Résultats : 2836 texte(s)
Détail
Liste
1251
p. 157-165
SUITE DU JOURNAL de Paris.
Début :
Le 16. Mrs les Aumoniers du Roy ont fait leur plainte, pour [...]
Mots clefs :
Aumônier du roi, Plainte, Cérémonies, Procession, Nominations, Abbé, Marquis, Ambassadrice, Députés, Cardinal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Paris.
SUÍTE
DUJOURNAL
de Paris.
IE16. Mieles Aumoniers du Roy
ont fait leur plainte,pour n'avoir
pas été invité par M. Deſgranges Me
des Ceremonies , à la Proceſſion de
Aoust 1717.
158
LE MERCURE
Notre-Dame. M. le Grand Prevêt a
fait de ſon côté une Proteftation dans
les formes , pour le même ſujer , &
l'a envoyée ſignifier au Me des Céré.
monies. Nous avons déjà dit que M.
le Duc Regent y répreſenta la Perſonne
du Roy ;ce n'eſt pas le premier
exemple où un Prince du Sang
aété traité en Roy, en pareille occa-,
fion. Ily en a un entr'autres ſous Charles
I X. tout ſemblable , en 1570. Ce;
Monarque étant à Monceaux &ne .
pouvant revenir pour ſe trouver à cette,
même Proceffion , y envoya le Duc
de Montpenſier, pour y tenir la place
&y recevoir tous les honneurs dûs
àlaM. R.
Le 17. M. de Fontanieux qui a l'In
tendance des Meubles de la Couronne
, a obtenu pour fon fils la ſurvivance
de cette Charge.
Le 18. M.l'Abbé de Simiane d'Arouere
eſt venu remercier S. A. R. pour
l'Evéché de Saint Paul 3-Châteaux,
auquel il a été nommé par le Roy.
Le 19. M. le Marquis de Mailly
achette le Regiment d'Iſenghien vacant
par la mort de M le Marquis
deMonteſquiou:Ilen a obtenu l'agré
ment.
D'AOUST..
159
:
i
*
Le 20. Mgr le Duc donne une Fête
fuperbe à Chantilly , dont les divertiſſemens
doivent ſe ſuccéder pendant
15.jours : Il s'y eſt rendu un grand
nombre de Seigneurs & de Dames
de la premiere diſtinction.
Le Roy ſe fit tirer le 21. deux
Dents,&il fouffrit conſtamment cette
opération.
M. de S. Aulaire vient de prendre
poſſeſſion du Bailliage de Lyon ,
par un accommodement fait avec M.
de Junnillac ; ce qui détruit tous les
bruits auſquels une Lettre anonime
inferte dans le Mercure d'Octobre
17:56, avoit donné lieu.
Madame l'Ambaſſadrice de Portugal
accoucha le 12 de ce mois dans
fon Hôtel d'un fils qui ſe porte
bien , de même que Madame ſa
mere.
د
Le même jour , les NouveauxEchevins
vinrent apporter le Scrutin au
Roy & lui préterent le ſerment de
fideliré. :
Le 22. ily ût un mouvement dans
les Intendances. M. de Baſville Intendant
de Languedoc , ne pouvant
plus s'appliquer aux affaires à cauſe de
O ij
160 LE MERCURE
:
fon grand âge , a demandé àſe repoſer.
-On envoye en ſa place M. Bouynd'Angervilliers
Intendant de Strasbourg :
Et M. de Harlay de Cely Intendant
de Metz , doit être ſubſtitué à ce dernier
qui ſeraremplacé par M. de Bernages
Intendant d'Amiens : On ne fait
pas encore qui occupera ce dernier
Porte.
MADAME vint le même jour à Paris ;
elle alla l'aprés midi aux Carmelites ;
elle vit la repreſentation de l'Opera
de Venus & d'Adonis, qu'on a remis au
Theâtre depuis huit jours. Les Comédien:
s François qui avoient annoncé
une nouvelle Piece, ne joierent point ;
parce que le feu ayant pris furlesquaite
heures&demie à une maiſon qui
joint leur Hôtel , les épouventa fi fort,
qu'ils ne fongerent qu'à ſe ſauver aufſi
promtement que ceux qui estoient déja
placez , dont l'empreſſement pour
fortir fut fi grand ,qu'il y eut pluſieurs
perſonnes qui coururent riſque d'eſtre
écraſées: Le feu ne dura pas longtems ,
parce que le ſecours des pompes arriva
fort à propos. L'Hôtel des
Comédiens n'a point eſté endommagé
D'AOUST. 161
La Noce de M. Bernard fils de M.
Samuel Bernard , ſe fit le 22 , avec une
magnificence ſurprenante : Il a épousé
Mile de S. Chamant fille du Lieutenant
Général de ce nom , & Niéce de
M. de la Briffe .
Le 23. les Députez des Etats de Languedoc
qui font M. l'Evêque de Commenges
pour le Clergé , M. le Marquis
de S. Suplie pour la Noblefle ,
&M. Rével pour leTiers- Erat , ûrent
à une heure , Audiance du Roy á qui
ils préſenterent le Cahier. Mgt le Ditc
du Maine Gouverneur de la Province ,
& M. le Marquis de la Vrilliere Secretaire
de la même Province , les preſenterent
au Roy. M. l'Evêque de
Commenges porta la parole & fon
difcours fut trés applaudi .
Le 25 , la Fête de S. Loüis , a eſté
célébrée dans la Chapelle, par une
Meſſe baffe & une grande Meſſe enfuite.
Les Peres Carmes , ſuivant la
coûtume,vinrent enProceſſion avec plufieurs
Pains benis : Elle estoit précédée
par 30 des Cent-Suiſſes avec un
Fourier & 30 Gardes du Corps avec
unExempt. La Cour fut trés nombreuſe
te jour là : Les Ambaſſadeurs , Cardi
O iij
162 LE MERCURE
raux & Grands Seigneurs ûrent l'honneur
de ſe preſenter devant le Roy.
Il y ût grande ſimphonie le matin &
àdîner : Sur le ſoir , le Concert annuel
que donne l'Opera pour la Fête du
Roy , fur exécuté dans le jardin des
Tuilleries , avec une grande illumination.
Sur les huit heures & demie du
foir , on tira à l'entrée de la grande
Allée ,un très beau Feu d'Artifice qui
dura prés de trois quarts d'heures ;
le Roy en voyoit l'effet de la Terraſſe,
ſous un Dais.
Le matin , M. l'Abbé Prevoſt Aumonier
de M. le Cardinal de- Noailles
, prêcha au Louvre dans la Chajelle
de l'Académie Françoiſe : II
fatisfit pleinement ſon Auditoire; aprés
quoy l'Academie des Sciences & celle
des Belles - Lettres célébrerent la même
Fête, dans l'Egliſe de l'Oratoire de
S. Honoré : L'aprés midi , l'Académie
Françoiſe fit la diſtribution des Prix
ordinaires : Celui de Proſe fut donné
à M. l'Abbé Colin & celui de Poëfie
à M. Gacon qui avoit preparé un remerciement
en Vers ; mais M. l'Abbé
:de Choiſi le pria de la part de la Compagnie
,de s'en diſpenſer , parce que
رط
D'AOUST.
163
ces ſortes de remerciemens ſont d'un
uſage nouveau que l'on ne veut pas
continuer : On lut enſuite un Diſours
fur l'utilité des Sciences , compofé
par M. de Charé Directeur de l'Académie
de Soiffons, laquelle eſt obligée par
ſes Statuts, d'envoyer aux 40 un tribut
annuel de quelque piece d'éloquence.
L'Inépuiſable M. de la Motte ( felon
l'expreſſion de M. l'Abbé de Choifi)
régala l'Aſſemblée du recit de trois fables
nouvelles , qui furent ſuivies des
applaudiſſemens qu'il s'attire , toutes
les fois qu'il y parle.
Le même jour M. l'Abbé le Vaſſeur
prononça en Latin dans l'Egliſe des
Quinze - Vingts , le Panégerique de S.
Loüis : Il ût pluſieurs Evêques pour
Auditeurs.
Le28 , l'Ouverture du Prix de l'Arquebuze
ſe fit à Meaux Capitale de
la Brie; la Ville de Laon lui ayant
préſenté le Bouquet , il y a cent
ans , jour pour jour. Monfieur de la
Nouë de Rutel Gentil - homme &
Maire de la Ville , eſt Capitaine de
la Compagnie de Meaux , autrement
laColonelle:Elle est compoſée d'environ
120 Chevaliers avec les Offi-
د
164 LE MERCURE -
ciers. Ils font tous en Habits uniformes,
d'un gris blanc bordé d'argent & les
boutonnieres de même ; leurs chapeaux
relevez de Plumets blancs &
de Caucardes de la même couleur.
Ily a auſſi 20 autres Compagnies de
Chevaliers des Villes circonvoifines ,
en Habit d'Ordonnance , chacune étant
diftinguée par une couleur différente.
Meſſieurs de Meaux ont envoyé
des Députez au devant de chaque
Compagnie , pour les complimenter&
leur marquer les Logemens qui
leur ſont deſtinez. La Compagnie Colonelle
leur a préſenté toutes fortes de
rafraichiſſemens & le Vin n'y a pas
été épargné. Le 29 , toutes les Compagnies
ſe trouvérent ſous les Armes ,
pour aller en Cérémonie entendre la
Meſſe , où M. le Cardinal de Biffi officiera
Solémnellement. M. le Prince de
Soubize ſera à leur Têre , le fils deM.
Bignon Intendant de Paris commandera
la Colonelle & M. le Chevalierde
Bavière celle de Compiegne :
Enſortant de la Métropole , ils feront
un tour de Ville & ſe rendront au
Jeu d'Arquebuze , où M. le Prince de
Soubize tirera le premier coup. ComD'AO
UST.
165
:
me les Prix conſiſtent en pluſieurs
belles Piéces d'argenterie & que le
nombre des Chevaliers eſt conſidérable
, on compte qu'il s'écoulera au
moins quinze jours , avant que d'avoir
emporté le dernier : Il s'y rend de
routes parts une infinité de Curieux &
furtout de Paris . Cette affluence a en.
gagé beaucoup de Marchands étrangers
à loiier des Maiſons, pour y étaller
leur Quincaillerie. Il y aura Comédie
, Bal , Simphonie &c. M. de
la Nouë & ſon Lieutenant - Major
tiendront Tables ouvertes , tant que
durera cette Fête • ... L'Auteur
daMercure prie quelqu'un de Mefſieurs
les Chevaliers, d'avoir la bonté
de lui envo envoyer un Journal de ce qui
s'y ſera palle , avec le nom des Compagnies
qui auront gagné le Prix , & il
ſe fera un plaiſir de l'inférer dans le
mois prochain.
DUJOURNAL
de Paris.
IE16. Mieles Aumoniers du Roy
ont fait leur plainte,pour n'avoir
pas été invité par M. Deſgranges Me
des Ceremonies , à la Proceſſion de
Aoust 1717.
158
LE MERCURE
Notre-Dame. M. le Grand Prevêt a
fait de ſon côté une Proteftation dans
les formes , pour le même ſujer , &
l'a envoyée ſignifier au Me des Céré.
monies. Nous avons déjà dit que M.
le Duc Regent y répreſenta la Perſonne
du Roy ;ce n'eſt pas le premier
exemple où un Prince du Sang
aété traité en Roy, en pareille occa-,
fion. Ily en a un entr'autres ſous Charles
I X. tout ſemblable , en 1570. Ce;
Monarque étant à Monceaux &ne .
pouvant revenir pour ſe trouver à cette,
même Proceffion , y envoya le Duc
de Montpenſier, pour y tenir la place
&y recevoir tous les honneurs dûs
àlaM. R.
Le 17. M. de Fontanieux qui a l'In
tendance des Meubles de la Couronne
, a obtenu pour fon fils la ſurvivance
de cette Charge.
Le 18. M.l'Abbé de Simiane d'Arouere
eſt venu remercier S. A. R. pour
l'Evéché de Saint Paul 3-Châteaux,
auquel il a été nommé par le Roy.
Le 19. M. le Marquis de Mailly
achette le Regiment d'Iſenghien vacant
par la mort de M le Marquis
deMonteſquiou:Ilen a obtenu l'agré
ment.
D'AOUST..
159
:
i
*
Le 20. Mgr le Duc donne une Fête
fuperbe à Chantilly , dont les divertiſſemens
doivent ſe ſuccéder pendant
15.jours : Il s'y eſt rendu un grand
nombre de Seigneurs & de Dames
de la premiere diſtinction.
Le Roy ſe fit tirer le 21. deux
Dents,&il fouffrit conſtamment cette
opération.
M. de S. Aulaire vient de prendre
poſſeſſion du Bailliage de Lyon ,
par un accommodement fait avec M.
de Junnillac ; ce qui détruit tous les
bruits auſquels une Lettre anonime
inferte dans le Mercure d'Octobre
17:56, avoit donné lieu.
Madame l'Ambaſſadrice de Portugal
accoucha le 12 de ce mois dans
fon Hôtel d'un fils qui ſe porte
bien , de même que Madame ſa
mere.
د
Le même jour , les NouveauxEchevins
vinrent apporter le Scrutin au
Roy & lui préterent le ſerment de
fideliré. :
Le 22. ily ût un mouvement dans
les Intendances. M. de Baſville Intendant
de Languedoc , ne pouvant
plus s'appliquer aux affaires à cauſe de
O ij
160 LE MERCURE
:
fon grand âge , a demandé àſe repoſer.
-On envoye en ſa place M. Bouynd'Angervilliers
Intendant de Strasbourg :
Et M. de Harlay de Cely Intendant
de Metz , doit être ſubſtitué à ce dernier
qui ſeraremplacé par M. de Bernages
Intendant d'Amiens : On ne fait
pas encore qui occupera ce dernier
Porte.
MADAME vint le même jour à Paris ;
elle alla l'aprés midi aux Carmelites ;
elle vit la repreſentation de l'Opera
de Venus & d'Adonis, qu'on a remis au
Theâtre depuis huit jours. Les Comédien:
s François qui avoient annoncé
une nouvelle Piece, ne joierent point ;
parce que le feu ayant pris furlesquaite
heures&demie à une maiſon qui
joint leur Hôtel , les épouventa fi fort,
qu'ils ne fongerent qu'à ſe ſauver aufſi
promtement que ceux qui estoient déja
placez , dont l'empreſſement pour
fortir fut fi grand ,qu'il y eut pluſieurs
perſonnes qui coururent riſque d'eſtre
écraſées: Le feu ne dura pas longtems ,
parce que le ſecours des pompes arriva
fort à propos. L'Hôtel des
Comédiens n'a point eſté endommagé
D'AOUST. 161
La Noce de M. Bernard fils de M.
Samuel Bernard , ſe fit le 22 , avec une
magnificence ſurprenante : Il a épousé
Mile de S. Chamant fille du Lieutenant
Général de ce nom , & Niéce de
M. de la Briffe .
Le 23. les Députez des Etats de Languedoc
qui font M. l'Evêque de Commenges
pour le Clergé , M. le Marquis
de S. Suplie pour la Noblefle ,
&M. Rével pour leTiers- Erat , ûrent
à une heure , Audiance du Roy á qui
ils préſenterent le Cahier. Mgt le Ditc
du Maine Gouverneur de la Province ,
& M. le Marquis de la Vrilliere Secretaire
de la même Province , les preſenterent
au Roy. M. l'Evêque de
Commenges porta la parole & fon
difcours fut trés applaudi .
Le 25 , la Fête de S. Loüis , a eſté
célébrée dans la Chapelle, par une
Meſſe baffe & une grande Meſſe enfuite.
Les Peres Carmes , ſuivant la
coûtume,vinrent enProceſſion avec plufieurs
Pains benis : Elle estoit précédée
par 30 des Cent-Suiſſes avec un
Fourier & 30 Gardes du Corps avec
unExempt. La Cour fut trés nombreuſe
te jour là : Les Ambaſſadeurs , Cardi
O iij
162 LE MERCURE
raux & Grands Seigneurs ûrent l'honneur
de ſe preſenter devant le Roy.
Il y ût grande ſimphonie le matin &
àdîner : Sur le ſoir , le Concert annuel
que donne l'Opera pour la Fête du
Roy , fur exécuté dans le jardin des
Tuilleries , avec une grande illumination.
Sur les huit heures & demie du
foir , on tira à l'entrée de la grande
Allée ,un très beau Feu d'Artifice qui
dura prés de trois quarts d'heures ;
le Roy en voyoit l'effet de la Terraſſe,
ſous un Dais.
Le matin , M. l'Abbé Prevoſt Aumonier
de M. le Cardinal de- Noailles
, prêcha au Louvre dans la Chajelle
de l'Académie Françoiſe : II
fatisfit pleinement ſon Auditoire; aprés
quoy l'Academie des Sciences & celle
des Belles - Lettres célébrerent la même
Fête, dans l'Egliſe de l'Oratoire de
S. Honoré : L'aprés midi , l'Académie
Françoiſe fit la diſtribution des Prix
ordinaires : Celui de Proſe fut donné
à M. l'Abbé Colin & celui de Poëfie
à M. Gacon qui avoit preparé un remerciement
en Vers ; mais M. l'Abbé
:de Choiſi le pria de la part de la Compagnie
,de s'en diſpenſer , parce que
رط
D'AOUST.
163
ces ſortes de remerciemens ſont d'un
uſage nouveau que l'on ne veut pas
continuer : On lut enſuite un Diſours
fur l'utilité des Sciences , compofé
par M. de Charé Directeur de l'Académie
de Soiffons, laquelle eſt obligée par
ſes Statuts, d'envoyer aux 40 un tribut
annuel de quelque piece d'éloquence.
L'Inépuiſable M. de la Motte ( felon
l'expreſſion de M. l'Abbé de Choifi)
régala l'Aſſemblée du recit de trois fables
nouvelles , qui furent ſuivies des
applaudiſſemens qu'il s'attire , toutes
les fois qu'il y parle.
Le même jour M. l'Abbé le Vaſſeur
prononça en Latin dans l'Egliſe des
Quinze - Vingts , le Panégerique de S.
Loüis : Il ût pluſieurs Evêques pour
Auditeurs.
Le28 , l'Ouverture du Prix de l'Arquebuze
ſe fit à Meaux Capitale de
la Brie; la Ville de Laon lui ayant
préſenté le Bouquet , il y a cent
ans , jour pour jour. Monfieur de la
Nouë de Rutel Gentil - homme &
Maire de la Ville , eſt Capitaine de
la Compagnie de Meaux , autrement
laColonelle:Elle est compoſée d'environ
120 Chevaliers avec les Offi-
د
164 LE MERCURE -
ciers. Ils font tous en Habits uniformes,
d'un gris blanc bordé d'argent & les
boutonnieres de même ; leurs chapeaux
relevez de Plumets blancs &
de Caucardes de la même couleur.
Ily a auſſi 20 autres Compagnies de
Chevaliers des Villes circonvoifines ,
en Habit d'Ordonnance , chacune étant
diftinguée par une couleur différente.
Meſſieurs de Meaux ont envoyé
des Députez au devant de chaque
Compagnie , pour les complimenter&
leur marquer les Logemens qui
leur ſont deſtinez. La Compagnie Colonelle
leur a préſenté toutes fortes de
rafraichiſſemens & le Vin n'y a pas
été épargné. Le 29 , toutes les Compagnies
ſe trouvérent ſous les Armes ,
pour aller en Cérémonie entendre la
Meſſe , où M. le Cardinal de Biffi officiera
Solémnellement. M. le Prince de
Soubize ſera à leur Têre , le fils deM.
Bignon Intendant de Paris commandera
la Colonelle & M. le Chevalierde
Bavière celle de Compiegne :
Enſortant de la Métropole , ils feront
un tour de Ville & ſe rendront au
Jeu d'Arquebuze , où M. le Prince de
Soubize tirera le premier coup. ComD'AO
UST.
165
:
me les Prix conſiſtent en pluſieurs
belles Piéces d'argenterie & que le
nombre des Chevaliers eſt conſidérable
, on compte qu'il s'écoulera au
moins quinze jours , avant que d'avoir
emporté le dernier : Il s'y rend de
routes parts une infinité de Curieux &
furtout de Paris . Cette affluence a en.
gagé beaucoup de Marchands étrangers
à loiier des Maiſons, pour y étaller
leur Quincaillerie. Il y aura Comédie
, Bal , Simphonie &c. M. de
la Nouë & ſon Lieutenant - Major
tiendront Tables ouvertes , tant que
durera cette Fête • ... L'Auteur
daMercure prie quelqu'un de Mefſieurs
les Chevaliers, d'avoir la bonté
de lui envo envoyer un Journal de ce qui
s'y ſera palle , avec le nom des Compagnies
qui auront gagné le Prix , & il
ſe fera un plaiſir de l'inférer dans le
mois prochain.
Fermer
1252
p. 168-172
SUPPLEMENT.
Début :
L'Armée Navalle que le Roi d'Espagne a fait assembler à [...]
Mots clefs :
Armée navale, Escadre, Marquis, Barcelone, Ambassadeur d'Espagne, Suède, Flotte anglaise, Duc, Baron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT.
SUPPLEMENT.
'Armée Navalle que le Roï d'Efpagne
a fait aſſembler à Barcelonne,
eſt diviſée en deux Eſcadres; la
plus forte deſquelles eſt commandée
par M le Marquis de Mary noble
Génois , l'autre moins confiderable &
qui ſert comme d'arriere - garde , eſt
commandée par le Chef d'Eſcadre
Dom Balthazar de Guevara , qui eft
encore d'une naiſſance très diſtinguée .
• La premiere de ces deux Eſcadres
mit à la voile à Barcelonne, le 24 de
Juillet , mais , le calme & les vents contraires
de Levant, qui ont regné longtems
dans la Méditeranée, l'ayant obligée
d'entrer par deux fois dans la rade
d'Alcudia au Royaume de Mayorque
; elle y eſtoit encore le huit
de ce meis en attendant à tout moment,
lepremier
D'AOUST. 169
le premier fouffle de vent favorable,
pour remettre à la voile & continuer
fa navigation qu'on préſume eſtre deftinée
au recouvrement de l'Iſle de Sardaigne.
On affûre que M. le Prince de Chellamare
Ambaffideur d'Eſpagne, a parlé
fortement à Mgr le Regent & au
Conſeil de Régence , pour les informer
de la justice des Armes du Roy fon
Maître , & de la neceſſité abfolue dans
laquelle Sa Majesté Catholique s'eſt
trouvée, de réparer par quelques entrepriſes
, les infractions faites par la
Cour de Vienne au Traité ſolemnel
de la neutralité& de l'évacuation dé
la Catalogne & de Mayorque. On tient
encore pour certain qu'il a preſenté
deux Mémoires inſtructifs touchant
cet évenement , qu'on croit devoir eftre
publiés inceſſamment.
Les Nouvelles de Suede , dus
•Aouft , marquent que le Roy eſt en
parfaitte ſanté ; qu'il ne craint aucune
defcente dans ſes Etats ; qu'il a
une Armée de soooo . hommes regulierement
payés & habillés de neuf.
Il n'a rien entrepris ,ſur les eſperan-
Aoust 1717.
P
170 LE MERCURE
ت
CI
ces qu'on lui a données d'une Paix G
nérale & de la fortie des Moſcovi- L
tes de la Baſſe Allemagne. On regarde
l'élargiſſement des Envoyés de Suéde
retenus en Angleterre & à la
Haye , comme des Préliminaires d'un
Traité qu'on ménage dans le Nord.;
On ſe flatte que l'arrivée de M. le
Comte de la Marc en Suede , avançera
fort les affaires .
Les memes avis , portent que la
Flotte Angloiſe , qui eſt au tour de ces
Côtes, ſera bien- tôt obligée de ſe rétizer:
Aprés quoi celle de Dannemarc ne
pouvant plus tenir la Mer , le Roy
de Suéde reſtera Maître de la Mer
Baltique.
On écrit de Ratisbone du 15. Aouſt ,
que l'Electeur de Baviere ſe voit à la
veille d'entrer en poſſeſſion des Etats
du Comté de Hainaut, qui relevent de
lui comme Suſerain. Le Roy de Pologne
fondé fur une ſubſtitution qui
ne peut point préjudicier aux Suſerains,
demande certe Comté; mais S. A. E. la
deſtine en partage à un des Princes
ſes Enfans.
Il y a toujours de grandes broiiilleries
à Ratisbone , entre les Minidres
(
d
C
D'AOUST. 171
Electoraux ; celui d'Hanover ne voulant
pas céder à celui du Comte Palatin.
Le Cardinal de Saxe a beaucoup
de peine à calmer les eſprits. Ces
prétentions font ceffer toutes les affai
res de la Diette .
LeCapneGénaldesVenitiens eſtparti de
Corfoupour aller chercher lesEnnemis.
On mande de la Haye du 28 , que
la République eſt en terme d'accomodement
avec l'Electeur de Cologne
; qu'on s'écrit des lettres de civi.
lité de part & d'autre , & que tout fe
terminé par la démolition des Citadelles
de Liége , d'Huys & de quelques
fortificationsdeBonn , aprés quoy
on ſera Amis:
Le Duc de Merelbourg a retenu
avec la permiſſion duCzar 3000 Mofcovittes
à ſon ſervice , qui lui ont prê
té ſerment de fidelité.
Le Baron de Vvedel qui commande
en Norvege,ayant informé le Roy
de Dannemarc qu'il alloit être accablé
par 20000. Suédois , fur cet avis S.
M. D. a fait paſſer tout ce qu'il a de
Vaiſſeaux avec 3. Regimens d'Infantesie
& 1500. Chevaux . Les Moſcovites
one fait une irruption dans l'iſſe de
Pij
172 LEMERCURE
Gothlande , appartenant au Roy de
Suéde : Ils l'ont entierement ravagée.
'Armée Navalle que le Roï d'Efpagne
a fait aſſembler à Barcelonne,
eſt diviſée en deux Eſcadres; la
plus forte deſquelles eſt commandée
par M le Marquis de Mary noble
Génois , l'autre moins confiderable &
qui ſert comme d'arriere - garde , eſt
commandée par le Chef d'Eſcadre
Dom Balthazar de Guevara , qui eft
encore d'une naiſſance très diſtinguée .
• La premiere de ces deux Eſcadres
mit à la voile à Barcelonne, le 24 de
Juillet , mais , le calme & les vents contraires
de Levant, qui ont regné longtems
dans la Méditeranée, l'ayant obligée
d'entrer par deux fois dans la rade
d'Alcudia au Royaume de Mayorque
; elle y eſtoit encore le huit
de ce meis en attendant à tout moment,
lepremier
D'AOUST. 169
le premier fouffle de vent favorable,
pour remettre à la voile & continuer
fa navigation qu'on préſume eſtre deftinée
au recouvrement de l'Iſle de Sardaigne.
On affûre que M. le Prince de Chellamare
Ambaffideur d'Eſpagne, a parlé
fortement à Mgr le Regent & au
Conſeil de Régence , pour les informer
de la justice des Armes du Roy fon
Maître , & de la neceſſité abfolue dans
laquelle Sa Majesté Catholique s'eſt
trouvée, de réparer par quelques entrepriſes
, les infractions faites par la
Cour de Vienne au Traité ſolemnel
de la neutralité& de l'évacuation dé
la Catalogne & de Mayorque. On tient
encore pour certain qu'il a preſenté
deux Mémoires inſtructifs touchant
cet évenement , qu'on croit devoir eftre
publiés inceſſamment.
Les Nouvelles de Suede , dus
•Aouft , marquent que le Roy eſt en
parfaitte ſanté ; qu'il ne craint aucune
defcente dans ſes Etats ; qu'il a
une Armée de soooo . hommes regulierement
payés & habillés de neuf.
Il n'a rien entrepris ,ſur les eſperan-
Aoust 1717.
P
170 LE MERCURE
ت
CI
ces qu'on lui a données d'une Paix G
nérale & de la fortie des Moſcovi- L
tes de la Baſſe Allemagne. On regarde
l'élargiſſement des Envoyés de Suéde
retenus en Angleterre & à la
Haye , comme des Préliminaires d'un
Traité qu'on ménage dans le Nord.;
On ſe flatte que l'arrivée de M. le
Comte de la Marc en Suede , avançera
fort les affaires .
Les memes avis , portent que la
Flotte Angloiſe , qui eſt au tour de ces
Côtes, ſera bien- tôt obligée de ſe rétizer:
Aprés quoi celle de Dannemarc ne
pouvant plus tenir la Mer , le Roy
de Suéde reſtera Maître de la Mer
Baltique.
On écrit de Ratisbone du 15. Aouſt ,
que l'Electeur de Baviere ſe voit à la
veille d'entrer en poſſeſſion des Etats
du Comté de Hainaut, qui relevent de
lui comme Suſerain. Le Roy de Pologne
fondé fur une ſubſtitution qui
ne peut point préjudicier aux Suſerains,
demande certe Comté; mais S. A. E. la
deſtine en partage à un des Princes
ſes Enfans.
Il y a toujours de grandes broiiilleries
à Ratisbone , entre les Minidres
(
d
C
D'AOUST. 171
Electoraux ; celui d'Hanover ne voulant
pas céder à celui du Comte Palatin.
Le Cardinal de Saxe a beaucoup
de peine à calmer les eſprits. Ces
prétentions font ceffer toutes les affai
res de la Diette .
LeCapneGénaldesVenitiens eſtparti de
Corfoupour aller chercher lesEnnemis.
On mande de la Haye du 28 , que
la République eſt en terme d'accomodement
avec l'Electeur de Cologne
; qu'on s'écrit des lettres de civi.
lité de part & d'autre , & que tout fe
terminé par la démolition des Citadelles
de Liége , d'Huys & de quelques
fortificationsdeBonn , aprés quoy
on ſera Amis:
Le Duc de Merelbourg a retenu
avec la permiſſion duCzar 3000 Mofcovittes
à ſon ſervice , qui lui ont prê
té ſerment de fidelité.
Le Baron de Vvedel qui commande
en Norvege,ayant informé le Roy
de Dannemarc qu'il alloit être accablé
par 20000. Suédois , fur cet avis S.
M. D. a fait paſſer tout ce qu'il a de
Vaiſſeaux avec 3. Regimens d'Infantesie
& 1500. Chevaux . Les Moſcovites
one fait une irruption dans l'iſſe de
Pij
172 LEMERCURE
Gothlande , appartenant au Roy de
Suéde : Ils l'ont entierement ravagée.
Fermer
1253
p. 171-175
A Venise, le 14 Aoust 1717.
Début :
Le Capitaine Général Pisani a joint avec 7 Galeres & [...]
Mots clefs :
Capitaine, Galères, Combat, Vaisseaux, Duc de Parme, Bataillon, Turcs, Bâtiments, Vénitiens, Sénat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Venise, le 14 Aoust 1717.
A Veniſe , le 14. Aoust 1717.
E Capitaine Général Pisani a
joint avec 7. Galeres & avec
tous les Vaffeaux Auxiliaires la flotte
Kénitienne , es la ramenée aux Ifles de
Sapienza , affin de la radouber. Quoi
que elle ait étéfort maltraittée , on se
comfole néantmoins de ce que celle des
Turcs l'a été encore d'avantage: Ge quis
on fau juger ainsi , c'est qu'ils se sont
retiré au-delà des Dardanelles, pour reparer
le defordre qu'on y a causé. Le
Combat a étéfi vif , que dans la den--
xiéme Canonade dis 14 , il y a û 12. CRpitaines
de Vaisseaux Vénitiens tués
on blessés..
Le Duc de Parme a fourni un ſecond
Bataillon. à la République
le troifiéme qu'il a promis est presque
complet..
Il arriva icille 10. un Exprés par
Otrante , avec 2. lettres ; l'une du ficur
Capello Capitaine de Galeaffes , dattées
de Zante le 15.Juillet , & l'autre
a
D'AOUST. 173
du Chevalser Antoine Lorédano , Provéditeur
Général des Isles , écrites de Corfan
le 28. Selon ces avis la flotte Véni
tienne a remporté une Victoiresignalée
fur cette des Turcs.
L'un & lautremandent qu'ayant envoyé
une Felouqueàla découverte,le Patron as
voit raportéqu'il avoit entendu tirerfors
tement,le 19 a la hauteur de Coron ;d'ob
iljugeoit que les 2. Flottes étoient ves
nuës de nouveau aux mains ; que ce
bruit avoit été entendu de toute la côte
de la Morée. L: 24 un petit Batiment
Mainote étant abordé au Zante avoir
afuré que l'Armée Vénitiennese trou
vant entre Calamata & Coron en Morée,
avoit pris le 17 : une Barque d'avis
dépéchée à la Flotte Turque. Le Capi--
taine Général informé par l'Equipage
de cette Barque , qu'elle étoit furgie
da 6 Barbara ques ou Saiques,fous l'éf
corte de deux Vaisseaux de Guerre
avoit surpris te 18. ce Convoy : Que les
Prifoniers lui ayant confirméque la Flot
se-Ottomane-composée de 33 Vaisseaux
**Bâtiment dont ſe ſerven les Had
bitans de la côte , entre le Gap Ma
tapan& le CapAngelo."
4
$74 LE MERCURE
étoit dans la Plagede Modon, iladsit
pris la résolution de l'aller attaquer avec
toute la Flotte & avec les Auxiliaires
faiſans 36 Vaiſſeaux , outre les Ga
leres ; que le Combat s'étoit donné le19.
à la hauteur de Coron , & avoit duré
10 où 12 heures : Qu'enfin les Venitiens
ayant l'avantage du vent, avoient fi bien
manoeuvré,qu'ils avoientſeparédu Cor--
donEnnemi , 18. Sultanes dont une par--
tie avoit été coulée à fond on brulée ,
&l'autre prife: Que le Capitaine Géné
ral poursuivoit les débris de la flotte
Ennemie dont il avoit étépourtant fe--
paré par la nuit. Voila lefondement de
cette grande Nouvelle qui est encor incertaine
: On en témoigna d'abord une
grande joye l'on formoit déjà des projets
confiderables. Le College enfit auffitôt
donner part au Nonce & al'Am--
bassadeur de l'Empereur qui depécha
une Staffette: Depuis ce tems là, onn'a û
ancun autre avis & l'on a ſuſpendu d'en
fairedesfeux de joye. Le Pape n'a point
répondu à la part que leVénitiens lui ont
donnée de l'avantage qu'ils prétendent
avoir û dans la premiere Action ; parce
qu'en le faiſant , le S. Pere n'apas
trouvé la Letire affez réſportnense
D'AOUST.
175
par laquelle ils ſemblent, lui imputer le
rétardement de la jonition des forces
Auxiliaires.
Le Senat paroit fort intrigué du def-
Sein que l'Empereur a formé , de réta
blir le Port Ré , dans le Golphe Adriatique
, & de le rendre Libre à toutes
Les Nations , pour attirer le commerceen
Allemagne de ce côté la ; mais les
Vénitiens y font trop intereſſsés pour ne
pas s'y opposerde toutes leursforces : Ils
tiennentfrequemment des Conseils pour
en empecher l'éxécution ; étant auſſiJalouxde
ladomination de la Mer Adria--
tique , que du commerce de Vénife-qui en
Souffriroit confiderablement .
Le Prince Electoral de Saxe a
pris congéde la République , il passera
à Fadone & à Verone , pour s'enrétourner
en Allemagne.
E Capitaine Général Pisani a
joint avec 7. Galeres & avec
tous les Vaffeaux Auxiliaires la flotte
Kénitienne , es la ramenée aux Ifles de
Sapienza , affin de la radouber. Quoi
que elle ait étéfort maltraittée , on se
comfole néantmoins de ce que celle des
Turcs l'a été encore d'avantage: Ge quis
on fau juger ainsi , c'est qu'ils se sont
retiré au-delà des Dardanelles, pour reparer
le defordre qu'on y a causé. Le
Combat a étéfi vif , que dans la den--
xiéme Canonade dis 14 , il y a û 12. CRpitaines
de Vaisseaux Vénitiens tués
on blessés..
Le Duc de Parme a fourni un ſecond
Bataillon. à la République
le troifiéme qu'il a promis est presque
complet..
Il arriva icille 10. un Exprés par
Otrante , avec 2. lettres ; l'une du ficur
Capello Capitaine de Galeaffes , dattées
de Zante le 15.Juillet , & l'autre
a
D'AOUST. 173
du Chevalser Antoine Lorédano , Provéditeur
Général des Isles , écrites de Corfan
le 28. Selon ces avis la flotte Véni
tienne a remporté une Victoiresignalée
fur cette des Turcs.
L'un & lautremandent qu'ayant envoyé
une Felouqueàla découverte,le Patron as
voit raportéqu'il avoit entendu tirerfors
tement,le 19 a la hauteur de Coron ;d'ob
iljugeoit que les 2. Flottes étoient ves
nuës de nouveau aux mains ; que ce
bruit avoit été entendu de toute la côte
de la Morée. L: 24 un petit Batiment
Mainote étant abordé au Zante avoir
afuré que l'Armée Vénitiennese trou
vant entre Calamata & Coron en Morée,
avoit pris le 17 : une Barque d'avis
dépéchée à la Flotte Turque. Le Capi--
taine Général informé par l'Equipage
de cette Barque , qu'elle étoit furgie
da 6 Barbara ques ou Saiques,fous l'éf
corte de deux Vaisseaux de Guerre
avoit surpris te 18. ce Convoy : Que les
Prifoniers lui ayant confirméque la Flot
se-Ottomane-composée de 33 Vaisseaux
**Bâtiment dont ſe ſerven les Had
bitans de la côte , entre le Gap Ma
tapan& le CapAngelo."
4
$74 LE MERCURE
étoit dans la Plagede Modon, iladsit
pris la résolution de l'aller attaquer avec
toute la Flotte & avec les Auxiliaires
faiſans 36 Vaiſſeaux , outre les Ga
leres ; que le Combat s'étoit donné le19.
à la hauteur de Coron , & avoit duré
10 où 12 heures : Qu'enfin les Venitiens
ayant l'avantage du vent, avoient fi bien
manoeuvré,qu'ils avoientſeparédu Cor--
donEnnemi , 18. Sultanes dont une par--
tie avoit été coulée à fond on brulée ,
&l'autre prife: Que le Capitaine Géné
ral poursuivoit les débris de la flotte
Ennemie dont il avoit étépourtant fe--
paré par la nuit. Voila lefondement de
cette grande Nouvelle qui est encor incertaine
: On en témoigna d'abord une
grande joye l'on formoit déjà des projets
confiderables. Le College enfit auffitôt
donner part au Nonce & al'Am--
bassadeur de l'Empereur qui depécha
une Staffette: Depuis ce tems là, onn'a û
ancun autre avis & l'on a ſuſpendu d'en
fairedesfeux de joye. Le Pape n'a point
répondu à la part que leVénitiens lui ont
donnée de l'avantage qu'ils prétendent
avoir û dans la premiere Action ; parce
qu'en le faiſant , le S. Pere n'apas
trouvé la Letire affez réſportnense
D'AOUST.
175
par laquelle ils ſemblent, lui imputer le
rétardement de la jonition des forces
Auxiliaires.
Le Senat paroit fort intrigué du def-
Sein que l'Empereur a formé , de réta
blir le Port Ré , dans le Golphe Adriatique
, & de le rendre Libre à toutes
Les Nations , pour attirer le commerceen
Allemagne de ce côté la ; mais les
Vénitiens y font trop intereſſsés pour ne
pas s'y opposerde toutes leursforces : Ils
tiennentfrequemment des Conseils pour
en empecher l'éxécution ; étant auſſiJalouxde
ladomination de la Mer Adria--
tique , que du commerce de Vénife-qui en
Souffriroit confiderablement .
Le Prince Electoral de Saxe a
pris congéde la République , il passera
à Fadone & à Verone , pour s'enrétourner
en Allemagne.
Fermer
1254
p. 175-176
A Toulon, ce ... Aoust 1717.
Début :
L'Ambassadeur de la Porte qui faisoit quarantaine dans la [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Ville, Duc régent, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Toulon, ce ... Aoust 1717.
A Toulon , ce ... Aouſt 1717.
L'Ambassadeur de la Porte qui
faisoit quarantaine dans la Rade de
cette Ville , yentrale 2.Juillet & fut
Salué de l'Artillerie de Terre & de
Mer. Il s'est établidans un affez beau
Jurdin , où il demeurerajuſques à se que
376 LE MERCURE
Mst le Duc Regent ait envoyé des or
dres pourqu'il ſe rende à laCour. Laſuite
de cet Ambassadeur est mieux compo
Sée & plus nombreuſe , que celle de
Ambassadeurde Perse. Nous allonspresque
tous les jours fumer avec lui ,
boire de fon Caffé. C'est un Tunc
trés poli , qui entendle François & le
parle un peu ; il a auprès de lui un jeune
François néà S. Denis : Il est fur-fon
départpourse rendre à la Courjeſuis&c .
L'Ambassadeur de la Porte qui
faisoit quarantaine dans la Rade de
cette Ville , yentrale 2.Juillet & fut
Salué de l'Artillerie de Terre & de
Mer. Il s'est établidans un affez beau
Jurdin , où il demeurerajuſques à se que
376 LE MERCURE
Mst le Duc Regent ait envoyé des or
dres pourqu'il ſe rende à laCour. Laſuite
de cet Ambassadeur est mieux compo
Sée & plus nombreuſe , que celle de
Ambassadeurde Perse. Nous allonspresque
tous les jours fumer avec lui ,
boire de fon Caffé. C'est un Tunc
trés poli , qui entendle François & le
parle un peu ; il a auprès de lui un jeune
François néà S. Denis : Il est fur-fon
départpourse rendre à la Courjeſuis&c .
Fermer
1255
p. 176-178
A Rome, le 11 Aoust 1717.
Début :
Le Compliment du Marquis del Bafalo au Comte Galas, fait ici [...]
Mots clefs :
Compliment italien, Marquis, Comte, Rome, Noblesse, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome, le 11 Aoust 1717.
A Rome , le 11. Aouſt 1717.
Le Compliment du Marquis del Bfalo
au Comte de Galas , fait ici grandbruit
; c'est unereparation que cet Ambassadeur
a exigée de ce Seigneur , hom--
me de Naiſſance & de la meilleure
condition parmi les Chevaliers Komains","
& de plus Chambelan du Pape. On
l'accuse d'avoir'empêché la Noblesse de
Se trouver àuneFête préparée par l'An
bassadeur , en 1716. On prétend que
Don Alexandre Neveu du Pape l'avoit
chargé de cette Commiſſion ; le S. Pere
ne voulant pas permettre ces fortes d'af--
Semblées qui ont l'air d'un Bal. Aprés
cet ordre ,le Marquis del Bufalos def
D'AOUST. 177
fendit àſa femme d'y aller ; lafemme
qui ne peut se taire , le dit à d'autres
femmes deſes Amies , pendant le tems.
de l'Opera: Cette imprudence fut cause
que M. l' Ambassadeurse trouva seut
chez lui avec tous ses préparatifs. Ce
Frocedé déſobligeant lepiqua fi fort
qu'il résolut d'en avoir raifon. Comme
il fut obligé pour lors de s'en rétourner
à Vienne , il différa deſefaire
donner la réparation qu'il s'en promettoit.
Depuis fon retour , il a mis la
choſe en train &le Marquis s'est enfin
trouvéforcé de faire le Compliment
Suivant ; ce qu'il fitdans ces termes ,
presence de l'Ambassadeur qui étoit affis
dans un Fauteüil..
ECCELLENZA
en
Hunque osò di divertire la Nobiltà
, dal venire alla conversatione
preparata di V. E. per la medefima ,
alla quale era stata invitata nelli ultimi
giorni di Carnevale dell' anno 116.
con intentione di fare quat he difpiacere
à V. E. e di perdere il riſpetto
allasuarepresentanza , commife un at
trone infame , e indegna d'un Huoто
178 LE MERCURE
ben nato , non che di Cavagliero.
Quanto à meperd, Eccellenza , nor
b) avuto giamai tal'intentione , e mol
to meno avrei potuto imaginarmi cofa
alcuna , che poteſſe ne pur per ombra derogare
al riſpetto dovutto li nel dire che
chiunque fofſse intervenuto in detta Con .
versatione , averebbe disgnitata Sua
Santità , e detesterei me medesimo ,se
ilmio detto poteſſe mai avere avuto al-
* o fine: Di tanto mi ſtimo in obbligo de
fare una finceriffima dichiaratione àV.
E. anzi lafupplico à perdonarmi d'averla
differita fino al ritorno de V. E.
proteslandomi , che mi fon gloriato . c
mi glorierò sempre di protestare una
Somma veneratione all' E. V. ed allafua
Cesarea rapresentenza.
Le Compliment du Marquis del Bfalo
au Comte de Galas , fait ici grandbruit
; c'est unereparation que cet Ambassadeur
a exigée de ce Seigneur , hom--
me de Naiſſance & de la meilleure
condition parmi les Chevaliers Komains","
& de plus Chambelan du Pape. On
l'accuse d'avoir'empêché la Noblesse de
Se trouver àuneFête préparée par l'An
bassadeur , en 1716. On prétend que
Don Alexandre Neveu du Pape l'avoit
chargé de cette Commiſſion ; le S. Pere
ne voulant pas permettre ces fortes d'af--
Semblées qui ont l'air d'un Bal. Aprés
cet ordre ,le Marquis del Bufalos def
D'AOUST. 177
fendit àſa femme d'y aller ; lafemme
qui ne peut se taire , le dit à d'autres
femmes deſes Amies , pendant le tems.
de l'Opera: Cette imprudence fut cause
que M. l' Ambassadeurse trouva seut
chez lui avec tous ses préparatifs. Ce
Frocedé déſobligeant lepiqua fi fort
qu'il résolut d'en avoir raifon. Comme
il fut obligé pour lors de s'en rétourner
à Vienne , il différa deſefaire
donner la réparation qu'il s'en promettoit.
Depuis fon retour , il a mis la
choſe en train &le Marquis s'est enfin
trouvéforcé de faire le Compliment
Suivant ; ce qu'il fitdans ces termes ,
presence de l'Ambassadeur qui étoit affis
dans un Fauteüil..
ECCELLENZA
en
Hunque osò di divertire la Nobiltà
, dal venire alla conversatione
preparata di V. E. per la medefima ,
alla quale era stata invitata nelli ultimi
giorni di Carnevale dell' anno 116.
con intentione di fare quat he difpiacere
à V. E. e di perdere il riſpetto
allasuarepresentanza , commife un at
trone infame , e indegna d'un Huoто
178 LE MERCURE
ben nato , non che di Cavagliero.
Quanto à meperd, Eccellenza , nor
b) avuto giamai tal'intentione , e mol
to meno avrei potuto imaginarmi cofa
alcuna , che poteſſe ne pur per ombra derogare
al riſpetto dovutto li nel dire che
chiunque fofſse intervenuto in detta Con .
versatione , averebbe disgnitata Sua
Santità , e detesterei me medesimo ,se
ilmio detto poteſſe mai avere avuto al-
* o fine: Di tanto mi ſtimo in obbligo de
fare una finceriffima dichiaratione àV.
E. anzi lafupplico à perdonarmi d'averla
differita fino al ritorno de V. E.
proteslandomi , che mi fon gloriato . c
mi glorierò sempre di protestare una
Somma veneratione all' E. V. ed allafua
Cesarea rapresentenza.
Fermer
1256
p. 187-189
SUPPLEMENT des Nouvelles de Paris.
Début :
Il n'est pas vrai, comme je l'ai marqué à la page 112 [...]
Mots clefs :
Prince, Seigneur, Survivance, Province, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT des Nouvelles de Paris.
SUPPLEMENT
des Nouvelles de Paris.
ILL n'eſt pas vrai , comme je l'ai
marqué à la page 112 du Mercure
de Juillet , que M. le Duc d'Albret
grand Chambellan , ni M. le Prince
deBoiüillon reçû en ſurvivance , ayent
û part à la conteſtaiton qui s'éleva
entre M. le Comte d'Eu & M. le
Duc de Mortemart , pour donner la
Chemiſe à S. M.; puiſque ces deux
Seigneurs ne ſe trouverent point alors
chez le Roy.
Mre Charles-René deMaupeou Seigneur
de Bruyeres , Maître des Requêtes
, fut reçû Préſident au Parlement
de Paris , en ſurvivance de M. de
Menars le 20. Aouſt. Il eſt fils de
Mre René de Maupeou Seigneur de
188 LE MERCURE
Bruyeres, Preſident de la premiere des
Enquêtes du Parlement de Paris , &
deDame Charlotte le Noir ; petit fils
de René de Maupeou Seigneur de
Bruyeres auffiPreſident en la premiere
des Enquêtes , mort Conſeiller d'honneur
en 1694 , & de Marie Doujar , &
arriere perit fils de Renéde Maupeon ,
Seigneur de Bruyeres , &de Noify fur
Oyſe, Prefident de la Cour des Aydes ,
mort en 1648 , & de Marguerite de
Creil . La famille de Maupeou eſt une
des plus anciennes&des plus illuſtrées
de la Robe : Elle s'eſt alliée à celies
de Feydeau , Fouquet , Villemontée
Mareſcot , Phelypeaux , Jubert de
Bouville&àcelle de Lamoignon. M.
deMaupeou qui donne lieu à cet article
ayant épousé en 1712 Anne-Victoire de
Lamoignon , petite fille M. de Baſville
Intendant de justice , en Languedoc.
Pluſieurs perfonnes m'aïant écrit
de Province , que j'avois ômis dans le
Mercure de Mai, la demeure de M. de
Villars qui diſtribuë l'Eau Divine ,
dont les effets étonnent la Médécine
même ,je répare ici cet omiffion ,en les
avertiſſant qu'il loge dans la ruë de la
Poiffonnerie qui donne dans la ruë
Mont-Martre .
,
J
D'AOUST 18)
On vient d'apprendre par la voye
de Bruxelles, que M. le Marquis de
Prié avoit reçu un Exprés de la Cour
de Vienne , avec l'agréable nouvelle
de la reddition de Belgrade ; cette
Place ayant arboré le lendemain 17
un Drapeau blanc: Que le 18onestoit
convenu de la Capitulation fur celle
deTemeſvvar ; que le 19 la Garnifon
eſtoit fortie , nous abandonnant 350
Pieces de canon & tout leur armement
naval.
M. de Kinigſehg Ambaſſadeur de
l'Empereur en France , donna Samedi
dans ſon Hôtel une magnifique Fête
pour la victoire remportée par l'Armée
Imperiale fur celle des Turcs.
des Nouvelles de Paris.
ILL n'eſt pas vrai , comme je l'ai
marqué à la page 112 du Mercure
de Juillet , que M. le Duc d'Albret
grand Chambellan , ni M. le Prince
deBoiüillon reçû en ſurvivance , ayent
û part à la conteſtaiton qui s'éleva
entre M. le Comte d'Eu & M. le
Duc de Mortemart , pour donner la
Chemiſe à S. M.; puiſque ces deux
Seigneurs ne ſe trouverent point alors
chez le Roy.
Mre Charles-René deMaupeou Seigneur
de Bruyeres , Maître des Requêtes
, fut reçû Préſident au Parlement
de Paris , en ſurvivance de M. de
Menars le 20. Aouſt. Il eſt fils de
Mre René de Maupeou Seigneur de
188 LE MERCURE
Bruyeres, Preſident de la premiere des
Enquêtes du Parlement de Paris , &
deDame Charlotte le Noir ; petit fils
de René de Maupeou Seigneur de
Bruyeres auffiPreſident en la premiere
des Enquêtes , mort Conſeiller d'honneur
en 1694 , & de Marie Doujar , &
arriere perit fils de Renéde Maupeon ,
Seigneur de Bruyeres , &de Noify fur
Oyſe, Prefident de la Cour des Aydes ,
mort en 1648 , & de Marguerite de
Creil . La famille de Maupeou eſt une
des plus anciennes&des plus illuſtrées
de la Robe : Elle s'eſt alliée à celies
de Feydeau , Fouquet , Villemontée
Mareſcot , Phelypeaux , Jubert de
Bouville&àcelle de Lamoignon. M.
deMaupeou qui donne lieu à cet article
ayant épousé en 1712 Anne-Victoire de
Lamoignon , petite fille M. de Baſville
Intendant de justice , en Languedoc.
Pluſieurs perfonnes m'aïant écrit
de Province , que j'avois ômis dans le
Mercure de Mai, la demeure de M. de
Villars qui diſtribuë l'Eau Divine ,
dont les effets étonnent la Médécine
même ,je répare ici cet omiffion ,en les
avertiſſant qu'il loge dans la ruë de la
Poiffonnerie qui donne dans la ruë
Mont-Martre .
,
J
D'AOUST 18)
On vient d'apprendre par la voye
de Bruxelles, que M. le Marquis de
Prié avoit reçu un Exprés de la Cour
de Vienne , avec l'agréable nouvelle
de la reddition de Belgrade ; cette
Place ayant arboré le lendemain 17
un Drapeau blanc: Que le 18onestoit
convenu de la Capitulation fur celle
deTemeſvvar ; que le 19 la Garnifon
eſtoit fortie , nous abandonnant 350
Pieces de canon & tout leur armement
naval.
M. de Kinigſehg Ambaſſadeur de
l'Empereur en France , donna Samedi
dans ſon Hôtel une magnifique Fête
pour la victoire remportée par l'Armée
Imperiale fur celle des Turcs.
Fermer
1257
p. 35-38
CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
Début :
Aprés avoir donné dans les Mercures précedens, plusieurs Extraits / Paul de Gondy Cardinal de Retz, est né avec beaucoup [...]
Mots clefs :
Cardinal de Retz, Caractère, Esprit, Politesse, Manières honnêtes, Vanité, Cardinal Mazarin, Gloire, Dignité, Piété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
Aprés avoir donné dans les Mercures
précedens , pluſieurs Extraits des
Mémoires du Cardinal de Rets qui ont
eſté favorablement reçû du Public ;
je ſuis perfuadé que cemême Public
me ſçaura gré de luy faire connoiſtre
cegrandhomme plus particulierement,
en luy preſentant fon Portrait. Ses
moeurs , fon eſprit , festalents , ſes dé36
LE MERCURE
fauts mêmes y font ſi bien peints ,
qu'on ſeroit tenté de ſoupçonner qu'il
en eſt l'Auteur.
CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
avec P
Aul de Gondy Cardinal de Retz ,
beaucoup d'esprit de
courage ; il avoit une mémoire extraordinaire
, plus de force que de politeffe
dansfes paroles, l'humeur douce une admirable
docilité à fouffrir les plaintes &
les reproches de ses amis , peu de pieté
&beaucoup de Religion. Il paroift plus
ambitieux qu'il ne l'est en effet , la va
nitéjeule luya fait entreprendre de grandes
choses presque toutes opposées à sa
profeffion , La fuscité les plus grandsdéfordres
de I Etat : Ce n'estpas cependant
qu'il ait fongé à occuper la place du Cardinal
Mazarin ; ilprétendoit feulement
tuy paroiſtre redoutable &se vengerdu
mepris que Mazarin avoit fait de fon
entremise dans le temps des barricades . Il
s'eſt ſervi ensuite des malheurs publics
avec beaucoup d'utilité poursefaire Car
dinal ; il afouffert laprifon ave fermeté
n'adûfalibertéàperſonne qu'àfabar
dnffe . Lepareffe autant que laforce l'ent
-Soûtenn
14
't
t
a
C
F
P
DE SEPTEMBRE.
37
foutenu avecgloire dans l'obscurité d'une
retraite de fix années. Il n'a voulu se
démettre de son Archevêché de Paris
qu'aprés la mort du Cardinal Mazarin .
Il est entré dans divers Conclaves &
Sa conduitey a toûjours augmentésa réputation:
L'oiſiveté eſtſa pente naturelle.
Il travaille néanmoins dans les grandes
affaires , comme s'il ne pouvoit souffrir
le repos , & il se repoſe quand elles font
finies , comme s'il ne pouvoit souffrir le
travail. Il a une grande présence d'efprit.
Il Sçait tellement tourner à fon
avantage les occasions que la fortune
lui préſente , qu'il semble qu'il les ait
prévûës on désirées. It'aime à conter
ce qu'il a vû &souvent son imagination
lui offre plus que sa mémoire ne
Ini fournit . Il est pen ſenſible àla haine
&à l'amitié , bien qu'il ait paris occире
de l'une & de l'autre . Il fçait donner
un beau jour à ses défants &. ſouvent
il croit être tel qu'il veut paroitre aux
autres. Il a plus emprunté de ses amis
qu'un particulierme devoit espérer d:
leur pouvoir rendre : Il s'iſt n'armoins
acquitté envers eux avec beaucoup de
justice & de fidélité. Sa retraite est la
plus éclatante Action de sa vie. Il se
Septembre 1717 . D
35
LE MERCURE
démet généreusement desa Dignité de
Cardinal , ilpartage ce qui lui reſte de
biens àſes Amis ,àſes Domestiques&
aux Pauvres ; mais , en renonçant à
tout, il demeure encore exposé à la malignité
des jugemens du monde & il
laiſſe en doute ,fi c'est la Piété , on la
foibleffe humaine qui lui a fait entroprendre&
exécuter unfi grand deſſein.
précedens , pluſieurs Extraits des
Mémoires du Cardinal de Rets qui ont
eſté favorablement reçû du Public ;
je ſuis perfuadé que cemême Public
me ſçaura gré de luy faire connoiſtre
cegrandhomme plus particulierement,
en luy preſentant fon Portrait. Ses
moeurs , fon eſprit , festalents , ſes dé36
LE MERCURE
fauts mêmes y font ſi bien peints ,
qu'on ſeroit tenté de ſoupçonner qu'il
en eſt l'Auteur.
CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
avec P
Aul de Gondy Cardinal de Retz ,
beaucoup d'esprit de
courage ; il avoit une mémoire extraordinaire
, plus de force que de politeffe
dansfes paroles, l'humeur douce une admirable
docilité à fouffrir les plaintes &
les reproches de ses amis , peu de pieté
&beaucoup de Religion. Il paroift plus
ambitieux qu'il ne l'est en effet , la va
nitéjeule luya fait entreprendre de grandes
choses presque toutes opposées à sa
profeffion , La fuscité les plus grandsdéfordres
de I Etat : Ce n'estpas cependant
qu'il ait fongé à occuper la place du Cardinal
Mazarin ; ilprétendoit feulement
tuy paroiſtre redoutable &se vengerdu
mepris que Mazarin avoit fait de fon
entremise dans le temps des barricades . Il
s'eſt ſervi ensuite des malheurs publics
avec beaucoup d'utilité poursefaire Car
dinal ; il afouffert laprifon ave fermeté
n'adûfalibertéàperſonne qu'àfabar
dnffe . Lepareffe autant que laforce l'ent
-Soûtenn
14
't
t
a
C
F
P
DE SEPTEMBRE.
37
foutenu avecgloire dans l'obscurité d'une
retraite de fix années. Il n'a voulu se
démettre de son Archevêché de Paris
qu'aprés la mort du Cardinal Mazarin .
Il est entré dans divers Conclaves &
Sa conduitey a toûjours augmentésa réputation:
L'oiſiveté eſtſa pente naturelle.
Il travaille néanmoins dans les grandes
affaires , comme s'il ne pouvoit souffrir
le repos , & il se repoſe quand elles font
finies , comme s'il ne pouvoit souffrir le
travail. Il a une grande présence d'efprit.
Il Sçait tellement tourner à fon
avantage les occasions que la fortune
lui préſente , qu'il semble qu'il les ait
prévûës on désirées. It'aime à conter
ce qu'il a vû &souvent son imagination
lui offre plus que sa mémoire ne
Ini fournit . Il est pen ſenſible àla haine
&à l'amitié , bien qu'il ait paris occире
de l'une & de l'autre . Il fçait donner
un beau jour à ses défants &. ſouvent
il croit être tel qu'il veut paroitre aux
autres. Il a plus emprunté de ses amis
qu'un particulierme devoit espérer d:
leur pouvoir rendre : Il s'iſt n'armoins
acquitté envers eux avec beaucoup de
justice & de fidélité. Sa retraite est la
plus éclatante Action de sa vie. Il se
Septembre 1717 . D
35
LE MERCURE
démet généreusement desa Dignité de
Cardinal , ilpartage ce qui lui reſte de
biens àſes Amis ,àſes Domestiques&
aux Pauvres ; mais , en renonçant à
tout, il demeure encore exposé à la malignité
des jugemens du monde & il
laiſſe en doute ,fi c'est la Piété , on la
foibleffe humaine qui lui a fait entroprendre&
exécuter unfi grand deſſein.
Fermer
1258
p. 57-62
Suite du Journal de Hongrie. [titre d'après la table]
Début :
Aprés ce préliminaire Historique, il est de nôtre devoir de reprendre / Dans la Palanque qui fut enlevée le 4. du même mois, [...]
Mots clefs :
Canons, Déserteurs, Cavalier, Turcs, Prince, Ennemis, Conseil, Grand vizir, Bataillons, Attaques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Journal de Hongrie. [titre d'après la table]
Aprés ce préliminaire Historique ,
il eft de nôtre devoir de reprendre laſuite
du Journal de Hongrie que nous avons
poussé jusqu'an 6. d'Asujt,
Ans la
DA
Palanque qui fut enlevée
4. du même mois, il ne s'y trouva
point de Canon,parce qu'un de nos
Déſerteurs avoit averti les Turcs qu'on
attaqueroit cet ouvrage le lendemain ;
ce qui avoit fait qu'ils en avoient enlevé
12. piéces : Mais , l'avantage le
plus confiderable , c'eſt que l'on n'y a
pasperduunſeul homme : On y a conſtruit
une Redoute & l'ony a élevé un
Cavalier pour placer 30. Mortiers &
24. Canons , pour mettre la haute Ville
dans le même état que le Chateau
& la bafle Ville . On voit ſouvent des
fignaux de fuſées qui marquent que la
Place manque de beaucoup de choſes.
LesTurcs ontune Batterie au dehors
vis-à -vis le centre de nos rétranchemens
, qui nous maltraite fort & tue
beaucoup d'hommes & de Chevaux .
Le Prince Eugene ſe laſſant de voir
qu'ils n'entreprenoient rien,leur a don5.8
LE MERCURE
د
né un coup d'éperon : Il commanda le
5. le Comte de Beuve Général d'Infanterie
, avec 8. Bataillons , 10. Compagnies
de Grenadiers soo. Carabiniers
& 1500. Chevaux , pour occuper
les hauteurs vis- à- vis de l'ouvrage à
corne,&leur ôter la communication des
Fauxbourgs & des Jardins qui s'étendent
depuis la Save juſqu'au Danube :
Ce qui ayant été exécuté , on a tiré
une parallele de la Save au Danube ,
pour foutenir nos Travailleurs & empêcher
les ſorties de l'Ennemi : C'eſt
dans ce travail que M. le Comte d'Fftrades
a û la jambe emportée &unPage
de Male Prince de Dombes,le pied.Le
Prince Emanuel de Savoye a été forcé
de ſe retirer à Petervaradin étaut
tombé de cheval : On avoit négligé
fa chute qui lui a caufé divers accidents
, entre autres , un crachement de
fang & la fievre. La bréche du côté de
la Save eſt fi grande, qu'il y a plus de 6.
jours que l'on auroit pû y pafler à cheval,
cependant l'on ne ſe preſſe point
des'y préſenter. Le Chevalier de l'Aigle
, François , y eſt mortde maladie.
Le 6. les Turcs continuent de ca-
1
DE SEPTEMBRE.
59
C
300
a
soner avec furie la droite de notre
Camp , fans cependant y caufer
beaucoup de defor ires, depuis fur tour
qu'on a fait des Epaulemens & que
les Troupes ſe ſont raprochées des rétranchemens
. L'on a tranſporté leQiartier
général à l'aile gauche où il eſt
plus en fûreté.
Le 7. on ût avis que les Janniſſaires
s'étoient foulevé de nouveau dans la
place , & avoient declaré que file G.
Vizir n'attaquoit pas l'Armée Chrêtienne
inceſſamment , ils prendroient
le parti de capituler. On ſe rendit
maître la nuitdu 7. au 8. d'une Mofquée
, entre le Camp & la Ville , où
on a élevé des batteries.
Le 8. un Chiaoux fait prifonier par
unde nos Partis , aſſura que le G. Vi .
zir avoir arrêté dans un Conſeil , d'attaquer
nos rétranchemens avec toutes
fes forces,ayant pour cet effet un nombre
prodigieux de fafcines.
Le 9. l'Ennemi ayant occupé une
Eminence qui n'est qu'à une portée de
Canon de la Save , y dreffa une nonvelle
batterie , afin de canoner p'us forrement
la partie du Camp de nôtre alle
droite.
60 LE MERCURE
Le 10. on perfectionna la communication
de la Moſquée dont nous nous
étions emparé juſqu'à la Redoute ſituée
derriere.
2
Le 11. au ſoir 5. Bataillons , 6. Compagnies
de Grenadiers foutenus de 350 .
Chevaux avec quelques piéces de Canon,
ſous les ordres du Général Comte
de Merci & du Prince de Lobcowitz ,
avant à leurtête le Colonel Neubergh ,
affaillirent le fort de l'ifle du petit Donawitz
vis- à-vis la fortereſſe: L'Infanterie
força en moins de 2 heures les 2.Redoutes
ſituées à la droite & à lagauche
de l'embouchure de cette Riviere , &
Ja Cavalerie de ſon côté , ayant mis
pied à terre enbottes& en cuiraffes
emporta un ouvrage à Etoile dans le
milieu. I.es Infideles au nombre de plus
de 2000.hommes,furent contraints de
gagner avec la derniere précipitation ,
leurs fregattes&leurs Saicques : Onen
tua ou pouſſa plus de 600 , dans le
Danube , l'on fit 60. Priſoniers & l'on
s'empara d'une Frégatte de 10. piéces
de Canon. Nous n'avors eu dans
cette action qu'un Lieutenant tié , &
environ 60. Soldats morts oub'effes.
Armée des Infideles fut renforcée ce
jour
DE SEPTEMBRE σε
M
Snos
Lirure
Con
eg
e
0
D
Re
1
1
-
jour là d'un Corps de 26000. Tartares
que le Cham y amena. Le Comte de
Régal mourut le matin de ſes bleſſures
à Semlim.
Le 12. on prit un Ingénieur des Tures
qui meſuroit nos lignes :Par fon raport
&celui de tous les Déſerteurs,le Grand
Vizir est tout à fait déterminé à attaquer
au premierjour nos lignes : Nous
pourons peut-être le prévenir , toutes
nos Troupes aimants encore mieux
marcher à l'Ennemi que de l'attendre
&d'être expoſées ſans rélache à la brutalité
de leur Canon dont les Batteries
augmentent de jour à autue.
Le 13. on a commencé d'attaquer
de nouveau la fortereffe & nous avons
pris poſte dans le Fauxbourg , afin d'être
plus à portée de la bame.
Le 14. une de nos Bombes étant
tombée à 6. heures du matin fur un
Magazin de Poudre , de Bombes
& de Grenades qui étoient dans
le Château , l'effet en fat fi terrible ,
que tout fauta en l'air , pulvérifa trois
Moſquées & acheva d'anéantir , pour
ainſi dire , le reſte de la baſſe Ville ,
écraſa on enleva plus de trois mille
Septembre 1717 .
F
62 LE MERCURE
Turcs & renverſa une partie de lamu
raille : Trois heures aprés cet effrayant
ſpectacle , l'Armée Ottomane ayant
fait une décharge générale de toute
ſon Artillerie &s'étant avancée juſqu'à
la portée du fufil , de nos lignes , nous
crûmes que l'affaire alloit s'engager ;
mais lear Armée ſe contenta fur le foir
d'y prendre pofte .
Lers. le feu continuel de leurs Batteries
de Canon & de Mortiers défefpera
fi fort nos Troupes , qu'elles
demandérent unaniment avec inſtance
de fortir des lignes , pour attaquer les
Infideles dans leurs retranchemens . Le
Prince Eugene profitant engrandGé
néral de cette diſpoſition des eſprits ,
fit affembler le Conſeil où il fut reſolu
que le lendemain à la pointe du jour ,
on marcheroit à l'Ennemi .
il eft de nôtre devoir de reprendre laſuite
du Journal de Hongrie que nous avons
poussé jusqu'an 6. d'Asujt,
Ans la
DA
Palanque qui fut enlevée
4. du même mois, il ne s'y trouva
point de Canon,parce qu'un de nos
Déſerteurs avoit averti les Turcs qu'on
attaqueroit cet ouvrage le lendemain ;
ce qui avoit fait qu'ils en avoient enlevé
12. piéces : Mais , l'avantage le
plus confiderable , c'eſt que l'on n'y a
pasperduunſeul homme : On y a conſtruit
une Redoute & l'ony a élevé un
Cavalier pour placer 30. Mortiers &
24. Canons , pour mettre la haute Ville
dans le même état que le Chateau
& la bafle Ville . On voit ſouvent des
fignaux de fuſées qui marquent que la
Place manque de beaucoup de choſes.
LesTurcs ontune Batterie au dehors
vis-à -vis le centre de nos rétranchemens
, qui nous maltraite fort & tue
beaucoup d'hommes & de Chevaux .
Le Prince Eugene ſe laſſant de voir
qu'ils n'entreprenoient rien,leur a don5.8
LE MERCURE
د
né un coup d'éperon : Il commanda le
5. le Comte de Beuve Général d'Infanterie
, avec 8. Bataillons , 10. Compagnies
de Grenadiers soo. Carabiniers
& 1500. Chevaux , pour occuper
les hauteurs vis- à- vis de l'ouvrage à
corne,&leur ôter la communication des
Fauxbourgs & des Jardins qui s'étendent
depuis la Save juſqu'au Danube :
Ce qui ayant été exécuté , on a tiré
une parallele de la Save au Danube ,
pour foutenir nos Travailleurs & empêcher
les ſorties de l'Ennemi : C'eſt
dans ce travail que M. le Comte d'Fftrades
a û la jambe emportée &unPage
de Male Prince de Dombes,le pied.Le
Prince Emanuel de Savoye a été forcé
de ſe retirer à Petervaradin étaut
tombé de cheval : On avoit négligé
fa chute qui lui a caufé divers accidents
, entre autres , un crachement de
fang & la fievre. La bréche du côté de
la Save eſt fi grande, qu'il y a plus de 6.
jours que l'on auroit pû y pafler à cheval,
cependant l'on ne ſe preſſe point
des'y préſenter. Le Chevalier de l'Aigle
, François , y eſt mortde maladie.
Le 6. les Turcs continuent de ca-
1
DE SEPTEMBRE.
59
C
300
a
soner avec furie la droite de notre
Camp , fans cependant y caufer
beaucoup de defor ires, depuis fur tour
qu'on a fait des Epaulemens & que
les Troupes ſe ſont raprochées des rétranchemens
. L'on a tranſporté leQiartier
général à l'aile gauche où il eſt
plus en fûreté.
Le 7. on ût avis que les Janniſſaires
s'étoient foulevé de nouveau dans la
place , & avoient declaré que file G.
Vizir n'attaquoit pas l'Armée Chrêtienne
inceſſamment , ils prendroient
le parti de capituler. On ſe rendit
maître la nuitdu 7. au 8. d'une Mofquée
, entre le Camp & la Ville , où
on a élevé des batteries.
Le 8. un Chiaoux fait prifonier par
unde nos Partis , aſſura que le G. Vi .
zir avoir arrêté dans un Conſeil , d'attaquer
nos rétranchemens avec toutes
fes forces,ayant pour cet effet un nombre
prodigieux de fafcines.
Le 9. l'Ennemi ayant occupé une
Eminence qui n'est qu'à une portée de
Canon de la Save , y dreffa une nonvelle
batterie , afin de canoner p'us forrement
la partie du Camp de nôtre alle
droite.
60 LE MERCURE
Le 10. on perfectionna la communication
de la Moſquée dont nous nous
étions emparé juſqu'à la Redoute ſituée
derriere.
2
Le 11. au ſoir 5. Bataillons , 6. Compagnies
de Grenadiers foutenus de 350 .
Chevaux avec quelques piéces de Canon,
ſous les ordres du Général Comte
de Merci & du Prince de Lobcowitz ,
avant à leurtête le Colonel Neubergh ,
affaillirent le fort de l'ifle du petit Donawitz
vis- à-vis la fortereſſe: L'Infanterie
força en moins de 2 heures les 2.Redoutes
ſituées à la droite & à lagauche
de l'embouchure de cette Riviere , &
Ja Cavalerie de ſon côté , ayant mis
pied à terre enbottes& en cuiraffes
emporta un ouvrage à Etoile dans le
milieu. I.es Infideles au nombre de plus
de 2000.hommes,furent contraints de
gagner avec la derniere précipitation ,
leurs fregattes&leurs Saicques : Onen
tua ou pouſſa plus de 600 , dans le
Danube , l'on fit 60. Priſoniers & l'on
s'empara d'une Frégatte de 10. piéces
de Canon. Nous n'avors eu dans
cette action qu'un Lieutenant tié , &
environ 60. Soldats morts oub'effes.
Armée des Infideles fut renforcée ce
jour
DE SEPTEMBRE σε
M
Snos
Lirure
Con
eg
e
0
D
Re
1
1
-
jour là d'un Corps de 26000. Tartares
que le Cham y amena. Le Comte de
Régal mourut le matin de ſes bleſſures
à Semlim.
Le 12. on prit un Ingénieur des Tures
qui meſuroit nos lignes :Par fon raport
&celui de tous les Déſerteurs,le Grand
Vizir est tout à fait déterminé à attaquer
au premierjour nos lignes : Nous
pourons peut-être le prévenir , toutes
nos Troupes aimants encore mieux
marcher à l'Ennemi que de l'attendre
&d'être expoſées ſans rélache à la brutalité
de leur Canon dont les Batteries
augmentent de jour à autue.
Le 13. on a commencé d'attaquer
de nouveau la fortereffe & nous avons
pris poſte dans le Fauxbourg , afin d'être
plus à portée de la bame.
Le 14. une de nos Bombes étant
tombée à 6. heures du matin fur un
Magazin de Poudre , de Bombes
& de Grenades qui étoient dans
le Château , l'effet en fat fi terrible ,
que tout fauta en l'air , pulvérifa trois
Moſquées & acheva d'anéantir , pour
ainſi dire , le reſte de la baſſe Ville ,
écraſa on enleva plus de trois mille
Septembre 1717 .
F
62 LE MERCURE
Turcs & renverſa une partie de lamu
raille : Trois heures aprés cet effrayant
ſpectacle , l'Armée Ottomane ayant
fait une décharge générale de toute
ſon Artillerie &s'étant avancée juſqu'à
la portée du fufil , de nos lignes , nous
crûmes que l'affaire alloit s'engager ;
mais lear Armée ſe contenta fur le foir
d'y prendre pofte .
Lers. le feu continuel de leurs Batteries
de Canon & de Mortiers défefpera
fi fort nos Troupes , qu'elles
demandérent unaniment avec inſtance
de fortir des lignes , pour attaquer les
Infideles dans leurs retranchemens . Le
Prince Eugene profitant engrandGé
néral de cette diſpoſition des eſprits ,
fit affembler le Conſeil où il fut reſolu
que le lendemain à la pointe du jour ,
on marcheroit à l'Ennemi .
Fermer
1259
p. 65-71
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 28 Aoust M. le Duc de Noailles Président du Conseil [...]
Mots clefs :
Duc de Noailles, Conseil, Régence, Duc, Abbesse, Palais royal, Décès, Missions, Louis XIV, Charges, Serment de fidélité, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
E 28 AouftM. leDuc de Noailles
Préſident du Conſeil des Finances,
ayantmandé les quatre plus anciens deg
Fiij
66
LE MERCURE
dix Huiffiers de la Chaîne , leur remir
par ordre de S. M. dix nouvelles Médailles
d'or, ditesde la Régence,frapées
d'un côté au coin du Roy & de l'autre
à celui de Marle Duc Regent, pour les
fubftituer à cellesde Loüis XIV. Ils les
porteront dans les fonctions de leurs
charges au bout de leurs Chaînes d'or..
M. le Duc de Luynes a achetté avec
permiſſion de la Cour , le Regiment de
Fléche qui eſt un des plus anciens Regimens
qui ait été levé par des Gentils-
hommes..
Madame de Bellefont Abbeffe de:
Montmartre , étant morte la nuit du 29
auzo du mois paffé , aprés une longue
maladie , les Religieuſes firent ſupplier.
avec inſtance. Madame la Ducheffe
d'Orleans de leur accorder Mademoifelle,
pour ſuccéder à la place de la
deffunte.L'invitation en ayant été faite
àMademoiselle ,elle les remercia par
cette réponſe toute Chrêtienne , qu'il
falloit qu'elle apprit à obéir avant que
de commander. Sur ce refus , Madame
deMontpipeau de la Roche-Ouart,
Grande Prieure de Fontévraud xa été
choifie pour occuper cette place.
Le 30. ily ût une députation au PalaisRoyal
, de 17. tant Préſidents que
DE SEPTEMBRE .
He
Conſeillers du Parlement, à la tête des
lesquels étoit M.le premier Préſident,pour
ffaire leurs remontrances trés-humbles
Jesd
SGE
au ſujet de quelques Edits d'arangement
des finances :Avant que de les enrégiſtrer,
M. le premier Préſident fit à
S. A. R. un difcours trés court
trés- reſpectueux.
&
Le ſieur de Cantorby Chef de Go
belet , mourut le même jour d'apoplexie
âgé de 80. ans : Il avoit û l'honneur
de ſervirleRoy deux jours auparavant.
Il eſt parti pluſieurs Prêtres da
Séminaire Etranger , pour aller faire
des Miſſions en Ruſſie avec la permiſſion
du Czar . M. le Fort Agent de
ce Monarque continue d'engager des
Ouvriers de toute forte de profeſions
& de métiers , pour les faire paſſer à
Pétersbourg. Il en part de temps àautre
qui emmenent leurs femmes & leurs
enfans pour ce Païs là.
.
On amême reçu des Lettres de Fins
lande , par leſquelles on a appris
qu'un Batimentparti du Havre de Gra
ce , ily a environ 5. ſemaines, en avoit
débarqué à Pétersbourg plus de soo
de l'un & de l'autre ſexe : Ce Vaiſſeau
n'a mis que s. jours &6. nuits pour fai
68 LE MERCURE
re le trajet qui eſt de 850. lieues.
Le . de ce mois , on célebra dans
P'Egliſe de l'Abbaye Royale de Saint
Denis , l'Anniverſaire pour le repos de
l'Ame de feu Louis XIV. auquel M.
l'Evêque de Montauban officia . Mst le
Duedu Maine , le Comte d'Eu , plufieurs
Seigneurs & principaux Officiers
du Roy , afſſiſterent à cette Cérémonie
, de même que M. le Cardinal
de Polignac & beaucoup de Prelats :
Ces derniers prétendoient avoir desCaraux
, mais , on leur en refuſa & ils en
ont porté leurs plaintes.
こ
Le 3. M. le Prince de Chalais a oba
renu la permiſſion de Mst le Duc d'Orleans
de s'en retourner en Eſpagne.
a
Le 4. M. de Clermont Saint Aignan
Colonel du Regiment d'Auvergne ,
été gratifié de la Charge de premier
Gentil-homme de la Chambre de Mgr
le Prince de Conti , dont étoit revetu
M. de Meuſe.
Madame Ducheſſe de Berry étanet
revenuë de la Meutteici le ; ; leDimanches
du même mois,cette Princeſſe tint
roilette à midi , à laquelle ſe trouvérent
Meſdames les Ducheſſes de S. Simon ,
de Lauſun,Me la Princeſſe de Montau-
2
2
DE SEPTEMBRE 69
eS
0
Ce
ch
ban & pluſieurs autres Dames , de
même que Miles Ambaſladeurs & Miniſtres
Etrangers & quantité de Seigneurs
de la Cour Madame la Marquiſe
de Mouchi , à la fin de la toilette
, prêta ferment de fidelité pour la
Charge d'une ſeconde Dame d'atours ,
& M. le Comte de Rions prêta
auffi ferment de fidelité pour une
feconde Charge de premier Ecuyer , &
cela, en préſencede tous les Seigneurs &
Dames de la Cour : Cette Cérémonie
étant finie , cette Princeſſe alla entendre
la Meſſe dans ſa Chapelle. Au
retour elle trouva un grand cercle de
Dames & de Seigneurs :Meffieurs les
Ducs de la Force & de Laufſun étoient
du nombre , Madame la Marquiſe de
Laval qui avoit été nommée Dame du
Palais , y parut pour la premiere fois.
Madame la Marquiſe de Braſſac vient
auſſi d'être nommée une des Dames du
Palais de cette Princeffle : La premiere
eſt ſoeur de M.le Chevalierd Hautefort
premier Ecuyer,& Epouſe du Marquis
de Lavaldu nom de Montmorenci ; la
feconde eſt Fille de feuM.le Marêchal
de Tourville,Epouſe de M. le Marquis
deBraſſac du nom de Gallard origi
10
LE MERCURE
naire du Querci : M. le Chevalier de
Courtemer a été fait Lieutenant de la
la Compagnie des Gardes , à la place
de M. le Comte de Rions : M. le Chevalier
de Sabran a été fait Enſeigne &
M. le Chevalier de Braſſac ,Exempt de
la même Compagnie.
Les Commiſſaires du Parlement
nommés pour l'examen du fameux Edit
qui doit bientôt paroître , ont fini
leur travail , & le Parlement a enregiſtré
les Articles conteſtés ſur leſquels
il avoit fait au Roy ſes remontrances.
Le6. les Lettres de Meaux portent
que le 4. Septembre,la Compagnie de
Saint Quentin remporta le 1. Ponton
par un coup joignant la broche , celle
de Crecy gagna le ſecond par un coup
de broche en plain , ce qui lui fit adjuger
le 15. prix. La Compagnie de Chalons
fur Marne ût le troiſieme Ponton
par un coup debroche ,&celle de
Reims approcha de plus prés le quatriémePonton
: Les Chevaliers qui ont
gagné des prix juſqu'au 4de ce mois,
font M. Pierre Girard Grand-Jean Scigneur
de l'Eſpine , Préſident , Lieutemant
Général de la Ville , Bailliage &-
:
:
i
-
i
:
(
DE SEPTEMBRE . 77
Lec
Châtellenie de Crecy en Brie , Capietaine
du Noble Jeu de l'Arquebufe dudit
Crecy , & Maître Jean François
24 Greffier en Chef des Eaux & Forets ,
Chevalier de l'Arquebuſe de la même
Ville : Comme ce dernier a fait le premier
coup de broche , il a gagnéune
épée enrichie de diamants avec un
un grand baffin d'argent : Deplus, M.
le Prince de Soubiſe Gouverneur de
la Province , lui a fait préſent d'une
montre d'or éſtimée 7. à 800. livres .
Les Tireurs ont donné 22. liv.
pour tirer chacun 2. coups.
E 28 AouftM. leDuc de Noailles
Préſident du Conſeil des Finances,
ayantmandé les quatre plus anciens deg
Fiij
66
LE MERCURE
dix Huiffiers de la Chaîne , leur remir
par ordre de S. M. dix nouvelles Médailles
d'or, ditesde la Régence,frapées
d'un côté au coin du Roy & de l'autre
à celui de Marle Duc Regent, pour les
fubftituer à cellesde Loüis XIV. Ils les
porteront dans les fonctions de leurs
charges au bout de leurs Chaînes d'or..
M. le Duc de Luynes a achetté avec
permiſſion de la Cour , le Regiment de
Fléche qui eſt un des plus anciens Regimens
qui ait été levé par des Gentils-
hommes..
Madame de Bellefont Abbeffe de:
Montmartre , étant morte la nuit du 29
auzo du mois paffé , aprés une longue
maladie , les Religieuſes firent ſupplier.
avec inſtance. Madame la Ducheffe
d'Orleans de leur accorder Mademoifelle,
pour ſuccéder à la place de la
deffunte.L'invitation en ayant été faite
àMademoiselle ,elle les remercia par
cette réponſe toute Chrêtienne , qu'il
falloit qu'elle apprit à obéir avant que
de commander. Sur ce refus , Madame
deMontpipeau de la Roche-Ouart,
Grande Prieure de Fontévraud xa été
choifie pour occuper cette place.
Le 30. ily ût une députation au PalaisRoyal
, de 17. tant Préſidents que
DE SEPTEMBRE .
He
Conſeillers du Parlement, à la tête des
lesquels étoit M.le premier Préſident,pour
ffaire leurs remontrances trés-humbles
Jesd
SGE
au ſujet de quelques Edits d'arangement
des finances :Avant que de les enrégiſtrer,
M. le premier Préſident fit à
S. A. R. un difcours trés court
trés- reſpectueux.
&
Le ſieur de Cantorby Chef de Go
belet , mourut le même jour d'apoplexie
âgé de 80. ans : Il avoit û l'honneur
de ſervirleRoy deux jours auparavant.
Il eſt parti pluſieurs Prêtres da
Séminaire Etranger , pour aller faire
des Miſſions en Ruſſie avec la permiſſion
du Czar . M. le Fort Agent de
ce Monarque continue d'engager des
Ouvriers de toute forte de profeſions
& de métiers , pour les faire paſſer à
Pétersbourg. Il en part de temps àautre
qui emmenent leurs femmes & leurs
enfans pour ce Païs là.
.
On amême reçu des Lettres de Fins
lande , par leſquelles on a appris
qu'un Batimentparti du Havre de Gra
ce , ily a environ 5. ſemaines, en avoit
débarqué à Pétersbourg plus de soo
de l'un & de l'autre ſexe : Ce Vaiſſeau
n'a mis que s. jours &6. nuits pour fai
68 LE MERCURE
re le trajet qui eſt de 850. lieues.
Le . de ce mois , on célebra dans
P'Egliſe de l'Abbaye Royale de Saint
Denis , l'Anniverſaire pour le repos de
l'Ame de feu Louis XIV. auquel M.
l'Evêque de Montauban officia . Mst le
Duedu Maine , le Comte d'Eu , plufieurs
Seigneurs & principaux Officiers
du Roy , afſſiſterent à cette Cérémonie
, de même que M. le Cardinal
de Polignac & beaucoup de Prelats :
Ces derniers prétendoient avoir desCaraux
, mais , on leur en refuſa & ils en
ont porté leurs plaintes.
こ
Le 3. M. le Prince de Chalais a oba
renu la permiſſion de Mst le Duc d'Orleans
de s'en retourner en Eſpagne.
a
Le 4. M. de Clermont Saint Aignan
Colonel du Regiment d'Auvergne ,
été gratifié de la Charge de premier
Gentil-homme de la Chambre de Mgr
le Prince de Conti , dont étoit revetu
M. de Meuſe.
Madame Ducheſſe de Berry étanet
revenuë de la Meutteici le ; ; leDimanches
du même mois,cette Princeſſe tint
roilette à midi , à laquelle ſe trouvérent
Meſdames les Ducheſſes de S. Simon ,
de Lauſun,Me la Princeſſe de Montau-
2
2
DE SEPTEMBRE 69
eS
0
Ce
ch
ban & pluſieurs autres Dames , de
même que Miles Ambaſladeurs & Miniſtres
Etrangers & quantité de Seigneurs
de la Cour Madame la Marquiſe
de Mouchi , à la fin de la toilette
, prêta ferment de fidelité pour la
Charge d'une ſeconde Dame d'atours ,
& M. le Comte de Rions prêta
auffi ferment de fidelité pour une
feconde Charge de premier Ecuyer , &
cela, en préſencede tous les Seigneurs &
Dames de la Cour : Cette Cérémonie
étant finie , cette Princeſſe alla entendre
la Meſſe dans ſa Chapelle. Au
retour elle trouva un grand cercle de
Dames & de Seigneurs :Meffieurs les
Ducs de la Force & de Laufſun étoient
du nombre , Madame la Marquiſe de
Laval qui avoit été nommée Dame du
Palais , y parut pour la premiere fois.
Madame la Marquiſe de Braſſac vient
auſſi d'être nommée une des Dames du
Palais de cette Princeffle : La premiere
eſt ſoeur de M.le Chevalierd Hautefort
premier Ecuyer,& Epouſe du Marquis
de Lavaldu nom de Montmorenci ; la
feconde eſt Fille de feuM.le Marêchal
de Tourville,Epouſe de M. le Marquis
deBraſſac du nom de Gallard origi
10
LE MERCURE
naire du Querci : M. le Chevalier de
Courtemer a été fait Lieutenant de la
la Compagnie des Gardes , à la place
de M. le Comte de Rions : M. le Chevalier
de Sabran a été fait Enſeigne &
M. le Chevalier de Braſſac ,Exempt de
la même Compagnie.
Les Commiſſaires du Parlement
nommés pour l'examen du fameux Edit
qui doit bientôt paroître , ont fini
leur travail , & le Parlement a enregiſtré
les Articles conteſtés ſur leſquels
il avoit fait au Roy ſes remontrances.
Le6. les Lettres de Meaux portent
que le 4. Septembre,la Compagnie de
Saint Quentin remporta le 1. Ponton
par un coup joignant la broche , celle
de Crecy gagna le ſecond par un coup
de broche en plain , ce qui lui fit adjuger
le 15. prix. La Compagnie de Chalons
fur Marne ût le troiſieme Ponton
par un coup debroche ,&celle de
Reims approcha de plus prés le quatriémePonton
: Les Chevaliers qui ont
gagné des prix juſqu'au 4de ce mois,
font M. Pierre Girard Grand-Jean Scigneur
de l'Eſpine , Préſident , Lieutemant
Général de la Ville , Bailliage &-
:
:
i
-
i
:
(
DE SEPTEMBRE . 77
Lec
Châtellenie de Crecy en Brie , Capietaine
du Noble Jeu de l'Arquebufe dudit
Crecy , & Maître Jean François
24 Greffier en Chef des Eaux & Forets ,
Chevalier de l'Arquebuſe de la même
Ville : Comme ce dernier a fait le premier
coup de broche , il a gagnéune
épée enrichie de diamants avec un
un grand baffin d'argent : Deplus, M.
le Prince de Soubiſe Gouverneur de
la Province , lui a fait préſent d'une
montre d'or éſtimée 7. à 800. livres .
Les Tireurs ont donné 22. liv.
pour tirer chacun 2. coups.
Fermer
1260
p. 110-117
« Le 8, le Parlement fut prorogé par ordre du Roy, jusqu'au 14 [...] »
Début :
Le 8, le Parlement fut prorogé par ordre du Roy, jusqu'au 14 [...]
Mots clefs :
Parlement, Députés, Articles, Affaires d'État, Audience, Édits, Administration des finances, Conseil, Déclaration, Pensions, Exemption, Révocation, Bénéfice, Remboursement, Rente viagère, Domaine de la couronne, Intérêts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 8, le Parlement fut prorogé par ordre du Roy, jusqu'au 14 [...] »
Le 8 , le Parlement fut prorogé par
ordre du Roy , juſqu'au 14 de ce mois ,
pour affaires d'Etat.
Le 9 , les Députez du Parlement
ayant à leur Tête M. le Premier Préfident
, firent au Roy leurs remontrances
, fur quelques Articles d'un Edit
donné pour le bien de l'Etat & l'avantage
des Sujets de Sa Majesté. Ils furent
conduits à l'Audiance parM. le Marquis
de la Vrilliere Sécretaire d'Erat ,
&par M. Deſgranges Maître des Cérémonies.
Le 14,on publia l'Edit du Roy regiſtré
DE SEPTEMBRE.
2
en Parlement portant Suppreffion
du Dixiéme revenu des Biens , Fonds
& autres Immeubles qui y ſont fujets
avec un Réglement fur pluſieurs
parties concernants l'Adminiſtration
des Finances , donné à Paris au mois
d'Aouſt dernier. Le Roy y déclare d'abord
, que le foulagement des Peuples
épuiſés par les efforts des deux derniéres
Guerres , a été le premier objet de
ſes voeux dès le commencement de
ſon Regne ; mais , que le Mal étoit fi
enraciné , qu'il a fallu depuis le rer
Septembre 1715 juſqu'apréfent , pour
en découvrir la cauſe & y apporter le
reméde. Qu'il a commencé par le retranchement
de plus de 40 millions
par an fur l'Etat , de ſes dépenses ,
par les payemens effectifs au Tréfor
Royal & à l'Hôtel de Ville , qui ont
monté à plus de 240 millions en moins
de deux années , par la fuppreflion de
pluſieurs Charges onéreuſes ou inutiles
al'Etar; par la remiſe de 4 fols pour
livres ſur les Droits des Fermes ; & par
la fupreſſion & la réduction de pluſieurs
autres Droits éga'ement onéreux.
, Après ce prélude dont on ne
préſente ici que la ſubſtance , ſuivent
Kij
112 LE MERCURE
18 articles , dont nous donnerons un
fidéle Extrait.
Le premier Article porte , qu'à commencer
au premier Janvier 1718. Nos
Sujets demeureront déchargés du Dixiéme
établi ſur les Revenus de tous
les biens , Fonds & autres Immeubles
qui y ſont ſujets ; mais non , du Dixiéme
qui ſe retient actuellement
fur les Parties qui ſont payées de nos
deniers.
Le 2º. Qu'il ſera arrêté en nôtre Confeil
un Etat des dèpenſes à faire pour
l'Année prochaine & les Années fuivantes
, avec une application fingulière
des Fonds qui compoſent nos Revenus
aux différentes Parties deſdites
dépenses ; & l'on fuivra les destinations
qui ont été ci-devant faites de
partiede ces Fonds .
9
Le 3º confirme la Déclaration du 3
Janvier de la préſente année ,concernantla
réduction des Penſions & Gratifications
ordinaires ; & ordonne qu'il
foit retenu un Cinquiéme ſur leſdites
Penfions & Gratifications réduites par
ladite Déclaration ; & ce, tant pour ce
qui eft du paflé que pour l'avenir.
De la préſente diſpoſition , font excepр-
DE SEPTEMBRE.
ITZ
N
tées les Penſions de 500 liv . & audef
fous , à quelques perſonnes qu'elles
ayent eſté accordées : Celles de 1000 1.
& audeffous , accordées aux Officiers
de nos Troupes ;& les Penſions qui
tiennent lieu de gages ou d'appointemens
à quelque fomme qu'elles montent;
car,fur leſdites Penfions,le Dixieme
ſeulement fera retenu à la maniére
accoûtumée. 1
Le 4º éteint généralement tous Priviléges
& Exemptions particulières des
droits de Gabelle, ſe réſervant ſeulement
d'indemnifer en deniers les
Hôpitaux , fuivant les liquidations qui
en feront faites : Ordonne que s'il a
été payé quelque ſomme pour la joüif
fance deſdits Priviléges , elles tiennent
lien aux Officiers d'augmentation
de Finances .
;
Le se éteint la Révocation portée
par l'article précédent , à tous les
autres Priviléges & Exemptions d'Aydes
, Entrées & Sorties , de quelque
maniére qu'elles ayent éré accordées ;
fans préjudice néanmoins de l'exécution
de nos Ordonnances de 1680 &
1681 , concernans les droits d'Aydes;
& des Edits & Déclarations données
Kij
114
LE MERCURE
en conféquence , qui feront exécutées
felon leur forme & téneur.
Le 6º porte retranchement de la partie
employée dans les Etats de la Recette
générale des Finances de Paris ,
pour l'entretien des Lanternes& le
nettoyement des Ruës , à commencer
au premier Janvier 1718.
Le7. LeBénéfice qui revient,tantde la
réduction que de l'extinction& du rembourſement
desRentes aſſignées ſur les
Tailles, ſur la Ferme du Contrôlle des
Actes & autres , tant pour le paffé que
pour l'avenir, entrera dans la partie de
nôtre Tréfor Royal , comme étant un
fonds néceffaire pour fervir à acquitter
les Charges& dépenſes courantes.
Le se confirme la Déclaration du 10
Juin 1716 , concernant les Receveurs
Généraux , & l'Arrêt du Conſeil du
24 Juillet dernier , attaché fous le con-
*tre-ſcel du préſent Edit.
Le 9. Qu'il fera procédé en nôtre
Confeil des Finances,à l'examen & vérification
de toutes les Parties employées
dans tous les différents Etats
qui s'arrêtent dans notre Conſeil ; afinde
prévenir les faux & doubles Emplois
dans leſdits Etats.
DE SEPTEMBRE.
LIS
P
Le to ordonne que tous les Officiers
ſupprimés procéderont à la liquidation
de leurs Finances & obtiendront
des Ordonnances de rembourſemens,
pour être par Nous pourvû ap
payement des interêts deſdites Finances
, à commencer du jour qu'ils ont
ceffé de jouir des gages & droits qui
leur étoient attribués , juſqu'au tems
que nous ferons en état de procéder
au remboursement des Capitaux.
Le 11 ordonne une Création de rentes
viagéres au denier ſeize , qui ſeront
acquiſes en Billets d'Etat , & un
Etabliſſement des Compagnies de
Commerce,dont les Actions feront pareillement
acquiſes en Billets de l'Etat
, & une Loterie , dont les Billets
feront de 25. fols , & les Lots payés
enargent , en remettant pour pareille
ſome des Billets de l'Etat pour leſquels
il ſera en outre conſtitué des rentes viagéres
au denier 25. Veut que tous leſd.
Billets retirés par ces différentes voyes ,
foient brûlez à l'Hôtel de Ville , à
meſure qu'ils rentreront.
Le 12 aliene une petite partie des
Domaines Royaux & Cantons de Bois
détachés de nos Forêts , pour être ac16
LE MERCURE
quiſe en Billets d'Etat , à condition
qu'ils ne pourront être vendu au defſous
du denier trente de leurs revenus.
Le 13º porte qu'à commencer an
premier Janvier 1718 , on ne payera
plus aucuns interêts de ceux deſdits
Billets qui n'auront pas été confervés
par différents moyens marqués
cy-deſſus.
Le 145. Les Reſcriptions & Billets
ſignés par les Receveurs généraux de
nos Finances , & vifés en exécution de
nôtre Déclaration du 24 Mars 1716 ,
feront converties pendant le mois
de Septembre prochain en billets de
même valeur de la Caifſe commune
des Recettes générales ; &leſdits billets
de la Caiffe commune feront fignés
par le ſieur Geoffroy & vifés par
les ſieurs Carqueville & Loubert.
mê-
Le 15º. Leſdits billets de la Caiffe
commune pourront être employés par
les Porteurs d'iceux, ainſi&de la
me manière que nous avons ci-deſſus
marqué pour les Billets de l'Etat .
Le 166. Que les interêts deſdits billets
, après leur converfion , foient
payés de fix mois en fix mois , à raifon
de 4. pour cent : Entendons qu'il foit
1
F
1
1
DE SEPTEMBRE .. 117
:
tenu compte au Porteur de ces billers ,
des interêts qui pourront être dûs au
premier Juillet de la préſente année ,
à raiſon de 7 & demi pour cent ; auquel
effet leſdits interêts ſeront compris
dans les nouveaux billets de la
Caiffe commune.
Le 17. Ordonnons qu'il ſera incefſament
procédé en nôtre Conſeil des
Finances , à l'examen des movens
de ſimplifier les droits qui compoſent
nos Fermes & d'en diminuer les frais
de Régies .
Le 18. Voulons qu'à commencer du
jour de l'enregiſtrement de nôtre
préſent Edit , il ne ſoit plus expédié
aucuns Paffe-ports , ſous quelque prétexte
que ce ſoit , à l'exceprion ſeulement
des Miniſtres des Princes Etrangers
revêtus de caractéres & de ceux
que nous envoyerons dans les Cours
Etrangeres.
ordre du Roy , juſqu'au 14 de ce mois ,
pour affaires d'Etat.
Le 9 , les Députez du Parlement
ayant à leur Tête M. le Premier Préfident
, firent au Roy leurs remontrances
, fur quelques Articles d'un Edit
donné pour le bien de l'Etat & l'avantage
des Sujets de Sa Majesté. Ils furent
conduits à l'Audiance parM. le Marquis
de la Vrilliere Sécretaire d'Erat ,
&par M. Deſgranges Maître des Cérémonies.
Le 14,on publia l'Edit du Roy regiſtré
DE SEPTEMBRE.
2
en Parlement portant Suppreffion
du Dixiéme revenu des Biens , Fonds
& autres Immeubles qui y ſont fujets
avec un Réglement fur pluſieurs
parties concernants l'Adminiſtration
des Finances , donné à Paris au mois
d'Aouſt dernier. Le Roy y déclare d'abord
, que le foulagement des Peuples
épuiſés par les efforts des deux derniéres
Guerres , a été le premier objet de
ſes voeux dès le commencement de
ſon Regne ; mais , que le Mal étoit fi
enraciné , qu'il a fallu depuis le rer
Septembre 1715 juſqu'apréfent , pour
en découvrir la cauſe & y apporter le
reméde. Qu'il a commencé par le retranchement
de plus de 40 millions
par an fur l'Etat , de ſes dépenses ,
par les payemens effectifs au Tréfor
Royal & à l'Hôtel de Ville , qui ont
monté à plus de 240 millions en moins
de deux années , par la fuppreflion de
pluſieurs Charges onéreuſes ou inutiles
al'Etar; par la remiſe de 4 fols pour
livres ſur les Droits des Fermes ; & par
la fupreſſion & la réduction de pluſieurs
autres Droits éga'ement onéreux.
, Après ce prélude dont on ne
préſente ici que la ſubſtance , ſuivent
Kij
112 LE MERCURE
18 articles , dont nous donnerons un
fidéle Extrait.
Le premier Article porte , qu'à commencer
au premier Janvier 1718. Nos
Sujets demeureront déchargés du Dixiéme
établi ſur les Revenus de tous
les biens , Fonds & autres Immeubles
qui y ſont ſujets ; mais non , du Dixiéme
qui ſe retient actuellement
fur les Parties qui ſont payées de nos
deniers.
Le 2º. Qu'il ſera arrêté en nôtre Confeil
un Etat des dèpenſes à faire pour
l'Année prochaine & les Années fuivantes
, avec une application fingulière
des Fonds qui compoſent nos Revenus
aux différentes Parties deſdites
dépenses ; & l'on fuivra les destinations
qui ont été ci-devant faites de
partiede ces Fonds .
9
Le 3º confirme la Déclaration du 3
Janvier de la préſente année ,concernantla
réduction des Penſions & Gratifications
ordinaires ; & ordonne qu'il
foit retenu un Cinquiéme ſur leſdites
Penfions & Gratifications réduites par
ladite Déclaration ; & ce, tant pour ce
qui eft du paflé que pour l'avenir.
De la préſente diſpoſition , font excepр-
DE SEPTEMBRE.
ITZ
N
tées les Penſions de 500 liv . & audef
fous , à quelques perſonnes qu'elles
ayent eſté accordées : Celles de 1000 1.
& audeffous , accordées aux Officiers
de nos Troupes ;& les Penſions qui
tiennent lieu de gages ou d'appointemens
à quelque fomme qu'elles montent;
car,fur leſdites Penfions,le Dixieme
ſeulement fera retenu à la maniére
accoûtumée. 1
Le 4º éteint généralement tous Priviléges
& Exemptions particulières des
droits de Gabelle, ſe réſervant ſeulement
d'indemnifer en deniers les
Hôpitaux , fuivant les liquidations qui
en feront faites : Ordonne que s'il a
été payé quelque ſomme pour la joüif
fance deſdits Priviléges , elles tiennent
lien aux Officiers d'augmentation
de Finances .
;
Le se éteint la Révocation portée
par l'article précédent , à tous les
autres Priviléges & Exemptions d'Aydes
, Entrées & Sorties , de quelque
maniére qu'elles ayent éré accordées ;
fans préjudice néanmoins de l'exécution
de nos Ordonnances de 1680 &
1681 , concernans les droits d'Aydes;
& des Edits & Déclarations données
Kij
114
LE MERCURE
en conféquence , qui feront exécutées
felon leur forme & téneur.
Le 6º porte retranchement de la partie
employée dans les Etats de la Recette
générale des Finances de Paris ,
pour l'entretien des Lanternes& le
nettoyement des Ruës , à commencer
au premier Janvier 1718.
Le7. LeBénéfice qui revient,tantde la
réduction que de l'extinction& du rembourſement
desRentes aſſignées ſur les
Tailles, ſur la Ferme du Contrôlle des
Actes & autres , tant pour le paffé que
pour l'avenir, entrera dans la partie de
nôtre Tréfor Royal , comme étant un
fonds néceffaire pour fervir à acquitter
les Charges& dépenſes courantes.
Le se confirme la Déclaration du 10
Juin 1716 , concernant les Receveurs
Généraux , & l'Arrêt du Conſeil du
24 Juillet dernier , attaché fous le con-
*tre-ſcel du préſent Edit.
Le 9. Qu'il fera procédé en nôtre
Confeil des Finances,à l'examen & vérification
de toutes les Parties employées
dans tous les différents Etats
qui s'arrêtent dans notre Conſeil ; afinde
prévenir les faux & doubles Emplois
dans leſdits Etats.
DE SEPTEMBRE.
LIS
P
Le to ordonne que tous les Officiers
ſupprimés procéderont à la liquidation
de leurs Finances & obtiendront
des Ordonnances de rembourſemens,
pour être par Nous pourvû ap
payement des interêts deſdites Finances
, à commencer du jour qu'ils ont
ceffé de jouir des gages & droits qui
leur étoient attribués , juſqu'au tems
que nous ferons en état de procéder
au remboursement des Capitaux.
Le 11 ordonne une Création de rentes
viagéres au denier ſeize , qui ſeront
acquiſes en Billets d'Etat , & un
Etabliſſement des Compagnies de
Commerce,dont les Actions feront pareillement
acquiſes en Billets de l'Etat
, & une Loterie , dont les Billets
feront de 25. fols , & les Lots payés
enargent , en remettant pour pareille
ſome des Billets de l'Etat pour leſquels
il ſera en outre conſtitué des rentes viagéres
au denier 25. Veut que tous leſd.
Billets retirés par ces différentes voyes ,
foient brûlez à l'Hôtel de Ville , à
meſure qu'ils rentreront.
Le 12 aliene une petite partie des
Domaines Royaux & Cantons de Bois
détachés de nos Forêts , pour être ac16
LE MERCURE
quiſe en Billets d'Etat , à condition
qu'ils ne pourront être vendu au defſous
du denier trente de leurs revenus.
Le 13º porte qu'à commencer an
premier Janvier 1718 , on ne payera
plus aucuns interêts de ceux deſdits
Billets qui n'auront pas été confervés
par différents moyens marqués
cy-deſſus.
Le 145. Les Reſcriptions & Billets
ſignés par les Receveurs généraux de
nos Finances , & vifés en exécution de
nôtre Déclaration du 24 Mars 1716 ,
feront converties pendant le mois
de Septembre prochain en billets de
même valeur de la Caifſe commune
des Recettes générales ; &leſdits billets
de la Caiffe commune feront fignés
par le ſieur Geoffroy & vifés par
les ſieurs Carqueville & Loubert.
mê-
Le 15º. Leſdits billets de la Caiffe
commune pourront être employés par
les Porteurs d'iceux, ainſi&de la
me manière que nous avons ci-deſſus
marqué pour les Billets de l'Etat .
Le 166. Que les interêts deſdits billets
, après leur converfion , foient
payés de fix mois en fix mois , à raifon
de 4. pour cent : Entendons qu'il foit
1
F
1
1
DE SEPTEMBRE .. 117
:
tenu compte au Porteur de ces billers ,
des interêts qui pourront être dûs au
premier Juillet de la préſente année ,
à raiſon de 7 & demi pour cent ; auquel
effet leſdits interêts ſeront compris
dans les nouveaux billets de la
Caiffe commune.
Le 17. Ordonnons qu'il ſera incefſament
procédé en nôtre Conſeil des
Finances , à l'examen des movens
de ſimplifier les droits qui compoſent
nos Fermes & d'en diminuer les frais
de Régies .
Le 18. Voulons qu'à commencer du
jour de l'enregiſtrement de nôtre
préſent Edit , il ne ſoit plus expédié
aucuns Paffe-ports , ſous quelque prétexte
que ce ſoit , à l'exceprion ſeulement
des Miniſtres des Princes Etrangers
revêtus de caractéres & de ceux
que nous envoyerons dans les Cours
Etrangeres.
Fermer
1261
p. 117-119
Extrait d'un Arrest du 24 Juillet 1717, attaché sous le Contre-scol du présent Edit.
Début :
Il est ordonné par cet Arrest à tous les Officiers Comptables, Trésoriers, [...]
Mots clefs :
Arrêts, Officiers, Trésoriers, Caissiers, Déclaration, Conseil, Recettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Arrest du 24 Juillet 1717, attaché sous le Contre-scol du présent Edit.
Extrait d'un Arrest du 24 Juillet 1717,
attachésous le Contre-ſcol du present
Edit.
I
Leſt ordonné par cet Arreſt à tous
les Officiers Comptables,Tréſoriers ,
Receveurs , Fermiers , Sous- Fermiers,
118 LE MERCURE
leurs Caiſſiers , Commis &c. d'envoyer
tous les premiers jours de chaque mois,
copie de leurs Regiſtres journaux au
Confeil des Finances ; & qu'à l'égard
des Receveurs Généraux & Receveurs
des Tailles des Pays d'Election , ils
continuëront d'envoyer leſdites copies,
comme ils ont fair juſqu'à prefent. Aprés
quoy s'enfuit une Déclaration du Roy
du 9 Septembre , en interprétation de
l'Editdontnous venons de donner l'Extrait.
Le Roy déclare qu'aprés avoir
fait examiner en fon Conſeil les trés
humbles Remontrances que fa Cour
de Parlement hay avoit faites fur les
Articles VI . XIII. XIV . XV. &
XVI . Elle vouloit qu'il fut procedé
en fon Conſeil à l'Examen des moyens
les plus convenables , pour fournir aux
fonds néceffaires pour l'entretien des
lanternes & le nétoyement des ruës de
Paris ; & que l'on ſurfit quant à preſent
l'exécution de l'Article VI ... Ordonne
que l'intereſt des Billers de l'Etat
continuëra d'eftre payé même par-delà
le premier Janvier de l'année prochaine,
fur le pied de 4 pour cent , jufqu'à
ce qu'autrement il en ait été ordonné.
Que les Porteurs des Reſcriptions ou
DE SEPTEMBRE. 119
Te
сете
لالو
JR
S
Ce
Billers ſignez par les Receveurs Généraux
des Finances, qui voudront les convertir
en Billets de la Caiſſe commune
des Recettes Générales , y feront
reçûs conformément aux Articles XIV.
XV. & XVI. & feront admis à
faire les mêmes Emplois deſdits Billets
qui ont eſté marquez par l'Edit en
faveur des Porteurs des Billets de l'Etat
; & que ceux qui préféreront de les
garder ſans en faire la converfion , ſe-
Font payez des intereſts par les Receveurs
Généraux qui les ont ſigrez , &
ce,à raiſon de 4 pour cent , à commencer
du premier Juillet de la preſente
année 1717 .
attachésous le Contre-ſcol du present
Edit.
I
Leſt ordonné par cet Arreſt à tous
les Officiers Comptables,Tréſoriers ,
Receveurs , Fermiers , Sous- Fermiers,
118 LE MERCURE
leurs Caiſſiers , Commis &c. d'envoyer
tous les premiers jours de chaque mois,
copie de leurs Regiſtres journaux au
Confeil des Finances ; & qu'à l'égard
des Receveurs Généraux & Receveurs
des Tailles des Pays d'Election , ils
continuëront d'envoyer leſdites copies,
comme ils ont fair juſqu'à prefent. Aprés
quoy s'enfuit une Déclaration du Roy
du 9 Septembre , en interprétation de
l'Editdontnous venons de donner l'Extrait.
Le Roy déclare qu'aprés avoir
fait examiner en fon Conſeil les trés
humbles Remontrances que fa Cour
de Parlement hay avoit faites fur les
Articles VI . XIII. XIV . XV. &
XVI . Elle vouloit qu'il fut procedé
en fon Conſeil à l'Examen des moyens
les plus convenables , pour fournir aux
fonds néceffaires pour l'entretien des
lanternes & le nétoyement des ruës de
Paris ; & que l'on ſurfit quant à preſent
l'exécution de l'Article VI ... Ordonne
que l'intereſt des Billers de l'Etat
continuëra d'eftre payé même par-delà
le premier Janvier de l'année prochaine,
fur le pied de 4 pour cent , jufqu'à
ce qu'autrement il en ait été ordonné.
Que les Porteurs des Reſcriptions ou
DE SEPTEMBRE. 119
Te
сете
لالو
JR
S
Ce
Billers ſignez par les Receveurs Généraux
des Finances, qui voudront les convertir
en Billets de la Caiſſe commune
des Recettes Générales , y feront
reçûs conformément aux Articles XIV.
XV. & XVI. & feront admis à
faire les mêmes Emplois deſdits Billets
qui ont eſté marquez par l'Edit en
faveur des Porteurs des Billets de l'Etat
; & que ceux qui préféreront de les
garder ſans en faire la converfion , ſe-
Font payez des intereſts par les Receveurs
Généraux qui les ont ſigrez , &
ce,à raiſon de 4 pour cent , à commencer
du premier Juillet de la preſente
année 1717 .
Fermer
1262
p. 119-120
DECLARATION DU ROY. Portant établissement d'une Loterie pour parvenir à l'extinction des Billets de l'Etat & de la Caisse commune des Recettes Générales. Données à Paris le 21 Aoust.
Début :
Par cette Déclaration, chaque Billet sera de 25 sols, & comme [...]
Mots clefs :
Loterie, Caisse commune, Déclaration, Billets, Rentes viagères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DECLARATION DU ROY. Portant établissement d'une Loterie pour parvenir à l'extinction des Billets de l'Etat & de la Caisse commune des Recettes Générales. Données à Paris le 21 Aoust.
DECLARATION DU ROY.
Portant établiſſement d'une Loterie
pour parvenir à l'extinction des Billets
de l'Etat&de la Caiſſe commune
des Recettes Générales. Donnée àParis
le 21 Aoust.
PAR
cette Déclaration , chaque Billet
ſera de 25 ſols; &comme cette
Loterie ſera tirée le 10 de chaque mois,
à commencer au mois d'Octobre pro
120 LE MERCURE
chain , en quelque état que la Recette
ſe trouve au dernier jour d'icelui ; il
y aura au moins 74 lots à chaque Loterie:
Legros lot ne pourra jamais eſtre
plus fort que de 30000 livres & les
moindres de 1000 livres chacun : Ceux
qui raporteront leſdits Billets auſquels
le ſort ſera échû , avec des Billets de
l'Etat ou de la Caiſſe commune desRecettes
Générales, pour une ſomme pareille
à la valeur de chacun deſdits
lots , joüiront encore, leur vie durant,
d'une rente viagére aux intereſts deſdits
Billets rembourſez , c'eſt à dire au denier
vingt- cinq. Les Actionaires pourront
partager leſdites rentes viagéres
enpluſieurs Contrats, au profit de telles
perſonnes qu'ils voudront choifir
&nommer; pourvû néanmoins que lefdites
rentes ne foient point audeſſous
de 40 livres de joüiſſance actuelle par
chacun an : Les arrérages deſdites rentes
viagères ne pourront eſtre ſaiſis pour
quelque cauſe que ce foit , même pour
les propres deniers & affaires du Roy.
Portant établiſſement d'une Loterie
pour parvenir à l'extinction des Billets
de l'Etat&de la Caiſſe commune
des Recettes Générales. Donnée àParis
le 21 Aoust.
PAR
cette Déclaration , chaque Billet
ſera de 25 ſols; &comme cette
Loterie ſera tirée le 10 de chaque mois,
à commencer au mois d'Octobre pro
120 LE MERCURE
chain , en quelque état que la Recette
ſe trouve au dernier jour d'icelui ; il
y aura au moins 74 lots à chaque Loterie:
Legros lot ne pourra jamais eſtre
plus fort que de 30000 livres & les
moindres de 1000 livres chacun : Ceux
qui raporteront leſdits Billets auſquels
le ſort ſera échû , avec des Billets de
l'Etat ou de la Caiſſe commune desRecettes
Générales, pour une ſomme pareille
à la valeur de chacun deſdits
lots , joüiront encore, leur vie durant,
d'une rente viagére aux intereſts deſdits
Billets rembourſez , c'eſt à dire au denier
vingt- cinq. Les Actionaires pourront
partager leſdites rentes viagéres
enpluſieurs Contrats, au profit de telles
perſonnes qu'ils voudront choifir
&nommer; pourvû néanmoins que lefdites
rentes ne foient point audeſſous
de 40 livres de joüiſſance actuelle par
chacun an : Les arrérages deſdites rentes
viagères ne pourront eſtre ſaiſis pour
quelque cauſe que ce foit , même pour
les propres deniers & affaires du Roy.
Fermer
1263
p. 121-122
EDIT DU ROY. Portant création de douze cent mille livres de rentes viagéres, pour retirer les Billets de l'Etat. Donné à Paris au mois d'Aoust 1717.
Début :
Par cet Edit, le Roy vend & aliéne la somme de douze cent [...]
Mots clefs :
Édit, Trésor royal, Billets, Recettes, Rentes viagères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EDIT DU ROY. Portant création de douze cent mille livres de rentes viagéres, pour retirer les Billets de l'Etat. Donné à Paris au mois d'Aoust 1717.
EDIT DUROY ,
Portant création de douze cent mille livres
de rentes viagéres , pour retirer
les Billets de l'Etat. Donné àParis
au mois d'Aoust 1717.
P
ARcet Edit,le Roy vend & aliéne
la ſomme de douzecent mille livres
de rentes viagéres , à raiſon du denier
ſeize du Capital , aflignées ſur le
produit des Fermes , des 3 ſols par conwolled'Exploits,
des Greffes réunis des
Cartes & des Suifs : Le Garde du Tréfor
Royal ne pourra recevoir pour l'acquiſition
deſdites rentes viagéres aucuns
autres effets que des Billets de l'Etat
ou des Billets de la Caifle commune
des Recettes Générales,non pas mê--
me aucun denier comprant en cédant
la ſomme de ſeize livres. Les Contracts
de Conſtitution ne feront pas
moindres de 30 livres de joüiſſance par
an ,& les arrerages ne pourront eſtre
ſaiſis pour quelque cauſe quece ſoit,
même pour les propres deniers & affaires
du Roy. Tous les Billets del'Etat
qui feront portez au Tréſor Royal, fe-
Septembre 1717. L
722 LE MERCURE
1
ront biffez dans l'inſtant qu'ils feront
reçûs,& brûlez à l'Hôtel de Ville . &c.
Portant création de douze cent mille livres
de rentes viagéres , pour retirer
les Billets de l'Etat. Donné àParis
au mois d'Aoust 1717.
P
ARcet Edit,le Roy vend & aliéne
la ſomme de douzecent mille livres
de rentes viagéres , à raiſon du denier
ſeize du Capital , aflignées ſur le
produit des Fermes , des 3 ſols par conwolled'Exploits,
des Greffes réunis des
Cartes & des Suifs : Le Garde du Tréfor
Royal ne pourra recevoir pour l'acquiſition
deſdites rentes viagéres aucuns
autres effets que des Billets de l'Etat
ou des Billets de la Caifle commune
des Recettes Générales,non pas mê--
me aucun denier comprant en cédant
la ſomme de ſeize livres. Les Contracts
de Conſtitution ne feront pas
moindres de 30 livres de joüiſſance par
an ,& les arrerages ne pourront eſtre
ſaiſis pour quelque cauſe quece ſoit,
même pour les propres deniers & affaires
du Roy. Tous les Billets del'Etat
qui feront portez au Tréſor Royal, fe-
Septembre 1717. L
722 LE MERCURE
1
ront biffez dans l'inſtant qu'ils feront
reçûs,& brûlez à l'Hôtel de Ville . &c.
Fermer
1264
p. 122-123
EDIT DU ROY, Pour la vente & engagement des petits Domaines.
Début :
Le Roy par cet Edit, vend & engage tous les petits Domaines, [...]
Mots clefs :
Édit, Domaines, Terrains, Places, Héritiers, Droit honorifique, Trésor royal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EDIT DU ROY, Pour la vente & engagement des petits Domaines.
EDIT DU ROY ,
Pour la vente & engagement des petits
LE
Domaines.
E Roy par cet Edit , vend & engage
tous les petits Domaines , Moulins
, Preſſoirs,Halles , Marchez , Boutiques
, Echopes , Places à étaler, Terres
vaines & vagues , communes , Landes
, Briéres , Garrigues , Pâtis , Paluds
, Marais , Etangs , Prez , les &
Iſlotes , Terres labourables , Bocquéteaux
ſéparez des Forers , Bacs, Ponts ,
Péages , Travers , Paſſages ,Droits de
Minaye , Meſurage , Aunage , Poids,
Controlle des Toiles & autres Ouvrages
, Tabellionages , Portions de Domaines
& générallement tous autres
Droits de pareille nature dépendans
des Domaines du Roy ; poureen joüir
par les Acquereurs , leurs Succeffeurs ,
héritierson ayant cauſe à Titre d'engagement
,& à faculté de rachat perpétuel
, avec tous les Droits honorifiques&
utiles en dépendans ; AcondiDE
SEPTEMBRE. 125
03
tion de payer ſur les quittances du
Tréſor Royal , le prix principal des.
adjudications qui leur auront été faites
en Billets d'Etat , ou de la Caiffe
commune des Recettes générales ;
pourvû toutefois , que le prix ne ſoit
au-deſſous du denier 30 du Revenu
de ce qui ſera adjugé. Donné à Paris ,
au mois d'Aouſt 1717 .
Pour la vente & engagement des petits
LE
Domaines.
E Roy par cet Edit , vend & engage
tous les petits Domaines , Moulins
, Preſſoirs,Halles , Marchez , Boutiques
, Echopes , Places à étaler, Terres
vaines & vagues , communes , Landes
, Briéres , Garrigues , Pâtis , Paluds
, Marais , Etangs , Prez , les &
Iſlotes , Terres labourables , Bocquéteaux
ſéparez des Forers , Bacs, Ponts ,
Péages , Travers , Paſſages ,Droits de
Minaye , Meſurage , Aunage , Poids,
Controlle des Toiles & autres Ouvrages
, Tabellionages , Portions de Domaines
& générallement tous autres
Droits de pareille nature dépendans
des Domaines du Roy ; poureen joüir
par les Acquereurs , leurs Succeffeurs ,
héritierson ayant cauſe à Titre d'engagement
,& à faculté de rachat perpétuel
, avec tous les Droits honorifiques&
utiles en dépendans ; AcondiDE
SEPTEMBRE. 125
03
tion de payer ſur les quittances du
Tréſor Royal , le prix principal des.
adjudications qui leur auront été faites
en Billets d'Etat , ou de la Caiffe
commune des Recettes générales ;
pourvû toutefois , que le prix ne ſoit
au-deſſous du denier 30 du Revenu
de ce qui ſera adjugé. Donné à Paris ,
au mois d'Aouſt 1717 .
Fermer
1265
p. 123-128
LETTRES PATENTES EN FORME D'EDIT, Portant établissement d'une Compagnie de Commerce, sous le nom de Compagnie d'Occident.
Début :
Jamais Compagnie n'a eu des Priviléges plus considérables que celle-ci. [...]
Mots clefs :
Privilèges, Compagnie d'Occident, Commerce, Mines, Louisiane, Colonie, Constructions, Marchandises, Étrangers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRES PATENTES EN FORME D'EDIT, Portant établissement d'une Compagnie de Commerce, sous le nom de Compagnie d'Occident.
LETTRES PATENTES
EN FORME D'EDIT ,
Portant établiſſement d'une Compagnie
de Commerce , ſous le nom de Compagnie
d'Occident .
Jamais Compagnie n'a eu des Privia.
téges plus confidérables que celle-ci. Le
Roy nese réserve d'autres droits , ni de
voirs, que la seule foy & hommage,lige.
Comme nous nepouvons pas donner tous
les articles nous tâche
rons d'en donner exaltement le précis .
en entier
,
Le Roy accorde à cette Compagnie le
Commerce de la Loüifiane ou Miſſiſſippi,
excluſivementà tous Commerçans ,
pendant l'eſpace de 25 ans , avec le
Privilége de recevoir , à l'excluſion de
Lij
124
LE MERCURE
tous autres dans la Colonie de Canada,
tous les Caſtors gras & fecs que les
Habitans de ladite Colonie auront traités.
Elle aura la propriété des Mines &
Miniéres qu'elle fera ouvrir pendant
fon Privilége : Elle pourra traiter &
faire alliance au nom du Roy , avec
toute la Nation, du Païs , vendre &
aliéner les Terres de ſa conceffion à
tels cens& rentes qu'elle jugera à propos
, mêmeles accorder en franc aleu ,
fans Juſtice , ni Seigneurie. Elle pourra
faire construire te's Forts , Châteaux
& Places qu'elle jugera néceſſaites
pour la deffence du Païs. Les Officiers
François militaires qui y ſont préfentement,
pourrontydemeurer : Ceux
qui font actuellement en France pourront
y paffer ſous le bon plaifir du
Roy, poury ſervir ſur les Commiſſions
de la Compagnie , fans que pour raifons
de ce ſervice , ils perdent les rangs
&grades qu'ils peuvent avoir actuellement
en France. Le Roy promet à
ladite Compagnie de la protéger &
deffendre , & d'employer la force de
ſes Armes , s'il eſt beſoin,pour la maintenir
dans la liberté entiére de fon
DE SEPTMEBRE.
125
هب
j
-
,
2
commerce : Ceux des Sujets du Roy
qui pafferont dans les Païs concédez
à ladite Compagnie , joüiront des îmê-'
mes libertez & franchiſes que s'ils
étoient demeurants en France ;& que
ceux qui naîtront d'Habitans François
dudit Païs& méme des Etrangers
Européens , faifans profeſſion de la
Religion C. A. & Romaine , qui pour--
ront s'y établir , ſoient cenfez & réputez
pour Regnicoles. Les Denrées &
Marchandiſes que la Compagnie aura
deſtinées pour les Païs de ſa concef
fion,& celles dont elle aura beſoin pour
la conſtruction armement & ravitaillement
de ſes Vaiſſeaux , feront
exempts des droits appartenants au
Roy& aux Villes de fa dépendance..
Les marchandises que ladite Compagnie
fera apporter dans les Ports de:
France pour fon compte , des Païs de
fa conceffion , ne payeront pendant les
dix premiéres années de ſon Privilége,
que la moitié des droits que de pareilles
marchandises venants des Ifles
&Colonies Françoiſes de l'Amérique,
doivent payer. Le Roy fera délivrer de
ſes Magazins à ladite Compagnie tous
les ans , pendant le tems de fon Pri
Lüf
:
126 LE MERCURE
vilége qui eſt de vingt-cing années ,
quarante millions de poudre à fufil
qu'elle payera au Roy ſur le prix
qu'elle lui aura couté.
Les Fonds de cette Compagnie ſeront
partagez en actions de soo livres
chacune , dont la valeur ſera fournie
en Billets d'Etat , deſquels les interêts
ſeront dûs depuis le premier du mois
de Janvier de l'année prochaine. Les
Billets deſdites Actions ſeront payables
au Porteur , ſignez par le Caiffier
de la Compagnie & viſés par l'un des
Directeurs .
Tous les Etrangers pourront acqué
rir tel nombre d'Actions qu'ils jugeront
à propos , & les Actions appartenantes
aux Etrangers ne feront ſujettes ni
au droit d'aubaine , ni à aucune confiſcation
• pour cauſe de guerre ou autrement
.
, aura
Toutes leſdites Actions pourront être
vendues ou commercées: Tout Actionnaire
Porteur de so Actions
voix déliberative aux Aſſemblées ; &
s'il eſt Porteur de 100 Actions , il aura
deux voix auſſi par augmentation .
Les Billets d'Etat receus pour lefondsdes
Actions , feront convertis en renDE
SEPTEMBRE. 727
fual
P
lives
هک
eres
16
33
tes au Denier 25 , dont les interêts
coureront , à commencer du premier
Janvier 1718 , ſur la Ferme du Contrôlle
des Actes des Notaires du petit
Sceau & Inſinuation des Laïcs , lefquelles
rentes feront héréditaires. Les
Directeurs employeront au commerce
de la Compagnie , les arrérages dûs
de la préſente année , des Contracts
qui ſeront expédiés au profit de la
Compagnie ; & il leur est très expref
fément deffendu d'y employer aucune
partie des interêts des années ſuivantes.
Les Directeurs arrêteront tous les
ans à la fin du mois de Decembre, le
Bilan général des Affaires de laCompagnie
; après quoy ils convoqueront
par affiche publique l'Affemblée géné
rale de toute la Compagnie , dansla
quelle les Répartitions des profits de
lad.Compagnie feront reſoluës &arrêtées.
Les Rentes deſd. Actions, enfemble
les Répartitions des profits prove
nans des profits de commerce , ſeront
payés ſuivant les Numeros def
dites Actions ; en commençant par la.
premiere , fans qu'il puiffe y être fait
aucun changement.
Les Actions de la Compagnie , ni
les effets d'icelle ne pourront être fai128
LE MERCURE
fis ,fous quelque prétexte que ce puiffe
êrre.
EN FORME D'EDIT ,
Portant établiſſement d'une Compagnie
de Commerce , ſous le nom de Compagnie
d'Occident .
Jamais Compagnie n'a eu des Privia.
téges plus confidérables que celle-ci. Le
Roy nese réserve d'autres droits , ni de
voirs, que la seule foy & hommage,lige.
Comme nous nepouvons pas donner tous
les articles nous tâche
rons d'en donner exaltement le précis .
en entier
,
Le Roy accorde à cette Compagnie le
Commerce de la Loüifiane ou Miſſiſſippi,
excluſivementà tous Commerçans ,
pendant l'eſpace de 25 ans , avec le
Privilége de recevoir , à l'excluſion de
Lij
124
LE MERCURE
tous autres dans la Colonie de Canada,
tous les Caſtors gras & fecs que les
Habitans de ladite Colonie auront traités.
Elle aura la propriété des Mines &
Miniéres qu'elle fera ouvrir pendant
fon Privilége : Elle pourra traiter &
faire alliance au nom du Roy , avec
toute la Nation, du Païs , vendre &
aliéner les Terres de ſa conceffion à
tels cens& rentes qu'elle jugera à propos
, mêmeles accorder en franc aleu ,
fans Juſtice , ni Seigneurie. Elle pourra
faire construire te's Forts , Châteaux
& Places qu'elle jugera néceſſaites
pour la deffence du Païs. Les Officiers
François militaires qui y ſont préfentement,
pourrontydemeurer : Ceux
qui font actuellement en France pourront
y paffer ſous le bon plaifir du
Roy, poury ſervir ſur les Commiſſions
de la Compagnie , fans que pour raifons
de ce ſervice , ils perdent les rangs
&grades qu'ils peuvent avoir actuellement
en France. Le Roy promet à
ladite Compagnie de la protéger &
deffendre , & d'employer la force de
ſes Armes , s'il eſt beſoin,pour la maintenir
dans la liberté entiére de fon
DE SEPTMEBRE.
125
هب
j
-
,
2
commerce : Ceux des Sujets du Roy
qui pafferont dans les Païs concédez
à ladite Compagnie , joüiront des îmê-'
mes libertez & franchiſes que s'ils
étoient demeurants en France ;& que
ceux qui naîtront d'Habitans François
dudit Païs& méme des Etrangers
Européens , faifans profeſſion de la
Religion C. A. & Romaine , qui pour--
ront s'y établir , ſoient cenfez & réputez
pour Regnicoles. Les Denrées &
Marchandiſes que la Compagnie aura
deſtinées pour les Païs de ſa concef
fion,& celles dont elle aura beſoin pour
la conſtruction armement & ravitaillement
de ſes Vaiſſeaux , feront
exempts des droits appartenants au
Roy& aux Villes de fa dépendance..
Les marchandises que ladite Compagnie
fera apporter dans les Ports de:
France pour fon compte , des Païs de
fa conceffion , ne payeront pendant les
dix premiéres années de ſon Privilége,
que la moitié des droits que de pareilles
marchandises venants des Ifles
&Colonies Françoiſes de l'Amérique,
doivent payer. Le Roy fera délivrer de
ſes Magazins à ladite Compagnie tous
les ans , pendant le tems de fon Pri
Lüf
:
126 LE MERCURE
vilége qui eſt de vingt-cing années ,
quarante millions de poudre à fufil
qu'elle payera au Roy ſur le prix
qu'elle lui aura couté.
Les Fonds de cette Compagnie ſeront
partagez en actions de soo livres
chacune , dont la valeur ſera fournie
en Billets d'Etat , deſquels les interêts
ſeront dûs depuis le premier du mois
de Janvier de l'année prochaine. Les
Billets deſdites Actions ſeront payables
au Porteur , ſignez par le Caiffier
de la Compagnie & viſés par l'un des
Directeurs .
Tous les Etrangers pourront acqué
rir tel nombre d'Actions qu'ils jugeront
à propos , & les Actions appartenantes
aux Etrangers ne feront ſujettes ni
au droit d'aubaine , ni à aucune confiſcation
• pour cauſe de guerre ou autrement
.
, aura
Toutes leſdites Actions pourront être
vendues ou commercées: Tout Actionnaire
Porteur de so Actions
voix déliberative aux Aſſemblées ; &
s'il eſt Porteur de 100 Actions , il aura
deux voix auſſi par augmentation .
Les Billets d'Etat receus pour lefondsdes
Actions , feront convertis en renDE
SEPTEMBRE. 727
fual
P
lives
هک
eres
16
33
tes au Denier 25 , dont les interêts
coureront , à commencer du premier
Janvier 1718 , ſur la Ferme du Contrôlle
des Actes des Notaires du petit
Sceau & Inſinuation des Laïcs , lefquelles
rentes feront héréditaires. Les
Directeurs employeront au commerce
de la Compagnie , les arrérages dûs
de la préſente année , des Contracts
qui ſeront expédiés au profit de la
Compagnie ; & il leur est très expref
fément deffendu d'y employer aucune
partie des interêts des années ſuivantes.
Les Directeurs arrêteront tous les
ans à la fin du mois de Decembre, le
Bilan général des Affaires de laCompagnie
; après quoy ils convoqueront
par affiche publique l'Affemblée géné
rale de toute la Compagnie , dansla
quelle les Répartitions des profits de
lad.Compagnie feront reſoluës &arrêtées.
Les Rentes deſd. Actions, enfemble
les Répartitions des profits prove
nans des profits de commerce , ſeront
payés ſuivant les Numeros def
dites Actions ; en commençant par la.
premiere , fans qu'il puiffe y être fait
aucun changement.
Les Actions de la Compagnie , ni
les effets d'icelle ne pourront être fai128
LE MERCURE
fis ,fous quelque prétexte que ce puiffe
êrre.
Fermer
1266
p. 170-172
« Les Lettres de Venise du 11 de ce mois portent, qu'on [...] »
Début :
Les Lettres de Venise du 11 de ce mois portent, qu'on [...]
Mots clefs :
Venise, Flotte espagnole, Noblesse, Maison d'Autriche, Vaisseaux, Prince, Gouvernement, Troupes, Victoire, Réjouissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Lettres de Venise du 11 de ce mois portent, qu'on [...] »
L
de ce Es Lettres de Veniſe du 1
mois portent, qu'on commençoit à
paroître fort intrigué ſur les Projets
de la Flote d'Eſpagne. La Nobleffe
publie hautement que la République
étoit prête d'exécuter le dernier Traité
Alliance conclu avec la Maiſon d'Autriche
, en vertu duquel le Sénat s'eſt
cugagé de fournir 4000 hommes & un
certain nombre de Vaiſſeaux à l'Empereur,
files Etats que ce Prince pofféde
en Italie , étoient attaqués par quelque
autre Puiſſance pendant la Caerre
DE SEPTEMBRE. 171
Ge
10
%
t
i
$
du Turc. Ce ſecours doit être même
plus oumoins conſidérable ſelon le lieu
l'Emper. ſera attaqué. LesChefs du
gouvernement ont interrogé le Capello
qui eſt revenu depuis peu de la Reſidence
de Naples ,touchant les ſentimens
des Peuples de ce Royaume
il leur a répondu qu'il croyoit que ſi
les Eſpagnols s'en approchoient , il y
auroit dans ce Pays-là un ſoulevement
preſque générale en leur faveur : Que
deux jours auparavant , on avoit reçû
un Courier de Corfou , avec des Lertres
du Capitaine Général,datrées du
27Aouft, qui portoient que les Turcs
aſſembloient un Corps de Troupes &
qu'ayant avec eux du Canon , il érot
craindre qu'ils n'euffent formé le
deſſeinde faire le Siége de cette Place .
Que ceſoupçon étoit confirmé par le
voiſinagede leurFlote qui s'approchoit
du Zante au nombre de 48 voiles carées,
dont 8 Galéres & 14 demie Galé
res ou Galiotes s'étoient même avancées
juſqu'aux Ifles de Sapienza. Difficilement
lesVénitiens pourront- ils s'oppoſer
à cette entrepriſe.
א
Le peuple a fait ici de grands Feus
de joye , à l'occafion de la Victoire
Pij
172 LE MERCURE
remportée par l'Armée du Prince Eugéne
fur celle des Turcs : Ily a lieu de
préſumer que le Prince Eugene profitant
de la terreur où ils sont , s'avancera
vers Nilla & au delà : Que par des
détachemens , il s'emparera de la Boſnie,&
en fera couler juſque ſur la Côte
du Golphe Adriatique , pour ſerendre
maître de Santary ,deDulcigno & autres
lieux ; afin d'établir par ce Golphe
une communication avec le Royaume
de Naples & l'Italie : Cette grande
Victoire a fait changer la réſolution
priſe de faire paffer 3000 hommes de
Dalmatie au Levant .
de ce Es Lettres de Veniſe du 1
mois portent, qu'on commençoit à
paroître fort intrigué ſur les Projets
de la Flote d'Eſpagne. La Nobleffe
publie hautement que la République
étoit prête d'exécuter le dernier Traité
Alliance conclu avec la Maiſon d'Autriche
, en vertu duquel le Sénat s'eſt
cugagé de fournir 4000 hommes & un
certain nombre de Vaiſſeaux à l'Empereur,
files Etats que ce Prince pofféde
en Italie , étoient attaqués par quelque
autre Puiſſance pendant la Caerre
DE SEPTEMBRE. 171
Ge
10
%
t
i
$
du Turc. Ce ſecours doit être même
plus oumoins conſidérable ſelon le lieu
l'Emper. ſera attaqué. LesChefs du
gouvernement ont interrogé le Capello
qui eſt revenu depuis peu de la Reſidence
de Naples ,touchant les ſentimens
des Peuples de ce Royaume
il leur a répondu qu'il croyoit que ſi
les Eſpagnols s'en approchoient , il y
auroit dans ce Pays-là un ſoulevement
preſque générale en leur faveur : Que
deux jours auparavant , on avoit reçû
un Courier de Corfou , avec des Lertres
du Capitaine Général,datrées du
27Aouft, qui portoient que les Turcs
aſſembloient un Corps de Troupes &
qu'ayant avec eux du Canon , il érot
craindre qu'ils n'euffent formé le
deſſeinde faire le Siége de cette Place .
Que ceſoupçon étoit confirmé par le
voiſinagede leurFlote qui s'approchoit
du Zante au nombre de 48 voiles carées,
dont 8 Galéres & 14 demie Galé
res ou Galiotes s'étoient même avancées
juſqu'aux Ifles de Sapienza. Difficilement
lesVénitiens pourront- ils s'oppoſer
à cette entrepriſe.
א
Le peuple a fait ici de grands Feus
de joye , à l'occafion de la Victoire
Pij
172 LE MERCURE
remportée par l'Armée du Prince Eugéne
fur celle des Turcs : Ily a lieu de
préſumer que le Prince Eugene profitant
de la terreur où ils sont , s'avancera
vers Nilla & au delà : Que par des
détachemens , il s'emparera de la Boſnie,&
en fera couler juſque ſur la Côte
du Golphe Adriatique , pour ſerendre
maître de Santary ,deDulcigno & autres
lieux ; afin d'établir par ce Golphe
une communication avec le Royaume
de Naples & l'Italie : Cette grande
Victoire a fait changer la réſolution
priſe de faire paffer 3000 hommes de
Dalmatie au Levant .
Fermer
1267
p. 172-173
A Rome le 7 Septembre 1717.
Début :
Le Comte de Galas Ambassadeur de l'Empereur, eut le 25 du [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Empereur, Comte, Troupes, Conquête, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 7 Septembre 1717.
ARome le 7 Septembre 1717
Le Comte de Galas Ambaſſadeur
de l'Empereur , eut le 25 du paſſe, Audiance
du Pape , à qui il ſignifia qu'il
eût à trouver bon que l'Empereur fit
couler des Troupes dans le Royaunie
de Naples par l'Etat Ecclefiaftique ,
n'ayant pas d'autre route à leur faire
renir: Cette propoſition a dû embaraffer
le S. Pere. S. M. I. a donné
ordre à ce qu'on affûre , de faire paffer
25000 hommes dans le Milanois , dont
une partie confifte en Troupes SaxoDE
SEPTEMBRE 173
nes. Selon toutes les apparences,leRoy
deſpagne bornera ſa Conquête à la
Sardaigne ;& nous n'avons pas avis
qu'il faſſe aucune tentative pour ſe
rendre maître de Naples. On prépare
au Château S.Ange une Girandole ,
en réjouiſſance de la Victoire remportée
ſur les Turcs :Elle ſe tirera le jour
qu on chantera leTe Deum.
Le Comte de Galas Ambaſſadeur
de l'Empereur , eut le 25 du paſſe, Audiance
du Pape , à qui il ſignifia qu'il
eût à trouver bon que l'Empereur fit
couler des Troupes dans le Royaunie
de Naples par l'Etat Ecclefiaftique ,
n'ayant pas d'autre route à leur faire
renir: Cette propoſition a dû embaraffer
le S. Pere. S. M. I. a donné
ordre à ce qu'on affûre , de faire paffer
25000 hommes dans le Milanois , dont
une partie confifte en Troupes SaxoDE
SEPTEMBRE 173
nes. Selon toutes les apparences,leRoy
deſpagne bornera ſa Conquête à la
Sardaigne ;& nous n'avons pas avis
qu'il faſſe aucune tentative pour ſe
rendre maître de Naples. On prépare
au Château S.Ange une Girandole ,
en réjouiſſance de la Victoire remportée
ſur les Turcs :Elle ſe tirera le jour
qu on chantera leTe Deum.
Fermer
1268
p. 173-178
Suite du Journal de Paris.
Début :
Le 9 au soir, le Roy soupa chez Madame la Duchesse de [...]
Mots clefs :
Duchesse, Feu d'artifice, Comte, Armes, Audience, Abbé, Charge, Prince, Compagnies, Gouvernement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Journal de Paris.
Suite duJournalde Paris.
E au foir , le Roy ſoupa chez
Madame la Ducheſſe de Vantadour
; aprés le ſoupé, il eut le divertif
ſementd'un feu d'Artifice. On abandonna
ungros Chien qui courant aprés
toutes les fuſées, les ſaiſiſſoit malgré la
violence du feu ,& en foutenoit l'effet
fans les lâcher, ce qui réjouit beaucoup
SM.
M. le Comte de Kinigſegk Ambaſfadeur
de l'Empereur,adonné pluſieurs
fêtes magnifiques , à l'occaſion de la
Victoire remportée par les Armes Impériales
ſur les Infidéles.
Le 14 , cet Ambaffadeur ût Audian
Piij
174 LE MERCURE
ee particuliere du Roy , dans laquelle
il donna part à S. M. de la Victoire
remportée ſur les Turcs &de la Reddition
de Belgrade.
Le 17 , le Roy nomma à l'Evêché de
Nantes qui vaut 30000 liv. de rentes,
M. l'Abbé de Treſſans premier Aumônier
de M. le Duc d'Orleans : Il avoit
été nommé cy-deyant à l'Evêché de
Vannes, vacant par la mort de Meffire
Gilles de Beauveau Abbé de Tréport ,
qui arriva le 6 de ce mois.
M. l'Abbé de Caumartin Abbé de
Buzay , Doyen de la Cathédrale de
Tours , & un des Grands Vicaires du
Siége vacant , a eſté nommé à l'Evêché
de Vannes.
M. l'Abbé du Bois Conſeiller d'Etat
ordinaire , eit parti en poſte pour Londres
, où il va exécuter quelques Commiffions
de la part de S. M. Il ne prendra
point de Caractére.
Mat le Prince de Dombes , après
avoir donné des preuves d'une valeur
&d'une conduite fupérieure à ſon âge ,
arriva le 20 de l'Armée de Hongrie à
Paris.
Il eſt encore incertain quand MBT le
Comte de Charolois ſe rendra ici :
DE SEPTEMBRE . 175
une Lettre écrite de Vienne à Paris ,
en parle en ces termes. On a raiſon
d'avoir efté dans de grandes inquiétudes
de M. le Comte de Charolois ; car,
la Renommée qui dit merveilles de lui ,
a trouvé à redire qu'il s'exposât par
trop : & tous ceux qui ont passé du
Camp à Vienne , ont rapporté que le
Prince Généraliſſime , avoit eſté obligé
de ſe ſervir de toute son autorite pour
arrêter l'ardeur de ce jeune Héros . On
ne sçait pas si en s'en retournant en
France , il restera du tems à Vienne ;
mais , il est sûr qu'il y est bien désiré.
Le Prince de Pons , M. le Chevalier
de Lorraine fon frere , & prefque
tous les Volontaires de France
font de retour de la Campagne de
Hongrie.
M. le Marquisd'Alincourt petit fils de
M. le Maréchal de Villeroy,avec quelques
autres Seigneurs , reviendra en
France par l'Italie.
On a eſté informé que M. le Marquis
de Langallerie qui a demeuré
16 jours à ce que l'on prétend ſans
manger, mais non fans boire, étoit mort
dans ſa Priſon à Vienne , le 7 de ce
mois.
176 LE MERCURE
M. l'Abbéde Brancas frere du Marquis
de ce nom , a eu l'ag ément pour
occuper la place d'Aumonier du Roy
qu'avoit M. l'Abbé du Cambout.
Mgr le Regent a donné le Prieuré
de Morţault de l'Ordre de Cluny qui
vaut 8000 livres de rentes au fils de
M. le Comte de Rouſſi ; d'un autre
côté , M. l'Abbé d'Auvergne qui
s'en prétend le Titulaire a nommé
M. l'Abbé de Tavannes Neveu de M.
le Chancelier .
Le 255 Madame Ducheffe de Berry
a choifi Madame la Marquiſe de
Béthune pour Dame du Palais , à la
place de feiie Madame la Comtefle
d'Aydie.
L'Archevêché de Befançon vient d'être
donné à M. l'Abbé de Mornay
Ambaſſadeur en Portugal.
L'Abbaye de Quimperlay raportant
8000 livres de rentes , a eſté donnée à
M. de Sanzay Evêque de Rennes.
Les Sous-Bauxdes Aydes avant eſté
réfiliés par Arrêt du Confeil , il en a
été fait de nouveaux pour les quatre
années qui reſtent; à commencer au
premier Octobre de cette année 1717 .
Letout a eſté donné à 3 Compagnies . 1
DE SEPTEMBRE. 177
La premiere, a les Généralités de Paris
, Roüen , Amiens , Soiflons , Cha-
• lons , Orleans avec la marque des
fers & marques d'or & d'argent da
Royaume.
Elle est compoſée de Meſſieurs
Teiffier , Chalmette , de Beaufort , de
la Haye , de Durdent , Meulan , Albert
, Savalette , Monpellier , Villemûre
, Perrinet , Thoinard.
a
Le Bureau , rue des Petits- Champs.
- La deuxième , de Meſſieurs Maugras
, Colin , Roblaſtre , l'Huillier ,
Souchet , Thevenin de Verneüil , Huë,
Dauffeur , Michaut .
Elle a Caën , Poitiers , la Rochelle
& Lyon .
Bureau , rue Porte- Foin .
La troiſieme , de Meſſieurs de S.
Leon ,Rafle fi's , Daugny , le Texier ,
de Jean , Hatte de Chevremont , Charliere
, Hauffroy , des Hayes , Lantage
fils.
Elle a Tours , Alençon , Bourges &
Moulin.
Le Bureau , ruë Royale.
178 LE MERCURE
Le Roy a donné le Gouvernement
deLourde enBigorre , àM. le Comte
de Cardeillac d'une Nobleſſe diſtin- .
guée dans ce Païs-là.
Il paroît un Arreſt du Conſeil d'EtatduRoy
,du 12 Septembre 1717 ,
qui ordonne que tous les Officiers
Comptables , Fermiers Soûfermiers
, Receveurs , Commis , & generalement
tous ceux qui ont le manîment
des deniers de Sa Majestédans
la Ville& Fauxbourgs de Paris , ſeront
tenus de faire leurs Recettes &
Payemens enBilletsde la Banque Géacrale.
E au foir , le Roy ſoupa chez
Madame la Ducheſſe de Vantadour
; aprés le ſoupé, il eut le divertif
ſementd'un feu d'Artifice. On abandonna
ungros Chien qui courant aprés
toutes les fuſées, les ſaiſiſſoit malgré la
violence du feu ,& en foutenoit l'effet
fans les lâcher, ce qui réjouit beaucoup
SM.
M. le Comte de Kinigſegk Ambaſfadeur
de l'Empereur,adonné pluſieurs
fêtes magnifiques , à l'occaſion de la
Victoire remportée par les Armes Impériales
ſur les Infidéles.
Le 14 , cet Ambaffadeur ût Audian
Piij
174 LE MERCURE
ee particuliere du Roy , dans laquelle
il donna part à S. M. de la Victoire
remportée ſur les Turcs &de la Reddition
de Belgrade.
Le 17 , le Roy nomma à l'Evêché de
Nantes qui vaut 30000 liv. de rentes,
M. l'Abbé de Treſſans premier Aumônier
de M. le Duc d'Orleans : Il avoit
été nommé cy-deyant à l'Evêché de
Vannes, vacant par la mort de Meffire
Gilles de Beauveau Abbé de Tréport ,
qui arriva le 6 de ce mois.
M. l'Abbé de Caumartin Abbé de
Buzay , Doyen de la Cathédrale de
Tours , & un des Grands Vicaires du
Siége vacant , a eſté nommé à l'Evêché
de Vannes.
M. l'Abbé du Bois Conſeiller d'Etat
ordinaire , eit parti en poſte pour Londres
, où il va exécuter quelques Commiffions
de la part de S. M. Il ne prendra
point de Caractére.
Mat le Prince de Dombes , après
avoir donné des preuves d'une valeur
&d'une conduite fupérieure à ſon âge ,
arriva le 20 de l'Armée de Hongrie à
Paris.
Il eſt encore incertain quand MBT le
Comte de Charolois ſe rendra ici :
DE SEPTEMBRE . 175
une Lettre écrite de Vienne à Paris ,
en parle en ces termes. On a raiſon
d'avoir efté dans de grandes inquiétudes
de M. le Comte de Charolois ; car,
la Renommée qui dit merveilles de lui ,
a trouvé à redire qu'il s'exposât par
trop : & tous ceux qui ont passé du
Camp à Vienne , ont rapporté que le
Prince Généraliſſime , avoit eſté obligé
de ſe ſervir de toute son autorite pour
arrêter l'ardeur de ce jeune Héros . On
ne sçait pas si en s'en retournant en
France , il restera du tems à Vienne ;
mais , il est sûr qu'il y est bien désiré.
Le Prince de Pons , M. le Chevalier
de Lorraine fon frere , & prefque
tous les Volontaires de France
font de retour de la Campagne de
Hongrie.
M. le Marquisd'Alincourt petit fils de
M. le Maréchal de Villeroy,avec quelques
autres Seigneurs , reviendra en
France par l'Italie.
On a eſté informé que M. le Marquis
de Langallerie qui a demeuré
16 jours à ce que l'on prétend ſans
manger, mais non fans boire, étoit mort
dans ſa Priſon à Vienne , le 7 de ce
mois.
176 LE MERCURE
M. l'Abbéde Brancas frere du Marquis
de ce nom , a eu l'ag ément pour
occuper la place d'Aumonier du Roy
qu'avoit M. l'Abbé du Cambout.
Mgr le Regent a donné le Prieuré
de Morţault de l'Ordre de Cluny qui
vaut 8000 livres de rentes au fils de
M. le Comte de Rouſſi ; d'un autre
côté , M. l'Abbé d'Auvergne qui
s'en prétend le Titulaire a nommé
M. l'Abbé de Tavannes Neveu de M.
le Chancelier .
Le 255 Madame Ducheffe de Berry
a choifi Madame la Marquiſe de
Béthune pour Dame du Palais , à la
place de feiie Madame la Comtefle
d'Aydie.
L'Archevêché de Befançon vient d'être
donné à M. l'Abbé de Mornay
Ambaſſadeur en Portugal.
L'Abbaye de Quimperlay raportant
8000 livres de rentes , a eſté donnée à
M. de Sanzay Evêque de Rennes.
Les Sous-Bauxdes Aydes avant eſté
réfiliés par Arrêt du Confeil , il en a
été fait de nouveaux pour les quatre
années qui reſtent; à commencer au
premier Octobre de cette année 1717 .
Letout a eſté donné à 3 Compagnies . 1
DE SEPTEMBRE. 177
La premiere, a les Généralités de Paris
, Roüen , Amiens , Soiflons , Cha-
• lons , Orleans avec la marque des
fers & marques d'or & d'argent da
Royaume.
Elle est compoſée de Meſſieurs
Teiffier , Chalmette , de Beaufort , de
la Haye , de Durdent , Meulan , Albert
, Savalette , Monpellier , Villemûre
, Perrinet , Thoinard.
a
Le Bureau , rue des Petits- Champs.
- La deuxième , de Meſſieurs Maugras
, Colin , Roblaſtre , l'Huillier ,
Souchet , Thevenin de Verneüil , Huë,
Dauffeur , Michaut .
Elle a Caën , Poitiers , la Rochelle
& Lyon .
Bureau , rue Porte- Foin .
La troiſieme , de Meſſieurs de S.
Leon ,Rafle fi's , Daugny , le Texier ,
de Jean , Hatte de Chevremont , Charliere
, Hauffroy , des Hayes , Lantage
fils.
Elle a Tours , Alençon , Bourges &
Moulin.
Le Bureau , ruë Royale.
178 LE MERCURE
Le Roy a donné le Gouvernement
deLourde enBigorre , àM. le Comte
de Cardeillac d'une Nobleſſe diſtin- .
guée dans ce Païs-là.
Il paroît un Arreſt du Conſeil d'EtatduRoy
,du 12 Septembre 1717 ,
qui ordonne que tous les Officiers
Comptables , Fermiers Soûfermiers
, Receveurs , Commis , & generalement
tous ceux qui ont le manîment
des deniers de Sa Majestédans
la Ville& Fauxbourgs de Paris , ſeront
tenus de faire leurs Recettes &
Payemens enBilletsde la Banque Géacrale.
Fermer
1269
p. 183-188
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Messire Paul Estienne Brunet de Ranci Seigneur d'Evry-les-Châteaux, [...]
Mots clefs :
Messire, Comte, Colbert, Coadjuteur, Conseiller, Femme, Décès, Seigneur, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES MORTS.
M
Effire Paul Eſtienne Brunet de
Ranci Seigneur d'Evry- les-Chateaux
, mourut le 19 Aouſt laiffant de
Qijij
134 LE MERCURE
Ion mariage avec Genevieve Colbert
fille de Michel Colbert Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy,
entre autres enfans , Gilles Brunet
de Rancy . Maiſtre des Requêtes
marié avec Françoiſe Suſanne Bignon,
fille de Meſſire Armand Roland
Bignon Intendant de Juſtice en laGénéralité
de Paris ,& d'Agnes Françoiſe
Hebert du Buc. Joſeph Brunet de Rancy
Capitaine au Régiment des Gardes
Françoiſes , Françoiſe Marguerite Brunet
de Rancy femme de Pierre Armand
de la Briffe Maistre des Requêtes&
Marie Brunet de Rancy mariće
depuis l'An 1711 , avec Loüis François
Henri Colbert Comte de Croiſſfy , Lieutenant
Général des Armées du Roy, cidevantAmbaffadeuren
Suéde . Meſſire
Brunet de Rancy qui vient de mourir
avoit pour freres ( Jean Baptiste Brunet
Seigneur de Chailly , Garde du Tréfor
Royal , mort en 1703 , pere deM.
Brunet de Chailly Préſident en la
Chambre des Compte de Paris , & de
Mesdames du Tillet de la Buffiere de
Villarceaux & Bignon de Blanzy. )
Gilles Brunet Confeiller au Parlement
de Paris , mort en 1709. Fran
-' DE SEPTEMBRE. 18.5
gois Brunet Seigneur de Mont- Ferrant,
Préſident en la Chambre des Comptes
de Parismort , fans eſtremarié en 1696.
Joſeph Brunet Abbé de Noſtre-Dame
de Baugerais , puis de Saint Creſpin
le Grand de Soiffons , Administrateur
de laCure de Saint Roch. Claude Brunet
Abbé de Noſtre-Dame du Boucher,
mort en 1693. Philberte Brunet femmede
Philbert Alexis Durand Seigneur
de Chaumont , Préſident de la Chambre
des Comptes en Bourgogne , &
Jeanne Magdelaine Brunet femme de
François Pierre Durey Secretaire du
Roy , Tréſorier Général de la Maiſon
du Roy , mort en 1710, &elle en 1706.
Tous enfans de Philbert Brunet reçû
Secretairedu Roy en 1667, & de Jeanne
Tavau.
:
Meffire François Jofeph de Grammont
Archevêque de Besançon , mourut
le21 Août. Ilavoit fuccedé en 1698,à
Meffire Antoine Pierre de Grammont
fonOncle duquel il eſtoit Coadjuteur: Il
eſtoit frere de Meſſieurs les Marquis
& Comte de Grammont , tous deux
Lieutenans Généraux des Armées du
Roy, & fortoit d'une Maiſon originaire
de Franche-Comté également diftin-
Qüj
186 LE MERCURE
guée par ſon ancienneté &par fesalliances.
Il vaque par la mort de M.
de Grammont l'Abbaye de Sainte Marie
duMont de 12 à 15000 livres de rente
,& le Prieuré de Mortault qui en
vaut autant.
Mre Geoffroy-Dominique de Bragelongne
, ci-devant Conſeiller en la
Cour des Aydes de Paris , mourut le
21 Septembre , en ſa 63º année. Il eſtoit
fils de Thomas de Bragelongne , Seigneur
d'Engenville , d'Iſſi & du petit
Tinionville , mort Premier Préſident
du Parlement de Metz en 1681 : Etde
Dame Marie Hector de Marle , &
petit- fils de Jean-François de Bragelongne
Seigneur de la Norville , re
çû Conſeiller au Parlement de Paris
en 1603 , & d'Anne l'Ffchaffier ; &
arriére petit-fils de Thomas de Bragelongne
, Seigneur de Norville , ancien
Préſident des Tréſorters - de
France à Paris & Sécrétaire du Roy,
mort en 1615 , ſorti d'une Famille
des plus diftinguées , des plus étendues
&des mieux alliées de la Robe .
N. d'Aydie femme de Mre
Antoine Comte d'Aydie & Dame da
Palais de Madame Ducheſſe de Beni,
DE SEPTEMBRE 187
mourut le 18 de ce mois , à l'âge
de 19 ans. Elle étoit foeur de M. le
Marquis de Ribérac & de M. le Comte
de Rions , & fille d'Amé- Blaiſe
d'Aydie Comte d'Aydie , Seigneur
des Bernardieres , & de Moncheüil ,
Comte de Beroge , & de Marguerite-
Loüife - Théreſe - Marie - Charlotte -
Dianne Bautru de Nogent. Elle avoir
épousé ſon proche parent ; & la Maifon
d'Aydie dont elle fortoit , eſt
des plus illuftres de Bearn.
unc
MreGilles de Beauveau Evêquede
Nantes depuis l'an 1577 , mourut le
fix de ce mois. La Maiſon de Beauvean
dont il fortoit , eſt originaire
d'Anjou & l'une des plus illuſtres &
des plus anciennes de cette Province.
Mre Pierre Gaillard Conſeiller en la
Cour desAydes de Paris , mourut le 20
Aouſt derrier , laiſſant des enfans.
Marie Elifabeth le Feuvre de Caumartin,
femme de Mre Pierre Delpech ,
Seigneur de Cailli , Avocat General
dela Courdes Avdes , mourut le 29
Aouft letnier. Elle épir fille de Loüis-
François e Fenvie de Caumartin ,
Marquis le Cailli & de Françoiſe-
Elifabeth de Brion ſa ſeconde femme,
388 LE MERCURE
perite- fille de Jacques le Feuvre Seigneur
de Saint- Port & Marquis de
Cailli Ambaſſadeur en Suiffe&Confeiller
d'Etat , & de Genéviéve de la
Barre ; & arriere petite-fille de Loüis
de Feuvre Baronde Saint Port, Seigneur
deCaumarrin&de soiffi , mort Gardedes
Sceaux de France en 1623 ; &
elle étoit coufine iffuë de germain de
Mrs de Caumartin&de Boiffi. Voyez
pour cette Généalogie , l'Histoire des
grands Officiers de la Couronne , au
Chapitre des Chanceliers , Gardesdes
Sceaux de France .
Dame Marguerite Felice de Levy
Vantadour veuve de Mre Jacques
Henry de Durfort Duc de Duras ,
Pair& Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
du Comté de Bourgogne , mourut le
deux de ce mois .
Je remets au mois prochain à par-
Actde la mort de M le Duc de Vanta .
dour ſon frere , arrivée le 18 ; comme
auſſide la mort de M. le Marquis
de Moncault Lieutenant Général des
Armées du Roy , dont M. le Marquis
d'Hautrey ſon fils, a épouséMiled Armenonville,
comme je le marque ci-aprés .
M
Effire Paul Eſtienne Brunet de
Ranci Seigneur d'Evry- les-Chateaux
, mourut le 19 Aouſt laiffant de
Qijij
134 LE MERCURE
Ion mariage avec Genevieve Colbert
fille de Michel Colbert Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy,
entre autres enfans , Gilles Brunet
de Rancy . Maiſtre des Requêtes
marié avec Françoiſe Suſanne Bignon,
fille de Meſſire Armand Roland
Bignon Intendant de Juſtice en laGénéralité
de Paris ,& d'Agnes Françoiſe
Hebert du Buc. Joſeph Brunet de Rancy
Capitaine au Régiment des Gardes
Françoiſes , Françoiſe Marguerite Brunet
de Rancy femme de Pierre Armand
de la Briffe Maistre des Requêtes&
Marie Brunet de Rancy mariće
depuis l'An 1711 , avec Loüis François
Henri Colbert Comte de Croiſſfy , Lieutenant
Général des Armées du Roy, cidevantAmbaffadeuren
Suéde . Meſſire
Brunet de Rancy qui vient de mourir
avoit pour freres ( Jean Baptiste Brunet
Seigneur de Chailly , Garde du Tréfor
Royal , mort en 1703 , pere deM.
Brunet de Chailly Préſident en la
Chambre des Compte de Paris , & de
Mesdames du Tillet de la Buffiere de
Villarceaux & Bignon de Blanzy. )
Gilles Brunet Confeiller au Parlement
de Paris , mort en 1709. Fran
-' DE SEPTEMBRE. 18.5
gois Brunet Seigneur de Mont- Ferrant,
Préſident en la Chambre des Comptes
de Parismort , fans eſtremarié en 1696.
Joſeph Brunet Abbé de Noſtre-Dame
de Baugerais , puis de Saint Creſpin
le Grand de Soiffons , Administrateur
de laCure de Saint Roch. Claude Brunet
Abbé de Noſtre-Dame du Boucher,
mort en 1693. Philberte Brunet femmede
Philbert Alexis Durand Seigneur
de Chaumont , Préſident de la Chambre
des Comptes en Bourgogne , &
Jeanne Magdelaine Brunet femme de
François Pierre Durey Secretaire du
Roy , Tréſorier Général de la Maiſon
du Roy , mort en 1710, &elle en 1706.
Tous enfans de Philbert Brunet reçû
Secretairedu Roy en 1667, & de Jeanne
Tavau.
:
Meffire François Jofeph de Grammont
Archevêque de Besançon , mourut
le21 Août. Ilavoit fuccedé en 1698,à
Meffire Antoine Pierre de Grammont
fonOncle duquel il eſtoit Coadjuteur: Il
eſtoit frere de Meſſieurs les Marquis
& Comte de Grammont , tous deux
Lieutenans Généraux des Armées du
Roy, & fortoit d'une Maiſon originaire
de Franche-Comté également diftin-
Qüj
186 LE MERCURE
guée par ſon ancienneté &par fesalliances.
Il vaque par la mort de M.
de Grammont l'Abbaye de Sainte Marie
duMont de 12 à 15000 livres de rente
,& le Prieuré de Mortault qui en
vaut autant.
Mre Geoffroy-Dominique de Bragelongne
, ci-devant Conſeiller en la
Cour des Aydes de Paris , mourut le
21 Septembre , en ſa 63º année. Il eſtoit
fils de Thomas de Bragelongne , Seigneur
d'Engenville , d'Iſſi & du petit
Tinionville , mort Premier Préſident
du Parlement de Metz en 1681 : Etde
Dame Marie Hector de Marle , &
petit- fils de Jean-François de Bragelongne
Seigneur de la Norville , re
çû Conſeiller au Parlement de Paris
en 1603 , & d'Anne l'Ffchaffier ; &
arriére petit-fils de Thomas de Bragelongne
, Seigneur de Norville , ancien
Préſident des Tréſorters - de
France à Paris & Sécrétaire du Roy,
mort en 1615 , ſorti d'une Famille
des plus diftinguées , des plus étendues
&des mieux alliées de la Robe .
N. d'Aydie femme de Mre
Antoine Comte d'Aydie & Dame da
Palais de Madame Ducheſſe de Beni,
DE SEPTEMBRE 187
mourut le 18 de ce mois , à l'âge
de 19 ans. Elle étoit foeur de M. le
Marquis de Ribérac & de M. le Comte
de Rions , & fille d'Amé- Blaiſe
d'Aydie Comte d'Aydie , Seigneur
des Bernardieres , & de Moncheüil ,
Comte de Beroge , & de Marguerite-
Loüife - Théreſe - Marie - Charlotte -
Dianne Bautru de Nogent. Elle avoir
épousé ſon proche parent ; & la Maifon
d'Aydie dont elle fortoit , eſt
des plus illuftres de Bearn.
unc
MreGilles de Beauveau Evêquede
Nantes depuis l'an 1577 , mourut le
fix de ce mois. La Maiſon de Beauvean
dont il fortoit , eſt originaire
d'Anjou & l'une des plus illuſtres &
des plus anciennes de cette Province.
Mre Pierre Gaillard Conſeiller en la
Cour desAydes de Paris , mourut le 20
Aouſt derrier , laiſſant des enfans.
Marie Elifabeth le Feuvre de Caumartin,
femme de Mre Pierre Delpech ,
Seigneur de Cailli , Avocat General
dela Courdes Avdes , mourut le 29
Aouft letnier. Elle épir fille de Loüis-
François e Fenvie de Caumartin ,
Marquis le Cailli & de Françoiſe-
Elifabeth de Brion ſa ſeconde femme,
388 LE MERCURE
perite- fille de Jacques le Feuvre Seigneur
de Saint- Port & Marquis de
Cailli Ambaſſadeur en Suiffe&Confeiller
d'Etat , & de Genéviéve de la
Barre ; & arriere petite-fille de Loüis
de Feuvre Baronde Saint Port, Seigneur
deCaumarrin&de soiffi , mort Gardedes
Sceaux de France en 1623 ; &
elle étoit coufine iffuë de germain de
Mrs de Caumartin&de Boiffi. Voyez
pour cette Généalogie , l'Histoire des
grands Officiers de la Couronne , au
Chapitre des Chanceliers , Gardesdes
Sceaux de France .
Dame Marguerite Felice de Levy
Vantadour veuve de Mre Jacques
Henry de Durfort Duc de Duras ,
Pair& Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
du Comté de Bourgogne , mourut le
deux de ce mois .
Je remets au mois prochain à par-
Actde la mort de M le Duc de Vanta .
dour ſon frere , arrivée le 18 ; comme
auſſide la mort de M. le Marquis
de Moncault Lieutenant Général des
Armées du Roy , dont M. le Marquis
d'Hautrey ſon fils, a épouséMiled Armenonville,
comme je le marque ci-aprés .
Fermer
1270
p. 100-112
NOUVELLES DE HONGRIE.
Début :
Le Prince Eugéne se tient toûjours dans son nouveau Camp [...]
Mots clefs :
Prince Eugène, Armée impériale, Cavalerie, Frontières, Comte, Grand vizir, Forteresse, Cour ottomane, Grand seigneur, Officiers, Janissaires, Empereur, Vaisseaux de guerre, Armes, Ennemis, Siège, Comte, Vienne, Rebelles, Milices, Sultan, Garnison, Puissances étrangères, Hambourg, Roi de Prusse, Régiment, Venise, Ambassadeur, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DE HONGRIE.
NOUVELLES DE HONGRIE.
E Prince Eugéne fe tient toûjours
dans fon nouveau Camp de Semlim
, où l'Armée Impériale tâche de
fe rétablir des fatigues qu'elle a effuyées
pendant la Campagne. Comme ces
Troupes ont beaucoup fouffert , & qu'-
elles font diminuées confidérablement ,
ce Prince n'eft prefque attentif qu'au
foin de recruter de bonne heure l'Infanterie
& de remonter la Cavalerie. 11
s'eft tranfporté à Sémendria , avec le
Prince de Virtemberg , le Général Vehlen
& l'Ingénieur général ; pour examiner
quelles Fortifications on poura faire
à cette Place ; & en même tems ordonner
la diftribution des Poftes & des
Quartiers qu'il jugera à propos d'établir
le long de la Frontiére .
D'OCTOBRE. 101
"
Le Comte Philippi qui a efcorté la
Garnifon Turque de Belgrade , jufqu'à
la hauteurde Niffa, eft de retour en ce
Camp. Il a raporté qu'il n'avoit pû
voir qu'avec horreur , les chemins parfemez
de Turcs , partie morts , partie
encore expirans ; de Chameaux , de
Buffles, de Boeufs,'de chariots & d'autres
voitures abandonnées par les Infideles .
Que le Grand Vizir l'étant venu reconnoître
avec un gros détachement ,
n'ût pas plûtôt vû que c'étoit la Garnifon
de Belgrade qui avoit été obligée
de fe rendre , que s'étant jetté précipitamment
de fon cheval ; il fe profterna à
terre , avec des cris & des gemiffemens
tout-à-fait touchans: Aprés des Démonf.
trations de la douleur la plus vive
il remonta à cheval , la tête baiffée
& repaffa avec fes Troupes & la Garnifon
, la Morave , en difant : Que
Dieu & Mahomet avoient permis que
cette Riviere devint , par la priſe de
cette importante Fortereffe , la Borne
des deux Empires. Le Comte de Philippi
a ajouté , que le Séraskier qui
commandoit dans Belgrade , en fe féparant
de lui , lui avoit pris les mains ,
& en les ferrant , les larmes aux yeux ,
Liij
102 LE MERCURE
s'étoit fervi de ces propres termes :
Allez , Monfieur , affürer fon A. le
Prince Eugéne , que nous ne ferons point
enguerre la Campagne prochaine : Nous
ferons cet hyver une Paix on une Tréve
fi folide , que le Sultan - même ne fera
pas leMaître de la rompre fitôt, & vous ap- ·
prendrez dans peu, de grands changemens
dans la Cour Ottomane.
Le Grand Seigneur qui étoit en marche
avec un gros Corps de Troupes
pour venir joindre la grande Armée ,
informé de ces mauvais fuccés , étoit
retourné fur fes pas , rempli de confternation
. Cet Officier a confirmé que de
tous les débris de ce grand Corps , le
G. Vizir n'avoit pû raffembler auprés de
Niffa. que 18 à 20000 hommes ; tout le
refte s'étant débandé .
Les Janiffaires méconteus de la Porte
, marchoient à Andrinople , dans le
deffein de demander que le Grand - Vizir
fût dépofé , & que Chimporgogli Séraf-
Kier de la Bofnie, fût élevé à cette dignité
. Le Grand -Seigneur de fon côté, doit
tout appréhender de la fureur de cette
Milice irritée , & qu'elle ne foit affez
infolente pour ofer lui donner un Succeffeur.
D'OCTOBRE
103
Les Arnautes , les Albaniens & les
Bulgariens ont envoyé des Députez
au Prince Eugéne , pour implorer la
protection de l'Empereur , & le prier de
leur faire diftribuer de la poudre , des
bales & autres munitions de guerre ,
pour être en état de fe deffendre contre
les Turcs.
Pendant que l'on eft occupé depuis
plufieurs jours à embarquer l'Artillerie
furnuméraire , pour la transférer fur´
So Barques dans d'autres places , felon
les ordres du Prince Eugéne ; on ne ceffe
point de travailler à reparer les ouvrages
& les fortifications délabrées
de Belgrade , & à rendre le port de cette
Fortereffe, capable d'y faire hiverner
les Vaiffeaux de guerre Imperiaux qui
ont fervi fi utilement cette Campagne.
Quoi qu'il y ait un grand nombre de Soldats
employez à nétoyer les rues & les
places , elles étoient tellement embaraffées
des ruines & des débris de cette
Ville , qu'ils foufroient avec impatience
ce penible travail ; mais , depuis
qu'ils ont découvert , en fouillant des habits
, des Armes , des Bijoux , des Vafes
& des Sacs remplis d'or & d'argent ,
ils ont oublié toutes leurs fatigues , ce
Liiij
104
LE MERCURE
qui fait avancer l'ouvrage . Le Prince:
Eugéne a déclaré que tout ce que les Soldats
déterreroient , leur apartiendroit ,
fans que les Officiers fe pûffent rien aproprier
que de gré à gré. Un Fantaſſin
ayant trouvé un trez beau Rubis , le pré-.
fenta fur le champ au Prince Généraliffime
qui lui fit compter 300 ducats. On
a fait la découverte d'unMagazin foûterrain
où il y avoit 200 quintaux de poudre
que les Ennemis n'avoient pas indiquez
; de même que d'une pièce de Canon
fi enorme , qu'elle porte des Boulets
de 115. livres de bales.
La Cavalerie doit faire un mouvement
dans peu vers Futack , pour la
commodité du fourage ; mais, l'Infanterie
n'entrera point en quartier d'Hiver
que les nouveaux ouvrages qu'on fait
au deffous de Semlim, en deçà de la Save
, vis-à- vis Belgrade , n'ayent été mis
dans leur perfection . On éleve auffi un
nouveau Fort à la pointe de la Save , où
les Nôtres avoient , durant le Siége ,
dreffé des batteries qui avoient fort endommagé
la Ville d'Eau & la Citadelle.
Outre ces précautions , on a entrepris
de tirer une communication d'un
bras du Danube avec la Save ; on y fera
D'OCTOBRE. TOS
des Eclufes , afin d'inonder le terrain
en deçà de cette Riviére en cas de néceffité.
Ily a un grand nombre de Païfans
employez à ces differens travaux ,
fans compter mille Fantaffins qui font
relevez fucceffivement par pareil nombre.
Par des lettres du 6. de ce mois du
même Camp , on a appris que les
Turcs avoient fait une députation au
Prince Eugéne pour la paix. Cette démarche
fait préfumer que la Porte ne
tardera pas à envoyer une Ambaffade
folemnelle à l'Empereur pour la moyener.
S'il en faut croire le raport de quelques
Transfuges , le Grand-Vizir avoit
été rélegué à Theffalonique , & peu de
tems aprés étranglé ; que Mehemet-
Baffa cy- devant Chancelier avoit été
choifi pour le remplacer : Elles ajoutent
que la plupart des Janniffaires depuis
laBataille, ne s'étoient crû en fûreté qu'à
Sophie , où ils avoient commis plufieurs
défordres , fans que le Grand - Seigneur
qui y étoit revenu , ait ofé s'y oppoſer
crainte de quelque foulevement de la
part de ces Mutins .
>
Le Général Mercy doit fe tranſporTOG
LE MERCURE
ter du côté de Niffa avec un gros détachement
de Troupes , pour obliger un
Corps confiderable de Turcs qui est
campé entre Niffa, & Vidin , de fe retirer.
Le Prince Eugéne ne doit féparer
fon Armée qu'après cette expedition ,
aprés quoi il s'en rétournera à Vienne .
Le Comte Rabutin eft nommé pour
aller audevant de cette Alteffe , pour
Jui porter une trés riche épée eftimée
80000. florins dont l'Empereur lui fait
préfent .
De Vienne le 10 Octobre.
N vient d'avoir la confirmation
ONq
ue le Corps de Turcs , Tartares,
ou Hongrois Rebelles qui avoient pénétré
par la Moldavie dans la haute
Hongrie , avoit êté prefque tout détruit
par les differens détachemens
qu'on avoit mis à leur pourfuite . On
ne peut imaginer toutes les cruautés &
tous les défordres que ces. Barbares ont:
exercés par tout où ils n'ont point trouvé
de réfittance. Its s'étoient avancésjufqu'à
Bistritz ; mais ayant été informés
que les Comtes de Steinville , de
Martigni & le Général Viard n'étoient
"D'OCTOBRE. 107
pas éloignés , & que l'on s'étoit emparé
des débouchés par où ils pouvoient
fe rétirer , ils furent obligés de remonter
jufque dans le Comté de Marmaros,
pour tâcher de regagner les frontieres
de Pologne . Pendant leur rétraite , les
Milices Nationales s'étant jointes aux
Troupes réglées ; & les Païfans de leur
côté , avec de longues perches ferrées ,
leur tombant de toutes parts fur le
Corps ; dans cette extremité , ils prirent
le parti de fe partager en plufieurs Troupes
pour échaper plus facilement : Et
afin d'être moins embaraffés , ils commencerent
par fabrer tous les Vieillards,
Femmes & Enfans qu'ils emmenoient
en esclavage , n'épargnant que les plus
robuftes. Cette cruelle précaution ne
les a pas tiré du mauvais pas où ils s'étoient
engagez ; car, ils ont été fi` vivement
harcélez & attaquez en tant d'endroits
, que de 15000. qui étoient entrez
fous la conduite du Sultan - Ach net-
Gerai ; à peine s'en eft- t - il fauvé la troifiéme
partie : On ne voit que Corps
morts par les chemins . La plus grande,
partie des Habitans qu'ils emmenoient,
a été remife en liberté : On leur a pris
prés de 5000 chevaux qu'ils avoient
108 LE MERCURE
abandonnés , ne pouvant s'en fervir dans
les Montagnes ; on a fait auffi plufieurs
Prifonniers qui courent rifque d'être
cruellement traitez : Il y en a û déja
quelques uns d'écorchez vifs par les
Païfans qui font des aiguilletes de leurs
peaux. La Cour de Vienne n'eſt pas fi
contente de la manoeuvre des Milices
de Croatie que Meffieurs de Nabatta
&
Drakowitz
commandoient prez de
Novi en Bofnie ; car , dans une action
qu'elles ont ûe avec les Turcs, ceux - ci
les ont taillées en piéces , fait quantité
de
Prifonniers & emmené plus de 3 000
perfonnes en efclavage.
La Garnifon Turque continue à fe
deffendre avec beaucoup d'opiniatreté,
dans le Château de Zwornick fitué fur
la petite Rivière de Drin qui fépare la
Bofnie de la Servie : On a été obligé
d'y envoyer de nouveaux Renforts &
du Canon pour en venir à bout . Le Général
Petrafch qui commande à ce fiége,
y a été dangereufement bleffé, & a demandé
qu'on le tranfportât à Brod fur
la Save pour s'y faire pançer.
Le Prince Eugéne fe donne beaucoup
de foin, pour rétablir le commerce
de Témefvar avec Belgrade : L'EmpeD'OCTOBRE.
109
reur conformément à ce deffein , a accordé
deux Foires franches à chacune
de ces Villes.
De l'Empire , du 8. Octobre.
L'Empereur vient de donner de nouveau
une ordonnance , par laquelle
il eft enjoint au Landgrave de Heffe
- Caffel d'évacuer dans le terme de
fix femaines ,la Fortereffe de Rhinsfeld ;
faute de quoi , l'exécution fuivra de
prés la menace. On ne croit pas cependant
que ce Landgrave obeiffe , étant
vrai-femblable qu'il eft appuyé par des
Puiffances étrangeres qui ont interêt
qu'on ne lui enleve pas cette Fortereffe ,
par laquelle elles peuvent avoir un paffage
jufque dans la baffe- Saxe. Le Baron
Beck eft de la part de l'Electeur
Palatin à Caffel, pour empêcher, s'il eft
poffible, que l'on n'en vienne à une rupture,
O
De Hambourg du premier Octobre
N est fort curieux de fçavoir ici
ce qu'eft dévenu le Baron de
Gortz. Il y a des lettres qui affûrent
110 LE MER CURE
qu'il eft partíavec un Pafle - port duCzar
pour Rével , d'où il a paffé en Suéde.
Cette complaisance pour cette Couronne
, fait foupçonner S. M. Cz.d'être entrée
dans l'alliance du Nord.
La démolition de Wifmar fe conti-.
nue avec force.
Le Roy de Pruffe a fait préfent au
Czar d'une pièce de Canon de 115 livres
de bales ; & la Reine de Pruffe a
donné à la Czarienne un caroffe magnifique
attelé de 8. chevaux Ifabelles,
avec des harnois trés riches: Le Czar
par reconnoiffance , deftine à S. M. P.
un Regiment compofé des plus grands-
& des plus beaux hommes de fes Etats:
Ils feront habillez comme le Regiment
des Gardes Suiffes en France .
La Paix du Nord s'avance , & le
Roy de Suéde doit nommer une Ville
pour le Congrez .
L
De Venife , le 15 Octobre.
A Flote de la République , depuis
le dernier échec contre les Turcs,
n'a pas été en état de tenir la Mer : Elle
étoit encore à la fin de Septembre, à
Zante.Celle desTurcs qui auroit pû faiD'OCTOBRE.
717
re quelque entrepriſe d'éclat , n'a ofé
la rifquer ; ayant perdu courage fur la
Nouvelle de la Victoire remportée par
l'Armée Imperiale fur celle des Turcs ;
c'eft ce qui fait qu'elle n'a pas quitté
les Eaux de Modon.
Le général Mocénigo qui eſt à Cataro
, difpofe, dit-on , toutes chofes pour
le bombardement de Dulcigno ; mais ,
nos plus fenfez Politiques doutent fort
que ce projet foit fuivi de l'éxécution
par la raison que cette expedition couteroit
beaucoup d'argent à la République
qui n'en a pas plus qu'il lui en faut.
L'on travaille avec empreffement à former
des fonds pour la Campagne prochaine
; mais ,felon l'ufage ordinaire ,
on ne fera rien avec précipitation . Pour
cet effet , l'on parle d'obliger les Particuliers
à porter leur Vaiſelle d'argent à
la Monoye, pour engager par cet exemple
, les Eglifes , les Monafteres & les
Confrairies qui ont beaucoup de ce métal
, à faire de même. Ces lettres
confirment que le different entre le Pape,
touchant le cours que S.S. veut donner
dans le Po de Prémaro aux Eaux
de la Riviére de Ren , fait toujours
beaucoup de bruit. Le Comte de Gal112
LEMERCURE
las Ambaffadeur de l'Empereur à Rome
, s'oppose à cette entreprife ; parce
qu'il feroit à craindre que les fables
que le Ren entraine , ne rempliffent les
Canaux de Comachio , & ne détruiffent
la pêche dont l'Empereur tire de
gros Révenus.
E Prince Eugéne fe tient toûjours
dans fon nouveau Camp de Semlim
, où l'Armée Impériale tâche de
fe rétablir des fatigues qu'elle a effuyées
pendant la Campagne. Comme ces
Troupes ont beaucoup fouffert , & qu'-
elles font diminuées confidérablement ,
ce Prince n'eft prefque attentif qu'au
foin de recruter de bonne heure l'Infanterie
& de remonter la Cavalerie. 11
s'eft tranfporté à Sémendria , avec le
Prince de Virtemberg , le Général Vehlen
& l'Ingénieur général ; pour examiner
quelles Fortifications on poura faire
à cette Place ; & en même tems ordonner
la diftribution des Poftes & des
Quartiers qu'il jugera à propos d'établir
le long de la Frontiére .
D'OCTOBRE. 101
"
Le Comte Philippi qui a efcorté la
Garnifon Turque de Belgrade , jufqu'à
la hauteurde Niffa, eft de retour en ce
Camp. Il a raporté qu'il n'avoit pû
voir qu'avec horreur , les chemins parfemez
de Turcs , partie morts , partie
encore expirans ; de Chameaux , de
Buffles, de Boeufs,'de chariots & d'autres
voitures abandonnées par les Infideles .
Que le Grand Vizir l'étant venu reconnoître
avec un gros détachement ,
n'ût pas plûtôt vû que c'étoit la Garnifon
de Belgrade qui avoit été obligée
de fe rendre , que s'étant jetté précipitamment
de fon cheval ; il fe profterna à
terre , avec des cris & des gemiffemens
tout-à-fait touchans: Aprés des Démonf.
trations de la douleur la plus vive
il remonta à cheval , la tête baiffée
& repaffa avec fes Troupes & la Garnifon
, la Morave , en difant : Que
Dieu & Mahomet avoient permis que
cette Riviere devint , par la priſe de
cette importante Fortereffe , la Borne
des deux Empires. Le Comte de Philippi
a ajouté , que le Séraskier qui
commandoit dans Belgrade , en fe féparant
de lui , lui avoit pris les mains ,
& en les ferrant , les larmes aux yeux ,
Liij
102 LE MERCURE
s'étoit fervi de ces propres termes :
Allez , Monfieur , affürer fon A. le
Prince Eugéne , que nous ne ferons point
enguerre la Campagne prochaine : Nous
ferons cet hyver une Paix on une Tréve
fi folide , que le Sultan - même ne fera
pas leMaître de la rompre fitôt, & vous ap- ·
prendrez dans peu, de grands changemens
dans la Cour Ottomane.
Le Grand Seigneur qui étoit en marche
avec un gros Corps de Troupes
pour venir joindre la grande Armée ,
informé de ces mauvais fuccés , étoit
retourné fur fes pas , rempli de confternation
. Cet Officier a confirmé que de
tous les débris de ce grand Corps , le
G. Vizir n'avoit pû raffembler auprés de
Niffa. que 18 à 20000 hommes ; tout le
refte s'étant débandé .
Les Janiffaires méconteus de la Porte
, marchoient à Andrinople , dans le
deffein de demander que le Grand - Vizir
fût dépofé , & que Chimporgogli Séraf-
Kier de la Bofnie, fût élevé à cette dignité
. Le Grand -Seigneur de fon côté, doit
tout appréhender de la fureur de cette
Milice irritée , & qu'elle ne foit affez
infolente pour ofer lui donner un Succeffeur.
D'OCTOBRE
103
Les Arnautes , les Albaniens & les
Bulgariens ont envoyé des Députez
au Prince Eugéne , pour implorer la
protection de l'Empereur , & le prier de
leur faire diftribuer de la poudre , des
bales & autres munitions de guerre ,
pour être en état de fe deffendre contre
les Turcs.
Pendant que l'on eft occupé depuis
plufieurs jours à embarquer l'Artillerie
furnuméraire , pour la transférer fur´
So Barques dans d'autres places , felon
les ordres du Prince Eugéne ; on ne ceffe
point de travailler à reparer les ouvrages
& les fortifications délabrées
de Belgrade , & à rendre le port de cette
Fortereffe, capable d'y faire hiverner
les Vaiffeaux de guerre Imperiaux qui
ont fervi fi utilement cette Campagne.
Quoi qu'il y ait un grand nombre de Soldats
employez à nétoyer les rues & les
places , elles étoient tellement embaraffées
des ruines & des débris de cette
Ville , qu'ils foufroient avec impatience
ce penible travail ; mais , depuis
qu'ils ont découvert , en fouillant des habits
, des Armes , des Bijoux , des Vafes
& des Sacs remplis d'or & d'argent ,
ils ont oublié toutes leurs fatigues , ce
Liiij
104
LE MERCURE
qui fait avancer l'ouvrage . Le Prince:
Eugéne a déclaré que tout ce que les Soldats
déterreroient , leur apartiendroit ,
fans que les Officiers fe pûffent rien aproprier
que de gré à gré. Un Fantaſſin
ayant trouvé un trez beau Rubis , le pré-.
fenta fur le champ au Prince Généraliffime
qui lui fit compter 300 ducats. On
a fait la découverte d'unMagazin foûterrain
où il y avoit 200 quintaux de poudre
que les Ennemis n'avoient pas indiquez
; de même que d'une pièce de Canon
fi enorme , qu'elle porte des Boulets
de 115. livres de bales.
La Cavalerie doit faire un mouvement
dans peu vers Futack , pour la
commodité du fourage ; mais, l'Infanterie
n'entrera point en quartier d'Hiver
que les nouveaux ouvrages qu'on fait
au deffous de Semlim, en deçà de la Save
, vis-à- vis Belgrade , n'ayent été mis
dans leur perfection . On éleve auffi un
nouveau Fort à la pointe de la Save , où
les Nôtres avoient , durant le Siége ,
dreffé des batteries qui avoient fort endommagé
la Ville d'Eau & la Citadelle.
Outre ces précautions , on a entrepris
de tirer une communication d'un
bras du Danube avec la Save ; on y fera
D'OCTOBRE. TOS
des Eclufes , afin d'inonder le terrain
en deçà de cette Riviére en cas de néceffité.
Ily a un grand nombre de Païfans
employez à ces differens travaux ,
fans compter mille Fantaffins qui font
relevez fucceffivement par pareil nombre.
Par des lettres du 6. de ce mois du
même Camp , on a appris que les
Turcs avoient fait une députation au
Prince Eugéne pour la paix. Cette démarche
fait préfumer que la Porte ne
tardera pas à envoyer une Ambaffade
folemnelle à l'Empereur pour la moyener.
S'il en faut croire le raport de quelques
Transfuges , le Grand-Vizir avoit
été rélegué à Theffalonique , & peu de
tems aprés étranglé ; que Mehemet-
Baffa cy- devant Chancelier avoit été
choifi pour le remplacer : Elles ajoutent
que la plupart des Janniffaires depuis
laBataille, ne s'étoient crû en fûreté qu'à
Sophie , où ils avoient commis plufieurs
défordres , fans que le Grand - Seigneur
qui y étoit revenu , ait ofé s'y oppoſer
crainte de quelque foulevement de la
part de ces Mutins .
>
Le Général Mercy doit fe tranſporTOG
LE MERCURE
ter du côté de Niffa avec un gros détachement
de Troupes , pour obliger un
Corps confiderable de Turcs qui est
campé entre Niffa, & Vidin , de fe retirer.
Le Prince Eugéne ne doit féparer
fon Armée qu'après cette expedition ,
aprés quoi il s'en rétournera à Vienne .
Le Comte Rabutin eft nommé pour
aller audevant de cette Alteffe , pour
Jui porter une trés riche épée eftimée
80000. florins dont l'Empereur lui fait
préfent .
De Vienne le 10 Octobre.
N vient d'avoir la confirmation
ONq
ue le Corps de Turcs , Tartares,
ou Hongrois Rebelles qui avoient pénétré
par la Moldavie dans la haute
Hongrie , avoit êté prefque tout détruit
par les differens détachemens
qu'on avoit mis à leur pourfuite . On
ne peut imaginer toutes les cruautés &
tous les défordres que ces. Barbares ont:
exercés par tout où ils n'ont point trouvé
de réfittance. Its s'étoient avancésjufqu'à
Bistritz ; mais ayant été informés
que les Comtes de Steinville , de
Martigni & le Général Viard n'étoient
"D'OCTOBRE. 107
pas éloignés , & que l'on s'étoit emparé
des débouchés par où ils pouvoient
fe rétirer , ils furent obligés de remonter
jufque dans le Comté de Marmaros,
pour tâcher de regagner les frontieres
de Pologne . Pendant leur rétraite , les
Milices Nationales s'étant jointes aux
Troupes réglées ; & les Païfans de leur
côté , avec de longues perches ferrées ,
leur tombant de toutes parts fur le
Corps ; dans cette extremité , ils prirent
le parti de fe partager en plufieurs Troupes
pour échaper plus facilement : Et
afin d'être moins embaraffés , ils commencerent
par fabrer tous les Vieillards,
Femmes & Enfans qu'ils emmenoient
en esclavage , n'épargnant que les plus
robuftes. Cette cruelle précaution ne
les a pas tiré du mauvais pas où ils s'étoient
engagez ; car, ils ont été fi` vivement
harcélez & attaquez en tant d'endroits
, que de 15000. qui étoient entrez
fous la conduite du Sultan - Ach net-
Gerai ; à peine s'en eft- t - il fauvé la troifiéme
partie : On ne voit que Corps
morts par les chemins . La plus grande,
partie des Habitans qu'ils emmenoient,
a été remife en liberté : On leur a pris
prés de 5000 chevaux qu'ils avoient
108 LE MERCURE
abandonnés , ne pouvant s'en fervir dans
les Montagnes ; on a fait auffi plufieurs
Prifonniers qui courent rifque d'être
cruellement traitez : Il y en a û déja
quelques uns d'écorchez vifs par les
Païfans qui font des aiguilletes de leurs
peaux. La Cour de Vienne n'eſt pas fi
contente de la manoeuvre des Milices
de Croatie que Meffieurs de Nabatta
&
Drakowitz
commandoient prez de
Novi en Bofnie ; car , dans une action
qu'elles ont ûe avec les Turcs, ceux - ci
les ont taillées en piéces , fait quantité
de
Prifonniers & emmené plus de 3 000
perfonnes en efclavage.
La Garnifon Turque continue à fe
deffendre avec beaucoup d'opiniatreté,
dans le Château de Zwornick fitué fur
la petite Rivière de Drin qui fépare la
Bofnie de la Servie : On a été obligé
d'y envoyer de nouveaux Renforts &
du Canon pour en venir à bout . Le Général
Petrafch qui commande à ce fiége,
y a été dangereufement bleffé, & a demandé
qu'on le tranfportât à Brod fur
la Save pour s'y faire pançer.
Le Prince Eugéne fe donne beaucoup
de foin, pour rétablir le commerce
de Témefvar avec Belgrade : L'EmpeD'OCTOBRE.
109
reur conformément à ce deffein , a accordé
deux Foires franches à chacune
de ces Villes.
De l'Empire , du 8. Octobre.
L'Empereur vient de donner de nouveau
une ordonnance , par laquelle
il eft enjoint au Landgrave de Heffe
- Caffel d'évacuer dans le terme de
fix femaines ,la Fortereffe de Rhinsfeld ;
faute de quoi , l'exécution fuivra de
prés la menace. On ne croit pas cependant
que ce Landgrave obeiffe , étant
vrai-femblable qu'il eft appuyé par des
Puiffances étrangeres qui ont interêt
qu'on ne lui enleve pas cette Fortereffe ,
par laquelle elles peuvent avoir un paffage
jufque dans la baffe- Saxe. Le Baron
Beck eft de la part de l'Electeur
Palatin à Caffel, pour empêcher, s'il eft
poffible, que l'on n'en vienne à une rupture,
O
De Hambourg du premier Octobre
N est fort curieux de fçavoir ici
ce qu'eft dévenu le Baron de
Gortz. Il y a des lettres qui affûrent
110 LE MER CURE
qu'il eft partíavec un Pafle - port duCzar
pour Rével , d'où il a paffé en Suéde.
Cette complaisance pour cette Couronne
, fait foupçonner S. M. Cz.d'être entrée
dans l'alliance du Nord.
La démolition de Wifmar fe conti-.
nue avec force.
Le Roy de Pruffe a fait préfent au
Czar d'une pièce de Canon de 115 livres
de bales ; & la Reine de Pruffe a
donné à la Czarienne un caroffe magnifique
attelé de 8. chevaux Ifabelles,
avec des harnois trés riches: Le Czar
par reconnoiffance , deftine à S. M. P.
un Regiment compofé des plus grands-
& des plus beaux hommes de fes Etats:
Ils feront habillez comme le Regiment
des Gardes Suiffes en France .
La Paix du Nord s'avance , & le
Roy de Suéde doit nommer une Ville
pour le Congrez .
L
De Venife , le 15 Octobre.
A Flote de la République , depuis
le dernier échec contre les Turcs,
n'a pas été en état de tenir la Mer : Elle
étoit encore à la fin de Septembre, à
Zante.Celle desTurcs qui auroit pû faiD'OCTOBRE.
717
re quelque entrepriſe d'éclat , n'a ofé
la rifquer ; ayant perdu courage fur la
Nouvelle de la Victoire remportée par
l'Armée Imperiale fur celle des Turcs ;
c'eft ce qui fait qu'elle n'a pas quitté
les Eaux de Modon.
Le général Mocénigo qui eſt à Cataro
, difpofe, dit-on , toutes chofes pour
le bombardement de Dulcigno ; mais ,
nos plus fenfez Politiques doutent fort
que ce projet foit fuivi de l'éxécution
par la raison que cette expedition couteroit
beaucoup d'argent à la République
qui n'en a pas plus qu'il lui en faut.
L'on travaille avec empreffement à former
des fonds pour la Campagne prochaine
; mais ,felon l'ufage ordinaire ,
on ne fera rien avec précipitation . Pour
cet effet , l'on parle d'obliger les Particuliers
à porter leur Vaiſelle d'argent à
la Monoye, pour engager par cet exemple
, les Eglifes , les Monafteres & les
Confrairies qui ont beaucoup de ce métal
, à faire de même. Ces lettres
confirment que le different entre le Pape,
touchant le cours que S.S. veut donner
dans le Po de Prémaro aux Eaux
de la Riviére de Ren , fait toujours
beaucoup de bruit. Le Comte de Gal112
LEMERCURE
las Ambaffadeur de l'Empereur à Rome
, s'oppose à cette entreprife ; parce
qu'il feroit à craindre que les fables
que le Ren entraine , ne rempliffent les
Canaux de Comachio , & ne détruiffent
la pêche dont l'Empereur tire de
gros Révenus.
Fermer
1271
p. 112-123
JOURNAL DE CAGLIARI.
Début :
Cagliari Ville Capitalle de l'Isle de Sardaigne, est située sur [...]
Mots clefs :
Cagliari, Sardaigne, Siège, Sénateur, Conseillers, Charges, Privilèges, Escadre, Débarquement, Troupes, Armée, Amnistie, Flotte, Châteaux, Canon, Port, Chevalier, Artillerie, Tranchées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE CAGLIARI.
JOURNAL DE CAGLIARI.
Cagliari Ville Capitalle de l'Iſle
de Sardaigne , eft fituée fur une éminence
, au bord de la Mer , avec un
beau Port où les Vaiffeaux qui viennent
du Ponant & du Levant , fe retirent
: C'eſt le Siége d'un Archevéché
& d'un Viceroy: Son regard principal ett
fur l'Affrique . On la divife en 4 Parties.
Celle du milieu ceinte d'une forte muraille
, s'appelle proprement Caglier.
La Partie qui la joint & qui regarde le
Levant , eft nommé Villeneuve , l'autre
qui tire au Midi , ayant fon afpect vers
la Marine , a pris fon nom de la Marine,
ou de Gliapola ; & celle qui eft au
Couchant , fe nomme Stampax . Ces
3 dernieres parties , quoique fermées de
D'OCTO BRE. 112
murailles avec des foffez , font comme
les Fauxbourgs de Cagliari . L'on remarque
entre autres chofes , dans cette
Capitale , la belle Tour Saint Brancas ,
prefque toute de marbre , celle de l'Eléphant
auffi bâtie de marbre pour la plus.
grande partie ; le Château qui eft très
fort ; le Palais du Roy où loge le Viceroy
; la Maifon des Senateurs appellée
la Maifon de Ville , la grande Fontaine
, les Boulevars & les Baſtions de
Sainte Croix , de Saint auguftin &c.
Jacques II. Roy d'Aragon prit cette
Ville en 1330. Depuis ce tems- là , cette
Ifle étoit demeurée foûmife aux Efpa--
gnols , jufqu'au Traité d'Utrech , par
lequel ce Royaume a été démembré de
la Monarchie Efpagnole & cédé à l'Em--
pereur Charles V.
Elle a
Confeillers : Ils portent par
S
la Ville les Armoiries de leurs Charges ,
& gouvernent feuls la République & fes
revenus qui font confidérables.
Ils ont en de certains cas , la puiffance
d'établir des Loix : Leurs Privileges.
portent que le Roy d'Aragon , comme
Prince de Sardaigne , ne fe mélera point
non plus que le Viceroy fon Lieutenant ,
da Gouvernement de leur République.
K
114
LE MERCURE
L.
>
Es Relations différentes qui fe font
répandues depuis deux mois , an fujet
des Armes defa MajeftéCatholique.
dans l'entreprise de la Sardaigne ; ont
étéfi incertaines , que je n'ai rien voulu
prendrefur mon compte touchant cet événement
, dans mon Mercure de Septembre
; mais apréfent , que je fuis pleiner
ment inftruit du dénouement de cette
grande affaire , je vais reprendre mon
Journal , à l'endroit où j'en demeurai le
mois d'Aouft dernier , & raporter exa-
Element tout ce qui s'eft passé de plus mémorable.
Dans le Suplément du Journal du mois.
d'Aouft , nous dimes que la premiere &
& laplus forte Efcadre de la Flote Efpagnole
qui étoit fortie de Barcelone quelques
jours avant la feconde , étoit entrée
par deux fois dans la Rede d'Alcudia
en l'Ile de Mayorque , à cause que les
vents contraires & le calme s'étoient oppofés
àfon deffein . Apréſent , il eſt à propos
d'inftruire le Public que cette même
Efcadre ayant fait voile vers la Sardaigne
, ellefut obligée de rentrer pour
par.
troifiémefois dans la même Rade la
fuite du mauvais tems . Mais enfin , à
la
D'OCTOBRE. 175 :
la faveur d'un bon vent , elle pourfuivit
fa route & entra dans la Baye de Cagliarile
21 du même mois , où elle trouva la feconde
Efcadre commandée par Dom Balthazar
de Guevra , laquelle y étoit ar
rivée quelques jours auparavant.
Le 22 , le débarquement fut fait à
une lieuë de la Place , près de la petite
Riviere de Saint André de Quarte, non
loin des Salines qu'il y a dans le même
endroit . Six. cens chevaux de Cavalerie
nationale de l'Ifle. ayant entrepris de
soppofer au débarquement , furent
bientôt battus & mis en fuite par quelques
Troupes Efpagnoles qui eftoient à
l'abri de leurs Galéres , lefquelles s'approchérent
beaucoup de la Terre ; après
quoi , tout le débarquement fe fit fans
la moindre oppofition ; & les Troupes
Efpagnoles fe campérent près du Sanctuaire
& du Palais de Notre - Dame de
Buen- Ayre, à un petit quart de lienë de
la Place .
"
Le débarquement fait , M. le Marquis
de Lede Commandant en Chef,
fit fommer le Viceroy de ferendre , par ;
le Colonel Don Martin de Mayorga
Capitaine du Regiment des Gardes Efpagnoles
, Officier de valeur & de conduite
; mais , M. de Rubi Viceroi de la
116 LE MERCURE
.
Sardaigne ayant répondu avec beau
coup de hauteur & de fierté , les Galiotes
à bombes commencérent à bombarder
là Ville , & les Troupes prirent ce Pofte
pour faire le fiége par terre .
Le Vice- Roy ne pouvant plus fe foutenir
dans la Ville,fe retira au Château
où il fait fa demeure ordinaire : L'Archevêque
en fit autant , & prefque toute
la Nobleffe de Cagliari prit le parti le
-plus fûr , en fe répandant dans les endroits
les plus reculez de la Montagne ,
pour y attendre l'évenément de cette
entrepriſe .
Au commencement , l'Armée Efpagnole
fentit quelque diferte de Vivres ,
à caufe que tous les Païfans prirent l'épouvante
à fon arrivée ; mais, ils fe raffurerent
fur le champ;parce que leMarquis
de Lede fit publier une Amniftie
générale , & offrit de la part de Sa
Majefté Catholique, la confervation de
tous les Privileges du Royaume qui
font très grands , à caufe que cette Iſle
fait une partie de l'ancienne Couronne
d'Aragon. A peine la publication de
l'Amnistic fut faite , qu'on commen-
са à aporter à l'Armée toutes fortes
de Vivres en abondance ; de forte
que
1
D'OCTOBRE. 117
.
qu'on fourniffoit 10000 rations de pain.
frais par jour.
A l'arrivée de la Flote , une Fregate
Efpagnole appellée la Junon , prit, trois
gros Bâtimens que le Viceroy de Naples
envoyoit au fecours de la Place ,.
tous chargez de munitions , de poudres ,
d'affuts de canons , de mortiers à
bombes & autres appareils de guerre ;
& le Colonel Ferrer fort connu dans
4
la guerre d'Efpagne , par les différentes
exécutions qu'il fit à la tête des Miquelets
, fut encore pris dans un de ces Bâtimens
qu'il cominandoit.
En même tems , le Marquis de . Lede
envoya deux Officiers à Barcelone &
à Génes , pour faire fçavoir aux Efpagnols
& aux Italiens . fon hûreux dé-
Barquement , & fit détacher de fa Flote
4 Frégates , bonnes voilieres , pour
cotoyer la Sardaigne & l'Ile de Corfe ;.
afin d'empêcher les fecours qui pouroient
être envoyez en ce Royaume- là.
Au commencement du mois de Septembre
, le Marquis de Rubi Vice - Roy
fe voyant réduit à l'extrémité , fit battre
la chamade pour capituler ; à caufe
qu'une partie des Fauxbourgs étoit déja
foumife aux Efpagnols , & que le Châ118
LE MERCURE
teau étoit fort endomagé par les bombes
& par quelques batteries de campagne
; mais , les conditions qu'il propofa
, ayant parû fort exceffives au
Marquis de Lede , ce Général ne voulut
pas les écouter ; fi bien que le 7 , il
fit placer une batterie de 36Canons ,pour
battre en bréche le Château ; mais , par
le défaut de fafcines qu'il faloit aller
chercher fort loin , & parce qu'il faloit
dreffer les platesformesdans des endroits
trés difficiles , & efcarpez de la Montagne
fur laquelle le Château est bâti;
on différa l'ouverture de la tranchée
jufqu'au 14.
La nuit du 3. au 4. Septembre , le
Marquis de Lede détacha M. Graffeton
Maréchal de Camp, avec 350 Grenadiers
& quelques Dragons , pour attaquer
le Château de S. Michel - la
Comteffe , petite fortereffe placée hors
la portée du Canon de la place : On ne
s'étoit déterminé à cette entreprife , que
fur les avis que l'on avoit reçû que ce.
Château que l'on difoit à demi- ruiné
n'étoit défendu que par des Paifans ;
mais aux approches , on reconnut qu'on
avoit été mal informé , puifqu'on y
trouva de bons foffez & de bonnes
D'OCTOBRE. 119
fortifications , derriere lefquelles il y
avoit des Troupes reglées avec du Canon
à Cartouche qui nous bleffa 12 .
Soldats , en tua 7.ou 8. autres avec 5.
Officiers .
Les du même mois ,il étoit arrivé
au Port de Gennes , un grand Vaiffeaude
guerre d'Efpagne nommé le Royal S:
Philippe Il étoit commandé par Dom
Cayetano Pujadas Chevalier de Mal- .
the , & brave Officier de Mer Le-
Marquis de Saint Philippe envoyé
d'Efpagne à Gennes , y monta le
même jour par ordre de Sa Majefté
Catholique , pour, aller en qualité de
Gentil - Homme originaire de Sardaigne,
ramener par fon crédit , les éfprits de fes
Compatriottes , & frayer la route de.
l'entier recouvrement de cette Ifle .
Le 7. on envoya la Fregatte le Volant
de l'autre côté du Port , avec un
détachement commandé par un Lieutenant
Colonel , pour faire des fafcines
& des picquets qui dévoient être employez
à dreffer des Batteries & à
ouvrir la Tranchée .
Le 8. le Chevalier de Lede étant
forti du Camp , à la tête de 3. Compagnies
de Grenadiers des Gardes & de
120 LE MERCURE
220. Dragons , réduifit à l'obeiffance
du Roy quelques Villages, animez con--
the les Espagnols par le Bailly Maranioffa
qui commandoit quelques Troupes
de Cavalerie du Païs , laquelle à fon
aproche , fe fauva dans les Montagnes :
Le même jour , on fit un Lieutenant de
Vaiffeaux prifonnier , qui portoit à Naples
des dépêches du Marquis de Rubi ,
avec des lettres pour la Cour de Vienne .
Le 9 , quelques Gentils- Hommes.
du pays , du nombre des Partifans du
Roy d'Espagne , vinrent fe rendre au
Camp des Eſpagnols.
Le 10. deux Vaifeaux du Roy de Sicile
commandez par le général Scarempi
, en entrant dans le Port , effuyerent
une rude bordée de toute l'Artillerie
d'un Vaiffeau Efpagnol qui les prit
pour Batimens Ennemis , perfuadés que
c'étoit un fecours envoyé de Naples
ou de Gennes , pour fécourir la Place ;
mais l'Espagnol ayant réconnû le Pavillon
de S. M. S. il en fit fes excufes
, & la chofe fe paffa à l'amiable de
part & d'autre.
Le 11. on commença à tirer une ligne
de communication de la Croix de
Notre- Dame de Buen- Ayte vers la Marine,
D'OCTOBRE. 121
rine , pour faire l'ouverture de la tranchée
: Comme on ne peut pas creufer la
terre pas la difficulté des Roches qui
s'y rencontrent on a êté obligé de ſe
couvrir à force de Tonneaux & de Gabions.
9
Le même jour , la Ville de Saffaria
Capitale de la partie Septentrionale de
la Sardaigne , envoya deux Députés au
Marquis de Lede , pour demander un
fecours de deux Galéres avec 300 hommes
; afin de fe mettre en état par là ,
de fecouer le joug des Allemans. Quelques
Lettres de Gennes affûrent que
l'ayant obtenû , les Habitans ont chaffé
de leur Ville , la Garniſon & le Gouverneur
,mis par ordre de la Cour de
Vie ne ; & qu'enfuite ils ont reconnu
le Roy Catholique pour leur légitime
Souverain.
Le 12. les Troupes Eſpagnoles pouffoient
fi vivement les travaux , malgré
le feu de la place , qu'elles en
avoient déja fait 90. Toiles.
Le 13. fut employé à perfectioner
une batterie , contre les Baſtions de la
Marine qui font détachés de l'enceinte
de la Place de Cagliari : On fit une ligne
de communication duCouvent de laTri-
Octobre 1717.. L
122 LE MERCURE
nité jufqu'à celui de S. Lucifero . Ce ne
fut cependant que la nuit du 13 au 14,
qu'on ouvrit la tranchée , qui fut montée
par 2. Bataillons des Gardes Efpagnoles
commandées par Dom Jofeph
de Armendariz Lieutenant général , par
le Chevalier de Lede Maréchal de
Camp , & par le Brigadier Dom Jean de
Carrote.
La nuit du 14. au 15. la tranchée fat
fervie par 2. autres Bataillons des Gardes
Efpagnoles , par 60. Dragons , &
800. Travailleurs commandés par le
Marquis de San Vicente Lieutenant
général. Le Royal S. Philippe monté par
le Marquis de S. Philippe , entra dans
le Port ; il venoit de Gennes avec un
fecours de 14000. Pistoles pour l'Ar
mée.
Les 735. Dragons du Regiment d'Hamilton
, qui s'étoient embarqué à Gennes
pour la Sardaigne , dans le deffein
de fecourir les Affiégés , on de fe jetter
dans quelque autre Place de cette Ifle ,
font venus d'abord à S. Florence , Port
de l'Ifle de Corfe ; dé là , ils ont gagné
le Port de Calvi , & font enfin entrés
dans le Port d'Ayazzo , d'où , felon les
dernieres lettres de Gennes ils font bloD'OCTOBRE.
123
qués par deux Fregattes & deux Galeres
d'Efpagne qui leur interceptent le
paffage.
Les Tempêtes de Mer ayant empêché
de recevoir la fuite de ce Journal ,
nous fommes obligés de le terminer à
cette derniere datte , en attendant que
nous en recevions la continuation.
On vient cependant d'apprendre par
la voye de Marfeille , que le Patron
d'une Barque Françoife , partit le zjde ce
mois du Port de Cagliari pour paffer
à Barcelonne , a déclaré que le 30. Septembre
, les Espagnols s'étoient rendus
maîtres de la Place & du Château , où
on avoit fait deux grandes Bréches ; ce
qui avoit obligé le Marquis de Rubi de
fe rendre , fans fçavoir encore à quelles
conditions . Pluſieurs autres Barques confirment
cette nouvelle , entre lefquel .
les , il y en a qui ajoutent que la Pla-.
ce d'Alguer, aprés quelque foible réfiftance
, s'étoit foûmife aux armes du
Roy Catholique , & que toute l'ille
avoit fuivi cet exemple : Peut - être
qu'avant de finir nôtre Recueil , on faura
à quoi s'en tenir.
Cagliari Ville Capitalle de l'Iſle
de Sardaigne , eft fituée fur une éminence
, au bord de la Mer , avec un
beau Port où les Vaiffeaux qui viennent
du Ponant & du Levant , fe retirent
: C'eſt le Siége d'un Archevéché
& d'un Viceroy: Son regard principal ett
fur l'Affrique . On la divife en 4 Parties.
Celle du milieu ceinte d'une forte muraille
, s'appelle proprement Caglier.
La Partie qui la joint & qui regarde le
Levant , eft nommé Villeneuve , l'autre
qui tire au Midi , ayant fon afpect vers
la Marine , a pris fon nom de la Marine,
ou de Gliapola ; & celle qui eft au
Couchant , fe nomme Stampax . Ces
3 dernieres parties , quoique fermées de
D'OCTO BRE. 112
murailles avec des foffez , font comme
les Fauxbourgs de Cagliari . L'on remarque
entre autres chofes , dans cette
Capitale , la belle Tour Saint Brancas ,
prefque toute de marbre , celle de l'Eléphant
auffi bâtie de marbre pour la plus.
grande partie ; le Château qui eft très
fort ; le Palais du Roy où loge le Viceroy
; la Maifon des Senateurs appellée
la Maifon de Ville , la grande Fontaine
, les Boulevars & les Baſtions de
Sainte Croix , de Saint auguftin &c.
Jacques II. Roy d'Aragon prit cette
Ville en 1330. Depuis ce tems- là , cette
Ifle étoit demeurée foûmife aux Efpa--
gnols , jufqu'au Traité d'Utrech , par
lequel ce Royaume a été démembré de
la Monarchie Efpagnole & cédé à l'Em--
pereur Charles V.
Elle a
Confeillers : Ils portent par
S
la Ville les Armoiries de leurs Charges ,
& gouvernent feuls la République & fes
revenus qui font confidérables.
Ils ont en de certains cas , la puiffance
d'établir des Loix : Leurs Privileges.
portent que le Roy d'Aragon , comme
Prince de Sardaigne , ne fe mélera point
non plus que le Viceroy fon Lieutenant ,
da Gouvernement de leur République.
K
114
LE MERCURE
L.
>
Es Relations différentes qui fe font
répandues depuis deux mois , an fujet
des Armes defa MajeftéCatholique.
dans l'entreprise de la Sardaigne ; ont
étéfi incertaines , que je n'ai rien voulu
prendrefur mon compte touchant cet événement
, dans mon Mercure de Septembre
; mais apréfent , que je fuis pleiner
ment inftruit du dénouement de cette
grande affaire , je vais reprendre mon
Journal , à l'endroit où j'en demeurai le
mois d'Aouft dernier , & raporter exa-
Element tout ce qui s'eft passé de plus mémorable.
Dans le Suplément du Journal du mois.
d'Aouft , nous dimes que la premiere &
& laplus forte Efcadre de la Flote Efpagnole
qui étoit fortie de Barcelone quelques
jours avant la feconde , étoit entrée
par deux fois dans la Rede d'Alcudia
en l'Ile de Mayorque , à cause que les
vents contraires & le calme s'étoient oppofés
àfon deffein . Apréſent , il eſt à propos
d'inftruire le Public que cette même
Efcadre ayant fait voile vers la Sardaigne
, ellefut obligée de rentrer pour
par.
troifiémefois dans la même Rade la
fuite du mauvais tems . Mais enfin , à
la
D'OCTOBRE. 175 :
la faveur d'un bon vent , elle pourfuivit
fa route & entra dans la Baye de Cagliarile
21 du même mois , où elle trouva la feconde
Efcadre commandée par Dom Balthazar
de Guevra , laquelle y étoit ar
rivée quelques jours auparavant.
Le 22 , le débarquement fut fait à
une lieuë de la Place , près de la petite
Riviere de Saint André de Quarte, non
loin des Salines qu'il y a dans le même
endroit . Six. cens chevaux de Cavalerie
nationale de l'Ifle. ayant entrepris de
soppofer au débarquement , furent
bientôt battus & mis en fuite par quelques
Troupes Efpagnoles qui eftoient à
l'abri de leurs Galéres , lefquelles s'approchérent
beaucoup de la Terre ; après
quoi , tout le débarquement fe fit fans
la moindre oppofition ; & les Troupes
Efpagnoles fe campérent près du Sanctuaire
& du Palais de Notre - Dame de
Buen- Ayre, à un petit quart de lienë de
la Place .
"
Le débarquement fait , M. le Marquis
de Lede Commandant en Chef,
fit fommer le Viceroy de ferendre , par ;
le Colonel Don Martin de Mayorga
Capitaine du Regiment des Gardes Efpagnoles
, Officier de valeur & de conduite
; mais , M. de Rubi Viceroi de la
116 LE MERCURE
.
Sardaigne ayant répondu avec beau
coup de hauteur & de fierté , les Galiotes
à bombes commencérent à bombarder
là Ville , & les Troupes prirent ce Pofte
pour faire le fiége par terre .
Le Vice- Roy ne pouvant plus fe foutenir
dans la Ville,fe retira au Château
où il fait fa demeure ordinaire : L'Archevêque
en fit autant , & prefque toute
la Nobleffe de Cagliari prit le parti le
-plus fûr , en fe répandant dans les endroits
les plus reculez de la Montagne ,
pour y attendre l'évenément de cette
entrepriſe .
Au commencement , l'Armée Efpagnole
fentit quelque diferte de Vivres ,
à caufe que tous les Païfans prirent l'épouvante
à fon arrivée ; mais, ils fe raffurerent
fur le champ;parce que leMarquis
de Lede fit publier une Amniftie
générale , & offrit de la part de Sa
Majefté Catholique, la confervation de
tous les Privileges du Royaume qui
font très grands , à caufe que cette Iſle
fait une partie de l'ancienne Couronne
d'Aragon. A peine la publication de
l'Amnistic fut faite , qu'on commen-
са à aporter à l'Armée toutes fortes
de Vivres en abondance ; de forte
que
1
D'OCTOBRE. 117
.
qu'on fourniffoit 10000 rations de pain.
frais par jour.
A l'arrivée de la Flote , une Fregate
Efpagnole appellée la Junon , prit, trois
gros Bâtimens que le Viceroy de Naples
envoyoit au fecours de la Place ,.
tous chargez de munitions , de poudres ,
d'affuts de canons , de mortiers à
bombes & autres appareils de guerre ;
& le Colonel Ferrer fort connu dans
4
la guerre d'Efpagne , par les différentes
exécutions qu'il fit à la tête des Miquelets
, fut encore pris dans un de ces Bâtimens
qu'il cominandoit.
En même tems , le Marquis de . Lede
envoya deux Officiers à Barcelone &
à Génes , pour faire fçavoir aux Efpagnols
& aux Italiens . fon hûreux dé-
Barquement , & fit détacher de fa Flote
4 Frégates , bonnes voilieres , pour
cotoyer la Sardaigne & l'Ile de Corfe ;.
afin d'empêcher les fecours qui pouroient
être envoyez en ce Royaume- là.
Au commencement du mois de Septembre
, le Marquis de Rubi Vice - Roy
fe voyant réduit à l'extrémité , fit battre
la chamade pour capituler ; à caufe
qu'une partie des Fauxbourgs étoit déja
foumife aux Efpagnols , & que le Châ118
LE MERCURE
teau étoit fort endomagé par les bombes
& par quelques batteries de campagne
; mais , les conditions qu'il propofa
, ayant parû fort exceffives au
Marquis de Lede , ce Général ne voulut
pas les écouter ; fi bien que le 7 , il
fit placer une batterie de 36Canons ,pour
battre en bréche le Château ; mais , par
le défaut de fafcines qu'il faloit aller
chercher fort loin , & parce qu'il faloit
dreffer les platesformesdans des endroits
trés difficiles , & efcarpez de la Montagne
fur laquelle le Château est bâti;
on différa l'ouverture de la tranchée
jufqu'au 14.
La nuit du 3. au 4. Septembre , le
Marquis de Lede détacha M. Graffeton
Maréchal de Camp, avec 350 Grenadiers
& quelques Dragons , pour attaquer
le Château de S. Michel - la
Comteffe , petite fortereffe placée hors
la portée du Canon de la place : On ne
s'étoit déterminé à cette entreprife , que
fur les avis que l'on avoit reçû que ce.
Château que l'on difoit à demi- ruiné
n'étoit défendu que par des Paifans ;
mais aux approches , on reconnut qu'on
avoit été mal informé , puifqu'on y
trouva de bons foffez & de bonnes
D'OCTOBRE. 119
fortifications , derriere lefquelles il y
avoit des Troupes reglées avec du Canon
à Cartouche qui nous bleffa 12 .
Soldats , en tua 7.ou 8. autres avec 5.
Officiers .
Les du même mois ,il étoit arrivé
au Port de Gennes , un grand Vaiffeaude
guerre d'Efpagne nommé le Royal S:
Philippe Il étoit commandé par Dom
Cayetano Pujadas Chevalier de Mal- .
the , & brave Officier de Mer Le-
Marquis de Saint Philippe envoyé
d'Efpagne à Gennes , y monta le
même jour par ordre de Sa Majefté
Catholique , pour, aller en qualité de
Gentil - Homme originaire de Sardaigne,
ramener par fon crédit , les éfprits de fes
Compatriottes , & frayer la route de.
l'entier recouvrement de cette Ifle .
Le 7. on envoya la Fregatte le Volant
de l'autre côté du Port , avec un
détachement commandé par un Lieutenant
Colonel , pour faire des fafcines
& des picquets qui dévoient être employez
à dreffer des Batteries & à
ouvrir la Tranchée .
Le 8. le Chevalier de Lede étant
forti du Camp , à la tête de 3. Compagnies
de Grenadiers des Gardes & de
120 LE MERCURE
220. Dragons , réduifit à l'obeiffance
du Roy quelques Villages, animez con--
the les Espagnols par le Bailly Maranioffa
qui commandoit quelques Troupes
de Cavalerie du Païs , laquelle à fon
aproche , fe fauva dans les Montagnes :
Le même jour , on fit un Lieutenant de
Vaiffeaux prifonnier , qui portoit à Naples
des dépêches du Marquis de Rubi ,
avec des lettres pour la Cour de Vienne .
Le 9 , quelques Gentils- Hommes.
du pays , du nombre des Partifans du
Roy d'Espagne , vinrent fe rendre au
Camp des Eſpagnols.
Le 10. deux Vaifeaux du Roy de Sicile
commandez par le général Scarempi
, en entrant dans le Port , effuyerent
une rude bordée de toute l'Artillerie
d'un Vaiffeau Efpagnol qui les prit
pour Batimens Ennemis , perfuadés que
c'étoit un fecours envoyé de Naples
ou de Gennes , pour fécourir la Place ;
mais l'Espagnol ayant réconnû le Pavillon
de S. M. S. il en fit fes excufes
, & la chofe fe paffa à l'amiable de
part & d'autre.
Le 11. on commença à tirer une ligne
de communication de la Croix de
Notre- Dame de Buen- Ayte vers la Marine,
D'OCTOBRE. 121
rine , pour faire l'ouverture de la tranchée
: Comme on ne peut pas creufer la
terre pas la difficulté des Roches qui
s'y rencontrent on a êté obligé de ſe
couvrir à force de Tonneaux & de Gabions.
9
Le même jour , la Ville de Saffaria
Capitale de la partie Septentrionale de
la Sardaigne , envoya deux Députés au
Marquis de Lede , pour demander un
fecours de deux Galéres avec 300 hommes
; afin de fe mettre en état par là ,
de fecouer le joug des Allemans. Quelques
Lettres de Gennes affûrent que
l'ayant obtenû , les Habitans ont chaffé
de leur Ville , la Garniſon & le Gouverneur
,mis par ordre de la Cour de
Vie ne ; & qu'enfuite ils ont reconnu
le Roy Catholique pour leur légitime
Souverain.
Le 12. les Troupes Eſpagnoles pouffoient
fi vivement les travaux , malgré
le feu de la place , qu'elles en
avoient déja fait 90. Toiles.
Le 13. fut employé à perfectioner
une batterie , contre les Baſtions de la
Marine qui font détachés de l'enceinte
de la Place de Cagliari : On fit une ligne
de communication duCouvent de laTri-
Octobre 1717.. L
122 LE MERCURE
nité jufqu'à celui de S. Lucifero . Ce ne
fut cependant que la nuit du 13 au 14,
qu'on ouvrit la tranchée , qui fut montée
par 2. Bataillons des Gardes Efpagnoles
commandées par Dom Jofeph
de Armendariz Lieutenant général , par
le Chevalier de Lede Maréchal de
Camp , & par le Brigadier Dom Jean de
Carrote.
La nuit du 14. au 15. la tranchée fat
fervie par 2. autres Bataillons des Gardes
Efpagnoles , par 60. Dragons , &
800. Travailleurs commandés par le
Marquis de San Vicente Lieutenant
général. Le Royal S. Philippe monté par
le Marquis de S. Philippe , entra dans
le Port ; il venoit de Gennes avec un
fecours de 14000. Pistoles pour l'Ar
mée.
Les 735. Dragons du Regiment d'Hamilton
, qui s'étoient embarqué à Gennes
pour la Sardaigne , dans le deffein
de fecourir les Affiégés , on de fe jetter
dans quelque autre Place de cette Ifle ,
font venus d'abord à S. Florence , Port
de l'Ifle de Corfe ; dé là , ils ont gagné
le Port de Calvi , & font enfin entrés
dans le Port d'Ayazzo , d'où , felon les
dernieres lettres de Gennes ils font bloD'OCTOBRE.
123
qués par deux Fregattes & deux Galeres
d'Efpagne qui leur interceptent le
paffage.
Les Tempêtes de Mer ayant empêché
de recevoir la fuite de ce Journal ,
nous fommes obligés de le terminer à
cette derniere datte , en attendant que
nous en recevions la continuation.
On vient cependant d'apprendre par
la voye de Marfeille , que le Patron
d'une Barque Françoife , partit le zjde ce
mois du Port de Cagliari pour paffer
à Barcelonne , a déclaré que le 30. Septembre
, les Espagnols s'étoient rendus
maîtres de la Place & du Château , où
on avoit fait deux grandes Bréches ; ce
qui avoit obligé le Marquis de Rubi de
fe rendre , fans fçavoir encore à quelles
conditions . Pluſieurs autres Barques confirment
cette nouvelle , entre lefquel .
les , il y en a qui ajoutent que la Pla-.
ce d'Alguer, aprés quelque foible réfiftance
, s'étoit foûmife aux armes du
Roy Catholique , & que toute l'ille
avoit fuivi cet exemple : Peut - être
qu'avant de finir nôtre Recueil , on faura
à quoi s'en tenir.
Fermer
1272
p. 124-129
LETTRE DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE.
Début :
La Lettre du Pape au Roy d'Espagne, touchant l'entreprise / Tres-Cher Fils en Jesus-Christ, Salut & Bénédiction Apostolique. [...]
Mots clefs :
Vaisseaux de guerre, Flotte, Gloire, Consistoire, Cardinaux, Église romaine, Combats, Douleur, Discours, Réputation, Guerre sacrée, Conseillers, Religion catholique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE.
A Lettre du Pape au Roy d'Efpagne
, touchant l'entreprife formée
fur le Royaume de Sardaigne , eft une
piéce trop importante pour ne lui pas
donner place ici,
LETTRE
DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE .
RES-CHER FILS EN JESUS-CHRIST,
Salut de Bénédiction Apoftolique .
Comme Nous ne doutions nullement des
affûrances que Vêtre Majesté Nous avoit
données plus d'unefois , que les Vaiſſeanx
de guerre que Nous Vous avions demandex
inftamment & que Vous faifiez
équiper , etoient deftinez pour fecourir
puiffamment la Flote Chrêtienne centre
les Turcs : Dans cette perfuafion &
pour contribuer à vôtre gloire , Nous en
fimes d'abord part en Confiftoire à nos vénérables
Freres les Cardinaux de la Samte
Eglife Romaine ; de même que ce qui
Nous fut mandé enfuite de vôtre part ;
D'OCTOBRE. 125
que ces Vaiffeaux avoient mis à la voile ,
pour aller en Levant & foutenir la Canfe
commune , comme Vous Nous aviez
fouvent promis. Nous enfumes d'autant
plus perfuadez , que Nous le fouhaitions
avec ardeur , ayant en avis que cette Flor
te , quoi qu'elle eût défendu vaillamment
la Caufe du Nom Chrêtien , attendoit
avec impatience l'arrivée de ces Waiffeaux
Auxiliaires ; fe trouvant fort fatiguée
par les Combats fanglans donneX
dernierement dans l'Archipel.
que
Votre Majesté peut donc juger de la
furprise de la douleur que Nous ont
caufe les bruits répandus depuis peu 3 que
vos Vaiffeaux n'avoient pas pris la route
Vous Nous aviez marquée , mais une
autre directement contraire à vos promeffes
; en forte que la Religion Orthodoxe
n'en pouvoit efperer aucun fecours , mais
aucontraire,avoit tout fujet d'en craindre
des fuites trés dangerenfes..
Nous avoüons bien , que jufqu'à préfent
Nous avons tâché d'adoucir la douleur
que Nous avons eue de cette Nouvelte
, en ne croyant pas qu'il fallut encorey
ajouter une entiere foi ; quoi qu'elle fut
confirmée par les difcours & les plaintes,
dě plufieurs ; parce que Nous l'envifa-
Lii
126
LE MERCURE
gions comme une chofe directement contraire
à vôtre grande pieté , à la foi de
vos promeffes , & même au devoir d'un
Roy Catholique , dans un tems où l'Eglife
fe trouve dans un fi grand danger.
>
Mais,comme le bruit commun , répandu
de tous côtez fur cette affaire , Nous
fait craindre › que par les artifices de
quelques perfonnes , Vous n'ayez étéentrainé
malgré Vous & contre vôtre inclination
dans ce nuifible & dangereux
deffen , qu'on dit même que Vous avez
déja fait éclater ; nôtre fincère & paternelle
Charité envers Vous , ne nous permet
pas de nous taire , dans un auffi grand
péril non feulement de vôtre Réputation ,
mais même de vôtre Ame : Car , qui ne
voit quel compte vous auriez à rendre
an Roy des Roys , & quelle tache ce feroit
à votre Reputation , fi vos Confeillers
avoient étécapables d'extorquer de
Vous , que Vous abandonnaffiez la Cauſe
commune ; que Vous ne fiffiez aucune attention
aux périls de la Religion Chrêtienne
; & que Vous oubliant Vous-même,
Vous portaffiez ailleurs les Troupes
& les Armes deftinées à une Guerre
Sacrée , à la defenfe de la Sainte Egli
fe ; & que Vous ne gardaffiez pas la Foi
D'OCTOBRE. 127
que Vous Nous avez fi ſouvent promiſe ,
on plûtôt à Dieu qui ne peut être moqué
, & au Nom duquel Nous avons reçû
vos promeffes ? Ces Confeillers s'attireroient
les effets terribles de la Vengeance
Divine , fi fous prétexte de quelques
offenfes , on pouez par des interêts
particuliers , ils avoient donné à V. M.
de fi pernicieux confeils , pour ternir la
gloire de vôtre Nom Royal , éluder les
foins & les efforts de notre fonction Pafte
rale pour la défenfe du Nom Chrêtien z
& lequel enfin Dieu , terrible envers les
Roys de la Terre , ne permettroitpas qu'il
demeurât impuni.
Quelles affenfes, en effet , vos Miniftrespourroient-
ils rapeller , pour Vous
confeiller de les préferer à la Caufe de
Dien ? Quelles raifonsfauroient-ils alleguer
, qui dûffent être préferées au Bien
de la Religion Catholique , à l'avancement
de la Gloire de Dieu , & aux urgentes
néceffitez de la République Chrêtienne
? Pourroient- ils prendre pourprétexte,
queJESUS - CHRIST leur eût en quelque
chofe manqué de Foi , ou qu'il leur
eût fait quelque injustice , pour foutenir.
qu'on pourroit auffi lui manquer de Foi ,
& abandonner la défenfe de fon Nom
Liiij
LE MERCURE
& de fes Droits , à laquelle ils étoient
obligez ?
Nous prions donc trés inftamment V.
M. & la conjurons au nom du Seigneur,
comme Nous vous l'avons déja repréſenté
librement , mais avec une affection paternelle
, quefuivant votre équité & vôtre
prudence finguliere , Vous faffiez de
férienfes réflexions fur les dangers de la
République Chrétienne , de l'Eglife &
de la Religion ; & que Vous veuilliez
Nous écouter , Nous qui Vous tenons
lien de Pere, qui Vous aimons tendrement
& qui vous donnons de veritables &fam
lutaires confeils , plûtôt que ces Fils de
défiance , qui ne fongent qu'aux choſes.
de la Terre , & qui ne souhaitant
pas tant vôtre grandeur qu'à s'acquérir
de la louange , Vous infpirent des deffeins
avantageux en aparence ; mais ,
trés-pernicieux en effet ; & que vous préniez
une réfolution , qui Vous faifant
laiffer les chofes dans le même état où elles.
étoient , ou fi l'on y a aporté quelque
changement , les rétabliſſant dans l'état
•ù elles étoient auparavant , mette vôtre
gloire & votre confcience à couvert , contribue
à la Tranquillitépublique , & prévienne
enfin les plaintes de tous les gens
de bien.
D'OCTOBRE. 1.2.9
Notre vénérable Frere Pompée , Archevêque
de Neo - Cefarée ( Andrinople
) nôtre Nonce auprès de Vous , Vous
en dira davantage fur ce sujet ; & Nous
Vous prions de vouloir toûjours l'écouter
favorablement , fuivant vôtre coûtume.
Cependant , Nous ne cefferons de prier
Dieu , entre les mains de qui font les
coeurs des Roys , qu'il donne à nos paroles
ànos avertiffemens , la force de fléchir
l'efprit de V. M. & lui faire former
des deffeins qui n'arrêtent point le cours,
des Bénédictions Célestes fur Vous , mais
qui puiffent Vous les attirer de plus en
plus , au bonheur continuel de Votre
Royaume : Et pourgage de notre Charité
Pontificale , Nous Vous donnons très- affectueufement
nôtre Benediction Apoftolique.
Donnè à Rome à Sainte Marie.
Majeure ,fous le Seau du Pécheur , le 25 .
Août de l'An 1717 , & de nôtre Pontificat
le 17.
, touchant l'entreprife formée
fur le Royaume de Sardaigne , eft une
piéce trop importante pour ne lui pas
donner place ici,
LETTRE
DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE .
RES-CHER FILS EN JESUS-CHRIST,
Salut de Bénédiction Apoftolique .
Comme Nous ne doutions nullement des
affûrances que Vêtre Majesté Nous avoit
données plus d'unefois , que les Vaiſſeanx
de guerre que Nous Vous avions demandex
inftamment & que Vous faifiez
équiper , etoient deftinez pour fecourir
puiffamment la Flote Chrêtienne centre
les Turcs : Dans cette perfuafion &
pour contribuer à vôtre gloire , Nous en
fimes d'abord part en Confiftoire à nos vénérables
Freres les Cardinaux de la Samte
Eglife Romaine ; de même que ce qui
Nous fut mandé enfuite de vôtre part ;
D'OCTOBRE. 125
que ces Vaiffeaux avoient mis à la voile ,
pour aller en Levant & foutenir la Canfe
commune , comme Vous Nous aviez
fouvent promis. Nous enfumes d'autant
plus perfuadez , que Nous le fouhaitions
avec ardeur , ayant en avis que cette Flor
te , quoi qu'elle eût défendu vaillamment
la Caufe du Nom Chrêtien , attendoit
avec impatience l'arrivée de ces Waiffeaux
Auxiliaires ; fe trouvant fort fatiguée
par les Combats fanglans donneX
dernierement dans l'Archipel.
que
Votre Majesté peut donc juger de la
furprise de la douleur que Nous ont
caufe les bruits répandus depuis peu 3 que
vos Vaiffeaux n'avoient pas pris la route
Vous Nous aviez marquée , mais une
autre directement contraire à vos promeffes
; en forte que la Religion Orthodoxe
n'en pouvoit efperer aucun fecours , mais
aucontraire,avoit tout fujet d'en craindre
des fuites trés dangerenfes..
Nous avoüons bien , que jufqu'à préfent
Nous avons tâché d'adoucir la douleur
que Nous avons eue de cette Nouvelte
, en ne croyant pas qu'il fallut encorey
ajouter une entiere foi ; quoi qu'elle fut
confirmée par les difcours & les plaintes,
dě plufieurs ; parce que Nous l'envifa-
Lii
126
LE MERCURE
gions comme une chofe directement contraire
à vôtre grande pieté , à la foi de
vos promeffes , & même au devoir d'un
Roy Catholique , dans un tems où l'Eglife
fe trouve dans un fi grand danger.
>
Mais,comme le bruit commun , répandu
de tous côtez fur cette affaire , Nous
fait craindre › que par les artifices de
quelques perfonnes , Vous n'ayez étéentrainé
malgré Vous & contre vôtre inclination
dans ce nuifible & dangereux
deffen , qu'on dit même que Vous avez
déja fait éclater ; nôtre fincère & paternelle
Charité envers Vous , ne nous permet
pas de nous taire , dans un auffi grand
péril non feulement de vôtre Réputation ,
mais même de vôtre Ame : Car , qui ne
voit quel compte vous auriez à rendre
an Roy des Roys , & quelle tache ce feroit
à votre Reputation , fi vos Confeillers
avoient étécapables d'extorquer de
Vous , que Vous abandonnaffiez la Cauſe
commune ; que Vous ne fiffiez aucune attention
aux périls de la Religion Chrêtienne
; & que Vous oubliant Vous-même,
Vous portaffiez ailleurs les Troupes
& les Armes deftinées à une Guerre
Sacrée , à la defenfe de la Sainte Egli
fe ; & que Vous ne gardaffiez pas la Foi
D'OCTOBRE. 127
que Vous Nous avez fi ſouvent promiſe ,
on plûtôt à Dieu qui ne peut être moqué
, & au Nom duquel Nous avons reçû
vos promeffes ? Ces Confeillers s'attireroient
les effets terribles de la Vengeance
Divine , fi fous prétexte de quelques
offenfes , on pouez par des interêts
particuliers , ils avoient donné à V. M.
de fi pernicieux confeils , pour ternir la
gloire de vôtre Nom Royal , éluder les
foins & les efforts de notre fonction Pafte
rale pour la défenfe du Nom Chrêtien z
& lequel enfin Dieu , terrible envers les
Roys de la Terre , ne permettroitpas qu'il
demeurât impuni.
Quelles affenfes, en effet , vos Miniftrespourroient-
ils rapeller , pour Vous
confeiller de les préferer à la Caufe de
Dien ? Quelles raifonsfauroient-ils alleguer
, qui dûffent être préferées au Bien
de la Religion Catholique , à l'avancement
de la Gloire de Dieu , & aux urgentes
néceffitez de la République Chrêtienne
? Pourroient- ils prendre pourprétexte,
queJESUS - CHRIST leur eût en quelque
chofe manqué de Foi , ou qu'il leur
eût fait quelque injustice , pour foutenir.
qu'on pourroit auffi lui manquer de Foi ,
& abandonner la défenfe de fon Nom
Liiij
LE MERCURE
& de fes Droits , à laquelle ils étoient
obligez ?
Nous prions donc trés inftamment V.
M. & la conjurons au nom du Seigneur,
comme Nous vous l'avons déja repréſenté
librement , mais avec une affection paternelle
, quefuivant votre équité & vôtre
prudence finguliere , Vous faffiez de
férienfes réflexions fur les dangers de la
République Chrétienne , de l'Eglife &
de la Religion ; & que Vous veuilliez
Nous écouter , Nous qui Vous tenons
lien de Pere, qui Vous aimons tendrement
& qui vous donnons de veritables &fam
lutaires confeils , plûtôt que ces Fils de
défiance , qui ne fongent qu'aux choſes.
de la Terre , & qui ne souhaitant
pas tant vôtre grandeur qu'à s'acquérir
de la louange , Vous infpirent des deffeins
avantageux en aparence ; mais ,
trés-pernicieux en effet ; & que vous préniez
une réfolution , qui Vous faifant
laiffer les chofes dans le même état où elles.
étoient , ou fi l'on y a aporté quelque
changement , les rétabliſſant dans l'état
•ù elles étoient auparavant , mette vôtre
gloire & votre confcience à couvert , contribue
à la Tranquillitépublique , & prévienne
enfin les plaintes de tous les gens
de bien.
D'OCTOBRE. 1.2.9
Notre vénérable Frere Pompée , Archevêque
de Neo - Cefarée ( Andrinople
) nôtre Nonce auprès de Vous , Vous
en dira davantage fur ce sujet ; & Nous
Vous prions de vouloir toûjours l'écouter
favorablement , fuivant vôtre coûtume.
Cependant , Nous ne cefferons de prier
Dieu , entre les mains de qui font les
coeurs des Roys , qu'il donne à nos paroles
ànos avertiffemens , la force de fléchir
l'efprit de V. M. & lui faire former
des deffeins qui n'arrêtent point le cours,
des Bénédictions Célestes fur Vous , mais
qui puiffent Vous les attirer de plus en
plus , au bonheur continuel de Votre
Royaume : Et pourgage de notre Charité
Pontificale , Nous Vous donnons très- affectueufement
nôtre Benediction Apoftolique.
Donnè à Rome à Sainte Marie.
Majeure ,fous le Seau du Pécheur , le 25 .
Août de l'An 1717 , & de nôtre Pontificat
le 17.
Fermer
1273
p. 129-133
A Rome le 5 Octobre 1717.
Début :
La Princesse Scavolino, autrement la Princesse Carpeigne a quitté Rome, [...]
Mots clefs :
Princesse, Justice, Assemblée, Comte, Gentilhomme, Chevalier, Seigneur, Pape, Abbé, Cardinal, Victoire, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 5 Octobre 1717.
A Rome le Octobre 1717 .
S
A Princeffe Scavolina , autrement
la Princeffe Carpeigne a quitté Rome
, pour paffer , à ce que l'on prétend ,
en France , où elle efpere qu'on luy fe130
LE MERCURE
ra juftice & qu'on aura égard à fes demandes
Sa politeffe & fes manieres
engageantes la font regretter de tous
ceux qui l'ont connue . Sa maifon étoit
le rendez - vous de tout ce qu'il y avoit
de plus choifi dans cette Ville ; & c'étoit
fans contredit l'Affemblée , ou pour
me fervir de l'expreffion du Pays , la
converfation la mieux affortie & la plus
commode de tout Rome .
·
Le Comte de Peterborong étant arrivé
le 7 de Septembre à Boulogne , il fue
arrêté le 11 avec fon Secretaire & un autre
Domestique : On faifit tous les papiers
, aprés quoy il fut conduit au Fort
Urbain. Il n'y a que s ou 6 mois que ce
Milord quitta Rome pour s'en retourner
à Londres , d'où étant reparti en poíte
pour ce Pays , il fut fuivi par un Gentil-
Homme du parti du Chevalier de S.
Georges , qui l'ayant perdu dans les
Montagnes , ne fit qu'augmenter par fon
retour, les foupçons que cette Cour avoit
conçus de ce Seigneur. Comme il gardoit
l'incognito à Boulogne , & qu'il ne
fortoit que de nuit , on fe crut en droit
de s'en faifir : On ne luy trouva d'abord.
que 10000 fterlins en billers & en efpéces
, mais depuis , on a voulu infinuer
D'OCTOBRE.
131
qu'il avoit des remifes pour plus de
100000 autres livres fterlins ; c'eſt ce
que l'on a peine à croire. Il faut aparemment
qu'il ne foit pas ficoupable
qu'on le difoit ; puifque , quand on luy
a offert la liberté de fortir, il l'a refufée ,
attendant des ordres du Roy Georges
pour prendre fon parti . Le Pape a envoyé
quelques Troupes pour la garde
du Prince..
M. l'Abbé Chevalier & le Pere la
Borde de l'Oratoire,partirent d'ici le 29
du paffé pour s'en retourner en France.
Le Courier extraordinaire qu'on avoit
dépêché pour l'Indult de l'Archevêché
de Besançon , n'a emporté autre choſe
qu'un refus honnête du Saint Pere , qui
fufpend cette grace jufqu'à ce que la
grande affaire foit terminée .
La Coadjutorerie du Prieuré de Saint
Martin des Champs , en faveur de M.
l'Abbé de Saint Albin , a cependant été
expediée en datterie : Le Courier s'en eft
retourné en France pour en porter la
Nouvelle .
Le Pape n'a pas témoigné beaucoup
de joye de la naiſſance de fon petit Neveu
: On n'a pas manqué d'impofer aux
autres noms du nouveau Né , ceux en132
LE MERCURE
core des Mages , c'est un ufage de co
Pays fondé fur une fuperftition trés accréditée
, & le tout pour préferver l'enfant
des maléfices des Sorciers , & en
même temps les Peres & Meres des
reproches qu'on leur feroit, s'il lui arrivoit
malheur.
Le 28 Septembre mourut le Cardinal
Francefco Martelli Fiorentino , né le 19
Janvier 1634. Par cette mort , il vaquoit
un fecond Chapeau , & c'étoit de quoy
faire compenfation entre l'Empereur &
le Roy de France ; mais , le Saint Pere
ne l'a faite qu'en faveur du premier.
Le Vendredy premier Octobre, le Pape
tint confiftoire & propofa Eméricus
Cziaacki Senpulenfis Archevêque de Co.
lors , & Evêque de Varadin né en 1672 ;
Il a donc efté fait Cardinal plenis votis.
Le Cardinal Ptolomei en fit l'Eloge en
plein Confiftoire , comme d'un Šujer
trés digre & dont il pouvoit répondre..
L'Empereur avoit donné l'option à S. S.
ou de cette nouvelle Eminence , ou de
M. Stella Napolitain .
Le le 3 S. Pere fit chanter le Te
Deum en Action de Graces de laVictoire
remportée , fuivi de la prife de Belgrade
par les Chrétiens fur les Infidéles , on
D'OCTO BRE. 133
ira un magnifique Feu d'Artifice au
Château S. Ange.
S
A Princeffe Scavolina , autrement
la Princeffe Carpeigne a quitté Rome
, pour paffer , à ce que l'on prétend ,
en France , où elle efpere qu'on luy fe130
LE MERCURE
ra juftice & qu'on aura égard à fes demandes
Sa politeffe & fes manieres
engageantes la font regretter de tous
ceux qui l'ont connue . Sa maifon étoit
le rendez - vous de tout ce qu'il y avoit
de plus choifi dans cette Ville ; & c'étoit
fans contredit l'Affemblée , ou pour
me fervir de l'expreffion du Pays , la
converfation la mieux affortie & la plus
commode de tout Rome .
·
Le Comte de Peterborong étant arrivé
le 7 de Septembre à Boulogne , il fue
arrêté le 11 avec fon Secretaire & un autre
Domestique : On faifit tous les papiers
, aprés quoy il fut conduit au Fort
Urbain. Il n'y a que s ou 6 mois que ce
Milord quitta Rome pour s'en retourner
à Londres , d'où étant reparti en poíte
pour ce Pays , il fut fuivi par un Gentil-
Homme du parti du Chevalier de S.
Georges , qui l'ayant perdu dans les
Montagnes , ne fit qu'augmenter par fon
retour, les foupçons que cette Cour avoit
conçus de ce Seigneur. Comme il gardoit
l'incognito à Boulogne , & qu'il ne
fortoit que de nuit , on fe crut en droit
de s'en faifir : On ne luy trouva d'abord.
que 10000 fterlins en billers & en efpéces
, mais depuis , on a voulu infinuer
D'OCTOBRE.
131
qu'il avoit des remifes pour plus de
100000 autres livres fterlins ; c'eſt ce
que l'on a peine à croire. Il faut aparemment
qu'il ne foit pas ficoupable
qu'on le difoit ; puifque , quand on luy
a offert la liberté de fortir, il l'a refufée ,
attendant des ordres du Roy Georges
pour prendre fon parti . Le Pape a envoyé
quelques Troupes pour la garde
du Prince..
M. l'Abbé Chevalier & le Pere la
Borde de l'Oratoire,partirent d'ici le 29
du paffé pour s'en retourner en France.
Le Courier extraordinaire qu'on avoit
dépêché pour l'Indult de l'Archevêché
de Besançon , n'a emporté autre choſe
qu'un refus honnête du Saint Pere , qui
fufpend cette grace jufqu'à ce que la
grande affaire foit terminée .
La Coadjutorerie du Prieuré de Saint
Martin des Champs , en faveur de M.
l'Abbé de Saint Albin , a cependant été
expediée en datterie : Le Courier s'en eft
retourné en France pour en porter la
Nouvelle .
Le Pape n'a pas témoigné beaucoup
de joye de la naiſſance de fon petit Neveu
: On n'a pas manqué d'impofer aux
autres noms du nouveau Né , ceux en132
LE MERCURE
core des Mages , c'est un ufage de co
Pays fondé fur une fuperftition trés accréditée
, & le tout pour préferver l'enfant
des maléfices des Sorciers , & en
même temps les Peres & Meres des
reproches qu'on leur feroit, s'il lui arrivoit
malheur.
Le 28 Septembre mourut le Cardinal
Francefco Martelli Fiorentino , né le 19
Janvier 1634. Par cette mort , il vaquoit
un fecond Chapeau , & c'étoit de quoy
faire compenfation entre l'Empereur &
le Roy de France ; mais , le Saint Pere
ne l'a faite qu'en faveur du premier.
Le Vendredy premier Octobre, le Pape
tint confiftoire & propofa Eméricus
Cziaacki Senpulenfis Archevêque de Co.
lors , & Evêque de Varadin né en 1672 ;
Il a donc efté fait Cardinal plenis votis.
