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Détail
Liste
1051
p. 118-148
Nouvelles de Versailles, ou plûtôt, Journal historique de ce qui s'est passé à la Cour ce mois-cy & l'autre. [titre d'après la table]
Début :
L'abondance de la matiere ne me permit pas ce mois dernier [...]
Mots clefs :
Duchesse, Roi, Duchesse de Berry, Duc d'Orléans, Cardinal, Aumônier, Abbé, Chapelle, Musique, Sermon, Dauphin, Évêque, Princes, Marquis, Cardinal de Rohan, Prince de Dombes, Dames, Versailles, Cour
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Versailles, ou plûtôt, Journal historique de ce qui s'est passé à la Cour ce mois-cy & l'autre. [titre d'après la table]
L'abondance de la matiere
1
GALANT. tig
-
ne mepermitpaste mois der
nier de vous faire le détail de
cequi s'eſt pafféàla Courpendant
la Semaine Sainte ; c'eft
neanmoins undes plus importanschapitres
qui puifle jamais
entrer dans un Journal ,&le
zele, & la picté du Roy qui
font toûjours l'admiration de
tout lemonde , feront certai
nement auſſi l'article le plus
intereſſantde ce volume.
S.Moa entendu tous lesDi
manches,lesMercredis,&Vendredis
de Carême, les Sermons
deM. l'Evêque d'Angers ; les
Lundys& les Jeudys elle a été
?
120 MERCURE
àla chaffe din Cerf , accompa
gnéede Madame la Ducheffe
de Berry , des Princeffes ,&
des autres Dames de faCour
Le 6. d'Avril , le Roy fit la
revue des Gardes Françoiſes ,
&Suifles , M. le Duc de Gui
che marchoit à la têtedes premiers
, & M. le Duc du Mai
ne&M. le Prince de Dombes
àla tête des ſeconds. On for
ma de chaque Regiment un
Bataillon compoſé de mille
hommes chacun , choiſis fur
le tout. M. le Prince Royal de
Pologne ,& M. le Prince Ra-
* gotzki ſe trouverent à cette
revûë.. Lc
GALANTI
Le 10. M. l'Ambaſſadeur
de Sicile cut AudianceduRoy
à qui il annonça la mort deM.
lePrince de Piedmont , il l'eut
enfuite deM. le Dauphin ,de
Madame la DuchefledeBerry,
Le 11. l'Envoyé de Tripoly
cut Audiance de congé du
Roy; c'eſtun homme grand ,
bien fait,&tres poly pour un
Afriquain, voicy endeux mots
fon Compliment que l'Interprete
expliqua au Roy. Je
fouhaite , Sire ,que vous viviez
long temps ;&que chaque jour
qui vous reste à vivre ,ſe multi-
May 1715 . L
122 MERCURE
pliepar mille. Il étoit venu pour
faire des excuſes au Roy , de
ce qu'un Pirate de Tripoly
avoit pris un Vaiſſeau François
que le Bey a renvoyé à Tou
lon , aprés avoir fait couper
la tête auCapitaine qui l'avoir
pris い
Le 12. la Cour prit le deüil
dela mort du Prince de Pied
mont.
On a expoſé dans les Appattements
deux pieces de
Tapiſſeries faites aux Gobelins
dontl'unerepreſente N. Sau
Feſtin de Simon le Pharifien ,
& la Magdelaine proſternée à
GALANT. 123
fes pieds; cette piece eft copiéc
fur l'original de Jouvener.
L'autre picce repreſente la
conſternation d'Athalie, lorf
que le Grand Prêtre rétablic
Joas fur le Trône de ſes peres ,
M. Coypel en a fait l'original.
CesTapiſſeries ont preſqu'au
tant de force que la Peinture ,
tous les perſonnages en font
parlans. anom
Le Dimanche des Rameaux
leRoyſe rendit à laChapelle,
accompagné de Madame la
Ducheſſe de Berry ; de M. la
Duc d'Orleans , de Madame
la Ducheffe , & de tous les
1
Lij
124 MERCURE
Princes& Princeffes , pour y
entendre la grande Meffe. S.
M. y retourna à deux heures
&demie accompagnée demê
me pour le Sermon , & les
Veſpres qui furent chantées
par la Muſique. Le Roy étoit
affis fur ſon fauteüil , ayant
d'un côtéMadamela Ducheffe
de Berry , Madame la Ducheffe
, Mademoiselle deCharollois
; de l'autre côté étoit
MileDuc d'Orleans,M.leDuc,
M. le Comte de Charollois ,
M. lePrince de Dombes,M. le
Comte d'Eu ,& M. le Comte
de Toulouze. Sur la droite
7
GALANT 125
Sur
du Roy auprés du Prié Dieu ,
étoit M. le Cardinal de Rohan
Grand Aumônier , M l'Abbé
de Sourches , & M. l'Abbé
d'Argentré ,Aumoniers.
la gauche M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Abbé de
Caftres , & M. l'Abbé deRougetAumôniers
de Madame la
Duchefle de Berry ; Madame
laMarquiſedeMontſoreau fit
cojour-là la queſte. Le Vendredy
Saint le Roy ſe rendir à
la Tribune de laChapelle pour
y entendre les Tenebres , accompagné
de Madame la Duchefle
deBerry, de Madame ,
Liij
726 MERCURE
1
L
de M. le Duc , & de Madame
la Duchefle d'Orleans. Voicy
ceux qui eurent l'honneur d'y
être affis. Sur ladroite du Roy
M. le Cardinal de Rohan ,
Grand Aumônier , M. l'Abbé
de Sourches , Ml'Abbéd'Argentré,
Aumôniers. Sur la gauche
, M. le Cardinal de Polignac
, M. l'Abbé de Caftres , &
M. l'Abbé de Rouget , Aumôniers
de Madame la Du
cheſſe de Berry. M. l'Abbé de
Magnas ,Aumônier de Madame.
Derriere le fauteüil du
RoyM. le Duc de Charoſt ,
CapitainedesGardes duCorps.
GALANT 127
Derriere Madame la Ducheffe
de Berry M. le Marquis de
Coëtenfau , fon Chevalier
d'Honneur. Derriere Madame
M. le Marquis deMortagne ,
fon premier Eſcuyer. Derriere
M. le Duc d'Orleans M. le
Marquis d'Estampes , fon CapitainedesGardes/
da
LeJeudy Saint leRoyallaà
neut heures & demie du mal
tin,accompagné deM. leDau
phin, de M. le Duc d Orleans,
&de tous les Princes , dans la
Salle des Gardes , où l'on avoit
dreſſe une Chaire pour le Prel
dicatuur . Ily trouva 13. petits
Liiij
128 MERCURE
enfants couverts d'un drap
rougeavecun grand linge qui
leurs pendoit au col M. le
Cardinal de Rohan , Grand
Aumônier , en Habits Pontificaux.
La Scene fut prêchée par
M. l'Abbé Foiſſard , dont le
Sermon fut tres - applaudy ,
fur tout le compliment qu'il
fit à S. M. qui convenoit fort
à la ceremonie du jour , & àce
qu'il venoit de prêcher ; ayant
prouvé dans les deux parties de
fon Diſcours l'abaiſlement
de J C. combattu par la rair
fon humaine , & la raiſon humaine
confondue par l'abauſeCALANT.
129
ment de J. C. dans cette cere
monic. A la fin du Sermon M.
le Cardinal monta en Chaire ,
ayant la Mitre ſur la tête & la
Croſſe à la main. Les Chantres
commencerent d'entonner
l'Antienne Intret.M. leGrand
Aumônier ayant dit les Orai
ſons accoûtumées , donna
l'Abfoute ,& le Roy alla incontinent
laver les pieds des
Apoſtres , ayant verſé de l'eau
deffus,& effuyé avecunlinge,
il les leur baiſa. Cette ceremo
nie finie, on fervit les pauvres
dans cet ordre. M. Defgran
gest Maistre des Ceremonies,
$30 MERCURE
precedé d'un Huiffier , ſuivy
de M. le Marquis deDreux
Grand Maistre des Ceremo
nies , de 3.Maistres d'Hôtel
chacun avec leur Bâton de
7
Commandement , de M. le
Marquis de Livry , Premier
Maistre d'Hôtel , qui portoit
aufli ſon Bâton , de M. le Duc,
grand Maiſtre de la Maiſondu
Roy, portant un Bâton parfe
mé de fleurs de lys d'or avec
uneCouronne d'or au bout.Ils
marchoient les premiers,& en
paffant devant S. M. farfoient
une reverence ; enſuitevenoit
M. le Dauphin , portant un
GALANT. 131
plat debois ſur lequel étoient
trois petits pains avec une galette
; M. le Duc d'Orleans
portant un platde même ſur
lequel eſtoitune cruche pleine
de vin avecune coupe par deffus
, le tout de bois ; M. le
Comte de Charollois , M. le
Prince de Conty , M le Prince
de Dombes , M. le Comte
d'Eu , & M. le Comte de Toulouſe
portant chacun un plat
de poiſſon , de legumes , de
confitures , oude fruits , ſuivis
dugrand Echanſon , du grand
Pannetier ,&des Gentilshommes
ſervans qui faifoient en
1
32 MERCURE
tout treize qui portoient auffi
des plats de bois ornez de
Acurs. En arrivantdevant S.M.
ils failoient une reverence en
luy preſentant le plat que le
Roy donnoit en même tems
auxpauvres. Cette ceremonie
commença juſqu'à 13. fois
dans le même ordre , parce
qu'on ſert 13. plats à chaque
pauvre qui estoient treize. Il
faut remarquer qu'on alloit
prendre ces plats dans une autre
Salle affez floignée , & que
M. le Dauphin fit 13. fois le
voyage , comme les autres
Princes , matchant avec beau-
プラ
GALANT. 135
coup de fermeté , & portant
fon plat avec beaucoup d'adieſſe,
ſuivy toûjours de Madame
de Ventadour ſa Gou
vernante. La ceremonie finie ,
leRoyalla unmoment dans ſa
chambre ,& ſe rendit enſuite
à la Chapelle accompagné de
Madame laDucheffedeBerry,
de M. le Duc d'Orleans , de
M. le Duc , de Madame laDucheſſe
, de tous les Princes &
Princeſſes , pour y entendre la
Meſſe qui fut chantée par la
Muſique , à la fin de laquelle
on diſtribua les Cierges ,&
la Proceffion commença : cn
134 MERCURE
Voicy l'ordre : M l'Abbé de
Juliac qui avoit dit la Melle ,
portoit le S. Sacrement , M.le
Comte de Toulouſe , M. le
Comte d'Eu , M. le Prince de
Dombes , M. le Prince deConty
, M. le Comte de Charollois
, M le Duc , M le Duc
d'Orleans , ayant à ſa droite
M. l'Abbé de Tristan fon premier
Aumônier , marchoient
devant le Roy , qui avoit à ſa
droite M. le Cardinal de Rop
han, grand Aumônier , &à la
gauche M. l'Abbé de Sour
ches Aumônier auſſi , avec M.
le Cardinal de Polignac ; imGALANT
13
mediatement apres le Roy ,
marchoit Madame la Ducheffe
de Berry.Madame la Duchefſe
, Madame la Duchefle du
Maine , & Mademoiſelle de
Charollois venoient enſuite.
On pofa le S. Sacrement dans
la Chapelle de ſaint Loüis qui
avoit eſté preparée pour cela
cette ceremonie ne finit qu'à
uneheure. Madame d'Eſpinay
fit la queſte ce jour- là ; & à
deux heures &demie S. M. ſe
rendit à la Tribune de la Chapelle
accompagnée de même
quele jour precedent , poury
entendre les Tenebres , où
436 MERCURE
1
L'on chantale Pfeaume Quare
fremuerunt Gentes , & leMifefere
en Muſique. A onzeheures
aprés ſoupé , le Roy retourna
à la Chapelle vis à vis
celle de faint Louis , pour y
Jadorer le Saint Sacrement. Le
Vendrcay
Vendredy Saint le Roy alla à
la Chapelle à 10. heures du
matin , accompagné de même
que les jours precedents ,
pour y entendre le Sermon
de la Paſſion que M. l'Evêque
d'Angers prêcha avec
fon éloquence ordinaire. Il
fit voir dans les trois parties
de ſon discours , que le Sau
yeur
IGALANT. 137
veur avoir été une Victime
de l'ingratitude qui l'a fait
gemir , une Victime de la
cruauté qui l'a fait ſouffrir ,
&une Victime de l'injuftice
qui l'a fait mourir. On dit
enfuite l'Office pendant lequel
on fit l'Adoration de la Croix.
Adeux heures &demie, S. M.
ſe renditàlaTribune , accompagnée
comme les jours precedents
pour y entendre les
Tenebres.On chantale Pleaume
Exaltabo te Domine ,& le
Benedictus en Muſique. Le
Samedy Saint le Roy alla à la
Paroffe à onze heures ,où il
May1715. M
138 MERCURE
communiau par les mains de
M. le Cardinal Grand Aumônier.
Les coins de la nappe
furent tenusdu coſté de l'Autel
par M. l'Abbéde Sourches
& par M. l'Abbé d'Argentré
Aumoſniers ,du coſté duRoy
par M. le Prince de Dombes.
A fon retour de la Paroiſſe
il toucha prés de 1400. malades
,& le ſoir à fix heures il
entendit les Complies. Le Dimanche
jour de Paſques le
Roy fitrendre à la Paroſſe de
Verfailles le Pain Beny , par
M. l'Abbé d'Argentré fon
Aumoſnier ,precedé de douze
JGALANT. 135
des cent Suilles qui portoient
fix Pains Benisavec des Banderolles
aux Armes de France
precedez des Tambours , Fi
fres&Trompettes. Le même
jour S. M. accompagnée de
tous les Princes alla à la Chapelle
entendre la grande Meffe
celebrée par M. l'Evêque de,
Senlis; àdeux heures &demie
le Roy y retourna pour entendre
le Sermon de M. l'Evêque
d'Angers , qui fit voir que la
Reſurection de J C. étoit le
Triomphe de l'incredulité ,
pour nous faire connoiſtre la
foy , & le triomphe de l'ini
Mij
140 MERCURE
quité pour nous apprendre à
nous reffufciter nous-mêmes.
CePrelatprie congé , & fit un
compliment à S. M. dans la
quel il fit un abregé de l'hiſtoire
de ſavie ,& finit en fou,
haitant que le Seigneur pro
longeât ſes jours pour le con.
duireſeurement, mais lentement
àla gloire éternelle ; il parla auſſi
de M. le Dauphin qui y étoit
venu pour la premiere fois.
On dit enſuite les Veſpres qui
furent chantées par la Mufi.
que , M.la Marquiſe de Chatillon
fit la queſte ce jour là ,
le Roy donne chaque fois
CADANT.
vingt Louis d'or ; fe reno
dit enfuite à fix heures du ſoir
à la Tribune , pour y enten
dre to Salut! mmtigmap
Le Lundy de Paſques Ma
dame la Ducheffe de Berry
communia par les mains de
M. l'AbbédeCaſtres ſon Premier
Aumoſnier ; les coins
de la nappe furent tenus d'un
cofté par Monfieur l'Abbé
de Rouget , & par Madame
la Ducheffe de S. Aignan ; de
l'autre par le R. P. Confef
feur & par Madame la Dus
cheffe de Chautnes.ld nolly
ar Le Dimanche de Quafimo
142 MERCURE
doM le Dauphin fit rendre
le PainBeni à la Parole de
Verſailles , par M. l'Abbé
de Sourches Aumoſnier du
Roy , nommé à l'Evêché de
Dol. Cet Abbé étoit precedé
dedouze des cent Suiſſes dela
Garde qui portoient les fix
Pains Benis ornez deBanderolles
auxArmes duDauphin, des
Tambours , Timbales , Fifres,
Hautbois , & Trompettes
des plaiſirs du Roy. Madame
preſenta le ſoir aprés foupé
M. le PrincedeHeſſeDarmſtat
à SoMa akob ofte h
Le premier de May , les
CALANT. 143
ام
Hautbois& Baffons joüerent
dans l'antichambre pendant
le levé du Roy , & pendant
le diné les 24 Violons avec
les Buffes de Viole firent une
Simphonie des plus charmantes.
A trois heures S. M. alla
à Marly , &trouva auprés du
ParcM leGrand qui luy preſentales
fix Chevaux d'Eſpagne
qu'elle envoye au Roy de
Pologne , qui font d'une
beauté extraordinaire . Ils ont
chacunune belle houffe, &des
faux foureaux depiſtolets couvetts
d'une double broderie
d'or ou d'argent , avec une
2444 MERCURE
frange de même ſur du ve
lours ; chaque harnois eſtant
de differente couleur. Les pif.
tolets font d'un tres bel acier
incrusté d'or & d'argent ils
coûtent mille écus la paire ; los
mords , & les étriers ne font
pas d'une moindre beauté. Le
même jour Madame la Ducheffe
de Berry alla à Marly ,
Madame la Ducheſſe de S. Simon
, Meſdames les Ducheffes
de Chaulnes , & Louvigny
eſtoient fur le devant dans ſon
Carroffe , & Mesdames les
Marquiſes de S. Germain& de
Clermont aux deux portieres.
&
GADANILNAS
S
GeCarroffe eſtoit ſuivide deux
Jautres de cette Princeffe remplis
des Dames de laCour. Le
jour de l'Eclipse ,le Roy &
toutes les Dames eſtoient levées
avant huit heures pour la
voir. M. Caffiny , de l'Obfervatoire
, s'y eſtoit rendu avec
des Lunettes d'approche , &
des miroirs , pour la faire obſerver
à S. M. plus commodement;
elle dura plus de deux
heures ,& on voyoit les Etoiles
ſans le ſecours des Lunettes
. On a expoſée pendant 15.
joursdans les Appartemensun
Tableau deM. Coypel qui re-
May 1715 . N
146 MERCURE
preſente l'hiſtoire de Tobie ;
c'eſt une des plus belles pieces
que l'on puiffe voir ; la tête de
Tobie & de ſa femme ſont
impayables ; les attitudes en
font d'une juſteſle admirable :
on doit porter ce Tableau
aux Gobelins pour eſtre copié
entapilferie. Le cinq de ce mois
Madame la Duchefl'e de Berry
fit rendre lePain Beny à la Patoffe
de Versailles par M.
l'Abbé de Rouget , un de ſes
Aumôniers ; cet Abbé eſtoit
precedé de douze des Cent-
Suiffes de la Garde de cetre
Princeffe qui portoient fix
T
GALANT. 47
S
1
Pains Benis , ornez de Banderolles
aux Armes de Berry ,
&d'Orleans , les Tambours ,
Fifres , Timbales , Hautbois ,
& Trompettes des plaifirs
marchoient à la teſte ; Madame
la Ducheffe d'Orleans , &
Madame la Duchefſe , ſont
reſtées toutes les deux à Verfailles
, eftant indiſpoſées.
Le 4. de ce mois fut celebré
l'Anniverſaire de M. le
Duc de Berry , à S. Denis . Et
le 14. l'Anniverſaire du Roy
Louis XIII . dans la même
Eglife
L'Evêque de Marseille y
Nij
148 MERCURE
celebra le Meſſe qui fut chantée
par la Muſique du Roy.
1
GALANT. tig
-
ne mepermitpaste mois der
nier de vous faire le détail de
cequi s'eſt pafféàla Courpendant
la Semaine Sainte ; c'eft
neanmoins undes plus importanschapitres
qui puifle jamais
entrer dans un Journal ,&le
zele, & la picté du Roy qui
font toûjours l'admiration de
tout lemonde , feront certai
nement auſſi l'article le plus
intereſſantde ce volume.
S.Moa entendu tous lesDi
manches,lesMercredis,&Vendredis
de Carême, les Sermons
deM. l'Evêque d'Angers ; les
Lundys& les Jeudys elle a été
?
120 MERCURE
àla chaffe din Cerf , accompa
gnéede Madame la Ducheffe
de Berry , des Princeffes ,&
des autres Dames de faCour
Le 6. d'Avril , le Roy fit la
revue des Gardes Françoiſes ,
&Suifles , M. le Duc de Gui
che marchoit à la têtedes premiers
, & M. le Duc du Mai
ne&M. le Prince de Dombes
àla tête des ſeconds. On for
ma de chaque Regiment un
Bataillon compoſé de mille
hommes chacun , choiſis fur
le tout. M. le Prince Royal de
Pologne ,& M. le Prince Ra-
* gotzki ſe trouverent à cette
revûë.. Lc
GALANTI
Le 10. M. l'Ambaſſadeur
de Sicile cut AudianceduRoy
à qui il annonça la mort deM.
lePrince de Piedmont , il l'eut
enfuite deM. le Dauphin ,de
Madame la DuchefledeBerry,
Le 11. l'Envoyé de Tripoly
cut Audiance de congé du
Roy; c'eſtun homme grand ,
bien fait,&tres poly pour un
Afriquain, voicy endeux mots
fon Compliment que l'Interprete
expliqua au Roy. Je
fouhaite , Sire ,que vous viviez
long temps ;&que chaque jour
qui vous reste à vivre ,ſe multi-
May 1715 . L
122 MERCURE
pliepar mille. Il étoit venu pour
faire des excuſes au Roy , de
ce qu'un Pirate de Tripoly
avoit pris un Vaiſſeau François
que le Bey a renvoyé à Tou
lon , aprés avoir fait couper
la tête auCapitaine qui l'avoir
pris い
Le 12. la Cour prit le deüil
dela mort du Prince de Pied
mont.
On a expoſé dans les Appattements
deux pieces de
Tapiſſeries faites aux Gobelins
dontl'unerepreſente N. Sau
Feſtin de Simon le Pharifien ,
& la Magdelaine proſternée à
GALANT. 123
fes pieds; cette piece eft copiéc
fur l'original de Jouvener.
L'autre picce repreſente la
conſternation d'Athalie, lorf
que le Grand Prêtre rétablic
Joas fur le Trône de ſes peres ,
M. Coypel en a fait l'original.
CesTapiſſeries ont preſqu'au
tant de force que la Peinture ,
tous les perſonnages en font
parlans. anom
Le Dimanche des Rameaux
leRoyſe rendit à laChapelle,
accompagné de Madame la
Ducheſſe de Berry ; de M. la
Duc d'Orleans , de Madame
la Ducheffe , & de tous les
1
Lij
124 MERCURE
Princes& Princeffes , pour y
entendre la grande Meffe. S.
M. y retourna à deux heures
&demie accompagnée demê
me pour le Sermon , & les
Veſpres qui furent chantées
par la Muſique. Le Roy étoit
affis fur ſon fauteüil , ayant
d'un côtéMadamela Ducheffe
de Berry , Madame la Ducheffe
, Mademoiselle deCharollois
; de l'autre côté étoit
MileDuc d'Orleans,M.leDuc,
M. le Comte de Charollois ,
M. lePrince de Dombes,M. le
Comte d'Eu ,& M. le Comte
de Toulouze. Sur la droite
7
GALANT 125
Sur
du Roy auprés du Prié Dieu ,
étoit M. le Cardinal de Rohan
Grand Aumônier , M l'Abbé
de Sourches , & M. l'Abbé
d'Argentré ,Aumoniers.
la gauche M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Abbé de
Caftres , & M. l'Abbé deRougetAumôniers
de Madame la
Duchefle de Berry ; Madame
laMarquiſedeMontſoreau fit
cojour-là la queſte. Le Vendredy
Saint le Roy ſe rendir à
la Tribune de laChapelle pour
y entendre les Tenebres , accompagné
de Madame la Duchefle
deBerry, de Madame ,
Liij
726 MERCURE
1
L
de M. le Duc , & de Madame
la Duchefle d'Orleans. Voicy
ceux qui eurent l'honneur d'y
être affis. Sur ladroite du Roy
M. le Cardinal de Rohan ,
Grand Aumônier , M. l'Abbé
de Sourches , Ml'Abbéd'Argentré,
Aumôniers. Sur la gauche
, M. le Cardinal de Polignac
, M. l'Abbé de Caftres , &
M. l'Abbé de Rouget , Aumôniers
de Madame la Du
cheſſe de Berry. M. l'Abbé de
Magnas ,Aumônier de Madame.
Derriere le fauteüil du
RoyM. le Duc de Charoſt ,
CapitainedesGardes duCorps.
GALANT 127
Derriere Madame la Ducheffe
de Berry M. le Marquis de
Coëtenfau , fon Chevalier
d'Honneur. Derriere Madame
M. le Marquis deMortagne ,
fon premier Eſcuyer. Derriere
M. le Duc d'Orleans M. le
Marquis d'Estampes , fon CapitainedesGardes/
da
LeJeudy Saint leRoyallaà
neut heures & demie du mal
tin,accompagné deM. leDau
phin, de M. le Duc d Orleans,
&de tous les Princes , dans la
Salle des Gardes , où l'on avoit
dreſſe une Chaire pour le Prel
dicatuur . Ily trouva 13. petits
Liiij
128 MERCURE
enfants couverts d'un drap
rougeavecun grand linge qui
leurs pendoit au col M. le
Cardinal de Rohan , Grand
Aumônier , en Habits Pontificaux.
La Scene fut prêchée par
M. l'Abbé Foiſſard , dont le
Sermon fut tres - applaudy ,
fur tout le compliment qu'il
fit à S. M. qui convenoit fort
à la ceremonie du jour , & àce
qu'il venoit de prêcher ; ayant
prouvé dans les deux parties de
fon Diſcours l'abaiſlement
de J C. combattu par la rair
fon humaine , & la raiſon humaine
confondue par l'abauſeCALANT.
129
ment de J. C. dans cette cere
monic. A la fin du Sermon M.
le Cardinal monta en Chaire ,
ayant la Mitre ſur la tête & la
Croſſe à la main. Les Chantres
commencerent d'entonner
l'Antienne Intret.M. leGrand
Aumônier ayant dit les Orai
ſons accoûtumées , donna
l'Abfoute ,& le Roy alla incontinent
laver les pieds des
Apoſtres , ayant verſé de l'eau
deffus,& effuyé avecunlinge,
il les leur baiſa. Cette ceremo
nie finie, on fervit les pauvres
dans cet ordre. M. Defgran
gest Maistre des Ceremonies,
$30 MERCURE
precedé d'un Huiffier , ſuivy
de M. le Marquis deDreux
Grand Maistre des Ceremo
nies , de 3.Maistres d'Hôtel
chacun avec leur Bâton de
7
Commandement , de M. le
Marquis de Livry , Premier
Maistre d'Hôtel , qui portoit
aufli ſon Bâton , de M. le Duc,
grand Maiſtre de la Maiſondu
Roy, portant un Bâton parfe
mé de fleurs de lys d'or avec
uneCouronne d'or au bout.Ils
marchoient les premiers,& en
paffant devant S. M. farfoient
une reverence ; enſuitevenoit
M. le Dauphin , portant un
GALANT. 131
plat debois ſur lequel étoient
trois petits pains avec une galette
; M. le Duc d'Orleans
portant un platde même ſur
lequel eſtoitune cruche pleine
de vin avecune coupe par deffus
, le tout de bois ; M. le
Comte de Charollois , M. le
Prince de Conty , M le Prince
de Dombes , M. le Comte
d'Eu , & M. le Comte de Toulouſe
portant chacun un plat
de poiſſon , de legumes , de
confitures , oude fruits , ſuivis
dugrand Echanſon , du grand
Pannetier ,&des Gentilshommes
ſervans qui faifoient en
1
32 MERCURE
tout treize qui portoient auffi
des plats de bois ornez de
Acurs. En arrivantdevant S.M.
ils failoient une reverence en
luy preſentant le plat que le
Roy donnoit en même tems
auxpauvres. Cette ceremonie
commença juſqu'à 13. fois
dans le même ordre , parce
qu'on ſert 13. plats à chaque
pauvre qui estoient treize. Il
faut remarquer qu'on alloit
prendre ces plats dans une autre
Salle affez floignée , & que
M. le Dauphin fit 13. fois le
voyage , comme les autres
Princes , matchant avec beau-
プラ
GALANT. 135
coup de fermeté , & portant
fon plat avec beaucoup d'adieſſe,
ſuivy toûjours de Madame
de Ventadour ſa Gou
vernante. La ceremonie finie ,
leRoyalla unmoment dans ſa
chambre ,& ſe rendit enſuite
à la Chapelle accompagné de
Madame laDucheffedeBerry,
de M. le Duc d'Orleans , de
M. le Duc , de Madame laDucheſſe
, de tous les Princes &
Princeſſes , pour y entendre la
Meſſe qui fut chantée par la
Muſique , à la fin de laquelle
on diſtribua les Cierges ,&
la Proceffion commença : cn
134 MERCURE
Voicy l'ordre : M l'Abbé de
Juliac qui avoit dit la Melle ,
portoit le S. Sacrement , M.le
Comte de Toulouſe , M. le
Comte d'Eu , M. le Prince de
Dombes , M. le Prince deConty
, M. le Comte de Charollois
, M le Duc , M le Duc
d'Orleans , ayant à ſa droite
M. l'Abbé de Tristan fon premier
Aumônier , marchoient
devant le Roy , qui avoit à ſa
droite M. le Cardinal de Rop
han, grand Aumônier , &à la
gauche M. l'Abbé de Sour
ches Aumônier auſſi , avec M.
le Cardinal de Polignac ; imGALANT
13
mediatement apres le Roy ,
marchoit Madame la Ducheffe
de Berry.Madame la Duchefſe
, Madame la Duchefle du
Maine , & Mademoiſelle de
Charollois venoient enſuite.
On pofa le S. Sacrement dans
la Chapelle de ſaint Loüis qui
avoit eſté preparée pour cela
cette ceremonie ne finit qu'à
uneheure. Madame d'Eſpinay
fit la queſte ce jour- là ; & à
deux heures &demie S. M. ſe
rendit à la Tribune de la Chapelle
accompagnée de même
quele jour precedent , poury
entendre les Tenebres , où
436 MERCURE
1
L'on chantale Pfeaume Quare
fremuerunt Gentes , & leMifefere
en Muſique. A onzeheures
aprés ſoupé , le Roy retourna
à la Chapelle vis à vis
celle de faint Louis , pour y
Jadorer le Saint Sacrement. Le
Vendrcay
Vendredy Saint le Roy alla à
la Chapelle à 10. heures du
matin , accompagné de même
que les jours precedents ,
pour y entendre le Sermon
de la Paſſion que M. l'Evêque
d'Angers prêcha avec
fon éloquence ordinaire. Il
fit voir dans les trois parties
de ſon discours , que le Sau
yeur
IGALANT. 137
veur avoir été une Victime
de l'ingratitude qui l'a fait
gemir , une Victime de la
cruauté qui l'a fait ſouffrir ,
&une Victime de l'injuftice
qui l'a fait mourir. On dit
enfuite l'Office pendant lequel
on fit l'Adoration de la Croix.
Adeux heures &demie, S. M.
ſe renditàlaTribune , accompagnée
comme les jours precedents
pour y entendre les
Tenebres.On chantale Pleaume
Exaltabo te Domine ,& le
Benedictus en Muſique. Le
Samedy Saint le Roy alla à la
Paroffe à onze heures ,où il
May1715. M
138 MERCURE
communiau par les mains de
M. le Cardinal Grand Aumônier.
Les coins de la nappe
furent tenusdu coſté de l'Autel
par M. l'Abbéde Sourches
& par M. l'Abbé d'Argentré
Aumoſniers ,du coſté duRoy
par M. le Prince de Dombes.
A fon retour de la Paroiſſe
il toucha prés de 1400. malades
,& le ſoir à fix heures il
entendit les Complies. Le Dimanche
jour de Paſques le
Roy fitrendre à la Paroſſe de
Verfailles le Pain Beny , par
M. l'Abbé d'Argentré fon
Aumoſnier ,precedé de douze
JGALANT. 135
des cent Suilles qui portoient
fix Pains Benisavec des Banderolles
aux Armes de France
precedez des Tambours , Fi
fres&Trompettes. Le même
jour S. M. accompagnée de
tous les Princes alla à la Chapelle
entendre la grande Meffe
celebrée par M. l'Evêque de,
Senlis; àdeux heures &demie
le Roy y retourna pour entendre
le Sermon de M. l'Evêque
d'Angers , qui fit voir que la
Reſurection de J C. étoit le
Triomphe de l'incredulité ,
pour nous faire connoiſtre la
foy , & le triomphe de l'ini
Mij
140 MERCURE
quité pour nous apprendre à
nous reffufciter nous-mêmes.
CePrelatprie congé , & fit un
compliment à S. M. dans la
quel il fit un abregé de l'hiſtoire
de ſavie ,& finit en fou,
haitant que le Seigneur pro
longeât ſes jours pour le con.
duireſeurement, mais lentement
àla gloire éternelle ; il parla auſſi
de M. le Dauphin qui y étoit
venu pour la premiere fois.
On dit enſuite les Veſpres qui
furent chantées par la Mufi.
que , M.la Marquiſe de Chatillon
fit la queſte ce jour là ,
le Roy donne chaque fois
CADANT.
vingt Louis d'or ; fe reno
dit enfuite à fix heures du ſoir
à la Tribune , pour y enten
dre to Salut! mmtigmap
Le Lundy de Paſques Ma
dame la Ducheffe de Berry
communia par les mains de
M. l'AbbédeCaſtres ſon Premier
Aumoſnier ; les coins
de la nappe furent tenus d'un
cofté par Monfieur l'Abbé
de Rouget , & par Madame
la Ducheffe de S. Aignan ; de
l'autre par le R. P. Confef
feur & par Madame la Dus
cheffe de Chautnes.ld nolly
ar Le Dimanche de Quafimo
142 MERCURE
doM le Dauphin fit rendre
le PainBeni à la Parole de
Verſailles , par M. l'Abbé
de Sourches Aumoſnier du
Roy , nommé à l'Evêché de
Dol. Cet Abbé étoit precedé
dedouze des cent Suiſſes dela
Garde qui portoient les fix
Pains Benis ornez deBanderolles
auxArmes duDauphin, des
Tambours , Timbales , Fifres,
Hautbois , & Trompettes
des plaiſirs du Roy. Madame
preſenta le ſoir aprés foupé
M. le PrincedeHeſſeDarmſtat
à SoMa akob ofte h
Le premier de May , les
CALANT. 143
ام
Hautbois& Baffons joüerent
dans l'antichambre pendant
le levé du Roy , & pendant
le diné les 24 Violons avec
les Buffes de Viole firent une
Simphonie des plus charmantes.
A trois heures S. M. alla
à Marly , &trouva auprés du
ParcM leGrand qui luy preſentales
fix Chevaux d'Eſpagne
qu'elle envoye au Roy de
Pologne , qui font d'une
beauté extraordinaire . Ils ont
chacunune belle houffe, &des
faux foureaux depiſtolets couvetts
d'une double broderie
d'or ou d'argent , avec une
2444 MERCURE
frange de même ſur du ve
lours ; chaque harnois eſtant
de differente couleur. Les pif.
tolets font d'un tres bel acier
incrusté d'or & d'argent ils
coûtent mille écus la paire ; los
mords , & les étriers ne font
pas d'une moindre beauté. Le
même jour Madame la Ducheffe
de Berry alla à Marly ,
Madame la Ducheſſe de S. Simon
, Meſdames les Ducheffes
de Chaulnes , & Louvigny
eſtoient fur le devant dans ſon
Carroffe , & Mesdames les
Marquiſes de S. Germain& de
Clermont aux deux portieres.
&
GADANILNAS
S
GeCarroffe eſtoit ſuivide deux
Jautres de cette Princeffe remplis
des Dames de laCour. Le
jour de l'Eclipse ,le Roy &
toutes les Dames eſtoient levées
avant huit heures pour la
voir. M. Caffiny , de l'Obfervatoire
, s'y eſtoit rendu avec
des Lunettes d'approche , &
des miroirs , pour la faire obſerver
à S. M. plus commodement;
elle dura plus de deux
heures ,& on voyoit les Etoiles
ſans le ſecours des Lunettes
. On a expoſée pendant 15.
joursdans les Appartemensun
Tableau deM. Coypel qui re-
May 1715 . N
146 MERCURE
preſente l'hiſtoire de Tobie ;
c'eſt une des plus belles pieces
que l'on puiffe voir ; la tête de
Tobie & de ſa femme ſont
impayables ; les attitudes en
font d'une juſteſle admirable :
on doit porter ce Tableau
aux Gobelins pour eſtre copié
entapilferie. Le cinq de ce mois
Madame la Duchefl'e de Berry
fit rendre lePain Beny à la Patoffe
de Versailles par M.
l'Abbé de Rouget , un de ſes
Aumôniers ; cet Abbé eſtoit
precedé de douze des Cent-
Suiffes de la Garde de cetre
Princeffe qui portoient fix
T
GALANT. 47
S
1
Pains Benis , ornez de Banderolles
aux Armes de Berry ,
&d'Orleans , les Tambours ,
Fifres , Timbales , Hautbois ,
& Trompettes des plaifirs
marchoient à la teſte ; Madame
la Ducheffe d'Orleans , &
Madame la Duchefſe , ſont
reſtées toutes les deux à Verfailles
, eftant indiſpoſées.
Le 4. de ce mois fut celebré
l'Anniverſaire de M. le
Duc de Berry , à S. Denis . Et
le 14. l'Anniverſaire du Roy
Louis XIII . dans la même
Eglife
L'Evêque de Marseille y
Nij
148 MERCURE
celebra le Meſſe qui fut chantée
par la Muſique du Roy.
Fermer
1052
p. 148-153
Discours de M. le Premier Président de la Cour des Aides à la rentrée du Parlement, suivi de deux pieces de [titre d'après la table]
Début :
Le 6. jour de la rentrée du Parlement, plusieurs Discours [...]
Mots clefs :
Parlement, Premier président, Discours, Parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours de M. le Premier Président de la Cour des Aides à la rentrée du Parlement, suivi de deux pieces de [titre d'après la table]
Le 6. jour de la rentrée du
Parlement, pluſieurs Difcours
éloquents furent prononcez
au Palais , felon l'uſage établi
à l'ouverture des Chambres.
M. le Camus Premier Prefident
de la Cour des Aydes ,
n'en fit pas un en forme , il ſe
contenta ſeulement d'exprimer
en peu de mots , & avec
beaucoup de force& demodeſtie
la perte qu'il vient de
faire de l'illuſtre M. le Camus
fon ayeul , & de donner à la
Compagnie une idée noble
GALANT. 149
de la joye qu'il reffent de ſe
voir à la tête de cette auguſte
Cour. Voicy à peu prés les
termes de ſon Diſcours.
MESSIEURS,
Voicy le temps de rendre la
Justice ,e de faire admirer aux
hommes dans le fanctuaire des
Loix où nous sommes affis , l'équité
que nous venons depromettreà
Dieu dans les Tribunaux
où nous étions proſternez.
Ce n'est point icy un Tribunal
où le jeune Daniel ait à reprendre
, ou à inftruire les Juges
Niij
I1S50 MERCURE
d'Israël : j'aurois commencé
volontiers par vous dire ,voicy
le temps où j'auray besoin de
voſtre experience , & où voſtre
capacité , & vos connoiſſances
meferont neceffaires.
الب
Vous avez souhaité me voir
preſider à vos déciſions , & la
bonté du Prince a ſecondé vos
defirs. Faydonc acquis des droits
fur vos conſeils , reſſource plus
aßeurée pour moy , & plus
avantageuse pour lajustice que
l'étude & l'exercice de plusieurs
annees.
Si vous aviezpû exiger autre
choſe de moy que des sentimens
GALANT. ISI
dans les premiers jours de ma douleur
, & s'il m'avoit eſté permis
de remercier publiquement ceux
qui m'ont donné avec joye tant de
marques d'estime , & d'attachement
,je vous aurois déja témoigné
que je suis moins ſenſible à
P'honneur de me voirà votre tête
qu'au plaisir d'estre fi bien placé
dans vos coeurs.
de
Les ſervices de mon ayeul
m'ont tenu lieu devant le plus
grand Prince de l'Europe ,
talens , ou de vertus ! que ne doisje
pas à l'illustre mort queje remplace
!fa réputation fait mon bon .
heur: quant est ce que la reßem-
N iiij
1521 MERCURE
blance avec luy fera ma gloire !
lanoble ambition que j'ay de ne
pas dégenerer n'est- elle point té-l
metaire ? quel homme à imiter 5
l'homme de tous les talens
l'homme de toutes les vertus
Eftoit il plus lovable par l'ef
prit que par le coeur , par l'éten
duë de ſes lumieres , que par la .
puretéde ses moeurs ; er en quoy
n'excella- t- ilpas ; mais pourquoy
décorerfonTombeau ? vos regret's
l'honorent affez.
Pour moy,Messieurs ,j'auray
toute ma vie l'estime finguliere
ole fincereattachement qu'il eût
pour vous.
GALANIM
Aprésence Difcours M. le
Premier Preſident invita toute
la compagnie qui ſe trouva à
cetterentrée,de luy faire l'honneur
d'aller dîner chez luy ,
ceque tout lemonde fit. L'abondance
, la délicateſſe & la
bonne chere qui furent extre
mes firent àdemi les honneurs
de ce grand repas , où le goût
excellent ,l'efprit & la politeffe
de M. le Premier Preſident ,
receurent à juſte titre des Eloges
de tous les conviez
Parlement, pluſieurs Difcours
éloquents furent prononcez
au Palais , felon l'uſage établi
à l'ouverture des Chambres.
M. le Camus Premier Prefident
de la Cour des Aydes ,
n'en fit pas un en forme , il ſe
contenta ſeulement d'exprimer
en peu de mots , & avec
beaucoup de force& demodeſtie
la perte qu'il vient de
faire de l'illuſtre M. le Camus
fon ayeul , & de donner à la
Compagnie une idée noble
GALANT. 149
de la joye qu'il reffent de ſe
voir à la tête de cette auguſte
Cour. Voicy à peu prés les
termes de ſon Diſcours.
MESSIEURS,
Voicy le temps de rendre la
Justice ,e de faire admirer aux
hommes dans le fanctuaire des
Loix où nous sommes affis , l'équité
que nous venons depromettreà
Dieu dans les Tribunaux
où nous étions proſternez.
Ce n'est point icy un Tribunal
où le jeune Daniel ait à reprendre
, ou à inftruire les Juges
Niij
I1S50 MERCURE
d'Israël : j'aurois commencé
volontiers par vous dire ,voicy
le temps où j'auray besoin de
voſtre experience , & où voſtre
capacité , & vos connoiſſances
meferont neceffaires.
الب
Vous avez souhaité me voir
preſider à vos déciſions , & la
bonté du Prince a ſecondé vos
defirs. Faydonc acquis des droits
fur vos conſeils , reſſource plus
aßeurée pour moy , & plus
avantageuse pour lajustice que
l'étude & l'exercice de plusieurs
annees.
Si vous aviezpû exiger autre
choſe de moy que des sentimens
GALANT. ISI
dans les premiers jours de ma douleur
, & s'il m'avoit eſté permis
de remercier publiquement ceux
qui m'ont donné avec joye tant de
marques d'estime , & d'attachement
,je vous aurois déja témoigné
que je suis moins ſenſible à
P'honneur de me voirà votre tête
qu'au plaisir d'estre fi bien placé
dans vos coeurs.
de
Les ſervices de mon ayeul
m'ont tenu lieu devant le plus
grand Prince de l'Europe ,
talens , ou de vertus ! que ne doisje
pas à l'illustre mort queje remplace
!fa réputation fait mon bon .
heur: quant est ce que la reßem-
N iiij
1521 MERCURE
blance avec luy fera ma gloire !
lanoble ambition que j'ay de ne
pas dégenerer n'est- elle point té-l
metaire ? quel homme à imiter 5
l'homme de tous les talens
l'homme de toutes les vertus
Eftoit il plus lovable par l'ef
prit que par le coeur , par l'éten
duë de ſes lumieres , que par la .
puretéde ses moeurs ; er en quoy
n'excella- t- ilpas ; mais pourquoy
décorerfonTombeau ? vos regret's
l'honorent affez.
Pour moy,Messieurs ,j'auray
toute ma vie l'estime finguliere
ole fincereattachement qu'il eût
pour vous.
GALANIM
Aprésence Difcours M. le
Premier Preſident invita toute
la compagnie qui ſe trouva à
cetterentrée,de luy faire l'honneur
d'aller dîner chez luy ,
ceque tout lemonde fit. L'abondance
, la délicateſſe & la
bonne chere qui furent extre
mes firent àdemi les honneurs
de ce grand repas , où le goût
excellent ,l'efprit & la politeffe
de M. le Premier Preſident ,
receurent à juſte titre des Eloges
de tous les conviez
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1053
p. 153-157
Vers Latins à la loüange de son Ayeul & à la sienne. [titre d'après la table]
Début :
Le même jour de M. Mallet luy presenta les vers Latins qui [...]
Mots clefs :
Nicolas Le Camus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers Latins à la loüange de son Ayeul & à la sienne. [titre d'après la table]
Le même jour M. Maller
luypreſenta les vers Latins qui
ſuivent.
154 MERCURE
Piis Manibus
NICOLAI LE CAMUS
Equitis ,.
Regi ab omnibus Confiliis ,
Nec non
Supremæ Subfidiorum Curiæ
Principis ,
Qua die meritiffimus Nepos , ut
nominis atque Dignitatis ,fic
virtutumheres , in locum
avifato functi,jubenteRege,
ac plaudente Curia,fuffectus ,
primâ vice pro Tribunali fedit
,&avito more facra Themidis
oracula Legum interpres
fudit:
GALANT.
SYMBOLUM .
Phænix è buſti cineribus renovatus
evolans.
Sicpoftfata refurgit.
In idem argumentum.
Ad fupremam Subſidiorum
Curiam,
TETRASTICHUM .
Raptum recenti funere Prafidem
Lugere mittat Curia ; namfibi
Postfata ( ceuPhænix )ſuperſtes,
Splendidior micat in nepote.
J. J. Maler , Confultiffimæ
Facultatis Licentiatus.
MERCURE
NICOLAO LE CAMUS
Equiti' ,
Regi ab omnibus Confiliis,
Supremæ Subfidiorum Curiæ
Principi ,
Nec non
Regiorum Ordinum noviſſimè
Præfecto .
DISTICHUM.
Quot tibi Rex addit decora immortalia
, Prafes ,
Virtutis radiant tot monimenta
GALANT 157
८
RUMAALIUD.
Fauftum omen ! Themidis cùm
facra oraculafundes ,
Extra qui radiat , Spiritus intus
aget.
Offerebat humillimus ac
obſequentiffimusCliens
MALET.
luypreſenta les vers Latins qui
ſuivent.
154 MERCURE
Piis Manibus
NICOLAI LE CAMUS
Equitis ,.
Regi ab omnibus Confiliis ,
Nec non
Supremæ Subfidiorum Curiæ
Principis ,
Qua die meritiffimus Nepos , ut
nominis atque Dignitatis ,fic
virtutumheres , in locum
avifato functi,jubenteRege,
ac plaudente Curia,fuffectus ,
primâ vice pro Tribunali fedit
,&avito more facra Themidis
oracula Legum interpres
fudit:
GALANT.
SYMBOLUM .
Phænix è buſti cineribus renovatus
evolans.
Sicpoftfata refurgit.
In idem argumentum.
Ad fupremam Subſidiorum
Curiam,
TETRASTICHUM .
Raptum recenti funere Prafidem
Lugere mittat Curia ; namfibi
Postfata ( ceuPhænix )ſuperſtes,
Splendidior micat in nepote.
J. J. Maler , Confultiffimæ
Facultatis Licentiatus.
MERCURE
NICOLAO LE CAMUS
Equiti' ,
Regi ab omnibus Confiliis,
Supremæ Subfidiorum Curiæ
Principi ,
Nec non
Regiorum Ordinum noviſſimè
Præfecto .
DISTICHUM.
Quot tibi Rex addit decora immortalia
, Prafes ,
Virtutis radiant tot monimenta
GALANT 157
८
RUMAALIUD.
Fauftum omen ! Themidis cùm
facra oraculafundes ,
Extra qui radiat , Spiritus intus
aget.
Offerebat humillimus ac
obſequentiffimusCliens
MALET.
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1054
p. 165-168
CELINE AUX CYNTHIENS,
Début :
Il est bon de vous faire remarquer en passant, que, dans / Rome à ses Dictateurs accordoit, tous les droits, [...]
Mots clefs :
Dictateurs, Cynthiens, Rome
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CELINE AUX CYNTHIENS,
supIl estbon de vous faire remarquer
en paſſant , que , dans
cet illuftre Corps , les noms ,
les emplois& les dignitez ſe
conferent , comme autrefois
on les confcroit à Rome ; on y
fait des Senateurs , des Senatrices
, des Confuls , des Confuleſſes
, des Dictateurs , des
Dictatrices , &c. Une Dame
de cette Académie ayant eſté
élûë Dictatrice il y a quelque
tems , & ayant appris la veille
d'une nouvelle élection qu'on
1
166 MERCURE
-
vouloit la continuer dans le
rang éclatant où on l'avoit élevée,
prononçale lendemain en
pleine aſſemblée les vers que
voicy
CELINE AUX CYNTHIENS,
Rome àfes Dictateurs accordoit
tous les droits,
Et les honneurs qu'on rend aux
Roix ;
Arbitres qu'ilsétoientde laPaix,
delaGuerre ,
Ils regnoientfouverainnement,
Etleur pouvoir indépendant ,
Les renditpar degrez les Maîtres
4
GALANT. 167
de la Terre.
En imitant cesſages Citoyens ,
Vous m'avez honorée, illuftres
20. Cynthiens ,
Du titreglorieux de vostre Dic-
Metatrice;led ilason
F'en ay fenti l'appas , mais l'édat
de ce rang
N'a riendontmon efpritfe charme
, & s'ébloüiffe ,
C'est pour luy , je l'avoie , un
fardeau trop pefant.
Cette Charge en mes mains est
trop malfoûtenuë,
FeSuccomberoisſous le poids ,
Et pour lebien public contente de
ma voix
re8 MERCURE
Ainsi que Lucius je reprens ma
charrue
en paſſant , que , dans
cet illuftre Corps , les noms ,
les emplois& les dignitez ſe
conferent , comme autrefois
on les confcroit à Rome ; on y
fait des Senateurs , des Senatrices
, des Confuls , des Confuleſſes
, des Dictateurs , des
Dictatrices , &c. Une Dame
de cette Académie ayant eſté
élûë Dictatrice il y a quelque
tems , & ayant appris la veille
d'une nouvelle élection qu'on
1
166 MERCURE
-
vouloit la continuer dans le
rang éclatant où on l'avoit élevée,
prononçale lendemain en
pleine aſſemblée les vers que
voicy
CELINE AUX CYNTHIENS,
Rome àfes Dictateurs accordoit
tous les droits,
Et les honneurs qu'on rend aux
Roix ;
Arbitres qu'ilsétoientde laPaix,
delaGuerre ,
Ils regnoientfouverainnement,
Etleur pouvoir indépendant ,
Les renditpar degrez les Maîtres
4
GALANT. 167
de la Terre.
En imitant cesſages Citoyens ,
Vous m'avez honorée, illuftres
20. Cynthiens ,
Du titreglorieux de vostre Dic-
Metatrice;led ilason
F'en ay fenti l'appas , mais l'édat
de ce rang
N'a riendontmon efpritfe charme
, & s'ébloüiffe ,
C'est pour luy , je l'avoie , un
fardeau trop pefant.
Cette Charge en mes mains est
trop malfoûtenuë,
FeSuccomberoisſous le poids ,
Et pour lebien public contente de
ma voix
re8 MERCURE
Ainsi que Lucius je reprens ma
charrue
Fermer
1055
p. 168-170
AU ROY.
Début :
Elle se desista ainsi de sa dignité dont l'assemblée honora / Grand Roy lorsque tu fais succeder au Laurier [...]
Mots clefs :
Roi, Paix, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
Elle fe deſiſta ainfi de fa
dignité dont l'aſſemblée honora
la belle &modefte Madame
Policrite , qui aprés
avoir fait l'Eloge de fon Predeceffeur
,prononça cesVers:
AURO Υ.
Grand Roy lorſque tu fais
fucceder au Laurier
Par une utile Paix la precieuse
Olive;
The fais plus mille fois que ce
fameux
GALANT. 169
fameux Guerrier
Qui ſouvent de l'Euphrate ensanglanta
laRive.
Quand on ne veut regner que
par lefeu, lefang
Un Potentat devient indigne de
fon rang;
Le pouvoir fouverain n'est pas
donnépour nuire ,
Cefont lesfeulsTyrans qui veulent
tout détruire :
Mais quand on sçait bomer la
plus juſte valeur
Pour donner le repos ſur la terre
&fur l'onde
L'on imite enregnantsurl'esprit,
le coeur
May 1715 . P
170 MERCURE
De l'estre independant la ſageſſe
profonde.
Pour affermir partout cette felicité,
Et rendre nostre fort le plus
digne d'envie 1
Puiffe- tu ,Grand Heros ,par la
plus longue vie ,
Imiter de cet estre encor l'éternité.
dignité dont l'aſſemblée honora
la belle &modefte Madame
Policrite , qui aprés
avoir fait l'Eloge de fon Predeceffeur
,prononça cesVers:
AURO Υ.
Grand Roy lorſque tu fais
fucceder au Laurier
Par une utile Paix la precieuse
Olive;
The fais plus mille fois que ce
fameux
GALANT. 169
fameux Guerrier
Qui ſouvent de l'Euphrate ensanglanta
laRive.
Quand on ne veut regner que
par lefeu, lefang
Un Potentat devient indigne de
fon rang;
Le pouvoir fouverain n'est pas
donnépour nuire ,
Cefont lesfeulsTyrans qui veulent
tout détruire :
Mais quand on sçait bomer la
plus juſte valeur
Pour donner le repos ſur la terre
&fur l'onde
L'on imite enregnantsurl'esprit,
le coeur
May 1715 . P
170 MERCURE
De l'estre independant la ſageſſe
profonde.
Pour affermir partout cette felicité,
Et rendre nostre fort le plus
digne d'envie 1
Puiffe- tu ,Grand Heros ,par la
plus longue vie ,
Imiter de cet estre encor l'éternité.
Fermer
1056
p. 181-183
SONNET AU ROY sur la Paix.
Début :
O l'aimable saison pour les fruits de la Herse, [...]
Mots clefs :
Roi, Paix
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texteReconnaissance textuelle : SONNET AU ROY sur la Paix.
SONNET AU ROY
fur la Paix.
O l'aimable ſaiſon pour les fruits
de la
A
۱۰ Herfe,
Où tout rit dans nos champs , où
chacun court au bain.
L'abondance&la Paix vont nous
ouvrir leur fein
>
182 MERCURE
Et LOUIS redouté n'aura plus
do traverſe,
Il va dans ses Etats rétablir
le Commerce
Qu'avoit interrompu le rival
de Vulcain *
Sa gloire qui s'étend jusqu'au
climat lointain,
Vient d'attirer icy l'Ambassadeur
de Perfe.
Le peuple à sa Santé boit déja
rafibus ,
Le Sexe pour luy plaire effacera
Venus ,
L'Auteur pour le loüer abandonne
Origene.
Et l'Amant pour le voir quittera
** Mars .
GALANT. 183
I
Sa Lays,
j'étois Paris,
Fen juge par mon coeur, car fi
Pour avoir ce plaisir ,je quitterois
Helene.
fur la Paix.
O l'aimable ſaiſon pour les fruits
de la
A
۱۰ Herfe,
Où tout rit dans nos champs , où
chacun court au bain.
L'abondance&la Paix vont nous
ouvrir leur fein
>
182 MERCURE
Et LOUIS redouté n'aura plus
do traverſe,
Il va dans ses Etats rétablir
le Commerce
Qu'avoit interrompu le rival
de Vulcain *
Sa gloire qui s'étend jusqu'au
climat lointain,
Vient d'attirer icy l'Ambassadeur
de Perfe.
Le peuple à sa Santé boit déja
rafibus ,
Le Sexe pour luy plaire effacera
Venus ,
L'Auteur pour le loüer abandonne
Origene.
Et l'Amant pour le voir quittera
** Mars .
GALANT. 183
I
Sa Lays,
j'étois Paris,
Fen juge par mon coeur, car fi
Pour avoir ce plaisir ,je quitterois
Helene.
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1057
p. 293-298
Dons du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a donné la Charge de Conseiller d'Etat, vacante [...]
Mots clefs :
Dame, Marquis, Roi, Abbaye, Duc de Berry
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy. [titre d'après la table]
Le Roy a donné laCharge
de Conſeiller d'Etat , vacante
pat la mort de M. Bofe , àM.
dela Berchere de la Rochepor,
devantMaiſtre des Requê
tes del Hoſtel , Chancelier de
Monſeigneur leDuc de Berry,
&gendre de M. leChancelier,
Bb iij
294 MERCURE
Le mois s'avance & la matiere
me preſſe, c'eſt pourquoy
je ſuis d'avis dene plus preluder
juſqu'à la fin du Livre , &
de vous donner le reſte des
articles qui doivent ſervir à le
remplir , comme ils me tomberont
ſous la main ; ainſi je
vous annonce ſans preambule
que le 20. du mois paflé , le
Roy donna fur lapreſentation
deM. leDucd'Orleans , l'Ab
baye de Longpont Ordre de
Citeaux, Dioceſe de Soiffons ,
àM. de la Vergne Montenar
de Treffant Comte de Lyon ,
premier Aumônier de M. le
GALANT 295
Duc d'Orleans. Ce nouvel
Abbé eſt,neveu de Meſfire
Loüis de laVergne deTreffans
Evêque du Mans , & forty
d'une nobleſſe distinguée de
Languedoc.
L'Abbaye de Polengey
Ordre de S. Benoist , Diocele
deLangres à la Dame de Pezeux
, fortie de la Maiſon de
Pras ,en Franche Comté , &
niéce de feu M. le Maréchal
de Choiſeul.
L'Abbaye de Blefle , Ordre
de Citeaux , Dioceſe de S.
Flour , à la Dame de Chava .
.gnac , d'une nobleſſe diſtin-
Bb iiij
296 MERCURE
guée d'Auvergne..
L'Abbaye de Charenton
Ordre des. Benoist,Diocese de
Bourges à la Dame deMontgon
, de la Maiſon de Beauverger
, l'une des plus diſtinguées
de la Province d'Auver
gne par fon ancienneté& par
fes alliances.
Le Lundy 20. le Roy declara
qu'il avoit nommé qua.
tre Dames du Palais à Madame
la Ducheffe de Berry à qui il
avoit fait quitter le grand
deüil ſçavoir , Madame la
Marquiſe de Coëtenfao, femmedeM.
leMarquis de Coë
GALANT 297
tenfao , Chevalier d'Honneur
de cette Princeſſe , Lieutenant
Generaldes Armées du Roy.
Madame la Marquiſe de Bran
cas , femme de M. le Marquis
deBrancas , LieutenantGeneral
des Armées du Roy , Gouver
neur deGironne,Chevalier de
la Toiſon d'or & Ambaffadeur
en Eſpagne. Madame la
MarquisedeClermont,femme
M. le Marquis de Clermont ,.
Capitaine des Gardes du
Corps de feu Monſeigneur le
Duc de Berry. Et Madame la
Marquile de Pons, femme de
M. le Marquis de Pons Mar
298 MERCURE
tre de la Garderobe de feu
Monſeigneur leDuc de Berry.
de Conſeiller d'Etat , vacante
pat la mort de M. Bofe , àM.
dela Berchere de la Rochepor,
devantMaiſtre des Requê
tes del Hoſtel , Chancelier de
Monſeigneur leDuc de Berry,
&gendre de M. leChancelier,
Bb iij
294 MERCURE
Le mois s'avance & la matiere
me preſſe, c'eſt pourquoy
je ſuis d'avis dene plus preluder
juſqu'à la fin du Livre , &
de vous donner le reſte des
articles qui doivent ſervir à le
remplir , comme ils me tomberont
ſous la main ; ainſi je
vous annonce ſans preambule
que le 20. du mois paflé , le
Roy donna fur lapreſentation
deM. leDucd'Orleans , l'Ab
baye de Longpont Ordre de
Citeaux, Dioceſe de Soiffons ,
àM. de la Vergne Montenar
de Treffant Comte de Lyon ,
premier Aumônier de M. le
GALANT 295
Duc d'Orleans. Ce nouvel
Abbé eſt,neveu de Meſfire
Loüis de laVergne deTreffans
Evêque du Mans , & forty
d'une nobleſſe distinguée de
Languedoc.
L'Abbaye de Polengey
Ordre de S. Benoist , Diocele
deLangres à la Dame de Pezeux
, fortie de la Maiſon de
Pras ,en Franche Comté , &
niéce de feu M. le Maréchal
de Choiſeul.
L'Abbaye de Blefle , Ordre
de Citeaux , Dioceſe de S.
Flour , à la Dame de Chava .
.gnac , d'une nobleſſe diſtin-
Bb iiij
296 MERCURE
guée d'Auvergne..
L'Abbaye de Charenton
Ordre des. Benoist,Diocese de
Bourges à la Dame deMontgon
, de la Maiſon de Beauverger
, l'une des plus diſtinguées
de la Province d'Auver
gne par fon ancienneté& par
fes alliances.
Le Lundy 20. le Roy declara
qu'il avoit nommé qua.
tre Dames du Palais à Madame
la Ducheffe de Berry à qui il
avoit fait quitter le grand
deüil ſçavoir , Madame la
Marquiſe de Coëtenfao, femmedeM.
leMarquis de Coë
GALANT 297
tenfao , Chevalier d'Honneur
de cette Princeſſe , Lieutenant
Generaldes Armées du Roy.
Madame la Marquiſe de Bran
cas , femme de M. le Marquis
deBrancas , LieutenantGeneral
des Armées du Roy , Gouver
neur deGironne,Chevalier de
la Toiſon d'or & Ambaffadeur
en Eſpagne. Madame la
MarquisedeClermont,femme
M. le Marquis de Clermont ,.
Capitaine des Gardes du
Corps de feu Monſeigneur le
Duc de Berry. Et Madame la
Marquile de Pons, femme de
M. le Marquis de Pons Mar
298 MERCURE
tre de la Garderobe de feu
Monſeigneur leDuc de Berry.
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1058
p. 17-36
MATRICULE Des Arrhes de Legitimation que devront payer Tous & Chacun de ceux qui voudront conserver leurs Prééminences, Charges, Fonctions, Salaires, Pensions & Aides, ou qui voudront se qualifier pour en obtenir à l'avenir, ou pour recevoir de nouvelles Graces : comme aussi ceux qui voudront joüir des Franchises & Avantages de la Banque, selon la Classe dont ils seront ; Surquoi il faut observer.
Début :
Que l'Arrhe de Legitimation ne se payera que pour une [...]
Mots clefs :
Arrhes, Juifs, Emplois, Banque, Tribunaux, Conseillers, Officiers, Grands officiers, Sa Majesté, Cour, Royaumes, Militaires, Provinces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MATRICULE Des Arrhes de Legitimation que devront payer Tous & Chacun de ceux qui voudront conserver leurs Prééminences, Charges, Fonctions, Salaires, Pensions & Aides, ou qui voudront se qualifier pour en obtenir à l'avenir, ou pour recevoir de nouvelles Graces : comme aussi ceux qui voudront joüir des Franchises & Avantages de la Banque, selon la Classe dont ils seront ; Surquoi il faut observer.
MATRICULE
Des Airhes de Legitimation
que devront payer Tous
Chacun de ceux qui voudront
conferver leurs Prééminences,
Charges , Fonctions , Salaires
, Penſions & Aides
qui
د
016
voudront ſe qualifier pour
en obtenir à l'avenir, ou pour
recevoir de nouvelles Graces :
comme auſſi ceux qui voudront
joüirdes Franchiſes&Avantages
de la Banque , ſelon la
Claſſe dont ils feront ; Surquoi
ilfaut obferver.
Que l'Arrhe de Legitima-
Juin 1715. B
18 MERCURE
tion ne ſe payera que pour une
Claſſe par ceux qui , à cauſe
de leurs differentes Qualitez ,
pourroient appartenir à pluſieurs
, mais que le Payement
ſe fera ſur le pied de la plus
haute.
Et que ceux du Clergé qui
voudront conſerver leurs Dignitez
Seculieres , & joüir des
Franchiſes & avantages de la
Banque , ou ſe qualifier pour
y avoir part à l'avenir , feront
admis à payer l'Arche de Legitimation
, & à fe faire infcrire
fut le Regiſtre.
GALANT. 19
:
LesClaffesfont lesſuivantes.
1. Dans la premiere ſont
compris les Princes qui ont des
Emplois Civils ou Militaires
de la Cour , & les Conſeillers
Intimes effectifs , chacun defquels
payera annuellement
ſous le Titre d'Arrhe de Legitimation.
200
2. La ſeconde Claſſe comprend
les Conſeillers Intimes
honoraires , qui avec ce Titre
jouiffent de quelques autres
Emplois , Salaires ou Penſions,
ils payeront annuellement.150
Bij
20 MERCURE
3. La troiſiéme Claſſe comprend
les Conſeillers Intimes
honoraires , qui n'ont ni Emplois
, ni Penſions. Ils payeront
annuellement. 100
4. La quatriémeClaffeconcerne
les Conſeillers Intimes
de l'Autriche Antericure &
Poſterieure ; les Chambellans
de Sa Majesté Imperiale qui
ont des Gages ou des Penſions;
Tous les Seigneurs & Perfonnes
deQualité qui ont des Emplois
à la Cour , ou qui font
Membres des Tribunaux &
Jurisdiccions de la Cour ; comme
auſſi les Chefs des JurifdicGALANT.
21
tionsde Sa Majesté Imperiale ;
les Grands Officiers du Païs ,
& les Gouverneurs , deſquels
un chacun payera pour Arrhe
deLegitimation. 150
s. Dans la cinquiémeClaſſe
feront les autres Chambellans
de Sa Majeſté Imperiale , qui
n'ont ni Gages ni Penſions ;
Tous les Seigneurs& Perfonnes
de Qualité qui ont ſéance
en qualité de Conſeillers, dans
les Dicaſteres , Tribunaux &
Judicatures de nos Royaumes
& Principautez . Ils payeront
annuellement. 100
Toutes fois , les Affeſſeurs
L
:
22 MERCURE
Jurifconfultes , pour les Fiefs
du Païs , de la Chambre , &
de la Cour , entant que tels ,
feront exempts de l'Arthe de
Legitimation .
6. Dans la fixiéme ſeront
compris lesGens de qualité qui
font Conſeillers de Sa Majeſté
Imperiale , &qui n'ont féance
en aucune Cour de Juſtice ,
commeauſſi ceux qui ont des
Charges dans les Royaumes &
Etats de Sa Majesté Imperiale,
&qui ne font incorporez dans
aucun College , comme ſont
les Capitaines des Cercles &
autres ſemblables. Ils paycront
par an. 75
GALANT. 23
7. La ſeptiéme Claſſe ſera
pour les Gens de Qualité , qui
n'ont aucuneCharge juſques à
preſentdans les Royaumes &
Etats de Sa Majesté Imperiale,
mais qui aſpirent à y parvenir .
Ceux- là devront , en confequence
du Diplome Imperial,
ſe faire infcrire ſix mois auparavant
ſur le Livre de la Ban
que. Et s'ils pretendent à une
Charge de la premiere ou ſecondeClaſſe
, ils payeront 100
Si- non , ils payeront ſeulement.
SO
8. Dans la huitiéme Clafſe
ſeront compris lesConſeils
24 MERCURE
de la Cour , Civils , Militaires
, & de la Chambre ; comme
auſſi les ſur Grands Commiſſaires
de Guerre , Nobles
ou non; & dans les Provinces
tous les Grands Officiers du
Païs qui ſont du Corps de la
Nobleffe; Tous les Chefs du
dit Corps , diverſes Judicatures&
autres Officiers. Ils payeront
annuellement. 1.00
9. Dans la neuviéme Claſſe
feront les AuditeursGeneraux,
&les Grands Commiſſaires de
Guerre , qui payeront par an.
75
10. Dans la dixieme Claſſe
feront
GALANT. 25
,
feront les Conſeillers de Sa
Majesté Imperiale , Civils
Militaires , & de la Chambre
qui apartiennent au Gouvernement
du Païs , à la Regence
, ou aux Tribunaux ; Les
Capitaines des Arſenaux ici à
Vienne , nobles ou non ; les
Aſſeſſeurs du Maréchal de la
Cour ; ceux qui poſſédent d'autres
bonnes charges à la Cour,
& qui ne font pas nobles , &
les Medecins de Sa Majesté Impériale&
de la Cour ; Ils payeront
par an. so
11. Dans l'onziéme Claſſe
viennent les Nobles , qui ſans
Juin 1715. C
26 MERCURE
avoir le caractére de Confeillers
de Sa Majesté Impériale ,
poſſédent des Emplois dans ſes
Royaumes & Etats , les Lieutenants
Colonels de Bateaux ,
les Valets deChambre del'Empereur
, & les fous Commiffaires
de Guerre . Ils payeront
par an . 30
12. Dans la douziéme Clafſe
ſeront comptez les ConſeillersTitulaires
de l'Empereur ,
les Secretaires dans les Arfcnaux
, les Architectes Militaires
, & ceux qui afpirent aux
Emplois compris dans les 8,9 ,
& 10. Claſſe. Ils payeront par
an. 20
GALANT. 27
१
13. La treiziéme Claſſe
comprend les plus confiderables
Emplois ſubalternes de la
Cour , Maîtres des Fourages
de la Cour , Controlleurs de
la Cour , Quartier- Maîtres de
la Coury Maîtres des Fourages
de la Cour Controlleurs
de la Cour & ſemblables.
Comme auffi les Secretaires
qui font dans les Bureaux &
Tribunaux de la Cour , les
Toneurs de Livres & autres
Officiers , & les Cancelliſtes
inclufivement , juſqu'aux Expediteurs?
Les Officiers de la
Claſſe juſqu'aux Maîtres des
Cij
28 MMEERRCURE
Forêts incluſivement. Les Officiers
dela Chambre dans les
Provinces qui ont leur propre
Office&Bureau , & les Maitres
des Haras de l'Empereur ,
& finalement auſſi tous les
Chrêtiens qui fourpulent les
Proviſions de la Cour. Ils
payeront annuellement.so .
14. Dans la quatorziéme
Claſſe viennent les Fiſcaux &
::
Procureurs de la Chambre ,
les Syndicsde la Ville , les Juges
Royaux , les Bourgemaltres
des Villes Principales,item
les Primats ,les Avocats reçus
dans les Tribunauxde laCour,
}
GALANT. 29
&dans les principales Inſtances
des Provinces , les Medecins
dans les Provinces qui ont
Gagesde nôtreTreforerie; les
Muficiens de l'Empereur qui
ont les plus gros Gages , les
Banquiers,& principaux Marchands
qui Negocient avec la
Cour. Ils payeront annuellement.
30
15. Dans la quinziémeClaf- .
ſe ſeront mis , les Sécretaires
établis dans les bas Tribunaux
Civils& Militaires ; les Adminiſtrateurs
de l'Arsenal & leurs
ſemblables , comme auſſi les
autres Avocats , Agents de
Cij
30 MERCURE
Cour , Procureurs de Provinces
, & Solliciteurs jurés . Les
Commis de la Doüane de l'Empereur
, les Commis du Sel &
autres ſemblables , qui payeront
annuellement . 15
16. Dans la ſeiziémeClaſſe,
feront comptez tous les Officiers
desChancelleries qui fervent
dans les Tribunaux &
•Judicatures de la Cour juſques
au Cancelliſte incluſivement ;
Tous les Officiers de la Chambre
, qui ne ſont point compris
dans les plus hautes Clafſes
; les Adminiſtrateurs du
Bureau des Bateaux , les EcriGALANT.
31
:
vains dans les Judicatures , &
les Muficiensqui ont les moindres
gages , comme auffi ceux
qui aſpirent aux Emplois des
Claſſes 11 , 12 , 13 , & 14. Ils
payeront par an.
10
17. Dans la dix- ſeptiéme
Claſſe ſeront mis tous ceux qui
ontde moindres Offices de Sa
Majesté Impériale , en ſes
Royaumes & Principautez , &
qui ne ſontpoint compris dans
lesprecedentes Claffes. Com.
me auffi tous ceux qui aſpireront
aux Emplois de la 15. &
16. Claſſe. Ils payeront par
an.
3
C iiij
32 MERCURE
Et parce qu'il n'a pas été
poſſible de ſpecifier dans cette
Matricule toutes les diférentes
qualitez , Conditions , Offices
& Titres qui ſe trouvent dans
les Royaumes & Provinces de
Sa Majesté Imperiale , on déclare
que ceux deſquels la condition
ou l'état ne ſont pas précilément
exprimés ci deſſus ,
devront demander à ſe faire
enregiſtrer dans la Claſſe qui
leur conviendra le mieux , en
payant l'Arthe de Legitimationquiy
eſt marqué , ous'en.
querir , mais dans le terme de
fix ſemaines , à compter du
GALANT. 33
jour de la publication , en
quellesClaſſes ils doivent être
placés : & tant que les Colléges
de la Banque ne feront pas
encore établis , ils pourront
l'aprendre du gouvernement
dans les Provinces. :
En outre , on doit être adverti
que l'Ordre de ces Claffes
, ni la fomme quelles portent
, ne concernent uniquement
que la Banque , & n'avancent
ni nereculent perſonne
dans le rang qui lui apartient.
34 MERCURE
LISTE DES JUIFS.
Pour concluſion voici ce
que les Juifs devront payer à la
Banque , moyennant quoi ils
pouront auſſi s'avantager ſelon
leur état des Benefices qu'elle
communique.
1. Tous les Juifs mariés qui
ſe tiennent ici , tous les Facteurs
, Provediteurs & Marchands
de la Cour , & ceux qui
trafiquent en change ou autres
ſemblables , étant tolerez ici
àVienne , payeront. 300
2. Dans cette ſeconde clafGALANT.
35
ſe ſeront mis les Juifs qui s'intereſſent
dans les Negoces &
proviſions de la Cour , & qui
ne refident pas àVienne. Ceux
làpayeront. 100
3. Les Juifs qui dans les
Provinces exercent divers Offices
des Juifs , qu'ils ont obtenus
de la Cour , de la Chambreou
du Païs , payeront annuellement
. 30
4. Les Juifs qui aſpirent à
de ſemblables Offices de Juifs,
ou qui veulent joüir d'autres
Benefices de la Banque , qui
leur font propres , payeront
annuellement. 6
36 MERCURE
Il ſera permis , au reſte , à
toute la Nation des Juifs , de
ſe faire enregiſtrer ſur le Livre
de la Banque , pour ſe rendre
capables de participer à ſes avantages,&
benefices ; moiennant
l'Arthe marquéedans l'une
ou l'autre de quatre claſſes
ci-deſſus marquées.
Des Airhes de Legitimation
que devront payer Tous
Chacun de ceux qui voudront
conferver leurs Prééminences,
Charges , Fonctions , Salaires
, Penſions & Aides
qui
د
016
voudront ſe qualifier pour
en obtenir à l'avenir, ou pour
recevoir de nouvelles Graces :
comme auſſi ceux qui voudront
joüirdes Franchiſes&Avantages
de la Banque , ſelon la
Claſſe dont ils feront ; Surquoi
ilfaut obferver.
Que l'Arrhe de Legitima-
Juin 1715. B
18 MERCURE
tion ne ſe payera que pour une
Claſſe par ceux qui , à cauſe
de leurs differentes Qualitez ,
pourroient appartenir à pluſieurs
, mais que le Payement
ſe fera ſur le pied de la plus
haute.
Et que ceux du Clergé qui
voudront conſerver leurs Dignitez
Seculieres , & joüir des
Franchiſes & avantages de la
Banque , ou ſe qualifier pour
y avoir part à l'avenir , feront
admis à payer l'Arche de Legitimation
, & à fe faire infcrire
fut le Regiſtre.
GALANT. 19
:
LesClaffesfont lesſuivantes.
1. Dans la premiere ſont
compris les Princes qui ont des
Emplois Civils ou Militaires
de la Cour , & les Conſeillers
Intimes effectifs , chacun defquels
payera annuellement
ſous le Titre d'Arrhe de Legitimation.
200
2. La ſeconde Claſſe comprend
les Conſeillers Intimes
honoraires , qui avec ce Titre
jouiffent de quelques autres
Emplois , Salaires ou Penſions,
ils payeront annuellement.150
Bij
20 MERCURE
3. La troiſiéme Claſſe comprend
les Conſeillers Intimes
honoraires , qui n'ont ni Emplois
, ni Penſions. Ils payeront
annuellement. 100
4. La quatriémeClaffeconcerne
les Conſeillers Intimes
de l'Autriche Antericure &
Poſterieure ; les Chambellans
de Sa Majesté Imperiale qui
ont des Gages ou des Penſions;
Tous les Seigneurs & Perfonnes
deQualité qui ont des Emplois
à la Cour , ou qui font
Membres des Tribunaux &
Jurisdiccions de la Cour ; comme
auſſi les Chefs des JurifdicGALANT.
21
tionsde Sa Majesté Imperiale ;
les Grands Officiers du Païs ,
& les Gouverneurs , deſquels
un chacun payera pour Arrhe
deLegitimation. 150
s. Dans la cinquiémeClaſſe
feront les autres Chambellans
de Sa Majeſté Imperiale , qui
n'ont ni Gages ni Penſions ;
Tous les Seigneurs& Perfonnes
de Qualité qui ont ſéance
en qualité de Conſeillers, dans
les Dicaſteres , Tribunaux &
Judicatures de nos Royaumes
& Principautez . Ils payeront
annuellement. 100
Toutes fois , les Affeſſeurs
L
:
22 MERCURE
Jurifconfultes , pour les Fiefs
du Païs , de la Chambre , &
de la Cour , entant que tels ,
feront exempts de l'Arthe de
Legitimation .
6. Dans la fixiéme ſeront
compris lesGens de qualité qui
font Conſeillers de Sa Majeſté
Imperiale , &qui n'ont féance
en aucune Cour de Juſtice ,
commeauſſi ceux qui ont des
Charges dans les Royaumes &
Etats de Sa Majesté Imperiale,
&qui ne font incorporez dans
aucun College , comme ſont
les Capitaines des Cercles &
autres ſemblables. Ils paycront
par an. 75
GALANT. 23
7. La ſeptiéme Claſſe ſera
pour les Gens de Qualité , qui
n'ont aucuneCharge juſques à
preſentdans les Royaumes &
Etats de Sa Majesté Imperiale,
mais qui aſpirent à y parvenir .
Ceux- là devront , en confequence
du Diplome Imperial,
ſe faire infcrire ſix mois auparavant
ſur le Livre de la Ban
que. Et s'ils pretendent à une
Charge de la premiere ou ſecondeClaſſe
, ils payeront 100
Si- non , ils payeront ſeulement.
SO
8. Dans la huitiéme Clafſe
ſeront compris lesConſeils
24 MERCURE
de la Cour , Civils , Militaires
, & de la Chambre ; comme
auſſi les ſur Grands Commiſſaires
de Guerre , Nobles
ou non; & dans les Provinces
tous les Grands Officiers du
Païs qui ſont du Corps de la
Nobleffe; Tous les Chefs du
dit Corps , diverſes Judicatures&
autres Officiers. Ils payeront
annuellement. 1.00
9. Dans la neuviéme Claſſe
feront les AuditeursGeneraux,
&les Grands Commiſſaires de
Guerre , qui payeront par an.
75
10. Dans la dixieme Claſſe
feront
GALANT. 25
,
feront les Conſeillers de Sa
Majesté Imperiale , Civils
Militaires , & de la Chambre
qui apartiennent au Gouvernement
du Païs , à la Regence
, ou aux Tribunaux ; Les
Capitaines des Arſenaux ici à
Vienne , nobles ou non ; les
Aſſeſſeurs du Maréchal de la
Cour ; ceux qui poſſédent d'autres
bonnes charges à la Cour,
& qui ne font pas nobles , &
les Medecins de Sa Majesté Impériale&
de la Cour ; Ils payeront
par an. so
11. Dans l'onziéme Claſſe
viennent les Nobles , qui ſans
Juin 1715. C
26 MERCURE
avoir le caractére de Confeillers
de Sa Majesté Impériale ,
poſſédent des Emplois dans ſes
Royaumes & Etats , les Lieutenants
Colonels de Bateaux ,
les Valets deChambre del'Empereur
, & les fous Commiffaires
de Guerre . Ils payeront
par an . 30
12. Dans la douziéme Clafſe
ſeront comptez les ConſeillersTitulaires
de l'Empereur ,
les Secretaires dans les Arfcnaux
, les Architectes Militaires
, & ceux qui afpirent aux
Emplois compris dans les 8,9 ,
& 10. Claſſe. Ils payeront par
an. 20
GALANT. 27
१
13. La treiziéme Claſſe
comprend les plus confiderables
Emplois ſubalternes de la
Cour , Maîtres des Fourages
de la Cour , Controlleurs de
la Cour , Quartier- Maîtres de
la Coury Maîtres des Fourages
de la Cour Controlleurs
de la Cour & ſemblables.
Comme auffi les Secretaires
qui font dans les Bureaux &
Tribunaux de la Cour , les
Toneurs de Livres & autres
Officiers , & les Cancelliſtes
inclufivement , juſqu'aux Expediteurs?
Les Officiers de la
Claſſe juſqu'aux Maîtres des
Cij
28 MMEERRCURE
Forêts incluſivement. Les Officiers
dela Chambre dans les
Provinces qui ont leur propre
Office&Bureau , & les Maitres
des Haras de l'Empereur ,
& finalement auſſi tous les
Chrêtiens qui fourpulent les
Proviſions de la Cour. Ils
payeront annuellement.so .
14. Dans la quatorziéme
Claſſe viennent les Fiſcaux &
::
Procureurs de la Chambre ,
les Syndicsde la Ville , les Juges
Royaux , les Bourgemaltres
des Villes Principales,item
les Primats ,les Avocats reçus
dans les Tribunauxde laCour,
}
GALANT. 29
&dans les principales Inſtances
des Provinces , les Medecins
dans les Provinces qui ont
Gagesde nôtreTreforerie; les
Muficiens de l'Empereur qui
ont les plus gros Gages , les
Banquiers,& principaux Marchands
qui Negocient avec la
Cour. Ils payeront annuellement.
30
15. Dans la quinziémeClaf- .
ſe ſeront mis , les Sécretaires
établis dans les bas Tribunaux
Civils& Militaires ; les Adminiſtrateurs
de l'Arsenal & leurs
ſemblables , comme auſſi les
autres Avocats , Agents de
Cij
30 MERCURE
Cour , Procureurs de Provinces
, & Solliciteurs jurés . Les
Commis de la Doüane de l'Empereur
, les Commis du Sel &
autres ſemblables , qui payeront
annuellement . 15
16. Dans la ſeiziémeClaſſe,
feront comptez tous les Officiers
desChancelleries qui fervent
dans les Tribunaux &
•Judicatures de la Cour juſques
au Cancelliſte incluſivement ;
Tous les Officiers de la Chambre
, qui ne ſont point compris
dans les plus hautes Clafſes
; les Adminiſtrateurs du
Bureau des Bateaux , les EcriGALANT.
31
:
vains dans les Judicatures , &
les Muficiensqui ont les moindres
gages , comme auffi ceux
qui aſpirent aux Emplois des
Claſſes 11 , 12 , 13 , & 14. Ils
payeront par an.
10
17. Dans la dix- ſeptiéme
Claſſe ſeront mis tous ceux qui
ontde moindres Offices de Sa
Majesté Impériale , en ſes
Royaumes & Principautez , &
qui ne ſontpoint compris dans
lesprecedentes Claffes. Com.
me auffi tous ceux qui aſpireront
aux Emplois de la 15. &
16. Claſſe. Ils payeront par
an.
3
C iiij
32 MERCURE
Et parce qu'il n'a pas été
poſſible de ſpecifier dans cette
Matricule toutes les diférentes
qualitez , Conditions , Offices
& Titres qui ſe trouvent dans
les Royaumes & Provinces de
Sa Majesté Imperiale , on déclare
que ceux deſquels la condition
ou l'état ne ſont pas précilément
exprimés ci deſſus ,
devront demander à ſe faire
enregiſtrer dans la Claſſe qui
leur conviendra le mieux , en
payant l'Arthe de Legitimationquiy
eſt marqué , ous'en.
querir , mais dans le terme de
fix ſemaines , à compter du
GALANT. 33
jour de la publication , en
quellesClaſſes ils doivent être
placés : & tant que les Colléges
de la Banque ne feront pas
encore établis , ils pourront
l'aprendre du gouvernement
dans les Provinces. :
En outre , on doit être adverti
que l'Ordre de ces Claffes
, ni la fomme quelles portent
, ne concernent uniquement
que la Banque , & n'avancent
ni nereculent perſonne
dans le rang qui lui apartient.
34 MERCURE
LISTE DES JUIFS.
Pour concluſion voici ce
que les Juifs devront payer à la
Banque , moyennant quoi ils
pouront auſſi s'avantager ſelon
leur état des Benefices qu'elle
communique.
1. Tous les Juifs mariés qui
ſe tiennent ici , tous les Facteurs
, Provediteurs & Marchands
de la Cour , & ceux qui
trafiquent en change ou autres
ſemblables , étant tolerez ici
àVienne , payeront. 300
2. Dans cette ſeconde clafGALANT.
35
ſe ſeront mis les Juifs qui s'intereſſent
dans les Negoces &
proviſions de la Cour , & qui
ne refident pas àVienne. Ceux
làpayeront. 100
3. Les Juifs qui dans les
Provinces exercent divers Offices
des Juifs , qu'ils ont obtenus
de la Cour , de la Chambreou
du Païs , payeront annuellement
. 30
4. Les Juifs qui aſpirent à
de ſemblables Offices de Juifs,
ou qui veulent joüir d'autres
Benefices de la Banque , qui
leur font propres , payeront
annuellement. 6
36 MERCURE
Il ſera permis , au reſte , à
toute la Nation des Juifs , de
ſe faire enregiſtrer ſur le Livre
de la Banque , pour ſe rendre
capables de participer à ſes avantages,&
benefices ; moiennant
l'Arthe marquéedans l'une
ou l'autre de quatre claſſes
ci-deſſus marquées.
Fermer
1058
MATRICULE Des Arrhes de Legitimation que devront payer Tous & Chacun de ceux qui voudront conserver leurs Prééminences, Charges, Fonctions, Salaires, Pensions & Aides, ou qui voudront se qualifier pour en obtenir à l'avenir, ou pour recevoir de nouvelles Graces : comme aussi ceux qui voudront joüir des Franchises & Avantages de la Banque, selon la Classe dont ils seront ; Surquoi il faut observer.
1059
p. 37-62
Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Début :
Enfin, Monsieur, nous voicy arrivez au Port si desiré, je [...]
Mots clefs :
Malte, Prieur, Chevaliers, Maître, Turcs, Cérémonies, Carosse, Son Éminence, Grand prieur, Grand maître, Port, Princes, Armée du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une Lettre écrite de Malte.
Copie d'une Lettre écrite
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
deMalte.
2
د
Enfin , Monfieur , nous voicy
arrivezau Port ſideſiré , je
veux dire à Malte ; nôtre navigation
a eſté des plus heureuſes
& des plus courtes
puiſque le Vaſſeau ſur lequel
j'étois embarqué a fait le trajet
deToulon icy en moins de
quatre jours. M. le Chevalier
d'Ambrolio n'a pas eſte fi heureux
que moy , car outre qu'il
a fouffert à fon ordinaire ,
craignant exceſſivement la
38 MERCURE
mer , où je n'ay point du tout
eſté malade , il n'eſt arrivé icy
que deux jours aprés nous , le
vent contraire ayant obligé
fon vaſſeau & cinq ou fix autres
chargez de Chevaliers , &
partis de Toulon en même
temps , de rendre des bords ,
& de tenir à la cappe dans le
canal de Malte , & pour ainſi
dire à nôtre vûë , pendant un
jour &une nuit , crainte de
paſſer l'Ifle ; c'eſt la choſe du
monde la plus trifte& la plus
incommode, particulierement
pour ceux qui craignent autant
la mer que luy ; mais l'en
GALANT. 39
voila quitte , & il n'y paroiſt
déja plus.
Ceux qui ſont venus ſur le
vaiſſeau qui a porté M. le
grand Prieur ont encore un
peu plus ſouffert ayant demeuré
un jour de plus que les autres
à la mer , avec un affez
mauvais temps ; ce fut le Dimanche
7. de ce mois entre
neuf & dix heures du matin
que ce Prince entra dans ce
Port au bruit des ſalves des
canons de beaucoup de vaifſeaux
François qui estoient
moüillez dans le Port , il fut
enfuite ſalué de 21. coups de
40
MERCURE
canon par la ville , & complimenté
ſur ſon Bord de la part
du Grand Maiſtre , par M. le
Commandeur d'Argini fon
Maiſtre d'Hoſtel , & le pre-'
mier Officier de la Maiſon de
Son Eminence : il le fut auſſi
au nom du grand Maiſtre du
ConfeilIpar deux grands Croix
députez du Conſeil , leſquels
ſe rendirent auffi à bord de la
Veſtale , d'oùils accompagnerent
M. le grand Prieur à l'Egliſe
de S. Jean où on l'attendoit
pour la Meffe , & enſuite
au Palais , où il rendit ſa premiere
viſite au Grand Maître ,
avec
GALANT .
41
avec les ceremonies & les circonſtances
ſuivantes.
Au débarquement ſur le
Môle , ou le Quay du Port ,
M. le grand Prieur trouva un
des caroſſes du grand Maître
attelé ſeulement de 4. Mulets,
au lieu qu'il eſt à fix chevaux ,
lorſque Son Eminence eſt dedans
ce caroſſe , dans lequel il
occupoit le fond de derriere ,
& les deux grands Croix celuy
de devant . Il fut d'abord à
l'Eglife , & aprés à la Meſſe au
Palais , où ſe trouverent plus
de ſept à huit cent Chevaliers ,
dont plus de la moitié Fran .
Juin 1715 . D
42 MERCURE
çois , avoient eſté le ſaluër ,
partie ſur ſon Bord , & partie
lorſqu'il fortit de ſa chaloupe ,
tous eurent le temps de ſe
trouver à ſa deſcente du carofſe
, lorſqu'il entra à S. Jean ,
&qu'il defcendit à la porte du
Palais, à cauſe des détours que
le caroſſe eſt obligé de prendre
& de la marche lente de
cette voiture.
M. le grand Prieur arrivant
auPalais , trouva les Gardes du
grand Maiſtre ſous les armes ,
rangez en haye , le tambour
battant aux champs , il monta
chez le grand Maiſtre , precedé
! GALANT. 43
de ce grand nombre de Chevaliers
;la fale , les anti-chambres
, & chambres de ſon Eminence
, quoique fort grandes
, contenoient à peine la
nombreuſe Chevalerie , à travers
de laquelle Elle paffa, precedée
de ſes grands & principauxOfficiers
, pour aller à la
rencontre de M. le grand
Prieur. Ce fut à peu prés aux
deux tiers de la fale , que le
grandMaiſtre le reçûr, de maniere
que ſon Eminence fit un
peu plus que la moitié du chemin
de ſa ſale. Là ils s'embraf
ferent l'un &l'autre , & fe fi-
Dij
44 MERCURE
rent reciproquement des proteſtations
d'amitié,&des complimens
qui ne furent guere
entendus ; enſuite le grand
Maiſtre ayant la droite ,&tenant
M. le grand Prieur par la
main , ils percerent à travers
de cette foule de Chevalerie ,
juſqu'à la chambre de fon
Eminence , & s'affirent fur
des fauteüils diftinguez l'un à
côté de l'autre. Ils ſe couvrirent
, & vis - à - vis d'eux , fur
d'autres fauteüils , les ſuſdits
grands Croix députez duConfeil
auffi couverts.
,
La converſation qui dura
GALANT. 45
environ une demi heure , roula
ſur les affaires preſentes , &
fur les fatigues du voyage ,
aprés quoy M. le grand Prieur
preſenta au grand Maiſtre
quelques - uns des Chevaliers
qui avoient eſté embarquez
fur fon bord , leſquels firent
leur reverence & curent l'honneur
de baifer la main de Son
Eminence; enſuite M. legrand
Prieur ſe leva & prit congé ,
&le grand Maiſtre l'accompagna
avec les mêmes ceremonies
, juſqu'auprés de l'eſcalier
, où ils ſe firent de nouvelles
proteſtations. Son Emi46
MERCURE
nence rentra dans ſa chambre
& ſe mit à table pour dîner
bien-toſt aprés .
M. le grand Prieur eftant
deſcendu de chez le grand
Maiſtre , monta en caroffe ,
avec les deux mêmes grands
Croix , & ſe rendit à la maifon
qui luy avoit eſté preparée
, il trouva à la porte un
grand nombre de Chevaliers
François&de peuple , les deux
grands Croix pour éviter le
ceremonial de l'accompagnement
, prirent congé deM. le
grand Prieur à ſa porte , qui
monta à ſa chambre , où il
۲
GALANT. 47
nous parut eſtre fort content
de cette éclatante reception ,
&des honneurs qui luy furent
faits ce jour là , tant de la part
du grand Maiſtre que de tous
les Chevaliers. A peine fut- il
entré chez luy qu'on vint
ſçavoir de la part du grand
Ecuyer , ou Cavaloriſſo Magiore
, & par ordre de Son
Eminence , fi M. le grand
Prieur avoit beſoin d'un caroſſe
, ou de quelqu'autre voiture.
Deux jours aprés ſon arrivée
, ſçavoir le 9. dece mois ,
on tint unConſeil dans lequel
M.legrandPrieur prit la féan48
MERCURE
ce dans un fauteüil de velours
rouge , galonné d'or ,& diftingué
de ceux des autres grand
Croix , placé à la teſte & à
la diſtance d'une chaiſe du
premier grand Croix qui s'affied
à la droite du Conſeil ;
c'eſt ordinairement l'Evêque ,
&aprés luy , le grand Commandeur
, chef de la Langue
Provence,à la teſtede la gauche,
c'eſt le Prieur de l'Eglife ,
&aprés luy , le Maréchal chef
de la Langue d'Auvergne.
de
Lorſque tous Meffieurs les
grands Croix eurent pris leurs
féances , chacun ſelon fon
rang ,
GALANT . 49
i
rang, le Vice Chancelier qui a
fon Bureau & fa place debour,
à la teſte de la féance du coſté
droit prés de M. le grand
Prieur , s'approcha de luy &
l'avertit de ſe lever , pour faire
ſa Profeſſion de Foy , & prêter
ſon ſerment , ce qu'il fit à
genoux ſur un careau de velours
, honneur que n'ont pas
les autres grandsCroix en pareil
cas , & aprés avoir remply
ce devoir aux pieds du grand
Maltre , & entre ſes mains
il reprit ſa place. EnſuiteMonſieur
le Bailly de la Pailleterie
en fit autant parce qu'il n'avoit
Juin 1715. E
So MERCURE
pas été à Malte depuis qu'il a
été fait grandCroix.
Cesceremonies étant achevées
, on fit fortir de la ſalle ,
ceux qui ne ſont pas du confeil
,&les portes fermées , on
delibera ſur des affaires d'Etat ,
&entre autres ſur la demande
faite par N. S. P. le Pape des
deux Eſcadres des Galeres &
des Vaiſſcaux de la Religion ,
pour aller avec celles de Sa
Sainteté au ſecours de la Republique
de Veniſe , ſurquoy il
fut fenfement reſolu de s'excuſer
d'envoyer nos deux Elcadres
, attendu nos propres beſoins
, qui dans la conjonctu
GALANT. SI
re preſente parlent d'eux même.
D'ailleurs celle de nos
Vaiſſeaux eſt partie depuis prés
d'un mois , augmentée d'un
cinquiéme Navire à cauſe de
pluſieurs tranſports de munitions
deguerrequ'elle doit faire
d'Italie , de France & d'Efpagne
, où elle doit en embarquer
quantité , & fur tout à
Barcelone , où deux de nos
Vaiſſcaux prendront celles
dont Sa Majefté Catholique a
fait un preſent à la Religion,&
ces deux Vaiſſcaux ſe rendront
àToulon , de même que celuy
qui eſt allé à Ligourne& à
E ij
52 MERCURE
Genes , car le rendez vous eſt
en Provence , pour venir de là
icy , versle 20. du mois prochain
au plus tard; & alors fi
lesTurcs avoient pris leur parti
du côté de la Morée ou ailleurs
, & qu'il n'y ait plus à
craindre pour nous , l'intention
du grand Maître & du
Conſeil étant de renvoyer
Meſſieurs les Chevaliers que la
citation a appellé ici , nos Vaifſeaux
feront employez à en
faire le tranſport , & par conſequent
on ne ſçauroit les envoyer
au ſecoursde laRepublique
qui voudroit pourtant
mploy
1
GALANT. 53
nous faire entendre que ſes
Etats menacez par les Turcs
étant plus proches de nos ennemis
, nous avons un double
interêt de l'aſſiſter de nos forces
, puiſque ſelon elle , nous
nousgarantiffons parlàdetoute
entrepriſe des Turcs ; mais
leurs repreſentations quoique
pathetiques , non plus que les
inftances & les exhortations de
Sa Sainteté , n'ont pû encore
nous perfuader ce que les uns
&les autres ont tâché de nous
infinuer par douceur.
Aprés cette longuedifgrefſion
, que j'ai cruë neceſſaire ,
ト
E iij
54 MERCURE
je reviens àMr legrand Prieur,
lequel au ſortir du Confeil
paſſa dans la Chambre du
grand Maître , qui ſuivant la
coûtume , lui attacha devant
la poitrine , le plaſtron de la
grandeCroix , auſſi bien qu'à
Mr le Bailly de la Pailleteric,
ceremonie neceſſaire , & qui
ſe pratique toûjours à l'égard
deceux qui ont été faits grand
Croix hors du Couvent , &
pendant laquelle ſon Eminence
leur dit fort poliment quelle
ſouhaitoit qu'ils la portafſent
auſſi long tems qu'il l'a
voit portée , yayant quarante
1
GALANT
trois années qu'elle étoit decorée
de cette honorable marque
dedignité.
Dans toutes ces ceremonies
on s'eſt conformé à ce qui
avoit érépratiqué autrefois ici,
à l'égard de feu Monfieur le
grand Prieur de Vendôme fon
Oncle , à cela prés que celui là
étant plus prés du ſang du Roy
Henry le Grand , on a fait
quelques choſesde moins pour
celuy-cy.
Depuis le jour de la ceremonie
du ferment , le grand
Maître , ayant reſolu de donner
àMonfieur le grand Prieur
E iiij
56 MERCURE
une nouvelle marque de diftinction
convenable à ſon
rang , & à celuy qu'il a tenu
dans les Armées du Roy , l'a
fait Capitaine General , ou Generaliſſime
des Armées , de la
maniere que Monfieur le Duc
Darpajon le fut à la precedente
citation. Son Eminence lui
en envoya donner part hier au
matin 12 de ce mois , par les
quatreGrands Croix des quatre
Nations de France , d'Italie
, d'Eſpagne , & d'Allemagne
, qui font Commiſſaires
Generaux des Guerres. Il accepta
agreablement la propoGALANT.
57
fition qu'ils luy en firent , &
d'abord aprés diné il ſe rendit
au Palais accompagné de ces
quatre grands Croix , & d'un
grand nombre de Chevaliers
François qui avoient déja été
chez lui , pour le complimenter
là deſſus , & qui furenttémoinsdes
remerciements qu'il
fit au grand Matere , dans une
Audiance de plus d'une demie
heure , durant laquelle ils s'entretinrent
apparemment de
tout ce qui pouvoit concerner
le nouveau Grade qui lui ſera
donnédans les formes accoûtumées
Lundy prochain 15. de
58 MERCURE
ce mois , dans un Conſeil qui
ſe tiendra exprés pour le nommer
avec les formalitez ordinaires..
CenouveauGrade vadon.
ner àMonfieur legrand Prieur
des mouvements &des détails
confiderables & neceffaires
pour la ſûreté& la deffenſe de
denos Ifles , & de nos Places.
Le choix qu'on a fait de faperfonne
a été generalement applaudi
de tous les François&
de la plupart des Chevaliers
des autres nations;mais il y en a
quelques-uns qui ſupportent
avec quelque forte d'impatien.
GALANT. رو
ce cette diſtinction; effet ordinaire
de la jalouſie dont le
plus grand merite , & la capacité
la plus reconnuë ne furent
jamais à couvert.
On travaille à preſent à
dreffer les Rôles , & les liſtes
de tous les Chevaliers , & plus
particulierement de ceux qui
60 MERCURE'
point encore vû , mais qui les
rendent , à ce qu'on dit inacceffibles
à nos ennemis , & à
l'heure que je vous parle , on y
tranſporte l'artillerie qu'on va
placerdans les batteries qu'on
a dreffées & preparées avec
beaucoup de ſoin , dans tous
les endroits où il convient de
mettredu canon .
Il ſeroit difficile de dire fi
cela ſera neceffaire , parce que
l'on ne voit point clair dans les
deſſeins des Turcs. En general
on ſçait ſeulement que
leur Armement de mer n'eſt
pas ſi conſiderable en Navi-
L
GALANT. 61
res de guerre , & en Galeres
qu'on le croyoit , ou qu'on
l'avoit ditd'abord : mais comme
il leur fuffiroit d'avoir un
grand nombre de Baſtimens
pour le tranſport de leurs
Troupes , Vivres , & Munitionsde
guerre de toute eſpece,&
qu'il leur feroit aiſe d'en
aſſembler promptement la
quantitéqu'il leur feroit neceffaire
, il eſt à propos de ſe tenir
de plus en plus ſur ſes gardes,
& c'eſt à quoi ontravaille ; on
le fera même dans les ſuites
avec plus de vivacité quoyque
le plus grand nombre croye
62 MERCURE
toûjours que les Turcs ne nous
en veulent pas , & qu'il ſoit
même perfuadé qu'ils font
dans l'impuiſſance de nous attaquer;
plufieurs penſent autrement&
ont raiſon , mais tout
bien compté , je ne croi pas
quenous les voyons du moins
cette année.
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1060
p. 62-64
Nouvelles de Londres. [titre d'après la table]
Début :
Les Lettres de Londres du 30. May, portent que ceux [...]
Mots clefs :
Juges, Roi, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Londres. [titre d'après la table]
Les Lettres de Londres du
30. May , portent que ceux
qui examinent les Papiers du
Miniftere precedent, n'ont pas
encore fait leur rapport , &
qu'on ne ſçavoit quand ils le
feroient. Le bruit même couGALANT
. 63
roit que le Roy , pour éviter
les ſuites que ces recherches
pourroient avoir , avoit deſſein
de faire paſſfer au Parlement un
acte general d'abolition. Les
Juges de Paix ont ordonné aux
Commiſſaires des Paroiſſes de
deffendre de publier & de donner
à lire un imprimé qui a
pour titrel'Examiner , à peine
d'eſtre pourſuivis en Juſtice :
mais les Caffez & autres lieux
publics s'en moquent , diſant
qu'il n'y a point de Loy qui
le deffende, que ces Juges de
Paix n'ont pas le pouvoir d'en
faire , & que fi on les attaque,
ils ſe deffendront.
64 MERCURE
Il y a pluſieurs chefs des
Wigts morts. Milord Halifax
vient de mourir.
Les Comtes d'Oxfort , Arlay
, & de Straffort & autres
Torris, vont avec plus d'aſſeurance
que jamais aux Séances
du Parlement , les ennemis de
l'ancien Miniſtere ſe trouvant
embarraſlez plus que jamais à
leur faire leur procés Le Roy
George d'ailleurs les protege
fecretement , & fur tout Milord
Arlay & le Comte d'Oxfort.
30. May , portent que ceux
qui examinent les Papiers du
Miniftere precedent, n'ont pas
encore fait leur rapport , &
qu'on ne ſçavoit quand ils le
feroient. Le bruit même couGALANT
. 63
roit que le Roy , pour éviter
les ſuites que ces recherches
pourroient avoir , avoit deſſein
de faire paſſfer au Parlement un
acte general d'abolition. Les
Juges de Paix ont ordonné aux
Commiſſaires des Paroiſſes de
deffendre de publier & de donner
à lire un imprimé qui a
pour titrel'Examiner , à peine
d'eſtre pourſuivis en Juſtice :
mais les Caffez & autres lieux
publics s'en moquent , diſant
qu'il n'y a point de Loy qui
le deffende, que ces Juges de
Paix n'ont pas le pouvoir d'en
faire , & que fi on les attaque,
ils ſe deffendront.
64 MERCURE
Il y a pluſieurs chefs des
Wigts morts. Milord Halifax
vient de mourir.
Les Comtes d'Oxfort , Arlay
, & de Straffort & autres
Torris, vont avec plus d'aſſeurance
que jamais aux Séances
du Parlement , les ennemis de
l'ancien Miniſtere ſe trouvant
embarraſlez plus que jamais à
leur faire leur procés Le Roy
George d'ailleurs les protege
fecretement , & fur tout Milord
Arlay & le Comte d'Oxfort.
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1061
p. 66-67
De Hambourg. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Hambourg que le Roy de Dannemarck a [...]
Mots clefs :
Hambourg, Roi du Danemark, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg. [titre d'après la table]
On écrit de Hambourg que
le Roy de Dannemarck a
donné au Contre Amiral Gabel
la Charge de Vice-Amiral
en confideration de la victoire
remportée ſur l'Eſcadre Suedoiſe&
qu'il luy a fait preſent
d'une épée enrichie de diamants.
On écrit de Berlin du
14. du mois paffé que l'on continuoit
d'y embarquer lagrofſe
artillerie avec une grande
quantité de bombes , de bou
GALANT. 67
lets ,de poudre &d'autres munitions
deguerre&de bouche.
LeComtedeCroiſſy, Ambarfadeur
Extraordinaire de France
en Suede eſtant arrivé à l'armée,
cut audiance du Roy de
Pruſſe auquel il preſenta deux
Lettres duRoytres -Chrétien.
Le 9. du mois de May il dîna
avec ce Prince ,& le 10. i partit
pour Stralzund : on a appris
depuis peu qu'il y eſtoit arrivé
le 14. au matin, qu'il avoit cu
d'abord audiance du Roy de
Suede , & qu'enfuite il avoit
dîné avec Sa Majeſté.
le Roy de Dannemarck a
donné au Contre Amiral Gabel
la Charge de Vice-Amiral
en confideration de la victoire
remportée ſur l'Eſcadre Suedoiſe&
qu'il luy a fait preſent
d'une épée enrichie de diamants.
On écrit de Berlin du
14. du mois paffé que l'on continuoit
d'y embarquer lagrofſe
artillerie avec une grande
quantité de bombes , de bou
GALANT. 67
lets ,de poudre &d'autres munitions
deguerre&de bouche.
LeComtedeCroiſſy, Ambarfadeur
Extraordinaire de France
en Suede eſtant arrivé à l'armée,
cut audiance du Roy de
Pruſſe auquel il preſenta deux
Lettres duRoytres -Chrétien.
Le 9. du mois de May il dîna
avec ce Prince ,& le 10. i partit
pour Stralzund : on a appris
depuis peu qu'il y eſtoit arrivé
le 14. au matin, qu'il avoit cu
d'abord audiance du Roy de
Suede , & qu'enfuite il avoit
dîné avec Sa Majeſté.
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1062
p. 69-71
De Venise. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Venise que les Senat aprés les avis venus de toutes [...]
Mots clefs :
République, Venise, Guerre, Traité de paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Venise. [titre d'après la table]
Onécrit de Veniſeque le Senat
aprés les avis venus de toutes
parts de la declaration de
la guerre faite par les Turcs à
- la Republique , a reſolu de la
70 MERCURE
declarer pareillement. Lesmotifs
font que depuis le mois de
Decembre dernier , ils ont fait
pluſieurs infractions anTraité
de Paix de Carlowits ſous divers
pretextes ; qu'ils ont arreſté
le Baile Memo , Miniſtre
repreſentant,& l'ont mis en
prifon dans un des Chaſteaux
des Dardanelles , luy laſſant
ſeulement cinq Domestiques :
qade Secretaire de l'Ambaffade
avec trente fix autres Dom
ſiques de l'Ambaſſadeur
avo ent eſté conduits aux ſept
Tours . Ainsi les ordres ont
eſté envoyez à tous les Com-
د
GALANT. 71
1
mandans des forces dela Republique
, tant par terre que
par mer, de courir ſus à tous
les Sujetsde la Porte , &d'exercer
contre eux toutes les hoftilitez.
Afin d'obtenir de Dieu
le ſecours neceſſaire ,& la be.
nediction ſur les armes de la
Republique , le Senat a ordonné
des Prieres publiques ,
avec expoſition du S. Sacrement
, & des Proceſſions qui
ſe ſont faites avec un grand
concours.
aprés les avis venus de toutes
parts de la declaration de
la guerre faite par les Turcs à
- la Republique , a reſolu de la
70 MERCURE
declarer pareillement. Lesmotifs
font que depuis le mois de
Decembre dernier , ils ont fait
pluſieurs infractions anTraité
de Paix de Carlowits ſous divers
pretextes ; qu'ils ont arreſté
le Baile Memo , Miniſtre
repreſentant,& l'ont mis en
prifon dans un des Chaſteaux
des Dardanelles , luy laſſant
ſeulement cinq Domestiques :
qade Secretaire de l'Ambaffade
avec trente fix autres Dom
ſiques de l'Ambaſſadeur
avo ent eſté conduits aux ſept
Tours . Ainsi les ordres ont
eſté envoyez à tous les Com-
د
GALANT. 71
1
mandans des forces dela Republique
, tant par terre que
par mer, de courir ſus à tous
les Sujetsde la Porte , &d'exercer
contre eux toutes les hoftilitez.
Afin d'obtenir de Dieu
le ſecours neceſſaire ,& la be.
nediction ſur les armes de la
Republique , le Senat a ordonné
des Prieres publiques ,
avec expoſition du S. Sacrement
, & des Proceſſions qui
ſe ſont faites avec un grand
concours.
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1063
p. 74-75
De Madrid. [titre d'après la table]
Début :
Les Lettres de Madrid du 20. du mois passé portent que [...]
Mots clefs :
Prince, Madrid
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Madrid. [titre d'après la table]
Les Lettres de Madrid du
20. du mois paflé portent que
1. Duc de Veraguas , le Prince
de Chelamarre , les Secretaires
d'Etat , des Finances , & de la
Guerre ,l'Evêque de Gironde,
& Don Miguel Durand , s'étoient
aſſemblez la veille pour
le Reglement des Rentes , &
que ces Affemblées ſe tiendroient
doreſnavant à Valde.
moro , à cauſe du voiſinage
d'Aranjuez.
▼
GALANT. 75
Ondit que le PrincePiodoit
partir inceſſamment pour aller
commander en Catalogne à la
place du Prince Serclas , que
fon grand âge & ſes indiſpoſitions
mettent hors d'eſtat de
ſervir davantage.
20. du mois paflé portent que
1. Duc de Veraguas , le Prince
de Chelamarre , les Secretaires
d'Etat , des Finances , & de la
Guerre ,l'Evêque de Gironde,
& Don Miguel Durand , s'étoient
aſſemblez la veille pour
le Reglement des Rentes , &
que ces Affemblées ſe tiendroient
doreſnavant à Valde.
moro , à cauſe du voiſinage
d'Aranjuez.
▼
GALANT. 75
Ondit que le PrincePiodoit
partir inceſſamment pour aller
commander en Catalogne à la
place du Prince Serclas , que
fon grand âge & ſes indiſpoſitions
mettent hors d'eſtat de
ſervir davantage.
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1064
p. 75-79
« Le Marquis de los Balbazés a demandé la permission de [...] »
Début :
Le Marquis de los Balbazés a demandé la permission de [...]
Mots clefs :
Majorque, Barcelone, Prince, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Marquis de los Balbazés a demandé la permission de [...] »
Le Marquis de los Balbazés
a demandé la permiffion de
paſſer en Italie pour y aller
mettre ordre à ſes affaires , ce
qui luy à eſté accordé.
ॐ
Le Conſeil de Caſtille s'eſt
aſſemblé extraordinairement ,
&a preſenté auRoyun projet
Gij
76 MERCURE
de Gouvernement nouveau
de la Catalogne, qui aura lieu ,
à ce qu'on croit , dans le même
temps qu'on publiera le
Reglement des autres Tribunaux.
Du 27. du même mois on
écrit d'Aranjuez que les chaleurs
exceſſives ont cauſéquelques
maladies dans la Famille
Royale,& que cependant leurs
Majeſtez vont tous les jours
à la chaſſe , & qu'elles ſe promenent
les nuits dans les Jardins
du Palais , qu'on a ſoin
d'éclairer , & où on affemble
GALANT. 77
les meilleurs Muficiens qui
ſoient en Eſpagne pour leur
donner des concerts agreables.
*
On écrit de Barcelone qu'-
on y a publie un banc par lequel
on ordonne à tous ceux
qui ont obtenu des Benefices ,
& des qualitez de l'Empereur ,
d'aller mettre leurs titres dans
les mains du Prince deSerclas ;
on ajoute que les Peuples de
cette Principauté ſont au deſeſpoir
de la nouvelle contribu-
1
tion de deux millions cinq
cent mille piaſtres qu'on leur a
Gij
78 MERCURE
impoſez , & l'on affeure que
tous les revenus de cette
Province nemontent pas à cette
ſomme.
Le ſept dece mois le Doyen
de Talavera prit poſſeſſion de
l'Eglife Metropolitaine deTolede
au nom du nouvel Archevêque
, cy devant Evêque de
Badajos qui eſt attendu àAranjuez
pour baifer la mainà leurs
Majeftez , & ſe rendre enſuite
à fon Archevêché.
L'expedition de Mayorque
eſt encore differée ; on dit que
lesMayorquins ſont prêts à ſe
foumettre , pourveu qu'on
GALANT. 79
veüille leurs accorder la vie ,
les biens , & la liberté.
a demandé la permiffion de
paſſer en Italie pour y aller
mettre ordre à ſes affaires , ce
qui luy à eſté accordé.
ॐ
Le Conſeil de Caſtille s'eſt
aſſemblé extraordinairement ,
&a preſenté auRoyun projet
Gij
76 MERCURE
de Gouvernement nouveau
de la Catalogne, qui aura lieu ,
à ce qu'on croit , dans le même
temps qu'on publiera le
Reglement des autres Tribunaux.
Du 27. du même mois on
écrit d'Aranjuez que les chaleurs
exceſſives ont cauſéquelques
maladies dans la Famille
Royale,& que cependant leurs
Majeſtez vont tous les jours
à la chaſſe , & qu'elles ſe promenent
les nuits dans les Jardins
du Palais , qu'on a ſoin
d'éclairer , & où on affemble
GALANT. 77
les meilleurs Muficiens qui
ſoient en Eſpagne pour leur
donner des concerts agreables.
*
On écrit de Barcelone qu'-
on y a publie un banc par lequel
on ordonne à tous ceux
qui ont obtenu des Benefices ,
& des qualitez de l'Empereur ,
d'aller mettre leurs titres dans
les mains du Prince deSerclas ;
on ajoute que les Peuples de
cette Principauté ſont au deſeſpoir
de la nouvelle contribu-
1
tion de deux millions cinq
cent mille piaſtres qu'on leur a
Gij
78 MERCURE
impoſez , & l'on affeure que
tous les revenus de cette
Province nemontent pas à cette
ſomme.
Le ſept dece mois le Doyen
de Talavera prit poſſeſſion de
l'Eglife Metropolitaine deTolede
au nom du nouvel Archevêque
, cy devant Evêque de
Badajos qui eſt attendu àAranjuez
pour baifer la mainà leurs
Majeftez , & ſe rendre enſuite
à fon Archevêché.
L'expedition de Mayorque
eſt encore differée ; on dit que
lesMayorquins ſont prêts à ſe
foumettre , pourveu qu'on
GALANT. 79
veüille leurs accorder la vie ,
les biens , & la liberté.
Fermer
1065
p. 81-89
La veritable Noblesse consiste dans la vertu. ODE.
Début :
Aux yeux de l'ignorant vulgaire [...]
Mots clefs :
Vertu, Noblesse, Prince, Monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La veritable Noblesse consiste dans la vertu. ODE.
La veritable Nobleße confifte
dans la vertu .
ODE.
Aux yeux de l'ignorant vulgaire
Soyez le plus heureux mortel
Quelefort s'attache àvous plaire
Habitez un fuperbe Hoſtel
Ayz un nombreux Domestique ,
Brillezpar un train magnifique ,
Etpar desfomptueux repas ,
Fuffiez- vous du fang des Monarques,
Vous croirai je noble à ces marques
?
82 MERCURE
Non , cefaste ne ſuffitpas.
N'enviſageons point la Nobleffe
Par tous ces dehorsſpecieux :
Méprisons-lesfilaſageſſe
N'y jointſes trésors precieux.
Cefameux Roide laJudée
N'eutétéqu'un Prince en idée
Sans cet inestimable bien :
A- t-ilperdu ce bien (upreme!
Tout l'éclat defon Diademe
Nedoit être compté pour rien.
Prudent , égal , doux , charitable
,
Fidele obfervateur des loix,
GALANT 83
Toûjours droit , toûjours équitable
Au deſſus de tous vos emplois :
Pour les Saints Autels plein de
zele,
Courant où l'honneur vous appele,
Vainqueurdes trompeuſes Circés :
Fier au combat , ailleurs modefte,
Ah ! vous êtes Noblede reſte ,
Vousſeul , vous , vous ennobliffés.
Mais vous , qui , s'il faut
vous en croire
Descendez d'un illustrefang,
84 MERCURE
Pour en retirer quelque gloire ,
Soyez digne de vôtre rang
C'eſten vainque l'orguëil étale
Au tourdes murs de vôtre Sale
Les vieuxportraitsde vos Ayeux,
Si leur memoire reverée
Par vos vices deshonorée
Vous rend roturier à nosyeux.
ॐ
Quoi ! parmi ces grands perfonnages
Je vous voifierementplacé,
Vous dont les moeurs font tant
d'outrages
1
Au beau nom qu'ils vous ont
laiffé
Que veut dire cette cuiraffe
GALANT. 85
1
:
Que le vaillant Dieu de la Thrace
Jamais ne vous a vû porter ?
Qu'un prompt pinceau vous en
depoüille ,
Etqu'il vous mette la quenoüille,
Qu'Omphale vient vous prefen-
1
ter?
ॐ
Ce n'est point ausein des delices
Quesefontformez ces Heros :
C'estàde rudes exercices a
Qu'est dû le fruit de leurs travaux
:
Ennemis de toute moleffe ,
Vrais amateurs de laſageſſe
Prudens Magistrats , grands
Guerriers :
46 MERCURE
Les uns l'honneur de leur Province
,
Les autres l'appui de leur Prince ,
Ils ontjoint l'olive aux lauriers.
ॐ
Mais quelsfont vos exploits
deguerre ?
Par quel endroit vousloûronsnous?
Surquelle mer , dans quelle terre,
Avez- vous fait parler de vous ?
parler de vous
Vous gardez un honteuxfilence :
Pourquoi donc avec infolence
Vous vanterdes hautsfaits d'autrui!
Voulez- vous qu'en vous je revere
Les vertus d'un Ayeul d'unpere,
1
GALANT. 87
Tel qu'eux montrez vous aujourd'huy
?
La g'oire brille d'avantage
Quanddupere ellepaffe aufils ;
Mais ce n'estpoint un heritage,
Denosfueurs elle est le prix :
Noble objet des coeurs magnanimes,
Element des eſpritsfublimes ,
Rayon de lafplendeur des Cieux,
Elle est l'immortel : Couronne
Qu'àses amis la vertu donne,
Et qui les place au rang des
Dieux.
ॐ
Loin d'elle ces ames hautaines ,
87 MERCURE
Quefeduit leur propre fierté;
Etqui , fans merite , font waines
D'unfantôme de qualité:
Loin ces hommes dontles richeſſes
Sont l'inftrument de leursfoibleffes
:
Victimes deleurs paſſions :
Quele vin , la table abrutißent ;
Et qui leur nobleſſe aviliſſent
Parmille indignes actions.
ॐ
Tellequ'en la route azurée ,
Vertu , parois encesbas lieux ;
Etde tous tes attraits parée ,
Fais-les éclaterà nosyeux ,
Redui ces vains géans en poudre :
Pour
GALANT. 89
Pour eux ton aspectestunfoudre :
Sur leur frontſe peint la pafleur:
Privéz, de tes chaſtes delices
En proyeà l'horreurde leurs vices,
Ledeſeſpoirfuit leur douleur.
dans la vertu .
ODE.
Aux yeux de l'ignorant vulgaire
Soyez le plus heureux mortel
Quelefort s'attache àvous plaire
Habitez un fuperbe Hoſtel
Ayz un nombreux Domestique ,
Brillezpar un train magnifique ,
Etpar desfomptueux repas ,
Fuffiez- vous du fang des Monarques,
Vous croirai je noble à ces marques
?
82 MERCURE
Non , cefaste ne ſuffitpas.
N'enviſageons point la Nobleffe
Par tous ces dehorsſpecieux :
Méprisons-lesfilaſageſſe
N'y jointſes trésors precieux.
Cefameux Roide laJudée
N'eutétéqu'un Prince en idée
Sans cet inestimable bien :
A- t-ilperdu ce bien (upreme!
Tout l'éclat defon Diademe
Nedoit être compté pour rien.
Prudent , égal , doux , charitable
,
Fidele obfervateur des loix,
GALANT 83
Toûjours droit , toûjours équitable
Au deſſus de tous vos emplois :
Pour les Saints Autels plein de
zele,
Courant où l'honneur vous appele,
Vainqueurdes trompeuſes Circés :
Fier au combat , ailleurs modefte,
Ah ! vous êtes Noblede reſte ,
Vousſeul , vous , vous ennobliffés.
Mais vous , qui , s'il faut
vous en croire
Descendez d'un illustrefang,
84 MERCURE
Pour en retirer quelque gloire ,
Soyez digne de vôtre rang
C'eſten vainque l'orguëil étale
Au tourdes murs de vôtre Sale
Les vieuxportraitsde vos Ayeux,
Si leur memoire reverée
Par vos vices deshonorée
Vous rend roturier à nosyeux.
ॐ
Quoi ! parmi ces grands perfonnages
Je vous voifierementplacé,
Vous dont les moeurs font tant
d'outrages
1
Au beau nom qu'ils vous ont
laiffé
Que veut dire cette cuiraffe
GALANT. 85
1
:
Que le vaillant Dieu de la Thrace
Jamais ne vous a vû porter ?
Qu'un prompt pinceau vous en
depoüille ,
Etqu'il vous mette la quenoüille,
Qu'Omphale vient vous prefen-
1
ter?
ॐ
Ce n'est point ausein des delices
Quesefontformez ces Heros :
C'estàde rudes exercices a
Qu'est dû le fruit de leurs travaux
:
Ennemis de toute moleffe ,
Vrais amateurs de laſageſſe
Prudens Magistrats , grands
Guerriers :
46 MERCURE
Les uns l'honneur de leur Province
,
Les autres l'appui de leur Prince ,
Ils ontjoint l'olive aux lauriers.
ॐ
Mais quelsfont vos exploits
deguerre ?
Par quel endroit vousloûronsnous?
Surquelle mer , dans quelle terre,
Avez- vous fait parler de vous ?
parler de vous
Vous gardez un honteuxfilence :
Pourquoi donc avec infolence
Vous vanterdes hautsfaits d'autrui!
Voulez- vous qu'en vous je revere
Les vertus d'un Ayeul d'unpere,
1
GALANT. 87
Tel qu'eux montrez vous aujourd'huy
?
La g'oire brille d'avantage
Quanddupere ellepaffe aufils ;
Mais ce n'estpoint un heritage,
Denosfueurs elle est le prix :
Noble objet des coeurs magnanimes,
Element des eſpritsfublimes ,
Rayon de lafplendeur des Cieux,
Elle est l'immortel : Couronne
Qu'àses amis la vertu donne,
Et qui les place au rang des
Dieux.
ॐ
Loin d'elle ces ames hautaines ,
87 MERCURE
Quefeduit leur propre fierté;
Etqui , fans merite , font waines
D'unfantôme de qualité:
Loin ces hommes dontles richeſſes
Sont l'inftrument de leursfoibleffes
:
Victimes deleurs paſſions :
Quele vin , la table abrutißent ;
Et qui leur nobleſſe aviliſſent
Parmille indignes actions.
ॐ
Tellequ'en la route azurée ,
Vertu , parois encesbas lieux ;
Etde tous tes attraits parée ,
Fais-les éclaterà nosyeux ,
Redui ces vains géans en poudre :
Pour
GALANT. 89
Pour eux ton aspectestunfoudre :
Sur leur frontſe peint la pafleur:
Privéz, de tes chaſtes delices
En proyeà l'horreurde leurs vices,
Ledeſeſpoirfuit leur douleur.
Fermer
1066
p. 228-238
RELATION de la Ceremonie du Mariage de la Princesse hereditaire de Suede Ulrique Eleonore, avec Frederick Prince hereditaire de Hesse-Cassel.
Début :
Cette Ceremonie devoit se faire le Dimanche 31. Mars mais [...]
Mots clefs :
Cérémonie de mariage, Mariage, Princesse héréditaire de Suède, Ulrique-Éléonore, Frédéric de Hesse-Cassel, Prince héréditaire de Hesse-Cassel, Suède, Prince, Princesse
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texteReconnaissance textuelle : RELATION de la Ceremonie du Mariage de la Princesse hereditaire de Suede Ulrique Eleonore, avec Frederick Prince hereditaire de Hesse-Cassel.
RELATED ON
de la Ceremonie du Mariage
de la Princeffe hereditaire de
SuedeUlrique Eleonore, aver
Frederick Prince hereditaire de
HafaCaffel ub page
anmensidanalisa ali
८
al Cette Ceremonic devoit
ſe faire le Dimanche 31. Mars
mais à cause d'une ancienne
remarque qui fait croire en
Suede,que les Mariages con
ſommez au déclin de la Lune
ne ſont pas heureux, l'on remit
la choſe au Jeudy 4. Avril
premier jour de la nouvelle
Lune.
GALANT 227
J
: L'on avoit invité les Senateurs
& Senatrices, les Generaux
d'armée à l'exception de
deux, qui ne fervent plus ,tous
les Officiers & Chambellans
de la Cour , le Colonel &les
Capitaines du Regiment des
Gardes , ils s'affemblerent
dans les appartements de la
Reine , & aprés, le ſouper ,
c'eſt à dire ici à neufheures &
demiedu ſoir,la copulation fo
fit dans la Salle d'Audience do
de cette Princeffe , par l'Archevêque
d'Upſalle nommé
depuis quelques jours à cette
dignité la Princeſſe eſtoitvêtue
e
500-1
228
る
MERCURE
d'un habit de drap d'argent
doublé d'Hermines avec des
agraffes de diamants & autres
pierreries ; fa buſquiere en
étoit garnie depuis le haur jufques
en bas elle avoit un
collier de diamans de prix ; elle
étoit coëffee en cheveux avec
une couronne de diamans' fur
la tête , portant du coſté gauche
un bouquet des mêmes
pierreries , dont le Prince luy
avoit fait preſent. Le Prince
avoit un habit de velours cendré
brodé d'or , toutes les
filles d'honneur de la Princeſſe
eſtoient auſſi vêtuës de blanc.
30
GALANT . 229 558 2
LaCeremonic'eſtant finie à10.
heures&demie , les Senatrices
les Sennaatteeuurrss,les Generaux
leurs femmes & autres perſonanes
de la Cour
complimens aux
Mariez cha
د
firent leurs
- nouveaux
chacun felon fon
rang , aapprreéss quoi tout leemonde
fe retira. Le lendemainVendredi
il y'eût grand bal dans
la Salle du Château ,oùs'affemblent
les Etats du Royaume.
Les Reſidents de France,d'Angleterre
& de Hollande y furent
invitez par l'Introducteur .
des Ambaſſadeurs , de même
quucc toutes les perſonnes de
230 MERCURE
au
conditionde la Cour & de la
Villa.oldet nu םכב wפ ןומ
el Lagſallevéroit tendue des
plus belles tapiſſeriesde laCouronne;
ily avoit dans le fonds
un grand dais dedrapd'argent
avec les Armes de Suede
haut dans le fonds ,&celles de
toutes les Provinces autour en
broderie d'or : à chaque côté
il y avoit un buffer
garni de vaſes , plats , aiguieres
luftres d'argent garnis de
bougies blanches: fous ce dais
étoit une eſtrade élevée de 3 .
marches & couverte de tapis
de Turquie ; elle étoit en forde
cc
&
dais
GALANY. 231
1
1
me de fer à cheval , l'on avoit
mis au milieu une table ronde
avec quatre couverts pour la
Reine, la Princeſſe , le Duc de
Gottorp,&le Prince deCafſel
; auprés de la table de ces
Princes & Princeſſes on avoit
dreſſé deux tables rondes qui
fermoient le fer à cheval. Elles
étoient de vingt couverts chacune
pour les Senateurs &
natrices ; au bas de l'eſtrade
Sedans
l'étenduë de la ſalle , il y
avoit deux autres tables longues
de so. couverts chacune
pour les Dames de la Cour ,
avec deux buffets qui répon232
MERCURE
doient aux deuxautres ci defi
fus : il y avoit dans le même
endroitdeux cheoeurs de mufial
que , & au deſſus unAmphi
theatre pour placer trois cent
perfonnes
A
o
Autour de la falle l'on avoit
conſtruit des loges élovées de
quatre marches pour les per
fonnes de distinction cette
ſale étoit éclairée de 12. grands
luſtres de cryſtal , avec des
bougies jaunes & un rang des
mêmes bougies au deſſus des
loges , ce qui faifoitun tres-bel
effer . và áliobnos
Afix heures du ſoir les Re-
4 fidents
GALANT . 233
ſidents de France , d'Angleterre
& de Hollande ayant fait
leurs complimens à la Reine
à la Princeſſe & au Prince , le
fieur Cronſtroom Inſpecteur
des Ambaſſadeurs pria le premier
d'aller prendre ſa place
qui étoit dans la loge, au côté
droit de la Reine , pour éviter
la competence que le Reſident
d'Angleterre a pretenduë inutilement
en pluſieurs occafions;
le Reſident de Hollande
ſe plaça anprés de celui deFrance
,mais le ſieur Jacqueſon fut
conduit du côté gauche.
A fept heures lon com-
Juin 1715. V
234 MERCURE
mença à fervir les deux ra
bles longues, puis celle de la
Reine ,&fur les huit heures ,
la Reine entra par l'apparte
ment du Roy de Suede , con
duite par le Duc d'Holſtein ,
& la Princeffe avec le Prince
fon Epoux , pat la grande
porte ,precedéedu Maréchal
de laCour &d'un grand
cours d'Officiers & de Dames,
le Maréchal ayant fait un fignal
avec lon bâtond'argent ,
marque de ſa dignité , laMufique
fit filence , un Page fit la
priere ,& la Reine ſe mità ta
con
ble; la Princeſſe ſe plaça àla
GALANT. 23.5
des faudroite
, le Duc de Gottorp à ſa
gauche ,&le Prince de Heffe-
Caffiol prés d'elle fur dest
-teils d'argent: prés de ce dert
nier à la droite étoient les
Comteſſes Oxenstiern , Welling,
Stromberg , Cronhielm ,
- Reenſtiern & Bonde, les Comtes
Cronhielm & Teſſin ; de
l'autre côté les Comteffes Gyllenſtiern
, Lorn , Berentz, Lieneu
, Bord&Gyllenſtolp, avec
les Comtes Horn, Stromberg
&Ferfen. frost
סס סנסל
Il n'y avoit aux deux autres
tables que des Dames, de da
Cour , femmes de Generaux ,
Vij
236 MERCURE
la General Rank & quatre
autres perſonnes de la ſuite
du Prince de Caffel , iln'y cûc
qu'un ſeul ſerviceven ambigu
de tout ce qui pouvoit ſe trouver
de plus exquis cû égard à
la ſaiſon &à la conjoncture ,
tout estoit dirigé pan Malt
Comte Teffin , & fon nom
fuffit pour prouver qu'il ne
manquoit rien au bon goût
& à la belle difpofition La
Reine bût d'abord à la ſanté
des nouveaux Mariez & du
Duc d'Holſtein , puis ſe tournant
vers le Chambellan qui
la fervoir pour s'informer
CADANT. 237
de l'endroit où étoit le Refident
de France ,Elle prit un
grand verre &luy envoya dire
qu'elle buvoit à la Santé du
Roy,la Princeffe , le Duc de
Gottorp & lePrince de Helle-
Caffel firent de mêmes Ils
bûrentenfuite la Santé duRoy
d'Angleterre , puis celle des
Etats Generaux song, mul
Le ſoupé fini , toûjours au
bruit de la Muſique , la Reine
ſe retira dans lachambre voi .
fine pour donner le tems d'ôter
les tables , puis érant ren-
1 trée , le Prince de Heffe & la
Princeffe commencerent lebal
238 MERCURE
qui ne dura que juſques à minuit
, parce que la Reine , qui
ſe trouva un peu mal àcause
den la chaleurh exceffivenda
grand concoursdemonde,fut
obligée de ſe retirer , les nouveaux
mariez la ſuivirent,mais
les autres perſonnes du feftin.
danſerent juſques àdeux heu
res. Pour donner une ſuite
agréable à ces plaiſirs , le Di
manche 7. la Reine fir la noce
d'unede ſes Damesd'honneur,
fille du feu Chancelier Oxenftiern
,& le Jeudi 11 celle de
Mademoiselle Douglas,
de la Ceremonie du Mariage
de la Princeffe hereditaire de
SuedeUlrique Eleonore, aver
Frederick Prince hereditaire de
HafaCaffel ub page
anmensidanalisa ali
८
al Cette Ceremonic devoit
ſe faire le Dimanche 31. Mars
mais à cause d'une ancienne
remarque qui fait croire en
Suede,que les Mariages con
ſommez au déclin de la Lune
ne ſont pas heureux, l'on remit
la choſe au Jeudy 4. Avril
premier jour de la nouvelle
Lune.
GALANT 227
J
: L'on avoit invité les Senateurs
& Senatrices, les Generaux
d'armée à l'exception de
deux, qui ne fervent plus ,tous
les Officiers & Chambellans
de la Cour , le Colonel &les
Capitaines du Regiment des
Gardes , ils s'affemblerent
dans les appartements de la
Reine , & aprés, le ſouper ,
c'eſt à dire ici à neufheures &
demiedu ſoir,la copulation fo
fit dans la Salle d'Audience do
de cette Princeffe , par l'Archevêque
d'Upſalle nommé
depuis quelques jours à cette
dignité la Princeſſe eſtoitvêtue
e
500-1
228
る
MERCURE
d'un habit de drap d'argent
doublé d'Hermines avec des
agraffes de diamants & autres
pierreries ; fa buſquiere en
étoit garnie depuis le haur jufques
en bas elle avoit un
collier de diamans de prix ; elle
étoit coëffee en cheveux avec
une couronne de diamans' fur
la tête , portant du coſté gauche
un bouquet des mêmes
pierreries , dont le Prince luy
avoit fait preſent. Le Prince
avoit un habit de velours cendré
brodé d'or , toutes les
filles d'honneur de la Princeſſe
eſtoient auſſi vêtuës de blanc.
30
GALANT . 229 558 2
LaCeremonic'eſtant finie à10.
heures&demie , les Senatrices
les Sennaatteeuurrss,les Generaux
leurs femmes & autres perſonanes
de la Cour
complimens aux
Mariez cha
د
firent leurs
- nouveaux
chacun felon fon
rang , aapprreéss quoi tout leemonde
fe retira. Le lendemainVendredi
il y'eût grand bal dans
la Salle du Château ,oùs'affemblent
les Etats du Royaume.
Les Reſidents de France,d'Angleterre
& de Hollande y furent
invitez par l'Introducteur .
des Ambaſſadeurs , de même
quucc toutes les perſonnes de
230 MERCURE
au
conditionde la Cour & de la
Villa.oldet nu םכב wפ ןומ
el Lagſallevéroit tendue des
plus belles tapiſſeriesde laCouronne;
ily avoit dans le fonds
un grand dais dedrapd'argent
avec les Armes de Suede
haut dans le fonds ,&celles de
toutes les Provinces autour en
broderie d'or : à chaque côté
il y avoit un buffer
garni de vaſes , plats , aiguieres
luftres d'argent garnis de
bougies blanches: fous ce dais
étoit une eſtrade élevée de 3 .
marches & couverte de tapis
de Turquie ; elle étoit en forde
cc
&
dais
GALANY. 231
1
1
me de fer à cheval , l'on avoit
mis au milieu une table ronde
avec quatre couverts pour la
Reine, la Princeſſe , le Duc de
Gottorp,&le Prince deCafſel
; auprés de la table de ces
Princes & Princeſſes on avoit
dreſſé deux tables rondes qui
fermoient le fer à cheval. Elles
étoient de vingt couverts chacune
pour les Senateurs &
natrices ; au bas de l'eſtrade
Sedans
l'étenduë de la ſalle , il y
avoit deux autres tables longues
de so. couverts chacune
pour les Dames de la Cour ,
avec deux buffets qui répon232
MERCURE
doient aux deuxautres ci defi
fus : il y avoit dans le même
endroitdeux cheoeurs de mufial
que , & au deſſus unAmphi
theatre pour placer trois cent
perfonnes
A
o
Autour de la falle l'on avoit
conſtruit des loges élovées de
quatre marches pour les per
fonnes de distinction cette
ſale étoit éclairée de 12. grands
luſtres de cryſtal , avec des
bougies jaunes & un rang des
mêmes bougies au deſſus des
loges , ce qui faifoitun tres-bel
effer . và áliobnos
Afix heures du ſoir les Re-
4 fidents
GALANT . 233
ſidents de France , d'Angleterre
& de Hollande ayant fait
leurs complimens à la Reine
à la Princeſſe & au Prince , le
fieur Cronſtroom Inſpecteur
des Ambaſſadeurs pria le premier
d'aller prendre ſa place
qui étoit dans la loge, au côté
droit de la Reine , pour éviter
la competence que le Reſident
d'Angleterre a pretenduë inutilement
en pluſieurs occafions;
le Reſident de Hollande
ſe plaça anprés de celui deFrance
,mais le ſieur Jacqueſon fut
conduit du côté gauche.
A fept heures lon com-
Juin 1715. V
234 MERCURE
mença à fervir les deux ra
bles longues, puis celle de la
Reine ,&fur les huit heures ,
la Reine entra par l'apparte
ment du Roy de Suede , con
duite par le Duc d'Holſtein ,
& la Princeffe avec le Prince
fon Epoux , pat la grande
porte ,precedéedu Maréchal
de laCour &d'un grand
cours d'Officiers & de Dames,
le Maréchal ayant fait un fignal
avec lon bâtond'argent ,
marque de ſa dignité , laMufique
fit filence , un Page fit la
priere ,& la Reine ſe mità ta
con
ble; la Princeſſe ſe plaça àla
GALANT. 23.5
des faudroite
, le Duc de Gottorp à ſa
gauche ,&le Prince de Heffe-
Caffiol prés d'elle fur dest
-teils d'argent: prés de ce dert
nier à la droite étoient les
Comteſſes Oxenstiern , Welling,
Stromberg , Cronhielm ,
- Reenſtiern & Bonde, les Comtes
Cronhielm & Teſſin ; de
l'autre côté les Comteffes Gyllenſtiern
, Lorn , Berentz, Lieneu
, Bord&Gyllenſtolp, avec
les Comtes Horn, Stromberg
&Ferfen. frost
סס סנסל
Il n'y avoit aux deux autres
tables que des Dames, de da
Cour , femmes de Generaux ,
Vij
236 MERCURE
la General Rank & quatre
autres perſonnes de la ſuite
du Prince de Caffel , iln'y cûc
qu'un ſeul ſerviceven ambigu
de tout ce qui pouvoit ſe trouver
de plus exquis cû égard à
la ſaiſon &à la conjoncture ,
tout estoit dirigé pan Malt
Comte Teffin , & fon nom
fuffit pour prouver qu'il ne
manquoit rien au bon goût
& à la belle difpofition La
Reine bût d'abord à la ſanté
des nouveaux Mariez & du
Duc d'Holſtein , puis ſe tournant
vers le Chambellan qui
la fervoir pour s'informer
CADANT. 237
de l'endroit où étoit le Refident
de France ,Elle prit un
grand verre &luy envoya dire
qu'elle buvoit à la Santé du
Roy,la Princeffe , le Duc de
Gottorp & lePrince de Helle-
Caffel firent de mêmes Ils
bûrentenfuite la Santé duRoy
d'Angleterre , puis celle des
Etats Generaux song, mul
Le ſoupé fini , toûjours au
bruit de la Muſique , la Reine
ſe retira dans lachambre voi .
fine pour donner le tems d'ôter
les tables , puis érant ren-
1 trée , le Prince de Heffe & la
Princeffe commencerent lebal
238 MERCURE
qui ne dura que juſques à minuit
, parce que la Reine , qui
ſe trouva un peu mal àcause
den la chaleurh exceffivenda
grand concoursdemonde,fut
obligée de ſe retirer , les nouveaux
mariez la ſuivirent,mais
les autres perſonnes du feftin.
danſerent juſques àdeux heu
res. Pour donner une ſuite
agréable à ces plaiſirs , le Di
manche 7. la Reine fir la noce
d'unede ſes Damesd'honneur,
fille du feu Chancelier Oxenftiern
,& le Jeudi 11 celle de
Mademoiselle Douglas,
Fermer
1067
p. 263-284
Journal historique & curieux des nouvelles de la Cour. [titre d'après la table]
Début :
Le premier de ce mois le Roy revint de Marly à Versailles, [...]
Mots clefs :
Dames, Duchesse, Abbé, Roi, Cardinal, Duchesse de Berry, Duc d'Orléans, Chapelle, Cour, Dames
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal historique & curieux des nouvelles de la Cour. [titre d'après la table]
Le premier de ce mois leRoy
revint de Marly à Verſailles ,
Madame la Ducheſſe de Berry
en revint auſſi , accompagnée
de Meſdames les Ducheſſes de
Chaulnes & de Louvigny , des
Marquiſes de Coëtenfao , de
Clermont , de Pons , de la
Vrilliere , de S. Germain , de
Tonnerre , de Montſoreau, de
la Rochepot , de Châtillon, &
de pluſieurs autres . Le ſoir au
ſoupé le nombre des Dames
fut fi grand , que lorſque le
GALANT. 269
Roy voulut entrer dans fon
Appartement il les trouva
rangées juſques dans l'antichambre
, n'ayant pû tenir
dans ſa chambre. Le 3. il y cût
pluſieursEvêques au levé, aprés
Jequel les Députez de Hambourg
eurent Audience du
Roy dans ſon cabinet , où ils
furent introduits par le fieur
Merlin. Aprés le dîné leClergé
qui étoit composé de trentedeuxArchevêques
ouEvêques,
de trente- deux Deputez du ſecond
ordre , des Agents & Sccretaires
, precedez de M. le
Marquis de Dreux, grandMai-
Zitj
270 MERCURE
tre des Ceremonies , & de M.
Delgranges, Maître desCeremonies
, fut preſenté par M.
de Pontchartrain au Roy;M.
l'Archevêque d'Alby porta la
parole , & harangua Sa Majeſté
avec beaucoup d'éloquenco;
il fit en peu de mots l'hiftoire
de ſa vie : c'eſt pour la
quatrième fois que ce Prelat
qui eſt un des 40. de l'Acadé
mie Françoiſe,harangue S. M.
à la tête du Clergé ; auſſi a-t- il
toutes les fois receu un applaudiffement
general de toute la
Cour. LeClergé alla enfuite
chez M. le Dauphin qui l'at.
GALANT. 271
tendoit dans l'Appartementde
fcuë Madame la Dauphine, où
le même Prelat harangua ce
Prince pour la premiere fois ;
jenevous rapporte pas cesHarangues
,parce que le Clergé
les a trouvé fi belles, qu'il a demandé
à M. l'Archevêque
d'Alby la permiffion de les faire
imprimer. Le même jour à
fix heures du foir , le Roy alla
ſe promener dans le parc , accompagné
deMadame la Ducheffe
de Berry , qui avoit avec
elleune vingtaine de Dames.
M. le Duc d'Orleans marchoit
auſſi à coſtédu Roy. Le 4. il y
Ziij
272 MERCURE
cût l'aprés diſnée un Confeil
extraordinaire , où le Roi &
tous les Miniftres fe trouverent
; on y appella M. l'Abbé
Bignon, Meffieurs le Pelletier,
de la Bourdonnaye , d'Argenfon,
Conſeillers d'Etat ,&un
Maistre des Requeſtes pour
faire le rapport : ce futau ſujet
d'une Requête que les Jeſuitos
avoient preſentée auRoi ,dans
laquelle ils demandoient qu'il
leur fût permis d'heriter, comme
les Peres de l'Oratoire , ou
dumoinsqu'en cas qu'ils vinf
ſent à fortir de la Societé , ils
puſſente rentrer dans leurs
GADANK . 273
biens .Ils obtintent qu'ils heristeroient
; mais à condition
qu'ils feroient leursvoeux àl'agede
33.ans , & que s'ils par
foient ce tems ſans les faire, il
ne leur feroit plus permis de
fucceder. Le foir à fixheuresle
Roi alla à la promenade , Madame
la Duchefile deBerry accompagnée
d'un grand nombre
de Dames l'alla joindre
dans le para ; les carrioles fuivirent
les Dames , afin que ,
quand elles ſeroient laffes ,elles
puffent fe faire traîner de même
que le Roi , qui eſt ſur un
fauteüil à trois rouës qu'il con.
274 MERCURE
duit lui-même , & qui eft par
derriere pouffé pardeux Suif
fes. M. le Ducd'Orleans marchoit
toûjours à colté de Sa
Majeſté. La promenade finie
Madame la Ducheſſe deBerry
rentra dans fon appartement
, fuivie de toutes les
Dames ; les Seigneurs de la
Cour s'y rendirent , & l'on
commença le jeu qui dura jul
ques à 10. heures ; ce qui a
toûjours eſté de même pent
dant tout le ſéjour que laCout
a- fait à Verfailles. Le 6. le
Roy alla dîner à Trianon, Le
7. pendant le dînédu Roy il y
GALANT. 275
eût un tres -beau concert dans
la cour de marbre ,pour la
reception de Filidor le fils qui
fut receu Timbalier des plaifirs
du Roy , il y avoit plufieurs
trompettes , flutes douces
,haut bois , violons ,baffes
deviole ,& autres fortes d'inf-
*truments qui joüerent de fort
beaux airs . Le 8. veille de la
Pentecofte , le Roy ſe rendit
à to heures du matin à la
Chapelle, revêtu de l'habit ,
manteau,& collier de l'Ordre,
il y communia par les mains
de M. le Cardinal de Rohan
Grand Aumônier , les coins
26
276 MERCURE
6
de la nappe de communion
furent tenus du coſté de l'Autel
par M. l'Abbé de Sourches,
& par M. l'Abbé d'Argentté
ſes Aumoſniers . Du coſté de
S. M. par M. le Prince de
Dombes , &par M. le Comte
d'Eu. Le Roy aprés avoir en
tendu une ſeconde Meſſe , ſe
rendit dans la Gallerie des
Princes , où il toucha plus de
mille malades ,& l'apreſdinée
àdeux heures &demie , il ſe
rendit à la Chapelle pour y
entendre les Veſpres qui furent
chantées par la muſique :
il avoit d'un coſté , Madame la
GALANT. 277
Ducheffe de Berry, Meſdemoifelles
de Charollois , & de
Clermont &de l'autre M.
le Duc d'Orleans , M. le Prince
deConty , M. le Prince de
Dombes , & M. le Comte
d'Eu à coté du Prié Dicu
fur la droite eſtoit M. le Car
dinal de Rohan Grand Aumoſnier
, en foutanne , &
manteau long couleur de feu ,
M. l'Abbé de Sourches , &
M. l'Abbé d'Argentré Aumoſniers
en habits longs ; fur
la gauche M. le Cardinal de
Polignac auffi en foutanne ,
&manteau long couleur de
278 MERCURE
feu ; M. l'Abbé de Caftres ,&
M.l'Abbé deRougetAumofniers
de Madame la Ducheffe
deBerry , eſtoient auſſi en habits
longs entre le Prié - Dieu
duRoy& cette Princeffe.Der
riere le Roy eſtoit M. le Duc
de Charroft , Capitaine des
Gardes ; derriere Madame la
Ducheſſe de Berry , Madame
la Duchefſe de S. Simon fa
Dame d'Honneur ,&derriere
M. le Duc d'Orleans , M. le
Marquis d'Eſtampes fon Capitaine
desGardes. Le9 . jour
de la Pentecofte , Madame la
Ducheſſede Berry ſe rendit à
GALANT. 279
onzeheuresdu matin à la Chapelle
pour y faire ſes devotions,
les coins de la nappe de
communion furent tenus du
coſté droit par M. l'Abbé de
Rouget fon Aumofnier , &
par Madame la Ducheſſe de
S. Simon ſa Damed'Honneur,
du coſté gauche par M. l'Abbé
Davejan , & par Madame
la Ducheſſe de Louvigny. Le
Royſe rendit auffi à onzeheures
& demie à la Chapelle ,
revêtu de l'habit de l'Ordre ,
precedé de M. le Duc d'Orleans
, des Princes & Chevaliers
de l'Ordre tous en ha280
MERCURE
A
bits de ceremonie pour y entendre
la Meſſe qui fut chantée
en Muſique. Le Roy retourna
encore à deux heures
&demic à laChapelle , accom
pagnéde Madame la Ducheſſe
de Berry , deM. le Ducd'Or-
Icans , deMadame la Princeſſe,
des Princes ,&Princeſſes pour
y entendre le ſermon de M.
l'Abbé Hardoüin , que M. le
Dauphin entendit aufli à coſté
du Roy ; on entendit enſuite
les Vepres qui furent chantées
par la Muſique , chacun Le plaça
felon ſon rang comme le
jour precedent. Madame la
Ducheffe
GALANT. 281
Duchefle deTalard fit la queſte
ce jour-là.
On ſçut que la veille le Roy
avoit donné l'Abbaye de faint
Vaaſt d'Arras à M. le Cardinal
de Rohan , & celle d'Anchin
àM. le Cardinal de Polignac
, l'Abbaye aux Bois à
Madame deHarlay,celle deBagnols
à Madame deClefmes ,
celle des Alloys à Madame Pichon
, celle de ſaint Jeoire à
Madame du Baye,& le Prieuré
deChaſteau- Thierry à Madamede
Beaulieu.
Le dix aprés le levé S. M.
trouva à l'entrée du cabinet
Juin1715. Aa
282
1
MERCURE
M. l'Evêque de Meaux qu'il fit
entrer. Ge Prelat s'étant baillé
ôta ſa calote & le Roy lui
mitlacaloterouge ſur la teſte,
&l'embraſla ; cette Eminence
parut enſuite à la Mefle aveç
la calore rouge & fans Croix ,
ayant ofté celle d'Evêque qu'il
porroit auparavant. Lo 1.le
General des Benedictins eûraudience
du Roy dans ſon cabi,
net aprés le levé , il y cût ce
jour là quantité d'Etrangers ,
tous les Ambaſſadeurs y
étoient , de même que plur
fieurs Evêques, le nombre des
Courtulans for fi grand , qu'à
LA
1
GALANT. 285
peine pouvoient- ils tenir dans
la Tribune. Madame l'Ambaſſadriced
Hollande , &Mademoiſelle
ſa fille allerent àmi
di à la toilette de Madame la
Ducheffe de Berry poù ily cûc
grand nombre de Dames ,M.
le Maréchal de Villeroy &
pluſieurs autres Seigneurs y
étoient auffi. Le 12 il y cût
une tres belle ſymphoniepen
dant le dîné du Roy qui partic
à trois heures pour Marly.
Madame la Ducheſſe de Berry
partit à fix heures , emmena
avec elle dans ſon carroffe
Mesdames les Duchefles de
Aaij
284 MERCURE
S. Simon & de Chaulnes ,&
trois autres Dames; les autres
ſe mirent dans les carroffes de
cette Princeffe qui tiendra le
falon pendant le ſéjour deMar
ly ; on doit chaffer les Lundy,
Jeudy& Samedy ; cette Prin
cellc accompagnera le Roy
avec toutes les Dames à cheval
vetuës en Amazones comme
ellentedand
revint de Marly à Verſailles ,
Madame la Ducheſſe de Berry
en revint auſſi , accompagnée
de Meſdames les Ducheſſes de
Chaulnes & de Louvigny , des
Marquiſes de Coëtenfao , de
Clermont , de Pons , de la
Vrilliere , de S. Germain , de
Tonnerre , de Montſoreau, de
la Rochepot , de Châtillon, &
de pluſieurs autres . Le ſoir au
ſoupé le nombre des Dames
fut fi grand , que lorſque le
GALANT. 269
Roy voulut entrer dans fon
Appartement il les trouva
rangées juſques dans l'antichambre
, n'ayant pû tenir
dans ſa chambre. Le 3. il y cût
pluſieursEvêques au levé, aprés
Jequel les Députez de Hambourg
eurent Audience du
Roy dans ſon cabinet , où ils
furent introduits par le fieur
Merlin. Aprés le dîné leClergé
qui étoit composé de trentedeuxArchevêques
ouEvêques,
de trente- deux Deputez du ſecond
ordre , des Agents & Sccretaires
, precedez de M. le
Marquis de Dreux, grandMai-
Zitj
270 MERCURE
tre des Ceremonies , & de M.
Delgranges, Maître desCeremonies
, fut preſenté par M.
de Pontchartrain au Roy;M.
l'Archevêque d'Alby porta la
parole , & harangua Sa Majeſté
avec beaucoup d'éloquenco;
il fit en peu de mots l'hiftoire
de ſa vie : c'eſt pour la
quatrième fois que ce Prelat
qui eſt un des 40. de l'Acadé
mie Françoiſe,harangue S. M.
à la tête du Clergé ; auſſi a-t- il
toutes les fois receu un applaudiffement
general de toute la
Cour. LeClergé alla enfuite
chez M. le Dauphin qui l'at.
GALANT. 271
tendoit dans l'Appartementde
fcuë Madame la Dauphine, où
le même Prelat harangua ce
Prince pour la premiere fois ;
jenevous rapporte pas cesHarangues
,parce que le Clergé
les a trouvé fi belles, qu'il a demandé
à M. l'Archevêque
d'Alby la permiffion de les faire
imprimer. Le même jour à
fix heures du foir , le Roy alla
ſe promener dans le parc , accompagné
deMadame la Ducheffe
de Berry , qui avoit avec
elleune vingtaine de Dames.
M. le Duc d'Orleans marchoit
auſſi à coſtédu Roy. Le 4. il y
Ziij
272 MERCURE
cût l'aprés diſnée un Confeil
extraordinaire , où le Roi &
tous les Miniftres fe trouverent
; on y appella M. l'Abbé
Bignon, Meffieurs le Pelletier,
de la Bourdonnaye , d'Argenfon,
Conſeillers d'Etat ,&un
Maistre des Requeſtes pour
faire le rapport : ce futau ſujet
d'une Requête que les Jeſuitos
avoient preſentée auRoi ,dans
laquelle ils demandoient qu'il
leur fût permis d'heriter, comme
les Peres de l'Oratoire , ou
dumoinsqu'en cas qu'ils vinf
ſent à fortir de la Societé , ils
puſſente rentrer dans leurs
GADANK . 273
biens .Ils obtintent qu'ils heristeroient
; mais à condition
qu'ils feroient leursvoeux àl'agede
33.ans , & que s'ils par
foient ce tems ſans les faire, il
ne leur feroit plus permis de
fucceder. Le foir à fixheuresle
Roi alla à la promenade , Madame
la Duchefile deBerry accompagnée
d'un grand nombre
de Dames l'alla joindre
dans le para ; les carrioles fuivirent
les Dames , afin que ,
quand elles ſeroient laffes ,elles
puffent fe faire traîner de même
que le Roi , qui eſt ſur un
fauteüil à trois rouës qu'il con.
274 MERCURE
duit lui-même , & qui eft par
derriere pouffé pardeux Suif
fes. M. le Ducd'Orleans marchoit
toûjours à colté de Sa
Majeſté. La promenade finie
Madame la Ducheſſe deBerry
rentra dans fon appartement
, fuivie de toutes les
Dames ; les Seigneurs de la
Cour s'y rendirent , & l'on
commença le jeu qui dura jul
ques à 10. heures ; ce qui a
toûjours eſté de même pent
dant tout le ſéjour que laCout
a- fait à Verfailles. Le 6. le
Roy alla dîner à Trianon, Le
7. pendant le dînédu Roy il y
GALANT. 275
eût un tres -beau concert dans
la cour de marbre ,pour la
reception de Filidor le fils qui
fut receu Timbalier des plaifirs
du Roy , il y avoit plufieurs
trompettes , flutes douces
,haut bois , violons ,baffes
deviole ,& autres fortes d'inf-
*truments qui joüerent de fort
beaux airs . Le 8. veille de la
Pentecofte , le Roy ſe rendit
à to heures du matin à la
Chapelle, revêtu de l'habit ,
manteau,& collier de l'Ordre,
il y communia par les mains
de M. le Cardinal de Rohan
Grand Aumônier , les coins
26
276 MERCURE
6
de la nappe de communion
furent tenus du coſté de l'Autel
par M. l'Abbé de Sourches,
& par M. l'Abbé d'Argentté
ſes Aumoſniers . Du coſté de
S. M. par M. le Prince de
Dombes , &par M. le Comte
d'Eu. Le Roy aprés avoir en
tendu une ſeconde Meſſe , ſe
rendit dans la Gallerie des
Princes , où il toucha plus de
mille malades ,& l'apreſdinée
àdeux heures &demie , il ſe
rendit à la Chapelle pour y
entendre les Veſpres qui furent
chantées par la muſique :
il avoit d'un coſté , Madame la
GALANT. 277
Ducheffe de Berry, Meſdemoifelles
de Charollois , & de
Clermont &de l'autre M.
le Duc d'Orleans , M. le Prince
deConty , M. le Prince de
Dombes , & M. le Comte
d'Eu à coté du Prié Dicu
fur la droite eſtoit M. le Car
dinal de Rohan Grand Aumoſnier
, en foutanne , &
manteau long couleur de feu ,
M. l'Abbé de Sourches , &
M. l'Abbé d'Argentré Aumoſniers
en habits longs ; fur
la gauche M. le Cardinal de
Polignac auffi en foutanne ,
&manteau long couleur de
278 MERCURE
feu ; M. l'Abbé de Caftres ,&
M.l'Abbé deRougetAumofniers
de Madame la Ducheffe
deBerry , eſtoient auſſi en habits
longs entre le Prié - Dieu
duRoy& cette Princeffe.Der
riere le Roy eſtoit M. le Duc
de Charroft , Capitaine des
Gardes ; derriere Madame la
Ducheſſe de Berry , Madame
la Duchefſe de S. Simon fa
Dame d'Honneur ,&derriere
M. le Duc d'Orleans , M. le
Marquis d'Eſtampes fon Capitaine
desGardes. Le9 . jour
de la Pentecofte , Madame la
Ducheſſede Berry ſe rendit à
GALANT. 279
onzeheuresdu matin à la Chapelle
pour y faire ſes devotions,
les coins de la nappe de
communion furent tenus du
coſté droit par M. l'Abbé de
Rouget fon Aumofnier , &
par Madame la Ducheſſe de
S. Simon ſa Damed'Honneur,
du coſté gauche par M. l'Abbé
Davejan , & par Madame
la Ducheſſe de Louvigny. Le
Royſe rendit auffi à onzeheures
& demie à la Chapelle ,
revêtu de l'habit de l'Ordre ,
precedé de M. le Duc d'Orleans
, des Princes & Chevaliers
de l'Ordre tous en ha280
MERCURE
A
bits de ceremonie pour y entendre
la Meſſe qui fut chantée
en Muſique. Le Roy retourna
encore à deux heures
&demic à laChapelle , accom
pagnéde Madame la Ducheſſe
de Berry , deM. le Ducd'Or-
Icans , deMadame la Princeſſe,
des Princes ,&Princeſſes pour
y entendre le ſermon de M.
l'Abbé Hardoüin , que M. le
Dauphin entendit aufli à coſté
du Roy ; on entendit enſuite
les Vepres qui furent chantées
par la Muſique , chacun Le plaça
felon ſon rang comme le
jour precedent. Madame la
Ducheffe
GALANT. 281
Duchefle deTalard fit la queſte
ce jour-là.
On ſçut que la veille le Roy
avoit donné l'Abbaye de faint
Vaaſt d'Arras à M. le Cardinal
de Rohan , & celle d'Anchin
àM. le Cardinal de Polignac
, l'Abbaye aux Bois à
Madame deHarlay,celle deBagnols
à Madame deClefmes ,
celle des Alloys à Madame Pichon
, celle de ſaint Jeoire à
Madame du Baye,& le Prieuré
deChaſteau- Thierry à Madamede
Beaulieu.
Le dix aprés le levé S. M.
trouva à l'entrée du cabinet
Juin1715. Aa
282
1
MERCURE
M. l'Evêque de Meaux qu'il fit
entrer. Ge Prelat s'étant baillé
ôta ſa calote & le Roy lui
mitlacaloterouge ſur la teſte,
&l'embraſla ; cette Eminence
parut enſuite à la Mefle aveç
la calore rouge & fans Croix ,
ayant ofté celle d'Evêque qu'il
porroit auparavant. Lo 1.le
General des Benedictins eûraudience
du Roy dans ſon cabi,
net aprés le levé , il y cût ce
jour là quantité d'Etrangers ,
tous les Ambaſſadeurs y
étoient , de même que plur
fieurs Evêques, le nombre des
Courtulans for fi grand , qu'à
LA
1
GALANT. 285
peine pouvoient- ils tenir dans
la Tribune. Madame l'Ambaſſadriced
Hollande , &Mademoiſelle
ſa fille allerent àmi
di à la toilette de Madame la
Ducheffe de Berry poù ily cûc
grand nombre de Dames ,M.
le Maréchal de Villeroy &
pluſieurs autres Seigneurs y
étoient auffi. Le 12 il y cût
une tres belle ſymphoniepen
dant le dîné du Roy qui partic
à trois heures pour Marly.
Madame la Ducheſſe de Berry
partit à fix heures , emmena
avec elle dans ſon carroffe
Mesdames les Duchefles de
Aaij
284 MERCURE
S. Simon & de Chaulnes ,&
trois autres Dames; les autres
ſe mirent dans les carroffes de
cette Princeffe qui tiendra le
falon pendant le ſéjour deMar
ly ; on doit chaffer les Lundy,
Jeudy& Samedy ; cette Prin
cellc accompagnera le Roy
avec toutes les Dames à cheval
vetuës en Amazones comme
ellentedand
Fermer
1068
p. 284-290
De Paris.
Début :
Le Jeudy 6. de ce mois à neuf heures du matin l'Assemblée [...]
Mots clefs :
Commissaires, Assemblée, Prince, Roi, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris.
TuoqueDeParisinalak t
Le Jeudy 6. de ce mois à
neufheures du matin l'Affembléedu
Clergé qui ſe tient au
Convent des Grands Auguf
GALANT
tins , ayant eſté avertic que
Meſſieurs lesCommiflaires du
Royeſtoient arrivez , M. l'Archevêque
de Narbonne,Prefident,
a nommé M. l'Archevêqued'Aix
,Meffieurs lesEvê
ques d'Orleans,d'Avranches ,
de Sarlat ,d'Agde , d'Auxerre,
de Noyon , de Marſeille ,de
Seez , & de Lavaur ; & Mefſieurs
les Abbez de Rochebon
ne , Deſmaretz , d'Avaugour
de Roüillé , de Cathelan , de
Sommery , de S. Andiol d'Oppede
, de Maniban , &
Chavigny , pour aller les rece.d
voir ,ce qu'ils ont fait à l'en
de
286 MERCURE
trée de l'aîle du Cloiſtre qui
eſt prés de la porte de l'Eglife
qui va au Sanctuaire .
Dans la marche chaqua
Commiſſaireeſtoit entre deux
Evêques & deux Députez du
ſecond ordre. Eſtants entrez
dans la Salle de l'Aſſemblée ils
ſe ſont placez dans des fau
teils qui leur avoient eſté
preparez vis à vis des Prefi
dents de l'Aſſemblée...
Make Pelletier qui estoit le
plus ancien des Commiſſaires
a porté la parole & a fait un
diſcours tres éloquent auquel
M. l'Archevêque de Narbon
GALANT. 287
ne a répondu en des termes
tres convenables à la dignité
de l'Affemblée 43
cupEnfuite Meffieurs les
Commiſſaires du Roy , qui
eſtoientMeffieurs le Pelletier,
Dagueſſeau , de Pontchartrain,
Defmaretz ,& le Goux
de la Berchere de la Rochepot
font fortis ,& ont eſté recon
duits par les meſmes perſonnes
&avec les meſmes honneurs
qu'ils avoient receus en arrivant.
1 Le 13. Meſſieurs les mêmes
Commiffaires du Roy ont retourné
à l'Aſſemblée , où ils
288 MERCURE
-
ont eſté receus par les mefmes
perſonnes & de la mefme
maniere que lors qu'ils y
eſtoient allez la premiere fois.
Monfieur le Pelletier a fait au
nom du Roy , la demande
de douze millions de dongratuit
:Meſſieurs les Commiſſaires
du Roy s'eftant enſuite
retirez dans une des fallesde
la maiſon , l'Aſſemblée a deli
beré d'accorder au Roy ledon
gratuit de douze millions ,
&Meſſieurs les Deputez qui
avoient eſté audevant de
Meſſieurs les Commiſſaires du
Roy , ont eſté les informer
dc
GALANT. 289
de la déliberation que laCompagnie
venoit de rendre tout
d'une voix, pour donner des
marques de ſon empreſſement
& de fon zele pour le ſervice
de Sa Majeſté.
Le Prince Royal de Pologne
, partitle 15. de ce mois
pour aller viſiter les Villes les
plus confiderables du Royaume.
Ce Prince a receu de Sa
Majefté d'éclatantes marques
de ſon eſtime & de ſa tendreſſe
, & quelques jours
avant fon départ , une épée
enrichie de diamants d'un tres
grand prix . Je ne vous diray
Juin 1715 . Bb
:
290 MERCURE
:
qu'une fimple verité à la
loüange de ce Prince ; & cette
verité fera par tout fon éloge
comme icy , c'est qu'il s'eſt
fait univerfellement estimer
& aimer , & qu'il est forti de
cetteVille , reſpecté , confideré
,®retté de tout le
monde.
M.le Palatin de Livonie
GrandMaître de ſa maiſon ,
un des plus illuftres & des plus
grands Seigneurs de Pologne
partit avec luy ,après avoir
rempli la Cour & la Ville d'unetres
juſte& haute idée de
fes vertus
Le Jeudy 6. de ce mois à
neufheures du matin l'Affembléedu
Clergé qui ſe tient au
Convent des Grands Auguf
GALANT
tins , ayant eſté avertic que
Meſſieurs lesCommiflaires du
Royeſtoient arrivez , M. l'Archevêque
de Narbonne,Prefident,
a nommé M. l'Archevêqued'Aix
,Meffieurs lesEvê
ques d'Orleans,d'Avranches ,
de Sarlat ,d'Agde , d'Auxerre,
de Noyon , de Marſeille ,de
Seez , & de Lavaur ; & Mefſieurs
les Abbez de Rochebon
ne , Deſmaretz , d'Avaugour
de Roüillé , de Cathelan , de
Sommery , de S. Andiol d'Oppede
, de Maniban , &
Chavigny , pour aller les rece.d
voir ,ce qu'ils ont fait à l'en
de
286 MERCURE
trée de l'aîle du Cloiſtre qui
eſt prés de la porte de l'Eglife
qui va au Sanctuaire .
Dans la marche chaqua
Commiſſaireeſtoit entre deux
Evêques & deux Députez du
ſecond ordre. Eſtants entrez
dans la Salle de l'Aſſemblée ils
ſe ſont placez dans des fau
teils qui leur avoient eſté
preparez vis à vis des Prefi
dents de l'Aſſemblée...
Make Pelletier qui estoit le
plus ancien des Commiſſaires
a porté la parole & a fait un
diſcours tres éloquent auquel
M. l'Archevêque de Narbon
GALANT. 287
ne a répondu en des termes
tres convenables à la dignité
de l'Affemblée 43
cupEnfuite Meffieurs les
Commiſſaires du Roy , qui
eſtoientMeffieurs le Pelletier,
Dagueſſeau , de Pontchartrain,
Defmaretz ,& le Goux
de la Berchere de la Rochepot
font fortis ,& ont eſté recon
duits par les meſmes perſonnes
&avec les meſmes honneurs
qu'ils avoient receus en arrivant.
1 Le 13. Meſſieurs les mêmes
Commiffaires du Roy ont retourné
à l'Aſſemblée , où ils
288 MERCURE
-
ont eſté receus par les mefmes
perſonnes & de la mefme
maniere que lors qu'ils y
eſtoient allez la premiere fois.
Monfieur le Pelletier a fait au
nom du Roy , la demande
de douze millions de dongratuit
:Meſſieurs les Commiſſaires
du Roy s'eftant enſuite
retirez dans une des fallesde
la maiſon , l'Aſſemblée a deli
beré d'accorder au Roy ledon
gratuit de douze millions ,
&Meſſieurs les Deputez qui
avoient eſté audevant de
Meſſieurs les Commiſſaires du
Roy , ont eſté les informer
dc
GALANT. 289
de la déliberation que laCompagnie
venoit de rendre tout
d'une voix, pour donner des
marques de ſon empreſſement
& de fon zele pour le ſervice
de Sa Majeſté.
Le Prince Royal de Pologne
, partitle 15. de ce mois
pour aller viſiter les Villes les
plus confiderables du Royaume.
Ce Prince a receu de Sa
Majefté d'éclatantes marques
de ſon eſtime & de ſa tendreſſe
, & quelques jours
avant fon départ , une épée
enrichie de diamants d'un tres
grand prix . Je ne vous diray
Juin 1715 . Bb
:
290 MERCURE
:
qu'une fimple verité à la
loüange de ce Prince ; & cette
verité fera par tout fon éloge
comme icy , c'est qu'il s'eſt
fait univerfellement estimer
& aimer , & qu'il est forti de
cetteVille , reſpecté , confideré
,®retté de tout le
monde.
M.le Palatin de Livonie
GrandMaître de ſa maiſon ,
un des plus illuftres & des plus
grands Seigneurs de Pologne
partit avec luy ,après avoir
rempli la Cour & la Ville d'unetres
juſte& haute idée de
fes vertus
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1069
p. 8-49
Lettre d'un Gentilhomme Piémontois, à l'Auteur du Mercure Galant.
Début :
Trouvez bon, Monsieur, qu'en retour de ces nouvelles écrites [...]
Mots clefs :
Prince, Ambassadeur, Roi, Marquis, Gentilshommes, Ministre, Carosse, Princes, Prince du Piémont, Honneur, Audience, Palais, Armes, Dame, Comte, Maître des cérémonies, Chevaux, Turin, Gouverneur, Sang, Ambassadrice, Ministre, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'un Gentilhomme Piémontois, à l'Auteur du Mercure Galant.
Lettre d'unGentilhomme
Piémoncoisjà l'Auteur
du Mercure Galant. -:,
Trouvezbon
,
Monsieur ,
cjuen retour de ces nouvelles
écritesavec tant d'agrément
,
~gr dont vous nous rt'gale"o\, tous
les mois ,je vousfejjt part de ce
qui vient de fepajjerà nosjeux
dans la Capitale du Piémont;
je v&txparkr de.Fenaéed&^Mï
4lrquis de Prie, jémbajfii-
>ieur duRoy Tres- Chrestien auïjrréï
du Roy de Sicile, notre Souiverain
, & de la premitre
diense publiéeque ce Princea
-
donnée à ce Ministre,
-
L'onziémede ce mois jourJeftinépour
l'Entréedel'Ambassa-
Jtur-de F"lc'nce" ce Seigneurenvoyadésle
matinsescarrosses &
sa tivre": à la cense du Tresorier
Ferrero
,
éloignéedeTurind'env
ironunedemie lieuësituéesur le
grand chemin de Rivoles, d'où
ildevoit commencersamarche.
L'Ambassadeur s'y rendit
incognito sur les deux heutts
&demie aprèsmidy. Ungrand
nombre de personnes de qualité
malgré la pluye qui suivant ,
s'étoit avancé en carrosses jujl
qu'à cette cense, pourvoirlecommencement
de la marche. J'étoit
du nombre cm j'observay avec
":/f'{ de soin tout ce qui se passi)
pour pouvoir me' flatter de vous
enenvoyer unerelationexacte.
Nous vîmes arriver d'abord
un grand nombre de carrojjes asîx
chevaux
,
à la tête deje^uels
étoient les carrosses du Roy
,
dela
Reine
,
de Madame Royale, de
M. le Prince de Piémont, des
Princes de la Aiaijon de Cartgnanceux
de l'Ambassadeur.
Ce Ministre fut complimenté en
même temps de la part des Princes
,
des Princesses, des Ministres
, (si desprincipaux Seigneurs
de cette Cour, auxquels il avait
donnépart de son arrivée ~(y* du
jourdeson entrée.
• A quatre heures & demie,
arriva le Marquis de Carail
Gouverneur de Turin
,
l'un des
anciens Chevaliers de l'O dre de
l'Annonciade
, & nommé parle
Roy pouraccompagnerl*Amb*f$adeurd;
Franceyajon Entrée éi à
son Audiance; il étoit dans le
carrosse du Corps,&ilji avoit
dansle mêmecarrosseleMarquis
Dangrone,Maître des CeremO*f'
nies,ou Introducteur de, Ambajpt*
deurs, quatre Valet de pied du
Roy marchoientà coté desportéeles
3
le carrossede laReine suivoit
celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui faisoit la fonction
de Sous Introducteur,était dans
cefcend carrojje; ces Mclfieurs,
arrivant trouvèrentunenombreux
se&magniifquelivrée de t'Am-.
baBidiur
, ~e ils furent reçus
à la descente deson carosseparla
samilianobile; c'est- à-direpar
lesEcuyers,les Gentilshommes.,
les Sertiaires. & lesprincipaux
Officiers de la Maison de l'Am..
bassadeur.
CeMinistre receut le Marqui»s
deCarail à la moitié du vefiibule>
ille conduisit dans sonAppartement
qui étoit à rez de chaujJér
& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il lui donna
le pas & la main yf>ry appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, l'Ambassadeur surune
autre, dans lamême ligne cm, le
Maître des Cérémonies sur la
troisiéme, mais qui étoit un peu
reculée ; ils nefurent qu'un moment
dans cet appartement, &
après les Complimensordinaires,
ils en sortirent pour monter en
carroBe: j'observay qu'ensortant
le Marquis de Carail donna le
pas ~ey la main à l'Ambassadeur:
ce Ministre monta lepremier dans
le carosse du Corps, ilse mit dans
le fond à la droite )& à la premiereplace
,le Marquis lesuivit
&se mitsurlemêmefondàsa
gauche, & à la seconde place,
leMaistre des Ceremoniessemit
surlesécondfond,àlatroisieme
place cm vis-à vis tArnbajJadeur,
~& le Comte de Buciloccupa
3la quatrième ~& vis-à-vis du
Marquis de Carail.
LI'$ Gentilshommes de l'Amhajjadeur
ses Secrétaires
,
son
Aumosnier Ë7 les principaux
Officiers desamaisons placerent
dansles carojjes de la Reine,de
MadameRoyale du Prince
de Piémont, ~e la marche commença
dans l'ordresuivant.
On vit d'abord le carrojje du
Marquis de Carail
, qui étoit
charge,comme j'ay eu l'honneur
de vous dire, de la conduite de
UmbaJJadeur:venaient enfuite
dix. huit Valets de pied de ce Ministre.
,
qui marchaient à pied
deuxàJeux
,
f*ijôkntunetrésgrandefile,
cette livréeétoitparse
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvoient donnerplusd'éclat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de i'.Ambalfi.
deurveslu magnifiquement&fur
untrès beau cheval dont le bar.
nois étoit riche
,
paroijjoitala
têtedesixPages iaujjtàcheval,
{ouverts de'la livréede .t¿mbaBadeur,
quiétoit hhàuffé.e°'&
toute couverte de galons d'or. Ils
Imarcb.ok-mtemtnt,,devâyt
letarrejjs dft Corps
,
dans
lequel (tditdeur ,
les
carrosses de laReine, de Adadame
Repaie yi(l#.J?ïmedePktmoiu ~er
~& trois autres des Princes du
Sang , suivoientlecarrosse dll,
C9lfs je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, (if des Princes
de Carignan,étoient drapr:(
, ctlui du Prince de Piemond avoit
des clous, ~& les autressans clous;
le carrosse du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suisse de l'Ambassadeur
à cheval quiprecedoit les
carrosses de son Maistre ,les uns
attelezde huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement barnachez;
ces carrossès étoient ornez
tantpour la sculpture,peinture,
dorute, & broderie
,
de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, & de
plusrehercbé ,ils étoient suivis
d'un grandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres&
lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' AmAaSâdeur.
Enarrivant à la Porte SusinnrJ
la Gardepresenta les Armes,
les Officiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la ruë de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l' Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës & les
placesymalgré la pluye
,
étoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y avoit attzre ; & on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage
, un grand
nombre de Seigneurs& de Dames
que la mesme raisony anoit
conduits.
L*Ambafjadeurétant arrivé
enson Hôtel descendit de carrosse
accompagné du Marquis de Ca
rail qui le conduisit dansson ap
partement ,
l'Ambassadeur lui
donna le pas&la main ils étoient
précédé parle Maistre des Cere
montes, &parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux ,
ils entrerent
dansla chambre d'Audiance où
deParade, & ilsy trouverent
les chaises disposées comme ellt,
l'avoient été à la CenseFerrero.
Le Sous-Introducteur des .Am.:.
bassadeurs
,
les Gentilshommes
& les Secrétaires de ÏAmbaJfar*
deurresterentdansl'anti-chambre
la plus proche de la chambre de
Parade
: le Marquissortitpour
unmomentaprès estreentré, l'Améaijjadeur
lecondusit ^fcjuatt
~tarrosse du Roy
, &le vitpartit,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrosse
, pour accompagner&
reconduire le Mar:..
quis de Carail chez luyt
Le Maistredes Ceremonies&
le SousIntroducteur
,
se rendirent.
peu de temps "PrEstbe
l'jémbaffadettr
, pour ajjîficr aux
Complimens que ce Minièrealloit
recevoir de lapartduRoy., de la
Reine, Cm de toute la Cour.
Le Comte de Colignopremier
Gentilhomme de- la Chambre
vintlepremier de la , part du Roy,
faireCompliment à 1'.drmbags4lr
deursurson arrivée:iljutfuiyi
de lapart de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame Royale, par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer, & de la part de Ai.le
Prince dePiémont, parle Marquis
de Cortangeson Sous-Gouverneur.
Le lendemain 12. du moisà
onze heures du matin, le MarquisdeCarail,
accompagnecomme
laveille du Maistre des Ceremonies
, & du Sous-Introducteur
, tous en deiiil, (!J' en habit
à marteau,se renditffllÀ l'Hôtel
de l*j4mbaJ$adeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de Madame Royale,
£7* du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes del'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l'Ambassadeurhabillécejourlà
enpourpoint, garni decrespes ,
tsr en long manteau noir, le receut
au bas del'escalier. Tout se papa
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de l'Ambassadeur &
après s'estreassis, ils en sortirent
un moment après pour aller à
l'Audience ; l'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
dansle mêmecarrosseleMarquis.
DangroneMaître des Cremonies,
ou Introducteurdes Ambassadeurs
, quatre Valet, de pied du
Roy marchoienta côtédesportieres
, le carrosse de laReine sui,
l!)oÙ celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui saisoit la fonftwn
de SousIntroduéîeur, étoit dans
ce pcondearrojje ; ces MelJieurs.
arrivant trouvèrentunenombreux
se &magnifique livrée de l'Ambassadeur
, & ilsfurentreçûs
à la descente deson carosseparsa
familia nobile; c'est-à-direpar
lesEcuyers, les Gentilshommes
,
les Secretaires. & lesprincipaux'
Officiers de la Maison de l'Ambassadeur.
, Ce Miniflreteceut le Marquis
decarail, à la moitié du vestibule,
ille conduisit dans fort Appartement
qui étoit à rez de chaussée ,
~& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il luy donna
le pas & la main, f>iy appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, Vjimbafjadeur sur une
autre, dans lamême ligne,~£$r le
Maître des Ceremonies sur la
troisiéme
,
mais qui étoit un peu
recuise ; ils nefurent qu'un mograndefile,
cette livréeétoit parte
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvaientdonnerplusd'éçlat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de l'Ambalfi.'
deurveflumagniifquementomr,
untrès beau cheval dont le harnois
était riche
,
paroissoità la
têtedesixPages ,attjfià cheval,
bafîadeurmi qui étaithhauJJe/&
toute couverte degalons d'or. Ils
marcho .'tmmedlattment0'cle. , immédiatement;dewâyt
letarrefjsdu Corps
,
doits
lequelétàit 7ï}4mbaff<zdeur, les
cafrosses de 14eine-de Madame
Repaie duPrincedePÀémv/x'
:,. ~a
f£1I.' trois autres des Princes du
Sang
,
suivoient le carrosse du
Corps je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, ~& des Princes
de Carignan
,
étoient drape;c
ctlui , du Princede Piémond avoit
des clous~x&les autressans clous;
le earrojje du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suiste de l'Ambassadeur
à cheval qui precedoit les
carrosses de son Maitre ,les uns
attele%, de huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement harnachez;
ces carrosses étoient orne
tant pour lasculpture ypeinture9
dorute, ~& broderie, de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, ~& de
plusrecherché ,ils étoient suivis
d'ungrandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres
~(y lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' Ambassadeur.
En arrivant à la Porte Sufinne>
la Gardepresenta les Armes,
lesOfficiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la rue de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l'Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës ~& les
places, malgré la pluye
,
etoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y ai/oit attiré; Cm on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage , un grand
nombre de Seigneurs ~& de Dames
que la mesme raisonyavoit
conduits.
Lt.Amba/Jàdeur étant arrive
enson Hôteldescendit de carrosse
accompagné du Marquis de Carail
qui le conduisit danssonap%-
partement ,
l'Ambassadeurlui
donna le pas ~& la main ils étoient
precedez parle Maistre des Ceremonies
,
~&parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux, ils entrerent
dansla chambre d'Audiance ,ou
deParade, ~& ilsy trouverent
les chaises disposées comme elles
l'avoientété à la Cense Ferrero.
Le Sous-Introducteur des Amhajjadeurs
,
les Gentilshommes
~& les Secrétaires de l'Ambassadeurresterentdansl'anti-
chambre
la plus proche de la chambre de
Parade: le Marquissortitpour
unmomentaprès eflreentré,l'Am*
~éujjadeur leconduisit fufcjuatt
tarrojp du Roy,&le vitpartir,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrojje
, pour accompagner&
reconduire le Mar.,
quis de Carail che^luy*
Le MaistredesCeremonies ~&
le Sous-Introducteur
,
se rendirent.
peu de temps après chez
l'udmbajjadeur
, pour assister aux
Complimensque ce Ministrealloit
recevoirdelapartduRoy, de la
Reine, Cm de toute la Cour.
LeComtede Colignopremier
Gentilhomme de la< Chambre
, vintle premier de la part du Roy,
faireCompliment*l'An^Mf*-
deursurson arrivée:itfutfuiyi
de la part de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame RoyaleJ par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer,& dela part de M. le
Prince dePiémont,par le Alar*
quis de Cortangeson Sous- Gouverneur.
Le lendemain 12.. du moisà
on=\.e heures du matin, le Marquisde
Carail, accompagnécomme
la veille du Maistre desCeremonies
,
du Sous-Introducteur
, tous en deiiil,& en habit
à manteau ,se rendirent à l'Hôtel
de L'Ambassadeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de MadameRoyale,
& du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes de l'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l*Ambassadeur habillécejourlà
enpourpoint, garnidecrespes ,
&en long manteau noir, lereceut
au bas de l'escalier. Tout se pafet
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de Ambassadeur,&
aptess'ejlrc ajjis, ils en sortirent
un moment aprés pour aller à
l'Audience ; L'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
Roy ,&se mitàla premiereplaoey
le Marquis de Carail à l&s
ficDnJe, & le Comte de Bucil
& le Maistre des Ceremonies,
surle secondfond, dix-huitValets
de pied de l'Ambassadeur , marchoient dans le mêmeordre
que le jour precedent , & à la
tête des chevaux du carrosse du
Roy,six Pages de ce Mwtjlrcg
êtoientcejour-lààpied& auprès
des portieres, & ses Ecuyers,
fii' Gentilshommes, sesSecrétaires
, C~ son Aumosnier remplissoient
lescarrosses de laReine,
de Madame Royale, & du
Prince de Piémont, tous, les
carrosses.
carrosses de l'Ambassadeursuivoient
immédiatement celui de ce
Prince & fermoient la marche.
L'Ambassadeur en arrivant
au Palais trouva la Garde sous
les armes,Drapeau déployé, presentant
les armes ,
les Tambours
ont rappellé
, & les Officiers à la
tête ont saluédu chapeau.
LesGardes de la Porte étoient
pareillement fous les armes, la
Officiers à la tête, qui ontsalué
du chapeau de la même maniere.
L'Ambassadeur est descendu de
carrosse cm sans s'arrêter en AUcun
endroit il a marché entre le
Marquis de Carail, se le Maître
des Ceremonies. Ses Valets de
pied,ses Ptges,ses Gentilshommes
, & le SousIntroducteur le
precedoient ;les Valets de piedse
sont arrêtez dans l'anti-chambre
qui 1ft immédiatementaprès la
Salle des Gardes du Corps, les
Pages dans celle quisuit
,&qui
estplus, avancée, & les Gentilshommessontentrez
jusques dans
la Chambre de l'audience.
La Garde Suisse&lesGardes
du Corps étoientfous les armes,
leurs Officiers à la tejle.
Le Marquis de S. Georges.
GrandMaître de la Maisondu
Roy,enhabit de dciiilj (7 à mA..
teau, a receu l'Ambassadeur a la
porte de l'anti-chambre
, & prés,
la place du Maître des Cérémonies
qui s'estavancé.Ainsi et
Jidinijlre efi entré dans la Salle
d'Audiance ayant le Marquis de
Carailàsadroite le Marquis
de S. Georgesàsa gauche; il a
fait trois reverences ,
la première
enntrant ,
lasecondeau milieu
de la chambre , la troisiéme au bas
de l'estrade qui étoit élevée de
deux marches
,
&fHr laquelle le
Roy étoit assis dans un
fautciiil,
un Capitaine des Gardes derrière
luy, le Prince de Piémont à sa,
droite, les Princes de Carignan
proche du fauteüil, mais un peu
en arriere ,plusieurs Chevaliers
de l'Annonciade
, & beaucoup
d'autrespersonnes de qualitéau
bas de l'eflrade.
Le Roy s'estlève au moment
que l*AmbaJJadeufÈ paru ,&
ltjl découvert à chacune de ses
reverences ; l'Ambassadeurayant
montesurl'estrade
,
le Rpfs'est
couvert ,& l'Amb¡tjJAJerileJ!
couvert en même tems , & en
commençantson Compliment. Fe
voudrois bien, Monsteur, pour
votre satisfaction pouvoir vous
rapporter icy le Discours que ce
Ministre afait au Roy &*larfponse
de notre Souverain ; mais
j'étois si éloigné, que j'en perdis
beaucoup. Ceux qui étoient plus
prés de l'estrade, disent que l'Ambassadeur
parla avec beaucoup de
dignité,& avec cejustetemperament
de liberté & de respectsi
difficile à trouver;& que le Roy
luy répondit avec son éloquence
naturelle &safacilité ordinaire.
Le Roy ayantfini saréponse,
se découvrit
,
l'Ambassadeur se
découvrit en même tems,& aprés
avoirfait trois reverences de la
même maniert qu'illesavoitfaites
en arrivant ,ilse retira,ayant
àsadroite le Marquis deCarail
le Grand-Maîtreàgauche
,&
il étotprécédé comme en entrant,
par le Maître des Ceremonies>
par le Sous Introducteur, &par
ses Gentilshommes.
Cefut dans cet ordre qu'ilse
rendit à l'appartement de la Rei-r
ne; cette PrinceJJectoitsur fin
Trône, un Capitaine des Gardes
étoit derrieresonfauteuil
t
Ic
Prince dePiémontauprés d'elle, ;Ince",c.lemontaupre(;(,tl ) & les deux Princes& laPrint
çijp d-Carignanfttr ïtftrade , 14
Reins se leva aJJitôt que Amb-
assad:ur parut à let. porte djt.si
l'hamrr, ilfit trois revefencts^gX
monta ensuite sur ïijltade i U
Reine l'invita
, & le pressa mê.
me ,
à ce qu'il parât, dese couvrir.
Il en fit seulement une /f*
gere demonstration
, pour conserver
la dignité de fin caractere,
mais il luy fit son Compliment
découvert,queje ne vous rendrai
point, pour m'être trouve ,com±
me dans l'Audiance du Roy, trop
éloigné de l'estrade ; la Reine,à
ce qu'on dit, luy répondit en des
termes gracieux &pleins de po-
/juffi,& après avoir répondu à
son Discours, cette Princesse arrêta
un moment lambaeàdeur,
pours'informerde la fantéduRoy
son Maistre,&de celle du Da",
phin, &elletémoigna apprendre
avec un sensible plaisir
, que ces
Jeux Princes, dans des âgesfidifserons
,
joüeoie;u d'une égale
santé.
L'ArnbaSâdeur se retira enfuite
de l'Audience de la Reine de
la même maniere
, & dans le
même ordre qu'ily étoit entré; le
Grand Maître après l'avoir accompagnéjusques
à la Salle des
Gardes du Corps, le quitta: ce
Ministrecontinuaensuite samarche
entre le Chevalier de l'Annonciade,
&le Maître desCetemonies
,
jnfcjues au carrosse du
Ray ; ily entra le premier, &
prit à l'ordinaire
,
la premiere
place dans lefond & à droite, le
Marquis de Carail
,
Chevalier
de l*jénnonciade,semitasagauche,
& ïjémba[fadeurse rendit
au Palais de Madame Royale,
dans le même ordre, & avec le
mesme cortege qu'il étoit venu
chimieRoy.
La Gardeétoitsous les armes,
& les tambours ont appelle ;
l*Amhajfadeur montaal'appartement
de cette Princec , entre le
Marquis de Carail C, le Maîire
des Ceremonies:ilfut receu à
la porte de l'antichambre la plus
proche de la Salle des Gardes par
le Comte de Cumiane
,
premier
Maître siHôtel de Madame
Royale ; il faisoit en cette occa-
Jton la fonction du Comte de 1.
Roque, GrandMaître de la Maison
de Madame Royale,qu'une
longue maladiea mis hors d'état
defaireaucunservice.
Les Gardes de la Porte, les
Suies & les Gardes du Corps
étoientsousles armes ,
de la mêmemanièreque
l'Ambassadeurles
avoittrouvezchezleRoy.
MadameRoyale étoit sur Peftradeassise
dans un ~fautüil,son
Capitaine des Gardes du Corps
derniere elle
, (7 le Prince CM la
PrinceJJ; de Carignan procheson
fauteuil; tUelest levéefi- tost que
l'Ambassadeur a paru, ila fait
ses trois reverences dontla derniere
S'est terminée au bas du marchepied:
a^jJiiotfquiljy iflmont"
Madame Royale l'a pi.fié dese
couvrir
, ce Minière en a fait
feulement une demonfixationycom~
me il en avoitusé chez, laReine,
mais ladémonstration a paru un
peuplus marquée ïl'jémbafijideur
lui afait ensuite soncompliment.
Madame Royale
, quoyque inçommodé
,
s'estlevée pour luy répondre,
(9" pendantsonDiscourc
quia étéaBez long
,
elles'efitenuè'debout
, &sans estrefodter
nue:après qu'elleaeufini,tAm..
basadeurs'est retiré de la même
maniere qu'il étoit entré & il a
été reconduitjusqucs dans la Salle
desGardes duCorpsparle Comte
de Cumiane.Ils'eftrenduensuite
danssonHostel,toujours accompagné
du Marquis de Carail&
du Maître des Cérémonies qu'il
a retenus à dîneraprès le dï
né,CM vers les trois heures après
midy
, ce Ministreestmontédans
le caTrope duRoy,accompagné à
l'ordinaire de ces deux Mcjjleurc9
pour se rendre à l'audience du
Prince dePiémont.C'aététoû~
jours le me(me cortege& la mesme
marché, rien de changédans le
êrtmonial;l'Ambassadeura trouvéla
Garde sousles armes ,
les
tamboursrappellants, les Gardes
de la Porte
,
les Suisses les
Gardes du Corpssous les armes;
en entrant dans l'anti chambre du
Prince ,il a été receu par le Chevalierde
la Roque l'un desMA2
tres d'Hostel du Roy,&quifaisoit
la sonthondepremier Maître
d'Hostel du Prince de Piémont.
Cejeune Prince étoitsur un
marchepied, &sous le dais, le
Prince de Carignan sur l'eflrade
a sa droite
, e- le Marquis du
Coudre, Chevalier de l'Annonciade,
son Gouverneur derriere
son fauteuil;tjuelcjkesCbevaliers
de l'Annonciade étoientautourdu
marchepied: l'Ambassadeur après
les rêverences ordinaires rftmont;
sur l'estrade, le Prince lest couvert,
C7 Ambassadeurpareillement;
il a fait son compliment ,
Auquel ce jeune Prince a répondu
étjfx bas & en peu de paroles.
L'Ambassadeur s'est retiré de
son audience dans le mesme ordre
qu'ily estentré. LepremierMaître
d'Hosteldu Prince l'areconduit
jusques à la SalledesGardes
du Corps, ou il L-awit reten en
arrivant; il est descendu ensuite
entre le Marquis de Carail, &
le Maistre des Ceremonies. Il eji
rentré dans le carfojje du Roy, a
étéreconduit danssonPalais
jusques dans sa chambre d'Audience,
par ces Messieurspreposez
à sa conduite, dans la manière
que je 'OUS l'ay déjà marqué
& J-AnJbafJàdeur pareillement
quand le Marquisde Carail s'ejt
retiré, la conduitjusquau carrosse
&la veu partir.
Peut-estretrouverezvous , Monsieur
, cette relation un pett
trop étendue
, maisje ne pouvois
l'abregersans vous priver du détail
d'un cérémonial, dont la con
noissance peut n'estre pas indifferenteà
ceux quiferoient cbarl/
de parels emplois en cette Cour,
& c'estpar rapport au mesme cewmoni,
zi que je mous rapporterai
encore ici ce qui s'estpassélemesme
jour dans une audience publique
quela Reine & Madame
Royale donnerentàla Marquise
dePriefemme de ïdmbajïadeun
LeRoy &la Reineayantsouhaitéde
recevoir cetteAmbassadrice
avec. tous les honneurs qui
font dutau caractere deson mari ,
lui envoyerent la Comtesse de
Non femme d'un des Capital
nés
nés des Gardes du Corps,&l'unt
des Dames d'bonneur de la Reine:
eette Comtesse se renditau Palais
de f.Amba.DJeur) dans un des
mrrofJe-s du Royy&* accompagnée
du Matftre des Ceremonies;elle
futrecette à la descente du carrojje
par les Gentilshommes de l'Am-
Ira[fadeur ; l'Ambassadrice 'Vint
la recevoir au haut de l'escalier la conduisît dans son Apparte,-
ment-, & lui donna le pas ,
lA
porte, la main, (if lachaifeégalé.
Un moment aprèsl'AmbaJfachw
& la Dame d'honneurfortirentpourmonterencarrossè;
CM prit la première place dansle
fond & à la droite; la Dame
ahonneurse mit à lagauche,&
le maistre des Ceremonies sur le
devant: les Gentilshommes &
l'Ecuyer de i'Arnba/Jadrice suivoient
dans un de ses cartosses à
six chevaux : ÏAmlwJfidrice en
Arrivant au Palais a trouve les
Gardes de la Porte, les SuiJJes,
££• Gardes du Corps en haye; la
Pr;'nL'iJP dt la Ciflerne premiers
Liante d'honneur de la Reine a
receu l'aùbasadroce dans le cahinetquiprécédé
la chambredans
-
laquelleétait la Reine.L'Ambasadrice
en entrant dansrttlt
cbAmbre, a trouve lA Reine debout,
qui lui afait l'honneur de
I,tsalüer; le Roi est entré un moment
après
,
suivi du Prince de
Premont, l'un ~çr l'autre ontsalué
Ïj4mbaf$adnce : leRoy,après
lui avoir dit quelques paroles
obligeantes
, ~& pleines de politrDe"
,
s'est retiré suivi comme il
étoit entré du Prince de Piémont.
L'ambassadrice en sortantde la
chambre de la Reine
, a estéaccompagnée
par la premiere Dame
d'honneur
,
jusqua l'endroit ou
elle l'avoit recue.
Ausortir de j'appartement de
la Reine
,
l'ambassadricetoujours
accompagnée de Madame
la Comtesse de Non
,
Dame
d'Honneur, & du Maistree des
Ceremonies, a été dans le même
carrosse
, & dans le même ordre3
chez Madame Royale son correge
nejïoit pas si nombreux que
celuy de l'ambassadeurson milrV,
mais l'emprejpment des fpeïiateurs
nefut pas moins remarquable
, tous les endroits par où elle
passi étoient borde% d'unefoule
de personnes de toutes conditions
que l'éclat de sa beauté ,un air
noble, & ces graces naissantes
d'une premierejeunes, attiroient
àsonpassage. Hommes Cm fémmes,
tout le monde vouloit là
voir quoyque peut-estepar des
sentimens dijferens.Ellefutreçut
ebek Madame Royale
,
de la
même manierequ'elle l'avoit été
cbe;C la Reine,ensortant de l'appartement
de cette Princesse
,
elle
fut reconduite à son Palais,&
jusques dans son appartement
par la Dame d'Honneur, cm par
le Maistre des Ceremonies, l'Ambassadrice
donnaacette Dame le
pas ~ula main danssamaison
la reconduisitjusqu'au carrosedu
Roy ~&la vit partiravantque
de se retirer.
Si la Reine n'étaitpas rttur.
née le me(me jour à la Vannerie
l'Ambassadrice auroit été au cercle
de Sa Majesté, £$r auroit été
IlJliJe sur un pliant semblable à
Celui des Prineses du Sang.,
dans le milieu du cercle &nJiS-à~
vis Sa Majcfté.
Trouvez bon, Monsieur,
que je vousfaJSj remarquerqu'on
fatt icy difference entre tabouret
çp* pliant, les Princes du Sang
ont un pliant, les autres Dames
quiont droit de s'assoir cbt la
Reine , comme Grandes d-Espa.
gne n'ont quun tabouret carré.
Le 14 du mois l'Ambasadrice
fut au cercle che7, Madame
Royale,(freût un pliantplacé
dans le milieu du cercle,vis a-vis
JfMadame Royale.
Si cette Relation n'étoitpasdéjà
troplongue, je vous rendrois
compte de l'Audience que l'Amhapadeureût
de M. le Prince ~&
de Madame la Princese de Cari.
gnan , CT du PrinceThomas;
maispourabregerje mecontenterai
devousdire que le Prince de Carignan
descendit quatre ou cinq
marches de son escalier pour le
recevoir, ~& quildonnapartout
àce Ministre le pas, la main, la
portey~& la première chaise sur
l'estrade. Que la Princesse dans
son Audience,rient pas ~plufiit
apperceu l'Ambassadeur entrer
danssa chambre ,quelle descendit
deson estrade, &fit quelquespas
en avant. pourrecevoir ce Ministre
,qui de son côté pressa si
marche, afin quelle en fit moins.
Lecérémonial dans l'Audience du
Prince Thomas se paiJa à peupres
comme cbez le Prince de Carignansonfrere
Il n'y eut rien de
particulier dans l'Audience que le
jAzrquiî de S.Thomas premier
Ministre du Roy ,donna à lAmbassadeur,
sinon qu'ildescendit
presquejusquau bas desonescaiier,
pour recevoir cetAmbajjadeur.
Jkhr.Ceseroit ici l'endroit devous
entretenir des visites que -l'Am,.
bassadeurareceus des deux Priitces
de Garignan
,
du Marquis de
S.Thomas
,
&desprincipaux
Seigneurs decette Cour; mais il
fautremettrecediscours à unt,
nouvelle Relation, que je vous
envairay pour peu que vous me
paroissiez lesouhaiter.J'ay l'honneur
d\flreparfaitement, Monsieur
,
Vostre
, Crc. -
- JATurince10.May iyïy.
Piémoncoisjà l'Auteur
du Mercure Galant. -:,
Trouvezbon
,
Monsieur ,
cjuen retour de ces nouvelles
écritesavec tant d'agrément
,
~gr dont vous nous rt'gale"o\, tous
les mois ,je vousfejjt part de ce
qui vient de fepajjerà nosjeux
dans la Capitale du Piémont;
je v&txparkr de.Fenaéed&^Mï
4lrquis de Prie, jémbajfii-
>ieur duRoy Tres- Chrestien auïjrréï
du Roy de Sicile, notre Souiverain
, & de la premitre
diense publiéeque ce Princea
-
donnée à ce Ministre,
-
L'onziémede ce mois jourJeftinépour
l'Entréedel'Ambassa-
Jtur-de F"lc'nce" ce Seigneurenvoyadésle
matinsescarrosses &
sa tivre": à la cense du Tresorier
Ferrero
,
éloignéedeTurind'env
ironunedemie lieuësituéesur le
grand chemin de Rivoles, d'où
ildevoit commencersamarche.
L'Ambassadeur s'y rendit
incognito sur les deux heutts
&demie aprèsmidy. Ungrand
nombre de personnes de qualité
malgré la pluye qui suivant ,
s'étoit avancé en carrosses jujl
qu'à cette cense, pourvoirlecommencement
de la marche. J'étoit
du nombre cm j'observay avec
":/f'{ de soin tout ce qui se passi)
pour pouvoir me' flatter de vous
enenvoyer unerelationexacte.
Nous vîmes arriver d'abord
un grand nombre de carrojjes asîx
chevaux
,
à la tête deje^uels
étoient les carrosses du Roy
,
dela
Reine
,
de Madame Royale, de
M. le Prince de Piémont, des
Princes de la Aiaijon de Cartgnanceux
de l'Ambassadeur.
Ce Ministre fut complimenté en
même temps de la part des Princes
,
des Princesses, des Ministres
, (si desprincipaux Seigneurs
de cette Cour, auxquels il avait
donnépart de son arrivée ~(y* du
jourdeson entrée.
• A quatre heures & demie,
arriva le Marquis de Carail
Gouverneur de Turin
,
l'un des
anciens Chevaliers de l'O dre de
l'Annonciade
, & nommé parle
Roy pouraccompagnerl*Amb*f$adeurd;
Franceyajon Entrée éi à
son Audiance; il étoit dans le
carrosse du Corps,&ilji avoit
dansle mêmecarrosseleMarquis
Dangrone,Maître des CeremO*f'
nies,ou Introducteur de, Ambajpt*
deurs, quatre Valet de pied du
Roy marchoientà coté desportéeles
3
le carrossede laReine suivoit
celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui faisoit la fonction
de Sous Introducteur,était dans
cefcend carrojje; ces Mclfieurs,
arrivant trouvèrentunenombreux
se&magniifquelivrée de t'Am-.
baBidiur
, ~e ils furent reçus
à la descente deson carosseparla
samilianobile; c'est- à-direpar
lesEcuyers,les Gentilshommes.,
les Sertiaires. & lesprincipaux
Officiers de la Maison de l'Am..
bassadeur.
CeMinistre receut le Marqui»s
deCarail à la moitié du vefiibule>
ille conduisit dans sonAppartement
qui étoit à rez de chaujJér
& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il lui donna
le pas & la main yf>ry appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, l'Ambassadeur surune
autre, dans lamême ligne cm, le
Maître des Cérémonies sur la
troisiéme, mais qui étoit un peu
reculée ; ils nefurent qu'un moment
dans cet appartement, &
après les Complimensordinaires,
ils en sortirent pour monter en
carroBe: j'observay qu'ensortant
le Marquis de Carail donna le
pas ~ey la main à l'Ambassadeur:
ce Ministre monta lepremier dans
le carosse du Corps, ilse mit dans
le fond à la droite )& à la premiereplace
,le Marquis lesuivit
&se mitsurlemêmefondàsa
gauche, & à la seconde place,
leMaistre des Ceremoniessemit
surlesécondfond,àlatroisieme
place cm vis-à vis tArnbajJadeur,
~& le Comte de Buciloccupa
3la quatrième ~& vis-à-vis du
Marquis de Carail.
LI'$ Gentilshommes de l'Amhajjadeur
ses Secrétaires
,
son
Aumosnier Ë7 les principaux
Officiers desamaisons placerent
dansles carojjes de la Reine,de
MadameRoyale du Prince
de Piémont, ~e la marche commença
dans l'ordresuivant.
On vit d'abord le carrojje du
Marquis de Carail
, qui étoit
charge,comme j'ay eu l'honneur
de vous dire, de la conduite de
UmbaJJadeur:venaient enfuite
dix. huit Valets de pied de ce Ministre.
,
qui marchaient à pied
deuxàJeux
,
f*ijôkntunetrésgrandefile,
cette livréeétoitparse
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvoient donnerplusd'éclat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de i'.Ambalfi.
deurveslu magnifiquement&fur
untrès beau cheval dont le bar.
nois étoit riche
,
paroijjoitala
têtedesixPages iaujjtàcheval,
{ouverts de'la livréede .t¿mbaBadeur,
quiétoit hhàuffé.e°'&
toute couverte de galons d'or. Ils
Imarcb.ok-mtemtnt,,devâyt
letarrejjs dft Corps
,
dans
lequel (tditdeur ,
les
carrosses de laReine, de Adadame
Repaie yi(l#.J?ïmedePktmoiu ~er
~& trois autres des Princes du
Sang , suivoientlecarrosse dll,
C9lfs je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, (if des Princes
de Carignan,étoient drapr:(
, ctlui du Prince de Piemond avoit
des clous, ~& les autressans clous;
le carrosse du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suisse de l'Ambassadeur
à cheval quiprecedoit les
carrosses de son Maistre ,les uns
attelezde huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement barnachez;
ces carrossès étoient ornez
tantpour la sculpture,peinture,
dorute, & broderie
,
de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, & de
plusrehercbé ,ils étoient suivis
d'un grandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres&
lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' AmAaSâdeur.
Enarrivant à la Porte SusinnrJ
la Gardepresenta les Armes,
les Officiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la ruë de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l' Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës & les
placesymalgré la pluye
,
étoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y avoit attzre ; & on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage
, un grand
nombre de Seigneurs& de Dames
que la mesme raisony anoit
conduits.
L*Ambafjadeurétant arrivé
enson Hôtel descendit de carrosse
accompagné du Marquis de Ca
rail qui le conduisit dansson ap
partement ,
l'Ambassadeur lui
donna le pas&la main ils étoient
précédé parle Maistre des Cere
montes, &parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux ,
ils entrerent
dansla chambre d'Audiance où
deParade, & ilsy trouverent
les chaises disposées comme ellt,
l'avoient été à la CenseFerrero.
Le Sous-Introducteur des .Am.:.
bassadeurs
,
les Gentilshommes
& les Secrétaires de ÏAmbaJfar*
deurresterentdansl'anti-chambre
la plus proche de la chambre de
Parade
: le Marquissortitpour
unmomentaprès estreentré, l'Améaijjadeur
lecondusit ^fcjuatt
~tarrosse du Roy
, &le vitpartit,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrosse
, pour accompagner&
reconduire le Mar:..
quis de Carail chez luyt
Le Maistredes Ceremonies&
le SousIntroducteur
,
se rendirent.
peu de temps "PrEstbe
l'jémbaffadettr
, pour ajjîficr aux
Complimens que ce Minièrealloit
recevoir de lapartduRoy., de la
Reine, Cm de toute la Cour.
Le Comte de Colignopremier
Gentilhomme de- la Chambre
vintlepremier de la , part du Roy,
faireCompliment à 1'.drmbags4lr
deursurson arrivée:iljutfuiyi
de lapart de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame Royale, par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer, & de la part de Ai.le
Prince dePiémont, parle Marquis
de Cortangeson Sous-Gouverneur.
Le lendemain 12. du moisà
onze heures du matin, le MarquisdeCarail,
accompagnecomme
laveille du Maistre des Ceremonies
, & du Sous-Introducteur
, tous en deiiil, (!J' en habit
à marteau,se renditffllÀ l'Hôtel
de l*j4mbaJ$adeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de Madame Royale,
£7* du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes del'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l'Ambassadeurhabillécejourlà
enpourpoint, garni decrespes ,
tsr en long manteau noir, le receut
au bas del'escalier. Tout se papa
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de l'Ambassadeur &
après s'estreassis, ils en sortirent
un moment après pour aller à
l'Audience ; l'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
dansle mêmecarrosseleMarquis.
DangroneMaître des Cremonies,
ou Introducteurdes Ambassadeurs
, quatre Valet, de pied du
Roy marchoienta côtédesportieres
, le carrosse de laReine sui,
l!)oÙ celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui saisoit la fonftwn
de SousIntroduéîeur, étoit dans
ce pcondearrojje ; ces MelJieurs.
arrivant trouvèrentunenombreux
se &magnifique livrée de l'Ambassadeur
, & ilsfurentreçûs
à la descente deson carosseparsa
familia nobile; c'est-à-direpar
lesEcuyers, les Gentilshommes
,
les Secretaires. & lesprincipaux'
Officiers de la Maison de l'Ambassadeur.
, Ce Miniflreteceut le Marquis
decarail, à la moitié du vestibule,
ille conduisit dans fort Appartement
qui étoit à rez de chaussée ,
~& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il luy donna
le pas & la main, f>iy appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, Vjimbafjadeur sur une
autre, dans lamême ligne,~£$r le
Maître des Ceremonies sur la
troisiéme
,
mais qui étoit un peu
recuise ; ils nefurent qu'un mograndefile,
cette livréeétoit parte
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvaientdonnerplusd'éçlat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de l'Ambalfi.'
deurveflumagniifquementomr,
untrès beau cheval dont le harnois
était riche
,
paroissoità la
têtedesixPages ,attjfià cheval,
bafîadeurmi qui étaithhauJJe/&
toute couverte degalons d'or. Ils
marcho .'tmmedlattment0'cle. , immédiatement;dewâyt
letarrefjsdu Corps
,
doits
lequelétàit 7ï}4mbaff<zdeur, les
cafrosses de 14eine-de Madame
Repaie duPrincedePÀémv/x'
:,. ~a
f£1I.' trois autres des Princes du
Sang
,
suivoient le carrosse du
Corps je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, ~& des Princes
de Carignan
,
étoient drape;c
ctlui , du Princede Piémond avoit
des clous~x&les autressans clous;
le earrojje du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suiste de l'Ambassadeur
à cheval qui precedoit les
carrosses de son Maitre ,les uns
attele%, de huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement harnachez;
ces carrosses étoient orne
tant pour lasculpture ypeinture9
dorute, ~& broderie, de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, ~& de
plusrecherché ,ils étoient suivis
d'ungrandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres
~(y lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' Ambassadeur.
En arrivant à la Porte Sufinne>
la Gardepresenta les Armes,
lesOfficiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la rue de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l'Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës ~& les
places, malgré la pluye
,
etoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y ai/oit attiré; Cm on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage , un grand
nombre de Seigneurs ~& de Dames
que la mesme raisonyavoit
conduits.
Lt.Amba/Jàdeur étant arrive
enson Hôteldescendit de carrosse
accompagné du Marquis de Carail
qui le conduisit danssonap%-
partement ,
l'Ambassadeurlui
donna le pas ~& la main ils étoient
precedez parle Maistre des Ceremonies
,
~&parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux, ils entrerent
dansla chambre d'Audiance ,ou
deParade, ~& ilsy trouverent
les chaises disposées comme elles
l'avoientété à la Cense Ferrero.
Le Sous-Introducteur des Amhajjadeurs
,
les Gentilshommes
~& les Secrétaires de l'Ambassadeurresterentdansl'anti-
chambre
la plus proche de la chambre de
Parade: le Marquissortitpour
unmomentaprès eflreentré,l'Am*
~éujjadeur leconduisit fufcjuatt
tarrojp du Roy,&le vitpartir,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrojje
, pour accompagner&
reconduire le Mar.,
quis de Carail che^luy*
Le MaistredesCeremonies ~&
le Sous-Introducteur
,
se rendirent.
peu de temps après chez
l'udmbajjadeur
, pour assister aux
Complimensque ce Ministrealloit
recevoirdelapartduRoy, de la
Reine, Cm de toute la Cour.
LeComtede Colignopremier
Gentilhomme de la< Chambre
, vintle premier de la part du Roy,
faireCompliment*l'An^Mf*-
deursurson arrivée:itfutfuiyi
de la part de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame RoyaleJ par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer,& dela part de M. le
Prince dePiémont,par le Alar*
quis de Cortangeson Sous- Gouverneur.
Le lendemain 12.. du moisà
on=\.e heures du matin, le Marquisde
Carail, accompagnécomme
la veille du Maistre desCeremonies
,
du Sous-Introducteur
, tous en deiiil,& en habit
à manteau ,se rendirent à l'Hôtel
de L'Ambassadeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de MadameRoyale,
& du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes de l'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l*Ambassadeur habillécejourlà
enpourpoint, garnidecrespes ,
&en long manteau noir, lereceut
au bas de l'escalier. Tout se pafet
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de Ambassadeur,&
aptess'ejlrc ajjis, ils en sortirent
un moment aprés pour aller à
l'Audience ; L'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
Roy ,&se mitàla premiereplaoey
le Marquis de Carail à l&s
ficDnJe, & le Comte de Bucil
& le Maistre des Ceremonies,
surle secondfond, dix-huitValets
de pied de l'Ambassadeur , marchoient dans le mêmeordre
que le jour precedent , & à la
tête des chevaux du carrosse du
Roy,six Pages de ce Mwtjlrcg
êtoientcejour-lààpied& auprès
des portieres, & ses Ecuyers,
fii' Gentilshommes, sesSecrétaires
, C~ son Aumosnier remplissoient
lescarrosses de laReine,
de Madame Royale, & du
Prince de Piémont, tous, les
carrosses.
carrosses de l'Ambassadeursuivoient
immédiatement celui de ce
Prince & fermoient la marche.
L'Ambassadeur en arrivant
au Palais trouva la Garde sous
les armes,Drapeau déployé, presentant
les armes ,
les Tambours
ont rappellé
, & les Officiers à la
tête ont saluédu chapeau.
LesGardes de la Porte étoient
pareillement fous les armes, la
Officiers à la tête, qui ontsalué
du chapeau de la même maniere.
L'Ambassadeur est descendu de
carrosse cm sans s'arrêter en AUcun
endroit il a marché entre le
Marquis de Carail, se le Maître
des Ceremonies. Ses Valets de
pied,ses Ptges,ses Gentilshommes
, & le SousIntroducteur le
precedoient ;les Valets de piedse
sont arrêtez dans l'anti-chambre
qui 1ft immédiatementaprès la
Salle des Gardes du Corps, les
Pages dans celle quisuit
,&qui
estplus, avancée, & les Gentilshommessontentrez
jusques dans
la Chambre de l'audience.
La Garde Suisse&lesGardes
du Corps étoientfous les armes,
leurs Officiers à la tejle.
Le Marquis de S. Georges.
GrandMaître de la Maisondu
Roy,enhabit de dciiilj (7 à mA..
teau, a receu l'Ambassadeur a la
porte de l'anti-chambre
, & prés,
la place du Maître des Cérémonies
qui s'estavancé.Ainsi et
Jidinijlre efi entré dans la Salle
d'Audiance ayant le Marquis de
Carailàsadroite le Marquis
de S. Georgesàsa gauche; il a
fait trois reverences ,
la première
enntrant ,
lasecondeau milieu
de la chambre , la troisiéme au bas
de l'estrade qui étoit élevée de
deux marches
,
&fHr laquelle le
Roy étoit assis dans un
fautciiil,
un Capitaine des Gardes derrière
luy, le Prince de Piémont à sa,
droite, les Princes de Carignan
proche du fauteüil, mais un peu
en arriere ,plusieurs Chevaliers
de l'Annonciade
, & beaucoup
d'autrespersonnes de qualitéau
bas de l'eflrade.
Le Roy s'estlève au moment
que l*AmbaJJadeufÈ paru ,&
ltjl découvert à chacune de ses
reverences ; l'Ambassadeurayant
montesurl'estrade
,
le Rpfs'est
couvert ,& l'Amb¡tjJAJerileJ!
couvert en même tems , & en
commençantson Compliment. Fe
voudrois bien, Monsteur, pour
votre satisfaction pouvoir vous
rapporter icy le Discours que ce
Ministre afait au Roy &*larfponse
de notre Souverain ; mais
j'étois si éloigné, que j'en perdis
beaucoup. Ceux qui étoient plus
prés de l'estrade, disent que l'Ambassadeur
parla avec beaucoup de
dignité,& avec cejustetemperament
de liberté & de respectsi
difficile à trouver;& que le Roy
luy répondit avec son éloquence
naturelle &safacilité ordinaire.
Le Roy ayantfini saréponse,
se découvrit
,
l'Ambassadeur se
découvrit en même tems,& aprés
avoirfait trois reverences de la
même maniert qu'illesavoitfaites
en arrivant ,ilse retira,ayant
àsadroite le Marquis deCarail
le Grand-Maîtreàgauche
,&
il étotprécédé comme en entrant,
par le Maître des Ceremonies>
par le Sous Introducteur, &par
ses Gentilshommes.
Cefut dans cet ordre qu'ilse
rendit à l'appartement de la Rei-r
ne; cette PrinceJJectoitsur fin
Trône, un Capitaine des Gardes
étoit derrieresonfauteuil
t
Ic
Prince dePiémontauprés d'elle, ;Ince",c.lemontaupre(;(,tl ) & les deux Princes& laPrint
çijp d-Carignanfttr ïtftrade , 14
Reins se leva aJJitôt que Amb-
assad:ur parut à let. porte djt.si
l'hamrr, ilfit trois revefencts^gX
monta ensuite sur ïijltade i U
Reine l'invita
, & le pressa mê.
me ,
à ce qu'il parât, dese couvrir.
Il en fit seulement une /f*
gere demonstration
, pour conserver
la dignité de fin caractere,
mais il luy fit son Compliment
découvert,queje ne vous rendrai
point, pour m'être trouve ,com±
me dans l'Audiance du Roy, trop
éloigné de l'estrade ; la Reine,à
ce qu'on dit, luy répondit en des
termes gracieux &pleins de po-
/juffi,& après avoir répondu à
son Discours, cette Princesse arrêta
un moment lambaeàdeur,
pours'informerde la fantéduRoy
son Maistre,&de celle du Da",
phin, &elletémoigna apprendre
avec un sensible plaisir
, que ces
Jeux Princes, dans des âgesfidifserons
,
joüeoie;u d'une égale
santé.
L'ArnbaSâdeur se retira enfuite
de l'Audience de la Reine de
la même maniere
, & dans le
même ordre qu'ily étoit entré; le
Grand Maître après l'avoir accompagnéjusques
à la Salle des
Gardes du Corps, le quitta: ce
Ministrecontinuaensuite samarche
entre le Chevalier de l'Annonciade,
&le Maître desCetemonies
,
jnfcjues au carrosse du
Ray ; ily entra le premier, &
prit à l'ordinaire
,
la premiere
place dans lefond & à droite, le
Marquis de Carail
,
Chevalier
de l*jénnonciade,semitasagauche,
& ïjémba[fadeurse rendit
au Palais de Madame Royale,
dans le même ordre, & avec le
mesme cortege qu'il étoit venu
chimieRoy.
La Gardeétoitsous les armes,
& les tambours ont appelle ;
l*Amhajfadeur montaal'appartement
de cette Princec , entre le
Marquis de Carail C, le Maîire
des Ceremonies:ilfut receu à
la porte de l'antichambre la plus
proche de la Salle des Gardes par
le Comte de Cumiane
,
premier
Maître siHôtel de Madame
Royale ; il faisoit en cette occa-
Jton la fonction du Comte de 1.
Roque, GrandMaître de la Maison
de Madame Royale,qu'une
longue maladiea mis hors d'état
defaireaucunservice.
Les Gardes de la Porte, les
Suies & les Gardes du Corps
étoientsousles armes ,
de la mêmemanièreque
l'Ambassadeurles
avoittrouvezchezleRoy.
MadameRoyale étoit sur Peftradeassise
dans un ~fautüil,son
Capitaine des Gardes du Corps
derniere elle
, (7 le Prince CM la
PrinceJJ; de Carignan procheson
fauteuil; tUelest levéefi- tost que
l'Ambassadeur a paru, ila fait
ses trois reverences dontla derniere
S'est terminée au bas du marchepied:
a^jJiiotfquiljy iflmont"
Madame Royale l'a pi.fié dese
couvrir
, ce Minière en a fait
feulement une demonfixationycom~
me il en avoitusé chez, laReine,
mais ladémonstration a paru un
peuplus marquée ïl'jémbafijideur
lui afait ensuite soncompliment.
Madame Royale
, quoyque inçommodé
,
s'estlevée pour luy répondre,
(9" pendantsonDiscourc
quia étéaBez long
,
elles'efitenuè'debout
, &sans estrefodter
nue:après qu'elleaeufini,tAm..
basadeurs'est retiré de la même
maniere qu'il étoit entré & il a
été reconduitjusqucs dans la Salle
desGardes duCorpsparle Comte
de Cumiane.Ils'eftrenduensuite
danssonHostel,toujours accompagné
du Marquis de Carail&
du Maître des Cérémonies qu'il
a retenus à dîneraprès le dï
né,CM vers les trois heures après
midy
, ce Ministreestmontédans
le caTrope duRoy,accompagné à
l'ordinaire de ces deux Mcjjleurc9
pour se rendre à l'audience du
Prince dePiémont.C'aététoû~
jours le me(me cortege& la mesme
marché, rien de changédans le
êrtmonial;l'Ambassadeura trouvéla
Garde sousles armes ,
les
tamboursrappellants, les Gardes
de la Porte
,
les Suisses les
Gardes du Corpssous les armes;
en entrant dans l'anti chambre du
Prince ,il a été receu par le Chevalierde
la Roque l'un desMA2
tres d'Hostel du Roy,&quifaisoit
la sonthondepremier Maître
d'Hostel du Prince de Piémont.
Cejeune Prince étoitsur un
marchepied, &sous le dais, le
Prince de Carignan sur l'eflrade
a sa droite
, e- le Marquis du
Coudre, Chevalier de l'Annonciade,
son Gouverneur derriere
son fauteuil;tjuelcjkesCbevaliers
de l'Annonciade étoientautourdu
marchepied: l'Ambassadeur après
les rêverences ordinaires rftmont;
sur l'estrade, le Prince lest couvert,
C7 Ambassadeurpareillement;
il a fait son compliment ,
Auquel ce jeune Prince a répondu
étjfx bas & en peu de paroles.
L'Ambassadeur s'est retiré de
son audience dans le mesme ordre
qu'ily estentré. LepremierMaître
d'Hosteldu Prince l'areconduit
jusques à la SalledesGardes
du Corps, ou il L-awit reten en
arrivant; il est descendu ensuite
entre le Marquis de Carail, &
le Maistre des Ceremonies. Il eji
rentré dans le carfojje du Roy, a
étéreconduit danssonPalais
jusques dans sa chambre d'Audience,
par ces Messieurspreposez
à sa conduite, dans la manière
que je 'OUS l'ay déjà marqué
& J-AnJbafJàdeur pareillement
quand le Marquisde Carail s'ejt
retiré, la conduitjusquau carrosse
&la veu partir.
Peut-estretrouverezvous , Monsieur
, cette relation un pett
trop étendue
, maisje ne pouvois
l'abregersans vous priver du détail
d'un cérémonial, dont la con
noissance peut n'estre pas indifferenteà
ceux quiferoient cbarl/
de parels emplois en cette Cour,
& c'estpar rapport au mesme cewmoni,
zi que je mous rapporterai
encore ici ce qui s'estpassélemesme
jour dans une audience publique
quela Reine & Madame
Royale donnerentàla Marquise
dePriefemme de ïdmbajïadeun
LeRoy &la Reineayantsouhaitéde
recevoir cetteAmbassadrice
avec. tous les honneurs qui
font dutau caractere deson mari ,
lui envoyerent la Comtesse de
Non femme d'un des Capital
nés
nés des Gardes du Corps,&l'unt
des Dames d'bonneur de la Reine:
eette Comtesse se renditau Palais
de f.Amba.DJeur) dans un des
mrrofJe-s du Royy&* accompagnée
du Matftre des Ceremonies;elle
futrecette à la descente du carrojje
par les Gentilshommes de l'Am-
Ira[fadeur ; l'Ambassadrice 'Vint
la recevoir au haut de l'escalier la conduisît dans son Apparte,-
ment-, & lui donna le pas ,
lA
porte, la main, (if lachaifeégalé.
Un moment aprèsl'AmbaJfachw
& la Dame d'honneurfortirentpourmonterencarrossè;
CM prit la première place dansle
fond & à la droite; la Dame
ahonneurse mit à lagauche,&
le maistre des Ceremonies sur le
devant: les Gentilshommes &
l'Ecuyer de i'Arnba/Jadrice suivoient
dans un de ses cartosses à
six chevaux : ÏAmlwJfidrice en
Arrivant au Palais a trouve les
Gardes de la Porte, les SuiJJes,
££• Gardes du Corps en haye; la
Pr;'nL'iJP dt la Ciflerne premiers
Liante d'honneur de la Reine a
receu l'aùbasadroce dans le cahinetquiprécédé
la chambredans
-
laquelleétait la Reine.L'Ambasadrice
en entrant dansrttlt
cbAmbre, a trouve lA Reine debout,
qui lui afait l'honneur de
I,tsalüer; le Roi est entré un moment
après
,
suivi du Prince de
Premont, l'un ~çr l'autre ontsalué
Ïj4mbaf$adnce : leRoy,après
lui avoir dit quelques paroles
obligeantes
, ~& pleines de politrDe"
,
s'est retiré suivi comme il
étoit entré du Prince de Piémont.
L'ambassadrice en sortantde la
chambre de la Reine
, a estéaccompagnée
par la premiere Dame
d'honneur
,
jusqua l'endroit ou
elle l'avoit recue.
Ausortir de j'appartement de
la Reine
,
l'ambassadricetoujours
accompagnée de Madame
la Comtesse de Non
,
Dame
d'Honneur, & du Maistree des
Ceremonies, a été dans le même
carrosse
, & dans le même ordre3
chez Madame Royale son correge
nejïoit pas si nombreux que
celuy de l'ambassadeurson milrV,
mais l'emprejpment des fpeïiateurs
nefut pas moins remarquable
, tous les endroits par où elle
passi étoient borde% d'unefoule
de personnes de toutes conditions
que l'éclat de sa beauté ,un air
noble, & ces graces naissantes
d'une premierejeunes, attiroient
àsonpassage. Hommes Cm fémmes,
tout le monde vouloit là
voir quoyque peut-estepar des
sentimens dijferens.Ellefutreçut
ebek Madame Royale
,
de la
même manierequ'elle l'avoit été
cbe;C la Reine,ensortant de l'appartement
de cette Princesse
,
elle
fut reconduite à son Palais,&
jusques dans son appartement
par la Dame d'Honneur, cm par
le Maistre des Ceremonies, l'Ambassadrice
donnaacette Dame le
pas ~ula main danssamaison
la reconduisitjusqu'au carrosedu
Roy ~&la vit partiravantque
de se retirer.
Si la Reine n'étaitpas rttur.
née le me(me jour à la Vannerie
l'Ambassadrice auroit été au cercle
de Sa Majesté, £$r auroit été
IlJliJe sur un pliant semblable à
Celui des Prineses du Sang.,
dans le milieu du cercle &nJiS-à~
vis Sa Majcfté.
Trouvez bon, Monsieur,
que je vousfaJSj remarquerqu'on
fatt icy difference entre tabouret
çp* pliant, les Princes du Sang
ont un pliant, les autres Dames
quiont droit de s'assoir cbt la
Reine , comme Grandes d-Espa.
gne n'ont quun tabouret carré.
Le 14 du mois l'Ambasadrice
fut au cercle che7, Madame
Royale,(freût un pliantplacé
dans le milieu du cercle,vis a-vis
JfMadame Royale.
Si cette Relation n'étoitpasdéjà
troplongue, je vous rendrois
compte de l'Audience que l'Amhapadeureût
de M. le Prince ~&
de Madame la Princese de Cari.
gnan , CT du PrinceThomas;
maispourabregerje mecontenterai
devousdire que le Prince de Carignan
descendit quatre ou cinq
marches de son escalier pour le
recevoir, ~& quildonnapartout
àce Ministre le pas, la main, la
portey~& la première chaise sur
l'estrade. Que la Princesse dans
son Audience,rient pas ~plufiit
apperceu l'Ambassadeur entrer
danssa chambre ,quelle descendit
deson estrade, &fit quelquespas
en avant. pourrecevoir ce Ministre
,qui de son côté pressa si
marche, afin quelle en fit moins.
Lecérémonial dans l'Audience du
Prince Thomas se paiJa à peupres
comme cbez le Prince de Carignansonfrere
Il n'y eut rien de
particulier dans l'Audience que le
jAzrquiî de S.Thomas premier
Ministre du Roy ,donna à lAmbassadeur,
sinon qu'ildescendit
presquejusquau bas desonescaiier,
pour recevoir cetAmbajjadeur.
Jkhr.Ceseroit ici l'endroit devous
entretenir des visites que -l'Am,.
bassadeurareceus des deux Priitces
de Garignan
,
du Marquis de
S.Thomas
,
&desprincipaux
Seigneurs decette Cour; mais il
fautremettrecediscours à unt,
nouvelle Relation, que je vous
envairay pour peu que vous me
paroissiez lesouhaiter.J'ay l'honneur
d\flreparfaitement, Monsieur
,
Vostre
, Crc. -
- JATurince10.May iyïy.
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1070
p. 49-52
« M le Marquis de Prie dont il est parlé dans cette Relation [...] »
Début :
M le Marquis de Prie dont il est parlé dans cette Relation [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Chevaliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M le Marquis de Prie dont il est parlé dans cette Relation [...] »
M le Marquis de Priedont ilcft parlé dans cette Relation
et le chef du nom & des ar-
-idUde sa maison) originaire
de Berry;mais établie depuis
quelques siecles en Normandie,
& sans entrer dans le détail
de sa genealogie qui me
mencroit trop loin
,
je me
contenteray de vous dire qu'il
y a peu de Maisons dans ces
deux Provinces, plus anciennes
,mieux alliées, & plus
illustrées. Ce que la Maison de
Prie a de singulier, c'est qu'elle
trouve sa filiation & ses preuves
dans les sourcespubliques,
& dans les Historiens, ou dan$
le Tresor des Chartres, & la
Chambredes Comptes. Tous
ses Ancêtres ont servi &tous
ont fcrvi avec distinction,&
des Commandemens honorables.
Ils portoient le titre de
Chevaliers dés le commencement
du 13. siecle, levoient
Banniere,& avoient dans leurs
Compagnies d'hommes d'Armes
,
nombre de Chevaliers
& d'Ecuyers,comme on le
peutvoir dans l'Histoiredes
Grands Officiers de la Couronne
,
& comme j'cfperc vous le
faire voir dans la premiere occasson
que j'aurai de vous parler
de cet Ambassadeur ,qui
s'est rendu aussi agréable au
Prince auprèsduquel il reside,
qu'au Royqui la honoré de la
qualité de son Ambassadeur.
et le chef du nom & des ar-
-idUde sa maison) originaire
de Berry;mais établie depuis
quelques siecles en Normandie,
& sans entrer dans le détail
de sa genealogie qui me
mencroit trop loin
,
je me
contenteray de vous dire qu'il
y a peu de Maisons dans ces
deux Provinces, plus anciennes
,mieux alliées, & plus
illustrées. Ce que la Maison de
Prie a de singulier, c'est qu'elle
trouve sa filiation & ses preuves
dans les sourcespubliques,
& dans les Historiens, ou dan$
le Tresor des Chartres, & la
Chambredes Comptes. Tous
ses Ancêtres ont servi &tous
ont fcrvi avec distinction,&
des Commandemens honorables.
Ils portoient le titre de
Chevaliers dés le commencement
du 13. siecle, levoient
Banniere,& avoient dans leurs
Compagnies d'hommes d'Armes
,
nombre de Chevaliers
& d'Ecuyers,comme on le
peutvoir dans l'Histoiredes
Grands Officiers de la Couronne
,
& comme j'cfperc vous le
faire voir dans la premiere occasson
que j'aurai de vous parler
de cet Ambassadeur ,qui
s'est rendu aussi agréable au
Prince auprèsduquel il reside,
qu'au Royqui la honoré de la
qualité de son Ambassadeur.
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1071
p. 161
Nouvelles de Pologne. [titre d'après la table]
Début :
Par des nouvelles de Pologne on apprend que la Noblesse [...]
Mots clefs :
Roi Stanislas, Roi de Suède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Pologne. [titre d'après la table]
gne
on apprend que la Noblesse
est montée à cheval,
étant comme revol tée contre
le Roy Augufie en faveur du
Roy Stanislas
,
& du Roy de
Suede, ce qui met tout le
Royaume en allarme.
on apprend que la Noblesse
est montée à cheval,
étant comme revol tée contre
le Roy Augufie en faveur du
Roy Stanislas
,
& du Roy de
Suede, ce qui met tout le
Royaume en allarme.
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1072
p. 162-167
De Londres, le 8. Juillet.
Début :
L'on accusa Jacques d'Ormont à la Chambre Basse, les [...]
Mots clefs :
Trahison, Duc d'Ormond, Chambre basse, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres, le 8. Juillet.
De Londres,le 8. Juillet.
L'on accusa Jacques d'Or.
mont à la Chambre Basse, les
débats des Partis furent vifs,
pendant onze heures, & durerent
depuis midy jusqu'à dix
heuresdu soir.PlusieursWighs
se déclarerent pour luy. Le General
Homlay en fit de grands
éloges, son discours roula sur
la valeur & les occasions où il
aétéblesse, & sur ses grandes
& magnifiques dépenses
,
&
bien d'autres firent son Panegytique,
sur tout le Chevalier
Portrait.
Le Chevalier Mer tourna
à l'avis contraire, le jugeant
criminel de haute trahison,
grandes altercations pour le
rabattre à haute malversation
ou non,la negative l'emporta
de 234. voix contre 187. &
l'on dressa les articles d'accusation
de haute trahison contre
Jacques d'Ormont.
Les Laquais burent hautement
pendant la séance à la
fanté du Ducd'Ormont & de
Georges, & non pas du Roy
Georges. On en prit quelquesuns.
Dans leComté de Lancastre
l'on y ruine routes les Eglises,
:& le peuple fait contribuer
par tout,& sur tout les Wighs
-que l'on saccage dés qu'ils ne
payent pas la contribution,
malgré quatre Regimens qu'-
on y a envoyez, sur tout à
Manchester. Qautre ou cinq
des Membres de la Chambre
allerent à Richemont donner
avis au Duc d'Ormont de ce
qui s'étoit passé dans la Chambre
Basse ,y étant un peu incommodé.
Konisec arriva peu de jours
a près Cadogan, pour ce qui
regarde laBarriere.
L'on opina le 3. sur l'accusarion
du Comte de Strafort,
accusé de haute trahison ou
de haute malver sation, la délibération
tournaen sa faveur, ileût268. voix pour luy contre
100. La ChambreBassea
remis les autres accusations à
huitaine, prétendantporter
celles de ces quatre , environ
ce tems là
,
à la Chambre des
Seigneurs.
La populace n'étoit point
assemblée pendant les séances
dernieres par le bon ordre
qu'on y avoit donné.
L'on a remis l'accusation du
Comte d'Oxford
, & du Vicomte
de BullinbrocK au 19.
Le parry de la Cour est fort
embarrassé sur les malheurs
qu'une telle poursuite peut
entraîner, n'ayant pas les pieces
originales pour pouvoir
faire le procès à ces Seigneurs
avec quelqu'apparence de justice,
de maniere qu'on seflatte
que le Roy Georges cherchera
à suspendre la fureur des
Wighs pour sa seuretéparticuliere
, & pour prévenir les
revolutions funestes qui tourneroient
contre luy si l'onvenoit
à couper des têtes si cbcà
res à tout le Royaume.
Le Duc d'Ormont est allé
dans un Château d'un de ses
parens prés de Wintford
,
il
tient toujours ferme malgré le
conseil de quelqu'uns de ses
amis qui le pressent des'absenter,
ce qu'il refuse de faire, disant
qu'il se declareroit coupable
par là, & fc sentant d'ailleurs
asseuré d'un grand parti
& de son innocence.
L'on accusa Jacques d'Or.
mont à la Chambre Basse, les
débats des Partis furent vifs,
pendant onze heures, & durerent
depuis midy jusqu'à dix
heuresdu soir.PlusieursWighs
se déclarerent pour luy. Le General
Homlay en fit de grands
éloges, son discours roula sur
la valeur & les occasions où il
aétéblesse, & sur ses grandes
& magnifiques dépenses
,
&
bien d'autres firent son Panegytique,
sur tout le Chevalier
Portrait.
Le Chevalier Mer tourna
à l'avis contraire, le jugeant
criminel de haute trahison,
grandes altercations pour le
rabattre à haute malversation
ou non,la negative l'emporta
de 234. voix contre 187. &
l'on dressa les articles d'accusation
de haute trahison contre
Jacques d'Ormont.
Les Laquais burent hautement
pendant la séance à la
fanté du Ducd'Ormont & de
Georges, & non pas du Roy
Georges. On en prit quelquesuns.
Dans leComté de Lancastre
l'on y ruine routes les Eglises,
:& le peuple fait contribuer
par tout,& sur tout les Wighs
-que l'on saccage dés qu'ils ne
payent pas la contribution,
malgré quatre Regimens qu'-
on y a envoyez, sur tout à
Manchester. Qautre ou cinq
des Membres de la Chambre
allerent à Richemont donner
avis au Duc d'Ormont de ce
qui s'étoit passé dans la Chambre
Basse ,y étant un peu incommodé.
Konisec arriva peu de jours
a près Cadogan, pour ce qui
regarde laBarriere.
L'on opina le 3. sur l'accusarion
du Comte de Strafort,
accusé de haute trahison ou
de haute malver sation, la délibération
tournaen sa faveur, ileût268. voix pour luy contre
100. La ChambreBassea
remis les autres accusations à
huitaine, prétendantporter
celles de ces quatre , environ
ce tems là
,
à la Chambre des
Seigneurs.
La populace n'étoit point
assemblée pendant les séances
dernieres par le bon ordre
qu'on y avoit donné.
L'on a remis l'accusation du
Comte d'Oxford
, & du Vicomte
de BullinbrocK au 19.
Le parry de la Cour est fort
embarrassé sur les malheurs
qu'une telle poursuite peut
entraîner, n'ayant pas les pieces
originales pour pouvoir
faire le procès à ces Seigneurs
avec quelqu'apparence de justice,
de maniere qu'on seflatte
que le Roy Georges cherchera
à suspendre la fureur des
Wighs pour sa seuretéparticuliere
, & pour prévenir les
revolutions funestes qui tourneroient
contre luy si l'onvenoit
à couper des têtes si cbcà
res à tout le Royaume.
Le Duc d'Ormont est allé
dans un Château d'un de ses
parens prés de Wintford
,
il
tient toujours ferme malgré le
conseil de quelqu'uns de ses
amis qui le pressent des'absenter,
ce qu'il refuse de faire, disant
qu'il se declareroit coupable
par là, & fc sentant d'ailleurs
asseuré d'un grand parti
& de son innocence.
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1073
p. 260-263
Dons du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Avançons, Mademoiselle, ne laissons point ici languir la narration, la [...]
Mots clefs :
Abbé, Gouvernement, Évêque, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy. [titre d'après la table]
Avançons,Mademoiselle,
ne iailTons point ici languir la
narration lamatière estbelle.
Il s'agit de parler un moment
des bontez du Roy; quandil
vivroic encore milleans&
plus, on n'auroit jamaisrien
de meilleurà dire. Sa Majesté
toûjours attentive au choix
des sujets qu'clle honore de
ses graces, a donné les deux
Charges d'Aumônier que poC:
sedoient M. l'Abbé de Sourches
àpresent Evêque de Dol,
& M.l'AbbédeBrancasàpresent
Evêque de Lizieux
,
l'une
à M. l'Abbé de Froulay, Chanoine
& Comte de Lyon,&
l'autre àM.l'Abbé de Rochebonne,
aussiChanoine&Com
te de Lyon; & à M. le Marquis
d'Arpajon,Chevalierde
l'Ordre dela Toison d'or & de
Saint Lu$> & Maréchal de
Camp, son agrément pour le
Gouvernement de la Province
du Berry qu'il a acheté cent
milécusdeM.leDucdeNoailles.
Sa Majesté a ajoûré à cette
grâce un brevet de retenue de
deux cens mil livres Elle a ac
compagne ce present de rous
les agréments imaginables
pour M. le Mirquis dArpajon
, &lui a fait sentirqu'elle
se souvenoit avec ~phifir de Ces:
derniers services en France,&;
de ceux qu'il aenle bonheur
de rendre en Espagne à Sa Majette
Catholique, qui l'a pour
cette consideration honoré de
l'Ordre de laToison d'or.
Le Gouvernement de Berry
ne vaut à present que vingt mil
livres de revenu, autrefois il
en valoir trente- six ; mais il c11
un des plus considerables du
Royaume,&il a toujours été
possedé par desPrinces duSang,
& des plus grands Seigneurs.
ne iailTons point ici languir la
narration lamatière estbelle.
Il s'agit de parler un moment
des bontez du Roy; quandil
vivroic encore milleans&
plus, on n'auroit jamaisrien
de meilleurà dire. Sa Majesté
toûjours attentive au choix
des sujets qu'clle honore de
ses graces, a donné les deux
Charges d'Aumônier que poC:
sedoient M. l'Abbé de Sourches
àpresent Evêque de Dol,
& M.l'AbbédeBrancasàpresent
Evêque de Lizieux
,
l'une
à M. l'Abbé de Froulay, Chanoine
& Comte de Lyon,&
l'autre àM.l'Abbé de Rochebonne,
aussiChanoine&Com
te de Lyon; & à M. le Marquis
d'Arpajon,Chevalierde
l'Ordre dela Toison d'or & de
Saint Lu$> & Maréchal de
Camp, son agrément pour le
Gouvernement de la Province
du Berry qu'il a acheté cent
milécusdeM.leDucdeNoailles.
Sa Majesté a ajoûré à cette
grâce un brevet de retenue de
deux cens mil livres Elle a ac
compagne ce present de rous
les agréments imaginables
pour M. le Mirquis dArpajon
, &lui a fait sentirqu'elle
se souvenoit avec ~phifir de Ces:
derniers services en France,&;
de ceux qu'il aenle bonheur
de rendre en Espagne à Sa Majette
Catholique, qui l'a pour
cette consideration honoré de
l'Ordre de laToison d'or.
Le Gouvernement de Berry
ne vaut à present que vingt mil
livres de revenu, autrefois il
en valoir trente- six ; mais il c11
un des plus considerables du
Royaume,&il a toujours été
possedé par desPrinces duSang,
& des plus grands Seigneurs.
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1074
p. 263-277
A. S. A S. MONSEIGNEUR le Duc, Gouverneur de Bourgogne, séant à l'ouverture de l'Assemblée des Etats de la Province à Dijon, le 20. May 1715. ODE.
Début :
A propos de Princes du Sang, on vient heureusement, Mademoiselle / Quelle Cour salutaire ! [...]
Mots clefs :
Gouverneur de Bourgogne, Coeur, Province, Ode, Province, Heureux, Dijon, Assemblée des états
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A. S. A S. MONSEIGNEUR le Duc, Gouverneur de Bourgogne, séant à l'ouverture de l'Assemblée des Etats de la Province à Dijon, le 20. May 1715. ODE.
A propos de Princes du
Sang, on vient heureusement,
Mademoiselle, dem'apporter
une Ode que, M.Martineau
de Solleyne
,
dont vous avez
sans doute vu plusieurs fois, &
lû les Ouvrages, a faite pour
S. A. S. M. le Duc.Il a eu
l'honneur de l'envoyer à ce
Prince. Il l'a receuë de bonne
grâce, & je croi que, corama
vous, le Public la recevra
bien aussi.
I
A. S. A S. MONSEIGNEUR
le Duc, Gouverneur de
Bourgogne, séant à l'ouverture
de l'Assemblée des
Etats de la Province à
Dijon, le20. May 1715.
ODE.
Quelle Coursalutaire !
Quel pompeux appareil!
Quel Heros tutelaire
Assemble ce Conseil ?
Quel est ce jeune Alcide
Qui le remplitd'éclat?
Est-ce un Dieu qui preside
En ce brillant Sénat?
-
Son seul air peut l'apprendre
Dés qu'onl'aregardé:
Sçauroit-on Je méprendre.
Aux traits du grand Condé?
C'est son sang; sa vaillance
Est peinte sur son front ;
Le feu, la ressemblance
Le port, tout en répond.
jéuguste&digne race
Jeune Bourbon c'est toy,
Quisuis déjà la trace
Du vainqueur de Rocroy;
TtJY, que l'impatience
De voirfinir nos maux,
Promptànostre dejfinfe
Fit voler aux assauts.
Aigle qui nous apportes
L'ordre du Souverain,
Par tout où tu te portes
Le Ciel devientserein.
Ton essormilitaire
Secondant ton desir,
Pour début, nous fçût faire
Un tranquille loisir.
Viens, Minerve te guide
Aux Conflits aux Combats;
C'est-ellequidecide
4 Par ta bouche, & ton bras.
De nos biens, de nos testes
Illustre Protecteur,
Ajoûre à tes conquestes
Celle de noflre coeur.
Les Légions Romaines
Répandaient moins d'effroy
Que celles que tu menes
N'en inspirentsous toy;
Sans estreChefd'Armée
D'abord tu nous appris
Combien la Renommée
Te de(line de Prix!
Ton nom comme un Tonnerre
Fitfuir pour coup d'essay
Le Démon de la Guerre,
De Bouchain, de Dviiay;
Marstqui fait ton étude,
Vit rentrerJous nos Loix
Le Qaefhey pourprélude
De tes premiersexploits.
En éprouvant tes armes
Le ~Gcïnain dans Landau
Ne trouva plein d'aillarmes
Qu'unfuneste tombeau.
Fribourg bien-tostenpoudre
Revitsur ses Ramparts
Condé ravir lafoudre a l'Aigle des Cesars.
Du char de la V\cloire9
Pour nous vole ici bas :
Un autre champ de gloire
T'attend en nos climats.
Une nouvelle palme
Fruit des plus doux travaux
T'offre au milieu du calme
Des triomphes plus beaux.
Plein de dons politiques
Prens, jeune Salomon,
Des affaires publiques ,
Prensen main le timon;
Et par d'autresspectacles
Viensressemblant aux Dieux
Hâter par tes oracles
Le bonheur de ces lieux.
Rempli tes dessinees:
Signale ta grandeurSeroient-elles bornées
A laseule valeur?
.Ajf;: de ces merveilles
T'érigent enHéros
Couronne ici tes veilles
Par nostreplein repos.
Dans un pieux Monarque
L'amour du mondeentier,
Que respecte le Parque
Blancby fous le laurier.
Telqu'un astre polaire
Traçant la route au Port
Du même ajpefl éclaire
Et marque un heureux fort.
Tel tu fais nostrejoye
En nosyeux tu la lis
Il suffit qu'on te voye
Nos voeux font accomp is
Noflre effort sansmurmHït,
Soutintdivers*fleaux;
: Un %eleJknsmefuirt-
Porteencornosfardeaux;
Mais l'amour te partage.
Entre l'Etat & mmy
Tu deviensun presage
Du destin le plus JeUiCAI
Il rieft plus rien de rude
Pour nous quand tu parois ;
* Depuis la sterilité de 1709.
allarmes d'irruption du costé de la
Bresse en 1711. les frequensdebordemens
d'eaux affligerent dé dommages
particuliers la Bourgogne, qui fat-eu&
fuite plus vivement frappée qu'aucune
autre Province ,
de lamortalité des
beftiaiix.> , - -
Libre d'inquietude
Le coeur vole àta voix;
Commande :ofo execute > Et jaloux de servir
Le peuplese c/ijpure
Lagloire d'obéir.
Déja tu representes
Aux Peuplesébloüis
Dans tes vertus naissantes
L'éleve de Louis;
Et t'en montrant l'image
Par tes talensdivers
Tu t'ajpifës l'hommage
Des voeux de l'univers,
Plusgrandque ta naissance
Tu tires ta splendeur
De ton intelligence
Autant que de ton coeur;-
En toy,l'esprit étonne
Et joint en même temps
Lesfruits deson Autonne
Auxfleurs deson Printemps.
Tandis que ta prudence
Eclate en mille traits -
On ne sent ta puissance
Que par tes seulsbienfaits,
Ils consacrent l'usage
De tes titre;pompeux,
Tel Titus à ton âge
Rendoit le monde heureux.
Vous, qui danssajeunesse
Voyez,Nobles Guerriers,
Quel éclat la sagesse
Répandsurses lauriers:
Admirezsapersonne,
En qui les Dieux ont mis.
La valeur de Bellonne,
Et les moeurs de Themis!
Moins touche que luy même
De tes divers brjoitu)
Tu dors, Peuple qu'il aime
A l'abry deses foins:
Sur, qu'il ne peut se croire
Heureux en dignité,
QjSil n'ait encov lagloire
De ta Félicité.
Son ame non commune
Que rien n'enste ou n'abat,
Fait toute tafortune
Et l'espoir de l'Etat;
Trop heureuse Province
Dont il est lesalut,
Dois tu moins à ce Prince
Que ton coeur pour tribut!
Cette Ode est comme je
vous l'ay dit de M. Martineau
deSolleynne,quine manque
guere les occasions de marquer
sonattachemont à S.A.S.
& à l'agrément de se faire un
nom dans la Republique des
Lettres par le succés de ses
pieces, donc le choix du Heros
augmente encore le prix.
Sang, on vient heureusement,
Mademoiselle, dem'apporter
une Ode que, M.Martineau
de Solleyne
,
dont vous avez
sans doute vu plusieurs fois, &
lû les Ouvrages, a faite pour
S. A. S. M. le Duc.Il a eu
l'honneur de l'envoyer à ce
Prince. Il l'a receuë de bonne
grâce, & je croi que, corama
vous, le Public la recevra
bien aussi.
I
A. S. A S. MONSEIGNEUR
le Duc, Gouverneur de
Bourgogne, séant à l'ouverture
de l'Assemblée des
Etats de la Province à
Dijon, le20. May 1715.
ODE.
Quelle Coursalutaire !
Quel pompeux appareil!
Quel Heros tutelaire
Assemble ce Conseil ?
Quel est ce jeune Alcide
Qui le remplitd'éclat?
Est-ce un Dieu qui preside
En ce brillant Sénat?
-
Son seul air peut l'apprendre
Dés qu'onl'aregardé:
Sçauroit-on Je méprendre.
Aux traits du grand Condé?
C'est son sang; sa vaillance
Est peinte sur son front ;
Le feu, la ressemblance
Le port, tout en répond.
jéuguste&digne race
Jeune Bourbon c'est toy,
Quisuis déjà la trace
Du vainqueur de Rocroy;
TtJY, que l'impatience
De voirfinir nos maux,
Promptànostre dejfinfe
Fit voler aux assauts.
Aigle qui nous apportes
L'ordre du Souverain,
Par tout où tu te portes
Le Ciel devientserein.
Ton essormilitaire
Secondant ton desir,
Pour début, nous fçût faire
Un tranquille loisir.
Viens, Minerve te guide
Aux Conflits aux Combats;
C'est-ellequidecide
4 Par ta bouche, & ton bras.
De nos biens, de nos testes
Illustre Protecteur,
Ajoûre à tes conquestes
Celle de noflre coeur.
Les Légions Romaines
Répandaient moins d'effroy
Que celles que tu menes
N'en inspirentsous toy;
Sans estreChefd'Armée
D'abord tu nous appris
Combien la Renommée
Te de(line de Prix!
Ton nom comme un Tonnerre
Fitfuir pour coup d'essay
Le Démon de la Guerre,
De Bouchain, de Dviiay;
Marstqui fait ton étude,
Vit rentrerJous nos Loix
Le Qaefhey pourprélude
De tes premiersexploits.
En éprouvant tes armes
Le ~Gcïnain dans Landau
Ne trouva plein d'aillarmes
Qu'unfuneste tombeau.
Fribourg bien-tostenpoudre
Revitsur ses Ramparts
Condé ravir lafoudre a l'Aigle des Cesars.
Du char de la V\cloire9
Pour nous vole ici bas :
Un autre champ de gloire
T'attend en nos climats.
Une nouvelle palme
Fruit des plus doux travaux
T'offre au milieu du calme
Des triomphes plus beaux.
Plein de dons politiques
Prens, jeune Salomon,
Des affaires publiques ,
Prensen main le timon;
Et par d'autresspectacles
Viensressemblant aux Dieux
Hâter par tes oracles
Le bonheur de ces lieux.
Rempli tes dessinees:
Signale ta grandeurSeroient-elles bornées
A laseule valeur?
.Ajf;: de ces merveilles
T'érigent enHéros
Couronne ici tes veilles
Par nostreplein repos.
Dans un pieux Monarque
L'amour du mondeentier,
Que respecte le Parque
Blancby fous le laurier.
Telqu'un astre polaire
Traçant la route au Port
Du même ajpefl éclaire
Et marque un heureux fort.
Tel tu fais nostrejoye
En nosyeux tu la lis
Il suffit qu'on te voye
Nos voeux font accomp is
Noflre effort sansmurmHït,
Soutintdivers*fleaux;
: Un %eleJknsmefuirt-
Porteencornosfardeaux;
Mais l'amour te partage.
Entre l'Etat & mmy
Tu deviensun presage
Du destin le plus JeUiCAI
Il rieft plus rien de rude
Pour nous quand tu parois ;
* Depuis la sterilité de 1709.
allarmes d'irruption du costé de la
Bresse en 1711. les frequensdebordemens
d'eaux affligerent dé dommages
particuliers la Bourgogne, qui fat-eu&
fuite plus vivement frappée qu'aucune
autre Province ,
de lamortalité des
beftiaiix.> , - -
Libre d'inquietude
Le coeur vole àta voix;
Commande :ofo execute > Et jaloux de servir
Le peuplese c/ijpure
Lagloire d'obéir.
Déja tu representes
Aux Peuplesébloüis
Dans tes vertus naissantes
L'éleve de Louis;
Et t'en montrant l'image
Par tes talensdivers
Tu t'ajpifës l'hommage
Des voeux de l'univers,
Plusgrandque ta naissance
Tu tires ta splendeur
De ton intelligence
Autant que de ton coeur;-
En toy,l'esprit étonne
Et joint en même temps
Lesfruits deson Autonne
Auxfleurs deson Printemps.
Tandis que ta prudence
Eclate en mille traits -
On ne sent ta puissance
Que par tes seulsbienfaits,
Ils consacrent l'usage
De tes titre;pompeux,
Tel Titus à ton âge
Rendoit le monde heureux.
Vous, qui danssajeunesse
Voyez,Nobles Guerriers,
Quel éclat la sagesse
Répandsurses lauriers:
Admirezsapersonne,
En qui les Dieux ont mis.
La valeur de Bellonne,
Et les moeurs de Themis!
Moins touche que luy même
De tes divers brjoitu)
Tu dors, Peuple qu'il aime
A l'abry deses foins:
Sur, qu'il ne peut se croire
Heureux en dignité,
QjSil n'ait encov lagloire
De ta Félicité.
Son ame non commune
Que rien n'enste ou n'abat,
Fait toute tafortune
Et l'espoir de l'Etat;
Trop heureuse Province
Dont il est lesalut,
Dois tu moins à ce Prince
Que ton coeur pour tribut!
Cette Ode est comme je
vous l'ay dit de M. Martineau
deSolleynne,quine manque
guere les occasions de marquer
sonattachemont à S.A.S.
& à l'agrément de se faire un
nom dans la Republique des
Lettres par le succés de ses
pieces, donc le choix du Heros
augmente encore le prix.
Fermer
1075
p. 49-59
De Londres ce I. Août 1715.
Début :
Hier le Roy vint à la Chambre des Pairs, & aprés avoir [...]
Mots clefs :
Chambre des communes, Chambre des pairs, Londres, Hommes, Parlement, Vaisseaux, Roi, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres ce I. Août 1715.
De Londres ce 1. Août 1715 .
Hier leRoy vintà la Chambre
des Pairs , & aprés avoir
donné à tous ceux qui y étoient
preſents ſon confentement Royal
pour prévenir les Aſſemblées tumultueuses
, S. M.fit au Parlement
laHarangueſuivante.
८
Aoust 1715. E
i
So MERCURE
MILORDS ET MESSIEURS ,
Le zele que vous avez toujours
temoignépour conferver la
Paix de mes Royaumes , &vôtre
ſageſſe enfaisant une auffi
bonne Loy que celle que vous
avezfaite pour prévenir toutes
fortes de tumultes , me donnent
une grande fatisfaction ; mais je
ſuis fâché qu'un esprit de rebellion
ſe découvre juſques- là qu'il
n'yapas lieu de douter que ces
defordres nefoient encouragezpar
des perſonnes mal- affectionnées à
mon Gouvernement , dans l'at-
>
GALANT. SI
1
tente d'estre foutenus parunfecours
étranger.
La confideration de noftre excellente
Constitution ,er lafeureté
de nostreReligion ont efté ,&
feronttoujours mon principalſoin;
&je ne puis douter que vous
n'ayez affez à coeur ce bien ineftimable
, pour ne me pas laiſſer
exposé aux attentats que lePrétendant
me prepare , commej'en ai
des avis certains.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE
DES COMMUNES.
Dans ces circonstances je trou
E ij
52 MERCURE
ve à propos de demander voftre
aſſiſtance ,&je ne doute point
que vous ne pourvoyiezà voſtre
Seureté, en ne laiſſant pas laNation
hors d'état de se deffendre
contre une rebellion actuellement
commencée audedans , &une invafion
dont on la menace audehors.
Je regarderay les précautions
que vous prendrez pour la feureté
de mon peuple , comme la
meilleure marque de vostre affection
pour moy.
-On dit quela Cour receut
hier au matin un Exprés de
France qui luy donna avis que
tout ſe preparoit pour faire
GALANT 53
F
une deſcente en ce Pays-cy ,
en faveur du Pretendant ; &
pour ſoutenir ſes amis prêts à
ſe ſoulever contre le Gouvernement
preſent ; que pour
cet effet l'Eſcadre qui a ſervi
pour la reddition de Maillor.
que , eſtoit arrivée au Havre
de Grace pour eſcorter les
Vaiſſeaux fur leſquels ſcroient
les troupes deſtinées à l'affif
ter & que ce fût fur ces avis
que S. M. fit fa Harangue au
Parlement.
Les Communes ne furent
pas ſi toſt rentrées dans la
Chambre qu'elles refolurent
E iij
54 MERCURE
d'une commune voix qu'on
preſenteroit une Adreſſe au
Roy , pour le remercier d'avoir
communiqué au Parlement
l'avis qu'il avoit receu
d'une entrepriſe qu'on preparoit
au dehors contre la Nation
, & qui estoit au dedans
fomentée & favorisée par
de noires pratiques en faveur
du Pretendant , elles refolurent
en même temps d'aſſeurer
S. M. que la Chambre la
ſupporteroit de les vies
biens , contre tous ſes ennemis
publics , & fecrets ; & de la
prier de donner inceſſamment
, &
GALANT. 55
لو
des ordres pour équiper un
nombre de Vaiſſeaux ſuffiſans
pour garder efficacement les
Coſtes ;& de lever , & maintenir
tel nombrede forces par
Mer , & par Terre , qu'il ſeroit
neceſſaire pour la deffenſe
de ſa ſacrée Perſonne , & pour
la ſeuretéde ſes Royaumes. Il
fut enfin decidé unanimement
que ladite réſolution
A feroit preſentée par la Chambreà
S. M. en Corps , & qu'on
prendroit immediatement
toutes les voyes les plus promptes
pour luy fournir des ſub .
fides fuffifans.
E iiij
56 MERCURE
Milord Maire , & les Aldhermans
allerent enſuite offrir
au Roy de la part de laVilleun
million de livres ſterlin pour
s'oppoſer aux entrepriſes du
Pretendant.
On a ſouvent des avis icy
des frequents deſordres qui
arrivent en pluſieurs endroits ,
&ſur tout à Bromwitch dans
leComté de Strafford , où la
populace
populace a démoly pluſieurs
Eglifes non conformistes ,
avec des cris ſcandaleux , &
injurieux , & où il y a cû pluſieurs
rebels tuez & bleffez ,
& un grand nombre de Prifonniers
.
GALANT. 57
1-
Le Roy Georges a fait depuis
peu une petite Harangue
de remerciement , de ce qu'on
luy avoit accordé la levée de
4000. hommes d'Infanterie ,
&de 3000. Dragons. On fait
venir 12000. hommes d'Irlande,
& 7. ou 8000. d'Ecoffe ,
avec les 8000. qui font en
Angleterre ; on eſpere que
dans un mois il pourra y avoir
26. ou 27000. hommes , &
quarante Vaiſſeaux deGuerre.
Il paroiſt que l'on craignoit
à la Cour que le Duc d'Ormond
ne ſe mit à la tête de
quelques troupes,&l'on affûre
A
58 MERCURE
que M. Stanhope à preſent
Secretaire d'Etat , luy avoit
dit que le Roy luy avoit ordonné
de l'avertir qu'on l'enleveroit
à Richemont où il
eſtoit , que le Duc d'Ormond
avoit répondu qu'il feroit fa
réponſe dans trois jours , &
qu'il diſparut le troiſieme ,
s'étant retiré par la Thamiſe
dans un petit Bâtiment avec
deux ou trois hommes ſeulement
: on dit qu'il foupa le
huit de ce mois chez M. le
Marquis de Torcy avec le
Vicomte de Bullinbrock , ils
logent auprés des Incurables.
GALANT. رو
Le Duc a demeuré quelques
jours chez un Baigneur dans
laruë de Richelieu.
Onnedoute point que les
Angloisqui font du parti du
Pretendant , ne ſoïent affligez
de perdre l'efperance qu'ils
avoient de le voir mettre à la
tête d'une Armée en ſafaveur.
Hier leRoy vintà la Chambre
des Pairs , & aprés avoir
donné à tous ceux qui y étoient
preſents ſon confentement Royal
pour prévenir les Aſſemblées tumultueuses
, S. M.fit au Parlement
laHarangueſuivante.
८
Aoust 1715. E
i
So MERCURE
MILORDS ET MESSIEURS ,
Le zele que vous avez toujours
temoignépour conferver la
Paix de mes Royaumes , &vôtre
ſageſſe enfaisant une auffi
bonne Loy que celle que vous
avezfaite pour prévenir toutes
fortes de tumultes , me donnent
une grande fatisfaction ; mais je
ſuis fâché qu'un esprit de rebellion
ſe découvre juſques- là qu'il
n'yapas lieu de douter que ces
defordres nefoient encouragezpar
des perſonnes mal- affectionnées à
mon Gouvernement , dans l'at-
>
GALANT. SI
1
tente d'estre foutenus parunfecours
étranger.
La confideration de noftre excellente
Constitution ,er lafeureté
de nostreReligion ont efté ,&
feronttoujours mon principalſoin;
&je ne puis douter que vous
n'ayez affez à coeur ce bien ineftimable
, pour ne me pas laiſſer
exposé aux attentats que lePrétendant
me prepare , commej'en ai
des avis certains.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE
DES COMMUNES.
Dans ces circonstances je trou
E ij
52 MERCURE
ve à propos de demander voftre
aſſiſtance ,&je ne doute point
que vous ne pourvoyiezà voſtre
Seureté, en ne laiſſant pas laNation
hors d'état de se deffendre
contre une rebellion actuellement
commencée audedans , &une invafion
dont on la menace audehors.
Je regarderay les précautions
que vous prendrez pour la feureté
de mon peuple , comme la
meilleure marque de vostre affection
pour moy.
-On dit quela Cour receut
hier au matin un Exprés de
France qui luy donna avis que
tout ſe preparoit pour faire
GALANT 53
F
une deſcente en ce Pays-cy ,
en faveur du Pretendant ; &
pour ſoutenir ſes amis prêts à
ſe ſoulever contre le Gouvernement
preſent ; que pour
cet effet l'Eſcadre qui a ſervi
pour la reddition de Maillor.
que , eſtoit arrivée au Havre
de Grace pour eſcorter les
Vaiſſeaux fur leſquels ſcroient
les troupes deſtinées à l'affif
ter & que ce fût fur ces avis
que S. M. fit fa Harangue au
Parlement.
Les Communes ne furent
pas ſi toſt rentrées dans la
Chambre qu'elles refolurent
E iij
54 MERCURE
d'une commune voix qu'on
preſenteroit une Adreſſe au
Roy , pour le remercier d'avoir
communiqué au Parlement
l'avis qu'il avoit receu
d'une entrepriſe qu'on preparoit
au dehors contre la Nation
, & qui estoit au dedans
fomentée & favorisée par
de noires pratiques en faveur
du Pretendant , elles refolurent
en même temps d'aſſeurer
S. M. que la Chambre la
ſupporteroit de les vies
biens , contre tous ſes ennemis
publics , & fecrets ; & de la
prier de donner inceſſamment
, &
GALANT. 55
لو
des ordres pour équiper un
nombre de Vaiſſeaux ſuffiſans
pour garder efficacement les
Coſtes ;& de lever , & maintenir
tel nombrede forces par
Mer , & par Terre , qu'il ſeroit
neceſſaire pour la deffenſe
de ſa ſacrée Perſonne , & pour
la ſeuretéde ſes Royaumes. Il
fut enfin decidé unanimement
que ladite réſolution
A feroit preſentée par la Chambreà
S. M. en Corps , & qu'on
prendroit immediatement
toutes les voyes les plus promptes
pour luy fournir des ſub .
fides fuffifans.
E iiij
56 MERCURE
Milord Maire , & les Aldhermans
allerent enſuite offrir
au Roy de la part de laVilleun
million de livres ſterlin pour
s'oppoſer aux entrepriſes du
Pretendant.
On a ſouvent des avis icy
des frequents deſordres qui
arrivent en pluſieurs endroits ,
&ſur tout à Bromwitch dans
leComté de Strafford , où la
populace
populace a démoly pluſieurs
Eglifes non conformistes ,
avec des cris ſcandaleux , &
injurieux , & où il y a cû pluſieurs
rebels tuez & bleffez ,
& un grand nombre de Prifonniers
.
GALANT. 57
1-
Le Roy Georges a fait depuis
peu une petite Harangue
de remerciement , de ce qu'on
luy avoit accordé la levée de
4000. hommes d'Infanterie ,
&de 3000. Dragons. On fait
venir 12000. hommes d'Irlande,
& 7. ou 8000. d'Ecoffe ,
avec les 8000. qui font en
Angleterre ; on eſpere que
dans un mois il pourra y avoir
26. ou 27000. hommes , &
quarante Vaiſſeaux deGuerre.
Il paroiſt que l'on craignoit
à la Cour que le Duc d'Ormond
ne ſe mit à la tête de
quelques troupes,&l'on affûre
A
58 MERCURE
que M. Stanhope à preſent
Secretaire d'Etat , luy avoit
dit que le Roy luy avoit ordonné
de l'avertir qu'on l'enleveroit
à Richemont où il
eſtoit , que le Duc d'Ormond
avoit répondu qu'il feroit fa
réponſe dans trois jours , &
qu'il diſparut le troiſieme ,
s'étant retiré par la Thamiſe
dans un petit Bâtiment avec
deux ou trois hommes ſeulement
: on dit qu'il foupa le
huit de ce mois chez M. le
Marquis de Torcy avec le
Vicomte de Bullinbrock , ils
logent auprés des Incurables.
GALANT. رو
Le Duc a demeuré quelques
jours chez un Baigneur dans
laruë de Richelieu.
Onnedoute point que les
Angloisqui font du parti du
Pretendant , ne ſoïent affligez
de perdre l'efperance qu'ils
avoient de le voir mettre à la
tête d'une Armée en ſafaveur.
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1076
p. 167-192
Extrait du Discours que M. l'Abbé Bion a prononcé à l'Académie Françoise le jour de saint Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le 25. de ce mois jour de Saint Louis, Messieurs de l'Académie [...]
Mots clefs :
Saint-Louis, Discours, Académie française, Orateur, Exemple, Roi, Hommes, Peuple, Souverain, Autorité, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Discours que M. l'Abbé Bion a prononcé à l'Académie Françoise le jour de saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25. de ce mois jour de
Saint Louis, Meffieurs de l'Academie
Françoiſe s'aſſemblerent
dans la Chapelle du Louvre
pour celebrer la Feſte du
Saint Roy ; ily cûtuneMeffe
168 MERCURE
bafle pendant laquelle on
chanta un Motet de la compoſition
du Sieur Du Bouffer,
enfuite lePanegyrique fut prononcé
par Monfieur l'Abbé
Bion , Orateur connu dans le
monde par des actions celebres,
telles que le Panegyrique
de Saint François Xavier chez
les R. P. Jefuites ; celuy de
Saint Gaëtan chez les R. P.
Theatins ; celui de Saint Paul
chez les R. P. Barnabites; celui
de Saint François de Paul, chez
les R P. Minimes.
Il pri pour texte les paroles
du Picaume 24. Adte levavi
animam
GALANT. 169
7
5
animam meam Deus meus in te
confido, non erubefcam.
-Seigneur j'ay élevé mon ame
vers vous ; oüy mon Dieu ,
jemetsen vous toute maconfiance
, & je n'en rougiray
point.
Ce texte ne paroiſt pas brillant
, mais il eſt d'une grande
convenance au ſujet , puiſque
Saint Louis s'appliqualuy même
ces paroles du Roy Prophête
, dans le tems de fon
Sacre , action dont l'Orateur
fait le fond de ſon Exorde.
Ilcommencepar une courte
expoſition de la miſere des
Aoust 1715.
P
170 MERCURE
Rois , c'eſt à dire des obſtacles
qu'ils ont à vaincre pour leur
falut , les beſoins qu'ils ont
de ſe menager le ſecours de
Dicu par une ſage confiance.
C'eſt , ajoûta t- il , ce que fic dés
l'âge le plus tendre le SaintRoy
dont nous honorons la memoire ;
il amene la ceremonie du Sacre,
dont il tire le trait qui fuir.
Grand-Dieu , le croiroit- on , il est
àla vûë d'une Cour desplusfuperbes
raffemblée pour l'éleverau
Trône , &parmy tout ce fafte
il n'eſt occupé que des malheurs
de ſa condition , on lay met le
Sceptre en main& le Diademe
GALANT. 171
au front ,ſignes auguſtes de l'autorité
dont il commence à joüir ,
& dans ce pompeux appareil, il
nesonge qu'à l'usagequ'il doitfai
re desa puiſſance , &plus encore
au terrible compte qu'il faudra
vendre un jour au SouverainJuge;
tous les grands d'un puiſſant
Empirefont à ses pieds qui luy
jurent obéiffance , & au milieu
de ces hommages , il n'est frappé
que du ferment qu'il vient luimême
deprononcer entre les mains
duPontife du Dieu Vivant;Encore
une fois le croiroit-on d'un
Prince àpeine forti de l'enfance ,
ſi l'on ne sçavoit ce que peut la
Pij
172 MERCURE
grace deJ. C. dans un coeurqu'elle
previent. L'Orateur continuë ;
maisfans inſiſter davantage fur
cettepremiere action du jeuneLoüis
que je regarde&quejepoſe comme
le principe & le fondement
defafainteté, voyonsſeulement,
fipar laſuite ileût lieu d'en rougir,
& connoiffons aujourd'huy
ce qu'est un Souverain qui efpere
en Dieu&que Dieufoutient ,
ouplutôtque ceux là le connoiffent
qui veulent que l'Evangile ſoit
unobstacle àlagloire desPrinces ,
d'un costé par la droiture & la
moderasion qu'il exige ;de l'autre
par les sentimens modestes &les
GALANT. 173
** pratiques humiliantes qu'il prefcrit
: idée chimerique & deteftable
que l'exemple de Saint Louis
doit confondre , puiſque dans un
Regne des plus glorieux , il conferva
toûjours la fidelité d'un
Chrétien auſſi bien que la majesté
d'un Roy dans les plus profonds
abaiſſemens .
Le deſſein du Difcours ainfi
expofé , l'Orateur finit fonExorde
par un trait à Meſſieurs
de l'Académie Françoile , il y
rend hommage à ces hommes
illuſtres & s'humilie luy- même
à la vue de ſon ſujet , ſans que
ſa modeſtie luy fafſſerien per-
Piij
174 MERCURE
dre de la dignité d'un Miniſtre
Evangelique.
Plan general du Discours.
Il s'agiſſoit dans la premiere
partie de combattre l'erreur
de ces faux politiques qui veulent
que la droiture &la moderation
Evangeliques , commettent
l'autorité Royale en
expoſant les Souverains aux
entrepriſes étrangeres ou domeſtiques
; pour cela l'Orateur
expoſe cette droiture& cette
moderation pouffées au plus
haut point dans Saint Louis ,
GALANT. 175
Maiefté
&cependant Saint Louis par
ces vertus mêmes devenu les
délices de fon peuple & l'arbitre
des Puiſlances voiſines .
Dans la ſeconde partie , il
s'agiſſoit de détruire l'erreur
de ſes politiques prophanes
qui veulent que la Majesté
Royale ſoit incompatible avec
l'humilité chrétienne. L'Orateur
fait voir dans Saint Louis
l'humilité chrétienne pouffée
à fon plus haut degré , & cependant
Saint Louis leplus ref.
pecté Monarque qui futpeutêtre
jamais.
مه
P iiij
176 MERCURE
:
Plan particulier du Discours.
Dans la premiere partie l'Orateur
confidere Saint Louis
dans le gouvernement interieur
de ſes Etats , & dans ſa
conduite avec les étrangers.
Par rapport au premier objer,
l'Orateur montre la fidelité du
S.Roy,par tout ce qu'il fit pour
détruire les déſordres quiregnoient
alors,ſçavoir l'herefie,
l'uſure , la preuve par le duel ,
les guerres inteſtines , le blafphême
, la mauvaiſe admini
ſtration des Magiftrats , les
GALANT. 177
1
excésduClerge.Par rapport au
ſecond objet , la même fide
lité du Saint Roy eſt prouvée,
par fon attention genereuſe
àcalmer chez ſes ennemis même
des troubles dont il eûtpû
profiter , par les ceffions qu'il
fit de droits confiderables , ſoit
pour le repos de fon peuple ,
foit pour celuy de fa conſcience.
On juge bien que dans tout
ce détail, l'Orateur ne manque
pas d'oppofer à la fidelné de
Saint Louis , les détours iniques
de la politique humaine.
La ſeconde partie ne fut
qu'un détail conduit avec gra178
MERCURE
dation,des abaſſements de S.
Louis. Et Pattention de l'O
rateur ne parut autre , que de
fauver la Majeſté affiegée par
ees mêmes abaiſſements.
Lepremier que cite l'Orateur,
c'eſt le nom modeſte que S.
Louis aff croit avec complaifance,
dans toutes les occafions
où l'autorité ſouveraine n'étoit
point intereffée,rejettant
le titre de Roy, pour ne prens
dre que la qualité de Louis de
Poiffy, parce que c'eſtoit le licu
où il avoit reçu le Baptême.
L'Orateur parla enſuite de
cette familiaritédu Saint Roy
GALANT. 179
avec ſon peuple dans les Audiances
publiques qu'il donnoit
regulierement deux fois
la ſemaine le plus ſouvent
dans ſes Jardins , affis au pied
d'un arbre, puis il le confidera
dans ſes exercices de Religion,
aprés cela il le montra dans les
Hôpitaux & dans ſesArmées
rendant les plus bas offices aux
derniers de ſes ſujets ; enfin
il finit par cet abaiffement
que
que Dieu luy ſuſcita , c'est-àdire
par fa captivité chez les
Sarazins,& montra que laMajetté
Royale loin d'en avoir
été fletric ,n'avoit jamais paru
180 MERCURE
avec plus d'éclat , parce que
ces rigoureuſes épreuves dont
Dieuhonora ſes vertus n'ayant
pû ébranler ſa confiance , il
cût la gloire de ſe rendre fuperieur
à elles. Ce qu'on a dit
fuffit pour donner une idée generale
duDiſcours& l'on ne ſe
propoſe pas plus dans un extrait
, nous y ajouterons neanmoins
quelques nouveaux
diljoints, qui quoyque tirez de
leur place & privez de leurs
preparations , ne laiſſeront pas
de ſe faire fentir. Par exemple
dans la premiere partie , à pro.
pos de l'Ordonnance de faint
GALANT. 181
Louis contre lesJuifs , l'O ateur
adreſſe ainſi la parole à Dieu.
Grand Dieu , pouviez vous nous
faire un crime de l'horreur naturelle
que nous avons pour cetterace
perverse, meurtriere de voſtrefils,
quand elle n'auroitpas contre
ellece monstrueux attentat,ne meriteroit-
elle pas toute nostre execration
, par ce feul art quelle a
introduite de mettre à profit les
beſoins des hommes ; art funeste
Sur lequel les Chrétiens mêmes
n'ont que trop encheri , &qui
malgré les foins de nostre auguste
Monarque,fait aujourd'huy tout
lemalheur de cet Empire.
182 MERCURE
Autre exemple , à proposde
ladiſſolution du fiecle de ſaint
Louis , l'Orateur s'adreſſe à
Dieu& dit : Seigneur,fi j'ofois
vous interroger , pourquoy avez
vous permis qu'un fi bon Prince
fefoit trouvé dans un fiecle auffi
corrompu , & quel bien n'eût-il
pas fait au milieu d'un peuple
moins dereglé ? je me trompe ,
Meſſieurs , c'est dans ces fiecles
corrompus que les bons Princes
doivent naître , fans remonter
bien haut , quel eût été lefortde
cet Empire,fi dans la licencede
ces derniers tems,Dieu n'eût fufcité
le religieux Monarque qui
GALANT. 183
nous gouverne ; Pardonnez ,
Messieurs , ce feul mot que je
n'ay pû refuser à l'occaſion ,
ne craignez point que cedant à
mon zele ,j'entreprenne icy l'éloge
d'un Prince dont toute la gloire
vous est confiée qu'il n'ap.
partient qu'à vous de celebrer dignement
.
Autre exemple,à propos de
ceque fit faint Louis pour rétablir
l'ordre dans l'adminiſtration
de la justice. L'Orateur
apostrophe ainſi la France.
Non, heureuſe France, cen'est
plus le temps de brigandage où les
charges ne s'achetant qu'avec le
-
184 MERCURE
droit cruel deſe dédommager àfon
gré, ceux mêmes qui devoient te
proteger, te mettoient au pillage:
regarde les emplois quiſe donnent
leplus souvent gratuitement&
toûjours à des hommes dont le
Prince luy-même a éprouvé le
defintereſſement & la capacité.
Des Commiſſaires qui informent
par tout de la conduite desJuges
prevaricateurs qu'on force àrestituer
& qu'on depose : regarde
benis à jamais unMonarque
dont l'exemple , e.
Autre exemple : dans la ſeconde
partie , à propos de ces
Audiances publiques que faint
Loüis
GALANT. 185
Louis donnoit à les ſujets ,
l'Orateur dit. Eft cesa magnificence
qu'on honore ; quand vêtû
peut-estre plus fimplement que
ceux qui l'abordent pour luy demander
grace , il ne fefert des
Gardes qui l'accompagnentesque
fon rang exige, quepourfaciliter
l'accés aux fuppliants quand ilfe
dépouille luy même de sa grandeur
&previent avec bonté un
malheureux tremblant ? voyez
cependant ce ma heureux que la
crainte abandonne es que la venerationfaifit
,quise raſſureſans
ofer davantage , toûjours interdis
lar
d'autant plus qu'il croit voir
Aouſt 1715.
186 MERCURE
fon Souverain ſe rabaiffer pour
luy ; car voila , .
Autre exemple, dans la même
partic.
Aprés un détail pathetique
des abaiſſemens volontaires de
S. Louis , tels que d'aller dans
les Hoſpitaux ſervir des infir.
mes , d'appeller des pauvres à
fa table & de les aflocier aux
Grands qui l'environnent ;tels
que de ſervir ſes ſoldats malades
&de leur donner la ſepulture
aprés des batailles. L'Orateur
aprés tout ce détail s'écrie;
GrandDieu,eft ce un Roy queje
lo ë,goùtrouvericy laMajesté?
Meffieurs , reconnoiffez-làà tant
GALANT. 187
de malheureux qui le beniffent ,
encore plus à tant de courtiſans
qui l'imitent ; quelle pompe pour
un Roy Chrétien ? des miferables
que le Prince viſite &qui
ſe reprochent d'eftre moins humiliéque
luy , qui auparavant
impatients ,fâcheux, trouvent en
le voyant leur étatheureux, plus
confolezpar l'admirationqu'il leur
laiſſe que par les affiſtances qu'il
leur rend. Ce n'est pas tout ,des
Grands que la moleffe la vanivé
ont endurci pour le pauvre ,
Se rabaiffer cependant devant luy
fur l'exemple feul de leur Souverain,
dans un Hopital def188
MERCURE
cendre àdes Minifteres qu'ils ne
pouvoient envisager fans hor.
reur. Je vous enfaisJuges vous
mêmes , politiques mondain ,futiljamais
Roy plus respecté ?
C'eſt ainſi que l'Orateur
conclut aprés avoir justifié
tous les faits qui compoſent
'Hiſtorique de la ſecondepartie.
Que vous dirai je donc ? c'est
ainſi dans la Religion d'un Dieu
crucifié , que ce qu'ily a de plus
vil en apparence , est vrayement
grand,&au- deßus de ce que te
monde a de plus grand '; c'estainsi,
parmy des Chrétiens , qu'unRoy,
que l'humilué distingue ,ne sçauroit
manquer d'être respecté ,
GALANT. 189
1
plus respecté mille fois qu'un
Prince Juperbe qui
faste pour majefié.
na que le
On ne doute pas que Merfieurs
de l'Académie n'ayent
adopté ce Diſcours pour en
faire part au Pubic dans leur
Recueil ; il a fingulierement le
merite de la nouveauté , & cec
merite eft granddans un ſujet
que tant d Orateurs ont traité.
Qui ne feroit tenté de croire
qu'on a épuilé toutes les combinaiſons
de ce ſujet, mais rien
n'eſt jamais épuisé pour un genie
original. L'Hiſtoire de faint
Loius eft la matiere commune
de ſes Panegyriftes , & elle ne
1,0 MERCURE
peut varier pour eux ; mais ce
fonds hiſtorique même qui ne
peut varier effentiellement
prendra à l'infini des formes
neuves , manié par des hommes
de genie; ils font rares,ces
hommes de génie , & je n'accorderaypas
ce titre à cesOrateurs.
Evangeliques dont tout
l'art eft de couvrir d'expreffions
neuves les larcins qu'ils
ont faits à un homme illuftre,
quand je reconnois dans un
Sermon le plan general , la
diſtribution & l'ordre d'un
Sermon anterieur , je ne me
perfuade pas aifément qu'une
GALANT. 191
reſſemblance ſi marquée ſoit
un jeu du fort , il n'y a qu'à
lire tous les Orateurs dont les
Sermons ont eſté imprimez
depuis un demy fiecle , on les
verra preſque tous s'entrefuivre
fur les mêmes ſujets d'une
maniere fimarquée , que fil'on
ne ſuppoſe pas un commerce
fort familier entr'eux ; j'ay
peineà concevoir comment le
hazard a pû faire tant & de fi
grands miraclesdereſſemblance
dans leursOuvrages.
Le même jour la diſtribution
des Prix ſe fit ſelon la mamicre
accoûtuméc. M. Roy
192 MERCURE
connu avec dittinction dans le
monde par fon eſprit& par le
merite de les Ouvrages , y fut
couronné deux fois , il en remporta
le prix de l'Eloquence &
celuy de la Poefie , ce qui ne
s'eſtoit encore jamais veu.
Nous reprendrons avec votre
permiffion cet article un peu
plus loin.
Le foir il yeûr grande illuminarion
&un concert magnifique
à l'honneur duRoy,dans
le Jardin des Tuilleries.
Saint Louis, Meffieurs de l'Academie
Françoiſe s'aſſemblerent
dans la Chapelle du Louvre
pour celebrer la Feſte du
Saint Roy ; ily cûtuneMeffe
168 MERCURE
bafle pendant laquelle on
chanta un Motet de la compoſition
du Sieur Du Bouffer,
enfuite lePanegyrique fut prononcé
par Monfieur l'Abbé
Bion , Orateur connu dans le
monde par des actions celebres,
telles que le Panegyrique
de Saint François Xavier chez
les R. P. Jefuites ; celuy de
Saint Gaëtan chez les R. P.
Theatins ; celui de Saint Paul
chez les R. P. Barnabites; celui
de Saint François de Paul, chez
les R P. Minimes.
Il pri pour texte les paroles
du Picaume 24. Adte levavi
animam
GALANT. 169
7
5
animam meam Deus meus in te
confido, non erubefcam.
-Seigneur j'ay élevé mon ame
vers vous ; oüy mon Dieu ,
jemetsen vous toute maconfiance
, & je n'en rougiray
point.
Ce texte ne paroiſt pas brillant
, mais il eſt d'une grande
convenance au ſujet , puiſque
Saint Louis s'appliqualuy même
ces paroles du Roy Prophête
, dans le tems de fon
Sacre , action dont l'Orateur
fait le fond de ſon Exorde.
Ilcommencepar une courte
expoſition de la miſere des
Aoust 1715.
P
170 MERCURE
Rois , c'eſt à dire des obſtacles
qu'ils ont à vaincre pour leur
falut , les beſoins qu'ils ont
de ſe menager le ſecours de
Dicu par une ſage confiance.
C'eſt , ajoûta t- il , ce que fic dés
l'âge le plus tendre le SaintRoy
dont nous honorons la memoire ;
il amene la ceremonie du Sacre,
dont il tire le trait qui fuir.
Grand-Dieu , le croiroit- on , il est
àla vûë d'une Cour desplusfuperbes
raffemblée pour l'éleverau
Trône , &parmy tout ce fafte
il n'eſt occupé que des malheurs
de ſa condition , on lay met le
Sceptre en main& le Diademe
GALANT. 171
au front ,ſignes auguſtes de l'autorité
dont il commence à joüir ,
& dans ce pompeux appareil, il
nesonge qu'à l'usagequ'il doitfai
re desa puiſſance , &plus encore
au terrible compte qu'il faudra
vendre un jour au SouverainJuge;
tous les grands d'un puiſſant
Empirefont à ses pieds qui luy
jurent obéiffance , & au milieu
de ces hommages , il n'est frappé
que du ferment qu'il vient luimême
deprononcer entre les mains
duPontife du Dieu Vivant;Encore
une fois le croiroit-on d'un
Prince àpeine forti de l'enfance ,
ſi l'on ne sçavoit ce que peut la
Pij
172 MERCURE
grace deJ. C. dans un coeurqu'elle
previent. L'Orateur continuë ;
maisfans inſiſter davantage fur
cettepremiere action du jeuneLoüis
que je regarde&quejepoſe comme
le principe & le fondement
defafainteté, voyonsſeulement,
fipar laſuite ileût lieu d'en rougir,
& connoiffons aujourd'huy
ce qu'est un Souverain qui efpere
en Dieu&que Dieufoutient ,
ouplutôtque ceux là le connoiffent
qui veulent que l'Evangile ſoit
unobstacle àlagloire desPrinces ,
d'un costé par la droiture & la
moderasion qu'il exige ;de l'autre
par les sentimens modestes &les
GALANT. 173
** pratiques humiliantes qu'il prefcrit
: idée chimerique & deteftable
que l'exemple de Saint Louis
doit confondre , puiſque dans un
Regne des plus glorieux , il conferva
toûjours la fidelité d'un
Chrétien auſſi bien que la majesté
d'un Roy dans les plus profonds
abaiſſemens .
Le deſſein du Difcours ainfi
expofé , l'Orateur finit fonExorde
par un trait à Meſſieurs
de l'Académie Françoile , il y
rend hommage à ces hommes
illuſtres & s'humilie luy- même
à la vue de ſon ſujet , ſans que
ſa modeſtie luy fafſſerien per-
Piij
174 MERCURE
dre de la dignité d'un Miniſtre
Evangelique.
Plan general du Discours.
Il s'agiſſoit dans la premiere
partie de combattre l'erreur
de ces faux politiques qui veulent
que la droiture &la moderation
Evangeliques , commettent
l'autorité Royale en
expoſant les Souverains aux
entrepriſes étrangeres ou domeſtiques
; pour cela l'Orateur
expoſe cette droiture& cette
moderation pouffées au plus
haut point dans Saint Louis ,
GALANT. 175
Maiefté
&cependant Saint Louis par
ces vertus mêmes devenu les
délices de fon peuple & l'arbitre
des Puiſlances voiſines .
Dans la ſeconde partie , il
s'agiſſoit de détruire l'erreur
de ſes politiques prophanes
qui veulent que la Majesté
Royale ſoit incompatible avec
l'humilité chrétienne. L'Orateur
fait voir dans Saint Louis
l'humilité chrétienne pouffée
à fon plus haut degré , & cependant
Saint Louis leplus ref.
pecté Monarque qui futpeutêtre
jamais.
مه
P iiij
176 MERCURE
:
Plan particulier du Discours.
Dans la premiere partie l'Orateur
confidere Saint Louis
dans le gouvernement interieur
de ſes Etats , & dans ſa
conduite avec les étrangers.
Par rapport au premier objer,
l'Orateur montre la fidelité du
S.Roy,par tout ce qu'il fit pour
détruire les déſordres quiregnoient
alors,ſçavoir l'herefie,
l'uſure , la preuve par le duel ,
les guerres inteſtines , le blafphême
, la mauvaiſe admini
ſtration des Magiftrats , les
GALANT. 177
1
excésduClerge.Par rapport au
ſecond objet , la même fide
lité du Saint Roy eſt prouvée,
par fon attention genereuſe
àcalmer chez ſes ennemis même
des troubles dont il eûtpû
profiter , par les ceffions qu'il
fit de droits confiderables , ſoit
pour le repos de fon peuple ,
foit pour celuy de fa conſcience.
On juge bien que dans tout
ce détail, l'Orateur ne manque
pas d'oppofer à la fidelné de
Saint Louis , les détours iniques
de la politique humaine.
La ſeconde partie ne fut
qu'un détail conduit avec gra178
MERCURE
dation,des abaſſements de S.
Louis. Et Pattention de l'O
rateur ne parut autre , que de
fauver la Majeſté affiegée par
ees mêmes abaiſſements.
Lepremier que cite l'Orateur,
c'eſt le nom modeſte que S.
Louis aff croit avec complaifance,
dans toutes les occafions
où l'autorité ſouveraine n'étoit
point intereffée,rejettant
le titre de Roy, pour ne prens
dre que la qualité de Louis de
Poiffy, parce que c'eſtoit le licu
où il avoit reçu le Baptême.
L'Orateur parla enſuite de
cette familiaritédu Saint Roy
GALANT. 179
avec ſon peuple dans les Audiances
publiques qu'il donnoit
regulierement deux fois
la ſemaine le plus ſouvent
dans ſes Jardins , affis au pied
d'un arbre, puis il le confidera
dans ſes exercices de Religion,
aprés cela il le montra dans les
Hôpitaux & dans ſesArmées
rendant les plus bas offices aux
derniers de ſes ſujets ; enfin
il finit par cet abaiffement
que
que Dieu luy ſuſcita , c'est-àdire
par fa captivité chez les
Sarazins,& montra que laMajetté
Royale loin d'en avoir
été fletric ,n'avoit jamais paru
180 MERCURE
avec plus d'éclat , parce que
ces rigoureuſes épreuves dont
Dieuhonora ſes vertus n'ayant
pû ébranler ſa confiance , il
cût la gloire de ſe rendre fuperieur
à elles. Ce qu'on a dit
fuffit pour donner une idée generale
duDiſcours& l'on ne ſe
propoſe pas plus dans un extrait
, nous y ajouterons neanmoins
quelques nouveaux
diljoints, qui quoyque tirez de
leur place & privez de leurs
preparations , ne laiſſeront pas
de ſe faire fentir. Par exemple
dans la premiere partie , à pro.
pos de l'Ordonnance de faint
GALANT. 181
Louis contre lesJuifs , l'O ateur
adreſſe ainſi la parole à Dieu.
Grand Dieu , pouviez vous nous
faire un crime de l'horreur naturelle
que nous avons pour cetterace
perverse, meurtriere de voſtrefils,
quand elle n'auroitpas contre
ellece monstrueux attentat,ne meriteroit-
elle pas toute nostre execration
, par ce feul art quelle a
introduite de mettre à profit les
beſoins des hommes ; art funeste
Sur lequel les Chrétiens mêmes
n'ont que trop encheri , &qui
malgré les foins de nostre auguste
Monarque,fait aujourd'huy tout
lemalheur de cet Empire.
182 MERCURE
Autre exemple , à proposde
ladiſſolution du fiecle de ſaint
Louis , l'Orateur s'adreſſe à
Dieu& dit : Seigneur,fi j'ofois
vous interroger , pourquoy avez
vous permis qu'un fi bon Prince
fefoit trouvé dans un fiecle auffi
corrompu , & quel bien n'eût-il
pas fait au milieu d'un peuple
moins dereglé ? je me trompe ,
Meſſieurs , c'est dans ces fiecles
corrompus que les bons Princes
doivent naître , fans remonter
bien haut , quel eût été lefortde
cet Empire,fi dans la licencede
ces derniers tems,Dieu n'eût fufcité
le religieux Monarque qui
GALANT. 183
nous gouverne ; Pardonnez ,
Messieurs , ce feul mot que je
n'ay pû refuser à l'occaſion ,
ne craignez point que cedant à
mon zele ,j'entreprenne icy l'éloge
d'un Prince dont toute la gloire
vous est confiée qu'il n'ap.
partient qu'à vous de celebrer dignement
.
Autre exemple,à propos de
ceque fit faint Louis pour rétablir
l'ordre dans l'adminiſtration
de la justice. L'Orateur
apostrophe ainſi la France.
Non, heureuſe France, cen'est
plus le temps de brigandage où les
charges ne s'achetant qu'avec le
-
184 MERCURE
droit cruel deſe dédommager àfon
gré, ceux mêmes qui devoient te
proteger, te mettoient au pillage:
regarde les emplois quiſe donnent
leplus souvent gratuitement&
toûjours à des hommes dont le
Prince luy-même a éprouvé le
defintereſſement & la capacité.
Des Commiſſaires qui informent
par tout de la conduite desJuges
prevaricateurs qu'on force àrestituer
& qu'on depose : regarde
benis à jamais unMonarque
dont l'exemple , e.
Autre exemple : dans la ſeconde
partie , à propos de ces
Audiances publiques que faint
Loüis
GALANT. 185
Louis donnoit à les ſujets ,
l'Orateur dit. Eft cesa magnificence
qu'on honore ; quand vêtû
peut-estre plus fimplement que
ceux qui l'abordent pour luy demander
grace , il ne fefert des
Gardes qui l'accompagnentesque
fon rang exige, quepourfaciliter
l'accés aux fuppliants quand ilfe
dépouille luy même de sa grandeur
&previent avec bonté un
malheureux tremblant ? voyez
cependant ce ma heureux que la
crainte abandonne es que la venerationfaifit
,quise raſſureſans
ofer davantage , toûjours interdis
lar
d'autant plus qu'il croit voir
Aouſt 1715.
186 MERCURE
fon Souverain ſe rabaiffer pour
luy ; car voila , .
Autre exemple, dans la même
partic.
Aprés un détail pathetique
des abaiſſemens volontaires de
S. Louis , tels que d'aller dans
les Hoſpitaux ſervir des infir.
mes , d'appeller des pauvres à
fa table & de les aflocier aux
Grands qui l'environnent ;tels
que de ſervir ſes ſoldats malades
&de leur donner la ſepulture
aprés des batailles. L'Orateur
aprés tout ce détail s'écrie;
GrandDieu,eft ce un Roy queje
lo ë,goùtrouvericy laMajesté?
Meffieurs , reconnoiffez-làà tant
GALANT. 187
de malheureux qui le beniffent ,
encore plus à tant de courtiſans
qui l'imitent ; quelle pompe pour
un Roy Chrétien ? des miferables
que le Prince viſite &qui
ſe reprochent d'eftre moins humiliéque
luy , qui auparavant
impatients ,fâcheux, trouvent en
le voyant leur étatheureux, plus
confolezpar l'admirationqu'il leur
laiſſe que par les affiſtances qu'il
leur rend. Ce n'est pas tout ,des
Grands que la moleffe la vanivé
ont endurci pour le pauvre ,
Se rabaiffer cependant devant luy
fur l'exemple feul de leur Souverain,
dans un Hopital def188
MERCURE
cendre àdes Minifteres qu'ils ne
pouvoient envisager fans hor.
reur. Je vous enfaisJuges vous
mêmes , politiques mondain ,futiljamais
Roy plus respecté ?
C'eſt ainſi que l'Orateur
conclut aprés avoir justifié
tous les faits qui compoſent
'Hiſtorique de la ſecondepartie.
Que vous dirai je donc ? c'est
ainſi dans la Religion d'un Dieu
crucifié , que ce qu'ily a de plus
vil en apparence , est vrayement
grand,&au- deßus de ce que te
monde a de plus grand '; c'estainsi,
parmy des Chrétiens , qu'unRoy,
que l'humilué distingue ,ne sçauroit
manquer d'être respecté ,
GALANT. 189
1
plus respecté mille fois qu'un
Prince Juperbe qui
faste pour majefié.
na que le
On ne doute pas que Merfieurs
de l'Académie n'ayent
adopté ce Diſcours pour en
faire part au Pubic dans leur
Recueil ; il a fingulierement le
merite de la nouveauté , & cec
merite eft granddans un ſujet
que tant d Orateurs ont traité.
Qui ne feroit tenté de croire
qu'on a épuilé toutes les combinaiſons
de ce ſujet, mais rien
n'eſt jamais épuisé pour un genie
original. L'Hiſtoire de faint
Loius eft la matiere commune
de ſes Panegyriftes , & elle ne
1,0 MERCURE
peut varier pour eux ; mais ce
fonds hiſtorique même qui ne
peut varier effentiellement
prendra à l'infini des formes
neuves , manié par des hommes
de genie; ils font rares,ces
hommes de génie , & je n'accorderaypas
ce titre à cesOrateurs.
Evangeliques dont tout
l'art eft de couvrir d'expreffions
neuves les larcins qu'ils
ont faits à un homme illuftre,
quand je reconnois dans un
Sermon le plan general , la
diſtribution & l'ordre d'un
Sermon anterieur , je ne me
perfuade pas aifément qu'une
GALANT. 191
reſſemblance ſi marquée ſoit
un jeu du fort , il n'y a qu'à
lire tous les Orateurs dont les
Sermons ont eſté imprimez
depuis un demy fiecle , on les
verra preſque tous s'entrefuivre
fur les mêmes ſujets d'une
maniere fimarquée , que fil'on
ne ſuppoſe pas un commerce
fort familier entr'eux ; j'ay
peineà concevoir comment le
hazard a pû faire tant & de fi
grands miraclesdereſſemblance
dans leursOuvrages.
Le même jour la diſtribution
des Prix ſe fit ſelon la mamicre
accoûtuméc. M. Roy
192 MERCURE
connu avec dittinction dans le
monde par fon eſprit& par le
merite de les Ouvrages , y fut
couronné deux fois , il en remporta
le prix de l'Eloquence &
celuy de la Poefie , ce qui ne
s'eſtoit encore jamais veu.
Nous reprendrons avec votre
permiffion cet article un peu
plus loin.
Le foir il yeûr grande illuminarion
&un concert magnifique
à l'honneur duRoy,dans
le Jardin des Tuilleries.
Fermer
1077
p. 236-246
Ode de M. Roy qui a remporté le Prix de l'Académie. [titre d'après la table]
Début :
Si l'Imprimeur de l'Académie n'avoit pas un droit incontestable [...]
Mots clefs :
Roi, Extraits, Dieu, Ouvrages, Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ode de M. Roy qui a remporté le Prix de l'Académie. [titre d'après la table]
Si l'Imprimeur de l'Académic
n'avoit pas un droit incon
teſtable ſur tous lesOuvrages
qui en fortent , je ne balancerois
pas à vous donner une
copie entiere des deux Picces
de M. Roy , & je ne vous prierois
pas , comme je le fais , de
n'en attendre de moy que des
extraits.
Je vous laiſſe , Monfieur ,
faire toutes les reflexions qui
GALANT 237
vous conviendront ſur le Difcours
qui a remporté le Prix
de l' Eloquence ; on croiroit
peut être , ſi je m'étendois fur
les figures magnifiques & fur
les reſpectables citations dont
eſt enrichi le Sujet propofé, où
il s'agiſloit de prouver les inconvenients
de la richeße , non-
Seulementfelon l'Evangile; mais
encore felon les Philosophes
Payens , &dont voici letexte :
Va vobis divitibus. Luc. VI. 24.
Que j'aurois envie de me feliciter
moy- même du bonheur
que j'ay de n'être pas riche ;
mais à Dieu ne plaiſe. Ainfi
238 MERCURE
trouvez bon que je vous ren
voye au Libraire qui debite ces
pieux Ouvrages , ſi vous avez
envie de les lire. Pour lOde
de la façon du même Auteur ,
qui a été couronnée comme ſa
Profe , je vous diray , qu'aprés
la premiere Strophe que j'en
retranche(malgré ſes beautez)
à la confideration de M Jean-
BaptisteCoignard, Imprimeur
de l'Académie Françoiſe , il
continue en ces termes :
Quelle implacable Furie
Maiſtriſoit tout l'Univers ?
Contre nous & l'Iberie
S'a moient cent peuples diu rs.
1
GALANT. 239
Jamais le Dieu de la guerre
N'avoit donnéſur laterre
Tant de ſpectac'es d'horreur :
Jadis par moins de carnage
Rome, lafiere Carshage
Signalerent leurfureur.
f
Que la Fortune conduise
Toussles pas de nos guerriers,
Leur triomphe nous espuiſe;
Nous payons cherles Lauriers.
Que vois-je ? des champs ſteriles,
L'effroy ,le deüil dans lesVilles,
Les travaux abandonnez :
Les Arts ,&les Loix periffent,
Themisfuit, les Dieux gemiß.nt
Sur leurs Autels profanez. **
* Sacrileges des Fanatiques.
1
1
240 MERCURE
C'est en vain que nôtre monde *
De l'autre attend les threſors ,
Un orage éternel gronde
Sur lamer, &dans les ports.
Quel Dieu contre nous conſpire ?
Que dis-je ?Thetis ſouſpire
Du débris de nos vaisseaux.
Mortels , vostre aveugle rage
Vous a derobé l'usage
Etde la terre &des caux.
ॐ
OPaix , l'Europe en allarmes
N'efpere plus ton retour ;
Elle a méprifé tes charmes ,
Tu te vangesà ton tour.
Mais parmi tous ces rebelles ,
1
*Commerce interrompu.
१०
: Si
GALANT. 241
Si des mains pures , fidelles
Refſtabliſfoient tes autels ! ..
Vien les habiter encore ,
Et pour LOUIS qui t'implore ,
Fai grace àtous les mortels.
Par quel noble Sacrifice
Payera- t'il tes bienfaits ?
- Veux tu voir desaJustice
Ses ennemissatisfaits ?
Crain- t'on cette Fortereffe *
Des ondes fiere Maistresse ,
Seure retraite deMars?
Que la France s'en départe ;
Illuy ſuffit , comme à Sparte ,
D'avoirſes Rois pour remparts.
* Dunquerque.
Aoust 1715. X
242 MERCURE
Aprés d affreuſes tempestes ,
L'air s'eſclaircitànosyeux.
Tout estchangé. Surnos teftes
Vois-je rouler d'autres Cieux ?
Endépofant le tonnerre ,
LOUIS raffermit la terre,
Qu'eſbranlerent tant de coups :
Etsoussa main vigilante ,
L'Olive , àmeurir moins lente
Vafructfier pour nous.
BientoftCerés raßeurée
Contre d'injustes efforts ,
Ainsiqu'au fiecle de Rhée ,
Multipliera fes threfors.
LesArts,lesTravauxfertiles
Desja raniment'es Valles
GALANT. 243
Trop heureuse activité!
Ta recompense est certaine :
Lebeſoinfera la peine
De laſeule oiſiveté.
Mercure paroist ,il donne
Leſignal à cent climats ;
LaFoyfacompagne ordonne
- Que Plutusſuiveſes pas.
Neptune n'a plus de chaiſnes ;
Auxplages les plus lointaines
Les chemins nousfont ouverts.
Paixfeconde ,&falutaire ,
Regne,puiffes-tu nefaire
Qu'un peuple de l'Univers !
Maisla plus noble richeffe
A
Xij
244 MERCURE
Abondera dans nos murs
Pournous s'enfle le Permeffe ,
Il roule des flots plus purs.
Que le monde entiery puiſe ;
Qu'icy l'estranger s'inſtruiſe
Par nos chef- d'oeuvres nouveaux.
Et vous Filles de Memoire ,
De LOUIS chantez lagloire ,
C'eſt l'ame de vos travaux.
ॐ
Priere pour le Roy.
O Ciel daigne nous entendre ,
De LOUISfois leſouſtien.
Puiffe ton amourluy rendre ,
GALANT. 245
Ceque nous devons aufien.
Quefous fes regards meuriſſe
CeRoy,que le Ciel propice
Referve pour nos neveux :
Digne Eleve d'un tel Maistre ,
Qu'ilfaffefon bonheur d'eſtre
Le Pere d'un peuple heureux .
Le ſujet de cet Ole étoit
Sur les avantages de la Paix
l'obligation que nous avons au
Roy de nous l'avoir procurée.
Vous me direz peut eſtre ,
Monfieur , que voila une nouvelle
maniere de faire des extraits
des Ouvrages d'eſprit : je
le ſçay bien; mais que voulez .
Xiij
246 MERCURE
vous queje vous réponde à cela
, finon que je n'ay ni l'audace
, ni le loiſir de m'y prendre
autrement & que Mer.
ſieurs les Auteurs ne ſe plaignent
que trop ſouvent de la
liberté que je me donne de faire
des extraits de leurs Ouvrages.
n'avoit pas un droit incon
teſtable ſur tous lesOuvrages
qui en fortent , je ne balancerois
pas à vous donner une
copie entiere des deux Picces
de M. Roy , & je ne vous prierois
pas , comme je le fais , de
n'en attendre de moy que des
extraits.
Je vous laiſſe , Monfieur ,
faire toutes les reflexions qui
GALANT 237
vous conviendront ſur le Difcours
qui a remporté le Prix
de l' Eloquence ; on croiroit
peut être , ſi je m'étendois fur
les figures magnifiques & fur
les reſpectables citations dont
eſt enrichi le Sujet propofé, où
il s'agiſloit de prouver les inconvenients
de la richeße , non-
Seulementfelon l'Evangile; mais
encore felon les Philosophes
Payens , &dont voici letexte :
Va vobis divitibus. Luc. VI. 24.
Que j'aurois envie de me feliciter
moy- même du bonheur
que j'ay de n'être pas riche ;
mais à Dieu ne plaiſe. Ainfi
238 MERCURE
trouvez bon que je vous ren
voye au Libraire qui debite ces
pieux Ouvrages , ſi vous avez
envie de les lire. Pour lOde
de la façon du même Auteur ,
qui a été couronnée comme ſa
Profe , je vous diray , qu'aprés
la premiere Strophe que j'en
retranche(malgré ſes beautez)
à la confideration de M Jean-
BaptisteCoignard, Imprimeur
de l'Académie Françoiſe , il
continue en ces termes :
Quelle implacable Furie
Maiſtriſoit tout l'Univers ?
Contre nous & l'Iberie
S'a moient cent peuples diu rs.
1
GALANT. 239
Jamais le Dieu de la guerre
N'avoit donnéſur laterre
Tant de ſpectac'es d'horreur :
Jadis par moins de carnage
Rome, lafiere Carshage
Signalerent leurfureur.
f
Que la Fortune conduise
Toussles pas de nos guerriers,
Leur triomphe nous espuiſe;
Nous payons cherles Lauriers.
Que vois-je ? des champs ſteriles,
L'effroy ,le deüil dans lesVilles,
Les travaux abandonnez :
Les Arts ,&les Loix periffent,
Themisfuit, les Dieux gemiß.nt
Sur leurs Autels profanez. **
* Sacrileges des Fanatiques.
1
1
240 MERCURE
C'est en vain que nôtre monde *
De l'autre attend les threſors ,
Un orage éternel gronde
Sur lamer, &dans les ports.
Quel Dieu contre nous conſpire ?
Que dis-je ?Thetis ſouſpire
Du débris de nos vaisseaux.
Mortels , vostre aveugle rage
Vous a derobé l'usage
Etde la terre &des caux.
ॐ
OPaix , l'Europe en allarmes
N'efpere plus ton retour ;
Elle a méprifé tes charmes ,
Tu te vangesà ton tour.
Mais parmi tous ces rebelles ,
1
*Commerce interrompu.
१०
: Si
GALANT. 241
Si des mains pures , fidelles
Refſtabliſfoient tes autels ! ..
Vien les habiter encore ,
Et pour LOUIS qui t'implore ,
Fai grace àtous les mortels.
Par quel noble Sacrifice
Payera- t'il tes bienfaits ?
- Veux tu voir desaJustice
Ses ennemissatisfaits ?
Crain- t'on cette Fortereffe *
Des ondes fiere Maistresse ,
Seure retraite deMars?
Que la France s'en départe ;
Illuy ſuffit , comme à Sparte ,
D'avoirſes Rois pour remparts.
* Dunquerque.
Aoust 1715. X
242 MERCURE
Aprés d affreuſes tempestes ,
L'air s'eſclaircitànosyeux.
Tout estchangé. Surnos teftes
Vois-je rouler d'autres Cieux ?
Endépofant le tonnerre ,
LOUIS raffermit la terre,
Qu'eſbranlerent tant de coups :
Etsoussa main vigilante ,
L'Olive , àmeurir moins lente
Vafructfier pour nous.
BientoftCerés raßeurée
Contre d'injustes efforts ,
Ainsiqu'au fiecle de Rhée ,
Multipliera fes threfors.
LesArts,lesTravauxfertiles
Desja raniment'es Valles
GALANT. 243
Trop heureuse activité!
Ta recompense est certaine :
Lebeſoinfera la peine
De laſeule oiſiveté.
Mercure paroist ,il donne
Leſignal à cent climats ;
LaFoyfacompagne ordonne
- Que Plutusſuiveſes pas.
Neptune n'a plus de chaiſnes ;
Auxplages les plus lointaines
Les chemins nousfont ouverts.
Paixfeconde ,&falutaire ,
Regne,puiffes-tu nefaire
Qu'un peuple de l'Univers !
Maisla plus noble richeffe
A
Xij
244 MERCURE
Abondera dans nos murs
Pournous s'enfle le Permeffe ,
Il roule des flots plus purs.
Que le monde entiery puiſe ;
Qu'icy l'estranger s'inſtruiſe
Par nos chef- d'oeuvres nouveaux.
Et vous Filles de Memoire ,
De LOUIS chantez lagloire ,
C'eſt l'ame de vos travaux.
ॐ
Priere pour le Roy.
O Ciel daigne nous entendre ,
De LOUISfois leſouſtien.
Puiffe ton amourluy rendre ,
GALANT. 245
Ceque nous devons aufien.
Quefous fes regards meuriſſe
CeRoy,que le Ciel propice
Referve pour nos neveux :
Digne Eleve d'un tel Maistre ,
Qu'ilfaffefon bonheur d'eſtre
Le Pere d'un peuple heureux .
Le ſujet de cet Ole étoit
Sur les avantages de la Paix
l'obligation que nous avons au
Roy de nous l'avoir procurée.
Vous me direz peut eſtre ,
Monfieur , que voila une nouvelle
maniere de faire des extraits
des Ouvrages d'eſprit : je
le ſçay bien; mais que voulez .
Xiij
246 MERCURE
vous queje vous réponde à cela
, finon que je n'ay ni l'audace
, ni le loiſir de m'y prendre
autrement & que Mer.
ſieurs les Auteurs ne ſe plaignent
que trop ſouvent de la
liberté que je me donne de faire
des extraits de leurs Ouvrages.
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1078
p. 246-248
Dons du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a fait à Marly le 5. de ce mois, un remplacement [...]
Mots clefs :
Chevalier, Livres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy. [titre d'après la table]
LeRoy a fait à Marly le 5 .
de ce mois , un remplacement
dans les Officiers de la Marine .
Le Cordon rouge de feuMr.
;
GALANT. 247
Ducafle , a etté donné auMarquis
de Coëtlogon , dont le
Cordon aeſtédonné au ſieur
de la Harlteloir. Le Marquis
d'Aligre de S. Lié a eſté fait
Lieutenant General. Les ſieurs
du Queſne- Mounier, des Nos,
Comtede la Luzerne, duGuay.
Troün , & de Court , ont eſté
faits Chefs d'Eſcadre. Le dernier
eſt ſurnumeraire , & ainſi
la premierplace qui vacquera,
ne ſera pas remplie. Le Chevalier
de Montgon , de Mo,
dene, deMons, le Chevalier de
Saujon, & le ſieur Hurault de
Villeluiſant , ont cu les pen-
Xiiij
248 MERCURE
fions de quinze cent livres.Des
penfions de mille livres ont
efté données aux ſieurs de Sevigné,
Beauffier ,Cogolin,Courbon
de Saint Leger , Chevalier
de Gracey , de Caumont ,
du Dreſnay , & Comte de
Bufly.Les places de Capitaines
à la haute paye , ont eſté données
aux ſicurs de Chaulieu ,
Hercules de la Roche , des
Carces , Truler , Gratien &
Caffaro l'aisné.
de ce mois , un remplacement
dans les Officiers de la Marine .
Le Cordon rouge de feuMr.
;
GALANT. 247
Ducafle , a etté donné auMarquis
de Coëtlogon , dont le
Cordon aeſtédonné au ſieur
de la Harlteloir. Le Marquis
d'Aligre de S. Lié a eſté fait
Lieutenant General. Les ſieurs
du Queſne- Mounier, des Nos,
Comtede la Luzerne, duGuay.
Troün , & de Court , ont eſté
faits Chefs d'Eſcadre. Le dernier
eſt ſurnumeraire , & ainſi
la premierplace qui vacquera,
ne ſera pas remplie. Le Chevalier
de Montgon , de Mo,
dene, deMons, le Chevalier de
Saujon, & le ſieur Hurault de
Villeluiſant , ont cu les pen-
Xiiij
248 MERCURE
fions de quinze cent livres.Des
penfions de mille livres ont
efté données aux ſieurs de Sevigné,
Beauffier ,Cogolin,Courbon
de Saint Leger , Chevalier
de Gracey , de Caumont ,
du Dreſnay , & Comte de
Bufly.Les places de Capitaines
à la haute paye , ont eſté données
aux ſicurs de Chaulieu ,
Hercules de la Roche , des
Carces , Truler , Gratien &
Caffaro l'aisné.
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1079
p. 248-255
Audiance de congé de l'Ambassadeur de Perse. [titre d'après la table]
Début :
Le 13. le Mareschal de Besons, & le Chevalier de Sainctot [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Cérémonies, Gardes françaises, Gardes suisses, Roi, Ambassadeur de Perse, Chevaux, Trompettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audiance de congé de l'Ambassadeur de Perse. [titre d'après la table]
Le 13. le Mareſchal de Befons
, & le Chevalier de Sain-
Etot , allerent dans le carroſſe
duRoy,prendreMehemetRiza
GALANT . 249
Beg , Ambafladeur Extraordinaire
de Perſe , à la maiſon
du ſieur Bontemps , Premier
Valet de Chambre du Roy
& Gouverneur du Palais des
Tuilleries : le cheval que
l'Ambaſſadeur devoit monter
l'y attendoit , avec des chevaux
pour toute ſa ſuite de la
grande& de la petite eſcurie ,
ainſi que les Trompettes du
Roy deſtinez pour accompagner
fa marche , qui ſe fit en
cet ordre juſqu'au Chaftcau..
Le carroffe du Chevalier de
Sainctot , celui du Mareſchal
de Belons , douze chevaux de
250 MERCURE
| -
main des deux Efcuties du
Roy, magnifiquement harnachez
& menez par des palfreniers
de Sa Majefté : quatre
chevaux du Roy avec des har.
nois à laPerfienne,&menez en
main par desPerfans, les domeſtiques
de l'Ambaſſfadeur à che
val,leMoula de l'Ambaſfadeur
ouDocteur de ſaLoy, fonTre
forier ,le Page qui porte ſa pipe
, les 8.Trompettes du Roy
le Maistre des Ceremonies de
l'Ambaſladeur & l'Interprete
à coſté de luy , l'Ambaſladeur
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perfienne , le Maref.
GALANT. 251
chal de Betons à la droite &
le Chevalier de Sainctot à ſa
gauche , marchant tous trois
defront , les Valets de pied
Perfans &Armeniens de l'Ambaffadeur
au tour de fon cheval
, la livrée du Marefchal ,
&celle du Chevalier de Sain-
Etot à coſté de leurs chevaux ,
l'Eſcuyer de l'Ambafladeur à
cheval , marchant immediatement
derrière lui , avec un Page
qui portoit le fabre de
l'Ambaffadeur appuyé ſur ſa
cuiffe. Le carrofle du Roy fermoit
la marche . L'Ambaſfadeur
trouva dans l'avant cour
1
252 MERCURE
les Gardes Françoiles & Suiffes
ſous les armes , les tambours
appellant, les Gardes de la Porte
& de la Prevoſté auſſi en
haye & fous les armes.
Aonze heures , l'Ambaffadeur
accompagnéduMaréchal
de Befons & du Chevalier de
Sainctot , traverſa la cour à
pied , pour aller à l'Audience
du Roy , par le degré qui conduit
au grand Appartementde
Sa Majetté. L'Ambaffadeur
avant que d'y aller , mit fon
fabre à ſon coſté : il portoit
outre cela un grand poignard
dans un étuyd'or à fa ceintuGALANT.
253
re: le fieur de Merlin Secretaire
ordinaire à la conduite , marchoit
à la tête du Cortege, les
Trompettes du Roy marchoient
immediatement devant
l'Ambaladeur. Il fut receu
au bas de l'eſcalier par le
Marquis de Dreux , Grand-
- Maistre des Ceremonies., &
par le ſieur desGranges , Maitre
des Ceremonies , les Cent
Suiſſes étant ſur l'eſcalier en
habit de ceremonie , la hallebarde
à la main. A la porte de
la ſalle des Gardes en dedans, il
fut receu par le Ducde Ville-
- roy ,Capitaine des Gardes du
254 MERCURE
Corps , qui étoient en haye &
ſous les armes. Sa Majeſté af.
file fur fon Throſne élevé de
deux marches , ayant auprés
d'elle tous les Princes de la
MaiſonRoyale, le receutdans
le grand Appartement.L'Ambaſſadeur
ayant fait le premier
falut , Sa Majesté ſeleva &oſta
ſon chapeau , & fe couvrit
aprés le dernier ſalut: & aprés
que l'Interprete lui eut expliqué
ce quel'Ambaffadeur luy
diſoit , & qu'il eut expliqué à
l'Ambaſſadeur la réponſe de
Sa Majesté , le Roy ſe découvrit
: l'Ambaſſadeur ſe retira ,
GALANT. 255
&fut enfuite conduità l'Audience
deMonſeigneur leDauphin.
Il fut traité & toute fa
fuite , par les Officiersdu Roy.
Je m'étendray davantage fur
cet article dans la nouvelle
- Hiltoire que je vais donner de
cet Ambafladeur.
, & le Chevalier de Sain-
Etot , allerent dans le carroſſe
duRoy,prendreMehemetRiza
GALANT . 249
Beg , Ambafladeur Extraordinaire
de Perſe , à la maiſon
du ſieur Bontemps , Premier
Valet de Chambre du Roy
& Gouverneur du Palais des
Tuilleries : le cheval que
l'Ambaſſadeur devoit monter
l'y attendoit , avec des chevaux
pour toute ſa ſuite de la
grande& de la petite eſcurie ,
ainſi que les Trompettes du
Roy deſtinez pour accompagner
fa marche , qui ſe fit en
cet ordre juſqu'au Chaftcau..
Le carroffe du Chevalier de
Sainctot , celui du Mareſchal
de Belons , douze chevaux de
250 MERCURE
| -
main des deux Efcuties du
Roy, magnifiquement harnachez
& menez par des palfreniers
de Sa Majefté : quatre
chevaux du Roy avec des har.
nois à laPerfienne,&menez en
main par desPerfans, les domeſtiques
de l'Ambaſſfadeur à che
val,leMoula de l'Ambaſfadeur
ouDocteur de ſaLoy, fonTre
forier ,le Page qui porte ſa pipe
, les 8.Trompettes du Roy
le Maistre des Ceremonies de
l'Ambaſladeur & l'Interprete
à coſté de luy , l'Ambaſladeur
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perfienne , le Maref.
GALANT. 251
chal de Betons à la droite &
le Chevalier de Sainctot à ſa
gauche , marchant tous trois
defront , les Valets de pied
Perfans &Armeniens de l'Ambaffadeur
au tour de fon cheval
, la livrée du Marefchal ,
&celle du Chevalier de Sain-
Etot à coſté de leurs chevaux ,
l'Eſcuyer de l'Ambafladeur à
cheval , marchant immediatement
derrière lui , avec un Page
qui portoit le fabre de
l'Ambaffadeur appuyé ſur ſa
cuiffe. Le carrofle du Roy fermoit
la marche . L'Ambaſfadeur
trouva dans l'avant cour
1
252 MERCURE
les Gardes Françoiles & Suiffes
ſous les armes , les tambours
appellant, les Gardes de la Porte
& de la Prevoſté auſſi en
haye & fous les armes.
Aonze heures , l'Ambaffadeur
accompagnéduMaréchal
de Befons & du Chevalier de
Sainctot , traverſa la cour à
pied , pour aller à l'Audience
du Roy , par le degré qui conduit
au grand Appartementde
Sa Majetté. L'Ambaffadeur
avant que d'y aller , mit fon
fabre à ſon coſté : il portoit
outre cela un grand poignard
dans un étuyd'or à fa ceintuGALANT.
253
re: le fieur de Merlin Secretaire
ordinaire à la conduite , marchoit
à la tête du Cortege, les
Trompettes du Roy marchoient
immediatement devant
l'Ambaladeur. Il fut receu
au bas de l'eſcalier par le
Marquis de Dreux , Grand-
- Maistre des Ceremonies., &
par le ſieur desGranges , Maitre
des Ceremonies , les Cent
Suiſſes étant ſur l'eſcalier en
habit de ceremonie , la hallebarde
à la main. A la porte de
la ſalle des Gardes en dedans, il
fut receu par le Ducde Ville-
- roy ,Capitaine des Gardes du
254 MERCURE
Corps , qui étoient en haye &
ſous les armes. Sa Majeſté af.
file fur fon Throſne élevé de
deux marches , ayant auprés
d'elle tous les Princes de la
MaiſonRoyale, le receutdans
le grand Appartement.L'Ambaſſadeur
ayant fait le premier
falut , Sa Majesté ſeleva &oſta
ſon chapeau , & fe couvrit
aprés le dernier ſalut: & aprés
que l'Interprete lui eut expliqué
ce quel'Ambaffadeur luy
diſoit , & qu'il eut expliqué à
l'Ambaſſadeur la réponſe de
Sa Majesté , le Roy ſe découvrit
: l'Ambaſſadeur ſe retira ,
GALANT. 255
&fut enfuite conduità l'Audience
deMonſeigneur leDauphin.
Il fut traité & toute fa
fuite , par les Officiersdu Roy.
Je m'étendray davantage fur
cet article dans la nouvelle
- Hiltoire que je vais donner de
cet Ambafladeur.
Fermer
1080
p. 288-289
Suite des Nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Le 16. de ce mois M. le Baron d'Imoff, Envoyé Extraordinaire [...]
Mots clefs :
Audience publique du roi, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles. [titre d'après la table]
Le 16. decemois M. leBaron
d'Imoff, Envoyé Extraordinaire
du Duc de Brunswick
Wolfenbutel , eût ſa premiere
Audience publique du Roy ; il
fut conduit par M. le Chevalier
de Sainctor , Introducteur
des Ambaſſadeurs , qui avoit
été le prendre à Paris dans les
carroffes de Sa Majelté. Il eût
auffiAudience deMonſeigneur
Ic
GALANT. 289
P
it
S
F
le Dauphin & des Princes &
Princeſſes du Sang , ſuivant
l'uſage ordinaire.
Le 17. M. Mathias Goffin ,
Liegeois , General de l'Ordre
de ſainte Croix , cût auſſi Audience
publique du Roy , où il
fut conduit par M. le Chevalier
de Sainctot à la maniere
accoûtuméc.
d'Imoff, Envoyé Extraordinaire
du Duc de Brunswick
Wolfenbutel , eût ſa premiere
Audience publique du Roy ; il
fut conduit par M. le Chevalier
de Sainctor , Introducteur
des Ambaſſadeurs , qui avoit
été le prendre à Paris dans les
carroffes de Sa Majelté. Il eût
auffiAudience deMonſeigneur
Ic
GALANT. 289
P
it
S
F
le Dauphin & des Princes &
Princeſſes du Sang , ſuivant
l'uſage ordinaire.
Le 17. M. Mathias Goffin ,
Liegeois , General de l'Ordre
de ſainte Croix , cût auſſi Audience
publique du Roy , où il
fut conduit par M. le Chevalier
de Sainctot à la maniere
accoûtuméc.
Fermer
1081
p. 289-306
Entrée de M. le Comte de Ribeira, Ambassadeur Extraordinaire de Portugal en France. [titre d'après la table]
Début :
Le 18. M. le Comte de Ribeira, Lieutenant General, [...]
Mots clefs :
Ambassadeur extraordinaire, Portugal, Carosse, Chevaux, Ambassadeur, Étoffe, Marquis, Broderie, Duc, Argent, Écuyer, Velours, Duchesse, Sculpture, Comte de Ribeira
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée de M. le Comte de Ribeira, Ambassadeur Extraordinaire de Portugal en France. [titre d'après la table]
Lc 18. M. le Comte de Ribeira
, Lieutenant General
Grand Maiſtre de l'Artillerie
&AmbaſladeurExtraordinaire
de Portugal , fit ſon Entrée publique
en cette Ville. M. le
Maréchal de Tallard & M. le
Aoust 1715. Bb
290 MERCURE
Chevalier de Sainctor , Introducteur
des Ambaſſadeurs, furent
le prendredans lecarroffe
du Roy au Monastere de Picpus
, d'où la marche ſe fitdans
l'ordre ſuivant :
Le carroſſe de l'Introducteur
, celuy de M. le Marêchal
deTallard, vingtquatreValets
de pied de l'Ambaſſadeur , fon
Ecuyer & fix Pages à cheval
le carroffe du Roy , ceux de
Madamela Ducheſſe de Berry,
de Madame , de M. le Duc
d'Orleans , de Madame la Ducheſſe
d'Orleans , de Madame
laPrinceſſe deCondé, deMaGALANT.
19
1
dame la Ducheſſe Doüairiere ,
de M. le Duc & de Madame la
Ducheffe ,de Madamela Princeffe
de Conti Doüairiere , de
M. le Prince & de Madame la
Princeſſe de Conti , de M. le
Duc&deMadame laDucheffe
du Maine , de M. le Prince de
Dombes , de M. le Comte de
Toulouſe , deMadame laDuchelle
de Vendoſme , & celuy
du Marquis de Torcy , Mınıftre
& Secretaire d'Etat pour
les affaires étrangeres. A la
diſtance de trente à quarante
pas marchoient les cinq carroffes
de l'Ambaſſadeur prece-
A
F
Bbij
292 MERCURE
dez de ſes deux Suiſſes à cheval.
Nulle des plus ſuperbes
Entrées qu'on ait veuës depuis
longtemps en France, n'a étalé
tant d'éclat & tant de magnificence
que celle- ci . Voici un
abregé de cette brillante ceremonic.
M
La ſuite de M. l'Ambaſſadeur
conſiſtoit en un Ecuyer ,
deux Secretaires , dix Gentilshommes
, fix Pages, quatreValets
de Chambre,deux Suiffes ,
cingCochers , cinq Poſtillons,
&vingt quatre Valets de pied.
Leshabits des Gentilshommes
étoient de la derniere magnifi
GALANT. 223
cence , celui de M. l'Ambaffadeur
étoit enrichi de boutons
de diamans. Les habits
des Pages étoient d'un velours
autore avec les veſtes & paremens
de tiſſu d'or , le tout
brodé d'argent fur toutes
les coûtures . Ils avoient des
noeuds d'épaule d'or brodez
d'argent , des plumets blancs ,
des bas aurore à coins brodez
d'argent , & manchettes &
cravates de belles dentelles . La
livrée étoitd'un drap vert pâle,
#font fin, couvert partout d'un
galon d'or large de trois
doigts , au milieu de deux ga-
Bbiij
294 MERCURE
*
lons d'argent , qui , enſemble ,
faifoient à peu prés la même
largeur. Les paremens de leurs
habits étoit d'une belle étoffe
d'or de même que leursveſtes.
Les noeuds d'épaule étoient
d'argent avec des petits Acurons
de vertenbroderie. Leurs
bas étoient de ſoye aurore , &
les plumets de la même couleur:
Leurs cocardes étoient aurore&
blanches.
Il y avoit cinq carroffes
tirez par huit chevaux de
differentes couleurs: Le premier
étoit un carroffe à huit
glaces doublé d'une étoffed'or
GALANT•
295
des plus riches ,&des plus à la
mode , enrichie d'une grande
frange à graine d'épinart , ornée
de jaſmins & d'autres varietez
, avec une tête de carti-
- ſane relevée de la largeur d'environ
un pied. Dans le fondde
l'imperial fait en dôme il y
avoit un artichaut en broderie
entouré d'une cartiſane. Les
rideaux étoient de gros de
Tours vert brodé d'or en plein
ſans envers , & autour regnoit
une frange d'or haute de deux
doigts. Le marchepied eſtoit
de marqueterie , d'écaille & de
cuivre doré d'un deſſein ex-
Bb iiij
296 MERCURE
quis. Le dehors eſtoit de velours
vert tout couvert de broderie
d'or en relief fait par les
meilleurs ouvriers de Paris .
L'imperial eſtoit du même velours
& couvert de broderic
également comme le reſte du
carroffe.Autour de la goutiere
regnoit une cartiſane à laquelle
étoit attachée une frange,&
de distance en diſtance des
gros glands d'or de differentes
façons ,&c.
Les pomes étoient de bronze
doré d'or moulu ,reprefentant
un Dragon avec les aîles
ouvertes , qui eſt le blazon de
GALANT. 297
Portugal couronné par deux
Anges , & de la tête du Dra-
* gon ſortoit par le milieu de la
Couronne une gerbe d'or.
La broderie repreſentoit
dans les panneaux des portieres
lesArmes de l'Ambaſſadeur
& dans les autres panneaux
differentes idées au ſujet de la
Paix.
Les quatre montants des
coins du carrofile reprefentoient
en tres belle ſculpture
dorée les quatre parties du
monde duns lesquelles le
Portugal a des Domaines.
La ferrure de ce carroffe en
298 MERCURE
و
general eſt de bronze dorée
d'or moulu , cizelé & fini par
les meilleurs ouvriers tant
dans le train &dans le carroffe
que dans tous les harnois qui
étoientde velours vert couvert
d'un galon d'or . Le train étoit
generalement ſculpté & doré ,
les rouës d'une ſi nouvelle invention
qu'il ne s'en eſt encore
point vû de pareilles. L'arte.
lage étoitde huit chevaux couleur
d'ardoiſe à crin blanc ,
portant fur leurs têtes des toques
de plumes vertes &blanches
mouchetées d'aurore , &
de chaſle- mouches vert & or.
GALANT .
-
Les guides ,glands des cheviYON 5
*
& tous les cordons étoient de
foye verte , & or..
• Le ſecond carroffe étoit auſſi
doublé d'une étoffe d'or avec
une frange & une riche tête
de cartiſane. Le dehors de tresexcellente
peinture. Les bordures
, les extremitez , & les
montans étoit de belle ſculpture.
Le deffus eftoit couvert
de plaques cizelées & dorées.
Le train d'une belle fculpture
& tout doré. Les harnois de
maroquin jaune bordé de rouge.
Les guides rouges & or , &
les chevaux pies blancs tachetez
de noir.
300 MERCURE
Le troiſième étoit une cale
che doublée d'étoffe d'argent
avec une frange & belle carti
lane d'argent. Le dehors d'une
peinture tres belle ſur argent.
Toutes les bordures & montans
de belle ſculpture argen
tée. Le deffus couvert de pla
ques argentées. Le train de
ſculpture argenté & les rouës
peintes en vert & argent. H
eſtoit tiré par huit chevaux
cap de more à crin noir.....
Le quatrième carroffe doublé
de velours cramoiſi avec
une frange d'or & une broderie
des plus belles , eſtoit tiré
2
r
GALANT. 301
:
par huit chevaux Bays à crin
bbllaanncc.
* Le cinquiéme doublé d'un
velours rouge à fond d'argent
avec ſes franges d'argent , le
reſte bien doré comme le qua.
triéme, eſtoît tiré par huitches
vaux noirs. QUIDE
Le fiege du premier carroſſe
eſtoit de velours vert avec des
franges & des broderies d'or.
Lelſecondd'étoffe d'or avec
des franges & cartilanes d'or.
Le troiſième d'étoffe à fond
d'argent and som min
Pendant la marche M. de
Meryhomme de condition &
:
302 MERCURE
de merite ,& qui a fervi longtemps
avec diftinction en
France, qui eſt ſa Patrie, &
d'où la fortune l'a arraché
pour le conduire en Portugal,
où il a l honneur d'eſtre attaché
au ſervice du Roy , faiſant
dans la Ceremonie de l'Entrée
de M. le Comte de Ribeira
la fonction de ſon premier
Ecuyer ,jetta dans les places
publiques& carrefours de cette
Ville une prodigieuſe quantité
de Medailles d'or & d'argent
que le peuple avoit ſoin
deramaffer avecavidité,enbeniſſant
la Nobleffe & la geneGALANT.
303
- roſité d'un ſi magnifique Ambatfadeur
. Ces Medailles repreſentent
d'un coſté le Portrait
du Roy de Portugal , &
de l'autre un Olivier dont les
rameaux embraſſent deux
• Couronnes qui ſont celles de
- Portugal & de France réünies
par la Paix d'Utrecht. Avec
cette deviſe : Nectit &firmat .
La marche finie , en arrivant
à l'Hoſtel des Ambaſſadeurs ,
- M. le Comte de Ribeira fut
- complimenté de la part du
Roy, par M. le Duc de Trefmes
premier Gentilhomme de
- la Chambre ; de la part de
304 MERCURE
Madame la Ducheſſe , par M.
leChevalier de Hautefort, fon
premier Ecuyer ; de la part de
Madame , par M. le Marquis
de Mortagne , ſon premier
Ecuyer ; de la part de Monfieur
le Duc d'Orleans , par M. le
Marquis de Simiane , ſon premier
Gentilhomme de la
Chambre ; & de la part de
Madame la Ducheffle d'Orleans
, par Male Marquis de S.
Pierre , ſon premier Ecuyer .
Il a eſté logè & traité les trois
jours ſuivans à la maniere accoûtuméc.
M. le Comte de Ribeira qui
vient
GALANT. 305
vient de faire cette pompeuſe
Entrée eſt du coſté de M. fon
Pere d'une des plus illuſtres ,
des plus riches & des plus
grandes Maiſons de Portugal
&deM . fa mere,foeur deM. le
Cardinal de Rohan , & de Mrs
les Princes de Soubiſe & de
Rohan , parent & allié aux
plus anciennes & aux plus Nobles
Maiſons de France. Je ne
vous feray point icy l'éloge de
M. le Comte de Ribeira , il
n'y a qu'une voix pour luy ;
& tout Paris ſemble s'eftre
donné le mot pour luy rendre
la justice qui eſt dûë à ſes
Aoust 1715 .
Cc
306 MERCURE
grandes qualitez .
, Lieutenant General
Grand Maiſtre de l'Artillerie
&AmbaſladeurExtraordinaire
de Portugal , fit ſon Entrée publique
en cette Ville. M. le
Maréchal de Tallard & M. le
Aoust 1715. Bb
290 MERCURE
Chevalier de Sainctor , Introducteur
des Ambaſſadeurs, furent
le prendredans lecarroffe
du Roy au Monastere de Picpus
, d'où la marche ſe fitdans
l'ordre ſuivant :
Le carroſſe de l'Introducteur
, celuy de M. le Marêchal
deTallard, vingtquatreValets
de pied de l'Ambaſſadeur , fon
Ecuyer & fix Pages à cheval
le carroffe du Roy , ceux de
Madamela Ducheſſe de Berry,
de Madame , de M. le Duc
d'Orleans , de Madame la Ducheſſe
d'Orleans , de Madame
laPrinceſſe deCondé, deMaGALANT.
19
1
dame la Ducheſſe Doüairiere ,
de M. le Duc & de Madame la
Ducheffe ,de Madamela Princeffe
de Conti Doüairiere , de
M. le Prince & de Madame la
Princeſſe de Conti , de M. le
Duc&deMadame laDucheffe
du Maine , de M. le Prince de
Dombes , de M. le Comte de
Toulouſe , deMadame laDuchelle
de Vendoſme , & celuy
du Marquis de Torcy , Mınıftre
& Secretaire d'Etat pour
les affaires étrangeres. A la
diſtance de trente à quarante
pas marchoient les cinq carroffes
de l'Ambaſſadeur prece-
A
F
Bbij
292 MERCURE
dez de ſes deux Suiſſes à cheval.
Nulle des plus ſuperbes
Entrées qu'on ait veuës depuis
longtemps en France, n'a étalé
tant d'éclat & tant de magnificence
que celle- ci . Voici un
abregé de cette brillante ceremonic.
M
La ſuite de M. l'Ambaſſadeur
conſiſtoit en un Ecuyer ,
deux Secretaires , dix Gentilshommes
, fix Pages, quatreValets
de Chambre,deux Suiffes ,
cingCochers , cinq Poſtillons,
&vingt quatre Valets de pied.
Leshabits des Gentilshommes
étoient de la derniere magnifi
GALANT. 223
cence , celui de M. l'Ambaffadeur
étoit enrichi de boutons
de diamans. Les habits
des Pages étoient d'un velours
autore avec les veſtes & paremens
de tiſſu d'or , le tout
brodé d'argent fur toutes
les coûtures . Ils avoient des
noeuds d'épaule d'or brodez
d'argent , des plumets blancs ,
des bas aurore à coins brodez
d'argent , & manchettes &
cravates de belles dentelles . La
livrée étoitd'un drap vert pâle,
#font fin, couvert partout d'un
galon d'or large de trois
doigts , au milieu de deux ga-
Bbiij
294 MERCURE
*
lons d'argent , qui , enſemble ,
faifoient à peu prés la même
largeur. Les paremens de leurs
habits étoit d'une belle étoffe
d'or de même que leursveſtes.
Les noeuds d'épaule étoient
d'argent avec des petits Acurons
de vertenbroderie. Leurs
bas étoient de ſoye aurore , &
les plumets de la même couleur:
Leurs cocardes étoient aurore&
blanches.
Il y avoit cinq carroffes
tirez par huit chevaux de
differentes couleurs: Le premier
étoit un carroffe à huit
glaces doublé d'une étoffed'or
GALANT•
295
des plus riches ,&des plus à la
mode , enrichie d'une grande
frange à graine d'épinart , ornée
de jaſmins & d'autres varietez
, avec une tête de carti-
- ſane relevée de la largeur d'environ
un pied. Dans le fondde
l'imperial fait en dôme il y
avoit un artichaut en broderie
entouré d'une cartiſane. Les
rideaux étoient de gros de
Tours vert brodé d'or en plein
ſans envers , & autour regnoit
une frange d'or haute de deux
doigts. Le marchepied eſtoit
de marqueterie , d'écaille & de
cuivre doré d'un deſſein ex-
Bb iiij
296 MERCURE
quis. Le dehors eſtoit de velours
vert tout couvert de broderie
d'or en relief fait par les
meilleurs ouvriers de Paris .
L'imperial eſtoit du même velours
& couvert de broderic
également comme le reſte du
carroffe.Autour de la goutiere
regnoit une cartiſane à laquelle
étoit attachée une frange,&
de distance en diſtance des
gros glands d'or de differentes
façons ,&c.
Les pomes étoient de bronze
doré d'or moulu ,reprefentant
un Dragon avec les aîles
ouvertes , qui eſt le blazon de
GALANT. 297
Portugal couronné par deux
Anges , & de la tête du Dra-
* gon ſortoit par le milieu de la
Couronne une gerbe d'or.
La broderie repreſentoit
dans les panneaux des portieres
lesArmes de l'Ambaſſadeur
& dans les autres panneaux
differentes idées au ſujet de la
Paix.
Les quatre montants des
coins du carrofile reprefentoient
en tres belle ſculpture
dorée les quatre parties du
monde duns lesquelles le
Portugal a des Domaines.
La ferrure de ce carroffe en
298 MERCURE
و
general eſt de bronze dorée
d'or moulu , cizelé & fini par
les meilleurs ouvriers tant
dans le train &dans le carroffe
que dans tous les harnois qui
étoientde velours vert couvert
d'un galon d'or . Le train étoit
generalement ſculpté & doré ,
les rouës d'une ſi nouvelle invention
qu'il ne s'en eſt encore
point vû de pareilles. L'arte.
lage étoitde huit chevaux couleur
d'ardoiſe à crin blanc ,
portant fur leurs têtes des toques
de plumes vertes &blanches
mouchetées d'aurore , &
de chaſle- mouches vert & or.
GALANT .
-
Les guides ,glands des cheviYON 5
*
& tous les cordons étoient de
foye verte , & or..
• Le ſecond carroffe étoit auſſi
doublé d'une étoffe d'or avec
une frange & une riche tête
de cartiſane. Le dehors de tresexcellente
peinture. Les bordures
, les extremitez , & les
montans étoit de belle ſculpture.
Le deffus eftoit couvert
de plaques cizelées & dorées.
Le train d'une belle fculpture
& tout doré. Les harnois de
maroquin jaune bordé de rouge.
Les guides rouges & or , &
les chevaux pies blancs tachetez
de noir.
300 MERCURE
Le troiſième étoit une cale
che doublée d'étoffe d'argent
avec une frange & belle carti
lane d'argent. Le dehors d'une
peinture tres belle ſur argent.
Toutes les bordures & montans
de belle ſculpture argen
tée. Le deffus couvert de pla
ques argentées. Le train de
ſculpture argenté & les rouës
peintes en vert & argent. H
eſtoit tiré par huit chevaux
cap de more à crin noir.....
Le quatrième carroffe doublé
de velours cramoiſi avec
une frange d'or & une broderie
des plus belles , eſtoit tiré
2
r
GALANT. 301
:
par huit chevaux Bays à crin
bbllaanncc.
* Le cinquiéme doublé d'un
velours rouge à fond d'argent
avec ſes franges d'argent , le
reſte bien doré comme le qua.
triéme, eſtoît tiré par huitches
vaux noirs. QUIDE
Le fiege du premier carroſſe
eſtoit de velours vert avec des
franges & des broderies d'or.
Lelſecondd'étoffe d'or avec
des franges & cartilanes d'or.
Le troiſième d'étoffe à fond
d'argent and som min
Pendant la marche M. de
Meryhomme de condition &
:
302 MERCURE
de merite ,& qui a fervi longtemps
avec diftinction en
France, qui eſt ſa Patrie, &
d'où la fortune l'a arraché
pour le conduire en Portugal,
où il a l honneur d'eſtre attaché
au ſervice du Roy , faiſant
dans la Ceremonie de l'Entrée
de M. le Comte de Ribeira
la fonction de ſon premier
Ecuyer ,jetta dans les places
publiques& carrefours de cette
Ville une prodigieuſe quantité
de Medailles d'or & d'argent
que le peuple avoit ſoin
deramaffer avecavidité,enbeniſſant
la Nobleffe & la geneGALANT.
303
- roſité d'un ſi magnifique Ambatfadeur
. Ces Medailles repreſentent
d'un coſté le Portrait
du Roy de Portugal , &
de l'autre un Olivier dont les
rameaux embraſſent deux
• Couronnes qui ſont celles de
- Portugal & de France réünies
par la Paix d'Utrecht. Avec
cette deviſe : Nectit &firmat .
La marche finie , en arrivant
à l'Hoſtel des Ambaſſadeurs ,
- M. le Comte de Ribeira fut
- complimenté de la part du
Roy, par M. le Duc de Trefmes
premier Gentilhomme de
- la Chambre ; de la part de
304 MERCURE
Madame la Ducheſſe , par M.
leChevalier de Hautefort, fon
premier Ecuyer ; de la part de
Madame , par M. le Marquis
de Mortagne , ſon premier
Ecuyer ; de la part de Monfieur
le Duc d'Orleans , par M. le
Marquis de Simiane , ſon premier
Gentilhomme de la
Chambre ; & de la part de
Madame la Ducheffle d'Orleans
, par Male Marquis de S.
Pierre , ſon premier Ecuyer .
Il a eſté logè & traité les trois
jours ſuivans à la maniere accoûtuméc.
M. le Comte de Ribeira qui
vient
GALANT. 305
vient de faire cette pompeuſe
Entrée eſt du coſté de M. fon
Pere d'une des plus illuſtres ,
des plus riches & des plus
grandes Maiſons de Portugal
&deM . fa mere,foeur deM. le
Cardinal de Rohan , & de Mrs
les Princes de Soubiſe & de
Rohan , parent & allié aux
plus anciennes & aux plus Nobles
Maiſons de France. Je ne
vous feray point icy l'éloge de
M. le Comte de Ribeira , il
n'y a qu'une voix pour luy ;
& tout Paris ſemble s'eftre
donné le mot pour luy rendre
la justice qui eſt dûë à ſes
Aoust 1715 .
Cc
306 MERCURE
grandes qualitez .
Fermer
1082
p. 328-330
APOSTILLE.
Début :
Je vous prie, Monsieur, de me pardonner le derangement que [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XIV, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOSTILLE.
APOSTILLE.
-11. Je vous prie , Monfieur ,
de me pardonner le derangement
que vous aurez pû remarquer
dans ce Volume , la
crainte d'un funeſte évene
ment , & la nature de ſes circonſtances
m'en ont fait plufieurs
fois changer l'ordre . Je
touche à la plus grande & à la
plus triſte nouvelle dont tous
les Hiſtoriens du monde puiffent
jamais inſtruire la Pofterité
. Il s'agit de vous annoncer
la mort du Roy Loüis
ΧΙV.
GALANT. 329
XIV. le plus Grand & le
plus reſpectable Monarque de
l'Univers , arrivée à Verſailles
un Dimanche premier jour du
preſent mois de Septembre , à
huit heures & un quart du
matin. Savic , l'éclat & la
durée de ſon regne , fa maladie
& fa mort, n'offrent à la
memoire que les plus grands
traits de l'Heroiſme le plus
parfair.
Les bruits effrayants qui
ont couru ſur la maladie du
Roy pendant les huit derniers
jours du mois dont le Mercure
cſt daté , en ont retardé l'im-
Août 1715.
Ec
:
330 MERCURE
preſſion,&m'ont jetté dans la
neceſſité d'attendre juſqu'aux
premiers jours de ce mois ,
pour vous annoncer ſa mort ,
dont je vais inceſſamment reprendre
les circonstances , &
&me diſpoſer à vous conter
les ſuites qu'elle aura. Je ſuis
avec reſpect , Monfieur ,
voſtre , &c .
-11. Je vous prie , Monfieur ,
de me pardonner le derangement
que vous aurez pû remarquer
dans ce Volume , la
crainte d'un funeſte évene
ment , & la nature de ſes circonſtances
m'en ont fait plufieurs
fois changer l'ordre . Je
touche à la plus grande & à la
plus triſte nouvelle dont tous
les Hiſtoriens du monde puiffent
jamais inſtruire la Pofterité
. Il s'agit de vous annoncer
la mort du Roy Loüis
ΧΙV.
GALANT. 329
XIV. le plus Grand & le
plus reſpectable Monarque de
l'Univers , arrivée à Verſailles
un Dimanche premier jour du
preſent mois de Septembre , à
huit heures & un quart du
matin. Savic , l'éclat & la
durée de ſon regne , fa maladie
& fa mort, n'offrent à la
memoire que les plus grands
traits de l'Heroiſme le plus
parfair.
Les bruits effrayants qui
ont couru ſur la maladie du
Roy pendant les huit derniers
jours du mois dont le Mercure
cſt daté , en ont retardé l'im-
Août 1715.
Ec
:
330 MERCURE
preſſion,&m'ont jetté dans la
neceſſité d'attendre juſqu'aux
premiers jours de ce mois ,
pour vous annoncer ſa mort ,
dont je vais inceſſamment reprendre
les circonstances , &
&me diſpoſer à vous conter
les ſuites qu'elle aura. Je ſuis
avec reſpect , Monfieur ,
voſtre , &c .
Fermer
1083
p. 3-5
Prelude. [titre d'après la table]
Début :
SUR l'apparence qu'il y a qu'une infinité de [...]
Mots clefs :
Roi, Jésuites
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude. [titre d'après la table]
l'apparence qu'il
y a qu'une infinité de
personnes ignore les
mouss & les causes du Procés
sur lequelle Roy a donné une
derniere Declaration en faveur
des Jesuites,malgré le bruit
qu'il a fait dans le monde, la
Remontrance & le Mémoire
de M. de Sacy suffisant pour
instruire amplement le Public
de cette grande affaire, on m'a
presque per suadé que jene
pouvois raisonnablementme
difpcnfer de faireimprimer les
pieces quilaconcernent. Je
me fuis rendu aux choses
qu'on m'a dites surce sujer,
& je me suis enfindeterminé
à les donner dans le Mercure,
telles qu'elles font dans l'Original.
Au reste la longueur de
ceFaâumm-i tellement étonné,
qucj'ay pris lalibertéden
retrancher routes les Nores,
quoiqu'elles foit très belles,
trèsutilesa l'intelligence dece
Procés, & très dignes de la curiosité
des Lecteurs, qui pour.
ront,si bon leur femblc
,
les
trouver chez le sieur Langlois,
Imprimeur. UJ'
y a qu'une infinité de
personnes ignore les
mouss & les causes du Procés
sur lequelle Roy a donné une
derniere Declaration en faveur
des Jesuites,malgré le bruit
qu'il a fait dans le monde, la
Remontrance & le Mémoire
de M. de Sacy suffisant pour
instruire amplement le Public
de cette grande affaire, on m'a
presque per suadé que jene
pouvois raisonnablementme
difpcnfer de faireimprimer les
pieces quilaconcernent. Je
me fuis rendu aux choses
qu'on m'a dites surce sujer,
& je me suis enfindeterminé
à les donner dans le Mercure,
telles qu'elles font dans l'Original.
Au reste la longueur de
ceFaâumm-i tellement étonné,
qucj'ay pris lalibertéden
retrancher routes les Nores,
quoiqu'elles foit très belles,
trèsutilesa l'intelligence dece
Procés, & très dignes de la curiosité
des Lecteurs, qui pour.
ront,si bon leur femblc
,
les
trouver chez le sieur Langlois,
Imprimeur. UJ'
Fermer
1084
p. 5-13
AU ROY, Et à Nosseigneurs de son Conseil.
Début :
SIRE, Les Jesuites de vôtre Roïauime remontrent trés humblement à [...]
Mots clefs :
Roi, Congrégation, Jésuites, Droits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY, Et à Nosseigneurs de son Conseil.
AU ROY,
Et à NojpigncursJefonConfeil.
SIRE,
Les Jesuites de vôtre Roïau-
:me remontrent très humbleiment
à VOSTRE MAJESTE,
que par la nature de leur engagement
,
conformément
aux Bulles quiconfirment leur
Inttitut
,
& qui ont esté remues
par les Rois prédecesseurs
de VOSTREMAJESTE'
ils conservent jusqu'à leurs
derniers voeux) non feulement
la propriété, mais aussi la joiiifsance
de leurs biens: Que leur
saint & sage Fondateur regardoitce
point de son Institut
comme essentiel, pour engager
dans ta Compagnie de
bons sujets & n'y en conserver
point d'autres: Que depuis
leur establissement en France
jusqu'autemps qu'ils ont esté
c6nt^irttsrdJe« sortir , ils y
ont joüi de ce droit en entier:
Q^îc le Roy Henry le Grand
êc glorieusememoire à* qui
voulutbienlesyrappel1er,ne
jugeant pasalors les conjonctures
favorables pour les remettre
dans leur premier état,
Ife reserva à les y rétablir intfenfibîement
, comme il parole
par les Déclarations &
[Lettres sur ce sujet : Que dans
tous les Etats du monde
,
&
même dans les EtatsProteslans
,
ilsonttoujours joiii &£
joli.lient encore de tous leurs
droits selon la forme de leur
Institut:Que d^psplusieurs,
Congrégations établiesdepuis
eux dans leRoyaume, les ru.,
jets jouissent deleurs,biens
jusqu'à la mort,& ent disposent
même
,
quand ils le jugent
a propos ,enfaveur de ces
mêmes Congrégations sans
qu'on y ait trouvé jusqu'ici de
l'inconvcnient pour l'Etat:
Que dans les autres Etats où
leurs droits ne font pas limitez
, on ne voir à leur su jet
dans les familles, ni contestarions
,
ni trouble
, non plus
qu'on en voit en Franceau ru.
jet:desmembres des autres
Congrégations ,lesquels ne
font jamais défausisdefait de
ce, quiest à eux. 1-1 kuoi ?n ,n Les ,Suppliant qs: croïen^
pas déplaire a V 0 S T R E
MAJESTE'enluy representantqu'il
feraitde sajustice,
autant que du bien <Jc)euc
Compagnie, que VOSTRB
MÀ¡.HST'E voulut dés à présent
consommer à leur égard
ce que son glorieux Ayeul
| avoit commencé.Ce ne seroit
après tout que les conserver
dans les droits que leurnaissance
leur donner ausquels
ils n'ont pas renoncé par leur
état. Ce ne seroit leur accorder
que ce qu'ils possedent
dans tous les autres Etats du
monde, &Ce qu'ilsontmême
pots.:Jé'da'ns/lcs';vofires,SIRE;
avant que le malheur des tems
lestn fistsortir.Cene setoit
queleur donner pendant quelquesannées
d'épreuve feu e-*
ment ,
& jusqu à leurentier
engagement danslaCompa- ;
gnie
, ce donr plusieurs Congregations
j ulUnt pendant;
toute leur vie sans contradiction
,
& sans que le bien pu- ,- blic paroisseen souffrir. Ce se-
1
:
roit même un moyen sur de
Emettre: la paix dans les famil les:
ül n'y auroit plus de prétexte
à descontestations que la feule
peine de rendre ce donc onest
sasi, fait former depuis un ificlc. Opendinr,SIRE, si s:.
'TRE MAJESTE jugcoitCOïlVC1-
[nablede: borner les droits des
Suppliansàl'EditdHenryyIV.
iilsrecevront toujoursavec la
plus vive reconnoissance, la
grace de s'y voir au moins
pleinement maintenus.
A ces cau fcs, SIRE,plaise àVOSTREMAJESTE',au
cas qu'Elle ne jugeât pas à propos
de rendre aux Jesuites la
joüssance& pleine disposîtion
de leurs biens jusqu'à l'émission
de leurs derniers voeux,
telle qu'ils l'avoient selon leur
Institut, avant l'Edit du Roy,,
Henry IV. de 1603. & lur-"
quoy ce Grand Prince s'estoit
toûjours reservé deleurpourvoir
, dont ils se rapporttent
aujourdhuy à la ilillicc, sagesse
& bontédeVoS.T'RIE
MAJESTA';en ce cas d'ordonner
que l'Edit de 1603.
soit exccure dans toute ConJ
etendue, selon sa forme &te.
neur.Cefaisant, queceux qui
sortiront de leur Compagnie
-"
oar le congé de leur Supérieur,
sans avoir fait leurs derniers
voeux, rentreront dans tous
xs biens & droits qui leur apattenoient
,
lorsqu'ils sont
muez dans la Compagnie,&
qui leur seroient échus & ave-
~us ,
s'ils avoient continué de
~ivre dans le siecle : desqucls
~roits & biens, la joüissance
commencera du jour de leur
ngé & retour au siecle.
( LesSupplians continueront
~urs voeux& leurs prières pour
prosperité & fanté de Vos-
REMAJESTE'.
DE; SACY, Avocate
Et à NojpigncursJefonConfeil.
SIRE,
Les Jesuites de vôtre Roïau-
:me remontrent très humbleiment
à VOSTRE MAJESTE,
que par la nature de leur engagement
,
conformément
aux Bulles quiconfirment leur
Inttitut
,
& qui ont esté remues
par les Rois prédecesseurs
de VOSTREMAJESTE'
ils conservent jusqu'à leurs
derniers voeux) non feulement
la propriété, mais aussi la joiiifsance
de leurs biens: Que leur
saint & sage Fondateur regardoitce
point de son Institut
comme essentiel, pour engager
dans ta Compagnie de
bons sujets & n'y en conserver
point d'autres: Que depuis
leur establissement en France
jusqu'autemps qu'ils ont esté
c6nt^irttsrdJe« sortir , ils y
ont joüi de ce droit en entier:
Q^îc le Roy Henry le Grand
êc glorieusememoire à* qui
voulutbienlesyrappel1er,ne
jugeant pasalors les conjonctures
favorables pour les remettre
dans leur premier état,
Ife reserva à les y rétablir intfenfibîement
, comme il parole
par les Déclarations &
[Lettres sur ce sujet : Que dans
tous les Etats du monde
,
&
même dans les EtatsProteslans
,
ilsonttoujours joiii &£
joli.lient encore de tous leurs
droits selon la forme de leur
Institut:Que d^psplusieurs,
Congrégations établiesdepuis
eux dans leRoyaume, les ru.,
jets jouissent deleurs,biens
jusqu'à la mort,& ent disposent
même
,
quand ils le jugent
a propos ,enfaveur de ces
mêmes Congrégations sans
qu'on y ait trouvé jusqu'ici de
l'inconvcnient pour l'Etat:
Que dans les autres Etats où
leurs droits ne font pas limitez
, on ne voir à leur su jet
dans les familles, ni contestarions
,
ni trouble
, non plus
qu'on en voit en Franceau ru.
jet:desmembres des autres
Congrégations ,lesquels ne
font jamais défausisdefait de
ce, quiest à eux. 1-1 kuoi ?n ,n Les ,Suppliant qs: croïen^
pas déplaire a V 0 S T R E
MAJESTE'enluy representantqu'il
feraitde sajustice,
autant que du bien <Jc)euc
Compagnie, que VOSTRB
MÀ¡.HST'E voulut dés à présent
consommer à leur égard
ce que son glorieux Ayeul
| avoit commencé.Ce ne seroit
après tout que les conserver
dans les droits que leurnaissance
leur donner ausquels
ils n'ont pas renoncé par leur
état. Ce ne seroit leur accorder
que ce qu'ils possedent
dans tous les autres Etats du
monde, &Ce qu'ilsontmême
pots.:Jé'da'ns/lcs';vofires,SIRE;
avant que le malheur des tems
lestn fistsortir.Cene setoit
queleur donner pendant quelquesannées
d'épreuve feu e-*
ment ,
& jusqu à leurentier
engagement danslaCompa- ;
gnie
, ce donr plusieurs Congregations
j ulUnt pendant;
toute leur vie sans contradiction
,
& sans que le bien pu- ,- blic paroisseen souffrir. Ce se-
1
:
roit même un moyen sur de
Emettre: la paix dans les famil les:
ül n'y auroit plus de prétexte
à descontestations que la feule
peine de rendre ce donc onest
sasi, fait former depuis un ificlc. Opendinr,SIRE, si s:.
'TRE MAJESTE jugcoitCOïlVC1-
[nablede: borner les droits des
Suppliansàl'EditdHenryyIV.
iilsrecevront toujoursavec la
plus vive reconnoissance, la
grace de s'y voir au moins
pleinement maintenus.
A ces cau fcs, SIRE,plaise àVOSTREMAJESTE',au
cas qu'Elle ne jugeât pas à propos
de rendre aux Jesuites la
joüssance& pleine disposîtion
de leurs biens jusqu'à l'émission
de leurs derniers voeux,
telle qu'ils l'avoient selon leur
Institut, avant l'Edit du Roy,,
Henry IV. de 1603. & lur-"
quoy ce Grand Prince s'estoit
toûjours reservé deleurpourvoir
, dont ils se rapporttent
aujourdhuy à la ilillicc, sagesse
& bontédeVoS.T'RIE
MAJESTA';en ce cas d'ordonner
que l'Edit de 1603.
soit exccure dans toute ConJ
etendue, selon sa forme &te.
neur.Cefaisant, queceux qui
sortiront de leur Compagnie
-"
oar le congé de leur Supérieur,
sans avoir fait leurs derniers
voeux, rentreront dans tous
xs biens & droits qui leur apattenoient
,
lorsqu'ils sont
muez dans la Compagnie,&
qui leur seroient échus & ave-
~us ,
s'ils avoient continué de
~ivre dans le siecle : desqucls
~roits & biens, la joüissance
commencera du jour de leur
ngé & retour au siecle.
( LesSupplians continueront
~urs voeux& leurs prières pour
prosperité & fanté de Vos-
REMAJESTE'.
DE; SACY, Avocate
Fermer
1085
p. 14-117
MEMOIRE Touchant les droits de ceux que les Jesuites congedient de leur Compagnie, avant qu'ils y ayent fait les derniers voeux.
Début :
Il faut par rapport à l'affaire presente diviser en deux classes [...]
Mots clefs :
Jésuites, Voeux, Compagnie, Religieux, Public, Familles, Édit, Henry Le Grand, Bien public, Naissance, Propriété, Congrégation, Succession, Sujets, Roi, Ordonnances, Pauvreté, Religion, Jurisprudence, Édits, Mariage, Jouissance, Ecclésiastique, Lois, Compagnie, Droits, Royaume, Noviciat, Héritiers
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE Touchant les droits de ceux que les Jesuites congedient de leur Compagnie, avant qu'ils y ayent fait les derniers voeux.
MEMOIRE
Touchant les droits cL1 ceux queq
*7 les JftitescongtdlLnI dt, Icuril
Compagnie , avant cjutlsy*
aytntjait les derniers vaux,,
Il faut par rapport à l'affaire
presente diviser en deux classes
les sujets qui forment le corps
de la
-
Compagnie de JEStis.,
La première elt composée de
ceuxqui après deux années des
Noviciat ontétéadmis à faire
lesvoeux simples de pauvreté
de ch;«H:aé;&. d'obeïssance. La
fcconvjQcIdflîtlt Compofeç de
ceux qUI après un certain nombre
d'années pssees dans la
Compagnie depuis les. premiersivoe
X:, ont, EFTEADMIS;À
fjire les VCCJX lotemnelsdela
Profession.. "','
: ParlespremiersvoeuxunJe
;
suites'engageàyjvré)perpctuellement
dans la Compagnie,
supposé qu'après l'avoir
éprouvé dans Xes fonctions
pendant un certain temps,elle
lIejugo,) propre à les remplir
pour toujours. Cetengagement
n'est doncque condi~ -
tionnel; la Compagnienes'cn.
gageant de son costéà garder
celuyqui le contracte, qu'autant
qu'elle le trouvera bon,
aprèsl'avoir éprouvé.Aussi ceg
voeux (impies Ce sont-ilsen
particulier, sans que la Compagnie
les reçoive : ils lient le
Jesuite à la Compagniesans
que laCompagnieiclieàluyj
Par les voeux de Professîon
l'engagement eû mutuel entre
leJefuitc & la Compagnie.
Le Jesuite s'engage alors à vivre
perpétuellement dans la
Compagnie, & laCompagnie
l'y reçoit pour toujours. Le
temps
temps dépreuve estfini: l'état
d'un Jesuitedevient fixe,com-,
me celuy de quelque autre Religieux
que ce soit qui a fait
Profl ssion.
La différence qu'il faut mettre
icy entre la Compagnie &
entre les autres Ordres Religieux
; c'est que dans tous les
Ordres Religieux
,
il n'y a
iju'un seul temps d'épreuves ,
au bout duquel on fait la Prosession
; au lieu que dans la
Compagnie il y a deux temps
d'épreuves, tres differcns l'un
de l'autre. Le premier cft le
Noviciat de deux ans ,au bout
duquel on s'engage par les
voeux sim ples. Là commence
le second temps d'épreuves,
pendant lequel la Compagnie
exerce ses sujets dans les fonctions
qui luy sont propres;&
ces secondes épreuves se terminent
par une troisiéme année
de Noviciat, pour se difsposeriauxovoeuxnde
la .Prof.:£: C'est seulement, comme
on l'adit, par ces derniers
voeux, qu'un Jefuitc cft engagé
irrévocablement & sans
retour. Mais cela n'empêche
point que parles voeux simples
qu'il fait après le premier Noviciat.,
ilne devienne véritablement
Religieux. Il est Religieux
,
mais il peut cesser de
l'estre
, parce qu'il n'est pas
Religieux Piofés. Jusqua la
Profession
,
la Compagnie a
droit de le congédier en le dispensant
de sesvoeux; & en cc
cas il devient absolument libre
,
capable de tous les emplois
civils; il peut même, s'il
n'est point dans les Ordres,
contracter un légitimé' mariage
sans autre dispense que
celle qui resulte du congéque
le General de la Compagnie
luy donne. B ij
Telest l'Inftitut de laCompagnie
,
fciemncllcmcnt approuvépar
les SouvsrainsPonti
ses, lefquclsen l'approuvant,
ont établi un droit nouveau
en ce point,quejusques-làil
n'y avoit que lesvoeu x de Pro.
session qui donnessent proprement
la guaJitç de Religieux.
Etant une fois Religieux,'c'éstoit
une necefifjt,é de l'estre
toujours; parce qu'on ne l'étoir
que par la Prose ssion, qui
ne laisse point de retour au siecle.
Mais les Souverains Pontifes,
en approuvant le Corps
des Jesuitescomme un Ordre
Religieux,ont voulu que ceux ui s'y engageoient, & qui en
devenoient membres par les
ACCUX simplesdepauvreté,de
chasteté & d'obéilfancc
,
fussent
aussi parlà devéritables
Religieux. C'est unpoint de
Droit Ecclesiastique que l'Eglise
a ratifié au Concile,de
OTreitte,^ qui aétéreçû sans
concradiction dans tous les
Etats du tnondc,
Il n'est pas difficile de penetrer
le* raisons qui ont porté le
Saint Fondateur de la Compagnie
à y établir un si longtemps
d'épreuves. Par rapport
à la nature &à la multiplicité
des fonctions qu'il embrassoit,«
illuy filloit des sujets qui eussent
& une vertu à l'épreuve,
& des talens qui ne peuvent
se développer dans letemps du
premier Noviciat. Ce qui est
essentiel à l'état des autres Religieux
,
ils le pratiquent des
leur entrée dans la Religion :
ce qu'ils y font pendant une
premiereannée, c'cft ce qu'ils
doivent la plûpart faire toute
la vie. U.1 Jesuite au contraire
hors les exercices de la vie In-'.
terieure, ne fait rien dans le:
premier Noviciat de ce qui
doit l'occuper le reste de fcs
jours. Il luy est essentiel d'être
employé au ministre des
âmes ; il faut qu'il enseigne ou
qu'il prêche; il doit estre prest
à passer dans les pays les plus
barb ires, pour y annoncer la
foy. Or comment dans les simples
exercices du premier Noviciat
,
qui est uniquement dcftiné
à la retraite & à la priere,
la Compagnie pourroit-elle
s'assûrer qu'un sujet est propre
aux - emplois du dehors qui
sont sa fin principale? Comment
pourroit-il s'en assûrer
luy même? Il est donc neces-
1'
faire de l'éprouver dans l'exercicc
de ces emplois, avant qu'il
s'engage sans retour à les remplir
toute sa vie.
Telles ont esté les vûës de
S. Ignace,pour ne borner pas
au premier Noviciat l'épreuve
de ceux qu'il devoit admettre
dans sa Compagnie par les
voeux irrévocables de la Prosession.
Mais comme il eOoira
craindre qu'en differant trop
longtemps de fixer leur état,
quelques-uns ne succombassentau
dégoût d'une épreuve
longue & penible ; il convenoit
dopposerà leur inconf- ', tance
,.
tance l'engagement des voeux
simples. Ces voeux les lient as-
(lz, pour qu'ilsne puissent plus
reculer simplement par legereté
: mais ils ne les lient pas
non plus tellement , qu'ils ne
[puiffent'Cire déliez pour des
raisons legitimes. -Aureste>S.Ignaceen pretnant
ainsises avantages pour leCorps Religieux qu'il avoic
à former, a pourvû aussi avec
toute la sagesse-possible à lavantage
de ceux qui devoient
s'y engager. Pour cela il leur
laisse dans le siecle jusqu'au
moment de leurs derniers
voeux, tous les droits que la
naissance leur donne.Il n'exige
d'eux que les voeux simples de
pauvreté, de chaLteré)d'ob¿i'f.
sance; & ce voeu simple de
pauvreté consiste uniquement
àse dépouiller de l'usage libre
de ses biens.
Il elt vray que le S Fondateur,
pour la perfection particuliere
des sujets de sa Compagnie,
voudroit qu'ils fussent
tous aff, z détachez, pour disposer
de leurs, biens dés qu'ils,
entrent dans la Compagnie,
& pournese laisser plus dercC---«
source dans le siecle. Il veut
même que des le premier Noviciat
,
ils promettent, sans
meanmoins s'y engager par
voeu,d'abandonner r leurs biens,
,yoeij,d ab,indonncr leurs quand le Supérieur le leur ordonnera
pour leur plus grande
perfection. Maisil ordonne en
iroèmc tems aux Superieurs de
me permettre pas aux particuliers
de se dépouiller de la forte
,
si l'on ne s'est auparavant
bien assuré de leur perséverance
dans leur vocation; & il
veut qu'on neprocédé jamais
en cela qu'avec une mûre deliberation.
rAj Juiqu'à cette abdication
volontaire qui dépend de la
volonté du Superieur, & qui
n'est point du tout attachée
aux premiers voeux , comme
on le voie, un Je suite qui n'a
fait que ces premiers voeux conferve ,
,
fclon les Constitutions
de la Compagnie
,
l'entiere
propriété de ses biens acquis;
il a le même droit de succeder
, que s'il étoit encore
dans le siecle; il peut disposer
selon les loix de ce qu'ila
,
de
ce qui luy échoit. Et qui les
luy donne ces droits? c'est sa
naissance. Il les avoit avant
que de faire son voeu de pzu.,
vreté: il n'y renonce pas en le
faisant : illes a donc toûjours
au même titre. Ce qu'il conserve
de droit sur ses biens
, cecyest tout-à-fait digne
d'attention) c'est à sa naissance
cule qu'il en est redevable :
d'être Religieux sansêtreobligé
de renoncer à ces droits
c'cft à son état qu'ille doit.
Et icy se découvre une erreur
confijerable de bien des
gens sur le point dont il s'agit.
Ce ne sont point, comme ils
se l'inlaginent les Constirutions
& les Bulles des Papes qui
donnent à un Jesuite jusqu'à
ses derniers voeux la propriété
& la jcü;{f..nce de ses biens, &
qui le rendent habile à succeder
: son droit sur cela n'est
que le droit naturel, à quoy
les Constitutions & les Bulles
ne font aucun obstacle, en ne
l'obligeant à y renoncer, que
quand il fait les derniers voeux.
Au reste, levoeusimple de
pauvretéjtel qu'on le represenle
ici,n'en poinr particulier aux
Jesuites.Mcssieurs dela Mission,
les Filles de l Union Chrétienneen
font un tout pareil.
Dans ces Congrégations les
sujets retiennent la propriété
de leurs biens; ils en peuvent
disposer par dons, par tesla.
mens;ils perçoivent des successions.
Tout l'engagement
qu'ils contrarient en voüant
la pauvreté,c'estde n'user de
leurs biens que fous le bon
plaisir de leurs Supérieurs; &
les Jesuitesen sinsant leurs
premiers voeux, ne font rien
de plus à cet égard.
Nousavons exposé jusquesicy
le veritable plan de l'Institut
des Jesuites par rapport
à l'affaire presente; & leurs
droits, dans l'étendue que
nous leur avonsdonnée, y font
si clairement marquez, qu'il y
auroit de la temerité à vouloir
formerla moindre copieration
sur ce point. Aussidepuis
l'Indication de leur JCotn.
pagnie, ils .oni partout joui
pleinement&constamment de
ces droits; & ils en joùissent
encore dans tout lemonde
Chrétien, hors la France, même
dans les Etats Protestans
où ils font établis, sans qu'il
leur soit causé le moindre
troubleàcesujet. - Ht
Ils en ont même joui en
France sans aucune modification
, jusqu'au temps où ils
furent obligez d'en sortir. On
le démontre par divers Atrêts,
& entre autres par ceux que le
Parlement de Paris rendit le
Oâobres585. en saveur
de Robillard, & le 13. PC"
cembre 1592. en faveur de la
Grange, tousdeux efhnt dans laCompagnie, qui certainement
étoit alors reçue & regardée
comme un 01.dce Religieux.
C'est ce qui est incontestablement
prouvé par ces Arrestsmêmes
que les Jesuites
produisent, & par l'Arrest de
Noalhes rendu dans le même ¡,.>'
temps au Parlement de Toulouse,
quiest aussi produit. Les
Auteurs contemporains&autrois
conviennent unanimement
que ces Arrests ont esté
renias uniquement sur la difsérence
desvoeux des Jesuites;
ces témoignages font rapportez.
Les Jesuitesproduisent
aussi les Lettres Patentes, où
les Bulles qui approuvent u
confirment leur Influât font
rapportées. Ils produisent entre
autres les Parentes de Charfont
levéesles modifierions
& les icitriâtons de l'Assc de
Poissy, par lequel ils n'avoicnc
été reçûs dans le Royaume que
comme Collège & Société }
celles du même Prince du mois
de FévrierIJ74. enregistrées
au Parlement de Paris, qui autorisent
l'Inflitut des Jesuites
& la fondation des Maisons
Profcfles fondées & à fonder
dans la fuite. Celles d' Henry
III. du mois de MlY 1580.
pareillement enregistrées, qui
rappellent & confirment les
précédentes.
Les deux Arrêts rendus au
Parlement de Paris en faveur
de deux Jesuites, & qu'on rapporte
comme les plus proches
du temps, où la Compagnie
fut obligée de quitter le RoïHJmeJfone
voir quelyétoitson
dernier état avant l'Edit par lequel
Henry le Grand, de gto.
rieuse mémoire
,
voulut
bien
l'y rappeller.
Les per Tonnesen place qui
étoient alorsopposéesaurétabh{
f:m,:nc des Jduires, insiftoienr
particulièrement auprès
du Roy sur lafing-Varité d'un
Corp) Religieux
,
donc les sujcts
con servoienc a près leurs
premiers voeux des droits de
propriclé & de succession inconnus
aux auu es Or dres: &
l'on exageron fort les inconvemiens
qu'il pourroit y avoir
à le (V'ufFur. Ce Prince par une
condt(ccndancc dicme de la
fagclle pour ceux qu'il trouvolt
d'un avis contraireau fien,
crut qu'il falloit un peu ceder
au temps, & apporter aux
droitsdontil étoit question,
un tempérament, quisansruiner
absolument rinftitut des
Jcsu,ltes,dcvoit contenter leurs
advcrfaircs. Ce temperameric
est renfermé dans lart. V. de
l'Edit. Envoicy les termes: Quccyaprès tous ceuxde laditesocieté,
tantceuxqui ontfait
lesvauxfimples feulement, que
lesautres. ne pourront accruttir
dans notredit Royaume aucuns
biens immeubles par achat, dona.
tion ou autrement, sans notre permijjton.
Nepourrontaujjïaux de
ladite Sociétéprendre ni recevoir
aucunefucajjion ni directe ni collaterAle,
non plus que les autres
Rrltgitux. ET NEANMOINS AUCAS
QUE PAR CY APRE'S ILS
F JSSENT LICENTIEZ ET CONGEDIEZ
PAR LADITE COMPAGNIE
, POURRONT REN-.
TRER EN LEURS DROITSi
COMME AUPARAVANT.
Il cit vray que cet Edit ne
sur corrglfire au Pai hITIent
iqu"ipié.%dcs rcmoniranccs failcs
au Roy & de sccondes Lettres
de ltflicn; & qu'au temps
de l'cnreg:ltrco1cnt) il fut arfêté
par la Cour,que le Roy
ycroîl tres-humbhmtnt supplie
pourvoirparune Déclarationàce
ue ceux qui auroientétéquelque
temps dans la Société, ntpûffint
iire reçusaux partages , pour le
trouble qu'ils apporteroient aux
familles, Mais cela montre d'un
lôré
,
combien le Roy avoit
de sortes raisons de maintenir
îledroit des Jesuites;&delautre,
que le Parlement le tenoit
lié sur ce point pat l'Edit, tuC:
qu'à ce qu'il y fût derogé par
une Declaration de Sa Majefté.
On ne sçauroit deviner sur
quel fondement quelques personnes
ont dit que les Etats de
1614avoientaussi demandé
au Roy de fixer un temps aux
Jesuites
,
après lequel sortant
de la Compagnie ils ne pour
roient plus être reçûs à partage.
On ales cahiers imprimez
de ces Etats;iln'yestparlé des
Jesuites que dans le cahier des,
Ecclesiastiques à l'articlesixiéme
i
me qui fut accordé par le Roy.
..e voicy : QjSattendu le fruit
we font journellement les Peres
efuitrs, tant a l'avancement de
« Religion,cjuel'inlfruétion de
1 jeunesse, il plaise à VoftreAfa-
^fiéque leur College de Glermont
sur foit redonné avec leurs anlevmes
fondations, £r les voulutconserver
& prendre en i/oie
protection
, & qu'il en foit
vttid'autres dans chacune des bon.i
zs Villes de ce Royaume
)
aufmlles
ilsferont demandek par le
Ilnfentement desdites Villes
1 &
:
fotimettant par eux aux Loix
m Statuts de l'TJniverfité.
Pour revenir à nôtre sujet,
tel devint l'état des Jsuites en
France par l'Edit de leur récablissement,
qui changea Tan-"
cienne Jurisprudence. Ils ne
pûrent plus succeder à aucun
bien
, comme ils faisoient &
font encore par tout ailleurs
avant leurs derniers voeux, &
comme ilsavoient toûjours
fait en France jusqu'à l'Edit :::
mais il leur conferva cet Edit
le pouvoir de rentrer dans;
tous leurs droits, au cas qu'ils
fossent congediez par la Compagnie.
Or ce que l'Edit a laisse
;
aux Jesuites subsiste-t-il cnco.',
~Te? Et s'il eil: vray qu'il subsiste,
doit il subsister plus longtemps?
C'est ce qu'il en question
d'examiner aujourdhuy.
L'Edit, en ce qu'il declare
les Jesuites capables de rentrer
dans leurs droits, au cas qu'ils
soient congediezpar la Compagnie
,
subsiste-t-il encore?
Ec comment en pourroit on
douter? Y a t-il quelque autre
Edit qui y deroge ? Où est la.
Loy qui paroisse y être contraire.
:
Mais n'est ce pas une Loy
generale
, que tout Religieux
~estmort civilement,&ne peut
plus prétendreà rien dans le
siecle îOiiy, c'est une Loy generale
que tout Religieux Profés
ert mort civilement,&n'a
plus rien à prétendre dans le
siecle: aussi les J;:fuices Profés
n'y prétendent ils plus rien.
Ql'on parcoure routes lesLoix
du Royaume ; ce n'est que le
Religieux Profés nommément
,
qu'on y verra exclus
pour toujours des successions,
& jamais le Religieux simplement
comme Religieux, ja.:
mais le Religieux en general.
CCLOIXne contredisentpoint
l'Edu3 comme l'Edit ne déroge
en aucune façon à ces Loix.
Les Loix regardent les seuls
ReligieuxProsés, à qui le retour
au siecle estinterdit pour
toûjours;&l'Edit regarde uni-
~quement ceux d'entre les Jesuites,
qui n'étantencore Religieux
que par les voeux (imples,
peuvent en être dispensez,
& rentrer dans lesiecle
avec le congé de la Compagnie.
Or
,
dés-làqu'ils peuvent
rentrer dans le siecle., &
V reprendre leur premier état,
~ycontractermêmeun legitime
mariage, ce qui ne leur fut
jamais contesté;quelle justice
yauroit ilde leur y contester
les biens que la naissance leur
donne, au quels ilsn'ont pas
renoncé, donc ils ont besoin
pour eux & pour lesenfansqui
leur peuventnaître?
1
Un homme donne la plus
-
grande partie de son bien à un
ami,qui moyennant cela fait
un mariage considerable.Tandis
que lafamille du donataire
grossit, le donateur s'avise de
se marier luy-même;&au moment
qu'illuy naît un enfant,
sa donation devient nulle selon
les Loix ,& il reprend tout :
ce qu'il a donné. Comment
donc les Loix ôteroient-elles à
un Jesuite legitimement con-
~gédié de la Compagnie, & qui
a la liberté de le marier, le
droic de reprendre dans sa famille
des biens ausquels il n'a
pointrenoncé?
t" Sont-ils donc si coupables
ces hommes qui retournent
au siecle;parce qu'ils ne fc trouventpoint
avoir affcz de santé,
)OU certains talens nec ffaires,
pour fournir la difficile & pemible
carriere d'unJesuite?
Sont-ils si coupables
,
qu'on
noive pour cela les dépoüiller
~k~és droits que la nature leur
cs
donne,&qu'ilss'etoient sage.
ment reservez pour le temps
qu'ils éprouveroient leurs forces,
avant que d'être engagez
sans retour? Cette pieuse épreuve
qu'ils ont voulu faire
d'cux-Inêmes)cfi elle une raison
de les desheriter,& de les
mettre à cet égard au rang des
bâtards, ou des scelerats condamnez
pour toûjours aux galeres
? Les traiterat on plus
mal que des enfans vagabonds,
qui rentrent dans leurs
biens aussitôtqu'ils se fontreconnoitre?
Ce furent ces principes de
1equiré
l'équité naturelle, qui porterent
Henry le Grand à user de
toute son autorité pour aflii*
ret aux Jesuites par son Edit le
droit qu'on le sollicitoit de
leur ôccr. Nulle Loy n'y est
contraire à cet Edit:aucun auire
Edit n'y a derogé: il subsiste
onc encore aujourd'huy dans
route sa vigueur; & le droit
qu'il conferve à ceux que la
Compagnie congedie, cil toûjours
en son entier.
I- Si quelque chose pouvoit
oatoître y avoir donné atteinyc,
ce seroit une suite d'Arr êts
lui auroient été rendus contre
la dispositiondel'Edit,sur
tout dans le premier Parlement
du Royaume. Or ilest conftanr
que depuis l'Edit jusqu'à
1'.,ffjlredusieur lePicard d'Aubercourt,
on ne sçauroit citer
un seul Arrêt de cette nature.
On luy a objecté qu'un
Avocat écrivant en 1685.
dans uneaffaire des JrUlces
convenait d'une Jaritprudence
d'Arrêts opposéeàl'Edit :
mais c'est une méprise de cet
Avocat qui en cela a parlé dei
son chef Les Jesuites n'ont
jamais pûl'avoüer sur unetel-<
le fausseté
,
& ils le désavoüent
; i- 4111
jourd huy
,
aussi bien que
r ce qu'il a dit , qu'iln'y a
oint de differencepoul'enagcmcnc&:
le retranchement
u siecle entre leurs premiers
leurs seconds voeux. Desereurs
de fairne sçauroientnuià
la verité clairement prouée
par des Adtes. n
On a montrécydessus la
ifference essentielle des preoiers
& seconds voeux desJeuites
: & à l'égard de la pré-
:nduë Jurisprudence dont il glt) de trois Arrêts
,
les
,ulsquisoient intervenus sur
matiere jusqu'àl'affaire du
sieur le Picart d' Aubercourt,,
l'un est un Arrêt consenti crutre
les Parties, qui parconsequent
ne decide rien: c'est;
l' Arrêt de Martin du 23. ,No,
vembre1631. Les deuxau.
tres ont esté rendus dans i'afy
faire de Charles Begat. Le premier
qui est du 14. Mars;
1629. luy adjuge la succession,
de ClaudeBegat; & le second
quiest du 30. janvier1631.
enterine la Requête civile contre
le premier;, sur ce que
CharlesBegat se trouvoit avoir
fait les derniers voeux dans lac
Compagnie, & que d'ailleurs
ne produisoitau lieu deconé
qu'un certificat de l'avoir
btenu, & même uncertificat
rgué de faux. Il est manifeste
ue lepremier de ces Arrêts en
iveur deBegat,soy disant conedié
par la Compagnie,conrme
la disposition de l'Edit
faveur des Jesuites
: & que
:
second n'y eH point aire con-
; puisqu'il n'estfondé
Sue sur ce que Begat avoit fait
s derniers voeux, & ne proisoit
point même de congé
n forme, ce qui le mettoic
ors ducas de l'Edit.
Quelqu'un demandera peutêtre
icy commentBegat étoit
sorti des,Jesuites
,
puisqu'il
avoirfait lesderniers voeux,
C'estque parmy les Jesuites
les derniers voeux ne sont pas
Toujours les voeux de Profession
: mais ceux que la Compagnie
ne juge point a propos
d'admettre au degré de
Profés
,
font reçus par elle au
degré de Coadjuteurs spirituels,
Ces Coadjuteurs spirituels
ne font à la véritéque:
des voeux simples
: mais ils les
fDnr"en public entre les mains
du Superieur., & par ces voeux:
publics & reçus du Supérieur,,
ils deviennent, selon lesConstitutions,
incapables dequelque
succession que ce soit, &
font à cet égard au rang des
Profés. C'est là le cas où étoit
Begat, & ce qui le fit exclure
d'une succession qui lui avoit
d'abord étéadjugée conformémental'Edit
, en supposant
qu'il n'avoit encore fait
que ses premiers voeux.
Comme les Coadjuteurs [pi.
rituels ne font que des voeux
simples
,
ils peuvent toûjours
être congediez par la Compagnie
: mais comme en les faisantils
renoncent à rous leurs
droits, la Compagnie ne les
congedie jamais que pour des
raisons bien griéves. Et c'estlà
ce qui peut avoir donné lieu
à Begat de ne produire pas
son veritablecongé, où ces
raisons étoient peut être exprimées.
Quoyqu'il en foit
l'Edit , en faveur des Je suites
congédiez ne reçût aucune atteinte
dans sapersonne:voïons
si depuis il en a reçu quelqu'-
une.
Il subsistoit encore cerrainement
,
lorsque le sieur le Picart
d'Aubercourt en demanda
au Parlement l'cxccution en
sa faveur. En effet, la Cour en
1701. ayant jugé deffnitivement,
qu'ilne pouvoitêtre
debouté de sa demande sur le
fait particulier de l'affaire ,011
d'abord quelques-uns des Juges
avoient crû voir une fin
de non recevoir; Elle ordonna
par son Arrêt du 10. Mais
,
que S. M. feroit tres- humblement
fupphée d'expliquer ses
intentions sur l'Edit par rapport
aux droits des Je fuites
congediez par la Compagnie.
Le Parlement reconnoissoit
donc alors que l'Edit en faveur
des Jesuites congédiez étoit
encore dans toute sa force; &
il le reconnoissoit dans une affaire,
où tout ce qu'il s'est jamais
rendu d'Arrêts dans le
Royaume avoir esté produit ,
comme ils le sont encore aujourd'huy
par1esJefuites.Mais
il reconnoissoit aussienmême
temps, ce quiestcertain, qu'il
ne pouvoit légitimement prononcer
au préjudice de cet Edit
, à moins que le Roy ne se
fût expliqué d'une maniere à
l'y autoriser.
Il est pourtant vray que
s.
M n'ayant pas jugé à propos
de donneralors une
décision
générale,& ayant ordonné de
procéder au jugement définitifde
l'affaire particulière dans
l'état où elleétoit
,
lesieur
d'Aubercourt fut debouté de
les demandes par l'Arrest qui
s'ensuivit. Mais comme il ne
pouvoir plus Tertre par la fin
de non recevoir
,
sur quoy il
avoir g.1gné sa cause;c'est une
necessitéd'avoüer que le Parlement
se détermina enfin à juger
au préjudice de l'Edit, en
attendant qu'il plût au Roy
de s 'expliquer sur ce su jet.
Quelques personnes ont
prétendu que la Cour s'étoit
cruë suffisammentaucorisée à
juger au préjudice de l'Edit,
sur ce que l'ordre du Roy portoit
de rendre aux Parties la justice
cjuElle estimeroit leur estre
dûe. M us le Roy avoit il jamais
pu penser qu'Elle: pût
prouver de la justiceàjuger
formellementcontre un Edit.
auquel il declaroit actuellement
ne vouloir pas déroger.
C'est ce que l'Ordonnance
de S. M. condamne expressement.
Enjoignons aux Cours
l'observation des Edits tant au
jugement des procez qu'autrem,
nIJsansy contrevenir,ni que
fous prétexted'équité, bien public
, accélération de la 7ufilce
J ou
de ce que les Cours auraient à nous
reprtfenter, Elles, ni les autres
Juges, s'en pwjf-nt di.ff:>nfèr) ou
en moderer les diftofuions en quel
casy ou pour quelque cause que
ce soit. arc. 6. tit. I. de l'Observation.
1
L'Arrest du sieur d'Aubercourt
rendu au préjudice &
contre la disposition ex presse
de l'Edit ,;1 frayé le chemin à
un autre Arrestporté depuis
contre le sieur Boudart de
Cousturelle, Gentilhomme
d'Artois. Le sieur Boudart sur
les Traitez de Capitulation
,
les Déclarations & Lettres Patentes
de Sa Majclié en faveur
des Jesuites de Flandre
,
avoic
été maintenu dans tous ses
droits par Sentencecontradictoire
du Conseil d'Artois,
renduë le 21. ÑIJY 1711. La
seconde Chambre des Enquestes
par son Arrest du15.juillet
1712. annulla laSentence;
& le sieur Boudart fut débouté
malgre les Déclarations du
Roy pour la Flandre,ainsi que
le sieur dAubercourt l'avoic
étémalgré l'Editd'Henry IV.
pour la France.
- Les Jesuites n'ont pointété
jppciKzàcesjugemens: mais
ss voyant sur le point de si
multiplier, ils n'ont pas crû
ilevoir garder un plus long sibnce.
On en auroit peut-estre
Iré avantage contre eux; &on i feroit persuadé qu'ils ne
prennent point de part à fin
Tadtion de l'Edit, s'ils avoient
11tendu- plus,longtems à s'en
Plaindre.
LAfrest du sieur Boudarc
fiant dans une espece étrangèreàjPEdi-
t, il ne se trouve
incoreapréstoutd"Arteft conxe
la disposition de cet Edit)
que 1Arrête du sieur d'Aubercourt.
Or un Arrest contre lequella
partie- est en état & en
voye de se pourvoir en cassation
,
& contre lequel l'Edit
même & les Ordonnances de
S. M. sont un moyen certain
&infaillible decassation, peutil
estre serieusement opposé.
aux Jesuits&appellé la Jurisprudence
des Arrests? Des Arrests
contre un Edit peuventils
faire Loy au préjudice de
l'Edit ? C'est au Prince seul à
changer, à revoquer les Edits.
Ils subsistent donc, tandis que
le Prince n'y a point derogé:
&,
y tandis qu ils subsistent, bien
oin que les Magistrats puisent
les abroger par des jugenens
contraires, ce sontleurs
ogemens mêmes qui sont
lors reformez selon les Edits.
Il ne leur est pas même pernis
dans les doutes &lcdlfii.
ultez sur le sens des Edits, de
i:s interpréterpar leurs jugenens,
avant que d'estre ins
puits des intentions de Sa Ma C'est ce que portent les
Ordonnances : Si dans lespro-
':{ qui seront pendans en nos
ours
,
ilsurvient quelques dou-
~s ou difficultezsuraucuns articles
de nos Editi, Déclarations (Y
Lettres Patentes : Mous leurdéfendons
de les interpréter ; mais
voulons opuElles tryent à Je retirerpardevm
Nous,pour apprendre
ce qui Jera de nostre intention.
¡.
Mais en attendantque le
Roy foit consulté ,ou bienSa
Majelté différantàdeclaer ses;
intentions, si lesCourscroient
devoir prononcer au préjudice)
des Ordonnances, & qu'il foie!
intervenu consequemment un
grand nombre
d'Arrestscon-l
foriiics;cccre multitude d' Arrefis
ne fera-t elle pas une Ja-j
1
risprudence? Non:car surune
question decidée par quantité
d' Arrests qui avoient formé
uneJurisprudence presque uniforme
dans toutes les Cours
contraire aux articles 57. &
58. de l'Ordonnance de Moulins,
ileft dit dans la Dcclaration
du Roy, enregistréeau,
Parlement de Paris par Arrest
uneJurisprudence estant contraire
à une Ordonnance
, ne
peut eltre solidement établie
K]ne par une Déclaration quiy
deroge. Pour cet effet, le Roi
ed ecl are qu'ilveut bienamoriser
ces Arrests; & pour le faire,
il dérogéexpressementauxarticles
57. & jg de l'Ordonnance
de Moulins.
1
:
Delàil resulte évidemment,
que quelque nombre qu'on
pût produire d'Arrests contrai.,
res à l'Edit de 1603.en faveur:
des Je uites congédiez, ces Arrests
feroient nuls aux termes
des Ordonnances,&ne pourroient
avoir de force, qu'au-j
tant qu'il plairoit au Roy de
les autori fer
, en dérogeant àj
l'Edit dont les Cours nausoient
pas suivy la dicpofition.
Déclarons tous Arrests cr
Jrte-',
Lynl&ca&p, DVLJ^rctdZc)c-Tt^mctftcdrt
1
- 1
,
il 3 Y- i JPclsjeez^ucxttLoc,ioiws pcwscz^ coup ciici
<9omjcn^à^iusS't-uastc- taurOl
-
1 '1 ,. If joitur ele.cilarniespow* nioy>*_A£eribertfn-*clcgsjc dGl '¿.ILrurc. -
JLJvu 1 : I.. t~.y. 1*1I|»1-? l7C/"Coy-, cotltvunt J«d att-r- ¿L
.: ttcrfjrci^xnyver jue &--Il-,f
convient Seul emoz
Civ
_r
huuOtt Jm.è[;¡:é?aJ me. hvrc,Peufis
mens quiferont donnfZ contre la
disposition de nos Ordonnances,
Edits çy Déclarationsynnls fY
denuleffetcmvaleur. Art. 8.de
l'Ordonn. titre 1.
A la vérité l'usage est quelquefois
l'interprète des LOIX:
mais c'est des Loix que l'usage
même a établies,& non de celles
qui font portées dans les
Edits du Prince. Il n'appartient
qu'au Prince luy même, ainsi
qu'onla déjà dit,à les interpréter
ces Loix
, ou à y deroger
,
s'ille trouve bon: jusques-
là l'usage qui y seroit
É
gardé que comme un abus à
reformerselon la teneur des
Edirs qui lesrenfrrment.
Mais s'il est vray en toute
matiere quenul nombre d'Ar.,
restsne peut abroger un Edir„
il l'est sur tout dans la matière
pre fente, où il s'agit de TétaC
des hommesqui ne Içiuroitfis:
pre scrire. Etant attaché à leur
naissance, il est du droit public
& pu consequent il ne peut
estre changé que par la Loy::
Qvoe funt publicijuris, sola leges.
dari, sola lege adimi possunt.
Cest sur ces principes que:
feu M. Erard, Avocatcélébré,,
consulté sur l'affaire du sieur
bd'Aubercourt
,
s'explique en
xes termes dans sa Consulta-
Kion du 1j Novembre 1699.
UEditde1603. quiconferve
.Yxprfjfément le droit defuccedcr
y,,r tous les effets civils a ceux
uiferont congediez par la Compagnie
des ¡t'fuites
, & qui portent
qu'ils rentreront dans leurs
k/roits
,
na eslé changé par aucun
vautre E-dit ni Loy du Royaume.
)sAlnfxcess une LOy (ubfiftantc que
tious lesfijetsfont obligezdfui.
\jvre. VArrête que la Cour mit
ur[es Registres enfuite de la verification
de cet Edit,ne peut pas
3
ne
en empêcher l'execution : ce riétoit
qu'un voeu qu"elle faisoit
y qu'ilplutau Roy fixer un terme
vour la sortie de cette Societé.
Mais elle ne le fixe point, (7
elle reconnoit même par-là, qu'il
n'appartient qu'au Roy de lefixer.
Elle luy en a fait lafûpplication
: il n'y a pointeu d'égard, eil a latjjel'Edit dans son entier
: son refus efi encore une confirmationsurabondante
de la dif
position de l'Edit. Or cela étant,
les Juges peuvent-ils juger contre
cette dispositionsPeuvent-ils donner
atteinte à l'état d'un homme
qui s'ejt engagé dans la Société
des
des Jesuites
, (y qui en (si sorti
lafoy de cet Edit?
Que peut-on donc oppo.
ser à un particulier, qui avec
uncongé légitime de la Compagnie
se pre fenre pour ptentHrc
sa part dans l'heritagc de
Tes percs ?Je redemande, die-
1,1 ce que la naissance m'a don-,
né ,& à quoy je n'ay jamais
renoncé: sur quel fondement
me refu reroit-on ce quiest veritablement
à moy ? Ou est la,
loyquime dépouille de mon
troit naturel? J'en voy une
qui m'ymaintient,c'estEdit
D'Henry le Grand: qu'on me
montre celleen vertu de laquelleon
voudroit ncdfcsheriter
,
& changer mon état. La
Loyest précise en ma faveur
:
en vain doncm'opposeroi ")0
une prétendue Jusprudence
des Ârrets:j'appelleray deces
Arrests à la Loy
,
à tEdtr du
Prince ; c'est la regle des juftesi
Arrets. La Loy me laisse la 11-:
bertéde m'établir dans le monde,
d'entrer dans des Charges:t
comment donc pourroit-oni
prérendrequ'elle me dépouille:
du bien que le me fuis reservé,
& qui m'estnecessairepourcet
effVi ? La Loy ne sçauroitainsi
se contredire.
MJlS si ce Jesuite-étoit le
seul héritier d une famille riche
& honorable, comme il
est arrivé, & commeilpeut
arriver quelquefois; ne seroit-*
il pas odieux d'en transporter*
les biens à descollatéraux,plûtôt
que d'en laisser jouirl'hériticr
legitime,qui n'a rien fait
qUlldépoüdle »& qui esten
état de perpétuer le nom de
ses peres? Et qui doute que ce
ne fut-là violer les Loix si uni.
versellement,& si Ggemenc
établiesdanstout leRoyaume,
qui rappellent aux successions
la ligne dircte àl'infini, pour
porter) s'il se peut, à l'infini
le nom desfamilles?
On se flattedavoir suffisamment
éclairci la premicre
question
,
sçavoir sij l'Edit
d'Henry le Grand en faveur
des Jesuites congédiez subsiste
encore. Oui, cet Edit subsiste:f
& les Jesuites congédiez par la
Compagnie peuvent encore
aujourd'huy,ainsi qu'ils l'ont
toujours pû
,
reprendre dans
le siecle tous leurs droits. Mais
cet Edit doit-il subsister plus
longtems ? Henry le Grand a
déjà limité les droits des Jesuites
, en leur ôtant aptés leurs'
premiers voeuxle droit de joüir
& de disposer de leurs biens,
& ne leur biffant jusqu'aux
derniers: voeax que le seul droit
d'y rentrer, au cas qu'ils fuCsent
congédiez par la Compagnie.
Ne convient-il pas de
le modifier encore ce droit
,
:OU, de l'abroger même tout- àfait
, en reduisant les Jesuites
aurang de tous les aurres Religieux
î C'estla secondé quef-
:éofëiqji'il nous resteà examine*.
.;, Me ferat-il p, ermis de de.
mander icy si les Jesuites depuis
qu'ils ont été rappeliezen
France par l'EditHenry. le
Grand
, ont mérité par quelque
faute*qu'on ule envers
eux d'une nouvelle rigueur ?
Les temps doivent ils être aujourdhuy
plus fâcheux pour
eux, qu'ilsne l'éroienralors?
Les services qu'ils onttaché
de rendre à l'Etat depuis leur
rappel*, ne semblent ils pas au
contraire demander qu'onleur
rende
-
ce qui leur fut ôré dans
ces tem ps de disgrace';rp!&ôc
que de leur ôter ce gu't!..nry
le Grand
,
malgré tout ce qu'il
trouva d'obstacles
,
crur'devoir
alors leurconserver fii
C'dl
,
diton, l'interêt public
qui demande qu'on reduifc
les Je suites sur le pied des
autres Religieux. Mais l'interêtpublicn'est
il pas lemême
à cet égard dans tous les Etats
du monde Chrétien, où les jfuites non seulement reprennent
leurs droitsquand ils
sortent de la Compagnie avant
leurs derniers voeux ,
mais où
ils joii'fTcnr & peuvent disposer
de leurs biens dans laCompagniemême
,
pendanttout
le temps qu'elle les éprouve?
On ne les inquiète là dessus en
nul endroit du monde.
En second lieu, ce qu'on
semble trouver aujourd'huy si
contraire au bien public, fut
tant de fois & en tant de maniérés
representé comme telà
Henry le Grand, avant que
soônEdit fût enregistré. Ce
grandPrincedontla fagelfc
sur encore au dessus de sa valeur
,
après avoir tout entendu
, tout pesé
, en jugea autrement.
Il crut faire assez pour
lesfamilles,quedoter aux Jesuites
, tandis qu'ils le seroient,
la joüssance & la disposition
de leurs biens. Dépoüiller absolument
de leurs biens des sujets
qui n'y renonçoient point
par leurétat,&neleurlaisser
de partage dans le siecle où ils
pouvoienc retourner, que la
mendicité;c'est ce que ce Prince
plein d'équité eût horreur
de faire. La Compagnie se reservant
le droit de congedier
ses sujets jusqu'à la Profession,
il trouvoit de l'inhumanité à
les dépouiller de leurs droits
avant que ce temps foit expiré
; & il ne voulut jamais entendre
à y apporter aucune limitation.
Ce refus d'Henry
IV. ne doit-il pas aujourd'huy
tenir lieu de Loy ?
L'Edit de ce Prince en faveur
des Jouîtes congédiez
est , comme la Loy que les Romains
appelloient Juspostliminit,
laquelle permertoit aux
captifs dont le droit étoit demeuré
en suspens pendant leur
captivité, derentrer à leur retour
dans tous leurs biens.Ce
droit ne se preserivoit pas, parce
qu'il n'érait pas au pouvoir
ducapusderecouvrerla liber-,
té; comme il n'est pas au pouvoir
d'un Jesuite qui a fait les
premiers voeux ,
de se délier
luy même
,
il faut qu'on le congédié.:,
itr,i Tandis que les Jesuites n'onc
pas encore fait leurs derniers
'ioe)x)oncftJdit-onincertain
Hans les familles, s'ils ne reviendront
point y reprendre
eurs drOir?'9*cê quiempêche
les éta blArÍnens confinerao!
ès5,quand il s yrevien- iiell ;dvy jettent le trouble
irnHe nouveaux partages qu'il
Ssutefaire C'està ces deux chefs re duisent les raisons
Bune-.êrpublic,pour oblig r
_>csJ'fiîices à renoncer à tous
eurs droits des le temps de
Uf5 premiers VOBJX : examirdôns
en la solidité.
A l'égard de l'incertitude
doncil s'agit, le monde est
plein de ces fortes d'incertitudes,
sans qu'on se foit encore
avisé de penser qu'il fût de
bien public d'y remedier pa
de nouvelles Loix. Un per
veuf marie un fils unique: q!
fils cfl; dans l'incertitude si fo".
pere ne se remariera point, &
n'aura point d'autres enfant
qui partagent la succession.
fautil que les Loix épargnée,
au fils cetteincertitude ,en or
bligeant le pere, ou de luy ce
der tout son bien
, ou dere
noncer à un second mariage
e fils en ce cas trouveroit un
tablissement plus confidera- le mais le pere est-il obligé
se le luy procurer àce prix?
1t peut il venir dans l'esprit
qu'il soit de l'intérêtpublicde
w obliger par quelque Loy
cr)uvcllc? Cette sorte de Loy
roit au reste d'autant plus
cessairedanslesystême que
ous combattons, que pour
Jesuite qui par le délay de
Profession tient ses freres &
eurs dans cette sorte d'incerjiude
,
il y a dans le Royause
cent peres ou mères veufs,
iui par le droit qu'on leur laisle
de leremarier,tiennentleurs
enfrns dans l'incertitudex&c{
les empêchentpar-là de scladi
biu à leur gré,souventmême;
comme il conviendroit au
foû*
tienJe la fami«Ic.sj.IrVj
Mais faisons sur cela
un
fuppofinon dans nôtre fUlct
nême, & faisons la la plus
favorable qui- sepeutà la prétention
de nos adver faires.
Un jeune homme sefait Je-j
fuite,& laisse dans le siècle une
soeur unique
,
qui ne sçauroit
s'établir comme il convient Jtj
sans la portion de son frere;
qu'il conservejusquà la PIO;,
Hfcflîon. Volia sans douter ce qu on peut proposer de plus
specieux contre le droit que la
Loy rcfcrve aux Jesuites,tandis
qu'ils n'ont fait que les pie..
mniersvceux. x •;;;
Mais le demande en premierlieu
sicette fille aimeroit
mieux que son frere, sefist Ececlesiastique,
ou de 1 Oratoire,
ou qu'ilentrai chez Messieurs
WC la Mission , que de le voir.
t'eruitTroùveroi[ ellemieux
Mon compte ,
ftroitcllt, mieux
ou plûtôt mariée
,
s'illuy falloitattendre
lamort naturelle
de son frere dans ces états,où
l'on conservependant toute
la vie la jouissance & la propriété
de ses biens, que quand
illuy en faudroit attendre la
mort civile par les derniers
voeux que font les Jesuites au
bout de quelques années d'épreuve
? Pour établir toutes les
fillesqui auroient un frere Ecclesiastique,
ou de l'Oratoire,
ou de la Missîon
,
faut-il faire
une Loy qui oblige à renoncer
à ses biens, aussi-tôt qu'on embrasse
ces genres de vie ? Mais
il faudroit encore dans ces
principes que les Loix obligeassent
les Chevaliers de Malthc~
the à ne pas differer leur Profession
les trente & quarante
années, comme ils font presque
tous,& à se contenter au
moins jusques là d'une penïïon
alimentaire, pour fixer
l'incertitude des familles sur
leur sujet, & ne point mettre
d'obstacle à l'établissement de
fleurs fieres & soeurs. Il fau-
Hroitmême que ces Loix s'éendissent
jusqu'aucelibat;que
peux qui en font profession
devinssent aprés * un certain
3:emps incapables de mariage;
& que ne le reservant de leurs
oiens qu'un honnête necessaire
, ils sacrifiassent le reste au
repos & à l'établissement de
leurs familles. Revenons à nôtre
exemple.
En second lieu, ceux ouii
trouvent le bien public à ne
laisser point cettefille dans la
necessité, ou de ne s'établirpas
ou de s'établirmoins blrltan..
dis qu'elle attend les derniers:
VCÊJX de son fiere; le trouveront
ilsaussiàobligersonfrere
de luy ceder fort bien, & dei
se dépoü ller du necelTairene
pour rétablir, ou pour l'éta-j
blir mieux ? Unperen'est Probligé
de se priver du rieceffaW
re pour établir ses enfans:comrment
un frerc peut-,1 y être
aobhgé pour établir une f-oe,Ur?
Il s'agit en effet du necessaire
pour le frere : car il peut être
congedié par la Compagnie;
)& le cas arrivant, de quoy fbsistera-
t'il après qu'on laura
dépoüillé de tous ses droits? Il
faudra donc quecefrerepour
rétablir sa foeur , foie exposé
lui même àune honteuse mendicité:'
Le bel avantage pour
unefamille! La soeuremportetroit
le bien dansune famille
étrangere ; & celuy que les
Loix destinent à en per petuer
le nom ,
l'enseveliroit dans une
ignominieuse obscurité. Ce
n'est donc point le bien public
,ce n'est pas même l'avantage
des familles qu'on procurerait
; en dépouillant les Jeftkcfridudroit
naturel que la
naissance leur donne jusqu'a
leurs derniers voeux; c'est le
(impie avantage d'un enfant
qu'on procureroit au préjudice
d'un autre, & le plus souvent
mêmeaupréjudice de la
famille.
Mais un Jesuite congedié
peut il manquer de causer du
trouble dans sa famille en y
venant
reprendre ses droits? Et
ce trouble n'etf-ce pas aux
Loix à le prévenir?C'estla seconde
raison d'interest public
que l'on oppose au droit des
Jesuites, & dont il est aisé de
faire sentirlefoible.
Qael trouble pour ce donataire
dont nous avons parlé
cy-dessus,lorsqu'il r voit obligé;
de rendre ce qui luy enne..
cessaire pour soûtenir sa famille;
Mais ce trouble
,
la Loy
doit-elle le luy épargner ? Il a
dû le prévoir, & s'arranger
surce pied-là.
Que les familles fassent attention,
commeelles doivent,
que les premiersvoeux d'un Je.
fuite ne leur donnent pas le
droit de compter abfolumenc
sut sa per feverance
-, & que la
joüissance de ses biens ne leur
efl; laissée par le bienfait du
Prince
,
qua condition de les:
rendre en cas de sortie: qu'elless'arrangent
suivantla dl.f-..
position de l'Edit d'Henry IV(,
& elles ne se trouveront point
troublées, quand un Jesuite legitimement
congédié avant (es?
derniers voeux viendra y reprendre
sa place & ses droirs.,.
Des peres fages établissentleurs?
familles sur la disposition des
Loix ,&jamais les Loix n'en
troublent la Tranquillité : les
Loix ne troublent que ceux qui
refusentdes'yassujettir.
lînJefuitc congedié qui de-
1 mande à rentrer dans ses biens,
ne demande rien à quoy il ait
renoncé
,
& dont il nVittoû-
Il joursestépropriétaire à juste Ititre? Que si safamille se les est
tappropriez ces biens,c"elfune
jtipjuftice qu'elle luy a faite
; &
lesLoixn'ont jamais empêche
qu'onne pût troubler un poc.
széisosenurinjuste. La simple led'un
cohéritier renverse 1 •icritier r~nverft
après vingt & trente ans des
parcages.L'absent présumé
mort revient; y eût-il cent
partages, on les reforme, pour
luy rendre le capital & les
fruits. Si donc une famille fait
des partages, sans avoir égard
au pouvoir que les Loix Ecclesiastiques
& Civiles
,
aussibien
quelaLoy naturelle,laissent
à un jeune Jesuite derentrer
dans ses droits ;elle contrevient
auxLoix cette famille,
& par cette contravention elle
merite d'être troubléedans ses
partages faits conrre ladispohtion
expressedelaLoy.. ", Un.
Un homme prest à faire un
long & périlleux voyage, laisse
en dépôt dix mille écus à un
parent, en luy disant qu'illuy
en donne l'usage jusqu'à son
retour, & la propriété même
IJaU cas que la mort le prenne
un chemin. Le voyageur revient,
&redemande le dépôt.
trouve un jeune homme qui
s'engage dans la Compagnie
pour y estre éprouvé,& qui
en sort avant les derniers
voeux Il redemande sa portion
d'herirage
,
dontil a laide ses
coheritiers dépositaires; & on
luy répond:Onenadisposé
pour aider à établir vos freres
& vos soeurs; mal-àpropos
vous venez troublervostre famille.
Eh !c'esrmoymême,s'écriera
t'il,quemafamilletroubIc,
en me re fusant ce qui est
à moy selon toures les Loix,
en voulant inhumainement
me desheriter contre tout
droit. Celuy qui ne demande
que ce qui l-uy appartient selon
les Loix,nefaitpas letrouble;
ou s'ille fait ,ceux qui le
souffrent pour avoir disposé
de ce qui ne leur appartenoit
pas, ou pour vouloir le retenirinjustement
,
doivent se
l'imputer à eux seuls.
Lors donc qu'un Jesuite
congedié parlaCompagnie va
reprendre dans le siecle des
droits au squels il n'a pas renoncé
;si la famille comptant,
comme elle a dû faire
,
qu'il
pourroir ne point per severer,
s'est arrangée sur ce pied,là,il
ne la trouble en aucune façon.
Si elle a compté absolument
sur sa perseverance, ou si elle
s'est persuadée que ne perseverant
pas, il ne pourroit rentrer
dans ses droits; ce sont
des mécompres donc elle doit
feule porter la peine par le
trouble & l'embarras ou elle
se trouve: pourquoy ignorct'ellelaLoy!
Mais convient-il de se gros
nr ainsi les objets ? Un Jesuite
congédié qui revient dans sa
famille, n'est après tout qu'un
enfant de plus qui doit en partager
le bien;unenfant
,
quia
ses-droits acquis commelesautres;
un enfant,qui sans avoir
cjlé à charge à sa famille, luy
revient souvent en état de luy
faire honneur,& d'en e stre le
soûtien par ses ralens & l'éducation
qu'il a euë. Ell-celàen
verité dequoy jetter letrouble
dans lesfamilles?Voyons nous
que lanaissance tardivedesensans
qui suivent de loin les premicr
trouble des peres &. des
meres qui ne s'attendoient plus
a en avoir? Les premiers nez
peuvent ressentir de là peine,
envoyant croître le nombre
de leurs coheritiers:mais serace
jamais la une raison d'exclurede
la succession paternelle
ceux qui viendroienr un peu
tard à la partager ,
& de fixer
par les Loix le nombre desensans
habiles à succeder?
Que deviennent donc les
raisons de bien public
, pour
retrancher aux Jc suites les
droits que la natureleur donne,
& que les Loix leuront as
sûrezjusqu'icy ? Il n'est pascontre
le bien public que les
sujets des Congregations de
l'Oratoire
,
de la Mission,da.
l'Union Chrétienne :) conservent
tous jusqu'à la mort la
)joiiflince & la proprieté de
¡leul'5 biens;qu'ilspuissent toûjoursen
disposer, & mêmeen
faveur des Congregations où
ils vivenr. Comment donc
pourroit il estre contre le bien
public de laisser aux Jesuites de
[France juTcjua leurs derniers
"Voeux le seul droit qu'ils se
sont reservez de rentrer dans
leurs biens,au casqu'ils soient
obligez de rentrer dans le fiecIe?
Dans toutes ces Congregations
les sujets peuvent enlever
à leurs familles tout ce
qui est à eux, sans qu'on ait
crû jusques icy devoir y apporterd'obstacle.
Un Jesuite,
tandis qu'il est Jesuite, n'oste
rien à la famille ; il ne se reserve
que le pouvoir de reprendre
sesdroits,&cela pendant
letemps que la Compagniel'éprouve
pour l'admettre
aux derniers voeux: peuton
le réduire à moins? Entre
les Jesuites que la Compagnie
rient dans les épreuves, elle en
congediera peutestre quatre
ou cinq sur cent: cft ce là dequoy
s'allarmer pour le bien
public?
Mais les Jesuites qui sont
encore dans le temps d'épreuves
,qu'ont-ils fait plus que les
autres sujets des autres Congregations
,pour les vouloir
fairechanger d'étatmalgré
eux, en les dépouillant des
droits que la naissance leur
donne, queleur Institut permet
qu'ils conservent,qu'un
Edit du Prince autorité ? C'est
sur lafoy de cet Edit qu'ils se
font engagez à la Compagnie
par des voeux simples
; c'est
dans l'assûrancc que si elle ne
jugeoit pas à propos de se les
engagerpourtoûjours
,
engager pour toûjours) ils
pourroient au moins reprendre
avec la dispense de leurs
voeux Luipremieretat&leurs
droits dans le siecle. De[oO'i.[
aujourd'huy à Ï) cet Editiliefc,-
roit ce pas les autoriser à reclamer
contre un engage-
1TIent dont on changreroit une
des conditions des pVlfus essentielles,&
faire par là une playe
mortelleàla Compagnie?
Ilest vray que des familles
se trouveront quelquefois surchargées
d'un sujet que la
Compagnie aura congedié.
Mils quelest le plusjuste,ou
qu'unefamille reprenneun fujet
que la nai flTmce luy donne ;
ou que la Compagnie qui ne
a pris qu'a l'esty
,
le gade
sans pouvoir s'en aider? L'avantage
de quelques familles
ooit il l'emporter sur l'interest
pital d'un Corps de Religieux
,tous dévoüez par leurs
emplois au service du public?
Comment la Compagnie
oourroitelle les soûvenir ces - emplois, si elle n'avoir des sujets
éprouvez? Et comment
seroient ils tels, si on luy ôtoit
: moyen de leséprouver? Ne
souvant plus en renvoyer atrés
les premiers voeux ,
sans
.taindre de les voir réduits à la
~endicité,nese verroit-elle
pas comme forcée d'en garde
plusieurs qui ne luy convien
droient point,&peut-estre
même au péril d'en estre des'
honorée au dehors? D'ailleurs,
combien d'enfans de famille
& de bons su jets seroient détournez
d'encrer dans la Compagnie,
par la pensée qu'ils se
trouveroiont un joursansressource,
s'ils venoient à en sortir?
Souffrir des sujets défectueux
, manquerd'en recevoir
beaucoup de bons, ce seroit la
suite inévitable du ch angementessentiel
qu'on voudroit
faire à l'Institut de la Compa-
'Â
nie,par la suppressiondel'E-
~t dHenry le Grand. i- : Mais les Jesuites croyent
>YOII tout lieu d'esperer dela
bonté&delajustice duRoy,
»ue s'il y avoit quelque chanixment
à faire à l'Edit
, ce
~roit en leur faveur qu'il deçoit
être fait. Sa Majesté
j'ignore pas que son glorieux.
,yeul ,enrétablissant les Jesuites
en France par son Edit
croit voulu les y remettre sur
la même pied où ils y avoient é ; qu'ilnecroyoit pas qu'ils
Iwflcnt être moins bien traitez
~ns ses Etats, qu'ils l'étoient
danstous les autres Etats
<
monde,&tlvzlesPiotiftî
mêmes ; qu'il étoit rcfolu
ainsi qu'il l'avoir -fait dire ;
Pape de faire dans la fuite
petit à petit ce qu'il n'avo
pas pû fairetout à uncoup)
ce sont ses propres paroles
qu'il accorda même aprés fo
son Edir à des sujets de (
Compagnie quin'avoient p
encore fait leurs demie
voeux, dy recevoir des su
cessions pour en disposerain
qu'ils le jugeroient à propos
'&qu'ifdonna une Declar^noi
surcesujet. Seroit il rien 1
plus naturel,que le Koy vou- fûtconsommer en faveurdes
suites, un ouvrage que son
tglo.ricux Ayeul n'eût pas le
temps de conduireà sa fin,
ainsiqu'ille desiroit ? Et que
ce qu Henry le Grand croyoit
devoir àla Compagnie il y a
plus d'un fictlc, Loüis le Grand
crût pouvoir l'accorderaux
services qu'elle n'a depuis cessé
berendre à1Erat?p
L'esperancequ'auroientles
Jesuites de se voirremis dans
tous les droits que leursConstitutions
leur donnent, pourroit
paroître d'autant mieux
fondée, que le temps & l'experience
en ont levé le plus grand
obstacle, par l'établissement
de diversesCongregations,où
l'on conserve jusqu'à la mort
la joüissance & la propriété de
ses biens. Un tel usage a pû
paroître d'abqrd sujet à desinconveniens
:mais en pourroiton
trouver aujourdhuy à laisser
aux Jesuites pour le temps
que laCompagnie les éprouve,
le droit dont depuis longtems
on voit joüir sans inconvénient
les su jets de plusieurs
Congrégations pendant toute
leurvie>„
Les
Les Je1ùicesjileltvray^onc
[ Religieux dés le moment qlJils
ont fait leurs premiers
voeux:mais ils ne le sont en-
> coreque par les VCCJX simples,
) en fortequ'ils peuvent cesser
) de l'estre : la qualité de Rcligicux
ne sauroit donc préju-
) dicier en rien à leur droit. Le
voeu simple de pauvretéqu'ils
ont fait, ne les a pas dépoüillez
davantage,selon leurs Cons-
; titutions
, que le voeu simple
de pauvreté ne dépouille ceux
qui le font chez Messieurs de la
Mission,chez les Filles de l'Union
Chrétienne; & l'engagement
des voeux simples n'est
pas plus irrevocable pour un
Jesuite que pour les sujets de
ces Congrégations. En un
mot, l'Eglise qui a déclaré les
premiers voeox des Jesuites
voeux de Religion a déclaré
aussi quecesvoeux ne les dépoüillent
point de la propriété
de leurs biens. On ne peut
donc pas conclure de ce que
les Je suites font Religieux par
les voe.¿x simples
,
qu'ils sont
aussi incapables de rien posseder.
L'institution des voeux
CLnr de Droit Ecclesiastique
,
il n'appartient quaiEglise,&
d'en établir la forme
,
& d'en
interpreter les obligations.
-
Il seroit même du repos puolic
que les Jesuites reprissent
en France leurs droits, ainsi
JJJU'IISenjoiiiflent par tout ailleurs.
Conservant alors jufigu'à
leurs derniers voeux la
joüissance de leurs bienslors-
Jou'lls seroient congediez par
a Compagnie, ils n'éprouveoient
pas les difficultez qu'ils
prouvent aujourd'huy pour
"en remettreen possession. Et
iVeft-làla vraïe source du trou-
~ole des familles. La longue
joüissance d'un bien fait qu'on
s'accoûtume à le regarder con
me propre:&accoutumé qu
on est à le regarder comm
propre, on ne peut plus seré
foudre à le rendre. Delà le
violences, les contestation
qu'ont eu à essuyer depuis l'
dit, les Jesuites que la Com
pagnie a congédiez. Ce n'es
donc pas véritablement 1
droit des Jesuites qui troubl
les familles,c'est la restrictio
de leur droit, qui fouve
a troublées par l'avidité de
coheritiers à laquellecette~res
triction a donné lieu. Juftc
raisons pour lesJesuitesde Tou
haitter & d'esperer mesme
d'estre remis par le Roy dans
tous leurs droits. Ce seroit une
grande joye pour eux de revoir
sur ce point, comme sur
tout le reste
,
l'uniformité de
laCompagnieétabliedans tout
le monde.
DE SACY,Avocat.
Touchant les droits cL1 ceux queq
*7 les JftitescongtdlLnI dt, Icuril
Compagnie , avant cjutlsy*
aytntjait les derniers vaux,,
Il faut par rapport à l'affaire
presente diviser en deux classes
les sujets qui forment le corps
de la
-
Compagnie de JEStis.,
La première elt composée de
ceuxqui après deux années des
Noviciat ontétéadmis à faire
lesvoeux simples de pauvreté
de ch;«H:aé;&. d'obeïssance. La
fcconvjQcIdflîtlt Compofeç de
ceux qUI après un certain nombre
d'années pssees dans la
Compagnie depuis les. premiersivoe
X:, ont, EFTEADMIS;À
fjire les VCCJX lotemnelsdela
Profession.. "','
: ParlespremiersvoeuxunJe
;
suites'engageàyjvré)perpctuellement
dans la Compagnie,
supposé qu'après l'avoir
éprouvé dans Xes fonctions
pendant un certain temps,elle
lIejugo,) propre à les remplir
pour toujours. Cetengagement
n'est doncque condi~ -
tionnel; la Compagnienes'cn.
gageant de son costéà garder
celuyqui le contracte, qu'autant
qu'elle le trouvera bon,
aprèsl'avoir éprouvé.Aussi ceg
voeux (impies Ce sont-ilsen
particulier, sans que la Compagnie
les reçoive : ils lient le
Jesuite à la Compagniesans
que laCompagnieiclieàluyj
Par les voeux de Professîon
l'engagement eû mutuel entre
leJefuitc & la Compagnie.
Le Jesuite s'engage alors à vivre
perpétuellement dans la
Compagnie, & laCompagnie
l'y reçoit pour toujours. Le
temps
temps dépreuve estfini: l'état
d'un Jesuitedevient fixe,com-,
me celuy de quelque autre Religieux
que ce soit qui a fait
Profl ssion.
La différence qu'il faut mettre
icy entre la Compagnie &
entre les autres Ordres Religieux
; c'est que dans tous les
Ordres Religieux
,
il n'y a
iju'un seul temps d'épreuves ,
au bout duquel on fait la Prosession
; au lieu que dans la
Compagnie il y a deux temps
d'épreuves, tres differcns l'un
de l'autre. Le premier cft le
Noviciat de deux ans ,au bout
duquel on s'engage par les
voeux sim ples. Là commence
le second temps d'épreuves,
pendant lequel la Compagnie
exerce ses sujets dans les fonctions
qui luy sont propres;&
ces secondes épreuves se terminent
par une troisiéme année
de Noviciat, pour se difsposeriauxovoeuxnde
la .Prof.:£: C'est seulement, comme
on l'adit, par ces derniers
voeux, qu'un Jefuitc cft engagé
irrévocablement & sans
retour. Mais cela n'empêche
point que parles voeux simples
qu'il fait après le premier Noviciat.,
ilne devienne véritablement
Religieux. Il est Religieux
,
mais il peut cesser de
l'estre
, parce qu'il n'est pas
Religieux Piofés. Jusqua la
Profession
,
la Compagnie a
droit de le congédier en le dispensant
de sesvoeux; & en cc
cas il devient absolument libre
,
capable de tous les emplois
civils; il peut même, s'il
n'est point dans les Ordres,
contracter un légitimé' mariage
sans autre dispense que
celle qui resulte du congéque
le General de la Compagnie
luy donne. B ij
Telest l'Inftitut de laCompagnie
,
fciemncllcmcnt approuvépar
les SouvsrainsPonti
ses, lefquclsen l'approuvant,
ont établi un droit nouveau
en ce point,quejusques-làil
n'y avoit que lesvoeu x de Pro.
session qui donnessent proprement
la guaJitç de Religieux.
Etant une fois Religieux,'c'éstoit
une necefifjt,é de l'estre
toujours; parce qu'on ne l'étoir
que par la Prose ssion, qui
ne laisse point de retour au siecle.
Mais les Souverains Pontifes,
en approuvant le Corps
des Jesuitescomme un Ordre
Religieux,ont voulu que ceux ui s'y engageoient, & qui en
devenoient membres par les
ACCUX simplesdepauvreté,de
chasteté & d'obéilfancc
,
fussent
aussi parlà devéritables
Religieux. C'est unpoint de
Droit Ecclesiastique que l'Eglise
a ratifié au Concile,de
OTreitte,^ qui aétéreçû sans
concradiction dans tous les
Etats du tnondc,
Il n'est pas difficile de penetrer
le* raisons qui ont porté le
Saint Fondateur de la Compagnie
à y établir un si longtemps
d'épreuves. Par rapport
à la nature &à la multiplicité
des fonctions qu'il embrassoit,«
illuy filloit des sujets qui eussent
& une vertu à l'épreuve,
& des talens qui ne peuvent
se développer dans letemps du
premier Noviciat. Ce qui est
essentiel à l'état des autres Religieux
,
ils le pratiquent des
leur entrée dans la Religion :
ce qu'ils y font pendant une
premiereannée, c'cft ce qu'ils
doivent la plûpart faire toute
la vie. U.1 Jesuite au contraire
hors les exercices de la vie In-'.
terieure, ne fait rien dans le:
premier Noviciat de ce qui
doit l'occuper le reste de fcs
jours. Il luy est essentiel d'être
employé au ministre des
âmes ; il faut qu'il enseigne ou
qu'il prêche; il doit estre prest
à passer dans les pays les plus
barb ires, pour y annoncer la
foy. Or comment dans les simples
exercices du premier Noviciat
,
qui est uniquement dcftiné
à la retraite & à la priere,
la Compagnie pourroit-elle
s'assûrer qu'un sujet est propre
aux - emplois du dehors qui
sont sa fin principale? Comment
pourroit-il s'en assûrer
luy même? Il est donc neces-
1'
faire de l'éprouver dans l'exercicc
de ces emplois, avant qu'il
s'engage sans retour à les remplir
toute sa vie.
Telles ont esté les vûës de
S. Ignace,pour ne borner pas
au premier Noviciat l'épreuve
de ceux qu'il devoit admettre
dans sa Compagnie par les
voeux irrévocables de la Prosession.
Mais comme il eOoira
craindre qu'en differant trop
longtemps de fixer leur état,
quelques-uns ne succombassentau
dégoût d'une épreuve
longue & penible ; il convenoit
dopposerà leur inconf- ', tance
,.
tance l'engagement des voeux
simples. Ces voeux les lient as-
(lz, pour qu'ilsne puissent plus
reculer simplement par legereté
: mais ils ne les lient pas
non plus tellement , qu'ils ne
[puiffent'Cire déliez pour des
raisons legitimes. -Aureste>S.Ignaceen pretnant
ainsises avantages pour leCorps Religieux qu'il avoic
à former, a pourvû aussi avec
toute la sagesse-possible à lavantage
de ceux qui devoient
s'y engager. Pour cela il leur
laisse dans le siecle jusqu'au
moment de leurs derniers
voeux, tous les droits que la
naissance leur donne.Il n'exige
d'eux que les voeux simples de
pauvreté, de chaLteré)d'ob¿i'f.
sance; & ce voeu simple de
pauvreté consiste uniquement
àse dépouiller de l'usage libre
de ses biens.
Il elt vray que le S Fondateur,
pour la perfection particuliere
des sujets de sa Compagnie,
voudroit qu'ils fussent
tous aff, z détachez, pour disposer
de leurs, biens dés qu'ils,
entrent dans la Compagnie,
& pournese laisser plus dercC---«
source dans le siecle. Il veut
même que des le premier Noviciat
,
ils promettent, sans
meanmoins s'y engager par
voeu,d'abandonner r leurs biens,
,yoeij,d ab,indonncr leurs quand le Supérieur le leur ordonnera
pour leur plus grande
perfection. Maisil ordonne en
iroèmc tems aux Superieurs de
me permettre pas aux particuliers
de se dépouiller de la forte
,
si l'on ne s'est auparavant
bien assuré de leur perséverance
dans leur vocation; & il
veut qu'on neprocédé jamais
en cela qu'avec une mûre deliberation.
rAj Juiqu'à cette abdication
volontaire qui dépend de la
volonté du Superieur, & qui
n'est point du tout attachée
aux premiers voeux , comme
on le voie, un Je suite qui n'a
fait que ces premiers voeux conferve ,
,
fclon les Constitutions
de la Compagnie
,
l'entiere
propriété de ses biens acquis;
il a le même droit de succeder
, que s'il étoit encore
dans le siecle; il peut disposer
selon les loix de ce qu'ila
,
de
ce qui luy échoit. Et qui les
luy donne ces droits? c'est sa
naissance. Il les avoit avant
que de faire son voeu de pzu.,
vreté: il n'y renonce pas en le
faisant : illes a donc toûjours
au même titre. Ce qu'il conserve
de droit sur ses biens
, cecyest tout-à-fait digne
d'attention) c'est à sa naissance
cule qu'il en est redevable :
d'être Religieux sansêtreobligé
de renoncer à ces droits
c'cft à son état qu'ille doit.
Et icy se découvre une erreur
confijerable de bien des
gens sur le point dont il s'agit.
Ce ne sont point, comme ils
se l'inlaginent les Constirutions
& les Bulles des Papes qui
donnent à un Jesuite jusqu'à
ses derniers voeux la propriété
& la jcü;{f..nce de ses biens, &
qui le rendent habile à succeder
: son droit sur cela n'est
que le droit naturel, à quoy
les Constitutions & les Bulles
ne font aucun obstacle, en ne
l'obligeant à y renoncer, que
quand il fait les derniers voeux.
Au reste, levoeusimple de
pauvretéjtel qu'on le represenle
ici,n'en poinr particulier aux
Jesuites.Mcssieurs dela Mission,
les Filles de l Union Chrétienneen
font un tout pareil.
Dans ces Congrégations les
sujets retiennent la propriété
de leurs biens; ils en peuvent
disposer par dons, par tesla.
mens;ils perçoivent des successions.
Tout l'engagement
qu'ils contrarient en voüant
la pauvreté,c'estde n'user de
leurs biens que fous le bon
plaisir de leurs Supérieurs; &
les Jesuitesen sinsant leurs
premiers voeux, ne font rien
de plus à cet égard.
Nousavons exposé jusquesicy
le veritable plan de l'Institut
des Jesuites par rapport
à l'affaire presente; & leurs
droits, dans l'étendue que
nous leur avonsdonnée, y font
si clairement marquez, qu'il y
auroit de la temerité à vouloir
formerla moindre copieration
sur ce point. Aussidepuis
l'Indication de leur JCotn.
pagnie, ils .oni partout joui
pleinement&constamment de
ces droits; & ils en joùissent
encore dans tout lemonde
Chrétien, hors la France, même
dans les Etats Protestans
où ils font établis, sans qu'il
leur soit causé le moindre
troubleàcesujet. - Ht
Ils en ont même joui en
France sans aucune modification
, jusqu'au temps où ils
furent obligez d'en sortir. On
le démontre par divers Atrêts,
& entre autres par ceux que le
Parlement de Paris rendit le
Oâobres585. en saveur
de Robillard, & le 13. PC"
cembre 1592. en faveur de la
Grange, tousdeux efhnt dans laCompagnie, qui certainement
étoit alors reçue & regardée
comme un 01.dce Religieux.
C'est ce qui est incontestablement
prouvé par ces Arrestsmêmes
que les Jesuites
produisent, & par l'Arrest de
Noalhes rendu dans le même ¡,.>'
temps au Parlement de Toulouse,
quiest aussi produit. Les
Auteurs contemporains&autrois
conviennent unanimement
que ces Arrests ont esté
renias uniquement sur la difsérence
desvoeux des Jesuites;
ces témoignages font rapportez.
Les Jesuitesproduisent
aussi les Lettres Patentes, où
les Bulles qui approuvent u
confirment leur Influât font
rapportées. Ils produisent entre
autres les Parentes de Charfont
levéesles modifierions
& les icitriâtons de l'Assc de
Poissy, par lequel ils n'avoicnc
été reçûs dans le Royaume que
comme Collège & Société }
celles du même Prince du mois
de FévrierIJ74. enregistrées
au Parlement de Paris, qui autorisent
l'Inflitut des Jesuites
& la fondation des Maisons
Profcfles fondées & à fonder
dans la fuite. Celles d' Henry
III. du mois de MlY 1580.
pareillement enregistrées, qui
rappellent & confirment les
précédentes.
Les deux Arrêts rendus au
Parlement de Paris en faveur
de deux Jesuites, & qu'on rapporte
comme les plus proches
du temps, où la Compagnie
fut obligée de quitter le RoïHJmeJfone
voir quelyétoitson
dernier état avant l'Edit par lequel
Henry le Grand, de gto.
rieuse mémoire
,
voulut
bien
l'y rappeller.
Les per Tonnesen place qui
étoient alorsopposéesaurétabh{
f:m,:nc des Jduires, insiftoienr
particulièrement auprès
du Roy sur lafing-Varité d'un
Corp) Religieux
,
donc les sujcts
con servoienc a près leurs
premiers voeux des droits de
propriclé & de succession inconnus
aux auu es Or dres: &
l'on exageron fort les inconvemiens
qu'il pourroit y avoir
à le (V'ufFur. Ce Prince par une
condt(ccndancc dicme de la
fagclle pour ceux qu'il trouvolt
d'un avis contraireau fien,
crut qu'il falloit un peu ceder
au temps, & apporter aux
droitsdontil étoit question,
un tempérament, quisansruiner
absolument rinftitut des
Jcsu,ltes,dcvoit contenter leurs
advcrfaircs. Ce temperameric
est renfermé dans lart. V. de
l'Edit. Envoicy les termes: Quccyaprès tous ceuxde laditesocieté,
tantceuxqui ontfait
lesvauxfimples feulement, que
lesautres. ne pourront accruttir
dans notredit Royaume aucuns
biens immeubles par achat, dona.
tion ou autrement, sans notre permijjton.
Nepourrontaujjïaux de
ladite Sociétéprendre ni recevoir
aucunefucajjion ni directe ni collaterAle,
non plus que les autres
Rrltgitux. ET NEANMOINS AUCAS
QUE PAR CY APRE'S ILS
F JSSENT LICENTIEZ ET CONGEDIEZ
PAR LADITE COMPAGNIE
, POURRONT REN-.
TRER EN LEURS DROITSi
COMME AUPARAVANT.
Il cit vray que cet Edit ne
sur corrglfire au Pai hITIent
iqu"ipié.%dcs rcmoniranccs failcs
au Roy & de sccondes Lettres
de ltflicn; & qu'au temps
de l'cnreg:ltrco1cnt) il fut arfêté
par la Cour,que le Roy
ycroîl tres-humbhmtnt supplie
pourvoirparune Déclarationàce
ue ceux qui auroientétéquelque
temps dans la Société, ntpûffint
iire reçusaux partages , pour le
trouble qu'ils apporteroient aux
familles, Mais cela montre d'un
lôré
,
combien le Roy avoit
de sortes raisons de maintenir
îledroit des Jesuites;&delautre,
que le Parlement le tenoit
lié sur ce point pat l'Edit, tuC:
qu'à ce qu'il y fût derogé par
une Declaration de Sa Majefté.
On ne sçauroit deviner sur
quel fondement quelques personnes
ont dit que les Etats de
1614avoientaussi demandé
au Roy de fixer un temps aux
Jesuites
,
après lequel sortant
de la Compagnie ils ne pour
roient plus être reçûs à partage.
On ales cahiers imprimez
de ces Etats;iln'yestparlé des
Jesuites que dans le cahier des,
Ecclesiastiques à l'articlesixiéme
i
me qui fut accordé par le Roy.
..e voicy : QjSattendu le fruit
we font journellement les Peres
efuitrs, tant a l'avancement de
« Religion,cjuel'inlfruétion de
1 jeunesse, il plaise à VoftreAfa-
^fiéque leur College de Glermont
sur foit redonné avec leurs anlevmes
fondations, £r les voulutconserver
& prendre en i/oie
protection
, & qu'il en foit
vttid'autres dans chacune des bon.i
zs Villes de ce Royaume
)
aufmlles
ilsferont demandek par le
Ilnfentement desdites Villes
1 &
:
fotimettant par eux aux Loix
m Statuts de l'TJniverfité.
Pour revenir à nôtre sujet,
tel devint l'état des Jsuites en
France par l'Edit de leur récablissement,
qui changea Tan-"
cienne Jurisprudence. Ils ne
pûrent plus succeder à aucun
bien
, comme ils faisoient &
font encore par tout ailleurs
avant leurs derniers voeux, &
comme ilsavoient toûjours
fait en France jusqu'à l'Edit :::
mais il leur conferva cet Edit
le pouvoir de rentrer dans;
tous leurs droits, au cas qu'ils
fossent congediez par la Compagnie.
Or ce que l'Edit a laisse
;
aux Jesuites subsiste-t-il cnco.',
~Te? Et s'il eil: vray qu'il subsiste,
doit il subsister plus longtemps?
C'est ce qu'il en question
d'examiner aujourdhuy.
L'Edit, en ce qu'il declare
les Jesuites capables de rentrer
dans leurs droits, au cas qu'ils
soient congediezpar la Compagnie
,
subsiste-t-il encore?
Ec comment en pourroit on
douter? Y a t-il quelque autre
Edit qui y deroge ? Où est la.
Loy qui paroisse y être contraire.
:
Mais n'est ce pas une Loy
generale
, que tout Religieux
~estmort civilement,&ne peut
plus prétendreà rien dans le
siecle îOiiy, c'est une Loy generale
que tout Religieux Profés
ert mort civilement,&n'a
plus rien à prétendre dans le
siecle: aussi les J;:fuices Profés
n'y prétendent ils plus rien.
Ql'on parcoure routes lesLoix
du Royaume ; ce n'est que le
Religieux Profés nommément
,
qu'on y verra exclus
pour toujours des successions,
& jamais le Religieux simplement
comme Religieux, ja.:
mais le Religieux en general.
CCLOIXne contredisentpoint
l'Edu3 comme l'Edit ne déroge
en aucune façon à ces Loix.
Les Loix regardent les seuls
ReligieuxProsés, à qui le retour
au siecle estinterdit pour
toûjours;&l'Edit regarde uni-
~quement ceux d'entre les Jesuites,
qui n'étantencore Religieux
que par les voeux (imples,
peuvent en être dispensez,
& rentrer dans lesiecle
avec le congé de la Compagnie.
Or
,
dés-làqu'ils peuvent
rentrer dans le siecle., &
V reprendre leur premier état,
~ycontractermêmeun legitime
mariage, ce qui ne leur fut
jamais contesté;quelle justice
yauroit ilde leur y contester
les biens que la naissance leur
donne, au quels ilsn'ont pas
renoncé, donc ils ont besoin
pour eux & pour lesenfansqui
leur peuventnaître?
1
Un homme donne la plus
-
grande partie de son bien à un
ami,qui moyennant cela fait
un mariage considerable.Tandis
que lafamille du donataire
grossit, le donateur s'avise de
se marier luy-même;&au moment
qu'illuy naît un enfant,
sa donation devient nulle selon
les Loix ,& il reprend tout :
ce qu'il a donné. Comment
donc les Loix ôteroient-elles à
un Jesuite legitimement con-
~gédié de la Compagnie, & qui
a la liberté de le marier, le
droic de reprendre dans sa famille
des biens ausquels il n'a
pointrenoncé?
t" Sont-ils donc si coupables
ces hommes qui retournent
au siecle;parce qu'ils ne fc trouventpoint
avoir affcz de santé,
)OU certains talens nec ffaires,
pour fournir la difficile & pemible
carriere d'unJesuite?
Sont-ils si coupables
,
qu'on
noive pour cela les dépoüiller
~k~és droits que la nature leur
cs
donne,&qu'ilss'etoient sage.
ment reservez pour le temps
qu'ils éprouveroient leurs forces,
avant que d'être engagez
sans retour? Cette pieuse épreuve
qu'ils ont voulu faire
d'cux-Inêmes)cfi elle une raison
de les desheriter,& de les
mettre à cet égard au rang des
bâtards, ou des scelerats condamnez
pour toûjours aux galeres
? Les traiterat on plus
mal que des enfans vagabonds,
qui rentrent dans leurs
biens aussitôtqu'ils se fontreconnoitre?
Ce furent ces principes de
1equiré
l'équité naturelle, qui porterent
Henry le Grand à user de
toute son autorité pour aflii*
ret aux Jesuites par son Edit le
droit qu'on le sollicitoit de
leur ôccr. Nulle Loy n'y est
contraire à cet Edit:aucun auire
Edit n'y a derogé: il subsiste
onc encore aujourd'huy dans
route sa vigueur; & le droit
qu'il conferve à ceux que la
Compagnie congedie, cil toûjours
en son entier.
I- Si quelque chose pouvoit
oatoître y avoir donné atteinyc,
ce seroit une suite d'Arr êts
lui auroient été rendus contre
la dispositiondel'Edit,sur
tout dans le premier Parlement
du Royaume. Or ilest conftanr
que depuis l'Edit jusqu'à
1'.,ffjlredusieur lePicard d'Aubercourt,
on ne sçauroit citer
un seul Arrêt de cette nature.
On luy a objecté qu'un
Avocat écrivant en 1685.
dans uneaffaire des JrUlces
convenait d'une Jaritprudence
d'Arrêts opposéeàl'Edit :
mais c'est une méprise de cet
Avocat qui en cela a parlé dei
son chef Les Jesuites n'ont
jamais pûl'avoüer sur unetel-<
le fausseté
,
& ils le désavoüent
; i- 4111
jourd huy
,
aussi bien que
r ce qu'il a dit , qu'iln'y a
oint de differencepoul'enagcmcnc&:
le retranchement
u siecle entre leurs premiers
leurs seconds voeux. Desereurs
de fairne sçauroientnuià
la verité clairement prouée
par des Adtes. n
On a montrécydessus la
ifference essentielle des preoiers
& seconds voeux desJeuites
: & à l'égard de la pré-
:nduë Jurisprudence dont il glt) de trois Arrêts
,
les
,ulsquisoient intervenus sur
matiere jusqu'àl'affaire du
sieur le Picart d' Aubercourt,,
l'un est un Arrêt consenti crutre
les Parties, qui parconsequent
ne decide rien: c'est;
l' Arrêt de Martin du 23. ,No,
vembre1631. Les deuxau.
tres ont esté rendus dans i'afy
faire de Charles Begat. Le premier
qui est du 14. Mars;
1629. luy adjuge la succession,
de ClaudeBegat; & le second
quiest du 30. janvier1631.
enterine la Requête civile contre
le premier;, sur ce que
CharlesBegat se trouvoit avoir
fait les derniers voeux dans lac
Compagnie, & que d'ailleurs
ne produisoitau lieu deconé
qu'un certificat de l'avoir
btenu, & même uncertificat
rgué de faux. Il est manifeste
ue lepremier de ces Arrêts en
iveur deBegat,soy disant conedié
par la Compagnie,conrme
la disposition de l'Edit
faveur des Jesuites
: & que
:
second n'y eH point aire con-
; puisqu'il n'estfondé
Sue sur ce que Begat avoit fait
s derniers voeux, & ne proisoit
point même de congé
n forme, ce qui le mettoic
ors ducas de l'Edit.
Quelqu'un demandera peutêtre
icy commentBegat étoit
sorti des,Jesuites
,
puisqu'il
avoirfait lesderniers voeux,
C'estque parmy les Jesuites
les derniers voeux ne sont pas
Toujours les voeux de Profession
: mais ceux que la Compagnie
ne juge point a propos
d'admettre au degré de
Profés
,
font reçus par elle au
degré de Coadjuteurs spirituels,
Ces Coadjuteurs spirituels
ne font à la véritéque:
des voeux simples
: mais ils les
fDnr"en public entre les mains
du Superieur., & par ces voeux:
publics & reçus du Supérieur,,
ils deviennent, selon lesConstitutions,
incapables dequelque
succession que ce soit, &
font à cet égard au rang des
Profés. C'est là le cas où étoit
Begat, & ce qui le fit exclure
d'une succession qui lui avoit
d'abord étéadjugée conformémental'Edit
, en supposant
qu'il n'avoit encore fait
que ses premiers voeux.
Comme les Coadjuteurs [pi.
rituels ne font que des voeux
simples
,
ils peuvent toûjours
être congediez par la Compagnie
: mais comme en les faisantils
renoncent à rous leurs
droits, la Compagnie ne les
congedie jamais que pour des
raisons bien griéves. Et c'estlà
ce qui peut avoir donné lieu
à Begat de ne produire pas
son veritablecongé, où ces
raisons étoient peut être exprimées.
Quoyqu'il en foit
l'Edit , en faveur des Je suites
congédiez ne reçût aucune atteinte
dans sapersonne:voïons
si depuis il en a reçu quelqu'-
une.
Il subsistoit encore cerrainement
,
lorsque le sieur le Picart
d'Aubercourt en demanda
au Parlement l'cxccution en
sa faveur. En effet, la Cour en
1701. ayant jugé deffnitivement,
qu'ilne pouvoitêtre
debouté de sa demande sur le
fait particulier de l'affaire ,011
d'abord quelques-uns des Juges
avoient crû voir une fin
de non recevoir; Elle ordonna
par son Arrêt du 10. Mais
,
que S. M. feroit tres- humblement
fupphée d'expliquer ses
intentions sur l'Edit par rapport
aux droits des Je fuites
congediez par la Compagnie.
Le Parlement reconnoissoit
donc alors que l'Edit en faveur
des Jesuites congédiez étoit
encore dans toute sa force; &
il le reconnoissoit dans une affaire,
où tout ce qu'il s'est jamais
rendu d'Arrêts dans le
Royaume avoir esté produit ,
comme ils le sont encore aujourd'huy
par1esJefuites.Mais
il reconnoissoit aussienmême
temps, ce quiestcertain, qu'il
ne pouvoit légitimement prononcer
au préjudice de cet Edit
, à moins que le Roy ne se
fût expliqué d'une maniere à
l'y autoriser.
Il est pourtant vray que
s.
M n'ayant pas jugé à propos
de donneralors une
décision
générale,& ayant ordonné de
procéder au jugement définitifde
l'affaire particulière dans
l'état où elleétoit
,
lesieur
d'Aubercourt fut debouté de
les demandes par l'Arrest qui
s'ensuivit. Mais comme il ne
pouvoir plus Tertre par la fin
de non recevoir
,
sur quoy il
avoir g.1gné sa cause;c'est une
necessitéd'avoüer que le Parlement
se détermina enfin à juger
au préjudice de l'Edit, en
attendant qu'il plût au Roy
de s 'expliquer sur ce su jet.
Quelques personnes ont
prétendu que la Cour s'étoit
cruë suffisammentaucorisée à
juger au préjudice de l'Edit,
sur ce que l'ordre du Roy portoit
de rendre aux Parties la justice
cjuElle estimeroit leur estre
dûe. M us le Roy avoit il jamais
pu penser qu'Elle: pût
prouver de la justiceàjuger
formellementcontre un Edit.
auquel il declaroit actuellement
ne vouloir pas déroger.
C'est ce que l'Ordonnance
de S. M. condamne expressement.
Enjoignons aux Cours
l'observation des Edits tant au
jugement des procez qu'autrem,
nIJsansy contrevenir,ni que
fous prétexted'équité, bien public
, accélération de la 7ufilce
J ou
de ce que les Cours auraient à nous
reprtfenter, Elles, ni les autres
Juges, s'en pwjf-nt di.ff:>nfèr) ou
en moderer les diftofuions en quel
casy ou pour quelque cause que
ce soit. arc. 6. tit. I. de l'Observation.
1
L'Arrest du sieur d'Aubercourt
rendu au préjudice &
contre la disposition ex presse
de l'Edit ,;1 frayé le chemin à
un autre Arrestporté depuis
contre le sieur Boudart de
Cousturelle, Gentilhomme
d'Artois. Le sieur Boudart sur
les Traitez de Capitulation
,
les Déclarations & Lettres Patentes
de Sa Majclié en faveur
des Jesuites de Flandre
,
avoic
été maintenu dans tous ses
droits par Sentencecontradictoire
du Conseil d'Artois,
renduë le 21. ÑIJY 1711. La
seconde Chambre des Enquestes
par son Arrest du15.juillet
1712. annulla laSentence;
& le sieur Boudart fut débouté
malgre les Déclarations du
Roy pour la Flandre,ainsi que
le sieur dAubercourt l'avoic
étémalgré l'Editd'Henry IV.
pour la France.
- Les Jesuites n'ont pointété
jppciKzàcesjugemens: mais
ss voyant sur le point de si
multiplier, ils n'ont pas crû
ilevoir garder un plus long sibnce.
On en auroit peut-estre
Iré avantage contre eux; &on i feroit persuadé qu'ils ne
prennent point de part à fin
Tadtion de l'Edit, s'ils avoient
11tendu- plus,longtems à s'en
Plaindre.
LAfrest du sieur Boudarc
fiant dans une espece étrangèreàjPEdi-
t, il ne se trouve
incoreapréstoutd"Arteft conxe
la disposition de cet Edit)
que 1Arrête du sieur d'Aubercourt.
Or un Arrest contre lequella
partie- est en état & en
voye de se pourvoir en cassation
,
& contre lequel l'Edit
même & les Ordonnances de
S. M. sont un moyen certain
&infaillible decassation, peutil
estre serieusement opposé.
aux Jesuits&appellé la Jurisprudence
des Arrests? Des Arrests
contre un Edit peuventils
faire Loy au préjudice de
l'Edit ? C'est au Prince seul à
changer, à revoquer les Edits.
Ils subsistent donc, tandis que
le Prince n'y a point derogé:
&,
y tandis qu ils subsistent, bien
oin que les Magistrats puisent
les abroger par des jugenens
contraires, ce sontleurs
ogemens mêmes qui sont
lors reformez selon les Edits.
Il ne leur est pas même pernis
dans les doutes &lcdlfii.
ultez sur le sens des Edits, de
i:s interpréterpar leurs jugenens,
avant que d'estre ins
puits des intentions de Sa Ma C'est ce que portent les
Ordonnances : Si dans lespro-
':{ qui seront pendans en nos
ours
,
ilsurvient quelques dou-
~s ou difficultezsuraucuns articles
de nos Editi, Déclarations (Y
Lettres Patentes : Mous leurdéfendons
de les interpréter ; mais
voulons opuElles tryent à Je retirerpardevm
Nous,pour apprendre
ce qui Jera de nostre intention.
¡.
Mais en attendantque le
Roy foit consulté ,ou bienSa
Majelté différantàdeclaer ses;
intentions, si lesCourscroient
devoir prononcer au préjudice)
des Ordonnances, & qu'il foie!
intervenu consequemment un
grand nombre
d'Arrestscon-l
foriiics;cccre multitude d' Arrefis
ne fera-t elle pas une Ja-j
1
risprudence? Non:car surune
question decidée par quantité
d' Arrests qui avoient formé
uneJurisprudence presque uniforme
dans toutes les Cours
contraire aux articles 57. &
58. de l'Ordonnance de Moulins,
ileft dit dans la Dcclaration
du Roy, enregistréeau,
Parlement de Paris par Arrest
uneJurisprudence estant contraire
à une Ordonnance
, ne
peut eltre solidement établie
K]ne par une Déclaration quiy
deroge. Pour cet effet, le Roi
ed ecl are qu'ilveut bienamoriser
ces Arrests; & pour le faire,
il dérogéexpressementauxarticles
57. & jg de l'Ordonnance
de Moulins.
1
:
Delàil resulte évidemment,
que quelque nombre qu'on
pût produire d'Arrests contrai.,
res à l'Edit de 1603.en faveur:
des Je uites congédiez, ces Arrests
feroient nuls aux termes
des Ordonnances,&ne pourroient
avoir de force, qu'au-j
tant qu'il plairoit au Roy de
les autori fer
, en dérogeant àj
l'Edit dont les Cours nausoient
pas suivy la dicpofition.
Déclarons tous Arrests cr
Jrte-',
Lynl&ca&p, DVLJ^rctdZc)c-Tt^mctftcdrt
1
- 1
,
il 3 Y- i JPclsjeez^ucxttLoc,ioiws pcwscz^ coup ciici
<9omjcn^à^iusS't-uastc- taurOl
-
1 '1 ,. If joitur ele.cilarniespow* nioy>*_A£eribertfn-*clcgsjc dGl '¿.ILrurc. -
JLJvu 1 : I.. t~.y. 1*1I|»1-? l7C/"Coy-, cotltvunt J«d att-r- ¿L
.: ttcrfjrci^xnyver jue &--Il-,f
convient Seul emoz
Civ
_r
huuOtt Jm.è[;¡:é?aJ me. hvrc,Peufis
mens quiferont donnfZ contre la
disposition de nos Ordonnances,
Edits çy Déclarationsynnls fY
denuleffetcmvaleur. Art. 8.de
l'Ordonn. titre 1.
A la vérité l'usage est quelquefois
l'interprète des LOIX:
mais c'est des Loix que l'usage
même a établies,& non de celles
qui font portées dans les
Edits du Prince. Il n'appartient
qu'au Prince luy même, ainsi
qu'onla déjà dit,à les interpréter
ces Loix
, ou à y deroger
,
s'ille trouve bon: jusques-
là l'usage qui y seroit
É
gardé que comme un abus à
reformerselon la teneur des
Edirs qui lesrenfrrment.
Mais s'il est vray en toute
matiere quenul nombre d'Ar.,
restsne peut abroger un Edir„
il l'est sur tout dans la matière
pre fente, où il s'agit de TétaC
des hommesqui ne Içiuroitfis:
pre scrire. Etant attaché à leur
naissance, il est du droit public
& pu consequent il ne peut
estre changé que par la Loy::
Qvoe funt publicijuris, sola leges.
dari, sola lege adimi possunt.
Cest sur ces principes que:
feu M. Erard, Avocatcélébré,,
consulté sur l'affaire du sieur
bd'Aubercourt
,
s'explique en
xes termes dans sa Consulta-
Kion du 1j Novembre 1699.
UEditde1603. quiconferve
.Yxprfjfément le droit defuccedcr
y,,r tous les effets civils a ceux
uiferont congediez par la Compagnie
des ¡t'fuites
, & qui portent
qu'ils rentreront dans leurs
k/roits
,
na eslé changé par aucun
vautre E-dit ni Loy du Royaume.
)sAlnfxcess une LOy (ubfiftantc que
tious lesfijetsfont obligezdfui.
\jvre. VArrête que la Cour mit
ur[es Registres enfuite de la verification
de cet Edit,ne peut pas
3
ne
en empêcher l'execution : ce riétoit
qu'un voeu qu"elle faisoit
y qu'ilplutau Roy fixer un terme
vour la sortie de cette Societé.
Mais elle ne le fixe point, (7
elle reconnoit même par-là, qu'il
n'appartient qu'au Roy de lefixer.
Elle luy en a fait lafûpplication
: il n'y a pointeu d'égard, eil a latjjel'Edit dans son entier
: son refus efi encore une confirmationsurabondante
de la dif
position de l'Edit. Or cela étant,
les Juges peuvent-ils juger contre
cette dispositionsPeuvent-ils donner
atteinte à l'état d'un homme
qui s'ejt engagé dans la Société
des
des Jesuites
, (y qui en (si sorti
lafoy de cet Edit?
Que peut-on donc oppo.
ser à un particulier, qui avec
uncongé légitime de la Compagnie
se pre fenre pour ptentHrc
sa part dans l'heritagc de
Tes percs ?Je redemande, die-
1,1 ce que la naissance m'a don-,
né ,& à quoy je n'ay jamais
renoncé: sur quel fondement
me refu reroit-on ce quiest veritablement
à moy ? Ou est la,
loyquime dépouille de mon
troit naturel? J'en voy une
qui m'ymaintient,c'estEdit
D'Henry le Grand: qu'on me
montre celleen vertu de laquelleon
voudroit ncdfcsheriter
,
& changer mon état. La
Loyest précise en ma faveur
:
en vain doncm'opposeroi ")0
une prétendue Jusprudence
des Ârrets:j'appelleray deces
Arrests à la Loy
,
à tEdtr du
Prince ; c'est la regle des juftesi
Arrets. La Loy me laisse la 11-:
bertéde m'établir dans le monde,
d'entrer dans des Charges:t
comment donc pourroit-oni
prérendrequ'elle me dépouille:
du bien que le me fuis reservé,
& qui m'estnecessairepourcet
effVi ? La Loy ne sçauroitainsi
se contredire.
MJlS si ce Jesuite-étoit le
seul héritier d une famille riche
& honorable, comme il
est arrivé, & commeilpeut
arriver quelquefois; ne seroit-*
il pas odieux d'en transporter*
les biens à descollatéraux,plûtôt
que d'en laisser jouirl'hériticr
legitime,qui n'a rien fait
qUlldépoüdle »& qui esten
état de perpétuer le nom de
ses peres? Et qui doute que ce
ne fut-là violer les Loix si uni.
versellement,& si Ggemenc
établiesdanstout leRoyaume,
qui rappellent aux successions
la ligne dircte àl'infini, pour
porter) s'il se peut, à l'infini
le nom desfamilles?
On se flattedavoir suffisamment
éclairci la premicre
question
,
sçavoir sij l'Edit
d'Henry le Grand en faveur
des Jesuites congédiez subsiste
encore. Oui, cet Edit subsiste:f
& les Jesuites congédiez par la
Compagnie peuvent encore
aujourd'huy,ainsi qu'ils l'ont
toujours pû
,
reprendre dans
le siecle tous leurs droits. Mais
cet Edit doit-il subsister plus
longtems ? Henry le Grand a
déjà limité les droits des Jesuites
, en leur ôtant aptés leurs'
premiers voeuxle droit de joüir
& de disposer de leurs biens,
& ne leur biffant jusqu'aux
derniers: voeax que le seul droit
d'y rentrer, au cas qu'ils fuCsent
congédiez par la Compagnie.
Ne convient-il pas de
le modifier encore ce droit
,
:OU, de l'abroger même tout- àfait
, en reduisant les Jesuites
aurang de tous les aurres Religieux
î C'estla secondé quef-
:éofëiqji'il nous resteà examine*.
.;, Me ferat-il p, ermis de de.
mander icy si les Jesuites depuis
qu'ils ont été rappeliezen
France par l'EditHenry. le
Grand
, ont mérité par quelque
faute*qu'on ule envers
eux d'une nouvelle rigueur ?
Les temps doivent ils être aujourdhuy
plus fâcheux pour
eux, qu'ilsne l'éroienralors?
Les services qu'ils onttaché
de rendre à l'Etat depuis leur
rappel*, ne semblent ils pas au
contraire demander qu'onleur
rende
-
ce qui leur fut ôré dans
ces tem ps de disgrace';rp!&ôc
que de leur ôter ce gu't!..nry
le Grand
,
malgré tout ce qu'il
trouva d'obstacles
,
crur'devoir
alors leurconserver fii
C'dl
,
diton, l'interêt public
qui demande qu'on reduifc
les Je suites sur le pied des
autres Religieux. Mais l'interêtpublicn'est
il pas lemême
à cet égard dans tous les Etats
du monde Chrétien, où les jfuites non seulement reprennent
leurs droitsquand ils
sortent de la Compagnie avant
leurs derniers voeux ,
mais où
ils joii'fTcnr & peuvent disposer
de leurs biens dans laCompagniemême
,
pendanttout
le temps qu'elle les éprouve?
On ne les inquiète là dessus en
nul endroit du monde.
En second lieu, ce qu'on
semble trouver aujourd'huy si
contraire au bien public, fut
tant de fois & en tant de maniérés
representé comme telà
Henry le Grand, avant que
soônEdit fût enregistré. Ce
grandPrincedontla fagelfc
sur encore au dessus de sa valeur
,
après avoir tout entendu
, tout pesé
, en jugea autrement.
Il crut faire assez pour
lesfamilles,quedoter aux Jesuites
, tandis qu'ils le seroient,
la joüssance & la disposition
de leurs biens. Dépoüiller absolument
de leurs biens des sujets
qui n'y renonçoient point
par leurétat,&neleurlaisser
de partage dans le siecle où ils
pouvoienc retourner, que la
mendicité;c'est ce que ce Prince
plein d'équité eût horreur
de faire. La Compagnie se reservant
le droit de congedier
ses sujets jusqu'à la Profession,
il trouvoit de l'inhumanité à
les dépouiller de leurs droits
avant que ce temps foit expiré
; & il ne voulut jamais entendre
à y apporter aucune limitation.
Ce refus d'Henry
IV. ne doit-il pas aujourd'huy
tenir lieu de Loy ?
L'Edit de ce Prince en faveur
des Jouîtes congédiez
est , comme la Loy que les Romains
appelloient Juspostliminit,
laquelle permertoit aux
captifs dont le droit étoit demeuré
en suspens pendant leur
captivité, derentrer à leur retour
dans tous leurs biens.Ce
droit ne se preserivoit pas, parce
qu'il n'érait pas au pouvoir
ducapusderecouvrerla liber-,
té; comme il n'est pas au pouvoir
d'un Jesuite qui a fait les
premiers voeux ,
de se délier
luy même
,
il faut qu'on le congédié.:,
itr,i Tandis que les Jesuites n'onc
pas encore fait leurs derniers
'ioe)x)oncftJdit-onincertain
Hans les familles, s'ils ne reviendront
point y reprendre
eurs drOir?'9*cê quiempêche
les éta blArÍnens confinerao!
ès5,quand il s yrevien- iiell ;dvy jettent le trouble
irnHe nouveaux partages qu'il
Ssutefaire C'està ces deux chefs re duisent les raisons
Bune-.êrpublic,pour oblig r
_>csJ'fiîices à renoncer à tous
eurs droits des le temps de
Uf5 premiers VOBJX : examirdôns
en la solidité.
A l'égard de l'incertitude
doncil s'agit, le monde est
plein de ces fortes d'incertitudes,
sans qu'on se foit encore
avisé de penser qu'il fût de
bien public d'y remedier pa
de nouvelles Loix. Un per
veuf marie un fils unique: q!
fils cfl; dans l'incertitude si fo".
pere ne se remariera point, &
n'aura point d'autres enfant
qui partagent la succession.
fautil que les Loix épargnée,
au fils cetteincertitude ,en or
bligeant le pere, ou de luy ce
der tout son bien
, ou dere
noncer à un second mariage
e fils en ce cas trouveroit un
tablissement plus confidera- le mais le pere est-il obligé
se le luy procurer àce prix?
1t peut il venir dans l'esprit
qu'il soit de l'intérêtpublicde
w obliger par quelque Loy
cr)uvcllc? Cette sorte de Loy
roit au reste d'autant plus
cessairedanslesystême que
ous combattons, que pour
Jesuite qui par le délay de
Profession tient ses freres &
eurs dans cette sorte d'incerjiude
,
il y a dans le Royause
cent peres ou mères veufs,
iui par le droit qu'on leur laisle
de leremarier,tiennentleurs
enfrns dans l'incertitudex&c{
les empêchentpar-là de scladi
biu à leur gré,souventmême;
comme il conviendroit au
foû*
tienJe la fami«Ic.sj.IrVj
Mais faisons sur cela
un
fuppofinon dans nôtre fUlct
nême, & faisons la la plus
favorable qui- sepeutà la prétention
de nos adver faires.
Un jeune homme sefait Je-j
fuite,& laisse dans le siècle une
soeur unique
,
qui ne sçauroit
s'établir comme il convient Jtj
sans la portion de son frere;
qu'il conservejusquà la PIO;,
Hfcflîon. Volia sans douter ce qu on peut proposer de plus
specieux contre le droit que la
Loy rcfcrve aux Jesuites,tandis
qu'ils n'ont fait que les pie..
mniersvceux. x •;;;
Mais le demande en premierlieu
sicette fille aimeroit
mieux que son frere, sefist Ececlesiastique,
ou de 1 Oratoire,
ou qu'ilentrai chez Messieurs
WC la Mission , que de le voir.
t'eruitTroùveroi[ ellemieux
Mon compte ,
ftroitcllt, mieux
ou plûtôt mariée
,
s'illuy falloitattendre
lamort naturelle
de son frere dans ces états,où
l'on conservependant toute
la vie la jouissance & la propriété
de ses biens, que quand
illuy en faudroit attendre la
mort civile par les derniers
voeux que font les Jesuites au
bout de quelques années d'épreuve
? Pour établir toutes les
fillesqui auroient un frere Ecclesiastique,
ou de l'Oratoire,
ou de la Missîon
,
faut-il faire
une Loy qui oblige à renoncer
à ses biens, aussi-tôt qu'on embrasse
ces genres de vie ? Mais
il faudroit encore dans ces
principes que les Loix obligeassent
les Chevaliers de Malthc~
the à ne pas differer leur Profession
les trente & quarante
années, comme ils font presque
tous,& à se contenter au
moins jusques là d'une penïïon
alimentaire, pour fixer
l'incertitude des familles sur
leur sujet, & ne point mettre
d'obstacle à l'établissement de
fleurs fieres & soeurs. Il fau-
Hroitmême que ces Loix s'éendissent
jusqu'aucelibat;que
peux qui en font profession
devinssent aprés * un certain
3:emps incapables de mariage;
& que ne le reservant de leurs
oiens qu'un honnête necessaire
, ils sacrifiassent le reste au
repos & à l'établissement de
leurs familles. Revenons à nôtre
exemple.
En second lieu, ceux ouii
trouvent le bien public à ne
laisser point cettefille dans la
necessité, ou de ne s'établirpas
ou de s'établirmoins blrltan..
dis qu'elle attend les derniers:
VCÊJX de son fiere; le trouveront
ilsaussiàobligersonfrere
de luy ceder fort bien, & dei
se dépoü ller du necelTairene
pour rétablir, ou pour l'éta-j
blir mieux ? Unperen'est Probligé
de se priver du rieceffaW
re pour établir ses enfans:comrment
un frerc peut-,1 y être
aobhgé pour établir une f-oe,Ur?
Il s'agit en effet du necessaire
pour le frere : car il peut être
congedié par la Compagnie;
)& le cas arrivant, de quoy fbsistera-
t'il après qu'on laura
dépoüillé de tous ses droits? Il
faudra donc quecefrerepour
rétablir sa foeur , foie exposé
lui même àune honteuse mendicité:'
Le bel avantage pour
unefamille! La soeuremportetroit
le bien dansune famille
étrangere ; & celuy que les
Loix destinent à en per petuer
le nom ,
l'enseveliroit dans une
ignominieuse obscurité. Ce
n'est donc point le bien public
,ce n'est pas même l'avantage
des familles qu'on procurerait
; en dépouillant les Jeftkcfridudroit
naturel que la
naissance leur donne jusqu'a
leurs derniers voeux; c'est le
(impie avantage d'un enfant
qu'on procureroit au préjudice
d'un autre, & le plus souvent
mêmeaupréjudice de la
famille.
Mais un Jesuite congedié
peut il manquer de causer du
trouble dans sa famille en y
venant
reprendre ses droits? Et
ce trouble n'etf-ce pas aux
Loix à le prévenir?C'estla seconde
raison d'interest public
que l'on oppose au droit des
Jesuites, & dont il est aisé de
faire sentirlefoible.
Qael trouble pour ce donataire
dont nous avons parlé
cy-dessus,lorsqu'il r voit obligé;
de rendre ce qui luy enne..
cessaire pour soûtenir sa famille;
Mais ce trouble
,
la Loy
doit-elle le luy épargner ? Il a
dû le prévoir, & s'arranger
surce pied-là.
Que les familles fassent attention,
commeelles doivent,
que les premiersvoeux d'un Je.
fuite ne leur donnent pas le
droit de compter abfolumenc
sut sa per feverance
-, & que la
joüissance de ses biens ne leur
efl; laissée par le bienfait du
Prince
,
qua condition de les:
rendre en cas de sortie: qu'elless'arrangent
suivantla dl.f-..
position de l'Edit d'Henry IV(,
& elles ne se trouveront point
troublées, quand un Jesuite legitimement
congédié avant (es?
derniers voeux viendra y reprendre
sa place & ses droirs.,.
Des peres fages établissentleurs?
familles sur la disposition des
Loix ,&jamais les Loix n'en
troublent la Tranquillité : les
Loix ne troublent que ceux qui
refusentdes'yassujettir.
lînJefuitc congedié qui de-
1 mande à rentrer dans ses biens,
ne demande rien à quoy il ait
renoncé
,
& dont il nVittoû-
Il joursestépropriétaire à juste Ititre? Que si safamille se les est
tappropriez ces biens,c"elfune
jtipjuftice qu'elle luy a faite
; &
lesLoixn'ont jamais empêche
qu'onne pût troubler un poc.
széisosenurinjuste. La simple led'un
cohéritier renverse 1 •icritier r~nverft
après vingt & trente ans des
parcages.L'absent présumé
mort revient; y eût-il cent
partages, on les reforme, pour
luy rendre le capital & les
fruits. Si donc une famille fait
des partages, sans avoir égard
au pouvoir que les Loix Ecclesiastiques
& Civiles
,
aussibien
quelaLoy naturelle,laissent
à un jeune Jesuite derentrer
dans ses droits ;elle contrevient
auxLoix cette famille,
& par cette contravention elle
merite d'être troubléedans ses
partages faits conrre ladispohtion
expressedelaLoy.. ", Un.
Un homme prest à faire un
long & périlleux voyage, laisse
en dépôt dix mille écus à un
parent, en luy disant qu'illuy
en donne l'usage jusqu'à son
retour, & la propriété même
IJaU cas que la mort le prenne
un chemin. Le voyageur revient,
&redemande le dépôt.
trouve un jeune homme qui
s'engage dans la Compagnie
pour y estre éprouvé,& qui
en sort avant les derniers
voeux Il redemande sa portion
d'herirage
,
dontil a laide ses
coheritiers dépositaires; & on
luy répond:Onenadisposé
pour aider à établir vos freres
& vos soeurs; mal-àpropos
vous venez troublervostre famille.
Eh !c'esrmoymême,s'écriera
t'il,quemafamilletroubIc,
en me re fusant ce qui est
à moy selon toures les Loix,
en voulant inhumainement
me desheriter contre tout
droit. Celuy qui ne demande
que ce qui l-uy appartient selon
les Loix,nefaitpas letrouble;
ou s'ille fait ,ceux qui le
souffrent pour avoir disposé
de ce qui ne leur appartenoit
pas, ou pour vouloir le retenirinjustement
,
doivent se
l'imputer à eux seuls.
Lors donc qu'un Jesuite
congedié parlaCompagnie va
reprendre dans le siecle des
droits au squels il n'a pas renoncé
;si la famille comptant,
comme elle a dû faire
,
qu'il
pourroir ne point per severer,
s'est arrangée sur ce pied,là,il
ne la trouble en aucune façon.
Si elle a compté absolument
sur sa perseverance, ou si elle
s'est persuadée que ne perseverant
pas, il ne pourroit rentrer
dans ses droits; ce sont
des mécompres donc elle doit
feule porter la peine par le
trouble & l'embarras ou elle
se trouve: pourquoy ignorct'ellelaLoy!
Mais convient-il de se gros
nr ainsi les objets ? Un Jesuite
congédié qui revient dans sa
famille, n'est après tout qu'un
enfant de plus qui doit en partager
le bien;unenfant
,
quia
ses-droits acquis commelesautres;
un enfant,qui sans avoir
cjlé à charge à sa famille, luy
revient souvent en état de luy
faire honneur,& d'en e stre le
soûtien par ses ralens & l'éducation
qu'il a euë. Ell-celàen
verité dequoy jetter letrouble
dans lesfamilles?Voyons nous
que lanaissance tardivedesensans
qui suivent de loin les premicr
trouble des peres &. des
meres qui ne s'attendoient plus
a en avoir? Les premiers nez
peuvent ressentir de là peine,
envoyant croître le nombre
de leurs coheritiers:mais serace
jamais la une raison d'exclurede
la succession paternelle
ceux qui viendroienr un peu
tard à la partager ,
& de fixer
par les Loix le nombre desensans
habiles à succeder?
Que deviennent donc les
raisons de bien public
, pour
retrancher aux Jc suites les
droits que la natureleur donne,
& que les Loix leuront as
sûrezjusqu'icy ? Il n'est pascontre
le bien public que les
sujets des Congregations de
l'Oratoire
,
de la Mission,da.
l'Union Chrétienne :) conservent
tous jusqu'à la mort la
)joiiflince & la proprieté de
¡leul'5 biens;qu'ilspuissent toûjoursen
disposer, & mêmeen
faveur des Congregations où
ils vivenr. Comment donc
pourroit il estre contre le bien
public de laisser aux Jesuites de
[France juTcjua leurs derniers
"Voeux le seul droit qu'ils se
sont reservez de rentrer dans
leurs biens,au casqu'ils soient
obligez de rentrer dans le fiecIe?
Dans toutes ces Congregations
les sujets peuvent enlever
à leurs familles tout ce
qui est à eux, sans qu'on ait
crû jusques icy devoir y apporterd'obstacle.
Un Jesuite,
tandis qu'il est Jesuite, n'oste
rien à la famille ; il ne se reserve
que le pouvoir de reprendre
sesdroits,&cela pendant
letemps que la Compagniel'éprouve
pour l'admettre
aux derniers voeux: peuton
le réduire à moins? Entre
les Jesuites que la Compagnie
rient dans les épreuves, elle en
congediera peutestre quatre
ou cinq sur cent: cft ce là dequoy
s'allarmer pour le bien
public?
Mais les Jesuites qui sont
encore dans le temps d'épreuves
,qu'ont-ils fait plus que les
autres sujets des autres Congregations
,pour les vouloir
fairechanger d'étatmalgré
eux, en les dépouillant des
droits que la naissance leur
donne, queleur Institut permet
qu'ils conservent,qu'un
Edit du Prince autorité ? C'est
sur lafoy de cet Edit qu'ils se
font engagez à la Compagnie
par des voeux simples
; c'est
dans l'assûrancc que si elle ne
jugeoit pas à propos de se les
engagerpourtoûjours
,
engager pour toûjours) ils
pourroient au moins reprendre
avec la dispense de leurs
voeux Luipremieretat&leurs
droits dans le siecle. De[oO'i.[
aujourd'huy à Ï) cet Editiliefc,-
roit ce pas les autoriser à reclamer
contre un engage-
1TIent dont on changreroit une
des conditions des pVlfus essentielles,&
faire par là une playe
mortelleàla Compagnie?
Ilest vray que des familles
se trouveront quelquefois surchargées
d'un sujet que la
Compagnie aura congedié.
Mils quelest le plusjuste,ou
qu'unefamille reprenneun fujet
que la nai flTmce luy donne ;
ou que la Compagnie qui ne
a pris qu'a l'esty
,
le gade
sans pouvoir s'en aider? L'avantage
de quelques familles
ooit il l'emporter sur l'interest
pital d'un Corps de Religieux
,tous dévoüez par leurs
emplois au service du public?
Comment la Compagnie
oourroitelle les soûvenir ces - emplois, si elle n'avoir des sujets
éprouvez? Et comment
seroient ils tels, si on luy ôtoit
: moyen de leséprouver? Ne
souvant plus en renvoyer atrés
les premiers voeux ,
sans
.taindre de les voir réduits à la
~endicité,nese verroit-elle
pas comme forcée d'en garde
plusieurs qui ne luy convien
droient point,&peut-estre
même au péril d'en estre des'
honorée au dehors? D'ailleurs,
combien d'enfans de famille
& de bons su jets seroient détournez
d'encrer dans la Compagnie,
par la pensée qu'ils se
trouveroiont un joursansressource,
s'ils venoient à en sortir?
Souffrir des sujets défectueux
, manquerd'en recevoir
beaucoup de bons, ce seroit la
suite inévitable du ch angementessentiel
qu'on voudroit
faire à l'Institut de la Compa-
'Â
nie,par la suppressiondel'E-
~t dHenry le Grand. i- : Mais les Jesuites croyent
>YOII tout lieu d'esperer dela
bonté&delajustice duRoy,
»ue s'il y avoit quelque chanixment
à faire à l'Edit
, ce
~roit en leur faveur qu'il deçoit
être fait. Sa Majesté
j'ignore pas que son glorieux.
,yeul ,enrétablissant les Jesuites
en France par son Edit
croit voulu les y remettre sur
la même pied où ils y avoient é ; qu'ilnecroyoit pas qu'ils
Iwflcnt être moins bien traitez
~ns ses Etats, qu'ils l'étoient
danstous les autres Etats
<
monde,&tlvzlesPiotiftî
mêmes ; qu'il étoit rcfolu
ainsi qu'il l'avoir -fait dire ;
Pape de faire dans la fuite
petit à petit ce qu'il n'avo
pas pû fairetout à uncoup)
ce sont ses propres paroles
qu'il accorda même aprés fo
son Edir à des sujets de (
Compagnie quin'avoient p
encore fait leurs demie
voeux, dy recevoir des su
cessions pour en disposerain
qu'ils le jugeroient à propos
'&qu'ifdonna une Declar^noi
surcesujet. Seroit il rien 1
plus naturel,que le Koy vou- fûtconsommer en faveurdes
suites, un ouvrage que son
tglo.ricux Ayeul n'eût pas le
temps de conduireà sa fin,
ainsiqu'ille desiroit ? Et que
ce qu Henry le Grand croyoit
devoir àla Compagnie il y a
plus d'un fictlc, Loüis le Grand
crût pouvoir l'accorderaux
services qu'elle n'a depuis cessé
berendre à1Erat?p
L'esperancequ'auroientles
Jesuites de se voirremis dans
tous les droits que leursConstitutions
leur donnent, pourroit
paroître d'autant mieux
fondée, que le temps & l'experience
en ont levé le plus grand
obstacle, par l'établissement
de diversesCongregations,où
l'on conserve jusqu'à la mort
la joüissance & la propriété de
ses biens. Un tel usage a pû
paroître d'abqrd sujet à desinconveniens
:mais en pourroiton
trouver aujourdhuy à laisser
aux Jesuites pour le temps
que laCompagnie les éprouve,
le droit dont depuis longtems
on voit joüir sans inconvénient
les su jets de plusieurs
Congrégations pendant toute
leurvie>„
Les
Les Je1ùicesjileltvray^onc
[ Religieux dés le moment qlJils
ont fait leurs premiers
voeux:mais ils ne le sont en-
> coreque par les VCCJX simples,
) en fortequ'ils peuvent cesser
) de l'estre : la qualité de Rcligicux
ne sauroit donc préju-
) dicier en rien à leur droit. Le
voeu simple de pauvretéqu'ils
ont fait, ne les a pas dépoüillez
davantage,selon leurs Cons-
; titutions
, que le voeu simple
de pauvreté ne dépouille ceux
qui le font chez Messieurs de la
Mission,chez les Filles de l'Union
Chrétienne; & l'engagement
des voeux simples n'est
pas plus irrevocable pour un
Jesuite que pour les sujets de
ces Congrégations. En un
mot, l'Eglise qui a déclaré les
premiers voeox des Jesuites
voeux de Religion a déclaré
aussi quecesvoeux ne les dépoüillent
point de la propriété
de leurs biens. On ne peut
donc pas conclure de ce que
les Je suites font Religieux par
les voe.¿x simples
,
qu'ils sont
aussi incapables de rien posseder.
L'institution des voeux
CLnr de Droit Ecclesiastique
,
il n'appartient quaiEglise,&
d'en établir la forme
,
& d'en
interpreter les obligations.
-
Il seroit même du repos puolic
que les Jesuites reprissent
en France leurs droits, ainsi
JJJU'IISenjoiiiflent par tout ailleurs.
Conservant alors jufigu'à
leurs derniers voeux la
joüissance de leurs bienslors-
Jou'lls seroient congediez par
a Compagnie, ils n'éprouveoient
pas les difficultez qu'ils
prouvent aujourd'huy pour
"en remettreen possession. Et
iVeft-làla vraïe source du trou-
~ole des familles. La longue
joüissance d'un bien fait qu'on
s'accoûtume à le regarder con
me propre:&accoutumé qu
on est à le regarder comm
propre, on ne peut plus seré
foudre à le rendre. Delà le
violences, les contestation
qu'ont eu à essuyer depuis l'
dit, les Jesuites que la Com
pagnie a congédiez. Ce n'es
donc pas véritablement 1
droit des Jesuites qui troubl
les familles,c'est la restrictio
de leur droit, qui fouve
a troublées par l'avidité de
coheritiers à laquellecette~res
triction a donné lieu. Juftc
raisons pour lesJesuitesde Tou
haitter & d'esperer mesme
d'estre remis par le Roy dans
tous leurs droits. Ce seroit une
grande joye pour eux de revoir
sur ce point, comme sur
tout le reste
,
l'uniformité de
laCompagnieétabliedans tout
le monde.
DE SACY,Avocat.
Fermer
1086
p. 160-161
SONNET.
Début :
Poursuivez doux Oyseaux vostre tendre . ramage, [...]
Mots clefs :
Roi, Régent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
SONNET.
Pourfa;ve% doux Oyfcaux vostri
tendre ramage
Dans vospaijiblCJ lieux éloignez
du
«
fracas J
Vous riapprehendeT^point defil
neJle
9
- tracas J
TAndis que nous pouvons craindrk
m nouveau *
tapageJ
c<
Xe Roy si redoute des Rois du a Coquillage.
b/luffi cher auxFrançois quauxGrecs
J'étoit Calcas,
¥.n venant desubir de la Parque
le cas,
ourroit bien ranimer ces vendeurs
de fromage.
\CesmornesCitoyens a longchapeait
pOintu)
es turbulents Anglois dont ïefprit
tft têtu, Croiront nous avaller ttinfi qu'une
Allouette;
Wdis nofirefier Regent plus rufé
qu'un Minon,
\t'plus rude au combat qu'en amour
,
n'est Toinon,
nçaura les rencoignerjusques dans
leur couchette.
Pourfa;ve% doux Oyfcaux vostri
tendre ramage
Dans vospaijiblCJ lieux éloignez
du
«
fracas J
Vous riapprehendeT^point defil
neJle
9
- tracas J
TAndis que nous pouvons craindrk
m nouveau *
tapageJ
c<
Xe Roy si redoute des Rois du a Coquillage.
b/luffi cher auxFrançois quauxGrecs
J'étoit Calcas,
¥.n venant desubir de la Parque
le cas,
ourroit bien ranimer ces vendeurs
de fromage.
\CesmornesCitoyens a longchapeait
pOintu)
es turbulents Anglois dont ïefprit
tft têtu, Croiront nous avaller ttinfi qu'une
Allouette;
Wdis nofirefier Regent plus rufé
qu'un Minon,
\t'plus rude au combat qu'en amour
,
n'est Toinon,
nçaura les rencoignerjusques dans
leur couchette.
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1087
p. 188-190
SONNET.
Début :
D'un Prince genereux, Muses chantez la gloire, [...]
Mots clefs :
Prince, Dieux, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
SONNET.
D'un Princeoenereux,Museschantez
lagloire,
Quelobjetplus brillantpeuts'offrir
a 'vosjeux!
Il efl ainjique 'vous,ipu dufang
desDieux,
-
- Léclat de ses vertus asseureJa
memoire.
Eslimé chéri, craint suivi de la
-
viEloirey
, Sa vaillance, son nom voleront
en tous lieux,
Tout nous répondpour luy du culte
glorieux
Que des Jtecles futurs exigera
l'bijloire.
Je le vois adoré de cent peuples
divers
>
Qu'il joit donc à presentleJuje-t
de nos Vers
3 Admironsses décrets
,
refpeélons
sa puifânc.
Des loix
,
de l'équité ce grand
Prince eftl'appuy,
Etsdoitaasesvneratuissasuatannt qcue'à
Lasuprême grandeur qu'ilpof*
fede aUjourd'huy
D'un Princeoenereux,Museschantez
lagloire,
Quelobjetplus brillantpeuts'offrir
a 'vosjeux!
Il efl ainjique 'vous,ipu dufang
desDieux,
-
- Léclat de ses vertus asseureJa
memoire.
Eslimé chéri, craint suivi de la
-
viEloirey
, Sa vaillance, son nom voleront
en tous lieux,
Tout nous répondpour luy du culte
glorieux
Que des Jtecles futurs exigera
l'bijloire.
Je le vois adoré de cent peuples
divers
>
Qu'il joit donc à presentleJuje-t
de nos Vers
3 Admironsses décrets
,
refpeélons
sa puifânc.
Des loix
,
de l'équité ce grand
Prince eftl'appuy,
Etsdoitaasesvneratuissasuatannt qcue'à
Lasuprême grandeur qu'ilpof*
fede aUjourd'huy
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1088
p. 192-199
ODE SUR LA PAIX âgée de trois mois, & composée gratis pour le public
Début :
Venez immortelles Déesses, [...]
Mots clefs :
Paix, Terre, Voix, Cieux, Guerre, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA PAIX âgée de trois mois, & composée gratis pour le public
ODE SUR LA PAIX
âgée de trois mois,& composée
gratis pour le public
Vene% immortellesDécjjes>
Inspire tous vos favoris,
Etprodigues devos largesses
Repandez-les dans leurs écrits;
Preparc de richesoffrandes,
Ornez vos testes de guirlandes;
Accordez vos lires) vos luts
> Et que les voix Académiques
Forment des concerts magnifiques
Ouaucun bruit ne troublera plus. *Chante^ le plus grand Roy
du mondeè
Et
Et le plusfage des Guerriers,
Joiitfsantd'unePaixprofonde
A l'ombre de millelauriers;
Ne l'offre^ plus dans les batailles,
NIsurles débris des murailles
D'objets affreux environne;
Mais d'un regardcalmant la terre
Et desarmêdeson tonnerre,
DD''oo!lii1vJefenencecejjoouurr couronni. couronne.
Surson front auguflepréfide
La Sagesse entre les vertus ;
Sous lescoups decet autre Lllcide
Tombent les Monstres combattus;
La Discordenoirefurie,
UErreur hydre defang nourrie,
Suivent le Duel enchaÍné ;
Et dans sa pompetriomphale
O.'J voit cctts Troupc infernale
Sous le charde la Paix traîné.
Des droits du Ciel depofitaire
Louis fut ennrmy dufang,
Etpleind'un %ele hereditatre
Soutint les Autelsson rang;
Sa valeurpar les Loix conduite
,A4 ttiirer le
^'aivercduitey r,,,)- c') 'azve;,cduite,
Fut pacifique enses projets;
Et dans le tumulte des armes
Fit du repos gonfler les charmes
A sesvicrtori)eux)sujets.
C4
Quand les ChampsBelgique?
tremblercnt
Sous le'poids de nos Bafaiflons
Lessemences poumon*germerent
Et fEpi dora lesfilions;
Le focforça la terre ingrate
No:, nefs braverent le Pirate;
Le Ma,chanden mainportal'or;
Bacchus pare de sa Couronne,
Et de concert avec Pomonne,
Du champconferva le tbrefor.
Paix charmante;, si dans la
Guerre
On vivoitheureux parmi nous,
De cruels dons doit combler la terre
Ton retour au mondesidoux;
De tes dehees innocentes
Je voy lessources jaillijfantes
Répandre un deluge de biens;
Sois deBellone larivale,
Et queton nouveau Regne égale
j 00 Par d'autresprodigeslesficns.
Telle (juauxyruxdéfigurée
Par lesjrimats des long1Hyvers,
LaNature de fleursparée
Etend par toutsestapis 'Verds;
Et comme laffi du veuvage
Quitte desondiiïille nuage ,
Prend un air charmant 0* nouveauy
Et de ses parures ornée,
Du jour d'unfécond Hymenée
Paraît allumer le flambeau.
:t=r£
Ai.nr:silFaFran-c1e"
Deslongues tempêtes de Aiars
Par la Paix , enfin confoléç
S'offre riante à nos regards ;
Laijjelesvêtemens funebres
Qui l'ont couverte de tenebres,
Reprendsespremieres beautek ;
Et son Astre sortant des ombres
jîpres des jours trisses &Çombres
Répand de nouvelles dartcz.
Que mille&mille voix s'uniDènr,
Et de leurs chants frappent les
airs- ?
Que les murssacrez retentirent
Delouanges& de concerts?
F!;damm?ss,jjmboUs de la joye
,
;)'rnJ¿i.'S e 'l Où Curt lumineux se déploie,
Exhale -touS, montt aux
Cieuxj
Et que lesflèchesenflammées
En Afires dans l'airtransformées
Donnent un beau fpcÛacle aux
yeux.
el,
Puisse-tu pour Louisrenaître
Bergerfameux, qui dans tes vers
Chanta sur laflûte champêtre
La Paixrendue à l'Univers;
De la gloire brniante Reine
Vante le Héros de la Seine
Où le jour s'éteint&renaît;
Laisseles Cesars, les Pompées;
Pour Ipty tes cent voix occupées
Ne diront pas tout ce qu'il efl.
âgée de trois mois,& composée
gratis pour le public
Vene% immortellesDécjjes>
Inspire tous vos favoris,
Etprodigues devos largesses
Repandez-les dans leurs écrits;
Preparc de richesoffrandes,
Ornez vos testes de guirlandes;
Accordez vos lires) vos luts
> Et que les voix Académiques
Forment des concerts magnifiques
Ouaucun bruit ne troublera plus. *Chante^ le plus grand Roy
du mondeè
Et
Et le plusfage des Guerriers,
Joiitfsantd'unePaixprofonde
A l'ombre de millelauriers;
Ne l'offre^ plus dans les batailles,
NIsurles débris des murailles
D'objets affreux environne;
Mais d'un regardcalmant la terre
Et desarmêdeson tonnerre,
DD''oo!lii1vJefenencecejjoouurr couronni. couronne.
Surson front auguflepréfide
La Sagesse entre les vertus ;
Sous lescoups decet autre Lllcide
Tombent les Monstres combattus;
La Discordenoirefurie,
UErreur hydre defang nourrie,
Suivent le Duel enchaÍné ;
Et dans sa pompetriomphale
O.'J voit cctts Troupc infernale
Sous le charde la Paix traîné.
Des droits du Ciel depofitaire
Louis fut ennrmy dufang,
Etpleind'un %ele hereditatre
Soutint les Autelsson rang;
Sa valeurpar les Loix conduite
,A4 ttiirer le
^'aivercduitey r,,,)- c') 'azve;,cduite,
Fut pacifique enses projets;
Et dans le tumulte des armes
Fit du repos gonfler les charmes
A sesvicrtori)eux)sujets.
C4
Quand les ChampsBelgique?
tremblercnt
Sous le'poids de nos Bafaiflons
Lessemences poumon*germerent
Et fEpi dora lesfilions;
Le focforça la terre ingrate
No:, nefs braverent le Pirate;
Le Ma,chanden mainportal'or;
Bacchus pare de sa Couronne,
Et de concert avec Pomonne,
Du champconferva le tbrefor.
Paix charmante;, si dans la
Guerre
On vivoitheureux parmi nous,
De cruels dons doit combler la terre
Ton retour au mondesidoux;
De tes dehees innocentes
Je voy lessources jaillijfantes
Répandre un deluge de biens;
Sois deBellone larivale,
Et queton nouveau Regne égale
j 00 Par d'autresprodigeslesficns.
Telle (juauxyruxdéfigurée
Par lesjrimats des long1Hyvers,
LaNature de fleursparée
Etend par toutsestapis 'Verds;
Et comme laffi du veuvage
Quitte desondiiïille nuage ,
Prend un air charmant 0* nouveauy
Et de ses parures ornée,
Du jour d'unfécond Hymenée
Paraît allumer le flambeau.
:t=r£
Ai.nr:silFaFran-c1e"
Deslongues tempêtes de Aiars
Par la Paix , enfin confoléç
S'offre riante à nos regards ;
Laijjelesvêtemens funebres
Qui l'ont couverte de tenebres,
Reprendsespremieres beautek ;
Et son Astre sortant des ombres
jîpres des jours trisses &Çombres
Répand de nouvelles dartcz.
Que mille&mille voix s'uniDènr,
Et de leurs chants frappent les
airs- ?
Que les murssacrez retentirent
Delouanges& de concerts?
F!;damm?ss,jjmboUs de la joye
,
;)'rnJ¿i.'S e 'l Où Curt lumineux se déploie,
Exhale -touS, montt aux
Cieuxj
Et que lesflèchesenflammées
En Afires dans l'airtransformées
Donnent un beau fpcÛacle aux
yeux.
el,
Puisse-tu pour Louisrenaître
Bergerfameux, qui dans tes vers
Chanta sur laflûte champêtre
La Paixrendue à l'Univers;
De la gloire brniante Reine
Vante le Héros de la Seine
Où le jour s'éteint&renaît;
Laisseles Cesars, les Pompées;
Pour Ipty tes cent voix occupées
Ne diront pas tout ce qu'il efl.
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1089
p. 203-204
AUTRE.
Début :
Je ne suis fait que pour les mains, [...]
Mots clefs :
Sceptre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Je ne fuis pAtquepour les
mains,
Des premiers Maistres des humains
, Epoux d*unerichefemelle
Onme voit rarementsans Elle;
L'usage contraire à nos Loix
Nous separe en quelques endroits.
Le Droit aujourd'huy dans la
France
DElleavecmoy crnfe l'absènce.
Mais que nous sommesbientous
deux!
Surunfront jeune & gracieux
Onvoitmon Epoujepavoîtrèx
Et moyjefuisoitje dois tftre.
Je ne fuis pAtquepour les
mains,
Des premiers Maistres des humains
, Epoux d*unerichefemelle
Onme voit rarementsans Elle;
L'usage contraire à nos Loix
Nous separe en quelques endroits.
Le Droit aujourd'huy dans la
France
DElleavecmoy crnfe l'absènce.
Mais que nous sommesbientous
deux!
Surunfront jeune & gracieux
Onvoitmon Epoujepavoîtrèx
Et moyjefuisoitje dois tftre.
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1090
p. 231-236
A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS, REGENT DE FRANCE. REQUESTE DE THALIE.
Début :
Prince sans pair en esprit, en valeur, [...]
Mots clefs :
Héros, Coeur, Gloire, Prince, Régent, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS, REGENT DE FRANCE. REQUESTE DE THALIE.
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR.
LE DUC D'ORLEANS,
REGENT T)E FRANCE.
~REVESTE DE THALIE.'
Princesans pair en esspprriitt, en
, valeur,
Fameux Héros qu'un Poète
d'honneur
Peut àfon gré loueren confcienct
Ocjue tu vais hien regenter la ':JFtdftce!' ,
Ctcy riejl pas dun Prophète
incertain
UEntouJtafme,&sansejlre
Devin
Dpéja lr'onépeutdà nios rPeueples
Ce que feras pour le bien de
Depuis
l'Empire: longtemps on fait ce que
tu vaux,
Pasn'efl besoin de farder des
dijfauts
En te peignant. Çe font Vautres
methodes;
Non tes vertus ne font pas dans
les Odes
Qu'onfaitpour^toy,* tu les as
dans
dans ton coeur,
Et le Heros r/eft pas chek l'Imprimeur.
Nous t'avons mû fortmt de la
vifloire
Fuir les lauriers que t'apportoit
la gloire;
Entapresenceon riosete chanter,
Prince un Rimeur qui prétend
texalter
Doit te louerA comme il médit des
autres;
Ton coeur content de rendre heu
reux les nôtres
LI;me bienmieux nos transports
que nos vers;
Et toutefois cent Pindares divers
Iront tojj-iir un fatiguant hom- , Oeuvre ou l'ennuy triomphe à
chaquepage;
Mais il ness pas question de cecy Je viens an fait, grand Prince,
le voicy;
Dans mes Etats que ton ordre
ramené,
La librrtéqui toujours de la Scene
Fut tappanage.Augmente mon
pouvoir3
Et du Public juflifiant l'ejpoir
Comme legoufl, permets aux ris
folâtres
De égayer sur- de nouveaux
ThLâtrts;
.Desjeux forainsrétablis lereposy
Sur les platfrs leve-t-on des
impôts;
Souffriras-tu que des Traitans
Lyriques e leur moisson fevrent les
champs comiques ?
andfapperçoy cent Maltotiers
trcmblans
"âlir au bruit de tes foins uizit
[ans: l'Opéra sans rançonner U
Foire
i:Parsestalens Jefouftienne avec
gloire: r-
-
oy donc Roland fera sans
brodequin
S'il ne se cbaujje aux dépens
d'Arlequinf
Permets de plus qu'on baille aux
Comedies3
Permets aujJide rire auxTragedies
Modllement
J
quand le cas le
voudra;
Or en cecy je trouve l'Opéra
Compris de droit. Q£tenfinfous ta
Regence
On parodie avec pleinelicence
Ln*Calipfosans craindrele ho/a,
Nous n'aurons plus àfjtler que
cela.
MONSEIGNEUR.
LE DUC D'ORLEANS,
REGENT T)E FRANCE.
~REVESTE DE THALIE.'
Princesans pair en esspprriitt, en
, valeur,
Fameux Héros qu'un Poète
d'honneur
Peut àfon gré loueren confcienct
Ocjue tu vais hien regenter la ':JFtdftce!' ,
Ctcy riejl pas dun Prophète
incertain
UEntouJtafme,&sansejlre
Devin
Dpéja lr'onépeutdà nios rPeueples
Ce que feras pour le bien de
Depuis
l'Empire: longtemps on fait ce que
tu vaux,
Pasn'efl besoin de farder des
dijfauts
En te peignant. Çe font Vautres
methodes;
Non tes vertus ne font pas dans
les Odes
Qu'onfaitpour^toy,* tu les as
dans
dans ton coeur,
Et le Heros r/eft pas chek l'Imprimeur.
Nous t'avons mû fortmt de la
vifloire
Fuir les lauriers que t'apportoit
la gloire;
Entapresenceon riosete chanter,
Prince un Rimeur qui prétend
texalter
Doit te louerA comme il médit des
autres;
Ton coeur content de rendre heu
reux les nôtres
LI;me bienmieux nos transports
que nos vers;
Et toutefois cent Pindares divers
Iront tojj-iir un fatiguant hom- , Oeuvre ou l'ennuy triomphe à
chaquepage;
Mais il ness pas question de cecy Je viens an fait, grand Prince,
le voicy;
Dans mes Etats que ton ordre
ramené,
La librrtéqui toujours de la Scene
Fut tappanage.Augmente mon
pouvoir3
Et du Public juflifiant l'ejpoir
Comme legoufl, permets aux ris
folâtres
De égayer sur- de nouveaux
ThLâtrts;
.Desjeux forainsrétablis lereposy
Sur les platfrs leve-t-on des
impôts;
Souffriras-tu que des Traitans
Lyriques e leur moisson fevrent les
champs comiques ?
andfapperçoy cent Maltotiers
trcmblans
"âlir au bruit de tes foins uizit
[ans: l'Opéra sans rançonner U
Foire
i:Parsestalens Jefouftienne avec
gloire: r-
-
oy donc Roland fera sans
brodequin
S'il ne se cbaujje aux dépens
d'Arlequinf
Permets de plus qu'on baille aux
Comedies3
Permets aujJide rire auxTragedies
Modllement
J
quand le cas le
voudra;
Or en cecy je trouve l'Opéra
Compris de droit. Q£tenfinfous ta
Regence
On parodie avec pleinelicence
Ln*Calipfosans craindrele ho/a,
Nous n'aurons plus àfjtler que
cela.
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1091
p. 295-301
Copie des Provisions accordées par Sa Majesté à M. Crozat pour la Charge de Commandeur & Grand Tresorier des Ordres du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Voici une copie des Provisions de la Charge de Commandeur [...]
Mots clefs :
Commerce maritime, Roi, Duc d'Orléans, Ordre du Saint-Esprit, Charge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie des Provisions accordées par Sa Majesté à M. Crozat pour la Charge de Commandeur & Grand Tresorier des Ordres du Roy. [titre d'après la table]
Voici une copie des Provisions
de laCharge de Commandeur
& grandTresorier de
l:q.I:',rc du S.Esprit,dont leRoi
vicbiAhonorer M. Crozat.
LOUIS par la grace de Dieu ,
Roy de,France & de Navarre
Chef&Souverain,GrandMaître
de l'Ordre de S. Michel&du
S. Esprit: A tous ceux qui ces
Presentes Lettres verront,Salut.
Le Roy nostre tres-honoré Seigneur
&: Bisayeul,ayant par son
Editdumoisd'Aoust 1669. permis
aux Gentilshommes d'exercer
par eux, ou par personnes
interposées, le Commerce maritime
sans déroger à Noblesse;
nous avons v avec satisfaction
que p l usieurss'y sont adonnez
pour le bien de nostre Etat; mais
entre ceux qui s'y sont distinguez,
personne ne l'a fait avec plus de
Noblesse, de bonne foi, &: de
bonheur, &plus d'utilité pour la
Patrie, que nostre amé & féal
..:
Conseiller &Setretairç,Maison
& Couronne de France& de nos
Finances le Sieur Antoine Crorat,
qui par son zele, son application
& l'étendue de ses connoissances
dansle Commerce maritime,
a procuré à nostre Royaume
de grands avantages, & une
grande quantitédematiere d'or
& d'argent, dans des temps qu'-
elles lui estoient si neceflfaires,
G'est ce qui porta le Roynostre
Predecesseur & Bisayeul, d'accorder
audit Sieur Crozat par
lesLettres Parentes du 14. Septembre
1V11. la facultédefaire
seul le Commerce du Pays de
la Loüisiane, dontle succés
commence de répondre à nos esperances.
Mais voulanttémoigner
plus particulièrementnotre
satisfaction audit Sieur Crozat,
&; faire connoistre à nos Sujets
au commencement de nostre
Reancile desir que nous avons de
les rendre heureux, en excitant
l'émulation de ceux qui parleur,
industrie & leurstalens,sont en
état de leur procurer l'abondance
; nous avons résolu ensuivant
les intentions du Roi Loüis XIII
marquées dans son Ordonnance
de 1629. de relever &: faire honorer
ceux qui s'occupent au
Commerce maritime.C'est pourquoy
nous avons crû nepouvoir
donner une plus grande marque
d'honneur audit SieurCrozat,qui
convienne mieux aux alliances,
qu'il a faires, & lui témoigner la
satisfaction que nous avons de ses
services, & de ceux qui nous ont
esté rendus par sa famille, dans
les Charges de Conseiller au Parlement,
Maistres des Requestes,
& autres emplois, qu'en lui donnant
la Charge de Commandeur
& Grand Tresorier de nos Ordres.
A ces causes &autres bonnes
considerations, à ce nous
mouvans, nous avons audit Sieur
Crozat de l'avis de nôtre trescher
& tres-Amé Oncle le Duc
d'Orléans Regent, desPrinces de
nôtre Sang
,
des Cardinaux,Prelacs,
Commandeurs& Officiers
desdits Ordres, estant prés de nôtrePersonne,
donné &: octroyé par
ces Presentes signées de nostre
main, l'Etat & Office de Commandeur
& Grand Tresorier desdits
Ordres.
On ne peut rien dire qui fajfe
mien* CEloge de M. Crozat , ç$*
quiprouve davantage fin erilt.
quela copie deftsProvisions.
Les Provisions de la même
Charge vacante par la mort de
M. Chauvelin., avant que de
passeràMCrozat
, ont été accordées
par SaMajesté à M. Gaston
Jean-Baptiste de Terrat Marquis
de Chantofme & deTravers
Baron de Chaumont Chancelier
de feuMonsieur Frere unique du
•Roy,& de Monseigneur le Duc
d'Orleans Regent du Royaume,
Sur-Intendant de ses Finances.
M. de Terrat sans posseder
cette Charge pour laquelle il
n'avoit faire aucune démarche
joüit de tous ses honneurs , par
la grace de Sa Majesté, & par une
distinction singuliere. de Monseigneurle
Regent
,
à qui il a plû
luy donner cette preuve de son
attention &' de sa reconnoissance
pour tous les bons services qu'il
a rendus,& qu'il rend actuellement
à laMaison d'Orleans.
de laCharge de Commandeur
& grandTresorier de
l:q.I:',rc du S.Esprit,dont leRoi
vicbiAhonorer M. Crozat.
LOUIS par la grace de Dieu ,
Roy de,France & de Navarre
Chef&Souverain,GrandMaître
de l'Ordre de S. Michel&du
S. Esprit: A tous ceux qui ces
Presentes Lettres verront,Salut.
Le Roy nostre tres-honoré Seigneur
&: Bisayeul,ayant par son
Editdumoisd'Aoust 1669. permis
aux Gentilshommes d'exercer
par eux, ou par personnes
interposées, le Commerce maritime
sans déroger à Noblesse;
nous avons v avec satisfaction
que p l usieurss'y sont adonnez
pour le bien de nostre Etat; mais
entre ceux qui s'y sont distinguez,
personne ne l'a fait avec plus de
Noblesse, de bonne foi, &: de
bonheur, &plus d'utilité pour la
Patrie, que nostre amé & féal
..:
Conseiller &Setretairç,Maison
& Couronne de France& de nos
Finances le Sieur Antoine Crorat,
qui par son zele, son application
& l'étendue de ses connoissances
dansle Commerce maritime,
a procuré à nostre Royaume
de grands avantages, & une
grande quantitédematiere d'or
& d'argent, dans des temps qu'-
elles lui estoient si neceflfaires,
G'est ce qui porta le Roynostre
Predecesseur & Bisayeul, d'accorder
audit Sieur Crozat par
lesLettres Parentes du 14. Septembre
1V11. la facultédefaire
seul le Commerce du Pays de
la Loüisiane, dontle succés
commence de répondre à nos esperances.
Mais voulanttémoigner
plus particulièrementnotre
satisfaction audit Sieur Crozat,
&; faire connoistre à nos Sujets
au commencement de nostre
Reancile desir que nous avons de
les rendre heureux, en excitant
l'émulation de ceux qui parleur,
industrie & leurstalens,sont en
état de leur procurer l'abondance
; nous avons résolu ensuivant
les intentions du Roi Loüis XIII
marquées dans son Ordonnance
de 1629. de relever &: faire honorer
ceux qui s'occupent au
Commerce maritime.C'est pourquoy
nous avons crû nepouvoir
donner une plus grande marque
d'honneur audit SieurCrozat,qui
convienne mieux aux alliances,
qu'il a faires, & lui témoigner la
satisfaction que nous avons de ses
services, & de ceux qui nous ont
esté rendus par sa famille, dans
les Charges de Conseiller au Parlement,
Maistres des Requestes,
& autres emplois, qu'en lui donnant
la Charge de Commandeur
& Grand Tresorier de nos Ordres.
A ces causes &autres bonnes
considerations, à ce nous
mouvans, nous avons audit Sieur
Crozat de l'avis de nôtre trescher
& tres-Amé Oncle le Duc
d'Orléans Regent, desPrinces de
nôtre Sang
,
des Cardinaux,Prelacs,
Commandeurs& Officiers
desdits Ordres, estant prés de nôtrePersonne,
donné &: octroyé par
ces Presentes signées de nostre
main, l'Etat & Office de Commandeur
& Grand Tresorier desdits
Ordres.
On ne peut rien dire qui fajfe
mien* CEloge de M. Crozat , ç$*
quiprouve davantage fin erilt.
quela copie deftsProvisions.
Les Provisions de la même
Charge vacante par la mort de
M. Chauvelin., avant que de
passeràMCrozat
, ont été accordées
par SaMajesté à M. Gaston
Jean-Baptiste de Terrat Marquis
de Chantofme & deTravers
Baron de Chaumont Chancelier
de feuMonsieur Frere unique du
•Roy,& de Monseigneur le Duc
d'Orleans Regent du Royaume,
Sur-Intendant de ses Finances.
M. de Terrat sans posseder
cette Charge pour laquelle il
n'avoit faire aucune démarche
joüit de tous ses honneurs , par
la grace de Sa Majesté, & par une
distinction singuliere. de Monseigneurle
Regent
,
à qui il a plû
luy donner cette preuve de son
attention &' de sa reconnoissance
pour tous les bons services qu'il
a rendus,& qu'il rend actuellement
à laMaison d'Orleans.
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1092
p. 7-11
VERS DE M. DUFRESNY presentez à Son Altesse Royale Monseigneur le Duc d'Orleans, Regent de France.
Début :
M. Dufresny mon devancier a bien sceu luy dire là dessus en vers, / Le bonheur de la France est ton unique objet. [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Prince, État, Rire, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS DE M. DUFRESNY presentez à Son Altesse Royale Monseigneur le Duc d'Orleans, Regent de France.
M. Du-
Aiiij
8 MERCURE
freſny mon devancier a bien
fceu luy dire là deſſus en vers ,
ce qu'à chaque moment nous
luy diſons tous en proſe. Je ne
doute pas que vous n'ayez veŭ
cettepiece ; mais fur ce point
fes voeux & les noſtres ne
fçauroient eſtre trop publics.
VERS DE M. DUFRESNY
preſentez à Son Aiteſſe
Royale. Monſeigneur le
Duc d'Orleans , Regent de
France. :
:
Le bonheur de la France est
ton unique objet.
GALANT
Oferois-je grand Prince entrer
dans ton projet ?
Je voudrois à l'Etat me rendre
neceffaire ,
Comme tant d'autres voudroient
faire.
Ton Medecin déjafans doute s'eft
vanté
D'être utile à l'Etat enfoignant
taſanté;
Sije prenois foin moy , de lafaire
bien nive
Fe dis bien , avec goût , par l'efprit
, c'est à dire ,
D'un rire convenable aux Princes
tels
quetoy,
S'il en fut oncs'entend, mais re
10 MERCURE
venons à moy?
Pour le biende l'Etat , Prince ,je
teSupplie
Que jefois Medecin de tamelancolie.
F'entre en poffeffion , j'ordonne
gravement ,
Pour taſanté queje tefaffe rire.
Il tefautdu delaſſement
Sans cela pourrois- tufuffire
Arenouveller un Empire.
Cen'est qu'unjeu pourtoy ,d'accord
, je le comprends.
Pour des confeils tous differens ,
Toûjours tes déciſions prêtes ,
Toutes justes malgré tant de diverfué!
GALANT
Le Ciel t'a donné plufieurs têtes ,
Mais tun'as, commenous ,qu'une
... Seule ſanté :
Eh ! quelle encor ? cen'eſtſanté de
Suiffe,
Il est bon qu'on t'en avertiße ,
Ton genie eft plus fort que ton
temperament.
Sur ce point ſeul aveuglement
Soûmets tes lumieres aux nôtres ,
Sur tafanté confulte nous nous
Dos autres morq
Car nousy prenons ſur ma foy ,
Beaucoup plus d'interêt que toy.
Aiiij
8 MERCURE
freſny mon devancier a bien
fceu luy dire là deſſus en vers ,
ce qu'à chaque moment nous
luy diſons tous en proſe. Je ne
doute pas que vous n'ayez veŭ
cettepiece ; mais fur ce point
fes voeux & les noſtres ne
fçauroient eſtre trop publics.
VERS DE M. DUFRESNY
preſentez à Son Aiteſſe
Royale. Monſeigneur le
Duc d'Orleans , Regent de
France. :
:
Le bonheur de la France est
ton unique objet.
GALANT
Oferois-je grand Prince entrer
dans ton projet ?
Je voudrois à l'Etat me rendre
neceffaire ,
Comme tant d'autres voudroient
faire.
Ton Medecin déjafans doute s'eft
vanté
D'être utile à l'Etat enfoignant
taſanté;
Sije prenois foin moy , de lafaire
bien nive
Fe dis bien , avec goût , par l'efprit
, c'est à dire ,
D'un rire convenable aux Princes
tels
quetoy,
S'il en fut oncs'entend, mais re
10 MERCURE
venons à moy?
Pour le biende l'Etat , Prince ,je
teSupplie
Que jefois Medecin de tamelancolie.
F'entre en poffeffion , j'ordonne
gravement ,
Pour taſanté queje tefaffe rire.
Il tefautdu delaſſement
Sans cela pourrois- tufuffire
Arenouveller un Empire.
Cen'est qu'unjeu pourtoy ,d'accord
, je le comprends.
Pour des confeils tous differens ,
Toûjours tes déciſions prêtes ,
Toutes justes malgré tant de diverfué!
GALANT
Le Ciel t'a donné plufieurs têtes ,
Mais tun'as, commenous ,qu'une
... Seule ſanté :
Eh ! quelle encor ? cen'eſtſanté de
Suiffe,
Il est bon qu'on t'en avertiße ,
Ton genie eft plus fort que ton
temperament.
Sur ce point ſeul aveuglement
Soûmets tes lumieres aux nôtres ,
Sur tafanté confulte nous nous
Dos autres morq
Car nousy prenons ſur ma foy ,
Beaucoup plus d'interêt que toy.
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1093
p. 14-22
ODE.
Début :
Quel malheur cause la tristesse, [...]
Mots clefs :
Prince, Héros, Ciel, Monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE.
ODE.
Quel malheur cauſe la triſteſſe,
Que j'apperçois de toutes parts ;
Peuples quelle douleur vous
preffe
Etpourquoy ces tristes regards ?
Mais malgré mon impatience
GALANT. IS
Vous gardez un morne filence ;
Ofort! o regretsfuperflus ;
Les grandes douleursfont muettes
Mais vos pleurs font vos interprêtes
,
Je les entens! Lovis n'est plus.
Ainsi cetAuguste Monarque
Deſes ennemis redouté,
Subit des Arrests de la Parque
L'immuable fatalité.
Ce Soleil finitfa carriere !
O toy qui reprensfa lumiere ,
Ciel ! nous imploronsſa bonté;
Mais déjasa mainfecourable
D'un nouvel aftre favorable
Fait luirefur nous la clarté.
ॐ
16 MERCURE
Que vois-je ! quel prodige en.
core
Paroift ! en croiray-je mesyeux?
La Divinité qu'on implore
Viendroit- elle habiter ces lieux?
Vois- je defcendre fur la Terre
La fille du Dieu du Tonnerre ,
Faut- il luy dreffer des Autels ?
N'en doutons plus ; deſaprefence
Sous les traits du Regent de
France
Minerve honore les mortels.
ॐ
Comme l'on voit aprés l'orage
Les humains erransfur les flots
Découvrir enfin le rivage
Qui rend l'espoir aux matelots ;
Ainfi
GALANT. 17
&
Ainſi ſe diffipent les craintes
Dont nos ames estoient atteintes
Al'aspectde nostre Heros ;
Ferme appuy d'un peuple fidele
Pour récompenfe defon zele
Il va luy rendre le repos.
Les temps de Saturne & de
Rhee
Se renouvellent parſes ſoins ,
Déja Themis autorisée
Luy reprefente nos beſoins.
Il est touchéde nos allarmes
Sa main daigne effuyer nos larmes
Il previent, comble nos fouhaits ;
Qu'à jamais le Ciel qui l'anime,
Faße àce Heros magnanime
Octobre 1715 . B
18 MERCURE
11
Un fort digne de ſes bienfaits .
١٠
Tel que l'on nous dépeint Alcide
Terrible au milieu des combats ,
On avûce Prince intrepide
Etre l'exemple des Soldats ;
८ Et maintenant infatigable
Par un travail inexprimable
Il cherche un remede ànos maux,
Déja l'iniquité proſcrite ,
Les emplois donnez au merite ,
Illuftrentſes premiers travaux.
Parar une maxime maximeſiſage ,
Poup'es heureux vous recevez
L'infaillible &precieux gage
GALANT. 19
Des biens qui vous font refervez;
Voicy lafaiſon defirée
DeThemis , ainsique d' Aftrée ,
Lesfaints Autelsfont rétablis.
La valeurjointe à la prudence ,
Fontsous une augusteRegence ,
Fleurir le rejetton desLys.
*
Venez Rois , prenez le modele
Qui vous eft icy preſenté,
Du bonheur d'un peuple fidele
Faites voſtrefelicité?
Et vous puißances immortelles ,
S'il eft quelques graces nouvelles
Que vous referviezà nos voeux,
Que de ce Heros les années ,
Degloire &d'honneurs couronnées
Bij
20 MERCURE
1
S'étendent jusqu'à nos neveux.
Mais que fais- tu , Muse in
difcrete ?
Defifoibles expreffions
Ne font qu'une ébauche imparfaite
Des vertus que nous admirons.
Choisis unfujet moins fublime
Apeindre un Heros magnanime
Tu fais des efforts impuißans ;
Arrête, abandonne la Lire
Aux Auteursqu' Apollon inſpire;
Dis ,fi tu peux , ce quejefens.
Vous qu'une noble ardeur
anime
GALANT. 21
Achanter fon nom ,ſes vertus ,
Meritez, s'ilsepeur , l'estime
D'un Prince plus grand que
Titus.
Tracez vous des routes nouvelles,
Le paſſfén'a plus de modeles
Si dignes de vous être offerts ;
Mais craignezle destin d'Icare?
Que d'Auteurs enſuivantPindare
Irontſe perdre dans les airs !
Prince que la France revere ,
Moins par lefang&le pouvoir,
Que par lefacré caractere
Que le Ciel en vous nous fait
voir.
22 MERCURE
Daignez excufer mon audace ,
Le respect dans mon coeur fais
place
Au zele que vous m'inſpirez.
Vostre aspect même m'encourage.
Des Dieux dont vous estes l'Image
,
Nos voeux neſont point rebutez.
Quel malheur cauſe la triſteſſe,
Que j'apperçois de toutes parts ;
Peuples quelle douleur vous
preffe
Etpourquoy ces tristes regards ?
Mais malgré mon impatience
GALANT. IS
Vous gardez un morne filence ;
Ofort! o regretsfuperflus ;
Les grandes douleursfont muettes
Mais vos pleurs font vos interprêtes
,
Je les entens! Lovis n'est plus.
Ainsi cetAuguste Monarque
Deſes ennemis redouté,
Subit des Arrests de la Parque
L'immuable fatalité.
Ce Soleil finitfa carriere !
O toy qui reprensfa lumiere ,
Ciel ! nous imploronsſa bonté;
Mais déjasa mainfecourable
D'un nouvel aftre favorable
Fait luirefur nous la clarté.
ॐ
16 MERCURE
Que vois-je ! quel prodige en.
core
Paroift ! en croiray-je mesyeux?
La Divinité qu'on implore
Viendroit- elle habiter ces lieux?
Vois- je defcendre fur la Terre
La fille du Dieu du Tonnerre ,
Faut- il luy dreffer des Autels ?
N'en doutons plus ; deſaprefence
Sous les traits du Regent de
France
Minerve honore les mortels.
ॐ
Comme l'on voit aprés l'orage
Les humains erransfur les flots
Découvrir enfin le rivage
Qui rend l'espoir aux matelots ;
Ainfi
GALANT. 17
&
Ainſi ſe diffipent les craintes
Dont nos ames estoient atteintes
Al'aspectde nostre Heros ;
Ferme appuy d'un peuple fidele
Pour récompenfe defon zele
Il va luy rendre le repos.
Les temps de Saturne & de
Rhee
Se renouvellent parſes ſoins ,
Déja Themis autorisée
Luy reprefente nos beſoins.
Il est touchéde nos allarmes
Sa main daigne effuyer nos larmes
Il previent, comble nos fouhaits ;
Qu'à jamais le Ciel qui l'anime,
Faße àce Heros magnanime
Octobre 1715 . B
18 MERCURE
11
Un fort digne de ſes bienfaits .
١٠
Tel que l'on nous dépeint Alcide
Terrible au milieu des combats ,
On avûce Prince intrepide
Etre l'exemple des Soldats ;
८ Et maintenant infatigable
Par un travail inexprimable
Il cherche un remede ànos maux,
Déja l'iniquité proſcrite ,
Les emplois donnez au merite ,
Illuftrentſes premiers travaux.
Parar une maxime maximeſiſage ,
Poup'es heureux vous recevez
L'infaillible &precieux gage
GALANT. 19
Des biens qui vous font refervez;
Voicy lafaiſon defirée
DeThemis , ainsique d' Aftrée ,
Lesfaints Autelsfont rétablis.
La valeurjointe à la prudence ,
Fontsous une augusteRegence ,
Fleurir le rejetton desLys.
*
Venez Rois , prenez le modele
Qui vous eft icy preſenté,
Du bonheur d'un peuple fidele
Faites voſtrefelicité?
Et vous puißances immortelles ,
S'il eft quelques graces nouvelles
Que vous referviezà nos voeux,
Que de ce Heros les années ,
Degloire &d'honneurs couronnées
Bij
20 MERCURE
1
S'étendent jusqu'à nos neveux.
Mais que fais- tu , Muse in
difcrete ?
Defifoibles expreffions
Ne font qu'une ébauche imparfaite
Des vertus que nous admirons.
Choisis unfujet moins fublime
Apeindre un Heros magnanime
Tu fais des efforts impuißans ;
Arrête, abandonne la Lire
Aux Auteursqu' Apollon inſpire;
Dis ,fi tu peux , ce quejefens.
Vous qu'une noble ardeur
anime
GALANT. 21
Achanter fon nom ,ſes vertus ,
Meritez, s'ilsepeur , l'estime
D'un Prince plus grand que
Titus.
Tracez vous des routes nouvelles,
Le paſſfén'a plus de modeles
Si dignes de vous être offerts ;
Mais craignezle destin d'Icare?
Que d'Auteurs enſuivantPindare
Irontſe perdre dans les airs !
Prince que la France revere ,
Moins par lefang&le pouvoir,
Que par lefacré caractere
Que le Ciel en vous nous fait
voir.
22 MERCURE
Daignez excufer mon audace ,
Le respect dans mon coeur fais
place
Au zele que vous m'inſpirez.
Vostre aspect même m'encourage.
Des Dieux dont vous estes l'Image
,
Nos voeux neſont point rebutez.
Fermer
1094
p. 91-98
ODE Sur les avantages de la Paix, & sur les obligations que nous avons au Roy de nous l'avoir procurée.
Début :
Du haut de la voute azurée, [...]
Mots clefs :
Paix, Yeux, Terre, Roi, Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur les avantages de la Paix, & sur les obligations que nous avons au Roy de nous l'avoir procurée.
ODE
Sur les avantages de la Paix ,
& fur les obligations que
nous avons au Roy de nous
l'avoir procurée.
1
Du haut de la voute azurée ,
Quel éclat vient frapper mes
yeux!
Eft ce toy ,Paix tant defirée ?
Est-cetoy qui deſcends desCieux?
Maisdois-je hefiterà le croire
Aprés les doux chants de victoire
Dont ce rivage a retenti ?
Loüis a toûjoursfait la guerre
Pour rendre laPaixàla terre
1
Hij
92 MERCURE
Loüis ne s'est pas démenti.
ر
Epargne toy , noire Diſcorde,
L'horreur de voir le monde beureux
: i
Les biens que Loüis nous accorde
Seroient pour toy des maux affreux:
Fuy. C'en estfait,rien ne l'arrête:
Ses ferpents,fiflantſurſa tête ,
Nous confirment nôtre bonheur:
Ses adieux fontdes crisfunebres ;
Parmy d'éternelles tenebres ,
Elle vadevorerſon coeur.
Que pour jamais elle s'exile
De ceslieux où triomphoit Mars;
GALANT. 93
Que ſes cris reſpectent l'aſyle
EtdesMuses,&des beaux Arts!
BeauxArts.
Que vois-je ? quelfort nous ap-
:
pelle !
Toutfleurit , toutſe renouvelle :
Accourez, Enfans d'Apollon :
Que la Paix icy vous ramene ;
Ει τους , bords heureux de la
Seine
Changez- vous enſacré Vallon.
Quel feu dans mes veinesſe
Igliffe ! ......
Je vois un champ&desRivaux :
On ouvre une brillante lice
Pour les ingenieux travaux.
Aux yeux d'un Tribunal Auguste
94 MERCURE
Auffi redoutable que juſte ,
Enfouleon ſe metfur les rangs:
Mon émulation s'irrite ;
Mais je tremble à voir le merite
DesJuges&des Concurrents.
:
D'oùnaiffent mesfrayeurs extrêmes!
Ay-jeoublié que dans ces lieux ,
Ces Concurrents, cesJuges mêmes
,
M'ontdéja vû victorieux
Quoy?j'envisageaifans allarmes
Lepremier champ qu'au bruit des
armes
La victoire me vint ouvrir;
Et je refterois en arriere
GALANT. 95
Dans cette nouvelle carriere
Où la Paix m'invite à courir.
ॐ
Taiſez vous ,guerrieres trompettes
,
Ne venez plus troubler nos jeux .
F'aime à voir , au fon des mufettes
,
Danfer les Faunesamoureux :
LesMoutonshorsdes Bergeries ,
Sur le vert tapis des Prairies
Bondir au grédeleurs defirs :
LeBerger dire àla Bergere ,
C'estunRoytendre debonnaire
Qui nousfait ces heureux loiſirs .
Quel objet pour mes yeux
avides !
96 MERCURE
Que d'épics couvrent nos querets.
Les champs deMars neſemblent
vuides
Que pour remplir ceux de Cerés.
Nos Soldats , fi fiers dans la
guerre,
Dans la Paix labourent la terre ;
Ils font tels que les vieux Romains
:
Bellonne à peine est disparuë ,
Qu'on les revoitfur la charruë,
Porter leurs triomphantes mains.
Aux épics que l'Etémoifſſonne ,
Se joignent des trefors nouveaux:
Les fruits que doit meurir l'Au-
هم
tomne
Font
GALANT. 97
Font briller vergers &coteaux.
Jamais ,pour enrichir le monde ,
La terre nefut fifeconde ;
Non; rien n'égale unfibeau jour.
Douce Paix , toute la nature
S'épuiſe à tracer la peinture
Des biens que produit ton retour.
Quel art en miraclefertile
Raffemble cent Peuples divers ,
Et neforme plus qu'une Ville
Du vaſteſeinde l'Univers.
Jusqu'aux rives dont nousfepare
L'Ocean trop longtems avare ,
La Paix nous ouvre des chemins :
Les biens que laguerre difperfe
Sont réünis par le commerce ,
Octobre 1715 . I
98 MERCURE
!
Et semblent croître ſous nos
mains.
Peuples,chantez dans l'abondance
Le Vainqueur qui vous rend la
Paix
Reglez vostre reconnoiſſance
Surla grandeur deſes bienfaits ;
Goûtezle fruit deſes conquêtes :
Quefon nomdans toutes vosfêtes
Soit repeté par les échos :
Vostre bonheur estfon ouvrage;
Qu'àjamais le plus tendre hommage
Vous acquitte envers ce Heros.
Omnes gentes , plaudite
manibus. Pf.
Sur les avantages de la Paix ,
& fur les obligations que
nous avons au Roy de nous
l'avoir procurée.
1
Du haut de la voute azurée ,
Quel éclat vient frapper mes
yeux!
Eft ce toy ,Paix tant defirée ?
Est-cetoy qui deſcends desCieux?
Maisdois-je hefiterà le croire
Aprés les doux chants de victoire
Dont ce rivage a retenti ?
Loüis a toûjoursfait la guerre
Pour rendre laPaixàla terre
1
Hij
92 MERCURE
Loüis ne s'est pas démenti.
ر
Epargne toy , noire Diſcorde,
L'horreur de voir le monde beureux
: i
Les biens que Loüis nous accorde
Seroient pour toy des maux affreux:
Fuy. C'en estfait,rien ne l'arrête:
Ses ferpents,fiflantſurſa tête ,
Nous confirment nôtre bonheur:
Ses adieux fontdes crisfunebres ;
Parmy d'éternelles tenebres ,
Elle vadevorerſon coeur.
Que pour jamais elle s'exile
De ceslieux où triomphoit Mars;
GALANT. 93
Que ſes cris reſpectent l'aſyle
EtdesMuses,&des beaux Arts!
BeauxArts.
Que vois-je ? quelfort nous ap-
:
pelle !
Toutfleurit , toutſe renouvelle :
Accourez, Enfans d'Apollon :
Que la Paix icy vous ramene ;
Ει τους , bords heureux de la
Seine
Changez- vous enſacré Vallon.
Quel feu dans mes veinesſe
Igliffe ! ......
Je vois un champ&desRivaux :
On ouvre une brillante lice
Pour les ingenieux travaux.
Aux yeux d'un Tribunal Auguste
94 MERCURE
Auffi redoutable que juſte ,
Enfouleon ſe metfur les rangs:
Mon émulation s'irrite ;
Mais je tremble à voir le merite
DesJuges&des Concurrents.
:
D'oùnaiffent mesfrayeurs extrêmes!
Ay-jeoublié que dans ces lieux ,
Ces Concurrents, cesJuges mêmes
,
M'ontdéja vû victorieux
Quoy?j'envisageaifans allarmes
Lepremier champ qu'au bruit des
armes
La victoire me vint ouvrir;
Et je refterois en arriere
GALANT. 95
Dans cette nouvelle carriere
Où la Paix m'invite à courir.
ॐ
Taiſez vous ,guerrieres trompettes
,
Ne venez plus troubler nos jeux .
F'aime à voir , au fon des mufettes
,
Danfer les Faunesamoureux :
LesMoutonshorsdes Bergeries ,
Sur le vert tapis des Prairies
Bondir au grédeleurs defirs :
LeBerger dire àla Bergere ,
C'estunRoytendre debonnaire
Qui nousfait ces heureux loiſirs .
Quel objet pour mes yeux
avides !
96 MERCURE
Que d'épics couvrent nos querets.
Les champs deMars neſemblent
vuides
Que pour remplir ceux de Cerés.
Nos Soldats , fi fiers dans la
guerre,
Dans la Paix labourent la terre ;
Ils font tels que les vieux Romains
:
Bellonne à peine est disparuë ,
Qu'on les revoitfur la charruë,
Porter leurs triomphantes mains.
Aux épics que l'Etémoifſſonne ,
Se joignent des trefors nouveaux:
Les fruits que doit meurir l'Au-
هم
tomne
Font
GALANT. 97
Font briller vergers &coteaux.
Jamais ,pour enrichir le monde ,
La terre nefut fifeconde ;
Non; rien n'égale unfibeau jour.
Douce Paix , toute la nature
S'épuiſe à tracer la peinture
Des biens que produit ton retour.
Quel art en miraclefertile
Raffemble cent Peuples divers ,
Et neforme plus qu'une Ville
Du vaſteſeinde l'Univers.
Jusqu'aux rives dont nousfepare
L'Ocean trop longtems avare ,
La Paix nous ouvre des chemins :
Les biens que laguerre difperfe
Sont réünis par le commerce ,
Octobre 1715 . I
98 MERCURE
!
Et semblent croître ſous nos
mains.
Peuples,chantez dans l'abondance
Le Vainqueur qui vous rend la
Paix
Reglez vostre reconnoiſſance
Surla grandeur deſes bienfaits ;
Goûtezle fruit deſes conquêtes :
Quefon nomdans toutes vosfêtes
Soit repeté par les échos :
Vostre bonheur estfon ouvrage;
Qu'àjamais le plus tendre hommage
Vous acquitte envers ce Heros.
Omnes gentes , plaudite
manibus. Pf.
Fermer
1095
p. 141-143
Livres nouveaux. Article digne de toute la curiosité du Lecteur, & convenable aux interêts de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Je ne seray peut-être pas mal de vous annoncer à present [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XIV, Louis XV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livres nouveaux. Article digne de toute la curiosité du Lecteur, & convenable aux interêts de l'Auteur. [titre d'après la table]
Je ne feray peut- être pas
mal de vous annoncer à prefent
, avant que de paſſer aux
nouvelles du monde,quelques
Livres nouveaux.
Le Journal Hiſtorique de
toutes les circonstances qui
ont precedé la mort du Roy
LouisXIV. & de l'avenement
du Roy Louis XV. à la Couronne
de France , eſt un Livre
fi curieux , fi intereſſant , & fi
nouveau que tout le monde
142
{
MERCURE
eſt en confcience obligé de
l'acheter. Tous les grands évenemens
qui ſervent à le rempliront
été ramaffez avectoute
l'exactitude imaginable,par
l'Auteur du Mercure Galant.
Il ſe flatte,àtelle finquede rais
fon, que fon nom & fon paraphe
qui font à la tête du
Journal , pourront contribuër
à en précipiter le débit. Il en
donneroit volontiers un extrait
dans leMercure , s'il n'ap
prehendoit pas qu'on s'en tint
là ;& pour cauſe facile à deviner
, il ſe contente d'annoncer
au Public que ledit Journal fe
'GALANT. 143
vend chez les Sieurs Jollet &
Lameſle ſes Imprimeurs , au
Livre Royal , au bout du Pont
S.Michel , du côté du Marché
neuf ceux qui le trouveront
fans fon paraphe , font trés
inſtamment priez de le lui ene
voyer comme un Livre con
trefait , afin qu'il foit( comme
de juſtice ) procedé par lui à
l'examen de la contravention.
Ceparapheestcompofé d'une
L.& dedeux doubles F. enla
fées enfemble,& fermées par
un D.d'une façon inimitable,
nevarietur.
mal de vous annoncer à prefent
, avant que de paſſer aux
nouvelles du monde,quelques
Livres nouveaux.
Le Journal Hiſtorique de
toutes les circonstances qui
ont precedé la mort du Roy
LouisXIV. & de l'avenement
du Roy Louis XV. à la Couronne
de France , eſt un Livre
fi curieux , fi intereſſant , & fi
nouveau que tout le monde
142
{
MERCURE
eſt en confcience obligé de
l'acheter. Tous les grands évenemens
qui ſervent à le rempliront
été ramaffez avectoute
l'exactitude imaginable,par
l'Auteur du Mercure Galant.
Il ſe flatte,àtelle finquede rais
fon, que fon nom & fon paraphe
qui font à la tête du
Journal , pourront contribuër
à en précipiter le débit. Il en
donneroit volontiers un extrait
dans leMercure , s'il n'ap
prehendoit pas qu'on s'en tint
là ;& pour cauſe facile à deviner
, il ſe contente d'annoncer
au Public que ledit Journal fe
'GALANT. 143
vend chez les Sieurs Jollet &
Lameſle ſes Imprimeurs , au
Livre Royal , au bout du Pont
S.Michel , du côté du Marché
neuf ceux qui le trouveront
fans fon paraphe , font trés
inſtamment priez de le lui ene
voyer comme un Livre con
trefait , afin qu'il foit( comme
de juſtice ) procedé par lui à
l'examen de la contravention.
Ceparapheestcompofé d'une
L.& dedeux doubles F. enla
fées enfemble,& fermées par
un D.d'une façon inimitable,
nevarietur.
Fermer
1096
p. 172-173
De Londres le 20. Septembre.
Début :
Le Duc de Roxboroug partit hier pour l'Ecosse. Le [...]
Mots clefs :
Duc, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres le 20. Septembre.
De Londres le 20. Septembre.
Le Duc de Roxboroug partit
hier pour l'Ecoffe.
Le Duc d'Argile eſt parti
ce matin à 4. heures de Lon
dres , pour ſe rendre à Hamptoncourt
, où la Cour eſt à
preſent. Il a reçû hier ſes inſtructions&
des remiſes pour
dix mil livres ſterlin , qu'il employera
où il jugera à propos .
On dit qu'il marchera contre
les Montagnars , avec une armée
de dix mil hommes , en
cas qu'ils refuſent de ſe ſou
GALANT. 173
:
mettre au Roy.
Milord Powits , Catholique
Romain ,qui a été arrêté ,
doit être transferé à la Tour.
Le Duc de Roxboroug partit
hier pour l'Ecoffe.
Le Duc d'Argile eſt parti
ce matin à 4. heures de Lon
dres , pour ſe rendre à Hamptoncourt
, où la Cour eſt à
preſent. Il a reçû hier ſes inſtructions&
des remiſes pour
dix mil livres ſterlin , qu'il employera
où il jugera à propos .
On dit qu'il marchera contre
les Montagnars , avec une armée
de dix mil hommes , en
cas qu'ils refuſent de ſe ſou
GALANT. 173
:
mettre au Roy.
Milord Powits , Catholique
Romain ,qui a été arrêté ,
doit être transferé à la Tour.
Fermer
1097
p. 183-193
D'Edimbourg le 3. Octobre.
Début :
Le Duc d'Argy le partit le 28 pour le Camp de Sterling, [...]
Mots clefs :
Armes, Déclaration, Patrie, Forces, Vassaux, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'Edimbourg le 3. Octobre.
'Edimbourg le a. Octobre.
Le Duc d'Argyle partir le
28 pour le Camp de Sterling ,
accompagné duDuc de Roxborough
,du Comte de Han
dengton , & du Colonel Middelton.
Le Comte de Rhotes
s'eſt auſſi rendu au Camp où
il arrive tous les jours des
Gentilshommes avec leur Vaffaux
armez . Le onze de ce
184 MERCURE
mois jour auquel expire le
terme accordé aux rebelles
pour retourner à l'obéiffance,
le Duc d'Argyle doit fe mettre
en marche contre eux avec
7000. hommes entre leſquels
il y a 1500. chevaux . On a
envoyé duCamp 30. chariots
chargez d'armes pour les volontaires
qui y font allez d'E
dimbourg , de Glasgow ,& de
quelques autres Places. On
écrit de Leith qu'il y eſt entré
d'Angleterre deux Compa
gnies deDragons duRegiment
de Kerr , qui vont au Camp
de Sterling. On apprend de
Dundée
۱
GALANT. 185
Dundée qu'un Gentilhomme
nommé Graham , qui ſe dit
heritierdu feu Comtede Dandée,
étant entré avec un grand
nombre de gens à cheval , y
avoit proclamé le Prétendant ,
ſous le nom de Roy Jacques
VIII. & fait lecture de la proclamation
du Comte de Marr.
On mande d'Inverneſſ que les
Lords Mackniſtosh &Beflam ,
deux Chefs des Montagnards
accompagnez auffi d'un grand
nombre de gens à cheval y
avoient fait la même choſe ;
aprés quoy ils étoient allez à la
Doüane , d'où ils avoient en.
Octobre 1715 . Q
186 MERCURE
levé tout l'argent & les effets
quiyétoientpour le ſervice du
Prétendant.LeComte deMarr a
fait piller & faccager les mais
fons &biens de fon Stuard, &
de quelqu'uns de ſes ſujets qui
ontrefusé dele venir joindre.
Voicy la Declaration de ce
Comte adreflé au Bailly , &
autres Gentilhommes de la
Seigneurie de Kildrummy.
Notre Roy legitime ,&naturel
Jacques VIII. par la grace
-de Dieu , qui vient preſentement
nous delivrer de nos oppreffions ,
ayant bien voulu nous confier la
direction de ſes affaires , le
GALANT.
GALANI
187
-
commandement de fes forces dans
fon ancienRoyaume d'Ecoffe ; &
quelques uns de ſes fidelesſujets
&ferviteurs afſſemblez à Boyne ,
fçavoir,le LordHuncley, leLord
Tullebardine , le Comte Marefchall
, le Comte de Southefan ,
Glingary; de la part des Clans ,
Glenderale ; de la part du Comte
de Broudalbine, &Gentilhomme
de la Province d'Argile , M.Patrich
Lion d'Auſcherhouse , le
Lord d' Auldlair , le Lieutenant
General Georges Hamilton , le
MajorGeneral Gordon , &moi ,
ayant pris en confideration les derniers
ordres de S. M. trouvons ,
Qij
188 MERCURE
que d'eft maintennant le temps
qu'il nous a ordonné de prendre
ouvertement les armes pour luy.
Ainfi il nous ſemble abfolument
neceſſfairepour leſervice de S.M.
& pour la delivrance de noftre
Patrie,que tousſesfideles &bons
Sujets , &ceux qui aiment leur
Patrie, prennent incefſſamment les
armes.
Ces Preſentes font donc ( au
nom , er en l'autorité de S.-M.
&en vertu du pouvoirſuſdit ,
&par l'ordre exprés que le Roy
m'a donné pour cet effet ) pour
vous requerir & autorifer de lever
inceſſamment vos gens mili
GALANT. 189
taires avec leurs meilleures armes,
pour
"
de les faire marcher d'abord
venir joindre , & me
quelques
autres forces du Roy prés de
Bracmart , Lundyprochain , afin
de poursuivre noſtre marche ,
nousrendreſous l'Etendart duRoi
avecſes autres forces.
LeRoy voulant queſesTroupesfoient
payées dés le temps de
leur départ ,il eſpere , ainsi qu'il
l'ordonne expreßement , qu'elles
ſe comporteront civilement ,
qu'elles ne commettront aucunpillage
, ni d'autres defordres,fous
les peines les plus feveres , &
d'encourirſa disgrace ; on s'attend
190 MMEERRCURE
que vousferez obſerver cet ordre.
4
C'estàpresent que les honnêtes
gens dorvent témoigner leur zele
pour leſervice de S. M. dont la
caufe est si intereſſante , afin de
deliurer noftre Patrie de l'oppref
fion d'un joug étranger , trop pefantpour
nous , &nostre posterité
pour le porter , &de tâcher
de rétablir, nonseulement noftre
Roy legitime , &naturel , mais
auffi noftre Patrie dansſon ancienne
, libre , & indépendante
conftitutionfous celuy dontlesAn.
cêtres ont regnéfur nous pendant
tant de generations.
Dans une cause fi bonorable,
GALANT. 191
fibonne ,ſijuste , nous ne pouvons
douter de l'aſſiſtance de la direction
, &de la benediction duDieu
Tout-puiſſant , qui aſiſouvent
Sauvé la Famille Royale de
Stuard ,&noftre Patrie,de fuecomberſous
l'oppreffion.
On s'attendque vous obferverez
ponctuellement ſes ordres ,
ces Prefentes vous doiventfuffire
pour cet effet , & àtous ceux que
vous employerez pour les executer.
DonnéàBracmart le 20. Septembre
1715 .
Signé, MARR.
Cette Declaration étoit accompagnée
d'une Lettre du
192 MERCURE
Comte de Marr au Bailly de
Kildrumeny, contenant en ſubſtance
: Que ce Bailly avoit bien
faitde n'être pas venu lejoindre
avec les cent hommes qu'il avoit
envoyez de nuit , puisqu'il en
avoit attendu quatrefois autant.
Qu'il était fort ſurprenant que
pendant que tous les Montagnars
d'Ecoffe prenoient les armes en
faveurde leurRoy ,&leurPatrie,
les Vaffaux dece Comtefuf-
Sent les feuls en arriere. Que le
moment tant defiré depuis 26.
ans étoitprefentement arrivé,&
qu'ainſi il étoit temps de prendre
les armes pour leRoy& pour la
**Patrie
GALANT. 193
Patriei que c'est dans cette vûë
qu'il luy adreffe fa Declaration ,
pour la communiquer à tous fes
Vaffaux , avec ordre de leurs declarer
que s'ils n'obéiffent pas in .
ceffamment , il fera brûler &
faccager leurs biens &terres pour
fervir d'exemple aux autres
Le Duc d'Argyle partir le
28 pour le Camp de Sterling ,
accompagné duDuc de Roxborough
,du Comte de Han
dengton , & du Colonel Middelton.
Le Comte de Rhotes
s'eſt auſſi rendu au Camp où
il arrive tous les jours des
Gentilshommes avec leur Vaffaux
armez . Le onze de ce
184 MERCURE
mois jour auquel expire le
terme accordé aux rebelles
pour retourner à l'obéiffance,
le Duc d'Argyle doit fe mettre
en marche contre eux avec
7000. hommes entre leſquels
il y a 1500. chevaux . On a
envoyé duCamp 30. chariots
chargez d'armes pour les volontaires
qui y font allez d'E
dimbourg , de Glasgow ,& de
quelques autres Places. On
écrit de Leith qu'il y eſt entré
d'Angleterre deux Compa
gnies deDragons duRegiment
de Kerr , qui vont au Camp
de Sterling. On apprend de
Dundée
۱
GALANT. 185
Dundée qu'un Gentilhomme
nommé Graham , qui ſe dit
heritierdu feu Comtede Dandée,
étant entré avec un grand
nombre de gens à cheval , y
avoit proclamé le Prétendant ,
ſous le nom de Roy Jacques
VIII. & fait lecture de la proclamation
du Comte de Marr.
On mande d'Inverneſſ que les
Lords Mackniſtosh &Beflam ,
deux Chefs des Montagnards
accompagnez auffi d'un grand
nombre de gens à cheval y
avoient fait la même choſe ;
aprés quoy ils étoient allez à la
Doüane , d'où ils avoient en.
Octobre 1715 . Q
186 MERCURE
levé tout l'argent & les effets
quiyétoientpour le ſervice du
Prétendant.LeComte deMarr a
fait piller & faccager les mais
fons &biens de fon Stuard, &
de quelqu'uns de ſes ſujets qui
ontrefusé dele venir joindre.
Voicy la Declaration de ce
Comte adreflé au Bailly , &
autres Gentilhommes de la
Seigneurie de Kildrummy.
Notre Roy legitime ,&naturel
Jacques VIII. par la grace
-de Dieu , qui vient preſentement
nous delivrer de nos oppreffions ,
ayant bien voulu nous confier la
direction de ſes affaires , le
GALANT.
GALANI
187
-
commandement de fes forces dans
fon ancienRoyaume d'Ecoffe ; &
quelques uns de ſes fidelesſujets
&ferviteurs afſſemblez à Boyne ,
fçavoir,le LordHuncley, leLord
Tullebardine , le Comte Marefchall
, le Comte de Southefan ,
Glingary; de la part des Clans ,
Glenderale ; de la part du Comte
de Broudalbine, &Gentilhomme
de la Province d'Argile , M.Patrich
Lion d'Auſcherhouse , le
Lord d' Auldlair , le Lieutenant
General Georges Hamilton , le
MajorGeneral Gordon , &moi ,
ayant pris en confideration les derniers
ordres de S. M. trouvons ,
Qij
188 MERCURE
que d'eft maintennant le temps
qu'il nous a ordonné de prendre
ouvertement les armes pour luy.
Ainfi il nous ſemble abfolument
neceſſfairepour leſervice de S.M.
& pour la delivrance de noftre
Patrie,que tousſesfideles &bons
Sujets , &ceux qui aiment leur
Patrie, prennent incefſſamment les
armes.
Ces Preſentes font donc ( au
nom , er en l'autorité de S.-M.
&en vertu du pouvoirſuſdit ,
&par l'ordre exprés que le Roy
m'a donné pour cet effet ) pour
vous requerir & autorifer de lever
inceſſamment vos gens mili
GALANT. 189
taires avec leurs meilleures armes,
pour
"
de les faire marcher d'abord
venir joindre , & me
quelques
autres forces du Roy prés de
Bracmart , Lundyprochain , afin
de poursuivre noſtre marche ,
nousrendreſous l'Etendart duRoi
avecſes autres forces.
LeRoy voulant queſesTroupesfoient
payées dés le temps de
leur départ ,il eſpere , ainsi qu'il
l'ordonne expreßement , qu'elles
ſe comporteront civilement ,
qu'elles ne commettront aucunpillage
, ni d'autres defordres,fous
les peines les plus feveres , &
d'encourirſa disgrace ; on s'attend
190 MMEERRCURE
que vousferez obſerver cet ordre.
4
C'estàpresent que les honnêtes
gens dorvent témoigner leur zele
pour leſervice de S. M. dont la
caufe est si intereſſante , afin de
deliurer noftre Patrie de l'oppref
fion d'un joug étranger , trop pefantpour
nous , &nostre posterité
pour le porter , &de tâcher
de rétablir, nonseulement noftre
Roy legitime , &naturel , mais
auffi noftre Patrie dansſon ancienne
, libre , & indépendante
conftitutionfous celuy dontlesAn.
cêtres ont regnéfur nous pendant
tant de generations.
Dans une cause fi bonorable,
GALANT. 191
fibonne ,ſijuste , nous ne pouvons
douter de l'aſſiſtance de la direction
, &de la benediction duDieu
Tout-puiſſant , qui aſiſouvent
Sauvé la Famille Royale de
Stuard ,&noftre Patrie,de fuecomberſous
l'oppreffion.
On s'attendque vous obferverez
ponctuellement ſes ordres ,
ces Prefentes vous doiventfuffire
pour cet effet , & àtous ceux que
vous employerez pour les executer.
DonnéàBracmart le 20. Septembre
1715 .
Signé, MARR.
Cette Declaration étoit accompagnée
d'une Lettre du
192 MERCURE
Comte de Marr au Bailly de
Kildrumeny, contenant en ſubſtance
: Que ce Bailly avoit bien
faitde n'être pas venu lejoindre
avec les cent hommes qu'il avoit
envoyez de nuit , puisqu'il en
avoit attendu quatrefois autant.
Qu'il était fort ſurprenant que
pendant que tous les Montagnars
d'Ecoffe prenoient les armes en
faveurde leurRoy ,&leurPatrie,
les Vaffaux dece Comtefuf-
Sent les feuls en arriere. Que le
moment tant defiré depuis 26.
ans étoitprefentement arrivé,&
qu'ainſi il étoit temps de prendre
les armes pour leRoy& pour la
**Patrie
GALANT. 193
Patriei que c'est dans cette vûë
qu'il luy adreffe fa Declaration ,
pour la communiquer à tous fes
Vaffaux , avec ordre de leurs declarer
que s'ils n'obéiffent pas in .
ceffamment , il fera brûler &
faccager leurs biens &terres pour
fervir d'exemple aux autres
Fermer
1098
p. 193-194
Extrait d'une Lettre de Copenhague au sujet de l'Ambassadeur de Perse.
Début :
Nous avons ici l'Ambassadeur de Perse, qui de France [...]
Mots clefs :
Ambassadeur de Perse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Copenhague au sujet de l'Ambassadeur de Perse.
Extrait d'une Lettre de Co
penhaque ausujet de l'Am
baßadeurde Perfe . い
Nous avons icy l'Ambaſſadeur
de Perfe, qui de France
devoit aller à Petersbourg; mais
fatigué de la Mer, il a voulu
Octobre 1715 R
194 MERCURE
qu'on le mit à terre. La Fregate
Françoiſe qui l'a amené
ayant fur cela pris le parti de
s'en retourner , l'Ambaffadeur
s'eſt raviſé trop tard de vouloir
continuer ſa route par
Mer de forte qu'il faudra
qu'il aille par terre, s'il ne veut
attendre la bonne ſaiſon . On
ne ſçait s'il demeurera icy, ou
à Hambourg.
penhaque ausujet de l'Am
baßadeurde Perfe . い
Nous avons icy l'Ambaſſadeur
de Perfe, qui de France
devoit aller à Petersbourg; mais
fatigué de la Mer, il a voulu
Octobre 1715 R
194 MERCURE
qu'on le mit à terre. La Fregate
Françoiſe qui l'a amené
ayant fur cela pris le parti de
s'en retourner , l'Ambaffadeur
s'eſt raviſé trop tard de vouloir
continuer ſa route par
Mer de forte qu'il faudra
qu'il aille par terre, s'il ne veut
attendre la bonne ſaiſon . On
ne ſçait s'il demeurera icy, ou
à Hambourg.
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1099
p. 194-201
Extrait de quelques Lettres de Londres du 8. Octobre.
Début :
Mr Edoüard Harvey, l'un de six membres du Parlement [...]
Mots clefs :
Comte, Complot, Roi, Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de quelques Lettres de Londres du 8. Octobre.
Extrait de quelques Lettres
de Londres du 8. Octobre.
Mr Edoüard Harvey , lun
des fix membres du Parlement
que le Roy avoit ordonné
d'arrêter , & qui eft ſous la
garde d'un Meſſager d'Etat ,
:
J
GALANT. 195
4
fut examiné avant hier au
Conſeil, devant S. M. on lui
fit diverſes queſtions au fujet
du noir complot qui a eſté dé
couvert : mais il nia d'eſtre entré
en aucune confpiration
contre le Roy & le Gouverne.
ment , & ne voulut rien découvrir
, fur quoy on luimon.
tra une Lettre écrite de fa
propre main qui prouvoit fa
trahiſon , cela lemit dansune
grande confufion,& il promit
d'avoüier tout le lendemain.
Là-deſſus on le renvoya fous
la garde du Meſſager ; mais
hier au matin il tenta des'ôter
?
196 MERCURE
T
la vie , & fe donna 3. coups
deganifqui luy ont caufé une
grande perte de fang , cepen
dant on ne croit pas que les
playes foient mortelles ; quel
que temps aprés le Comte de
Nottingham , Préfident du
Confeil , alla le trouver pour
l'examiner & prendre les dé
pofitions; il luy dit entr'autres
choſes : Qu'il s'étoit laiffé induire
follement à entrer dans la
confptration , & qu'il en étoit
bien faché ; mais que voyant
qu'on avoit de telles preuves con
tre luy , &qu'il ne pouvoit pas
échaper à ta fustices il avoit
voulu fetuer pour ne pas s'expoGALANT.
197
5
4
feràtrahirfes amisa
Onn'eſt point encore bien
inſtruit des particularitez de
cet horrible complot. Quelques
uns diſent qu'il devoie
s'executer avant hier ,& que
pendant que ledit Harvey à
latête de400 conjuréz devoit
faire main bafle fur la garde
de S. James , & mettre le feu
au Palais , &c. un autre party
auſſi nombreux devoits'aſſen ,
rer de la Banque , & de Echi
quier ; & mettre le feu en
divers endroits de la Ville ,
pour caufer de la confufion
parmy le peuple. D'autres
Rij
198 MERCURE
aſſeurent que le deſſein des
confpirateurs étoit d'exciter
des revoltes en 2. ou 3. Pro
vinces d'Angleterre pour y
attirer les troupes du Roy , à
fin de favorifer l Invaſion du
Comte de Marr en Angleterre
, à la tête des rebelles
Ecoſſois ; mais que le grand
coup devoit ſe frapper du côté
de l'Oüeſt , où les rebelles ſe
croyoient les plus forts, & où
le Prétendant , devoit débarquer.
Quoyqu'il en foit la
conſpiration étantdécouverte,
&les mesures priſes , pour en
prevenir les ſuites , on ne doute
plus que tous les projets
THEQUR DE
ALANT9
&complots aillent enfudemséree.belles ne
en
*
On affeure qu'on a receu
avisque lePrétendant, a refusé
de paffer en Angleterre, avant
que les amis cuffent affemblé
des forces ſuffiſantes pour foûrenir
fondébarquement
qu'en attendant il preffoit le
Duc d'Ormond ,& le Vicom +
te de Ballinbrock , de paffet ca
ce Pays pour y faire foulever
leurs amis. On apprend d'E
colle que les rebellesn'ont pas
encore affemblé toutes leurs
forces & que le Comte de
Marr n'a tout au plus que
Rij
: 200 MERCURE
:
2000. hommesauprés de duy.
publier une proclama- On va
tioncontre ce Comte , par laquelle
onpromet10000, livres
fterlin de recompenſe à ceux
qui pourront s'aſſeurer de ſa
perfonne. ८
Le Lord Poowis doit être
jugé par une commiffion particuliere
, ſous le nom de M.
Harbet ; il eſt accuſé d'avoir
agi en qualité de Treſorier du
parti du Prétendant , ayant receu
200. mille livres ſterlin de
quelques PaysEtrangers, dont
il en a diſtribué 1503 milleaux
Conſpirateurs. On dit qu'un
nombre confiderable de Sei .
GALANT. 201
gheurs , Gentilshommes , &
autres, font entrez dans ce noir
complot. Le Chevalier Guillaume
Windham a cſté arrêté.
de Londres du 8. Octobre.
Mr Edoüard Harvey , lun
des fix membres du Parlement
que le Roy avoit ordonné
d'arrêter , & qui eft ſous la
garde d'un Meſſager d'Etat ,
:
J
GALANT. 195
4
fut examiné avant hier au
Conſeil, devant S. M. on lui
fit diverſes queſtions au fujet
du noir complot qui a eſté dé
couvert : mais il nia d'eſtre entré
en aucune confpiration
contre le Roy & le Gouverne.
ment , & ne voulut rien découvrir
, fur quoy on luimon.
tra une Lettre écrite de fa
propre main qui prouvoit fa
trahiſon , cela lemit dansune
grande confufion,& il promit
d'avoüier tout le lendemain.
Là-deſſus on le renvoya fous
la garde du Meſſager ; mais
hier au matin il tenta des'ôter
?
196 MERCURE
T
la vie , & fe donna 3. coups
deganifqui luy ont caufé une
grande perte de fang , cepen
dant on ne croit pas que les
playes foient mortelles ; quel
que temps aprés le Comte de
Nottingham , Préfident du
Confeil , alla le trouver pour
l'examiner & prendre les dé
pofitions; il luy dit entr'autres
choſes : Qu'il s'étoit laiffé induire
follement à entrer dans la
confptration , & qu'il en étoit
bien faché ; mais que voyant
qu'on avoit de telles preuves con
tre luy , &qu'il ne pouvoit pas
échaper à ta fustices il avoit
voulu fetuer pour ne pas s'expoGALANT.
197
5
4
feràtrahirfes amisa
Onn'eſt point encore bien
inſtruit des particularitez de
cet horrible complot. Quelques
uns diſent qu'il devoie
s'executer avant hier ,& que
pendant que ledit Harvey à
latête de400 conjuréz devoit
faire main bafle fur la garde
de S. James , & mettre le feu
au Palais , &c. un autre party
auſſi nombreux devoits'aſſen ,
rer de la Banque , & de Echi
quier ; & mettre le feu en
divers endroits de la Ville ,
pour caufer de la confufion
parmy le peuple. D'autres
Rij
198 MERCURE
aſſeurent que le deſſein des
confpirateurs étoit d'exciter
des revoltes en 2. ou 3. Pro
vinces d'Angleterre pour y
attirer les troupes du Roy , à
fin de favorifer l Invaſion du
Comte de Marr en Angleterre
, à la tête des rebelles
Ecoſſois ; mais que le grand
coup devoit ſe frapper du côté
de l'Oüeſt , où les rebelles ſe
croyoient les plus forts, & où
le Prétendant , devoit débarquer.
Quoyqu'il en foit la
conſpiration étantdécouverte,
&les mesures priſes , pour en
prevenir les ſuites , on ne doute
plus que tous les projets
THEQUR DE
ALANT9
&complots aillent enfudemséree.belles ne
en
*
On affeure qu'on a receu
avisque lePrétendant, a refusé
de paffer en Angleterre, avant
que les amis cuffent affemblé
des forces ſuffiſantes pour foûrenir
fondébarquement
qu'en attendant il preffoit le
Duc d'Ormond ,& le Vicom +
te de Ballinbrock , de paffet ca
ce Pays pour y faire foulever
leurs amis. On apprend d'E
colle que les rebellesn'ont pas
encore affemblé toutes leurs
forces & que le Comte de
Marr n'a tout au plus que
Rij
: 200 MERCURE
:
2000. hommesauprés de duy.
publier une proclama- On va
tioncontre ce Comte , par laquelle
onpromet10000, livres
fterlin de recompenſe à ceux
qui pourront s'aſſeurer de ſa
perfonne. ८
Le Lord Poowis doit être
jugé par une commiffion particuliere
, ſous le nom de M.
Harbet ; il eſt accuſé d'avoir
agi en qualité de Treſorier du
parti du Prétendant , ayant receu
200. mille livres ſterlin de
quelques PaysEtrangers, dont
il en a diſtribué 1503 milleaux
Conſpirateurs. On dit qu'un
nombre confiderable de Sei .
GALANT. 201
gheurs , Gentilshommes , &
autres, font entrez dans ce noir
complot. Le Chevalier Guillaume
Windham a cſté arrêté.
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1100
p. 201-203
De Paris.
Début :
Le Roy a accordé à M. le Baron de Breteüil la permission [...]
Mots clefs :
Roi, Marquis, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris.
De Paris con
Le Roy a accordé à M. le
BarondeBreteil la permiffion
de ſe défaire de ſa Charge
d'Introducteur des Ambaſladeurs
, & en a donné l'agrément
à M. le Marquis de Magny
, fils de M. Foucault
Confeiller d'Etat .
1. M. le Marquis de Simiane ,
premier Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur le Duc
202 MERCURE
d'Orleans , a elté pourveu de
laCharge de Lieutenant General
de Provence, vacante par
le decés du Comte deGrignan,
avec un brevet de retenuë de
deux cent mille livres , pareilà
celuy qu'avoit le Comte de
Gribhan
M. le Comte de Simiane ,
Meſtre de Camp de Cavale
rie , & Brigadier des Armées
du Roy , prêta ces jours paf
fez le ferment entre les mains
de Madame pour la Charge
de fon premiet Ecuyer .
M. Bontemps , Gouverneur
des Tuilleries,& Capitainedes
Chaffes de la Garenne duLou
GALANT. 203
!
vre , a obtenu du Roy la furvivance
de ſa Charge de premier
Valet de Chambre de Sa
Majesté ,pour fon fils.
Madame la Comteſſe de Ri
beira,EpouſedeM. le Comte
de Ribeira , Ambaſladeur de
Portugal en France, accoucha
le 12. du mois paſſe d'un fils
qui fut tenu ſur les Fonds de
Baptême par M. le Cardinal de
Rohan fon grand oncle.
Le Roy a accordé à M. le
BarondeBreteil la permiffion
de ſe défaire de ſa Charge
d'Introducteur des Ambaſladeurs
, & en a donné l'agrément
à M. le Marquis de Magny
, fils de M. Foucault
Confeiller d'Etat .
1. M. le Marquis de Simiane ,
premier Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur le Duc
202 MERCURE
d'Orleans , a elté pourveu de
laCharge de Lieutenant General
de Provence, vacante par
le decés du Comte deGrignan,
avec un brevet de retenuë de
deux cent mille livres , pareilà
celuy qu'avoit le Comte de
Gribhan
M. le Comte de Simiane ,
Meſtre de Camp de Cavale
rie , & Brigadier des Armées
du Roy , prêta ces jours paf
fez le ferment entre les mains
de Madame pour la Charge
de fon premiet Ecuyer .
M. Bontemps , Gouverneur
des Tuilleries,& Capitainedes
Chaffes de la Garenne duLou
GALANT. 203
!
vre , a obtenu du Roy la furvivance
de ſa Charge de premier
Valet de Chambre de Sa
Majesté ,pour fon fils.
Madame la Comteſſe de Ri
beira,EpouſedeM. le Comte
de Ribeira , Ambaſladeur de
Portugal en France, accoucha
le 12. du mois paſſe d'un fils
qui fut tenu ſur les Fonds de
Baptême par M. le Cardinal de
Rohan fon grand oncle.
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