Résultats : 4 texte(s)
Détail
Liste
1
p. 221-223
ALLEMAGNE.
Début :
Une nouvelle secousse de tremblement de terre, qui s'est fait [...]
Mots clefs :
Prague, Berlin, Bonn, Tremblement de terre, Dégâts, Convention, Roi, Sa Majesté anglaise, Troubles, Amérique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE PRAGUE , le 4 Février.
UNB nouvelle fecouffe de tremblement de
terre , qui s'est fait fentir le 12 du mois dernier
en plufieurs endroits de la frontiere de ce Royaume,
a eu une fuite fâcheufe. Il a fallu fufpendie
le travail des mines , à caufe des eaux dont elles
fe font remplies , & des exhalaifons fulfureufes
dont les ouvriers fe font trouvés incommodés .
DE
BERLIN , le 14 Février.
Jufqu'ici on n'avoit eu que des copies infidelles
de la Convention conclue le mois dernier entre
le Roi & Sa Majefté Britannique. Voici les termes
dans lefquels cette Convention eft annoncée par
la Gazette de cette Ville. « Sa Majefté le Roi de
» Pruffe & Sa Majefté le Roi de la Grande- Breta-
>> gne , ayant mûrement confideré que les trou-
» bles qui fe font élevés depuis peu en Amérique ,
» pourroient facilement être étendus plus loin &
» même tranſportés en Europe ; les Hautes Puif-
>> fances Contractantes ayant d'ailleurs pris tou-
» jours fortement à coeur le falut & le bien être
» de l'Allemagne , leur patrie commune , & dé-
>> firant extrêmement d'y maintenir furtout la
paix & la tranquillité , Elles ont cru ne pouvoir
Kinj
222 MERCURE DE FRANCE.
>> mieux faire pour parvenir à un but auffi falu-
» taire , que d'arrêter entr'Elles & de faire figner
>> par leurs Miniftres le 16 Janvier , une Conven-
» tion, de Neutralité, regardant purement l'Alle-
>> magne , & ne tendant à l'offenfe de perfonne ;
» en vertu de laquelle Convention leurfdites Ma-
» jeftés fe font engagées réciproquement de ne
» pas permettre que des troupes étrangeres , de
quelque Nation qu'elles puiffent être en-
» traffent en Allemagne , ou y paffaffent auffi
long-tems que les fufdits troubles , & les fuites
» qui pourront en réfulter dureront ; mais de s'y
>> oppofer dans tous les cas le plus vigoureufe-
>> ment qu'il leur fera poffible , afin de garantir
» par- là l'Allemagne des inconvéniens d'une
» guerre funefte , de maintenir fes Loix fonda-
>> mentales & fes Conftitutions , & de la faire
>> jouir d'une paix non interrompue ; ce qui fait
l'unique objet de la Convention fufmentionnée.
» Leurs Majeftés le Roi de Pruffe & le Roi de la
» Grande-Bretagne , ayant au furplus faifi cette
» occafion favorable , pour applanir les différends
» qui ont fubfifté jufqu'à préfent entr'Elles , pår
» rapport au reftant des dettes hypothéquées for
» la Siléfie , & payables aux fujets de Sa Majefté
Britannique , auffi -bien qu'à l'égard d'un
» dédommagement à accorder aux fujets de Sa
» Majefté Pruffienne pour les pertes qu'ils ont
» faites far mer pendant la derniere guerre , lés
» deux Hautes Puiffances Contractantes ont heu-
>> reuſement terminé ces deux objets à leur fatis-
» faction réciproque ; de façon que l'arrêt mis il
» y a quelque tems fur lefdites dettes , fera levé
» auffi tôt que la ratification de Sa Majesté Britan-
» nique de la fufdite Convention de Neutralité
» pour l'Allemagne fera arrivée ici .
AVRIL. 1756 . 223
DE BONN , le 23 Février.
Le 18 , à huit heures fix minutes du matin , le
vent étant Sud- Oueft , & l'air légérement chargé ,
on effuya ici une fecouffe de tremblement de
terre , plus violente de beaucoup que celles des
26 & 27 Décembre & du 26 Janvier. Dans la
Ville de Cologne plus de cent cheminées font
tombées. Quelques maiſons ont été confidérablement
endommagées dans leurs murs & dans leur
charpente. Les Bateaux qui étoient fur le Rhin ,
ont éprouvé une agitation extraordinaire , & plufieurs
ont couru rifque de périr . Un peu avant
neuf heures & vingt minutes après , il y eut encore
deux autres fecouffes , Ce tremblement , à ce
qu'on apprend , s'eft fait auffi fentir à Paderborn ,
à Olnabruck , à Arenſberg , à Darmſtadt , à Wetzlar
, à Caffel , à Worms & à Manheim . Les lettres
de Liege confirment qu'il y a cauſé de grands
dommages. Elles marquent qu'entr'autres accidens
une malfe énorme de pierres s'eft détachée
d'une Tour de la Cathédrale , & a enfoncé les
planchers de plufieurs maiſons voifines.
DE PRAGUE , le 4 Février.
UNB nouvelle fecouffe de tremblement de
terre , qui s'est fait fentir le 12 du mois dernier
en plufieurs endroits de la frontiere de ce Royaume,
a eu une fuite fâcheufe. Il a fallu fufpendie
le travail des mines , à caufe des eaux dont elles
fe font remplies , & des exhalaifons fulfureufes
dont les ouvriers fe font trouvés incommodés .
DE
BERLIN , le 14 Février.
Jufqu'ici on n'avoit eu que des copies infidelles
de la Convention conclue le mois dernier entre
le Roi & Sa Majefté Britannique. Voici les termes
dans lefquels cette Convention eft annoncée par
la Gazette de cette Ville. « Sa Majefté le Roi de
» Pruffe & Sa Majefté le Roi de la Grande- Breta-
>> gne , ayant mûrement confideré que les trou-
» bles qui fe font élevés depuis peu en Amérique ,
» pourroient facilement être étendus plus loin &
» même tranſportés en Europe ; les Hautes Puif-
>> fances Contractantes ayant d'ailleurs pris tou-
» jours fortement à coeur le falut & le bien être
» de l'Allemagne , leur patrie commune , & dé-
>> firant extrêmement d'y maintenir furtout la
paix & la tranquillité , Elles ont cru ne pouvoir
Kinj
222 MERCURE DE FRANCE.
>> mieux faire pour parvenir à un but auffi falu-
» taire , que d'arrêter entr'Elles & de faire figner
>> par leurs Miniftres le 16 Janvier , une Conven-
» tion, de Neutralité, regardant purement l'Alle-
>> magne , & ne tendant à l'offenfe de perfonne ;
» en vertu de laquelle Convention leurfdites Ma-
» jeftés fe font engagées réciproquement de ne
» pas permettre que des troupes étrangeres , de
quelque Nation qu'elles puiffent être en-
» traffent en Allemagne , ou y paffaffent auffi
long-tems que les fufdits troubles , & les fuites
» qui pourront en réfulter dureront ; mais de s'y
>> oppofer dans tous les cas le plus vigoureufe-
>> ment qu'il leur fera poffible , afin de garantir
» par- là l'Allemagne des inconvéniens d'une
» guerre funefte , de maintenir fes Loix fonda-
>> mentales & fes Conftitutions , & de la faire
>> jouir d'une paix non interrompue ; ce qui fait
l'unique objet de la Convention fufmentionnée.
» Leurs Majeftés le Roi de Pruffe & le Roi de la
» Grande-Bretagne , ayant au furplus faifi cette
» occafion favorable , pour applanir les différends
» qui ont fubfifté jufqu'à préfent entr'Elles , pår
» rapport au reftant des dettes hypothéquées for
» la Siléfie , & payables aux fujets de Sa Majefté
Britannique , auffi -bien qu'à l'égard d'un
» dédommagement à accorder aux fujets de Sa
» Majefté Pruffienne pour les pertes qu'ils ont
» faites far mer pendant la derniere guerre , lés
» deux Hautes Puiffances Contractantes ont heu-
>> reuſement terminé ces deux objets à leur fatis-
» faction réciproque ; de façon que l'arrêt mis il
» y a quelque tems fur lefdites dettes , fera levé
» auffi tôt que la ratification de Sa Majesté Britan-
» nique de la fufdite Convention de Neutralité
» pour l'Allemagne fera arrivée ici .
AVRIL. 1756 . 223
DE BONN , le 23 Février.
Le 18 , à huit heures fix minutes du matin , le
vent étant Sud- Oueft , & l'air légérement chargé ,
on effuya ici une fecouffe de tremblement de
terre , plus violente de beaucoup que celles des
26 & 27 Décembre & du 26 Janvier. Dans la
Ville de Cologne plus de cent cheminées font
tombées. Quelques maiſons ont été confidérablement
endommagées dans leurs murs & dans leur
charpente. Les Bateaux qui étoient fur le Rhin ,
ont éprouvé une agitation extraordinaire , & plufieurs
ont couru rifque de périr . Un peu avant
neuf heures & vingt minutes après , il y eut encore
deux autres fecouffes , Ce tremblement , à ce
qu'on apprend , s'eft fait auffi fentir à Paderborn ,
à Olnabruck , à Arenſberg , à Darmſtadt , à Wetzlar
, à Caffel , à Worms & à Manheim . Les lettres
de Liege confirment qu'il y a cauſé de grands
dommages. Elles marquent qu'entr'autres accidens
une malfe énorme de pierres s'eft détachée
d'une Tour de la Cathédrale , & a enfoncé les
planchers de plufieurs maiſons voifines.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
Du 12 janvier au 18 février, plusieurs régions frontalières du Royaume de Prusse ont été touchées par des tremblements de terre, causant des dommages aux mines et aux bâtiments, et perturbant les activités sur le Rhin. Les secousses ont été ressenties à Bonn, Cologne, Liège, Paderborn, Osnabrück, Arnsberg, Darmstadt, Wetzlar, Cassel, Worms et Mannheim. Parallèlement, le 14 février, les termes de la Convention de neutralité entre le Roi de Prusse et le Roi de Grande-Bretagne ont été annoncés. Signée le 16 janvier, cette convention vise à maintenir la paix en Allemagne en empêchant le passage de troupes étrangères pendant les troubles en Amérique. Les deux monarques ont également réglé des différends concernant des dettes hypothéquées pour la Silésie et des dédommagements pour les pertes subies lors de la dernière guerre. La levée de l'arrêt sur ces dettes interviendra après la ratification de la convention par la Grande-Bretagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 223-225
ESPAGNE.
Début :
Dans le tems qu'on croyoit ce Royaume délivré du tremblement de terre, [...]
Mots clefs :
Belém, Oran, Tremblement de terre, Edifices détruits, Secours étrangers, Marchandises, Indemnités, Sa Majesté, Duc d'Aveyro, Tonnerre, Incendie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE BELEM , le 13 Février.
Dans le tems qu'on croyoit ce Royaume délivré
du tremblement de terre , on a effuyé ici de nouvelles
fecouffes. Elles ont été même affez fortes
pour renverser plufieurs des bâtimens que les
précédentes avoient épargnés à Liſbonne. L'Hôtel
du Comte de Refende , Grand Amiral de Portugal
, eft du nombre des édifices nouvellement
détruits.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
Il eft arrivé d'Irlande dans le Tage cinq Navires
chargés de proviſions. On en attend un fixieme ,
qui a été équipé à Dublin. Le Vaiffeau de guerre
le Hamptoncourt , & les autres Bâtimens partis des
Ports d'Angleterre , n'ont pas encore paru . Le Roi
a ordonné que dans la diftribution des fecours
envoyés par la Grande - Bretagne , on pourvût
avant tout aux befoins des fujets de cette Puiffance
établis en Portugal. Pour fubvenir aux dépenfes
qu'exige la reconstruction de la Douane , du Magafin
des Indes & de celui de la Marine , on a
augmenté de quatre pour cent les droits impofés
fur les marchandifes étrangeres. Le fieur Caftres ,
Envoyé Extraordinaire de Sa Majefté Britannique,
a demandé que les Negocians Anglois fuffent
exemptés de payer ce nouveau droit .
Le Duc d'Aveyro , Grand Maître de la Maiſon
de Sa Majeſté , étant un des Seigneurs qui ont le
plus perdu dans le défaſtre général , le Roi lui a
accordé une indemnité de deux cens mille crufades.
Sa Majefté , animée des fentimens que les
calamités publiques ne pouvoient manquer de
lui infpirer , retranche fur fes plaifirs , afin d'être
plus en état de foulager les malheureux . Elle a
fait dire aux Muficiens Italiens qu'Elle avoit à fon
fervice , qu'ils pouvoient aller ailleurs tirer parti
de leurs talens .
D'ORAN , le 8 Novembre 1755 .
Le premier de ce mois avant le lever du foleil
il fe forma fur cette Ville un nuage épais , duquel
il fortit des flammes à diverſes repriſes . Au bout
d'une heure , ce nuage creva avec un horrible
bruit , & tout l'athmofphere fut inondé d'un déluge
de feu . Le tonnerre tomba fur la grande
AVRIL. 1756. 225
Eglife ,, perça le clocher , & frappa le Sonneur
fans le bleffer. Vers dix heures & un quart du
matin , plufieurs violentes fecouffes de tremblement
de terre augmenterent la frayeur dont chacun
étoit faifi . L'aiguille de la Tour de l'Eglife
des Francifcains fut abattue. La plupart des maifons
de la Ville & des environs ont été ébranlées
mais il n'y en a eu aucune de renversée .
DE BELEM , le 13 Février.
Dans le tems qu'on croyoit ce Royaume délivré
du tremblement de terre , on a effuyé ici de nouvelles
fecouffes. Elles ont été même affez fortes
pour renverser plufieurs des bâtimens que les
précédentes avoient épargnés à Liſbonne. L'Hôtel
du Comte de Refende , Grand Amiral de Portugal
, eft du nombre des édifices nouvellement
détruits.
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
Il eft arrivé d'Irlande dans le Tage cinq Navires
chargés de proviſions. On en attend un fixieme ,
qui a été équipé à Dublin. Le Vaiffeau de guerre
le Hamptoncourt , & les autres Bâtimens partis des
Ports d'Angleterre , n'ont pas encore paru . Le Roi
a ordonné que dans la diftribution des fecours
envoyés par la Grande - Bretagne , on pourvût
avant tout aux befoins des fujets de cette Puiffance
établis en Portugal. Pour fubvenir aux dépenfes
qu'exige la reconstruction de la Douane , du Magafin
des Indes & de celui de la Marine , on a
augmenté de quatre pour cent les droits impofés
fur les marchandifes étrangeres. Le fieur Caftres ,
Envoyé Extraordinaire de Sa Majefté Britannique,
a demandé que les Negocians Anglois fuffent
exemptés de payer ce nouveau droit .
Le Duc d'Aveyro , Grand Maître de la Maiſon
de Sa Majeſté , étant un des Seigneurs qui ont le
plus perdu dans le défaſtre général , le Roi lui a
accordé une indemnité de deux cens mille crufades.
Sa Majefté , animée des fentimens que les
calamités publiques ne pouvoient manquer de
lui infpirer , retranche fur fes plaifirs , afin d'être
plus en état de foulager les malheureux . Elle a
fait dire aux Muficiens Italiens qu'Elle avoit à fon
fervice , qu'ils pouvoient aller ailleurs tirer parti
de leurs talens .