Le Cardinal Ptolomei en fit l'Eloge en
plein Confiftoire , comme d'un Šujer
trés digre & dont il pouvoit répondre..
L'Empereur avoit donné l'option à S. S.
ou de cette nouvelle Eminence , ou de
M. Stella Napolitain .
Le le 3 S. Pere fit chanter le Te
Deum en Action de Graces de laVictoire
remportée , fuivi de la prife de Belgrade
par les Chrétiens fur les Infidéles , on
D'OCTO BRE. 133
ira un magnifique Feu d'Artifice au
Château S. Ange.
Fermer
1274
p. 134-138
De Bruxelles le 10 Octobre 1717.
Début :
On fit hier en cette Ville l'Inauguration de l'Empereur, comme [...]
Mots clefs :
Inauguration, Empereur, Seigneurs, Marquis, Députés, Officiers, Carosse, Messe, Maréchal, Serments, Cérémonie, Obéissance, Médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Bruxelles le 10 Octobre 1717.
De Bruxelles le 10 Octobre 1717.
ON fithier en cette Vile l'Inauguration
de l'Empereur , comme
Duc deBrabant & de Limbourg. Les Seigneurs
Etats du Duché de Brabant &
lesDéputez de Limbourg, s'étant affemblez
chez le Comte de Tildonc , allerent
en Cavalcade vers les ro heures
du matin, à l'Hôtel de M. le Marquis de
Prié , pour le conduire à l'Eglife Collegiale
de S. Michel & de Sainte Gudule.
La marche commença par le Regiment
du Marquis de wefterlo , les Officiers
à la tête , puis les Députez des
Etats du Duché de Limbourg précédez
des trompettes & timbales ; aprés eux, le
Marquis d'Affche portant le grand
Etendart , comme Guidon héréditaire
du Duché de Brabant , ayant devant
luy' les deux Huiffiers des Etats de cette
Province ; enfuite les trois Receveurs &
le Greffier des Etats de Brabant , les
Députez des Villes d'Anvers , de Bruxelles
& de Louvain ; les Nobles &
les Prélats, chacun felon fon rang, ayant
à leur tête l'Abbé & Comte de Gem-1
bloux comme premier Noble . M. l'ED'OCTOBRE.
-135
vêque d'Anvers & l'Archevêque de
Malines fuivirent enfuite . Le Duc d'Urfel
reprefentant le Comte de Grobbendonc
, comme Maréchal heréditaire de
Brabant , portoit l'Epée , ayant devant
lui trois Herauts- d'Armes aux titres de
Brabant , de Limbourg & du Marquifat
du S : Empire ; à fa droite , le Herautd'Armes
à titre de la Toifon d'or , & à
fa gauche, celui à titre de Lothier , tous
vêtus de leurs cotes d'armes, le Caducéé
en main . M. le Marquis de Prić entouré
de la Noble garde des Archers , &
précedé de celle des Hallebardiers ,
marcha enfuite avec les Gentils - Hommes
,fes autres Officiers domeftiques,
Pages , Valets de pied & Haiduques ,.
fes chevaux de main & fes Caroffes de
corps. La marche fut fermée par le Regiment
de Dragons du Prince de Holftein.
Dés que Son Exc. fut entrée dans
l'Eglife , on commença la Meſſe de la
Sainte Trinité , qui fut chantée pontificalement
par M. l'Archevêque de
Malines , Primar des Pays bas , affifté
du Prélat du Parc Archichapelain des
Ducs de Brabant , du Prélat de Villers
comme Diacre , & du Prélat de S Bernard
comme Soudiacre. La Meſſe fi136
LE MERCURE
nie,Son Exc . mit la main fur le Miffel
qui lui fut préfenté pour ce fujet , &
fit entre les mains dudit Seigneur Archevêque,
le ferment accoûtumé pour
l'obſervation des Droits & Privileges
compérans aux Eglifes de Brabant . Le
Doyen de ladite Eglife fuivi des Chanoines
tous en chapes , vint faire enfuite
à M. de Prié la lecture d'un ferment
particulier pour les Droits & Privileges
de l'Eglife de S. Michel & de
Ste Gudule . Ces fonctions étant achevées
, Son Exc. accompagnée defdits
Seigneurs Etats , reprit la marche dans
le même ordre vers la Cour , où Elle
monta fur le grand Théatre qu'on y
avoit préparé pour cette célébre cérémonie
. Elle s'y mit dans un fauteuil
fous un riche dais , où le Portrait de Sa
Majefté Imp . étoit expofé , & fut entourée
de deux côtez des Seigneurs
Archevêque de Malines , de l'Evêque
d'Anvers , des Prelats , des Nobles
des Deputez , & c. Le Duc d'Urfel repréfentant
le Comte de Grobbendock ,
comme Maréchal héréditaire de Brabant
, tenant l'Epée , fe mit à droite de
la Table , & le Marquis d'Affche à la
gauche, comme Guidon héréditaire de
›
B
D'OCTOBRE
137
Brabant avec l'Etendart de la Province.
Chacun étant placé , le premier Heraut-
d'Armes cria à haute voix Silence,
Silence ; Son Exc. déclara le fujet de
cette Affemblée , à quoi le Greffier des
Etats de Brabant ayant répondu , lût à
haute voix les Lettres de Plein -pouvoir
de Sa Majefté Imp. enfuite les Lettres
de la Joyeufe Entrée avec leurs additions
. Enfin , les deux Sermens
ordinaires en langue Brabançonne &
Bourguignone . M. de Prié mit la main
fur le Miffel qui lui fut préfenté par
l'Archevêque , & fit au nom de l'Em
pereur,comme Duc de Brabant , les deux
fermens mentionnez. Enfuite de quoi ,
on fit à haute voix la lecture du ferment
d'obéiffance & de fidelité que les-
Etats de Brabant devoient prêter. Aprés
quoi , l'Archevêque , l'Evêque & les Prelats
le firent entre les mains de Son
Exc & les Nobles & les Députez des
Chefs Villes , en firent de même . Le
Penfionnaire des Etats de Limbourg fic
enfuite lecture des deux fermens que
Son Exc. devoit prêter aux Etats de
la même Province ; Onlûr enfuite le
ferment de fidélité & d'obéïffance que
les Etats de Limbourg devoient prêtez
Octobre 1717. M
138,
LE MERCURE
& que leurs Députez firentpareillement.
Cette Cérémonie étant achevée , le premier
Roi d'Armes cria trois fois à haute
voix : Vive l'Empereur & Roi , Duc
de Lothier , de Brabant , de Limbourg ,
& Marquis du S. Empire. Les trompettes
& timbales fe firent d'abord entendre
, & on fit trois décharges de
l'Artillerie de nos remparts , au fon de
la Cloche de Triomphe ; pendant quoi,
on jetta au Peuple des Médailles d'or
& d'argent. Son Exc . donna enfuite un
fettin fort magnifique dans le grand Salon
de la Cour , aux Seigneurs Etats des
deux Provinces , comme auffi à plufeurs
autres Seigneurs. Le foir il y eût
un grand feu d'artifice dreffé dans le
Parc derriere le Palais.
ON fithier en cette Vile l'Inauguration
de l'Empereur , comme
Duc deBrabant & de Limbourg. Les Seigneurs
Etats du Duché de Brabant &
lesDéputez de Limbourg, s'étant affemblez
chez le Comte de Tildonc , allerent
en Cavalcade vers les ro heures
du matin, à l'Hôtel de M. le Marquis de
Prié , pour le conduire à l'Eglife Collegiale
de S. Michel & de Sainte Gudule.
La marche commença par le Regiment
du Marquis de wefterlo , les Officiers
à la tête , puis les Députez des
Etats du Duché de Limbourg précédez
des trompettes & timbales ; aprés eux, le
Marquis d'Affche portant le grand
Etendart , comme Guidon héréditaire
du Duché de Brabant , ayant devant
luy' les deux Huiffiers des Etats de cette
Province ; enfuite les trois Receveurs &
le Greffier des Etats de Brabant , les
Députez des Villes d'Anvers , de Bruxelles
& de Louvain ; les Nobles &
les Prélats, chacun felon fon rang, ayant
à leur tête l'Abbé & Comte de Gem-1
bloux comme premier Noble . M. l'ED'OCTOBRE.
-135
vêque d'Anvers & l'Archevêque de
Malines fuivirent enfuite . Le Duc d'Urfel
reprefentant le Comte de Grobbendonc
, comme Maréchal heréditaire de
Brabant , portoit l'Epée , ayant devant
lui trois Herauts- d'Armes aux titres de
Brabant , de Limbourg & du Marquifat
du S : Empire ; à fa droite , le Herautd'Armes
à titre de la Toifon d'or , & à
fa gauche, celui à titre de Lothier , tous
vêtus de leurs cotes d'armes, le Caducéé
en main . M. le Marquis de Prić entouré
de la Noble garde des Archers , &
précedé de celle des Hallebardiers ,
marcha enfuite avec les Gentils - Hommes
,fes autres Officiers domeftiques,
Pages , Valets de pied & Haiduques ,.
fes chevaux de main & fes Caroffes de
corps. La marche fut fermée par le Regiment
de Dragons du Prince de Holftein.
Dés que Son Exc. fut entrée dans
l'Eglife , on commença la Meſſe de la
Sainte Trinité , qui fut chantée pontificalement
par M. l'Archevêque de
Malines , Primar des Pays bas , affifté
du Prélat du Parc Archichapelain des
Ducs de Brabant , du Prélat de Villers
comme Diacre , & du Prélat de S Bernard
comme Soudiacre. La Meſſe fi136
LE MERCURE
nie,Son Exc . mit la main fur le Miffel
qui lui fut préfenté pour ce fujet , &
fit entre les mains dudit Seigneur Archevêque,
le ferment accoûtumé pour
l'obſervation des Droits & Privileges
compérans aux Eglifes de Brabant . Le
Doyen de ladite Eglife fuivi des Chanoines
tous en chapes , vint faire enfuite
à M. de Prié la lecture d'un ferment
particulier pour les Droits & Privileges
de l'Eglife de S. Michel & de
Ste Gudule . Ces fonctions étant achevées
, Son Exc. accompagnée defdits
Seigneurs Etats , reprit la marche dans
le même ordre vers la Cour , où Elle
monta fur le grand Théatre qu'on y
avoit préparé pour cette célébre cérémonie
. Elle s'y mit dans un fauteuil
fous un riche dais , où le Portrait de Sa
Majefté Imp . étoit expofé , & fut entourée
de deux côtez des Seigneurs
Archevêque de Malines , de l'Evêque
d'Anvers , des Prelats , des Nobles
des Deputez , & c. Le Duc d'Urfel repréfentant
le Comte de Grobbendock ,
comme Maréchal héréditaire de Brabant
, tenant l'Epée , fe mit à droite de
la Table , & le Marquis d'Affche à la
gauche, comme Guidon héréditaire de
›
B
D'OCTOBRE
137
Brabant avec l'Etendart de la Province.
Chacun étant placé , le premier Heraut-
d'Armes cria à haute voix Silence,
Silence ; Son Exc. déclara le fujet de
cette Affemblée , à quoi le Greffier des
Etats de Brabant ayant répondu , lût à
haute voix les Lettres de Plein -pouvoir
de Sa Majefté Imp. enfuite les Lettres
de la Joyeufe Entrée avec leurs additions
. Enfin , les deux Sermens
ordinaires en langue Brabançonne &
Bourguignone . M. de Prié mit la main
fur le Miffel qui lui fut préfenté par
l'Archevêque , & fit au nom de l'Em
pereur,comme Duc de Brabant , les deux
fermens mentionnez. Enfuite de quoi ,
on fit à haute voix la lecture du ferment
d'obéiffance & de fidelité que les-
Etats de Brabant devoient prêter. Aprés
quoi , l'Archevêque , l'Evêque & les Prelats
le firent entre les mains de Son
Exc & les Nobles & les Députez des
Chefs Villes , en firent de même . Le
Penfionnaire des Etats de Limbourg fic
enfuite lecture des deux fermens que
Son Exc. devoit prêter aux Etats de
la même Province ; Onlûr enfuite le
ferment de fidélité & d'obéïffance que
les Etats de Limbourg devoient prêtez
Octobre 1717. M
138,
LE MERCURE
& que leurs Députez firentpareillement.
Cette Cérémonie étant achevée , le premier
Roi d'Armes cria trois fois à haute
voix : Vive l'Empereur & Roi , Duc
de Lothier , de Brabant , de Limbourg ,
& Marquis du S. Empire. Les trompettes
& timbales fe firent d'abord entendre
, & on fit trois décharges de
l'Artillerie de nos remparts , au fon de
la Cloche de Triomphe ; pendant quoi,
on jetta au Peuple des Médailles d'or
& d'argent. Son Exc . donna enfuite un
fettin fort magnifique dans le grand Salon
de la Cour , aux Seigneurs Etats des
deux Provinces , comme auffi à plufeurs
autres Seigneurs. Le foir il y eût
un grand feu d'artifice dreffé dans le
Parc derriere le Palais.
Fermer
1275
p. 138-141
De Londres le 14 Octobre.
Début :
L'Emprisonement du Comte de Peterborough fait ici l'attention publique & [...]
Mots clefs :
Emprisonnement, Comte, Jacobites, Milord, Parlement, Assemblée, Trône, Couronnement, Rebelles, Baron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres le 14 Octobre.
De Londres le 14 Octobre.
L'Emprifonement
du Comte de Peterborough
fait ici l'attention publique
& donne lieu à divers raifonnemens
; mais , on ne peut pas fe perfuader
que ce Milord ait été capable de former
le deffein d'attenter à la vie du
Prétendant : Quoi que les Jacobites publient
que ce Milord avoit promis soooo
D'OCTOBRE.
1;9
piftoles à un Italien , pour exécuter ce
noir complot , & que c'eft ce même
Italien qui l'eft venu déceler .
Comme le Parlement fe doit affem .
bler au commencement de Décembre ,
les Toris ne régligent rien, afin d'avarcer
leurs interelts . Pour cet effet , ils
font des Affemblées dans la Campagne,
pour concerter les moyens de gagner
la fupériorité fur le préfent Miniftére .
La nuitdu Samedy au Dimanche dernier
,'quelques mal affectionnez répandirent
jufques dans le Palais de St James
& à Hamptoncourt, deux , Libelles ;
Pan fous le titre , Avis à l'Armée &
au Peuple d'Angleterre , qui contient en
fubftance , que fi on veut vivre en paix
dans ce Royaume , il faut néceffairement
appeller le veritable heritier de
la Couronne & le mettre fur le Trône.
L'autre eft intitulé , Avis à M. Ro~
bert Vvalpool , par lequel l'Auteur prétend
prouver que le Roy Georges a contrevenu
à l'Acte qui établit la fucceffion
à la Couronne dans la ligne proteftante
; & qu'il a même agi contre le
ferment qu'il fit à fon couronnement
&c. Il ne faut pas douter que fi on:
découvre les Auteurs de ces Ecrits fe
Mij
140
LE MERCURE
ditieux , on ne les puniffe felon tou
te la rigueur des Loix .
On apréhende que les Rebelles qui fe
font retirez dans les Montagnes d'Ecoffe,
ne faffent des irruptions dans le plat-
Pays. On craint même que d'autres Mécontents
ne s'y joignent & n'éxcitent
une nouvelle Rebellion . Le Roy a
donné ordre au Comte de Sutherland &
au Lord Lorat , de fe rendre inceffam-.
ment en Ecoffe ; afin de prévenir leurs
pernicieux deffeins enfaifant marcherles
Troupes & les Milices contre eux , &
en mettant en oeuvre tout ce qu'ils jugeront
néceffaire pour éviter ce malheur :
Mais on croit que ces Seigneurs rencontreront
de grandes difficultez , & qu'il
fera comme impoffible , de les réduire,
à caufe qu'ils occupent des Montagnes
inacceffibles .
Il y a quelques jours que le Baron-
Shader Allemand , prefenta un Mémoireau
Roy à Hamptoncourt , dans lequel
il accufoit le Comte de Bradbourg
qu'on dit être un Moine françois
défrocqué , d'avoir parlé avec
beaucoup de mépris de S. M. jufqu'à l'avoir
appellé un Prince de deux liards..
Le Roy ayant examiné ce Mémoire fir
D'OCTOBRE.. 1411
1
venir l'un & l'autre en fa préfence pour.
les
interroger.
Le Baron foutine que,fon accufatione
étoit véritable, & que pour la vérifier ,
S. M. n'avoit qu'à confiderer la maṛ-
que, qui étoit gravée fur le front du
Comte ; que c'étoit lui- même qui la lui .
avoitimprimée par un coup de chandeliers
parce qu'il n'avoit pu fouffrir les
difcours fcandaleux que celui- ci tenoit
de S. M.Le Comte aïant été obligé d'en
convenir , S. M. s'eft contentée d'ordonner
à cet Imprudent de ne plus fe:
prafenter à l'avenir devant lui , le Roy
lui ayant fait fouvent l'honneur de le
faire manger à fa Table ; & le
pour
Baron , il le pria de ne plus parler de
certe affaire .
L'Emprifonement
du Comte de Peterborough
fait ici l'attention publique
& donne lieu à divers raifonnemens
; mais , on ne peut pas fe perfuader
que ce Milord ait été capable de former
le deffein d'attenter à la vie du
Prétendant : Quoi que les Jacobites publient
que ce Milord avoit promis soooo
D'OCTOBRE.
1;9
piftoles à un Italien , pour exécuter ce
noir complot , & que c'eft ce même
Italien qui l'eft venu déceler .
Comme le Parlement fe doit affem .
bler au commencement de Décembre ,
les Toris ne régligent rien, afin d'avarcer
leurs interelts . Pour cet effet , ils
font des Affemblées dans la Campagne,
pour concerter les moyens de gagner
la fupériorité fur le préfent Miniftére .
La nuitdu Samedy au Dimanche dernier
,'quelques mal affectionnez répandirent
jufques dans le Palais de St James
& à Hamptoncourt, deux , Libelles ;
Pan fous le titre , Avis à l'Armée &
au Peuple d'Angleterre , qui contient en
fubftance , que fi on veut vivre en paix
dans ce Royaume , il faut néceffairement
appeller le veritable heritier de
la Couronne & le mettre fur le Trône.
L'autre eft intitulé , Avis à M. Ro~
bert Vvalpool , par lequel l'Auteur prétend
prouver que le Roy Georges a contrevenu
à l'Acte qui établit la fucceffion
à la Couronne dans la ligne proteftante
; & qu'il a même agi contre le
ferment qu'il fit à fon couronnement
&c. Il ne faut pas douter que fi on:
découvre les Auteurs de ces Ecrits fe
Mij
140
LE MERCURE
ditieux , on ne les puniffe felon tou
te la rigueur des Loix .
On apréhende que les Rebelles qui fe
font retirez dans les Montagnes d'Ecoffe,
ne faffent des irruptions dans le plat-
Pays. On craint même que d'autres Mécontents
ne s'y joignent & n'éxcitent
une nouvelle Rebellion . Le Roy a
donné ordre au Comte de Sutherland &
au Lord Lorat , de fe rendre inceffam-.
ment en Ecoffe ; afin de prévenir leurs
pernicieux deffeins enfaifant marcherles
Troupes & les Milices contre eux , &
en mettant en oeuvre tout ce qu'ils jugeront
néceffaire pour éviter ce malheur :
Mais on croit que ces Seigneurs rencontreront
de grandes difficultez , & qu'il
fera comme impoffible , de les réduire,
à caufe qu'ils occupent des Montagnes
inacceffibles .
Il y a quelques jours que le Baron-
Shader Allemand , prefenta un Mémoireau
Roy à Hamptoncourt , dans lequel
il accufoit le Comte de Bradbourg
qu'on dit être un Moine françois
défrocqué , d'avoir parlé avec
beaucoup de mépris de S. M. jufqu'à l'avoir
appellé un Prince de deux liards..
Le Roy ayant examiné ce Mémoire fir
D'OCTOBRE.. 1411
1
venir l'un & l'autre en fa préfence pour.
les
interroger.
Le Baron foutine que,fon accufatione
étoit véritable, & que pour la vérifier ,
S. M. n'avoit qu'à confiderer la maṛ-
que, qui étoit gravée fur le front du
Comte ; que c'étoit lui- même qui la lui .
avoitimprimée par un coup de chandeliers
parce qu'il n'avoit pu fouffrir les
difcours fcandaleux que celui- ci tenoit
de S. M.Le Comte aïant été obligé d'en
convenir , S. M. s'eft contentée d'ordonner
à cet Imprudent de ne plus fe:
prafenter à l'avenir devant lui , le Roy
lui ayant fait fouvent l'honneur de le
faire manger à fa Table ; & le
pour
Baron , il le pria de ne plus parler de
certe affaire .
Fermer
1276
p. 151-174
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 29 du passé, le Roy donna à M. le Comte d'Assy [...]
Mots clefs :
Régent, Duc, Comte, Royaume, Régent, Abbaye, Disputes, Déclarations, Marquis, Évêque, Oncle, Réflexions, Chevalier, Cardinal, Gouvernement, Monseigneur, Sentiments, Mémoires, Honneur, Contestations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
LM. le Conte d'Affy Capitaine aux
E 29 du paffé , le Roy donna à
Gardes , le Gouvernement de la Citadelle
de Befançon, vaquant par la mort
de M. le Comte de Moncaut Lieutenant
Général des Armées du Roy.
M. le Duc de S. Simon a acheté les 2 .
Regiments de S. Aignan & de Villepreux
Cavalerie, pour les deux fils aînez.
M. Chauvelin de Beauséjour Inten-
Nii
152 LE MERCURE
1
dant de Tours , paffe à l'Intendance de
Bordeaux, à la place de M. de Courſon ;
& M. d'Ormeflon de Cheré va relever
M. de Guerchois Intendant de Befançon
, qui revient à la Cour, poury
faire
les fonctions de la Charge de Confeiller
d'Etat.
Le premier Octobre , M. Vivant Curé.
de S. Méry , qui avoit efté autrefois fort
attaché à M. le Cardinal de Noailles ,
& qui l'avoit accompagné dans fon
voyage de Rome , a refigné fa Cure à
M. l'Abbé Metra fon Neveu , fous-
Chancelier, de l'Univerfité. Il eft parti
pour Strafbourg , où il fera Grand Vicaire
de M. le Cardinal de Rohan .
Le 2. M. d'Iberville qui a refidé en
Angleterre , en qualité d'Envoyé Extraordinaire
de France , & qui s'y eſt
acquis par fes belles qualitez , un applau
diffement général de la Cour & de la
Nation , et arrivé à Paris , où il a été
favorablement reçû du Roy &de Monfeigneur
le Due Regent .
Monfieur le Duc eft depuis peu grand
Maistre des Mines & Miniéres de
France ; c'eft une Charge qui avoit été
poffedée par feu M. le Marquis de
Blainville .
D'COTO BRE.
153
&
Depuis l'Election d'un nouveau
Syndic , qui eft M. le Curé de Saint
Innocent , tout eft tranquile dans la
Faculté de Theologie , à laquelle Monfeigneur
le Duc Regent a laiffe une entiere
liberré.
-
- Le 9. le feu prit par accident fur les
11 heures du foir , dans le bâtiment de
l'Orangerie qui eft au bout du Jardin
des Tuilleries. La fentinelle ne pouvant
pas quitter fon pofte , tira un
coup de fufil pour avertir la Garde qui
s'y rendit fur le champ. On détacha
beaucoup de Suiffes , qui joints aux
Capucins accourus aa fecours , empêcherent
que tout le bâtiment ne fut réduit
en cendre , dont une partie a été
feulement confumée avec beaucoup de
meubles . Les Orangers en ont été fort
endommagez. Le Roy a promis une
gratification aux P. C. en faveur de
leur zéle & des fervices qu'ils y ont
rendu .
154 LE MERCURE
Le 10 , on publia la Déclaration du Rey ,
qui fufpend toutes les difputes , conteftations
& differens qui fe font formez
dans le Royaume , à l'occafion de
la Conftitution de N. S. P. le Pape ,
contre le Livre des Réfléxions Morales
fur le Nouveau Testament.
Nous avions deffein d'en donner un Extrait
; mais , l'importance de la Matiére
nous a determiné à l'inférer dans
fon entier.
LOUIS parla de Dieu
OUIS par la Grace de Dieu Roy
ceux qui ces prefentes Lettres verront ,
Salut. Le feu Roy noftre très honoré
Seigneur & Bifayeul , Nous ayant laiffé
ce Royaume dans une heureufe Paix
avec toutes les Puiffances de l'Europe ,
Nous n'avons eu qu'à fuivre & à affermir
ce dernier ouvrage de fa profonde
fageffe ; mais, Nous ne remplirions qu'-
imparfaitement les devoirs de la Royau
té , fi Nous ne travaillions avec autant
d'attention à rétablir une autre efpece
de Paix , non moins importante pour le
bonheur & la tranquillité des Peuples
foumis à noftre domination , en appaiD'OCTOBRE.
iss
fant ces troubles interieurs dont le Clergé
de noftre Royaume eft agité au fujet
de la Bulle donnée par N. S. P. le Pape
, contre le livre intitulé Réflexions
Morales fur le nouveau Teftament. Les
difputes qui fe font élevées à l'occafion
de cette Bulle, eftoient nées avant nôtre
avenement à la Couronne ; & depuis que
Nous y fommes parvenus, Nous n'avons
ceffé d'employer differens moyens pour
les terminer,par l'avis & par les foins infatigables
de noftre très cher & trés amé
Oncle le Duc d'Orleans Regent de
noftre Royaume. Mais , l'experience
Nous montre que le plus grand obftacle
au fuccés de ces moyens , eft d'un
' côté , la continuation des difputes , &
de l'autre , la licence de ces écrits & libelles
fans nombre , qu'il femble que
l'efprit de difcorde ait dietez , où l'on
voit des Ecrivains paffionnez s'ériger
par differens motifs en cenfeurs de la
conduite des Evêques , attaquer les Maximes
les plus inviolables de ce Royaume
, ou porter leur témerité jufqu'à repandre
des traits injurieux au Saint
Siege, & à N. S. P. le Pape. Les efprits
prévenus par ces écrits contentieux , fe
partagent fuivant la diverfité de leur
15G LE MERCURE
caracteres ou de leurs prejugez ; & tel
eft l'effet ordinaire de ces fortes de difputes
, que l'Eglife ne peut que perdre
dans un combat qui fe paffe entre les Enfans
; pendant que fes Ennemis triomphent
& profitent de la divifion des Crthodoxes
: Les procedures mêmes , &
les voyes Juridiques n'ont prefque fervi
jufqu'à prefent qu'à irriter le mal , au
lieu de le guerir ; parce que les Evêques
ayant pris des routes differentes
dans cette grande affaire , chaque particulier
a crû pouvoir fuivre celle qui
convenoit à fes fentimens, jufqu'à ce que
une Autorité fuperieure ût réuni les efprits
dans une matiére qui intereffe toute
l'Eglife . Nous ne pouvons donc faire
un plus digne ufage du pouvoir
dont il a plû à Dieu de nous revêtir ,
qu'en l'employant à arrêter le progrés
d'une divifion fi dangereufe , par les
voyes qu'il a remifes entre nos mains
lorfqu'il nous a chargé de la défenſe &
de la protection de fon Eglife. Plus foûmis
à fes Décifions que le moindre de
nos Sujets , Nous fommes perfuadez
que c'est par elle que les Rois & les Peuples
doivent apprendre également les
véritez néceffaires au falut ; & nous.
D'OCTOBRE. 157
n'avons garde de vouloir étendre nôtre
pouvoir fur ce qui concerne la Doctrine,
dont le dépoft facré a efté confié à une
autre Puiffance . Nous fçavons que c'est
à Elle feule qu'il eft refervé d'en prendre
connoiffance , & Nous ne pourions
y entrer fans nous expofer au jufte reproche
de n'avoir foutenu la vérité , que
pune entrepriſe manifefte fur la Fuiffance
fpirituelle , & d'avoit fait un grand
mal ,fous pretexte de procurer un plus
grand bien : Nous ne devons donc &
Nous ne voulons ufer de noftre pouvoir
en cette occafion , que comme Protec
teur de l'Eglife ; pour la mettre en état
d'exercer fon autorité dans une fituation
plus tranquille , & plus propre à en affurer
le fuccés & le fruit. C'eit dans cette
vûë que pour calmer le mouvement des
efprits , Nous avons réfolu d'impoſer
un Silence auffi utile que neceffaire , &
de préparer les voyes par cette efpece
de Tréve , à une véritable Paix . Nous
nous portons d'autant plus volontiers
â prendre ce parti qui nous a efté infpiré
par plufieurs Prélats de noftre Royaume
, que Nous fçavons que ceux même
qui jufqu'à prefent avoient paru les plus
oppofez les uns aux autres dans leur con158
LE MERCURE
duite , ont déclaré plusieurs fois en préfence
de noftre tres cher & tres amé Oncle
le Duc d'Orleans , qu'il n'y avoit
entre eux aucune diverfité de fentimens
fur ce qui appatient à la foy : Er cette
confolation que Dieu Nous donne au
milieu d'un trouble qui nous afflige , devient
un nouveau motifpour nous engager
à interpofer noftre autorité ; aprés
une Déclaration qui Nous fait voir que
la foy eft en fùreté , Et que par conféil
eft auffi quent inutile que dangereux
de troubler l'Eglife par des difputes ,
dans un tems où l'on doit efpérer que les
Evèques unis fur le dogme , trouveront
bientôt les moyens de fe concilier auffi
parfairement fur les difficultez qui reftent
encore à applanir : Nous ne regardons
pas même cette fufpenfion de
tout ce qui peut entretenir le trouble
préfent , comme un reméde qui doive
durer long tems : Et nous fommes
bien éloignez de vouloir l'Etablir d'une
maniere indéfinie qui pourroit eftre également
fufpecte de part & d'autre , &
qui paroîtroit excéder les bornes de nôtre
pouvoir. Nous ne prétendons tenir
les choſes en cet eftat , qu'en attendant
que N. S. P. le Pape touché des mau
D'OCTOBRE. 159
de l'Eglife de France , qui a toujours
eſté fi fidellement attachée au S Siége ,'
ait trouvé les moyens d'y reftablir une
paix folide ; Et nous ne doutons pas que
Sa Sainteté remplie des fentimens qui
conviennent à fa qualité de Pere commun
, ne faffe voir que fes lumieres font
au-deffus des veuës de ceux qui ont crû
qu'il falloit avoir recours à l'Eglife univerfelle
, pour faire ceffer la divifion
dont une partie de fon corps eft agitéç.
C'est donc dans l'attente d'un fecours fi
digne de la Religion & de la charité du
Souverain Pontife , & pendant le cours
des inftances qui lui feront faitesde nôtre
part pour l'obtenir, que Nous tiendrons
toutes chofes en fufpens , Et que Nous
uferons même d'une fage & utile rigueur
contre tous ceux qui par des écrits féditieux
, ou par d'autres voyes indifcrétes
ou prématurées, voudroient entrerenir
laGuerre , pendant que Nous ne fommes
occupez que du foin de parvenir à
la Paix. Nous aurons enfin la fatisfac- ,
tion , en prenant ce parti , de fuivre l'éxemple
que le feu Roy nôtre très honoré
Seigneur & Bifayeul Nous a donné
par les Arretts des 23 Octobre 1668
& Mars 1703. 5 Et Nous efperons que
160 LE MERCURE
Dieu beniffant la droiture de nos intentions
,Nous aurons bien- tôt la confolation
de voir tous les Paſteurs de notreRoyaume
parfaitement unanimes , s'appliquer
également à inftruire & à pacifier
le Troupeau qui leur eft confié , & à.
donner au Chef des Pafteurs des marques
de leur attachement , de leur
refpect & de leur foumiffion. A
CES CAUSES & autres à ce
nous mouvans , de l'avis de nôtre
trés cher & trés amé Oncle le Duc
d'Orleans , petit Fils de France Regent
, de nôtre trés- cher & trés amé
Coufin leDuc de Bourbon , de noftre
trés- cher & trés amé Coufin le Prince
de Conty , Princes de nôtre Sang
de nôtre trés cher & trés-amé Oncle
le Duc du Maine , de nôtre trés-.
cher & trés amé Oncle le Comte
de Toulouſe , Princes légitimez , & autres
Pairs de France , Grands & notables
Perfonnages de nôtre Royaume,
Nous avons dit & declaré , & par
ces Prefentes fignées de nôtre
main , difons & déclarons , Voulons &
Nous plaît , Que toutes les difputes ,
conteftations & differens qui fe font for-
,
mez
>
D'OCTOBRE. 161
mez dans nôtre Royaume , à l'occafion
de la Conſtitution de N. S. P. le Pape ,
contre le livre des Reflexions Morales
fur le Nouveau Teftament , foient &
demeurent fufpenduës , comme Nous
les fufpendons par ces Prefentes , impofant
par provifion un Silence général
& abfolu fur cette matiére , Et ce .
pendant le cours des inftances que
nous continuerons de faire auprés.
de N. S. P. le Pape , pour obtenir de
fa fageffe & de fon authorité , des lecours
capables d'éteindre & de termiter
entierement les divifions prefentes,
Deffendons en confequence à toutes les
Univerfitez , & notamment aux Facultez
de Theologie de nôtre Royaume,
de permettre ou de fouffrir qu'il fe fal
fe aucunes difputes dans les Ecoles , fur
le fujet de ladite Conſtitution : Deffendons
pareillement à tous nos Sujets ,
de quelque êtat & qualité qu'ils foient
fous les peines cy-aprés marquées , de.
compofer , imprimer , vendre , debiter ,
ou autrement diftribuer , aucuns Ecrits ,
Livres , Libelles ou Mémoires fous
quelque titre que ce foit ; ni de faire aucuns
actes ou déclarations , de quelque
nature qu'elles puiffent être,für le même.
Octobre 17173. Q
152 LE MERCURE
fujet,& à l'occafion des difputes préfentes
directement, ou indirectement , Et notamment
de rien dire , écrire ou imprimer ,
debiter ou diftribuer , contre le reſpect
qui eft dû au Saint Siége & à N. S. P. le
Pape ; Seront au furplus les Arrêts rendus
par le feu Roy nôtre trés- honoré
Seigneur & Bifayeul le 23. Octobre
1668. & le 5. Mars 1703. exécutez felon
leur forme & teneur; Et en confequence
faifons trés expreffes inhibitions &
deffenfes à tous nos Sujets , de quelque
état & qualité qu'ils foient , de s'attaquer
ou provoquer les uns les autres
par des termes injurieux de Novateurs ,
Janfeniftes , Semi- Pélagiens , Schifmatiques
, Heretiques , & autres noms de
party ; le tout , à peine contre les contrevenans
d'être traitez comme rebelles
, défobeïffans à Nos ordres , feditieux
& perturbateurs du repos public :
Exhortons , & neantmoins Enjoignons
à tous les Archevêques & Evêques de
nôtre Royaume de veiller , chacun dans
leur Diocefe , à ce que la tranquilité que
Nous voulons ý rétablir par la prefente
Déclaration , y foit charitablement &
inviolablement confervée : Enjoignons
pareillement à nos Cours de Parlement ,
& à tous nos Juges & Officic char
D'OCTOBRE.
163
•
en droit foy , de tenir la main à l'Execution
de nôtre prefente Déclaration
d'empêcher qu'on n'y contrevienne en
quelque maniere que ce foit , de faire
faire des recherches exactes de tous livres
, Ecrits , Mémoires ou Libelles fur
les matieres fur lefquelles Nous impofons
Silence à tous nos Sujets par ces
Prefentes , de faire fupprimer , même
brûler ou lacérer lefdits Livres ou Libelles
, s'il y écher , & de punir les
contrevenans , de quelque qualité &
condition qu'il foient , fuivant la rigueur
des Ordonnances. Voulons au furplus
que nôtre Déclaration du 12. May
dernier, concernant les Libraires & Imprimeurs
, Colporteurs & autres Diſtributeurs
de Livres , Libelles ou Mémoires
imprimez , fans privilege ni permif
fion , foit executée felon fa forme & teneur.
Lei , la Reine Doüairiere d'Angleterre
vint de Chaillot rendre vifite au
Roy. Elle étoit fuivie de plufieurs caroffes
, & efcortée par un détachement
des Gardes Françoifes . Cette Princefle
alla enfuite au Palais Royal , rendre
vifite à Mgr le Duc d'Orleans & à Madame
la Ducho "Orlea
O ij
164 LE MERCURE
Le même jour , M. Godeau ancien
Regent , fut Elû Recteur de l'Univer
fité de Paris.
Le 12 , le fieur Dominique reçû depuis
peu dans la Troupe des Comédiens
Italiens de S. A. R. parut pour
la premiere fois fur leur Theatre , faifant
le Rôle de Pierrot dans la piéce de
la Force du Naturel. Il prévint l'Affemblée
par un difcours qui fut applaudi.
On le doute bien que les deux points
principaux rouloient fur ce qu'il étoit
Als dufameux Dominique , & en mê
me tems fur le befoin qu'il avoit de
l'indulgence des Auditeurs dans le Rôle
nouveau qu'il alloit jouer , on en ût
en effet : Mais , comme le Public lui eft
favorable , on efpera qu'il le rempli
roit beaucoup mieux par la fuite.On ju
gea cependant , que le Rôle de Valer
Fourbe & Intriguant lui conviendroit
beaucoup mieux ; c'eftauffi à quoi on le
deftine .
M. de la Vierrue a eû le gouvernement
de Nifmes vaquant par le déceds
de M. de S. Simon Marquis de Sandricourt
qui eft mort fort âgé.
Le 13. le Roy accompagné de Monfeigneur
le Duc du Maine & de M. le.
D'OCTOBRE. 165
Maréchal de Villeroy , alla à Chaillot
rendre vifite à la Reine Doüairiere.
d'Angleterre qui va paffer l'hiver à S.
Germain en Laye.
Les Habitans de Chaillot ayant profité
de cette occafion , pour prier le Roi
& la Reine d'être Parain & Maraine
d'une de leur cloche ; leurs Majeftez
ent eû la bonté de leur accorder cette
grace. On prépare tout pour cette Cérémonie
.
M. le Chancelier eft allé loger dans
le nouvel Hôtel de la Chancellerie qui
confifte en la maifon du fieur Bourvalais
, & dans une autre attenant qui appartenoit
au même. Le Roy a pris ces
deux bâtimens pour y loger dorefnavant
les Chanceliers de France à Paris ,
comme ils l'étoient à Verfailles.
Le 14. Me la Marquife d'Arpajou
fut choisie pour Daine de la Compagnie
de Madame Ducheffe de Berry :
Elle remplace feüe Madame d'Aidyes.
On croit que le nombre des Dames du
Palais fera augmenté jufqu'à 6.
Le is. le Roi dont la fanté et trésbonne
, prit beaucoup de plaifir à voir
les petites merveilles d'une Perfperctive
qu'on appelle communément Op166
LE MERCURE
tique ; & que tout Paris a vûë à la derniere
Foire de S, Laurent . Elle préfente
differents Afpects des Ports les plus
célébres , comme celui de Conftantinople
, de Génes , de Marfeille , & c.
Le Roy a nommé depuis peu
Meffieurs le Pelletier de Souzy , de
Caumartin , Amelot , d'Ormeffon , le
Pelletier des Forts , Rouillé au Coudray
, de la Houffaye , Fagon , Gilbert
de Voifin , de Gaumont & de Baudry,
Commiffaires pour la vente & engagement
des Domaines , Bois & Droits
ordonnez par l'Edit du mois d'Aouſt
dernier. L'on fera les Publications &
Adjudications définitives au Château
du Louvre , à la maniere accoûtumée ;
& il eft deffendu de recevoir en payement
defdites Adjudications autres effets
que des Billets d'Eftat & de la
Caifle Commune des Recettes Générales.
Le Roi a auffi nommé des Commif
faires , pour la difcuffion des biens que
M. Bourvalais & fa femme ont abandonnez
à S. M, qui fe charge par là
de toutes leurs dettes .
Les Porteurs des Refcriptions & Billets
des Receveurs Généraux des FiD'OCTOBRE.
157
nances, doivent les remettre entre les
mains de M. Geoffroy, pour eftre convertis
en Billets de la Caiffe Commune
des Recettes Générales .
Le Roi a envoïé 50000 écus à M.
d'Avaré , Ambaffadeur de France en
Suiffe , pour le dédommager de la perte
qu'il a faite dans l'incendie de fa “maifon
à Soleure.
Ou a eû des nouvelles que M. l'Abbé
du Bois accompagné de M. le Chevalier
de Beuve de Chavigny eft arrivé
en Angleterre , & qu'il a eu l'honneur de
manger plufieurs fois avec le Roi .
Le 17. on publia un Arreft du Confeil
d'Etat du Roi , pour faire brûler
publiquement à l'Hôtel de Ville tous
les billets de l'Etat qui ont été ou qui
feront retirez dans la fuite , par quel -
que voye & de quelque manière que ce
puiffe être , aux jours & heures qui feront
marquées par les Prevôt des Marchands
& Echevins,
Le 18. les Comédiens Ordinaires du
Roi jouerent pour la premiere fois
l'Obstacle impriua Comédie nouvelle
en 5. actes. Elle eft de la compofition
de M. Néricault Deftouches Auteur
du Curieux Impertinent & de quelques
168 LE MERCURE
autres pièces. Le Public ne lui a pas
fait acceüil , & fon mauvais fort me
difpenfe d'en donner un Extrait critique.
Je ne ferai donc autre chofe ici ,
que de rendre compte des raifons que
le Public lui-même m'a fournies de fon.
peu de goût pour cette Piéce .
1. L'intrigue en eft fort bien compofée
; mais, de ce genre de compofition
qui décéle moins d'induftrie que dans les
piéces précédentes de cet Auteur . Les
événemens ne font pas entraînez les uns
par les autres ; ils fe fuccédent violemment
& comme par fecouffes.
2°. Le principal noeud de la Piéce
que l'Auteur appelle l'Obstacle imprevu,
eft de nature à ne pouvoir être dènoüé
, fans violer là Vraiſemblance .
3 °. Les caractéres de la Piéce n'ont
rien de neuf & de faillant ; par conféquent
, ne peuvent racheter les fautes
de l'intrigue.
4° . Quoique le Dialogue foit écrit
avec affez de vivacité & d'élégance ,
on reproche à l'Auteur de l'avoir dégradé
par plufieurs traits équivoques ,
faux moyens de plaire , dont apparemment
les Auteurs fe détromperont.
' Si le Public me diſpenſe d'un Extrait
étendu
D'OCTOBRE 169
étendu de l'obftacle imprévu , il n'y
a pas d'aparence qu'il éxige de moi
que je l'entretienne fur la petite Piéce
qui a pourTitre, le Prix de l'Arquebuze.
LeRoy a donné àM.le Duc de Noailles
le Gouvernement & la Capitainerie de
S. Germain en Laye , vaquante par la
mort de M. le Comte de Mornay,
Marquis de Monchevreuil , Lieutenant
Général des Armées du Roy.
Madame vint dîner le 21 de Saint-
Clou au Palais Royal , où elle affila
le foir à la Comédie. Madame la Dncheffe
d'Orleans qui étoit aller paffer
quelques jours à Saint Clou , avec
Mgr le Duc de Chartres & Mdle de
Valois , en eft de retour.
>
Le 22 , M. l'Abbé d'Entragues nommé
ci - devant à l'Evê ché de Clermont
paffe à celui de Leictour, vaquant par la
mort de Meffire Louis de Polaftron ,
arrivée le 13 Octobre de cette année .
Ilétoit âgé d'environ 65ans , &de la branche
cadette de la Maifon de Polaftron .
Le Roy a donné à M. l'Abbé de Ta
vannes l'Abbaye de Mont- Benoist Diocefe
de Befançon ; à M. l'Abbé de Gontaut
Doyen de Noftre- Dame de Paris ,
l'Abbaye de Saint Ambroife de Bourge
Octobre
17172 P
1701
LE MERCURE.
à M. l'Abbé de la Fare l'Abbaye de S.
Barthelemi de Noyon ; à M. l'Abbé de
Beaufort ancien Doyen d'Ypres , l'Abbaye
de Font-moutiers ; à M. l'Abbé de
Court l'Abbaye de S. Serge d'Angers,
M. l'Abbé Paris eft mort : Il laiffe le
Prieuré de Colomiers en Brie , fitué à
8 lieues de Paris , & l'Abbaye de Saint
Pierre de Melun.
Le Roy a reuni le Doyéné deS.Martin
de Tours qu'avoit M. l'Evêque de Rennes
à l'Archevêché de Tours.
L'Abbaye de S. Jean d'Angely , a
efté donnée à M. Dreüillet Evêque de
Bayonne Elle raporte 10 à 12000 1.
de revenu .
Le Roi nomma vers la fin du mois.
de Septembre,M Turpin Criffé de Sanfay
Evefque de Rennes à l'Abbaye de
Quimperlay , vaquante par la mort de
M. l'Abbé Cherier qui la tenoit du feu,
Cardinal de Richelieu. Cette Abbaye .
qui eft defondation tres ancienne, vaut 7
8000 livres de rentes : Elle eft fituée
à 3 lieues de Port-Louis.
M. l'Abbê de Valbelle de Tourves
Aumônier ordinaire du Roi , & Grand
Vicaire de S. Omer , a efté gratifié du
Doyéné de S. Omer.
D'OCTOBRE. 171.
Tous les Confeils ont recommencé à
reprendre leurs fcéances pour travailler
aux affaires de l'Etat.
Le 14 , on publia un Arreft de la
Cour de Parlement, qui ordonne la fuppreffion
de quatre Ecrits ou Libelles,fur
le fujer de la Conftitution de Nôtre S.
Pere le Pape , contre le Livre des Réflexions
Morales fur le Nouveau Tetament.
Le premier eft intitulé , Apologie
des Curez du Dioceze de Paris ,
contre l'Ordonnance de M. l'Archevêque
de Reims du 4Janvier 1717 Le fecond;
Apologie des Curez qui ont écrit
des Lettres contre l'acceptation de la
ConftitutionUnigenitus & c. La troifiéme
Lettre , d'un Docteur à un Miffionaire ,
touchant l'Apel , & la quatriéme obfervation,
fur la Lettre circulaire de M.
de Biffi aux Evêques de France . Tous
Ecrits qui n'ont paru que depuis peu de
jours ; quoiqu'ils femblent par la datte
qu'on leur donne , avoir été imprimez
il y a quelques mois.
Le départ de M. le Duc de la Feüillade
qui avoit été douteux jufqu'ici ,
paroit affûré depuis la nouvelle Declaration
du Roi fur la Conflitutions
Mer le Regent lui a donné pour Théo-
Pij
172
LE MERCURE
logien , M. l'Abbé Croufet Docteur de
Sorbonne , qui joint au Savoir , beaucoup
d'efprit & de politeffe : Il eit d'autant
plus propre à réuffir dans cette
Cour , qu'il la connoit déja : Il y fit un
voïage dans l'Année Sainte , avec M.
l'Abbé de Francquevaux fon frere ,
homme de beaucoup de mérite. Il eſt
Homme de Condition : M. fon pere
eftoit Préfident en la Chambre des
Comptes de Montpellier. Le Frere aîné
de cet Abbé occupe cette Place aujourd'hui.
Il en a efté tué deux autres au
Service , dont l'un eftoit Gouverneur
de Tarafcon.
Monfieur le Chevalier de Broglio
voulant dreffer deux Chevaux neufs
le 7 de ce mois , les fit atteler à une
chaife , dans laquelle il monta , pour
les aller effayer lui-même dans la Plaine
de Grenelle . Les chevaux s'eltant emportez
vis- à- vis les Invalides , ce Chevalier
prit le parti de fe jetter par la
portiere , fe caffa la jambe & ſe fit une
bleffure à la tête . Trois jours après , la
Gangrenne parut à fa jambe : M. Marefchal
qui fut confulté huit jours après,
opina à lui couper la cuiffe ; ce qui fur
exécuté ; mais , comme la Gangrenne
+
D'OCTOBRE. 173
avoit gagnè , il mourut deux jours après.
Mgr le Regent informé de cet accident
, chargea M. le Marquis de Biron ,
de dire à M. le Marquis de Broglio
F'aîné , Maréchal de Camp & Infpecteur
d'Infanterie , qu'il lui donnoit le Régiment
d'Agenois qu'avoit le Chevalier
fon frere, avec l'agrément de le vendres
pour en païer les dettes de fon frere . M.
le Marquis de Broglio répondit à M. le
Marquis de Biron , qu'il remercioit très
humblement Mst le Duc Regent de
l'offre qu'il lui faifoit ; mais , qu'il ne
vouloit point faire le tort aux anciens
Colonel's réformez , de les priver parfon
acceptation, d'une efpérance fi légitimement
deuë ; & qu'il avoit affez de
bien pour fe charger des dettes de for
frere.
M. le Marquis de Biron aïant fait le
raport du refus de M. de Broglio à Met
le Regent , S. A. R. répondit que cette
gènèrofité eftoit rare, & que peu de gens
eneftoient capables ; que cependant , il
vouloit que M. de Broglio acceptât ce
Regiment,&renvoïa M.deBiron pour le
lui dire : M. de Broglio perfifta dans fon
refus , & pria M. de Biron de demander
cetre grace pour lui à Mer le Regent : S.
-74
LE MERCURE
A. R. s'eft enfin rendue & donna le 26 ,
ce Regiment à M. de Tréceffon auffi
Colonel à remplacer.
Le Roi a ordonné qu'il fera fait de
nouveaux Poinçons & Cachets , pour
fervir aux nouveaux Fermiers à marquer
les Ouvrages d'or & d'argent dans l'étendue
du Royaume , à commencer du
10. 1717 , auquel M. Paul de Manis
Fermier général a remis les Matrices &
Poinçons dont il s'eft fervi jufqu'ici , pour
être rompus. Les nouveaux Sous - Fermiers
des Aydes & Droits , y joints Papiers
& ParcheminsTimbres ,font entrés
en poffeffion defdits droits le 1 Oct. de
cette année 1717; & le Roi fait deffenfe
à tousOfficiers & autres qui font obligés
de fe fervir de Papiers , Parchemins ,
Timbres , d'en ufer dautres que de ceux
des nouveaux Sous - Fermiers à peine de
3000 liv. d'amende .
LM. le Conte d'Affy Capitaine aux
E 29 du paffé , le Roy donna à
Gardes , le Gouvernement de la Citadelle
de Befançon, vaquant par la mort
de M. le Comte de Moncaut Lieutenant
Général des Armées du Roy.
M. le Duc de S. Simon a acheté les 2 .
Regiments de S. Aignan & de Villepreux
Cavalerie, pour les deux fils aînez.
M. Chauvelin de Beauséjour Inten-
Nii
152 LE MERCURE
1
dant de Tours , paffe à l'Intendance de
Bordeaux, à la place de M. de Courſon ;
& M. d'Ormeflon de Cheré va relever
M. de Guerchois Intendant de Befançon
, qui revient à la Cour, poury
faire
les fonctions de la Charge de Confeiller
d'Etat.
Le premier Octobre , M. Vivant Curé.
de S. Méry , qui avoit efté autrefois fort
attaché à M. le Cardinal de Noailles ,
& qui l'avoit accompagné dans fon
voyage de Rome , a refigné fa Cure à
M. l'Abbé Metra fon Neveu , fous-
Chancelier, de l'Univerfité. Il eft parti
pour Strafbourg , où il fera Grand Vicaire
de M. le Cardinal de Rohan .
Le 2. M. d'Iberville qui a refidé en
Angleterre , en qualité d'Envoyé Extraordinaire
de France , & qui s'y eſt
acquis par fes belles qualitez , un applau
diffement général de la Cour & de la
Nation , et arrivé à Paris , où il a été
favorablement reçû du Roy &de Monfeigneur
le Due Regent .
Monfieur le Duc eft depuis peu grand
Maistre des Mines & Miniéres de
France ; c'eft une Charge qui avoit été
poffedée par feu M. le Marquis de
Blainville .
D'COTO BRE.
153
&
Depuis l'Election d'un nouveau
Syndic , qui eft M. le Curé de Saint
Innocent , tout eft tranquile dans la
Faculté de Theologie , à laquelle Monfeigneur
le Duc Regent a laiffe une entiere
liberré.
-
- Le 9. le feu prit par accident fur les
11 heures du foir , dans le bâtiment de
l'Orangerie qui eft au bout du Jardin
des Tuilleries. La fentinelle ne pouvant
pas quitter fon pofte , tira un
coup de fufil pour avertir la Garde qui
s'y rendit fur le champ. On détacha
beaucoup de Suiffes , qui joints aux
Capucins accourus aa fecours , empêcherent
que tout le bâtiment ne fut réduit
en cendre , dont une partie a été
feulement confumée avec beaucoup de
meubles . Les Orangers en ont été fort
endommagez. Le Roy a promis une
gratification aux P. C. en faveur de
leur zéle & des fervices qu'ils y ont
rendu .
154 LE MERCURE
Le 10 , on publia la Déclaration du Rey ,
qui fufpend toutes les difputes , conteftations
& differens qui fe font formez
dans le Royaume , à l'occafion de
la Conftitution de N. S. P. le Pape ,
contre le Livre des Réfléxions Morales
fur le Nouveau Testament.
Nous avions deffein d'en donner un Extrait
; mais , l'importance de la Matiére
nous a determiné à l'inférer dans
fon entier.
LOUIS parla de Dieu
OUIS par la Grace de Dieu Roy
ceux qui ces prefentes Lettres verront ,
Salut. Le feu Roy noftre très honoré
Seigneur & Bifayeul , Nous ayant laiffé
ce Royaume dans une heureufe Paix
avec toutes les Puiffances de l'Europe ,
Nous n'avons eu qu'à fuivre & à affermir
ce dernier ouvrage de fa profonde
fageffe ; mais, Nous ne remplirions qu'-
imparfaitement les devoirs de la Royau
té , fi Nous ne travaillions avec autant
d'attention à rétablir une autre efpece
de Paix , non moins importante pour le
bonheur & la tranquillité des Peuples
foumis à noftre domination , en appaiD'OCTOBRE.
iss
fant ces troubles interieurs dont le Clergé
de noftre Royaume eft agité au fujet
de la Bulle donnée par N. S. P. le Pape
, contre le livre intitulé Réflexions
Morales fur le nouveau Teftament. Les
difputes qui fe font élevées à l'occafion
de cette Bulle, eftoient nées avant nôtre
avenement à la Couronne ; & depuis que
Nous y fommes parvenus, Nous n'avons
ceffé d'employer differens moyens pour
les terminer,par l'avis & par les foins infatigables
de noftre très cher & trés amé
Oncle le Duc d'Orleans Regent de
noftre Royaume. Mais , l'experience
Nous montre que le plus grand obftacle
au fuccés de ces moyens , eft d'un
' côté , la continuation des difputes , &
de l'autre , la licence de ces écrits & libelles
fans nombre , qu'il femble que
l'efprit de difcorde ait dietez , où l'on
voit des Ecrivains paffionnez s'ériger
par differens motifs en cenfeurs de la
conduite des Evêques , attaquer les Maximes
les plus inviolables de ce Royaume
, ou porter leur témerité jufqu'à repandre
des traits injurieux au Saint
Siege, & à N. S. P. le Pape. Les efprits
prévenus par ces écrits contentieux , fe
partagent fuivant la diverfité de leur
15G LE MERCURE
caracteres ou de leurs prejugez ; & tel
eft l'effet ordinaire de ces fortes de difputes
, que l'Eglife ne peut que perdre
dans un combat qui fe paffe entre les Enfans
; pendant que fes Ennemis triomphent
& profitent de la divifion des Crthodoxes
: Les procedures mêmes , &
les voyes Juridiques n'ont prefque fervi
jufqu'à prefent qu'à irriter le mal , au
lieu de le guerir ; parce que les Evêques
ayant pris des routes differentes
dans cette grande affaire , chaque particulier
a crû pouvoir fuivre celle qui
convenoit à fes fentimens, jufqu'à ce que
une Autorité fuperieure ût réuni les efprits
dans une matiére qui intereffe toute
l'Eglife . Nous ne pouvons donc faire
un plus digne ufage du pouvoir
dont il a plû à Dieu de nous revêtir ,
qu'en l'employant à arrêter le progrés
d'une divifion fi dangereufe , par les
voyes qu'il a remifes entre nos mains
lorfqu'il nous a chargé de la défenſe &
de la protection de fon Eglife. Plus foûmis
à fes Décifions que le moindre de
nos Sujets , Nous fommes perfuadez
que c'est par elle que les Rois & les Peuples
doivent apprendre également les
véritez néceffaires au falut ; & nous.
D'OCTOBRE. 157
n'avons garde de vouloir étendre nôtre
pouvoir fur ce qui concerne la Doctrine,
dont le dépoft facré a efté confié à une
autre Puiffance . Nous fçavons que c'est
à Elle feule qu'il eft refervé d'en prendre
connoiffance , & Nous ne pourions
y entrer fans nous expofer au jufte reproche
de n'avoir foutenu la vérité , que
pune entrepriſe manifefte fur la Fuiffance
fpirituelle , & d'avoit fait un grand
mal ,fous pretexte de procurer un plus
grand bien : Nous ne devons donc &
Nous ne voulons ufer de noftre pouvoir
en cette occafion , que comme Protec
teur de l'Eglife ; pour la mettre en état
d'exercer fon autorité dans une fituation
plus tranquille , & plus propre à en affurer
le fuccés & le fruit. C'eit dans cette
vûë que pour calmer le mouvement des
efprits , Nous avons réfolu d'impoſer
un Silence auffi utile que neceffaire , &
de préparer les voyes par cette efpece
de Tréve , à une véritable Paix . Nous
nous portons d'autant plus volontiers
â prendre ce parti qui nous a efté infpiré
par plufieurs Prélats de noftre Royaume
, que Nous fçavons que ceux même
qui jufqu'à prefent avoient paru les plus
oppofez les uns aux autres dans leur con158
LE MERCURE
duite , ont déclaré plusieurs fois en préfence
de noftre tres cher & tres amé Oncle
le Duc d'Orleans , qu'il n'y avoit
entre eux aucune diverfité de fentimens
fur ce qui appatient à la foy : Er cette
confolation que Dieu Nous donne au
milieu d'un trouble qui nous afflige , devient
un nouveau motifpour nous engager
à interpofer noftre autorité ; aprés
une Déclaration qui Nous fait voir que
la foy eft en fùreté , Et que par conféil
eft auffi quent inutile que dangereux
de troubler l'Eglife par des difputes ,
dans un tems où l'on doit efpérer que les
Evèques unis fur le dogme , trouveront
bientôt les moyens de fe concilier auffi
parfairement fur les difficultez qui reftent
encore à applanir : Nous ne regardons
pas même cette fufpenfion de
tout ce qui peut entretenir le trouble
préfent , comme un reméde qui doive
durer long tems : Et nous fommes
bien éloignez de vouloir l'Etablir d'une
maniere indéfinie qui pourroit eftre également
fufpecte de part & d'autre , &
qui paroîtroit excéder les bornes de nôtre
pouvoir. Nous ne prétendons tenir
les choſes en cet eftat , qu'en attendant
que N. S. P. le Pape touché des mau
D'OCTOBRE. 159
de l'Eglife de France , qui a toujours
eſté fi fidellement attachée au S Siége ,'
ait trouvé les moyens d'y reftablir une
paix folide ; Et nous ne doutons pas que
Sa Sainteté remplie des fentimens qui
conviennent à fa qualité de Pere commun
, ne faffe voir que fes lumieres font
au-deffus des veuës de ceux qui ont crû
qu'il falloit avoir recours à l'Eglife univerfelle
, pour faire ceffer la divifion
dont une partie de fon corps eft agitéç.
C'est donc dans l'attente d'un fecours fi
digne de la Religion & de la charité du
Souverain Pontife , & pendant le cours
des inftances qui lui feront faitesde nôtre
part pour l'obtenir, que Nous tiendrons
toutes chofes en fufpens , Et que Nous
uferons même d'une fage & utile rigueur
contre tous ceux qui par des écrits féditieux
, ou par d'autres voyes indifcrétes
ou prématurées, voudroient entrerenir
laGuerre , pendant que Nous ne fommes
occupez que du foin de parvenir à
la Paix. Nous aurons enfin la fatisfac- ,
tion , en prenant ce parti , de fuivre l'éxemple
que le feu Roy nôtre très honoré
Seigneur & Bifayeul Nous a donné
par les Arretts des 23 Octobre 1668
& Mars 1703. 5 Et Nous efperons que
160 LE MERCURE
Dieu beniffant la droiture de nos intentions
,Nous aurons bien- tôt la confolation
de voir tous les Paſteurs de notreRoyaume
parfaitement unanimes , s'appliquer
également à inftruire & à pacifier
le Troupeau qui leur eft confié , & à.
donner au Chef des Pafteurs des marques
de leur attachement , de leur
refpect & de leur foumiffion. A
CES CAUSES & autres à ce
nous mouvans , de l'avis de nôtre
trés cher & trés amé Oncle le Duc
d'Orleans , petit Fils de France Regent
, de nôtre trés- cher & trés amé
Coufin leDuc de Bourbon , de noftre
trés- cher & trés amé Coufin le Prince
de Conty , Princes de nôtre Sang
de nôtre trés cher & trés-amé Oncle
le Duc du Maine , de nôtre trés-.
cher & trés amé Oncle le Comte
de Toulouſe , Princes légitimez , & autres
Pairs de France , Grands & notables
Perfonnages de nôtre Royaume,
Nous avons dit & declaré , & par
ces Prefentes fignées de nôtre
main , difons & déclarons , Voulons &
Nous plaît , Que toutes les difputes ,
conteftations & differens qui fe font for-
,
mez
>
D'OCTOBRE. 161
mez dans nôtre Royaume , à l'occafion
de la Conſtitution de N. S. P. le Pape ,
contre le livre des Reflexions Morales
fur le Nouveau Teftament , foient &
demeurent fufpenduës , comme Nous
les fufpendons par ces Prefentes , impofant
par provifion un Silence général
& abfolu fur cette matiére , Et ce .
pendant le cours des inftances que
nous continuerons de faire auprés.
de N. S. P. le Pape , pour obtenir de
fa fageffe & de fon authorité , des lecours
capables d'éteindre & de termiter
entierement les divifions prefentes,
Deffendons en confequence à toutes les
Univerfitez , & notamment aux Facultez
de Theologie de nôtre Royaume,
de permettre ou de fouffrir qu'il fe fal
fe aucunes difputes dans les Ecoles , fur
le fujet de ladite Conſtitution : Deffendons
pareillement à tous nos Sujets ,
de quelque êtat & qualité qu'ils foient
fous les peines cy-aprés marquées , de.
compofer , imprimer , vendre , debiter ,
ou autrement diftribuer , aucuns Ecrits ,
Livres , Libelles ou Mémoires fous
quelque titre que ce foit ; ni de faire aucuns
actes ou déclarations , de quelque
nature qu'elles puiffent être,für le même.
Octobre 17173. Q
152 LE MERCURE
fujet,& à l'occafion des difputes préfentes
directement, ou indirectement , Et notamment
de rien dire , écrire ou imprimer ,
debiter ou diftribuer , contre le reſpect
qui eft dû au Saint Siége & à N. S. P. le
Pape ; Seront au furplus les Arrêts rendus
par le feu Roy nôtre trés- honoré
Seigneur & Bifayeul le 23. Octobre
1668. & le 5. Mars 1703. exécutez felon
leur forme & teneur; Et en confequence
faifons trés expreffes inhibitions &
deffenfes à tous nos Sujets , de quelque
état & qualité qu'ils foient , de s'attaquer
ou provoquer les uns les autres
par des termes injurieux de Novateurs ,
Janfeniftes , Semi- Pélagiens , Schifmatiques
, Heretiques , & autres noms de
party ; le tout , à peine contre les contrevenans
d'être traitez comme rebelles
, défobeïffans à Nos ordres , feditieux
& perturbateurs du repos public :
Exhortons , & neantmoins Enjoignons
à tous les Archevêques & Evêques de
nôtre Royaume de veiller , chacun dans
leur Diocefe , à ce que la tranquilité que
Nous voulons ý rétablir par la prefente
Déclaration , y foit charitablement &
inviolablement confervée : Enjoignons
pareillement à nos Cours de Parlement ,
& à tous nos Juges & Officic char
D'OCTOBRE.
163
•
en droit foy , de tenir la main à l'Execution
de nôtre prefente Déclaration
d'empêcher qu'on n'y contrevienne en
quelque maniere que ce foit , de faire
faire des recherches exactes de tous livres
, Ecrits , Mémoires ou Libelles fur
les matieres fur lefquelles Nous impofons
Silence à tous nos Sujets par ces
Prefentes , de faire fupprimer , même
brûler ou lacérer lefdits Livres ou Libelles
, s'il y écher , & de punir les
contrevenans , de quelque qualité &
condition qu'il foient , fuivant la rigueur
des Ordonnances. Voulons au furplus
que nôtre Déclaration du 12. May
dernier, concernant les Libraires & Imprimeurs
, Colporteurs & autres Diſtributeurs
de Livres , Libelles ou Mémoires
imprimez , fans privilege ni permif
fion , foit executée felon fa forme & teneur.
Lei , la Reine Doüairiere d'Angleterre
vint de Chaillot rendre vifite au
Roy. Elle étoit fuivie de plufieurs caroffes
, & efcortée par un détachement
des Gardes Françoifes . Cette Princefle
alla enfuite au Palais Royal , rendre
vifite à Mgr le Duc d'Orleans & à Madame
la Ducho "Orlea
O ij
164 LE MERCURE
Le même jour , M. Godeau ancien
Regent , fut Elû Recteur de l'Univer
fité de Paris.
Le 12 , le fieur Dominique reçû depuis
peu dans la Troupe des Comédiens
Italiens de S. A. R. parut pour
la premiere fois fur leur Theatre , faifant
le Rôle de Pierrot dans la piéce de
la Force du Naturel. Il prévint l'Affemblée
par un difcours qui fut applaudi.
On le doute bien que les deux points
principaux rouloient fur ce qu'il étoit
Als dufameux Dominique , & en mê
me tems fur le befoin qu'il avoit de
l'indulgence des Auditeurs dans le Rôle
nouveau qu'il alloit jouer , on en ût
en effet : Mais , comme le Public lui eft
favorable , on efpera qu'il le rempli
roit beaucoup mieux par la fuite.On ju
gea cependant , que le Rôle de Valer
Fourbe & Intriguant lui conviendroit
beaucoup mieux ; c'eftauffi à quoi on le
deftine .
M. de la Vierrue a eû le gouvernement
de Nifmes vaquant par le déceds
de M. de S. Simon Marquis de Sandricourt
qui eft mort fort âgé.
Le 13. le Roy accompagné de Monfeigneur
le Duc du Maine & de M. le.
D'OCTOBRE. 165
Maréchal de Villeroy , alla à Chaillot
rendre vifite à la Reine Doüairiere.
d'Angleterre qui va paffer l'hiver à S.
Germain en Laye.
Les Habitans de Chaillot ayant profité
de cette occafion , pour prier le Roi
& la Reine d'être Parain & Maraine
d'une de leur cloche ; leurs Majeftez
ent eû la bonté de leur accorder cette
grace. On prépare tout pour cette Cérémonie
.
M. le Chancelier eft allé loger dans
le nouvel Hôtel de la Chancellerie qui
confifte en la maifon du fieur Bourvalais
, & dans une autre attenant qui appartenoit
au même. Le Roy a pris ces
deux bâtimens pour y loger dorefnavant
les Chanceliers de France à Paris ,
comme ils l'étoient à Verfailles.
Le 14. Me la Marquife d'Arpajou
fut choisie pour Daine de la Compagnie
de Madame Ducheffe de Berry :
Elle remplace feüe Madame d'Aidyes.
On croit que le nombre des Dames du
Palais fera augmenté jufqu'à 6.
Le is. le Roi dont la fanté et trésbonne
, prit beaucoup de plaifir à voir
les petites merveilles d'une Perfperctive
qu'on appelle communément Op166
LE MERCURE
tique ; & que tout Paris a vûë à la derniere
Foire de S, Laurent . Elle préfente
differents Afpects des Ports les plus
célébres , comme celui de Conftantinople
, de Génes , de Marfeille , & c.
Le Roy a nommé depuis peu
Meffieurs le Pelletier de Souzy , de
Caumartin , Amelot , d'Ormeffon , le
Pelletier des Forts , Rouillé au Coudray
, de la Houffaye , Fagon , Gilbert
de Voifin , de Gaumont & de Baudry,
Commiffaires pour la vente & engagement
des Domaines , Bois & Droits
ordonnez par l'Edit du mois d'Aouſt
dernier. L'on fera les Publications &
Adjudications définitives au Château
du Louvre , à la maniere accoûtumée ;
& il eft deffendu de recevoir en payement
defdites Adjudications autres effets
que des Billets d'Eftat & de la
Caifle Commune des Recettes Générales.
Le Roi a auffi nommé des Commif
faires , pour la difcuffion des biens que
M. Bourvalais & fa femme ont abandonnez
à S. M, qui fe charge par là
de toutes leurs dettes .
Les Porteurs des Refcriptions & Billets
des Receveurs Généraux des FiD'OCTOBRE.
157
nances, doivent les remettre entre les
mains de M. Geoffroy, pour eftre convertis
en Billets de la Caiffe Commune
des Recettes Générales .
Le Roi a envoïé 50000 écus à M.
d'Avaré , Ambaffadeur de France en
Suiffe , pour le dédommager de la perte
qu'il a faite dans l'incendie de fa “maifon
à Soleure.
Ou a eû des nouvelles que M. l'Abbé
du Bois accompagné de M. le Chevalier
de Beuve de Chavigny eft arrivé
en Angleterre , & qu'il a eu l'honneur de
manger plufieurs fois avec le Roi .
Le 17. on publia un Arreft du Confeil
d'Etat du Roi , pour faire brûler
publiquement à l'Hôtel de Ville tous
les billets de l'Etat qui ont été ou qui
feront retirez dans la fuite , par quel -
que voye & de quelque manière que ce
puiffe être , aux jours & heures qui feront
marquées par les Prevôt des Marchands
& Echevins,
Le 18. les Comédiens Ordinaires du
Roi jouerent pour la premiere fois
l'Obstacle impriua Comédie nouvelle
en 5. actes. Elle eft de la compofition
de M. Néricault Deftouches Auteur
du Curieux Impertinent & de quelques
168 LE MERCURE
autres pièces. Le Public ne lui a pas
fait acceüil , & fon mauvais fort me
difpenfe d'en donner un Extrait critique.
Je ne ferai donc autre chofe ici ,
que de rendre compte des raifons que
le Public lui-même m'a fournies de fon.
peu de goût pour cette Piéce .
1. L'intrigue en eft fort bien compofée
; mais, de ce genre de compofition
qui décéle moins d'induftrie que dans les
piéces précédentes de cet Auteur . Les
événemens ne font pas entraînez les uns
par les autres ; ils fe fuccédent violemment
& comme par fecouffes.
2°. Le principal noeud de la Piéce
que l'Auteur appelle l'Obstacle imprevu,
eft de nature à ne pouvoir être dènoüé
, fans violer là Vraiſemblance .
3 °. Les caractéres de la Piéce n'ont
rien de neuf & de faillant ; par conféquent
, ne peuvent racheter les fautes
de l'intrigue.
4° . Quoique le Dialogue foit écrit
avec affez de vivacité & d'élégance ,
on reproche à l'Auteur de l'avoir dégradé
par plufieurs traits équivoques ,
faux moyens de plaire , dont apparemment
les Auteurs fe détromperont.
' Si le Public me diſpenſe d'un Extrait
étendu
D'OCTOBRE 169
étendu de l'obftacle imprévu , il n'y
a pas d'aparence qu'il éxige de moi
que je l'entretienne fur la petite Piéce
qui a pourTitre, le Prix de l'Arquebuze.
LeRoy a donné àM.le Duc de Noailles
le Gouvernement & la Capitainerie de
S. Germain en Laye , vaquante par la
mort de M. le Comte de Mornay,
Marquis de Monchevreuil , Lieutenant
Général des Armées du Roy.
Madame vint dîner le 21 de Saint-
Clou au Palais Royal , où elle affila
le foir à la Comédie. Madame la Dncheffe
d'Orleans qui étoit aller paffer
quelques jours à Saint Clou , avec
Mgr le Duc de Chartres & Mdle de
Valois , en eft de retour.
>
Le 22 , M. l'Abbé d'Entragues nommé
ci - devant à l'Evê ché de Clermont
paffe à celui de Leictour, vaquant par la
mort de Meffire Louis de Polaftron ,
arrivée le 13 Octobre de cette année .
Ilétoit âgé d'environ 65ans , &de la branche
cadette de la Maifon de Polaftron .
Le Roy a donné à M. l'Abbé de Ta
vannes l'Abbaye de Mont- Benoist Diocefe
de Befançon ; à M. l'Abbé de Gontaut
Doyen de Noftre- Dame de Paris ,
l'Abbaye de Saint Ambroife de Bourge
Octobre
17172 P
1701
LE MERCURE.
à M. l'Abbé de la Fare l'Abbaye de S.
Barthelemi de Noyon ; à M. l'Abbé de
Beaufort ancien Doyen d'Ypres , l'Abbaye
de Font-moutiers ; à M. l'Abbé de
Court l'Abbaye de S. Serge d'Angers,
M. l'Abbé Paris eft mort : Il laiffe le
Prieuré de Colomiers en Brie , fitué à
8 lieues de Paris , & l'Abbaye de Saint
Pierre de Melun.
Le Roy a reuni le Doyéné deS.Martin
de Tours qu'avoit M. l'Evêque de Rennes
à l'Archevêché de Tours.
L'Abbaye de S. Jean d'Angely , a
efté donnée à M. Dreüillet Evêque de
Bayonne Elle raporte 10 à 12000 1.
de revenu .
Le Roi nomma vers la fin du mois.
de Septembre,M Turpin Criffé de Sanfay
Evefque de Rennes à l'Abbaye de
Quimperlay , vaquante par la mort de
M. l'Abbé Cherier qui la tenoit du feu,
Cardinal de Richelieu. Cette Abbaye .
qui eft defondation tres ancienne, vaut 7
8000 livres de rentes : Elle eft fituée
à 3 lieues de Port-Louis.
M. l'Abbê de Valbelle de Tourves
Aumônier ordinaire du Roi , & Grand
Vicaire de S. Omer , a efté gratifié du
Doyéné de S. Omer.
D'OCTOBRE. 171.
Tous les Confeils ont recommencé à
reprendre leurs fcéances pour travailler
aux affaires de l'Etat.
Le 14 , on publia un Arreft de la
Cour de Parlement, qui ordonne la fuppreffion
de quatre Ecrits ou Libelles,fur
le fujer de la Conftitution de Nôtre S.
Pere le Pape , contre le Livre des Réflexions
Morales fur le Nouveau Tetament.
Le premier eft intitulé , Apologie
des Curez du Dioceze de Paris ,
contre l'Ordonnance de M. l'Archevêque
de Reims du 4Janvier 1717 Le fecond;
Apologie des Curez qui ont écrit
des Lettres contre l'acceptation de la
ConftitutionUnigenitus & c. La troifiéme
Lettre , d'un Docteur à un Miffionaire ,
touchant l'Apel , & la quatriéme obfervation,
fur la Lettre circulaire de M.
de Biffi aux Evêques de France . Tous
Ecrits qui n'ont paru que depuis peu de
jours ; quoiqu'ils femblent par la datte
qu'on leur donne , avoir été imprimez
il y a quelques mois.
Le départ de M. le Duc de la Feüillade
qui avoit été douteux jufqu'ici ,
paroit affûré depuis la nouvelle Declaration
du Roi fur la Conflitutions
Mer le Regent lui a donné pour Théo-
Pij
172
LE MERCURE
logien , M. l'Abbé Croufet Docteur de
Sorbonne , qui joint au Savoir , beaucoup
d'efprit & de politeffe : Il eit d'autant
plus propre à réuffir dans cette
Cour , qu'il la connoit déja : Il y fit un
voïage dans l'Année Sainte , avec M.
l'Abbé de Francquevaux fon frere ,
homme de beaucoup de mérite. Il eſt
Homme de Condition : M. fon pere
eftoit Préfident en la Chambre des
Comptes de Montpellier. Le Frere aîné
de cet Abbé occupe cette Place aujourd'hui.
Il en a efté tué deux autres au
Service , dont l'un eftoit Gouverneur
de Tarafcon.
Monfieur le Chevalier de Broglio
voulant dreffer deux Chevaux neufs
le 7 de ce mois , les fit atteler à une
chaife , dans laquelle il monta , pour
les aller effayer lui-même dans la Plaine
de Grenelle . Les chevaux s'eltant emportez
vis- à- vis les Invalides , ce Chevalier
prit le parti de fe jetter par la
portiere , fe caffa la jambe & ſe fit une
bleffure à la tête . Trois jours après , la
Gangrenne parut à fa jambe : M. Marefchal
qui fut confulté huit jours après,
opina à lui couper la cuiffe ; ce qui fur
exécuté ; mais , comme la Gangrenne
+
D'OCTOBRE. 173
avoit gagnè , il mourut deux jours après.
Mgr le Regent informé de cet accident
, chargea M. le Marquis de Biron ,
de dire à M. le Marquis de Broglio
F'aîné , Maréchal de Camp & Infpecteur
d'Infanterie , qu'il lui donnoit le Régiment
d'Agenois qu'avoit le Chevalier
fon frere, avec l'agrément de le vendres
pour en païer les dettes de fon frere . M.
le Marquis de Broglio répondit à M. le
Marquis de Biron , qu'il remercioit très
humblement Mst le Duc Regent de
l'offre qu'il lui faifoit ; mais , qu'il ne
vouloit point faire le tort aux anciens
Colonel's réformez , de les priver parfon
acceptation, d'une efpérance fi légitimement
deuë ; & qu'il avoit affez de
bien pour fe charger des dettes de for
frere.
M. le Marquis de Biron aïant fait le
raport du refus de M. de Broglio à Met
le Regent , S. A. R. répondit que cette
gènèrofité eftoit rare, & que peu de gens
eneftoient capables ; que cependant , il
vouloit que M. de Broglio acceptât ce
Regiment,&renvoïa M.deBiron pour le
lui dire : M. de Broglio perfifta dans fon
refus , & pria M. de Biron de demander
cetre grace pour lui à Mer le Regent : S.
-74
LE MERCURE
A. R. s'eft enfin rendue & donna le 26 ,
ce Regiment à M. de Tréceffon auffi
Colonel à remplacer.
Le Roi a ordonné qu'il fera fait de
nouveaux Poinçons & Cachets , pour
fervir aux nouveaux Fermiers à marquer
les Ouvrages d'or & d'argent dans l'étendue
du Royaume , à commencer du
10. 1717 , auquel M. Paul de Manis
Fermier général a remis les Matrices &
Poinçons dont il s'eft fervi jufqu'ici , pour
être rompus. Les nouveaux Sous - Fermiers
des Aydes & Droits , y joints Papiers
& ParcheminsTimbres ,font entrés
en poffeffion defdits droits le 1 Oct. de
cette année 1717; & le Roi fait deffenfe
à tousOfficiers & autres qui font obligés
de fe fervir de Papiers , Parchemins ,
Timbres , d'en ufer dautres que de ceux
des nouveaux Sous - Fermiers à peine de
3000 liv. d'amende .
Fermer
1277
p. 175-184
TRADUCTION De la Lettre écrite à son Excellence Monsieur le Prince de Chelamar, Ambassadeur du Roy Catholique, auprés du Roy Trés-Chrêtien, par Monsieur le Marquis Grimaldo, premier Secretaire d'Etat & des Depêches universelles de Sa Majesté Catholique.
Début :
Monsieur, Vôtre Excellence aura sans doute été surprise [...]
Mots clefs :
Armes, Conquête, Sardaigne, Armée navale, Roi catholique, Gloire, Sultan, Paix, Alliés, Officiers, Sédition, Traités, Tranquillité publique, Royaume, Ministère, Blessures , Nation espagnole, Prudence, Archiduc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION De la Lettre écrite à son Excellence Monsieur le Prince de Chelamar, Ambassadeur du Roy Catholique, auprés du Roy Trés-Chrêtien, par Monsieur le Marquis Grimaldo, premier Secretaire d'Etat & des Depêches universelles de Sa Majesté Catholique.
TRADUCTION
De la Lettre écrite à Son Excellence
Monfieur le Prince de Chelamar
Ambaffadeurdu Roy Catholique , auprés
du Roy Trés- Chrêtien , par Monfieur
le Marquis Grimaldo , premier
Secretaire d'État & des Dépêches univerfelles
de Sa Majeftè Catholique.
MONSIEUR ,
VOTRE Excellence aura fans doute
été furpriſe , à la premiere nouvelle que
les Armes du Roy nôtre Maître alloient
être employées à la Conquête de la Sárdaigne
, dans le temps que tout le monde
étoit perfuadé , & que toute la Chrétienté
fe promettoit qu'elles alloient
renforcer l'Armée Navale des Chrétiens
qui agit contre les Turcs , & enfuite
des offres que Sa Majesté pouffée
par les fentimens de fa Religion &
de fon coeur , en avoit fait faire au Pape
. Je vous auouerai , Monfieur , que
Piiij
176
LE
MERCURE
je ne m'attendois pas encore fitôt à cette
deftination des Armes du Roy. L'ent
ploi que j'ai l'honneur d'exercer , me
donnant de fréquentes occafions d'approcher
de fa Perfonne ; je dois , ce
femble , connoître mieux que beaucoup
d'autres , fa juftice , fa droiture , la religion
avec laquelle il obferve fa parole
, la délicateffe de fa confcience ; en
fin fa grandeur de courage à l'épreuve
des adverfitez les plus durables ; qualitez
qui le rendent fi digne d'être le fucceffeur
de ces Princes , qui par leur piété,
ont merité d'être mis au nombre des
Saints , & d'avoir le Titre particulier de
Rois Catholiques.
En effet , qui peut ne point être étonné
d'abord , qu'un Prince , dont le
monde vante les vertus , & qu'il reconnoît
pour être incapable de facrifier
jamais la juftice à fa gloire , commence
les premieres hoftilitez contre l'Archiduc
actuellement en guerre ouverte
avec le Sultan des Turcs ; & dans
un temps où les Côtes de l'Etat Ecclefiaftique
paroiffent expofées à fes invafions
? Mais , un peu de reflexion fur
cette conduite , fait bientôt comprendre
qu'un tel deffein n'a pas été formé fans.
D'OCTOBRE. 177
7
un motifimportant qui 'rendoit l'entreprife
abfolument néceſſaire.
Aprés avoir longtemps gardé un profond
filence fur ce fujet , Sa Majesté a
enfin daigné nie faire part d'elle-même ,
des caufes & des motifs de fa réfolution
; & Elle m'a en même temps ordonné
d'en informer Vôtre Excellence :
C'est ce que je vais faire auffi fuccinctement
que l'importance de la matiere le
permet.
Les Perfonnes qui firent le Plan de
la derniere Paix , ayant crû que pour
y parvenir , il falloit que le Roy nôtre .
Maître cedât une partie de fes Etats ,
il a bien voulu faire ce facrifice
> pour
parvenir au rétabliffement de la tranquillité
dans la focieté des Nations. Sa
Majefté eft entrée dans les mefures qu'elles
avoient prifes , avec fa grandeur
d'ame ordinaire , fe flattant que du
moins les Traitez feroient exécutez , &
que fes Peuples , dont les malheurs le
touchoient plus que fes propres difgraces
, jouiroient en repos de la gloire due
à leurs vertus .
•
Mais , aprés avoir cedé le Royaume
de Sicile , pour obtenir l'évacuation de
la Catalogne & de Mayorque , afin de
178 LE MERCURE
procurer à l'Espagne la tranquillité qu'il
vouloit bien acheter pour elle à ce prix ,
il reconnut bientôt qu'il n'avoit pas
traité avec des Puiffances auffi jalouſes
que lui , d'accomplir leurs engagemens.
Ceux qui devoient évacuer la Catalogne
, cacherent long- tems les ordres
qu'ils en avoient reçûs. Ce ne furent
pas leurs leurs Superieurs qui les contraignirent
à les montrer , mais leurs Alliez
qui les obligerent à feindre du moins de
vouloir exécuter les Traitez . Ce
qui
donna lieu au Roy nôtre Maître de demander
qu'on lui remît les Places qui
devoient lui être renduës . Rien n'étoit
plus facile aux Officiers de l'Archiduc
que de les configner à ceux du Roy ,
fuivant la forme en ufage entre les
Puiffances , lorfqu'elles ont promis de
rendre quelque Place ; en fe fervant
dans le Traité des mêmes termes dont
on s'étoit fervi pour ftipuler que les Places
de Catalogne feroient remiſes au
Roy. Mais , ces Officiers manquans à
leur parole , & violans la foy que l'on
garde à fes ennemis , fe contenterent de
retirer leurs Troupes ; & ils firent même
efperer aux Catalans qu'ils reviendroient
bientôt avec d'autresforces , foD'OCTOBRE.
179
mentans ainfi la déloyauté des Seditieux
, & les encourageans à une reſiftance
opiniâtre. Afin que la refiftance
des Rebelles für plus longue & plus deshonorable
aux Armes du Roy , les Généraux
de l'Archiduc leur enflerent encore
le courage , en leur donnant tous
les moyens poffibles de la prolonger. Ils
permirent que les Cavaliers , avant que
de s'embarquer , laiffaffent leurs chevaux
aux plus mutins , & même ils voulurent
leur livrer la Place d'Oftalric ,
que le Roy avoit eu la condeſcendance
d'accorder aux Troupes de l'Archiduc ,
comme une derniere retraite , pour y demeurer
enfûreté jufqu'à leur embarquement
. Cette infraction des Traitez , cette
infulte faite à la foy publique , a fait
fouffrir de nouveaux malheurs à l'Efpague
, en la jettant dans la néceffité de
faire encore des dépenfes immenfes ,
lorfqu'elle fe voyoit déja fort épuifée par
celles des Campagnes précedentes . Ces
dépenfes auroient été moins onéreufes
& plus honorables , fi elles s'étoient faites
dans une continuation de guerre.
La paffion du Roy pour le rétabliffement
de la tranquillité publique , lui fic
diffimuler cet outrage , auffi bien que
180 LE MERCURE
les fecours continuels que les Révoltez
recevoient du Royaume de Naples , leſquels
entretenoient leur audace. Sa Majefté
voulut bien encore acheter , pour
ainfi dire , une feconde fois le repos de
fes Sujets , en recouvrant pied à pied
fes propres Domaines : Mais , il cbferva
toujours la paix avec ceux qui lui faifoient
la guerre fous les étendarts des
Rebelles , Il lui auroit été plus facile de
combattie les Troupes de l'Archiduc
dans les propres Etats de ce Prince , s'il
avoit voulu y porter la guerre , qu'on
lui donnoit un jufte fujet de declarer.
Les autres conditions du Traité ne
furent pas plus religieufement exécutées.
Il cf vray que les Cénéraux de
P'Archiduc délivrerent des ordres adref
fez à ceux qui commandoient pour ce
Prince à Mayor que , de remettre l'ifle
aux Officiers du Roy. Mais, ceux de
I'A chiduc differerent toûjours de les
exécuter ; & une preuve qu'en cela ils
ne defobéiffoient point à la volonté de
leurs Superieurs , c'eft que peu aprés , ils
reçûrent un renfort de Troupes Allemandes.
Ainfi l'Eſpagne fe vit forcée à
faire de nouveaux armemens de Terre
& de Mer , & il fallut qu'elle conquît
D'OCTOBRE 181
Mayorque qui devoit lui être remife
par le Traité.
On ne s'eft pas même borné à des
manquemens de foy fi authentiques &
fi fcandaleux . Le Miniftere de Vienne
les a avouez par plufieurs démonftrations
publiques , comme par les récompenfes
qu'il a données aux Seditieux , en
diftinguant par des bienfaits plus confiderables
, ceux des Révoltez qui s'étoient
diftinguez par les plus grands crimes;
& en fe déclarant ainfi l'Auteur
de tous les excés où le font portez ces
malheureux.
Voilà une partie des juftes motifs que
le Roy nôtre Maître avoit de reprendre
les armes , lorfque la guerre que l'Archiduc
déclara l'année derniere au Sultan
des Turcs , fournit à Sa Majesté
une fi belle occafion de recouvrer par
la voye d'une réprefaille legitime , les
Etats qu'Elle a perdus. Au lieu de profiter
des conjonctures , non feulement
elle voulut bien s'engager à ne point
troubler l'Italie , mais facrifiant encore
fes propres interêts , elle contribua par
voye de diverfion anx Corquêtes de fon
Ennemi . Elle renforce par une puffante
Efcadre,PArmic Nyle des Venitiens ,
182 LE MERCURE
les Alliez de l'Archiduc , & dont les
efforts affoibliffoient le même Ennemi
que ce Prince attaquoit .
Le Roy penfoit qu'un procédé fi honorable
engageroit l'Archiduc , finon à
faire la paix avec lui , du moins à garder
à fon égard les mefures que gardent l'un
envers l'autre les Généraux de deux
Armées prêtes à donner bataille . Mais ,
ce Prince n'a pasjugé à propos de fe foumettre
à ces bienféances . L'Allemagne ,
l'Italie & les Pays - Bas viennent de
voir des Declarations injurieufes â la
Couronne & à la Perfonne du Roy . La
Cour de Vienne s'eft même oubliée ,
jufqu'à faire arrêter prifonnier le Grand
Inquifiteur d'Espagne , qui paffoit par
Milan avec un Paffeport du Pape , que
Sa Sainteté lui avoit donné du confentement
exprés du Cardinal de Schrotembach
, qui eft chargé auprés d'elle
des affaires de cette Cour.
Ce dernier coup a fait r'ouvrir les
premieres bleffures , & a obligé le Roy
nôtre Maître à faire les plus ferieufes
reflexions fur l'obligation où font les
Souverains de fe reffentir des injures
faites à leur Couronne , dont l'impunité
avilit la Majefté Royale , en faisant
D'OCTOBRE. 183
regarder les Princes qui fouffrent avec
indolence de pareils outrages , comme
des Maîtres incapables de défendre,
l'honneur & les biens de leurs Sujets.
Il a fait encore reflexion que la Cour,
de Vienne a voulu fe prévaloir de ces
manquemens,pour aliener de lui l'efprit
d'une Nation auffi fenfible fur le point
d'honneur que l'eft la Nation Efpagnol
le ; en donnant à croire à fes Sujets que.
leur gloire étoit bleffée par les affronts
& par les outrages qui le faifoient impunément
à leur Chef & à leur Souverain
›
Des confiderations d'un fi grand poids.
ont fufpendu pour quelque tems les effets
du zele & de la religion du Roy ,
en l'obligeant d'employerfes forces àfaire
de juftes réprefailles pour les outrages
qu'il a reçûs de la part de l'Archiduc
, avant que de les faire paffer une
feconde fois au fecours des Alliez de ce
Prince.
La prudence confommée de Vôtre
Excellence lui aura déja fait affez concevoir
qu'il ne falloit pas un motif moins
important, pour retarder les fecours dont
le Roy veut continuer d'aider la caufe
de la Religion , pour laquelle il eft toû184
LE MERCURE
jours plein du zele , dont il a donné des
preuves fi éclatantes dans fon accommodement
avec la Cour de Rome . Le
Roy lui-même en eft trés - affligé ; & je
puis vous affurer que je vois auffi avec
douleur , qu'une entrepriſe fi jufte retienne
pour un temps les fecours que le
Pape fouhaiteroit de voir unis à l'Armée
Chrétienne.Sa Sainteté n'auroit pas
vu reculer l'accompliffement de fes defirs
, fi les Miniftres d'un auffi grand
Prince que l'Archiduc , avoient fçû
mieux ménager les véritables interêts
de leur Maître , & ne pas expofer fa
Perfonne & fes affaires aux mauvais difcours
& aux inconveniens qui font les
fuites néceffaires de la mauvaiſe foy.
Je prie Dieu , Monfieur , qu'il conferve
vôtre Excellence auffi long-tems
que je le defire.
A Madrid le 9. Aoust
1717.
Signè , Le Marquis de
GRIMALDO.
De la Lettre écrite à Son Excellence
Monfieur le Prince de Chelamar
Ambaffadeurdu Roy Catholique , auprés
du Roy Trés- Chrêtien , par Monfieur
le Marquis Grimaldo , premier
Secretaire d'État & des Dépêches univerfelles
de Sa Majeftè Catholique.
MONSIEUR ,
VOTRE Excellence aura fans doute
été furpriſe , à la premiere nouvelle que
les Armes du Roy nôtre Maître alloient
être employées à la Conquête de la Sárdaigne
, dans le temps que tout le monde
étoit perfuadé , & que toute la Chrétienté
fe promettoit qu'elles alloient
renforcer l'Armée Navale des Chrétiens
qui agit contre les Turcs , & enfuite
des offres que Sa Majesté pouffée
par les fentimens de fa Religion &
de fon coeur , en avoit fait faire au Pape
. Je vous auouerai , Monfieur , que
Piiij
176
LE
MERCURE
je ne m'attendois pas encore fitôt à cette
deftination des Armes du Roy. L'ent
ploi que j'ai l'honneur d'exercer , me
donnant de fréquentes occafions d'approcher
de fa Perfonne ; je dois , ce
femble , connoître mieux que beaucoup
d'autres , fa juftice , fa droiture , la religion
avec laquelle il obferve fa parole
, la délicateffe de fa confcience ; en
fin fa grandeur de courage à l'épreuve
des adverfitez les plus durables ; qualitez
qui le rendent fi digne d'être le fucceffeur
de ces Princes , qui par leur piété,
ont merité d'être mis au nombre des
Saints , & d'avoir le Titre particulier de
Rois Catholiques.
En effet , qui peut ne point être étonné
d'abord , qu'un Prince , dont le
monde vante les vertus , & qu'il reconnoît
pour être incapable de facrifier
jamais la juftice à fa gloire , commence
les premieres hoftilitez contre l'Archiduc
actuellement en guerre ouverte
avec le Sultan des Turcs ; & dans
un temps où les Côtes de l'Etat Ecclefiaftique
paroiffent expofées à fes invafions
? Mais , un peu de reflexion fur
cette conduite , fait bientôt comprendre
qu'un tel deffein n'a pas été formé fans.
D'OCTOBRE. 177
7
un motifimportant qui 'rendoit l'entreprife
abfolument néceſſaire.
Aprés avoir longtemps gardé un profond
filence fur ce fujet , Sa Majesté a
enfin daigné nie faire part d'elle-même ,
des caufes & des motifs de fa réfolution
; & Elle m'a en même temps ordonné
d'en informer Vôtre Excellence :
C'est ce que je vais faire auffi fuccinctement
que l'importance de la matiere le
permet.
Les Perfonnes qui firent le Plan de
la derniere Paix , ayant crû que pour
y parvenir , il falloit que le Roy nôtre .
Maître cedât une partie de fes Etats ,
il a bien voulu faire ce facrifice
> pour
parvenir au rétabliffement de la tranquillité
dans la focieté des Nations. Sa
Majefté eft entrée dans les mefures qu'elles
avoient prifes , avec fa grandeur
d'ame ordinaire , fe flattant que du
moins les Traitez feroient exécutez , &
que fes Peuples , dont les malheurs le
touchoient plus que fes propres difgraces
, jouiroient en repos de la gloire due
à leurs vertus .
•
Mais , aprés avoir cedé le Royaume
de Sicile , pour obtenir l'évacuation de
la Catalogne & de Mayorque , afin de
178 LE MERCURE
procurer à l'Espagne la tranquillité qu'il
vouloit bien acheter pour elle à ce prix ,
il reconnut bientôt qu'il n'avoit pas
traité avec des Puiffances auffi jalouſes
que lui , d'accomplir leurs engagemens.
Ceux qui devoient évacuer la Catalogne
, cacherent long- tems les ordres
qu'ils en avoient reçûs. Ce ne furent
pas leurs leurs Superieurs qui les contraignirent
à les montrer , mais leurs Alliez
qui les obligerent à feindre du moins de
vouloir exécuter les Traitez . Ce
qui
donna lieu au Roy nôtre Maître de demander
qu'on lui remît les Places qui
devoient lui être renduës . Rien n'étoit
plus facile aux Officiers de l'Archiduc
que de les configner à ceux du Roy ,
fuivant la forme en ufage entre les
Puiffances , lorfqu'elles ont promis de
rendre quelque Place ; en fe fervant
dans le Traité des mêmes termes dont
on s'étoit fervi pour ftipuler que les Places
de Catalogne feroient remiſes au
Roy. Mais , ces Officiers manquans à
leur parole , & violans la foy que l'on
garde à fes ennemis , fe contenterent de
retirer leurs Troupes ; & ils firent même
efperer aux Catalans qu'ils reviendroient
bientôt avec d'autresforces , foD'OCTOBRE.
179
mentans ainfi la déloyauté des Seditieux
, & les encourageans à une reſiftance
opiniâtre. Afin que la refiftance
des Rebelles für plus longue & plus deshonorable
aux Armes du Roy , les Généraux
de l'Archiduc leur enflerent encore
le courage , en leur donnant tous
les moyens poffibles de la prolonger. Ils
permirent que les Cavaliers , avant que
de s'embarquer , laiffaffent leurs chevaux
aux plus mutins , & même ils voulurent
leur livrer la Place d'Oftalric ,
que le Roy avoit eu la condeſcendance
d'accorder aux Troupes de l'Archiduc ,
comme une derniere retraite , pour y demeurer
enfûreté jufqu'à leur embarquement
. Cette infraction des Traitez , cette
infulte faite à la foy publique , a fait
fouffrir de nouveaux malheurs à l'Efpague
, en la jettant dans la néceffité de
faire encore des dépenfes immenfes ,
lorfqu'elle fe voyoit déja fort épuifée par
celles des Campagnes précedentes . Ces
dépenfes auroient été moins onéreufes
& plus honorables , fi elles s'étoient faites
dans une continuation de guerre.
La paffion du Roy pour le rétabliffement
de la tranquillité publique , lui fic
diffimuler cet outrage , auffi bien que
180 LE MERCURE
les fecours continuels que les Révoltez
recevoient du Royaume de Naples , leſquels
entretenoient leur audace. Sa Majefté
voulut bien encore acheter , pour
ainfi dire , une feconde fois le repos de
fes Sujets , en recouvrant pied à pied
fes propres Domaines : Mais , il cbferva
toujours la paix avec ceux qui lui faifoient
la guerre fous les étendarts des
Rebelles , Il lui auroit été plus facile de
combattie les Troupes de l'Archiduc
dans les propres Etats de ce Prince , s'il
avoit voulu y porter la guerre , qu'on
lui donnoit un jufte fujet de declarer.
Les autres conditions du Traité ne
furent pas plus religieufement exécutées.
Il cf vray que les Cénéraux de
P'Archiduc délivrerent des ordres adref
fez à ceux qui commandoient pour ce
Prince à Mayor que , de remettre l'ifle
aux Officiers du Roy. Mais, ceux de
I'A chiduc differerent toûjours de les
exécuter ; & une preuve qu'en cela ils
ne defobéiffoient point à la volonté de
leurs Superieurs , c'eft que peu aprés , ils
reçûrent un renfort de Troupes Allemandes.
Ainfi l'Eſpagne fe vit forcée à
faire de nouveaux armemens de Terre
& de Mer , & il fallut qu'elle conquît
D'OCTOBRE 181
Mayorque qui devoit lui être remife
par le Traité.
On ne s'eft pas même borné à des
manquemens de foy fi authentiques &
fi fcandaleux . Le Miniftere de Vienne
les a avouez par plufieurs démonftrations
publiques , comme par les récompenfes
qu'il a données aux Seditieux , en
diftinguant par des bienfaits plus confiderables
, ceux des Révoltez qui s'étoient
diftinguez par les plus grands crimes;
& en fe déclarant ainfi l'Auteur
de tous les excés où le font portez ces
malheureux.
Voilà une partie des juftes motifs que
le Roy nôtre Maître avoit de reprendre
les armes , lorfque la guerre que l'Archiduc
déclara l'année derniere au Sultan
des Turcs , fournit à Sa Majesté
une fi belle occafion de recouvrer par
la voye d'une réprefaille legitime , les
Etats qu'Elle a perdus. Au lieu de profiter
des conjonctures , non feulement
elle voulut bien s'engager à ne point
troubler l'Italie , mais facrifiant encore
fes propres interêts , elle contribua par
voye de diverfion anx Corquêtes de fon
Ennemi . Elle renforce par une puffante
Efcadre,PArmic Nyle des Venitiens ,
182 LE MERCURE
les Alliez de l'Archiduc , & dont les
efforts affoibliffoient le même Ennemi
que ce Prince attaquoit .
Le Roy penfoit qu'un procédé fi honorable
engageroit l'Archiduc , finon à
faire la paix avec lui , du moins à garder
à fon égard les mefures que gardent l'un
envers l'autre les Généraux de deux
Armées prêtes à donner bataille . Mais ,
ce Prince n'a pasjugé à propos de fe foumettre
à ces bienféances . L'Allemagne ,
l'Italie & les Pays - Bas viennent de
voir des Declarations injurieufes â la
Couronne & à la Perfonne du Roy . La
Cour de Vienne s'eft même oubliée ,
jufqu'à faire arrêter prifonnier le Grand
Inquifiteur d'Espagne , qui paffoit par
Milan avec un Paffeport du Pape , que
Sa Sainteté lui avoit donné du confentement
exprés du Cardinal de Schrotembach
, qui eft chargé auprés d'elle
des affaires de cette Cour.
Ce dernier coup a fait r'ouvrir les
premieres bleffures , & a obligé le Roy
nôtre Maître à faire les plus ferieufes
reflexions fur l'obligation où font les
Souverains de fe reffentir des injures
faites à leur Couronne , dont l'impunité
avilit la Majefté Royale , en faisant
D'OCTOBRE. 183
regarder les Princes qui fouffrent avec
indolence de pareils outrages , comme
des Maîtres incapables de défendre,
l'honneur & les biens de leurs Sujets.
Il a fait encore reflexion que la Cour,
de Vienne a voulu fe prévaloir de ces
manquemens,pour aliener de lui l'efprit
d'une Nation auffi fenfible fur le point
d'honneur que l'eft la Nation Efpagnol
le ; en donnant à croire à fes Sujets que.
leur gloire étoit bleffée par les affronts
& par les outrages qui le faifoient impunément
à leur Chef & à leur Souverain
›
Des confiderations d'un fi grand poids.
ont fufpendu pour quelque tems les effets
du zele & de la religion du Roy ,
en l'obligeant d'employerfes forces àfaire
de juftes réprefailles pour les outrages
qu'il a reçûs de la part de l'Archiduc
, avant que de les faire paffer une
feconde fois au fecours des Alliez de ce
Prince.
La prudence confommée de Vôtre
Excellence lui aura déja fait affez concevoir
qu'il ne falloit pas un motif moins
important, pour retarder les fecours dont
le Roy veut continuer d'aider la caufe
de la Religion , pour laquelle il eft toû184
LE MERCURE
jours plein du zele , dont il a donné des
preuves fi éclatantes dans fon accommodement
avec la Cour de Rome . Le
Roy lui-même en eft trés - affligé ; & je
puis vous affurer que je vois auffi avec
douleur , qu'une entrepriſe fi jufte retienne
pour un temps les fecours que le
Pape fouhaiteroit de voir unis à l'Armée
Chrétienne.Sa Sainteté n'auroit pas
vu reculer l'accompliffement de fes defirs
, fi les Miniftres d'un auffi grand
Prince que l'Archiduc , avoient fçû
mieux ménager les véritables interêts
de leur Maître , & ne pas expofer fa
Perfonne & fes affaires aux mauvais difcours
& aux inconveniens qui font les
fuites néceffaires de la mauvaiſe foy.
Je prie Dieu , Monfieur , qu'il conferve
vôtre Excellence auffi long-tems
que je le defire.
A Madrid le 9. Aoust
1717.
Signè , Le Marquis de
GRIMALDO.
Fermer
1277
1278
p. 185-189
COPIE DE L'ECRIT Remis à son Excellence Monsieur le Maréchal d'Huxelles, président du Conseil des Affaires Etrangeres, par Son Excellence Monsieur le Prince de Chelamar, Ambassadeur de Sa Majesté Catholique auprés de Sa Majesté Trés-Chrétienne.
Début :
Monsieur, Les bruits confus & les nouvelles surprenantes qui ont [...]
Mots clefs :
Cour, Ministres, Gloire, Maître, Sardaigne, Armistice, Trône
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE DE L'ECRIT Remis à son Excellence Monsieur le Maréchal d'Huxelles, président du Conseil des Affaires Etrangeres, par Son Excellence Monsieur le Prince de Chelamar, Ambassadeur de Sa Majesté Catholique auprés de Sa Majesté Trés-Chrétienne.
COPIE DE L'ECRIT
Remis à Son Excellence Monfieur le
Maréchal d'Huxelles , Fréfident du
Confeil des Affaires Etrangeres , par
Son Excellence Monfieur le Prince de
Chelamar , Ambaſſadeur de Sa Majefté
Catholique auprés de Sa Majesté
Trés- Chrétienne.
M ONSIEUR ,
LES bruits confus & les nouvelles
furprenantes qui ont couru depuis quelque
tems dans cette Cour , comme dans
toutes les autres Cours de l'Europe , que
le Roy mon Maître deftinoit pour quelque
fecrette entreprife les forces de
Terre & de Mer qu'il avoit raffemblées
à Barcelonne ; joints aux inftances , aux
remontrances continuelles, & aux mouvemens
extraordinaires que j'ai fçû qui
fe faifoient à Paris , comme à Londres ,
par les Miniftres Allemans , & par leurs
créatures , allarmez à caufe des remords
de leur propre confcience fur la premiere
nouvelle d'une telle entrepriſe ,
m'ont tenu jufques à prefent dans ces
186 LE MERCURE
inquiétudes , dont Vôtre Excellence qui
connoîr affez mon zele pour la gloire
du Roy mon Maître , & mon dévouċment
à tout ce qui regarde le fervice de
Sa Majefté , peut bien juger de l'extrême
agitation que ces bruits m'ont
caufé Mais , cette agitation s'eft calmée
auffitôt que j'ai reçû la Lettre de Monfieur
le Marquis Grimaldo , dont copie
eft jointe à cet Ecrit que j'ai l'honneur
de remettre à Vôtre Excellence.
J'ai la fatisfaction d'y voir les raifons
que le Roy mon Maître a d'entreprendre
le recouvrement de la Sardaigne à
main armée , expofées de maniere à perfuader
tout le monde de la juftice de certe
Expedition. Mes vûës , quoiqu'affez
bornées , ne laiffoient pas d'entrevoir
déja la folidité de ces raifons , qui confiftent
dans les infractions que la Cour
de Vienne a faites aux Traitez folemrels
conclus pour l'évacuation de la Catalogne
& de Mayorque , & dans l'inobfervation
des conditions aufquelles
on étoit convenu de l'Armiftice d'Italie.
On ne fçauroit jamais oublier des pareilles
contraventions .
Je remers donc entre les mains de
Vône Excellence , une copie de la Lettre
de Monfieur le Marquis Grimaldo ,
D'OCTOBRE.. 187
afin qu'elle demeure entierement &
pleinement perfuadée de la justice des
Armes de Sa Majesté Catholique , &
qu'elle puiffe en informer plus précifément
la Régence : Je ne puis rien
ajouter au contenu de cette Lettre ,
qu'une reflexion , qui eft , que le
Roy mon Maître a été jufques ici
retenu d'attaquer l'Archiduc dans
les Etats qu'il a ufurpez fur lui , par
deux motifs également fages & importans.
Voilà pourquoi il ne le fait qu'à
l'extrémité , & aprês que l'Archiduc
a violé tous les égards dûs aux Têtes
Couronnées , & aprés qu'il lui a fait
l'affront d'arrêter violeminent le Grand
Inquifiteur d'Efpagne.
Le premier motif, eft que le Roy
mon Maître , dont le courage, & la
grandeur d'ame font dignes de fa naiffance
& de fon Trône , reffent bien plus
vivement les manquemens qui bleffent
fa dignité , que les entreprifes faites
principalement contre fes interêts. C'eſt
de quoi je me propofe ici pour témoin
irréprochable ayant vû à quel point
fon généreux courage fut indigné lofqu'il
entendit le récit des violences injuftes
& des traitemens odieux que les
Allemans faifoient fouffriş dans les Pri
188 LE MERCURE
fons de Milan , depuis la perte du Ro….
yaume de Naples , au Viceroy le Marquis
de Villena , & aux Officiers Géneraux
qui avoienr fervi fous lui , parmi
lefquels j'ai eu la gloire ineftimable d'ê
tre diftingué par une attention particuliere
des Ennemis du Roy à me maltraiter..
Vôtre Excellence verra d'abord le
merite au fecond motif. Le dernier outrage
que l'Archiduc a fait au Roy mon
Maître , dans un tems où il ne penfoit
pas d'en recevoir un nouveau , a eu la
force du dernier poids , dont on charge
une balance déjà remplie , dont- il fait
auffitôt pencher le baffin où l'on a mis
ce poids. Ainfi , l'Arrêt du Grand Inquifiteur
a mis le comble à fon reffentiment.
Sa Majefté Catholique auroit
Reanmoins facrifié ce reffentiment aux:
maximes faintes qui font la régle de
fa conduite , & elle en auroit fait une
autre victime immolée au bien de la
Chrétienté ; fi elle n'avoit pas vû les
forces matitimes des Venitiens & des
Princes leurs Alliez , naîtreffes de la.
mer dans le Levant; & fi enfin , elle n'avoit
pas été pleinement convaincuë
qu'elle fe trouvoit dans la néceffité de
fairejune entreprise d'éclat , afia deipré
#
D'OCTOBRE 189
venir de nouveaux outrages , & afin de
confondre l'orgueil de fes Ennemis , qui
pour raffafier leur haine , & pour épouvanter
par leur perverfité , s'en font
pris à un Ecclefiaitique , que fa vielleffe
& fes infirmitez devoient rendre un
objet de compaffion , en foulant aux
pieds dans leur acharnement ſur ſa perfonne
, le Droit des Gens & les Traitez.
qui devoient le mettre à l'abri de toute
détention ; d'autant plus que c'étoit du
confentement pofitif du Miniftre de
FArchiduc à Rome , qu'il palloit part.
PEtat de Milan , avec un Paffe-port
que le Pape lui avoit donné: L'Archiduc
en le violant , à bien mal refpecté le
Chef fuprême de cette Eglife , contre
les Ennerais de laquelle il fe vante tant
de combattre aujourd'hui.
Je prie Dieu , Monfieur , qu'il conferve
vôtre Excellence auffi long-tems que:
je le defire.
A Paris , le 23. Aouſt 1717 .
Le 29 , M. l'Abbé de Louvois a été
nommé à l'Evêché de Clermont.
Remis à Son Excellence Monfieur le
Maréchal d'Huxelles , Fréfident du
Confeil des Affaires Etrangeres , par
Son Excellence Monfieur le Prince de
Chelamar , Ambaſſadeur de Sa Majefté
Catholique auprés de Sa Majesté
Trés- Chrétienne.
M ONSIEUR ,
LES bruits confus & les nouvelles
furprenantes qui ont couru depuis quelque
tems dans cette Cour , comme dans
toutes les autres Cours de l'Europe , que
le Roy mon Maître deftinoit pour quelque
fecrette entreprife les forces de
Terre & de Mer qu'il avoit raffemblées
à Barcelonne ; joints aux inftances , aux
remontrances continuelles, & aux mouvemens
extraordinaires que j'ai fçû qui
fe faifoient à Paris , comme à Londres ,
par les Miniftres Allemans , & par leurs
créatures , allarmez à caufe des remords
de leur propre confcience fur la premiere
nouvelle d'une telle entrepriſe ,
m'ont tenu jufques à prefent dans ces
186 LE MERCURE
inquiétudes , dont Vôtre Excellence qui
connoîr affez mon zele pour la gloire
du Roy mon Maître , & mon dévouċment
à tout ce qui regarde le fervice de
Sa Majefté , peut bien juger de l'extrême
agitation que ces bruits m'ont
caufé Mais , cette agitation s'eft calmée
auffitôt que j'ai reçû la Lettre de Monfieur
le Marquis Grimaldo , dont copie
eft jointe à cet Ecrit que j'ai l'honneur
de remettre à Vôtre Excellence.
J'ai la fatisfaction d'y voir les raifons
que le Roy mon Maître a d'entreprendre
le recouvrement de la Sardaigne à
main armée , expofées de maniere à perfuader
tout le monde de la juftice de certe
Expedition. Mes vûës , quoiqu'affez
bornées , ne laiffoient pas d'entrevoir
déja la folidité de ces raifons , qui confiftent
dans les infractions que la Cour
de Vienne a faites aux Traitez folemrels
conclus pour l'évacuation de la Catalogne
& de Mayorque , & dans l'inobfervation
des conditions aufquelles
on étoit convenu de l'Armiftice d'Italie.
On ne fçauroit jamais oublier des pareilles
contraventions .
Je remers donc entre les mains de
Vône Excellence , une copie de la Lettre
de Monfieur le Marquis Grimaldo ,
D'OCTOBRE.. 187
afin qu'elle demeure entierement &
pleinement perfuadée de la justice des
Armes de Sa Majesté Catholique , &
qu'elle puiffe en informer plus précifément
la Régence : Je ne puis rien
ajouter au contenu de cette Lettre ,
qu'une reflexion , qui eft , que le
Roy mon Maître a été jufques ici
retenu d'attaquer l'Archiduc dans
les Etats qu'il a ufurpez fur lui , par
deux motifs également fages & importans.
Voilà pourquoi il ne le fait qu'à
l'extrémité , & aprês que l'Archiduc
a violé tous les égards dûs aux Têtes
Couronnées , & aprés qu'il lui a fait
l'affront d'arrêter violeminent le Grand
Inquifiteur d'Efpagne.
Le premier motif, eft que le Roy
mon Maître , dont le courage, & la
grandeur d'ame font dignes de fa naiffance
& de fon Trône , reffent bien plus
vivement les manquemens qui bleffent
fa dignité , que les entreprifes faites
principalement contre fes interêts. C'eſt
de quoi je me propofe ici pour témoin
irréprochable ayant vû à quel point
fon généreux courage fut indigné lofqu'il
entendit le récit des violences injuftes
& des traitemens odieux que les
Allemans faifoient fouffriş dans les Pri
188 LE MERCURE
fons de Milan , depuis la perte du Ro….
yaume de Naples , au Viceroy le Marquis
de Villena , & aux Officiers Géneraux
qui avoienr fervi fous lui , parmi
lefquels j'ai eu la gloire ineftimable d'ê
tre diftingué par une attention particuliere
des Ennemis du Roy à me maltraiter..
Vôtre Excellence verra d'abord le
merite au fecond motif. Le dernier outrage
que l'Archiduc a fait au Roy mon
Maître , dans un tems où il ne penfoit
pas d'en recevoir un nouveau , a eu la
force du dernier poids , dont on charge
une balance déjà remplie , dont- il fait
auffitôt pencher le baffin où l'on a mis
ce poids. Ainfi , l'Arrêt du Grand Inquifiteur
a mis le comble à fon reffentiment.
Sa Majefté Catholique auroit
Reanmoins facrifié ce reffentiment aux:
maximes faintes qui font la régle de
fa conduite , & elle en auroit fait une
autre victime immolée au bien de la
Chrétienté ; fi elle n'avoit pas vû les
forces matitimes des Venitiens & des
Princes leurs Alliez , naîtreffes de la.
mer dans le Levant; & fi enfin , elle n'avoit
pas été pleinement convaincuë
qu'elle fe trouvoit dans la néceffité de
fairejune entreprise d'éclat , afia deipré
#
D'OCTOBRE 189
venir de nouveaux outrages , & afin de
confondre l'orgueil de fes Ennemis , qui
pour raffafier leur haine , & pour épouvanter
par leur perverfité , s'en font
pris à un Ecclefiaitique , que fa vielleffe
& fes infirmitez devoient rendre un
objet de compaffion , en foulant aux
pieds dans leur acharnement ſur ſa perfonne
, le Droit des Gens & les Traitez.
qui devoient le mettre à l'abri de toute
détention ; d'autant plus que c'étoit du
confentement pofitif du Miniftre de
FArchiduc à Rome , qu'il palloit part.
PEtat de Milan , avec un Paffe-port
que le Pape lui avoit donné: L'Archiduc
en le violant , à bien mal refpecté le
Chef fuprême de cette Eglife , contre
les Ennerais de laquelle il fe vante tant
de combattre aujourd'hui.
Je prie Dieu , Monfieur , qu'il conferve
vôtre Excellence auffi long-tems que:
je le defire.
A Paris , le 23. Aouſt 1717 .
Le 29 , M. l'Abbé de Louvois a été
nommé à l'Evêché de Clermont.
Fermer
1279
p. 189-191
MORTS.
Début :
Dame Marguerite Felice de Levis, femme de Messire Jacques-Henry [...]
Mots clefs :
Dame, Épouse, Décès, Messire, Roi de France, Comte, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS,
D Ame Marguerite Felice de Levis ,
femme de Meffire Jacques- Henry de
Durfort Duc de Duras & Maréchal de France
, Chevalier des ordres du Roy & Gouver
190
LE MERCURE
neur du Comté de Bourgogar , mourut le
0 Septembre 1717 , Elle eftoit fille de Mef-
Are Charles de Levis Duc de Ventadour .
Chevalier des ordres du Roy , Gouverneur
du Limon , mort le 19 May 1649 , & de
Dame Marie de la Guiche de § . Gelan fa
feconde femme , morte le 26 Juillet 1701,
& elle avoit eu entr'autres enfans deux fils
& deux filles fçavoir , Jacques Henry de
Detfort Duc de Duras , mort à Mons de
Ja petite verole le...Septembre 1697 , à l'âge
de 27 ans , ne laiffant de fon mar are avec
Dame Louife -Madelene de la Marck Comteffe
de Braine , Baronne de Pontarcy , qu'il avoit
épousée le 7 Mars 1689 , & morte le 13 Avril
1717 , que deux filles dont l'aînée nommée
Jeanne Henriette de Durfert a épousé le 22
May 1709 Henry de Lorraine Prince de
Lambele , fils aîné de feu M. le Comte de
Brionne, Tean Duc de Duras qui fuit , Felice
Armande Charlote de Darfort mariée en
Desembre 1685. à Paul- Jule Duc de Marin
la Meilleraye , & Lonile - Bernardine de
Durfort, mariée le 16 Janvier 1696 avec
Jean - François Pau de Bonne de Crequy
Duc de Lefdiguieres , Pair de France , mort
de maladie en Italie , où il tervoit le 6 Octobre
1703 , à l'âge de 25 ans , & fans enfans :
Jean de Durfort fecond fils de M le Maréchal
de Duras , eft devenu Duc de uras par
la mert de fon frere ainé , & it a épousé le
S Janvier 1706 N ... d- Bournonville, fille
de fu Mefire Alexandre Albert François-
Ba thelemy ince de Bournonville , & de
Charlo Victo re Albert de Luynes .
Miflice Louis - Charles de Levis Puc de
Ventadour Pair de ance,mourut le 28 S- p-
..
D'OCTOBRE. 198
tembre 1717 : It cfton. frere de feue Me. la
Maréchale de Duras , dont je viens de vous
annoncer la mort , & il avoit époufé le 14
Mars 1671 , Dame Charlote- Eleonore- Madelcine
de la Mo he . Houdancourt Gouvernante
du Roy & des enfans de France , fille de
Mefire Philippés de la Moth - Houdancourt
Dac de Cardonne Maréchal de France , & de
Dame Louife de Prie Gouvernante des An
fans de France . I en a laiffé pour fille unique
Dame Anne Geneviève de Levis , née le...
Fevrier 1673 , mariée 1o. le 16 Février 1691 à
Mcfire Louis Charles de la Tour Prince de
Turenne tué à la Bataille de Steinkerque en
en 1693 , fans poftérité . 20. Le 15 février
1694 , avec M fre H: rcules Merialec depuis
Duc de Rohan , Prince de Soubife, Capicaine-
Licutelart des G ndarmes de la Garde
du Roy Gouverneur de Champagne & de.
Brie , duquel elle a cu plefieurs enfans . Le
nom de Levis eft & illuftre & par conféquent
fi connu , que je n'entrerai ici dans aucun
détail généalogique fur cette Maison.
Jeremets au mois prochain à vous apprendre
que rous avons aufa perdus dans ce mois,.
Mis les Comte de Mornay , le Chevalier
de Broglio , M. de Contade le fils & Monfieur
de Biffy fis , puifné de Monfieut . de Biffy
Maistre des Requeftes , & Neveu de M. de
Caumartin , de M. tard le Camus maiftre
des Comptes , de Dame Marie Bodinet femme
de M. Nicolas Dreux C nfeiller de la
Grand'Chambre , de Dam : Françoi e Bailly
femmede Mre Ren ide zu lion .
D Ame Marguerite Felice de Levis ,
femme de Meffire Jacques- Henry de
Durfort Duc de Duras & Maréchal de France
, Chevalier des ordres du Roy & Gouver
190
LE MERCURE
neur du Comté de Bourgogar , mourut le
0 Septembre 1717 , Elle eftoit fille de Mef-
Are Charles de Levis Duc de Ventadour .
Chevalier des ordres du Roy , Gouverneur
du Limon , mort le 19 May 1649 , & de
Dame Marie de la Guiche de § . Gelan fa
feconde femme , morte le 26 Juillet 1701,
& elle avoit eu entr'autres enfans deux fils
& deux filles fçavoir , Jacques Henry de
Detfort Duc de Duras , mort à Mons de
Ja petite verole le...Septembre 1697 , à l'âge
de 27 ans , ne laiffant de fon mar are avec
Dame Louife -Madelene de la Marck Comteffe
de Braine , Baronne de Pontarcy , qu'il avoit
épousée le 7 Mars 1689 , & morte le 13 Avril
1717 , que deux filles dont l'aînée nommée
Jeanne Henriette de Durfert a épousé le 22
May 1709 Henry de Lorraine Prince de
Lambele , fils aîné de feu M. le Comte de
Brionne, Tean Duc de Duras qui fuit , Felice
Armande Charlote de Darfort mariée en
Desembre 1685. à Paul- Jule Duc de Marin
la Meilleraye , & Lonile - Bernardine de
Durfort, mariée le 16 Janvier 1696 avec
Jean - François Pau de Bonne de Crequy
Duc de Lefdiguieres , Pair de France , mort
de maladie en Italie , où il tervoit le 6 Octobre
1703 , à l'âge de 25 ans , & fans enfans :
Jean de Durfort fecond fils de M le Maréchal
de Duras , eft devenu Duc de uras par
la mert de fon frere ainé , & it a épousé le
S Janvier 1706 N ... d- Bournonville, fille
de fu Mefire Alexandre Albert François-
Ba thelemy ince de Bournonville , & de
Charlo Victo re Albert de Luynes .
Miflice Louis - Charles de Levis Puc de
Ventadour Pair de ance,mourut le 28 S- p-
..
D'OCTOBRE. 198
tembre 1717 : It cfton. frere de feue Me. la
Maréchale de Duras , dont je viens de vous
annoncer la mort , & il avoit époufé le 14
Mars 1671 , Dame Charlote- Eleonore- Madelcine
de la Mo he . Houdancourt Gouvernante
du Roy & des enfans de France , fille de
Mefire Philippés de la Moth - Houdancourt
Dac de Cardonne Maréchal de France , & de
Dame Louife de Prie Gouvernante des An
fans de France . I en a laiffé pour fille unique
Dame Anne Geneviève de Levis , née le...
Fevrier 1673 , mariée 1o. le 16 Février 1691 à
Mcfire Louis Charles de la Tour Prince de
Turenne tué à la Bataille de Steinkerque en
en 1693 , fans poftérité . 20. Le 15 février
1694 , avec M fre H: rcules Merialec depuis
Duc de Rohan , Prince de Soubife, Capicaine-
Licutelart des G ndarmes de la Garde
du Roy Gouverneur de Champagne & de.
Brie , duquel elle a cu plefieurs enfans . Le
nom de Levis eft & illuftre & par conféquent
fi connu , que je n'entrerai ici dans aucun
détail généalogique fur cette Maison.
Jeremets au mois prochain à vous apprendre
que rous avons aufa perdus dans ce mois,.
Mis les Comte de Mornay , le Chevalier
de Broglio , M. de Contade le fils & Monfieur
de Biffy fis , puifné de Monfieut . de Biffy
Maistre des Requeftes , & Neveu de M. de
Caumartin , de M. tard le Camus maiftre
des Comptes , de Dame Marie Bodinet femme
de M. Nicolas Dreux C nfeiller de la
Grand'Chambre , de Dam : Françoi e Bailly
femmede Mre Ren ide zu lion .
Fermer
1280
p. 131-141
A Malthe le 8 Octobre 1717.
Début :
Comme on n'a pas esté exactement informé des évenemens / Nous sortîmes de Malthe le 3 de Juin avec deux des [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Capitaine, Turcs, Ennemis, Galères, Vénitiens, Malte, Navires, Armée, Combat, Religion, Corfou, Canons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Malthe le 8 Octobre 1717.
Omme on n'a pas esté exactement
qui fe font paffés pendant cette Campagne,
entre les Flotes Venitiennes & Turques
; peut - être me faura- t- on gré que
j'en donne ici un Journal plus fidele que
ce qui a paru dans les Gazettes.. It
a efté traduit fur une Lettre Italienne,
écritepar un Chevalier à un de ſes amis :
On reconnoîtrafans peine qu'il n'avance
aucun fait dont il n'ait eftétémoin , ou
dont il n'ait efté parfaitement inftruit.
NOUVELLES ETRANGERES.
N
A Malthe le8 Octobre 1717.
OUS fortîmes de Malthe lez
de Juin avec deux des Vaiffeaux
de la Religion.
Le 16 du même mois , nous arrivâmes
à Corfon où étoit le rendez - vous
de la Flote Vénitienne : Nous la trouvâmes
cependant partie, pour gagner les
Bouches de Conftantinople ,fur un faux
avis que les Turcs ne pouvant pas trou132
LEMERCURE
ver de monde pour armer leurs Vaiffeaux
, étoient hors d'état de fe mettre:
en Mer. M. le Bailly de Belle - Fontaine
Lieutenant Général des Vaiffeaux
du Roy de France , nommé par le
Grand- Maître & le Pape , pour commander
les Auxiliaires , prévoyant cequi
artiveroit de cette Manoeuvre à
contre tems , dit hautement que ces
Vaifleaux alloient fe faire battre aux
Dardanelles ; qu'il eftoit un peu furpris
que ces Meffieurs ûffent manqué de leur
prudence ordinaire dans cette occafion ,
par trop d'impatience ; qu'ils devoient
bien attendre au moins la jonction des
fecours qui n'auroient point êté de trop.
V
Nous avions trouvé en effet à Corfou
, outre les Vaiffeaux Portugais avec
deux Brulots , les 5. Galeres de la Réligion
, les 5. autres du Pape , avec les
deux du grand Duc & toutes celles de
Veniſe..
Le 21. nous partîmes tous enfemble
pour les Zantès : Le 25. nous moüillâmes
à la Rade de ces ifles . Le 29. nous
apprîmes apres midi, que les Venitiens
êtant arrivés à l'entrée des Dardanelles
, s'en étoient retirés fort précipi- :
tamment ; après avoir laiffé leurs An- ¸
DE NOVEMBRE. 133
cres & leurs Cables aux Ifles de Ténédos
où ils ne faifoient que de moüiller .
Il leur a fallu effuyer deux combâts
confécutifs ; preſque toûjours en fuyant
devant la flotte Ottomane . M. de Frangini
fort brave homme d'ailleurs , mais,
aïant peu de capacité pour le metier
de la Mer ,fut tué dans l'i pemiere action
. M. Diedo l'a templacé dans la
même fonction d'Amira ' . Nous continuâmes
nôtre route pour nous joindre à
l'Armée Venitienne , qui s'êtoit retirée
entre la Candie & la Morée , Païs de
Maniotes qui font des Sauvages fous
la domination des Turcs. Le 2. Juillet ,
nous nous joignîmes avec la flore Venitienne
,réduite dans un pitoyable êtar,
êtapt fort délabrée & manquant de tour .
Le 4. nous apperçûmes les Vaiffeaux
ennemis, pourfuivans toûjours les Venitiens
Nous nous préparâmes au combat
le refte du jour & de la nuit . Le s .
à 8 heures du matin,ils vinrent fur nous
& nous gagnerent le vent : Nous nous
vîmes abandonnés en moins de z. heures
de toutes nos Galeres , dans le tems
que nos Vaiffeaux en avoient le plus
de befoin ,êtant en bonace , & que nous
êtions à 2. portées de Canon des En134
LE MERCURE
nemis. Les 8. Galeres Turques au contraire,
ne s'écarterent point de leurs Sultanes
ou Vaiff. quarrés. Hûreufement il
nous vint un peu de vent ; nous en profitâmes
& nous êtant mis en ligne
les Turcs déployerent leurs Pavillons ,
& nous , les nôtres aprés . Mais , ces Barbares
ayant reconnû que la flote chrêtienne
avoit reçû 10 Vaiff. de renfort ,ils
n'oferent pas nous attaquer ; ils fe contenterent
de tenir le vent. Noustachâmes
de le leur gagner , fans y avoir pû.
réuffir. Le 6. nous vîmes les Ennemis
qui fe retiroient & qui allerent moüiller
à Coron. Pour nous autres , nous
reftântes jufqu'au 13. dans les mêmes
eaux,ayant toûjours ûles vents contraires
& toûjours en vue des Ottomans.
Il ne nous auroit pas fallu plus de 12 .
heures de bon tems, pour regagner les
Zantes où nous nous ferions raccommodés
: Nous prîmes le parti d'aborder
au Golfe de Paflava , pour y faite
de l'Eau ; il n'y en avoit pas pour 24.
heures dans chaque Navire des Venitiens
, qui pour l'épargner , n'en diſtribuoient
à chaque homme que 2. verres
par jour : Jugés de l'extremité où nous
êtions , quand on penfe que nous toûDE
NOVEMBRE.
135
chions au moment de périr de foif.Deux
jours aprés, nous retrouvâmes nos Galeres
& nos Généraux .
•
Le 14 Juillet , eftant entrez dans le
Golfe de Paffava , nous apperçûmes
9 Barbarefques qui nous prenant pour
leurs gens , vinrent s'affaier fur la terre:
Elles fe détromperent bien- tôt , & nous
ayant reconnu , elles fortirent précipitamment
de leur -Taniere fur les s
heures du foir. Nous les chaffâmes inutilement
, nous y étant pris trop tard .
Nous fimes nôtre eau, aprés avoir pris
la précaution de mettre à terre 4000
hommes , à caufe que c'eft Pays de
Turquie.
Il y ût des Capitaines des Vaiffeaux
Vénitiens , qui nous avoüerent qu'il
y avoit un jour que l'eau leur manquoit.
Le 16 , une Chaloupe Vénitienne fe fauva
avec fon équipage & alla fe rendre
aux Turcs , auxquels elle découvrit la
fituation facheufe où l'Armée fe trouvoir.
LesEnnemis en ayant profité , le 18 ,
nous les reconûmes venans à toute voile
fur nous . Nous appareillâmes & nous
nous préparâmes toute la nuit au cobat .
Le19 , à la pointe du jour ,nous découvrîmes
de nôtre avant , leurs voiles , à deux
136 LE MERCURE
lieuës de nos Navires: Ayant le vent fur
nous , nous êtendîmes nôtre ligne tant
bien que mal : M. de Belle - Fontainecommandoit
l'arriere Garde de la Flote
avec les Auxiliaires . Les Vénitiens qui
avoient l'Avant- Garde, commencerent
à tirer à 8 heures du matin : Pour notre
Arriere- Garde , elle ne fit fes décharges
qu'à 9 heures , que les Ennemis
n'étoient qu'à demie-portée de canon
de nous. Le Corps de bataille des
Turcs , & tous les Amiraux tomberent
en même tems fur elle. Ils virent un
autre feu que celui des Vénitiens ; nôcanon
alloit comme la moufqueterie ,
Les Portugais , dont deux de leurs
Vaiffeaux eftoient de 80piéces de canon
, en ayant furtout de 36 livres de
balles à leur premiere batterie , y firent
des merveilles : Le Navire que montoit
M. de Belle - Fontaine , tira en quatre
heures 1250 coups de canon , & fit
revirer de bord l'Amiral Turc qui n'en
voulut plus tâter. Comme les Ennemis
tenoient le vent , & qu'ils nous avoient
enfoncez dans le Golphe de Paffava
tout à fait fur la terre ; M. de Belle-
Fontaine envoya dire par le Major à
l'Amiral Vénitien de revirer
les
DE NOVEMBRE. 137
les vents nous ayant adonez ; &
de couper l'Armée Turque en deux ;-
ce qui fut heureufement exécuté dans
le moment : Les Turcs pour lors , fe
crûrent entierement perdus ; nous
fimes feu des deux bords ; tout rioit
pour gagner une Bataille complette &
abimer la Marine Turque ; mais , cette
efperance ne dura pás long - tems ,
car , contre toute attente , l'avant - garde
alla fe remettre tout en Peloton
fous le vent des Ennemis , où nous nous
trouvâmes en bonace les uns fur les
autres. Il eft comme indubitable , que
files Turcs avoient efté gens experimentés
>
ils n'avoient qu'à envoyer
deux ou 3. Brulots , & toute la flore
chrêtienne auroit efté dévorée par les
flammes . Enfin às heures du foir , le
Combât finit Nos Galeres pendant l'action,
refterent toûjours fous le vent , fans
pouvoir tirer un feul coup , fe mertans .
à l'abri de nos Vaiffeaux du côté qu'ils
ne tiroient point. Toute nôtre Armée a
efté fort maltraitée ; mais , en revanche
, celle des Ennemis n'a gueres
moins fouffert que la nôtre . Pour les
Venitiens, ils avoient déja efté fort endommagés
dans les deux premiers
M
138
LE MERCURE
combâts. Il faut avouer que les Turcs
êtoient plus forts que nous , ayant so.
Navires , & nous 35. en tout. Les premiers
avoient des canons de nouvelle
invention , qui pouffoient des Boulets
de marbre , gros comme des bombes de
400. livres; ce qui abimoit un Vaiffeau ;
auffi , nôtre flote faifoit - elle pitié . On
ne voyoit que Mats , Voiles , Corps de
Navires brifés , Bras , Jambes emportées,
& Cadavres jonchés . Nous avons û
3000. hommes de tués ou bleffés dans
cette journée.
Le lendemain 20. les deux Armées
êtant reftées dans le Golfe de Paſſava ,
demeurerent tranquilles & dans l'inaction.
Nous travaillâmes à nous raccom
moder toute la journée. Le 21. manqua
de nous être bien funefte ; puifqu'à 7 .
heures du matin , nous vîmes revirer
les Turcs fur nous , pour nous rattaquer
de nouveau , s'êtant raccommodés dans
leurs ports & rafraichis de monde.Nous
voulûmes nous mettre en ligne , mais ,
la moitié de nôtre Armée fe trouva en
bonace. A 2. heures aprés midi , il s'éleva
un gros vent de Nord- Ouëft qui
nous démâta 7. de nos plus gros Na-..
vires. Quelle êtrange extremité ? Etre
DE NOVEMBRE.
139
nous
en vue des Ennemis , à portée & demie
de canon, & dans la crainte à chaqueinftant
d'en être écrafés , fans pouvoir
prefque fe deffendre : Voilà qu'elle
etoit nôtre fituation . Nous prîmes le
parti le plus fûr , qui eftoit de gagner
le large. Il ne tenoit qu'à ces Barbares
de nous enlever 4. Vaiffeaux qui
reftoient de l'arriere-garde ; cependant,
ils n'en firent rien , n'ayant pas. fû profiter
de l'occafion . Nous manoeuvrames
fi bien que le jour ayant baiffé ,
nous fauvâmes à la faveur des ténébres
; nous ûmes toute la nuit, le vent
trés frais avec une groffe Mer. Toute
la flotte qui avoit fa mâture endommagée
, êtoit occupée à remorquer des
Navires démâtés . Le lendemain 22 .
nous nous trouvâmes à 15. lieuës de
Terre , les Galéres s'en allant , vent
arriere , du côté de la Candie . Le foir ,
le vent manqua , & ayant fait nos fignaux
de reconnoiffance nous nous
ralliames .
,
Depuis le 23 Juillet , jufqu'au 3 Août
que nous découvrîmes du Cap Paffaro,
la Sicile ; nous n'avions point vû de
terre , tant nous apprehendions les Côtes.
Miij
140 LE MERCURE
Le 12 Aouft , les Portugais prirent
congé de l'Armée des Vénitiens , ne
paroiffans pas contens de ces derniers.
Le 13, nous moüillâmes à Corfou,où
nos Galéres nous avoient précédez.
Ce qu'on aura peine à croire , c'eſt que
malgré tous les défordres du dernier
combat , nous avons trouvé , aprez le
compte fait de nos Bâtimens , que nous
n'en avions pas perdu un feul.
Depuis le 17 jufqu'au 26 , on répara
tant bien que mal , le dommage reçû .
Le 26 , les Galéres de la Religion êtant
parties pour Malthe avec 300 malades ,
nous appareillâmes pour les Zantes , où
nous moüillames le 30 .
Le premier Septembre , les Galéres
de Venife nous y joignirent .
Le 26 du mefme mois , le Tonnerre:
tomba à huit heures de matin fur un
Navire de Malthe. Il brifa le Mât de
Mizaine , tua quatre hommes , & en
brûla 20. Il est étonnant qu'il n'ait pas
mis le feu aux poudres ; mais , ce qu'il
y a de plus furprenant , c'eft qu'il foit
retombé à huit heures du foir fur le
mefme Bâtiment ; eftant entré par un
Sabord , & refforti dans l'inſtant par
l'autre , fans caufer aucun dommage :
DE NOVEMBRE. 14 %
Il fe tranfporta de là fur un Vaiffeau
Vénitien , où il tua hommes , & le
démâta de fes Mats de Hune.
Le 30 Septembre , les Vaiffeaux de
l'Ordre fortirent desZantes ,pour ſe rendre
à Malthe , où ils abordérent. Le 7
Octobre , un de ces meſmes Navires repart
pour ramener M. de Bellefontaine
à Toulon.
qui fe font paffés pendant cette Campagne,
entre les Flotes Venitiennes & Turques
; peut - être me faura- t- on gré que
j'en donne ici un Journal plus fidele que
ce qui a paru dans les Gazettes.. It
a efté traduit fur une Lettre Italienne,
écritepar un Chevalier à un de ſes amis :
On reconnoîtrafans peine qu'il n'avance
aucun fait dont il n'ait eftétémoin , ou
dont il n'ait efté parfaitement inftruit.
NOUVELLES ETRANGERES.
N
A Malthe le8 Octobre 1717.
OUS fortîmes de Malthe lez
de Juin avec deux des Vaiffeaux
de la Religion.
Le 16 du même mois , nous arrivâmes
à Corfon où étoit le rendez - vous
de la Flote Vénitienne : Nous la trouvâmes
cependant partie, pour gagner les
Bouches de Conftantinople ,fur un faux
avis que les Turcs ne pouvant pas trou132
LEMERCURE
ver de monde pour armer leurs Vaiffeaux
, étoient hors d'état de fe mettre:
en Mer. M. le Bailly de Belle - Fontaine
Lieutenant Général des Vaiffeaux
du Roy de France , nommé par le
Grand- Maître & le Pape , pour commander
les Auxiliaires , prévoyant cequi
artiveroit de cette Manoeuvre à
contre tems , dit hautement que ces
Vaifleaux alloient fe faire battre aux
Dardanelles ; qu'il eftoit un peu furpris
que ces Meffieurs ûffent manqué de leur
prudence ordinaire dans cette occafion ,
par trop d'impatience ; qu'ils devoient
bien attendre au moins la jonction des
fecours qui n'auroient point êté de trop.
V
Nous avions trouvé en effet à Corfou
, outre les Vaiffeaux Portugais avec
deux Brulots , les 5. Galeres de la Réligion
, les 5. autres du Pape , avec les
deux du grand Duc & toutes celles de
Veniſe..
Le 21. nous partîmes tous enfemble
pour les Zantès : Le 25. nous moüillâmes
à la Rade de ces ifles . Le 29. nous
apprîmes apres midi, que les Venitiens
êtant arrivés à l'entrée des Dardanelles
, s'en étoient retirés fort précipi- :
tamment ; après avoir laiffé leurs An- ¸
DE NOVEMBRE. 133
cres & leurs Cables aux Ifles de Ténédos
où ils ne faifoient que de moüiller .
Il leur a fallu effuyer deux combâts
confécutifs ; preſque toûjours en fuyant
devant la flotte Ottomane . M. de Frangini
fort brave homme d'ailleurs , mais,
aïant peu de capacité pour le metier
de la Mer ,fut tué dans l'i pemiere action
. M. Diedo l'a templacé dans la
même fonction d'Amira ' . Nous continuâmes
nôtre route pour nous joindre à
l'Armée Venitienne , qui s'êtoit retirée
entre la Candie & la Morée , Païs de
Maniotes qui font des Sauvages fous
la domination des Turcs. Le 2. Juillet ,
nous nous joignîmes avec la flore Venitienne
,réduite dans un pitoyable êtar,
êtapt fort délabrée & manquant de tour .
Le 4. nous apperçûmes les Vaiffeaux
ennemis, pourfuivans toûjours les Venitiens
Nous nous préparâmes au combat
le refte du jour & de la nuit . Le s .
à 8 heures du matin,ils vinrent fur nous
& nous gagnerent le vent : Nous nous
vîmes abandonnés en moins de z. heures
de toutes nos Galeres , dans le tems
que nos Vaiffeaux en avoient le plus
de befoin ,êtant en bonace , & que nous
êtions à 2. portées de Canon des En134
LE MERCURE
nemis. Les 8. Galeres Turques au contraire,
ne s'écarterent point de leurs Sultanes
ou Vaiff. quarrés. Hûreufement il
nous vint un peu de vent ; nous en profitâmes
& nous êtant mis en ligne
les Turcs déployerent leurs Pavillons ,
& nous , les nôtres aprés . Mais , ces Barbares
ayant reconnû que la flote chrêtienne
avoit reçû 10 Vaiff. de renfort ,ils
n'oferent pas nous attaquer ; ils fe contenterent
de tenir le vent. Noustachâmes
de le leur gagner , fans y avoir pû.
réuffir. Le 6. nous vîmes les Ennemis
qui fe retiroient & qui allerent moüiller
à Coron. Pour nous autres , nous
reftântes jufqu'au 13. dans les mêmes
eaux,ayant toûjours ûles vents contraires
& toûjours en vue des Ottomans.
Il ne nous auroit pas fallu plus de 12 .
heures de bon tems, pour regagner les
Zantes où nous nous ferions raccommodés
: Nous prîmes le parti d'aborder
au Golfe de Paflava , pour y faite
de l'Eau ; il n'y en avoit pas pour 24.
heures dans chaque Navire des Venitiens
, qui pour l'épargner , n'en diſtribuoient
à chaque homme que 2. verres
par jour : Jugés de l'extremité où nous
êtions , quand on penfe que nous toûDE
NOVEMBRE.
135
chions au moment de périr de foif.Deux
jours aprés, nous retrouvâmes nos Galeres
& nos Généraux .
•
Le 14 Juillet , eftant entrez dans le
Golfe de Paffava , nous apperçûmes
9 Barbarefques qui nous prenant pour
leurs gens , vinrent s'affaier fur la terre:
Elles fe détromperent bien- tôt , & nous
ayant reconnu , elles fortirent précipitamment
de leur -Taniere fur les s
heures du foir. Nous les chaffâmes inutilement
, nous y étant pris trop tard .
Nous fimes nôtre eau, aprés avoir pris
la précaution de mettre à terre 4000
hommes , à caufe que c'eft Pays de
Turquie.
Il y ût des Capitaines des Vaiffeaux
Vénitiens , qui nous avoüerent qu'il
y avoit un jour que l'eau leur manquoit.
Le 16 , une Chaloupe Vénitienne fe fauva
avec fon équipage & alla fe rendre
aux Turcs , auxquels elle découvrit la
fituation facheufe où l'Armée fe trouvoir.
LesEnnemis en ayant profité , le 18 ,
nous les reconûmes venans à toute voile
fur nous . Nous appareillâmes & nous
nous préparâmes toute la nuit au cobat .
Le19 , à la pointe du jour ,nous découvrîmes
de nôtre avant , leurs voiles , à deux
136 LE MERCURE
lieuës de nos Navires: Ayant le vent fur
nous , nous êtendîmes nôtre ligne tant
bien que mal : M. de Belle - Fontainecommandoit
l'arriere Garde de la Flote
avec les Auxiliaires . Les Vénitiens qui
avoient l'Avant- Garde, commencerent
à tirer à 8 heures du matin : Pour notre
Arriere- Garde , elle ne fit fes décharges
qu'à 9 heures , que les Ennemis
n'étoient qu'à demie-portée de canon
de nous. Le Corps de bataille des
Turcs , & tous les Amiraux tomberent
en même tems fur elle. Ils virent un
autre feu que celui des Vénitiens ; nôcanon
alloit comme la moufqueterie ,
Les Portugais , dont deux de leurs
Vaiffeaux eftoient de 80piéces de canon
, en ayant furtout de 36 livres de
balles à leur premiere batterie , y firent
des merveilles : Le Navire que montoit
M. de Belle - Fontaine , tira en quatre
heures 1250 coups de canon , & fit
revirer de bord l'Amiral Turc qui n'en
voulut plus tâter. Comme les Ennemis
tenoient le vent , & qu'ils nous avoient
enfoncez dans le Golphe de Paffava
tout à fait fur la terre ; M. de Belle-
Fontaine envoya dire par le Major à
l'Amiral Vénitien de revirer
les
DE NOVEMBRE. 137
les vents nous ayant adonez ; &
de couper l'Armée Turque en deux ;-
ce qui fut heureufement exécuté dans
le moment : Les Turcs pour lors , fe
crûrent entierement perdus ; nous
fimes feu des deux bords ; tout rioit
pour gagner une Bataille complette &
abimer la Marine Turque ; mais , cette
efperance ne dura pás long - tems ,
car , contre toute attente , l'avant - garde
alla fe remettre tout en Peloton
fous le vent des Ennemis , où nous nous
trouvâmes en bonace les uns fur les
autres. Il eft comme indubitable , que
files Turcs avoient efté gens experimentés
>
ils n'avoient qu'à envoyer
deux ou 3. Brulots , & toute la flore
chrêtienne auroit efté dévorée par les
flammes . Enfin às heures du foir , le
Combât finit Nos Galeres pendant l'action,
refterent toûjours fous le vent , fans
pouvoir tirer un feul coup , fe mertans .
à l'abri de nos Vaiffeaux du côté qu'ils
ne tiroient point. Toute nôtre Armée a
efté fort maltraitée ; mais , en revanche
, celle des Ennemis n'a gueres
moins fouffert que la nôtre . Pour les
Venitiens, ils avoient déja efté fort endommagés
dans les deux premiers
M
138
LE MERCURE
combâts. Il faut avouer que les Turcs
êtoient plus forts que nous , ayant so.
Navires , & nous 35. en tout. Les premiers
avoient des canons de nouvelle
invention , qui pouffoient des Boulets
de marbre , gros comme des bombes de
400. livres; ce qui abimoit un Vaiffeau ;
auffi , nôtre flote faifoit - elle pitié . On
ne voyoit que Mats , Voiles , Corps de
Navires brifés , Bras , Jambes emportées,
& Cadavres jonchés . Nous avons û
3000. hommes de tués ou bleffés dans
cette journée.
Le lendemain 20. les deux Armées
êtant reftées dans le Golfe de Paſſava ,
demeurerent tranquilles & dans l'inaction.
Nous travaillâmes à nous raccom
moder toute la journée. Le 21. manqua
de nous être bien funefte ; puifqu'à 7 .
heures du matin , nous vîmes revirer
les Turcs fur nous , pour nous rattaquer
de nouveau , s'êtant raccommodés dans
leurs ports & rafraichis de monde.Nous
voulûmes nous mettre en ligne , mais ,
la moitié de nôtre Armée fe trouva en
bonace. A 2. heures aprés midi , il s'éleva
un gros vent de Nord- Ouëft qui
nous démâta 7. de nos plus gros Na-..
vires. Quelle êtrange extremité ? Etre
DE NOVEMBRE.
139
nous
en vue des Ennemis , à portée & demie
de canon, & dans la crainte à chaqueinftant
d'en être écrafés , fans pouvoir
prefque fe deffendre : Voilà qu'elle
etoit nôtre fituation . Nous prîmes le
parti le plus fûr , qui eftoit de gagner
le large. Il ne tenoit qu'à ces Barbares
de nous enlever 4. Vaiffeaux qui
reftoient de l'arriere-garde ; cependant,
ils n'en firent rien , n'ayant pas. fû profiter
de l'occafion . Nous manoeuvrames
fi bien que le jour ayant baiffé ,
nous fauvâmes à la faveur des ténébres
; nous ûmes toute la nuit, le vent
trés frais avec une groffe Mer. Toute
la flotte qui avoit fa mâture endommagée
, êtoit occupée à remorquer des
Navires démâtés . Le lendemain 22 .
nous nous trouvâmes à 15. lieuës de
Terre , les Galéres s'en allant , vent
arriere , du côté de la Candie . Le foir ,
le vent manqua , & ayant fait nos fignaux
de reconnoiffance nous nous
ralliames .
,
Depuis le 23 Juillet , jufqu'au 3 Août
que nous découvrîmes du Cap Paffaro,
la Sicile ; nous n'avions point vû de
terre , tant nous apprehendions les Côtes.
Miij
140 LE MERCURE
Le 12 Aouft , les Portugais prirent
congé de l'Armée des Vénitiens , ne
paroiffans pas contens de ces derniers.
Le 13, nous moüillâmes à Corfou,où
nos Galéres nous avoient précédez.
Ce qu'on aura peine à croire , c'eſt que
malgré tous les défordres du dernier
combat , nous avons trouvé , aprez le
compte fait de nos Bâtimens , que nous
n'en avions pas perdu un feul.
Depuis le 17 jufqu'au 26 , on répara
tant bien que mal , le dommage reçû .
Le 26 , les Galéres de la Religion êtant
parties pour Malthe avec 300 malades ,
nous appareillâmes pour les Zantes , où
nous moüillames le 30 .
Le premier Septembre , les Galéres
de Venife nous y joignirent .
Le 26 du mefme mois , le Tonnerre:
tomba à huit heures de matin fur un
Navire de Malthe. Il brifa le Mât de
Mizaine , tua quatre hommes , & en
brûla 20. Il est étonnant qu'il n'ait pas
mis le feu aux poudres ; mais , ce qu'il
y a de plus furprenant , c'eft qu'il foit
retombé à huit heures du foir fur le
mefme Bâtiment ; eftant entré par un
Sabord , & refforti dans l'inſtant par
l'autre , fans caufer aucun dommage :
DE NOVEMBRE. 14 %
Il fe tranfporta de là fur un Vaiffeau
Vénitien , où il tua hommes , & le
démâta de fes Mats de Hune.
Le 30 Septembre , les Vaiffeaux de
l'Ordre fortirent desZantes ,pour ſe rendre
à Malthe , où ils abordérent. Le 7
Octobre , un de ces meſmes Navires repart
pour ramener M. de Bellefontaine
à Toulon.
Fermer
1281
p. 141-145
De Londres le 18 Novembre 1717.
Début :
On ne doute presque pas ici que le Roy, comme Electeur [...]
Mots clefs :
Électeur d'Hanovre, Traité d'alliance, Empereur, Guerre, Troupes, Milord, Roi, Cavalerie, Comte, Pape, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres le 18 Novembre 1717.
De Londres le 18 Novembre 1717 .
le 'On ne doute prefque pas ici que
Roy , comme Electeur d'Hanovre ,
n'ait fait un Traité d'Alliance deffenfive
avec l'Empereur ; fuivant lequel ,
ce Prince doit donner du fecours à S.
M. I. qui eft préfentement attaquée en
Italie par le Roy d'Espagne . Comme
la Nation ne paroit nullement difpofée
à entrer dans cette guerre , dont la
feule déclaration feroit perdre la plus
confidérable branche de fon commerce ,
il n'y a pas d'apparence qu'elle rompe
fitôt avec les Efpagnols : Ainfi , on eft
perfuadé que fi le Roy veut fecourir
l'Empereur , il ne pourra le faire qu'avec
les Troupes de fon Electorat ; &
comme Roy d'Angleterre , il tâchera
avec les autres Puiffances , de regler
742 LE MERCURE.
les différents de ces deux Monarques ,
à l'amiable.
,
Le Lord Cadogan a êté confulté fur
la réduction des Troupes ; mais , cóntre
fon fentiment & celui du Comte
de Sunderland , les ordres ont êté ex-.
pédiés pour réformer inceffament
6300 hommes. Le Roi s'y eft déterminé
fur les rémontrances de Milord
Covvpert, qui a reprefenté à S. M. que
c'étoit le plus für moyen , pour fe
concilier l'affection des Peuples , qui
feroient convaincus par là , qu'elle a
plus de confiance en leur fidélité , que
dans la force d'ure Armée : Cependant
, le Parti oppofé à la Cour , ne témoigne
pas eftre fatisfait de cette réforme
; il prétend qu'elle n'eft
forme au Réglement qui fut fait du
tems du Roy Guillaume ; puifque les
Troupes qui refteroient aprés cette réduction
dans le Royaume , montéroient
encore à plus de 14000 hommes . Ce
Parti voudroit , que fuivant ce Réglement
, on caffât entiérement les nouveaux
Corps , & qu'on les réduifit à
7000 hommes feulement ; ce qui , felon
ces Meffieurs , eft d'une grande
conféquence ; puifqu'en ne réformanc
pas conDE
NOVEMBRE. 143
les Troupes que de dix hommes par
Gompagnies de Cavalerie , & de vingt
par celles d'Infanterie , les Corps n'en
reftent pas moins fur pied ; ce qui n'eft
pas néceffaire , difent -ils , avec d'autant
moins de raifon , que le Royaume
eft en Paix , & que d'ailleurs on a une
Flote pour la garde des Côtes . Ce Parti
prétend faire grand bruit là deffus , dans
le prochain Parlement ; mais , on eft
perfuadé que la Cour fera échouler le
projet de ces Mécontens.
On a êté furpris ici que Milord Cadogan
ait quitté fon Ambaffade de Hollande
, dans le tems qu'il y devoit faire
fon Entrée publique , pour laquelle tous
les préparatifs êtoient faits . On a appris
en même tems , que fon départ êtoit
fondéfur le refus que les E. G. ont fait ,
d'entrer conjointement avec la Cour
dans l'équipement d'une Flote contre
la Suéde , ou contre toute autre Puiſfance.
La Cour eſt tout à fait indignée contre
le Pape , de l'affront qui luy a efté
fait en la perfonne du Comte de Peterboroug
: Comme Pair d'Angleterre, elle
prétend qu'il luy en faffe fatisfaction.
Pour cet effet, elle a écrit au Comte de
144
LE MERCURE
Galafch Ambaffadeur de l'Empereur à
Rome , & l'a chargé de demander
en fon nom au Pontife : 10 , Qu'il air
à déclarer par un êcrit figné du Cardinal
Paulucci fon Secretaire , que ce
n'eft pas par fon ordre , que le Comte:
de Peterborough a êté arrêtè . 2 , Qu'il
fera punir le Cardinal Légat de Bologne
qui a donné l'ordre pour arrêter
ce Seigneur. 30 , Qu'il promettra qu'à«
l'avenir , aucun des Sujets de Sa Majefté
ne fera inquieté dans fes Etats , directement
ou indirectement , fous- pretexte
du Prétendant. 4º , Que le Pape
promettra de ne donner à l'avenir aucune
retraite , fecours , ni entretien , aut
Prétendant. 50 , Que fi le Pape refuſe
de donner cette fatisfaction , le Comte
de Galafch a ordre de luy déclarer que
Sa Majesté fait équiper une Efcadre de
Vailleaux, avec des Galiotes à bombes,
pour aller bobarder Civita- Vechia à fes
dépens. On affùre que le Roy a êcrit à
l'Empereur à ce fujet , pour qu'il donne
ordre à fon Ambaffadeur, d'exécuter la
Commiffion de Sa Majefté. Nos Politiques
prétendent que voilà une belle
occafion pour profiter de l'Armement
de huit Vaiffeaux de Guerre , & de deux
Galiotes
DE NOVEMBRE. 145
Galiotes à bombes ; puifqu'il pourra
fervir
à deux fins ; l'un contre le Pape ,
l'autre pour tenir la balance de ce
côté là , & pour empêcher que les Efpagnols
ne pouffent leurs conquêtes
plus avant en Italie , aprés la priſe de
Sardaigne : Mais , il y a grande apparence
que cette Efcadre ne fera pas
prête avant le Printems prochain ; peuteftre
que dans ce tems- là , la Cour de
Rome aura trouvé des moyens d'affoupir
cette affaire .
le 'On ne doute prefque pas ici que
Roy , comme Electeur d'Hanovre ,
n'ait fait un Traité d'Alliance deffenfive
avec l'Empereur ; fuivant lequel ,
ce Prince doit donner du fecours à S.
M. I. qui eft préfentement attaquée en
Italie par le Roy d'Espagne . Comme
la Nation ne paroit nullement difpofée
à entrer dans cette guerre , dont la
feule déclaration feroit perdre la plus
confidérable branche de fon commerce ,
il n'y a pas d'apparence qu'elle rompe
fitôt avec les Efpagnols : Ainfi , on eft
perfuadé que fi le Roy veut fecourir
l'Empereur , il ne pourra le faire qu'avec
les Troupes de fon Electorat ; &
comme Roy d'Angleterre , il tâchera
avec les autres Puiffances , de regler
742 LE MERCURE.
les différents de ces deux Monarques ,
à l'amiable.
,
Le Lord Cadogan a êté confulté fur
la réduction des Troupes ; mais , cóntre
fon fentiment & celui du Comte
de Sunderland , les ordres ont êté ex-.
pédiés pour réformer inceffament
6300 hommes. Le Roi s'y eft déterminé
fur les rémontrances de Milord
Covvpert, qui a reprefenté à S. M. que
c'étoit le plus für moyen , pour fe
concilier l'affection des Peuples , qui
feroient convaincus par là , qu'elle a
plus de confiance en leur fidélité , que
dans la force d'ure Armée : Cependant
, le Parti oppofé à la Cour , ne témoigne
pas eftre fatisfait de cette réforme
; il prétend qu'elle n'eft
forme au Réglement qui fut fait du
tems du Roy Guillaume ; puifque les
Troupes qui refteroient aprés cette réduction
dans le Royaume , montéroient
encore à plus de 14000 hommes . Ce
Parti voudroit , que fuivant ce Réglement
, on caffât entiérement les nouveaux
Corps , & qu'on les réduifit à
7000 hommes feulement ; ce qui , felon
ces Meffieurs , eft d'une grande
conféquence ; puifqu'en ne réformanc
pas conDE
NOVEMBRE. 143
les Troupes que de dix hommes par
Gompagnies de Cavalerie , & de vingt
par celles d'Infanterie , les Corps n'en
reftent pas moins fur pied ; ce qui n'eft
pas néceffaire , difent -ils , avec d'autant
moins de raifon , que le Royaume
eft en Paix , & que d'ailleurs on a une
Flote pour la garde des Côtes . Ce Parti
prétend faire grand bruit là deffus , dans
le prochain Parlement ; mais , on eft
perfuadé que la Cour fera échouler le
projet de ces Mécontens.
On a êté furpris ici que Milord Cadogan
ait quitté fon Ambaffade de Hollande
, dans le tems qu'il y devoit faire
fon Entrée publique , pour laquelle tous
les préparatifs êtoient faits . On a appris
en même tems , que fon départ êtoit
fondéfur le refus que les E. G. ont fait ,
d'entrer conjointement avec la Cour
dans l'équipement d'une Flote contre
la Suéde , ou contre toute autre Puiſfance.
La Cour eſt tout à fait indignée contre
le Pape , de l'affront qui luy a efté
fait en la perfonne du Comte de Peterboroug
: Comme Pair d'Angleterre, elle
prétend qu'il luy en faffe fatisfaction.
Pour cet effet, elle a écrit au Comte de
144
LE MERCURE
Galafch Ambaffadeur de l'Empereur à
Rome , & l'a chargé de demander
en fon nom au Pontife : 10 , Qu'il air
à déclarer par un êcrit figné du Cardinal
Paulucci fon Secretaire , que ce
n'eft pas par fon ordre , que le Comte:
de Peterborough a êté arrêtè . 2 , Qu'il
fera punir le Cardinal Légat de Bologne
qui a donné l'ordre pour arrêter
ce Seigneur. 30 , Qu'il promettra qu'à«
l'avenir , aucun des Sujets de Sa Majefté
ne fera inquieté dans fes Etats , directement
ou indirectement , fous- pretexte
du Prétendant. 4º , Que le Pape
promettra de ne donner à l'avenir aucune
retraite , fecours , ni entretien , aut
Prétendant. 50 , Que fi le Pape refuſe
de donner cette fatisfaction , le Comte
de Galafch a ordre de luy déclarer que
Sa Majesté fait équiper une Efcadre de
Vailleaux, avec des Galiotes à bombes,
pour aller bobarder Civita- Vechia à fes
dépens. On affùre que le Roy a êcrit à
l'Empereur à ce fujet , pour qu'il donne
ordre à fon Ambaffadeur, d'exécuter la
Commiffion de Sa Majefté. Nos Politiques
prétendent que voilà une belle
occafion pour profiter de l'Armement
de huit Vaiffeaux de Guerre , & de deux
Galiotes
DE NOVEMBRE. 145
Galiotes à bombes ; puifqu'il pourra
fervir
à deux fins ; l'un contre le Pape ,
l'autre pour tenir la balance de ce
côté là , & pour empêcher que les Efpagnols
ne pouffent leurs conquêtes
plus avant en Italie , aprés la priſe de
Sardaigne : Mais , il y a grande apparence
que cette Efcadre ne fera pas
prête avant le Printems prochain ; peuteftre
que dans ce tems- là , la Cour de
Rome aura trouvé des moyens d'affoupir
cette affaire .
Fermer
1282
p. 145-147
De Vienne, le 5 Novembre.
Début :
Quoique les Turcs publient que la Porte sera des efforts [...]
Mots clefs :
Turcs, Campagne, Paix, Puissance, Forteresse, Députés, Prince Eugène, Duc, Troupes, Noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne, le 5 Novembre.
De Vienne , les Novembre.
Quoique les Turcs publient que la
Porte fera des efforts étonnants , pour
agir offenfivement la Campagne prochaine
; il n'en eft pas moins vrai que
ces Infidéles recherchent la Paix avec
empreffement, & mefme fans la participation
d'aucune autre Puiffance . On
fçait que pour préliminaire , ils confentent
de céder Themefvvar , & tout le
côté Septentrional du Danube , juſqu'à
Belgrade . Mais , ils infitent extremément
fur la reftitution de cette derniére
Ville,qui leur tient fi fort au coeur,
que pour la ravoir , ils permetteront
Novembre
1717. N
146
LE
MERCURE
que l'Empereur puiffe conftruire deux
nouvelles Fortereffes fur le Danube ;
l'une , vis- à- vis Belgrade , & l'autre ,
où S. M. I. le trouvera bon. Pour cet
effet , ils offrent de lui payer un million
de Florins ; à condition cependant ,
que les Vénitiens ne feront point compris
dans ce Traité , ne voulans
leur rendre la Morée.
pas
Auffitôt que les Députez des Turcs
qui font à Belgrade , auront reçû de -la
Porte , une plus ample inftruction pour
traiter de la Paix . M. le Prince Eugéne
partira d'ici incognito pour s'y rendre .
En attendant , les Troupes Impériales
font actuellement occupées à s'êtendre
fur la droite par la Bofnie , en
tirant vers Triefte. On avance beaucoup
les nouveaux préparatifs , pour
attaquer de rechef Zvvornick , dont la
la fituation incommode fort nos Quartiers.
La Cour eft en Traité,pour prendre
à fon fervice 30000 hommes d'augmentation
de Troupes auxiliaires ,
qui lui font offertes par divers Princes
Allemagne ...
Les derniéres Lettres de
Hambourg
du dix de ce mois , portent que le Roy
de
Danemarck avance fort fes préparaDE
NOVEMBRE
147
tifs pour le meure de bonne heure
en Campagne avec une Armée de
fooo hommes : Que le Roy de Suéde
defon côté , qui a des Troupes nombreufes
& bien entretenues , ne perdpoint
de vûë fon deffein fur la Norwvege
, fe flatant d'y pouvoir faire
une invafion , à la faveur des glaces
prochaines.
Le Duc de Mexelbourg continue à
faire de nouvelles levées , pour aug
menter le nombre de fes Troupes. Il
prétend avoir fur pied une armée de
15000 hommes le Printes prochain.
On craint fort que cet Armement
n'ait d'autre objet , que fa Nobleffe ;
puifqu'il ne faut pas tant de monde
pour la réduire .
Quoique les Turcs publient que la
Porte fera des efforts étonnants , pour
agir offenfivement la Campagne prochaine
; il n'en eft pas moins vrai que
ces Infidéles recherchent la Paix avec
empreffement, & mefme fans la participation
d'aucune autre Puiffance . On
fçait que pour préliminaire , ils confentent
de céder Themefvvar , & tout le
côté Septentrional du Danube , juſqu'à
Belgrade . Mais , ils infitent extremément
fur la reftitution de cette derniére
Ville,qui leur tient fi fort au coeur,
que pour la ravoir , ils permetteront
Novembre
1717. N
146
LE
MERCURE
que l'Empereur puiffe conftruire deux
nouvelles Fortereffes fur le Danube ;
l'une , vis- à- vis Belgrade , & l'autre ,
où S. M. I. le trouvera bon. Pour cet
effet , ils offrent de lui payer un million
de Florins ; à condition cependant ,
que les Vénitiens ne feront point compris
dans ce Traité , ne voulans
leur rendre la Morée.
pas
Auffitôt que les Députez des Turcs
qui font à Belgrade , auront reçû de -la
Porte , une plus ample inftruction pour
traiter de la Paix . M. le Prince Eugéne
partira d'ici incognito pour s'y rendre .
En attendant , les Troupes Impériales
font actuellement occupées à s'êtendre
fur la droite par la Bofnie , en
tirant vers Triefte. On avance beaucoup
les nouveaux préparatifs , pour
attaquer de rechef Zvvornick , dont la
la fituation incommode fort nos Quartiers.
La Cour eft en Traité,pour prendre
à fon fervice 30000 hommes d'augmentation
de Troupes auxiliaires ,
qui lui font offertes par divers Princes
Allemagne ...
Les derniéres Lettres de
Hambourg
du dix de ce mois , portent que le Roy
de
Danemarck avance fort fes préparaDE
NOVEMBRE
147
tifs pour le meure de bonne heure
en Campagne avec une Armée de
fooo hommes : Que le Roy de Suéde
defon côté , qui a des Troupes nombreufes
& bien entretenues , ne perdpoint
de vûë fon deffein fur la Norwvege
, fe flatant d'y pouvoir faire
une invafion , à la faveur des glaces
prochaines.
Le Duc de Mexelbourg continue à
faire de nouvelles levées , pour aug
menter le nombre de fes Troupes. Il
prétend avoir fur pied une armée de
15000 hommes le Printes prochain.
On craint fort que cet Armement
n'ait d'autre objet , que fa Nobleffe ;
puifqu'il ne faut pas tant de monde
pour la réduire .
Fermer
1283
p. 147-149
A Rome, le 11 Novembre 1717.
Début :
Le Pape tint Consistoire le 11 de l'autre mois. Tous les Cardinaux [...]
Mots clefs :
Pape, Consistoire, Cardinaux, Prince électoral, Empereur, Décès, Hommage, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome, le 11 Novembre 1717.
A Rome , le 11 Novembre 1717 .
Le Pape tint Confiftoire le 11 de l'autre
mois. Tous les Cardinaux , même
les abfens , avoient efté fommés de s'y
rendre. S. S. leur fit part de l'abiuration
du Prince Electoral de Saxe, faite
en 1712 à Bologne , entre les mains
du Cardinal Cafoni Legat pour lors..
dans cette Ville. C'eft le Prince mê
Nij
148 C LE MERCURE
me quia fupplié le S. P. par une Let.
tre du 28 Septembre de la rendre publique
: On ne doute pas que l'Empereur
ne prenne la défenfe du nouveau
Converti , contre toute Puiffance qui
voudroit lui nuire , ou l'attaquer fous ce
pretexte de changement de Religión.
Milord Peterborough eft toûjours
prifonnier au Fort Urbin, où il fe réjoüit
& fe divertit de fon mieux. On voudroit
bien l'élargir mais il s'y oppofe :
Come ce Seigneur fe croit trés offenfé, il
veut avoir une fatisfaction à l'avenant.
Le 25 du paffé, mourut le Cardinal
Grimaldi Gennois , né le 6 Décembre
1545. Le S. P. médite un voyage à
Urbin lieu de fa naiffance , où il verra
le Prétendant à qui il doit vifite : Il y
paroîtra avec tout l'éclat de la Papauté.
Il a épargné à ce deffein les frais de
trois Villegiatures ; & c'eft pour cela
à ce qu'on affûre ,qu'il ne va point cette
année, à Caftel- Gandolphe : Chemin faifant
, il vifitera Nôtre- Dame de Lorette ,
à qui il deftine pour hommage , les
Queues de cheval nouvellement conquifes
fur les Turcs. Il est arrivé de
France un Courier extraordiniare ; il
eftoit porteur d'un Edit fameux, qui fait
DE NOVEMBRE.. 149
défenfe deparler de la Conftitution.
Quelque inftance qu'ait pû faire M.
le Cardinal de la Tremoille auprés du
Pape , il n'a pû obtenir l'Indult pour
Befançon ; quoique M. l'Abbé de Mornay
défigné pour cet Archevêché , foit
agréable à cette Cour.
Nous fommes dans l'attente , d'un
Confiftoire, pour voir fi M. de ... fera
fait enfin Cardinal : Le Pape s'y eft engagé
de parole trop pofitivement , en
difant de ce Prélat , vederà che fono
galant-huomo,
Le 4 de Novembre , le Pape tint Chapelle
dans l'Eglife de S.
Milanois , dont S. M. I.
Charles des
porte
le nom .
Le Pape tint Confiftoire le 11 de l'autre
mois. Tous les Cardinaux , même
les abfens , avoient efté fommés de s'y
rendre. S. S. leur fit part de l'abiuration
du Prince Electoral de Saxe, faite
en 1712 à Bologne , entre les mains
du Cardinal Cafoni Legat pour lors..
dans cette Ville. C'eft le Prince mê
Nij
148 C LE MERCURE
me quia fupplié le S. P. par une Let.
tre du 28 Septembre de la rendre publique
: On ne doute pas que l'Empereur
ne prenne la défenfe du nouveau
Converti , contre toute Puiffance qui
voudroit lui nuire , ou l'attaquer fous ce
pretexte de changement de Religión.
Milord Peterborough eft toûjours
prifonnier au Fort Urbin, où il fe réjoüit
& fe divertit de fon mieux. On voudroit
bien l'élargir mais il s'y oppofe :
Come ce Seigneur fe croit trés offenfé, il
veut avoir une fatisfaction à l'avenant.
Le 25 du paffé, mourut le Cardinal
Grimaldi Gennois , né le 6 Décembre
1545. Le S. P. médite un voyage à
Urbin lieu de fa naiffance , où il verra
le Prétendant à qui il doit vifite : Il y
paroîtra avec tout l'éclat de la Papauté.
Il a épargné à ce deffein les frais de
trois Villegiatures ; & c'eft pour cela
à ce qu'on affûre ,qu'il ne va point cette
année, à Caftel- Gandolphe : Chemin faifant
, il vifitera Nôtre- Dame de Lorette ,
à qui il deftine pour hommage , les
Queues de cheval nouvellement conquifes
fur les Turcs. Il est arrivé de
France un Courier extraordiniare ; il
eftoit porteur d'un Edit fameux, qui fait
DE NOVEMBRE.. 149
défenfe deparler de la Conftitution.
Quelque inftance qu'ait pû faire M.
le Cardinal de la Tremoille auprés du
Pape , il n'a pû obtenir l'Indult pour
Befançon ; quoique M. l'Abbé de Mornay
défigné pour cet Archevêché , foit
agréable à cette Cour.
Nous fommes dans l'attente , d'un
Confiftoire, pour voir fi M. de ... fera
fait enfin Cardinal : Le Pape s'y eft engagé
de parole trop pofitivement , en
difant de ce Prélat , vederà che fono
galant-huomo,
Le 4 de Novembre , le Pape tint Chapelle
dans l'Eglife de S.
Milanois , dont S. M. I.
Charles des
porte
le nom .
Fermer
1284
p. 149-150
DU CHASTEAU DU GRAND-MAISTRE DE L'ORDRE DE LA JOYE. Le vingt-trois Novembre 1717.
Début :
La Cour du Grand-Maître grossit tous les jours, de nième que sa [...]
Mots clefs :
Cour, Grand-maître, Envoyés, Députés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU CHASTEAU DU GRAND-MAISTRE DE L'ORDRE DE LA JOYE. Le vingt-trois Novembre 1717.
DU CHASTE AU
DU GRAND - MAISTRE
DE L'ORDRE DE LA JOYE .
Le vingt- trois Novembre 1717.
> fa
A Cour du Grand- Maître groffit
tous les jours de même que
corpulance. On voit arriver de tous
Nij
150 LE MERCURE
côtez , des Envoyez qui s'empreffent de
le venir complimenter fur fon joyeux
avénement à la grande Maîtriſe. Ceux
de Coindrieux , de Frontignan , de Rivéfalte
, de Caffis & de S. Laurent
font venus prefque tous en même tems.
L'on apprend par une Lettre de Frere
Rogier Bon- Temps qui eft à Lyon, où il
tient fes- Affifes à la Pomme de Pin en
Belle -Cour , que les Députez de
Champagne & de Bourgogne font en
marche .
Le nombre des Freres augmentans
chaque jour , le Grand-Maître a cu
qu'il étoit néceffaire de leur donner
des Statuts , pour leur fervir de Régle .
DU GRAND - MAISTRE
DE L'ORDRE DE LA JOYE .
Le vingt- trois Novembre 1717.
> fa
A Cour du Grand- Maître groffit
tous les jours de même que
corpulance. On voit arriver de tous
Nij
150 LE MERCURE
côtez , des Envoyez qui s'empreffent de
le venir complimenter fur fon joyeux
avénement à la grande Maîtriſe. Ceux
de Coindrieux , de Frontignan , de Rivéfalte
, de Caffis & de S. Laurent
font venus prefque tous en même tems.
L'on apprend par une Lettre de Frere
Rogier Bon- Temps qui eft à Lyon, où il
tient fes- Affifes à la Pomme de Pin en
Belle -Cour , que les Députez de
Champagne & de Bourgogne font en
marche .
Le nombre des Freres augmentans
chaque jour , le Grand-Maître a cu
qu'il étoit néceffaire de leur donner
des Statuts , pour leur fervir de Régle .
Fermer
1285
p. 175-196
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le R. P. Surian Prêtre de l'Oratoire & Prédicateur célébre, ayant été [...]
Mots clefs :
Duchesse, Abbé, Comte, Duc, Marquis, Seigneur, Princesse, Discours, Honneur, Cérémonie, Académie, Ambassadeur, Oratoire, Étrangers, Charges, Église, Gratification, Rentes, Roi, Baptême, Académie de l'Histoire & des Belles Lettres, Abbé, Auditeur, Cardinal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
Le
ER.P.Surian Prêtre de l'Oratoire
& Prédicateur célébre , ayant été
nommé pour prêcher devant le Roy ,
l'Avent où nous entrons , ouvrit ſa Station
par le Sermon de la Touffaints.
Il avoit pris pour Texte , ces paroles
de l'Apôtre. Hac eft voluntas
Dei , fanctificatio veftra. La volonté
de Dieu eft que vous foyez faint.
L'interprétation de ce Paffage lui
ayant fourni un très beau Difcours , le
iiiij
175 LE MERCURE
conduifit encore trés hûreufement à
cette conclufion qu'il adreffa au Roy.
Mais , ce que l'Efprit- Saint adreffe aujourdhui
à tous les hommes , SIRE ,
il femble le dire d'avantage à VÔTRE
MAJESTE ' , & d'une manière plus propre
& plus perfonélle. Car , où la volonté
de Dieu de fanctifier un Roy ,
fut- elle jamais plus fenfible ? Rappellés
ici dans votre coeur tout ce que Dieu
a fait pour vous. Il vous a conduit au
Thrône par des événemens fi inoüis ,
´qu'
'ils ont attendri fur nous le reſte du
Monde. Lorfque vosjours eux- mêmes
furent menacez , il daigna vous conferver
à nous , par les foins de la Gardienne
Illuftre de Vôtre Enfance , qui
fe croit plus hûreufe encore de vous
avoir infpiré la Vertu , que de vous
avoir fauvé la vie. Pour imprimer plus
profondément dans votre Ame le
néant du Monde , la crainte de Dieu ,
l'amour de vos Peuples , il vous a rendu
Spectateur de la mort fi héroïque
fi chrêtienne de vôtre Bis- Ayeul : Ec
les leçons qu'il vous fit en ce trifte
êtat , furent fi belles , fi touchantes ,
que vous ne les oublierez jamais . Ne
mettant à fes faveurs , ny mefure , ny
>
DE NOVEMBRE. 177
›
"
bornes , il vous a donné un de ces Naturels
hûreux , qui font faits pour la
Vertu ; un coeur droit , bon , fincére
généreux , docile pour le bien , timide
fur le mal , tendre pour les malhûreux ,
fenfible & reconnoiffant pour tous ceux
qui vous approchent , un Eſprit pénétrant
, une Ame grande , des fentimens
élevez , des inclinations nobles , un
fecret éloignement pour tous les amufemens
puériles . Ce qui eft encore de
vôtre âge , n'eft déja plus de vôtre goût,
& déja Maître de vous- mefme, vous aimés
à eftre tout ce qu'il faut que vous
foiez ; plein de dignité dans le maintien
& dans les paroles , fçachant repréfenter
& vous contraindre , ou plûtôt
ne vous contraignant jamais , dans
ce que la Raifon & la Bien-féance demandent
; nous offrant des Vertus dans
un âge , où l'on ne laiffe voir encore
que des efpérances ; furtout , Religieux
envers Dieu ; enforte que dans la jeuneffe
la plus tendre , non feulement
vous etes Roy , mais encore , ROY
TRE'S - CHRESTIEN, qui eft le plus
beau de vos Titres.
Des Graces fi rares , ne font- elles pas ,
SIRE , des engagemens heureux à
178* LE MERCURE
la fainteté ? Non , Dieu n'a pas raffemblé
fur VÔTRE MAJESTE tant
de genres de Prodiges , pour faire de
vous , précisément un Roy , mais pour
en faire unbon Roy , un grand Roy , un
faint Roy ; & il vous eft dit d'en haut ,
plus expreffément qu'à nul autre : La
volonté de Dieu est que vous foiez faint-
Il y a plus , SIRE : Ne pas vous fantifier
, ce feroit dégénérer de vôtre
Augufte Naiffance : Car , j'ofe dire
fans crainte d'eftre démenti , que vous
eftes le Fils d'un Saint. Ah ! S'il eft encore
fenfible aux chofes d'ici bas , ce
Prince
qui vécut affez pour fon bonheur
, & trop peu pour le nôtre ; qu'il'
eft tranfporté de joye , en voyant ce
que nous voyons ! Je crois l'entendre
qui s'écrie avec ce Pere attendri dans
l'Ecriture Quale gaudium mihi !
Quelle confolation pour moi ! Credo
equidem quod Angelus Dei bonus conducat
Filium meum. En regardant chacun
de ceux qui préfident ou qui concourent
à une éducation fi chere , il met
femble que Dieu lui- même a envoyé du
Ciel un guide fidéle , pour conduire
mon fils. Tout ce qui fe paffe au tour de
lui , fe fait avec fageffe & avec ordre :
T
DE NOVEMBRE. 179
Et bene omnia aguntur qua circa eum
fiunt . Cette joye puiffe - t - elle croître
chaque jour dans fon coeur. Et vous ,
mon Dieu ! Si la France vous eft encore
chere , confervez - lui un Thréfor
fiprécieux ; vous vous appellez le Pere
de l'Orphelin : En eft - il un dans l'Univers
plus digne qu'un Dieu l'adopte ?
Veillez fur fes jours , veillez fur fes Vertus
naiffantes : Verfez ſur cet Objet de
nôtre Amour, vos Bénédictions les plus
faintes. Difpofés- le par vôtre Efptit à
gouverner un jour ce grand Empire ,
avec la même prudence , la mefme juftice
, la mefme bonté , que le gouverne
aujourd'hui le Régent Augufte ,
à qui vous l'avez confié ; afin qu'aprés
avoir porté faintement la plus belle
Couronne de l'Univers , il mérite d'en
recevoir une éternelle dans le Ciel.
M. le Maréchal de Villeroy joüiffoit
depuis 19 ans , d'une gratification de,
50000 l . de rentes, que le feu Roy lui
avoit accordée fur les Octrois de la
Ville de Lyon , dont le bail ſe renouvelle
tous les 6 ans : Comme le terme
expiroit , ce Seigneur ayant demandé
la même grace à S. A. R. Elle fe fir
un plaifir de la lui continuer. A peine
180 LE MERCURE.
l'eut -il obtenue, qu'il la remit fur le
champ avec la générofité ordinaire , à
S. A. R. , difant qu'il n'avoit fongé en
la follicitant , qu'à l'honneur de l'obtenir
, & que ce feroit abufer des bontez
du Roy , furtout dans un tems où
tant d'Officiers de mérite avoient plus
befoin que lui , des largeffes de S. M.
On travaille depuis quelque tems à
la grande livrée de M. le Duc de Lorraine.
Les Habits au nombre de prés
de 100 , tant pour les Valets de pied,
que pour les gens d'Ecurie,font d'écarlatte
avec de fort beaux Galons ; ils
font doublés d'une Etoffe de couleur
de Jonquille . Il y a de plus , 20 Habits
pour les Pages avec les manches de
Velours ou de Bracelets . Les 7. Trompettes
des plaifirs de ce Prince ; les 12.
Trompettes & Timbaliers de la Gendarmerie
; les 2 Tambours & Fiffres
des Suiffes de fa garde auront des
Cafaques de la grande livrée gallonées
en plein , avec les pareméns de Velours
deJonquille. On ne fait pas encore précifément
, quand M. le Duc & Mde la
Ducheffe de Lorraine fe rendront à
Paris .
M. l'Abbé Chevalier , & le P. de
DE NOVEMBRE. 181
la Borde de l'Oratoire , font de retour
de Rome où ils êtoient allés il y a
plus d'un an , pour les affaires de la
Conftitution . M. le Cardinal de Noaïlles
a offert au premier , dans l'Eglife
de Paris , un Canonicat vacant qu'il
n'a pas accepté.
"
M. le Comte de Ryons a achetté
de M. de S. Vians qui eit fort âgé , le
Gouvernement de la Ville de Coignac ;
il rapporte 1200o liv. de rentes ; il n'oblige
point à refidence.
Les Acquereurs des 120000 liv . de
rentes viageres , à raifon du dénier feize,
pour parvenir à l'extinction d'une
partie des Billets de l'Etat , pouront
les conftituer fous le nom de telle perfonne
qu'ils voudront choifir , tant Sujets
du Roy , qu'Etrangers non naturalifés
, ou demeurans hors du Royaume
, pour en joüir tant par eux , que par
ceux qu'ils nommeront fur leurs quittances
, pendant la vie de la perfonne
qu'ils auront nommée.
Le Roy a commis M. Defnoyers de
Lorme , intereffé en la ferme des Domaines
duRoyaume, pour recevoir tou
tes les fommes qui proviendront de la
vente des dits Domaines , en Billets de
182 LEMERCURE
·
l'Etat ; & S. M. remet à fes Sujets les
2 f. pour livre du prix de leurs acquifitions.
M. le Grand- Prieur a donné fon confentement
, pour faire M. le Chevalier
d'Orleans Coadjuteur du Grand- Prieuré
de France. Mér le Duc Regent a donné
M. de Cauverel pour Gouverneur ,
à ce Chevalier qui fait fes exercices
à l'Académie de Long- pré.
M. de Caumartin a efté nommé avec
5. autres Confeillers d'Etat & 12 Mres
des Requêtes, pour examiner les Compres
de tous les Traitans . M. d'Ombreval
Avocat général de la Cour des
Aydes , eft Procureur général de cette
commiffion.
Le 4. fête de S. Charles , dont l'Empereur
porte le nom , M. le Comte de
Kinigfech Ambaffadeur de S. M. I. donna
dans fon hôtel , un repas fuperbe,
qui fut precedé & fuivi d'une fête magnifique
où il ny avoit rien à defirer.
Le 9. du mois , l'Académie Royale
de Mufique reprefenta pour la premiere
fois , Camille Reine des Volfques ,
Tragédie dont le Poëme eft de M.
Danchet , & la Mufique du fieur Campra
: Cet Opera fut parfaitement bien
DE NOVEMBRE. 18;
reçû du Public. J'entend dire aux Mres
de l'Art , que la Mufique en eft continûment
belle : Ces Mis en cette occafion
, fe déclarent en faveur de leur Emule
, avec un zele généreux qui tient
du prodige. M. Danchet n'eft pas f
bien fervi de la part des Poëtes les
Rivaux : Cela eft dans l'ordre.
M. de Bafville revient de Languedoc
, & M. de Bernages Intendant
d'Artois , eft nommé pour le remplacer.
M. d'Angervilliers à qui eftoit deftinée
cette Intendance , a mieux aimé
refter dans celle d'Alface , & M . de Meliand
Intendant de Lyon , paffera à celle
de Picardie & d'Artois ; M. Poulletier
qui a efté Intendant des Finances
, va relever ce dernier.
Il eft arrivé fur le Vaiffeau du Roy
le Paon, deux jeunes Sauvageffes de la
Nation des Chetimacha , fituée fur le
fleuve de la Loüifiane : Ces Peuples
font toûjours en guerre avec leurs voifins.
Lorfqu'ils tombent entre les mains
de leurs Énnemis , & reciproquement
' ceux- ci , entre les leurs , la mort eft
prefqu'inévitable , à moins qu'ils ne
trouvent à vendre leurs Prifonniers aux
François . Ceux ci , pour leur fauver la
184 LE MERCURE
vie,& les inftruire dans la Réligion Ch.
font comme forcés , de les acheter, quoique
le Roy n'ait point permis jufqu'à
prefent qu'on en fit des Efclaves. Madame
la Ducheffe de Noaillés les a
retirées d'un Paffager venant du
Miffiffipi : Elles n'ont rien de trop remarquable
, fi non qu'elles ont le teint
de couleur olivatre ; fans compter
les parures de leur Païs , qui confiftent
à avoir des bouquets de plumes fur
la tête , & beaucoup de Verroteries au
tour du Col.
Le Roy a donné à M. le Marquis
de la Carte , la Lieutenance générale
du Bas- Poitou , vacante par la démiffion
volontaire qu'en a faite , M: le
Marquis Deffiat qui en ettoit pourvû :
Les provifions de M. de la Carte font.
dattées du 7 Novembre 1717.
Le 11. Fête de S. Martin , Madame ,
Ducheffe de Berry tint Toilette , où le
trouvérent plufieurs Seigneurs & Dames
de la Cour : Mr le Maréchal de
Villars , de même que Mlle de Bouillon
& Mde la Comteffe d'Evreux , y affiftérent
; cette Princeffe donna le mênie
jour Audiance à l'Envoyé d'Heffe-Caffel
Le Dimanche 14 , Mile Nonce,Mr le
Comte
DE NOVEMBRE.
185
Comte de Kinigfech Ambaffadeur de
l'Empereur , avec les autres Miniftres
étrangers , fe trouvérent à la Toilette
de cette Princeffe , de même que Mrs
les Archevêques de Cambrai, de Tours
&M l'Evêque de Gap : Après la Meffe ,
cette Princeffe alla dîner à la Meute.
Le 15 , jour deſtiné pour le Baptême
de Mr le Comte de Clermont *, dont
le Roy eftoit parain , & Madame Ducheffe
de Berry, Maraine : Cette Princeffe
fe rendit à 6. heures du foir au
Palais des Tuileries , accompagnée de
Madame Ducheffe de S. Simon fa
Dame d'Honneur , de Meſdames les
Marquifes de Pons , de Mouchy , fes
Dames d'Atours , de Mefdames les
Marquifes d'Armenters , de Braffac &
d'Arpajon , fes Dames du Palais ; de
M. le Marquis de Coëtenfao fon Chevalier
d'Honneur : Le Roy accompagné
de Madame la Ducheffe de Berry , de
Mgr le Duc d'Orleans , de Mgr le Duc
de Chartres , de Mgr le Duc , de Mar le
Prince de Conty , de Me la Ducheffe,
de Miles de Charolois & de Clermont,
le rendit à fa Chapelle , où aprés avoir
fait fa priere , on fit avancer Mr le
* Il est âgé de ans,
dehy
Novembre
1717•
186 LE MERCURE
uA Comte de Clermont , qui portoit un
Habit d'un drap blanc galonné d'argent
, un Chapeau , un Plumer , une
Epée , des Bas , & des Souliers , le tout
blanc. M. l'Abbé Milon Aumônier du
Roy, fit la Cérémonie , affifté des Officiers
de la Chapelle, & de Mrsles Curez
de S. Sulpice &de S. Germain de l'Auxerrois:
Ce jeune Prince fe mit trois fois
à genoux, pendant cette Cérémonie, le
Roy lui fit arffi trois fois le Signe de la
Croix fur le front. Sa Majefté avoit à
fà droite , M. l'Abbé de la Vieuville , &
M. l'Abbé de Caulet fes Aumôniers ;
derriere , M. le Maréchal de Villeroy
& M. l'Evêque de Frejus . Madame Ducheffe
de Berry avoit de fon côté
M. l'Archevêque de Tours fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget
& M.l'Abbé duTremblayfesAumôniers:
M. le Marquis de Coetenfao & Madame
la Ducheffe de S. Simon , eftoient
placés derriere , avec les Dames du
Palais Audeffous du Roy , eftoient
Monfeigneur le Duc d'Orleans , M. le
Duc de Chartres , M. leDuc , M. lePrince
de Conty, Madame la Ducheffe & Mile
de Charollois , avec grand nombre de
Seigneurs Mr. de Gondrin , Mrs les
:
DE NOVEMBRE. 187
S
Marquis de Rupelmonde , de Torcy
& d'autres jeunes Seigneurs de l'âge
du Roy, y étoient,portans tous la Croix
de l'Ordre du Pavillon * ; M. le Comte
de Clermont avoit à fa droite M.l'Abbé
de Guijon fon Précepteur, & M.l'Abbé
des Forges fon fous- Précepteur : M. le
Chevalier de Dampierre Premier Gentil-
homme de la Chambre de M.leDuc,
faifoit la fonction de Gouverneur ; &
en cette qualité , il mit le Bandeau des
Adultes far la tête de ce Prince. *Ala
fin de la Cérémonie , M. l'Abbé Milon
préfenta la plume au Roy , enfuite à
Madame Ducheffe de Berry , & à Madame
la Ducheffe , pour figner fur les
Regiftres On diftribua quantité de
boëtes pleines de dragées aux Seigneurs
& Dames de la Cour. Le Roy
* L'Ordre du Pavillon a efté inftitué
depuis peu par Sa Majesté , pour les
jeunes Seigneurs qui lui font la Cour :
Les Croix font d'Or émaillées : Sur le
milieu , on voit d'un côté un Pavillon ,
& de l'autre , c'est un Aneau tournant
qui eft le jeu du Roy. Le Cordon auquel
eft attachée la Croix , eft rayé de blanc &
de bleu ; S. M. le porte Elle - même
fous le Cordon bleu.
Il fut nommé Louis .
Qij
138 LE MERCURE
1
portoit un Habit de velours noir garni
de Diamans , un plumet & un ruban
couleur de feu à la cravate . Madame
Ducheffe de Berry, avoit un Habit d'un
drap d'or , dont l'étofe feule avoit couté
9000 liv . Les Perles & les Pierreries
en faifoient la broderie , & fa coëfure
en êtoit toute brillante ; tou
tes les Dames de la Cour eſtoient magnifiques
: Comme la Cérémonie fe fit
à fix heures & demie du foir , les lumieres
de la Chapelle en augmentoient
encore l'éclat. La Tribune
du Roy & celle de la Mufique .,
eftoient remplies de Dames ou de Seigneurs,
parmi lesquels, il y avoit un trés
grand nombre d'Etrangers que la curiofité
y avoit attirés.
Lorfque le Roy tient des Princes du
du Sang , & qu'ils font encore entre
les mains des femmes , S. M. a coutume
d'envoyer dix mille francs pour ,
celles qui ont foin de l'Enfant. Comme
le cas eftoit différent , par raport à M.
lle Comte de Clermont , le Roy a fait
'honneur d'envoyer par M. le Febvre
Intendant de fes Plaifirs , à M. l'Abbé
de Guijon Précepteur de M. le Comte ,
un Diamant du prix de 1000 écus , & à
DE NOVEMBRE 189
>
M. l'Abbé des Forges fous- Précepteur
un autre de la valeur de 2000 livres.
Doluet Beg.ci-devant l'un des Pages
de l'Ambaffadeur de Perfe , converti
& inftruit par M. Gauderau , Curé du
Château Royal d'Amboife , fut batife
dans l'Eglife des Miffions Etrangères
le douze de ce mois. Son Parrain fut
M. l'Archevefque de Tours, premier
Aumônier de Madame la Ducheffe de
Berry , & Miniitre du Confeil de Confcience
; & fa Marraine , Madame la
Ducheffe de Saint Simon , Dame
d'Honneur de cette Princeffe
M. l'Abbé de Louvois ayant efté
nommé à l'Evefché de Clermont , n'en
ût pas plûtôt efté informé , qu'il revint
auffitôt de la Campagne , pour prier
Mgr le Duc Régent de permettre qu'il
ne l'acceptât pas ; s'excufant fur fa
mauvaife fanté ,qui le mettroit hors d'êtat
de donner à ce Diocéze , tout le tems
que fon êtenduë prodigieufe , & le peu
d'ordre qu'il y avoit , demandoient.
Mgr le Duc d'Orleans approuva fes
raifons , & lui donna fatisfaction ; ce
Prince ayant auffi - tôt deftiné cet Evef
ché au R. P. Maffilion de l'Oratoire ,
chargea M. le Cardinal de Noailles
190 LE MERCURE
de le lui propofer . Ce célébre Prédicateur
s'en deffendit d'abord le prix
confidérable des Bulles ne fut pas une
des moindres raifons qu'il allégua :-
Mais enfin , il fe laiffa perfuader ; ce
qui fut fuivi de fon acceptation qui , a
fait plaifir à tout Paris.
- en qua-
On a û avis par la voye des Miffions
êtrangéres de Perfe , que Méhémet
Beg qui eftoit venu
lité d'Ambaffadeur du Sophy , eftoit
enfin arrivé à Hifpahan avec une jeune
Françoife trés ainiable , à laquelle il s'êtoit
fortement attaché à Paris. Cette
fille s'en eftant cependant dégoutée ,
avoit formé le deffein à Dantzick de
fortir de l'esclavage où il la tenoit , &
de s'en revenir dans fa Patrie . Pour y
réuffir , elle avoit trouvé le moyen de
fe fauver heureufement dans la maifon
d'un François établi dans cette Ville
Anféatique. Méhémet ayant découvert
fa retraite , y eftoit entré le fabre à la
main , fuivi de quelques- uns de fes
gens , & avoit tellement êtonné par les
emportemens , le Particulier chez qui
elle eftoit cachée , que celui- ci avoit
efté forcé de la lui remettre . Elle
ne fut pas plûtôt en fon pouvoir "
DE NOVEMBRE. 19 B
qu'il lui mit les fers aux mains ,
quoique fort avancée en groffeffe . Par
la fuite , eftant accouchée en chemin
d'un garçon , elle avoit efté obligée de
le nourrir elle- mefme,pendant toute la
route qui a efté fort longue & fort pénible.
Ces Lettres ajoutent qu'il avoit
êté fort bien reçû du Roi de Perfe à qui
il a rendu compte de fon Ambaffade .
L'Ouverture du Parlement ſe fit le
lendemain de la S. Martin, en la maniére
accoutumée ; c'eſt- à-dire que , Meffieurs
les préfidens en Robes Rouges
& Fourures , tenans leur Mortier , Meffleurs
les Confeillers en Robes Rouges.
& Chaperons Fourés , & Meffieurs les
Gens du Roy, affitérent à la Meſſe du
Saint Efprit , célébrée dans la Chapelle
de la Grand - Saile du Palais ;.
aprés laquelle, M. de Mefmes Premier
Préfident donna un Dîner magnifique
à tous ces Meffieurs.
Le mefme jour , l'Académie de l'Hif
toire & des Belles Lettres , recommença
fes Affemblées. M. de Boze qui en
eft le Sécretaire perpétuel , lût les Eloges'de
M. l'Abbé Pinart , du célébre
M. Cuper Hollandois , & de M. Bourdelin
.
192 LE
MERCURE
M. l'Abbé Banniere régala enfuite
l'Auditoire , d'une
Differtation fur le
Culte d'Adonis , & M. l'Abbé Mahudel
s'étendit fort fur le Lotos des Anciens
, qu'il croit eftre une des espéces
de nôtre
Nénuphar aquatique .
Le 13 , l'Ouverture de l'Académie
Royale des Sciences fe fit à l'ordinaire.
M. de Fontenelle ayant partagé la le-
&ture de l'éloge de M. Leibnits , à cauſe
de fa longueur qui nous empêche même
d'en donner l'Extrait ; M. Caffini ,
remplit cet intervalle par un trés
beau Difcours , fur la grandeur des Etoiles
fixes , & fur leur diftance de la.
Terre. Il épargna aux Auditeurs l'embarras
& le travail des calculs ; & il ne
leur préfenta que le réfultat , ou l'expofé
toujours brillant des Découvertes
Aftronomiques. Pour faire fentir les
grands progrés que l'on a fait dans cette
Science , il prit les Etoiles fixes au
tems où l'on ne les croyoit guéres plus
grandes qu'elles ne le paroiffent, ni plus
élevées que les Montagnes qu'on difoit
foûtenir le Ciel ; & il les conduifit
de dégrez en dégrez , &de démonftrations
en
démonftrations , jufqu'à eftre
un million de millions de fois plus
groffes
DE NOVEMBRE. 193
tes fur
groffes que la Terre , & à en eftre éloignées
de plus d'un million de millions
de lieuës. Ces fupputations ont efté faiuneEtoileparticuliére
qu'on apelle
Sirius, dans la Conftellation du grand
Chien , & qui eft de la premiére grandeur
: Ainfi , s'il eftoit vrai que toutes
les Etoiles fuffent égales , & que les
unes ne paruffent plus petites que les
autres , que par un plus grand éloignement
; on peut juger à quelle diſtance
énorme doivent eftre celles qu'on ne
découvre qu'à peine , avec les plus longues
& les plus excellentes lunettes.
·M. Caffini inféra à cette occafion
dans fon Difcours , une détermination
trés belle de la Paralaxe de l'Orbe annuel
de la Terre . Il ne faut pas s'ef
frayer de ces termės ; on entendra aifément
la chofe mefme . Si la Terre
tourne autour du Soleil , felon le Syſtéme
de Copernic affez généralement
reçû par les Aftronomes , & que les E-.
toiles demeurent parfaitement immobiles
; on concoit bien que la Terre ſe
trouve , à l'égard d'une Etoile particuliére
qu'on choifira , dans des diſtances
prodigieufement différentes en différens
points de fa révolution annuelle. Cette
Novembre 1717.-
R.
194
LE MERCURE
diftance différente doit produire une
certaine différence d'afpect qu'on appelle
Paralaxe. Cependant , on n'avoit
point encore pû remarquer cette différence
d'une maniére affez fenfible ; ce
qui formoit une difficulté confidérable
contre le Systéme , de Copernic : M.
Caffini l'a enfin levée , en déterminant
cette Paralaxe qui fait la démonftration
du Systéme. En effet , on pourroit ne
point voir de Paralaxe , fans que le Syftéme
de Copernic fût faux , en fuppofant
que l'Orbe annuel de la Terre ,
quelque grand qu'il foit , n'eft qu'un
point , en comparaifon de l'éloignement
des Etoiles : Mais, la Paralaxe ne
fçauroit paroître , que le Syftéme ne
foit vrai puifque , malgré un éloignement
connu fi grand d'ailleurs , on ne
laiffe pas d'appercevoir en différens
tems de l'année , une différence d'afpect.
ز
Le mefme jour , M le Marquis des
Marets prêta Serment entre les mains
du Roy , pour la Charge de Grand Fauconier
de France , à laquelle il a efté
reçû , en furvivance de M. le Comte des
Marets fon pere .
M. de Verneüil , Neveu de M. l'Abbé
Renaudot , a cité pourvû de la CharDE
NOVEMBRE
195
ge
de Sécretaire du Cabinet , vacante
la démiflion volontaire de M. le
Prefident du Red.
par
Le Roy qui avoit eſté un peu indifpofé
, fe porte beaucoup mieux , depuis
qu'il a rendu un ver affez long qui l'incommodoit.
Le 19 , M. le Marquis de Pluvaut
a vendu la Charge de Me de la Garde-
Robe de S. A. R. à M. de Crécy Capitaine
des Gendarmes de Berry , qui
en a prêté Serment ce matin .
Le 20 , la Cour prit le Deüil de Madame
la Comteffe de Soiffons qui ,
mourut le 14 dans le Couvent de Belle-
Chaffe , où elle s'étoit retirée depuis
quelques années . Le Roy ne le
que huit jours.
portera
L'allarme qu'on avoit û pour la fanté
de Madame Ducheffe de Berry , qui
fe trouva mal à l'Opéra 4 jours auparavant
, eft ceffée ; cette indifpofition
n'a û aucune fuite fâcheufe .
Le 21, Madame , dont la fanté eft
continûment bonne , revint de S.Cloud,
pour n'y plus retourner que dans la
beile faifon .
Le 23 , le Rov alla rendre visite à
Madame Ducheffe de Berry , au Pa-
Rij
196 LE MERCURE
lais du Luxembourg , où il trouva cette
Princeffe entieremeut rétablie .
M. le Marquis de la Fare ayant êté
gratifié du Regiment de Normandie ,
Le Roy a donné une penfion de 1000
écus à M. le Chevalier de Belle- Ifle.
M. de la Fare & M. le Duc de S. Aignan
, ont efté faits Brigadiers des Armées
du Roy.
M. Dacier fi connu dans l'Empire
des Belles- Lettres, a obtenu un Brevet
de retenue de30000 liv. fur fa Charge
de Bibliotécaire du Cabinet.
Le 26 , à 4 quatre heures du foir ,
M. le Comte de Clermont fut confirmé
& tonfuré par M. le Cardinal Archevêque
, dans la petite chapelle de
l'Archevêché. Ce jeune Prince parût
fort attentif pendant tout ce tems. M.
le Cardinallui dit , en finiffant cette
Cérémonie : Monfieur ,fouvenez- vous
que vous êtes préfentement engage an
Service de l'Eglife ; que vous la devés édifier
par vos moeurs & par votre exemple
, la proteger de toute l'autorité
que vôtre illuftre naiffance & vôtre rang
vous donne ,
Le
ER.P.Surian Prêtre de l'Oratoire
& Prédicateur célébre , ayant été
nommé pour prêcher devant le Roy ,
l'Avent où nous entrons , ouvrit ſa Station
par le Sermon de la Touffaints.
Il avoit pris pour Texte , ces paroles
de l'Apôtre. Hac eft voluntas
Dei , fanctificatio veftra. La volonté
de Dieu eft que vous foyez faint.
L'interprétation de ce Paffage lui
ayant fourni un très beau Difcours , le
iiiij
175 LE MERCURE
conduifit encore trés hûreufement à
cette conclufion qu'il adreffa au Roy.
Mais , ce que l'Efprit- Saint adreffe aujourdhui
à tous les hommes , SIRE ,
il femble le dire d'avantage à VÔTRE
MAJESTE ' , & d'une manière plus propre
& plus perfonélle. Car , où la volonté
de Dieu de fanctifier un Roy ,
fut- elle jamais plus fenfible ? Rappellés
ici dans votre coeur tout ce que Dieu
a fait pour vous. Il vous a conduit au
Thrône par des événemens fi inoüis ,
´qu'
'ils ont attendri fur nous le reſte du
Monde. Lorfque vosjours eux- mêmes
furent menacez , il daigna vous conferver
à nous , par les foins de la Gardienne
Illuftre de Vôtre Enfance , qui
fe croit plus hûreufe encore de vous
avoir infpiré la Vertu , que de vous
avoir fauvé la vie. Pour imprimer plus
profondément dans votre Ame le
néant du Monde , la crainte de Dieu ,
l'amour de vos Peuples , il vous a rendu
Spectateur de la mort fi héroïque
fi chrêtienne de vôtre Bis- Ayeul : Ec
les leçons qu'il vous fit en ce trifte
êtat , furent fi belles , fi touchantes ,
que vous ne les oublierez jamais . Ne
mettant à fes faveurs , ny mefure , ny
>
DE NOVEMBRE. 177
›
"
bornes , il vous a donné un de ces Naturels
hûreux , qui font faits pour la
Vertu ; un coeur droit , bon , fincére
généreux , docile pour le bien , timide
fur le mal , tendre pour les malhûreux ,
fenfible & reconnoiffant pour tous ceux
qui vous approchent , un Eſprit pénétrant
, une Ame grande , des fentimens
élevez , des inclinations nobles , un
fecret éloignement pour tous les amufemens
puériles . Ce qui eft encore de
vôtre âge , n'eft déja plus de vôtre goût,
& déja Maître de vous- mefme, vous aimés
à eftre tout ce qu'il faut que vous
foiez ; plein de dignité dans le maintien
& dans les paroles , fçachant repréfenter
& vous contraindre , ou plûtôt
ne vous contraignant jamais , dans
ce que la Raifon & la Bien-féance demandent
; nous offrant des Vertus dans
un âge , où l'on ne laiffe voir encore
que des efpérances ; furtout , Religieux
envers Dieu ; enforte que dans la jeuneffe
la plus tendre , non feulement
vous etes Roy , mais encore , ROY
TRE'S - CHRESTIEN, qui eft le plus
beau de vos Titres.
Des Graces fi rares , ne font- elles pas ,
SIRE , des engagemens heureux à
178* LE MERCURE
la fainteté ? Non , Dieu n'a pas raffemblé
fur VÔTRE MAJESTE tant
de genres de Prodiges , pour faire de
vous , précisément un Roy , mais pour
en faire unbon Roy , un grand Roy , un
faint Roy ; & il vous eft dit d'en haut ,
plus expreffément qu'à nul autre : La
volonté de Dieu est que vous foiez faint-
Il y a plus , SIRE : Ne pas vous fantifier
, ce feroit dégénérer de vôtre
Augufte Naiffance : Car , j'ofe dire
fans crainte d'eftre démenti , que vous
eftes le Fils d'un Saint. Ah ! S'il eft encore
fenfible aux chofes d'ici bas , ce
Prince
qui vécut affez pour fon bonheur
, & trop peu pour le nôtre ; qu'il'
eft tranfporté de joye , en voyant ce
que nous voyons ! Je crois l'entendre
qui s'écrie avec ce Pere attendri dans
l'Ecriture Quale gaudium mihi !
Quelle confolation pour moi ! Credo
equidem quod Angelus Dei bonus conducat
Filium meum. En regardant chacun
de ceux qui préfident ou qui concourent
à une éducation fi chere , il met
femble que Dieu lui- même a envoyé du
Ciel un guide fidéle , pour conduire
mon fils. Tout ce qui fe paffe au tour de
lui , fe fait avec fageffe & avec ordre :
T
DE NOVEMBRE. 179
Et bene omnia aguntur qua circa eum
fiunt . Cette joye puiffe - t - elle croître
chaque jour dans fon coeur. Et vous ,
mon Dieu ! Si la France vous eft encore
chere , confervez - lui un Thréfor
fiprécieux ; vous vous appellez le Pere
de l'Orphelin : En eft - il un dans l'Univers
plus digne qu'un Dieu l'adopte ?
Veillez fur fes jours , veillez fur fes Vertus
naiffantes : Verfez ſur cet Objet de
nôtre Amour, vos Bénédictions les plus
faintes. Difpofés- le par vôtre Efptit à
gouverner un jour ce grand Empire ,
avec la même prudence , la mefme juftice
, la mefme bonté , que le gouverne
aujourd'hui le Régent Augufte ,
à qui vous l'avez confié ; afin qu'aprés
avoir porté faintement la plus belle
Couronne de l'Univers , il mérite d'en
recevoir une éternelle dans le Ciel.
M. le Maréchal de Villeroy joüiffoit
depuis 19 ans , d'une gratification de,
50000 l . de rentes, que le feu Roy lui
avoit accordée fur les Octrois de la
Ville de Lyon , dont le bail ſe renouvelle
tous les 6 ans : Comme le terme
expiroit , ce Seigneur ayant demandé
la même grace à S. A. R. Elle fe fir
un plaifir de la lui continuer. A peine
180 LE MERCURE.
l'eut -il obtenue, qu'il la remit fur le
champ avec la générofité ordinaire , à
S. A. R. , difant qu'il n'avoit fongé en
la follicitant , qu'à l'honneur de l'obtenir
, & que ce feroit abufer des bontez
du Roy , furtout dans un tems où
tant d'Officiers de mérite avoient plus
befoin que lui , des largeffes de S. M.
On travaille depuis quelque tems à
la grande livrée de M. le Duc de Lorraine.
Les Habits au nombre de prés
de 100 , tant pour les Valets de pied,
que pour les gens d'Ecurie,font d'écarlatte
avec de fort beaux Galons ; ils
font doublés d'une Etoffe de couleur
de Jonquille . Il y a de plus , 20 Habits
pour les Pages avec les manches de
Velours ou de Bracelets . Les 7. Trompettes
des plaifirs de ce Prince ; les 12.
Trompettes & Timbaliers de la Gendarmerie
; les 2 Tambours & Fiffres
des Suiffes de fa garde auront des
Cafaques de la grande livrée gallonées
en plein , avec les pareméns de Velours
deJonquille. On ne fait pas encore précifément
, quand M. le Duc & Mde la
Ducheffe de Lorraine fe rendront à
Paris .
M. l'Abbé Chevalier , & le P. de
DE NOVEMBRE. 181
la Borde de l'Oratoire , font de retour
de Rome où ils êtoient allés il y a
plus d'un an , pour les affaires de la
Conftitution . M. le Cardinal de Noaïlles
a offert au premier , dans l'Eglife
de Paris , un Canonicat vacant qu'il
n'a pas accepté.
"
M. le Comte de Ryons a achetté
de M. de S. Vians qui eit fort âgé , le
Gouvernement de la Ville de Coignac ;
il rapporte 1200o liv. de rentes ; il n'oblige
point à refidence.
Les Acquereurs des 120000 liv . de
rentes viageres , à raifon du dénier feize,
pour parvenir à l'extinction d'une
partie des Billets de l'Etat , pouront
les conftituer fous le nom de telle perfonne
qu'ils voudront choifir , tant Sujets
du Roy , qu'Etrangers non naturalifés
, ou demeurans hors du Royaume
, pour en joüir tant par eux , que par
ceux qu'ils nommeront fur leurs quittances
, pendant la vie de la perfonne
qu'ils auront nommée.
Le Roy a commis M. Defnoyers de
Lorme , intereffé en la ferme des Domaines
duRoyaume, pour recevoir tou
tes les fommes qui proviendront de la
vente des dits Domaines , en Billets de
182 LEMERCURE
·
l'Etat ; & S. M. remet à fes Sujets les
2 f. pour livre du prix de leurs acquifitions.
M. le Grand- Prieur a donné fon confentement
, pour faire M. le Chevalier
d'Orleans Coadjuteur du Grand- Prieuré
de France. Mér le Duc Regent a donné
M. de Cauverel pour Gouverneur ,
à ce Chevalier qui fait fes exercices
à l'Académie de Long- pré.
M. de Caumartin a efté nommé avec
5. autres Confeillers d'Etat & 12 Mres
des Requêtes, pour examiner les Compres
de tous les Traitans . M. d'Ombreval
Avocat général de la Cour des
Aydes , eft Procureur général de cette
commiffion.
Le 4. fête de S. Charles , dont l'Empereur
porte le nom , M. le Comte de
Kinigfech Ambaffadeur de S. M. I. donna
dans fon hôtel , un repas fuperbe,
qui fut precedé & fuivi d'une fête magnifique
où il ny avoit rien à defirer.
Le 9. du mois , l'Académie Royale
de Mufique reprefenta pour la premiere
fois , Camille Reine des Volfques ,
Tragédie dont le Poëme eft de M.
Danchet , & la Mufique du fieur Campra
: Cet Opera fut parfaitement bien
DE NOVEMBRE. 18;
reçû du Public. J'entend dire aux Mres
de l'Art , que la Mufique en eft continûment
belle : Ces Mis en cette occafion
, fe déclarent en faveur de leur Emule
, avec un zele généreux qui tient
du prodige. M. Danchet n'eft pas f
bien fervi de la part des Poëtes les
Rivaux : Cela eft dans l'ordre.
M. de Bafville revient de Languedoc
, & M. de Bernages Intendant
d'Artois , eft nommé pour le remplacer.
M. d'Angervilliers à qui eftoit deftinée
cette Intendance , a mieux aimé
refter dans celle d'Alface , & M . de Meliand
Intendant de Lyon , paffera à celle
de Picardie & d'Artois ; M. Poulletier
qui a efté Intendant des Finances
, va relever ce dernier.
Il eft arrivé fur le Vaiffeau du Roy
le Paon, deux jeunes Sauvageffes de la
Nation des Chetimacha , fituée fur le
fleuve de la Loüifiane : Ces Peuples
font toûjours en guerre avec leurs voifins.
Lorfqu'ils tombent entre les mains
de leurs Énnemis , & reciproquement
' ceux- ci , entre les leurs , la mort eft
prefqu'inévitable , à moins qu'ils ne
trouvent à vendre leurs Prifonniers aux
François . Ceux ci , pour leur fauver la
184 LE MERCURE
vie,& les inftruire dans la Réligion Ch.
font comme forcés , de les acheter, quoique
le Roy n'ait point permis jufqu'à
prefent qu'on en fit des Efclaves. Madame
la Ducheffe de Noaillés les a
retirées d'un Paffager venant du
Miffiffipi : Elles n'ont rien de trop remarquable
, fi non qu'elles ont le teint
de couleur olivatre ; fans compter
les parures de leur Païs , qui confiftent
à avoir des bouquets de plumes fur
la tête , & beaucoup de Verroteries au
tour du Col.
Le Roy a donné à M. le Marquis
de la Carte , la Lieutenance générale
du Bas- Poitou , vacante par la démiffion
volontaire qu'en a faite , M: le
Marquis Deffiat qui en ettoit pourvû :
Les provifions de M. de la Carte font.
dattées du 7 Novembre 1717.
Le 11. Fête de S. Martin , Madame ,
Ducheffe de Berry tint Toilette , où le
trouvérent plufieurs Seigneurs & Dames
de la Cour : Mr le Maréchal de
Villars , de même que Mlle de Bouillon
& Mde la Comteffe d'Evreux , y affiftérent
; cette Princeffe donna le mênie
jour Audiance à l'Envoyé d'Heffe-Caffel
Le Dimanche 14 , Mile Nonce,Mr le
Comte
DE NOVEMBRE.
185
Comte de Kinigfech Ambaffadeur de
l'Empereur , avec les autres Miniftres
étrangers , fe trouvérent à la Toilette
de cette Princeffe , de même que Mrs
les Archevêques de Cambrai, de Tours
&M l'Evêque de Gap : Après la Meffe ,
cette Princeffe alla dîner à la Meute.
Le 15 , jour deſtiné pour le Baptême
de Mr le Comte de Clermont *, dont
le Roy eftoit parain , & Madame Ducheffe
de Berry, Maraine : Cette Princeffe
fe rendit à 6. heures du foir au
Palais des Tuileries , accompagnée de
Madame Ducheffe de S. Simon fa
Dame d'Honneur , de Meſdames les
Marquifes de Pons , de Mouchy , fes
Dames d'Atours , de Mefdames les
Marquifes d'Armenters , de Braffac &
d'Arpajon , fes Dames du Palais ; de
M. le Marquis de Coëtenfao fon Chevalier
d'Honneur : Le Roy accompagné
de Madame la Ducheffe de Berry , de
Mgr le Duc d'Orleans , de Mgr le Duc
de Chartres , de Mgr le Duc , de Mar le
Prince de Conty , de Me la Ducheffe,
de Miles de Charolois & de Clermont,
le rendit à fa Chapelle , où aprés avoir
fait fa priere , on fit avancer Mr le
* Il est âgé de ans,
dehy
Novembre
1717•
186 LE MERCURE
uA Comte de Clermont , qui portoit un
Habit d'un drap blanc galonné d'argent
, un Chapeau , un Plumer , une
Epée , des Bas , & des Souliers , le tout
blanc. M. l'Abbé Milon Aumônier du
Roy, fit la Cérémonie , affifté des Officiers
de la Chapelle, & de Mrsles Curez
de S. Sulpice &de S. Germain de l'Auxerrois:
Ce jeune Prince fe mit trois fois
à genoux, pendant cette Cérémonie, le
Roy lui fit arffi trois fois le Signe de la
Croix fur le front. Sa Majefté avoit à
fà droite , M. l'Abbé de la Vieuville , &
M. l'Abbé de Caulet fes Aumôniers ;
derriere , M. le Maréchal de Villeroy
& M. l'Evêque de Frejus . Madame Ducheffe
de Berry avoit de fon côté
M. l'Archevêque de Tours fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget
& M.l'Abbé duTremblayfesAumôniers:
M. le Marquis de Coetenfao & Madame
la Ducheffe de S. Simon , eftoient
placés derriere , avec les Dames du
Palais Audeffous du Roy , eftoient
Monfeigneur le Duc d'Orleans , M. le
Duc de Chartres , M. leDuc , M. lePrince
de Conty, Madame la Ducheffe & Mile
de Charollois , avec grand nombre de
Seigneurs Mr. de Gondrin , Mrs les
:
DE NOVEMBRE. 187
S
Marquis de Rupelmonde , de Torcy
& d'autres jeunes Seigneurs de l'âge
du Roy, y étoient,portans tous la Croix
de l'Ordre du Pavillon * ; M. le Comte
de Clermont avoit à fa droite M.l'Abbé
de Guijon fon Précepteur, & M.l'Abbé
des Forges fon fous- Précepteur : M. le
Chevalier de Dampierre Premier Gentil-
homme de la Chambre de M.leDuc,
faifoit la fonction de Gouverneur ; &
en cette qualité , il mit le Bandeau des
Adultes far la tête de ce Prince. *Ala
fin de la Cérémonie , M. l'Abbé Milon
préfenta la plume au Roy , enfuite à
Madame Ducheffe de Berry , & à Madame
la Ducheffe , pour figner fur les
Regiftres On diftribua quantité de
boëtes pleines de dragées aux Seigneurs
& Dames de la Cour. Le Roy
* L'Ordre du Pavillon a efté inftitué
depuis peu par Sa Majesté , pour les
jeunes Seigneurs qui lui font la Cour :
Les Croix font d'Or émaillées : Sur le
milieu , on voit d'un côté un Pavillon ,
& de l'autre , c'est un Aneau tournant
qui eft le jeu du Roy. Le Cordon auquel
eft attachée la Croix , eft rayé de blanc &
de bleu ; S. M. le porte Elle - même
fous le Cordon bleu.
Il fut nommé Louis .
Qij
138 LE MERCURE
1
portoit un Habit de velours noir garni
de Diamans , un plumet & un ruban
couleur de feu à la cravate . Madame
Ducheffe de Berry, avoit un Habit d'un
drap d'or , dont l'étofe feule avoit couté
9000 liv . Les Perles & les Pierreries
en faifoient la broderie , & fa coëfure
en êtoit toute brillante ; tou
tes les Dames de la Cour eſtoient magnifiques
: Comme la Cérémonie fe fit
à fix heures & demie du foir , les lumieres
de la Chapelle en augmentoient
encore l'éclat. La Tribune
du Roy & celle de la Mufique .,
eftoient remplies de Dames ou de Seigneurs,
parmi lesquels, il y avoit un trés
grand nombre d'Etrangers que la curiofité
y avoit attirés.
Lorfque le Roy tient des Princes du
du Sang , & qu'ils font encore entre
les mains des femmes , S. M. a coutume
d'envoyer dix mille francs pour ,
celles qui ont foin de l'Enfant. Comme
le cas eftoit différent , par raport à M.
lle Comte de Clermont , le Roy a fait
'honneur d'envoyer par M. le Febvre
Intendant de fes Plaifirs , à M. l'Abbé
de Guijon Précepteur de M. le Comte ,
un Diamant du prix de 1000 écus , & à
DE NOVEMBRE 189
>
M. l'Abbé des Forges fous- Précepteur
un autre de la valeur de 2000 livres.
Doluet Beg.ci-devant l'un des Pages
de l'Ambaffadeur de Perfe , converti
& inftruit par M. Gauderau , Curé du
Château Royal d'Amboife , fut batife
dans l'Eglife des Miffions Etrangères
le douze de ce mois. Son Parrain fut
M. l'Archevefque de Tours, premier
Aumônier de Madame la Ducheffe de
Berry , & Miniitre du Confeil de Confcience
; & fa Marraine , Madame la
Ducheffe de Saint Simon , Dame
d'Honneur de cette Princeffe
M. l'Abbé de Louvois ayant efté
nommé à l'Evefché de Clermont , n'en
ût pas plûtôt efté informé , qu'il revint
auffitôt de la Campagne , pour prier
Mgr le Duc Régent de permettre qu'il
ne l'acceptât pas ; s'excufant fur fa
mauvaife fanté ,qui le mettroit hors d'êtat
de donner à ce Diocéze , tout le tems
que fon êtenduë prodigieufe , & le peu
d'ordre qu'il y avoit , demandoient.
Mgr le Duc d'Orleans approuva fes
raifons , & lui donna fatisfaction ; ce
Prince ayant auffi - tôt deftiné cet Evef
ché au R. P. Maffilion de l'Oratoire ,
chargea M. le Cardinal de Noailles
190 LE MERCURE
de le lui propofer . Ce célébre Prédicateur
s'en deffendit d'abord le prix
confidérable des Bulles ne fut pas une
des moindres raifons qu'il allégua :-
Mais enfin , il fe laiffa perfuader ; ce
qui fut fuivi de fon acceptation qui , a
fait plaifir à tout Paris.
- en qua-
On a û avis par la voye des Miffions
êtrangéres de Perfe , que Méhémet
Beg qui eftoit venu
lité d'Ambaffadeur du Sophy , eftoit
enfin arrivé à Hifpahan avec une jeune
Françoife trés ainiable , à laquelle il s'êtoit
fortement attaché à Paris. Cette
fille s'en eftant cependant dégoutée ,
avoit formé le deffein à Dantzick de
fortir de l'esclavage où il la tenoit , &
de s'en revenir dans fa Patrie . Pour y
réuffir , elle avoit trouvé le moyen de
fe fauver heureufement dans la maifon
d'un François établi dans cette Ville
Anféatique. Méhémet ayant découvert
fa retraite , y eftoit entré le fabre à la
main , fuivi de quelques- uns de fes
gens , & avoit tellement êtonné par les
emportemens , le Particulier chez qui
elle eftoit cachée , que celui- ci avoit
efté forcé de la lui remettre . Elle
ne fut pas plûtôt en fon pouvoir "
DE NOVEMBRE. 19 B
qu'il lui mit les fers aux mains ,
quoique fort avancée en groffeffe . Par
la fuite , eftant accouchée en chemin
d'un garçon , elle avoit efté obligée de
le nourrir elle- mefme,pendant toute la
route qui a efté fort longue & fort pénible.
Ces Lettres ajoutent qu'il avoit
êté fort bien reçû du Roi de Perfe à qui
il a rendu compte de fon Ambaffade .
L'Ouverture du Parlement ſe fit le
lendemain de la S. Martin, en la maniére
accoutumée ; c'eſt- à-dire que , Meffieurs
les préfidens en Robes Rouges
& Fourures , tenans leur Mortier , Meffleurs
les Confeillers en Robes Rouges.
& Chaperons Fourés , & Meffieurs les
Gens du Roy, affitérent à la Meſſe du
Saint Efprit , célébrée dans la Chapelle
de la Grand - Saile du Palais ;.
aprés laquelle, M. de Mefmes Premier
Préfident donna un Dîner magnifique
à tous ces Meffieurs.
Le mefme jour , l'Académie de l'Hif
toire & des Belles Lettres , recommença
fes Affemblées. M. de Boze qui en
eft le Sécretaire perpétuel , lût les Eloges'de
M. l'Abbé Pinart , du célébre
M. Cuper Hollandois , & de M. Bourdelin
.
192 LE
MERCURE
M. l'Abbé Banniere régala enfuite
l'Auditoire , d'une
Differtation fur le
Culte d'Adonis , & M. l'Abbé Mahudel
s'étendit fort fur le Lotos des Anciens
, qu'il croit eftre une des espéces
de nôtre
Nénuphar aquatique .
Le 13 , l'Ouverture de l'Académie
Royale des Sciences fe fit à l'ordinaire.
M. de Fontenelle ayant partagé la le-
&ture de l'éloge de M. Leibnits , à cauſe
de fa longueur qui nous empêche même
d'en donner l'Extrait ; M. Caffini ,
remplit cet intervalle par un trés
beau Difcours , fur la grandeur des Etoiles
fixes , & fur leur diftance de la.
Terre. Il épargna aux Auditeurs l'embarras
& le travail des calculs ; & il ne
leur préfenta que le réfultat , ou l'expofé
toujours brillant des Découvertes
Aftronomiques. Pour faire fentir les
grands progrés que l'on a fait dans cette
Science , il prit les Etoiles fixes au
tems où l'on ne les croyoit guéres plus
grandes qu'elles ne le paroiffent, ni plus
élevées que les Montagnes qu'on difoit
foûtenir le Ciel ; & il les conduifit
de dégrez en dégrez , &de démonftrations
en
démonftrations , jufqu'à eftre
un million de millions de fois plus
groffes
DE NOVEMBRE. 193
tes fur
groffes que la Terre , & à en eftre éloignées
de plus d'un million de millions
de lieuës. Ces fupputations ont efté faiuneEtoileparticuliére
qu'on apelle
Sirius, dans la Conftellation du grand
Chien , & qui eft de la premiére grandeur
: Ainfi , s'il eftoit vrai que toutes
les Etoiles fuffent égales , & que les
unes ne paruffent plus petites que les
autres , que par un plus grand éloignement
; on peut juger à quelle diſtance
énorme doivent eftre celles qu'on ne
découvre qu'à peine , avec les plus longues
& les plus excellentes lunettes.
·M. Caffini inféra à cette occafion
dans fon Difcours , une détermination
trés belle de la Paralaxe de l'Orbe annuel
de la Terre . Il ne faut pas s'ef
frayer de ces termės ; on entendra aifément
la chofe mefme . Si la Terre
tourne autour du Soleil , felon le Syſtéme
de Copernic affez généralement
reçû par les Aftronomes , & que les E-.
toiles demeurent parfaitement immobiles
; on concoit bien que la Terre ſe
trouve , à l'égard d'une Etoile particuliére
qu'on choifira , dans des diſtances
prodigieufement différentes en différens
points de fa révolution annuelle. Cette
Novembre 1717.-
R.
194
LE MERCURE
diftance différente doit produire une
certaine différence d'afpect qu'on appelle
Paralaxe. Cependant , on n'avoit
point encore pû remarquer cette différence
d'une maniére affez fenfible ; ce
qui formoit une difficulté confidérable
contre le Systéme , de Copernic : M.
Caffini l'a enfin levée , en déterminant
cette Paralaxe qui fait la démonftration
du Systéme. En effet , on pourroit ne
point voir de Paralaxe , fans que le Syftéme
de Copernic fût faux , en fuppofant
que l'Orbe annuel de la Terre ,
quelque grand qu'il foit , n'eft qu'un
point , en comparaifon de l'éloignement
des Etoiles : Mais, la Paralaxe ne
fçauroit paroître , que le Syftéme ne
foit vrai puifque , malgré un éloignement
connu fi grand d'ailleurs , on ne
laiffe pas d'appercevoir en différens
tems de l'année , une différence d'afpect.
ز
Le mefme jour , M le Marquis des
Marets prêta Serment entre les mains
du Roy , pour la Charge de Grand Fauconier
de France , à laquelle il a efté
reçû , en furvivance de M. le Comte des
Marets fon pere .
M. de Verneüil , Neveu de M. l'Abbé
Renaudot , a cité pourvû de la CharDE
NOVEMBRE
195
ge
de Sécretaire du Cabinet , vacante
la démiflion volontaire de M. le
Prefident du Red.
par
Le Roy qui avoit eſté un peu indifpofé
, fe porte beaucoup mieux , depuis
qu'il a rendu un ver affez long qui l'incommodoit.
Le 19 , M. le Marquis de Pluvaut
a vendu la Charge de Me de la Garde-
Robe de S. A. R. à M. de Crécy Capitaine
des Gendarmes de Berry , qui
en a prêté Serment ce matin .
Le 20 , la Cour prit le Deüil de Madame
la Comteffe de Soiffons qui ,
mourut le 14 dans le Couvent de Belle-
Chaffe , où elle s'étoit retirée depuis
quelques années . Le Roy ne le
que huit jours.
portera
L'allarme qu'on avoit û pour la fanté
de Madame Ducheffe de Berry , qui
fe trouva mal à l'Opéra 4 jours auparavant
, eft ceffée ; cette indifpofition
n'a û aucune fuite fâcheufe .
Le 21, Madame , dont la fanté eft
continûment bonne , revint de S.Cloud,
pour n'y plus retourner que dans la
beile faifon .
Le 23 , le Rov alla rendre visite à
Madame Ducheffe de Berry , au Pa-
Rij
196 LE MERCURE
lais du Luxembourg , où il trouva cette
Princeffe entieremeut rétablie .
M. le Marquis de la Fare ayant êté
gratifié du Regiment de Normandie ,
Le Roy a donné une penfion de 1000
écus à M. le Chevalier de Belle- Ifle.
M. de la Fare & M. le Duc de S. Aignan
, ont efté faits Brigadiers des Armées
du Roy.
M. Dacier fi connu dans l'Empire
des Belles- Lettres, a obtenu un Brevet
de retenue de30000 liv. fur fa Charge
de Bibliotécaire du Cabinet.
Le 26 , à 4 quatre heures du foir ,
M. le Comte de Clermont fut confirmé
& tonfuré par M. le Cardinal Archevêque
, dans la petite chapelle de
l'Archevêché. Ce jeune Prince parût
fort attentif pendant tout ce tems. M.
le Cardinallui dit , en finiffant cette
Cérémonie : Monfieur ,fouvenez- vous
que vous êtes préfentement engage an
Service de l'Eglife ; que vous la devés édifier
par vos moeurs & par votre exemple
, la proteger de toute l'autorité
que vôtre illuftre naiffance & vôtre rang
vous donne ,
Fermer
1286
p. 197-203
STANCES PRESENTEES AU ROY, SUR LES CEREMONIES DU BAPTÊME DE SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE COMTE DE CLERMONT
Début :
Voici des Stances que M. de Martineau Seigneur de Solleyne, a présentées / Quel pieux appareil ! Quel mystere à nos yeux ? [...]
Mots clefs :
Clarté, Serment, Vertu, Cérémonie, Maison Clermont, Voeux, Diadème, Enfer, Naissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES PRESENTEES AU ROY, SUR LES CEREMONIES DU BAPTÊME DE SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE COMTE DE CLERMONT
Oici des Stances que M. de Martineau
Seigneur de Solleyne , a
préfentées à la Cour,à l'occafion de cette
derniere Cérémonie & de celledu Batême
de ce jeune Prince Je les expofe
au Public en faveur de l'Epoque qu'elles
célébrent. C'eft une grace qu'on
ne pouvoit refufer à l'Auteur , qui a
donné en plufieurs rencontres, des marques
publiques de fon attachement à
la Maifon de Condé .
STANCES
PRESENTE'ES AU ROY ,
SUR LES CEREMONIES
Λ
DU BAPTÊME
DE SON ALTESSE SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE COMTE DE CLERMONT .
Q
Uelpieux appareil ! Quel myftere
à nos yeux ?
Riij
198 LE MERCURE
Quelles vives clartés ! Quelle Cérémonie
?
La nouvelle Sion defcend - elle en ces
Lieux ?
Les Anges , les Mortels joignent leur
harmonie :
La Terre avec éclat commerce avec les
Cieux.
Dans quel Humain , la Grace à la Nature
unie ,
Vient - elle faire entendre un Serment
glorieux
A ta Bonté Suprême , O Sageſſe, infinie
,
Qui tranfmets dans les Fils , la Vertu
des Ayeux ?
A laReligion , fous d' Auguftes Aufpices
,
Un jeune Prince en qui revivent LES *
CLERMONTS,
Accourt de fa raifon confacrer les Prémices
Par des Voeux folennels
Sacrés Fonts .
› au pied des - >
* Le fecond fils de S. Louis & autres
Princes de fa pofterité , ont porté
ce Nom.
DE NOVEMBRE. 199
*
MINISTRES des Trefors de la toute
.Puiffance ,
Venez lui voir jurer une éternelle Fay :
Soyez- en les Témoins avec ce jeune ROY
De qui la Pieté fonde notre Efperance .
Peuple , fois attentif où coule ce Saint
Chrême :
Vois tu cette Onition paſſer juſques au
Coeur
De l'augufle Affiftant chargé du Diadême
?
Quel prefage pour toy d'un éternel bowbeur
!
Vois , comme elle penetre au fonds d'une
Ame* adulte
Il s'allume en fon Sein , une brûlante
ardeur
Pour les divines Loix & pour le * Sacré
Culte :
Elleremplit la Cour d'une Celefte odeur.
Sous les yeux de PHILIPPE , à ces tonchans
Prodiges ,
Mrs les Curés de S. Germain l'Auxerrois
& de S. Sulpice , furent prefens
à la Cérémonie .
* S. A. S. a huit ans.
Elle embraffe l'Etat Ecclefiaftiqu
200 LE MERCURE
Dans ce Pieux fpectacle , O FRANCE ,
reconnois
CLERMONT , ce Rejetton de tes
plus hautes Tiges ,
Digne du Nom d'un * Fils du plusfaint
de nos Rois.
Vous le fçavez affez , Potentats de la
Terre ;
Il n'eft point ici bas de fi glorieux Nom ;
Célébré par la Paix
la Guerre .
, ou fameux par
Dont la fplendeur ne cede à celui de
BOURBON.
Quoique de toutes parts , ce beau Nom
s'éternife :
CHRETIENS , ce jeune Prince aujourdhui
vous apprend ,
Que le Nom de LOUIS qu'il reçoit
de l'Eglife ,
Eft encore à fes yeux d'un Prix cent fois
plus grand.
L'Enfer tremble allarmé des Promesfes
qu'il fait :
* Robert de Clermont qui a donné
commencement à la Maifon a
te , fecond fils de S. Louis .
regnanDE
NOVEMBRE. 201
Eft-il d'erreurs qu'un jour ſon Eſprit
ne confonde ?
Il est déja porté par un Divin attrait ,
Au plus faint Miniſtere, en renonçant
au monde.
Que lesfaftes Sacrés célébrent ta Naiffance
;
COMTE , de quel Eclat ce grand
Jour nous répond !
De LOUIS , de * LOUISE il
forme une Alliance ,
Pour te donner un Nom en Vertus fi
fécond.
Tandis que chaque jour , tes Horoïques
Freres
Par d'illuftres Travaux , ferendent Immortels
Dans les mêmes chemins où triomphoient
tes Peres :
Ton Zele met fa Gloire à fervir les
Antels.
De ton Sang , dans l'Etat , quel précieux
Partage !
* Ce Prince a êté Tonfuré le 25 de
ce mois .
*Madame la Ducheffe de Berry porte
auffi ce Nom .
202 LE MERCURE
BOURBON , dans les Confeils fe
rend nôtre foutien :
CHAROLLOIS , de fon brasfecourt
le Nom Chrétien ;
Pour toy CLERMONT , tu prens
la Croixpour heritage.
Quel choix parmi les Grands que ta vi- .
ve Foy touche!
A peine aux yeux du fiécle encorfçaistu
marcher;
Qu'entraînépar ton coeur d'accord avec
ta Bouche ,
Dès
que tu connois Dieu , tu cours pour
le chercher.
Quel Ornement nouveau ? Quel preſent
pour le Temple ,
Qu'un Lys fi floriffant , où brille la Candeur
!
Le Ciel en eft jaloux : Vois comme il te
contemple ;
Iltourne à lui déja tes regards & ton
Coeur.
Des Dons Divins en toy nos yeux font
éblouis :
Tufçais qu'il eft bien plus d'une illuftre
Couronne ;
*
Tu te montres
CLERMONT
,
1
1
1
DE NOVEMBRE. 203
Sang de Saint LOUIS :
L'Eglife en Toy verrafaplusferme Colonne.
Seigneur de Solleyne , a
préfentées à la Cour,à l'occafion de cette
derniere Cérémonie & de celledu Batême
de ce jeune Prince Je les expofe
au Public en faveur de l'Epoque qu'elles
célébrent. C'eft une grace qu'on
ne pouvoit refufer à l'Auteur , qui a
donné en plufieurs rencontres, des marques
publiques de fon attachement à
la Maifon de Condé .
STANCES
PRESENTE'ES AU ROY ,
SUR LES CEREMONIES
Λ
DU BAPTÊME
DE SON ALTESSE SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE COMTE DE CLERMONT .
Q
Uelpieux appareil ! Quel myftere
à nos yeux ?
Riij
198 LE MERCURE
Quelles vives clartés ! Quelle Cérémonie
?
La nouvelle Sion defcend - elle en ces
Lieux ?
Les Anges , les Mortels joignent leur
harmonie :
La Terre avec éclat commerce avec les
Cieux.
Dans quel Humain , la Grace à la Nature
unie ,
Vient - elle faire entendre un Serment
glorieux
A ta Bonté Suprême , O Sageſſe, infinie
,
Qui tranfmets dans les Fils , la Vertu
des Ayeux ?
A laReligion , fous d' Auguftes Aufpices
,
Un jeune Prince en qui revivent LES *
CLERMONTS,
Accourt de fa raifon confacrer les Prémices
Par des Voeux folennels
Sacrés Fonts .
› au pied des - >
* Le fecond fils de S. Louis & autres
Princes de fa pofterité , ont porté
ce Nom.
DE NOVEMBRE. 199
*
MINISTRES des Trefors de la toute
.Puiffance ,
Venez lui voir jurer une éternelle Fay :
Soyez- en les Témoins avec ce jeune ROY
De qui la Pieté fonde notre Efperance .
Peuple , fois attentif où coule ce Saint
Chrême :
Vois tu cette Onition paſſer juſques au
Coeur
De l'augufle Affiftant chargé du Diadême
?
Quel prefage pour toy d'un éternel bowbeur
!
Vois , comme elle penetre au fonds d'une
Ame* adulte
Il s'allume en fon Sein , une brûlante
ardeur
Pour les divines Loix & pour le * Sacré
Culte :
Elleremplit la Cour d'une Celefte odeur.
Sous les yeux de PHILIPPE , à ces tonchans
Prodiges ,
Mrs les Curés de S. Germain l'Auxerrois
& de S. Sulpice , furent prefens
à la Cérémonie .
* S. A. S. a huit ans.
Elle embraffe l'Etat Ecclefiaftiqu
200 LE MERCURE
Dans ce Pieux fpectacle , O FRANCE ,
reconnois
CLERMONT , ce Rejetton de tes
plus hautes Tiges ,
Digne du Nom d'un * Fils du plusfaint
de nos Rois.
Vous le fçavez affez , Potentats de la
Terre ;
Il n'eft point ici bas de fi glorieux Nom ;
Célébré par la Paix
la Guerre .
, ou fameux par
Dont la fplendeur ne cede à celui de
BOURBON.
Quoique de toutes parts , ce beau Nom
s'éternife :
CHRETIENS , ce jeune Prince aujourdhui
vous apprend ,
Que le Nom de LOUIS qu'il reçoit
de l'Eglife ,
Eft encore à fes yeux d'un Prix cent fois
plus grand.
L'Enfer tremble allarmé des Promesfes
qu'il fait :
* Robert de Clermont qui a donné
commencement à la Maifon a
te , fecond fils de S. Louis .
regnanDE
NOVEMBRE. 201
Eft-il d'erreurs qu'un jour ſon Eſprit
ne confonde ?
Il est déja porté par un Divin attrait ,
Au plus faint Miniſtere, en renonçant
au monde.
Que lesfaftes Sacrés célébrent ta Naiffance
;
COMTE , de quel Eclat ce grand
Jour nous répond !
De LOUIS , de * LOUISE il
forme une Alliance ,
Pour te donner un Nom en Vertus fi
fécond.
Tandis que chaque jour , tes Horoïques
Freres
Par d'illuftres Travaux , ferendent Immortels
Dans les mêmes chemins où triomphoient
tes Peres :
Ton Zele met fa Gloire à fervir les
Antels.
De ton Sang , dans l'Etat , quel précieux
Partage !
* Ce Prince a êté Tonfuré le 25 de
ce mois .
*Madame la Ducheffe de Berry porte
auffi ce Nom .
202 LE MERCURE
BOURBON , dans les Confeils fe
rend nôtre foutien :
CHAROLLOIS , de fon brasfecourt
le Nom Chrétien ;
Pour toy CLERMONT , tu prens
la Croixpour heritage.
Quel choix parmi les Grands que ta vi- .
ve Foy touche!
A peine aux yeux du fiécle encorfçaistu
marcher;
Qu'entraînépar ton coeur d'accord avec
ta Bouche ,
Dès
que tu connois Dieu , tu cours pour
le chercher.
Quel Ornement nouveau ? Quel preſent
pour le Temple ,
Qu'un Lys fi floriffant , où brille la Candeur
!
Le Ciel en eft jaloux : Vois comme il te
contemple ;
Iltourne à lui déja tes regards & ton
Coeur.
Des Dons Divins en toy nos yeux font
éblouis :
Tufçais qu'il eft bien plus d'une illuftre
Couronne ;
*
Tu te montres
CLERMONT
,
1
1
1
DE NOVEMBRE. 203
Sang de Saint LOUIS :
L'Eglife en Toy verrafaplusferme Colonne.
Fermer
1287
p. 208-209
De Ratisbonne le 11 Novembre.
Début :
Le Roy de Pologne a fait une Déclaration dans son Electorat [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Religion, Comte, Honneurs, Voyage, Ministres, Cour étrangère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Ratisbonne le 11 Novembre.
De Ratisbonne le 11 Novembre.
Le
Roy de Pologne
a fair
une
Décla
ration
dans
fon
Electorat
de Saxe
, que
le changement
deReligion
de fon fils ne
préjudiciera
en aucune
façon
à la liberté
de la Religion
de fes Sujets
; & il a fait
faire
la mefme
Déclaration
ici .
M. le Comte de Charolois , aprés
avoir fait les délices de la Cour de
Vienne , eft arrivé à Munick ; où l'Electeur
l'a reçu avec tous les honneurs
dûs à fa haute Naiffance . Ce jeune
Prince prendra fa route par l'Italie ,
fe propofant de voir Rome , Venife &
le Royaume de Naples , où il pourra
voir
F
A
DE NOVEMBRE . 209
voir le Czarowitz fils aifnè du Czar ,
qui n'eftoit connu en cette qualité ,
que du Comte de Thaun Vice- Roy
de Naples.
Les dernieres Lettres de Madrid portent
, que le Roy d'Efpagne fe portoit
beaucoup mieux , & qu'il fe fentoit
affés de forces pour aller à laChaffe.Ces
mêmes Lettres ajoutent que les Forts
d'Alleguer& Arragon en Sardaigne, ont
efté forcés de fe rendre,& que lesTroupesImpériales
qui s'y estoient réfugiées,
avoient êté faites prifonnieresde Guerre.
LeDuc de Linares Major-dome du Roi.
d'Espagne, ayant voulu refufer l'entrée.
au Card . Alberoni ; cette Emin. s'en
êtant plainte au Roi , S.M.a exilé le Duc
à 40 lieues de Madrid . Elle a écrit
à tous fes Miniftres dans les Cours étran
geres , qu'Elle des - avouoit une Lettre
imprimée du Pape , qu'on fuppofe lui
avoir efté addreffée par le S. Pere .
Le
Roy de Pologne
a fair
une
Décla
ration
dans
fon
Electorat
de Saxe
, que
le changement
deReligion
de fon fils ne
préjudiciera
en aucune
façon
à la liberté
de la Religion
de fes Sujets
; & il a fait
faire
la mefme
Déclaration
ici .
M. le Comte de Charolois , aprés
avoir fait les délices de la Cour de
Vienne , eft arrivé à Munick ; où l'Electeur
l'a reçu avec tous les honneurs
dûs à fa haute Naiffance . Ce jeune
Prince prendra fa route par l'Italie ,
fe propofant de voir Rome , Venife &
le Royaume de Naples , où il pourra
voir
F
A
DE NOVEMBRE . 209
voir le Czarowitz fils aifnè du Czar ,
qui n'eftoit connu en cette qualité ,
que du Comte de Thaun Vice- Roy
de Naples.
Les dernieres Lettres de Madrid portent
, que le Roy d'Efpagne fe portoit
beaucoup mieux , & qu'il fe fentoit
affés de forces pour aller à laChaffe.Ces
mêmes Lettres ajoutent que les Forts
d'Alleguer& Arragon en Sardaigne, ont
efté forcés de fe rendre,& que lesTroupesImpériales
qui s'y estoient réfugiées,
avoient êté faites prifonnieresde Guerre.
LeDuc de Linares Major-dome du Roi.
d'Espagne, ayant voulu refufer l'entrée.
au Card . Alberoni ; cette Emin. s'en
êtant plainte au Roi , S.M.a exilé le Duc
à 40 lieues de Madrid . Elle a écrit
à tous fes Miniftres dans les Cours étran
geres , qu'Elle des - avouoit une Lettre
imprimée du Pape , qu'on fuppofe lui
avoir efté addreffée par le S. Pere .
Fermer
1288
p. 208-209
De Ratisbonne le 11 Novembre.
Début :
Le Roy de Pologne a fait une Déclaration dans son Electorat [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Religion, Comte, Honneurs, Voyage, Ministres, Cour étrangère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Ratisbonne le 11 Novembre.
De Ratisbonne le 11 Novembre.
Le
Roy de Pologne
a fair
une
Décla
ration
dans
fon
Electorat
de Saxe
, que
le changement
deReligion
de fon fils ne
préjudiciera
en aucune
façon
à la liberté
de la Religion
de fes Sujets
; & il a fait
faire
la mefme
Déclaration
ici .
M. le Comte de Charolois , aprés
avoir fait les délices de la Cour de
Vienne , eft arrivé à Munick ; où l'Electeur
l'a reçu avec tous les honneurs
dûs à fa haute Naiffance . Ce jeune
Prince prendra fa route par l'Italie ,
fe propofant de voir Rome , Venife &
le Royaume de Naples , où il pourra
voir
F
A
DE NOVEMBRE . 209
voir le Czarowitz fils aifnè du Czar ,
qui n'eftoit connu en cette qualité ,
que du Comte de Thaun Vice- Roy
de Naples.
Les dernieres Lettres de Madrid portent
, que le Roy d'Efpagne fe portoit
beaucoup mieux , & qu'il fe fentoit
affés de forces pour aller à laChaffe.Ces
mêmes Lettres ajoutent que les Forts
d'Alleguer& Arragon en Sardaigne, ont
efté forcés de fe rendre,& que lesTroupesImpériales
qui s'y estoient réfugiées,
avoient êté faites prifonnieresde Guerre.
LeDuc de Linares Major-dome du Roi.
d'Espagne, ayant voulu refufer l'entrée.
au Card . Alberoni ; cette Emin. s'en
êtant plainte au Roi , S.M.a exilé le Duc
à 40 lieues de Madrid . Elle a écrit
à tous fes Miniftres dans les Cours étran
geres , qu'Elle des - avouoit une Lettre
imprimée du Pape , qu'on fuppofe lui
avoir efté addreffée par le S. Pere .
Le
Roy de Pologne
a fair
une
Décla
ration
dans
fon
Electorat
de Saxe
, que
le changement
deReligion
de fon fils ne
préjudiciera
en aucune
façon
à la liberté
de la Religion
de fes Sujets
; & il a fait
faire
la mefme
Déclaration
ici .
M. le Comte de Charolois , aprés
avoir fait les délices de la Cour de
Vienne , eft arrivé à Munick ; où l'Electeur
l'a reçu avec tous les honneurs
dûs à fa haute Naiffance . Ce jeune
Prince prendra fa route par l'Italie ,
fe propofant de voir Rome , Venife &
le Royaume de Naples , où il pourra
voir
F
A
DE NOVEMBRE . 209
voir le Czarowitz fils aifnè du Czar ,
qui n'eftoit connu en cette qualité ,
que du Comte de Thaun Vice- Roy
de Naples.
Les dernieres Lettres de Madrid portent
, que le Roy d'Efpagne fe portoit
beaucoup mieux , & qu'il fe fentoit
affés de forces pour aller à laChaffe.Ces
mêmes Lettres ajoutent que les Forts
d'Alleguer& Arragon en Sardaigne, ont
efté forcés de fe rendre,& que lesTroupesImpériales
qui s'y estoient réfugiées,
avoient êté faites prifonnieresde Guerre.
LeDuc de Linares Major-dome du Roi.
d'Espagne, ayant voulu refufer l'entrée.
au Card . Alberoni ; cette Emin. s'en
êtant plainte au Roi , S.M.a exilé le Duc
à 40 lieues de Madrid . Elle a écrit
à tous fes Miniftres dans les Cours étran
geres , qu'Elle des - avouoit une Lettre
imprimée du Pape , qu'on fuppofe lui
avoir efté addreffée par le S. Pere .
Fermer
1289
p. 209-213
DONS DU ROY.
Début :
Le 6 Novembre 1717, le Roi donna l'Abaye de S. Riquier, Ordre de [...]
Mots clefs :
Roi, Diocèses, Abbayes, Ordre, Nominations, Dons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DONS DU ROY.
DONS DU ROY.
E6 Novembre 1717 , le Roi donna
Benoift, Diocefe d'Amiens, vacante par
la mort de M. l'Abbé Molé de Cham
S
210 LE MERCURE
plaftreux, à Mre Charl . Franç. de Chaf
teauneuf de Rochebonne , Evêque &
Comte de Noyon , Pair de France.
L'Ab . de la Valaffe , Ord. de S. Benoît.
Dioc. de Rouen, vacante depuis la mort
de M. d'Argouges , Ev. de Vannes , au
Prince Frederic de la Tour,fils de M. le
Comte d'Auvergne.
L'Ab . de S.Maixant, Ord. de S. B.D ..
de Poitiers , vacante par la mort de M.
Yforé d'Hervault, Arch . de Tours , à Mre
N. Grimaldi de Monaco , fils de M. le
Prince de Monaco.
L'Ab . de S. Joüin de Marne , O. de S.
B.D. de Poitiers, vacante par la mort de
M. l'Ab. Servien , à M. N ... Bazin de
Bezons , fils de M. le Maréchal de ce
nom.
L'Ab. de Fontfroide , O.de Cifteaux ,
D. de Narbonne , vacante par la mort
du Prince de Marcillac , à M. N. de
Coffé de Briffac , frere du Duc.
L'Ab de S. Romain de Blaye, O.de S.
Aug. D. de Bordeaux , vacante par la
mort de M. l'Ab . de Gourdon de Genoüillac
de Vaillac , à M. N. de la Rochefoucault
de Roye de Roucy , fils de
M. le Comte de Roye .
L'Ab . de Belleville , O. de S. Aug. D.
DE NOVEMBRE. 211
1
del.yon, vac.par la mort de M.l'Abbé le
Prêtre de Vauban , à M. Terray , frere:
du premier Medecin de Madame.
L'Ab. de S.Vincent, O.de S. Aug.D.de
Senlis , vac: par la mort de M. l'Ab.d'Eftaing
,à M.N.de Chauméjan de Fourille .
L'Ab . de Calers , O.de Cifteaux ,D.de
Rieux, vac. par la mort de.... à M. N. de
Lenta de Grandmont , neveu de M.
l'Evefque de S. Papoul.
L'Ab. d'Eaunes ,O. de C. D.deTolofe ,
vac. par la mort de .... à M. N.Foucault.
L'Ab. de S. Aubin des Bois , O. C. D.
de S. Brieux , vac. par la mort de l'Ab..
Catuelan , à M. N. de Bethune./
L'Ab.dePerray- neuf, O.de C.D. d'Angers,
vac.par la mort de M.l'Ab. Servien
à M. N. de S. Andiol.
L.Ab. des Alleurs , O. de S. B. D. de
Poitiers , vac. par la mort de l'Ab. de
Brancas , à M. N de Fiennes.
L'Ab. de Quincay , O. de S. B. D. de:
Poitiers , vac. par la mort de l'Abbé le
Boiftel , à M. N. Bertet , Aum. de Mde..
L'Ab.de Lanvaux , O.de C.D. de Van--
nes vac. par la mort de l'Ab.devolvire-
Ruffec , à M. N.Gomer de Lufancy
Chanoine de l'Eglife de Paris.
L'Ab de S. Gilbert dit auffi Neuffons
212
LE MERCURE
•
O. des Prém. D. Clermont , vac . par la
mort de M.l'Ab. Archon , àM.N.deTilli.
L'Ab . N.Dame la Nouvelle de Gourdon,
O.de C. D. de Cahors , vac . par la
mort de M. l'Ab. Camy d'Aimar , à M.
N. de Henault .
L'Ab. de Châtres les- Coignac , O. de
S. Aug. D. de Saintes , vac. par la mort
de l'Ab. du Pont , à M. N. de Polaftron .
L'Ab. de Châtres, O. de S. Aug. D. de
Perigueux , vac. par la ... à M. N. de
Segonzac .
L'Ab. de Grobos , O. de C. D. d'an--
goulefme , vac. par la mort de M. l'Ab.
duQuefnet, Aum.de Mgr leDuc de Berri ,
à M. N. de Joüillac , Chapelain du Roy.
L'Ab. de S. Pierre de Melun , O. de-
S. B. D. de Sens, vac . par la mort de M.
l'Ab . de Paris , à M. N. de Brancas ,
Aumônier du Roy.
L'ab. du Maz t'azil , O.de S. B. D.de
Rieux , vac. par la mort de M. l'Ab. de
Leftrade , à M. de Monteil.
L'Ab. de Homblieres , O. S. B. D. de
Noyon , vac. par la mort de M. l'ab .
Auberi , à M. d'Halencourt de Dromefnil
, Evêque d'Autun .
L'Ab.duTreport, O. S. B. D. deRoüen,
vac par la mort de M. de Beauveau, Ev .
de Nantes , à M. de la Chaftre. ,
DE NOVEMBRE. 213
L'Ab. de S. Sauveur de Blaye , Diocefe
de Bordeaux , a efté donnée à Mre
Jean -Baptifte du Moutier Clerc du
Diocefe de Bayeux , & Prieur d'Huriel .
Cet Abbé êroit ci - devant Inſtituteur de
Mgr le Duc Il fut enfuite chargé feul
des Etudes de S. A. S. Mile de Charollois,
& eut encore l'honneur de partager
celle de S. A. S. Mgr le Comte ; aprés
quoy, il eut l'honneur d'eftre propofé par
ces Princes, pour eftre Inftituteur de feu
Mgr le Duc de Bretagne & du Roy
Louis X V..
E6 Novembre 1717 , le Roi donna
Benoift, Diocefe d'Amiens, vacante par
la mort de M. l'Abbé Molé de Cham
S
210 LE MERCURE
plaftreux, à Mre Charl . Franç. de Chaf
teauneuf de Rochebonne , Evêque &
Comte de Noyon , Pair de France.
L'Ab . de la Valaffe , Ord. de S. Benoît.
Dioc. de Rouen, vacante depuis la mort
de M. d'Argouges , Ev. de Vannes , au
Prince Frederic de la Tour,fils de M. le
Comte d'Auvergne.
L'Ab . de S.Maixant, Ord. de S. B.D ..
de Poitiers , vacante par la mort de M.
Yforé d'Hervault, Arch . de Tours , à Mre
N. Grimaldi de Monaco , fils de M. le
Prince de Monaco.
L'Ab . de S. Joüin de Marne , O. de S.
B.D. de Poitiers, vacante par la mort de
M. l'Ab. Servien , à M. N ... Bazin de
Bezons , fils de M. le Maréchal de ce
nom.
L'Ab. de Fontfroide , O.de Cifteaux ,
D. de Narbonne , vacante par la mort
du Prince de Marcillac , à M. N. de
Coffé de Briffac , frere du Duc.
L'Ab de S. Romain de Blaye, O.de S.
Aug. D. de Bordeaux , vacante par la
mort de M. l'Ab . de Gourdon de Genoüillac
de Vaillac , à M. N. de la Rochefoucault
de Roye de Roucy , fils de
M. le Comte de Roye .
L'Ab . de Belleville , O. de S. Aug. D.
DE NOVEMBRE. 211
1
del.yon, vac.par la mort de M.l'Abbé le
Prêtre de Vauban , à M. Terray , frere:
du premier Medecin de Madame.
L'Ab. de S.Vincent, O.de S. Aug.D.de
Senlis , vac: par la mort de M. l'Ab.d'Eftaing
,à M.N.de Chauméjan de Fourille .
L'Ab . de Calers , O.de Cifteaux ,D.de
Rieux, vac. par la mort de.... à M. N. de
Lenta de Grandmont , neveu de M.
l'Evefque de S. Papoul.
L'Ab. d'Eaunes ,O. de C. D.deTolofe ,
vac. par la mort de .... à M. N.Foucault.
L'Ab. de S. Aubin des Bois , O. C. D.
de S. Brieux , vac. par la mort de l'Ab..
Catuelan , à M. N. de Bethune./
L'Ab.dePerray- neuf, O.de C.D. d'Angers,
vac.par la mort de M.l'Ab. Servien
à M. N. de S. Andiol.
L.Ab. des Alleurs , O. de S. B. D. de
Poitiers , vac. par la mort de l'Ab. de
Brancas , à M. N de Fiennes.
L'Ab. de Quincay , O. de S. B. D. de:
Poitiers , vac. par la mort de l'Abbé le
Boiftel , à M. N. Bertet , Aum. de Mde..
L'Ab.de Lanvaux , O.de C.D. de Van--
nes vac. par la mort de l'Ab.devolvire-
Ruffec , à M. N.Gomer de Lufancy
Chanoine de l'Eglife de Paris.
L'Ab de S. Gilbert dit auffi Neuffons
212
LE MERCURE
•
O. des Prém. D. Clermont , vac . par la
mort de M.l'Ab. Archon , àM.N.deTilli.
L'Ab . N.Dame la Nouvelle de Gourdon,
O.de C. D. de Cahors , vac . par la
mort de M. l'Ab. Camy d'Aimar , à M.
N. de Henault .
L'Ab. de Châtres les- Coignac , O. de
S. Aug. D. de Saintes , vac. par la mort
de l'Ab. du Pont , à M. N. de Polaftron .
L'Ab. de Châtres, O. de S. Aug. D. de
Perigueux , vac. par la ... à M. N. de
Segonzac .
L'Ab. de Grobos , O. de C. D. d'an--
goulefme , vac. par la mort de M. l'Ab.
duQuefnet, Aum.de Mgr leDuc de Berri ,
à M. N. de Joüillac , Chapelain du Roy.
L'Ab. de S. Pierre de Melun , O. de-
S. B. D. de Sens, vac . par la mort de M.
l'Ab . de Paris , à M. N. de Brancas ,
Aumônier du Roy.
L'ab. du Maz t'azil , O.de S. B. D.de
Rieux , vac. par la mort de M. l'Ab. de
Leftrade , à M. de Monteil.
L'Ab. de Homblieres , O. S. B. D. de
Noyon , vac. par la mort de M. l'ab .
Auberi , à M. d'Halencourt de Dromefnil
, Evêque d'Autun .
L'Ab.duTreport, O. S. B. D. deRoüen,
vac par la mort de M. de Beauveau, Ev .
de Nantes , à M. de la Chaftre. ,
DE NOVEMBRE. 213
L'Ab. de S. Sauveur de Blaye , Diocefe
de Bordeaux , a efté donnée à Mre
Jean -Baptifte du Moutier Clerc du
Diocefe de Bayeux , & Prieur d'Huriel .
Cet Abbé êroit ci - devant Inſtituteur de
Mgr le Duc Il fut enfuite chargé feul
des Etudes de S. A. S. Mile de Charollois,
& eut encore l'honneur de partager
celle de S. A. S. Mgr le Comte ; aprés
quoy, il eut l'honneur d'eftre propofé par
ces Princes, pour eftre Inftituteur de feu
Mgr le Duc de Bretagne & du Roy
Louis X V..
Fermer
1290
p. 143-146
De Vienne, le 4 Décembre.
Début :
On commence à s'apercevoir, que les Turcs ne témoignent plus tant [...]
Mots clefs :
Turcs, Paix, Empereur, Sultan, Trêve, Campagne, Rebelles, Guerre, Comte, Envoyé , Prince électoral, Grossesse, Mariage, Ministres, Négociation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne, le 4 Décembre.
De Vienne , te 4 Décembre.
N commence à s'apercevoir , que
les Turcs ne témoignent plus
tant d'empreffement , pour faire leur
Paix avec l'Empereur : On attribuë ce
changement inopiné dans le Divan , à
l'arrivée du Prince Ragotſki à la Porre
; on en peut juger par les nouvelles
propofitions du Sultan, qui font fi
vagues & en même tems fi hautes ,
qu'on a pris le parti de n'y faire preſque
plus de fonds. Comme on eft informé,
que ces Infideles font de trés grands
préparatifs pour être fur l'offenfive, cette
Campagne; nous ne négligeons rien
de notre côté , pour les faire repentir
d'avoir préferé la continuation de la
guerre , à la folidité d'une Tréve bien
cimentée : On ne penfe donc plus ici,
qu'à remplacer prés de 40000 mille
bons hommes qui nous manquent de
la Campagne derniére . Dans cette vue,
on léve des recrues nombreuſes , &
144 LE MERCURE
de plus, on eft en traité avec quelques.
Princes d'Allemagne , pour avoir de
puiffans fenforts , afin de fe mettre
en êtat de foûtenir la guerre d'Italie ,
contre les prétentions de S. M. C,
dont nous reffentons déja des fuites
fâcheufes . En effet , on a contremandé
le Général Bonneval , qui devoit exécuter
avec 8000 hommes, une entreprife
confiderable fur les Turcs ; &
on lui à ordonné de fe tenir prêt à
marcher avec ce Corps , pour fe rendre
en Lombardie .
On a des avis , que plufieurs Chefs
des Rebelles Hongrois fe font rendus
à Sophie, pour toucher de groffes fommes
d'argent, deftinées à former une
Armée de Mécontens. Ils prétendent
faire par là ,une diverfion d'autant plus
grande , qu'ils fe flattent, que la Hongrie
, & la Tranfilvanie n'attendent
qu'une occafion favorable , pour prendre
les armes contre la Séréniffime
Maifon d'Autriche ; mais , on donne
ici de fi bons ordres , que l'on efpere
rendre tous leurs projets inutiles .
Le nouveau G.Vizir fetient toujours
à Niffa ,& le G.S.àPhilippoli;fa Hautef
fe n'ayant pas voulu rifquer fon retour
DE DE CEMBRE. 145
Conftantinople , où tout a êté
jufqu'à préfent dans une extréme confternation
, caufée par les mal-heurs
de la Campagne derniére.
Le Comte de Schonborn Vice-
Chancelier de l'Empire , eft arrivé ici ,
où il étoit attendu avec empreffement ,
pour des affaires de la derniére importance
.
L'Envoyé de Suéde en cette Cour ,
a de fréquentes conférences avec nos
principaux Miniftres.
Le Mariage du Prince Electoral de
Saxe , avec la premiere Archiducheffe
Jofephine , rencontre ici beaucoup de
difficultez & d'obstacles ; quoique le
Comte de Fleminghe ait ordre du
Roy Augufte , de déclarer à S. M. I.
que ce Prince abdiquera le Royaume
de Pologne , en faveur de cette Alliance
: Mais , il faudroit , pour que cette
propofition fût plus goûtée , que ce
Prince fut élû Roy , du confentement
unanime des Palatins , de la Nobleſſe
& du Peuple. On croit cependant , que
par de puiffantes raifons d'Etat , il
obtiendra cette Princeffe .
Tout eft ici dans une joye extraordinaire
, pour la groffeffe de l'Impera-
Décembre 1717. N
346 LE MERCURE
trice , qui a êté renduë publique à la
Cour.
P. S. Quoique le Prince Eugéne
n'ait point encore reçû de réponſes , à
la Lettre qu'il a écrite à Milord Vorfley
Montagu , Ambaffadeur de S. M. B.
à Conftantinople , touchant les Préliminaires
de la Paix , entre les deux
Empereurs ; Mrs de Sulton & de Stanian
Ambaffadeurs du Roy Georges en
cette Cour , ont cependant reçû - depuis
peu d'Angleterre , les ordres &
leurs Lettres de Créances & Plein-pouvoirs
, pour affifter au Traité de Paix ,
comme Miniftres médiateurs . Ces deux
Seigneurs fe préparent à partir d'ici ,
dans quinze jours , pour fe rendre au
lieu du Congrés ; mais , on doute fort
qu'ils réuffiffent dans cette Négociation.
M. de Stanian a reçû de plus ,
fes Léttres de Créances , pour aller
relever Milord Vorfley Montagu , qui
en eft tappellé.
N commence à s'apercevoir , que
les Turcs ne témoignent plus
tant d'empreffement , pour faire leur
Paix avec l'Empereur : On attribuë ce
changement inopiné dans le Divan , à
l'arrivée du Prince Ragotſki à la Porre
; on en peut juger par les nouvelles
propofitions du Sultan, qui font fi
vagues & en même tems fi hautes ,
qu'on a pris le parti de n'y faire preſque
plus de fonds. Comme on eft informé,
que ces Infideles font de trés grands
préparatifs pour être fur l'offenfive, cette
Campagne; nous ne négligeons rien
de notre côté , pour les faire repentir
d'avoir préferé la continuation de la
guerre , à la folidité d'une Tréve bien
cimentée : On ne penfe donc plus ici,
qu'à remplacer prés de 40000 mille
bons hommes qui nous manquent de
la Campagne derniére . Dans cette vue,
on léve des recrues nombreuſes , &
144 LE MERCURE
de plus, on eft en traité avec quelques.
Princes d'Allemagne , pour avoir de
puiffans fenforts , afin de fe mettre
en êtat de foûtenir la guerre d'Italie ,
contre les prétentions de S. M. C,
dont nous reffentons déja des fuites
fâcheufes . En effet , on a contremandé
le Général Bonneval , qui devoit exécuter
avec 8000 hommes, une entreprife
confiderable fur les Turcs ; &
on lui à ordonné de fe tenir prêt à
marcher avec ce Corps , pour fe rendre
en Lombardie .
On a des avis , que plufieurs Chefs
des Rebelles Hongrois fe font rendus
à Sophie, pour toucher de groffes fommes
d'argent, deftinées à former une
Armée de Mécontens. Ils prétendent
faire par là ,une diverfion d'autant plus
grande , qu'ils fe flattent, que la Hongrie
, & la Tranfilvanie n'attendent
qu'une occafion favorable , pour prendre
les armes contre la Séréniffime
Maifon d'Autriche ; mais , on donne
ici de fi bons ordres , que l'on efpere
rendre tous leurs projets inutiles .
Le nouveau G.Vizir fetient toujours
à Niffa ,& le G.S.àPhilippoli;fa Hautef
fe n'ayant pas voulu rifquer fon retour
DE DE CEMBRE. 145
Conftantinople , où tout a êté
jufqu'à préfent dans une extréme confternation
, caufée par les mal-heurs
de la Campagne derniére.
Le Comte de Schonborn Vice-
Chancelier de l'Empire , eft arrivé ici ,
où il étoit attendu avec empreffement ,
pour des affaires de la derniére importance
.
L'Envoyé de Suéde en cette Cour ,
a de fréquentes conférences avec nos
principaux Miniftres.
Le Mariage du Prince Electoral de
Saxe , avec la premiere Archiducheffe
Jofephine , rencontre ici beaucoup de
difficultez & d'obstacles ; quoique le
Comte de Fleminghe ait ordre du
Roy Augufte , de déclarer à S. M. I.
que ce Prince abdiquera le Royaume
de Pologne , en faveur de cette Alliance
: Mais , il faudroit , pour que cette
propofition fût plus goûtée , que ce
Prince fut élû Roy , du confentement
unanime des Palatins , de la Nobleſſe
& du Peuple. On croit cependant , que
par de puiffantes raifons d'Etat , il
obtiendra cette Princeffe .
Tout eft ici dans une joye extraordinaire
, pour la groffeffe de l'Impera-
Décembre 1717. N
346 LE MERCURE
trice , qui a êté renduë publique à la
Cour.
P. S. Quoique le Prince Eugéne
n'ait point encore reçû de réponſes , à
la Lettre qu'il a écrite à Milord Vorfley
Montagu , Ambaffadeur de S. M. B.
à Conftantinople , touchant les Préliminaires
de la Paix , entre les deux
Empereurs ; Mrs de Sulton & de Stanian
Ambaffadeurs du Roy Georges en
cette Cour , ont cependant reçû - depuis
peu d'Angleterre , les ordres &
leurs Lettres de Créances & Plein-pouvoirs
, pour affifter au Traité de Paix ,
comme Miniftres médiateurs . Ces deux
Seigneurs fe préparent à partir d'ici ,
dans quinze jours , pour fe rendre au
lieu du Congrés ; mais , on doute fort
qu'ils réuffiffent dans cette Négociation.
M. de Stanian a reçû de plus ,
fes Léttres de Créances , pour aller
relever Milord Vorfley Montagu , qui
en eft tappellé.
Fermer
1291
p. 146-147
De Ratisbonne, le 10 Décembre.
Début :
Le Baron de Gottorp est arrivé ici depuis peu, en qualité de Ministre [...]
Mots clefs :
Baron, Roi de Pologne, Protestants, Comte, Électeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Ratisbonne, le 10 Décembre.
De Ratisbone , le 10 Décembre.
E Baron de Gottorp eft arrivé ici
La
tre du Roy de Pologne , pour folliciDE
DECEMBRE. 147
ter de la part de ce Prince , la - continuation
du Directoire des Proteftans:
Il tâchera en même tems, d'applanir
toutes les difficultés , que le changement
de Réligion a caufé à ce fujer .
Le Comte de Meternith ne s'oppoſe
pas aux prétentions des Saxons ; mais
il prétend , qu'au cas qu'on en prive
le Roy Augufte , le Roy de Pruffe ait
feul le Directoire : Cependant, le Roy
Georges , comme Electeur d'Hannovre
, demande d'être joint à S. M. P.
Comme cette affaire eft de la derniére
conféquence , elle fera traitée avec
beaucoup de précaution .
E Baron de Gottorp eft arrivé ici
La
tre du Roy de Pologne , pour folliciDE
DECEMBRE. 147
ter de la part de ce Prince , la - continuation
du Directoire des Proteftans:
Il tâchera en même tems, d'applanir
toutes les difficultés , que le changement
de Réligion a caufé à ce fujer .
Le Comte de Meternith ne s'oppoſe
pas aux prétentions des Saxons ; mais
il prétend , qu'au cas qu'on en prive
le Roy Augufte , le Roy de Pruffe ait
feul le Directoire : Cependant, le Roy
Georges , comme Electeur d'Hannovre
, demande d'être joint à S. M. P.
Comme cette affaire eft de la derniére
conféquence , elle fera traitée avec
beaucoup de précaution .
Fermer
1292
p. 147-152
De Londres, le 15 Décembre.
Début :
On ressent avec chagrin à nôtre Cour, le changement de Réligion du [...]
Mots clefs :
Chagrin, Prince électoral, Trône, Roi de Suède, Roi de Prusse, Tsar, Empereur, Vaisseaux de guerre, Parlement, Abbé, Compagnie, Navigation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres, le 15 Décembre.
De Londres , le 15 Décembre .
N reffent avec chagrin à nôtre
Cour , le changement de Réligion
du Prince Electoral de Saxe : On
eft fort étonné que le Roy Auguite y
ait donné fon confentement ; fur tout
dans un tems , où il paroiffoit avoir
le plus befoin de notre Roy , pour fe
maintenir fur le Trône de Pologne ;
avec d'autant plus de fondement , que
nous avons des avis , que les Roys de
Suéde & de Pruffe ont deffein , con-
Nij
148 LE MERCURE
jointement avec le Czar , de réméttre
Staniflas fur le Trône ; fans laquelle
condition , S. M. Suédoife refufe de
faire fa paix avec les deux autres
Puiffances.
M. de Bentenrieder Envoyé de
l'Empereur , follicite ici fortement 12
Vaiffeaux de guerre ; pour agir contre
l'Espagne en Italie , & pour remettre
S. M. I. en poffeffion du Royaume
de Sardaigne . Quoique nôtre Cour
cherche avec un empreffement extraordinaire
, l'amitié de S. M. I. , dans
la vue que le Roy d'Angleterre , comme
Electeur de Hannovre , puiſſe obtenir
les deux Duchés de Brémen &
de werten , on doute fort cependant
, que le Parlement approuve ,
qu'on fe déclare en faveur de l'Empereur
contre le Roy d'Efpagne , à
caufe du préjudice qu'en recevroit
la Nation ; puifqu'une telle rupture
entraîneroit infalliblement la
ruine d'une des plus importantes
branches de nôtre commerce . On
fouhaiteroit donc , qu'à l'exemple de
la France & des Etats généraux , on
tachât par toute forte de moyens , de
pacifier le différent qu'il y a préfenteDE
DECEMBRE 149
> ment entre ces 2 Puiffances & de
porter ces deux Princes , à exécuter
le traité de Paix d'Utrecht , & celui
de la Neutralité d'Italie. Comme S.
M. B. n'a pas fait part jufqu'à préfent
à fon Parlement , de fon alliance avec
S. M. I. , on ne croit pas que la Cour
donne une réponſe pofitive à M. de
Bentenrieder , avant que de l'avoir
communiquée aux 2 Chambres : Il y a
cependant , des ordres expediés , pour
équiper deux Efcadres ; l'une pour la
Mediteranée , & l'autre , pour la Mer
Baltique.
Le départ inopiné de M. l'Abbé
Dubois pour la Cour de France, ( d'où
Pon affure qu'il fera de retour dans peu
de jours ) fournit matiére à nos Politiques.
Come l'affaire dont il eſt chargé,
doit être,fuivant toutes les apparences ,
dela plus haute importance , elle doit
être auffi par conféquent du dernier fé-
-cret ; c'eft ce qui a obligé cet Abbé , de
ne pas confier les dépêches à un Expres
, & d'aller lui-même la communiquer
à M. le Regent de France .
On continue à réformer 20 hommes
par Compagnie des Regimens des Gardes.
Les Colonels de Cavalerie &
N iij
IFO
LEMERCURE
d'infanterie , qui ont leurs quartiers
dans les Provinces , font partis pour le
même fujet , conformément aux ordres
du Roy.
Le Parlement s'affembla le 2 de ce
mpis , fuivant la derniere prorogation.'
On renvoye aux Gazettes le Difcours
que S. M. B. fit aux deux Chambres ,&
& les adreffes de remerciement qu'elles
préfentérent à ce Prince ,
On mande de Devizes , dans le Comté
de wiltz , que le 8 de ce mois , un
Gentil - homme fut attaqué à trois mille
de cette Ville , par trois perfonnes
mafquées , qui , aprés l'avoir dépouilé
& fort maltraité , ûrent encore la barbarie
de lui tirer la langue avec violence
, & de la lui couper jufques à la
racine ; aprés quoi , ils le renvoyerent
dans ce pitoyable eftat . Cet homme
ût encore le courage de regagner la
Ville, où il entra nud , & perdant tout
fon fang. C'eftoit un ſpectacle effrayant
On efpére cependant , qu'il
en reviendra . Quelques perquifitions
qu'on ait faites jufques à préfent , pour
découvrir les Auteurs de cette cruauté ,
on n'a pu encore y parvenir.
:
Toute l'Europe eft informée, que le
DE DECEMBRE. ret
1
Roy de Danemarck a fait arrêter fur
la Rade , tous les Navires Hollandois
qui ont voulu repaffer le Sund ; fous
prétexte , que L. H. P. refufent de lui
payer les arrerages des fubfides de la
derniere Guerre , pour les Troupes .
qui ont fervi en Brabant. Sur cela ,
L. E. G. ont écrit à leur Envoyé qui
réfide en certe Cour , de déclarer à S.
M. D. que fi elle ne les faifoit pas relâcher
inceffamment , ils prendroient
des mefures convenables , pour affürer
leur Navigation , & repouffer la force
par la force.
Quoique les Hollandois ayent efté.
fortement follicités par la Cour de la
Grande Bretagne , pour joindre feulement
quatre Vaiffeaux à l'Efcadre Angloife
, deftinée contre le Roy de Suéde,
& autant , pour envoyer dans la Méditérannée
; il n'a pas efté poffible de
les engager à cette confédération. Il
paroît par ce refus , que cette République
veut profiter des avantages de la
Paix , & qu'elle fe contentera d'employer
fes bons offices , auprés des
Parties qui font en guerre.
On croit entrevoir par la conduite du
Marquis de Prié , que le différent de la
N iiij
152 LE MERCURE
Barriere ne finira pas fitôt ; & que S.
M. I. n'acceptera pas la médiation de
Leurs Hautes Puiffances , pour pacifier
les troubles de l'Italie.
N reffent avec chagrin à nôtre
Cour , le changement de Réligion
du Prince Electoral de Saxe : On
eft fort étonné que le Roy Auguite y
ait donné fon confentement ; fur tout
dans un tems , où il paroiffoit avoir
le plus befoin de notre Roy , pour fe
maintenir fur le Trône de Pologne ;
avec d'autant plus de fondement , que
nous avons des avis , que les Roys de
Suéde & de Pruffe ont deffein , con-
Nij
148 LE MERCURE
jointement avec le Czar , de réméttre
Staniflas fur le Trône ; fans laquelle
condition , S. M. Suédoife refufe de
faire fa paix avec les deux autres
Puiffances.
M. de Bentenrieder Envoyé de
l'Empereur , follicite ici fortement 12
Vaiffeaux de guerre ; pour agir contre
l'Espagne en Italie , & pour remettre
S. M. I. en poffeffion du Royaume
de Sardaigne . Quoique nôtre Cour
cherche avec un empreffement extraordinaire
, l'amitié de S. M. I. , dans
la vue que le Roy d'Angleterre , comme
Electeur de Hannovre , puiſſe obtenir
les deux Duchés de Brémen &
de werten , on doute fort cependant
, que le Parlement approuve ,
qu'on fe déclare en faveur de l'Empereur
contre le Roy d'Efpagne , à
caufe du préjudice qu'en recevroit
la Nation ; puifqu'une telle rupture
entraîneroit infalliblement la
ruine d'une des plus importantes
branches de nôtre commerce . On
fouhaiteroit donc , qu'à l'exemple de
la France & des Etats généraux , on
tachât par toute forte de moyens , de
pacifier le différent qu'il y a préfenteDE
DECEMBRE 149
> ment entre ces 2 Puiffances & de
porter ces deux Princes , à exécuter
le traité de Paix d'Utrecht , & celui
de la Neutralité d'Italie. Comme S.
M. B. n'a pas fait part jufqu'à préfent
à fon Parlement , de fon alliance avec
S. M. I. , on ne croit pas que la Cour
donne une réponſe pofitive à M. de
Bentenrieder , avant que de l'avoir
communiquée aux 2 Chambres : Il y a
cependant , des ordres expediés , pour
équiper deux Efcadres ; l'une pour la
Mediteranée , & l'autre , pour la Mer
Baltique.
Le départ inopiné de M. l'Abbé
Dubois pour la Cour de France, ( d'où
Pon affure qu'il fera de retour dans peu
de jours ) fournit matiére à nos Politiques.
Come l'affaire dont il eſt chargé,
doit être,fuivant toutes les apparences ,
dela plus haute importance , elle doit
être auffi par conféquent du dernier fé-
-cret ; c'eft ce qui a obligé cet Abbé , de
ne pas confier les dépêches à un Expres
, & d'aller lui-même la communiquer
à M. le Regent de France .
On continue à réformer 20 hommes
par Compagnie des Regimens des Gardes.
Les Colonels de Cavalerie &
N iij
IFO
LEMERCURE
d'infanterie , qui ont leurs quartiers
dans les Provinces , font partis pour le
même fujet , conformément aux ordres
du Roy.
Le Parlement s'affembla le 2 de ce
mpis , fuivant la derniere prorogation.'
On renvoye aux Gazettes le Difcours
que S. M. B. fit aux deux Chambres ,&
& les adreffes de remerciement qu'elles
préfentérent à ce Prince ,
On mande de Devizes , dans le Comté
de wiltz , que le 8 de ce mois , un
Gentil - homme fut attaqué à trois mille
de cette Ville , par trois perfonnes
mafquées , qui , aprés l'avoir dépouilé
& fort maltraité , ûrent encore la barbarie
de lui tirer la langue avec violence
, & de la lui couper jufques à la
racine ; aprés quoi , ils le renvoyerent
dans ce pitoyable eftat . Cet homme
ût encore le courage de regagner la
Ville, où il entra nud , & perdant tout
fon fang. C'eftoit un ſpectacle effrayant
On efpére cependant , qu'il
en reviendra . Quelques perquifitions
qu'on ait faites jufques à préfent , pour
découvrir les Auteurs de cette cruauté ,
on n'a pu encore y parvenir.
:
Toute l'Europe eft informée, que le
DE DECEMBRE. ret
1
Roy de Danemarck a fait arrêter fur
la Rade , tous les Navires Hollandois
qui ont voulu repaffer le Sund ; fous
prétexte , que L. H. P. refufent de lui
payer les arrerages des fubfides de la
derniere Guerre , pour les Troupes .
qui ont fervi en Brabant. Sur cela ,
L. E. G. ont écrit à leur Envoyé qui
réfide en certe Cour , de déclarer à S.
M. D. que fi elle ne les faifoit pas relâcher
inceffamment , ils prendroient
des mefures convenables , pour affürer
leur Navigation , & repouffer la force
par la force.
Quoique les Hollandois ayent efté.
fortement follicités par la Cour de la
Grande Bretagne , pour joindre feulement
quatre Vaiffeaux à l'Efcadre Angloife
, deftinée contre le Roy de Suéde,
& autant , pour envoyer dans la Méditérannée
; il n'a pas efté poffible de
les engager à cette confédération. Il
paroît par ce refus , que cette République
veut profiter des avantages de la
Paix , & qu'elle fe contentera d'employer
fes bons offices , auprés des
Parties qui font en guerre.
On croit entrevoir par la conduite du
Marquis de Prié , que le différent de la
N iiij
152 LE MERCURE
Barriere ne finira pas fitôt ; & que S.
M. I. n'acceptera pas la médiation de
Leurs Hautes Puiffances , pour pacifier
les troubles de l'Italie.
Fermer
1293
p. 152-153
De Hambourg le 13 Décembre.
Début :
Tous le déhors de Wismar sont entiérement rasés, à l'exception du Fort [...]
Mots clefs :
Fort, Armée, Roi de Prusse, Traité de paix, Fortification, Envoyé de France, Couronne de Suède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg le 13 Décembre.
De Hambourg le 13 Décembre.
Ous le déhors de Wifmar font
Tentiérementrarés, à l'exceptiondu
Fort de la Baleine, qui défend l'entrée
du Port qu'on fera miner inceflamment.
On n'a point touché au Corps de la
Place , le Roy de Pruffe & le Duc de
Mexelbourg fe flattant qu'on leur en
laiffera la poffeffion. On eft perfuadé
ici, qu'il y a un traitté de Paix conclu
entre le Czar & le Roy de Suède ,
ce qui cauferoit un grand changement
dans les affaires du Nord. On a trou
vé un tempérament pour le Port de
Rével, qui jufqu ici a retardé la Paix .
La fortification en fera rafée , & ce
Port fera neutre & ouvert à toutes
fortes de Nations. LEmpereur, le Roy
d'Angleterre , & L. E. G.. font fort
mécontens du Roy de Danemarck ,
caufe des Bâtimens qu'il retient à Gluchſtad.
S. M. B. a fait dire à ce Prinae,
que s'il ne rendoit le commerce de
DE DECEMBRE. 153:
l'Elbe, libre ; & s'il ne relâchoit les
Vaiffeaux qu'il retient , il envoiroit
une Flote dans ces Mers pour l'y
forcer.
M. Pouffein Envoyé de France , a
reçû des avis , que le Baron de Gortz
qui a paffé à Petersbourg , êtoit arrivé
à Stokolme. Le Roy de Pruffe a
accordé la liberté à tous les Prifonniers
Suédois qu'il avoit dans fon partage
; ce qui paroît d'un bon augure
pour la Couronne de Suéde.
Ous le déhors de Wifmar font
Tentiérementrarés, à l'exceptiondu
Fort de la Baleine, qui défend l'entrée
du Port qu'on fera miner inceflamment.
On n'a point touché au Corps de la
Place , le Roy de Pruffe & le Duc de
Mexelbourg fe flattant qu'on leur en
laiffera la poffeffion. On eft perfuadé
ici, qu'il y a un traitté de Paix conclu
entre le Czar & le Roy de Suède ,
ce qui cauferoit un grand changement
dans les affaires du Nord. On a trou
vé un tempérament pour le Port de
Rével, qui jufqu ici a retardé la Paix .
La fortification en fera rafée , & ce
Port fera neutre & ouvert à toutes
fortes de Nations. LEmpereur, le Roy
d'Angleterre , & L. E. G.. font fort
mécontens du Roy de Danemarck ,
caufe des Bâtimens qu'il retient à Gluchſtad.
S. M. B. a fait dire à ce Prinae,
que s'il ne rendoit le commerce de
DE DECEMBRE. 153:
l'Elbe, libre ; & s'il ne relâchoit les
Vaiffeaux qu'il retient , il envoiroit
une Flote dans ces Mers pour l'y
forcer.
M. Pouffein Envoyé de France , a
reçû des avis , que le Baron de Gortz
qui a paffé à Petersbourg , êtoit arrivé
à Stokolme. Le Roy de Pruffe a
accordé la liberté à tous les Prifonniers
Suédois qu'il avoit dans fon partage
; ce qui paroît d'un bon augure
pour la Couronne de Suéde.
Fermer
1294
p. 153-155
A Rome le 30 Novembre.
Début :
Il est public dans Rome, que le S. Pere a fixé son départ d'ici, [...]
Mots clefs :
Cuirassiers, Chevaux, Cardinaux, Trésorier, Ordre, Ambassadeur, Doyen, Prison, Château
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 30 Novembre.
A Rome le 30 ·Novembres
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
Fermer
1295
p. 155-158
A Barcelonne, le 6 Décembre 1717.
Début :
Le grand Convoi qu'on avoit ici préparé, en est parti à diverses [...]
Mots clefs :
Convoi, Flotte espagnole, Bâtiments, Cavalerie, Frégate, Escadrons, Troupes, Infanterie, Ingénieur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Barcelonne, le 6 Décembre 1717.
A Barcelonne , le 6 Décembre 1717.
LB
E grand Convoi qu'on avoit ici
pour aller joindre la Flote Efpagnole
en Sardaigne. Le dernier Convoi qui
mit à la voile le 24 du paffé , étoit compofé
de plus de 60 Bâtimens de char→
ges , fur lefquels il y avoit 3000 hommes
de Troupes réglées de débarque156
LE MERCURE
ment , tant Infanterie , que Cavalerie,
avec quantité de munitions de guerre
& de bouche , & toutes fortes de provifions
, fous l'eſcorte de 3 Vaiffeaux
de guerre; un du premier , & 2 du fecond
rang , avec une Fregate de 40
piéces de canon .
Il arriva le trente de l'autre mois , des
ordres de la Cour de Madrid , pour la
répartition des Quartiers qu'on doit
donner aux Troupes , qui étoient dans
cette Ville & dans les places des environs.
Depuis le deux de ce mois , juf
qu'au 6 inclufivement , près de 35 Ba--·
taillons & 20 Efcadrons fe font mis en
marche , pour fe rendre à leurs Quartiers
, qui font la Seud d'Urgel , la
Viguerie de Tarega , Mont- blanc , Tortoze
, Tarragone , Oftalric , Girone ,
& autres Places circonvoifines . A
l'égard des autres Troupes, qui doivent
encore fortir de cette Ville , & cellès
qui font cantonnées dans le voisinage ,
elles ne partiront que le 20 , pour aller
dans les Villes de Vic , de Solfone ,
Balaguer & Lérida. On comptoir qu'àprés
le départ de toutes ces forces , il
refteroit encore dans cette Capitale
plus de 15000 hommes..
DE DCEM PRE. 187
•
Nous apprenons de Sarragoffe , que
les levées pour les 2 Régimens Arragonois
, fe faifoient avec fuccés . On
compte que celui de Cavalerie fera
complet avant le premier du mois prochain
; & celui d'Infanterie qui doit
eftre de 3 bataillons , de 800 hommes
€3
chacun , le fera à la fin du mois de
Janvier.
Les 2 Régimens de Dragons & d'Infanterie
, que le Royaume de Navarre
fait auffi lever à fes dépens , font pareillement
fort avancés. Le Royaume
de Valence va fuivre cet exemple ..
La plupart des Bâtimens , qui font
arrivez ici de Rofe , où ils ont efté
conftruits , doivent mettre à la voile
au premier jour ; pour aller dans les
Ports de France , y charger des grains
que des Agens Efpagnols y ont achetés,
Les , il entra dans le Port de Barcelonne,
24 Bâtimens de charge , fur
lefquels il y avoit quantité d'habits
pour les Troupes , beaucoup de toiles ,
pour faire des chemiſes & des Tentes ,
& plufieurs caiffes remplies de Sabres
& de Bayonettes , avec une grande
quantité de toutes fortes de grains &
de provifions de bouche. On a û or18
LE MERCURE
dre d'acheter 1600 mulets , & de les
xenir prêts pour le premier Mars.
On a jetté dans Palamos 1800 hommes
en Garnifon . On va travailler à
relever les Fortifications de cette Place
, accommoder & nettoyer les Ports ;
poury mettre les Galéres d'Efpagne
qui feront beaucoup mieux , que dans
le Port de Barcelone.
Tout fe prépare pour faire le beau
Port de Rofe. L'Ingénieur qui en a levé
le Plan , & qui a êté approuvé de
la Cour de Madrid , en eft de retour.
Pour cet effet , on commencera par les
jettées
LB
E grand Convoi qu'on avoit ici
pour aller joindre la Flote Efpagnole
en Sardaigne. Le dernier Convoi qui
mit à la voile le 24 du paffé , étoit compofé
de plus de 60 Bâtimens de char→
ges , fur lefquels il y avoit 3000 hommes
de Troupes réglées de débarque156
LE MERCURE
ment , tant Infanterie , que Cavalerie,
avec quantité de munitions de guerre
& de bouche , & toutes fortes de provifions
, fous l'eſcorte de 3 Vaiffeaux
de guerre; un du premier , & 2 du fecond
rang , avec une Fregate de 40
piéces de canon .
Il arriva le trente de l'autre mois , des
ordres de la Cour de Madrid , pour la
répartition des Quartiers qu'on doit
donner aux Troupes , qui étoient dans
cette Ville & dans les places des environs.
Depuis le deux de ce mois , juf
qu'au 6 inclufivement , près de 35 Ba--·
taillons & 20 Efcadrons fe font mis en
marche , pour fe rendre à leurs Quartiers
, qui font la Seud d'Urgel , la
Viguerie de Tarega , Mont- blanc , Tortoze
, Tarragone , Oftalric , Girone ,
& autres Places circonvoifines . A
l'égard des autres Troupes, qui doivent
encore fortir de cette Ville , & cellès
qui font cantonnées dans le voisinage ,
elles ne partiront que le 20 , pour aller
dans les Villes de Vic , de Solfone ,
Balaguer & Lérida. On comptoir qu'àprés
le départ de toutes ces forces , il
refteroit encore dans cette Capitale
plus de 15000 hommes..
DE DCEM PRE. 187
•
Nous apprenons de Sarragoffe , que
les levées pour les 2 Régimens Arragonois
, fe faifoient avec fuccés . On
compte que celui de Cavalerie fera
complet avant le premier du mois prochain
; & celui d'Infanterie qui doit
eftre de 3 bataillons , de 800 hommes
€3
chacun , le fera à la fin du mois de
Janvier.
Les 2 Régimens de Dragons & d'Infanterie
, que le Royaume de Navarre
fait auffi lever à fes dépens , font pareillement
fort avancés. Le Royaume
de Valence va fuivre cet exemple ..
La plupart des Bâtimens , qui font
arrivez ici de Rofe , où ils ont efté
conftruits , doivent mettre à la voile
au premier jour ; pour aller dans les
Ports de France , y charger des grains
que des Agens Efpagnols y ont achetés,
Les , il entra dans le Port de Barcelonne,
24 Bâtimens de charge , fur
lefquels il y avoit quantité d'habits
pour les Troupes , beaucoup de toiles ,
pour faire des chemiſes & des Tentes ,
& plufieurs caiffes remplies de Sabres
& de Bayonettes , avec une grande
quantité de toutes fortes de grains &
de provifions de bouche. On a û or18
LE MERCURE
dre d'acheter 1600 mulets , & de les
xenir prêts pour le premier Mars.
On a jetté dans Palamos 1800 hommes
en Garnifon . On va travailler à
relever les Fortifications de cette Place
, accommoder & nettoyer les Ports ;
poury mettre les Galéres d'Efpagne
qui feront beaucoup mieux , que dans
le Port de Barcelone.
Tout fe prépare pour faire le beau
Port de Rofe. L'Ingénieur qui en a levé
le Plan , & qui a êté approuvé de
la Cour de Madrid , en eft de retour.
Pour cet effet , on commencera par les
jettées
Fermer
1296
p. 158-160
De Venise, le 4 Décembre.
Début :
Le Czarovitz, autrement le fils aîné de S. M, Cz que l'on [...]
Mots clefs :
Naples, Tsar, Humeur, Déserteurs, Vénitiens, Cavaliers, Munitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Venise, le 4 Décembre.
De Venife , le 4 Décembre.
E Czarovitz , autrement le fils aîné
Lie S.M. Cz.que l'on attendoit ici à
fon retour deNaples ,n'y eft point venu.
Il a paffé de Boulogne à Verone , pour
fe rendre à Vienne , & delà à Péterbourg,
pour aller trouver le Czar ,
avec qui il eft rentré en grace.
Le deffein échoué fur Antivari , a
mis de mauvais humeur le Sénat . Il
s'en prend à M. de Noftitz qui . commandoit
le débarquement ; & celui ci
rejette la faute fur M. de Mocenigo ,
DE DECEMBRE. 159
qui ne put empêcher , que quelques
Déferteurs qui fe fauvérent par les
Montagnes , n'avertiffent les Turcs de
l'approche des Vénitiens . Mais , il faut
s'en prendre aux mécontentements des
Troupes qui estoient la pûpart débandées.
Comme les noblesVénitiens n'ont
jamais tort , il a efté donné à M. de
Noftitz qui paroît fort content de
quitter ce fervice . On a efté un peu confolé
de ce mauvais fuccez ', par la priſe
de la Prévefa , gardée par 600 Ottomans
& 600 Cavaliers. Le Comman
dant des Infidéles y a efté tué , & les
Vénitiens y ont trouvé aprés 5 jours
d'attaques , 1 piéces de canon , beaucoup
de bagages & de munitions.
Il a paffé ces jours- ci 1000 ou 1200
hommes de Recrues Allemandes , par
le Territoire de Vérone , pour les Régimens
de cette Nation qui fervent
dans le Milanois : On en attend encore
2000 .
Les Vénitiens fe font enfin réfolus de
demander au Roy de Sicile le renvoi
de 2 ou 300 hommes , qui s'eftant révoltés
fur le Vaiffeaux de guerre le
San Pio Vo , s'en eftoient emparés ,
& l'avoient conduit en Sicile ой
160 LE MERCURE
à peine furent- ils débarquez , qu'ils fu
rent arrêtez par ordre du Vice- Roy.
E Czarovitz , autrement le fils aîné
Lie S.M. Cz.que l'on attendoit ici à
fon retour deNaples ,n'y eft point venu.
Il a paffé de Boulogne à Verone , pour
fe rendre à Vienne , & delà à Péterbourg,
pour aller trouver le Czar ,
avec qui il eft rentré en grace.
Le deffein échoué fur Antivari , a
mis de mauvais humeur le Sénat . Il
s'en prend à M. de Noftitz qui . commandoit
le débarquement ; & celui ci
rejette la faute fur M. de Mocenigo ,
DE DECEMBRE. 159
qui ne put empêcher , que quelques
Déferteurs qui fe fauvérent par les
Montagnes , n'avertiffent les Turcs de
l'approche des Vénitiens . Mais , il faut
s'en prendre aux mécontentements des
Troupes qui estoient la pûpart débandées.
Comme les noblesVénitiens n'ont
jamais tort , il a efté donné à M. de
Noftitz qui paroît fort content de
quitter ce fervice . On a efté un peu confolé
de ce mauvais fuccez ', par la priſe
de la Prévefa , gardée par 600 Ottomans
& 600 Cavaliers. Le Comman
dant des Infidéles y a efté tué , & les
Vénitiens y ont trouvé aprés 5 jours
d'attaques , 1 piéces de canon , beaucoup
de bagages & de munitions.
Il a paffé ces jours- ci 1000 ou 1200
hommes de Recrues Allemandes , par
le Territoire de Vérone , pour les Régimens
de cette Nation qui fervent
dans le Milanois : On en attend encore
2000 .
Les Vénitiens fe font enfin réfolus de
demander au Roy de Sicile le renvoi
de 2 ou 300 hommes , qui s'eftant révoltés
fur le Vaiffeaux de guerre le
San Pio Vo , s'en eftoient emparés ,
& l'avoient conduit en Sicile ой
160 LE MERCURE
à peine furent- ils débarquez , qu'ils fu
rent arrêtez par ordre du Vice- Roy.
Fermer
1297
p. 161-165
A Milan, le 8 Décembre.
Début :
Les Troupes de cet Etat ont fait depuis 8 jours de grands mouvemens. [...]
Mots clefs :
Troupes, Frontières, Régiments, Bataillons, Mouvements des troupes, Cavalerie, Provisions de guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Milan, le 8 Décembre.
A Milan , le 8 Décembre:
Es Troupes de cet Etat ont fait depuis
8 jours de grands mouvemens ,
les unes vers le Mantoüan , le Modénois
& les Etats de Parme ; les autres ,
marchent du côté de la Frontière de
Tofcane & de Gênes : Mais , le tems
pluvieux & la quantité de neiges qui
font tombées & qui tombent actuellement
, ont tellement fait enfler les Riviéres
qu'elles ont inondé une
grande étenduë de Païs , & rendu
les chemins impraticables. Ce contretems
fâcheux a eſté cauſe que, quelques
Régimens qui êtoient déja fort avancés,
n'ont pû continuer leur route, & a obligé
la plus grande partie des Troupes.de
refter dans les endroits où elles fe font
trouvées , eſtant inveſties de toutes
parts par les grandes eaux . On vient
même d'apprendre que 3 Bataillons ,
qui avoient marché du côté des Montagnes
des Frontiéres de la République
de Gênes, eftoient enfermés & environnés
de maniére , qu'ils eftoient
en un péril évident d'eſtre entraînez -
les torrents.>
Décembre
1717.
par
Q
162 LE MERCURE
Sur ces avis , le Prince de Leuvefteinavoit
dépêché au Commandant de
deux Regimens de Cavalerie , & un de
Dragonsqui eftoient à dix mille en deça
de ces Montagnes , de marcher en diligence
au fecours de ces Bataillons . On
eft icy entre la crainte & l'efperance
fur le fort de ces Troupes ; ce qui nous
épouvante , c'est que les Eaux augmentent
de jour à autre.
On eit préfentement occupé, à réparer
à la hafte les Places de cet Erat ;
on les pourvoye abondamment de mu
nitions de guerre & de bouche .
On vient d'établir icy un Confeil de
l'Inconfidence , qui connoiftra de ceux
qui parlent mal du Gouvernement .
On mande de Cadix , qu'on y prépa
roit un grand Convoy , qui fera compofé
de plus de 80 Bâtimens de charges
, fur lefquels on doit embarquer
deux Regimens de Cavalerie & plufieurs
Compagnies de Carabiniers. 58,
piéces de gros Canon , 18 gros Mortiers
; 6000 Boulets , 1600 Bombes
plus de 8000 Grenades , plufieurs miliers
de Carcaffès d'une nouvelle invention
, avec 18 Mortiers pour
lancer ; 1200 Boulers creux , avec if.
les
DE DECEMBRE. 163
'Mortiers à leur ufage , 6000 barils de
poudre , 4000 facs de grains ; outre
une prodigieufe quantité de toutes fortes
de Provifions , aux préparatifs defquels
on travaille avec empreffement.
Sur des ordres de la Cour , on a mis
fur les Chantiers 4 Vaiffeaux de guerre,
3. Fregattes , & ; Galiottes à Bombes.
Tous lesOuvriers propres à la conftruc--
tion des Vaiffeaux , fe rendent icy des
Côtes de Leon,de Galice & de Bifcaye ,
pour avancer ce travail .
On a donné de pareils ordres à
Malaga , à Cartagéne & Alicant ; pour
faire conftruire dans ces Ports , plufieurs
autres Vaiffeaux de Guerre ,
Galiotes & Fregattes , avec s
Galeres :
On a reçû à cet effetde groffes remifes.:
D'un autre côté, on ne néglige rien pour
le départ des Galiotes & des Vaiffeaux
qui doivent leur fervir d'efcorte : Ils »
doivent partir pour la nouvelle Eſpagne
, au commencement de Mars au
plus tard : Selon tous les Avis , cette
Flote fera une des plus fortes & des
plus nombreuſes qui ait efté déftinée
pour l'Amerique.
Les Lettres de Naples du premier
Décembre,portent que le Viceroy êtoits
Q- ij
164 LE MERCURE
plus intrigué que jamais , depuis la prife
de la Sardaigne. Il y a quelques
jours qu'il fortit à cheval , accompagné
d'un grand nombre d'Officiers &
d'Ingenieurs ; pour aller vifiter les nouveaux
Forts qu'il avoit ordonnés de
conftruire,pour la fûreté des Côtes du
Royaume ; mais qu'il avoit êté fort
furpris de voir , que la plupart de ces
ouvrages n'êtoient pasfeulement com
mencés , & qu'il n'y avoit même aucuns
préparatifs pour la conftruction
de ces Forts. Il voulut faire des repri
mandes aux Ingenieurs fur cette négligence,
qui lui fermerent la bouche, en
lui difant que pour travailler il falloit
de l'argent. Ces Lettres ajoûtent, qu'on
y préparoit des logemens pour 4 Regiments
d'Infanterie & de Cavalerie
qui viennent de Hongrie : On avoit de
fréquentes allarmes, desVaiffeaux &des
Galeres d'Efpagne.qui fe font voir tousles
jours le long de cette Côte où ils
font fouvent des prifes . Le 16 fur les 11,
heures du matin , 4 Vaiffeaux de guer.
re & 2 Fregattes Efpagnoles , parûrent
à la vue de ce port ; & vers le midi ,
ils s'approchérent jufques fous leCanon
du Mole , d'où l'on fir plufieurs dé
DE DECEMBRE. 153 ;
charges des Forts , qui n'empêcherent
pas que , les 2 Fregattes foûtenues du
feu des 2 Vaiffeaux de guerre n'enle
vaffent 4 Bâtimens chargés d'huiles &
& 2 autres de grains; aprés quoi elles
allerent rejoindre leurs Vaiffeaux .
On mande de Livourne du 18 , qu'on
avoit vû paffer à la hauteur de ce port ,
un grand nombre de Bâtimens , por
tant Pavillon Efpagnol venant du
côté du détroit ; ce qui faifoit croire
que c'êtoit le grand Convoy de Barcelone
, qui alloit joindre la Flote Ef
pagnole, dont une partie croifoit toû
jours le long de la Côte , depuis Piom
bino jufqu'à Orbitello , & Porto - Ercole
. On a appris que depuis 5 jours ,
elle avoit enlevé 8 Bâtimens chargés
de grains & d'autres provifions, & mu
nitions de guerre, qui êtoient destinées
pour remplir-les -Magazins des Places
Imperiales..
Es Troupes de cet Etat ont fait depuis
8 jours de grands mouvemens ,
les unes vers le Mantoüan , le Modénois
& les Etats de Parme ; les autres ,
marchent du côté de la Frontière de
Tofcane & de Gênes : Mais , le tems
pluvieux & la quantité de neiges qui
font tombées & qui tombent actuellement
, ont tellement fait enfler les Riviéres
qu'elles ont inondé une
grande étenduë de Païs , & rendu
les chemins impraticables. Ce contretems
fâcheux a eſté cauſe que, quelques
Régimens qui êtoient déja fort avancés,
n'ont pû continuer leur route, & a obligé
la plus grande partie des Troupes.de
refter dans les endroits où elles fe font
trouvées , eſtant inveſties de toutes
parts par les grandes eaux . On vient
même d'apprendre que 3 Bataillons ,
qui avoient marché du côté des Montagnes
des Frontiéres de la République
de Gênes, eftoient enfermés & environnés
de maniére , qu'ils eftoient
en un péril évident d'eſtre entraînez -
les torrents.>
Décembre
1717.
par
Q
162 LE MERCURE
Sur ces avis , le Prince de Leuvefteinavoit
dépêché au Commandant de
deux Regimens de Cavalerie , & un de
Dragonsqui eftoient à dix mille en deça
de ces Montagnes , de marcher en diligence
au fecours de ces Bataillons . On
eft icy entre la crainte & l'efperance
fur le fort de ces Troupes ; ce qui nous
épouvante , c'est que les Eaux augmentent
de jour à autre.
On eit préfentement occupé, à réparer
à la hafte les Places de cet Erat ;
on les pourvoye abondamment de mu
nitions de guerre & de bouche .
On vient d'établir icy un Confeil de
l'Inconfidence , qui connoiftra de ceux
qui parlent mal du Gouvernement .
On mande de Cadix , qu'on y prépa
roit un grand Convoy , qui fera compofé
de plus de 80 Bâtimens de charges
, fur lefquels on doit embarquer
deux Regimens de Cavalerie & plufieurs
Compagnies de Carabiniers. 58,
piéces de gros Canon , 18 gros Mortiers
; 6000 Boulets , 1600 Bombes
plus de 8000 Grenades , plufieurs miliers
de Carcaffès d'une nouvelle invention
, avec 18 Mortiers pour
lancer ; 1200 Boulers creux , avec if.
les
DE DECEMBRE. 163
'Mortiers à leur ufage , 6000 barils de
poudre , 4000 facs de grains ; outre
une prodigieufe quantité de toutes fortes
de Provifions , aux préparatifs defquels
on travaille avec empreffement.
Sur des ordres de la Cour , on a mis
fur les Chantiers 4 Vaiffeaux de guerre,
3. Fregattes , & ; Galiottes à Bombes.
Tous lesOuvriers propres à la conftruc--
tion des Vaiffeaux , fe rendent icy des
Côtes de Leon,de Galice & de Bifcaye ,
pour avancer ce travail .
On a donné de pareils ordres à
Malaga , à Cartagéne & Alicant ; pour
faire conftruire dans ces Ports , plufieurs
autres Vaiffeaux de Guerre ,
Galiotes & Fregattes , avec s
Galeres :
On a reçû à cet effetde groffes remifes.:
D'un autre côté, on ne néglige rien pour
le départ des Galiotes & des Vaiffeaux
qui doivent leur fervir d'efcorte : Ils »
doivent partir pour la nouvelle Eſpagne
, au commencement de Mars au
plus tard : Selon tous les Avis , cette
Flote fera une des plus fortes & des
plus nombreuſes qui ait efté déftinée
pour l'Amerique.
Les Lettres de Naples du premier
Décembre,portent que le Viceroy êtoits
Q- ij
164 LE MERCURE
plus intrigué que jamais , depuis la prife
de la Sardaigne. Il y a quelques
jours qu'il fortit à cheval , accompagné
d'un grand nombre d'Officiers &
d'Ingenieurs ; pour aller vifiter les nouveaux
Forts qu'il avoit ordonnés de
conftruire,pour la fûreté des Côtes du
Royaume ; mais qu'il avoit êté fort
furpris de voir , que la plupart de ces
ouvrages n'êtoient pasfeulement com
mencés , & qu'il n'y avoit même aucuns
préparatifs pour la conftruction
de ces Forts. Il voulut faire des repri
mandes aux Ingenieurs fur cette négligence,
qui lui fermerent la bouche, en
lui difant que pour travailler il falloit
de l'argent. Ces Lettres ajoûtent, qu'on
y préparoit des logemens pour 4 Regiments
d'Infanterie & de Cavalerie
qui viennent de Hongrie : On avoit de
fréquentes allarmes, desVaiffeaux &des
Galeres d'Efpagne.qui fe font voir tousles
jours le long de cette Côte où ils
font fouvent des prifes . Le 16 fur les 11,
heures du matin , 4 Vaiffeaux de guer.
re & 2 Fregattes Efpagnoles , parûrent
à la vue de ce port ; & vers le midi ,
ils s'approchérent jufques fous leCanon
du Mole , d'où l'on fir plufieurs dé
DE DECEMBRE. 153 ;
charges des Forts , qui n'empêcherent
pas que , les 2 Fregattes foûtenues du
feu des 2 Vaiffeaux de guerre n'enle
vaffent 4 Bâtimens chargés d'huiles &
& 2 autres de grains; aprés quoi elles
allerent rejoindre leurs Vaiffeaux .
On mande de Livourne du 18 , qu'on
avoit vû paffer à la hauteur de ce port ,
un grand nombre de Bâtimens , por
tant Pavillon Efpagnol venant du
côté du détroit ; ce qui faifoit croire
que c'êtoit le grand Convoy de Barcelone
, qui alloit joindre la Flote Ef
pagnole, dont une partie croifoit toû
jours le long de la Côte , depuis Piom
bino jufqu'à Orbitello , & Porto - Ercole
. On a appris que depuis 5 jours ,
elle avoit enlevé 8 Bâtimens chargés
de grains & d'autres provifions, & mu
nitions de guerre, qui êtoient destinées
pour remplir-les -Magazins des Places
Imperiales..
Fermer
1298
p. 185-216
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Nous nous contentâmes le mois dernier d'annoncer la mort de M. Santerre. / Jean Baptiste Santerre naquit d'honêtes Parens à Magni, près de Pontoise, [...]
Mots clefs :
Conseil, Finances, Régent, M. Santerre, Décès, Prince, Nature, Peinture, Ennemis, Ouvrages, Parlement, Cardinal, Princesse, Empereur, Duchesse, Abbé, Charges, Invention , Ordonnance, Dons du roi, Négociations, Assassinat, Comédiens, Fable, Pièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
Nous nous contentames le mois dernier
d'annoncer la mort de M. Santerre.
Depuis ce tems- là , un de fes Amis particuliers,
curieux d'ailleurs , bon connoiffeur
, m'a communiquécet Eloge, dont je
crois que la lecture fatisfera le Public.
JOURNAL DE PARIS.
Ban Baptifte Santerre naquit d'ho
nêtes Parens à Magni , près de Pontoife
, au mois de Mars de l'année ISSIO
Il perdit fon pere & fa mere dés fa
plus tendre enfance . I hérita d'eux
avec un peu de bien , beaucoup de
candeur & de probité .
.
Ses autres Parens incertains de la
profeffion dans laquelle ils engageroient
cet enfant , fe déterminérent
par le penchant de l'enfant même.
Q
185 LE MERCURE
Ils furent en cela plus faciles & plus
fages que les Parens ordinaires , qui
bornant opiniatrément leur vûë à l'état
où ils fe trouvent , contrarient &
étouffent fouvent dans leurs enfans ,
les difpofitions les plus hûreufes &
les talens les plus marquez . L'ardeur
& le goût que celui - ci montroit pour
le deffin , fit prendre le parti de le
livrer à la Peinture , & de l'amener à
Paris .
M. Santerre eft peut - être l'exemple
le plus fenfible , de ce que peut la feule
Nature en un Sujet qu'elle favoriſe.
Dans l'âge , & au centre des diffipations
, abandonné à lui-même , il ne
palla pas un jour fans faire quelque
êtude quieût raport à fon Art.
Malgré la modeftie & la docilité qui
le caractérifoient ec tous les Eléves,
´il ne put jamais s'empêcher de cher- .
cher la perfection de la Peinture , pardes
routes oppofées à celles qui lui
eltoient indiquées , & qui estoient fuivies
par fes Maîtres . Ils l'en reprenoient
fouvent ; on ne peut les en blamer : Ils
n'eftoient pas obligez de fçavoir , que
la Nature elle - même conduifoit ces.
Eléve pas à pas..
DE DECEMBRE. 187
Le jeune Santerre comprit de bonneheure
, que la feule Nature eftoit un
guide infaillible , & il réfolut de ne
s'attacher qu'à elle .
Il eft vrai, que par une grande méfiance
de foi-même ( qualité néceffaire
& peu commune à fon âge ) il quitta
quelquefois la route ordinaire, & chercha
à imiter les Maîtres les plus eftimés
de fon tems ; mais , il ne tarda gué
res à reconnoitre fon erreur. Averti
par deux perfonnes diftinguées
qui frapées de fes premiers fuccez
lui confeillérent alors de perdre de vûë
tous les Maîtres & de fuivre la feule
Nature , il fe livra à elle fans retour ;
il ne difcontinua plus de la chercher ,
& l'imita fidélement jufqu'au tombeau
.
L'événement juftifia fon choix : Sa
maniere de peindre fut fi différente de
celle de tous les Maîtres connus ,
qu'un jour , Monfeigneur le Régent ,
Prince auffi eftimable par fon grand
goût pour les Sciences & les Arts , que
refpectable par fon Augufle Naiffance
* M. le Marquis de Villarfean &
M. Defpreaux
1
185 LEMERCURE
ayant demandé à M. Santerre , & ayant
appris de lui , quels avoient efté les
Maîtres ; il lui fit l'honneur de lui répondre
: Vous avez bien fait de me.
les nommer ; car je ne les aurois jamais
devinez .
Ce grand Prince l'honoroit de fon
eitime : Il lui en a donné de fréquens témoignages
, il a eu la bonté de venir le
voir travailler plufieurs fois chez lui ;
depuis même que le poids de la
Régence lui laiffe fi peu de moments
libres. Un Suffrage fi éclairé fait feul
Féloge de M. Santerre Le Public
connoiffeur ne m'en défavoüera pas.
Ainfi , moins pour la gloire de cet
illuftre Peintre , que pour la fatisfa
&tion de ceux qui , comme lui , cherchent
le vrai , j'expoferai quelques
principes,& quelques maximes, dont il
a fouvent dit qu'il s'êtoit bien trouvé.J'y
joindrai quelques faits & quelques remarques,
qui acheveront fon caractére .
M. Santerre fit de bonne- heure des
études profondes fur l'Anatomie . Il
fe trouvoit fréquemment aux diffetions
; il en faifoit fouvent chez lui ;
& en parlant de cette Science , il difeit
que dans fon Art, il en fall favoir
DE DECEMBRE: 189
beaucoup , pour en laiffer voir un peu..
Son Principe, pour éviter d'eftre maniéré,
altoit d'imiter en tout la feuleNa--
ture ; parce que la Nature ne fe répétant
prefque jamais , & variant à l'infini
,le Peintre qui ne cherche qu'elle ,,
varie comme elle.
Il difoit fouvent , qu'il avoit apris ce
qu'il fçavoit , avec deux fortes de perfonnes
: La Méchanique de fon Art
dans les Académies & chez les Maitres;
tout le refte, avec les gens d'efprit .
C'est peut-être au commerce de ces
derniers qu'il doit ces penfées & ces
expreffions fines que l'on voit dans fes
Tableaux d'idée , & l'art de porter
ces fineffes de penfées & d'expreffions
jufques dans les Portraits .
Raportant tout la feule Nature
qu'il étudioit fans rélache , il trouvoit
des défauts dans l'antique même , &
dans les plus grands Peintres d'Italie ,
qu'il n'imitoit pas en tout : Il trouvoit
auffi des beautés dans les Modernes &
dans fes Contemporains. Il n'eftimoir
pas outrément les uns ; il rendoit justice
aux autres .
Quand les Connoiffeurs ou fes
Amis le follicitoient de fe faire une
190 LE MERCURE
1
maniére plus expéditive , & de ne pas
fondre fi parfaitement fes ouvrages ;
il leur répondoit deux chofes : La
premiére ; mes ouvrages , il eft vrai ,
font fondus avec un grand foin ; mais
la Nature l'eft encore davantage , &
je cherche à l'imiter : La feconde ; les
meilleurs Tableaux de Raphaél , du
Corege, du Titien & des autres grands
Maîtres font du moins auffi fondus
que les miens . Ainfi , la Nature m'ordonne
, & les exemples des grands
Maîtres me perfuadent de continuer ,..
comme j'ai commencé.
Il n'eft point de foins qu'il ne fe
foit donnés , pour rendre fes ouvrages -
durables , & pour ainfi dire , inaltera
bles : Il obfervoit jufqu'aux enfeignes
des boutiques ; il y remarquoit les couleurs
que le tems & le grand air detruifent
, & celles qu'ils laiffent dans
leur force. Enfin , aprés de mûres réflexions
fur cette partie de fon Art ,
il s'êtoit fait une regle , de n'employer
que des Terres au nombre de 4 ou 5 ,
dont le mélange lui fourniffoit toutes
fes reintes. Comme ces Terres font
fortes & entiéres , le mélange & lunion
en êtoit difficile ; il en venoir à
DE DECEMBRE.
19
boût par une longue patience ; il repeignoit
jufqu'à trois & quatre fois la
même choſe ; & fans le fecours des
laques & des ftils de grain dont il ne
fe fervoit prefque jamais , parce que
le tems les altere ,la patience fecondée
d'un grand jugement donnoit à
fes ouvrages le fondu , la fraicheur ,
& l'union que l'on y remarque. Cette
maniéré lui a fi bien reuffi que l'on
voit de lui des Portraits peints , il y a
vingt , ,trente , & quarante années,
prefque auffi frais que le premier jour .
L'empreffement que le Public avoit
pour les Ouvrages de ce Peintre célébre
, & le prix qu'il y mettoit , n'ont
jamais diminué fa modeſtle , je dirai
même fa timidité : Elle paroiffoit par
tout , excepté dans fes Ouvrages.
Cette difpofition de l'Ame • qu'on
regarde comme une foibleffe , il la
chérifloit & fe la croyoit néceffaire :
Ma timidité , difoit il , m'empefche de
trop préfumer de mes forces , fur les
applaudiſſemens dont le Public m'honore.
Parce que je fuis timide , je veille .
& j'eftudie toûjours , & je me dis fouvent
à moi-mefme , que pour mériter:
une folide réputation , il faut toujours.
•
A
192 LE MERCURE
ignorer qu'elle eft acquife.
•
Par tout ce qui précéde , on comprendra
quel eftoit le caractére de M.-
Santerre. Je me contenterai d'ajouter
ici , pour en donner une idée plus
complete qu'un extérieur fimple
& naturel , eftoit toûjours chez lui
une marque certaine du fonds de fon
Ame. Qui jamais en effet le trouva
différent de ce qu'il paroiffoit eftre ?:
Sa converfation eftoit remplie de fertimens
d'honneur , d'équité , & de mc--
dération. Il aimoit la réputation & la
gloire ; c'eft pour elle feule qu'il a
travaillé toute fa vie , avec tant de .
foins & de peines. Jamais l'intereft nefui
a fait paffer la moindre faute dans
fes Ouvrages , ni emprunter la main
d'autrui , pour hâter fon gain . Il aimoit
le Public , il aimoit ceux qui
travaillent à lui plaire. Senfible à l'a .
mitié , il préféroit le plaifir de travailler
pour fes amis , aux avantages qui
lui eftoient offerts tous les jours par les
Grands & par les Riches. Et pour exprimer
en deux mots , le mérite du Peintre
& celui de l'homme fociable ; if
avoit des Envieux , mais il n'eut jamais
un Ennemi..
Un
DE DECEMBRE. 193
Un caractére fi fage & fi raiſonnable,
ne pouvoit pas fe démentir dans
l'occafion la plus importante. Apeine
fe crut-il menacé de la mort , qu'il remplît
avec une grande préfence d'efprit ,
tous les devoirs d'un bon Chrêtien ; &
aprés une maladie de fept jours , il
mourut enfin , pleuré de fes amis &.
regretté de tout le monde , le 21 de
Novembre , aux Galleries du Louvre ,
où le Roy lui avoit donné un logement
avec une penſion.
Ses principaux Ouvrages , font détaillés
dans le Dictionaire de Morery
de la derniere édition . Il a fait depuis,
entre autres Tableaux , & fuivant
l'ordre des tems , le Portrait de S.
A. S. Mlle de Clermont : Un Tableau
de huit ou neuf pieds de hauteur , réprefentant
les cinq fens , fous les Pottraits
de M. Périchon Notaire , de fa
Femme , & de leurs trois Enfans , to s
cinq de grandeur naturelle & en pie ".
Le Portrait de Mer le Régent auffi
enpied , & grand comme Nature , a .
compagné d'une Minerve & des autributs
de la Régence. Enfin, il a fini peu
de jours avant fa mort , un Tableau e
fept pieds de haut , réprefentant Adam
Décembre 1717. R
194 LE MERCURE
& Eve au Paradis Terreftre , avec un
grand Païfage , & quelques Animaux.
M. Santerre a fouvent dit › que dans
aucun de fes Ouvrages , il n'avoit
pouffé fi loin , felon lui , l'élegance &
la correction du deffin , la finelle de
l'expreffion , & la verité du coloris .
C'eſt par ces côtés qu'il le regardoit,
comme fon chef- d'oeuvre ; le Public
paroît confirmer de jugement , & la
Pofterité en dira peut- être davantage.
Comme il s'étoit répandu depuis
quelques jours dans cette Capitale ,
plufieurs Exemplaires d'un Ecrit qui
a pour Titre : Acte d'Appel de S. E.
M. le Cardinalde Noailles Archevêque
de Paris du 3 Avril 1717 , au Pape
mieux confeillé , & au futur Concile
Général , de la Conftitution de N. S. P.
le Pape Clément XI. du 8 Septembre
1717 , imprimé fans l'aveu & la parsicipation
de ce Prélat. Le Parlement s'affembla
le premier de ce mois & la Cour
faifant droit fur les Conclufions du
Procureur Général du Roy , ordonna
que les Exemplaires dudit Imprimé ,
feroient & demeureroient fupprimez ,
a fait deffenfes à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs & autres , d'en
DE DECORE. 196
-imprimer , vendre , débiter , ou autrement
diftribuer , fous les peines portées
par la Déclaration du 7 Octobre denier
, qui fufpend toutes les Difputes
& les Conteftations formées dans le
Royaume , à l'occafion de la derniere
Conſtitution du Pape .
Madame la Princeffe de Soubize
eft accouchée d'un garçon
Mademoiſelle de Duras , qui a époufé
M le Comte d'Egmont , prit le
29 du mois paffé , le Tabouret, pour la
premiere fois chez le Roy .
Le 2 , Madame permit à Me la
Ducheffe d'Aremberg , qui eft depuis
quelques tems à Paris , de l'aller voir.
Elle a anffi trouvé bon , que Mde la
Comteffè de Kinigfek Epoule de l'Am-
: baffadeur de l'Empereur , ût le même
honneur ; mais , comme ce Seigneur
n'a pas fait fon Entrée publique ,
cetre Dame ne peut pas encore être
reçûë en cérémonie.
Le 3 , on ût des nouvelles certaines
que la fanté du Roy d'Eſpagne fe rétabliffoit
de jour, en jour.
Le même jour , le Parlement fir
brûler par la main du Boureau, un Ecrit
imprimé à 2 colonnes : L'une conté
Rij
196 LE MERCURE
nant la Déclaration du Roy du 7 0-
tobre dernier , & l'autre , une Tra
duction en françois du Type de l'Em
pereur Conftant , qui deffend toutes les
difputes , conteftations & différens formés
dans fon Empire à l'occafion de la
Queſtion* d'une ou de deux volontés en
J. C. Au bas de cet Ecrit,fe trouve une
autre Traduction , intitulée : Le jugement
du Concile de Latran , fur le Type.
On reconnoit aifément , à la vûë de
ce Libelle , quelle a êté l'intention de
ceux qui l'ont répandu dans le Public ;
puifque le Parallele qu'ils font duType
de l'Empereur Conftant & de la Déclaration
du Roy , fait affez entendre ,
que comme le Concile de Latran a condamné
l'un , ils portent le même jugement
fur l'autre : De forte que fuivant
leur opinion , la derniére Déclaration
du Roy porte le caractére d'une Loy
injufte , laquelle ne doit point avoir
d'exécution . Comme cet efprit de
Critique , & en même tems de révolte
, eft un attentat contre l'Autorité
* Héréfie des Monothélites , qui fu
rent ainfi appellez ; parce qu'ils n'admettoient
qu'uneseule volonté en en]. C.
DE DECEMBRE. 197
Royale , la Cour ne pouvoit févir trop
rigoureufement contre un pareil Ecrit
& contre fon Auteur .
Le
Le4 ,les Etats d'Artois affemblez à Arras
, accordérent àS.M. d'un confentement
unanime , le don gratuit ordinaire .
5 , M. de Paris- Fontaine Ayde-
Major Général unique des Gardes du
Corps , fut gratifié par S. M. de la
Brigade -Lieutenance de feu M. de la
Boulaye
Madame Ducheffe de Berry , tine
Toilette , à laquelle fe trouvérent tous
les Miniftres Errangers , avec un grand
nombre de Courtifans.
On fut informé à la Cour , que M.
le Marquis d'Alincourt petit - fils de M.
le Maréchal de Villeroy , s'êtoit rendu
d'Allemagne à Venife , où il arriva le
12 Novembre ; aprés un féjour de
dix jours , il en eft parti pour Rome.
Le 7 , M. l'Abbé Dubois qui, par
ordre de la Cour , êtoit paffé à Londres
depuis quelques femaines , arriva ici
le 7 Décembre , pour rendre compte
à S. A. R. de fa Commiffion ; il deyoit
retourner dans peu .
y
M. de laBellarderie ancien Exempt ,
& Ayde-Major de la Compagnie de
Riij
198 LE MERCURE
Charôt , eft monté à l'Aide- Majorité
de Paris- Fontaine, à condition qu'on
ne le fépareroit pas de fes Camarades,
avec lefquels il avoit coûtume de fervir
M les Aydes- Majors feront le
fervice pour lui , quand il ne poura pas
s'y trouver.
Mgr le Duc s'eft abfenté des Confeils
, Samedy , Dimanche & Lundy ,
à caufe de la petite vérole de Malle de
Charolois , dont cette belle Princeffe
a êté attaquée ; on eſpére qu'elle n'en
fera point marquée.
Depuis que Mer le Duc eft Grand-
Maître des Miniéres de France , on
s'empreffe à lui envoyer plufieurs effais
de Mines d'or & d'argent , tirées des
différentes parties du Royaume ; dans
l'efpérance que ce Prince contribuëra
de tout fon pouvoir , à faire des épreuves
qui puiffent être avantageufes à
l'Etat .
Un Particulier a compofé un nouveau
métal , qui approche tellement de l'argent
, qu'il en a le poids , la couleur &
la dureté. L'Inventeur en follicite le
Privilége , & s'engage de le donner à
so fols la livre ; mais , on ne doute pas
que les Orfèvres & les Poitiers d'étain
DE DECEMBRE. 199
ne s'y oppofent pour empêcher qu'on
ne le mette en oeuvre .
M. le Comte de Clermont paroît
préfentement à la Cour en habit
´d Abbé .
Le 10 , il parut une Ordonnance du
Roy , portant réglement au fujet des
départemens du Confeil des Finances .
Elle est énoncée , comme il s'enfuit . "
→
A MAJESTE, par l'Article dernier
de fon Ordonnance du 14 .
Novembre 1715. fervant de Réglement
pour le Confeil de Finances
ayant ordonné que Monfieur le Duc
d'Orleans fon Oncle Regent , auroit
la faculté de changer tous les ans
ainfi qu'il jugeroit à propos , les Departemens
des membres dudit Confeil
: Eftant d'ailleurs convenable , de
former des Departemens pour les perfonnes
qui y ont efté appellées de.
puis ledit jour 14. Novembre 1715 .
& de faire une nouvelle diftribution,
à ceux qui eftoient chargez de dif
ferentes affaires qui ne fubfiftent plus ;
afin qu'ils puiffent tous travailler pour
le bien de l'Eftat. SA MAJESTE'
s'eftant fait reprefenter ladite Ordonnance
& celle du 24. Novembre
200 LE MERCURE
dernier , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a Ordonné & Ordonne
que les Departemens particuliers
dudit Confeil , feront reglez à
l'avenir de la maniere fuivante.
LE REGENT , en qualité d'Ordonnateur
, aura feul la Signature de
toures les Ordonnances concernant
les Dépenfès comptables & les Comptans
; tant pour Dépenfes fecrettes ,
Remifes , Interests , qu'autres de toute
nature , ainfi & de la même maniere
que faifoit le feu Roy , conformément
a la Declaration du 23. Septembre
1-715.
,'
LB REGENT aura pareillement
le Trefor Royal & les Parties Cafuelles
fuivant qu'il eft porté par
l'Ordonnance, fervant de Reglement
pour le Confeil de Finances du 14 .
Novembre 1715. & il a commis le
Sr. LE COUSTURIER , pour tenir
feul fous fes ordres , les Regiftres du
Roy , luy rendre compte directement
des Placets qui feront préfentez , pour
demander des Payemens ; Enfemble
pour expédier les Eftats de diftribution
& ordres neceffaires.
LADITE Ordonnance du 14.
:
DE DECEMBRE. 201
Novembre 1715. fervant de Reglement
pour ledit Confeil de Finances ,
fera executée fuivant fa forme & teen
ce qui concerne le Chef dudit
Confeil , le Prefident & le Vice-
Prefident .
neur ,
A l'égard des Départemens.
LE ST. DUC DE LA FORCE Vice-
Prefident , aura les Eftats des Finan--
ces des Généralitez de Toulouſe &
Montpellier , & ceux des Provinces
de Bretagne , Bourgogne , Artois .,
Bearn , Bigorre & Navarre , & les
Cahiers des Eftats defdites Provinces.
LE ST. AMELOT aura Entrée ,
Séance & Voix deliberative audit Confeil
, tant par rapport aux affaires .
du Commerce , qu'aux differens Bu-:
reaux des Finances dont il eft chargé.
LE Sr. LE PELLETIER DESFORTS
aura les Domaines , les Eftats des
Domaines , la Capitation , les Impofitions
des Provinces de Flandres
& de Franche Comté , les Eftats des.
Finances de Provence , & le Cahier
de l'Affemblée des Communautéz
dudit Pays.
LE Sr. ROULLIE' DU COUDRAY aura
202 LE MERCURE
•
l'infpection du Controlle des Quittances
du Tréfor Royal , des Parties
Cafuelles , & autres dependantes du
Controlle General des Finances ; les
Rentes , les grandes & petites Gabelles
, les Etats des Fermes , & les
Cinq Groffes Fermes .
>
LE Sr. LE PELLETIER DE LA
HOUSSAYE aura le Clergé , les
Monnoyes , les Impofitions d'Alface
& de Metz , les Fonds & Eftats au
vray de l'Extraordinaire des Guerres ,
Pain de Munition , Vivres , Artillerie,
des Baftimens & Maifons Royales ,
& de la Marine du Levant & du
Ponant.
LE Sr. FAGON aura les Eaux & Forefts
, les Eftats des Bois , les Chambres
des Compres du Royaume , les
debets & toute autre nature de deniers
& revenans- bons , à la pourfuite & diligence
du Controlleur des Reftes &
autres.
LE Sr. D'ORMESSON aura la Ferme
du Tabac , la Ferme des Poudres
& Salpêtres , les Eftats au vray des
Comptes à rendre du Dixième.
LE Sr. GILBERT DE VOYSINS aura
les Generalitez des Pays d'Elections ,
DE DECEMBRE. 204
pour la Taille , le Taillon , & les
Eftats des Finances defdites Généralitez
.
LE Sr. DE GAUMONT aura les Aydes
& Papier timbré , les Otroys
des Villes & dettes des Communautez .
LE ST . DE BAUDRY aura tous les
Eftats de dépenfe de la Maifon de Sa
Majefté , les Penfions , les Eftats de
dépenfes des Maifons de Madame lat
Ducheffe de Berry , de Madame , du
Regent , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans ; les Ponts & Chauffées
Turcies & levées , Barrage & Pavé
de Paris : En ce qui eft de Finance ,
les petites Chancelleries , les Ligues
Suilles .
Le St Dodun aura les Parlemens &
Cours Superieures , la Ferme des Greffes
, Amortiffemens , Franc - Fiefs &
nouveaux Acquets , celle du Contrôlle
& des Infinuations , la Ferme des
Huiles & les Etapes .
Le St de Fourqueux aura le Domaine
d'Occident , le Grand'Confeil , les
Bureaux des Finances.
Il fera établi un Bureau chez le Sr
Amelot Confeiller d'Etat , auquel affilteront
les Srs le Pelletier Desforts ,
>
234 LE MERCURE
•
de la Houffaye Confeillers d'Etat , les
Srs d'Ormeffon , Gilbert de Voyfins &
de Gaumont Maiftres des Requeſtes ;
pour travailler à l'Exécution de l'Art.
IX de l'Edit du mois d'Aouft dernier,
concernant toutes les différentes parties
employées dans tous les Etats qui
s'arrêtent au Confeil.
Il fera pareillement tenu un Bureau
chez le Sr Roüillé du Coudray , auquel
affifteront les Srs Fagon Confeiller
d'Etat , de Baudry , Dodun & de
Fourqueux ; pour travailler en exécution
de l'Article X dudit Etat du mois .
d'Aouft dernier , à dreffer un Etat Général
diftingué par Chapitres de toutes
les Finances des Offices & Droits fupprimez
; afin de pourvoir au payement
des interefts defdites Finances , & au
Remboursement des Capitaux.
Les Traitez ou Négociations , qui
auront paffé par les mains de ceux du
Confeil qui ont des Départemens Particuliers
, feront toujours propofez &
rédigez de concert avec les Chef &
Préfident dudit Confeil , qui recevront
les ordres du Régent,fur ce qui devra
eftre propofé audit Confeil ; & lorfqu'il
s'agira d'écrire des Lettres , &
DEDECEMBRE . 205
de donner ou d'envoyer des ordres
concernant les affaires générales , lefdites
Lettres feront écrites , & les ordres
fignez & envoyez par le Chef
ou par le Préſident dudit Confeil .
LES Fonctions qui appartiennent aux
Chef & Prefident dudit Confeil , fuivant
le préfent Reglement , & l'Ordonnance
du 14. Novembre 17 15.feront
exercées par le Vice- Prefident ,
en cas d'abſence ou maladie des Chef
& Prefident , qui ne leur permettront
pas d'y vacquer ; ce qui aura lieu
pareillement pour l'ancien dudit Confeil
en cas d'abſence , maladie ou empefchement
dudit Vice Preſident .
ORDON NE au furplus Sa Majefté,
que ladite Ordonnance , en forme de
Reglement du 14. Novembre 1715.
feraExecutée fe'on fa forme & teneur,
en tout ce qui n'eft point contraire au
prefent Reglement.
.
On a publié enLorraine , une Bulle
du Pape , par laquelle le S. P. accorde
à S. A. R. la permiffion de lever pendant
3 ans , le vingtiéme denier , fur les
revenus des biens Eccléfiaftiques de
fes Etats , même fur le cafuel des Carez
; en confidération des dépenses
-206
LE MERCURE
que ce Prince fait pour fecourir l'Empire
contre les Infidèles . Les particu-
Iters , dont lesBénéfices font fitués dans
le Barois , principalement ceux de
Ligni qui font du reffort de Paris , fe
difpofent d'appeller comme d'abus , à
ce dernier Tribunal , d'une Bulle qui
n'y a pas êté enregistrée .
Le onze , on publia une Ordonnance
de S. M. , qui deffend expreffément
à toutes perfonnes , de quelque qualité
& condition qu'elle foit , de tenir aucune
afféniblée de Jeux , même dans
les Maifons qui ont pour Infcription .
fur les Portes , les noms des Princes &
Princeffes du Sang Royal . Cette Ordonnance
à û un tel effet , que le lendemain
toutes les Académies de Jeux
ont êté fermées , perfonne n'ayant ofé
y contrevenir.
On a remarqué que M. le Prince
de Cellemaré Ambaffadeur d'Espagne,
n'a jamais voulu permettre qu'on fe
fervit de fon nom ni de fon droit ,
pour ces fortes d'Affemblées Les Fêtes
cependant , n'en ont pas êté moins fréquentes
dans fon Hôtel , où tout s'eft
toûjours paffé avec la derniére magnificence
.
DE DECEMBRE 207
Le 14 , Mst le Duc Regent fe fit
appliquer une feconde fois fur fon oeil ,
le remede Topique de M. Mouffart .
Le même jour , M. le Cardinal de
Rohan arriva ici de Strasbourg par
ordre de la Cour. Le16 , cette Eminence
alla voir Mer le Duc Régent ; & le
lendemain, M. le Cardinal de Noailles .
Le 18 , le Cardinal Archevêque alla
rendre fa vifire à M. de Strasbourg.
Ces deux Eminences paroiffent fort
contentes l'une de l'autre .
Le 15 au matin , on trouva M.
l'Abbé de Bonneuil affaffiné dans fon
Appartement avec fon Valet . Sur le
rapport des Chirurgiens , on a reconnu
qu'ils avoient û latête écrafée à coups
de bâtons de cotret , que les Auteurs
de ce meurtre avoient laiffés dans la
Chambre teins de leur fang ; & que le
Domestique avoit êté tué entre dix &
onze du foir , plus d'une heure avant
fon Maître . Comme l'Abbé étoit allé
fouper en Ville & qu'il ne rentroit ordinairement
que fort tard ils crurentqu'ils
auroient tout le temsde foüillerpar tout ,
& de faire leur main , avant fon retour ;
mais êtant revenu fur le minuit ,
beaucoup plûtôt qu'ils ne l'attendoient
>
208 LE MERCURE
avec fes Porteurs qu'il renvoya malhûreufement
, fans les faire monter
avec lui ; ces Scélérats ne fçachant
comment s'échaper, fans être apperçus
ou rencontrés , piirent fur le champ , le
parti de lui faire éprouver le même
fort qu'à fon Laquais ; ce qu'ils exécutérent
auffi facilement . Ce qui paroît
fort étonnant , c'eſt qu'on ait ôté la vie
à deux hommes ,fans que les Locataires
de la Maifon qui êtoient au deffus ,
au deffous, & à côté de l'endroit où cerse
action Tragique s'eft paffée , n'ayent
rien entendu de tous ces mouvemens.
Outre les coups fur la tête , dont ces
victimes infortunées ont êté affommées
, on a encore remarqué cinq bieflures
poftiches dans le corps du Maître , &
fept dans celui du Valet , faites felon
toutes les apparences , avec un gros
ftilet ; mais on prétend , que ni l'un ,
ny l'autre n'avoit déja plus de vie ,
lorfqu'on leur a porté ces nouveaux
coups ; & que ces Affaffin ; n'en ont
ufé ainfi , que pour mieux s'affûrer de
leur mort. Car , pour l'épée du Valet ,
& un couteau de chaffe du Maître , qui
êtoient auprés des deux cadavres , il n'y
a prefque pointde doute qu'ils n'y ayent
efté
DE DECEMBRE. 209
été mis exprés , pour faire croire qu'ils
s'êtoient battus enfemble . Quoique
M. Mariet Commiffaire , ait trouvé fur
l'Abbé , cinq louis neufs & deux loüis
vieux , fans compter un baffin à barbe
avec l'étuy à favonnere d'argent, il n'y a
prefque point de doute qu'on n'ait enle
vé quelque fomme confidérable.
Le 15 , Madame alla dîner à l'Abbaye
de Chelles , pour y voir Mademoifelle
, qui continue toûjours avec
ferveur fon Noviciar.
"
t
Le 17 , les Comédiens ordinaires da
Roy repréfentérent pour la premiere
fois fur leur Théatre , une Piéce en 3
Actes , en Vers , intitulée : La Métamorphofe
des Dieux , ou les Dieux
Comédiens . Elle eft de la compofition
du fieur Dancourt , & la Mufique des
Intermédes , de M. Mourer.
Le fond ou fujet de la Fable , n'eſt
autre que Jupiter , qui galand , à fon
ordinaire , defcend du Ciel pour cul
tiver , ou plûtôt pour féduire le coeur
d'une jeune Bergere , nommée Corine ,
dont il et éperduement amoureux . Il
amène à fuire les Divinitez , qui peuvent:
contribuer aux plaifirs de fa nonvelle:
Maiwelfactes qu
LE MERCURE
-
Bachus , Faunus &c. Le Maître des
Dieux à qui les déguifemens coutoient
fi peu fe traveftit en Homme d'affaires :
Par malheur pour lui , fa Maîtreffe
n'êtoit point du fiécle , & fon goût n'êtoit
point à la mode. Elle aime un
fimple Berger ; fon nom eft Philene ,
dont le coeur naïf & tendre lui tient
hieu de tout & fair fa félicité . Jupiter
joüoitd'un grand malheur ;car ,peut-être
cette fille eftoit- elle un Phénix unique
en fon efpéce. La fatalité de l'amour
du Dieu ne finit pas là ; Junon eft avertie
de la fortie galante de fon perfide
Epoux Pour la traverfer , elle
prend à fon tour, la figure de la Tante
de la Bergere ; & fous ce déguifement
confeille à ce coeur innocent , de fe referver
tout entiere à fon Perger , & de
tenir ferme contre la fortune & les préfens
du Dieu Partifan. Junon revole
aux Cieux Aprés ceeetite fupercherie
qui fortifie la petite fille dans
fes projets de conftance , la vraie Tante
paroit on la reconnoit par le relâchement
de fa Morale auprès de fa niéce .
Ce relâchement eft d'ufage : M. Dancourt
a faifi le vrai des moeurs de pareilles
Tutrices. Il feroit à fouhaiter
DE DECEMBRE. 211
que les images de ce vrai , n'emportaffent
pas avec elle certain caractére
trop peu ménagé qui en diminuë le
prix. On ne peut critiquer l'Auteur
que fur le choix de fon vrai , non fur
Fexpofition qu'il en a donné , qui n'eſt
que trop en ufage . Jupiter , qui en bon
mary, craint le reffentiment de fa femme
, & qu'elle ne foit affés magicienne ,
pour lui enlever la Corine , charge
Bachus d'un Anneau conftellé, pour en
faire préfent à fa Maîtreffe. Après
bien des façons , elle l'accepte , ayant
reconnu par expérience qu'il avoit la
vertu de rendre invifible quiconque
le porteroit au doigt. La jeune fille fe
fert de la bague contre le Dieu même.
Bien plus , elle fe fouftrait & fait
fouftraire Philéne par fa lumiére magique
aux yeux des Argus qu'il avoit
placé auprés d'elle ; à plus forte taifən
de la Tante moyénenfe , & par fon fecours,
elle a le plaifir de fe livrer à fon
Amant. Jupiter s'emporte contre les
Amours qui l'avoient fi mal fervi : Il·les
accufe du mauvais fuccés de fon in
trigue . Effectivement , ces Dieux fri
Pons s'êtoient piêtez aux deffeins ja
Joux de Junon. Le Maître du Tonnerre
Sij
212
LE MERCURE
voulant s'en vanger , les condamne
dans fa colere, à mourir comme les autres
homines ; & pour rendre fon Arrêt
irrévocable , il en jure par les eaux du
Stix . Devenu plux doux enfuite , par
un nouvel attachement & par les priéres
de Vénus , il adhère à l'adouciffement
que l'Inconftance lui propofe de
mettre à l'effet de fon ferment, qui eft,
que , puifqu'il ne peut plus empêcher
que les Amours ne meurent, il les laiffe
renaître auffitôt dans d'autres coeurs.
Voilà ce qui fonde la Métempficofe des
Amours.
Cette Piéce eft bien êcrite , & remplie
de traits d'efprit variés ; de façon
qu'onperd de vue les fautes principales,
s'il y en a. Jupiter à la vérité n'y eft
pas délicat ; mais , il y eft Partifan'; &
fous certe figure , il y donne les exemples
d'infidélité conjugale , que fourniffent
fouvent les originaux dont il
eft copie.
Il faut convenir que fi cette Comédie
a de quoi plaire , elle tire une partie
de fon agrement des Feftes que Jupiter
ordonne , pour amufer fa chere
Corine dans des Jardins enchantez ,
ù elle est renfermée. La, Mufique
·
DE DECEMBRE. 213
des Intermédes en eft aisée • enjoüée
, bien caractérisée & tout
à fait chantante ; auffi eft- elle de l'Auteur
des Festes de Thalie
Le 18 , les deux Batons d'Exempt
dans la Compagnie de Charôt eftant
vacants , ils ont efté donnés , l'un à
M. d'Augé fils du Comte , Major Génér
ral de la Gendarmerie
efté retiré de ce corps , & l'autre , à M.
d'Anault ,ancien Brigadier de ce Corps
qui avoit
Le 19 , Madame Ducheffe de Berry
tint Toilette , où fe trouvérent tous
les Ambaffadeurs & Miniftres , avec
un grand nombre de Seigneurs & de
Dames qui formoient un cercle magnifique
.
Le 11 , il arriva un Courier de
Bretagne qui a rapporté , que par ordre
du Roy , les Etats de cette Province
avoient esté fufpendus.
Le même jour , Mgr le Duc déclara
aux Maîtres d'Hotel du Roy , que
leur différent avec les premiers Gentils-
hommes de la Chambre , avoit êté
réglé , que fur leurs rémontrances & l'éxamen
de leurs Titres , touchant ce
qui fe pratiquoit du tems de Louis
XIV. Ils avoient êté mantenus en pof214
LE MERCURE
feffion de paroître chez le Roy , avec
leur Bâton de cérémonie , & d'avertir
eux -mêmes S. M. dans fa Chambre ,
dans fon grand Cabinet , chez M. le
Maréchal de Villeroy & chez Madame
la Ducheffe de Vantadour , que la
viande êtoit fervie ; mais , qu'ils n'entreroient
point dans le Cabinet particulier
, le Roy pouvant s'y être enfermé
pour des affaires particuliéres ;
que dans ce cas , ils fe contenteroient
d'avertir l'Huiffier que la viande eft
fur la Table.
2
M. le Comte de Kiniffegg Ambaffa
deur de l'Empereur ayant efté attaqué
en même tems de la goute & d'une
douleur très violente au fondement ;
après avoir êté agité de maux infupportables
pendant 15 jours , M. Anėl
Chirurgien de S. E. jugea à propos de
lui faire l'Opération de la fiftule à
Panus , parce qu'il y remarqua une eſpéce
de dureré fans tumeur fituée entre
le coxix & l'anus , qui fut fuivie
peu de tems après , d'une élévation à
la peau ; c'est ce qui détermina d'abord
ce Chirurgien à plonger fa lancette
de l'épaiffeur d'un pouce , avant
que d'arriver à la matiére qu'il fit écou
•
DE DECEMBRE.
215
•
ler , à la faveur de laquelle il fit le
lendemain 18 la grande Opération ,
en préſence de M. Helvetius le fils ,
Médecin , de M. le Dran le pere , de
M. Maliffain & Tartanfon , trois fameux
Chirurgiens de cette Ville , M.
Dubois célébre Apoticaire , y fut auffi
appellé. Si M. Anel n'avoit pas ouvert
cet abcés auffi ponctuellement ,'
il y avoit à craindre que S. Ex . n'en
ût êtéincommodée le reite de ſa vie
Voilà la deuxième fois que M. Anel
a fait hûreufement 2 cures très périlleufes
à ce Seigneur ; l'une en Italie ,
où il lui tira avec toute la dextérité
imaginable , une bale perdue dans les
chairs ; & l'autre , en cette derniére
occafion , fans qu'il luy foit furvenu le
moindre accident , & fans qu'il ait
û de fiévre : Tous les panfemens ont
êté fuportables & deviennent tous les
jours moins douloureux ; on juge qu'-
il ne faut que cinq femaines pour fon
parfait rétab iffement .
M. l'Abbé Bignon a reçu une Lettre
de M. Arefkin Général Ajudant &
Chambellan , du Czar , êcrite de Peterbourg
le 7 Novembre , dont voici
la fubftance ; il lui marque : Que S.
216 LE MERCURE
"
M. CZ. eft très fatisfaite que l'il'uftre.
Corpsde l'Academie des Sciences veüille
bien l'a gréger au nombre des Membres
qui le composent , en lui offrant fes nobles
travaux * depuis l'année 1699
jufqu'à préfent , comme un Tribut appartenant
de droit à chaque Académicien
; quefon Maître cherchera les occafions
d'en marquer fa reconno : fance ;
& que par la recherche exacte de toutes
les curiofitez les nouveautez que S.
M. pouradécouvrir dans fes Etats , elle
tâchera en les communiquant , de mé
riter le nom d'un bon Membre de cette
illuftre Académie.
du
S. M. approuve fort vôtre pensée ,
Monfieur, qu'en fait de Science , la difinition
fe tire moins du rang , que dis
génie , des talents & de l'application.
Pour ce qui vous concerne , elle est très
fenfible à votre manière d'agir envers
elle , pendant fon féjour en France , &
fouhaite des occafions de vous témoigner
toute l'amitiéqu'elle a confervéepourpous .
Pource qui eft de moi , M,je ne perdrai
jamais le précieux fouvenir de vôt , baute
capacité & decette extréme politeffe qui
• vous attirel'eftime la vénération de tous
les honêtes gens.
d'annoncer la mort de M. Santerre.
Depuis ce tems- là , un de fes Amis particuliers,
curieux d'ailleurs , bon connoiffeur
, m'a communiquécet Eloge, dont je
crois que la lecture fatisfera le Public.
JOURNAL DE PARIS.
Ban Baptifte Santerre naquit d'ho
nêtes Parens à Magni , près de Pontoife
, au mois de Mars de l'année ISSIO
Il perdit fon pere & fa mere dés fa
plus tendre enfance . I hérita d'eux
avec un peu de bien , beaucoup de
candeur & de probité .
.
Ses autres Parens incertains de la
profeffion dans laquelle ils engageroient
cet enfant , fe déterminérent
par le penchant de l'enfant même.
Q
185 LE MERCURE
Ils furent en cela plus faciles & plus
fages que les Parens ordinaires , qui
bornant opiniatrément leur vûë à l'état
où ils fe trouvent , contrarient &
étouffent fouvent dans leurs enfans ,
les difpofitions les plus hûreufes &
les talens les plus marquez . L'ardeur
& le goût que celui - ci montroit pour
le deffin , fit prendre le parti de le
livrer à la Peinture , & de l'amener à
Paris .
M. Santerre eft peut - être l'exemple
le plus fenfible , de ce que peut la feule
Nature en un Sujet qu'elle favoriſe.
Dans l'âge , & au centre des diffipations
, abandonné à lui-même , il ne
palla pas un jour fans faire quelque
êtude quieût raport à fon Art.
Malgré la modeftie & la docilité qui
le caractérifoient ec tous les Eléves,
´il ne put jamais s'empêcher de cher- .
cher la perfection de la Peinture , pardes
routes oppofées à celles qui lui
eltoient indiquées , & qui estoient fuivies
par fes Maîtres . Ils l'en reprenoient
fouvent ; on ne peut les en blamer : Ils
n'eftoient pas obligez de fçavoir , que
la Nature elle - même conduifoit ces.
Eléve pas à pas..
DE DECEMBRE. 187
Le jeune Santerre comprit de bonneheure
, que la feule Nature eftoit un
guide infaillible , & il réfolut de ne
s'attacher qu'à elle .
Il eft vrai, que par une grande méfiance
de foi-même ( qualité néceffaire
& peu commune à fon âge ) il quitta
quelquefois la route ordinaire, & chercha
à imiter les Maîtres les plus eftimés
de fon tems ; mais , il ne tarda gué
res à reconnoitre fon erreur. Averti
par deux perfonnes diftinguées
qui frapées de fes premiers fuccez
lui confeillérent alors de perdre de vûë
tous les Maîtres & de fuivre la feule
Nature , il fe livra à elle fans retour ;
il ne difcontinua plus de la chercher ,
& l'imita fidélement jufqu'au tombeau
.
L'événement juftifia fon choix : Sa
maniere de peindre fut fi différente de
celle de tous les Maîtres connus ,
qu'un jour , Monfeigneur le Régent ,
Prince auffi eftimable par fon grand
goût pour les Sciences & les Arts , que
refpectable par fon Augufle Naiffance
* M. le Marquis de Villarfean &
M. Defpreaux
1
185 LEMERCURE
ayant demandé à M. Santerre , & ayant
appris de lui , quels avoient efté les
Maîtres ; il lui fit l'honneur de lui répondre
: Vous avez bien fait de me.
les nommer ; car je ne les aurois jamais
devinez .
Ce grand Prince l'honoroit de fon
eitime : Il lui en a donné de fréquens témoignages
, il a eu la bonté de venir le
voir travailler plufieurs fois chez lui ;
depuis même que le poids de la
Régence lui laiffe fi peu de moments
libres. Un Suffrage fi éclairé fait feul
Féloge de M. Santerre Le Public
connoiffeur ne m'en défavoüera pas.
Ainfi , moins pour la gloire de cet
illuftre Peintre , que pour la fatisfa
&tion de ceux qui , comme lui , cherchent
le vrai , j'expoferai quelques
principes,& quelques maximes, dont il
a fouvent dit qu'il s'êtoit bien trouvé.J'y
joindrai quelques faits & quelques remarques,
qui acheveront fon caractére .
M. Santerre fit de bonne- heure des
études profondes fur l'Anatomie . Il
fe trouvoit fréquemment aux diffetions
; il en faifoit fouvent chez lui ;
& en parlant de cette Science , il difeit
que dans fon Art, il en fall favoir
DE DECEMBRE: 189
beaucoup , pour en laiffer voir un peu..
Son Principe, pour éviter d'eftre maniéré,
altoit d'imiter en tout la feuleNa--
ture ; parce que la Nature ne fe répétant
prefque jamais , & variant à l'infini
,le Peintre qui ne cherche qu'elle ,,
varie comme elle.
Il difoit fouvent , qu'il avoit apris ce
qu'il fçavoit , avec deux fortes de perfonnes
: La Méchanique de fon Art
dans les Académies & chez les Maitres;
tout le refte, avec les gens d'efprit .
C'est peut-être au commerce de ces
derniers qu'il doit ces penfées & ces
expreffions fines que l'on voit dans fes
Tableaux d'idée , & l'art de porter
ces fineffes de penfées & d'expreffions
jufques dans les Portraits .
Raportant tout la feule Nature
qu'il étudioit fans rélache , il trouvoit
des défauts dans l'antique même , &
dans les plus grands Peintres d'Italie ,
qu'il n'imitoit pas en tout : Il trouvoit
auffi des beautés dans les Modernes &
dans fes Contemporains. Il n'eftimoir
pas outrément les uns ; il rendoit justice
aux autres .
Quand les Connoiffeurs ou fes
Amis le follicitoient de fe faire une
190 LE MERCURE
1
maniére plus expéditive , & de ne pas
fondre fi parfaitement fes ouvrages ;
il leur répondoit deux chofes : La
premiére ; mes ouvrages , il eft vrai ,
font fondus avec un grand foin ; mais
la Nature l'eft encore davantage , &
je cherche à l'imiter : La feconde ; les
meilleurs Tableaux de Raphaél , du
Corege, du Titien & des autres grands
Maîtres font du moins auffi fondus
que les miens . Ainfi , la Nature m'ordonne
, & les exemples des grands
Maîtres me perfuadent de continuer ,..
comme j'ai commencé.
Il n'eft point de foins qu'il ne fe
foit donnés , pour rendre fes ouvrages -
durables , & pour ainfi dire , inaltera
bles : Il obfervoit jufqu'aux enfeignes
des boutiques ; il y remarquoit les couleurs
que le tems & le grand air detruifent
, & celles qu'ils laiffent dans
leur force. Enfin , aprés de mûres réflexions
fur cette partie de fon Art ,
il s'êtoit fait une regle , de n'employer
que des Terres au nombre de 4 ou 5 ,
dont le mélange lui fourniffoit toutes
fes reintes. Comme ces Terres font
fortes & entiéres , le mélange & lunion
en êtoit difficile ; il en venoir à
DE DECEMBRE.
19
boût par une longue patience ; il repeignoit
jufqu'à trois & quatre fois la
même choſe ; & fans le fecours des
laques & des ftils de grain dont il ne
fe fervoit prefque jamais , parce que
le tems les altere ,la patience fecondée
d'un grand jugement donnoit à
fes ouvrages le fondu , la fraicheur ,
& l'union que l'on y remarque. Cette
maniéré lui a fi bien reuffi que l'on
voit de lui des Portraits peints , il y a
vingt , ,trente , & quarante années,
prefque auffi frais que le premier jour .
L'empreffement que le Public avoit
pour les Ouvrages de ce Peintre célébre
, & le prix qu'il y mettoit , n'ont
jamais diminué fa modeſtle , je dirai
même fa timidité : Elle paroiffoit par
tout , excepté dans fes Ouvrages.
Cette difpofition de l'Ame • qu'on
regarde comme une foibleffe , il la
chérifloit & fe la croyoit néceffaire :
Ma timidité , difoit il , m'empefche de
trop préfumer de mes forces , fur les
applaudiſſemens dont le Public m'honore.
Parce que je fuis timide , je veille .
& j'eftudie toûjours , & je me dis fouvent
à moi-mefme , que pour mériter:
une folide réputation , il faut toujours.
•
A
192 LE MERCURE
ignorer qu'elle eft acquife.
•
Par tout ce qui précéde , on comprendra
quel eftoit le caractére de M.-
Santerre. Je me contenterai d'ajouter
ici , pour en donner une idée plus
complete qu'un extérieur fimple
& naturel , eftoit toûjours chez lui
une marque certaine du fonds de fon
Ame. Qui jamais en effet le trouva
différent de ce qu'il paroiffoit eftre ?:
Sa converfation eftoit remplie de fertimens
d'honneur , d'équité , & de mc--
dération. Il aimoit la réputation & la
gloire ; c'eft pour elle feule qu'il a
travaillé toute fa vie , avec tant de .
foins & de peines. Jamais l'intereft nefui
a fait paffer la moindre faute dans
fes Ouvrages , ni emprunter la main
d'autrui , pour hâter fon gain . Il aimoit
le Public , il aimoit ceux qui
travaillent à lui plaire. Senfible à l'a .
mitié , il préféroit le plaifir de travailler
pour fes amis , aux avantages qui
lui eftoient offerts tous les jours par les
Grands & par les Riches. Et pour exprimer
en deux mots , le mérite du Peintre
& celui de l'homme fociable ; if
avoit des Envieux , mais il n'eut jamais
un Ennemi..
Un
DE DECEMBRE. 193
Un caractére fi fage & fi raiſonnable,
ne pouvoit pas fe démentir dans
l'occafion la plus importante. Apeine
fe crut-il menacé de la mort , qu'il remplît
avec une grande préfence d'efprit ,
tous les devoirs d'un bon Chrêtien ; &
aprés une maladie de fept jours , il
mourut enfin , pleuré de fes amis &.
regretté de tout le monde , le 21 de
Novembre , aux Galleries du Louvre ,
où le Roy lui avoit donné un logement
avec une penſion.
Ses principaux Ouvrages , font détaillés
dans le Dictionaire de Morery
de la derniere édition . Il a fait depuis,
entre autres Tableaux , & fuivant
l'ordre des tems , le Portrait de S.
A. S. Mlle de Clermont : Un Tableau
de huit ou neuf pieds de hauteur , réprefentant
les cinq fens , fous les Pottraits
de M. Périchon Notaire , de fa
Femme , & de leurs trois Enfans , to s
cinq de grandeur naturelle & en pie ".
Le Portrait de Mer le Régent auffi
enpied , & grand comme Nature , a .
compagné d'une Minerve & des autributs
de la Régence. Enfin, il a fini peu
de jours avant fa mort , un Tableau e
fept pieds de haut , réprefentant Adam
Décembre 1717. R
194 LE MERCURE
& Eve au Paradis Terreftre , avec un
grand Païfage , & quelques Animaux.
M. Santerre a fouvent dit › que dans
aucun de fes Ouvrages , il n'avoit
pouffé fi loin , felon lui , l'élegance &
la correction du deffin , la finelle de
l'expreffion , & la verité du coloris .
C'eſt par ces côtés qu'il le regardoit,
comme fon chef- d'oeuvre ; le Public
paroît confirmer de jugement , & la
Pofterité en dira peut- être davantage.
Comme il s'étoit répandu depuis
quelques jours dans cette Capitale ,
plufieurs Exemplaires d'un Ecrit qui
a pour Titre : Acte d'Appel de S. E.
M. le Cardinalde Noailles Archevêque
de Paris du 3 Avril 1717 , au Pape
mieux confeillé , & au futur Concile
Général , de la Conftitution de N. S. P.
le Pape Clément XI. du 8 Septembre
1717 , imprimé fans l'aveu & la parsicipation
de ce Prélat. Le Parlement s'affembla
le premier de ce mois & la Cour
faifant droit fur les Conclufions du
Procureur Général du Roy , ordonna
que les Exemplaires dudit Imprimé ,
feroient & demeureroient fupprimez ,
a fait deffenfes à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs & autres , d'en
DE DECORE. 196
-imprimer , vendre , débiter , ou autrement
diftribuer , fous les peines portées
par la Déclaration du 7 Octobre denier
, qui fufpend toutes les Difputes
& les Conteftations formées dans le
Royaume , à l'occafion de la derniere
Conſtitution du Pape .
Madame la Princeffe de Soubize
eft accouchée d'un garçon
Mademoiſelle de Duras , qui a époufé
M le Comte d'Egmont , prit le
29 du mois paffé , le Tabouret, pour la
premiere fois chez le Roy .
Le 2 , Madame permit à Me la
Ducheffe d'Aremberg , qui eft depuis
quelques tems à Paris , de l'aller voir.
Elle a anffi trouvé bon , que Mde la
Comteffè de Kinigfek Epoule de l'Am-
: baffadeur de l'Empereur , ût le même
honneur ; mais , comme ce Seigneur
n'a pas fait fon Entrée publique ,
cetre Dame ne peut pas encore être
reçûë en cérémonie.
Le 3 , on ût des nouvelles certaines
que la fanté du Roy d'Eſpagne fe rétabliffoit
de jour, en jour.
Le même jour , le Parlement fir
brûler par la main du Boureau, un Ecrit
imprimé à 2 colonnes : L'une conté
Rij
196 LE MERCURE
nant la Déclaration du Roy du 7 0-
tobre dernier , & l'autre , une Tra
duction en françois du Type de l'Em
pereur Conftant , qui deffend toutes les
difputes , conteftations & différens formés
dans fon Empire à l'occafion de la
Queſtion* d'une ou de deux volontés en
J. C. Au bas de cet Ecrit,fe trouve une
autre Traduction , intitulée : Le jugement
du Concile de Latran , fur le Type.
On reconnoit aifément , à la vûë de
ce Libelle , quelle a êté l'intention de
ceux qui l'ont répandu dans le Public ;
puifque le Parallele qu'ils font duType
de l'Empereur Conftant & de la Déclaration
du Roy , fait affez entendre ,
que comme le Concile de Latran a condamné
l'un , ils portent le même jugement
fur l'autre : De forte que fuivant
leur opinion , la derniére Déclaration
du Roy porte le caractére d'une Loy
injufte , laquelle ne doit point avoir
d'exécution . Comme cet efprit de
Critique , & en même tems de révolte
, eft un attentat contre l'Autorité
* Héréfie des Monothélites , qui fu
rent ainfi appellez ; parce qu'ils n'admettoient
qu'uneseule volonté en en]. C.
DE DECEMBRE. 197
Royale , la Cour ne pouvoit févir trop
rigoureufement contre un pareil Ecrit
& contre fon Auteur .
Le
Le4 ,les Etats d'Artois affemblez à Arras
, accordérent àS.M. d'un confentement
unanime , le don gratuit ordinaire .
5 , M. de Paris- Fontaine Ayde-
Major Général unique des Gardes du
Corps , fut gratifié par S. M. de la
Brigade -Lieutenance de feu M. de la
Boulaye
Madame Ducheffe de Berry , tine
Toilette , à laquelle fe trouvérent tous
les Miniftres Errangers , avec un grand
nombre de Courtifans.
On fut informé à la Cour , que M.
le Marquis d'Alincourt petit - fils de M.
le Maréchal de Villeroy , s'êtoit rendu
d'Allemagne à Venife , où il arriva le
12 Novembre ; aprés un féjour de
dix jours , il en eft parti pour Rome.
Le 7 , M. l'Abbé Dubois qui, par
ordre de la Cour , êtoit paffé à Londres
depuis quelques femaines , arriva ici
le 7 Décembre , pour rendre compte
à S. A. R. de fa Commiffion ; il deyoit
retourner dans peu .
y
M. de laBellarderie ancien Exempt ,
& Ayde-Major de la Compagnie de
Riij
198 LE MERCURE
Charôt , eft monté à l'Aide- Majorité
de Paris- Fontaine, à condition qu'on
ne le fépareroit pas de fes Camarades,
avec lefquels il avoit coûtume de fervir
M les Aydes- Majors feront le
fervice pour lui , quand il ne poura pas
s'y trouver.
Mgr le Duc s'eft abfenté des Confeils
, Samedy , Dimanche & Lundy ,
à caufe de la petite vérole de Malle de
Charolois , dont cette belle Princeffe
a êté attaquée ; on eſpére qu'elle n'en
fera point marquée.
Depuis que Mer le Duc eft Grand-
Maître des Miniéres de France , on
s'empreffe à lui envoyer plufieurs effais
de Mines d'or & d'argent , tirées des
différentes parties du Royaume ; dans
l'efpérance que ce Prince contribuëra
de tout fon pouvoir , à faire des épreuves
qui puiffent être avantageufes à
l'Etat .
Un Particulier a compofé un nouveau
métal , qui approche tellement de l'argent
, qu'il en a le poids , la couleur &
la dureté. L'Inventeur en follicite le
Privilége , & s'engage de le donner à
so fols la livre ; mais , on ne doute pas
que les Orfèvres & les Poitiers d'étain
DE DECEMBRE. 199
ne s'y oppofent pour empêcher qu'on
ne le mette en oeuvre .
M. le Comte de Clermont paroît
préfentement à la Cour en habit
´d Abbé .
Le 10 , il parut une Ordonnance du
Roy , portant réglement au fujet des
départemens du Confeil des Finances .
Elle est énoncée , comme il s'enfuit . "
→
A MAJESTE, par l'Article dernier
de fon Ordonnance du 14 .
Novembre 1715. fervant de Réglement
pour le Confeil de Finances
ayant ordonné que Monfieur le Duc
d'Orleans fon Oncle Regent , auroit
la faculté de changer tous les ans
ainfi qu'il jugeroit à propos , les Departemens
des membres dudit Confeil
: Eftant d'ailleurs convenable , de
former des Departemens pour les perfonnes
qui y ont efté appellées de.
puis ledit jour 14. Novembre 1715 .
& de faire une nouvelle diftribution,
à ceux qui eftoient chargez de dif
ferentes affaires qui ne fubfiftent plus ;
afin qu'ils puiffent tous travailler pour
le bien de l'Eftat. SA MAJESTE'
s'eftant fait reprefenter ladite Ordonnance
& celle du 24. Novembre
200 LE MERCURE
dernier , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a Ordonné & Ordonne
que les Departemens particuliers
dudit Confeil , feront reglez à
l'avenir de la maniere fuivante.
LE REGENT , en qualité d'Ordonnateur
, aura feul la Signature de
toures les Ordonnances concernant
les Dépenfès comptables & les Comptans
; tant pour Dépenfes fecrettes ,
Remifes , Interests , qu'autres de toute
nature , ainfi & de la même maniere
que faifoit le feu Roy , conformément
a la Declaration du 23. Septembre
1-715.
,'
LB REGENT aura pareillement
le Trefor Royal & les Parties Cafuelles
fuivant qu'il eft porté par
l'Ordonnance, fervant de Reglement
pour le Confeil de Finances du 14 .
Novembre 1715. & il a commis le
Sr. LE COUSTURIER , pour tenir
feul fous fes ordres , les Regiftres du
Roy , luy rendre compte directement
des Placets qui feront préfentez , pour
demander des Payemens ; Enfemble
pour expédier les Eftats de diftribution
& ordres neceffaires.
LADITE Ordonnance du 14.
:
DE DECEMBRE. 201
Novembre 1715. fervant de Reglement
pour ledit Confeil de Finances ,
fera executée fuivant fa forme & teen
ce qui concerne le Chef dudit
Confeil , le Prefident & le Vice-
Prefident .
neur ,
A l'égard des Départemens.
LE ST. DUC DE LA FORCE Vice-
Prefident , aura les Eftats des Finan--
ces des Généralitez de Toulouſe &
Montpellier , & ceux des Provinces
de Bretagne , Bourgogne , Artois .,
Bearn , Bigorre & Navarre , & les
Cahiers des Eftats defdites Provinces.
LE ST. AMELOT aura Entrée ,
Séance & Voix deliberative audit Confeil
, tant par rapport aux affaires .
du Commerce , qu'aux differens Bu-:
reaux des Finances dont il eft chargé.
LE Sr. LE PELLETIER DESFORTS
aura les Domaines , les Eftats des
Domaines , la Capitation , les Impofitions
des Provinces de Flandres
& de Franche Comté , les Eftats des.
Finances de Provence , & le Cahier
de l'Affemblée des Communautéz
dudit Pays.
LE Sr. ROULLIE' DU COUDRAY aura
202 LE MERCURE
•
l'infpection du Controlle des Quittances
du Tréfor Royal , des Parties
Cafuelles , & autres dependantes du
Controlle General des Finances ; les
Rentes , les grandes & petites Gabelles
, les Etats des Fermes , & les
Cinq Groffes Fermes .
>
LE Sr. LE PELLETIER DE LA
HOUSSAYE aura le Clergé , les
Monnoyes , les Impofitions d'Alface
& de Metz , les Fonds & Eftats au
vray de l'Extraordinaire des Guerres ,
Pain de Munition , Vivres , Artillerie,
des Baftimens & Maifons Royales ,
& de la Marine du Levant & du
Ponant.
LE Sr. FAGON aura les Eaux & Forefts
, les Eftats des Bois , les Chambres
des Compres du Royaume , les
debets & toute autre nature de deniers
& revenans- bons , à la pourfuite & diligence
du Controlleur des Reftes &
autres.
LE Sr. D'ORMESSON aura la Ferme
du Tabac , la Ferme des Poudres
& Salpêtres , les Eftats au vray des
Comptes à rendre du Dixième.
LE Sr. GILBERT DE VOYSINS aura
les Generalitez des Pays d'Elections ,
DE DECEMBRE. 204
pour la Taille , le Taillon , & les
Eftats des Finances defdites Généralitez
.
LE Sr. DE GAUMONT aura les Aydes
& Papier timbré , les Otroys
des Villes & dettes des Communautez .
LE ST . DE BAUDRY aura tous les
Eftats de dépenfe de la Maifon de Sa
Majefté , les Penfions , les Eftats de
dépenfes des Maifons de Madame lat
Ducheffe de Berry , de Madame , du
Regent , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans ; les Ponts & Chauffées
Turcies & levées , Barrage & Pavé
de Paris : En ce qui eft de Finance ,
les petites Chancelleries , les Ligues
Suilles .
Le St Dodun aura les Parlemens &
Cours Superieures , la Ferme des Greffes
, Amortiffemens , Franc - Fiefs &
nouveaux Acquets , celle du Contrôlle
& des Infinuations , la Ferme des
Huiles & les Etapes .
Le St de Fourqueux aura le Domaine
d'Occident , le Grand'Confeil , les
Bureaux des Finances.
Il fera établi un Bureau chez le Sr
Amelot Confeiller d'Etat , auquel affilteront
les Srs le Pelletier Desforts ,
>
234 LE MERCURE
•
de la Houffaye Confeillers d'Etat , les
Srs d'Ormeffon , Gilbert de Voyfins &
de Gaumont Maiftres des Requeſtes ;
pour travailler à l'Exécution de l'Art.
IX de l'Edit du mois d'Aouft dernier,
concernant toutes les différentes parties
employées dans tous les Etats qui
s'arrêtent au Confeil.
Il fera pareillement tenu un Bureau
chez le Sr Roüillé du Coudray , auquel
affifteront les Srs Fagon Confeiller
d'Etat , de Baudry , Dodun & de
Fourqueux ; pour travailler en exécution
de l'Article X dudit Etat du mois .
d'Aouft dernier , à dreffer un Etat Général
diftingué par Chapitres de toutes
les Finances des Offices & Droits fupprimez
; afin de pourvoir au payement
des interefts defdites Finances , & au
Remboursement des Capitaux.
Les Traitez ou Négociations , qui
auront paffé par les mains de ceux du
Confeil qui ont des Départemens Particuliers
, feront toujours propofez &
rédigez de concert avec les Chef &
Préfident dudit Confeil , qui recevront
les ordres du Régent,fur ce qui devra
eftre propofé audit Confeil ; & lorfqu'il
s'agira d'écrire des Lettres , &
DEDECEMBRE . 205
de donner ou d'envoyer des ordres
concernant les affaires générales , lefdites
Lettres feront écrites , & les ordres
fignez & envoyez par le Chef
ou par le Préſident dudit Confeil .
LES Fonctions qui appartiennent aux
Chef & Prefident dudit Confeil , fuivant
le préfent Reglement , & l'Ordonnance
du 14. Novembre 17 15.feront
exercées par le Vice- Prefident ,
en cas d'abſence ou maladie des Chef
& Prefident , qui ne leur permettront
pas d'y vacquer ; ce qui aura lieu
pareillement pour l'ancien dudit Confeil
en cas d'abſence , maladie ou empefchement
dudit Vice Preſident .
ORDON NE au furplus Sa Majefté,
que ladite Ordonnance , en forme de
Reglement du 14. Novembre 1715.
feraExecutée fe'on fa forme & teneur,
en tout ce qui n'eft point contraire au
prefent Reglement.
.
On a publié enLorraine , une Bulle
du Pape , par laquelle le S. P. accorde
à S. A. R. la permiffion de lever pendant
3 ans , le vingtiéme denier , fur les
revenus des biens Eccléfiaftiques de
fes Etats , même fur le cafuel des Carez
; en confidération des dépenses
-206
LE MERCURE
que ce Prince fait pour fecourir l'Empire
contre les Infidèles . Les particu-
Iters , dont lesBénéfices font fitués dans
le Barois , principalement ceux de
Ligni qui font du reffort de Paris , fe
difpofent d'appeller comme d'abus , à
ce dernier Tribunal , d'une Bulle qui
n'y a pas êté enregistrée .
Le onze , on publia une Ordonnance
de S. M. , qui deffend expreffément
à toutes perfonnes , de quelque qualité
& condition qu'elle foit , de tenir aucune
afféniblée de Jeux , même dans
les Maifons qui ont pour Infcription .
fur les Portes , les noms des Princes &
Princeffes du Sang Royal . Cette Ordonnance
à û un tel effet , que le lendemain
toutes les Académies de Jeux
ont êté fermées , perfonne n'ayant ofé
y contrevenir.
On a remarqué que M. le Prince
de Cellemaré Ambaffadeur d'Espagne,
n'a jamais voulu permettre qu'on fe
fervit de fon nom ni de fon droit ,
pour ces fortes d'Affemblées Les Fêtes
cependant , n'en ont pas êté moins fréquentes
dans fon Hôtel , où tout s'eft
toûjours paffé avec la derniére magnificence
.
DE DECEMBRE 207
Le 14 , Mst le Duc Regent fe fit
appliquer une feconde fois fur fon oeil ,
le remede Topique de M. Mouffart .
Le même jour , M. le Cardinal de
Rohan arriva ici de Strasbourg par
ordre de la Cour. Le16 , cette Eminence
alla voir Mer le Duc Régent ; & le
lendemain, M. le Cardinal de Noailles .
Le 18 , le Cardinal Archevêque alla
rendre fa vifire à M. de Strasbourg.
Ces deux Eminences paroiffent fort
contentes l'une de l'autre .
Le 15 au matin , on trouva M.
l'Abbé de Bonneuil affaffiné dans fon
Appartement avec fon Valet . Sur le
rapport des Chirurgiens , on a reconnu
qu'ils avoient û latête écrafée à coups
de bâtons de cotret , que les Auteurs
de ce meurtre avoient laiffés dans la
Chambre teins de leur fang ; & que le
Domestique avoit êté tué entre dix &
onze du foir , plus d'une heure avant
fon Maître . Comme l'Abbé étoit allé
fouper en Ville & qu'il ne rentroit ordinairement
que fort tard ils crurentqu'ils
auroient tout le temsde foüillerpar tout ,
& de faire leur main , avant fon retour ;
mais êtant revenu fur le minuit ,
beaucoup plûtôt qu'ils ne l'attendoient
>
208 LE MERCURE
avec fes Porteurs qu'il renvoya malhûreufement
, fans les faire monter
avec lui ; ces Scélérats ne fçachant
comment s'échaper, fans être apperçus
ou rencontrés , piirent fur le champ , le
parti de lui faire éprouver le même
fort qu'à fon Laquais ; ce qu'ils exécutérent
auffi facilement . Ce qui paroît
fort étonnant , c'eſt qu'on ait ôté la vie
à deux hommes ,fans que les Locataires
de la Maifon qui êtoient au deffus ,
au deffous, & à côté de l'endroit où cerse
action Tragique s'eft paffée , n'ayent
rien entendu de tous ces mouvemens.
Outre les coups fur la tête , dont ces
victimes infortunées ont êté affommées
, on a encore remarqué cinq bieflures
poftiches dans le corps du Maître , &
fept dans celui du Valet , faites felon
toutes les apparences , avec un gros
ftilet ; mais on prétend , que ni l'un ,
ny l'autre n'avoit déja plus de vie ,
lorfqu'on leur a porté ces nouveaux
coups ; & que ces Affaffin ; n'en ont
ufé ainfi , que pour mieux s'affûrer de
leur mort. Car , pour l'épée du Valet ,
& un couteau de chaffe du Maître , qui
êtoient auprés des deux cadavres , il n'y
a prefque pointde doute qu'ils n'y ayent
efté
DE DECEMBRE. 209
été mis exprés , pour faire croire qu'ils
s'êtoient battus enfemble . Quoique
M. Mariet Commiffaire , ait trouvé fur
l'Abbé , cinq louis neufs & deux loüis
vieux , fans compter un baffin à barbe
avec l'étuy à favonnere d'argent, il n'y a
prefque point de doute qu'on n'ait enle
vé quelque fomme confidérable.
Le 15 , Madame alla dîner à l'Abbaye
de Chelles , pour y voir Mademoifelle
, qui continue toûjours avec
ferveur fon Noviciar.
"
t
Le 17 , les Comédiens ordinaires da
Roy repréfentérent pour la premiere
fois fur leur Théatre , une Piéce en 3
Actes , en Vers , intitulée : La Métamorphofe
des Dieux , ou les Dieux
Comédiens . Elle eft de la compofition
du fieur Dancourt , & la Mufique des
Intermédes , de M. Mourer.
Le fond ou fujet de la Fable , n'eſt
autre que Jupiter , qui galand , à fon
ordinaire , defcend du Ciel pour cul
tiver , ou plûtôt pour féduire le coeur
d'une jeune Bergere , nommée Corine ,
dont il et éperduement amoureux . Il
amène à fuire les Divinitez , qui peuvent:
contribuer aux plaifirs de fa nonvelle:
Maiwelfactes qu
LE MERCURE
-
Bachus , Faunus &c. Le Maître des
Dieux à qui les déguifemens coutoient
fi peu fe traveftit en Homme d'affaires :
Par malheur pour lui , fa Maîtreffe
n'êtoit point du fiécle , & fon goût n'êtoit
point à la mode. Elle aime un
fimple Berger ; fon nom eft Philene ,
dont le coeur naïf & tendre lui tient
hieu de tout & fair fa félicité . Jupiter
joüoitd'un grand malheur ;car ,peut-être
cette fille eftoit- elle un Phénix unique
en fon efpéce. La fatalité de l'amour
du Dieu ne finit pas là ; Junon eft avertie
de la fortie galante de fon perfide
Epoux Pour la traverfer , elle
prend à fon tour, la figure de la Tante
de la Bergere ; & fous ce déguifement
confeille à ce coeur innocent , de fe referver
tout entiere à fon Perger , & de
tenir ferme contre la fortune & les préfens
du Dieu Partifan. Junon revole
aux Cieux Aprés ceeetite fupercherie
qui fortifie la petite fille dans
fes projets de conftance , la vraie Tante
paroit on la reconnoit par le relâchement
de fa Morale auprès de fa niéce .
Ce relâchement eft d'ufage : M. Dancourt
a faifi le vrai des moeurs de pareilles
Tutrices. Il feroit à fouhaiter
DE DECEMBRE. 211
que les images de ce vrai , n'emportaffent
pas avec elle certain caractére
trop peu ménagé qui en diminuë le
prix. On ne peut critiquer l'Auteur
que fur le choix de fon vrai , non fur
Fexpofition qu'il en a donné , qui n'eſt
que trop en ufage . Jupiter , qui en bon
mary, craint le reffentiment de fa femme
, & qu'elle ne foit affés magicienne ,
pour lui enlever la Corine , charge
Bachus d'un Anneau conftellé, pour en
faire préfent à fa Maîtreffe. Après
bien des façons , elle l'accepte , ayant
reconnu par expérience qu'il avoit la
vertu de rendre invifible quiconque
le porteroit au doigt. La jeune fille fe
fert de la bague contre le Dieu même.
Bien plus , elle fe fouftrait & fait
fouftraire Philéne par fa lumiére magique
aux yeux des Argus qu'il avoit
placé auprés d'elle ; à plus forte taifən
de la Tante moyénenfe , & par fon fecours,
elle a le plaifir de fe livrer à fon
Amant. Jupiter s'emporte contre les
Amours qui l'avoient fi mal fervi : Il·les
accufe du mauvais fuccés de fon in
trigue . Effectivement , ces Dieux fri
Pons s'êtoient piêtez aux deffeins ja
Joux de Junon. Le Maître du Tonnerre
Sij
212
LE MERCURE
voulant s'en vanger , les condamne
dans fa colere, à mourir comme les autres
homines ; & pour rendre fon Arrêt
irrévocable , il en jure par les eaux du
Stix . Devenu plux doux enfuite , par
un nouvel attachement & par les priéres
de Vénus , il adhère à l'adouciffement
que l'Inconftance lui propofe de
mettre à l'effet de fon ferment, qui eft,
que , puifqu'il ne peut plus empêcher
que les Amours ne meurent, il les laiffe
renaître auffitôt dans d'autres coeurs.
Voilà ce qui fonde la Métempficofe des
Amours.
Cette Piéce eft bien êcrite , & remplie
de traits d'efprit variés ; de façon
qu'onperd de vue les fautes principales,
s'il y en a. Jupiter à la vérité n'y eft
pas délicat ; mais , il y eft Partifan'; &
fous certe figure , il y donne les exemples
d'infidélité conjugale , que fourniffent
fouvent les originaux dont il
eft copie.
Il faut convenir que fi cette Comédie
a de quoi plaire , elle tire une partie
de fon agrement des Feftes que Jupiter
ordonne , pour amufer fa chere
Corine dans des Jardins enchantez ,
ù elle est renfermée. La, Mufique
·
DE DECEMBRE. 213
des Intermédes en eft aisée • enjoüée
, bien caractérisée & tout
à fait chantante ; auffi eft- elle de l'Auteur
des Festes de Thalie
Le 18 , les deux Batons d'Exempt
dans la Compagnie de Charôt eftant
vacants , ils ont efté donnés , l'un à
M. d'Augé fils du Comte , Major Génér
ral de la Gendarmerie
efté retiré de ce corps , & l'autre , à M.
d'Anault ,ancien Brigadier de ce Corps
qui avoit
Le 19 , Madame Ducheffe de Berry
tint Toilette , où fe trouvérent tous
les Ambaffadeurs & Miniftres , avec
un grand nombre de Seigneurs & de
Dames qui formoient un cercle magnifique
.
Le 11 , il arriva un Courier de
Bretagne qui a rapporté , que par ordre
du Roy , les Etats de cette Province
avoient esté fufpendus.
Le même jour , Mgr le Duc déclara
aux Maîtres d'Hotel du Roy , que
leur différent avec les premiers Gentils-
hommes de la Chambre , avoit êté
réglé , que fur leurs rémontrances & l'éxamen
de leurs Titres , touchant ce
qui fe pratiquoit du tems de Louis
XIV. Ils avoient êté mantenus en pof214
LE MERCURE
feffion de paroître chez le Roy , avec
leur Bâton de cérémonie , & d'avertir
eux -mêmes S. M. dans fa Chambre ,
dans fon grand Cabinet , chez M. le
Maréchal de Villeroy & chez Madame
la Ducheffe de Vantadour , que la
viande êtoit fervie ; mais , qu'ils n'entreroient
point dans le Cabinet particulier
, le Roy pouvant s'y être enfermé
pour des affaires particuliéres ;
que dans ce cas , ils fe contenteroient
d'avertir l'Huiffier que la viande eft
fur la Table.
2
M. le Comte de Kiniffegg Ambaffa
deur de l'Empereur ayant efté attaqué
en même tems de la goute & d'une
douleur très violente au fondement ;
après avoir êté agité de maux infupportables
pendant 15 jours , M. Anėl
Chirurgien de S. E. jugea à propos de
lui faire l'Opération de la fiftule à
Panus , parce qu'il y remarqua une eſpéce
de dureré fans tumeur fituée entre
le coxix & l'anus , qui fut fuivie
peu de tems après , d'une élévation à
la peau ; c'est ce qui détermina d'abord
ce Chirurgien à plonger fa lancette
de l'épaiffeur d'un pouce , avant
que d'arriver à la matiére qu'il fit écou
•
DE DECEMBRE.
215
•
ler , à la faveur de laquelle il fit le
lendemain 18 la grande Opération ,
en préſence de M. Helvetius le fils ,
Médecin , de M. le Dran le pere , de
M. Maliffain & Tartanfon , trois fameux
Chirurgiens de cette Ville , M.
Dubois célébre Apoticaire , y fut auffi
appellé. Si M. Anel n'avoit pas ouvert
cet abcés auffi ponctuellement ,'
il y avoit à craindre que S. Ex . n'en
ût êtéincommodée le reite de ſa vie
Voilà la deuxième fois que M. Anel
a fait hûreufement 2 cures très périlleufes
à ce Seigneur ; l'une en Italie ,
où il lui tira avec toute la dextérité
imaginable , une bale perdue dans les
chairs ; & l'autre , en cette derniére
occafion , fans qu'il luy foit furvenu le
moindre accident , & fans qu'il ait
û de fiévre : Tous les panfemens ont
êté fuportables & deviennent tous les
jours moins douloureux ; on juge qu'-
il ne faut que cinq femaines pour fon
parfait rétab iffement .
M. l'Abbé Bignon a reçu une Lettre
de M. Arefkin Général Ajudant &
Chambellan , du Czar , êcrite de Peterbourg
le 7 Novembre , dont voici
la fubftance ; il lui marque : Que S.
216 LE MERCURE
"
M. CZ. eft très fatisfaite que l'il'uftre.
Corpsde l'Academie des Sciences veüille
bien l'a gréger au nombre des Membres
qui le composent , en lui offrant fes nobles
travaux * depuis l'année 1699
jufqu'à préfent , comme un Tribut appartenant
de droit à chaque Académicien
; quefon Maître cherchera les occafions
d'en marquer fa reconno : fance ;
& que par la recherche exacte de toutes
les curiofitez les nouveautez que S.
M. pouradécouvrir dans fes Etats , elle
tâchera en les communiquant , de mé
riter le nom d'un bon Membre de cette
illuftre Académie.
du
S. M. approuve fort vôtre pensée ,
Monfieur, qu'en fait de Science , la difinition
fe tire moins du rang , que dis
génie , des talents & de l'application.
Pour ce qui vous concerne , elle est très
fenfible à votre manière d'agir envers
elle , pendant fon féjour en France , &
fouhaite des occafions de vous témoigner
toute l'amitiéqu'elle a confervéepourpous .
Pource qui eft de moi , M,je ne perdrai
jamais le précieux fouvenir de vôt , baute
capacité & decette extréme politeffe qui
• vous attirel'eftime la vénération de tous
les honêtes gens.
Fermer
1299
p. 286-296
Suplément au Journal de Paris.
Début :
Le Roy, aprés avoir assisté à tout l'Office de Noël, [...]
Mots clefs :
Orateur, Sermon, Abbé, Courtisan, Duchesse, Officiers, Duc d'Orléans, Princesse, Marquis, Hommes, Opéra, Libraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suplément au Journal de Paris.
Suplément au Journal de Paris.
LoyedeNo , entendit le beau
E Roy, aprés avoir affifté à tout
,
Sermon du P. Surian de l'Oratoire ,
dont le compliment à S. M. fut trés
applaudi. Cet Orateur Evangélique lui
*
DE DECEMBRE. 287
appliqua hûreufement ces paroles de
Şalomon : Parvulus ego fum , afpice in
me , fecifti me regnare pro patre meo .
Le Roy pendant le Sermon êtoit affis
fur un fauteuil , ayant à fa droite M.
le Card. de Rohan Grand -Aumônier ,
Mrs les Abbez de la Vieuville , Milon
, Maulevrier , d'Argentré & Caulet
fes Aumôniers ; à fa gauche Mgr le
Duc du Maine , & derriere , M. le Duc
de Villeroy & M. de Frejus fon précepteur.
M. le Prince de Cellamaré
Ambaffadeur d'Efpagne étoit vis- àvis
S. M. , & M. le Card . de Polignac
fur la gauche du Prie- Dieu . Toute la
la Chapelle étoit remplie d'un grand
nombre de Courtifans. Madame la
Comteffe d'Egmont fit la quête , pendant
qu'on chantoit le Magnificat à
Vêpres.
>
Le 24 du même mois , veille de Noël ,
Madame , Ducheffe de Berry , fe rendit
à l'Eglife de Saint Sulpice fa
Paroiffe pour y entendre la
Grand'Meffe Elle y arriva à onze
heures & demie , & n'en fortit qu'à
deux : On avoit placé fon Prie- Dieu
au milieu du Chour ; où quarante de
fes Gardes étoient rangez en haye , le
288 * LE MERCURE
4
moufquet fur l'épaule : Au - devant du
prie- Dieu , fur la droite , êtoient M.
I'Archevêque de Tours , fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget , M.
l'Abbé du Tremblé , M. l'Abbé d'Avejan
, & M. l'Abbé d'Anglade fes Aumôniers
, tous en Rochet. A la droite
de fon fauteuil , êtoit Madame la Ducheffe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, Meſdames les Marquifes de
Pons & de Mouchi , fes Dames datours ;
fur fa gauche , M. le Marquis de Cotenfao
fon Chevalier d'honneur , Mrs
le Chevalier d'Hautefort & Comte de
Rions fes premiers Ecuyers : Entre le
fauteuil & le prie Dieu , êtoient fur la
droite , Meldames les Marquifes d'Armentiers
& de Braffac ; fur la gauche,
Mefdames les Marquifes de Laval &
d'Arpajou , fes Dames du Palais : Derriere
fon fauteuil , êtot M. le Marquis
de la Rochefoucault fon Capitaine des
Gardes , & les autres Officiers de fa
Maifon Cette Princeffe alla à l'Offrande
, & donna dix Louis : Elle fit
de grandes libéralitez aux Quêteufes :
Madame de Courtemer y fit la quêre,
& M. le Duc de la Force y rendit les
Pains benits , qui furent portez avec
-
beaucoup
DE DECEMBRE. 289
beaucoup de folennité , accompagnez
de huit Haubois , fix Trompettes &
Timbales. La Grand'Meffe & Laudes
finies , cette Princeffe s'en retourna à
fon Pa'ais du Luxembourg ; efcortée
de fes Gardes du Corps , & de fes cent
Suiffes , dont le Tambour batit aux
champs , en entrant & fortant de l'Eglife
: Cette Princeffe alla le jour de
Noël entendre les Vêpres & le Salut
aux Carmelites de la rue Grenelle.
Le mêmejour Mer le Duc d'Orleans
alla entendre Matines & les trois Meffes
aux Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , précedé de M. l'Abbé Saucroix
fon Aumônier en quartier & du
reite de fa Chapelle accompagné
de M's les Marquis de la Fare, d'Etampes
, Capitaine des Gardes ; de M.
le Marquis de Simiane fon premier
Gentilhomme , & du refte de fa Maifon
Ce Prince fe rendit le jour de
Noël à l'Eglife de S. Eustache fa Pa-
Toiffe pour y entendre la grande Meſſe,
MADAME s'y rendit auffi , ayant communié
par les mains de M. de Magnas
fon premier Aumônier : Cette Princeffe
avoit à fa droite M. l'Abbé de Belle-
Fontaine , M. l'Abbé de Verthamon
& M. l'Abbé de la Gerle fes Aumôniers
en Rochet . Madame la Ducheſſe de
D.cembre 1717.
Bb
:
290 LE MERCURE
Brancas fa Dame d'honneurs , Madame
de Chateautiers fa Dame d'atour , M.
le Comte de Mortagne fon Chevalier
d'honneur , & M. le Comte de Simiane
fon premier Ecuyer. Le même
jour , ce Prince & Madame allérent à
1'Eglife entendre les Vêpres & le
Salut.
Le 25. Madame la Ducheffe de
Berry a fait M. le Marquis de Jars la
Roche- Chouart , Major dans fes Gardes
; cette Princeffe a fait aufli donner
un Jufte- au-corps de Brévet d'entrée
chez le Roy, à M. le Marquis de Ryons
Lieutenant de fes Gardes , & Gouverneur
de Cognac.
Toute la Nobleffe de Bretagne fe
conforme aux ordres dn Roy : Elle
envoye deux Députez à S. M. pour
lui faire fes foûmiffions.
On a appris que les Etats de Languedoc
voulant témoigner leur zele
& leur empreffement pour le fervice
du Roy , & fubvenir aux befoins de
l'Etat. , avoient accordé le 14 de ce
'mois d'un commun confentement , le
don gratuit ordinaire. Ils fupplioient
en même tems S. M. de leur conferver
M. de Bafville qui leur eft fort cher ,
& tout à fait néceffaire par fa pru
dence , & par la connoiffance qu'il a
DE DECEMBRE. 291
des affaires de la Province .
· M. l'Abbé Dubois eft reparti depuis
quelques jours pour l'Angleterre.
La Cour a envoyé des Lettres circulaires
aux Infpecteurs des Troupes ,
pour qu'ils ûffent à envoyers leur avis
par écrit , fur la réfolution où l'on eſt
d'augmenter l'Infanterie de Jo hommes
par Compagnie , & la Cavalerie
de Maîtres .
S
M. d'Ofier célébre Généalogifte , a
cédé tous fes Livres & fes Manufcrits
à la Biblioteque du Roy ; ' moyennant
une Penfion de 2000 livres, fa vie du
rant.
On va commencer inceffament l'Im
preffion des Vies des hommes illuftres
de Plutarque , revûës fur le manufcrit ,
& traduites en françois avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le
Suplément des comparaifons qui ont
êté perdues . On décorera cet Ouvrage
des Têtes gravées d'aprés les Anti -
ques du Cabinet du Roy , ou autres
Monumens anciens , avec un indice
général de toutes les matiéres , par M.
Dacier de l'Académie Royale des Infcriptions
& belles Lettres , Sécrétaire
perpétuel de l'Académie Françoife ,
& Garde des Livres du Cabinet du
Roy , en VIII . Vol . In quarto , Ou-
B bij
192 LEMERCURE
vrage propofé , par foufcription.
On s'adreffera pour les foufcriptions
anx Libraires ici défignés : A Rome
chez J. B. Andreoli , à Leipfix ,
chez Thomas Fritch , à Londres , chez
Paul Vaillant ; à Léïde , chez P. Vander
Aa ; à la Haye , chez Henry du
Sauzer ; à Bruxelles ; chez F. Foppens;
à Lyon , chez Antoine Boudet ; à
Renres , chez Joſeph Vatart à Tou-
Joufe , chez Jean Tenne ; & à Paris ,
•hez Antoine Urbain Coutelier
Il y a quelques jours que l'on apprit 11
que le Courier revenant d'Espagne
avoit êté arrêté ; qu'on avoit enlevé de
la male deux paquets de Lettres , l'un
pour la Cour , & l'autre , pour l'Italie ,
& qu'on n'avoit point touché aux Lettres
des particuliers.
Les Lettres de Cadix du 7 , portent
que le Vaiffeau l'Hermione étoit entré
dans ce Port , avec prés de 40 millions,
dont 20 en lingois , & le refte en
Cochenilles & en differentes marchandifes
de prix. Ellesajoutent que la Flote
des Indes êroit abordée à la Havanne .
& qu'elle devoit arriver inceffament à
Cadix fort richement chargée.
Madame Ducheffe de Berry , ayant
dans fa Maifon une Charge de Maître
de fa Garde- Robe , qui n'avoit pas
DE DECEMBRE..: 293
efté remplie jufqu'alors , vient d'en
gratifier M. de Bonnivet Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de la
Tremoille Certe Princeffe y a attribué
peu de fonctions ; mais , des appointemens
affez confidérables ; &
cela , en confidération de la naiffance
illuftre de M. Gouffier , Marquis de
Bonnivet , forri de l'une des plus an
ciennes Maifons de Poitou , fi féconde
en grands hommes. -
Le 26 , Madame du Guefclin Cha-.-
noineffe de Miremont , manqua d'être
affaffinée par un Laquais qui la fervoir ..
Il s'êtoit caché fous fon lit , & dans le
tems qu'il la crut endormie , il eftoit
prêt à la percer d'un coup d'épée , lorfque
cette Dame ayant fenti une maint
qui la touchoit , elle fe leva précipi
tament farfon féant , & ayant préfenté
fes mains au devant , elle ûr le bon- :
heur d'empoigner l'épée , & en ayant
gagné le fort,elle ût l'adreffe de def
armer ce fripon , & aïant crié auffitor
aufecours ; elle ût encore la bonté de
kui dire de fe fauver . On prétend que
fa fille de Chambre & ce malhûreux
êtoient d'intelligence pour lui ôter la
vie , & enfuite la voler ; ils font l'un
& l'autre en prifon.
On commence à avoir des indices .
B biij
294 LE MERCURE
-
"
prefque certains de l'Auteur de la
mort de M. l'Abbé de Bonneuil & de
fon Valet. On ne doute plus préfentement
que ce ne foit un nommé Ruelle
, ci- devanr Soldat au Garde , qui
feul a commis ce meurtre. Il eft conf
tant qu'il n'en vouloit qu'au Domeftique
duquel il eftoit ami ; & croyant
avoir le tems, aprés s'en eftre défait, de
faire fa main; mais , comme je l'ai déja
remarqué , l'Abbé eftant arrivé plûtor:
que ce Scélérat n'avoit compté, il fe déermina
fur le champ de le tuer ; & en
teffet , il y a toute apparence que le
Maître eftant entré fans aucune défiance,
il lui affena un coup de lévier fur la
tête dont il l'étourdit , & l'acheva enfuite
: Aprés quoy,il fe retira avec un fac
de 1000 l , une Tabatiere & une Montre
d'or , qu'il remit le lendemain matin
aprés bien des allées & venues à l'Epoufe
du Valet qu'il avoit affaffiné ::
On a des preuves certaines de ce faits,
la femme eft en prifon , & l'on vient
d'apprendre queRuele eftant fur le point
d'eftre arrefté par deux Exempts qui:
l'avoient fuivi à Bar- le- Duc , s'eftoit
plongé un Poignard dans le coeur dont
il est mort. Le fcellé que l'on avoit
d'abord appofé fur toutes les Armoires
& Commodes de M. l'Abbé de BonDE
DECEMBR.E. 195
neuil a efté levé ; on y a encore trouvé
1400 liv . en espéces.
Le 29. l'Opera ouvrit pour la premiere
fois le Bal, tel qu'il s'eft donné
les années précedentes , il continuera
à l'ordinaire. M. Dancourt prépare une
petite Comédie , fous le titre de la Déroute
du Pharaon .
On s'eft mépris dans le Mercure de:
Novembre , lorsqu'on a avancé , que le
Roy d'Espagne avoit exilé le Duc de Linarés
; c'eſt le Duc d'Eſcalona , Grand
Maître de la Maifon du Roy , Chevalier
de la Toifon d'Or , & ci- devant
Vice- Roy de Naples : Il paffe pour un
des plus fçavans hommes de l'Efpagne ;
comme fon exil ne provenoit que de
quelques formalitez du Palais touchant
fa Charge , il ne faut pas être furpris,
fi S. M. C. la rapellé bien- tôt , & fi elle
l'a comblé d'honneurs & de careffes à
fon arrivée , auffi bien que le Comte de
Montijo , qui avoit êté éloigné de la
Cour , pour avoir toleré quelques - uns
de fes Domeftiques furpris en contrebande
.
Feu M. le Noble aïant compofé plufieurs
ouvrages qu'il a fait imprimer
par differents Libraires ; ce qui les rend
trés-rares ; M.. Ribou a crû faire plaifir
au Public de les ramaffer enſemble , &
296
DE
DECEMBRE
d'en donner une nouvelle Edition , fans
aucun retranchement, que de quelques
piéces qui ont paru fous fon nom avant
fa mort , & qui ne font pas de lui.
LoyedeNo , entendit le beau
E Roy, aprés avoir affifté à tout
,
Sermon du P. Surian de l'Oratoire ,
dont le compliment à S. M. fut trés
applaudi. Cet Orateur Evangélique lui
*
DE DECEMBRE. 287
appliqua hûreufement ces paroles de
Şalomon : Parvulus ego fum , afpice in
me , fecifti me regnare pro patre meo .
Le Roy pendant le Sermon êtoit affis
fur un fauteuil , ayant à fa droite M.
le Card. de Rohan Grand -Aumônier ,
Mrs les Abbez de la Vieuville , Milon
, Maulevrier , d'Argentré & Caulet
fes Aumôniers ; à fa gauche Mgr le
Duc du Maine , & derriere , M. le Duc
de Villeroy & M. de Frejus fon précepteur.
M. le Prince de Cellamaré
Ambaffadeur d'Efpagne étoit vis- àvis
S. M. , & M. le Card . de Polignac
fur la gauche du Prie- Dieu . Toute la
la Chapelle étoit remplie d'un grand
nombre de Courtifans. Madame la
Comteffe d'Egmont fit la quête , pendant
qu'on chantoit le Magnificat à
Vêpres.
>
Le 24 du même mois , veille de Noël ,
Madame , Ducheffe de Berry , fe rendit
à l'Eglife de Saint Sulpice fa
Paroiffe pour y entendre la
Grand'Meffe Elle y arriva à onze
heures & demie , & n'en fortit qu'à
deux : On avoit placé fon Prie- Dieu
au milieu du Chour ; où quarante de
fes Gardes étoient rangez en haye , le
288 * LE MERCURE
4
moufquet fur l'épaule : Au - devant du
prie- Dieu , fur la droite , êtoient M.
I'Archevêque de Tours , fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget , M.
l'Abbé du Tremblé , M. l'Abbé d'Avejan
, & M. l'Abbé d'Anglade fes Aumôniers
, tous en Rochet. A la droite
de fon fauteuil , êtoit Madame la Ducheffe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, Meſdames les Marquifes de
Pons & de Mouchi , fes Dames datours ;
fur fa gauche , M. le Marquis de Cotenfao
fon Chevalier d'honneur , Mrs
le Chevalier d'Hautefort & Comte de
Rions fes premiers Ecuyers : Entre le
fauteuil & le prie Dieu , êtoient fur la
droite , Meldames les Marquifes d'Armentiers
& de Braffac ; fur la gauche,
Mefdames les Marquifes de Laval &
d'Arpajou , fes Dames du Palais : Derriere
fon fauteuil , êtot M. le Marquis
de la Rochefoucault fon Capitaine des
Gardes , & les autres Officiers de fa
Maifon Cette Princeffe alla à l'Offrande
, & donna dix Louis : Elle fit
de grandes libéralitez aux Quêteufes :
Madame de Courtemer y fit la quêre,
& M. le Duc de la Force y rendit les
Pains benits , qui furent portez avec
-
beaucoup
DE DECEMBRE. 289
beaucoup de folennité , accompagnez
de huit Haubois , fix Trompettes &
Timbales. La Grand'Meffe & Laudes
finies , cette Princeffe s'en retourna à
fon Pa'ais du Luxembourg ; efcortée
de fes Gardes du Corps , & de fes cent
Suiffes , dont le Tambour batit aux
champs , en entrant & fortant de l'Eglife
: Cette Princeffe alla le jour de
Noël entendre les Vêpres & le Salut
aux Carmelites de la rue Grenelle.
Le mêmejour Mer le Duc d'Orleans
alla entendre Matines & les trois Meffes
aux Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , précedé de M. l'Abbé Saucroix
fon Aumônier en quartier & du
reite de fa Chapelle accompagné
de M's les Marquis de la Fare, d'Etampes
, Capitaine des Gardes ; de M.
le Marquis de Simiane fon premier
Gentilhomme , & du refte de fa Maifon
Ce Prince fe rendit le jour de
Noël à l'Eglife de S. Eustache fa Pa-
Toiffe pour y entendre la grande Meſſe,
MADAME s'y rendit auffi , ayant communié
par les mains de M. de Magnas
fon premier Aumônier : Cette Princeffe
avoit à fa droite M. l'Abbé de Belle-
Fontaine , M. l'Abbé de Verthamon
& M. l'Abbé de la Gerle fes Aumôniers
en Rochet . Madame la Ducheſſe de
D.cembre 1717.
Bb
:
290 LE MERCURE
Brancas fa Dame d'honneurs , Madame
de Chateautiers fa Dame d'atour , M.
le Comte de Mortagne fon Chevalier
d'honneur , & M. le Comte de Simiane
fon premier Ecuyer. Le même
jour , ce Prince & Madame allérent à
1'Eglife entendre les Vêpres & le
Salut.
Le 25. Madame la Ducheffe de
Berry a fait M. le Marquis de Jars la
Roche- Chouart , Major dans fes Gardes
; cette Princeffe a fait aufli donner
un Jufte- au-corps de Brévet d'entrée
chez le Roy, à M. le Marquis de Ryons
Lieutenant de fes Gardes , & Gouverneur
de Cognac.
Toute la Nobleffe de Bretagne fe
conforme aux ordres dn Roy : Elle
envoye deux Députez à S. M. pour
lui faire fes foûmiffions.
On a appris que les Etats de Languedoc
voulant témoigner leur zele
& leur empreffement pour le fervice
du Roy , & fubvenir aux befoins de
l'Etat. , avoient accordé le 14 de ce
'mois d'un commun confentement , le
don gratuit ordinaire. Ils fupplioient
en même tems S. M. de leur conferver
M. de Bafville qui leur eft fort cher ,
& tout à fait néceffaire par fa pru
dence , & par la connoiffance qu'il a
DE DECEMBRE. 291
des affaires de la Province .
· M. l'Abbé Dubois eft reparti depuis
quelques jours pour l'Angleterre.
La Cour a envoyé des Lettres circulaires
aux Infpecteurs des Troupes ,
pour qu'ils ûffent à envoyers leur avis
par écrit , fur la réfolution où l'on eſt
d'augmenter l'Infanterie de Jo hommes
par Compagnie , & la Cavalerie
de Maîtres .
S
M. d'Ofier célébre Généalogifte , a
cédé tous fes Livres & fes Manufcrits
à la Biblioteque du Roy ; ' moyennant
une Penfion de 2000 livres, fa vie du
rant.
On va commencer inceffament l'Im
preffion des Vies des hommes illuftres
de Plutarque , revûës fur le manufcrit ,
& traduites en françois avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le
Suplément des comparaifons qui ont
êté perdues . On décorera cet Ouvrage
des Têtes gravées d'aprés les Anti -
ques du Cabinet du Roy , ou autres
Monumens anciens , avec un indice
général de toutes les matiéres , par M.
Dacier de l'Académie Royale des Infcriptions
& belles Lettres , Sécrétaire
perpétuel de l'Académie Françoife ,
& Garde des Livres du Cabinet du
Roy , en VIII . Vol . In quarto , Ou-
B bij
192 LEMERCURE
vrage propofé , par foufcription.
On s'adreffera pour les foufcriptions
anx Libraires ici défignés : A Rome
chez J. B. Andreoli , à Leipfix ,
chez Thomas Fritch , à Londres , chez
Paul Vaillant ; à Léïde , chez P. Vander
Aa ; à la Haye , chez Henry du
Sauzer ; à Bruxelles ; chez F. Foppens;
à Lyon , chez Antoine Boudet ; à
Renres , chez Joſeph Vatart à Tou-
Joufe , chez Jean Tenne ; & à Paris ,
•hez Antoine Urbain Coutelier
Il y a quelques jours que l'on apprit 11
que le Courier revenant d'Espagne
avoit êté arrêté ; qu'on avoit enlevé de
la male deux paquets de Lettres , l'un
pour la Cour , & l'autre , pour l'Italie ,
& qu'on n'avoit point touché aux Lettres
des particuliers.
Les Lettres de Cadix du 7 , portent
que le Vaiffeau l'Hermione étoit entré
dans ce Port , avec prés de 40 millions,
dont 20 en lingois , & le refte en
Cochenilles & en differentes marchandifes
de prix. Ellesajoutent que la Flote
des Indes êroit abordée à la Havanne .
& qu'elle devoit arriver inceffament à
Cadix fort richement chargée.
Madame Ducheffe de Berry , ayant
dans fa Maifon une Charge de Maître
de fa Garde- Robe , qui n'avoit pas
DE DECEMBRE..: 293
efté remplie jufqu'alors , vient d'en
gratifier M. de Bonnivet Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de la
Tremoille Certe Princeffe y a attribué
peu de fonctions ; mais , des appointemens
affez confidérables ; &
cela , en confidération de la naiffance
illuftre de M. Gouffier , Marquis de
Bonnivet , forri de l'une des plus an
ciennes Maifons de Poitou , fi féconde
en grands hommes. -
Le 26 , Madame du Guefclin Cha-.-
noineffe de Miremont , manqua d'être
affaffinée par un Laquais qui la fervoir ..
Il s'êtoit caché fous fon lit , & dans le
tems qu'il la crut endormie , il eftoit
prêt à la percer d'un coup d'épée , lorfque
cette Dame ayant fenti une maint
qui la touchoit , elle fe leva précipi
tament farfon féant , & ayant préfenté
fes mains au devant , elle ûr le bon- :
heur d'empoigner l'épée , & en ayant
gagné le fort,elle ût l'adreffe de def
armer ce fripon , & aïant crié auffitor
aufecours ; elle ût encore la bonté de
kui dire de fe fauver . On prétend que
fa fille de Chambre & ce malhûreux
êtoient d'intelligence pour lui ôter la
vie , & enfuite la voler ; ils font l'un
& l'autre en prifon.
On commence à avoir des indices .
B biij
294 LE MERCURE
-
"
prefque certains de l'Auteur de la
mort de M. l'Abbé de Bonneuil & de
fon Valet. On ne doute plus préfentement
que ce ne foit un nommé Ruelle
, ci- devanr Soldat au Garde , qui
feul a commis ce meurtre. Il eft conf
tant qu'il n'en vouloit qu'au Domeftique
duquel il eftoit ami ; & croyant
avoir le tems, aprés s'en eftre défait, de
faire fa main; mais , comme je l'ai déja
remarqué , l'Abbé eftant arrivé plûtor:
que ce Scélérat n'avoit compté, il fe déermina
fur le champ de le tuer ; & en
teffet , il y a toute apparence que le
Maître eftant entré fans aucune défiance,
il lui affena un coup de lévier fur la
tête dont il l'étourdit , & l'acheva enfuite
: Aprés quoy,il fe retira avec un fac
de 1000 l , une Tabatiere & une Montre
d'or , qu'il remit le lendemain matin
aprés bien des allées & venues à l'Epoufe
du Valet qu'il avoit affaffiné ::
On a des preuves certaines de ce faits,
la femme eft en prifon , & l'on vient
d'apprendre queRuele eftant fur le point
d'eftre arrefté par deux Exempts qui:
l'avoient fuivi à Bar- le- Duc , s'eftoit
plongé un Poignard dans le coeur dont
il est mort. Le fcellé que l'on avoit
d'abord appofé fur toutes les Armoires
& Commodes de M. l'Abbé de BonDE
DECEMBR.E. 195
neuil a efté levé ; on y a encore trouvé
1400 liv . en espéces.
Le 29. l'Opera ouvrit pour la premiere
fois le Bal, tel qu'il s'eft donné
les années précedentes , il continuera
à l'ordinaire. M. Dancourt prépare une
petite Comédie , fous le titre de la Déroute
du Pharaon .
On s'eft mépris dans le Mercure de:
Novembre , lorsqu'on a avancé , que le
Roy d'Espagne avoit exilé le Duc de Linarés
; c'eſt le Duc d'Eſcalona , Grand
Maître de la Maifon du Roy , Chevalier
de la Toifon d'Or , & ci- devant
Vice- Roy de Naples : Il paffe pour un
des plus fçavans hommes de l'Efpagne ;
comme fon exil ne provenoit que de
quelques formalitez du Palais touchant
fa Charge , il ne faut pas être furpris,
fi S. M. C. la rapellé bien- tôt , & fi elle
l'a comblé d'honneurs & de careffes à
fon arrivée , auffi bien que le Comte de
Montijo , qui avoit êté éloigné de la
Cour , pour avoir toleré quelques - uns
de fes Domeftiques furpris en contrebande
.
Feu M. le Noble aïant compofé plufieurs
ouvrages qu'il a fait imprimer
par differents Libraires ; ce qui les rend
trés-rares ; M.. Ribou a crû faire plaifir
au Public de les ramaffer enſemble , &
296
DE
DECEMBRE
d'en donner une nouvelle Edition , fans
aucun retranchement, que de quelques
piéces qui ont paru fous fon nom avant
fa mort , & qui ne font pas de lui.
Fermer
1300
p. 298-299
NOUVELLES DIVERSES.
Début :
Le Nonce du pape a êté obligé de sortir de Naples, par Ordre [...]
Mots clefs :
Nonce du Pape, Cardinal, Prince de Galles, Honneurs, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DIVERSES.
NOUVELLES DIVERSES.
E Nonce du Pape a êté obligé de
fortir de Naples , par Ordre de
P'Empereur en 24 heures , & de tout
PEtat en 48 : Le Cardinal Nuzzi eft
DE DECEMBRE. 299
mort , il laiffe un troifiéme Chapeau
vacant.
Le Prince de Galles qui s'étoit retiré
avec la Princeffe fon époufe chez le
Comte de Grantham , eft rentré en
grace avec S. Majefté : Le different que
ce Prince avoit û avec le Duc de Neucaftle
, au fujet du Batême du jeune
Prince , ayant êté terminé à l'amiable.
Le Prince Ragotski a êté reçû à Conftantinople
, avec les mêmes honneurs
qu'on auroit pû rendre au Grand Seigneur
même."
E Nonce du Pape a êté obligé de
fortir de Naples , par Ordre de
P'Empereur en 24 heures , & de tout
PEtat en 48 : Le Cardinal Nuzzi eft
DE DECEMBRE. 299
mort , il laiffe un troifiéme Chapeau
vacant.
Le Prince de Galles qui s'étoit retiré
avec la Princeffe fon époufe chez le
Comte de Grantham , eft rentré en
grace avec S. Majefté : Le different que
ce Prince avoit û avec le Duc de Neucaftle
, au fujet du Batême du jeune
Prince , ayant êté terminé à l'amiable.
Le Prince Ragotski a êté reçû à Conftantinople
, avec les mêmes honneurs
qu'on auroit pû rendre au Grand Seigneur
même."
Fermer