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1
p. 129-134
AVERTISSEMENT du Livre qui a pour titre La nouvelle Astrée.
Début :
Une Dame que la naissance & les biens de la [...]
Mots clefs :
Avertissement, La Nouvelle Astrée, Céladon, Honoré d'Urfé, Romans, Lire, L'Astrée
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT du Livre qui a pour titre La nouvelle Astrée.
AVERTISSEMENT
du Livre qui a pour titre
La nouvelleAstrée.
Une Dame que la naissance & les biens de la fortune rendent moins recommandable que les qualitez personnelles, m'a donné sans y
penser, la premiere idée de ce petit ouvrage. Elle avoit oiiy dire qLi"-
une jeune personne,qui
veut avoir de l'esprit doit
lire & relire le Roman d'Aftrée ;,& cependant, malgré
sa préventionellen'avok
jamais pu aller jusqu'à la
findu premier volume. Les
Episodes continuels, l'affectation d'une vaine science dont elle ne s'imaginoit
pas avoir grand besoin,
l'estalage de la doctrine
profonde des anciens Druides, les Poësies frequen es1
ôc froides,tout cela l'avoit
assez rebutée pour ne pas
continuer une lecture qu'-
elle trouvoit ennuyeuse;
mais en mesme temps la
deffiance de coy-mesme qui'
accompagne d'ordinaire les
bons esprits,.luy faisoit croi-
reque l'approbation du public devoit prévaloir à son
sentiment particu lier, &
que l'ouvrage ne laissoit pas
d'être fort bon quoyqu'il ne
seust pas divertie. Elle me
fit l'honneur de m'en parler en ce fens- là,&je ne
fus pas de l'avis de sa modestie, persuadée que tout
ce qui lui avoir déplû dans
Astrée, devoit luy déplaire.
Je luy propose d'en oster
tous les deffauts qu'elle
avoic sentis par un bon
goust naturel
,
d'en faire un
petit Ouvrage de galante-1
rie champestre, d'en adoucir certains endroits un peu
libres, que la pudeur scrupuleuse de nostre siecle ne
sçauroit souffrir dans les Livres, de le purger de Theologie,dePolitique, de Mcdecine
,
de Poësie
;
d'en
esloigner rous les personnages inutiles
,
de n'y jamais perdre de veuë Astrée
& Celadon, & d'éviterpar
là l'écuëil de tous leslongs
Romans, où le Heros &
l'Heroïne ne passent sur la
scene que rarement;ce qui
empesche qu'onne s'affec-
tionneàla suite derleurs
avantures ;
leurs amis
,
&
leurs amies
,
qu'on n'aime
pas tant qu'eux;tenant ordinairement lestrois quarts
du Livre. Il a
fallu de plus
changer de stile,quoyqu'il
eust beaucoupde forcedans
l'original. Cent ans dans
une langue vivante, mettent tout hors de mode.J'ay
pourtant conservé certains
traits qu'on remarquera al:
fez aux mots antiques, &
encore mieux à la beauté
des sentimens. Un homme
de la condition de Monsieur
d'Ursé, ne pouvoir en avoir
que de fort nobles & de
forteslevez.
Voila, mon cher Lecteur, ce qui a
fait naistre la
petite histoire d'Astrée ôc
de Celadon. L'accuëil favorable que vous avez fait
à quelques bagatelles qui
me sont échappez, m'a enhardie à vousfairecepetit
present
;
il ne tiendra qu'à
vous devousenattirerbientost un autre
du Livre qui a pour titre
La nouvelleAstrée.
Une Dame que la naissance & les biens de la fortune rendent moins recommandable que les qualitez personnelles, m'a donné sans y
penser, la premiere idée de ce petit ouvrage. Elle avoit oiiy dire qLi"-
une jeune personne,qui
veut avoir de l'esprit doit
lire & relire le Roman d'Aftrée ;,& cependant, malgré
sa préventionellen'avok
jamais pu aller jusqu'à la
findu premier volume. Les
Episodes continuels, l'affectation d'une vaine science dont elle ne s'imaginoit
pas avoir grand besoin,
l'estalage de la doctrine
profonde des anciens Druides, les Poësies frequen es1
ôc froides,tout cela l'avoit
assez rebutée pour ne pas
continuer une lecture qu'-
elle trouvoit ennuyeuse;
mais en mesme temps la
deffiance de coy-mesme qui'
accompagne d'ordinaire les
bons esprits,.luy faisoit croi-
reque l'approbation du public devoit prévaloir à son
sentiment particu lier, &
que l'ouvrage ne laissoit pas
d'être fort bon quoyqu'il ne
seust pas divertie. Elle me
fit l'honneur de m'en parler en ce fens- là,&je ne
fus pas de l'avis de sa modestie, persuadée que tout
ce qui lui avoir déplû dans
Astrée, devoit luy déplaire.
Je luy propose d'en oster
tous les deffauts qu'elle
avoic sentis par un bon
goust naturel
,
d'en faire un
petit Ouvrage de galante-1
rie champestre, d'en adoucir certains endroits un peu
libres, que la pudeur scrupuleuse de nostre siecle ne
sçauroit souffrir dans les Livres, de le purger de Theologie,dePolitique, de Mcdecine
,
de Poësie
;
d'en
esloigner rous les personnages inutiles
,
de n'y jamais perdre de veuë Astrée
& Celadon, & d'éviterpar
là l'écuëil de tous leslongs
Romans, où le Heros &
l'Heroïne ne passent sur la
scene que rarement;ce qui
empesche qu'onne s'affec-
tionneàla suite derleurs
avantures ;
leurs amis
,
&
leurs amies
,
qu'on n'aime
pas tant qu'eux;tenant ordinairement lestrois quarts
du Livre. Il a
fallu de plus
changer de stile,quoyqu'il
eust beaucoupde forcedans
l'original. Cent ans dans
une langue vivante, mettent tout hors de mode.J'ay
pourtant conservé certains
traits qu'on remarquera al:
fez aux mots antiques, &
encore mieux à la beauté
des sentimens. Un homme
de la condition de Monsieur
d'Ursé, ne pouvoir en avoir
que de fort nobles & de
forteslevez.
Voila, mon cher Lecteur, ce qui a
fait naistre la
petite histoire d'Astrée ôc
de Celadon. L'accuëil favorable que vous avez fait
à quelques bagatelles qui
me sont échappez, m'a enhardie à vousfairecepetit
present
;
il ne tiendra qu'à
vous devousenattirerbientost un autre
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Résumé : AVERTISSEMENT du Livre qui a pour titre La nouvelle Astrée.
Le texte est un avertissement pour un livre intitulé 'La nouvelle Astrée'. L'auteur explique que l'idée de cet ouvrage lui a été inspirée par une dame aux qualités exceptionnelles. Cette dame avait entendu dire que 'Astrée' était un livre à lire pour acquérir de l'esprit, mais elle n'avait jamais pu aller au-delà du premier volume en raison de divers obstacles, tels que les épisodes continus, l'affectation de science, la doctrine profonde des anciens Druides, et les poésies fréquentes et froides. Malgré cela, elle croyait en la valeur de l'ouvrage grâce à l'approbation du public. L'auteur propose de corriger les défauts perçus dans 'Astrée' en créant un ouvrage de galanterie champêtre. Elle suggère d'adoucir certains passages trop libres pour la pudeur du siècle et d'éliminer les éléments de théologie, de politique, de médecine et de poésie. L'auteur souhaite également se concentrer sur les personnages principaux, Astrée et Celadon, pour éviter les écueils des longs romans où les héros apparaissent rarement. Le style a été modifié pour s'adapter à la langue contemporaine, tout en conservant certains traits et sentiments nobles de l'original. L'auteur espère que le lecteur appréciera cette nouvelle version, inspirée par l'accueil favorable reçu pour ses précédentes œuvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 62-65
Parodie de la seconde Enigme.
Début :
J'habite une solide & vivante maison ; [...]
Mots clefs :
Perle, Oisifs, Fer, Larmes, Jeu de mots, Comparaison , Désir, Veine, Romans, Rameaux
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texteReconnaissance textuelle : Parodie de la seconde Enigme.
Parodie de la seconde
Enigme.
fhabite une solide & vivantemaifort;
C'ejlî t'ecaille de ïhuitre,
ou la perle en prison.
Gens qtf.on appelle oisifs
la mettent à la chaîne.
Enfiler perle est le dicton,
Que tous les gens oisifs
devineront sans peine.
Le fer qui de la perle a
tranfperclle flanc
Nt lui jfaurait tirer de
fàng.
Quoique lefangfoin moy
coule en plus d'une
veine-
De cent petits rameaux
gorge de femme est
pleine.
L'oeilbrtltant de la perle
a7fin teint d'argent
ivif
Attirent les desirs d!4 Cor-,
faire (t) du Juif,
Qui pour l'avoir montent
l'esquis.
Lorsque de deux beaux
jeux tu vois couler
des larmes,
Perles sortentdes yeux,
c'est lacomparaison
Aux romans jadis de faison
,
Amant,souviens-toy de
mes charmes :
Mais sensouvienne qui
voudrA,
Quelque maUVAÜ Poète
IIIli:tJ)tn fouvtendra.
Cette derniere Enigme
me n'est pas des meilleures
;celle-ci vaut mieux,
& fera plus difficile à
deviner.
Enigme.
fhabite une solide & vivantemaifort;
C'ejlî t'ecaille de ïhuitre,
ou la perle en prison.
Gens qtf.on appelle oisifs
la mettent à la chaîne.
Enfiler perle est le dicton,
Que tous les gens oisifs
devineront sans peine.
Le fer qui de la perle a
tranfperclle flanc
Nt lui jfaurait tirer de
fàng.
Quoique lefangfoin moy
coule en plus d'une
veine-
De cent petits rameaux
gorge de femme est
pleine.
L'oeilbrtltant de la perle
a7fin teint d'argent
ivif
Attirent les desirs d!4 Cor-,
faire (t) du Juif,
Qui pour l'avoir montent
l'esquis.
Lorsque de deux beaux
jeux tu vois couler
des larmes,
Perles sortentdes yeux,
c'est lacomparaison
Aux romans jadis de faison
,
Amant,souviens-toy de
mes charmes :
Mais sensouvienne qui
voudrA,
Quelque maUVAÜ Poète
IIIli:tJ)tn fouvtendra.
Cette derniere Enigme
me n'est pas des meilleures
;celle-ci vaut mieux,
& fera plus difficile à
deviner.
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Résumé : Parodie de la seconde Enigme.
Le texte présente une parodie de la seconde énigme sous forme de poème. L'énigme décrit une perle dans une coquille d'huître, comparée à une chaîne portée par des gens oisifs. La perle est associée à un fer tranchant et à un liquide coulant dans plusieurs veines. Elle possède un éclat argenté attirant les désirs. L'énigme évoque des larmes comparées à des perles et des romans de mode où un amant se souvient des charmes d'une personne. L'auteur propose une autre énigme plus difficile.
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3
p. 83-84
Apologie de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais à propos de Romans, je ne sçay pourquoy on m'a si [...]
Mots clefs :
Romans, Auteurs
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texteReconnaissance textuelle : Apologie de l'Auteur. [titre d'après la table]
Mais à propos deRomans,
je ne ſçay pourquoy on m'a fi
prodigieuſement chicanné le
mois paffe , fur celuy de la
Comteffe de Savoye. Je n'ay
qu'un mot àrépondre aux reproches
qu'on m'a faits à ce
ſujet. Je n'en connoiffois pas
l'Auteur ; d'ailleurs je ne l'avois
jamais lû &je croyois (comme
je le croy encore ) qu'il eſtoit
du domainedeMercure , de ſe
faiſir de toutes les idées qu'on
lui donne indifferemment ſur
toute forte de ſujets , & que
ſon employ ne le rendoit pas
eſclave des Auteurs : qualité
84 MERCURE
dont jeme ferois neanmoins
un grand honneur avec
l'Auteur de laComteſſe de Sa
voye;& c'eſt à ſa ſeule confide
ration que je fupprime,en dépit
de mes plus chers corref
pondans , une demie douzaine
de nouvelles lettres à Mendo
ce, àcondition cependant qu'
on ne trouvera pas mauvais
que je rende publique cette ré
ponſe de Mendoce à la Com
teffe de Savoye,
je ne ſçay pourquoy on m'a fi
prodigieuſement chicanné le
mois paffe , fur celuy de la
Comteffe de Savoye. Je n'ay
qu'un mot àrépondre aux reproches
qu'on m'a faits à ce
ſujet. Je n'en connoiffois pas
l'Auteur ; d'ailleurs je ne l'avois
jamais lû &je croyois (comme
je le croy encore ) qu'il eſtoit
du domainedeMercure , de ſe
faiſir de toutes les idées qu'on
lui donne indifferemment ſur
toute forte de ſujets , & que
ſon employ ne le rendoit pas
eſclave des Auteurs : qualité
84 MERCURE
dont jeme ferois neanmoins
un grand honneur avec
l'Auteur de laComteſſe de Sa
voye;& c'eſt à ſa ſeule confide
ration que je fupprime,en dépit
de mes plus chers corref
pondans , une demie douzaine
de nouvelles lettres à Mendo
ce, àcondition cependant qu'
on ne trouvera pas mauvais
que je rende publique cette ré
ponſe de Mendoce à la Com
teffe de Savoye,
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4
p. 2567-2570
LETTRE écrite au sujet d'une nouvelle Edition des Romans de Mlle de Scudery.
Début :
J'apprends, Messieurs, qu'on réimprie les grands et fameux Romans de [...]
Mots clefs :
Nouvelle édition, Mademoiselle de Scudéry, Romans, Femmes illustres, Académie des belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite au sujet d'une nouvelle Edition des Romans de Mlle de Scudery.
LETTRE écrite au sujet d'une nouvelle
Edition des Romans de Mlle de Scudery.
J'Apprends me ,Messieurs et fameux, qu'on Romans réimpri- de
Mlle de Scudery ; tous les amateurs de la
politesse et de la galanterie héroïque s'en
réjouissent.
Comme j'ignore le nom de l'Imprimeur
qui entreprend cette Edition, je m'adresse à vous , pour lui faire sçavoir dans votre Journal , que presque toutes les descriptions de Palais et de pays qui sont
dans ses Ouvrages n'ont d'imaginaire que
les noms : cette illustre fille dont le cœur
étoit encore , s'il se peut, superieur à l'esprit , toujours occupée de ses amis et des
Lieux qu'ils aimoient , se plaisoit à les célébrer. Toutes ses descriptions ont un fondement veritable , représentant quelqu'une des jolies Maisons de campagne des environs de Paris ; elle y joint ordinairement le Portrait pris aussi d'après nature
du Maître de la maison ; tous ses amis
étoient d'un mérite rare ; ce qu'il y a eu
de gens fameux dans son siécle , soit à la
Cour , soit dans les Lettres , se sont fait
I. Vol. /C . un
2568 MERCURE DE FRANCE
un honneur d'être en liaison avec elle; de
son tems , les talens étoient infiniment réverés , je le remarque à la honte de celuici. Il seroit également curieux et interes-
"sant pour le Public de reconnoître tant de
Portraits faits par cette habile main , et
d'apprendre ce qui a caracterisé ce nombre infini de gens celébres qui ont illustré le Régne de Louis XIV. L'Imprimeur
rajeuniroit extrêmement ses anciens Romans , s'il donnoit la clef des Portraits et
des Descriptions. Ce qui ne paroît qu'une
fiction deviendroit un morceau précieux
pour la Litterature , et très- chér aux descendans des grands hommes qu'elle a représentez ceux qui possedent à présent
Jes Maisons qu'elle a décrites , et où elle
n'a souvent ajoûté que les ornemens pompeux , des colomnes de marbre ou de jaspe, verroient aussi avec joye leurs Maisons immortalisées ; les habitans des pays
qu'elle a peints y prendroient part ; parlà , l'ouvrage seroit plus universellement
recherché , et le Public qui ignore souvent les beautez les plus proches de lui
apprendroit par ces Notes à connoître
les dons que la Nature et l'Art ont répandus dans tous les environs de Paris.
La difficulté de trouver des gens assez
instruits de ces Anecdotes , pour fournir I. Vol. la
DECEMBRE. 1732 2569.
la clef que je propose , arrêtera peut-être
l'Imprimeur ; mais il doit , en déclarant
son nom et sa demeure dans le Mercure,
demander des secours à ceux qui sont en
état de lui en donner; si je n'étois pas
en Province je lui en procurerois , je lui
indique toûjours dans Paris M. de Cham
bord de l'Académie des Belles- Lettres ,
que je sçais qui travaille à l'Histoire des
Femmes illustres dans les Lettres , et qui
á été ami particulier de Mlle de Scudery;
M. l'Abbé Boquillon , attaché à elle par
des sentimens qui lui ont fait entreprendre l'Histoire de cette celebre Fille , Ouvrage que la délicatesse de son stile peut "
rendre aussi agréable que la matiere en
est interessante , et que le Public désire
avecempressement depuis trop long tems.
On peut tirer aussi de grandes lumieres de Me l'Heritier , à qui nous devons
l'ingénieuse apothéose de Mlle de Scudery,
Ouvrage très-applaudi , et qu'il seroit
fort convenable de réimprimer à l'occasion de la nouvelle Edition de ses Romans.
On se plaint depuis long- temps de
la négligence avec laquelle la plupart des
Imprimeurs François servent le Public ,
ils ne sçavent presque jamais consulter
les Gens de Lettres et n'ont nul soin d'en普
I. Vol. richir C ij
2570 MERCURE DE FRANCE
richir leurs Editions de ce qui peut les
rendre précieuses ; cette négligence est
absolument contre leur interêt : Les Etrangers , soit par amour pour les Lettres , soit
par une politique mieux entenduë , l'emportent de beaucoup sur nous à cet égard.
Je suis , &c.
Le 15. Novembre 1732.
Edition des Romans de Mlle de Scudery.
J'Apprends me ,Messieurs et fameux, qu'on Romans réimpri- de
Mlle de Scudery ; tous les amateurs de la
politesse et de la galanterie héroïque s'en
réjouissent.
Comme j'ignore le nom de l'Imprimeur
qui entreprend cette Edition, je m'adresse à vous , pour lui faire sçavoir dans votre Journal , que presque toutes les descriptions de Palais et de pays qui sont
dans ses Ouvrages n'ont d'imaginaire que
les noms : cette illustre fille dont le cœur
étoit encore , s'il se peut, superieur à l'esprit , toujours occupée de ses amis et des
Lieux qu'ils aimoient , se plaisoit à les célébrer. Toutes ses descriptions ont un fondement veritable , représentant quelqu'une des jolies Maisons de campagne des environs de Paris ; elle y joint ordinairement le Portrait pris aussi d'après nature
du Maître de la maison ; tous ses amis
étoient d'un mérite rare ; ce qu'il y a eu
de gens fameux dans son siécle , soit à la
Cour , soit dans les Lettres , se sont fait
I. Vol. /C . un
2568 MERCURE DE FRANCE
un honneur d'être en liaison avec elle; de
son tems , les talens étoient infiniment réverés , je le remarque à la honte de celuici. Il seroit également curieux et interes-
"sant pour le Public de reconnoître tant de
Portraits faits par cette habile main , et
d'apprendre ce qui a caracterisé ce nombre infini de gens celébres qui ont illustré le Régne de Louis XIV. L'Imprimeur
rajeuniroit extrêmement ses anciens Romans , s'il donnoit la clef des Portraits et
des Descriptions. Ce qui ne paroît qu'une
fiction deviendroit un morceau précieux
pour la Litterature , et très- chér aux descendans des grands hommes qu'elle a représentez ceux qui possedent à présent
Jes Maisons qu'elle a décrites , et où elle
n'a souvent ajoûté que les ornemens pompeux , des colomnes de marbre ou de jaspe, verroient aussi avec joye leurs Maisons immortalisées ; les habitans des pays
qu'elle a peints y prendroient part ; parlà , l'ouvrage seroit plus universellement
recherché , et le Public qui ignore souvent les beautez les plus proches de lui
apprendroit par ces Notes à connoître
les dons que la Nature et l'Art ont répandus dans tous les environs de Paris.
La difficulté de trouver des gens assez
instruits de ces Anecdotes , pour fournir I. Vol. la
DECEMBRE. 1732 2569.
la clef que je propose , arrêtera peut-être
l'Imprimeur ; mais il doit , en déclarant
son nom et sa demeure dans le Mercure,
demander des secours à ceux qui sont en
état de lui en donner; si je n'étois pas
en Province je lui en procurerois , je lui
indique toûjours dans Paris M. de Cham
bord de l'Académie des Belles- Lettres ,
que je sçais qui travaille à l'Histoire des
Femmes illustres dans les Lettres , et qui
á été ami particulier de Mlle de Scudery;
M. l'Abbé Boquillon , attaché à elle par
des sentimens qui lui ont fait entreprendre l'Histoire de cette celebre Fille , Ouvrage que la délicatesse de son stile peut "
rendre aussi agréable que la matiere en
est interessante , et que le Public désire
avecempressement depuis trop long tems.
On peut tirer aussi de grandes lumieres de Me l'Heritier , à qui nous devons
l'ingénieuse apothéose de Mlle de Scudery,
Ouvrage très-applaudi , et qu'il seroit
fort convenable de réimprimer à l'occasion de la nouvelle Edition de ses Romans.
On se plaint depuis long- temps de
la négligence avec laquelle la plupart des
Imprimeurs François servent le Public ,
ils ne sçavent presque jamais consulter
les Gens de Lettres et n'ont nul soin d'en普
I. Vol. richir C ij
2570 MERCURE DE FRANCE
richir leurs Editions de ce qui peut les
rendre précieuses ; cette négligence est
absolument contre leur interêt : Les Etrangers , soit par amour pour les Lettres , soit
par une politique mieux entenduë , l'emportent de beaucoup sur nous à cet égard.
Je suis , &c.
Le 15. Novembre 1732.
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Résumé : LETTRE écrite au sujet d'une nouvelle Edition des Romans de Mlle de Scudery.
La lettre discute de la réimpression des romans de Mlle de Scudéry et de l'intérêt qu'elle suscite. L'auteur, ignorant le nom de l'imprimeur, se tourne vers le journal pour transmettre des informations essentielles. Les descriptions de palais et de pays dans les œuvres de Mlle de Scudéry sont inspirées de lieux réels, souvent des maisons de campagne autour de Paris, et les portraits des maîtres de ces maisons sont basés sur des personnes réelles. Les amis de Mlle de Scudéry étaient des figures célèbres de son époque, tant à la cour qu'en littérature. L'auteur propose que l'imprimeur enrichisse l'édition en fournissant une clé pour identifier les portraits et les descriptions, ce qui rendrait l'ouvrage précieux pour la littérature et les descendants des grands hommes représentés. Cela permettrait également aux propriétaires actuels des maisons décrites de voir leurs biens immortalisés. L'auteur mentionne la difficulté de trouver des personnes suffisamment instruites pour fournir ces informations et recommande plusieurs individus à Paris, comme M. de Chambord et l'Abbé Boquillon, pour aider l'imprimeur. La lettre critique également la négligence des imprimeurs français, qui ne consultent pas assez les gens de lettres pour enrichir leurs éditions, contrairement aux étrangers.
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5
p. 126-135
Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
Début :
Bibliothèque Universelle des Romans, depuis le premier Juillet 1775. A Paris, [...]
Mots clefs :
Romans, Genre, Roman, Moeurs, Siècle, Histoire, Louis XIV, XVIIe siècle, Romanciers, Monde, Nom, Reproche, XVIe siècle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
BIBLIOTHÈQUE Univerfelle des Romans ,
depuis le premier Juillet 1775. A Paris ,
au Bureau , rue Neuve Sainte- Catherine.
CET Ouvrage fe foutient depuis fept
années avec un fuccès décidé. Nous ne
diffimulons point qu'il doit la réputation
DE FRANCE. 117
aitant à fon genre qu'au travail des Coopé
rateurs. Les Romans ne furent- ils pas tou
jours recherchés ? Ces enfans chéris de
l'imagination , feront dans tous les temps
une branche importante de l'arbre Litetaire.
Dans l'enfance du monde , ils amuserent
les premiers humains ; dans la déca ·
dence des Arts , on les a vus échapper à l
dégradation commune . Pourquoi celà ? C'eft
qu'ils ont toujours parlé à tous les hom
més un langage qu'ils pouvoient entendre.
Ils eurent encore dans chaque âge le mérite
d'être mieux écrits que toutes les autres productions
Littéraires. Ils fuivoient de près la
Poélie , & cueilloient des fleurs dans les
mêmes corbeilles . Jamais contraint , le Romancier
a pu s'affervir , quand il l'a voulu ,
sux règles de l'Épopée ; il a pu imiter le vol
brillant , fublime & vagabond de l'Ariofte.
Tous les tons lui font permis , toutes les
couleurs lui appartiennent. Il peut faire vesfer
des pleurs , produire le rire malin de la
faryre, toucher , égayer , & raiſonner. Il ofe
dire quelquefois ce que l'Hiftorien timide
trembloit de révéler. C'eft quelquefois Marforio
devant la ftatue de Pafquin , ou , fi l'on
veut , Arlequin , qui , à l'aide d'une tranf
pofition de nom & de fcène , voit tout , a
tout appris , chemin faifant , de Berganie à
Paris.
Quand le Román étoit Funiqué Livre des
habitans de la terre , il prêtoit des fictions
à Hefiode & à Homère , il étoit mythol .
Fiv
128 MERCURE
gique. S'il peignoit l'Amour , c'étoit un
Dieu. Quand la civilifation eut donné des
lifières au monde , & eut rapproché les fociétés
, le Roman ne rendit plus des oracles ,
un Prêtre ne l'infpira plus ; devenu domeſtique
, il peignit les moeurs nationales . Une
fois parvenu à ce période , il n'a pas pu s'en
éloigner ; fons cette forme , il s'eft promené
chez les Nations modernes. De la
Grèce il paffa à Rome , delà en Arabie ,
chez les Sarrafins , en Provence , en Italie ;
en Efpagne & en Iflande . Par- tout il fut fa
buleux, obfcur , comme l'hiftoire . Telle fut
fa marche dans le neuvième fiècle. Trois
fiècles auparavant , il avoit fleuri dans la
Bretagne jufques aux onzième & douzième
fiècles ; la France traduifit les Romans Brétons
; elle n'avoit point encore une langue, &
depuis le dixième juſqu'au douziènie fiècle ,
elle traduifit du Breton en Latin . Dans
les deux fiècles fuivans , alors les Romans
furent mêlés de Chevalerie & d'Hif
toire ; les Amadis remplirent la scène dans
les quatorzième , quinzième , feizième , &
jufques au dix- feptième fiècle.
Arrêtons- nous un moment au reproche
de frivolité dont ce genre eft entaché. Parmi
fes détracteurs , je trouve Angelo Apozio ,
qui les qualifie de Foli de Romanzi . Pétrarque
les nomme Infami e Stolidi Romanzi.
Doit on conclure que le genre eft mau.
vais ? Non ; mais que les Ouvrages de ce
temps étoient plus que médiocres. Si PétrarDE
FRANCE. 1.29
que avoit voulu juger les moeurs des Papes
& de la Cour d'Avignon , il auroit fenti que
les Romans devoient être corrompus comme
les moeurs. Plufieurs fiècles après , Philippe
de Mézières prémunit Charles VI contre
eux. Eft- il bien étonnant que fous le règne
d'Ifabeau de Bavière , les Romans fuffent
dangereux ? Les moeurs étoient affreufes , les
Romans étoient affreux comme elles. On ne
peut peindreque ce que l'on voit. On ne peut
parler que la langue du pays. Antoine Arlègre
fe plaint encore , dans fon Traité du
Mépris de la Cour , que les gens de Cour de
fon temps ne lifoient guères que des Romans
, ceux d'Amadis , de Philocope. Eh !
quel temps encore que ce feizième fiècle !
quelles femmes que la Comteffe d'Angoulême
, Catherine de Médicis , Marguerite de
Valois , & ces Dames & ces Courtifans dont
Brantôme a rempli les pages de fes Livres !
Quels étoient les fpectacles à la mode ? Des
farces de Pantalons , des Scènes de Capitans ,
des rodomontades Efpagnoles , des fupplices
en place publique , auxquels la Cour
affiftoit , des paffe- temps cruels , des fauts
périlleux , des Voltigeurs qui defcendoient
fur une corde des tours de Notre Dame ;
les Nemours , les Guife , qui defcendoient
au galop les efcaliers de la Sainte Chapelle ;
Tavannes & beaucoup d'autres , qui franchiffoient
d'un toit à l'autre la rue Saint-
Germain l'Auxerrois , & enfin les horreurs
des guerres civiles ; que pouvoient donc
F v
730 MERCURE
peindre les Romanciers ? Ce qu'ils voyoient.
Ils pouvoient répondre :
Ce font vos moeurs , eft- ce ma faute ?
Parmi les Apologiftes du Roman , je trou
ve ( fingularité affez remarquable ! ) un Évê
que & un Prêtre , l'Evêque d'Avranches ,
l'Abbé Lengler , & l'Auteur de Zélaskine
qui a plus de zèle que d'érudition ; mais fi
le nombre de fes defenfeurs eft fi borné , il
en eft dédommagé par les Romanciers , qui
forment une peuplade nombreufe. Je ferai
bientôt connoître les plus célèbres , & leurs
noms fuffiront pour juftifier ce genre.
Reprenons le dix-feptième fiècle. Tandis
que l'Hiftoire racontoit des combats ; le Ro
man décrivoit auffi des combats ; la Cour
avoit des Guerriers , on les retrouvoit dans
les Romans ; le régime féodal retenoit les
Châtelains dans de vieilles tourelles ; on s'y
raffembloit ; on y tenoit de longues affifes ,
les cheminées étoient larges , les falles vaftes
, les converfations longues : rels étoient
les Romans qui alloient , grâce à quelques
épiſodes , jufqu'au douzième Volume. Les
Voyageurs ayant donné du goût pour la lecrure
des voyages , les Romanciers n'offrirent
plus que des aventures Turques , Chinoiſes ,
Américaines. Ils confervoient le ton & le
coftume François , & mettoient , commne
naguères nos Comédiens , un chapeau fur la
tête de Méhémed , ou du Sophi . Les Romans
, comme tous les Arts , fubirent une
DE FRANCE. 131
grande révolution fous le règne de Louis
XIV. Scudéri & la Calprenède tiennent la
place la plus diftinguée. Boileau jeta du ri
dicule fur ces Écrivains ; mais le plan de
leurs Ouvrages annonce qu'ils avoient du
génie . Si leurs Héros étoient des géans , c'eft
que Louis XIV avoit imprimé un grand ca,
ractère à fon fiécle . Louis XIV , que Frédéric
a nommé le grand Magicien , n'aimoit que
ce qui portoit l'empreinte de la grandeur. .
Je ne pretends point étendre mon apo¬
logie jufqu'à la texture des anciens Romans;
mais je fais que leurs défauts venoient de
notre penchant à l'imitation, Nous avons
emprunté des Efpagnols les épiſodes , ces
dénouemens arrivés par des bagues , des
écharpes , des reffemblances , des fuppofitions
, des équivoques & des rencontres. Ces
mêmes défauts fe retrouvoient fur la Scène
Françoife. Les Italiens nous jettèrent dans la
métaphyfique d'ainour , dans les monologues
, dans les foupirs : delà tant de précieufes
, & ces dédaignenfes Princeffes qui fe
courrouçoient à la déclaration des Chevaliers.
On étoit ainfi dans le monde. Une fois
arrivé à Louis XIV , l'adulation bannit la
vraiſemblance. Les Héros Grecs & Romains
avoient les deux queues , l'écharpe & les
grands canons . Orondate & Palamède naiffoient
& mouroient à Verfailles , & fe promenoient
de Rambouillet à Marly. Cependant
, ce ridicule difparut fur la fin du règic
de Louis XIV. Les Romans moraux , polių
F vj
132 MERCURE
ques , hiftoriques & fatyriques , s'accrédi
tèrent. Là , on lifoit la carte géographique
de Buffi Rabutin , dans laquelle les myſtères
de la vieille Cour étoient dévoilés. Les Contes
de Perrault avoient des Lecteurs : Rabelais
fi vanté , n'en trouvoit plus depuis la publication
du Royaume de coquettere , defleurs ,
fleurettes & paffe temps.
>
1
C'eft en 1700 , que tous ces Romans de
mauvais goût , que tous ces Ouvrages nés
de l'occaſion ou de l'à propos , la Marmite
rétablie , le Rafibus des Capucins , les Jéfuites
mis fur l'échafaud, &c . &c . & c . furent
unanimement rejetés . Le Roman ne fut plus
qu'hiftorique ; les Mémoires , les Lettres
pullulèrent , les fatyres aufli. La liberté
alla comme les moeurs , jufqu'à l'indécence.
Le Régent fut infulté ; & , fous le
nom du Prince Aprius , on écrivoit fa Vie
privée. Il toléra un moment les farcafmes
contre les Moines & les Religieufes . Louis
XV mit des bornes à la licence. Le Roman
' n'ofa plus paroître avecfon ancien héroïfine ,
fes éperons & fa chevalerie ; il s'ajusta à
notre taille , & parut fous la courte forme
de Contes , de Nouvelles , de Lettres , d'Hiftoriettes.
C'étoit le Journal de nos petits
boudoirs , de nos petits foupers , de nos petites
maifons , l'Opéra & le Fauxbourg Saint-
Germain. Delà , les Égaremens de l'efprit ,
les Confeffions , le Spectateur & le charmant
Recueil des Contes Moraux. Je ne parle
point de la Nouvelle Héloïfe , qui ne caracDE
FRANCE. 733
térife point nos moeurs , & qui eft un Ouvrage
à part. Les Anglois enfin ont donné
un nouveau caractère au Roman. Les Traductions
du Docteur Swift , de Friedling &
de Richardfon , ont amené une révolution.
A mefure qu'on a eu de bons Livres dans
d'autres genres , le Roman a eu moins de
célébrité. Il n'eft plus à craindre que la preffe
foit déformais uniquement occupee à les
réimprimer , comme elle l'étoit dans le dixfeptième
fiècle. Pierre Camus , Évêque du
Bellay , affligé de l'empreffement qu'on avoit
pour cette lecture , voulut purifier le genre ,
en publiant des Romans dévots ; mais le
genre l'entraîna quelquefois , & il peignit
ce qu'affurément il ne s'étoit point propofé
de peindre. Dans le même temps , Olivier ,
Évêque d'Angers , prétendoit prouver que
les femmes étoient la caufe de tous les
maux.
Il ne me refte, plus qu'à nommer les Romanciers
les plus célèbres , leur nom peut
fervir d'apologie au genre. Depuis le feizième
fiècle , je trouve Mendozza , Ambaffadeur
au Concile de Trente , Machiavel , Sannazar
, Scaliger , Picolomini , Guichardin ,
Pallavicini , Firenzuola , le Cavalier Marin ,
Thomas Morus. Parmi nos modernes , Balzac,
Voiture, Charpentier, Bourfault , Gombaud ,
Gomberville , de Larrey , le Miniftre Claude,
l'Abbé d'Aubignac , Reguard , Hamilton ,
l'Abbé de Saint Réal , Saint Hyacinthe , le
Sage, du Verdier , La Fontaine , Galland , de
134 MERCURE
Ramfay , Fénelon , l'Abbé Nadal , l'Abbé
Terraffon , l'Abbé Pernetti , l'Abbé Prévôr ,
l'Abbé Desfontaines , le Comte de Caylus ,
Voltaire, Marivaux , Duclos , Montefquieu ,
le Marquis d'Argens , Crebillon le fils ,
Dorar, Mme de Graffigny , Moncrif, le Père
Daniel , J. J. Rouffeau , M. Marmontel ,
M. d'Arnaud , M. le Comte de Treffan , M.
le Chevalier de Boufflers , M. le Chevalier
d'Arcq , M. Imbert , l'Abbé de Voifenon ,
Mme de Genlis ; tous ces Écrivains célèbres
dans plus d'un genre , prouvent affez que le
Roman eft une des branches de la Littérature
digne d'être confervée dans le jardin des
Mufes. Je n'invoquerai point , à l'appui de
ce que j'avance , ni Fauchet ni Ducange , il
fuffit d'être né fenfible , & de lire nos meil
leurs Romans.
On peut leur faire un reproche plus
fondé, c'eft d'altérer quelquefois l'hiſtoire &
les moeurs , & de défigurer des époques nationales.
A cela je réponds : malheur à qui
lir aujourd'hui l'hiftoire dans les Romans !
Mais ce reproche va difparoître. Les Auteurs
de la Bibliothèque des Romans s'ap
pliquent effentiellement à épurer le genre, à
rectifier les erreurs , à embellir les fictions.
Ils refferrent un plan trop vaſte , ils fimpli
fient une action compliquée , & réduifent
plufieurs volumes ennuyeux à quarante pages
intéreffantes. L'érudition préfide à leurs ju
gemens , & fur tout à la concordance des
Hiftoriens. Il eft pen de Volumes qui re
DE FRANCE. 337
foient précédés d'une differtation lumineuse.
Nous nous difpenferons de citer des volumes
anciens , nous renvoyons nos Lecteurs au
fecond Volume d'Octobre dernier ; ils verront
avec quelle fagacité les Auteurs favent
porter fur l'hiftoire le flambeau de la critique.
On eftimcra & on plaindra l'infortunée
Marie Stuart. On trouvera encore dans le volume
de Novembre , des differtations inftructives
fur le château de Marcouflis , &
fur Bayard. On doit fe fouvenir des menus
devis du château de Plaffac. Ce n'eft point - là
le Roman , c'eft l'Hiftoire. Nous n'en citerons
pas davantage. Nous invitons nos Lecteurs
à fe procurer cette Collection , pour
le complément de laquelle on trouve des
facilités plus qu'encourageantes.
depuis le premier Juillet 1775. A Paris ,
au Bureau , rue Neuve Sainte- Catherine.
CET Ouvrage fe foutient depuis fept
années avec un fuccès décidé. Nous ne
diffimulons point qu'il doit la réputation
DE FRANCE. 117
aitant à fon genre qu'au travail des Coopé
rateurs. Les Romans ne furent- ils pas tou
jours recherchés ? Ces enfans chéris de
l'imagination , feront dans tous les temps
une branche importante de l'arbre Litetaire.
Dans l'enfance du monde , ils amuserent
les premiers humains ; dans la déca ·
dence des Arts , on les a vus échapper à l
dégradation commune . Pourquoi celà ? C'eft
qu'ils ont toujours parlé à tous les hom
més un langage qu'ils pouvoient entendre.
Ils eurent encore dans chaque âge le mérite
d'être mieux écrits que toutes les autres productions
Littéraires. Ils fuivoient de près la
Poélie , & cueilloient des fleurs dans les
mêmes corbeilles . Jamais contraint , le Romancier
a pu s'affervir , quand il l'a voulu ,
sux règles de l'Épopée ; il a pu imiter le vol
brillant , fublime & vagabond de l'Ariofte.
Tous les tons lui font permis , toutes les
couleurs lui appartiennent. Il peut faire vesfer
des pleurs , produire le rire malin de la
faryre, toucher , égayer , & raiſonner. Il ofe
dire quelquefois ce que l'Hiftorien timide
trembloit de révéler. C'eft quelquefois Marforio
devant la ftatue de Pafquin , ou , fi l'on
veut , Arlequin , qui , à l'aide d'une tranf
pofition de nom & de fcène , voit tout , a
tout appris , chemin faifant , de Berganie à
Paris.
Quand le Román étoit Funiqué Livre des
habitans de la terre , il prêtoit des fictions
à Hefiode & à Homère , il étoit mythol .
Fiv
128 MERCURE
gique. S'il peignoit l'Amour , c'étoit un
Dieu. Quand la civilifation eut donné des
lifières au monde , & eut rapproché les fociétés
, le Roman ne rendit plus des oracles ,
un Prêtre ne l'infpira plus ; devenu domeſtique
, il peignit les moeurs nationales . Une
fois parvenu à ce période , il n'a pas pu s'en
éloigner ; fons cette forme , il s'eft promené
chez les Nations modernes. De la
Grèce il paffa à Rome , delà en Arabie ,
chez les Sarrafins , en Provence , en Italie ;
en Efpagne & en Iflande . Par- tout il fut fa
buleux, obfcur , comme l'hiftoire . Telle fut
fa marche dans le neuvième fiècle. Trois
fiècles auparavant , il avoit fleuri dans la
Bretagne jufques aux onzième & douzième
fiècles ; la France traduifit les Romans Brétons
; elle n'avoit point encore une langue, &
depuis le dixième juſqu'au douziènie fiècle ,
elle traduifit du Breton en Latin . Dans
les deux fiècles fuivans , alors les Romans
furent mêlés de Chevalerie & d'Hif
toire ; les Amadis remplirent la scène dans
les quatorzième , quinzième , feizième , &
jufques au dix- feptième fiècle.
Arrêtons- nous un moment au reproche
de frivolité dont ce genre eft entaché. Parmi
fes détracteurs , je trouve Angelo Apozio ,
qui les qualifie de Foli de Romanzi . Pétrarque
les nomme Infami e Stolidi Romanzi.
Doit on conclure que le genre eft mau.
vais ? Non ; mais que les Ouvrages de ce
temps étoient plus que médiocres. Si PétrarDE
FRANCE. 1.29
que avoit voulu juger les moeurs des Papes
& de la Cour d'Avignon , il auroit fenti que
les Romans devoient être corrompus comme
les moeurs. Plufieurs fiècles après , Philippe
de Mézières prémunit Charles VI contre
eux. Eft- il bien étonnant que fous le règne
d'Ifabeau de Bavière , les Romans fuffent
dangereux ? Les moeurs étoient affreufes , les
Romans étoient affreux comme elles. On ne
peut peindreque ce que l'on voit. On ne peut
parler que la langue du pays. Antoine Arlègre
fe plaint encore , dans fon Traité du
Mépris de la Cour , que les gens de Cour de
fon temps ne lifoient guères que des Romans
, ceux d'Amadis , de Philocope. Eh !
quel temps encore que ce feizième fiècle !
quelles femmes que la Comteffe d'Angoulême
, Catherine de Médicis , Marguerite de
Valois , & ces Dames & ces Courtifans dont
Brantôme a rempli les pages de fes Livres !
Quels étoient les fpectacles à la mode ? Des
farces de Pantalons , des Scènes de Capitans ,
des rodomontades Efpagnoles , des fupplices
en place publique , auxquels la Cour
affiftoit , des paffe- temps cruels , des fauts
périlleux , des Voltigeurs qui defcendoient
fur une corde des tours de Notre Dame ;
les Nemours , les Guife , qui defcendoient
au galop les efcaliers de la Sainte Chapelle ;
Tavannes & beaucoup d'autres , qui franchiffoient
d'un toit à l'autre la rue Saint-
Germain l'Auxerrois , & enfin les horreurs
des guerres civiles ; que pouvoient donc
F v
730 MERCURE
peindre les Romanciers ? Ce qu'ils voyoient.
Ils pouvoient répondre :
Ce font vos moeurs , eft- ce ma faute ?
Parmi les Apologiftes du Roman , je trou
ve ( fingularité affez remarquable ! ) un Évê
que & un Prêtre , l'Evêque d'Avranches ,
l'Abbé Lengler , & l'Auteur de Zélaskine
qui a plus de zèle que d'érudition ; mais fi
le nombre de fes defenfeurs eft fi borné , il
en eft dédommagé par les Romanciers , qui
forment une peuplade nombreufe. Je ferai
bientôt connoître les plus célèbres , & leurs
noms fuffiront pour juftifier ce genre.
Reprenons le dix-feptième fiècle. Tandis
que l'Hiftoire racontoit des combats ; le Ro
man décrivoit auffi des combats ; la Cour
avoit des Guerriers , on les retrouvoit dans
les Romans ; le régime féodal retenoit les
Châtelains dans de vieilles tourelles ; on s'y
raffembloit ; on y tenoit de longues affifes ,
les cheminées étoient larges , les falles vaftes
, les converfations longues : rels étoient
les Romans qui alloient , grâce à quelques
épiſodes , jufqu'au douzième Volume. Les
Voyageurs ayant donné du goût pour la lecrure
des voyages , les Romanciers n'offrirent
plus que des aventures Turques , Chinoiſes ,
Américaines. Ils confervoient le ton & le
coftume François , & mettoient , commne
naguères nos Comédiens , un chapeau fur la
tête de Méhémed , ou du Sophi . Les Romans
, comme tous les Arts , fubirent une
DE FRANCE. 131
grande révolution fous le règne de Louis
XIV. Scudéri & la Calprenède tiennent la
place la plus diftinguée. Boileau jeta du ri
dicule fur ces Écrivains ; mais le plan de
leurs Ouvrages annonce qu'ils avoient du
génie . Si leurs Héros étoient des géans , c'eft
que Louis XIV avoit imprimé un grand ca,
ractère à fon fiécle . Louis XIV , que Frédéric
a nommé le grand Magicien , n'aimoit que
ce qui portoit l'empreinte de la grandeur. .
Je ne pretends point étendre mon apo¬
logie jufqu'à la texture des anciens Romans;
mais je fais que leurs défauts venoient de
notre penchant à l'imitation, Nous avons
emprunté des Efpagnols les épiſodes , ces
dénouemens arrivés par des bagues , des
écharpes , des reffemblances , des fuppofitions
, des équivoques & des rencontres. Ces
mêmes défauts fe retrouvoient fur la Scène
Françoife. Les Italiens nous jettèrent dans la
métaphyfique d'ainour , dans les monologues
, dans les foupirs : delà tant de précieufes
, & ces dédaignenfes Princeffes qui fe
courrouçoient à la déclaration des Chevaliers.
On étoit ainfi dans le monde. Une fois
arrivé à Louis XIV , l'adulation bannit la
vraiſemblance. Les Héros Grecs & Romains
avoient les deux queues , l'écharpe & les
grands canons . Orondate & Palamède naiffoient
& mouroient à Verfailles , & fe promenoient
de Rambouillet à Marly. Cependant
, ce ridicule difparut fur la fin du règic
de Louis XIV. Les Romans moraux , polių
F vj
132 MERCURE
ques , hiftoriques & fatyriques , s'accrédi
tèrent. Là , on lifoit la carte géographique
de Buffi Rabutin , dans laquelle les myſtères
de la vieille Cour étoient dévoilés. Les Contes
de Perrault avoient des Lecteurs : Rabelais
fi vanté , n'en trouvoit plus depuis la publication
du Royaume de coquettere , defleurs ,
fleurettes & paffe temps.
>
1
C'eft en 1700 , que tous ces Romans de
mauvais goût , que tous ces Ouvrages nés
de l'occaſion ou de l'à propos , la Marmite
rétablie , le Rafibus des Capucins , les Jéfuites
mis fur l'échafaud, &c . &c . & c . furent
unanimement rejetés . Le Roman ne fut plus
qu'hiftorique ; les Mémoires , les Lettres
pullulèrent , les fatyres aufli. La liberté
alla comme les moeurs , jufqu'à l'indécence.
Le Régent fut infulté ; & , fous le
nom du Prince Aprius , on écrivoit fa Vie
privée. Il toléra un moment les farcafmes
contre les Moines & les Religieufes . Louis
XV mit des bornes à la licence. Le Roman
' n'ofa plus paroître avecfon ancien héroïfine ,
fes éperons & fa chevalerie ; il s'ajusta à
notre taille , & parut fous la courte forme
de Contes , de Nouvelles , de Lettres , d'Hiftoriettes.
C'étoit le Journal de nos petits
boudoirs , de nos petits foupers , de nos petites
maifons , l'Opéra & le Fauxbourg Saint-
Germain. Delà , les Égaremens de l'efprit ,
les Confeffions , le Spectateur & le charmant
Recueil des Contes Moraux. Je ne parle
point de la Nouvelle Héloïfe , qui ne caracDE
FRANCE. 733
térife point nos moeurs , & qui eft un Ouvrage
à part. Les Anglois enfin ont donné
un nouveau caractère au Roman. Les Traductions
du Docteur Swift , de Friedling &
de Richardfon , ont amené une révolution.
A mefure qu'on a eu de bons Livres dans
d'autres genres , le Roman a eu moins de
célébrité. Il n'eft plus à craindre que la preffe
foit déformais uniquement occupee à les
réimprimer , comme elle l'étoit dans le dixfeptième
fiècle. Pierre Camus , Évêque du
Bellay , affligé de l'empreffement qu'on avoit
pour cette lecture , voulut purifier le genre ,
en publiant des Romans dévots ; mais le
genre l'entraîna quelquefois , & il peignit
ce qu'affurément il ne s'étoit point propofé
de peindre. Dans le même temps , Olivier ,
Évêque d'Angers , prétendoit prouver que
les femmes étoient la caufe de tous les
maux.
Il ne me refte, plus qu'à nommer les Romanciers
les plus célèbres , leur nom peut
fervir d'apologie au genre. Depuis le feizième
fiècle , je trouve Mendozza , Ambaffadeur
au Concile de Trente , Machiavel , Sannazar
, Scaliger , Picolomini , Guichardin ,
Pallavicini , Firenzuola , le Cavalier Marin ,
Thomas Morus. Parmi nos modernes , Balzac,
Voiture, Charpentier, Bourfault , Gombaud ,
Gomberville , de Larrey , le Miniftre Claude,
l'Abbé d'Aubignac , Reguard , Hamilton ,
l'Abbé de Saint Réal , Saint Hyacinthe , le
Sage, du Verdier , La Fontaine , Galland , de
134 MERCURE
Ramfay , Fénelon , l'Abbé Nadal , l'Abbé
Terraffon , l'Abbé Pernetti , l'Abbé Prévôr ,
l'Abbé Desfontaines , le Comte de Caylus ,
Voltaire, Marivaux , Duclos , Montefquieu ,
le Marquis d'Argens , Crebillon le fils ,
Dorar, Mme de Graffigny , Moncrif, le Père
Daniel , J. J. Rouffeau , M. Marmontel ,
M. d'Arnaud , M. le Comte de Treffan , M.
le Chevalier de Boufflers , M. le Chevalier
d'Arcq , M. Imbert , l'Abbé de Voifenon ,
Mme de Genlis ; tous ces Écrivains célèbres
dans plus d'un genre , prouvent affez que le
Roman eft une des branches de la Littérature
digne d'être confervée dans le jardin des
Mufes. Je n'invoquerai point , à l'appui de
ce que j'avance , ni Fauchet ni Ducange , il
fuffit d'être né fenfible , & de lire nos meil
leurs Romans.
On peut leur faire un reproche plus
fondé, c'eft d'altérer quelquefois l'hiſtoire &
les moeurs , & de défigurer des époques nationales.
A cela je réponds : malheur à qui
lir aujourd'hui l'hiftoire dans les Romans !
Mais ce reproche va difparoître. Les Auteurs
de la Bibliothèque des Romans s'ap
pliquent effentiellement à épurer le genre, à
rectifier les erreurs , à embellir les fictions.
Ils refferrent un plan trop vaſte , ils fimpli
fient une action compliquée , & réduifent
plufieurs volumes ennuyeux à quarante pages
intéreffantes. L'érudition préfide à leurs ju
gemens , & fur tout à la concordance des
Hiftoriens. Il eft pen de Volumes qui re
DE FRANCE. 337
foient précédés d'une differtation lumineuse.
Nous nous difpenferons de citer des volumes
anciens , nous renvoyons nos Lecteurs au
fecond Volume d'Octobre dernier ; ils verront
avec quelle fagacité les Auteurs favent
porter fur l'hiftoire le flambeau de la critique.
On eftimcra & on plaindra l'infortunée
Marie Stuart. On trouvera encore dans le volume
de Novembre , des differtations inftructives
fur le château de Marcouflis , &
fur Bayard. On doit fe fouvenir des menus
devis du château de Plaffac. Ce n'eft point - là
le Roman , c'eft l'Hiftoire. Nous n'en citerons
pas davantage. Nous invitons nos Lecteurs
à fe procurer cette Collection , pour
le complément de laquelle on trouve des
facilités plus qu'encourageantes.
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Résumé : Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
La 'Bibliothèque Universelle des Romans' est publiée à Paris depuis le 1er juillet 1775 et connaît un grand succès depuis sept ans. Les romans, qualifiés d''enfants chéris de l'imagination', constituent une branche importante de la littérature, ayant évolué depuis l'Antiquité avec des auteurs comme Hésiode et Homère. Ils ont été critiqués pour leur frivolité mais aussi défendus pour leur capacité à refléter les réalités sociales et politiques de chaque époque. Au XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, les romans reflétaient les valeurs de la cour et les aventures exotiques. Des auteurs comme Madeleine de Scudéry et Gilles de La Calprenède se distinguèrent, bien que critiqués par Nicolas Boileau. Les héros de ces œuvres étaient souvent surdimensionnés, et les intrigues complexes empruntaient des éléments espagnols et italiens. À la fin du règne de Louis XIV, les romans moraux, politiques, historiques et satiriques gagnèrent en popularité. En 1700, les romans de mauvais goût furent rejetés, et le genre évolua vers des formes plus courtes comme les contes et les nouvelles. Des traductions d'auteurs anglais comme Jonathan Swift et Samuel Richardson introduisirent de nouvelles tendances. Des écrivains comme Pierre Camus tentèrent de purifier le genre avec des romans dévots, sans succès total. Parmi les romanciers célèbres mentionnés figurent Antonio de Mendoza, Nicolas Machiavel, Jean-Louis Guez de Balzac, Jean de La Fontaine, Voltaire, Marivaux, Montesquieu, Rousseau, et Madame de Genlis. Le texte met en avant une collection de volumes historiques, notamment ceux des mois d'octobre et novembre, soulignant la rigueur critique des auteurs et l'authenticité historique des contenus. L'auteur encourage les lecteurs à se procurer cette collection.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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