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Liste
1
p. 99-107
ASSEMBLÉE publique de l'Académie Royale des Belles-Lettres de LA ROCHELLE.
Début :
L'ACADÉMIE des Belles-Lettres de la Rochelle tint le 22 Avril sa séance [...]
Mots clefs :
Poète, Agriculture, Province, Discours, Académie, Ouvrages, Critique, Obstacles, Frivolité
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texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de l'Académie Royale des Belles-Lettres de LA ROCHELLE.
ASSEMBLÉE publique de l'Académie
Royale des Belles - Lettres de LA
ROCHELLE.
L'ACADÉM ' ACADÉMIE des Belles - Lettres de la
Rochelle tint le 22 Avril fa féance
publique , à laquelle préfida M. le Maréchal
de Senneterre , Gouverneur de la
Province . M. Dupaty , Tréforier de
France , Directeur de l'Académie , ouvrit
la Séance par un difcours contenant
des Réflexionsfur l'Agriculture relative-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
ment au Pays d'Aunis. Ce difcours eft
compofé de deux parties ; dans la premiere
l'Auteur expofe plufieurs obftacles
qui s'oppofent au progrès de l'Agriculture
dans cette Province. Voici de quelle
manière il débute.
» Notre Nation taxée de frivolité
par
» quelques Philofophes , va ceffer de
» mériter cette qualification . Il fuffira
» pour s'en convaincre de jetter un coup
» d'oeil fur tous les ouvrages folides que
» nous avons vu éclore de nos jours fur la
» Politique , fur le Commerce , fur les
» Arts & fur l'Agriculture. Le nombre
» des bons Ouvrages dont nous fommes
» en poffeffion , prouvera à tout eſprit
» jufte & fans préjugés, que nous n'avons
» point dégénéré du côté des fciences , du
"
fiécle qui nous a précédé , comme le
» prétendent quelques cenfeurs chagrins,
» mais même que le nôtre peut être
appellé le fiécle des lumières & de la
Philofophie. Si l'on nous reproche
» encore notre goût trop vif pour les
» Arts de luxe , d'agrément ou de fimple
curiofité , ce ne fera pour nous
» qu'un mérite de plus , celui d'avoir fçu
allier les deux extrêmes , & d'avoir
* atteint la perfection en chaque genre..
Eclairés fur nos véritables intérêts, nous
JUILLET. 1763.
ΙΟΙ
avons enfin reconnu que l'Agricultu-
» re eft la mère de tous les Arts , puif-
» qu'elle feule fournit à tous nos befoins
» de premiere néceffité . Pénétrés de cette
» vérité , nous avons porté juſqu'à l'en-
>> thoufiafme le goût pour l'Agriculture .
» Mais fi les ouvrages immortels des
" Duhamel,des Tilly , des Chateauvieux,
» &c , méritent toute notre recon-
>> noiffance ; s'ils renferment une Théorie
» fûre & lumineufe appuyée fur des expériences
bien faites , ont- ils toujours
» l'avantage de nous offrir des pratiques
» applicables à tous les pays ? Je ne puis
» me le perfuader ; je fuis même con-
» vaincu , qu'ils ne peuvent que nous
» mettre fur la voie pour chercher les
» moyens de faire profpérer l'Agricul-
» ture dans cette Province ; mais ils
" nous laiffent tout le mérite de trouver
» ces moyens. Cette gloire eft réſervée
» aux Citoyens qui compofent la fo-
» ciété d'Agriculture érigée depuis peu
» dans cette Ville . Je me bornerai donc
à vous faire part de quelques réfléxions
» fur plufieurs obftacles qui s'oppofent
» au progrès de l'Agriculture.
On ne fuivra point l'Auteur dans le
détail de ces obftacles : fes réfléxions fur
cet objet n'ont , pour ainfi dire , qu'un
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
1
mérite local , & dont l'utilité ne s'étend
pas au-delà des bornes de la Province.
On paffe à la deuxième partie du Mémoire
qui traite du Plane ou Platane.
L'Auteur aime mieux lui donner ce dernier
nom , comme plus analogue au
nom latin , Platanus.
Cet arbre qui n'eft guères connu que
par la plainte d'Horace ,
Evincet ulmos.
Platanusque calebs ,
Horat. od. 15. lib. 2.
ne fe trouvoit point dans le pays d'Aunis
; c'eft à M. Baudry , Directeur des
Poftes , qu'on a l'obligation de l'y voir
pour la premiere fois. Ce Citoyen véritablement
eftimable a bien voulu partager
avec M. Dupaty , l'avantage d'enrichir
la Province d'Aunis , d'un arbre
dont le nom y étoit à peine connu.
M. Dupaty , a planté au mois de
Mars 1762 , des Platanes dans un terrein
frais ; il a eu la fatisfaction de les voir
pouffer dès cette premiere année de plus
de quatre pieds , & donner des feuilles
d'une beauté & d'une largeur furprenante.
Quoique celles qu'il a fait voir
à l'affemblée , euffent perdu en féchant
de leur luftre & de leur largeur , elles
ont étonné .
JUILLET. 1763. 103
M. Dupaty fait connoître plufieurs
particularités du Platane d'après Pline
le Naturaliſte , qui eft un des Auteurs qui
en ait parlé le plus au long , mais comme
il fe propofe de fuivre plus particulierement
la nature & les propriétés de cet
arbre , on attendra le réſultat de ſes expériences.
Le difcours de M. Dupaty , écrit d'un
ftyle fans prétention , & tel qu'il convient
aux matières des Phyfique , fut
écouté d'un auditoire nombreux & éclairé
avec cette attention & cet intérêt ,
que s'attirent naturellement les objets
fimples & utiles .
M. l'Abbé de Rouffy , Aumônier en
dignité de l'Eglife Cathédrale, lut enfuite
un difcours fur les qualités néceffaires à
l'homme de lettres.
Cette le&ture fut fuivie de celle des
obfervations de M. de Montaudoin , fur
une critique des Poëfies de Rouffeau.
L'Auteur repouffe les traits que M. de
Vauvenargue lance au Pindare françois ,
dans fes réfléxions fur quelques Poëtes
célébres. Il eft furpris de voir refuſer à
Rouffeau une place auffi honorable
que celle qu'on accorde au Légiflateur
du Parnaffe françois , parce que celui- ci
a été fon Maître. » Ainfi dit , M. de M...
E iv.
104 MERCURE DE FRANCE.
» Racan ne pourra pas être placé près
» de Malherbe , Racine , près de Def-
» preaux , ni M. de Voltaire , près de
Rouffeau. M. de M. convient avec
M. de V. que le pathétique & le fublime
ne fe trouvent pas toujours dans
les odes du Poëte ; » mais tous les fujets
" font- ils fufceptibles de ce genre de
» beautés ? Rouſſeau eſt toujours fublime
» & pathétique quand il lui eft permis de
» l'être. » Pour prouver contre M. de
V. que les images répandues dans les
Odes que Rouffeau a tirées de fon propre
fond , produifent de grands mouvemens ,
il fe contente d'exhorter à lire les Odes
à la fortune , fur la naiffance du Duc
de Bretagne , fur la mort du Prince de
Conti , &c. fes Cantates, fur-tout Circé.
» M. de V. prétend qu'il y a bien
» des penfées fauffes dans ces Odes fi
» vantées ; il s'attache à l'Ode à la for-
» tune pour le prouver ... Mais il pa-
>> roît avoir manqué le but de l'Ode à la
» fortune ; auroit-il ignoré qu'elle a été
» faite contre les conquérans , qu'elle
» en a même porté le titre ? Le Poëte
» s'eft propofé de guérir les Princes de
» la manie des conquêtes ; & tous les
» amis des hommes ne fe lafferont ja-
» mais d'applaudir à des vues auffi louaJUILLET.
1763. 105
» bles. Comme le Critique étoit mili-
>> taire , il aura été fàché de voir mal-
» traiter de grands Généraux ; mais
» comme il étoit encore Philofophe , il
» auroit dû être auffi fage & auffi bien-
» faifant que le Poëte.
Il eft impoffible de donner dans un
Extrait , une idée plus étendue de ces
obfervations . M. de Montaudouin fuit
pas-à-pas M. de Vauvenargue , & entre:
avec lui en difcuffion fur les différens
objets de fa critique. On fent combient
cette matière déja refferrée par les bornes:
préfcrites à un Difcours Académique , eft
peu fufceptible d'Analyfe.
On lut enfuite une lettre fur le carac
tère & les ouvrages de Tibulle , par M..
le Brun , Secrétaire des Commande
mens de Son Alteffe Séréniffime Monfeigneur
le Prince de Conti ; l'Auteur
débute ainfi..
» Nommer Tibulle , c'eft rappeller
» ce que l'Elégie a de plus touchant &
» de plus tendre. Il fut le Peintre des
» grâces & le Poëte du Sentiment ;
» pourroit-il ne pas intéreffer? Son coeur
eft la fource de fes vers ; c'eft là qu'il
» puife ces images fi naïves qui ébran-
» lent l'âme & demandent des pleurs
Amour dictoit les vers que foupiroit Tibulle.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
» Ses vers font en effet des foupirs.
» On peut en croire Defpreaux : s'ils
» ont ému fes oreilles auftères , leur
» charme étoit fans doute inévitable.
Après avoir rapporté les particularités
de la vie de Tibulle , qui fervent le plus à
développer le caractère de ce Poëte , M.
le Brun trace le Portrait de ceux qui
ont travaillé dans le même genre ; il
commence par Ovide.
» L'Ingénieux Ovide , ( dit- il , ) lû , chéri ,
» adoré par la jeuneffe , mais fouvent
critiqué par un âge plus mûr , a plus
d'efprit que de fentiment , plus de coquetterie
que de tendreffe. Sa Muſe
brillante a le fard & les agrémens des
beautés qui le trompent ou qu'il cherche
à tromper ; elle périt quelquefois
» fous l'Art & les Fleurs.
*-99
Properce leur rival affecte , felon
moi , des comparaiſons , des allufions ,
des traits de fible trop fréquens ; fes
vers ont quelquefois de la féchereffe
& de l'âpreté il foupire fçavament ,
fa paffion eft érudite , & fa tendreffe
porte un air de Doctrine.
:
M. le Brun parle enfuite de Gallus
& de Catulle ; il fe plaint de ce qu'un
Poëte auffi charmant que Tibulle , n'a
¡pas été traduit en notre langue ; car il
JUILLET. 1763. 107
compte pour rien l'informe traduction de
Marolles. Il voit avec peine la premiere
Elégie noyée dans la prolixe imitation
du Marquis de la Farre ; mais il gémit de
voir Tibulle encore plus défiguré dans
les vers de la Chapelle . Il finit en donnant
quelques regles pour la traduction
des Poëtes , dont il fait l'application à
Tibulle. M. le Brun a traduit en vers
plufieurs morceaux de ce Poëte . La
féance fut terminée par la lecture de la
troifiéme Elégie ; pour ne pas fortir des
bornes prefcrites, on n'en donnera qu'une
partie .
Royale des Belles - Lettres de LA
ROCHELLE.
L'ACADÉM ' ACADÉMIE des Belles - Lettres de la
Rochelle tint le 22 Avril fa féance
publique , à laquelle préfida M. le Maréchal
de Senneterre , Gouverneur de la
Province . M. Dupaty , Tréforier de
France , Directeur de l'Académie , ouvrit
la Séance par un difcours contenant
des Réflexionsfur l'Agriculture relative-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
ment au Pays d'Aunis. Ce difcours eft
compofé de deux parties ; dans la premiere
l'Auteur expofe plufieurs obftacles
qui s'oppofent au progrès de l'Agriculture
dans cette Province. Voici de quelle
manière il débute.
» Notre Nation taxée de frivolité
par
» quelques Philofophes , va ceffer de
» mériter cette qualification . Il fuffira
» pour s'en convaincre de jetter un coup
» d'oeil fur tous les ouvrages folides que
» nous avons vu éclore de nos jours fur la
» Politique , fur le Commerce , fur les
» Arts & fur l'Agriculture. Le nombre
» des bons Ouvrages dont nous fommes
» en poffeffion , prouvera à tout eſprit
» jufte & fans préjugés, que nous n'avons
» point dégénéré du côté des fciences , du
"
fiécle qui nous a précédé , comme le
» prétendent quelques cenfeurs chagrins,
» mais même que le nôtre peut être
appellé le fiécle des lumières & de la
Philofophie. Si l'on nous reproche
» encore notre goût trop vif pour les
» Arts de luxe , d'agrément ou de fimple
curiofité , ce ne fera pour nous
» qu'un mérite de plus , celui d'avoir fçu
allier les deux extrêmes , & d'avoir
* atteint la perfection en chaque genre..
Eclairés fur nos véritables intérêts, nous
JUILLET. 1763.
ΙΟΙ
avons enfin reconnu que l'Agricultu-
» re eft la mère de tous les Arts , puif-
» qu'elle feule fournit à tous nos befoins
» de premiere néceffité . Pénétrés de cette
» vérité , nous avons porté juſqu'à l'en-
>> thoufiafme le goût pour l'Agriculture .
» Mais fi les ouvrages immortels des
" Duhamel,des Tilly , des Chateauvieux,
» &c , méritent toute notre recon-
>> noiffance ; s'ils renferment une Théorie
» fûre & lumineufe appuyée fur des expériences
bien faites , ont- ils toujours
» l'avantage de nous offrir des pratiques
» applicables à tous les pays ? Je ne puis
» me le perfuader ; je fuis même con-
» vaincu , qu'ils ne peuvent que nous
» mettre fur la voie pour chercher les
» moyens de faire profpérer l'Agricul-
» ture dans cette Province ; mais ils
" nous laiffent tout le mérite de trouver
» ces moyens. Cette gloire eft réſervée
» aux Citoyens qui compofent la fo-
» ciété d'Agriculture érigée depuis peu
» dans cette Ville . Je me bornerai donc
à vous faire part de quelques réfléxions
» fur plufieurs obftacles qui s'oppofent
» au progrès de l'Agriculture.
On ne fuivra point l'Auteur dans le
détail de ces obftacles : fes réfléxions fur
cet objet n'ont , pour ainfi dire , qu'un
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
1
mérite local , & dont l'utilité ne s'étend
pas au-delà des bornes de la Province.
On paffe à la deuxième partie du Mémoire
qui traite du Plane ou Platane.
L'Auteur aime mieux lui donner ce dernier
nom , comme plus analogue au
nom latin , Platanus.
Cet arbre qui n'eft guères connu que
par la plainte d'Horace ,
Evincet ulmos.
Platanusque calebs ,
Horat. od. 15. lib. 2.
ne fe trouvoit point dans le pays d'Aunis
; c'eft à M. Baudry , Directeur des
Poftes , qu'on a l'obligation de l'y voir
pour la premiere fois. Ce Citoyen véritablement
eftimable a bien voulu partager
avec M. Dupaty , l'avantage d'enrichir
la Province d'Aunis , d'un arbre
dont le nom y étoit à peine connu.
M. Dupaty , a planté au mois de
Mars 1762 , des Platanes dans un terrein
frais ; il a eu la fatisfaction de les voir
pouffer dès cette premiere année de plus
de quatre pieds , & donner des feuilles
d'une beauté & d'une largeur furprenante.
Quoique celles qu'il a fait voir
à l'affemblée , euffent perdu en féchant
de leur luftre & de leur largeur , elles
ont étonné .
JUILLET. 1763. 103
M. Dupaty fait connoître plufieurs
particularités du Platane d'après Pline
le Naturaliſte , qui eft un des Auteurs qui
en ait parlé le plus au long , mais comme
il fe propofe de fuivre plus particulierement
la nature & les propriétés de cet
arbre , on attendra le réſultat de ſes expériences.
Le difcours de M. Dupaty , écrit d'un
ftyle fans prétention , & tel qu'il convient
aux matières des Phyfique , fut
écouté d'un auditoire nombreux & éclairé
avec cette attention & cet intérêt ,
que s'attirent naturellement les objets
fimples & utiles .
M. l'Abbé de Rouffy , Aumônier en
dignité de l'Eglife Cathédrale, lut enfuite
un difcours fur les qualités néceffaires à
l'homme de lettres.
Cette le&ture fut fuivie de celle des
obfervations de M. de Montaudoin , fur
une critique des Poëfies de Rouffeau.
L'Auteur repouffe les traits que M. de
Vauvenargue lance au Pindare françois ,
dans fes réfléxions fur quelques Poëtes
célébres. Il eft furpris de voir refuſer à
Rouffeau une place auffi honorable
que celle qu'on accorde au Légiflateur
du Parnaffe françois , parce que celui- ci
a été fon Maître. » Ainfi dit , M. de M...
E iv.
104 MERCURE DE FRANCE.
» Racan ne pourra pas être placé près
» de Malherbe , Racine , près de Def-
» preaux , ni M. de Voltaire , près de
Rouffeau. M. de M. convient avec
M. de V. que le pathétique & le fublime
ne fe trouvent pas toujours dans
les odes du Poëte ; » mais tous les fujets
" font- ils fufceptibles de ce genre de
» beautés ? Rouſſeau eſt toujours fublime
» & pathétique quand il lui eft permis de
» l'être. » Pour prouver contre M. de
V. que les images répandues dans les
Odes que Rouffeau a tirées de fon propre
fond , produifent de grands mouvemens ,
il fe contente d'exhorter à lire les Odes
à la fortune , fur la naiffance du Duc
de Bretagne , fur la mort du Prince de
Conti , &c. fes Cantates, fur-tout Circé.
» M. de V. prétend qu'il y a bien
» des penfées fauffes dans ces Odes fi
» vantées ; il s'attache à l'Ode à la for-
» tune pour le prouver ... Mais il pa-
>> roît avoir manqué le but de l'Ode à la
» fortune ; auroit-il ignoré qu'elle a été
» faite contre les conquérans , qu'elle
» en a même porté le titre ? Le Poëte
» s'eft propofé de guérir les Princes de
» la manie des conquêtes ; & tous les
» amis des hommes ne fe lafferont ja-
» mais d'applaudir à des vues auffi louaJUILLET.
1763. 105
» bles. Comme le Critique étoit mili-
>> taire , il aura été fàché de voir mal-
» traiter de grands Généraux ; mais
» comme il étoit encore Philofophe , il
» auroit dû être auffi fage & auffi bien-
» faifant que le Poëte.
Il eft impoffible de donner dans un
Extrait , une idée plus étendue de ces
obfervations . M. de Montaudouin fuit
pas-à-pas M. de Vauvenargue , & entre:
avec lui en difcuffion fur les différens
objets de fa critique. On fent combient
cette matière déja refferrée par les bornes:
préfcrites à un Difcours Académique , eft
peu fufceptible d'Analyfe.
On lut enfuite une lettre fur le carac
tère & les ouvrages de Tibulle , par M..
le Brun , Secrétaire des Commande
mens de Son Alteffe Séréniffime Monfeigneur
le Prince de Conti ; l'Auteur
débute ainfi..
» Nommer Tibulle , c'eft rappeller
» ce que l'Elégie a de plus touchant &
» de plus tendre. Il fut le Peintre des
» grâces & le Poëte du Sentiment ;
» pourroit-il ne pas intéreffer? Son coeur
eft la fource de fes vers ; c'eft là qu'il
» puife ces images fi naïves qui ébran-
» lent l'âme & demandent des pleurs
Amour dictoit les vers que foupiroit Tibulle.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
» Ses vers font en effet des foupirs.
» On peut en croire Defpreaux : s'ils
» ont ému fes oreilles auftères , leur
» charme étoit fans doute inévitable.
Après avoir rapporté les particularités
de la vie de Tibulle , qui fervent le plus à
développer le caractère de ce Poëte , M.
le Brun trace le Portrait de ceux qui
ont travaillé dans le même genre ; il
commence par Ovide.
» L'Ingénieux Ovide , ( dit- il , ) lû , chéri ,
» adoré par la jeuneffe , mais fouvent
critiqué par un âge plus mûr , a plus
d'efprit que de fentiment , plus de coquetterie
que de tendreffe. Sa Muſe
brillante a le fard & les agrémens des
beautés qui le trompent ou qu'il cherche
à tromper ; elle périt quelquefois
» fous l'Art & les Fleurs.
*-99
Properce leur rival affecte , felon
moi , des comparaiſons , des allufions ,
des traits de fible trop fréquens ; fes
vers ont quelquefois de la féchereffe
& de l'âpreté il foupire fçavament ,
fa paffion eft érudite , & fa tendreffe
porte un air de Doctrine.
:
M. le Brun parle enfuite de Gallus
& de Catulle ; il fe plaint de ce qu'un
Poëte auffi charmant que Tibulle , n'a
¡pas été traduit en notre langue ; car il
JUILLET. 1763. 107
compte pour rien l'informe traduction de
Marolles. Il voit avec peine la premiere
Elégie noyée dans la prolixe imitation
du Marquis de la Farre ; mais il gémit de
voir Tibulle encore plus défiguré dans
les vers de la Chapelle . Il finit en donnant
quelques regles pour la traduction
des Poëtes , dont il fait l'application à
Tibulle. M. le Brun a traduit en vers
plufieurs morceaux de ce Poëte . La
féance fut terminée par la lecture de la
troifiéme Elégie ; pour ne pas fortir des
bornes prefcrites, on n'en donnera qu'une
partie .
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2
p. 107-108
FRAGMENT de la troisiéme Elégie de Tibulle, à Messala. Par M. le Brun. Ibitis Ageas sine me, Messala, per undas.
Début :
Pars, suis dans l'Orient les Drapeaux de la gloire, [...]
Mots clefs :
Drapeaux, Combats, Printemps, Fer, Guerre, Liberté, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FRAGMENT de la troisiéme Elégie de Tibulle, à Messala. Par M. le Brun. Ibitis Ageas sine me, Messala, per undas.
FRAGMENT de la troifiéme Elégie de
Tibulle , à Meffala. Par M. le
Brun.
Abitis ageas fine me , Meffala per undas.
Pars , fuis dans l'Orient les Drapeaux de la gloire,
Cherche à travers les flots l'Afie & la Victoire.
·
Périffe des combats la fanglante Folie !
C'eft elle qui troubla mes jours purs & fereins.
O Paix , de l'âge d'or ramène les deftins.
Un Printemps éternel careffoit la Nature ,
La Terre prodiguoit des moiffons fans culture ,
Ses flancs en longs chemins n'étoient pas fillonés ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Ni de murs foupçonneux au loin empriſonnés .
L'intérêt n'avoit point inventé les partages ,
La foi fervoit alors de borne aux héritages ;
Les Champs couverts de fruits , de troupeaux & de
fleurs ,
Refufoient à Circé les poiſons deftructeurs.
Du Courfier , du Taureau la liberté ſauvage
Et du frein & du joug rejettoit l'esclavage .
Mars n'avoit point encor déployé ſes Drapeaux ;
La haine étoit fans glaive & l'orgeuil fans faiſceaux.
Thétis ne voyoit point de Forêts vagabondes
Ni d'avares Nochers infulter à fes ondes .
Guerre , meurtres , combats , traits de fang altérés ,
Vos noms , vos nomsaffreux étoient même ignorés .
Mais d'un fceptre d'airain , le Ciel frappant la
Terre ,
L'or brille , le fer luit , le fang coule ; & la guerre
Des fragiles mortels précipitant le fort ,
Ofa multiplier les routes de la mort.
Elle m'ouvre un cercueil ... Ah ! s'il faut que j'y
tombe ,
Que du moins l'univers life un jour ſur maTombe ;
Tibu lle ici repofe , au printemps de les jours
» Mars l'enlève à Délie , & la parque auxamours,
Tibulle , à Meffala. Par M. le
Brun.
Abitis ageas fine me , Meffala per undas.
Pars , fuis dans l'Orient les Drapeaux de la gloire,
Cherche à travers les flots l'Afie & la Victoire.
·
Périffe des combats la fanglante Folie !
C'eft elle qui troubla mes jours purs & fereins.
O Paix , de l'âge d'or ramène les deftins.
Un Printemps éternel careffoit la Nature ,
La Terre prodiguoit des moiffons fans culture ,
Ses flancs en longs chemins n'étoient pas fillonés ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Ni de murs foupçonneux au loin empriſonnés .
L'intérêt n'avoit point inventé les partages ,
La foi fervoit alors de borne aux héritages ;
Les Champs couverts de fruits , de troupeaux & de
fleurs ,
Refufoient à Circé les poiſons deftructeurs.
Du Courfier , du Taureau la liberté ſauvage
Et du frein & du joug rejettoit l'esclavage .
Mars n'avoit point encor déployé ſes Drapeaux ;
La haine étoit fans glaive & l'orgeuil fans faiſceaux.
Thétis ne voyoit point de Forêts vagabondes
Ni d'avares Nochers infulter à fes ondes .
Guerre , meurtres , combats , traits de fang altérés ,
Vos noms , vos nomsaffreux étoient même ignorés .
Mais d'un fceptre d'airain , le Ciel frappant la
Terre ,
L'or brille , le fer luit , le fang coule ; & la guerre
Des fragiles mortels précipitant le fort ,
Ofa multiplier les routes de la mort.
Elle m'ouvre un cercueil ... Ah ! s'il faut que j'y
tombe ,
Que du moins l'univers life un jour ſur maTombe ;
Tibu lle ici repofe , au printemps de les jours
» Mars l'enlève à Délie , & la parque auxamours,
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