D'ORAN , le 8 Novembre 1755 .
Le premier de ce mois avant le lever du foleil
il fe forma fur cette Ville un nuage épais , duquel
il fortit des flammes à diverſes repriſes . Au bout
d'une heure , ce nuage creva avec un horrible
bruit , & tout l'athmofphere fut inondé d'un déluge
de feu . Le tonnerre tomba fur la grande
AVRIL. 1756. 225
Eglife ,, perça le clocher , & frappa le Sonneur
fans le bleffer. Vers dix heures & un quart du
matin , plufieurs violentes fecouffes de tremblement
de terre augmenterent la frayeur dont chacun
étoit faifi . L'aiguille de la Tour de l'Eglife
des Francifcains fut abattue. La plupart des maifons
de la Ville & des environs ont été ébranlées
mais il n'y en a eu aucune de renversée .
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
En 1755 et 1756, des événements significatifs ont eu lieu en Espagne et à Oran. À Lisbonne, après un tremblement de terre, de nouvelles secousses ont détruit plusieurs bâtiments, dont l'Hôtel du Comte de Resende, Grand Amiral de Portugal. Cinq navires irlandais chargés de provisions sont arrivés dans le Tage, avec un sixième attendu. Le roi a ordonné que les secours britanniques soient prioritairement distribués aux sujets britanniques établis au Portugal. Pour financer la reconstruction de la Douane, du Magasin des Indes et de celui de la Marine, les droits sur les marchandises étrangères ont été augmentés de quatre pour cent. Le sieur Castres, Envoyé Extraordinaire de Sa Majesté Britannique, a demandé l'exemption de ce nouveau droit pour les négociants anglais. Le Duc d'Aveyro, ayant subi de lourdes pertes, a reçu une indemnité de deux cents mille cruzades. Le roi a réduit ses dépenses personnelles pour aider les victimes. À Oran, le 1er novembre 1755, un nuage épais a libéré des flammes et un déluge de feu, suivi d'un tonnerre qui a frappé le clocher d'une église sans blesser le sonneur. Des secousses sismiques ont ensuite ébranlé les maisons sans en renverser aucune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 225
ITALIE.
Début :
Des bruits souterreins semblables à celui du tonnerre, ont causé ici [...]
Mots clefs :
Naples, Éruption du Vésuve, Frayeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , les Février.
Des bruits fouterreins femblables à celui du
tonnerre , ont caufé ici beaucoup d'allarmes . On
a craint qu'ils ne fuffent les avant - coureurs de
quelque catastrophe. Mais après une légere éruption
du Mont Véfuve ils ont ceffé , & les habitans
de cette Capitale font remis de leur frayeur.
DE NAPLES , les Février.
Des bruits fouterreins femblables à celui du
tonnerre , ont caufé ici beaucoup d'allarmes . On
a craint qu'ils ne fuffent les avant - coureurs de
quelque catastrophe. Mais après une légere éruption
du Mont Véfuve ils ont ceffé , & les habitans
de cette Capitale font remis de leur frayeur.
Fermer
4
p. 225-236
RELATION De l'Ambassade extraordinaire de la Religion de Malte auprès du Roi de deux Siciles, faite en 1755, à l'occasion du rétablissement du Commerce avec ces deux Royaumes.
Début :
Le Conseil ayant nommé MM. les Baillis de Fleury & [...]
Mots clefs :
Ambassade extraordinaire de la Religion de Malte, Roi des deux Siciles, Baillis, Bailli de Fleury, Bailli de Combreux, Navires, Sa Majesté, Bal, Roi, Secrétaire d'ambassade, Compliment, Palais, Banquet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION De l'Ambassade extraordinaire de la Religion de Malte auprès du Roi de deux Siciles, faite en 1755, à l'occasion du rétablissement du Commerce avec ces deux Royaumes.
RELATΙΟΝ
De l'Ambaffade extraordinaire de la Religion
de Malie auprès du Roi de deur Siciles ,
faite en 1755 , à l'occaſion du rétabliſſement
du Commerce avec ces deux Royaumes.
LE Confeil'ayant nommé MM. les Baillis de
Fleury & de Combreux Ambaffadeurs extraordinaires
auprès du Roi des deux Siciles , pour aller
conjointement avec M. le Bailli Dueñas affurer
Sa Majefté des fentimens de la Religion , M. le
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Bailli de Fleury , Capitaine Général des Efcadres
de l'Ordre , fit voile le 11 d'Août , avec quatre
galeres , & deux vaiffeaux. Lorsqu'il fut
hors du Port , il envoya confirmer à M. le Bailli
de Combreux , Commandant des deux Navires ,
tout ce dont il étoit convenu avec lui , que chaque
efcadre navigueroit felon la nature de fes bâtimens
, fans s'alfujettir à être toujours unies ,
parce que n'ayant d'autre objet que de fe rendre
promptement à Baye , où MM. les Ambaffadeurs
avoient bien des arrangemens préliminaires
à prendre , avant d'aller à Naples , celui
qui arriveroit le premier , mettroit la main à
P'oeuvre pour accélérer toutes chofes .
Le 16,M. le Bailli de Fleury ayant appris , avant
de mouiller à Baye , que le Roi chaffoit à l'Ifle
Procita, fit revirer , pavoifer , & mettre fon Efcadre
en front de Bandiere . En approchant de l'iſle
les galeres firent trois falves royales de moufqueterie
, & d'artillerie , après lefquelles M. le
Général envoya donner part à Sa Majesté , qu'auffi
-tôt qu'il avoit fçu qu'elle devoit retourner
à Naples , il avoit fait route fur cette ifle , pour
avoir l'honneur de l'escorter ; & de lui faire
fa cour comme Général , en attendant qu'il pût
la lui faire comme Ambaffadeur de l'Ordre.
>
M. le Bailli de Reggio fit dire que le Roi
en feroit fort aife , & qu'il ne falloit plus le
faluer que de la voix . M. le Bailli de Fleury defcendit
à terre avec MM. les Capitaines , &
M. le Provéditeur qu'il préfenta à Sa Majesté. II
eut auffi l'honneur de lui dire qu'ayant fçu qu'Elle
devoit paffer la mer , il avoit cru devoir le mettre
à portée de recevoir les ordres. Le Roi l'en remercia
d'un air extrêmement affable , & s'embarqua
tout de fuite. Les galeres l'accompagnerent
AVRIL. 1756. 227
jufqu'à fon débarquement en faifant les mêmes.
manoeuvres que fes galiotes . Sa Majeſté envoya
le foir quatre faifans à M. le Bailli de Fleury , &
lui fit offrir la Darfe , ou le Môle de Naples pour
les galeres. Son Excellence répondit qu'elle étoit
extrêmement fenfible aux bontés du Roi , mais
que le mauvais air de la Darfe lui feroit préférer
le Môle.
Le 18 , M. le Général fut s'établir dans la maifon
de M. le Prince d'Ardore , qu'il avoit empruntée
pour tout le tems de l'Ambaffade.
Le 20 , les vaiffeaux arriverent à Baye , & en
partirent deux jours après avec les galeres pour Naples.
En découvrant le Palais du Roi , les deux
Efcadres fe pavoiferent , & firent trois falves royale
de moufqueterie , & d'artillerie .
Le 24 , MM. les Baillis de Fleury , & de Combreux
eurent l'honneur d'être préſentés au Roi , &
à la Reine comme Officiers Généraux , avec MM .
les Chevaliers des deux Efcadres. Ils furent voir en
Corps le même jour les trois Miniftres d'Etat , &
tous les Chefs de Cour.
Le 27 , l'Introducteur intima à MM les Ambaffadeurs
que Sa Majefté avoit fixé leur Entrée
au 6 de Septembre. Leurs Excellences firent part
auffi - tôt de leur arrivée à tous les Miniftres Etran
gers , ainfi qu'on en étoit convenu. Elles informerent
auffi tous les Grands- Croix , & Chevaliers
de Malte du jour de l'Entrée .
Le 6 de Septembre , au lever du foleil , on pavoifa
les Efcadres. A huit heures du matin MM.
les Ambaffadeurs , & tous les Grands-Croix , &
Chevaliers fe rendirent fur la Capitane . Une heure
après le Majordom de femaine , & l'Introducteur
s'étant fait annoncer , leurs Excellences furent les
recevoir à la moitié de l'eſcalier du Môle , accom-
Kvi
228 MERCURE DE FRANCE.
pagnées de MM . les Chevaliers qui fe rangerent
à droite , & à gauche. Les Gentilshommes , Pages
, & livrées de MM. les Ambaſſadeurs , bordoient
la haie depuis ledit efcalier jufqu'au carrofe
du Roi. Le Majordome , & l'Introducteur
prirent la droite de MM. les Ambaffadeurs , &
tous cinq furent dans cet Ordre s'affeoir dans la
pouppe de la Capitane , où perfonne n'entroit. Le
Corps de garde , un Caravanifte à la tête , préfenta
les Armes , & battit aux champs . On baifa la
tente , & on falua des trompettes , & de la voix .
Après une diftribution de rafraîchiffemens , &
un entretien qui fut très- bref, MM . les Chevaliers
monterent dans les carroffes des Miniftres, & Confeillers
d'Etat , dans ceux des Chefs de Cour , &
enfin dans ceux de la principale Nobleſſe . Tout le
cortege compofoit environ cent cinquante carroffes.
MM. les Ambaffadeurs partirent de la Capitane
avec le Majordome & l'Introducteur dans
l'ordre ci- deffus , & monterent dans le carroffe du
Roi. M. le Bailli Duenas , comme plus ancien ,
prit la droite dans le fond , M. le Bailli de Fleury
fa gauche , M. le Bailli de Combreux la droite
fur le devant , le Majordome à fa gauche , & l'Introducteur
fur un ftrapontin à la portiere droite.
Les deux Efcadres firent au départ du Correge
trois falves royales de moufqueterie & d'artil
lerie.
Douze coureurs de MM. les Ambaffadeurs ga-
Jonnés d'or ou d'argent fur toutes les coutures , &
trente-fix Valets de pied habillés de grande livrée
précédoient le carroffe du Roi. Six Pages de leurs
Excellences , galonnés très - richement , étoient à
droite , & à gauche des deux portieres . Quatre Vafets
de pied du Roi marchoient à côté deux.
Les trois carroffes de parade de MM. les AmAVRIL.
1756. 229
baffadenrs , attelés de fix chevaux chacun , magnifiquement
harnachés, fuivoient immédiatement celui
du Roi avec un Palefrenier qui marchoit à côté
des chevaux , habillé de grande livrée.
Le carroffe de l'Ambaffadeur plus ancien étoit vacant
, & marquoit le carroffe dureſpect .
MM. les Grands-Croix fuivoient dans les carroffes
des deux autres Ambaffadeurs , après lefquels
marchoient ceux des Miniftres , Confeillers d'Etat
, &c .
Le Secretaire d'Ambaffade étoit immédiatement
après le dernier carroffe des Chevaliers , &
les fix Gentilshommes de MM . les Ambaffadeurs ,
habillés très -richement , terminoient la fonction
dans trois autres carroffes.
On fit dans cet Ordre-là un grand tour par les
principales rue de la Ville. Tous les Corps de garde
devant lefquels paffoient MM. les Ambaffadeurs
portoient le fufil fur l'épaule , & rappelloient.
A 10 heures trois quarts ils arriverent au Palais.
Le carroffe feul du Roi & celui de refpect entrerent
dans la cour. MM . les Grands-Croix, & Chevaliers
defcendirent de carroffe à la parte de la Cour,
& vinrent précéder MM. les Ambaffadeurs. Les
Hallebardiers borderent la haie ſur l'eſcalier dans
les galeries, & dans leur falle . Le Commandant de
certe Compagnie fe trouva au bas de l'efcalier.Les
Gardes du Corps étoient le fufil fur l'épaule dans
leur falle , à la porte de laquelle le Capitaine reçut
MM les Ambaffadeurs. Les Sentinelles donnerent
le coup de talon . Auffi-tôt que leurs Excellences
furent arrivées dans la chambre , qui précédoit
la falle, du Trône , l'Introducteur fut en
donner part au Roi , qui vint fe placer debout
fous fon Dais avec les grands Officiers . MM. les
Ambaffadeurs , le Majordome , & l'Introducteur
230 MERCURE DE FRANCE.
feuls furent admis. Ils s'approcherent du Trône
en faifant trois profondes révérences , à chacune
defquelles le Roi levoit fon chapeau. M.
le Bailli Duenas , comme plus ancien , porta la
parole le premier , & remit les Letres de créance
, ainfi que Sa Majefté l'avoit décidé . M. le
Bailli de Fleury fit enfuite le compliment cijoint
:
» SIRE ,
>> La Religion , & le grand Maître ne défirent
rien plus ardemment que de plaire à Vo-
» tre Majefté . Leurs voeux & les miens , SIRE ,
» feroient remplis , fi je pouvois contribuer à ma-
>> nifefter à Votre Majefté toute l'étendue de ces
fentimens , & lui rendre les fervices de nos
» Efcadres agréables . n
M. le Bailli de Combreux confirma en peu
de mots les mêmes fentimens.
Sa Majefté répondit dans les termes les plus
obligeans. MM. les Ambaffadeurs fe rangerent
enfuite à la droite du Roi , pour laiffer défiler
MM. les Grands- Croix & Chevaliers , qui eurent
l'honneur de lui baifer la main.
Pendant l'Audience , MM. les Grinds- Croix
refterent à la porte de la falle , & MM. les
Chevaliers dans la chambre qui précédoit.
Au baiſe - main MM. les Grands-Croix pafferent
les premiers , enfuite le Corps des Galeres
avec moitié des Chevaliers Napolitains mêlés
, & enfin le Corps des Vaiffeaux avec l'autre
moitié des Chevaliers Napolitains .
Le baife -main fimi , MM. les Ambaffadeurs
fe retirerent dans l'ordre ci - deffus , & furent accompagnés
par le Capitaine des Gardes jufqu'à
AVRIL. 1756. 231
la porte , où il avoit été les recevoir Le même
cérémonial s'obferva chez la Reine ; dès
que M. le Bailli Duenas eût parlé , M. le Bailli
de Fleury prononça le difcours faivant :
MADAME ,
» Jamais l'Ordre de Malte n'a conçu des fentimens
plus vifs , que ceux que lui ont inf-
» piré les bontés de Votre Majefté Elles me
font efperer , MADAME , que vous voudrez
>> bien , en lui accordant votre protection , ajou
» ter encore à une grace auffi précieuſe , celle
» d'être perfuadée du défir qu'il a de la mé-
» riter.
M. le Bailli de Combreux fit enfuite fon
compliment. Sa Majefté répondit par des expreffions
très-obligeantes.
Après le baile - main , qui fe paffa comme chez
le Roi , MM . les Ambafladeurs furent à l'Audience
des Infants & Infantes qu'on avoit réunis
, & leur témoignerent en peu de mots les
fentimens de la Religion , leur Gouverneur &
Gouvernante répondirent pour leurs A. R. d'une
maniere extrêmement flatteufe . On y obferva
le même cérémonial qui s'étoit pratiqué chez
le Roi.
MM. les Ambaffadeurs fe retirerent enfuite
fur la Capitane dans l'ordre qu'ils en étoient
venus ; & après que le Majordome & l'Introducteur
fe furent repofés , ils les accompagnerent
jufqu'à la moitié de l'efcalier , où on les
avoit été recevoir. Peu de tems après leurs Excellences
furent voir Mezzo Infiocchi , le Miniftres
des Affaires Etrangeres , qui leur donna à
dîner avec les principales perfonnes de la Cour ,
231 MERCURE DE FRANCE.
·
& tous les Miniftres Etrangers. Après dîner ;
MM. les Ambaſſadeurs allerent voir dans le même
équipage les deux autres Miniftres d'Etat ,
& les deux Cardinaux.
Le foir on repréſenta l'Opéra au Théâtre de S.
Charles , qu'on avoit tout illuminé en flambeaux
de cire blanche. Il joua auffi quelques jours de
plus en faveur de l'Ambaflade.
Le 7 , M. le Bailli Duenas donna un dîner
femblable à celui du Miniftre des Affaires Errangeres.
"
Le 8 , M. le Bailli de Fleury demanda au Roi
la permiffion de donner une fête au Môle , &
de faire ôter les canons qui embarraffoient ; Sa
Majefté eut la bonté de le lui accorder. Dans
le même jour l'Artillerie fut tranſportée . Le projet
de la fête étoit de former trois grandes galeries
foutenues par des colonnes , de faire danfer
dans celle du milieu , & jouer dans les deux
autres. Quatre amphithéâtres , placés aux deux
extrêmités de la galerie dominante auroient
fervi pour la Mufique du Concert & du Bal.
L'Ambigu devoit être fervi dans la batterie qui est
après le Corps de Gardes. Les Galeres & les Vaiffeaux
illuminés auroient encadré la fête , & des
pyramides de lumieres , placées à droite & à gauche
dans toute la longeur du Môle , en devoient
faire l'avenue. En huit jours toute la charpente
fut élevée ; mais le mauvais tems qui furvint ,
obligea d'abandonner la place & de chercher
une maison.
>
Le jour de Notre- Dame de Pié -de-grotte ,
les Galeres & les Vaiffeaux furent mouiller auprès
de l'Eglife , où toute la Famille Royale devoit
venir en grand Gala.
Dès que le Roi parut , les deux Efcadres fe
AVRIL. 1756. 233
pavoiferent , & firent une falve royale de moufqueterie
& d'artillerie , qu'elles répéterent à
la Bénédiction , & lorfque Sa Majesté fortit de
l'Eglife .
Le 9 , M. le Général donna un dîner de 90
couverts à tous les Miniftres & Confeillers d'Etat
, Ambaffadeurs , Grands Officiers de la Cour ,
& autres perfonnes de confidération de la Ville
dans une falle qu'on avoit parée de tous les
ornemens qui pouvoient caractériſer l'objet de
la fête.
M. le Commandant des Vaiffeaux donna un
femblable repas. MM. les Capitaines des Galeres
firent éclater auffi leur magnificence par des
feftins & des bals également agréables & bien
fervis.
Le 13 , MM. les Baillis de Fleury & de Combreux
eurent l'honneur d'aller faire leur Cour
au Roi à Caferte , avec plufieurs Chevaliers des
deux Efcadres.
Le 14 , M. le Bailli Reggio envoya cent For
çats fur les Galeres , dont le Roi faifoit préfent
à la Religion .
Le 17 , M. le Bailli de Fleury donna un Bal
paré à toute la Cour & au Militaire ; Madame
la Ducheffe de Caftropignano en , fit les honneurs.
Il avoit emprunté un des plus grands Palais
de la Ville , des plus commodes & des
mieux fitués pour une femblable fête . On avoit
tendu tout l'appartement , qui étoit composé de
fix falles & deux grandes galeries , de damas
cramoifi , galonné d'or fur tous les lais , terminée
par une pente feftonnée , garnie de franges
d'or qui contournoit toutes les corniches.
La premiere falle après l'antichambre étoit
remplie de tables de jeu .
234 MERCURE DE FRANCE.
La Galerie d'après fervoit au Concert , on
l'on avoit raffemblé les meilleurs inftrumens &
les voix les plus célebres de Naples.
La troifieme , la quatrieme & la cinquieme
falle étoient confacrées encore au jeu .
1
La feconde Galerie fervoit pour le Bal ; on
l'avoit tendue en blanc bordé de moëre jaune
& verte galonnée d'or , terminée par une
pente blanche , feftonnée & garnie de franges
d'or. Deux Orchestres compofés de quarante inftrumens
, élevés en Amphithéâtres aux deux extrêmités
de la falle , jouoient enfemble ou alternativement
: le Maître à danfer des Infants
régloit les contredanfes .
>
La feptieme falle étoit diftinguée par le portrait
du Grand Maître , placé fous un dais galonné
d'or ; on jouoit dans cette falle comme
dans les quatre ci - deffus. Un cabinet de
toilette terminoit l'appartement qui étoit
éclairé autant qu'il pouvoit l'être . Toute la façade
de la maifon , & l'intérieur de la cour
étoient illuminés en flambeaux de cire blanche
& en pots à feu.
>
Un détachement de cinquante Suiffes avec un
Officier & deux Garçons Majors furent chargés
de garder la maifon , & de régler la place
des carroffes. Il y avoit un Sergent de Garde
dans chaque chambre. Les Buffets pour les rafraîchiffemens
, & l'Ambigu étoient diftribués
dans quatre chambres , qui avoient iffu dans le
milieu de l'appartement.
A huit heures du foir le Concert commença .
Deux heures après M. l'Ambaffadeur de France
ouvrit le Bal avec Madame la Princeffe d'Ardore
, fille de Madame la Ducheffe de Caftropignagno.
AVRIL. 1756. 235
Le Concert, le Bal , & environ foixante tables
de jeu occupoient alternativement toute l'Affemblée
. Cinquante Pages & foixante Valets de
chambre , empruntés felon l'ufage , diftribuerent
continuellement toutes fortes de glaces & d'affiettes
d'offices.
A une heure & demie on fervit cent vingtdeux
petites tables d'environ huit à dix couverts
chacune , en viandes froides , poiffons , & vins
étrangers. Cette façon d'ambigu neuve & bien
exécutée , fut extrêmement applaudie . On compta
plus de neuf cens perfonnes fervies à la fois.
Trois cens vingt Dames , & quatorze ou quinze
cens Cavaliers étoient priés .
Après l'ambigu , on recommença le Bal , &
la diftribution des glaces jufqu'à fix heures du
matin que la fête finit à la fatisfaction commune,
& fans le moindre accident.
Le jour de S. Ferdinand les Galeres furent
mouiller à Portici , & faluerent le Roi de trois
falves royales de moufqueterie & d'artillerie .
Le foir les deux Efcadres firent une même
falve après la Ville.
Le 20 , M. le Marquis de Janucci remit de la
part du Roi trois Croix de Diamans à MM.
les Ambaffadeurs , en y joignant les témoignages
les plus diftingués de la fatisfaction qu'avoit
Sa Majefté de leurs fervices.
Le 23 , MM . les Baillis de Fleury & de Combreux
préfenterent à Leurs Majeftés les Chevaliers
des deux Efcadres pour prendre congé . Leurs
Excellences le prirent elles -mêmes enfuite privativement
dans le Cabinet du Roi , en renouvellant
au Roi & à la Reine les fentimens de
la Religion , & les leurs propres. M. le Bailli de
Fleury porta la parole le premier , ainsi que le
236 MERCURE DE FRANCE.
Roi l'avoit décidé. MM. les Baillis Duenas &
de Combreux firent enfuite leur compliment.
Leurs Majeftés répondirent par les affurances les
plus fatteufes de leur protection & de leur bienveillance
, louant beaucoup la conduite noble
de MM. les Chevaliers , & furtout le bon gouvernement
de S. A. E.
Le 27 , MM. les Ambaffadeurs s'étant embarqués
, les deux Efcadres faluerent le Roi de trois
falves royales de moufqueterie & d'artillerie ,
& firent voile enfuite pour leur deſtination .
De l'Ambaffade extraordinaire de la Religion
de Malie auprès du Roi de deur Siciles ,
faite en 1755 , à l'occaſion du rétabliſſement
du Commerce avec ces deux Royaumes.
LE Confeil'ayant nommé MM. les Baillis de
Fleury & de Combreux Ambaffadeurs extraordinaires
auprès du Roi des deux Siciles , pour aller
conjointement avec M. le Bailli Dueñas affurer
Sa Majefté des fentimens de la Religion , M. le
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Bailli de Fleury , Capitaine Général des Efcadres
de l'Ordre , fit voile le 11 d'Août , avec quatre
galeres , & deux vaiffeaux. Lorsqu'il fut
hors du Port , il envoya confirmer à M. le Bailli
de Combreux , Commandant des deux Navires ,
tout ce dont il étoit convenu avec lui , que chaque
efcadre navigueroit felon la nature de fes bâtimens
, fans s'alfujettir à être toujours unies ,
parce que n'ayant d'autre objet que de fe rendre
promptement à Baye , où MM. les Ambaffadeurs
avoient bien des arrangemens préliminaires
à prendre , avant d'aller à Naples , celui
qui arriveroit le premier , mettroit la main à
P'oeuvre pour accélérer toutes chofes .
Le 16,M. le Bailli de Fleury ayant appris , avant
de mouiller à Baye , que le Roi chaffoit à l'Ifle
Procita, fit revirer , pavoifer , & mettre fon Efcadre
en front de Bandiere . En approchant de l'iſle
les galeres firent trois falves royales de moufqueterie
, & d'artillerie , après lefquelles M. le
Général envoya donner part à Sa Majesté , qu'auffi
-tôt qu'il avoit fçu qu'elle devoit retourner
à Naples , il avoit fait route fur cette ifle , pour
avoir l'honneur de l'escorter ; & de lui faire
fa cour comme Général , en attendant qu'il pût
la lui faire comme Ambaffadeur de l'Ordre.
>
M. le Bailli de Reggio fit dire que le Roi
en feroit fort aife , & qu'il ne falloit plus le
faluer que de la voix . M. le Bailli de Fleury defcendit
à terre avec MM. les Capitaines , &
M. le Provéditeur qu'il préfenta à Sa Majesté. II
eut auffi l'honneur de lui dire qu'ayant fçu qu'Elle
devoit paffer la mer , il avoit cru devoir le mettre
à portée de recevoir les ordres. Le Roi l'en remercia
d'un air extrêmement affable , & s'embarqua
tout de fuite. Les galeres l'accompagnerent
AVRIL. 1756. 227
jufqu'à fon débarquement en faifant les mêmes.
manoeuvres que fes galiotes . Sa Majeſté envoya
le foir quatre faifans à M. le Bailli de Fleury , &
lui fit offrir la Darfe , ou le Môle de Naples pour
les galeres. Son Excellence répondit qu'elle étoit
extrêmement fenfible aux bontés du Roi , mais
que le mauvais air de la Darfe lui feroit préférer
le Môle.
Le 18 , M. le Général fut s'établir dans la maifon
de M. le Prince d'Ardore , qu'il avoit empruntée
pour tout le tems de l'Ambaffade.
Le 20 , les vaiffeaux arriverent à Baye , & en
partirent deux jours après avec les galeres pour Naples.
En découvrant le Palais du Roi , les deux
Efcadres fe pavoiferent , & firent trois falves royale
de moufqueterie , & d'artillerie .
Le 24 , MM. les Baillis de Fleury , & de Combreux
eurent l'honneur d'être préſentés au Roi , &
à la Reine comme Officiers Généraux , avec MM .
les Chevaliers des deux Efcadres. Ils furent voir en
Corps le même jour les trois Miniftres d'Etat , &
tous les Chefs de Cour.
Le 27 , l'Introducteur intima à MM les Ambaffadeurs
que Sa Majefté avoit fixé leur Entrée
au 6 de Septembre. Leurs Excellences firent part
auffi - tôt de leur arrivée à tous les Miniftres Etran
gers , ainfi qu'on en étoit convenu. Elles informerent
auffi tous les Grands- Croix , & Chevaliers
de Malte du jour de l'Entrée .
Le 6 de Septembre , au lever du foleil , on pavoifa
les Efcadres. A huit heures du matin MM.
les Ambaffadeurs , & tous les Grands-Croix , &
Chevaliers fe rendirent fur la Capitane . Une heure
après le Majordom de femaine , & l'Introducteur
s'étant fait annoncer , leurs Excellences furent les
recevoir à la moitié de l'eſcalier du Môle , accom-
Kvi
228 MERCURE DE FRANCE.
pagnées de MM . les Chevaliers qui fe rangerent
à droite , & à gauche. Les Gentilshommes , Pages
, & livrées de MM. les Ambaſſadeurs , bordoient
la haie depuis ledit efcalier jufqu'au carrofe
du Roi. Le Majordome , & l'Introducteur
prirent la droite de MM. les Ambaffadeurs , &
tous cinq furent dans cet Ordre s'affeoir dans la
pouppe de la Capitane , où perfonne n'entroit. Le
Corps de garde , un Caravanifte à la tête , préfenta
les Armes , & battit aux champs . On baifa la
tente , & on falua des trompettes , & de la voix .
Après une diftribution de rafraîchiffemens , &
un entretien qui fut très- bref, MM . les Chevaliers
monterent dans les carroffes des Miniftres, & Confeillers
d'Etat , dans ceux des Chefs de Cour , &
enfin dans ceux de la principale Nobleſſe . Tout le
cortege compofoit environ cent cinquante carroffes.
MM. les Ambaffadeurs partirent de la Capitane
avec le Majordome & l'Introducteur dans
l'ordre ci- deffus , & monterent dans le carroffe du
Roi. M. le Bailli Duenas , comme plus ancien ,
prit la droite dans le fond , M. le Bailli de Fleury
fa gauche , M. le Bailli de Combreux la droite
fur le devant , le Majordome à fa gauche , & l'Introducteur
fur un ftrapontin à la portiere droite.
Les deux Efcadres firent au départ du Correge
trois falves royales de moufqueterie & d'artil
lerie.
Douze coureurs de MM. les Ambaffadeurs ga-
Jonnés d'or ou d'argent fur toutes les coutures , &
trente-fix Valets de pied habillés de grande livrée
précédoient le carroffe du Roi. Six Pages de leurs
Excellences , galonnés très - richement , étoient à
droite , & à gauche des deux portieres . Quatre Vafets
de pied du Roi marchoient à côté deux.
Les trois carroffes de parade de MM. les AmAVRIL.
1756. 229
baffadenrs , attelés de fix chevaux chacun , magnifiquement
harnachés, fuivoient immédiatement celui
du Roi avec un Palefrenier qui marchoit à côté
des chevaux , habillé de grande livrée.
Le carroffe de l'Ambaffadeur plus ancien étoit vacant
, & marquoit le carroffe dureſpect .
MM. les Grands-Croix fuivoient dans les carroffes
des deux autres Ambaffadeurs , après lefquels
marchoient ceux des Miniftres , Confeillers d'Etat
, &c .
Le Secretaire d'Ambaffade étoit immédiatement
après le dernier carroffe des Chevaliers , &
les fix Gentilshommes de MM . les Ambaffadeurs ,
habillés très -richement , terminoient la fonction
dans trois autres carroffes.
On fit dans cet Ordre-là un grand tour par les
principales rue de la Ville. Tous les Corps de garde
devant lefquels paffoient MM. les Ambaffadeurs
portoient le fufil fur l'épaule , & rappelloient.
A 10 heures trois quarts ils arriverent au Palais.
Le carroffe feul du Roi & celui de refpect entrerent
dans la cour. MM . les Grands-Croix, & Chevaliers
defcendirent de carroffe à la parte de la Cour,
& vinrent précéder MM. les Ambaffadeurs. Les
Hallebardiers borderent la haie ſur l'eſcalier dans
les galeries, & dans leur falle . Le Commandant de
certe Compagnie fe trouva au bas de l'efcalier.Les
Gardes du Corps étoient le fufil fur l'épaule dans
leur falle , à la porte de laquelle le Capitaine reçut
MM les Ambaffadeurs. Les Sentinelles donnerent
le coup de talon . Auffi-tôt que leurs Excellences
furent arrivées dans la chambre , qui précédoit
la falle, du Trône , l'Introducteur fut en
donner part au Roi , qui vint fe placer debout
fous fon Dais avec les grands Officiers . MM. les
Ambaffadeurs , le Majordome , & l'Introducteur
230 MERCURE DE FRANCE.
feuls furent admis. Ils s'approcherent du Trône
en faifant trois profondes révérences , à chacune
defquelles le Roi levoit fon chapeau. M.
le Bailli Duenas , comme plus ancien , porta la
parole le premier , & remit les Letres de créance
, ainfi que Sa Majefté l'avoit décidé . M. le
Bailli de Fleury fit enfuite le compliment cijoint
:
» SIRE ,
>> La Religion , & le grand Maître ne défirent
rien plus ardemment que de plaire à Vo-
» tre Majefté . Leurs voeux & les miens , SIRE ,
» feroient remplis , fi je pouvois contribuer à ma-
>> nifefter à Votre Majefté toute l'étendue de ces
fentimens , & lui rendre les fervices de nos
» Efcadres agréables . n
M. le Bailli de Combreux confirma en peu
de mots les mêmes fentimens.
Sa Majefté répondit dans les termes les plus
obligeans. MM. les Ambaffadeurs fe rangerent
enfuite à la droite du Roi , pour laiffer défiler
MM. les Grands- Croix & Chevaliers , qui eurent
l'honneur de lui baifer la main.
Pendant l'Audience , MM. les Grinds- Croix
refterent à la porte de la falle , & MM. les
Chevaliers dans la chambre qui précédoit.
Au baiſe - main MM. les Grands-Croix pafferent
les premiers , enfuite le Corps des Galeres
avec moitié des Chevaliers Napolitains mêlés
, & enfin le Corps des Vaiffeaux avec l'autre
moitié des Chevaliers Napolitains .
Le baife -main fimi , MM. les Ambaffadeurs
fe retirerent dans l'ordre ci - deffus , & furent accompagnés
par le Capitaine des Gardes jufqu'à
AVRIL. 1756. 231
la porte , où il avoit été les recevoir Le même
cérémonial s'obferva chez la Reine ; dès
que M. le Bailli Duenas eût parlé , M. le Bailli
de Fleury prononça le difcours faivant :
MADAME ,
» Jamais l'Ordre de Malte n'a conçu des fentimens
plus vifs , que ceux que lui ont inf-
» piré les bontés de Votre Majefté Elles me
font efperer , MADAME , que vous voudrez
>> bien , en lui accordant votre protection , ajou
» ter encore à une grace auffi précieuſe , celle
» d'être perfuadée du défir qu'il a de la mé-
» riter.
M. le Bailli de Combreux fit enfuite fon
compliment. Sa Majefté répondit par des expreffions
très-obligeantes.
Après le baile - main , qui fe paffa comme chez
le Roi , MM . les Ambafladeurs furent à l'Audience
des Infants & Infantes qu'on avoit réunis
, & leur témoignerent en peu de mots les
fentimens de la Religion , leur Gouverneur &
Gouvernante répondirent pour leurs A. R. d'une
maniere extrêmement flatteufe . On y obferva
le même cérémonial qui s'étoit pratiqué chez
le Roi.
MM. les Ambaffadeurs fe retirerent enfuite
fur la Capitane dans l'ordre qu'ils en étoient
venus ; & après que le Majordome & l'Introducteur
fe furent repofés , ils les accompagnerent
jufqu'à la moitié de l'efcalier , où on les
avoit été recevoir. Peu de tems après leurs Excellences
furent voir Mezzo Infiocchi , le Miniftres
des Affaires Etrangeres , qui leur donna à
dîner avec les principales perfonnes de la Cour ,
231 MERCURE DE FRANCE.
·
& tous les Miniftres Etrangers. Après dîner ;
MM. les Ambaſſadeurs allerent voir dans le même
équipage les deux autres Miniftres d'Etat ,
& les deux Cardinaux.
Le foir on repréſenta l'Opéra au Théâtre de S.
Charles , qu'on avoit tout illuminé en flambeaux
de cire blanche. Il joua auffi quelques jours de
plus en faveur de l'Ambaflade.
Le 7 , M. le Bailli Duenas donna un dîner
femblable à celui du Miniftre des Affaires Errangeres.
"
Le 8 , M. le Bailli de Fleury demanda au Roi
la permiffion de donner une fête au Môle , &
de faire ôter les canons qui embarraffoient ; Sa
Majefté eut la bonté de le lui accorder. Dans
le même jour l'Artillerie fut tranſportée . Le projet
de la fête étoit de former trois grandes galeries
foutenues par des colonnes , de faire danfer
dans celle du milieu , & jouer dans les deux
autres. Quatre amphithéâtres , placés aux deux
extrêmités de la galerie dominante auroient
fervi pour la Mufique du Concert & du Bal.
L'Ambigu devoit être fervi dans la batterie qui est
après le Corps de Gardes. Les Galeres & les Vaiffeaux
illuminés auroient encadré la fête , & des
pyramides de lumieres , placées à droite & à gauche
dans toute la longeur du Môle , en devoient
faire l'avenue. En huit jours toute la charpente
fut élevée ; mais le mauvais tems qui furvint ,
obligea d'abandonner la place & de chercher
une maison.
>
Le jour de Notre- Dame de Pié -de-grotte ,
les Galeres & les Vaiffeaux furent mouiller auprès
de l'Eglife , où toute la Famille Royale devoit
venir en grand Gala.
Dès que le Roi parut , les deux Efcadres fe
AVRIL. 1756. 233
pavoiferent , & firent une falve royale de moufqueterie
& d'artillerie , qu'elles répéterent à
la Bénédiction , & lorfque Sa Majesté fortit de
l'Eglife .
Le 9 , M. le Général donna un dîner de 90
couverts à tous les Miniftres & Confeillers d'Etat
, Ambaffadeurs , Grands Officiers de la Cour ,
& autres perfonnes de confidération de la Ville
dans une falle qu'on avoit parée de tous les
ornemens qui pouvoient caractériſer l'objet de
la fête.
M. le Commandant des Vaiffeaux donna un
femblable repas. MM. les Capitaines des Galeres
firent éclater auffi leur magnificence par des
feftins & des bals également agréables & bien
fervis.
Le 13 , MM. les Baillis de Fleury & de Combreux
eurent l'honneur d'aller faire leur Cour
au Roi à Caferte , avec plufieurs Chevaliers des
deux Efcadres.
Le 14 , M. le Bailli Reggio envoya cent For
çats fur les Galeres , dont le Roi faifoit préfent
à la Religion .
Le 17 , M. le Bailli de Fleury donna un Bal
paré à toute la Cour & au Militaire ; Madame
la Ducheffe de Caftropignano en , fit les honneurs.
Il avoit emprunté un des plus grands Palais
de la Ville , des plus commodes & des
mieux fitués pour une femblable fête . On avoit
tendu tout l'appartement , qui étoit composé de
fix falles & deux grandes galeries , de damas
cramoifi , galonné d'or fur tous les lais , terminée
par une pente feftonnée , garnie de franges
d'or qui contournoit toutes les corniches.
La premiere falle après l'antichambre étoit
remplie de tables de jeu .
234 MERCURE DE FRANCE.
La Galerie d'après fervoit au Concert , on
l'on avoit raffemblé les meilleurs inftrumens &
les voix les plus célebres de Naples.
La troifieme , la quatrieme & la cinquieme
falle étoient confacrées encore au jeu .
1
La feconde Galerie fervoit pour le Bal ; on
l'avoit tendue en blanc bordé de moëre jaune
& verte galonnée d'or , terminée par une
pente blanche , feftonnée & garnie de franges
d'or. Deux Orchestres compofés de quarante inftrumens
, élevés en Amphithéâtres aux deux extrêmités
de la falle , jouoient enfemble ou alternativement
: le Maître à danfer des Infants
régloit les contredanfes .
>
La feptieme falle étoit diftinguée par le portrait
du Grand Maître , placé fous un dais galonné
d'or ; on jouoit dans cette falle comme
dans les quatre ci - deffus. Un cabinet de
toilette terminoit l'appartement qui étoit
éclairé autant qu'il pouvoit l'être . Toute la façade
de la maifon , & l'intérieur de la cour
étoient illuminés en flambeaux de cire blanche
& en pots à feu.
>
Un détachement de cinquante Suiffes avec un
Officier & deux Garçons Majors furent chargés
de garder la maifon , & de régler la place
des carroffes. Il y avoit un Sergent de Garde
dans chaque chambre. Les Buffets pour les rafraîchiffemens
, & l'Ambigu étoient diftribués
dans quatre chambres , qui avoient iffu dans le
milieu de l'appartement.
A huit heures du foir le Concert commença .
Deux heures après M. l'Ambaffadeur de France
ouvrit le Bal avec Madame la Princeffe d'Ardore
, fille de Madame la Ducheffe de Caftropignagno.
AVRIL. 1756. 235
Le Concert, le Bal , & environ foixante tables
de jeu occupoient alternativement toute l'Affemblée
. Cinquante Pages & foixante Valets de
chambre , empruntés felon l'ufage , diftribuerent
continuellement toutes fortes de glaces & d'affiettes
d'offices.
A une heure & demie on fervit cent vingtdeux
petites tables d'environ huit à dix couverts
chacune , en viandes froides , poiffons , & vins
étrangers. Cette façon d'ambigu neuve & bien
exécutée , fut extrêmement applaudie . On compta
plus de neuf cens perfonnes fervies à la fois.
Trois cens vingt Dames , & quatorze ou quinze
cens Cavaliers étoient priés .
Après l'ambigu , on recommença le Bal , &
la diftribution des glaces jufqu'à fix heures du
matin que la fête finit à la fatisfaction commune,
& fans le moindre accident.
Le jour de S. Ferdinand les Galeres furent
mouiller à Portici , & faluerent le Roi de trois
falves royales de moufqueterie & d'artillerie .
Le foir les deux Efcadres firent une même
falve après la Ville.
Le 20 , M. le Marquis de Janucci remit de la
part du Roi trois Croix de Diamans à MM.
les Ambaffadeurs , en y joignant les témoignages
les plus diftingués de la fatisfaction qu'avoit
Sa Majefté de leurs fervices.
Le 23 , MM . les Baillis de Fleury & de Combreux
préfenterent à Leurs Majeftés les Chevaliers
des deux Efcadres pour prendre congé . Leurs
Excellences le prirent elles -mêmes enfuite privativement
dans le Cabinet du Roi , en renouvellant
au Roi & à la Reine les fentimens de
la Religion , & les leurs propres. M. le Bailli de
Fleury porta la parole le premier , ainsi que le
236 MERCURE DE FRANCE.
Roi l'avoit décidé. MM. les Baillis Duenas &
de Combreux firent enfuite leur compliment.
Leurs Majeftés répondirent par les affurances les
plus fatteufes de leur protection & de leur bienveillance
, louant beaucoup la conduite noble
de MM. les Chevaliers , & furtout le bon gouvernement
de S. A. E.
Le 27 , MM. les Ambaffadeurs s'étant embarqués
, les deux Efcadres faluerent le Roi de trois
falves royales de moufqueterie & d'artillerie ,
& firent voile enfuite pour leur deſtination .
Fermer
Résumé : RELATION De l'Ambassade extraordinaire de la Religion de Malte auprès du Roi de deux Siciles, faite en 1755, à l'occasion du rétablissement du Commerce avec ces deux Royaumes.
En 1755, le Conseil de l'Ordre de Malte désigna les Baillis de Fleury et de Combreux comme ambassadeurs extraordinaires auprès du Roi des Deux-Siciles pour rétablir le commerce entre les deux royaumes. Accompagnés du Bailli Dueñas, ils quittèrent Malte le 11 août avec quatre galères et deux vaisseaux. Le Bailli de Fleury, capitaine général des escadres, confirma les arrangements avec le Bailli de Combreux, chacun naviguant selon la nature de ses bâtiments pour se rendre rapidement à Baye. Le 16 août, apprenant que le Roi se trouvait à l'île Procida, le Bailli de Fleury se dirigea vers cette île, pavoisant et saluant le Roi avec des salves royales. Il fut reçu par le Roi, qui l'invita à l'escorter jusqu'à Naples. Le 18 août, le Bailli de Fleury s'installa dans la maison du Prince d'Ardore. Le 20 août, les vaisseaux arrivèrent à Baye et partirent deux jours plus tard pour Naples. Le 24 août, les Baillis de Fleury et de Combreux furent présentés au Roi et à la Reine, ainsi qu'aux ministres d'État et aux chefs de cour. Le 27 août, leur entrée officielle fut fixée au 6 septembre. Ce jour-là, après des salves royales et des saluts, les ambassadeurs furent reçus par le Majordome et l'Introducteur, puis conduits au palais royal dans un cortège de cent cinquante carrosses. Lors de l'audience, les Baillis remirent leurs lettres de créance et exprimèrent les sentiments de la Religion de Malte. Le Roi répondit de manière obligeante. Les ambassadeurs furent ensuite reçus par la Reine et les Infants, suivant un cérémonial similaire. Les jours suivants, des fêtes et des représentations d'opéra furent organisées en l'honneur des ambassadeurs. Le 13 septembre, les Baillis de Fleury et de Combreux rendirent visite au Roi à Caserte. Le 14 septembre, le Roi fit présent de cent forçats à la Religion. Le 17 septembre, le Bailli de Fleury organisa un bal à la cour. La fête somptueuse organisée dans une résidence, probablement celle d'un dignitaire ou d'un ambassadeur, fut marquée par une décoration luxueuse avec des galeries et des salles ornées de dorures, de franges et de tissus précieux. La soirée débuta par un concert à huit heures, suivi d'un bal ouvert par l'ambassadeur de France et la princesse d'Ardore. Environ soixante tables de jeu étaient disponibles, et des rafraîchissements et des glaces étaient servis dans quatre chambres. À une heure et demie, un dîner fut servi à cent vingt-deux petites tables, satisfaisant plus de neuf cents personnes. Environ trois cents vingt dames et quatorze à quinze cents cavaliers étaient invités. La fête se poursuivit avec le bal et la distribution de glaces jusqu'à six heures du matin. Le jour suivant, des galères saluèrent le roi à Portici, et le soir, deux escadres firent une salve après la ville. Le 20 avril, le marquis de Janucci remit des croix de diamants aux ambassadeurs au nom du roi. Le 23 avril, les baillis de Fleury et de Combreux présentèrent les chevaliers des escadres pour prendre congé, renouvelant leurs sentiments de respect et de loyauté. Le 27 avril, les ambassadeurs s'embarquèrent, et les escadres saluèrent le roi avant de partir pour leur destination.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer