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12151
p. 116
Explication de l'Énigme & du Logogryphe du Mercure précédent.
Début :
Le mot de l'Énigme est l'Amour ; celui du Logogryphe est Virgule, où se trouvent Ré, [...]
Mots clefs :
Amour, Virgule
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texteReconnaissance textuelle : Explication de l'Énigme & du Logogryphe du Mercure précédent.
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Énigine eft l'Amour ; celui du
Logogryphe eft Virgule , où le trouvent Ré,
( Ile ) rue , gril , glu , livre.
du Mercure précédent.
LE mot de l'Énigine eft l'Amour ; celui du
Logogryphe eft Virgule , où le trouvent Ré,
( Ile ) rue , gril , glu , livre.
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12152
p. 118-126
De la Passion de l'Amour, [titre d'après la table]
Début :
De la Passion de l'Amour, de ses causes, & des remèdes qu'il y faut apporter, en [...]
Mots clefs :
Amour, Passion, Remède, Objet, Objets, Homme, Remèdes, Cerveau, Mère, Morale
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texteReconnaissance textuelle : De la Passion de l'Amour, [titre d'après la table]
De la Paffion de l'Amour , de fes caufes ,
& des remèdes qu'il y faut apporter, en
la confidérant comme maladie , par M. F. ,
Médecin Anglois. A Paris , chez Pichard ,
Quai & près des Théatins ; petit in- 1 2.
PRESQUE tous les Poetes ont dit beaucoup
de bien & beaucoup de mal de l'Amour ;
les Moraliftes fe font contentés d'en dire
du mal. Qu'en eft il réfulté ? De bons ou de
méchans vers d'une part , & de la morale
inutile de l'autre. L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons , n'ayant prefque trouvé
que des Philofophes & des Poëtes parmi les
Cenfeurs & les Panégyriftes de l'Amour , a
pris un fentier moins battu ; il a voulu traiter
ce fujet en Phyficien , en Médecin même ;
& il s'eft propofé de confidérer l'Amour
comme maladie. Ce titre eft piquant , quoiDE
FRANCE.
qu'un peu trifte. Notre Docteur Anglois
n'a pourtant rien de farouche , ni dans fes
idées , ni dans fon ftyle ; il paroît même
difpofé à devenir , dans ce genre - là , auffi
malade que fes malades mêmes. Nous
prions donc les Dames de n'être pas effrayées
de fon titre. Si M. F. leur fait envifager
l'Amour comme une maladie , il prétend
leur indiquer auffi le moyen de la guérir ; &
il leur reftera toujours , après avoir pefe fes
raifons , la liberté d'opter entre le mal & le
remède.
L'Auteur combat d'abord l'opinion de
ceux qui croyent que la reffemblance enfante
l'amour ou l'amitié. Nous croyons
comme lui que cette règle offre de fi nombreufes
exceptions , qu'elle ceffe d'être une
règle , mais n'a- t'il pas un peu confondu le
phyfique & le moral , lorfqu'il a dit qu'un
homme laid reffemblant plus à une laide
femme , devroir , dans le fyftême qu'il combat
, aimer davantage la laide ? Ceux qu'il
réfute n'ont- ils pas voulu parler d'une reffemblance
morale , & non d'une reffemblance
phyfique ? Il eft bien clair qu'on n'a
pas voulu dite qu'un homme chauve doive
néceffairement devenir amoureux d'une femme
fans cheveux , un borgne , d'une femine
qui n'a qu'un cil. Une affertion auffi ridicule
ne mériteroit pas les frais d'une réponſe.
Pour achever de réfuter la fympathie de
la reflemblance , foit en amour
foit en
amitié , notre Auteur cite l'exemple de plu110
MERCURE
fieurs perfonnes célèbres qui fe font fingulièrement
attachées à des animaux . Il nous
rappelle à cette occafion ce qu'on lit aans
Homère , & ce qu'on ne peut répéter fans
une efpèce de chagrin , que la tendre &
fidelle Andromaque , à qui Racine fait prononcer
tant de beaux vers ; cette veuve défolée
, qui dit à fon amie:
Ma flamme pour Hector fut jadis allumée ;
Avec lui dans fa tombe elle s'eft enfermée.
Que cette chafte épouſe enfin aimoit plus les
chevaux de fon mari que fon mari même.
Il ne faut pas , felon notre Auteur , chercher
la caufe de l'Amour dans les différens
tempéramens , le bilieux , le fanguin , &c.;
c'eft au cerveau que l'Amour lance fon premier
trait ; ce qui changeroit un peu notre
mythologie poétique. Les fibres du cerveau ,
felon leur conformation particulière , reçoivent
plus ou moins l'impreffion de l'Amour
, qui fe tranfmet enfuite au coeur par
la correfpondance des nerfs. La force ou la
foibleffe de cette paffion dépend donc de la
diverfe organifation du cerveau , & non de
la difference des tempéramens. « Il y a , dit
l'Auteur , des gens d'un caractère fi tendre
" & fi doux , qu'ils conçoivent de l'Amour
» pour toutes les perfonnes qu'ils fréquen-
» tent ; d'autres , au contraire , font d'un
» caractère fi dur & fi fec , que le mérite le
plus diftingué ne fauroit faire aucune imes
preflion
DE FRANCE. 128
"3
22
""
*
preffion fur eux. Je n'approuve point les
premiers , mais je détefte les feconds. Les
premiers font des génies doux , indul-
» gens , bénins , irréfolus , mais pleins de
» bonté , les feconds , des génies féroces ,
méchants , mutins , fauvages , à qui tout
déplaît , & qui n'aiment qu'eux- mêmes.
» Les premiers manquent de prudence , les
feconds de raifon , n'y ayant , comme dit
Barclay , que des génies tout à fait bar-
» bares qui foient infenfibles aux charmes
» de l'Amour.
"}
ود
رو
Ce qu'on vient de lire prouve que la morale
de l'Auteur n'eft point fauvage. C'eft
dans le même efprit qu'il pofe & qu'il réfoud
la queftion fi l'on doit faire cas de ceux
que cette paffion domine. Il combat le fentiment
de Bacon , qui regarde l'Amour com
me une paffion baffe & étrangère aux grandes
âmes , par l'exemple d'Alcibiade & de Démétrius
le conquérant. Il cite avec plus de
complaifance encore Henri IV , toujours
yaillant , toujours actif , toujours vainqueur
& toujours amoureux. Il le repréfente ave
les mêmes foibleffes que la Fable reproche
à Alcide , fans perdre les qualités du Héros.
Il rapporte à ce propos que ce grand Roi fe
déguifa une fois en Payfan , prit une batte
de paille fur fon dos , & s'introduifit ain
chez la belle Gabrielle. Mais en avouant que
l'Amour n'exclud point le courage , notre
Auteur ne diffimule pas qu'il lui fait faire
bien des fautes. Il cite en preuve le même
N°. 51 , 21 Décembre 1782 .
F
MERCURE
Henri , qui , après la bataille de Coutras ,
Au lieu de poursuivre l'ennemi , fuivant le
Confeil du Prince de Conde , aima mieux
s'en aller en Gascogne voir la Coniteffe de
Guiche , & perdit par- là le fruit de fa vicfoite
.
Si M. F, combat le fentiment de Bacon ,
il n'admet pas non plus dans fon intégrité
celui de Barclay , qui pretend qu'il n'y a que
les grandes âmes qui foient fufceptibles de
la paffion de l'Amour, Comme il ne croit
pas que l'Amour foit incompatible avec le
courage , il ne croit pas aufli qu'il en foit inféparable.
" Ces deux qualités , dit il , fe
» trouvent réunies dans certains fujets ;
elles font diftinctes dans d'autres. Il eft
» vrai que l'Amour infpire du courage ,
mais ce n'eft que pour les entreprifes qui
procurent le moyen de le fatisfaire. Il en eft
de même des autres paffions dominantes,
Un homme avide de gain , quoique timide
, s'expofe aux dangers de la mer
pour amaffer du bien ; un ambitieux , à
ceux de la guerre , pour avançer ſa fortune.
"
. Nous voici arrivés à l'article des remèdes
contre l'Amour. Les perfonnes que cette paf
fion domine , prétendent qu'on ne peut la
guérir par des remèdes na'urels ; les autres
ne voyent rien de plus facile que la gué
rifon , & ils penfent que l'excès de cette
paffion eſt toujours la preuve d'un petit
génie, Parmi les exemples que M. F. oppofe
DE FRANCE.
128.
à cette dernière affertion , fe trouve celui
d'Ange Policien , qu'Erafme appelle un efprit
angélique & un prodige de la Nature,
& qui mourut de la paffion qu'une Courtifane
lui avoit infpirée. « Il étoit fi plein
» de fon objet , que dans l'ardeur de la
» fièvre que l'Amour avoit allumée dans
» fes veines , il fe leva pour prendre fon
» luth , & accompagner une chanſon qu'il
avoit compofée , & qu'il expira en ache-
» vant le fecond couplet.
» Bien des gens , continue- t'il , prétendent
» que la tendreffe du coeur eft une marque
d'efprit. Je ne regarde point cette règle
comme une règle générale ; mais je puis
affurer que je ne regarderai jamais un
homme dur comme un homme fpiri-
→ tuel.
•
Quant à la guérifon de l'Amour , il la juge
poffible, mais difficile. Les remèdes naturels
lui paroiffent infuffifans , & il le moque des
purgations & des faignées ordonnées à ce
fujet. L'abſence eft un remède qui ne peut
agir que contre une paffion naiſſante ; encore
eft il impraticable pour la plupart des
hommes à qui leurs affaires ou leur fortune,
ne permettent pas de s'abfenter affez longtemps.
Un troifième remède eft de fixer fon
attention fur des objets étrangers. Mais
l'homme paffionné peut - il vouloir ſe diftraire
? Souvent la douleur même ne peut
fairc diverfion à l'Amour. En voici un exemple.
Charles IV , Duc de Loraine , avoit
Fij
724
MERCURE
conçu une paffion violente pour la fille d'un
Bourguemeftre de Bruxelles. Il n'avoit pu
la voir encore , parce que fa mère la furveilloit
de trop près. Un jour s'étant trouvé
avec elle & fa mère dans un feftin , comme
falpaffion étoit connue, il demanda à la mère,
devant tous les convives qui étoient nombreux
, la permiffion de dire deux mots à
fa fille dans le fallon même. Sur fon refus ,
il fit une propofition affez étrange : il offrit
de ne lui parler qu'autant de temps qu'il
pourroit tenir dans fa main un charbon ardent.
Cette condition parut fi forte à la mère ,
qu'elle y confentit , peut être par curiofité.
Le Duc s'étant donc retiré à l'écart avec la
Demoiselle , prit dans fa main un charbon
allumé; & la converfation fe prolongeà fi
fort , que la mère perdit plutôt patience que
le Duc qui fe brûloit. Elle rompit l'entretien ,
& l'on trouva le charbon éteint ; par où , dit
notre Docteur , l'on peut juger de la douleur
que le Duc dût fouffrir en le ferrant.
Après avoir combattu d'autres remèdes ,
confeillés par les Poëtes ou par les Mora
liftes , il faut bien que l'Auteur propoſe le
fien ; or , le voici une fois pofé que ce
n'eft pas la préfence feule , mais le fouvenir
même de l'objet qui réveille en nous le
fentiment de l'Amour , c'eft dans l'imagination
qu'il faut en chercher le remède ; c'eftà
- dire , que fi l'image des objets qui ont
affez d'activité pour émouvoir les fibres du
cerveau , & exciter les paffions , produir
DE FRANCE. 129
وو
23
"
l'effet des objets mêmes , on peut changer,
corriger , ou ralentir ce mouvement
» en le repréfentant un autre objet qui
» excite une paffion différente. » L'Auteur
développe cette idée par un exemple. » Sup
» pofons , dit- il , un amant qui , voyant
l'objet qu'il chérit , fent toute la violence
de la paffion qui le domine ; fuppofons
» encore qu'étant dans cet état , il furvienne
» un coup de tonnerre , qu'on lui annonce
» une nouvelle fâcheufe , ou que fon ennemi
fonde tout - à - coup fur lui l'épée nue à la
main , il eft certain que chacun de ces objets
excitera dans les fibres de fon cerveau
» un mouvement qui troublera ou diffipera
celui que leur imprimoit l'objet aimé ,
& que ce mouvement fe communiquant
» au coeur par l'entremife des nerfs , la
frayeur fuccédera à l'Amour, "
23
33
33
73
7
Tel eft le genre de fituation que l'Autent
confeille de fe rendre habituel pour combattre
l'Amour. Chacun doit donc choifir
l'objet , foit effrayant , foit attendriffant ,
qui contre-balance le plus fon Amour , &
l'oppofer ainfi fréquemment à la paffion . Il
réfulte de l'habitude de marier dans fon imagination
deux idées ou deux objets différens ,
que l'on s'en forme une efpèce de lien mental
étroit, qu'on ne peut fonger à l'un des deux
objets , fans fonger en même temps à l'autre
; de manière que quand l'Amour fe réveillera
dans l'imagination , l'objet contraire
Le réveillant auffi , travaillera fans ceffe à le
Fiij
126 MERCURE.
mener & à le détruite. Il faut obſerver pourtant
que fi le mal devient opiniâtre , il fau
dra lui oppofer de nouveaux objets , parce
que le même remède employé tous les
jours fait par ne plus produire aucun
effer.
Voilà , avec toute la clarté & la préciſion
dont nous fommes capables , l'expofition du
remède que propofe M. F.; l'application ne
nous en paroît pas auffi facile qu'à lui - même ,
& nous craignons bien qu'on ne l'accufe ici
de fe montrer trop Médecin ; c'eft à - dire ,
de réuflir mieux à raifonner fur le mal qu'à
découvrir le remède.
Au refte , cette differtation nous a paru
fort bien faite. La phyſique , la morale & la
métaphyfique y font employées avec clarté ,
& fouvent avec des vues nouvelles. On fent
que dans un pareil fujer on doit plutôt
s'attendre à des conjectures qu'à des preuves.
Quoi qu'il en foit , tout le monde peut
fire ce difcours avec utilité & plaifir ; c'eft
l'Ouvrage d'un Docteur bon à confulter ;
car , s'il ne guérit point fes malades , il faura
au moins les inftruire fans les ennuyer.
& des remèdes qu'il y faut apporter, en
la confidérant comme maladie , par M. F. ,
Médecin Anglois. A Paris , chez Pichard ,
Quai & près des Théatins ; petit in- 1 2.
PRESQUE tous les Poetes ont dit beaucoup
de bien & beaucoup de mal de l'Amour ;
les Moraliftes fe font contentés d'en dire
du mal. Qu'en eft il réfulté ? De bons ou de
méchans vers d'une part , & de la morale
inutile de l'autre. L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons , n'ayant prefque trouvé
que des Philofophes & des Poëtes parmi les
Cenfeurs & les Panégyriftes de l'Amour , a
pris un fentier moins battu ; il a voulu traiter
ce fujet en Phyficien , en Médecin même ;
& il s'eft propofé de confidérer l'Amour
comme maladie. Ce titre eft piquant , quoiDE
FRANCE.
qu'un peu trifte. Notre Docteur Anglois
n'a pourtant rien de farouche , ni dans fes
idées , ni dans fon ftyle ; il paroît même
difpofé à devenir , dans ce genre - là , auffi
malade que fes malades mêmes. Nous
prions donc les Dames de n'être pas effrayées
de fon titre. Si M. F. leur fait envifager
l'Amour comme une maladie , il prétend
leur indiquer auffi le moyen de la guérir ; &
il leur reftera toujours , après avoir pefe fes
raifons , la liberté d'opter entre le mal & le
remède.
L'Auteur combat d'abord l'opinion de
ceux qui croyent que la reffemblance enfante
l'amour ou l'amitié. Nous croyons
comme lui que cette règle offre de fi nombreufes
exceptions , qu'elle ceffe d'être une
règle , mais n'a- t'il pas un peu confondu le
phyfique & le moral , lorfqu'il a dit qu'un
homme laid reffemblant plus à une laide
femme , devroir , dans le fyftême qu'il combat
, aimer davantage la laide ? Ceux qu'il
réfute n'ont- ils pas voulu parler d'une reffemblance
morale , & non d'une reffemblance
phyfique ? Il eft bien clair qu'on n'a
pas voulu dite qu'un homme chauve doive
néceffairement devenir amoureux d'une femme
fans cheveux , un borgne , d'une femine
qui n'a qu'un cil. Une affertion auffi ridicule
ne mériteroit pas les frais d'une réponſe.
Pour achever de réfuter la fympathie de
la reflemblance , foit en amour
foit en
amitié , notre Auteur cite l'exemple de plu110
MERCURE
fieurs perfonnes célèbres qui fe font fingulièrement
attachées à des animaux . Il nous
rappelle à cette occafion ce qu'on lit aans
Homère , & ce qu'on ne peut répéter fans
une efpèce de chagrin , que la tendre &
fidelle Andromaque , à qui Racine fait prononcer
tant de beaux vers ; cette veuve défolée
, qui dit à fon amie:
Ma flamme pour Hector fut jadis allumée ;
Avec lui dans fa tombe elle s'eft enfermée.
Que cette chafte épouſe enfin aimoit plus les
chevaux de fon mari que fon mari même.
Il ne faut pas , felon notre Auteur , chercher
la caufe de l'Amour dans les différens
tempéramens , le bilieux , le fanguin , &c.;
c'eft au cerveau que l'Amour lance fon premier
trait ; ce qui changeroit un peu notre
mythologie poétique. Les fibres du cerveau ,
felon leur conformation particulière , reçoivent
plus ou moins l'impreffion de l'Amour
, qui fe tranfmet enfuite au coeur par
la correfpondance des nerfs. La force ou la
foibleffe de cette paffion dépend donc de la
diverfe organifation du cerveau , & non de
la difference des tempéramens. « Il y a , dit
l'Auteur , des gens d'un caractère fi tendre
" & fi doux , qu'ils conçoivent de l'Amour
» pour toutes les perfonnes qu'ils fréquen-
» tent ; d'autres , au contraire , font d'un
» caractère fi dur & fi fec , que le mérite le
plus diftingué ne fauroit faire aucune imes
preflion
DE FRANCE. 128
"3
22
""
*
preffion fur eux. Je n'approuve point les
premiers , mais je détefte les feconds. Les
premiers font des génies doux , indul-
» gens , bénins , irréfolus , mais pleins de
» bonté , les feconds , des génies féroces ,
méchants , mutins , fauvages , à qui tout
déplaît , & qui n'aiment qu'eux- mêmes.
» Les premiers manquent de prudence , les
feconds de raifon , n'y ayant , comme dit
Barclay , que des génies tout à fait bar-
» bares qui foient infenfibles aux charmes
» de l'Amour.
"}
ود
رو
Ce qu'on vient de lire prouve que la morale
de l'Auteur n'eft point fauvage. C'eft
dans le même efprit qu'il pofe & qu'il réfoud
la queftion fi l'on doit faire cas de ceux
que cette paffion domine. Il combat le fentiment
de Bacon , qui regarde l'Amour com
me une paffion baffe & étrangère aux grandes
âmes , par l'exemple d'Alcibiade & de Démétrius
le conquérant. Il cite avec plus de
complaifance encore Henri IV , toujours
yaillant , toujours actif , toujours vainqueur
& toujours amoureux. Il le repréfente ave
les mêmes foibleffes que la Fable reproche
à Alcide , fans perdre les qualités du Héros.
Il rapporte à ce propos que ce grand Roi fe
déguifa une fois en Payfan , prit une batte
de paille fur fon dos , & s'introduifit ain
chez la belle Gabrielle. Mais en avouant que
l'Amour n'exclud point le courage , notre
Auteur ne diffimule pas qu'il lui fait faire
bien des fautes. Il cite en preuve le même
N°. 51 , 21 Décembre 1782 .
F
MERCURE
Henri , qui , après la bataille de Coutras ,
Au lieu de poursuivre l'ennemi , fuivant le
Confeil du Prince de Conde , aima mieux
s'en aller en Gascogne voir la Coniteffe de
Guiche , & perdit par- là le fruit de fa vicfoite
.
Si M. F, combat le fentiment de Bacon ,
il n'admet pas non plus dans fon intégrité
celui de Barclay , qui pretend qu'il n'y a que
les grandes âmes qui foient fufceptibles de
la paffion de l'Amour, Comme il ne croit
pas que l'Amour foit incompatible avec le
courage , il ne croit pas aufli qu'il en foit inféparable.
" Ces deux qualités , dit il , fe
» trouvent réunies dans certains fujets ;
elles font diftinctes dans d'autres. Il eft
» vrai que l'Amour infpire du courage ,
mais ce n'eft que pour les entreprifes qui
procurent le moyen de le fatisfaire. Il en eft
de même des autres paffions dominantes,
Un homme avide de gain , quoique timide
, s'expofe aux dangers de la mer
pour amaffer du bien ; un ambitieux , à
ceux de la guerre , pour avançer ſa fortune.
"
. Nous voici arrivés à l'article des remèdes
contre l'Amour. Les perfonnes que cette paf
fion domine , prétendent qu'on ne peut la
guérir par des remèdes na'urels ; les autres
ne voyent rien de plus facile que la gué
rifon , & ils penfent que l'excès de cette
paffion eſt toujours la preuve d'un petit
génie, Parmi les exemples que M. F. oppofe
DE FRANCE.
128.
à cette dernière affertion , fe trouve celui
d'Ange Policien , qu'Erafme appelle un efprit
angélique & un prodige de la Nature,
& qui mourut de la paffion qu'une Courtifane
lui avoit infpirée. « Il étoit fi plein
» de fon objet , que dans l'ardeur de la
» fièvre que l'Amour avoit allumée dans
» fes veines , il fe leva pour prendre fon
» luth , & accompagner une chanſon qu'il
avoit compofée , & qu'il expira en ache-
» vant le fecond couplet.
» Bien des gens , continue- t'il , prétendent
» que la tendreffe du coeur eft une marque
d'efprit. Je ne regarde point cette règle
comme une règle générale ; mais je puis
affurer que je ne regarderai jamais un
homme dur comme un homme fpiri-
→ tuel.
•
Quant à la guérifon de l'Amour , il la juge
poffible, mais difficile. Les remèdes naturels
lui paroiffent infuffifans , & il le moque des
purgations & des faignées ordonnées à ce
fujet. L'abſence eft un remède qui ne peut
agir que contre une paffion naiſſante ; encore
eft il impraticable pour la plupart des
hommes à qui leurs affaires ou leur fortune,
ne permettent pas de s'abfenter affez longtemps.
Un troifième remède eft de fixer fon
attention fur des objets étrangers. Mais
l'homme paffionné peut - il vouloir ſe diftraire
? Souvent la douleur même ne peut
fairc diverfion à l'Amour. En voici un exemple.
Charles IV , Duc de Loraine , avoit
Fij
724
MERCURE
conçu une paffion violente pour la fille d'un
Bourguemeftre de Bruxelles. Il n'avoit pu
la voir encore , parce que fa mère la furveilloit
de trop près. Un jour s'étant trouvé
avec elle & fa mère dans un feftin , comme
falpaffion étoit connue, il demanda à la mère,
devant tous les convives qui étoient nombreux
, la permiffion de dire deux mots à
fa fille dans le fallon même. Sur fon refus ,
il fit une propofition affez étrange : il offrit
de ne lui parler qu'autant de temps qu'il
pourroit tenir dans fa main un charbon ardent.
Cette condition parut fi forte à la mère ,
qu'elle y confentit , peut être par curiofité.
Le Duc s'étant donc retiré à l'écart avec la
Demoiselle , prit dans fa main un charbon
allumé; & la converfation fe prolongeà fi
fort , que la mère perdit plutôt patience que
le Duc qui fe brûloit. Elle rompit l'entretien ,
& l'on trouva le charbon éteint ; par où , dit
notre Docteur , l'on peut juger de la douleur
que le Duc dût fouffrir en le ferrant.
Après avoir combattu d'autres remèdes ,
confeillés par les Poëtes ou par les Mora
liftes , il faut bien que l'Auteur propoſe le
fien ; or , le voici une fois pofé que ce
n'eft pas la préfence feule , mais le fouvenir
même de l'objet qui réveille en nous le
fentiment de l'Amour , c'eft dans l'imagination
qu'il faut en chercher le remède ; c'eftà
- dire , que fi l'image des objets qui ont
affez d'activité pour émouvoir les fibres du
cerveau , & exciter les paffions , produir
DE FRANCE. 129
وو
23
"
l'effet des objets mêmes , on peut changer,
corriger , ou ralentir ce mouvement
» en le repréfentant un autre objet qui
» excite une paffion différente. » L'Auteur
développe cette idée par un exemple. » Sup
» pofons , dit- il , un amant qui , voyant
l'objet qu'il chérit , fent toute la violence
de la paffion qui le domine ; fuppofons
» encore qu'étant dans cet état , il furvienne
» un coup de tonnerre , qu'on lui annonce
» une nouvelle fâcheufe , ou que fon ennemi
fonde tout - à - coup fur lui l'épée nue à la
main , il eft certain que chacun de ces objets
excitera dans les fibres de fon cerveau
» un mouvement qui troublera ou diffipera
celui que leur imprimoit l'objet aimé ,
& que ce mouvement fe communiquant
» au coeur par l'entremife des nerfs , la
frayeur fuccédera à l'Amour, "
23
33
33
73
7
Tel eft le genre de fituation que l'Autent
confeille de fe rendre habituel pour combattre
l'Amour. Chacun doit donc choifir
l'objet , foit effrayant , foit attendriffant ,
qui contre-balance le plus fon Amour , &
l'oppofer ainfi fréquemment à la paffion . Il
réfulte de l'habitude de marier dans fon imagination
deux idées ou deux objets différens ,
que l'on s'en forme une efpèce de lien mental
étroit, qu'on ne peut fonger à l'un des deux
objets , fans fonger en même temps à l'autre
; de manière que quand l'Amour fe réveillera
dans l'imagination , l'objet contraire
Le réveillant auffi , travaillera fans ceffe à le
Fiij
126 MERCURE.
mener & à le détruite. Il faut obſerver pourtant
que fi le mal devient opiniâtre , il fau
dra lui oppofer de nouveaux objets , parce
que le même remède employé tous les
jours fait par ne plus produire aucun
effer.
Voilà , avec toute la clarté & la préciſion
dont nous fommes capables , l'expofition du
remède que propofe M. F.; l'application ne
nous en paroît pas auffi facile qu'à lui - même ,
& nous craignons bien qu'on ne l'accufe ici
de fe montrer trop Médecin ; c'eft à - dire ,
de réuflir mieux à raifonner fur le mal qu'à
découvrir le remède.
Au refte , cette differtation nous a paru
fort bien faite. La phyſique , la morale & la
métaphyfique y font employées avec clarté ,
& fouvent avec des vues nouvelles. On fent
que dans un pareil fujer on doit plutôt
s'attendre à des conjectures qu'à des preuves.
Quoi qu'il en foit , tout le monde peut
fire ce difcours avec utilité & plaifir ; c'eft
l'Ouvrage d'un Docteur bon à confulter ;
car , s'il ne guérit point fes malades , il faura
au moins les inftruire fans les ennuyer.
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Résumé : De la Passion de l'Amour, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'De la Passion de l'Amour, de ses causes, & des remèdes qu'il y faut apporter, en la considérant comme maladie' est rédigé par un médecin anglais, M. F. Contrairement aux poètes et moralistes, l'auteur traite l'amour comme une maladie et propose des solutions concrètes pour la guérir. Il rejette l'idée que la ressemblance physique soit à l'origine de l'amour, préférant l'expliquer par la conformation des fibres cérébrales. L'auteur examine les effets de l'amour sur le caractère des individus, citant des exemples historiques tels qu'Alcibiade, Démétrius, Henri IV et Gabrielle d'Estrées pour démontrer que l'amour n'est pas incompatible avec le courage, bien qu'il puisse entraîner des erreurs. Il réfute également les opinions extrêmes de Bacon et de Barclay sur l'amour et les grandes âmes, affirmant que l'amour et le courage peuvent coexister mais restent distincts. Le texte explore diverses passions humaines et leurs remèdes. Il montre comment des passions comme l'avidité ou l'ambition poussent les individus à affronter des dangers. Concernant l'amour, certaines personnes le jugent incurable par des moyens naturels, tandis que d'autres le considèrent facile à maîtriser. L'auteur mentionne Angelo Poliziano, un esprit brillant mort de sa passion pour une courtisane. Il critique divers remèdes contre l'amour, tels que l'absence, les distractions et les purgations, et propose de remplacer l'image de l'objet aimé par une image effrayante ou triste pour contrer la passion amoureuse. Cependant, il doute de la facilité d'application de ce remède, tout en reconnaissant la qualité de la dissertation qui combine physique, morale et métaphysique de manière claire et souvent innovante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12153
p. 126-135
Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
Début :
Bibliothèque Universelle des Romans, depuis le premier Juillet 1775. A Paris, [...]
Mots clefs :
Romans, Genre, Roman, Moeurs, Siècle, Histoire, Louis XIV, XVIIe siècle, Romanciers, Monde, Nom, Reproche, XVIe siècle
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texteReconnaissance textuelle : Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
BIBLIOTHÈQUE Univerfelle des Romans ,
depuis le premier Juillet 1775. A Paris ,
au Bureau , rue Neuve Sainte- Catherine.
CET Ouvrage fe foutient depuis fept
années avec un fuccès décidé. Nous ne
diffimulons point qu'il doit la réputation
DE FRANCE. 117
aitant à fon genre qu'au travail des Coopé
rateurs. Les Romans ne furent- ils pas tou
jours recherchés ? Ces enfans chéris de
l'imagination , feront dans tous les temps
une branche importante de l'arbre Litetaire.
Dans l'enfance du monde , ils amuserent
les premiers humains ; dans la déca ·
dence des Arts , on les a vus échapper à l
dégradation commune . Pourquoi celà ? C'eft
qu'ils ont toujours parlé à tous les hom
més un langage qu'ils pouvoient entendre.
Ils eurent encore dans chaque âge le mérite
d'être mieux écrits que toutes les autres productions
Littéraires. Ils fuivoient de près la
Poélie , & cueilloient des fleurs dans les
mêmes corbeilles . Jamais contraint , le Romancier
a pu s'affervir , quand il l'a voulu ,
sux règles de l'Épopée ; il a pu imiter le vol
brillant , fublime & vagabond de l'Ariofte.
Tous les tons lui font permis , toutes les
couleurs lui appartiennent. Il peut faire vesfer
des pleurs , produire le rire malin de la
faryre, toucher , égayer , & raiſonner. Il ofe
dire quelquefois ce que l'Hiftorien timide
trembloit de révéler. C'eft quelquefois Marforio
devant la ftatue de Pafquin , ou , fi l'on
veut , Arlequin , qui , à l'aide d'une tranf
pofition de nom & de fcène , voit tout , a
tout appris , chemin faifant , de Berganie à
Paris.
Quand le Román étoit Funiqué Livre des
habitans de la terre , il prêtoit des fictions
à Hefiode & à Homère , il étoit mythol .
Fiv
128 MERCURE
gique. S'il peignoit l'Amour , c'étoit un
Dieu. Quand la civilifation eut donné des
lifières au monde , & eut rapproché les fociétés
, le Roman ne rendit plus des oracles ,
un Prêtre ne l'infpira plus ; devenu domeſtique
, il peignit les moeurs nationales . Une
fois parvenu à ce période , il n'a pas pu s'en
éloigner ; fons cette forme , il s'eft promené
chez les Nations modernes. De la
Grèce il paffa à Rome , delà en Arabie ,
chez les Sarrafins , en Provence , en Italie ;
en Efpagne & en Iflande . Par- tout il fut fa
buleux, obfcur , comme l'hiftoire . Telle fut
fa marche dans le neuvième fiècle. Trois
fiècles auparavant , il avoit fleuri dans la
Bretagne jufques aux onzième & douzième
fiècles ; la France traduifit les Romans Brétons
; elle n'avoit point encore une langue, &
depuis le dixième juſqu'au douziènie fiècle ,
elle traduifit du Breton en Latin . Dans
les deux fiècles fuivans , alors les Romans
furent mêlés de Chevalerie & d'Hif
toire ; les Amadis remplirent la scène dans
les quatorzième , quinzième , feizième , &
jufques au dix- feptième fiècle.
Arrêtons- nous un moment au reproche
de frivolité dont ce genre eft entaché. Parmi
fes détracteurs , je trouve Angelo Apozio ,
qui les qualifie de Foli de Romanzi . Pétrarque
les nomme Infami e Stolidi Romanzi.
Doit on conclure que le genre eft mau.
vais ? Non ; mais que les Ouvrages de ce
temps étoient plus que médiocres. Si PétrarDE
FRANCE. 1.29
que avoit voulu juger les moeurs des Papes
& de la Cour d'Avignon , il auroit fenti que
les Romans devoient être corrompus comme
les moeurs. Plufieurs fiècles après , Philippe
de Mézières prémunit Charles VI contre
eux. Eft- il bien étonnant que fous le règne
d'Ifabeau de Bavière , les Romans fuffent
dangereux ? Les moeurs étoient affreufes , les
Romans étoient affreux comme elles. On ne
peut peindreque ce que l'on voit. On ne peut
parler que la langue du pays. Antoine Arlègre
fe plaint encore , dans fon Traité du
Mépris de la Cour , que les gens de Cour de
fon temps ne lifoient guères que des Romans
, ceux d'Amadis , de Philocope. Eh !
quel temps encore que ce feizième fiècle !
quelles femmes que la Comteffe d'Angoulême
, Catherine de Médicis , Marguerite de
Valois , & ces Dames & ces Courtifans dont
Brantôme a rempli les pages de fes Livres !
Quels étoient les fpectacles à la mode ? Des
farces de Pantalons , des Scènes de Capitans ,
des rodomontades Efpagnoles , des fupplices
en place publique , auxquels la Cour
affiftoit , des paffe- temps cruels , des fauts
périlleux , des Voltigeurs qui defcendoient
fur une corde des tours de Notre Dame ;
les Nemours , les Guife , qui defcendoient
au galop les efcaliers de la Sainte Chapelle ;
Tavannes & beaucoup d'autres , qui franchiffoient
d'un toit à l'autre la rue Saint-
Germain l'Auxerrois , & enfin les horreurs
des guerres civiles ; que pouvoient donc
F v
730 MERCURE
peindre les Romanciers ? Ce qu'ils voyoient.
Ils pouvoient répondre :
Ce font vos moeurs , eft- ce ma faute ?
Parmi les Apologiftes du Roman , je trou
ve ( fingularité affez remarquable ! ) un Évê
que & un Prêtre , l'Evêque d'Avranches ,
l'Abbé Lengler , & l'Auteur de Zélaskine
qui a plus de zèle que d'érudition ; mais fi
le nombre de fes defenfeurs eft fi borné , il
en eft dédommagé par les Romanciers , qui
forment une peuplade nombreufe. Je ferai
bientôt connoître les plus célèbres , & leurs
noms fuffiront pour juftifier ce genre.
Reprenons le dix-feptième fiècle. Tandis
que l'Hiftoire racontoit des combats ; le Ro
man décrivoit auffi des combats ; la Cour
avoit des Guerriers , on les retrouvoit dans
les Romans ; le régime féodal retenoit les
Châtelains dans de vieilles tourelles ; on s'y
raffembloit ; on y tenoit de longues affifes ,
les cheminées étoient larges , les falles vaftes
, les converfations longues : rels étoient
les Romans qui alloient , grâce à quelques
épiſodes , jufqu'au douzième Volume. Les
Voyageurs ayant donné du goût pour la lecrure
des voyages , les Romanciers n'offrirent
plus que des aventures Turques , Chinoiſes ,
Américaines. Ils confervoient le ton & le
coftume François , & mettoient , commne
naguères nos Comédiens , un chapeau fur la
tête de Méhémed , ou du Sophi . Les Romans
, comme tous les Arts , fubirent une
DE FRANCE. 131
grande révolution fous le règne de Louis
XIV. Scudéri & la Calprenède tiennent la
place la plus diftinguée. Boileau jeta du ri
dicule fur ces Écrivains ; mais le plan de
leurs Ouvrages annonce qu'ils avoient du
génie . Si leurs Héros étoient des géans , c'eft
que Louis XIV avoit imprimé un grand ca,
ractère à fon fiécle . Louis XIV , que Frédéric
a nommé le grand Magicien , n'aimoit que
ce qui portoit l'empreinte de la grandeur. .
Je ne pretends point étendre mon apo¬
logie jufqu'à la texture des anciens Romans;
mais je fais que leurs défauts venoient de
notre penchant à l'imitation, Nous avons
emprunté des Efpagnols les épiſodes , ces
dénouemens arrivés par des bagues , des
écharpes , des reffemblances , des fuppofitions
, des équivoques & des rencontres. Ces
mêmes défauts fe retrouvoient fur la Scène
Françoife. Les Italiens nous jettèrent dans la
métaphyfique d'ainour , dans les monologues
, dans les foupirs : delà tant de précieufes
, & ces dédaignenfes Princeffes qui fe
courrouçoient à la déclaration des Chevaliers.
On étoit ainfi dans le monde. Une fois
arrivé à Louis XIV , l'adulation bannit la
vraiſemblance. Les Héros Grecs & Romains
avoient les deux queues , l'écharpe & les
grands canons . Orondate & Palamède naiffoient
& mouroient à Verfailles , & fe promenoient
de Rambouillet à Marly. Cependant
, ce ridicule difparut fur la fin du règic
de Louis XIV. Les Romans moraux , polių
F vj
132 MERCURE
ques , hiftoriques & fatyriques , s'accrédi
tèrent. Là , on lifoit la carte géographique
de Buffi Rabutin , dans laquelle les myſtères
de la vieille Cour étoient dévoilés. Les Contes
de Perrault avoient des Lecteurs : Rabelais
fi vanté , n'en trouvoit plus depuis la publication
du Royaume de coquettere , defleurs ,
fleurettes & paffe temps.
>
1
C'eft en 1700 , que tous ces Romans de
mauvais goût , que tous ces Ouvrages nés
de l'occaſion ou de l'à propos , la Marmite
rétablie , le Rafibus des Capucins , les Jéfuites
mis fur l'échafaud, &c . &c . & c . furent
unanimement rejetés . Le Roman ne fut plus
qu'hiftorique ; les Mémoires , les Lettres
pullulèrent , les fatyres aufli. La liberté
alla comme les moeurs , jufqu'à l'indécence.
Le Régent fut infulté ; & , fous le
nom du Prince Aprius , on écrivoit fa Vie
privée. Il toléra un moment les farcafmes
contre les Moines & les Religieufes . Louis
XV mit des bornes à la licence. Le Roman
' n'ofa plus paroître avecfon ancien héroïfine ,
fes éperons & fa chevalerie ; il s'ajusta à
notre taille , & parut fous la courte forme
de Contes , de Nouvelles , de Lettres , d'Hiftoriettes.
C'étoit le Journal de nos petits
boudoirs , de nos petits foupers , de nos petites
maifons , l'Opéra & le Fauxbourg Saint-
Germain. Delà , les Égaremens de l'efprit ,
les Confeffions , le Spectateur & le charmant
Recueil des Contes Moraux. Je ne parle
point de la Nouvelle Héloïfe , qui ne caracDE
FRANCE. 733
térife point nos moeurs , & qui eft un Ouvrage
à part. Les Anglois enfin ont donné
un nouveau caractère au Roman. Les Traductions
du Docteur Swift , de Friedling &
de Richardfon , ont amené une révolution.
A mefure qu'on a eu de bons Livres dans
d'autres genres , le Roman a eu moins de
célébrité. Il n'eft plus à craindre que la preffe
foit déformais uniquement occupee à les
réimprimer , comme elle l'étoit dans le dixfeptième
fiècle. Pierre Camus , Évêque du
Bellay , affligé de l'empreffement qu'on avoit
pour cette lecture , voulut purifier le genre ,
en publiant des Romans dévots ; mais le
genre l'entraîna quelquefois , & il peignit
ce qu'affurément il ne s'étoit point propofé
de peindre. Dans le même temps , Olivier ,
Évêque d'Angers , prétendoit prouver que
les femmes étoient la caufe de tous les
maux.
Il ne me refte, plus qu'à nommer les Romanciers
les plus célèbres , leur nom peut
fervir d'apologie au genre. Depuis le feizième
fiècle , je trouve Mendozza , Ambaffadeur
au Concile de Trente , Machiavel , Sannazar
, Scaliger , Picolomini , Guichardin ,
Pallavicini , Firenzuola , le Cavalier Marin ,
Thomas Morus. Parmi nos modernes , Balzac,
Voiture, Charpentier, Bourfault , Gombaud ,
Gomberville , de Larrey , le Miniftre Claude,
l'Abbé d'Aubignac , Reguard , Hamilton ,
l'Abbé de Saint Réal , Saint Hyacinthe , le
Sage, du Verdier , La Fontaine , Galland , de
134 MERCURE
Ramfay , Fénelon , l'Abbé Nadal , l'Abbé
Terraffon , l'Abbé Pernetti , l'Abbé Prévôr ,
l'Abbé Desfontaines , le Comte de Caylus ,
Voltaire, Marivaux , Duclos , Montefquieu ,
le Marquis d'Argens , Crebillon le fils ,
Dorar, Mme de Graffigny , Moncrif, le Père
Daniel , J. J. Rouffeau , M. Marmontel ,
M. d'Arnaud , M. le Comte de Treffan , M.
le Chevalier de Boufflers , M. le Chevalier
d'Arcq , M. Imbert , l'Abbé de Voifenon ,
Mme de Genlis ; tous ces Écrivains célèbres
dans plus d'un genre , prouvent affez que le
Roman eft une des branches de la Littérature
digne d'être confervée dans le jardin des
Mufes. Je n'invoquerai point , à l'appui de
ce que j'avance , ni Fauchet ni Ducange , il
fuffit d'être né fenfible , & de lire nos meil
leurs Romans.
On peut leur faire un reproche plus
fondé, c'eft d'altérer quelquefois l'hiſtoire &
les moeurs , & de défigurer des époques nationales.
A cela je réponds : malheur à qui
lir aujourd'hui l'hiftoire dans les Romans !
Mais ce reproche va difparoître. Les Auteurs
de la Bibliothèque des Romans s'ap
pliquent effentiellement à épurer le genre, à
rectifier les erreurs , à embellir les fictions.
Ils refferrent un plan trop vaſte , ils fimpli
fient une action compliquée , & réduifent
plufieurs volumes ennuyeux à quarante pages
intéreffantes. L'érudition préfide à leurs ju
gemens , & fur tout à la concordance des
Hiftoriens. Il eft pen de Volumes qui re
DE FRANCE. 337
foient précédés d'une differtation lumineuse.
Nous nous difpenferons de citer des volumes
anciens , nous renvoyons nos Lecteurs au
fecond Volume d'Octobre dernier ; ils verront
avec quelle fagacité les Auteurs favent
porter fur l'hiftoire le flambeau de la critique.
On eftimcra & on plaindra l'infortunée
Marie Stuart. On trouvera encore dans le volume
de Novembre , des differtations inftructives
fur le château de Marcouflis , &
fur Bayard. On doit fe fouvenir des menus
devis du château de Plaffac. Ce n'eft point - là
le Roman , c'eft l'Hiftoire. Nous n'en citerons
pas davantage. Nous invitons nos Lecteurs
à fe procurer cette Collection , pour
le complément de laquelle on trouve des
facilités plus qu'encourageantes.
depuis le premier Juillet 1775. A Paris ,
au Bureau , rue Neuve Sainte- Catherine.
CET Ouvrage fe foutient depuis fept
années avec un fuccès décidé. Nous ne
diffimulons point qu'il doit la réputation
DE FRANCE. 117
aitant à fon genre qu'au travail des Coopé
rateurs. Les Romans ne furent- ils pas tou
jours recherchés ? Ces enfans chéris de
l'imagination , feront dans tous les temps
une branche importante de l'arbre Litetaire.
Dans l'enfance du monde , ils amuserent
les premiers humains ; dans la déca ·
dence des Arts , on les a vus échapper à l
dégradation commune . Pourquoi celà ? C'eft
qu'ils ont toujours parlé à tous les hom
més un langage qu'ils pouvoient entendre.
Ils eurent encore dans chaque âge le mérite
d'être mieux écrits que toutes les autres productions
Littéraires. Ils fuivoient de près la
Poélie , & cueilloient des fleurs dans les
mêmes corbeilles . Jamais contraint , le Romancier
a pu s'affervir , quand il l'a voulu ,
sux règles de l'Épopée ; il a pu imiter le vol
brillant , fublime & vagabond de l'Ariofte.
Tous les tons lui font permis , toutes les
couleurs lui appartiennent. Il peut faire vesfer
des pleurs , produire le rire malin de la
faryre, toucher , égayer , & raiſonner. Il ofe
dire quelquefois ce que l'Hiftorien timide
trembloit de révéler. C'eft quelquefois Marforio
devant la ftatue de Pafquin , ou , fi l'on
veut , Arlequin , qui , à l'aide d'une tranf
pofition de nom & de fcène , voit tout , a
tout appris , chemin faifant , de Berganie à
Paris.
Quand le Román étoit Funiqué Livre des
habitans de la terre , il prêtoit des fictions
à Hefiode & à Homère , il étoit mythol .
Fiv
128 MERCURE
gique. S'il peignoit l'Amour , c'étoit un
Dieu. Quand la civilifation eut donné des
lifières au monde , & eut rapproché les fociétés
, le Roman ne rendit plus des oracles ,
un Prêtre ne l'infpira plus ; devenu domeſtique
, il peignit les moeurs nationales . Une
fois parvenu à ce période , il n'a pas pu s'en
éloigner ; fons cette forme , il s'eft promené
chez les Nations modernes. De la
Grèce il paffa à Rome , delà en Arabie ,
chez les Sarrafins , en Provence , en Italie ;
en Efpagne & en Iflande . Par- tout il fut fa
buleux, obfcur , comme l'hiftoire . Telle fut
fa marche dans le neuvième fiècle. Trois
fiècles auparavant , il avoit fleuri dans la
Bretagne jufques aux onzième & douzième
fiècles ; la France traduifit les Romans Brétons
; elle n'avoit point encore une langue, &
depuis le dixième juſqu'au douziènie fiècle ,
elle traduifit du Breton en Latin . Dans
les deux fiècles fuivans , alors les Romans
furent mêlés de Chevalerie & d'Hif
toire ; les Amadis remplirent la scène dans
les quatorzième , quinzième , feizième , &
jufques au dix- feptième fiècle.
Arrêtons- nous un moment au reproche
de frivolité dont ce genre eft entaché. Parmi
fes détracteurs , je trouve Angelo Apozio ,
qui les qualifie de Foli de Romanzi . Pétrarque
les nomme Infami e Stolidi Romanzi.
Doit on conclure que le genre eft mau.
vais ? Non ; mais que les Ouvrages de ce
temps étoient plus que médiocres. Si PétrarDE
FRANCE. 1.29
que avoit voulu juger les moeurs des Papes
& de la Cour d'Avignon , il auroit fenti que
les Romans devoient être corrompus comme
les moeurs. Plufieurs fiècles après , Philippe
de Mézières prémunit Charles VI contre
eux. Eft- il bien étonnant que fous le règne
d'Ifabeau de Bavière , les Romans fuffent
dangereux ? Les moeurs étoient affreufes , les
Romans étoient affreux comme elles. On ne
peut peindreque ce que l'on voit. On ne peut
parler que la langue du pays. Antoine Arlègre
fe plaint encore , dans fon Traité du
Mépris de la Cour , que les gens de Cour de
fon temps ne lifoient guères que des Romans
, ceux d'Amadis , de Philocope. Eh !
quel temps encore que ce feizième fiècle !
quelles femmes que la Comteffe d'Angoulême
, Catherine de Médicis , Marguerite de
Valois , & ces Dames & ces Courtifans dont
Brantôme a rempli les pages de fes Livres !
Quels étoient les fpectacles à la mode ? Des
farces de Pantalons , des Scènes de Capitans ,
des rodomontades Efpagnoles , des fupplices
en place publique , auxquels la Cour
affiftoit , des paffe- temps cruels , des fauts
périlleux , des Voltigeurs qui defcendoient
fur une corde des tours de Notre Dame ;
les Nemours , les Guife , qui defcendoient
au galop les efcaliers de la Sainte Chapelle ;
Tavannes & beaucoup d'autres , qui franchiffoient
d'un toit à l'autre la rue Saint-
Germain l'Auxerrois , & enfin les horreurs
des guerres civiles ; que pouvoient donc
F v
730 MERCURE
peindre les Romanciers ? Ce qu'ils voyoient.
Ils pouvoient répondre :
Ce font vos moeurs , eft- ce ma faute ?
Parmi les Apologiftes du Roman , je trou
ve ( fingularité affez remarquable ! ) un Évê
que & un Prêtre , l'Evêque d'Avranches ,
l'Abbé Lengler , & l'Auteur de Zélaskine
qui a plus de zèle que d'érudition ; mais fi
le nombre de fes defenfeurs eft fi borné , il
en eft dédommagé par les Romanciers , qui
forment une peuplade nombreufe. Je ferai
bientôt connoître les plus célèbres , & leurs
noms fuffiront pour juftifier ce genre.
Reprenons le dix-feptième fiècle. Tandis
que l'Hiftoire racontoit des combats ; le Ro
man décrivoit auffi des combats ; la Cour
avoit des Guerriers , on les retrouvoit dans
les Romans ; le régime féodal retenoit les
Châtelains dans de vieilles tourelles ; on s'y
raffembloit ; on y tenoit de longues affifes ,
les cheminées étoient larges , les falles vaftes
, les converfations longues : rels étoient
les Romans qui alloient , grâce à quelques
épiſodes , jufqu'au douzième Volume. Les
Voyageurs ayant donné du goût pour la lecrure
des voyages , les Romanciers n'offrirent
plus que des aventures Turques , Chinoiſes ,
Américaines. Ils confervoient le ton & le
coftume François , & mettoient , commne
naguères nos Comédiens , un chapeau fur la
tête de Méhémed , ou du Sophi . Les Romans
, comme tous les Arts , fubirent une
DE FRANCE. 131
grande révolution fous le règne de Louis
XIV. Scudéri & la Calprenède tiennent la
place la plus diftinguée. Boileau jeta du ri
dicule fur ces Écrivains ; mais le plan de
leurs Ouvrages annonce qu'ils avoient du
génie . Si leurs Héros étoient des géans , c'eft
que Louis XIV avoit imprimé un grand ca,
ractère à fon fiécle . Louis XIV , que Frédéric
a nommé le grand Magicien , n'aimoit que
ce qui portoit l'empreinte de la grandeur. .
Je ne pretends point étendre mon apo¬
logie jufqu'à la texture des anciens Romans;
mais je fais que leurs défauts venoient de
notre penchant à l'imitation, Nous avons
emprunté des Efpagnols les épiſodes , ces
dénouemens arrivés par des bagues , des
écharpes , des reffemblances , des fuppofitions
, des équivoques & des rencontres. Ces
mêmes défauts fe retrouvoient fur la Scène
Françoife. Les Italiens nous jettèrent dans la
métaphyfique d'ainour , dans les monologues
, dans les foupirs : delà tant de précieufes
, & ces dédaignenfes Princeffes qui fe
courrouçoient à la déclaration des Chevaliers.
On étoit ainfi dans le monde. Une fois
arrivé à Louis XIV , l'adulation bannit la
vraiſemblance. Les Héros Grecs & Romains
avoient les deux queues , l'écharpe & les
grands canons . Orondate & Palamède naiffoient
& mouroient à Verfailles , & fe promenoient
de Rambouillet à Marly. Cependant
, ce ridicule difparut fur la fin du règic
de Louis XIV. Les Romans moraux , polių
F vj
132 MERCURE
ques , hiftoriques & fatyriques , s'accrédi
tèrent. Là , on lifoit la carte géographique
de Buffi Rabutin , dans laquelle les myſtères
de la vieille Cour étoient dévoilés. Les Contes
de Perrault avoient des Lecteurs : Rabelais
fi vanté , n'en trouvoit plus depuis la publication
du Royaume de coquettere , defleurs ,
fleurettes & paffe temps.
>
1
C'eft en 1700 , que tous ces Romans de
mauvais goût , que tous ces Ouvrages nés
de l'occaſion ou de l'à propos , la Marmite
rétablie , le Rafibus des Capucins , les Jéfuites
mis fur l'échafaud, &c . &c . & c . furent
unanimement rejetés . Le Roman ne fut plus
qu'hiftorique ; les Mémoires , les Lettres
pullulèrent , les fatyres aufli. La liberté
alla comme les moeurs , jufqu'à l'indécence.
Le Régent fut infulté ; & , fous le
nom du Prince Aprius , on écrivoit fa Vie
privée. Il toléra un moment les farcafmes
contre les Moines & les Religieufes . Louis
XV mit des bornes à la licence. Le Roman
' n'ofa plus paroître avecfon ancien héroïfine ,
fes éperons & fa chevalerie ; il s'ajusta à
notre taille , & parut fous la courte forme
de Contes , de Nouvelles , de Lettres , d'Hiftoriettes.
C'étoit le Journal de nos petits
boudoirs , de nos petits foupers , de nos petites
maifons , l'Opéra & le Fauxbourg Saint-
Germain. Delà , les Égaremens de l'efprit ,
les Confeffions , le Spectateur & le charmant
Recueil des Contes Moraux. Je ne parle
point de la Nouvelle Héloïfe , qui ne caracDE
FRANCE. 733
térife point nos moeurs , & qui eft un Ouvrage
à part. Les Anglois enfin ont donné
un nouveau caractère au Roman. Les Traductions
du Docteur Swift , de Friedling &
de Richardfon , ont amené une révolution.
A mefure qu'on a eu de bons Livres dans
d'autres genres , le Roman a eu moins de
célébrité. Il n'eft plus à craindre que la preffe
foit déformais uniquement occupee à les
réimprimer , comme elle l'étoit dans le dixfeptième
fiècle. Pierre Camus , Évêque du
Bellay , affligé de l'empreffement qu'on avoit
pour cette lecture , voulut purifier le genre ,
en publiant des Romans dévots ; mais le
genre l'entraîna quelquefois , & il peignit
ce qu'affurément il ne s'étoit point propofé
de peindre. Dans le même temps , Olivier ,
Évêque d'Angers , prétendoit prouver que
les femmes étoient la caufe de tous les
maux.
Il ne me refte, plus qu'à nommer les Romanciers
les plus célèbres , leur nom peut
fervir d'apologie au genre. Depuis le feizième
fiècle , je trouve Mendozza , Ambaffadeur
au Concile de Trente , Machiavel , Sannazar
, Scaliger , Picolomini , Guichardin ,
Pallavicini , Firenzuola , le Cavalier Marin ,
Thomas Morus. Parmi nos modernes , Balzac,
Voiture, Charpentier, Bourfault , Gombaud ,
Gomberville , de Larrey , le Miniftre Claude,
l'Abbé d'Aubignac , Reguard , Hamilton ,
l'Abbé de Saint Réal , Saint Hyacinthe , le
Sage, du Verdier , La Fontaine , Galland , de
134 MERCURE
Ramfay , Fénelon , l'Abbé Nadal , l'Abbé
Terraffon , l'Abbé Pernetti , l'Abbé Prévôr ,
l'Abbé Desfontaines , le Comte de Caylus ,
Voltaire, Marivaux , Duclos , Montefquieu ,
le Marquis d'Argens , Crebillon le fils ,
Dorar, Mme de Graffigny , Moncrif, le Père
Daniel , J. J. Rouffeau , M. Marmontel ,
M. d'Arnaud , M. le Comte de Treffan , M.
le Chevalier de Boufflers , M. le Chevalier
d'Arcq , M. Imbert , l'Abbé de Voifenon ,
Mme de Genlis ; tous ces Écrivains célèbres
dans plus d'un genre , prouvent affez que le
Roman eft une des branches de la Littérature
digne d'être confervée dans le jardin des
Mufes. Je n'invoquerai point , à l'appui de
ce que j'avance , ni Fauchet ni Ducange , il
fuffit d'être né fenfible , & de lire nos meil
leurs Romans.
On peut leur faire un reproche plus
fondé, c'eft d'altérer quelquefois l'hiſtoire &
les moeurs , & de défigurer des époques nationales.
A cela je réponds : malheur à qui
lir aujourd'hui l'hiftoire dans les Romans !
Mais ce reproche va difparoître. Les Auteurs
de la Bibliothèque des Romans s'ap
pliquent effentiellement à épurer le genre, à
rectifier les erreurs , à embellir les fictions.
Ils refferrent un plan trop vaſte , ils fimpli
fient une action compliquée , & réduifent
plufieurs volumes ennuyeux à quarante pages
intéreffantes. L'érudition préfide à leurs ju
gemens , & fur tout à la concordance des
Hiftoriens. Il eft pen de Volumes qui re
DE FRANCE. 337
foient précédés d'une differtation lumineuse.
Nous nous difpenferons de citer des volumes
anciens , nous renvoyons nos Lecteurs au
fecond Volume d'Octobre dernier ; ils verront
avec quelle fagacité les Auteurs favent
porter fur l'hiftoire le flambeau de la critique.
On eftimcra & on plaindra l'infortunée
Marie Stuart. On trouvera encore dans le volume
de Novembre , des differtations inftructives
fur le château de Marcouflis , &
fur Bayard. On doit fe fouvenir des menus
devis du château de Plaffac. Ce n'eft point - là
le Roman , c'eft l'Hiftoire. Nous n'en citerons
pas davantage. Nous invitons nos Lecteurs
à fe procurer cette Collection , pour
le complément de laquelle on trouve des
facilités plus qu'encourageantes.
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Résumé : Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
La 'Bibliothèque Universelle des Romans' est publiée à Paris depuis le 1er juillet 1775 et connaît un grand succès depuis sept ans. Les romans, qualifiés d''enfants chéris de l'imagination', constituent une branche importante de la littérature, ayant évolué depuis l'Antiquité avec des auteurs comme Hésiode et Homère. Ils ont été critiqués pour leur frivolité mais aussi défendus pour leur capacité à refléter les réalités sociales et politiques de chaque époque. Au XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, les romans reflétaient les valeurs de la cour et les aventures exotiques. Des auteurs comme Madeleine de Scudéry et Gilles de La Calprenède se distinguèrent, bien que critiqués par Nicolas Boileau. Les héros de ces œuvres étaient souvent surdimensionnés, et les intrigues complexes empruntaient des éléments espagnols et italiens. À la fin du règne de Louis XIV, les romans moraux, politiques, historiques et satiriques gagnèrent en popularité. En 1700, les romans de mauvais goût furent rejetés, et le genre évolua vers des formes plus courtes comme les contes et les nouvelles. Des traductions d'auteurs anglais comme Jonathan Swift et Samuel Richardson introduisirent de nouvelles tendances. Des écrivains comme Pierre Camus tentèrent de purifier le genre avec des romans dévots, sans succès total. Parmi les romanciers célèbres mentionnés figurent Antonio de Mendoza, Nicolas Machiavel, Jean-Louis Guez de Balzac, Jean de La Fontaine, Voltaire, Marivaux, Montesquieu, Rousseau, et Madame de Genlis. Le texte met en avant une collection de volumes historiques, notamment ceux des mois d'octobre et novembre, soulignant la rigueur critique des auteurs et l'authenticité historique des contenus. L'auteur encourage les lecteurs à se procurer cette collection.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12154
p. 135-138
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Concert du Lundi 9 Décembre, a commencé par une symphonie nouvelle de M. [...]
Mots clefs :
Concert, Chant, Mérite, Mademoiselle Duverger, Joseph Haydn, Jean-Jacques Rousseau, Langue, Mérite, Voix, Talent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Concert du Lundi 9 Décembre , a commencé
par une fymphonie nouvelle de M.
Hayden , dans laquelle on a retrouvé la marche
favante de ce célèbre Compofiteur ; l'Ar
dante fur- tout , qui a le caractère d'un air
de danfe , a paru plein de grâce & d'efprit.
Le troifième morceau n'eft peut être pas du
même mérite que le refte. Mlle Duverger ,
qui avoit obtenu déjà des applaudiffemens à
136 MERCURE
ce Concert , où elle a joué plufieurs fois de
la harpe , en a mérité de nouveaux dans le
chant. On a trouvé la voix fort belle , furtout
dans le Medium , qui eft plein & fonore.
Comme Mlle Duverger eft jeune , &
qu'elle donne de grandes efpérances , c'eft
rendre hommage à fon talent que de l'avertir
des différens objets qu'il lui reſte à cultiver :
les cordes aigues de fa voix , ont quelquefois
de l'aigreur qu'un exercice bien dirigé
peut faire aifément difparoître. Nous l'invitons
auffi à foigner fon articulation , qui
n'eſt pas toujours très- nette. Nous avons
l'expérience qu'avec de l'attention on parvient
à corriger , même les vices de l'organe.
Nous ne parlons pas de la manière dont elle
prononce la langue Italienne. Il eft bien difficile
, il eft prefque impoffible à une Françoife
d'obtenir jamais la pureté de pronon
ciation , le véritable accent qui font le charme
de cette langue. D'après cette vérité , qui
devroit être triviale , il eft bien étonnait
que prefque toutes les jeures Chanteufes
qui fe fentent du talent , abandonnent les
paroles Françoifes pour chanter exclufivement
des paroles Italiennes , & que la plupart
des Amateurs encouragent cette défertion.
Le préjugé qu'établit autrefois J. J.
Rouffeau contre la langue Françoife , prévau
droit- il encore fur le fentiment & le choix
deMM. Gluck , Piccini , Sacchini , fur l'hommage
que ces grands Maîtres ont rendu à
cette même langue ? Ne feroit- ce pas plutôt
DE FRANCE.
137
que certaines de ne pas être entendues de la
plupart des Auditeurs , ces Chanteufes fe
croient plus à leur aife fur la prononciation
qu'elles négligent entièrement , fous prétexte
de donner à leur chant plus de douceur &
de molleffe ? Mais il arrive que fans acquérir
l'accent Italien , elles perdent l'articulation
Françoife ; qu'elles font défagréables à ceux
qui entendent l'Italien , & qu'elles ennuient
ceux qui ne l'entendent pas ; leur chant n'eft
plus pour eux alors qu'un Conceito à voix
feule. Cette digreflion , au furplus , eft en
tièrement étrangère à Mile Duverger. Nous
ajouterons feulement pour elle que fon talent
en eft maintenant au point de la rendre trèsfcrupuleufe
fur le choix de fes Maîtres , fur
les confeils auxquels elle voudra fe livrer.
MM . Chéron , Laïs & Rouffeau ont fait entendre
une nouveauté très piquante ; c'eft
un Motet de M , Goffec , O Salutaris , qui
n'eft accompagné d'aucun inftrument. Quoique
ce morceau ne foit nullement deftiné au
local du Concert Spirituel , qu'il y eût pu
même paroître déplacé , s'il eût eu moins de
mérite , fon harmonie pure , fon chant delicieux
& fon exécution parfaite , ont fait un
plaifir fi grand , fi général , qu'on a témoigné
par des acclamations le defir de l'entendre
deux fois. M. Chartrain s'eft fait applandir
doublement , comme Compofiteur , dans
une Ode Sacrée , dont on a trouvé plufieurs
morceaux d'un chant agréable , & comme
Exécutant, dans un joli Concerto de fa com
238
MERCURE
pofition. Mme Saint- Huberty , MM. Ozy
& Bezozzy ont achevé de rendre le Concert
très agréable , par une exécution digne de la
téputation qu'ils le font acquife .
LE Concert du Lundi 9 Décembre , a commencé
par une fymphonie nouvelle de M.
Hayden , dans laquelle on a retrouvé la marche
favante de ce célèbre Compofiteur ; l'Ar
dante fur- tout , qui a le caractère d'un air
de danfe , a paru plein de grâce & d'efprit.
Le troifième morceau n'eft peut être pas du
même mérite que le refte. Mlle Duverger ,
qui avoit obtenu déjà des applaudiffemens à
136 MERCURE
ce Concert , où elle a joué plufieurs fois de
la harpe , en a mérité de nouveaux dans le
chant. On a trouvé la voix fort belle , furtout
dans le Medium , qui eft plein & fonore.
Comme Mlle Duverger eft jeune , &
qu'elle donne de grandes efpérances , c'eft
rendre hommage à fon talent que de l'avertir
des différens objets qu'il lui reſte à cultiver :
les cordes aigues de fa voix , ont quelquefois
de l'aigreur qu'un exercice bien dirigé
peut faire aifément difparoître. Nous l'invitons
auffi à foigner fon articulation , qui
n'eſt pas toujours très- nette. Nous avons
l'expérience qu'avec de l'attention on parvient
à corriger , même les vices de l'organe.
Nous ne parlons pas de la manière dont elle
prononce la langue Italienne. Il eft bien difficile
, il eft prefque impoffible à une Françoife
d'obtenir jamais la pureté de pronon
ciation , le véritable accent qui font le charme
de cette langue. D'après cette vérité , qui
devroit être triviale , il eft bien étonnait
que prefque toutes les jeures Chanteufes
qui fe fentent du talent , abandonnent les
paroles Françoifes pour chanter exclufivement
des paroles Italiennes , & que la plupart
des Amateurs encouragent cette défertion.
Le préjugé qu'établit autrefois J. J.
Rouffeau contre la langue Françoife , prévau
droit- il encore fur le fentiment & le choix
deMM. Gluck , Piccini , Sacchini , fur l'hommage
que ces grands Maîtres ont rendu à
cette même langue ? Ne feroit- ce pas plutôt
DE FRANCE.
137
que certaines de ne pas être entendues de la
plupart des Auditeurs , ces Chanteufes fe
croient plus à leur aife fur la prononciation
qu'elles négligent entièrement , fous prétexte
de donner à leur chant plus de douceur &
de molleffe ? Mais il arrive que fans acquérir
l'accent Italien , elles perdent l'articulation
Françoife ; qu'elles font défagréables à ceux
qui entendent l'Italien , & qu'elles ennuient
ceux qui ne l'entendent pas ; leur chant n'eft
plus pour eux alors qu'un Conceito à voix
feule. Cette digreflion , au furplus , eft en
tièrement étrangère à Mile Duverger. Nous
ajouterons feulement pour elle que fon talent
en eft maintenant au point de la rendre trèsfcrupuleufe
fur le choix de fes Maîtres , fur
les confeils auxquels elle voudra fe livrer.
MM . Chéron , Laïs & Rouffeau ont fait entendre
une nouveauté très piquante ; c'eft
un Motet de M , Goffec , O Salutaris , qui
n'eft accompagné d'aucun inftrument. Quoique
ce morceau ne foit nullement deftiné au
local du Concert Spirituel , qu'il y eût pu
même paroître déplacé , s'il eût eu moins de
mérite , fon harmonie pure , fon chant delicieux
& fon exécution parfaite , ont fait un
plaifir fi grand , fi général , qu'on a témoigné
par des acclamations le defir de l'entendre
deux fois. M. Chartrain s'eft fait applandir
doublement , comme Compofiteur , dans
une Ode Sacrée , dont on a trouvé plufieurs
morceaux d'un chant agréable , & comme
Exécutant, dans un joli Concerto de fa com
238
MERCURE
pofition. Mme Saint- Huberty , MM. Ozy
& Bezozzy ont achevé de rendre le Concert
très agréable , par une exécution digne de la
téputation qu'ils le font acquife .
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le concert spirituel du 9 décembre a commencé avec une symphonie de Haydn, appréciée pour sa marche et son ardeur. Le troisième morceau a été moins bien accueilli. Mlle Duverger, harpiste et chanteuse, a été applaudie pour sa voix, notamment dans le médium, mais doit améliorer ses aigus et son articulation. La critique souligne la difficulté pour une Française de maîtriser l'italien, préférant souvent cette langue pour éviter les erreurs en français. Les messieurs Chéron, Laïs et Rouffeau ont interprété un motet de Goffec, 'O Salutaris', sans accompagnement, acclamé et redemandé. M. Chartrain a été applaudi pour une ode sacrée et un concerto. Mme Saint-Huberty, MM. Ozy et Bezozzy ont également contribué à la qualité du concert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12155
p. 138-141
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Le Jeudi 22 Novembre, on a donné la première représentation de la Nouvelle Omphale, [...]
Mots clefs :
Comédie, Conte, Camille, Musique, Floquet, Scène, Mari, Succès
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 22 Novembre , on a donné la
première repréſentation de la Nouvelle Omphale
, Comédie en trois Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes , mufique de M. Floquet.
Prefque tous nos Lecteurs connoiffent ,
fans doute , le Conte de Senécé , qui a pour
Titre : Camille, ou la manière defiler le parfait
Amour. C'est ce Conte agréable , quoiqu'un
pen long , qui a fourni l'idée de la Nou
velle Omphale. Dans le Conte de Senécé , la
Scène fe palle au temps de Charlemagne ;
le mari de Camille eft jaloux ; un enchanteur
lai fait préfent d'une figure de cire blanche ,
dont la couleur doit fe conferver pure f
Camille eft fage , & devenir noire fi elle est
infidelle.
Un étourdi qui fe faifoit connoître ,
Par fes grands airs , pour homme écervelé ,
Et qu'à la Cour on nommoit Petit- Maître ;
Vieux fobriquet qui s'eft renouvelés,
gage tous fes biens contre le mari de Ca
mille , qu'il faura plaire à celle - ci , &
rendre volage. Il part du camp de Charle
DE FRANCE. 139
magne , arrive , fait fa déclaration , fe laiffe
enfermer dans une tour , fous l'efpérance
d'un rendez - vous , y eft retenu & obligé
de filer une quenouille pour n'y pas mou
rir de faim. Après avoir été ainfi joué ,
bafoué & ruiné de tous fes biens , le fat eft
promené dans le camp de Charlemagne une
quenouille au côté . Dans la Comédie dont
nous parlons , la Scène eft placée fous le
règne de Henri IV. Il n'y a ni jaloufie , mi
figure de cire , ni enchanteur , & la punition.
du Petit- Maître n'eft pas , à beaucoup près
auffi dure que dans le Conte , puifqu'il re
vient de fon erreur , fait l'aveu de fes torts ,
continue d'être l'ami de M. de Montandre ,
( c'eft le nom du mari ) & que Camille le
nomine fon Chevalier, Tout ceci excepté ,
la marche de la Comédie eft à peu près celle
du Conte , & il eft trop connu pour que
nous entrions dans des détails plus étendus.
·
Le plus grand reproche que l'on puiffe
faire à l'Auteur de cet Ouvrage , c'eft
d'avoir cherché un fujet qui n'étoit réellement
pas propre au Théâtre , qui n'étoit
fufceptible que d'un très petit intérêt , &
dont le dénouement devoit être tout- à la→
fois brufqué & prévu par le Spectateur. Un
autre reproche affez grave , eft celui qu'ont
fait en général les gens du monde au but, de
cet Ouvrage , qui en effet n'eft point moral.
On a vu avec peine fur la Scène Françoife un
jeune fat arriver chez fon ami , & de fon
propre aveu , dans l'intention de féduire fa
140
MERCURE
femme. Si les moeurs privées deviennent
tous les jours plus mauvaiſes , au moins
faut- il que les moeurs publiques foient
bonnes , ou le paroiffent. Au refte , le
ftyle de cette Comédie eft facile &
naturel , quelquefois un peu négligé ; le
dialogue eft vrai , vif & preffé : en un mot,
on peut préfuiner qu'avec un fujet plus heu
reux l'Anteur auroit eu un fuccès plus
décidé. La mufique fait honneur à M. Floquet
; quoique peut- être on puiffe lui reprocher
un ton trop uniforme. Quelques
morceaux ont de l'efprit & de la grâce. Les
accompagnemens nous ont paru quelque
fois un peu chargés ; mais ils font d'un
très- bon ftyle , & annoncent un Compofiteur
eftimable. Le finálé du fecond Acte a
fait un plaifir univerfel , & nous le regardons
en effet comme un excellent morcean
de mufique. Nous ne finirons pas fans
avoir félicité M. Floquet du courage qu'il a eu
de ne point admettre dans fon orchestre ces
inftrumens bruyans ou aigus que l'on place
par- tout & à propos de tout depuis quel
que temps , & fur l'emploi defquels le charlatanifme
ou la médiocrité fondent une partie
des fuccès qu'ils obtiennent auprès des
ignorans , dont ils eftiment tant les fuffrages.
N. B. Le peu d'efpace qui nous reftoit à
remplir, ne nous a pas permis de parler ici du
Début de M. Larochelle ; nous en parlerons
dans le prochain Mercure , ainfi queda Vieux
Garçon , Comédie en cinq Actes & en vers;
DE FRANCE. 141
repréſentée le 16 de ce mois , avec un fuccès
équivoque.
LE Jeudi 22 Novembre , on a donné la
première repréſentation de la Nouvelle Omphale
, Comédie en trois Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes , mufique de M. Floquet.
Prefque tous nos Lecteurs connoiffent ,
fans doute , le Conte de Senécé , qui a pour
Titre : Camille, ou la manière defiler le parfait
Amour. C'est ce Conte agréable , quoiqu'un
pen long , qui a fourni l'idée de la Nou
velle Omphale. Dans le Conte de Senécé , la
Scène fe palle au temps de Charlemagne ;
le mari de Camille eft jaloux ; un enchanteur
lai fait préfent d'une figure de cire blanche ,
dont la couleur doit fe conferver pure f
Camille eft fage , & devenir noire fi elle est
infidelle.
Un étourdi qui fe faifoit connoître ,
Par fes grands airs , pour homme écervelé ,
Et qu'à la Cour on nommoit Petit- Maître ;
Vieux fobriquet qui s'eft renouvelés,
gage tous fes biens contre le mari de Ca
mille , qu'il faura plaire à celle - ci , &
rendre volage. Il part du camp de Charle
DE FRANCE. 139
magne , arrive , fait fa déclaration , fe laiffe
enfermer dans une tour , fous l'efpérance
d'un rendez - vous , y eft retenu & obligé
de filer une quenouille pour n'y pas mou
rir de faim. Après avoir été ainfi joué ,
bafoué & ruiné de tous fes biens , le fat eft
promené dans le camp de Charlemagne une
quenouille au côté . Dans la Comédie dont
nous parlons , la Scène eft placée fous le
règne de Henri IV. Il n'y a ni jaloufie , mi
figure de cire , ni enchanteur , & la punition.
du Petit- Maître n'eft pas , à beaucoup près
auffi dure que dans le Conte , puifqu'il re
vient de fon erreur , fait l'aveu de fes torts ,
continue d'être l'ami de M. de Montandre ,
( c'eft le nom du mari ) & que Camille le
nomine fon Chevalier, Tout ceci excepté ,
la marche de la Comédie eft à peu près celle
du Conte , & il eft trop connu pour que
nous entrions dans des détails plus étendus.
·
Le plus grand reproche que l'on puiffe
faire à l'Auteur de cet Ouvrage , c'eft
d'avoir cherché un fujet qui n'étoit réellement
pas propre au Théâtre , qui n'étoit
fufceptible que d'un très petit intérêt , &
dont le dénouement devoit être tout- à la→
fois brufqué & prévu par le Spectateur. Un
autre reproche affez grave , eft celui qu'ont
fait en général les gens du monde au but, de
cet Ouvrage , qui en effet n'eft point moral.
On a vu avec peine fur la Scène Françoife un
jeune fat arriver chez fon ami , & de fon
propre aveu , dans l'intention de féduire fa
140
MERCURE
femme. Si les moeurs privées deviennent
tous les jours plus mauvaiſes , au moins
faut- il que les moeurs publiques foient
bonnes , ou le paroiffent. Au refte , le
ftyle de cette Comédie eft facile &
naturel , quelquefois un peu négligé ; le
dialogue eft vrai , vif & preffé : en un mot,
on peut préfuiner qu'avec un fujet plus heu
reux l'Anteur auroit eu un fuccès plus
décidé. La mufique fait honneur à M. Floquet
; quoique peut- être on puiffe lui reprocher
un ton trop uniforme. Quelques
morceaux ont de l'efprit & de la grâce. Les
accompagnemens nous ont paru quelque
fois un peu chargés ; mais ils font d'un
très- bon ftyle , & annoncent un Compofiteur
eftimable. Le finálé du fecond Acte a
fait un plaifir univerfel , & nous le regardons
en effet comme un excellent morcean
de mufique. Nous ne finirons pas fans
avoir félicité M. Floquet du courage qu'il a eu
de ne point admettre dans fon orchestre ces
inftrumens bruyans ou aigus que l'on place
par- tout & à propos de tout depuis quel
que temps , & fur l'emploi defquels le charlatanifme
ou la médiocrité fondent une partie
des fuccès qu'ils obtiennent auprès des
ignorans , dont ils eftiment tant les fuffrages.
N. B. Le peu d'efpace qui nous reftoit à
remplir, ne nous a pas permis de parler ici du
Début de M. Larochelle ; nous en parlerons
dans le prochain Mercure , ainfi queda Vieux
Garçon , Comédie en cinq Actes & en vers;
DE FRANCE. 141
repréſentée le 16 de ce mois , avec un fuccès
équivoque.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le 22 novembre, la comédie 'Nouvelle Omphale' a été présentée pour la première fois. Cette œuvre en trois actes et en prose, mêlée d'ariettes, est composée par M. Floquet et s'inspire du conte de Sénèque 'Camille, ou la manière de filer le parfait Amour'. Dans le conte original, Camille, mariée à un homme jaloux, doit prouver sa fidélité à l'aide d'une figure de cire. Dans la comédie, l'action se déroule sous le règne de Henri IV. Le personnage de Petit-Maître tente de séduire Camille mais reconnaît ses erreurs et reste ami avec le mari de Camille, qui le nomme chevalier. Les critiques estiment que le sujet n'était pas adapté au théâtre et manquait d'intérêt. Ils jugent également le but de l'œuvre immoral. Le style est décrit comme facile et naturel, bien que parfois négligé. Le dialogue est vrai, vif et pressé. La musique de M. Floquet est appréciée, notamment le final du second acte. M. Floquet est félicité pour avoir évité les instruments bruyants ou aigus dans son orchestre.
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12156
p. 141-144
ANNONCES ET NOTICES.
Début :
Portrait historié de M. le Marquis de la Fayette au Siége de la ville d'Yorck par les Armées [...]
Mots clefs :
Portrait, Gilbert du Motier de La Fayette, Nouvelle Bibliothèque de société, Étrennes aux sociétés, Petits contes, Dentiste, Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testaments, Almanach américain, Contes de fées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES ET NOTICES.
ANNONCES ET NOTICES.
PORTRAIT hiftorié de M. le Marquis de la
Fayette au Siége de la ville d'Yorck par les Armées
combinées. Ce Portrait , prêté par M. Franklin
fils à M. Lemire , qui en a fait compofer un Tableau
par M. Lepaon , Peintre de Batailles , formera
une Eftampe qui fervira de pendant au Général
Washington. On foufcrit chez M. Lemire , rue
& porte S. Jacques , maifon du Café d'Aubertin ,
n . 122. Le prix de l'Eftampe eft de 9 liv . La foufcription
n'aura lieu que jufqu'à la fin de Janvier
1783. Le temps de la foufcription expiré , l'Etampe
fera de 12 livres . On la délivrera dans le cou
rant de Décembre 1783 .
Nouvelle Bibliothèque de Société, contenant des
faits intéreffans , des mêlanges de Littérature & de
Morale , des variétés hiftoriques ou choix de bons
mots , des Poéfies fugitives , des Contes en vers &
en profe , &c. 4 Vol. in- 12. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Delalain l'aîné , Libraire , rue
S. Jacques. Cet Ouvrage , très-piquant , eft une
nouvelle Édition , prefque entièrement refondue ,
quoique la première ait eu beaucoup de fuccès. Le
choix eft d'un homme de goût , & doit faire trèsbien
augurer du fuccès.
Étrennes aux Sociétés qui font leur amusement
de jouer la Comédie , ou Catalogue raifonné & inftructif
de toutes les Tragédies , Comédies des Théatres
François & Italien , Actes d'Opéra , Opéra
Comique , Pièces à Ariettes & Proverbes qui pear
142 MERCURE.
went facilement fe repréfenter fur les Théâtres pariculiers.
A Bruxelles ; & fe trouve à Paris , chez Bradel
, Libraire , rue du Théâtre François , & à l'Arfenal
, Cour des Céleftins .
Ce Répertoire , qui ne peut qu'être utile à nom.
bre de Sociétés , eft d'un heureux choix , & les avertiffemens
, les notes & les explications qui l'accompagnent
annoncent un homme qui à paffé fon
temps à faire autre chofe que des Almanachs. A
l'expérience dont il avoit befoin pour ce petit Ou
vrage , on voit qu'il réunit le fecours de la réflexion ,
& que tous les choix font motivés.
Recueilpour fervir de fuite aux lectures pour les
enfans & les jeunes gens , ou choix de petits Contes
également propres à les amufer & à leur infpirer le
goût de la vertu , in- 123 par M. Couret de Villeneuve,
Imprimeur du Roi , à Orléans . Prix , 1 livre
4 fols. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet.
C'est un choix piquant & fait avec goût de petits
contes , anecdotes , bons mots , idylles , maximes ,
&c. Il nous a paru remplir parfaitement fon titre &
répondre au væru de l'Auteur , qui eft d'amufer utilement
les enfans. Nous croyons même que les perfonnes
de tout âge pourront y trouver le plaifir &
l'inftruction.
L'Art du Dentifte joint à l'anatomie de la bou
che , avec des obfervations pour la confervation des
dents , & des inftructions très-intéreffuntes pour remédier
aux accidens qui accompagnent la fortie des
dents de lait , & auxquels la plupart des enfans
fuccombent faute defecours fuffifans , in- 12 ; par M
D *** , Chirurgien - Dentille à Paris . A Paris ,
chez Guillot , Libraire de MONSIEUR , rue de la
Harpe
Ce Traité nous a paru complet. L'Auteur entre
DE FRANCE.
143
dans tous les détails de fon Art. Bien convaincu que
le Dentiſte ne doit pas connoître feulement les
parties fur lefquelles il doit opérer, mais encore
celles qui en dépendent ; il a joint à fon Ouvrage
l'anatomie de la bouche. Cette partie manquoit à
tous lesTraités qui avoient para juſqu'ici ſur l'Odontalgie.
Hiftoire de l'Ancien & du Nouveau Teftament ,
& des Juifs , par le P. P. Dom Calmet , Religieux
Bénédictin , Abbé de Senones , pour fervir d'Introduction
à l'Histoire Eccléfiaftique de M. l'Abbé
Fleury , nouvelle Édition , en trois Volumes in-8°.
contenant les cinq Volumes in- 12 des précédentes
Éditions de Paris , à 12 liv. en feuilles , & 15 liv.
reliés , actuellement en vente. A Nifmes , chez
Beaume , Imprimeur - Libraire , & à Paris , ches
Defprez , Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques,
Cet Ouvrage embraffe l'Hiftoire des Juifs , depuis
le commencement du monde jufqu'à la ruine du
Temple de Jérufalem , par les Romains. L'Auteur a
voulu le faire fervir d'Introduction à l'Hiftoire de
l'Eglife , compofée par M. l'Abbé Fleury. Il préfente
un Tableau très- intéreſſant des événemens qui ont
précédé l'établiffement de la Religion Chrétienne,
Almanach Américain , ou Etat phyfique , politi
que , eccléfiaftique & militaire de l'Amérique ; Ouvrage
qui comprend les forces , la population , les
loix , le commerce & l'adminiftration de chaque
Province de cette partie du Monde , &c,; par M.
P. D. L. R. C. A. L. T. de M. P. in- 12 . Prix ,
2 livres 8 fols. A Paris , chez l'Auteur de l'état des
Cours , rue Garancière ; & Lamy , Libraire , quai
des Auguftins.
L'idée de cet Ouvrage ne pouvoit être conçue
dans des temps plus favorables à fon fuccès. L'Amé,
rique fixe aujourd'hui les regards de l'Europe, &
{
144
MERCUREA
Aes détails exacts fur cette moitié du Monde doivent
être reçus avec intérêt. L'Auteur , quoiqu'il paroiffe
n'avoir rien négligé pour fatisfaire à la curioſité de
fes Lecteurs , reconnoît dans un avertiſſement modefte
que fon Ouvrage ne peut arriver du premier
pas à la perfection ; mais comme à titre d'Almanach
il doit être réimprimé tous les ans , il devient fufcep
tible des changemens & des additions néceffaires.
: Contes des Fées , par Ch . Perrault , de l'Acadé
mie Françoife , nouvelle Édition. A Paris , chez
Fournier & Onfroy , Libraires , rue de Hurepoix.
Les nombreuſes Editions de ces Contes nous dif
penfent de tout éloge. Nous nous contenterons de
dire que cette Édition eft la plus complette qu'on
air encore vue. On y a joint trois Contes en vers
qui n'avoient jamais été réunis aux Contes en
profe.
PORTRAIT hiftorié de M. le Marquis de la
Fayette au Siége de la ville d'Yorck par les Armées
combinées. Ce Portrait , prêté par M. Franklin
fils à M. Lemire , qui en a fait compofer un Tableau
par M. Lepaon , Peintre de Batailles , formera
une Eftampe qui fervira de pendant au Général
Washington. On foufcrit chez M. Lemire , rue
& porte S. Jacques , maifon du Café d'Aubertin ,
n . 122. Le prix de l'Eftampe eft de 9 liv . La foufcription
n'aura lieu que jufqu'à la fin de Janvier
1783. Le temps de la foufcription expiré , l'Etampe
fera de 12 livres . On la délivrera dans le cou
rant de Décembre 1783 .
Nouvelle Bibliothèque de Société, contenant des
faits intéreffans , des mêlanges de Littérature & de
Morale , des variétés hiftoriques ou choix de bons
mots , des Poéfies fugitives , des Contes en vers &
en profe , &c. 4 Vol. in- 12. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Delalain l'aîné , Libraire , rue
S. Jacques. Cet Ouvrage , très-piquant , eft une
nouvelle Édition , prefque entièrement refondue ,
quoique la première ait eu beaucoup de fuccès. Le
choix eft d'un homme de goût , & doit faire trèsbien
augurer du fuccès.
Étrennes aux Sociétés qui font leur amusement
de jouer la Comédie , ou Catalogue raifonné & inftructif
de toutes les Tragédies , Comédies des Théatres
François & Italien , Actes d'Opéra , Opéra
Comique , Pièces à Ariettes & Proverbes qui pear
142 MERCURE.
went facilement fe repréfenter fur les Théâtres pariculiers.
A Bruxelles ; & fe trouve à Paris , chez Bradel
, Libraire , rue du Théâtre François , & à l'Arfenal
, Cour des Céleftins .
Ce Répertoire , qui ne peut qu'être utile à nom.
bre de Sociétés , eft d'un heureux choix , & les avertiffemens
, les notes & les explications qui l'accompagnent
annoncent un homme qui à paffé fon
temps à faire autre chofe que des Almanachs. A
l'expérience dont il avoit befoin pour ce petit Ou
vrage , on voit qu'il réunit le fecours de la réflexion ,
& que tous les choix font motivés.
Recueilpour fervir de fuite aux lectures pour les
enfans & les jeunes gens , ou choix de petits Contes
également propres à les amufer & à leur infpirer le
goût de la vertu , in- 123 par M. Couret de Villeneuve,
Imprimeur du Roi , à Orléans . Prix , 1 livre
4 fols. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet.
C'est un choix piquant & fait avec goût de petits
contes , anecdotes , bons mots , idylles , maximes ,
&c. Il nous a paru remplir parfaitement fon titre &
répondre au væru de l'Auteur , qui eft d'amufer utilement
les enfans. Nous croyons même que les perfonnes
de tout âge pourront y trouver le plaifir &
l'inftruction.
L'Art du Dentifte joint à l'anatomie de la bou
che , avec des obfervations pour la confervation des
dents , & des inftructions très-intéreffuntes pour remédier
aux accidens qui accompagnent la fortie des
dents de lait , & auxquels la plupart des enfans
fuccombent faute defecours fuffifans , in- 12 ; par M
D *** , Chirurgien - Dentille à Paris . A Paris ,
chez Guillot , Libraire de MONSIEUR , rue de la
Harpe
Ce Traité nous a paru complet. L'Auteur entre
DE FRANCE.
143
dans tous les détails de fon Art. Bien convaincu que
le Dentiſte ne doit pas connoître feulement les
parties fur lefquelles il doit opérer, mais encore
celles qui en dépendent ; il a joint à fon Ouvrage
l'anatomie de la bouche. Cette partie manquoit à
tous lesTraités qui avoient para juſqu'ici ſur l'Odontalgie.
Hiftoire de l'Ancien & du Nouveau Teftament ,
& des Juifs , par le P. P. Dom Calmet , Religieux
Bénédictin , Abbé de Senones , pour fervir d'Introduction
à l'Histoire Eccléfiaftique de M. l'Abbé
Fleury , nouvelle Édition , en trois Volumes in-8°.
contenant les cinq Volumes in- 12 des précédentes
Éditions de Paris , à 12 liv. en feuilles , & 15 liv.
reliés , actuellement en vente. A Nifmes , chez
Beaume , Imprimeur - Libraire , & à Paris , ches
Defprez , Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques,
Cet Ouvrage embraffe l'Hiftoire des Juifs , depuis
le commencement du monde jufqu'à la ruine du
Temple de Jérufalem , par les Romains. L'Auteur a
voulu le faire fervir d'Introduction à l'Hiftoire de
l'Eglife , compofée par M. l'Abbé Fleury. Il préfente
un Tableau très- intéreſſant des événemens qui ont
précédé l'établiffement de la Religion Chrétienne,
Almanach Américain , ou Etat phyfique , politi
que , eccléfiaftique & militaire de l'Amérique ; Ouvrage
qui comprend les forces , la population , les
loix , le commerce & l'adminiftration de chaque
Province de cette partie du Monde , &c,; par M.
P. D. L. R. C. A. L. T. de M. P. in- 12 . Prix ,
2 livres 8 fols. A Paris , chez l'Auteur de l'état des
Cours , rue Garancière ; & Lamy , Libraire , quai
des Auguftins.
L'idée de cet Ouvrage ne pouvoit être conçue
dans des temps plus favorables à fon fuccès. L'Amé,
rique fixe aujourd'hui les regards de l'Europe, &
{
144
MERCUREA
Aes détails exacts fur cette moitié du Monde doivent
être reçus avec intérêt. L'Auteur , quoiqu'il paroiffe
n'avoir rien négligé pour fatisfaire à la curioſité de
fes Lecteurs , reconnoît dans un avertiſſement modefte
que fon Ouvrage ne peut arriver du premier
pas à la perfection ; mais comme à titre d'Almanach
il doit être réimprimé tous les ans , il devient fufcep
tible des changemens & des additions néceffaires.
: Contes des Fées , par Ch . Perrault , de l'Acadé
mie Françoife , nouvelle Édition. A Paris , chez
Fournier & Onfroy , Libraires , rue de Hurepoix.
Les nombreuſes Editions de ces Contes nous dif
penfent de tout éloge. Nous nous contenterons de
dire que cette Édition eft la plus complette qu'on
air encore vue. On y a joint trois Contes en vers
qui n'avoient jamais été réunis aux Contes en
profe.
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Résumé : ANNONCES ET NOTICES.
Le document présente diverses annonces relatives à des publications et des œuvres artistiques. Une estampe représentant le Marquis de Lafayette lors du siège de York, réalisée par M. Lepaon à partir d'un portrait prêté par M. Franklin fils à M. Lemire, est mise en vente. Son prix est fixé à 9 livres jusqu'à la fin de janvier 1783, puis à 12 livres à partir de décembre 1783. La 'Nouvelle Bibliothèque de Société' est une édition refondue comprenant des faits intéressants, des mélanges littéraires et moraux, des variétés historiques, des poèmes et des contes, disponible chez Delalain l'aîné à Paris. Un catalogue des pièces de théâtre françaises et italiennes, des opéras et des comédies est annoncé, disponible à Bruxelles et à Paris chez Bradel. M. Couret de Villeneuve publie un recueil de lectures pour enfants et jeunes gens, composé de contes et d'anecdotes, disponible chez Nyon l'aîné à Paris. Un traité sur l'art dentaire, incluant l'anatomie de la bouche et des observations pour la conservation des dents, est écrit par un chirurgien-dentiste parisien et disponible chez Guillot. L''Histoire de l'Ancien & du Nouveau Testament, & des Juifs' par Dom Calmet est une nouvelle édition en trois volumes, servant d'introduction à l'histoire ecclésiastique de l'Abbé Fleury. L''Almanach Américain' fournit des informations physiques, politiques, ecclésiastiques et militaires sur l'Amérique et est disponible chez l'auteur et Lamy à Paris. Enfin, une nouvelle édition des 'Contes des Fées' de Charles Perrault est annoncée, complète et incluant des contes en vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12157
p. 144
« Pour les Annonces des Titres de la Gravure, de la Musique & des Livres nouveaux, voyez les [...] »
Début :
Pour les Annonces des Titres de la Gravure, de la Musique & des Livres nouveaux, voyez les [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Pour les Annonces des Titres de la Gravure, de la Musique & des Livres nouveaux, voyez les [...] »
Pour les Annonces des Titres de la Gravure
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
de la Mufique & des Livres nouveaux , voyez les
Couvertures.
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12158
p. 144
TABLE.
Début :
L'Ombre de Vert-Vert, 97 Des Nations Sauvages avant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
L'OMBRE de Vert- Vert, 97 | Bibliothèque Universelle des
Des Nations Sauvages avant Romans
l'établissement de la Pro - Concert Spirituel ,
priété , 104 Comedie Italienne ,
Enigme & Logogryphe , 116 Annonces & Notices ,
De la Paffion de l'Amour, 118]
126
135
138
141
L'OMBRE de Vert- Vert, 97 | Bibliothèque Universelle des
Des Nations Sauvages avant Romans
l'établissement de la Pro - Concert Spirituel ,
priété , 104 Comedie Italienne ,
Enigme & Logogryphe , 116 Annonces & Notices ,
De la Paffion de l'Amour, 118]
126
135
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12159
p. 144
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Mgr le Garde des Sceaux, le Mercure de France, pour le Samedi 21 Décembre. Je n'y ai [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 21 Décembre . Je n'y al
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreſſion. A Paris ,
je 20 Décembre 1782. GUIDI
J'AI lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France, pour le Samedi 21 Décembre . Je n'y al
rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreſſion. A Paris ,
je 20 Décembre 1782. GUIDI
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12160
p. 97-98
De PÉTERSBOURG, le 12 Novembre.
Début :
SA MAJESTÉ IMPÉRIALE qui, le 23 du mois dernier, avoit fait une promotion [...]
Mots clefs :
Saint-Petersbourg, Prince Potemkin, Ordre de Saint-Vladimir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PÉTERSBOURG, le 12 Novembre.
De PETERSBOURG , le 12 Novembre.
SAA MAJESTÉ IMPÉRIALE qui , le 23 du
mois dernier , avoir fait une promotion
nombreufe dans le nouvel Ordre de Saint-
Wolodimir , qu'elle a inftitué , a fait au
commencement de celui - ci , la cérémonie
de revêtir de la Grand Croix le Feld - Maréchal
Prince de Gallitzin , le Procureur-
Général Prince Wafemski , les Généraux
Prince Potemkin , Prince Nicolas Repnin ,
& MM. de Bedskoy & Bedboroka . Elle
envoya par le Grand Maître des Cérémonies
cette décoration au Comte de Panin
au Comte Iwan Czernicheff & à M. Iwans
Iwanowitz de Schuwalow , auxquels l'état
de leur fanté ne permettoit pas de fe trouver
à la Cour : elle a été expédiée par des
"Couriers au Comte Czagar de Czernichew ,
Gouverneur Général de Mofcou , au Feld-
21 Décembre 1782 a
( 98 )
Maréchal Comte de Romanzow & au Comte
Grégoire Orlow.
Le Prince Potemkin , à fon retour du
voyage qu'il a fait à Cherfon , nous a donné
les détails les plus fatisfaiſans fur l'état de
cette nouvelle Ville , que S. M. I. a élevée
fur la mer noire. Elle approche de plus en
plus de fa dernière perfection. Les fortifications
font très-étendues ; fa garniſon confiſte
en 7 régimens , fes magafins font roujours
remplis de munitions de bouche &
de guerre ; on y conftruit des vaiffeaux ; le
trajet de cette Ville à Conftantinople n'eft
que de 3 jours,
SAA MAJESTÉ IMPÉRIALE qui , le 23 du
mois dernier , avoir fait une promotion
nombreufe dans le nouvel Ordre de Saint-
Wolodimir , qu'elle a inftitué , a fait au
commencement de celui - ci , la cérémonie
de revêtir de la Grand Croix le Feld - Maréchal
Prince de Gallitzin , le Procureur-
Général Prince Wafemski , les Généraux
Prince Potemkin , Prince Nicolas Repnin ,
& MM. de Bedskoy & Bedboroka . Elle
envoya par le Grand Maître des Cérémonies
cette décoration au Comte de Panin
au Comte Iwan Czernicheff & à M. Iwans
Iwanowitz de Schuwalow , auxquels l'état
de leur fanté ne permettoit pas de fe trouver
à la Cour : elle a été expédiée par des
"Couriers au Comte Czagar de Czernichew ,
Gouverneur Général de Mofcou , au Feld-
21 Décembre 1782 a
( 98 )
Maréchal Comte de Romanzow & au Comte
Grégoire Orlow.
Le Prince Potemkin , à fon retour du
voyage qu'il a fait à Cherfon , nous a donné
les détails les plus fatisfaiſans fur l'état de
cette nouvelle Ville , que S. M. I. a élevée
fur la mer noire. Elle approche de plus en
plus de fa dernière perfection. Les fortifications
font très-étendues ; fa garniſon confiſte
en 7 régimens , fes magafins font roujours
remplis de munitions de bouche &
de guerre ; on y conftruit des vaiffeaux ; le
trajet de cette Ville à Conftantinople n'eft
que de 3 jours,
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Résumé : De PÉTERSBOURG, le 12 Novembre.
Le 12 novembre, Sa Majesté Impériale a promu plusieurs personnalités dans le nouvel Ordre de Saint-Wolodimir. Parmi les récipiendaires de la Grand Croix figurent le Feld-Maréchal Prince de Gallitzin, le Procureur-Général Prince Wasemski, les Généraux Prince Potemkin et Prince Nicolas Repnin, ainsi que MM. de Bedskoy et Bedboroka. Les décorations ont également été envoyées à plusieurs absents pour raisons de santé : le Comte de Panin, le Comte Iwan Czernicheff, M. Iwans Iwanowitz de Schuwalow, le Comte Czagar de Czernichew, Gouverneur Général de Moscou, le Feld-Maréchal Comte de Romanzow et le Comte Grégoire Orlow. Le Prince Potemkin, de retour de Cherfon, a décrit cette nouvelle ville sur la mer Noire, mentionnant ses fortifications étendues, une garnison de sept régiments, des magasins bien approvisionnés et la construction de vaisseaux. Cherfon est située à trois jours de trajet de Constantinople.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12161
p. 98-100
De COPENHAGUE, le 19 Novembre.
Début :
Le corps de la Princesse Charlotte-Amélie a été transporté hier & inhumé dans la [...]
Mots clefs :
Copenhague, Commandant, Vaisseau, Importations, Seigle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COPENHAGUE, le 19 Novembre.
De COPENHAGUE , le 19 Novembre.
LE Le corps de la Princeffe Charlotte- Amélie
a été tranfporté hier & inhumé dans la
Chapelle Royale de Rothschil , fépulture
de la Famille Royale.
Par un placard publié le 11 de ce mois ,
le Roi a permis jufqu'au rer. Juillet de
l'année prochaine l'importation du feigle
étranger dans les Duchés de Shlefwick &
de Holftein , la Seigneurie de Pinneberg ,
Altona , & le Comté de Rantzau.
Deux bâtimens chargés pour le compte
de particuliers , font partis au commencement
de ce mois pour les Indes occidentales
, & 4 autres bâtimens ont fait voile
( 99 )
pour les Illes de l'Amérique , avec des cargaifons
de provifions .
On a ici des copies d'une lettre du Capi-
` taine Hatingercan , Commandant du vailleau
'de guerre Hollandois le Zierickzee , qui a péri
près de Schagen : elle préfente les détails fuivans
de ce défaftre .
Erant le 31 Octobre à la faite de l'efcadre &
du convoi , commandés par le Capitaine Van-der-
Beers , nous nous trouvâmes le 2 Novembre au
matin , un peu avant 5 heures , le Commandant
à environ un point au lof, & en avant de nous ,
le convoi tout près , ayant , depuis les 3 heures
du matin , continuellement fondé à notre bord , &
étant prêts à virer ; le Commandant en donna le
fignal que je fis répéter : mais dans le moment ,
le vaiffeau toucha le fond à la côte feptentrionale
du Jutland , entre Heifels & la pointe de Schagen ,
quoiqu'un moment avant cet accident malheureux ,
Te Pilote , placé à l'avant du vaislean , fût occupé
à fonder , & annonçât une profonder de 20 braffes
, ce qui m'avoit fait croire que nos étions
éloignés de terre. Nous fimes auffi- tôt nos efforts
pour remettre le vaifeau à flot , tant en retournant
les voiles, qu'autrement ; mais fans pouvoir y
réuflir , puifque dans le même moment le vaiffeau
fe brifa en-deffous & fe remplit d'eau. Je fis tout
ce qui étoit en mon pouvoir pour fauver l'équipage.
Une partie tâchant de fuir dans les chaloupes
& fur des radeaux , s'eft noyée . Il eft cependant
impoffible d'en marquer au jufte le nombre , car
mon monde eft difperfé en grande partie dans ce
pays aride. J'ai fourni & je fournis encore à ceux
qui fe préfentent fucceffivement quelqu'argent &
des paffeports pour qu'ils puiffent retourner dans
leur patrie , & y être employés à fon fervice.
Malgré le peu d'apparence d'y réuffir , je ferai
C 2
( 100 )
mon poffible pour repêcher les canons prefque tous
fubmergés , & pour retirer les débris . Je reste encore
ici à cet effet avec mes Officiers. Une petite prife
Angloife , dont notre efcadre s'étoit emparée ,
a lubi le même fort . Dès que mes affaires feront
tant foit peu arrangées ici , & que j'aurai employé
tous mes foins pour la confervation des effets ,
je partirai avec mes Officiers « .
LE Le corps de la Princeffe Charlotte- Amélie
a été tranfporté hier & inhumé dans la
Chapelle Royale de Rothschil , fépulture
de la Famille Royale.
Par un placard publié le 11 de ce mois ,
le Roi a permis jufqu'au rer. Juillet de
l'année prochaine l'importation du feigle
étranger dans les Duchés de Shlefwick &
de Holftein , la Seigneurie de Pinneberg ,
Altona , & le Comté de Rantzau.
Deux bâtimens chargés pour le compte
de particuliers , font partis au commencement
de ce mois pour les Indes occidentales
, & 4 autres bâtimens ont fait voile
( 99 )
pour les Illes de l'Amérique , avec des cargaifons
de provifions .
On a ici des copies d'une lettre du Capi-
` taine Hatingercan , Commandant du vailleau
'de guerre Hollandois le Zierickzee , qui a péri
près de Schagen : elle préfente les détails fuivans
de ce défaftre .
Erant le 31 Octobre à la faite de l'efcadre &
du convoi , commandés par le Capitaine Van-der-
Beers , nous nous trouvâmes le 2 Novembre au
matin , un peu avant 5 heures , le Commandant
à environ un point au lof, & en avant de nous ,
le convoi tout près , ayant , depuis les 3 heures
du matin , continuellement fondé à notre bord , &
étant prêts à virer ; le Commandant en donna le
fignal que je fis répéter : mais dans le moment ,
le vaiffeau toucha le fond à la côte feptentrionale
du Jutland , entre Heifels & la pointe de Schagen ,
quoiqu'un moment avant cet accident malheureux ,
Te Pilote , placé à l'avant du vaislean , fût occupé
à fonder , & annonçât une profonder de 20 braffes
, ce qui m'avoit fait croire que nos étions
éloignés de terre. Nous fimes auffi- tôt nos efforts
pour remettre le vaifeau à flot , tant en retournant
les voiles, qu'autrement ; mais fans pouvoir y
réuflir , puifque dans le même moment le vaiffeau
fe brifa en-deffous & fe remplit d'eau. Je fis tout
ce qui étoit en mon pouvoir pour fauver l'équipage.
Une partie tâchant de fuir dans les chaloupes
& fur des radeaux , s'eft noyée . Il eft cependant
impoffible d'en marquer au jufte le nombre , car
mon monde eft difperfé en grande partie dans ce
pays aride. J'ai fourni & je fournis encore à ceux
qui fe préfentent fucceffivement quelqu'argent &
des paffeports pour qu'ils puiffent retourner dans
leur patrie , & y être employés à fon fervice.
Malgré le peu d'apparence d'y réuffir , je ferai
C 2
( 100 )
mon poffible pour repêcher les canons prefque tous
fubmergés , & pour retirer les débris . Je reste encore
ici à cet effet avec mes Officiers. Une petite prife
Angloife , dont notre efcadre s'étoit emparée ,
a lubi le même fort . Dès que mes affaires feront
tant foit peu arrangées ici , & que j'aurai employé
tous mes foins pour la confervation des effets ,
je partirai avec mes Officiers « .
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Résumé : De COPENHAGUE, le 19 Novembre.
Le 19 novembre, la princesse Charlotte-Amélie a été inhumée dans la Chapelle Royale de Roskilde. Le roi a permis l'importation de seigle étranger dans les Duchés de Schleswig et Holstein, ainsi que dans la Seigneurie de Pinneberg, Altona et le Comté de Rantzau, jusqu'au 1er juillet suivant. Six navires ont quitté le port au début du mois, deux pour les Indes occidentales et quatre vers les îles d'Amérique avec des cargaisons de provisions. Le capitaine Hatingercan a relaté le naufrage du vaisseau de guerre hollandais Zierickzee près de Schagen. Le 31 octobre, le navire, sous le commandement du capitaine Van-der-Beers, s'est échoué au large du Jutland. Malgré les tentatives de sauvetage, le navire s'est brisé et a coulé. De nombreux membres de l'équipage se sont noyés, tandis que certains ont survécu grâce à l'aide du capitaine Hatingercan, qui leur a fourni de l'argent et des passeports. Une petite prise anglaise capturée par l'escadron a également sombré. Le capitaine prévoit de partir une fois ses affaires réglées.
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12162
p. 100
De VARSOVIE, le 19 Novembre.
Début :
Le nouveau Conseil Permanent établi par la dernière Diète est déja en pleine activité ; [...]
Mots clefs :
Conseil permanent, Diète, Éducation, Commission, Varsovie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VARSOVIE, le 19 Novembre.
De VARSOVIE , le 19 Novembre.
Le nouveau Confeil Permanent établi par
la dernière Diète eft déja en pleine activité ;
il a ouvert fes premières féances , & réglé
les différens départemens. Comme la Diète
n'a pas acquitté les quatre Dicaftéres comptables
& les deux Commiffions du Tréfor
& de l'Education , la nouvelle Commiffion
du Confeil a mis fous le fcellé tout
l'argent qu'elle a trouvé en caiffe , & elle
fe propole de ne faire ufage que, des revenus
qu'elle touche actuellement. Quant à
celle de l'Education publique , on ignore ce
qu'elle fera.
Le Comte & la Comteffe du Nord arrivèrent
le 9 de ce mois à Byaliſtock , &
defcendirent chez la Caftellane Douairière
de Cracovie , foeur du Roi. Ils ont paffé
trois jours dans cette Ville , où s'étoient
affemblées un grand nombre de perfonnes
de la première diftinction , & ont pris en
partant la route de Pétersbourg , où ils fe
rendent directement.
Le nouveau Confeil Permanent établi par
la dernière Diète eft déja en pleine activité ;
il a ouvert fes premières féances , & réglé
les différens départemens. Comme la Diète
n'a pas acquitté les quatre Dicaftéres comptables
& les deux Commiffions du Tréfor
& de l'Education , la nouvelle Commiffion
du Confeil a mis fous le fcellé tout
l'argent qu'elle a trouvé en caiffe , & elle
fe propole de ne faire ufage que, des revenus
qu'elle touche actuellement. Quant à
celle de l'Education publique , on ignore ce
qu'elle fera.
Le Comte & la Comteffe du Nord arrivèrent
le 9 de ce mois à Byaliſtock , &
defcendirent chez la Caftellane Douairière
de Cracovie , foeur du Roi. Ils ont paffé
trois jours dans cette Ville , où s'étoient
affemblées un grand nombre de perfonnes
de la première diftinction , & ont pris en
partant la route de Pétersbourg , où ils fe
rendent directement.
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Résumé : De VARSOVIE, le 19 Novembre.
Le Conseil Permanent, instauré par la dernière Diète, a débuté ses travaux et structuré ses départements. La Diète n'a pas validé certains dicastères et commissions, poussant la nouvelle Commission à utiliser seulement les revenus actuels. La Commission de l'Éducation publique est incertaine. Le Comte et la Comtesse du Nord ont visité Białystok, rencontrant des personnalités influentes avant de partir pour Saint-Pétersbourg.
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12163
p. 101
De VIENNE, le 27 Novembre.
Début :
On a commencé depuis quelques jours les enrôlemens qui se font annuellement [...]
Mots clefs :
Vienne, Enrôlements, Orage, Hongrois, Héritages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 27 Novembre.
De VIENNE , le 27 Novembre.
ON a commencé depuis quelques jours
les enrôlemens qui fe font annuellement
à cette époque ; ils formeront cette année
une levée de 30.000 hommes , dont 10,000
refteront au fervice , les autres 20,000 auront
des congés , quelques uns pour un tems
limité , d'autre pour un tems illimité.
On mande de Presbourg que le 9 de ce
mois on y a éprouvé un orage terrible qui
a duré près de 24 heures avec la même
violence , & que le jour fuivant il y eft
tombé une quantité fi prodigieufe de neige ,
que les perfonnes les plus âgées ne fe fouviennent
pas d'en avoir vu autant à la fois.
Une ancienne Loi ne permettoit pas aux
Hongrois de prendre poffeffion des héritages
qui venoient à leur écheoir dans les Etats
héréditaires d'Allemagne , fans payer des
droits au fifc ; l'Empereur vient de les leur
remettre , & d'ordonner qu'ils ne foient plus
perçus à l'avenir.
ON a commencé depuis quelques jours
les enrôlemens qui fe font annuellement
à cette époque ; ils formeront cette année
une levée de 30.000 hommes , dont 10,000
refteront au fervice , les autres 20,000 auront
des congés , quelques uns pour un tems
limité , d'autre pour un tems illimité.
On mande de Presbourg que le 9 de ce
mois on y a éprouvé un orage terrible qui
a duré près de 24 heures avec la même
violence , & que le jour fuivant il y eft
tombé une quantité fi prodigieufe de neige ,
que les perfonnes les plus âgées ne fe fouviennent
pas d'en avoir vu autant à la fois.
Une ancienne Loi ne permettoit pas aux
Hongrois de prendre poffeffion des héritages
qui venoient à leur écheoir dans les Etats
héréditaires d'Allemagne , fans payer des
droits au fifc ; l'Empereur vient de les leur
remettre , & d'ordonner qu'ils ne foient plus
perçus à l'avenir.
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Résumé : De VIENNE, le 27 Novembre.
À Vienne, les enrôlements annuels ont commencé le 27 novembre avec 30 000 hommes recrutés. Parmi eux, 10 000 resteront en service et 20 000 recevront des congés. À Presbourg, un orage violent a duré 24 heures le 9 novembre, suivi de neige abondante. L'empereur a abrogé une loi imposant des droits fiscaux aux Hongrois pour les héritages en Allemagne. Ces droits ne seront plus perçus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12164
p. 101-105
De HAMBOURG, le 30 Novembre.
Début :
La plupart de nos papiers ne présentent aujourd'hui que des observations & des faits [...]
Mots clefs :
Hambourg, Femmes, Religion, Porte, Russie, Crimée, Forteresse, Esprit, Filles, Messie
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texteReconnaissance textuelle : De HAMBOURG, le 30 Novembre.
De HAMBOURG , le 30 Novembre.
LA plupart de nos papiers ne préfentent
aujourd'hui que des obfervations & des faits
relatifs aux différends prêts à s'élever entre
la Ruffic & la Porte au fujet de la Crimée.
Nous nous contenterons de les tranfcrire .
» Les dernières lettres de Conftantinople , difente
3
( 102 )
ils , font' du 25 Octobre ; elles portent qu'un nouvel
incendie a éclaté dans cette malheureufe ville
le zi du même mois ; mais que graces aux foins
& à la vigilance du Capitan Bacha , on eft parvenu
à l'éteindre fans qu'il ait caulé beaucoup de dommage
. Le peuple toujours inconféquent & dont
les voeux ardens vont toujours au- delà de les
moyens , que prefque toujours ils l'empêchent de
confidérer , continue de demander la guerre ,
laquelle le Divan , mieux inftruit de la fituation
de l'Empire , s'oppofe encore avec fermeté ; mais
il eft à craindre que le gouvernement ne foit obligé
de céder ; & comme dans ce cas , il peut y avoir
quelques rencontres entre les troupes des deux Puiffances
, la Hongrie & les autres Etats de la Maifon
d'Autriche , que leur pofition met à portée des
endroits où pourront fe porter les coups , feroient
expolés à quelques excurfions . On affure qu'en
conféquence on avoit ordre de mettre en état de
défenfe toutes les frontières de ce côté. On doit
élever une nouvelle fortereffe près de la rivière
de Marofch , non loin de Témefwar , rétablir celles
de Brodt & de Gradiska , près de la Save , augmenter
les fortifications de Péterwaradin & d'Effeck ,
& mettre Segedin & Krad en état de couvrir la
Hongrie «.
Une lifte qu'en dit authentique porte la
population des Royaumes de Galicie & de
Lodomerie à 1,112,442 hommes & 1,093 ,
311 femmes , tous de la Religion Chrétienne,
à 68,601 Juifs & 70,472 Juives ; ce qui fait
en tout 2,344,826 perfonnes . On compte
dans ces deux Etats T066 Eglifes Catholiques,
2955 Eglifes Grèques avec 188. Couvents
d'hommes , 28 Convents de femmes , 2722
Religieux , 678 Religieufes , 483 Hopitaux &
244 Synagogues.
( 103 )
L'Empereur , écrit-on de Vienne , le croyoit
en pleine paix avec les Régences Barbarefques
pour la navigation de fes vailleaux dans la Médi
terranée , loriqu'il a appris , par fon Conful à
Gênes , qu'un corfaire Algérien , qui n'avoit que
6 canons , avoit ofé appeller à l'obéiffance un bâ
timent Impérial , dont l'artillerie étoit fupérieure à
la fienne. Le Capitaine de celui - ci , loin de fe prêter
à ce qu'on exigeoit de lui , envoya toute fa bordée
au corfaire , qui fut obligé de lâcher prife. La
Régence d'Alger , inftruite de ce fait , à déclaré
qu'elle ne vouloit plus entendre parler ni de traité
ni de trève avec notre Cour. S. M. I. pour prévenir
les conféquences de cette déclaration a ordonné
à ſon Envoyé à la Porte d'y réclamer en fon
nom l'exécution du traité de Belgrade de 1735 »
par lequel la Cour Ottomane a promis à la notre
de protéger fon commerce dans toute l'étendue
de fes mers ; & même en cas qu'un vaiffeau Impérial
y fût pris ou infalté , de fe charger de tout
dédommagement. On attend à cet égard la réponſe
de la Pone «.
On apprend de Ratisbonne que le Directoire
de Mayence a communiqué à la Dictature
une lettre du Prince- Evêque de Spire ,
en date du 11 de ce mois , par laquelle il lui
fait part qu'en conféquence de l'ordre donné
par l'Empereur , il y a quelques jours , de
vendre tout ce qui lui appartenoit dans la
fortereffe de Philipsbourg , à l'exception de
l'artillerie qu'il falloit tranfporter dans fes
Etats , & d'en faire fortir la garniſon Impériale
, le Prince- Evêque , après que cet
ordre a été exécuté a pris poffeffion de
cette fortereſſe évacuée , en qualité de Souverain
, & y a mis une garnifon de fes troupes;
€ 4
( 104 )
il le notifie à la Dière , afin qu'on lui affure
préfentement & pour toujours , à lui & à
fon Evêché , la propriété de cette Ville &
de fes dépendan ces.
On lit dans la Gazette de Berlin un fait
bien extraordinaire. Il y a été publié par
ordie de la Chambre Royale de Juftice.
Nous nous contenterons de le tranfcrire.
5כ
Jean- Paul - Philippe Rofenfeld , ci-devant garde
bois dans les forêts du Roi , renvoyé il y a quelques
années , pour avoir fabriqué de faux billets de bois ,
s'attacha depuis à fe faire un parti parmi le bas peu
ple , auquel il prêcha une nouvelle religion ,
2
s'accrédita fi fort dans l'efprit de ces hommes ignorans
, qu'en qualité de leur nouveau législateur il
difpofoit de la fortune , des femmes & des filles de
ceux qu'il avoit féduits . Il fe dit le véritable Meffie envoyé
de Dieu , & prononça anathême , non-feulement
contre la Ste- Cène & le Baptême , inftitués par J. C.;
mais il défendit expreffément à fes profelytes d'allif
ter à aucuns des cultes divias reçus de nos jours . Enfin
s'etant rendu coupable du crime de lèze- majeſté
par les difcours les plus féditieux en promettant
publiquement à fes adhérens que pour les rendre
parfaitement heureux & indépendans , il parviendroit
à extirper toute juftice féculière , il fut arrêté
il y a quelques années comme fanatique , & enfermé
à l'hopital des fous ; on n'avoit découvert
jufque - là aucunes de fes autres intrigues criminelles.
Il fe tira de là par un changement de conduite
qui parut fans reproche ; mais il reprit bien- tôt toutes
fes mauvaifes & anciennes habitudes ; un de fes fectaires
, qui ouvrit enfin les yeux fur l'abomination
de fa doctrine , le déclara. C'eft par lui qu'on fut
inftruit que ce nouvel apôtre fous prétexte de la
religion qu'il prêchoit , menoit aux dépens de fes
? 10s )
difciples la vie la plus licencieufe , la plus volup
tucufe & la plus puniflable , en donnant des lettres
de divorce felon fon bon plaifir , & indiftinctement
aux maris & aux femmes qui refufoient d'embraffer
fa fecte. Il avoit gagné tant d'autorité far fon troupead
, que méme pendant qu'il étoit détenu dans la
maifon de force , on lui amena une fille de 15 ans ,
dont il abufa en préfence de fa mère & de fes parens
, dans la vie d'opérer le grand oeuvre de la
rédemption du geore humain , & il eut dans la fuite
fept autres jeunes filles qui furent remifes à fa difpofition
par les adhérens ; il abafa de toutes , de manière
cependant quedu nombre des 7 il n'y eut qu'une feule
qui devint enceinte . Il a retenu long- tems ces fept
files dans une maifon , où il les faifoit filer , en
les traitant fi durement , que probablement elles font
mortes de faim & de misère. Il y a en outre des indices
irrefragables d'un meurtre qu'une de ces filles
a commis fur fon propre enfant , vraisemblablement
à la perfuafion ou avec la participation de ce fcélérat .
C'eft abfolument aux dépens de fes difciples qu'il
a vécu , ils ont fourni à tous fes befoins . Tous les
témoins , out affirmé unanimement , n'avoir jamais
remarqué en lui aucune aliénation ou égarement
d'efprit ; ce jugement a été confirmé par les méde
cins & autres perfonnes expertes appellés pour juger
de l'état & des facultés de fon efprit : C'eft fur toutes
ces preuves , & pour s'être rendu coupable de
crimes atroces , fous le mafque de la religion , de
blafphême , de lèze- majefté & c. , que le fufdit Rofenfeld
a été condamné , avec l'approbation du Roi ,
à être fouetté publiquement par la main du bour→
reau , & à être enfermé pour le refte de fes jours
dans une fortereffe , pour y être employé aux trayaux
publics «c,
LA plupart de nos papiers ne préfentent
aujourd'hui que des obfervations & des faits
relatifs aux différends prêts à s'élever entre
la Ruffic & la Porte au fujet de la Crimée.
Nous nous contenterons de les tranfcrire .
» Les dernières lettres de Conftantinople , difente
3
( 102 )
ils , font' du 25 Octobre ; elles portent qu'un nouvel
incendie a éclaté dans cette malheureufe ville
le zi du même mois ; mais que graces aux foins
& à la vigilance du Capitan Bacha , on eft parvenu
à l'éteindre fans qu'il ait caulé beaucoup de dommage
. Le peuple toujours inconféquent & dont
les voeux ardens vont toujours au- delà de les
moyens , que prefque toujours ils l'empêchent de
confidérer , continue de demander la guerre ,
laquelle le Divan , mieux inftruit de la fituation
de l'Empire , s'oppofe encore avec fermeté ; mais
il eft à craindre que le gouvernement ne foit obligé
de céder ; & comme dans ce cas , il peut y avoir
quelques rencontres entre les troupes des deux Puiffances
, la Hongrie & les autres Etats de la Maifon
d'Autriche , que leur pofition met à portée des
endroits où pourront fe porter les coups , feroient
expolés à quelques excurfions . On affure qu'en
conféquence on avoit ordre de mettre en état de
défenfe toutes les frontières de ce côté. On doit
élever une nouvelle fortereffe près de la rivière
de Marofch , non loin de Témefwar , rétablir celles
de Brodt & de Gradiska , près de la Save , augmenter
les fortifications de Péterwaradin & d'Effeck ,
& mettre Segedin & Krad en état de couvrir la
Hongrie «.
Une lifte qu'en dit authentique porte la
population des Royaumes de Galicie & de
Lodomerie à 1,112,442 hommes & 1,093 ,
311 femmes , tous de la Religion Chrétienne,
à 68,601 Juifs & 70,472 Juives ; ce qui fait
en tout 2,344,826 perfonnes . On compte
dans ces deux Etats T066 Eglifes Catholiques,
2955 Eglifes Grèques avec 188. Couvents
d'hommes , 28 Convents de femmes , 2722
Religieux , 678 Religieufes , 483 Hopitaux &
244 Synagogues.
( 103 )
L'Empereur , écrit-on de Vienne , le croyoit
en pleine paix avec les Régences Barbarefques
pour la navigation de fes vailleaux dans la Médi
terranée , loriqu'il a appris , par fon Conful à
Gênes , qu'un corfaire Algérien , qui n'avoit que
6 canons , avoit ofé appeller à l'obéiffance un bâ
timent Impérial , dont l'artillerie étoit fupérieure à
la fienne. Le Capitaine de celui - ci , loin de fe prêter
à ce qu'on exigeoit de lui , envoya toute fa bordée
au corfaire , qui fut obligé de lâcher prife. La
Régence d'Alger , inftruite de ce fait , à déclaré
qu'elle ne vouloit plus entendre parler ni de traité
ni de trève avec notre Cour. S. M. I. pour prévenir
les conféquences de cette déclaration a ordonné
à ſon Envoyé à la Porte d'y réclamer en fon
nom l'exécution du traité de Belgrade de 1735 »
par lequel la Cour Ottomane a promis à la notre
de protéger fon commerce dans toute l'étendue
de fes mers ; & même en cas qu'un vaiffeau Impérial
y fût pris ou infalté , de fe charger de tout
dédommagement. On attend à cet égard la réponſe
de la Pone «.
On apprend de Ratisbonne que le Directoire
de Mayence a communiqué à la Dictature
une lettre du Prince- Evêque de Spire ,
en date du 11 de ce mois , par laquelle il lui
fait part qu'en conféquence de l'ordre donné
par l'Empereur , il y a quelques jours , de
vendre tout ce qui lui appartenoit dans la
fortereffe de Philipsbourg , à l'exception de
l'artillerie qu'il falloit tranfporter dans fes
Etats , & d'en faire fortir la garniſon Impériale
, le Prince- Evêque , après que cet
ordre a été exécuté a pris poffeffion de
cette fortereſſe évacuée , en qualité de Souverain
, & y a mis une garnifon de fes troupes;
€ 4
( 104 )
il le notifie à la Dière , afin qu'on lui affure
préfentement & pour toujours , à lui & à
fon Evêché , la propriété de cette Ville &
de fes dépendan ces.
On lit dans la Gazette de Berlin un fait
bien extraordinaire. Il y a été publié par
ordie de la Chambre Royale de Juftice.
Nous nous contenterons de le tranfcrire.
5כ
Jean- Paul - Philippe Rofenfeld , ci-devant garde
bois dans les forêts du Roi , renvoyé il y a quelques
années , pour avoir fabriqué de faux billets de bois ,
s'attacha depuis à fe faire un parti parmi le bas peu
ple , auquel il prêcha une nouvelle religion ,
2
s'accrédita fi fort dans l'efprit de ces hommes ignorans
, qu'en qualité de leur nouveau législateur il
difpofoit de la fortune , des femmes & des filles de
ceux qu'il avoit féduits . Il fe dit le véritable Meffie envoyé
de Dieu , & prononça anathême , non-feulement
contre la Ste- Cène & le Baptême , inftitués par J. C.;
mais il défendit expreffément à fes profelytes d'allif
ter à aucuns des cultes divias reçus de nos jours . Enfin
s'etant rendu coupable du crime de lèze- majeſté
par les difcours les plus féditieux en promettant
publiquement à fes adhérens que pour les rendre
parfaitement heureux & indépendans , il parviendroit
à extirper toute juftice féculière , il fut arrêté
il y a quelques années comme fanatique , & enfermé
à l'hopital des fous ; on n'avoit découvert
jufque - là aucunes de fes autres intrigues criminelles.
Il fe tira de là par un changement de conduite
qui parut fans reproche ; mais il reprit bien- tôt toutes
fes mauvaifes & anciennes habitudes ; un de fes fectaires
, qui ouvrit enfin les yeux fur l'abomination
de fa doctrine , le déclara. C'eft par lui qu'on fut
inftruit que ce nouvel apôtre fous prétexte de la
religion qu'il prêchoit , menoit aux dépens de fes
? 10s )
difciples la vie la plus licencieufe , la plus volup
tucufe & la plus puniflable , en donnant des lettres
de divorce felon fon bon plaifir , & indiftinctement
aux maris & aux femmes qui refufoient d'embraffer
fa fecte. Il avoit gagné tant d'autorité far fon troupead
, que méme pendant qu'il étoit détenu dans la
maifon de force , on lui amena une fille de 15 ans ,
dont il abufa en préfence de fa mère & de fes parens
, dans la vie d'opérer le grand oeuvre de la
rédemption du geore humain , & il eut dans la fuite
fept autres jeunes filles qui furent remifes à fa difpofition
par les adhérens ; il abafa de toutes , de manière
cependant quedu nombre des 7 il n'y eut qu'une feule
qui devint enceinte . Il a retenu long- tems ces fept
files dans une maifon , où il les faifoit filer , en
les traitant fi durement , que probablement elles font
mortes de faim & de misère. Il y a en outre des indices
irrefragables d'un meurtre qu'une de ces filles
a commis fur fon propre enfant , vraisemblablement
à la perfuafion ou avec la participation de ce fcélérat .
C'eft abfolument aux dépens de fes difciples qu'il
a vécu , ils ont fourni à tous fes befoins . Tous les
témoins , out affirmé unanimement , n'avoir jamais
remarqué en lui aucune aliénation ou égarement
d'efprit ; ce jugement a été confirmé par les méde
cins & autres perfonnes expertes appellés pour juger
de l'état & des facultés de fon efprit : C'eft fur toutes
ces preuves , & pour s'être rendu coupable de
crimes atroces , fous le mafque de la religion , de
blafphême , de lèze- majefté & c. , que le fufdit Rofenfeld
a été condamné , avec l'approbation du Roi ,
à être fouetté publiquement par la main du bour→
reau , & à être enfermé pour le refte de fes jours
dans une fortereffe , pour y être employé aux trayaux
publics «c,
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Résumé : De HAMBOURG, le 30 Novembre.
Le document du 30 novembre à Hambourg rapporte plusieurs événements politiques et sociaux. À Constantinople, un incendie survenu le 21 octobre a été contrôlé par le Capitan Bacha. La population locale exprime son désir de déclarer la guerre à la Russie, mais cette demande est contrecarrée par le Divan. Des mesures de défense sont mises en place aux frontières de la Hongrie et des États autrichiens. En Autriche, un navire impérial a été attaqué par un corsaire algérien, ce qui a conduit à la rupture de la paix avec les régences barbaresques. L'empereur exige l'application du traité de Belgrade de 1735. À Ratisbonne, le Prince-Évêque de Spire a pris possession de la forteresse de Philipsbourg après le retrait des troupes impériales. À Berlin, Jean-Paul-Philippe Rosenfeld, ancien garde-bois, a été arrêté pour avoir fondé une secte et perpétré divers crimes, notamment des abus sexuels et des discours séditieux. Rosenfeld a abusé de plusieurs jeunes filles, même en détention, et les a soumises à des conditions de vie extrêmement dures, entraînant probablement leur décès. Il vivait aux dépens de ses disciples et a été condamné à être fouetté publiquement et emprisonné à perpétuité pour ses crimes, incluant des actes contre la religion, le blasphème et le lèse-majesté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12165
p. 106-107
De LIVOURNE, le 20 Novembre.
Début :
La Foire franche & annuelle de Corail qui se tient dans cette saison pour la vente [...]
Mots clefs :
Livourne, Foire, Corail, Commerce, Peine, Dettes, Engagements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LIVOURNE, le 20 Novembre.
De LIVOURNE , le 20 Novembre.
LA Foire franche & annuelle de Corail
qui fe tient dans cette faifon pour la vente
de cette pêche , vient de fe renouveller avec
tant de fuccès qu'elle à produit cette année
100,000 fequins .
Le Grand-Duc , la Grande- Ducheffe & les
Archiducheffes font partis pour Pife , où ils
fe propofent de paffer l'hiver.
» Il a été publié un Edit qui défend aux Tribunaux
de prononcer la peine de prison pour dettes civiles ,
contre les débiteurs infolvables , & contre ceux que
la misère a jettés entre les mains de préteu s avides.
On n'excepte de cette faveur que les dépofiraires
infidèles , & les dettes contractées pour fait de
commerce. La raifon de ces deux exceptions eft
fentible . Dans le premier cas , le dol eft manifefte ,
& dans le fecond , la Jurifprudence univerfelle dụ
commerce , veut que le débiteur foit foumis à la
peine de la frifon. Or , fi entre deux pays qui ont
des rapports de commerce , l'un ne donnoit pas aux
créanciers de l'autre une sûreté égale à celle qu'il en
reçoit relativement aux engagemens des Commercans
, il s'établiroit nécellairement une ulure conti
nuelle contre celui des deux qui offriroit à l'autre
une moindre fécurité pour la tenue des engagemens « .
Le bruit court qu'au mois de Décembre
prochain l'Empereur fera un voyage dans
ce grand Duché , & que delà il ira à Rome
rendre fa vifite au Souverain Pontife.
29
Les Repréfentans de cette République en Dalmatie
& dans les Ifles du Levant , écrit- on de Venice ,
ont informé le Gouvernement , qu'il étoit preſqu'im
( 107 )
poffible d'obvier à l'émigration des habitans , qui
augmentoit tous les jours , & qui étoit déterminée
par la cherté des vivres , dont le prix n'eft pas
encore prêt à baiffer . Ces avis ajoutent que plufieurs
milliers de perfonnes , & même des familles entières ,
font allées s'établir fur le territoire de la maiton
d'Autriche , & même dans les Etats Ottomans «.
LA Foire franche & annuelle de Corail
qui fe tient dans cette faifon pour la vente
de cette pêche , vient de fe renouveller avec
tant de fuccès qu'elle à produit cette année
100,000 fequins .
Le Grand-Duc , la Grande- Ducheffe & les
Archiducheffes font partis pour Pife , où ils
fe propofent de paffer l'hiver.
» Il a été publié un Edit qui défend aux Tribunaux
de prononcer la peine de prison pour dettes civiles ,
contre les débiteurs infolvables , & contre ceux que
la misère a jettés entre les mains de préteu s avides.
On n'excepte de cette faveur que les dépofiraires
infidèles , & les dettes contractées pour fait de
commerce. La raifon de ces deux exceptions eft
fentible . Dans le premier cas , le dol eft manifefte ,
& dans le fecond , la Jurifprudence univerfelle dụ
commerce , veut que le débiteur foit foumis à la
peine de la frifon. Or , fi entre deux pays qui ont
des rapports de commerce , l'un ne donnoit pas aux
créanciers de l'autre une sûreté égale à celle qu'il en
reçoit relativement aux engagemens des Commercans
, il s'établiroit nécellairement une ulure conti
nuelle contre celui des deux qui offriroit à l'autre
une moindre fécurité pour la tenue des engagemens « .
Le bruit court qu'au mois de Décembre
prochain l'Empereur fera un voyage dans
ce grand Duché , & que delà il ira à Rome
rendre fa vifite au Souverain Pontife.
29
Les Repréfentans de cette République en Dalmatie
& dans les Ifles du Levant , écrit- on de Venice ,
ont informé le Gouvernement , qu'il étoit preſqu'im
( 107 )
poffible d'obvier à l'émigration des habitans , qui
augmentoit tous les jours , & qui étoit déterminée
par la cherté des vivres , dont le prix n'eft pas
encore prêt à baiffer . Ces avis ajoutent que plufieurs
milliers de perfonnes , & même des familles entières ,
font allées s'établir fur le territoire de la maiton
d'Autriche , & même dans les Etats Ottomans «.
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Résumé : De LIVOURNE, le 20 Novembre.
La foire annuelle du corail à Livourne a généré 100 000 sequins cette année. Le Grand-Duc, la Grande-Duchesse et les Archiduchesses ont quitté Livourne pour Pise afin d'y passer l'hiver. Un édit a été publié interdisant aux tribunaux de prononcer des peines de prison pour dettes civiles contre les débiteurs insolvables ou accablés par la misère, sauf pour les dépositaires infidèles et les dettes commerciales. Cette mesure vise à prévenir une injustice commerciale entre pays. L'Empereur pourrait visiter le grand-duché en décembre avant de se rendre à Rome. Les représentants de la République en Dalmatie et dans les îles du Levant signalent une émigration croissante due à la cherté des vivres, avec des milliers de personnes s'installant sur les territoires autrichiens ou ottomans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12166
p. 107-128
De LONDRES, le 10 Novembre.
Début :
On n'a point de nouvelles de New-Yorck, depuis celles qui nous ont appris le départ [...]
Mots clefs :
Londres, New York, Discours, Amérique, Paix, Chambre, Indépendance américaine, Parlement, Adresse, Roi, Nation, Ministres, Moment, Traité, Guerre, Edmund Burke, William Pitt, Partie, Ennemis, État, Américains, Événement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 10 Novembre.
De LONDRES , le 10 Novembre.
Onn'a point de nouvelles de New-Yorck,
depuis celles qui nous ont appris le départ
de l'Amiral Pigot avec une partie de fes vailfeaux
& des troupes pour les Illes , où l'on
préfumoit qu'il feroit bientôt fuivi par l'Amiral
Hood avec le reſte de la flotte . Tout
eft fur le Continent dans le même état d'inaction
, qui a été celui de toute cette campagne
dans ces contrées , tant de notre part que de
celle des Américains. Quant à l'évacuation
de Charles Town , on a vu par les pièces
publiées des négociations faites par les principaux
habitans de cette place avec le Gouvernement
Américain de la Caroline , que
fon évacuation étoit alors réfolue , mais à
préfent fon exécution paroît incertaine.
Nous n'avons aucune nouvelle des Illes
depuis l'arrivée des dépêches de M. Archibald
Campbell , Gouverneur de la Jamaïque , qui
nons fait part de fon expédition contre les
Espagnols , dont le but étoit de faire échouer
l'attaque qu'ils méditoient contre nos établiffemens
de Mufquito au Cap Gracias à
€ G
( 108 )
Dio , & qui a été rempli. Le fort fitué à Blakriver-
Bluff où il y avoit une garniſon Efpagnole
, a capitulé le 31 Août. Dans toutes ces
opérations nous n'avons pas fait beaucoup
de mal à nos ennemis ; mais nous les
avons empêché de nous en faire...
Ces dépêches de la Jamaïque font du 10
Octobre & à cette époque on ne favoit rien
encore au fujet des vaifleaux de l'escorte de
la flotte de cette Ifle dont le fort nous
inquiète encore. Quelques papiers prétendoient
que par un navire arrivé de St - Thomas
à Cork , on avoit appris que la Villede
Paris & le Glorieux étoient entrés -le 4
Octobre à Antigues. Mais il y a long- tems
qu'on a répandu le bruit que ces vaiffeaux
étoient arrivés à cette deftination fans que
cette nouvelle fe foit confirmée , & il eft en
effet bien à craindre qu'elle ne le foit pas davantage.
La Refource qui n'a quitté les Ifles
que le 16 , n'a point entendu parler de cet
évènement , & il eft très- douteux que nous
ayons véritablement conquis une feconde
fois ces vaiffeaux fur les mers & les tempêtes.
Quant à l'Hector , il eft certainement perdu
pour nous .
Maintenant l'attention générale eſt tournée
fur des objets plus importans ; les bruits
de paix qui fe font répandus à la fin du mois
dernier , que la prorogation du Parlement ,
la lettre de M. Towshend au Lord-Maire &
aux Direct urs de la Banque avoit fortifiés ,
commencent à baiffer ; le difcours du Roi
( 109 )
au Parlement n'a pas détruit toutes les
espérances ; mais il paroît que la Nation
qui la defiroit ne penfe plus de même ,
ou du moins que le fuccès du ravitaillement
de Gibraltar , qui a rappellé la victoire
inutile de l'Amiral Rodney , l'a ramenée
au deffein de continuer la guerre , pour
obtenir des conditions plus avantageufes ;
c'eft dans les premiers débats du Parlement
que l'on trouve cette révolution dans les
opinions , & qu'on peut découvrir à préfent
la marche que va fuivre le parti de
l'Oppofition. C'est une raifon pour donner
ici quelques détails aux féances.
-
Les , après que le Roi fe fut retiré , le Marquis
de Carmarthen fir , dans la Chambre haute , la
motion d'une adreſſe à S. M. - » Je n'ai pas befoin
dit- il , de vous faire fentir la néceffité de l'unanimité
dans le moment actuel , le plus critique où l'Angleteire
fe foit jamais trouvée. Le monde vient d'éprouver
une révolution ; l'Amérique fe fépare des
Domaines Britanniques & forme un Erat indépendant.
La conformité de langue , de religion , d'ufage & de
caractère , rétablira , fans doute , & confervera longtems
l'affection & la correfpondance entre les
Colonies & la Mère- Patrie . J'e père que l'Amérique
ne fera pas entièrement perdue pour la G B. Mais
s'il arrivoit que les négociations actuelles pour la
paix fflent rompues par quelqu'accident imprévu ,
je ne doute point que l'efprit public de ce pays ne
mette les Miniftres de S. M. en éta de poursuivre la
guerre avec vigueur. La Marine eft dans un état de
force & de gloire qui nous promet des fuccès , fi
c'est encore aux armes à décider la queftion. Mais
comme dans ce cas la fituation de notre marine nous
donne des efpérances , c'eft un encouragement de
( 110 )
-
plus pour négocier la paix . Quel moment plus fa
vorable pourroit - on cheifir pour remplir un objet f
defiré que celui où nos ames ont été victorieufes
fur mer & fur terre ? Le Lord Sandwich ne s'oppofa
point à l'adreffe propofée , heureux , dit- il , de
donner cette marque de fa fidélité & de fa reconnoiffance.
Ce moment critique , ajouta- t- il , exige
de l'unanimité Nos ennemis profiteroient de nos
divifions , fi elles éclatoient à l'infant d'une négo
ciation d'où dépend en grande partie le falut du
Royaume. Cependant , en appuyant l'adreſſe , je ne
prétends pas m'interdire le droit d'expofer mon
opinion fur les objets qu'elle renferme , lorsqu'ils
feront difcutés en forme par les Pairs. Quelqu'importante
que fuiffe paroître la conjoncture préfente ,
ce n'eft pas là l'inftant de fe décourager. La dernière
campagne a été glorieufe pour nous . La maison de
Bourbon a échoué abfolument dans fes grands projets
. L'ennemi a été repouffé de Gibraltar par les
efforts vigoureux & conftants d'un brave & habile
Officier. Cette place a été trouvée imprenable.
L'activité fans exemple & les brillans fuccès d'un
Amiral expérimenté , ont empêché nos ennemis
d'attaquer la Jamaïque. Ces évènemens ont relevé
les efprits abattus de la Nation , & l'autorisent à
prétendie aux termes de paix les plus honorables.
Quelqu'épuifé que puiffe paroître le Royaume aux
yeux de ceux qui voient tout en noir , il a toujours
d'affez grandes reffources pour continuer une guerre
dont je me flatte que l'iffue feroit glorieufe pour la
Nation . Nous avons donc des droits à une paix
honorable , jute & égale , & c'eft à une paix de
cette nature que je donnerai mon confentement. Les
Négociateurs employés aujourd'hui , doivent éviter
de fe lier par des reftrictions auifibles aux intérêts
du Royaume , s'il arrivoit quelque nouvel évènement.
Je me fais trouvé dans une pofition ſemblable à la
leur j'ai appris à connoître le caractère des pere
( 111)
:
fonnes avec lesquelles ils ont à traiter , & je ne
doute point un inftant que fi nos ennemis avoient ,
dans le cours de la négociation , quelques fuccès
inattendus , ils porteroient aufi - tôt leurs demandes
au plus haut degré ; & je crois qu'il eft de la prudence
de nous réferver le même droit. Le Lord
Radcor obferva que dans le projet d'adreſſe on avoit
paflé fous filence la phrafe importante où S. M. die
qu'en offrant l'indépendance aux Américains , elle a facrifié
toutes les confidérations particulières au vaa
& aux defirs de fon Parlement & de fon Peuple ,
& il propofa un amendemert que le Lord Shelburne
ayant la , approuva par un figne de tête . Le Lord
Storment prit alors la parole : Je ne m'oppofe point,
dit-il , à l'adreile . Dans la circonftance actuelle nos
ennemis ont les yeux fixés fur nous is épient le
moment de la défunion & du mécontentement , &
fe tiennent toujours prêts à fomenter ces divifions
domeftiques qui ont fi long- tems déchiré la Conftitution
de ce pays dans l'intérieur , & arrêté le fuccès
de fes armes au- dehors. Mais je n'entends point parlà
renoncer au frivilége de combattre dans le cours
des débats futurs les articles du plan de pacification
générale qui me paroîtront contraires aux intérêts
de la Netion. Le confentement donné à une adreffe
en réponse au difcours de S. M. à l'ouverture d'une
feffion , ne peut être un obftacle à la liberté d'ofinion
, qui fait un des droits les plus précieux des
Pairs de la G. B. On ne deit point inférer de mon
aveu que j'a , prouve dans toute leur étendue les vues
& les principes contenus dans cette adreffe . Le
Marquis de Carmarthen obferve que le moment
actuel est une époque de gloire & de victoire.
» Jamais , dit- il , les forces navales de la G. B.
n'ont été fi redoutables à hos ennemis «. J'en
félicite bien fincèrement la Chambre & la Nation' ,
& j'espère que des fuccès fi éclatans influeront fur
la pais , qui ne fera conclue qu'aux conditions les
(112 )
plus juftes & les plus honorables . Suivant le dif
cours émané du Trône , les offres de paix faites par
S. M. ont deux motifs , le voeu de fon Parlement &
l'opinion de fes Peuples . Mais la vérité de l'une &
l'autre de ces propofitions n'eft rien moins que démontrée.
Je conviens qu'on a obtenu de la Chambre
des Communes une décifion favorable au projet d'ac
corder l'indépendance de l'Amérique ; mais cette approbation
n'a point eu lieu dans celle- ci , où la queſtion
n'a pas même été agitée . On ne peut donc pas dire que.
le Parlement ait favorisé ce projet par fon aveu ; & je
ne crois point que l'opinion particulière d'un Corps
ait autorisé un facrifice qui intéreffe fi vivement la
Nation. Je me fuis répandu parmi les differentes
claffes de citoyens , pour obferver leurs opinions ,
connoître celles qui font les plus populaires. Il s'en
faut de beaucoup que le public en général approuve
de parti que nous prenons de reconnoître l'indépen
dance de l'Amérique ; c'eft une confidération de la
dernière importance pour la G. B. & je doute fort
que la Nation foit difpofée à l'admettre dans toute
fon étendue. Auffi les raifons d'après lefquelles le
Roi s'eft déterminé à l'offrir aux Etats d'Amérique ,
ne font ni folides ni admiffibles dans les circonstan
ces actuelles. Je n'ignore pas les moyens que l'on
a employés pour confoler la Nation aux yeux de
Jaquelle l'indépendance de l'Amérique étoit une
perspective douloureuſe , & pour détourner fes
idées d'un objet auffi important . Pour moi je n'ai
l'efprit ni affez délié ni affez pénétran: pour comprendre
les péculations raffinées que l'on fait aujourd'hui
. Le commerce de l'Amérique a toujours
été reconnu effentiel - au bien- être de l'Angleterre.
Nul fophifme ne fauroit détruire l'importance de
cette confidération ; & prétendre que l'indépendance
nous affure la continuation de ce commerce , c'eft
avo er en probléme que tous les calculs poffib'es
ne peuvent réfoudre. La perte d'un objet auf pié
71739ད
cieux fe fait fentir doublement forfque l'on confi
dère qu'il n'y a encore en évidence rien de ftipulé
pour empêcher ce commerce de tomber eatre les
mains de nos ennemis & de contribuer à augmenter
leurs forces . Je rappellerai aux Miniftres l'obfervation
folide du Lord Sandwich , qui connoît parfaitement
le plan d'une régociation de paix . Je les
exhorte à faivre ſon confeil , parce que l'offie dindépendance
faire aux Américains , paroît définitivement
aflurée en cas de paix , foit dans le moment
préfent , foit dans toute époqre à venir. Les
treize Etats unis doivent la recevoir , & leurs Alliés
participer à fes avantages , en quelq e tems que la
paix foit concle . Sous ce point de vue les deffeins
des ennemis naturels du Royaume font complettemet
remplis , & leur premier objet eft dicifivement
affré en continuant la guerre . Nous ne pou
vons plus revenir fur un article préliminaire auffi
important dans le fyftême général de pacifi ation .
Une autre circonftance s'offie encore , le difcours
de S. M. annonce que dans la négociation de la
paix , les Miniftres n'ont pas l'intention de ftipuler
pour faire rentrer dans leurs propriétés les malheureux
qui ont exposé leurs vies & facrifié leurs
fortunes par un principe de loya ité & d'attachement
envers leur Souverain & leur Pays. Comment
excufer ce procédé inhumain ? La fituation des Catalans
lorfqu'ils furent réduits fous la domination
Efpagnole , fut même préférable à celle où fe trouvent
maintenant les Américains loyaux , fuivant les
termes de la négociation actuelle . Les Catalans quoique
rébelles à leur fouverain légitime ' , quoiqu'armés
contre lui , & réduits à la néceflité de fe mettre à la
merci da vainqueur , obtinrent de rentrer dans la
jouiffance de leurs biens , qui cependant pouvoient
être confifqués felon le droit des gens . Si ces Catalans
ont été traités avec tant de douceur , les Américains
loyaux , qui fe font facrifiés pour la G. B. ,
( 114 )
n'ont- ils pas les droits les plus facrés à la commifération
& à la protection , dans tous les traités de paix
quelle peut négocier ? —En entrant dans la Chambre,
je ne m'étois point propofé , dit alors le Lord
Shelburne , d'expliquer mes fentimens avec étendue ,
fur le difcours de S. M. , & je m'étois flatté que ma
concurrence facile à l'a treffe propotée auroit fuff
dans les circonstances actuelles ; mais ce que vient
de dire le Noble Lord , m'oblige à parler. Ma poff
tion délicate m'empêche toute réponſe directe ; le fe
cret eft abfolument néceffaire dans une négociation
de paix , & il m'eft impofible d'éclaircir par des fans
les remarques du Noble Lord. Cependant , je ne faurois
cacher mon étonnement de ce qu'il a établi tous
fes argumens fur un paffage mal-entendu du difcours
de S. M. , pour aller au-devant des objections ; je
vais lire ce paffage. » Je n'ai point hésité à me fervir
dans toute leur étendue des pouvoirs dont je fuis
revêtu , ayant reconnu qu'il eft impoffible d'obtenir
autrement une réconciliation cordiale & entière avec
les Colonies de l'Amérique Septentrionale , & j'ai
offert de les déclarer Eats libres & indépendans ,
par un article qui fera inféré dans le traité de Paix,
On eft convenu d'articles provifoires , qui auront
leur effet quand on aura définitivement réglé des
termes de paix , avec la cour de France Le fens
de ce paffage eft fi clair que , je ne conçois pas cemment
il a été mal- entendu o tourné de manière à
faire croire que , par cet article inféré auffi dans le
traité de Paix , l'indépendance de l'Amérique étoit à
tout évènement, définitivement reconnue . Je fuis également
étonné de voir que la voix du Parlement & de
la Nation , n'a point favorifé l'indépendance de l'Amérique.
Sur quel fondement l'ancien Miniſtère s'eftil
donc démis de fes fonctions ? Sur quel fondement
le Ministère actuel a- t- il donc pris les rênes du Gou
vernement ? Une décifion précife de la Chambre des
Communes n'a- t- elle point fait connoître l'avis de ce
·
( 115 )
Corps & lorfque la même queftion fut propofée'
aux Pairs , n'ai - je point entendu dans la place où je
me trouve aujourd'hui , que les Miniftres recon
noifoient que la voix de la Nation étoit contr'eux , '
& qu'ils étoient déterminés à fe retirer ? Ce fut là
l'évènement qui fa va à la dernière Adminiſtration la
douleur & la hon e de voir les opinions de leurs Seigneuries
fe récrier contr'ens. Le Noble Lord a amplifié
fur notre fituation reſpectable , & fur la baffelle
qu'il y auroit dans un moment auffi brillant
d'accepter une paix humiliante . Quoique je ne voye
point de raison pour craindre , quoique je fente tous
les motifs qui pourroient déterminer à faire des
efforts vigoureux ; je ne fuis en aucune manière
porté à envifaget les affaires fous le même point
de vue que lui . Je connois combien ma pofition
eft difficile & importante ; les fervices feuls que
je devois à l'Etat ont pu me déterminer à pren
dre un polte dont les devoirs , felon les apparences
, devoient réfléchir auffi peu d'honneur
fur mei que fur ma Patrie : mais puifque je
retrace ces triftes réflexions , je dois rappeller
que je n'ai point attiré fur la Nation les malheurs
dont elle fe fent accablée ; c'eft l'Antenr de l'Acte
du Thé qui a femé le germe de la guerre Américaine
! c'est lui qui eft la caufe de notre humiliation
& de la douleur que j'éprouve dans ce moment.
Le noble Lord a parlé des Miniftres & des
Confeils Efpagnols ; je n'aime ni à choifir , ni à
imiter des modèles femblables ; je crois n'avoir oublié
aucune démarche pour mettre à l'abri les intérêts
de toutes les parties liées avec ce pays , ou
qui fe font dévouées avec loyauté à fervir fes intérêts.
Cependant je n'ai point réffi dans mon
entreprife ; fi j'ai échoué , ce n'eft point par négli
gence , mais par néceffité . Le Lord Shelburne termina
modeftement fon Difcours , en proteftant que
s'il parvenoit à être utile à la Patrie , il ne devroit
fes fuccès qu'aux talens diftingués avec lesquels
-
( 116 )
--
fes Collègues dans le Ministère rempliffent leurs
importantes fonctions . L'adreffe & l'amendement
ayant pallé à la pluralité des voix , la Chambre
s'ajourna à huit heu.es & demie .
Cette féance intéreflante éclaircit quelques
obfcurités que le difcours du Roi
n'avoir pas levées , & confirma quelques
articles du traité qu'on avoit commencé à
prévoir ; elle montre auffi l'opinion du
Minifère fur la véritable fituation de la
Grande Bretagne , fur lembarras où il eft de
continuer la guerre , fur l'idée qu'on doit
fe former de cette campagne , que la Nition
trouve fi glorieufe , & qui nous laiffe
cependant dans le même état cù nous nous
trouvames à la fin de la précédente , quis
fut fi déf ftreufe pour nous. Les débats
de la Chambre des Communes offrent à
peu près les mêmes réſultats avec quelques
réflexions curieufes fur la campagne du
Lord Howe .
و
Ce fut M. Yorck qui propofa l'adreffe de
remercîment ; elle eft comme toutes les
pièces de ce genre , la répétition du difcours
du Roi , & la plus grande approbation de
fa conduite, M. Fox ouvrit les débats par le
difcours fuivant.
Je ne puis paffer fous filence , dit- il , un oubli ou
une négligence d'expreffion dans le difcours du Roi ,
que je puis , à plus jufte titre , appeller le difcours
da Miniftre. Il y eft dit que S. M. , depuis la
clôture de la dernière feffion , a cu grand foin
d'empêcher toutes hoftilités offer.fives en Amérique,
Il elt certain que cette réfolution ne peut pas être
( 117 )
datée de l'époque mentionnée dans le Difcours . Si
cette opinion s'accréditoit , elle jetteroit une tache
indelebile fur ma ré utation , ai fi que fur celle
des Pairs & des perfonnages honorables qui compofoient
alors le Minitère. ( Ici M. Pit , Chancelier
de l'Echiq ier , obferva qu'il paroilloit que
l'on n'avoit pas donné une attention fuffifante au
difcours , qui certainement n'impliquoit pas une
pareille infinuation ; fur quoi cette partie du dif
cours fut lue une feconde fois ) . Alors M.
Fox reprit la parole : la fingularité des expreffions
de cet article m'a fait defirer une explication ,
& je fuis heureux d'apprendre que la liberté vient
de trouver un nouvel afyle , pifque 1 Amérique
eft déclarée libre & indépendante. Mais pourquoi
l'appelle- t-on fimplement les Etats d'Amérique , au
lieu de dire les Etats - Unis d Amérique , ainfi qu'elle
eft qualifiée dans la lettre de M Townshend ,
Secrétaire d'Etat , au Lord Maire de Londres ? Je
vois avec la plus grande fatisfaction que l'indépen
dance de l'Amérique eft établie fur la bafe la plus
permanente, Nous lui accordons aujourd'hui , de
la manière la moins équivoque , une liberté, pour
laquelle elle a combattu co irageufement. Mais le
Ministère actuel n'a point de part à cet évènement
qui comble les voeux de la Nation. La G. B. &
l'Amérique doivent à une autre adminiftration cet
acte de bienfaisance & de juftice . Je fuis bien éloigné
cependant de blâmer le Lord Shelburne d'avoir
adopté des mefures fages & prudentes . Les amis de
l'humanité applaudiront à ce témoignage de fagefe ,
quoique le projet n'émane pas de lui ou de fes Col
lègues , & je puis l'affurer , ainfi que les amis
qu'il ne fera jamais obligé de fe juftifier devant
la Nation d'avoir acquiefcé à des conditions d'indépendance
& de pacification avec l'Amérique.
Exifte-t-il un homme affez borné pour defirer la
continuation d'une guerre préjudiciable aux intérêts
( 118 )
des deux pays Exifte - t-il un être affez vil pour
continuer d'afurer , à l'exemple de certaines perfonnes
, que l'Amérique , devenue indépendante ,
éclipferoit pour toujours le foleil de la G. B. Je
fuis certain que les Américains & les Anglois ne
tarderont pas à s'unir étroitement par les noeuds
de l'amitié & du commerce. Que Dieu me préferve
de ne point concourir au glorieux traité adopté par
le Lord Shelburne , fi avantageux pour la Mère- Patric
& pour les Colonies . Jamais l'Amérique ne fera
indifférente aux intérêts de la G. B. Les Citoyens
des deux Nations feront amis d'âge en âge , leur
moeurs font les mêmes. C'eſt le même lang qui
coule dans leurs veines .... Notre également nous
a reiné. Il eft tems d'ouvrir les yeux , & de renoncer
à de vains pojets. Il y a des gens qui parlent de
l'évènement d'aujourd'hui , comme d'une conceffion
faite à la liberté ; mais ils fe trompent ; c'est la
néceffité qui nous guide ; nous fommes forcés de
donner ce que notre orgueil combattoit depuis fi
long- tems pour accorder ... Combien n'eft- il ppas ma
heureux qu'en démembrant une partie de l'Empire
nous ne donnions pas ànos Colonies une preuve de no.
tre bienveillance ; la reconnoiffance del in Jépendance
de l'Amérique nous a été arrachée par la force de les
armes , par celles de fes alliés , Les premières ouver
tures du traité actuel viennent d'une lettre que S. M.
m'a fait écrire à M. Grenville à Paris . Pareille lettre
a été envoyée au Chevalier Guy Carleton à New-
Yorck. Aucune de ces lettres n'a été dictée par le
Ministère actuel. C'eft au public à connoître à qui
il eft redevable de cet exemple trop tardif de la fageffe
des Miniftres de la G. B. Exemple cependant
qui fera admiré dans les fiècles les plus reculés par
tous les philofophes & par tous les amis de l'homme.
Après cela M. Fox traça un tableau rapide
des opérations de la dernière campagne. I!
fit l'éloge le plus pompeux du Général Elliot qu'il
appelle le Héros des Héros , il rendit auffi le tribut
( 119 )
d'hommages & de reconnoillance que la Nation doit
au Lord Howe & au Lord Keppel ; mais il ne dit pas
un mot de l'Amiral Rodney .
:
Le Gouverneur Johnfton , loin d'approuver le dif
cours de M. Fox , témoigna fon mécontentement
de l'article de la harangue de S. M. , fur lequel
cet honorable Membre venoit de déployer toute fa
rhétorique. Je n'aurois jamais imaginé , dit-il , qu'une
affaire auf importante que celle de la reconociffance
de l'indépendance de l'Amérique , pût être
terminée avant d'avoir préalablement pris l'avis
du Parlement. Il paffa enfuite au ravitaillement de
Gibraltar , & il déclara hautement que notre efcadre
s'étoit honteufement retirée devant celle de
l'ennemi. Il cita particulièrement l'avant - garde ,
commandée par l'Amiral Barington , qu'il affura
s'être éloignée , le lendemain du combat , de quatre
lieues à l'eft de l'armée combinée. Je ne prétends
point dire , ajouta-t- il , à qui nous devons attribuer
une pareille conduite mais ce n'eſt point la feule
faute ; on en a fait plufeurs autres encore moins
excufables. En conféquence , je ne donnerai point
mon confentement à cette partie de l'adreffe où
l'on fait tant d'éloges d'un Commandant dont je
je ne puis approuver la conduite. Le Lord North
témoigna fa fatisfaction de voir l'adreffe paffer fans
amendement. Dans la circonftance préfente , dit-il ,
il est du devoir d'un bon patriote de fignaler fon
zèle en foutenant le Gouvernement ; & je n'aurois
point moi - même importané la Chambre de mes
obfervations , fans quelques articles de l'adreffe ,
fur lefquels je prendrai la liberté de faire une ou
deux remarques . Malgré mon attachement à feconder
les Miniftres actuels dans toutes les mesures
raifonnables qu'ils prendront , foit pour la paix ,
foit pour la guerre , je ne pais m'empêcher , pour
le moment , de m'élever contre cette partie de
l'adreffe qui approuve le traité proviſoire , conclu
avec l'Amérique , avant de faire connoître les con120
)
--
ditions. Je crois devoir confeiller aux Miniftres de
ne point mettre trop de précipitation à terminer
l'ouvrage de la paix . La G. B. eft dans une fituation
qui lui donne le droit de prétendre à des
conditions honorables. Il entra alors dans des
détails fur l'étendue de nos reffources , comparées
avec celles de nos ennemis , & démontra que notre
pofition étoit bien loin d'être défefpérée . - M. le
Chancelier Pitt répondit qu'il recueilloit , avec le
plus grand plaifir , toutes les obfervations des
Membres de la Chambre , & qu'il ne doutoit point
que le réſultat de ces diverfes opinions ne fervit
à diriger la conduite de l'Adminiftration. J'espère ,
ajouta t-il , ête , fous peu de jours , en état d'informer
la Chambre des conditions auxquelles on
fera convenu d'un traité de paix générale. Il y
auroit , pour le moment , la plus grande impru
dence à en dire davantage. Après quelques autres
difcours de M. Burke , du Chancelier Mawbey &
de M. Smith , la motion pour l'adrefle palla , &
la féance fut terminée «.
-
L'affaire du difcours du Roi & de l'adreffe
en réponſe ne fut pas irrévocablement terminée
dans cette féance ; les débats fe renouvellèrent
le lendemain , 6 , dans la Chambre
des Communes.
Après quelques difcuffions fur des objets qui ne
fixent point encore toute l'attention du public , M.
Fox fe leva & dit : » Je fuis fâché qu'on me croie
partifan de l'indépendance Américaine . Rien n'eft
plus faux. Dès le commencement de la querelle , je
me fuis conftamment oppofé à toutes les mefures
que je prévoyois devoir produire cette indépendance
que je regarde comme une grande calamité , que
perfonne ne déplore plus fincèrement que moi. Mais
aufli- tôt que j'ai vu qu'elle feroit pour la G. B. une
calamité moindre que la continuation d'une guerre
ruineufe
( 121 )
Tuinenfe , j'ai pensé que la feule reffource qui reftât
à cet Empire , à la veille de fa deftruction , étoit de
reconnoître l'indépendance de l'Amérique . Mais le
principal motif de mon difcours , eft de favoir ce
qu'on peut répondre à une queftion que je vais faire
aux Miniftres. Il eft d'autant plus néceffaire qu'ils
s'expliquent fur la difficulté qui m'arrête , que ce
font eux qui y ont donné lieu. J'ai appris que l'indépendance
de l'Amérique avoit été reconnue par le
premier article du traité provifoire . Or je voudrois
favoir fi elle a été reconnue de manière qu'aucun
évènement à venir ne puiffe changer notre réfolution
fur cet objet , s'il eft encore en notre pouvoir
de revenir fur cette reconnoiffance , & fi le traité
provifoire aura fon effet auffi-tôt que la paix fera
conclue avec la France quelque chofe qui puiffe
arriver ? J'aime à croire que l'indépendance eft
irrévocablement reconnue , car quoique plufieurs
perfonnes penfent que l'Amérique feroit alors au
pouvoir de la France , je fuis au contraire fermement
perfuadé que la France feroit au pouvoir de
l'Amérique. En effet lorfque l'on faura dans les
Colonies que le grand objet pour lequel elles ont
pris les armes eft complettement rempli , & qu'il ne
inanque plus rien , pour mettre fin aux hoftilités ,
que le confentement de la France à des termes de
paix juftes & raiſonnables , je ne doute pas que les
Américains , voyant que ce n'eft plus pour leur
caufe mais pour celle de la France qu'ils combattent ,
n'infiftent auprès de la Cour de Verfailles pour la
déterminer à accepter ces conditios , de manière
que felon toutes les apparences ce moyen nous fera
obtenir une paix plus avantageufe que celle que
nous pourrions conclure , en ne reconnoiffant que
conditionnellement cette indépendance. MM .
Townshend & Pitt entrèrent alors dans des détails
d'où il femble réfulter qu'en effet l'indépendance eft
reconnue fans condition . M. Burke fe leva alors ,
21 Décembre 1782.
f
( 122 )
tenant à fa main le difcours imprimé dont il fit la
critique la plus détaillée & la plus févère. » Je regarde
, dit-il , le Miniftre comme coupable du délit
le plus grave , pour avoir ofé mettre dans la bouche
du Roi des expreffions par lesquelles S. M. rejette
fur le Parlement tout le blâme de la réſolution prife
de reconnoître l'indépendance de l'Amérique. La
preuve de ce que j'avance , exiſte dans la répugnance
apparente avec laquelle S. M. déclare qu'elle l'a
reconnue par égard pour le voeu de fon Parlement.
Cette phrafe implique une cenfure du Parlement ,
fur-tout quand on voit le Miniftre faire tomber le
Roi à genoux après cette déclaration , pour prier le
Tout-puiffant de détourner les maux qui pourroient
réfulter d'un fi grand démembrement de l'Empire.
J'ai fouvent entendu des formules de prieres dans
les Eglifes , mais c'eft la premiere fois que j'en
trouve une dans un difcours du Roi à fon Parlement
, c'est un tour d'hypocrifie joué aux dépens de
cette Affemblée. La conftruction grammaticale , le
fens de la phrafe, rien dans le difcours ne prouve que
l'indépendance ait été reconnue fous condition par
les articles provifoires. Or , comme on fait qu'un
des Miniftres du Roi a donné ailleurs un fens tout
différent à la manière dont elle a été reconnue dans
les articles provifoires ; qu'il y a des divifions dans
le Cabinet , & que les Miniftres qui ont dit une
choſe dans un endroit , en diſent une toute différente
dans un autre , la Chambre a lieu de craindre qu'on
ne veuille la furprendre & l'induire en erreur dans
une circonftance auffi importante & auffi critique.
Si le doute ne partoit que fur M. Pitt , dont je
connois l'honneur & l'intégrité , la déclaration
qu'il vient de faire ne me laifferoit aucune inquiétude
; mais quand on penfe à l'auteur du difcours ,
on fent que la Chambre n'a que trop de raifons de
s'allarmer des engagemens qu'elle a pris par fon
adieffe en réponse au difeours , d'autant plus que
( 123 )
לכ
toutes les conféquences qui pourront en réfulter ;
font mifes ouvertement à fa charge. M. Burke lut
enfuite un paffage du difcours où le Roi déclare
qu'il a facrifié toutes les confidérations perfonnelles
au vou de fon peuple. Il s'arrêta affez long- tems
fur le mot confidération , & demanda ce que le
Miniftre entend en faifant dire à S. M. qu'elle
avoit des confidérations différentes du vou de fes
Peuples. » Cette idée , dit - il , eſt également nouvelle
, anti-conftitutionnelle & impropre. Reprenant
enfuite l'examen du Difcours , il lut un autre
paffage , J'attribue , fous la bénédiction de Dieu ,
cet Etat refpectable à l'entière confiance qui fubfifte
entre moi & mon Peuple , & à la promptitude
avec laquelle les habitans de Londres & des autres
parties de mcn Royanme fe font montrés pour
veiller à la sûreté commune . Des Particuliers ont
dernièrement donné des preuves de patriotisme
qui feroient honneur à tous les âges & à tous les
Pays . M. Burke prétendit que tout cela n'étoit
qu'une chatlatanerie pour tromper la Nation , que
le Chevalier Lowther étoit la feule perfonne à
laquelle cette dernière phrafe pût faire allufion
mais que la poli ique miniftérielle multiplie fauf
fement un facrifice dans la vue d'engager en effet
d'autres citoyens à les réitérer . Au furplus l'encouragement
donné à ces contributions volontaires
eft , felon lui , auffi illegal que ridicule , puifqu'il
ne pourroit produire aucun fecours intéreffant
& que d'ailleurs il étoit déshonorant pour un grand
Empire comme la G. B. que le Gouvernement allât
en quelque forte demander l'aumône de ville en
ville , tandis que la Chambre votoit généreusement
des millions pour le foutien de l'Etat . M. Burke ne
fut pas plus indulgent pour la fin du diſcours ; felon
lui , les Miniftres y font eux-mêmes leur éloge de
la manière la plus révoltante , puifqu'il eft clair
qu'en parlant des hommes dont les talent & les ferf
2
(
124
vices méritent des récompenfes ; c'eft eux- mêmes
qu'ils ont en vue .
Si je pouvois , continue - t - il , à l'exemple de
quelques-uns qui font actuellement en place , & qui
étoient autrefois rangés dans le parti de l'Oppofition,
me permettre un tel langage , j'appellerois ce difcours
, un tiffu de platitudes & d'argumens fpécieux.
N'étoit- ce pas mettre la patience du Parlement à
l'épreuve la plus forte , que de l'obliger à l'entendre ,
à en devenir l'écho ? Et cependant il a foutenu cette
épreuve fans témoigner fon humeur. Les Miniftres
nous recommandent la prudence ; mais peut- on l'attirer
dans cette enceinte avec la même facilité qu'on
y fait accouir certains Membres , par l'appât d'un
billet de la Tréforerie ? La prudence ne s'inculque
pas d'un coup de baguette , & la partie du difcours
qui nous recommande le défintéreffement , eft un
outrage fait au Parlement , en laiffant douter de fes
principes. M. Burke s'étendit prodigieufement
fur ce fujet ; & recoenoiffant lui-même combien il
devenoit prolixe , il pria la Chambre de lui pardonner
fes lengueurs , alléguant pour fon excufe
qu'un long texte exigeoit un long commentaire.
-
Le Chancelier de l'Echiquier fe leva enfuite ; &
l'Orateur lui ayant rappellé qu'il avoit parlé : mon
motif, repliqua M. Pitt , eft fi défagréable , & lat
tâche qui m'eft impofée eft fi pénible , que je confentirois
volontiers à ne point reprendre la parole ,
fi certains paffages du difcours de M. Burke ne me
mettoient dans la néceffité indiſpenſable de fixer de
nouveau l'attention de la Chambre fur l'importance
du fujet qui l'occupe actuellement , de lui rappeller
qu'elle doit approfondir le fens du difcours prononcé
par le Roi , & y répondre par une adreffe également
férieufe & réfléchie. Ce n'eft pas le moment de plaifanter
: l'adreffe dont il s'agit , n'admet pas non plus
de pareils écarts ; ce n'eft pas le moment de donner
carrière à une imagination brillante & féconde.
Nous devons effayer de rompre la baguette ma-
2
( 125 )
gique , & montrer les chofes telles qu'elles font.
Notre devoir eft d'examiner mûrement la crife dans
laquelle fe trouve la Patrie , & de nous efforcer ,
en adoptant des mefures fages , bien combinées &
conformes à la faine politique , de détourner le
danger qui la menace , de la délivrer des dépenfes
& des embarras de la guerre , & de lui procurer
une paix honorable. Le Membre qui a parlé , s'eſt
livré tellement à fon imagination , que j'ignore s'il
a eu le deffein de parler férieuſement. Il m'eft d'autant
plas difficile de comprendre fon but , qu'hier
il a femblé approuver l'adreffe , à chaque partie de
laquelle la Chambre a donné unanimement fon
fuffrage. ( M. Fox & plufieurs autres Membres s'écrièrent
, cela n'eft pas , cela n'eft pas ) . Au moins ,
dit M. Pitt , puifqu'elle a paffé nemine contradicente ,
je dois penfer que l'honorable Membre a conclu
que l'examen férieux du difcours ayant été terminé
hier , il ne reftoit aujourd'hui qu'à s'égayer. Je ne
faurois autrement rendre raifon de la manière dont
il a traité l'objet férieux qui occupe la Chambre :
on pourroit lui reprocher d'avoir débité des bonf
fonneries ; mais les graces qu'il fait prêter à fes
penfées , ne permettent pas d'employer cette expreffion
. Le difcours de S. M. ne contient rien qui puifle
autorifer à le tourner en ridicule . Le langage en eft
fimple , clair , plein de franchife , & adapté aux
circonftances . L'adreffe de la Chambre eft également
conçue dans les termes convenables . Je prie
donc la Chambre de difcuter férieufement cette
matière , afin que les Miniftres de S. M. fachent
quelle eft la partie de ce difcours contre laquelle on
peut former des objections. L'honorable Membre
révoque en doute ma fincérité relativement àl'explication
que j'ai donnée des articles provifoires .
Je ne fais s'il veut infinuer que je fuis capable d'avancer
des chofes à double entente , au moment où
je prends la parole comme Miniftre , & où je réf
3
( 126 )
-
:
ponds explicitement à une queftion claire . Je me
Alatte que mon intégrité , qui n'a reçu juſqu'à préſent
aucune atteinte , me conciliera la bienveillance de la
Chambre , & qu'elle ne me foupçonnera point d'être
capable d'une duplicité auffi-baffe & auffi fcandaleuſe.
Si j'ai laiffé pafler l'adreffe , dit alors M. Fox ,
ce fit après avoir fait connoître les articles que je
défapprouvois. Il prit enfuite la défenſe de fon ami
M. Burke , appuya fes raifons fur l'adreffe même ,
& ajouta Le Miniftre , effrayé de reconnoître
l'indépendance de l'Amérique , a rejetté fur le
Parlement ce pefant fardeai ; & le montrant avec
effronterie dans l'arêne , il a pouffé l'audace au
point de faire blâmer par le Roi la conduite du
Parlement , qui le forçoit à la reconnoître. Ce trait
de politique a dévoilé les projets du Miniftère
actuel ; nous en voyons la trame ourdie dans le
fein de la fauffeté . Anglois , on veut vous priver
de votre liberté , en vous faifant haïr vos Repréfentans
! Après cette apoftrophe , M. Fox reprocha
à M. Pitt de s'être étayé fur fon caractère privé ,
pour donner encore plus de poids à fa déclaration
miniftérielle. Il fe déchaîna enfuite contre l'article
du difcours , par lequel la Couronne demande au
Parlement , avec le mafque de l'ingénuité & la fubtilité
d'un ferpent , de déployer la fermeté , fa prudence
, fon défiatérelement : ce paffage feul , dit- il ,
bouleverse toute notre conflitution . Le Miniftre
répond de fa conduite ; il eft fajet à fa cenfure &
à fes jugemens. Aujourd'hui il veut commander à
fes maîtres , & nous enlever nos droits pour en
couvrir la tête couronnée qu'il fait agir . Si la
Chambre a befoin de principes de défintér ffement
, ce n'eft pas dans l'antre obfcur de la corruption
& du vice qu'elle ira les chercher ; la
Trésorerie ne lui fervira point de modèle. M. Fox
reprit fur le même ton tout le difcours du Roi
& finit par affirmer , avec cette confiance fi ratu- .
relle à un Orateur tel que lui , que le difcours de
( 127 )
M. Burke avoit été auffi éloquent que perfuafif ,
& que M. Pitt avoit choifi avec adreffe les points
de fa critique , rien n'étant plus aifé que d'attaquer
l'efprit de M. Burke , & plus difficile que de
répondre à fes argumens . Ici M. Fox s'adreffant
au Général Conway , le pria de déclarer s'il éntendoit
que la reconnoiffance de l'indépendance de
l'Amérique , dans les articles provifoires , étoit fans
conditions. Le Général , Conway répondit brièvement
: Il est évident que la reconnoiffance eft fans
conditions , & je ne vois point pourquoi on auroit
employé la rufe , puifque le traité lui - même ſera
foumis au Parlement fous peu de jours. A fept
heures l'adreffe fut lue une feconde fois , & la
Chambre fe fépara «.
Ces premiers débats nous préparent à
de vives oppofitions ; celles qu'éprouvera
la paix font craindre qu'elle ne foit pas
auffi prochaine qu'on avoit lieu de l'efpérer ,
& que la campagne prochaine n'ait lieu ;
elle peut nous être moins avantageufe , &
nous donner enfuite de vifs regrets de na
voir pas traité dès à préfent.
" Le floop de guerre le Swallow , écrit- on de
Portsmouth , a appareillé pour l'Oueft avec des dépêches.
Le 7 au matin , le Commodore Elliot a levé
l'ancre , & a mis à la mer de Spithéad , avec les vaiffeaux
le Romney , l'Ariane , l'Anſon & deux curters.
Il a ordre de croifer devant Oueffant avec les
2 premiets , pour obferver les mouvemens de l'efcadre
Françoife actuellement dans le port de Brest
l'Anfon doit aller à Sainte -Lucie «<.
Les bâtimens de tranfport qui arrivent de
Gibraltar ont ordre de faire une quarantaine
de 14 jours au Mother - Bank.
£
4
( 128 )
Tous les régimens , dit un de nos papiers , an
deffous du 60e , feront réformés auffi- tôt que le
traité de paix fera figné , & les Officiers de ces régimens
, qui feront mis à la demi - paye , pafferont
fuivant leur rang d'ancienneté dans les anciens
régimens pour la défenſe de la G. B. , dès qu'il
vaquera des places , foit par mort , foit par promotion
. Cette réforme devient indifpenfable , puifque
nous n'aurons plus de troupes à Boſton , à New-
Yorck , à Philadelphie , à Charles -Town , à Savanah
, à St- Auguftis , à Minorque & peut-être à
Gibraltar «.
Onn'a point de nouvelles de New-Yorck,
depuis celles qui nous ont appris le départ
de l'Amiral Pigot avec une partie de fes vailfeaux
& des troupes pour les Illes , où l'on
préfumoit qu'il feroit bientôt fuivi par l'Amiral
Hood avec le reſte de la flotte . Tout
eft fur le Continent dans le même état d'inaction
, qui a été celui de toute cette campagne
dans ces contrées , tant de notre part que de
celle des Américains. Quant à l'évacuation
de Charles Town , on a vu par les pièces
publiées des négociations faites par les principaux
habitans de cette place avec le Gouvernement
Américain de la Caroline , que
fon évacuation étoit alors réfolue , mais à
préfent fon exécution paroît incertaine.
Nous n'avons aucune nouvelle des Illes
depuis l'arrivée des dépêches de M. Archibald
Campbell , Gouverneur de la Jamaïque , qui
nons fait part de fon expédition contre les
Espagnols , dont le but étoit de faire échouer
l'attaque qu'ils méditoient contre nos établiffemens
de Mufquito au Cap Gracias à
€ G
( 108 )
Dio , & qui a été rempli. Le fort fitué à Blakriver-
Bluff où il y avoit une garniſon Efpagnole
, a capitulé le 31 Août. Dans toutes ces
opérations nous n'avons pas fait beaucoup
de mal à nos ennemis ; mais nous les
avons empêché de nous en faire...
Ces dépêches de la Jamaïque font du 10
Octobre & à cette époque on ne favoit rien
encore au fujet des vaifleaux de l'escorte de
la flotte de cette Ifle dont le fort nous
inquiète encore. Quelques papiers prétendoient
que par un navire arrivé de St - Thomas
à Cork , on avoit appris que la Villede
Paris & le Glorieux étoient entrés -le 4
Octobre à Antigues. Mais il y a long- tems
qu'on a répandu le bruit que ces vaiffeaux
étoient arrivés à cette deftination fans que
cette nouvelle fe foit confirmée , & il eft en
effet bien à craindre qu'elle ne le foit pas davantage.
La Refource qui n'a quitté les Ifles
que le 16 , n'a point entendu parler de cet
évènement , & il eft très- douteux que nous
ayons véritablement conquis une feconde
fois ces vaiffeaux fur les mers & les tempêtes.
Quant à l'Hector , il eft certainement perdu
pour nous .
Maintenant l'attention générale eſt tournée
fur des objets plus importans ; les bruits
de paix qui fe font répandus à la fin du mois
dernier , que la prorogation du Parlement ,
la lettre de M. Towshend au Lord-Maire &
aux Direct urs de la Banque avoit fortifiés ,
commencent à baiffer ; le difcours du Roi
( 109 )
au Parlement n'a pas détruit toutes les
espérances ; mais il paroît que la Nation
qui la defiroit ne penfe plus de même ,
ou du moins que le fuccès du ravitaillement
de Gibraltar , qui a rappellé la victoire
inutile de l'Amiral Rodney , l'a ramenée
au deffein de continuer la guerre , pour
obtenir des conditions plus avantageufes ;
c'eft dans les premiers débats du Parlement
que l'on trouve cette révolution dans les
opinions , & qu'on peut découvrir à préfent
la marche que va fuivre le parti de
l'Oppofition. C'est une raifon pour donner
ici quelques détails aux féances.
-
Les , après que le Roi fe fut retiré , le Marquis
de Carmarthen fir , dans la Chambre haute , la
motion d'une adreſſe à S. M. - » Je n'ai pas befoin
dit- il , de vous faire fentir la néceffité de l'unanimité
dans le moment actuel , le plus critique où l'Angleteire
fe foit jamais trouvée. Le monde vient d'éprouver
une révolution ; l'Amérique fe fépare des
Domaines Britanniques & forme un Erat indépendant.
La conformité de langue , de religion , d'ufage & de
caractère , rétablira , fans doute , & confervera longtems
l'affection & la correfpondance entre les
Colonies & la Mère- Patrie . J'e père que l'Amérique
ne fera pas entièrement perdue pour la G B. Mais
s'il arrivoit que les négociations actuelles pour la
paix fflent rompues par quelqu'accident imprévu ,
je ne doute point que l'efprit public de ce pays ne
mette les Miniftres de S. M. en éta de poursuivre la
guerre avec vigueur. La Marine eft dans un état de
force & de gloire qui nous promet des fuccès , fi
c'est encore aux armes à décider la queftion. Mais
comme dans ce cas la fituation de notre marine nous
donne des efpérances , c'eft un encouragement de
( 110 )
-
plus pour négocier la paix . Quel moment plus fa
vorable pourroit - on cheifir pour remplir un objet f
defiré que celui où nos ames ont été victorieufes
fur mer & fur terre ? Le Lord Sandwich ne s'oppofa
point à l'adreffe propofée , heureux , dit- il , de
donner cette marque de fa fidélité & de fa reconnoiffance.
Ce moment critique , ajouta- t- il , exige
de l'unanimité Nos ennemis profiteroient de nos
divifions , fi elles éclatoient à l'infant d'une négo
ciation d'où dépend en grande partie le falut du
Royaume. Cependant , en appuyant l'adreſſe , je ne
prétends pas m'interdire le droit d'expofer mon
opinion fur les objets qu'elle renferme , lorsqu'ils
feront difcutés en forme par les Pairs. Quelqu'importante
que fuiffe paroître la conjoncture préfente ,
ce n'eft pas là l'inftant de fe décourager. La dernière
campagne a été glorieufe pour nous . La maison de
Bourbon a échoué abfolument dans fes grands projets
. L'ennemi a été repouffé de Gibraltar par les
efforts vigoureux & conftants d'un brave & habile
Officier. Cette place a été trouvée imprenable.
L'activité fans exemple & les brillans fuccès d'un
Amiral expérimenté , ont empêché nos ennemis
d'attaquer la Jamaïque. Ces évènemens ont relevé
les efprits abattus de la Nation , & l'autorisent à
prétendie aux termes de paix les plus honorables.
Quelqu'épuifé que puiffe paroître le Royaume aux
yeux de ceux qui voient tout en noir , il a toujours
d'affez grandes reffources pour continuer une guerre
dont je me flatte que l'iffue feroit glorieufe pour la
Nation . Nous avons donc des droits à une paix
honorable , jute & égale , & c'eft à une paix de
cette nature que je donnerai mon confentement. Les
Négociateurs employés aujourd'hui , doivent éviter
de fe lier par des reftrictions auifibles aux intérêts
du Royaume , s'il arrivoit quelque nouvel évènement.
Je me fais trouvé dans une pofition ſemblable à la
leur j'ai appris à connoître le caractère des pere
( 111)
:
fonnes avec lesquelles ils ont à traiter , & je ne
doute point un inftant que fi nos ennemis avoient ,
dans le cours de la négociation , quelques fuccès
inattendus , ils porteroient aufi - tôt leurs demandes
au plus haut degré ; & je crois qu'il eft de la prudence
de nous réferver le même droit. Le Lord
Radcor obferva que dans le projet d'adreſſe on avoit
paflé fous filence la phrafe importante où S. M. die
qu'en offrant l'indépendance aux Américains , elle a facrifié
toutes les confidérations particulières au vaa
& aux defirs de fon Parlement & de fon Peuple ,
& il propofa un amendemert que le Lord Shelburne
ayant la , approuva par un figne de tête . Le Lord
Storment prit alors la parole : Je ne m'oppofe point,
dit-il , à l'adreile . Dans la circonftance actuelle nos
ennemis ont les yeux fixés fur nous is épient le
moment de la défunion & du mécontentement , &
fe tiennent toujours prêts à fomenter ces divifions
domeftiques qui ont fi long- tems déchiré la Conftitution
de ce pays dans l'intérieur , & arrêté le fuccès
de fes armes au- dehors. Mais je n'entends point parlà
renoncer au frivilége de combattre dans le cours
des débats futurs les articles du plan de pacification
générale qui me paroîtront contraires aux intérêts
de la Netion. Le confentement donné à une adreffe
en réponse au difcours de S. M. à l'ouverture d'une
feffion , ne peut être un obftacle à la liberté d'ofinion
, qui fait un des droits les plus précieux des
Pairs de la G. B. On ne deit point inférer de mon
aveu que j'a , prouve dans toute leur étendue les vues
& les principes contenus dans cette adreffe . Le
Marquis de Carmarthen obferve que le moment
actuel est une époque de gloire & de victoire.
» Jamais , dit- il , les forces navales de la G. B.
n'ont été fi redoutables à hos ennemis «. J'en
félicite bien fincèrement la Chambre & la Nation' ,
& j'espère que des fuccès fi éclatans influeront fur
la pais , qui ne fera conclue qu'aux conditions les
(112 )
plus juftes & les plus honorables . Suivant le dif
cours émané du Trône , les offres de paix faites par
S. M. ont deux motifs , le voeu de fon Parlement &
l'opinion de fes Peuples . Mais la vérité de l'une &
l'autre de ces propofitions n'eft rien moins que démontrée.
Je conviens qu'on a obtenu de la Chambre
des Communes une décifion favorable au projet d'ac
corder l'indépendance de l'Amérique ; mais cette approbation
n'a point eu lieu dans celle- ci , où la queſtion
n'a pas même été agitée . On ne peut donc pas dire que.
le Parlement ait favorisé ce projet par fon aveu ; & je
ne crois point que l'opinion particulière d'un Corps
ait autorisé un facrifice qui intéreffe fi vivement la
Nation. Je me fuis répandu parmi les differentes
claffes de citoyens , pour obferver leurs opinions ,
connoître celles qui font les plus populaires. Il s'en
faut de beaucoup que le public en général approuve
de parti que nous prenons de reconnoître l'indépen
dance de l'Amérique ; c'eft une confidération de la
dernière importance pour la G. B. & je doute fort
que la Nation foit difpofée à l'admettre dans toute
fon étendue. Auffi les raifons d'après lefquelles le
Roi s'eft déterminé à l'offrir aux Etats d'Amérique ,
ne font ni folides ni admiffibles dans les circonstan
ces actuelles. Je n'ignore pas les moyens que l'on
a employés pour confoler la Nation aux yeux de
Jaquelle l'indépendance de l'Amérique étoit une
perspective douloureuſe , & pour détourner fes
idées d'un objet auffi important . Pour moi je n'ai
l'efprit ni affez délié ni affez pénétran: pour comprendre
les péculations raffinées que l'on fait aujourd'hui
. Le commerce de l'Amérique a toujours
été reconnu effentiel - au bien- être de l'Angleterre.
Nul fophifme ne fauroit détruire l'importance de
cette confidération ; & prétendre que l'indépendance
nous affure la continuation de ce commerce , c'eft
avo er en probléme que tous les calculs poffib'es
ne peuvent réfoudre. La perte d'un objet auf pié
71739ད
cieux fe fait fentir doublement forfque l'on confi
dère qu'il n'y a encore en évidence rien de ftipulé
pour empêcher ce commerce de tomber eatre les
mains de nos ennemis & de contribuer à augmenter
leurs forces . Je rappellerai aux Miniftres l'obfervation
folide du Lord Sandwich , qui connoît parfaitement
le plan d'une régociation de paix . Je les
exhorte à faivre ſon confeil , parce que l'offie dindépendance
faire aux Américains , paroît définitivement
aflurée en cas de paix , foit dans le moment
préfent , foit dans toute époqre à venir. Les
treize Etats unis doivent la recevoir , & leurs Alliés
participer à fes avantages , en quelq e tems que la
paix foit concle . Sous ce point de vue les deffeins
des ennemis naturels du Royaume font complettemet
remplis , & leur premier objet eft dicifivement
affré en continuant la guerre . Nous ne pou
vons plus revenir fur un article préliminaire auffi
important dans le fyftême général de pacifi ation .
Une autre circonftance s'offie encore , le difcours
de S. M. annonce que dans la négociation de la
paix , les Miniftres n'ont pas l'intention de ftipuler
pour faire rentrer dans leurs propriétés les malheureux
qui ont exposé leurs vies & facrifié leurs
fortunes par un principe de loya ité & d'attachement
envers leur Souverain & leur Pays. Comment
excufer ce procédé inhumain ? La fituation des Catalans
lorfqu'ils furent réduits fous la domination
Efpagnole , fut même préférable à celle où fe trouvent
maintenant les Américains loyaux , fuivant les
termes de la négociation actuelle . Les Catalans quoique
rébelles à leur fouverain légitime ' , quoiqu'armés
contre lui , & réduits à la néceflité de fe mettre à la
merci da vainqueur , obtinrent de rentrer dans la
jouiffance de leurs biens , qui cependant pouvoient
être confifqués felon le droit des gens . Si ces Catalans
ont été traités avec tant de douceur , les Américains
loyaux , qui fe font facrifiés pour la G. B. ,
( 114 )
n'ont- ils pas les droits les plus facrés à la commifération
& à la protection , dans tous les traités de paix
quelle peut négocier ? —En entrant dans la Chambre,
je ne m'étois point propofé , dit alors le Lord
Shelburne , d'expliquer mes fentimens avec étendue ,
fur le difcours de S. M. , & je m'étois flatté que ma
concurrence facile à l'a treffe propotée auroit fuff
dans les circonstances actuelles ; mais ce que vient
de dire le Noble Lord , m'oblige à parler. Ma poff
tion délicate m'empêche toute réponſe directe ; le fe
cret eft abfolument néceffaire dans une négociation
de paix , & il m'eft impofible d'éclaircir par des fans
les remarques du Noble Lord. Cependant , je ne faurois
cacher mon étonnement de ce qu'il a établi tous
fes argumens fur un paffage mal-entendu du difcours
de S. M. , pour aller au-devant des objections ; je
vais lire ce paffage. » Je n'ai point hésité à me fervir
dans toute leur étendue des pouvoirs dont je fuis
revêtu , ayant reconnu qu'il eft impoffible d'obtenir
autrement une réconciliation cordiale & entière avec
les Colonies de l'Amérique Septentrionale , & j'ai
offert de les déclarer Eats libres & indépendans ,
par un article qui fera inféré dans le traité de Paix,
On eft convenu d'articles provifoires , qui auront
leur effet quand on aura définitivement réglé des
termes de paix , avec la cour de France Le fens
de ce paffage eft fi clair que , je ne conçois pas cemment
il a été mal- entendu o tourné de manière à
faire croire que , par cet article inféré auffi dans le
traité de Paix , l'indépendance de l'Amérique étoit à
tout évènement, définitivement reconnue . Je fuis également
étonné de voir que la voix du Parlement & de
la Nation , n'a point favorifé l'indépendance de l'Amérique.
Sur quel fondement l'ancien Miniſtère s'eftil
donc démis de fes fonctions ? Sur quel fondement
le Ministère actuel a- t- il donc pris les rênes du Gou
vernement ? Une décifion précife de la Chambre des
Communes n'a- t- elle point fait connoître l'avis de ce
·
( 115 )
Corps & lorfque la même queftion fut propofée'
aux Pairs , n'ai - je point entendu dans la place où je
me trouve aujourd'hui , que les Miniftres recon
noifoient que la voix de la Nation étoit contr'eux , '
& qu'ils étoient déterminés à fe retirer ? Ce fut là
l'évènement qui fa va à la dernière Adminiſtration la
douleur & la hon e de voir les opinions de leurs Seigneuries
fe récrier contr'ens. Le Noble Lord a amplifié
fur notre fituation reſpectable , & fur la baffelle
qu'il y auroit dans un moment auffi brillant
d'accepter une paix humiliante . Quoique je ne voye
point de raison pour craindre , quoique je fente tous
les motifs qui pourroient déterminer à faire des
efforts vigoureux ; je ne fuis en aucune manière
porté à envifaget les affaires fous le même point
de vue que lui . Je connois combien ma pofition
eft difficile & importante ; les fervices feuls que
je devois à l'Etat ont pu me déterminer à pren
dre un polte dont les devoirs , felon les apparences
, devoient réfléchir auffi peu d'honneur
fur mei que fur ma Patrie : mais puifque je
retrace ces triftes réflexions , je dois rappeller
que je n'ai point attiré fur la Nation les malheurs
dont elle fe fent accablée ; c'eft l'Antenr de l'Acte
du Thé qui a femé le germe de la guerre Américaine
! c'est lui qui eft la caufe de notre humiliation
& de la douleur que j'éprouve dans ce moment.
Le noble Lord a parlé des Miniftres & des
Confeils Efpagnols ; je n'aime ni à choifir , ni à
imiter des modèles femblables ; je crois n'avoir oublié
aucune démarche pour mettre à l'abri les intérêts
de toutes les parties liées avec ce pays , ou
qui fe font dévouées avec loyauté à fervir fes intérêts.
Cependant je n'ai point réffi dans mon
entreprife ; fi j'ai échoué , ce n'eft point par négli
gence , mais par néceffité . Le Lord Shelburne termina
modeftement fon Difcours , en proteftant que
s'il parvenoit à être utile à la Patrie , il ne devroit
fes fuccès qu'aux talens diftingués avec lesquels
-
( 116 )
--
fes Collègues dans le Ministère rempliffent leurs
importantes fonctions . L'adreffe & l'amendement
ayant pallé à la pluralité des voix , la Chambre
s'ajourna à huit heu.es & demie .
Cette féance intéreflante éclaircit quelques
obfcurités que le difcours du Roi
n'avoir pas levées , & confirma quelques
articles du traité qu'on avoit commencé à
prévoir ; elle montre auffi l'opinion du
Minifère fur la véritable fituation de la
Grande Bretagne , fur lembarras où il eft de
continuer la guerre , fur l'idée qu'on doit
fe former de cette campagne , que la Nition
trouve fi glorieufe , & qui nous laiffe
cependant dans le même état cù nous nous
trouvames à la fin de la précédente , quis
fut fi déf ftreufe pour nous. Les débats
de la Chambre des Communes offrent à
peu près les mêmes réſultats avec quelques
réflexions curieufes fur la campagne du
Lord Howe .
و
Ce fut M. Yorck qui propofa l'adreffe de
remercîment ; elle eft comme toutes les
pièces de ce genre , la répétition du difcours
du Roi , & la plus grande approbation de
fa conduite, M. Fox ouvrit les débats par le
difcours fuivant.
Je ne puis paffer fous filence , dit- il , un oubli ou
une négligence d'expreffion dans le difcours du Roi ,
que je puis , à plus jufte titre , appeller le difcours
da Miniftre. Il y eft dit que S. M. , depuis la
clôture de la dernière feffion , a cu grand foin
d'empêcher toutes hoftilités offer.fives en Amérique,
Il elt certain que cette réfolution ne peut pas être
( 117 )
datée de l'époque mentionnée dans le Difcours . Si
cette opinion s'accréditoit , elle jetteroit une tache
indelebile fur ma ré utation , ai fi que fur celle
des Pairs & des perfonnages honorables qui compofoient
alors le Minitère. ( Ici M. Pit , Chancelier
de l'Echiq ier , obferva qu'il paroilloit que
l'on n'avoit pas donné une attention fuffifante au
difcours , qui certainement n'impliquoit pas une
pareille infinuation ; fur quoi cette partie du dif
cours fut lue une feconde fois ) . Alors M.
Fox reprit la parole : la fingularité des expreffions
de cet article m'a fait defirer une explication ,
& je fuis heureux d'apprendre que la liberté vient
de trouver un nouvel afyle , pifque 1 Amérique
eft déclarée libre & indépendante. Mais pourquoi
l'appelle- t-on fimplement les Etats d'Amérique , au
lieu de dire les Etats - Unis d Amérique , ainfi qu'elle
eft qualifiée dans la lettre de M Townshend ,
Secrétaire d'Etat , au Lord Maire de Londres ? Je
vois avec la plus grande fatisfaction que l'indépen
dance de l'Amérique eft établie fur la bafe la plus
permanente, Nous lui accordons aujourd'hui , de
la manière la moins équivoque , une liberté, pour
laquelle elle a combattu co irageufement. Mais le
Ministère actuel n'a point de part à cet évènement
qui comble les voeux de la Nation. La G. B. &
l'Amérique doivent à une autre adminiftration cet
acte de bienfaisance & de juftice . Je fuis bien éloigné
cependant de blâmer le Lord Shelburne d'avoir
adopté des mefures fages & prudentes . Les amis de
l'humanité applaudiront à ce témoignage de fagefe ,
quoique le projet n'émane pas de lui ou de fes Col
lègues , & je puis l'affurer , ainfi que les amis
qu'il ne fera jamais obligé de fe juftifier devant
la Nation d'avoir acquiefcé à des conditions d'indépendance
& de pacification avec l'Amérique.
Exifte-t-il un homme affez borné pour defirer la
continuation d'une guerre préjudiciable aux intérêts
( 118 )
des deux pays Exifte - t-il un être affez vil pour
continuer d'afurer , à l'exemple de certaines perfonnes
, que l'Amérique , devenue indépendante ,
éclipferoit pour toujours le foleil de la G. B. Je
fuis certain que les Américains & les Anglois ne
tarderont pas à s'unir étroitement par les noeuds
de l'amitié & du commerce. Que Dieu me préferve
de ne point concourir au glorieux traité adopté par
le Lord Shelburne , fi avantageux pour la Mère- Patric
& pour les Colonies . Jamais l'Amérique ne fera
indifférente aux intérêts de la G. B. Les Citoyens
des deux Nations feront amis d'âge en âge , leur
moeurs font les mêmes. C'eſt le même lang qui
coule dans leurs veines .... Notre également nous
a reiné. Il eft tems d'ouvrir les yeux , & de renoncer
à de vains pojets. Il y a des gens qui parlent de
l'évènement d'aujourd'hui , comme d'une conceffion
faite à la liberté ; mais ils fe trompent ; c'est la
néceffité qui nous guide ; nous fommes forcés de
donner ce que notre orgueil combattoit depuis fi
long- tems pour accorder ... Combien n'eft- il ppas ma
heureux qu'en démembrant une partie de l'Empire
nous ne donnions pas ànos Colonies une preuve de no.
tre bienveillance ; la reconnoiffance del in Jépendance
de l'Amérique nous a été arrachée par la force de les
armes , par celles de fes alliés , Les premières ouver
tures du traité actuel viennent d'une lettre que S. M.
m'a fait écrire à M. Grenville à Paris . Pareille lettre
a été envoyée au Chevalier Guy Carleton à New-
Yorck. Aucune de ces lettres n'a été dictée par le
Ministère actuel. C'eft au public à connoître à qui
il eft redevable de cet exemple trop tardif de la fageffe
des Miniftres de la G. B. Exemple cependant
qui fera admiré dans les fiècles les plus reculés par
tous les philofophes & par tous les amis de l'homme.
Après cela M. Fox traça un tableau rapide
des opérations de la dernière campagne. I!
fit l'éloge le plus pompeux du Général Elliot qu'il
appelle le Héros des Héros , il rendit auffi le tribut
( 119 )
d'hommages & de reconnoillance que la Nation doit
au Lord Howe & au Lord Keppel ; mais il ne dit pas
un mot de l'Amiral Rodney .
:
Le Gouverneur Johnfton , loin d'approuver le dif
cours de M. Fox , témoigna fon mécontentement
de l'article de la harangue de S. M. , fur lequel
cet honorable Membre venoit de déployer toute fa
rhétorique. Je n'aurois jamais imaginé , dit-il , qu'une
affaire auf importante que celle de la reconociffance
de l'indépendance de l'Amérique , pût être
terminée avant d'avoir préalablement pris l'avis
du Parlement. Il paffa enfuite au ravitaillement de
Gibraltar , & il déclara hautement que notre efcadre
s'étoit honteufement retirée devant celle de
l'ennemi. Il cita particulièrement l'avant - garde ,
commandée par l'Amiral Barington , qu'il affura
s'être éloignée , le lendemain du combat , de quatre
lieues à l'eft de l'armée combinée. Je ne prétends
point dire , ajouta-t- il , à qui nous devons attribuer
une pareille conduite mais ce n'eſt point la feule
faute ; on en a fait plufeurs autres encore moins
excufables. En conféquence , je ne donnerai point
mon confentement à cette partie de l'adreffe où
l'on fait tant d'éloges d'un Commandant dont je
je ne puis approuver la conduite. Le Lord North
témoigna fa fatisfaction de voir l'adreffe paffer fans
amendement. Dans la circonftance préfente , dit-il ,
il est du devoir d'un bon patriote de fignaler fon
zèle en foutenant le Gouvernement ; & je n'aurois
point moi - même importané la Chambre de mes
obfervations , fans quelques articles de l'adreffe ,
fur lefquels je prendrai la liberté de faire une ou
deux remarques . Malgré mon attachement à feconder
les Miniftres actuels dans toutes les mesures
raifonnables qu'ils prendront , foit pour la paix ,
foit pour la guerre , je ne pais m'empêcher , pour
le moment , de m'élever contre cette partie de
l'adreffe qui approuve le traité proviſoire , conclu
avec l'Amérique , avant de faire connoître les con120
)
--
ditions. Je crois devoir confeiller aux Miniftres de
ne point mettre trop de précipitation à terminer
l'ouvrage de la paix . La G. B. eft dans une fituation
qui lui donne le droit de prétendre à des
conditions honorables. Il entra alors dans des
détails fur l'étendue de nos reffources , comparées
avec celles de nos ennemis , & démontra que notre
pofition étoit bien loin d'être défefpérée . - M. le
Chancelier Pitt répondit qu'il recueilloit , avec le
plus grand plaifir , toutes les obfervations des
Membres de la Chambre , & qu'il ne doutoit point
que le réſultat de ces diverfes opinions ne fervit
à diriger la conduite de l'Adminiftration. J'espère ,
ajouta t-il , ête , fous peu de jours , en état d'informer
la Chambre des conditions auxquelles on
fera convenu d'un traité de paix générale. Il y
auroit , pour le moment , la plus grande impru
dence à en dire davantage. Après quelques autres
difcours de M. Burke , du Chancelier Mawbey &
de M. Smith , la motion pour l'adrefle palla , &
la féance fut terminée «.
-
L'affaire du difcours du Roi & de l'adreffe
en réponſe ne fut pas irrévocablement terminée
dans cette féance ; les débats fe renouvellèrent
le lendemain , 6 , dans la Chambre
des Communes.
Après quelques difcuffions fur des objets qui ne
fixent point encore toute l'attention du public , M.
Fox fe leva & dit : » Je fuis fâché qu'on me croie
partifan de l'indépendance Américaine . Rien n'eft
plus faux. Dès le commencement de la querelle , je
me fuis conftamment oppofé à toutes les mefures
que je prévoyois devoir produire cette indépendance
que je regarde comme une grande calamité , que
perfonne ne déplore plus fincèrement que moi. Mais
aufli- tôt que j'ai vu qu'elle feroit pour la G. B. une
calamité moindre que la continuation d'une guerre
ruineufe
( 121 )
Tuinenfe , j'ai pensé que la feule reffource qui reftât
à cet Empire , à la veille de fa deftruction , étoit de
reconnoître l'indépendance de l'Amérique . Mais le
principal motif de mon difcours , eft de favoir ce
qu'on peut répondre à une queftion que je vais faire
aux Miniftres. Il eft d'autant plus néceffaire qu'ils
s'expliquent fur la difficulté qui m'arrête , que ce
font eux qui y ont donné lieu. J'ai appris que l'indépendance
de l'Amérique avoit été reconnue par le
premier article du traité provifoire . Or je voudrois
favoir fi elle a été reconnue de manière qu'aucun
évènement à venir ne puiffe changer notre réfolution
fur cet objet , s'il eft encore en notre pouvoir
de revenir fur cette reconnoiffance , & fi le traité
provifoire aura fon effet auffi-tôt que la paix fera
conclue avec la France quelque chofe qui puiffe
arriver ? J'aime à croire que l'indépendance eft
irrévocablement reconnue , car quoique plufieurs
perfonnes penfent que l'Amérique feroit alors au
pouvoir de la France , je fuis au contraire fermement
perfuadé que la France feroit au pouvoir de
l'Amérique. En effet lorfque l'on faura dans les
Colonies que le grand objet pour lequel elles ont
pris les armes eft complettement rempli , & qu'il ne
inanque plus rien , pour mettre fin aux hoftilités ,
que le confentement de la France à des termes de
paix juftes & raiſonnables , je ne doute pas que les
Américains , voyant que ce n'eft plus pour leur
caufe mais pour celle de la France qu'ils combattent ,
n'infiftent auprès de la Cour de Verfailles pour la
déterminer à accepter ces conditios , de manière
que felon toutes les apparences ce moyen nous fera
obtenir une paix plus avantageufe que celle que
nous pourrions conclure , en ne reconnoiffant que
conditionnellement cette indépendance. MM .
Townshend & Pitt entrèrent alors dans des détails
d'où il femble réfulter qu'en effet l'indépendance eft
reconnue fans condition . M. Burke fe leva alors ,
21 Décembre 1782.
f
( 122 )
tenant à fa main le difcours imprimé dont il fit la
critique la plus détaillée & la plus févère. » Je regarde
, dit-il , le Miniftre comme coupable du délit
le plus grave , pour avoir ofé mettre dans la bouche
du Roi des expreffions par lesquelles S. M. rejette
fur le Parlement tout le blâme de la réſolution prife
de reconnoître l'indépendance de l'Amérique. La
preuve de ce que j'avance , exiſte dans la répugnance
apparente avec laquelle S. M. déclare qu'elle l'a
reconnue par égard pour le voeu de fon Parlement.
Cette phrafe implique une cenfure du Parlement ,
fur-tout quand on voit le Miniftre faire tomber le
Roi à genoux après cette déclaration , pour prier le
Tout-puiffant de détourner les maux qui pourroient
réfulter d'un fi grand démembrement de l'Empire.
J'ai fouvent entendu des formules de prieres dans
les Eglifes , mais c'eft la premiere fois que j'en
trouve une dans un difcours du Roi à fon Parlement
, c'est un tour d'hypocrifie joué aux dépens de
cette Affemblée. La conftruction grammaticale , le
fens de la phrafe, rien dans le difcours ne prouve que
l'indépendance ait été reconnue fous condition par
les articles provifoires. Or , comme on fait qu'un
des Miniftres du Roi a donné ailleurs un fens tout
différent à la manière dont elle a été reconnue dans
les articles provifoires ; qu'il y a des divifions dans
le Cabinet , & que les Miniftres qui ont dit une
choſe dans un endroit , en diſent une toute différente
dans un autre , la Chambre a lieu de craindre qu'on
ne veuille la furprendre & l'induire en erreur dans
une circonftance auffi importante & auffi critique.
Si le doute ne partoit que fur M. Pitt , dont je
connois l'honneur & l'intégrité , la déclaration
qu'il vient de faire ne me laifferoit aucune inquiétude
; mais quand on penfe à l'auteur du difcours ,
on fent que la Chambre n'a que trop de raifons de
s'allarmer des engagemens qu'elle a pris par fon
adieffe en réponse au difeours , d'autant plus que
( 123 )
לכ
toutes les conféquences qui pourront en réfulter ;
font mifes ouvertement à fa charge. M. Burke lut
enfuite un paffage du difcours où le Roi déclare
qu'il a facrifié toutes les confidérations perfonnelles
au vou de fon peuple. Il s'arrêta affez long- tems
fur le mot confidération , & demanda ce que le
Miniftre entend en faifant dire à S. M. qu'elle
avoit des confidérations différentes du vou de fes
Peuples. » Cette idée , dit - il , eſt également nouvelle
, anti-conftitutionnelle & impropre. Reprenant
enfuite l'examen du Difcours , il lut un autre
paffage , J'attribue , fous la bénédiction de Dieu ,
cet Etat refpectable à l'entière confiance qui fubfifte
entre moi & mon Peuple , & à la promptitude
avec laquelle les habitans de Londres & des autres
parties de mcn Royanme fe font montrés pour
veiller à la sûreté commune . Des Particuliers ont
dernièrement donné des preuves de patriotisme
qui feroient honneur à tous les âges & à tous les
Pays . M. Burke prétendit que tout cela n'étoit
qu'une chatlatanerie pour tromper la Nation , que
le Chevalier Lowther étoit la feule perfonne à
laquelle cette dernière phrafe pût faire allufion
mais que la poli ique miniftérielle multiplie fauf
fement un facrifice dans la vue d'engager en effet
d'autres citoyens à les réitérer . Au furplus l'encouragement
donné à ces contributions volontaires
eft , felon lui , auffi illegal que ridicule , puifqu'il
ne pourroit produire aucun fecours intéreffant
& que d'ailleurs il étoit déshonorant pour un grand
Empire comme la G. B. que le Gouvernement allât
en quelque forte demander l'aumône de ville en
ville , tandis que la Chambre votoit généreusement
des millions pour le foutien de l'Etat . M. Burke ne
fut pas plus indulgent pour la fin du diſcours ; felon
lui , les Miniftres y font eux-mêmes leur éloge de
la manière la plus révoltante , puifqu'il eft clair
qu'en parlant des hommes dont les talent & les ferf
2
(
124
vices méritent des récompenfes ; c'eft eux- mêmes
qu'ils ont en vue .
Si je pouvois , continue - t - il , à l'exemple de
quelques-uns qui font actuellement en place , & qui
étoient autrefois rangés dans le parti de l'Oppofition,
me permettre un tel langage , j'appellerois ce difcours
, un tiffu de platitudes & d'argumens fpécieux.
N'étoit- ce pas mettre la patience du Parlement à
l'épreuve la plus forte , que de l'obliger à l'entendre ,
à en devenir l'écho ? Et cependant il a foutenu cette
épreuve fans témoigner fon humeur. Les Miniftres
nous recommandent la prudence ; mais peut- on l'attirer
dans cette enceinte avec la même facilité qu'on
y fait accouir certains Membres , par l'appât d'un
billet de la Tréforerie ? La prudence ne s'inculque
pas d'un coup de baguette , & la partie du difcours
qui nous recommande le défintéreffement , eft un
outrage fait au Parlement , en laiffant douter de fes
principes. M. Burke s'étendit prodigieufement
fur ce fujet ; & recoenoiffant lui-même combien il
devenoit prolixe , il pria la Chambre de lui pardonner
fes lengueurs , alléguant pour fon excufe
qu'un long texte exigeoit un long commentaire.
-
Le Chancelier de l'Echiquier fe leva enfuite ; &
l'Orateur lui ayant rappellé qu'il avoit parlé : mon
motif, repliqua M. Pitt , eft fi défagréable , & lat
tâche qui m'eft impofée eft fi pénible , que je confentirois
volontiers à ne point reprendre la parole ,
fi certains paffages du difcours de M. Burke ne me
mettoient dans la néceffité indiſpenſable de fixer de
nouveau l'attention de la Chambre fur l'importance
du fujet qui l'occupe actuellement , de lui rappeller
qu'elle doit approfondir le fens du difcours prononcé
par le Roi , & y répondre par une adreffe également
férieufe & réfléchie. Ce n'eft pas le moment de plaifanter
: l'adreffe dont il s'agit , n'admet pas non plus
de pareils écarts ; ce n'eft pas le moment de donner
carrière à une imagination brillante & féconde.
Nous devons effayer de rompre la baguette ma-
2
( 125 )
gique , & montrer les chofes telles qu'elles font.
Notre devoir eft d'examiner mûrement la crife dans
laquelle fe trouve la Patrie , & de nous efforcer ,
en adoptant des mefures fages , bien combinées &
conformes à la faine politique , de détourner le
danger qui la menace , de la délivrer des dépenfes
& des embarras de la guerre , & de lui procurer
une paix honorable. Le Membre qui a parlé , s'eſt
livré tellement à fon imagination , que j'ignore s'il
a eu le deffein de parler férieuſement. Il m'eft d'autant
plas difficile de comprendre fon but , qu'hier
il a femblé approuver l'adreffe , à chaque partie de
laquelle la Chambre a donné unanimement fon
fuffrage. ( M. Fox & plufieurs autres Membres s'écrièrent
, cela n'eft pas , cela n'eft pas ) . Au moins ,
dit M. Pitt , puifqu'elle a paffé nemine contradicente ,
je dois penfer que l'honorable Membre a conclu
que l'examen férieux du difcours ayant été terminé
hier , il ne reftoit aujourd'hui qu'à s'égayer. Je ne
faurois autrement rendre raifon de la manière dont
il a traité l'objet férieux qui occupe la Chambre :
on pourroit lui reprocher d'avoir débité des bonf
fonneries ; mais les graces qu'il fait prêter à fes
penfées , ne permettent pas d'employer cette expreffion
. Le difcours de S. M. ne contient rien qui puifle
autorifer à le tourner en ridicule . Le langage en eft
fimple , clair , plein de franchife , & adapté aux
circonftances . L'adreffe de la Chambre eft également
conçue dans les termes convenables . Je prie
donc la Chambre de difcuter férieufement cette
matière , afin que les Miniftres de S. M. fachent
quelle eft la partie de ce difcours contre laquelle on
peut former des objections. L'honorable Membre
révoque en doute ma fincérité relativement àl'explication
que j'ai donnée des articles provifoires .
Je ne fais s'il veut infinuer que je fuis capable d'avancer
des chofes à double entente , au moment où
je prends la parole comme Miniftre , & où je réf
3
( 126 )
-
:
ponds explicitement à une queftion claire . Je me
Alatte que mon intégrité , qui n'a reçu juſqu'à préſent
aucune atteinte , me conciliera la bienveillance de la
Chambre , & qu'elle ne me foupçonnera point d'être
capable d'une duplicité auffi-baffe & auffi fcandaleuſe.
Si j'ai laiffé pafler l'adreffe , dit alors M. Fox ,
ce fit après avoir fait connoître les articles que je
défapprouvois. Il prit enfuite la défenſe de fon ami
M. Burke , appuya fes raifons fur l'adreffe même ,
& ajouta Le Miniftre , effrayé de reconnoître
l'indépendance de l'Amérique , a rejetté fur le
Parlement ce pefant fardeai ; & le montrant avec
effronterie dans l'arêne , il a pouffé l'audace au
point de faire blâmer par le Roi la conduite du
Parlement , qui le forçoit à la reconnoître. Ce trait
de politique a dévoilé les projets du Miniftère
actuel ; nous en voyons la trame ourdie dans le
fein de la fauffeté . Anglois , on veut vous priver
de votre liberté , en vous faifant haïr vos Repréfentans
! Après cette apoftrophe , M. Fox reprocha
à M. Pitt de s'être étayé fur fon caractère privé ,
pour donner encore plus de poids à fa déclaration
miniftérielle. Il fe déchaîna enfuite contre l'article
du difcours , par lequel la Couronne demande au
Parlement , avec le mafque de l'ingénuité & la fubtilité
d'un ferpent , de déployer la fermeté , fa prudence
, fon défiatérelement : ce paffage feul , dit- il ,
bouleverse toute notre conflitution . Le Miniftre
répond de fa conduite ; il eft fajet à fa cenfure &
à fes jugemens. Aujourd'hui il veut commander à
fes maîtres , & nous enlever nos droits pour en
couvrir la tête couronnée qu'il fait agir . Si la
Chambre a befoin de principes de défintér ffement
, ce n'eft pas dans l'antre obfcur de la corruption
& du vice qu'elle ira les chercher ; la
Trésorerie ne lui fervira point de modèle. M. Fox
reprit fur le même ton tout le difcours du Roi
& finit par affirmer , avec cette confiance fi ratu- .
relle à un Orateur tel que lui , que le difcours de
( 127 )
M. Burke avoit été auffi éloquent que perfuafif ,
& que M. Pitt avoit choifi avec adreffe les points
de fa critique , rien n'étant plus aifé que d'attaquer
l'efprit de M. Burke , & plus difficile que de
répondre à fes argumens . Ici M. Fox s'adreffant
au Général Conway , le pria de déclarer s'il éntendoit
que la reconnoiffance de l'indépendance de
l'Amérique , dans les articles provifoires , étoit fans
conditions. Le Général , Conway répondit brièvement
: Il est évident que la reconnoiffance eft fans
conditions , & je ne vois point pourquoi on auroit
employé la rufe , puifque le traité lui - même ſera
foumis au Parlement fous peu de jours. A fept
heures l'adreffe fut lue une feconde fois , & la
Chambre fe fépara «.
Ces premiers débats nous préparent à
de vives oppofitions ; celles qu'éprouvera
la paix font craindre qu'elle ne foit pas
auffi prochaine qu'on avoit lieu de l'efpérer ,
& que la campagne prochaine n'ait lieu ;
elle peut nous être moins avantageufe , &
nous donner enfuite de vifs regrets de na
voir pas traité dès à préfent.
" Le floop de guerre le Swallow , écrit- on de
Portsmouth , a appareillé pour l'Oueft avec des dépêches.
Le 7 au matin , le Commodore Elliot a levé
l'ancre , & a mis à la mer de Spithéad , avec les vaiffeaux
le Romney , l'Ariane , l'Anſon & deux curters.
Il a ordre de croifer devant Oueffant avec les
2 premiets , pour obferver les mouvemens de l'efcadre
Françoife actuellement dans le port de Brest
l'Anfon doit aller à Sainte -Lucie «<.
Les bâtimens de tranfport qui arrivent de
Gibraltar ont ordre de faire une quarantaine
de 14 jours au Mother - Bank.
£
4
( 128 )
Tous les régimens , dit un de nos papiers , an
deffous du 60e , feront réformés auffi- tôt que le
traité de paix fera figné , & les Officiers de ces régimens
, qui feront mis à la demi - paye , pafferont
fuivant leur rang d'ancienneté dans les anciens
régimens pour la défenſe de la G. B. , dès qu'il
vaquera des places , foit par mort , foit par promotion
. Cette réforme devient indifpenfable , puifque
nous n'aurons plus de troupes à Boſton , à New-
Yorck , à Philadelphie , à Charles -Town , à Savanah
, à St- Auguftis , à Minorque & peut-être à
Gibraltar «.
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Résumé : De LONDRES, le 10 Novembre.
Le document du 10 novembre à Londres rapporte divers événements militaires et politiques. L'amiral Pigot et une partie de la flotte ont quitté New York, suivis par l'amiral Hood. La situation en Amérique reste calme, mais l'évacuation de Charles Town est incertaine. Le gouverneur Archibald Campbell a capturé le fort de Blackriver-Bluff à Musquito le 31 août. Les dépêches de Jamaïque du 10 octobre ne mentionnent pas les vaisseaux de l'escorte de la flotte, et des rumeurs sur la capture de navires restent non confirmées. Au Parlement, les discussions se concentrent sur les négociations de paix avec les États-Unis. Le marquis de Carmarthen souligne la nécessité d'unanimité et exprime des doutes sur l'approbation de l'indépendance américaine. Lord Shelburne défend les décisions passées et rejette la responsabilité des malheurs actuels sur l'Ancien Régime. Charles James Fox critique le ministère pour n'avoir pas reconnu plus tôt l'indépendance américaine et prédit une future amitié entre les deux nations. Le gouverneur Johnston conteste Fox, estimant que la reconnaissance aurait dû être soumise au Parlement. Lord North approuve l'adresse parlementaire avec quelques réserves. Lors d'une séance parlementaire, des membres discutèrent d'un traité provisoire avec l'Amérique. Un orateur s'opposa à son approbation avant la connaissance des conditions. Le chancelier Pitt promit de révéler bientôt les conditions du traité de paix générale. La motion fut adoptée. Le lendemain, Fox exprima sa préférence pour l'indépendance américaine et demanda des clarifications. Les ministres Townshend et Pitt confirmèrent la reconnaissance sans condition de l'indépendance américaine. M. Burke critiqua le discours du roi, le jugeant trompeur, tandis que Pitt le défendit. Fox soutint Burke et accusa le ministère de vouloir priver les Anglais de leur liberté. Le général Conway confirma la reconnaissance sans condition de l'indépendance américaine. Des préparatifs militaires et une réforme des régiments sont prévus après la signature du traité de paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12167
p. 128-129
De VERSAILLES, le 17 Décembre.
Début :
Le 6 de ce mois l'assemblée du Clergé, composée de Cardinaux, d'Archevêques, [...]
Mots clefs :
Versailles, Ordre, Ordre de Cîteaux, Abbé, Dame, Diocèse, Vicaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 17 Décembre.
De VERSAILLES , le 17 Décembre.
LE 6 de ce mois l'affemblée du Clergé ,
compofée de Cardinaux , d'Archevêques ,
d'Evêques , & de Députés du fecond Ordre ,
fe rendit ici & fut préfentée à l'Audience du
Roi par M. Amelot , Secrétaire d'Etat . L'Evêque
d'Auxerre , au nom de l'Affemblée
porta la parole à S. M. , après quoi les
Députés du premier & du fecond Ordre
furent préfentés & nommés au Roi
Cardinal de la Rochefoucault.
par
le
Le Roi a nommé à l'Abbaye des Clairets ,
Ordre Cîteaux , Diocèle de Chartres , la
Dame de Galad- Bearn , Religieufe de l'Abbaye
de St-Julien d'Auxerre , fur la nomination
& préfentation de Monfieur en
vertu de fon Apanage ; à celle de St- Crépinle-
Grand , Ordre de St-Benoît , Diocèfe de
Soiffons , l'Abbé d'Argens , Vicaire-Général
de Paris ; à celle de Montolieu , même Ordre,
( 129 )
Diocèle de Carcaffonne , l'Abbé d'Alais de
Montales , Vicaire- Général de Cambray ; à
celle de Beaulieu , Ordre de Cîteaux , Diocèſe
de Langres , l'Abbé de Montefquieu ,
Vicaire Général d'Aix ; à celle de Lanvaux ,
même Ordre , Diocèfe de Vannes , l'Abbé
de la Villeon , Vicaire de St- Euſtache ; à
celle de St -Lo , Ordre de St- Auguſtin , Diocèfe
de Coutances , l'Abbé de Brandés ; à
l'Abbaye régulière de Notre - Dame de Prorection
, même Diocèfe ,' la Dame Millo , Religieufe
Profeffe de l'Ordre de Cîteaux ; à
celle des Ifles , Ordre de Cîteaux , Diocèle
d'Auxerre , la dame de Prioreau , Religieufe
Profeffe du même Ordre .
LE 6 de ce mois l'affemblée du Clergé ,
compofée de Cardinaux , d'Archevêques ,
d'Evêques , & de Députés du fecond Ordre ,
fe rendit ici & fut préfentée à l'Audience du
Roi par M. Amelot , Secrétaire d'Etat . L'Evêque
d'Auxerre , au nom de l'Affemblée
porta la parole à S. M. , après quoi les
Députés du premier & du fecond Ordre
furent préfentés & nommés au Roi
Cardinal de la Rochefoucault.
par
le
Le Roi a nommé à l'Abbaye des Clairets ,
Ordre Cîteaux , Diocèle de Chartres , la
Dame de Galad- Bearn , Religieufe de l'Abbaye
de St-Julien d'Auxerre , fur la nomination
& préfentation de Monfieur en
vertu de fon Apanage ; à celle de St- Crépinle-
Grand , Ordre de St-Benoît , Diocèfe de
Soiffons , l'Abbé d'Argens , Vicaire-Général
de Paris ; à celle de Montolieu , même Ordre,
( 129 )
Diocèle de Carcaffonne , l'Abbé d'Alais de
Montales , Vicaire- Général de Cambray ; à
celle de Beaulieu , Ordre de Cîteaux , Diocèſe
de Langres , l'Abbé de Montefquieu ,
Vicaire Général d'Aix ; à celle de Lanvaux ,
même Ordre , Diocèfe de Vannes , l'Abbé
de la Villeon , Vicaire de St- Euſtache ; à
celle de St -Lo , Ordre de St- Auguſtin , Diocèfe
de Coutances , l'Abbé de Brandés ; à
l'Abbaye régulière de Notre - Dame de Prorection
, même Diocèfe ,' la Dame Millo , Religieufe
Profeffe de l'Ordre de Cîteaux ; à
celle des Ifles , Ordre de Cîteaux , Diocèle
d'Auxerre , la dame de Prioreau , Religieufe
Profeffe du même Ordre .
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Résumé : De VERSAILLES, le 17 Décembre.
Le 6 décembre, l'assemblée du Clergé, incluant des cardinaux, archevêques, évêques et députés du second ordre, s'est réunie à Versailles et a été présentée au roi par M. Amelot, secrétaire d'État. L'évêque d'Auxerre a pris la parole au nom de l'assemblée. Les députés du premier et du second ordre ont ensuite été présentés et nommés au roi par le cardinal de la Rochefoucauld. Le roi a procédé à plusieurs nominations pour diverses abbayes : Dame de Galad-Bearn à l'abbaye des Clairets, diocèse de Chartres ; Abbé d'Argens à l'abbaye de Saint-Crépin-le-Grand, diocèse de Soissons ; Abbé d'Alais de Montals à l'abbaye de Montolieu, diocèse de Carcassonne ; Abbé de Montescieu à l'abbaye de Beaulieu, diocèse de Langres ; Abbé de la Villeon à l'abbaye de Lanvaux, diocèse de Vannes ; Abbé de Brandés à l'abbaye de Saint-Lô, diocèse de Coutances ; Dame Millo à l'abbaye régulière de Notre-Dame de Protection, diocèse de Coutances ; et Dame de Prioreau à l'abbaye des Isles, diocèse d'Auxerre.
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12168
p. 129-139
De PARIS, le 17 Décembre.
Début :
Les bruits de paix prochaine se soutiennent & se fortifient encore par les expressions [...]
Mots clefs :
Paris, Bureau, Nouvelles, Ville, Pauvres, Roi, Général, Anglais, Écrit, Jean-Michel Moreau, Vent, Marseille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 17 Décembre.
De PARIS , le 17 Décembre.
LES bruits de paix prochaine fe foutiennent
& fe fortifient encore par les expreffions
du Roi d'Angleterre , dans fon difcours au
Parlement ; s'il ne donne pour certain &
pour arrêté que l'accommodement avec les
Etats- Unis , il fait efpérer que les autres négociations
auront une iffue prompte &
heureufe ; d'ailleurs , les conventions faites
avec l'Amérique ne doivent avoir leur effet
qu'après qu'on fera auffi convenu d'un
arrangement avec la France. Si les difpofi
tions du Parlement Anglois & de la Na-`
tion ont changé depuis le ravitaillement de
Gibraltar , elles peuvent revenir à l'état où
elles étoient lorfque les négociations ont
fs
( 130 )
commencé ; l'hiver peut affoiblir l'enthouſiafme
caufé par un évènement dont les fuites
paroîtront moins avantageufes , lorſqu'on
les confidérera de fang froid. Pendant l'intervalle
qui doit s'écouler , jufqu'à la campa
gne prochaine , on recevra fans doute des
nouvelles de l'Inde. Celles que les Anglois
ont publiées , ne parlent que des deux actions
des mois de Février & d'Avril , dont on
avoit déja reçu des avis , & dans lesquelles
l'avantage eft demeuré à M. de Suffren .
On apprendra vraisemblablement des nouvelles
poftérieures , qui peuvent influer fur
les arrangemens à prendre pour cette partie
du monde. En attendant , une lettre de
Bordeaux , en date du 19 du mois dernier ,
contient les détails fuivans , qui offrent
au moins des inductions très favorables
fur l'état de la guerre dans l'Inde .
-
Si la flotte de M. le Bailli de Suffren a paſſé l'hiver
aux Inles de France & de Bourbon , comme les Anglois
l'affurent , elle a pu au moment où j'écris
remettre en mer , le tems de la mouſſon ne régnant
plus. Quelques Négocians de notre Ville affurent
favoir , inftruits par leurs Correfpondans de Marfeille
, que M. le Comte de Buffy , arri ‹ é fur la côte
de Coromandel , s'eft mis auffi-tôt en route four
pénétrer dans l'intérieur de cette région , & aller
négocier avec les Nababs , Souba , & Raja de l'Indoltan.
On prétend qu'un des objets de fa miffion
eft de propofer une alliance à la Cour de Delhi :
nos Correfpondans Anglois fuppofent qu'elle doit
être préjudiciable au commerce de la Compagnie.
Suivant nos lettres de Marſeille , les 2500 hommes
aux ordres de M.Duchemin , qui eft actuellement au(
131 )
près d'Hyder. Aly- Kan , inquiètent beaucoup l'armée
Européenne de Sir Eyre Coote . Quelques- unes ajoutent
que Typoo Sahé a prié le Général François de
détacher 800 braves & intelligens foldats , pour enfeigner
à 10 régimens Indiens les détails de l'exercice
Européen. Nous attendons le retour de nos bâtimens
( expédiés en 1780 , ) vers la mi-Février. Ainfi il faut
renvoyer à cette époque le plaifir d'apprendre de
l'Inde des nouvelles authentiques . Les Anglois , pour
en recevoir , ayant des établiſſemens dans le Malabar,
à la pointe qui forme le cap Comorin , peuvent
aifément envoyer de petits floops à Ormus , & de-là
les dépêches leur font expédiées par terre : nous
n'avons pas cette facilité.
On a fu qu'une corvette du Roi avoit
mouillé dans un de nos ports , & que M.
du Chillau étoit en route pour se rendre
ici ; on a cru que c'étoit le Capitaine de
vaiffeau , & qu'il apportoit les nouvelles
des combats de l'Inde , qui font tant d'honneur
à M. de Suffren , mais ce M. du
Chilleau eft le Maréchal de - Camp , Gouverneur
de la Dominique.
La frégate marchande la Jofephine , du Havre ,
écrit-on de Nantes , vient d'arriver ici des Cayes ,
Saint-Louis , ifle Saint-Domingue , d'où elle eft partie
le 27 Septembre dernier , avec un bâtiment Impérial
& 3 de ce port ; ils ont relâché à la Havane , d'où
ils font partis le 22 Octobre ; il n'y a qu'un de
nos navires qui ait pu fuivre la Jofephi ne jufqu'à
la hauteur des Açores , où ils ont été chaflés par
une frégate Angloife : alors ils font convenus de
faire fauffe route pendant la nuit , & diffé rente l'une
de l'autre . Selon les nouvelles qu'apport ent la Joféphine
& 13 navires du convoi de Saint- Domingue ,
£ 6
( 132 )
mouillés dans cette rivière, dont 11 font de ce port
& 2 de celui de Marfeille , on faifoit au Cap tous
les préparatifs de quelque grande expédition qui
devoit avoir lieu à l'arrivée de M. de Vaudreuil
& des forces qu'on attendoit d'Europe . Il n'y avoit
à cette époque , à Saint Domingue , que 2 vaiffeaux
de ligne Efpagnols , le Scipion , de 74 canons ,
commandé par M. de Grimoard , 2 frégates & I
cutter ; & la Colonie étoit dans l'abondance de
toutes chofes «.
Il eft arrivé à St - Malo un bâtiment parlementaire
avec des prifonniers François ; il
eft arrivé de New-Yorck , & a fait la traverfée
en 28 jours. Il doit apporter des
nouvelles fraîches ; mais elles n'ont pas
encore tranfpiré. Sans doute qu'il ne s'eft
rien paffé d'intéreffant de ces côtés depuis
le départ de l'Amiral Pigot , qui en a dû
mettre à la voile pour retourner aux Ifles.
» Les dernières troupes , écrit- on de Breft , qui
devoient être embarquées , paffèrent en rade le 2
de ce mois dans l'après - midi , & le foir le coup
de partance fut tiré. Ce ne fut que le même jour
qu'arriva le Marquis de la Fayette , qui s'embarqua
fur-le- champ. Le vent ne permit pas à l'efcadre &
au convoi de partir le lendemain , comme on l'efpéroit.
Ce ne fut que le 4 à midi qu'ils appareillèrent
par un vent de S. E. Ils trouvèrent au- dehors
de la brame , du calme , & enfuite des vents de
S. O. , qui les obligèrent de venir mouiller à Berthaume
; & le même tems continuant , ils revinrent
en rade le 6. Le vent n'a changé qu'aujourd'hui 8 ,
qu'ils ont remis à la voile par un vent de N. O.
grand frais , qui nous les a bientôt fait perdre de
vue er.
Ce fut le 22 du mois dernier que M. le
Comte d'Eftaing arriva à Madrid ; le 24 il ſe
7
133
133
)
rendit à l'Efcurial , où il fut reçu par le Roi
& par toute la Cour avec les témoignages
de la plus haute eftime. Il favoit en quittant
Paris , que la paix pouvoit n'être pas
éloignée ; mais cela n'empêche pas que les
armemens ne fe continuent avec beaucoup
d'activité à Cadix , où , felon les dernières
lettres , on l'attendoit inceffamment , & où
il est peut être arrivé dans ce moment.
On dit ici , écrit- on de Dunkerque , que la
premier bâtiment qui partira pour la Delaware ;
fera chargé de porter au Sieur Gourgue , Officier
Auxiliaire de l'Aigle , qui a fait fi bonne contenance
aux deux chaloupes Angloifes , fur chacune
defquelles étoient ico réfugiés , la Croix de Saint-
Louis , & une gratification aux vingt braves qui
ont partagé fon acte de valeur. Un Officier da
même nom fit contre les Espagnols , dans la Caroline
, une expédition fanglante qui lui valut autant
de gloire , fous Henri IV , & par laquelle il
vengea la Colonie Proteftante envoyée dans l'Amérique
Septentrionale par l'Amiral Coligny, & cruellement
maffacrée par les Sujets de Philippe II «.
Parmi les mesures prifes par l'Adminiftra
tion de plufieurs Villes , pour prévenir l'indigence
& fupprimer par-là la mendicité ,
on doit diftinguer ce qui a été fait à Amiens
pour atteindre ce but.
» Cette Ville compte dass fes murs & fes fauxbourg
environ 40,000 ames . Avant 1778 , dans
ce nombre étoient compris 8000 pauvres , dont
500 mendians de profeffion. Ceux-ci infeftoient à
toute heure les églifes & les auberges. L'Evêque
l'Intendant , les Officiers Municipaux , les Curés ,
l'élite de tous les Ordres de citoyens , adoptèrent de
concert , à la fin de 1778 , un nouveau plan qui
( 134 )
.
leur étoit propofé , pour affifter tous les pauvres &
fupprimer la mendicité. On créa un Bureau général
& 15 Bureaux particuliers. Le Bureau général eft
compofé de l'élite des Citoyens , mais fans aucune
diftinction de rang : il exifte affez d'Adminiſtrateurs
dans chaque Bureau particulier pour qu'en deux heu
res tous les pauvres de la Ville foient vifités. On
fait le premier de chaque mois une quête dans les
maifons des Citoyens ; des Adminiftrateurs des Bureaux
particuliers y ajoutent le produit des quêtes
faites dans les églifes de leurs Paroiffes , des troncs ,
des fondations & legs faits en faveur des pauvres.
Le Député de chaque Bureau porte fon bordereau à
l'affemblée du Bureau général . On y fait une ſomme
totale de toutes les fommes particulières ; on y fixe
la fomme qui doit être diftribuée pendant le mois
par chaque Bureau particulier , & chaque Adminif
trateur porte de huit en huit jours , à chaque famille
pauvre , le fecours que le Bureau particulier lui
attribue. Si quelque Bureau particulier fe plaint de
la part qui lui eft accordée dans l'aumône générale ,
le Bureau général , par les Commiffaires qu'il nomme
, pour vérifier fait droit. Un tronc , placé
dans la Cathédrale , reçoit les requêtes des pauvres
qui fe plaignent de n'être point affiftés , ou de l'être
trop peu par les Bureaux. On rend de même juftice
par des Commiffaires . Les Bureaux prennent le foin
de procurer du travail aux mendians encore valides
& aux pauvres qui en manquent. On a auffi établi
une école de filature pour les petites filles ; & la Ville
dont la fubfittance dépend des Manufactures d'étoffes ,
acquiert peu à eu une branche d'induftrie qui lui
manquoit. On a détruit la plupart des prêts à la
petite femaine meurtriers pour les pauvres , en établiffant
en leur faveur , un prêt purement gratuitfur
gage. Le Bureau général rend compte tous les ans
au Public de fa recette ( qui en 1781 , montoit à:
11,546 liv. ) & de fa dépenfe par la voie de l'impreffion.
En conféquence de ces établiffemens & du
> y
( 135 )
bon ordre qui les foutient , on ne voit plus de mendians
, ni étrangers ni citoyens . La Police n'a prefque
rien à faire pour contenir les pauvres dans la
règle ; la religion & l'amour du travail reprennent
leurs droits fur leurs coeurs. Affujettis à une
vie plus uniforme & moins expofée aux excès d'une
intempérance crapuleufe , ils jouiffent d'une meilleure
fanté & font beaucoup moins mal-propres
dans leurs vêtemens & dans leurs demeures
On écrit de Marfeille , que le Capitaine
Michaelfon , commandant le brigantin
l'Anne - Marie , parti de Westerwich en
Suède , le 22 Septembre dernier , a dépofé
que fe trouvant le premier Octobre entre
Mayorque & Ivice , il a rencontré une
barque du Roi de Maroc de 16 à 18 canons
& de 100 hommes d'équipage environ
; que cette barque , qui étoit en courfe
l'a obligé de fe rendre à fon bord pour .
lui exhiber fes papiers.
» MM . les Maire , Echevins & Affeffeur de la
ville de Marseille , ayant déterminé daccorder la
fomme de 1200 livres , pour fervir de Prix à l'Ouvrage
, qui , au jugement de l'Académie des Belles-
Lettres , Sciences & Arts , préfentera le plan d'Ed -
cation le plus convenable à la conftitution de cette
Ville , l'Académie a accepté avec reconnoiffance
l'offre de MM . les Magiftrats Municipaux : & pour
concourir , autant qu'elle le peut , à des vues auffi
intéreffantes pour la patrie , elle a délibéré de joindre
au Prix propofé , la médaille d'or deftinée aux
auteurs qu'elle couronne. En conféquence , l'Académie
annonce que dans une féance publique qui
fera tenue , uniquement pour cet objet , dans le
mois de Novembre de l'année prochaine , elle adju
gera le Prix au meilleur ouvrage fur le plan d'Education
publique le plus convenable à Marseille ,
( 136 )
confidérée comme ville maritime & commerçantë.
Les ouvrages feront écrits en latin ou en françois ,
& adreffés , francs de port , an Secrétaire perpétuel
de l'Académie de Marſeille. Ils ne feront reçus que
jufqu'à la fin mois de Juillet prochain. Les auteurs
font avertis de ne pas le faire connoître , & de join--
dre , fuivant l'ufage , une devife & leur com cacheté
à leurs ouvrages «.
Le 7 Novembre , fur les 10 heures du
foir , on obferva à la Rochelle une auroreboréale
très-brillante ; elle formoit dans le
nord un arc lumineux , dont le centre étcit
fort obfcur. A 10 heures & demie , le phéno
mène difparut prefqu'entièrement , après
avoir lancé vers le Zénith des traits de lumière
qui s'étendirent à l'Oueft- nord- ouest.
Le ciel étoit affez clair une heure avant que
l'aurore boréale parût. Le ferein avoit été
très- abondant vers les 8 heures. On vit le
lendemain matin une très- forte gelée blanche
, & même de la glace de l'épaiffeur d'un
écu de fix livres ; elle fe conſerva à l'ombre
une grande partie du jour.
« Le vent de Nord-oueft , connu dans cette province
fous le nom de Miſtral , écrit-on de Salen
& de Crau en Provence , étoit fi renommé chez
les Romains par fa violence & par fa falubrité , que
l'empereur Augufte lui fit dreffer un autel. Dans le
courant de cette année il n'avoit pas régné , mais il
eft redevenu fréquent vers la fiu d'Octobre ; & un
Naturaliſte éclairé a mefuré fa violence le 30 du
mois dernier avec l'anémomètre , dont on trouve
la defcription dans le Journal de Phyfique de M.
Mongés, du mois de Janvier dernier. Le jour de l'expérience
, le vent fut fi violent , qu'il déracina des
arbres & qu'il emporta des toits . A trois heures
45 minutes de l'après - midi , dans l'inftant du plus
( 137 )
grand coup de vent , l'anémomètre démontra que
le vent frappant fur un pied quarré de furface , foulevoit
un poids de 13 livres & demie . Si cette violence
eût feulement continué quelques minutes , rien
n'auroit pa lui réfifter ; car une force dé 6 livres fuffit
, au rapport de M. Boucher , ( quand elle eft continuée
) pour arracher les arbres les plus enracinés.
Dans l'année 1779 le vent le plus fort n'a enlevé、
qu'un poids de 98 onces ; en 1780 il fut plus fort ,
mais on ne le mefura point avec l'anémomètre ; celui
du 30 Octobre dernier doit faire époque parmi les
météréologiftes : pendant qu'il fouffloit , le baromè
tre defcendit de trois lignes & demie au- deſſous de
fon état moyen « .
Nous nous empreffons d'annoncer ici
deux Gravures intéreffantes , d'après deux
tableaux de M. Moreau ; elles repréſentent 2
vues des environs de Paris , qui font pendant
; le burin qui en eft très -foigné , eſt
de Mademoiſelle Elife Saugrain , qui réunit
des talens précieux à tous les agrémens de
fon fexe ; élève de M. Moreau le jeune ,
Deffinateur & Graveur du Cabinet du Roi ,
de fon Académie de Peinture & de Sculp
ture , elle fait honneur à fon Maître ; elle
lui a fair hommage de fon premier ouvrage ,
& ces deux Eftampes lui font dédiées ( 1 ) .
» Edit du Roi , donné à Verfailles au mois de
Décembre 1782 , regiftré en Parlement le 10 du
même mois , portant création de Dix millions de
Rentes perpétuelles au denier 20˚ , fans retenue
rembourfables en 14 ans , à commencer au premier
Janvier 1784 , & dont les capitaux feront fournis ,
moitié en deniers comptans & moitié en contrats.
Le préambule de cet Edit eft de la teneur fuivante :
(1) Leur prix eft de 3 liv. ; elles fe trouvent chez M. Mo!
reau le jeune , rue du Coq St-Honoré , près le Louvre.
( 138 )
Notre intention étant de pourvoir avec la
même exactitude que par le paffé , au paiement de
toutes nos dépenfes ordinaires , de fubvenir à celles
que la guerre a rendues néceffaires , & de continuer
à remplir avec la même fidélité , les engagemens
que nous avons pris de rembourfer aux termes indiqués
, tous les Emprunts qui fost remboursables à
des époques déterminées , Nous n'avons pu nous
difpenfer d'impofer un troisième Vingtième , dont
nous avons modifié la perception & borné la durée
au tems que les circonftances l'ont permis. Nous ne
nous femmes pas diffimulé que le produit de cette
Impofition & celui des Sous pour livres dont nous
avons ordonné la levée jufqu'en 1790 , ne fuffiroient
pas aux dépenfes extraordinaires auxquelles
nous ne pourrons pas nous difpenfer de pourvoir.
Mais nous avons confidéré ces deux Impofitions
comme un accroiffement de gage , capable d'affermir
la confiance de ceux qui ont déja concouru &
qui voudront encore concourir à nous procurer les
moyens de foutenir les dépen es d'une guerre à laquelle
nous avons été forcés . C'est pour remplir
ce point de vue , & pour manifefter dès à- préfent
l'intention où nous fommes d'amortir fucceffivement
la plus grande partie des dettes de notre Etat ,
même celles coutractées avant l'époque de notre
Règne , qui ne font pas compriſes dans l'ordre des
rembourfemens , que nous nous fommes déterminés
à une création de rentes à cinq pour cent , fans rete.
nue, rembourfables , par la voie du fort , dans
laquelle nous admettrons jufqu'à concurrence de la
moitié feulement , & fur le pied du denier 25 , les
capitaux des rentes anciennes , dont les arrérages fe
payent au-deffous de cinq pour cent. Après avoir
réglé que le paiement des nouvelles rentes fera fait
à la caiffe des arrérages , nous avons déterminé les
époques du remboursement , qui fera fait fucceffivement
par la même caiffe , conformément à l'étar
annexé fous le contre-fcel de notre préfent Edit ; de
( 139 )
manière qu'en quatorze années , lefdits capitaux fe
ront entièrement amortis , fans qu'aux époques
auxquelles cefferont les Impofitions qui font le gage
principal de la préſente création , nous ayons befoin
de recourir à de nouveaux moyens , & de deftiner de
nouveaux fonds pour confommer lefdits rembourfemens
, à la libération defquels nos autres revenus
font également affectés & deftinés . Enfin four procurer
aux acquéreurs de ces nouvelles rentes , toutes
les facilités qu'ils pourront defirer., nous leur permettons
de les conftituer & de les tranfmettre par
la voie de la reconſtitution , ou de fe contenter des
quittances de finance qui lecr feront délivrées en
leur nom ou au porteur , à leur choix , lesquelles
participeront également au remboursement , & dont
les arrérages feront payés an fi qu'il fera ci- après
expliqué . Suivent is Articles , où les difpofitions
précédentes font développées « .
LES bruits de paix prochaine fe foutiennent
& fe fortifient encore par les expreffions
du Roi d'Angleterre , dans fon difcours au
Parlement ; s'il ne donne pour certain &
pour arrêté que l'accommodement avec les
Etats- Unis , il fait efpérer que les autres négociations
auront une iffue prompte &
heureufe ; d'ailleurs , les conventions faites
avec l'Amérique ne doivent avoir leur effet
qu'après qu'on fera auffi convenu d'un
arrangement avec la France. Si les difpofi
tions du Parlement Anglois & de la Na-`
tion ont changé depuis le ravitaillement de
Gibraltar , elles peuvent revenir à l'état où
elles étoient lorfque les négociations ont
fs
( 130 )
commencé ; l'hiver peut affoiblir l'enthouſiafme
caufé par un évènement dont les fuites
paroîtront moins avantageufes , lorſqu'on
les confidérera de fang froid. Pendant l'intervalle
qui doit s'écouler , jufqu'à la campa
gne prochaine , on recevra fans doute des
nouvelles de l'Inde. Celles que les Anglois
ont publiées , ne parlent que des deux actions
des mois de Février & d'Avril , dont on
avoit déja reçu des avis , & dans lesquelles
l'avantage eft demeuré à M. de Suffren .
On apprendra vraisemblablement des nouvelles
poftérieures , qui peuvent influer fur
les arrangemens à prendre pour cette partie
du monde. En attendant , une lettre de
Bordeaux , en date du 19 du mois dernier ,
contient les détails fuivans , qui offrent
au moins des inductions très favorables
fur l'état de la guerre dans l'Inde .
-
Si la flotte de M. le Bailli de Suffren a paſſé l'hiver
aux Inles de France & de Bourbon , comme les Anglois
l'affurent , elle a pu au moment où j'écris
remettre en mer , le tems de la mouſſon ne régnant
plus. Quelques Négocians de notre Ville affurent
favoir , inftruits par leurs Correfpondans de Marfeille
, que M. le Comte de Buffy , arri ‹ é fur la côte
de Coromandel , s'eft mis auffi-tôt en route four
pénétrer dans l'intérieur de cette région , & aller
négocier avec les Nababs , Souba , & Raja de l'Indoltan.
On prétend qu'un des objets de fa miffion
eft de propofer une alliance à la Cour de Delhi :
nos Correfpondans Anglois fuppofent qu'elle doit
être préjudiciable au commerce de la Compagnie.
Suivant nos lettres de Marſeille , les 2500 hommes
aux ordres de M.Duchemin , qui eft actuellement au(
131 )
près d'Hyder. Aly- Kan , inquiètent beaucoup l'armée
Européenne de Sir Eyre Coote . Quelques- unes ajoutent
que Typoo Sahé a prié le Général François de
détacher 800 braves & intelligens foldats , pour enfeigner
à 10 régimens Indiens les détails de l'exercice
Européen. Nous attendons le retour de nos bâtimens
( expédiés en 1780 , ) vers la mi-Février. Ainfi il faut
renvoyer à cette époque le plaifir d'apprendre de
l'Inde des nouvelles authentiques . Les Anglois , pour
en recevoir , ayant des établiſſemens dans le Malabar,
à la pointe qui forme le cap Comorin , peuvent
aifément envoyer de petits floops à Ormus , & de-là
les dépêches leur font expédiées par terre : nous
n'avons pas cette facilité.
On a fu qu'une corvette du Roi avoit
mouillé dans un de nos ports , & que M.
du Chillau étoit en route pour se rendre
ici ; on a cru que c'étoit le Capitaine de
vaiffeau , & qu'il apportoit les nouvelles
des combats de l'Inde , qui font tant d'honneur
à M. de Suffren , mais ce M. du
Chilleau eft le Maréchal de - Camp , Gouverneur
de la Dominique.
La frégate marchande la Jofephine , du Havre ,
écrit-on de Nantes , vient d'arriver ici des Cayes ,
Saint-Louis , ifle Saint-Domingue , d'où elle eft partie
le 27 Septembre dernier , avec un bâtiment Impérial
& 3 de ce port ; ils ont relâché à la Havane , d'où
ils font partis le 22 Octobre ; il n'y a qu'un de
nos navires qui ait pu fuivre la Jofephi ne jufqu'à
la hauteur des Açores , où ils ont été chaflés par
une frégate Angloife : alors ils font convenus de
faire fauffe route pendant la nuit , & diffé rente l'une
de l'autre . Selon les nouvelles qu'apport ent la Joféphine
& 13 navires du convoi de Saint- Domingue ,
£ 6
( 132 )
mouillés dans cette rivière, dont 11 font de ce port
& 2 de celui de Marfeille , on faifoit au Cap tous
les préparatifs de quelque grande expédition qui
devoit avoir lieu à l'arrivée de M. de Vaudreuil
& des forces qu'on attendoit d'Europe . Il n'y avoit
à cette époque , à Saint Domingue , que 2 vaiffeaux
de ligne Efpagnols , le Scipion , de 74 canons ,
commandé par M. de Grimoard , 2 frégates & I
cutter ; & la Colonie étoit dans l'abondance de
toutes chofes «.
Il eft arrivé à St - Malo un bâtiment parlementaire
avec des prifonniers François ; il
eft arrivé de New-Yorck , & a fait la traverfée
en 28 jours. Il doit apporter des
nouvelles fraîches ; mais elles n'ont pas
encore tranfpiré. Sans doute qu'il ne s'eft
rien paffé d'intéreffant de ces côtés depuis
le départ de l'Amiral Pigot , qui en a dû
mettre à la voile pour retourner aux Ifles.
» Les dernières troupes , écrit- on de Breft , qui
devoient être embarquées , paffèrent en rade le 2
de ce mois dans l'après - midi , & le foir le coup
de partance fut tiré. Ce ne fut que le même jour
qu'arriva le Marquis de la Fayette , qui s'embarqua
fur-le- champ. Le vent ne permit pas à l'efcadre &
au convoi de partir le lendemain , comme on l'efpéroit.
Ce ne fut que le 4 à midi qu'ils appareillèrent
par un vent de S. E. Ils trouvèrent au- dehors
de la brame , du calme , & enfuite des vents de
S. O. , qui les obligèrent de venir mouiller à Berthaume
; & le même tems continuant , ils revinrent
en rade le 6. Le vent n'a changé qu'aujourd'hui 8 ,
qu'ils ont remis à la voile par un vent de N. O.
grand frais , qui nous les a bientôt fait perdre de
vue er.
Ce fut le 22 du mois dernier que M. le
Comte d'Eftaing arriva à Madrid ; le 24 il ſe
7
133
133
)
rendit à l'Efcurial , où il fut reçu par le Roi
& par toute la Cour avec les témoignages
de la plus haute eftime. Il favoit en quittant
Paris , que la paix pouvoit n'être pas
éloignée ; mais cela n'empêche pas que les
armemens ne fe continuent avec beaucoup
d'activité à Cadix , où , felon les dernières
lettres , on l'attendoit inceffamment , & où
il est peut être arrivé dans ce moment.
On dit ici , écrit- on de Dunkerque , que la
premier bâtiment qui partira pour la Delaware ;
fera chargé de porter au Sieur Gourgue , Officier
Auxiliaire de l'Aigle , qui a fait fi bonne contenance
aux deux chaloupes Angloifes , fur chacune
defquelles étoient ico réfugiés , la Croix de Saint-
Louis , & une gratification aux vingt braves qui
ont partagé fon acte de valeur. Un Officier da
même nom fit contre les Espagnols , dans la Caroline
, une expédition fanglante qui lui valut autant
de gloire , fous Henri IV , & par laquelle il
vengea la Colonie Proteftante envoyée dans l'Amérique
Septentrionale par l'Amiral Coligny, & cruellement
maffacrée par les Sujets de Philippe II «.
Parmi les mesures prifes par l'Adminiftra
tion de plufieurs Villes , pour prévenir l'indigence
& fupprimer par-là la mendicité ,
on doit diftinguer ce qui a été fait à Amiens
pour atteindre ce but.
» Cette Ville compte dass fes murs & fes fauxbourg
environ 40,000 ames . Avant 1778 , dans
ce nombre étoient compris 8000 pauvres , dont
500 mendians de profeffion. Ceux-ci infeftoient à
toute heure les églifes & les auberges. L'Evêque
l'Intendant , les Officiers Municipaux , les Curés ,
l'élite de tous les Ordres de citoyens , adoptèrent de
concert , à la fin de 1778 , un nouveau plan qui
( 134 )
.
leur étoit propofé , pour affifter tous les pauvres &
fupprimer la mendicité. On créa un Bureau général
& 15 Bureaux particuliers. Le Bureau général eft
compofé de l'élite des Citoyens , mais fans aucune
diftinction de rang : il exifte affez d'Adminiſtrateurs
dans chaque Bureau particulier pour qu'en deux heu
res tous les pauvres de la Ville foient vifités. On
fait le premier de chaque mois une quête dans les
maifons des Citoyens ; des Adminiftrateurs des Bureaux
particuliers y ajoutent le produit des quêtes
faites dans les églifes de leurs Paroiffes , des troncs ,
des fondations & legs faits en faveur des pauvres.
Le Député de chaque Bureau porte fon bordereau à
l'affemblée du Bureau général . On y fait une ſomme
totale de toutes les fommes particulières ; on y fixe
la fomme qui doit être diftribuée pendant le mois
par chaque Bureau particulier , & chaque Adminif
trateur porte de huit en huit jours , à chaque famille
pauvre , le fecours que le Bureau particulier lui
attribue. Si quelque Bureau particulier fe plaint de
la part qui lui eft accordée dans l'aumône générale ,
le Bureau général , par les Commiffaires qu'il nomme
, pour vérifier fait droit. Un tronc , placé
dans la Cathédrale , reçoit les requêtes des pauvres
qui fe plaignent de n'être point affiftés , ou de l'être
trop peu par les Bureaux. On rend de même juftice
par des Commiffaires . Les Bureaux prennent le foin
de procurer du travail aux mendians encore valides
& aux pauvres qui en manquent. On a auffi établi
une école de filature pour les petites filles ; & la Ville
dont la fubfittance dépend des Manufactures d'étoffes ,
acquiert peu à eu une branche d'induftrie qui lui
manquoit. On a détruit la plupart des prêts à la
petite femaine meurtriers pour les pauvres , en établiffant
en leur faveur , un prêt purement gratuitfur
gage. Le Bureau général rend compte tous les ans
au Public de fa recette ( qui en 1781 , montoit à:
11,546 liv. ) & de fa dépenfe par la voie de l'impreffion.
En conféquence de ces établiffemens & du
> y
( 135 )
bon ordre qui les foutient , on ne voit plus de mendians
, ni étrangers ni citoyens . La Police n'a prefque
rien à faire pour contenir les pauvres dans la
règle ; la religion & l'amour du travail reprennent
leurs droits fur leurs coeurs. Affujettis à une
vie plus uniforme & moins expofée aux excès d'une
intempérance crapuleufe , ils jouiffent d'une meilleure
fanté & font beaucoup moins mal-propres
dans leurs vêtemens & dans leurs demeures
On écrit de Marfeille , que le Capitaine
Michaelfon , commandant le brigantin
l'Anne - Marie , parti de Westerwich en
Suède , le 22 Septembre dernier , a dépofé
que fe trouvant le premier Octobre entre
Mayorque & Ivice , il a rencontré une
barque du Roi de Maroc de 16 à 18 canons
& de 100 hommes d'équipage environ
; que cette barque , qui étoit en courfe
l'a obligé de fe rendre à fon bord pour .
lui exhiber fes papiers.
» MM . les Maire , Echevins & Affeffeur de la
ville de Marseille , ayant déterminé daccorder la
fomme de 1200 livres , pour fervir de Prix à l'Ouvrage
, qui , au jugement de l'Académie des Belles-
Lettres , Sciences & Arts , préfentera le plan d'Ed -
cation le plus convenable à la conftitution de cette
Ville , l'Académie a accepté avec reconnoiffance
l'offre de MM . les Magiftrats Municipaux : & pour
concourir , autant qu'elle le peut , à des vues auffi
intéreffantes pour la patrie , elle a délibéré de joindre
au Prix propofé , la médaille d'or deftinée aux
auteurs qu'elle couronne. En conféquence , l'Académie
annonce que dans une féance publique qui
fera tenue , uniquement pour cet objet , dans le
mois de Novembre de l'année prochaine , elle adju
gera le Prix au meilleur ouvrage fur le plan d'Education
publique le plus convenable à Marseille ,
( 136 )
confidérée comme ville maritime & commerçantë.
Les ouvrages feront écrits en latin ou en françois ,
& adreffés , francs de port , an Secrétaire perpétuel
de l'Académie de Marſeille. Ils ne feront reçus que
jufqu'à la fin mois de Juillet prochain. Les auteurs
font avertis de ne pas le faire connoître , & de join--
dre , fuivant l'ufage , une devife & leur com cacheté
à leurs ouvrages «.
Le 7 Novembre , fur les 10 heures du
foir , on obferva à la Rochelle une auroreboréale
très-brillante ; elle formoit dans le
nord un arc lumineux , dont le centre étcit
fort obfcur. A 10 heures & demie , le phéno
mène difparut prefqu'entièrement , après
avoir lancé vers le Zénith des traits de lumière
qui s'étendirent à l'Oueft- nord- ouest.
Le ciel étoit affez clair une heure avant que
l'aurore boréale parût. Le ferein avoit été
très- abondant vers les 8 heures. On vit le
lendemain matin une très- forte gelée blanche
, & même de la glace de l'épaiffeur d'un
écu de fix livres ; elle fe conſerva à l'ombre
une grande partie du jour.
« Le vent de Nord-oueft , connu dans cette province
fous le nom de Miſtral , écrit-on de Salen
& de Crau en Provence , étoit fi renommé chez
les Romains par fa violence & par fa falubrité , que
l'empereur Augufte lui fit dreffer un autel. Dans le
courant de cette année il n'avoit pas régné , mais il
eft redevenu fréquent vers la fiu d'Octobre ; & un
Naturaliſte éclairé a mefuré fa violence le 30 du
mois dernier avec l'anémomètre , dont on trouve
la defcription dans le Journal de Phyfique de M.
Mongés, du mois de Janvier dernier. Le jour de l'expérience
, le vent fut fi violent , qu'il déracina des
arbres & qu'il emporta des toits . A trois heures
45 minutes de l'après - midi , dans l'inftant du plus
( 137 )
grand coup de vent , l'anémomètre démontra que
le vent frappant fur un pied quarré de furface , foulevoit
un poids de 13 livres & demie . Si cette violence
eût feulement continué quelques minutes , rien
n'auroit pa lui réfifter ; car une force dé 6 livres fuffit
, au rapport de M. Boucher , ( quand elle eft continuée
) pour arracher les arbres les plus enracinés.
Dans l'année 1779 le vent le plus fort n'a enlevé、
qu'un poids de 98 onces ; en 1780 il fut plus fort ,
mais on ne le mefura point avec l'anémomètre ; celui
du 30 Octobre dernier doit faire époque parmi les
météréologiftes : pendant qu'il fouffloit , le baromè
tre defcendit de trois lignes & demie au- deſſous de
fon état moyen « .
Nous nous empreffons d'annoncer ici
deux Gravures intéreffantes , d'après deux
tableaux de M. Moreau ; elles repréſentent 2
vues des environs de Paris , qui font pendant
; le burin qui en eft très -foigné , eſt
de Mademoiſelle Elife Saugrain , qui réunit
des talens précieux à tous les agrémens de
fon fexe ; élève de M. Moreau le jeune ,
Deffinateur & Graveur du Cabinet du Roi ,
de fon Académie de Peinture & de Sculp
ture , elle fait honneur à fon Maître ; elle
lui a fair hommage de fon premier ouvrage ,
& ces deux Eftampes lui font dédiées ( 1 ) .
» Edit du Roi , donné à Verfailles au mois de
Décembre 1782 , regiftré en Parlement le 10 du
même mois , portant création de Dix millions de
Rentes perpétuelles au denier 20˚ , fans retenue
rembourfables en 14 ans , à commencer au premier
Janvier 1784 , & dont les capitaux feront fournis ,
moitié en deniers comptans & moitié en contrats.
Le préambule de cet Edit eft de la teneur fuivante :
(1) Leur prix eft de 3 liv. ; elles fe trouvent chez M. Mo!
reau le jeune , rue du Coq St-Honoré , près le Louvre.
( 138 )
Notre intention étant de pourvoir avec la
même exactitude que par le paffé , au paiement de
toutes nos dépenfes ordinaires , de fubvenir à celles
que la guerre a rendues néceffaires , & de continuer
à remplir avec la même fidélité , les engagemens
que nous avons pris de rembourfer aux termes indiqués
, tous les Emprunts qui fost remboursables à
des époques déterminées , Nous n'avons pu nous
difpenfer d'impofer un troisième Vingtième , dont
nous avons modifié la perception & borné la durée
au tems que les circonftances l'ont permis. Nous ne
nous femmes pas diffimulé que le produit de cette
Impofition & celui des Sous pour livres dont nous
avons ordonné la levée jufqu'en 1790 , ne fuffiroient
pas aux dépenfes extraordinaires auxquelles
nous ne pourrons pas nous difpenfer de pourvoir.
Mais nous avons confidéré ces deux Impofitions
comme un accroiffement de gage , capable d'affermir
la confiance de ceux qui ont déja concouru &
qui voudront encore concourir à nous procurer les
moyens de foutenir les dépen es d'une guerre à laquelle
nous avons été forcés . C'est pour remplir
ce point de vue , & pour manifefter dès à- préfent
l'intention où nous fommes d'amortir fucceffivement
la plus grande partie des dettes de notre Etat ,
même celles coutractées avant l'époque de notre
Règne , qui ne font pas compriſes dans l'ordre des
rembourfemens , que nous nous fommes déterminés
à une création de rentes à cinq pour cent , fans rete.
nue, rembourfables , par la voie du fort , dans
laquelle nous admettrons jufqu'à concurrence de la
moitié feulement , & fur le pied du denier 25 , les
capitaux des rentes anciennes , dont les arrérages fe
payent au-deffous de cinq pour cent. Après avoir
réglé que le paiement des nouvelles rentes fera fait
à la caiffe des arrérages , nous avons déterminé les
époques du remboursement , qui fera fait fucceffivement
par la même caiffe , conformément à l'étar
annexé fous le contre-fcel de notre préfent Edit ; de
( 139 )
manière qu'en quatorze années , lefdits capitaux fe
ront entièrement amortis , fans qu'aux époques
auxquelles cefferont les Impofitions qui font le gage
principal de la préſente création , nous ayons befoin
de recourir à de nouveaux moyens , & de deftiner de
nouveaux fonds pour confommer lefdits rembourfemens
, à la libération defquels nos autres revenus
font également affectés & deftinés . Enfin four procurer
aux acquéreurs de ces nouvelles rentes , toutes
les facilités qu'ils pourront defirer., nous leur permettons
de les conftituer & de les tranfmettre par
la voie de la reconſtitution , ou de fe contenter des
quittances de finance qui lecr feront délivrées en
leur nom ou au porteur , à leur choix , lesquelles
participeront également au remboursement , & dont
les arrérages feront payés an fi qu'il fera ci- après
expliqué . Suivent is Articles , où les difpofitions
précédentes font développées « .
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Résumé : De PARIS, le 17 Décembre.
Le document du 17 décembre à Paris mentionne des rumeurs de paix entre l'Angleterre et les États-Unis, confirmées par le roi d'Angleterre. Les négociations avec les États-Unis sont conditionnées par un accord préalable avec la France. En Inde, M. de Suffren semble avoir l'avantage. Sa flotte pourrait être en mer, tandis que le comte de Buffy est en mission de négociation. Les Anglais, grâce à leurs établissements dans le Malabar, reçoivent des nouvelles plus rapidement. Une corvette royale a accosté en France avec le maréchal de camp Du Chilleau, et la frégate La Joséphine rapporte des préparatifs pour une expédition au Cap. Un bâtiment parlementaire avec des prisonniers français est arrivé à Saint-Malo depuis New York. Les dernières troupes pour l'Amérique ont quitté Brest le 8 décembre, et le comte d'Estaing est arrivé à Madrid le 22 novembre. À Paris, on espère une paix prochaine, mais les préparatifs militaires continuent à Cadix. Un officier, Gourgue, a résisté aux chaloupes anglaises et doit recevoir la Croix de Saint-Louis. À Amiens, des mesures ont été prises pour lutter contre la mendicité, réduisant ainsi le nombre de mendiants. À Marseille, un prix est offert pour le meilleur plan d'éducation. Une aurore boréale a été observée à La Rochelle le 7 novembre. En Provence, le vent de Mistral a causé des dégâts en octobre. Un édit royal de décembre 1782 crée dix millions de rentes perpétuelles pour financer les dépenses de guerre. Le document détaille également les modalités de délivrance et de gestion des titres financiers.
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12169
p. 139-142
De BRUXELLES, le 17 Décembre.
Début :
Les Etats de Frise ont écrit aux Etats-Généraux assemblés à la Haye, pour demander [...]
Mots clefs :
Bruxelles, États de Frise, Villes, La Haye, République, Province, Provinces, Résolution
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De BRUXELLES, le 17 Décembre.
De BRUXELLES , le 17 Décembre.
LES Etats de Frife ont écrit aux Etats-
Généraux affemblés à la Haye , pour demander
une diminution du contingent qu'ils
doivent fournir dans les dépenfes de la
République . Cette lettre a été envoyée par
la Généralité aux Etats de chaque Province ;
ceux de Hollande ont déclaré fur-le- champ
que le tems actuel n'étoit pas celui de fonger
à une nouvelle répartition , vu que la République
étoit agitée par une guerre audehors
& des troubles au- dedans ; mais que
les repréfentations de la Frife paroiffant
juftes , ils vouloient bien fe charger de
fournir un demi-million de florins pour completter
le déficit de cette Province , comme
ils l'avoient déja fait pour la Zélande , juſqu'à
( 140 )
ce qu'on pût convenir d'une nouvelle répartition
; celle qui a lieu actuellement peut
donner une idée de l'importance & de la
confiftance respective des 7 Provinces - Unies ;
c'eft ainfi qu'une Gazette Hollandoife en
préfente le tableau.
33 Sur chaque centaine de florins à fournir par la
Généralité , les Provinces contribuent de la manière
fuivante.
La Gueldre pour
La Hollande
La Zélande
Utrecht .
La Frife
Ovéryffel .
SA. 12 13 .
58 6 4
9 3
4 16 7 .
• II
3 S.
3
11 " 5.
Groninge S IS
110 A.
Les divifions règnent toujours dans la
République , qui , dans le moment préfent
, auroit plus befoin que jamais de fe
réunir.
La Chambre des 11 villes , écrit-on de Leuwarde
, qui forme le Quatrième quartier des Etats de la
Province de Frife , s'eft conftamment oppofée aux
réfolutions des 3 autres Chambres , compofées par
les Députés , tant Nobles que Francs- Tenanciers des
trois quartiers du plat pays , & on fait que cette
conduite , fi contraire au vou du peuple , n'eft attribuće
qu'à l'influence qu'un feul individu exerce daus
chacune de ces villes , fous le nom de premier
Bourgmestre , & à la coutume qui s'étoit introduite
de rendre la nomination à toutes les charges Municipales
dépendante de la Cour Stadhoudérienne.
L'excès de cet abus a caufé , de la part du Magiftrat
de Dockum , une démarche vigoureuſe ; il a
réfola unanimement ( à l'exception du premier
( 141 )
-
Bourguemeftre ) de rendre , aux Membres de
fa Régence , l'ancienne liberté de difpofer des
Charges Provinciales qui vaqueront , d'en informer
les dix autres Villes par lettres circulaires
en les exhortant à fuivre fon exemple , & d'en prévenir
également le Prince ; ce qui a été fait par une
lettre en date du 29 Novembre. Le Magiftrat , dans
la réfolution prife le 26 , donne les motifs fuivans
de fa démarche. Qu'étonné & mécontent des avis
donnés par le Quartier des Villes dans les délibé
rations d'Etats contre le fentiment des trois autres
Quartiers , quoique tendant évidemment à avancer
le bien public dans les affaires les plus effentielles ,
il ne pouvoit attribuer un procédé fi étrange qu'aux
obligations que les principaux Députés de ce Quartier
( les premiers Bourguemeftres font conftamment
du nombre ) ont au Stathouder & à la dépendance
où ils font à fon égard : il n'a pris cette réfolution
que pour prévenir les effets de cette influence .
-
Cette réfolution a été mise à exécution fur- lechamp
, en nommant à deux places qui ont vaqué
dans le Confeil Municipal. La lettre circulaire , expédiée
aux dix autres Villes , y a été déja miſe en
délibération ,
Pendant ces difcuffions , qui annoncent
néceffairement du mécontentemenr les
Bourgeois de la Haye , à la fuite d'une fête
qu'ils font dans l'ufage de donner au Stathouder
, avoient projetté de lui offrir une
adreffe , pour le remercier des ouvertures
franches & fatisfaifantes , & des foins paternels
qu'il a montrés dans la direction des
affaires maritimes. Cette pièce , qui a paru
dans la Gazette de la Haye , a femblé bleffer
les Etats de plufieurs Provinces , qui demandent
des éclairciffemens fur cette direction
. Le Stadhouder a paru defirer lui(
142 )
même qu'on ne lui offrit point cette
adreffe , & il en a été rédigé une autre ,
où les Bourgeois fe contentent de complimenter
le Prince , fans entrer dans aucune
difcuffion d'objets qui n'appartiennent qu'aux
Etats Souverains.
LES Etats de Frife ont écrit aux Etats-
Généraux affemblés à la Haye , pour demander
une diminution du contingent qu'ils
doivent fournir dans les dépenfes de la
République . Cette lettre a été envoyée par
la Généralité aux Etats de chaque Province ;
ceux de Hollande ont déclaré fur-le- champ
que le tems actuel n'étoit pas celui de fonger
à une nouvelle répartition , vu que la République
étoit agitée par une guerre audehors
& des troubles au- dedans ; mais que
les repréfentations de la Frife paroiffant
juftes , ils vouloient bien fe charger de
fournir un demi-million de florins pour completter
le déficit de cette Province , comme
ils l'avoient déja fait pour la Zélande , juſqu'à
( 140 )
ce qu'on pût convenir d'une nouvelle répartition
; celle qui a lieu actuellement peut
donner une idée de l'importance & de la
confiftance respective des 7 Provinces - Unies ;
c'eft ainfi qu'une Gazette Hollandoife en
préfente le tableau.
33 Sur chaque centaine de florins à fournir par la
Généralité , les Provinces contribuent de la manière
fuivante.
La Gueldre pour
La Hollande
La Zélande
Utrecht .
La Frife
Ovéryffel .
SA. 12 13 .
58 6 4
9 3
4 16 7 .
• II
3 S.
3
11 " 5.
Groninge S IS
110 A.
Les divifions règnent toujours dans la
République , qui , dans le moment préfent
, auroit plus befoin que jamais de fe
réunir.
La Chambre des 11 villes , écrit-on de Leuwarde
, qui forme le Quatrième quartier des Etats de la
Province de Frife , s'eft conftamment oppofée aux
réfolutions des 3 autres Chambres , compofées par
les Députés , tant Nobles que Francs- Tenanciers des
trois quartiers du plat pays , & on fait que cette
conduite , fi contraire au vou du peuple , n'eft attribuće
qu'à l'influence qu'un feul individu exerce daus
chacune de ces villes , fous le nom de premier
Bourgmestre , & à la coutume qui s'étoit introduite
de rendre la nomination à toutes les charges Municipales
dépendante de la Cour Stadhoudérienne.
L'excès de cet abus a caufé , de la part du Magiftrat
de Dockum , une démarche vigoureuſe ; il a
réfola unanimement ( à l'exception du premier
( 141 )
-
Bourguemeftre ) de rendre , aux Membres de
fa Régence , l'ancienne liberté de difpofer des
Charges Provinciales qui vaqueront , d'en informer
les dix autres Villes par lettres circulaires
en les exhortant à fuivre fon exemple , & d'en prévenir
également le Prince ; ce qui a été fait par une
lettre en date du 29 Novembre. Le Magiftrat , dans
la réfolution prife le 26 , donne les motifs fuivans
de fa démarche. Qu'étonné & mécontent des avis
donnés par le Quartier des Villes dans les délibé
rations d'Etats contre le fentiment des trois autres
Quartiers , quoique tendant évidemment à avancer
le bien public dans les affaires les plus effentielles ,
il ne pouvoit attribuer un procédé fi étrange qu'aux
obligations que les principaux Députés de ce Quartier
( les premiers Bourguemeftres font conftamment
du nombre ) ont au Stathouder & à la dépendance
où ils font à fon égard : il n'a pris cette réfolution
que pour prévenir les effets de cette influence .
-
Cette réfolution a été mise à exécution fur- lechamp
, en nommant à deux places qui ont vaqué
dans le Confeil Municipal. La lettre circulaire , expédiée
aux dix autres Villes , y a été déja miſe en
délibération ,
Pendant ces difcuffions , qui annoncent
néceffairement du mécontentemenr les
Bourgeois de la Haye , à la fuite d'une fête
qu'ils font dans l'ufage de donner au Stathouder
, avoient projetté de lui offrir une
adreffe , pour le remercier des ouvertures
franches & fatisfaifantes , & des foins paternels
qu'il a montrés dans la direction des
affaires maritimes. Cette pièce , qui a paru
dans la Gazette de la Haye , a femblé bleffer
les Etats de plufieurs Provinces , qui demandent
des éclairciffemens fur cette direction
. Le Stadhouder a paru defirer lui(
142 )
même qu'on ne lui offrit point cette
adreffe , & il en a été rédigé une autre ,
où les Bourgeois fe contentent de complimenter
le Prince , fans entrer dans aucune
difcuffion d'objets qui n'appartiennent qu'aux
Etats Souverains.
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Résumé : De BRUXELLES, le 17 Décembre.
Le 17 décembre, les États de Frise ont sollicité une réduction de leur contribution financière aux dépenses de la République auprès des États-Généraux réunis à La Haye. Cette requête a été relayée par la Généralité aux États de chaque province. Les États de Hollande ont refusé de reconsidérer la répartition des charges financières en raison des troubles internes et de la guerre extérieure. Cependant, ils ont accepté de fournir un demi-million de florins pour combler le déficit de la Frise, comme ils l'avaient déjà fait pour la Zélande, en attendant une nouvelle répartition. Des divisions persistent au sein de la République, nécessitant une réunion. En Frise, la Chambre des 11 villes, représentant le quatrième quartier des États, s'oppose régulièrement aux décisions des trois autres chambres. Cette opposition est attribuée à l'influence d'un individu occupant le poste de premier bourgmestre dans chaque ville et à la pratique de nomination des charges municipales sous l'influence de la Cour Stadhoudérienne. Le magistrat de Dokkum a pris une mesure décisive en rétablissant l'ancienne liberté de disposer des charges provinciales vacantes et a encouragé les dix autres villes à suivre cet exemple. Cette décision a été immédiatement appliquée avec la nomination de membres pour deux postes vacants dans le conseil municipal. Par ailleurs, les bourgeois de La Haye prévoyaient d'adresser une lettre de remerciement au Stathouder pour ses actions dans les affaires maritimes. Cette initiative a suscité des réactions variées parmi les États de plusieurs provinces, qui ont demandé des clarifications. Le Stathouder a opté pour une adresse plus neutre, évitant ainsi toute discussion sur des sujets relevant des États souverains.
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12170
p. 142-144
Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frise.
Début :
Quel jugement portera la direction de la Marine, en considérant ce qui s'est passé à l'égard [...]
Mots clefs :
États de Frise, Résolution, Lettre, Sortir, Brest, Ordre, Vaisseaux, Délibérations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frise.
Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frife.
Quel jugement portera la direction de la
Marine , en confidérant ce qui s'eft paffé à l'égard
du vaiffeau la Gueldre , qui arriva le 8
Octobre de deffous le Vlierer au Texel , & qui fat
défigné par S. A. pour fortir avec l'eſcadre ; le
Vice-Amiral Harifinck avertit S. A. , par une lettre
du 13 Octobre , qu'il s'en falloit de beaucoup que
l'équipage de ce vaiffeaa fût complet ; que les
canons de fa première batterie avoient été mis à
terre à Medembik , & qu'ainfi il étoit hors d'état
de remplir les intentions de S. A. pour la fortie.
Enfin , pourra-t - on fe faire une idée nette de la
direction des affaires de la Marine , fi l'on confidère
que lorfque L. H. P. , renonçant le 9 Octobre à
l'expédition de Breft prirent le même jour la
réfolution de faire fortir une efcadre , pour aller
prendre le convoi de Drontheim mouillé à Bergen ,
S. A. avoit déjà envoyé le 7 Octobre précédent
au Vice Amiral Hartfinck l'ordre de faire d'abord
fortir les vaiffeaux prêts à appareiller , & cela
( comme il appert par l'ordre donné ) pour faire
une courfe dans la mer du Nord ? Comment cet
ordre anticipé de S. A. , tandis que LL. HH. PP.
n'avoient pas encore terminé leurs délibérations
fur l'envoi de l'efcadre , fur le tems de fa fortie
& fur fa deftination , peut-il ſe juſtifier ? En effet ,
deux chofes font certaines : Ou , au cas que LL.
HH. PP. , en ordonnant promptement de remédier
aux difficultés propofées & de pourvoir les vaiffeaux
( 143 )
du néceffaire , euffent cru ce nonobftant devoir ſe
déterminer à l'expédition de Breft , leur réfolution
fur ce point important auroit été rendue illufoire
& abfolument impraticable contre leur attente &
durant le cours de leurs délibérations : Ou , fi LL..
HH. PP. euffent écouté les avertiffemens férieux
qui , felon la lettre du Vice- Amiral du 5 Octobre ,
ont été donnés par les Pilotes - côtiers ; favoir , que
les vaiffeaux ne pouvoient plus être conduits dehors
fans dangers , & que , la bonne faifon étant paffée',
il falloit bien plutôt leur faire quitter la rade & les
faire entrer au mouillage d hiver ; fi fuivant ce
confeil ( puifque le voyage de Breft avoit échoué )
elles euffent jugé à propos de prendre une réfolution
en conféquence , la fuite en auroit été , que les
ordres préalables de S. A. , qui avoient fi évidemment
anticipé fur les délibérations de LL. HH . PP. ,
auroient rendu l'exécution de la réfolution impoffible
& l'auroient anéantie dans le fait. Si nous faisons
donc réflexion fur toutes ces circonftances , & fi
nous confidérons en même-tems , comment S. A. S.
femble éviter , d'une façon inconcevable , de s'intéreſler
le moins du monde à tout ce qui concerne
une affaire , qui a caufé tant de furprife & d'éclat ,
tandis que LL. HH . PP. ont renvoyé tout ce qui
n'eſt pallé , quant aux rapports reçus , à délibération
ultérieure , fans rien de plus . Nous nous
perdons dans un abîme de perplexité . C'eft par ces
motifs , N. & P. S. , que d'une part le fentiment
douloureux des embarras dont nous nous voyons
environnés de tous côtés , & le defir de nous raffurer
au fujet des difficultés fus - mentionnées , ( qui ne font
qu'une partie de la conduite incompréhensible tenue
à tous égards ) puifque nous ne faurions nous procurer
aucunes lumières ni éclairciffemens ; d'autre
part , la perception affligeante de la fituation de
notre chère patrie , dont le danger s'accroît tous
les jours , nous excitent à nous adreffer de nou
-
( 144 )
veau à V. N. P. , à les exhorter & exciter par tout
ce qui nous cft, cher, & de, la manière la plus
folemnelle , à ne plus refter fanière
う
, mais a concourir
fans perte de tems , en mettant de côté
tous intérêts particuliers , pour faire de concert les
efforts les plus extrêmes , & pour nous réunir tous enfemble
avec franchife & un patriotifme ardent , dans
la vue d'effectuer un prompt redreffement dans les
affaires , de façon qu'on concerte avec une intention
Pure & avec promptitude les moyens les plus falutaires
& les plus efficaces pour cette fin , qui fait
aujourd'hui l'objet principal de nos devoirs.
La fuite à l'ordinaire prochain.
Quel jugement portera la direction de la
Marine , en confidérant ce qui s'eft paffé à l'égard
du vaiffeau la Gueldre , qui arriva le 8
Octobre de deffous le Vlierer au Texel , & qui fat
défigné par S. A. pour fortir avec l'eſcadre ; le
Vice-Amiral Harifinck avertit S. A. , par une lettre
du 13 Octobre , qu'il s'en falloit de beaucoup que
l'équipage de ce vaiffeaa fût complet ; que les
canons de fa première batterie avoient été mis à
terre à Medembik , & qu'ainfi il étoit hors d'état
de remplir les intentions de S. A. pour la fortie.
Enfin , pourra-t - on fe faire une idée nette de la
direction des affaires de la Marine , fi l'on confidère
que lorfque L. H. P. , renonçant le 9 Octobre à
l'expédition de Breft prirent le même jour la
réfolution de faire fortir une efcadre , pour aller
prendre le convoi de Drontheim mouillé à Bergen ,
S. A. avoit déjà envoyé le 7 Octobre précédent
au Vice Amiral Hartfinck l'ordre de faire d'abord
fortir les vaiffeaux prêts à appareiller , & cela
( comme il appert par l'ordre donné ) pour faire
une courfe dans la mer du Nord ? Comment cet
ordre anticipé de S. A. , tandis que LL. HH. PP.
n'avoient pas encore terminé leurs délibérations
fur l'envoi de l'efcadre , fur le tems de fa fortie
& fur fa deftination , peut-il ſe juſtifier ? En effet ,
deux chofes font certaines : Ou , au cas que LL.
HH. PP. , en ordonnant promptement de remédier
aux difficultés propofées & de pourvoir les vaiffeaux
( 143 )
du néceffaire , euffent cru ce nonobftant devoir ſe
déterminer à l'expédition de Breft , leur réfolution
fur ce point important auroit été rendue illufoire
& abfolument impraticable contre leur attente &
durant le cours de leurs délibérations : Ou , fi LL..
HH. PP. euffent écouté les avertiffemens férieux
qui , felon la lettre du Vice- Amiral du 5 Octobre ,
ont été donnés par les Pilotes - côtiers ; favoir , que
les vaiffeaux ne pouvoient plus être conduits dehors
fans dangers , & que , la bonne faifon étant paffée',
il falloit bien plutôt leur faire quitter la rade & les
faire entrer au mouillage d hiver ; fi fuivant ce
confeil ( puifque le voyage de Breft avoit échoué )
elles euffent jugé à propos de prendre une réfolution
en conféquence , la fuite en auroit été , que les
ordres préalables de S. A. , qui avoient fi évidemment
anticipé fur les délibérations de LL. HH . PP. ,
auroient rendu l'exécution de la réfolution impoffible
& l'auroient anéantie dans le fait. Si nous faisons
donc réflexion fur toutes ces circonftances , & fi
nous confidérons en même-tems , comment S. A. S.
femble éviter , d'une façon inconcevable , de s'intéreſler
le moins du monde à tout ce qui concerne
une affaire , qui a caufé tant de furprife & d'éclat ,
tandis que LL. HH . PP. ont renvoyé tout ce qui
n'eſt pallé , quant aux rapports reçus , à délibération
ultérieure , fans rien de plus . Nous nous
perdons dans un abîme de perplexité . C'eft par ces
motifs , N. & P. S. , que d'une part le fentiment
douloureux des embarras dont nous nous voyons
environnés de tous côtés , & le defir de nous raffurer
au fujet des difficultés fus - mentionnées , ( qui ne font
qu'une partie de la conduite incompréhensible tenue
à tous égards ) puifque nous ne faurions nous procurer
aucunes lumières ni éclairciffemens ; d'autre
part , la perception affligeante de la fituation de
notre chère patrie , dont le danger s'accroît tous
les jours , nous excitent à nous adreffer de nou
-
( 144 )
veau à V. N. P. , à les exhorter & exciter par tout
ce qui nous cft, cher, & de, la manière la plus
folemnelle , à ne plus refter fanière
う
, mais a concourir
fans perte de tems , en mettant de côté
tous intérêts particuliers , pour faire de concert les
efforts les plus extrêmes , & pour nous réunir tous enfemble
avec franchife & un patriotifme ardent , dans
la vue d'effectuer un prompt redreffement dans les
affaires , de façon qu'on concerte avec une intention
Pure & avec promptitude les moyens les plus falutaires
& les plus efficaces pour cette fin , qui fait
aujourd'hui l'objet principal de nos devoirs.
La fuite à l'ordinaire prochain.
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Résumé : Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frise.
La Lettre circulaire des États de Frise aborde divers problèmes affectant la Marine. Le vaisseau 'la Gueldre', arrivé le 8 octobre, ne pouvait pas partir en raison d'un équipage incomplet et de canons démontés. Le Vice-Amiral Harffinck en informa Son Altesse le 13 octobre. Les Hautes Puissances Prussiennes annulèrent l'expédition de Brest le 9 octobre et décidèrent d'envoyer une escadre à Bergen. Cependant, Son Altesse avait déjà ordonné le 7 octobre la sortie des vaisseaux prêts à appareiller pour une course en mer du Nord. Cet ordre anticipé pose des questions sur sa justification, car il pourrait compromettre l'exécution des décisions ultérieures des Hautes Puissances. De plus, les pilotes côtiers avaient signalé des dangers pour les vaisseaux. La situation est marquée par une confusion administrative : Son Altesse semble éviter toute implication directe, tandis que les Hautes Puissances reportent les rapports à une délibération ultérieure. Face à cette confusion et aux dangers croissants pour la patrie, les auteurs exhortent les destinataires à agir rapidement et de concert pour redresser la situation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12171
p. 144
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 11 Décembre.
Début :
Un bâtiment arrivé de New-Yorck à Kinsale en 27 jours, a rapporté que Lord Hood, sur la [...]
Mots clefs :
Samuel Hood, Prises, Anglais, Français, Terre-Neuve
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texteReconnaissance textuelle : PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 11 Décembre.
¿ PRÉCIS DES GAZETTES ANGL . du 11 Décembre,
Un bâtiment arrivé de New-Yorck à Kinfale en
27 jours , a rapporté que le Lord Hood , ' fur la
demande des Royaliſtes de cette ville , a conſenti
à y refter avec une divifion , jufqu'à ce qu'on eur
pris quelques mefures pour les garantir de l'oppreſe
fion du Congrès.
7870
( 5
lory & 1oret net
PRISES fur les Anglois par les François. - Le
Dave de Terre-neuve , pour Briſtol , envoyé en
France ; le Chriftopher de Londres , pour Water
Ford , envoyé en France par les Hollandois.
La Marie-Anne de Nerva pour Hull , la Rofe de
Mont-Serrat pour Oftende ; prife & perdue fur les
côtes de Hollande , l'Amphitrite de Guernefay pour
Londres , envoyée à Cherbourg. Par les Américains,
La Polly de la Barbade , pour Hallifax ,
envoyée à Boston ; la Venus de Saint-Thomas
Terre- neuve , envoyée à Salein .
pour
207
PRISES par les Anglois fur les François
2 bâtimens de Saint-Domingue pour la France , envoyés
à Weymouth.
Un bâtiment arrivé de New-Yorck à Kinfale en
27 jours , a rapporté que le Lord Hood , ' fur la
demande des Royaliſtes de cette ville , a conſenti
à y refter avec une divifion , jufqu'à ce qu'on eur
pris quelques mefures pour les garantir de l'oppreſe
fion du Congrès.
7870
( 5
lory & 1oret net
PRISES fur les Anglois par les François. - Le
Dave de Terre-neuve , pour Briſtol , envoyé en
France ; le Chriftopher de Londres , pour Water
Ford , envoyé en France par les Hollandois.
La Marie-Anne de Nerva pour Hull , la Rofe de
Mont-Serrat pour Oftende ; prife & perdue fur les
côtes de Hollande , l'Amphitrite de Guernefay pour
Londres , envoyée à Cherbourg. Par les Américains,
La Polly de la Barbade , pour Hallifax ,
envoyée à Boston ; la Venus de Saint-Thomas
Terre- neuve , envoyée à Salein .
pour
207
PRISES par les Anglois fur les François
2 bâtimens de Saint-Domingue pour la France , envoyés
à Weymouth.
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Résumé : PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 11 Décembre.
Le 11 décembre, un navire de New York arrive à Kinfale. Le Lord Hood accepte de protéger les royalistes de la ville contre le Congrès. Plusieurs prises maritimes sont signalées : les Français capturent des navires pour Bristol, Waterford, Hull et Ostende, envoyés à Cherbourg. Les Américains capturent des navires pour Halifax et Terre-Neuve, envoyés à Boston et Salem. Les Anglais capturent deux bâtiments de Saint-Domingue pour Weymouth.
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12172
p. 165-181
ALMANACH des Muses, 1783. A Paris, chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint-Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
Début :
ON sait que de tous les Recueils Poétiques qui paroissent annuellement, l'Almanach [...]
Mots clefs :
Almanach des Muses, Vers, Année, Poètes, Mérite, Paris, Nouveauté, Journal, Poésie, Recueils poétiques, Éditeur, Poètes du jour, Journal de Paris
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texteReconnaissance textuelle : ALMANACH des Muses, 1783. A Paris, chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint-Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
ALMAN AcH des Muſes , 1783. A Paris,
chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint
Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
-
- " " ,
ON ſait que de tous les Recueils Poétiques
qui paroiffent annuellement , l'Almanach
des Muſes eft le plus ancien & le plus ré
pandu. On le donne, on le reçoit en étren
nes , il eſt attendu, deſiré par les Amateurs,
par les jeunes Faiſeurs ſur-tout, qui brûlent
de ſavoir ſi leur nom eſt enregiſtré à ce greffe
poétique ; & l'on ſe demande comment on
trouve le nouvel.Almanach, avec le même
intérêt que met un Agriculteur à demander
ſi la récoltel de l'année eſt bonne ou mau
vaiſe. On n'eſt pas d'accord tous les ans †
ſon degré de mérite ; les opinions ſe parta
gent quelquefois , & plus d'un jugement
qu'on en porte dépend bien moins de la
1 66 M E R C U R E
bonté réelle des poéſies,que du genre de vers
qºi domine dans le Recueil, parce que telle
ou telle eſpèce de poëme a toujours plus ou
moins d'attraits pour les juges, même les
plus éclairés. Souvent auſſi le tribut d'une
année ſe trouve réellement inférieur à celui
des précédentes ; mais, tour-à-tour un peu
moins bien, un peu moins mal, l'Almansch
des Muſes a toujours pafſe pour être le meil
leur de nos Recueils poetiques. Le goût
exercé de l'Éditeur, la confiance méritée des ^
meilleurs Poëtes du jour, concourent à l'en
richir; & ſi depuis quelques années la mort
lui a enlevé ſes plus riches tributaires, une
nouvelle race de Poëtes ſemble ſortir de leur
cendre, & réclamer leur héritage. - .
Cependant, il faut en convenir, ce Re
cueil a perdu, ſinonde ſon mérite,au moins un
peu de ſa nouveauté. Preſque toutes les Pièces
qu'on y inſéroit autrefois n'avoient pas en
core vû le jour ; celles qui le compoſent
aujourd'hui ont paru en partie dans le Mer
cure ou dans 1e Journal de Paris; & la raiſon
de cette différence, c'eſt que le Journal de
Paris n'exiſtoit pas encore, & que les Poëtes
connus dédaignoient alors d'envoyer leurs
productions au Mercure, effrayés peut-être
par ces deux vers plaiſans & énergiques que
· M. Robé avoit appliqués à ce Journal :
· vaſte Clamart, où tant de trépaſſés . #
, Giſſent en paix l'un ſur l'autre entaſſés. -
Mais aujourd'hui que le Joutnal de Par -
•.
- *
D E F R A N C E. I 67
offre aux Poëtes du jour une grande &
prompte célebrité, & que le Mercure, plus
en credit, leur paroît un dépôt plus digne de
leurs Ouvrages , ces deux Journaux ſont de
venus une des mines les plus fécondes dé
l'Almanach des Muſes. En perdant ce degré
de-nouveauté, encore une fois, il n'a rien
perdu de ſon mérite; mais il devroit exciter
moins d'empreſſement , & puiſque ſon ſuccès
eſt toujours le même, c'eſt un nouveau motif
d'eloge pour l'Éditeur.Il eſt vrai qu'il s'y trou
ve encore tous les ans aſſez de vers nouveaux
pour plaire, même à ceux qui courent moins
après le mérite qu'après la nouveauté. -
' Au reſte, cette Collection, qui n'eſt guère
compoſée que de vers faits dans l'année ,
préſente un tableau utile à ceux qui veulent
obſerver les progrès ou la décadence de la
poéſie. On peut y voir les diverſes nuances ſe
prolonger ou diſparoître ſucceſſivemenr; on
peut y découvrir tous les ans quel genre de
poéſie vient de perdre ou de gagner ſous la
plume de nos Écrivains. Cette réflexion nous
inſpire l'idée de changer notre plan pour l'ex
trait que nous devons en faire. Nous parcour
rons les divers genres de poéſie dans leſquels
ſe ſont exercés les Auteurs qui ont contribué
au Volume de l'année; & par cette marche,
que nous ſuivrons dorénavant , nous met
trons nos Lecteurs à portée de voir par eux
imêmes, dans quels genres nos Muſes mo
dernes ont à déplorer leurs pertes, ou à s'éporgueillir
de leurs acquiſitions, . , .
*- -
168 M E R C U R E /
Commençons par la grande poéſſe, & -
mettons M. de Fontanes à la tête de ceux -
qui s'y ſont exercés. Nous aurions deſiré plas -=--
de jet, plus de liberté dans ſa Traduction de -----
l'Ode d'Horace , Sic te diva potezs cypri. *RP ----
-
- -- -z-- - 272
Après avoir dit : | # # r = 3R
Garde, & rends-moi mon cher Virgile, - *= rr --
-
-Asr" -PA"
-
- - --I cI
Il ne falloit pas finir la ſtrophe par ce vers s s **as 2--
qui ſuit immédiatement : | | 2ºº2xs a . -
| .. , , | | o dss, º < rs ;
Garde la moitié de mon coeur. i - T Pr c= F
, -S>5-5 CeS- --^T. - r
parce que l'idée de garde devient froide, Sss rs, º=v=s--
quand, dans le vers qui précède, on y ajoint ssr s#. *ezBAS,s
celle de rends moi , qui ajoute au ſens. Il y Ls s "ºs <is Es, º a auſſi une eſpèce d'irrégularité dans l'arran- | ** les e,s . 1 r .
gement des vers de la quatrième ſtrophe; C)rs t * Fr--
| -- * , ' . . - | * ces ; FS>i> t
L'homme oſe tout : de crime en crime , C ºx-c-; -
- • • - | e - -
Se précipite ſa fureur. vv º º , il §s et Q> sa s
-- • • · · · · l - - > w-ty
Quand ſon eſſor illégitime sºl a * J'sa Ao *age,
- · · · · · · r:
-Eut ravi le feu créateur , | #- c'* S º Ierse
- - «• • . L> La faim, la peſte, aux yeux livides, &e, les <2
. . rº " ux yeux #vide *º Pleins *#rres º#L>-
Le ſens qui finit après le ſecond vers, ne de- , co§ § bar, $ * Pre,
vroit finir qu'après le quatrième, parce que $ *éPc ou # #e- ,
le premier quatraind'une ſtrophe de dixvers si º au ſei *t vre
doit être ſéparé par le ſens des deux tercets 8ºnir ! ºn des nºs
qui la terminent. Cette eſpèce d'enjambe- En vain * éehe, *aits
| ment de phraſe n'eſt plus permiſe aujour- *pé fººPos º ſon
-d'hui. Rien n'eſt impoſſible aux humains, qui l] § #ºs vsii, ºt de r,
ſe trouveplus bas , n'eſt ni aſſez élégant, ni $ désuic "° atTiſz
/ - • " 1 ! ... , · ºu Dis ºstiiſ& G c ſi, aſſez poétique dans une ode # n *Yus l
Nous parlerons avec plus de plaiſir (parce ºteur Sosa - $e > à - e
" | $ ss.§
- 8 , s ^ ncé q *
| & E.2 :9ui ne
|
A Q.§
Su
C
Q.
ſ
U]
le
Y
Oi
· D E , F R A N C E. 169
eue nous avons plus de bien à en dire ) de
ka Chartreuſe de Paris, Pièce où nous avons
retrouvé l'énergie de peinture & de ſenti
ment qui caractériſe M. de Fontanes. Elle
reſpire & communique une mélancolie pro
fonde & attachante.
Ici, dans les détours de ces ſentiers couverts,
Je jouis du ſoleil, de l'ombre & du ſilence.
O doux calme ! ces chars où s'aſſied l'opulence,
Tous ces travat,x, ce peuple à grands flots agité,
Ces ſons confus qu'élève une vaſte cité,
Des enfans de Bruno ne troublent point l'aſyle :
Le bruit les environne, & leur âme eſt tranquille.
On y trouve nombre de vers comparables
à ces deux-ci :
CeTemple, où chaque aurore entend de ſaints concerts
Sortir d'un long ſilence & monter dans les airs.
Sortir d'un long ſilence, peint avec hardieſſe,
& les aurres expreſſions ſont poétiques &
pleines d'harmonie. Bornons-nous à citer en
core ſept ou huit vers de la même Pièce.
Souvent au ſein des nuits la plainte de l'Amour
Fit gémir les échos du ſombre Monaſtère.
En vain le repouſſant de ſon regard auſtère .
La pénitence veille aſſiſe ſur le ſeuil,
Il entre déguiſé ſous les voiles du deuil.
Au Dieu conſolateur en pleurant il ſe donne.
A Comminge, à Rancé, Dieu ſans doute pardonne ;
4Comminge, à Rancé,quine doit quelques pleurs?&c-
, Nº. 8, 22 Février 1733.
*
17o M E R C U R E ,
Le morceau que M. de Fontanes a imité des
· poéſies erſes , ne nous paroît pas inférieur à
ſa Chartreuſe. La manière en eſt large, har
monieuſe & lyrique.
M. Bérenger, qui a ſouvent enrichi ce
Reeueil de pluſieurs morceaux de poéſie lé
gère , s'eſt exercé plus d'une fois dans la
· grande poéſie. Quoique ſa Pièce ſur l'Hiver,
inſérée dans le Volume de cette année, ne
ſoit pas ſon meilleur Ouvrage, il y a des
détails très heureuſement exprimés, & qui
confirment la réputation qu'il s'eſt acquiſe.
On lit de lui, dans ce même Volume, deux
Pièces dans un autre genre : à mon Hermi
tage, & les deux Chiennes. Ce dernier Ou
vrage eſt plein de grâce & d'intérêt.
M. de Bonneville, qui s'étoit fait connoî
tre avantageuſement par un Dialogue inſéré
l'année dernière, a donné quatre morceaux
de grande poéſie. Ce ſont des imitations,
qui, en laiſſant deſirer quelquefois plus de
correétion & de ſoin , prouvent un talent
qu'on doit encourager. -
Nous ne quitterons pas l'article des grands
vers ſans faire mentiond'un talent plus récent
encore que celui dont nous venons de parler.
Le nom de M. le Chevalier de Rivarol
n'avoit jamais paru dans l'Almanach des Mu
ſes. On concevra une opinion avantageuſe
de ſon talent, d'après une Épître qu'il adre (ie
à M. le Baron de Salis - Marſcheins. En
voici quelques vers : - !
Mais ce globe embrâſé qui s'allume ſans ceſſe, -
D E F R A N C E. 17 r
Pourroit-il, comme nous, éprouver la vieilleſſe ?
O déſaſtre inoui! ſi le flambeau du jour ,
Conſumé par le temps s'éclipſoit ſans retour,
Les planètes en deuil, veuves abandonnées,
Rouleroient dans les cieux, d'ombres environnées;
La déſolation rempliroit l'Univers ;
Les plus ſombres vapeurs infecteroient les airs ;
Le chaos renaîtroit : dans cette nuit impure,
Bientôt un froid mortel glaceroit la Nature. -
L'homme & les animaux pêle-mêle égarés,
Pouſſeroient en mourant des cris déſeſpérés,
Et la mort, de ſon crêpe enveloppant l'abîme,
Se détruiroit enfin pour dernière victime.
M. l'Abbé Aub...., Mme de la Fer., M.
Drobecq , M. G**, & M. de Monvel, ont
traité le genre de la Fable. Celle de M. l'Abbé
Aub....., qui commence le Volume, & qui
eſt un peu moins propre, à être citée depuis
la nouvelle de la paix, eſt ingénieuſe & pi
quante. C'eſt un des meilleurs Ouvrages de
ſen Auteur. Nous ne citerons pas non plus
celle de M. de Monvel, parce qu'elle a déjà
paru dans ce Journal avec les louanges
qu'elle mérite. Nous avons déjà payé à Mme
la Marquiſe de la Fer.... un tribut d'eloges ;
mais chaque Pièce qu'on lit de cette Muſe
ſi intéreſſante, eſt une nouvelle dette que
l'on contracte. Tout ce qui échappe à ſa
plume porte l'empreinte d'un eſprit aimable
& d'un coeur ſenſible. Nous invitons nos
H j
/ ,
172 M E R C U R E
Lecteurs à lire les trois Fables dont elle a
enrichi l'Almanach des Muſes. Nous allons
en citer une plus courte , où l'on trouve de
l'eſprit ſans affectation , & de la préciſion
ſans ſéchereſſe. Celle-ci eſt anonyme.
Le Garde-Chaſſe & les Perdrix , Fable.
DANs une immenſe & riche plaine,
Sur les bords rians de la Seine,
Maintes Perdrix vivoient tranquillement.
Un Garde-Chaſſe vigilant
Les garantiiſoit de l'outrage
De la belette au nez pointu,
De l'émouchet au doigt crochu,
Et des matoux du voifinage.
Tranquilles dans cet hermitage ,
Leurs jours étoient des jours heureux ;
Et ſi Perdrix forment des voeux,
- Elles en ont formé, je gage,
Pour leur protecteur généreux.
Qu'il eſt attentif, diſoient-elles !
Combien nous éprouvons ſes ſoins & ſa bonté !
C'eſt un Dieu deſcendu des voûtes immortelles
Pour préſider à notre sûreté
Dans ces retraites.
Elles ſe trompoient les pauvrettes.
Le temps de la chaſſe arriva,
Et le plomb, plus léger que leurs rapides ailes,
En les attcignant leur prouva
Qu'on ne les gardoit pas pour elles,
D E F R A N C E. 173
Pour les épîtres, poéſies légères cu éroti
ques, nous avons pluſieurs perſonnes à citer
avec éloge. Mme de Bourdic, qui, jeune en -
core, a ſu dejà illuſtrer deux noms * par les
productions de ſon eſprit, eſt connue par
un bon goût de verſification, des penſees
gracieuſes, & un ſtyle piquant & vrai. On
lira d'elle avec plaiſir deux Pièces , l'une
adreſſée à M. Sabbatier , l'autre à Mme la
Vicomtefſe de **.
Une nouvelle rivale s'eſt montrée cette
année dans la carrière poétique ; c'eft Mlle
de Gaudin, dont on lira avec plaiſir un
petit Conte, intitulé : la Raiſon dupe d :
l'Amour. Le talent des jolis vers doit plaire
à un ſexe à qui la Nature a ſur-tout confié
le don de plaire. Le charme de la poéſie de
vient dans ſes mains un nouveau moyen de
ſéduction; il ſoumet à leur eſprit ceux qui
ont échappé à leurs charmes, même ceux
qui n'ont pu les connoître. Mais notre ſexe
re ſe plaindra jamais d'un nouveau danger
qui lui procure de nouvelles jouiſſances.
On trouve dans le mêrne Volume ſix Pièces
de M. de Choiſy, qui confirment les éloges
qu'on a donnés à ſa Muſe ingénieuſe & bril
lante; trois de M. Romans, pleines de vé
rité & de grâce ; deux de M. de la Loup
tière, connu & diſtingué depuis long temps
parmi nos Poëtes érotiques ; & une Épître
* On ſait que c'étoit auparavant Mme la Mar
quiſe d'Entremont.
H iij
174 M E R C U R E
fort gaie & fort piquante de M. le Comte
Raiecki, Polonois, adreſſée à M. Blanchard,
ſur ſon bateau volant. On lira auſſi avec
plaiſir une Épître de M. Mugnerot à M.
Robbé.
On ne doit pas craindre de nous voir ou
blier M. le Chevalier de Parny.Une pareille
diſtraction tiendroit de l'ingratitude. Quand
à un goût ſain, à un ſtyle plein de vérité,
on joint une manière ingénieuſe, & ce char
me indéfiniſſable qui manque plus d'une fois
aux eſprits les plus brillans, on ne doit pas
craindre de produire des impreſſions paſſa
gères, & l'on peut compter ſur un revenu
de gloire en retour du plaiſir qu'on a donné.
M. le C hevalier de Parny a contribué pour
trois Pièces , dignes toutes les trois de ſon
talent depuis long-temps apprécié. Nous al
lons citer la première, parce qu'elle eſt des
plus courtes.
A C H L o É.
SELoN vous, mon ſexe eſt léger ;
Le vôtre nous paroît volage ;
Ce procès qu'on ne peut juger,
Eſt renouvelé d'âge en âge.
Vous prononcez dans ce moment ;
Mais j'appelle de la ſentence.
Croyez-moi, c'eſt injuſtement
Que l'on s'accuſe d'inconſtance.
IL n'eſt point de longues amours,
D E F R A*N C E. 175
J'en conviens ; mais preſque toujours
Votre âme s'abuſe elle-même.
Dans ſa douce crédulité,
Souvent de ſa propre beauté
Elle embellit celui qu'elle aime.
Il a tout du moment qu'il plaît :
Grâce au deſir qu'il a fait naître,
Vous voyez ce qu'il devroit être,
Vous ne voyez plus ce qu'il eſt.
Oui, vous placez ſur ſon viſage
Un maſque façonné par vous;
Et, ſéduite par votre image,
Vous diviniſez votre ouvrage,
Et vous tombez à ſes genoux.
Mais le temps & l'expérience
Écartant ce maſque emprunté,
De l'idole que l'on encenſe,
Montre bientôt la nudité :
On ſe relève avec ſurpriſe ;
On doute encor de ſa mépriſe ;
On cherche d'un oeil affligé
Ce qu'on aimoit, ce que l'on aime ;
L'illuſion n'eſt plus la même,
Et l'on dit : vous avez changé.
Du reproche, ſuivant l'uſage,
On paſſe au refroidiſſement ;
Et tandis qu'on paroît volage,
On eſt détrompé ſeulement.
H iv
176 M E R C U R E
DE s Amantes voilà l hiſtoire,
Chloé; mais, vous pouvez m'en croire,
C'eſt auſſi celle des Amans.
En vain votre coeur en murmure ;
C'eſt la bonne vieille nature
Qui fit tous ces arrangemens.
Quant au remède, je l'ignore.
Sans doute il n'en exiſte aucun ;-
Car le vôtre n'en eſt pas un :
Ne point aimer, c'eſt pis encore.
Il y a cette année fort peu de Coates d'une
certaine étendue. Ceux qui ſe ſont exercés
dans ce genre, ou dans celui des bons mors
rimés qui rentreut dans la même claſſe, ſont
M. Collin , M. Duault, M. D. T. , M.
Guyétand, M. Maſſon de Morvilliers, M.
Pons de Verdun, & M. Pouteau. Le Devin
# n'eſ#pas Sorcier, Conſultation dialoguée,
outient la réputation de gaîté & d'origina
lité que M. Collin s'eſt déjà faite par ſes pre
miers eſſais; le dialogue en eſt fort naturel.
Le Père Laconique , par M. Duault, eſt une
boutade aſſez plaiſante , & il y a beaucoup
de gaîté dans le Préſent incomplet , de M.
Pons de Verdun. Le voici : -
A douze élus qui formoient un Chapitre,
Depuis trois mois, Paul devoit mille fra2cs ;
Mais ſa caſſette, en dépit du bon titre,
Pour les payer, lui demandoit trois ans.
Le verre en main, & les coudes ſur table,
-
D E F R A N C E. 177
Rêvant un jour à ſortir d'embarras,
Il ſe ſouvient qu'il a dans ſon étable
Douze gorets bien tendres & bien gras,
Que fraîchement ſa truye avoit mis bas.
En porter un à chaque vénérable
Pour l'attendrir en lui contant ſon cas,
Eſt un projet que Paul trouve admirable.
« C'eſt le bon Dieu qui m'inſpire ceci !
» Remarque bien, dit il à ſon épouſe,
» Remarque bien que nos gorets ſont douze,
» Et ces Meſſieurs tout juſte douze auſſi. »
Joyeux, Dieu ſait ! le Manant s'endimanche ;
Il va trouver nos Béats en ſecret ;
A chacun d'eux il préſente un goret,
Et chacun d'eux lui promet carte blanche,
Trois ans de plus, comme il le deſircit,
Le lendemain le Chapitre s'aſſemble :
Paul fait alors un grand ſigne de croix :
» Chacun à part m'ayant promis ſa voix,
» J'aurai, dit-il , les deuze voix enſemble ,
» Si qu'il chantoit d'avance alleluia ! »
Quand le Chapitre en ſortant lui ctia :
« Point de quartier , dès demain paye ou tremble. »
Pour le calmer, lors d'un ton papelard,
Chaque Béat le tirant à l'écart,
Lui dit : « mon cher, j'ai parlé fort & ferme
» En ta faveur, & j'ai vingt fois conclu
» Que l'on devcit t'accorder un lorg terme ;
· H v
178 . M E R C U R E. .
» Notre Chapitre ainſi ne l'a voulu. »
Paul, attiiité du refus qu'il eſſuye,
Songe aux gorets; & d'un air ingénu
S'écrie : hélas! que n'ai-je donc connu
Votre Chapitre, il auroit eû ma truye !
Le bon mot qu'a rimé M. Pouteau eſt plaiſant.
Parmi quelques épigrammes, on diſtin
guera celle intitulée : le Repentir , par M.
Maſſon de Morvilliers, connu par de jolis
vers dans plus d'un genre, mais ſur tout par
le tour vif & mordant qu'il ſait donner à
l'épigramme.
Mbs E, alte-là! j'abjure l'épigramme.
Ne peux-tu donc m'inſpirer d'autres chants ?
Comme un forçat, j'ai langui ſur ma rame ;
Qu'ai-je gagné : la haine des méchans.
SI d'un pédant je peins le lourd mérite,
Damon ſe croit déſigné dans mes vers.
Que je perſiffie un rimeur hypocrite,
Cléon me lance un regard de travers.
D'UN mot plaiſant, fi je force à ſe taire
Ces plats grimauds, toujours fi contens d'eux,
Qui vont traînant leur honte héréditaire,
" Damis ſoutient qu'un ſot & lui font deux.
CHANToNs plutôt la candeur, la ſcience,
La modeſtie avec tous ſes attraits;
Et ces Meſſieurs, du moins en conſcience,
Ne crciront plus qu'on faſſe leurs portraits.
D E F R A N C E. 179
Ces vers ſont plaiſans, mais ces Meſſieurs
trouveront que cette réparation eſt pire que
l'offenſe, & qu'un pareil repentir reſſemble
beaucoup à ce qu'on appelle impénitence
finale.
Il nous reſte à parler de la Chanſon. On
en voit très - peu dans le Recueil de cette
année. Il y a de la gaîté dans le Pareffèux,
de M. de Br..., & des détails agréables dans
la Romance & la Chanſon de M. Garnier.
La Romance de M. Grouvelle, intitulée : la
Vieille de ſeize ans , eſt ingenieuſe. Nous !
allons rapporter un couplet de M. L **, qui
nous a paru heureux.
Couplet à une Dame , qui prétendoit que
perdre la raiſon & perdre la memoire ,
étoient la même choſe.
EN dépit de votre argument,
Je prouve le cortraire.
Daignez m'accorder ſeulemen
Un baiſer pour ſalaire.
Si j'obtenois un pareil don
Pour prix de ma victoire,
Je pourrois perdre la raiſon,
Mais non pas la mémoire.
Les jolis couplets de M. A.... ſur un air
d'Albanège, avoient déjà couru manuſcrits,
& on les retrouve avec plaiſir dans ce Re
cueil, ainſi qu'une chanſon guerrière de
M. Berquin, ſi connu par ſes Romances
H vj
18o M E R C U R E
& ſes Idylles, avant de l'être par d'autres
Ouvrages.
Après avoir parcouru les divers genres de
poéſies, pour mettre nes Lecteurs à portee
d'apprécier nos richeſſes de cette année, nous
allons citer d'autres noms qui parent encore
pluſieurs pages de ce Volume. Deux Hom
mes de Lettres fort connus, M. Blin de Sain
mcre & M. de la Harpe, ſe ſont réunis (par
haſard ſans doute ) pour célébrer le Comte
du Nord. Le talent de ces deux Écrivains eſt
connu, & leurs Épîtres répondent à l'idee
qu'en a conçu depuis longtemps le Public.
Nous ne devrions peut-être pas parler de
Voltaire, n'ayant à louer de lui dans ce Re
cueil que quelques détails dans une Épître,
& une fort jolie épigramme. Un pareil éloge,
adreſſé à un auſſi grand nom, eſt trep peu de
choſe , mais il vaut encore mieux acquitter
une dette ſi modique, que de ſe rendre ſuſ
pect d'un oubli criminel.
On lira avec plaiſir , dans ce même Vo
lume, diverſes Pièces de M. le Chevalier de
Loeillard, de M. Doigny, de M. François de
Neufchâteau, de M. Flins, de M. Maréchal,
& de M. de Sauv.**, dont la réputation eſt
fondée ſur des Ouvrages plus importans,
& qui jouiſſent de l'eſtime du Public.
Nous aurions voulu parler auſſi de M. le
Marquis de Villette, de qui on lit tous les
ans quelques Pièces ingénieuſes, de M.
l'Abbé Dourneau, de M. Fallet, de M.
Fréron, de M. Marſ**, de M. de Piis, de
D E F R A N C E. 181
M. Salaur, de M. Vigée, de M. Royou, de
M. Rebel, & c. qui ont contribué avec ſuc
cès à l'Almanach de cette année , mais la
multiplicité des noms qui enrichiſſent ce
Recueil, nous met fort à l'étroit dans les
bornes qui nous ſont preſcrites, & nous
force d'abréger tout à la fois & la critique
& la louange. -
On s'appercevra peut-être auſſi qu'il y a
quelques Ouvrages dont nous n'avons point ,
parle, ceux qui ſont ſouſcrits de notre nom,
en gardant le ſilence ſur ces bagatelles, nous
n'avons pas la prétention de faire dire que
c'eſt par modeſte : Dieu veuille ſeulement
qu'on ne diſe point que c'eſt par juſtice !
( Cet Article eſt de M. Imbert. )
chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint
Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
-
- " " ,
ON ſait que de tous les Recueils Poétiques
qui paroiffent annuellement , l'Almanach
des Muſes eft le plus ancien & le plus ré
pandu. On le donne, on le reçoit en étren
nes , il eſt attendu, deſiré par les Amateurs,
par les jeunes Faiſeurs ſur-tout, qui brûlent
de ſavoir ſi leur nom eſt enregiſtré à ce greffe
poétique ; & l'on ſe demande comment on
trouve le nouvel.Almanach, avec le même
intérêt que met un Agriculteur à demander
ſi la récoltel de l'année eſt bonne ou mau
vaiſe. On n'eſt pas d'accord tous les ans †
ſon degré de mérite ; les opinions ſe parta
gent quelquefois , & plus d'un jugement
qu'on en porte dépend bien moins de la
1 66 M E R C U R E
bonté réelle des poéſies,que du genre de vers
qºi domine dans le Recueil, parce que telle
ou telle eſpèce de poëme a toujours plus ou
moins d'attraits pour les juges, même les
plus éclairés. Souvent auſſi le tribut d'une
année ſe trouve réellement inférieur à celui
des précédentes ; mais, tour-à-tour un peu
moins bien, un peu moins mal, l'Almansch
des Muſes a toujours pafſe pour être le meil
leur de nos Recueils poetiques. Le goût
exercé de l'Éditeur, la confiance méritée des ^
meilleurs Poëtes du jour, concourent à l'en
richir; & ſi depuis quelques années la mort
lui a enlevé ſes plus riches tributaires, une
nouvelle race de Poëtes ſemble ſortir de leur
cendre, & réclamer leur héritage. - .
Cependant, il faut en convenir, ce Re
cueil a perdu, ſinonde ſon mérite,au moins un
peu de ſa nouveauté. Preſque toutes les Pièces
qu'on y inſéroit autrefois n'avoient pas en
core vû le jour ; celles qui le compoſent
aujourd'hui ont paru en partie dans le Mer
cure ou dans 1e Journal de Paris; & la raiſon
de cette différence, c'eſt que le Journal de
Paris n'exiſtoit pas encore, & que les Poëtes
connus dédaignoient alors d'envoyer leurs
productions au Mercure, effrayés peut-être
par ces deux vers plaiſans & énergiques que
· M. Robé avoit appliqués à ce Journal :
· vaſte Clamart, où tant de trépaſſés . #
, Giſſent en paix l'un ſur l'autre entaſſés. -
Mais aujourd'hui que le Joutnal de Par -
•.
- *
D E F R A N C E. I 67
offre aux Poëtes du jour une grande &
prompte célebrité, & que le Mercure, plus
en credit, leur paroît un dépôt plus digne de
leurs Ouvrages , ces deux Journaux ſont de
venus une des mines les plus fécondes dé
l'Almanach des Muſes. En perdant ce degré
de-nouveauté, encore une fois, il n'a rien
perdu de ſon mérite; mais il devroit exciter
moins d'empreſſement , & puiſque ſon ſuccès
eſt toujours le même, c'eſt un nouveau motif
d'eloge pour l'Éditeur.Il eſt vrai qu'il s'y trou
ve encore tous les ans aſſez de vers nouveaux
pour plaire, même à ceux qui courent moins
après le mérite qu'après la nouveauté. -
' Au reſte, cette Collection, qui n'eſt guère
compoſée que de vers faits dans l'année ,
préſente un tableau utile à ceux qui veulent
obſerver les progrès ou la décadence de la
poéſie. On peut y voir les diverſes nuances ſe
prolonger ou diſparoître ſucceſſivemenr; on
peut y découvrir tous les ans quel genre de
poéſie vient de perdre ou de gagner ſous la
plume de nos Écrivains. Cette réflexion nous
inſpire l'idée de changer notre plan pour l'ex
trait que nous devons en faire. Nous parcour
rons les divers genres de poéſie dans leſquels
ſe ſont exercés les Auteurs qui ont contribué
au Volume de l'année; & par cette marche,
que nous ſuivrons dorénavant , nous met
trons nos Lecteurs à portée de voir par eux
imêmes, dans quels genres nos Muſes mo
dernes ont à déplorer leurs pertes, ou à s'éporgueillir
de leurs acquiſitions, . , .
*- -
168 M E R C U R E /
Commençons par la grande poéſſe, & -
mettons M. de Fontanes à la tête de ceux -
qui s'y ſont exercés. Nous aurions deſiré plas -=--
de jet, plus de liberté dans ſa Traduction de -----
l'Ode d'Horace , Sic te diva potezs cypri. *RP ----
-
- -- -z-- - 272
Après avoir dit : | # # r = 3R
Garde, & rends-moi mon cher Virgile, - *= rr --
-
-Asr" -PA"
-
- - --I cI
Il ne falloit pas finir la ſtrophe par ce vers s s **as 2--
qui ſuit immédiatement : | | 2ºº2xs a . -
| .. , , | | o dss, º < rs ;
Garde la moitié de mon coeur. i - T Pr c= F
, -S>5-5 CeS- --^T. - r
parce que l'idée de garde devient froide, Sss rs, º=v=s--
quand, dans le vers qui précède, on y ajoint ssr s#. *ezBAS,s
celle de rends moi , qui ajoute au ſens. Il y Ls s "ºs <is Es, º a auſſi une eſpèce d'irrégularité dans l'arran- | ** les e,s . 1 r .
gement des vers de la quatrième ſtrophe; C)rs t * Fr--
| -- * , ' . . - | * ces ; FS>i> t
L'homme oſe tout : de crime en crime , C ºx-c-; -
- • • - | e - -
Se précipite ſa fureur. vv º º , il §s et Q> sa s
-- • • · · · · l - - > w-ty
Quand ſon eſſor illégitime sºl a * J'sa Ao *age,
- · · · · · · r:
-Eut ravi le feu créateur , | #- c'* S º Ierse
- - «• • . L> La faim, la peſte, aux yeux livides, &e, les <2
. . rº " ux yeux #vide *º Pleins *#rres º#L>-
Le ſens qui finit après le ſecond vers, ne de- , co§ § bar, $ * Pre,
vroit finir qu'après le quatrième, parce que $ *éPc ou # #e- ,
le premier quatraind'une ſtrophe de dixvers si º au ſei *t vre
doit être ſéparé par le ſens des deux tercets 8ºnir ! ºn des nºs
qui la terminent. Cette eſpèce d'enjambe- En vain * éehe, *aits
| ment de phraſe n'eſt plus permiſe aujour- *pé fººPos º ſon
-d'hui. Rien n'eſt impoſſible aux humains, qui l] § #ºs vsii, ºt de r,
ſe trouveplus bas , n'eſt ni aſſez élégant, ni $ désuic "° atTiſz
/ - • " 1 ! ... , · ºu Dis ºstiiſ& G c ſi, aſſez poétique dans une ode # n *Yus l
Nous parlerons avec plus de plaiſir (parce ºteur Sosa - $e > à - e
" | $ ss.§
- 8 , s ^ ncé q *
| & E.2 :9ui ne
|
A Q.§
Su
C
Q.
ſ
U]
le
Y
Oi
· D E , F R A N C E. 169
eue nous avons plus de bien à en dire ) de
ka Chartreuſe de Paris, Pièce où nous avons
retrouvé l'énergie de peinture & de ſenti
ment qui caractériſe M. de Fontanes. Elle
reſpire & communique une mélancolie pro
fonde & attachante.
Ici, dans les détours de ces ſentiers couverts,
Je jouis du ſoleil, de l'ombre & du ſilence.
O doux calme ! ces chars où s'aſſied l'opulence,
Tous ces travat,x, ce peuple à grands flots agité,
Ces ſons confus qu'élève une vaſte cité,
Des enfans de Bruno ne troublent point l'aſyle :
Le bruit les environne, & leur âme eſt tranquille.
On y trouve nombre de vers comparables
à ces deux-ci :
CeTemple, où chaque aurore entend de ſaints concerts
Sortir d'un long ſilence & monter dans les airs.
Sortir d'un long ſilence, peint avec hardieſſe,
& les aurres expreſſions ſont poétiques &
pleines d'harmonie. Bornons-nous à citer en
core ſept ou huit vers de la même Pièce.
Souvent au ſein des nuits la plainte de l'Amour
Fit gémir les échos du ſombre Monaſtère.
En vain le repouſſant de ſon regard auſtère .
La pénitence veille aſſiſe ſur le ſeuil,
Il entre déguiſé ſous les voiles du deuil.
Au Dieu conſolateur en pleurant il ſe donne.
A Comminge, à Rancé, Dieu ſans doute pardonne ;
4Comminge, à Rancé,quine doit quelques pleurs?&c-
, Nº. 8, 22 Février 1733.
*
17o M E R C U R E ,
Le morceau que M. de Fontanes a imité des
· poéſies erſes , ne nous paroît pas inférieur à
ſa Chartreuſe. La manière en eſt large, har
monieuſe & lyrique.
M. Bérenger, qui a ſouvent enrichi ce
Reeueil de pluſieurs morceaux de poéſie lé
gère , s'eſt exercé plus d'une fois dans la
· grande poéſie. Quoique ſa Pièce ſur l'Hiver,
inſérée dans le Volume de cette année, ne
ſoit pas ſon meilleur Ouvrage, il y a des
détails très heureuſement exprimés, & qui
confirment la réputation qu'il s'eſt acquiſe.
On lit de lui, dans ce même Volume, deux
Pièces dans un autre genre : à mon Hermi
tage, & les deux Chiennes. Ce dernier Ou
vrage eſt plein de grâce & d'intérêt.
M. de Bonneville, qui s'étoit fait connoî
tre avantageuſement par un Dialogue inſéré
l'année dernière, a donné quatre morceaux
de grande poéſie. Ce ſont des imitations,
qui, en laiſſant deſirer quelquefois plus de
correétion & de ſoin , prouvent un talent
qu'on doit encourager. -
Nous ne quitterons pas l'article des grands
vers ſans faire mentiond'un talent plus récent
encore que celui dont nous venons de parler.
Le nom de M. le Chevalier de Rivarol
n'avoit jamais paru dans l'Almanach des Mu
ſes. On concevra une opinion avantageuſe
de ſon talent, d'après une Épître qu'il adre (ie
à M. le Baron de Salis - Marſcheins. En
voici quelques vers : - !
Mais ce globe embrâſé qui s'allume ſans ceſſe, -
D E F R A N C E. 17 r
Pourroit-il, comme nous, éprouver la vieilleſſe ?
O déſaſtre inoui! ſi le flambeau du jour ,
Conſumé par le temps s'éclipſoit ſans retour,
Les planètes en deuil, veuves abandonnées,
Rouleroient dans les cieux, d'ombres environnées;
La déſolation rempliroit l'Univers ;
Les plus ſombres vapeurs infecteroient les airs ;
Le chaos renaîtroit : dans cette nuit impure,
Bientôt un froid mortel glaceroit la Nature. -
L'homme & les animaux pêle-mêle égarés,
Pouſſeroient en mourant des cris déſeſpérés,
Et la mort, de ſon crêpe enveloppant l'abîme,
Se détruiroit enfin pour dernière victime.
M. l'Abbé Aub...., Mme de la Fer., M.
Drobecq , M. G**, & M. de Monvel, ont
traité le genre de la Fable. Celle de M. l'Abbé
Aub....., qui commence le Volume, & qui
eſt un peu moins propre, à être citée depuis
la nouvelle de la paix, eſt ingénieuſe & pi
quante. C'eſt un des meilleurs Ouvrages de
ſen Auteur. Nous ne citerons pas non plus
celle de M. de Monvel, parce qu'elle a déjà
paru dans ce Journal avec les louanges
qu'elle mérite. Nous avons déjà payé à Mme
la Marquiſe de la Fer.... un tribut d'eloges ;
mais chaque Pièce qu'on lit de cette Muſe
ſi intéreſſante, eſt une nouvelle dette que
l'on contracte. Tout ce qui échappe à ſa
plume porte l'empreinte d'un eſprit aimable
& d'un coeur ſenſible. Nous invitons nos
H j
/ ,
172 M E R C U R E
Lecteurs à lire les trois Fables dont elle a
enrichi l'Almanach des Muſes. Nous allons
en citer une plus courte , où l'on trouve de
l'eſprit ſans affectation , & de la préciſion
ſans ſéchereſſe. Celle-ci eſt anonyme.
Le Garde-Chaſſe & les Perdrix , Fable.
DANs une immenſe & riche plaine,
Sur les bords rians de la Seine,
Maintes Perdrix vivoient tranquillement.
Un Garde-Chaſſe vigilant
Les garantiiſoit de l'outrage
De la belette au nez pointu,
De l'émouchet au doigt crochu,
Et des matoux du voifinage.
Tranquilles dans cet hermitage ,
Leurs jours étoient des jours heureux ;
Et ſi Perdrix forment des voeux,
- Elles en ont formé, je gage,
Pour leur protecteur généreux.
Qu'il eſt attentif, diſoient-elles !
Combien nous éprouvons ſes ſoins & ſa bonté !
C'eſt un Dieu deſcendu des voûtes immortelles
Pour préſider à notre sûreté
Dans ces retraites.
Elles ſe trompoient les pauvrettes.
Le temps de la chaſſe arriva,
Et le plomb, plus léger que leurs rapides ailes,
En les attcignant leur prouva
Qu'on ne les gardoit pas pour elles,
D E F R A N C E. 173
Pour les épîtres, poéſies légères cu éroti
ques, nous avons pluſieurs perſonnes à citer
avec éloge. Mme de Bourdic, qui, jeune en -
core, a ſu dejà illuſtrer deux noms * par les
productions de ſon eſprit, eſt connue par
un bon goût de verſification, des penſees
gracieuſes, & un ſtyle piquant & vrai. On
lira d'elle avec plaiſir deux Pièces , l'une
adreſſée à M. Sabbatier , l'autre à Mme la
Vicomtefſe de **.
Une nouvelle rivale s'eſt montrée cette
année dans la carrière poétique ; c'eft Mlle
de Gaudin, dont on lira avec plaiſir un
petit Conte, intitulé : la Raiſon dupe d :
l'Amour. Le talent des jolis vers doit plaire
à un ſexe à qui la Nature a ſur-tout confié
le don de plaire. Le charme de la poéſie de
vient dans ſes mains un nouveau moyen de
ſéduction; il ſoumet à leur eſprit ceux qui
ont échappé à leurs charmes, même ceux
qui n'ont pu les connoître. Mais notre ſexe
re ſe plaindra jamais d'un nouveau danger
qui lui procure de nouvelles jouiſſances.
On trouve dans le mêrne Volume ſix Pièces
de M. de Choiſy, qui confirment les éloges
qu'on a donnés à ſa Muſe ingénieuſe & bril
lante; trois de M. Romans, pleines de vé
rité & de grâce ; deux de M. de la Loup
tière, connu & diſtingué depuis long temps
parmi nos Poëtes érotiques ; & une Épître
* On ſait que c'étoit auparavant Mme la Mar
quiſe d'Entremont.
H iij
174 M E R C U R E
fort gaie & fort piquante de M. le Comte
Raiecki, Polonois, adreſſée à M. Blanchard,
ſur ſon bateau volant. On lira auſſi avec
plaiſir une Épître de M. Mugnerot à M.
Robbé.
On ne doit pas craindre de nous voir ou
blier M. le Chevalier de Parny.Une pareille
diſtraction tiendroit de l'ingratitude. Quand
à un goût ſain, à un ſtyle plein de vérité,
on joint une manière ingénieuſe, & ce char
me indéfiniſſable qui manque plus d'une fois
aux eſprits les plus brillans, on ne doit pas
craindre de produire des impreſſions paſſa
gères, & l'on peut compter ſur un revenu
de gloire en retour du plaiſir qu'on a donné.
M. le C hevalier de Parny a contribué pour
trois Pièces , dignes toutes les trois de ſon
talent depuis long-temps apprécié. Nous al
lons citer la première, parce qu'elle eſt des
plus courtes.
A C H L o É.
SELoN vous, mon ſexe eſt léger ;
Le vôtre nous paroît volage ;
Ce procès qu'on ne peut juger,
Eſt renouvelé d'âge en âge.
Vous prononcez dans ce moment ;
Mais j'appelle de la ſentence.
Croyez-moi, c'eſt injuſtement
Que l'on s'accuſe d'inconſtance.
IL n'eſt point de longues amours,
D E F R A*N C E. 175
J'en conviens ; mais preſque toujours
Votre âme s'abuſe elle-même.
Dans ſa douce crédulité,
Souvent de ſa propre beauté
Elle embellit celui qu'elle aime.
Il a tout du moment qu'il plaît :
Grâce au deſir qu'il a fait naître,
Vous voyez ce qu'il devroit être,
Vous ne voyez plus ce qu'il eſt.
Oui, vous placez ſur ſon viſage
Un maſque façonné par vous;
Et, ſéduite par votre image,
Vous diviniſez votre ouvrage,
Et vous tombez à ſes genoux.
Mais le temps & l'expérience
Écartant ce maſque emprunté,
De l'idole que l'on encenſe,
Montre bientôt la nudité :
On ſe relève avec ſurpriſe ;
On doute encor de ſa mépriſe ;
On cherche d'un oeil affligé
Ce qu'on aimoit, ce que l'on aime ;
L'illuſion n'eſt plus la même,
Et l'on dit : vous avez changé.
Du reproche, ſuivant l'uſage,
On paſſe au refroidiſſement ;
Et tandis qu'on paroît volage,
On eſt détrompé ſeulement.
H iv
176 M E R C U R E
DE s Amantes voilà l hiſtoire,
Chloé; mais, vous pouvez m'en croire,
C'eſt auſſi celle des Amans.
En vain votre coeur en murmure ;
C'eſt la bonne vieille nature
Qui fit tous ces arrangemens.
Quant au remède, je l'ignore.
Sans doute il n'en exiſte aucun ;-
Car le vôtre n'en eſt pas un :
Ne point aimer, c'eſt pis encore.
Il y a cette année fort peu de Coates d'une
certaine étendue. Ceux qui ſe ſont exercés
dans ce genre, ou dans celui des bons mors
rimés qui rentreut dans la même claſſe, ſont
M. Collin , M. Duault, M. D. T. , M.
Guyétand, M. Maſſon de Morvilliers, M.
Pons de Verdun, & M. Pouteau. Le Devin
# n'eſ#pas Sorcier, Conſultation dialoguée,
outient la réputation de gaîté & d'origina
lité que M. Collin s'eſt déjà faite par ſes pre
miers eſſais; le dialogue en eſt fort naturel.
Le Père Laconique , par M. Duault, eſt une
boutade aſſez plaiſante , & il y a beaucoup
de gaîté dans le Préſent incomplet , de M.
Pons de Verdun. Le voici : -
A douze élus qui formoient un Chapitre,
Depuis trois mois, Paul devoit mille fra2cs ;
Mais ſa caſſette, en dépit du bon titre,
Pour les payer, lui demandoit trois ans.
Le verre en main, & les coudes ſur table,
-
D E F R A N C E. 177
Rêvant un jour à ſortir d'embarras,
Il ſe ſouvient qu'il a dans ſon étable
Douze gorets bien tendres & bien gras,
Que fraîchement ſa truye avoit mis bas.
En porter un à chaque vénérable
Pour l'attendrir en lui contant ſon cas,
Eſt un projet que Paul trouve admirable.
« C'eſt le bon Dieu qui m'inſpire ceci !
» Remarque bien, dit il à ſon épouſe,
» Remarque bien que nos gorets ſont douze,
» Et ces Meſſieurs tout juſte douze auſſi. »
Joyeux, Dieu ſait ! le Manant s'endimanche ;
Il va trouver nos Béats en ſecret ;
A chacun d'eux il préſente un goret,
Et chacun d'eux lui promet carte blanche,
Trois ans de plus, comme il le deſircit,
Le lendemain le Chapitre s'aſſemble :
Paul fait alors un grand ſigne de croix :
» Chacun à part m'ayant promis ſa voix,
» J'aurai, dit-il , les deuze voix enſemble ,
» Si qu'il chantoit d'avance alleluia ! »
Quand le Chapitre en ſortant lui ctia :
« Point de quartier , dès demain paye ou tremble. »
Pour le calmer, lors d'un ton papelard,
Chaque Béat le tirant à l'écart,
Lui dit : « mon cher, j'ai parlé fort & ferme
» En ta faveur, & j'ai vingt fois conclu
» Que l'on devcit t'accorder un lorg terme ;
· H v
178 . M E R C U R E. .
» Notre Chapitre ainſi ne l'a voulu. »
Paul, attiiité du refus qu'il eſſuye,
Songe aux gorets; & d'un air ingénu
S'écrie : hélas! que n'ai-je donc connu
Votre Chapitre, il auroit eû ma truye !
Le bon mot qu'a rimé M. Pouteau eſt plaiſant.
Parmi quelques épigrammes, on diſtin
guera celle intitulée : le Repentir , par M.
Maſſon de Morvilliers, connu par de jolis
vers dans plus d'un genre, mais ſur tout par
le tour vif & mordant qu'il ſait donner à
l'épigramme.
Mbs E, alte-là! j'abjure l'épigramme.
Ne peux-tu donc m'inſpirer d'autres chants ?
Comme un forçat, j'ai langui ſur ma rame ;
Qu'ai-je gagné : la haine des méchans.
SI d'un pédant je peins le lourd mérite,
Damon ſe croit déſigné dans mes vers.
Que je perſiffie un rimeur hypocrite,
Cléon me lance un regard de travers.
D'UN mot plaiſant, fi je force à ſe taire
Ces plats grimauds, toujours fi contens d'eux,
Qui vont traînant leur honte héréditaire,
" Damis ſoutient qu'un ſot & lui font deux.
CHANToNs plutôt la candeur, la ſcience,
La modeſtie avec tous ſes attraits;
Et ces Meſſieurs, du moins en conſcience,
Ne crciront plus qu'on faſſe leurs portraits.
D E F R A N C E. 179
Ces vers ſont plaiſans, mais ces Meſſieurs
trouveront que cette réparation eſt pire que
l'offenſe, & qu'un pareil repentir reſſemble
beaucoup à ce qu'on appelle impénitence
finale.
Il nous reſte à parler de la Chanſon. On
en voit très - peu dans le Recueil de cette
année. Il y a de la gaîté dans le Pareffèux,
de M. de Br..., & des détails agréables dans
la Romance & la Chanſon de M. Garnier.
La Romance de M. Grouvelle, intitulée : la
Vieille de ſeize ans , eſt ingenieuſe. Nous !
allons rapporter un couplet de M. L **, qui
nous a paru heureux.
Couplet à une Dame , qui prétendoit que
perdre la raiſon & perdre la memoire ,
étoient la même choſe.
EN dépit de votre argument,
Je prouve le cortraire.
Daignez m'accorder ſeulemen
Un baiſer pour ſalaire.
Si j'obtenois un pareil don
Pour prix de ma victoire,
Je pourrois perdre la raiſon,
Mais non pas la mémoire.
Les jolis couplets de M. A.... ſur un air
d'Albanège, avoient déjà couru manuſcrits,
& on les retrouve avec plaiſir dans ce Re
cueil, ainſi qu'une chanſon guerrière de
M. Berquin, ſi connu par ſes Romances
H vj
18o M E R C U R E
& ſes Idylles, avant de l'être par d'autres
Ouvrages.
Après avoir parcouru les divers genres de
poéſies, pour mettre nes Lecteurs à portee
d'apprécier nos richeſſes de cette année, nous
allons citer d'autres noms qui parent encore
pluſieurs pages de ce Volume. Deux Hom
mes de Lettres fort connus, M. Blin de Sain
mcre & M. de la Harpe, ſe ſont réunis (par
haſard ſans doute ) pour célébrer le Comte
du Nord. Le talent de ces deux Écrivains eſt
connu, & leurs Épîtres répondent à l'idee
qu'en a conçu depuis longtemps le Public.
Nous ne devrions peut-être pas parler de
Voltaire, n'ayant à louer de lui dans ce Re
cueil que quelques détails dans une Épître,
& une fort jolie épigramme. Un pareil éloge,
adreſſé à un auſſi grand nom, eſt trep peu de
choſe , mais il vaut encore mieux acquitter
une dette ſi modique, que de ſe rendre ſuſ
pect d'un oubli criminel.
On lira avec plaiſir , dans ce même Vo
lume, diverſes Pièces de M. le Chevalier de
Loeillard, de M. Doigny, de M. François de
Neufchâteau, de M. Flins, de M. Maréchal,
& de M. de Sauv.**, dont la réputation eſt
fondée ſur des Ouvrages plus importans,
& qui jouiſſent de l'eſtime du Public.
Nous aurions voulu parler auſſi de M. le
Marquis de Villette, de qui on lit tous les
ans quelques Pièces ingénieuſes, de M.
l'Abbé Dourneau, de M. Fallet, de M.
Fréron, de M. Marſ**, de M. de Piis, de
D E F R A N C E. 181
M. Salaur, de M. Vigée, de M. Royou, de
M. Rebel, & c. qui ont contribué avec ſuc
cès à l'Almanach de cette année , mais la
multiplicité des noms qui enrichiſſent ce
Recueil, nous met fort à l'étroit dans les
bornes qui nous ſont preſcrites, & nous
force d'abréger tout à la fois & la critique
& la louange. -
On s'appercevra peut-être auſſi qu'il y a
quelques Ouvrages dont nous n'avons point ,
parle, ceux qui ſont ſouſcrits de notre nom,
en gardant le ſilence ſur ces bagatelles, nous
n'avons pas la prétention de faire dire que
c'eſt par modeſte : Dieu veuille ſeulement
qu'on ne diſe point que c'eſt par juſtice !
( Cet Article eſt de M. Imbert. )
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Résumé : ALMANACH des Muses, 1783. A Paris, chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint-Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
L'Almanach des Muses, publié en 1783 à Paris par Delalain l'aîné, est le plus ancien et le plus répandu des recueils poétiques annuels. Il suscite un grand intérêt parmi les amateurs et les jeunes poètes, qui espèrent y voir leurs œuvres publiées. Les avis sur sa qualité varient chaque année, souvent en fonction du genre de poèmes dominants. Bien que certains contributeurs célèbres aient disparu, une nouvelle génération de poètes émerge. Cependant, l'Almanach a perdu une partie de sa nouveauté, car beaucoup des pièces qu'il contient ont déjà été publiées dans le Mercure ou le Journal de Paris. Ces journaux sont devenus des sources importantes pour l'Almanach, offrant aux poètes une célébrité rapide et un dépôt digne de leurs œuvres. Malgré cela, l'Almanach reste apprécié pour ses vers nouveaux et offre un tableau des progrès ou de la décadence de la poésie. Le texte critique la traduction d'une ode d'Horace par M. de Fontanes, notant des erreurs de style et de rythme, tout en louant la 'Chartreuse de Paris' de M. de Fontanes pour son énergie et sa mélancolie attachante. La critique littéraire porte également sur divers poèmes et auteurs, soulignant leurs talents respectifs en poésie. Parmi les œuvres mentionnées figurent celles de M. Bérenger, M. de Bonneville, et le Chevalier de Rivarol. Des fables de l'Abbé Aub..., Mme de la Fer..., M. Drobecq, et M. de Monvel sont également commentées, avec des éloges pour leur ingéniosité et leur sensibilité. Le texte se termine par des mentions de poésies légères et érotiques, notant les contributions de Mme de Bourdic et Mlle de Gaudin, appréciées pour leur charme et leur capacité à séduire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12174
p. 90-96
« NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...] »
Début :
NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...]
Mots clefs :
Paris, Prix, Tablettes de bouillon, Auteur, Libraire, Ouvrage, Femmes, Volumes, Broché, Clavecin, Architecture, Observations, Public, Succès, Avantages, Temps, Contes, Figures
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texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...] »
Novv EAv Traité d'Architecture-Pratique , con>
cernant la manière de bâtir ſoiidement, avec les
Obſervations néceſſaires ſur le choix, la qualités
l'emploi & le prix des matériaux, ſur le ſalaire de
chaque eſpèce d'Ouvriers ; ſuivi d'un Traité de Géo
mé rie, par J. F. Mourcy, Appareilieut, Inſpecteur
& Toiſeur des Bâtimens du Roi. 1 Vol. in - S°.,
avec huit Planchès, Il contient la maçonnerie, char-,
pente, couverture , brique , carrelage , fouille de
terre glaiſe, vuidange, pavés de grès & blocage. .
Cet Ouvrage utile aux Gens de l'Art & aux Par
ticuliers qui ont à conſtruire à neuf ou en répara
tions a été imprimé & p blié au mois d'Avril der
nier; c'eſt à ce moment même que la vente s'en eſt
trouvée tout-à-coup arrêtée par la mort de l'Auteur.
La Perſonne qui eſt reſtée chargée d'en ſuivre le
débit, ayant moins d'égard au profit qu'à l'extrême
utilité dont cet Ouvrage eſt jugé devoir être aux
Élèves d'Architecture, & même aux Quvriers, a cru
devoir le fixer au prix ie plus bas. c'eſt pourquoi elle
prévient le Public que ce Livre continuera de ſe
débiter au prix de 4 liv. broché & ; liv. rclié. A
I, E , F R A N C E. 91
Paris, chez la Veuve de l'Auteur, rue S. Antoine,
au coin de celle de Jouy; chez M. Mareux, & chez
L. Cellot, Imprimeur- Libraire, rue des grands Au
guſtins ; Alexandre Jombert jeune, Libraire, rue
Dauphine, n°. 1 1 6 ; Prauit, quai de Gêvres.
PR é c 1 s de la Prononciation Angloiſe pour les
voyelles ſirples a, e, i, o, u, y, en proſe & en
vers, à l'uſage des Dames, par M. Drobecq, Mem
bre du Muſée de Paris, & Correſpondant du Cercfe
des Philadelphes du Cap François ; Brochure de
16 pages in-8°. A Paris, chez l'Auteur, rue Dau
phine, au Muſée de Paris. -
C'eſt le comrnentcment d'un Ouvrage dont l'Au
teur donnera la ſuite, ſi ce premier Eſſai plaît aux
Amateurs des Langues étrangères.
CoN Frss roN générale de l'année 178 ;, Bro
chure in-16 de 46 pages. A Iſpahan; & ſe trouve à
Paris, chez Buiſſon, Libraire, hôtel de Meſgrigny,
rue des Poitevins. - -
· Le but de cette bagatelle eſt de faire paſſer en
revue ſous la forme d'une Confeſſion faite pour l'an
née 1785, avant de mourir les principaux faits dont
elle a été le témoin. On y trouve des traits d'eſprit
& de gaîté. -
DE s Mºyens de conſerver la ſanté des Blancs &
des Nigres aux Antilles ou climats chauds & humides
de l Amérique.in-8°. A St-Domingue; & ſe trouve à
Paris, chez Méquignon l'aîné, Libraire, rue des
Cordelicrs. - # 1
Cet Ouvrage a été fait ſur les lieux mêmes ; ce
qui eſt un préjugé, pour les obſervations que
rapporte l'Auteur, & pour les méthodes curative1
qu'il indique. -
92 | | | M E R C U R E ,
- rAB L ETTEs de Bouillon, économiques, propres
aux uſages domeſtiques & pour la Marine. A Paris,
chez le ſieur de Lavoiepierre, rue Saint Honoré,
hôtel des Américains. Prix, 8 liv. la livre ou les
trente-deux Tablettes. - -
· On ſait que le ſieur de Lavoiepierre a toujours .
eu pour objet de procurer au Public les comeſtibles
qui peuvent lui être utiles ou agréables, & ſon zèle
induſtrieux a toujours obtenu la confiance du Public.
Ayant reconnu l'utilité des Tablettes de Bouillon, il
s'eſt appliqué à leur fabrication, & ſon ſuccès ne lui
A laiſſoit plus rien à deſirer quant à la qualité; mais le
prix exceſſif auquel il étoit obligé de les vendre, l'a
déterminé à rechercher un pays cu les viandes fuiſent
abondantes, à bas prix & d'une excellente qualité.
Ayant trouvé ces avantages dans le fond du Nord,
il y a formé avec un de ſes Correſpondaiis, à qui il
a ccmmuniqué ſes procédés, un établiſſement pour
-
: -
la compoſiion de ces Tablettes.
Avantages des Tablettes de Bouillon. On peut,
par leur moyen, ſeprocurer en un mom nt, partout
ou l'on ſe trouve, un Bouillon ou un Pota e auſſi
ſain & auſſi agréable que ie Bouillon le mieux fait.
Elles ſoutiennent le paſſage de l'Equat ur, & ſe con
ſervent pluſieurs années en les tenant renfermées &
au ſec dans les b ëtes avec leſquelles on les vend. .
La manière de les employer eſt ſimple & facile. Il
ne s'agit que de me tre une Tablette dc demi-once
pour chaque demi - ſeptier ( ou demie livre) d'eau
bouilante , y ajoutant une pincée de ſel ; on remue
avec la cuiller, & le Bouillon eſt fait. L'on en fait
une ſoupe ou un lºotage à ſa volonté. #
Outre les avantages ci d ſſus, les circonſtances
où ces Tablettes peuvent être utiles ſont à l'infini,
puiſqu'elles peuvent toujours remp'acer le Bouillon,
& † elies ſervent dans bien des cas où le Beuillon
n'eſt pas ſuffiſant.
D E F R A N C E. , 3.
Le Bouillon ordinaire eſt ſouvent foible & plat,
parce qu'on n'y a pas mis aſſez de viande; ou parce
qu'elle n'a pas été cuite aſſe g temps , on y fait
fondre une ou deux de ces Tablettes ; & le Bouillon
reprend du corps & du goût, & c. - -
" Les perſonnes qui en demanderont, voudront bien
joindie à leur lettre en mandat ſur quelque maiſon
à Paris, pour en recevoir le payement. |
TRAITÉ de la Pêche, ou l'Art de ſoumettre les
Poiſſons à l empire de l'homme, par M. Buc'hcz,
Auteur de diff rens Ouvrages économiques, Volume
, in-12. P1ir, 2 liv. broche. A Paris, chez Guillot,
Libraire, rue Saizt Jacques.
SIG e VARr, dédié aux Ames ſenſibles; Roman
traduit de l'Allemand, par M. de Lavaux. A Paris,
chez Volland, Libraire, quai des Auguſtins.
Sigevart, le plus jeune des fils d'un Bailli d'un
petit Vi lage de Souabe, deſtiné dès fa première jeu
neſſe par ſon gcût & la volonté de ſes parens, à la
Profeſſion Religieuſe chez les Capucins de leur Vil
lage, partit de chez lui pour aller faire ſes premières
études à Hambourg : de-là il paſſa dans l'Univerſité
d'Ingolſtad, où il ſe prit d'une vive paſſion pour la
filie d'un Conſeiller auquel il avoit été recommandé:
ce goût lui fit bisetôt oublier ſa première deſtina- .
tion ; il rechercha les moyers de vivre dans le
monde, & de s'unir avec l'objet qui avoit fait naître
& qui partageoit ſon amour. Les divers événemens
que Sigevart épreuva pendant le cours de ſes études,
& le maiheureux ſuccès de ſes amours, le contrai
gnirent de revenir à ſes anciens projets, & à prendre
i'habit de Capucin. On voit qu'il n'y a rien de mer
veilleux dans ce plan. Les divers événemens qui for
ment l'Cuvrage,excitent de temps en temps la cu
rioſité; mais on n'y remarque rien, pas même le
- M E R C U R. E -
: ſtyle, qui puiſſe faire mettre ce Roman au-deſſus de
la claſſe ſi nombreuſe de ceux qui ſe font lire avec
quelque plaiſir, & dont il ne reſte rien dans la mé
moire. • * .
, -
L E s Femmes comme il convient de les voir, ou
Appelgu de ce que les Femmes ont été, de ce qu'elles
ſont & de ce qu'elles pourroient être. A Londres , &
ſe trouve à Paris, paſſage des Jacobins, rue Saint
Jacques. - - -
Les Hommes & les Femmes ont, en ſortant des
mains de la Nature, les mêmes moyens & les mêmes
diſpoſitions, & la ſeule éducation occaſionne les dif
férences qu'il y a entre les deux ſexes : voilà ce que
l'Auteur vcudroit prouver dans la première Partie de
ſon Ouvrage. · · · · · - · s
La deuxième contient la nomenclature de toutes
les Femmes qui ſe ſont rendues célèbres chez les
divers Peuples. - - -
La troiſième préſente l'examen particulier de ce
que les Femmes ſont actuellement en France, & de
ce qu'elics pourroient y être ; er fin l'Auteur propoſe
un Etabliſiement au moyen duquel les Femmes
ſeroient aſſociées à la gloire de leurs maris, & pour
roieñt par conſéquent partager avec eux les Hon
neurs, les Grades, les Cordons, &c. On ſait com
bien on a déjà écrit, & combien on pourroit écrire
encore ſur cette matière, même après avoir lu cet
Ouvrage, qui nous a paru ne contenir aucune
vue nouvelle. Nous croyors d'ailleurs que quel
ques-uns des moyens qu'il propoſe en élevant un
ſexe, humilieroient bien l'autre Il ſeroit plaiſant
· en effet de voir une femme Maréchale de France,
, & décorée du Ccrdon Bleu, tandis que ſon mari
aurcit à peine la Croix de S. Louis. ' ' »
PARIs & la Province, çt, Choix des plus beaux
D E- F R A N C E.' 95
Monumens d'Architecture anciens & modernes ent
France, deſſiné par M. Teſtard, & gravé en cou
leur par J. A. Lecampion, quartier de la Cité, Prix,
6 liv. A Paris, chez l'Auteur , rue Saint Jacques,
n°. 8 , & Leſclapart, Libraire , rue du Rcule,
n°. I I. -
Cette première Livraiſon nous a paru bien exécu
tée, & l'on y lit des explications qui offrent des dé
tails curieux & des obſervations piquantes.
L E Cabinet des Fées, ou Colleciien choiſie dºs
Contes des Fées & autres Cortes merveilleux ornés
de Figures, treizième Livraiſºn, Tomes XXV &
XXVI , contenant les nouveaux Contes Orientaux
· par M le Comte de Caylus , les Contes de Mont
crif, la Reine fantaſque de J. J Rouſſeau, la Belle
& la Bête, & les Veilléesde Theſſalie.
- Cette Collection formera 3 1 Volumes in 8°.,
dont le prix eſt de 3 liv. 12 ſols le Volume broché
avec 3 Planches. -
Le ſuccès qu'elle a obtenu a engagé l'Editeur à
prendre des arrangemens pour une autre Edition en
3 1 Volumes in-12 avec les mêmes Figures de l'in
· 8°., dont le prix eſt de 2 liv. 8 ſols le Volume
broché, & pour une autre Edition en 3 1 Volumes
in 12 ſans Figures, dont le prix eſt de 1 liv. 1 5 ſols
· le Volume broché. Il en paroît actuellement 1 2 Vol.
On s'inſcrit pour les diverſes Editions à Paris,
chez Ci1chet, Libraire-Editeur des OEuvres de le
' Sage & Prévoſt; & à Genève, chez Barde , Mauget
& Compagnie , Imprimeurs-Libraires.
Nota. On prévient M M. les Souſcripteurs qu'il
y aura un Supplément de ſix Volumes qu'on aura
la liberté de prendre ou de laiſſer. Au moyen de ce
· Supplément , la Collectionentière aura 3 6 Volumes
tant in-8°. qu'in - 12, ſans y comprendre un ou
deux Volumes de Notices ſur la Vie des Auteurs.
96 M E R C U R E
: Nvx # Ros 28 à 33 des Feuilles de Terpſychore
pour la Harpe & pour le Clavecin , contenant la
Romance de Nina , &c. Prix, 1 liv. 4 ſols chaque
Cahier. Abonnement pour cinquante-deux Numéros
3o liv. pour chaque Inſtrument. A Paris, chez Cou
ſineau père & fils, Luthiers de la Reine, rue des
Poulies. - - - -
- _ - # # # # # # | | | | | | |
TRro concertant pour le Clavecin , F/ûte &
Alto, par M. A. Kuhn, OEuvre V. Prix, 3 liv.
12 ſols, faiſant le Numéro 3o du Journal-de Pièces
de Clavecin par différens Auteurs. — Trois Sonates
pour le Clavecin , Violon & Violonceile, par M.
Joſeph Hayden, OEuvre XLV, neuvième Livre de
Clavecin. Prix, 7 liv. 4 ſols. — Six Romances &
ſix Rondeaux pour le Piano ou la Harpe, deux
Violons ad libitum , par M. Julien Navoigille,
GEuvre IV. Prix, 7 liv. 4 ſols. A Paris, cbez M.
Boyer, Marchand de Muſique, rue de Richelieu,
ancien Café de Foy, & Mme Lemenu, rue du
Roule, à la Clef d'or.
cernant la manière de bâtir ſoiidement, avec les
Obſervations néceſſaires ſur le choix, la qualités
l'emploi & le prix des matériaux, ſur le ſalaire de
chaque eſpèce d'Ouvriers ; ſuivi d'un Traité de Géo
mé rie, par J. F. Mourcy, Appareilieut, Inſpecteur
& Toiſeur des Bâtimens du Roi. 1 Vol. in - S°.,
avec huit Planchès, Il contient la maçonnerie, char-,
pente, couverture , brique , carrelage , fouille de
terre glaiſe, vuidange, pavés de grès & blocage. .
Cet Ouvrage utile aux Gens de l'Art & aux Par
ticuliers qui ont à conſtruire à neuf ou en répara
tions a été imprimé & p blié au mois d'Avril der
nier; c'eſt à ce moment même que la vente s'en eſt
trouvée tout-à-coup arrêtée par la mort de l'Auteur.
La Perſonne qui eſt reſtée chargée d'en ſuivre le
débit, ayant moins d'égard au profit qu'à l'extrême
utilité dont cet Ouvrage eſt jugé devoir être aux
Élèves d'Architecture, & même aux Quvriers, a cru
devoir le fixer au prix ie plus bas. c'eſt pourquoi elle
prévient le Public que ce Livre continuera de ſe
débiter au prix de 4 liv. broché & ; liv. rclié. A
I, E , F R A N C E. 91
Paris, chez la Veuve de l'Auteur, rue S. Antoine,
au coin de celle de Jouy; chez M. Mareux, & chez
L. Cellot, Imprimeur- Libraire, rue des grands Au
guſtins ; Alexandre Jombert jeune, Libraire, rue
Dauphine, n°. 1 1 6 ; Prauit, quai de Gêvres.
PR é c 1 s de la Prononciation Angloiſe pour les
voyelles ſirples a, e, i, o, u, y, en proſe & en
vers, à l'uſage des Dames, par M. Drobecq, Mem
bre du Muſée de Paris, & Correſpondant du Cercfe
des Philadelphes du Cap François ; Brochure de
16 pages in-8°. A Paris, chez l'Auteur, rue Dau
phine, au Muſée de Paris. -
C'eſt le comrnentcment d'un Ouvrage dont l'Au
teur donnera la ſuite, ſi ce premier Eſſai plaît aux
Amateurs des Langues étrangères.
CoN Frss roN générale de l'année 178 ;, Bro
chure in-16 de 46 pages. A Iſpahan; & ſe trouve à
Paris, chez Buiſſon, Libraire, hôtel de Meſgrigny,
rue des Poitevins. - -
· Le but de cette bagatelle eſt de faire paſſer en
revue ſous la forme d'une Confeſſion faite pour l'an
née 1785, avant de mourir les principaux faits dont
elle a été le témoin. On y trouve des traits d'eſprit
& de gaîté. -
DE s Mºyens de conſerver la ſanté des Blancs &
des Nigres aux Antilles ou climats chauds & humides
de l Amérique.in-8°. A St-Domingue; & ſe trouve à
Paris, chez Méquignon l'aîné, Libraire, rue des
Cordelicrs. - # 1
Cet Ouvrage a été fait ſur les lieux mêmes ; ce
qui eſt un préjugé, pour les obſervations que
rapporte l'Auteur, & pour les méthodes curative1
qu'il indique. -
92 | | | M E R C U R E ,
- rAB L ETTEs de Bouillon, économiques, propres
aux uſages domeſtiques & pour la Marine. A Paris,
chez le ſieur de Lavoiepierre, rue Saint Honoré,
hôtel des Américains. Prix, 8 liv. la livre ou les
trente-deux Tablettes. - -
· On ſait que le ſieur de Lavoiepierre a toujours .
eu pour objet de procurer au Public les comeſtibles
qui peuvent lui être utiles ou agréables, & ſon zèle
induſtrieux a toujours obtenu la confiance du Public.
Ayant reconnu l'utilité des Tablettes de Bouillon, il
s'eſt appliqué à leur fabrication, & ſon ſuccès ne lui
A laiſſoit plus rien à deſirer quant à la qualité; mais le
prix exceſſif auquel il étoit obligé de les vendre, l'a
déterminé à rechercher un pays cu les viandes fuiſent
abondantes, à bas prix & d'une excellente qualité.
Ayant trouvé ces avantages dans le fond du Nord,
il y a formé avec un de ſes Correſpondaiis, à qui il
a ccmmuniqué ſes procédés, un établiſſement pour
-
: -
la compoſiion de ces Tablettes.
Avantages des Tablettes de Bouillon. On peut,
par leur moyen, ſeprocurer en un mom nt, partout
ou l'on ſe trouve, un Bouillon ou un Pota e auſſi
ſain & auſſi agréable que ie Bouillon le mieux fait.
Elles ſoutiennent le paſſage de l'Equat ur, & ſe con
ſervent pluſieurs années en les tenant renfermées &
au ſec dans les b ëtes avec leſquelles on les vend. .
La manière de les employer eſt ſimple & facile. Il
ne s'agit que de me tre une Tablette dc demi-once
pour chaque demi - ſeptier ( ou demie livre) d'eau
bouilante , y ajoutant une pincée de ſel ; on remue
avec la cuiller, & le Bouillon eſt fait. L'on en fait
une ſoupe ou un lºotage à ſa volonté. #
Outre les avantages ci d ſſus, les circonſtances
où ces Tablettes peuvent être utiles ſont à l'infini,
puiſqu'elles peuvent toujours remp'acer le Bouillon,
& † elies ſervent dans bien des cas où le Beuillon
n'eſt pas ſuffiſant.
D E F R A N C E. , 3.
Le Bouillon ordinaire eſt ſouvent foible & plat,
parce qu'on n'y a pas mis aſſez de viande; ou parce
qu'elle n'a pas été cuite aſſe g temps , on y fait
fondre une ou deux de ces Tablettes ; & le Bouillon
reprend du corps & du goût, & c. - -
" Les perſonnes qui en demanderont, voudront bien
joindie à leur lettre en mandat ſur quelque maiſon
à Paris, pour en recevoir le payement. |
TRAITÉ de la Pêche, ou l'Art de ſoumettre les
Poiſſons à l empire de l'homme, par M. Buc'hcz,
Auteur de diff rens Ouvrages économiques, Volume
, in-12. P1ir, 2 liv. broche. A Paris, chez Guillot,
Libraire, rue Saizt Jacques.
SIG e VARr, dédié aux Ames ſenſibles; Roman
traduit de l'Allemand, par M. de Lavaux. A Paris,
chez Volland, Libraire, quai des Auguſtins.
Sigevart, le plus jeune des fils d'un Bailli d'un
petit Vi lage de Souabe, deſtiné dès fa première jeu
neſſe par ſon gcût & la volonté de ſes parens, à la
Profeſſion Religieuſe chez les Capucins de leur Vil
lage, partit de chez lui pour aller faire ſes premières
études à Hambourg : de-là il paſſa dans l'Univerſité
d'Ingolſtad, où il ſe prit d'une vive paſſion pour la
filie d'un Conſeiller auquel il avoit été recommandé:
ce goût lui fit bisetôt oublier ſa première deſtina- .
tion ; il rechercha les moyers de vivre dans le
monde, & de s'unir avec l'objet qui avoit fait naître
& qui partageoit ſon amour. Les divers événemens
que Sigevart épreuva pendant le cours de ſes études,
& le maiheureux ſuccès de ſes amours, le contrai
gnirent de revenir à ſes anciens projets, & à prendre
i'habit de Capucin. On voit qu'il n'y a rien de mer
veilleux dans ce plan. Les divers événemens qui for
ment l'Cuvrage,excitent de temps en temps la cu
rioſité; mais on n'y remarque rien, pas même le
- M E R C U R. E -
: ſtyle, qui puiſſe faire mettre ce Roman au-deſſus de
la claſſe ſi nombreuſe de ceux qui ſe font lire avec
quelque plaiſir, & dont il ne reſte rien dans la mé
moire. • * .
, -
L E s Femmes comme il convient de les voir, ou
Appelgu de ce que les Femmes ont été, de ce qu'elles
ſont & de ce qu'elles pourroient être. A Londres , &
ſe trouve à Paris, paſſage des Jacobins, rue Saint
Jacques. - - -
Les Hommes & les Femmes ont, en ſortant des
mains de la Nature, les mêmes moyens & les mêmes
diſpoſitions, & la ſeule éducation occaſionne les dif
férences qu'il y a entre les deux ſexes : voilà ce que
l'Auteur vcudroit prouver dans la première Partie de
ſon Ouvrage. · · · · · - · s
La deuxième contient la nomenclature de toutes
les Femmes qui ſe ſont rendues célèbres chez les
divers Peuples. - - -
La troiſième préſente l'examen particulier de ce
que les Femmes ſont actuellement en France, & de
ce qu'elics pourroient y être ; er fin l'Auteur propoſe
un Etabliſiement au moyen duquel les Femmes
ſeroient aſſociées à la gloire de leurs maris, & pour
roieñt par conſéquent partager avec eux les Hon
neurs, les Grades, les Cordons, &c. On ſait com
bien on a déjà écrit, & combien on pourroit écrire
encore ſur cette matière, même après avoir lu cet
Ouvrage, qui nous a paru ne contenir aucune
vue nouvelle. Nous croyors d'ailleurs que quel
ques-uns des moyens qu'il propoſe en élevant un
ſexe, humilieroient bien l'autre Il ſeroit plaiſant
· en effet de voir une femme Maréchale de France,
, & décorée du Ccrdon Bleu, tandis que ſon mari
aurcit à peine la Croix de S. Louis. ' ' »
PARIs & la Province, çt, Choix des plus beaux
D E- F R A N C E.' 95
Monumens d'Architecture anciens & modernes ent
France, deſſiné par M. Teſtard, & gravé en cou
leur par J. A. Lecampion, quartier de la Cité, Prix,
6 liv. A Paris, chez l'Auteur , rue Saint Jacques,
n°. 8 , & Leſclapart, Libraire , rue du Rcule,
n°. I I. -
Cette première Livraiſon nous a paru bien exécu
tée, & l'on y lit des explications qui offrent des dé
tails curieux & des obſervations piquantes.
L E Cabinet des Fées, ou Colleciien choiſie dºs
Contes des Fées & autres Cortes merveilleux ornés
de Figures, treizième Livraiſºn, Tomes XXV &
XXVI , contenant les nouveaux Contes Orientaux
· par M le Comte de Caylus , les Contes de Mont
crif, la Reine fantaſque de J. J Rouſſeau, la Belle
& la Bête, & les Veilléesde Theſſalie.
- Cette Collection formera 3 1 Volumes in 8°.,
dont le prix eſt de 3 liv. 12 ſols le Volume broché
avec 3 Planches. -
Le ſuccès qu'elle a obtenu a engagé l'Editeur à
prendre des arrangemens pour une autre Edition en
3 1 Volumes in-12 avec les mêmes Figures de l'in
· 8°., dont le prix eſt de 2 liv. 8 ſols le Volume
broché, & pour une autre Edition en 3 1 Volumes
in 12 ſans Figures, dont le prix eſt de 1 liv. 1 5 ſols
· le Volume broché. Il en paroît actuellement 1 2 Vol.
On s'inſcrit pour les diverſes Editions à Paris,
chez Ci1chet, Libraire-Editeur des OEuvres de le
' Sage & Prévoſt; & à Genève, chez Barde , Mauget
& Compagnie , Imprimeurs-Libraires.
Nota. On prévient M M. les Souſcripteurs qu'il
y aura un Supplément de ſix Volumes qu'on aura
la liberté de prendre ou de laiſſer. Au moyen de ce
· Supplément , la Collectionentière aura 3 6 Volumes
tant in-8°. qu'in - 12, ſans y comprendre un ou
deux Volumes de Notices ſur la Vie des Auteurs.
96 M E R C U R E
: Nvx # Ros 28 à 33 des Feuilles de Terpſychore
pour la Harpe & pour le Clavecin , contenant la
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Résumé : « NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...] »
Le document présente plusieurs ouvrages et publications variés. Le 'Traité d'Architecture-Pratique' de J. F. Mourcy, publié en avril, traite des techniques de construction, des matériaux utilisés et des salaires des ouvriers. La vente de cet ouvrage a été interrompue par le décès de l'auteur, mais il reste disponible à un prix réduit pour son utilité auprès des élèves et des ouvriers. Le 'Précis de la Prononciation Angloise' de M. Drobecq est un guide destiné aux dames pour maîtriser les voyelles simples en prose et en vers. La 'Confession générale de l'année 1785' est une brochure humoristique qui récapitule les événements marquants de cette année. L'ouvrage 'Des Moyens de conserver la santé des Blancs & des Nigres aux Antilles' repose sur des observations locales. Les 'Tablettes de Bouillon' de Lavoiepierre sont des produits économiques et pratiques pour préparer rapidement du bouillon, utiles en voyage ou en cuisine. Le 'Traité de la Pêche' de M. Buc'hcz explore l'art de capturer les poissons. Le roman 'Sigevart', traduit de l'allemand par M. de Lavaux, raconte l'histoire d'un jeune homme destiné à la vie religieuse mais qui tombe amoureux et choisit une autre voie, avant de revenir à ses intentions initiales pour devenir capucin. L'ouvrage 'Les Femmes comme il convient de les voir' examine les différences entre les sexes, attribuées à l'éducation, et propose une nomenclature des femmes célèbres ainsi qu'un établissement où les femmes partageraient les honneurs et les grades avec leurs maris, une idée jugée controversée. Le texte mentionne également des publications sur l'architecture française, une collection de contes des fées, et diverses partitions musicales pour harpe et clavecin, avec des détails sur les prix et les éditeurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12175
p. 485-509
A M. DE F.
Début :
LA personne qui a reçu cette lettre, n'a pas cru devoir jouir seule du plaisir qu'elle lui a fait éprouver. / J'ARRIVE de Naples, mon cher ami, et je vous porte un fruit de mon voyage, sur lequel [...]
Mots clefs :
Rome, Terre, Ruines, Villa, Tombeau, Maison, Ami, Temps, Monuments, Homme, Scipion, Tivoli, Monde, Génie, Coeur, Campagne, Débris, Eaux, Horace, Naples, Bruit, Hommes, Peuple, Romain, Souvenirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE F.
I 4 A personne qui a reçu cette lettre , n'a pas cru
devoir jouir seule du plaisir qu'elle lui a fait éprou
ver. Les détails qu'elle renferme intéresseront tous
les lecteurs. On y retrouvera le talent de l'auteur
du Génie du Christianisme , enrichie d'autres
souvenirs et d'autres images (i).
Home, le 10 janvier 1804.
A M. de F.
J'ARRIVE de Naples, mon cher ami, et je
vous porte un fruit de mon voyage , sur lequel
vous avez des droits : quelques feuilles du laurier
du tombeau de Virgile. « Tenet nunc Parthenope . »
Il y a long-temps que j'aurais dû vous parler de
cette terre classique, faite pour intéresser un génie
comme le vôtre ; mais diverses raisons m'en ont
empêché. Cependant, je ne veux pas quitter Rome
sans vous dire au moins quelques mots de cette
ville fameuse. Nous étions convenus que je vous
écrirais, au hasard et sans suite, tout ce que je
penserais de l'Italie , comme je vous marquais
autrefois l'impression que faisaient sur mon coeur
les solitudes du Nouveau - Monde. Sans autre
préambule, je vais donc essayer de vous donner
une idée générale des dehors de Rome , c'est-àdire,
de ses campagnes et de ses ruines.
Vous avez lu , mon cher ami , tout ce qu'on
(i) M. de Chateaubriand à qni l'on a communiqué les
épreuves de sa lettre , a bien voulu y ajouter quelques
notes. ( Note de l'éditeur. )
H h 3
486 MERCURE DE FRANCE,
a écrit sur ce sujet; mais je ne sais pas si les
voyageurs vous ont donné une idée bien juste du
tableau que présente la campagne de Rome.
Figurez - vous quelque chose de la désolation
de Tyr et de Babylone, dont parle l'Ecriture;
un silence et une solitude aussi vastes que le
bruit et le tumulte des hommes qui se pres
saient jadis sur ce sol. On croit y entendre reten
tir celte malédiction du prophète : Venient tibi
duo hoec subitb indienne, sterilitas ewiduitas(i).
Vous apercevez çà et là quelques bouts de
voies romaines, dans des lieux où il ne passe plus
personne ; quelques traces desséchées des torrens
de l'hiver, qui, vues de loin, ont elles-mêmes l'air
de grands chemins battus et fréquentés, et qui ne
sont que le lit désert d'une onde orageuse qui
s'est écoulée comme le peuple romain. A peine
découvrez-vous quelques arbres , mais vous voyez
partout des ruines d'aqueducs et de tombeaux,
3ui semblent être les forêts et les plantes indigènes
une terre composée de la poussière des morts
et des débris des empires. Souvent , dans une
grande plaine, j'ai cru voir de riches moissons;
je m'en approchais, et ce n'était que des herbes
flétries qui avaient trompé mon oeil : quelquefois
sous ces moissons stériles vous distinguez les traces
d'une ancienne culture. Point d'oiseaux, point de
laboureurs, point çle mouvemens champêtres,
point de mugissemens vde troupeaux , point de
villages, Un petit nomhre de fermes délabrées
se montrent sur la nudité des champs: les fenêtres
et les portes en Sont fermées ; il n'en sort ni fumée ,
ni bruit, ni habitans ; une espèce de sauvage,
presque nu , pâle et miné par la fièvre , garde
■ Il I. III II .11 . ■■■»--■■■ ■«^■^1— I II II' ' —^—»—-M^i—^^
( i ) « Deux choses te viendront à la fois dans un seul
» jour f stérilité et veuvage. » Isaïc,
VENTOSE AN XII. 487
seulement ces tristes chaumières , comme ces
spectres qui, dans nos histoires gothiques, défen
dent l'entrée des châteaux abandonnés. Enfin ,
l'on dirait qu'aucune nation n'a osé succéder aux
maîtres du monde dans leur terre natale , et que
vous voyez ces champs, tels que les a laissés le soc
de Cincinnafus , ou la dernière charrue romaine.
C'est du milieu de ce terrain inculte , que do
mine et qu'attriste encore un monument appelé
par la voix populaire le Tombeau de Néron (1) ,
que s'élève la grande ombre «le la ville éternelle.
Déchue de sa puissance terrestre , elle semble dans .
son orgueil avoir voulu s'isoler ; elle s'est séparée
des autres cités de la terre; et, comme une reinç^
tombée du trône, elle a noblement caché ses mal^ \
heurs dans la solitude.
11 me serait impossible de vous peindre ce
qu'on éprouve , lorsque Rome vous apparaît
tout-à-coup au milieu de ses royaumes vuides ,
inania régna ,• et qu'elle a l'air de se lever
Ç>ur vous de la tombe où elle était couchée,
àchez de vous figurer ce trouble et cet étonnement
qu'éprouvaient les prophètes , lorsque Dieu
leur envoyait la vision de quelque cité à laquelle
il avait attaché les destinées de son peuple ; quasi
aspectus splendoris (2.). La multitude des souvenirs,
l'abondance des senti mens vous oppressent , et
votre ame est bouleversée à l'aspect de cette Rome
qui a recueilli deux fois la succession du monde ,
comme héritière de Saturne et de Jacob (3).
( i ) Le véritable tombeau de Néron était à la porte
du Peuple , dans l'endroit même où l'on a bâti depuis
l'église de Santa Maria del Popolo.
(2) « C'était comme une vision de splendeur, n Ezecli.
(3) Montaigne décrit ainsi la campagne de Rome , telle
qu'elle était il y a envison deux cents ans :
« Nous avions loin ; sur notre main gauche , l'Apec-
; s . -,
Hh4
4&8 MERCURE DE FRANCE,
Vous croirez peut-être , mon cher ami , d'a
près cette description , qu'il n'y a rien de plus af
freux que les campagnes romaines ? vous vous
tromperiez beaucoup , elles ont une inconcevable
grandeur ; on est toujours prêt , en les regardant ,
à s'écrier avec Virgile :
Salve, magna parens frugum, saturniateUus,
Magna ■virûm (i) /
Si vous les voyez en économiste , elles vous dé
soleront sans doute; mais si vous les contemplez
en artiste, en poète, et même en philosophe, vous
ne voudriez peut-être pas qu'elles fussent autrement.
L'aspect d'un champ de bled ou d'un coteau de
vigne ne donnerait pas à votre ame d'aussi fortes
émotions , que la vue de cette terre dont la cul
ture moderne n'a pas rajeuni le sol , et qui est ,
pour ainsi dire, demeurée antique comme les ruines
qui la «ouvrent.
Rien n'est beau comme les lignes de l'horizon
romain , comme la douce inclinaison des plans ,
et les contours suaves et fuyans des montagnes qui
le terminent. Souvent les vallées y prennent la
forme d'une arène, d'un cirque , d'un hippo
drome ; les coteaux y sont taillés en terrasses ,
comme si la main puissante des Romains avait re
mué toute cette terre. Une vapeur particulière , ré
pandue dans ies lointains , arrondit les objets et
fait disparaître ce qu'ils pourraient avoir de trop
dur ou de trop heurté dans leurs formes. Les
n nin , le prospect du pays mal plaisant , bossé , plein
j> de profondes fandasses, incapable d'y recevoir nulle
» conduite de gens de guerre en ordonnance: le terroir nu
» sans arbres , une bonne partie stérile , le pavs fort ou-
» vert tout autour, et plus de dix milles à la ronde, et
j> quasi tout de cette sorte , fort peu peuplé de maisons, n
(i) « Salut, terre féconde ; terre de Saturne, mère
A des grands hommes, »
VENTOSE AN XII. 489
ombres n'y sont jamais lourdes et noires; il n'y a
pas de masses si obscures dans les rochers et les
feuillages, où il ne s'insinue toujours un peu de
lumière. Une teinte singulièrement harmonieuse,
marie la terre , le ciel , les eaux : toutes les sur
faces , au moyen d'une gradation insensible de
couleurs , s'unissent par leurs extrémités , sans
qu'on puisse déterminer le point où une nuance
finit et où l'autre commence. Vous avez sans doute
admiré dans les paysages de Claude Lorrain, cette
lumière qui semble idéale et plus belle que na
ture ? eh bien , c'est la lumière de Rome.
Je ne me lassais point de voir à la Villa
Borghese , le soleil se coucher sur les cyprès du
mont Marins et sur les pins de la f'illa Pamphili ,
Çlantés par le Nôtre. J'ai souvent aussi remonté le
'ibre à Ponte Mole , pour jouir de cette grande
scène de la fin du jour. Les sommets des mon
tagnes de la Sabine apparaissent alors de lapis lazuli
et d'or pâle , tandis que leur base et leurs
flancs sont noyés dans une vapeur d'une teinte
violette ou purpurine. Quelquefois de beaux
nuages comme des chars légers , portés sur le
vent du soir avec une grâce inimitable , font com
prendre l'apparition des habitans de l'Olympe
sous ce ciel mythologique ; quelquefois l'antique
Rome semble avoir étendu dans l'Occident toute
la pourpre de ses Consuls et de ses Césars , sous les
derniers pas du dieu du jour. Cette riche décora
tion ne disparaît pas aussi vite que dans nos cli
mats : lorsque vous croyez que les teintes vont
s'effacer , elle se ranime tout-à-coup sur quelqu'autre
point de l'horizon ; un crépuscule semble
succéder à un crépuscule , et la magie du couchant
se prolonge. Il est vrai qu'à cette heure du repos des
campagnes , l'air ne retentit plus de chants bucoli
ques ; les bergers n'y sont plus : Dulcia linauimus
490 MERCURE DE FRANCE,
arva ; mais on voit encore les grandes victimes du
Clytumne , des boeufs blancs ou des troupeaux de
cavales demi sauvages , descendre seuls au bord
du Tibre et venir s'abreuver dans ses eaux. Vous
vous croiriez transporté autemps des vieux Sabirrs
ouausiècledel'arcadien Evandre, no)i**nf komv (i)
alors que le Tibre s'appeloit encore Albula (2) ,
et que le pieux Enée remonta ses oncles inconnues.
Je conviendrai toutefois que les sites de Naples
sont peut-être plus éblouissans que ceux de Rome :
lorsque le soleil enflammé ou que la lune large et
rougie, se lève au-dessus du Vésuve , comme un
globe lancé par le volcan , la baie de Naples avec
ses rivages bordés d'orangers, les montagnes de
l'Apouille, l'île deCaprée, la côte du Pausilipe ,
Baïe , Misène , Cumes , 1'A.verne , les Champs-
Elysées et toute cette terre Virgiiienne, présentent
un spectacle magique; mais il n'a pas selon moi le
grandiose de la campagne romaine. Du moins estil
certain que l'on s'attache prodigieusement à ce
sol fameux : il y a deux mille ans que Cicéron , se
croyait exilé sous le ciel de l'Asie, et qu'il écrivait
à ses amis : Urbem , mi Rufi , cote et in istâ luce
vive (3). Cet attrait de la belle Ausonie , est encore
le même. On cite plusieurs exemples de voyageurs
qui, venus à Rome dans le dessein d'y passer seule
ment quelques jours , y sont demeurés toute leur
vie. Il fallut que le Poussin vint mourir sur cette
terre des beaux paysages; et au moment même
( 1 ) « Pasteurs des peuples. » Hotner.
(2) fïrf.Tit. Liv.
(3) « C'est à Rome qu'il faut habiter, mon cher Rufus,
» c'est a cette lumière qu'il faut vivre. » Je crois que c'est
dans le premier ou dans le second livre des Epistres Fa
milières. Comme j'ai cité partout de mémoire , on vou
dra bien me pardonner, s'il se trouve quelqu'inexactitude
dans les citations.
VENTOSE AN XII. 49t
où je vous écris , j'ai le bonheur d'y connaître
M. d'Agincourt, quiy vit seul depuis 25 ans, et qui
promet à la France d'avoir aussi son Winckelman.
Quiconque s'occupe uniquement de l'étude de
l'antiquité et des beaux arts, ou quiconque n'a
plus de liens dans la vie , doit venir demeurer à
Rome. Là il trouvera pour société une terre qui
nourrira ses réflexions et qui occupera son coeur,
des promenades qui lui diront toujours quelque
chose. La pierre qu'il foulera aux pieds lui parlera,
et la poussière que le vent élèvera sous ses pas
renfermera quelque grandeur humaine. S'il est
malheureux , s'il a mêlé les cendres de ceux qu'il
aima , à tant de cerltlres illustres, avec quel charme
ne passera-t-il pas du sépulcre des Scipions au
tombeau d'un ami vertueux, dunharmant mausolée
de Cecilia Metella , au modeste cercueil d'une
femme infortunée ! Il pourra croire que ces mânes
chéris se plaisent à errer autour de ces monumens
avec l'ombre d'un Cicéron , pleurant en
core sa chère Tullie , ou d'une Âgrippine en
core occupée de l'urne de Germanicus. S'il est
chrétien , ah! comment pourrait-il alors s'arracher
de cette terre qui est devenue sa patrie, de cette
terre qui a vu naître un second empire plus saint
dans son berceau , plus grand dans sa puissance
que celui qui l'a précédé; de cette terre enfin où
les amis que nous avons perdus, dormant avec les
saints dans les catacombes, sous l'oeil du Père des
fidèles , paraissent devoir se réveiller les premiers
dans leur poussière , et semblent plus voisins des
cieux ?
Quoique Rome, vue intérieurement, ressemble
aujourd'hui à la plupart des villes européennes ,
toutefois elle conserve encore un caractère par
ticulier : aucune autre cité ne présente un pareil
mélange d'architecture et de ruines, depuis le sa-»
4g2 MERCUREDEFRANCE,
blime Panthéon d' Agrippa jusqu'aux murailles
gothiques de Bélisaire , depuis les monumens ap
portés d'Alexandrie jusqu'au dôme élevé par
Michel-Ange. La beauté de ses femmes , est un
autre trait distinctif: elles rappellent par leur port
et leur démarche , les Clélie et les Comelie ; ou
croirait voir des statues antiques de Junon ou de
Pallas descendues de leur piédestal , et se pro
menant autour de leurs temples. D'une autre part,
on retrouve chez les Romains , ce ton des chairs ,
que les peintres appellent couleur historique et
qu'ils emploient dans leurs tableaux. Il semble na
turel que des hommes dont les aïeux ont joué un
si grand rôle sur la terre , aient servi de modèle
ou de type aux Raphaël et aux Dominiquin, pour
représenter les personnages de l'histoire.
Une autre singularité de la ville de Rome, ce
sont les troupeaux de chèvres et sur-tout ces atte
lages de grands boeufs aux cornes énormes que
l'on trouve couchés aux pieds des obélisques
Egyptiens , parmi les débris du Forum , et sous
les arcs où ils passaient autrefois, pour conduire le
triomphateur romain à ce capitole , que Ciceron
appelle le conseil public de l'univers:
Romanos adtempla Deûm duxere triumphos.
A tous les bruits ordinaires des grandes cités ,
se mêle ici le bruit des eaux que l'on entend de
toutes parts , comme si l'on était auprès des fon
taines de Blandusie ou d'Egérie. Du haut des col
lines qui sont renfermées dans l'enceinte de Rome ,
ou à l'extrémité de plusieurs rues, vous apercevez
la campagne en perspective ; ce qui mêle la ville
et les champs d'une manière tout - à - fait pit
toresque. En hiver les toits des maisons sont
couverts d'herbe , à-peu-près comme les vieux
toits de chaume de nos paysans. Ces diverses cir
constances contribuent à donner à Rome je ne sais
VENTOSE AN XII. 4g3
quoi de rustique , qui vous rappelle que ses pre
miers dictateurs conduisaient la charrue , qu'elle
dut l'empire du monde à des laboureurs , et que
le plus grand de ses poètes ne dédaigna pas d'en
seigner l'art d'Hésiode aux enfans de Romulus :
Ascrceumque cano romana per oppida carmcn.
Quant au Tibre qui baigne cette grande cité , et
qui en partage la gloire , sa destinée est tout-à-fait
bizarre. Il passe dans un coin de Rome comme s'il
n'y était pas ; on n'y daigne pas jeter les yeux, on
n'en parle jamais , on ne boit point ses eaux , les
femmes ne s'en servent pas pOur laver ; il se dérobe
furtivement entre de méchantes maisons qui le
cachent , et court se précipiter dans la mer , hon
teux de s'appeler le Tevere.
Il faut maintenant, mon cher ami, vous dire
quelque chose de ces ruines dont vous m'avez tant
recommandé de ( vous parler , et qui font une si
grande partie des dehors de Rome ; je les ai toutes
vues en détail , soit à Rome , soit à Naples , excepté
pourtant les temples de Pcestum , que je n'ai pas
eu le temps de visiter. Vous sentez qu'elles doivent
prendre différens caractères , selon les souvenirs qui
s'y attachent.
Dans une belle soirée du mois de juillet dernier,
j'étais allé m'asseoir au Colisée , sur la marche d'un
des autels consacrés aux douleurs de la Passion.
Le soleil qui se couchait , versait des fleuves d'or
par toutes ces galeries où roulait jadis le torrent des
peuples; de fortes ombres sortaient en même temps
de l'enfoncement des loges et des corridors, ou
tombaient sur la terre en larges bandes noires. Du
haut des massifs de l'architecture, j'apercevais, entre
les ruines du côté droit de l'édifice, le jardin du
palais des Césars . avec un palmier qui semble être
placé tout exprés sur ces débris pour les peintres
et les poètes. Au lieu des cris de joieque desspec594
MERCURE DE FRANCE,
tateurs féroces poussaient jadis dans cet amphi
théâtre, en voyant déchirer des chrétiens par de»
lions et des panthères, on n'entendait que les
aboiemens des chiens de l'hermite qui garde ces
ruines. Mais au moment où le soleil descendit sousl'horizon,
ia cloche du dôme de Saint- Pierre
retentit sous les portiques du Colisée. Cette
correspondance établie par des sons religieux, entre
les deux plus grands monumens de Rome païenne
et de Rome chrétienne , me causa une vive émotion ;
je songeai que ce grand édifice moderne tom
berait à son tour comme l'édifice antiqae ".* nue
les monumens se succèdent comme les homm*. ., qui
les ont élevés ; je me rappelai que ces menu
Juifs qui , dans leurs premières captivités , travail
lèrent aux-édifices de l'Egypte et de Babylone ,
avaient aussi dans leur dernière dispersion , bâti
cette énorme enceinte ; que le monument sous les
voûtes duquel résonnait cette cloche chrétienne .
était l'ouvrage d'un empereur païen marqué dans
les prophéties pour la destruction finale de Jéru
salem. Sont-ce là , mon cher ami , d'assez hauts
sujets de méditations fournis par une seule ruine ,
et croyez-vous qu'une ville où de pareils effets se
reproduisent à chaque pas, soit digne d'être vue?
Je suis retourné hier , o, janvier , au Colisée , pour
le voir dans une autre saison , et sous un autre as
pect : j'ai été étonné en arrivant, de ne point en
tendre l'aboiement des chiens qui se montraient
ordinairement dans les corridors supérieurs de
l'amphithéâtre, entre des ruines et des herbes séchées.
J'ai frappé à la porte de l'hermitage prati
qué dans le ceintre d'une loge ; on ne m'a point
répondu ; l'hermite est mort. L'inclémence de la
saison, l'absence du bon solitaire, des souvenirs ré
cens et douloureux, ont redoublé pour moi la
tristesse de cette enceinte, au point que j'ai cru v«ir
VENTOSE AN XII. 4g5
les ruines d'un édifice, que j'avais admiré quelques
jours auparavant dans toute son intégrité et toute
sa Fraîcheur. C'est ainsi , mon très-cher ami , que
nous sommes avertis à chaque pas de notre néant.
L'homme cherche au-dehors des raisons pour s'en
convaincre ; il va méditer sur les restes des monumens
des empires ; et il ne songe pas qu'il est
lui-même une ruine encore plus chancelante , et
qu"il sera tombé avant ces débris ! Ce qui achève de
rendre notre vie le songe d'une ombre (i), c'est
que nous ne pouvons pas même espérer de vivre
long-temps dans le souvenir de nos amis \ puisque
leur coeur où s'est gravée notre image est, comme
l'objet dont il retient les traits , une argile sujette
à se dissoudre. On m'a montré à Portici, un mor
ceau dé cendre du Vésuve, qui tombe en poudre
sans le toucher , et qui conserve l'empreinte , chaque
jour plus effacée , du sein et du bras d'une jeune
femme ensevelie sous les ruines de Pompéïa : c'est
une image assez juste ( bien qu'elle ne soit pas
encore assez vaine ) de la trace que notre mé
moire laisse dans le coeur des hommes , qui n'est
que cendre et poussière (2).
Avant de partir pour Naples , j'étais allé passer
quelques jours seul à Tivoli. Je parcourus les
ruines des environs , et sur-tout celles de la Villa
Adriana. Surpris par la pluie, au milieu de ma
course, je me réfugiai dans les salles des Thermes
voisins du Pécile (3) , sous un figuier qui avait
renversé le pan d'un mur en s'élevant. Dans un
petit salon octogone , ouvert devant moi , une
vigne vierge avait percé la voûte de l'édifice , et
son gros cep lisse , rouge et tortueux , montait le
long du mur comme un serpent. Tout autour de
(1) Pind.
( 2 ) Job.
( 5 ) Monuinens de la Villa,
496 MERCURE DE FRANCE
moî, à travers les arcades des ruines, s'ouvraient
des points de vue sur la campagne romaine. Des
buissons de sureau remplissaient les salles désertes
où venaient se réfugier quelques merles solitaires.
Les fragmens de maçonnerie étaient tapissés de
feuilles de scolopendre , dont la verdure satinée
se dessinait comme un travail en mosaïque sur
la blancheur des marbres. Çà et là de haute
cyprès remplaçaient les colonnes tombées dans ces
f)alais de la mort ; l'acanthe sauvage rampait à
eurs pieds, sur des débris, comme si la nature
s'était plû à reproduire sur ces chefs-d'oeuvre
mutilés de l'architecture , l'ornement de leur beauté
passée. Les salles diverses et les sommités des
ruines ressemblaient à des corbeilles et à des
bouquets de verdure; le vent en agitait les guir
landes humides, et toutes les plantes s'inclinaient
sous la pluie du ciel.
Pendant que je contemplais ce tableau pitto
resque et sauvage , mille idées confuses se pres
saient dans mon esprit : tantôt j'admirais, tantôt
je détestais la grandeur romaine; tantôt je pensais
aux vertus, tantôt aux vices de ce propriétaire
du monde, qui avait voulu rassembler une image
de son empire dans son jardin. Je me rappelais
les événemens qui avaient renversé cette Villa
superbe ; je la voyais dépouillée de ses plus beaux
omemens par le successeur d'Adrien, les Barbares
y passer comme un tourbillon , s'y cantonner
quelquefois , et , pour se défendre dans ces mêmes
monumens qu'ils avaient à moitié détruits , cou
ronner l'ordre grec et toscan du créneau gothique:
enfin, des religieux chrétiens, ramenant la civili
sation dans ces lieux , plantaient la vigne et con
duisaient la charrue dans le temple des Stoïciens
et les salles de l'Académie (i). Bientôt le siècle
( i ) Monumens de ta Villa.
des
VENTOSE
des arts renaissait, et de ne
achevaient de bouleverser ce qu?
ruines de ces paiais , pour y trouve
d'oeuvre des arts. A ces diverses per1
une voix intérieure qui me répétait ce qu'on a cent
fois écrit sur la vanité des choses humaines. Ii y a
même double vanité dans les monumensde la Villa
Adriana ; ils n'étaient , comme on sait , que
des imitations d'autres monumens répandus dans
les provinces de l'empire romain: le véritable
temple de Sérapis à Alexandrie , la véritable
Académie à Athènes , n'existent plus ; vous ne
voyez donc dans les copies d'Adrien que des ruines
de ruines.
Il faudrait maintenant , mon cher ami , vous
décrire le temple de la Sibylle à Tivoli, et le char
mant temple de Vesta suspendu sur la cascade ;
mais le temps me manque. .le regrette encore de ne
pouvoir vous peindre cette charmante cascade célé
brée par Horace ; j'étais là dans vos domaines, vous
l'héritier de l'Açs*»* des Grecs ou du simplex munditiis(
i) du chantre de VArtpoéiique ;mais]el'ai vue
dans unesaison assez triste, et je n'étais pasmoi-môme
fort gai. Je vous dirai plus , j'ai été importuné du
bruit des eaux, dece bruit quim'a tant defoischarmé
dans les forêts américaines. Je me ra ppelle encore avec
quelles délices, la nuit, au milieu du désert, lorsque
mon bûcher était à demi éteint , que mon guide
dormait, que mes chevaux paissaient à quelque
distance ; je me rappelle , dis- je, avec quelles dé
lices j'écoutais la mélodie des eaux et des vents
dans la profondeur des bois. Ces murmures tantôt
plus forts, tantôt plus faibles , croissant et décrois
sant à chaque instant me faisaient tressaillir , et
chaque arbre était pour moi une espèce de lyre
( i ) « Elégante simplicité. » Hor.
498 MERCURE DE FRANCE,
harmonieuse , dont les vents tiraient d'ineffables
accords.
Aujourd'hui je m'aperçois que je suis beau
coup moins sensible à ces charmes de la nature ,
et je doute que îa cataracte même de Niagara me
causât la même admiration qu'autrefois. Quand on
est très-jeune , la nature muette parle beaucoup ,
parce qu'il y a surabondance dans le coeur de
l'homme ; tout son avenir est devant lui ( si mon
Aristarque veut me passer cette expression ) ; il
espère reporter ses sensations au monde , et il se
nourrit de mille chimères ; mais dans un âge plus
avancé , lorsque la perspective que nous avions
devant nous passe derrière , que nous sommes dé
trompés sur une foule d'illusions , alors la nature
seule devient plus froide et moins parlante ,
les jardins parlent peu (i). Il faut pour qu'elle
nous intéresse encore , qu'il s'y attache des souve
nirs de la société , parce que nous nous suffisons
moins à nous-mêmes ; la solitude absolue nous pèse ,
et nous avons besoin de ces conversations qui se
font le soir à voix basse entre des amis (2).
Je n'ai pas quitté Tivoli , sans visiter la maison
du poète que je viens de citer : elle était en face
de la Villa de Mécène. C'était là qu'il otfrait Jloribus
et vino genium memorem brevis oevi (3).
L'hermitage ne pouvait pas être grand , car il est
situé sur la croupe même du coteau ; mais on sent
qu'on devait être bien à l'abri dans ce lieu, et quetout
y était commode quoique petit. Du verger
qui était au-devant de la maison , l'oeil embrassait
un pays immense : vraie retraite du poète à qui
\
( 1 ) La fontaine.
( 2 ) Horace.
( 5 ) « Des fleurs et du vin au génie qui nous rappelle
» la brièveté de la vie. »
VENTOSE AN Xïî. 49g
f>eu suffit, et qui jouit de tout ce qui n'est pas à
ui, spatio brevi spém longam reseces (i). Après
tout il est fort aisé d'être philosophe comme
Horace ; il avait une maison à Rome, deux Villa
à la campagne , lune à Utique , l'autre à Tivoli.
Il buvait d'un certain vin du consulat de Tullus
avec ses amis, son buffet était couvert d'argenterie ,
il disait familièrement au premier ministre du
Mailre du monde : « Je ne sens point les besoins
de la pauvreté , et si je voulais quelque chose de
plus , Mécène , tu ne me le refuserais pas. » Avec
cela on pfcut chanter Lalagé, se couronner de lys
qui vivent peu , parler de la mort en buvant le
Falernc , et livrer au vent les chagrins.
Je remarque qu'Horace, Virgile, Tibulle, Tite-'
Live, moururent tous avant Auguste, qui eut en
cela le sort de Louis XIV : notre grand prince
survécut un peu à son siècle, et se coucha le der
nier dans la tombe , comme pour s'assurer qu'il ne
restait rien après lui.
Il vous sera sans doute fort indifférent de savoir
3ue la maison de Catulle est placée à Tivoli , auessus
de la maison d'Horace , et qu'elle sert main
tenant de demeure à quelques religieux chrétiens ;
mais vous trouvère* peut - être assez remarquable
que l'Arioste soit venu composer ses fables co
miques (2) au même lieu où Horace s'est joué de
toutes les choses de la vie. On se démande
avec surprise, comment il se fait que le chantre
de Roland, retiré chez le cardinal d'Est à Tivoli »
ait consacré ses divines folies à la France , et à la
France demi-barbare, tandisqu'il avait sous lesyeux
les sévères monumens et les graves sou veni rs d upeuple
(1) « Renferme dans un espace étroit tes longues espé»
m rances. » Horï ■■ ": ' '
( 2 ) Boileau.
lia
5oo MERCURE DE FRANCE,
Je plus sérieux et le plus civilisé de la terre. Au
reste, la Villa d'Est est la seule Villa moderne qui
m'ait intéressé , au milieu des débris des Villa de
tant d'Empereurs et de Consulaires. Cette illustre
maison de Ferrare a eu le bonheur peu commun,
d'avoir été chantée par les deux plus grands poètes
de son temps et les deux plus beaux génies de
l'Italie moderne.
Piacciavi , generose Ercolea proie ,
Ornamento , e splendor del secol nostro
Ippolùo , etc.
C'est ici le cri d'un homme heureux, qui rend
grâce à la maison puissante dont il recueille les
faveurs, et dont il fait lui-même les délices. Le
Tasse , plus touchant , fait entendre dans son in
vocation , les accens de la reconnaissance d'un
grand homme infortuné :
Tu rnagnanimo Alfonso , il quai riiogli , etc.
C'est faire un noble usage du pouvoir que de
s'en servir pour protéger les talens exilés , et re
cueillir le mérite fugitif. Arioste et Hippolyte
d'Est ont laissé dans les vallons de Tivoli un sou
venir qui ne le cède pas en charme, à celui d'Ho
race et de Mécène. Mais que sont devenus les
protecteurs et les protégés? au moment même où.
j'écris, la maison d'Est vient de s'éteindre , sa Villa
tombe en ruines , comme celle du ministre d'Au
guste ; c'est l'histoire de toutes les choses et de tous
les hommes :
Linquenda Tellus, et domus et placens
Uxor (\).
Je passai presque tout un jour à cette superbe
Villa. Je ne pouvais me lasser d'admirer la vaste
perspective dont on jouit du haut de ses terrasses :
au-dessous de vous s'étendent les jardins avec leurs
( i ) « Il faudra quitter la terre , une maison , une
» épouse chérie. » Hor.
VENTOSE AN XII. 5oi
1 platanes et leurs cyprès; après les jardins viennent
les restes de la maison de Mécène placée au bord
de l'Anio (i) ; de l'autre côté de la rivière, sur
le coteau en face , règne un bois de vieux oli
viers , où l'on trouve les débris de la Villa de
Varus (2); un peu plus loin à gauche dans la
plaine , s'élèvent les trois monts Monticelli , san
Francesco et sant Angelo, et entre les sommets de
ces trois monts voisins apparaît le sommet lointain
et azuré de l'antique Soracte; à l'horizon et à l'ex
trémité des campagnes romaines , en décrivant un
cercle par le couchant et le midi, on découvre les
hauteurs de Monte - Fiascone , Rome , Civita-
Vecchia, Ostie , la mer, Frascati , surmonté des
pins de Tusculum; enfin, revenant chercher Tivoli
vers le levant , la circonférence entière de cette
immense perspective se termine au mont Ripoli
autrefois occupé par les maisons de Brutus et
d'Atticus, et au pied duquel se trouve la Villa
Adriana avec toutes ses ruines.
On peut découvrir au milieu de ce tableau, le
cours du Teverone , qui descend vers le Tibre , et
3ue l'oeil suit jusqu'au pont où s'élève le mausolée
e la famille Plotia , bâti en ibrme de tour. Le
grand chemin de Rome se déroule aussi dans
la campagne : c'était l'ancienne voie Tiburtine
autrefois bordée de sépulcres , et le long de la
quelle des meules de foin , élevées en pyramides ,
imitent encore des tombeaux.
Il serait difficile de trouver dans le reste du
monde, une vue plus étonnante et plus propre à
faire naître de puissantes réflexions. Je ne parle
pas de Rome , dont on aperçoit les dômes et
( 1 ) Aujourd'hui le Teverone.
( 2 ) Le Varus qui fut massacré avec les légions en
Germanie. Voyez, l'admirable morceau de Tacite.
I i 3
5o3 MERCURE DE FRANCE,
qui seule dit tout ; je parle seulement des
lieux et des monumens renfermés dans cette vaste
élendue. Voilà la maison où Mécène rassasié des
biens de la terre mourut d'une maladie de lan
gueur ; Varus quitta ce beau coteau pour aller
verser son sang dans les marais de la Germanie ;
Cassius et Brutus abandonnèrent ces retraites en
chantées pour bouleverser leur pairie ; sous ces
haut pms de Frascati , Cicéron dictait ses Tusculanes;
Adrien fit couler un nouveau Pénée au pied
de cette colline, et transporta dans ces lieux les
noms , les charmes et les souvenirs du vallon de
Tempe. Vers cette source de la Tolfàtare , la reine
captive de Palmyre acheva ses jours dans l'obscu
rité , et sa ville d'un moment disparut dans le dé
sert ; c'est ici que le roi Latinus consulta le dieu
laune dans la forêt de l'Albunée ; c'est ici qu'Her
cule avait son temple , et que la sibylle Tiburtine
dictaitsesoracles; cesont-là les montagnes des vieux
Sabins, les plaines de l'antique Latium ; terre de
Saturne et de Rhée, berceau de l'âge d'or, chanté
par tous les poètes ; rians coteaux de ïibur et de
Lucrétile dont le seul génie français a pu retracer
les grâces , et qui attendaient le pinceau de
Poussin et de Claude Lorrain.
Je descendis de la Villa d'Est vers les trois
heures après midi , je passai le Teverone sur le
pont de Lupus, pour rentrer à Tivoli par la porte
Sabine. En traversant le bois des vieux oliviers ,
dontjeviensdevousparler, j'aperçus une petite cha
pelle blanche, dédiée à la Madone Quinlilanea , et
bâtie sur les ruines de la Villa de Varus. C'était
un dimanche, la porte de cette chapelle était
ouverte , j'y entrai ; je vis trois petits autels disposés
en forme de croix ; sur celui du milieu s'élevait un
grand crucifix d'argent, devant lequel brûlait une
, Rtnpe suspendue à la voûte. Un seul homme ,
VENTOSE AN XII. 5o3
qui avait l'air très- malheureux, «hait prosterné
auprès d'un banc; il priait avec tant de ferveur.
3u'il ne leva pas même les yeux sur moi au bruit
e mes pas. Je sentis ce que j'ai m ille^ois éprouvé
en entrant dans une église, c'est-à-dire ,uïi certain
apaisement des troubles du coeur \ pour parler
comme nos vieilles Bibles), et je ne sais quel
dégoût de la terre. Je me mis à genoux à quelque
distance de cet homme, et, inspiré par le lieu , je
nepus m'em pêcher de prononcer cetteprière : « Dieu
» du voyageur , qui avez voulu que le pèlerin vous
» adorât dans cet humble asile, bâti sur les ruines
» du palais" d'un grand de la terre; mère de dou-
» leur, qui avez établi votre culte de miséri-
» corde dans l'héritage de ce romain malheureux,
» mort loin de son pays , dans les torêts de la
» Germanie : nous ne sommes ici que deux fidèles
» prosternés au pied de votre autel solitaire. Accor-
>> dez à cet inconnu , qui semble si profondément
» humilié devant vos grandeurs, tout ce qu'il vous
» demande ; faites que les prières de cet homme
» servent à leur tour à guérir mes infirmités , afin
» que ces deux chrétiens qui sont inconnus l'un à
» l'autre, qui ne se sont rencontrés qu'un instant
» dans la vie, et qui vont se quitter pour ne plus
» se voir ici-bas, soient tout étonnés en se retrou-
» vant au pied de votre trône , de se devoir
» mutuellement une partie de leur bonheur, par
» les miracles de la charité ! »
Quand je viens à regarder , mon cher ami ,
toutes les feuilles éparses sur mon bureau , je suis
épouvanté de mon énorme fatras , et j'hésite à
vous l'envoyer. Je sens pourtant que je ne vous ai
rien dit, que j'ai oublié mille choses que j'aurais
dû vous dire. Comment, par exemple, ne vous
ai-je pas parlé de Tusculum , de ce Cicéron qui ,
selon Sénèque, « fut le seul génie que le peuple
5o4 MERCURE DE FRANCE,
» romain aitjCu égal à son empire. « llludingcniurn
» quod solùm populus romanus par impéiio suo
» habuit.nJSlon voyage à Naples , ma descente dans
le cratère du Vésuve (i), mes courses à Pompéia, à
Capoue ,' a* Caserte , à la Tolfatare , au lac d'Averne
, à la grotte de la Sibylle, auraient pu vous
intéresser, etc. Baïes , où se sont passées tant de
scènes mémorables, mériterait seul un volume. Il
me semble que je vois encore la tour de JBola , où
était placée la maison d'Agrippine , et où elle dit
ce mot sublime aux assassins envoyés par son fils :
« Ventrem feri (2). » L'ile de Nisida, qui servit
de retraite à Brutus, après le meurtre de César,
le pont de Caligula , la Piscine admirable , tous ces
palais bâtis dans la mer , dont parle Horace , vau
draient bien la peine qu'on s'y arrêtât un peu.
Virgile a placé ou trouvé dans ces lieux les belles
fictions du sixième livre de son Enéide : c'est de
là qu'il écrivait à Auguste ces paroles modestes
( 1 ) Il n'y a que de la fatigue et aucun danger à descen
dre dans la cratère du Vésuve. Il faudroit avoir le malheur
d'y être surpris par une éruption , et dans ce cas-là même ,
si l'on n'étoit pas emporté par l'explosion de la matière ,
l'expérience a prouvé qu'on peut encore se sauver sur la
lave-: comme elle coule avec une extrême lenteur, sa sur
face se refroidit assez, vite pour qu'on puissey passer rapi
dement. Jesuisdescendu jusques dans un des trois petits cra
tères , formés daDS le milieu du grand cratère , par la dernière
-éruption , qui eut lieu en 1 797. Les fumées , du côté de la
torre de V Annunziala , étoient assez fortes ; je fis plusieurs
tentatives inutiles , pour parvenir à une lueur que l'on
voyait sur le flanc opposé , du côté de Caserte : dans
quelques endroits , la cendre étoit brûlante à deux pouces
de profondeur sous sa surface.
(2) Tacite.
VENTOSE AN XII. 5o5
( elles sont , je crois , les seules lignes de prose
que nous connaissions de ce grand homme) :
Ego verà fréquentes a te literas accipio... De slEnca
quidem meo , si me hercule jam dignum aurlbus haberem
tuis , libenter mitterem ; sed tanta inchoala res est,
ut poene vitio mentis tantum opus ingressus mihi videar ;
cum proesertim , ut scis , alia quoque studio, ad id opus
multoquc potiora impcrtiar (i).
Mon pèlerinage au tombeau de Scipion l'Africain
est un de ceux qui a le plus satisfait mon coeur, bien
que j'aie manqué le but de mon voyage. On m'avait d i t
que son mausolée existait encore , et qu'on y Usait
même le mot patria, seul reste de cette inscription
qu'on prétend y avoir été gravée : Ingrate patrie ,
tu n'auras pas mes os. Je me suis rendu à Patria,
l'ancienne Literne ; je n'ai point trouvé le tom
beau , mais j'ai erré sur les ruines de la maison que
le plus grand et le plus aimable des hommes habi
tait dans son exil : il me semblait voir le vain
queur d'Annibalse promener au bord de la mer
sur la côte opposée à celle de Carthage,et se conso
lant de l'injustice de Rome , par les charmes de
l'amitié et Je souvenir de ses vertus (2).
(1) Ce fragment se trouve dans Macrobe , mais je ne
puis indiquer le livre : je crois pourtant que c'est le
premier.
(2) Non-seulement on m'avait dit que ce tombeau exis
tait j mais j'avais lu les circonstances que je rapporte ici ,
dans je ne sais plus quel voyageur. Cependant , les raisons
suivantes me font douter un peu de la vérité des faits :
i°. Il me paraît que Scipion , malgré les justes raisons
de plainte qu'il avait contre Rome , aimait cependant
trop sa patrie pour avoir voulu qu'on gravât celte ins
cription sur son tombeau : cela semble contraire à tout
ce que nous connaissons du génie des anciens.
20. L'inscription rapportée est conçue presque littérale
ment dans les termes de l'imprécation que Tite-Live fait
5o6 MERCURE DE FRANCE,
Quant aux Romains modernes, mon cher ami,
Duclos me semble avoir de l'humeur , lorsqu'il les
prononcer à Scipion en sortant de Rome : ne serait-ce paslà
la source de l'erreur?
3°. Plutarque raconte que l'on trouva près de Gaïette ,
une urne de bronze dans un tombeau de marbre , où les
cendres de Scipion devaient avoir été renfermées , et qui
portait une inscription très-différente de celle dont il
s'agit ici.
4*. L'ancienne Literne ayant pris le nom de Palrîa ,
cela a pu donner naissance à ce qu'on a dit du mot patria ,
resté seul de toute l'inscription du tombeau. Ne serait-ce
pas, en effet, un hasard fort singulier que 1« lieu se nom
mât Patria , et que le mot patria se trouvât aussi sur le
monument de Scipion? à moins que l'on ne suppose que
l'un a pris son nom de l'autre.
Il se peut faire toutefois que des auteurs que je ne con
nais pas , aient parlé de cette inscription de manière à ne
laisser aucun doute : ilyamême unephrase dans Plutarque,
qui semble favorable à l'opinion que je combats. Un homme
du plus grand mérite , et qui m'est d'autant plus cher qu'il
est fort malheureux, a fait , presqu'en même temps que moi ,
le voyage de Patria. Nous avons souvent causé ensemble
de ce lieu célèbre ; mais je ne suis pas bien sûr qu'il m'ait
dit avoir vu lui-même le tombeau et le mot (ce qui tran
cherait la difficulté ) , ou s'il m'a seulement raconté la tra
dition populaire. Quant à moi, je n'ai point trouvé le mo
nument, et je n'ai vu que les ruines de la Villa , qui sont
très-peu de chose.
Plutarque parle de l'opinion de ceux qui voulaient que
le tombeau de Scipion fût auprès de Rome. Mais ils con
fondaient évidemment le tombeau des Scipion et le tom
beau de Scipion. Tite-Live affirme que celui-ci était à
Literne , qu'il était surmonté d'une statue qui fut abattue
par une tempête , et qu'il avait vu lui-même cette
VENTOSE AN XII. 5o7
appelle les Italiens de Rome. Je crois qu'il y a
encore chez eux le fond diune nation peu com
mune. On peut découvrir . aisément parmi ce
peuple, trop sévèrement jugé, un grand sens, du
courage, de la patience, du génie, des traces pro
fondes de ses anciennes moeurs , je ne sais quel
air de souverain, et quels noblesusages qui sentent
encore la royauté. Avant de condamner cette opi
nion, qui peut vous paraître bizarre, il faudrait
entendre mes raisons, et je n'ai pas le temps de
vous les rapporter.
Que de choses me resteraient à vous dire sur
la littérature italienne ! Savez-vous que je n'ai
vu qu'une seule fois le comte Alfieri dans ma vie,
et devineriez -vous dans quelle circonstance ? je
l'ai vu mettre dans sa bière. On me dit qu'il n'é
tait presque pas changé. Sa physionomie me pa
rut noble et grave; la mort y ajoutait sans doute
une nouvelle sévérité ; son cercueil étant un peu
Irop court , on lui inclina la tête surla poitrine, ce qui
lui fit faire un mouvement formidable. Jetiensdela
bonté d'une personne qui lui fut bien chère , et de
la politesse d'un ami du comte Alfieri à Florence ,
les notes les plus curieuses sur les ouvrages pos
thumes , les opinions et la vie de cet homme
célèbre.La plupart des papiers publics, en France,
ne vous ont donné sur tout cela que des renseignemens
tronqués et incertains. En attendant que je
puisse vous communiquer mes notes, je vous envoie
statue. On savait d'ailleurs par Senèque , Ciceron et Pline ,
que l'autre tombeau, c'est-à-dire celui des Scipion avait
•existé en effet à une des portes de Rome. Il a été découvert
sous Pie VI ; on en a transporté les inscriptions au musée
du Vatican : parmi les noms des membres de la famille des
Scipion trouyés dans le monument , celui de l'Africain
manque,
5o8 MERCURE DE FRANCE,
l'épitaphe que le comte Alfieri avait faite , en même
temps que la sienne, pour sa noble amie :
HIC. SITA. EST
Al.... E. . . . St....
ALT. ... C O M
Génère, forma, moribus.
Incomparabili. animi. candore.
Proeclarissima.
. A. Viclorio. Alferio.
Juxta. c/iiem. sarcophago. uno (i).
Tumulata. est.
Annorum. 26. spatio.
Vitra, res. omnes. dilecta.
Et. quasi, mortale. nnmen.
Ab ipso, constanter. habita.
Et. observata.
Vixit annos.... menses.... dies....
Ha nnonioe. Montibus. nata.
Obiit. . . die. . . mensis. . .
Anno Domini. M. D. CCC. . (2).
La simplicité de cette épitaphe, et sur-tout la
( 1 ) Sic inscribendum , me , ut opinor et opto , proemoriente •
sed , aliter jubente Dea , aliter inscribendum ■
Qui. juxta. eam. sarcophago. uno >
Conduits, erit. quamprimùin.
(2) « Ici repose Héloïse E. St. comtesse d' Al. , illustre par ses
» aïeux, célèbre far les grâces de sa personne , par les agrémens
» de son esprit , et par la candeur imcomparable de son ame.
» Inhumée près de Victor Alfieri , dans un même tombeau (*) ; il
» la préféra, pendant vingt-six ans , à toutes les choses de la terre.
» Mortelle, ellefut constamment suivie et honorée par lui, c»mme
» si elle eût été une Divinité.
a Née à Hlons ; elle vécut et moitrut le »
(*) Ainsi j'ai écrit , espérant , désirant mourir le premier ; mais
i'il plaît à Dieu d'en ordonner autrement , il faudra autrement écrire :
« Inhumée par la volonté de Victor Alfieri, qui sera bientôt enseveU
» près d'e lie dans un même tombeau. »
VENTOSE AN XII. 5o9
note qui l'accompagne , me semblent extrême
ment touchantes.
Pour cette fois, j'ai fini; je vous envoie ce
monceau de ruines, faites-en tout ce qu'il vous
plaira. Dans la description des divers objets dont
je vous ai parlé , je crois n'avoir omis aucune cir
constance remarquable , si ce n'est que le Tibre
est toujours le Jlams Tiberinus de Virgile. On
prétend qu'il doit cette couleur limoneuse aux
pluies qui tombent dans les montagnes dont il
descend. Souvent, par le temps le plus serein, en
regardant couler ses flots décolorés , je me suis re
présenté une vie commencée au milieu des orages ;
le reste de son cours passe en vain sous un ciel
pur; le fleuve demeure teint des eaux de la
tempête , qui l'ont troublé dans sa source.
Chateaubriand.
devoir jouir seule du plaisir qu'elle lui a fait éprou
ver. Les détails qu'elle renferme intéresseront tous
les lecteurs. On y retrouvera le talent de l'auteur
du Génie du Christianisme , enrichie d'autres
souvenirs et d'autres images (i).
Home, le 10 janvier 1804.
A M. de F.
J'ARRIVE de Naples, mon cher ami, et je
vous porte un fruit de mon voyage , sur lequel
vous avez des droits : quelques feuilles du laurier
du tombeau de Virgile. « Tenet nunc Parthenope . »
Il y a long-temps que j'aurais dû vous parler de
cette terre classique, faite pour intéresser un génie
comme le vôtre ; mais diverses raisons m'en ont
empêché. Cependant, je ne veux pas quitter Rome
sans vous dire au moins quelques mots de cette
ville fameuse. Nous étions convenus que je vous
écrirais, au hasard et sans suite, tout ce que je
penserais de l'Italie , comme je vous marquais
autrefois l'impression que faisaient sur mon coeur
les solitudes du Nouveau - Monde. Sans autre
préambule, je vais donc essayer de vous donner
une idée générale des dehors de Rome , c'est-àdire,
de ses campagnes et de ses ruines.
Vous avez lu , mon cher ami , tout ce qu'on
(i) M. de Chateaubriand à qni l'on a communiqué les
épreuves de sa lettre , a bien voulu y ajouter quelques
notes. ( Note de l'éditeur. )
H h 3
486 MERCURE DE FRANCE,
a écrit sur ce sujet; mais je ne sais pas si les
voyageurs vous ont donné une idée bien juste du
tableau que présente la campagne de Rome.
Figurez - vous quelque chose de la désolation
de Tyr et de Babylone, dont parle l'Ecriture;
un silence et une solitude aussi vastes que le
bruit et le tumulte des hommes qui se pres
saient jadis sur ce sol. On croit y entendre reten
tir celte malédiction du prophète : Venient tibi
duo hoec subitb indienne, sterilitas ewiduitas(i).
Vous apercevez çà et là quelques bouts de
voies romaines, dans des lieux où il ne passe plus
personne ; quelques traces desséchées des torrens
de l'hiver, qui, vues de loin, ont elles-mêmes l'air
de grands chemins battus et fréquentés, et qui ne
sont que le lit désert d'une onde orageuse qui
s'est écoulée comme le peuple romain. A peine
découvrez-vous quelques arbres , mais vous voyez
partout des ruines d'aqueducs et de tombeaux,
3ui semblent être les forêts et les plantes indigènes
une terre composée de la poussière des morts
et des débris des empires. Souvent , dans une
grande plaine, j'ai cru voir de riches moissons;
je m'en approchais, et ce n'était que des herbes
flétries qui avaient trompé mon oeil : quelquefois
sous ces moissons stériles vous distinguez les traces
d'une ancienne culture. Point d'oiseaux, point de
laboureurs, point çle mouvemens champêtres,
point de mugissemens vde troupeaux , point de
villages, Un petit nomhre de fermes délabrées
se montrent sur la nudité des champs: les fenêtres
et les portes en Sont fermées ; il n'en sort ni fumée ,
ni bruit, ni habitans ; une espèce de sauvage,
presque nu , pâle et miné par la fièvre , garde
■ Il I. III II .11 . ■■■»--■■■ ■«^■^1— I II II' ' —^—»—-M^i—^^
( i ) « Deux choses te viendront à la fois dans un seul
» jour f stérilité et veuvage. » Isaïc,
VENTOSE AN XII. 487
seulement ces tristes chaumières , comme ces
spectres qui, dans nos histoires gothiques, défen
dent l'entrée des châteaux abandonnés. Enfin ,
l'on dirait qu'aucune nation n'a osé succéder aux
maîtres du monde dans leur terre natale , et que
vous voyez ces champs, tels que les a laissés le soc
de Cincinnafus , ou la dernière charrue romaine.
C'est du milieu de ce terrain inculte , que do
mine et qu'attriste encore un monument appelé
par la voix populaire le Tombeau de Néron (1) ,
que s'élève la grande ombre «le la ville éternelle.
Déchue de sa puissance terrestre , elle semble dans .
son orgueil avoir voulu s'isoler ; elle s'est séparée
des autres cités de la terre; et, comme une reinç^
tombée du trône, elle a noblement caché ses mal^ \
heurs dans la solitude.
11 me serait impossible de vous peindre ce
qu'on éprouve , lorsque Rome vous apparaît
tout-à-coup au milieu de ses royaumes vuides ,
inania régna ,• et qu'elle a l'air de se lever
Ç>ur vous de la tombe où elle était couchée,
àchez de vous figurer ce trouble et cet étonnement
qu'éprouvaient les prophètes , lorsque Dieu
leur envoyait la vision de quelque cité à laquelle
il avait attaché les destinées de son peuple ; quasi
aspectus splendoris (2.). La multitude des souvenirs,
l'abondance des senti mens vous oppressent , et
votre ame est bouleversée à l'aspect de cette Rome
qui a recueilli deux fois la succession du monde ,
comme héritière de Saturne et de Jacob (3).
( i ) Le véritable tombeau de Néron était à la porte
du Peuple , dans l'endroit même où l'on a bâti depuis
l'église de Santa Maria del Popolo.
(2) « C'était comme une vision de splendeur, n Ezecli.
(3) Montaigne décrit ainsi la campagne de Rome , telle
qu'elle était il y a envison deux cents ans :
« Nous avions loin ; sur notre main gauche , l'Apec-
; s . -,
Hh4
4&8 MERCURE DE FRANCE,
Vous croirez peut-être , mon cher ami , d'a
près cette description , qu'il n'y a rien de plus af
freux que les campagnes romaines ? vous vous
tromperiez beaucoup , elles ont une inconcevable
grandeur ; on est toujours prêt , en les regardant ,
à s'écrier avec Virgile :
Salve, magna parens frugum, saturniateUus,
Magna ■virûm (i) /
Si vous les voyez en économiste , elles vous dé
soleront sans doute; mais si vous les contemplez
en artiste, en poète, et même en philosophe, vous
ne voudriez peut-être pas qu'elles fussent autrement.
L'aspect d'un champ de bled ou d'un coteau de
vigne ne donnerait pas à votre ame d'aussi fortes
émotions , que la vue de cette terre dont la cul
ture moderne n'a pas rajeuni le sol , et qui est ,
pour ainsi dire, demeurée antique comme les ruines
qui la «ouvrent.
Rien n'est beau comme les lignes de l'horizon
romain , comme la douce inclinaison des plans ,
et les contours suaves et fuyans des montagnes qui
le terminent. Souvent les vallées y prennent la
forme d'une arène, d'un cirque , d'un hippo
drome ; les coteaux y sont taillés en terrasses ,
comme si la main puissante des Romains avait re
mué toute cette terre. Une vapeur particulière , ré
pandue dans ies lointains , arrondit les objets et
fait disparaître ce qu'ils pourraient avoir de trop
dur ou de trop heurté dans leurs formes. Les
n nin , le prospect du pays mal plaisant , bossé , plein
j> de profondes fandasses, incapable d'y recevoir nulle
» conduite de gens de guerre en ordonnance: le terroir nu
» sans arbres , une bonne partie stérile , le pavs fort ou-
» vert tout autour, et plus de dix milles à la ronde, et
j> quasi tout de cette sorte , fort peu peuplé de maisons, n
(i) « Salut, terre féconde ; terre de Saturne, mère
A des grands hommes, »
VENTOSE AN XII. 489
ombres n'y sont jamais lourdes et noires; il n'y a
pas de masses si obscures dans les rochers et les
feuillages, où il ne s'insinue toujours un peu de
lumière. Une teinte singulièrement harmonieuse,
marie la terre , le ciel , les eaux : toutes les sur
faces , au moyen d'une gradation insensible de
couleurs , s'unissent par leurs extrémités , sans
qu'on puisse déterminer le point où une nuance
finit et où l'autre commence. Vous avez sans doute
admiré dans les paysages de Claude Lorrain, cette
lumière qui semble idéale et plus belle que na
ture ? eh bien , c'est la lumière de Rome.
Je ne me lassais point de voir à la Villa
Borghese , le soleil se coucher sur les cyprès du
mont Marins et sur les pins de la f'illa Pamphili ,
Çlantés par le Nôtre. J'ai souvent aussi remonté le
'ibre à Ponte Mole , pour jouir de cette grande
scène de la fin du jour. Les sommets des mon
tagnes de la Sabine apparaissent alors de lapis lazuli
et d'or pâle , tandis que leur base et leurs
flancs sont noyés dans une vapeur d'une teinte
violette ou purpurine. Quelquefois de beaux
nuages comme des chars légers , portés sur le
vent du soir avec une grâce inimitable , font com
prendre l'apparition des habitans de l'Olympe
sous ce ciel mythologique ; quelquefois l'antique
Rome semble avoir étendu dans l'Occident toute
la pourpre de ses Consuls et de ses Césars , sous les
derniers pas du dieu du jour. Cette riche décora
tion ne disparaît pas aussi vite que dans nos cli
mats : lorsque vous croyez que les teintes vont
s'effacer , elle se ranime tout-à-coup sur quelqu'autre
point de l'horizon ; un crépuscule semble
succéder à un crépuscule , et la magie du couchant
se prolonge. Il est vrai qu'à cette heure du repos des
campagnes , l'air ne retentit plus de chants bucoli
ques ; les bergers n'y sont plus : Dulcia linauimus
490 MERCURE DE FRANCE,
arva ; mais on voit encore les grandes victimes du
Clytumne , des boeufs blancs ou des troupeaux de
cavales demi sauvages , descendre seuls au bord
du Tibre et venir s'abreuver dans ses eaux. Vous
vous croiriez transporté autemps des vieux Sabirrs
ouausiècledel'arcadien Evandre, no)i**nf komv (i)
alors que le Tibre s'appeloit encore Albula (2) ,
et que le pieux Enée remonta ses oncles inconnues.
Je conviendrai toutefois que les sites de Naples
sont peut-être plus éblouissans que ceux de Rome :
lorsque le soleil enflammé ou que la lune large et
rougie, se lève au-dessus du Vésuve , comme un
globe lancé par le volcan , la baie de Naples avec
ses rivages bordés d'orangers, les montagnes de
l'Apouille, l'île deCaprée, la côte du Pausilipe ,
Baïe , Misène , Cumes , 1'A.verne , les Champs-
Elysées et toute cette terre Virgiiienne, présentent
un spectacle magique; mais il n'a pas selon moi le
grandiose de la campagne romaine. Du moins estil
certain que l'on s'attache prodigieusement à ce
sol fameux : il y a deux mille ans que Cicéron , se
croyait exilé sous le ciel de l'Asie, et qu'il écrivait
à ses amis : Urbem , mi Rufi , cote et in istâ luce
vive (3). Cet attrait de la belle Ausonie , est encore
le même. On cite plusieurs exemples de voyageurs
qui, venus à Rome dans le dessein d'y passer seule
ment quelques jours , y sont demeurés toute leur
vie. Il fallut que le Poussin vint mourir sur cette
terre des beaux paysages; et au moment même
( 1 ) « Pasteurs des peuples. » Hotner.
(2) fïrf.Tit. Liv.
(3) « C'est à Rome qu'il faut habiter, mon cher Rufus,
» c'est a cette lumière qu'il faut vivre. » Je crois que c'est
dans le premier ou dans le second livre des Epistres Fa
milières. Comme j'ai cité partout de mémoire , on vou
dra bien me pardonner, s'il se trouve quelqu'inexactitude
dans les citations.
VENTOSE AN XII. 49t
où je vous écris , j'ai le bonheur d'y connaître
M. d'Agincourt, quiy vit seul depuis 25 ans, et qui
promet à la France d'avoir aussi son Winckelman.
Quiconque s'occupe uniquement de l'étude de
l'antiquité et des beaux arts, ou quiconque n'a
plus de liens dans la vie , doit venir demeurer à
Rome. Là il trouvera pour société une terre qui
nourrira ses réflexions et qui occupera son coeur,
des promenades qui lui diront toujours quelque
chose. La pierre qu'il foulera aux pieds lui parlera,
et la poussière que le vent élèvera sous ses pas
renfermera quelque grandeur humaine. S'il est
malheureux , s'il a mêlé les cendres de ceux qu'il
aima , à tant de cerltlres illustres, avec quel charme
ne passera-t-il pas du sépulcre des Scipions au
tombeau d'un ami vertueux, dunharmant mausolée
de Cecilia Metella , au modeste cercueil d'une
femme infortunée ! Il pourra croire que ces mânes
chéris se plaisent à errer autour de ces monumens
avec l'ombre d'un Cicéron , pleurant en
core sa chère Tullie , ou d'une Âgrippine en
core occupée de l'urne de Germanicus. S'il est
chrétien , ah! comment pourrait-il alors s'arracher
de cette terre qui est devenue sa patrie, de cette
terre qui a vu naître un second empire plus saint
dans son berceau , plus grand dans sa puissance
que celui qui l'a précédé; de cette terre enfin où
les amis que nous avons perdus, dormant avec les
saints dans les catacombes, sous l'oeil du Père des
fidèles , paraissent devoir se réveiller les premiers
dans leur poussière , et semblent plus voisins des
cieux ?
Quoique Rome, vue intérieurement, ressemble
aujourd'hui à la plupart des villes européennes ,
toutefois elle conserve encore un caractère par
ticulier : aucune autre cité ne présente un pareil
mélange d'architecture et de ruines, depuis le sa-»
4g2 MERCUREDEFRANCE,
blime Panthéon d' Agrippa jusqu'aux murailles
gothiques de Bélisaire , depuis les monumens ap
portés d'Alexandrie jusqu'au dôme élevé par
Michel-Ange. La beauté de ses femmes , est un
autre trait distinctif: elles rappellent par leur port
et leur démarche , les Clélie et les Comelie ; ou
croirait voir des statues antiques de Junon ou de
Pallas descendues de leur piédestal , et se pro
menant autour de leurs temples. D'une autre part,
on retrouve chez les Romains , ce ton des chairs ,
que les peintres appellent couleur historique et
qu'ils emploient dans leurs tableaux. Il semble na
turel que des hommes dont les aïeux ont joué un
si grand rôle sur la terre , aient servi de modèle
ou de type aux Raphaël et aux Dominiquin, pour
représenter les personnages de l'histoire.
Une autre singularité de la ville de Rome, ce
sont les troupeaux de chèvres et sur-tout ces atte
lages de grands boeufs aux cornes énormes que
l'on trouve couchés aux pieds des obélisques
Egyptiens , parmi les débris du Forum , et sous
les arcs où ils passaient autrefois, pour conduire le
triomphateur romain à ce capitole , que Ciceron
appelle le conseil public de l'univers:
Romanos adtempla Deûm duxere triumphos.
A tous les bruits ordinaires des grandes cités ,
se mêle ici le bruit des eaux que l'on entend de
toutes parts , comme si l'on était auprès des fon
taines de Blandusie ou d'Egérie. Du haut des col
lines qui sont renfermées dans l'enceinte de Rome ,
ou à l'extrémité de plusieurs rues, vous apercevez
la campagne en perspective ; ce qui mêle la ville
et les champs d'une manière tout - à - fait pit
toresque. En hiver les toits des maisons sont
couverts d'herbe , à-peu-près comme les vieux
toits de chaume de nos paysans. Ces diverses cir
constances contribuent à donner à Rome je ne sais
VENTOSE AN XII. 4g3
quoi de rustique , qui vous rappelle que ses pre
miers dictateurs conduisaient la charrue , qu'elle
dut l'empire du monde à des laboureurs , et que
le plus grand de ses poètes ne dédaigna pas d'en
seigner l'art d'Hésiode aux enfans de Romulus :
Ascrceumque cano romana per oppida carmcn.
Quant au Tibre qui baigne cette grande cité , et
qui en partage la gloire , sa destinée est tout-à-fait
bizarre. Il passe dans un coin de Rome comme s'il
n'y était pas ; on n'y daigne pas jeter les yeux, on
n'en parle jamais , on ne boit point ses eaux , les
femmes ne s'en servent pas pOur laver ; il se dérobe
furtivement entre de méchantes maisons qui le
cachent , et court se précipiter dans la mer , hon
teux de s'appeler le Tevere.
Il faut maintenant, mon cher ami, vous dire
quelque chose de ces ruines dont vous m'avez tant
recommandé de ( vous parler , et qui font une si
grande partie des dehors de Rome ; je les ai toutes
vues en détail , soit à Rome , soit à Naples , excepté
pourtant les temples de Pcestum , que je n'ai pas
eu le temps de visiter. Vous sentez qu'elles doivent
prendre différens caractères , selon les souvenirs qui
s'y attachent.
Dans une belle soirée du mois de juillet dernier,
j'étais allé m'asseoir au Colisée , sur la marche d'un
des autels consacrés aux douleurs de la Passion.
Le soleil qui se couchait , versait des fleuves d'or
par toutes ces galeries où roulait jadis le torrent des
peuples; de fortes ombres sortaient en même temps
de l'enfoncement des loges et des corridors, ou
tombaient sur la terre en larges bandes noires. Du
haut des massifs de l'architecture, j'apercevais, entre
les ruines du côté droit de l'édifice, le jardin du
palais des Césars . avec un palmier qui semble être
placé tout exprés sur ces débris pour les peintres
et les poètes. Au lieu des cris de joieque desspec594
MERCURE DE FRANCE,
tateurs féroces poussaient jadis dans cet amphi
théâtre, en voyant déchirer des chrétiens par de»
lions et des panthères, on n'entendait que les
aboiemens des chiens de l'hermite qui garde ces
ruines. Mais au moment où le soleil descendit sousl'horizon,
ia cloche du dôme de Saint- Pierre
retentit sous les portiques du Colisée. Cette
correspondance établie par des sons religieux, entre
les deux plus grands monumens de Rome païenne
et de Rome chrétienne , me causa une vive émotion ;
je songeai que ce grand édifice moderne tom
berait à son tour comme l'édifice antiqae ".* nue
les monumens se succèdent comme les homm*. ., qui
les ont élevés ; je me rappelai que ces menu
Juifs qui , dans leurs premières captivités , travail
lèrent aux-édifices de l'Egypte et de Babylone ,
avaient aussi dans leur dernière dispersion , bâti
cette énorme enceinte ; que le monument sous les
voûtes duquel résonnait cette cloche chrétienne .
était l'ouvrage d'un empereur païen marqué dans
les prophéties pour la destruction finale de Jéru
salem. Sont-ce là , mon cher ami , d'assez hauts
sujets de méditations fournis par une seule ruine ,
et croyez-vous qu'une ville où de pareils effets se
reproduisent à chaque pas, soit digne d'être vue?
Je suis retourné hier , o, janvier , au Colisée , pour
le voir dans une autre saison , et sous un autre as
pect : j'ai été étonné en arrivant, de ne point en
tendre l'aboiement des chiens qui se montraient
ordinairement dans les corridors supérieurs de
l'amphithéâtre, entre des ruines et des herbes séchées.
J'ai frappé à la porte de l'hermitage prati
qué dans le ceintre d'une loge ; on ne m'a point
répondu ; l'hermite est mort. L'inclémence de la
saison, l'absence du bon solitaire, des souvenirs ré
cens et douloureux, ont redoublé pour moi la
tristesse de cette enceinte, au point que j'ai cru v«ir
VENTOSE AN XII. 4g5
les ruines d'un édifice, que j'avais admiré quelques
jours auparavant dans toute son intégrité et toute
sa Fraîcheur. C'est ainsi , mon très-cher ami , que
nous sommes avertis à chaque pas de notre néant.
L'homme cherche au-dehors des raisons pour s'en
convaincre ; il va méditer sur les restes des monumens
des empires ; et il ne songe pas qu'il est
lui-même une ruine encore plus chancelante , et
qu"il sera tombé avant ces débris ! Ce qui achève de
rendre notre vie le songe d'une ombre (i), c'est
que nous ne pouvons pas même espérer de vivre
long-temps dans le souvenir de nos amis \ puisque
leur coeur où s'est gravée notre image est, comme
l'objet dont il retient les traits , une argile sujette
à se dissoudre. On m'a montré à Portici, un mor
ceau dé cendre du Vésuve, qui tombe en poudre
sans le toucher , et qui conserve l'empreinte , chaque
jour plus effacée , du sein et du bras d'une jeune
femme ensevelie sous les ruines de Pompéïa : c'est
une image assez juste ( bien qu'elle ne soit pas
encore assez vaine ) de la trace que notre mé
moire laisse dans le coeur des hommes , qui n'est
que cendre et poussière (2).
Avant de partir pour Naples , j'étais allé passer
quelques jours seul à Tivoli. Je parcourus les
ruines des environs , et sur-tout celles de la Villa
Adriana. Surpris par la pluie, au milieu de ma
course, je me réfugiai dans les salles des Thermes
voisins du Pécile (3) , sous un figuier qui avait
renversé le pan d'un mur en s'élevant. Dans un
petit salon octogone , ouvert devant moi , une
vigne vierge avait percé la voûte de l'édifice , et
son gros cep lisse , rouge et tortueux , montait le
long du mur comme un serpent. Tout autour de
(1) Pind.
( 2 ) Job.
( 5 ) Monuinens de la Villa,
496 MERCURE DE FRANCE
moî, à travers les arcades des ruines, s'ouvraient
des points de vue sur la campagne romaine. Des
buissons de sureau remplissaient les salles désertes
où venaient se réfugier quelques merles solitaires.
Les fragmens de maçonnerie étaient tapissés de
feuilles de scolopendre , dont la verdure satinée
se dessinait comme un travail en mosaïque sur
la blancheur des marbres. Çà et là de haute
cyprès remplaçaient les colonnes tombées dans ces
f)alais de la mort ; l'acanthe sauvage rampait à
eurs pieds, sur des débris, comme si la nature
s'était plû à reproduire sur ces chefs-d'oeuvre
mutilés de l'architecture , l'ornement de leur beauté
passée. Les salles diverses et les sommités des
ruines ressemblaient à des corbeilles et à des
bouquets de verdure; le vent en agitait les guir
landes humides, et toutes les plantes s'inclinaient
sous la pluie du ciel.
Pendant que je contemplais ce tableau pitto
resque et sauvage , mille idées confuses se pres
saient dans mon esprit : tantôt j'admirais, tantôt
je détestais la grandeur romaine; tantôt je pensais
aux vertus, tantôt aux vices de ce propriétaire
du monde, qui avait voulu rassembler une image
de son empire dans son jardin. Je me rappelais
les événemens qui avaient renversé cette Villa
superbe ; je la voyais dépouillée de ses plus beaux
omemens par le successeur d'Adrien, les Barbares
y passer comme un tourbillon , s'y cantonner
quelquefois , et , pour se défendre dans ces mêmes
monumens qu'ils avaient à moitié détruits , cou
ronner l'ordre grec et toscan du créneau gothique:
enfin, des religieux chrétiens, ramenant la civili
sation dans ces lieux , plantaient la vigne et con
duisaient la charrue dans le temple des Stoïciens
et les salles de l'Académie (i). Bientôt le siècle
( i ) Monumens de ta Villa.
des
VENTOSE
des arts renaissait, et de ne
achevaient de bouleverser ce qu?
ruines de ces paiais , pour y trouve
d'oeuvre des arts. A ces diverses per1
une voix intérieure qui me répétait ce qu'on a cent
fois écrit sur la vanité des choses humaines. Ii y a
même double vanité dans les monumensde la Villa
Adriana ; ils n'étaient , comme on sait , que
des imitations d'autres monumens répandus dans
les provinces de l'empire romain: le véritable
temple de Sérapis à Alexandrie , la véritable
Académie à Athènes , n'existent plus ; vous ne
voyez donc dans les copies d'Adrien que des ruines
de ruines.
Il faudrait maintenant , mon cher ami , vous
décrire le temple de la Sibylle à Tivoli, et le char
mant temple de Vesta suspendu sur la cascade ;
mais le temps me manque. .le regrette encore de ne
pouvoir vous peindre cette charmante cascade célé
brée par Horace ; j'étais là dans vos domaines, vous
l'héritier de l'Açs*»* des Grecs ou du simplex munditiis(
i) du chantre de VArtpoéiique ;mais]el'ai vue
dans unesaison assez triste, et je n'étais pasmoi-môme
fort gai. Je vous dirai plus , j'ai été importuné du
bruit des eaux, dece bruit quim'a tant defoischarmé
dans les forêts américaines. Je me ra ppelle encore avec
quelles délices, la nuit, au milieu du désert, lorsque
mon bûcher était à demi éteint , que mon guide
dormait, que mes chevaux paissaient à quelque
distance ; je me rappelle , dis- je, avec quelles dé
lices j'écoutais la mélodie des eaux et des vents
dans la profondeur des bois. Ces murmures tantôt
plus forts, tantôt plus faibles , croissant et décrois
sant à chaque instant me faisaient tressaillir , et
chaque arbre était pour moi une espèce de lyre
( i ) « Elégante simplicité. » Hor.
498 MERCURE DE FRANCE,
harmonieuse , dont les vents tiraient d'ineffables
accords.
Aujourd'hui je m'aperçois que je suis beau
coup moins sensible à ces charmes de la nature ,
et je doute que îa cataracte même de Niagara me
causât la même admiration qu'autrefois. Quand on
est très-jeune , la nature muette parle beaucoup ,
parce qu'il y a surabondance dans le coeur de
l'homme ; tout son avenir est devant lui ( si mon
Aristarque veut me passer cette expression ) ; il
espère reporter ses sensations au monde , et il se
nourrit de mille chimères ; mais dans un âge plus
avancé , lorsque la perspective que nous avions
devant nous passe derrière , que nous sommes dé
trompés sur une foule d'illusions , alors la nature
seule devient plus froide et moins parlante ,
les jardins parlent peu (i). Il faut pour qu'elle
nous intéresse encore , qu'il s'y attache des souve
nirs de la société , parce que nous nous suffisons
moins à nous-mêmes ; la solitude absolue nous pèse ,
et nous avons besoin de ces conversations qui se
font le soir à voix basse entre des amis (2).
Je n'ai pas quitté Tivoli , sans visiter la maison
du poète que je viens de citer : elle était en face
de la Villa de Mécène. C'était là qu'il otfrait Jloribus
et vino genium memorem brevis oevi (3).
L'hermitage ne pouvait pas être grand , car il est
situé sur la croupe même du coteau ; mais on sent
qu'on devait être bien à l'abri dans ce lieu, et quetout
y était commode quoique petit. Du verger
qui était au-devant de la maison , l'oeil embrassait
un pays immense : vraie retraite du poète à qui
\
( 1 ) La fontaine.
( 2 ) Horace.
( 5 ) « Des fleurs et du vin au génie qui nous rappelle
» la brièveté de la vie. »
VENTOSE AN Xïî. 49g
f>eu suffit, et qui jouit de tout ce qui n'est pas à
ui, spatio brevi spém longam reseces (i). Après
tout il est fort aisé d'être philosophe comme
Horace ; il avait une maison à Rome, deux Villa
à la campagne , lune à Utique , l'autre à Tivoli.
Il buvait d'un certain vin du consulat de Tullus
avec ses amis, son buffet était couvert d'argenterie ,
il disait familièrement au premier ministre du
Mailre du monde : « Je ne sens point les besoins
de la pauvreté , et si je voulais quelque chose de
plus , Mécène , tu ne me le refuserais pas. » Avec
cela on pfcut chanter Lalagé, se couronner de lys
qui vivent peu , parler de la mort en buvant le
Falernc , et livrer au vent les chagrins.
Je remarque qu'Horace, Virgile, Tibulle, Tite-'
Live, moururent tous avant Auguste, qui eut en
cela le sort de Louis XIV : notre grand prince
survécut un peu à son siècle, et se coucha le der
nier dans la tombe , comme pour s'assurer qu'il ne
restait rien après lui.
Il vous sera sans doute fort indifférent de savoir
3ue la maison de Catulle est placée à Tivoli , auessus
de la maison d'Horace , et qu'elle sert main
tenant de demeure à quelques religieux chrétiens ;
mais vous trouvère* peut - être assez remarquable
que l'Arioste soit venu composer ses fables co
miques (2) au même lieu où Horace s'est joué de
toutes les choses de la vie. On se démande
avec surprise, comment il se fait que le chantre
de Roland, retiré chez le cardinal d'Est à Tivoli »
ait consacré ses divines folies à la France , et à la
France demi-barbare, tandisqu'il avait sous lesyeux
les sévères monumens et les graves sou veni rs d upeuple
(1) « Renferme dans un espace étroit tes longues espé»
m rances. » Horï ■■ ": ' '
( 2 ) Boileau.
lia
5oo MERCURE DE FRANCE,
Je plus sérieux et le plus civilisé de la terre. Au
reste, la Villa d'Est est la seule Villa moderne qui
m'ait intéressé , au milieu des débris des Villa de
tant d'Empereurs et de Consulaires. Cette illustre
maison de Ferrare a eu le bonheur peu commun,
d'avoir été chantée par les deux plus grands poètes
de son temps et les deux plus beaux génies de
l'Italie moderne.
Piacciavi , generose Ercolea proie ,
Ornamento , e splendor del secol nostro
Ippolùo , etc.
C'est ici le cri d'un homme heureux, qui rend
grâce à la maison puissante dont il recueille les
faveurs, et dont il fait lui-même les délices. Le
Tasse , plus touchant , fait entendre dans son in
vocation , les accens de la reconnaissance d'un
grand homme infortuné :
Tu rnagnanimo Alfonso , il quai riiogli , etc.
C'est faire un noble usage du pouvoir que de
s'en servir pour protéger les talens exilés , et re
cueillir le mérite fugitif. Arioste et Hippolyte
d'Est ont laissé dans les vallons de Tivoli un sou
venir qui ne le cède pas en charme, à celui d'Ho
race et de Mécène. Mais que sont devenus les
protecteurs et les protégés? au moment même où.
j'écris, la maison d'Est vient de s'éteindre , sa Villa
tombe en ruines , comme celle du ministre d'Au
guste ; c'est l'histoire de toutes les choses et de tous
les hommes :
Linquenda Tellus, et domus et placens
Uxor (\).
Je passai presque tout un jour à cette superbe
Villa. Je ne pouvais me lasser d'admirer la vaste
perspective dont on jouit du haut de ses terrasses :
au-dessous de vous s'étendent les jardins avec leurs
( i ) « Il faudra quitter la terre , une maison , une
» épouse chérie. » Hor.
VENTOSE AN XII. 5oi
1 platanes et leurs cyprès; après les jardins viennent
les restes de la maison de Mécène placée au bord
de l'Anio (i) ; de l'autre côté de la rivière, sur
le coteau en face , règne un bois de vieux oli
viers , où l'on trouve les débris de la Villa de
Varus (2); un peu plus loin à gauche dans la
plaine , s'élèvent les trois monts Monticelli , san
Francesco et sant Angelo, et entre les sommets de
ces trois monts voisins apparaît le sommet lointain
et azuré de l'antique Soracte; à l'horizon et à l'ex
trémité des campagnes romaines , en décrivant un
cercle par le couchant et le midi, on découvre les
hauteurs de Monte - Fiascone , Rome , Civita-
Vecchia, Ostie , la mer, Frascati , surmonté des
pins de Tusculum; enfin, revenant chercher Tivoli
vers le levant , la circonférence entière de cette
immense perspective se termine au mont Ripoli
autrefois occupé par les maisons de Brutus et
d'Atticus, et au pied duquel se trouve la Villa
Adriana avec toutes ses ruines.
On peut découvrir au milieu de ce tableau, le
cours du Teverone , qui descend vers le Tibre , et
3ue l'oeil suit jusqu'au pont où s'élève le mausolée
e la famille Plotia , bâti en ibrme de tour. Le
grand chemin de Rome se déroule aussi dans
la campagne : c'était l'ancienne voie Tiburtine
autrefois bordée de sépulcres , et le long de la
quelle des meules de foin , élevées en pyramides ,
imitent encore des tombeaux.
Il serait difficile de trouver dans le reste du
monde, une vue plus étonnante et plus propre à
faire naître de puissantes réflexions. Je ne parle
pas de Rome , dont on aperçoit les dômes et
( 1 ) Aujourd'hui le Teverone.
( 2 ) Le Varus qui fut massacré avec les légions en
Germanie. Voyez, l'admirable morceau de Tacite.
I i 3
5o3 MERCURE DE FRANCE,
qui seule dit tout ; je parle seulement des
lieux et des monumens renfermés dans cette vaste
élendue. Voilà la maison où Mécène rassasié des
biens de la terre mourut d'une maladie de lan
gueur ; Varus quitta ce beau coteau pour aller
verser son sang dans les marais de la Germanie ;
Cassius et Brutus abandonnèrent ces retraites en
chantées pour bouleverser leur pairie ; sous ces
haut pms de Frascati , Cicéron dictait ses Tusculanes;
Adrien fit couler un nouveau Pénée au pied
de cette colline, et transporta dans ces lieux les
noms , les charmes et les souvenirs du vallon de
Tempe. Vers cette source de la Tolfàtare , la reine
captive de Palmyre acheva ses jours dans l'obscu
rité , et sa ville d'un moment disparut dans le dé
sert ; c'est ici que le roi Latinus consulta le dieu
laune dans la forêt de l'Albunée ; c'est ici qu'Her
cule avait son temple , et que la sibylle Tiburtine
dictaitsesoracles; cesont-là les montagnes des vieux
Sabins, les plaines de l'antique Latium ; terre de
Saturne et de Rhée, berceau de l'âge d'or, chanté
par tous les poètes ; rians coteaux de ïibur et de
Lucrétile dont le seul génie français a pu retracer
les grâces , et qui attendaient le pinceau de
Poussin et de Claude Lorrain.
Je descendis de la Villa d'Est vers les trois
heures après midi , je passai le Teverone sur le
pont de Lupus, pour rentrer à Tivoli par la porte
Sabine. En traversant le bois des vieux oliviers ,
dontjeviensdevousparler, j'aperçus une petite cha
pelle blanche, dédiée à la Madone Quinlilanea , et
bâtie sur les ruines de la Villa de Varus. C'était
un dimanche, la porte de cette chapelle était
ouverte , j'y entrai ; je vis trois petits autels disposés
en forme de croix ; sur celui du milieu s'élevait un
grand crucifix d'argent, devant lequel brûlait une
, Rtnpe suspendue à la voûte. Un seul homme ,
VENTOSE AN XII. 5o3
qui avait l'air très- malheureux, «hait prosterné
auprès d'un banc; il priait avec tant de ferveur.
3u'il ne leva pas même les yeux sur moi au bruit
e mes pas. Je sentis ce que j'ai m ille^ois éprouvé
en entrant dans une église, c'est-à-dire ,uïi certain
apaisement des troubles du coeur \ pour parler
comme nos vieilles Bibles), et je ne sais quel
dégoût de la terre. Je me mis à genoux à quelque
distance de cet homme, et, inspiré par le lieu , je
nepus m'em pêcher de prononcer cetteprière : « Dieu
» du voyageur , qui avez voulu que le pèlerin vous
» adorât dans cet humble asile, bâti sur les ruines
» du palais" d'un grand de la terre; mère de dou-
» leur, qui avez établi votre culte de miséri-
» corde dans l'héritage de ce romain malheureux,
» mort loin de son pays , dans les torêts de la
» Germanie : nous ne sommes ici que deux fidèles
» prosternés au pied de votre autel solitaire. Accor-
>> dez à cet inconnu , qui semble si profondément
» humilié devant vos grandeurs, tout ce qu'il vous
» demande ; faites que les prières de cet homme
» servent à leur tour à guérir mes infirmités , afin
» que ces deux chrétiens qui sont inconnus l'un à
» l'autre, qui ne se sont rencontrés qu'un instant
» dans la vie, et qui vont se quitter pour ne plus
» se voir ici-bas, soient tout étonnés en se retrou-
» vant au pied de votre trône , de se devoir
» mutuellement une partie de leur bonheur, par
» les miracles de la charité ! »
Quand je viens à regarder , mon cher ami ,
toutes les feuilles éparses sur mon bureau , je suis
épouvanté de mon énorme fatras , et j'hésite à
vous l'envoyer. Je sens pourtant que je ne vous ai
rien dit, que j'ai oublié mille choses que j'aurais
dû vous dire. Comment, par exemple, ne vous
ai-je pas parlé de Tusculum , de ce Cicéron qui ,
selon Sénèque, « fut le seul génie que le peuple
5o4 MERCURE DE FRANCE,
» romain aitjCu égal à son empire. « llludingcniurn
» quod solùm populus romanus par impéiio suo
» habuit.nJSlon voyage à Naples , ma descente dans
le cratère du Vésuve (i), mes courses à Pompéia, à
Capoue ,' a* Caserte , à la Tolfatare , au lac d'Averne
, à la grotte de la Sibylle, auraient pu vous
intéresser, etc. Baïes , où se sont passées tant de
scènes mémorables, mériterait seul un volume. Il
me semble que je vois encore la tour de JBola , où
était placée la maison d'Agrippine , et où elle dit
ce mot sublime aux assassins envoyés par son fils :
« Ventrem feri (2). » L'ile de Nisida, qui servit
de retraite à Brutus, après le meurtre de César,
le pont de Caligula , la Piscine admirable , tous ces
palais bâtis dans la mer , dont parle Horace , vau
draient bien la peine qu'on s'y arrêtât un peu.
Virgile a placé ou trouvé dans ces lieux les belles
fictions du sixième livre de son Enéide : c'est de
là qu'il écrivait à Auguste ces paroles modestes
( 1 ) Il n'y a que de la fatigue et aucun danger à descen
dre dans la cratère du Vésuve. Il faudroit avoir le malheur
d'y être surpris par une éruption , et dans ce cas-là même ,
si l'on n'étoit pas emporté par l'explosion de la matière ,
l'expérience a prouvé qu'on peut encore se sauver sur la
lave-: comme elle coule avec une extrême lenteur, sa sur
face se refroidit assez, vite pour qu'on puissey passer rapi
dement. Jesuisdescendu jusques dans un des trois petits cra
tères , formés daDS le milieu du grand cratère , par la dernière
-éruption , qui eut lieu en 1 797. Les fumées , du côté de la
torre de V Annunziala , étoient assez fortes ; je fis plusieurs
tentatives inutiles , pour parvenir à une lueur que l'on
voyait sur le flanc opposé , du côté de Caserte : dans
quelques endroits , la cendre étoit brûlante à deux pouces
de profondeur sous sa surface.
(2) Tacite.
VENTOSE AN XII. 5o5
( elles sont , je crois , les seules lignes de prose
que nous connaissions de ce grand homme) :
Ego verà fréquentes a te literas accipio... De slEnca
quidem meo , si me hercule jam dignum aurlbus haberem
tuis , libenter mitterem ; sed tanta inchoala res est,
ut poene vitio mentis tantum opus ingressus mihi videar ;
cum proesertim , ut scis , alia quoque studio, ad id opus
multoquc potiora impcrtiar (i).
Mon pèlerinage au tombeau de Scipion l'Africain
est un de ceux qui a le plus satisfait mon coeur, bien
que j'aie manqué le but de mon voyage. On m'avait d i t
que son mausolée existait encore , et qu'on y Usait
même le mot patria, seul reste de cette inscription
qu'on prétend y avoir été gravée : Ingrate patrie ,
tu n'auras pas mes os. Je me suis rendu à Patria,
l'ancienne Literne ; je n'ai point trouvé le tom
beau , mais j'ai erré sur les ruines de la maison que
le plus grand et le plus aimable des hommes habi
tait dans son exil : il me semblait voir le vain
queur d'Annibalse promener au bord de la mer
sur la côte opposée à celle de Carthage,et se conso
lant de l'injustice de Rome , par les charmes de
l'amitié et Je souvenir de ses vertus (2).
(1) Ce fragment se trouve dans Macrobe , mais je ne
puis indiquer le livre : je crois pourtant que c'est le
premier.
(2) Non-seulement on m'avait dit que ce tombeau exis
tait j mais j'avais lu les circonstances que je rapporte ici ,
dans je ne sais plus quel voyageur. Cependant , les raisons
suivantes me font douter un peu de la vérité des faits :
i°. Il me paraît que Scipion , malgré les justes raisons
de plainte qu'il avait contre Rome , aimait cependant
trop sa patrie pour avoir voulu qu'on gravât celte ins
cription sur son tombeau : cela semble contraire à tout
ce que nous connaissons du génie des anciens.
20. L'inscription rapportée est conçue presque littérale
ment dans les termes de l'imprécation que Tite-Live fait
5o6 MERCURE DE FRANCE,
Quant aux Romains modernes, mon cher ami,
Duclos me semble avoir de l'humeur , lorsqu'il les
prononcer à Scipion en sortant de Rome : ne serait-ce paslà
la source de l'erreur?
3°. Plutarque raconte que l'on trouva près de Gaïette ,
une urne de bronze dans un tombeau de marbre , où les
cendres de Scipion devaient avoir été renfermées , et qui
portait une inscription très-différente de celle dont il
s'agit ici.
4*. L'ancienne Literne ayant pris le nom de Palrîa ,
cela a pu donner naissance à ce qu'on a dit du mot patria ,
resté seul de toute l'inscription du tombeau. Ne serait-ce
pas, en effet, un hasard fort singulier que 1« lieu se nom
mât Patria , et que le mot patria se trouvât aussi sur le
monument de Scipion? à moins que l'on ne suppose que
l'un a pris son nom de l'autre.
Il se peut faire toutefois que des auteurs que je ne con
nais pas , aient parlé de cette inscription de manière à ne
laisser aucun doute : ilyamême unephrase dans Plutarque,
qui semble favorable à l'opinion que je combats. Un homme
du plus grand mérite , et qui m'est d'autant plus cher qu'il
est fort malheureux, a fait , presqu'en même temps que moi ,
le voyage de Patria. Nous avons souvent causé ensemble
de ce lieu célèbre ; mais je ne suis pas bien sûr qu'il m'ait
dit avoir vu lui-même le tombeau et le mot (ce qui tran
cherait la difficulté ) , ou s'il m'a seulement raconté la tra
dition populaire. Quant à moi, je n'ai point trouvé le mo
nument, et je n'ai vu que les ruines de la Villa , qui sont
très-peu de chose.
Plutarque parle de l'opinion de ceux qui voulaient que
le tombeau de Scipion fût auprès de Rome. Mais ils con
fondaient évidemment le tombeau des Scipion et le tom
beau de Scipion. Tite-Live affirme que celui-ci était à
Literne , qu'il était surmonté d'une statue qui fut abattue
par une tempête , et qu'il avait vu lui-même cette
VENTOSE AN XII. 5o7
appelle les Italiens de Rome. Je crois qu'il y a
encore chez eux le fond diune nation peu com
mune. On peut découvrir . aisément parmi ce
peuple, trop sévèrement jugé, un grand sens, du
courage, de la patience, du génie, des traces pro
fondes de ses anciennes moeurs , je ne sais quel
air de souverain, et quels noblesusages qui sentent
encore la royauté. Avant de condamner cette opi
nion, qui peut vous paraître bizarre, il faudrait
entendre mes raisons, et je n'ai pas le temps de
vous les rapporter.
Que de choses me resteraient à vous dire sur
la littérature italienne ! Savez-vous que je n'ai
vu qu'une seule fois le comte Alfieri dans ma vie,
et devineriez -vous dans quelle circonstance ? je
l'ai vu mettre dans sa bière. On me dit qu'il n'é
tait presque pas changé. Sa physionomie me pa
rut noble et grave; la mort y ajoutait sans doute
une nouvelle sévérité ; son cercueil étant un peu
Irop court , on lui inclina la tête surla poitrine, ce qui
lui fit faire un mouvement formidable. Jetiensdela
bonté d'une personne qui lui fut bien chère , et de
la politesse d'un ami du comte Alfieri à Florence ,
les notes les plus curieuses sur les ouvrages pos
thumes , les opinions et la vie de cet homme
célèbre.La plupart des papiers publics, en France,
ne vous ont donné sur tout cela que des renseignemens
tronqués et incertains. En attendant que je
puisse vous communiquer mes notes, je vous envoie
statue. On savait d'ailleurs par Senèque , Ciceron et Pline ,
que l'autre tombeau, c'est-à-dire celui des Scipion avait
•existé en effet à une des portes de Rome. Il a été découvert
sous Pie VI ; on en a transporté les inscriptions au musée
du Vatican : parmi les noms des membres de la famille des
Scipion trouyés dans le monument , celui de l'Africain
manque,
5o8 MERCURE DE FRANCE,
l'épitaphe que le comte Alfieri avait faite , en même
temps que la sienne, pour sa noble amie :
HIC. SITA. EST
Al.... E. . . . St....
ALT. ... C O M
Génère, forma, moribus.
Incomparabili. animi. candore.
Proeclarissima.
. A. Viclorio. Alferio.
Juxta. c/iiem. sarcophago. uno (i).
Tumulata. est.
Annorum. 26. spatio.
Vitra, res. omnes. dilecta.
Et. quasi, mortale. nnmen.
Ab ipso, constanter. habita.
Et. observata.
Vixit annos.... menses.... dies....
Ha nnonioe. Montibus. nata.
Obiit. . . die. . . mensis. . .
Anno Domini. M. D. CCC. . (2).
La simplicité de cette épitaphe, et sur-tout la
( 1 ) Sic inscribendum , me , ut opinor et opto , proemoriente •
sed , aliter jubente Dea , aliter inscribendum ■
Qui. juxta. eam. sarcophago. uno >
Conduits, erit. quamprimùin.
(2) « Ici repose Héloïse E. St. comtesse d' Al. , illustre par ses
» aïeux, célèbre far les grâces de sa personne , par les agrémens
» de son esprit , et par la candeur imcomparable de son ame.
» Inhumée près de Victor Alfieri , dans un même tombeau (*) ; il
» la préféra, pendant vingt-six ans , à toutes les choses de la terre.
» Mortelle, ellefut constamment suivie et honorée par lui, c»mme
» si elle eût été une Divinité.
a Née à Hlons ; elle vécut et moitrut le »
(*) Ainsi j'ai écrit , espérant , désirant mourir le premier ; mais
i'il plaît à Dieu d'en ordonner autrement , il faudra autrement écrire :
« Inhumée par la volonté de Victor Alfieri, qui sera bientôt enseveU
» près d'e lie dans un même tombeau. »
VENTOSE AN XII. 5o9
note qui l'accompagne , me semblent extrême
ment touchantes.
Pour cette fois, j'ai fini; je vous envoie ce
monceau de ruines, faites-en tout ce qu'il vous
plaira. Dans la description des divers objets dont
je vous ai parlé , je crois n'avoir omis aucune cir
constance remarquable , si ce n'est que le Tibre
est toujours le Jlams Tiberinus de Virgile. On
prétend qu'il doit cette couleur limoneuse aux
pluies qui tombent dans les montagnes dont il
descend. Souvent, par le temps le plus serein, en
regardant couler ses flots décolorés , je me suis re
présenté une vie commencée au milieu des orages ;
le reste de son cours passe en vain sous un ciel
pur; le fleuve demeure teint des eaux de la
tempête , qui l'ont troublé dans sa source.
Chateaubriand.
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