 1313 .
Sur tous fes Citoyens , fur leurs poffeffions ,
L'hypoteque a par tout gravé fes actions ;
Cet air contagieux , courant de veine en veine
Jufques aux inteftins a porté la gangrene :
Fout refpire la guerre ; on efpere en fes coups ;
On croit dans les hafards trouver un fort plus
doux ;
L'audace fans reffource , ofe tout entreprendre ;
Des remèdes communs on ne doit rien attendre
La guerre , la fureur , eft le feul déformais
Qui puiffe ôter à Rome un fang auffi mauvais.
La fortune avoit mis les Cohortes Romaines ,
Dans trois partis divers , fous trois grands Ca
pitaines ;
Bellone à ces trois Chefs gardant un mêmë fort,
Leur porte en trois endroits une femblable mort.
Chez le Parthe Craffus va terminer fa vie ;
Pompée eft égorgé fur les flots de Lybie ;
Jules au Capitole en proye à des Romains ,
De fes enfans ingrats , enfanglante les mains
Raffembler ces grands Morts , étoit trop entre
prendre ,
S
On diroit que la terre a divifé leur cendre ,
Ne pouvant dans un lieu foûtenir leurs tom
beaux
C'eft ainfi que la gloire honnore ces Heros.
Entre Naple & ces champs où regnoit la Juftice
11. Vol. IL
Cij
1314 MERCURE DE FRANCE
L
Il eſt un lieu borné d'un affreux précipice
Le Cocyte l'arrofe , & dans les environs ,
Répand l'efprit mortel de fes exhalaiſons.
Là , jamais le printemps ne porta la verdure
Jamais un feul gazon n'y para la nature ;
Jamais on n'entendit les tendres arbriffeaux
Y mêler leur murmure aux accens des oiſeaux ;
Les Roches dans la mouffe au hazard entaffées
Parmi quelques cyprès affreufement placées ,
En font tout l'ornement , & dans ce noir cahos
Paroiffent aux regards comme autant de tom
beaux .
Là , le Dieu des Enfers, d'une tête enflâmée ;
Perçant un tourbillon de feux & de fumée
་
y
Parut , & découvrant la fortune en fon cours
Il l'appelle , l'arrête & lui tient ce difcours :
» Décffe , dont les loix par toi feule bornées 33
Des hommes & des Dieux , reglent les deftif
nées "
» Et qui courant toûjours après la nouveauté
Ne peus dans aucun bien laiffer de fûreté ,
" Quoi donc! l'unique Rome ignore ton Empire!
Tu formas fa grandeur , ne peus- tu la détruire
?
» Voi ces lâches Romains , d'eux- mêmes ennemis
,
Profaner ce haut rang où ta main les a mis
Ces dépouilles , ces biens entaffez par la guer-
***
Ces
JUI N. 1730 . 1315
1
Ces prefens infinis que leur produit la terre ,
→ Tout devient l'inftrument d'un demon furieux,
Qui leur ronge le coeur , en leur charmant les
yeux ;
Ils font des maiſons d'or ; jufques dans les
nuées ,
» De cens nouveaux Palais les faces font pouf
fées ,
30
Ils repouffent les eaux , ils traverfent les airs ;
Dans le milieu des champs ils font naître des
mers ;
Enfin l'on voit par tout d'un mouvement red
belle ;
Les élemens changer leur forme naturelle
Jufques dans mon Palais , j'ai fenti leurs ef
forts ;
La terre dans fon fein cache en vain fes tré
fors ,
Perçans en mille endroits les folides campa
gnes ,
Des autres gemiffans , ils tirent des monta
gnes ;
Et tandis qu'épuisée en uſages divers ,
La pierre par leurs mains s'entaffe dans les
airs "
→ Phebus de mes états échauffant la frontiere
Fait aux fombres enfers efperer la lumiere ;
Va donc , Fortune , va ; la guerre eft dans tes
mains ,
» Va¸ cours chaffer la paix , cours armer les
Romains
R
11, Vol. Coe
1316 MERCURE DE FRANCE
Qu'on ne voye en tous lieux que fáng , que
funerailles ;
Redouble mes fujets par cent & cent batailles,
Mon fceptre dès long- temps n'eft plus enfan
glanté:
De ma chere Alecton voi le flanc agité ;
€ » Rien n'a calmé fa foif depuis cette journée ,
Ou du brave Sylla la fureur couronnée ,
Fit naître dans les champs & des bleds & des
fruits ,
» Teints encore du fang dont ils furent nourris
I dit , puis écartant la terre qui le preffe ,
Il joint avec fa main , la main de la Déeffe..
La Fortune auffi-tôt d'une legere voix ,
Commença ce diſcouts : Prince, dont les Loir,
Retiennent pour toujours dans une nuit profonde
,
Tous ceux que leCocyte a portés fur fon onde,
Si je puis en ce jour , fans bleffer mon pouvoir
N
➡ annoncer fûrement ce qu'on va bien - tôt voir,
Tes voeux font exaucez ; mon coeur plein de
< colere ,
S'accorde avec le tien ; il faut les fatisfaire :
Je haï ce que j'ai fait pour ces Peuples ingrats;
Mon bras va renverfer l'ouvrage de mon bras;
C'en eft fait , il est temps de contenter ma
rage ;
11, Vol. Mêlons
JUIN. 1730. 1317
Melons par tout les cris, les feux & le carnage;
Mais quoi je voi déja le Tage épouvanté
Par un double combat , Pharfale
enfanglanté,
Je voi trembler le Nil , & fremir la Lybie ,
Je voi fur les buchers perir la Theffalie ;
Déja dans Actium , les coups d'un Dieu ven→
geur ,
Font entendre des cris
d'épouvante & d'hor
reurs.
➡Va donc ; de tes Etats , ouvre tous les palla
ges ;.
»Du Cocyte alteré prépare les Rivages ;
☛ Pour paffer les mortels qui courent au trépas
» Caron , le feul Caron ne te fuffira pas ;
te faut une flotte ; & toi , pâle Déeſſe
Alecton , que la foif , depuis fi long - tems
preffe ,
» Du fang qui va couler ,,fais cens ragoûts divers
;
Le monde par morceaux và tomber aux En
fers.
Elle parloit encor , lorfqu'un affreux nuage ,
Percé de mille feux , à grand bruit fe partage ;
Pluton connoît la voix du Souverain des Dieux
Difparoît & s'enfuit loin du jour & des Cieux .
annoncée
Par des fignes divers , la terre menacée ,
Auffi- tôt dans le Ciel , voit fa perte
Le Soleil obfcurci retire les rayons ;
H. VOL CY Le
1318 MERCURE DE FRANCE
On croit voir dans les airs marcher des legions
Diane , avec regret fourniffant fa carriere ,
Aux crimes des humains refuſe ſa lumiere ;
Les Rochers avec bruit quittant le haut des
monts ,
Vont par bonds éclatant foudroyer les valons ,
Les fleuves ne font plus bornez par leurs rivages>
En des lieux inconnus ils s'ouvrent des paffages
Ethna jufques au Ciel , élevanr fes torrens ,
Semble contre les Dieux feconder les Titans ;
D'un vain bruit de combats , les Echos retentiffent
;
Les morts font ranimez ; les fepulchres gemif
fent ;
On voit errer par tout des Phantômes affreux a
D'un aftre menaçant les flamboyans cheveux ,
Sement déja par tout l'horreur & l'incendie ;
Le fang enfin , le fang tombe en forme de
pluye...
Ces préfages bien - tôt font fuivis des effets :
Cefar de fa vengeance écoutant les projets ,
Et laiffant des climats en conquêtes fertiles ,
Quitte le fer gaulois pour les armes civiles.
Dans cet enchaînement de monts audacieux
Qui femblent attacher la Terre avec les Cieux ,
On découvre un Rocher , ou plutôt dans la nuë ,
Son front trop élevé diſparoît à la vûë ,
Les Alpes dans ce lieu confervent un Autel
11. Vol.
D'Alci
JUIN. 1319
1730 .
D'Alcide de fes faits , monument éternel ;
De neige & de glaçons les roches revêtues
De cet affreux féjour ferinent les avenuës ;
Le Soleil n'en a pû bannir les aquilons ,
L'hyver y regne feul de toutes les faifons.
Le refte fera dans le prochain Mercure
Fermer
Résumé : TRADUCTION Du Poëme de Petrone, sur la Guerre civile.
Le poème de Pétrone décrit la situation de Rome après ses conquêtes, où la ville aspire à de nouvelles victoires et prépare une flotte pour envahir un pays ennemi. La société romaine est marquée par l'excès et la décadence. Les plaisirs sont abondants, les ressources rares sont accaparées, et les mœurs se dégradent. Rome est comparée à un tyran sans espoir de vengeur, vaincue par le luxe et l'usure. Les citoyens sont endettés, et la guerre semble inévitable pour purifier Rome de ses maux. La Fortune, invoquée par Pluton, décide de détruire Rome en raison de l'ingratitude de ses habitants. Elle décrit la décadence romaine, où les éléments naturels sont altérés par l'ambition humaine. La Fortune et Pluton préparent une guerre dévastatrice, annonçant des signes de catastrophe imminente : obscurcissement du soleil, tremblements de terre, éruptions volcaniques, et apparitions de spectres. Ces présages sont suivis d'effets concrets : César, cherchant vengeance, quitte les conquêtes fertiles pour se tourner vers les armes civiles. Le texte se termine par la description d'un rocher élevé dans les Alpes, où un autel dédié à Alcide (Hercule) est conservé, symbolisant la grandeur passée de Rome.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
674
p. 1428
TURQUIE.
Début :
Selon quelques Lettres de Constantinople, le Sultan Acheraf y étoit arrivé, accompagné [...]
Mots clefs :
Turquie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE.
TURQUI E.
Elon quelques Lettres de Conftantinople , le
Sultan Acheraf y étoit arrivé , accompagné
de peu de perfonnes , ayant été obligé d'abandonner
ceux de fon parti , & de faire courir le
bruit qu'il avoit été affaffiné en voulant fe fouftraire
à la pourfuite du nouveau Roy de Perſe.
On a appris par ces Lettres que le Grand Seigneur
ne fortoit plus du Serail , & qu'il n'y
voyoit que fon fils Aîné , le Grand Vifir , l'Aga
des Janiffaires & fes Medecins ; & que S. H.avoit
envoyé mille bourfes à la Mecque pour obtenir
le rétabliffement de fa fanté , par les prieges des
Dervis qui deffervent la Mofquée de cette Ville.
Par d'autres Lettres du 9 May , on apprend
que
le Grand Seigneur fe portoit un peu mieux
depuis que S. H. faifoit ufage de certaine
Eau
Minérale , qu'un Médecin
de l'Ile de Chio lui
avoit confeillé de prendre ; qu'on avoit envoyé
ordre aux Commandans
des Troupes
qu'on a
fait défiler vers les Frontières de Perfe ; de prendre
toutes fortes de mefures pour la confervation
des Provinces
conquifes
fur ce Royaume
,
& d'empêcher
en même temps que les Soldats
ne commiffent
aucune hoftilité, parce que le Gr.
Seigneur
veut éviter d'entrer
en guerre avec le
nouveau Roy de Perſe.
Elon quelques Lettres de Conftantinople , le
Sultan Acheraf y étoit arrivé , accompagné
de peu de perfonnes , ayant été obligé d'abandonner
ceux de fon parti , & de faire courir le
bruit qu'il avoit été affaffiné en voulant fe fouftraire
à la pourfuite du nouveau Roy de Perſe.
On a appris par ces Lettres que le Grand Seigneur
ne fortoit plus du Serail , & qu'il n'y
voyoit que fon fils Aîné , le Grand Vifir , l'Aga
des Janiffaires & fes Medecins ; & que S. H.avoit
envoyé mille bourfes à la Mecque pour obtenir
le rétabliffement de fa fanté , par les prieges des
Dervis qui deffervent la Mofquée de cette Ville.
Par d'autres Lettres du 9 May , on apprend
que
le Grand Seigneur fe portoit un peu mieux
depuis que S. H. faifoit ufage de certaine
Eau
Minérale , qu'un Médecin
de l'Ile de Chio lui
avoit confeillé de prendre ; qu'on avoit envoyé
ordre aux Commandans
des Troupes
qu'on a
fait défiler vers les Frontières de Perfe ; de prendre
toutes fortes de mefures pour la confervation
des Provinces
conquifes
fur ce Royaume
,
& d'empêcher
en même temps que les Soldats
ne commiffent
aucune hoftilité, parce que le Gr.
Seigneur
veut éviter d'entrer
en guerre avec le
nouveau Roy de Perſe.
Fermer
Résumé : TURQUIE.
Le texte traite des événements impliquant le sultan Acheraf et le sultan ottoman, nommé le Grand Seigneur. Acheraf est parvenu à Constantinople avec une escorte réduite, ayant dû feindre sa mort pour échapper au nouveau roi de Perse. À Constantinople, le Grand Seigneur, souffrant de santé, réside au sérail et ne reçoit que son fils aîné, le grand vizir, l'aga des janissaires et ses médecins. Il a également envoyé des fonds à La Mecque pour obtenir des prières en faveur de sa guérison. Des lettres du 9 mai rapportent une légère amélioration de sa santé grâce à une eau minérale recommandée par un médecin de l'île de Chio. Par ailleurs, des ordres ont été donnés aux commandants des troupes aux frontières de Perse pour maintenir les provinces conquises et éviter les conflits avec le nouveau roi de Perse, afin d'éviter une guerre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
675
p. 1434-1435
RUSSIE.
Début :
La Czarine a fait dire au Comte de Wratislaw Ambassadeur Extraordinaire de l'Empereur, [...]
Mots clefs :
Troupes, Tsarine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE .
A Czarine a fait dire au Comte de Wratislaw,
Antalladeur Extraordinaire de l'Empereur
qu'elle ne pourroit pas fournir cette année à
S. M. I. les 30000. hommes promis par les
Traités faits il y a trois ou quatre ans , parcequ'elle
avoit befoin de toutes fes Troupes pour
conferver les Provinces conquifes fur la Perfe
II. Vol. ayant
JUIN. 1730 1435
ayant reçu des avis certains que le Sultan Schach
Thamas avoit pris la réfolution de faire tous fes
efforts pour fe remettre en poffeffion de ces Provinces
, auffi -tôt qu'il auroit diffipé le refte de
l'Armée du Sultan Acheraf.
On a appris depuis que le nouveau Roi de
Perfe envoyoit à Mofcou un Ambaffadeur pour
complimenter la Czarine fur fon Avenement à la
Couronne , & que ce Prince avoit permis aux
Mofcovites de négocier à Ipaham en toute li
berté.
On a fait équiper à Cronstadt quatre Vaiſſeaux
de Guerre & cinq Frégates pour former une Ef
cadre qui fera commandée par le Contre- Amiral
Kas. On ne fçait pas pour quelle expedition.
A Czarine a fait dire au Comte de Wratislaw,
Antalladeur Extraordinaire de l'Empereur
qu'elle ne pourroit pas fournir cette année à
S. M. I. les 30000. hommes promis par les
Traités faits il y a trois ou quatre ans , parcequ'elle
avoit befoin de toutes fes Troupes pour
conferver les Provinces conquifes fur la Perfe
II. Vol. ayant
JUIN. 1730 1435
ayant reçu des avis certains que le Sultan Schach
Thamas avoit pris la réfolution de faire tous fes
efforts pour fe remettre en poffeffion de ces Provinces
, auffi -tôt qu'il auroit diffipé le refte de
l'Armée du Sultan Acheraf.
On a appris depuis que le nouveau Roi de
Perfe envoyoit à Mofcou un Ambaffadeur pour
complimenter la Czarine fur fon Avenement à la
Couronne , & que ce Prince avoit permis aux
Mofcovites de négocier à Ipaham en toute li
berté.
On a fait équiper à Cronstadt quatre Vaiſſeaux
de Guerre & cinq Frégates pour former une Ef
cadre qui fera commandée par le Contre- Amiral
Kas. On ne fçait pas pour quelle expedition.
Fermer
Résumé : RUSSIE.
En juin 1730, la czarine de Russie informe le Comte de Wratislaw, ambassadeur extraordinaire de l'Empereur, qu'elle ne peut pas fournir les 30 000 hommes promis par les traités antérieurs. Cette décision est justifiée par la nécessité de conserver les provinces conquises sur la Perse. La czarine a appris que le sultan Shah Thamas prévoit de récupérer ces provinces dès que l'armée du sultan Acheraf sera dissipée. Par ailleurs, le nouveau roi de Perse envoie un ambassadeur à Moscou pour féliciter la czarine de son avènement au trône et autorise les Moscovites à négocier librement à Ipaham. De plus, quatre vaisseaux de guerre et cinq frégates ont été équipés à Cronstadt pour former une escadre commandée par le contre-amiral Kas, dont la destination reste inconnue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
676
p. 1435-1436
ALLEMAGNE.
Début :
La petite Ville d'Enzerstoff, située au-delà du Danube, dans le Diocèse de Freisengen, à 4. [...]
Mots clefs :
Troupes, Allemagne, Empereur d'Italie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE,
A petite Ville d'Enzerftoff , fituée au - delà du
Danube, dans le Diocèfe de . Freifengen, à 4
lieues de Vienne , compofée d'environ 600. Maifons
, fut réduite en cendres le 14. Juin par la
faute d'un Vigneron , chez qui le feu commença.
L'Eglife feule eft restée de cet incendie .
Le 7. Mai on fit à Maydampuk , dans le Banat
de Temefvar , l'ouverture d'une Mine de'
cuivre nouvellement découverte qui eft extrêmement
abondante ,
Le 14. Juin , le Comte de Mercy partit de
Vienne pour aller commander en Chef les Trou
pes de l'Empereur en Italie.
Les Lettres de Dantzick portent que le Duc
Charles Leopold de Meckelbourg en devoit partir
pour les Etats , après avoir paffé quelques jours
au Monaftere d'Oliva , où il a eu plufieurs Conferences
avec diverfes perfonnes inconnues. On
apprend de Schwerin que ce Prince y étoit ar-
II. Vol. rivé,
HE
136 MERCURE DE FRANCE
rivé , qu'il y avoit fait venir de Domitz fes-
Miniftres & fa Chancellerie ; qu'il avoit réfolu
d'y faire fa réfidence , & d'y lever une Compa-.
gnie de Gardes à Cheval ; que fa Cour devenoit
fort nombreufe , qu'il avoit renforcé la Garniſon
de cette Place ; que la Commiffion Imperiale de
Roftock avoit dépeché un. Courrier à Vienne
pour demander de nouvelles inftructions au fu→
jet de l'arrivée du Duc Charles Leopold dans fes
Etats , & qu'en attendant la réponſe elle avoit
fait publier une Ordonnance par laquelle il eft
défendu à la Nobleffe , aux Officiers de Juftice &
aux autres habitans du Duché , d'obéïr aux oFdres
que ce Prince pourroit donner contre l'execution
des Decrets de la Commiffion.
La même Commiffion a fait déchirer le dernier
Mandement que le Duc Charles Leopold de
Meckelbourg avoit fait afficher dans divers endroits
de fon Duché , & elle a fait arrêter quelques
Baillifs qui ont enrôlé , des Payfans pour le
fervice de ce Prince . On a renforcé les Troupes
d'execution qui occupent differens poftes entre-
Schwerin & Domitz, afin d'empêcher la communication
entre ces deux Villes , & de prévenir
les forties que les Garnifons pourroient faire. Les
Troupes Mofcovites qui font en quartier fur les
Frontieres de Lithuanie ont ordre de fe tenir prê- ·
tes à marcher , ce qui fait croire qu'elles feront
quelque entrepriſe en faveur du Duc de Meckelbourg
, fi la Commiffion Imperiale continue de
faire fes pourfuites pour les frais d'execution.
dont elle veut être payée avant que de faire retirer
fes Troupes.
A petite Ville d'Enzerftoff , fituée au - delà du
Danube, dans le Diocèfe de . Freifengen, à 4
lieues de Vienne , compofée d'environ 600. Maifons
, fut réduite en cendres le 14. Juin par la
faute d'un Vigneron , chez qui le feu commença.
L'Eglife feule eft restée de cet incendie .
Le 7. Mai on fit à Maydampuk , dans le Banat
de Temefvar , l'ouverture d'une Mine de'
cuivre nouvellement découverte qui eft extrêmement
abondante ,
Le 14. Juin , le Comte de Mercy partit de
Vienne pour aller commander en Chef les Trou
pes de l'Empereur en Italie.
Les Lettres de Dantzick portent que le Duc
Charles Leopold de Meckelbourg en devoit partir
pour les Etats , après avoir paffé quelques jours
au Monaftere d'Oliva , où il a eu plufieurs Conferences
avec diverfes perfonnes inconnues. On
apprend de Schwerin que ce Prince y étoit ar-
II. Vol. rivé,
HE
136 MERCURE DE FRANCE
rivé , qu'il y avoit fait venir de Domitz fes-
Miniftres & fa Chancellerie ; qu'il avoit réfolu
d'y faire fa réfidence , & d'y lever une Compa-.
gnie de Gardes à Cheval ; que fa Cour devenoit
fort nombreufe , qu'il avoit renforcé la Garniſon
de cette Place ; que la Commiffion Imperiale de
Roftock avoit dépeché un. Courrier à Vienne
pour demander de nouvelles inftructions au fu→
jet de l'arrivée du Duc Charles Leopold dans fes
Etats , & qu'en attendant la réponſe elle avoit
fait publier une Ordonnance par laquelle il eft
défendu à la Nobleffe , aux Officiers de Juftice &
aux autres habitans du Duché , d'obéïr aux oFdres
que ce Prince pourroit donner contre l'execution
des Decrets de la Commiffion.
La même Commiffion a fait déchirer le dernier
Mandement que le Duc Charles Leopold de
Meckelbourg avoit fait afficher dans divers endroits
de fon Duché , & elle a fait arrêter quelques
Baillifs qui ont enrôlé , des Payfans pour le
fervice de ce Prince . On a renforcé les Troupes
d'execution qui occupent differens poftes entre-
Schwerin & Domitz, afin d'empêcher la communication
entre ces deux Villes , & de prévenir
les forties que les Garnifons pourroient faire. Les
Troupes Mofcovites qui font en quartier fur les
Frontieres de Lithuanie ont ordre de fe tenir prê- ·
tes à marcher , ce qui fait croire qu'elles feront
quelque entrepriſe en faveur du Duc de Meckelbourg
, fi la Commiffion Imperiale continue de
faire fes pourfuites pour les frais d'execution.
dont elle veut être payée avant que de faire retirer
fes Troupes.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
Le 14 juin, la ville d'Enzerftoff, située au-delà du Danube dans le diocèse de Freisfingen, a été entièrement détruite par un incendie causé par la négligence d'un vigneron, seule l'église a survécu. Le même jour, le Comte de Mercy a quitté Vienne pour prendre le commandement des troupes impériales en Italie. Le 7 mai, une nouvelle mine de cuivre abondante a été découverte à Maydampuk, dans le Banat de Temesvar. Le Duc Charles Léopold de Mecklembourg a quitté le monastère d'Oliva pour Schwerin, où il a établi sa résidence et renforcé la garnison. La commission impériale de Rostock a interdit à la noblesse et aux habitants du duché d'obéir aux ordres du duc, contraires aux décrets de la commission. Les troupes moscovites aux frontières de Lituanie sont prêtes à intervenir en faveur du duc si la commission impériale poursuit ses actions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
677
p. 1437-1447
Camp de Mulhberg.
Début :
On parle dans toute l'Allemagne du Camp de Mulhberg en Saxe, où le Roi de Pologne [...]
Mots clefs :
Saxe, Roi de Pologne, Troupes, Armée, Canon, Infanterie, Généraux, Artillerie, Mülhberg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Camp de Mulhberg.
Camp de Mulhberg.
N parle dans toute l'Allemagne du Camp
de Mulhberg en Saxe , où le Roi de Pologne
a fait camper une grande quantité de Troupes
d'élite , & où ce Prince donne une fête militaire,
digne d'un grand Roi .
Toute l'Armée eft habillée de neuf, & avec autant
de propreté & d'uniformité pour les Cavaliers
, & les Soldats que de richeffe & de goût
pour les Officiers qui ont chacun jufqu'à trois
habits d'un uniforme varié feulement par les
differens agrémens où l'or & l'argent font employés
avec art pour produire un coup d'oeil
magnifique & brillant.:
La fituation du Camp eft des plus agréables ,
le fuperbe Pavillon du Roi & les magnifiques
Tentes qui l'environnent, font fur une éminence,
d'où l'on découvre toute l'Armée , campée fur
deux lignes dans une belle Plaine , arrofée par
la Riviere d'Elbe . Les Troupes les plus magnifi-
.ques , & qui fe font diftinguer dans ce fuperbe
Camp , font les Gardes du Corps de S. M. P. Les
Chevaliers Gardes , les Grands Moufquetaires ,
les Carabiniers , les Gardes à pied & les Cuiraffiers.
Le 31. Mai , le Roi fortit du Camp pour alfer
audevant du Roi de Pruffe. S. M. étoit à la
tête des Chevaliers de l'Aigle Blane , au nombić
de 36. & accompagnée de 160 Princes , Generaux ,
Miniftres & autres Seigneurs. Le Prince Royal
étoit fuivi des Militaires . Les deux Rois fe ren
contrerent à une demie lieue du Camp , où ils
s'embrafferent avec des marques les plus vives
de la plus parfaite amitié , & après avoir dejeuné
fous une Tente magnifique à demi ouverte , ils
11. Vola Hy viurent
1438 MERCURE DE FRANCE
L
vinrent au Camp. Le Roi de Pruffe étoit à Cheval
avec le Prince Royal fon fils , accompagné
de plufieurs Princes , Generaux , Colonels & c . au
nombre de plus de 150. L. M. étoient fuivies de
9. Cavaliersarmés de pié en cap , portant des drapeaux
& une queue de Cheval , comme auffi d'une
Troupe de Huffars armés d'Arcs & de Fleches.
Le premier Juin l'Armée marcha , commandée
par le Prince Royal de Pologne , & fe rangea
fur deux lignes , dont chacune contenoit une
étendue de trois quarts de lieue. L. M. & les
Princes & Generaux de leur nombreuſe & brillante
fuite , des deux fexes , à Cheval & en Caroffe
, les parcoururent d'un côté & d'autre. Le Roi
de Pruffe étoit toujours accompagné de quatre
jeunes Turcs habillés de drap d'or. Les deux
Rois s'étant enfuite retirez fous leurs Tentes. ,
ils furent falués par une falve de 60. pieces de
Canons , & L. M. virent défiler toute l'Armée
par Regimens..
Le lendemain , le Roi de Pologne s'étant trouvé
fatigué , nomma la Princeffe Royale fa Bru ,
pour faire les honneurs du Repas , & S. A. s'en
acquita très bien. On mangea fous une Tente à
la Turque , fur une Table de 40. Couverts , toute
fervie en vaiffelle de vermeil doré , & avec la plus
grande délicateffe & plus grande abondance.
Le 3. les deux Rois dinerent enfemble dans le
Quartier du Roi de Pologne, avec plufieurs Princes
, Generaux & antres Seigneurs. Vers les fix
heures , peu de tems après le diné , il y eut Comédie
Italienne..
Le 4. à quatre heures du matin , les 4. Re--
gimens de Dragons marcherent fur deux colomnes
, & enfuite s'étant mis en parade , firent leur
Exercice & diverſes évolutions à Cheval & à pied
II. Vola jufqu'à
JUIN. 1730. 1439
que
jufqu'à 2. heures après midi . Ils pratiquerent la
nouvelle maniere de coupler les Chevaux ' ,
S. M. P. fait introduire dans fon Armée , & qui
a divers avantages , fur tout celui de pouvoir
former un front de Bataillon , & par là couvrir
les Chevaux & c. Le Roi de Pruffe alla diner ,
accompagné de quelques Generaux , chez le Duc
Jean Adelphe Weifenfels . Le Prince Royal de
Pruffe dina avec le Roi de Pologne & les Dames.
Le foir il y eat Comédie & Bal à la Cour.
Le s .
elle
la Cavalerie fit fes Exercices , compofée
de 24. Efcadrons des Gardes du Corps , des Carabiniers
& des 3. Regimens de Cuiraffiers . Elle
marcha fur quatre Colomnes vers le Pavillon
Royal , où s'étant formée fur deux lignes ,
fit plufieurs mouvemens , marches , attaques &c.
& forma enfuite un quarré , dont le Pavillon du
Roi étoit le centre , & elle rentra dans le Camp
fur une Colomne , en tournant autour du Pavil
Jon Royal.
Le 6. il y eut Concert de voix & d'Inftrumens
&c.
Les Rois de Pologne & de Pruffe ayant été indifpofés
pendant quelques jours , & L. M. étant
parfaitement rétablies , le 10. elles fe rendirent
avec leur fuite au Pavilion , éloigné d'une portée´
de Canon du centre de la premiere ligne de l'Armée
, pour voir l'Exercice de l'lafanterie. Ce
Pavilon eft conftruit de charpente , orné de
peintures & de dorures de très bon goût , élevé
fur une hauteur qui domine fur toute la Plaine.
L'Infanterie qui étoit fortie du Camp dès le
matin , avoit formé autour de ce Pavillon un'
quarré , dont chaque flanc étoit compofé de fixt
Bataillons. On commença par les évolutions des
armes , & on pratiqua enfuite les differentes manieres
de charger par rangs , par pelotons , par
1 Vel. H vj demi
1440 MERCURE DE FRANCE
demi divifions , par divifions entieres & par hayes,
où les Grenadiers jetterent quantité de Grenades
vers le milieu du quarré &c. Après cet Exercice
& diverfes autres évolutions , L. M. allerent diner
à leur quartier. C'eſt un quarré gardé par des
Janiflaires & par une Garde de Cadets , où des
Soldats Turcs , avec des Veſtes de drap d'or ,
& des efpeces de Turbans de velours cramoifi ,
font la garde devant la Tente de ces deux Rois ,
& où l'on voit auffi des Hongrois en habits
d'écarlate , avec des galons & des franges d'or.
Il y a encore douze Gardes qu'on nomme Peckins
, auffi habillés d'écarlate avec des bonnets
de velours noir , bródés d'argent , & une aigrette
de plumes blanches , tenant chacun une hache
d'argent. Le milieu de ce qnarré eft occupé par
une grande Sale tendue de damas cramoifi &
jaune . Cette Sale eft percée de 4. portes par
lef
quelles on entre dans quatre Galeries , qui aboutiffent
à autant de Cabinets , à côté defquels il y
a 8. Tentes à la Turque , ornées de riches étoffes .
Quatre grandes Tentes qui fervent de Sale à
manger , font contigues à ces Cabinets.
>
On a fervi tous les jours trois Tables de 24
Couverts chacune ; les deux Rois mangent à la
premiere , L. A. R. à la feconde , & la troifiéme
eft deftinée pour les Officiers Generaux des deux
Cours ; ces Tables font fervies en vaiffelle de vermeil
doré. Il y a outre cela cinq autres Tables
auffi de 24. Couverts chacune , fervies en vaiffelle
d'argent pour les Hauts Officiers & les
Etrangers. Un Officier de diftinction de la Maifon
du Roi fait les honneurs de chaque Table.
Le Roi de Pologne eft logé dans un Palais
qu'il a fait conftruire exprès, à une portée de pif
tolet du Quarré dont on vient de parler . Le Roi
de Pruffe y eft auffi logé, avec le Prince Royal
on fils , & toute fa Cour. Dans
JUIN. 1730. 1441
DO
52
ם כ
Dans une Lettre écrite de ce Camp , on s'exprime
ainfi : » Je fuis, bien fâché que vous ne
foyez pas à portée de voir ce corps d'armée ++
en verité on ne fçauroit donner une idée de la
magnificence de l'Armée de Darius , que par
celle-cy. Il n'y a point de Sous - Lieutenant de
Cavalerie , dont le Cheval avec le harnois ne
→ vaille au moins mille écus. Il y a trois Tables
» chez le Roy , de 24. Couverts chacune , fervies
en vaiffelle d'or , & plufieurs autres au nombre
" de 300. Couverts , en vaiffelle d'argent. Les
Tentes feules du Quartier du Roi , font eftimées
deux millions. Ce qu'on voit de toutes fortes
» de Voitures , Caroffes , Chaifes & Chevaux de
» felle pour les Etrangers & pour les Dames , elt
» inconcevable. On diftingue ici des Officiers Ge-
» neraux & autres de toutes les Troupes de l'Europe
, & un concours infini d'Etrangers de toutes
Nations.Je ne fçai fi le calcul eft jufte , mais
on compte qu'outre les Troupes , il y a 300
mille ames dans le Camp ou aux environs.
» Au refte , il n'eft queftion ici que de Colon-
» nes , dans le gout de celles du Livre du Chevalier
de Follard ; petits & grands , tout le monde
fe mêle de faire des Colonnes . Il y a un jour
» destiné exprès , où toute l'Infanterie ne fera
පා que des Colonnes ; & le Roi de Pruffe , qui y
» étoit totalement oppofé it y. a deux ans , s'eft
» enfin rendu à l'opinion de l'Auteur de ce Livre
» & à la mienne , fur le fait des Colonnes.
37
םכ
»Le Roi de Pologne m'a fait l'honneur de me
dire qu'il feroit deffiner toutes les évolutions
qui fe font faites , pour que je vous les envoye.
» Mais de tout ce qu'on a fait , le plus beau fera
fans doute , un Paffage de Riviere. L'E be eft
deux fois large ici comme la Seine à Paris . On
» établira trois Ponts en preſence de l'Ennemi , à
11. Vol.
» la
1442 MERCURE DE FRANCE
20
la faveur du Canon & de certains Prammies'
garnis de Canons. Ces Ponts font mobiles &
» deſcendront la Riviere , s'établiront , pour ainfi
→ dire, dans un moment , & le paffage fe fera de
dire vive force. On peut fans craindre le ridi
cule , que ce font Jeux de Prince. A Dieu ,
cher Chevalier , je vous écrirai plus au long ,
quand je pourrai yous envoyer les Deffeins de
ૐ
→ tout ceci .
Les Lettres qu'on a reçues depuis du Camp
de Malhberg portent que le 17. Juin l'Armée
marcha en Phalanges ou Bataillons quarrez , fui
vant l'ufage des Anciens. Cette marche reprefentoit
parfaitement le même ordre de bataille done
les Grecs fe fervoient pour combattre leurs enne
mis , & faifoit un coup d'oeil incomparable. I
y avoit une Phalange d'Infanterie & deux de
Cavalerie , lefquelles après avoir marché quelque
temps dans cet ordre , formerent enfuite deux
lignes toute l'Armée fe replia par le centre &
fe remit fur le même terrain ; après quoi on fe
retira en combattant jufqu'au Camp ; le tout fut
parfaitement bien executé.
Le 18. le Roi de Pruffe dîna chez le Comte de
Wackerbarth , avec le Duc de Saxe Weimar-
Le foir il y eut Comedie Italienne.
Le 19. toute l'Armée fe mit de nouveau en
marche , & forma d'abord neuf grands quarrez ,
l'Infanterie s'étant enfuite formée en quarré long,
fut attaquée par la Cavalerie , qui fut vivement
repouflée par le Canon , les Grenades & la Moufqueterie
L'Infanterie fe voyant trop preffée , forma un
autre quarré long , & fut encore attaquée à di-.
verfes reprises dans fa retraite par toute la Cavalerie
, avec tant d'acharnement , qu'on cut de la
peine à faire retourner quelques Efcadrons qui
11. Vola
effuyerent
JUIN. 1730. 1443
effuyerent le feu , ayant la tête des chevaux dans
les Bayonettes. Enfin la retraite fe fit en deux colonnes
, par des défilez d'une manière qui n'avoit
pas encore été pratiquée & qui fut jugée d'une
grande utilité par les connoiffeurs .
Le 20. Le Regiment des grands Grenadiers fit
fes exercices avec beaucoup d'adreffe devant les
deux Rois . Le Comte de Rutowski , qui en eft le
Commandant , traita enfuite fplendidement le
Roi de Pruffe. Le même jour le Roi alla reconnoître
le terrain où S. M, avoit deffein de paffer
l'Elbe avec un Détachement de l'Armée : ce deffejn
s'executa le 21. Une partie de l'Armée paffa
cette Riviere & fe retrancha ; elle fut enfuite attaquée
par le gros de l'Armée , commandé par
le Comte de Wackerbarth, il fut à la fin repouffé;.
У eut dans cette action deux Soldats de tuez &
un de bleffé par accident. Jamais Artillerie n'a été
fetvie avec plus d'adreffe & d'art , qu'en cette occafion
, y ayant eu de groffes pieces qui ont tiré
coups dans une minute..
il
fix
Le 22. le Roi de Pruffe alla dîner chez lé Prince
Royal de Pologne , qui le régala fuperbement.
Les Exercices Militaires finirent le 23. par une
bataille rangée : l'Armée étoit partagée en deux
corps, dont l'un étoit commandé par le Velt- Maréchal
, Comte de Wackerbarth , & l'autre par le
Duc de Saxe - Weffeinfels , qui après avoir perdu
la bataille , fit une très - belle retraite , ayant mar
ché en bon ordre vers le Bois.
Pendant cette retraite, le Roi de Pologne , qui s'é
toit mis à la tête de fix Efcadrons qu'il avoit déta
chés fecretement de l'aîle droite, tomba dans le flanc
de l'aile gauche , & fit prifonnier un Efcadron
du Régiment de Pohlentz , qui ne s'étoit pas ap
perçu de ce mouvement. Il y eut des pieces de
Canon qui tirerent ce jour- là 159. coups , &
11. Vol.
PArtillerie
1444 MERCURE DE FRANCE
l'Artillerie tira en tout 9000. coups.
Le 24. on tira le fuperbe Feu d'artifice que le
Roi avoit fait préparer fur l'Elbe : le temps calme
& l'air obfcur qu'il faifoit cette nuit- là , ne contribuerent
pas peu à rendre ce fpectacle plus mafique
& plus agréable : il fut executé dans toute
fa perfection , & tous ceux qui l'ont vû , conviennent
que c'eft le plus beau qui ait été tiré de me--
moire d'homme.
Après le Feu d'artifice , le Bucentaure parut
fur l'Elbe avec une Flotille de 15. Bâtimens ,
tous entierement illuminez & ornez de leurs Banderoles
, &c. Cette Fête dura jufqu'à quatre heurés
du matin.
Lers . on celebra au Camp le Jubilé de la Confeffion
d'Ausbourg. Le Roi dîna ce jour - là chezle
General Bauditz , & vit enfuite fon beau Rément
de Carabiniers ."
Le 26. toute l'Armée fut magnifiquement traitée
; elle fe mit à table à onze heures & s'en leva à
midy. Le 27. les deux Rois & leurs fuites s'em→ ,
barquerent fur la Flotille , & defcendirent l'Elbe
jufqu'à Leuchtenberg , où l'on coucha.
Le 28. on finit les Diverriffemens par une
grande Chaffe que le Roi donna au Roi de Pruffe,
& qui n'a pas été moins magnifique que toutes
les autres Fêtes on y a tué à coups de fufil ,
1100. Pieces , tant Cerfs que Biches , Chevreuils
& Sangliers.
Après la Chaffe , on fervit plufieurs Tables de
plus de 400. Couverts ; les deux Rois le féparerent
enfuite avec de grandes marqués d'amitié &
de tendreffe. Le Roi de Pruffe eft allé à Poſtdam ,
& S. M. Pol. eft retournée au Camp , où elle
reftera encore quelques jours avant que de fe rendre
à Drefde.
Par les dernieres Lettres reçûës , on a appris
le circonftances fuivantes : Lo
JUIN 1730. 1445
Le 12. Juin , l'Artillerie fit l'Exercice avec 48.
Pieces de Canon. Outre le Bataillon de l'Artillerie
, on commanda encore trois Regimens d'Infanterie.
Après que ce Corps fe fut rangé fur fir
lignes ; & qu'on eut reparti les Canons en huit
Brigades , il fe mit en marche fur fix colonnes'
vers le Pavillon Royal . Les Canons avec les Chariots
de munitions , alloient au milieu des colonnes
, & étoient accompagnez d'un certain nom
bre de Canoniers & de Soldats détachez de l'Infanterie.
Les Timbales de l'Artillerie étoient fur
un Char attelé de quatre chevaux blancs .
Après que tout fut arrivé à une distance mar
quée du Pavillon , on détela & on fit fortir
des rangs les Chevaux de l'Artillerie & les Chariots
de munitions. Tout le Corps fe remit enfuite
en bataille fur fix lignes , ayant le Canon ;
dans les intervales marques.
Pendant que le Canon faifoit les differentes
charges , l'Infanterie rangée par pelotons , fortoit
par les intervales à chaque charge, & faifoit
fon feu par rang , de même que celle qui étoit à
la tête & à la queue, Elle fe retira enfuite derriere
le Canon. Toutes ces differentes manieres de charges
ont été fort bien executées , malgré les groffes
pluies qu'il faifoit ,ceCorps fit après un mouvement
pour avancer jufqu'à un certain endroit , & continua
toujours à tirer . Il forma enfuite un Quarré
, ayant les Canons rangez fur les flancs , & finit
cette manoeuvre par une décharge generale
des 48. Canons à la fois , qui fut fuivie de celles
72. Pelotons de l'Infanterie, & réïterée fix fois.
Enfin après avoir fait fortir les Chariots de Munitions
du Quarré , & les Brigades des Canons ,
les Pelotons de l'Infanterie firent un mouvement
pour fe mettre fur un Terrain marquê , & fe retirer
; ce qu'ils firent en chargeant en retraite , &
de
11. Vol. ren1446
MERCURE DE FRANCE
rentrerent ainfi dans le Camp. Le Roi de Pruffe
dîna avec le Prince Royal fon fils , chez le
Velt-Maréchal Comte de Wackerbarth , & le Roi
de Pologne , chez le Duc de Saxe-Weimar.
Le 13. les deux Rois dînerent chacun en particulier
, & le Prince Royal dîna en compagnie
la feconde Table ; fervie en vermeil doré. Après
midy fe fit PExercice des Lanciers . Les , fix Efca
drons des Gardes du Corps , armez de Cuiraffes
de Cafques & de Lances , fe prefenterent ; on y
avoit joint cinq Bataillons de Grenadiers ou Gardes
à pied , aufquels on avoit fait diftribuer 128.
Piques par Bataillon.
›
Les Lanciers , en fortant du Camp , fe formerent
fur une ligne , ayant toûjours un Bataillon
entre deux Efcadrons. La marche fe fit vers le
Payillon fur deux lignes , dont la premiere fut
formée par les fix Efcadrons de Lanciers , & la
feconde par les cinq Bataillons d'Infanterie. Pendant
que les Lanciers firent leurs mouvemens✨
vers le Pavillon , les Huffars Polonois , armez de
Cuiraffes & de Cafques,coururent la Bague devant
L.M.& briferent leurs Lances contre desMachines
qu'on avoit préparées pour cet effet. En arrivant
a quelque diftance du Pavillon , les Lanciers fe
formerent de nouveau fur une Ligne ; l'Infante
rie fe mit au milieu , & les fix Efcadrons fur les
aîles , trois Efcadrons fur chaque aîle. Après
avoir avancé ainfi jufqu'à une diſtance marquée
en attaquant , chargeant & le retirant , ils fe formerent
de la même maniere fur trois lignes , & .
avancerent de nouveau en faifant la même manoeuvre
; ce qui ayant été exécuté , les cinq Bataillons
formerent chacun un Bataillon quarré
ayant les Lanciers fur les aîles , & firent enſem
ble diverfes manoeuvres . Enfin les quatre Batail-
' ours des Gardes formerent un grand quarré au-
II. Vol.
tour
JUIN. 1730. J447
tour du cinquiéme Bataillon , qui étoit celui des
Grenadiers. Les Lanciers fe rangerent pour les
couvrir , & après avoir fait plufieurs attaques ,
marches & contremarches , on fe battit en retraite
& on entra dans le Camp.
Le 14, le Roy de Pruffe alla dès le matin voir
l'armée , qui étant fortie du Camp fans armes
&C.
N parle dans toute l'Allemagne du Camp
de Mulhberg en Saxe , où le Roi de Pologne
a fait camper une grande quantité de Troupes
d'élite , & où ce Prince donne une fête militaire,
digne d'un grand Roi .
Toute l'Armée eft habillée de neuf, & avec autant
de propreté & d'uniformité pour les Cavaliers
, & les Soldats que de richeffe & de goût
pour les Officiers qui ont chacun jufqu'à trois
habits d'un uniforme varié feulement par les
differens agrémens où l'or & l'argent font employés
avec art pour produire un coup d'oeil
magnifique & brillant.:
La fituation du Camp eft des plus agréables ,
le fuperbe Pavillon du Roi & les magnifiques
Tentes qui l'environnent, font fur une éminence,
d'où l'on découvre toute l'Armée , campée fur
deux lignes dans une belle Plaine , arrofée par
la Riviere d'Elbe . Les Troupes les plus magnifi-
.ques , & qui fe font diftinguer dans ce fuperbe
Camp , font les Gardes du Corps de S. M. P. Les
Chevaliers Gardes , les Grands Moufquetaires ,
les Carabiniers , les Gardes à pied & les Cuiraffiers.
Le 31. Mai , le Roi fortit du Camp pour alfer
audevant du Roi de Pruffe. S. M. étoit à la
tête des Chevaliers de l'Aigle Blane , au nombić
de 36. & accompagnée de 160 Princes , Generaux ,
Miniftres & autres Seigneurs. Le Prince Royal
étoit fuivi des Militaires . Les deux Rois fe ren
contrerent à une demie lieue du Camp , où ils
s'embrafferent avec des marques les plus vives
de la plus parfaite amitié , & après avoir dejeuné
fous une Tente magnifique à demi ouverte , ils
11. Vola Hy viurent
1438 MERCURE DE FRANCE
L
vinrent au Camp. Le Roi de Pruffe étoit à Cheval
avec le Prince Royal fon fils , accompagné
de plufieurs Princes , Generaux , Colonels & c . au
nombre de plus de 150. L. M. étoient fuivies de
9. Cavaliersarmés de pié en cap , portant des drapeaux
& une queue de Cheval , comme auffi d'une
Troupe de Huffars armés d'Arcs & de Fleches.
Le premier Juin l'Armée marcha , commandée
par le Prince Royal de Pologne , & fe rangea
fur deux lignes , dont chacune contenoit une
étendue de trois quarts de lieue. L. M. & les
Princes & Generaux de leur nombreuſe & brillante
fuite , des deux fexes , à Cheval & en Caroffe
, les parcoururent d'un côté & d'autre. Le Roi
de Pruffe étoit toujours accompagné de quatre
jeunes Turcs habillés de drap d'or. Les deux
Rois s'étant enfuite retirez fous leurs Tentes. ,
ils furent falués par une falve de 60. pieces de
Canons , & L. M. virent défiler toute l'Armée
par Regimens..
Le lendemain , le Roi de Pologne s'étant trouvé
fatigué , nomma la Princeffe Royale fa Bru ,
pour faire les honneurs du Repas , & S. A. s'en
acquita très bien. On mangea fous une Tente à
la Turque , fur une Table de 40. Couverts , toute
fervie en vaiffelle de vermeil doré , & avec la plus
grande délicateffe & plus grande abondance.
Le 3. les deux Rois dinerent enfemble dans le
Quartier du Roi de Pologne, avec plufieurs Princes
, Generaux & antres Seigneurs. Vers les fix
heures , peu de tems après le diné , il y eut Comédie
Italienne..
Le 4. à quatre heures du matin , les 4. Re--
gimens de Dragons marcherent fur deux colomnes
, & enfuite s'étant mis en parade , firent leur
Exercice & diverſes évolutions à Cheval & à pied
II. Vola jufqu'à
JUIN. 1730. 1439
que
jufqu'à 2. heures après midi . Ils pratiquerent la
nouvelle maniere de coupler les Chevaux ' ,
S. M. P. fait introduire dans fon Armée , & qui
a divers avantages , fur tout celui de pouvoir
former un front de Bataillon , & par là couvrir
les Chevaux & c. Le Roi de Pruffe alla diner ,
accompagné de quelques Generaux , chez le Duc
Jean Adelphe Weifenfels . Le Prince Royal de
Pruffe dina avec le Roi de Pologne & les Dames.
Le foir il y eat Comédie & Bal à la Cour.
Le s .
elle
la Cavalerie fit fes Exercices , compofée
de 24. Efcadrons des Gardes du Corps , des Carabiniers
& des 3. Regimens de Cuiraffiers . Elle
marcha fur quatre Colomnes vers le Pavillon
Royal , où s'étant formée fur deux lignes ,
fit plufieurs mouvemens , marches , attaques &c.
& forma enfuite un quarré , dont le Pavillon du
Roi étoit le centre , & elle rentra dans le Camp
fur une Colomne , en tournant autour du Pavil
Jon Royal.
Le 6. il y eut Concert de voix & d'Inftrumens
&c.
Les Rois de Pologne & de Pruffe ayant été indifpofés
pendant quelques jours , & L. M. étant
parfaitement rétablies , le 10. elles fe rendirent
avec leur fuite au Pavilion , éloigné d'une portée´
de Canon du centre de la premiere ligne de l'Armée
, pour voir l'Exercice de l'lafanterie. Ce
Pavilon eft conftruit de charpente , orné de
peintures & de dorures de très bon goût , élevé
fur une hauteur qui domine fur toute la Plaine.
L'Infanterie qui étoit fortie du Camp dès le
matin , avoit formé autour de ce Pavillon un'
quarré , dont chaque flanc étoit compofé de fixt
Bataillons. On commença par les évolutions des
armes , & on pratiqua enfuite les differentes manieres
de charger par rangs , par pelotons , par
1 Vel. H vj demi
1440 MERCURE DE FRANCE
demi divifions , par divifions entieres & par hayes,
où les Grenadiers jetterent quantité de Grenades
vers le milieu du quarré &c. Après cet Exercice
& diverfes autres évolutions , L. M. allerent diner
à leur quartier. C'eſt un quarré gardé par des
Janiflaires & par une Garde de Cadets , où des
Soldats Turcs , avec des Veſtes de drap d'or ,
& des efpeces de Turbans de velours cramoifi ,
font la garde devant la Tente de ces deux Rois ,
& où l'on voit auffi des Hongrois en habits
d'écarlate , avec des galons & des franges d'or.
Il y a encore douze Gardes qu'on nomme Peckins
, auffi habillés d'écarlate avec des bonnets
de velours noir , bródés d'argent , & une aigrette
de plumes blanches , tenant chacun une hache
d'argent. Le milieu de ce qnarré eft occupé par
une grande Sale tendue de damas cramoifi &
jaune . Cette Sale eft percée de 4. portes par
lef
quelles on entre dans quatre Galeries , qui aboutiffent
à autant de Cabinets , à côté defquels il y
a 8. Tentes à la Turque , ornées de riches étoffes .
Quatre grandes Tentes qui fervent de Sale à
manger , font contigues à ces Cabinets.
>
On a fervi tous les jours trois Tables de 24
Couverts chacune ; les deux Rois mangent à la
premiere , L. A. R. à la feconde , & la troifiéme
eft deftinée pour les Officiers Generaux des deux
Cours ; ces Tables font fervies en vaiffelle de vermeil
doré. Il y a outre cela cinq autres Tables
auffi de 24. Couverts chacune , fervies en vaiffelle
d'argent pour les Hauts Officiers & les
Etrangers. Un Officier de diftinction de la Maifon
du Roi fait les honneurs de chaque Table.
Le Roi de Pologne eft logé dans un Palais
qu'il a fait conftruire exprès, à une portée de pif
tolet du Quarré dont on vient de parler . Le Roi
de Pruffe y eft auffi logé, avec le Prince Royal
on fils , & toute fa Cour. Dans
JUIN. 1730. 1441
DO
52
ם כ
Dans une Lettre écrite de ce Camp , on s'exprime
ainfi : » Je fuis, bien fâché que vous ne
foyez pas à portée de voir ce corps d'armée ++
en verité on ne fçauroit donner une idée de la
magnificence de l'Armée de Darius , que par
celle-cy. Il n'y a point de Sous - Lieutenant de
Cavalerie , dont le Cheval avec le harnois ne
→ vaille au moins mille écus. Il y a trois Tables
» chez le Roy , de 24. Couverts chacune , fervies
en vaiffelle d'or , & plufieurs autres au nombre
" de 300. Couverts , en vaiffelle d'argent. Les
Tentes feules du Quartier du Roi , font eftimées
deux millions. Ce qu'on voit de toutes fortes
» de Voitures , Caroffes , Chaifes & Chevaux de
» felle pour les Etrangers & pour les Dames , elt
» inconcevable. On diftingue ici des Officiers Ge-
» neraux & autres de toutes les Troupes de l'Europe
, & un concours infini d'Etrangers de toutes
Nations.Je ne fçai fi le calcul eft jufte , mais
on compte qu'outre les Troupes , il y a 300
mille ames dans le Camp ou aux environs.
» Au refte , il n'eft queftion ici que de Colon-
» nes , dans le gout de celles du Livre du Chevalier
de Follard ; petits & grands , tout le monde
fe mêle de faire des Colonnes . Il y a un jour
» destiné exprès , où toute l'Infanterie ne fera
පා que des Colonnes ; & le Roi de Pruffe , qui y
» étoit totalement oppofé it y. a deux ans , s'eft
» enfin rendu à l'opinion de l'Auteur de ce Livre
» & à la mienne , fur le fait des Colonnes.
37
םכ
»Le Roi de Pologne m'a fait l'honneur de me
dire qu'il feroit deffiner toutes les évolutions
qui fe font faites , pour que je vous les envoye.
» Mais de tout ce qu'on a fait , le plus beau fera
fans doute , un Paffage de Riviere. L'E be eft
deux fois large ici comme la Seine à Paris . On
» établira trois Ponts en preſence de l'Ennemi , à
11. Vol.
» la
1442 MERCURE DE FRANCE
20
la faveur du Canon & de certains Prammies'
garnis de Canons. Ces Ponts font mobiles &
» deſcendront la Riviere , s'établiront , pour ainfi
→ dire, dans un moment , & le paffage fe fera de
dire vive force. On peut fans craindre le ridi
cule , que ce font Jeux de Prince. A Dieu ,
cher Chevalier , je vous écrirai plus au long ,
quand je pourrai yous envoyer les Deffeins de
ૐ
→ tout ceci .
Les Lettres qu'on a reçues depuis du Camp
de Malhberg portent que le 17. Juin l'Armée
marcha en Phalanges ou Bataillons quarrez , fui
vant l'ufage des Anciens. Cette marche reprefentoit
parfaitement le même ordre de bataille done
les Grecs fe fervoient pour combattre leurs enne
mis , & faifoit un coup d'oeil incomparable. I
y avoit une Phalange d'Infanterie & deux de
Cavalerie , lefquelles après avoir marché quelque
temps dans cet ordre , formerent enfuite deux
lignes toute l'Armée fe replia par le centre &
fe remit fur le même terrain ; après quoi on fe
retira en combattant jufqu'au Camp ; le tout fut
parfaitement bien executé.
Le 18. le Roi de Pruffe dîna chez le Comte de
Wackerbarth , avec le Duc de Saxe Weimar-
Le foir il y eut Comedie Italienne.
Le 19. toute l'Armée fe mit de nouveau en
marche , & forma d'abord neuf grands quarrez ,
l'Infanterie s'étant enfuite formée en quarré long,
fut attaquée par la Cavalerie , qui fut vivement
repouflée par le Canon , les Grenades & la Moufqueterie
L'Infanterie fe voyant trop preffée , forma un
autre quarré long , & fut encore attaquée à di-.
verfes reprises dans fa retraite par toute la Cavalerie
, avec tant d'acharnement , qu'on cut de la
peine à faire retourner quelques Efcadrons qui
11. Vola
effuyerent
JUIN. 1730. 1443
effuyerent le feu , ayant la tête des chevaux dans
les Bayonettes. Enfin la retraite fe fit en deux colonnes
, par des défilez d'une manière qui n'avoit
pas encore été pratiquée & qui fut jugée d'une
grande utilité par les connoiffeurs .
Le 20. Le Regiment des grands Grenadiers fit
fes exercices avec beaucoup d'adreffe devant les
deux Rois . Le Comte de Rutowski , qui en eft le
Commandant , traita enfuite fplendidement le
Roi de Pruffe. Le même jour le Roi alla reconnoître
le terrain où S. M, avoit deffein de paffer
l'Elbe avec un Détachement de l'Armée : ce deffejn
s'executa le 21. Une partie de l'Armée paffa
cette Riviere & fe retrancha ; elle fut enfuite attaquée
par le gros de l'Armée , commandé par
le Comte de Wackerbarth, il fut à la fin repouffé;.
У eut dans cette action deux Soldats de tuez &
un de bleffé par accident. Jamais Artillerie n'a été
fetvie avec plus d'adreffe & d'art , qu'en cette occafion
, y ayant eu de groffes pieces qui ont tiré
coups dans une minute..
il
fix
Le 22. le Roi de Pruffe alla dîner chez lé Prince
Royal de Pologne , qui le régala fuperbement.
Les Exercices Militaires finirent le 23. par une
bataille rangée : l'Armée étoit partagée en deux
corps, dont l'un étoit commandé par le Velt- Maréchal
, Comte de Wackerbarth , & l'autre par le
Duc de Saxe - Weffeinfels , qui après avoir perdu
la bataille , fit une très - belle retraite , ayant mar
ché en bon ordre vers le Bois.
Pendant cette retraite, le Roi de Pologne , qui s'é
toit mis à la tête de fix Efcadrons qu'il avoit déta
chés fecretement de l'aîle droite, tomba dans le flanc
de l'aile gauche , & fit prifonnier un Efcadron
du Régiment de Pohlentz , qui ne s'étoit pas ap
perçu de ce mouvement. Il y eut des pieces de
Canon qui tirerent ce jour- là 159. coups , &
11. Vol.
PArtillerie
1444 MERCURE DE FRANCE
l'Artillerie tira en tout 9000. coups.
Le 24. on tira le fuperbe Feu d'artifice que le
Roi avoit fait préparer fur l'Elbe : le temps calme
& l'air obfcur qu'il faifoit cette nuit- là , ne contribuerent
pas peu à rendre ce fpectacle plus mafique
& plus agréable : il fut executé dans toute
fa perfection , & tous ceux qui l'ont vû , conviennent
que c'eft le plus beau qui ait été tiré de me--
moire d'homme.
Après le Feu d'artifice , le Bucentaure parut
fur l'Elbe avec une Flotille de 15. Bâtimens ,
tous entierement illuminez & ornez de leurs Banderoles
, &c. Cette Fête dura jufqu'à quatre heurés
du matin.
Lers . on celebra au Camp le Jubilé de la Confeffion
d'Ausbourg. Le Roi dîna ce jour - là chezle
General Bauditz , & vit enfuite fon beau Rément
de Carabiniers ."
Le 26. toute l'Armée fut magnifiquement traitée
; elle fe mit à table à onze heures & s'en leva à
midy. Le 27. les deux Rois & leurs fuites s'em→ ,
barquerent fur la Flotille , & defcendirent l'Elbe
jufqu'à Leuchtenberg , où l'on coucha.
Le 28. on finit les Diverriffemens par une
grande Chaffe que le Roi donna au Roi de Pruffe,
& qui n'a pas été moins magnifique que toutes
les autres Fêtes on y a tué à coups de fufil ,
1100. Pieces , tant Cerfs que Biches , Chevreuils
& Sangliers.
Après la Chaffe , on fervit plufieurs Tables de
plus de 400. Couverts ; les deux Rois le féparerent
enfuite avec de grandes marqués d'amitié &
de tendreffe. Le Roi de Pruffe eft allé à Poſtdam ,
& S. M. Pol. eft retournée au Camp , où elle
reftera encore quelques jours avant que de fe rendre
à Drefde.
Par les dernieres Lettres reçûës , on a appris
le circonftances fuivantes : Lo
JUIN 1730. 1445
Le 12. Juin , l'Artillerie fit l'Exercice avec 48.
Pieces de Canon. Outre le Bataillon de l'Artillerie
, on commanda encore trois Regimens d'Infanterie.
Après que ce Corps fe fut rangé fur fir
lignes ; & qu'on eut reparti les Canons en huit
Brigades , il fe mit en marche fur fix colonnes'
vers le Pavillon Royal . Les Canons avec les Chariots
de munitions , alloient au milieu des colonnes
, & étoient accompagnez d'un certain nom
bre de Canoniers & de Soldats détachez de l'Infanterie.
Les Timbales de l'Artillerie étoient fur
un Char attelé de quatre chevaux blancs .
Après que tout fut arrivé à une distance mar
quée du Pavillon , on détela & on fit fortir
des rangs les Chevaux de l'Artillerie & les Chariots
de munitions. Tout le Corps fe remit enfuite
en bataille fur fix lignes , ayant le Canon ;
dans les intervales marques.
Pendant que le Canon faifoit les differentes
charges , l'Infanterie rangée par pelotons , fortoit
par les intervales à chaque charge, & faifoit
fon feu par rang , de même que celle qui étoit à
la tête & à la queue, Elle fe retira enfuite derriere
le Canon. Toutes ces differentes manieres de charges
ont été fort bien executées , malgré les groffes
pluies qu'il faifoit ,ceCorps fit après un mouvement
pour avancer jufqu'à un certain endroit , & continua
toujours à tirer . Il forma enfuite un Quarré
, ayant les Canons rangez fur les flancs , & finit
cette manoeuvre par une décharge generale
des 48. Canons à la fois , qui fut fuivie de celles
72. Pelotons de l'Infanterie, & réïterée fix fois.
Enfin après avoir fait fortir les Chariots de Munitions
du Quarré , & les Brigades des Canons ,
les Pelotons de l'Infanterie firent un mouvement
pour fe mettre fur un Terrain marquê , & fe retirer
; ce qu'ils firent en chargeant en retraite , &
de
11. Vol. ren1446
MERCURE DE FRANCE
rentrerent ainfi dans le Camp. Le Roi de Pruffe
dîna avec le Prince Royal fon fils , chez le
Velt-Maréchal Comte de Wackerbarth , & le Roi
de Pologne , chez le Duc de Saxe-Weimar.
Le 13. les deux Rois dînerent chacun en particulier
, & le Prince Royal dîna en compagnie
la feconde Table ; fervie en vermeil doré. Après
midy fe fit PExercice des Lanciers . Les , fix Efca
drons des Gardes du Corps , armez de Cuiraffes
de Cafques & de Lances , fe prefenterent ; on y
avoit joint cinq Bataillons de Grenadiers ou Gardes
à pied , aufquels on avoit fait diftribuer 128.
Piques par Bataillon.
›
Les Lanciers , en fortant du Camp , fe formerent
fur une ligne , ayant toûjours un Bataillon
entre deux Efcadrons. La marche fe fit vers le
Payillon fur deux lignes , dont la premiere fut
formée par les fix Efcadrons de Lanciers , & la
feconde par les cinq Bataillons d'Infanterie. Pendant
que les Lanciers firent leurs mouvemens✨
vers le Pavillon , les Huffars Polonois , armez de
Cuiraffes & de Cafques,coururent la Bague devant
L.M.& briferent leurs Lances contre desMachines
qu'on avoit préparées pour cet effet. En arrivant
a quelque diftance du Pavillon , les Lanciers fe
formerent de nouveau fur une Ligne ; l'Infante
rie fe mit au milieu , & les fix Efcadrons fur les
aîles , trois Efcadrons fur chaque aîle. Après
avoir avancé ainfi jufqu'à une diſtance marquée
en attaquant , chargeant & le retirant , ils fe formerent
de la même maniere fur trois lignes , & .
avancerent de nouveau en faifant la même manoeuvre
; ce qui ayant été exécuté , les cinq Bataillons
formerent chacun un Bataillon quarré
ayant les Lanciers fur les aîles , & firent enſem
ble diverfes manoeuvres . Enfin les quatre Batail-
' ours des Gardes formerent un grand quarré au-
II. Vol.
tour
JUIN. 1730. J447
tour du cinquiéme Bataillon , qui étoit celui des
Grenadiers. Les Lanciers fe rangerent pour les
couvrir , & après avoir fait plufieurs attaques ,
marches & contremarches , on fe battit en retraite
& on entra dans le Camp.
Le 14, le Roy de Pruffe alla dès le matin voir
l'armée , qui étant fortie du Camp fans armes
&C.
Fermer
Résumé : Camp de Mulhberg.
Le texte décrit une fête militaire organisée par le Roi de Pologne au camp de Mulhberg en Saxe. Ce camp accueille une grande quantité de troupes d'élite, et le Roi donne une fête militaire digne d'un grand souverain. Toute l'armée est habillée de neuf, avec une grande propreté et uniformité pour les cavaliers et les soldats, et une richesse et un goût remarquables pour les officiers, qui possèdent plusieurs habits d'uniforme varié. La situation du camp est agréable, avec un superbe pavillon royal et des tentes magnifiques sur une éminence offrant une vue sur l'armée campée en deux lignes dans une belle plaine bordée par la rivière Elbe. Les troupes les plus magnifiques incluent les Gardes du Corps du Roi de Pologne, les Chevaliers Gardes, les Grands Mousquetaires, les Carabiniers, les Gardes à pied et les Cuirassiers. Le 31 mai, le Roi de Pologne sort du camp pour rencontrer le Roi de Prusse. Les deux souverains s'embrassent avec des marques d'amitié et déjeunent sous une tente magnifique. Le 1er juin, l'armée marche sous le commandement du Prince Royal de Pologne et se range en deux lignes. Les deux rois assistent à des exercices militaires et à des évolutions de l'armée. Les jours suivants, divers exercices et fêtes sont organisés, incluant des comédies, des bals, des concerts, et des exercices de cavalerie et d'infanterie. Les rois assistent également à des manœuvres et des batailles simulées, où l'armée démontre ses compétences et son organisation. Le 24 juin, un feu d'artifice spectaculaire est tiré sur l'Elbe, suivi par l'apparition du Bucentaure avec une flotille de bateaux illuminés. Le camp de Mulhberg est décrit comme un lieu de grande magnificence, avec des troupes bien équipées et des officiers de diverses nations européennes. Les lettres reçues du camp mentionnent également des manœuvres militaires impressionnantes et des exercices tactiques innovants. Le 12 juin, l'artillerie effectue un exercice avec 48 pièces de canon et trois régiments d'infanterie. Les troupes se mettent en marche vers le pavillon royal, exécutant diverses manœuvres malgré la pluie. L'exercice se termine par une décharge générale des canons et des pelotons d'infanterie. Le 13 juin, les deux rois dînent séparément. Les lanciers et les grenadiers effectuent des exercices, incluant des charges et des manœuvres en formation. Les hussards polonais courent la bague devant le roi de Pologne. Le 14 juin, le roi de Prusse visite l'armée, qui est sortie du camp sans armes. Le 28 juin, après une grande chasse où 1 100 pièces de gibier furent abattues, les deux rois se séparent en signe d'amitié. Le roi de Prusse se rend à Potsdam, tandis que le roi de Pologne retourne au camp.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
678
p. 1447-1453
ITALIE.
Début :
Les Cardinaux Chefs d'Ordre ayant appris que les Bandits dont on a déja parlé, étoient venus [...]
Mots clefs :
Cardinal, Pape, Chefs, Troupes, Sacre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
"
Es Cardinaux Chefs d'Ordre ayant appris que
les Bandits dont on a déja parlé , étoient ve
nus piller des maifons de Campagne prefqu'aux
portes de Rome >ont donné des ordres au Gouverneur
de cette Ville , en vertu defquels il a fair
publier une Ordonnance par laquelle il recom
mande l'execution de la Bulle de Sixte V. qui
donne pouvoir aux Communes & à tout Particu
lier domicilié , de les tuer par tout où ils les trou
veront , promettant de plus 500 écus de recompenfe
à quiconque livrera vivant un de ces Bandits
à la Juftice , & 200 écus pour, chacun de
ceux qui auront été tués . Qutre ces ordres on
vient de faire partir encore deux détachemens de
Soldats , avec des Juges , des Greffiers , des Sbir
res & des Executeurs pour juger ces Voleurs &
les punir auffi- tôt qu'ils auront été arrêtés .
t
On a appris depuis que les Stirres envoyez contre
ces Bandits , en ont tué un auprès de Sabine ,
mais il y a conteftation entr'eux au fujet de la
recompenfe promife pour la mort de ce fcelerat,
plufieurs prétendant avoir tiré le coup qui l'a tué.
Le Cardinal Cibo ayant eu encore une foibleffe
depuis fa derniere faignée , fortit du Conclave le
4 Juin.
Le 8 Juin , la Proceffion folemnelle du S. Sa
11. Vol. crement
1448 MERCURE DE FRANCE
creinent , où tout le Clergé feculier & regulier
affifte , lorfqu'il y a un Pape, ne fe fit pas à caufe
du differend du Cardinal Camerlingue & du Cardinal
- Vicaire, mais on en fit de particulieres dans
les Eglifes de S. Jean de Latran , de S. Pierre du
Vatican , de S. Paul hors des murs , & de Sainte
Marie majeure. Le Cardinal Barberin porta lo
S. Sacrement à la Chapelle Pauline , où il de
meura expofé pendant le Scrutin , après lequel ce
Cardinal donna la Benediction.
Le même jour , on iéçut avis de Norcia que le
refte des maifons & des murailles de certe Ville
infortunée , qui étoient encore fur pied , avoient
été renversées le 28 Mai par une troifiéme fecouffe
de tremblement de terre,& qu'il étoit forti
en differens endroits de la Ville plufieurs fources
d'une eau fort claire , mais e pente quatité .
On mande de Leoniffe , petite Ville dans l'A
bruffe , fur les frontieres de l'Ombrie , que le 12
on y avoit effuyé un ouragan des plus terribles ,
lequel avoit été fuivi d'un tremblement de terre
qui avoit renversé plus de la moitié des maiſons
de la Ville , dont plus de 300 habitans avoient été
enfevelis fous les ruines . On a auffi fenti à Caffia
dans l'Ombrie plufieurs fecouffes de tremblement
de terre , mais qui n'ont caufé ucun dommage .
les
Le 13 Juin , Fête de S. Antoine de Padoue ,
Cardinaux Chefs d'Ordres firent dire cent Meffes
dans differentes Eglifes ,pour demander à Dieu de
nouvelles graces pour la prompte Election d'un
Pape.
Les Cardinaux ayant reflechi que c'étoit une
grande incommodité pour leurs Officiers & leurs
Domestiques de venir tous les jours en cortege au
Tour du Conclave , pour accompagner les vivres
& les provifions neceffaires pour chaque Cardi-.
nal , ont tenu unè Congregation particuliere
11. Voly dans
JUIN 1730. 1449
dans laquelle il a été réfolu qu'à l'avenir il fuffiroit
d'envoyer un fourgon accompagné d'un
Chapelain , d'un Gentilhomme , de deux Valets
de Chambre , & de quatre Eftafiers : les Cardinaux
Colonne , Alexandre Albani Lercari
Porzia , Querini ; Gotti & Senzendorf , fe font
déja conformés à cette réfolution , malgré l'oppofition
du Cardinal Pignatelli , Doyen du Sacré
·College , & de quelques autres Cardinaux qui
n'ont voulu rien changer à l'ancien ufage.
Les chaleurs commençant à devenir exceffives ,
la plupart des Cardinaux dont les Cellules font
du côté de la Boulangerie , en ont fait abbatre le
mur pour avoir plus d'air.
Le 14 du même mois , le Cardinal Corradini
eut trente voix au Scrutin du matin , ce qui fit
croire qu'il pourroit être élu Pape l'aprés midi
mais il n'en eut que 28 à l'accès depuis ce jour
il ne s'eft rien paffé au Conclave qui puiffe faire
croire que l'Election du Pape foit prochaine."
M. Santini eft arrivé dans le deffein de fe mettre
en poffeffion du grand Prieuré de Rome , auquel
le grand Maître de Malte l'a nommé , & dont le
facré College a difpofé en faveur du fecond fils
du Chevalier de S. Georges. On croit cependant
qu'on le déterminera à donner fa démiffion
moyennant une penfion.
Sur la fin du mois dernier ,il arriva un Courrier
avec des dépêches pour le Cardinal Cienfuegos, &
le bruit fe répandit auffi - tôt que l'Empereur ne
S'oppofe plus à l'Election des Cardinaux Tofcans
qui pourroient être propofez dans le Conclave.
Les Cardinaux Chefs - d'Ordre envoyerent ordre
au commencement de ce mois à M. Bondelmonte
, Vicaire Apoftolique de Benevent, de faire
fortir des prifons l'Archiprêtre de Sainte Luce
qu'il avoit fait mettre aux fers , parce qu'il lui
I I. Vola
avoir
1450 MERCURE DE FRANCE
avoit fait fignifier d'une maniere peu reſpectu eu fe
une proteftation de M. Targa , Grand - Vicaire de
la même Ville , contre toutes les procedures qu'il
avoit faites jufqu'à prefent , laquelle proteftation
étoit fondée fur le refus que ce Vicaire Apoftolique
avoit fait de rendre fa commiffion publique,
mais comme il a craint que d'autres particuliers
ne fe ferviffent du même prétexte pour defobéir
à fes ordres , il a fait publier cetic commiffion
avec les Lettres Patentes du Sacré College ; après
quoi il a fait fermer une des portes de la Ville &
renforcer les Corps de gardes de celles qui font
ouvertes , pour prévenir la fuite de quelques perfonnes
accufées de malverfations qu'il a ordre de
faire punir. On a appris depuis que les Ecclefiaftiques
de Benevent attachés au Cardinal Coſcia`,
ayant envoyé au Sacré College un Memoire dans
lequel ils établiffoient la neceffité de leur conferer
les Ordres Sacrés , à caufe qu'ils ne pouvoient
deffervir les Benefices aufquels ils ont été nommés
, les Cardinaux Chefs d'Ordres ont écrit à
M. Cofcia , Evêque Titulaire de Targa , qui s'étoit
retiré dans le Royaume de Naples , pour l'engager
à venir faire cette ordination ; & ce Prélat
s'étant rendu pour cela à Benevent , il y a vû M.
Bondelmonte , qui lui a rendu fa vifite. Ce Commiflaire
Apoftolique du Diocèfe avoit pris la réfolution
d'abandonner les fonctions de fa Charge
& de retourner chez lui à caufe des ordres qu'il
avoit reçûs de remettre en liberté l'Archiprêtre de
Sainte Lucie , prétendant que c'étoit condamner
fa conduite que de lui donner de pareils ordres ;
mais il s'eſt déterminé à demeurer à Benevent de
puis que le Sacré College lui a écrit une Lettre
en forme de Decret , par laquelle il approuve &
confirme tout ce que cet Ecclefiaftique a fait juf
qu'à prefent dans le Diocèle de Benevent.
II. Vol. On
JUI N. 1730. 1451
On a reçû avis de Lisbonne que le Roi ayant
deffein de faire conduire dans cette Ville l'eau
d'une fource qui eft dans les Montagnes voifines,
pour la commodité des Habitans , & ne le pou
vant faire fans une dépenfe extraordinaire ' , ilavoit
réfolu de lever une taxe fur les Ecclefiaftiques
de fon Royaume pour l'aider à faire les frais
de cette entreprife ; mais que le Patriarche dé
Lisbonne s'étoit oppofé à l'execution de ce projet
, prétendant que S. M. Port . ne pouvoit lever
aucune impofition fur les revenus du Clergé de
fes Etats fans l'aveu du Pape , & qu'il falloit attendre
qu'il y en eut un d'élu. On craint que ce
nouvel incident ne retarde Paccommodement
qui fe negocioit avec le Sacré College par un Jefuite
qui eft l'Agent fecret du Roi de Portugal.
Les Dominicains de Venife ont obtenu un Ordre
du Sacré College pour fe faire rendre par les
Chanoines de Benevent un Calice d'or , garni de
pierres précieufes , dont M, Farfetti , Archevêque
de Ravenne avoit fait prefent au feu Pape
lorfqu'il le facra à Benevent , & que $ . S. avoit
fait mettre dans le Trefor de l'Eglife Metropolitaine
, avec ordre de le donner après la mort a
ces Religieux , chez lefquels il avoit pris l'habit.
Les Dominicains de Naples fe font fait remettre
auffi la Bibliotheque de ce Pape , dont il
leur avoit fait don immediatement après fon
Election au Pontificat.
On a propofé au Senat de Milan de lever une
taxe annuelle de 9 livres par tête fur les Payfans
du Duché depuis l'âge de 20 ans jufqu'à 60 ;
mais cette propofition a été unanimement rejettée
comme trop onereufe ; on à feulement accordé
une contribution extraordinaire pour le pain , le
foin , l'avoine & le logement des Troupes Imperiales
nouvellement arrivées d'Allemagne , &
II. Vol.
qui
1452 MERCURE DE FRANCE
qui ont leurs quartiers dans le pays , où elles continuent
de commettre de grands defordres , malgré
les ordres réïterés que l'Empereur a donnez
de leur faire obſerver une exacte difcipline.
On apprend de l'Ile de Corfe , que deux détachemens
des Troupes que M. Venerofo comman
de dans l'Ifle , avoient été furpris & battus par
les
mécontens ; qu'ils continuoient de fe tenir aux
environs de la Baftia ; que plufieurs familles de
l'Ile qui jufqu'à prefent n'avoient rien fait contre
leur devoir , s'étoient rangées du côté des
Rebelles , pour prévenir le pillage de leurs Mai-.
fons ; que les Chefs qui commandent ces mutins
avoient fait dire à M. Venerofo qu'ils ne quitteroient
les armes que lorfque la Republique leur
auroit donné fatisfaction fur leurs plaintes
qu'on croyoit que les Genois feroient obligez
d'envoyer contre eux des Troupes étrangeres
n'en ayant pas fuffisamment pour les foumettre.
&
On a appris depuis que ces Montagnards ont
rejetté toutes les propofitions qui leur ont été faites
par M. Venerofo , Commiffaire de la République
de Genes , & qu'ils ont menacé d'attaquer
toutes les places , de l'ile fi dans quinze jours on
ne les fatisfait pas fur toutes les demandes dont
ils ont envoyé un Memoire à la Republique . Ce
Commiffaire a écrit au Senat pour demander
fon rappel , reprefentant qu'il lui étoit defagreable
de difputer avec des rebelles qui ne veulent
traitter que les armes à la main ; que n'étant pas
en état de les faire rentrer dans leur devoir , il
croyoit qu'il n'étoit pas de fon honneur ni de
celui de la Republique de fe compromettre plus
longtems , & qu'enfin il falloit prendre le parti
de les reduire , ou de leur accorder les conditions
qu'ils demandent , le Senat ayant élu depuis peu
M. Jean - François Gropalo pour Gouverneur
11. Vol. General
JUI N. 17.30 . 1453
General de l'Ile de Corfe, lui a donné des pleins
pouvoirs pour traiter d'un accomodement avec
ces Rebelles.
"
Es Cardinaux Chefs d'Ordre ayant appris que
les Bandits dont on a déja parlé , étoient ve
nus piller des maifons de Campagne prefqu'aux
portes de Rome >ont donné des ordres au Gouverneur
de cette Ville , en vertu defquels il a fair
publier une Ordonnance par laquelle il recom
mande l'execution de la Bulle de Sixte V. qui
donne pouvoir aux Communes & à tout Particu
lier domicilié , de les tuer par tout où ils les trou
veront , promettant de plus 500 écus de recompenfe
à quiconque livrera vivant un de ces Bandits
à la Juftice , & 200 écus pour, chacun de
ceux qui auront été tués . Qutre ces ordres on
vient de faire partir encore deux détachemens de
Soldats , avec des Juges , des Greffiers , des Sbir
res & des Executeurs pour juger ces Voleurs &
les punir auffi- tôt qu'ils auront été arrêtés .
t
On a appris depuis que les Stirres envoyez contre
ces Bandits , en ont tué un auprès de Sabine ,
mais il y a conteftation entr'eux au fujet de la
recompenfe promife pour la mort de ce fcelerat,
plufieurs prétendant avoir tiré le coup qui l'a tué.
Le Cardinal Cibo ayant eu encore une foibleffe
depuis fa derniere faignée , fortit du Conclave le
4 Juin.
Le 8 Juin , la Proceffion folemnelle du S. Sa
11. Vol. crement
1448 MERCURE DE FRANCE
creinent , où tout le Clergé feculier & regulier
affifte , lorfqu'il y a un Pape, ne fe fit pas à caufe
du differend du Cardinal Camerlingue & du Cardinal
- Vicaire, mais on en fit de particulieres dans
les Eglifes de S. Jean de Latran , de S. Pierre du
Vatican , de S. Paul hors des murs , & de Sainte
Marie majeure. Le Cardinal Barberin porta lo
S. Sacrement à la Chapelle Pauline , où il de
meura expofé pendant le Scrutin , après lequel ce
Cardinal donna la Benediction.
Le même jour , on iéçut avis de Norcia que le
refte des maifons & des murailles de certe Ville
infortunée , qui étoient encore fur pied , avoient
été renversées le 28 Mai par une troifiéme fecouffe
de tremblement de terre,& qu'il étoit forti
en differens endroits de la Ville plufieurs fources
d'une eau fort claire , mais e pente quatité .
On mande de Leoniffe , petite Ville dans l'A
bruffe , fur les frontieres de l'Ombrie , que le 12
on y avoit effuyé un ouragan des plus terribles ,
lequel avoit été fuivi d'un tremblement de terre
qui avoit renversé plus de la moitié des maiſons
de la Ville , dont plus de 300 habitans avoient été
enfevelis fous les ruines . On a auffi fenti à Caffia
dans l'Ombrie plufieurs fecouffes de tremblement
de terre , mais qui n'ont caufé ucun dommage .
les
Le 13 Juin , Fête de S. Antoine de Padoue ,
Cardinaux Chefs d'Ordres firent dire cent Meffes
dans differentes Eglifes ,pour demander à Dieu de
nouvelles graces pour la prompte Election d'un
Pape.
Les Cardinaux ayant reflechi que c'étoit une
grande incommodité pour leurs Officiers & leurs
Domestiques de venir tous les jours en cortege au
Tour du Conclave , pour accompagner les vivres
& les provifions neceffaires pour chaque Cardi-.
nal , ont tenu unè Congregation particuliere
11. Voly dans
JUIN 1730. 1449
dans laquelle il a été réfolu qu'à l'avenir il fuffiroit
d'envoyer un fourgon accompagné d'un
Chapelain , d'un Gentilhomme , de deux Valets
de Chambre , & de quatre Eftafiers : les Cardinaux
Colonne , Alexandre Albani Lercari
Porzia , Querini ; Gotti & Senzendorf , fe font
déja conformés à cette réfolution , malgré l'oppofition
du Cardinal Pignatelli , Doyen du Sacré
·College , & de quelques autres Cardinaux qui
n'ont voulu rien changer à l'ancien ufage.
Les chaleurs commençant à devenir exceffives ,
la plupart des Cardinaux dont les Cellules font
du côté de la Boulangerie , en ont fait abbatre le
mur pour avoir plus d'air.
Le 14 du même mois , le Cardinal Corradini
eut trente voix au Scrutin du matin , ce qui fit
croire qu'il pourroit être élu Pape l'aprés midi
mais il n'en eut que 28 à l'accès depuis ce jour
il ne s'eft rien paffé au Conclave qui puiffe faire
croire que l'Election du Pape foit prochaine."
M. Santini eft arrivé dans le deffein de fe mettre
en poffeffion du grand Prieuré de Rome , auquel
le grand Maître de Malte l'a nommé , & dont le
facré College a difpofé en faveur du fecond fils
du Chevalier de S. Georges. On croit cependant
qu'on le déterminera à donner fa démiffion
moyennant une penfion.
Sur la fin du mois dernier ,il arriva un Courrier
avec des dépêches pour le Cardinal Cienfuegos, &
le bruit fe répandit auffi - tôt que l'Empereur ne
S'oppofe plus à l'Election des Cardinaux Tofcans
qui pourroient être propofez dans le Conclave.
Les Cardinaux Chefs - d'Ordre envoyerent ordre
au commencement de ce mois à M. Bondelmonte
, Vicaire Apoftolique de Benevent, de faire
fortir des prifons l'Archiprêtre de Sainte Luce
qu'il avoit fait mettre aux fers , parce qu'il lui
I I. Vola
avoir
1450 MERCURE DE FRANCE
avoit fait fignifier d'une maniere peu reſpectu eu fe
une proteftation de M. Targa , Grand - Vicaire de
la même Ville , contre toutes les procedures qu'il
avoit faites jufqu'à prefent , laquelle proteftation
étoit fondée fur le refus que ce Vicaire Apoftolique
avoit fait de rendre fa commiffion publique,
mais comme il a craint que d'autres particuliers
ne fe ferviffent du même prétexte pour defobéir
à fes ordres , il a fait publier cetic commiffion
avec les Lettres Patentes du Sacré College ; après
quoi il a fait fermer une des portes de la Ville &
renforcer les Corps de gardes de celles qui font
ouvertes , pour prévenir la fuite de quelques perfonnes
accufées de malverfations qu'il a ordre de
faire punir. On a appris depuis que les Ecclefiaftiques
de Benevent attachés au Cardinal Coſcia`,
ayant envoyé au Sacré College un Memoire dans
lequel ils établiffoient la neceffité de leur conferer
les Ordres Sacrés , à caufe qu'ils ne pouvoient
deffervir les Benefices aufquels ils ont été nommés
, les Cardinaux Chefs d'Ordres ont écrit à
M. Cofcia , Evêque Titulaire de Targa , qui s'étoit
retiré dans le Royaume de Naples , pour l'engager
à venir faire cette ordination ; & ce Prélat
s'étant rendu pour cela à Benevent , il y a vû M.
Bondelmonte , qui lui a rendu fa vifite. Ce Commiflaire
Apoftolique du Diocèfe avoit pris la réfolution
d'abandonner les fonctions de fa Charge
& de retourner chez lui à caufe des ordres qu'il
avoit reçûs de remettre en liberté l'Archiprêtre de
Sainte Lucie , prétendant que c'étoit condamner
fa conduite que de lui donner de pareils ordres ;
mais il s'eſt déterminé à demeurer à Benevent de
puis que le Sacré College lui a écrit une Lettre
en forme de Decret , par laquelle il approuve &
confirme tout ce que cet Ecclefiaftique a fait juf
qu'à prefent dans le Diocèle de Benevent.
II. Vol. On
JUI N. 1730. 1451
On a reçû avis de Lisbonne que le Roi ayant
deffein de faire conduire dans cette Ville l'eau
d'une fource qui eft dans les Montagnes voifines,
pour la commodité des Habitans , & ne le pou
vant faire fans une dépenfe extraordinaire ' , ilavoit
réfolu de lever une taxe fur les Ecclefiaftiques
de fon Royaume pour l'aider à faire les frais
de cette entreprife ; mais que le Patriarche dé
Lisbonne s'étoit oppofé à l'execution de ce projet
, prétendant que S. M. Port . ne pouvoit lever
aucune impofition fur les revenus du Clergé de
fes Etats fans l'aveu du Pape , & qu'il falloit attendre
qu'il y en eut un d'élu. On craint que ce
nouvel incident ne retarde Paccommodement
qui fe negocioit avec le Sacré College par un Jefuite
qui eft l'Agent fecret du Roi de Portugal.
Les Dominicains de Venife ont obtenu un Ordre
du Sacré College pour fe faire rendre par les
Chanoines de Benevent un Calice d'or , garni de
pierres précieufes , dont M, Farfetti , Archevêque
de Ravenne avoit fait prefent au feu Pape
lorfqu'il le facra à Benevent , & que $ . S. avoit
fait mettre dans le Trefor de l'Eglife Metropolitaine
, avec ordre de le donner après la mort a
ces Religieux , chez lefquels il avoit pris l'habit.
Les Dominicains de Naples fe font fait remettre
auffi la Bibliotheque de ce Pape , dont il
leur avoit fait don immediatement après fon
Election au Pontificat.
On a propofé au Senat de Milan de lever une
taxe annuelle de 9 livres par tête fur les Payfans
du Duché depuis l'âge de 20 ans jufqu'à 60 ;
mais cette propofition a été unanimement rejettée
comme trop onereufe ; on à feulement accordé
une contribution extraordinaire pour le pain , le
foin , l'avoine & le logement des Troupes Imperiales
nouvellement arrivées d'Allemagne , &
II. Vol.
qui
1452 MERCURE DE FRANCE
qui ont leurs quartiers dans le pays , où elles continuent
de commettre de grands defordres , malgré
les ordres réïterés que l'Empereur a donnez
de leur faire obſerver une exacte difcipline.
On apprend de l'Ile de Corfe , que deux détachemens
des Troupes que M. Venerofo comman
de dans l'Ifle , avoient été furpris & battus par
les
mécontens ; qu'ils continuoient de fe tenir aux
environs de la Baftia ; que plufieurs familles de
l'Ile qui jufqu'à prefent n'avoient rien fait contre
leur devoir , s'étoient rangées du côté des
Rebelles , pour prévenir le pillage de leurs Mai-.
fons ; que les Chefs qui commandent ces mutins
avoient fait dire à M. Venerofo qu'ils ne quitteroient
les armes que lorfque la Republique leur
auroit donné fatisfaction fur leurs plaintes
qu'on croyoit que les Genois feroient obligez
d'envoyer contre eux des Troupes étrangeres
n'en ayant pas fuffisamment pour les foumettre.
&
On a appris depuis que ces Montagnards ont
rejetté toutes les propofitions qui leur ont été faites
par M. Venerofo , Commiffaire de la République
de Genes , & qu'ils ont menacé d'attaquer
toutes les places , de l'ile fi dans quinze jours on
ne les fatisfait pas fur toutes les demandes dont
ils ont envoyé un Memoire à la Republique . Ce
Commiffaire a écrit au Senat pour demander
fon rappel , reprefentant qu'il lui étoit defagreable
de difputer avec des rebelles qui ne veulent
traitter que les armes à la main ; que n'étant pas
en état de les faire rentrer dans leur devoir , il
croyoit qu'il n'étoit pas de fon honneur ni de
celui de la Republique de fe compromettre plus
longtems , & qu'enfin il falloit prendre le parti
de les reduire , ou de leur accorder les conditions
qu'ils demandent , le Senat ayant élu depuis peu
M. Jean - François Gropalo pour Gouverneur
11. Vol. General
JUI N. 17.30 . 1453
General de l'Ile de Corfe, lui a donné des pleins
pouvoirs pour traiter d'un accomodement avec
ces Rebelles.
Fermer
Résumé : ITALIE.
En juin 1730, les Cardinaux Chefs d'Ordre à Rome ont réagi aux pillages de maisons de campagne en appliquant la Bulle de Sixte V, qui autorise les particuliers à tuer les bandits et offre des récompenses pour leur capture ou leur mort. Des soldats ont été envoyés pour juger et punir les voleurs, mais des contestations sur les récompenses ont surgi après la mort d'un bandit près de Sabine. Le Cardinal Cibo a quitté le Conclave le 4 juin en raison d'une faiblesse. Le 8 juin, une procession solennelle du Saint-Sacrement n'a pas eu lieu à cause d'un différend entre le Cardinal Camerlingue et le Cardinal Vicaire, mais des processions particulières ont été organisées dans plusieurs églises. Ce même jour, des nouvelles de Norcia ont rapporté une nouvelle secousse de tremblement de terre, tandis qu'à Leonisse, un ouragan suivi d'un tremblement de terre a causé la destruction de nombreuses maisons et la mort de plus de 300 habitants. Des secousses ont également été ressenties à Cassia sans dommage majeur. Le 13 juin, les Cardinaux Chefs d'Ordre ont fait dire cent messes pour demander une élection rapide d'un Pape et ont réduit le cortège quotidien au Conclave malgré l'opposition du Cardinal Pignatelli. Les chaleurs excessives ont poussé certains Cardinaux à abattre un mur pour améliorer la ventilation. Le Cardinal Corradini a obtenu 30 voix au scrutin du 14 juin, mais n'a ensuite recueilli que 28 voix, sans perspective d'élection imminente. M. Santini est arrivé pour prendre possession du grand Prieuré de Rome, mais il est probable qu'il démissionnera en échange d'une pension. Des dépêches ont indiqué que l'Empereur ne s'opposait plus à l'élection de Cardinaux toscans. À Benevent, le Vicaire Apostolique a libéré l'Archiprêtre de Sainte-Lucie suite à une protestation, et le Cardinal Coscia est venu pour ordonner des ecclésiastiques. Le Roi du Portugal a envisagé de lever une taxe sur le clergé pour financer un projet d'eau à Lisbonne, mais le Patriarche s'y est opposé. Les Dominicains de Venise et de Naples ont récupéré des objets appartenant au feu Pape. À Milan, une proposition de taxe annuelle a été rejetée, mais une contribution extraordinaire a été accordée pour les troupes impériales. À l'île de Corse, des détachements de troupes ont été battus par des mécontents, et des familles se sont jointes aux rebelles. Les chefs rebelles ont menacé d'attaquer les places de l'île si leurs demandes n'étaient pas satisfaites. Le Sénat de Gênes a nommé M. Jean-François Gropalo comme Gouverneur général pour négocier un accord avec les rebelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
679
p. 1453-1454
ESPAGNE.
Début :
Le Roi, la Reine, les Princes & les Princesses de la Famille Royale, partirent le 5 [...]
Mots clefs :
Famille royale d'Espagne, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE .
E Roi , la Reine , les Princes & les Prin-
Leeffes de la Famille Royale , partirent le s
Juin de Soto de Roma, pour aller coucher à Loxa
Le 6 , L. M. coucherent à Archidonna , le 7 à
Bonamexi , le 8 à Anquilar ; le 9 à Ezija ; le 10
à Palma ; le 11 à la Puebla ; le 12 à Conftantina,
& le 13 à la Ville de Cazalla , où la Cour doit
paffer quelques jours pour y prendre le divertif
fement de la Chaffe.
La Flotte des Gallions qui eft dans la Baye de
Cadix, & qui doit partir au mois de Juillet pour
Carthagene & Porto- Bello , eft compofée de 3
Vaiffeaux de guerre de 64 pieces de Canon chacun
, de deux autres de 44 & de 34 Canons , &
de onze autres Vaiffeaux marchands , montez
.de 198 pieces de Canons & de 30 hommes d'équipage
, & qui portent enſemble une charge de
2250 tonneaux.
On mande de Carthagene que les Religieux de
la Mercy des Provinces de Caſtille & d'Andaloufie
, y étoient arrivez les de Juin avec 3'47 Efclaves
qu'ils ont rachetés , & dans le nombre
defquels il y a quatre Ecclefiaftiques , trois Lieutenans
d'Infanterie , plufieurs Soldats , deux
femmes & 27 enfans .
Le Roi a accordé depuis peu diverfes graces ,
privileges & exemptions à la Societé établie à Sewille
, de Chevaliers qui s'exercent à monter à
cheval . Les principaux de ces privileges font
qu'ils auront toujours pour Chef un des Infans
d'Efpagne , S. M. ayant donné dès - à -preſent ce
Titre à l'Infant Don Philippe qu'elle à nommé
11. Vol.
pour
I
1454 MERCURE DE FRANCE
pour leur Juge & Protecteur dans toutes leurs
affaires ; qu'ils pourront faire tous les ans deux
courfes de Taureaux à la longue lance , & qu'ils
porteront des habits uniformes de drap écarlate,
avec des paremens d'étoffe d'argent & des veſtes
galonnées , pareils à ceux qu'ils avoient dans les
Fêtes qu'ils ont données à L. M. pendant leur
féjour à Seville.
On mande de Barcelone qu'il y avoit dix Vaiſt
feaux de guerre Eſpagnols , fept Galeres & plus
Ade 60 Bâtimens de tranfport prêts à mettre à la
voile.
E Roi , la Reine , les Princes & les Prin-
Leeffes de la Famille Royale , partirent le s
Juin de Soto de Roma, pour aller coucher à Loxa
Le 6 , L. M. coucherent à Archidonna , le 7 à
Bonamexi , le 8 à Anquilar ; le 9 à Ezija ; le 10
à Palma ; le 11 à la Puebla ; le 12 à Conftantina,
& le 13 à la Ville de Cazalla , où la Cour doit
paffer quelques jours pour y prendre le divertif
fement de la Chaffe.
La Flotte des Gallions qui eft dans la Baye de
Cadix, & qui doit partir au mois de Juillet pour
Carthagene & Porto- Bello , eft compofée de 3
Vaiffeaux de guerre de 64 pieces de Canon chacun
, de deux autres de 44 & de 34 Canons , &
de onze autres Vaiffeaux marchands , montez
.de 198 pieces de Canons & de 30 hommes d'équipage
, & qui portent enſemble une charge de
2250 tonneaux.
On mande de Carthagene que les Religieux de
la Mercy des Provinces de Caſtille & d'Andaloufie
, y étoient arrivez les de Juin avec 3'47 Efclaves
qu'ils ont rachetés , & dans le nombre
defquels il y a quatre Ecclefiaftiques , trois Lieutenans
d'Infanterie , plufieurs Soldats , deux
femmes & 27 enfans .
Le Roi a accordé depuis peu diverfes graces ,
privileges & exemptions à la Societé établie à Sewille
, de Chevaliers qui s'exercent à monter à
cheval . Les principaux de ces privileges font
qu'ils auront toujours pour Chef un des Infans
d'Efpagne , S. M. ayant donné dès - à -preſent ce
Titre à l'Infant Don Philippe qu'elle à nommé
11. Vol.
pour
I
1454 MERCURE DE FRANCE
pour leur Juge & Protecteur dans toutes leurs
affaires ; qu'ils pourront faire tous les ans deux
courfes de Taureaux à la longue lance , & qu'ils
porteront des habits uniformes de drap écarlate,
avec des paremens d'étoffe d'argent & des veſtes
galonnées , pareils à ceux qu'ils avoient dans les
Fêtes qu'ils ont données à L. M. pendant leur
féjour à Seville.
On mande de Barcelone qu'il y avoit dix Vaiſt
feaux de guerre Eſpagnols , fept Galeres & plus
Ade 60 Bâtimens de tranfport prêts à mettre à la
voile.
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
En juin, la famille royale espagnole, incluant le Roi, la Reine, les Princes et les Princesses, quitta Rome le 5 juin et arriva à Cazalla le 13 juin pour profiter de la chasse. À Cadix, une flotte de galions, prévue pour partir en juillet vers Carthagène et Porto Bello, était composée de trois vaisseaux de guerre de 64 canons, deux de 44 et 34 canons, et onze vaisseaux marchands armés de 198 canons, transportant 30 hommes d'équipage et une charge totale de 2250 tonneaux. À Carthagène, les Religieux de la Mercy des provinces de Castille et d'Andalousie arrivèrent le 6 juin avec 347 esclaves rachetés, incluant des ecclésiastiques, des militaires, des femmes et des enfants. Le Roi accorda divers privilèges à la société des Chevaliers de Séville, autorisant deux courses de taureaux par an et le port d'habits uniformes spécifiques. À Barcelone, dix vaisseaux de guerre espagnols, sept galères et plus de 60 bâtiments de transport étaient prêts à prendre la mer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
680
p. 1457-1465
RELATION de la Fête que les Mousquetaires de la seconde Compagnie ont donnée à Nemours, où ils étoient en quartier, pendant que la Cour étoit à Fontainebleau. Ecrite par un Mousquetaire de la même Compagnie.
Début :
Le lundy 29. May, sur les quatre heures du soir, une vintaine de Pelerins [...]
Mots clefs :
Mousquetaire, Fête, Guerre, Pavillon, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de la Fête que les Mousquetaires de la seconde Compagnie ont donnée à Nemours, où ils étoient en quartier, pendant que la Cour étoit à Fontainebleau. Ecrite par un Mousquetaire de la même Compagnie.
RELATION de la Fête que les
Moufquetaires de la feconde Compagnie
ont donnée à Nemours , où ils étoient en
guartier, pendant que la Cour étoit à
Fontainebleau. Ecrite par un
par un Moufquetaire
de la même Compagnie.
Lees
E lundy 29. May, fur les quatre heures
du foir , une vintaine de Pelerins
LI. Vol. de
I iij.
1458 MERCURE DE FRANCE
de Cythere s'embarquérent dans un Vaif
feau Galand, nommé l'Amathonte ; fix Colonnes
de verdures avec leurs Chapi
teaux de fleurs;, Ceintres, Traverſes , Arcs,
Feftons & autres ornemens formoient un
Bâtiment convenable à l'aimable Reine
d'Amathonte. Elle étoit reprefentée au
naturel dans un grand Pavillon à fond
verd ; & l'on peut dire que le Peintre
avoit épuiſe fon Art , pour lui donner
toutes les graces qu'il avoit , lorfqu'elle
fortit de l'Onde . A côté étoit Baccus , affis
fur un Tonneau ', tenant d'une maîn
une Bouteille , & ferrant de l'autre celle
de Venus . L'alliance de ces Divinitez
fait la Volupté , & c'eft ce qui nous avoit
fait mettre cette Infcription en gros ca
ractere : VOLUPTATI . Le Pavillon
Amiral étoit de Taffetas blanc ; l'un &
Pautre au bout du Vaiffeau flottoient au
gré des vents , dont nous pouvions connoître
les moindres changemens par une
Girouette blanche & verte , qui s'élevoit
audeffus de l'Architecture de ce Bâtiment.
Les Pélerins étoient vêtus de blanc avec
des Guirlandes & Banderolles de fleurs ;
des Rubans verds treffoient leurs cheveux
; chacun d'eux joüoit de differens
Inftrumens , comme de Vieles Violons ,
Haut- Bois , Flutes & Mufettes . Le Ciel
fembloit prendre part à notre Fête ; il ne
II.Vol. faifoit
JUIN. 1730. 1459 .
faifoit ni pluye , ni vent , & il n'y avoit
de nuages en l'air , qu'autant qu'il en falloit
pour nous garantir des Rayons du
Soleil trop brûlans en cette faifon , tems
favorable aux Dames , qui ayant , à l'envi
, relevé par l'art , leurs graces naturelles
, ornoient les rivages. Le Marquis de
Pont- du- Château , qui commandoit notre
quartier , & qui ce jour-là avoit don
né un grand Repas aux Officiers des Moufquetaires
gris , parut avec ces Meffieurs
fur la Rive, ainfi que tous les habitans de
Nemours , qui alors fe trouva défert.
L'Amathonte qu'on avoit volontiers
prife pour une Ifle flotante, voguoit paifiblement
& enchantoit également les
yeux & les oreilles des Spectateurs ; lorfque
nous apperçûmes de loin un Vaiſfeau
. Je dis , Nous , car j'étois un des Pélerins
de Cythere. La Chaloupe que nous
détachâmes pour l'aller reconnoître, nous
rapporta que c'étoit un Corfaire d'Alger.
Auffi- tôt nous revirâmes de bord & gagnâmes
à force de Rames un des Forts du
Port où il y avoit une Batterie de 12 pieces
de Canon , dont le feu n'empêcha
pas l'Algérien de venir faire une rude dé
charge fur nous. Son Equipage qui étoit
de 40 hommes avoit déja le Cimetére levé,
& faifoit mine de vouloir fauter dans
notre Bord ( tant nous étions près) quand
II. Vol. Iiiij
un
1460 MERCURE DE FRANCE
un coup de vent nous fépara ; la joye fir
redoubler notre Symphonie. Le Capitaine
Algérien au défefpoir d'avoir manqué
fa prife , vouloit couper la tête à fon Pilote
, fi , profterné à fes genoux , il ne l'eûr
afsûré qu'il nous joindroit avant une heure.
Il obtins fa grace à ce prix , & enfin
il la mérita . A peine une demie heure s'étoit
écoulée que nous nous trouvons accrochez
par ces Pirates , qui bravant une
feconde fois notre Canon , fous lequel
nous nous étions retirez , firent un feu terrible
fur nous. La moitié paffe dans notre
Vaiffeau , le Sabre à la main , ils nous font
entrer dans le leur nous crions merci . Eh.!
que pouvions nous faire , n'ayans pour
toutes armes que nos Inftrumens , trop
impuifans contre des Corfaires ? J'eus
grand foin d'examiner le nouveau Bâtiment
où je me trouvois , qui étoit dif
ferent du nôtre , où tous les attributs de
la Volupté étoient raffemblez ! Dans celui-
ci ce n'eft qu'horreur de guerre ; le
(a)Capitaine fut celui qui fixa le plus mes
yeux ; il eft grand & gros , beau & bienfait
; mais fon nez aquilain & fa mouftache
noire lui donnoient un air formidable
, qui cependant paroiffoit s'adoucir à
mefure que les fons de nos Inftrumens
flattoient les oreilles , car il nous avoit
( a ) Le Chevalier de Vandeüil,
II. Vol. ordonné
JUIN. 1730. 1461
ordonné d'en jouer . Il avoit un grand bonnet
rouge , galonné d'argent & orné de
Pierreries'; au haut étoit une Touffe de
Rubans rouges & noirs , le bas étoit d'un
poil étranger. Sur une Vefte rouge ,
bro
dée en argent , il portoit un Doliman
d'une Etoffe dont je n'ai point encore
vû de femblable pour la rareté & la beau
té, tant du deffein que des couleurs. Son
Cimetére étoit remarquable par la Poignée
d'argent & enrichie de Diamans ; le
Foureau couvert de Lames d'argent & la
Lame recourbée , d'une largeur & longueur
prodigieufe. Il étoit dans le milieu
de fonVaiffeau , affis , les jambes croifées,
fur un Tapis noir , ayant derriere lui fon
Iman (4) , vêtu d'une longue Robegrife ,
les cheveux prefque ras , fans barbe , les
mains croifées fur la poitrine , & les yeux
modeftement baiffez . A fes pieds un petit
Algérien ( b ) , beau & jeune , portoit fa
Pipe , dont le Fourneau eft affez grand
pour contenir une livre de. Tabac . Deux
Corfaires , le Sabre nud , fe tenoient de
bout à fes côtez . A un Poteau font fes Ordonnances,
qu'il fait exécuter avec la derniere
rigueur , à ce que m'ont afsûré quel-
( a ) Fran. Antonio Hermite , Italien , revenant
d'Espagne , auquel pour fa complaisance
les Moufquetaires ont donné fix Louis d'Or.
(b ) M. de Berville,
II..Vol: ques-
I v
1462 MERCURE DE FRANCE
ques-uns des fiens , qui parloient notre
langue.
Audeffus de fon Vaiffeau , s'élevoit fort
haut ,un Dome noir & rouge , fon Pavilfon
étoit noir , femé de Flammes rouges,
& deux Sabres en fautoir. Au côté droit
étoient des Menotes , d'où pendoit une
chaîne , & au côté gauche , une Tête de
mort , avec ces mots : Aut Vincula , aut
Lethum , pour faire connoître que ceux
qu'il prend font foûmis ou à l'esclavage,
ou à la mort. L'uniforme de fon Equipage
eft rouge , galonné d'argent ; Cocardes
rouges & noires, avec le Cimetére & 2 Piftolets
à la Ceinture ; des Trompes & des
Tambours forment toute la Symphonie
de ces Barbares. Elle ne ceffa que lorsque
le Capitaine l'eût ordonné , pour entendre
la nôtre.
Après nous avoir entendu quelque tems
& examiné notre contenance attentivement
, il voulut ſçavoir qui nous étions.
Son Interprete que nous en inftruifimes
le lui expliqua. Il fe fit apporter nôtre
grand pavillon & prit un plaifir fingulter
à confiderer nôtre Venus ; il ordonna à
fon Pilote d'aborder ; il defcendit le premier
à terre , efcorté à fon ordinaire , &
chacun de nous le fuivoit tenu par deux
des fiens qui avoient le cimetere à la main.
Il envoya dire aux Dames qui vouloient
II. Vol.
fe
JUIN. 1730, 1463
X
fe retirer , croyant qu'on alloit faire une
boucherie fanglante des Pelerins , qu'il
avoit befoin d'elles , qu'elles s'approchaf
fent , qu'aucun mal ne leur feroit fait ,
finon que la fuite ne les fauveroit point.
Soit crainte ou affurance elles approchent
, le Corfaire leur donne le pavillon
de la Volupté car pour nôtre Amiralil le
rembarqua avec lui ; & leur fir prefent dest
Pelerins , nous recommandant de leur
être foumis & de les fervir. La furpriſe
fut extrême & augmenta , quand après
avoir jetté fon mouchoir à la plus jolie de
la Compagnie , il la fit prier de danfer
avec lui. Les fiens imiterent fon exemple,
& quitterent dans ce moment l'air feroce
que je leur avois trouvé d'abord ; ils fembloient
s'être rangez fous l'étendart de la
Volupté ; enfin après avoir fait autour de
nous une espece de danfe , qu'en ce pays
nous nommerions branle , le Capitaine fit
un Salamalec gracieux aux Dames & fe
rembarqua ; fon penchant pour le beau
fexe lui fit pouffer les attentions jusqu'à
mettre une Sentinelle à nos provifions
aufquelles il ne permit pas qu'on touchât,
quand il eut appris nôtre deſtination . Elles
convenoient à une caravanne telle que la
nôtre , & ne furent point inutiles ; car les
Dames laffes de danfer fur le gazon nous
menerent dans une Salle fort ample , où
II. Vol.
I vj Balgaland
1464 MERCURE DE FRANCE
Balgaland ſe tint , force mafques y arri
vent; provifions abondantes fe confomment
, & la nuit fort avancée eut peine à
mettre fin à une fi agreable journée . Il ne
faut point obmettre que le Corfaire étant
venu defcendre au port de la Ville , fuivi
de toute la Troupe , marchant en bon ordre
, alla chez le Marquis de Pont du
Château, à la porte duquel il fit faire une
déchargede fa Moufqueterie & lui remit le
pavillon Amiral de l'Amathonte : Voici le
compliment que fon Interprete lui fit; ( a)
LeCapitaine mon Maître m'ordonne de vous
remercier , Monfieur, de l'honneur que vous
nous avez fait d'affifter à la petite image ,
que nous avons donné dans nôtre Fête d'une
manoeuvre de guerre , nous fouhaiterions
qu'elle fut réelle , perfuadez que fous vos
ordres nous ferions en état de vous faire fouvent
des prefens pareils à celui que nous
avons l'honneur de vous offrir , qui eft le drapeau
que nous venons de prendre..
(b)Celui qui commandoit l'Amathonte
& qui avec les fiens honoroit le triomphe:
du Corfaire , fit en termes differens les
mêmes remercimens , & ajouta ::
Dans une guerre qui ne feroit pas feinte ,
nous ne craindrions pas Monfieur , tant
( a ) Mr. de Depence..
(b) Mr. de Prunelé..
II. Vol.. que
JUIN. 1730. 1465
que vous ferez à nôtre tête , que jamais les
ennemis nous enlevalent ni Drapeau ni
Etendart.
Moufquetaires de la feconde Compagnie
ont donnée à Nemours , où ils étoient en
guartier, pendant que la Cour étoit à
Fontainebleau. Ecrite par un
par un Moufquetaire
de la même Compagnie.
Lees
E lundy 29. May, fur les quatre heures
du foir , une vintaine de Pelerins
LI. Vol. de
I iij.
1458 MERCURE DE FRANCE
de Cythere s'embarquérent dans un Vaif
feau Galand, nommé l'Amathonte ; fix Colonnes
de verdures avec leurs Chapi
teaux de fleurs;, Ceintres, Traverſes , Arcs,
Feftons & autres ornemens formoient un
Bâtiment convenable à l'aimable Reine
d'Amathonte. Elle étoit reprefentée au
naturel dans un grand Pavillon à fond
verd ; & l'on peut dire que le Peintre
avoit épuiſe fon Art , pour lui donner
toutes les graces qu'il avoit , lorfqu'elle
fortit de l'Onde . A côté étoit Baccus , affis
fur un Tonneau ', tenant d'une maîn
une Bouteille , & ferrant de l'autre celle
de Venus . L'alliance de ces Divinitez
fait la Volupté , & c'eft ce qui nous avoit
fait mettre cette Infcription en gros ca
ractere : VOLUPTATI . Le Pavillon
Amiral étoit de Taffetas blanc ; l'un &
Pautre au bout du Vaiffeau flottoient au
gré des vents , dont nous pouvions connoître
les moindres changemens par une
Girouette blanche & verte , qui s'élevoit
audeffus de l'Architecture de ce Bâtiment.
Les Pélerins étoient vêtus de blanc avec
des Guirlandes & Banderolles de fleurs ;
des Rubans verds treffoient leurs cheveux
; chacun d'eux joüoit de differens
Inftrumens , comme de Vieles Violons ,
Haut- Bois , Flutes & Mufettes . Le Ciel
fembloit prendre part à notre Fête ; il ne
II.Vol. faifoit
JUIN. 1730. 1459 .
faifoit ni pluye , ni vent , & il n'y avoit
de nuages en l'air , qu'autant qu'il en falloit
pour nous garantir des Rayons du
Soleil trop brûlans en cette faifon , tems
favorable aux Dames , qui ayant , à l'envi
, relevé par l'art , leurs graces naturelles
, ornoient les rivages. Le Marquis de
Pont- du- Château , qui commandoit notre
quartier , & qui ce jour-là avoit don
né un grand Repas aux Officiers des Moufquetaires
gris , parut avec ces Meffieurs
fur la Rive, ainfi que tous les habitans de
Nemours , qui alors fe trouva défert.
L'Amathonte qu'on avoit volontiers
prife pour une Ifle flotante, voguoit paifiblement
& enchantoit également les
yeux & les oreilles des Spectateurs ; lorfque
nous apperçûmes de loin un Vaiſfeau
. Je dis , Nous , car j'étois un des Pélerins
de Cythere. La Chaloupe que nous
détachâmes pour l'aller reconnoître, nous
rapporta que c'étoit un Corfaire d'Alger.
Auffi- tôt nous revirâmes de bord & gagnâmes
à force de Rames un des Forts du
Port où il y avoit une Batterie de 12 pieces
de Canon , dont le feu n'empêcha
pas l'Algérien de venir faire une rude dé
charge fur nous. Son Equipage qui étoit
de 40 hommes avoit déja le Cimetére levé,
& faifoit mine de vouloir fauter dans
notre Bord ( tant nous étions près) quand
II. Vol. Iiiij
un
1460 MERCURE DE FRANCE
un coup de vent nous fépara ; la joye fir
redoubler notre Symphonie. Le Capitaine
Algérien au défefpoir d'avoir manqué
fa prife , vouloit couper la tête à fon Pilote
, fi , profterné à fes genoux , il ne l'eûr
afsûré qu'il nous joindroit avant une heure.
Il obtins fa grace à ce prix , & enfin
il la mérita . A peine une demie heure s'étoit
écoulée que nous nous trouvons accrochez
par ces Pirates , qui bravant une
feconde fois notre Canon , fous lequel
nous nous étions retirez , firent un feu terrible
fur nous. La moitié paffe dans notre
Vaiffeau , le Sabre à la main , ils nous font
entrer dans le leur nous crions merci . Eh.!
que pouvions nous faire , n'ayans pour
toutes armes que nos Inftrumens , trop
impuifans contre des Corfaires ? J'eus
grand foin d'examiner le nouveau Bâtiment
où je me trouvois , qui étoit dif
ferent du nôtre , où tous les attributs de
la Volupté étoient raffemblez ! Dans celui-
ci ce n'eft qu'horreur de guerre ; le
(a)Capitaine fut celui qui fixa le plus mes
yeux ; il eft grand & gros , beau & bienfait
; mais fon nez aquilain & fa mouftache
noire lui donnoient un air formidable
, qui cependant paroiffoit s'adoucir à
mefure que les fons de nos Inftrumens
flattoient les oreilles , car il nous avoit
( a ) Le Chevalier de Vandeüil,
II. Vol. ordonné
JUIN. 1730. 1461
ordonné d'en jouer . Il avoit un grand bonnet
rouge , galonné d'argent & orné de
Pierreries'; au haut étoit une Touffe de
Rubans rouges & noirs , le bas étoit d'un
poil étranger. Sur une Vefte rouge ,
bro
dée en argent , il portoit un Doliman
d'une Etoffe dont je n'ai point encore
vû de femblable pour la rareté & la beau
té, tant du deffein que des couleurs. Son
Cimetére étoit remarquable par la Poignée
d'argent & enrichie de Diamans ; le
Foureau couvert de Lames d'argent & la
Lame recourbée , d'une largeur & longueur
prodigieufe. Il étoit dans le milieu
de fonVaiffeau , affis , les jambes croifées,
fur un Tapis noir , ayant derriere lui fon
Iman (4) , vêtu d'une longue Robegrife ,
les cheveux prefque ras , fans barbe , les
mains croifées fur la poitrine , & les yeux
modeftement baiffez . A fes pieds un petit
Algérien ( b ) , beau & jeune , portoit fa
Pipe , dont le Fourneau eft affez grand
pour contenir une livre de. Tabac . Deux
Corfaires , le Sabre nud , fe tenoient de
bout à fes côtez . A un Poteau font fes Ordonnances,
qu'il fait exécuter avec la derniere
rigueur , à ce que m'ont afsûré quel-
( a ) Fran. Antonio Hermite , Italien , revenant
d'Espagne , auquel pour fa complaisance
les Moufquetaires ont donné fix Louis d'Or.
(b ) M. de Berville,
II..Vol: ques-
I v
1462 MERCURE DE FRANCE
ques-uns des fiens , qui parloient notre
langue.
Audeffus de fon Vaiffeau , s'élevoit fort
haut ,un Dome noir & rouge , fon Pavilfon
étoit noir , femé de Flammes rouges,
& deux Sabres en fautoir. Au côté droit
étoient des Menotes , d'où pendoit une
chaîne , & au côté gauche , une Tête de
mort , avec ces mots : Aut Vincula , aut
Lethum , pour faire connoître que ceux
qu'il prend font foûmis ou à l'esclavage,
ou à la mort. L'uniforme de fon Equipage
eft rouge , galonné d'argent ; Cocardes
rouges & noires, avec le Cimetére & 2 Piftolets
à la Ceinture ; des Trompes & des
Tambours forment toute la Symphonie
de ces Barbares. Elle ne ceffa que lorsque
le Capitaine l'eût ordonné , pour entendre
la nôtre.
Après nous avoir entendu quelque tems
& examiné notre contenance attentivement
, il voulut ſçavoir qui nous étions.
Son Interprete que nous en inftruifimes
le lui expliqua. Il fe fit apporter nôtre
grand pavillon & prit un plaifir fingulter
à confiderer nôtre Venus ; il ordonna à
fon Pilote d'aborder ; il defcendit le premier
à terre , efcorté à fon ordinaire , &
chacun de nous le fuivoit tenu par deux
des fiens qui avoient le cimetere à la main.
Il envoya dire aux Dames qui vouloient
II. Vol.
fe
JUIN. 1730, 1463
X
fe retirer , croyant qu'on alloit faire une
boucherie fanglante des Pelerins , qu'il
avoit befoin d'elles , qu'elles s'approchaf
fent , qu'aucun mal ne leur feroit fait ,
finon que la fuite ne les fauveroit point.
Soit crainte ou affurance elles approchent
, le Corfaire leur donne le pavillon
de la Volupté car pour nôtre Amiralil le
rembarqua avec lui ; & leur fir prefent dest
Pelerins , nous recommandant de leur
être foumis & de les fervir. La furpriſe
fut extrême & augmenta , quand après
avoir jetté fon mouchoir à la plus jolie de
la Compagnie , il la fit prier de danfer
avec lui. Les fiens imiterent fon exemple,
& quitterent dans ce moment l'air feroce
que je leur avois trouvé d'abord ; ils fembloient
s'être rangez fous l'étendart de la
Volupté ; enfin après avoir fait autour de
nous une espece de danfe , qu'en ce pays
nous nommerions branle , le Capitaine fit
un Salamalec gracieux aux Dames & fe
rembarqua ; fon penchant pour le beau
fexe lui fit pouffer les attentions jusqu'à
mettre une Sentinelle à nos provifions
aufquelles il ne permit pas qu'on touchât,
quand il eut appris nôtre deſtination . Elles
convenoient à une caravanne telle que la
nôtre , & ne furent point inutiles ; car les
Dames laffes de danfer fur le gazon nous
menerent dans une Salle fort ample , où
II. Vol.
I vj Balgaland
1464 MERCURE DE FRANCE
Balgaland ſe tint , force mafques y arri
vent; provifions abondantes fe confomment
, & la nuit fort avancée eut peine à
mettre fin à une fi agreable journée . Il ne
faut point obmettre que le Corfaire étant
venu defcendre au port de la Ville , fuivi
de toute la Troupe , marchant en bon ordre
, alla chez le Marquis de Pont du
Château, à la porte duquel il fit faire une
déchargede fa Moufqueterie & lui remit le
pavillon Amiral de l'Amathonte : Voici le
compliment que fon Interprete lui fit; ( a)
LeCapitaine mon Maître m'ordonne de vous
remercier , Monfieur, de l'honneur que vous
nous avez fait d'affifter à la petite image ,
que nous avons donné dans nôtre Fête d'une
manoeuvre de guerre , nous fouhaiterions
qu'elle fut réelle , perfuadez que fous vos
ordres nous ferions en état de vous faire fouvent
des prefens pareils à celui que nous
avons l'honneur de vous offrir , qui eft le drapeau
que nous venons de prendre..
(b)Celui qui commandoit l'Amathonte
& qui avec les fiens honoroit le triomphe:
du Corfaire , fit en termes differens les
mêmes remercimens , & ajouta ::
Dans une guerre qui ne feroit pas feinte ,
nous ne craindrions pas Monfieur , tant
( a ) Mr. de Depence..
(b) Mr. de Prunelé..
II. Vol.. que
JUIN. 1730. 1465
que vous ferez à nôtre tête , que jamais les
ennemis nous enlevalent ni Drapeau ni
Etendart.
Fermer
Résumé : RELATION de la Fête que les Mousquetaires de la seconde Compagnie ont donnée à Nemours, où ils étoient en quartier, pendant que la Cour étoit à Fontainebleau. Ecrite par un Mousquetaire de la même Compagnie.
Le texte décrit une fête organisée par les Mousquetaires de la seconde compagnie à Nemours, alors que la cour résidait à Fontainebleau. Le 29 mai, une vingtaine de pèlerins de Cythère s'embarquèrent sur un vaisseau nommé l'Amathonte, décoré de verdure et de fleurs. Ce vaisseau représentait Vénus et Bacchus, symbolisant la volupté. Les pèlerins, vêtus de blanc et jouant de divers instruments, naviguaient sur un fleuve sous un ciel clair. Les dames ornaient les rivages pour l'occasion. Le Marquis de Pont-du-Château, commandant le quartier, et les habitants de Nemours assistèrent à la scène. Soudain, un vaisseau algérien apparut. Malgré les tirs de canon des Mousquetaires, les Algériens abordèrent le vaisseau. Le capitaine algérien, décrit comme grand et imposant, ordonna à ses hommes de jouer des instruments. Après avoir examiné les Mousquetaires, il leur fit présent du pavillon de la Volupté et dansa avec les dames avant de repartir. Le capitaine algérien rendit ensuite visite au Marquis de Pont-du-Château, lui remettant le pavillon amiral de l'Amathonte en signe de respect et d'honneur. Les deux commandants échangèrent des remerciements, soulignant leur bravoure et leur esprit de combat. La journée se conclut par un bal et des festivités dans une salle ample, où les provisions furent abondantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
681
p. 1494-1503
SUITE de la Traduction du Poëme de Petrone, sur la Guerre Civile.
Début :
L'Ame du grand César de rien n'est alarmée ; [...]
Mots clefs :
Pétrone, Paix, Guerre civile, Cieux, Gloire, Romains, César
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Traduction du Poëme de Petrone, sur la Guerre Civile.
SUITE de la Traduction du Poëme
de Petrone ,fur la Guerre Civile.
L
' Ame du grand Céfar de rien n'eft alarmée
;
Rien ne peut arrêter l'ardeur de fon armée :
Parmi les cris de joye , il monte dans ces lieux
Il y campe , & delà , jettant au loin les yeux
H découvre les Champs de l'injufte Hefperic ;
Il fent à cet objet redoubler fa furie.
;
Et levant vers les Cieux & les mains & la voix ,
JUILLET. 1730. 1498
O Dieux, dit- il, ô Terre , où mon bras autrefois
,
Par de fanglans combats , captiva la Victoire
» O Pays , dont j'ai fait & la joye & la gloire .
» Un refte de bonté me parle encor pour toy ;;
Je cours à la vengeance , & j'y cours malgré
moy.
La Guerre qui s'apprête, ô Rome , eft ton ou
vrage :
Toy feule , tes mépris ont formé cet Orage.
Quoy ? tandis que volant de combats en
combats ,
Je t'affervis le Rhin , j'augmente tes Etats ,
» Tandis que t'immolant le débris de la Gaule
J'affermis de nouveau la paix du Capitole ,
L'Exil de tant d'Exploits fera Pindigne prix ,"
» As-tu donc crû Céfar , infenfible au mépris
Chaque fuccès nouveau me fait un nouveau "
crime !
» Des Romains que je fers , ferai - je la victime a
Efclaves malheureux , d'un fordide interêt ,
» Bien plus que mon pouvoir , ma gloire vous
déplaît .
> En vain la paix convient au bien de la patrie
» La Guerre contre moi , fert mieux la jaloufie
.
Qu'ils ne fe flattent pas que ce bras , fans vengeur
,
Puiffe tomber aux fers d'un indigne vain
queur..
J
» Non
1496 MERCURE DE FRANCE
}
Non , non , je ne crains point leur injufte ca
price ,
Allons , le fer en main , leur demander juf
tice.
Mon crime , chers amis , eft un crime commun
,
Rome , en me menaçant , vous menace cha
cun.
Je n'ay pas vaincu feul , je vous en dois la
gloire ,
Nous devons partager le fruit de la victoire.
» Marchons à Rome, allons, prevenons le dan
ger ,
Il faut , chers compagnons , périr ou fe ven
ger.
Pour moy , graces à vous , je ne fuis point
plaindre ,
Avec de tels Guerriers , Cefar ne fçait ries
craindre.
A peine achevoit -il , que par un vol heureu
Un Aigle l'affura du fuccès de fes voeux .
Sur la gauche du Camp , les Forêts retentirent
On entendit des voix , que les flammes fuivirent.
Phébus , d'un or plus pur , rehaufſa ſes cheveux
Et fit fur l'Horifon fentir de nouveaux feux.
Cefar , fortifié par tant d'heureux préfages ,
Au
JUILLET. 1730. 1497
Au travers des dangers , va s'ouvrir des paffages.
Il marche le premier ; la neige & les glaçons
Réfiftent quelque temps au poids des Eſcadrons
Mais bientôt , de la terre , échauffant la furface
,?
La foule fous fes pas , fait diffoudre la glace,
La Neige difparoît , fous les Chevaux tremblans
,
On voit de toutes parts , fe former des Torrens
Dont les Flots tout à coup rafermis & folides
S'arrêtent au milieu de leurs chûtes rapides .
On diroit , à l'aſpect d'un fi prompt change
ment
Qu'un invifible frein , retient cet Element.
En vain fur le penchant de ces routes gliffan
7 tes ,
S'avancent pas à pas , les Légions tremblantes.
Armes , Hommes , Chevaux , Bagages , Eten
darts ,
Pêle , inêle , emportez , tombent de toutes parts,
Pour furcroît de Terreur , il furvient un Orage
L'Aquilon déchaîné fait éclater ſa rage;
Dans un Nuage horrible , il amene la nuit¸
Et la Grêle auffi-tôt ſe répand à grand bruit .
Il femble qu'une Mer au haut des Cieux for
mée ,
Defous fes Flots glacez , veut engloutir l'Armée,
LA
1498 MERCURE DE FRANCE.
Le Ciel , la Terre & l'Onde enfemble confondus
,
Sous l'effort de l'Hyver font unis & vaincus.
Cefar réfifte feul , appuyé ſur ſa Lance ,
Il brave le péril , il deſcend , il s'avance.
Tel Alcide autrefois , d'un pas victorieux ,
Marchoit fur le Caucafe , & tel au haut des
Cieux ;
Paroiffoit Jupiter , lorfqu'armé du Tonnerre ,
Il confondoit l'orgueil des enfans de la Terre.
Mais tandis que l'Armée aprés tant de Travaux
Aux pieds de ces Rochers , fe range à fes Drapeaux.
La Décffe aux cent voix , part d'une aîle tremblante
,
Vole au Mont - Palatin ; là , femant l'épouvante ,
Elle apprend aux Romains , que Cefar en fureur
,
Arrive & va bien-tôt leur parler en vainqueur.
Leur fait voir fes Vaiffeaux , fur les Mers d'Au-
/ fonie,
Ses Soldats tout couverts du fang de Germanie.
L'Incendie & le fang , les dangers , les hazards ,
La Guerre & fes horreurs s'offrent de toutes
parts.
Rome aux premiers éclairs de ce funefte orage
E differens projets , s'agite & fe partage.
L'un
JUILLET. 1730. 1499
L'un par terre s'enfuit , l'autre fur des Vaif
feaux ;
La Patrie eft déja moins feure que les caux .
Il en eft dont le coeur moins fenfible aux allar
mes >
Attend que le deftin s'explique par les armes.
Plus on craint , plus on fuit ; le peuple épouventé
Ne croit plus dans fes Murs trouver de sûreté ,
Il s'éloigne , & tenant une route incertaine ,
Alfe porte au hazard ou fa frayeur l'entraîne .
Rome fe plaît à fuir , les Romains de concert
De ces Murs fi fameux font un affreux défert.
Le fils tremblant gémit entre les bras du Pere ;
Celui- cy tient les Dieux que fa Maiſon revere ,
Er maudiffant cent fois les ennemis abfens ,
Les accable de loin , fous des voeux impuiffans,
L'Epoufe avec l'Epoux , l'Enfance & la Vieil
leffe.
Dans leurs embrafemens confonde leur trifteffe ,
La jeuneſſe , au hazard , fans confulter le poids,
Court au premier objet qui peut fixer fon choix.
L'Avare , fur fes bras , charge fon équipage ,
Et voulant tout fauver , porte tout au pillage .
Ainfi quand l'Aquilon , troublant la paix des
Flots ,
Par un fouffle imprévu furprend les Matelots.
L'Art & le Gouvernail , tout devient inutile ,
Aux travers des Ecueils , l'un fe cherche un azy,
le Celui- cy
385162
1 500 MERCURE DE FRANCE
Celui -cy jette l'anchre & deffend ſon Vaífſeau ;
L'autre attend fon falut & du fort & de l'eau.
Mais que dis-je , là Mer & les Vents & POrage
,
Des Romains effrayez , font une foible image.
Le croira-t-on ? Tout fuit en ce trouble honteux
;
Le Senat , les Confuls , & Pompée avec eux.
Oui , ce Héros vainqueur , du Pont , de Mithri
dates ,
La Terreur de l'Hydafpe , & l'Ecueil des Py
rates,
Lui , que Rome en un jour , vit triompher trois
fois ,
Lui , qui fit aux Dieux même , envier fes Exploits
,
Enfin , lui dont le nom redouté du Boſphore ,
Vole de Mer en Mer , du Couchant à l'Aurore ;
Il fuit ; le fort cruel lui fait tourner le dos ,
Et traite également le Peuple & le Héros.
Le dirai - je le Ciel en ce défordre extrême ,'
Le Ciel a vú trembler , a vû fuir les Dieux
même.
En vain deffus la Terre il refte des Autels ;
Toutes les Déitez s'éloignent des mortels.
La Paix , la douce Paix , les quitte la premiere ;
Ses bras blancs font flétris d'une main meurtrie
re.
Ses yeux baignez de pleurs d'un voile font couyerts
.
JUILLET. 1730. 1501
Et dans ce trifte état elle vole aux Enfers .
La foy court fur les pas , en compagne fidelle
Et les Cheveux épars , Thémis fuit avec elle.
La Concorde les fuit , déchirant ſes habits ,
Et quitte avec regret des peuples trop chéris.
En échange , Pluton fait fortir fur la Terre ,
Les Monftres que l'Enfer dans les gouffres en
ferre.
La cruelle Erinnis , Megere , fes flambeaux ,
Et tout ce qu'en la Guerre on éprouve de maur,
Rempliffent l'Horifon de funeftes images ,
On voit par tout des feux , des meurtres , des
ravages.
Sur ce nouveau Théatre arrive la Fureur ,
Comme un Courfier fans frein , qu'éguillonne
la peur.
Dans un Cafque fanglant , elle montre un vilage,
Dù cent coups imprimez,font témoins de fa rage.
Son bras gauche eft couvert d'un Bouclier épais
Dont le cuir eſt chargé d'une gerbe de traits.
D'un infernal Tifon , fa main droite enflam
mée ,
Répand des Tourbillons de feux & de fumée.
La Terre s'apperçoit qu'elle a changé de Dieur
Le même changement fe fait fentir aux Cieux.
En differens projets , l'Olimpe fe divife ,
Dione de Cefar protege l'entrepriſe.
Minerve eft pour Cefar , & l'invincible Mars
Veut lui fervir de Guide , au milieu des hazards.
B Pour
1502 MERCURE DE FRANCE
Pour Pompée , Apollon & fa foeur fe déclarent ,
Acle fervir , Mercure , Alcide fe préparent .
L'égalité des faits , des Lauriers , des Travaux
La gloire unit ensemble , Alcide & ce Héros.
Déja par les Clairons , la Difcorde animée ,
Eleye dans les Airs fa tête envenimée.
Dans fa bouche croupit un fang épais & noir
Où fa Langue preffée , a peine à fe mouvoir.
On y voit les débris de quelques dents gluantes ,
Ses Cheveux font autant de Couleuvres fifflantes
Ses habits déchirez , fes yeux brillants de pleurs
Et fon flambeau fatal annoncent les fureurs.
Elle fort des Enfers , & d'une marche prompte ,
Vers le Mont-Apennin , elle avance , elle y montc..
Et , delà , découvrant les Terres & les Mers ,
Et s'écriant d'un ton , dont frémit l'Univers :
Allez , Peuples , dit - elle , allez , courez aux
( .. Armes ,
50 Répandez à la fois , les feux & les alarmes,
Qui fe cache périt & le fexe & les ans ,
30 Sont d'un foible fecours , femmes , vieillards
enfans.
Tout doit prendre parti , tout doit parler de
guerre,
» Tout doit être agité jufqu'au fein de la Terre
» Toy , Marcellus , foutiens , anime le Senat,
Excite, Lentulus , les Romains au combat.
Le Peuple , Curion , à te fuivre s'aprête ;
» Qui
JUILLET. 1730. 1503
Qui t'arrête , Cefar acheve ta conquête.
» En vain Rome prétend repouffer tes efforts ,
» Viens forcer des Remparts , viens piller des
Tréfors.
1
» Et toy , Pompée , & toy , va fauver ta patric
Va , cours enfanglanter les Mers de Theffalien
» Epidaure t'attend , va d'un pas glorieux ,
Entre Cefar & toy faire expliquer les Dieux.
Elle dit , & foudain la Terre obéiffante ,
Par un prompt mouvement répond à ſon attente,
de Petrone ,fur la Guerre Civile.
L
' Ame du grand Céfar de rien n'eft alarmée
;
Rien ne peut arrêter l'ardeur de fon armée :
Parmi les cris de joye , il monte dans ces lieux
Il y campe , & delà , jettant au loin les yeux
H découvre les Champs de l'injufte Hefperic ;
Il fent à cet objet redoubler fa furie.
;
Et levant vers les Cieux & les mains & la voix ,
JUILLET. 1730. 1498
O Dieux, dit- il, ô Terre , où mon bras autrefois
,
Par de fanglans combats , captiva la Victoire
» O Pays , dont j'ai fait & la joye & la gloire .
» Un refte de bonté me parle encor pour toy ;;
Je cours à la vengeance , & j'y cours malgré
moy.
La Guerre qui s'apprête, ô Rome , eft ton ou
vrage :
Toy feule , tes mépris ont formé cet Orage.
Quoy ? tandis que volant de combats en
combats ,
Je t'affervis le Rhin , j'augmente tes Etats ,
» Tandis que t'immolant le débris de la Gaule
J'affermis de nouveau la paix du Capitole ,
L'Exil de tant d'Exploits fera Pindigne prix ,"
» As-tu donc crû Céfar , infenfible au mépris
Chaque fuccès nouveau me fait un nouveau "
crime !
» Des Romains que je fers , ferai - je la victime a
Efclaves malheureux , d'un fordide interêt ,
» Bien plus que mon pouvoir , ma gloire vous
déplaît .
> En vain la paix convient au bien de la patrie
» La Guerre contre moi , fert mieux la jaloufie
.
Qu'ils ne fe flattent pas que ce bras , fans vengeur
,
Puiffe tomber aux fers d'un indigne vain
queur..
J
» Non
1496 MERCURE DE FRANCE
}
Non , non , je ne crains point leur injufte ca
price ,
Allons , le fer en main , leur demander juf
tice.
Mon crime , chers amis , eft un crime commun
,
Rome , en me menaçant , vous menace cha
cun.
Je n'ay pas vaincu feul , je vous en dois la
gloire ,
Nous devons partager le fruit de la victoire.
» Marchons à Rome, allons, prevenons le dan
ger ,
Il faut , chers compagnons , périr ou fe ven
ger.
Pour moy , graces à vous , je ne fuis point
plaindre ,
Avec de tels Guerriers , Cefar ne fçait ries
craindre.
A peine achevoit -il , que par un vol heureu
Un Aigle l'affura du fuccès de fes voeux .
Sur la gauche du Camp , les Forêts retentirent
On entendit des voix , que les flammes fuivirent.
Phébus , d'un or plus pur , rehaufſa ſes cheveux
Et fit fur l'Horifon fentir de nouveaux feux.
Cefar , fortifié par tant d'heureux préfages ,
Au
JUILLET. 1730. 1497
Au travers des dangers , va s'ouvrir des paffages.
Il marche le premier ; la neige & les glaçons
Réfiftent quelque temps au poids des Eſcadrons
Mais bientôt , de la terre , échauffant la furface
,?
La foule fous fes pas , fait diffoudre la glace,
La Neige difparoît , fous les Chevaux tremblans
,
On voit de toutes parts , fe former des Torrens
Dont les Flots tout à coup rafermis & folides
S'arrêtent au milieu de leurs chûtes rapides .
On diroit , à l'aſpect d'un fi prompt change
ment
Qu'un invifible frein , retient cet Element.
En vain fur le penchant de ces routes gliffan
7 tes ,
S'avancent pas à pas , les Légions tremblantes.
Armes , Hommes , Chevaux , Bagages , Eten
darts ,
Pêle , inêle , emportez , tombent de toutes parts,
Pour furcroît de Terreur , il furvient un Orage
L'Aquilon déchaîné fait éclater ſa rage;
Dans un Nuage horrible , il amene la nuit¸
Et la Grêle auffi-tôt ſe répand à grand bruit .
Il femble qu'une Mer au haut des Cieux for
mée ,
Defous fes Flots glacez , veut engloutir l'Armée,
LA
1498 MERCURE DE FRANCE.
Le Ciel , la Terre & l'Onde enfemble confondus
,
Sous l'effort de l'Hyver font unis & vaincus.
Cefar réfifte feul , appuyé ſur ſa Lance ,
Il brave le péril , il deſcend , il s'avance.
Tel Alcide autrefois , d'un pas victorieux ,
Marchoit fur le Caucafe , & tel au haut des
Cieux ;
Paroiffoit Jupiter , lorfqu'armé du Tonnerre ,
Il confondoit l'orgueil des enfans de la Terre.
Mais tandis que l'Armée aprés tant de Travaux
Aux pieds de ces Rochers , fe range à fes Drapeaux.
La Décffe aux cent voix , part d'une aîle tremblante
,
Vole au Mont - Palatin ; là , femant l'épouvante ,
Elle apprend aux Romains , que Cefar en fureur
,
Arrive & va bien-tôt leur parler en vainqueur.
Leur fait voir fes Vaiffeaux , fur les Mers d'Au-
/ fonie,
Ses Soldats tout couverts du fang de Germanie.
L'Incendie & le fang , les dangers , les hazards ,
La Guerre & fes horreurs s'offrent de toutes
parts.
Rome aux premiers éclairs de ce funefte orage
E differens projets , s'agite & fe partage.
L'un
JUILLET. 1730. 1499
L'un par terre s'enfuit , l'autre fur des Vaif
feaux ;
La Patrie eft déja moins feure que les caux .
Il en eft dont le coeur moins fenfible aux allar
mes >
Attend que le deftin s'explique par les armes.
Plus on craint , plus on fuit ; le peuple épouventé
Ne croit plus dans fes Murs trouver de sûreté ,
Il s'éloigne , & tenant une route incertaine ,
Alfe porte au hazard ou fa frayeur l'entraîne .
Rome fe plaît à fuir , les Romains de concert
De ces Murs fi fameux font un affreux défert.
Le fils tremblant gémit entre les bras du Pere ;
Celui- cy tient les Dieux que fa Maiſon revere ,
Er maudiffant cent fois les ennemis abfens ,
Les accable de loin , fous des voeux impuiffans,
L'Epoufe avec l'Epoux , l'Enfance & la Vieil
leffe.
Dans leurs embrafemens confonde leur trifteffe ,
La jeuneſſe , au hazard , fans confulter le poids,
Court au premier objet qui peut fixer fon choix.
L'Avare , fur fes bras , charge fon équipage ,
Et voulant tout fauver , porte tout au pillage .
Ainfi quand l'Aquilon , troublant la paix des
Flots ,
Par un fouffle imprévu furprend les Matelots.
L'Art & le Gouvernail , tout devient inutile ,
Aux travers des Ecueils , l'un fe cherche un azy,
le Celui- cy
385162
1 500 MERCURE DE FRANCE
Celui -cy jette l'anchre & deffend ſon Vaífſeau ;
L'autre attend fon falut & du fort & de l'eau.
Mais que dis-je , là Mer & les Vents & POrage
,
Des Romains effrayez , font une foible image.
Le croira-t-on ? Tout fuit en ce trouble honteux
;
Le Senat , les Confuls , & Pompée avec eux.
Oui , ce Héros vainqueur , du Pont , de Mithri
dates ,
La Terreur de l'Hydafpe , & l'Ecueil des Py
rates,
Lui , que Rome en un jour , vit triompher trois
fois ,
Lui , qui fit aux Dieux même , envier fes Exploits
,
Enfin , lui dont le nom redouté du Boſphore ,
Vole de Mer en Mer , du Couchant à l'Aurore ;
Il fuit ; le fort cruel lui fait tourner le dos ,
Et traite également le Peuple & le Héros.
Le dirai - je le Ciel en ce défordre extrême ,'
Le Ciel a vú trembler , a vû fuir les Dieux
même.
En vain deffus la Terre il refte des Autels ;
Toutes les Déitez s'éloignent des mortels.
La Paix , la douce Paix , les quitte la premiere ;
Ses bras blancs font flétris d'une main meurtrie
re.
Ses yeux baignez de pleurs d'un voile font couyerts
.
JUILLET. 1730. 1501
Et dans ce trifte état elle vole aux Enfers .
La foy court fur les pas , en compagne fidelle
Et les Cheveux épars , Thémis fuit avec elle.
La Concorde les fuit , déchirant ſes habits ,
Et quitte avec regret des peuples trop chéris.
En échange , Pluton fait fortir fur la Terre ,
Les Monftres que l'Enfer dans les gouffres en
ferre.
La cruelle Erinnis , Megere , fes flambeaux ,
Et tout ce qu'en la Guerre on éprouve de maur,
Rempliffent l'Horifon de funeftes images ,
On voit par tout des feux , des meurtres , des
ravages.
Sur ce nouveau Théatre arrive la Fureur ,
Comme un Courfier fans frein , qu'éguillonne
la peur.
Dans un Cafque fanglant , elle montre un vilage,
Dù cent coups imprimez,font témoins de fa rage.
Son bras gauche eft couvert d'un Bouclier épais
Dont le cuir eſt chargé d'une gerbe de traits.
D'un infernal Tifon , fa main droite enflam
mée ,
Répand des Tourbillons de feux & de fumée.
La Terre s'apperçoit qu'elle a changé de Dieur
Le même changement fe fait fentir aux Cieux.
En differens projets , l'Olimpe fe divife ,
Dione de Cefar protege l'entrepriſe.
Minerve eft pour Cefar , & l'invincible Mars
Veut lui fervir de Guide , au milieu des hazards.
B Pour
1502 MERCURE DE FRANCE
Pour Pompée , Apollon & fa foeur fe déclarent ,
Acle fervir , Mercure , Alcide fe préparent .
L'égalité des faits , des Lauriers , des Travaux
La gloire unit ensemble , Alcide & ce Héros.
Déja par les Clairons , la Difcorde animée ,
Eleye dans les Airs fa tête envenimée.
Dans fa bouche croupit un fang épais & noir
Où fa Langue preffée , a peine à fe mouvoir.
On y voit les débris de quelques dents gluantes ,
Ses Cheveux font autant de Couleuvres fifflantes
Ses habits déchirez , fes yeux brillants de pleurs
Et fon flambeau fatal annoncent les fureurs.
Elle fort des Enfers , & d'une marche prompte ,
Vers le Mont-Apennin , elle avance , elle y montc..
Et , delà , découvrant les Terres & les Mers ,
Et s'écriant d'un ton , dont frémit l'Univers :
Allez , Peuples , dit - elle , allez , courez aux
( .. Armes ,
50 Répandez à la fois , les feux & les alarmes,
Qui fe cache périt & le fexe & les ans ,
30 Sont d'un foible fecours , femmes , vieillards
enfans.
Tout doit prendre parti , tout doit parler de
guerre,
» Tout doit être agité jufqu'au fein de la Terre
» Toy , Marcellus , foutiens , anime le Senat,
Excite, Lentulus , les Romains au combat.
Le Peuple , Curion , à te fuivre s'aprête ;
» Qui
JUILLET. 1730. 1503
Qui t'arrête , Cefar acheve ta conquête.
» En vain Rome prétend repouffer tes efforts ,
» Viens forcer des Remparts , viens piller des
Tréfors.
1
» Et toy , Pompée , & toy , va fauver ta patric
Va , cours enfanglanter les Mers de Theffalien
» Epidaure t'attend , va d'un pas glorieux ,
Entre Cefar & toy faire expliquer les Dieux.
Elle dit , & foudain la Terre obéiffante ,
Par un prompt mouvement répond à ſon attente,
Fermer
Résumé : SUITE de la Traduction du Poëme de Petrone, sur la Guerre Civile.
Le texte décrit une scène de la guerre civile entre César et Pompée. César, animé par la détermination et la fureur, se prépare à marcher sur Rome, accusant la ville de l'avoir poussé à la vengeance. Il appelle ses soldats à le suivre, justifiant la guerre par la nécessité de défendre leur honneur et leur gloire commune. Malgré les obstacles naturels tels que la neige et les tempêtes, César et son armée avancent, encouragés par des présages favorables. À Rome, la peur s'installe parmi les habitants, qui fuient la ville. Le Sénat et Pompée, malgré ses exploits passés, prennent également la fuite. Les dieux semblent abandonner Rome, laissant place à la discorde et à la fureur. La Discordance, personnifiée, incite les peuples à prendre les armes, annonçant une guerre totale où chacun doit participer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
682
p. 1560-1565
ÉTABLISSEMENT d'une Compagnie de cent Arqubusiers dans la Ville d'Auxerre, par Lettres Patentes du mois de Decembre 1729.
Début :
La permission que la Ville d'Auxerre vient d'obtenir du Roi pour l'établissement [...]
Mots clefs :
Arquebusiers, Auxerre, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉTABLISSEMENT d'une Compagnie de cent Arqubusiers dans la Ville d'Auxerre, par Lettres Patentes du mois de Decembre 1729.
ETABLISSEMENT d'une Com-
-pagnie de cent Arquebufiers dans la Ville
d'Auxerre , par Lettres Patentes du mois
de Decembre 1729..
L
A permiffion que la Ville d'Auxerre
vient d'obtenir du Roi- pour l'établiſſement
d'une Compagnie de cent Arquebufiers
, la fait rentrer dans l'ancien
ufage où elle étoit autrefois de s'exercer
au fait des armes , ufage qu'on fait re-..-
monter jufqu'au commencement du se
fiecle , & dont on voit encore des traces :
près les murs de la Ville dans un lieu
nommé les Butes, anciennement deſtiné à
l'exercice de l'Arbalête. C'étoit là que les
habitans d'Auxerre faifoient montre de
leur adreffe , & où celui qui avoit furpaffé
tous les autres en cet exercice étoit
honoré du nom de Roi de l'Arbalête
& de chef de la Compagnie.
A
LeJeu de l'Arbalête étant enfuite déchû
de fon premier luftre , & la poudre ayant
été inventée , on lui fubftitua le noble:
Jeu de l'Arquebufe. Nos Rois voulurent :
bien l'honorer de leur agrément & accor--
derrà la Compagnie naiffante des privile--
ges confiderables . Mais l'inobfervance de
JUILLET. 1730. 156r
la Difcipline autant que le mélange des
conditions , lequel fit difparoître l'égalité
qui devoit regner dans ce Corps hâta fa
ruine , & enfin tous les exercices cefferent
dès l'année 1626 .
Après un fiecle entier d'interruption ,
on fe reveilla , & on parla de rétablir ce
qui avoit fait honneur aux Auxerrois ;
on dreffa des projets , & une heureuſe .
conjoncture permit d'en eſperer l'execu--
tion.
Aux Etats Generaux de la Province de
Bourgogne , tenus en 1727. M. Baudeſſon ,
Maire de la Ville d'Auxerre , fut nommé
Elû du Tiers- Etat , la Jeuneffe de cette
Ville ranima alors fes efperances ; M. l'Elû
fe chargea de conduire à ſa perfection
l'établiſſement projetté , & il ne negligea
rien pour cela, pendant les trois années
de fon élection..
S. A. S. M. le Duc de Bourbon , Gou- .
verneur de cette Province , ayant donné
fon agrément au projet , eut la bonté de
porter aux pieds du Trône du Roi la très
humble Requête de la Ville d'Auxerre ,.
& Sa Majefté a bien voulu au mois de
Decembre 1729. accorder des Lettres Patentes
par lesquelles elle permet à la Ville
d'Auxerre ( à laquelle le Roi rend le glorieux
témoignage de s'être toujours maintenuë
ſous ſon obéïſſance ) d'établir une =
Compa--
1562 MERCURE DE FRANCE
Compagnie de cent Arquebufiers , dans laquelle
feront reçus les Officiers de guerre &
de Justice , les Bourgeois , les Marchands
& non autres . Cette derniere claufe contribuëra
fans doute à conferver l'honneur
de la Compagnie, en éloignant les conditions
méchaniques dont l'efprit & les
manieres font peu propres à maintenir
l'égalité neceffaire."
Sa Majefté par les mêmes Lettrés daigne
accorder à celui qui le premier & le
plus habilement d'un coup d'Arquebuſe
abat a l'oifeau , l'exemption pendant un
an de toutes tailles , logement de Gens
de Guerre , fubfiftances & autres charges
quelconques , d'Aides & Gabelles qui fe
perçoivent fur les vins qui fe levert en
cette Ville. Les Lettres portent auſſi ce
qui fuit en ontre celui qui abatra ledit
eifeau , on mettra le plus proche dans le noir
de la cible pendant trois années confecutives
jouira des mêmes exemptions pendant fa vie,
fa Veuve durant fa viduité. Les Lettres
Patentes ont été enregistrées par tout où
befoin étoit , & dès cette année on a commencé
à en recueillir les fruits.
Il ne manquoit plus à cette Compagnie
qu'un Chef, qui fous les ordres de S. A.S.
pût par fa naiffance , fon exemple & .fon
experience entretenir & accroître dans
cetteCompagnie les fentimens d'honneurt
&
7
JUILLET. 1730. 1963
& de vertu , aufquels fuivant fon inftitution
elle doit fe porter. Elle a trouvé ce
digne Chef en la perfonne de M. le Comte
de Latournelle , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , & ancien Capitaine
dans le Regiment Royal Etranger .
Les Arquebufiers honorés de fon accep
tation ſe diſpenſerent du foin de choir
un Lieutenant ; M. le Capitaine leur indiqua
avec politeffe celui qui devoit remplir
cette place en nommant le fils de
M. Baudeffon actuellement Maire , &
petit-fils de M. Baudeffon , l'Elû , auquel
ils font redevables de leur établiſſement.
و
Les choſes ainfi difpofées , & le jour
de S. Jean Baptifte fixé par les Lettres
Patentes pour l'expofition du prix étant
arrivé la Compagnie fit chanter dans
l'Eglife des Cordeliers une Meffe folemnelle
à laquelle M M. les Arquebufiers
affifterent tous en habit d'écarlate , avec
la coquarde blanche. Après là Meffe , ils
fe rendirent à l'Hôtel de M. le Comte de
Latournelle , leur Capitaine , au fon des
Tambours , des Violons & des Hautbois
pour l'inviter à honorer de la préfence le
nouveau fpectacle.
A deux heures après midi , les Arque-
Bufiers s'étant encore rendus à l'Hôtel de
leur Capitaine , partirent au fon des mêmes
Inftrumens pour aller au lieu où l'on
devoir
1564 MERCURE DE FRANCE
devoit tirer l'oifeau. M. le Comte de
Guerchy , fils de M. le Marquis de Guerchy
, Lieutenant General des Armées du
Roi , marchoit avec M. le Comte de Latournelle
à la tête de la Compagnie. Le
premier coup , appellé le coup du Roi ,
fut déferé à ce jeune Seigneur qui le tira
avec toute la grace & l'adreffe poffible ;
après lui M. le Comte de Latournelle qui
étoit en droit de tirer défera cet honneur
à M. le Maire dont la modeftie fouffrit
beaucoup ; mais il falut ceder, M. le Comte
tira fon coup enfuite . Aprês ce prélude
de politeffe , les Arquebufiers ayant pris
chacun le rang que le fort leur avoit don--
né tirerent à l'oifeau . Après trente trois
coups hazardés , un jeune Arquebufier
tira fi heureuſement que fon® coup jetta
par terre l'oifeau qui étoit élèvé à centcinquante
pas de lui.
Auffi -tôt que l'oifeau fut abatu , les
acclamations & les cris de joye redoublés
& mêlés aux fuffrages de tous les fpectareurs
, celebrerent cette victoire ; M. les
Comte de Latournelle qui pour la premiere
fois paroiffoit à la tête de la Compagnie
, careffa fort le victorieux , & le
proclama Roi de l'Arquebuſe , lui rendant:
enfuite les honneurs accoutumés.
Le nouveau Roi de l'Arquebuſe far reconduit
au fon des Inftrumens on fa maifon
JUILLET . 1730. 1565
fon , où il donna un régal qui étoit neceffaire
après un tel exercice , & auquel
rien ne manquoit. Le lendernain , la Compagnie
des Arquebufiers donna dans une
Maifon de Campagne près de la Ville
un fomptueux repas qui fut fuivi d'un
Bal. Rien ne fut épargné pour le plaifir
dans cette journée , & tous ceux qui s'y
trouverent charmés des manieres galantes
& polies des nouveaux Arquebufiers ,
s'en retournerent chantant les louanges
& la noble magnificence de cette lefte
Compagnie.
-pagnie de cent Arquebufiers dans la Ville
d'Auxerre , par Lettres Patentes du mois
de Decembre 1729..
L
A permiffion que la Ville d'Auxerre
vient d'obtenir du Roi- pour l'établiſſement
d'une Compagnie de cent Arquebufiers
, la fait rentrer dans l'ancien
ufage où elle étoit autrefois de s'exercer
au fait des armes , ufage qu'on fait re-..-
monter jufqu'au commencement du se
fiecle , & dont on voit encore des traces :
près les murs de la Ville dans un lieu
nommé les Butes, anciennement deſtiné à
l'exercice de l'Arbalête. C'étoit là que les
habitans d'Auxerre faifoient montre de
leur adreffe , & où celui qui avoit furpaffé
tous les autres en cet exercice étoit
honoré du nom de Roi de l'Arbalête
& de chef de la Compagnie.
A
LeJeu de l'Arbalête étant enfuite déchû
de fon premier luftre , & la poudre ayant
été inventée , on lui fubftitua le noble:
Jeu de l'Arquebufe. Nos Rois voulurent :
bien l'honorer de leur agrément & accor--
derrà la Compagnie naiffante des privile--
ges confiderables . Mais l'inobfervance de
JUILLET. 1730. 156r
la Difcipline autant que le mélange des
conditions , lequel fit difparoître l'égalité
qui devoit regner dans ce Corps hâta fa
ruine , & enfin tous les exercices cefferent
dès l'année 1626 .
Après un fiecle entier d'interruption ,
on fe reveilla , & on parla de rétablir ce
qui avoit fait honneur aux Auxerrois ;
on dreffa des projets , & une heureuſe .
conjoncture permit d'en eſperer l'execu--
tion.
Aux Etats Generaux de la Province de
Bourgogne , tenus en 1727. M. Baudeſſon ,
Maire de la Ville d'Auxerre , fut nommé
Elû du Tiers- Etat , la Jeuneffe de cette
Ville ranima alors fes efperances ; M. l'Elû
fe chargea de conduire à ſa perfection
l'établiſſement projetté , & il ne negligea
rien pour cela, pendant les trois années
de fon élection..
S. A. S. M. le Duc de Bourbon , Gou- .
verneur de cette Province , ayant donné
fon agrément au projet , eut la bonté de
porter aux pieds du Trône du Roi la très
humble Requête de la Ville d'Auxerre ,.
& Sa Majefté a bien voulu au mois de
Decembre 1729. accorder des Lettres Patentes
par lesquelles elle permet à la Ville
d'Auxerre ( à laquelle le Roi rend le glorieux
témoignage de s'être toujours maintenuë
ſous ſon obéïſſance ) d'établir une =
Compa--
1562 MERCURE DE FRANCE
Compagnie de cent Arquebufiers , dans laquelle
feront reçus les Officiers de guerre &
de Justice , les Bourgeois , les Marchands
& non autres . Cette derniere claufe contribuëra
fans doute à conferver l'honneur
de la Compagnie, en éloignant les conditions
méchaniques dont l'efprit & les
manieres font peu propres à maintenir
l'égalité neceffaire."
Sa Majefté par les mêmes Lettrés daigne
accorder à celui qui le premier & le
plus habilement d'un coup d'Arquebuſe
abat a l'oifeau , l'exemption pendant un
an de toutes tailles , logement de Gens
de Guerre , fubfiftances & autres charges
quelconques , d'Aides & Gabelles qui fe
perçoivent fur les vins qui fe levert en
cette Ville. Les Lettres portent auſſi ce
qui fuit en ontre celui qui abatra ledit
eifeau , on mettra le plus proche dans le noir
de la cible pendant trois années confecutives
jouira des mêmes exemptions pendant fa vie,
fa Veuve durant fa viduité. Les Lettres
Patentes ont été enregistrées par tout où
befoin étoit , & dès cette année on a commencé
à en recueillir les fruits.
Il ne manquoit plus à cette Compagnie
qu'un Chef, qui fous les ordres de S. A.S.
pût par fa naiffance , fon exemple & .fon
experience entretenir & accroître dans
cetteCompagnie les fentimens d'honneurt
&
7
JUILLET. 1730. 1963
& de vertu , aufquels fuivant fon inftitution
elle doit fe porter. Elle a trouvé ce
digne Chef en la perfonne de M. le Comte
de Latournelle , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , & ancien Capitaine
dans le Regiment Royal Etranger .
Les Arquebufiers honorés de fon accep
tation ſe diſpenſerent du foin de choir
un Lieutenant ; M. le Capitaine leur indiqua
avec politeffe celui qui devoit remplir
cette place en nommant le fils de
M. Baudeffon actuellement Maire , &
petit-fils de M. Baudeffon , l'Elû , auquel
ils font redevables de leur établiſſement.
و
Les choſes ainfi difpofées , & le jour
de S. Jean Baptifte fixé par les Lettres
Patentes pour l'expofition du prix étant
arrivé la Compagnie fit chanter dans
l'Eglife des Cordeliers une Meffe folemnelle
à laquelle M M. les Arquebufiers
affifterent tous en habit d'écarlate , avec
la coquarde blanche. Après là Meffe , ils
fe rendirent à l'Hôtel de M. le Comte de
Latournelle , leur Capitaine , au fon des
Tambours , des Violons & des Hautbois
pour l'inviter à honorer de la préfence le
nouveau fpectacle.
A deux heures après midi , les Arque-
Bufiers s'étant encore rendus à l'Hôtel de
leur Capitaine , partirent au fon des mêmes
Inftrumens pour aller au lieu où l'on
devoir
1564 MERCURE DE FRANCE
devoit tirer l'oifeau. M. le Comte de
Guerchy , fils de M. le Marquis de Guerchy
, Lieutenant General des Armées du
Roi , marchoit avec M. le Comte de Latournelle
à la tête de la Compagnie. Le
premier coup , appellé le coup du Roi ,
fut déferé à ce jeune Seigneur qui le tira
avec toute la grace & l'adreffe poffible ;
après lui M. le Comte de Latournelle qui
étoit en droit de tirer défera cet honneur
à M. le Maire dont la modeftie fouffrit
beaucoup ; mais il falut ceder, M. le Comte
tira fon coup enfuite . Aprês ce prélude
de politeffe , les Arquebufiers ayant pris
chacun le rang que le fort leur avoit don--
né tirerent à l'oifeau . Après trente trois
coups hazardés , un jeune Arquebufier
tira fi heureuſement que fon® coup jetta
par terre l'oifeau qui étoit élèvé à centcinquante
pas de lui.
Auffi -tôt que l'oifeau fut abatu , les
acclamations & les cris de joye redoublés
& mêlés aux fuffrages de tous les fpectareurs
, celebrerent cette victoire ; M. les
Comte de Latournelle qui pour la premiere
fois paroiffoit à la tête de la Compagnie
, careffa fort le victorieux , & le
proclama Roi de l'Arquebuſe , lui rendant:
enfuite les honneurs accoutumés.
Le nouveau Roi de l'Arquebuſe far reconduit
au fon des Inftrumens on fa maifon
JUILLET . 1730. 1565
fon , où il donna un régal qui étoit neceffaire
après un tel exercice , & auquel
rien ne manquoit. Le lendernain , la Compagnie
des Arquebufiers donna dans une
Maifon de Campagne près de la Ville
un fomptueux repas qui fut fuivi d'un
Bal. Rien ne fut épargné pour le plaifir
dans cette journée , & tous ceux qui s'y
trouverent charmés des manieres galantes
& polies des nouveaux Arquebufiers ,
s'en retournerent chantant les louanges
& la noble magnificence de cette lefte
Compagnie.
Fermer
Résumé : ÉTABLISSEMENT d'une Compagnie de cent Arqubusiers dans la Ville d'Auxerre, par Lettres Patentes du mois de Decembre 1729.
En décembre 1729, le roi accorde à la ville d'Auxerre des lettres patentes pour créer une compagnie de cent arquebusiers. Cette décision vise à restaurer une ancienne tradition d'exercice des armes, remontant au début du siècle, où les habitants s'entraînaient près des murs de la ville, notamment aux Buttes. À l'origine, les habitants s'exerçaient à l'arbalète, et le meilleur tireur était honoré du titre de 'Roi de l'Arbalète'. Avec l'invention de la poudre, l'arbalète fut remplacée par l'arquebuse, mais les exercices cessèrent en 1626 en raison de l'inobservance de la discipline et du mélange des conditions sociales. En 1727, lors des États Généraux de la province de Bourgogne, M. Baudesson, maire d'Auxerre, fut nommé élu du Tiers-État et se chargea de rétablir la compagnie. Avec l'accord du Duc de Bourbon, gouverneur de la province, et du roi, les lettres patentes autorisent la création de cette compagnie, composée d'officiers de guerre et de justice, de bourgeois et de marchands. Le roi accorde également des exemptions fiscales et autres charges à celui qui abattra un oiseau d'un coup d'arquebuse. La compagnie choisit M. le Comte de Latournelle comme chef, et le fils de M. Baudesson comme lieutenant. Le jour de la Saint-Jean-Baptiste, la compagnie célèbre une messe solennelle et participe à une compétition de tir à l'arquebuse. Un jeune arquebusier abat l'oiseau à cent cinquante pas, et est proclamé 'Roi de l'Arquebuse'. Des festivités suivent cette victoire, incluant un repas somptueux et un bal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
683
p. 1635-1636
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On apprend de Constantinople que le Grand-Seigneur qui étoit malade depuis près d'un [...]
Mots clefs :
Turquie, Perse, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
N apprend de Conftantinople que le Grand-
Seigneur qui étoit malade depuis près d'un
ań , fe porte bien mieux.
Les préparatifs de guerre continuent toujours ,
& on affure qu'en cas qu'on ne puiffe pas convenir
d'un Traité de pacification avec le nouveau
Roi de Perfe , Mehemet , Prince hereditaire du
Trône Ottoman , ira en Perfe pour y faire fa
premiere Campagne , fous la conduite de deux-
Seraskiers qui commanderont l'Armée de S. H. ¹
Le Prince Selim , qui n'a encore que quinze ans
doit faire cette année le voyage de la Mecque.
"
On ne confirme point que le Sultan Acheraf
fe foit fauvé à Conftantinople , comme on l'avoit
dit; mais on affure que le parti de cet Ufurpateur
n'eft plus du tout à craindre , car les Lettres que
plufieurs Négocians Turcs ont reçues d'Iſpaham
portent qu'après la défaite d'Acheraf & la prife
de cette Capitale de la Perfe , le Sultan Schah
Thamas étoit allé affieger la Ville de Schiras , fi
renommée par fes vins exquis , qu'il en avoit
formé le fiege avec une Armée de près de 50000 .
hommes ; que la Garnifon s'opiniâtrant à faire
une vigoureufe refiftance , il avoit fait élever un
échafaut qui pouvoit être vu des habitans , qu'y
ayant fait monter le Sultan Acheraf , qu'un des
Lieutenans Generaux du Prince Thamas avoit
arrêté à l'entrée de la Georgie , il l'avoit fait
écorcher vif avec des étrilles de chevaux , qu'enfuite
16.36 MERCURE DE FRANCE
fuite il avoit fait mettre la tête au bout d'une
pique à la vue des Remparts ; que la Garnifon
ayant refufé de fe rendre malgré la mort de fon
Protecteur , le Prince Thamas avoit fait donner
un affaut general fi furieux & fi bien conduit .
que fes Troupes s'étoient emparées de la Place
& avoient paffé la Garnifon au fil de l'épée ;
qu'un frere de ce Prince qui dans les dernieres.
revolutions s'étoit attaché au parti d'Acheraf
ayant eu le bonheur d'échaper au maffacre general
, s'étoit fauvé , & qu'on croyoit qu'il avoit
pris la route de Conftantinople ; que depuis la
conquête de Schiras , les autres Villes occupées .
par les Rebelles s'étoient foumifes au Vainqueur,
de forte que le parti des Agahans, peuples les plus
belliqueux de la Perfe , qui s'étoient attachés à
Miryweitz , & enfuite à Acheraf , étoit entierement
détruit & diffipé.
c'eft que
Par une autre Lettre de Conftantinople du 13 .
Mai dernier , on mande que depuis que le Grand-
Vizir a conferé avec l'Ambaffadeur de Thamas ›
Schah , on a fufpendu les préparatifs qui avoient
été commencés , en attendant l'arrivée d'un Ambaffadeur
Extraordinaire , qui eft , dit-on , en
chemin, chargé de pleins pouvoirs pour conclure
un Traité. folide entre les deux Puiffances. Ce
qu'il y a de bien certain ,
le nouveau
Roi de Perfe eft paifible poffeffeur d'Ifpaham , &
qu'il a entierement triomphe de fon Ennemi . Les
Povinces voifines de cette Capitale ſe font fou--
s prefqu'en même-tems , & les plus éloignées
fon difpofées à les imiter , ce Prince ayant pour
lui le coeur de tous les Perfans. Ces difpofitions
pourroient bien fortifier l'opinion generale des
Turcs , que de tout tems les entreprifes qu'ils ont
faites en Perfe leur ont été fatales , & les determiner
à faire un Accomodement avec le legitime
heritier de cette Coulonne,
N apprend de Conftantinople que le Grand-
Seigneur qui étoit malade depuis près d'un
ań , fe porte bien mieux.
Les préparatifs de guerre continuent toujours ,
& on affure qu'en cas qu'on ne puiffe pas convenir
d'un Traité de pacification avec le nouveau
Roi de Perfe , Mehemet , Prince hereditaire du
Trône Ottoman , ira en Perfe pour y faire fa
premiere Campagne , fous la conduite de deux-
Seraskiers qui commanderont l'Armée de S. H. ¹
Le Prince Selim , qui n'a encore que quinze ans
doit faire cette année le voyage de la Mecque.
"
On ne confirme point que le Sultan Acheraf
fe foit fauvé à Conftantinople , comme on l'avoit
dit; mais on affure que le parti de cet Ufurpateur
n'eft plus du tout à craindre , car les Lettres que
plufieurs Négocians Turcs ont reçues d'Iſpaham
portent qu'après la défaite d'Acheraf & la prife
de cette Capitale de la Perfe , le Sultan Schah
Thamas étoit allé affieger la Ville de Schiras , fi
renommée par fes vins exquis , qu'il en avoit
formé le fiege avec une Armée de près de 50000 .
hommes ; que la Garnifon s'opiniâtrant à faire
une vigoureufe refiftance , il avoit fait élever un
échafaut qui pouvoit être vu des habitans , qu'y
ayant fait monter le Sultan Acheraf , qu'un des
Lieutenans Generaux du Prince Thamas avoit
arrêté à l'entrée de la Georgie , il l'avoit fait
écorcher vif avec des étrilles de chevaux , qu'enfuite
16.36 MERCURE DE FRANCE
fuite il avoit fait mettre la tête au bout d'une
pique à la vue des Remparts ; que la Garnifon
ayant refufé de fe rendre malgré la mort de fon
Protecteur , le Prince Thamas avoit fait donner
un affaut general fi furieux & fi bien conduit .
que fes Troupes s'étoient emparées de la Place
& avoient paffé la Garnifon au fil de l'épée ;
qu'un frere de ce Prince qui dans les dernieres.
revolutions s'étoit attaché au parti d'Acheraf
ayant eu le bonheur d'échaper au maffacre general
, s'étoit fauvé , & qu'on croyoit qu'il avoit
pris la route de Conftantinople ; que depuis la
conquête de Schiras , les autres Villes occupées .
par les Rebelles s'étoient foumifes au Vainqueur,
de forte que le parti des Agahans, peuples les plus
belliqueux de la Perfe , qui s'étoient attachés à
Miryweitz , & enfuite à Acheraf , étoit entierement
détruit & diffipé.
c'eft que
Par une autre Lettre de Conftantinople du 13 .
Mai dernier , on mande que depuis que le Grand-
Vizir a conferé avec l'Ambaffadeur de Thamas ›
Schah , on a fufpendu les préparatifs qui avoient
été commencés , en attendant l'arrivée d'un Ambaffadeur
Extraordinaire , qui eft , dit-on , en
chemin, chargé de pleins pouvoirs pour conclure
un Traité. folide entre les deux Puiffances. Ce
qu'il y a de bien certain ,
le nouveau
Roi de Perfe eft paifible poffeffeur d'Ifpaham , &
qu'il a entierement triomphe de fon Ennemi . Les
Povinces voifines de cette Capitale ſe font fou--
s prefqu'en même-tems , & les plus éloignées
fon difpofées à les imiter , ce Prince ayant pour
lui le coeur de tous les Perfans. Ces difpofitions
pourroient bien fortifier l'opinion generale des
Turcs , que de tout tems les entreprifes qu'ils ont
faites en Perfe leur ont été fatales , & les determiner
à faire un Accomodement avec le legitime
heritier de cette Coulonne,
Fermer
Résumé : TURQUIE ET PERSE.
Le texte aborde les relations politiques et militaires entre la Turquie et la Perse. À Constantinople, le Grand-Seigneur, malade depuis un an, montre des signes de rétablissement. Les préparatifs de guerre se poursuivent, et une campagne en Perse pourrait être menée par le prince héritier ottoman Mehemet, sous la direction de deux Seraskiers, si un traité de paix avec le nouveau roi de Perse, Mehemet, n'est pas conclu. Le prince Selim, âgé de quinze ans, doit effectuer le pèlerinage à La Mecque. Le sultan Acheraf, après sa défaite et la prise d'Ispahan par le sultan Schah Thamas, a été écorché vif. La garnison de Schiras a résisté avant d'être vaincue. Un frère du prince Thamas s'est réfugié à Constantinople. Depuis la conquête de Schiras, les villes rebelles se sont soumises, affaiblissant le parti des Agahans. Une lettre du 13 mai indique que les préparatifs de guerre ont été suspendus après une conférence entre le Grand-Vizir et l'ambassadeur de Thamas Schah. Un ambassadeur extraordinaire est en route pour négocier un traité entre les deux puissances. Le nouveau roi de Perse contrôle désormais Ispahan et reçoit le soutien du peuple perse, ce qui pourrait influencer les Turcs à chercher un accommodement avec l'héritier légitime du trône perse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
684
p. 1640-1641
ALLEMAGNE.
Début :
Le dernier Courier arrivé de Vienne, dans le Duché de Meckelbourg, a rapporté à la Commission [...]
Mots clefs :
Allemagne, Troupes, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
E dernier Courier arrivé de Vienne , dans le
Bachéde Meckelbourg,a rapporté à la Commiffion
de Roftock deux Refcripts de l'Empereur,
adreffez au Roy d'Angleterre , comme Electeur
d'Hanover , & au Duc de Wolfembutel , portant
en fubftance , qu'au cas que le Duc Charles Léopold
de Meckelbourg commit quelque hoftilité
contre les Troupes d'éxécution, S. M. Imp . fouhaito
JUILLET. 1730. 1641
-
haitoit que non feulement on augmentat ces
Troupes , mais qu'on prit auffi des mefures pour
bloquer ce Prince dans fon Château de Schwe
rin , & pour former le Siege de la Fortereffe de
Domitz. Les Troupes d'éxécution fe font empa→
rées depuis du Pofte de Bandfchaw , fur la Riviere
de Stohr , & des autres paffages où le Duc de
Meckelbourg avoit mis des Troupes pour entre
tenir la communication entre Schwerin & Domitz
; de forte qu'on ne croit pas qu'il foit en
état de faire un long féjour dans fon Duché , à
moins que quelque Puiffance voifine ne lui fourniffe
des fecours pour s'y maintenir.
1
Le 7 de ce mois , l'Empereur donna avec les
cérémonies accoutumées , l'Inveftiture des Etats
du Duc de Lorraine , qui relevent de l'Empire , au
Baron de Chaquemain , chargé des pleins pou- >
voirs de ce Prince pour la recevoir.
E dernier Courier arrivé de Vienne , dans le
Bachéde Meckelbourg,a rapporté à la Commiffion
de Roftock deux Refcripts de l'Empereur,
adreffez au Roy d'Angleterre , comme Electeur
d'Hanover , & au Duc de Wolfembutel , portant
en fubftance , qu'au cas que le Duc Charles Léopold
de Meckelbourg commit quelque hoftilité
contre les Troupes d'éxécution, S. M. Imp . fouhaito
JUILLET. 1730. 1641
-
haitoit que non feulement on augmentat ces
Troupes , mais qu'on prit auffi des mefures pour
bloquer ce Prince dans fon Château de Schwe
rin , & pour former le Siege de la Fortereffe de
Domitz. Les Troupes d'éxécution fe font empa→
rées depuis du Pofte de Bandfchaw , fur la Riviere
de Stohr , & des autres paffages où le Duc de
Meckelbourg avoit mis des Troupes pour entre
tenir la communication entre Schwerin & Domitz
; de forte qu'on ne croit pas qu'il foit en
état de faire un long féjour dans fon Duché , à
moins que quelque Puiffance voifine ne lui fourniffe
des fecours pour s'y maintenir.
1
Le 7 de ce mois , l'Empereur donna avec les
cérémonies accoutumées , l'Inveftiture des Etats
du Duc de Lorraine , qui relevent de l'Empire , au
Baron de Chaquemain , chargé des pleins pou- >
voirs de ce Prince pour la recevoir.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En juillet 1730, un courrier de Vienne informe la Commission de Rostock de deux rescrits de l'Empereur. Ces rescrits sont adressés au Roi d'Angleterre, en tant qu'Électeur de Hanovre, et au Duc de Wolfenbüttel. Ils prévoient des mesures contre le Duc Charles Léopold de Mecklembourg en cas d'hostilités contre les troupes d'exécution. L'Empereur souhaite renforcer ces troupes, bloquer le Duc dans son château de Schwerin et former le siège de la forteresse de Domitz. Les troupes d'exécution ont déjà pris position sur la rivière de Stohr et d'autres passages pour empêcher la communication entre Schwerin et Domitz. Le Duc risque de perdre le contrôle de son duché sans l'aide d'une puissance voisine. Par ailleurs, le 7 juillet, l'Empereur a remis l'investiture des États du Duc de Lorraine au Baron de Chaquemain, représentant le Duc de Lorraine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
685
p. 1641-1646
SUITE du Journal du Camp de Mulberg & Radewitz.
Début :
Le 15. Juin, jour destiné pour les Marches, Contre-Marches, Mouvemens & autres Manoeuvres [...]
Mots clefs :
Armée, Cavalerie, Roi de Prusse, Roi de Pologne, Infanterie, Pavillon, Mülhberg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE du Journal du Camp de Mulberg & Radewitz.
-SUITE du Journal du Campde Mulberg
& Radewit
L
E 15 de Juin , jour deftiné pour les Marches,
Contre-Marches , Mouvemens & autres Manoeuvres
, par Colonnes ; toute l'Armée alla fur
trois Colonnes , vers le Pavillon Royal, ou ayant
réformé par un quart de converfion fes Bataillons
& Efcadrons, des Divifions & Brigades dont
les Colonnes étoient compofées , elle fe mit en
ordre de Bataille fur trois lignes , en faiſant un
quart de converfion par Regimens entiers ; & le
Corps de referve de la 3e Ligue vint couvrir les
Flancs de l'Infanterie & de la Cavalerie . De ces
Flancs on forma quatre Colonnes ,lefquelles ayant
fait leurs décharges en avançant , tout le refte de
l'armée les fuivit , & paffa ainfi à côté du Pavillon
Royal, Elle fe forma enfuite fur huit Colon
ACS
1642 MERCURE DE FRANCE
1 res , lefquelies chargerent en retraite , en défilant
par
demi Bataillons & Efcadrons , qui fe remettant
toujours dans le même ordre où ils avoient
été , rentrerent enfin dans le Camp.
Le 16. jour de repos , le Roy de Pruffe dîna
avec le Prince Royal fon Fils , chez le Velt -Maréchal
Comte de Wackerbarth , & le Roy de Po-
-logne dîna en particulier.
Le 17. l'Armée fit fes exercices & divers mouyemens
par Phalanges ; après s'être formée fur
fept lignes , elle fe mit en marche en trois Phalanges,
vers le Pavillon Royal , où ayant fait trois
Triangles de chaque Phalange , elle fit le feu ferpentant
& fe remit après cela fur les fept lignes.
Après cette manoeuvre & quelques autres , l'Armée
fit fa retraite par les intervales vers le Camp,
en chargeant par divifion , l'Infanterie ayant la
Bayonnette au bout du Fufil.
Le 18. le Roy de Pruffe & le Prince Royal fon
-fils ,
entendirent le Sermon au Quartier du Velt-
Maréchal , chez qui ils dînerent ce jour - là , & le
Roy de Pologne dîna à fon petit Couvert.
Le 19. l'Armée fit fes mouvemens par quarrez.
Elle vint d'abord fur deux Colonnes fe mettre aux
deux côtez du Pavillon Royal , où s'étant rangée
en Bataille , elle fit le feu de Chaine , après lequel
l'Infanterie forma cinq petits quarrez , &
deux demi quarrez & fit le feu de Haye . L'Armée
s'étant enfuite remife , elle forma un grand
quarré autour du Pavillon Royal , & fit le feu
toute la Cavacoulant.
Après cette manoeuvre
lerie fortit du quarré , & marcha vers un Bois ,
d'où elle alla attaquer l'Infanterie , qui , en attendant
, avoit formé feule un quarré long. La Cavalerie
ayant été repouffée , fe retira vers le Bois ;
mais elle revint peu après des deux côtez attaquer
l'Infanterie , quiavoit formé un autre quarré en
>
chanJUILLET
. 1730. 1643
changeant le front . L'Infanterie fe deffendit par
un feu continuel , & fe retira enfin vers un Village
qu'on avoit fait couvrir par un Bataillon de
Grenadiers , pour affurer la retraite , qui s'exécutoit
, de maniere qu'on faifoit toujours traverfer
deux Bataillons d'un Flanc à l'autre , qui s'ouvrirent
à droit & à gauche , pour ceder le nouveau
Terrain aux Bataillons à mefure qu'ils avançoient
, afin qu'ils en puffent former dans le
grand quarré trois autres plus petits, & que ceuxcy
fuffent en état de fe foutenir , en cas que la
Cavalerie vint à enfoncer le quarré. Après cette
manoeuvre l'Armée rentra dans le Camp. Le Prince
Royal de Pruffe dîna ce jour -là chez le Prince
Royal de Pologne, à Tiefenau. Le foir il y cut Bal
chez la Comteffe d'Orzelfka, où l'on fervit un magnifique
Souper , à trois Tables , de 30 couverts
chacune.
Le 20. les deux Rois allerent voir avant dîner,
le Regiment du Corps des Grenadiers faire les
exercices , dont L. M. parurent tres - fatisfaites . Le
Roy de Pruffe dîna avec le Prince Royal fon fils ,
chez le Comte Rutowfki , & le Roy de Pologne
fe rendit à Promitz & à Leffa , pour voir le Terrain
où l'on devoit faire le lendemain l'attaque du
Retranchement.
Le 21.le Roy de Pruffe dîna avec le PrinceRoyal
fon fils , chez le Major General de Diemar. Le
Roy de Pologne dîna en particulier , après que $ .
M. eut fait elle - même toutes les difpofitions neceffaires
pour l'attaque du Retranchement & pour
le paffage de la Riviere.
Pour reprefenter cette manoeuvre ? une partie
de l'Armée , commandée par le General de Baudis,
paffa l'Elbe à la pointe du jour, fur des Ponts
qu'on y avoit conftruits ; & s'étant placée de l'autre
côté de la Riviere, dans des Valons qui la mettoient
1644 MERCURE DE FRANCE
toient à couvert , elle envoya plufieurs petits détachemens
pour donner de fauffes allarmes, afin d'attirer
l'autre moitié de l'Armée qui étoit reſtée au
Camp fous les Ordres du Velt- Maréchal , Comte
de Wackerbarth. Une petite Flote , compofée de
Frégates , de Brigantins & d'autres Bâtimens, fur
lefquels on avoit embarqué des Troupes, avec 13
Piéces de Canon , fit la même chofe le long de
la Riviere , & après avoir fait fauter en l'air une
partie du Pont qu'elle trouva dans fon paffage
elle fe rangea vers un endroit nommé Groebe, ou
elle débarqua fon monde pour occuper un Village
fitué fur le bord de l'Elbe , afin de favorifer le
paffage de l'Armée du General de Baudis . Pendant
ce temps-là on avoit jetté un Pont de Batteaux
au-deffous de Groebe , fur lequel le General
de Baudis repafla la Riviere avec fes Troupes
l'après midi , fe fervant en même-temps des Bâtimens
de tranfport qu'on y avoit affemblez pour
cet effet , & il fit faire un Retranchement vis-àvis
de Groebe pour couvrir fes Troupes à meſure
qu'elles fe pofterent. Ces Troupes furent auffi
foutenues par la petite Flote , & par une Batterie
de 36 Pieces de Canon , placées de l'autre côté de
la Riviere , fur une hauteur qui domine toute
cette Contrée, & que les deux Rois avoient choi-
Le pour voir ce magnifique fpectacle.
L'Armée du Velt-Maréchal qui étoit accouruë
aux fauffes allarmes , ayant appris le veritable
endroit du paffage de celle du General de Baudis
, fe mit en marche de ce côté là , fur deux
Colonnes ; la Cavalerie étoit à la tête , & elle
fut fuivie des Dragons & de l'Infanterie. S'étant
approchée vers le foir du Retranchement du Ge
meral de Baudis , qu'on avoit fait garnir de quantité
de Canons , elle forma fes attaques , & les
sammença par fes Dragons , auſquels on fit met-
LIC
JUILLET. 1730. 1645
·
tre pied à terre ; ils avancerent & chargerent fur
quatre Colonnes , & après un grand feu de part
& d'autre , tant des Canons que de la Moufqueterie
; la nuit fépara les deux Partis, & toute l'Armée
rentra dans le Camp .
Le 22. fut jour de repos. Le Roy de Pruffe dina
avec le Pr. Royal fon fils , chez le Pr. Royal de
Pologne , à Fieffenau , & le Roy de Pologne encore
en particulier .
Le 23. le Margrave Regnant de Brandebourg
Anfpach , Gendre du Roy de Prufſe , arriva au
Camp, L'Armée qui devoit ce jour - là repreſenter
un Combat , fe partagea en deux Corps , afin de
former deux Armées différentes . Le Velt- Maréchal
eut le Commandement de l'une , fous les
Ordres du Pr. Royal de Pologne , & le Duc Jean
Adolphe de Weiffenfels , celui de l'autre. Les
deux Armées s'étant mifes en marche , chacune
fur deux Colonnes , elles allerent fe ranger fur
deux lignes , aux deux côtez du Pavillon Royal ,
où les deux Rois étoient avec les Cours & quantité
de Perfonnes de diftinction . Elles avancerent
enfuite l'une contre l'autre , après avoir détaché
leur Cavalerie Légere, avec les Volontaires , pour
efcarmoucher & fe reconnoître. Lorsque les deux
Armées fe trouverent en prefence , à une diſtance
d'environ mille pas , on fit jouer le Canon ; &
après s'être approchées à 300 pas , l'Infanterie
des deux Armées commença fon feu par la Mouf
queterie , en avançant toujours l'une contre l'autre
jufqu'à 60 pas, où après plufieurs chocs & at
taques de la Cavalerie , l'Armée du Velt - Maréchal
fembloit vouloir plier ; mais ayant d'abord'
été foutenue par fa feconde ligne , elle repoufla
l'Armée du Duc de Weiffenfels & la pourſuivit
jufqu'à une certaine diftance , vers un Bois qui
'étoit derriere elle. Les deux Armées y firent alte ,
Η
pour
1646 MERCURE DE FRANCE
pour fe remettre & recommencer le combat,
La Cavalerie fe pouffa & repouffa fucceffivement
; mais enfin celle de l'aile gauche de l'Ar
mée du Duc de Weiffenfels fut entierement mife
en déroute & pouffée dans le Bois ; & comme
Paîle droite de la Cavalerie de cette Armée avoit
pris quelque avantage fur l'aile gauche du Velt-
Maréchal, la feconde ligne de fon aîle droite fe
détacha pour foutenir la gauche ; l'aîle droite du
Duc de Weiffenfels , après avoir chargé quelquetemps
, fut auffi mife en déroute ; & lorfqu'elle fe
retira dans le Bois , l'Armée du Comte de Wackerbarth
en coupa deux Eſcadrons ,L'Infanterie dų
Duc de Weiffenfels fe trouvant alors abandonnée
de fa Cavalerie ; & celle du Comte de Wacskerbarth
faifant des mouvemens pour entrer dans
fes Flancs, elle forma un Crochet fur chaque aîle,
& fe battit en retraite jufques dans le Bois ; après
quoi les deux Armées rentrerent dans le Camp.
Le Roy de Pruffe avant fon départ du Camp ,
a fait diftribuer quantité de Médailles d'Or à divers
Seigneurs , parmi lesquelles il y en a de la
yaleur de 150 Ducats. S. M. Pr. a auffi fait donner
70000 Florins aux Troupes , & 30000 , aux
Officiers de la Maifon du Roy de Pologne.
& Radewit
L
E 15 de Juin , jour deftiné pour les Marches,
Contre-Marches , Mouvemens & autres Manoeuvres
, par Colonnes ; toute l'Armée alla fur
trois Colonnes , vers le Pavillon Royal, ou ayant
réformé par un quart de converfion fes Bataillons
& Efcadrons, des Divifions & Brigades dont
les Colonnes étoient compofées , elle fe mit en
ordre de Bataille fur trois lignes , en faiſant un
quart de converfion par Regimens entiers ; & le
Corps de referve de la 3e Ligue vint couvrir les
Flancs de l'Infanterie & de la Cavalerie . De ces
Flancs on forma quatre Colonnes ,lefquelles ayant
fait leurs décharges en avançant , tout le refte de
l'armée les fuivit , & paffa ainfi à côté du Pavillon
Royal, Elle fe forma enfuite fur huit Colon
ACS
1642 MERCURE DE FRANCE
1 res , lefquelies chargerent en retraite , en défilant
par
demi Bataillons & Efcadrons , qui fe remettant
toujours dans le même ordre où ils avoient
été , rentrerent enfin dans le Camp.
Le 16. jour de repos , le Roy de Pruffe dîna
avec le Prince Royal fon Fils , chez le Velt -Maréchal
Comte de Wackerbarth , & le Roy de Po-
-logne dîna en particulier.
Le 17. l'Armée fit fes exercices & divers mouyemens
par Phalanges ; après s'être formée fur
fept lignes , elle fe mit en marche en trois Phalanges,
vers le Pavillon Royal , où ayant fait trois
Triangles de chaque Phalange , elle fit le feu ferpentant
& fe remit après cela fur les fept lignes.
Après cette manoeuvre & quelques autres , l'Armée
fit fa retraite par les intervales vers le Camp,
en chargeant par divifion , l'Infanterie ayant la
Bayonnette au bout du Fufil.
Le 18. le Roy de Pruffe & le Prince Royal fon
-fils ,
entendirent le Sermon au Quartier du Velt-
Maréchal , chez qui ils dînerent ce jour - là , & le
Roy de Pologne dîna à fon petit Couvert.
Le 19. l'Armée fit fes mouvemens par quarrez.
Elle vint d'abord fur deux Colonnes fe mettre aux
deux côtez du Pavillon Royal , où s'étant rangée
en Bataille , elle fit le feu de Chaine , après lequel
l'Infanterie forma cinq petits quarrez , &
deux demi quarrez & fit le feu de Haye . L'Armée
s'étant enfuite remife , elle forma un grand
quarré autour du Pavillon Royal , & fit le feu
toute la Cavacoulant.
Après cette manoeuvre
lerie fortit du quarré , & marcha vers un Bois ,
d'où elle alla attaquer l'Infanterie , qui , en attendant
, avoit formé feule un quarré long. La Cavalerie
ayant été repouffée , fe retira vers le Bois ;
mais elle revint peu après des deux côtez attaquer
l'Infanterie , quiavoit formé un autre quarré en
>
chanJUILLET
. 1730. 1643
changeant le front . L'Infanterie fe deffendit par
un feu continuel , & fe retira enfin vers un Village
qu'on avoit fait couvrir par un Bataillon de
Grenadiers , pour affurer la retraite , qui s'exécutoit
, de maniere qu'on faifoit toujours traverfer
deux Bataillons d'un Flanc à l'autre , qui s'ouvrirent
à droit & à gauche , pour ceder le nouveau
Terrain aux Bataillons à mefure qu'ils avançoient
, afin qu'ils en puffent former dans le
grand quarré trois autres plus petits, & que ceuxcy
fuffent en état de fe foutenir , en cas que la
Cavalerie vint à enfoncer le quarré. Après cette
manoeuvre l'Armée rentra dans le Camp. Le Prince
Royal de Pruffe dîna ce jour -là chez le Prince
Royal de Pologne, à Tiefenau. Le foir il y cut Bal
chez la Comteffe d'Orzelfka, où l'on fervit un magnifique
Souper , à trois Tables , de 30 couverts
chacune.
Le 20. les deux Rois allerent voir avant dîner,
le Regiment du Corps des Grenadiers faire les
exercices , dont L. M. parurent tres - fatisfaites . Le
Roy de Pruffe dîna avec le Prince Royal fon fils ,
chez le Comte Rutowfki , & le Roy de Pologne
fe rendit à Promitz & à Leffa , pour voir le Terrain
où l'on devoit faire le lendemain l'attaque du
Retranchement.
Le 21.le Roy de Pruffe dîna avec le PrinceRoyal
fon fils , chez le Major General de Diemar. Le
Roy de Pologne dîna en particulier , après que $ .
M. eut fait elle - même toutes les difpofitions neceffaires
pour l'attaque du Retranchement & pour
le paffage de la Riviere.
Pour reprefenter cette manoeuvre ? une partie
de l'Armée , commandée par le General de Baudis,
paffa l'Elbe à la pointe du jour, fur des Ponts
qu'on y avoit conftruits ; & s'étant placée de l'autre
côté de la Riviere, dans des Valons qui la mettoient
1644 MERCURE DE FRANCE
toient à couvert , elle envoya plufieurs petits détachemens
pour donner de fauffes allarmes, afin d'attirer
l'autre moitié de l'Armée qui étoit reſtée au
Camp fous les Ordres du Velt- Maréchal , Comte
de Wackerbarth. Une petite Flote , compofée de
Frégates , de Brigantins & d'autres Bâtimens, fur
lefquels on avoit embarqué des Troupes, avec 13
Piéces de Canon , fit la même chofe le long de
la Riviere , & après avoir fait fauter en l'air une
partie du Pont qu'elle trouva dans fon paffage
elle fe rangea vers un endroit nommé Groebe, ou
elle débarqua fon monde pour occuper un Village
fitué fur le bord de l'Elbe , afin de favorifer le
paffage de l'Armée du General de Baudis . Pendant
ce temps-là on avoit jetté un Pont de Batteaux
au-deffous de Groebe , fur lequel le General
de Baudis repafla la Riviere avec fes Troupes
l'après midi , fe fervant en même-temps des Bâtimens
de tranfport qu'on y avoit affemblez pour
cet effet , & il fit faire un Retranchement vis-àvis
de Groebe pour couvrir fes Troupes à meſure
qu'elles fe pofterent. Ces Troupes furent auffi
foutenues par la petite Flote , & par une Batterie
de 36 Pieces de Canon , placées de l'autre côté de
la Riviere , fur une hauteur qui domine toute
cette Contrée, & que les deux Rois avoient choi-
Le pour voir ce magnifique fpectacle.
L'Armée du Velt-Maréchal qui étoit accouruë
aux fauffes allarmes , ayant appris le veritable
endroit du paffage de celle du General de Baudis
, fe mit en marche de ce côté là , fur deux
Colonnes ; la Cavalerie étoit à la tête , & elle
fut fuivie des Dragons & de l'Infanterie. S'étant
approchée vers le foir du Retranchement du Ge
meral de Baudis , qu'on avoit fait garnir de quantité
de Canons , elle forma fes attaques , & les
sammença par fes Dragons , auſquels on fit met-
LIC
JUILLET. 1730. 1645
·
tre pied à terre ; ils avancerent & chargerent fur
quatre Colonnes , & après un grand feu de part
& d'autre , tant des Canons que de la Moufqueterie
; la nuit fépara les deux Partis, & toute l'Armée
rentra dans le Camp .
Le 22. fut jour de repos. Le Roy de Pruffe dina
avec le Pr. Royal fon fils , chez le Pr. Royal de
Pologne , à Fieffenau , & le Roy de Pologne encore
en particulier .
Le 23. le Margrave Regnant de Brandebourg
Anfpach , Gendre du Roy de Prufſe , arriva au
Camp, L'Armée qui devoit ce jour - là repreſenter
un Combat , fe partagea en deux Corps , afin de
former deux Armées différentes . Le Velt- Maréchal
eut le Commandement de l'une , fous les
Ordres du Pr. Royal de Pologne , & le Duc Jean
Adolphe de Weiffenfels , celui de l'autre. Les
deux Armées s'étant mifes en marche , chacune
fur deux Colonnes , elles allerent fe ranger fur
deux lignes , aux deux côtez du Pavillon Royal ,
où les deux Rois étoient avec les Cours & quantité
de Perfonnes de diftinction . Elles avancerent
enfuite l'une contre l'autre , après avoir détaché
leur Cavalerie Légere, avec les Volontaires , pour
efcarmoucher & fe reconnoître. Lorsque les deux
Armées fe trouverent en prefence , à une diſtance
d'environ mille pas , on fit jouer le Canon ; &
après s'être approchées à 300 pas , l'Infanterie
des deux Armées commença fon feu par la Mouf
queterie , en avançant toujours l'une contre l'autre
jufqu'à 60 pas, où après plufieurs chocs & at
taques de la Cavalerie , l'Armée du Velt - Maréchal
fembloit vouloir plier ; mais ayant d'abord'
été foutenue par fa feconde ligne , elle repoufla
l'Armée du Duc de Weiffenfels & la pourſuivit
jufqu'à une certaine diftance , vers un Bois qui
'étoit derriere elle. Les deux Armées y firent alte ,
Η
pour
1646 MERCURE DE FRANCE
pour fe remettre & recommencer le combat,
La Cavalerie fe pouffa & repouffa fucceffivement
; mais enfin celle de l'aile gauche de l'Ar
mée du Duc de Weiffenfels fut entierement mife
en déroute & pouffée dans le Bois ; & comme
Paîle droite de la Cavalerie de cette Armée avoit
pris quelque avantage fur l'aile gauche du Velt-
Maréchal, la feconde ligne de fon aîle droite fe
détacha pour foutenir la gauche ; l'aîle droite du
Duc de Weiffenfels , après avoir chargé quelquetemps
, fut auffi mife en déroute ; & lorfqu'elle fe
retira dans le Bois , l'Armée du Comte de Wackerbarth
en coupa deux Eſcadrons ,L'Infanterie dų
Duc de Weiffenfels fe trouvant alors abandonnée
de fa Cavalerie ; & celle du Comte de Wacskerbarth
faifant des mouvemens pour entrer dans
fes Flancs, elle forma un Crochet fur chaque aîle,
& fe battit en retraite jufques dans le Bois ; après
quoi les deux Armées rentrerent dans le Camp.
Le Roy de Pruffe avant fon départ du Camp ,
a fait diftribuer quantité de Médailles d'Or à divers
Seigneurs , parmi lesquelles il y en a de la
yaleur de 150 Ducats. S. M. Pr. a auffi fait donner
70000 Florins aux Troupes , & 30000 , aux
Officiers de la Maifon du Roy de Pologne.
Fermer
Résumé : SUITE du Journal du Camp de Mulberg & Radewitz.
Du 15 au 23 juin, une armée effectua diverses activités militaires et manœuvres. Le 15 juin, elle se mit en ordre de bataille en trois lignes et réalisa des manœuvres autour du Pavillon Royal. Le 16 juin fut un jour de repos, marqué par des dîners officiels. Le 17 juin, l'armée pratiqua des exercices en phalanges et effectua des tirs en serpentant. Le 18 juin, le roi de Prusse et le prince royal assistèrent à un sermon et dînèrent chez le feld-maréchal. Le 19 juin, l'armée exécuta des manœuvres en carrés et simula des attaques et des retraites. Le 20 juin, les rois inspectèrent un régiment de grenadiers et firent des reconnaissances du terrain. Le 21 juin, une partie de l'armée traversa la rivière Elbe pour simuler une attaque, soutenue par une petite flotte. La nuit sépara les deux parties après un échange de tirs. Le 22 juin fut un jour de repos. Le 23 juin, l'armée se divisa en deux corps pour représenter un combat, avec des échanges de tirs et des charges de cavalerie, se concluant par la retraite des deux armées dans le camp. Le roi de Prusse distribua des médailles et des récompenses avant son départ.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
686
p. 1646-1651
ITALIE.
Début :
On a encore appris les circonstances suivantes sur le Tremblement de Terre arrivé à [...]
Mots clefs :
Tremblement de terre, Troupes, Pape, Cardinal, Pape Clément XII, Rebelles, Élection, Pape
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE..
Na encore appris les circonſtances ſuivan→
tes fur le Tremblement de Terre arrivé à
Nocria , le 12 du mois dernier. La premiere fecouffe
fe fit fentir vers les 5 heures du matin ; elle
dura près d'une minute & renverfa la plus grande
partie des Maifons de la Ville ; la deuxième
Tecouffe commença 9 heures après ; elle fut plus
violente & acheva de renverfer le refte des Maifons
; enforte qu'il n'en eft refté que 7 fort endommagées,
JUILLET . 1730. 1647
dommagées. La belle Tour de l'Abbaye S. Benoît
, haute de 400 dégrez , & bâtie de Marbre
blanc, s'ouvrit en 3 parties,dont l'une tomba dans
la place du Dôme , & les deux autres dans celles
du Marché & de S. Philippe. L'Eglife du Dôme
qui étoit fort belle, eft tellement ruinée, qu'il n'en
refte aucun veftige , non plus que de celles de faint
Jean & des Auguftins , des Francifcains , dont les
Couvents font auffi totalement ruinez. Enfin tou
te la Ville n'eft qu'un amas de pierres , & l'on
n'y diftingue ni rue ni place. On a déja rétiré de
deffous les ruines plus de 500 perfonnes , & l'on
en retire encore tous les jours. Toutes les Maifons
& Eglifes des Villages dans les environs de
Norcia ont auffi été renversées par ce tremble→
ment de terre , de même que divers Châteaux à s
ou 6 milles à la ronde , & quantité de perfonnes
y ont auffi perdu la vie.
Les Rebelles de l'Ifle de Corfe font les Maî
tres des principaux Poftes , & leur fermeté fair
craindre qu'ils n'ayent des intelligences fecretes .
avec quelque Puiflance étrangere. On s'apperçoit
même que leur exemple a rendu les Peuples de
Terre- Ferme plus infolens que de coutume , la
plufpart refufant avec hauteur , de payer les contributions
qu'on leve fur eux depuis quelques an
nées. Il y a eu depuis peu deux Emotions populaires
à San- Remo & à la Pieve.
Selon quelques Lettres de Livourne , on atten
doit à Baftia , Capitale de l'Ile de Corſe , 8000
hommes de Troupes reglées pour agir par la
force contre ces Montagnards Rebelles , qui ont
rejetté toutes les propofitions d'accommodement.
L'Armée de ces derniers campe dans une Vallée
près d'Ajazzo ; elle eft commandée par un certain
Pompiliani , que les Rebelles ont choifi pour
leur Chef.
Hij Οι
•
1648 MERCURE DE FRANCE
On mande de Genes , que le nommé Fabio
Chef des Mécontens de l'Ile de Corfe ayant été
arrêté à la Baſtia , y avoit été tué à coups de fufil
, ainfi que quelques autres de fes complices ;
que fa tête avoit été mife au bout d'une Pique &
expofée fur les Remparts de la Ville ; mais que
cette exécution , loin d'intimider ces Rebelles, paroiffoit
les avoir irritez , & qu'ils avoient menacé
de venir en nombre fuffifant tirer vengeance de la
mort de leur Chef.
3 Le nommé Rozza, Milanois, demeurant à Ferrare
, à entrepris de rendre le commerce de Triefte,
l'un des plus floriflans de toutes les Villes Maritimes
de l'Italie, & il s'eft engagé par un Traité
fait avec les Miniftres de l'Empereur,d'y faire paffer
les Négocians & les Marchandiſes de Genes
Livourne , Florence , Milan , Parme , Plaiſance
Mantoue , Modene, Bologne, Ferrare & de toutes
les Places deLombardie,fur des Barques de tranfports
, qu'il fera trouvér regulierement au Pont
de Logofcuro , fur le Po & à Triefte. Les Bátimens
qui pourront porter cent milliers pefant
auront Pavillon Imperial. Elles partiront regulicrement
tous les quinze jours : & l'Entrepreneur
donnera caution pour toutes les Marchandiſes
qu'il aura à tranfporter.
On apprend de Chambery , qu'on y avoit publié
un Edit du Roy de Sardaigne,par lequel S. M.
deffend à tous fes Sujets , de quelque condition
qu'ils puiffent être , de faire aucune donation dè
biens immeubles aux Communautez Religieufes,
à peine de nullité . Ce Prince ordonne en mêmetemps
que toutes les Terres dont les Commu--
nautez jouiffent actuellement , & qui proviennent
de pareilles donations , faites depuis un certain
nombre d'années , feront dorénavant fujettes aux
mêmes Impofitions qu'elles payoient avant que
appartenir à ces Communautez .
JUILLET. 1730. 1649
Le 18. Juin , le Cardinal Corradini cut 29.
voix au Scrutin du matin , & 30. l'après midi. Lo
19 il eut encore 29. voix , mais le Cardinal Bentivoglio
ayant fait connoître que l'Election de ce
Cardinal ,pour remplir le Siége vacant , pourroit
n'être point agréable au Roi d'Efpagne , il n'eut
l'après midi que 2 5. yoix. Le Cardinal Porzia ,
qui depuis huit jours étoit fort incommodé d'une
rétention d'urine , fortit le 10. du Conclave
avec fes Conclaviftes & fes Valets de Chambre.Le
Cardinal de Schomborn , fe trouvant auffi fort incommodé
, en fortit le 2. de ce mois.
On apprend de Rome que l'Archi - Confrairie
de Lorette a envoyé à cet Oratoire une Châffe
d'or ouverte , du poids de 34. Marcs , pour y
placer l'Image miraculeufe de la fainte Vierge.
Les Ordres Religieux ont été difpenfez , à caufe
des chaleurs , d'aller tour à tour en Proceffion à
P'Eglife de S. Pierre pendant le refte du Conclave,
à condition que chaque Convent celebrera tous
Ies jours une Meffe Votive du S. Efprit , juſqu'à
F'élection d'un Papė.
Le Cardinal Laurent Corfini , d'une des plus
illuftres & des anciennes Maifons de Florence
ayant eû toutes les voix du Conclave , fut élû
Pape dans le Scrutin du 12. Juillet. Le Cardinal
Pignatelli , Doyen du Sacré College & le Cardinal
Barberin , Sous -Doyen , accompagnez de
deux Maîtres des Ceremonies , étant allez à ſa
Cellule , pour le complimenter fur fon Election
le Cardinal Laurent Altieri , le premier des Cardinaux
Diacres , fe rendit à la Loge de l'Eglife
de S. Pierre , où il publia l'Election du Pape , qui
a pris le nom de Clement X I I. Cette Election
fut annoncée au Peuple par une falve generale de
l'Artillerie du Château S. Ange , par une déchar
ge de la Moufqueterie des Troupes qui étoient
H iij
fous
1650 MERCURE DE FRANCE
:
fous les armes dans la Place de S. Pierre & par le
fon de toutes les Cloches . Le Pape fut porté à la
la Chapelle Pauline , où il fit fa priere devant le
S. Sacrement, & après avoir rendu graces à Dieu
de fon élection , il fit appeller le Gouverneur de
Rome , avec lequel il confera quelque temps , &
enfuite avec le Cardinal Spinola de S. Agnès.
L'Après midi il fut porté à l'Eglife de S. Pierre ,
où fe fit , felon la coûtume , la ceremonie de l'Adoration.
L'après midi du treize Juillet , Sa Sainteté
nomma le Cardinal Banchieri , pour Secretaire
'Etat , Elle choisit M. Acquaviva , Majordome
du feu Pape , pour faire pendant quelques jours
les fonctions de Maître de Chambre ; elle donna
la Charge de Dataire à M. Valenti , cy-devant
Auditeur de Rote ; celle de Prefet de la fignature
au Cardinal Corradini ; celle de Tréforier dé
la Chambre Apoftolique à M. Sacripante ; celle
de Secretaire des Memoriaux au Marquis Corfini
, neveu de S. S. celle de Secretaire des Brefs
aux Princes à M. Maiella ; celle de Secretaire de
la Confulte à M. Riviera ; celle de Clerc de la
Chambre à M. Daffito , & celle du Secretaire du
Chiffre à M. Livizani .
Le Pape qui vient d'être élû, après un Conclave
de quatre mois & fept jours, naquit à Florence le
7. Avril 1652. Il étoit Tréforier de la Chambre
Apoftolique lorfque le Pape Clement XI . dont il
avoit été Auditeur , le fit Cardinal dans le Confiftoire
du 17. May 1706. Il eut d'abord le titre
de fainte Sufanne , & enfuite celui de S. Pierre
aux Liens. Il fut fait Evêque de Freſcati le 19 .
Novembre 1719. Le 12. Juillet 1723. il fut nommé
Député de la Congrégation de la Signature
de Juftice. Il étoit Protecteur de l'Ordre des Mineurs
Obfervans , des Réformez & du Tiers Or→
dre
JUILLET . 1730. 1651
dre de S. François , de l'Ordre des Servites , de
l'Archi - Confrairie des faints Stigmates , de celle
de l'Annonciade, de celle de la Trinité des Pelerins
des Religieufes de fainte Claire, du Confervatoire
des Philippines , de l'Hôpital de S. Jacques des
Incurables & de plufieurs autres . Il étoit des
Congrégations du S. Office , des Evêques & Reguliers
, du Ceremonial , du Bon-Gouvernement,
de Propaganda fide , de la Confulte , de l'Indice ,
de la Fabrique de S. Pierre , & de celle des Rives
du Tibre,
Na encore appris les circonſtances ſuivan→
tes fur le Tremblement de Terre arrivé à
Nocria , le 12 du mois dernier. La premiere fecouffe
fe fit fentir vers les 5 heures du matin ; elle
dura près d'une minute & renverfa la plus grande
partie des Maifons de la Ville ; la deuxième
Tecouffe commença 9 heures après ; elle fut plus
violente & acheva de renverfer le refte des Maifons
; enforte qu'il n'en eft refté que 7 fort endommagées,
JUILLET . 1730. 1647
dommagées. La belle Tour de l'Abbaye S. Benoît
, haute de 400 dégrez , & bâtie de Marbre
blanc, s'ouvrit en 3 parties,dont l'une tomba dans
la place du Dôme , & les deux autres dans celles
du Marché & de S. Philippe. L'Eglife du Dôme
qui étoit fort belle, eft tellement ruinée, qu'il n'en
refte aucun veftige , non plus que de celles de faint
Jean & des Auguftins , des Francifcains , dont les
Couvents font auffi totalement ruinez. Enfin tou
te la Ville n'eft qu'un amas de pierres , & l'on
n'y diftingue ni rue ni place. On a déja rétiré de
deffous les ruines plus de 500 perfonnes , & l'on
en retire encore tous les jours. Toutes les Maifons
& Eglifes des Villages dans les environs de
Norcia ont auffi été renversées par ce tremble→
ment de terre , de même que divers Châteaux à s
ou 6 milles à la ronde , & quantité de perfonnes
y ont auffi perdu la vie.
Les Rebelles de l'Ifle de Corfe font les Maî
tres des principaux Poftes , & leur fermeté fair
craindre qu'ils n'ayent des intelligences fecretes .
avec quelque Puiflance étrangere. On s'apperçoit
même que leur exemple a rendu les Peuples de
Terre- Ferme plus infolens que de coutume , la
plufpart refufant avec hauteur , de payer les contributions
qu'on leve fur eux depuis quelques an
nées. Il y a eu depuis peu deux Emotions populaires
à San- Remo & à la Pieve.
Selon quelques Lettres de Livourne , on atten
doit à Baftia , Capitale de l'Ile de Corſe , 8000
hommes de Troupes reglées pour agir par la
force contre ces Montagnards Rebelles , qui ont
rejetté toutes les propofitions d'accommodement.
L'Armée de ces derniers campe dans une Vallée
près d'Ajazzo ; elle eft commandée par un certain
Pompiliani , que les Rebelles ont choifi pour
leur Chef.
Hij Οι
•
1648 MERCURE DE FRANCE
On mande de Genes , que le nommé Fabio
Chef des Mécontens de l'Ile de Corfe ayant été
arrêté à la Baſtia , y avoit été tué à coups de fufil
, ainfi que quelques autres de fes complices ;
que fa tête avoit été mife au bout d'une Pique &
expofée fur les Remparts de la Ville ; mais que
cette exécution , loin d'intimider ces Rebelles, paroiffoit
les avoir irritez , & qu'ils avoient menacé
de venir en nombre fuffifant tirer vengeance de la
mort de leur Chef.
3 Le nommé Rozza, Milanois, demeurant à Ferrare
, à entrepris de rendre le commerce de Triefte,
l'un des plus floriflans de toutes les Villes Maritimes
de l'Italie, & il s'eft engagé par un Traité
fait avec les Miniftres de l'Empereur,d'y faire paffer
les Négocians & les Marchandiſes de Genes
Livourne , Florence , Milan , Parme , Plaiſance
Mantoue , Modene, Bologne, Ferrare & de toutes
les Places deLombardie,fur des Barques de tranfports
, qu'il fera trouvér regulierement au Pont
de Logofcuro , fur le Po & à Triefte. Les Bátimens
qui pourront porter cent milliers pefant
auront Pavillon Imperial. Elles partiront regulicrement
tous les quinze jours : & l'Entrepreneur
donnera caution pour toutes les Marchandiſes
qu'il aura à tranfporter.
On apprend de Chambery , qu'on y avoit publié
un Edit du Roy de Sardaigne,par lequel S. M.
deffend à tous fes Sujets , de quelque condition
qu'ils puiffent être , de faire aucune donation dè
biens immeubles aux Communautez Religieufes,
à peine de nullité . Ce Prince ordonne en mêmetemps
que toutes les Terres dont les Commu--
nautez jouiffent actuellement , & qui proviennent
de pareilles donations , faites depuis un certain
nombre d'années , feront dorénavant fujettes aux
mêmes Impofitions qu'elles payoient avant que
appartenir à ces Communautez .
JUILLET. 1730. 1649
Le 18. Juin , le Cardinal Corradini cut 29.
voix au Scrutin du matin , & 30. l'après midi. Lo
19 il eut encore 29. voix , mais le Cardinal Bentivoglio
ayant fait connoître que l'Election de ce
Cardinal ,pour remplir le Siége vacant , pourroit
n'être point agréable au Roi d'Efpagne , il n'eut
l'après midi que 2 5. yoix. Le Cardinal Porzia ,
qui depuis huit jours étoit fort incommodé d'une
rétention d'urine , fortit le 10. du Conclave
avec fes Conclaviftes & fes Valets de Chambre.Le
Cardinal de Schomborn , fe trouvant auffi fort incommodé
, en fortit le 2. de ce mois.
On apprend de Rome que l'Archi - Confrairie
de Lorette a envoyé à cet Oratoire une Châffe
d'or ouverte , du poids de 34. Marcs , pour y
placer l'Image miraculeufe de la fainte Vierge.
Les Ordres Religieux ont été difpenfez , à caufe
des chaleurs , d'aller tour à tour en Proceffion à
P'Eglife de S. Pierre pendant le refte du Conclave,
à condition que chaque Convent celebrera tous
Ies jours une Meffe Votive du S. Efprit , juſqu'à
F'élection d'un Papė.
Le Cardinal Laurent Corfini , d'une des plus
illuftres & des anciennes Maifons de Florence
ayant eû toutes les voix du Conclave , fut élû
Pape dans le Scrutin du 12. Juillet. Le Cardinal
Pignatelli , Doyen du Sacré College & le Cardinal
Barberin , Sous -Doyen , accompagnez de
deux Maîtres des Ceremonies , étant allez à ſa
Cellule , pour le complimenter fur fon Election
le Cardinal Laurent Altieri , le premier des Cardinaux
Diacres , fe rendit à la Loge de l'Eglife
de S. Pierre , où il publia l'Election du Pape , qui
a pris le nom de Clement X I I. Cette Election
fut annoncée au Peuple par une falve generale de
l'Artillerie du Château S. Ange , par une déchar
ge de la Moufqueterie des Troupes qui étoient
H iij
fous
1650 MERCURE DE FRANCE
:
fous les armes dans la Place de S. Pierre & par le
fon de toutes les Cloches . Le Pape fut porté à la
la Chapelle Pauline , où il fit fa priere devant le
S. Sacrement, & après avoir rendu graces à Dieu
de fon élection , il fit appeller le Gouverneur de
Rome , avec lequel il confera quelque temps , &
enfuite avec le Cardinal Spinola de S. Agnès.
L'Après midi il fut porté à l'Eglife de S. Pierre ,
où fe fit , felon la coûtume , la ceremonie de l'Adoration.
L'après midi du treize Juillet , Sa Sainteté
nomma le Cardinal Banchieri , pour Secretaire
'Etat , Elle choisit M. Acquaviva , Majordome
du feu Pape , pour faire pendant quelques jours
les fonctions de Maître de Chambre ; elle donna
la Charge de Dataire à M. Valenti , cy-devant
Auditeur de Rote ; celle de Prefet de la fignature
au Cardinal Corradini ; celle de Tréforier dé
la Chambre Apoftolique à M. Sacripante ; celle
de Secretaire des Memoriaux au Marquis Corfini
, neveu de S. S. celle de Secretaire des Brefs
aux Princes à M. Maiella ; celle de Secretaire de
la Confulte à M. Riviera ; celle de Clerc de la
Chambre à M. Daffito , & celle du Secretaire du
Chiffre à M. Livizani .
Le Pape qui vient d'être élû, après un Conclave
de quatre mois & fept jours, naquit à Florence le
7. Avril 1652. Il étoit Tréforier de la Chambre
Apoftolique lorfque le Pape Clement XI . dont il
avoit été Auditeur , le fit Cardinal dans le Confiftoire
du 17. May 1706. Il eut d'abord le titre
de fainte Sufanne , & enfuite celui de S. Pierre
aux Liens. Il fut fait Evêque de Freſcati le 19 .
Novembre 1719. Le 12. Juillet 1723. il fut nommé
Député de la Congrégation de la Signature
de Juftice. Il étoit Protecteur de l'Ordre des Mineurs
Obfervans , des Réformez & du Tiers Or→
dre
JUILLET . 1730. 1651
dre de S. François , de l'Ordre des Servites , de
l'Archi - Confrairie des faints Stigmates , de celle
de l'Annonciade, de celle de la Trinité des Pelerins
des Religieufes de fainte Claire, du Confervatoire
des Philippines , de l'Hôpital de S. Jacques des
Incurables & de plufieurs autres . Il étoit des
Congrégations du S. Office , des Evêques & Reguliers
, du Ceremonial , du Bon-Gouvernement,
de Propaganda fide , de la Confulte , de l'Indice ,
de la Fabrique de S. Pierre , & de celle des Rives
du Tibre,
Fermer
Résumé : ITALIE.
En juillet 1730, Nocria a été dévastée par un violent tremblement de terre survenu le 12 juin précédent. La première secousse, à 5 heures du matin, a duré près d'une minute et a détruit la majeure partie des maisons. Une deuxième secousse, plus puissante, a suivi neuf heures plus tard, achevant de renverser les bâtiments restants. Seules sept maisons ont été endommagées. La tour de l'abbaye Saint-Benoît, haute de 400 marches et construite en marbre blanc, s'est fissurée en trois parties. Les églises du Dôme, Saint-Jean et des Augustins ont été totalement ruinées. La ville est devenue un amas de pierres, sans rues ni places discernables. Plus de 500 personnes ont été retirées des ruines, et des victimes continuent d'être découvertes. Les villages et châteaux environnants ont également subi des destructions, avec de nombreuses pertes humaines. En Corse, les rebelles contrôlent les principaux postes et leur fermeté laisse craindre des alliances secrètes avec une puissance étrangère. Leur exemple a rendu les populations de Terre-Ferme plus insoumis, refusant de payer les contributions. Des émeutes populaires ont eu lieu à San-Remo et à la Pieve. À Bastia, 8 000 hommes de troupes régulières sont attendus pour réprimer les montagnards rebelles, commandés par Pompiliani. À Gênes, Fabio, chef des mécontents de Corse, a été arrêté et exécuté, irritant les rebelles qui menacent de se venger. À Ferrare, Rozza a entrepris de développer le commerce de Trieste, facilitant le transport des marchandises entre diverses villes italiennes via des barques régulières sur le Pô. À Chambéry, un édit du roi de Sardaigne interdit les donations de biens immobiliers aux communautés religieuses, rendant ces terres soumises aux mêmes impôts qu'auparavant. En juillet 1730, le cardinal Corradini a obtenu 29 voix au scrutin du matin et 30 l'après-midi du 18 juin. Le 19 juin, il en a obtenu 29, mais le cardinal Bentivoglio a fait savoir que cette élection pourrait déplaire au roi d'Espagne, réduisant ainsi ses voix à 25 l'après-midi. Le cardinal Porzia est décédé le 10 juillet, et le cardinal de Schomberg a quitté le conclave en raison de sa santé. Le cardinal Laurent Corsini a été élu pape le 12 juillet, prenant le nom de Clément XII. Diverses nominations ont suivi, notamment celle du cardinal Banchieri comme secrétaire d'État. Le pape, né à Florence en 1652, a été fait cardinal en 1706 et évêque de Frescati en 1719. Il était protecteur de plusieurs ordres religieux et congrégations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
687
p. 1651
PORTUGAL.
Début :
On mande de Lisbonne, qu'un des Vaisseaux de guerre qui sont sortis du Tage avec la [...]
Mots clefs :
Portugal, Vaisseau de guerre, Lisbonne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTUGAL.
PORTUGAL.
N mande de Lisbonne , qu'un des Vaiffeaux
guerre
derniere Flote qu'on a envoyée au Brefil , ira
jufqu'à S. Salvador , parce qu'il a d'abord des
Officiers chargez des Ordres du Roi pour arrêter
le Gouverneur du Brefil , qui ayant découvert
une Mine de Diamans dans le Pays , en a vendu
à fon profit pour des fommes confiderables ,
avant que d'en donner connoiffance à S. M. On
a fait polír dans cette Capitale quelques - uns de
ces Diamans, mais on affure que les Jouailliers
né les ont pas trouvez auffi durs & d'auffi belle
eau que ceux de Vifapour , de Golconde & des
autres Mines des Indes Orientales.
N mande de Lisbonne , qu'un des Vaiffeaux
guerre
derniere Flote qu'on a envoyée au Brefil , ira
jufqu'à S. Salvador , parce qu'il a d'abord des
Officiers chargez des Ordres du Roi pour arrêter
le Gouverneur du Brefil , qui ayant découvert
une Mine de Diamans dans le Pays , en a vendu
à fon profit pour des fommes confiderables ,
avant que d'en donner connoiffance à S. M. On
a fait polír dans cette Capitale quelques - uns de
ces Diamans, mais on affure que les Jouailliers
né les ont pas trouvez auffi durs & d'auffi belle
eau que ceux de Vifapour , de Golconde & des
autres Mines des Indes Orientales.
Fermer
Résumé : PORTUGAL.
Un vaisseau de guerre portugais est envoyé au Brésil pour arrêter le gouverneur, accusé d'avoir découvert une mine de diamants et de les avoir vendus à son profit avant d'en informer le roi. Les diamants, polis à Lisbonne, étaient moins durs et de moindre qualité que ceux des Indes Orientales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
688
p. 1651-1652
ESPAGNE.
Début :
Le 24. Juin il entra dans le Port de Cadix un Pinque & un Brigantin de Porto-Ricco, avec [...]
Mots clefs :
Infanterie, Vaisseau, Hommes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE .
E 24. Juin il entra dans le Port de Cadix un
Pinque & un Brigantin de Porto- Ricco , avec
la Cargaifon du Sanchez , Vaiffeau qui venoit de
Conferve avec les derniers Gallions ; mais qu'on
fut obligé de décharger à Porto- Ricco , parte
qu'il faifoit eau de tous côtez.
La Flote des Gallions , commandée par le Chef
Hij d'Ef :
1652 MERCURE DE FRANCE
d'Efcadre Don Manuel Lopez Pintado , partit dụ
-Port de Cadix le 26. pour l'Amerique avec un
vent favorable , elle eft compofée de fix Vaffeaux
de Guerre & de 16. Gallions.
Les dernieres Lettres de Barcelone , portent que
M. Sartines , Intendant de la Principauté de Catalogne
, y avoit fretté des Vaiffeaux de tranfport
& des Barques pour 500. mille Piaftres par
mois , & qu'on y attendoit encore d'autres Bâtimens
Anglois pour tranfporter en Italie les Troupés
que le Roi a réfolu d'y envoyer , & qu'on dit
monter à 42000. hommes , tant Infanterie que
Cavalerie. Don Jofeph Palinho ayant fait remettre
à cet Intendant un million de Piaftres ,
déja fait embarquer des vivres & d'autres provifions
pour trois mois.
il a
On apprend par les dernieres Lettres de la Cour
qu'on a découvert une Mine à cinq lieues de Cazalla
, dans un endroit nommé Quadalcaval
que des Anglois s'étoient chargez de l'entrepriſe
d'en vuider les eaux & d'en boucher les fources ;
qu'ils y employoient so. hommes à un écu par
jour ; que ce travail duroit depuis quelques mois,
mais qu'ils n'avoient pas encore découvert la
veine métalique.
E 24. Juin il entra dans le Port de Cadix un
Pinque & un Brigantin de Porto- Ricco , avec
la Cargaifon du Sanchez , Vaiffeau qui venoit de
Conferve avec les derniers Gallions ; mais qu'on
fut obligé de décharger à Porto- Ricco , parte
qu'il faifoit eau de tous côtez.
La Flote des Gallions , commandée par le Chef
Hij d'Ef :
1652 MERCURE DE FRANCE
d'Efcadre Don Manuel Lopez Pintado , partit dụ
-Port de Cadix le 26. pour l'Amerique avec un
vent favorable , elle eft compofée de fix Vaffeaux
de Guerre & de 16. Gallions.
Les dernieres Lettres de Barcelone , portent que
M. Sartines , Intendant de la Principauté de Catalogne
, y avoit fretté des Vaiffeaux de tranfport
& des Barques pour 500. mille Piaftres par
mois , & qu'on y attendoit encore d'autres Bâtimens
Anglois pour tranfporter en Italie les Troupés
que le Roi a réfolu d'y envoyer , & qu'on dit
monter à 42000. hommes , tant Infanterie que
Cavalerie. Don Jofeph Palinho ayant fait remettre
à cet Intendant un million de Piaftres ,
déja fait embarquer des vivres & d'autres provifions
pour trois mois.
il a
On apprend par les dernieres Lettres de la Cour
qu'on a découvert une Mine à cinq lieues de Cazalla
, dans un endroit nommé Quadalcaval
que des Anglois s'étoient chargez de l'entrepriſe
d'en vuider les eaux & d'en boucher les fources ;
qu'ils y employoient so. hommes à un écu par
jour ; que ce travail duroit depuis quelques mois,
mais qu'ils n'avoient pas encore découvert la
veine métalique.
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
Le 24 juin, un pinque et un brigantin de Porto Rico, transportant la cargaison du vaisseau du capitaine Sanchez, arrivèrent au port de Cadix. Ce vaisseau avait dû être déchargé à Porto Rico en raison de fuites d'eau. Le 26 juin, la flotte des gallions, commandée par Don Manuel Lopez Pintado, quitta Cadix pour l'Amérique, composée de six vaisseaux de guerre et seize gallions. À Barcelone, M. Sartines avait affrété des vaisseaux pour 500 000 piastres par mois. Des bâtiments anglais étaient attendus pour transporter environ 42 000 hommes en Italie, incluant l'infanterie et la cavalerie. Don Joseph Palinho avait remis un million de piastres à l'intendant et avait préparé des vivres pour trois mois. Par ailleurs, une mine fut découverte à cinq lieues de Cazalla, près de Guadalcaval. Des Anglais tentaient de la rendre opérationnelle, employant 50 hommes depuis quelques mois, mais la veine métallique n'avait pas encore été trouvée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
689
p. 1756-1767
FESTE des Chasseurs Chevaliers de Saint Hubert, donnée à Entrevaux en Provence.
Début :
Le jour* destiné pour cette Fête étant arrivé, les Chasseurs ne crûrent pas [...]
Mots clefs :
Entrevaux, Chasseurs chevaliers de Saint-Hubert, Chasseurs chevaliers, Fête, Saint-Hubert, Dauphin, Reine, Monarque, Repas, Gibier, Chanson, Château d'Entrevaux, Naissance du Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTE des Chasseurs Chevaliers de Saint Hubert, donnée à Entrevaux en Provence.
FESTE des Chaffeurs Chevaliers de Saint
Hubert , donnée à Entrevaux en Provence.
*
E jour deſtiné pour cette Fête étant
Larrivé ,les Chaffeurs ne crurent pas
la pouvoir mieux commencer que par une
Meffe qu'ils firent celebrer par un Aumônieren
titre qu'ils qualifierent de Saint
Hubert. Ce fut , comme on dit ordinairement
, une Meffe de Cháffeur ; mais fi
elle fut courte , elle fut fuivie d'un Dif
Cours un peu long , mais affez éloquent,
& qui n'auroit pas été defaprouvé ailleurs.
que
le 4.
Nous n'avons reçû cette Relation
Août 1730. par lafause de la perfonne qui s'en
ésoit chargées
Le
A O UST . 1730. 1757
L'Orateur , je veux dire , le nouvel Abbé
de S.Hubert , s'adreffant aux Chevaliers
de'Ordre , leur dit en fubftance :
و
MESSIEURS ,
7
Après avoir offert le Sacrifice felon vos
intentions pour remercier le Roi des Rois de
la grace fignalée qu'il vient d'accorder à ce
Royaume , en nous donnant un Dauphin,
après l'avoir ardemment fupplié de nous conferver
un don fi précieux qui affure le bonheur
de la France & la tranquilité de l'Enrope
, après lui avoir demandé qu'il faſſe
jouird'une fanté parfaite cette vertuense Reine
fi précieuse àl'Etat parfon heureufefecondité,
qu'il prolonge enfin les jours du Roi audelà
des plus longsjours de fes prédeceffeurs,
je ne puis que louer le zele qui vous anime
& qui vous a fait prendre le deffein de confacrer
cejour à lajoye que doit caufer cet Evenement
à tous les coeurs françois. Vous avez
choifi parmi les vertusRoyalles de notre augufte
Monarque celle qu'il vous convient le
mieux de celebrer ; vous voulez, honorer cette
vertu héroïque dont l'inclination pour la Chaf
fe eft toujours le préſage. En effet , Meffieurs ,
Les hiftoires ne nous repréfentent gueres de
Héros qui n'ayent eu dans leur enfance ce pen
chant dominant pour la Chaffe , les Alexan
dre les Cyrus , les Conftantins , les Charle
magne
1758 MERCURE DE FRANCE
magne , les Saint Louis , les Henris & c
tous ont été Chaffeurs avant que d'être Conquerans
; ce noble exercice eft l'école des grands
Capitaines ; les Chaffeurs ont leurs loix
leurs ordres , leurs campemens , leurs marches,
leurs rufes en un mot , la Chaffe eft l'image
de la guerre.
Puiffiez- vous , Meffieurs , fi lajustice des
armes de la France venoit à realifer cette
image , vous fervir de la force , de l'adreſſe ,
du courage , du fangfroid & de toutes les autres
qualités qui s'acquierent dans ce penible
exercice : puiffiez- vous vous en fervir efficacement
pour la gloire de notre Monarque ,
pour le bien & l'honneur de la Patrie.
Ce Difcours étant fini , on fe rendit au
lieu deſtiné , & où tous les préparatifs
avoient été faits les jours précedens . On
avoit choiſi un petit terrain , fitué ſur le
bord duVar , proche des limites qui féparent
la France de la Savoye , du côté de
Nice , à un quart de lieuë de la Ville d'Entrevaux
; on avoit la Riviere à gauche en
regardant le Levant , & à droite un Rocher
fort élevé, du haut duquel fe préci
pitent les eaux d'un ruiffeau qui forment
une affez agréable Caſcade , & qui font
-en cet endroit là la féparation des deux
-Etats.
Il feroit difficile d'exprimer avec quelle
vîteffe
A O UST. 1730. 1759
viteffe & quelle regularité on vit élever
en fi
peu de tems une piramide triangu
laire , il eft vrai qu'on avoit préparé d'avance
des fapins & des peupliers fort
hauts , des planches , des clous & tous les
outils neceflaires , & fur tout des Echelles;
on avoit de même déja peint en autant de
differens chaffis toutes les pieces qui devoient
revêtir cette Piramide , à quoi plu
fieur rames de papier furent employées.
Ici un Lecteur qui ne fe feroit pas défait
des prejugés de l'enfance , pourroit
fur ce mot de papier fe former une idée
peu avantageule du travail & de la peinture
qui ornoient cette Piramide ; mais
eft-ce toujours la matiere feule qui fait le
prix d'un Ouvrage La forme avec tout
ce qu'une habile main peut ajoûter d'agréable
& d'ingénieux à la matiere , de
quelque nature qu'elle foit , ne lui eft- elle
pas ce que l'ame eft au corps ? de quelles
beautés le papier n'eft- il pas fufceptible ?
Et quels tréfors ne lui confie- t- on pas ?
on pourroit en apporter cent exemples
fi cette verité avoit befoin de preuve ; s'il
avoit fallu dans cette occafion que la richeffe
de la matiere eut répondu à l'ar
deur de notre zele , ni les métaux les plus
précieux , ni les marbres les plus riches ,
n'auroient jamais pû le faire ; & quelque
pompeux & folide qu'eut été ce monu
ment
1760 MERCURE DE FRANCE
ment , il n'auroit jamais eu la durée
que
le papier peut lui donner.
On auroit de la peine à
comprendre ,
ainfi que je viens de dire , comme tout fut
mis en place avec tant de jufteffe , fi on
ne faifoit
remarquer que parmi ces Chaf
feurs il y avoit des Ingenieurs , des Architectes
, des Peintres , des Poëtes & c,
fans qu'aucun d'eux en faffe
profeffion .
Venator omnis homo.
Tous ces talens réunis furent d'un grand
fecours pour la perfection de l'Ouvrage
& fur tout fi l'on ajoûte qu'outre la main
& la direction de fept Maîtres , il y avoit
autant de valets , dont les uns étoient
Charpentiers , les autres Maffons. & c. Enfin
avant la nuit tout fut mis en place , &
tout fut illuminé dès qu'elle parut.
Je ne m'amuferai pas à faire un détail
de
l'arrangement , ni de l'effet d'un nombre
infini de falots & de lampions qui entouroient
tout le terrain qu'on avoit choifi
, tout Lecteur qui comprend ce que fçavent
faire des gens entendus , bien intionnés
& genereux , en concevra une
idée plus
avantageufe que celle que je
pourrois lui en donner par des
tions outrées ; il me fuffit de dire qu'on
n'a peut-être jamais rien fait de plus charmant
, & qui ait eu moins de fpectateurs ;
nous en étions les feuls , auffi ne l'avions
exageranous
A O UST. 1730. 1761
nous fait que pour nous , c'eft à dire ,
uniquement pour le plaifir de donner en
particulier les marques les plus finceres
de cette joye que le coeur d'un bon François
peut fentir, & que fa langue ne fçauroit
exprimer.
le
D'ailleurs, fi cette charmante Fête n'eut
pas d'autres témoins , c'eſt qu'il n'appartient
qu'à de gens de guerre ou à de Chaf
feurs de camper , habet fua Caftra Diana,
& de paffer la nuit dans des agitations ſi
differentes & dans des mouvemens qui
ne furent pas même interrompus par
repos de la table ; car quoique des valets
entendus fuffent chargés du foin de faire
tirer par intervale un grand nombre de
Boëtes , dont le bruit s'étendoit fi au loin
par les ondulations & les repercuffions
fucceffives des échos des Montagnes, qu'on
nous a affuré avoir été entendu de trois
ou quatre lieuës à la ronde ; quoique nos
Valets , dis-je , euffent le foin de cette artillerie
bruyante , il fe détachoit toujours
quelque Maître pour ordonner & pour
faire executer à propos. C'eft ainfi que la
préſence de l'Officier eft neceffaire aux
Soldats dans une expedition militaire.
Je ne dis rien du Repas ni de l'apetit.
On ne fervit que du Gibier , & l'on mangea
comme des Chaffeurs ; c'eft tout dire.
La table étoit dreffée à la Turque , la nape
D étoit
7
1762 MERCURE DE FRANCE
étoit étenduë fur le même gazon qui nous.
fervoit de fiege . De cette charmante &
naturelle fituation , non loin de nos Barraques
, gardées par plufieurs chiens à
l'attache , nous admirions la face de la Piramide
qui tournoit de ce côté- là; je donnerai
l'Extrait abregé de ce qu'elle repréfentoit,
& de ce qu'on voyoit fur les deux,
autres faces , après avoir dit en deux mots
ce que j'avois oublié en parlant de ce Monument
élevé en fi peu de temps. Le piédeſtal
de cette Pyramide tranſparente
étoit d'un très -beau Marbre feint & richement
veiné ; elle étoit furmontée d'un .
Globe parfait, ouvert au - deffus , très - bien
illuminé au-dedans. On voyoit fur ce.
Globe de trois côtez les Armes de France
foûtenuës par trois Dauphins , chacun fur
un des Angles , où l'on avoit ménagé , de
même qu'en plufieurs autres endroits , des .
ouvertures pour la fumée des Lampions.
qui étoient en dedans , & dont la lumiere
moins vive , mêlée à celle des Lampions
du dehors qui regnoient tout le long des
trois angles , diftribuoit fi à propos le
clair & l'obfcur fur la Peinture , qu'au jugement
des connoiffeurs , on n'a jamais
rien vû de plus curieux . Auffi M. le Chevalier
de..... qui en eft l'Inventeur , a
promis de faire admirer cet effet furprenant
dans une grande Ville à la naiffance
du
AOUST . 1730. 1763
du fecond Prince que nous attendons.
On voyoit tout le long de ces trois faces
des Devifes & des Emblêmes qui répondoient
au fujet qui étoit repréſenté
au bas ; c'étoit comme trois Tableaux ;
dans l'un on voyoit la Reine avec cet
air de Majefté qui infpire le refpect & la
confiance , elle avoit à fa fuite toutes les
Vertus peintes avec leurs attributs , elles
faifoient paroître leur admiration & leur
joye , & fembloient dire à la Reine qu'elles
avoient contribué à faire defcendre du
Ciel ce cher Dauphin que l'on voyoit fur
une nuée dans un Berceau que deux Anges
foutenoient d'une main , portant de
l'autre plufieurs tiges de Lys. Voici comme
on fait parler les Vertus .
Quem tua vota diù Filium Regina petebant ,"
Hunc Deus , & nobis, dum dedit ipfe tibi.
per-
On avoit repréſenté de l'autre côté une
Mer tranquille avec un Dauphin portant
Arion furfon dos ; une multitude de
fonnes de toutes Nations, très -bien repréfentées
par leurs differens habits , paroiffoit
fur le Rivage , les yeux attachez fur
ce Dauphin. Les Devifes en plufieurs fortes
de Langues, exprimoient parfaitement
l'interêt que doivent prendre ces differens
Peuples au bonheur de la France ; ces Devifes
étoient en Italien , en Efpagnol , en
Dij Allez
1764 MERCURE DE FRANCE
Allemand , en Anglois , en Arabe , & c.
Venator omnis homo. Je le repete , & toûjours
dans le même fens. La plupart de
ces Meffieurs ont voyagé dans ces differens
Pays , mais il y avoit réelement 'un
Gafcon de Nation , qui voulut mettre en
fa propre Langue , une Devife parmi celles
là , ce qui donna lieu au Gafconifme
des derniers Couplets de la Chanfon , où
l'on voit la Lettre b,au lieu de l'u . Ce fut ce
changement de Lettres ou de prononciation
qui fit autrefois dire à Scaliger :
26
Non temerè antiquas mutas vafconia voces
Cui nihil eft aliud vivere quàm bibere.
Lés Gafcons , fans témerité ,
Prononçant aujourd'hui contre l'Antiquité
N'en peuvent dire d'autre cauſe ;
Sinon que la vivacité ,
Avec la bibacité ,
Eft chez eux une même chose.
Enfin dans la troifiéme face en Perfpective
des Chaffeurs , on voyoit fur un nuage
brillant S. Hubert qui fuiyoit le Roi,
& qui fembloit lui marquer la route qu'il
devoit tenir à la Chaffe . Ce Monarque
étoit à pied , & avec cette adreffe & cette
bonne grace qui le font diſtinguer fi facilement
des autres hommes , il couchoit
fon
AOUST. 1730. 1765
fon fufil en jouë fur des Oifeaux de proye,
fur des Corbeaux & autres Oifeaux de
mauvaiſe augure , qu'on voyoit dans le
lointain s'envoler en confufion , comme
on voyoit plus bas fur un terrain éloigné ,
des Loups , des Renards , &c. rentrer avec
précipitation dans leurs tanieres , tandis
qu'il paroiffoit fur une autre ligne & à la
portée du fufil , des Colombes , des Tourterelles
, &c. qui ſembloient ſe réjoüir &
fe raffurer à fon approche.
On avoit peint à fes pieds des Chiens de
Chaffe , à l'arrêt des Perdrix, des Lievres ,
&c. deforte qu'on auroit dit que le Gibier
le venoit offrir lui- même aux dépens
de fa vie , pour le plaifir du Roy. On
avoit exprimé cela par ces Vers :
Agmina nigra fugat , ceffant trepidare Cotumba
,
Heros venator fic LoDoicús erit.
Ecce Lupos cogit & vulpes intrare cavernas ?
Nos verò occidat Regis amica manus.
Voila à peu près , en abregé , la Rela
tion de la Fête des Chaffeurs , qu'on a
fupprimée avec celle de la Fête que le
Grand-Vicaire de Glandé ve fit le même
jour à l'Evêché. Il y avoit devant la porte
un Arc de Triomphe très - bien entendu ,
parfaitement illuminé & chargé de quan-
Diij tité
1766 MERCURE DE FRANCE
tité de Devifes . On ne pouvoit rien ajoûter
aux Illuminations , au bruit continuel
des Boëtes & à tout ce qui peut fuppléer
aux Artifices & aux Fufées qu'il ne
fut pas poffible d'avoir dans ces Montagnes.
Si ces deux Relations , qui étoient une
fuite de celle de la Réjoüiffance du Commandant
d'Entrevaux , avoient paru , le
Public , à qui il ne faut jamais impoſer, &
qu'il fautau contraire inftruire des faits hif
toriques qu'on peut ignorer , auroit appris
des particularitez fur l'établiffement
& l'ancienneté de cet Evêché & de la Ville
d'Entrevaux au lieu que l'Auteur du
;
Memoire qui a été inferé dans le Mercure,
donne pour toute érudition plufieurs fautes
en peu de mots. Il fait entr'autres la petiteVille
d'Entrevaux Frontiere de Piemont,
tandis qu'elle ne l'eft que de cette partie
de Savoye , qu'on appelle la Comté de Nice
, dont les Habitans font Régnicoles de
France. Nice , Villefranche , Vintimille ,
& leurs dépendances , faifoient partie de
la Provence , dont les Rois de France ſe
difent encore Comtes aujourd'hui.
S'il n'eft pas d'une grande importance
de fçavoir ces faits , il eſt au moins trèscertain
qu'il n'étoit pas fi neceffaire de
manquer d'exactitude fur ce point & fur
plufieurs autres , dont les perfonnes de 7
ce
AOUST. 1730. 1767
ce Pays ont été fâchées . On ne fçauroit ,
au refte , affez louer le zele de ce genereux
Commandant , ni la bonne volonté
de M. Paravicini , & non Palavicini , Capitaine
d'une Compagnie Suiffe . Il ne me
refte plus qu'à joindre ici les Vers que fit
un des Chaffeurs , & qui fùrent mis en
Mufique par un autre Chaffeur . Venator
omnis homo.
Hubert , donnée à Entrevaux en Provence.
*
E jour deſtiné pour cette Fête étant
Larrivé ,les Chaffeurs ne crurent pas
la pouvoir mieux commencer que par une
Meffe qu'ils firent celebrer par un Aumônieren
titre qu'ils qualifierent de Saint
Hubert. Ce fut , comme on dit ordinairement
, une Meffe de Cháffeur ; mais fi
elle fut courte , elle fut fuivie d'un Dif
Cours un peu long , mais affez éloquent,
& qui n'auroit pas été defaprouvé ailleurs.
que
le 4.
Nous n'avons reçû cette Relation
Août 1730. par lafause de la perfonne qui s'en
ésoit chargées
Le
A O UST . 1730. 1757
L'Orateur , je veux dire , le nouvel Abbé
de S.Hubert , s'adreffant aux Chevaliers
de'Ordre , leur dit en fubftance :
و
MESSIEURS ,
7
Après avoir offert le Sacrifice felon vos
intentions pour remercier le Roi des Rois de
la grace fignalée qu'il vient d'accorder à ce
Royaume , en nous donnant un Dauphin,
après l'avoir ardemment fupplié de nous conferver
un don fi précieux qui affure le bonheur
de la France & la tranquilité de l'Enrope
, après lui avoir demandé qu'il faſſe
jouird'une fanté parfaite cette vertuense Reine
fi précieuse àl'Etat parfon heureufefecondité,
qu'il prolonge enfin les jours du Roi audelà
des plus longsjours de fes prédeceffeurs,
je ne puis que louer le zele qui vous anime
& qui vous a fait prendre le deffein de confacrer
cejour à lajoye que doit caufer cet Evenement
à tous les coeurs françois. Vous avez
choifi parmi les vertusRoyalles de notre augufte
Monarque celle qu'il vous convient le
mieux de celebrer ; vous voulez, honorer cette
vertu héroïque dont l'inclination pour la Chaf
fe eft toujours le préſage. En effet , Meffieurs ,
Les hiftoires ne nous repréfentent gueres de
Héros qui n'ayent eu dans leur enfance ce pen
chant dominant pour la Chaffe , les Alexan
dre les Cyrus , les Conftantins , les Charle
magne
1758 MERCURE DE FRANCE
magne , les Saint Louis , les Henris & c
tous ont été Chaffeurs avant que d'être Conquerans
; ce noble exercice eft l'école des grands
Capitaines ; les Chaffeurs ont leurs loix
leurs ordres , leurs campemens , leurs marches,
leurs rufes en un mot , la Chaffe eft l'image
de la guerre.
Puiffiez- vous , Meffieurs , fi lajustice des
armes de la France venoit à realifer cette
image , vous fervir de la force , de l'adreſſe ,
du courage , du fangfroid & de toutes les autres
qualités qui s'acquierent dans ce penible
exercice : puiffiez- vous vous en fervir efficacement
pour la gloire de notre Monarque ,
pour le bien & l'honneur de la Patrie.
Ce Difcours étant fini , on fe rendit au
lieu deſtiné , & où tous les préparatifs
avoient été faits les jours précedens . On
avoit choiſi un petit terrain , fitué ſur le
bord duVar , proche des limites qui féparent
la France de la Savoye , du côté de
Nice , à un quart de lieuë de la Ville d'Entrevaux
; on avoit la Riviere à gauche en
regardant le Levant , & à droite un Rocher
fort élevé, du haut duquel fe préci
pitent les eaux d'un ruiffeau qui forment
une affez agréable Caſcade , & qui font
-en cet endroit là la féparation des deux
-Etats.
Il feroit difficile d'exprimer avec quelle
vîteffe
A O UST. 1730. 1759
viteffe & quelle regularité on vit élever
en fi
peu de tems une piramide triangu
laire , il eft vrai qu'on avoit préparé d'avance
des fapins & des peupliers fort
hauts , des planches , des clous & tous les
outils neceflaires , & fur tout des Echelles;
on avoit de même déja peint en autant de
differens chaffis toutes les pieces qui devoient
revêtir cette Piramide , à quoi plu
fieur rames de papier furent employées.
Ici un Lecteur qui ne fe feroit pas défait
des prejugés de l'enfance , pourroit
fur ce mot de papier fe former une idée
peu avantageule du travail & de la peinture
qui ornoient cette Piramide ; mais
eft-ce toujours la matiere feule qui fait le
prix d'un Ouvrage La forme avec tout
ce qu'une habile main peut ajoûter d'agréable
& d'ingénieux à la matiere , de
quelque nature qu'elle foit , ne lui eft- elle
pas ce que l'ame eft au corps ? de quelles
beautés le papier n'eft- il pas fufceptible ?
Et quels tréfors ne lui confie- t- on pas ?
on pourroit en apporter cent exemples
fi cette verité avoit befoin de preuve ; s'il
avoit fallu dans cette occafion que la richeffe
de la matiere eut répondu à l'ar
deur de notre zele , ni les métaux les plus
précieux , ni les marbres les plus riches ,
n'auroient jamais pû le faire ; & quelque
pompeux & folide qu'eut été ce monu
ment
1760 MERCURE DE FRANCE
ment , il n'auroit jamais eu la durée
que
le papier peut lui donner.
On auroit de la peine à
comprendre ,
ainfi que je viens de dire , comme tout fut
mis en place avec tant de jufteffe , fi on
ne faifoit
remarquer que parmi ces Chaf
feurs il y avoit des Ingenieurs , des Architectes
, des Peintres , des Poëtes & c,
fans qu'aucun d'eux en faffe
profeffion .
Venator omnis homo.
Tous ces talens réunis furent d'un grand
fecours pour la perfection de l'Ouvrage
& fur tout fi l'on ajoûte qu'outre la main
& la direction de fept Maîtres , il y avoit
autant de valets , dont les uns étoient
Charpentiers , les autres Maffons. & c. Enfin
avant la nuit tout fut mis en place , &
tout fut illuminé dès qu'elle parut.
Je ne m'amuferai pas à faire un détail
de
l'arrangement , ni de l'effet d'un nombre
infini de falots & de lampions qui entouroient
tout le terrain qu'on avoit choifi
, tout Lecteur qui comprend ce que fçavent
faire des gens entendus , bien intionnés
& genereux , en concevra une
idée plus
avantageufe que celle que je
pourrois lui en donner par des
tions outrées ; il me fuffit de dire qu'on
n'a peut-être jamais rien fait de plus charmant
, & qui ait eu moins de fpectateurs ;
nous en étions les feuls , auffi ne l'avions
exageranous
A O UST. 1730. 1761
nous fait que pour nous , c'eft à dire ,
uniquement pour le plaifir de donner en
particulier les marques les plus finceres
de cette joye que le coeur d'un bon François
peut fentir, & que fa langue ne fçauroit
exprimer.
le
D'ailleurs, fi cette charmante Fête n'eut
pas d'autres témoins , c'eſt qu'il n'appartient
qu'à de gens de guerre ou à de Chaf
feurs de camper , habet fua Caftra Diana,
& de paffer la nuit dans des agitations ſi
differentes & dans des mouvemens qui
ne furent pas même interrompus par
repos de la table ; car quoique des valets
entendus fuffent chargés du foin de faire
tirer par intervale un grand nombre de
Boëtes , dont le bruit s'étendoit fi au loin
par les ondulations & les repercuffions
fucceffives des échos des Montagnes, qu'on
nous a affuré avoir été entendu de trois
ou quatre lieuës à la ronde ; quoique nos
Valets , dis-je , euffent le foin de cette artillerie
bruyante , il fe détachoit toujours
quelque Maître pour ordonner & pour
faire executer à propos. C'eft ainfi que la
préſence de l'Officier eft neceffaire aux
Soldats dans une expedition militaire.
Je ne dis rien du Repas ni de l'apetit.
On ne fervit que du Gibier , & l'on mangea
comme des Chaffeurs ; c'eft tout dire.
La table étoit dreffée à la Turque , la nape
D étoit
7
1762 MERCURE DE FRANCE
étoit étenduë fur le même gazon qui nous.
fervoit de fiege . De cette charmante &
naturelle fituation , non loin de nos Barraques
, gardées par plufieurs chiens à
l'attache , nous admirions la face de la Piramide
qui tournoit de ce côté- là; je donnerai
l'Extrait abregé de ce qu'elle repréfentoit,
& de ce qu'on voyoit fur les deux,
autres faces , après avoir dit en deux mots
ce que j'avois oublié en parlant de ce Monument
élevé en fi peu de temps. Le piédeſtal
de cette Pyramide tranſparente
étoit d'un très -beau Marbre feint & richement
veiné ; elle étoit furmontée d'un .
Globe parfait, ouvert au - deffus , très - bien
illuminé au-dedans. On voyoit fur ce.
Globe de trois côtez les Armes de France
foûtenuës par trois Dauphins , chacun fur
un des Angles , où l'on avoit ménagé , de
même qu'en plufieurs autres endroits , des .
ouvertures pour la fumée des Lampions.
qui étoient en dedans , & dont la lumiere
moins vive , mêlée à celle des Lampions
du dehors qui regnoient tout le long des
trois angles , diftribuoit fi à propos le
clair & l'obfcur fur la Peinture , qu'au jugement
des connoiffeurs , on n'a jamais
rien vû de plus curieux . Auffi M. le Chevalier
de..... qui en eft l'Inventeur , a
promis de faire admirer cet effet furprenant
dans une grande Ville à la naiffance
du
AOUST . 1730. 1763
du fecond Prince que nous attendons.
On voyoit tout le long de ces trois faces
des Devifes & des Emblêmes qui répondoient
au fujet qui étoit repréſenté
au bas ; c'étoit comme trois Tableaux ;
dans l'un on voyoit la Reine avec cet
air de Majefté qui infpire le refpect & la
confiance , elle avoit à fa fuite toutes les
Vertus peintes avec leurs attributs , elles
faifoient paroître leur admiration & leur
joye , & fembloient dire à la Reine qu'elles
avoient contribué à faire defcendre du
Ciel ce cher Dauphin que l'on voyoit fur
une nuée dans un Berceau que deux Anges
foutenoient d'une main , portant de
l'autre plufieurs tiges de Lys. Voici comme
on fait parler les Vertus .
Quem tua vota diù Filium Regina petebant ,"
Hunc Deus , & nobis, dum dedit ipfe tibi.
per-
On avoit repréſenté de l'autre côté une
Mer tranquille avec un Dauphin portant
Arion furfon dos ; une multitude de
fonnes de toutes Nations, très -bien repréfentées
par leurs differens habits , paroiffoit
fur le Rivage , les yeux attachez fur
ce Dauphin. Les Devifes en plufieurs fortes
de Langues, exprimoient parfaitement
l'interêt que doivent prendre ces differens
Peuples au bonheur de la France ; ces Devifes
étoient en Italien , en Efpagnol , en
Dij Allez
1764 MERCURE DE FRANCE
Allemand , en Anglois , en Arabe , & c.
Venator omnis homo. Je le repete , & toûjours
dans le même fens. La plupart de
ces Meffieurs ont voyagé dans ces differens
Pays , mais il y avoit réelement 'un
Gafcon de Nation , qui voulut mettre en
fa propre Langue , une Devife parmi celles
là , ce qui donna lieu au Gafconifme
des derniers Couplets de la Chanfon , où
l'on voit la Lettre b,au lieu de l'u . Ce fut ce
changement de Lettres ou de prononciation
qui fit autrefois dire à Scaliger :
26
Non temerè antiquas mutas vafconia voces
Cui nihil eft aliud vivere quàm bibere.
Lés Gafcons , fans témerité ,
Prononçant aujourd'hui contre l'Antiquité
N'en peuvent dire d'autre cauſe ;
Sinon que la vivacité ,
Avec la bibacité ,
Eft chez eux une même chose.
Enfin dans la troifiéme face en Perfpective
des Chaffeurs , on voyoit fur un nuage
brillant S. Hubert qui fuiyoit le Roi,
& qui fembloit lui marquer la route qu'il
devoit tenir à la Chaffe . Ce Monarque
étoit à pied , & avec cette adreffe & cette
bonne grace qui le font diſtinguer fi facilement
des autres hommes , il couchoit
fon
AOUST. 1730. 1765
fon fufil en jouë fur des Oifeaux de proye,
fur des Corbeaux & autres Oifeaux de
mauvaiſe augure , qu'on voyoit dans le
lointain s'envoler en confufion , comme
on voyoit plus bas fur un terrain éloigné ,
des Loups , des Renards , &c. rentrer avec
précipitation dans leurs tanieres , tandis
qu'il paroiffoit fur une autre ligne & à la
portée du fufil , des Colombes , des Tourterelles
, &c. qui ſembloient ſe réjoüir &
fe raffurer à fon approche.
On avoit peint à fes pieds des Chiens de
Chaffe , à l'arrêt des Perdrix, des Lievres ,
&c. deforte qu'on auroit dit que le Gibier
le venoit offrir lui- même aux dépens
de fa vie , pour le plaifir du Roy. On
avoit exprimé cela par ces Vers :
Agmina nigra fugat , ceffant trepidare Cotumba
,
Heros venator fic LoDoicús erit.
Ecce Lupos cogit & vulpes intrare cavernas ?
Nos verò occidat Regis amica manus.
Voila à peu près , en abregé , la Rela
tion de la Fête des Chaffeurs , qu'on a
fupprimée avec celle de la Fête que le
Grand-Vicaire de Glandé ve fit le même
jour à l'Evêché. Il y avoit devant la porte
un Arc de Triomphe très - bien entendu ,
parfaitement illuminé & chargé de quan-
Diij tité
1766 MERCURE DE FRANCE
tité de Devifes . On ne pouvoit rien ajoûter
aux Illuminations , au bruit continuel
des Boëtes & à tout ce qui peut fuppléer
aux Artifices & aux Fufées qu'il ne
fut pas poffible d'avoir dans ces Montagnes.
Si ces deux Relations , qui étoient une
fuite de celle de la Réjoüiffance du Commandant
d'Entrevaux , avoient paru , le
Public , à qui il ne faut jamais impoſer, &
qu'il fautau contraire inftruire des faits hif
toriques qu'on peut ignorer , auroit appris
des particularitez fur l'établiffement
& l'ancienneté de cet Evêché & de la Ville
d'Entrevaux au lieu que l'Auteur du
;
Memoire qui a été inferé dans le Mercure,
donne pour toute érudition plufieurs fautes
en peu de mots. Il fait entr'autres la petiteVille
d'Entrevaux Frontiere de Piemont,
tandis qu'elle ne l'eft que de cette partie
de Savoye , qu'on appelle la Comté de Nice
, dont les Habitans font Régnicoles de
France. Nice , Villefranche , Vintimille ,
& leurs dépendances , faifoient partie de
la Provence , dont les Rois de France ſe
difent encore Comtes aujourd'hui.
S'il n'eft pas d'une grande importance
de fçavoir ces faits , il eſt au moins trèscertain
qu'il n'étoit pas fi neceffaire de
manquer d'exactitude fur ce point & fur
plufieurs autres , dont les perfonnes de 7
ce
AOUST. 1730. 1767
ce Pays ont été fâchées . On ne fçauroit ,
au refte , affez louer le zele de ce genereux
Commandant , ni la bonne volonté
de M. Paravicini , & non Palavicini , Capitaine
d'une Compagnie Suiffe . Il ne me
refte plus qu'à joindre ici les Vers que fit
un des Chaffeurs , & qui fùrent mis en
Mufique par un autre Chaffeur . Venator
omnis homo.
Fermer
Résumé : FESTE des Chasseurs Chevaliers de Saint Hubert, donnée à Entrevaux en Provence.
La fête des Chaffeurs Chevaliers de Saint-Hubert a été organisée à Entrevaux en Provence le 4 août 1730. La célébration a débuté par une messe suivie d'un discours prononcé par le nouvel abbé de Saint-Hubert. Ce discours visait à remercier le Roi des Rois pour la naissance du Dauphin et à prier pour la santé du roi, la fécondité de la reine et la tranquillité de l'Europe. L'orateur a également exalté les vertus des grands héros historiques, tous chasseurs dans leur enfance, et a encouragé les Chevaliers à utiliser les qualités acquises par la chasse pour la gloire du monarque et le bien de la patrie. Après le discours, les participants se sont dirigés vers un terrain près du Var, à la frontière entre la France et la Savoie. Ils y ont rapidement érigé une pyramide triangulaire décorée de sapins, de peupliers, de planches et de papier peint. Cette pyramide représentait des scènes allégoriques : la reine entourée de vertus, une mer tranquille avec un dauphin, et Saint-Hubert guidant le roi vers la chasse. La fête a inclus des illuminations, des feux d'artifice et un repas composé de gibier, servi à la turque sur un gazon. La soirée a été marquée par des activités militaires simulées et des démonstrations de chasse. La fête a été organisée avec une grande précision et un sens esthétique, malgré l'absence de matériaux précieux. Le texte mentionne également des événements spécifiques et des dates, notamment le 7 août 1730 et 1767, ainsi qu'un pays dont les habitants ont été mécontents. Il loue le zèle d'un commandant généreux et la bonne volonté de M. Paravicini, capitaine d'une compagnie suisse. Enfin, il est fait référence à des vers écrits par un des chasseurs et mis en musique par un autre, accompagnés de la phrase latine 'Venator omnis homo'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
690
p. 1872-1879
ITALIE.
Début :
Le Pape a confirmé M. Spinola dans les fonctions de sa Charge de Gouverneur de la Ville [...]
Mots clefs :
Pape, Cardinal, Cardinaux, Église, Cérémonies, Florence, Rebelles, Armes, Chevaliers, Hommes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Ltions de la Charge de Gouverneur de la Ville
E Pape a confirmé M. Spinola dans les foncde
Rome. S. S. a choifi pour fes Chapelains fecrets
Mrs Riverfini & Panizzi. Elle a rétabli la
Charge de Capitaine de l'Antichambre, qui avoit
été fupprimée par le feu Pape ; & Elle a nommé
Gentils -hommes ou Chevaliers d'honeur de Cape
& d'Epée le Marquis del Bufalo, & Mrs Gazati ',
Ghifiliere , Albani , Gotifredi , Tarrugi , Patti ,
Oligiati , & quelques autres.
Le Comte Capranica a eu la Charge de Commandant
du Capitole.
Le Pape a deffendu à fes anciens Officiers &
Domeftiques qui le fervoient dans le temps qu'il
étoit Cardinal , de lui prefenter aucun Mémoire
en faveur de qui que ce foit, à peine d'ètre privez
des récompenfes que S. S. leur a promiles.
Le 1s du mois dernier, on chanta le Te Deum
dans
AOUST. 1730. 1873
dans toutes les Eglifes de Rome , par ordre du
Cardinal Marefofchi , Vicaire Général de S. S.
& on diftribua , felon la coutume , aux Pauvres
qui s'étoient rendus en foule dans la Cour du Belvedere
, quatre mille écus en Paoles neufs , que le
Cardinal Camerlingue avoit fait frapper pendant
la vacance du S. Siège. L'après midi , on publia
un Decret du Cardinal Vicaire , par lequel le
Pape accordoit une Indulgence pléniere à tous
ceux qui s'étant confeffez & ayant communié
affifteroient à la Meffe folemnelle que S.S. devoit
celebrer le jour de fon Couronnement , ou qui
recevroient fa benediction à la grande Loge du
Portail de l'Eglife de S. Pierre .
Le 16 , les Cardinaux fe rendirent à la Salle
des Paremens , fuivant l'invitation de M. Gambarrucci
, premier Maître des Ceremonies , & le
Pape y étant arrivé, accompagné d'un nombreux
cortege de Prince Romains , de Prelats , & de
Nobleffe fut revêtu de > y fes Ornemens Pontificaux
par les deux premiers Cardinaux Diacres.
Tout étant prêt pour la cérémonie du Couronnement
, la Proceffion fe mit en marche ; les Prélats
en Rochet & en Chapes violettes , marchant
à la tête , étoient fuivis des Cardinaux en Rochet
& en Chapes rouges. Le Pape étoit porté dans
une Chaife découverte .
Tout le Cortege étant defcendu par le grand
Efcalier de Conftantin , fe rendit fous le Portique
de l'Eglife de S. Pierre , qui étoit orné de Tapifferies
magnifiques. Le Pape s'y plaça fur un Trône
, qui avoit été élevé à côté de la Porte Sainte,
& les Cardinaux prirent leurs places ordinaires.
Le Cardinal Annibal - Albani , Camerlingue &
Archiprêtre de l'Eglife S.Pierre, fe tenant debout
& découvert à la gauche du Trône , complimen
ta le Pape fur fon Election , enfuite s'étant mis à
genoux
1874 MERCURE DE FRANCE
genoux , il baifa les pieds & la main droite de
S. S, après quoi il l'embraffa ; le priant de vouloir
bien admettre au baiſement des pieds les Chanoines
& les Officiers de l'Eglife. Cette Ceremonie
fe paffa pendant que les Cardinaux & les Prélats
entroient proceffionnellement dans l'Eglife.
Le Pape fut porté enfuite dans la Chapelle de
la fainte Trinité , ou ayant quitté fa Mitre , il fit
fa Priére devant le S. Sacrement. Après quoi il
alla dans le même ordre à la Chapelle Clémen→
tine , où étant monté fur fon Trône , les Cardinaux
vinrent lui baiſer la main , ainfi que les Patriarches
, les Archevêques, les Evêques , le Connétable
Colonne , les autres Princes du Trône
les Confervateurs & le Prieur du Peuple Romain.
Cette Ceremonie finie , le Pape fut revêtu de fa
Chape & de fa Mitre de toile d'argent , & enton
na l'Office de Tierce, qui fut chanté par les Muficiens
de la Chapelle Pontificale. A la fin de l'Office
, S. S. prit fes Ornemens pour celebrer la
Meffe , & s'étant mis en marche pour fe rendre
au premier Autel , dit de la Confeffion des Apôtres
, un Maître des Ceremonies brûla par trois
fois , devant le Pape , des Etoupes , en chantant à
chaque fois Pater Sancte , fic tranfit gloria
mundi.
S. S. eut pour Affiftans à l'Autel les Cardia
naux Barberin , Ottoboni , Colonne & M.Crefcenzi
: Elle y reçut le Pallium des mains du Cardinal
Altieri , premier Diacre. Pendant que les
Muficiens chantoient l'Introit , le Pape remonta
fir fon Trône , & les Cardinaux vinrent à l'Obédience
& baiſerent les pieds , les genoux, la main
& la jouë de S. S. Les Archevêques & Evêques
lui baiferent le pied & le genou , & les Pénitenciers
, le pied feulement.
Enfuite le Pape entonna le Gloria in excelfis ,
AOUST. 1730. 1875
à la fin duquel il retourna à l'Autel pour achever
la Meffe. Lorfqu'elle fut finie, S.S. reçut du Chapitre
de l'Eglife la retribution de 25 Jules de
Monnoye ancienne ; enfuite elle fut portée à la
grande Loge du Portail , où pendant que les Muficiens
chantoient l'Hymne : Corona aurea fuper
caput ejus , le Cardinal Colonne ôta la Mitre de
S. S. & le Cardinal Altieri , premier Diacre , lui
mit la Thiare fur la tête.
Le Pape donna alors fa benediction au peuple
au bruit d'une Salve generale de l'Artillerie du
Château S. Ange & au fon de toutes les Cloches
de la Ville.
Les deux Cardinaux Diacres publierent une In
dulgence pléniere en forme de Jubilé , & S. S.
donna au Peuple deux autres benedictions : Elle
retourna enfuite à la Salle des Paremens , où elle
fut complimentée fur fon Couronnement , par
le Cardinal Barberin , au nom du Sacré College.
Le 19 , le Prince Dom Barthelemi Corfini ,
l'aîné des Neveux du Pape, qui étoit arrivé la furveille
de Florence , eut audience de S. S. qui lui
donna la Charge de Capitaine des Chevaux Le
de fa Garde.
gers
Le 24, le Pape qui avoit donné la veille le Rochet
de Protonotaire Apoftolique , participant
furnumeraire au Marquis Neri - Corfini , fon
neveu , tint un Confiftoire , dans lequel S.S. fit
aux Cardinaux un Difcours tres -éloquent pour
les remercier de fon élection , &c. Le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires de France , y
propofa la Coadjutorerie de l'Evêché de Quebec
pour M. Boufquet , Evêque titulaire de Samos.
Enfuite il préconifa le P. Feydeau , pour l'Evêché
de Digne ; l'Abbé de Bezons pour celui de
Carcaffonne , & le P. Boyer pour celui de Mirepoíx.
Le
1876 MERCURE DE FRANCE
Le Patron d'une Barque revenu de Nettuno á
Livorne , a rapporté que le Chevalier Guarnieri,
Capitaine d'une des Galeres du Pape , étant förti
du Port de Nettuno avec fa Galere , pour aller
croifer contre les Corfaires de Barbarie , avoit
manqué d'être affaffiné avec tous les Officiers ,
par les Forçats & les Soldats de l'Equipage qui
avoient réfolu de faire échouer la Galere fur un
Banc de Sable , pour mieux executer leur projet :
mais que ce complot ayant été découvert
par des
Forçats Turcs , le Chevalier Buffi & un autre
Capitaine de Galere , étoient venus au fecours du
Chevalier Guarnieri ,au fignal qui leur fut donné,
& qu'on s'étoit faifi des plus coupables qui
avoient été punis fur le champ.
Le 1s du mois dernier , on publia à Florence
un Decret du Grand Duc , par lequel il étoit ordonné
de celebrer l'Election du Pape avec les
mêmes ceremonies qu'on obferva en 1623. pour
l'Election du Pape Urbain VIII . qui étoit de la
Maifon des Barberins de Florence. Le foir on
commença cette Fête par le fon des Cloches de la
Ville. Le 16 , vers les neuf heures du matin , les
Sénateurs & les Magiftrats fe rendirent en Cortége
à l'Eglife Métropolitaine , où ils entendirent
la Meffe , célébrée pontificalement par l'Archevêque
, & enfuite le Te Deum. Le 17 au foir,on
fit une Salve generale de l'Artillerie des deux Crtadelles
; on tira un Feu d'artifice fur la Tour du
vieux Palais. Tous les Palais furent illuminez , &
il y eut des Feux de joye & des réjouiſſances dans
toutes les rues.
' Les Rebelles de l'Ile de Corſe s'étant rendus
maîtres des Poſtes les plus avantageux de cette
Ifle , ont fait remettre à M. Venerofo un Mémoire
par lequel ils déclarent que fi dans fix femaines
la République ne les fatisfait pas fur toutes
AO UST. 1730. 1877
tes leurs demandes , ils feront des courfes dans
toute l'Ifle , & biûleront les Maifons & les Fermes
de tous les habitans qui ne voudront pas fuivre
leur parti. Comme on eft perfuadé qu'ils ne
feroient pas affez témeraires pour faire de pareilles
menaces, s'ils n'étoient pas aflurés de la protection
fecrete de quelque Puiflance Etrangere , pour croit
que la République leur accordera tout ce qu'ils
demandent pour éviter les fuites fâcheufes de leur
Rebellion .
On a appris en dernier lieu que leur Camp eft
préfentement de 20000, hommes , fans compter
les habitans de 14. Villages fitués dans le Détroit
d'Acia qui fe font joints à eux , & qui leur ont
prêté ferment de fidelité . Ils ont publié un Manifefte
par lequel ils déclarent qu'ils n'ont pris le
parti de fe revolter que parce qu'étant nés libres
la République & le Sénat les ont toujours tenus
dans la fervitude , en leur faifant payer des impofitions
beaucoup plus onereufes qu'aux autres
Sujets de la République . Ils demandent qu'ayant
que d'entrer dans aucun accommodement , on
les rétabliffe dans leurs anciens Privileges , qu'on
fupprime tous les impôts extraordinaires qu'ils
ont payés depuis 1715. qu'on leur remette entre
les mains ceux qui ont été la cauſe de leur oppreffion
; qu'on leur cede en toute Souveraineté
le Territoire qui eft entre les Rivieres de Liemone
& de Tavigniano , & qu'on retire toutes les Gar
nifons du Pays. Comme ces Rebelles prévoyent
que la République pourroit emprunter des fecours
étrangers pour les foumettre , ils fe font pourvûs
d'armes , & ils ont enlevé toutes les munitions de
guerre qu'ils ont trouvées dans les Arfenaux de
Saint Florent , de Calvi , de Curfe & de Saint
Boniface ; ils ont fondu les Cloches de ces Villes
pour en faire du Canon , & ils ont fait un Retranchement
1878 MERCURE DE FRANCE
tranchement avec des Redoutes le long des côtes
de l'Ifle , où l'on pourroit faire une defcente. Les
Corps de Garde qu'ils ont placés dans differens
endroits avec de l'artillerie , ont ordre de tirer
fur tous les Bâtimens Genois qui voudroient tenter
d'aborder dans l'Ile. Leur principal Chef , qui
fe nomme Pampliani , eft un Gentilhomme qui a
fervi avec diftinction dans les Troupes Etrangeres
; ce Chef a fait afficher dans differens endroits
de l'Ile que les Mécontens en prenant les armes
n'ont jamais eu intention de piller ni d'infulter
aucun de leurs freres opprimés ; mais de conferver
les Privileges & la liberté de la Nation : ils
font même fi attentifs à prévenir tous les défordres
que ceux de leur Parti pourroient caufer ,
qu'ils en ont fait pendre quinze qui étoient fortis
du Camp pour aller voler dans le Village d'Ajaccio.
Un de leurs Détachemens étant allé il y a
quelque tems à Alleria pour s'emparer de cette
petite Ville , les habitans tirerent fur les Mécontens
pour les obliger à fe retirer ; mais ayant attaqué
la Ville avec beaucoup de vigueur , ils la
prirent par efcalade , & pafferent au fil de l'épée
la Garnifon & tous ceux qui avoient pris les armes.
Le bruit court que la République a raffemblé
6 à 7000 hommes , avec lefquels elle efpere
de foumettre les Rebelles. M. François Marie
Spinola s'eft nouvellement embarqué pour San-
Remo , en qualité de Commiffaire de la République
, & avec des inftructions pour prévenir la
révolte des peuples qui ont déja donné des marques
de leur mécontentement .
il a
Le Cardinal de Rohan eft parti de Rome ,
pris la route d'Orviette ; & après avoir paffé
quelques jours dans la Maifon de Campagne du
feu Cardinal Gualterio , il arriva à Venife le 4.
Août, & alla defcendre au Palais du Cardinal Otthoboni
'A OUS T. 1730. 1879
thoboni ; il a dû partir quelques jours après pour
-retourner en France .
Ltions de la Charge de Gouverneur de la Ville
E Pape a confirmé M. Spinola dans les foncde
Rome. S. S. a choifi pour fes Chapelains fecrets
Mrs Riverfini & Panizzi. Elle a rétabli la
Charge de Capitaine de l'Antichambre, qui avoit
été fupprimée par le feu Pape ; & Elle a nommé
Gentils -hommes ou Chevaliers d'honeur de Cape
& d'Epée le Marquis del Bufalo, & Mrs Gazati ',
Ghifiliere , Albani , Gotifredi , Tarrugi , Patti ,
Oligiati , & quelques autres.
Le Comte Capranica a eu la Charge de Commandant
du Capitole.
Le Pape a deffendu à fes anciens Officiers &
Domeftiques qui le fervoient dans le temps qu'il
étoit Cardinal , de lui prefenter aucun Mémoire
en faveur de qui que ce foit, à peine d'ètre privez
des récompenfes que S. S. leur a promiles.
Le 1s du mois dernier, on chanta le Te Deum
dans
AOUST. 1730. 1873
dans toutes les Eglifes de Rome , par ordre du
Cardinal Marefofchi , Vicaire Général de S. S.
& on diftribua , felon la coutume , aux Pauvres
qui s'étoient rendus en foule dans la Cour du Belvedere
, quatre mille écus en Paoles neufs , que le
Cardinal Camerlingue avoit fait frapper pendant
la vacance du S. Siège. L'après midi , on publia
un Decret du Cardinal Vicaire , par lequel le
Pape accordoit une Indulgence pléniere à tous
ceux qui s'étant confeffez & ayant communié
affifteroient à la Meffe folemnelle que S.S. devoit
celebrer le jour de fon Couronnement , ou qui
recevroient fa benediction à la grande Loge du
Portail de l'Eglife de S. Pierre .
Le 16 , les Cardinaux fe rendirent à la Salle
des Paremens , fuivant l'invitation de M. Gambarrucci
, premier Maître des Ceremonies , & le
Pape y étant arrivé, accompagné d'un nombreux
cortege de Prince Romains , de Prelats , & de
Nobleffe fut revêtu de > y fes Ornemens Pontificaux
par les deux premiers Cardinaux Diacres.
Tout étant prêt pour la cérémonie du Couronnement
, la Proceffion fe mit en marche ; les Prélats
en Rochet & en Chapes violettes , marchant
à la tête , étoient fuivis des Cardinaux en Rochet
& en Chapes rouges. Le Pape étoit porté dans
une Chaife découverte .
Tout le Cortege étant defcendu par le grand
Efcalier de Conftantin , fe rendit fous le Portique
de l'Eglife de S. Pierre , qui étoit orné de Tapifferies
magnifiques. Le Pape s'y plaça fur un Trône
, qui avoit été élevé à côté de la Porte Sainte,
& les Cardinaux prirent leurs places ordinaires.
Le Cardinal Annibal - Albani , Camerlingue &
Archiprêtre de l'Eglife S.Pierre, fe tenant debout
& découvert à la gauche du Trône , complimen
ta le Pape fur fon Election , enfuite s'étant mis à
genoux
1874 MERCURE DE FRANCE
genoux , il baifa les pieds & la main droite de
S. S, après quoi il l'embraffa ; le priant de vouloir
bien admettre au baiſement des pieds les Chanoines
& les Officiers de l'Eglife. Cette Ceremonie
fe paffa pendant que les Cardinaux & les Prélats
entroient proceffionnellement dans l'Eglife.
Le Pape fut porté enfuite dans la Chapelle de
la fainte Trinité , ou ayant quitté fa Mitre , il fit
fa Priére devant le S. Sacrement. Après quoi il
alla dans le même ordre à la Chapelle Clémen→
tine , où étant monté fur fon Trône , les Cardinaux
vinrent lui baiſer la main , ainfi que les Patriarches
, les Archevêques, les Evêques , le Connétable
Colonne , les autres Princes du Trône
les Confervateurs & le Prieur du Peuple Romain.
Cette Ceremonie finie , le Pape fut revêtu de fa
Chape & de fa Mitre de toile d'argent , & enton
na l'Office de Tierce, qui fut chanté par les Muficiens
de la Chapelle Pontificale. A la fin de l'Office
, S. S. prit fes Ornemens pour celebrer la
Meffe , & s'étant mis en marche pour fe rendre
au premier Autel , dit de la Confeffion des Apôtres
, un Maître des Ceremonies brûla par trois
fois , devant le Pape , des Etoupes , en chantant à
chaque fois Pater Sancte , fic tranfit gloria
mundi.
S. S. eut pour Affiftans à l'Autel les Cardia
naux Barberin , Ottoboni , Colonne & M.Crefcenzi
: Elle y reçut le Pallium des mains du Cardinal
Altieri , premier Diacre. Pendant que les
Muficiens chantoient l'Introit , le Pape remonta
fir fon Trône , & les Cardinaux vinrent à l'Obédience
& baiſerent les pieds , les genoux, la main
& la jouë de S. S. Les Archevêques & Evêques
lui baiferent le pied & le genou , & les Pénitenciers
, le pied feulement.
Enfuite le Pape entonna le Gloria in excelfis ,
AOUST. 1730. 1875
à la fin duquel il retourna à l'Autel pour achever
la Meffe. Lorfqu'elle fut finie, S.S. reçut du Chapitre
de l'Eglife la retribution de 25 Jules de
Monnoye ancienne ; enfuite elle fut portée à la
grande Loge du Portail , où pendant que les Muficiens
chantoient l'Hymne : Corona aurea fuper
caput ejus , le Cardinal Colonne ôta la Mitre de
S. S. & le Cardinal Altieri , premier Diacre , lui
mit la Thiare fur la tête.
Le Pape donna alors fa benediction au peuple
au bruit d'une Salve generale de l'Artillerie du
Château S. Ange & au fon de toutes les Cloches
de la Ville.
Les deux Cardinaux Diacres publierent une In
dulgence pléniere en forme de Jubilé , & S. S.
donna au Peuple deux autres benedictions : Elle
retourna enfuite à la Salle des Paremens , où elle
fut complimentée fur fon Couronnement , par
le Cardinal Barberin , au nom du Sacré College.
Le 19 , le Prince Dom Barthelemi Corfini ,
l'aîné des Neveux du Pape, qui étoit arrivé la furveille
de Florence , eut audience de S. S. qui lui
donna la Charge de Capitaine des Chevaux Le
de fa Garde.
gers
Le 24, le Pape qui avoit donné la veille le Rochet
de Protonotaire Apoftolique , participant
furnumeraire au Marquis Neri - Corfini , fon
neveu , tint un Confiftoire , dans lequel S.S. fit
aux Cardinaux un Difcours tres -éloquent pour
les remercier de fon élection , &c. Le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires de France , y
propofa la Coadjutorerie de l'Evêché de Quebec
pour M. Boufquet , Evêque titulaire de Samos.
Enfuite il préconifa le P. Feydeau , pour l'Evêché
de Digne ; l'Abbé de Bezons pour celui de
Carcaffonne , & le P. Boyer pour celui de Mirepoíx.
Le
1876 MERCURE DE FRANCE
Le Patron d'une Barque revenu de Nettuno á
Livorne , a rapporté que le Chevalier Guarnieri,
Capitaine d'une des Galeres du Pape , étant förti
du Port de Nettuno avec fa Galere , pour aller
croifer contre les Corfaires de Barbarie , avoit
manqué d'être affaffiné avec tous les Officiers ,
par les Forçats & les Soldats de l'Equipage qui
avoient réfolu de faire échouer la Galere fur un
Banc de Sable , pour mieux executer leur projet :
mais que ce complot ayant été découvert
par des
Forçats Turcs , le Chevalier Buffi & un autre
Capitaine de Galere , étoient venus au fecours du
Chevalier Guarnieri ,au fignal qui leur fut donné,
& qu'on s'étoit faifi des plus coupables qui
avoient été punis fur le champ.
Le 1s du mois dernier , on publia à Florence
un Decret du Grand Duc , par lequel il étoit ordonné
de celebrer l'Election du Pape avec les
mêmes ceremonies qu'on obferva en 1623. pour
l'Election du Pape Urbain VIII . qui étoit de la
Maifon des Barberins de Florence. Le foir on
commença cette Fête par le fon des Cloches de la
Ville. Le 16 , vers les neuf heures du matin , les
Sénateurs & les Magiftrats fe rendirent en Cortége
à l'Eglife Métropolitaine , où ils entendirent
la Meffe , célébrée pontificalement par l'Archevêque
, & enfuite le Te Deum. Le 17 au foir,on
fit une Salve generale de l'Artillerie des deux Crtadelles
; on tira un Feu d'artifice fur la Tour du
vieux Palais. Tous les Palais furent illuminez , &
il y eut des Feux de joye & des réjouiſſances dans
toutes les rues.
' Les Rebelles de l'Ile de Corſe s'étant rendus
maîtres des Poſtes les plus avantageux de cette
Ifle , ont fait remettre à M. Venerofo un Mémoire
par lequel ils déclarent que fi dans fix femaines
la République ne les fatisfait pas fur toutes
AO UST. 1730. 1877
tes leurs demandes , ils feront des courfes dans
toute l'Ifle , & biûleront les Maifons & les Fermes
de tous les habitans qui ne voudront pas fuivre
leur parti. Comme on eft perfuadé qu'ils ne
feroient pas affez témeraires pour faire de pareilles
menaces, s'ils n'étoient pas aflurés de la protection
fecrete de quelque Puiflance Etrangere , pour croit
que la République leur accordera tout ce qu'ils
demandent pour éviter les fuites fâcheufes de leur
Rebellion .
On a appris en dernier lieu que leur Camp eft
préfentement de 20000, hommes , fans compter
les habitans de 14. Villages fitués dans le Détroit
d'Acia qui fe font joints à eux , & qui leur ont
prêté ferment de fidelité . Ils ont publié un Manifefte
par lequel ils déclarent qu'ils n'ont pris le
parti de fe revolter que parce qu'étant nés libres
la République & le Sénat les ont toujours tenus
dans la fervitude , en leur faifant payer des impofitions
beaucoup plus onereufes qu'aux autres
Sujets de la République . Ils demandent qu'ayant
que d'entrer dans aucun accommodement , on
les rétabliffe dans leurs anciens Privileges , qu'on
fupprime tous les impôts extraordinaires qu'ils
ont payés depuis 1715. qu'on leur remette entre
les mains ceux qui ont été la cauſe de leur oppreffion
; qu'on leur cede en toute Souveraineté
le Territoire qui eft entre les Rivieres de Liemone
& de Tavigniano , & qu'on retire toutes les Gar
nifons du Pays. Comme ces Rebelles prévoyent
que la République pourroit emprunter des fecours
étrangers pour les foumettre , ils fe font pourvûs
d'armes , & ils ont enlevé toutes les munitions de
guerre qu'ils ont trouvées dans les Arfenaux de
Saint Florent , de Calvi , de Curfe & de Saint
Boniface ; ils ont fondu les Cloches de ces Villes
pour en faire du Canon , & ils ont fait un Retranchement
1878 MERCURE DE FRANCE
tranchement avec des Redoutes le long des côtes
de l'Ifle , où l'on pourroit faire une defcente. Les
Corps de Garde qu'ils ont placés dans differens
endroits avec de l'artillerie , ont ordre de tirer
fur tous les Bâtimens Genois qui voudroient tenter
d'aborder dans l'Ile. Leur principal Chef , qui
fe nomme Pampliani , eft un Gentilhomme qui a
fervi avec diftinction dans les Troupes Etrangeres
; ce Chef a fait afficher dans differens endroits
de l'Ile que les Mécontens en prenant les armes
n'ont jamais eu intention de piller ni d'infulter
aucun de leurs freres opprimés ; mais de conferver
les Privileges & la liberté de la Nation : ils
font même fi attentifs à prévenir tous les défordres
que ceux de leur Parti pourroient caufer ,
qu'ils en ont fait pendre quinze qui étoient fortis
du Camp pour aller voler dans le Village d'Ajaccio.
Un de leurs Détachemens étant allé il y a
quelque tems à Alleria pour s'emparer de cette
petite Ville , les habitans tirerent fur les Mécontens
pour les obliger à fe retirer ; mais ayant attaqué
la Ville avec beaucoup de vigueur , ils la
prirent par efcalade , & pafferent au fil de l'épée
la Garnifon & tous ceux qui avoient pris les armes.
Le bruit court que la République a raffemblé
6 à 7000 hommes , avec lefquels elle efpere
de foumettre les Rebelles. M. François Marie
Spinola s'eft nouvellement embarqué pour San-
Remo , en qualité de Commiffaire de la République
, & avec des inftructions pour prévenir la
révolte des peuples qui ont déja donné des marques
de leur mécontentement .
il a
Le Cardinal de Rohan eft parti de Rome ,
pris la route d'Orviette ; & après avoir paffé
quelques jours dans la Maifon de Campagne du
feu Cardinal Gualterio , il arriva à Venife le 4.
Août, & alla defcendre au Palais du Cardinal Otthoboni
'A OUS T. 1730. 1879
thoboni ; il a dû partir quelques jours après pour
-retourner en France .
Fermer
Résumé : ITALIE.
En août 1730, plusieurs événements et nominations ont marqué la scène romaine et italienne. À Rome, le Pape a confirmé M. Spinola dans ses fonctions et nommé divers chapelains secrets, gentilshommes et chevaliers d'honneur. Le Comte Capranica a été désigné Commandant du Capitole. Le Pape a également interdit à ses anciens officiers de présenter des mémoires en faveur de quiconque. Le 1er août, un Te Deum a été chanté dans toutes les églises de Rome, et une indulgence plénière a été accordée à ceux qui assisteraient à la messe solennelle du couronnement papal. Le 16 août, la cérémonie de couronnement du Pape s'est déroulée avec une procession solennelle et diverses bénédictions. Le Pape a nommé son neveu, le Prince Dom Barthélemi Corsini, Capitaine des Chevaux Légers de sa Garde. Le 24 août, un consistoire a été tenu lors duquel plusieurs évêques ont été nommés. Par ailleurs, un complot contre un capitaine de galère du Pape a été déjoué. À Florence, des célébrations ont eu lieu pour l'élection du Pape. En Corse, des rebelles ont menacé de faire des incursions dans l'île si leurs demandes n'étaient pas satisfaites et se sont préparés militairement. La République de Gênes a rassemblé des troupes pour les soumettre. De plus, le Cardinal de Rohan a quitté Rome pour la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
691
p. 1881-1888
« Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...] »
Début :
Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...]
Mots clefs :
Artillerie, Canon, Roi, Cérémonies, Concert, Musique, Chasse, Académies, Ministre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...] »
E 20. du mois dernier , M. d'Angervilliers ,
Miniftre & Secretaire d'Etat de la Guerre ,
accompagné du Comte de Saint Florentin & du
Marquis de Pezé , Colonel , Meftre de Camp du
Régiment du Roi , fe rendit de Compiegne à la
Fere , pour voir le fiege auquel l'Ecole de l'Artillerie
, établie dans cette Ville fous les ordres du
Chevalier d'Abouville , eft actuellement occupée.
Le 21 , M. de Valliere , Maréchal de Camp ,
Directeur & Infpecteur General des mêmes
Ecoles , conduifit ce Miniftre à un demi quart de
lieuë de la Ville , pour lui faire voir differentes
manoeuvres ; & après que le Bataillon de M. de
la Perelle, du Régiment Royal Artillerie, & celui
de Pequigny , eurent paffé en revûë devant M.
d'Angervilliers , on jetta un Pont fur la Riviere
d'Oife , avec la même promptitude que lorfqu'il
s'agit de faire paffer une Armée. On fe rendit
enfuite à la Batterie , où on fit l'exercice du Canon.
M. d'Angervilliers parut fort fatisfait de l'adreffe
des Canoniers. Vers les neuf heures , les
Troupes deftinées à la défenfe du Fort fe rendi-
I rent
1882 MERCURE DE FRANCE
-
?
rent à leurs poftes fous les ordres de M. Lucas ,
Capitaine dans Royal Artillerie , qui commande
en chef dans la Place. Dès que les Afliegeans
monterent la tranchée , on fit fur eux un grand
feu du Canon & de la Moufqueterie de la Place;
les Affiegeans étoient logés fur la Contrefcarpe ,
où ils avoient établi le jour précedent huit Batteries
de Canon pour battre les dehors & le corps
de la Place . La principale action de cette journée
fut la prife de deux Tenaillons,conftruits fur une
Demi-Lune. Après bien des forties & des chicanes
de guerre de part & d'autre , toutes fort fingulieres
, ceux de la Place firent fauter , à l'attaque
de la droite , par les Mines , une Batterie de
Canon des Ennemis fur le chemin couvert.
A une heure après midi , M. de Valliere qui
commandoit en chef la Tranchée, y fit fervir un
magnifique diner. Indépendamment de la Table
du Miniftre , il y en avoit d'autres pour plus de
300. perfonnes.
A trois heures le feu recommença plus vivement
que jamais , & la Batterie qu'on avoit fait
fauter le matin fe trouva rétablie par les Affiegeans
en moins de deux heures & demie. Dès
qu'on y eut fait conduire le Canon , les Affiegés
la firent fauter pour la feconde fois . Le Canon &
les affuts furent jettés vers les foffés de la Place ,
ainfi que M. d'Antonnazzi , Capitaine des Mineurs,
fe l'étoit propofé , ce qui lui attira, auffibien
qu'aux autres Officiers de fa Compagnie ,
l'applaudiffement du Miniftre. Peu de tems après
on donna le fignal pour faire jouer les Mines que
les Affiegeans avoient faites fous les Tenaillons
dès qu'ils furent ouverts par deux breches , les
Grenadiers , fuivis des Ingenieurs avec les Travailleurs
deftinés à la prife de ces Ouvrages ,
monterent à l'affaut
à l'affaut pour ſe loger fur le haut des
breches
A O
UST .
1730. 1883
breches : ce fut alors qu'on vit une image bien
naturelle de la Guerre & des Sieges .
Les fix Chiens de Chaffe & les Oiseaux de
proye que l'Abbé de S. Hubert eft obligé d'envoyer
tous les ans au Roi , furent prefentés à
S. M. à Compiegne au commencement de ce
mois .
La Meute que le Roi a préfentement à Compiegne
est de 250. Chiens ; fçavoir , 143. pour
le Cerf, 60. pour le Chevreuil & 47. pour le
Sanglier , fans y comprendre la Meute du Loup,
qui eft reftée à Verſailles. On renouvelle tous les
fix mois trente Chiens de la Meute de S. M. qui
en donne les vieux à des Seigneurs qui ont des
équipages de chaffe . On a fait depuis peu des
couvertures & des houffes neuves de drap bleu
brodées d'un nouveau deffein
pour les Chevaux
de Chaffe.
Sur la fin du mois dernier , le Roi chaffa un
Cerftout gris dans la Forêt de Compiegne , qu'on
fut obligé d'abandonner aprés l'avoir pourfuivi
fix ou fept lieues. On affure que le même Cerf
fut auffi chaffé inutilement plufieurs fois l'année
derniere ; on ajoûte qu'il a 200. ans , & qu'il a
été chaffé par Louis XIII. & par Louis XIV .
Le 15 de ce mois , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , le Roi , accompagné du Duc
d'Orleans , du Comte d'Eu , & du Comte de
Toulouſe , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe du
Château , où S. M. entendit la Grand' - Meffe
célebrée pontificalement par l'Evêque de Soiffons.
L'après - midi le Roi alla entendre les Vêpres
dans l'Eglife de l'Abbaye Royale de S. Corneille
: S. M. y aſſiſta à la Proceſſion & au Salut¸
où le même Prélat officia
Į įj
Lc
1884 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , la Proceffion folemnelle de
Eglife Métropolitaine , qui fe fait tous les ans
à pareil jour , en execution du Vou de Louis
XIII. fe fit à Paris avec les cérémonies accoutumées.
L'Archevêque de Paris y officia , & le Parlement
, la Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & le Corps de Ville y affifterent fuivant
la coutume.
Le 21. vers les 8. heures du foir , le Roi arriva
du Château de Compiegne à Versailles .
Il a été fondu à Paris depuis peu par le fieur
Martin , deux très - grandes Coches , & quatre
beaucoup moindres pour le Roi de Portugal
qu'on va voir fur le Port S Nicolas par curiofité
, Pouvrage ayant parfaitement réuffi . On a
appris de Gennes qu'on y avoit auffi fondu huit
groffes Cloches pour le Roi de Portugal , qu'on
devoit embarquer pour Lisbonne.
M. L'Abbé Sevin eft de retour de Conſtantinople
depuis le commencement de ce mois. Il a
rapporté quantité de Manufcrits en diverfes
Langues Orientales pour la Bibliotheque du
Roy.
;
>
Le 15 , Fête de l'Aſſomption de la Vierge , il
y eut Concert Spirituel au Château des Tuilleries
M. Mouret fit chanter le Benedi&us , Motet
de M. de la Lande , dont l'éxecution fut parfaite.
Les Diles Erremens, Le Maure , & Petitpas ,
chanterent differens Motets à une & à deux voix ,
avec fimphonie,qui furent très - applaudis par une
très- nombreufe Affemblée , de même que les
Srs Blavet & Madonis dans l'éxecution de deux
Concerto fur la Flute & le Violon. Le Concert
fut
A O UST . 1730. 1885
fut terminé par Dominús regnavit , autre Moter
de M. de la Lande.
Dans l'Affemblée Generale du Corps de Ville ,
tenue le 16 de ce mois , le Prefident Turgot fut
continué Prevoft des Marchands , & les nouveaux
Echevins furent élus à l'ordinaire. On
fçait qu'il y a toujours quatre Echevins en fonction
; que les deux plus anciens fortent tous les
ans d'Echevinage , & que l'on en choifit deux
nouveaux pour remplir leur place . Au refte , ces
places ne font remplies que par des perfonnes
d'une probité reconnue ; les Statuts font trèsrigoureux
là deffus : un homme qui auroit été
arrêté prifonnier , quoi qu'injuftement , ne peut
être élu Echevin. On doit avant que d'y parvenir
avoir paffé par beaucoup d'Emplois , qui
font connoître le merite & la droiture des
Sujets .
>
Le 23 , le Corps de Ville , le Duc de Gevres.
Gouverneur de Paris , étant à la tête , enc
Verfailles Audience du Roy , avec les cerémonies
accoutumées. Il fut préfenté à S. M. par
le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat , &
conduit par le Marquis de Dreux , Grand-Maître
des Cerémonies , & par M. Defgranges, Maître
des Cerémonies . Ms Roffignol & Lagnau ,
nouveaux Echevins , prêterent entre les mains
du Roy le Serment de fidelité , dont le Comte
de Maurepas Secretaire d'Etat , fit la lecture ;
le Scrutin ayant été préſenté par M. Bignon ,
Avocat General du Grand Confeil , qui fit un
Difcours très -éloquent. Le même jour , le Corps
de Ville rendit fes refpects à Monfeigneur le
Dauphin , & à Mefdames de France.
I iij
Le
1886 MERCURE DE FRANCE
Le 25 , Fête de S. Louis , la Proceffion des
Carmes du Grand Convent , à laquelle le Corps
de Ville affifta , alla , fuivant la coûtume , à la
Chapelle du Château des Tuilleries , où ces Religieux
celébrerent la Meffe , pendant laquelle le
Duc de Gêvres , Gouverneur de Paris , fit rendre
les Pains- Benis , avec les cerémonies accoutumées.
Le même jour , l'Académie Françoiſe celébra
la Fête de S. Louis dans la Chapelle du Louvre.
On chanta pendant la Meffe un très -beau Motet
en Mufique , de la compofition de M. Dornel
après laquelle l'Abbé Ragon , Chapelain du Duc
d'Orleans , prononça le Panegyrique du Saint.
Le même jour , l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles - Lettres , & celle des Sciences ,
celébrerent la même Fête dans l'Eglife des Peres
de l'Oratoire ; on y chanta auffi un Motet en
Mufique pendant la Meffe de la compofition de
M. du Bouffet , & le Panegyrique de S. Louis
fut prononcé par Dom Léandre Pertuiſet , Religieux
Reformé de l'Ordre de Clugny , qui a
prêché avec fuccès dans plufieurs Eglifes de
Paris.
Le Concert d'Inftrumens que l'Académie
Royale de Mufique donne tous les ans au Château
des Tuilleries , à l'occafion de la Fête du
Roi , a été executé le 25 par un grand nombre
d'excellens Simphoniſtes de la même Académie ,
qui jouerent differens beaux morceaux de Mufique
de M. de Lully & de M. Rebel.
Le 3 Juillet , M. de Blamont , Sur-Intendant
de la Mufique du Roi , de Semeftre , fit chanter
devant
"
AOUST . 1730. 1887
devant la Reine , le Prologue & le premier Acte
de l'Opera de Roland , dans lequel la D'le Du- ,
clos & le fieur Godonnefche chanterent les
principaux Rôles dans le Prologue , & ceux de
la Piéce furent remplis par la Die Lenner &
par les Sieurs Guedon & Chaffé .
,
Le , on chanta le fecond & le troifiéme
Acte du même Opera , qu'on continua le ro
& qu'on finit le 12. La Die Duclos chanta dans
le dernier Acte le Rôle de Logistille .
Le 17 ว on executa avec un applaudiffement
general , l'Impromptu de Labyrinte de Verfailles
, de la compofition de M. de Blamont.
Le 24 , on chanta chez la Reine le Prologue
& le premier Acte de Bellerophon.
>
Le 27 , la Reine voulut entendre , à Trianon ,
le dernier Divertiffement de M. de Blamont
fait à l'occafion de la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin. C'eft le même qui fut executé l'année
derniere au Soupé de L. M. & enfuite dans
les grands Appartemens. Les Dite. Erremens ,
& le Maure , & le fieur d'Angerville , chanterent
les principaux Rôies .
Le 31. on continua Bellerophon , & on le finit
le 2 Août. La Dle Antier chanta le Rôle de
Stenobée , la D'te Lenner celui de Philonoé , &
le fieur Chaffé celui d'Amifodar.
Le 7
>
& le 21 Août , on chanta Amadis de
Gaule. La Dlle Pithron & le fieur d'Angerville
chanterent les principaux Rôles du Prologue
& dans la Piéce , la Dle Antier chanta le Rôle
d'Arcabone , la Dile Pichou celui de Corifande
, le fieur Godennefche celui de Floreftan , &
le fieur d'Angerville celui d'Arcelaus . La D'le
Antier chanta enfuite la Nymphe de la Seine ,
Cantate de M. de Blamont.
Le 25 , le même Auteur fit executer par les
I j 24
1888 MERCURE DE FRANCE
24 Violons du Roy , plufieurs Piéces de Simphonie
de fa compofition pendant le dîné de
S. M.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le rembourſement des Actions , fut tirée en
la maniere accoûtumée , à l'Hôtel de la Compagnie ;
on a publié la Lifte des Numeros des Actions &
Dixièmes d'Actions , qui feront rembourſés , faifant
en tout le nombre de 300. Actions .
Le 21. Juillet, le Duc de Lorraine alla voir le
Camp de la Meufe , le Comte de Bellifle donna
à S. A. R. un repas où fe trouverent 93. perſonnes
en quatre tables , fervies avec toute la délicateffe
poffible; & après le repas il fit faire à la
Cavalerie toutes les évolutions en preſence de ce
Prince , qui admira l'adreffe & la belle taille des
Cavaliers , ainfi que la beauté des Chevaux.
Miniftre & Secretaire d'Etat de la Guerre ,
accompagné du Comte de Saint Florentin & du
Marquis de Pezé , Colonel , Meftre de Camp du
Régiment du Roi , fe rendit de Compiegne à la
Fere , pour voir le fiege auquel l'Ecole de l'Artillerie
, établie dans cette Ville fous les ordres du
Chevalier d'Abouville , eft actuellement occupée.
Le 21 , M. de Valliere , Maréchal de Camp ,
Directeur & Infpecteur General des mêmes
Ecoles , conduifit ce Miniftre à un demi quart de
lieuë de la Ville , pour lui faire voir differentes
manoeuvres ; & après que le Bataillon de M. de
la Perelle, du Régiment Royal Artillerie, & celui
de Pequigny , eurent paffé en revûë devant M.
d'Angervilliers , on jetta un Pont fur la Riviere
d'Oife , avec la même promptitude que lorfqu'il
s'agit de faire paffer une Armée. On fe rendit
enfuite à la Batterie , où on fit l'exercice du Canon.
M. d'Angervilliers parut fort fatisfait de l'adreffe
des Canoniers. Vers les neuf heures , les
Troupes deftinées à la défenfe du Fort fe rendi-
I rent
1882 MERCURE DE FRANCE
-
?
rent à leurs poftes fous les ordres de M. Lucas ,
Capitaine dans Royal Artillerie , qui commande
en chef dans la Place. Dès que les Afliegeans
monterent la tranchée , on fit fur eux un grand
feu du Canon & de la Moufqueterie de la Place;
les Affiegeans étoient logés fur la Contrefcarpe ,
où ils avoient établi le jour précedent huit Batteries
de Canon pour battre les dehors & le corps
de la Place . La principale action de cette journée
fut la prife de deux Tenaillons,conftruits fur une
Demi-Lune. Après bien des forties & des chicanes
de guerre de part & d'autre , toutes fort fingulieres
, ceux de la Place firent fauter , à l'attaque
de la droite , par les Mines , une Batterie de
Canon des Ennemis fur le chemin couvert.
A une heure après midi , M. de Valliere qui
commandoit en chef la Tranchée, y fit fervir un
magnifique diner. Indépendamment de la Table
du Miniftre , il y en avoit d'autres pour plus de
300. perfonnes.
A trois heures le feu recommença plus vivement
que jamais , & la Batterie qu'on avoit fait
fauter le matin fe trouva rétablie par les Affiegeans
en moins de deux heures & demie. Dès
qu'on y eut fait conduire le Canon , les Affiegés
la firent fauter pour la feconde fois . Le Canon &
les affuts furent jettés vers les foffés de la Place ,
ainfi que M. d'Antonnazzi , Capitaine des Mineurs,
fe l'étoit propofé , ce qui lui attira, auffibien
qu'aux autres Officiers de fa Compagnie ,
l'applaudiffement du Miniftre. Peu de tems après
on donna le fignal pour faire jouer les Mines que
les Affiegeans avoient faites fous les Tenaillons
dès qu'ils furent ouverts par deux breches , les
Grenadiers , fuivis des Ingenieurs avec les Travailleurs
deftinés à la prife de ces Ouvrages ,
monterent à l'affaut
à l'affaut pour ſe loger fur le haut des
breches
A O
UST .
1730. 1883
breches : ce fut alors qu'on vit une image bien
naturelle de la Guerre & des Sieges .
Les fix Chiens de Chaffe & les Oiseaux de
proye que l'Abbé de S. Hubert eft obligé d'envoyer
tous les ans au Roi , furent prefentés à
S. M. à Compiegne au commencement de ce
mois .
La Meute que le Roi a préfentement à Compiegne
est de 250. Chiens ; fçavoir , 143. pour
le Cerf, 60. pour le Chevreuil & 47. pour le
Sanglier , fans y comprendre la Meute du Loup,
qui eft reftée à Verſailles. On renouvelle tous les
fix mois trente Chiens de la Meute de S. M. qui
en donne les vieux à des Seigneurs qui ont des
équipages de chaffe . On a fait depuis peu des
couvertures & des houffes neuves de drap bleu
brodées d'un nouveau deffein
pour les Chevaux
de Chaffe.
Sur la fin du mois dernier , le Roi chaffa un
Cerftout gris dans la Forêt de Compiegne , qu'on
fut obligé d'abandonner aprés l'avoir pourfuivi
fix ou fept lieues. On affure que le même Cerf
fut auffi chaffé inutilement plufieurs fois l'année
derniere ; on ajoûte qu'il a 200. ans , & qu'il a
été chaffé par Louis XIII. & par Louis XIV .
Le 15 de ce mois , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , le Roi , accompagné du Duc
d'Orleans , du Comte d'Eu , & du Comte de
Toulouſe , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe du
Château , où S. M. entendit la Grand' - Meffe
célebrée pontificalement par l'Evêque de Soiffons.
L'après - midi le Roi alla entendre les Vêpres
dans l'Eglife de l'Abbaye Royale de S. Corneille
: S. M. y aſſiſta à la Proceſſion & au Salut¸
où le même Prélat officia
Į įj
Lc
1884 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , la Proceffion folemnelle de
Eglife Métropolitaine , qui fe fait tous les ans
à pareil jour , en execution du Vou de Louis
XIII. fe fit à Paris avec les cérémonies accoutumées.
L'Archevêque de Paris y officia , & le Parlement
, la Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & le Corps de Ville y affifterent fuivant
la coutume.
Le 21. vers les 8. heures du foir , le Roi arriva
du Château de Compiegne à Versailles .
Il a été fondu à Paris depuis peu par le fieur
Martin , deux très - grandes Coches , & quatre
beaucoup moindres pour le Roi de Portugal
qu'on va voir fur le Port S Nicolas par curiofité
, Pouvrage ayant parfaitement réuffi . On a
appris de Gennes qu'on y avoit auffi fondu huit
groffes Cloches pour le Roi de Portugal , qu'on
devoit embarquer pour Lisbonne.
M. L'Abbé Sevin eft de retour de Conſtantinople
depuis le commencement de ce mois. Il a
rapporté quantité de Manufcrits en diverfes
Langues Orientales pour la Bibliotheque du
Roy.
;
>
Le 15 , Fête de l'Aſſomption de la Vierge , il
y eut Concert Spirituel au Château des Tuilleries
M. Mouret fit chanter le Benedi&us , Motet
de M. de la Lande , dont l'éxecution fut parfaite.
Les Diles Erremens, Le Maure , & Petitpas ,
chanterent differens Motets à une & à deux voix ,
avec fimphonie,qui furent très - applaudis par une
très- nombreufe Affemblée , de même que les
Srs Blavet & Madonis dans l'éxecution de deux
Concerto fur la Flute & le Violon. Le Concert
fut
A O UST . 1730. 1885
fut terminé par Dominús regnavit , autre Moter
de M. de la Lande.
Dans l'Affemblée Generale du Corps de Ville ,
tenue le 16 de ce mois , le Prefident Turgot fut
continué Prevoft des Marchands , & les nouveaux
Echevins furent élus à l'ordinaire. On
fçait qu'il y a toujours quatre Echevins en fonction
; que les deux plus anciens fortent tous les
ans d'Echevinage , & que l'on en choifit deux
nouveaux pour remplir leur place . Au refte , ces
places ne font remplies que par des perfonnes
d'une probité reconnue ; les Statuts font trèsrigoureux
là deffus : un homme qui auroit été
arrêté prifonnier , quoi qu'injuftement , ne peut
être élu Echevin. On doit avant que d'y parvenir
avoir paffé par beaucoup d'Emplois , qui
font connoître le merite & la droiture des
Sujets .
>
Le 23 , le Corps de Ville , le Duc de Gevres.
Gouverneur de Paris , étant à la tête , enc
Verfailles Audience du Roy , avec les cerémonies
accoutumées. Il fut préfenté à S. M. par
le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat , &
conduit par le Marquis de Dreux , Grand-Maître
des Cerémonies , & par M. Defgranges, Maître
des Cerémonies . Ms Roffignol & Lagnau ,
nouveaux Echevins , prêterent entre les mains
du Roy le Serment de fidelité , dont le Comte
de Maurepas Secretaire d'Etat , fit la lecture ;
le Scrutin ayant été préſenté par M. Bignon ,
Avocat General du Grand Confeil , qui fit un
Difcours très -éloquent. Le même jour , le Corps
de Ville rendit fes refpects à Monfeigneur le
Dauphin , & à Mefdames de France.
I iij
Le
1886 MERCURE DE FRANCE
Le 25 , Fête de S. Louis , la Proceffion des
Carmes du Grand Convent , à laquelle le Corps
de Ville affifta , alla , fuivant la coûtume , à la
Chapelle du Château des Tuilleries , où ces Religieux
celébrerent la Meffe , pendant laquelle le
Duc de Gêvres , Gouverneur de Paris , fit rendre
les Pains- Benis , avec les cerémonies accoutumées.
Le même jour , l'Académie Françoiſe celébra
la Fête de S. Louis dans la Chapelle du Louvre.
On chanta pendant la Meffe un très -beau Motet
en Mufique , de la compofition de M. Dornel
après laquelle l'Abbé Ragon , Chapelain du Duc
d'Orleans , prononça le Panegyrique du Saint.
Le même jour , l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles - Lettres , & celle des Sciences ,
celébrerent la même Fête dans l'Eglife des Peres
de l'Oratoire ; on y chanta auffi un Motet en
Mufique pendant la Meffe de la compofition de
M. du Bouffet , & le Panegyrique de S. Louis
fut prononcé par Dom Léandre Pertuiſet , Religieux
Reformé de l'Ordre de Clugny , qui a
prêché avec fuccès dans plufieurs Eglifes de
Paris.
Le Concert d'Inftrumens que l'Académie
Royale de Mufique donne tous les ans au Château
des Tuilleries , à l'occafion de la Fête du
Roi , a été executé le 25 par un grand nombre
d'excellens Simphoniſtes de la même Académie ,
qui jouerent differens beaux morceaux de Mufique
de M. de Lully & de M. Rebel.
Le 3 Juillet , M. de Blamont , Sur-Intendant
de la Mufique du Roi , de Semeftre , fit chanter
devant
"
AOUST . 1730. 1887
devant la Reine , le Prologue & le premier Acte
de l'Opera de Roland , dans lequel la D'le Du- ,
clos & le fieur Godonnefche chanterent les
principaux Rôles dans le Prologue , & ceux de
la Piéce furent remplis par la Die Lenner &
par les Sieurs Guedon & Chaffé .
,
Le , on chanta le fecond & le troifiéme
Acte du même Opera , qu'on continua le ro
& qu'on finit le 12. La Die Duclos chanta dans
le dernier Acte le Rôle de Logistille .
Le 17 ว on executa avec un applaudiffement
general , l'Impromptu de Labyrinte de Verfailles
, de la compofition de M. de Blamont.
Le 24 , on chanta chez la Reine le Prologue
& le premier Acte de Bellerophon.
>
Le 27 , la Reine voulut entendre , à Trianon ,
le dernier Divertiffement de M. de Blamont
fait à l'occafion de la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin. C'eft le même qui fut executé l'année
derniere au Soupé de L. M. & enfuite dans
les grands Appartemens. Les Dite. Erremens ,
& le Maure , & le fieur d'Angerville , chanterent
les principaux Rôies .
Le 31. on continua Bellerophon , & on le finit
le 2 Août. La Dle Antier chanta le Rôle de
Stenobée , la D'te Lenner celui de Philonoé , &
le fieur Chaffé celui d'Amifodar.
Le 7
>
& le 21 Août , on chanta Amadis de
Gaule. La Dlle Pithron & le fieur d'Angerville
chanterent les principaux Rôles du Prologue
& dans la Piéce , la Dle Antier chanta le Rôle
d'Arcabone , la Dile Pichou celui de Corifande
, le fieur Godennefche celui de Floreftan , &
le fieur d'Angerville celui d'Arcelaus . La D'le
Antier chanta enfuite la Nymphe de la Seine ,
Cantate de M. de Blamont.
Le 25 , le même Auteur fit executer par les
I j 24
1888 MERCURE DE FRANCE
24 Violons du Roy , plufieurs Piéces de Simphonie
de fa compofition pendant le dîné de
S. M.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le rembourſement des Actions , fut tirée en
la maniere accoûtumée , à l'Hôtel de la Compagnie ;
on a publié la Lifte des Numeros des Actions &
Dixièmes d'Actions , qui feront rembourſés , faifant
en tout le nombre de 300. Actions .
Le 21. Juillet, le Duc de Lorraine alla voir le
Camp de la Meufe , le Comte de Bellifle donna
à S. A. R. un repas où fe trouverent 93. perſonnes
en quatre tables , fervies avec toute la délicateffe
poffible; & après le repas il fit faire à la
Cavalerie toutes les évolutions en preſence de ce
Prince , qui admira l'adreffe & la belle taille des
Cavaliers , ainfi que la beauté des Chevaux.
Fermer
Résumé : « Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...] »
Le 20 du mois dernier, M. d'Angervilliers, ministre et secrétaire d'État de la Guerre, accompagné du Comte de Saint Florentin et du Marquis de Pezé, inspecta l'École de l'Artillerie à La Fère, dirigée par le Chevalier d'Abouville. Le lendemain, M. de Valliere, Maréchal de Camp et Directeur Général des Écoles, guida M. d'Angervilliers pour observer diverses manœuvres, incluant des revues de bataillons et la construction rapide d'un pont sur la rivière d'Oise. Les exercices de canonnerie impressionnèrent M. d'Angervilliers. Les troupes, sous les ordres de M. Lucas, se préparèrent à défendre le fort face aux assiégeants, qui établirent huit batteries de canon. La principale action de la journée fut la prise de deux tenaillons. Après des escarmouches, les défenseurs firent sauter une batterie ennemie. Un dîner somptueux fut offert dans la tranchée par M. de Valliere. Les combats reprirent, et une batterie ennemie fut détruite à plusieurs reprises. Les grenadiers montèrent à l'assaut des brèches. À Compiègne, les chiens de chasse et les oiseaux de proie envoyés par l'Abbé de Saint-Hubert furent présentés au Roi. La meute royale, comptant 250 chiens, participa à une chasse au cerf. Le 15 du mois, le Roi assista à la grand-messe à l'église paroissiale du Château et aux vêpres à l'Abbaye Royale de Saint-Corneille. Une procession solennelle eut lieu à Paris. Le 21, le Roi se rendit à Versailles. Deux grandes coches et quatre plus petites furent fondues pour le Roi de Portugal. L'Abbé Sevin revint de Constantinople avec des manuscrits orientaux pour la bibliothèque du Roi. Un concert spirituel eut lieu aux Tuileries. Le 23, le Corps de Ville rendit audience au Roi à Versailles. Le 25, à la fête de Saint Louis, diverses processions et messes furent célébrées, et l'Académie Française prononça un panégyrique. Des concerts et des opéras furent exécutés en l'honneur du Roi. Le 26, la loterie de la Compagnie des Indes fut tirée. Le 21 juillet, le Duc de Lorraine visita le camp de la Meuse et admira les évolutions de la cavalerie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
692
p. 2054
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On mande de Constantinople que les Ambassadeurs du Roi de Perse qui y étoient venus [...]
Mots clefs :
Roi de Perse, Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
N mande de Conftantinople que les Ambaffadeurs
du Roi de Perfe qui y étoient venus
pour demander au Grand - Seigneur la reftitution
de quelques-unes des Places qu'il a con
quifes en Perfe pendant la précedente révolu→
tion , étoient partis pour s'en retourner : que
nonobftant ce qui avoit été conclu avec eux on
avoit affemblé le Divan , qu'il y avoit été reſolu
de faire marcher un Corps de Troupes de 40000 .
hommes vers la Georgie , & que le commandement
en avoit été donné au Pacha Cupruli , auquel
S. H. avoit confié la défenſe de ſes conquétes.
Les Lettres de Conftantinople portent qu'on y
avoit appris d'I paham que le Roi de Perfe marchoit
vers Tauris avec une Armée fort nombreufe.
N mande de Conftantinople que les Ambaffadeurs
du Roi de Perfe qui y étoient venus
pour demander au Grand - Seigneur la reftitution
de quelques-unes des Places qu'il a con
quifes en Perfe pendant la précedente révolu→
tion , étoient partis pour s'en retourner : que
nonobftant ce qui avoit été conclu avec eux on
avoit affemblé le Divan , qu'il y avoit été reſolu
de faire marcher un Corps de Troupes de 40000 .
hommes vers la Georgie , & que le commandement
en avoit été donné au Pacha Cupruli , auquel
S. H. avoit confié la défenſe de ſes conquétes.
Les Lettres de Conftantinople portent qu'on y
avoit appris d'I paham que le Roi de Perfe marchoit
vers Tauris avec une Armée fort nombreufe.
Fermer
Résumé : TURQUIE ET PERSE.
Des ambassadeurs perses à Constantinople ont demandé la restitution de places conquises par la Turquie. Malgré les accords, le Divan turc a envoyé 40 000 hommes en Géorgie sous le commandement du Pacha Cupruli. Le roi de Perse avance vers Tauris avec une armée nombreuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
693
p. 2055-2056
POLOGNE.
Début :
Les Etats du Duché de Curlande ont nommé des Députés qui sont chargés d'ordres & [...]
Mots clefs :
Pologne, Troupes, Députés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
Es Etats du Duché de Curlande ont nommé
des Députés qui font chargés d'ordres &
d'Inftructions pour demander à la Dietté affem.
blée la révocation du Decret que la Commiffion
G vj
Po2056
MERCURE DE FRANCE
Polonoife rendit il y a quelques années à Mittau
pour réduire ce Duché en plufieurs Palati
nats après la mort du Duc Ferdinand .
Le 21. du mois dernier , le Roi arriva de
Dreſde à Warfovie en parfaite fanté.
On apprend de Mittau & des autres Places de
Curlande qu'il y étoit arrivé deux nouveaux Regimens
Mofcovites , & qu'on y en attendoit encore
deux autres de Riga & 1200. Cofaques de
Smolensko. Le Commandant des Troupes du
Duc de Meckelbourg , qui font auffi en quar
tier dans ce Duché , a reçû ordre de la Czarine
d'en augmenter l'Infanterie jufqu'à 4000. hom
mes , & la Cavallerie jufqu'à 1800.
On apprend de Copenhague qu'on y a publié
une lifte des Vaiffeaux que le Roi de Danemarc
fera en état de mettre en mer l'année prochaine,
& fuivant cette lifte , fa flotte pourra être com→
pofée de 38. Vaiffeaux de ligne , de dix Frégates :
& de 36. Galeres.
Es Etats du Duché de Curlande ont nommé
des Députés qui font chargés d'ordres &
d'Inftructions pour demander à la Dietté affem.
blée la révocation du Decret que la Commiffion
G vj
Po2056
MERCURE DE FRANCE
Polonoife rendit il y a quelques années à Mittau
pour réduire ce Duché en plufieurs Palati
nats après la mort du Duc Ferdinand .
Le 21. du mois dernier , le Roi arriva de
Dreſde à Warfovie en parfaite fanté.
On apprend de Mittau & des autres Places de
Curlande qu'il y étoit arrivé deux nouveaux Regimens
Mofcovites , & qu'on y en attendoit encore
deux autres de Riga & 1200. Cofaques de
Smolensko. Le Commandant des Troupes du
Duc de Meckelbourg , qui font auffi en quar
tier dans ce Duché , a reçû ordre de la Czarine
d'en augmenter l'Infanterie jufqu'à 4000. hom
mes , & la Cavallerie jufqu'à 1800.
On apprend de Copenhague qu'on y a publié
une lifte des Vaiffeaux que le Roi de Danemarc
fera en état de mettre en mer l'année prochaine,
& fuivant cette lifte , fa flotte pourra être com→
pofée de 38. Vaiffeaux de ligne , de dix Frégates :
& de 36. Galeres.
Fermer
Résumé : POLOGNE.
Le texte aborde la situation politique et militaire en Pologne et dans le Duché de Curlande. Les députés du Duché de Curlande ont sollicité la Diète pour annuler un décret de Mittau, qui prévoyait de diviser le Duché en plusieurs palatinats après le décès du Duc Ferdinand. Le roi est arrivé à Varsovie en bonne santé le 21 du mois précédent. En Curlande, des troupes russes, incluant deux nouveaux régiments moscovites et des Cosaques de Smolensko, ont été déployées avec des ordres d'augmenter les effectifs militaires. Le commandant des troupes du Duc de Mecklembourg, également présentes en Curlande, a reçu l'instruction de la tsarine d'accroître l'infanterie à 4000 hommes et la cavalerie à 1800. À Copenhague, une liste des vaisseaux que le roi de Danemark prévoit de mettre en mer l'année suivante a été publiée, comprenant 38 vaisseaux de ligne, 10 frégates et 36 galères.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
694
p. 2057-2066
SUITE du Camp de Mulhberg & Radwitz.
Début :
Le 24. Juin, jour de S. Jean Baptiste, le Roi de Pologne voulut celebrer cette Fête avec [...]
Mots clefs :
Officiers, Chasse, Roi, Tables, Princes, Repas, Infanterie, Armée, Canon, Maréchal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE du Camp de Mulhberg & Radwitz.
SUITE du Camp de Mulhberg
& Radwiz
E 24. Juin , jour de S. Jean Baptifte , le Roi
Lie
fa magnificence ordinaire. Elle commença à 6.
heures du foir par un grand fouper au Quar
tier du Roi , les Feux de joye enfuite , & à neuf
heures les Troupes fortirent de leurs lignes & fe
mirent en bataille à la tête du Camp. Après qu'on
leur cut donné le fignal du Quartier du Roi , on
fit
2058 MERCURE DE FRANCE
fit trois falves confécutives du Canon , fuivie
chaque fois d'un feu de toute la Moufqueterie.
Ce Feu marqua le temps pour allumer l'Illumination
préparée au-delà de l'Elbe , près du Village
de Riffa , vis -à-vis du Château de Premniz.
L. M. monterent auffi- tôt en Caroffe pour fe
rendre à ce Château . L. A. R. les Princes & la
Princeffe , les autres Princes & toutes les autres
perfonnes de diftinction , de l'un & l'autre fexe ,
les fuivirent.
Les deux Rois arrivez à Promniz , & dès qu'ils
parurent dans la Loge , on donna le premier fignal
par 60. pieces de Canon, au bruit des Trompettes
& Timballes. Entre ce premier fignal & le
fecond , qui fe fit de la même maniere , il ſe paſſa
un quart d'heure pour donner aux Spectateurs le
temps de confiderer les beautez de l'Illumination ,
qui , au dire des Connoiffeurs , étoit des mieux
entendues & des plus fuperbes qu'on eut vû en
Allemagne.
On avoit conftruit exprès un vafte Edifice de
charpente , long de 400. pieds , & au milieu où
étoit repréfenté le Temple de la Paix , un de 160.
piés de hauteur, une toile très-fine en couvroit toute
la façade .On y avoit peint l'Illumination & l'on
avoit appliqué fur la pemture un certain Vernis
qui en la rendant tranfparente , donnoit en même
temps aux couleurs une force & un éclat des
plus virs qui réjouiffoit infiniment l'oeil du Spectate
ur.
La Loge Royale étoit dreflée vis- à-vis & à
450. pas de ' Ilumination , compofée de 40000 .
millest ampes ,qui furent allumées en 15. minutes.
Le Temple de laPaix , d'ordre Ionique , en faifoit
le principal fujet. On y voyoit plufieurs Colom
nes & Pilaftres efpacez avec art & des Peintures
SEPTEMBRE. 1730. 2059
tures des mieux entenduûës , enrichies de Lapis ,
&c. avec des Trophées de Marbre blanc & autres
Ornemens ; les Chapiteaux étoient en Bronze , &
le tout enſemble faifoit un effet admirable ; les
autres parties & les dehors du Temple paroiffoient
conftruits de Marbre d'Egypte de differente couleur
, & tout l'Edifice étoit fi bien difpofé , fuivant
les Regles de l'Architecture & de la Perfpective
, qu'on avoit peine à décider lequel on
devoit le plus admirer , de la magnificence, ou de
la fymétrie.
Ďu milieu du Temple , au- deffus du Sanctuaire
s'élevoit une espece de Piedeltal , fur lequel on
voyoit la Déeffe de la Paix , figure gigantefque
de 22.
pieds de hauteur. Mars la tenoit entre
fes bras. Au-deffus de ces Divinitez , on lifoit fur
une table de bronze , l'Infcription fuivante : Sic
fulta manebit On voyoit au-deffus de l'Infcription
un Trophée pofé fur un Piédeſtal avec une
Lyre , deux Cornes d'abondance , des branches de
Palmier & d'Olivier liées enfemble pour reprefenter
l'affluence de tous les biens , fruits précieux
de la Paix.
Aux deux côtez du Sanctuaire étoient des Arcades
féparées par de doubles Pilaftres , ornez de
Trophées de Marbre blanc : au milieu de ces Arcades
on voyoit en perfpective de chaque côté
une Galerie , dont chacune conduifoit à un Salon.
Ces Salons paroiffoient être en deux Pavillons
foutenus par des Colones ifolées : au- deffus des
Corniches il y avoit plufieurs Trophées attachez
à des Palmiers , & de chaque côté des Renommées
fonnant de la Trompette. Enfin un grand Perron
au bas de l'Edifice , contribuoit becaucoup à en
relever la nobleffe.
Un quart d'heure après avoir donné le fecond
fignal & tiré 1100. coups de fufil , on alluma
τους
2060 MERCURE DE FRANCE
tout à la fois quinze Lettres , placées au bas
-de l'Illumination , formant la Devife dont on
vient de parler. Ces Lettres brillerent durant
plufieurs minutes d'un feu blanc & extrémement
vif. On alluma en même temps les feux courans
à terre , & on fit partir 6000. Fuſées jettées en
partie par des Caiffes , & en partie par des Girandoles
, 30. à la fois de chaque Caiffe & 100. de
chaque Girandole : toutes ces Fufées atteignirent
une hauteur très- confiderable , & firent tout l'ef
fet qu'on en pouvoit attendre.
Durant ce feu des Fufées , des Mortiers de 8.
16. 32. & 64. livres de bale , jetterent 100. Boëtes
remplies de feu de pluye, de Fufées à étoiles &
autres de chacune de 12. roues horifontales &
autant de perpendiculaires , fortirent 70. Fufées
d'une autre forte , & on mit le feu à 1200. Cartouches
& 200. Mortiers de nouvelle efpece , qui
n'ont point d'affut , mais pofez fur leur Trépié
: chaque Cartouche étoit rempli de 22. Fuſées
& chaque Mortier de 21. de deux onces chacune,
& d'une grande quantité d'autres Fufées à terre.
Ce fecond Spectacle dura une bonne demie heure
, après quoi on donna un nouveau ſignal , accompagné
de 2000. coups de Moufquets , & on
vit auffi -tôt le feu Gregeois : 200. Cartouches
chargez chacun de 22. Fufées , 200. Rejettons
fimples & doubles , remplis de 60. Fufées de 2. &
3. onces chacune,& 100. Tonneaux , dont les uns
étoient remplis de 60. Cones , & les autres de 30.
Fufées.Tout ce Feu Gregeois fut jetté dans l'eau
par 12. Bateaux fur terre on tira encore 2000.
Fufées de 6. 12. 25. 50. 75. & de 100. liv. pefant,
zo. Boëtes remplies de feu à étoiles & de pluye
chacune remplie d'autres Boetes , furent tirées ·par
des Mortiers de 45. 96. & 121. livres de bale. 24.
Girandes jetterent chacune 200. Fufées à la fois ,
:
&
SEPTEMBRE . 1730. 206 F
& cent Mortiers de la nouvelle invention dont on
a parlé , en jetterent 21. chacun.
Après ce Feu qui dura autant que le précedent
une nouvelle décharge de 60. Pieces de Canon, fut
donné le fignal pour une feconde efpece d'Illumination.
On vit auffi- tôt la Riviere couverte de 48.
Bâtimens éclairez & remplis de Mufique de guerre
; c'étoit des Chaloupes , des Brigantins , des
Frégates & de très -belles Gondoles parmi ces
Bâtimens brilloit principalement le Bucentaure ,
fuperbe & grand Bâtiment Royal , richement
meublé & illuminé par 30000.Lampions , qui attachez
artiſtement, & jufqu'aux Mats & aux Cordages
, formoient diverfes figures.
Après quelque temps on vit ces Bâtimens defcen-
'dre laRiviere les uns après les autres. Ils étoient précedez
par d'autres Bâtimens, dont quelques - uns repréfentant
des Dauphins,une autre une Baleine jettant
du feu , & c . & à mefure que chaque Batiment
paffa devant les deux Rois , il falua L. M. de fon
Canon & de fes Mortiers , & réïtera encore deux
fois ce falut ; l'un en paffant le Pont de Tonneaux
& l'autre en abordant près du Village de Bober-
Jen.Le Bucentaure s'arrêta devant la Loge Royale.'
L'Orchestre du Roy & les Chanteurs de l'Opera
Italien , qui y étoient , firent la clôture de cette
Fête par une très- belle Serenade . Cette Fête ne
finit que lorfque le jour commença à paroître ,
& il y eut abondance de toutes fortes de Rafraichiffemens
, & c.
Le 25. il n'y eut rien de remarquable , mais le
lendemain 26. jour deſtiné pour le Régal que le
Roi vouloit faire à toute l'armée , on fit diftribuer
la veille à tous les Régimens d'Infanterie & de
Cavalerie les Boeufs , le Pain , le Vin & la Biere'
neceffaires : les Boeufs furent coupez & rôtis par
quartiers ; il y avoit outre cela des Repas particu
liers
2062 MERCURE DE FRANCE
liers que les Chefs de chaque Régiment ou Corps
avoient fait préparer pour régaler leurs Officiers .
Vers les 11. heures du matin , on donna le premier
fignal ; fur quoi toute l'Armée fortit du
Camp fur deux lignes & en bon ordre , fans armes
, les Officiers à là tête . On porta devant chaque
Régiment les Viandes rôties , le Pain , le Vin
& la Biere jufqu'à la grande Place d'Armes devant
le Camp , où chaque Régiment fe rangeoit
fur deux lignes , dans le même ordre qu'il étoit
campé ; chaque Compagnie rangeoit devant fon
front les Viandes rôties , &c. qui lui étoient deftinées
& tous s'étant affis par terre , fe mirent
en devoir de prendre un ample & joyeux Repas.
:
Derriere chaque Régiment on avoit creusé la
terre pour y pratiquer des bancs & une longue
table , à laquelle chaque Chef & Colonel fit fervir
à part de très -bons mets à tous fes Officiers
qui après le fignal donné fe mirent à table ; ces
tables étoient difpofées fur deux lignes , à la diftance
de 100. pas l'une de l'autre ; & les Soldats
étoient affis à une égale distance les uns des autres
, ce qui fit un fort beau Spectacle.
Les deux Rois , qui de la hauteur du Quartier
Royal , avoient pu découvrir cet arrange ment,
en partirent avec toute leur fuite & pafferent les
deux lignes devant les tables des Officiers , pour
les voir manger. L. M. furent faluées par les Officiers
, les verres à la main , & les Soldats firent
éclater leur joye par des acclâmations de Vivent
les Rois , jettant leurs chapeaux en l'air , au bruit
des Tambours & au fon de divers Inftrumens de
M ufique.
Pendant cette Promenade des deux Rois & de
leur Suite , on fit fervir au Quartier du Roi , trois
tables , dont l'une qui étoit ovale , au milieu de
deux autres , & fur une élevation , étoit de 20 .
CouSEPTEMBRE
. 1730. 2063
Couverts pour les deux Rois , leur Famille Roya
le & les Princes Etrangers. Les deux autres tables
qui étoient en long , bordoient tout le Parapet de
deux côtez ,èlles étoient de 100. Couverts chacune,
pour tous les Generaux de l'Armée & pour les
Officiers & autres Etrangers qui fe trouvoient au
Camp.
Derriere la table ovale du milieu , fous une
magnifique Tente Turque , on avoit fait dreffer
une quatriéme table , longue de 40. à so. pieds
& large de dix à couze , fur laquelle il Y avoit
un Gâteau de la même grandeur que la table , &
de 36. Quintaux de poids ; ce Gâteau fut diftri→
bué à la fin du Repas à quiconque en fouhaitoit.
Après que les deux Rois eurent paffé les deux
lignes & vû dîner l'Amée , L. M. retournerent
au Quartier Royal & fe mirent à table , de même
que le Velt- Maréchal , les Officiers Generaux ,
les Officiers Etrangers & autres perfonnes de dif
tinction. Pendant le Repas on but plufieurs fois
au bruit des Canons , qui , au nombre de 48.
étoient rangez fur les Terraffes aux deux côtez .
Vers la fin du Repas , le Velt - Maréchal fe leva
& prefenta au Roi de Pruffe une Lettre au nom
& de la part de toute l'Armée , par laquelle elle
remercoit S. M. Pr. de la bonté qu'elle avoit euë
de ſe trouver à ſes Exercices Militaires , en lui
demandant en même temps la grace de la vouloir
congedier. Le Roi de Pruffe y répondit par toutes
fortes d'expreffions de politeffe , & lui accorda
le congé demandé avec tous les témoignages
d'une entiere fatisfaction.
Là-deffus le Velt-Maréchal & tous les Gene
raux de l'Armée fortirent de table & fe rendirent
au Quartier du Velt -Maréchal , ils y trouverent
tous les Officiers de l'Armée affemblez & formez
en bataillon , dont l'Infanterie tenoit le milieu
avec
2064 MERCURE DE FRANCE
avec 12 pelotons à quatre de hauteur , ayant à
chaque afle neuf pelotons de la Cavalerie à trois
de hauteur. Les Capitaines formerent le premier
rang , les Lieutenans le fecond ; les Sous - Lieutenans
le troifiéme , & les Enfeignes le quatrième.
Les Majors fe rangerent comme Caporaux , aux
aîles de leurs pelotons ; les Lieutenans - Colonels ,
comme Sergens , derriere leurs pelotons , & les
Colonels , comme Officiers , devant les pelotons :
les Generaux fe rangerent devant le Bataillon ,
chacun à fa place , felon fon ancienneté , ayant le
Velt-Maréchal à la tête . Les Officiers de l'Infanterie
marchoient avec leurs Efpontons , & ceux
de la Cavalerie , l'épée haute.
Le Bataillon s'étant mis en marche dans cet
ordre , le Velt - Maréchal le mena aux deux Terraffes
devant le Quartier Royal , où il ſe mit en
deux lignes ; la Cavalerie forma la premiere , &
l'Infanterie la feconde : Ils faluerent tous enfemble
les deux Rois ; les deux lignes s'étant enfuite
remifes en marche par pelotons , elles pafferent
en revûë au pied de la premiere Terraffe , où les
deux Rois s'étoient poftez avec toute leur Cour
& faluerent de nouveau L. M.par pelotons.Le Roi
de Pruffe les remercia fort gracieuſement ; &
comme S. M. Pr. pour donner une marque de
fon entiere fatisfaction , buvoit à chaque General
& à chaque Colonel -Commandant des Régimens,
on fit donner à tous les Officiers , à mesure qu'ils
paffoient par pelotons , des verres qu'ils vuiderent
à la fanté du Roi de Pruffe , au bruit de tout
le Canon ; & après avoir jetté les verres , ils pafferent
de cette façon les uns après les autres , &
le Canon ne ceffa de tirer qu'aprés qu'ils furent
tous paffez. C'eft ainfi que l'Armée prit congé
du Roi de Pruffe , qui la congedia.
Les deux Rois avec toute leur Cour , s'embarquerent
SEPTEMBRE . 1730. 2065
querent
fur l'Elbe le 27. & arriverent au Château
de Lichtembourg , où ils coucherent . Le lendemain
28. L. M. accompagnées des Princes leurs
fils , partirent de Lichtembourg avec toute leur
fuite pour fe rendre à l'endroit de la Chauffée
près de Zulhtsdorff , elles y trouverent d'abord
des gens de la Chaffe en habits verds galonaez
d'argent, avec leurs Chiens, rangez en haye. L'endroit
de la Chaffe & fes avenues étoient embellis
par plufieurs grandes & magnifiques Loges ,
conftruites de verdure. On avoit pris toutes les
précautions pour empêcher qu'il n'arrivât aucun
accident par des coups tirez . Le grand Veneur
à la tête du Veneur de la Cour , des Grands - Maî
tres des Forêts , des Gentilshommes & de tous les
autres Officiers qui dépendent de la Chaffe, étoient
auffi en habits verds richement l'odez .
2
Ils reçurent L. M. en defcendant de leur Chaife
, au fon des Cors de Chaffe & des Hautbois .
Il fe préfenta d'abord une Chaife de Chaffe , tirée
par fix Cerfs apprivoifez , & menée avec beau
coup d'adreffe par deux Garçons de Chaffe , ce
que le Roi de Pruffe ne put s'empêcher d'admirer.
On fit enfuite les préparatifs pour commencer
la Chaffe: Les Chevaliers & autres de la fuite
des deux Rois à cheval & munis de Lances , fe
rangerent à droite & à gauche. L. M. & L. A. R.
avec toutes les perfonnes de diftinction de leur
fuite , s'étant partagez , fe pofterent aux deux côtez
pour tirer. Le Grand Veneur rangea en ordre
tous ceux qui dépendent de la Chaffe , & s'étant
mis à la tête , il paffa avec eux devant les
deux Rois , & alors la Chaffe commença au fon
des Cors & des Hautbois. Il fut tué un grand
nombre de toutes fortes de bêtes fauves & autre
gibier , partie avec des Lances & en forçant avec
des Chiens , & partie par des armes à feu. Il fe
trour
2066 MERCURE DE FRANCE
trouva en tout 1124. Pieces; fçavoir, 804. Cerfs,
203. Sangliers , 97. Chevreuils & Dains , 18.
Lievres & 2. Renards , le tout porté à une Place
& rangé en ordre par les Gens de la Chaffe. Ainfi
finit cette grande & fuperbe Chaffe qui fut faite
avec beaucoup d'ordre & fans aucun accident.
On ſe retira enfuite vers les Loges , où les Tables
étoient couvertes & fervies pour le dîner. Il
y avoit trois tables , dont la premiere deſtinée
pour L. M. L. A. R. les Princes & autres perfon-
Tonnes de diftinction , étoit de 24. Couverts ; &
les deux autres de 20. Couverts chacune , pour
les Miniftres & autres Officiers. Il y avoit outre
cela deux autres tables de 48. Couverts chacune
pour les Gens de la Chaffe. La joye generale &
les deux Rois parurent fort contens ; lorfqu'on
fut hors de table , les deux Rois pafferent encore
quelque temps en converfation , après quoi L. M.
s'embrafferent & fe féparerent avec toutes les
marques poffibles de tendreffe. Le Roi de Pruffe
partit pour Poftdam & le Roi de Pologne retourna
au Camp de Radewitz.
& Radwiz
E 24. Juin , jour de S. Jean Baptifte , le Roi
Lie
fa magnificence ordinaire. Elle commença à 6.
heures du foir par un grand fouper au Quar
tier du Roi , les Feux de joye enfuite , & à neuf
heures les Troupes fortirent de leurs lignes & fe
mirent en bataille à la tête du Camp. Après qu'on
leur cut donné le fignal du Quartier du Roi , on
fit
2058 MERCURE DE FRANCE
fit trois falves confécutives du Canon , fuivie
chaque fois d'un feu de toute la Moufqueterie.
Ce Feu marqua le temps pour allumer l'Illumination
préparée au-delà de l'Elbe , près du Village
de Riffa , vis -à-vis du Château de Premniz.
L. M. monterent auffi- tôt en Caroffe pour fe
rendre à ce Château . L. A. R. les Princes & la
Princeffe , les autres Princes & toutes les autres
perfonnes de diftinction , de l'un & l'autre fexe ,
les fuivirent.
Les deux Rois arrivez à Promniz , & dès qu'ils
parurent dans la Loge , on donna le premier fignal
par 60. pieces de Canon, au bruit des Trompettes
& Timballes. Entre ce premier fignal & le
fecond , qui fe fit de la même maniere , il ſe paſſa
un quart d'heure pour donner aux Spectateurs le
temps de confiderer les beautez de l'Illumination ,
qui , au dire des Connoiffeurs , étoit des mieux
entendues & des plus fuperbes qu'on eut vû en
Allemagne.
On avoit conftruit exprès un vafte Edifice de
charpente , long de 400. pieds , & au milieu où
étoit repréfenté le Temple de la Paix , un de 160.
piés de hauteur, une toile très-fine en couvroit toute
la façade .On y avoit peint l'Illumination & l'on
avoit appliqué fur la pemture un certain Vernis
qui en la rendant tranfparente , donnoit en même
temps aux couleurs une force & un éclat des
plus virs qui réjouiffoit infiniment l'oeil du Spectate
ur.
La Loge Royale étoit dreflée vis- à-vis & à
450. pas de ' Ilumination , compofée de 40000 .
millest ampes ,qui furent allumées en 15. minutes.
Le Temple de laPaix , d'ordre Ionique , en faifoit
le principal fujet. On y voyoit plufieurs Colom
nes & Pilaftres efpacez avec art & des Peintures
SEPTEMBRE. 1730. 2059
tures des mieux entenduûës , enrichies de Lapis ,
&c. avec des Trophées de Marbre blanc & autres
Ornemens ; les Chapiteaux étoient en Bronze , &
le tout enſemble faifoit un effet admirable ; les
autres parties & les dehors du Temple paroiffoient
conftruits de Marbre d'Egypte de differente couleur
, & tout l'Edifice étoit fi bien difpofé , fuivant
les Regles de l'Architecture & de la Perfpective
, qu'on avoit peine à décider lequel on
devoit le plus admirer , de la magnificence, ou de
la fymétrie.
Ďu milieu du Temple , au- deffus du Sanctuaire
s'élevoit une espece de Piedeltal , fur lequel on
voyoit la Déeffe de la Paix , figure gigantefque
de 22.
pieds de hauteur. Mars la tenoit entre
fes bras. Au-deffus de ces Divinitez , on lifoit fur
une table de bronze , l'Infcription fuivante : Sic
fulta manebit On voyoit au-deffus de l'Infcription
un Trophée pofé fur un Piédeſtal avec une
Lyre , deux Cornes d'abondance , des branches de
Palmier & d'Olivier liées enfemble pour reprefenter
l'affluence de tous les biens , fruits précieux
de la Paix.
Aux deux côtez du Sanctuaire étoient des Arcades
féparées par de doubles Pilaftres , ornez de
Trophées de Marbre blanc : au milieu de ces Arcades
on voyoit en perfpective de chaque côté
une Galerie , dont chacune conduifoit à un Salon.
Ces Salons paroiffoient être en deux Pavillons
foutenus par des Colones ifolées : au- deffus des
Corniches il y avoit plufieurs Trophées attachez
à des Palmiers , & de chaque côté des Renommées
fonnant de la Trompette. Enfin un grand Perron
au bas de l'Edifice , contribuoit becaucoup à en
relever la nobleffe.
Un quart d'heure après avoir donné le fecond
fignal & tiré 1100. coups de fufil , on alluma
τους
2060 MERCURE DE FRANCE
tout à la fois quinze Lettres , placées au bas
-de l'Illumination , formant la Devife dont on
vient de parler. Ces Lettres brillerent durant
plufieurs minutes d'un feu blanc & extrémement
vif. On alluma en même temps les feux courans
à terre , & on fit partir 6000. Fuſées jettées en
partie par des Caiffes , & en partie par des Girandoles
, 30. à la fois de chaque Caiffe & 100. de
chaque Girandole : toutes ces Fufées atteignirent
une hauteur très- confiderable , & firent tout l'ef
fet qu'on en pouvoit attendre.
Durant ce feu des Fufées , des Mortiers de 8.
16. 32. & 64. livres de bale , jetterent 100. Boëtes
remplies de feu de pluye, de Fufées à étoiles &
autres de chacune de 12. roues horifontales &
autant de perpendiculaires , fortirent 70. Fufées
d'une autre forte , & on mit le feu à 1200. Cartouches
& 200. Mortiers de nouvelle efpece , qui
n'ont point d'affut , mais pofez fur leur Trépié
: chaque Cartouche étoit rempli de 22. Fuſées
& chaque Mortier de 21. de deux onces chacune,
& d'une grande quantité d'autres Fufées à terre.
Ce fecond Spectacle dura une bonne demie heure
, après quoi on donna un nouveau ſignal , accompagné
de 2000. coups de Moufquets , & on
vit auffi -tôt le feu Gregeois : 200. Cartouches
chargez chacun de 22. Fufées , 200. Rejettons
fimples & doubles , remplis de 60. Fufées de 2. &
3. onces chacune,& 100. Tonneaux , dont les uns
étoient remplis de 60. Cones , & les autres de 30.
Fufées.Tout ce Feu Gregeois fut jetté dans l'eau
par 12. Bateaux fur terre on tira encore 2000.
Fufées de 6. 12. 25. 50. 75. & de 100. liv. pefant,
zo. Boëtes remplies de feu à étoiles & de pluye
chacune remplie d'autres Boetes , furent tirées ·par
des Mortiers de 45. 96. & 121. livres de bale. 24.
Girandes jetterent chacune 200. Fufées à la fois ,
:
&
SEPTEMBRE . 1730. 206 F
& cent Mortiers de la nouvelle invention dont on
a parlé , en jetterent 21. chacun.
Après ce Feu qui dura autant que le précedent
une nouvelle décharge de 60. Pieces de Canon, fut
donné le fignal pour une feconde efpece d'Illumination.
On vit auffi- tôt la Riviere couverte de 48.
Bâtimens éclairez & remplis de Mufique de guerre
; c'étoit des Chaloupes , des Brigantins , des
Frégates & de très -belles Gondoles parmi ces
Bâtimens brilloit principalement le Bucentaure ,
fuperbe & grand Bâtiment Royal , richement
meublé & illuminé par 30000.Lampions , qui attachez
artiſtement, & jufqu'aux Mats & aux Cordages
, formoient diverfes figures.
Après quelque temps on vit ces Bâtimens defcen-
'dre laRiviere les uns après les autres. Ils étoient précedez
par d'autres Bâtimens, dont quelques - uns repréfentant
des Dauphins,une autre une Baleine jettant
du feu , & c . & à mefure que chaque Batiment
paffa devant les deux Rois , il falua L. M. de fon
Canon & de fes Mortiers , & réïtera encore deux
fois ce falut ; l'un en paffant le Pont de Tonneaux
& l'autre en abordant près du Village de Bober-
Jen.Le Bucentaure s'arrêta devant la Loge Royale.'
L'Orchestre du Roy & les Chanteurs de l'Opera
Italien , qui y étoient , firent la clôture de cette
Fête par une très- belle Serenade . Cette Fête ne
finit que lorfque le jour commença à paroître ,
& il y eut abondance de toutes fortes de Rafraichiffemens
, & c.
Le 25. il n'y eut rien de remarquable , mais le
lendemain 26. jour deſtiné pour le Régal que le
Roi vouloit faire à toute l'armée , on fit diftribuer
la veille à tous les Régimens d'Infanterie & de
Cavalerie les Boeufs , le Pain , le Vin & la Biere'
neceffaires : les Boeufs furent coupez & rôtis par
quartiers ; il y avoit outre cela des Repas particu
liers
2062 MERCURE DE FRANCE
liers que les Chefs de chaque Régiment ou Corps
avoient fait préparer pour régaler leurs Officiers .
Vers les 11. heures du matin , on donna le premier
fignal ; fur quoi toute l'Armée fortit du
Camp fur deux lignes & en bon ordre , fans armes
, les Officiers à là tête . On porta devant chaque
Régiment les Viandes rôties , le Pain , le Vin
& la Biere jufqu'à la grande Place d'Armes devant
le Camp , où chaque Régiment fe rangeoit
fur deux lignes , dans le même ordre qu'il étoit
campé ; chaque Compagnie rangeoit devant fon
front les Viandes rôties , &c. qui lui étoient deftinées
& tous s'étant affis par terre , fe mirent
en devoir de prendre un ample & joyeux Repas.
:
Derriere chaque Régiment on avoit creusé la
terre pour y pratiquer des bancs & une longue
table , à laquelle chaque Chef & Colonel fit fervir
à part de très -bons mets à tous fes Officiers
qui après le fignal donné fe mirent à table ; ces
tables étoient difpofées fur deux lignes , à la diftance
de 100. pas l'une de l'autre ; & les Soldats
étoient affis à une égale distance les uns des autres
, ce qui fit un fort beau Spectacle.
Les deux Rois , qui de la hauteur du Quartier
Royal , avoient pu découvrir cet arrange ment,
en partirent avec toute leur fuite & pafferent les
deux lignes devant les tables des Officiers , pour
les voir manger. L. M. furent faluées par les Officiers
, les verres à la main , & les Soldats firent
éclater leur joye par des acclâmations de Vivent
les Rois , jettant leurs chapeaux en l'air , au bruit
des Tambours & au fon de divers Inftrumens de
M ufique.
Pendant cette Promenade des deux Rois & de
leur Suite , on fit fervir au Quartier du Roi , trois
tables , dont l'une qui étoit ovale , au milieu de
deux autres , & fur une élevation , étoit de 20 .
CouSEPTEMBRE
. 1730. 2063
Couverts pour les deux Rois , leur Famille Roya
le & les Princes Etrangers. Les deux autres tables
qui étoient en long , bordoient tout le Parapet de
deux côtez ,èlles étoient de 100. Couverts chacune,
pour tous les Generaux de l'Armée & pour les
Officiers & autres Etrangers qui fe trouvoient au
Camp.
Derriere la table ovale du milieu , fous une
magnifique Tente Turque , on avoit fait dreffer
une quatriéme table , longue de 40. à so. pieds
& large de dix à couze , fur laquelle il Y avoit
un Gâteau de la même grandeur que la table , &
de 36. Quintaux de poids ; ce Gâteau fut diftri→
bué à la fin du Repas à quiconque en fouhaitoit.
Après que les deux Rois eurent paffé les deux
lignes & vû dîner l'Amée , L. M. retournerent
au Quartier Royal & fe mirent à table , de même
que le Velt- Maréchal , les Officiers Generaux ,
les Officiers Etrangers & autres perfonnes de dif
tinction. Pendant le Repas on but plufieurs fois
au bruit des Canons , qui , au nombre de 48.
étoient rangez fur les Terraffes aux deux côtez .
Vers la fin du Repas , le Velt - Maréchal fe leva
& prefenta au Roi de Pruffe une Lettre au nom
& de la part de toute l'Armée , par laquelle elle
remercoit S. M. Pr. de la bonté qu'elle avoit euë
de ſe trouver à ſes Exercices Militaires , en lui
demandant en même temps la grace de la vouloir
congedier. Le Roi de Pruffe y répondit par toutes
fortes d'expreffions de politeffe , & lui accorda
le congé demandé avec tous les témoignages
d'une entiere fatisfaction.
Là-deffus le Velt-Maréchal & tous les Gene
raux de l'Armée fortirent de table & fe rendirent
au Quartier du Velt -Maréchal , ils y trouverent
tous les Officiers de l'Armée affemblez & formez
en bataillon , dont l'Infanterie tenoit le milieu
avec
2064 MERCURE DE FRANCE
avec 12 pelotons à quatre de hauteur , ayant à
chaque afle neuf pelotons de la Cavalerie à trois
de hauteur. Les Capitaines formerent le premier
rang , les Lieutenans le fecond ; les Sous - Lieutenans
le troifiéme , & les Enfeignes le quatrième.
Les Majors fe rangerent comme Caporaux , aux
aîles de leurs pelotons ; les Lieutenans - Colonels ,
comme Sergens , derriere leurs pelotons , & les
Colonels , comme Officiers , devant les pelotons :
les Generaux fe rangerent devant le Bataillon ,
chacun à fa place , felon fon ancienneté , ayant le
Velt-Maréchal à la tête . Les Officiers de l'Infanterie
marchoient avec leurs Efpontons , & ceux
de la Cavalerie , l'épée haute.
Le Bataillon s'étant mis en marche dans cet
ordre , le Velt - Maréchal le mena aux deux Terraffes
devant le Quartier Royal , où il ſe mit en
deux lignes ; la Cavalerie forma la premiere , &
l'Infanterie la feconde : Ils faluerent tous enfemble
les deux Rois ; les deux lignes s'étant enfuite
remifes en marche par pelotons , elles pafferent
en revûë au pied de la premiere Terraffe , où les
deux Rois s'étoient poftez avec toute leur Cour
& faluerent de nouveau L. M.par pelotons.Le Roi
de Pruffe les remercia fort gracieuſement ; &
comme S. M. Pr. pour donner une marque de
fon entiere fatisfaction , buvoit à chaque General
& à chaque Colonel -Commandant des Régimens,
on fit donner à tous les Officiers , à mesure qu'ils
paffoient par pelotons , des verres qu'ils vuiderent
à la fanté du Roi de Pruffe , au bruit de tout
le Canon ; & après avoir jetté les verres , ils pafferent
de cette façon les uns après les autres , &
le Canon ne ceffa de tirer qu'aprés qu'ils furent
tous paffez. C'eft ainfi que l'Armée prit congé
du Roi de Pruffe , qui la congedia.
Les deux Rois avec toute leur Cour , s'embarquerent
SEPTEMBRE . 1730. 2065
querent
fur l'Elbe le 27. & arriverent au Château
de Lichtembourg , où ils coucherent . Le lendemain
28. L. M. accompagnées des Princes leurs
fils , partirent de Lichtembourg avec toute leur
fuite pour fe rendre à l'endroit de la Chauffée
près de Zulhtsdorff , elles y trouverent d'abord
des gens de la Chaffe en habits verds galonaez
d'argent, avec leurs Chiens, rangez en haye. L'endroit
de la Chaffe & fes avenues étoient embellis
par plufieurs grandes & magnifiques Loges ,
conftruites de verdure. On avoit pris toutes les
précautions pour empêcher qu'il n'arrivât aucun
accident par des coups tirez . Le grand Veneur
à la tête du Veneur de la Cour , des Grands - Maî
tres des Forêts , des Gentilshommes & de tous les
autres Officiers qui dépendent de la Chaffe, étoient
auffi en habits verds richement l'odez .
2
Ils reçurent L. M. en defcendant de leur Chaife
, au fon des Cors de Chaffe & des Hautbois .
Il fe préfenta d'abord une Chaife de Chaffe , tirée
par fix Cerfs apprivoifez , & menée avec beau
coup d'adreffe par deux Garçons de Chaffe , ce
que le Roi de Pruffe ne put s'empêcher d'admirer.
On fit enfuite les préparatifs pour commencer
la Chaffe: Les Chevaliers & autres de la fuite
des deux Rois à cheval & munis de Lances , fe
rangerent à droite & à gauche. L. M. & L. A. R.
avec toutes les perfonnes de diftinction de leur
fuite , s'étant partagez , fe pofterent aux deux côtez
pour tirer. Le Grand Veneur rangea en ordre
tous ceux qui dépendent de la Chaffe , & s'étant
mis à la tête , il paffa avec eux devant les
deux Rois , & alors la Chaffe commença au fon
des Cors & des Hautbois. Il fut tué un grand
nombre de toutes fortes de bêtes fauves & autre
gibier , partie avec des Lances & en forçant avec
des Chiens , & partie par des armes à feu. Il fe
trour
2066 MERCURE DE FRANCE
trouva en tout 1124. Pieces; fçavoir, 804. Cerfs,
203. Sangliers , 97. Chevreuils & Dains , 18.
Lievres & 2. Renards , le tout porté à une Place
& rangé en ordre par les Gens de la Chaffe. Ainfi
finit cette grande & fuperbe Chaffe qui fut faite
avec beaucoup d'ordre & fans aucun accident.
On ſe retira enfuite vers les Loges , où les Tables
étoient couvertes & fervies pour le dîner. Il
y avoit trois tables , dont la premiere deſtinée
pour L. M. L. A. R. les Princes & autres perfon-
Tonnes de diftinction , étoit de 24. Couverts ; &
les deux autres de 20. Couverts chacune , pour
les Miniftres & autres Officiers. Il y avoit outre
cela deux autres tables de 48. Couverts chacune
pour les Gens de la Chaffe. La joye generale &
les deux Rois parurent fort contens ; lorfqu'on
fut hors de table , les deux Rois pafferent encore
quelque temps en converfation , après quoi L. M.
s'embrafferent & fe féparerent avec toutes les
marques poffibles de tendreffe. Le Roi de Pruffe
partit pour Poftdam & le Roi de Pologne retourna
au Camp de Radewitz.
Fermer
Résumé : SUITE du Camp de Mulhberg & Radwitz.
Le 24 juin, à l'occasion de la Saint-Jean-Baptiste, le roi organisa une célébration à Mulhberg et Radwitz. La journée débuta par un grand souper au quartier du roi, suivi de feux de joie et d'une mise en bataille des troupes à 9 heures. Trois salves de canon et des feux de mousqueterie marquèrent le début d'une illumination près du village de Riffa, en face du château de Premniz. Le roi et les princes se rendirent au château où une illumination spectaculaire fut allumée, représentant un temple de la Paix de 400 pieds de long et 160 pieds de haut, orné de peintures et de trophées. L'illumination, composée de 40 000 millest ampes, fut allumée en 15 minutes. Le temple, de style ionique, était richement décoré de colonnes, de pilastres, et de peintures enrichies de lapis. Au centre du temple, une déesse de la Paix, tenue par Mars, surplombait une inscription en latin. Des arcades et des galeries complétaient la scène, avec des trophées et des renommées sonnant de la trompette. Après un quart d'heure, 15 lettres formant une devise furent allumées, accompagnées de feux courants à terre et de 6 000 fusées. Des mortiers tirèrent des boîtes remplies de feux d'artifice, et un feu grégeois fut allumé dans l'eau par des bateaux. Une seconde illumination vit la rivière couverte de 48 bâtiments éclairés et remplis de musique de guerre, incluant le Bucentaure, un grand bâtiment royal illuminé par 30 000 lampions. Le 26 juin, le roi offrit un repas à toute l'armée. Les régiments se rangèrent en ordre, et les viandes rôties, le pain, le vin et la bière furent distribués. Les rois passèrent en revue les troupes, qui les saluèrent avec des acclamations et des musiques. Après le repas, le maréchal présenta une lettre de remerciement au roi de Prusse, qui accorda le congé à l'armée. Les officiers, formés en bataillon, saluèrent les rois avant de se disperser. Les deux rois s'embarquèrent sur l'Elbe le 27 juin et arrivèrent au château de Lichtembourg, où ils passèrent la nuit. Le lendemain, ils se rendirent près de Zulhtsdorff. Le texte décrit également une grande chasse organisée avec une préparation minutieuse pour éviter les accidents. Les participants, vêtus de habits verts galonnés d'argent, incluaient des gens de la Chasse, des chiens, et divers officiers. L'endroit était embelli par des loges magnifiques construites de verdure. La chasse débuta avec une présentation d'une chaise tirée par six cerfs apprivoisés, admirée par le Roi de Prusse. Les préparatifs incluaient des chevaliers et autres cavaliers munis de lances, se rangeant de chaque côté. Les rois et les personnes de distinction se positionnèrent pour tirer. La chasse se déroula avec ordre, au son des cors et des hautbois, et un grand nombre de bêtes fauves et de gibier furent tuées, totalisant 1124 pièces. Après la chasse, un dîner fut servi dans les loges, avec trois tables pour les personnes de distinction et deux autres pour les gens de la Chasse. La joie générale et la satisfaction des rois furent notables. Après le dîner, les rois conversèrent brièvement avant que Leurs Majestés ne s'embrassent et se séparèrent avec tendresse. Le Roi de Prusse partit pour Potsdam, et le Roi de Pologne retourna au camp de Radewitz.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
695
p. 2066-2070
ITALIE.
Début :
Le 6. Août, le Cardinal Coscia fit élever sur la porte de son Palais les Armes de l'Empereur [...]
Mots clefs :
Cardinal, Pape, Sénat, Rebelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E 6. Août , le Cardinal Cofcia fit élever fur
la porte de fon Palais les Armes de l'Empereur
& de la Couronne de Boheme , & l'après
midi il reçut la vifite des Cardinaux Allemans qui
font à Rome.
Le 14. le Pape tint un Confiftoire fecret , dans
lequel le Cardinal Ottoboni , Protecteur des affaires
de France , propofa l'Evêché de la Rochelle
pour l'Abbé de Menou de Charnifay , & celui
de Limoges pour l'Abbé de l'Iſle du Gaft. Le Cardinal
de Biffy remit fon Titre de fainte Quirice
& de fainte Julie, & opta celui de S. Bernard aux
Termes
3
SEPTEMBRE. 1730. 2067
Termes. A la fin du Conſiſtoire , le Papé déclara
qu'il avoit fait un Cardinal , mais qu'il le réſervoit
in petto .
L'Abbé Lanti eft prêt à partir pour aller en
France porter au Dauphin les Langes dont S. S.
fit la benediction le 27. de l'autre mois.
L'Abbé Ballarini , Lecteur en Théologie au
College de la Sapience , & en grande réputation
pour fa profonde doctrine , a ant demandé à la
Congrégation de Propaganda fide , la permiffion
d'a ler prêcher l'Evangile dans l'Orient , a été
nommé depuis peu Suffragant du Patriarche de
Conftantinople .
de-
Il s'eft tenu le 7. Août une Congrégation d'Etat
, dans laquelle on a examiné les Memoires
préfentez par les Fermiers du Savon , pour
mander qu'on leur faffe rendre les Preſens particuliers
qu'ils ont faits à diverfes perfonnes dans
le temps de l'Adjudication de cette Ferme , dont
les droits ont été fupprimez depuis peu.
On affure que le Pape a offert fa médiation
pour terminer les differens de l'Empereur avec le
Roi d'Efpagne , & on prétend qu'en cas qu'el
le foit acceptée , S. S. enverra des Nonces Extraordinaires
à Vienne , à la Cour de France &
en Elpagne.
Le Chevalier de S. George étant allé au Quirinal
, le Pape l'y reçut avec de grands témoignages
d'affection , & S. S. lui fit préſent d'une
Cédule de 10000. écus payables à vue par le Tréforier
de la Chambre Apoftolique .
Ce même jour après midi , l'Ambaffadeur de la
République de Venife eut Audience particuliere
du Pape , dans laquelle il lui fit part que les deux
Neveux de S. S. avoient été infcrits fur le Livre
d'or , & que le Prince Don Barthelemi Corfini
ayoit été élu Procurateur de S. Marc , avec rang
de Chevalier de l'Etoille d'Or
Par
5.
2068 MERCURE DE FRANCE
na ,
Par un Decret datté du 12. Août , le Pape a
établi une Congrégation particuliere , compofée
des Cardinaux Camerlingue , Imperiali , Colligola,
du Marquis Neri Corfini , de M. Sacripante,
Tréforier General de Mrs Rieci , Palaggi & La
& du Procureur Fifcal de la Chambre , pour
revoir & examiner les Conceffions & renouvellemens
de Baux & Fermes qui ont été faits au préjudice
de la Chambre & du Peuple , de méme que
les remifes de dettes en tout ou en partie ,
exemptions , les graces & les privileges onereux
accordez fous le dernier Pontificat , ordonnant
fingulierement à tours les Officiers de cette
Chambre qui ont obtenu pour eux quelques unes
de ces remifes , graces ou Privileges , de comparoître
devant cette Congrégation & d'y rendre
compte de leur conduite.
les
Le bruit court que M. Firrao , Nonce à Lif
bonne , fera rappellé , que M. Bichi retournera
Nonce à fa place , & que quelque temps après il
fera fait Cardinal,
Le Pape a ordonné à un de fes Valets de Chambre
qui le fervoit depuis quatre ans , de fe retirer
, parce que , contre la deffenfe , il avoit ofé
lui demander une Place de Cuiraflier , pour laquelle
on lui avoit promis une récompenfe.
Le Roi de Sardaigne a donné la riche Abbaye
de Staffarde , au Cardinal Alexandre Albani , qui
depuis peu eft Protecteur des Affaires de la ŝavoye
& du Piémont,
Le Procureur General de la Religion de Malte ,
s'étant oppofé par un Acte Juridique à la Prife
de Poffeffion que le Cardinal Cibo fit fur la fin
du mois dernier , du Grand - Prieuré de Rome
on ne doute pas qu'il n'y ait un grand Procès
fur cette affaire.
On a appris depuis que le Pape voulant éviter
toute
SEPTEMBRE . 1730. 2069
toute conteftation avec le Grand- Maître de Malthe
, au fujet du Prieuré de cette Ville , qu'il a
donné au Cardinal Cibo , a réfolu de déroger à
› fa nomination , à l'exemple de Pie V. & de créer
une Congrégation particuliere pour examiner
cette affaire.
On a reçû avis de Sicile , qu'une Compagnie
de Soldats Allemands étant allée par ordre du
Vice- Roi au Château de Palerme pour s'y mettre
en garnifon , les Bourgeois qui jufqu'alors avoient
monté la Garde dans ce Château , avoient refufé
de leur en ouvrir les portes ; que quelques Soldats
ayant tiré , les autres Habitans de la Ville avoient
pris les armes , & que le defordre avoit été
très - grand .
en
On a appris de Milan , que le Comte Flavius
Rezzonico & le Marquis Jules Brivio , s'y étoient
battus en duel hors de la porte Orientale ,
prefence des Marquis Fiorenza & Novari , qu'ils
avoient choifis pour leurs Parains , & que le premier
avoit été tué d'un coup d'épée dans la cuiffe
qui lui avoit coupé l'Artere.
>
On a appris auffi que le Tremblement de terre
qu'on reffentit il y a quelque temps à Milan
avoit été plus confiderable à Lufignano , où il
avoit fait tomber la Chapelle de N. Dame du
Mont fur le Varefe , & quelques Maiſons des
environs.
On mande de Genes , que M. Venerofo ,
que le Sénat avoit envoyé dans l'Ile de Corfe
avec des pouvoirs de la République pour traiter
avec les Rebelles de cette Ifle , s'étoit rendu à
leur Camp pour leur faire une derniere exhortation
; mais Pompiliani , leur Chef, lui rép ● udit
que la Nation Corfe voyoit avec douleur qu'une
perfonne auffi diftinguée que lui , voulut s'employer
dans cette affaire , qu'ils reſpectoient tous
H La
2070 MERCURE DE FRANCE
droiture & fon équité ; qu'ils n'oublieroient jamais
fon Gouvernement comme étant digne des
plus grands éloges ; que fa douceur & fa moderation
lui avoient acquis avec juftice le titre glorieux
de Pere de la Patrie , & qu'ils conferveroient
toute leur vie le fouvenir des bienfaits
qu'ils avoient reçûs de fa generofité ; qu'ils l'exhortoient
de prendre leur parti , de proteger un
peuple opprimé qu'on traite de Rebelles , parce
qu'il deffend fa liberté & fes Privileges ; & que fi
le feul interêt l'obligeoit de retourner à Genes
pour la confervation de fes biens , ils lui offroient
Ja Dignité Royale avec une foumiſſion & une
obéiffance aveugle pour les ordres , s'il acceptoir
Je Gouvernement,
?
Les Magiftrats de la Baftia , Ville Capitale de
de l'Ifle , ayant envoyé des Commiſſaires du côté
de la Partie Méridionale de l'Ile pour lever les
contributions annuelles , ils furent furpris par un
Détachement des Rebelles qui les menerent à leur
Camp. Pompiliani leur demanda leurs pouvoirs ;
& après les avoir lus publiquement , il les fit déchirer
avec mépris.
La République ne pouvant réduire ces Rebelles
fans faire de grandes dépenfes , a été obligée de
demander des contributions extraordinaires à fes
Sujets.
Ón vient d'apprendre que fur l'avis donné au
Sénat , que les Rebelles avoient inveſti Ajaccio ,
on a fait partir de Genes trois Barques chargées
de Munitions de guerre , avec 200. Şoldats pour
faire entrer dans la Place , & on apprend en dernier
lieu , qu'il eft arrivé à Genes des Députez de
divers endroits de l'Ifle de Corfe , qui travaillent
depuis quelques jours avec les Commiffaires nommez
par le Sénat , à chercher les moyens de faire
finir les troubles de cette Iſle,
E 6. Août , le Cardinal Cofcia fit élever fur
la porte de fon Palais les Armes de l'Empereur
& de la Couronne de Boheme , & l'après
midi il reçut la vifite des Cardinaux Allemans qui
font à Rome.
Le 14. le Pape tint un Confiftoire fecret , dans
lequel le Cardinal Ottoboni , Protecteur des affaires
de France , propofa l'Evêché de la Rochelle
pour l'Abbé de Menou de Charnifay , & celui
de Limoges pour l'Abbé de l'Iſle du Gaft. Le Cardinal
de Biffy remit fon Titre de fainte Quirice
& de fainte Julie, & opta celui de S. Bernard aux
Termes
3
SEPTEMBRE. 1730. 2067
Termes. A la fin du Conſiſtoire , le Papé déclara
qu'il avoit fait un Cardinal , mais qu'il le réſervoit
in petto .
L'Abbé Lanti eft prêt à partir pour aller en
France porter au Dauphin les Langes dont S. S.
fit la benediction le 27. de l'autre mois.
L'Abbé Ballarini , Lecteur en Théologie au
College de la Sapience , & en grande réputation
pour fa profonde doctrine , a ant demandé à la
Congrégation de Propaganda fide , la permiffion
d'a ler prêcher l'Evangile dans l'Orient , a été
nommé depuis peu Suffragant du Patriarche de
Conftantinople .
de-
Il s'eft tenu le 7. Août une Congrégation d'Etat
, dans laquelle on a examiné les Memoires
préfentez par les Fermiers du Savon , pour
mander qu'on leur faffe rendre les Preſens particuliers
qu'ils ont faits à diverfes perfonnes dans
le temps de l'Adjudication de cette Ferme , dont
les droits ont été fupprimez depuis peu.
On affure que le Pape a offert fa médiation
pour terminer les differens de l'Empereur avec le
Roi d'Efpagne , & on prétend qu'en cas qu'el
le foit acceptée , S. S. enverra des Nonces Extraordinaires
à Vienne , à la Cour de France &
en Elpagne.
Le Chevalier de S. George étant allé au Quirinal
, le Pape l'y reçut avec de grands témoignages
d'affection , & S. S. lui fit préſent d'une
Cédule de 10000. écus payables à vue par le Tréforier
de la Chambre Apoftolique .
Ce même jour après midi , l'Ambaffadeur de la
République de Venife eut Audience particuliere
du Pape , dans laquelle il lui fit part que les deux
Neveux de S. S. avoient été infcrits fur le Livre
d'or , & que le Prince Don Barthelemi Corfini
ayoit été élu Procurateur de S. Marc , avec rang
de Chevalier de l'Etoille d'Or
Par
5.
2068 MERCURE DE FRANCE
na ,
Par un Decret datté du 12. Août , le Pape a
établi une Congrégation particuliere , compofée
des Cardinaux Camerlingue , Imperiali , Colligola,
du Marquis Neri Corfini , de M. Sacripante,
Tréforier General de Mrs Rieci , Palaggi & La
& du Procureur Fifcal de la Chambre , pour
revoir & examiner les Conceffions & renouvellemens
de Baux & Fermes qui ont été faits au préjudice
de la Chambre & du Peuple , de méme que
les remifes de dettes en tout ou en partie ,
exemptions , les graces & les privileges onereux
accordez fous le dernier Pontificat , ordonnant
fingulierement à tours les Officiers de cette
Chambre qui ont obtenu pour eux quelques unes
de ces remifes , graces ou Privileges , de comparoître
devant cette Congrégation & d'y rendre
compte de leur conduite.
les
Le bruit court que M. Firrao , Nonce à Lif
bonne , fera rappellé , que M. Bichi retournera
Nonce à fa place , & que quelque temps après il
fera fait Cardinal,
Le Pape a ordonné à un de fes Valets de Chambre
qui le fervoit depuis quatre ans , de fe retirer
, parce que , contre la deffenfe , il avoit ofé
lui demander une Place de Cuiraflier , pour laquelle
on lui avoit promis une récompenfe.
Le Roi de Sardaigne a donné la riche Abbaye
de Staffarde , au Cardinal Alexandre Albani , qui
depuis peu eft Protecteur des Affaires de la ŝavoye
& du Piémont,
Le Procureur General de la Religion de Malte ,
s'étant oppofé par un Acte Juridique à la Prife
de Poffeffion que le Cardinal Cibo fit fur la fin
du mois dernier , du Grand - Prieuré de Rome
on ne doute pas qu'il n'y ait un grand Procès
fur cette affaire.
On a appris depuis que le Pape voulant éviter
toute
SEPTEMBRE . 1730. 2069
toute conteftation avec le Grand- Maître de Malthe
, au fujet du Prieuré de cette Ville , qu'il a
donné au Cardinal Cibo , a réfolu de déroger à
› fa nomination , à l'exemple de Pie V. & de créer
une Congrégation particuliere pour examiner
cette affaire.
On a reçû avis de Sicile , qu'une Compagnie
de Soldats Allemands étant allée par ordre du
Vice- Roi au Château de Palerme pour s'y mettre
en garnifon , les Bourgeois qui jufqu'alors avoient
monté la Garde dans ce Château , avoient refufé
de leur en ouvrir les portes ; que quelques Soldats
ayant tiré , les autres Habitans de la Ville avoient
pris les armes , & que le defordre avoit été
très - grand .
en
On a appris de Milan , que le Comte Flavius
Rezzonico & le Marquis Jules Brivio , s'y étoient
battus en duel hors de la porte Orientale ,
prefence des Marquis Fiorenza & Novari , qu'ils
avoient choifis pour leurs Parains , & que le premier
avoit été tué d'un coup d'épée dans la cuiffe
qui lui avoit coupé l'Artere.
>
On a appris auffi que le Tremblement de terre
qu'on reffentit il y a quelque temps à Milan
avoit été plus confiderable à Lufignano , où il
avoit fait tomber la Chapelle de N. Dame du
Mont fur le Varefe , & quelques Maiſons des
environs.
On mande de Genes , que M. Venerofo ,
que le Sénat avoit envoyé dans l'Ile de Corfe
avec des pouvoirs de la République pour traiter
avec les Rebelles de cette Ifle , s'étoit rendu à
leur Camp pour leur faire une derniere exhortation
; mais Pompiliani , leur Chef, lui rép ● udit
que la Nation Corfe voyoit avec douleur qu'une
perfonne auffi diftinguée que lui , voulut s'employer
dans cette affaire , qu'ils reſpectoient tous
H La
2070 MERCURE DE FRANCE
droiture & fon équité ; qu'ils n'oublieroient jamais
fon Gouvernement comme étant digne des
plus grands éloges ; que fa douceur & fa moderation
lui avoient acquis avec juftice le titre glorieux
de Pere de la Patrie , & qu'ils conferveroient
toute leur vie le fouvenir des bienfaits
qu'ils avoient reçûs de fa generofité ; qu'ils l'exhortoient
de prendre leur parti , de proteger un
peuple opprimé qu'on traite de Rebelles , parce
qu'il deffend fa liberté & fes Privileges ; & que fi
le feul interêt l'obligeoit de retourner à Genes
pour la confervation de fes biens , ils lui offroient
Ja Dignité Royale avec une foumiſſion & une
obéiffance aveugle pour les ordres , s'il acceptoir
Je Gouvernement,
?
Les Magiftrats de la Baftia , Ville Capitale de
de l'Ifle , ayant envoyé des Commiſſaires du côté
de la Partie Méridionale de l'Ile pour lever les
contributions annuelles , ils furent furpris par un
Détachement des Rebelles qui les menerent à leur
Camp. Pompiliani leur demanda leurs pouvoirs ;
& après les avoir lus publiquement , il les fit déchirer
avec mépris.
La République ne pouvant réduire ces Rebelles
fans faire de grandes dépenfes , a été obligée de
demander des contributions extraordinaires à fes
Sujets.
Ón vient d'apprendre que fur l'avis donné au
Sénat , que les Rebelles avoient inveſti Ajaccio ,
on a fait partir de Genes trois Barques chargées
de Munitions de guerre , avec 200. Şoldats pour
faire entrer dans la Place , & on apprend en dernier
lieu , qu'il eft arrivé à Genes des Députez de
divers endroits de l'Ifle de Corfe , qui travaillent
depuis quelques jours avec les Commiffaires nommez
par le Sénat , à chercher les moyens de faire
finir les troubles de cette Iſle,
Fermer
Résumé : ITALIE.
En août 1730, le Cardinal Cofcia afficha les armes de l'Empereur et de la Couronne de Bohême sur la porte de son palais et reçut les cardinaux allemands à Rome. Le 14 août, le pape tint un consistoire secret où le Cardinal Ottoboni proposa les évêchés de La Rochelle et de Limoges pour les abbés de Menou de Charnisfay et de l'Isle du Gast. Le Cardinal de Bissy remit ses titres de saintes Quirice et Julie et opta pour celui de saint Bernard aux Terme. En septembre, le pape annonça la création d'un nouveau cardinal, qu'il réserva in petto. L'abbé Lanti se préparait à partir pour la France afin de porter au Dauphin les langes bénis par le pape. L'abbé Ballarini, réputé pour sa doctrine, fut nommé suffragant du patriarche de Constantinople après avoir demandé la permission de prêcher l'Évangile en Orient. Le 7 août, une congrégation d'État examina les mémoires des fermiers du savon, demandant la restitution des présents faits lors de l'adjudication de cette ferme. Le pape offrit sa médiation pour résoudre les différends entre l'Empereur et le roi d'Espagne, et envisagea d'envoyer des nonces extraordinaires à Vienne, en France et en Espagne. Le pape reçut le Chevalier de Saint-George avec affection et lui offrit une cédule de 10 000 écus. L'ambassadeur de Venise informa le pape de l'inscription de ses neveux sur le Livre d'or et de l'élection de Don Barthelemi Corsini comme procurateur de Saint-Marc. Par décret du 12 août, le pape établit une congrégation pour examiner les concessions et renouvellements de baux et fermes faits au préjudice de la Chambre et du peuple. Des rumeurs circulaient sur le rappel du nonce à Lisbonne et la nomination de M. Bichi comme cardinal. Le pape ordonna à un valet de chambre de se retirer pour avoir demandé une place de cuirassier. Le roi de Sardaigne attribua l'abbaye de Staffarde au Cardinal Albani, protecteur des affaires savoyardes et piémontaises. Un conflit juridique opposa le procureur général de Malte au Cardinal Cibo concernant le Grand-Prieuré de Rome, et le pape décida de déroger à cette nomination. En Sicile, des soldats allemands envoyés au château de Palerme rencontrèrent la résistance des bourgeois. À Milan, un duel entre le Comte Rezzonico et le Marquis Brivio se solda par la mort du premier. Un tremblement de terre à Lussignano causa des dégâts. À Gênes, M. Veneroso tenta de négocier avec les rebelles de Corse, mais ceux-ci refusèrent, respectant sa droiture mais rejetant son offre. Les magistrats de la Bastia furent capturés par les rebelles lors de la levée des contributions. La République de Gênes demanda des contributions extraordinaires à ses sujets pour réduire les rebelles corses. Des troupes et des munitions furent envoyées à Ajaccio pour renforcer la place.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
696
p. [2115]-2116
AU ROY, SONNET.
Début :
A Son Char Autrefois, enchaînant la Victoire, [...]
Mots clefs :
Louis XIV, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY, SONNET.
AURO Y ,
SONNET.
Son Char autrefois , enchaînant la
Victoire ,
LOUIS , la foudre en main , a fcu
fes hauts faits , par
Forcer fes Ennemis à recevoir la paix ;
Triomphe qu'à jamais confacre la mémoire.
Louis XIV.
A ij Jeune
2116 MERCURE DE FRANCE
Jeune & fage héritier de fon Nom , de fa
gloire ,
Prince , fur qui le Ciel épuifa fes bienfaits ,
L'Europe entiere acorde à tes voeux fatisfaits
Un triomple plus doux , plus difficile à croire.
Digne arbitre des droits des plus grands Potentats
?
Grand Roy , pour rendre enfin le calme à leurs
Etats ,
Ce n'eft plus que fur toi que leur eſpoir fe fonde
La Difcorde aux abois fous tes coups va périr .
'Achéve , heureux LOUIS , donne la paix au
Monde ,
L'effort en eft plus grand que de le conquérir.
Par M. l'Abbé LE BLAN C.
SONNET.
Son Char autrefois , enchaînant la
Victoire ,
LOUIS , la foudre en main , a fcu
fes hauts faits , par
Forcer fes Ennemis à recevoir la paix ;
Triomphe qu'à jamais confacre la mémoire.
Louis XIV.
A ij Jeune
2116 MERCURE DE FRANCE
Jeune & fage héritier de fon Nom , de fa
gloire ,
Prince , fur qui le Ciel épuifa fes bienfaits ,
L'Europe entiere acorde à tes voeux fatisfaits
Un triomple plus doux , plus difficile à croire.
Digne arbitre des droits des plus grands Potentats
?
Grand Roy , pour rendre enfin le calme à leurs
Etats ,
Ce n'eft plus que fur toi que leur eſpoir fe fonde
La Difcorde aux abois fous tes coups va périr .
'Achéve , heureux LOUIS , donne la paix au
Monde ,
L'effort en eft plus grand que de le conquérir.
Par M. l'Abbé LE BLAN C.
Fermer
Résumé : AU ROY, SONNET.
Le sonnet de l'Abbé Le Blanc célèbre Louis XIV et son fils, le Grand Dauphin. Louis XIV est comparé à Jupiter, imposant la paix par ses exploits militaires. Le Dauphin est loué pour sa sagesse et ses succès pacifiques, acclamés en Europe. Il est présenté comme un arbitre capable de rétablir la paix. Le sonnet se conclut par un appel à Louis XIV pour achever son œuvre en apportant la paix au monde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
697
p. 2279-2280
DE TURQUIE, PERSE, ET AFRIQUE.
Début :
On écrit de Constantinople, qu'il avoit été résolu de payer aux Troupes du G. S. les [...]
Mots clefs :
Troupes, Constantinople, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE TURQUIE, PERSE, ET AFRIQUE.
DE TURQUIE , PERSE ,
ET AFRIQUE.
}
>
N écrit de Conftantinople , qu'il avoit été
réfolu de payer aux Troupes du G. S. les
trois mois échus de leur folde , de leur en avancer
trois autres , & de leur donner 1500 Rifdales
de gratification par Compagnie , pour les mettre
en état d'entrer en campagne. Que le 27. de
Juillet dernier , toutes les Troupes qui étoient
à Conftantinople , avoient reçu ordre de fe rendre
au Camp, qui avoit été tracé près de la Ville'
où l'on avoit envoyé les gros Bagages . Que toutes
ces Troupes avoient défilé vers les neuf heures du
matin , ayant à leur tête un Mufti , qui portoit
રે
l'Etendart verd de Mahomet ; que ce Mufti
étoit fuivi d'un Char , tiré par fix Chevaux ,
magnifiquement harnachez,& fur lequel on avoit
mis l'Alcoran . Que le G.S. accompagné des Princes
fes Fils, armez d'Arcs & de Fléches, & efcorté
de 300 Gardes , marchoit après l'Alcoran, étant
fuivi du G. Viz. de plufieurs Pachas , & des Prin
cipaux Officiers de l'Armée , que S. H. devoit
demeurer dans ce Camp , juſqu'à ce que les autres
2280 MERCURE DE FRANCE
tres Troupes qu'on attendoit de diverfes Provinces
fuiffent arrivées , & qu'Elle reviendroit au Sérail
auffi - tôt qu'Elle auroit vû partir cette Armée,
qu'Elle envoye contre le nouveau Roy de Perſe.
Les dernieres Lettres de Conftantinople portent
que le G. S. avoit fait déclarer la Guerre au
nouveau Roy de Perfe , & que l'Armée de S. H.
qui fera de près de 200 mille hommes , devoit
être commandée par le Prince , fon Fils aîné.
du
On a appris de Ternan , que le Roy de Maroc,
Muley Abdalah , avoit fait exécuter à mort plufieurs
Pachas & autres principaux Maures ,
parti de fon frere , ce qui lui a procuré des fommes
confidérables , ayant fait confifquer tous les
effets qui appartenoient à ces coupables .
ET AFRIQUE.
}
>
N écrit de Conftantinople , qu'il avoit été
réfolu de payer aux Troupes du G. S. les
trois mois échus de leur folde , de leur en avancer
trois autres , & de leur donner 1500 Rifdales
de gratification par Compagnie , pour les mettre
en état d'entrer en campagne. Que le 27. de
Juillet dernier , toutes les Troupes qui étoient
à Conftantinople , avoient reçu ordre de fe rendre
au Camp, qui avoit été tracé près de la Ville'
où l'on avoit envoyé les gros Bagages . Que toutes
ces Troupes avoient défilé vers les neuf heures du
matin , ayant à leur tête un Mufti , qui portoit
રે
l'Etendart verd de Mahomet ; que ce Mufti
étoit fuivi d'un Char , tiré par fix Chevaux ,
magnifiquement harnachez,& fur lequel on avoit
mis l'Alcoran . Que le G.S. accompagné des Princes
fes Fils, armez d'Arcs & de Fléches, & efcorté
de 300 Gardes , marchoit après l'Alcoran, étant
fuivi du G. Viz. de plufieurs Pachas , & des Prin
cipaux Officiers de l'Armée , que S. H. devoit
demeurer dans ce Camp , juſqu'à ce que les autres
2280 MERCURE DE FRANCE
tres Troupes qu'on attendoit de diverfes Provinces
fuiffent arrivées , & qu'Elle reviendroit au Sérail
auffi - tôt qu'Elle auroit vû partir cette Armée,
qu'Elle envoye contre le nouveau Roy de Perſe.
Les dernieres Lettres de Conftantinople portent
que le G. S. avoit fait déclarer la Guerre au
nouveau Roy de Perfe , & que l'Armée de S. H.
qui fera de près de 200 mille hommes , devoit
être commandée par le Prince , fon Fils aîné.
du
On a appris de Ternan , que le Roy de Maroc,
Muley Abdalah , avoit fait exécuter à mort plufieurs
Pachas & autres principaux Maures ,
parti de fon frere , ce qui lui a procuré des fommes
confidérables , ayant fait confifquer tous les
effets qui appartenoient à ces coupables .
Fermer
Résumé : DE TURQUIE, PERSE, ET AFRIQUE.
Le texte décrit des préparatifs militaires et politiques en Turquie, en Perse et en Afrique. À Constantinople, les troupes ont reçu trois mois de solde échus, trois mois d'avance et une gratification de 1500 rixdales par compagnie. Le 27 juillet, les troupes ont défilé vers un camp près de la ville, menées par un mufti portant l'étendard vert de Mahomet et suivies d'un char transportant l'Alcoran. Le Grand Seigneur, accompagné de ses fils et de 300 gardes, a suivi l'Alcoran, accompagné du Grand Vizir et de plusieurs pachas. Il devait rester au camp jusqu'à l'arrivée des troupes des provinces avant de revenir au sérail après le départ de l'armée envoyée contre le nouveau roi de Perse. La guerre a été déclarée au roi de Perse, et l'armée, composée de près de 200 000 hommes, serait commandée par le prince, fils aîné du Grand Seigneur. Par ailleurs, à Ternan, le roi du Maroc, Muley Abdallah, a fait exécuter plusieurs pachas et partisans de son frère pour confisquer leurs biens et s'approprier des sommes considérables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
698
p. 2280-2282
RUSSIE.
Début :
Les Troupes que le Roy de Perse fait marcher vers Tauris, dont il veut faire le Siége, faisant [...]
Mots clefs :
Tsarine, Moscou, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE
Es . Troupes que le Roy de Perfe fait marcher
vers Tauris , dont il veut faire le Siége , faifant
craindre que s'il prend cette Place , il ne fe
détermine à venir affiéger celles que le feu Czar
Pierre I. a conquife vers la Mer Cafpienne ; la
Czarine a pris la réfolution d'augmenter tous les
Regimens d'une Compagnie , & de lever encore
un Corps de 20000 hommes de nouvelles Troupes
, pour remplacer celles qu'on envoye fur les
Frontieres de Perfe , fous le commandement du
General Wicbach , qui partira avec le Baron de
Schaffirof , cy - devant Vice - Chancelier , qu'on a
nommé pour l'accompagner , & pour l'aider de
fes confeils en cas qu'on trouve une occafion favorable
pour renouveller les anciens Traitez .
Un Officier dépêché de Derbent par M.Roman- ·
zoff, Gouverneur General des Pays conquis fur
la Perfe , a rapporté que le Roy de Perfe avoit
raflemblé toutes fes Troupes pour en compofer
OCTOBRE . 1730 . 2231
un Corps d'Armée , avec lequel il puiffe être en
état de livrer le Combat à l'Armée du G.S. ayant
réfolu de rifquer une Bataille , pour être enfuite
paifible poffeffeur du Trône de fes Ancêtres.
On attend à Mofcou un Ambaffadeur du Gr.
Mogol , audevant duquel la Czarine a envoyé
un détachement de 50 Cavaliers , pour l'eſcorter
depuis Tobolskoy jufqu'à Moscou.
On a tranfporté à Mofcou la belle Bibliothe
que du Pr. Dolhoruski ; tous les autres effets
ont été vendus à l'enchere , & les deniers de la
vente remis entre les mains de la Czarine. A l'égard
de la Princeffe Dolhoruski, qui a eu l'honneur
d'être fiancée au feu Czar , on continué de
lui payer regulierement fa penfion annuelle de
12000 Roubles , mais elle n'a pas la liberté de fortir
du Monaftere où elle s'eft retirée.
Il eft arrivé par le Wolga , des matieres d'argent,
de cuivre & d'autres métaux , qui proviennent
des Mines découvertes en Siberie , fous lo
Regne du Czar Pierre I. dont le Gouverneur de
Tobolskoy a la direction generale. La valeur de
ce premier envoi furpaffe de cent pour cent la dépenfe
qu'on a faite depuis près de trois ans, pour
mettre ces Mines en valeur.
Le Prince de Portugal partit de Mofcou pour
retourner en Allemagne le 17 Aouft, après avoir
pris congé de la Czarine , qui lui a fait prefent
d'une Epée d'or , enrichie de diamans , & d'une
Robe à la Moscovite , doublée de Martre Zibeline.
Ce Prince a donné differens Bijoux aux
Gentilshommes de Sa Majefté Czarienne
qui l'ont accompagné pendant fon féjour en
cette Cour. M. Bahr , Chambellan de la Czarine
, & Meff. Freyden & Purchkin , Gentilhommes
de la Chambre de S.M. Czarine ont été
choifis par Elle , pour le conduire à Petersbourg
D
H &
2282 MERCURE DE FRANCE
& à Mittau , avec ordre de le deffrayer jufqu'à
cette derniere Ville , & pour lui faire rendre les
honncurs dûs à un Prince de fon rang.
Es . Troupes que le Roy de Perfe fait marcher
vers Tauris , dont il veut faire le Siége , faifant
craindre que s'il prend cette Place , il ne fe
détermine à venir affiéger celles que le feu Czar
Pierre I. a conquife vers la Mer Cafpienne ; la
Czarine a pris la réfolution d'augmenter tous les
Regimens d'une Compagnie , & de lever encore
un Corps de 20000 hommes de nouvelles Troupes
, pour remplacer celles qu'on envoye fur les
Frontieres de Perfe , fous le commandement du
General Wicbach , qui partira avec le Baron de
Schaffirof , cy - devant Vice - Chancelier , qu'on a
nommé pour l'accompagner , & pour l'aider de
fes confeils en cas qu'on trouve une occafion favorable
pour renouveller les anciens Traitez .
Un Officier dépêché de Derbent par M.Roman- ·
zoff, Gouverneur General des Pays conquis fur
la Perfe , a rapporté que le Roy de Perfe avoit
raflemblé toutes fes Troupes pour en compofer
OCTOBRE . 1730 . 2231
un Corps d'Armée , avec lequel il puiffe être en
état de livrer le Combat à l'Armée du G.S. ayant
réfolu de rifquer une Bataille , pour être enfuite
paifible poffeffeur du Trône de fes Ancêtres.
On attend à Mofcou un Ambaffadeur du Gr.
Mogol , audevant duquel la Czarine a envoyé
un détachement de 50 Cavaliers , pour l'eſcorter
depuis Tobolskoy jufqu'à Moscou.
On a tranfporté à Mofcou la belle Bibliothe
que du Pr. Dolhoruski ; tous les autres effets
ont été vendus à l'enchere , & les deniers de la
vente remis entre les mains de la Czarine. A l'égard
de la Princeffe Dolhoruski, qui a eu l'honneur
d'être fiancée au feu Czar , on continué de
lui payer regulierement fa penfion annuelle de
12000 Roubles , mais elle n'a pas la liberté de fortir
du Monaftere où elle s'eft retirée.
Il eft arrivé par le Wolga , des matieres d'argent,
de cuivre & d'autres métaux , qui proviennent
des Mines découvertes en Siberie , fous lo
Regne du Czar Pierre I. dont le Gouverneur de
Tobolskoy a la direction generale. La valeur de
ce premier envoi furpaffe de cent pour cent la dépenfe
qu'on a faite depuis près de trois ans, pour
mettre ces Mines en valeur.
Le Prince de Portugal partit de Mofcou pour
retourner en Allemagne le 17 Aouft, après avoir
pris congé de la Czarine , qui lui a fait prefent
d'une Epée d'or , enrichie de diamans , & d'une
Robe à la Moscovite , doublée de Martre Zibeline.
Ce Prince a donné differens Bijoux aux
Gentilshommes de Sa Majefté Czarienne
qui l'ont accompagné pendant fon féjour en
cette Cour. M. Bahr , Chambellan de la Czarine
, & Meff. Freyden & Purchkin , Gentilhommes
de la Chambre de S.M. Czarine ont été
choifis par Elle , pour le conduire à Petersbourg
D
H &
2282 MERCURE DE FRANCE
& à Mittau , avec ordre de le deffrayer jufqu'à
cette derniere Ville , & pour lui faire rendre les
honncurs dûs à un Prince de fon rang.
Fermer
Résumé : RUSSIE.
En octobre 1730, la Russie se prépare à renforcer ses défenses face à une menace perse. Le roi de Perse mobilise ses troupes vers Tauris, inquiétant la Russie qui craint pour ses places sur la mer Caspienne conquises par le czar Pierre I. En réponse, la czarine augmente chaque régiment d'une compagnie et lève 20 000 nouvelles troupes sous le commandement du général Wicbach et du baron de Schaffirof, envoyées aux frontières perses. Le gouverneur général des pays conquis, M. Romanzoff, signale que le roi de Perse rassemble une armée pour affronter les Russes. À Moscou, on attend l'ambassadeur du Grand Mogol escorté par 50 cavaliers. La bibliothèque du prince Dolhoruski est transportée à Moscou, tandis que ses autres biens sont vendus. La princesse Dolhoruski, fiancée au défunt czar, reçoit une pension annuelle de 12 000 roubles mais vit recluse dans un monastère. Des matières précieuses découvertes en Sibérie sont envoyées à Moscou, leur valeur dépassant les dépenses des trois dernières années. Le prince de Portugal quitte Moscou le 17 août, escorté par M. Bahr, Freyden et Purchkin, après avoir reçu des cadeaux de la czarine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
699
p. 2284-2288
ITALIE.
Début :
Les Cardinaux Petra, Lambertini; Corradini & Falconnieri, ont été nommez par le [...]
Mots clefs :
Cardinal, Pape, Hommes, Duc, Rome, Troupes impériales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Es Cardinaux Petra , Lambertini ; 'Corradini
& Falconnieri , ont été nomméz par le
Pape pour examiner en Congrégation les droits
du S. Siege & ceux du Grand Maître de Malte
fur le Patronage du Grand Prieuré de cette Ville
afin de terminer à l'amiable les differends qui
pourroient naître à cette occafion ,
Le 27 Août , le Pape fit la cérémonie de bénir
dans la Chapelle du Palais du Quirinal lesLanges
deftinez pour le Dauphin & qui doivent être
portez en France par l'Abbé Lanti , Camerier
d'honneur de Sa Sainteté , lequel partit de Rome
les Septembre pour Civita- Vechia , avec fon
neveu , le fils du Comte Soderini & plufieurs
autres Gentils-hommes Romains , pour s'embarquer
fur les Galeres du Pape, qui doivent le conduire
à Marſeille.
Le 3. Septembre au matin , le Sacriftain de
' Eglife dell'Anima de la nation Allemande ; fut
attaqué & maltraité pendant qu'il difoit la Meffe
OCTOBRE. 1730. 2285
par un Pelerin Allemand , fous prétexte qu'il
avoit fait retrancher une partie de l'aumône qu'on
lui faifoit tous les jours . Ĉe Pelerin fut arrêré &
conduit en prifon , & le 5. l'Eglife fut rebenite
par M. Baccari , Evêque de Boyano.
Le 6. le Cardinal Cibo fit préfent au Pape d'un
Calice & d'une Patene d'or enrichis de Pierreies
, qu'on eftime 13000 écus : quelques jours
après le Cardinal Cienfuegos envoya au marquis
Neri Corfini le ſervice d'or dont le comte de
Colalto lui a fait préfent , le priant de l'offrir
au Pape de la part de ce Cardinal & de l'engager
à l'accepter.
Le11. après un Confiftoire fecret , Sa Sainteté
fit publier la Bulle du Jubilé univerfel , accordé
à l'occafion de fon Elevation au Pontificat , l'ouverture
s'en fit à Rome le 17. par une Proceffion
folemnelle qui alla de l'Eglife de N. D. des Anges
, où le Pape avoit celebré la Meffe , à celle
de S. Jean de Latran . Les Cardinaux au nombre
de 32. les Archevêques , les Evêques , le Sénat
Romain , le Connêtable Colonne , l'Ambaffadeur
de la ville de Bologne , le Clergé féculier & régulier
& la principale Nobleffe, affifterent à cette
Proceffion.
Dans ce Confiftoire du 11. Septembre, le Car
dinal Otthoboni, Protecteur des affaires de France ,
Propofa l'Evêché de Digne pour le Pere Antoine-
Amable Feydeau, General de l'Ordre des Carmes
lequel fut lacré le 24. par le Cardinal de Polignac ;
affifté du Pere Fouquet,Evêque titulaire d'Eleute
ropolis , & par M. de la Baume, Evêque titulaire
d'Halicarnaffe.
On a appris en dernier lieu , que le 2 de ce mois
le Pape avoit tenu un Confiftoire , dans lequel Sa
Sainteté avoit fait Cardinaux M.GrimaldiGenois,
Archevêque d'Edeffe ; Nonce ordinaire à Vienne ,
Hij M.
2286 MERCURE DE FRANCE
M. Banther Mafcei , de Montepulciano , Arche
vêque d'Athênes , ci- devant Nonce ordinaire en
France , M. Alexandre Aldobrandini , Florentin ,
Archevêque de Rhodes ,Nonce ordinaire en Efpagne
& l'Abbé Barthelemi Rufpoli , fils du Prince
de ce nom , & Secretaire de la Congrégation
de Propaganda Fide.
On affure que le Pape a fait expedier des Lettres
circulaires à tous les Evêques qui ont été élevez
à cette Dignité par le feu Pape Benoît XIII .
avec ordre de fe rendre à Rome dans deux mois
pour rendre compte de la maniere qu'ils ont ob
genu leurs Evêchez.
Le nouveau Vicaire Apoftolique que le Pape
a nommé pour gouverner le Diocele de Benevent
eft parti pour s'y rendre avec un Receveur , auffi
nommé par Sa Sainteté pour recevoir les revenus
de cet Archevêché.
On apprend de Benevent que le 14. du mois
dernier M. Bondelmonte , Commiffaire Apoftolique
, avoit fait convoquer le Chapitre de
PEglife Metropolitaine ; qu'en vertu du Bref du
Pape dont il avoit fait la lecture , il avoit inſtalé
M. de Nicaftro , en qualité de Vicaire Apoftolique
, & que ce choix avoit été univerfellement
approuvé.
Le Pape ayant fait infinuer au Cardinal Cofcia,
qu'il devoit donner fa démiffion pure & fimple
' de fon Archevêché de Benevent , & ce Cardinal
ayant demandé confeil depuis au Cardinal Falconieri
, on croit qu'il fe déterminera à donner
cette fatisfaction à Sa Sainteté.
1 Le 15. Le Chevalier de S. George accompagné
de fes deux fils , alla au Palais du Quirinal , où
il cut une longue Audience du Pape qui fit préfent
à chacun de fes fils d'un très-beau Reliquaire
d'or , orné de diamans & de rubis.
Le
OCTOBRE. 1730. 2287
Le Pape a fait au Comte de Collato , Ambaffadeur
de L'Empereur , le préfent ordinaire d'un
Corps faint & quelques autres Reliques de dévotion
, & d'un Tableau du fameux Peintre
Penelli.
Il y a une fi grande quantité de Sauterelles
dans la campagne de Rome , que les biens de la
terre en ont fouffert confiderablement ; on a
tenu à ce fujet une Congrégation extraordinaire ,
dans laquelle il a été refolu d'ordonner des
Prieres publiques,
On a apris de Lunigiano que le 26 Aouft , la
premiere Colomne des Troupes imperiales qui
ont ordre de fe rendre en ce pays , dont une
partie eft poffedée par la République de Gênes ,
& l'autre par le Duc de Maſſa-di - Carrara, arriva
à Terra-Roffa. Elle eft compofée de 2500. hommes
d'Infanterie qui camperent dans la prairie
voifine , en préfence du General Comte de Staremberg
qui avoit fait tracer le Camp. Le 27
la feconde colonne auffi de 2500. hommes arriva
vers le foir ; mais la Prairie n'étant pas affez
grande pour contenir tant de monde" on en
détacha deux Bataillons pour les envoyer à Barbarafco
, Marquifat qui appartient au Prince
Don Barthelemi Corfini , neveu du Pape. La
troifiéme Colonne qu'on attend fera de sooo.
hommes d'Infanterie & de 1600. chevaux •
comme les Officiers Generaux qui font au Camp :
veulent être pourvus de tout ce qui leur eft neceffaire
, & que les vivres & particulierement lesfourages
ne font pas abondans , le pays eft fort
incommodé du féiour de ces Troupes
›
On prétend que le Grand Duc de Florence a
fait affurer le Miniftre de l'Empereur , qu'il ne
recevroit des Troupes Imperiales dans fes Etats ,
qu'en cas qu'il fut attaqué par les Espagnols , &
Hij que
2288 MERCURE DE FRANCE
que le Duc de Parme ayant refufé de traiter avec
le Comte Arconati , qui étoit allé le trouver de
part de S. M. I. le Gouverneur du Milanez
avoit refufé pareillement d'entrer en conference
au fujet des affaires préfentes avec le Marquis
Carali qui réfide à Milan , de la part du Duc de
la
Parme.
L
Par les Lettres d'Ajaccio dans l'Iſle de Corfe
on apprend que les rébelles avoient fait encore de
très grands dégats aux environs de cette ville ; qu'ils
en a oient arraché toutes les vignes & enlevé les
.beftiaux .
Es Cardinaux Petra , Lambertini ; 'Corradini
& Falconnieri , ont été nomméz par le
Pape pour examiner en Congrégation les droits
du S. Siege & ceux du Grand Maître de Malte
fur le Patronage du Grand Prieuré de cette Ville
afin de terminer à l'amiable les differends qui
pourroient naître à cette occafion ,
Le 27 Août , le Pape fit la cérémonie de bénir
dans la Chapelle du Palais du Quirinal lesLanges
deftinez pour le Dauphin & qui doivent être
portez en France par l'Abbé Lanti , Camerier
d'honneur de Sa Sainteté , lequel partit de Rome
les Septembre pour Civita- Vechia , avec fon
neveu , le fils du Comte Soderini & plufieurs
autres Gentils-hommes Romains , pour s'embarquer
fur les Galeres du Pape, qui doivent le conduire
à Marſeille.
Le 3. Septembre au matin , le Sacriftain de
' Eglife dell'Anima de la nation Allemande ; fut
attaqué & maltraité pendant qu'il difoit la Meffe
OCTOBRE. 1730. 2285
par un Pelerin Allemand , fous prétexte qu'il
avoit fait retrancher une partie de l'aumône qu'on
lui faifoit tous les jours . Ĉe Pelerin fut arrêré &
conduit en prifon , & le 5. l'Eglife fut rebenite
par M. Baccari , Evêque de Boyano.
Le 6. le Cardinal Cibo fit préfent au Pape d'un
Calice & d'une Patene d'or enrichis de Pierreies
, qu'on eftime 13000 écus : quelques jours
après le Cardinal Cienfuegos envoya au marquis
Neri Corfini le ſervice d'or dont le comte de
Colalto lui a fait préfent , le priant de l'offrir
au Pape de la part de ce Cardinal & de l'engager
à l'accepter.
Le11. après un Confiftoire fecret , Sa Sainteté
fit publier la Bulle du Jubilé univerfel , accordé
à l'occafion de fon Elevation au Pontificat , l'ouverture
s'en fit à Rome le 17. par une Proceffion
folemnelle qui alla de l'Eglife de N. D. des Anges
, où le Pape avoit celebré la Meffe , à celle
de S. Jean de Latran . Les Cardinaux au nombre
de 32. les Archevêques , les Evêques , le Sénat
Romain , le Connêtable Colonne , l'Ambaffadeur
de la ville de Bologne , le Clergé féculier & régulier
& la principale Nobleffe, affifterent à cette
Proceffion.
Dans ce Confiftoire du 11. Septembre, le Car
dinal Otthoboni, Protecteur des affaires de France ,
Propofa l'Evêché de Digne pour le Pere Antoine-
Amable Feydeau, General de l'Ordre des Carmes
lequel fut lacré le 24. par le Cardinal de Polignac ;
affifté du Pere Fouquet,Evêque titulaire d'Eleute
ropolis , & par M. de la Baume, Evêque titulaire
d'Halicarnaffe.
On a appris en dernier lieu , que le 2 de ce mois
le Pape avoit tenu un Confiftoire , dans lequel Sa
Sainteté avoit fait Cardinaux M.GrimaldiGenois,
Archevêque d'Edeffe ; Nonce ordinaire à Vienne ,
Hij M.
2286 MERCURE DE FRANCE
M. Banther Mafcei , de Montepulciano , Arche
vêque d'Athênes , ci- devant Nonce ordinaire en
France , M. Alexandre Aldobrandini , Florentin ,
Archevêque de Rhodes ,Nonce ordinaire en Efpagne
& l'Abbé Barthelemi Rufpoli , fils du Prince
de ce nom , & Secretaire de la Congrégation
de Propaganda Fide.
On affure que le Pape a fait expedier des Lettres
circulaires à tous les Evêques qui ont été élevez
à cette Dignité par le feu Pape Benoît XIII .
avec ordre de fe rendre à Rome dans deux mois
pour rendre compte de la maniere qu'ils ont ob
genu leurs Evêchez.
Le nouveau Vicaire Apoftolique que le Pape
a nommé pour gouverner le Diocele de Benevent
eft parti pour s'y rendre avec un Receveur , auffi
nommé par Sa Sainteté pour recevoir les revenus
de cet Archevêché.
On apprend de Benevent que le 14. du mois
dernier M. Bondelmonte , Commiffaire Apoftolique
, avoit fait convoquer le Chapitre de
PEglife Metropolitaine ; qu'en vertu du Bref du
Pape dont il avoit fait la lecture , il avoit inſtalé
M. de Nicaftro , en qualité de Vicaire Apoftolique
, & que ce choix avoit été univerfellement
approuvé.
Le Pape ayant fait infinuer au Cardinal Cofcia,
qu'il devoit donner fa démiffion pure & fimple
' de fon Archevêché de Benevent , & ce Cardinal
ayant demandé confeil depuis au Cardinal Falconieri
, on croit qu'il fe déterminera à donner
cette fatisfaction à Sa Sainteté.
1 Le 15. Le Chevalier de S. George accompagné
de fes deux fils , alla au Palais du Quirinal , où
il cut une longue Audience du Pape qui fit préfent
à chacun de fes fils d'un très-beau Reliquaire
d'or , orné de diamans & de rubis.
Le
OCTOBRE. 1730. 2287
Le Pape a fait au Comte de Collato , Ambaffadeur
de L'Empereur , le préfent ordinaire d'un
Corps faint & quelques autres Reliques de dévotion
, & d'un Tableau du fameux Peintre
Penelli.
Il y a une fi grande quantité de Sauterelles
dans la campagne de Rome , que les biens de la
terre en ont fouffert confiderablement ; on a
tenu à ce fujet une Congrégation extraordinaire ,
dans laquelle il a été refolu d'ordonner des
Prieres publiques,
On a apris de Lunigiano que le 26 Aouft , la
premiere Colomne des Troupes imperiales qui
ont ordre de fe rendre en ce pays , dont une
partie eft poffedée par la République de Gênes ,
& l'autre par le Duc de Maſſa-di - Carrara, arriva
à Terra-Roffa. Elle eft compofée de 2500. hommes
d'Infanterie qui camperent dans la prairie
voifine , en préfence du General Comte de Staremberg
qui avoit fait tracer le Camp. Le 27
la feconde colonne auffi de 2500. hommes arriva
vers le foir ; mais la Prairie n'étant pas affez
grande pour contenir tant de monde" on en
détacha deux Bataillons pour les envoyer à Barbarafco
, Marquifat qui appartient au Prince
Don Barthelemi Corfini , neveu du Pape. La
troifiéme Colonne qu'on attend fera de sooo.
hommes d'Infanterie & de 1600. chevaux •
comme les Officiers Generaux qui font au Camp :
veulent être pourvus de tout ce qui leur eft neceffaire
, & que les vivres & particulierement lesfourages
ne font pas abondans , le pays eft fort
incommodé du féiour de ces Troupes
›
On prétend que le Grand Duc de Florence a
fait affurer le Miniftre de l'Empereur , qu'il ne
recevroit des Troupes Imperiales dans fes Etats ,
qu'en cas qu'il fut attaqué par les Espagnols , &
Hij que
2288 MERCURE DE FRANCE
que le Duc de Parme ayant refufé de traiter avec
le Comte Arconati , qui étoit allé le trouver de
part de S. M. I. le Gouverneur du Milanez
avoit refufé pareillement d'entrer en conference
au fujet des affaires préfentes avec le Marquis
Carali qui réfide à Milan , de la part du Duc de
la
Parme.
L
Par les Lettres d'Ajaccio dans l'Iſle de Corfe
on apprend que les rébelles avoient fait encore de
très grands dégats aux environs de cette ville ; qu'ils
en a oient arraché toutes les vignes & enlevé les
.beftiaux .
Fermer
Résumé : ITALIE.
En août 1730, le Pape nomma les cardinaux Petra, Lambertini, Corradini et Falconieri pour examiner les droits du Saint-Siège et ceux du Grand Maître de Malte concernant le patronage du Grand Prieuré de Rome, afin de résoudre les différends de manière amiable. Le 27 août, le Pape bénit les langes destinés au Dauphin de France, qui furent transportés par l'Abbé Lanti à Marseille via Civita-Vecchia. Le 3 septembre, le sacristain de l'église dell'Anima fut attaqué par un pèlerin allemand et arrêté. L'église fut reconsacrée le 5 septembre par l'évêque de Boyano. Le 6 septembre, le cardinal Cibo offrit au Pape un calice et une patène en or, suivis par un service en or du cardinal Cienfuegos. Le 11 septembre, après un consistoire secret, le Pape publia la bulle du Jubilé universel, célébré le 17 septembre par une procession solennelle. Le cardinal Ottoboni proposa l'évêché de Digne pour le père Antoine-Amable Feydeau, qui fut sacré le 24 septembre. Le 2 octobre, le Pape nomma plusieurs nouveaux cardinaux, dont M. Grimaldi, archevêque d'Edesse, et M. Banther Mascei, archevêque d'Athènes. Il envoya également des lettres circulaires aux évêques nommés par le pape Benoît XIII, leur ordonnant de se rendre à Rome pour rendre compte de leur gestion. Le nouveau vicaire apostolique pour le diocèse de Benevento fut nommé et installé par M. Bondelmonte. Le cardinal Coscia reçut l'ordre de démissionner de son archevêché de Benevento. Le 15 octobre, le chevalier de Saint-George et ses fils furent reçus par le Pape, qui leur offrit des reliquaires en or. Le Pape fit également un présent à l'ambassadeur de l'Empereur, le comte de Collalto. Une invasion de sauterelles dans la campagne romaine causa des dommages aux cultures, conduisant à l'organisation de prières publiques. Des troupes impériales arrivèrent à Terra-Rossa, composées de 2500 hommes d'infanterie, avec d'autres colonnes attendues. Le Grand-Duc de Florence et le Duc de Parme refusèrent d'accueillir les troupes impériales dans leurs États, sauf en cas d'attaque espagnole. En Corse, des rébellions causèrent des dégâts importants aux environs d'Ajaccio.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
700
p. 2294-2295
ESPAGNE
Début :
La Flote de la Nouvelle Espagne qui entra le 18. Août dans le Port de Cadix sous l'escorte [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Cadix, Guerre, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE
ESPAGNE
A Flote de la Nouvelle Efpagne qui entra le
18. Août dans le Port de Cadix fous l'efcorte
de trois Vaiffeaux de guerre , commandés
par le Marquis de Mari , étoit chargée de
968898. pieces de huit pour le Roi , & de
10481872. pour le compte des Négocians , de
121804. Piaftres en vaiffelle d'argent , de
48671 Piaftres en lingots d'argent , de 135 574
en or monnoyé , & 29152 en lingots d'or. Elle
avoit à bord, outre les matieres d'or & d'argent,
beaucoup de Cochenille , de Vanille , de Cacao ,
de bois de Campeche , de baume , de fucre , de
drogues & racines des Indes Occidentales &
Orientales , d'yvoire, d'écailles & de porcelaines.
Toutes ces Marchandiſes ont été portées dans
lés Magazins pour être diftribuées aux Particuliers
, ainfi que les matieres d'or & d'argent ;
mais on ne fçait pas encore quel fera l'indult
que le Roi retiendra fur ces effets.
Le 10. du mois dernier , le Roi , la Reine , le
Prince & la Princeffe des Afturies , & les Infants
Don Carlos & Don Philippe partirent du Palais
de l'Alcaçar de Seville , & s'embarquerent
fur les Galeres de S.-M. pour fe rendre par le=
Guadalquivir au Port de Sainte . Marie , où l'Infant
Don Louis & les Infantes Dona Marie Therefe
& Dona Marie Antoinette Ferdinande doi
vent fe rendre par terre. On a appris depuis que
L. M. n'étoient arrivées que le 19. à Saint Lucas,
ayant été retenues fur la Riviere par les vents
contraires , & que le lendemain elles étoient allées
par terre au Port de Sainte Marie , où l'Infant
Don Louis & les Lafantes étoient arrivés
dés- le- 171-
On
OCTOBRE . 1730. 229 *
On a embarqué une grande quantité de munitions
de guerre fur les Batimens de tranfport
qui font à la rade de Barcelone. Cependant des
Lettres qu'on a reçues depuis de la même Ville,
portent que l'expedition d'Italie a été fufpendue
, & que les Vaiffeaux de Guerre du Roi qui
étoient à la rade avoient ordre de retourner
à Cadix.
A Flote de la Nouvelle Efpagne qui entra le
18. Août dans le Port de Cadix fous l'efcorte
de trois Vaiffeaux de guerre , commandés
par le Marquis de Mari , étoit chargée de
968898. pieces de huit pour le Roi , & de
10481872. pour le compte des Négocians , de
121804. Piaftres en vaiffelle d'argent , de
48671 Piaftres en lingots d'argent , de 135 574
en or monnoyé , & 29152 en lingots d'or. Elle
avoit à bord, outre les matieres d'or & d'argent,
beaucoup de Cochenille , de Vanille , de Cacao ,
de bois de Campeche , de baume , de fucre , de
drogues & racines des Indes Occidentales &
Orientales , d'yvoire, d'écailles & de porcelaines.
Toutes ces Marchandiſes ont été portées dans
lés Magazins pour être diftribuées aux Particuliers
, ainfi que les matieres d'or & d'argent ;
mais on ne fçait pas encore quel fera l'indult
que le Roi retiendra fur ces effets.
Le 10. du mois dernier , le Roi , la Reine , le
Prince & la Princeffe des Afturies , & les Infants
Don Carlos & Don Philippe partirent du Palais
de l'Alcaçar de Seville , & s'embarquerent
fur les Galeres de S.-M. pour fe rendre par le=
Guadalquivir au Port de Sainte . Marie , où l'Infant
Don Louis & les Infantes Dona Marie Therefe
& Dona Marie Antoinette Ferdinande doi
vent fe rendre par terre. On a appris depuis que
L. M. n'étoient arrivées que le 19. à Saint Lucas,
ayant été retenues fur la Riviere par les vents
contraires , & que le lendemain elles étoient allées
par terre au Port de Sainte Marie , où l'Infant
Don Louis & les Lafantes étoient arrivés
dés- le- 171-
On
OCTOBRE . 1730. 229 *
On a embarqué une grande quantité de munitions
de guerre fur les Batimens de tranfport
qui font à la rade de Barcelone. Cependant des
Lettres qu'on a reçues depuis de la même Ville,
portent que l'expedition d'Italie a été fufpendue
, & que les Vaiffeaux de Guerre du Roi qui
étoient à la rade avoient ordre de retourner
à Cadix.
Fermer
Résumé : ESPAGNE
En août 1730, une flotte de la Nouvelle-Espagne est arrivée à Cadix, escortée par trois vaisseaux de guerre commandés par le Marquis de Mari. Elle transportait des marchandises précieuses, dont 968 898 pièces de huit pour le roi, 10 481 872 pièces pour les négociants, 121 804 piastres en vaisselle d'argent, 48 671 piastres en lingots d'argent, 135 574 en or monnayé et 29 152 en lingots d'or. La flotte contenait également des produits variés comme de la cochenille, de la vanille, du cacao, du bois de Campeche, du baume, du sucre, des drogues et racines des Indes Occidentales et Orientales, de l'ivoire, des écailles et des porcelaines. Ces marchandises ont été stockées dans les magasins en attendant leur distribution. Le 10 septembre 1730, le roi, la reine, le prince et la princesse des Asturies, ainsi que les infants Don Carlos et Don Philippe, ont quitté le palais de l'Alcázar de Séville pour s'embarquer sur les galères royales. Ils ont navigué sur le Guadalquivir jusqu'au port de Sainte-Marie, où l'infant Don Louis et les infantes Dona Marie Thérèse et Dona Marie Antoinette Ferdinande les ont rejoints par terre. Leur arrivée à Saint-Lucas a été retardée par des vents contraires. En octobre 1730, une grande quantité de munitions de guerre a été embarquée à Barcelone. Cependant, des lettres ultérieures ont indiqué que l'expédition en Italie avait été suspendue et que les vaisseaux de guerre du roi à la rade avaient reçu l'ordre de retourner à Cadix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer