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Détail
Liste
12151
p. 128-129
SUJETS proposés par l'Acad. Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à PAU, pour deux Prix, qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1764.
Début :
L'ACADÉMIE a réservé un des deux Prix qu'elle avoit à distribuer cette année [...]
Mots clefs :
Académie, Ouvrage, Poésie
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texteReconnaissance textuelle : SUJETS proposés par l'Acad. Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à PAU, pour deux Prix, qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1764.
SUJETS propofés par l'Acad. Royale
des Sciences & Beaux - Arts , établie
à PAU , pour deux Prix , qui feront
diftribués le premier Jeudi du mois de
Février 1764.
L'ACADÉMIE a réservé un des deux
Prix qu'elle avoit à diftribuer cette année
; celui de la Poëfie a été remporté
par M. Lemefle de l'Académie des Scien
Belles-Lettres & Arts de Rouen :
Elle en donnera deux en 1764. Le premier
à un Ouvrage de Profe , qui aura
pour Sujet ,
ces ,
L'Éloge de feu M. le Maréchal de
GASSION.
Le fecond à un Ouvrage de Poeſie ,
qui aura pour Sujet ,
Les Avantages de la Navigation..
Les Ouvrages de Poëfie feront au plus
de cent Vers , & ceux de Profe d'une
demi heure de lecture , il en fera adreffé
deux exemplaires à M. de Faget de
Poms , Secrétaire de l'Académie on
n'en recevra aucun après le mois de Novembre
, & s'ils ne font affranchis.
JUILLET. 1763. 129
Chaque Auteur mettra à la fin de fon
Ouvrage une Sentence , & la répétera
au-deffus du Billet cacheté , où il écrira
fon nom .
des Sciences & Beaux - Arts , établie
à PAU , pour deux Prix , qui feront
diftribués le premier Jeudi du mois de
Février 1764.
L'ACADÉMIE a réservé un des deux
Prix qu'elle avoit à diftribuer cette année
; celui de la Poëfie a été remporté
par M. Lemefle de l'Académie des Scien
Belles-Lettres & Arts de Rouen :
Elle en donnera deux en 1764. Le premier
à un Ouvrage de Profe , qui aura
pour Sujet ,
ces ,
L'Éloge de feu M. le Maréchal de
GASSION.
Le fecond à un Ouvrage de Poeſie ,
qui aura pour Sujet ,
Les Avantages de la Navigation..
Les Ouvrages de Poëfie feront au plus
de cent Vers , & ceux de Profe d'une
demi heure de lecture , il en fera adreffé
deux exemplaires à M. de Faget de
Poms , Secrétaire de l'Académie on
n'en recevra aucun après le mois de Novembre
, & s'ils ne font affranchis.
JUILLET. 1763. 129
Chaque Auteur mettra à la fin de fon
Ouvrage une Sentence , & la répétera
au-deffus du Billet cacheté , où il écrira
fon nom .
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Résumé : SUJETS proposés par l'Acad. Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à PAU, pour deux Prix, qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1764.
En juillet 1763, l'Académie Royale des Sciences et Beaux-Arts de Pau a annoncé deux prix pour février 1764. Un prix de 1763 était réservé, celui de poésie attribué à M. Lemesle. Pour 1764, deux prix sont prévus : un éloge du Maréchal de Gassion en prose et un poème sur les avantages de la navigation. Les candidatures, avec deux exemplaires et une sentence, doivent être envoyées à M. de Faget de Poms avant novembre 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12152
p. 129-139
SÉANCE publique de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE.
Début :
M. DE VELYE y a fait lecture d'un Mémoire au sujet des Grands [...]
Mots clefs :
Navets, Terres, Raves, Racines, Vertus, Brochures
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE.
SÉANCE publique de la Société
Litteraire de CHAALONSSUR-
MARNE.
Cette Séance s'eſt tenue le 23 Février 1763 .
M DE VELYE y a fait lecture
d'un Mémoire au fujet des Grands-
Hommes de la Ville & du Païs de Vertus.
Ils font en petit nombre ; mais la
gloire qu'ils ont acquife , eft d'autant
mieux mérit qu'ils n'ont point trouvé
dans leur Patrie ces Maîtres habiles , ces
Ecoles célèbres , & cesexemples fi conmuns
dans les grandes Villes, & fi capables
d'exciter l'émulation.
Nicolas furnommé de Clamange du
lieu de fa naiffance , fe préfente le premier
dans l'ordre chronologique c'eft
auffi le plus diftingué des Sçavans du
Pais de Vertus ; il étoit regardé comme
le Cicéron de fon fiécle. L'illuftre Maifon
de Conflans tire fon origine du mê-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
* me Pays. Vertus compte au nombre de
fes Baillifs , François Lalouette , auquel
on donne auffile titre de Préfident de
Sédan , & qui a été Maître des Requêtes
de l'Hôtel du Roi ; on trouve dans
la Croix du Maine une énumération de
fes écrits , dont plufieurs ont été imprimés.
Comme M. de Velye ne donne
qu'une notice des Grands-Hommes
qui font l'objet de fon Mémoire , il n'eſt
pas poffiblé d'en faire une analyſe fuivie
.
>
Il a étélu enfuite pour M. Defmareft
Affocié externe & abfent , un Mémoire
fur la culture des Raves & des Navets
dans la Guyenne . Il y a cinq variétés
différentes de chaque genre , dont
la diſtinction ne paroît pas fondée fur
des caractères de Botanique aifés à faifir
. On féme les raves & les navets en
deux faifons , la premiere en Avril &
Mai , la feconde depuis le 29 Juillet
jufqu'au 20 Août après la moiffon des
fromens , & dans les terres où la récolte
aura été faite. On commence par donner
deux labours à ces terrés ; on leur
en donne un troifiéme après la femence
, & on paffe le rateau qui tient lieu
de herfe ; on les farcle quand ils font levés
pour, détruire les plantes parafites ,
JUILLET. 1763. 131
arracher les raves ou navets fuperflus ,
& laiffer un intervalle de quatre ou fix
poulces entre chaque pied . Le navet oblong
à racines blanches , & le navet à
racines vertes , ainfi que la rave ronde à
racines blanches , & la rave ronde à racines
rouges , femés dans des terres légéres
, fablonneufes & un peu fubftantieufes
, produifent quelquefois des raves
& des navets du poids de feize &
même de dix-huit livres ; mais ils font
infipides & peu remplis. Ils viennent
d'une faveur fucculente , & d'un volume
raifonnable dans les terres profondes
, légères & meubles dont le fable
fait la bafe , ou dans des terres calcaires
bien divifées , & qui font en proportion
dominante, avec l'argile ; ils réuffiffent
mal dans les terres purement argileufes.
& compactes.
Quoique l'on arrache les navets à
mefure du befoin qu'on en a , la grande
récolte fe fait en nombre ; on les
met alors dans les caves où on les encaiffe
dans du fable ; ils s'y confervent
longtems . Ils fe confervent encore plus
longtems fans altération , fi on les laifſe
en pleine terre , pourvû qu'on ait attention
à en éloigner les Beftiaux , &
que les pluies de l'hyver n'y faffent pas
un trop long séjour. F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
Les navets & les raves font d'une
grande reffource pour les gens de la
Campagne , ils leur fervent d'aliment
pendant une partie de l'année . C'est même
un reméde contre les fiévres lentes
accompagnées de bouffiffures, dont font
attaqués dans certains tems les Habitans
de quelques Cantons marécageux . Auffitôt
qu'ils ont commencé à faire ufage.
des navets , la fiévre difparoît, & ceux
qui en mangent de bonne heure , font
préfervés de la fiévre. Les navets & les
raves fervent auffi à engraiffer les Moutons
, les Boeufs & les Cochons ; cette:
nourriture rétablit les boeufs épuifés par
le travail de l'Eté ; elle leur procure une
tranfpiration abondante , qui leur rend.
le poil uni & libre , & leur chair eft plus
tendre & plus fucculente .
Quoique ce Mémoire paroiffe ne concerner
que la Guyenne , l'intention de
M. Defmareft eft d'engager à étendre la
culture des raves & des navets dans toutes
les parties du Royaume où elle peut
réuffir ; on les cultive déja avec fuccès
dans quelques Paroiffes de l'Election de
Langres , on peut également les culti-.
ver dans les terres de la Province de
Champagne voifines des rivieres , & M.
Defmareft invite les Cultivateurs ChamJUILLET.
1763. 133
penois à ne pas négliger cette branche
d'agriculture.
M. de Chalette ayant envoyé la Préface
d'un Ouvrage qu'il fe propofe de
faire imprimer , intitulé : la Médecine
des Chevaux à l'ufage des Laboureurs
tirée des meilleurs Auteurs , & confirmée
par l'expérience : la Société a eftimé
qu'il convenoit d'en faire patt d'avanee
au Public.
De tous les animaux domeftiques , le
Cheval eft fans contredit celui dont l'utilité
eft la plus étendue. En Angleterre
les plus fameux Médecins , & les plus
habiles Chirurgiens ne dédaignent point
d'en faire l'objet de leurs foins , & de
leur étude. Il eft furprenant qu'en France
la confervation de cet animal précieux
foit abandonnée à des perfonnes
qui pour la plupart , n'ont pas la moindre
connoiffance des maladies qui l'at
taquent , ni des remédes qui leur con
viennent. Les Maréchaux de Village
étant d'une ignorance profonde, ou remplis
de préjugés , M. de Chalette croit
rendre fervice à ceux qui font forcés
d'y avoir recours en les mettant en
état de s'en paffer , ou du moins de les
diriger. Son Ouvrage préfente done
deux avantages , l'un de décrier une foule
134 MERCURE DE FRANCE .
de remédes & de recettes prèfque toujours
inutiles , très - fouvent dangereufes
, & quelquefois pernicieuſes ; l'autre,
en rendant le Laboureur capable de traiter
par lui-même les maladies de fes chevaux,
de lui épargner la dépenfe des foins
d'un Maréchal , & du prix exhorbitant
des drogues que celui- ci lui furvend.
Cette lecture a été fuivie de celle
d'une Differtation fur le préjugé littéraire.
M. Rouffel, qui en eft Auteur , donne
d'abord un précis de tous les objets
qui peuvent occuper l'efprit humain ;
il fait voir qu'il n'a à redouter que
le préjugé peu raifonnable , qui rend
fouvent fes recherches inutiles, le raiſonnement
faux , le littérateur eſclave , ou
capable de franchir les bornes de la
vraie fageffe. Il trace enfuite le tableau
des différentes efpéces de préjugés , &
il combat ceux qui font contraires à la
faine Raifon avec autant d'éloquence
que de force , & en même-temps avec
cette aménité & cette politeffe qui conftituent
le caractère de fes Ouvrages.
L'Affemblée en a paru très-fatisfaite.
On a lu auffi un Effai fur la critique
par M. Formey
Affocié externe &
Secrétaire de l'Académie de Berlin . M.
Formey après avoir défini la critique ,
JUILLET. 1763. 135
>
l'art d'analyfer les Ouvrages pour en
faire connoîrre les beautés & les défauts
conformement aux régles qui ont
été fuivies , ou qui auroient dû l'être
ajoute qu'il ne fe propofe d'en parler
qu'autant qu'elle eft fpécialement deftinée
à montrer les taches qui peuvent
défigurer un Ouvrage. Il paffe enfuite
en revue les différentes efpéces de critiques
qui fe répandent aujourd'hui
- dans la République des Lettres , ce
font les brochures & les journaux , &
il éxamine s'ils rempliffent bien leur
objet .
Les brochures font fouvent le fruit
d'un demi fçavoir , du défoeuvrement ,
du prurit d'écrire , de la jaloufie , ou
de la haine. On y prend le ton des perfonnalités
& de la querelle , & il eft
rare d'en trouver qui foient marquées
au bon coin.
M. Formey n'admet guères dans cette
claffe que les Obfervations de l'Académie
fur le Cid , & les fentimens de Cléante
fur les entretiens d'Arifte & d'Eugène.
Le Public ne peut tirer aucun avantage
de ces brochures , & les Auteurs ne
les regardent fouvent que comme un
motif de triomphe. Les Journaux ne
produisent pas un meilleur effet ; ils ne
136 MERCURE DE FRANCE.
peuvent réuffir qu'entre les mains d'une
Compagnie bien choisie & bien aflortie:
c'ell cette prérogative qui maintient
le Journal des Sçavans dans ce degré
de primauté qu'il s'eft acquis. Les affections
& les paffions font fouvent fi
évidentes dans beaucoup d'autres , qu'il
feroit à fouhaiter qu'ils fuflent moins
multipliés , & la plupart font incapables
d'empêcher les abus que les Auteurs font
de leurs talens .
Le Gouvernement & les Magiftrats
veillent bien à la confervation des fondemens
de la fociété , qui font le refpect
dû à l'Etre fuprême , les droits des Souverains
& les bonnes moeurs : ils flétrif
fent les productions qui attaquent ces
principes ; mais ces flétriffures ne fervent
ordinairement qu'à donner du crédit aux
ouvrages , & à piquer la curiofité.
M. Formey demande enfuite fi on ne
pourroit pas établir un autre genre de
police qui influât plus immédiatement
fur le bon ordre : il y a bien des Cenfeurs
établis par le Gouvernement ; mais
ils s'acquittent fouvent mal des fonctions
qui leur font confiées ; d'ailleurs on impime
beaucoup de Livres qui n'ont pas
été foumis à la cenfure ,.
De-là M. Formey paffe à fon projet
JUILLET. 1763. 137
de police , aux rifques d'effuyer quelque
raillerie ; le voici Il voudroit que le
Souverain confidérant la Littérature de
fes Etats comme un objet qui peur influer
fur le bonheur de fes peuples ,
établît un Corps de gens de Lettres de
différentes facultés & profeffions , au
nombre de douze , tous d'un âge mûr
& non décrépit , fages, ayant des moeurs,
auxquels il feroit affigné des penfionspour
les mettre en état d'être plus actifs & plus
attentifs. Tous les ouvrages fercient remis
à leur Secrétaire , & diftribués à chacun
fuivant fes talens , pour être examinés
& en être fait rapport dans les féances réglées
qui fe tiendroient une ou plufieurs
fois chaque femaine , afin d'accorder où
refufer la permiffion d'imprimer.
Tout ce qui fe trouveroit contraire à
la Réligion , à la conftitution politique
& à la vertu , feroit rejetté , fous quelque
forme qu'il fût préfenté. A l'égard
de ce qui n'eft mauvais que par un défut
de génie , de connoiffances , de
ſtyle , &c, on ufercit d'un ménagement
judicieux ; le Commiſfaire examinateur
donneroit des avis aux Auteurs ; & quand
ceux-ci ne s'y rendroient pas , on les
laifferoit aller avec leur imprimatur.
Il feroit à propos de mettre les Li138
MERCURE DE FRANCE.
braires fous la dépendance abfolue du
Tribunal , fans cela il feroit inutile de
faire des difficultés à un Auteur , qui ,
pour les lever , n'auroit qu'à aller trouver
un Libraire avec lequel il feroit un
marché d'autant plus avantageux que
le Livre feroit digne d'être fupprimé.
Il faudroit auffi que les Examinateurs
exerçaffent une févérité particulière fur
les écrits polémiques , qu'ils en rettanchaffent
tous les termes marqués au coin
de la paffion , & capables d'aliéner les
efprits qu'on fe propofe de convaincre.
Il feroit même convenable de ne pas
fouffrir ces airs de fupériorité & de hauteur
que les critiques prennent fi volontiers
, & fur - tout ces ironies dont la
plaie eft encore plus cuifante que celle
des injures.
Telles font les réfléxions qu'une affez
longue expérience dans ce genre a fuggérées
à M. Formey; & quand il n'auroit
pas indiqué des règles affez certaines
pour remplir fon objet , il feroit toujours
louable de les avoir propofées.
La féance a été terminée par la lecture
de quelques Stances fur l'homme , par
M. France; & de Réfléxions en vers fur
la cérémonie du jour des Cendres , par
M. l'Abbé de Saulx, Chanoine de l'Eglife
JUILLET. 1763. 139.
de Rheims , & Chancelier de l'Univerfité
de la même Ville.
Litteraire de CHAALONSSUR-
MARNE.
Cette Séance s'eſt tenue le 23 Février 1763 .
M DE VELYE y a fait lecture
d'un Mémoire au fujet des Grands-
Hommes de la Ville & du Païs de Vertus.
Ils font en petit nombre ; mais la
gloire qu'ils ont acquife , eft d'autant
mieux mérit qu'ils n'ont point trouvé
dans leur Patrie ces Maîtres habiles , ces
Ecoles célèbres , & cesexemples fi conmuns
dans les grandes Villes, & fi capables
d'exciter l'émulation.
Nicolas furnommé de Clamange du
lieu de fa naiffance , fe préfente le premier
dans l'ordre chronologique c'eft
auffi le plus diftingué des Sçavans du
Pais de Vertus ; il étoit regardé comme
le Cicéron de fon fiécle. L'illuftre Maifon
de Conflans tire fon origine du mê-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
* me Pays. Vertus compte au nombre de
fes Baillifs , François Lalouette , auquel
on donne auffile titre de Préfident de
Sédan , & qui a été Maître des Requêtes
de l'Hôtel du Roi ; on trouve dans
la Croix du Maine une énumération de
fes écrits , dont plufieurs ont été imprimés.
Comme M. de Velye ne donne
qu'une notice des Grands-Hommes
qui font l'objet de fon Mémoire , il n'eſt
pas poffiblé d'en faire une analyſe fuivie
.
>
Il a étélu enfuite pour M. Defmareft
Affocié externe & abfent , un Mémoire
fur la culture des Raves & des Navets
dans la Guyenne . Il y a cinq variétés
différentes de chaque genre , dont
la diſtinction ne paroît pas fondée fur
des caractères de Botanique aifés à faifir
. On féme les raves & les navets en
deux faifons , la premiere en Avril &
Mai , la feconde depuis le 29 Juillet
jufqu'au 20 Août après la moiffon des
fromens , & dans les terres où la récolte
aura été faite. On commence par donner
deux labours à ces terrés ; on leur
en donne un troifiéme après la femence
, & on paffe le rateau qui tient lieu
de herfe ; on les farcle quand ils font levés
pour, détruire les plantes parafites ,
JUILLET. 1763. 131
arracher les raves ou navets fuperflus ,
& laiffer un intervalle de quatre ou fix
poulces entre chaque pied . Le navet oblong
à racines blanches , & le navet à
racines vertes , ainfi que la rave ronde à
racines blanches , & la rave ronde à racines
rouges , femés dans des terres légéres
, fablonneufes & un peu fubftantieufes
, produifent quelquefois des raves
& des navets du poids de feize &
même de dix-huit livres ; mais ils font
infipides & peu remplis. Ils viennent
d'une faveur fucculente , & d'un volume
raifonnable dans les terres profondes
, légères & meubles dont le fable
fait la bafe , ou dans des terres calcaires
bien divifées , & qui font en proportion
dominante, avec l'argile ; ils réuffiffent
mal dans les terres purement argileufes.
& compactes.
Quoique l'on arrache les navets à
mefure du befoin qu'on en a , la grande
récolte fe fait en nombre ; on les
met alors dans les caves où on les encaiffe
dans du fable ; ils s'y confervent
longtems . Ils fe confervent encore plus
longtems fans altération , fi on les laifſe
en pleine terre , pourvû qu'on ait attention
à en éloigner les Beftiaux , &
que les pluies de l'hyver n'y faffent pas
un trop long séjour. F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
Les navets & les raves font d'une
grande reffource pour les gens de la
Campagne , ils leur fervent d'aliment
pendant une partie de l'année . C'est même
un reméde contre les fiévres lentes
accompagnées de bouffiffures, dont font
attaqués dans certains tems les Habitans
de quelques Cantons marécageux . Auffitôt
qu'ils ont commencé à faire ufage.
des navets , la fiévre difparoît, & ceux
qui en mangent de bonne heure , font
préfervés de la fiévre. Les navets & les
raves fervent auffi à engraiffer les Moutons
, les Boeufs & les Cochons ; cette:
nourriture rétablit les boeufs épuifés par
le travail de l'Eté ; elle leur procure une
tranfpiration abondante , qui leur rend.
le poil uni & libre , & leur chair eft plus
tendre & plus fucculente .
Quoique ce Mémoire paroiffe ne concerner
que la Guyenne , l'intention de
M. Defmareft eft d'engager à étendre la
culture des raves & des navets dans toutes
les parties du Royaume où elle peut
réuffir ; on les cultive déja avec fuccès
dans quelques Paroiffes de l'Election de
Langres , on peut également les culti-.
ver dans les terres de la Province de
Champagne voifines des rivieres , & M.
Defmareft invite les Cultivateurs ChamJUILLET.
1763. 133
penois à ne pas négliger cette branche
d'agriculture.
M. de Chalette ayant envoyé la Préface
d'un Ouvrage qu'il fe propofe de
faire imprimer , intitulé : la Médecine
des Chevaux à l'ufage des Laboureurs
tirée des meilleurs Auteurs , & confirmée
par l'expérience : la Société a eftimé
qu'il convenoit d'en faire patt d'avanee
au Public.
De tous les animaux domeftiques , le
Cheval eft fans contredit celui dont l'utilité
eft la plus étendue. En Angleterre
les plus fameux Médecins , & les plus
habiles Chirurgiens ne dédaignent point
d'en faire l'objet de leurs foins , & de
leur étude. Il eft furprenant qu'en France
la confervation de cet animal précieux
foit abandonnée à des perfonnes
qui pour la plupart , n'ont pas la moindre
connoiffance des maladies qui l'at
taquent , ni des remédes qui leur con
viennent. Les Maréchaux de Village
étant d'une ignorance profonde, ou remplis
de préjugés , M. de Chalette croit
rendre fervice à ceux qui font forcés
d'y avoir recours en les mettant en
état de s'en paffer , ou du moins de les
diriger. Son Ouvrage préfente done
deux avantages , l'un de décrier une foule
134 MERCURE DE FRANCE .
de remédes & de recettes prèfque toujours
inutiles , très - fouvent dangereufes
, & quelquefois pernicieuſes ; l'autre,
en rendant le Laboureur capable de traiter
par lui-même les maladies de fes chevaux,
de lui épargner la dépenfe des foins
d'un Maréchal , & du prix exhorbitant
des drogues que celui- ci lui furvend.
Cette lecture a été fuivie de celle
d'une Differtation fur le préjugé littéraire.
M. Rouffel, qui en eft Auteur , donne
d'abord un précis de tous les objets
qui peuvent occuper l'efprit humain ;
il fait voir qu'il n'a à redouter que
le préjugé peu raifonnable , qui rend
fouvent fes recherches inutiles, le raiſonnement
faux , le littérateur eſclave , ou
capable de franchir les bornes de la
vraie fageffe. Il trace enfuite le tableau
des différentes efpéces de préjugés , &
il combat ceux qui font contraires à la
faine Raifon avec autant d'éloquence
que de force , & en même-temps avec
cette aménité & cette politeffe qui conftituent
le caractère de fes Ouvrages.
L'Affemblée en a paru très-fatisfaite.
On a lu auffi un Effai fur la critique
par M. Formey
Affocié externe &
Secrétaire de l'Académie de Berlin . M.
Formey après avoir défini la critique ,
JUILLET. 1763. 135
>
l'art d'analyfer les Ouvrages pour en
faire connoîrre les beautés & les défauts
conformement aux régles qui ont
été fuivies , ou qui auroient dû l'être
ajoute qu'il ne fe propofe d'en parler
qu'autant qu'elle eft fpécialement deftinée
à montrer les taches qui peuvent
défigurer un Ouvrage. Il paffe enfuite
en revue les différentes efpéces de critiques
qui fe répandent aujourd'hui
- dans la République des Lettres , ce
font les brochures & les journaux , &
il éxamine s'ils rempliffent bien leur
objet .
Les brochures font fouvent le fruit
d'un demi fçavoir , du défoeuvrement ,
du prurit d'écrire , de la jaloufie , ou
de la haine. On y prend le ton des perfonnalités
& de la querelle , & il eft
rare d'en trouver qui foient marquées
au bon coin.
M. Formey n'admet guères dans cette
claffe que les Obfervations de l'Académie
fur le Cid , & les fentimens de Cléante
fur les entretiens d'Arifte & d'Eugène.
Le Public ne peut tirer aucun avantage
de ces brochures , & les Auteurs ne
les regardent fouvent que comme un
motif de triomphe. Les Journaux ne
produisent pas un meilleur effet ; ils ne
136 MERCURE DE FRANCE.
peuvent réuffir qu'entre les mains d'une
Compagnie bien choisie & bien aflortie:
c'ell cette prérogative qui maintient
le Journal des Sçavans dans ce degré
de primauté qu'il s'eft acquis. Les affections
& les paffions font fouvent fi
évidentes dans beaucoup d'autres , qu'il
feroit à fouhaiter qu'ils fuflent moins
multipliés , & la plupart font incapables
d'empêcher les abus que les Auteurs font
de leurs talens .
Le Gouvernement & les Magiftrats
veillent bien à la confervation des fondemens
de la fociété , qui font le refpect
dû à l'Etre fuprême , les droits des Souverains
& les bonnes moeurs : ils flétrif
fent les productions qui attaquent ces
principes ; mais ces flétriffures ne fervent
ordinairement qu'à donner du crédit aux
ouvrages , & à piquer la curiofité.
M. Formey demande enfuite fi on ne
pourroit pas établir un autre genre de
police qui influât plus immédiatement
fur le bon ordre : il y a bien des Cenfeurs
établis par le Gouvernement ; mais
ils s'acquittent fouvent mal des fonctions
qui leur font confiées ; d'ailleurs on impime
beaucoup de Livres qui n'ont pas
été foumis à la cenfure ,.
De-là M. Formey paffe à fon projet
JUILLET. 1763. 137
de police , aux rifques d'effuyer quelque
raillerie ; le voici Il voudroit que le
Souverain confidérant la Littérature de
fes Etats comme un objet qui peur influer
fur le bonheur de fes peuples ,
établît un Corps de gens de Lettres de
différentes facultés & profeffions , au
nombre de douze , tous d'un âge mûr
& non décrépit , fages, ayant des moeurs,
auxquels il feroit affigné des penfionspour
les mettre en état d'être plus actifs & plus
attentifs. Tous les ouvrages fercient remis
à leur Secrétaire , & diftribués à chacun
fuivant fes talens , pour être examinés
& en être fait rapport dans les féances réglées
qui fe tiendroient une ou plufieurs
fois chaque femaine , afin d'accorder où
refufer la permiffion d'imprimer.
Tout ce qui fe trouveroit contraire à
la Réligion , à la conftitution politique
& à la vertu , feroit rejetté , fous quelque
forme qu'il fût préfenté. A l'égard
de ce qui n'eft mauvais que par un défut
de génie , de connoiffances , de
ſtyle , &c, on ufercit d'un ménagement
judicieux ; le Commiſfaire examinateur
donneroit des avis aux Auteurs ; & quand
ceux-ci ne s'y rendroient pas , on les
laifferoit aller avec leur imprimatur.
Il feroit à propos de mettre les Li138
MERCURE DE FRANCE.
braires fous la dépendance abfolue du
Tribunal , fans cela il feroit inutile de
faire des difficultés à un Auteur , qui ,
pour les lever , n'auroit qu'à aller trouver
un Libraire avec lequel il feroit un
marché d'autant plus avantageux que
le Livre feroit digne d'être fupprimé.
Il faudroit auffi que les Examinateurs
exerçaffent une févérité particulière fur
les écrits polémiques , qu'ils en rettanchaffent
tous les termes marqués au coin
de la paffion , & capables d'aliéner les
efprits qu'on fe propofe de convaincre.
Il feroit même convenable de ne pas
fouffrir ces airs de fupériorité & de hauteur
que les critiques prennent fi volontiers
, & fur - tout ces ironies dont la
plaie eft encore plus cuifante que celle
des injures.
Telles font les réfléxions qu'une affez
longue expérience dans ce genre a fuggérées
à M. Formey; & quand il n'auroit
pas indiqué des règles affez certaines
pour remplir fon objet , il feroit toujours
louable de les avoir propofées.
La féance a été terminée par la lecture
de quelques Stances fur l'homme , par
M. France; & de Réfléxions en vers fur
la cérémonie du jour des Cendres , par
M. l'Abbé de Saulx, Chanoine de l'Eglife
JUILLET. 1763. 139.
de Rheims , & Chancelier de l'Univerfité
de la même Ville.
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Résumé : SÉANCE publique de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE.
Lors d'une séance publique de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne le 23 février 1763, plusieurs mémoires et dissertations furent présentés. M. de Velye exposa un mémoire sur les grands hommes de Vertus, mettant en lumière leur mérite malgré l'absence d'institutions éducatives. Il mentionna notamment Nicolas de Clamange, décrit comme un savant distingué comparable à Cicéron, ainsi que la famille de Conflans et François Lalouette, Maître des Requêtes. M. Desmarets présenta un mémoire sur la culture des raves et des navets en Guyenne, détaillant cinq variétés et leurs méthodes de culture, et suggéra d'étendre cette pratique en Champagne. M. de Chalette envoya la préface d'un ouvrage sur la médecine des chevaux, critiquant les pratiques des maréchaux de village et proposant des remèdes efficaces. La séance inclut également la lecture d'une dissertation de M. Rouffel sur le préjugé littéraire, qui examina les divers objets pouvant occuper l'esprit humain et mit en garde contre les préjugés. Un essai sur la critique par M. Formey, associé de l'Académie de Berlin, fut présenté, définissant la critique et proposant un projet de police littéraire pour examiner les ouvrages avant impression. La séance se conclut par la lecture de poèmes de M. France et de l'abbé de Saulx.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12153
p. 139-144
MÉDECINE. EXTRAIT du Recueil des Lettres de Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE, nouvellement imprimée à Londres.
Début :
De CONSTANTINOPLE, le.... JE crois ma chère S. ... qu'au lieu de vous faire des excuses de ne vous avoir [...]
Mots clefs :
Maladie, Opération, Vérole, Guerres, Contagion
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texteReconnaissance textuelle : MÉDECINE. EXTRAIT du Recueil des Lettres de Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE, nouvellement imprimée à Londres.
MÉDECINE.
EXTRAIT du Recueil des Lettres de
Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE
, nouvellement imprimée à
Londres.
J
De CONSTANTINOPLE , le....
E crois ma chère S. ... qu'au lieu de
vous faire des excufes de ne vous avoir
pas écrit jufqu'à préfent , c'eft plûtôt à
moi à me plaindre de ce que vous n'avez
pas encore répondu à la lettre que
que je vous écrivis à Nimegue au mois
d'Août dernier ; il me femble que je
puis aifément juftifier mon filence par
les longs & pénibles voyages que je
viens de faire , je fuis pourtant obligée
d'avouer qu'ils ne fe font point terminés
auffi triftement que vous vous le figurez.
Je me trouve affez bien ici , & je n'y
fuis pas auffi ifolée que vous le penfez :
une multitude de Grecs , de François ,
d'Anglois & d'Italiens qui font fous notre
protection , nous fait la cour depuis
le matin jufqu'au foir. Il fe trouve parmi
eux des femmes très - aimables ;tous ces
140 MERCURE DE FRANCE.
Etrangers , ne peuvent être en fureté ici
que fous la protection d'un Ambaffadeur,
& plus ils font riches , plus ils courent
de rifque
.
:
Au refte , toutes ces hiftoires effrayantes
qu'on vous a faites des ravages que
fait ici la pefte , font très-peu fondées
en raifon je dois convenir cependant
que j'ai eu de la peine à m'accoutumer
à ce mot qui a toûjours réveillé en moi
les plus terribles idées. Mais je fuis convaincue
que dans le fond , cette maladie
n'eft guères plus fâcheufe qu'une fiévre
maligne; je vous en donnerai une preuve
en vous difant que j'ai paffé dans deux
ou trois Villes , ou la contagion étoit trèsconfidérable.
Dans une maifon à côté
de celle où je logeois , deux perfonnes
en moururent : heureufement que je fus
reçue & traitée avec tant d'attention
qu'on me tint la chofe cachée ; on me
dit feulement que mon fecond Cuifinier
avoit un gros rhume & je laiffai mon
Médecin pour prendre foin de lui. Hier
je les vis arriver tous les deux en bonne
fanté , & on m'avoua que c'étoit la pefte
que mon Cuifinier avoit eué. Il y a beaucoup
de gens qui réchappent de cette
maladie , & la contagion ne régne pas
continuellement. Je fuis perfuadée qu'il
JUILLET . 1763. 141
feroit aisé d'en extirper ici le principe
comme on a fait en Italie & en France ;
mais elle fait fi peu de ravage , qu'on ne
s'en inquiéte guéres & qu'on ne fe
trouve pas fort à plaindre , d'être exposé
à cette funefte mais unique maladie , qui
leur tient lieu de toutes celles qui nous
affiégent , & dont ils font totalement
exempts.
*
萝
Mais à propos de maladie , je veux
vous apprendre une chofe qui vous fera,
regretter de n'être pas ici. La petite vérole
, cette contagion fi générale & fi
cruelle parmi nous , ne fait aucun mal
ici , grace à la découverte de l'Infertion.
Il y a plufieurs vieilles femmes
dont le métier eft de faire cette opération
; elles choififfent pour cet effet le
mois de Septembre , parce qu'alors les
grandes chaleurs font paffées. C'eſt la
coutume d'envoyer chez les gens de fa
connoiffance , pour demander s'il n'y a
perfonne qui veuille avoir la petite vérole.
On fe raffemble ordinairement au
nombre de quinze ou feize ; la vieille
vient avec une coquille de noix , pleine
de la matière de la petite vérole qu'elle
a eu foin de choifir de la meilleure éfpéce,
& elle vous demande quelle veine
*
་ ་
ingrafting qui veut dire proprement greffe .
142 MERCURE DE FRANCE.
vous voulez qu'elle vous ouvre. Lorfque
vous avez fait votre choix , elle ouvre le
vaiffeau avec une groffe aiguille , ce qui
ne vous fait pas plus de mal qu'une
fimple égratignure , & elle introduit autant
de matière qu'il en peut tenir fur
la pointe de l'aiguille ; cela fait , elle bande
cette petite playe , qu'elle recouvre
avec un petit fragment de coquille , &
elle réïtére l'opération fur quatre ou cinq
veines. Les Grecs ont communément la
fuperftition de fe faire faire une des infertions
au milieu du front , une dans
chacun des bras & l'autre dans la poi
trine , afin de donner à cette opération
la forme du figne de la Croix . Mais
cette manière a des inconvéniens , en
ce que les playes laiffent des traces qui
marquent auffi ceux qui ne font point
fuperftitieux , aiment mieux que cette
opération foit faite aux jambes ou aux
bras , ou dans quelque partie qui foit
cachée. Les enfans & les jeunes gens
qui ont fubi l'opération , jouent enfemble
& fe divertiffent , continuant d'être
en parfaite fantéjufqu'au huitiéme jour ;
alors la fiévre les prend , & ils gardent
le lit pendant deux jours , & rarement
pendant trois. Il n'arrive guères qu'ils
ayent plus de 20 ou 30 boutons fur
JUILLET. 1763. 143
le vifage , lefquels ne laiffent jamais aucune
trace , & au bout de huit jours
le malade eft abfolument rétabli. Aux
endroits ou l'infertion a été faite , s'établit
une fupuration qui continue pendant
la maladie , & qui paroît devoir
contribuer beaucoup à la rendre bénigne.
On voit ici tous les ans plus de
mille perfonnes fe foumettre à cette
opération ; & l'Ambaffadeur de France
dit plaifament qu'on fe donne ici la petite
vérole par partie de plaifirs , comme
on va prendre les eaux dans d'autres
pays. Il n'y a pas d'exemple qu'une
feule perfonne en foit morte. Enfin vous
ne douterez pas de la perfuafion où je
fuis de la certitude de cette méthode ,
puifque je compte l'éprouver fur mon
cher petit enfant. J'ai l'efprit affez patriotique
, pour vouloir la mettre à la
mode en Angleterre , & je ne manque
rai pas d'en écrire un grand . détail à quelques-
uns de nos Médecins, fi j'en trouve
d'affez vertueux pour facrifier ainfi à l'avantage
de l'humanité, une branche auffi
confidérable de leurs revenus. En effet ,
cette maladie leur eft trop profitable, pour
ne pas expofer à leur reffentiment le
premier téméraire qui entreprendroit de
la détruire. Peut-être cependant , qu'à
144 MERCURE DE FRANCE .
mon retour j'aurai le courage d'entrer
en guerre avec eux . Admirez l'héroifme
de votre Amie , qui eft & c.
EXTRAIT du Recueil des Lettres de
Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE
, nouvellement imprimée à
Londres.
J
De CONSTANTINOPLE , le....
E crois ma chère S. ... qu'au lieu de
vous faire des excufes de ne vous avoir
pas écrit jufqu'à préfent , c'eft plûtôt à
moi à me plaindre de ce que vous n'avez
pas encore répondu à la lettre que
que je vous écrivis à Nimegue au mois
d'Août dernier ; il me femble que je
puis aifément juftifier mon filence par
les longs & pénibles voyages que je
viens de faire , je fuis pourtant obligée
d'avouer qu'ils ne fe font point terminés
auffi triftement que vous vous le figurez.
Je me trouve affez bien ici , & je n'y
fuis pas auffi ifolée que vous le penfez :
une multitude de Grecs , de François ,
d'Anglois & d'Italiens qui font fous notre
protection , nous fait la cour depuis
le matin jufqu'au foir. Il fe trouve parmi
eux des femmes très - aimables ;tous ces
140 MERCURE DE FRANCE.
Etrangers , ne peuvent être en fureté ici
que fous la protection d'un Ambaffadeur,
& plus ils font riches , plus ils courent
de rifque
.
:
Au refte , toutes ces hiftoires effrayantes
qu'on vous a faites des ravages que
fait ici la pefte , font très-peu fondées
en raifon je dois convenir cependant
que j'ai eu de la peine à m'accoutumer
à ce mot qui a toûjours réveillé en moi
les plus terribles idées. Mais je fuis convaincue
que dans le fond , cette maladie
n'eft guères plus fâcheufe qu'une fiévre
maligne; je vous en donnerai une preuve
en vous difant que j'ai paffé dans deux
ou trois Villes , ou la contagion étoit trèsconfidérable.
Dans une maifon à côté
de celle où je logeois , deux perfonnes
en moururent : heureufement que je fus
reçue & traitée avec tant d'attention
qu'on me tint la chofe cachée ; on me
dit feulement que mon fecond Cuifinier
avoit un gros rhume & je laiffai mon
Médecin pour prendre foin de lui. Hier
je les vis arriver tous les deux en bonne
fanté , & on m'avoua que c'étoit la pefte
que mon Cuifinier avoit eué. Il y a beaucoup
de gens qui réchappent de cette
maladie , & la contagion ne régne pas
continuellement. Je fuis perfuadée qu'il
JUILLET . 1763. 141
feroit aisé d'en extirper ici le principe
comme on a fait en Italie & en France ;
mais elle fait fi peu de ravage , qu'on ne
s'en inquiéte guéres & qu'on ne fe
trouve pas fort à plaindre , d'être exposé
à cette funefte mais unique maladie , qui
leur tient lieu de toutes celles qui nous
affiégent , & dont ils font totalement
exempts.
*
萝
Mais à propos de maladie , je veux
vous apprendre une chofe qui vous fera,
regretter de n'être pas ici. La petite vérole
, cette contagion fi générale & fi
cruelle parmi nous , ne fait aucun mal
ici , grace à la découverte de l'Infertion.
Il y a plufieurs vieilles femmes
dont le métier eft de faire cette opération
; elles choififfent pour cet effet le
mois de Septembre , parce qu'alors les
grandes chaleurs font paffées. C'eſt la
coutume d'envoyer chez les gens de fa
connoiffance , pour demander s'il n'y a
perfonne qui veuille avoir la petite vérole.
On fe raffemble ordinairement au
nombre de quinze ou feize ; la vieille
vient avec une coquille de noix , pleine
de la matière de la petite vérole qu'elle
a eu foin de choifir de la meilleure éfpéce,
& elle vous demande quelle veine
*
་ ་
ingrafting qui veut dire proprement greffe .
142 MERCURE DE FRANCE.
vous voulez qu'elle vous ouvre. Lorfque
vous avez fait votre choix , elle ouvre le
vaiffeau avec une groffe aiguille , ce qui
ne vous fait pas plus de mal qu'une
fimple égratignure , & elle introduit autant
de matière qu'il en peut tenir fur
la pointe de l'aiguille ; cela fait , elle bande
cette petite playe , qu'elle recouvre
avec un petit fragment de coquille , &
elle réïtére l'opération fur quatre ou cinq
veines. Les Grecs ont communément la
fuperftition de fe faire faire une des infertions
au milieu du front , une dans
chacun des bras & l'autre dans la poi
trine , afin de donner à cette opération
la forme du figne de la Croix . Mais
cette manière a des inconvéniens , en
ce que les playes laiffent des traces qui
marquent auffi ceux qui ne font point
fuperftitieux , aiment mieux que cette
opération foit faite aux jambes ou aux
bras , ou dans quelque partie qui foit
cachée. Les enfans & les jeunes gens
qui ont fubi l'opération , jouent enfemble
& fe divertiffent , continuant d'être
en parfaite fantéjufqu'au huitiéme jour ;
alors la fiévre les prend , & ils gardent
le lit pendant deux jours , & rarement
pendant trois. Il n'arrive guères qu'ils
ayent plus de 20 ou 30 boutons fur
JUILLET. 1763. 143
le vifage , lefquels ne laiffent jamais aucune
trace , & au bout de huit jours
le malade eft abfolument rétabli. Aux
endroits ou l'infertion a été faite , s'établit
une fupuration qui continue pendant
la maladie , & qui paroît devoir
contribuer beaucoup à la rendre bénigne.
On voit ici tous les ans plus de
mille perfonnes fe foumettre à cette
opération ; & l'Ambaffadeur de France
dit plaifament qu'on fe donne ici la petite
vérole par partie de plaifirs , comme
on va prendre les eaux dans d'autres
pays. Il n'y a pas d'exemple qu'une
feule perfonne en foit morte. Enfin vous
ne douterez pas de la perfuafion où je
fuis de la certitude de cette méthode ,
puifque je compte l'éprouver fur mon
cher petit enfant. J'ai l'efprit affez patriotique
, pour vouloir la mettre à la
mode en Angleterre , & je ne manque
rai pas d'en écrire un grand . détail à quelques-
uns de nos Médecins, fi j'en trouve
d'affez vertueux pour facrifier ainfi à l'avantage
de l'humanité, une branche auffi
confidérable de leurs revenus. En effet ,
cette maladie leur eft trop profitable, pour
ne pas expofer à leur reffentiment le
premier téméraire qui entreprendroit de
la détruire. Peut-être cependant , qu'à
144 MERCURE DE FRANCE .
mon retour j'aurai le courage d'entrer
en guerre avec eux . Admirez l'héroifme
de votre Amie , qui eft & c.
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Résumé : MÉDECINE. EXTRAIT du Recueil des Lettres de Milady MARY WORTHLEY MONTAGUTE, nouvellement imprimée à Londres.
Dans une lettre écrite depuis Constantinople, Milady Mary Wortley Montagu s'excuse pour le retard de sa correspondance, attribuant cela à des voyages longs et éprouvants. Elle se trouve actuellement entourée de divers étrangers sous la protection d'un ambassadeur. Elle dément les récits alarmistes sur la peste à Constantinople, affirmant que la maladie est comparable à une fièvre maligne et que nombreux sont ceux qui en guérissent. Milady Montagu décrit ensuite la pratique de la variolisation, une méthode de prévention de la variole très répandue et sûre dans la région. Cette procédure, effectuée par des femmes expérimentées, consiste à introduire une petite quantité de matière de la variole dans une veine. Les patients, souvent réunis pour l'opération, poursuivent leurs activités quotidiennes jusqu'à l'apparition de la fièvre après huit jours, suivie d'une guérison rapide sans cicatrices. Milady Montagu exprime son désir de faire pratiquer cette méthode sur son enfant et envisage de promouvoir cette pratique en Angleterre, malgré l'opposition probable des médecins locaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12154
p. 152-159
PEINTURE. LETTRE d'une nouvelle Société, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
Début :
MONSIEUR, Nous sommes sept qui cultivons chacun par goût ou par état, une science [...]
Mots clefs :
Tableau, Figure, Verre, Optique, Facettes , Jugement
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texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. LETTRE d'une nouvelle Société, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
PEINTURE.
LETTRE d'une nouvelle Société , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure de France.
MONSIEUR ,
Nous fommes fept qui cultivons
chacun par goût ou par état , une fcience
particulière nous nous réuniffons une
fois la femaine , autant par amitié que
pour notre inftruction mutuelle . Si l'un
de nous a fait quelque obfervation qu'il
eftime digne d'être communiquée aux
autres , elle eft foumife à un examen
rigoureux : il eft dans nos conventions
que nos jugemens feront auffi févères
qu'il fe pourra , & le premier article de
nos Statuts volontaires , eft de ne nous
faire aucune grace ; la vérité qui dicte
nos décifions fur notre manière réciproque
de penfer , refferre les liens de
l'amitié qui nous lie . Pleins d'eftime
pour tout le monde , nous ne fommes
retenus que fur le compte d'autrui .
JUILLET. 1763. 153
Nous nous appliquons particulièrement,
Monfieur , à comparer les opinions contraires
qui s'élèvent fur certains objets.
Votre Journal eft le théâtre de plufieurs
controverfes dans les Sciences & dans
les Arts , & nous tâchons d'en profiter.
Nous pefons les raifons avancées
de part & d'autre ; autant que nos connoiffances
le permettent , nous apprécions
les chofes , & cherchons à les
réduire à leur jufte valeur nous ne
précipitons pas nos jugemens : on agite
long - temps les réflexions ; on change
d'avis autant qu'on le juge à propos.
Nous ne mettons aucune forte d'amourpropre
à perfifter dans une première
opinion , & jamais nous ne croyons
qu'aucune difficulté foit réfoute , que
l'Auteur qui l'avoit fait naître , n'avoue
pofitivement & nettement qu'il eft revenu
au fentiment de fon adverfaire.
S'il ne l'adopte qu'avec quelques modifications,
il faut que celles - ci fubiffent
un nouvel examen , & qu'il ne refte
aucun partage d'avis ; l'unanimité eſt le
but auquel nous afpirons. Nous croyons
avoir travaillé affez utilement en ce
genre fur diverfes matières , pour prétendre
à une qualification ; en conféquence
, nous nous fommes donné le
7
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
titre de Société des Conciliateurs. Nous
n'offrons notre médiation à perfonne ;
car nous n'avons aucune autorité dans
la république des Lettres , pour qu'on
défére à notre fentiment . Les écrits qui
fe produisent dans les démêlés qui furviennent
entre, gens qui penfent différemment
, nous ont toûjours paru un
peu femblables aux Mémoires refpectifs
des Parties adverfes dans une affaire de
procédure ; ils couvrent fouvent l'état de
la queftion , & fervent à perpétuer les
conteftations jufqu'au jugement du procès
, dont quelquefois aucun des Plaideurs
n'eft content. Loin d'approuver
les querelles littéraires , nous cherchons
quels font les moyens qui auroient pû
les prévenir, ou les abréger, notre principale
etude eft de prononcer fur les
voies d'accommodement. Jufqu'à préfent
nos travaux ont été concentrés dans
la Société particulière ; nous rifquons de
vous en préfenter un effai. Si vous
croyez , Monfieur , qu'il n'y ait aucun
inconvénient à le rendre public , nous
vous prions de lui donner une place dans
un de vos prochains Mercures , & nous
nous ferons une loi de ne rien publier
que par votre entremife & fous vos
aufpices.
JUILLET. 1763 . 155
REMARQUES de la Société des CONCILIATEURS
, fur les Tableaux en
jeu d'Optique.
Il a paru dans un des premiers Mercures
de cette année une explication du
Tableau allégorique des Vertus, formant
le portrait du Roi , peint par M. Amédée
Vanloo : on eft redevable de cette defcription
à M. de la Lande, Membre de
l'Académie Royale des Sciences dans la
Claffe d'Aftronomie. Son jugement fur
la difficulté de repréfenter différentes
figures , de manière qu'en les regardant
par le moyen d'un verre , on voie une
feule & unique figure , qui n'a aucun
rapport avec celles qu'on voit à l'oeil
nud fur le tableau ; fon jugement , dis-je,
fur cette magie naturelle , n'a pas été
adoptée par un Anonyme , dans une
Lettre adreffée à MM. de la Société
des Amateurs , & inférée dans le Mercure
d'Avril , premier volume, page 157 .
Nous avons pefé les raifons de ce dernier
écrit , & elles nous ont paru trèsfolides.
Sur cela , l'un de nous a affuré
que le phénomène d'optique qui a fait
l'admiration des perfonnes qui ne font
point verfées dans ces fortes de matières
, eft décrit dans la phyfique de
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
S'gravefande un autre a dit qu'il exiſtoit
à Paris plufieurs tableaux de ce genre ;
qu'on en voyoit un dans la Bibliothéque
de MM. de l'Oratoire , qui repréfentoit
les douze Apôtres ; & qu'en le regar
dant avec la lunette garnie du verre à
facettes , tous ces objets difparoiffoient
pour laiffer voir la feule figure de
Jefus - Chrift , qui n'eft pas dans le tableau
.
A l'affemblée fuivante , un de nos
Collégues a rapporté qu'il avoit été la
furveille à la Bibliotheque de Sainte
Géneviéve , & qu'on lui avoit fait voir
dans un des Cabinets adjacens , trois
tableaux affez anciens , & qui ont toujours
été connus dans ce riche Cabinet
fous le nom de Jeux d'optique. L'un
eft formé de plufieurs petits portraits
en médaillons , repréfentans diverfes
dignités par les attributs convenables ;
on y voit un Pape , un Empereur, un
Cardinal , un Evêque , un Moine , un
Prêtre , un Magiftrat , un Guerrier , des
femmes de différens ordres , avec cette
légende latine ... Statutum eft omnibus
hominibus femel mori. On fent affez ce
que cette infcription annonce : en regardant
par la lunette , on n'aperçoit qu'une
tête de mort. Dans l'examen de cette
JUILLET. 1763. 157
efpéce de preſtige , on voit que ce font
différentes parties de tête de mort difperfées
dans les intervalles des portraits,
qui font réunies par les différentes facettes
du verre en un feul point , &
que toutes les têtes vivantes n'entrent
pour rien dans la tête décharnée . Le
même verre fert à un fecond tableau
dont le centre eft comme un foleil lumineux
, & fur les nuages qui l'entourent
font portés des Anges vêtus comme
l'on a coutume de les peindre , & qui
font tous occupés à jouer de quelque
inftrument : l'un tient une lyre , l'autre
un violon , l'autre une guitarre , & c.
Tout cela difparoît en regardant par le
verre à facettes , & l'on voit au centre
un Enfant Jéfus affis , femblable à ces
Anges , mais qui n'eft point aîlé , & qui
ne tient aucun inftrument.
Un autre tableau du même Cabinet
eft chargé de différens portraits connus ;
celui du grand Roi Henri IV, celui de
Louis XIII , de plufieurs Reines &
Princeffes , & de différens Saints , forment
un affemblage confus & affez mal
difpofé. On regarde par le verre approprié
à ce tableau , on voit une Sainte-
Vierge qui tient entre fes bras l'Enfant
Jéfus. On anatomife , s'il eft permis de
158 MERCURE DE FRANCE.
s'exprimer ainfi , cette figure illufoire ;
car on voit que c'eft la tête d'une Reine
qui eft rapportée toute entiere par une
des facettes du verre , pour être apperçue
au haut de la repréfentation magique
; que fon bras eft pris d'une autre
figure , & l'Enfant Jéfus , d'une figure
d'enfant qui eft dans un point du tableau
fort éloigné de celles qui concourrent
à former la Sainte Vierge tout le
reſte du tableau ne fert point à l'effet ;
& il eft auffi indifférent que le portrait
d'Henri IV foit dans un des coins du
tableau que toute autre chofe. Les
points néceffaires étant donnés , tout
le refte n'eft que rempliffage. Il eft donc
évident , comme l'a dit l'Anonyme , que
le tableau allégorique des vertus formant
le portrait du Roi , a été fait fuivant
des régles certaines , & que fa difpofition
avoit été mefurée à la régle & au
compas. L'Auteur n'avoit fait que prèffentir
la maniere dont le tableau allégorique
avoit été compofé , & nous en
donnons des preuves de fait qui n'ôtent
rien à M. Vanloo du mérite de fon
heureufe idée , & de fon habileté dans
l'exécution de ce tableau. On ne s'eft mépris
que fur l'explication phyfique du
phénomène , opéré par un art qu'on a
JUILLET. 1763 . 159
cru nouveau , & qui ne l'eft pas. Nos
recherches concilient donc toutes les
idées avec les faits qui les confirment.
LETTRE d'une nouvelle Société , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure de France.
MONSIEUR ,
Nous fommes fept qui cultivons
chacun par goût ou par état , une fcience
particulière nous nous réuniffons une
fois la femaine , autant par amitié que
pour notre inftruction mutuelle . Si l'un
de nous a fait quelque obfervation qu'il
eftime digne d'être communiquée aux
autres , elle eft foumife à un examen
rigoureux : il eft dans nos conventions
que nos jugemens feront auffi févères
qu'il fe pourra , & le premier article de
nos Statuts volontaires , eft de ne nous
faire aucune grace ; la vérité qui dicte
nos décifions fur notre manière réciproque
de penfer , refferre les liens de
l'amitié qui nous lie . Pleins d'eftime
pour tout le monde , nous ne fommes
retenus que fur le compte d'autrui .
JUILLET. 1763. 153
Nous nous appliquons particulièrement,
Monfieur , à comparer les opinions contraires
qui s'élèvent fur certains objets.
Votre Journal eft le théâtre de plufieurs
controverfes dans les Sciences & dans
les Arts , & nous tâchons d'en profiter.
Nous pefons les raifons avancées
de part & d'autre ; autant que nos connoiffances
le permettent , nous apprécions
les chofes , & cherchons à les
réduire à leur jufte valeur nous ne
précipitons pas nos jugemens : on agite
long - temps les réflexions ; on change
d'avis autant qu'on le juge à propos.
Nous ne mettons aucune forte d'amourpropre
à perfifter dans une première
opinion , & jamais nous ne croyons
qu'aucune difficulté foit réfoute , que
l'Auteur qui l'avoit fait naître , n'avoue
pofitivement & nettement qu'il eft revenu
au fentiment de fon adverfaire.
S'il ne l'adopte qu'avec quelques modifications,
il faut que celles - ci fubiffent
un nouvel examen , & qu'il ne refte
aucun partage d'avis ; l'unanimité eſt le
but auquel nous afpirons. Nous croyons
avoir travaillé affez utilement en ce
genre fur diverfes matières , pour prétendre
à une qualification ; en conféquence
, nous nous fommes donné le
7
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
titre de Société des Conciliateurs. Nous
n'offrons notre médiation à perfonne ;
car nous n'avons aucune autorité dans
la république des Lettres , pour qu'on
défére à notre fentiment . Les écrits qui
fe produisent dans les démêlés qui furviennent
entre, gens qui penfent différemment
, nous ont toûjours paru un
peu femblables aux Mémoires refpectifs
des Parties adverfes dans une affaire de
procédure ; ils couvrent fouvent l'état de
la queftion , & fervent à perpétuer les
conteftations jufqu'au jugement du procès
, dont quelquefois aucun des Plaideurs
n'eft content. Loin d'approuver
les querelles littéraires , nous cherchons
quels font les moyens qui auroient pû
les prévenir, ou les abréger, notre principale
etude eft de prononcer fur les
voies d'accommodement. Jufqu'à préfent
nos travaux ont été concentrés dans
la Société particulière ; nous rifquons de
vous en préfenter un effai. Si vous
croyez , Monfieur , qu'il n'y ait aucun
inconvénient à le rendre public , nous
vous prions de lui donner une place dans
un de vos prochains Mercures , & nous
nous ferons une loi de ne rien publier
que par votre entremife & fous vos
aufpices.
JUILLET. 1763 . 155
REMARQUES de la Société des CONCILIATEURS
, fur les Tableaux en
jeu d'Optique.
Il a paru dans un des premiers Mercures
de cette année une explication du
Tableau allégorique des Vertus, formant
le portrait du Roi , peint par M. Amédée
Vanloo : on eft redevable de cette defcription
à M. de la Lande, Membre de
l'Académie Royale des Sciences dans la
Claffe d'Aftronomie. Son jugement fur
la difficulté de repréfenter différentes
figures , de manière qu'en les regardant
par le moyen d'un verre , on voie une
feule & unique figure , qui n'a aucun
rapport avec celles qu'on voit à l'oeil
nud fur le tableau ; fon jugement , dis-je,
fur cette magie naturelle , n'a pas été
adoptée par un Anonyme , dans une
Lettre adreffée à MM. de la Société
des Amateurs , & inférée dans le Mercure
d'Avril , premier volume, page 157 .
Nous avons pefé les raifons de ce dernier
écrit , & elles nous ont paru trèsfolides.
Sur cela , l'un de nous a affuré
que le phénomène d'optique qui a fait
l'admiration des perfonnes qui ne font
point verfées dans ces fortes de matières
, eft décrit dans la phyfique de
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
S'gravefande un autre a dit qu'il exiſtoit
à Paris plufieurs tableaux de ce genre ;
qu'on en voyoit un dans la Bibliothéque
de MM. de l'Oratoire , qui repréfentoit
les douze Apôtres ; & qu'en le regar
dant avec la lunette garnie du verre à
facettes , tous ces objets difparoiffoient
pour laiffer voir la feule figure de
Jefus - Chrift , qui n'eft pas dans le tableau
.
A l'affemblée fuivante , un de nos
Collégues a rapporté qu'il avoit été la
furveille à la Bibliotheque de Sainte
Géneviéve , & qu'on lui avoit fait voir
dans un des Cabinets adjacens , trois
tableaux affez anciens , & qui ont toujours
été connus dans ce riche Cabinet
fous le nom de Jeux d'optique. L'un
eft formé de plufieurs petits portraits
en médaillons , repréfentans diverfes
dignités par les attributs convenables ;
on y voit un Pape , un Empereur, un
Cardinal , un Evêque , un Moine , un
Prêtre , un Magiftrat , un Guerrier , des
femmes de différens ordres , avec cette
légende latine ... Statutum eft omnibus
hominibus femel mori. On fent affez ce
que cette infcription annonce : en regardant
par la lunette , on n'aperçoit qu'une
tête de mort. Dans l'examen de cette
JUILLET. 1763. 157
efpéce de preſtige , on voit que ce font
différentes parties de tête de mort difperfées
dans les intervalles des portraits,
qui font réunies par les différentes facettes
du verre en un feul point , &
que toutes les têtes vivantes n'entrent
pour rien dans la tête décharnée . Le
même verre fert à un fecond tableau
dont le centre eft comme un foleil lumineux
, & fur les nuages qui l'entourent
font portés des Anges vêtus comme
l'on a coutume de les peindre , & qui
font tous occupés à jouer de quelque
inftrument : l'un tient une lyre , l'autre
un violon , l'autre une guitarre , & c.
Tout cela difparoît en regardant par le
verre à facettes , & l'on voit au centre
un Enfant Jéfus affis , femblable à ces
Anges , mais qui n'eft point aîlé , & qui
ne tient aucun inftrument.
Un autre tableau du même Cabinet
eft chargé de différens portraits connus ;
celui du grand Roi Henri IV, celui de
Louis XIII , de plufieurs Reines &
Princeffes , & de différens Saints , forment
un affemblage confus & affez mal
difpofé. On regarde par le verre approprié
à ce tableau , on voit une Sainte-
Vierge qui tient entre fes bras l'Enfant
Jéfus. On anatomife , s'il eft permis de
158 MERCURE DE FRANCE.
s'exprimer ainfi , cette figure illufoire ;
car on voit que c'eft la tête d'une Reine
qui eft rapportée toute entiere par une
des facettes du verre , pour être apperçue
au haut de la repréfentation magique
; que fon bras eft pris d'une autre
figure , & l'Enfant Jéfus , d'une figure
d'enfant qui eft dans un point du tableau
fort éloigné de celles qui concourrent
à former la Sainte Vierge tout le
reſte du tableau ne fert point à l'effet ;
& il eft auffi indifférent que le portrait
d'Henri IV foit dans un des coins du
tableau que toute autre chofe. Les
points néceffaires étant donnés , tout
le refte n'eft que rempliffage. Il eft donc
évident , comme l'a dit l'Anonyme , que
le tableau allégorique des vertus formant
le portrait du Roi , a été fait fuivant
des régles certaines , & que fa difpofition
avoit été mefurée à la régle & au
compas. L'Auteur n'avoit fait que prèffentir
la maniere dont le tableau allégorique
avoit été compofé , & nous en
donnons des preuves de fait qui n'ôtent
rien à M. Vanloo du mérite de fon
heureufe idée , & de fon habileté dans
l'exécution de ce tableau. On ne s'eft mépris
que fur l'explication phyfique du
phénomène , opéré par un art qu'on a
JUILLET. 1763 . 159
cru nouveau , & qui ne l'eft pas. Nos
recherches concilient donc toutes les
idées avec les faits qui les confirment.
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Résumé : PEINTURE. LETTRE d'une nouvelle Société, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
En juillet 1763, la Société des Conciliateurs, composée de sept membres, écrit à M. de La Place, rédacteur du Mercure de France. Cette société se réunit chaque semaine pour analyser des observations scientifiques et artistiques afin de réduire les controverses par une évaluation rigoureuse des arguments. Elle propose sa médiation pour résoudre les querelles littéraires sans avoir d'autorité officielle. La lettre mentionne une controverse concernant un tableau allégorique des Vertus représentant le portrait du Roi, peint par M. Amédée Vanloo. Une explication de ce tableau avait été publiée par M. de la Lande, membre de l'Académie Royale des Sciences, puis contestée par un anonyme dans une lettre à la Société des Amateurs. Les Conciliateurs jugent les arguments de l'anonyme pertinents et ajoutent des informations sur des tableaux similaires à Paris, utilisant des jeux d'optique pour créer des illusions visuelles. Le texte décrit deux tableaux spécifiques. Le premier montre des anges jouant de divers instruments, révélant un Enfant Jésus au centre lorsqu'observé à travers un verre à facettes. Le second tableau présente divers portraits, dont ceux de rois, reines, princesses et saints, révélant une Sainte Vierge tenant l'Enfant Jésus à travers un verre approprié. La société propose de publier un essai de leurs travaux dans le Mercure de France, avec l'approbation de M. de La Place. Ils soulignent que le tableau allégorique des Vertus a été créé selon des règles précises et mesurées, et que l'erreur réside dans l'explication physique du phénomène, qui n'est pas nouveau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12155
p. 159-165
GRAVURE. Avis sur le Recueil d'Estampes gravées d'après les plus beaux Tableaux & Desseins des principaux Peintres des Ecoles Romaine & Vénitienne qui sont en France, dans le Cabinet du ROI ; dans celui de Mgr le Duc d'Orléans, & dans d'autres Cabinets, par les soins de M. Crozat ; avec un abrégé de la Vie des Peintres, & une Description historique de chaque Tableau. En deux grands volumes in-fol. forme d'Atlas.
Début :
LES Connoisseurs de l'Art de la Gravure sçavent assez les dépenses immenses [...]
Mots clefs :
Estampes, Tableaux, Peintres, Planches, Cabinet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. Avis sur le Recueil d'Estampes gravées d'après les plus beaux Tableaux & Desseins des principaux Peintres des Ecoles Romaine & Vénitienne qui sont en France, dans le Cabinet du ROI ; dans celui de Mgr le Duc d'Orléans, & dans d'autres Cabinets, par les soins de M. Crozat ; avec un abrégé de la Vie des Peintres, & une Description historique de chaque Tableau. En deux grands volumes in-fol. forme d'Atlas.
GRAVURE.
Avis fur le Recueil d'Eftampes gravées
d'après les plus beaux Tableaux
& Deffeins des principaux Peintres
des Ecoles Romaine & Vénitienne
qui font en France , dans le Cabinet
du ROI; dans celui de Mgr le Duc
d'Orléans , & dans d'autres Cabinets ,
par les foins de M. Crozat ; avec un
abrégé de la Vie des Peintres , & une
Defcription hiftorique de chaque Tableau.
En deux grands volumes in-fol.
forme d'Atlas.
LESES Connoiffeurs de l'Art de la Gravure
fçavent affez les dépenfes immenfes
qu'a faites M. Crozat , pour former
& faire graver cet Ouvrage , que
tout autre que lui n'auroit ofé entreprendre
; c'eft pourquoi on fe difpenfera
d'en faire ici l'éloge , & d'entrer dans
aucun détail relatif à l'objet,
160 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Bafan , Graveur à Paris ;
aujourd'hui poffeffeur des Planches qui
compofent ledit Recueil , donne avis
que dans quelques mois il pourra livrer
au-Public des Exemplaires de ce Recueil
qui depuis plufieurs années étoit devenu
fort rare : il met tous fes foins , & ne
ménage rien , tant pour la beauté du
papier , que pour l'impreffion ; auffi
efpére-t-il que fon Edition fera recherchée
des Curieux .
Dans le nombre des grands Cabinets
qui font en Europe , on ne craint point
d'affurer que celui du Roi mérite à cet
égard une forte de préférence. François
I. en eft regardé comme le Fondateur.
Ce Prince magnifique enrichit la France
de quantité de Tableaux du premier
ordre ; ce fut lui qui fit faire à Raphaël
ces deux Tableaux inimitables , le Saint
Michel & la Sainte Famille , que l'on
voit à Versailles. Ce Cabinet étoit déja
devenu l'objet de l'admiration générale ,
lorfque M. Colbert qui ne refpiroit que
la gloire de fon Prince & l'utilité publique
, entreprit de le faire connoître par
le moyen des Eftampes. Il fit diftribuer
des Tableaux aux plus excellens Graveurs
; mais la mort de ce Miniftre interrompit
ce beau projet ; il ne parut
JUILLET. 1763 . 161
alors que trente-fix Eftampes , lefquelles
forment le volume des Tableaux gravés
dont les planches font dans le Cabinet
du Roi ; il y avoit lieu de craindre qu'on
n'en demeurât là fi M. Crozat animé
du même zéle , n'avoit repris la même.
idée .
,
Son premier volume commence par
deux Eftampes fingulières , ce font deux
Peintures antiques que M. Crozat fit
deffiner dans Rome , afin qu'on pût
avoir une idée de la façon dont les Anciens
ordonnoient leurs Tableaux ; on
trouve enfuite tous les Tableaux de Raphaël
qu'on conferve en France , & qui
font en affez grand nombre ; ceux- ci
font fuivis des productions de Jules Romain
, & des autres Elèves de Raphaël ;
& faifant ainfi paffer en revue tous les
Peintres qui ont illuftré l'Ecole Romaine
, le Recueil eft terminé par les Ouvrages
de Carle Maratte , & par ceux des
Artiftes qui dans ces derniers temps ont
occupé dans Rome les premières places.
Toutes ces Eftampes font précédées
par des Deſcriptions , & par un Abrégé
de la vie des Maîtres , éxact & fouvent
accompagné d'Anecdotes curieufes
qu'on ne rencontre point dans les autres
Livres qui traitent de la Peinture .
162 MERCURE DE FRANCE .
- Le fecond volume contient les Ef
tampes gravées d'après les Tableaux ou
les Deffeins des Peintres de l'Ecole Vénitienne
ou de Lombardie , comme le
Georgion , le Titien , P. Veronèse , &
autres Maîtres auffi illuftres , dont les
compofitions font riches & agréables ,
& qui jufqu'alors n'avoient point encore
été gravées.
Le premier volume , ( c'est-à- dire , la
partie des Estampes , qui commence
avec l'Ecole Romaine jufqu'au Mucian, )
eft compofé de quatre- vingt- dix Piéces ;
le refte de cette Ecole & de l'Ecole Vénitienne
confiſtant en quatre-vingt-douze
Piéces , forme le fecond volume.
Le fieur Bafan vient auffi d'acquérir
toures les Planches qui compofent le volume
connu fous le nom duCabinet d'Aguilles
, compofé de cent dix-huit Eftampes
gravées par Coelmans & autres , d'après
les Tableaux des plus célébres Peintres
Italiens , Flamands & François ,
qui compofoient le Cabinet de M. Boyer
d'Aguilles , Confeiller au Parlement de
Provence ; il fait auffi imprimer , avec
tout le foin poffible , ce Recueil , & il
efpére dans quelques mois pouvoir procurer
au Public des Exemplaires de ce
volume qui , depuis plufieurs années ,
étoit auffi devenu rare.
JUILLET. 1763. 163
Comme depuis plufieurs années ledit
fieur Bafan a gravé ou fait graver beaucoup
de Planches , il vient d'en former
deux volumes qu'il a fait imprimer
avec beaucoup de foin , fur le papier
de grand Aigle fin .
Le premier volume contient cent Eftampes
gravées d'après des Tableaux des
meilleurs Maîtres Flamands & François,
tirés des plus cèlebres Cabinets de Paris ,
& qui repréfentent tous des Sujets &
des Payfages fort agréables .
Le fecond volume compofé de cent
cinquante autres Eftampes , n'eft pas
moins intéreffant. On y voit , comme
dans le premier , divers morceaux agréa
bles , pris d'après les Ouvrages des plus
excellens Peintres des Ecoles Flamande
& Françoife, & quelques Sujets auffi qu'à
fourni l'Ecole Italienne , & qui par la
compofition font d'un goût exquis.
A la tête de chaque volume , il y a
une Deſcription de chacun des Sujets
qui le compofe ; les deux volumes fe
vendent féparément l'un de l'autre , au
gré des Amateurs.
PRIX des Volumes annoncés ci -deus .
Les deux volumes du Crozat , compofés
de cent quatre-vingt deux Eftam164
MERCURE DE FRANCE .
pes , imprimées fur le papier fin de Co.
lombier , fe vendent en feuilles , dans
deux Porte-feuilles fait exprès , la fomme
de cent quarante livres.
Les mêmes Eftampes imprimées fur
le papier de grand Aigle , dans deux
Porte-feuilles faits exprès , fe vendront
cent foixante - dix livres .
Les cent dix- huit Eftampes qui compofent
le Cabinet d'Aguilles , ſe vendront
en feuilles , dans un Porte -feuille
fait exprès , foixante- douze livres
& quatre-vingt-dix livres imprimées fur
le grand Aigle fin .
Les deux volumes qui compofent
l'Euvre du fieur Bafan , fe vendront ,
en feuilles , cent vingt livres chacun .
>
On trouvera chez le fieur Bafan
Graveur à Paris , demeurant dans le
quartier S. Jacques , des Exemplaires
defdits volumes reliés ou brochés ;
Ainfi que chez les principaux Libraires
& Marchands d'Eftampes de toutes
les grandes Villes de l'Europe.
On trouve auffi chez ledit fieurBafan
un affortiment général de toutes fortes
d'Estampes Etrangères & Françoifes ,
tant anciennes que modernes , & des
Deffeins de tous les Maîtres.
JUILLET. 1763. 165
7.ON TROUVE chez le fieur Ouvrier,
Graveur d'Estampes intitulées l'une l'EcolHollandoife,
l'autre l'Ecole Flamande,
d'après les Tableaux originaux de M.
T. Eiſen le Père. Ces deux morceaux
qui nous paroiffent auffi agréables que
bien exécutés , fe vendent chez l'Auteur
, Place Maubert , maifon du fieur
Bellot , Bonnetier , au Soleil d'or. Chaque
Eftampe fe vend 3 liv.
Avis fur le Recueil d'Eftampes gravées
d'après les plus beaux Tableaux
& Deffeins des principaux Peintres
des Ecoles Romaine & Vénitienne
qui font en France , dans le Cabinet
du ROI; dans celui de Mgr le Duc
d'Orléans , & dans d'autres Cabinets ,
par les foins de M. Crozat ; avec un
abrégé de la Vie des Peintres , & une
Defcription hiftorique de chaque Tableau.
En deux grands volumes in-fol.
forme d'Atlas.
LESES Connoiffeurs de l'Art de la Gravure
fçavent affez les dépenfes immenfes
qu'a faites M. Crozat , pour former
& faire graver cet Ouvrage , que
tout autre que lui n'auroit ofé entreprendre
; c'eft pourquoi on fe difpenfera
d'en faire ici l'éloge , & d'entrer dans
aucun détail relatif à l'objet,
160 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Bafan , Graveur à Paris ;
aujourd'hui poffeffeur des Planches qui
compofent ledit Recueil , donne avis
que dans quelques mois il pourra livrer
au-Public des Exemplaires de ce Recueil
qui depuis plufieurs années étoit devenu
fort rare : il met tous fes foins , & ne
ménage rien , tant pour la beauté du
papier , que pour l'impreffion ; auffi
efpére-t-il que fon Edition fera recherchée
des Curieux .
Dans le nombre des grands Cabinets
qui font en Europe , on ne craint point
d'affurer que celui du Roi mérite à cet
égard une forte de préférence. François
I. en eft regardé comme le Fondateur.
Ce Prince magnifique enrichit la France
de quantité de Tableaux du premier
ordre ; ce fut lui qui fit faire à Raphaël
ces deux Tableaux inimitables , le Saint
Michel & la Sainte Famille , que l'on
voit à Versailles. Ce Cabinet étoit déja
devenu l'objet de l'admiration générale ,
lorfque M. Colbert qui ne refpiroit que
la gloire de fon Prince & l'utilité publique
, entreprit de le faire connoître par
le moyen des Eftampes. Il fit diftribuer
des Tableaux aux plus excellens Graveurs
; mais la mort de ce Miniftre interrompit
ce beau projet ; il ne parut
JUILLET. 1763 . 161
alors que trente-fix Eftampes , lefquelles
forment le volume des Tableaux gravés
dont les planches font dans le Cabinet
du Roi ; il y avoit lieu de craindre qu'on
n'en demeurât là fi M. Crozat animé
du même zéle , n'avoit repris la même.
idée .
,
Son premier volume commence par
deux Eftampes fingulières , ce font deux
Peintures antiques que M. Crozat fit
deffiner dans Rome , afin qu'on pût
avoir une idée de la façon dont les Anciens
ordonnoient leurs Tableaux ; on
trouve enfuite tous les Tableaux de Raphaël
qu'on conferve en France , & qui
font en affez grand nombre ; ceux- ci
font fuivis des productions de Jules Romain
, & des autres Elèves de Raphaël ;
& faifant ainfi paffer en revue tous les
Peintres qui ont illuftré l'Ecole Romaine
, le Recueil eft terminé par les Ouvrages
de Carle Maratte , & par ceux des
Artiftes qui dans ces derniers temps ont
occupé dans Rome les premières places.
Toutes ces Eftampes font précédées
par des Deſcriptions , & par un Abrégé
de la vie des Maîtres , éxact & fouvent
accompagné d'Anecdotes curieufes
qu'on ne rencontre point dans les autres
Livres qui traitent de la Peinture .
162 MERCURE DE FRANCE .
- Le fecond volume contient les Ef
tampes gravées d'après les Tableaux ou
les Deffeins des Peintres de l'Ecole Vénitienne
ou de Lombardie , comme le
Georgion , le Titien , P. Veronèse , &
autres Maîtres auffi illuftres , dont les
compofitions font riches & agréables ,
& qui jufqu'alors n'avoient point encore
été gravées.
Le premier volume , ( c'est-à- dire , la
partie des Estampes , qui commence
avec l'Ecole Romaine jufqu'au Mucian, )
eft compofé de quatre- vingt- dix Piéces ;
le refte de cette Ecole & de l'Ecole Vénitienne
confiſtant en quatre-vingt-douze
Piéces , forme le fecond volume.
Le fieur Bafan vient auffi d'acquérir
toures les Planches qui compofent le volume
connu fous le nom duCabinet d'Aguilles
, compofé de cent dix-huit Eftampes
gravées par Coelmans & autres , d'après
les Tableaux des plus célébres Peintres
Italiens , Flamands & François ,
qui compofoient le Cabinet de M. Boyer
d'Aguilles , Confeiller au Parlement de
Provence ; il fait auffi imprimer , avec
tout le foin poffible , ce Recueil , & il
efpére dans quelques mois pouvoir procurer
au Public des Exemplaires de ce
volume qui , depuis plufieurs années ,
étoit auffi devenu rare.
JUILLET. 1763. 163
Comme depuis plufieurs années ledit
fieur Bafan a gravé ou fait graver beaucoup
de Planches , il vient d'en former
deux volumes qu'il a fait imprimer
avec beaucoup de foin , fur le papier
de grand Aigle fin .
Le premier volume contient cent Eftampes
gravées d'après des Tableaux des
meilleurs Maîtres Flamands & François,
tirés des plus cèlebres Cabinets de Paris ,
& qui repréfentent tous des Sujets &
des Payfages fort agréables .
Le fecond volume compofé de cent
cinquante autres Eftampes , n'eft pas
moins intéreffant. On y voit , comme
dans le premier , divers morceaux agréa
bles , pris d'après les Ouvrages des plus
excellens Peintres des Ecoles Flamande
& Françoife, & quelques Sujets auffi qu'à
fourni l'Ecole Italienne , & qui par la
compofition font d'un goût exquis.
A la tête de chaque volume , il y a
une Deſcription de chacun des Sujets
qui le compofe ; les deux volumes fe
vendent féparément l'un de l'autre , au
gré des Amateurs.
PRIX des Volumes annoncés ci -deus .
Les deux volumes du Crozat , compofés
de cent quatre-vingt deux Eftam164
MERCURE DE FRANCE .
pes , imprimées fur le papier fin de Co.
lombier , fe vendent en feuilles , dans
deux Porte-feuilles fait exprès , la fomme
de cent quarante livres.
Les mêmes Eftampes imprimées fur
le papier de grand Aigle , dans deux
Porte-feuilles faits exprès , fe vendront
cent foixante - dix livres .
Les cent dix- huit Eftampes qui compofent
le Cabinet d'Aguilles , ſe vendront
en feuilles , dans un Porte -feuille
fait exprès , foixante- douze livres
& quatre-vingt-dix livres imprimées fur
le grand Aigle fin .
Les deux volumes qui compofent
l'Euvre du fieur Bafan , fe vendront ,
en feuilles , cent vingt livres chacun .
>
On trouvera chez le fieur Bafan
Graveur à Paris , demeurant dans le
quartier S. Jacques , des Exemplaires
defdits volumes reliés ou brochés ;
Ainfi que chez les principaux Libraires
& Marchands d'Eftampes de toutes
les grandes Villes de l'Europe.
On trouve auffi chez ledit fieurBafan
un affortiment général de toutes fortes
d'Estampes Etrangères & Françoifes ,
tant anciennes que modernes , & des
Deffeins de tous les Maîtres.
JUILLET. 1763. 165
7.ON TROUVE chez le fieur Ouvrier,
Graveur d'Estampes intitulées l'une l'EcolHollandoife,
l'autre l'Ecole Flamande,
d'après les Tableaux originaux de M.
T. Eiſen le Père. Ces deux morceaux
qui nous paroiffent auffi agréables que
bien exécutés , fe vendent chez l'Auteur
, Place Maubert , maifon du fieur
Bellot , Bonnetier , au Soleil d'or. Chaque
Eftampe fe vend 3 liv.
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Résumé : GRAVURE. Avis sur le Recueil d'Estampes gravées d'après les plus beaux Tableaux & Desseins des principaux Peintres des Ecoles Romaine & Vénitienne qui sont en France, dans le Cabinet du ROI ; dans celui de Mgr le Duc d'Orléans, & dans d'autres Cabinets, par les soins de M. Crozat ; avec un abrégé de la Vie des Peintres, & une Description historique de chaque Tableau. En deux grands volumes in-fol. forme d'Atlas.
Le document présente un recueil d'estampes gravées reproduisant les œuvres des principaux peintres des écoles romaine et vénitienne, conservées dans divers cabinets français, notamment ceux du roi et du duc d'Orléans. Ce projet a été initié par Pierre Crozat et se compose de deux volumes in-folio, accompagnés de descriptions historiques et de biographies des artistes. Le premier volume est dédié à l'école romaine, incluant des peintures antiques et des œuvres de Raphaël, Jules Romain et leurs élèves, ainsi que des artistes contemporains. Le second volume se concentre sur les écoles vénitienne et lombarde, avec des œuvres de Giorgione, Titien, Paolo Veronèse et d'autres maîtres. Deux autres volumes, compilés par le sieur Basan, contiennent des estampes d'après des tableaux de peintres flamands et français. En juillet 1763, une vente d'œuvres gravées et imprimées a eu lieu à Paris. Les œuvres du sieur Basan étaient disponibles en feuilles à cent vingt livres par volume. Des exemplaires reliés ou brochés pouvaient être achetés chez lui, dans le quartier Saint-Jacques, ainsi que chez les principaux libraires et marchands d'estampes en Europe. Le sieur Basan offrait également une large gamme d'estampes étrangères et françaises, anciennes et modernes, ainsi que des dessins de divers maîtres. Par ailleurs, le sieur Ouvrier, graveur d'estampes, vendait deux estampes intitulées 'l'École Hollandaise' et 'l'École Flamande', d'après les tableaux originaux de M. T. Eisen le Père, évaluées à trois livres chacune et disponibles chez l'auteur, place Maubert, à la maison du sieur Bellot, bonnetier, au Soleil d'or.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12155
GRAVURE. Avis sur le Recueil d'Estampes gravées d'après les plus beaux Tableaux & Desseins des principaux Peintres des Ecoles Romaine & Vénitienne qui sont en France, dans le Cabinet du ROI ; dans celui de Mgr le Duc d'Orléans, & dans d'autres Cabinets, par les soins de M. Crozat ; avec un abrégé de la Vie des Peintres, & une Description historique de chaque Tableau. En deux grands volumes in-fol. forme d'Atlas.
12156
p. 165-166
SPECTACLES DE LA COUR. A CHOISY.
Début :
ON a donné dans la Salle du Château de Choisy, divers Spectacles, en [...]
Mots clefs :
Spectacles, Opéra, Temple, Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR. A CHOISY.
SPECTACLES DE LA COUR .
A CHOISY.
ONNa donné dans la Salle du Château
de Choify , divers Spectacles , en
préſence de Leurs Majeftés . Le premier
( le 13 Juin ) étoit Ifmene & Ifménias
ou la Fête de Jupiter , Opéra en trois
Actes , compofé exprès pour fervir aux
Divertiffemens de la Cour. Le fujet de
cet Opéra eft tiré des Amours d'Ifmene
& d'Ifménias . Ce qu'on a emprunté
de ce Roman , fe réduit à l'é166
MERCURE DE FRANCE.
poque de la Fête de Jupiter célébrée
par les Peuples d'Euricome. Ils affembloient
tous les ans dans le Temple de
ce Dieu tous les jeunes Garçons de
leur Ville , qui n'avoient point encore aimé
; on en choififfoit au fort parmi eux
pour aller annoncer le jour de la Fête
aux villes voilines. Le fort étoit regardé
comme la voix du Ciel , c'eft ce
qui fait nommer dans l'Opéra Ifménias,
l'Envoyé des Dieux. Il falloit que ces
Envoyés revinffent indifférens comme
ils étoient partis ;, fi quelqu'un manquoit
à ce devoir éffentiel de fon emploi , un
châtiment févère attendoit le Prévaricateur
à fon retour. Ifmènias choifi pour
célébrer cette fête Ifméne chargée
de le recevoir & de lui rendre les honneurs
au nom du Peuple & l'amour
mutuel de l'un & de l'autre , font les
incidens que le Poëte a faifis comme les
plus propres à conferver l'unité de lieu.
dans fon Sujet.
,
La Scène eft à Euricome.
A CHOISY.
ONNa donné dans la Salle du Château
de Choify , divers Spectacles , en
préſence de Leurs Majeftés . Le premier
( le 13 Juin ) étoit Ifmene & Ifménias
ou la Fête de Jupiter , Opéra en trois
Actes , compofé exprès pour fervir aux
Divertiffemens de la Cour. Le fujet de
cet Opéra eft tiré des Amours d'Ifmene
& d'Ifménias . Ce qu'on a emprunté
de ce Roman , fe réduit à l'é166
MERCURE DE FRANCE.
poque de la Fête de Jupiter célébrée
par les Peuples d'Euricome. Ils affembloient
tous les ans dans le Temple de
ce Dieu tous les jeunes Garçons de
leur Ville , qui n'avoient point encore aimé
; on en choififfoit au fort parmi eux
pour aller annoncer le jour de la Fête
aux villes voilines. Le fort étoit regardé
comme la voix du Ciel , c'eft ce
qui fait nommer dans l'Opéra Ifménias,
l'Envoyé des Dieux. Il falloit que ces
Envoyés revinffent indifférens comme
ils étoient partis ;, fi quelqu'un manquoit
à ce devoir éffentiel de fon emploi , un
châtiment févère attendoit le Prévaricateur
à fon retour. Ifmènias choifi pour
célébrer cette fête Ifméne chargée
de le recevoir & de lui rendre les honneurs
au nom du Peuple & l'amour
mutuel de l'un & de l'autre , font les
incidens que le Poëte a faifis comme les
plus propres à conferver l'unité de lieu.
dans fon Sujet.
,
La Scène eft à Euricome.
Fermer
Résumé : SPECTACLES DE LA COUR. A CHOISY.
Le texte relate des spectacles organisés au château de Choisy en présence de Leurs Majestés. Le 13 juin, un opéra intitulé 'Ismène et Isménias ou la Fête de Jupiter' a été présenté, spécialement composé pour divertir la cour. L'intrigue de cet opéra est basée sur les amours d'Ismène et d'Isménias, se déroulant lors de la fête annuelle de Jupiter célébrée par les habitants d'Euricome. Lors de cette fête, les jeunes garçons de la ville, n'ayant jamais aimé, se rassemblaient au temple de Jupiter. Un d'entre eux était choisi pour annoncer la fête aux villes voisines, incarnant la voix du ciel et devant revenir indifférent sous peine de châtiments. Dans l'opéra, Isménias est désigné pour cette mission et Ismène doit l'accueillir et lui rendre les honneurs au nom du peuple. Leur amour mutuel constitue les principaux événements de l'histoire, permettant au poète de maintenir l'unité de lieu à Euricome.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12157
p. 167-184
ANALYSE d'ISMENE & d'ISMÉNIAS, Opéra.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. (a) AZARIS, Roi d'Euricome, le Sr Gelin. ISMÉNIAS, Envoyé des Dieux, le Sr Jéliote. THÉMISTHÉE, Père d'Isménias [...]
Mots clefs :
Amour, Temple, Cour, Dieux, Zèle
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texteReconnaissance textuelle : ANALYSE d'ISMENE & d'ISMÉNIAS, Opéra.
ANALYSE d'IS MENE &
d'ISMENIAS , Opéra.
PERSONNAGES.
(a ) AZARIS , Roi d'Euricome ,
ACTEURS.
le Sr Gelin.
ISMÉNIAS , Envoyé des Dieux , le Sr Jéliote.
THEMISTHÉE , Père d'Ifménias
& grand Sacrificateur , le Sr Larrivée.
ISMENE , Princeffe d'Euricome, la Dlle Arnoud.
La PRETRESSE du Temple
de l'Indifférence ,
L'AMOUR ,
UN BERGER ,
}
la Dlle Dubois L.
Le Sr Dubut.
CHOEURS de divers Peuples , de Sacrificateurs ,
de Prêtres , de Prêtreffes , de Nymphes , ' de
Plaifirs , d'Ombres , &c .
Dans le premier Acte le Théâtre repréfente
le Palais des Miniftres de Jupiter
à Euricome.
•
(a )Pour refferrer l'action dans les bornes de la
Fête de Jupiter & mettre Ifménias dans la néceffité
de perdre Ifméne ou de lui faire ſon aveu
l'Auteur lui a donné ce Roi pour rival , quoiqu'il
n'en foit pas mention dans le Roman. Il a
penfé auffi devoir fubftituer au Perfonnage de
Crathiftène ami d'Ifménias celui de fon Père
Themifthée , comme plus intérellé à veiller fur
la gloire de fon fils & pluséclairé fur les périls.
168 MERCURE DE FRANCE.
SMÉNIAS promet à Thémifthée fon
père , qui le félicite fur les honneurs.
qu'il va recevòir , d'être fidéle à fes
fermens & de triompher quoiqu'en gémiffant,
des efforts de l'amour. Themifthée
apprend à fon fils qu'Azaris , Roi d'Euricome
, va nommer une Reine , &
que cette cérémonie l'appelle au Temple.
Ifménias refté feul , fe rappelle
l'amour qu'Ifmène lui avoit infpiré ; il
fent que fon retour rallume en lui des
feux que l'abfence , plutôt que le devoir
, avoit affoupis . Il attend Ifmène ,
il s'excite à retenir au moins dans le
fecret de fon coeur un amour que les
circonftances rendroient criminel. Ifmène
vient à la tête de la jeuneffe d'Euricome
rendre hommage à Ifménias .
La fuite d'Ifmène étant retirée , vous,
femblez, dit - elle alors à Ifménias , peu
fenfible aux honneurs que vous rend un
Peuple qui vous aime. Ifménias commence
à s'expliquer ainfi fur fa fituation
avec Ifmène.
» Rien n'eft égal à ma gloire fuprême :
›› Couronné dans ce jour des mains de la Beauté ,
» L'excès de ma félicité
» Séduiroit Jupiter lui-même.
» Mais
JUILLET. 1763 .
169
» Mais quand il faut toujours longer
A ſe garder , à fe défendre
Du plaifir trop fateur que le coeur peut y
» prendre ,
» La gloire cft bien près du danger.
Ifmène feint de croire que l'amour
voudroit en vain foumettre Ifménias ,
celui-ci craignant de la laiffer dans cette
erreur , & craignant en même -temps
de fe trop déclarer , répond :
Epris d'un zéle téméraire ,
Je jurai d'échapper à fon enchantement.
>> Le croiriez-vous ? chaque moment m'éclairè
» Sur l'imprudence du ferment.
7
Cette Scène eft interrompue par les
Peuples qui viennent annoncer à Ifmène
qu'elle eft choifie pour Reine. Elle fe
défend de répondre à d'autres qu'au Roi
fur cette proclamation , & pendant cette
fête , plongée dans une profonde rêverie
ainfi qu'Ifménias , l'un & l'autre
s'obfervent mutuellement. Azaris ( le
Roi ) arrive. Lui-même invite fes Peuples
à reconnoître Ifmène pour leur Souveraine
, en faisant l'éloge de la Beauté
qu'il termine par ces jolis vers.
I.
Voi
H
170 MERCURE DE FRANCE.
» De l'Univers quand on fit le partage
» L'Amour n'eut point d'Empire limité
» Il ne voulut pour appanage
» Que la Beauté .
Ifmène rejette modeftement l'offre
du Trône & demande qu'il lui foit permis
de fe confacrer à l'Indifférence .Azaris
la fuit en fe promettant de perfifter
dans fes tendres projets. Ifménias inquiet
, interroge fon père fur le fuccès
de cet événement ; la gloire de préfider
à l'union du Roi avec Ifmène loin de
flater fon coeur le déchire,& lui arrache
l'aveu de fon amour c'eft-à-dire en
ce moment , d'un crime que lui-même
regarde avec éffroi. Il implore la fagefle
& les confeils de fon père , qui de fon
côté fait tous fes éfforts pour ranimer
fon courage. Ce qui donne lieu à des
Duo croifés qui terminent cet A&te.
Au 2 Ace , le Théâtre repréſente
des bois confaerés à Diane fous le titre
de Déeffe de l'Indifférence . On voit
dans le fond le Temple de cette Déeffe .
Les Prêtreffes chantent les avantages
de l'Indifférence. Ifmène vient pour
entrer dans ce Temple , la grande Prêtreffe
l'exhorte à mériter par un prompt
facrifice les . faveurs , de la Déeffe &
JUILLET. 1763. 171
l'introduit dans le Temple. Ifménias
vient auffi de fon côté chercher la paix
du coeur dans cet afyle. Le Temple
s'ouvre & lui laiffe voir Ifmène prête à
y prononcer fes voeux , au milieu des
Prêtreffes qui tiennent le voile qu'elles
lui deftinent . Ifménias & elle font troublés.
La Prêtreffe cherche à raffurer
Ifmène fur le fecours que celle - ci n'efpére
& même ne defire déja plus . Elle
évoque les ombres des Amans malheureux
pour retracer les images des maux
que produit l'Amour ; ce qui donne
lieu à un très-beau Ballet figuré , pour
lequel le Théâtre change & repréfente
une Place publique de la Ville de Corinthe.
Ce Ballet peint la cataſtrophe
tragique des nôces de l'infortunée Créi
fe avec Jafon ; la Jaloufie , le Défefpoir
& la Vengeance y font perfonifiés
& conduifent toute l'action par laquelle
Médée empoifonne le don fatal qui doit
donner la mort à Créife ; après quoi
elle vient fur fon char jouir de fa vengeance
, & pour la combler , jette à Jafon
le poignard dont elle vient d'égorger
fes enfans. Le Défefpoir s'empare de
ce malheureux Prince , tandis que les
Miniftres infernaux des fureurs de Médée
enflamment & détruifent le Palais
de Créon. Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
Dans ce Ballet , qui doit être regardé
comme une épiſode Pantomime liée au
Sujet , Médée étoit repréſentée par la
Dlle LYONOIS ; Jafon par le fieur
VESTRIS ; Créüfe par la Dlle VEStris ;
la Jaloufie par la Dlle ALLAR D ; la
Vengeance par- la Dlle PESLIN ; le Défefpoir
par le Sr LAVAL . Les autres
Perfonnages des Entrées générales par
les Danfeurs & Danfeufes du Corps de
Ballets du Roi & de l'Académie Royale
de Mufique. Après que le Choeur des
Ombres malheureufes a exhorté les mortels
à brifer les chaînes de l'Amour ,
tous ces objets funeftes difparoiffent ,
& l'on fe retrouve devant le Temple de
Diane , dont la Prêtreffe , infpirée, rend
un double Oracle qui met Ifmène &
Ifménias dans une fituation encore plus
embarraffante qu'auparavant. S'adreffant
à Ifménias.
•
- Ifménias , à l'amour le plus tendre
» Vainement dans ces lieux on voudroit t'arra-
>> cher ;
» Ifmène feule peut te rendre , .
» Le calme heureux que tú viens y chercher.
à Ifmène.
»De ce coeur agité combattez la tendreſſe ;
JUILLET. 1763. 173
Peignez-lui lestourmens de l'empire amoureux,
» C'eft l'épreuve que la Déeſſe
»Attend pour recevoir vos voeux.
Après cet Oracle prononcé , la Prêtreffe
fe retire dans le Temple. Ifméne
& Ifménias étonnés de cet Oracle en fe
confultant l'un l'autre , fe déclarent involontairement
leurs feux.-
"
>>Qui croiroit ( dit Ifménias à Ifmène ) que le Ciel
→ yous choiſit en ce jour ,
» Pour m'inſpirer de l'indifférence !
Eh qui choifiroit-il pour fervir fa puiſſance
» S'il vouloit m'inſpirer l'amour !
Cet aveu entraîne celui d'Ifmène ;
mais Ifménias apprend d'elle en mêmetemps
, que preffée par les pourfuites
du Roi, Ifmene va fe confacrer à Diane ;
& pour arrêter fes progrès dangereux
& faire rentrer Ifménias dans le devoir
en lui ôtant tout efpoir , elle commence
le ferment.
›› Je jure. …………
>
Elle eft interrompue par l'arrivée du
Roi qui , par les invitations les plus ten-
H üj
174 MERCURE DE FRANCE.
dres cherche à l'arracher des Autels
de Diane. Ifmene n'en paroît que plus
affermie dans fa réfolution . Ifménias annonce
au Roi que dans ce moment les
Prétreffes vont déclarer fi Diane veut
recevoir les voeux d'Ifmène . Azaris jure
de s'immoler fur l'Autel où fe confacreroir
Ifmene. Le Temple s'ouvre. La
Prêtreffe en écarte les Prophanes , & s'adreffant
à Ifmène lui dit de la part de
la Déeffe .
» Et toi , dont l'amour eſt vainqueur ,
» Porte loin de ces lieux ton ardeur criminelle ,
» Cours au Temple où l'hymen t'appelle ;
» Dans les noeuds que tu fais va chercher ton
» bonheur.
Le Roi , trompé par cet Oracle dont
il s'applique le fens , croit être l'objet
de cet amour fecret d'Ifmène . Sans
lui donner le temps de s'expliquer il
la preffe de venir aux Autels célébrer
l'hymen qu'il propofe , & charge Ifménias
d'en recevoir le ferment. Ifménias
termine cet Acte par la prière qu'il
adreffe à Jupiter.
Epargne-moi , Maître des Immortels ,
La foudre gronde fur ma tête.
JUILLET 1763.
175
Le troifiéme A&te fe paffe dans le Temple
de Jupiter. Ifmène y vient déplorer le
fort qui menace Ifménias & l'horreur
de leur mutuelle fituation . Themiftée
veut en vain faire croire à Ifménias que
la Princeffe le facrifie volontairement à
l'éclat du Thrône , il eft perfuadé qu'elle
ne fe facrifie qu'à la confervation de fes
jours , mais fa tendreffe s'en irrite ...
"
>> C'eft une barbarie ( dit-il )
» Que de vouloir me fecourir.
>> Par une telle perfidie ,
Il falloit oublier les dangers de ma vie ,
M'aimer, me leprouver en me laiffant mourir.
Tout le Peuple fe raffemble pour la
fête ; Azaris & Ifméne y paroiffent , chacun
préfente fes offrandes & fes voeux
aux Autels de Jupiter ; c'eft Ifmènias
qui préfide à cette religieufe cérémonie ;
c'eſt lui qui invite à chanter ce Dieu ,
relativement aux divers fujets repréfentés
dans de grands tableaux dont le
Temple eft orné. Après les hommages
& les prières adreffées au Dieu , le Roi
preffe Ifmène de venir ferrer les noeuds
de l'union dont il fait fon bonheur.
Ifmène , fans ofer lever les yeux fur
Ifménias , le prie d'implorer pour elle
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
les bontés du Ciel. Les Peuples lui demandent
en choeur d'achever la cérémonie
: mais Ifmène interdite , n'ofe
approcher de l'Autel ; elle y eft prefqu'entraînée
par le Roi. Dans l'inftant
qu'avec lui elle dit » fur ces Autels je
jure Ifménias ne pouvant achever
& tombant dans les bras de Thémistée
interrompt le ferment par ces vers.
» Ofez -vous bien , cruelle
» Pour former ces coupables noeuds ;
» Choifir l'Amant le plus fidéle ?
Azaris , Themifthée & Ifmène s'écrient
chacun en même-temps.
Qu'entends- je , ô Ciel !
Ifménias ne ménage plus rien , &
répond dans fon défeſpoir.
» L'aveu d'une ardeur criminelle .
ISMENEà Ifménias.
» Cruel , tu veux mourir !
ISMÉNIAS.
» Et pour une infidelle.
ISMEN E vivement.
» Je ne l'étois fauver ces jours.
que pour
AZARISà Ifmène.
» Perfide , vous ofez répondre à fes amours ?
C'est l'arrêt de fa mort.
1
JUILLET. 1763. 177
ISMENE en l'arrêtant.
» C'eſt l'arrêt de la mienne.
Malgré les inftances d'Ifmène , malgré
les prieres de Themiftée , des Sacrificateurs
enchaînent Ifménias à l'Autel ;
mais au moment qu'ils vont l'immoler
l'Amour paroît dans un nuage qui s'entrouve
& arrête la fureur des Peuples &
de's Sacrificateurs. Jupiter n'eft armé ,
leur dit- il , que pour venger l'outrage
qu'on fait à l'Amour...
.
Servir l'Amour , c'eft imiter les Dieux.
Ce Dieu unit lui - même Ifmène &
Ifménias ; & pour ne pas laiffer Azaris
malheureux , il éteint dans fon coeur la
flâme dont il brûloit , & le rend tout
entier à la gloire . Azaris invite fes Peuples
à rendre hommage à l'Amour par
leurs plaifirs. Ainfi naît la fête qui termine
cet Opéra d'une façon auffi brillante
qu'agréable.
REMARQUES.
Le Poëme eft da Sr Laujon , Secrétaire des
Commandemens de S. A. S. Mgr. le Comte de
Clermont. Nous prions cet Auteur de pardonner
à la néceffité de nous reftreindre , le tort que nous
luja faifons en fupprimant beaucoup de détails
1
་
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
heureux , répandus dans cet Ouvrage & qui
foutiennent avantageufement la réputation qu'il
s'eft déja acquife dans ce genre.
La Mufique eft d'un Anonyme , qui avoit prouvé
déja par d'autres Ouvrages qu'il eft poffible
d'atteindre à des fuccès flateurs dans un Art qu'on
n'exerce que par goût & pour fon amuſement.
Dans la mufique de cet Opéra , remplie de chofes
fçavantes & agréables , l'Auteur a fait entendre
ce que peut ajoûter au talent naturel le defir de
plaire à un Maître pour lequel le zéle redouble
à mesure qu'on a l'honneur de le fervir de plus
près.
Nous avons nommé les principaux Danfeurs qui
éxécutoient le Ballet du zme Acte , Pantomime
du grand genre , de la plus belle compoſition &
peint avec toute la vérité & l'énergie dont l'art
eft capable. Dans les autres Actes les pas diftingués
étoient éxécutés par les mêmes Danfeurs
& par les Srs Lani , Gardel , & la Dlle Guimard,
Le
lendemain 14 , les Comédiens
François repréſenterent
fur le même
Theatre le Tartuffe , Comédie en cinq
Actes & enVers de MOLIERE
. Les rôles
étoient diftribués comme elle avoit été
donnée à Paris quelques jours auparavant.
(a ) Le fieur Laujon eft Auteur de plufieur Poëmes
lyriques qui ont été repréſentés devant le
Roi, en diverfes occafions & toujours avec fuccès .
JUILLET. 1763. T 179
PERSONNAGES.
ORGON ,
DAMIS ,
ACTEURS. [
le fieur Bonneval.
le fieur Molé.
CLEANTHE , Beau-frère
d'Orgon ,
-VALERE ,
TARTUFFE ,
L'EXEMPT
LOYAL Sergent .
Le St Blainville.
Le St Bellecour,
… ་
Le Sr Auger ( alors débutant
à la Cour.
Mde PERNELLE , mèreosc
d'Orgón ,
ELMIRE , femme d'Orgon ,
MARIANE , fille d'Orgon ,
DORINE , Soubrette ,
Les Srs Dauberval &
Bouret.
La Dlle Drouin.
La Dile Préville.
La Dile Boligni,
( débutante à la
Cour.
La Dlle Luzzi, débutante.
CETTE Piécè, fut
généralement trèsbien
jouée. On ne rifque point d'éxagérer
en donnant entr'autres les plus grands
éloges à la maniere dont le rôle d'Elmire
fut rendu par la Demoifelle PREVILLE.
On connoît l'extrême délicateffe
dont eft ce rôle , furtout dans le
moment critique où le mari eft fous le
tapis. Il eft impoffible d'imaginer l'ac-
H vj
480 MERCURE DE FRANCE.
cord que cette A&trice conferve entre
la décence la plus régulière , & tout ce
qui rend cette fituation piquante à l'imagination
du Spectateur. Un naturel vrai
& toujours conforme au fens des rôles
eft à préfent le caractère diftinctif du jeu
de la Demoifelle PRÉVILLE . Dans
tout ce qu'elle repréfente , la Comédienne
s'éclipfe totalement , dn ne
voit , on n'entend plus que le perfonnage
même.
La Demoiſelle DROUIN , qui n'avoit
pas eu encore occafion de paroître à la
Cour dans des rôles importans de caractères
, a reçu des témoignages très- flateurs
fur celui de Madame Pernelle ,
qu'elle vient d'y jouer.
Le fieur AUGER , déja admis à l'effai
avec appointemens , a été aggrégé entierement
au , nombre des Comédiens
ordinafres du Roi , après fon début à
Ja Cour. Les talens & les difpofitions de
la Demoiſelle LUZZI y ont été fort goûtés
, & elle a été reçue aux appointemens
de 2000 liv. Nous aurons occafion
de parler plus amplement , dans l'ar
ticle des Spectacles de Paris , de ce qui
concerne cette jeune Débutante .
Le Tartuffe fut fuivi d'une repréfentation
de l'Oracle , Comédie en un A&te
JUILLET. 1763. 181
& en Profe du fieur SAINT- FOIX . Cette
Piéce fi connue & toujours fi juftement
applaudie fit un très- grand plaifir , & le
fuccès de la Demoifelle DOLIGNI y fut
au moins égal à celui qu'elle avoit eu
dans fon début à Paris. Nous en avons
rendu compte dans le Mercure précédent
; qu'il nous foit permis d'y renvoyer
nos Lecteurs , & de nous applaudir en
même tems des éloges que nous avons
donnés à ce jeune Sujet , puifque nous
avons eu la fatisfaction de les voir confirmer
par toute la Cour , avec autant
d'étendue qu'ils l'avoient déja été par le
Public de la Ville. Dans cette feconde
Piéce le rôle d'Alcindor ou Charmant
étoit joué par le fieur Molé , &
celui de la Fée par la Dlle DROUIN.
Le lendemain 15 , on repréſenta
Manco Tragédie , par le fieur le
.Blanc , dont la premiere repréſentation
venoit d'être donnée à Paris deux
jours auparavant. Les Acteurs qui repréfenterent
dans cette Tragédie , étoient
les fieurs BRISART , leKAIN , MOLÉ ,
BELCOUR , BLAINVILLE , PAULIN
D'AUBERVAL , DU BOIS , les Demoifelles
DU BOIS & D'ESPINAY . On
parlera de cette Piéce dans l'Article de
2
Paris.
182 MERCURE DE FRANCE .
Après la Tragédie , on donna l'Anglois
à Bordeaux , Comédie en un
Acte , en Vers libres , du fieur FAVART.
Piéce compofée à l'occafion de
la Paix , dont on avoit donné quelques
repréſentations à Paris au mois de
Mars dernier (a). Les mêmes Acteurs , y
compris la Demoiſelle Dangeville , retirée
de la Comédie , jouoient dans cette
Piéce les rôles qu'ils avoient remplis
lors de fa premiere repréſentation . Ils
ont été tous admirablement éxécutés .
Il eft inutile de dire les graces , le naturel
& la fineffe que la Demoifelle DANGEVILLE
met dans celui de la Comteffe
, & le plaifir qu'elle a fait à la Cour ,
ainfi que le fieur PREVILLE , qui fembloit
avoir encore ajouté de nouveaux
agrémens au talent avec lequel on l'avoit
vu rendre le rôle de Sud-mer à Paris.
Cette Comédie a fait autant d'honneur
à fon Auteur par les fuffrages unanimes
de la Cour , & le plaifir qu'elle y
a procuré , que par les applaudiffemens
( a ) Voyez l'Extrait de cette Piéce dans le ze
volume d'Avril & le compte que l'on y rend des
applaudiffemens avec lefquels elle fut reçue.
L'Edition de l'Anglois à Bordeaux , dédiée à
M. le Duc de Praflin , le trouve à Paris chez Duchefne
, rue S. Jacques.
JUILLET. 1763. 183
•
& l'affluence qu'elle attire au Théâtre
de Paris.
Rien ne doit auffi contribuer davantage
à l'encouragement du Théâtre
François , que la bonté avec laquelle le
Roi a daigné s'expliquer , pendant ce
voyage , fur les talens de fes Comédiens
actuels & fur la fatisfaction qu'ils
avoient eu l'honneur de lui procurer.
,
Le Jeudi 16 , il devoit y avoir une
feconde repréſentation de l'Opéra d'Ifmène
& d'Ifménias , qui avoit été redemandé
; mais l'indifpofition de la Demoiſelle
ARNOULD qui y chantoit le
principal rôle , mit obftacle à fon éxécution.
On choifit pour fuppléer à ce Spectacle
l'Acte de Vertumne & de Pomone
& celui du Devin du Village , qui
avoient été donnés cet hyver à la Cour
fur le Théâtre de Verfailles . le Ballet
Pantomime de Médée & Jafon ( b ) du
fecond Acte d'Ifmène & Ifménias fut
danfé entre ces deux Actes ; & l'on
ajouta l'Ariette du troifiéme Acte de
cet Opéra au divertiffement du Devin
du Village.
( b ) Ce Ballet ( ainfi que tous ceux des Opéra
qui s'exécutent à la Cour , eft de la compofition
des Srs Laval , père & fils , Maîtres des Ballets
de S. M.
184 MERCURE DE FRANCE.
Le zéle de chacun des Sujets qui compofoient
ce Spectacle , & qui concouroient
à toutes les parties de fon éxécution
, fuppléa au peu de temps qu'on
avoit eu pour le préparer ; & cette éxécution
, qui fut très- belle, parut fatisfaire
tous les fpectateurs .
M. le Dauphin , Madame la Dauphine,
ainfi que Meſdames de France , étoient
à Choify.
Dans l'Acte de Vertumne & Pomone ,
le fieur JELIOTE éxécutoit le rôle de
Vertumne , le fieur GELIN celui de
Pan , & la Demoiſelle le MIERRE
(épouse dufieur Larrivée ) celui de Pòmone..
Tous ces Spectacles ont été donnés
( ainfi que tous ceux de la Cour ) fous
les ordres de M. le Duc de DURAS ,
premier Gentilhomme de la Chambre
en éxercice , & conduits par M. Papillon
de la Ferté , Intendant des menus ,
plaifirs & affaires de la Chambre , & c.
L'éxécution de tout ce qui concerne
la Mufique dirigée par le fieur Rebel ,
Surintendant de la Mufique du Roi
de femeftre .
N. B. La Salle du Théâtre de Choify
a été dorée depuis l'année derniere , &
eft actuellement décorée- avec autant de
goût que de magnificence.
d'ISMENIAS , Opéra.
PERSONNAGES.
(a ) AZARIS , Roi d'Euricome ,
ACTEURS.
le Sr Gelin.
ISMÉNIAS , Envoyé des Dieux , le Sr Jéliote.
THEMISTHÉE , Père d'Ifménias
& grand Sacrificateur , le Sr Larrivée.
ISMENE , Princeffe d'Euricome, la Dlle Arnoud.
La PRETRESSE du Temple
de l'Indifférence ,
L'AMOUR ,
UN BERGER ,
}
la Dlle Dubois L.
Le Sr Dubut.
CHOEURS de divers Peuples , de Sacrificateurs ,
de Prêtres , de Prêtreffes , de Nymphes , ' de
Plaifirs , d'Ombres , &c .
Dans le premier Acte le Théâtre repréfente
le Palais des Miniftres de Jupiter
à Euricome.
•
(a )Pour refferrer l'action dans les bornes de la
Fête de Jupiter & mettre Ifménias dans la néceffité
de perdre Ifméne ou de lui faire ſon aveu
l'Auteur lui a donné ce Roi pour rival , quoiqu'il
n'en foit pas mention dans le Roman. Il a
penfé auffi devoir fubftituer au Perfonnage de
Crathiftène ami d'Ifménias celui de fon Père
Themifthée , comme plus intérellé à veiller fur
la gloire de fon fils & pluséclairé fur les périls.
168 MERCURE DE FRANCE.
SMÉNIAS promet à Thémifthée fon
père , qui le félicite fur les honneurs.
qu'il va recevòir , d'être fidéle à fes
fermens & de triompher quoiqu'en gémiffant,
des efforts de l'amour. Themifthée
apprend à fon fils qu'Azaris , Roi d'Euricome
, va nommer une Reine , &
que cette cérémonie l'appelle au Temple.
Ifménias refté feul , fe rappelle
l'amour qu'Ifmène lui avoit infpiré ; il
fent que fon retour rallume en lui des
feux que l'abfence , plutôt que le devoir
, avoit affoupis . Il attend Ifmène ,
il s'excite à retenir au moins dans le
fecret de fon coeur un amour que les
circonftances rendroient criminel. Ifmène
vient à la tête de la jeuneffe d'Euricome
rendre hommage à Ifménias .
La fuite d'Ifmène étant retirée , vous,
femblez, dit - elle alors à Ifménias , peu
fenfible aux honneurs que vous rend un
Peuple qui vous aime. Ifménias commence
à s'expliquer ainfi fur fa fituation
avec Ifmène.
» Rien n'eft égal à ma gloire fuprême :
›› Couronné dans ce jour des mains de la Beauté ,
» L'excès de ma félicité
» Séduiroit Jupiter lui-même.
» Mais
JUILLET. 1763 .
169
» Mais quand il faut toujours longer
A ſe garder , à fe défendre
Du plaifir trop fateur que le coeur peut y
» prendre ,
» La gloire cft bien près du danger.
Ifmène feint de croire que l'amour
voudroit en vain foumettre Ifménias ,
celui-ci craignant de la laiffer dans cette
erreur , & craignant en même -temps
de fe trop déclarer , répond :
Epris d'un zéle téméraire ,
Je jurai d'échapper à fon enchantement.
>> Le croiriez-vous ? chaque moment m'éclairè
» Sur l'imprudence du ferment.
7
Cette Scène eft interrompue par les
Peuples qui viennent annoncer à Ifmène
qu'elle eft choifie pour Reine. Elle fe
défend de répondre à d'autres qu'au Roi
fur cette proclamation , & pendant cette
fête , plongée dans une profonde rêverie
ainfi qu'Ifménias , l'un & l'autre
s'obfervent mutuellement. Azaris ( le
Roi ) arrive. Lui-même invite fes Peuples
à reconnoître Ifmène pour leur Souveraine
, en faisant l'éloge de la Beauté
qu'il termine par ces jolis vers.
I.
Voi
H
170 MERCURE DE FRANCE.
» De l'Univers quand on fit le partage
» L'Amour n'eut point d'Empire limité
» Il ne voulut pour appanage
» Que la Beauté .
Ifmène rejette modeftement l'offre
du Trône & demande qu'il lui foit permis
de fe confacrer à l'Indifférence .Azaris
la fuit en fe promettant de perfifter
dans fes tendres projets. Ifménias inquiet
, interroge fon père fur le fuccès
de cet événement ; la gloire de préfider
à l'union du Roi avec Ifmène loin de
flater fon coeur le déchire,& lui arrache
l'aveu de fon amour c'eft-à-dire en
ce moment , d'un crime que lui-même
regarde avec éffroi. Il implore la fagefle
& les confeils de fon père , qui de fon
côté fait tous fes éfforts pour ranimer
fon courage. Ce qui donne lieu à des
Duo croifés qui terminent cet A&te.
Au 2 Ace , le Théâtre repréſente
des bois confaerés à Diane fous le titre
de Déeffe de l'Indifférence . On voit
dans le fond le Temple de cette Déeffe .
Les Prêtreffes chantent les avantages
de l'Indifférence. Ifmène vient pour
entrer dans ce Temple , la grande Prêtreffe
l'exhorte à mériter par un prompt
facrifice les . faveurs , de la Déeffe &
JUILLET. 1763. 171
l'introduit dans le Temple. Ifménias
vient auffi de fon côté chercher la paix
du coeur dans cet afyle. Le Temple
s'ouvre & lui laiffe voir Ifmène prête à
y prononcer fes voeux , au milieu des
Prêtreffes qui tiennent le voile qu'elles
lui deftinent . Ifménias & elle font troublés.
La Prêtreffe cherche à raffurer
Ifmène fur le fecours que celle - ci n'efpére
& même ne defire déja plus . Elle
évoque les ombres des Amans malheureux
pour retracer les images des maux
que produit l'Amour ; ce qui donne
lieu à un très-beau Ballet figuré , pour
lequel le Théâtre change & repréfente
une Place publique de la Ville de Corinthe.
Ce Ballet peint la cataſtrophe
tragique des nôces de l'infortunée Créi
fe avec Jafon ; la Jaloufie , le Défefpoir
& la Vengeance y font perfonifiés
& conduifent toute l'action par laquelle
Médée empoifonne le don fatal qui doit
donner la mort à Créife ; après quoi
elle vient fur fon char jouir de fa vengeance
, & pour la combler , jette à Jafon
le poignard dont elle vient d'égorger
fes enfans. Le Défefpoir s'empare de
ce malheureux Prince , tandis que les
Miniftres infernaux des fureurs de Médée
enflamment & détruifent le Palais
de Créon. Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
Dans ce Ballet , qui doit être regardé
comme une épiſode Pantomime liée au
Sujet , Médée étoit repréſentée par la
Dlle LYONOIS ; Jafon par le fieur
VESTRIS ; Créüfe par la Dlle VEStris ;
la Jaloufie par la Dlle ALLAR D ; la
Vengeance par- la Dlle PESLIN ; le Défefpoir
par le Sr LAVAL . Les autres
Perfonnages des Entrées générales par
les Danfeurs & Danfeufes du Corps de
Ballets du Roi & de l'Académie Royale
de Mufique. Après que le Choeur des
Ombres malheureufes a exhorté les mortels
à brifer les chaînes de l'Amour ,
tous ces objets funeftes difparoiffent ,
& l'on fe retrouve devant le Temple de
Diane , dont la Prêtreffe , infpirée, rend
un double Oracle qui met Ifmène &
Ifménias dans une fituation encore plus
embarraffante qu'auparavant. S'adreffant
à Ifménias.
•
- Ifménias , à l'amour le plus tendre
» Vainement dans ces lieux on voudroit t'arra-
>> cher ;
» Ifmène feule peut te rendre , .
» Le calme heureux que tú viens y chercher.
à Ifmène.
»De ce coeur agité combattez la tendreſſe ;
JUILLET. 1763. 173
Peignez-lui lestourmens de l'empire amoureux,
» C'eft l'épreuve que la Déeſſe
»Attend pour recevoir vos voeux.
Après cet Oracle prononcé , la Prêtreffe
fe retire dans le Temple. Ifméne
& Ifménias étonnés de cet Oracle en fe
confultant l'un l'autre , fe déclarent involontairement
leurs feux.-
"
>>Qui croiroit ( dit Ifménias à Ifmène ) que le Ciel
→ yous choiſit en ce jour ,
» Pour m'inſpirer de l'indifférence !
Eh qui choifiroit-il pour fervir fa puiſſance
» S'il vouloit m'inſpirer l'amour !
Cet aveu entraîne celui d'Ifmène ;
mais Ifménias apprend d'elle en mêmetemps
, que preffée par les pourfuites
du Roi, Ifmene va fe confacrer à Diane ;
& pour arrêter fes progrès dangereux
& faire rentrer Ifménias dans le devoir
en lui ôtant tout efpoir , elle commence
le ferment.
›› Je jure. …………
>
Elle eft interrompue par l'arrivée du
Roi qui , par les invitations les plus ten-
H üj
174 MERCURE DE FRANCE.
dres cherche à l'arracher des Autels
de Diane. Ifmene n'en paroît que plus
affermie dans fa réfolution . Ifménias annonce
au Roi que dans ce moment les
Prétreffes vont déclarer fi Diane veut
recevoir les voeux d'Ifmène . Azaris jure
de s'immoler fur l'Autel où fe confacreroir
Ifmene. Le Temple s'ouvre. La
Prêtreffe en écarte les Prophanes , & s'adreffant
à Ifmène lui dit de la part de
la Déeffe .
» Et toi , dont l'amour eſt vainqueur ,
» Porte loin de ces lieux ton ardeur criminelle ,
» Cours au Temple où l'hymen t'appelle ;
» Dans les noeuds que tu fais va chercher ton
» bonheur.
Le Roi , trompé par cet Oracle dont
il s'applique le fens , croit être l'objet
de cet amour fecret d'Ifmène . Sans
lui donner le temps de s'expliquer il
la preffe de venir aux Autels célébrer
l'hymen qu'il propofe , & charge Ifménias
d'en recevoir le ferment. Ifménias
termine cet Acte par la prière qu'il
adreffe à Jupiter.
Epargne-moi , Maître des Immortels ,
La foudre gronde fur ma tête.
JUILLET 1763.
175
Le troifiéme A&te fe paffe dans le Temple
de Jupiter. Ifmène y vient déplorer le
fort qui menace Ifménias & l'horreur
de leur mutuelle fituation . Themiftée
veut en vain faire croire à Ifménias que
la Princeffe le facrifie volontairement à
l'éclat du Thrône , il eft perfuadé qu'elle
ne fe facrifie qu'à la confervation de fes
jours , mais fa tendreffe s'en irrite ...
"
>> C'eft une barbarie ( dit-il )
» Que de vouloir me fecourir.
>> Par une telle perfidie ,
Il falloit oublier les dangers de ma vie ,
M'aimer, me leprouver en me laiffant mourir.
Tout le Peuple fe raffemble pour la
fête ; Azaris & Ifméne y paroiffent , chacun
préfente fes offrandes & fes voeux
aux Autels de Jupiter ; c'eft Ifmènias
qui préfide à cette religieufe cérémonie ;
c'eſt lui qui invite à chanter ce Dieu ,
relativement aux divers fujets repréfentés
dans de grands tableaux dont le
Temple eft orné. Après les hommages
& les prières adreffées au Dieu , le Roi
preffe Ifmène de venir ferrer les noeuds
de l'union dont il fait fon bonheur.
Ifmène , fans ofer lever les yeux fur
Ifménias , le prie d'implorer pour elle
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
les bontés du Ciel. Les Peuples lui demandent
en choeur d'achever la cérémonie
: mais Ifmène interdite , n'ofe
approcher de l'Autel ; elle y eft prefqu'entraînée
par le Roi. Dans l'inftant
qu'avec lui elle dit » fur ces Autels je
jure Ifménias ne pouvant achever
& tombant dans les bras de Thémistée
interrompt le ferment par ces vers.
» Ofez -vous bien , cruelle
» Pour former ces coupables noeuds ;
» Choifir l'Amant le plus fidéle ?
Azaris , Themifthée & Ifmène s'écrient
chacun en même-temps.
Qu'entends- je , ô Ciel !
Ifménias ne ménage plus rien , &
répond dans fon défeſpoir.
» L'aveu d'une ardeur criminelle .
ISMENEà Ifménias.
» Cruel , tu veux mourir !
ISMÉNIAS.
» Et pour une infidelle.
ISMEN E vivement.
» Je ne l'étois fauver ces jours.
que pour
AZARISà Ifmène.
» Perfide , vous ofez répondre à fes amours ?
C'est l'arrêt de fa mort.
1
JUILLET. 1763. 177
ISMENE en l'arrêtant.
» C'eſt l'arrêt de la mienne.
Malgré les inftances d'Ifmène , malgré
les prieres de Themiftée , des Sacrificateurs
enchaînent Ifménias à l'Autel ;
mais au moment qu'ils vont l'immoler
l'Amour paroît dans un nuage qui s'entrouve
& arrête la fureur des Peuples &
de's Sacrificateurs. Jupiter n'eft armé ,
leur dit- il , que pour venger l'outrage
qu'on fait à l'Amour...
.
Servir l'Amour , c'eft imiter les Dieux.
Ce Dieu unit lui - même Ifmène &
Ifménias ; & pour ne pas laiffer Azaris
malheureux , il éteint dans fon coeur la
flâme dont il brûloit , & le rend tout
entier à la gloire . Azaris invite fes Peuples
à rendre hommage à l'Amour par
leurs plaifirs. Ainfi naît la fête qui termine
cet Opéra d'une façon auffi brillante
qu'agréable.
REMARQUES.
Le Poëme eft da Sr Laujon , Secrétaire des
Commandemens de S. A. S. Mgr. le Comte de
Clermont. Nous prions cet Auteur de pardonner
à la néceffité de nous reftreindre , le tort que nous
luja faifons en fupprimant beaucoup de détails
1
་
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
heureux , répandus dans cet Ouvrage & qui
foutiennent avantageufement la réputation qu'il
s'eft déja acquife dans ce genre.
La Mufique eft d'un Anonyme , qui avoit prouvé
déja par d'autres Ouvrages qu'il eft poffible
d'atteindre à des fuccès flateurs dans un Art qu'on
n'exerce que par goût & pour fon amuſement.
Dans la mufique de cet Opéra , remplie de chofes
fçavantes & agréables , l'Auteur a fait entendre
ce que peut ajoûter au talent naturel le defir de
plaire à un Maître pour lequel le zéle redouble
à mesure qu'on a l'honneur de le fervir de plus
près.
Nous avons nommé les principaux Danfeurs qui
éxécutoient le Ballet du zme Acte , Pantomime
du grand genre , de la plus belle compoſition &
peint avec toute la vérité & l'énergie dont l'art
eft capable. Dans les autres Actes les pas diftingués
étoient éxécutés par les mêmes Danfeurs
& par les Srs Lani , Gardel , & la Dlle Guimard,
Le
lendemain 14 , les Comédiens
François repréſenterent
fur le même
Theatre le Tartuffe , Comédie en cinq
Actes & enVers de MOLIERE
. Les rôles
étoient diftribués comme elle avoit été
donnée à Paris quelques jours auparavant.
(a ) Le fieur Laujon eft Auteur de plufieur Poëmes
lyriques qui ont été repréſentés devant le
Roi, en diverfes occafions & toujours avec fuccès .
JUILLET. 1763. T 179
PERSONNAGES.
ORGON ,
DAMIS ,
ACTEURS. [
le fieur Bonneval.
le fieur Molé.
CLEANTHE , Beau-frère
d'Orgon ,
-VALERE ,
TARTUFFE ,
L'EXEMPT
LOYAL Sergent .
Le St Blainville.
Le St Bellecour,
… ་
Le Sr Auger ( alors débutant
à la Cour.
Mde PERNELLE , mèreosc
d'Orgón ,
ELMIRE , femme d'Orgon ,
MARIANE , fille d'Orgon ,
DORINE , Soubrette ,
Les Srs Dauberval &
Bouret.
La Dlle Drouin.
La Dile Préville.
La Dile Boligni,
( débutante à la
Cour.
La Dlle Luzzi, débutante.
CETTE Piécè, fut
généralement trèsbien
jouée. On ne rifque point d'éxagérer
en donnant entr'autres les plus grands
éloges à la maniere dont le rôle d'Elmire
fut rendu par la Demoifelle PREVILLE.
On connoît l'extrême délicateffe
dont eft ce rôle , furtout dans le
moment critique où le mari eft fous le
tapis. Il eft impoffible d'imaginer l'ac-
H vj
480 MERCURE DE FRANCE.
cord que cette A&trice conferve entre
la décence la plus régulière , & tout ce
qui rend cette fituation piquante à l'imagination
du Spectateur. Un naturel vrai
& toujours conforme au fens des rôles
eft à préfent le caractère diftinctif du jeu
de la Demoifelle PRÉVILLE . Dans
tout ce qu'elle repréfente , la Comédienne
s'éclipfe totalement , dn ne
voit , on n'entend plus que le perfonnage
même.
La Demoiſelle DROUIN , qui n'avoit
pas eu encore occafion de paroître à la
Cour dans des rôles importans de caractères
, a reçu des témoignages très- flateurs
fur celui de Madame Pernelle ,
qu'elle vient d'y jouer.
Le fieur AUGER , déja admis à l'effai
avec appointemens , a été aggrégé entierement
au , nombre des Comédiens
ordinafres du Roi , après fon début à
Ja Cour. Les talens & les difpofitions de
la Demoiſelle LUZZI y ont été fort goûtés
, & elle a été reçue aux appointemens
de 2000 liv. Nous aurons occafion
de parler plus amplement , dans l'ar
ticle des Spectacles de Paris , de ce qui
concerne cette jeune Débutante .
Le Tartuffe fut fuivi d'une repréfentation
de l'Oracle , Comédie en un A&te
JUILLET. 1763. 181
& en Profe du fieur SAINT- FOIX . Cette
Piéce fi connue & toujours fi juftement
applaudie fit un très- grand plaifir , & le
fuccès de la Demoifelle DOLIGNI y fut
au moins égal à celui qu'elle avoit eu
dans fon début à Paris. Nous en avons
rendu compte dans le Mercure précédent
; qu'il nous foit permis d'y renvoyer
nos Lecteurs , & de nous applaudir en
même tems des éloges que nous avons
donnés à ce jeune Sujet , puifque nous
avons eu la fatisfaction de les voir confirmer
par toute la Cour , avec autant
d'étendue qu'ils l'avoient déja été par le
Public de la Ville. Dans cette feconde
Piéce le rôle d'Alcindor ou Charmant
étoit joué par le fieur Molé , &
celui de la Fée par la Dlle DROUIN.
Le lendemain 15 , on repréſenta
Manco Tragédie , par le fieur le
.Blanc , dont la premiere repréſentation
venoit d'être donnée à Paris deux
jours auparavant. Les Acteurs qui repréfenterent
dans cette Tragédie , étoient
les fieurs BRISART , leKAIN , MOLÉ ,
BELCOUR , BLAINVILLE , PAULIN
D'AUBERVAL , DU BOIS , les Demoifelles
DU BOIS & D'ESPINAY . On
parlera de cette Piéce dans l'Article de
2
Paris.
182 MERCURE DE FRANCE .
Après la Tragédie , on donna l'Anglois
à Bordeaux , Comédie en un
Acte , en Vers libres , du fieur FAVART.
Piéce compofée à l'occafion de
la Paix , dont on avoit donné quelques
repréſentations à Paris au mois de
Mars dernier (a). Les mêmes Acteurs , y
compris la Demoiſelle Dangeville , retirée
de la Comédie , jouoient dans cette
Piéce les rôles qu'ils avoient remplis
lors de fa premiere repréſentation . Ils
ont été tous admirablement éxécutés .
Il eft inutile de dire les graces , le naturel
& la fineffe que la Demoifelle DANGEVILLE
met dans celui de la Comteffe
, & le plaifir qu'elle a fait à la Cour ,
ainfi que le fieur PREVILLE , qui fembloit
avoir encore ajouté de nouveaux
agrémens au talent avec lequel on l'avoit
vu rendre le rôle de Sud-mer à Paris.
Cette Comédie a fait autant d'honneur
à fon Auteur par les fuffrages unanimes
de la Cour , & le plaifir qu'elle y
a procuré , que par les applaudiffemens
( a ) Voyez l'Extrait de cette Piéce dans le ze
volume d'Avril & le compte que l'on y rend des
applaudiffemens avec lefquels elle fut reçue.
L'Edition de l'Anglois à Bordeaux , dédiée à
M. le Duc de Praflin , le trouve à Paris chez Duchefne
, rue S. Jacques.
JUILLET. 1763. 183
•
& l'affluence qu'elle attire au Théâtre
de Paris.
Rien ne doit auffi contribuer davantage
à l'encouragement du Théâtre
François , que la bonté avec laquelle le
Roi a daigné s'expliquer , pendant ce
voyage , fur les talens de fes Comédiens
actuels & fur la fatisfaction qu'ils
avoient eu l'honneur de lui procurer.
,
Le Jeudi 16 , il devoit y avoir une
feconde repréſentation de l'Opéra d'Ifmène
& d'Ifménias , qui avoit été redemandé
; mais l'indifpofition de la Demoiſelle
ARNOULD qui y chantoit le
principal rôle , mit obftacle à fon éxécution.
On choifit pour fuppléer à ce Spectacle
l'Acte de Vertumne & de Pomone
& celui du Devin du Village , qui
avoient été donnés cet hyver à la Cour
fur le Théâtre de Verfailles . le Ballet
Pantomime de Médée & Jafon ( b ) du
fecond Acte d'Ifmène & Ifménias fut
danfé entre ces deux Actes ; & l'on
ajouta l'Ariette du troifiéme Acte de
cet Opéra au divertiffement du Devin
du Village.
( b ) Ce Ballet ( ainfi que tous ceux des Opéra
qui s'exécutent à la Cour , eft de la compofition
des Srs Laval , père & fils , Maîtres des Ballets
de S. M.
184 MERCURE DE FRANCE.
Le zéle de chacun des Sujets qui compofoient
ce Spectacle , & qui concouroient
à toutes les parties de fon éxécution
, fuppléa au peu de temps qu'on
avoit eu pour le préparer ; & cette éxécution
, qui fut très- belle, parut fatisfaire
tous les fpectateurs .
M. le Dauphin , Madame la Dauphine,
ainfi que Meſdames de France , étoient
à Choify.
Dans l'Acte de Vertumne & Pomone ,
le fieur JELIOTE éxécutoit le rôle de
Vertumne , le fieur GELIN celui de
Pan , & la Demoiſelle le MIERRE
(épouse dufieur Larrivée ) celui de Pòmone..
Tous ces Spectacles ont été donnés
( ainfi que tous ceux de la Cour ) fous
les ordres de M. le Duc de DURAS ,
premier Gentilhomme de la Chambre
en éxercice , & conduits par M. Papillon
de la Ferté , Intendant des menus ,
plaifirs & affaires de la Chambre , & c.
L'éxécution de tout ce qui concerne
la Mufique dirigée par le fieur Rebel ,
Surintendant de la Mufique du Roi
de femeftre .
N. B. La Salle du Théâtre de Choify
a été dorée depuis l'année derniere , &
eft actuellement décorée- avec autant de
goût que de magnificence.
Fermer
Résumé : ANALYSE d'ISMENE & d'ISMÉNIAS, Opéra.
L'opéra 'Isménias' se déroule dans le royaume d'Euricome et présente plusieurs personnages clés : Azaris, roi d'Euricome, Isménias, envoyé des dieux, Thémistée, père d'Isménias et grand sacrificateur, et Ismène, princesse d'Euricome. Dans le premier acte, Isménias promet fidélité à ses serments malgré les tentations amoureuses. Thémistée révèle qu'Azaris va nommer une reine, et Isménias se souvient de son amour secret pour Ismène. Ismène refuse le trône et souhaite se consacrer à l'Indifférence. Dans le deuxième acte, Ismène se rend au temple de Diane pour cette consécration. Isménias avoue son amour à Ismène, qui doit se consacrer à Diane pour éviter les poursuites du roi. Azaris tente de convaincre Ismène de l'épouser, mais elle reste déterminée. Un oracle ordonne à Ismène de partir pour un hymen, interprété par Azaris comme un mariage avec lui. Lors de la cérémonie au Temple de Jupiter, Ismène refuse de prononcer ses vœux et Isménias révèle leur amour secret. Jaloux, Azaris condamne Isménias à mort, mais l'Amour apparaît et unit Ismène et Isménias. Azaris est apaisé et la fête se termine joyeusement. En juillet 1763, plusieurs représentations théâtrales ont eu lieu. Le 14 juillet, les comédiens français ont joué 'Le Tartuffe' de Molière, avec une distribution similaire à celle de Paris. La pièce a été bien accueillie, notamment grâce aux interprétations d'Émilie Préville et de la demoiselle Drouin. Le débutant Auger a été intégré aux comédiens ordinaires du Roi, et les talents de la demoiselle Luzzi ont été reconnus. 'Le Tartuffe' a été suivi par 'L'Oracle' de Saint-Foix et la tragédie 'Manco' de Le Blanc. Le roi a exprimé sa satisfaction envers les talents des comédiens. Le 16 juillet, une représentation de l'opéra 'Iphigénie et Iphigenie' a été annulée en raison de l'indisposition de Mademoiselle Arnould. À la place, des extraits de 'Vertumne et Pomone' et du 'Devin du Village', ainsi qu'un ballet pantomime de 'Médée et Jason', ont été présentés. Tous les spectacles étaient organisés sous les ordres du duc de Duras et dirigés par M. Papillon de la Ferté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12158
p. 185-187
SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE. CONCERTS FRANÇOIS.
Début :
ON a repris le Vendredi 3 Juin, le Concert, commençant par l'ouverture [...]
Mots clefs :
Concerts, Palais, Amphithéâtre, Statue du roi, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE. CONCERTS FRANÇOIS.
SPECTACLES DE PARIS.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
CONCERTS FRANÇOIS .
O
Na repris le Vendredi 3 Juin , ! e Concert
, commençant
par l'ouverture
de Pigmalion
, & c. donné pour la premiere
fois le 6 Mai.
Le 10 , on a repris un Concert donné
le 27 Mai , commençant par l'ouverture
des Talens Lyriques , &c.
Le 10 , reprife du Concert commençant
par le Prologue de Tarfis & Zélie ,
& c. donné le 20 Mai .
Le Vendredi 24 , on a donné un Concert
nouveau qui méritoit le fuccès brillant
qu'il a eu. Il a commencé par l'Accord
des Dieux , PROLOGUE de NAïs
à l'occafion de la Paix ; différens morceaux
d'Opéra plus agréables lés uns
que les autres fuivirent ce début. Le
Concert fut terminé par des fragmens ,
dans lesquels on chanta partie du divertiffement
du troifiéme Acte d'Iffé.
Mademoiſelle CHEVALIER Y chanta
avec beaucoup de diſtinction , ainſi que
186 MERCURE DE FRANCE.
Mademoiſelle ARNOULD qui porte partout
jufques au Concert le charme du
fentiment qu'elle exprime. Mademoifelle
LARRIVÉE fit très-grand plaifir ,
dans un Roffignol , morceau du genre
qui lui eft fpécialement propre , & dans
lequel cette Cantatrice peut toujours
compter fur les fuffrages du Public .
Meffieurs GELIN , LARRIVÉE & DURAND
, chanterent auffi dans le même
Concert avec le fuccès que méritent
proportionellement leurs talens & leurs
voix .
Le zéle des Directeurs pour le choix ,
l'arrangement & l'éxécution de ces Concerts
ne s'étant point démenti juſqu'à
préfent , l'empreffement du Public a
toujours été le même ; enforte que neuf
Concerts , depuis deux mois ont produit
de recette la fomme de 28392 liv .
L'Académie - Royale de Mufique
n'ayant point actuellement de Théâtre ,
& n'ayant pû conféquemment donner ',
fuivant l'ufage,des marques de fon zéle
dans les réjouiffances publiques , par la
repréſentation gratis de fon Spectacle ;
on y a fuppléé par un très- grand concert
de fymphonie , éxécuté le 20 , ( jour de
l'inauguration de la Statue du Roi ) dans
Te jardin du Palais des Thuilleries, fur un
JUILLET. 1763 . 187
Amphithéâtre illuminé , conftruit contre
la façade du Palais.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
CONCERTS FRANÇOIS .
O
Na repris le Vendredi 3 Juin , ! e Concert
, commençant
par l'ouverture
de Pigmalion
, & c. donné pour la premiere
fois le 6 Mai.
Le 10 , on a repris un Concert donné
le 27 Mai , commençant par l'ouverture
des Talens Lyriques , &c.
Le 10 , reprife du Concert commençant
par le Prologue de Tarfis & Zélie ,
& c. donné le 20 Mai .
Le Vendredi 24 , on a donné un Concert
nouveau qui méritoit le fuccès brillant
qu'il a eu. Il a commencé par l'Accord
des Dieux , PROLOGUE de NAïs
à l'occafion de la Paix ; différens morceaux
d'Opéra plus agréables lés uns
que les autres fuivirent ce début. Le
Concert fut terminé par des fragmens ,
dans lesquels on chanta partie du divertiffement
du troifiéme Acte d'Iffé.
Mademoiſelle CHEVALIER Y chanta
avec beaucoup de diſtinction , ainſi que
186 MERCURE DE FRANCE.
Mademoiſelle ARNOULD qui porte partout
jufques au Concert le charme du
fentiment qu'elle exprime. Mademoifelle
LARRIVÉE fit très-grand plaifir ,
dans un Roffignol , morceau du genre
qui lui eft fpécialement propre , & dans
lequel cette Cantatrice peut toujours
compter fur les fuffrages du Public .
Meffieurs GELIN , LARRIVÉE & DURAND
, chanterent auffi dans le même
Concert avec le fuccès que méritent
proportionellement leurs talens & leurs
voix .
Le zéle des Directeurs pour le choix ,
l'arrangement & l'éxécution de ces Concerts
ne s'étant point démenti juſqu'à
préfent , l'empreffement du Public a
toujours été le même ; enforte que neuf
Concerts , depuis deux mois ont produit
de recette la fomme de 28392 liv .
L'Académie - Royale de Mufique
n'ayant point actuellement de Théâtre ,
& n'ayant pû conféquemment donner ',
fuivant l'ufage,des marques de fon zéle
dans les réjouiffances publiques , par la
repréſentation gratis de fon Spectacle ;
on y a fuppléé par un très- grand concert
de fymphonie , éxécuté le 20 , ( jour de
l'inauguration de la Statue du Roi ) dans
Te jardin du Palais des Thuilleries, fur un
JUILLET. 1763 . 187
Amphithéâtre illuminé , conftruit contre
la façade du Palais.
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Résumé : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE. CONCERTS FRANÇOIS.
Le document décrit les activités de l'Académie Royale de Musique à Paris, notamment les 'Concerts François'. Le premier concert a repris le 3 juin avec l'ouverture de 'Pigmalion'. Les 10 juin, deux concerts ont eu lieu : l'un avec l'ouverture des 'Talens Lyriques' et l'autre avec le prologue de 'Tarfis & Zélie'. Le 24 juin, un concert a débuté par 'L'Accord des Dieux', un prologue de 'Naïs' célébrant la paix, suivi de divers morceaux d'opéra et se terminant par des fragments du troisième acte d''Iphigénie'. Les artistes Mademoiselle Chevalier, Mademoiselle Arnould, Mademoiselle Larrivée, ainsi que les messieurs Gelin, Larrivée et Durand ont été applaudis pour leurs performances. Les directeurs ont été félicités pour leur organisation et exécution des concerts, qui ont rapporté 28 392 livres en neuf concerts sur deux mois. En l'absence de théâtre, l'Académie a organisé un grand concert de symphonie le 20 juillet dans le jardin du Palais des Tuileries pour l'inauguration de la statue du Roi, avec un amphithéâtre illuminé contre la façade du palais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12159
p. 187-208
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE Mercredi premier Juin, on a donné la premiere représentation de la Manie [...]
Mots clefs :
Comédie, Musique, Protecteur, Tragédie, Arts, Attention, Philosophe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
LE Mercredi premier Juin , on a donné
la premiere repréſentation de la Manie
des Arts , ou la Matinée à la Mode ;
Comédie en un Acte en Profe , par
M. ROCHON DE CHABANNES . Cette
Piéce fut reçue avec beaucoup d'applaudiffemens
, & fon fuccès s'eft conftament
foutenu pendant dix repréſentations
, nombre auquel il a été reſtraint ,
non par la fatiété du Public , mais par les
circonftances qui ont exigé , comme on
le verra ci-après , la remife d'un Ouvrage
confacré à la réjouiffance publique.
Cette agréable Nouveauté eft un enfemble
de Scènes pittorefques fur une
manie dans nos moeurs actuelles , & qui
par conféquent ne doit pas être jugée d'après
les loix des Drames réguliers . Nous
allons tâcher d'en donner une idée aux
Lecteurs par l'analyſe ſuivante.
188 MERCURE DE FRANCE.
UNE COMTESSE Bel-efprit ,
PERSONNAGES.
FORLISE ;
Mde FORLISE , mère de
Forlife .
ACTEURS.
M. Bellecour.
Mlle Huff
Mile Dumefnit.
UN PHILOSOPHE, M. Brifat.
DU COLORIS , Peintre , - M. d'Aubeval
ALLEGRO , Muficien M. Bouret.
M. Molé
M. Auger.
DORILAS , Poëte ,
UN GASCON ,
DUMONT , Valet de Chambre
de M. Forlife
LAQUAIS , Perſonnages muets.
M. Préville,
Là Scène eft dans un Salon de M. Forlife.
MR de Forlife eft un homme de condition
, Amateur & Artiſte qui fe pique
de tout , & ne fe doute de rien . Ila un
Poëte qui fait des Vers pour lui , un Muficien
qui compofe la Mufique , un Peintre
qui barbouille en fon nom. Le fond
de cette Piéce n'eft qu'une audience du
marin . Un homme fenfé ouvre la Scène.
Ila rencontré M. Forlife dans une mai-
( a ) Cette Piéce imprimée fe vend chez Sébaftien
Jorry , Imprimeur , rue & vis - à-vis la
Comédie Françoiſe. Le prix eft de 24 fols.
JUILLET. 1763 . 189
fon , on lui a annoncé un Protecteur
des Arts , il s'eft prévenu en fa faveur ,
M. Forlife s'eft paffionné pour lui, & ces
difpofitions favorables leur ont fait fouhaiter
de lier connoiffance enſemble.
L'homme fenfé vient voir & admirer
M. de Forlife. Tout ce qu'il apperçoit
en entrant chez notre Protecteur diminue
bien de l'eftime qu'il avoit conçue
pour
lui. C'est un Protecteur Artifte . Il
voit de mauvaife Mufique fur le bureau ,
un Tableau déteftable fur le chevalet ,
des inftrumens répandus çà & là dans le
Salon , tout cela lui annonce la manie
de M. Forlife , & le caractère de fes
Protegés ; il prend le parti de les attendre
, de les examiner & d'en rire .
-
Un Peintre & un Muficien entrent.
Notre homme s'écarte & les écoute. Ils
débutent par dire du mal de M. de Forlife.
Le Philofophe s'en amufe. Ils lui
font aujourd'hui baffement leur cour
fe, difent ils entr'eux , mais patience ,
quand ils auront fait leur chemin , ils lejmeneront
comme un petit Monfieur. Le Philofophe
les interrompt pour les encourager
, ils font un peu étourdis de fon aparation
, mais il les raffure en leur difant
qu'il ne veut pas leur nuire. Il les perfifle
cruellement , il voudroit bien voir
190 MERCURE DE FRANCE.
entrer M. de Forlife , ils feroient une
bonne fcène enfemble , à ce qu'il s'imagine
, On ouvre , c'eft M. Dumont , le
Valet-de- chambre de M. de Forlife , ils
s'en étoient plaints , & ils volent au-devant
de lui . Notre homme fenfé qui ne.
croit pas cette Scène moins curieuſe à
voir que celle du Maître , s'affeoit à l'écart
& laiffe agir nos lâches. M. Dumont
les reçoit avec morgue & impudence ,
ils l'accablent de complimens , de politeffes
, de fadeurs , ils le font affeoir , &
fe tiennent debout devant lui. M. Dumont
les entretient leftement. Cependant
il est démonté par l'afpect du Philofophe
qui tranquillement affis , l'obferve & fe
moque de lui . Il veut l'entreprendre
mais il ne s'en trouve pas bien. L'homme
fenfé le fait rentrer en terre & fe
retire fans vouloir voir fon Maître .
Cette Scène déconcerte un peu M.
Dumont , qui tâche à fe remettre de fon
trouble vis - a-vis de fes Protégés : fon
Maître arrive & le tire d'embarras.
M. de Forlife entre en robe de chambre
fuivi d'un nombreux domestique .
C'est une Scène d'impertinences. Il fe
fait habiller , parle à Dumont , à fes
Protégés , fait des queftions , n'attend
pas les réponſes, joue la diftraction , l'inJUILLET.
1763. 191
folence , la fottife , & renvoie le Pein-
& le Muficien. M. Allegro lui laiffe fon
Opéra , & ille charge en s'en allant d'en
remettre les parties copiées à fes Muficiens,
il en exécutera quelque chofe s'il
a un moment à lui .
Forlife refté feul avec Dumont , ordonne
qu'on faffe entrer Dorilas s'il
fe préfente , c'eft fon Poëte. Il veut lui
montrer une Tragédie qu'il vient de
faire ; il en eft enthouſiaſmé. Il ordonne
à Dumont de le laiffer tranquille ;
fon démon le faifit , il entre en verve
il va mettre la derniere main à ce chefd'oeuvre.
Dumont lui obéït & s'amufe
à faire de petits vers.
L'arrivée de Dorilas les tire de cette
occupation . Forlife congédie Dumont
charge Dorilas du foin de corriger fa
Piéce , & vole à fon tableau qu'il veut
finir. Dorilas qui trouve la Piéce déteftable
, & qui ne veut pas fe donner la
peine de la corriger en dégoûte affez
adroitement le Marquis , en lui perfuadant
qu'il y a des idées trop fortes dans
fon ouvrage , que jamais cela ne paffera.
Forlife le croit , le remercie de la
fageffe de fes confeils , & renonce à fa
Tragédie. Il lui propofe de s'attacher à
lui , d'accepter fon Secrétariat , qui eſt
192 MERCURE DE FRANCE ,
vacant. Ils feront les plus belles chofes
du monde enfemble. M. Dorilas accepte
la propofition du Marquis qui lui
demande s'il eft Muficien , & tout de
fuite lui racle un mauvais air fur le
violon.
Une femme de qualité de fes amies
arrive fur ces entrefaites , défend à Dumont
de l'annoncer , & furprend M. le
Marquis faifant de la Mufique . Elle veut
voir ce que c'eft. Le Marquis lui dit
qu'il éxécute un air d'un Opéra de fa
façon ; la Comteffe examine , parcourt
l'Opéra , trouve une Arriette de fon
goût ; on l'engage à la chanter , elle y
confent. M. le Marquis veut l'accompagner
, mais il a une paralyfie dans fes
doigts , il n'eft pas en train , il fait entrer
fes Muficiens & la Comteffe
chante avec eux. Dumont vient annoncer
ici Madame Forlife la mère. C'eſt
une femme ſenſée & raiſonnable , tous
les vifages fe refrognent ; cependant on
fait bonne contenance . Elle entre
vient parler à fon fils en faveur d'un
homme d'un vrai mérite , l'engage à le
préfenter au Miniftre. M. de Forlife ne
lui prête qu'une légère attention , il n'a
point de crédit , il n'importune guères
le Miniftre. La Comteffe confirme le
difcours
JUILLET. 1763. 193
7
difcours de M. de Forlife ; il y a fix mois
qu'elle perfécute M. le Marquis pour
préfenter un de fes protégés qui a fait
les Vers charmans pour fa Chienne , &
M. le Marquis eft encore à faire un pas.
Madame Forlife hauffe les épaules ,
prie fon fils d'avoir égard à fa recommandation
& fort. Entre alors un Gafcon
impudent qui vient fe préfenter
pour Secrétaire ; il fait les honneurs de
fa perfonne , & détaille tout fon petit
mérite dans un petit Placet qu'il a fait
en petits Vers ; on l'écoute : il le chante
, on eft enchanté , il le danſe , on n'y
peut plus tenir ; on oublie Dorilas , &
on lui donne fa place. Cependant Dumont
entre avec une lettre de Valere ;
c'eſt un Auteur comique de fa connoiffance
qui lui a lu , pour fe moquer de
lui fans doute , quelques Scènes épifodiques
d'une Comédie intitulée la Matinée
à la mode , & qui lui envoye demander
un dénouement. M. Dumont
toujours habilè en expédiens , dit que
l'Auteur n'a qu'à envoyer dîner fes
Acteurs , que c'eſt là le dénouement
d'une matinée. On convient qu'il a raifon
, M. de Forlife le prie de les envoyer
auffi dîner , il dit qu'on a ſervi ;
le Marquis donne la main à la Com-.
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
teffe , engage Dorilas & le Gafcon à
diner . Le Gafcon accepte , & Dorilas
fe retire en renoncant pour jamais aux
Grands & à leur matinée.
Nous voudrions , pour le plaifir des
Lecteurs & pour rendre juftice aux talens
de l'Auteur , que les bornes de nos
Extraits nous permiffent de rapporter
ici tous les détails fpirituels , philofophiques
& agréablement écrits
dont cette Piéce eft remplie . Nous nous
contenterons de tranfcrire , trois Scènes
priſes indiftin&tement , pour donner une
idée du Dialogue de la Piéce à ceux qui
ne pourroient s'en procurer la lecture.
Scènes pour donner une idée du
Dialogue.
L'Auteur introduit fur la Scène deux protégés
de M. For life , qui difcourent enfemble , pendant
qu'un homme raifonnable & tiré dans un coin ,
les obferve & les écoute .
UN PHILOSOPHE. Mrs DU COLORIS
& ALLEGRO .
ALLEGRO .
Si c'eft du bel air que de fe faire attendre ,
il faut convenir que M. Forlife attrape mieux
cer air- là que perſonne.
DU COLORIS .
Il ne fait pas apparemment , que le temps
JUILLET. 1763. 195
qu'un Grand fait perdre à l'attendre , eft toujours
employé à parler mal de lui ,
Bon.
LE PHILOSOPHE à part.
D. C ,
Je ne connois rien de plus ridicule que ce perfonnage.
A. L.
D. C.
Dites de plus impudent.
Il a la manie de tout fçavoir , & ne fçait -
rien .
A L.
Il veut être Artifte , Muficien , & nous le fommes
pour lui..
LE PHIL. à part.
Voilà deux Lâches qui font le portrait d'un Sot .
A L.
Et avec tout cela il ne nous ménage pas.
D. C.
Il nous traite avec orgueil , avec mépris .
Patience que j'aie fait mon chemin .
AL.
Que je me voye au- deſſus de mes affaires
D. C.
Comme je vous le méne ce petit Monfieur .
196 MERCURE DE FRANCE .
A L.
Comme je lui fais changer de ton. Je ne veux
plus qu'on me parle Mufique.
D. C.
Ni moi , Peinture.
A L.
Je me refufe aux empreffemens des Sots.
D. C.
On me retient à dîner trois mois d'avance ,
& je manque.
A L.
Moi j'y vais ; mais c'eft pour boire , manger ,
& ne dire mot ; fi je chante , ce n'eft que par
contradiction .
LE PHILOSOPHE les abordant.
bravo ! mes bons amis, bravo , rampans d'abord,
impertinens après ; c'eft dans l'ordre , voilà le
caractère des gens médiocres.
Scène du Protecteur. Son entrée.
FORLISE fuivi d'un nombreux Domestique .
ALLEGRO, DUCOLORIS. DUMONT ,
fon Valet de chambre.
FORLISE.
lui donnant un rouleau
de papier.
Mille pardons , Meffieurs , mille pardons, ..
tenez M. Dumont.
DUMONT.
Malpefte ! c'eft la Tragédie.
JUILLET. 1763. 197
FORLISE.
Point de curiofité M. Dumont ; mettez tout
cela fur mon bureau qu'on m'habille ....
à Dumont.
Vous permettez ....
à propos , as- tu porté ce
Livre chez la Ducheffe ?
DUMONT.
Oui. Je lui ai dit qu'il étoit d'un de vos Amis ,
qu'il falloit qu'elle le trouvât bon.
A merveille .
FORLISE.
DUMONT.
Elle m'a remis celui- ci , qu'il faut que vous
trouviez mauvais.
FORLISE.
C'eft jufte...eh bien, mon cher M. Ducoloris ,
que dites-vous de notre Tableau ?
remarqué ? ...
D. C.
Des changemens confidérables .
FORLISE.
... avez-vous
Dont vous êtes content fans doute
D. C.
Mais oui , l'on ne peur nier
FORLISE .
.....
Dumont , je fors à trois heures , ayez foin d'en
prévenir mon Cocher .....
DUMONT.
Mais M. le Marquis , vous ne fçauriez fortir.
FORLISE.
Comment : ... mon habit ... vous ne finiffez
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
...
pas entre nous ce que vous faites , mon cher
Ducoloris ce Tableau avoit grand befoin
d'être retouché ... je ne fçaurois fortir, M. Dumont
... ma montre ... apportez- vous notre
Opéra , mon cher Allegro ?
Le voici.
ALLEGRO.
FORLISE.
Qu'est - ce qui me retient donc , M: Damont
qu'eft- ce qui me retient donc? répondez ...
DUMONT.
A qui répondre ? ......
..
FORLISE. à Allegro.
Avez-vous fait copier les parties ? ..
Oui , Monfieur.
ALLEGRO.
1
Toute la Scène eft fur ce ton-là ; & finit pa
ce trait : M. de Forlife veut aller rendre vifite à
Montfort. C'est un jeune Artifte qu'il veut mettre en
réputation , c'eft une vifite effentielle , cela marquera
. Comment faire ? il eft retenu chez lui , il a dumonde
à diner Dumont lui dit.
Vous voilà bien embarallé , envoyez votre caroffe
à la porte , cela lui fera autant d'honneur
que fi vous y.alliez vous niême.
SCENE X I.
Madame Forlife la mère vient s'intéreЛler pour
un homme de mérite. M. de Forlife lui prête une
légère attention... Envoyez - moi votre homme,
iui dit-il , que je le voye , que je caule un peu
avec lui. Sa mère lui répond que ce n'eft pas un
homme à fe morfondré dans une antichambre.
JUILLET. 1763 . 199
Une Comteffe qui eft là demande ironiquement
à Mle Forlife s'il ne faut pas que le Marquis
aille au -devant de fon Protégé .
M. FOKLISE.
Eh pourquoi non , Madame , il faut quelquefois
aider le talent , aller au- devant du mérite. L'hom ·
me pour qui je m'intéreffe , craint le mépris des
Sots , le jargon des beaux - efprits , la table des
Riches , l'audience des Grands , & la Toilette des
femmes.
LA COMTESSE.
Et avec toutes ces petites frayeurs - là , on n'attrape
rien ; les places fe donnent aux gens qui
les demandent , qui les follicitent.
M. FORLISE.
Quelquefois à ceux qui les méritent ; il eſt encore
des Riches & des Grands qui ne donnent pas aux
Flateurs & aux Sots les places qui appartiennent
au mérite & à la vertu , vous les voyez chercher
avec emprellement le grand homme , lui tendre
une main bienfaifante , le protéger , l'enhardir ,
& vaincre fa milantropie par la délicatelle de leurs
procédés . Ils dédaignent l'encens , les pe its foins ,
& la fervile adulation des gens mé fio.res , ils eftiment
, its aiment même la fimplicité & la franchife
des hommes de génie . Voilà les Protecteurs
que je révére , voilà ceux à qui je voudrois que
vous reflemblaffiez , mon fils , ils font les foutiens
des Arts & de la Littérature , les autres en font
lés fléaux & les detrufcurs . Le véritable Protecteur
eft un Dieu bienfaifant qui purge un champ
de mauvaiſes herpes , pour en ranimer les plantes
falutaires
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUES.
S'il y a du danger à jetter un ridicule fur la
protection de goût que les Grands & quelques
gens riches accordent aux Arts & aux Artiſtes : il
y a certainement un grand avantage à dégoûter,
s'il eft poffible , quelques Fats de l'efpéce de M.
de Forlife de la honte dans laquelle ils les font
tomber , foit par une forte de tyrannie qu'ils
exercent fur les Artiftes , foit par le mauvais
choix que ces ridicules Protecteurs prétendus Artiftes
eux-mêmes font de leurs Protégés . Choifis
ordinairement dans un ordre affez médiocre
pour fervir avec baffeffe leur vanité ; malheureufement
ils donnent , par des intrigues ou
par des prodigalités , des dégoûts rebutans aux
talens fupérieurs . Le motif général de cette petite
Piéce doit donc être approuvé par tous les
vrais Amateurs. Il eft fâcheux peut-être que
l'Aureur air eu la facilité pour lui-même de fe
renfermer dans un fi court efpace , & de s'autorifer
par- là à ne pas étendre plus loin les peintures
vives & bien faifies des caractères dont ce
Sujet eft fufceptible. Heureux cependant le Poëte
Dramatique auquel on n'a d'autres reproches à
faire que de s'être arrêté trop tôt dans fon travail
! Combien l'amour- propre de tant d'autres
a lieu de fe repentir de s'être impoſé des travaux
trop étendus !
Mademoiſelle LUZZI a continué fon
début pour les rôles de Soubrette
dans les Bourgeoifes à la mode , & le
Cocher fuppofé. Enfuite par le rôle de
Cléanthis dans Démocrite , & la SouJUILLET.
1763. 201
brette dans le Galant Jardinier. Dans
les Trois Confines , par le rôle de Colette
, où elle a eu affez de fuccès pour
être redemandée après fon début fini .
Y
Les autres Piéces de ce début ont été
les Menechmes , la Serenade , le Légataire
, &c. Plus cette jeune Débutante
a paru fous les yeux du Public & des
Connoiffeurs éclairés , plus elle a rempli
l'efpoir qu'on avoit conçu de fes
talens , & l'on eft généralement confirmé
aujourd'hui dans celui qu'on doit
attendre de fes progrès . La forme extérieure
, comme nous l'avons déja annoncé,
n'a rien en elle que de très - favorable
, une taille légère & de la hauteur
précisément convenable au fexe . De
très-beaux yeux , propres à marquer
fenfiblement toutes les expreffions. Il
ne dépend même que de cette jeune perfonne
de reftituer à fa phyfionomie toute
la fineffe dont elle eft fufceptible , à la
place de ce qu'elle offre aujourd'hui
d'un peu trop grave , en fupprimant le
ridicule abus , introduit parmi les femmes
de nos jours , des chevelures élevées
& cannelées, fur le front, comme les
Buftes de quelques Romaines du temps
des Céfars ; genre de coëffure , qui ne
fera jamais d'accord avec le caractère
I v
292 MERCURE DE FRANCE .
à
d'une Soubrette Françoife . Les difpofitions
du côté du talent ne font pas
moins avantageufes ; & cultivées , comme
elles font par les foins du plus grand
Acteur comique de nos jours * , elles doivent
porter ce Sujet en peu
de temps
la perfection. Quoique l'on ait reconnu
dans la Débutante , les principes éclairés
qui la dirigent , on n'a pas moins apperçu
qu'il y a en elle un fond naturel d'intelligence
, de facilité , & de jufteffe
dans le débit du Dialogue , qui a concouru
à rendre les leçons plus fructueufes
, & qui donnera en propre à cette
jeune éléve les lumières que lui a
prêtées l'art de fon Maître.
Le Lundi 13 , on donna fur ce Théâtre
Manco , premier Ynca du Perou ,
Tragédie de M. le Blanc. Cette Piéce
parut longue , on y applaudit beaucoup
d'endroits. On en retrancha plufieurs
Vers , & elle fut repréfentée ainfi avec
ces retranchemens le Mercredi fuivant à
la Cour & le lendemain à Paris , où elle
a été continuée pendant fix repréſentations
jufqu'à la repriſe de la Piéce faite
à l'occafion de la Paix .
Le fond du fujet de cette Tragédie
améne naturellement dans les détails
des difcuffions entiérement philofophi-
* M. Préville .
JUILLET. 1763.
203
ques fur l'établiffement des fociétés , &
fur la préférence du frein des Loix civiles
à la liberté vague & fans bornes de la
vie purement animale . Nous ferons part
à nos Lecteurs de quelques-uns de ces
détails , qui méritent & de l'attention &
des éloges , auffi-tôt qu'on nous aura
donné les moyens d'en rendre compte ,
& de les rapporter avec la précifion &
l'exactitude convenable.
Le 21 , les Comédiens François fignalerent
, felon leur ufage , leur zéle dans
les rejouiffances publiques , par une repréfentation
gratis du Mercure Galant ,
qui fut fuivi des Trois Coufines , avec
les trois divertiffemens de cette Piéce.
Le Peuple qui y courut avec affluence ,
y parut prendre le plus grand plaifir , par
l'attention que les Auteurs eurent à tout
ce qui pouvoit y contribuer. les Spectateurs
marquoient à tous momens les
tranfports de leur fatisfaction par des
cris réitérés de Vive le Roi. A la fin du
Spectacle on leur livra le Théâtre fur lequel
ils danferent , ainfi que dans le
Parterre pendant très- longtemps , jufqu'à
ce que comblés de joie , ils allaffent les
uns après les autres en répandre les mouvemens
dans la Mille! b
Le Lundi 27 , on donna fur ce même
I vj
204 MERCURE DE FRANCE,
Théâtre la premiere repréſentation de la
repriſe de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en trois Actes en Vers libres de
M. FAVART , avec un divertiffement de
la compofition de M. VESTRIS , éxécuté
par les Danfeurs du Roi & de l'Opéra.
Nous avons parlé de cette Piéce (a) ,
nous en avons donné un extrait détaillé
ainfi il ne nous refte à rendre compte
que de l'extrême plaifir qu'en fait la reprife
, & de la perfection avec laquelle
elle eft rendue , ainfi qu'elle l'avoit été
précédemment à la Cour.
On n'a point vu & l'on ne peut voir
de plus grande affluence à aucun Spectacle
qu'en a attiré celui - ci . L'Anglois à
Bordeaux étoit précédé du Mifantrope ,
qui fut très-bien joué par M. BELCOUR
faifant le principal rôle , & par tous les
Acteurs principaux qui repréfentoient
dans ce chef- d'oeuvre de notre Théâtre .
Après cette grande Piécé , M. MOLÉ
s'avança comme pour les annonces
erdinaires , & fit au Public le difcours
fuivant :
,
- (@ V.le II. Vol. d'Avril & l'Article précé
dent des Spectacles de la Cour.
omom
JUILLET. 1763. 205
MESSIEU ESSIEURS
» Nous vous avons annoncé la retraite
de Mlle DANGEVILLE. Sa
» fanté ne lui a pas permis defuivre plus
longtemps la carrière laborieufe du
裴» Théâtre ; mais elle y reparoît avec
» tranfport , dès qu'il s'agit de prendre
» part à la joie publique . C'eft un ef-
"fort que fes Supérieurs ont defiré ;
» fes camarades en ont fenti tout le prix
» fon coeur s'eft trouvé d'accord avec
» eux. L'occafion étoit trop intéreffante
pour n'êtrepas faifie par une ame fenfible.
C'eft un tribut que Mlle DAN-
» GEVILLE paye au bonheur général
» & à la reconnoiffance qu'elle conferve
des bontés dont vous l'avez honorée.
»
22.
Nous devons auffi , Meffieurs , aux
talens diftingués qui compofent les
2. Ballets du Roi & de l'Académie Royale
» de Mufique , le témoignage du zéle
» avec lequel ils ont bien voulu concou-
» rir à décorer un Spectacle que tous ceux
» qui peuvent y contribuer , defireroient,
» Meffieurs , vous rendre auffi agréable
" par fa représentation que par fon
»principe.
Auffitôt que Mlle DANGEVILLE ,
206 MER CURE DE FRANCE.
dont le rôle ouvre la Piéce avec celui
de Darmant , parut fur le Théatre , des
applaudiffemens univerfels & continués
pendant très-longtemps l'empêcherent
de continuer ; on eut lieu de craindre
même , à l'état de trouble où cette circonftance
mettoit fa modeftie , que cela
ne lui occafionnât une révolution qui
mît obſtacle à fa bonne volonté. Le
filence le plus éxact ayant enfin fuccedé
à ce tranfport , cette incompara-
&trice joua comme on l'a toujours
vu jouer , c'eft- à-dire au plus
haut degré de perfection que l'imagination
puiffe concevoir dans l'art de la
Repréfentation Théâtrale . Elle fut fecondée
admirablement par tous les
autres Acteurs de cette Comédie, entre
autres par M. PREVILLE dans le rôle
de Sudmer , encore plus nouveau , encore
plus finguliérement agréable quë
la première fois qu'on l'a vu paroître
dans ce rôle.
SUJET du Ballet de la compofition de
M. VESTRIS , exécuté à la fin de
Anglois à Bordeaux,
Le fond du Théâtre eft dans l'obfcurité ; tout
y peint l'horreur de la guerre , on entend le
bruit des armes joint à celui du canon . Des OuJUILLET.
1763. 207
vriers de tout métier , des Matelots occupés au
débarquement des navires font dans l'abbattement.
Un groupe de nuages traverſe les airs ; il
paroît porter une Divinité. Tout le Peuple le
fuit des yeux ; ils voyent MINER VE en defcendre
, elle porte des branches de Laurier & d'Olivier
entrelacées ; elle va parler , les Peuples
font attentifs : elle annonce le retour de la Paix .
Les bruits de la Guerre cellent ; tous les travaux
reprennent leur activité générale ; furtout ceux
des Sculpteurs occupés à dégroffir une maffe de
rochers , fur laquelle eft affife une Tour qui porte
un Phare pour éclairer les vaiffeaux qui entrent
dans le Port. Apollon ( repréfenté par le Sigur
VESTRIS , ) fuit Minerve , comme Dieu des
Arts , il préfide aux travaux des Sculpteurs qui
fe propofent d'ériger un monument. Pour en accélérer
l'exécution , il frappe la Tour , elle s'écroule ,
on voit à la place la Statue équefire de LOUIS
XV, qui décore la Place de Bordeaux . Ce même
Dieu raffemble les François , les Espagnols , &
les Anglois , qui par leurs danfes variées & brillantes
, célébrent le commun bonheur de l'Europe,
ce qui forme ce Ballet , un des plus magnifiques
qu'on ait vu fur ce Théâtre , tant par la diftinction
des talens fupérieurs qui le compofent , que
par le nombre & la compofition des entrées ,
ainfi que par la magnificence & là galanterie des
habillemens.
On a continué avec le même faccès & le même
concours de Spectateurs , les repréſentations
de ce Spectacle intéreffant,, On doit remarquer
à la louange des Comédiens François , l'attention
qu'ils ont pour l'intérêt du bon goût, d'avoir
faifi cette occafion , pour remettre Tous les yeux
des Spectateurs François aflemblés en grand nom208
MERCURE DE FRANCE.
bre , les admirables productions de MOLIERE ,
afin de faire connoître à plufieurs d'entre eux qui
ſe contentoient de l'entendre dire , les modéles du
fublime Dramatique , & les monumens les plus
glorieux de la Nation dans ce genre de Littéra
ture.
FRANÇOISE.
LE Mercredi premier Juin , on a donné
la premiere repréſentation de la Manie
des Arts , ou la Matinée à la Mode ;
Comédie en un Acte en Profe , par
M. ROCHON DE CHABANNES . Cette
Piéce fut reçue avec beaucoup d'applaudiffemens
, & fon fuccès s'eft conftament
foutenu pendant dix repréſentations
, nombre auquel il a été reſtraint ,
non par la fatiété du Public , mais par les
circonftances qui ont exigé , comme on
le verra ci-après , la remife d'un Ouvrage
confacré à la réjouiffance publique.
Cette agréable Nouveauté eft un enfemble
de Scènes pittorefques fur une
manie dans nos moeurs actuelles , & qui
par conféquent ne doit pas être jugée d'après
les loix des Drames réguliers . Nous
allons tâcher d'en donner une idée aux
Lecteurs par l'analyſe ſuivante.
188 MERCURE DE FRANCE.
UNE COMTESSE Bel-efprit ,
PERSONNAGES.
FORLISE ;
Mde FORLISE , mère de
Forlife .
ACTEURS.
M. Bellecour.
Mlle Huff
Mile Dumefnit.
UN PHILOSOPHE, M. Brifat.
DU COLORIS , Peintre , - M. d'Aubeval
ALLEGRO , Muficien M. Bouret.
M. Molé
M. Auger.
DORILAS , Poëte ,
UN GASCON ,
DUMONT , Valet de Chambre
de M. Forlife
LAQUAIS , Perſonnages muets.
M. Préville,
Là Scène eft dans un Salon de M. Forlife.
MR de Forlife eft un homme de condition
, Amateur & Artiſte qui fe pique
de tout , & ne fe doute de rien . Ila un
Poëte qui fait des Vers pour lui , un Muficien
qui compofe la Mufique , un Peintre
qui barbouille en fon nom. Le fond
de cette Piéce n'eft qu'une audience du
marin . Un homme fenfé ouvre la Scène.
Ila rencontré M. Forlife dans une mai-
( a ) Cette Piéce imprimée fe vend chez Sébaftien
Jorry , Imprimeur , rue & vis - à-vis la
Comédie Françoiſe. Le prix eft de 24 fols.
JUILLET. 1763 . 189
fon , on lui a annoncé un Protecteur
des Arts , il s'eft prévenu en fa faveur ,
M. Forlife s'eft paffionné pour lui, & ces
difpofitions favorables leur ont fait fouhaiter
de lier connoiffance enſemble.
L'homme fenfé vient voir & admirer
M. de Forlife. Tout ce qu'il apperçoit
en entrant chez notre Protecteur diminue
bien de l'eftime qu'il avoit conçue
pour
lui. C'est un Protecteur Artifte . Il
voit de mauvaife Mufique fur le bureau ,
un Tableau déteftable fur le chevalet ,
des inftrumens répandus çà & là dans le
Salon , tout cela lui annonce la manie
de M. Forlife , & le caractère de fes
Protegés ; il prend le parti de les attendre
, de les examiner & d'en rire .
-
Un Peintre & un Muficien entrent.
Notre homme s'écarte & les écoute. Ils
débutent par dire du mal de M. de Forlife.
Le Philofophe s'en amufe. Ils lui
font aujourd'hui baffement leur cour
fe, difent ils entr'eux , mais patience ,
quand ils auront fait leur chemin , ils lejmeneront
comme un petit Monfieur. Le Philofophe
les interrompt pour les encourager
, ils font un peu étourdis de fon aparation
, mais il les raffure en leur difant
qu'il ne veut pas leur nuire. Il les perfifle
cruellement , il voudroit bien voir
190 MERCURE DE FRANCE.
entrer M. de Forlife , ils feroient une
bonne fcène enfemble , à ce qu'il s'imagine
, On ouvre , c'eft M. Dumont , le
Valet-de- chambre de M. de Forlife , ils
s'en étoient plaints , & ils volent au-devant
de lui . Notre homme fenfé qui ne.
croit pas cette Scène moins curieuſe à
voir que celle du Maître , s'affeoit à l'écart
& laiffe agir nos lâches. M. Dumont
les reçoit avec morgue & impudence ,
ils l'accablent de complimens , de politeffes
, de fadeurs , ils le font affeoir , &
fe tiennent debout devant lui. M. Dumont
les entretient leftement. Cependant
il est démonté par l'afpect du Philofophe
qui tranquillement affis , l'obferve & fe
moque de lui . Il veut l'entreprendre
mais il ne s'en trouve pas bien. L'homme
fenfé le fait rentrer en terre & fe
retire fans vouloir voir fon Maître .
Cette Scène déconcerte un peu M.
Dumont , qui tâche à fe remettre de fon
trouble vis - a-vis de fes Protégés : fon
Maître arrive & le tire d'embarras.
M. de Forlife entre en robe de chambre
fuivi d'un nombreux domestique .
C'est une Scène d'impertinences. Il fe
fait habiller , parle à Dumont , à fes
Protégés , fait des queftions , n'attend
pas les réponſes, joue la diftraction , l'inJUILLET.
1763. 191
folence , la fottife , & renvoie le Pein-
& le Muficien. M. Allegro lui laiffe fon
Opéra , & ille charge en s'en allant d'en
remettre les parties copiées à fes Muficiens,
il en exécutera quelque chofe s'il
a un moment à lui .
Forlife refté feul avec Dumont , ordonne
qu'on faffe entrer Dorilas s'il
fe préfente , c'eft fon Poëte. Il veut lui
montrer une Tragédie qu'il vient de
faire ; il en eft enthouſiaſmé. Il ordonne
à Dumont de le laiffer tranquille ;
fon démon le faifit , il entre en verve
il va mettre la derniere main à ce chefd'oeuvre.
Dumont lui obéït & s'amufe
à faire de petits vers.
L'arrivée de Dorilas les tire de cette
occupation . Forlife congédie Dumont
charge Dorilas du foin de corriger fa
Piéce , & vole à fon tableau qu'il veut
finir. Dorilas qui trouve la Piéce déteftable
, & qui ne veut pas fe donner la
peine de la corriger en dégoûte affez
adroitement le Marquis , en lui perfuadant
qu'il y a des idées trop fortes dans
fon ouvrage , que jamais cela ne paffera.
Forlife le croit , le remercie de la
fageffe de fes confeils , & renonce à fa
Tragédie. Il lui propofe de s'attacher à
lui , d'accepter fon Secrétariat , qui eſt
192 MERCURE DE FRANCE ,
vacant. Ils feront les plus belles chofes
du monde enfemble. M. Dorilas accepte
la propofition du Marquis qui lui
demande s'il eft Muficien , & tout de
fuite lui racle un mauvais air fur le
violon.
Une femme de qualité de fes amies
arrive fur ces entrefaites , défend à Dumont
de l'annoncer , & furprend M. le
Marquis faifant de la Mufique . Elle veut
voir ce que c'eft. Le Marquis lui dit
qu'il éxécute un air d'un Opéra de fa
façon ; la Comteffe examine , parcourt
l'Opéra , trouve une Arriette de fon
goût ; on l'engage à la chanter , elle y
confent. M. le Marquis veut l'accompagner
, mais il a une paralyfie dans fes
doigts , il n'eft pas en train , il fait entrer
fes Muficiens & la Comteffe
chante avec eux. Dumont vient annoncer
ici Madame Forlife la mère. C'eſt
une femme ſenſée & raiſonnable , tous
les vifages fe refrognent ; cependant on
fait bonne contenance . Elle entre
vient parler à fon fils en faveur d'un
homme d'un vrai mérite , l'engage à le
préfenter au Miniftre. M. de Forlife ne
lui prête qu'une légère attention , il n'a
point de crédit , il n'importune guères
le Miniftre. La Comteffe confirme le
difcours
JUILLET. 1763. 193
7
difcours de M. de Forlife ; il y a fix mois
qu'elle perfécute M. le Marquis pour
préfenter un de fes protégés qui a fait
les Vers charmans pour fa Chienne , &
M. le Marquis eft encore à faire un pas.
Madame Forlife hauffe les épaules ,
prie fon fils d'avoir égard à fa recommandation
& fort. Entre alors un Gafcon
impudent qui vient fe préfenter
pour Secrétaire ; il fait les honneurs de
fa perfonne , & détaille tout fon petit
mérite dans un petit Placet qu'il a fait
en petits Vers ; on l'écoute : il le chante
, on eft enchanté , il le danſe , on n'y
peut plus tenir ; on oublie Dorilas , &
on lui donne fa place. Cependant Dumont
entre avec une lettre de Valere ;
c'eſt un Auteur comique de fa connoiffance
qui lui a lu , pour fe moquer de
lui fans doute , quelques Scènes épifodiques
d'une Comédie intitulée la Matinée
à la mode , & qui lui envoye demander
un dénouement. M. Dumont
toujours habilè en expédiens , dit que
l'Auteur n'a qu'à envoyer dîner fes
Acteurs , que c'eſt là le dénouement
d'une matinée. On convient qu'il a raifon
, M. de Forlife le prie de les envoyer
auffi dîner , il dit qu'on a ſervi ;
le Marquis donne la main à la Com-.
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
teffe , engage Dorilas & le Gafcon à
diner . Le Gafcon accepte , & Dorilas
fe retire en renoncant pour jamais aux
Grands & à leur matinée.
Nous voudrions , pour le plaifir des
Lecteurs & pour rendre juftice aux talens
de l'Auteur , que les bornes de nos
Extraits nous permiffent de rapporter
ici tous les détails fpirituels , philofophiques
& agréablement écrits
dont cette Piéce eft remplie . Nous nous
contenterons de tranfcrire , trois Scènes
priſes indiftin&tement , pour donner une
idée du Dialogue de la Piéce à ceux qui
ne pourroient s'en procurer la lecture.
Scènes pour donner une idée du
Dialogue.
L'Auteur introduit fur la Scène deux protégés
de M. For life , qui difcourent enfemble , pendant
qu'un homme raifonnable & tiré dans un coin ,
les obferve & les écoute .
UN PHILOSOPHE. Mrs DU COLORIS
& ALLEGRO .
ALLEGRO .
Si c'eft du bel air que de fe faire attendre ,
il faut convenir que M. Forlife attrape mieux
cer air- là que perſonne.
DU COLORIS .
Il ne fait pas apparemment , que le temps
JUILLET. 1763. 195
qu'un Grand fait perdre à l'attendre , eft toujours
employé à parler mal de lui ,
Bon.
LE PHILOSOPHE à part.
D. C ,
Je ne connois rien de plus ridicule que ce perfonnage.
A. L.
D. C.
Dites de plus impudent.
Il a la manie de tout fçavoir , & ne fçait -
rien .
A L.
Il veut être Artifte , Muficien , & nous le fommes
pour lui..
LE PHIL. à part.
Voilà deux Lâches qui font le portrait d'un Sot .
A L.
Et avec tout cela il ne nous ménage pas.
D. C.
Il nous traite avec orgueil , avec mépris .
Patience que j'aie fait mon chemin .
AL.
Que je me voye au- deſſus de mes affaires
D. C.
Comme je vous le méne ce petit Monfieur .
196 MERCURE DE FRANCE .
A L.
Comme je lui fais changer de ton. Je ne veux
plus qu'on me parle Mufique.
D. C.
Ni moi , Peinture.
A L.
Je me refufe aux empreffemens des Sots.
D. C.
On me retient à dîner trois mois d'avance ,
& je manque.
A L.
Moi j'y vais ; mais c'eft pour boire , manger ,
& ne dire mot ; fi je chante , ce n'eft que par
contradiction .
LE PHILOSOPHE les abordant.
bravo ! mes bons amis, bravo , rampans d'abord,
impertinens après ; c'eft dans l'ordre , voilà le
caractère des gens médiocres.
Scène du Protecteur. Son entrée.
FORLISE fuivi d'un nombreux Domestique .
ALLEGRO, DUCOLORIS. DUMONT ,
fon Valet de chambre.
FORLISE.
lui donnant un rouleau
de papier.
Mille pardons , Meffieurs , mille pardons, ..
tenez M. Dumont.
DUMONT.
Malpefte ! c'eft la Tragédie.
JUILLET. 1763. 197
FORLISE.
Point de curiofité M. Dumont ; mettez tout
cela fur mon bureau qu'on m'habille ....
à Dumont.
Vous permettez ....
à propos , as- tu porté ce
Livre chez la Ducheffe ?
DUMONT.
Oui. Je lui ai dit qu'il étoit d'un de vos Amis ,
qu'il falloit qu'elle le trouvât bon.
A merveille .
FORLISE.
DUMONT.
Elle m'a remis celui- ci , qu'il faut que vous
trouviez mauvais.
FORLISE.
C'eft jufte...eh bien, mon cher M. Ducoloris ,
que dites-vous de notre Tableau ?
remarqué ? ...
D. C.
Des changemens confidérables .
FORLISE.
... avez-vous
Dont vous êtes content fans doute
D. C.
Mais oui , l'on ne peur nier
FORLISE .
.....
Dumont , je fors à trois heures , ayez foin d'en
prévenir mon Cocher .....
DUMONT.
Mais M. le Marquis , vous ne fçauriez fortir.
FORLISE.
Comment : ... mon habit ... vous ne finiffez
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
...
pas entre nous ce que vous faites , mon cher
Ducoloris ce Tableau avoit grand befoin
d'être retouché ... je ne fçaurois fortir, M. Dumont
... ma montre ... apportez- vous notre
Opéra , mon cher Allegro ?
Le voici.
ALLEGRO.
FORLISE.
Qu'est - ce qui me retient donc , M: Damont
qu'eft- ce qui me retient donc? répondez ...
DUMONT.
A qui répondre ? ......
..
FORLISE. à Allegro.
Avez-vous fait copier les parties ? ..
Oui , Monfieur.
ALLEGRO.
1
Toute la Scène eft fur ce ton-là ; & finit pa
ce trait : M. de Forlife veut aller rendre vifite à
Montfort. C'est un jeune Artifte qu'il veut mettre en
réputation , c'eft une vifite effentielle , cela marquera
. Comment faire ? il eft retenu chez lui , il a dumonde
à diner Dumont lui dit.
Vous voilà bien embarallé , envoyez votre caroffe
à la porte , cela lui fera autant d'honneur
que fi vous y.alliez vous niême.
SCENE X I.
Madame Forlife la mère vient s'intéreЛler pour
un homme de mérite. M. de Forlife lui prête une
légère attention... Envoyez - moi votre homme,
iui dit-il , que je le voye , que je caule un peu
avec lui. Sa mère lui répond que ce n'eft pas un
homme à fe morfondré dans une antichambre.
JUILLET. 1763 . 199
Une Comteffe qui eft là demande ironiquement
à Mle Forlife s'il ne faut pas que le Marquis
aille au -devant de fon Protégé .
M. FOKLISE.
Eh pourquoi non , Madame , il faut quelquefois
aider le talent , aller au- devant du mérite. L'hom ·
me pour qui je m'intéreffe , craint le mépris des
Sots , le jargon des beaux - efprits , la table des
Riches , l'audience des Grands , & la Toilette des
femmes.
LA COMTESSE.
Et avec toutes ces petites frayeurs - là , on n'attrape
rien ; les places fe donnent aux gens qui
les demandent , qui les follicitent.
M. FORLISE.
Quelquefois à ceux qui les méritent ; il eſt encore
des Riches & des Grands qui ne donnent pas aux
Flateurs & aux Sots les places qui appartiennent
au mérite & à la vertu , vous les voyez chercher
avec emprellement le grand homme , lui tendre
une main bienfaifante , le protéger , l'enhardir ,
& vaincre fa milantropie par la délicatelle de leurs
procédés . Ils dédaignent l'encens , les pe its foins ,
& la fervile adulation des gens mé fio.res , ils eftiment
, its aiment même la fimplicité & la franchife
des hommes de génie . Voilà les Protecteurs
que je révére , voilà ceux à qui je voudrois que
vous reflemblaffiez , mon fils , ils font les foutiens
des Arts & de la Littérature , les autres en font
lés fléaux & les detrufcurs . Le véritable Protecteur
eft un Dieu bienfaifant qui purge un champ
de mauvaiſes herpes , pour en ranimer les plantes
falutaires
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUES.
S'il y a du danger à jetter un ridicule fur la
protection de goût que les Grands & quelques
gens riches accordent aux Arts & aux Artiſtes : il
y a certainement un grand avantage à dégoûter,
s'il eft poffible , quelques Fats de l'efpéce de M.
de Forlife de la honte dans laquelle ils les font
tomber , foit par une forte de tyrannie qu'ils
exercent fur les Artiftes , foit par le mauvais
choix que ces ridicules Protecteurs prétendus Artiftes
eux-mêmes font de leurs Protégés . Choifis
ordinairement dans un ordre affez médiocre
pour fervir avec baffeffe leur vanité ; malheureufement
ils donnent , par des intrigues ou
par des prodigalités , des dégoûts rebutans aux
talens fupérieurs . Le motif général de cette petite
Piéce doit donc être approuvé par tous les
vrais Amateurs. Il eft fâcheux peut-être que
l'Aureur air eu la facilité pour lui-même de fe
renfermer dans un fi court efpace , & de s'autorifer
par- là à ne pas étendre plus loin les peintures
vives & bien faifies des caractères dont ce
Sujet eft fufceptible. Heureux cependant le Poëte
Dramatique auquel on n'a d'autres reproches à
faire que de s'être arrêté trop tôt dans fon travail
! Combien l'amour- propre de tant d'autres
a lieu de fe repentir de s'être impoſé des travaux
trop étendus !
Mademoiſelle LUZZI a continué fon
début pour les rôles de Soubrette
dans les Bourgeoifes à la mode , & le
Cocher fuppofé. Enfuite par le rôle de
Cléanthis dans Démocrite , & la SouJUILLET.
1763. 201
brette dans le Galant Jardinier. Dans
les Trois Confines , par le rôle de Colette
, où elle a eu affez de fuccès pour
être redemandée après fon début fini .
Y
Les autres Piéces de ce début ont été
les Menechmes , la Serenade , le Légataire
, &c. Plus cette jeune Débutante
a paru fous les yeux du Public & des
Connoiffeurs éclairés , plus elle a rempli
l'efpoir qu'on avoit conçu de fes
talens , & l'on eft généralement confirmé
aujourd'hui dans celui qu'on doit
attendre de fes progrès . La forme extérieure
, comme nous l'avons déja annoncé,
n'a rien en elle que de très - favorable
, une taille légère & de la hauteur
précisément convenable au fexe . De
très-beaux yeux , propres à marquer
fenfiblement toutes les expreffions. Il
ne dépend même que de cette jeune perfonne
de reftituer à fa phyfionomie toute
la fineffe dont elle eft fufceptible , à la
place de ce qu'elle offre aujourd'hui
d'un peu trop grave , en fupprimant le
ridicule abus , introduit parmi les femmes
de nos jours , des chevelures élevées
& cannelées, fur le front, comme les
Buftes de quelques Romaines du temps
des Céfars ; genre de coëffure , qui ne
fera jamais d'accord avec le caractère
I v
292 MERCURE DE FRANCE .
à
d'une Soubrette Françoife . Les difpofitions
du côté du talent ne font pas
moins avantageufes ; & cultivées , comme
elles font par les foins du plus grand
Acteur comique de nos jours * , elles doivent
porter ce Sujet en peu
de temps
la perfection. Quoique l'on ait reconnu
dans la Débutante , les principes éclairés
qui la dirigent , on n'a pas moins apperçu
qu'il y a en elle un fond naturel d'intelligence
, de facilité , & de jufteffe
dans le débit du Dialogue , qui a concouru
à rendre les leçons plus fructueufes
, & qui donnera en propre à cette
jeune éléve les lumières que lui a
prêtées l'art de fon Maître.
Le Lundi 13 , on donna fur ce Théâtre
Manco , premier Ynca du Perou ,
Tragédie de M. le Blanc. Cette Piéce
parut longue , on y applaudit beaucoup
d'endroits. On en retrancha plufieurs
Vers , & elle fut repréfentée ainfi avec
ces retranchemens le Mercredi fuivant à
la Cour & le lendemain à Paris , où elle
a été continuée pendant fix repréſentations
jufqu'à la repriſe de la Piéce faite
à l'occafion de la Paix .
Le fond du fujet de cette Tragédie
améne naturellement dans les détails
des difcuffions entiérement philofophi-
* M. Préville .
JUILLET. 1763.
203
ques fur l'établiffement des fociétés , &
fur la préférence du frein des Loix civiles
à la liberté vague & fans bornes de la
vie purement animale . Nous ferons part
à nos Lecteurs de quelques-uns de ces
détails , qui méritent & de l'attention &
des éloges , auffi-tôt qu'on nous aura
donné les moyens d'en rendre compte ,
& de les rapporter avec la précifion &
l'exactitude convenable.
Le 21 , les Comédiens François fignalerent
, felon leur ufage , leur zéle dans
les rejouiffances publiques , par une repréfentation
gratis du Mercure Galant ,
qui fut fuivi des Trois Coufines , avec
les trois divertiffemens de cette Piéce.
Le Peuple qui y courut avec affluence ,
y parut prendre le plus grand plaifir , par
l'attention que les Auteurs eurent à tout
ce qui pouvoit y contribuer. les Spectateurs
marquoient à tous momens les
tranfports de leur fatisfaction par des
cris réitérés de Vive le Roi. A la fin du
Spectacle on leur livra le Théâtre fur lequel
ils danferent , ainfi que dans le
Parterre pendant très- longtemps , jufqu'à
ce que comblés de joie , ils allaffent les
uns après les autres en répandre les mouvemens
dans la Mille! b
Le Lundi 27 , on donna fur ce même
I vj
204 MERCURE DE FRANCE,
Théâtre la premiere repréſentation de la
repriſe de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en trois Actes en Vers libres de
M. FAVART , avec un divertiffement de
la compofition de M. VESTRIS , éxécuté
par les Danfeurs du Roi & de l'Opéra.
Nous avons parlé de cette Piéce (a) ,
nous en avons donné un extrait détaillé
ainfi il ne nous refte à rendre compte
que de l'extrême plaifir qu'en fait la reprife
, & de la perfection avec laquelle
elle eft rendue , ainfi qu'elle l'avoit été
précédemment à la Cour.
On n'a point vu & l'on ne peut voir
de plus grande affluence à aucun Spectacle
qu'en a attiré celui - ci . L'Anglois à
Bordeaux étoit précédé du Mifantrope ,
qui fut très-bien joué par M. BELCOUR
faifant le principal rôle , & par tous les
Acteurs principaux qui repréfentoient
dans ce chef- d'oeuvre de notre Théâtre .
Après cette grande Piécé , M. MOLÉ
s'avança comme pour les annonces
erdinaires , & fit au Public le difcours
fuivant :
,
- (@ V.le II. Vol. d'Avril & l'Article précé
dent des Spectacles de la Cour.
omom
JUILLET. 1763. 205
MESSIEU ESSIEURS
» Nous vous avons annoncé la retraite
de Mlle DANGEVILLE. Sa
» fanté ne lui a pas permis defuivre plus
longtemps la carrière laborieufe du
裴» Théâtre ; mais elle y reparoît avec
» tranfport , dès qu'il s'agit de prendre
» part à la joie publique . C'eft un ef-
"fort que fes Supérieurs ont defiré ;
» fes camarades en ont fenti tout le prix
» fon coeur s'eft trouvé d'accord avec
» eux. L'occafion étoit trop intéreffante
pour n'êtrepas faifie par une ame fenfible.
C'eft un tribut que Mlle DAN-
» GEVILLE paye au bonheur général
» & à la reconnoiffance qu'elle conferve
des bontés dont vous l'avez honorée.
»
22.
Nous devons auffi , Meffieurs , aux
talens diftingués qui compofent les
2. Ballets du Roi & de l'Académie Royale
» de Mufique , le témoignage du zéle
» avec lequel ils ont bien voulu concou-
» rir à décorer un Spectacle que tous ceux
» qui peuvent y contribuer , defireroient,
» Meffieurs , vous rendre auffi agréable
" par fa représentation que par fon
»principe.
Auffitôt que Mlle DANGEVILLE ,
206 MER CURE DE FRANCE.
dont le rôle ouvre la Piéce avec celui
de Darmant , parut fur le Théatre , des
applaudiffemens univerfels & continués
pendant très-longtemps l'empêcherent
de continuer ; on eut lieu de craindre
même , à l'état de trouble où cette circonftance
mettoit fa modeftie , que cela
ne lui occafionnât une révolution qui
mît obſtacle à fa bonne volonté. Le
filence le plus éxact ayant enfin fuccedé
à ce tranfport , cette incompara-
&trice joua comme on l'a toujours
vu jouer , c'eft- à-dire au plus
haut degré de perfection que l'imagination
puiffe concevoir dans l'art de la
Repréfentation Théâtrale . Elle fut fecondée
admirablement par tous les
autres Acteurs de cette Comédie, entre
autres par M. PREVILLE dans le rôle
de Sudmer , encore plus nouveau , encore
plus finguliérement agréable quë
la première fois qu'on l'a vu paroître
dans ce rôle.
SUJET du Ballet de la compofition de
M. VESTRIS , exécuté à la fin de
Anglois à Bordeaux,
Le fond du Théâtre eft dans l'obfcurité ; tout
y peint l'horreur de la guerre , on entend le
bruit des armes joint à celui du canon . Des OuJUILLET.
1763. 207
vriers de tout métier , des Matelots occupés au
débarquement des navires font dans l'abbattement.
Un groupe de nuages traverſe les airs ; il
paroît porter une Divinité. Tout le Peuple le
fuit des yeux ; ils voyent MINER VE en defcendre
, elle porte des branches de Laurier & d'Olivier
entrelacées ; elle va parler , les Peuples
font attentifs : elle annonce le retour de la Paix .
Les bruits de la Guerre cellent ; tous les travaux
reprennent leur activité générale ; furtout ceux
des Sculpteurs occupés à dégroffir une maffe de
rochers , fur laquelle eft affife une Tour qui porte
un Phare pour éclairer les vaiffeaux qui entrent
dans le Port. Apollon ( repréfenté par le Sigur
VESTRIS , ) fuit Minerve , comme Dieu des
Arts , il préfide aux travaux des Sculpteurs qui
fe propofent d'ériger un monument. Pour en accélérer
l'exécution , il frappe la Tour , elle s'écroule ,
on voit à la place la Statue équefire de LOUIS
XV, qui décore la Place de Bordeaux . Ce même
Dieu raffemble les François , les Espagnols , &
les Anglois , qui par leurs danfes variées & brillantes
, célébrent le commun bonheur de l'Europe,
ce qui forme ce Ballet , un des plus magnifiques
qu'on ait vu fur ce Théâtre , tant par la diftinction
des talens fupérieurs qui le compofent , que
par le nombre & la compofition des entrées ,
ainfi que par la magnificence & là galanterie des
habillemens.
On a continué avec le même faccès & le même
concours de Spectateurs , les repréſentations
de ce Spectacle intéreffant,, On doit remarquer
à la louange des Comédiens François , l'attention
qu'ils ont pour l'intérêt du bon goût, d'avoir
faifi cette occafion , pour remettre Tous les yeux
des Spectateurs François aflemblés en grand nom208
MERCURE DE FRANCE.
bre , les admirables productions de MOLIERE ,
afin de faire connoître à plufieurs d'entre eux qui
ſe contentoient de l'entendre dire , les modéles du
fublime Dramatique , & les monumens les plus
glorieux de la Nation dans ce genre de Littéra
ture.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
La pièce 'La Manie des Arts, ou la Matinée à la Mode' de M. Rochon de Chabannes a été présentée pour la première fois le 1er juin 1763 et a été jouée pendant dix représentations. Cette comédie satirique critique la mode contemporaine et ne respecte pas les règles des drames classiques. Les personnages principaux incluent une comtesse, Mme Forlise, sa mère, Forlise, un poète, un musicien, un peintre, et plusieurs autres acteurs. L'action se déroule dans le salon de M. Forlise, un amateur autoproclamé qui se vante de maîtriser tous les arts sans réelle compétence. La pièce met en scène des critiques des artistes et des comportements impertinents de M. Forlise. Plusieurs scènes montrent la Comtesse acceptant de chanter à l'opéra, le Marquis de Forlife incapable de l'accompagner, et Madame Forlife recommandant un homme de mérite à son fils. Un secrétaire obtient un poste en chantant et dansant un placet en vers, éclipçant ainsi le protégé de la Comtesse. Dumont, le valet, suggère à l'auteur comique Valère d'inviter les acteurs à dîner, ce que le Marquis approuve. Le texte critique les dangers de ridiculiser la protection des arts par les grands et les riches, soulignant les choix de protecteurs qui favorisent les médiocres. La pièce vise à dissuader les faux protecteurs de tomber dans la honte. En juillet 1763, plusieurs événements marquants ont eu lieu dans le monde théâtral, incluant des représentations gratuites et des succès comme 'L'Anglais à Bordeaux' de M. Favart. Mlle Dangeville a été acclamée pour sa performance exceptionnelle, et un ballet de M. Vestris a célébré le retour de la paix. Un ballet exceptionnel a été joué sur une scène théâtrale, distingué par la qualité des talents impliqués, la variété des entrées et la splendeur des costumes. Les représentations ont rencontré un grand succès et attiré un public nombreux. Les comédiens français ont été particulièrement applaudis pour leur sens du bon goût, profitant de cette occasion pour rappeler aux spectateurs les œuvres remarquables de Molière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12160
p. 208-209
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON n'a point donné de nouveautés sur le Théâtre de la Comédie Italienne [...]
Mots clefs :
Comédie, Pièces, Peuple, Spectateurs, Menuet, Contredanse, Symphonie
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ONN n'a point donné de nouveautés
fur le Théâtre de la Comédie Italienne
depuis notre précédent volume ; on
en attend une fort intéreffante par fon
objet & par fes Auteurs , puifqu'elle eft
composée à l'occafionde la Paix , & que
le Poëme eft de M. FAVART & la Mufique
de M. PHILIDOR.
Le Mercredi 22 Juin , troifiéme jour
des Réjouiffances publiques , on donna
pour le GRATIS les Caquets , Comédie
en trois actes , le Retour d'Arlequin,
petite Piéce Italienne en un Acte , &
le Bucheron , Comédie en un A&te , mêlée
d'Ariettes , avec le Ballet des Pierrots.
On voit par le nombre & par le choix
de ces Piéces , que les Acteurs de ce
Théâtre n'ont rien épargné de tous les
genres qu'embraffe aujourd'hui leur
Théâtre , pour en régaler le Peuple dans
une occafion fi éclatante.
JUILLET. 1763. 209
Le Spectacle a commencé à 11 heures
du matin & n'a fini que fur les trois heu
res après midi .
Les Spectateurs qui étoient en trèsgrand
nombre ont beaucoup applaudi
& ont danfé des menuets & contredanfes
pendant les entr'Actes & après la
fin de toutes les Piéces. Malgré l'affluen
ce du Peuple & le tumulte de la joie ,
tout s'y eft paffé dans le meilleur ordre.
L'ouverture du Théâtre fe fit par une
Symphonie de M. DAUVERGNE avec
Timballe & Cors- de- Chaffe qui fit un
très grand plaifir & excita beaucoup
d'applaudiffemens.
ONN n'a point donné de nouveautés
fur le Théâtre de la Comédie Italienne
depuis notre précédent volume ; on
en attend une fort intéreffante par fon
objet & par fes Auteurs , puifqu'elle eft
composée à l'occafionde la Paix , & que
le Poëme eft de M. FAVART & la Mufique
de M. PHILIDOR.
Le Mercredi 22 Juin , troifiéme jour
des Réjouiffances publiques , on donna
pour le GRATIS les Caquets , Comédie
en trois actes , le Retour d'Arlequin,
petite Piéce Italienne en un Acte , &
le Bucheron , Comédie en un A&te , mêlée
d'Ariettes , avec le Ballet des Pierrots.
On voit par le nombre & par le choix
de ces Piéces , que les Acteurs de ce
Théâtre n'ont rien épargné de tous les
genres qu'embraffe aujourd'hui leur
Théâtre , pour en régaler le Peuple dans
une occafion fi éclatante.
JUILLET. 1763. 209
Le Spectacle a commencé à 11 heures
du matin & n'a fini que fur les trois heu
res après midi .
Les Spectateurs qui étoient en trèsgrand
nombre ont beaucoup applaudi
& ont danfé des menuets & contredanfes
pendant les entr'Actes & après la
fin de toutes les Piéces. Malgré l'affluen
ce du Peuple & le tumulte de la joie ,
tout s'y eft paffé dans le meilleur ordre.
L'ouverture du Théâtre fe fit par une
Symphonie de M. DAUVERGNE avec
Timballe & Cors- de- Chaffe qui fit un
très grand plaifir & excita beaucoup
d'applaudiffemens.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
En juin 1763, le Théâtre de la Comédie Italienne n'a pas présenté de nouvelles pièces depuis le précédent volume, mais une œuvre est attendue pour célébrer la paix, avec un poème de M. Favart et une musique de M. Philidor. Le 22 juin, lors des réjouissances publiques, trois pièces ont été données gratuitement : 'Les Caquets' en trois actes, 'Le Retour d'Arlequin' en un acte, et 'Le Bucheron' en un acte, suivi du ballet des Pierrots. Cette programmation variée montre l'effort des acteurs pour offrir divers genres au public. La représentation a commencé à 11 heures du matin et s'est terminée vers 15 heures. Les spectateurs, nombreux, ont applaudi et dansé pendant les entractes et après les pièces. Malgré l'affluence, tout s'est déroulé dans l'ordre. L'ouverture du théâtre a été marquée par une symphonie de M. Dauvergne, accompagnée de timbales et de cors-de-chasse, suscitant un grand plaisir et des applaudissements.
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12161
p. 209-210
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
LE Concert commença par une Symphonie de Stamtiz. Ensuite Mlle ROZET chanta un motet à [...]
Mots clefs :
Motet, Concert, Théâtre, Divertissement, Statue de Louis XV, Violon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL
Du Jeudi 2 Juin.
LE Concert commença par une Symphonie de
Stamtiz. Enfuite Mlle ROZET chanta un motet à
voix feule . M. MAYER joua une Sonate de Harpe
de fa compofition. On éxécuta enfuite un Trio
de Stamitz, Mlle FEL y chanta un motet à voix
feule , & Mlle HARDI un air Italien . M. CAPRON
joua un Concert de Violon ; & le Concert finit
par Omnes gentes , motet à grand Choeur.
N. B. Lepeu d'efpace qui nous refle , nous empêche
de placer dans ce volume l'état actuel des Acteurs
& Actrices qui compofent les deux Comédies. Ilfera
inferé dans le volume prochain , & comme cela nous
210 MERCURE DE FRANCE.
.
a été demandé pour guider les Dictionnaires ou autres
Ouvrages de Bibliographie fur les Théâtres ,
lefquels tombent quelquefois dans des erreurs à cet
égard , dorénavant on placera chaque année ces
états dans un des volumes de Juillet . On donnera
celui de l'Opéra , lorfque ce Spellacle fera l'ouverture
defon nouveau Théâtre.
N. B. En rendant compte , dans le
précédent Mercure des OEuvres de Théâtre
de M. PALISSOT DE MONTENOY ,
imprimées à Paris chez Duchefne , rue
S. Jacques , nous avions obmis de parler
de la Comédie intitulée le Cercle ou
les Originaux , faifant partie d'un divertiffement
éxécuté fur le nouveau
Théâtre de Nanci le jour de la Dédicace
de la Statue de Louis XV par ordre
du Roi de Pologne , Duc de Lorraine
& de Bar , le 26 Novembre 1755 .
Non-feulement le rapport de la circonftance
qui a donné lieu à ce divertiffement
avec celle des jours de fêtes
qu'on vient de célébrer , doit exciter la
curiofité fur cette Piéce , mais encore
les Préfaces , les Mémoires & autres
Morceaux qui l'accompagnent,dans lefquels
on trouve la fource & le développement
de tout ce qui a donné lieux aux
querelles envenimées excitées entre
F'Auteur & quelques Gens de Lettres.
C'eft une des parties de ce Recueil dont
la lecture eft la plus intéreffante .
Du Jeudi 2 Juin.
LE Concert commença par une Symphonie de
Stamtiz. Enfuite Mlle ROZET chanta un motet à
voix feule . M. MAYER joua une Sonate de Harpe
de fa compofition. On éxécuta enfuite un Trio
de Stamitz, Mlle FEL y chanta un motet à voix
feule , & Mlle HARDI un air Italien . M. CAPRON
joua un Concert de Violon ; & le Concert finit
par Omnes gentes , motet à grand Choeur.
N. B. Lepeu d'efpace qui nous refle , nous empêche
de placer dans ce volume l'état actuel des Acteurs
& Actrices qui compofent les deux Comédies. Ilfera
inferé dans le volume prochain , & comme cela nous
210 MERCURE DE FRANCE.
.
a été demandé pour guider les Dictionnaires ou autres
Ouvrages de Bibliographie fur les Théâtres ,
lefquels tombent quelquefois dans des erreurs à cet
égard , dorénavant on placera chaque année ces
états dans un des volumes de Juillet . On donnera
celui de l'Opéra , lorfque ce Spellacle fera l'ouverture
defon nouveau Théâtre.
N. B. En rendant compte , dans le
précédent Mercure des OEuvres de Théâtre
de M. PALISSOT DE MONTENOY ,
imprimées à Paris chez Duchefne , rue
S. Jacques , nous avions obmis de parler
de la Comédie intitulée le Cercle ou
les Originaux , faifant partie d'un divertiffement
éxécuté fur le nouveau
Théâtre de Nanci le jour de la Dédicace
de la Statue de Louis XV par ordre
du Roi de Pologne , Duc de Lorraine
& de Bar , le 26 Novembre 1755 .
Non-feulement le rapport de la circonftance
qui a donné lieu à ce divertiffement
avec celle des jours de fêtes
qu'on vient de célébrer , doit exciter la
curiofité fur cette Piéce , mais encore
les Préfaces , les Mémoires & autres
Morceaux qui l'accompagnent,dans lefquels
on trouve la fource & le développement
de tout ce qui a donné lieux aux
querelles envenimées excitées entre
F'Auteur & quelques Gens de Lettres.
C'eft une des parties de ce Recueil dont
la lecture eft la plus intéreffante .
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le document relate un concert spirituel organisé le jeudi 2 juin. Le programme débuta avec une symphonie de Stamitz, suivie par une chanteuse, Mlle Rozet, interprétant un motet à voix seule. M. Mayer exécuta ensuite une sonate pour harpe de sa composition. Un trio de Stamitz fut joué, puis Mlle Fel chanta un motet à voix seule et Mlle Hardi interpréta un air italien. M. Capron joua un concerto pour violon, et le concert se conclut par 'Omnes gentes', un motet à grand chœur. En raison de contraintes d'espace, la liste des acteurs et actrices des deux comédies ne peut être publiée dans le volume actuel. Elle apparaîtra dans le volume suivant, et il est décidé que dorénavant, ces listes seront publiées annuellement dans un volume de juillet. La liste de l'Opéra sera publiée lors de l'ouverture du nouveau théâtre. Le document corrige également une omission concernant la pièce 'Le Cercle ou les Originaux' de Palissot de Montenoy, jouée au nouveau théâtre de Nancy le 26 novembre 1755 lors de la dédicace de la statue de Louis XV. La pièce inclut des préfaces, mémoires et autres écrits relatant des querelles littéraires entre l'auteur et certains gens de lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12162
p. 211
AVERTISSEMENT.
Début :
Les fêtes publiques n'ayant été terminées que le 23 du mois précédent, [...]
Mots clefs :
Fêtes, Relations, Lecteurs, Précisions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT .
Es fêtes publiques n'ayant été terminées que
le 23 du mois précédent , il ne nous reftoit pas
affez de temps pour en donner des Relations détaillées
, comme nous nous propofons de le faire
dans les Volumes faivans . Pour fatisfaire cependant
le jufte empreffement de nos Lecteurs à ce
fujet , nous avons fait des efforts afin de leur en
donner au moins dans celui - ci , un Précis Sommaire
, mais exact . Nous espérons qu'en faveur.
de notre artention & de nos foins , on voudra
bien nous exculer d'avoir, retardé de quelques
jours la diftribution du Mercure de ce mois.
Es fêtes publiques n'ayant été terminées que
le 23 du mois précédent , il ne nous reftoit pas
affez de temps pour en donner des Relations détaillées
, comme nous nous propofons de le faire
dans les Volumes faivans . Pour fatisfaire cependant
le jufte empreffement de nos Lecteurs à ce
fujet , nous avons fait des efforts afin de leur en
donner au moins dans celui - ci , un Précis Sommaire
, mais exact . Nous espérons qu'en faveur.
de notre artention & de nos foins , on voudra
bien nous exculer d'avoir, retardé de quelques
jours la diftribution du Mercure de ce mois.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Un avertissement informe d'un retard dans la publication des détails des fêtes publiques du 23 du mois précédent. Les auteurs présentent un résumé succinct pour satisfaire la curiosité des lecteurs, espérant que leur diligence sera comprise et excusée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12163
p. 211-216
CÉRÉMONIES ET FESTES, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DE LA STATUE DU ROI, DANS LA PLACE DE LOUIS XV ET DE LA PUBLICATION DE LA PAIX.
Début :
Le Corps de la Ville de Paris sembloit n'avoir consulté que son zèle & celui [...]
Mots clefs :
Citoyens, Statue, Roi de France, Réjouissances publiques, Cérémonie, Louis XV, Duc, Cortège, Richesse, Broderie, Perles, Couleurs, Musique, Illumination, Hommages, Feu d'artifice, Spectacles, Repas, Inscriptions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CÉRÉMONIES ET FESTES, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DE LA STATUE DU ROI, DANS LA PLACE DE LOUIS XV ET DE LA PUBLICATION DE LA PAIX.
CÉRÉMONIES ET FESTES ,
A L'OCCASION DE L'INAUGURA-.
TION DE LA STATUE DU ROI
DANS LA PLACE DE LOUIS XV.
ET DE LA PUBLICATION DE LA
PAIX.
L.E Corps de la Ville de Paris fembloit n'avoir
confulté que ſon zéle & celui des Citoyens , dans
les premiers Projets de fêtes qu'elle fe propofoit
de faire éxécuter fur les dellens du fieur
Moreau fon Architecte , & qu'elle avoit eu l'honneur
de préfenter au Roi . L'attention paternelle
212 MERCURE DE FRANCE.
de Sa Majesté a daigné réduire les dépenfes confidérables
où elle avoit intention de s'engager par
la magnificence de fes Projets , en ne lui permettant
pour les réjouillances publiques que ce qui a
été fait pendant les 20 , 21 & 22 du mois précédent
, ainfi que nous allons le décrire.
Le premier jour zo Juin , deſtiné à célébrer
l'inauguration de la Statue du Roi dans la Place
de Louis XV. on a fait le matin la Cavalcade &
Cérémonies d'ufage.
Le Corps de Ville , en robes de Cérémonie à
cheval & en équipages très magnifiques accom
pagné de fes Gardes , fe rendit vers les dix heures
du matin à l'Hôtel de M. le Duc de Chevreufe
, Gouverneur de Paris , pour le joindre , & continuer
avec lui la marche juſqu'à la Place de
Louis XV . Il étoit accompagné de fes Gardes ,
tous avec des nouveaux uniformes , & d'un nombreux
Cortége de Domeftiques , de Gentilshommes
& de Pages fuperbement vêtus . L'équipage
de fon cheval étoit de la plus grande richelle &
chargé de diamans. Celui des chevaux de main
n'étoit pas moins riche ,, par les magnifiques
broderies qui en couvroient les houffes , ainfi que
celle d'un très-beau cheval de parade , tenu avec
des longes de treffe d'or par deux hommes d'écurie.
Lui même monté fur un cheval gris & dans
l'habit le plus riche , entre deux Ecuyers ou Gentilshommes
, jettoit avec profufion de l'argent au
Peuple , pendant tout le cours de la marche ; &
les trompettes d'argent de M. le Gouverneur accompagnées
des timballes, ainfi que celles de la
Ville , fonnoient inceffament des fanfares. Le
Négre , Timballier de M. le Gouverneur étoit
fingulierement remarquable , par la richeffe de
fon habillement , & par une coëffure en forme
de turban , ornée de divers rangs de perles & de
JUILLET. 1763. 213
diamans de couleurs , le tout furmonté d'un trèsbeau
pannache de plumes.
Lorfque cette marche entra dans la Place au
bruit des fanfares de fa mufique & de très - nombreux
orcheſtres difpofès près du Pont tournant
des Thuileries , ainfi qu'à celui des acclamations
de la multitude qui rempliffoit ce vafte eſpace ;
les voiles qui couvroient la Statue & Piedeſtal
devoient tomber ; mais l'imprudence d'un Ouvrier
avoit avancé de quelques momens ce point
de la Cérémonie. Toute la Cavalcade fit le tour
de la Place , & parvenue en face de la Statue ,
chacun de ceux qui la compofoient s'arrêtant & ſe
découvrant , on fit les faluts d'hommage ufités en
pareille occafion , au bruit des boëtes , du canon •
des bruyantes fymphonies , de la mufique , & des
cris d'allegrelle de tout le Peuple. Enfuite toute
cette marche retourna dans le même ordre juf
qu'a l'Hôtel de M. le Gouverneur où elle le reconduifit
, & de- là à l'Hôtel- de- Ville .
Le foir , il y eut illumination dans la Place par
des cordons de lumière fur les baluftres dont elle
eft environée , & par des girandoles pofées fur des
piedeftaux dans toute fon enceinte . On avoit difpofé
deux rangs de lumières fur des poteaux élevés
, dans la longueur de la grande allée des
Thuileries , qui conduifoient jufqu'à un amphi
théâtre illuminé élevé contre la façade du Palais
, fur lequel fe donnoit la ferenade de fymphonies
par l'Académie Royale de Mufique , dont
nous avons parlé dans l'Article des Spectacles.
Le 2me jour 21 Juin , la Paix a été publiée
dans 14 endroits de la Ville , y compris la nouvelle
Place , par la Ville & la Jurifdiction du Châ
telet réunies , avec les céremonies & formalités
accoutumées. L'efpace qu'avoit à parcourir cette
214 MERCURE DE FRANCE
nombreufe cavalcade , remplit tout le temps.de
cette journée. a)
Le troisième jour 22 Juin confacré aux Fêtes &
Réjouiffances publiques dans toute la Ville , fut
annoncé par les Salves ordinaires du Canon , &
le Te Deum fat chanté à Notre- Dame avec le
Cérémonial ufité .
On avoit préparé dans la longueur de plus de
480 pieds fur la Terraffe du Palais de Bourbon ,
des Loges ornées en Damas cramoifi , avec un
Luftre dans chaque divifion , pour contenir environ
, 000 perfonnes ; s'étant trouvées toutes remplies
vers les cing heures après midi , la Fête , fur
la Rivière , commença par des Joûtes qu'exécuté- ,
rent des Bateliers vêtus de blanc & ornés de rubans
fur des Bateaux peints de diverfes couleurs , auxquels
on diftribua des Prix .
A l'entrée de la nuit , on tira le grand Feu
d'Artifice qui avoit été préparé fur la Rivière ,
mais le violent Orage qui étoit furvenu ce même
jour fur les deux heures , avoit tellement endommagé
tout l'Artifice figuré de Feux de lances de
diverfes couleurs qui compofoient la décoration
du Temple élevé fur une Terraffe de Rochers ,
qu'aucune partie ne put prendre , & que l'on fut
privé par cet accident, pour ce jour- là , de la partie
principale de ce magnifique Spectacle ; ( b ) mais
ce qui en formoit un , denton ne peut le faire une
trop grande idée , étoit le vafte Baffin du Pont
Royal jufqu'à Chaillot , dont les Berges & les
Quais entiérement couverts d'une multitude innombrable
de Spectateurs , offroit l'image réelle
( a ) On donnera dans le Mercure prochain des
états détaillés des marches & cavalcades .
(b ) Le corps de Ville pour remplir l'objet de fon'
zéle & la fatisfaction des Citoyens , doitfaire éxéJUILLET.
1763 . 215
d'une Nation entière affemblée pour une grande
Solemnité . On conçoit de quelle variété de couleurs
étoit peint cet immenfe tableau , dont les
figures fur des plans en gradation , quoique
tranquiles & fans confufion , produiloient cependant
un mouvement léger & continuel qui l'animoit
& foutenoit perpétuellement l'agrément de
la vue. L'artifice , qu'on appelle Feux d'air qu'il
avoit été plus facile de préierver de l'humidité, eut
plus de fuccès . On admira de très - belles fufées
d'honneur , des Bombes d'un fort bel effet & des
Gerbes ou Girandes d'une multitude de fufées
très -brillantes. Le feu de Rivière en ferpenteaux
& autres figures , fournit fans difcontinuation ,
pendant tout le temps du feu des effets très- agréables
& très-variés fur l'eau.
Il y eut le même foir des fontaines de vin avec
des Orchestres dans toutes les places & dans tous
les lieux marqués de la Ville . Toutes les maifons
des Particuliers furent illuminées , & les Hôtels
des Princes , Seigneurs , Magiftrats , s'étoient
diftingués par des illuminations décorées & des
plus brillantes. Celle de la Place de Louis XV ,
qui mérite une defcription particulière , formoit
en lumières la repréfentation des grandes façades
des deux corps de bâtimens qui l'accompagnent
, dont la riche Architecture étoit deffinée
en lumières , ainfi que les appuis des Baluftres ,
avec des Girandoles dans tout fon circuit , & des
Obélifques de pots- à feu fur toutes les guérites
ou petits pavillons , conftruits en différens endroits
de cette Place.
cuter le Dimanche 3 du préfent mois cette partie
brillante du Feu , après y avoir fait faire les réparations
néceffaires . On inftruira les Lecteurs dans
le fecond volume de ce mois , du fucces de cette réparation
, & l'on donnera une defcription entière
de ce Feu.
216 MERCURE DE FRANCE.
Le grand & brillant effet de cette Place con
duifoit , & d'une certaine diftance , paroiffoit toucher
à celui de l'élégante & en même temps
fuperbe illumination des Jardins de l'Hôtel de
Pompadour ( ci - devant l'Hôtel d'Evreux ) qui
font ouverts dans toute leur étendue fur les
Champs Elifées , à peu de diftance de la Place.
Cette Illumination particulière que l'on décrira
avec plus de détail , ainfi que quelques autres qui
ont embelli la Fête générale a retenu jufqu'à
cinq heures du matin un concours incroyable de
Spectateurs tant en carrolle qu'à pied."
On n'a prèfque jamais remarqué en aucune
occafion plus de joie , plus de mouvement &
plus de fatisfaction dans le Public , que pendant
ces Fêtes. La gaîté du Peuple furtout & fon
allégreffe pourroit fe prouver par la prodigieuſe
confommation du Vin & des Alimens qu'il y
a cu à Paris pendant quelques jours.
Les deux Hôtels des Comédiens du Roi étoient
auffi illuminés avec décorations & autant de magnificence
, que leur étendue le comportoir. On
Tifoit , à celui des Comédiens François dans des
cartels pofés entre les lumières , les deux Inſcriptions
fuivantes.
PACE RESTITUTA
REGE DILECTISSIMO
POSITO
FASTILUSUS.
JOCORUM MATER
PAX ALMA REDIT
JOCOSA SOLVIT
THALIA VOTUM .
Les Nouvelles Politiques au Mercure prochain .
A L'OCCASION DE L'INAUGURA-.
TION DE LA STATUE DU ROI
DANS LA PLACE DE LOUIS XV.
ET DE LA PUBLICATION DE LA
PAIX.
L.E Corps de la Ville de Paris fembloit n'avoir
confulté que ſon zéle & celui des Citoyens , dans
les premiers Projets de fêtes qu'elle fe propofoit
de faire éxécuter fur les dellens du fieur
Moreau fon Architecte , & qu'elle avoit eu l'honneur
de préfenter au Roi . L'attention paternelle
212 MERCURE DE FRANCE.
de Sa Majesté a daigné réduire les dépenfes confidérables
où elle avoit intention de s'engager par
la magnificence de fes Projets , en ne lui permettant
pour les réjouillances publiques que ce qui a
été fait pendant les 20 , 21 & 22 du mois précédent
, ainfi que nous allons le décrire.
Le premier jour zo Juin , deſtiné à célébrer
l'inauguration de la Statue du Roi dans la Place
de Louis XV. on a fait le matin la Cavalcade &
Cérémonies d'ufage.
Le Corps de Ville , en robes de Cérémonie à
cheval & en équipages très magnifiques accom
pagné de fes Gardes , fe rendit vers les dix heures
du matin à l'Hôtel de M. le Duc de Chevreufe
, Gouverneur de Paris , pour le joindre , & continuer
avec lui la marche juſqu'à la Place de
Louis XV . Il étoit accompagné de fes Gardes ,
tous avec des nouveaux uniformes , & d'un nombreux
Cortége de Domeftiques , de Gentilshommes
& de Pages fuperbement vêtus . L'équipage
de fon cheval étoit de la plus grande richelle &
chargé de diamans. Celui des chevaux de main
n'étoit pas moins riche ,, par les magnifiques
broderies qui en couvroient les houffes , ainfi que
celle d'un très-beau cheval de parade , tenu avec
des longes de treffe d'or par deux hommes d'écurie.
Lui même monté fur un cheval gris & dans
l'habit le plus riche , entre deux Ecuyers ou Gentilshommes
, jettoit avec profufion de l'argent au
Peuple , pendant tout le cours de la marche ; &
les trompettes d'argent de M. le Gouverneur accompagnées
des timballes, ainfi que celles de la
Ville , fonnoient inceffament des fanfares. Le
Négre , Timballier de M. le Gouverneur étoit
fingulierement remarquable , par la richeffe de
fon habillement , & par une coëffure en forme
de turban , ornée de divers rangs de perles & de
JUILLET. 1763. 213
diamans de couleurs , le tout furmonté d'un trèsbeau
pannache de plumes.
Lorfque cette marche entra dans la Place au
bruit des fanfares de fa mufique & de très - nombreux
orcheſtres difpofès près du Pont tournant
des Thuileries , ainfi qu'à celui des acclamations
de la multitude qui rempliffoit ce vafte eſpace ;
les voiles qui couvroient la Statue & Piedeſtal
devoient tomber ; mais l'imprudence d'un Ouvrier
avoit avancé de quelques momens ce point
de la Cérémonie. Toute la Cavalcade fit le tour
de la Place , & parvenue en face de la Statue ,
chacun de ceux qui la compofoient s'arrêtant & ſe
découvrant , on fit les faluts d'hommage ufités en
pareille occafion , au bruit des boëtes , du canon •
des bruyantes fymphonies , de la mufique , & des
cris d'allegrelle de tout le Peuple. Enfuite toute
cette marche retourna dans le même ordre juf
qu'a l'Hôtel de M. le Gouverneur où elle le reconduifit
, & de- là à l'Hôtel- de- Ville .
Le foir , il y eut illumination dans la Place par
des cordons de lumière fur les baluftres dont elle
eft environée , & par des girandoles pofées fur des
piedeftaux dans toute fon enceinte . On avoit difpofé
deux rangs de lumières fur des poteaux élevés
, dans la longueur de la grande allée des
Thuileries , qui conduifoient jufqu'à un amphi
théâtre illuminé élevé contre la façade du Palais
, fur lequel fe donnoit la ferenade de fymphonies
par l'Académie Royale de Mufique , dont
nous avons parlé dans l'Article des Spectacles.
Le 2me jour 21 Juin , la Paix a été publiée
dans 14 endroits de la Ville , y compris la nouvelle
Place , par la Ville & la Jurifdiction du Châ
telet réunies , avec les céremonies & formalités
accoutumées. L'efpace qu'avoit à parcourir cette
214 MERCURE DE FRANCE
nombreufe cavalcade , remplit tout le temps.de
cette journée. a)
Le troisième jour 22 Juin confacré aux Fêtes &
Réjouiffances publiques dans toute la Ville , fut
annoncé par les Salves ordinaires du Canon , &
le Te Deum fat chanté à Notre- Dame avec le
Cérémonial ufité .
On avoit préparé dans la longueur de plus de
480 pieds fur la Terraffe du Palais de Bourbon ,
des Loges ornées en Damas cramoifi , avec un
Luftre dans chaque divifion , pour contenir environ
, 000 perfonnes ; s'étant trouvées toutes remplies
vers les cing heures après midi , la Fête , fur
la Rivière , commença par des Joûtes qu'exécuté- ,
rent des Bateliers vêtus de blanc & ornés de rubans
fur des Bateaux peints de diverfes couleurs , auxquels
on diftribua des Prix .
A l'entrée de la nuit , on tira le grand Feu
d'Artifice qui avoit été préparé fur la Rivière ,
mais le violent Orage qui étoit furvenu ce même
jour fur les deux heures , avoit tellement endommagé
tout l'Artifice figuré de Feux de lances de
diverfes couleurs qui compofoient la décoration
du Temple élevé fur une Terraffe de Rochers ,
qu'aucune partie ne put prendre , & que l'on fut
privé par cet accident, pour ce jour- là , de la partie
principale de ce magnifique Spectacle ; ( b ) mais
ce qui en formoit un , denton ne peut le faire une
trop grande idée , étoit le vafte Baffin du Pont
Royal jufqu'à Chaillot , dont les Berges & les
Quais entiérement couverts d'une multitude innombrable
de Spectateurs , offroit l'image réelle
( a ) On donnera dans le Mercure prochain des
états détaillés des marches & cavalcades .
(b ) Le corps de Ville pour remplir l'objet de fon'
zéle & la fatisfaction des Citoyens , doitfaire éxéJUILLET.
1763 . 215
d'une Nation entière affemblée pour une grande
Solemnité . On conçoit de quelle variété de couleurs
étoit peint cet immenfe tableau , dont les
figures fur des plans en gradation , quoique
tranquiles & fans confufion , produiloient cependant
un mouvement léger & continuel qui l'animoit
& foutenoit perpétuellement l'agrément de
la vue. L'artifice , qu'on appelle Feux d'air qu'il
avoit été plus facile de préierver de l'humidité, eut
plus de fuccès . On admira de très - belles fufées
d'honneur , des Bombes d'un fort bel effet & des
Gerbes ou Girandes d'une multitude de fufées
très -brillantes. Le feu de Rivière en ferpenteaux
& autres figures , fournit fans difcontinuation ,
pendant tout le temps du feu des effets très- agréables
& très-variés fur l'eau.
Il y eut le même foir des fontaines de vin avec
des Orchestres dans toutes les places & dans tous
les lieux marqués de la Ville . Toutes les maifons
des Particuliers furent illuminées , & les Hôtels
des Princes , Seigneurs , Magiftrats , s'étoient
diftingués par des illuminations décorées & des
plus brillantes. Celle de la Place de Louis XV ,
qui mérite une defcription particulière , formoit
en lumières la repréfentation des grandes façades
des deux corps de bâtimens qui l'accompagnent
, dont la riche Architecture étoit deffinée
en lumières , ainfi que les appuis des Baluftres ,
avec des Girandoles dans tout fon circuit , & des
Obélifques de pots- à feu fur toutes les guérites
ou petits pavillons , conftruits en différens endroits
de cette Place.
cuter le Dimanche 3 du préfent mois cette partie
brillante du Feu , après y avoir fait faire les réparations
néceffaires . On inftruira les Lecteurs dans
le fecond volume de ce mois , du fucces de cette réparation
, & l'on donnera une defcription entière
de ce Feu.
216 MERCURE DE FRANCE.
Le grand & brillant effet de cette Place con
duifoit , & d'une certaine diftance , paroiffoit toucher
à celui de l'élégante & en même temps
fuperbe illumination des Jardins de l'Hôtel de
Pompadour ( ci - devant l'Hôtel d'Evreux ) qui
font ouverts dans toute leur étendue fur les
Champs Elifées , à peu de diftance de la Place.
Cette Illumination particulière que l'on décrira
avec plus de détail , ainfi que quelques autres qui
ont embelli la Fête générale a retenu jufqu'à
cinq heures du matin un concours incroyable de
Spectateurs tant en carrolle qu'à pied."
On n'a prèfque jamais remarqué en aucune
occafion plus de joie , plus de mouvement &
plus de fatisfaction dans le Public , que pendant
ces Fêtes. La gaîté du Peuple furtout & fon
allégreffe pourroit fe prouver par la prodigieuſe
confommation du Vin & des Alimens qu'il y
a cu à Paris pendant quelques jours.
Les deux Hôtels des Comédiens du Roi étoient
auffi illuminés avec décorations & autant de magnificence
, que leur étendue le comportoir. On
Tifoit , à celui des Comédiens François dans des
cartels pofés entre les lumières , les deux Inſcriptions
fuivantes.
PACE RESTITUTA
REGE DILECTISSIMO
POSITO
FASTILUSUS.
JOCORUM MATER
PAX ALMA REDIT
JOCOSA SOLVIT
THALIA VOTUM .
Les Nouvelles Politiques au Mercure prochain .
Fermer
Résumé : CÉRÉMONIES ET FESTES, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DE LA STATUE DU ROI, DANS LA PLACE DE LOUIS XV ET DE LA PUBLICATION DE LA PAIX.
Le texte relate les cérémonies et les fêtes organisées à l'occasion de l'inauguration de la statue du roi sur la place de Louis XV et de la publication de la paix. La Ville de Paris avait initialement prévu des projets somptueux, mais le roi a réduit les dépenses, permettant des réjouissances publiques les 20, 21 et 22 juin. Le 20 juin, une cavalcade et des cérémonies traditionnelles ont marqué l'inauguration de la statue. Le Corps de Ville, accompagné du gouverneur de Paris et de nombreux domestiques, s'est rendu à la place de Louis XV. Malgré un incident technique, la statue a été dévoilée au milieu des acclamations et des salves d'artillerie. Le 21 juin, la paix a été proclamée dans 14 endroits de la ville, avec les cérémonies habituelles. Le 22 juin, des fêtes et des réjouissances publiques ont été organisées dans toute la ville. Un Te Deum a été chanté à Notre-Dame, et des illuminations ont été préparées. Des loges ont été installées au Palais de Bourbon pour les spectateurs, et des jeux nautiques ont été organisés sur la rivière. Un feu d'artifice était prévu, mais un orage a endommagé une partie de la décoration. Les fontaines de vin et les illuminations ont marqué la soirée, avec des illuminations remarquables à la place de Louis XV et aux Jardins de l'Hôtel de Pompadour. La joie et la satisfaction du public ont été remarquables, avec une consommation excessive de vin et d'aliments. Les théâtres ont également été illuminés, affichant des inscriptions célébrant la paix.
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12164
p. 217
AVIS
Début :
Le sieur Belleille a trouvé le secret de faire de la Limonade séche aussi bonne [...]
Mots clefs :
Limonade, Citron, Sirop
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS
AVIS
Le fieur BзLLEILLE a trouvé le fecret de faire
de la Limonade féche aufli bonne que fi le citron
venoit d'être preflé . Cette Limonade peut fe
porter partout , & le conferve . Elle eft fort com -
mode pour ceux qui font à la campagne & pour
les voyageurs & tous autres . Elle eft très-faine &
rafraîchillante , beaucoup meilleure que le firop
de Limon, Elle fe vend chez la veuve Belleville
Marchande Limonadière , rue du petit Carreau
aux Armes de France ..
Il y a des flacons à 3 liv, & à 6 liv.
Le fieur BзLLEILLE a trouvé le fecret de faire
de la Limonade féche aufli bonne que fi le citron
venoit d'être preflé . Cette Limonade peut fe
porter partout , & le conferve . Elle eft fort com -
mode pour ceux qui font à la campagne & pour
les voyageurs & tous autres . Elle eft très-faine &
rafraîchillante , beaucoup meilleure que le firop
de Limon, Elle fe vend chez la veuve Belleville
Marchande Limonadière , rue du petit Carreau
aux Armes de France ..
Il y a des flacons à 3 liv, & à 6 liv.
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Résumé : AVIS
Le sieur Belleville a élaboré une limonade de qualité exceptionnelle, comparable au citron fraîchement pressé. Cette limonade, fine et rafraîchissante, se conserve bien et est pratique pour les résidents à la campagne et les voyageurs. Elle est disponible chez la veuve Belleville, rue du Petit Carreau aux Armes de France, en flacons de 3 et 6 livres.
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12165
p. 217-218
« Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un secret pour les Glandes [...] »
Début :
Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un secret pour les Glandes [...]
Mots clefs :
Glandes, Goutte, Rhumatisme, Maux de gorges, Pommade, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un secret pour les Glandes [...] »
Le Sr ROUSSEL donne avis au Public qu'il
trouvé un fecret pour les Glandes , la Goutte ,
Rhumatifmes & Maux de Gorge. C'est une Pommade
que
l'on applique extérieurement ; il faut
un papier brouillard , une compreffe & une bande
pardellus.
Sa demeure eft rue Jean-de- Lépine , près la
Grêve , chez M. Dumont , au Saint- Efprit.
Noms & demeures de quelques - unes des Perfonnes .
qui ont été guéries .
GLANDE S.
YO
M. de Gomicour , Commiffaire des Chevaux-
Légers de la Gardes, des Glandes au col..
La Fille- de-Chambre de Madame Poriquet ,
Procureur au Grand - Confeil , rue Baillet .
Mlle Toutain , qui en avoit vingt à la poitrine
, depuis fept ans , rue Quincampoix , vis -à- vis
la Porte de Loriens.
Madame le Prince , Fruitiere , au Marché S.
Germain.
M. Davenne , rue S. Martin , vis- à -vis S. Nicolas
des Champs .
I. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE.
Madame Chopin , rue de Varenne , vis - à-vis
l'Hôtel de M. de Biron .
La Fille du fieur Flechy , vis - à-vis S. François
de Sales , à Iffy.
GOUTTE S.
M. Toutain , Maître Eventaillifte , rue Quincampois
, vis-à-vis la Porte de Loriens .
Comtois , Cocher de M. le Lieutenant de Roi
aux Invalides ,
Le nommé Pereau , garçon à M. Martin , à la
Compagnie des Indes.
M. Robert , Entrepreneur de la Menuiserie des
Invalides.
Parce reméde on eft foulagé dans le quart d'heure.
trouvé un fecret pour les Glandes , la Goutte ,
Rhumatifmes & Maux de Gorge. C'est une Pommade
que
l'on applique extérieurement ; il faut
un papier brouillard , une compreffe & une bande
pardellus.
Sa demeure eft rue Jean-de- Lépine , près la
Grêve , chez M. Dumont , au Saint- Efprit.
Noms & demeures de quelques - unes des Perfonnes .
qui ont été guéries .
GLANDE S.
YO
M. de Gomicour , Commiffaire des Chevaux-
Légers de la Gardes, des Glandes au col..
La Fille- de-Chambre de Madame Poriquet ,
Procureur au Grand - Confeil , rue Baillet .
Mlle Toutain , qui en avoit vingt à la poitrine
, depuis fept ans , rue Quincampoix , vis -à- vis
la Porte de Loriens.
Madame le Prince , Fruitiere , au Marché S.
Germain.
M. Davenne , rue S. Martin , vis- à -vis S. Nicolas
des Champs .
I. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE.
Madame Chopin , rue de Varenne , vis - à-vis
l'Hôtel de M. de Biron .
La Fille du fieur Flechy , vis - à-vis S. François
de Sales , à Iffy.
GOUTTE S.
M. Toutain , Maître Eventaillifte , rue Quincampois
, vis-à-vis la Porte de Loriens .
Comtois , Cocher de M. le Lieutenant de Roi
aux Invalides ,
Le nommé Pereau , garçon à M. Martin , à la
Compagnie des Indes.
M. Robert , Entrepreneur de la Menuiserie des
Invalides.
Parce reméde on eft foulagé dans le quart d'heure.
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Résumé : « Le Sr Roussel donne avis au Public qu'il a trouvé un secret pour les Glandes [...] »
Le Sr ROUSSEL révèle au public un secret pour traiter les glandes, la goutte, les rhumatismes et les maux de gorge. Ce remède consiste en une pommade appliquée extérieurement, nécessitant un papier brouillard, une compresse et une bande pardellus. Le Sr ROUSSEL réside rue Jean-de-Lépine, près la Grève, chez M. Dumont, au Saint-Efprit. Plusieurs personnes ont été guéries grâce à ce remède. Parmi elles, M. de Gomicour, commissaire des Chevaux-Légers de la Garde, souffrant de glandes au cou ; la fille de chambre de Madame Poriquet, procureur au Grand-Conseil, rue Baillet ; Mlle Toutain, ayant vingt glandes à la poitrine depuis sept ans, rue Quincampoix ; Madame le Prince, fruitière au Marché Saint-Germain ; M. Davenne, rue Saint-Martin ; Madame Chopin, rue de Varenne ; et la fille du sieur Flechy, à Issy. Pour la goutte, les personnes guéries incluent M. Toutain, maître éventailliste, rue Quincampoix ; Comtois, cocher de M. le Lieutenant du Roi aux Invalides ; le nommé Pereau, garçon à M. Martin, à la Compagnie des Indes ; et M. Robert, entrepreneur de la menuiserie des Invalides. Le soulagement est rapide, intervenant dans le quart d'heure suivant l'application du remède.
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12166
p. 218-220
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Piéces Fugitives en Vers et en Prose. Article Premier. L'Humeur, Ode Page 5 [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE】I
ARTICLE PREMIER .
L'HUMEUR , Qde,
प
Pages
INSCRIPTION pour mettre au bas de la Statue
du Roi.
QUATRAIN,fur la Statue équeftre de LOUIS XV.11
A Madame De ***.
EPIGRAMME."""
ibid.
JUILLET. 1763 . 219
DIALOGUE entre Périclès un Grec mo-
2
derne & un Ruffe.
MADRIGAL .
13
21
EPITRE à Mlle D..:
STANCES irrégulières adreffées par Madame
P.... âgée de 70 ans , au Chevalier de
M ***fon ami qui en avoit 80.
EPITRE à Mlle A ***
VERS de D .... à ſa Maîtreſſe.
BELGA abeuntis Lutetia Hendecafyllabi
AZAKIA , Anecdote Huronne .
VERS fur la convalefcence de Madame la
Comteffe de Brionne.
ibid.
24
26
29
ibid.
30
47
48
LE Jugement de Pâris , par Mlle A....
âgée de 17 ans.
EXTRAIT de quelques Lettres de Mde la
Comteffe de Grignan , du Chevalier de
& Grignan , du Marquis de Sévigné , & de
M. de Buffy- Rabutin , Evêque de Luçon. 55
LETTRE du Marquis de Sévigné à fa mère.
EXTRAITS de Lettres de M. l'Evêque de
Luçon à Madame de Grignan.
ENIGMES.
LOGOGRYPHES.
CHANSON.
.66
73
77 &78
78879
$79.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LETTRE de M. Marmontel , à M. De la
Place , Auteur du Mercure.
"
DICTIONNAIRE portatif hiftorique & Littéraire
des Théâtres ; par M. de Léris .
ANNONCES de Livres.
80
103
ΤΟ
104 &fuiv.
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES LETTRES.
ACADÉMIE S.
SEANCE publique de la Société Littéraire
d'ARRAs, III
220 MERCURE DE FRANCE .
SUJETS propofés par l'Académie Royale
des Sciences & Beaux -Arts , établie à l'Au . 128
SLANCE publique de la Société Littéraire de
CHAALONS- SUR- MARNE...
MEDECINE .
EXTRAIT du Recueil des Lettres de Milady
Mary Worthley Montagute.
ART. IV . BEAUX ARTS . -
ARTS UTILES.
CHIRURGIE .
DISSERTATION fur le Lithotome caché ,
ARTS AGRÉABLES.
PEINTURE . P
LETTRE d'une nouvelle Société , à M. De
la Place , Auteur du Mercure de France.
GRAVURE.
129
139
144 }
15%
Avis fur le Recueil d'Eftampes gravées
d'après les plus beaux Tableaux & Deffeins
des principaux Peintres des Ecoles
Romaine & Vénitienne qui font en France
, dans le Cabinet du Roi & dans d'autres
Cabinets , par les foins de M. Crozat. 159
ART. V SPECTACLES. A
SPECTACLES de la Cour à Choify.
ANALYSE d'Ifmène & d'Ifménias , Opéra ,
SPECTACLES de l'aris.
COMÉDIE Françoife .
COMÉDIE Italienne.
CONCERT Spirituel.
5163
167
18
187
208
209
211
217
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE】I
ARTICLE PREMIER .
L'HUMEUR , Qde,
प
Pages
INSCRIPTION pour mettre au bas de la Statue
du Roi.
QUATRAIN,fur la Statue équeftre de LOUIS XV.11
A Madame De ***.
EPIGRAMME."""
ibid.
JUILLET. 1763 . 219
DIALOGUE entre Périclès un Grec mo-
2
derne & un Ruffe.
MADRIGAL .
13
21
EPITRE à Mlle D..:
STANCES irrégulières adreffées par Madame
P.... âgée de 70 ans , au Chevalier de
M ***fon ami qui en avoit 80.
EPITRE à Mlle A ***
VERS de D .... à ſa Maîtreſſe.
BELGA abeuntis Lutetia Hendecafyllabi
AZAKIA , Anecdote Huronne .
VERS fur la convalefcence de Madame la
Comteffe de Brionne.
ibid.
24
26
29
ibid.
30
47
48
LE Jugement de Pâris , par Mlle A....
âgée de 17 ans.
EXTRAIT de quelques Lettres de Mde la
Comteffe de Grignan , du Chevalier de
& Grignan , du Marquis de Sévigné , & de
M. de Buffy- Rabutin , Evêque de Luçon. 55
LETTRE du Marquis de Sévigné à fa mère.
EXTRAITS de Lettres de M. l'Evêque de
Luçon à Madame de Grignan.
ENIGMES.
LOGOGRYPHES.
CHANSON.
.66
73
77 &78
78879
$79.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LETTRE de M. Marmontel , à M. De la
Place , Auteur du Mercure.
"
DICTIONNAIRE portatif hiftorique & Littéraire
des Théâtres ; par M. de Léris .
ANNONCES de Livres.
80
103
ΤΟ
104 &fuiv.
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES LETTRES.
ACADÉMIE S.
SEANCE publique de la Société Littéraire
d'ARRAs, III
220 MERCURE DE FRANCE .
SUJETS propofés par l'Académie Royale
des Sciences & Beaux -Arts , établie à l'Au . 128
SLANCE publique de la Société Littéraire de
CHAALONS- SUR- MARNE...
MEDECINE .
EXTRAIT du Recueil des Lettres de Milady
Mary Worthley Montagute.
ART. IV . BEAUX ARTS . -
ARTS UTILES.
CHIRURGIE .
DISSERTATION fur le Lithotome caché ,
ARTS AGRÉABLES.
PEINTURE . P
LETTRE d'une nouvelle Société , à M. De
la Place , Auteur du Mercure de France.
GRAVURE.
129
139
144 }
15%
Avis fur le Recueil d'Eftampes gravées
d'après les plus beaux Tableaux & Deffeins
des principaux Peintres des Ecoles
Romaine & Vénitienne qui font en France
, dans le Cabinet du Roi & dans d'autres
Cabinets , par les foins de M. Crozat. 159
ART. V SPECTACLES. A
SPECTACLES de la Cour à Choify.
ANALYSE d'Ifmène & d'Ifménias , Opéra ,
SPECTACLES de l'aris.
COMÉDIE Françoife .
COMÉDIE Italienne.
CONCERT Spirituel.
5163
167
18
187
208
209
211
217
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles d'une publication structurée en cinq sections principales. Le premier article, 'Pièces fugitives en vers et en prose', rassemble divers poèmes et lettres, incluant des inscriptions, des quatrains, des épigrammes, des épîtres, des stances, des madrigaux, ainsi que des extraits de lettres de personnalités telles que la Comtesse de Grignan, le Chevalier de Sévigné et l'Évêque de Luçon. Le deuxième article, 'Nouvelles littéraires', contient une lettre de Marmontel, un dictionnaire historique et littéraire des théâtres, et des annonces de livres. Le troisième article, 'Sciences et Belles Lettres', mentionne des séances de sociétés littéraires, des sujets proposés par l'Académie Royale des Sciences, et des extraits de lettres sur la médecine. Le quatrième article, 'Beaux Arts', aborde les arts utiles comme la chirurgie, les arts agréables tels que la peinture et la gravure, et inclut une lettre d'une nouvelle société. Enfin, le cinquième article, 'Spectacles', décrit les spectacles de la cour, les spectacles parisiens, les comédies française et italienne, et les concerts spirituels.
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12167
p. 220
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY
rue & vis - à-vis la Comédie Françoiſe .
rue & vis - à-vis la Comédie Françoiſe .
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12168
p. 3-4
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
Mots clefs :
Greffier, Commis, Libraires des provinces ou des pays étrangers, Poste, Volume, Format, Table générale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
>
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi .
C'est à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
-pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte ,
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
le faire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raifon de 30 fols
parvolum. c'est-à- dire 24 livres d'avance,
en s'abonnant pour feize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provin
ces d'envoyer par la pofte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran
chis , refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer,
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nom → .
bre de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année . Il y en a jufqu'à
préfent quatre-vingt- quatorze volumes.
Une Table générale , rangée par
ordre des Matières , fe trouve à la fin du.
foixante-douzième .
>
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi .
C'est à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
-pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte ,
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
le faire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raifon de 30 fols
parvolum. c'est-à- dire 24 livres d'avance,
en s'abonnant pour feize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provin
ces d'envoyer par la pofte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran
chis , refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer,
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nom → .
bre de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année . Il y en a jufqu'à
préfent quatre-vingt- quatorze volumes.
Une Table générale , rangée par
ordre des Matières , fe trouve à la fin du.
foixante-douzième .
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Résumé : AVERTISSEMENT.
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12169
p. 31-43
IBRAHIM ET GÉMILLE. HISTOIRE TURQUE*.
Début :
IBRAHIM ASEK, ne sçavoit rien de sa naissance ; & dans la quantité d'Esclaves [...]
Mots clefs :
Esclave, Janissaire, Femmes, Mosquée, Bonheur, Permission
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texteReconnaissance textuelle : IBRAHIM ET GÉMILLE. HISTOIRE TURQUE*.
IBRAHIM ET GÉMILLE.
HISTOIRE TURQUE *.
IBRAHIM
BRAHIM ASEK , ne fçavoit rien
de fa naiffance ; & dans la quantité d'Efclaves
Chrétiens qui furent enlevés par
Barberouffe fur les côtes du Royaume
de Naples , quand du temps des guerres
de Charles-Quint & de François I. les
Turcs firent de fi gtands défordres en
Calabre & en Sicile , Ibrahim Afek fut
du nombre de ceux qui furent amenés
à Conftantinople. Il n'avoit que cinq
ans , & ne connut de Religion , de nom
de famille , ni de pays que ce que les
gens qui l'éleverent lui en apprirent . Il
étoit bien fait , & lorfqu'à l'âge de vingtdeux
ans , l'on le tira du Serrail , & qu'il
fut envoyé au Caire , pour être Officier
Subalterne des Hifpaïs , l'on crut qu'on
ne lui avoit donné cet emploi que pour
le retirer d'auprès de la mère du Grand-
Seigneur , à laquelle l'on prétend qu'il
avoit commencéde plaire. C'eftaffez l'ufage
lorfque quelqu'un a été dans certain
* Tirée du Portefeuille d'un ancien Ambaſſadeur
de France à Conftantinople.
Biv
#2 MERCURE DE FRANCE .
degré de faveur au Serrail , & que l'on
veut s'en défaire honnêtement , de l'envoyer
au Caire avec un établiſſement :
en forte que paffé en Égypte , il n'eſt
plus. queftion de lui à Conftantinople ;
& c'eft ainfi fouvent que les Sultans &
les Sultanes,quand ils ont affez d'humanité
pour ne leur pas ôter la vie , fe
font défaits de leurs Favoris & de leurs
Favorites ,& plus fouvent encore de leurs
Eunuques noirs , qui par l'entière connoiffance
qu'ils ont de toutes les actions
& des intrigues de leurs Maîtres pourroient
les perdre. Ce qu'il y a de certain
, c'eft qu'Ibrahim_arriva avec affez
d'argent & de biens , pour que particuliérement
recommandé à l'Aga du
Caire , il fe trouvât bientôt en état d'acheter
non-feulement des terres , des
Efclaves , & tout ce qui pouvoit contribuer
à fa commodité , ainfi qu'à fes plaifirs
, mais même pour parvenir après
dix ans de fervice , au pofte éminent de
Général du Corps des Hifpaïs.
Un Courtier d'Efclaves que l'on nomme
un Cenfal , l'avertit un jour qu'un
Turc avoit amené parmi un nombre.
affez confidérable de belles Efclaves
qu'il vouloit vendre , une fille qu'il difoit
Georgienne , & qui étoit d'une beau
JUILLET. 1763. 33
té achevée. Le Général des Hifpais la
trouva en effet charmante , & l'acheta
vingt mille parats , qui font de notre
monnoye environ quatre cens écus .
Le Caravanserai , ou Marché où ſe
vendent les Efclaves , eft compofé au
Caire de quatre grands corps de logis
magnifiques , qui entourent une grande
cour quarrée , au milieu de laquelle eft
une Moſquée. C'eft fous les portiques
de cette cour que les Marchands tiennent
de grands Magafins , où ceux qui
ont acheté des Efclaves & prétendent
les vifiter avant que d'en payer le prix
les font entrer dans des cabinets deftinés
à cet ufage. On y trouve auffi
des bains chauds , & des fontaines à
l'ufage des femmes que l'on achete ; &
c'eft- là qu'Ibrahim fut fi content de la
belle Efclave , nommée Gémille , qu'il
commença non-feulement de l'acheter
comme Efclave , mais à l'aimer comme
Maîtreffe.
Gémille ne put gagner fur elle d'être
auffi contente de fon Maître . Avant
qu'elle fût livrée par le Marchand , elle
n'oublia même rien de ce qui étoit en
elle pour 'faire rompre le marché &
pour obliger le Cenfal de la donner à
un Simple Janiffaire qui l'ayoit marchan-
B v
34 MERCURE DE FRANCE .
dée dans le Caravanferai avant que
Général des Hifpats l'eût vue. Ce Janniffaire
n'avoit pu l'achetter , parce que
le prix de la jeune Efclave excédoit de
beaucoup celui qu'il y pouvoit mettre .
Muftapha Hamet , ( c'eft le nom du Janniffaire
) vit avec peine la préférence
qu'Ibrahim n'obtint que parce qu'il
avoit plus d'argent que lui ; & Gémille
regretta de fe voir entre les mains d'Ibra
him , & de n'avoir pû refter dans celles
de Muftapha.
La maifon du Janniffaire fe trouvoit
placée vis-à-vis le Palais du Général des
Hifpaïs ; & cette circonftance fit alternativement
le bonheur , le malheur , &
l'occupation du Janniffaire , & de la
belle Efclave. L'occafion de fe voir
quelquefois par la fenêtre au travers
de la rue , & toutes les fois que l'un
ou l'autre fortoit , leur infpira une
efpéce de jargon de mines , & une
forte d'intelligence mutuelle , toujours
confolante pour les perfonnes qui s'aiment
& qui fe trouvent dans une
contrainte auffi cruelle que celle où fe
trouvoient ces deux amans. Ibrahim de
fon côté n'oublioit rien pour plaire &
pour gagner le coeur de fon E clave ,
mais toujours fans fuccès ; & Mustapha
JUILLET. 1763. 35
pour plaire, n'avoit qu'à fe montrer. Gémille
n'accordoit à fon Maître que les
faveurs qu'elle ne lui pouvoit refufer ; &
le dégoût de cette jeune Efclave alla
au point qu'Ibrahim furieux s'emporta
un jour jufqu'à jurer par le Tallak ,
de la faire revendre en plein marché.
C'est pour les Efclaves la plus grande
infamie qu'elles puiffent recevoir ; mais
la Loi porte que quiconque a juré par
le Tallak , eft obligé d'accomplir fon
ferment ; elle exige même lorfque le
mécontentement entre le Maître & l'Efclave
eft parvenu au point de ne pouvoir
plus vivre enfemble , que l'Esclave
puiffe fe plaindre publiquement dans la
Mofquée , demander la féparation d'avec
fon Maître , & à être vendue à un autre.
Ibrahim n'eut pas fitôt juré qu'il revendroit
Gémille , que fière de l'occafion
qui fe préfentoit d'être délivrée de
celui qu'elle regardoit comme fon tyran
, elle le menaça à fon tour de fe
jetter dans la première Mofquée , & de
demander elle-même la féparation qu'il
fembloit defirer.
Ibrahim qui l'aimoit , craignit qu'elle
n'éxécutât ce deffein . Pour l'empêcher ,
il lui ferma pendant affez longtemps
portes du Palais , & la remit enfin à les
B vj .
36 MERCURE DE FRANCE .
un Cenfal , pour la vendre , dans la
vue de la racheter lui - même . C'eft ainfi
qu'il efpéroit accomplir non feulement
le ferment qu'il avoit fait de la
revendre ; mais prévenir un éclat dans
la Mofquée , qui l'auroit pour jamais
privé de l'efpérance de la revoir.
Gémille avertie qu'elle devoit fe préparer
à être remife à un Cenfal & fe
parer pour être revendue , trouva moyen
d'en faire avertir Muftapha, qui fe rendit
de bonne heure au Caravanferai.
Là, fans paroître qu'il l'eût jamais vue ,
le Janniffaire en demanda froidement
le prix ; à quoi le Cenfal répondit qu'il
en vouloit vingt cinq mille parats ,
Tandis que le Janni ffaire & le Cenfal
difputoient fur l'exhorbitance de ce prix ,
deux femmes apoftées percérent la foule
affemblée dans le Caravanferoi , firent
figne de l'oeil à Gémille de fuivre l'une
d'elles , & trouverent le moyen de la
fouftraire aux regards du Cenfal pendant
que l'autre lui marchandoit une
autre Efclave .
Le Cenfal quoiqu'occupé de ce nouveau
marché , revint bientôt à celui de
Gémille , & demanda ce qu'elle étoit devenue
? Cette femme, pour le dérouter,
lui montra une porte dans laquelle elle
JUILLET. 1763. 37
que lui dit l'avoir vue entrer ; & tandis
le Cenfal courut à cette porte & chercha
fon Efclave , Gémille , conduite
par l'autre femme , eut le loifir de fe
jetter dans une autre maifon , d'où
après s'être déguifée de façon à ne
pouvoir être reconnue , elle fut conduite
chez fon cher Janniffaire.
Le défelpoir du Général des Hifpaïs
fut inexprimable ; il dénonça le Cenfal,
l'accufa d'infidélité devant le Juge , qui
le condamna à recevoir cent cinquante
coups de bâton fur la plante des pieds ,
& à refter en prifon jufqu'à ce qu'il
rendît l'Esclave , ou le prix qu'on l'avoit
voulu vendre. Cependant Muftapha
étoit heureux avec fa chère Gémille
qu'il cachoit foigneufement à tous les
yeux ; & Gémille fe trouvoit fi heureufe
chez fon nouveau Maître , quoiqu'infiniment
moins riche , que fon
unique crainte étoit de retomber fous
la puiffance du Général des Hifpaïs.
Celui- ci , après avoir longtemps gémi
de la perte de fa maîtreffe , crut enfin
pouvoir faire diverfion à fa douleur
en offrant fà main à une Veuve plus
opulente qu'aimable , & qui depuis
longtemps avoit marqué du goût pour
lui.
38 MERCURE DE FRANCE
J
Mais il ne pouvoit oublier fon Efcla
ve ; il paffoit des jours malheureux
tandis que leJanniffaire & Gémille étoient
au comble de la félicité . La fortune du
Janniffaire étoit des plus modiques; mais
rien ne manque aux coeurs contens. Une
feule Efclave les fervoit tous deux , &
cette Efclave étoit une vieille femme Italienne,
qu'il avoit achetée à bon marché
dans le dernier voyage qu'il avoit fait
à Conftantinople.
Un jour que la belle Gémille fortoit
du bain , la vieille Efclave s'apperçut
en lui frottant les pieds , que fa Maîtreffe
lui déroboit la vue de fon pied
gauche . Cette attention que ju ques - là
elle n'avoit pas remarquée , excita la curiofité
de la vieille au point , qu'après
avoir inutilement preffé fa Maîtreffe de
lui apprendre ce que fignifioit une défiance
auffi fingulière ; elle parvint un
jour à découvrir que Gémille avoit un
double doigt au pied gauche , eſpéce
de difformité , que la belle Efclave
avoit toujours eu foin de cacher.
Ah ! Madame , s'écria la vieille Ef
clave , à cette vue ; oferois- je vous demander
fi vous fçavez quelle eſt votre
naiffance ? Je fçais uniquement pour
l'avoir oui - dire , répondit Gémille
JUILLET. 17635 . 39
quoique vendue comme Georgienne ,
que j'ai été enlevée à l'âge de cinq
ans fur les côtes de Naples.
A ces mots , la vieille fe jettant à fes
pieds , & lui embraffant les genoux ,
Madame ! s'écria- t-elle en fanglottant ,
le Ciel comble enfin tous mes voeux : le
Prince de Bifigniane , pour éffayer d'avoir
quelques nouvelles d'un fils &
d'une fille qui avoient été enlevés
avec d'autres perfonnes par les Turcs ,
quand Barberouffe vint fur les côtes
du Royaume de Naples , m'a envoyée
depuis longtemps dans la Turquie.
Après avoir été prife fur un Vaiffeau
Venitien , comme j'allois à Conflantinople
; ce même Janniffaire qui vous
aime, m'a achetée & menée au Caire, où
j'ai maintenant le bonheur de fervir &
de retrouver enfin la fille de mon Maître
Quoi ! Fatime s'écria Gémille étonnée
? quoi ! fur cette feule preuve....
Il ne m'en faut point d'autre , Madame ;
celle- ci , jointe à votre âge , fuffit pour
me convaincre que je revois en vous la
fille du Prince de Belignane .Votre frère ,
qui n'avoit que trois ans plus que vous ,
avoit également un double petit doigr
au pied gauche ; & fi ce frère vit encore
, il ne manque plus à ma félicité
que de le retrouver ainfi que vous !
,
40. MERCURE DE FRANCE.
Le Janniffaire qui entra dans ce mo
ment & à qui Gémille ne balanca pas
de faire part de la découverte de la vieille
, ne fut pas fâché d'apprendre que
fon Efclave pouvoit être d'une naiffance:
diftinguée . Il en conçut pourtant bientôt
quelques allarmes , dans la crainte
que fçachant fa naiffance , fa maîtreffe
ne cherchât de concert avec la vieille ,
les moyens de retourner dans fa Patrie.
Ses attentions pour elle augmenterent
encore par la crainte de
la perdre . Gémille de fon côté ne fongeoit
qu'à lui plaire ; & comme elle
n'avoit de Religion , que celle dans laquelle
elle avoit été élevée ; que la
vieille Efclave de fon côté n'étoit que
médio crement inftruite dans la fienne
propre ; le defir de revoir fes parens ,
joint aux obftacles à franchir pour en
concevoir l'efpérance , les déterminerent
aifément à continuer de vivre dans
la condition tranquille où l'un & l'autre
fe trouvoient.
誓
Pendant que la petite famille du Janniffaire
jouiffoit au moins paifiblement
de toute la douceur d'une vie auffi fimple
qu'uniforme , celle du Général des
Hifpais , étoit en proie aux plus grands
troubles. Le dégoût d'Ibrahim pour fon
JUILLET. 1763 .
41
époufe , étoit parvenu au point , que
cette femme lui étant devenue infupportable
, il conçut l'affreufe réfolution
de s'en défaire . Après avoir gagné un
Batelier , il propofa à fon époufe une
promenade fur le Nil. Le Batelier gagné
, ayant fait tourner le bateau
contre les ruines d'un moulin abandonné
, le fit renverfer de façon que la
femme d'Ibrahim & fa fuite , à l'exception
d'une Efclave noire , y périrent.
Cette Efclave , qui fuivant l'ufage des
femmes d'Egypte fçavoit nager , eut
même le bonheur , malgré tous les efforts
que firent Ibrahim & le Batelier
pour lui faire fubir le même fort , de
gagner le rivage oppofé au leur , & de
courir rendre compte au Divan du
crime de fon Maître. Le Batelier arrêté ,
le Général , malgré fon rang , le fut
auffi . L'Efclave & le Batelier le chargerent
; & l'éxécution de la fentence ne fut
fufpendue que pour envoyer à Conftantinople
demander au Grand-Seigneur la
permiffion de le faire mourir. Le Grand-
Vifir n'étoit malheureufement point de
fes amis , à caufe de quelques démêlés
qu'ils avoient eu ci- devant dans le Serrail
; en forte que le Grand- Seigneur
ordonna que non - feulement le Gé
42 MERCURE DE FRANCE.
néral des Hifpaïs , feroit dégradé de fa
charge , mais qu'après avoir été trois
jours de fuite expofé nud à la vue du
Peuple , il feroit empalé tout vif.
Gémille , en apprenant cette nouvelle
, malgré tout fon éloignement pour
Ibrahim , ne put que plaindre le fort
d'un homme dont elle avoit été fi éperdûment
aimée , & chargea la vieille Efclave
d'aller lui témoigner combien elle
y étoit fenfible . Cette femme en s'ap
prochant du Criminel , qui étoit déja
éxpofé nud auxyeux du Peuple , fut fort
étonnée de lui voir le petit doigt du pied
gauche comme celui de Gémille ; & ne
doutant pas qu'il ne fût le frère de fa
Maîtreffe , elle courut avec tranſport
l'en avertir ; & l'une & l'autre après en
avoir obtenu la permiffion de Muftapha,
vinrent en tremblant pour s'éclaircir d'un
événement auffi furprenant que funefte
. Le Janniffaire fe joignit à elles ;
tous enſemble allerent fe jetter aux pieds
des Juges pour demander la grace d'Ibrahim
, ou du moins la fufpenfion de
fon fupplice jufqu'à ce que le Sultan fût
informé de fon Hiftoire , ainfi que de
la grandeur de fa naiffance. Gémille
enfin n'oublia rien pour les perfuader ;
& la fingularité de cette avanture deJUILLET.
1763. 43
venue publique , excita tout le Caire à
s'intéreffer pour fon frère. Mais la réalité
, ainfi que la noirceur du crime
étoient trop connues pour qu'il pût demeurer
impuni. Tout ce qu'on put auprès
des Juges , fut d'obtenir que Gémille
l'entretint en fecret quelques heures
avant fon dernier fupplice avec la vieille
Efclave. Cette entrevue ne fçauroit fe
décrire tout ce que l'amour , la furprife
, la pitié , la tendreffe & l'enchaînement
de tant d'avantures bizarres
peuvent jetter dans le coeur & dans l'efprit
, fe dit & fe paffa dans les derniers
adieux du Criminel , & de la belle Efclave
. Ibrahim lui demanda pardon de
tous les mauvais traitemens qu'elle avoit
reçus de lui . Gémille fondoit en larmes
; & il fallut pour les féparer , employer
la violence. Ibrahim fut enfin
éxécuté , après avoir demandé & obtenu
la permiffion de donner tout fon
bien à fa foeur , & avoir fait permettre
au Janniffaire Muftapha qu'il l'épouferoit.
HISTOIRE TURQUE *.
IBRAHIM
BRAHIM ASEK , ne fçavoit rien
de fa naiffance ; & dans la quantité d'Efclaves
Chrétiens qui furent enlevés par
Barberouffe fur les côtes du Royaume
de Naples , quand du temps des guerres
de Charles-Quint & de François I. les
Turcs firent de fi gtands défordres en
Calabre & en Sicile , Ibrahim Afek fut
du nombre de ceux qui furent amenés
à Conftantinople. Il n'avoit que cinq
ans , & ne connut de Religion , de nom
de famille , ni de pays que ce que les
gens qui l'éleverent lui en apprirent . Il
étoit bien fait , & lorfqu'à l'âge de vingtdeux
ans , l'on le tira du Serrail , & qu'il
fut envoyé au Caire , pour être Officier
Subalterne des Hifpaïs , l'on crut qu'on
ne lui avoit donné cet emploi que pour
le retirer d'auprès de la mère du Grand-
Seigneur , à laquelle l'on prétend qu'il
avoit commencéde plaire. C'eftaffez l'ufage
lorfque quelqu'un a été dans certain
* Tirée du Portefeuille d'un ancien Ambaſſadeur
de France à Conftantinople.
Biv
#2 MERCURE DE FRANCE .
degré de faveur au Serrail , & que l'on
veut s'en défaire honnêtement , de l'envoyer
au Caire avec un établiſſement :
en forte que paffé en Égypte , il n'eſt
plus. queftion de lui à Conftantinople ;
& c'eft ainfi fouvent que les Sultans &
les Sultanes,quand ils ont affez d'humanité
pour ne leur pas ôter la vie , fe
font défaits de leurs Favoris & de leurs
Favorites ,& plus fouvent encore de leurs
Eunuques noirs , qui par l'entière connoiffance
qu'ils ont de toutes les actions
& des intrigues de leurs Maîtres pourroient
les perdre. Ce qu'il y a de certain
, c'eft qu'Ibrahim_arriva avec affez
d'argent & de biens , pour que particuliérement
recommandé à l'Aga du
Caire , il fe trouvât bientôt en état d'acheter
non-feulement des terres , des
Efclaves , & tout ce qui pouvoit contribuer
à fa commodité , ainfi qu'à fes plaifirs
, mais même pour parvenir après
dix ans de fervice , au pofte éminent de
Général du Corps des Hifpaïs.
Un Courtier d'Efclaves que l'on nomme
un Cenfal , l'avertit un jour qu'un
Turc avoit amené parmi un nombre.
affez confidérable de belles Efclaves
qu'il vouloit vendre , une fille qu'il difoit
Georgienne , & qui étoit d'une beau
JUILLET. 1763. 33
té achevée. Le Général des Hifpais la
trouva en effet charmante , & l'acheta
vingt mille parats , qui font de notre
monnoye environ quatre cens écus .
Le Caravanserai , ou Marché où ſe
vendent les Efclaves , eft compofé au
Caire de quatre grands corps de logis
magnifiques , qui entourent une grande
cour quarrée , au milieu de laquelle eft
une Moſquée. C'eft fous les portiques
de cette cour que les Marchands tiennent
de grands Magafins , où ceux qui
ont acheté des Efclaves & prétendent
les vifiter avant que d'en payer le prix
les font entrer dans des cabinets deftinés
à cet ufage. On y trouve auffi
des bains chauds , & des fontaines à
l'ufage des femmes que l'on achete ; &
c'eft- là qu'Ibrahim fut fi content de la
belle Efclave , nommée Gémille , qu'il
commença non-feulement de l'acheter
comme Efclave , mais à l'aimer comme
Maîtreffe.
Gémille ne put gagner fur elle d'être
auffi contente de fon Maître . Avant
qu'elle fût livrée par le Marchand , elle
n'oublia même rien de ce qui étoit en
elle pour 'faire rompre le marché &
pour obliger le Cenfal de la donner à
un Simple Janiffaire qui l'ayoit marchan-
B v
34 MERCURE DE FRANCE .
dée dans le Caravanferai avant que
Général des Hifpats l'eût vue. Ce Janniffaire
n'avoit pu l'achetter , parce que
le prix de la jeune Efclave excédoit de
beaucoup celui qu'il y pouvoit mettre .
Muftapha Hamet , ( c'eft le nom du Janniffaire
) vit avec peine la préférence
qu'Ibrahim n'obtint que parce qu'il
avoit plus d'argent que lui ; & Gémille
regretta de fe voir entre les mains d'Ibra
him , & de n'avoir pû refter dans celles
de Muftapha.
La maifon du Janniffaire fe trouvoit
placée vis-à-vis le Palais du Général des
Hifpaïs ; & cette circonftance fit alternativement
le bonheur , le malheur , &
l'occupation du Janniffaire , & de la
belle Efclave. L'occafion de fe voir
quelquefois par la fenêtre au travers
de la rue , & toutes les fois que l'un
ou l'autre fortoit , leur infpira une
efpéce de jargon de mines , & une
forte d'intelligence mutuelle , toujours
confolante pour les perfonnes qui s'aiment
& qui fe trouvent dans une
contrainte auffi cruelle que celle où fe
trouvoient ces deux amans. Ibrahim de
fon côté n'oublioit rien pour plaire &
pour gagner le coeur de fon E clave ,
mais toujours fans fuccès ; & Mustapha
JUILLET. 1763. 35
pour plaire, n'avoit qu'à fe montrer. Gémille
n'accordoit à fon Maître que les
faveurs qu'elle ne lui pouvoit refufer ; &
le dégoût de cette jeune Efclave alla
au point qu'Ibrahim furieux s'emporta
un jour jufqu'à jurer par le Tallak ,
de la faire revendre en plein marché.
C'est pour les Efclaves la plus grande
infamie qu'elles puiffent recevoir ; mais
la Loi porte que quiconque a juré par
le Tallak , eft obligé d'accomplir fon
ferment ; elle exige même lorfque le
mécontentement entre le Maître & l'Efclave
eft parvenu au point de ne pouvoir
plus vivre enfemble , que l'Esclave
puiffe fe plaindre publiquement dans la
Mofquée , demander la féparation d'avec
fon Maître , & à être vendue à un autre.
Ibrahim n'eut pas fitôt juré qu'il revendroit
Gémille , que fière de l'occafion
qui fe préfentoit d'être délivrée de
celui qu'elle regardoit comme fon tyran
, elle le menaça à fon tour de fe
jetter dans la première Mofquée , & de
demander elle-même la féparation qu'il
fembloit defirer.
Ibrahim qui l'aimoit , craignit qu'elle
n'éxécutât ce deffein . Pour l'empêcher ,
il lui ferma pendant affez longtemps
portes du Palais , & la remit enfin à les
B vj .
36 MERCURE DE FRANCE .
un Cenfal , pour la vendre , dans la
vue de la racheter lui - même . C'eft ainfi
qu'il efpéroit accomplir non feulement
le ferment qu'il avoit fait de la
revendre ; mais prévenir un éclat dans
la Mofquée , qui l'auroit pour jamais
privé de l'efpérance de la revoir.
Gémille avertie qu'elle devoit fe préparer
à être remife à un Cenfal & fe
parer pour être revendue , trouva moyen
d'en faire avertir Muftapha, qui fe rendit
de bonne heure au Caravanferai.
Là, fans paroître qu'il l'eût jamais vue ,
le Janniffaire en demanda froidement
le prix ; à quoi le Cenfal répondit qu'il
en vouloit vingt cinq mille parats ,
Tandis que le Janni ffaire & le Cenfal
difputoient fur l'exhorbitance de ce prix ,
deux femmes apoftées percérent la foule
affemblée dans le Caravanferoi , firent
figne de l'oeil à Gémille de fuivre l'une
d'elles , & trouverent le moyen de la
fouftraire aux regards du Cenfal pendant
que l'autre lui marchandoit une
autre Efclave .
Le Cenfal quoiqu'occupé de ce nouveau
marché , revint bientôt à celui de
Gémille , & demanda ce qu'elle étoit devenue
? Cette femme, pour le dérouter,
lui montra une porte dans laquelle elle
JUILLET. 1763. 37
que lui dit l'avoir vue entrer ; & tandis
le Cenfal courut à cette porte & chercha
fon Efclave , Gémille , conduite
par l'autre femme , eut le loifir de fe
jetter dans une autre maifon , d'où
après s'être déguifée de façon à ne
pouvoir être reconnue , elle fut conduite
chez fon cher Janniffaire.
Le défelpoir du Général des Hifpaïs
fut inexprimable ; il dénonça le Cenfal,
l'accufa d'infidélité devant le Juge , qui
le condamna à recevoir cent cinquante
coups de bâton fur la plante des pieds ,
& à refter en prifon jufqu'à ce qu'il
rendît l'Esclave , ou le prix qu'on l'avoit
voulu vendre. Cependant Muftapha
étoit heureux avec fa chère Gémille
qu'il cachoit foigneufement à tous les
yeux ; & Gémille fe trouvoit fi heureufe
chez fon nouveau Maître , quoiqu'infiniment
moins riche , que fon
unique crainte étoit de retomber fous
la puiffance du Général des Hifpaïs.
Celui- ci , après avoir longtemps gémi
de la perte de fa maîtreffe , crut enfin
pouvoir faire diverfion à fa douleur
en offrant fà main à une Veuve plus
opulente qu'aimable , & qui depuis
longtemps avoit marqué du goût pour
lui.
38 MERCURE DE FRANCE
J
Mais il ne pouvoit oublier fon Efcla
ve ; il paffoit des jours malheureux
tandis que leJanniffaire & Gémille étoient
au comble de la félicité . La fortune du
Janniffaire étoit des plus modiques; mais
rien ne manque aux coeurs contens. Une
feule Efclave les fervoit tous deux , &
cette Efclave étoit une vieille femme Italienne,
qu'il avoit achetée à bon marché
dans le dernier voyage qu'il avoit fait
à Conftantinople.
Un jour que la belle Gémille fortoit
du bain , la vieille Efclave s'apperçut
en lui frottant les pieds , que fa Maîtreffe
lui déroboit la vue de fon pied
gauche . Cette attention que ju ques - là
elle n'avoit pas remarquée , excita la curiofité
de la vieille au point , qu'après
avoir inutilement preffé fa Maîtreffe de
lui apprendre ce que fignifioit une défiance
auffi fingulière ; elle parvint un
jour à découvrir que Gémille avoit un
double doigt au pied gauche , eſpéce
de difformité , que la belle Efclave
avoit toujours eu foin de cacher.
Ah ! Madame , s'écria la vieille Ef
clave , à cette vue ; oferois- je vous demander
fi vous fçavez quelle eſt votre
naiffance ? Je fçais uniquement pour
l'avoir oui - dire , répondit Gémille
JUILLET. 17635 . 39
quoique vendue comme Georgienne ,
que j'ai été enlevée à l'âge de cinq
ans fur les côtes de Naples.
A ces mots , la vieille fe jettant à fes
pieds , & lui embraffant les genoux ,
Madame ! s'écria- t-elle en fanglottant ,
le Ciel comble enfin tous mes voeux : le
Prince de Bifigniane , pour éffayer d'avoir
quelques nouvelles d'un fils &
d'une fille qui avoient été enlevés
avec d'autres perfonnes par les Turcs ,
quand Barberouffe vint fur les côtes
du Royaume de Naples , m'a envoyée
depuis longtemps dans la Turquie.
Après avoir été prife fur un Vaiffeau
Venitien , comme j'allois à Conflantinople
; ce même Janniffaire qui vous
aime, m'a achetée & menée au Caire, où
j'ai maintenant le bonheur de fervir &
de retrouver enfin la fille de mon Maître
Quoi ! Fatime s'écria Gémille étonnée
? quoi ! fur cette feule preuve....
Il ne m'en faut point d'autre , Madame ;
celle- ci , jointe à votre âge , fuffit pour
me convaincre que je revois en vous la
fille du Prince de Belignane .Votre frère ,
qui n'avoit que trois ans plus que vous ,
avoit également un double petit doigr
au pied gauche ; & fi ce frère vit encore
, il ne manque plus à ma félicité
que de le retrouver ainfi que vous !
,
40. MERCURE DE FRANCE.
Le Janniffaire qui entra dans ce mo
ment & à qui Gémille ne balanca pas
de faire part de la découverte de la vieille
, ne fut pas fâché d'apprendre que
fon Efclave pouvoit être d'une naiffance:
diftinguée . Il en conçut pourtant bientôt
quelques allarmes , dans la crainte
que fçachant fa naiffance , fa maîtreffe
ne cherchât de concert avec la vieille ,
les moyens de retourner dans fa Patrie.
Ses attentions pour elle augmenterent
encore par la crainte de
la perdre . Gémille de fon côté ne fongeoit
qu'à lui plaire ; & comme elle
n'avoit de Religion , que celle dans laquelle
elle avoit été élevée ; que la
vieille Efclave de fon côté n'étoit que
médio crement inftruite dans la fienne
propre ; le defir de revoir fes parens ,
joint aux obftacles à franchir pour en
concevoir l'efpérance , les déterminerent
aifément à continuer de vivre dans
la condition tranquille où l'un & l'autre
fe trouvoient.
誓
Pendant que la petite famille du Janniffaire
jouiffoit au moins paifiblement
de toute la douceur d'une vie auffi fimple
qu'uniforme , celle du Général des
Hifpais , étoit en proie aux plus grands
troubles. Le dégoût d'Ibrahim pour fon
JUILLET. 1763 .
41
époufe , étoit parvenu au point , que
cette femme lui étant devenue infupportable
, il conçut l'affreufe réfolution
de s'en défaire . Après avoir gagné un
Batelier , il propofa à fon époufe une
promenade fur le Nil. Le Batelier gagné
, ayant fait tourner le bateau
contre les ruines d'un moulin abandonné
, le fit renverfer de façon que la
femme d'Ibrahim & fa fuite , à l'exception
d'une Efclave noire , y périrent.
Cette Efclave , qui fuivant l'ufage des
femmes d'Egypte fçavoit nager , eut
même le bonheur , malgré tous les efforts
que firent Ibrahim & le Batelier
pour lui faire fubir le même fort , de
gagner le rivage oppofé au leur , & de
courir rendre compte au Divan du
crime de fon Maître. Le Batelier arrêté ,
le Général , malgré fon rang , le fut
auffi . L'Efclave & le Batelier le chargerent
; & l'éxécution de la fentence ne fut
fufpendue que pour envoyer à Conftantinople
demander au Grand-Seigneur la
permiffion de le faire mourir. Le Grand-
Vifir n'étoit malheureufement point de
fes amis , à caufe de quelques démêlés
qu'ils avoient eu ci- devant dans le Serrail
; en forte que le Grand- Seigneur
ordonna que non - feulement le Gé
42 MERCURE DE FRANCE.
néral des Hifpaïs , feroit dégradé de fa
charge , mais qu'après avoir été trois
jours de fuite expofé nud à la vue du
Peuple , il feroit empalé tout vif.
Gémille , en apprenant cette nouvelle
, malgré tout fon éloignement pour
Ibrahim , ne put que plaindre le fort
d'un homme dont elle avoit été fi éperdûment
aimée , & chargea la vieille Efclave
d'aller lui témoigner combien elle
y étoit fenfible . Cette femme en s'ap
prochant du Criminel , qui étoit déja
éxpofé nud auxyeux du Peuple , fut fort
étonnée de lui voir le petit doigt du pied
gauche comme celui de Gémille ; & ne
doutant pas qu'il ne fût le frère de fa
Maîtreffe , elle courut avec tranſport
l'en avertir ; & l'une & l'autre après en
avoir obtenu la permiffion de Muftapha,
vinrent en tremblant pour s'éclaircir d'un
événement auffi furprenant que funefte
. Le Janniffaire fe joignit à elles ;
tous enſemble allerent fe jetter aux pieds
des Juges pour demander la grace d'Ibrahim
, ou du moins la fufpenfion de
fon fupplice jufqu'à ce que le Sultan fût
informé de fon Hiftoire , ainfi que de
la grandeur de fa naiffance. Gémille
enfin n'oublia rien pour les perfuader ;
& la fingularité de cette avanture deJUILLET.
1763. 43
venue publique , excita tout le Caire à
s'intéreffer pour fon frère. Mais la réalité
, ainfi que la noirceur du crime
étoient trop connues pour qu'il pût demeurer
impuni. Tout ce qu'on put auprès
des Juges , fut d'obtenir que Gémille
l'entretint en fecret quelques heures
avant fon dernier fupplice avec la vieille
Efclave. Cette entrevue ne fçauroit fe
décrire tout ce que l'amour , la furprife
, la pitié , la tendreffe & l'enchaînement
de tant d'avantures bizarres
peuvent jetter dans le coeur & dans l'efprit
, fe dit & fe paffa dans les derniers
adieux du Criminel , & de la belle Efclave
. Ibrahim lui demanda pardon de
tous les mauvais traitemens qu'elle avoit
reçus de lui . Gémille fondoit en larmes
; & il fallut pour les féparer , employer
la violence. Ibrahim fut enfin
éxécuté , après avoir demandé & obtenu
la permiffion de donner tout fon
bien à fa foeur , & avoir fait permettre
au Janniffaire Muftapha qu'il l'épouferoit.
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12170
p. 45
PARODIE, Sur l'air : Jusque dans la moindre chose, de l'Opéra Comique : On ne s'avise jamais de tout.
Début :
JUSQUE dans la moindre chose, [...]
Mots clefs :
Air, Enchantement, Gracieux , Bouche, Grâces
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texteReconnaissance textuelle : PARODIE, Sur l'air : Jusque dans la moindre chose, de l'Opéra Comique : On ne s'avise jamais de tout.
PAR O DI E ,
Sur l'air : Jufque dans la moindre chofe , de l'Opéra
Comique On ne : s'avife jamais de tout.
JUSQUE dans la moindre choſe ,
Malgré moi percent mes feux ;
Je vous regarde & je n'ofe
Sur vous arrêter les yeux.
L'enchantement , le délire ,
Près de vous vient me faifir :
Loin de vous mon coeur foupire ,
Et ma peine eft un plaifir.
Mais fi votre aimable bouche
Parle ... quel ſon gracieux !
Ce fon raviflant me touche
Plus qu'un air mélodieux.
Si vous marchez , fur vos traces
Je refpire un air plus doux ;
Et dans un cercle de grâces
Je ne vois , n'entens que vous.
Jufque , &c.
Sur l'air : Jufque dans la moindre chofe , de l'Opéra
Comique On ne : s'avife jamais de tout.
JUSQUE dans la moindre choſe ,
Malgré moi percent mes feux ;
Je vous regarde & je n'ofe
Sur vous arrêter les yeux.
L'enchantement , le délire ,
Près de vous vient me faifir :
Loin de vous mon coeur foupire ,
Et ma peine eft un plaifir.
Mais fi votre aimable bouche
Parle ... quel ſon gracieux !
Ce fon raviflant me touche
Plus qu'un air mélodieux.
Si vous marchez , fur vos traces
Je refpire un air plus doux ;
Et dans un cercle de grâces
Je ne vois , n'entens que vous.
Jufque , &c.
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Résumé : PARODIE, Sur l'air : Jusque dans la moindre chose, de l'Opéra Comique : On ne s'avise jamais de tout.
La chanson 'Par o di e' décrit l'amour inépuisable du narrateur pour une personne. Il admire chaque détail d'elle, ressent une attraction irrésistible et une douleur agréable en son absence. Sa voix est plus puissante que toute mélodie, et sa présence apporte douceur et grâce. L'amour persiste dans chaque petite chose.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12171
p. 46-47
AU TEMPS, ODE ANACRÉONTIQUE.
Début :
TOI dont le vol précipité, [...]
Mots clefs :
Vol, Temps, Rapidité, Impatience, Bonheur, Vie, Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU TEMPS, ODE ANACRÉONTIQUE.
AU TEMPS ,
ODE AN ACREONTIQUE.
T.o dont le vol précipité ,
Mefurant notre deſtinée ,
Entraine avec rapidité ,
De nos jours la courſe bornée ;
O temps ! qu'avec retardement
Le moment que j'attens s'avance ;
Et que tu marches lentement :
Au gré de mon impatience !
Ce foir , à plaifir enchanteur !
Je verrai celle que j'adore :
Le tendre eſpoir de ce bonheur
Ouvre mes yeux avant l'aurore.
Hâte , preffe l'heure qui fait ;
O temps , feconde mon envie !
Chaque inftant que ta main détruit ,
Eft un préfent fait à ma vie.
Près de Palmire , à fes genoux ,
Ce foir d'un tel foin je te quitte.
Hélas ! dans des momens fi doux ,
Tu ne palleras que trop vite.
JUILLET. 1763. 47
ENVOI A M. L. S.
Ainfi dans des jours plus heureux;
Vous approuviez ma tendre flâme.
Le temps a reſpecté mes feux ;
Les a-t-il éteints dans votre âme ?
A Lyon.
ODE AN ACREONTIQUE.
T.o dont le vol précipité ,
Mefurant notre deſtinée ,
Entraine avec rapidité ,
De nos jours la courſe bornée ;
O temps ! qu'avec retardement
Le moment que j'attens s'avance ;
Et que tu marches lentement :
Au gré de mon impatience !
Ce foir , à plaifir enchanteur !
Je verrai celle que j'adore :
Le tendre eſpoir de ce bonheur
Ouvre mes yeux avant l'aurore.
Hâte , preffe l'heure qui fait ;
O temps , feconde mon envie !
Chaque inftant que ta main détruit ,
Eft un préfent fait à ma vie.
Près de Palmire , à fes genoux ,
Ce foir d'un tel foin je te quitte.
Hélas ! dans des momens fi doux ,
Tu ne palleras que trop vite.
JUILLET. 1763. 47
ENVOI A M. L. S.
Ainfi dans des jours plus heureux;
Vous approuviez ma tendre flâme.
Le temps a reſpecté mes feux ;
Les a-t-il éteints dans votre âme ?
A Lyon.
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12172
p. 63
« LE mort de la première Énigme du premier volume du Mercure de Juillet [...] »
Début :
LE mort de la première Énigme du premier volume du Mercure de Juillet [...]
Mots clefs :
Substantif, Canne à lorgnette, Chine, Niche, Chien, Mort, Mot, Rot, Or
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mort de la première Énigme du premier volume du Mercure de Juillet [...] »
LEE mort de la première Énigme du
premier volume du Mercure de Juillet
eft le Subftantif. Celui de la feconde eft
une Canne à lorgnette : Ceux du premier
Logogryphe font Chine , Niche &
Chien. Celui du fecond Logogryphe eft
Mort , dans lequel on trouve mot , rot ,
& or.
J
premier volume du Mercure de Juillet
eft le Subftantif. Celui de la feconde eft
une Canne à lorgnette : Ceux du premier
Logogryphe font Chine , Niche &
Chien. Celui du fecond Logogryphe eft
Mort , dans lequel on trouve mot , rot ,
& or.
J
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12173
p. 63
ENIGME.
Début :
Je suis, je ne suis plus ; j'étois & je vais être : [...]
Mots clefs :
Temps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E fuis , je ne fuis plus ; j'étois & je vais être: '
Veut-on me retenir ? Je fuis mort pour jamais ;
Mais pour jamais auffi , je ſuis prêt à renaître :
Je meurs toujours , toujours je nais .
E fuis , je ne fuis plus ; j'étois & je vais être: '
Veut-on me retenir ? Je fuis mort pour jamais ;
Mais pour jamais auffi , je ſuis prêt à renaître :
Je meurs toujours , toujours je nais .
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12174
p. 63
AUTRE.
Début :
Mon éclat éblouit le plus noble des sens ; [...]
Mots clefs :
Pelote de neige
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A UTR E.
ON éclat éblouit le plus noble des fens ;
Il faut me preffer pour me faire.
Si celui qui me fait me preffe trop longtemps ,
Je redeviens ma propre mère.
ON éclat éblouit le plus noble des fens ;
Il faut me preffer pour me faire.
Si celui qui me fait me preffe trop longtemps ,
Je redeviens ma propre mère.
Fermer
12175
p. 65
AUTRE.
Début :
Mon domaine contient un nombre d'habitans, [...]
Mots clefs :
Verger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
MONON domaine contient un nombre d'habitans ,
Qui , quoiqu'unis entr'eux, ont des goûts différens.
Mon nom bouleverfé fait beaucoup de ravage ;
Mais quand le chef en eft ôté ,
On reconnoît par mon ufage ,
Que tout en moi n'eft que fragilité.
La moitié de mon corps , qui fouvent me dévore
Aux plus beaux jours de mon printemps ,
Avec deux pieds de plus , va devenir encore
La terreur des petits enfans.
Bouleverſez enfin , ce nouvel être ,
Dans Paris , cher lecteur , vous me verrez paroître ,
Portant fur mon dos cet objet ,
Qui pour notre malheur commit un grandforfait.
... St... le 31 Mai 1763.
MONON domaine contient un nombre d'habitans ,
Qui , quoiqu'unis entr'eux, ont des goûts différens.
Mon nom bouleverfé fait beaucoup de ravage ;
Mais quand le chef en eft ôté ,
On reconnoît par mon ufage ,
Que tout en moi n'eft que fragilité.
La moitié de mon corps , qui fouvent me dévore
Aux plus beaux jours de mon printemps ,
Avec deux pieds de plus , va devenir encore
La terreur des petits enfans.
Bouleverſez enfin , ce nouvel être ,
Dans Paris , cher lecteur , vous me verrez paroître ,
Portant fur mon dos cet objet ,
Qui pour notre malheur commit un grandforfait.
... St... le 31 Mai 1763.
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12176
p. 68-84
SUITE du second Livre de la PHARSALE.
Début :
Tandis que ces choses se passoient dans Rome, Pompée à la tête d'une multitude [...]
Mots clefs :
Guerre, Fortune, Guerre, Flots, Fleuves, Passage, Livre, Cote, Rochers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE du second Livre de la PHARSALE.
SUITE du fecond Livre de la
PHARSALE.
Tandis que ces chofes fe paffoient dans
Rome , Pompée à la tête d'une multitude
tremblante avoit gagné les murs de
Capoue : il y établit le fiége de la guerre ;
& pour s'oppofer aux entrepriſes de
Céfar , il envoya des Corps détachés
vers ces collines d'où l'Apennin s'éleve
& commande le vafte horizon .
D'un côté l'Apennin - touche aux Alpes
& domine la Gaule ; c'eft là qu'il
eft le plus voifin des Cieux : de l'autre
il s'étendoit autrefois jufques dans la
*Sicile ; mais depuis que les flots ont rompu
la chaîne , il fe termine au détroit de ·
Scylla. Ainfi la croupe de cette montagne
chargée de noires forêts de pins ,
fe prolonge à travers les contrées du
Latium , entre la mer de Tirrhene &
le golfe Adriatique ; & des flancs de
JUILLET: 1763. 69
fes rochers coulent ces fleuves majeftueux
qui fe répandent dans l'Italie &
vont fe perdre dans les deux mers .
D'un côté fe précipitent le Metaure
fugitif, & l'impétueux Cruftume , & la
Senna , & le Sapis que l'Ifaure enfle de
fes eaux , & l'Aufidus dont la rapidité.
fend les ondes Adriatiques ; & Eridan
celui de tous les fleuves dont la
fource eft la plus féconde , l'Eridan
qui roule au fond des mers les forêts brifées
fur fon paffage , l'Eridan , qui femble
épuifer toutes les eaux de l'Italie .
Ce fleuve égaleroit le Nil , fi comme le
Nil, il pouvoit s'étendre & fe repofer
fur de vaftes plaines ; il égaleroit le Danube
, fi le Danube en parcourant le
monde , ne fe groffiffoit des torrens qu'il
rencontre , & qu'il entraine avec lui dans
Euxin. L'Eridan fut le premier des
fleuves , dit la fable , dont le Peuplier
couronna les bords. Ce fut dans fon
fein que tomba Phaëton , lorfqu'ayant
pris en main les rênes brûlantes des courfiers
du jour , il s'écarta de la route prefcrite.
La terre étoit embrafée jufques.
dans fes entrailles ; tous les fleuves étoient
défféchés ; l'Eridan lui feul fut capable
d'éteindre les flammes du char du Soleil.
70 MERCURE DE FRANCE.
Les eaux qui coulent fur la pente oppofée
, forment le Vulturne rapide , &
le Sarné nébuleux , & le Liris , qui coulé
à l'ombre des forets de Marice , &
le Siler , qui arrofe les fertiles champs de
Salerne , & le Macre , qui roule fur des
écueils jufqu'au port de Lune voifin
de fa fource , fans pouvoir porter une
barque légère ; & le Rutube aux bords
efcarpés , & le Tibre qui donne la loi
à tous les fleuves de l'Univers. Céfar
qui refpire la guerre , & qui ne fe plaît
à marcher que par des chemins arrofés
de fang , gémit de trouver l'Italie ouverte.
Il fe flatoit que Pompée lui difputeroit
le paffage & que des débris
marqueroient fes pas. On lui ouvre les
portes ; il voudroit les rompre le laboureur
tremblant lui laiffe envahir fes
campagnes ; c'eft par le fer , c'eft par
la flamme qu'il eut voulu les ravager
if rougit de fuivre une route permife ,
& de paroître encore. Citoyen .
Les Villes d'Italie incertaines &
chancelantes entre la crainte & le devoir
, n'attendent pour fe livrer à lui
que les approches de la guerre ; cependant
leur frayeur fe déguiſe fous l'appareil
d'une longue défenfe . On éléve
des remparts , on creufe des foffés , on
JUILLET. 1763. 71
prépare fur le haut des tours de lourdes
maffes de rochers & des machines à
lancer les traits pour accabler les affiégeans
. Le peuple penche du côté de
Pompée , & la fidélité qu'il lui doit
balance l'effroi que Céfar infpire.
Ainfi lor que le bruyant Aufter s'eft
emparé de l'Océan , toutes les vagues
lui obéiffent . Si la terre alors entr'ouverte
d'un fecond coup du trident d'Eole
, lance l'Aquilon fur les flots agités ,
quoique pouffés par un vent nouveau ,
c'eft au premier qu'ils cédent encore ;
& tandis que l'Aquilon domine au Ciel
& commande aux nuages , le feul Aufter
régne fur les eaux.
,
Mais il étoit facile à la terreur de changer
les efprits
& la foi qu'ils gardoient
à Pompée étoit flottante comme
fa fortune. Bientôt la fuite de Libon
laiffa l'Hétrurie fans défenſe : Thermon
abandonna l'Ombrie : Sylla qui
n'eut dans les guerres civiles ni le courage
ni le bonheur de fon père , prit
la fuite au nom de Céfar : à peine quelquesTroupes
légères menacent les murs.
d'Auximon , Varus en fort épouvanté ,
jette l'allarme dans les Villes voifines
& s'échape à travers les forêts : Lentu- .
lus chaffé & Afculum , & fuivi de près
72 MERCURE DE FRANCE .
dans fa fuite , voit fes cohortes difperfées
le laiffer feul avec fes drapeaux ,
& fe tourner du côté du vainqueur :
tói , Scipion , tu vas bientôt livrer les
murs de Lucère confiés à tes foins , ces
murs défendus par la plus vaillante jeureffe.
Pompée a furtout mis fon efpoir
dans la réfiftance de Corfinium que Domitius
défend avec dix cohortes. Céfar
y
L
marche , & Domitius voyant à travers
un nuage immenfe de pouffière ,
les rayons du foleil réfléchis par le brillant
acier des armées, » A moi , compa-
" gnons , s'écria-t- il , courez au fleuve ,
coupez le pont. Dieux , faites que ce-
» torrent lui-même enfle fes eaux pour
» le brifer. Que ce foit ici le terme de
» la guerre ; qu'ici du moins l'ardeur
» de l'ennemi fe ralentiffe , & fe con-
» fume en longs efforts : retardons fes
progrès rapides : ce fera pour nous
une victoire que d'avoir les premiers
arrêté Céfar. Il n'en dit pas davantage,
& les cohortes à fa voix accourent au
fleuve ; il n'eft plus temps . Cefar qui
s'avance & qui voit de loin qu'on veut
lui couper le paffage , s'écrie enflammé
de colère : » Hé quoi , lâches , ce n'eſt
» pas affez des murs ténébreux qui vous
a couvrent fi des fleuves ne nous féparent
,
t
JUILLET. 1763. 73
,
parent , vous tremblez ! vos efforts
font vains. Le Gange même , le Gan-
» ge débordé feroit une foible bar-
» rière. Céfar a paffé le Rubicon il
» n'eft plus de fleuve qui l'arrête. Mar-
» chez amis que la Cavalerie s'élance ,
» que l'Infanterie fe précipite fur ce pont
» qui va s'écrouler «. A peine il a donné
l'ordre , on lache la bride aux courfiers
la plaine fuit fous leurs pas rapides ; les
bras nerveux des archers font voler audelà
du fleuve une grêle de dards ; le
pont eft abandonné ; Céfar s'en empare
, il le traverfe , & chaffe l'ennemi
jufques dans fes murs. Il fait conftruite
des tours affez fortes pour porter d'énormes
fardeaux , & des toits fous lefquels
fes foldats foient à couvert au
pied des murailles . Mais tandis que l'affaut
fe prépare , ô crimel â trahifon !
?
les portes s'ouvrent, & les foldats de Domitius
le traînent captif aux pieds de Céfar,
aux pieds d'un Citoyen fuperbe.
Domitius loin de laiffer abattre par le
malheur la noble fierté de fon âme
préfente à la mort un front menaçant.
Céfar fçait bien qu'il la defire , & qu'il
ne craint que le pardon, a Vis , malgré
» toi , lui dit-il , & vois le jour que
" Céfør te hilfe. Sois pour les nations
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
" vaincues l'exemple & le gage de ma
» clémence. Tu es libre , tu peux ten-
» ter de nouveau contre moi le fort des
» armes , & s'il me livre jamais en tes
mains , je te difpenfe du retour. « A
ces mots , il ordonna que fes liens fuffent
rompus.
Quelle honte la fortune eût épargnée
à ce Romain s'il eût obtenu le
trépas ! Sans doute le dernier fupplice
pour un Citoyen fut de s'entendre pardonner
d'avoir fuivi Pompée & le Sénat
, fous les drapeaux de la patrie .
Domitius cependant diffimule & renferme
fa rage ; mais bientôt livré à luimême
, " Malheureux ! dit- il , irai-je
" cacher ma honte au fein de Rome , à
» l'ombre de la paix ? fuirai-je les dan-
»gers de la guerre , moi qui rougis de
»voir le jour ? précipitons-nous à tra-
» vers mille morts courons au terme
» d'une vie odieufe & rejettons ce bien-
»" fait de Céfar.
Pompée qui n'étoit pas inftruit du
malheur de Domitius fe preparoient à
le foutenir. Réfolu de marcher le jour
fuivant , il crut devoir éprouver le zéle
de fes Troupes , & d'une voix qui imprimoit
le refpect , » Vengeurs des forfaits
, leur dit-il , défenfeurs de la caufe
JUILLET. 1763. 75
publique , feule armée de vrais Ro-
» mains , vous à qui le Sénat donne à
foutenir , non l'ambition d'un feul
» homme , mais les droits , la liberté
» de tous ; faites des voeux pour le combat.
Le fer & le feu ravagent l'Hef-
» perie , les Gaulois defcendent comme
» un torrent du fommet des Alpes , le
fang Remain à déja fouillé le glaive
» de Cefar graces aux Dieux , c'eſt
» nous qui avons reçu les premiers ou-
" trages de la guerre ; c'eft fur l'agref
feur que le cime en retombe ; & Rome
qui daigne me confier fes droits
nous en demande le châtiment. Ce
n'eft point un jufte ennemi que nous
allons combattre ; c'eft un Citoyen
rebelle & perfide que nous allons pu-
» nir ; & fon attentat mérite auffi peu
» le nom de guerre que le complot
» de Catilina , lorfqu'avec Lentulus &
» Cethegus fes conjurés , il réfolut d'em-
» brafer Rome. O Céfar , quelle rage
»
t'aveugle toi , que le deftin appel-
» loit au rang des Metellus & des Ca-
» milles , tu préferes de groffir le nom-
" bre des Marius & des Cinna ! Viens
» donc périr comme Lepide , Carbon ,
» Sertorius ont péri . Encore eft- ce
» m'avilir que de tourner contre toi mes
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
armes je rougis que Rome occupe
» mes mains à terraffer un furieux, Que
» n'est-il revenu vainqueur des Partes
» ce Craffus qui nous délivra de Spar-
» tacus & de les complices ! ce feroit à
» lui de nous venger de tai, Mais puif-
»que les Dieux daignent l'accorder
» l'honneur de tomber fous mes coups ,
» tu vas éprouver fi les ans ont énervé
» mon bras , ou glasé le fang qui coule
» dans mes veines ; fi pour avoir fouf
» fert la paix , nous fommes effrayés
de la guerre. Laiffez , Romains , laif-
» fez croire à Céfar que Pompée et
» amoli par le repos ou abattu fous le
» poids des années : l'âge n'a rien déf
» frayant dans un Chef: marchez fans
» crainte fous un vieux guerrier contre
» une armée qu'un Soldat commande . Fe
» fuis arrivé au plus haut point de gran
» deur auquel un fimple Giroyen puiffe
» être élevé par un
» an, deffus de moi que
» la place d'un Tyran. Gelui qui dans
me na laiff
Peuple libre. Roat
veut me furpaffer n'afpire dong.
plus sau rang d'un Citoyen mais d'un
» Monarque, Auffi voyez-vous dans
» mon armée tout ce que Rome a de
plus illuftre , les Pères de la Patrie ,
» les Confuls eux- mêmes fous les drae
JUILLET. 1763. 77
" peaux de la liberté . Lequel des deux
» fera vainqueur ou de Céfar ou du Sé-
» nat ? J'ofe craite que la fortune auroit
» honte de balancer. Et de quoi s'en-
» orgueillit ce jeune audacieux ? Eft-ce
» d'avoir employé dix ans à conquérir
" la Gaule Effce d'avoit abandonné
» honteufement les bords du Rhin ?
» Eft- ce d'avoir été chaffé du rivage Bri-
» tannique, & d'avoir attribué le mauvais
» fuccès de fa folle entreprife aux obf-
» tacles d'une mer inconftante & pleine
» d'écueils ? fon audace tiompheroit- elle
» de voir Rome entière fous les armes ,
» s'éloigner du fein de fes Dieux? Ahjeu-
» ne infenfe , connois mieux ce peuple :
» il ne te fuit pas , il me fuit ; il me fuit ,
» moi qui dans deux mois ai purgé la
» mer de pirates , moi qui plus heureux
» que Sylla , ai vu ce Mitridate qu'on
» ne pouvoit d'ompter , & qui depuis fi
longtems retardoit les deftins de Ro-
» me , errant dans les déferts du Bofpho-
" re & de la Scithie , réduit à fe don-
» ner la mort. Oui Romains , j'afe le
» dire pour juftifier votre confiance & la
» mienne . Fat porté la gloire de nos ar-
» mes dans tous les climats que le Soleif
» éclaire ; & la guerre civile eft la feule
» que j'aye laiffée à faire à Céfar.
"
D iij
78. MERCURE DE FRANCE.
Cette harangue ne fut point fuivie
de l'acclamation des Cohortes : elles ne
demanderent point le fignal du combat
qu'on leur annonçoit. Pompée luimême
intimidé par ce filence , crut .
devoir s'éloigner , plutôt que de courir .
les rifques d'un combat d'où dépendoit
le fort du monde , avec une armée .
déja vaincue au feul bruit du nom de
Céfar.
*
Tel qu'un Taureau chaffé des pâturages
par un Taureau plus vigoureux ,
va fe cacher au fond des forêts , & ne
revient tenter le combat que lorfque
fon front, que l'âge affermit , fe fent armé
de toutes fes forces. Tel Pompée.
trop foible encore pour réfifter & Céfar
, lui abandonne l'Italie , & fe retire
à travers les campagnes de la Pouille
dans les murs de Brundufium.
a
Cette Ville fut jadis habitée par
des
Crétois , qui s'étoient embarqués avec
Théfée , vainqueur du Minautore , &
que les Vaiffeaux Athéniens avoient
dépofés fur nos bords. Elle eft fituée
vers la pointe de l'Italie , au bord de la
mer Adriatique , fur une langue de terre
qui s'avance & fe courbe en croiffant
, comme pour embraffer les flots.
Ce feroit un port mal affuré, s'il n'étoit
JUILLET. 1763. 79
couvert par une Ifle dont les rochers
brifent l'effort des vents & des ondes .
Des deux côtés du port , la Nature a
élevé deux chaînes de montagnes qui
repouffent la mer , & qui défendent aux
vents orageux de troubler l'afyle des
Vaiffeaux que des cables tremblans y
retiennent. De-là , on gagne la pleine
mer, foit qu'on faffe voile vers l'Ifle
de Corcyre , foit que du côté de l'Illyrie
, on veuille arriver au Port d'Epidaure.
C'eſt le réfuge des Nochers, lorfque
tous les flots de la mer Adriatique
font foulévés ; que les nuages enveloppent
les montagnes de l'Epire , &
que l'Ifle de Safon difparoît fous les
vagues écumantes. Là , Pompée , qui
ne pouvoit plus compter fur l'Italie , ni
tranfporter la guerre en Efpagne , dont
il étoit féparé par la chaîne immenſe
des Alpes , dit à l'aîné de fes enfans :
» Allez , mon fils , parcourez le mon-
» de ; foulevez le Nil & l'Euphrate ;
» armez tous les Peuples à qui le nom
» de Pompée eft connu , toutes les Villes
où mes exploits ont rendu Rome
» recommandable ; que les Pirates de
" Cilicie abandonnent les champs que
» jeje leur ai donnés en partage , & fe
répandent de nouveau fur les mers
ค
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
d'où je les ai chaffés : appellez à mon
» fecours Ptolomée , dont je fus l'appui,
» & Tigrane , qui me doit fa Couron-
» ne , & Pharnace , que j'ai revêtu de
» la dépouille de fon père n'oubliez
» ni les habitans vagabonds de l'une &
» de l'autre Arménie , ni les Nations
" féroces qui occupent les bords de
» l'Euxin , ni celles qui couvrent les
» fommets du Riphée , ni celles qui
» voyagent fur les glaces du Palus Méo-
» tide : que vous dirai-je enfin ? Allu-
» mez la guerre dans tout l'Orient ;
» que tout ce que j'ai vaincu fur laterre
» embraffe ma défenfe , & que mes
»triomphes viennent groffir mon camp.
» Vous , Confuls , au premier fouffle
» de Borée , paffez en Epire ; allez
» amaffer de nouvelles forces dans les
» champs de la Grèce & de la Macé-
» deine , tandis que l'Hyver nous laif
» fe refpiter . Il commande ; on met
à la voile & on s'empreffe de lui
obéir.
Cependant Cefar qui ne peut laiffer
repofer les armes , pour ne pas donner
au fort le tems de changer , preffe Pompée,&
le fuit pas-à-pas.Tout autre quelui
feroit content d'avoir d'une première
courſe réduit tans de Villes, forcé tant de
JUILLET. 1763.
81
&
remparts , conquis fans obftacle certe
Reine du monde , cette Rome , le plus
haur prix que la Victoire ait jamais offert.
Mais Ceferqui ne perd jamais un inflanr ,
& qui ne compte avoir rien fait , tant
qu'il lui refte encore à faire ; Céfar s'attache
avec fureur à la pourfuite de fon
rival . Quoiqu'il pofféde route l'Tralie , fi
Pompée en occupe le rivage , il lui
femble qu'elle leur foit commune
fon chagrin ne peut ly fouffrir. C'eſt
peu de le chaffer de Italie , il veur lui
interdire les Mers ; & pour Nur couper
le paffage , il entreprend d'élever devant
le port , une barrière de rochers . Ces
immenfes travaux fent perdus ; les rochers
tombent , la mer les dévore , &
des montagnes entaffées font englouties
fous le fable . Cefarvoyant que ces
maffés énormes ne trouvoient pas de
fond qui les fourint , prit le parti de
faire abattre des forêts , & de lier les
arbres l'un à l'autre par des longues chat
nes. Xerxès autrefois , dit- on , fe fit
fur les flots une route femblable ; il joignit
l'Europe avec l'Afie par un pont
de vaiffeaux , & fur ce pont , it traverfa
le Bofphore à la tête de fon armée
lorfqu'il força la mer de porter fes voiles
autour du mont Athos. Ainfi les forêts
2
Dv
82. MERCURE DE FRANCE.
enchaînées & flottantes , ferment l'embouchure
du port où Céfar affiége Pompée.
Les travaux s'avancent , des remparts
s'élévent , & des tours mouvantes
femblent fortir des eaux.
Le
Pompée éffrayé de voir une terre nouvelle
s'éleverentre la mer & lui , cherche
avec une frayeur mortelle le moyen de
s'ouvrir un paffage, & d'affoiblir fon ennemi
en difperfant la guèrre fur des bords
éloignés. Il fait avancer contre la digue :
des navires armés que les vents pouffent ,
à pleines voiles ; les pierres , les dards ,
les torches allumées volent au milieu
des ténébres ; les ouvrages s'écroulent ,
& la mer eft ouverte. Pompée à la faveur
de la nuit , faifit enfin le moment de ,
s'échapper ; il défend que le fon de la,
trompette , le cri des matelots faffent
retentir le rivage , & que l'on donne le
fignal du départ . On n'entendit pas une
feule voix dans le moment qu'on dreffa
les mats , qu'on leva l'ancre , & qu'on
mit à la voile. Les Pilotes glacés de crain
te gardérent un profond filence ; les
Matelots fufpendus aux cordages , furent
même attentifs à ne pas les agiter , de
peur que le bruit excité dans l'air net
décelât l'évafion de la flotte. Emphol
Le Soleil entroit dans le figne, de las
JUILLET. 1763. 83
Balance lorfque Pompée partit de ces
bords. O Fortune il te demande
comme une faveur , de lui permettre
d'abandonner l'Italie puifque tu lui
défends de la conferver. A peine en-,
core les deftins y confentent : l'onde
entrouverte & refoulée par tant de vaiffeaux
qui la fillonnoient , fit entendre
un - long mugiffement . Alors les foldats'
de Céfar , à qui cette ville infidelle , &
qui changeoit avec la fortune , avoit ouvert
fes portes & livré fes murs , courent
à l'entrée du port par les deux ances qui
en forment l'enceinte , & ils frémiffent
de voir la flotté ennemie gagner la mer.
O comble d'orguei !! la fuite de Pompée
eft pour Cefar une foible victoire.
Le paffage étoit plus étroit que cefur
qui fépare l'Eubée de laBéorie :deux vaif
feaux s'y arrêtent , on les attire au bord ,
& là , pour la première fois , les flots de
la mer font rougis du fang de la guerre
civile. Le reste de la flotte s'échappe
& abandonne ces deux vaiffeaux.
Déja les couleurs dont brille l'Orient
annoncent le retour de l'aurore ; fa lu
mière eft teinte d'un rouge vermeil
fon éclat naiffant efface les étoiles voifines
la Pléyade commence à pâlir ,
l'Ourfe languiffante fe plonge dans l'azur
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
du Ciel , & Lucifer lui -même ſe dérobe
à l'éclat du jour. Toi Pompée, tu vogues
à voiles déployées ; mais tu n'as
plus avec toi cette fortune qui t'accompagnoir
, lonfque tu forçois les Pirates
à te céder l'empire des mers. Chaffé du
feir de ta patrie avec ton Epoufe & tes
Enfans, chargé de tes Dieux domeftiques,
& traînant la guèrre après toi ,
mais grand encore dans ton exil , tu
vois les peuples marcher à ta fuite : le
deftin femble chercher des régions
éloignées , pour y confommer l'horreur
de ta ruine : non que les Dieux veuillent
te refufer un tombeau dans les murs
qui t'ont vû naître ; mais en condamnant
l'Egypte à porter l'opprobre de ta
mort , ils ont fait grace à l'Italie. Ils
ordonnent à la fortune d'aller cacher
fon crime fous un Ciel étranger : ils
veulent épargner à Rome la douleur de
voir fes campagnes fouillées du fang de
fon Héros
PHARSALE.
Tandis que ces chofes fe paffoient dans
Rome , Pompée à la tête d'une multitude
tremblante avoit gagné les murs de
Capoue : il y établit le fiége de la guerre ;
& pour s'oppofer aux entrepriſes de
Céfar , il envoya des Corps détachés
vers ces collines d'où l'Apennin s'éleve
& commande le vafte horizon .
D'un côté l'Apennin - touche aux Alpes
& domine la Gaule ; c'eft là qu'il
eft le plus voifin des Cieux : de l'autre
il s'étendoit autrefois jufques dans la
*Sicile ; mais depuis que les flots ont rompu
la chaîne , il fe termine au détroit de ·
Scylla. Ainfi la croupe de cette montagne
chargée de noires forêts de pins ,
fe prolonge à travers les contrées du
Latium , entre la mer de Tirrhene &
le golfe Adriatique ; & des flancs de
JUILLET: 1763. 69
fes rochers coulent ces fleuves majeftueux
qui fe répandent dans l'Italie &
vont fe perdre dans les deux mers .
D'un côté fe précipitent le Metaure
fugitif, & l'impétueux Cruftume , & la
Senna , & le Sapis que l'Ifaure enfle de
fes eaux , & l'Aufidus dont la rapidité.
fend les ondes Adriatiques ; & Eridan
celui de tous les fleuves dont la
fource eft la plus féconde , l'Eridan
qui roule au fond des mers les forêts brifées
fur fon paffage , l'Eridan , qui femble
épuifer toutes les eaux de l'Italie .
Ce fleuve égaleroit le Nil , fi comme le
Nil, il pouvoit s'étendre & fe repofer
fur de vaftes plaines ; il égaleroit le Danube
, fi le Danube en parcourant le
monde , ne fe groffiffoit des torrens qu'il
rencontre , & qu'il entraine avec lui dans
Euxin. L'Eridan fut le premier des
fleuves , dit la fable , dont le Peuplier
couronna les bords. Ce fut dans fon
fein que tomba Phaëton , lorfqu'ayant
pris en main les rênes brûlantes des courfiers
du jour , il s'écarta de la route prefcrite.
La terre étoit embrafée jufques.
dans fes entrailles ; tous les fleuves étoient
défféchés ; l'Eridan lui feul fut capable
d'éteindre les flammes du char du Soleil.
70 MERCURE DE FRANCE.
Les eaux qui coulent fur la pente oppofée
, forment le Vulturne rapide , &
le Sarné nébuleux , & le Liris , qui coulé
à l'ombre des forets de Marice , &
le Siler , qui arrofe les fertiles champs de
Salerne , & le Macre , qui roule fur des
écueils jufqu'au port de Lune voifin
de fa fource , fans pouvoir porter une
barque légère ; & le Rutube aux bords
efcarpés , & le Tibre qui donne la loi
à tous les fleuves de l'Univers. Céfar
qui refpire la guerre , & qui ne fe plaît
à marcher que par des chemins arrofés
de fang , gémit de trouver l'Italie ouverte.
Il fe flatoit que Pompée lui difputeroit
le paffage & que des débris
marqueroient fes pas. On lui ouvre les
portes ; il voudroit les rompre le laboureur
tremblant lui laiffe envahir fes
campagnes ; c'eft par le fer , c'eft par
la flamme qu'il eut voulu les ravager
if rougit de fuivre une route permife ,
& de paroître encore. Citoyen .
Les Villes d'Italie incertaines &
chancelantes entre la crainte & le devoir
, n'attendent pour fe livrer à lui
que les approches de la guerre ; cependant
leur frayeur fe déguiſe fous l'appareil
d'une longue défenfe . On éléve
des remparts , on creufe des foffés , on
JUILLET. 1763. 71
prépare fur le haut des tours de lourdes
maffes de rochers & des machines à
lancer les traits pour accabler les affiégeans
. Le peuple penche du côté de
Pompée , & la fidélité qu'il lui doit
balance l'effroi que Céfar infpire.
Ainfi lor que le bruyant Aufter s'eft
emparé de l'Océan , toutes les vagues
lui obéiffent . Si la terre alors entr'ouverte
d'un fecond coup du trident d'Eole
, lance l'Aquilon fur les flots agités ,
quoique pouffés par un vent nouveau ,
c'eft au premier qu'ils cédent encore ;
& tandis que l'Aquilon domine au Ciel
& commande aux nuages , le feul Aufter
régne fur les eaux.
,
Mais il étoit facile à la terreur de changer
les efprits
& la foi qu'ils gardoient
à Pompée étoit flottante comme
fa fortune. Bientôt la fuite de Libon
laiffa l'Hétrurie fans défenſe : Thermon
abandonna l'Ombrie : Sylla qui
n'eut dans les guerres civiles ni le courage
ni le bonheur de fon père , prit
la fuite au nom de Céfar : à peine quelquesTroupes
légères menacent les murs.
d'Auximon , Varus en fort épouvanté ,
jette l'allarme dans les Villes voifines
& s'échape à travers les forêts : Lentu- .
lus chaffé & Afculum , & fuivi de près
72 MERCURE DE FRANCE .
dans fa fuite , voit fes cohortes difperfées
le laiffer feul avec fes drapeaux ,
& fe tourner du côté du vainqueur :
tói , Scipion , tu vas bientôt livrer les
murs de Lucère confiés à tes foins , ces
murs défendus par la plus vaillante jeureffe.
Pompée a furtout mis fon efpoir
dans la réfiftance de Corfinium que Domitius
défend avec dix cohortes. Céfar
y
L
marche , & Domitius voyant à travers
un nuage immenfe de pouffière ,
les rayons du foleil réfléchis par le brillant
acier des armées, » A moi , compa-
" gnons , s'écria-t- il , courez au fleuve ,
coupez le pont. Dieux , faites que ce-
» torrent lui-même enfle fes eaux pour
» le brifer. Que ce foit ici le terme de
» la guerre ; qu'ici du moins l'ardeur
» de l'ennemi fe ralentiffe , & fe con-
» fume en longs efforts : retardons fes
progrès rapides : ce fera pour nous
une victoire que d'avoir les premiers
arrêté Céfar. Il n'en dit pas davantage,
& les cohortes à fa voix accourent au
fleuve ; il n'eft plus temps . Cefar qui
s'avance & qui voit de loin qu'on veut
lui couper le paffage , s'écrie enflammé
de colère : » Hé quoi , lâches , ce n'eſt
» pas affez des murs ténébreux qui vous
a couvrent fi des fleuves ne nous féparent
,
t
JUILLET. 1763. 73
,
parent , vous tremblez ! vos efforts
font vains. Le Gange même , le Gan-
» ge débordé feroit une foible bar-
» rière. Céfar a paffé le Rubicon il
» n'eft plus de fleuve qui l'arrête. Mar-
» chez amis que la Cavalerie s'élance ,
» que l'Infanterie fe précipite fur ce pont
» qui va s'écrouler «. A peine il a donné
l'ordre , on lache la bride aux courfiers
la plaine fuit fous leurs pas rapides ; les
bras nerveux des archers font voler audelà
du fleuve une grêle de dards ; le
pont eft abandonné ; Céfar s'en empare
, il le traverfe , & chaffe l'ennemi
jufques dans fes murs. Il fait conftruite
des tours affez fortes pour porter d'énormes
fardeaux , & des toits fous lefquels
fes foldats foient à couvert au
pied des murailles . Mais tandis que l'affaut
fe prépare , ô crimel â trahifon !
?
les portes s'ouvrent, & les foldats de Domitius
le traînent captif aux pieds de Céfar,
aux pieds d'un Citoyen fuperbe.
Domitius loin de laiffer abattre par le
malheur la noble fierté de fon âme
préfente à la mort un front menaçant.
Céfar fçait bien qu'il la defire , & qu'il
ne craint que le pardon, a Vis , malgré
» toi , lui dit-il , & vois le jour que
" Céfør te hilfe. Sois pour les nations
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
" vaincues l'exemple & le gage de ma
» clémence. Tu es libre , tu peux ten-
» ter de nouveau contre moi le fort des
» armes , & s'il me livre jamais en tes
mains , je te difpenfe du retour. « A
ces mots , il ordonna que fes liens fuffent
rompus.
Quelle honte la fortune eût épargnée
à ce Romain s'il eût obtenu le
trépas ! Sans doute le dernier fupplice
pour un Citoyen fut de s'entendre pardonner
d'avoir fuivi Pompée & le Sénat
, fous les drapeaux de la patrie .
Domitius cependant diffimule & renferme
fa rage ; mais bientôt livré à luimême
, " Malheureux ! dit- il , irai-je
" cacher ma honte au fein de Rome , à
» l'ombre de la paix ? fuirai-je les dan-
»gers de la guerre , moi qui rougis de
»voir le jour ? précipitons-nous à tra-
» vers mille morts courons au terme
» d'une vie odieufe & rejettons ce bien-
»" fait de Céfar.
Pompée qui n'étoit pas inftruit du
malheur de Domitius fe preparoient à
le foutenir. Réfolu de marcher le jour
fuivant , il crut devoir éprouver le zéle
de fes Troupes , & d'une voix qui imprimoit
le refpect , » Vengeurs des forfaits
, leur dit-il , défenfeurs de la caufe
JUILLET. 1763. 75
publique , feule armée de vrais Ro-
» mains , vous à qui le Sénat donne à
foutenir , non l'ambition d'un feul
» homme , mais les droits , la liberté
» de tous ; faites des voeux pour le combat.
Le fer & le feu ravagent l'Hef-
» perie , les Gaulois defcendent comme
» un torrent du fommet des Alpes , le
fang Remain à déja fouillé le glaive
» de Cefar graces aux Dieux , c'eſt
» nous qui avons reçu les premiers ou-
" trages de la guerre ; c'eft fur l'agref
feur que le cime en retombe ; & Rome
qui daigne me confier fes droits
nous en demande le châtiment. Ce
n'eft point un jufte ennemi que nous
allons combattre ; c'eft un Citoyen
rebelle & perfide que nous allons pu-
» nir ; & fon attentat mérite auffi peu
» le nom de guerre que le complot
» de Catilina , lorfqu'avec Lentulus &
» Cethegus fes conjurés , il réfolut d'em-
» brafer Rome. O Céfar , quelle rage
»
t'aveugle toi , que le deftin appel-
» loit au rang des Metellus & des Ca-
» milles , tu préferes de groffir le nom-
" bre des Marius & des Cinna ! Viens
» donc périr comme Lepide , Carbon ,
» Sertorius ont péri . Encore eft- ce
» m'avilir que de tourner contre toi mes
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
armes je rougis que Rome occupe
» mes mains à terraffer un furieux, Que
» n'est-il revenu vainqueur des Partes
» ce Craffus qui nous délivra de Spar-
» tacus & de les complices ! ce feroit à
» lui de nous venger de tai, Mais puif-
»que les Dieux daignent l'accorder
» l'honneur de tomber fous mes coups ,
» tu vas éprouver fi les ans ont énervé
» mon bras , ou glasé le fang qui coule
» dans mes veines ; fi pour avoir fouf
» fert la paix , nous fommes effrayés
de la guerre. Laiffez , Romains , laif-
» fez croire à Céfar que Pompée et
» amoli par le repos ou abattu fous le
» poids des années : l'âge n'a rien déf
» frayant dans un Chef: marchez fans
» crainte fous un vieux guerrier contre
» une armée qu'un Soldat commande . Fe
» fuis arrivé au plus haut point de gran
» deur auquel un fimple Giroyen puiffe
» être élevé par un
» an, deffus de moi que
» la place d'un Tyran. Gelui qui dans
me na laiff
Peuple libre. Roat
veut me furpaffer n'afpire dong.
plus sau rang d'un Citoyen mais d'un
» Monarque, Auffi voyez-vous dans
» mon armée tout ce que Rome a de
plus illuftre , les Pères de la Patrie ,
» les Confuls eux- mêmes fous les drae
JUILLET. 1763. 77
" peaux de la liberté . Lequel des deux
» fera vainqueur ou de Céfar ou du Sé-
» nat ? J'ofe craite que la fortune auroit
» honte de balancer. Et de quoi s'en-
» orgueillit ce jeune audacieux ? Eft-ce
» d'avoir employé dix ans à conquérir
" la Gaule Effce d'avoit abandonné
» honteufement les bords du Rhin ?
» Eft- ce d'avoir été chaffé du rivage Bri-
» tannique, & d'avoir attribué le mauvais
» fuccès de fa folle entreprife aux obf-
» tacles d'une mer inconftante & pleine
» d'écueils ? fon audace tiompheroit- elle
» de voir Rome entière fous les armes ,
» s'éloigner du fein de fes Dieux? Ahjeu-
» ne infenfe , connois mieux ce peuple :
» il ne te fuit pas , il me fuit ; il me fuit ,
» moi qui dans deux mois ai purgé la
» mer de pirates , moi qui plus heureux
» que Sylla , ai vu ce Mitridate qu'on
» ne pouvoit d'ompter , & qui depuis fi
longtems retardoit les deftins de Ro-
» me , errant dans les déferts du Bofpho-
" re & de la Scithie , réduit à fe don-
» ner la mort. Oui Romains , j'afe le
» dire pour juftifier votre confiance & la
» mienne . Fat porté la gloire de nos ar-
» mes dans tous les climats que le Soleif
» éclaire ; & la guerre civile eft la feule
» que j'aye laiffée à faire à Céfar.
"
D iij
78. MERCURE DE FRANCE.
Cette harangue ne fut point fuivie
de l'acclamation des Cohortes : elles ne
demanderent point le fignal du combat
qu'on leur annonçoit. Pompée luimême
intimidé par ce filence , crut .
devoir s'éloigner , plutôt que de courir .
les rifques d'un combat d'où dépendoit
le fort du monde , avec une armée .
déja vaincue au feul bruit du nom de
Céfar.
*
Tel qu'un Taureau chaffé des pâturages
par un Taureau plus vigoureux ,
va fe cacher au fond des forêts , & ne
revient tenter le combat que lorfque
fon front, que l'âge affermit , fe fent armé
de toutes fes forces. Tel Pompée.
trop foible encore pour réfifter & Céfar
, lui abandonne l'Italie , & fe retire
à travers les campagnes de la Pouille
dans les murs de Brundufium.
a
Cette Ville fut jadis habitée par
des
Crétois , qui s'étoient embarqués avec
Théfée , vainqueur du Minautore , &
que les Vaiffeaux Athéniens avoient
dépofés fur nos bords. Elle eft fituée
vers la pointe de l'Italie , au bord de la
mer Adriatique , fur une langue de terre
qui s'avance & fe courbe en croiffant
, comme pour embraffer les flots.
Ce feroit un port mal affuré, s'il n'étoit
JUILLET. 1763. 79
couvert par une Ifle dont les rochers
brifent l'effort des vents & des ondes .
Des deux côtés du port , la Nature a
élevé deux chaînes de montagnes qui
repouffent la mer , & qui défendent aux
vents orageux de troubler l'afyle des
Vaiffeaux que des cables tremblans y
retiennent. De-là , on gagne la pleine
mer, foit qu'on faffe voile vers l'Ifle
de Corcyre , foit que du côté de l'Illyrie
, on veuille arriver au Port d'Epidaure.
C'eſt le réfuge des Nochers, lorfque
tous les flots de la mer Adriatique
font foulévés ; que les nuages enveloppent
les montagnes de l'Epire , &
que l'Ifle de Safon difparoît fous les
vagues écumantes. Là , Pompée , qui
ne pouvoit plus compter fur l'Italie , ni
tranfporter la guerre en Efpagne , dont
il étoit féparé par la chaîne immenſe
des Alpes , dit à l'aîné de fes enfans :
» Allez , mon fils , parcourez le mon-
» de ; foulevez le Nil & l'Euphrate ;
» armez tous les Peuples à qui le nom
» de Pompée eft connu , toutes les Villes
où mes exploits ont rendu Rome
» recommandable ; que les Pirates de
" Cilicie abandonnent les champs que
» jeje leur ai donnés en partage , & fe
répandent de nouveau fur les mers
ค
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80 MERCURE DE FRANCE.
d'où je les ai chaffés : appellez à mon
» fecours Ptolomée , dont je fus l'appui,
» & Tigrane , qui me doit fa Couron-
» ne , & Pharnace , que j'ai revêtu de
» la dépouille de fon père n'oubliez
» ni les habitans vagabonds de l'une &
» de l'autre Arménie , ni les Nations
" féroces qui occupent les bords de
» l'Euxin , ni celles qui couvrent les
» fommets du Riphée , ni celles qui
» voyagent fur les glaces du Palus Méo-
» tide : que vous dirai-je enfin ? Allu-
» mez la guerre dans tout l'Orient ;
» que tout ce que j'ai vaincu fur laterre
» embraffe ma défenfe , & que mes
»triomphes viennent groffir mon camp.
» Vous , Confuls , au premier fouffle
» de Borée , paffez en Epire ; allez
» amaffer de nouvelles forces dans les
» champs de la Grèce & de la Macé-
» deine , tandis que l'Hyver nous laif
» fe refpiter . Il commande ; on met
à la voile & on s'empreffe de lui
obéir.
Cependant Cefar qui ne peut laiffer
repofer les armes , pour ne pas donner
au fort le tems de changer , preffe Pompée,&
le fuit pas-à-pas.Tout autre quelui
feroit content d'avoir d'une première
courſe réduit tans de Villes, forcé tant de
JUILLET. 1763.
81
&
remparts , conquis fans obftacle certe
Reine du monde , cette Rome , le plus
haur prix que la Victoire ait jamais offert.
Mais Ceferqui ne perd jamais un inflanr ,
& qui ne compte avoir rien fait , tant
qu'il lui refte encore à faire ; Céfar s'attache
avec fureur à la pourfuite de fon
rival . Quoiqu'il pofféde route l'Tralie , fi
Pompée en occupe le rivage , il lui
femble qu'elle leur foit commune
fon chagrin ne peut ly fouffrir. C'eſt
peu de le chaffer de Italie , il veur lui
interdire les Mers ; & pour Nur couper
le paffage , il entreprend d'élever devant
le port , une barrière de rochers . Ces
immenfes travaux fent perdus ; les rochers
tombent , la mer les dévore , &
des montagnes entaffées font englouties
fous le fable . Cefarvoyant que ces
maffés énormes ne trouvoient pas de
fond qui les fourint , prit le parti de
faire abattre des forêts , & de lier les
arbres l'un à l'autre par des longues chat
nes. Xerxès autrefois , dit- on , fe fit
fur les flots une route femblable ; il joignit
l'Europe avec l'Afie par un pont
de vaiffeaux , & fur ce pont , it traverfa
le Bofphore à la tête de fon armée
lorfqu'il força la mer de porter fes voiles
autour du mont Athos. Ainfi les forêts
2
Dv
82. MERCURE DE FRANCE.
enchaînées & flottantes , ferment l'embouchure
du port où Céfar affiége Pompée.
Les travaux s'avancent , des remparts
s'élévent , & des tours mouvantes
femblent fortir des eaux.
Le
Pompée éffrayé de voir une terre nouvelle
s'éleverentre la mer & lui , cherche
avec une frayeur mortelle le moyen de
s'ouvrir un paffage, & d'affoiblir fon ennemi
en difperfant la guèrre fur des bords
éloignés. Il fait avancer contre la digue :
des navires armés que les vents pouffent ,
à pleines voiles ; les pierres , les dards ,
les torches allumées volent au milieu
des ténébres ; les ouvrages s'écroulent ,
& la mer eft ouverte. Pompée à la faveur
de la nuit , faifit enfin le moment de ,
s'échapper ; il défend que le fon de la,
trompette , le cri des matelots faffent
retentir le rivage , & que l'on donne le
fignal du départ . On n'entendit pas une
feule voix dans le moment qu'on dreffa
les mats , qu'on leva l'ancre , & qu'on
mit à la voile. Les Pilotes glacés de crain
te gardérent un profond filence ; les
Matelots fufpendus aux cordages , furent
même attentifs à ne pas les agiter , de
peur que le bruit excité dans l'air net
décelât l'évafion de la flotte. Emphol
Le Soleil entroit dans le figne, de las
JUILLET. 1763. 83
Balance lorfque Pompée partit de ces
bords. O Fortune il te demande
comme une faveur , de lui permettre
d'abandonner l'Italie puifque tu lui
défends de la conferver. A peine en-,
core les deftins y confentent : l'onde
entrouverte & refoulée par tant de vaiffeaux
qui la fillonnoient , fit entendre
un - long mugiffement . Alors les foldats'
de Céfar , à qui cette ville infidelle , &
qui changeoit avec la fortune , avoit ouvert
fes portes & livré fes murs , courent
à l'entrée du port par les deux ances qui
en forment l'enceinte , & ils frémiffent
de voir la flotté ennemie gagner la mer.
O comble d'orguei !! la fuite de Pompée
eft pour Cefar une foible victoire.
Le paffage étoit plus étroit que cefur
qui fépare l'Eubée de laBéorie :deux vaif
feaux s'y arrêtent , on les attire au bord ,
& là , pour la première fois , les flots de
la mer font rougis du fang de la guerre
civile. Le reste de la flotte s'échappe
& abandonne ces deux vaiffeaux.
Déja les couleurs dont brille l'Orient
annoncent le retour de l'aurore ; fa lu
mière eft teinte d'un rouge vermeil
fon éclat naiffant efface les étoiles voifines
la Pléyade commence à pâlir ,
l'Ourfe languiffante fe plonge dans l'azur
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
du Ciel , & Lucifer lui -même ſe dérobe
à l'éclat du jour. Toi Pompée, tu vogues
à voiles déployées ; mais tu n'as
plus avec toi cette fortune qui t'accompagnoir
, lonfque tu forçois les Pirates
à te céder l'empire des mers. Chaffé du
feir de ta patrie avec ton Epoufe & tes
Enfans, chargé de tes Dieux domeftiques,
& traînant la guèrre après toi ,
mais grand encore dans ton exil , tu
vois les peuples marcher à ta fuite : le
deftin femble chercher des régions
éloignées , pour y confommer l'horreur
de ta ruine : non que les Dieux veuillent
te refufer un tombeau dans les murs
qui t'ont vû naître ; mais en condamnant
l'Egypte à porter l'opprobre de ta
mort , ils ont fait grace à l'Italie. Ils
ordonnent à la fortune d'aller cacher
fon crime fous un Ciel étranger : ils
veulent épargner à Rome la douleur de
voir fes campagnes fouillées du fang de
fon Héros
Fermer
12177
p. 85-90
EXTRAIT d'une Lettre écrite de La Fléche à M. V ***
Début :
LE 31 Mai, on célébrera dans le Collége de la Fléche, l'anniversaire de Henri [...]
Mots clefs :
Tombeau, Discours, Terre, Mémoire, Débris, Poète, Dieux, Collège de La Flèche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de La Fléche à M. V ***
EXTRAIT d'une Leure écrite de
La Flèche à M. V ***
LE3r Mai , on célébrá dans le Collége
de la Flèche, anniverfaire de Henri
le Grandqui en eft le Fondateur . M. de
Pechmėja , Profeffeur de Rhétorique ,
prononça dans la Grand Salle , un Difcours
fur la Cérémonie du jour , après
lequel il récita une Ode intitulée le
Tombeau de Henri IV.
*
On connoîtle Difcours latin qu'il prononça
à la rentrée des Claffes , & les
vues profondes qu'il y développa. Nous
connoiffions fa façon d'écrire dans une
langue qu'il eft fi difficile de bien parler.
On l'a entendu avec un nouveau plai
fir dans cette circonftance ; c'est toujours
la même chaleur dans le ftyle , la même
vérité dans les portraits. Vaici le commencement
de fon Difcours.
»Les jours deffinés à renouveller la
» mémoire des Grands Hommes ne font
» pour le vulgaire, qu'une fource de
* Le Sujet étoit Quantum ad Pacem, in Eua
ropa ,ftabiliendam & propagandam confeire valeas
Litterarum Juntes.
86 MERCURE DE FRANCE.
réfléxions affligeantes & lugubres fur
» les ravages du temps & la fragilité de
» notre exiſtence. Le Sage les regarde
» au contraire comme des jours de
» triomphe & de fêtes confacrés à l'im--
» mortalité des Héros . Ondiroit que les
» hommes pénétrés de reconnoiffance
" envers ceux qui ont fait du bien à leurs
Pères , ont ofé fufpendre par inter
» valles , la rapidité des fiécles , & arrê
» ter le torrent des âges pour contem-
» pler , pendant quelques; inftans , ces !
» Ombres immortelles qui refpirent en-
" core dans les bras même de la mort ,
,, & dans le filence du tombeau Ler
» temps, ce deftructeur rapide des Etres,
» entaffe tous les jours de nouveaux
38
nuages fur les âmes vulgaires qu'il a
» déjà plongées dans ces abîmes ; il)
multiplie , pour ainfi die , leur def
" truction ; tandis qu'il renouvelle fans
» ceffe , pour les Grands Hommes , leur
» exiftence & leur gloire , & s'empreffe
» de ramener , fous nos yeux , le fpecta-
» cle augufte qui doit perpétuer le fou-
» venir de leurs vertus.
Le Ciel qui a placé l'Auteur de las
» Henriade à côtéd'Homere & deVirgile,
mit à côté d'Enée & & Achille le vainqueur
de Mayenne , le Héros quiaffura,
JUILLET. 1763 . 87
Ti
aux Bourbons un Trône ébranlé par
» mille fecouffes , & fubjugua fes propres
» Enfans , par les efforts de fon courage
» & par la bonté de fon coeur. Henri vivra
toujours dans la mémoire des Hommes
, puifque fous le régne de LOUIS
» le BIEN- AIMÉ , nous nous reffouve-
» mons encore avec attendriffément de
»fes vertus paternelles. Henri n'a pu faire!
» oublier Trajan & Titus, Louis ne fera
» point oublier Henri. Le nombre des) -
» bienfaiteurs de l'humanité ne fera ja-
» mais affez grand pour faire perdre let
» fouvenir des Princes bienfaifans que
» le Ciel a accordés à la Terre .
3
Il finit par ce morceau qui prépare les
Auditeurs à l'Ode fuivante , & qui eft
très-bien lié avec la fuite du difcours .
» C'est dans le tumulte des armes
» parmi les clameurs confufes des vain-
» queurs & des vaincus , c'eft dans ces
plaines couvertes du débris de leurs
" Habitans ; cleft dans les ravages du
» monde que les Arts vont quelquefois.
chercher ce délire fublime qui nous
» éléve au-deffus de l'humanité , & fou
» tient notre vol ambitieux jufques aux
» voutes éternelles. Le Poëte, alors ,
» emporté par une impulfion puiffante ,
» eft forcé de peindre & de produire
au dehors , les fentimens qui l'ani
88 MERCURE DE FRANCE.
» ment. Il s'agite , il fe confume en
efforts redoublés , pour fe délivrer
» de l'enthoufiafme qui l'obféde. C'eft
» à la mémoire des travaux de Henri
» que je dois le feu puiffant qui m'en-
» flamme.
Un Dieu m'a tranſporté dans le contredu monde,
De l'implacable mort c'eft l'éternel féjour ;
Pour éclairer l'horreur de cette nuit profonde
Quelle importune main a fak entrer lejour?]
L'Ange exterminateur dans ces vaftes abirres
Entallé à tous momens un Peuple de victimes
Que letorrent de Fage entraîne avec fureur.
Non ; files Elémens recommençoient lear gaerre,
Sur les bords du calos les débris de la Terre
N'offriroient jamais tant d'horreur.
Lamort dans ce féjour fait régner le filences
Er prêve à dévorer tout ce vafte Univers ,
Sur les ailes de temps s'agire & fe balance ,
Parmi d'affreux monceaux de cendres & de vers.
Le cridu défeſpoir des Spectres & des Ombres
Seperd dans le néant de ces demeures fombres ,
Océan de foupirs vainement répétés.
Un fleuve de poiſons dans ces gouffres rerribles
Entraine lentement des offemens horribles
C
Et des crânes enfanglantes.
Le Poëte oit enfuite le tombeau
JUILLET. 1763 . 89
d'Henri , il veut y defcendre pour effacer
l'oppobre de la Terre qui a enfanté
fon affaffin . Mais tout- à-coup il fort
du tombeau une voix qui l'arrête .
Pròfanes, arrêtez ! fur cette urne fatale
Gardez-vous de porter de facriléges mains ;
Ignorez-vous encor le terrible intervalle
Qui fépare les Rois du refte des humains ?
Favoris & rivaux des Maires du Tonnerre ,
Les Princes bienfaifans n'abandonnent la Terre;
Que pourjouir comme eux de l'immortalité.
Dans ces riftes débris que la tombe dévore
A travers ce tombeau reconnoiſſez encore
Le fceau de la Divinité.
Elle donne des leçons aux Peuples fur
la foumiffion qu'ils doivent à leurs Rois,
condamne leurs murmures & finiraihfi.
Si des rigueurs du fort vos âmes étonnées
Ne peuvent plus fuffire au poids de vos malheurs ;
Thémis fçaura pour vous fléchir les deſtinées
Au fidéle récit de vos longues douleurs.
Vénus fcut écarter le vafe redoarable
De revers & de maux que le fort implacable
Verfoit comme un torrent far fon fils malhen
reux .
-Jupiter approuva fa tendrelle & fon zéle :
Il ne fallut pas moins qu'une voix immortelle
Pour parler au Maître des Dieux.
90 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le Poëte exige de fes Auditeurs
un ferment de fidélité.
Raffemblez-vous autour de cette urne plaintive,
Citoyens , à fes pieds accourez vous jetter ;
Et prêtant à ma voix une oreille attentive
Répétez les fermens que je vais vous dicter.
» Grands Dieux , qui de nos Roit affurez la puif
>> fance !
פכ
» Entre mon Prince & moi , fi jamais je balance ,
Qu'au glaive dévorant e fois abandonné ;
» Trop heureux fi je puis fidéle à ma patrie ,
Acheter de mon fang le bonheur & la vie
>> Du Roi que les Dieux m'ont donné. "
Le lendemain , il y eut un Service fofemnel
auquel affifterent tous les Corps
de Ville. M. l'Abbé Donjon , principal
du follége, prononça l'Oraifon funébre .
Il célébra les vertus militaires & morales
d'Henri-le-Grand.
La Flèche à M. V ***
LE3r Mai , on célébrá dans le Collége
de la Flèche, anniverfaire de Henri
le Grandqui en eft le Fondateur . M. de
Pechmėja , Profeffeur de Rhétorique ,
prononça dans la Grand Salle , un Difcours
fur la Cérémonie du jour , après
lequel il récita une Ode intitulée le
Tombeau de Henri IV.
*
On connoîtle Difcours latin qu'il prononça
à la rentrée des Claffes , & les
vues profondes qu'il y développa. Nous
connoiffions fa façon d'écrire dans une
langue qu'il eft fi difficile de bien parler.
On l'a entendu avec un nouveau plai
fir dans cette circonftance ; c'est toujours
la même chaleur dans le ftyle , la même
vérité dans les portraits. Vaici le commencement
de fon Difcours.
»Les jours deffinés à renouveller la
» mémoire des Grands Hommes ne font
» pour le vulgaire, qu'une fource de
* Le Sujet étoit Quantum ad Pacem, in Eua
ropa ,ftabiliendam & propagandam confeire valeas
Litterarum Juntes.
86 MERCURE DE FRANCE.
réfléxions affligeantes & lugubres fur
» les ravages du temps & la fragilité de
» notre exiſtence. Le Sage les regarde
» au contraire comme des jours de
» triomphe & de fêtes confacrés à l'im--
» mortalité des Héros . Ondiroit que les
» hommes pénétrés de reconnoiffance
" envers ceux qui ont fait du bien à leurs
Pères , ont ofé fufpendre par inter
» valles , la rapidité des fiécles , & arrê
» ter le torrent des âges pour contem-
» pler , pendant quelques; inftans , ces !
» Ombres immortelles qui refpirent en-
" core dans les bras même de la mort ,
,, & dans le filence du tombeau Ler
» temps, ce deftructeur rapide des Etres,
» entaffe tous les jours de nouveaux
38
nuages fur les âmes vulgaires qu'il a
» déjà plongées dans ces abîmes ; il)
multiplie , pour ainfi die , leur def
" truction ; tandis qu'il renouvelle fans
» ceffe , pour les Grands Hommes , leur
» exiftence & leur gloire , & s'empreffe
» de ramener , fous nos yeux , le fpecta-
» cle augufte qui doit perpétuer le fou-
» venir de leurs vertus.
Le Ciel qui a placé l'Auteur de las
» Henriade à côtéd'Homere & deVirgile,
mit à côté d'Enée & & Achille le vainqueur
de Mayenne , le Héros quiaffura,
JUILLET. 1763 . 87
Ti
aux Bourbons un Trône ébranlé par
» mille fecouffes , & fubjugua fes propres
» Enfans , par les efforts de fon courage
» & par la bonté de fon coeur. Henri vivra
toujours dans la mémoire des Hommes
, puifque fous le régne de LOUIS
» le BIEN- AIMÉ , nous nous reffouve-
» mons encore avec attendriffément de
»fes vertus paternelles. Henri n'a pu faire!
» oublier Trajan & Titus, Louis ne fera
» point oublier Henri. Le nombre des) -
» bienfaiteurs de l'humanité ne fera ja-
» mais affez grand pour faire perdre let
» fouvenir des Princes bienfaifans que
» le Ciel a accordés à la Terre .
3
Il finit par ce morceau qui prépare les
Auditeurs à l'Ode fuivante , & qui eft
très-bien lié avec la fuite du difcours .
» C'est dans le tumulte des armes
» parmi les clameurs confufes des vain-
» queurs & des vaincus , c'eft dans ces
plaines couvertes du débris de leurs
" Habitans ; cleft dans les ravages du
» monde que les Arts vont quelquefois.
chercher ce délire fublime qui nous
» éléve au-deffus de l'humanité , & fou
» tient notre vol ambitieux jufques aux
» voutes éternelles. Le Poëte, alors ,
» emporté par une impulfion puiffante ,
» eft forcé de peindre & de produire
au dehors , les fentimens qui l'ani
88 MERCURE DE FRANCE.
» ment. Il s'agite , il fe confume en
efforts redoublés , pour fe délivrer
» de l'enthoufiafme qui l'obféde. C'eft
» à la mémoire des travaux de Henri
» que je dois le feu puiffant qui m'en-
» flamme.
Un Dieu m'a tranſporté dans le contredu monde,
De l'implacable mort c'eft l'éternel féjour ;
Pour éclairer l'horreur de cette nuit profonde
Quelle importune main a fak entrer lejour?]
L'Ange exterminateur dans ces vaftes abirres
Entallé à tous momens un Peuple de victimes
Que letorrent de Fage entraîne avec fureur.
Non ; files Elémens recommençoient lear gaerre,
Sur les bords du calos les débris de la Terre
N'offriroient jamais tant d'horreur.
Lamort dans ce féjour fait régner le filences
Er prêve à dévorer tout ce vafte Univers ,
Sur les ailes de temps s'agire & fe balance ,
Parmi d'affreux monceaux de cendres & de vers.
Le cridu défeſpoir des Spectres & des Ombres
Seperd dans le néant de ces demeures fombres ,
Océan de foupirs vainement répétés.
Un fleuve de poiſons dans ces gouffres rerribles
Entraine lentement des offemens horribles
C
Et des crânes enfanglantes.
Le Poëte oit enfuite le tombeau
JUILLET. 1763 . 89
d'Henri , il veut y defcendre pour effacer
l'oppobre de la Terre qui a enfanté
fon affaffin . Mais tout- à-coup il fort
du tombeau une voix qui l'arrête .
Pròfanes, arrêtez ! fur cette urne fatale
Gardez-vous de porter de facriléges mains ;
Ignorez-vous encor le terrible intervalle
Qui fépare les Rois du refte des humains ?
Favoris & rivaux des Maires du Tonnerre ,
Les Princes bienfaifans n'abandonnent la Terre;
Que pourjouir comme eux de l'immortalité.
Dans ces riftes débris que la tombe dévore
A travers ce tombeau reconnoiſſez encore
Le fceau de la Divinité.
Elle donne des leçons aux Peuples fur
la foumiffion qu'ils doivent à leurs Rois,
condamne leurs murmures & finiraihfi.
Si des rigueurs du fort vos âmes étonnées
Ne peuvent plus fuffire au poids de vos malheurs ;
Thémis fçaura pour vous fléchir les deſtinées
Au fidéle récit de vos longues douleurs.
Vénus fcut écarter le vafe redoarable
De revers & de maux que le fort implacable
Verfoit comme un torrent far fon fils malhen
reux .
-Jupiter approuva fa tendrelle & fon zéle :
Il ne fallut pas moins qu'une voix immortelle
Pour parler au Maître des Dieux.
90 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le Poëte exige de fes Auditeurs
un ferment de fidélité.
Raffemblez-vous autour de cette urne plaintive,
Citoyens , à fes pieds accourez vous jetter ;
Et prêtant à ma voix une oreille attentive
Répétez les fermens que je vais vous dicter.
» Grands Dieux , qui de nos Roit affurez la puif
>> fance !
פכ
» Entre mon Prince & moi , fi jamais je balance ,
Qu'au glaive dévorant e fois abandonné ;
» Trop heureux fi je puis fidéle à ma patrie ,
Acheter de mon fang le bonheur & la vie
>> Du Roi que les Dieux m'ont donné. "
Le lendemain , il y eut un Service fofemnel
auquel affifterent tous les Corps
de Ville. M. l'Abbé Donjon , principal
du follége, prononça l'Oraifon funébre .
Il célébra les vertus militaires & morales
d'Henri-le-Grand.
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12178
p. 95-99
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
OFFICE DIVIN abrégé pour tous les temps de l'année, à l'usage des [...]
Mots clefs :
Villes, Libraire, Généralité, Villages, Imprimeur, Bourgs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
OFFICE DIVIN abrégé pour
tous les temps de l'année , à l'ufage des
Perfonnes pieufes qui defirent de s'unir
aux Priéres générales qui fe font dans
l'Eglife aux différentes heures du jour.
Imprimé par ordre de Son Eminence ,
Monfeigneur le Cardinal de LUYNES ,
Archevêque , Vicomte de Sens Primac
96 MERCURE DE FRANCE .
des Gaules , &c. in 8°. à Sens , chez
P. Hardouin Tarbé,Imprimeur-Libraire
de Son Eminence , 1763 ; & fe trouve
à Paris , chez la Veuve Pierres , rue
St Jacques , à St Ambroife.
Nous obfervons feulement que le
calendrier de ce livre , dont l'impreffion
a été foignée , eft fait de façon qu'il
peut fervir dans tous les Diocèfes. Le
prix eft de 2 liv. 2 f. broché,
•
•
LA GÉOGRAPHIE , ou Defcription
générale du Royaume de France ,
divifé en fes Généralités , contenant toutes
les Provinces , Villes , Bourgs &
Villages de ce Royaume ; la diftance
de Paris aux Villes principales &
celle des Villages aux Villes dont ils
dépendent ; ce que chaque Généralité a
payé au Roi en 1749 ; le rapport annuel
de chaque Archevêché , Evêché &
Abbaye , & leur taxe en Cour de Rome ;
le nombre des feux que contiennent les
Villes , Bourgs & Villages , avec des
Anecdotes curieufes tirées des Annales
de chaque endroit ;le cours des Riviè
res , les routes & grands chemins ; les
Caroffes , Coches d'eau & autres Voirures
publiques ; les curiofités d'Hiftoire
Naturelle qui fe trouvent dans chaque
Généralité ;
JUILLET. 1763. 99
Généralité ; enfin , les Foires des Villes ,
Bourgs & Villages. Le tout enrichi
d'une collection choifie d'un nombre
confidérable de Cartes copiées d'après les
originaux , avec les Plans de toutes les
Villes de Guerre , & du Chef- Lieu des
Généralités , & une petite Carte Topographique
des environs de ces Villes.
Par M. D ** * & gravée par & fous
la direction de J. Vander Shley , tome
premier , qui contient la Généralité de
Paris. in 8°. Amfterdam , 1763 , chez
Marc- Michel Rey , & fe trouve à Paris ,
chez le Clerc , Libraire , Quai des Auguftins.
Prix , 6 liv. broché.
TRAITÉ fur l'Agriculture des Meuriers
blancs , la manière d'élever les Versà-
Soie , & l'ufage qu'on doit faire des
Cocons. Avec figures. Par M. Pomier ,
Ingénieur des Ponts & Chauffées. in 8°.
Orléans , 1763 , de l'Imprimerie de
Couret-de-Ville- Neuve , Imprimeur du
Roi & de l'Evêché, & fe trouve à Paris,
chez Defpilly , Libraire , Rue S. Jac-
: ques ,
à la Croix-d'Or.
PRÉCIS fur l'éducation des Vers- à-
Soie...
Auricomo pretiofa tument præcordia filo ,
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Fataque in exhauftas fuggerit alvus opes.
Saut. B. L.
In 8° . à Tours , chez Fr. Lambert
Imprimeur du Roi , & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Tours ; & fe trouve à Paris , chez le
même Libraire.
L'ESPRIT de la Religion Chrétienne
oppofé aux moeurs des Chrétiens de nos
jours. Par M. Compan.
Spiritus eft qui vivificat, caro non prodeft quidquam.
Joann.
In- 12. Paris , 1763. Chez F. G. Merigot
Père , Libraire , Quai des Auguf
tins , près la rue du Hurepoix .
RECUEIL des Ouvrages qui ont remporté
le prix à l'Académie des Jeux Flo
raux , en 1761 , 1762 & 1763. Par M.
le Chevalier de la Tremblaye.
(
Parvum parva decent.
Horat.
Brochure in-8° . à Londres ; & fe vend
à Paris , chez Vallat- la - Chapelle , au
Palais , fur le Perron de la Sainte- Chapelle
, au Château de Champlâtreux .
Nous donnerons l'extrait de ce Recueil
JUILLET. 1763. 99
MÉMOIRE du Chevalier de Berville ,
oules deux Amis retirés du monde , in-
16. 2 vol. à Cologne ; & fe vend à Paris ,
chez Charpentier , Libraire , Quai des
Auguftins , à l'entrée de la rue du Hurepoix
, à Saint Chryfoftôme.
Nous comptons parler plus au long de
ce petit Roman , oùl'on trouve , dit- on ,
de l'intérêt.
OFFICE DIVIN abrégé pour
tous les temps de l'année , à l'ufage des
Perfonnes pieufes qui defirent de s'unir
aux Priéres générales qui fe font dans
l'Eglife aux différentes heures du jour.
Imprimé par ordre de Son Eminence ,
Monfeigneur le Cardinal de LUYNES ,
Archevêque , Vicomte de Sens Primac
96 MERCURE DE FRANCE .
des Gaules , &c. in 8°. à Sens , chez
P. Hardouin Tarbé,Imprimeur-Libraire
de Son Eminence , 1763 ; & fe trouve
à Paris , chez la Veuve Pierres , rue
St Jacques , à St Ambroife.
Nous obfervons feulement que le
calendrier de ce livre , dont l'impreffion
a été foignée , eft fait de façon qu'il
peut fervir dans tous les Diocèfes. Le
prix eft de 2 liv. 2 f. broché,
•
•
LA GÉOGRAPHIE , ou Defcription
générale du Royaume de France ,
divifé en fes Généralités , contenant toutes
les Provinces , Villes , Bourgs &
Villages de ce Royaume ; la diftance
de Paris aux Villes principales &
celle des Villages aux Villes dont ils
dépendent ; ce que chaque Généralité a
payé au Roi en 1749 ; le rapport annuel
de chaque Archevêché , Evêché &
Abbaye , & leur taxe en Cour de Rome ;
le nombre des feux que contiennent les
Villes , Bourgs & Villages , avec des
Anecdotes curieufes tirées des Annales
de chaque endroit ;le cours des Riviè
res , les routes & grands chemins ; les
Caroffes , Coches d'eau & autres Voirures
publiques ; les curiofités d'Hiftoire
Naturelle qui fe trouvent dans chaque
Généralité ;
JUILLET. 1763. 99
Généralité ; enfin , les Foires des Villes ,
Bourgs & Villages. Le tout enrichi
d'une collection choifie d'un nombre
confidérable de Cartes copiées d'après les
originaux , avec les Plans de toutes les
Villes de Guerre , & du Chef- Lieu des
Généralités , & une petite Carte Topographique
des environs de ces Villes.
Par M. D ** * & gravée par & fous
la direction de J. Vander Shley , tome
premier , qui contient la Généralité de
Paris. in 8°. Amfterdam , 1763 , chez
Marc- Michel Rey , & fe trouve à Paris ,
chez le Clerc , Libraire , Quai des Auguftins.
Prix , 6 liv. broché.
TRAITÉ fur l'Agriculture des Meuriers
blancs , la manière d'élever les Versà-
Soie , & l'ufage qu'on doit faire des
Cocons. Avec figures. Par M. Pomier ,
Ingénieur des Ponts & Chauffées. in 8°.
Orléans , 1763 , de l'Imprimerie de
Couret-de-Ville- Neuve , Imprimeur du
Roi & de l'Evêché, & fe trouve à Paris,
chez Defpilly , Libraire , Rue S. Jac-
: ques ,
à la Croix-d'Or.
PRÉCIS fur l'éducation des Vers- à-
Soie...
Auricomo pretiofa tument præcordia filo ,
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Fataque in exhauftas fuggerit alvus opes.
Saut. B. L.
In 8° . à Tours , chez Fr. Lambert
Imprimeur du Roi , & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Tours ; & fe trouve à Paris , chez le
même Libraire.
L'ESPRIT de la Religion Chrétienne
oppofé aux moeurs des Chrétiens de nos
jours. Par M. Compan.
Spiritus eft qui vivificat, caro non prodeft quidquam.
Joann.
In- 12. Paris , 1763. Chez F. G. Merigot
Père , Libraire , Quai des Auguf
tins , près la rue du Hurepoix .
RECUEIL des Ouvrages qui ont remporté
le prix à l'Académie des Jeux Flo
raux , en 1761 , 1762 & 1763. Par M.
le Chevalier de la Tremblaye.
(
Parvum parva decent.
Horat.
Brochure in-8° . à Londres ; & fe vend
à Paris , chez Vallat- la - Chapelle , au
Palais , fur le Perron de la Sainte- Chapelle
, au Château de Champlâtreux .
Nous donnerons l'extrait de ce Recueil
JUILLET. 1763. 99
MÉMOIRE du Chevalier de Berville ,
oules deux Amis retirés du monde , in-
16. 2 vol. à Cologne ; & fe vend à Paris ,
chez Charpentier , Libraire , Quai des
Auguftins , à l'entrée de la rue du Hurepoix
, à Saint Chryfoftôme.
Nous comptons parler plus au long de
ce petit Roman , oùl'on trouve , dit- on ,
de l'intérêt.
Fermer
12179
p. 99-107
ASSEMBLÉE publique de l'Académie Royale des Belles-Lettres de LA ROCHELLE.
Début :
L'ACADÉMIE des Belles-Lettres de la Rochelle tint le 22 Avril sa séance [...]
Mots clefs :
Poète, Agriculture, Province, Discours, Académie, Ouvrages, Critique, Obstacles, Frivolité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de l'Académie Royale des Belles-Lettres de LA ROCHELLE.
ASSEMBLÉE publique de l'Académie
Royale des Belles - Lettres de LA
ROCHELLE.
L'ACADÉM ' ACADÉMIE des Belles - Lettres de la
Rochelle tint le 22 Avril fa féance
publique , à laquelle préfida M. le Maréchal
de Senneterre , Gouverneur de la
Province . M. Dupaty , Tréforier de
France , Directeur de l'Académie , ouvrit
la Séance par un difcours contenant
des Réflexionsfur l'Agriculture relative-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
ment au Pays d'Aunis. Ce difcours eft
compofé de deux parties ; dans la premiere
l'Auteur expofe plufieurs obftacles
qui s'oppofent au progrès de l'Agriculture
dans cette Province. Voici de quelle
manière il débute.
» Notre Nation taxée de frivolité
par
» quelques Philofophes , va ceffer de
» mériter cette qualification . Il fuffira
» pour s'en convaincre de jetter un coup
» d'oeil fur tous les ouvrages folides que
» nous avons vu éclore de nos jours fur la
» Politique , fur le Commerce , fur les
» Arts & fur l'Agriculture. Le nombre
» des bons Ouvrages dont nous fommes
» en poffeffion , prouvera à tout eſprit
» jufte & fans préjugés, que nous n'avons
» point dégénéré du côté des fciences , du
"
fiécle qui nous a précédé , comme le
» prétendent quelques cenfeurs chagrins,
» mais même que le nôtre peut être
appellé le fiécle des lumières & de la
Philofophie. Si l'on nous reproche
» encore notre goût trop vif pour les
» Arts de luxe , d'agrément ou de fimple
curiofité , ce ne fera pour nous
» qu'un mérite de plus , celui d'avoir fçu
allier les deux extrêmes , & d'avoir
* atteint la perfection en chaque genre..
Eclairés fur nos véritables intérêts, nous
JUILLET. 1763.
ΙΟΙ
avons enfin reconnu que l'Agricultu-
» re eft la mère de tous les Arts , puif-
» qu'elle feule fournit à tous nos befoins
» de premiere néceffité . Pénétrés de cette
» vérité , nous avons porté juſqu'à l'en-
>> thoufiafme le goût pour l'Agriculture .
» Mais fi les ouvrages immortels des
" Duhamel,des Tilly , des Chateauvieux,
» &c , méritent toute notre recon-
>> noiffance ; s'ils renferment une Théorie
» fûre & lumineufe appuyée fur des expériences
bien faites , ont- ils toujours
» l'avantage de nous offrir des pratiques
» applicables à tous les pays ? Je ne puis
» me le perfuader ; je fuis même con-
» vaincu , qu'ils ne peuvent que nous
» mettre fur la voie pour chercher les
» moyens de faire profpérer l'Agricul-
» ture dans cette Province ; mais ils
" nous laiffent tout le mérite de trouver
» ces moyens. Cette gloire eft réſervée
» aux Citoyens qui compofent la fo-
» ciété d'Agriculture érigée depuis peu
» dans cette Ville . Je me bornerai donc
à vous faire part de quelques réfléxions
» fur plufieurs obftacles qui s'oppofent
» au progrès de l'Agriculture.
On ne fuivra point l'Auteur dans le
détail de ces obftacles : fes réfléxions fur
cet objet n'ont , pour ainfi dire , qu'un
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
1
mérite local , & dont l'utilité ne s'étend
pas au-delà des bornes de la Province.
On paffe à la deuxième partie du Mémoire
qui traite du Plane ou Platane.
L'Auteur aime mieux lui donner ce dernier
nom , comme plus analogue au
nom latin , Platanus.
Cet arbre qui n'eft guères connu que
par la plainte d'Horace ,
Evincet ulmos.
Platanusque calebs ,
Horat. od. 15. lib. 2.
ne fe trouvoit point dans le pays d'Aunis
; c'eft à M. Baudry , Directeur des
Poftes , qu'on a l'obligation de l'y voir
pour la premiere fois. Ce Citoyen véritablement
eftimable a bien voulu partager
avec M. Dupaty , l'avantage d'enrichir
la Province d'Aunis , d'un arbre
dont le nom y étoit à peine connu.
M. Dupaty , a planté au mois de
Mars 1762 , des Platanes dans un terrein
frais ; il a eu la fatisfaction de les voir
pouffer dès cette premiere année de plus
de quatre pieds , & donner des feuilles
d'une beauté & d'une largeur furprenante.
Quoique celles qu'il a fait voir
à l'affemblée , euffent perdu en féchant
de leur luftre & de leur largeur , elles
ont étonné .
JUILLET. 1763. 103
M. Dupaty fait connoître plufieurs
particularités du Platane d'après Pline
le Naturaliſte , qui eft un des Auteurs qui
en ait parlé le plus au long , mais comme
il fe propofe de fuivre plus particulierement
la nature & les propriétés de cet
arbre , on attendra le réſultat de ſes expériences.
Le difcours de M. Dupaty , écrit d'un
ftyle fans prétention , & tel qu'il convient
aux matières des Phyfique , fut
écouté d'un auditoire nombreux & éclairé
avec cette attention & cet intérêt ,
que s'attirent naturellement les objets
fimples & utiles .
M. l'Abbé de Rouffy , Aumônier en
dignité de l'Eglife Cathédrale, lut enfuite
un difcours fur les qualités néceffaires à
l'homme de lettres.
Cette le&ture fut fuivie de celle des
obfervations de M. de Montaudoin , fur
une critique des Poëfies de Rouffeau.
L'Auteur repouffe les traits que M. de
Vauvenargue lance au Pindare françois ,
dans fes réfléxions fur quelques Poëtes
célébres. Il eft furpris de voir refuſer à
Rouffeau une place auffi honorable
que celle qu'on accorde au Légiflateur
du Parnaffe françois , parce que celui- ci
a été fon Maître. » Ainfi dit , M. de M...
E iv.
104 MERCURE DE FRANCE.
» Racan ne pourra pas être placé près
» de Malherbe , Racine , près de Def-
» preaux , ni M. de Voltaire , près de
Rouffeau. M. de M. convient avec
M. de V. que le pathétique & le fublime
ne fe trouvent pas toujours dans
les odes du Poëte ; » mais tous les fujets
" font- ils fufceptibles de ce genre de
» beautés ? Rouſſeau eſt toujours fublime
» & pathétique quand il lui eft permis de
» l'être. » Pour prouver contre M. de
V. que les images répandues dans les
Odes que Rouffeau a tirées de fon propre
fond , produifent de grands mouvemens ,
il fe contente d'exhorter à lire les Odes
à la fortune , fur la naiffance du Duc
de Bretagne , fur la mort du Prince de
Conti , &c. fes Cantates, fur-tout Circé.
» M. de V. prétend qu'il y a bien
» des penfées fauffes dans ces Odes fi
» vantées ; il s'attache à l'Ode à la for-
» tune pour le prouver ... Mais il pa-
>> roît avoir manqué le but de l'Ode à la
» fortune ; auroit-il ignoré qu'elle a été
» faite contre les conquérans , qu'elle
» en a même porté le titre ? Le Poëte
» s'eft propofé de guérir les Princes de
» la manie des conquêtes ; & tous les
» amis des hommes ne fe lafferont ja-
» mais d'applaudir à des vues auffi louaJUILLET.
1763. 105
» bles. Comme le Critique étoit mili-
>> taire , il aura été fàché de voir mal-
» traiter de grands Généraux ; mais
» comme il étoit encore Philofophe , il
» auroit dû être auffi fage & auffi bien-
» faifant que le Poëte.
Il eft impoffible de donner dans un
Extrait , une idée plus étendue de ces
obfervations . M. de Montaudouin fuit
pas-à-pas M. de Vauvenargue , & entre:
avec lui en difcuffion fur les différens
objets de fa critique. On fent combient
cette matière déja refferrée par les bornes:
préfcrites à un Difcours Académique , eft
peu fufceptible d'Analyfe.
On lut enfuite une lettre fur le carac
tère & les ouvrages de Tibulle , par M..
le Brun , Secrétaire des Commande
mens de Son Alteffe Séréniffime Monfeigneur
le Prince de Conti ; l'Auteur
débute ainfi..
» Nommer Tibulle , c'eft rappeller
» ce que l'Elégie a de plus touchant &
» de plus tendre. Il fut le Peintre des
» grâces & le Poëte du Sentiment ;
» pourroit-il ne pas intéreffer? Son coeur
eft la fource de fes vers ; c'eft là qu'il
» puife ces images fi naïves qui ébran-
» lent l'âme & demandent des pleurs
Amour dictoit les vers que foupiroit Tibulle.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
» Ses vers font en effet des foupirs.
» On peut en croire Defpreaux : s'ils
» ont ému fes oreilles auftères , leur
» charme étoit fans doute inévitable.
Après avoir rapporté les particularités
de la vie de Tibulle , qui fervent le plus à
développer le caractère de ce Poëte , M.
le Brun trace le Portrait de ceux qui
ont travaillé dans le même genre ; il
commence par Ovide.
» L'Ingénieux Ovide , ( dit- il , ) lû , chéri ,
» adoré par la jeuneffe , mais fouvent
critiqué par un âge plus mûr , a plus
d'efprit que de fentiment , plus de coquetterie
que de tendreffe. Sa Muſe
brillante a le fard & les agrémens des
beautés qui le trompent ou qu'il cherche
à tromper ; elle périt quelquefois
» fous l'Art & les Fleurs.
*-99
Properce leur rival affecte , felon
moi , des comparaiſons , des allufions ,
des traits de fible trop fréquens ; fes
vers ont quelquefois de la féchereffe
& de l'âpreté il foupire fçavament ,
fa paffion eft érudite , & fa tendreffe
porte un air de Doctrine.
:
M. le Brun parle enfuite de Gallus
& de Catulle ; il fe plaint de ce qu'un
Poëte auffi charmant que Tibulle , n'a
¡pas été traduit en notre langue ; car il
JUILLET. 1763. 107
compte pour rien l'informe traduction de
Marolles. Il voit avec peine la premiere
Elégie noyée dans la prolixe imitation
du Marquis de la Farre ; mais il gémit de
voir Tibulle encore plus défiguré dans
les vers de la Chapelle . Il finit en donnant
quelques regles pour la traduction
des Poëtes , dont il fait l'application à
Tibulle. M. le Brun a traduit en vers
plufieurs morceaux de ce Poëte . La
féance fut terminée par la lecture de la
troifiéme Elégie ; pour ne pas fortir des
bornes prefcrites, on n'en donnera qu'une
partie .
Royale des Belles - Lettres de LA
ROCHELLE.
L'ACADÉM ' ACADÉMIE des Belles - Lettres de la
Rochelle tint le 22 Avril fa féance
publique , à laquelle préfida M. le Maréchal
de Senneterre , Gouverneur de la
Province . M. Dupaty , Tréforier de
France , Directeur de l'Académie , ouvrit
la Séance par un difcours contenant
des Réflexionsfur l'Agriculture relative-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
ment au Pays d'Aunis. Ce difcours eft
compofé de deux parties ; dans la premiere
l'Auteur expofe plufieurs obftacles
qui s'oppofent au progrès de l'Agriculture
dans cette Province. Voici de quelle
manière il débute.
» Notre Nation taxée de frivolité
par
» quelques Philofophes , va ceffer de
» mériter cette qualification . Il fuffira
» pour s'en convaincre de jetter un coup
» d'oeil fur tous les ouvrages folides que
» nous avons vu éclore de nos jours fur la
» Politique , fur le Commerce , fur les
» Arts & fur l'Agriculture. Le nombre
» des bons Ouvrages dont nous fommes
» en poffeffion , prouvera à tout eſprit
» jufte & fans préjugés, que nous n'avons
» point dégénéré du côté des fciences , du
"
fiécle qui nous a précédé , comme le
» prétendent quelques cenfeurs chagrins,
» mais même que le nôtre peut être
appellé le fiécle des lumières & de la
Philofophie. Si l'on nous reproche
» encore notre goût trop vif pour les
» Arts de luxe , d'agrément ou de fimple
curiofité , ce ne fera pour nous
» qu'un mérite de plus , celui d'avoir fçu
allier les deux extrêmes , & d'avoir
* atteint la perfection en chaque genre..
Eclairés fur nos véritables intérêts, nous
JUILLET. 1763.
ΙΟΙ
avons enfin reconnu que l'Agricultu-
» re eft la mère de tous les Arts , puif-
» qu'elle feule fournit à tous nos befoins
» de premiere néceffité . Pénétrés de cette
» vérité , nous avons porté juſqu'à l'en-
>> thoufiafme le goût pour l'Agriculture .
» Mais fi les ouvrages immortels des
" Duhamel,des Tilly , des Chateauvieux,
» &c , méritent toute notre recon-
>> noiffance ; s'ils renferment une Théorie
» fûre & lumineufe appuyée fur des expériences
bien faites , ont- ils toujours
» l'avantage de nous offrir des pratiques
» applicables à tous les pays ? Je ne puis
» me le perfuader ; je fuis même con-
» vaincu , qu'ils ne peuvent que nous
» mettre fur la voie pour chercher les
» moyens de faire profpérer l'Agricul-
» ture dans cette Province ; mais ils
" nous laiffent tout le mérite de trouver
» ces moyens. Cette gloire eft réſervée
» aux Citoyens qui compofent la fo-
» ciété d'Agriculture érigée depuis peu
» dans cette Ville . Je me bornerai donc
à vous faire part de quelques réfléxions
» fur plufieurs obftacles qui s'oppofent
» au progrès de l'Agriculture.
On ne fuivra point l'Auteur dans le
détail de ces obftacles : fes réfléxions fur
cet objet n'ont , pour ainfi dire , qu'un
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
1
mérite local , & dont l'utilité ne s'étend
pas au-delà des bornes de la Province.
On paffe à la deuxième partie du Mémoire
qui traite du Plane ou Platane.
L'Auteur aime mieux lui donner ce dernier
nom , comme plus analogue au
nom latin , Platanus.
Cet arbre qui n'eft guères connu que
par la plainte d'Horace ,
Evincet ulmos.
Platanusque calebs ,
Horat. od. 15. lib. 2.
ne fe trouvoit point dans le pays d'Aunis
; c'eft à M. Baudry , Directeur des
Poftes , qu'on a l'obligation de l'y voir
pour la premiere fois. Ce Citoyen véritablement
eftimable a bien voulu partager
avec M. Dupaty , l'avantage d'enrichir
la Province d'Aunis , d'un arbre
dont le nom y étoit à peine connu.
M. Dupaty , a planté au mois de
Mars 1762 , des Platanes dans un terrein
frais ; il a eu la fatisfaction de les voir
pouffer dès cette premiere année de plus
de quatre pieds , & donner des feuilles
d'une beauté & d'une largeur furprenante.
Quoique celles qu'il a fait voir
à l'affemblée , euffent perdu en féchant
de leur luftre & de leur largeur , elles
ont étonné .
JUILLET. 1763. 103
M. Dupaty fait connoître plufieurs
particularités du Platane d'après Pline
le Naturaliſte , qui eft un des Auteurs qui
en ait parlé le plus au long , mais comme
il fe propofe de fuivre plus particulierement
la nature & les propriétés de cet
arbre , on attendra le réſultat de ſes expériences.
Le difcours de M. Dupaty , écrit d'un
ftyle fans prétention , & tel qu'il convient
aux matières des Phyfique , fut
écouté d'un auditoire nombreux & éclairé
avec cette attention & cet intérêt ,
que s'attirent naturellement les objets
fimples & utiles .
M. l'Abbé de Rouffy , Aumônier en
dignité de l'Eglife Cathédrale, lut enfuite
un difcours fur les qualités néceffaires à
l'homme de lettres.
Cette le&ture fut fuivie de celle des
obfervations de M. de Montaudoin , fur
une critique des Poëfies de Rouffeau.
L'Auteur repouffe les traits que M. de
Vauvenargue lance au Pindare françois ,
dans fes réfléxions fur quelques Poëtes
célébres. Il eft furpris de voir refuſer à
Rouffeau une place auffi honorable
que celle qu'on accorde au Légiflateur
du Parnaffe françois , parce que celui- ci
a été fon Maître. » Ainfi dit , M. de M...
E iv.
104 MERCURE DE FRANCE.
» Racan ne pourra pas être placé près
» de Malherbe , Racine , près de Def-
» preaux , ni M. de Voltaire , près de
Rouffeau. M. de M. convient avec
M. de V. que le pathétique & le fublime
ne fe trouvent pas toujours dans
les odes du Poëte ; » mais tous les fujets
" font- ils fufceptibles de ce genre de
» beautés ? Rouſſeau eſt toujours fublime
» & pathétique quand il lui eft permis de
» l'être. » Pour prouver contre M. de
V. que les images répandues dans les
Odes que Rouffeau a tirées de fon propre
fond , produifent de grands mouvemens ,
il fe contente d'exhorter à lire les Odes
à la fortune , fur la naiffance du Duc
de Bretagne , fur la mort du Prince de
Conti , &c. fes Cantates, fur-tout Circé.
» M. de V. prétend qu'il y a bien
» des penfées fauffes dans ces Odes fi
» vantées ; il s'attache à l'Ode à la for-
» tune pour le prouver ... Mais il pa-
>> roît avoir manqué le but de l'Ode à la
» fortune ; auroit-il ignoré qu'elle a été
» faite contre les conquérans , qu'elle
» en a même porté le titre ? Le Poëte
» s'eft propofé de guérir les Princes de
» la manie des conquêtes ; & tous les
» amis des hommes ne fe lafferont ja-
» mais d'applaudir à des vues auffi louaJUILLET.
1763. 105
» bles. Comme le Critique étoit mili-
>> taire , il aura été fàché de voir mal-
» traiter de grands Généraux ; mais
» comme il étoit encore Philofophe , il
» auroit dû être auffi fage & auffi bien-
» faifant que le Poëte.
Il eft impoffible de donner dans un
Extrait , une idée plus étendue de ces
obfervations . M. de Montaudouin fuit
pas-à-pas M. de Vauvenargue , & entre:
avec lui en difcuffion fur les différens
objets de fa critique. On fent combient
cette matière déja refferrée par les bornes:
préfcrites à un Difcours Académique , eft
peu fufceptible d'Analyfe.
On lut enfuite une lettre fur le carac
tère & les ouvrages de Tibulle , par M..
le Brun , Secrétaire des Commande
mens de Son Alteffe Séréniffime Monfeigneur
le Prince de Conti ; l'Auteur
débute ainfi..
» Nommer Tibulle , c'eft rappeller
» ce que l'Elégie a de plus touchant &
» de plus tendre. Il fut le Peintre des
» grâces & le Poëte du Sentiment ;
» pourroit-il ne pas intéreffer? Son coeur
eft la fource de fes vers ; c'eft là qu'il
» puife ces images fi naïves qui ébran-
» lent l'âme & demandent des pleurs
Amour dictoit les vers que foupiroit Tibulle.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
» Ses vers font en effet des foupirs.
» On peut en croire Defpreaux : s'ils
» ont ému fes oreilles auftères , leur
» charme étoit fans doute inévitable.
Après avoir rapporté les particularités
de la vie de Tibulle , qui fervent le plus à
développer le caractère de ce Poëte , M.
le Brun trace le Portrait de ceux qui
ont travaillé dans le même genre ; il
commence par Ovide.
» L'Ingénieux Ovide , ( dit- il , ) lû , chéri ,
» adoré par la jeuneffe , mais fouvent
critiqué par un âge plus mûr , a plus
d'efprit que de fentiment , plus de coquetterie
que de tendreffe. Sa Muſe
brillante a le fard & les agrémens des
beautés qui le trompent ou qu'il cherche
à tromper ; elle périt quelquefois
» fous l'Art & les Fleurs.
*-99
Properce leur rival affecte , felon
moi , des comparaiſons , des allufions ,
des traits de fible trop fréquens ; fes
vers ont quelquefois de la féchereffe
& de l'âpreté il foupire fçavament ,
fa paffion eft érudite , & fa tendreffe
porte un air de Doctrine.
:
M. le Brun parle enfuite de Gallus
& de Catulle ; il fe plaint de ce qu'un
Poëte auffi charmant que Tibulle , n'a
¡pas été traduit en notre langue ; car il
JUILLET. 1763. 107
compte pour rien l'informe traduction de
Marolles. Il voit avec peine la premiere
Elégie noyée dans la prolixe imitation
du Marquis de la Farre ; mais il gémit de
voir Tibulle encore plus défiguré dans
les vers de la Chapelle . Il finit en donnant
quelques regles pour la traduction
des Poëtes , dont il fait l'application à
Tibulle. M. le Brun a traduit en vers
plufieurs morceaux de ce Poëte . La
féance fut terminée par la lecture de la
troifiéme Elégie ; pour ne pas fortir des
bornes prefcrites, on n'en donnera qu'une
partie .
Fermer
12180
p. 109
AGRICULTURE. [titre d'après la table]
Début :
DESCRIPTION du Semoir-à-bras de Languedoc avec les figures nécessaires [...]
Mots clefs :
Semoir-à-bras , Imitation, Récolte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AGRICULTURE. [titre d'après la table]
DESCRIPTION du Semoir-à - bras de
Languedoc avec les figures néceffaires
pour pouvoir l'imiter . Edition gratuite
&c. Ce petit Cahier de 76 pages in - 16
que l'Auteur donne gratis à quiconque
le lui demande par une lettre affranchie ,
contient 1 °. un Mémoire préfenté à MM.
des Etats-Généraux de Languedoc . 2 °.
Quelques réfléxions fur les qualités
effentielles qui conftituent un bon Semoir.
3 °. Les planches & l'explication
néceffaires pour une bonne imitation .
4°. Les inftructions pratiquées pour en
faire ufage. 5 °. Une lifte numérale de
183 perfonnes qui ont acquis ce Semoir
dans l'intervalle de trente mois. 6°. Quel
ques expériences de la récolte de 1762.
Nous allons les tranfcrire mot- à-mot.
Languedoc avec les figures néceffaires
pour pouvoir l'imiter . Edition gratuite
&c. Ce petit Cahier de 76 pages in - 16
que l'Auteur donne gratis à quiconque
le lui demande par une lettre affranchie ,
contient 1 °. un Mémoire préfenté à MM.
des Etats-Généraux de Languedoc . 2 °.
Quelques réfléxions fur les qualités
effentielles qui conftituent un bon Semoir.
3 °. Les planches & l'explication
néceffaires pour une bonne imitation .
4°. Les inftructions pratiquées pour en
faire ufage. 5 °. Une lifte numérale de
183 perfonnes qui ont acquis ce Semoir
dans l'intervalle de trente mois. 6°. Quel
ques expériences de la récolte de 1762.
Nous allons les tranfcrire mot- à-mot.
Fermer
12181
p. 110-116
PREMIERE SUITE d'Expériences, faites avec le semoir-à-bras de Languedoc. Récolte de 1762. Résultats purement sommaires pour être envoyés par la poste.
Début :
M. DARESTE (n°. 95 de la Liste) suivant un certificat en forme, du 3 [...]
Mots clefs :
Semoir, Semence, Produit, Récolte, Sécheresse , Charges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE SUITE d'Expériences, faites avec le semoir-à-bras de Languedoc. Récolte de 1762. Résultats purement sommaires pour être envoyés par la poste.
PREMIERE SUITE d'Expériences ,
faites avec le femoir-à-bras de Languedoc.
Récolte de 1762. Résultats
purement fommaires pour être envoyés
par la pofte.
M. DARESTE ( nº . 95 de la Liſte )
fuivant un certificat en forme , du 3
Juillet , figné par MM. Goyran , Darnond
& Verrier , Curé & Confuls de
Chavanay en Forêt ; 48 livres de Froment
lui ont produit 1230 : c'est 25 &
demi pour un. Il avoit employé la moitié
de la femence ordinaire ; il a pris un
autre Semoir & m'en a fait débiter fix .
M. Duroure ( nº. 15 ) fuivant fa Letstre
du 11 Août , 238 livres lui ont fait
3240 , pár une féchereffe de dix mois
fans pluie ; c'eft plus de 13 & demi pour
un. Dans la partie de comparaiſon ,
476 liv. ont donné 2593. C'eſt un peu
moins de 5 & demi pour un; il a pris
un autre Semoir.
MM . Les Benedictins ( 93 ) fuivant la
Lettre de Dom Lefpès , du 12 Août ,
ayant employé la moitié de la femence ,
le Semoir a fait 7 & deux tiers pour un
JUILLET. 1763. TIX
& la comparaifon 3 & demi , par une
féchereffe inouie ; ils ont pris une autre
Semoir.
M. de S. Tropes ( 89 ) Nous avons
appris le 13 Août , de la propre bouche
de M. l'Abbé de S. Tropès fon frère .
que 7 Emines de Bled en ont produit
157. C'eft 22 & demi pour un : on
avoit employé la moitié de la femence ,
il'a pris deux nouveaux Semoirs .
M. Duverger ( 83 ) ayant bien voulu
jondre à fa Lettre du 24 Août , la copie
d'un Mémoire qu'il a lu dans une Affemblée
de la Société du Mans , il en réfulte
qu'il a fait , avec une attention fupérieure
, fept épreuves en Froment ,
Seigle , Orge , Epaute , Avoine , & c,
dans toutes lefquelles on a épargné environ
les deux tiers de la femence &
augmenté le produit tant en pailles qu'en
grains , dont la qualité l'emporte fur
ceux de comparaifon , foit au poids ,
foit à l'oeil. Il y prouve que certains
grains qu'on croit ne pouvoir être femés
qu'en Hyver , peuvent l'être également
au Printemps & que certains autres du
Printemps , réuffiffent en Hyver. Il s'éléve
auffi contre le préjugé où l'on eft ,
dans les terres fortes les Sillons bom .
bés font préférables aux Planches . Que
n'avons-nous affez de place pour pouque
12 MERCURE DE FRANCE.
voir donner ce Mémoire en entier
M. de la Lauziere ( 94 ) dans fa Lettre
du 15 Septembre , nous marque avoir
femé une charge de bled dans une terre
peu préparée , & où les mottes dominoient
, laquelle lui en a rendu quinze.
Il n'a profité par comparaifon , que de
la moitié de la femence , fans diminution
de récolte. Il a trouvé le moyen de
connoître les befoins du Grainier fans
ouvrir le couvercle : il pofe un morceau
de planche fur le bled , tenant à un cordon
qui pend au- dehors ; à mesure que
le bled baiffe , le cordon rentre , &
avertit la Semeufe qu'il faut remettre
du Grain . Il a fait conftruire un fecond
Semoir d'après le nôtre , où il a pratiqué
quelques changemens qui ne nous
font pas affez connus pour en juger.
M. Carenet , ( 66 ) Lettre du 23 Septembre.
De quatre Setiers de Froment ,
il en a récolté 95 , malgré la féchereffe;
qu'il eftime l'avoir fruftré d'environ 60
Setiers de plus .
M. Fefquet (78 & 79 ) Lettre du 28
Septembre. De 5 Setiers en a retiré 100 ;
& 14 Setiers & demi femés ailleurs ,
ne lui ont donné que 117 , à caufe de
la féchereffe qui a diminué là récolté
dans tout le pays ; il a pris un troifiéme
Semoir,
JUILLET. 1763. 113
M. Chriftol ( 19 ) Lettre du 2 Octobre.
Son Laboureur n'ayant pas affez
ferré les Sillons , il n'eft tombé que la
cinquiéme partie de la femence avec
42 Cellules ouvertes. Ce Semis a paru
pitoyable jufques à la fin de Mars , que
les Plantes ayant tallé & travaillé vigoureuſement
, le Semoir a produit à
la récolte 60 mefures de Bled , tandis
que la piéce de comparaifon , avec toure
la femence , n'a rapporté que 66
mefures. Il eft furprenant , qu'après une
pareille faute , cet Officier ait encore
eu deux mefures de bénéfice , puifqu'en
ayant économifé 8 aux femailles , il
n'en a perdu que 6 fur le produit. It
y avoit dix pouces entre les rangées de
la femence.
M. de Novi ( 73 ) Lettre du 4 O &obre.
Avec les plus belles apparences
d'une récolte avantageufe jufqu'au mefurage
des grains , il n'a pas eu la fatiffaction
de connoître au vrai le bénéfice
du Semoir, puifqu'ayant mené le matin
quelques amis pour en être les témoins
il trouva que fes gens avoient malicieuſement
profité de la nuit pour mêler
les deux récoltes enfemble. Il remarque
, entr'autres chofes , qu'il faut femer
la moitié & non le tiers de la fe
114 MERCURE DE FRANCE .
mence , & qu'il y avoit moins de mauvaiſes
herbes dans la partie du Semoir
que dans les Terres femées à l'ordinaire
.
•
M. Attanoux ( 58 ) Lettre du 4 O & obre.
Cet Amateur intelligent à faire entrer
différens effais dans le total de fon
expérience , pour connoître la quantité
de Semence que fon fond peut comporter
, & le degré de profondeur auquel
il convient de la mettre , ayant opéré
dans une contenance de 2000 toifes
quarrées à 30 , 36 & 42 cellules & à
differentes profondeurs , il y a eu bien
des lacunes , tant par rapport aux deux
premiers nombres , dont le produit étoit
trop clair , que par rapport à la Semence
trop profonde qui n'a pas levé. Il n'y
eft entré que 100 liv . de Froment, au lieu
de 320 qu'il en eft tombé dans les 2000
toifes de comparaifon. Les 100 du Semoir
ont porté 3283 liv. & la piéce de
comparaifon n'a produit que fept charges
pour une. Le bénéfice fur cette modique
étendue , a été de deux charges
huit panaux fur la récolte , & de fept
panaux fur la femence : total , 3 charges
5 panaux. Le Bled du Semoir pefoit
10 liv. de plus par charge que celui de
la méthode ordinaire.
JUILLET. 1763. 115
C'eft pour la feconde fois qu'on remarque
( comme M. Fefquet ) que le
Bled de la nouvelle méthode n'eft pas
fujet à verfer par les pluies. M. le Baron
de la Tour- d'Aigues , ( 18 ) avoit prévu
cet avantage du Semoir -à- bras , même
avant toute expérience .
M. Attanoux a fait une feconde épreuve
qui lui a réuffi . Il y a dans le Pays
une forte de Terre fabloneufe qui ne
porte que du Seigle : la couverture avantageufe
que le Semoir procure à la Semence
, lui ayant infpiré d'y femer du
Froment , deux panaux en ont produit
12 de la plus belle qualité. Il fe difpofe
à femer une étendue de 16000 toifes ,
d'où probablement nous tirerons de nouvelles
connoiffances.
M. de Lubieres ( 65 ) a fait prendre
un autre Semoir. Quoique nous n'ayons
pas encore le détail de fes opérations ,
on doit les croire favorables .
Le prix du Semoir eft , fur les lieux ,
de trente -fix livres , & la caiffe d'embalage
pour les Villes éloignées coûte
trois livres. Le tout enfemble ne peſe
que 75 à 80 livres poids de Montpellier.
L'adreffe , tant pour demander la
brochure que le Semoir eft à M. l'Abbé
Soumille , Correfpondant des Acadé116
MERCURE DE FRANCE.
mies Royales des Sciences de Paris ,
Toulouſe & Montpellier , Affocié libre
de la Société Royale d'Agriculture de
Limoges , à Villeneuve -lès - Avignon . On
doit affranchir le port des Lettres &
de l'Argent
.
faites avec le femoir-à-bras de Languedoc.
Récolte de 1762. Résultats
purement fommaires pour être envoyés
par la pofte.
M. DARESTE ( nº . 95 de la Liſte )
fuivant un certificat en forme , du 3
Juillet , figné par MM. Goyran , Darnond
& Verrier , Curé & Confuls de
Chavanay en Forêt ; 48 livres de Froment
lui ont produit 1230 : c'est 25 &
demi pour un. Il avoit employé la moitié
de la femence ordinaire ; il a pris un
autre Semoir & m'en a fait débiter fix .
M. Duroure ( nº. 15 ) fuivant fa Letstre
du 11 Août , 238 livres lui ont fait
3240 , pár une féchereffe de dix mois
fans pluie ; c'eft plus de 13 & demi pour
un. Dans la partie de comparaiſon ,
476 liv. ont donné 2593. C'eſt un peu
moins de 5 & demi pour un; il a pris
un autre Semoir.
MM . Les Benedictins ( 93 ) fuivant la
Lettre de Dom Lefpès , du 12 Août ,
ayant employé la moitié de la femence ,
le Semoir a fait 7 & deux tiers pour un
JUILLET. 1763. TIX
& la comparaifon 3 & demi , par une
féchereffe inouie ; ils ont pris une autre
Semoir.
M. de S. Tropes ( 89 ) Nous avons
appris le 13 Août , de la propre bouche
de M. l'Abbé de S. Tropès fon frère .
que 7 Emines de Bled en ont produit
157. C'eft 22 & demi pour un : on
avoit employé la moitié de la femence ,
il'a pris deux nouveaux Semoirs .
M. Duverger ( 83 ) ayant bien voulu
jondre à fa Lettre du 24 Août , la copie
d'un Mémoire qu'il a lu dans une Affemblée
de la Société du Mans , il en réfulte
qu'il a fait , avec une attention fupérieure
, fept épreuves en Froment ,
Seigle , Orge , Epaute , Avoine , & c,
dans toutes lefquelles on a épargné environ
les deux tiers de la femence &
augmenté le produit tant en pailles qu'en
grains , dont la qualité l'emporte fur
ceux de comparaifon , foit au poids ,
foit à l'oeil. Il y prouve que certains
grains qu'on croit ne pouvoir être femés
qu'en Hyver , peuvent l'être également
au Printemps & que certains autres du
Printemps , réuffiffent en Hyver. Il s'éléve
auffi contre le préjugé où l'on eft ,
dans les terres fortes les Sillons bom .
bés font préférables aux Planches . Que
n'avons-nous affez de place pour pouque
12 MERCURE DE FRANCE.
voir donner ce Mémoire en entier
M. de la Lauziere ( 94 ) dans fa Lettre
du 15 Septembre , nous marque avoir
femé une charge de bled dans une terre
peu préparée , & où les mottes dominoient
, laquelle lui en a rendu quinze.
Il n'a profité par comparaifon , que de
la moitié de la femence , fans diminution
de récolte. Il a trouvé le moyen de
connoître les befoins du Grainier fans
ouvrir le couvercle : il pofe un morceau
de planche fur le bled , tenant à un cordon
qui pend au- dehors ; à mesure que
le bled baiffe , le cordon rentre , &
avertit la Semeufe qu'il faut remettre
du Grain . Il a fait conftruire un fecond
Semoir d'après le nôtre , où il a pratiqué
quelques changemens qui ne nous
font pas affez connus pour en juger.
M. Carenet , ( 66 ) Lettre du 23 Septembre.
De quatre Setiers de Froment ,
il en a récolté 95 , malgré la féchereffe;
qu'il eftime l'avoir fruftré d'environ 60
Setiers de plus .
M. Fefquet (78 & 79 ) Lettre du 28
Septembre. De 5 Setiers en a retiré 100 ;
& 14 Setiers & demi femés ailleurs ,
ne lui ont donné que 117 , à caufe de
la féchereffe qui a diminué là récolté
dans tout le pays ; il a pris un troifiéme
Semoir,
JUILLET. 1763. 113
M. Chriftol ( 19 ) Lettre du 2 Octobre.
Son Laboureur n'ayant pas affez
ferré les Sillons , il n'eft tombé que la
cinquiéme partie de la femence avec
42 Cellules ouvertes. Ce Semis a paru
pitoyable jufques à la fin de Mars , que
les Plantes ayant tallé & travaillé vigoureuſement
, le Semoir a produit à
la récolte 60 mefures de Bled , tandis
que la piéce de comparaifon , avec toure
la femence , n'a rapporté que 66
mefures. Il eft furprenant , qu'après une
pareille faute , cet Officier ait encore
eu deux mefures de bénéfice , puifqu'en
ayant économifé 8 aux femailles , il
n'en a perdu que 6 fur le produit. It
y avoit dix pouces entre les rangées de
la femence.
M. de Novi ( 73 ) Lettre du 4 O &obre.
Avec les plus belles apparences
d'une récolte avantageufe jufqu'au mefurage
des grains , il n'a pas eu la fatiffaction
de connoître au vrai le bénéfice
du Semoir, puifqu'ayant mené le matin
quelques amis pour en être les témoins
il trouva que fes gens avoient malicieuſement
profité de la nuit pour mêler
les deux récoltes enfemble. Il remarque
, entr'autres chofes , qu'il faut femer
la moitié & non le tiers de la fe
114 MERCURE DE FRANCE .
mence , & qu'il y avoit moins de mauvaiſes
herbes dans la partie du Semoir
que dans les Terres femées à l'ordinaire
.
•
M. Attanoux ( 58 ) Lettre du 4 O & obre.
Cet Amateur intelligent à faire entrer
différens effais dans le total de fon
expérience , pour connoître la quantité
de Semence que fon fond peut comporter
, & le degré de profondeur auquel
il convient de la mettre , ayant opéré
dans une contenance de 2000 toifes
quarrées à 30 , 36 & 42 cellules & à
differentes profondeurs , il y a eu bien
des lacunes , tant par rapport aux deux
premiers nombres , dont le produit étoit
trop clair , que par rapport à la Semence
trop profonde qui n'a pas levé. Il n'y
eft entré que 100 liv . de Froment, au lieu
de 320 qu'il en eft tombé dans les 2000
toifes de comparaifon. Les 100 du Semoir
ont porté 3283 liv. & la piéce de
comparaifon n'a produit que fept charges
pour une. Le bénéfice fur cette modique
étendue , a été de deux charges
huit panaux fur la récolte , & de fept
panaux fur la femence : total , 3 charges
5 panaux. Le Bled du Semoir pefoit
10 liv. de plus par charge que celui de
la méthode ordinaire.
JUILLET. 1763. 115
C'eft pour la feconde fois qu'on remarque
( comme M. Fefquet ) que le
Bled de la nouvelle méthode n'eft pas
fujet à verfer par les pluies. M. le Baron
de la Tour- d'Aigues , ( 18 ) avoit prévu
cet avantage du Semoir -à- bras , même
avant toute expérience .
M. Attanoux a fait une feconde épreuve
qui lui a réuffi . Il y a dans le Pays
une forte de Terre fabloneufe qui ne
porte que du Seigle : la couverture avantageufe
que le Semoir procure à la Semence
, lui ayant infpiré d'y femer du
Froment , deux panaux en ont produit
12 de la plus belle qualité. Il fe difpofe
à femer une étendue de 16000 toifes ,
d'où probablement nous tirerons de nouvelles
connoiffances.
M. de Lubieres ( 65 ) a fait prendre
un autre Semoir. Quoique nous n'ayons
pas encore le détail de fes opérations ,
on doit les croire favorables .
Le prix du Semoir eft , fur les lieux ,
de trente -fix livres , & la caiffe d'embalage
pour les Villes éloignées coûte
trois livres. Le tout enfemble ne peſe
que 75 à 80 livres poids de Montpellier.
L'adreffe , tant pour demander la
brochure que le Semoir eft à M. l'Abbé
Soumille , Correfpondant des Acadé116
MERCURE DE FRANCE.
mies Royales des Sciences de Paris ,
Toulouſe & Montpellier , Affocié libre
de la Société Royale d'Agriculture de
Limoges , à Villeneuve -lès - Avignon . On
doit affranchir le port des Lettres &
de l'Argent
.
Fermer
12182
p. 116-128
SÉANCE publique de l'Académie Royale de Chirurgie, tenue le 14 Avril 1763.
Début :
LE prix de cette année, sur les maladies de l'oreille, consistant en une [...]
Mots clefs :
Corps, Académie, Malade, Chirurgien, Mémoire, Plaie, Genou, Réduction, Maladies de l'oreille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie Royale de Chirurgie, tenue le 14 Avril 1763.
SÉANCEpublique de l'Académie Royale
de Chirurgie , tenue le 14 Avril 1763 .
L E prix de cette année , fur les maladies
de l'oreille , confiftant en une
Médaille d'or , de cinq cens livres , fondée
par feu M. de la Peyronie , a été
remporté par M. Léchevin , Chirurgien
de l'Hôpital général de Rouen.
L'Académie a adjugé une Médaille
d'or de la valeur de deux cens livres
connue fous le nom de prix d'émulation,
à M. Marrigues , Maître en Chirurgie à
Verfailles. Les cinq petites Médailles
ont été méritées par des obfervations
intéreffantes fournies dans le courant de
l'année précédente , & ont été diftribuées
à MM. Lefne & Beaupreau , Académiciens
de la Claffe des Libres ; à
M. Moublet , Chirurgien à Taiafcon ;
à M. Philippe , Chirurgien à Chartres ;
JUILLET. 1763. 117
& à M. Jean-Daniel Mittelhauffer , Phy
ficien de la Province de Weiffenfels.
Après la diftribution des prix , M. Moprononça
les éloges de M. Daviel ,
Affocié de l'Académie , & Oculiste du
Roi , & de M. Faget , Vice -Directeur
de l'Académie .
rand
M. Daviel s'étoit adonné par goût à la
Chirurgie des yeux , dans laquelle il a
bien mérité de fes Contemporains & de
la postérité par l'opération de la cataracte
dont il faifoit l'extraction , au moyen
d'une incifion demi- circulaire pratiquée
à la partie inférieure de la cornée tranfparente.
Le Mémoire qu'il a donné fur
fa Méthode d'opérer , eft inféré dans le
fecond tome de ceux de l'Académie
Royale de Chirurgie ; il étoit Membre
de plufieurs Sociétés Sçavantes , & eft
mort à Genêve , l'année derniere .
M. Faget avoit été éléve du célébre
M. Petit. Sa réputation avoit commencé
par les fuccès qu'il eut dans la maifon de
Condé , étant Chirurgien de Madame la
Ducheffe- Douairière. Elle augmenta au
point de mettre M. Faget à côté des Praticiens
le plus en vogue , & de lui mériter
de grands Seigneurs pour amis. Il étoit
Confeiller de l'Académie depuis l'année
de fa création en 1731. Il a été pendant
118 MERCURE DE FRANCE .
dix ans Chirurgien de l'Hôpital de la
Charité , tant en qualité de Subſtitut
que de Chirurgien en Chef. Il fe diftingua
dans cette place par fon zéle pour
les pauvres . Il étoit Membre de la Société
Royale de Londres , & Vice - Directeur
de l'Académie de Chirurgie , lorſqu'une
'mort prompte l'enleva l'année dernière.
Il avoit donné à ces deux Compagnies
de fort bons Mémoires fur différens
fujets.
M. Levacher lut des réfléxions fur le
changement de direction des balles , par
la réfiftance des parties molles. Pour peu
qu'on ait eu occafion de traiter des
playes d'armes à feu,on a remarqué que
l'entrée & la fortie d'une balle ne font
pas les extrêmités d'une ligne droite ; &
l'on conçoit que les parties offeufes peuvent
, en détournant le corps étranger ,
être la caufe de cette déviation . M. Leva
cher prouve par plufieurs obfervations
dont l'expofé eft utile & inftructif, que
les feules parties molles , lorfqu'elles font
frappées felon une direction affez oblique
à leur furface , font des obftacles
fuffifans pour changer la voie des balles.
A ces faits fuccéde une démonftration
par les loix du mouvement , dans
laquelle l'Auteur explique comment la
JUILLET. 1763. 119
déviation a lieu dans le choc oblique
par la ligne de direction qui participe de
la perpendiculaire & de Phoriontale.
M. Fabre fit enfuite la lecture d'un
Mémoire fur une nouvelle méthode de
réduire la luxation & la fracture de la
cuiffe & du bras . Il établit pour principe
que la difficulté des réductions vient
moins de la réfiftance qu'oppofe la contraction
involontaire des muſcles , que
du lieu où l'on applique les forces qui
font l'extenfion & la contre - extenfion.
La régle générale établie pour l'extenfion
, eft d'appliquer la puiffance à l'os
même fracturé ou luxé. M. Dupouy ,
Membre de l'Académie , dans un Mémoire
qu'il a lu précédemment , affure
avoir réuffi avec très - peu d'efforts dans
la réduction de quelques luxations , en
tirant le membre par un endroit plus
éloigné , comme au-deffus du poignet
pour la réduction de l'os du bras ; &
par le pied , pour la luxation de la cuiffe.
Un homme s'étoit luxé la cuiffe en
montant derrière un caroffe : la tête de
l'os fut portée avec violence à la partie
poftérieure de la cavité de l'os de la
hanche , & fe logea dans l'intervalle
des muſcles feffiers. Un Chirurgien qui
vit le malade prèſqu'à l'inſtant de l'acci120
MERCURE DE FRANCE.
dent fit beaucoup d'efforts inutiles
quoique bien dirigés fuivant les régles
reçues pour la réduction de cette luxation
. M. Dupouy appellé dans cette circonftance
, étendit horizontalement la
cuiffe malade contre la faine , & pendant
qu'un aide appuyoit avec les mains
fur le genou , il alla prendre le pied : à
peine l'eut - il tiré , fans employer beaucoup
de forces , que le bruit de la tête
de l'os annonça qu'elle étoit rentrée
dans fa cavité. L'événement qui furprit
tout le monde , fut prèfque auffi prompt
qu'un clin d'oeil. M. Fabre adopte le procédé
qui a eu un fuccès fi favorable : il
a eu l'occafion de prouver la fupériorité
de cette méthode ; & il rend raiſon de
la facilité avec laquelle cette opération
réuffit. Les liens deftinés à faire les
extenfions n'agiffent plus fur les muſcles
qui doivent être allongés, de là vient
la moindre douleur , & l'abfence des obftacles
qui s'oppofoient au fuccès de l'extenfion.
M.Fabre rend à cet égard tout ce
qui eftdû à M. Dupouy; mais on n'a levé,
dit il, par cette perfection , que la moindre
des difficultés qu'on rencontre dans
la réduction du fémur ou de l'humerus
luxés ou fracturés , furtout près de
leur col. La principale vient , felon M.
Fabre ,
JUILLET. 1763. 121
Fabre , de la manière dont fe fait la contre-
extenfion . Il y avoit bien eu quelques
objections , il y a environ quarante
ans,contre une nouvelle méthode d'opérer
dans la luxation du bras ,par lefquelles
on blâmoit l'effort qu'on y faifoit contre
les muſcles ; mais M. Fabre ne fe contente
pas de la connoiffance du mal ;
occupé de la recherche des moyens de
faire le bien , il abandonne une critique
jufte mais ftérile , & donne des
principes lumineux fur la manière de
faire la contre - extenfion . Il prouve
que dans la réduction de lacuiffe , par
exemple , le lacq pofé dans le pli de
l'aîne , pour empêcher le corps de fuivre
l'extenfion , s'il eft mis , comme il
étoit d'ufage , du côté malade , porte
fur l'attache des mufcles triceps , & que
ce moyen nuit à la contre- extenfion au
lieu de la favorifer ; puifqu'il comprime
des muſcles qui doivent céder aux efforts
de l'extenfion . M. Fabre confeille
de retenir le corps en plaçant le lacq du
côté fain ; & pour empêcher que le baffin
n'obéiffe obliquement du côté malade
aux extenfions , il prefcrit un ſecond
lacq qui embraffe le baffin du
côté malade , dans l'intervalle qui est
entre la crête de l'os des îles & l'articu-
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE .
lation de la cuiffe : on en fait tenir les
extrémités , du côté oppofé , obliquement
de bas en haut. Par ce double
moyen le baffin eft fixé immobilement
& les mufcles font libres.
On ne peut trop louer des vues auffi
méthodiques , dont l'application aux
différentes parties du corps , rendra donavant
la Chirurgie des fractures & des
luxations , plus douce & plus parfaite.
M. Louis lut enfuite un Mémoire fur
une queftion anatomique relative à la
Jurifprudence , dans lequel il établit les
principes , pour diftinguer à l'infpection
d'un corps trouvé pendu , les fignes du
fuicide d'avec ceux de l'affaffinat. L'utilité
dont cet Ouvrage a été jugé , a
déterminé l'Auteur à le faire imprimer
peu de temps après ; & il en a été rendu
compte dans un des Mercures précédens
, comme d'une nouveauté littéraire
: nous renvoyons à cet extrait
pour le fonds de la doctrine , & nous nous
contenterons de rappeller ici un point
particulier de ce Mémoire.
Le principal foin d'un Chirurgien ap
pellé pour conftater l'état d'un homme
trouvé pendu , n'eft pas fimplement ,
dit M. Louis , de remarquer d'un premier
coup d'oeil , toutes les circonftances
JUILLET. 1763 . 123
qui peuvent l'aider dans le jugement
qu'il aura à porter ; mais il doit examiner
fi le Sujet ne feroit pas encore dans
le cas de recevoir des fecours capables de
le rappeller à la vie . L'expérience a prouvé
que des hommes qu'un délire mélancolique
avoit portés à fe défaire euxmêmes
, ont été délivrés à temps du lien
fatal qui auroit rendu leur mort inévita
ble. On a même fauvé la vie à des gens
qui avoient paffé par les mains de l'Exécuteur
de la Juftice : c'eft furtout dans
les armées que ces exemples ont été fréquens.
En fuppofant , continue l'Auteur,
que les bienfaits de l'Art , ne puiffent
dans aucun cas être refervés aux malfaiteurs
, les refufera-t- on aux victimes infortunées
du dérangement de leur propre
efprit. M. Louis applique aux pendus
les raifons qui permettent de donner des
fecours à ceux qu'on croit noyés, avant
toute formalité de Juftice . On perdroit
un temps trop précieux s'il falloit dans
ces différens cas , attendre que les Officiers
chargés de la Police euffent fait les
Procès- verbaux auxquels leurs fonctions
les obligent. L'humanité profcrit tout
délai dans des occafions auffi preffantes.
Ce feroit une barbarie que de différer
P'ufage des moyens capables de rappeller
"
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
à la vie ceux qui paroîtroient fufceptibles
de quelques fecours. La Juſtice eft
intéreffée elle -même à les ordonner'
parce que les foins d'un habile Chirurgien
peuvent procurerla plus parfaite connoiffance
des caufes du délit. M. Louis
cite à ce fujet l'opération faite par le
célébre Ambroife Paré à un Allemand :
Penfionnaire d'un Banquier de Paris ,
qui s'étoit coupé la gorge dans un accès
de phrénéfie. Le domeftique du bleffé
& fon Hôte , prifonniers au Châtelet de
Paris , auroient eu peine à ſe juſtifier de
l'accufation de l'avoir affaffiné , fi la
playe quoique mortelle par fa nature ,
n'avoit pas été méthodiquement réunie .
Ce fecours ne pouvoit être d'aucune
utilité à la confervation de la vie du
bleffé ; mais il le mit en état de parler ,
& de confeffer qu'il avoit attenté luimême
à fa vie. M. Louis tire de ce fait
intéreffant des inductions concernant
l'affaire de Toulouſe. Il paroît par diverfes
circonstances que le Sujet trouvé
pendu pouvoit n'être pas mort , lorsqu'il
a été vifité par l'Eléve en Chirurgie
appellé dans l'intention de le fecourir :
quel contrafte dans les fuites de cette
funefte avanture , fi cet homme avoit été
fecouru , & qu'il eût pu l'être efficaceJUILLET.
1763. 125
ment ! L'Auteur ajoute pour l'intérêt public
, que l'on néglige trop la connoiffance
des vrais fignes qui caractèrifent
la mort certaine ; connoiffance dont on
a tant d'occafions de faire ufage dans le
cours de la vie , foit pour fes parens ,
foit pour fes amis; & que chacun devroit
defirer dans les autres afin d'en tirer le
fruit foi -même dans le cas malheureux
d'une mortincertaine . M. Louis rappelle
à ce fujet fon traité fur la certitude des la
fignes de mort , où il raffure les Citoyens
de la crainte d'être enterrés vivans.
Après la lecture de ce Mémoire , M.
Sabatier fit celle d'une obfervation fur
un Corps étranger placé dans l'articula .
tion du genou. Un Soldat invalide avoit
les mouvemens de cette partie douloureux
& extrêmement difficiles. On y
fentoit un corps étranger d'une figure
irrégulière , du volume d'une féve de
haricot & fort mobile . Le malade. penfoit
que ce corps s'étoit détaché fubitement
de deffous la rotule , & cela
avoit été précédé de douleurs & de gonflemens
qui ne cédérent aux faignées &
aux émolliens qu'au bout de quatre
jours. Ce corps étranger étoit tantôt au
côté interne , tantôt au côté externe du
genou. M. Sabatier , pour qui cette
Fi
126 MERCURE DE FRANCE.
maladie ' étoit nouvelle , n'eut pas la timidité
des Chirurgiens que le malade
avoit confultés précédemment : aucun
n'avoit ofé en faire l'extraction ; il l'a
pratiqué ; le corps étranger , quoique
fort mobile , pouvoit aifément être affujetti.
Il étoit facile de faire une incifion
& de le tirer ; mais les Confrères dont
P'Auteur rechercha les confeils , ne le
raffuroient pas fur l'événement , Les uns
craignoient une ankylofe ou foudure
de l'articulation ; les autres une fiftule.
Ces craintes ne rallentirent pas le zéle
de M. Sabatier pour le foulagement du
malade . L'opération ne fut ni longue ni
douloureufe. Le corps étranger avoit la
couleur & la confiftance de vrai cartilage.
La fortie de ce corps fut fuivie de
l'écoulement d'une médiocre quantité
de fynovie. La réunion de la playe fur
tentée par un bandage uniffant & par
la fituation de la partie maintenue dans
des fanons ; le quatrième jour le gonflement
du genou & une tumeur formée
par l'amas de la fynovie , obligérent d'écarter
les bords de la playe pour procu
rer une libre iffue à cette humeur. On
laiffa la playe dans cet état ; au bout de
huit jours la fynovie ceffa de couler ,
les lévres de la playe fe rapprochérent
JUILLET. 1763. 127
infenfiblement , & elle fe confolida entiérement.
Il n'y avoit plus que de la roideur
qu'on tâcha de vaincre vers le
vingtiéme jour , & l'on y parvint peuà
-peu. La guérifon paroiffoit complette
au bout de trois mois ; mais le malade
eft retombé depuis dans un état qui
approche du premier. Il a conftamment ,
fous la rotule une douleur qu'il croit caufée
par un nouveau corps étranger, parce
qu'elle eft toute femblable à celle qu'il
éprouvoit avant qu'on l'opérât.Ce corps
ne s'eft pas encore rendu fenfible au
toucher. S'il le devenoit & qu'il fût mobile
comme le premier , faudroit- il faire
une opération pour en délivrer le
malade M. Sabatier defire que ceux
qui auroient des obfervations de ce
genre les communiquent à l'Académie .
Il feroit utile de conftater la nature de
cette espéce de corps étranger ; de fçavoir
fi l'ouverture des articulations ne
peut point avoir de fuites fâcheufes , &
fi les récidives font plus ou moins à
craindre . On ne peut trop multiplier ces
faits , combiner de raifons , & prévoir
de conféquences pour établir fur tous ces
points des principes certains & falutaires .
M. Pibrac , Directeur de l'Académie ,
termina la Séance par la lecture d'un
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Mémoire très- utile & qui fut fort applau
di , fur l'ufage du ſublimé corrofif dans
le traitement des maladies vénériennes.
M. Pibrac ne s'eft pas laiffé féduire par
les autorités qui ont voulu accréditer un
poifon plus dangereux que la maladie
qu'on a prétendu guérir par fon ufage:
Il en fait connoître les pernicieux effets
dans l'application extérieure ; il paffe enfuite
aux dangers dont le fublimé corrofif
a été fuivi lorfqu'on l'a adminiſtré
intérieurement. Il a recueilli des faits fur
cette pratique meurtrière qu'il feroit
avantageux de publier pour le bien de
l'humanité : on doit l'efpérer du zele
de M. Pibrac ; pour l'y déterminer , il
fuffira de lui rappeller ce qu'il dit dans
fon Mémoire d'après le jugement de la
Faculté de Halle contre ceux qui employent
le fublimé corrofif, même extérieurement
.... Le fort de ceux- là eft .
à plaindre , qui ont le malheur de tomber
entre les mains de pareils affaffins ;
car quand bien même il leur arrive d'échapper
à la mort , leur fanté ne manque
pas de recevoir des atteintes funeftes
: ils traînent une vie languiffante ;
& ce qu'il y a de plus fatal , c'eft qu'ils
ne foupçonnent feulement pas la fource
des maux qu'ils endurent....
de Chirurgie , tenue le 14 Avril 1763 .
L E prix de cette année , fur les maladies
de l'oreille , confiftant en une
Médaille d'or , de cinq cens livres , fondée
par feu M. de la Peyronie , a été
remporté par M. Léchevin , Chirurgien
de l'Hôpital général de Rouen.
L'Académie a adjugé une Médaille
d'or de la valeur de deux cens livres
connue fous le nom de prix d'émulation,
à M. Marrigues , Maître en Chirurgie à
Verfailles. Les cinq petites Médailles
ont été méritées par des obfervations
intéreffantes fournies dans le courant de
l'année précédente , & ont été diftribuées
à MM. Lefne & Beaupreau , Académiciens
de la Claffe des Libres ; à
M. Moublet , Chirurgien à Taiafcon ;
à M. Philippe , Chirurgien à Chartres ;
JUILLET. 1763. 117
& à M. Jean-Daniel Mittelhauffer , Phy
ficien de la Province de Weiffenfels.
Après la diftribution des prix , M. Moprononça
les éloges de M. Daviel ,
Affocié de l'Académie , & Oculiste du
Roi , & de M. Faget , Vice -Directeur
de l'Académie .
rand
M. Daviel s'étoit adonné par goût à la
Chirurgie des yeux , dans laquelle il a
bien mérité de fes Contemporains & de
la postérité par l'opération de la cataracte
dont il faifoit l'extraction , au moyen
d'une incifion demi- circulaire pratiquée
à la partie inférieure de la cornée tranfparente.
Le Mémoire qu'il a donné fur
fa Méthode d'opérer , eft inféré dans le
fecond tome de ceux de l'Académie
Royale de Chirurgie ; il étoit Membre
de plufieurs Sociétés Sçavantes , & eft
mort à Genêve , l'année derniere .
M. Faget avoit été éléve du célébre
M. Petit. Sa réputation avoit commencé
par les fuccès qu'il eut dans la maifon de
Condé , étant Chirurgien de Madame la
Ducheffe- Douairière. Elle augmenta au
point de mettre M. Faget à côté des Praticiens
le plus en vogue , & de lui mériter
de grands Seigneurs pour amis. Il étoit
Confeiller de l'Académie depuis l'année
de fa création en 1731. Il a été pendant
118 MERCURE DE FRANCE .
dix ans Chirurgien de l'Hôpital de la
Charité , tant en qualité de Subſtitut
que de Chirurgien en Chef. Il fe diftingua
dans cette place par fon zéle pour
les pauvres . Il étoit Membre de la Société
Royale de Londres , & Vice - Directeur
de l'Académie de Chirurgie , lorſqu'une
'mort prompte l'enleva l'année dernière.
Il avoit donné à ces deux Compagnies
de fort bons Mémoires fur différens
fujets.
M. Levacher lut des réfléxions fur le
changement de direction des balles , par
la réfiftance des parties molles. Pour peu
qu'on ait eu occafion de traiter des
playes d'armes à feu,on a remarqué que
l'entrée & la fortie d'une balle ne font
pas les extrêmités d'une ligne droite ; &
l'on conçoit que les parties offeufes peuvent
, en détournant le corps étranger ,
être la caufe de cette déviation . M. Leva
cher prouve par plufieurs obfervations
dont l'expofé eft utile & inftructif, que
les feules parties molles , lorfqu'elles font
frappées felon une direction affez oblique
à leur furface , font des obftacles
fuffifans pour changer la voie des balles.
A ces faits fuccéde une démonftration
par les loix du mouvement , dans
laquelle l'Auteur explique comment la
JUILLET. 1763. 119
déviation a lieu dans le choc oblique
par la ligne de direction qui participe de
la perpendiculaire & de Phoriontale.
M. Fabre fit enfuite la lecture d'un
Mémoire fur une nouvelle méthode de
réduire la luxation & la fracture de la
cuiffe & du bras . Il établit pour principe
que la difficulté des réductions vient
moins de la réfiftance qu'oppofe la contraction
involontaire des muſcles , que
du lieu où l'on applique les forces qui
font l'extenfion & la contre - extenfion.
La régle générale établie pour l'extenfion
, eft d'appliquer la puiffance à l'os
même fracturé ou luxé. M. Dupouy ,
Membre de l'Académie , dans un Mémoire
qu'il a lu précédemment , affure
avoir réuffi avec très - peu d'efforts dans
la réduction de quelques luxations , en
tirant le membre par un endroit plus
éloigné , comme au-deffus du poignet
pour la réduction de l'os du bras ; &
par le pied , pour la luxation de la cuiffe.
Un homme s'étoit luxé la cuiffe en
montant derrière un caroffe : la tête de
l'os fut portée avec violence à la partie
poftérieure de la cavité de l'os de la
hanche , & fe logea dans l'intervalle
des muſcles feffiers. Un Chirurgien qui
vit le malade prèſqu'à l'inſtant de l'acci120
MERCURE DE FRANCE.
dent fit beaucoup d'efforts inutiles
quoique bien dirigés fuivant les régles
reçues pour la réduction de cette luxation
. M. Dupouy appellé dans cette circonftance
, étendit horizontalement la
cuiffe malade contre la faine , & pendant
qu'un aide appuyoit avec les mains
fur le genou , il alla prendre le pied : à
peine l'eut - il tiré , fans employer beaucoup
de forces , que le bruit de la tête
de l'os annonça qu'elle étoit rentrée
dans fa cavité. L'événement qui furprit
tout le monde , fut prèfque auffi prompt
qu'un clin d'oeil. M. Fabre adopte le procédé
qui a eu un fuccès fi favorable : il
a eu l'occafion de prouver la fupériorité
de cette méthode ; & il rend raiſon de
la facilité avec laquelle cette opération
réuffit. Les liens deftinés à faire les
extenfions n'agiffent plus fur les muſcles
qui doivent être allongés, de là vient
la moindre douleur , & l'abfence des obftacles
qui s'oppofoient au fuccès de l'extenfion.
M.Fabre rend à cet égard tout ce
qui eftdû à M. Dupouy; mais on n'a levé,
dit il, par cette perfection , que la moindre
des difficultés qu'on rencontre dans
la réduction du fémur ou de l'humerus
luxés ou fracturés , furtout près de
leur col. La principale vient , felon M.
Fabre ,
JUILLET. 1763. 121
Fabre , de la manière dont fe fait la contre-
extenfion . Il y avoit bien eu quelques
objections , il y a environ quarante
ans,contre une nouvelle méthode d'opérer
dans la luxation du bras ,par lefquelles
on blâmoit l'effort qu'on y faifoit contre
les muſcles ; mais M. Fabre ne fe contente
pas de la connoiffance du mal ;
occupé de la recherche des moyens de
faire le bien , il abandonne une critique
jufte mais ftérile , & donne des
principes lumineux fur la manière de
faire la contre - extenfion . Il prouve
que dans la réduction de lacuiffe , par
exemple , le lacq pofé dans le pli de
l'aîne , pour empêcher le corps de fuivre
l'extenfion , s'il eft mis , comme il
étoit d'ufage , du côté malade , porte
fur l'attache des mufcles triceps , & que
ce moyen nuit à la contre- extenfion au
lieu de la favorifer ; puifqu'il comprime
des muſcles qui doivent céder aux efforts
de l'extenfion . M. Fabre confeille
de retenir le corps en plaçant le lacq du
côté fain ; & pour empêcher que le baffin
n'obéiffe obliquement du côté malade
aux extenfions , il prefcrit un ſecond
lacq qui embraffe le baffin du
côté malade , dans l'intervalle qui est
entre la crête de l'os des îles & l'articu-
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE .
lation de la cuiffe : on en fait tenir les
extrémités , du côté oppofé , obliquement
de bas en haut. Par ce double
moyen le baffin eft fixé immobilement
& les mufcles font libres.
On ne peut trop louer des vues auffi
méthodiques , dont l'application aux
différentes parties du corps , rendra donavant
la Chirurgie des fractures & des
luxations , plus douce & plus parfaite.
M. Louis lut enfuite un Mémoire fur
une queftion anatomique relative à la
Jurifprudence , dans lequel il établit les
principes , pour diftinguer à l'infpection
d'un corps trouvé pendu , les fignes du
fuicide d'avec ceux de l'affaffinat. L'utilité
dont cet Ouvrage a été jugé , a
déterminé l'Auteur à le faire imprimer
peu de temps après ; & il en a été rendu
compte dans un des Mercures précédens
, comme d'une nouveauté littéraire
: nous renvoyons à cet extrait
pour le fonds de la doctrine , & nous nous
contenterons de rappeller ici un point
particulier de ce Mémoire.
Le principal foin d'un Chirurgien ap
pellé pour conftater l'état d'un homme
trouvé pendu , n'eft pas fimplement ,
dit M. Louis , de remarquer d'un premier
coup d'oeil , toutes les circonftances
JUILLET. 1763 . 123
qui peuvent l'aider dans le jugement
qu'il aura à porter ; mais il doit examiner
fi le Sujet ne feroit pas encore dans
le cas de recevoir des fecours capables de
le rappeller à la vie . L'expérience a prouvé
que des hommes qu'un délire mélancolique
avoit portés à fe défaire euxmêmes
, ont été délivrés à temps du lien
fatal qui auroit rendu leur mort inévita
ble. On a même fauvé la vie à des gens
qui avoient paffé par les mains de l'Exécuteur
de la Juftice : c'eft furtout dans
les armées que ces exemples ont été fréquens.
En fuppofant , continue l'Auteur,
que les bienfaits de l'Art , ne puiffent
dans aucun cas être refervés aux malfaiteurs
, les refufera-t- on aux victimes infortunées
du dérangement de leur propre
efprit. M. Louis applique aux pendus
les raifons qui permettent de donner des
fecours à ceux qu'on croit noyés, avant
toute formalité de Juftice . On perdroit
un temps trop précieux s'il falloit dans
ces différens cas , attendre que les Officiers
chargés de la Police euffent fait les
Procès- verbaux auxquels leurs fonctions
les obligent. L'humanité profcrit tout
délai dans des occafions auffi preffantes.
Ce feroit une barbarie que de différer
P'ufage des moyens capables de rappeller
"
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
à la vie ceux qui paroîtroient fufceptibles
de quelques fecours. La Juſtice eft
intéreffée elle -même à les ordonner'
parce que les foins d'un habile Chirurgien
peuvent procurerla plus parfaite connoiffance
des caufes du délit. M. Louis
cite à ce fujet l'opération faite par le
célébre Ambroife Paré à un Allemand :
Penfionnaire d'un Banquier de Paris ,
qui s'étoit coupé la gorge dans un accès
de phrénéfie. Le domeftique du bleffé
& fon Hôte , prifonniers au Châtelet de
Paris , auroient eu peine à ſe juſtifier de
l'accufation de l'avoir affaffiné , fi la
playe quoique mortelle par fa nature ,
n'avoit pas été méthodiquement réunie .
Ce fecours ne pouvoit être d'aucune
utilité à la confervation de la vie du
bleffé ; mais il le mit en état de parler ,
& de confeffer qu'il avoit attenté luimême
à fa vie. M. Louis tire de ce fait
intéreffant des inductions concernant
l'affaire de Toulouſe. Il paroît par diverfes
circonstances que le Sujet trouvé
pendu pouvoit n'être pas mort , lorsqu'il
a été vifité par l'Eléve en Chirurgie
appellé dans l'intention de le fecourir :
quel contrafte dans les fuites de cette
funefte avanture , fi cet homme avoit été
fecouru , & qu'il eût pu l'être efficaceJUILLET.
1763. 125
ment ! L'Auteur ajoute pour l'intérêt public
, que l'on néglige trop la connoiffance
des vrais fignes qui caractèrifent
la mort certaine ; connoiffance dont on
a tant d'occafions de faire ufage dans le
cours de la vie , foit pour fes parens ,
foit pour fes amis; & que chacun devroit
defirer dans les autres afin d'en tirer le
fruit foi -même dans le cas malheureux
d'une mortincertaine . M. Louis rappelle
à ce fujet fon traité fur la certitude des la
fignes de mort , où il raffure les Citoyens
de la crainte d'être enterrés vivans.
Après la lecture de ce Mémoire , M.
Sabatier fit celle d'une obfervation fur
un Corps étranger placé dans l'articula .
tion du genou. Un Soldat invalide avoit
les mouvemens de cette partie douloureux
& extrêmement difficiles. On y
fentoit un corps étranger d'une figure
irrégulière , du volume d'une féve de
haricot & fort mobile . Le malade. penfoit
que ce corps s'étoit détaché fubitement
de deffous la rotule , & cela
avoit été précédé de douleurs & de gonflemens
qui ne cédérent aux faignées &
aux émolliens qu'au bout de quatre
jours. Ce corps étranger étoit tantôt au
côté interne , tantôt au côté externe du
genou. M. Sabatier , pour qui cette
Fi
126 MERCURE DE FRANCE.
maladie ' étoit nouvelle , n'eut pas la timidité
des Chirurgiens que le malade
avoit confultés précédemment : aucun
n'avoit ofé en faire l'extraction ; il l'a
pratiqué ; le corps étranger , quoique
fort mobile , pouvoit aifément être affujetti.
Il étoit facile de faire une incifion
& de le tirer ; mais les Confrères dont
P'Auteur rechercha les confeils , ne le
raffuroient pas fur l'événement , Les uns
craignoient une ankylofe ou foudure
de l'articulation ; les autres une fiftule.
Ces craintes ne rallentirent pas le zéle
de M. Sabatier pour le foulagement du
malade . L'opération ne fut ni longue ni
douloureufe. Le corps étranger avoit la
couleur & la confiftance de vrai cartilage.
La fortie de ce corps fut fuivie de
l'écoulement d'une médiocre quantité
de fynovie. La réunion de la playe fur
tentée par un bandage uniffant & par
la fituation de la partie maintenue dans
des fanons ; le quatrième jour le gonflement
du genou & une tumeur formée
par l'amas de la fynovie , obligérent d'écarter
les bords de la playe pour procu
rer une libre iffue à cette humeur. On
laiffa la playe dans cet état ; au bout de
huit jours la fynovie ceffa de couler ,
les lévres de la playe fe rapprochérent
JUILLET. 1763. 127
infenfiblement , & elle fe confolida entiérement.
Il n'y avoit plus que de la roideur
qu'on tâcha de vaincre vers le
vingtiéme jour , & l'on y parvint peuà
-peu. La guérifon paroiffoit complette
au bout de trois mois ; mais le malade
eft retombé depuis dans un état qui
approche du premier. Il a conftamment ,
fous la rotule une douleur qu'il croit caufée
par un nouveau corps étranger, parce
qu'elle eft toute femblable à celle qu'il
éprouvoit avant qu'on l'opérât.Ce corps
ne s'eft pas encore rendu fenfible au
toucher. S'il le devenoit & qu'il fût mobile
comme le premier , faudroit- il faire
une opération pour en délivrer le
malade M. Sabatier defire que ceux
qui auroient des obfervations de ce
genre les communiquent à l'Académie .
Il feroit utile de conftater la nature de
cette espéce de corps étranger ; de fçavoir
fi l'ouverture des articulations ne
peut point avoir de fuites fâcheufes , &
fi les récidives font plus ou moins à
craindre . On ne peut trop multiplier ces
faits , combiner de raifons , & prévoir
de conféquences pour établir fur tous ces
points des principes certains & falutaires .
M. Pibrac , Directeur de l'Académie ,
termina la Séance par la lecture d'un
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Mémoire très- utile & qui fut fort applau
di , fur l'ufage du ſublimé corrofif dans
le traitement des maladies vénériennes.
M. Pibrac ne s'eft pas laiffé féduire par
les autorités qui ont voulu accréditer un
poifon plus dangereux que la maladie
qu'on a prétendu guérir par fon ufage:
Il en fait connoître les pernicieux effets
dans l'application extérieure ; il paffe enfuite
aux dangers dont le fublimé corrofif
a été fuivi lorfqu'on l'a adminiſtré
intérieurement. Il a recueilli des faits fur
cette pratique meurtrière qu'il feroit
avantageux de publier pour le bien de
l'humanité : on doit l'efpérer du zele
de M. Pibrac ; pour l'y déterminer , il
fuffira de lui rappeller ce qu'il dit dans
fon Mémoire d'après le jugement de la
Faculté de Halle contre ceux qui employent
le fublimé corrofif, même extérieurement
.... Le fort de ceux- là eft .
à plaindre , qui ont le malheur de tomber
entre les mains de pareils affaffins ;
car quand bien même il leur arrive d'échapper
à la mort , leur fanté ne manque
pas de recevoir des atteintes funeftes
: ils traînent une vie languiffante ;
& ce qu'il y a de plus fatal , c'eft qu'ils
ne foupçonnent feulement pas la fource
des maux qu'ils endurent....
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12183
p. 129-131
ARTS UTILES. MÉCHANIQUE. NOUVELLE Roue pour la Coutellerie.
Début :
LE sieur Songy, Maître Coutelier à Paris, Cul-de-Sac du Coq Saint-Honoré [...]
Mots clefs :
Roue, Académie, Moyen, Coutellerie, Meules, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTS UTILES. MÉCHANIQUE. NOUVELLE Roue pour la Coutellerie.
ARTS UTILE S.
MÉ CHA NIQUE.
NOUVELLE Roue pour la Coutellerie.
L E fieur Songy , Maître Coutelier
à Paris , Cul - de - Sac du Coq Saint-
Honoré proche le Louvre , a préfenté à
l'Académie Royale des Sciences , une
Roue de fon invention qui lui fert a
faire tourner les Meules par la feule ac
tion de fon pied , qui la met en mou
vement à la maniere des Tourneurs de
Roue. Le Méchanifme en eſt d'autant
plus admirable que c'eft la chofe du
monde la plus fimple ; voici le Juge
ment qu'en a porté l'Académie.
EXTRAIT des Regiftres de l'Académie
Royale des Sciences.
Du 16 Mars 1763.
MM. de Vaucanfon & le Roy , qui
avoient été nommés pour examiner un
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
moyen employé par le fieur Songy, Maî
tre Coutelier à Paris , pour pouvoir en
même temps qu'il travaille à fes. Meules
& Poliffoir , faire mouvoir au moyen
d'une marche ou pédal , la Roue qui
les fait tourner , en ayant fait leur rapport
:
L'Académie a jugé que quoiqu'on ne
puiffe pas s'attendre à faire tourner par
ce moyen une Roue avec autant de
forces & de vîteffe que lorfqu'un homme
la fait tourner à force de bras
cependant comme on peut lui en donner
tout autant qu'en exigent les ouvrages
de Coutellerie , que ce moyen
met d'ailleurs l'ouvrier & les affiftans
à l'abri de la fracture des Meules , que
la trop grande vîteffe de la roue & les
faccades que lui impriment ceux qui
la tournent ne fait que trop fouvent fauter
en éclat qu'il épargne aux Couteliers
le travail du tourneur de roue & l'inconvénient
fouvent très - incommode
d'en dépendre ; & qu'enfin il peut
être
utile dans plufieurs autres cas comme,
par , exemple à une machine Electrique
dont la roue pourroit dans de certaines
circonftances , être mue par la même
perfonne qui frotteroit le globe ce
moyen proposé par le fieur Songy , mé-
:
JUILLET. 1763. 131
ritoit d'être approuvé ; en foi de quoi
j'ai figné le préfent Certificat , à Paris ,
ce 18 Mars 1763 , figné Granjean de
Fouchy , Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale des Sciences.
On voit par le Certificat de l'Académie
, que la roue du fieur Songy eft
applicable à d'autres Arts que la Coutellerie
; il fait voir par un modele qu'il
a chez-lui , qu'il y joint un chapelet de
fon invention dont on pourra fe fervir
fur quel puits que ce puiffe être , fur les
lacs , fur les marais & fur telles piéces
d'eau que l'on trouvera convenable . Le
chapelet puifera depuis douze pieds de
profondeur jufqu'a deux cens. Sa machine
fera portative après avoir fait fon ouvrage
; d'un côté , l'on pourra la tranfporter
dans un autre où l'on en aura befoin
; & il expliquera aux amateurs la
quantité d'eau qu'elle donnera en une
minute.
MÉ CHA NIQUE.
NOUVELLE Roue pour la Coutellerie.
L E fieur Songy , Maître Coutelier
à Paris , Cul - de - Sac du Coq Saint-
Honoré proche le Louvre , a préfenté à
l'Académie Royale des Sciences , une
Roue de fon invention qui lui fert a
faire tourner les Meules par la feule ac
tion de fon pied , qui la met en mou
vement à la maniere des Tourneurs de
Roue. Le Méchanifme en eſt d'autant
plus admirable que c'eft la chofe du
monde la plus fimple ; voici le Juge
ment qu'en a porté l'Académie.
EXTRAIT des Regiftres de l'Académie
Royale des Sciences.
Du 16 Mars 1763.
MM. de Vaucanfon & le Roy , qui
avoient été nommés pour examiner un
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
moyen employé par le fieur Songy, Maî
tre Coutelier à Paris , pour pouvoir en
même temps qu'il travaille à fes. Meules
& Poliffoir , faire mouvoir au moyen
d'une marche ou pédal , la Roue qui
les fait tourner , en ayant fait leur rapport
:
L'Académie a jugé que quoiqu'on ne
puiffe pas s'attendre à faire tourner par
ce moyen une Roue avec autant de
forces & de vîteffe que lorfqu'un homme
la fait tourner à force de bras
cependant comme on peut lui en donner
tout autant qu'en exigent les ouvrages
de Coutellerie , que ce moyen
met d'ailleurs l'ouvrier & les affiftans
à l'abri de la fracture des Meules , que
la trop grande vîteffe de la roue & les
faccades que lui impriment ceux qui
la tournent ne fait que trop fouvent fauter
en éclat qu'il épargne aux Couteliers
le travail du tourneur de roue & l'inconvénient
fouvent très - incommode
d'en dépendre ; & qu'enfin il peut
être
utile dans plufieurs autres cas comme,
par , exemple à une machine Electrique
dont la roue pourroit dans de certaines
circonftances , être mue par la même
perfonne qui frotteroit le globe ce
moyen proposé par le fieur Songy , mé-
:
JUILLET. 1763. 131
ritoit d'être approuvé ; en foi de quoi
j'ai figné le préfent Certificat , à Paris ,
ce 18 Mars 1763 , figné Granjean de
Fouchy , Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale des Sciences.
On voit par le Certificat de l'Académie
, que la roue du fieur Songy eft
applicable à d'autres Arts que la Coutellerie
; il fait voir par un modele qu'il
a chez-lui , qu'il y joint un chapelet de
fon invention dont on pourra fe fervir
fur quel puits que ce puiffe être , fur les
lacs , fur les marais & fur telles piéces
d'eau que l'on trouvera convenable . Le
chapelet puifera depuis douze pieds de
profondeur jufqu'a deux cens. Sa machine
fera portative après avoir fait fon ouvrage
; d'un côté , l'on pourra la tranfporter
dans un autre où l'on en aura befoin
; & il expliquera aux amateurs la
quantité d'eau qu'elle donnera en une
minute.
Fermer
12184
p. 131-132
ARTS AGRÉABLES. GRAVURE.
Début :
LE Sr MARTIN, Peintre & Dessinateur, dont la réputation est si connue [...]
Mots clefs :
Estampes, Spectacle, Desseins, Genre, Auteur
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texteReconnaissance textuelle : ARTS AGRÉABLES. GRAVURE.
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
LE ST MARTIN , Peintre & Deffinateur
, dont la réputation eft fi connue
pour s'être diftingué pendant nombre
F vj
MERCURE DE FRANCE .
d'années qu'il a décoré le brillant Spectacle
de l'Opéra par fes deffeins d'habillemens
, ayant été follicité par plufieurs
perfonnes de confidération depuis
fix années qu'il s'en eft retiré , de continuer
à mettre au jour fes idées dans ce
genre ; en reconnoiffance des applaudiffemens
dont le Public a bien voulu
l'honorer tant qu'il a gouverné cette
partie de Spectacle , a cru devoir graver
une collection d'Eftampes en figures
dont l'élégance & la nobleffe s'accordaffent
parfaitemenr avec le caractère
& la conformité des Perſonnages qu'elles
doivent repréſenter .
Nota. Si l'on fouhaitoit avoir de ces
Eftampes coloriées pour en mieu fentir
les effets , on en trouveroit chez l'Auteur.
Si on avoit befoin même de deffeins
de caractères différens de ceux qui
font déja gravés , en lui en défignant
le genre , il les éxécuteroit dans le goût
de ceux qu'il eft en ufage d'envoyer
dans les Cours étrangères.
Ces Eftampes fe vendront chez l'Auteur
, rue de la Sourdière , la deuxième
porte à gauche après le cul-de -fac des
A Jacobins en entrant par la rue S. Honoré
, & chez la veuve Chereau , rue S
Jacques, aux deux pilliers d'or.
GRAVURE.
LE ST MARTIN , Peintre & Deffinateur
, dont la réputation eft fi connue
pour s'être diftingué pendant nombre
F vj
MERCURE DE FRANCE .
d'années qu'il a décoré le brillant Spectacle
de l'Opéra par fes deffeins d'habillemens
, ayant été follicité par plufieurs
perfonnes de confidération depuis
fix années qu'il s'en eft retiré , de continuer
à mettre au jour fes idées dans ce
genre ; en reconnoiffance des applaudiffemens
dont le Public a bien voulu
l'honorer tant qu'il a gouverné cette
partie de Spectacle , a cru devoir graver
une collection d'Eftampes en figures
dont l'élégance & la nobleffe s'accordaffent
parfaitemenr avec le caractère
& la conformité des Perſonnages qu'elles
doivent repréſenter .
Nota. Si l'on fouhaitoit avoir de ces
Eftampes coloriées pour en mieu fentir
les effets , on en trouveroit chez l'Auteur.
Si on avoit befoin même de deffeins
de caractères différens de ceux qui
font déja gravés , en lui en défignant
le genre , il les éxécuteroit dans le goût
de ceux qu'il eft en ufage d'envoyer
dans les Cours étrangères.
Ces Eftampes fe vendront chez l'Auteur
, rue de la Sourdière , la deuxième
porte à gauche après le cul-de -fac des
A Jacobins en entrant par la rue S. Honoré
, & chez la veuve Chereau , rue S
Jacques, aux deux pilliers d'or.
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12185
p. 133
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
LE Vendredi premier Juillet, le Concert commença par l'ouverture de [...]
Mots clefs :
Concert, Divertissement, Fragments, Musique vocale, Musique instrumentale
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texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE...
LEE Vendredi premier Juillet , le.
Concert commença par l'ouverture de
Zaïs , fuivie de Fragmens , dâns lefquels.
on exécuta le Divertiffement des Bergers
du premier Acte de Camille ; &
après différens morceaux , le Concert
finit par une partie du quatriéme Acte.
de Dardanus. Et le Choeur , il eft temps
de courir aux armes , du même Opéra.
Celui du 8 de ce mois , a commencé
par des Fragmens , compofés de différens
morceaux tant en Mufique vocale
qu'inftrumentale , & tirées en partie
des fêtes de l'Hymen & des fêtes de
Polymnie. On exécuta enfuite le Divertiffement
de l'Enchantement du quatriéme
Acte de Canante. Le Concert finit
par le deuxiéme Acte d'Hyppolite &
Aricie.
Dans ces deux Concerts Miles CHE
VALIER , ARNOUD , LARRIVÉE &
DUBOIS chanterent ainfi que MM
LARRIVÉE , GELIN & MUGUET.
LEE Vendredi premier Juillet , le.
Concert commença par l'ouverture de
Zaïs , fuivie de Fragmens , dâns lefquels.
on exécuta le Divertiffement des Bergers
du premier Acte de Camille ; &
après différens morceaux , le Concert
finit par une partie du quatriéme Acte.
de Dardanus. Et le Choeur , il eft temps
de courir aux armes , du même Opéra.
Celui du 8 de ce mois , a commencé
par des Fragmens , compofés de différens
morceaux tant en Mufique vocale
qu'inftrumentale , & tirées en partie
des fêtes de l'Hymen & des fêtes de
Polymnie. On exécuta enfuite le Divertiffement
de l'Enchantement du quatriéme
Acte de Canante. Le Concert finit
par le deuxiéme Acte d'Hyppolite &
Aricie.
Dans ces deux Concerts Miles CHE
VALIER , ARNOUD , LARRIVÉE &
DUBOIS chanterent ainfi que MM
LARRIVÉE , GELIN & MUGUET.
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12186
p. 134
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
ON a donné sur ce Théâtre le Lundi II de ce mois la septiéme représentation [...]
Mots clefs :
Comédie française, Représentation, Danseurs, Danseuses, Public, Talents, Retraite
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
O N a donné fur ce Théâtre le Lundi
II de ce mois la feptiéme repréfentation
de l'Anglois à Bordeaux , fuivie du Ballet
de M. VESTRIS , exécuté par les
Danfeurs & les Danfeufes de l'Opéra .
Mlle DANGEVILLE a continué de jouer
dans cette Piéce , & , le Public par conféquent
continue & fon empreffement
& fon affluence , d'autant que le mérite
de l'ouvrage concourt auffi à perpétuer
le plaifir des Spectateurs , & l'infatiable
avidité , fi l'on peut dire , de jouir
encore des talens inimitables de cette
Actrice après fa retraite .
O N a donné fur ce Théâtre le Lundi
II de ce mois la feptiéme repréfentation
de l'Anglois à Bordeaux , fuivie du Ballet
de M. VESTRIS , exécuté par les
Danfeurs & les Danfeufes de l'Opéra .
Mlle DANGEVILLE a continué de jouer
dans cette Piéce , & , le Public par conféquent
continue & fon empreffement
& fon affluence , d'autant que le mérite
de l'ouvrage concourt auffi à perpétuer
le plaifir des Spectateurs , & l'infatiable
avidité , fi l'on peut dire , de jouir
encore des talens inimitables de cette
Actrice après fa retraite .
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12187
p. 134-147
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE Lundi 4 de ce mois on a donné la première représentation des Fêtes de la [...]
Mots clefs :
Abbé, Paix, Femme, Bourgeoise, Scène, Mari, Grenadier
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 4 de ce mois on a donné la
première repréſentation des Fêtes de la
Paix , Divertiffement nouveau en un
acte , paroles de M. FAVART , mufique
de M. PHILIDOR. A cette première
repréſentation , la Piéce parut un peu
trop chargée de chants & de danfes ;
on en a fupprimé quelques parties &
changé quelque chofe dans la diftribuJUILLET.
1763. 135
tion , ce qui en a développé davantage
l'agrément , & lùi a procuré un fuccès
qui continue de fe foutenir. Nous allons
donner une Analyfe fommaire de ce
Divertiffement , dans laquelle il convient
de prévenir , que perdra beaucoup
un Ouvrage arrangé pour recevoir de
nouvelles grâces par celles du chant &
des danfes.
ANALYE des Fêtes de LA PAIX ,
DIVERTISSEMENT NOUVEAU.
PERSONNAGES.
UN HERAULT D'ARMES ,
DEUX SUISSES chantans.
COLAS , petit Berger ,
BABET petite Bergère ,
UN FAUX ABBÉ ,
UNE BOURGEOISE ,
UN GRENADIER , Mari
de la Bourgeoife ,
UN MAITRE de Penfion ,
UNE BOUQUETIERE ,
UN JARDINIER ,
GOMBAULT vieux Soldat
retiré au Village
MACÉ . femme de Gombault ,
L'OFFICIER , fils de Gombault
ACTEURS.
M. Cailleau.
Mlle Riviere.
Mlle la Ruette.
M. Clairval.
Mile Bognioli.
M. la Ruette.
M. Rochart.
Mlle Favart.
M. Chanville.
M. Cailleau.
Mlle Favart.
M. Lobreau.
Mlle Louifon Thomaffin.
UN CARILLONNEUR ,
& de Macé ,
La petite- fille de Gombault
& Macé
La femme du Carillonneur ,
UN ARTIFICIER ,
M. la Ruette.
Mlle Defglands.
M. Cailleau
CH UR de gens de tous états.
136 MERCURE DE FRANCE.
EE Théâtre représente une grande place.
environnée de Portiques ; des Trophées
font fufpendus entre les Colonnes , &
fur des Gradins de pierre difpofés en
Amphithéâtre, comme dans un Cirque ,
on voit des Statues repréſentàns les
Grands Hommes qui ont illuftré la
France dans tous les genres . Au milieu
de cette Place eft repréfentée la Figure
Equeftre du Roi avecfon Pied- d'Eftal
& les Ornemens qui l'accompagnent,
telle qu'on la voit dans la Place de
Louis XV..
A l'ouverture de la Scène , des Suiffes très-bien
caractérisés par les tailles & par les habits , paroiffent
s'opposer au tumulte du Peuple qui veur
approcher ; ce qui forme un Choeur bruyant dans
lequel les gens du Peuple diſent en chantant que
la Fête eft pour eux ; qu'ils ont droit d'approcher;
& les Suilles répétent la défenſe d'approcher.
Ce Choeur eft interrompu par la marche des
Héraults d'Armes , vêtus en habits de cérémonie,
tels qu'on les a vus à la Publication de la
Paix. Ils approchent au fon des Timballes
Fifres & Trompettes. Le Chef de ces Héraults
vient annoncer la Paix par une Ariette dans laquelle
il impofe filence à ces Inftrumens guerriers
qui ne doivent plus épouvanter la terre , &
continue en chantant.
»Jouiffez tous d'un fort tranquille ;
Ma voix vous annonce la Paix ;
JUILLET. 1763. 137
» La Paix régne dans cet afyle ;
D'un Roi qui vous la donne , honorez les bien
>> faits.
Le tumulte entre le Peuple & les Suiffes , recom
mence. Le Chef des Hérauts-d'Armes ordonne de
laiffer paffer tous ceux qui veulent approcher
de la Satue du Roi , & continue de chanter
» Dans ce jour où tout profpère ,
» Il n'eft point d'Etats différens
» Laiſſez entrer Petits & Grands ;
» Laiffez les coeurs fe fatisfaire ;.
» Doit-on empêcher des Enfans
>> De venir voir leur Père ?
}
Des Jardiniers & des Bouquetières arrivent ,
en danfant & en chantant. Les Jardiniers plantent
des Oliviers autour de la Statue du Roi
qu'ils environnent de guirlandes de fleurs. Les
danfes des uns & des autres font interrompues
par des Chanfons en couplets , dont nous ne
rapportons que les premiers de chacune..
Premier Couplet de la Chanfon des Bou
QUETIÉRES.
» Offrons tous nos Bouquets
» C'eſt l'Amour qui les a faits ,
» De même que nos offrandes 34
> Nos coeurs font épanouis.
» Pour notre bon Roi LOUIS
» L'Amour en fait des guirlandes
Offrons , &c..
138 MERCURE DE FRANCE.
Premier couplet des JARDINIERS.
>>Jarnigué
J'avons le coeur gai ,
» Ce mois eft pour nous le mois de Mai.
Ne faites point ici les fières ,
» Nous voulons y être les premiers ;
» Sans nous autres bons Jardiniers ,
>> On n'auroit point de Bouquetières.
Les Jardiniers & les Bouquetières retirés , la
petite Bergère Babet vient attendre Colas , petit
Berger du même âge , qui lui a donné parole.
Ce qu'elle fait entendre dans une espèce de
Romance qu'elle chante , dont le fujet eft l'inclination
qu'elle fe fent à livrer fon coeur , &
la peine qu'elle aura de s'en défendre dans un
jour où chacun fe livre au fentiment. Colas a
pris un nid d'oifeau au Bois de Boulogne , il
les apporte dans fa chemife . Cette fcène trèsdélicate
& très-naïve , prête beaucoup à unjeu
très-agréable , par lequel Colas l'engage à prendre
elle-même ces petits oifeaux dans fa chemife
, fans lui dire ce que c'eft : après bien des
craintes & des difficultés , lorfque Babet a enfin
découvert elle - même les oifeaux que cachoit
fon Berger , elle eſt touchée de leur fort & de celui
de leur Mère ; elle veut leur donner la volée ,
ce qui amène une Ariette très-agréable & trèsbien
chantée , qui commence par ces mots.
Volez, volex , petits oifeaux , &c. Cette fcène eft
fuivie d'une autre dans le genre Comique qui
produit un effet fort amufant , entre une Bourgeoife
& un jeune Homme habillé en Abbé ,
avec un furtout de campagne.
JUILLET. 1763. 139
La scène commence par un Duo , dans lequel
la Bourgeoife marque fes fcrupules & fa délicateffe
fur la propofition que lui fait l'Abbé de
lui donner le bras ; & celui - ci s'efforce de lui
perfuader la ridiculité de fes craintes . La Bourgeoife
appréhende qu'on ne croye que l'Abbé
eft amoureux d'elle , d'où celui- ci en prend occafion
de lui déclarer fes feux ...... cédez ( dit
l'Abbé ) cédez à mes voeux ; à quoi la Bourgeoife ,
d'un ton de prude , replique ....... Monfieur ,
» Je n'ai jamais cédé , je fuis honête femme.
Mais l'Abbé déclare qu'il eft Homme à l'époufer:
la Bourgeoife marque fon étonnement :
L'Abbé en expliquant fon prétendu Etat , dit :
» Je fuis libre , j'ai du bien ;
Cet habit- là , Madame , & rien ,
» C'eſt à- peu-près la même chofe :
On le prend pour tromper les yeux ;
Plus d'un ainfi que moi , par ce dehors impofe ,
Sans engagement férieux.
Vous
LA BOURGEOISE.
n'en avez aucuns ?
L'ABBÉ.
>> Aucun ; s'il faut vous dire
Je me confie à vous , à peine fçai-je lire ;
J'ai pris cet attirail par prudence , par goût ;
» Enfin , comme un paffe -partour ,
» Car on en tire un fort grand avantage ;
» C'eft moins pour moi , Madame , un Etat
» qu'un maintien ;
140 MERCURE DE FRANCE .
» Heureux qui fçait en faire ufage ;
Par -là je tiens à tout en ne tenant à rien.-
» On nous reçoit fans conféquence;
» Infenfiblement on s'avance.
→On nous goûte en faveur de la frivolité
» C'eſt en elle aujourd'hui que mon état conſiſtez-
» Avec quatre doigts de Baptifte
Nous acquérons le droit de l'inutilité ;
Et pouvon sêtre oififs en toute liberté.
LA BOURGEOISE.
Mais tous ces oififs- là demandent de l'ouvrage,
L'ABBÉ
» Notre régne n'eft pas tombé ,
Nous nous infinuons toujours dans le ménage
» Chaque maifon a fon Abbé .
Ily donne le ton , y joue un perfonnage ,
Pour les Valets il eft Monfieur l'Abbé ,
» Pour le Mari , Mon cher Abbé
Pour la Femme , l'Abbé..
LA BOURGEOISE.
Vous connoiſſez l'ufage
» C'est le fecrets de parvenir .
&c. &c.
Lorfque la Bourgeoife , fenfible aux propofi
Nons de l'Abbé , regrette de n'être pas affurée
du fort de fon mari , qu'elle croit mort ; ce
mari qui eſt un Grenadier , vient & la ſurprendi
P
JUILLET. 1763. 141
avec l'Abbé. La Bourgeoile eft prête de s'évanouir
de frayeur & de chagrin , le bon Grenadier
prend cela pour un effet de la tendreffe
de la femme. Elle fe plaint de toutes les inquiétudes
qu'il lui a caufées ; il dit n'être arrivé que
de la veille ; elle lui reproche fon peu d'empreſſement
, & le querelle de ce qu'il eft déjà
yvre ; il en canvient , mais c'eſt , dit-il , par
Sentiment qu'il s'eft grife ; il a bu avec les Camarades
à la fanté de tous les Peuples de la Terre ,
qui font nos bons amis , puifque la Paix eft générale.
L'Abbé veut appuyer les reproches de la
Femme. Le Mari demande quel eft cet original
? La Femme répond que c'est un de fes amis.
Après quelques plaifanteries , le Mari qui prend
la chofe plus férieufement , contraint l'Abbé de
quitter la partie. En fe retirant il déclare au
Grenadier , avec un air de menace , qu'il fera
tout auffi Militaire que lui quand il voudra ; ce
qui fait entendre à celui-ci , que ce n'est qu'un
Homme ordinaire déguifé en Abbé.
» Commment diable !
( dit le Grenadier. ) Il prend un habit reſpectable ;
Pour être un mauvais Sujet , un mauvais
» citoyen , לכ
» Etre à charge au Public , en un mot , bon
» à rien.
La femme dit que c'est précisément cet habit
qui l'a trompée ; qu'elle a pris cet homme pour
un de ces beaux efprits diftingués qui le por
tent , & qui méritent l'eftime de tous les honnêtes
gens. Le mari lui pardonne & finit certe
fcène par une Ariette , qui peint très – bien la
142 MERCURE DE FRANCE .
façon de s'énoncer d'un homme dont la tête
& les organes font embarraffés par les fumées
du vin. Ce que l'Acteur éxécute très - plaifamment
dans fon chant. Le refrain du Rondeau de
cettte Ariette eſt ainfi.
» Il faut que la paix foit bien grande ,
» Elle régne entre les époux.
Cette Scène eft fuivie d'un Ballet , après le
quel un Précepteur vient au milieu de fes écoliers
à qui il montre la Statue du Roi , en diſant ,
O ! Pueri , Pueri venite .
Levez les yeux , & plaudite.
Qu'à jamais dans votre mémoire ,
» Plus encor dans vos coeurs foient imprimés
> les traits
» D'un Roi qui vous donne la paix . ·
» La vaſte ambition , l'orgueil de la victoire
« Ne rendent point un Monarque plus grands
Un Prince pacifique efface un Conquérant.
» Le temple de la Paix eft celui de la ' Gloire,.
» Voyez encor ces hommes revérés &c.
Le Précepteur leur montre les figures des hom
mes illuftres qui rempliffent les gradins du portique
; il leur en nomme quelques - uns dans chaque
genre.
Tout un Village eft arrivé à Paris pour 'voir
la Statue du Roi & les fêtes publiques . Au
nombre des habitans de ce village , eft un vicillard
avec fa femme ils chantent en duo le bon
JUILLET. 1763. 143
•
temps dont on va jouir. Ses compatriotes le
prient de les mener voir le Roi en perfonne ,
pour admirer de près celui qui fait leur bonheur.
Gombault ( ainfi fe nomme ce vieillard )
eſt un ancien Militaire , il a été ſoldat juſqu'à
ce que le poids des années l'ait contraint à fe
retirer. Il raconte & détaille les dangers qu'a
partagés le Monarque avec fes foldats , que fes
regards encourageoient dans les horreurs de la
guerre. Sa petite fille ( Louifon) lui demande ce
que c'eſt que la guerre. Il en expofe tous les
malheurs par la comparaifon d'un horrible ouragan
, qui quelques années auparavant avoit
ravagé tout le canton. Ce qui fait le fujet d'une
très-belle Ariette où le Muficien a fuivi avec
une admirable énergie , l'image que préfentent
les paroles. Le vieillard bénit avec tous les habitans
la bonté du Roi , qui avoit épargné à toutes
les Provinces les calamités que produit ce
fléau , en les laiffant cultiver la terre dans le
fein du repos. Les épanchemens de coeur de
ces bonnes gens , font interrompus par le bruit
d'un Tambour : c'eft François fils de Gombault
qui s'étoit mis dans le fervice quand fon Père s'en
elt retiré. Il a fervi , en franc Soldat , avec tant
de valeur &de fa geffe qu'il a mérité le grade d'Officier
& la croix , faveur du Prince qui achève ce
que l'honneur a commencé. L'Officier fe propofe
de faire fervir la penfion dont il eft gratifié à
procurer à fa familleune vie plus commode , &
fe difpofe lui-même à les aider dans les foins de
la culture des terres tant que la Paix lui en laiffera
le loifir. En s'adreſſant à des Grenadiers qui furviennent
& le reconnoiffent pour un de leurs anciene
camarades , l'Officier dit :
Prenez part à mon allégreffe ,
$44 MERCURE DE FRANCE
Amis , je fuis le fils de ces bons Payfans3
» Que je les vois avec tendreffe !
» Je ne dois qu'à leurs fentimens
Mes premiers degrés de Nobleſſe.
Il prefente fa famille aux Grenadiers qui pren
nent dans leurs bras la petite Louifon , la fille ,
& l'élévent pour lui faire voir de plus près
comme elle le fouhaite , la Statue du bon Roi.
La Fête villageoife recommence avec les inftrumens
champêtres. Les Grenadiers s'y joignent
& chantent des couplets galamment grivois.
Succeffivement la Place fe remplit d'une multitude
de gens de tout âge & de tous Etats.
La Fête devient générale & finit par un Ballet
quipeint le tumulte de la joie ; au milieu duquel
un Carillonneur , fa Femme & un Artificier
chantent des morceaux qui caractériſent leurs
fonctions.
REMARQUES.
Nous avons répété plufieurs fois des
réfléxions fur l'efpéce de mode qui s'eſt
introduite depuis quelque temps , de
mêler le chant avec le fimple récit de
la Comédie. Nous croyons avoir , dans
l'événement de la première repréfentation
des Fêtes de la Paix , une preuve
du préjudice que cela fait aux Ouvrages
dramatiques , furtout lorfque le
chant vient interrompre le dialecte naturel
de la Comédie. La Piéce commençoit
JUILLET. 1763. 145
çoit après les Ariettes du Hérault d'armes
& les choeurs de la multitude , qui
ne font que des annonces , par un
dialogue prèfqu'entiérement récité.
On dut s'appercevoir de l'impreffion
fâcheufe que fit la fuite des chants
qui fuccédoient à cette Scène. Ces
chants étoient néanmoins agréables ,
la plus part a reçu depuis des applaudiffemens
, & quelques- uns même
l'admiration qu'ils méritoient. La caufe
de cet effet eft donc dans l'efpéce d'habitude
que l'efprit avoit contracté par
ce commencement de Comédie , & la
peine d'en être diftrait par un autre genre.
On n'a fait que tranfpofer cette
Scène , on l'a placée après d'autres où
le chant domine , où le plaifir des oreilles
a eu pour ainfi dire le temps de prendre
toutfon empire fur l'imagination de
l'Auditeur. De là , tout l'Ouvrage a
paru changer de face , & depuis ce changement
, les applaudiffemens les plus
continuels & les plus univerfels ont vengé
le Poëte & le Muficien de la mépriſe
des premiers jugemens .
M. FAVART n'auroit rien perdu de
la gloire fi juftement acquife par tous fes
autres Ouvrages, quand même dans le moment
qu'applaudi avec tranſport , fuivi
II. Vol
G
146 MERCURE DE FRANCE .
avec une affluence perpétuelle au Théâtre
François dans l'Anglois à Bordeaux , il
n'auroit pas eu l'honneur , très- difficile ,
de réuffir à un autre Théâtre fur le même
fujet. Le fuccès a juftifié le courage,
on pourroit peut- être dire la témérité
de l'avoir entrepris . On reconnoît dans
la Scène de la Bourgeoife & de l'Abbé
ce tour fin & délicat d'une fatyre légère
& pittorefque des moeurs , qui convient
fi bien à Thalie , & dont l'Auteur a fait
un fi heureux emploi dans l'Anglois à
Bordeaux . On retrouve dans la Scène
de Gombault ce fentiment éclairé par
la Philofophie , cette tendreffe d'une
belle âme , première fource de toutes
les vertus & furtout des vertus patrio-
/ tiques. Dans les Couplets & dans toutes
les parties de ce même Divertiffement ,
on apperçoit fouvent les traits des mê
mes grâces qui ont orné tant d'Ouvrages
lyriques de cet Auteur. Nous devons
rendre témoignage en même temps , de
la juftice que le Public rend journellement
à plufieurs morceaux diftingués de
M. PHILIDOR dans cette Piéce; plufieurs
font marqués au coin du génie & de la
grande intelligence dans la Science harmonique.
Nous n'en conclurons pas
moins cependant , en général , que ce
JUILLET. 1763. 147
genre mixte a des vices effentiels , que
peut dérober quelquefois au fentiment
du Vulgaire la féduction d'un certain
luxe de Spectacle : mais qu'au jugement
du bon goût & de la faine critique , il
fera toujours plus perdre que gagner
au Poëte comique qui , comme M. FAVART
, n'auroit pas befoin du fecours
d'un vain fard,pour en impofer fur la réalité
de fes agrémens ; ainfi qu'aux grands
Muficiens qui pourroient fe paffer des interruptions
de la Scène & occuper agréablement
leur Auditeur pendant toure
l'étendue d'un Spectacle confacré à leur
Art , tel que feroit par exemple celui de
l'Opéra.
LE Lundi 4 de ce mois on a donné la
première repréſentation des Fêtes de la
Paix , Divertiffement nouveau en un
acte , paroles de M. FAVART , mufique
de M. PHILIDOR. A cette première
repréſentation , la Piéce parut un peu
trop chargée de chants & de danfes ;
on en a fupprimé quelques parties &
changé quelque chofe dans la diftribuJUILLET.
1763. 135
tion , ce qui en a développé davantage
l'agrément , & lùi a procuré un fuccès
qui continue de fe foutenir. Nous allons
donner une Analyfe fommaire de ce
Divertiffement , dans laquelle il convient
de prévenir , que perdra beaucoup
un Ouvrage arrangé pour recevoir de
nouvelles grâces par celles du chant &
des danfes.
ANALYE des Fêtes de LA PAIX ,
DIVERTISSEMENT NOUVEAU.
PERSONNAGES.
UN HERAULT D'ARMES ,
DEUX SUISSES chantans.
COLAS , petit Berger ,
BABET petite Bergère ,
UN FAUX ABBÉ ,
UNE BOURGEOISE ,
UN GRENADIER , Mari
de la Bourgeoife ,
UN MAITRE de Penfion ,
UNE BOUQUETIERE ,
UN JARDINIER ,
GOMBAULT vieux Soldat
retiré au Village
MACÉ . femme de Gombault ,
L'OFFICIER , fils de Gombault
ACTEURS.
M. Cailleau.
Mlle Riviere.
Mlle la Ruette.
M. Clairval.
Mile Bognioli.
M. la Ruette.
M. Rochart.
Mlle Favart.
M. Chanville.
M. Cailleau.
Mlle Favart.
M. Lobreau.
Mlle Louifon Thomaffin.
UN CARILLONNEUR ,
& de Macé ,
La petite- fille de Gombault
& Macé
La femme du Carillonneur ,
UN ARTIFICIER ,
M. la Ruette.
Mlle Defglands.
M. Cailleau
CH UR de gens de tous états.
136 MERCURE DE FRANCE.
EE Théâtre représente une grande place.
environnée de Portiques ; des Trophées
font fufpendus entre les Colonnes , &
fur des Gradins de pierre difpofés en
Amphithéâtre, comme dans un Cirque ,
on voit des Statues repréſentàns les
Grands Hommes qui ont illuftré la
France dans tous les genres . Au milieu
de cette Place eft repréfentée la Figure
Equeftre du Roi avecfon Pied- d'Eftal
& les Ornemens qui l'accompagnent,
telle qu'on la voit dans la Place de
Louis XV..
A l'ouverture de la Scène , des Suiffes très-bien
caractérisés par les tailles & par les habits , paroiffent
s'opposer au tumulte du Peuple qui veur
approcher ; ce qui forme un Choeur bruyant dans
lequel les gens du Peuple diſent en chantant que
la Fête eft pour eux ; qu'ils ont droit d'approcher;
& les Suilles répétent la défenſe d'approcher.
Ce Choeur eft interrompu par la marche des
Héraults d'Armes , vêtus en habits de cérémonie,
tels qu'on les a vus à la Publication de la
Paix. Ils approchent au fon des Timballes
Fifres & Trompettes. Le Chef de ces Héraults
vient annoncer la Paix par une Ariette dans laquelle
il impofe filence à ces Inftrumens guerriers
qui ne doivent plus épouvanter la terre , &
continue en chantant.
»Jouiffez tous d'un fort tranquille ;
Ma voix vous annonce la Paix ;
JUILLET. 1763. 137
» La Paix régne dans cet afyle ;
D'un Roi qui vous la donne , honorez les bien
>> faits.
Le tumulte entre le Peuple & les Suiffes , recom
mence. Le Chef des Hérauts-d'Armes ordonne de
laiffer paffer tous ceux qui veulent approcher
de la Satue du Roi , & continue de chanter
» Dans ce jour où tout profpère ,
» Il n'eft point d'Etats différens
» Laiſſez entrer Petits & Grands ;
» Laiffez les coeurs fe fatisfaire ;.
» Doit-on empêcher des Enfans
>> De venir voir leur Père ?
}
Des Jardiniers & des Bouquetières arrivent ,
en danfant & en chantant. Les Jardiniers plantent
des Oliviers autour de la Statue du Roi
qu'ils environnent de guirlandes de fleurs. Les
danfes des uns & des autres font interrompues
par des Chanfons en couplets , dont nous ne
rapportons que les premiers de chacune..
Premier Couplet de la Chanfon des Bou
QUETIÉRES.
» Offrons tous nos Bouquets
» C'eſt l'Amour qui les a faits ,
» De même que nos offrandes 34
> Nos coeurs font épanouis.
» Pour notre bon Roi LOUIS
» L'Amour en fait des guirlandes
Offrons , &c..
138 MERCURE DE FRANCE.
Premier couplet des JARDINIERS.
>>Jarnigué
J'avons le coeur gai ,
» Ce mois eft pour nous le mois de Mai.
Ne faites point ici les fières ,
» Nous voulons y être les premiers ;
» Sans nous autres bons Jardiniers ,
>> On n'auroit point de Bouquetières.
Les Jardiniers & les Bouquetières retirés , la
petite Bergère Babet vient attendre Colas , petit
Berger du même âge , qui lui a donné parole.
Ce qu'elle fait entendre dans une espèce de
Romance qu'elle chante , dont le fujet eft l'inclination
qu'elle fe fent à livrer fon coeur , &
la peine qu'elle aura de s'en défendre dans un
jour où chacun fe livre au fentiment. Colas a
pris un nid d'oifeau au Bois de Boulogne , il
les apporte dans fa chemife . Cette fcène trèsdélicate
& très-naïve , prête beaucoup à unjeu
très-agréable , par lequel Colas l'engage à prendre
elle-même ces petits oifeaux dans fa chemife
, fans lui dire ce que c'eft : après bien des
craintes & des difficultés , lorfque Babet a enfin
découvert elle - même les oifeaux que cachoit
fon Berger , elle eſt touchée de leur fort & de celui
de leur Mère ; elle veut leur donner la volée ,
ce qui amène une Ariette très-agréable & trèsbien
chantée , qui commence par ces mots.
Volez, volex , petits oifeaux , &c. Cette fcène eft
fuivie d'une autre dans le genre Comique qui
produit un effet fort amufant , entre une Bourgeoife
& un jeune Homme habillé en Abbé ,
avec un furtout de campagne.
JUILLET. 1763. 139
La scène commence par un Duo , dans lequel
la Bourgeoife marque fes fcrupules & fa délicateffe
fur la propofition que lui fait l'Abbé de
lui donner le bras ; & celui - ci s'efforce de lui
perfuader la ridiculité de fes craintes . La Bourgeoife
appréhende qu'on ne croye que l'Abbé
eft amoureux d'elle , d'où celui- ci en prend occafion
de lui déclarer fes feux ...... cédez ( dit
l'Abbé ) cédez à mes voeux ; à quoi la Bourgeoife ,
d'un ton de prude , replique ....... Monfieur ,
» Je n'ai jamais cédé , je fuis honête femme.
Mais l'Abbé déclare qu'il eft Homme à l'époufer:
la Bourgeoife marque fon étonnement :
L'Abbé en expliquant fon prétendu Etat , dit :
» Je fuis libre , j'ai du bien ;
Cet habit- là , Madame , & rien ,
» C'eſt à- peu-près la même chofe :
On le prend pour tromper les yeux ;
Plus d'un ainfi que moi , par ce dehors impofe ,
Sans engagement férieux.
Vous
LA BOURGEOISE.
n'en avez aucuns ?
L'ABBÉ.
>> Aucun ; s'il faut vous dire
Je me confie à vous , à peine fçai-je lire ;
J'ai pris cet attirail par prudence , par goût ;
» Enfin , comme un paffe -partour ,
» Car on en tire un fort grand avantage ;
» C'eft moins pour moi , Madame , un Etat
» qu'un maintien ;
140 MERCURE DE FRANCE .
» Heureux qui fçait en faire ufage ;
Par -là je tiens à tout en ne tenant à rien.-
» On nous reçoit fans conféquence;
» Infenfiblement on s'avance.
→On nous goûte en faveur de la frivolité
» C'eſt en elle aujourd'hui que mon état conſiſtez-
» Avec quatre doigts de Baptifte
Nous acquérons le droit de l'inutilité ;
Et pouvon sêtre oififs en toute liberté.
LA BOURGEOISE.
Mais tous ces oififs- là demandent de l'ouvrage,
L'ABBÉ
» Notre régne n'eft pas tombé ,
Nous nous infinuons toujours dans le ménage
» Chaque maifon a fon Abbé .
Ily donne le ton , y joue un perfonnage ,
Pour les Valets il eft Monfieur l'Abbé ,
» Pour le Mari , Mon cher Abbé
Pour la Femme , l'Abbé..
LA BOURGEOISE.
Vous connoiſſez l'ufage
» C'est le fecrets de parvenir .
&c. &c.
Lorfque la Bourgeoife , fenfible aux propofi
Nons de l'Abbé , regrette de n'être pas affurée
du fort de fon mari , qu'elle croit mort ; ce
mari qui eſt un Grenadier , vient & la ſurprendi
P
JUILLET. 1763. 141
avec l'Abbé. La Bourgeoile eft prête de s'évanouir
de frayeur & de chagrin , le bon Grenadier
prend cela pour un effet de la tendreffe
de la femme. Elle fe plaint de toutes les inquiétudes
qu'il lui a caufées ; il dit n'être arrivé que
de la veille ; elle lui reproche fon peu d'empreſſement
, & le querelle de ce qu'il eft déjà
yvre ; il en canvient , mais c'eſt , dit-il , par
Sentiment qu'il s'eft grife ; il a bu avec les Camarades
à la fanté de tous les Peuples de la Terre ,
qui font nos bons amis , puifque la Paix eft générale.
L'Abbé veut appuyer les reproches de la
Femme. Le Mari demande quel eft cet original
? La Femme répond que c'est un de fes amis.
Après quelques plaifanteries , le Mari qui prend
la chofe plus férieufement , contraint l'Abbé de
quitter la partie. En fe retirant il déclare au
Grenadier , avec un air de menace , qu'il fera
tout auffi Militaire que lui quand il voudra ; ce
qui fait entendre à celui-ci , que ce n'est qu'un
Homme ordinaire déguifé en Abbé.
» Commment diable !
( dit le Grenadier. ) Il prend un habit reſpectable ;
Pour être un mauvais Sujet , un mauvais
» citoyen , לכ
» Etre à charge au Public , en un mot , bon
» à rien.
La femme dit que c'est précisément cet habit
qui l'a trompée ; qu'elle a pris cet homme pour
un de ces beaux efprits diftingués qui le por
tent , & qui méritent l'eftime de tous les honnêtes
gens. Le mari lui pardonne & finit certe
fcène par une Ariette , qui peint très – bien la
142 MERCURE DE FRANCE .
façon de s'énoncer d'un homme dont la tête
& les organes font embarraffés par les fumées
du vin. Ce que l'Acteur éxécute très - plaifamment
dans fon chant. Le refrain du Rondeau de
cettte Ariette eſt ainfi.
» Il faut que la paix foit bien grande ,
» Elle régne entre les époux.
Cette Scène eft fuivie d'un Ballet , après le
quel un Précepteur vient au milieu de fes écoliers
à qui il montre la Statue du Roi , en diſant ,
O ! Pueri , Pueri venite .
Levez les yeux , & plaudite.
Qu'à jamais dans votre mémoire ,
» Plus encor dans vos coeurs foient imprimés
> les traits
» D'un Roi qui vous donne la paix . ·
» La vaſte ambition , l'orgueil de la victoire
« Ne rendent point un Monarque plus grands
Un Prince pacifique efface un Conquérant.
» Le temple de la Paix eft celui de la ' Gloire,.
» Voyez encor ces hommes revérés &c.
Le Précepteur leur montre les figures des hom
mes illuftres qui rempliffent les gradins du portique
; il leur en nomme quelques - uns dans chaque
genre.
Tout un Village eft arrivé à Paris pour 'voir
la Statue du Roi & les fêtes publiques . Au
nombre des habitans de ce village , eft un vicillard
avec fa femme ils chantent en duo le bon
JUILLET. 1763. 143
•
temps dont on va jouir. Ses compatriotes le
prient de les mener voir le Roi en perfonne ,
pour admirer de près celui qui fait leur bonheur.
Gombault ( ainfi fe nomme ce vieillard )
eſt un ancien Militaire , il a été ſoldat juſqu'à
ce que le poids des années l'ait contraint à fe
retirer. Il raconte & détaille les dangers qu'a
partagés le Monarque avec fes foldats , que fes
regards encourageoient dans les horreurs de la
guerre. Sa petite fille ( Louifon) lui demande ce
que c'eſt que la guerre. Il en expofe tous les
malheurs par la comparaifon d'un horrible ouragan
, qui quelques années auparavant avoit
ravagé tout le canton. Ce qui fait le fujet d'une
très-belle Ariette où le Muficien a fuivi avec
une admirable énergie , l'image que préfentent
les paroles. Le vieillard bénit avec tous les habitans
la bonté du Roi , qui avoit épargné à toutes
les Provinces les calamités que produit ce
fléau , en les laiffant cultiver la terre dans le
fein du repos. Les épanchemens de coeur de
ces bonnes gens , font interrompus par le bruit
d'un Tambour : c'eft François fils de Gombault
qui s'étoit mis dans le fervice quand fon Père s'en
elt retiré. Il a fervi , en franc Soldat , avec tant
de valeur &de fa geffe qu'il a mérité le grade d'Officier
& la croix , faveur du Prince qui achève ce
que l'honneur a commencé. L'Officier fe propofe
de faire fervir la penfion dont il eft gratifié à
procurer à fa familleune vie plus commode , &
fe difpofe lui-même à les aider dans les foins de
la culture des terres tant que la Paix lui en laiffera
le loifir. En s'adreſſant à des Grenadiers qui furviennent
& le reconnoiffent pour un de leurs anciene
camarades , l'Officier dit :
Prenez part à mon allégreffe ,
$44 MERCURE DE FRANCE
Amis , je fuis le fils de ces bons Payfans3
» Que je les vois avec tendreffe !
» Je ne dois qu'à leurs fentimens
Mes premiers degrés de Nobleſſe.
Il prefente fa famille aux Grenadiers qui pren
nent dans leurs bras la petite Louifon , la fille ,
& l'élévent pour lui faire voir de plus près
comme elle le fouhaite , la Statue du bon Roi.
La Fête villageoife recommence avec les inftrumens
champêtres. Les Grenadiers s'y joignent
& chantent des couplets galamment grivois.
Succeffivement la Place fe remplit d'une multitude
de gens de tout âge & de tous Etats.
La Fête devient générale & finit par un Ballet
quipeint le tumulte de la joie ; au milieu duquel
un Carillonneur , fa Femme & un Artificier
chantent des morceaux qui caractériſent leurs
fonctions.
REMARQUES.
Nous avons répété plufieurs fois des
réfléxions fur l'efpéce de mode qui s'eſt
introduite depuis quelque temps , de
mêler le chant avec le fimple récit de
la Comédie. Nous croyons avoir , dans
l'événement de la première repréfentation
des Fêtes de la Paix , une preuve
du préjudice que cela fait aux Ouvrages
dramatiques , furtout lorfque le
chant vient interrompre le dialecte naturel
de la Comédie. La Piéce commençoit
JUILLET. 1763. 145
çoit après les Ariettes du Hérault d'armes
& les choeurs de la multitude , qui
ne font que des annonces , par un
dialogue prèfqu'entiérement récité.
On dut s'appercevoir de l'impreffion
fâcheufe que fit la fuite des chants
qui fuccédoient à cette Scène. Ces
chants étoient néanmoins agréables ,
la plus part a reçu depuis des applaudiffemens
, & quelques- uns même
l'admiration qu'ils méritoient. La caufe
de cet effet eft donc dans l'efpéce d'habitude
que l'efprit avoit contracté par
ce commencement de Comédie , & la
peine d'en être diftrait par un autre genre.
On n'a fait que tranfpofer cette
Scène , on l'a placée après d'autres où
le chant domine , où le plaifir des oreilles
a eu pour ainfi dire le temps de prendre
toutfon empire fur l'imagination de
l'Auditeur. De là , tout l'Ouvrage a
paru changer de face , & depuis ce changement
, les applaudiffemens les plus
continuels & les plus univerfels ont vengé
le Poëte & le Muficien de la mépriſe
des premiers jugemens .
M. FAVART n'auroit rien perdu de
la gloire fi juftement acquife par tous fes
autres Ouvrages, quand même dans le moment
qu'applaudi avec tranſport , fuivi
II. Vol
G
146 MERCURE DE FRANCE .
avec une affluence perpétuelle au Théâtre
François dans l'Anglois à Bordeaux , il
n'auroit pas eu l'honneur , très- difficile ,
de réuffir à un autre Théâtre fur le même
fujet. Le fuccès a juftifié le courage,
on pourroit peut- être dire la témérité
de l'avoir entrepris . On reconnoît dans
la Scène de la Bourgeoife & de l'Abbé
ce tour fin & délicat d'une fatyre légère
& pittorefque des moeurs , qui convient
fi bien à Thalie , & dont l'Auteur a fait
un fi heureux emploi dans l'Anglois à
Bordeaux . On retrouve dans la Scène
de Gombault ce fentiment éclairé par
la Philofophie , cette tendreffe d'une
belle âme , première fource de toutes
les vertus & furtout des vertus patrio-
/ tiques. Dans les Couplets & dans toutes
les parties de ce même Divertiffement ,
on apperçoit fouvent les traits des mê
mes grâces qui ont orné tant d'Ouvrages
lyriques de cet Auteur. Nous devons
rendre témoignage en même temps , de
la juftice que le Public rend journellement
à plufieurs morceaux diftingués de
M. PHILIDOR dans cette Piéce; plufieurs
font marqués au coin du génie & de la
grande intelligence dans la Science harmonique.
Nous n'en conclurons pas
moins cependant , en général , que ce
JUILLET. 1763. 147
genre mixte a des vices effentiels , que
peut dérober quelquefois au fentiment
du Vulgaire la féduction d'un certain
luxe de Spectacle : mais qu'au jugement
du bon goût & de la faine critique , il
fera toujours plus perdre que gagner
au Poëte comique qui , comme M. FAVART
, n'auroit pas befoin du fecours
d'un vain fard,pour en impofer fur la réalité
de fes agrémens ; ainfi qu'aux grands
Muficiens qui pourroient fe paffer des interruptions
de la Scène & occuper agréablement
leur Auditeur pendant toure
l'étendue d'un Spectacle confacré à leur
Art , tel que feroit par exemple celui de
l'Opéra.
Fermer
12188
p. 147-152
ÉTAT actuel des deux Théâtres des Comédiens ordinaires du ROI. AVIS.
Début :
LE nombre des Curieux d'Anecdotes du Théâtre est considérable aujourd'hui [...]
Mots clefs :
Acteurs, Talents, Actrices, Théâtre, Rôle, Soubrette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉTAT actuel des deux Théâtres des Comédiens ordinaires du ROI. AVIS.
ÉTAT actuel des deux Théâtres des
Comédiens ordinaires du Ror.
LE
AVIS.
E nombre des Curieux d'Anecdotes
du Théâtre eft confidérable aujourd'hui
; ce qui a fait multiplier les Dictionnaires
, Tablettes , Almanachs &
autres Ouvrages de Bibliographie dramatique
dans ce nombre de Curieux ,
il en eft plufieurs attachés à l'éxactitude
de ce qui concerne les Acteurs de
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
haque Théâtre. On fe plaint fouvent
ce trouver à cet égard des contradicdons
& des erreurs dans les Ouvrages
ti ue nous venons de citer ; & les Auqeurs
de ces Ouvrages eux- mêmes ſe
plaignent de n'avoir aucun dépôt littéraire
où l'on puiffe , avec confiance ,
puifer fur ce fujet des connoiffances
certaines. On nous a fait remarquer
à cette occafion que dans notre
Journal fe trouvant un Article deſtiné
aux Spectacles avec plus de détails que
dans tout autre , il conviendroit que ce
fût dans celui-là, que l'on pût avoir cette
efpéce de dépôt de faits & de dattes
hiftoriques. Comme rien ne nous intéreffe
davantage que de fatisfaire à tous
les goûts & à tous les genres de curiofité
de chacun de nos Lecteurs , nous
placerons dorénavant des Etats , pareils
à ceux que nous donnons aujourd'hui ,
chaque année à pareil temps , parce que
c'eft le point de l'année Théatrale où il
y a ordinairement moins de variations.
Par ce moyen , fans faire de recherches
particulières dans les Articles de chaque
mois , on trouvera tout ce qu'on défirera
fur cet objet , raffemblé fous un feul
point de vue ; & par la fuite , en confultant
dans les Mercures ces Etats de chaJUILLET.
1763. 149
que année , on vérifiera facilement des
dattes & des faits fur lefquels on contefte
fouvent dans la co nverfation .
N. B. Nous ne donner ons cette année
l'Etat du Théâtre de l'Opéra , que lorfqu'il
reprendra fes Spectacles ordinaires
dans la Salle que l'on prépare au Palais
des Thuilleries. Ce qui arrivera, vraifemblablement
le plutôt qu'il fera poffible ;
mais encore trop tardpour l'impatience
du Public.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Acteurs & Actrices à Part , demi part ,
&c , fuivant l'ancienneté de
leurs réceptions.
LES SIEURS.JLES DLLES.
ARMAND .
DUBOIS .
DUMESNIL .
DROUIN .
BONNEVAL.
PAULIN.
LE KAIN .
BELLECOUR.
BLAINVILLE .
PRÉVILLE .
BRISAR .
MOLÉ.
AUGER .
D'AUBERVAL.
CLAIRON .
BELLECOUR.
Huss.
PRÉVILLE .
LE KAIN .
DUBOIS .
D'ÉPINAY
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Acteurs & Actrices à appointemens.
LE SIEUR.
BOURET .
LES DLLES.
D'OLIGNY .
DE LUZZY .
Acteurs & Actrices retirés au mois de
Mars de lapréfente année 1763.
Les Dlles DANGEVILLE , ( a )
( a ) Mlle DANGEVILLE , Niéce & Eléve de
Mile DESMARES , à peine âgée de 14 ans , débuta
le 28 Décembre 1729 , par le rôle de Soubrette
dans le Médifant ; & les jours fuivans
dans la Soubrette da Cocher fuppofé ; Cléantis
dans Démocrite , la Soubrette du Florentin , Laurette
de la Mère coquette ; la Soubrette des Folies
amoureufes ; celle d'Efope à la Ville : Toinette
du Malade imaginaire & Lifette de la Sérénade.
Après avoir joué à la Cour , elle fut reçue
avec beaucoup d'agrément , d'abord à demie
part , au mois de Mars 1730. Le 24 Juin de
cette même année , elle prouva la variété de fes
talens , par la façon dont elle joua le Rôle
d'Hermione dans Andromaque , qui lui procura
beaucoup d'applaudiffemens & d'admiration ,
& dans lequel elle montroit de très grandes
difpofitions pour le Tragique , genre que les
circonftances de la retraite de Mile DESMARES.
lui firent abandonner pour ſe livrer entièrement
à celui dans lequel elle excelloit déja. Cette
Actrice , que le Public avoit vue avec tant de
plaifir , dès fon enfance , dans tous les Rôles
de cet âge , ainfi que dans la danſe où elle
s'étoit exercée avec fuccès , faifoir efpérer dès-lors
-
JUILLET 1763. 151
1
GAUSSIN , ( b ) & le Sr DANG EVILLE.
( C )
un Sujet qui orneroit la Scène Françoife. Ses débuts
confirmerent avec éclat cette favorable conjecture.
Elle est devenue depuis , & en fort peu
de temps , le Chef- d'oeuvre de l'Art Théâtral.
II y a lieu de croire que la rare perfection
de fes talens fera long - temps de plus grand
modèle qu'on puille propofer à toutes celles
qui entreront dans la carrière du Théâtre , par
les rôles de fon emploi. Nos faftes littéraires
font remplis des éloges fincères & continuels de
cette admirable Actrice , fans crainte qu'on nous
les reproche , car les Amateurs des Talens fublimes
les reliront toujours avec plaifir , furtout
ceux qui auront eu celui de l'admirer fur la
Scène Françoile.
( b) Mlle GAUSSIN débuta le 28 Avril 1731
dans Britannicus par le Rôle de Junie ; la jeuneffe
, les charmes de fa figure & ceux de fa
voie tendre & touchante , auroient fuffi pour lui
procurer tous les applaudiffemens , fi les talens
& les difpofitions déja formées pour le genre
où elle s'eft diftinguée , ne lui euffent , dès- lors ,
attiré tous les fuffrages. Elle fuivit ſon début
dans Chimène , dans Monime , dans Andromaque
& dans Iphigénie. On la vit au développer
dans le haur Comique , les talens fupérieurs
qu'on a continué d'admirer en elle , encore les
derniers jours qui ont précédé la retraite . Actrice
intéreffante jufqu'à la féduction , dans les Rôles
qui lui étoient perfonnellement propres , elle
les jouoit avec une expreffion fi naturelle & fi
vraie, qu'on étoit porté à croire qu'elle en avoit
infpiré le caractère eux Auteurs. Telle est l'idée
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
Acteurs & Actrices de la Comédie Ita
lienne , à part & demi part , &c.
Les Sieurs.
DE HESSE.
CIAVARELLI .
ROCHARD .
CARLIN.
CHAMPVILLE
LE JEUNE
CAILLOT
LÁNUZZY.- Zen
COLLALTO .
LA RUETTE.
CLAIRVAL.
BALLETTI .
L'OBREAU.
Les Demoifelles.
FAVART .
CATINON FOULQUIER
(f.Rivière. )
CAMILLE .
PICCINELLI.
VILLETTE (f. la
Ruette. )
DESGLANDS.
DESCHAMPS.
BOGNIOLY .
SAYY
Acteurs & Actrices à appointemens.
Les Sieurs.
DES BROSSES.
SAVY.
Les Demoiselles.
CARLIN.
LAFOND.
COLLET .
PLACIDE .
que la Poftérité confervera de l'A&rice , dont
nous regrettons encore journellement les talens.
( c ) M. DANGEVILLE , frère de l'Actrice de ce
nom , avoit débuté le 21 Mars 1730 avec applaudiffemens
dans le principal rôle de la Tragédie
dė Polieudte & du François à Londres.
Comédiens ordinaires du Ror.
LE
AVIS.
E nombre des Curieux d'Anecdotes
du Théâtre eft confidérable aujourd'hui
; ce qui a fait multiplier les Dictionnaires
, Tablettes , Almanachs &
autres Ouvrages de Bibliographie dramatique
dans ce nombre de Curieux ,
il en eft plufieurs attachés à l'éxactitude
de ce qui concerne les Acteurs de
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
haque Théâtre. On fe plaint fouvent
ce trouver à cet égard des contradicdons
& des erreurs dans les Ouvrages
ti ue nous venons de citer ; & les Auqeurs
de ces Ouvrages eux- mêmes ſe
plaignent de n'avoir aucun dépôt littéraire
où l'on puiffe , avec confiance ,
puifer fur ce fujet des connoiffances
certaines. On nous a fait remarquer
à cette occafion que dans notre
Journal fe trouvant un Article deſtiné
aux Spectacles avec plus de détails que
dans tout autre , il conviendroit que ce
fût dans celui-là, que l'on pût avoir cette
efpéce de dépôt de faits & de dattes
hiftoriques. Comme rien ne nous intéreffe
davantage que de fatisfaire à tous
les goûts & à tous les genres de curiofité
de chacun de nos Lecteurs , nous
placerons dorénavant des Etats , pareils
à ceux que nous donnons aujourd'hui ,
chaque année à pareil temps , parce que
c'eft le point de l'année Théatrale où il
y a ordinairement moins de variations.
Par ce moyen , fans faire de recherches
particulières dans les Articles de chaque
mois , on trouvera tout ce qu'on défirera
fur cet objet , raffemblé fous un feul
point de vue ; & par la fuite , en confultant
dans les Mercures ces Etats de chaJUILLET.
1763. 149
que année , on vérifiera facilement des
dattes & des faits fur lefquels on contefte
fouvent dans la co nverfation .
N. B. Nous ne donner ons cette année
l'Etat du Théâtre de l'Opéra , que lorfqu'il
reprendra fes Spectacles ordinaires
dans la Salle que l'on prépare au Palais
des Thuilleries. Ce qui arrivera, vraifemblablement
le plutôt qu'il fera poffible ;
mais encore trop tardpour l'impatience
du Public.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Acteurs & Actrices à Part , demi part ,
&c , fuivant l'ancienneté de
leurs réceptions.
LES SIEURS.JLES DLLES.
ARMAND .
DUBOIS .
DUMESNIL .
DROUIN .
BONNEVAL.
PAULIN.
LE KAIN .
BELLECOUR.
BLAINVILLE .
PRÉVILLE .
BRISAR .
MOLÉ.
AUGER .
D'AUBERVAL.
CLAIRON .
BELLECOUR.
Huss.
PRÉVILLE .
LE KAIN .
DUBOIS .
D'ÉPINAY
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Acteurs & Actrices à appointemens.
LE SIEUR.
BOURET .
LES DLLES.
D'OLIGNY .
DE LUZZY .
Acteurs & Actrices retirés au mois de
Mars de lapréfente année 1763.
Les Dlles DANGEVILLE , ( a )
( a ) Mlle DANGEVILLE , Niéce & Eléve de
Mile DESMARES , à peine âgée de 14 ans , débuta
le 28 Décembre 1729 , par le rôle de Soubrette
dans le Médifant ; & les jours fuivans
dans la Soubrette da Cocher fuppofé ; Cléantis
dans Démocrite , la Soubrette du Florentin , Laurette
de la Mère coquette ; la Soubrette des Folies
amoureufes ; celle d'Efope à la Ville : Toinette
du Malade imaginaire & Lifette de la Sérénade.
Après avoir joué à la Cour , elle fut reçue
avec beaucoup d'agrément , d'abord à demie
part , au mois de Mars 1730. Le 24 Juin de
cette même année , elle prouva la variété de fes
talens , par la façon dont elle joua le Rôle
d'Hermione dans Andromaque , qui lui procura
beaucoup d'applaudiffemens & d'admiration ,
& dans lequel elle montroit de très grandes
difpofitions pour le Tragique , genre que les
circonftances de la retraite de Mile DESMARES.
lui firent abandonner pour ſe livrer entièrement
à celui dans lequel elle excelloit déja. Cette
Actrice , que le Public avoit vue avec tant de
plaifir , dès fon enfance , dans tous les Rôles
de cet âge , ainfi que dans la danſe où elle
s'étoit exercée avec fuccès , faifoir efpérer dès-lors
-
JUILLET 1763. 151
1
GAUSSIN , ( b ) & le Sr DANG EVILLE.
( C )
un Sujet qui orneroit la Scène Françoife. Ses débuts
confirmerent avec éclat cette favorable conjecture.
Elle est devenue depuis , & en fort peu
de temps , le Chef- d'oeuvre de l'Art Théâtral.
II y a lieu de croire que la rare perfection
de fes talens fera long - temps de plus grand
modèle qu'on puille propofer à toutes celles
qui entreront dans la carrière du Théâtre , par
les rôles de fon emploi. Nos faftes littéraires
font remplis des éloges fincères & continuels de
cette admirable Actrice , fans crainte qu'on nous
les reproche , car les Amateurs des Talens fublimes
les reliront toujours avec plaifir , furtout
ceux qui auront eu celui de l'admirer fur la
Scène Françoile.
( b) Mlle GAUSSIN débuta le 28 Avril 1731
dans Britannicus par le Rôle de Junie ; la jeuneffe
, les charmes de fa figure & ceux de fa
voie tendre & touchante , auroient fuffi pour lui
procurer tous les applaudiffemens , fi les talens
& les difpofitions déja formées pour le genre
où elle s'eft diftinguée , ne lui euffent , dès- lors ,
attiré tous les fuffrages. Elle fuivit ſon début
dans Chimène , dans Monime , dans Andromaque
& dans Iphigénie. On la vit au développer
dans le haur Comique , les talens fupérieurs
qu'on a continué d'admirer en elle , encore les
derniers jours qui ont précédé la retraite . Actrice
intéreffante jufqu'à la féduction , dans les Rôles
qui lui étoient perfonnellement propres , elle
les jouoit avec une expreffion fi naturelle & fi
vraie, qu'on étoit porté à croire qu'elle en avoit
infpiré le caractère eux Auteurs. Telle est l'idée
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
Acteurs & Actrices de la Comédie Ita
lienne , à part & demi part , &c.
Les Sieurs.
DE HESSE.
CIAVARELLI .
ROCHARD .
CARLIN.
CHAMPVILLE
LE JEUNE
CAILLOT
LÁNUZZY.- Zen
COLLALTO .
LA RUETTE.
CLAIRVAL.
BALLETTI .
L'OBREAU.
Les Demoifelles.
FAVART .
CATINON FOULQUIER
(f.Rivière. )
CAMILLE .
PICCINELLI.
VILLETTE (f. la
Ruette. )
DESGLANDS.
DESCHAMPS.
BOGNIOLY .
SAYY
Acteurs & Actrices à appointemens.
Les Sieurs.
DES BROSSES.
SAVY.
Les Demoiselles.
CARLIN.
LAFOND.
COLLET .
PLACIDE .
que la Poftérité confervera de l'A&rice , dont
nous regrettons encore journellement les talens.
( c ) M. DANGEVILLE , frère de l'Actrice de ce
nom , avoit débuté le 21 Mars 1730 avec applaudiffemens
dans le principal rôle de la Tragédie
dė Polieudte & du François à Londres.
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12189
p. 153
DESCRIPTIONS particulières & détaillées.
Début :
POUR acquiter l'engagement pris dans le précédent volume, nous allons donner [...]
Mots clefs :
Description, Engagement, Fêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTIONS particulières & détaillées.
DESCRIPTIONS particulières &
POUR
détaillées.
.
OUR acquiter l'engagement pris dans
le précédent volume , nous allons don
ner quelques détails fur les grands obe
jets des fêtes dont nous avions commencé
à parler en général au commencement:
de ce mois.
POUR
détaillées.
.
OUR acquiter l'engagement pris dans
le précédent volume , nous allons don
ner quelques détails fur les grands obe
jets des fêtes dont nous avions commencé
à parler en général au commencement:
de ce mois.
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12190
p. 153-157
Description du Feu d'Artifice ordonné par la Ville pour être tiré le 22 Juin 1763 à l'occasion de l'Inauguration de la Statue du Roi & de la Publication de la Paix.
Début :
Nous avons déja dit que la décoration de ce feu étoit élevée au milieu de la [...]
Mots clefs :
Feu, Artifice, Ville, Spectateurs, Terrasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du Feu d'Artifice ordonné par la Ville pour être tiré le 22 Juin 1763 à l'occasion de l'Inauguration de la Statue du Roi & de la Publication de la Paix.
Defcription du Feu d'Artifice ordonné
par la Ville pour être tiré le 22 Juin
1763 à l'occafion de l'Inauguration
de la Statue du Roi & de la Publica
tion de la Paix.
Nous avons déja dit que la décora
tion de ce feu étoit élevée au milieu de la
rivière, en face de la place de Louis XV
d'un côté , & de l'autre , du Palais des
Ambaffadeurs - Extraordinaires , ( ci-devant
Palais de Bourbon ) dont le Roia--
voit permis l'ufage à la Ville, qui en
Goy
154 MERCURE DE FRANCE :
conféquence y avoit fait conftruire ,
décorer & éclairer magnifiquement des
Loges à la difpofition de M. le Gouverneur
, de M. le Prévôt des Marchands
des Echevins & Officiers Municipaux
du Corps de Ville , ainfi que pour M.
le Directeur- Général des Bâtimens du
Roi & quelques autres perfonnes diftinguées.
Dans toutes ces Loges , dont
la plupart étoient remplies de Princes
& de Seigneurs de la Cour , d'Etrangers
& autres perfonnes qualifiées , on
fervit pendant toute l'après-midi une
fomptueufe collation & des rafraîchiffemens
avec profufion . Ces Loges feules.
contenoient fept mille places , toute occupées
, ( * ) ce qui ne faifoit cependant
qu'un point dans la vaſte étendue
de l'efpace depuis Chaillot jufqu'au
Pont Royal , efpace entiérement couvert
de Spectateurs jufqu'à l'eau qui
baignoit même les pieds de la dernière
ligne. Que l'on juge par là & que l'on
évalue cette prodigieufe multitude , &
la grandeur du Spectacle qu'elle of-
.froit
Tout l'édifice du feu étoit établi au
milieu d'une Ifle de 60 toifes de long
Nous avions été mal informés précédemment
en ne difant que cinq mille.
JUILLET. 1763. 155
fur 12 toifes de large , formée par un
grand nombre de bâteaux raffemblés.
La partie d'en-bas , qui touchoit à la
rivière , étoit peinte en rochers fur lefquels
étoit élevée une terraffe , dont la
décoration préfentoit,aux extrémités , des
fontaines qui prenoient leur fource dans
la grande maffe de roches du milieu ,
& retomboient en nappes fur trois faces.
La difpofition des plans avoit fourni le
moyen de placer dans tout le pourtour
de cette terraffe , ( dont la fuperficie étoit
de 2700 pieds ) des piédeftaux chargés
d'emblêmes & richement ornés qui
portoient des groupes de fleuves , de
Nayades & Tritons , avec leurs urnes
& autres attributs caractériſtiques , De
toutes les urnes fortoient des fources
tombant en napes & reffaillantes de leur
bouillonnement. On avoit orné auffi
cette vafte terraffe de huit groupes d'Enfans
peints en bronze , lefquels portoient
des coquilles , d'où s'élancoit un jet qui
formoit une cafcade en retombant. Du
milieu de cette terraffe s'élevoit un Temple
, dont la forme générale étoit un parallelograme
, formé par vingt colonnes
fpirales & tournantes d'ordre ïonique
de 39 pieds de hauteur y compris le
piédeftal & l'entablement.
>
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Chacune des grandes faces étoit compofée
d'un Portique de vingt pieds d'ouverture
, couronné d'un archivolte , furmonté
de cartouches & autres ornemens.
Les petits côtés étoient décorés
par des frontons & tout autour regnoit
une balustrade terminée par des vafes &
autres amortiffemens qui formoient un
deffein élégant , noble , & dont l'effet.
étoit très agréable. Les colonnes &
toute cette architecture devoient fe
deffiiner en feu & prendre du mouve
ment , ainfi que l'emblême d'Apollon
annonçant un beau jour , environné ,
d'une gloire formée par une piéce d'artifice
Italien d'une compofition finguliere
, & du plus grand effet * . On montoit
à ce Temple par des gradins dont
les devants étoient plus avancés & for
moient une platte-forme fur laquelle on;
R
* Le Public n'a pû jouir de cet effet , ainſi que
de tous les feux figurés , que le Dimanche 3 de ce
mois ; la Ville ayant fait tirer avec un très - grand
faccès toutes les parties d'Artifice que le mauvais
remps du 22 Jain avoit obligé de fupprimer , ce
qui a compofé , avec les feux d'air qu'on avoit
ajoutés , un fecond feu très magnifique , qui
a attiré la même quantité de Spectateurs dans le mê
me efpace, & produit un fecond Spectacle auffi
grand & auffi extraordinaire que celui du pre
mier jour..
❤
JUILLET. 1763. IST
avoit pratiqué un orcheftre où cinquante
Muficiens de chaque côté exécuterent
des fymphonies pendant toute l'aprèsdinée
.
*
Nous avons parlé précédemment des
joûtes de Bateliers qui amuferent jufqu'à
la nuit les Spectateurs . placés pour voir
tirer le feu.
On fçait par quel contre- temps tout
l'artifice préparé ne put avoir lieu le
jour defliné à cette grande fête ; mais
comme on a vu un autre jour l'effet des
autres parties , nous allons les réunir
dans cette relation , de la même manière
que l'imagination des Spectateurs a dû
faire , & donner ici l'ordre & le détail
de cette prodigieufe quantité d'artifice
telle qu'elle étoit ordonnée & difpofés
pour être tirée en une feule fois..
par la Ville pour être tiré le 22 Juin
1763 à l'occafion de l'Inauguration
de la Statue du Roi & de la Publica
tion de la Paix.
Nous avons déja dit que la décora
tion de ce feu étoit élevée au milieu de la
rivière, en face de la place de Louis XV
d'un côté , & de l'autre , du Palais des
Ambaffadeurs - Extraordinaires , ( ci-devant
Palais de Bourbon ) dont le Roia--
voit permis l'ufage à la Ville, qui en
Goy
154 MERCURE DE FRANCE :
conféquence y avoit fait conftruire ,
décorer & éclairer magnifiquement des
Loges à la difpofition de M. le Gouverneur
, de M. le Prévôt des Marchands
des Echevins & Officiers Municipaux
du Corps de Ville , ainfi que pour M.
le Directeur- Général des Bâtimens du
Roi & quelques autres perfonnes diftinguées.
Dans toutes ces Loges , dont
la plupart étoient remplies de Princes
& de Seigneurs de la Cour , d'Etrangers
& autres perfonnes qualifiées , on
fervit pendant toute l'après-midi une
fomptueufe collation & des rafraîchiffemens
avec profufion . Ces Loges feules.
contenoient fept mille places , toute occupées
, ( * ) ce qui ne faifoit cependant
qu'un point dans la vaſte étendue
de l'efpace depuis Chaillot jufqu'au
Pont Royal , efpace entiérement couvert
de Spectateurs jufqu'à l'eau qui
baignoit même les pieds de la dernière
ligne. Que l'on juge par là & que l'on
évalue cette prodigieufe multitude , &
la grandeur du Spectacle qu'elle of-
.froit
Tout l'édifice du feu étoit établi au
milieu d'une Ifle de 60 toifes de long
Nous avions été mal informés précédemment
en ne difant que cinq mille.
JUILLET. 1763. 155
fur 12 toifes de large , formée par un
grand nombre de bâteaux raffemblés.
La partie d'en-bas , qui touchoit à la
rivière , étoit peinte en rochers fur lefquels
étoit élevée une terraffe , dont la
décoration préfentoit,aux extrémités , des
fontaines qui prenoient leur fource dans
la grande maffe de roches du milieu ,
& retomboient en nappes fur trois faces.
La difpofition des plans avoit fourni le
moyen de placer dans tout le pourtour
de cette terraffe , ( dont la fuperficie étoit
de 2700 pieds ) des piédeftaux chargés
d'emblêmes & richement ornés qui
portoient des groupes de fleuves , de
Nayades & Tritons , avec leurs urnes
& autres attributs caractériſtiques , De
toutes les urnes fortoient des fources
tombant en napes & reffaillantes de leur
bouillonnement. On avoit orné auffi
cette vafte terraffe de huit groupes d'Enfans
peints en bronze , lefquels portoient
des coquilles , d'où s'élancoit un jet qui
formoit une cafcade en retombant. Du
milieu de cette terraffe s'élevoit un Temple
, dont la forme générale étoit un parallelograme
, formé par vingt colonnes
fpirales & tournantes d'ordre ïonique
de 39 pieds de hauteur y compris le
piédeftal & l'entablement.
>
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Chacune des grandes faces étoit compofée
d'un Portique de vingt pieds d'ouverture
, couronné d'un archivolte , furmonté
de cartouches & autres ornemens.
Les petits côtés étoient décorés
par des frontons & tout autour regnoit
une balustrade terminée par des vafes &
autres amortiffemens qui formoient un
deffein élégant , noble , & dont l'effet.
étoit très agréable. Les colonnes &
toute cette architecture devoient fe
deffiiner en feu & prendre du mouve
ment , ainfi que l'emblême d'Apollon
annonçant un beau jour , environné ,
d'une gloire formée par une piéce d'artifice
Italien d'une compofition finguliere
, & du plus grand effet * . On montoit
à ce Temple par des gradins dont
les devants étoient plus avancés & for
moient une platte-forme fur laquelle on;
R
* Le Public n'a pû jouir de cet effet , ainſi que
de tous les feux figurés , que le Dimanche 3 de ce
mois ; la Ville ayant fait tirer avec un très - grand
faccès toutes les parties d'Artifice que le mauvais
remps du 22 Jain avoit obligé de fupprimer , ce
qui a compofé , avec les feux d'air qu'on avoit
ajoutés , un fecond feu très magnifique , qui
a attiré la même quantité de Spectateurs dans le mê
me efpace, & produit un fecond Spectacle auffi
grand & auffi extraordinaire que celui du pre
mier jour..
❤
JUILLET. 1763. IST
avoit pratiqué un orcheftre où cinquante
Muficiens de chaque côté exécuterent
des fymphonies pendant toute l'aprèsdinée
.
*
Nous avons parlé précédemment des
joûtes de Bateliers qui amuferent jufqu'à
la nuit les Spectateurs . placés pour voir
tirer le feu.
On fçait par quel contre- temps tout
l'artifice préparé ne put avoir lieu le
jour defliné à cette grande fête ; mais
comme on a vu un autre jour l'effet des
autres parties , nous allons les réunir
dans cette relation , de la même manière
que l'imagination des Spectateurs a dû
faire , & donner ici l'ordre & le détail
de cette prodigieufe quantité d'artifice
telle qu'elle étoit ordonnée & difpofés
pour être tirée en une feule fois..
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12191
p. 157-159
ORDRE & détail de l'artifice.
Début :
Après le signal donné, & plusieurs décharges des boëttes d'artillerie & du [...]
Mots clefs :
Feu, Pots, Cascades, Artifice, Signal, Fusées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ORDRE & détail de l'artifice.
ORDRE & détail de l'artifice.
Après le fignal donné , & plufieurs
décharges des boëttes d'artillerie & du
canon de la Ville , partoient les fufées
d'honneur qui étoient de la plus grande
beauté , tirées fix par fix enfemble , &
accompagnées par les fufées de table &
les bombes ; on n'avoit point vu encore
de plus bel effet & de plus agréable de
ces bombes qu'à ce feu. Un côté était
158 MERCURE DE FRANCE.
fervi par les Artificiers François , & l'au
tre par les Artificiers Italiens .
pots
à
Après les dernieres fufées d'honneur ,
le feu d'eau amufa beaucoup le Pu
blic & très-longtemps , par les effets les
plus agréables & les plus variés : ce feu
d'eau étoit fervi par les François . La derniere
piéce de ce feu portant en devife
VIVE LE ROI , devoit fervir de fignal
pour les douze piéces figurées des Italiens
, accompagnées de douze caiffes &
cinquante douzaine de pots à feu par les
François. A la fin des piéces figurées ,
vingt groffes gerbes avec jets , fix grandes
cafcades doubles , les cafcades des
groupes d'enfans & trente- fix
aigrettes , le tout par les Italiens , d'un
très - beau feu rouge , produifant trèsréguliérement
les effets de l'eau. Cette
partie devoit être accompagnée par
douze caiffes & cinquante douzaines de
pots à feu des François . L'effet des pots
à aigrettes étoit le fignal pour les colonnes
tournantes du Temple & autres parties
d'architecture , en feu blanc des Itafiens
cent douzaines de pots à feu des
François , étoient deftinées à l'accompagnement
de cet agréable effet. A la fin
de l'illumination du Temple , paroiffoit
de la part des Italiens, la grande Gloire ,
JUILLET. 1763. 159
d'une grandeur analogue à l'objet &
à la magnificence de la fête ; enfemble
huit palmiers doubles très - diftinctement
repréfentés en feu , ainfi que les
deux grandes cafcades qui offroient des
torrens de cet élement. Dix-huit caiffes
& cent autres douzaines de pots à feu
d'artifice François devoient accompa
gner ces brillantes parties. A la fin des
cafcades , les huit barils de garniture &
deux cens bombettes , par les Italiens ,
devoient remplir le centre du feu , entre
les deux grandes girandes des François
placées aux extrémités de la terraffe
compofée d'une multitude innombrable
des plus belles fufées , auxquelles fe
joignoient cent douzaine de pots à feu ,
pour couronner le plus grand & le plus
magnifique artifice qu'on eût vu tirer
Paris , file temps ne s'étoit oppofé précifement
à l'effet, qu'on a vu depuis , des
feux figurés qui en faifoient la partie la
plus diftinguée.
Après le fignal donné , & plufieurs
décharges des boëttes d'artillerie & du
canon de la Ville , partoient les fufées
d'honneur qui étoient de la plus grande
beauté , tirées fix par fix enfemble , &
accompagnées par les fufées de table &
les bombes ; on n'avoit point vu encore
de plus bel effet & de plus agréable de
ces bombes qu'à ce feu. Un côté était
158 MERCURE DE FRANCE.
fervi par les Artificiers François , & l'au
tre par les Artificiers Italiens .
pots
à
Après les dernieres fufées d'honneur ,
le feu d'eau amufa beaucoup le Pu
blic & très-longtemps , par les effets les
plus agréables & les plus variés : ce feu
d'eau étoit fervi par les François . La derniere
piéce de ce feu portant en devife
VIVE LE ROI , devoit fervir de fignal
pour les douze piéces figurées des Italiens
, accompagnées de douze caiffes &
cinquante douzaine de pots à feu par les
François. A la fin des piéces figurées ,
vingt groffes gerbes avec jets , fix grandes
cafcades doubles , les cafcades des
groupes d'enfans & trente- fix
aigrettes , le tout par les Italiens , d'un
très - beau feu rouge , produifant trèsréguliérement
les effets de l'eau. Cette
partie devoit être accompagnée par
douze caiffes & cinquante douzaines de
pots à feu des François . L'effet des pots
à aigrettes étoit le fignal pour les colonnes
tournantes du Temple & autres parties
d'architecture , en feu blanc des Itafiens
cent douzaines de pots à feu des
François , étoient deftinées à l'accompagnement
de cet agréable effet. A la fin
de l'illumination du Temple , paroiffoit
de la part des Italiens, la grande Gloire ,
JUILLET. 1763. 159
d'une grandeur analogue à l'objet &
à la magnificence de la fête ; enfemble
huit palmiers doubles très - diftinctement
repréfentés en feu , ainfi que les
deux grandes cafcades qui offroient des
torrens de cet élement. Dix-huit caiffes
& cent autres douzaines de pots à feu
d'artifice François devoient accompa
gner ces brillantes parties. A la fin des
cafcades , les huit barils de garniture &
deux cens bombettes , par les Italiens ,
devoient remplir le centre du feu , entre
les deux grandes girandes des François
placées aux extrémités de la terraffe
compofée d'une multitude innombrable
des plus belles fufées , auxquelles fe
joignoient cent douzaine de pots à feu ,
pour couronner le plus grand & le plus
magnifique artifice qu'on eût vu tirer
Paris , file temps ne s'étoit oppofé précifement
à l'effet, qu'on a vu depuis , des
feux figurés qui en faifoient la partie la
plus diftinguée.
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12192
p. 159-162
ILLUMINATION de la Place de LOUIS XV, les 20 & 22 Juin 1763.
Début :
Les deux parties de cette Place, accompagnant son entrée du côté de la [...]
Mots clefs :
Illumination, Place, Lumières, Pieds, Façades
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ILLUMINATION de la Place de LOUIS XV, les 20 & 22 Juin 1763.
ILLUMINATION de la Place de
LOUIS XV, les 20 & 22
Juin 1763.
-Les deux parties de cette Place ,
accompagnant fon entrée du côté de la
160 MERCURE DE FRANCE.
Rivière , étoient ornés de vingt luftres
de lanternes de verre. Les huit piedeftaux
des angles deſtinés à porter des
Figures , portoient des Piramides de
lumières de 25 pieds de hauteur fur.
9 pieds de baſe ; un cordon d'illumination
régnoit au Pourtour de la Place
au-deffus de. la balustrade des foffés
dont elle est enceinte à la hauteur de
la corniche des guérites ou piedeftaux
dont nous venons de parler , qui
ont 15 pieds de haut für 14 pieds en
quarré. A l'aplomb de chacun des focles
de la baluftrade , on avoit placé un
pot -à-feu qui , formant une très - forte
lumière , fe diftinguoit dans le cordon ,.
& traçoit ainfi aux yeux , tout le deffein
de cette Place: Les quatre principales
entrées étoient bordées par 16 Yfs ou
grandes girandoles de lumières portées
fur des piedeftaux où étoit peint le
chiffre du Roi. L'enceinte de la Statue
Equeftre du Roi étoit éclairée par douze
cens terrines qui , diftribuées artiſtement
au bas & fur les gradins du Piedeftal
, produifoient un très- bon effer en
repréfentant une bafe & des degrés de :
lumières.
Telle étoit l'illumination qui fut alluméelė20,
mais dont onjouit peu detemps
JUILLET. 1763.
161
à caufe de l'orage qui furvint le foir ,
& qui l'éteignit une heure après qu'elle
venoit d'être allumée. Elle fut répétée
le 22 avec l'illumination des façades des
grands bâtimens que les fix Corps des
Marchands , animés du même zèle que
la Ville , avoient fait préparer , pour ce
dernier jour , & qui formoit le plus
magnifique Spectacle de cette Fête.Pour
en prendre une jufte idée , il faut fçavoir
que chacune de ces deux facades.
a 48 toifes de longueur fur 75 pieds.
d'élévation , jufqu'à l'angle des frontons
; ce qui , réuni par un certain point
de vue , préfentoit une étendue de près
de cent toifes d'illumination . On avoit
profité des échafaux qui fervent à la
conftruction , & du milieu de ces charpentes
informes , on a vu naître un
deffein régulier qui répréfentoit en lumières
, tous les membres & tous les
ornemens de la riche architecture dont
ces façades font embellies. Les colomnes
étoient parfaitement exprimées dans
toutes leurs proportions , ainfi que les
autres parties de l'ordre corinthien qui
s'élève au-deffus du fousbaffement des façades,
& que l'on avoit laiffé obfcur, pour
ne point faire de confufion avec les cor162
MERCURE DE FRANCE.
dons de la Place ; dans les entre - colonnes
étoient des luftres de lanternes , dont
la différence de lumières & les formes
ornoient très agréablement toute cette
illumination , laquelle , ainfi que la difpofition
du Feu & fa décoration , a été
exécutée fur les projets & les deffeins de
M. Moreau , Archite &e de la Ville.
LOUIS XV, les 20 & 22
Juin 1763.
-Les deux parties de cette Place ,
accompagnant fon entrée du côté de la
160 MERCURE DE FRANCE.
Rivière , étoient ornés de vingt luftres
de lanternes de verre. Les huit piedeftaux
des angles deſtinés à porter des
Figures , portoient des Piramides de
lumières de 25 pieds de hauteur fur.
9 pieds de baſe ; un cordon d'illumination
régnoit au Pourtour de la Place
au-deffus de. la balustrade des foffés
dont elle est enceinte à la hauteur de
la corniche des guérites ou piedeftaux
dont nous venons de parler , qui
ont 15 pieds de haut für 14 pieds en
quarré. A l'aplomb de chacun des focles
de la baluftrade , on avoit placé un
pot -à-feu qui , formant une très - forte
lumière , fe diftinguoit dans le cordon ,.
& traçoit ainfi aux yeux , tout le deffein
de cette Place: Les quatre principales
entrées étoient bordées par 16 Yfs ou
grandes girandoles de lumières portées
fur des piedeftaux où étoit peint le
chiffre du Roi. L'enceinte de la Statue
Equeftre du Roi étoit éclairée par douze
cens terrines qui , diftribuées artiſtement
au bas & fur les gradins du Piedeftal
, produifoient un très- bon effer en
repréfentant une bafe & des degrés de :
lumières.
Telle étoit l'illumination qui fut alluméelė20,
mais dont onjouit peu detemps
JUILLET. 1763.
161
à caufe de l'orage qui furvint le foir ,
& qui l'éteignit une heure après qu'elle
venoit d'être allumée. Elle fut répétée
le 22 avec l'illumination des façades des
grands bâtimens que les fix Corps des
Marchands , animés du même zèle que
la Ville , avoient fait préparer , pour ce
dernier jour , & qui formoit le plus
magnifique Spectacle de cette Fête.Pour
en prendre une jufte idée , il faut fçavoir
que chacune de ces deux facades.
a 48 toifes de longueur fur 75 pieds.
d'élévation , jufqu'à l'angle des frontons
; ce qui , réuni par un certain point
de vue , préfentoit une étendue de près
de cent toifes d'illumination . On avoit
profité des échafaux qui fervent à la
conftruction , & du milieu de ces charpentes
informes , on a vu naître un
deffein régulier qui répréfentoit en lumières
, tous les membres & tous les
ornemens de la riche architecture dont
ces façades font embellies. Les colomnes
étoient parfaitement exprimées dans
toutes leurs proportions , ainfi que les
autres parties de l'ordre corinthien qui
s'élève au-deffus du fousbaffement des façades,
& que l'on avoit laiffé obfcur, pour
ne point faire de confufion avec les cor162
MERCURE DE FRANCE.
dons de la Place ; dans les entre - colonnes
étoient des luftres de lanternes , dont
la différence de lumières & les formes
ornoient très agréablement toute cette
illumination , laquelle , ainfi que la difpofition
du Feu & fa décoration , a été
exécutée fur les projets & les deffeins de
M. Moreau , Archite &e de la Ville.
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12193
p. 162-167
ILLUMINATION des Jardins de l'Hôtel de Pompadour
Début :
Indépendamment des fêtes données par la Ville, le même motif avoit porté [...]
Mots clefs :
Potagers, Lumières, Lampions, Terrasse, Illumination, Jardins, Pavillons, Portiques, Guirlandes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ILLUMINATION des Jardins de l'Hôtel de Pompadour
ILLUMINATION des Jardins de
l'Hôtel de Pompadour
Indépendamment des fêtes données
par la Ville , le même motif avoit porté
tous ceux qui occupent de grands Hôtels
à contribuer à la pompe des réjouiffances
, par des illuminations plus ou
moins fomptueufes , felon ce que prêtoit
de plus officieux chaque Hôtel ou
Maiſon particuliere. De toutes ces illuminations
, la plus remarquable étoit
celle des Jardins de l'Hôtel de Pompadour
, ouverts du côté des Champs -Elifées
fur une longueur d'environ cent.
cinquante toifes , & n'étant enclos que
par des foffés , qui laiffent librement
découvrir toute l'étendue de ces Jardins.
Les potagers avancent au - delà de
l'allignement des autres Jardins du
Fauxbourg Saint - Honoré d'environ
JUILLET. 1763. 163
་
quarante toifes ; enforte que l'on en
appercevoit l'illumination dès la Place ,
& que d'une certaine diftance elle paroiffoit
s'y joindre .
La premiere ligne des potagers , le
long du foffé de cent cinquante toifes
étoit ornée de grands orangers naturels
dans leurs caiffes , accouplés par des guirlandes
de fleurs qui en enchaînoient les
tiges & retomboient en feftons fur les
caiffes. Ils étoient entremêlés de gros
Ifs ou grandes girandoles de lumières
portés fur des piédeftaux peints en marbre
de diverfes couleurs , & ornés auffi
de guirlandes & feftons de fleurs. Cette
ligne étoit éclairée dans le bas par le
même cordon de terrines , très - ferrées
les unes contre les autres , qui deffinoit
tous les compartimens en treillages de
ces vaftes potagers , & par conféquent
couvroit de lumières prèfque toute
la fuperficie. A chaque extrêmité , dans
des centres d'étoiles formées par ces
compartimens , on avoit élevé un obélifque
triangulaire de trente pieds de
hauteur chacun , furmonté d'un globe ,
le tout garni en plein de lampions.
Le grand Jardin des Parterres , élevé
d'environ quatre pieds au-deffus de ces
Potagers, eft ouvert par une terrafſe ſur
164 MERCURE DE FRANCE
en partie ceintrée extérieurement &
bordée de chaque côté par de grandes
allées de maronniers.
:
L'appui de cette terraffe étoit deffiné
par des cordons de lumières & les focles
chargés de grandes girandoles. Les gradins
du perron étoient de même deffinés
par des terrines. De chaque côté de
cette terraffe on avoit conftruit deux
grands corps d'architecture en boffages
formant des pavillons carrés , fur la face
des Potagers & en retour fur ce Jardin ,
qui mafquoient & enveloppoient la
naiffance des grandes allées . Ces pavillons
joignoient à deux galleries d'environ
16 ou 17 toifes de longueur für les
potagers ; les pilaftres , les frontons, entablemens
, corniches , & généralement
toutes les parties de ces édifices: étoient
formées en plein & diftin&tement deffinées
par des lampions. Les focles dè
l'appui de l'entablement ainfi que les
acroteres portoient des vafes & gros
bouquets de lumières. Le bas des gal
leries & faces des pavillons extérieurs
du côté des potagers étoient revêtus d'un
foubaffement en compartimens de lampions
qui continuoit le long du murd'appui
de la terraffe & qui produifoit un
très-agréableeffet . Ces corps d'architectu
re formoient deux fortes maffes de lumiè
JUILLET. 1763 . 165
res expofées à la vue ,ainfi que l'illumination
des potagers dans un efpace immenfe
& qui pouvoient être apperçues
de diftances très- éloignées ; le terrein
des Champs Elifées étant à préfent entiérement
découvert.
Depuis les angles des pavillons intérieurs
le long des grandes allées qui
bordent les parterres & conduifent jufqu'à
la terraffe des appartemens, régnoit
un cordon de lumières alligné à l'appui
de la première terraffe ; il étoit interrompu
par des orangers , des grenadiers ,
des ifs de différentes formes & des pyramides
, le tout entiérement en lampions ,
entremêlés de girandoles de lumières
fur leurs piédeſtaux de marbre. Comme
ces objets étoient placés fort près les
uns des autres , ils paroiffoient fe toucher
; & fur le fond le plus heureux , produit
par la verdure des arbres paliffadés ,
on voyoit deux allées de lumières variées
qui fe terminoient à deux portiques d'ordre
dorique en baffage ornés de colonnes
accouplés & furmontés de vafes
& bouquets de lampions. Ces portiques
, joignoient la terraffe des Appartemens
qui étoit , ainfi que la première ,
deffinées en lumières , fes ficles chargés
de girandoles & fon perron tracé par
166 MERCURE DE FRANCE.
des terrines. Au fond de cette terraffe
on'avoit adoffé au Bâtiment une grande
décoration formée par un portique de
lumières ouvert en cinq arcardes proportionnées
, dont celle du milieu avec
fon couronnement , s'élévoir à plus de
cinquante pieds. Les fonds de cette,
décoration ainfi que des grands amortiffemens
qui terminoient le portique
de chaque côté , étoient en marbres de
diverfes couleurs & en dorures , le tout
chargé de lampions qui marquoient &
diftinguoient les ornemens.
avons
Entre les amortiffemens du grand
portique jufqu'au bord de la terraffe
& les portiques , dont nous
parlé, qui terminoient les allées , étoient
placées de chaque côté deux Pyramides
en lampions d'environ vingt - cinq à
trente pieds de haut , qui parroiffoient
joindre ces portiques inférieurs à celui
de la façade , par une ligne circulaire.
Enforte que toute certe brillante
décoration depuis les potagers
jufques à la face du fond des Jardins
ne formoit qu'un feul & même enfemble
lié & proportionné dans toutes
fes parties.
Dans les ceintres de chaque arcade
des portiques du fond ainfi que dans
JUILLET. 1763. 167
ceux des fenêtres des pavillons & galleries
fur les potagers étoient fufpendus
, par des guirlandes de fleurs naturelles
en feflons , des luftres de forts
lampions porportionnés aux dimenfions
des arcades .
Le milieu de ce vafte & lumineux
théâtre étoit éclairé par des terrines
qui deffinoient régulierement les deux
grands parterres , ainfi que le grand
baffin du Jardin & les ronds de fleurs
des potagers . Pour marquer plus diftin&
tement les deffeins , on avoit mis
aux angles des pots à feu qui donnoient
une lumiere plus forte que les
autres.
Il eft arrivé à cette illumination ce
qui avoit paru jufqu'alors d'une difficulté
infurmontable , c'eft de conferver
par la variété des lumières & par
leur difpofition les effets de perfpective,
& de faire diftinguer nettement tous
les plans .
L'affluence prodigieufe du Public &
fon conftant attachement jufqu'au matin
à admirer cette magnifiqne & finguliere
illumination , en fait un éloge
affez flatteur : nous nous difpenferons
de répéter ici tous ceux qui ont été déja
donnés à cet e brillante fête dans les
differentes relations qui ont paru.
l'Hôtel de Pompadour
Indépendamment des fêtes données
par la Ville , le même motif avoit porté
tous ceux qui occupent de grands Hôtels
à contribuer à la pompe des réjouiffances
, par des illuminations plus ou
moins fomptueufes , felon ce que prêtoit
de plus officieux chaque Hôtel ou
Maiſon particuliere. De toutes ces illuminations
, la plus remarquable étoit
celle des Jardins de l'Hôtel de Pompadour
, ouverts du côté des Champs -Elifées
fur une longueur d'environ cent.
cinquante toifes , & n'étant enclos que
par des foffés , qui laiffent librement
découvrir toute l'étendue de ces Jardins.
Les potagers avancent au - delà de
l'allignement des autres Jardins du
Fauxbourg Saint - Honoré d'environ
JUILLET. 1763. 163
་
quarante toifes ; enforte que l'on en
appercevoit l'illumination dès la Place ,
& que d'une certaine diftance elle paroiffoit
s'y joindre .
La premiere ligne des potagers , le
long du foffé de cent cinquante toifes
étoit ornée de grands orangers naturels
dans leurs caiffes , accouplés par des guirlandes
de fleurs qui en enchaînoient les
tiges & retomboient en feftons fur les
caiffes. Ils étoient entremêlés de gros
Ifs ou grandes girandoles de lumières
portés fur des piédeftaux peints en marbre
de diverfes couleurs , & ornés auffi
de guirlandes & feftons de fleurs. Cette
ligne étoit éclairée dans le bas par le
même cordon de terrines , très - ferrées
les unes contre les autres , qui deffinoit
tous les compartimens en treillages de
ces vaftes potagers , & par conféquent
couvroit de lumières prèfque toute
la fuperficie. A chaque extrêmité , dans
des centres d'étoiles formées par ces
compartimens , on avoit élevé un obélifque
triangulaire de trente pieds de
hauteur chacun , furmonté d'un globe ,
le tout garni en plein de lampions.
Le grand Jardin des Parterres , élevé
d'environ quatre pieds au-deffus de ces
Potagers, eft ouvert par une terrafſe ſur
164 MERCURE DE FRANCE
en partie ceintrée extérieurement &
bordée de chaque côté par de grandes
allées de maronniers.
:
L'appui de cette terraffe étoit deffiné
par des cordons de lumières & les focles
chargés de grandes girandoles. Les gradins
du perron étoient de même deffinés
par des terrines. De chaque côté de
cette terraffe on avoit conftruit deux
grands corps d'architecture en boffages
formant des pavillons carrés , fur la face
des Potagers & en retour fur ce Jardin ,
qui mafquoient & enveloppoient la
naiffance des grandes allées . Ces pavillons
joignoient à deux galleries d'environ
16 ou 17 toifes de longueur für les
potagers ; les pilaftres , les frontons, entablemens
, corniches , & généralement
toutes les parties de ces édifices: étoient
formées en plein & diftin&tement deffinées
par des lampions. Les focles dè
l'appui de l'entablement ainfi que les
acroteres portoient des vafes & gros
bouquets de lumières. Le bas des gal
leries & faces des pavillons extérieurs
du côté des potagers étoient revêtus d'un
foubaffement en compartimens de lampions
qui continuoit le long du murd'appui
de la terraffe & qui produifoit un
très-agréableeffet . Ces corps d'architectu
re formoient deux fortes maffes de lumiè
JUILLET. 1763 . 165
res expofées à la vue ,ainfi que l'illumination
des potagers dans un efpace immenfe
& qui pouvoient être apperçues
de diftances très- éloignées ; le terrein
des Champs Elifées étant à préfent entiérement
découvert.
Depuis les angles des pavillons intérieurs
le long des grandes allées qui
bordent les parterres & conduifent jufqu'à
la terraffe des appartemens, régnoit
un cordon de lumières alligné à l'appui
de la première terraffe ; il étoit interrompu
par des orangers , des grenadiers ,
des ifs de différentes formes & des pyramides
, le tout entiérement en lampions ,
entremêlés de girandoles de lumières
fur leurs piédeſtaux de marbre. Comme
ces objets étoient placés fort près les
uns des autres , ils paroiffoient fe toucher
; & fur le fond le plus heureux , produit
par la verdure des arbres paliffadés ,
on voyoit deux allées de lumières variées
qui fe terminoient à deux portiques d'ordre
dorique en baffage ornés de colonnes
accouplés & furmontés de vafes
& bouquets de lampions. Ces portiques
, joignoient la terraffe des Appartemens
qui étoit , ainfi que la première ,
deffinées en lumières , fes ficles chargés
de girandoles & fon perron tracé par
166 MERCURE DE FRANCE.
des terrines. Au fond de cette terraffe
on'avoit adoffé au Bâtiment une grande
décoration formée par un portique de
lumières ouvert en cinq arcardes proportionnées
, dont celle du milieu avec
fon couronnement , s'élévoir à plus de
cinquante pieds. Les fonds de cette,
décoration ainfi que des grands amortiffemens
qui terminoient le portique
de chaque côté , étoient en marbres de
diverfes couleurs & en dorures , le tout
chargé de lampions qui marquoient &
diftinguoient les ornemens.
avons
Entre les amortiffemens du grand
portique jufqu'au bord de la terraffe
& les portiques , dont nous
parlé, qui terminoient les allées , étoient
placées de chaque côté deux Pyramides
en lampions d'environ vingt - cinq à
trente pieds de haut , qui parroiffoient
joindre ces portiques inférieurs à celui
de la façade , par une ligne circulaire.
Enforte que toute certe brillante
décoration depuis les potagers
jufques à la face du fond des Jardins
ne formoit qu'un feul & même enfemble
lié & proportionné dans toutes
fes parties.
Dans les ceintres de chaque arcade
des portiques du fond ainfi que dans
JUILLET. 1763. 167
ceux des fenêtres des pavillons & galleries
fur les potagers étoient fufpendus
, par des guirlandes de fleurs naturelles
en feflons , des luftres de forts
lampions porportionnés aux dimenfions
des arcades .
Le milieu de ce vafte & lumineux
théâtre étoit éclairé par des terrines
qui deffinoient régulierement les deux
grands parterres , ainfi que le grand
baffin du Jardin & les ronds de fleurs
des potagers . Pour marquer plus diftin&
tement les deffeins , on avoit mis
aux angles des pots à feu qui donnoient
une lumiere plus forte que les
autres.
Il eft arrivé à cette illumination ce
qui avoit paru jufqu'alors d'une difficulté
infurmontable , c'eft de conferver
par la variété des lumières & par
leur difpofition les effets de perfpective,
& de faire diftinguer nettement tous
les plans .
L'affluence prodigieufe du Public &
fon conftant attachement jufqu'au matin
à admirer cette magnifiqne & finguliere
illumination , en fait un éloge
affez flatteur : nous nous difpenferons
de répéter ici tous ceux qui ont été déja
donnés à cet e brillante fête dans les
differentes relations qui ont paru.
Fermer
12194
p. 168
AVERTISSEMENT.
Début :
Comme nous ne doutons pas de l'empressement qu'ont les personnes éloignées [...]
Mots clefs :
Empressement , Statue équestre, Planche, Zèle, Frais, Abonnés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Comme nous ne doutons pas de l'empreffement
qu'ont les perfonnes éloignées,
d'avoir l'idée la plus exacte qu'il foit
poffible , de la Statue Equeftre du Ror
érigée dans la nouvelle Place , nous nous
propofons d'en donner une defcription
détaillée , & pourparler aux yeux ainfi
qu'à l'imagination , d'y joindre une
Planche que l'on grave à cet effet. Nous
croyons dans une occafion auffi intéref
fante pour tous les Sujets du Royaume,
ne pouvoir trop marquer notre zéle ;
non feulement par nos foins , mais par
desfrais , extraordinaires à la confection
du Mercure , que l'on facrifie avec plaifir
pour la fatisfaction des Abonnés à
ce Journal.
Comme nous ne doutons pas de l'empreffement
qu'ont les perfonnes éloignées,
d'avoir l'idée la plus exacte qu'il foit
poffible , de la Statue Equeftre du Ror
érigée dans la nouvelle Place , nous nous
propofons d'en donner une defcription
détaillée , & pourparler aux yeux ainfi
qu'à l'imagination , d'y joindre une
Planche que l'on grave à cet effet. Nous
croyons dans une occafion auffi intéref
fante pour tous les Sujets du Royaume,
ne pouvoir trop marquer notre zéle ;
non feulement par nos foins , mais par
desfrais , extraordinaires à la confection
du Mercure , que l'on facrifie avec plaifir
pour la fatisfaction des Abonnés à
ce Journal.
Fermer
12195
p. 169-174
Suite des Nouvelles de VERSAILLES.
Début :
Le Roi ayant reconnu que la constitution solide qu'il veut donner à ses Troupes, [...]
Mots clefs :
Constitution, Ordonnance, Provinces, Régiments, Royaume, Compagnies, Capitaine, Paix, Commandant, Service, Duc, Commissaire, Incendie, Opéra, Académie royale, Église, Village, Loterie, Tirage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de VERSAILLES.
Suite des Nouvelles de VERSAILLES.
L. Roi ayant reconnu que la conftitution ſolide
qu'il veut donner à fes Troupes , dépend
du premier choix des hommes qui la compoſent ,
a rendu une Ordonnance , datée du premier
Fevrier 1763 , par laquelle Sa Majesté établit
trente & un Régimens de recrue d'un Bataillon
, dans les Provinces de Picardie , de Champagne
, de Rouen , de Caen , d'Alençon , de
Moulins , d'Auvergne , de Flandre & d'Artois ,
de Montauban , d'Auch , de Bordeaux , de Poitiers
, de Lyonnois , de la Rochelle , de Tours,
du Dauphiné , de Paris , de Soiffons , de Limoges
, d'Orléans , de Bretagne , du Pays Melfin
, de Bourges , du Haynaut , d'Alface , de
Rouffillon , du Duché de Bourgogne , de Languedoc
, du Comté de Bourgogne , de la Provence
& de la Lorraine ; & un Régiment de
deux Bataillons de la Ville de Paris ; ces Régimens
feront défignés fous les noms des principales
Villes ou Généralités , & marcheront
entre eux fuivant le rang dans lequel ils font
infcrits ci-après : fçavoir , Régime nt d'Abbeville ,
de Châlons , de Rouen , de Caen , d'Alençon
de Moulins , de Riom , de Lille , de Montauban
, d'Auch , de Bordeaux , de Poitiers , de
Lyon , de la Rochelle , de Tours , de Gre noble
II. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
de Sens , de Soiffons , de Limoges , de Blois ,
de Rennes , de Metz , de Bourges , de Valen
ciennes de Strasbourg , de Perpignan , de Dijon
, de Toulouſe de Befançon , d'Aiz , de
Nancy , & de la Ville de Paris . Chaque Régiment
fera compofé de huit Compagnies , lefquelles
feront commandées chacune , en temps de
paix , par un Capitaine & un Lieutenant , &
compofées de deux Sergens , quatre Caporaux ,
quatre Appointés & un Tambour , & d'un nombre
égal d'hommes proportionnément à celui
dont Sa Majefté aura ordonné chaque année
la levée dans chaque Département ; lefquels
feront exercés dans des quartiers particuliers ,
& mis par-là en état de remplacer les hommes
qui manqueront dans les Troupes de Sa Majefté.
En temps de guerre , chaque Compagnie
fera commandée par un Capitaine , un Lieutenant
& un Sous-Lieutenant , & compofé de quatre
Sergens , d'un Fourrier , de huit Caporaux , de
huit Appointés , un Tambour & d'autant d'hom❤
mes que les circonftances les requerront. Les
Officiers de ces Régimens feront choifis parmi
ceux qui viennent d'être réformés à l'occaſion
de la Paix , lefquels , en ce cas , & du jour
qu'ils recevront les appointemens , cefferont de
jouir des penfions de réforme qu'ils pourroient
avoir obtenues. Chaque Compagnie fera payée,
fur le pied fuivant ; à chaque Capitaine , 1080
1. par an ; à chaque Lieutenant , 450 1. à chaque,
Sous-Lieutenant , 360 1. à chaque Fourrier , 162 l.,
à chaque Caporal , 138 1. à chaque Appointé, 120.
1. à chaque homme , 102 l. au Tambour, 138.
1. ETAT-MAJOR. Au Commandant de chaque ,
Régiment , 1800 1. à l'Aide- Major , 1080l . au
Sous-Aide-Major, 450 1. au Chirurgien, 300 1. Le
JUILLET. 1763. 171
Lieutenant Général de Police de la Ville de Paris,
pour ce qui rgarde le Régiment de cette Ville ,
& les Intendans des Provinces , feront chargés fupérieurement
de la levée detdits Régimens , de
laquelle ils rendront compte au Secrétaire d'Etat
ayant le Département de la Guerre : ils établiront
à cet effet , un dépôt particulier dans leur Département.
Il y aura dans chaque Ville , Bourg
ou Village dépendant de chaque Généralité , des
prépofés à l'enrôlement & un prépofé principal
dans le chef- lieu où fera établi le dépôt parti
culier. Ces préposés n'employeront , pour les
enrôlemens , ni féduction , ni violence , ni fu
percherie , & n'admettront que des hommes de
dix-fept ans accomplis jufqu'à quarante pendant
la paix , & de l'âge de dix - huit jufqu'à quarante
cinq ans pendant la guerre , de la taille de
cinq pieds un pouce au moins en temps de guer
re , & de cinq pieds deux pouces en temps de
paix. Le temps de fervice fera de huit années ,
pendant lefquelles ils ne pourront s'abfenter fans
congé de leur troupe , à peine d'être pourful
vis & punis comme déferteurs ; & à l'expiration
deſdites huit années , ils auront leurs congés abfolus
en temps de guerre comme en temps de
paix. Si quelqu'un d'entr'eux eft admis à renouveller
fon engagement , il aura pour prix de ce
fecond engagement , fçavoir , 30 liv. à l'expiration
du premier, & 30 1. au commencement de
la cinquième année du fecond. Ces Régimen's fe
conformeront en tout aux Ordonnances concernant
l'Infanterie , mais ils ne feront alujettis ,
en temps de paix , à d'autre fervice qu'à celui
de fournir une garde de Police dans l'intérieur de
leur quartier. Lorfque des hommes de recrue
feront envoyés aux Régimens qui en auront be- ›
€
3
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
foin , il fera adreffé au Commandant du REgiment
de recrue les routes néceffaires pour
conduire lefdits hommes à leur deſtination . Cette
Ordonnance contient plufieurs autres difpofitions
particulieres , concernant le fervice , la dif
cipline , l'habillement , &c. de ces nouveaux Régimens.
Le Duc de Bedfort eft parti d'ici le 9 de ce
mois , pour le rendre en Angleterre. La commiflion
établie au Châtelet pour l'affaire du Canada
, a commencé fes Séances le 7 , pour le
jugement de cette affaire , au rapport du fieur
Dupont , Confeiller au Châtelet , Commiffaire-
Rapporteur de ce Procès.
Le 6 , entre les onze heures & midi , le feu prit
à la falle de l'Opéra & fe communiqua avec une
violence extrême à la partie du bâtiment qui tient
au Palais Royal. L'incendie fit en peu de temps
les plus terribles progrès , & la falle fut prèfque
confumée avant nême qu'il eût été poffible d'apporter
aucun fecours. Bientôt l'aîle de la première
Cour du Palais fut embrafée. Le feu fe communiquoit
au corps du bâtiment neuf & à celui qui
partage les deux cours ; & ce nefut que vers les
quatre heures qu'on parvint à arrêter le progrès
des flammes en mettant bas la charpente par laquelle
l'incendie eût infailliblement gagné l'appartement
du Duc d'Orléans, Le premier foin
dont on s'eft occupé à été d'enlever les Archives
& de mettre en fûreté la collection précieufe
des Tableaux du Palais Royal . Les Cours
& les Jardins de ce Palais étoient remplis de
meubles & d'effets tant du Duc d'Orléans que
des perfonnes qui lui font attachées & dont les
logemens étoient menacés d'embrâſement. Le
comble du grand efcaljer s'eft écroulé vers une
JUILLET. 1763. 173
:
heure & demie heureufement perfonne n'y a
péri. A neuf heures & demie du foir , toure
communication du feu a été coupée . Le foyer
n'étoit plus que dans les machines du Théâtre
de l'Opéra . Le Maréchal Duc de Biron , le
Duc de Chevreufe , le Prévôt des Marchands ,
le Lieutenant de Police , fe font tranfportés fur
le lieu , & ont donné tous les ordres néceffaires.
Les Gardes Françoifes & Suiffes , les Gens de
Police , des Religieux de différens Ordies , &
furtout les Peres Capucins fe font diftingués
par le zèle le plus courageux , par le travail
le plus infatigable. On ne tardera pas à conſtruire
une nouvelle Salle pour l'Opéra ; mais en attendant
, il paroît décidé que l'Académie Royale de
Mufique donnera fes repréſentations au Palais des
Thuilleries fur le Théâtre des machines qu'on
va difpofer pour cet objet.
Le 12 du mois dernier , il y eut à Effoyes
fur l'Ourſe , en Champagne , un incendie confidérable
qui , en moins de cinq heures , réduifit
en cendres deux cens foixante- dix maiſons .
Meubles , effets , denrées , proviſions , près de
de quatorze mille muids , tant de vin que d'eau
de vie , deux troupeaux confidérables de bêtes
à cornes , tour a été confumé : l'Eglife & le
Clocher ont été entiérement détruits , & les Cloches
fondues. Il ne refte fur pied dans tout le
Village que trente & une maiſons. Quatre perfonnes
ont péri dans les flâmes , & quatre autres
font mortes des impreffions du feu. Cet
accident réduit à la dernière mifère douze cens
perfonnes.
Dans la nuit du 12 au 13 , le feu a pris auffi
à une maison du Fauxbourg de Vervins en Thiéraches
, & le progrès des flammes a été fi rapide
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
qu'en quatre heures de temps elles ont confumé
tout ce Fauxbourg & un autre adjacent. Soixantedix
Maifons , neuf Granges pleines , fix Ecuries
particulières , & cinq Tanneries ont été détruites
, ainsi que les Meubles , Grains , Fourages ,
Beftiaux , Marchandifes , & autres effets qui y
étoient renfermés , & quatre perfonnes ont péri
dans les flammes.
Le 12 encore , le feu a pris au Village de Ste
Marie à Py , Election de Retel - Mazarin. Les
flammes étant excitées par la violence du Vent ,
confumèrent en peu de tems vingt - fept Maifons ,
trente & une Granges , & quatre-vingt- trois autres
petits Bâtimens, avec les meubles , les grains
& les provifions qui s'y trouvoient. Trente- cinq
Familles , dont treize de Laboureurs , le trouvent
par cet affreux événement fans habitation &
fans pain.
-
Le vingt - feptiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 24 Mars , en la
manière accoutumée . Le Lot de cinquante-mille
livres eft échu au numero 98886 , celui de
vingt mille livres au numéro 98 09 , & les
deux de dix mille livres aux numéros 85968 &
97960.
Le 6 de ce mois , on a tiré la Loterie de l'École-
Royale-Militaire. Les numéros fortis de la roue
de fortune , font , 86 , 61 , 2 , 14.7. Le prom
chain tirage fe fera les Mai .
L. Roi ayant reconnu que la conftitution ſolide
qu'il veut donner à fes Troupes , dépend
du premier choix des hommes qui la compoſent ,
a rendu une Ordonnance , datée du premier
Fevrier 1763 , par laquelle Sa Majesté établit
trente & un Régimens de recrue d'un Bataillon
, dans les Provinces de Picardie , de Champagne
, de Rouen , de Caen , d'Alençon , de
Moulins , d'Auvergne , de Flandre & d'Artois ,
de Montauban , d'Auch , de Bordeaux , de Poitiers
, de Lyonnois , de la Rochelle , de Tours,
du Dauphiné , de Paris , de Soiffons , de Limoges
, d'Orléans , de Bretagne , du Pays Melfin
, de Bourges , du Haynaut , d'Alface , de
Rouffillon , du Duché de Bourgogne , de Languedoc
, du Comté de Bourgogne , de la Provence
& de la Lorraine ; & un Régiment de
deux Bataillons de la Ville de Paris ; ces Régimens
feront défignés fous les noms des principales
Villes ou Généralités , & marcheront
entre eux fuivant le rang dans lequel ils font
infcrits ci-après : fçavoir , Régime nt d'Abbeville ,
de Châlons , de Rouen , de Caen , d'Alençon
de Moulins , de Riom , de Lille , de Montauban
, d'Auch , de Bordeaux , de Poitiers , de
Lyon , de la Rochelle , de Tours , de Gre noble
II. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
de Sens , de Soiffons , de Limoges , de Blois ,
de Rennes , de Metz , de Bourges , de Valen
ciennes de Strasbourg , de Perpignan , de Dijon
, de Toulouſe de Befançon , d'Aiz , de
Nancy , & de la Ville de Paris . Chaque Régiment
fera compofé de huit Compagnies , lefquelles
feront commandées chacune , en temps de
paix , par un Capitaine & un Lieutenant , &
compofées de deux Sergens , quatre Caporaux ,
quatre Appointés & un Tambour , & d'un nombre
égal d'hommes proportionnément à celui
dont Sa Majefté aura ordonné chaque année
la levée dans chaque Département ; lefquels
feront exercés dans des quartiers particuliers ,
& mis par-là en état de remplacer les hommes
qui manqueront dans les Troupes de Sa Majefté.
En temps de guerre , chaque Compagnie
fera commandée par un Capitaine , un Lieutenant
& un Sous-Lieutenant , & compofé de quatre
Sergens , d'un Fourrier , de huit Caporaux , de
huit Appointés , un Tambour & d'autant d'hom❤
mes que les circonftances les requerront. Les
Officiers de ces Régimens feront choifis parmi
ceux qui viennent d'être réformés à l'occaſion
de la Paix , lefquels , en ce cas , & du jour
qu'ils recevront les appointemens , cefferont de
jouir des penfions de réforme qu'ils pourroient
avoir obtenues. Chaque Compagnie fera payée,
fur le pied fuivant ; à chaque Capitaine , 1080
1. par an ; à chaque Lieutenant , 450 1. à chaque,
Sous-Lieutenant , 360 1. à chaque Fourrier , 162 l.,
à chaque Caporal , 138 1. à chaque Appointé, 120.
1. à chaque homme , 102 l. au Tambour, 138.
1. ETAT-MAJOR. Au Commandant de chaque ,
Régiment , 1800 1. à l'Aide- Major , 1080l . au
Sous-Aide-Major, 450 1. au Chirurgien, 300 1. Le
JUILLET. 1763. 171
Lieutenant Général de Police de la Ville de Paris,
pour ce qui rgarde le Régiment de cette Ville ,
& les Intendans des Provinces , feront chargés fupérieurement
de la levée detdits Régimens , de
laquelle ils rendront compte au Secrétaire d'Etat
ayant le Département de la Guerre : ils établiront
à cet effet , un dépôt particulier dans leur Département.
Il y aura dans chaque Ville , Bourg
ou Village dépendant de chaque Généralité , des
prépofés à l'enrôlement & un prépofé principal
dans le chef- lieu où fera établi le dépôt parti
culier. Ces préposés n'employeront , pour les
enrôlemens , ni féduction , ni violence , ni fu
percherie , & n'admettront que des hommes de
dix-fept ans accomplis jufqu'à quarante pendant
la paix , & de l'âge de dix - huit jufqu'à quarante
cinq ans pendant la guerre , de la taille de
cinq pieds un pouce au moins en temps de guer
re , & de cinq pieds deux pouces en temps de
paix. Le temps de fervice fera de huit années ,
pendant lefquelles ils ne pourront s'abfenter fans
congé de leur troupe , à peine d'être pourful
vis & punis comme déferteurs ; & à l'expiration
deſdites huit années , ils auront leurs congés abfolus
en temps de guerre comme en temps de
paix. Si quelqu'un d'entr'eux eft admis à renouveller
fon engagement , il aura pour prix de ce
fecond engagement , fçavoir , 30 liv. à l'expiration
du premier, & 30 1. au commencement de
la cinquième année du fecond. Ces Régimen's fe
conformeront en tout aux Ordonnances concernant
l'Infanterie , mais ils ne feront alujettis ,
en temps de paix , à d'autre fervice qu'à celui
de fournir une garde de Police dans l'intérieur de
leur quartier. Lorfque des hommes de recrue
feront envoyés aux Régimens qui en auront be- ›
€
3
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
foin , il fera adreffé au Commandant du REgiment
de recrue les routes néceffaires pour
conduire lefdits hommes à leur deſtination . Cette
Ordonnance contient plufieurs autres difpofitions
particulieres , concernant le fervice , la dif
cipline , l'habillement , &c. de ces nouveaux Régimens.
Le Duc de Bedfort eft parti d'ici le 9 de ce
mois , pour le rendre en Angleterre. La commiflion
établie au Châtelet pour l'affaire du Canada
, a commencé fes Séances le 7 , pour le
jugement de cette affaire , au rapport du fieur
Dupont , Confeiller au Châtelet , Commiffaire-
Rapporteur de ce Procès.
Le 6 , entre les onze heures & midi , le feu prit
à la falle de l'Opéra & fe communiqua avec une
violence extrême à la partie du bâtiment qui tient
au Palais Royal. L'incendie fit en peu de temps
les plus terribles progrès , & la falle fut prèfque
confumée avant nême qu'il eût été poffible d'apporter
aucun fecours. Bientôt l'aîle de la première
Cour du Palais fut embrafée. Le feu fe communiquoit
au corps du bâtiment neuf & à celui qui
partage les deux cours ; & ce nefut que vers les
quatre heures qu'on parvint à arrêter le progrès
des flammes en mettant bas la charpente par laquelle
l'incendie eût infailliblement gagné l'appartement
du Duc d'Orléans, Le premier foin
dont on s'eft occupé à été d'enlever les Archives
& de mettre en fûreté la collection précieufe
des Tableaux du Palais Royal . Les Cours
& les Jardins de ce Palais étoient remplis de
meubles & d'effets tant du Duc d'Orléans que
des perfonnes qui lui font attachées & dont les
logemens étoient menacés d'embrâſement. Le
comble du grand efcaljer s'eft écroulé vers une
JUILLET. 1763. 173
:
heure & demie heureufement perfonne n'y a
péri. A neuf heures & demie du foir , toure
communication du feu a été coupée . Le foyer
n'étoit plus que dans les machines du Théâtre
de l'Opéra . Le Maréchal Duc de Biron , le
Duc de Chevreufe , le Prévôt des Marchands ,
le Lieutenant de Police , fe font tranfportés fur
le lieu , & ont donné tous les ordres néceffaires.
Les Gardes Françoifes & Suiffes , les Gens de
Police , des Religieux de différens Ordies , &
furtout les Peres Capucins fe font diftingués
par le zèle le plus courageux , par le travail
le plus infatigable. On ne tardera pas à conſtruire
une nouvelle Salle pour l'Opéra ; mais en attendant
, il paroît décidé que l'Académie Royale de
Mufique donnera fes repréſentations au Palais des
Thuilleries fur le Théâtre des machines qu'on
va difpofer pour cet objet.
Le 12 du mois dernier , il y eut à Effoyes
fur l'Ourſe , en Champagne , un incendie confidérable
qui , en moins de cinq heures , réduifit
en cendres deux cens foixante- dix maiſons .
Meubles , effets , denrées , proviſions , près de
de quatorze mille muids , tant de vin que d'eau
de vie , deux troupeaux confidérables de bêtes
à cornes , tour a été confumé : l'Eglife & le
Clocher ont été entiérement détruits , & les Cloches
fondues. Il ne refte fur pied dans tout le
Village que trente & une maiſons. Quatre perfonnes
ont péri dans les flâmes , & quatre autres
font mortes des impreffions du feu. Cet
accident réduit à la dernière mifère douze cens
perfonnes.
Dans la nuit du 12 au 13 , le feu a pris auffi
à une maison du Fauxbourg de Vervins en Thiéraches
, & le progrès des flammes a été fi rapide
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
qu'en quatre heures de temps elles ont confumé
tout ce Fauxbourg & un autre adjacent. Soixantedix
Maifons , neuf Granges pleines , fix Ecuries
particulières , & cinq Tanneries ont été détruites
, ainsi que les Meubles , Grains , Fourages ,
Beftiaux , Marchandifes , & autres effets qui y
étoient renfermés , & quatre perfonnes ont péri
dans les flammes.
Le 12 encore , le feu a pris au Village de Ste
Marie à Py , Election de Retel - Mazarin. Les
flammes étant excitées par la violence du Vent ,
confumèrent en peu de tems vingt - fept Maifons ,
trente & une Granges , & quatre-vingt- trois autres
petits Bâtimens, avec les meubles , les grains
& les provifions qui s'y trouvoient. Trente- cinq
Familles , dont treize de Laboureurs , le trouvent
par cet affreux événement fans habitation &
fans pain.
-
Le vingt - feptiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eft fait le 24 Mars , en la
manière accoutumée . Le Lot de cinquante-mille
livres eft échu au numero 98886 , celui de
vingt mille livres au numéro 98 09 , & les
deux de dix mille livres aux numéros 85968 &
97960.
Le 6 de ce mois , on a tiré la Loterie de l'École-
Royale-Militaire. Les numéros fortis de la roue
de fortune , font , 86 , 61 , 2 , 14.7. Le prom
chain tirage fe fera les Mai .
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Résumé : Suite des Nouvelles de VERSAILLES.
En février 1763, le roi de France a émis une ordonnance visant à renforcer les troupes en créant trente-et-un nouveaux régiments de recrues, chacun composé d'un bataillon. Ces régiments portent les noms des principales villes ou généralités et sont organisés par ordre de rang. Chaque régiment est structuré en huit compagnies, dirigées par des officiers et des sous-officiers. Les effectifs varient selon les périodes de paix ou de guerre. Les officiers sont sélectionnés parmi ceux récemment réformés, ce qui entraîne la perte de leurs pensions de réforme. Les soldats doivent avoir entre 17 et 40 ans en temps de paix, et entre 18 et 45 ans en temps de guerre, avec une taille minimale de cinq pieds un pouce en temps de guerre et de cinq pieds deux pouces en temps de paix. Le service militaire dure huit ans, avec des congés absolus à l'expiration de cette période. Des dispositions spécifiques concernent le service, la discipline et l'habillement de ces nouveaux régiments. Par ailleurs, plusieurs incidents notables ont été rapportés. Le 6 juillet, un incendie a détruit une partie de l'Opéra et menacé le Palais Royal à Paris. Les secours ont permis de sauver les archives et les tableaux précieux. Le même mois, des incendies ont ravagé les villages d'Effoyes en Champagne, de Vervins en Thiérache, et de Sainte-Marie à Py, causant des destructions massives et des pertes humaines. Enfin, les résultats des tirages de la loterie de l'Hôtel de Ville et de l'École Royale Militaire ont été annoncés, avec des gains allant jusqu'à cinquante mille livres.
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12196
p. 174-176
MORTS.
Début :
Louis de Talaru, Marquis de Chalmasel, Comte de Chamarande, Chevalier des Ordres du [...]
Mots clefs :
Marquis, Chevalier, Brigadier, Conseiller d'État, Lieutenant, Décès, Vicomte
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
Louis de Talaru , Marquis de Chalmafel
Comte de Chamarande , Chevalier des Ordres
du Roi , Brigadier de fes Armées , Gouverneur
des Villes & Châteaux de Phalsbourg & SareJUILLET.
1763 . 175
bourg , Confeiller d'Etat , premier Maître d'Hotel
de la Reine , eft mort à Versailles le 31
Mars , âgé de quatre-vingt- deux ans.
Nicolas Léon Philippes , Lieutenant Général
des Armées du Roi & Gouverneur de Maubeuge
, eft mort le 26 Mars âgé de quatre -vingtun
an.
François Louis Comte de Danois , Lieutenant
Général & Gouverneur de Condé , eft mort le
27 , âgé de quatre-vingt-quatre ans.
Les feurs du Villars , ancien Capitaine aux
Gardes- Françoiles & de la Borde de Canablin ,
tous deux Brigadiers des Armées du Roi , font
morts auffi à Paris à la fin du même mois.
Jean - Louis Aléxandre d'Alface , Comte de
Hennien Liérard , eft mort à Paris , dans la
feizième année de ſon âge.
Armand-Elifabeth de Froullay de Teffé , Comte
de Froullay , Guidon de Gendarmerie , eft
mort à Paris le 11 Mars , âgé de vingt - cinq
ans .
Charles-Jean de Monneville , Chevalier non-
Profès de l'Ordre de Malte , eft mort au Châreau
de Theuville en Normandie , le 28 Mars
âgé de vingt- neuf ans . Son Frère aîné ayant été
tué à la bataille de Minden , il laiffe pour fon
unique héritiere la Marquile de Colbert Maulevrier
, fa Soeur , Coufine Germaine de la Ducheffe
de Mortemart .
Marie Geneviève- Louiſe Gauthier de Chiffreville
, veuve de Charles Obrien , Lord Comte
de Thomond , Vicomte de Clare , Pair d'Irlande
, Maréchal de France , Chevalier des Ordres
du Roi , Gouverneur du Neuf- Brifac , &
Commandant pour Sa Majefté en Languedoc ,
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
eft morte à Paris le 6 Avril , âgée de vingt-fix
ans.
Louis -Alexandre- Xavier le Sénéchal , Marquis
de Carcado , Lieutenant- Général des Armées du
Roi , eft mort le 8 Avril , au Château de Carcado,
âge de cinquante & un ans.
Anne-Marie d'Arzens - de- Bruet , veuve de Clement-
Jofeph de Groffolles , Comte de Flamarens,
Colonel d'Infanterie , eft morte dans fon Château
de Buzet en Guyenne le 30 Mars , âgée de
foixante & un ans.
Louis Marquis de Melun , Comte de Nogentle
Roi , eft mort fans pofterité à Paris le 29 Avril
1763 , âgé de foixante ans ; il étoit neveu de Louis
Marquis de Melun-Maupertuis , Lieutenant-Général
des Armées du Roi , Grand-Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , Gouverneur
de la Ville , Province & Comté de Toul en Lor-
1aine , & Commandant de la premiere Compagnie
des Moufqueraires de la garde du Roi , L'an
& l'autre de la branche cadette de la maiſon de
Melun , dite de la Borde- le-Vicomte , dont il ne
refte plus depuis l'extinction de la branche aînée
arrivée par le décès de Louis- Gabriel Vicomte de
Melun , dernier Prince d'Epinai le 21 Août 1739,
que deux mâles actuellement fans alliance qui
font Adam , Joachim , Marie, Vicomte de Melun
& Alof Claude Marie Comte de Melun
fon frère cadet , tous deux Seigneurs de Brumets
& coufins du Marquis de Melun , qui les a fait
par fon teftament héritiers de tous les biens par
fubftitutions .
Louis de Talaru , Marquis de Chalmafel
Comte de Chamarande , Chevalier des Ordres
du Roi , Brigadier de fes Armées , Gouverneur
des Villes & Châteaux de Phalsbourg & SareJUILLET.
1763 . 175
bourg , Confeiller d'Etat , premier Maître d'Hotel
de la Reine , eft mort à Versailles le 31
Mars , âgé de quatre-vingt- deux ans.
Nicolas Léon Philippes , Lieutenant Général
des Armées du Roi & Gouverneur de Maubeuge
, eft mort le 26 Mars âgé de quatre -vingtun
an.
François Louis Comte de Danois , Lieutenant
Général & Gouverneur de Condé , eft mort le
27 , âgé de quatre-vingt-quatre ans.
Les feurs du Villars , ancien Capitaine aux
Gardes- Françoiles & de la Borde de Canablin ,
tous deux Brigadiers des Armées du Roi , font
morts auffi à Paris à la fin du même mois.
Jean - Louis Aléxandre d'Alface , Comte de
Hennien Liérard , eft mort à Paris , dans la
feizième année de ſon âge.
Armand-Elifabeth de Froullay de Teffé , Comte
de Froullay , Guidon de Gendarmerie , eft
mort à Paris le 11 Mars , âgé de vingt - cinq
ans .
Charles-Jean de Monneville , Chevalier non-
Profès de l'Ordre de Malte , eft mort au Châreau
de Theuville en Normandie , le 28 Mars
âgé de vingt- neuf ans . Son Frère aîné ayant été
tué à la bataille de Minden , il laiffe pour fon
unique héritiere la Marquile de Colbert Maulevrier
, fa Soeur , Coufine Germaine de la Ducheffe
de Mortemart .
Marie Geneviève- Louiſe Gauthier de Chiffreville
, veuve de Charles Obrien , Lord Comte
de Thomond , Vicomte de Clare , Pair d'Irlande
, Maréchal de France , Chevalier des Ordres
du Roi , Gouverneur du Neuf- Brifac , &
Commandant pour Sa Majefté en Languedoc ,
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
eft morte à Paris le 6 Avril , âgée de vingt-fix
ans.
Louis -Alexandre- Xavier le Sénéchal , Marquis
de Carcado , Lieutenant- Général des Armées du
Roi , eft mort le 8 Avril , au Château de Carcado,
âge de cinquante & un ans.
Anne-Marie d'Arzens - de- Bruet , veuve de Clement-
Jofeph de Groffolles , Comte de Flamarens,
Colonel d'Infanterie , eft morte dans fon Château
de Buzet en Guyenne le 30 Mars , âgée de
foixante & un ans.
Louis Marquis de Melun , Comte de Nogentle
Roi , eft mort fans pofterité à Paris le 29 Avril
1763 , âgé de foixante ans ; il étoit neveu de Louis
Marquis de Melun-Maupertuis , Lieutenant-Général
des Armées du Roi , Grand-Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , Gouverneur
de la Ville , Province & Comté de Toul en Lor-
1aine , & Commandant de la premiere Compagnie
des Moufqueraires de la garde du Roi , L'an
& l'autre de la branche cadette de la maiſon de
Melun , dite de la Borde- le-Vicomte , dont il ne
refte plus depuis l'extinction de la branche aînée
arrivée par le décès de Louis- Gabriel Vicomte de
Melun , dernier Prince d'Epinai le 21 Août 1739,
que deux mâles actuellement fans alliance qui
font Adam , Joachim , Marie, Vicomte de Melun
& Alof Claude Marie Comte de Melun
fon frère cadet , tous deux Seigneurs de Brumets
& coufins du Marquis de Melun , qui les a fait
par fon teftament héritiers de tous les biens par
fubftitutions .
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Résumé : MORTS.
En 1763, plusieurs personnalités françaises de la noblesse et de l'armée sont décédées. Louis de Talaru, Marquis de Chalmafel, Comte de Chamarande, Chevalier des Ordres du Roi, Brigadier des Armées, Gouverneur de Phalsbourg et Sarebourg, Conseiller d'État et premier Maître d'Hôtel de la Reine, est mort à Versailles le 31 mars à 82 ans. Nicolas Léon Philippes, Lieutenant Général des Armées du Roi et Gouverneur de Maubeuge, est décédé le 26 mars à 81 ans. François Louis Comte de Danois, Lieutenant Général et Gouverneur de Condé, est mort le 27 mars à 84 ans. Les Brigadiers des Armées du Roi, sieurs du Villars et de la Borde de Canablin, sont également décédés à Paris à la fin mars. Jean-Louis Alexandre d'Alface, Comte de Hennien Liérard, est mort à Paris à 15 ans. Armand-Élisabeth de Froullay de Tessé, Comte de Froullay et Guidon de Gendarmerie, est décédé à Paris le 11 mars à 25 ans. Charles-Jean de Monneville, Chevalier de l'Ordre de Malte, est mort au Château de Theuville en Normandie le 28 mars à 29 ans, laissant sa sœur, la Marquise de Colbert Maulevrier, comme unique héritière. Marie Geneviève-Louise Gauthier de Chiffreville, veuve de Charles O'Brien, Lord Comte de Thomond, Maréchal de France, est morte à Paris le 6 avril à 29 ans. Louis-Alexandre-Xavier le Sénéchal, Marquis de Carcado, Lieutenant Général des Armées du Roi, est décédé le 8 avril au Château de Carcado à 51 ans. Anne-Marie d'Arzens de Bruet, veuve de Clément-Joseph de Groffolles, Comte de Flamarens et Colonel d'Infanterie, est morte dans son Château de Buzet en Guyenne le 30 mars à 61 ans. Louis Marquis de Melun, Comte de Nogent, est mort sans postérité à Paris le 29 avril à 60 ans.
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12197
p. 176-177
De WARSOVIE le 26 Avril 1763.
Début :
On a appris par les dernières nouvelles de Mittau, que le Prince Charles, Duc de Courlande, [...]
Mots clefs :
Prince Charles, Duc de Courlande, Chambellan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De WARSOVIE le 26 Avril 1763.
De WARSOVIE le 26 Avril 1763.
On a appris par les dernières nouvelles de Mittau
, que le Prince Charles , Duc de Courlande ,
JUILLET. 1763. 177
s'étoit enfin déterminé à quitter cette Ville , &
qu'il n'attendoit pour partir que le retour du Chambellan
de Borch qui a dû arriver le 25 de ce
mois.
On a appris par les dernières nouvelles de Mittau
, que le Prince Charles , Duc de Courlande ,
JUILLET. 1763. 177
s'étoit enfin déterminé à quitter cette Ville , &
qu'il n'attendoit pour partir que le retour du Chambellan
de Borch qui a dû arriver le 25 de ce
mois.
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12198
p. 177
De VIENNE, le 4 Mai 1763.
Début :
Hier, Sa Majesté Impériale & Royale admit dans l'Ordre de la Croix [...]
Mots clefs :
Sa Majesté impériale, Ordre, Admission, Princesse de Turenne
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texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 4 Mai 1763.
De VIENNE, le 4 Mai 1763 .
Hier , Sa Majefté Impériale & Royale admit
dans l'Ordre de la Croix de l'Etoile , Louife - Henriette-
Gabrielle de Lorraine , Princeffe de Turenne
, & Françoile de Lorraine , Princeſſe de
Marfan .
Hier , Sa Majefté Impériale & Royale admit
dans l'Ordre de la Croix de l'Etoile , Louife - Henriette-
Gabrielle de Lorraine , Princeffe de Turenne
, & Françoile de Lorraine , Princeſſe de
Marfan .
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12199
p. 177
De DRESDE, le 31 Mars 1763.
Début :
Joseph-Marie, Prince de Saxe, troisiéme Fils de Son Altesse Royale [...]
Mots clefs :
Prince de Saxe, Altesse royale, Prince héréditaire, Décès
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texteReconnaissance textuelle : De DRESDE, le 31 Mars 1763.
De DRESDE , le 31 Mars 1763.
Jofeph-Marie , Prince de Saxe , troifiéme Fils
de Son Alteffe Royale le Prince Héréditaire ,
eft mort aujourd'hui dans la dixième année de fon
âge.
Jofeph-Marie , Prince de Saxe , troifiéme Fils
de Son Alteffe Royale le Prince Héréditaire ,
eft mort aujourd'hui dans la dixième année de fon
âge.
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12200
p. 177-178
De RATISBONNE, le 27 Avril 1763.
Début :
Le Prince Clément de Saxe, a été élu aujourd'hui par le Chapitre pour remplir [...]
Mots clefs :
Prince Clément de Saxe, Siège épiscopal, Traité de paix, Impératrice-Reine, Altesse royale, Duc, Mariage, Archiduc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE, le 27 Avril 1763.
De RATISBONNE , le 27 Avril 1763.
Le Prince Clément de Saxe , a été élu aujour
d'hui par le Chapitre pour remplir le Siége
Epifcopal de cette Ville. Le 18 de ce mois , il a
été élu d'une voix unanime Evêque- Prince de
Freyfingen.
On a publié ici deux Articles fecrets du Traité
de paix conclu à Hubertzbourg entre l'Impératrice-
Reine & le Roi de Prufle . En voici la teneur
.
ဘ
ARTICLE I. Sa Majefté le Roi de Pruffe , Elec-
»teur de Brandebourg , defirant donner à Sa
» Majefté Apoftolique l'Impératrice - Reine de
Hongrie & de Bohême , une preuve de for
amitié & de la fatisfaction qu'Elle a d'entrer
dans ce qui pourroit être agréable à cette Prin
» ceffe , promet de donner la voix à Son Altese-
» Royale l'Archiduc Joſeph , à la future élection
→ d'un Roi des Romains ou d'un Empereur.
ART. II. » Sa Majefté l'Empereur & Sa Ma
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
» jefté l'Impératrice- Reine , ayant arrêté , par ,
» une convention avec le Séréniffime Duc de
>> Modéne , le mariage d'un des Archiducs Cadets
avec la Princelle de Modéne , petite- fille du
fufdit Duc , & s'étant déterminés à s'adreffer
dans le temps à l'Empereur & à l'Empire pour
l'expectative de la fucceffion des Etats de Mo-
»déne en faveur de celui des Archiducs qui
»époufera ladite Princeffe , Sa Majesté le Roi
» de Proffe , qui fe fait un plaifir de ſe prêter
>>
•
autant qu'il dépend de lui , à tout ce qui peut
plaire à Leurs Majeftés Impériales s'engage
→ dès ce moment & pour toujours à donner fa
» voix pour cet effet , fi le cas y écheoir , & Leurs
» Sufdites Majeftés affurent de leur côté S. M.
» Pruffienne de leur reconnoiffance & du defir
> fincère où Elles font de lui donner des marques
» de leur amitié dans toutes les circonftances
» que les occafions pourront leur fournir.
Au bas de ces deux Articles , il eft dit qu'ils
auront la même force que s'ils avoient été inferés
dans le corps même du Traité.
Le Prince Clément de Saxe , a été élu aujour
d'hui par le Chapitre pour remplir le Siége
Epifcopal de cette Ville. Le 18 de ce mois , il a
été élu d'une voix unanime Evêque- Prince de
Freyfingen.
On a publié ici deux Articles fecrets du Traité
de paix conclu à Hubertzbourg entre l'Impératrice-
Reine & le Roi de Prufle . En voici la teneur
.
ဘ
ARTICLE I. Sa Majefté le Roi de Pruffe , Elec-
»teur de Brandebourg , defirant donner à Sa
» Majefté Apoftolique l'Impératrice - Reine de
Hongrie & de Bohême , une preuve de for
amitié & de la fatisfaction qu'Elle a d'entrer
dans ce qui pourroit être agréable à cette Prin
» ceffe , promet de donner la voix à Son Altese-
» Royale l'Archiduc Joſeph , à la future élection
→ d'un Roi des Romains ou d'un Empereur.
ART. II. » Sa Majefté l'Empereur & Sa Ma
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
» jefté l'Impératrice- Reine , ayant arrêté , par ,
» une convention avec le Séréniffime Duc de
>> Modéne , le mariage d'un des Archiducs Cadets
avec la Princelle de Modéne , petite- fille du
fufdit Duc , & s'étant déterminés à s'adreffer
dans le temps à l'Empereur & à l'Empire pour
l'expectative de la fucceffion des Etats de Mo-
»déne en faveur de celui des Archiducs qui
»époufera ladite Princeffe , Sa Majesté le Roi
» de Proffe , qui fe fait un plaifir de ſe prêter
>>
•
autant qu'il dépend de lui , à tout ce qui peut
plaire à Leurs Majeftés Impériales s'engage
→ dès ce moment & pour toujours à donner fa
» voix pour cet effet , fi le cas y écheoir , & Leurs
» Sufdites Majeftés affurent de leur côté S. M.
» Pruffienne de leur reconnoiffance & du defir
> fincère où Elles font de lui donner des marques
» de leur amitié dans toutes les circonftances
» que les occafions pourront leur fournir.
Au bas de ces deux Articles , il eft dit qu'ils
auront la même force que s'ils avoient été inferés
dans le corps même du Traité.
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Résumé : De RATISBONNE, le 27 Avril 1763.
Le 27 avril 1763, le Prince Clément de Saxe a été élu évêque de Ratisbonne par le Chapitre. Le 18 avril, il a également été élu à l'unanimité évêque-prince de Freyfingen. Parallèlement, deux articles secrets du traité de paix de Hubertusbourg, conclu entre l'Impératrice-Reine et le Roi de Prusse, ont été publiés. L'article I stipule que le Roi de Prusse promet de soutenir l'Archiduc Joseph pour l'élection future de Roi des Romains ou d'Empereur. L'article II mentionne une convention entre l'Empereur et le Duc de Modène concernant le mariage d'un Archiduc avec la princesse de Modène. Le Roi de Prusse s'engage à soutenir cette succession, tandis que les Majestés Impériales assurent leur reconnaissance et leur amitié au Roi de Prusse. Ces articles ont la même force que s'ils avaient été inclus dans le traité principal.
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