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1
p. 129-134
De Soleure le 22 Septembre.
Début :
Un Courier arriva de Versailles le 16 de ce mois, pour annoncer au Marquis de [...]
Mots clefs :
Soleure, Marquis de Paulmy, Église collégiale, Ambassadeur, Naissance du duc de Bourgogne, Événement, Dauphine, Roi
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texteReconnaissance textuelle : De Soleure le 22 Septembre.
De Soleure le 22 Septembre.
Un Courier arriva de Versailles le 16 de
ce mois, pour annoncer au Marquis de
Paulmy, Ambassadeur du Roi de Prance,
la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Cet évenement a causé ici une
joye générale. Le Conseil de ce Canton,
& le Chaputre de l'Eglise Collégiale de
cette Ville, sont allés complimenter le
Marquis de Paulmy, & il s'est renda
Nues uO
130 MERCUREDE FRANCE.
cliez lui un concours extraordinaire de
personnes de tous les Ordres, pour lui
témoigner la part qu'elles prenoient au
bonheur de la France. Des que cet Ambas-
sadeur a reçu la nouvelle des couches de
Madame la Dauphine, il s'est empressé de
faire éclater son zéle, en faisant chanter
dans l'Eglise des Cordeliers, le Te Deum
au bruit d'un grand nombre de boëtes; en
faisant illuminet toutes les nuits son Hô-
tel, devant lequel des fontaines de vin
ont coulé presque continuellement, &
en tenant matin & soir table ouverte. Non.
content de ces premieres démonstrations
de ses sentimens, il donna hier au Con-
seil de ce Canton, au Chapitre de l'Eglise
Collégiale, & à tous les habitans les
plus considérables, soit de cette Ville,
soit des environs, un diner splendide
auquel se sont trouvées plus de cent cin-
quante personnes. A chaquo santé du
Roi & de la Reine, de Monseigneut le
Dauphin, de Madame la Dauphine, de
Monseigneur le Duc de Bourgogne, de
Madashe, & de Mesdames de France, il y
a eu une salve de toute l'attillerie de la
Ville, & plus de six cens coups de canon
ont été tirés à cette occasion. L'Après-
midi, outre les fontaines de vin placée
près de l'Hôtel du Marquis de Pauliny,
d by Goc
JANVIER. 1751.
131
on en fit couler six autres par l'ordre de
cet Ambassadeur, en différens endroits. Ilfit
jetter au peuple, dans ces mêmes en-
droits, une grande quantité de médailles,
sur lesquelles on lisoit d'un côté, Gallia
fit partu felixe, & de l'autre, Laetantur
Amici. Au commencement de la nuit,
l'Hôtel du Marquis de Paulmy, par une
illumination qui dessinoit l'ordre d'Ar-
chitecture du bâtiment, ioffrit un des plus
beaux spectacles qu on puisse voir en ce
genre. Le repas qu on a fervi le soir chez
cet Ambassadeur, n a point cédé, ni pour
la profusion, ni pour la délicatesse, à ce-
lui du matin. Un magnisique Bal, qui a
duré jusqu'au jour, & pendant lequel
on a distribué une abondance prodigieuse
de tafraichissemens, a terminé cette fête,
dont l'éclat a d'autant plus frappé, que le
Marquis de Paulmy, etant obligé de faire
un voyage à Paris, n'a eu que très- peu
de tems pour la faire préparer.
Voici le Discours que cet Ambassadeur
prononça, lorsqu'il se rendit à l'Hôtel de
Ville, pour donner part au Conseil de la
naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne. » Magnifiques Seigneurs, les voeux
„de la France sont comblés; l'attente
„de l'Europe entiere est remplie. La nais-
»sance de Monseigneur le Duc de Bour-
Fvj
zed by Goc
132 MERCURE DE FRANCE.
»gogne assure la tranquilité d'une Mo-
»narchie, dont la prospérité aura tou-
„jours la plus grande influence sur le
„maintien de votre liberté. Vous parta-
» gez la joye vive & pure, dont tous les
» Sujets du Roi mon Maître, sont pénétrés
»dans ce moment. Vous prenez à l'heu-
„reux évenement, que je vous annonce
»le même intérêt qu'eux; & s'il peut y
„ avoir quelque différence dans la manie-
„re, dont on doit envisager votre zéle
»& le nôtre, elle est toute à votre avan-
„tage, puisque nous ne faisons que rem-
„plit dans toute leur étendue, envers le
»meilleur des Peres & le plus aimable des
» Maîtres de l'Univers, des devoirs aux-
oquels nous serions coupables de man-
„quer; au lieu que Vous, Magnifiques
„Seigneurs, étrangers pour ainsi dire dans
„notre famille, vous avez le mérite d'a-
„dopter librement tous nos sentimens,
» & de vous les rendre propres. Quel
»bonheur pour moi de pouvoir offrir
»à Sa Majesté le tableau touchant de vos
„dispositions pour elle, & de pouvoit ain-
» si lui faire connoître jusqu ou S'étend son
„ empire sur les coeurs; genre de domi-
„nation, dont elle a si constament mon-
„tré qu'elle étoit uniquement flattée. Je
»vous invite, Magniliques Seigneurs, à
zed by Goog
JANVIER. 1752-
133
»venir encore aux pieds des Autels, renou-
»veller de concert nos Actions de graces.
» Continuez d'unit vos cœeurs aux nôtres.
„Que le zéle, que vous montrez aujour-
„d'hui, soit le présage & le modéle de la
„ conduite que vous tiendrez dans tous les
» tems & dans toutes les occasions. Que
„ notre prospérité vous soit toujours éga-
»lement chére. Votre bonheur fera tou-
» jours partie du nôtre. Puissent nos deux
„ Nations reconnoître, pendant une longue
„ suite de siécles, dans l'Auguste Maison qui
„donne des Maîtres à la France; nous,
„des Souverains aussi glorieux que justes,
„ aussi dignes de notre amour que de nos
»hommages; vous, Magnisiques Sei-
„ gneurs, de puissans Défenseurs de votre
„liberré, & de constans Amis de votre.
„ République.
Après ce discours, le Conseil se rendit
avec le Marquis de Paulmy, à l'Eglise
Collégiale, ou le Te Deum fut chanté avec
encore plus d'apareil & de pompe, qu'il
ne l'avoit été dans l'Eglise des Corde-
liers.
La naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne a produit la même impression
sur tous les Cantons, soit Catholiques soit
Protestans, & ils se disposent à célébrer cet
événement par toutes les démonstrations
134 MERCURE DE FRANCE
qui peuvent prouver l'attachement du
Corps Helvétique pour la Maison de
France.
Un Courier arriva de Versailles le 16 de
ce mois, pour annoncer au Marquis de
Paulmy, Ambassadeur du Roi de Prance,
la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Cet évenement a causé ici une
joye générale. Le Conseil de ce Canton,
& le Chaputre de l'Eglise Collégiale de
cette Ville, sont allés complimenter le
Marquis de Paulmy, & il s'est renda
Nues uO
130 MERCUREDE FRANCE.
cliez lui un concours extraordinaire de
personnes de tous les Ordres, pour lui
témoigner la part qu'elles prenoient au
bonheur de la France. Des que cet Ambas-
sadeur a reçu la nouvelle des couches de
Madame la Dauphine, il s'est empressé de
faire éclater son zéle, en faisant chanter
dans l'Eglise des Cordeliers, le Te Deum
au bruit d'un grand nombre de boëtes; en
faisant illuminet toutes les nuits son Hô-
tel, devant lequel des fontaines de vin
ont coulé presque continuellement, &
en tenant matin & soir table ouverte. Non.
content de ces premieres démonstrations
de ses sentimens, il donna hier au Con-
seil de ce Canton, au Chapitre de l'Eglise
Collégiale, & à tous les habitans les
plus considérables, soit de cette Ville,
soit des environs, un diner splendide
auquel se sont trouvées plus de cent cin-
quante personnes. A chaquo santé du
Roi & de la Reine, de Monseigneut le
Dauphin, de Madame la Dauphine, de
Monseigneur le Duc de Bourgogne, de
Madashe, & de Mesdames de France, il y
a eu une salve de toute l'attillerie de la
Ville, & plus de six cens coups de canon
ont été tirés à cette occasion. L'Après-
midi, outre les fontaines de vin placée
près de l'Hôtel du Marquis de Pauliny,
d by Goc
JANVIER. 1751.
131
on en fit couler six autres par l'ordre de
cet Ambassadeur, en différens endroits. Ilfit
jetter au peuple, dans ces mêmes en-
droits, une grande quantité de médailles,
sur lesquelles on lisoit d'un côté, Gallia
fit partu felixe, & de l'autre, Laetantur
Amici. Au commencement de la nuit,
l'Hôtel du Marquis de Paulmy, par une
illumination qui dessinoit l'ordre d'Ar-
chitecture du bâtiment, ioffrit un des plus
beaux spectacles qu on puisse voir en ce
genre. Le repas qu on a fervi le soir chez
cet Ambassadeur, n a point cédé, ni pour
la profusion, ni pour la délicatesse, à ce-
lui du matin. Un magnisique Bal, qui a
duré jusqu'au jour, & pendant lequel
on a distribué une abondance prodigieuse
de tafraichissemens, a terminé cette fête,
dont l'éclat a d'autant plus frappé, que le
Marquis de Paulmy, etant obligé de faire
un voyage à Paris, n'a eu que très- peu
de tems pour la faire préparer.
Voici le Discours que cet Ambassadeur
prononça, lorsqu'il se rendit à l'Hôtel de
Ville, pour donner part au Conseil de la
naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne. » Magnifiques Seigneurs, les voeux
„de la France sont comblés; l'attente
„de l'Europe entiere est remplie. La nais-
»sance de Monseigneur le Duc de Bour-
Fvj
zed by Goc
132 MERCURE DE FRANCE.
»gogne assure la tranquilité d'une Mo-
»narchie, dont la prospérité aura tou-
„jours la plus grande influence sur le
„maintien de votre liberté. Vous parta-
» gez la joye vive & pure, dont tous les
» Sujets du Roi mon Maître, sont pénétrés
»dans ce moment. Vous prenez à l'heu-
„reux évenement, que je vous annonce
»le même intérêt qu'eux; & s'il peut y
„ avoir quelque différence dans la manie-
„re, dont on doit envisager votre zéle
»& le nôtre, elle est toute à votre avan-
„tage, puisque nous ne faisons que rem-
„plit dans toute leur étendue, envers le
»meilleur des Peres & le plus aimable des
» Maîtres de l'Univers, des devoirs aux-
oquels nous serions coupables de man-
„quer; au lieu que Vous, Magnifiques
„Seigneurs, étrangers pour ainsi dire dans
„notre famille, vous avez le mérite d'a-
„dopter librement tous nos sentimens,
» & de vous les rendre propres. Quel
»bonheur pour moi de pouvoir offrir
»à Sa Majesté le tableau touchant de vos
„dispositions pour elle, & de pouvoit ain-
» si lui faire connoître jusqu ou S'étend son
„ empire sur les coeurs; genre de domi-
„nation, dont elle a si constament mon-
„tré qu'elle étoit uniquement flattée. Je
»vous invite, Magniliques Seigneurs, à
zed by Goog
JANVIER. 1752-
133
»venir encore aux pieds des Autels, renou-
»veller de concert nos Actions de graces.
» Continuez d'unit vos cœeurs aux nôtres.
„Que le zéle, que vous montrez aujour-
„d'hui, soit le présage & le modéle de la
„ conduite que vous tiendrez dans tous les
» tems & dans toutes les occasions. Que
„ notre prospérité vous soit toujours éga-
»lement chére. Votre bonheur fera tou-
» jours partie du nôtre. Puissent nos deux
„ Nations reconnoître, pendant une longue
„ suite de siécles, dans l'Auguste Maison qui
„donne des Maîtres à la France; nous,
„des Souverains aussi glorieux que justes,
„ aussi dignes de notre amour que de nos
»hommages; vous, Magnisiques Sei-
„ gneurs, de puissans Défenseurs de votre
„liberré, & de constans Amis de votre.
„ République.
Après ce discours, le Conseil se rendit
avec le Marquis de Paulmy, à l'Eglise
Collégiale, ou le Te Deum fut chanté avec
encore plus d'apareil & de pompe, qu'il
ne l'avoit été dans l'Eglise des Corde-
liers.
La naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne a produit la même impression
sur tous les Cantons, soit Catholiques soit
Protestans, & ils se disposent à célébrer cet
événement par toutes les démonstrations
134 MERCURE DE FRANCE
qui peuvent prouver l'attachement du
Corps Helvétique pour la Maison de
France.
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2
p. 244-245
De Carthagene le 15. Décembre.
Début :
Les Fêtes de la Nation à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...]
Mots clefs :
Carthagène, Naissance du duc de Bourgogne, Nation, Église, Ville, Pays, Événement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Carthagene le 15. Décembre.
De Carthagene le 15. Décembre.
Les Fêtes de la Nation à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
commencerent le 16. Novembre au soir dans
l'Eglise des Réligieux de Saint François de cet-
te Ville, par un Te Deum chanté par les meil-
leurs Musiciens du Pays, & une infinité de feux
zed by Goog
JANVIER.
1752. 24
de poudre volans; après quoi la Natiou, le Gou-
verneur & tous les Gens en place & Principaux
de la Ville s'étant rendus chez M. Marconiet
Consul de la Nation Françoise, on leur servit
avec abondance des rafraîchissemens.
Le lendemain on célébra dans la même Eglise
un Service divin accompagné de la même musi-
que, & il y fut ptononcé par un très habile
Prédicateur du Pays nn Sermon sur l'heureux
événement de la Naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Le 28. la Nation fit tirer un beau feu d'ar-
tifiec.
Les Députés & Négocians François établis
à Murcie, ont donné des marques de leur joie
dans un évenement aussi interellant, par des
sêtes semblables à celles qui ont été données à
Carthagene.
Les Fêtes de la Nation à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
commencerent le 16. Novembre au soir dans
l'Eglise des Réligieux de Saint François de cet-
te Ville, par un Te Deum chanté par les meil-
leurs Musiciens du Pays, & une infinité de feux
zed by Goog
JANVIER.
1752. 24
de poudre volans; après quoi la Natiou, le Gou-
verneur & tous les Gens en place & Principaux
de la Ville s'étant rendus chez M. Marconiet
Consul de la Nation Françoise, on leur servit
avec abondance des rafraîchissemens.
Le lendemain on célébra dans la même Eglise
un Service divin accompagné de la même musi-
que, & il y fut ptononcé par un très habile
Prédicateur du Pays nn Sermon sur l'heureux
événement de la Naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Le 28. la Nation fit tirer un beau feu d'ar-
tifiec.
Les Députés & Négocians François établis
à Murcie, ont donné des marques de leur joie
dans un évenement aussi interellant, par des
sêtes semblables à celles qui ont été données à
Carthagene.
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3
p. 51-52
HOROSCOPE du premier Enfant de M. le Marquis D. F. Brigadier des Armées du Roi & C. des G. de la REINE.
Début :
DIGNE Sang de nos demi-Dieux, [...]
Mots clefs :
Événement, Sang, Astrologue, Enfant, Aïeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOROSCOPE du premier Enfant de M. le Marquis D. F. Brigadier des Armées du Roi & C. des G. de la REINE.
HOROSCOPE du premier Enfant de
M. le Marquis D. F. Brigadier des
Armées du Roi & C. des G. de la
REINE.
DIGNE IGNI Sang de nos demi- Dieux ,
De leur amour le premier gage ,
Votre avénement précieux
Fait retentir tout ce Rivage
Des tranfports d'un Peuple joyeux ;
Empreffé de vous rendre hommage.
Sur cet événement heureux
Tandis que tout fur cette plage ,
Signale fon zéle en fes jeux
Qui n'en font qu'une foible image ;
Souffrez qu'interrogeant les Cieur
Un Aftrologue de Village
Faffe en peu de mots de fon mieux
Votre horoſcope en fon langage.
Daignez d'un fouris gracieux
Favorifer ce badinage
Qui bravera les envieux
S'il peut avoir votre fuffrage.
Oui , pour vous , l'efpoir de ces lieux $
L'avenir par moi s'enviſage ,
Grace à mon art mystérieux.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
De biens , d'honneurs quel aſſemblage
S'offre à mes regards curieux !
Des tems ils percent le nuage.
Je lis configné , d'âge en âge ,
Le deftin le plus glorieux
Qui doit être votre partage.
Tendre fruit des plus charmans noeuds
Aimable enfant , quel avantage
Pour nous comme pour nos Neveux !
Par la douceur & le courage
Que vous avez reçu des Dieux
Vous deviendrez par héritage
Grand & Bon comme vos ayeux,
Quel plus defirable appanage !
Vous ferez adoré comme eux ,
Et nous aimerez: doux préfage ,
Qui comble à jamais tous nos voeux,
Par M. D. L *** Abenné au Mercure
M. le Marquis D. F. Brigadier des
Armées du Roi & C. des G. de la
REINE.
DIGNE IGNI Sang de nos demi- Dieux ,
De leur amour le premier gage ,
Votre avénement précieux
Fait retentir tout ce Rivage
Des tranfports d'un Peuple joyeux ;
Empreffé de vous rendre hommage.
Sur cet événement heureux
Tandis que tout fur cette plage ,
Signale fon zéle en fes jeux
Qui n'en font qu'une foible image ;
Souffrez qu'interrogeant les Cieur
Un Aftrologue de Village
Faffe en peu de mots de fon mieux
Votre horoſcope en fon langage.
Daignez d'un fouris gracieux
Favorifer ce badinage
Qui bravera les envieux
S'il peut avoir votre fuffrage.
Oui , pour vous , l'efpoir de ces lieux $
L'avenir par moi s'enviſage ,
Grace à mon art mystérieux.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
De biens , d'honneurs quel aſſemblage
S'offre à mes regards curieux !
Des tems ils percent le nuage.
Je lis configné , d'âge en âge ,
Le deftin le plus glorieux
Qui doit être votre partage.
Tendre fruit des plus charmans noeuds
Aimable enfant , quel avantage
Pour nous comme pour nos Neveux !
Par la douceur & le courage
Que vous avez reçu des Dieux
Vous deviendrez par héritage
Grand & Bon comme vos ayeux,
Quel plus defirable appanage !
Vous ferez adoré comme eux ,
Et nous aimerez: doux préfage ,
Qui comble à jamais tous nos voeux,
Par M. D. L *** Abenné au Mercure
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Résumé : HOROSCOPE du premier Enfant de M. le Marquis D. F. Brigadier des Armées du Roi & C. des G. de la REINE.
Le texte expose l'horoscope du premier enfant du Marquis D. F., Brigadier des Armées du Roi et Chevalier des Gardes de la Reine. L'enfant est perçu comme un précieux symbole d'amour, acclamé par un peuple réjoui. Un astrologue rural, utilisant un langage accessible, prédit un destin glorieux pour l'enfant. L'horoscope annonce une vie marquée par des biens et des honneurs, l'enfant étant destiné à hériter de la grandeur et de la bonté de ses ancêtres. Doté de douceur et de courage, il sera aimé et aimera en retour, réalisant ainsi les aspirations de tous. Le texte est signé par M. D. L ***, abbé au Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 107-128
De LONDRES, le 10 Novembre.
Début :
On n'a point de nouvelles de New-Yorck, depuis celles qui nous ont appris le départ [...]
Mots clefs :
Londres, New York, Discours, Amérique, Paix, Chambre, Indépendance américaine, Parlement, Adresse, Roi, Nation, Ministres, Moment, Traité, Guerre, Edmund Burke, William Pitt, Partie, Ennemis, État, Américains, Événement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 10 Novembre.
De LONDRES , le 10 Novembre.
Onn'a point de nouvelles de New-Yorck,
depuis celles qui nous ont appris le départ
de l'Amiral Pigot avec une partie de fes vailfeaux
& des troupes pour les Illes , où l'on
préfumoit qu'il feroit bientôt fuivi par l'Amiral
Hood avec le reſte de la flotte . Tout
eft fur le Continent dans le même état d'inaction
, qui a été celui de toute cette campagne
dans ces contrées , tant de notre part que de
celle des Américains. Quant à l'évacuation
de Charles Town , on a vu par les pièces
publiées des négociations faites par les principaux
habitans de cette place avec le Gouvernement
Américain de la Caroline , que
fon évacuation étoit alors réfolue , mais à
préfent fon exécution paroît incertaine.
Nous n'avons aucune nouvelle des Illes
depuis l'arrivée des dépêches de M. Archibald
Campbell , Gouverneur de la Jamaïque , qui
nons fait part de fon expédition contre les
Espagnols , dont le but étoit de faire échouer
l'attaque qu'ils méditoient contre nos établiffemens
de Mufquito au Cap Gracias à
€ G
( 108 )
Dio , & qui a été rempli. Le fort fitué à Blakriver-
Bluff où il y avoit une garniſon Efpagnole
, a capitulé le 31 Août. Dans toutes ces
opérations nous n'avons pas fait beaucoup
de mal à nos ennemis ; mais nous les
avons empêché de nous en faire...
Ces dépêches de la Jamaïque font du 10
Octobre & à cette époque on ne favoit rien
encore au fujet des vaifleaux de l'escorte de
la flotte de cette Ifle dont le fort nous
inquiète encore. Quelques papiers prétendoient
que par un navire arrivé de St - Thomas
à Cork , on avoit appris que la Villede
Paris & le Glorieux étoient entrés -le 4
Octobre à Antigues. Mais il y a long- tems
qu'on a répandu le bruit que ces vaiffeaux
étoient arrivés à cette deftination fans que
cette nouvelle fe foit confirmée , & il eft en
effet bien à craindre qu'elle ne le foit pas davantage.
La Refource qui n'a quitté les Ifles
que le 16 , n'a point entendu parler de cet
évènement , & il eft très- douteux que nous
ayons véritablement conquis une feconde
fois ces vaiffeaux fur les mers & les tempêtes.
Quant à l'Hector , il eft certainement perdu
pour nous .
Maintenant l'attention générale eſt tournée
fur des objets plus importans ; les bruits
de paix qui fe font répandus à la fin du mois
dernier , que la prorogation du Parlement ,
la lettre de M. Towshend au Lord-Maire &
aux Direct urs de la Banque avoit fortifiés ,
commencent à baiffer ; le difcours du Roi
( 109 )
au Parlement n'a pas détruit toutes les
espérances ; mais il paroît que la Nation
qui la defiroit ne penfe plus de même ,
ou du moins que le fuccès du ravitaillement
de Gibraltar , qui a rappellé la victoire
inutile de l'Amiral Rodney , l'a ramenée
au deffein de continuer la guerre , pour
obtenir des conditions plus avantageufes ;
c'eft dans les premiers débats du Parlement
que l'on trouve cette révolution dans les
opinions , & qu'on peut découvrir à préfent
la marche que va fuivre le parti de
l'Oppofition. C'est une raifon pour donner
ici quelques détails aux féances.
-
Les , après que le Roi fe fut retiré , le Marquis
de Carmarthen fir , dans la Chambre haute , la
motion d'une adreſſe à S. M. - » Je n'ai pas befoin
dit- il , de vous faire fentir la néceffité de l'unanimité
dans le moment actuel , le plus critique où l'Angleteire
fe foit jamais trouvée. Le monde vient d'éprouver
une révolution ; l'Amérique fe fépare des
Domaines Britanniques & forme un Erat indépendant.
La conformité de langue , de religion , d'ufage & de
caractère , rétablira , fans doute , & confervera longtems
l'affection & la correfpondance entre les
Colonies & la Mère- Patrie . J'e père que l'Amérique
ne fera pas entièrement perdue pour la G B. Mais
s'il arrivoit que les négociations actuelles pour la
paix fflent rompues par quelqu'accident imprévu ,
je ne doute point que l'efprit public de ce pays ne
mette les Miniftres de S. M. en éta de poursuivre la
guerre avec vigueur. La Marine eft dans un état de
force & de gloire qui nous promet des fuccès , fi
c'est encore aux armes à décider la queftion. Mais
comme dans ce cas la fituation de notre marine nous
donne des efpérances , c'eft un encouragement de
( 110 )
-
plus pour négocier la paix . Quel moment plus fa
vorable pourroit - on cheifir pour remplir un objet f
defiré que celui où nos ames ont été victorieufes
fur mer & fur terre ? Le Lord Sandwich ne s'oppofa
point à l'adreffe propofée , heureux , dit- il , de
donner cette marque de fa fidélité & de fa reconnoiffance.
Ce moment critique , ajouta- t- il , exige
de l'unanimité Nos ennemis profiteroient de nos
divifions , fi elles éclatoient à l'infant d'une négo
ciation d'où dépend en grande partie le falut du
Royaume. Cependant , en appuyant l'adreſſe , je ne
prétends pas m'interdire le droit d'expofer mon
opinion fur les objets qu'elle renferme , lorsqu'ils
feront difcutés en forme par les Pairs. Quelqu'importante
que fuiffe paroître la conjoncture préfente ,
ce n'eft pas là l'inftant de fe décourager. La dernière
campagne a été glorieufe pour nous . La maison de
Bourbon a échoué abfolument dans fes grands projets
. L'ennemi a été repouffé de Gibraltar par les
efforts vigoureux & conftants d'un brave & habile
Officier. Cette place a été trouvée imprenable.
L'activité fans exemple & les brillans fuccès d'un
Amiral expérimenté , ont empêché nos ennemis
d'attaquer la Jamaïque. Ces évènemens ont relevé
les efprits abattus de la Nation , & l'autorisent à
prétendie aux termes de paix les plus honorables.
Quelqu'épuifé que puiffe paroître le Royaume aux
yeux de ceux qui voient tout en noir , il a toujours
d'affez grandes reffources pour continuer une guerre
dont je me flatte que l'iffue feroit glorieufe pour la
Nation . Nous avons donc des droits à une paix
honorable , jute & égale , & c'eft à une paix de
cette nature que je donnerai mon confentement. Les
Négociateurs employés aujourd'hui , doivent éviter
de fe lier par des reftrictions auifibles aux intérêts
du Royaume , s'il arrivoit quelque nouvel évènement.
Je me fais trouvé dans une pofition ſemblable à la
leur j'ai appris à connoître le caractère des pere
( 111)
:
fonnes avec lesquelles ils ont à traiter , & je ne
doute point un inftant que fi nos ennemis avoient ,
dans le cours de la négociation , quelques fuccès
inattendus , ils porteroient aufi - tôt leurs demandes
au plus haut degré ; & je crois qu'il eft de la prudence
de nous réferver le même droit. Le Lord
Radcor obferva que dans le projet d'adreſſe on avoit
paflé fous filence la phrafe importante où S. M. die
qu'en offrant l'indépendance aux Américains , elle a facrifié
toutes les confidérations particulières au vaa
& aux defirs de fon Parlement & de fon Peuple ,
& il propofa un amendemert que le Lord Shelburne
ayant la , approuva par un figne de tête . Le Lord
Storment prit alors la parole : Je ne m'oppofe point,
dit-il , à l'adreile . Dans la circonftance actuelle nos
ennemis ont les yeux fixés fur nous is épient le
moment de la défunion & du mécontentement , &
fe tiennent toujours prêts à fomenter ces divifions
domeftiques qui ont fi long- tems déchiré la Conftitution
de ce pays dans l'intérieur , & arrêté le fuccès
de fes armes au- dehors. Mais je n'entends point parlà
renoncer au frivilége de combattre dans le cours
des débats futurs les articles du plan de pacification
générale qui me paroîtront contraires aux intérêts
de la Netion. Le confentement donné à une adreffe
en réponse au difcours de S. M. à l'ouverture d'une
feffion , ne peut être un obftacle à la liberté d'ofinion
, qui fait un des droits les plus précieux des
Pairs de la G. B. On ne deit point inférer de mon
aveu que j'a , prouve dans toute leur étendue les vues
& les principes contenus dans cette adreffe . Le
Marquis de Carmarthen obferve que le moment
actuel est une époque de gloire & de victoire.
» Jamais , dit- il , les forces navales de la G. B.
n'ont été fi redoutables à hos ennemis «. J'en
félicite bien fincèrement la Chambre & la Nation' ,
& j'espère que des fuccès fi éclatans influeront fur
la pais , qui ne fera conclue qu'aux conditions les
(112 )
plus juftes & les plus honorables . Suivant le dif
cours émané du Trône , les offres de paix faites par
S. M. ont deux motifs , le voeu de fon Parlement &
l'opinion de fes Peuples . Mais la vérité de l'une &
l'autre de ces propofitions n'eft rien moins que démontrée.
Je conviens qu'on a obtenu de la Chambre
des Communes une décifion favorable au projet d'ac
corder l'indépendance de l'Amérique ; mais cette approbation
n'a point eu lieu dans celle- ci , où la queſtion
n'a pas même été agitée . On ne peut donc pas dire que.
le Parlement ait favorisé ce projet par fon aveu ; & je
ne crois point que l'opinion particulière d'un Corps
ait autorisé un facrifice qui intéreffe fi vivement la
Nation. Je me fuis répandu parmi les differentes
claffes de citoyens , pour obferver leurs opinions ,
connoître celles qui font les plus populaires. Il s'en
faut de beaucoup que le public en général approuve
de parti que nous prenons de reconnoître l'indépen
dance de l'Amérique ; c'eft une confidération de la
dernière importance pour la G. B. & je doute fort
que la Nation foit difpofée à l'admettre dans toute
fon étendue. Auffi les raifons d'après lefquelles le
Roi s'eft déterminé à l'offrir aux Etats d'Amérique ,
ne font ni folides ni admiffibles dans les circonstan
ces actuelles. Je n'ignore pas les moyens que l'on
a employés pour confoler la Nation aux yeux de
Jaquelle l'indépendance de l'Amérique étoit une
perspective douloureuſe , & pour détourner fes
idées d'un objet auffi important . Pour moi je n'ai
l'efprit ni affez délié ni affez pénétran: pour comprendre
les péculations raffinées que l'on fait aujourd'hui
. Le commerce de l'Amérique a toujours
été reconnu effentiel - au bien- être de l'Angleterre.
Nul fophifme ne fauroit détruire l'importance de
cette confidération ; & prétendre que l'indépendance
nous affure la continuation de ce commerce , c'eft
avo er en probléme que tous les calculs poffib'es
ne peuvent réfoudre. La perte d'un objet auf pié
71739ད
cieux fe fait fentir doublement forfque l'on confi
dère qu'il n'y a encore en évidence rien de ftipulé
pour empêcher ce commerce de tomber eatre les
mains de nos ennemis & de contribuer à augmenter
leurs forces . Je rappellerai aux Miniftres l'obfervation
folide du Lord Sandwich , qui connoît parfaitement
le plan d'une régociation de paix . Je les
exhorte à faivre ſon confeil , parce que l'offie dindépendance
faire aux Américains , paroît définitivement
aflurée en cas de paix , foit dans le moment
préfent , foit dans toute époqre à venir. Les
treize Etats unis doivent la recevoir , & leurs Alliés
participer à fes avantages , en quelq e tems que la
paix foit concle . Sous ce point de vue les deffeins
des ennemis naturels du Royaume font complettemet
remplis , & leur premier objet eft dicifivement
affré en continuant la guerre . Nous ne pou
vons plus revenir fur un article préliminaire auffi
important dans le fyftême général de pacifi ation .
Une autre circonftance s'offie encore , le difcours
de S. M. annonce que dans la négociation de la
paix , les Miniftres n'ont pas l'intention de ftipuler
pour faire rentrer dans leurs propriétés les malheureux
qui ont exposé leurs vies & facrifié leurs
fortunes par un principe de loya ité & d'attachement
envers leur Souverain & leur Pays. Comment
excufer ce procédé inhumain ? La fituation des Catalans
lorfqu'ils furent réduits fous la domination
Efpagnole , fut même préférable à celle où fe trouvent
maintenant les Américains loyaux , fuivant les
termes de la négociation actuelle . Les Catalans quoique
rébelles à leur fouverain légitime ' , quoiqu'armés
contre lui , & réduits à la néceflité de fe mettre à la
merci da vainqueur , obtinrent de rentrer dans la
jouiffance de leurs biens , qui cependant pouvoient
être confifqués felon le droit des gens . Si ces Catalans
ont été traités avec tant de douceur , les Américains
loyaux , qui fe font facrifiés pour la G. B. ,
( 114 )
n'ont- ils pas les droits les plus facrés à la commifération
& à la protection , dans tous les traités de paix
quelle peut négocier ? —En entrant dans la Chambre,
je ne m'étois point propofé , dit alors le Lord
Shelburne , d'expliquer mes fentimens avec étendue ,
fur le difcours de S. M. , & je m'étois flatté que ma
concurrence facile à l'a treffe propotée auroit fuff
dans les circonstances actuelles ; mais ce que vient
de dire le Noble Lord , m'oblige à parler. Ma poff
tion délicate m'empêche toute réponſe directe ; le fe
cret eft abfolument néceffaire dans une négociation
de paix , & il m'eft impofible d'éclaircir par des fans
les remarques du Noble Lord. Cependant , je ne faurois
cacher mon étonnement de ce qu'il a établi tous
fes argumens fur un paffage mal-entendu du difcours
de S. M. , pour aller au-devant des objections ; je
vais lire ce paffage. » Je n'ai point hésité à me fervir
dans toute leur étendue des pouvoirs dont je fuis
revêtu , ayant reconnu qu'il eft impoffible d'obtenir
autrement une réconciliation cordiale & entière avec
les Colonies de l'Amérique Septentrionale , & j'ai
offert de les déclarer Eats libres & indépendans ,
par un article qui fera inféré dans le traité de Paix,
On eft convenu d'articles provifoires , qui auront
leur effet quand on aura définitivement réglé des
termes de paix , avec la cour de France Le fens
de ce paffage eft fi clair que , je ne conçois pas cemment
il a été mal- entendu o tourné de manière à
faire croire que , par cet article inféré auffi dans le
traité de Paix , l'indépendance de l'Amérique étoit à
tout évènement, définitivement reconnue . Je fuis également
étonné de voir que la voix du Parlement & de
la Nation , n'a point favorifé l'indépendance de l'Amérique.
Sur quel fondement l'ancien Miniſtère s'eftil
donc démis de fes fonctions ? Sur quel fondement
le Ministère actuel a- t- il donc pris les rênes du Gou
vernement ? Une décifion précife de la Chambre des
Communes n'a- t- elle point fait connoître l'avis de ce
·
( 115 )
Corps & lorfque la même queftion fut propofée'
aux Pairs , n'ai - je point entendu dans la place où je
me trouve aujourd'hui , que les Miniftres recon
noifoient que la voix de la Nation étoit contr'eux , '
& qu'ils étoient déterminés à fe retirer ? Ce fut là
l'évènement qui fa va à la dernière Adminiſtration la
douleur & la hon e de voir les opinions de leurs Seigneuries
fe récrier contr'ens. Le Noble Lord a amplifié
fur notre fituation reſpectable , & fur la baffelle
qu'il y auroit dans un moment auffi brillant
d'accepter une paix humiliante . Quoique je ne voye
point de raison pour craindre , quoique je fente tous
les motifs qui pourroient déterminer à faire des
efforts vigoureux ; je ne fuis en aucune manière
porté à envifaget les affaires fous le même point
de vue que lui . Je connois combien ma pofition
eft difficile & importante ; les fervices feuls que
je devois à l'Etat ont pu me déterminer à pren
dre un polte dont les devoirs , felon les apparences
, devoient réfléchir auffi peu d'honneur
fur mei que fur ma Patrie : mais puifque je
retrace ces triftes réflexions , je dois rappeller
que je n'ai point attiré fur la Nation les malheurs
dont elle fe fent accablée ; c'eft l'Antenr de l'Acte
du Thé qui a femé le germe de la guerre Américaine
! c'est lui qui eft la caufe de notre humiliation
& de la douleur que j'éprouve dans ce moment.
Le noble Lord a parlé des Miniftres & des
Confeils Efpagnols ; je n'aime ni à choifir , ni à
imiter des modèles femblables ; je crois n'avoir oublié
aucune démarche pour mettre à l'abri les intérêts
de toutes les parties liées avec ce pays , ou
qui fe font dévouées avec loyauté à fervir fes intérêts.
Cependant je n'ai point réffi dans mon
entreprife ; fi j'ai échoué , ce n'eft point par négli
gence , mais par néceffité . Le Lord Shelburne termina
modeftement fon Difcours , en proteftant que
s'il parvenoit à être utile à la Patrie , il ne devroit
fes fuccès qu'aux talens diftingués avec lesquels
-
( 116 )
--
fes Collègues dans le Ministère rempliffent leurs
importantes fonctions . L'adreffe & l'amendement
ayant pallé à la pluralité des voix , la Chambre
s'ajourna à huit heu.es & demie .
Cette féance intéreflante éclaircit quelques
obfcurités que le difcours du Roi
n'avoir pas levées , & confirma quelques
articles du traité qu'on avoit commencé à
prévoir ; elle montre auffi l'opinion du
Minifère fur la véritable fituation de la
Grande Bretagne , fur lembarras où il eft de
continuer la guerre , fur l'idée qu'on doit
fe former de cette campagne , que la Nition
trouve fi glorieufe , & qui nous laiffe
cependant dans le même état cù nous nous
trouvames à la fin de la précédente , quis
fut fi déf ftreufe pour nous. Les débats
de la Chambre des Communes offrent à
peu près les mêmes réſultats avec quelques
réflexions curieufes fur la campagne du
Lord Howe .
و
Ce fut M. Yorck qui propofa l'adreffe de
remercîment ; elle eft comme toutes les
pièces de ce genre , la répétition du difcours
du Roi , & la plus grande approbation de
fa conduite, M. Fox ouvrit les débats par le
difcours fuivant.
Je ne puis paffer fous filence , dit- il , un oubli ou
une négligence d'expreffion dans le difcours du Roi ,
que je puis , à plus jufte titre , appeller le difcours
da Miniftre. Il y eft dit que S. M. , depuis la
clôture de la dernière feffion , a cu grand foin
d'empêcher toutes hoftilités offer.fives en Amérique,
Il elt certain que cette réfolution ne peut pas être
( 117 )
datée de l'époque mentionnée dans le Difcours . Si
cette opinion s'accréditoit , elle jetteroit une tache
indelebile fur ma ré utation , ai fi que fur celle
des Pairs & des perfonnages honorables qui compofoient
alors le Minitère. ( Ici M. Pit , Chancelier
de l'Echiq ier , obferva qu'il paroilloit que
l'on n'avoit pas donné une attention fuffifante au
difcours , qui certainement n'impliquoit pas une
pareille infinuation ; fur quoi cette partie du dif
cours fut lue une feconde fois ) . Alors M.
Fox reprit la parole : la fingularité des expreffions
de cet article m'a fait defirer une explication ,
& je fuis heureux d'apprendre que la liberté vient
de trouver un nouvel afyle , pifque 1 Amérique
eft déclarée libre & indépendante. Mais pourquoi
l'appelle- t-on fimplement les Etats d'Amérique , au
lieu de dire les Etats - Unis d Amérique , ainfi qu'elle
eft qualifiée dans la lettre de M Townshend ,
Secrétaire d'Etat , au Lord Maire de Londres ? Je
vois avec la plus grande fatisfaction que l'indépen
dance de l'Amérique eft établie fur la bafe la plus
permanente, Nous lui accordons aujourd'hui , de
la manière la moins équivoque , une liberté, pour
laquelle elle a combattu co irageufement. Mais le
Ministère actuel n'a point de part à cet évènement
qui comble les voeux de la Nation. La G. B. &
l'Amérique doivent à une autre adminiftration cet
acte de bienfaisance & de juftice . Je fuis bien éloigné
cependant de blâmer le Lord Shelburne d'avoir
adopté des mefures fages & prudentes . Les amis de
l'humanité applaudiront à ce témoignage de fagefe ,
quoique le projet n'émane pas de lui ou de fes Col
lègues , & je puis l'affurer , ainfi que les amis
qu'il ne fera jamais obligé de fe juftifier devant
la Nation d'avoir acquiefcé à des conditions d'indépendance
& de pacification avec l'Amérique.
Exifte-t-il un homme affez borné pour defirer la
continuation d'une guerre préjudiciable aux intérêts
( 118 )
des deux pays Exifte - t-il un être affez vil pour
continuer d'afurer , à l'exemple de certaines perfonnes
, que l'Amérique , devenue indépendante ,
éclipferoit pour toujours le foleil de la G. B. Je
fuis certain que les Américains & les Anglois ne
tarderont pas à s'unir étroitement par les noeuds
de l'amitié & du commerce. Que Dieu me préferve
de ne point concourir au glorieux traité adopté par
le Lord Shelburne , fi avantageux pour la Mère- Patric
& pour les Colonies . Jamais l'Amérique ne fera
indifférente aux intérêts de la G. B. Les Citoyens
des deux Nations feront amis d'âge en âge , leur
moeurs font les mêmes. C'eſt le même lang qui
coule dans leurs veines .... Notre également nous
a reiné. Il eft tems d'ouvrir les yeux , & de renoncer
à de vains pojets. Il y a des gens qui parlent de
l'évènement d'aujourd'hui , comme d'une conceffion
faite à la liberté ; mais ils fe trompent ; c'est la
néceffité qui nous guide ; nous fommes forcés de
donner ce que notre orgueil combattoit depuis fi
long- tems pour accorder ... Combien n'eft- il ppas ma
heureux qu'en démembrant une partie de l'Empire
nous ne donnions pas ànos Colonies une preuve de no.
tre bienveillance ; la reconnoiffance del in Jépendance
de l'Amérique nous a été arrachée par la force de les
armes , par celles de fes alliés , Les premières ouver
tures du traité actuel viennent d'une lettre que S. M.
m'a fait écrire à M. Grenville à Paris . Pareille lettre
a été envoyée au Chevalier Guy Carleton à New-
Yorck. Aucune de ces lettres n'a été dictée par le
Ministère actuel. C'eft au public à connoître à qui
il eft redevable de cet exemple trop tardif de la fageffe
des Miniftres de la G. B. Exemple cependant
qui fera admiré dans les fiècles les plus reculés par
tous les philofophes & par tous les amis de l'homme.
Après cela M. Fox traça un tableau rapide
des opérations de la dernière campagne. I!
fit l'éloge le plus pompeux du Général Elliot qu'il
appelle le Héros des Héros , il rendit auffi le tribut
( 119 )
d'hommages & de reconnoillance que la Nation doit
au Lord Howe & au Lord Keppel ; mais il ne dit pas
un mot de l'Amiral Rodney .
:
Le Gouverneur Johnfton , loin d'approuver le dif
cours de M. Fox , témoigna fon mécontentement
de l'article de la harangue de S. M. , fur lequel
cet honorable Membre venoit de déployer toute fa
rhétorique. Je n'aurois jamais imaginé , dit-il , qu'une
affaire auf importante que celle de la reconociffance
de l'indépendance de l'Amérique , pût être
terminée avant d'avoir préalablement pris l'avis
du Parlement. Il paffa enfuite au ravitaillement de
Gibraltar , & il déclara hautement que notre efcadre
s'étoit honteufement retirée devant celle de
l'ennemi. Il cita particulièrement l'avant - garde ,
commandée par l'Amiral Barington , qu'il affura
s'être éloignée , le lendemain du combat , de quatre
lieues à l'eft de l'armée combinée. Je ne prétends
point dire , ajouta-t- il , à qui nous devons attribuer
une pareille conduite mais ce n'eſt point la feule
faute ; on en a fait plufeurs autres encore moins
excufables. En conféquence , je ne donnerai point
mon confentement à cette partie de l'adreffe où
l'on fait tant d'éloges d'un Commandant dont je
je ne puis approuver la conduite. Le Lord North
témoigna fa fatisfaction de voir l'adreffe paffer fans
amendement. Dans la circonftance préfente , dit-il ,
il est du devoir d'un bon patriote de fignaler fon
zèle en foutenant le Gouvernement ; & je n'aurois
point moi - même importané la Chambre de mes
obfervations , fans quelques articles de l'adreffe ,
fur lefquels je prendrai la liberté de faire une ou
deux remarques . Malgré mon attachement à feconder
les Miniftres actuels dans toutes les mesures
raifonnables qu'ils prendront , foit pour la paix ,
foit pour la guerre , je ne pais m'empêcher , pour
le moment , de m'élever contre cette partie de
l'adreffe qui approuve le traité proviſoire , conclu
avec l'Amérique , avant de faire connoître les con120
)
--
ditions. Je crois devoir confeiller aux Miniftres de
ne point mettre trop de précipitation à terminer
l'ouvrage de la paix . La G. B. eft dans une fituation
qui lui donne le droit de prétendre à des
conditions honorables. Il entra alors dans des
détails fur l'étendue de nos reffources , comparées
avec celles de nos ennemis , & démontra que notre
pofition étoit bien loin d'être défefpérée . - M. le
Chancelier Pitt répondit qu'il recueilloit , avec le
plus grand plaifir , toutes les obfervations des
Membres de la Chambre , & qu'il ne doutoit point
que le réſultat de ces diverfes opinions ne fervit
à diriger la conduite de l'Adminiftration. J'espère ,
ajouta t-il , ête , fous peu de jours , en état d'informer
la Chambre des conditions auxquelles on
fera convenu d'un traité de paix générale. Il y
auroit , pour le moment , la plus grande impru
dence à en dire davantage. Après quelques autres
difcours de M. Burke , du Chancelier Mawbey &
de M. Smith , la motion pour l'adrefle palla , &
la féance fut terminée «.
-
L'affaire du difcours du Roi & de l'adreffe
en réponſe ne fut pas irrévocablement terminée
dans cette féance ; les débats fe renouvellèrent
le lendemain , 6 , dans la Chambre
des Communes.
Après quelques difcuffions fur des objets qui ne
fixent point encore toute l'attention du public , M.
Fox fe leva & dit : » Je fuis fâché qu'on me croie
partifan de l'indépendance Américaine . Rien n'eft
plus faux. Dès le commencement de la querelle , je
me fuis conftamment oppofé à toutes les mefures
que je prévoyois devoir produire cette indépendance
que je regarde comme une grande calamité , que
perfonne ne déplore plus fincèrement que moi. Mais
aufli- tôt que j'ai vu qu'elle feroit pour la G. B. une
calamité moindre que la continuation d'une guerre
ruineufe
( 121 )
Tuinenfe , j'ai pensé que la feule reffource qui reftât
à cet Empire , à la veille de fa deftruction , étoit de
reconnoître l'indépendance de l'Amérique . Mais le
principal motif de mon difcours , eft de favoir ce
qu'on peut répondre à une queftion que je vais faire
aux Miniftres. Il eft d'autant plus néceffaire qu'ils
s'expliquent fur la difficulté qui m'arrête , que ce
font eux qui y ont donné lieu. J'ai appris que l'indépendance
de l'Amérique avoit été reconnue par le
premier article du traité provifoire . Or je voudrois
favoir fi elle a été reconnue de manière qu'aucun
évènement à venir ne puiffe changer notre réfolution
fur cet objet , s'il eft encore en notre pouvoir
de revenir fur cette reconnoiffance , & fi le traité
provifoire aura fon effet auffi-tôt que la paix fera
conclue avec la France quelque chofe qui puiffe
arriver ? J'aime à croire que l'indépendance eft
irrévocablement reconnue , car quoique plufieurs
perfonnes penfent que l'Amérique feroit alors au
pouvoir de la France , je fuis au contraire fermement
perfuadé que la France feroit au pouvoir de
l'Amérique. En effet lorfque l'on faura dans les
Colonies que le grand objet pour lequel elles ont
pris les armes eft complettement rempli , & qu'il ne
inanque plus rien , pour mettre fin aux hoftilités ,
que le confentement de la France à des termes de
paix juftes & raiſonnables , je ne doute pas que les
Américains , voyant que ce n'eft plus pour leur
caufe mais pour celle de la France qu'ils combattent ,
n'infiftent auprès de la Cour de Verfailles pour la
déterminer à accepter ces conditios , de manière
que felon toutes les apparences ce moyen nous fera
obtenir une paix plus avantageufe que celle que
nous pourrions conclure , en ne reconnoiffant que
conditionnellement cette indépendance. MM .
Townshend & Pitt entrèrent alors dans des détails
d'où il femble réfulter qu'en effet l'indépendance eft
reconnue fans condition . M. Burke fe leva alors ,
21 Décembre 1782.
f
( 122 )
tenant à fa main le difcours imprimé dont il fit la
critique la plus détaillée & la plus févère. » Je regarde
, dit-il , le Miniftre comme coupable du délit
le plus grave , pour avoir ofé mettre dans la bouche
du Roi des expreffions par lesquelles S. M. rejette
fur le Parlement tout le blâme de la réſolution prife
de reconnoître l'indépendance de l'Amérique. La
preuve de ce que j'avance , exiſte dans la répugnance
apparente avec laquelle S. M. déclare qu'elle l'a
reconnue par égard pour le voeu de fon Parlement.
Cette phrafe implique une cenfure du Parlement ,
fur-tout quand on voit le Miniftre faire tomber le
Roi à genoux après cette déclaration , pour prier le
Tout-puiffant de détourner les maux qui pourroient
réfulter d'un fi grand démembrement de l'Empire.
J'ai fouvent entendu des formules de prieres dans
les Eglifes , mais c'eft la premiere fois que j'en
trouve une dans un difcours du Roi à fon Parlement
, c'est un tour d'hypocrifie joué aux dépens de
cette Affemblée. La conftruction grammaticale , le
fens de la phrafe, rien dans le difcours ne prouve que
l'indépendance ait été reconnue fous condition par
les articles provifoires. Or , comme on fait qu'un
des Miniftres du Roi a donné ailleurs un fens tout
différent à la manière dont elle a été reconnue dans
les articles provifoires ; qu'il y a des divifions dans
le Cabinet , & que les Miniftres qui ont dit une
choſe dans un endroit , en diſent une toute différente
dans un autre , la Chambre a lieu de craindre qu'on
ne veuille la furprendre & l'induire en erreur dans
une circonftance auffi importante & auffi critique.
Si le doute ne partoit que fur M. Pitt , dont je
connois l'honneur & l'intégrité , la déclaration
qu'il vient de faire ne me laifferoit aucune inquiétude
; mais quand on penfe à l'auteur du difcours ,
on fent que la Chambre n'a que trop de raifons de
s'allarmer des engagemens qu'elle a pris par fon
adieffe en réponse au difeours , d'autant plus que
( 123 )
לכ
toutes les conféquences qui pourront en réfulter ;
font mifes ouvertement à fa charge. M. Burke lut
enfuite un paffage du difcours où le Roi déclare
qu'il a facrifié toutes les confidérations perfonnelles
au vou de fon peuple. Il s'arrêta affez long- tems
fur le mot confidération , & demanda ce que le
Miniftre entend en faifant dire à S. M. qu'elle
avoit des confidérations différentes du vou de fes
Peuples. » Cette idée , dit - il , eſt également nouvelle
, anti-conftitutionnelle & impropre. Reprenant
enfuite l'examen du Difcours , il lut un autre
paffage , J'attribue , fous la bénédiction de Dieu ,
cet Etat refpectable à l'entière confiance qui fubfifte
entre moi & mon Peuple , & à la promptitude
avec laquelle les habitans de Londres & des autres
parties de mcn Royanme fe font montrés pour
veiller à la sûreté commune . Des Particuliers ont
dernièrement donné des preuves de patriotisme
qui feroient honneur à tous les âges & à tous les
Pays . M. Burke prétendit que tout cela n'étoit
qu'une chatlatanerie pour tromper la Nation , que
le Chevalier Lowther étoit la feule perfonne à
laquelle cette dernière phrafe pût faire allufion
mais que la poli ique miniftérielle multiplie fauf
fement un facrifice dans la vue d'engager en effet
d'autres citoyens à les réitérer . Au furplus l'encouragement
donné à ces contributions volontaires
eft , felon lui , auffi illegal que ridicule , puifqu'il
ne pourroit produire aucun fecours intéreffant
& que d'ailleurs il étoit déshonorant pour un grand
Empire comme la G. B. que le Gouvernement allât
en quelque forte demander l'aumône de ville en
ville , tandis que la Chambre votoit généreusement
des millions pour le foutien de l'Etat . M. Burke ne
fut pas plus indulgent pour la fin du diſcours ; felon
lui , les Miniftres y font eux-mêmes leur éloge de
la manière la plus révoltante , puifqu'il eft clair
qu'en parlant des hommes dont les talent & les ferf
2
(
124
vices méritent des récompenfes ; c'eft eux- mêmes
qu'ils ont en vue .
Si je pouvois , continue - t - il , à l'exemple de
quelques-uns qui font actuellement en place , & qui
étoient autrefois rangés dans le parti de l'Oppofition,
me permettre un tel langage , j'appellerois ce difcours
, un tiffu de platitudes & d'argumens fpécieux.
N'étoit- ce pas mettre la patience du Parlement à
l'épreuve la plus forte , que de l'obliger à l'entendre ,
à en devenir l'écho ? Et cependant il a foutenu cette
épreuve fans témoigner fon humeur. Les Miniftres
nous recommandent la prudence ; mais peut- on l'attirer
dans cette enceinte avec la même facilité qu'on
y fait accouir certains Membres , par l'appât d'un
billet de la Tréforerie ? La prudence ne s'inculque
pas d'un coup de baguette , & la partie du difcours
qui nous recommande le défintéreffement , eft un
outrage fait au Parlement , en laiffant douter de fes
principes. M. Burke s'étendit prodigieufement
fur ce fujet ; & recoenoiffant lui-même combien il
devenoit prolixe , il pria la Chambre de lui pardonner
fes lengueurs , alléguant pour fon excufe
qu'un long texte exigeoit un long commentaire.
-
Le Chancelier de l'Echiquier fe leva enfuite ; &
l'Orateur lui ayant rappellé qu'il avoit parlé : mon
motif, repliqua M. Pitt , eft fi défagréable , & lat
tâche qui m'eft impofée eft fi pénible , que je confentirois
volontiers à ne point reprendre la parole ,
fi certains paffages du difcours de M. Burke ne me
mettoient dans la néceffité indiſpenſable de fixer de
nouveau l'attention de la Chambre fur l'importance
du fujet qui l'occupe actuellement , de lui rappeller
qu'elle doit approfondir le fens du difcours prononcé
par le Roi , & y répondre par une adreffe également
férieufe & réfléchie. Ce n'eft pas le moment de plaifanter
: l'adreffe dont il s'agit , n'admet pas non plus
de pareils écarts ; ce n'eft pas le moment de donner
carrière à une imagination brillante & féconde.
Nous devons effayer de rompre la baguette ma-
2
( 125 )
gique , & montrer les chofes telles qu'elles font.
Notre devoir eft d'examiner mûrement la crife dans
laquelle fe trouve la Patrie , & de nous efforcer ,
en adoptant des mefures fages , bien combinées &
conformes à la faine politique , de détourner le
danger qui la menace , de la délivrer des dépenfes
& des embarras de la guerre , & de lui procurer
une paix honorable. Le Membre qui a parlé , s'eſt
livré tellement à fon imagination , que j'ignore s'il
a eu le deffein de parler férieuſement. Il m'eft d'autant
plas difficile de comprendre fon but , qu'hier
il a femblé approuver l'adreffe , à chaque partie de
laquelle la Chambre a donné unanimement fon
fuffrage. ( M. Fox & plufieurs autres Membres s'écrièrent
, cela n'eft pas , cela n'eft pas ) . Au moins ,
dit M. Pitt , puifqu'elle a paffé nemine contradicente ,
je dois penfer que l'honorable Membre a conclu
que l'examen férieux du difcours ayant été terminé
hier , il ne reftoit aujourd'hui qu'à s'égayer. Je ne
faurois autrement rendre raifon de la manière dont
il a traité l'objet férieux qui occupe la Chambre :
on pourroit lui reprocher d'avoir débité des bonf
fonneries ; mais les graces qu'il fait prêter à fes
penfées , ne permettent pas d'employer cette expreffion
. Le difcours de S. M. ne contient rien qui puifle
autorifer à le tourner en ridicule . Le langage en eft
fimple , clair , plein de franchife , & adapté aux
circonftances . L'adreffe de la Chambre eft également
conçue dans les termes convenables . Je prie
donc la Chambre de difcuter férieufement cette
matière , afin que les Miniftres de S. M. fachent
quelle eft la partie de ce difcours contre laquelle on
peut former des objections. L'honorable Membre
révoque en doute ma fincérité relativement àl'explication
que j'ai donnée des articles provifoires .
Je ne fais s'il veut infinuer que je fuis capable d'avancer
des chofes à double entente , au moment où
je prends la parole comme Miniftre , & où je réf
3
( 126 )
-
:
ponds explicitement à une queftion claire . Je me
Alatte que mon intégrité , qui n'a reçu juſqu'à préſent
aucune atteinte , me conciliera la bienveillance de la
Chambre , & qu'elle ne me foupçonnera point d'être
capable d'une duplicité auffi-baffe & auffi fcandaleuſe.
Si j'ai laiffé pafler l'adreffe , dit alors M. Fox ,
ce fit après avoir fait connoître les articles que je
défapprouvois. Il prit enfuite la défenſe de fon ami
M. Burke , appuya fes raifons fur l'adreffe même ,
& ajouta Le Miniftre , effrayé de reconnoître
l'indépendance de l'Amérique , a rejetté fur le
Parlement ce pefant fardeai ; & le montrant avec
effronterie dans l'arêne , il a pouffé l'audace au
point de faire blâmer par le Roi la conduite du
Parlement , qui le forçoit à la reconnoître. Ce trait
de politique a dévoilé les projets du Miniftère
actuel ; nous en voyons la trame ourdie dans le
fein de la fauffeté . Anglois , on veut vous priver
de votre liberté , en vous faifant haïr vos Repréfentans
! Après cette apoftrophe , M. Fox reprocha
à M. Pitt de s'être étayé fur fon caractère privé ,
pour donner encore plus de poids à fa déclaration
miniftérielle. Il fe déchaîna enfuite contre l'article
du difcours , par lequel la Couronne demande au
Parlement , avec le mafque de l'ingénuité & la fubtilité
d'un ferpent , de déployer la fermeté , fa prudence
, fon défiatérelement : ce paffage feul , dit- il ,
bouleverse toute notre conflitution . Le Miniftre
répond de fa conduite ; il eft fajet à fa cenfure &
à fes jugemens. Aujourd'hui il veut commander à
fes maîtres , & nous enlever nos droits pour en
couvrir la tête couronnée qu'il fait agir . Si la
Chambre a befoin de principes de défintér ffement
, ce n'eft pas dans l'antre obfcur de la corruption
& du vice qu'elle ira les chercher ; la
Trésorerie ne lui fervira point de modèle. M. Fox
reprit fur le même ton tout le difcours du Roi
& finit par affirmer , avec cette confiance fi ratu- .
relle à un Orateur tel que lui , que le difcours de
( 127 )
M. Burke avoit été auffi éloquent que perfuafif ,
& que M. Pitt avoit choifi avec adreffe les points
de fa critique , rien n'étant plus aifé que d'attaquer
l'efprit de M. Burke , & plus difficile que de
répondre à fes argumens . Ici M. Fox s'adreffant
au Général Conway , le pria de déclarer s'il éntendoit
que la reconnoiffance de l'indépendance de
l'Amérique , dans les articles provifoires , étoit fans
conditions. Le Général , Conway répondit brièvement
: Il est évident que la reconnoiffance eft fans
conditions , & je ne vois point pourquoi on auroit
employé la rufe , puifque le traité lui - même ſera
foumis au Parlement fous peu de jours. A fept
heures l'adreffe fut lue une feconde fois , & la
Chambre fe fépara «.
Ces premiers débats nous préparent à
de vives oppofitions ; celles qu'éprouvera
la paix font craindre qu'elle ne foit pas
auffi prochaine qu'on avoit lieu de l'efpérer ,
& que la campagne prochaine n'ait lieu ;
elle peut nous être moins avantageufe , &
nous donner enfuite de vifs regrets de na
voir pas traité dès à préfent.
" Le floop de guerre le Swallow , écrit- on de
Portsmouth , a appareillé pour l'Oueft avec des dépêches.
Le 7 au matin , le Commodore Elliot a levé
l'ancre , & a mis à la mer de Spithéad , avec les vaiffeaux
le Romney , l'Ariane , l'Anſon & deux curters.
Il a ordre de croifer devant Oueffant avec les
2 premiets , pour obferver les mouvemens de l'efcadre
Françoife actuellement dans le port de Brest
l'Anfon doit aller à Sainte -Lucie «<.
Les bâtimens de tranfport qui arrivent de
Gibraltar ont ordre de faire une quarantaine
de 14 jours au Mother - Bank.
£
4
( 128 )
Tous les régimens , dit un de nos papiers , an
deffous du 60e , feront réformés auffi- tôt que le
traité de paix fera figné , & les Officiers de ces régimens
, qui feront mis à la demi - paye , pafferont
fuivant leur rang d'ancienneté dans les anciens
régimens pour la défenſe de la G. B. , dès qu'il
vaquera des places , foit par mort , foit par promotion
. Cette réforme devient indifpenfable , puifque
nous n'aurons plus de troupes à Boſton , à New-
Yorck , à Philadelphie , à Charles -Town , à Savanah
, à St- Auguftis , à Minorque & peut-être à
Gibraltar «.
Onn'a point de nouvelles de New-Yorck,
depuis celles qui nous ont appris le départ
de l'Amiral Pigot avec une partie de fes vailfeaux
& des troupes pour les Illes , où l'on
préfumoit qu'il feroit bientôt fuivi par l'Amiral
Hood avec le reſte de la flotte . Tout
eft fur le Continent dans le même état d'inaction
, qui a été celui de toute cette campagne
dans ces contrées , tant de notre part que de
celle des Américains. Quant à l'évacuation
de Charles Town , on a vu par les pièces
publiées des négociations faites par les principaux
habitans de cette place avec le Gouvernement
Américain de la Caroline , que
fon évacuation étoit alors réfolue , mais à
préfent fon exécution paroît incertaine.
Nous n'avons aucune nouvelle des Illes
depuis l'arrivée des dépêches de M. Archibald
Campbell , Gouverneur de la Jamaïque , qui
nons fait part de fon expédition contre les
Espagnols , dont le but étoit de faire échouer
l'attaque qu'ils méditoient contre nos établiffemens
de Mufquito au Cap Gracias à
€ G
( 108 )
Dio , & qui a été rempli. Le fort fitué à Blakriver-
Bluff où il y avoit une garniſon Efpagnole
, a capitulé le 31 Août. Dans toutes ces
opérations nous n'avons pas fait beaucoup
de mal à nos ennemis ; mais nous les
avons empêché de nous en faire...
Ces dépêches de la Jamaïque font du 10
Octobre & à cette époque on ne favoit rien
encore au fujet des vaifleaux de l'escorte de
la flotte de cette Ifle dont le fort nous
inquiète encore. Quelques papiers prétendoient
que par un navire arrivé de St - Thomas
à Cork , on avoit appris que la Villede
Paris & le Glorieux étoient entrés -le 4
Octobre à Antigues. Mais il y a long- tems
qu'on a répandu le bruit que ces vaiffeaux
étoient arrivés à cette deftination fans que
cette nouvelle fe foit confirmée , & il eft en
effet bien à craindre qu'elle ne le foit pas davantage.
La Refource qui n'a quitté les Ifles
que le 16 , n'a point entendu parler de cet
évènement , & il eft très- douteux que nous
ayons véritablement conquis une feconde
fois ces vaiffeaux fur les mers & les tempêtes.
Quant à l'Hector , il eft certainement perdu
pour nous .
Maintenant l'attention générale eſt tournée
fur des objets plus importans ; les bruits
de paix qui fe font répandus à la fin du mois
dernier , que la prorogation du Parlement ,
la lettre de M. Towshend au Lord-Maire &
aux Direct urs de la Banque avoit fortifiés ,
commencent à baiffer ; le difcours du Roi
( 109 )
au Parlement n'a pas détruit toutes les
espérances ; mais il paroît que la Nation
qui la defiroit ne penfe plus de même ,
ou du moins que le fuccès du ravitaillement
de Gibraltar , qui a rappellé la victoire
inutile de l'Amiral Rodney , l'a ramenée
au deffein de continuer la guerre , pour
obtenir des conditions plus avantageufes ;
c'eft dans les premiers débats du Parlement
que l'on trouve cette révolution dans les
opinions , & qu'on peut découvrir à préfent
la marche que va fuivre le parti de
l'Oppofition. C'est une raifon pour donner
ici quelques détails aux féances.
-
Les , après que le Roi fe fut retiré , le Marquis
de Carmarthen fir , dans la Chambre haute , la
motion d'une adreſſe à S. M. - » Je n'ai pas befoin
dit- il , de vous faire fentir la néceffité de l'unanimité
dans le moment actuel , le plus critique où l'Angleteire
fe foit jamais trouvée. Le monde vient d'éprouver
une révolution ; l'Amérique fe fépare des
Domaines Britanniques & forme un Erat indépendant.
La conformité de langue , de religion , d'ufage & de
caractère , rétablira , fans doute , & confervera longtems
l'affection & la correfpondance entre les
Colonies & la Mère- Patrie . J'e père que l'Amérique
ne fera pas entièrement perdue pour la G B. Mais
s'il arrivoit que les négociations actuelles pour la
paix fflent rompues par quelqu'accident imprévu ,
je ne doute point que l'efprit public de ce pays ne
mette les Miniftres de S. M. en éta de poursuivre la
guerre avec vigueur. La Marine eft dans un état de
force & de gloire qui nous promet des fuccès , fi
c'est encore aux armes à décider la queftion. Mais
comme dans ce cas la fituation de notre marine nous
donne des efpérances , c'eft un encouragement de
( 110 )
-
plus pour négocier la paix . Quel moment plus fa
vorable pourroit - on cheifir pour remplir un objet f
defiré que celui où nos ames ont été victorieufes
fur mer & fur terre ? Le Lord Sandwich ne s'oppofa
point à l'adreffe propofée , heureux , dit- il , de
donner cette marque de fa fidélité & de fa reconnoiffance.
Ce moment critique , ajouta- t- il , exige
de l'unanimité Nos ennemis profiteroient de nos
divifions , fi elles éclatoient à l'infant d'une négo
ciation d'où dépend en grande partie le falut du
Royaume. Cependant , en appuyant l'adreſſe , je ne
prétends pas m'interdire le droit d'expofer mon
opinion fur les objets qu'elle renferme , lorsqu'ils
feront difcutés en forme par les Pairs. Quelqu'importante
que fuiffe paroître la conjoncture préfente ,
ce n'eft pas là l'inftant de fe décourager. La dernière
campagne a été glorieufe pour nous . La maison de
Bourbon a échoué abfolument dans fes grands projets
. L'ennemi a été repouffé de Gibraltar par les
efforts vigoureux & conftants d'un brave & habile
Officier. Cette place a été trouvée imprenable.
L'activité fans exemple & les brillans fuccès d'un
Amiral expérimenté , ont empêché nos ennemis
d'attaquer la Jamaïque. Ces évènemens ont relevé
les efprits abattus de la Nation , & l'autorisent à
prétendie aux termes de paix les plus honorables.
Quelqu'épuifé que puiffe paroître le Royaume aux
yeux de ceux qui voient tout en noir , il a toujours
d'affez grandes reffources pour continuer une guerre
dont je me flatte que l'iffue feroit glorieufe pour la
Nation . Nous avons donc des droits à une paix
honorable , jute & égale , & c'eft à une paix de
cette nature que je donnerai mon confentement. Les
Négociateurs employés aujourd'hui , doivent éviter
de fe lier par des reftrictions auifibles aux intérêts
du Royaume , s'il arrivoit quelque nouvel évènement.
Je me fais trouvé dans une pofition ſemblable à la
leur j'ai appris à connoître le caractère des pere
( 111)
:
fonnes avec lesquelles ils ont à traiter , & je ne
doute point un inftant que fi nos ennemis avoient ,
dans le cours de la négociation , quelques fuccès
inattendus , ils porteroient aufi - tôt leurs demandes
au plus haut degré ; & je crois qu'il eft de la prudence
de nous réferver le même droit. Le Lord
Radcor obferva que dans le projet d'adreſſe on avoit
paflé fous filence la phrafe importante où S. M. die
qu'en offrant l'indépendance aux Américains , elle a facrifié
toutes les confidérations particulières au vaa
& aux defirs de fon Parlement & de fon Peuple ,
& il propofa un amendemert que le Lord Shelburne
ayant la , approuva par un figne de tête . Le Lord
Storment prit alors la parole : Je ne m'oppofe point,
dit-il , à l'adreile . Dans la circonftance actuelle nos
ennemis ont les yeux fixés fur nous is épient le
moment de la défunion & du mécontentement , &
fe tiennent toujours prêts à fomenter ces divifions
domeftiques qui ont fi long- tems déchiré la Conftitution
de ce pays dans l'intérieur , & arrêté le fuccès
de fes armes au- dehors. Mais je n'entends point parlà
renoncer au frivilége de combattre dans le cours
des débats futurs les articles du plan de pacification
générale qui me paroîtront contraires aux intérêts
de la Netion. Le confentement donné à une adreffe
en réponse au difcours de S. M. à l'ouverture d'une
feffion , ne peut être un obftacle à la liberté d'ofinion
, qui fait un des droits les plus précieux des
Pairs de la G. B. On ne deit point inférer de mon
aveu que j'a , prouve dans toute leur étendue les vues
& les principes contenus dans cette adreffe . Le
Marquis de Carmarthen obferve que le moment
actuel est une époque de gloire & de victoire.
» Jamais , dit- il , les forces navales de la G. B.
n'ont été fi redoutables à hos ennemis «. J'en
félicite bien fincèrement la Chambre & la Nation' ,
& j'espère que des fuccès fi éclatans influeront fur
la pais , qui ne fera conclue qu'aux conditions les
(112 )
plus juftes & les plus honorables . Suivant le dif
cours émané du Trône , les offres de paix faites par
S. M. ont deux motifs , le voeu de fon Parlement &
l'opinion de fes Peuples . Mais la vérité de l'une &
l'autre de ces propofitions n'eft rien moins que démontrée.
Je conviens qu'on a obtenu de la Chambre
des Communes une décifion favorable au projet d'ac
corder l'indépendance de l'Amérique ; mais cette approbation
n'a point eu lieu dans celle- ci , où la queſtion
n'a pas même été agitée . On ne peut donc pas dire que.
le Parlement ait favorisé ce projet par fon aveu ; & je
ne crois point que l'opinion particulière d'un Corps
ait autorisé un facrifice qui intéreffe fi vivement la
Nation. Je me fuis répandu parmi les differentes
claffes de citoyens , pour obferver leurs opinions ,
connoître celles qui font les plus populaires. Il s'en
faut de beaucoup que le public en général approuve
de parti que nous prenons de reconnoître l'indépen
dance de l'Amérique ; c'eft une confidération de la
dernière importance pour la G. B. & je doute fort
que la Nation foit difpofée à l'admettre dans toute
fon étendue. Auffi les raifons d'après lefquelles le
Roi s'eft déterminé à l'offrir aux Etats d'Amérique ,
ne font ni folides ni admiffibles dans les circonstan
ces actuelles. Je n'ignore pas les moyens que l'on
a employés pour confoler la Nation aux yeux de
Jaquelle l'indépendance de l'Amérique étoit une
perspective douloureuſe , & pour détourner fes
idées d'un objet auffi important . Pour moi je n'ai
l'efprit ni affez délié ni affez pénétran: pour comprendre
les péculations raffinées que l'on fait aujourd'hui
. Le commerce de l'Amérique a toujours
été reconnu effentiel - au bien- être de l'Angleterre.
Nul fophifme ne fauroit détruire l'importance de
cette confidération ; & prétendre que l'indépendance
nous affure la continuation de ce commerce , c'eft
avo er en probléme que tous les calculs poffib'es
ne peuvent réfoudre. La perte d'un objet auf pié
71739ད
cieux fe fait fentir doublement forfque l'on confi
dère qu'il n'y a encore en évidence rien de ftipulé
pour empêcher ce commerce de tomber eatre les
mains de nos ennemis & de contribuer à augmenter
leurs forces . Je rappellerai aux Miniftres l'obfervation
folide du Lord Sandwich , qui connoît parfaitement
le plan d'une régociation de paix . Je les
exhorte à faivre ſon confeil , parce que l'offie dindépendance
faire aux Américains , paroît définitivement
aflurée en cas de paix , foit dans le moment
préfent , foit dans toute époqre à venir. Les
treize Etats unis doivent la recevoir , & leurs Alliés
participer à fes avantages , en quelq e tems que la
paix foit concle . Sous ce point de vue les deffeins
des ennemis naturels du Royaume font complettemet
remplis , & leur premier objet eft dicifivement
affré en continuant la guerre . Nous ne pou
vons plus revenir fur un article préliminaire auffi
important dans le fyftême général de pacifi ation .
Une autre circonftance s'offie encore , le difcours
de S. M. annonce que dans la négociation de la
paix , les Miniftres n'ont pas l'intention de ftipuler
pour faire rentrer dans leurs propriétés les malheureux
qui ont exposé leurs vies & facrifié leurs
fortunes par un principe de loya ité & d'attachement
envers leur Souverain & leur Pays. Comment
excufer ce procédé inhumain ? La fituation des Catalans
lorfqu'ils furent réduits fous la domination
Efpagnole , fut même préférable à celle où fe trouvent
maintenant les Américains loyaux , fuivant les
termes de la négociation actuelle . Les Catalans quoique
rébelles à leur fouverain légitime ' , quoiqu'armés
contre lui , & réduits à la néceflité de fe mettre à la
merci da vainqueur , obtinrent de rentrer dans la
jouiffance de leurs biens , qui cependant pouvoient
être confifqués felon le droit des gens . Si ces Catalans
ont été traités avec tant de douceur , les Américains
loyaux , qui fe font facrifiés pour la G. B. ,
( 114 )
n'ont- ils pas les droits les plus facrés à la commifération
& à la protection , dans tous les traités de paix
quelle peut négocier ? —En entrant dans la Chambre,
je ne m'étois point propofé , dit alors le Lord
Shelburne , d'expliquer mes fentimens avec étendue ,
fur le difcours de S. M. , & je m'étois flatté que ma
concurrence facile à l'a treffe propotée auroit fuff
dans les circonstances actuelles ; mais ce que vient
de dire le Noble Lord , m'oblige à parler. Ma poff
tion délicate m'empêche toute réponſe directe ; le fe
cret eft abfolument néceffaire dans une négociation
de paix , & il m'eft impofible d'éclaircir par des fans
les remarques du Noble Lord. Cependant , je ne faurois
cacher mon étonnement de ce qu'il a établi tous
fes argumens fur un paffage mal-entendu du difcours
de S. M. , pour aller au-devant des objections ; je
vais lire ce paffage. » Je n'ai point hésité à me fervir
dans toute leur étendue des pouvoirs dont je fuis
revêtu , ayant reconnu qu'il eft impoffible d'obtenir
autrement une réconciliation cordiale & entière avec
les Colonies de l'Amérique Septentrionale , & j'ai
offert de les déclarer Eats libres & indépendans ,
par un article qui fera inféré dans le traité de Paix,
On eft convenu d'articles provifoires , qui auront
leur effet quand on aura définitivement réglé des
termes de paix , avec la cour de France Le fens
de ce paffage eft fi clair que , je ne conçois pas cemment
il a été mal- entendu o tourné de manière à
faire croire que , par cet article inféré auffi dans le
traité de Paix , l'indépendance de l'Amérique étoit à
tout évènement, définitivement reconnue . Je fuis également
étonné de voir que la voix du Parlement & de
la Nation , n'a point favorifé l'indépendance de l'Amérique.
Sur quel fondement l'ancien Miniſtère s'eftil
donc démis de fes fonctions ? Sur quel fondement
le Ministère actuel a- t- il donc pris les rênes du Gou
vernement ? Une décifion précife de la Chambre des
Communes n'a- t- elle point fait connoître l'avis de ce
·
( 115 )
Corps & lorfque la même queftion fut propofée'
aux Pairs , n'ai - je point entendu dans la place où je
me trouve aujourd'hui , que les Miniftres recon
noifoient que la voix de la Nation étoit contr'eux , '
& qu'ils étoient déterminés à fe retirer ? Ce fut là
l'évènement qui fa va à la dernière Adminiſtration la
douleur & la hon e de voir les opinions de leurs Seigneuries
fe récrier contr'ens. Le Noble Lord a amplifié
fur notre fituation reſpectable , & fur la baffelle
qu'il y auroit dans un moment auffi brillant
d'accepter une paix humiliante . Quoique je ne voye
point de raison pour craindre , quoique je fente tous
les motifs qui pourroient déterminer à faire des
efforts vigoureux ; je ne fuis en aucune manière
porté à envifaget les affaires fous le même point
de vue que lui . Je connois combien ma pofition
eft difficile & importante ; les fervices feuls que
je devois à l'Etat ont pu me déterminer à pren
dre un polte dont les devoirs , felon les apparences
, devoient réfléchir auffi peu d'honneur
fur mei que fur ma Patrie : mais puifque je
retrace ces triftes réflexions , je dois rappeller
que je n'ai point attiré fur la Nation les malheurs
dont elle fe fent accablée ; c'eft l'Antenr de l'Acte
du Thé qui a femé le germe de la guerre Américaine
! c'est lui qui eft la caufe de notre humiliation
& de la douleur que j'éprouve dans ce moment.
Le noble Lord a parlé des Miniftres & des
Confeils Efpagnols ; je n'aime ni à choifir , ni à
imiter des modèles femblables ; je crois n'avoir oublié
aucune démarche pour mettre à l'abri les intérêts
de toutes les parties liées avec ce pays , ou
qui fe font dévouées avec loyauté à fervir fes intérêts.
Cependant je n'ai point réffi dans mon
entreprife ; fi j'ai échoué , ce n'eft point par négli
gence , mais par néceffité . Le Lord Shelburne termina
modeftement fon Difcours , en proteftant que
s'il parvenoit à être utile à la Patrie , il ne devroit
fes fuccès qu'aux talens diftingués avec lesquels
-
( 116 )
--
fes Collègues dans le Ministère rempliffent leurs
importantes fonctions . L'adreffe & l'amendement
ayant pallé à la pluralité des voix , la Chambre
s'ajourna à huit heu.es & demie .
Cette féance intéreflante éclaircit quelques
obfcurités que le difcours du Roi
n'avoir pas levées , & confirma quelques
articles du traité qu'on avoit commencé à
prévoir ; elle montre auffi l'opinion du
Minifère fur la véritable fituation de la
Grande Bretagne , fur lembarras où il eft de
continuer la guerre , fur l'idée qu'on doit
fe former de cette campagne , que la Nition
trouve fi glorieufe , & qui nous laiffe
cependant dans le même état cù nous nous
trouvames à la fin de la précédente , quis
fut fi déf ftreufe pour nous. Les débats
de la Chambre des Communes offrent à
peu près les mêmes réſultats avec quelques
réflexions curieufes fur la campagne du
Lord Howe .
و
Ce fut M. Yorck qui propofa l'adreffe de
remercîment ; elle eft comme toutes les
pièces de ce genre , la répétition du difcours
du Roi , & la plus grande approbation de
fa conduite, M. Fox ouvrit les débats par le
difcours fuivant.
Je ne puis paffer fous filence , dit- il , un oubli ou
une négligence d'expreffion dans le difcours du Roi ,
que je puis , à plus jufte titre , appeller le difcours
da Miniftre. Il y eft dit que S. M. , depuis la
clôture de la dernière feffion , a cu grand foin
d'empêcher toutes hoftilités offer.fives en Amérique,
Il elt certain que cette réfolution ne peut pas être
( 117 )
datée de l'époque mentionnée dans le Difcours . Si
cette opinion s'accréditoit , elle jetteroit une tache
indelebile fur ma ré utation , ai fi que fur celle
des Pairs & des perfonnages honorables qui compofoient
alors le Minitère. ( Ici M. Pit , Chancelier
de l'Echiq ier , obferva qu'il paroilloit que
l'on n'avoit pas donné une attention fuffifante au
difcours , qui certainement n'impliquoit pas une
pareille infinuation ; fur quoi cette partie du dif
cours fut lue une feconde fois ) . Alors M.
Fox reprit la parole : la fingularité des expreffions
de cet article m'a fait defirer une explication ,
& je fuis heureux d'apprendre que la liberté vient
de trouver un nouvel afyle , pifque 1 Amérique
eft déclarée libre & indépendante. Mais pourquoi
l'appelle- t-on fimplement les Etats d'Amérique , au
lieu de dire les Etats - Unis d Amérique , ainfi qu'elle
eft qualifiée dans la lettre de M Townshend ,
Secrétaire d'Etat , au Lord Maire de Londres ? Je
vois avec la plus grande fatisfaction que l'indépen
dance de l'Amérique eft établie fur la bafe la plus
permanente, Nous lui accordons aujourd'hui , de
la manière la moins équivoque , une liberté, pour
laquelle elle a combattu co irageufement. Mais le
Ministère actuel n'a point de part à cet évènement
qui comble les voeux de la Nation. La G. B. &
l'Amérique doivent à une autre adminiftration cet
acte de bienfaisance & de juftice . Je fuis bien éloigné
cependant de blâmer le Lord Shelburne d'avoir
adopté des mefures fages & prudentes . Les amis de
l'humanité applaudiront à ce témoignage de fagefe ,
quoique le projet n'émane pas de lui ou de fes Col
lègues , & je puis l'affurer , ainfi que les amis
qu'il ne fera jamais obligé de fe juftifier devant
la Nation d'avoir acquiefcé à des conditions d'indépendance
& de pacification avec l'Amérique.
Exifte-t-il un homme affez borné pour defirer la
continuation d'une guerre préjudiciable aux intérêts
( 118 )
des deux pays Exifte - t-il un être affez vil pour
continuer d'afurer , à l'exemple de certaines perfonnes
, que l'Amérique , devenue indépendante ,
éclipferoit pour toujours le foleil de la G. B. Je
fuis certain que les Américains & les Anglois ne
tarderont pas à s'unir étroitement par les noeuds
de l'amitié & du commerce. Que Dieu me préferve
de ne point concourir au glorieux traité adopté par
le Lord Shelburne , fi avantageux pour la Mère- Patric
& pour les Colonies . Jamais l'Amérique ne fera
indifférente aux intérêts de la G. B. Les Citoyens
des deux Nations feront amis d'âge en âge , leur
moeurs font les mêmes. C'eſt le même lang qui
coule dans leurs veines .... Notre également nous
a reiné. Il eft tems d'ouvrir les yeux , & de renoncer
à de vains pojets. Il y a des gens qui parlent de
l'évènement d'aujourd'hui , comme d'une conceffion
faite à la liberté ; mais ils fe trompent ; c'est la
néceffité qui nous guide ; nous fommes forcés de
donner ce que notre orgueil combattoit depuis fi
long- tems pour accorder ... Combien n'eft- il ppas ma
heureux qu'en démembrant une partie de l'Empire
nous ne donnions pas ànos Colonies une preuve de no.
tre bienveillance ; la reconnoiffance del in Jépendance
de l'Amérique nous a été arrachée par la force de les
armes , par celles de fes alliés , Les premières ouver
tures du traité actuel viennent d'une lettre que S. M.
m'a fait écrire à M. Grenville à Paris . Pareille lettre
a été envoyée au Chevalier Guy Carleton à New-
Yorck. Aucune de ces lettres n'a été dictée par le
Ministère actuel. C'eft au public à connoître à qui
il eft redevable de cet exemple trop tardif de la fageffe
des Miniftres de la G. B. Exemple cependant
qui fera admiré dans les fiècles les plus reculés par
tous les philofophes & par tous les amis de l'homme.
Après cela M. Fox traça un tableau rapide
des opérations de la dernière campagne. I!
fit l'éloge le plus pompeux du Général Elliot qu'il
appelle le Héros des Héros , il rendit auffi le tribut
( 119 )
d'hommages & de reconnoillance que la Nation doit
au Lord Howe & au Lord Keppel ; mais il ne dit pas
un mot de l'Amiral Rodney .
:
Le Gouverneur Johnfton , loin d'approuver le dif
cours de M. Fox , témoigna fon mécontentement
de l'article de la harangue de S. M. , fur lequel
cet honorable Membre venoit de déployer toute fa
rhétorique. Je n'aurois jamais imaginé , dit-il , qu'une
affaire auf importante que celle de la reconociffance
de l'indépendance de l'Amérique , pût être
terminée avant d'avoir préalablement pris l'avis
du Parlement. Il paffa enfuite au ravitaillement de
Gibraltar , & il déclara hautement que notre efcadre
s'étoit honteufement retirée devant celle de
l'ennemi. Il cita particulièrement l'avant - garde ,
commandée par l'Amiral Barington , qu'il affura
s'être éloignée , le lendemain du combat , de quatre
lieues à l'eft de l'armée combinée. Je ne prétends
point dire , ajouta-t- il , à qui nous devons attribuer
une pareille conduite mais ce n'eſt point la feule
faute ; on en a fait plufeurs autres encore moins
excufables. En conféquence , je ne donnerai point
mon confentement à cette partie de l'adreffe où
l'on fait tant d'éloges d'un Commandant dont je
je ne puis approuver la conduite. Le Lord North
témoigna fa fatisfaction de voir l'adreffe paffer fans
amendement. Dans la circonftance préfente , dit-il ,
il est du devoir d'un bon patriote de fignaler fon
zèle en foutenant le Gouvernement ; & je n'aurois
point moi - même importané la Chambre de mes
obfervations , fans quelques articles de l'adreffe ,
fur lefquels je prendrai la liberté de faire une ou
deux remarques . Malgré mon attachement à feconder
les Miniftres actuels dans toutes les mesures
raifonnables qu'ils prendront , foit pour la paix ,
foit pour la guerre , je ne pais m'empêcher , pour
le moment , de m'élever contre cette partie de
l'adreffe qui approuve le traité proviſoire , conclu
avec l'Amérique , avant de faire connoître les con120
)
--
ditions. Je crois devoir confeiller aux Miniftres de
ne point mettre trop de précipitation à terminer
l'ouvrage de la paix . La G. B. eft dans une fituation
qui lui donne le droit de prétendre à des
conditions honorables. Il entra alors dans des
détails fur l'étendue de nos reffources , comparées
avec celles de nos ennemis , & démontra que notre
pofition étoit bien loin d'être défefpérée . - M. le
Chancelier Pitt répondit qu'il recueilloit , avec le
plus grand plaifir , toutes les obfervations des
Membres de la Chambre , & qu'il ne doutoit point
que le réſultat de ces diverfes opinions ne fervit
à diriger la conduite de l'Adminiftration. J'espère ,
ajouta t-il , ête , fous peu de jours , en état d'informer
la Chambre des conditions auxquelles on
fera convenu d'un traité de paix générale. Il y
auroit , pour le moment , la plus grande impru
dence à en dire davantage. Après quelques autres
difcours de M. Burke , du Chancelier Mawbey &
de M. Smith , la motion pour l'adrefle palla , &
la féance fut terminée «.
-
L'affaire du difcours du Roi & de l'adreffe
en réponſe ne fut pas irrévocablement terminée
dans cette féance ; les débats fe renouvellèrent
le lendemain , 6 , dans la Chambre
des Communes.
Après quelques difcuffions fur des objets qui ne
fixent point encore toute l'attention du public , M.
Fox fe leva & dit : » Je fuis fâché qu'on me croie
partifan de l'indépendance Américaine . Rien n'eft
plus faux. Dès le commencement de la querelle , je
me fuis conftamment oppofé à toutes les mefures
que je prévoyois devoir produire cette indépendance
que je regarde comme une grande calamité , que
perfonne ne déplore plus fincèrement que moi. Mais
aufli- tôt que j'ai vu qu'elle feroit pour la G. B. une
calamité moindre que la continuation d'une guerre
ruineufe
( 121 )
Tuinenfe , j'ai pensé que la feule reffource qui reftât
à cet Empire , à la veille de fa deftruction , étoit de
reconnoître l'indépendance de l'Amérique . Mais le
principal motif de mon difcours , eft de favoir ce
qu'on peut répondre à une queftion que je vais faire
aux Miniftres. Il eft d'autant plus néceffaire qu'ils
s'expliquent fur la difficulté qui m'arrête , que ce
font eux qui y ont donné lieu. J'ai appris que l'indépendance
de l'Amérique avoit été reconnue par le
premier article du traité provifoire . Or je voudrois
favoir fi elle a été reconnue de manière qu'aucun
évènement à venir ne puiffe changer notre réfolution
fur cet objet , s'il eft encore en notre pouvoir
de revenir fur cette reconnoiffance , & fi le traité
provifoire aura fon effet auffi-tôt que la paix fera
conclue avec la France quelque chofe qui puiffe
arriver ? J'aime à croire que l'indépendance eft
irrévocablement reconnue , car quoique plufieurs
perfonnes penfent que l'Amérique feroit alors au
pouvoir de la France , je fuis au contraire fermement
perfuadé que la France feroit au pouvoir de
l'Amérique. En effet lorfque l'on faura dans les
Colonies que le grand objet pour lequel elles ont
pris les armes eft complettement rempli , & qu'il ne
inanque plus rien , pour mettre fin aux hoftilités ,
que le confentement de la France à des termes de
paix juftes & raiſonnables , je ne doute pas que les
Américains , voyant que ce n'eft plus pour leur
caufe mais pour celle de la France qu'ils combattent ,
n'infiftent auprès de la Cour de Verfailles pour la
déterminer à accepter ces conditios , de manière
que felon toutes les apparences ce moyen nous fera
obtenir une paix plus avantageufe que celle que
nous pourrions conclure , en ne reconnoiffant que
conditionnellement cette indépendance. MM .
Townshend & Pitt entrèrent alors dans des détails
d'où il femble réfulter qu'en effet l'indépendance eft
reconnue fans condition . M. Burke fe leva alors ,
21 Décembre 1782.
f
( 122 )
tenant à fa main le difcours imprimé dont il fit la
critique la plus détaillée & la plus févère. » Je regarde
, dit-il , le Miniftre comme coupable du délit
le plus grave , pour avoir ofé mettre dans la bouche
du Roi des expreffions par lesquelles S. M. rejette
fur le Parlement tout le blâme de la réſolution prife
de reconnoître l'indépendance de l'Amérique. La
preuve de ce que j'avance , exiſte dans la répugnance
apparente avec laquelle S. M. déclare qu'elle l'a
reconnue par égard pour le voeu de fon Parlement.
Cette phrafe implique une cenfure du Parlement ,
fur-tout quand on voit le Miniftre faire tomber le
Roi à genoux après cette déclaration , pour prier le
Tout-puiffant de détourner les maux qui pourroient
réfulter d'un fi grand démembrement de l'Empire.
J'ai fouvent entendu des formules de prieres dans
les Eglifes , mais c'eft la premiere fois que j'en
trouve une dans un difcours du Roi à fon Parlement
, c'est un tour d'hypocrifie joué aux dépens de
cette Affemblée. La conftruction grammaticale , le
fens de la phrafe, rien dans le difcours ne prouve que
l'indépendance ait été reconnue fous condition par
les articles provifoires. Or , comme on fait qu'un
des Miniftres du Roi a donné ailleurs un fens tout
différent à la manière dont elle a été reconnue dans
les articles provifoires ; qu'il y a des divifions dans
le Cabinet , & que les Miniftres qui ont dit une
choſe dans un endroit , en diſent une toute différente
dans un autre , la Chambre a lieu de craindre qu'on
ne veuille la furprendre & l'induire en erreur dans
une circonftance auffi importante & auffi critique.
Si le doute ne partoit que fur M. Pitt , dont je
connois l'honneur & l'intégrité , la déclaration
qu'il vient de faire ne me laifferoit aucune inquiétude
; mais quand on penfe à l'auteur du difcours ,
on fent que la Chambre n'a que trop de raifons de
s'allarmer des engagemens qu'elle a pris par fon
adieffe en réponse au difeours , d'autant plus que
( 123 )
לכ
toutes les conféquences qui pourront en réfulter ;
font mifes ouvertement à fa charge. M. Burke lut
enfuite un paffage du difcours où le Roi déclare
qu'il a facrifié toutes les confidérations perfonnelles
au vou de fon peuple. Il s'arrêta affez long- tems
fur le mot confidération , & demanda ce que le
Miniftre entend en faifant dire à S. M. qu'elle
avoit des confidérations différentes du vou de fes
Peuples. » Cette idée , dit - il , eſt également nouvelle
, anti-conftitutionnelle & impropre. Reprenant
enfuite l'examen du Difcours , il lut un autre
paffage , J'attribue , fous la bénédiction de Dieu ,
cet Etat refpectable à l'entière confiance qui fubfifte
entre moi & mon Peuple , & à la promptitude
avec laquelle les habitans de Londres & des autres
parties de mcn Royanme fe font montrés pour
veiller à la sûreté commune . Des Particuliers ont
dernièrement donné des preuves de patriotisme
qui feroient honneur à tous les âges & à tous les
Pays . M. Burke prétendit que tout cela n'étoit
qu'une chatlatanerie pour tromper la Nation , que
le Chevalier Lowther étoit la feule perfonne à
laquelle cette dernière phrafe pût faire allufion
mais que la poli ique miniftérielle multiplie fauf
fement un facrifice dans la vue d'engager en effet
d'autres citoyens à les réitérer . Au furplus l'encouragement
donné à ces contributions volontaires
eft , felon lui , auffi illegal que ridicule , puifqu'il
ne pourroit produire aucun fecours intéreffant
& que d'ailleurs il étoit déshonorant pour un grand
Empire comme la G. B. que le Gouvernement allât
en quelque forte demander l'aumône de ville en
ville , tandis que la Chambre votoit généreusement
des millions pour le foutien de l'Etat . M. Burke ne
fut pas plus indulgent pour la fin du diſcours ; felon
lui , les Miniftres y font eux-mêmes leur éloge de
la manière la plus révoltante , puifqu'il eft clair
qu'en parlant des hommes dont les talent & les ferf
2
(
124
vices méritent des récompenfes ; c'eft eux- mêmes
qu'ils ont en vue .
Si je pouvois , continue - t - il , à l'exemple de
quelques-uns qui font actuellement en place , & qui
étoient autrefois rangés dans le parti de l'Oppofition,
me permettre un tel langage , j'appellerois ce difcours
, un tiffu de platitudes & d'argumens fpécieux.
N'étoit- ce pas mettre la patience du Parlement à
l'épreuve la plus forte , que de l'obliger à l'entendre ,
à en devenir l'écho ? Et cependant il a foutenu cette
épreuve fans témoigner fon humeur. Les Miniftres
nous recommandent la prudence ; mais peut- on l'attirer
dans cette enceinte avec la même facilité qu'on
y fait accouir certains Membres , par l'appât d'un
billet de la Tréforerie ? La prudence ne s'inculque
pas d'un coup de baguette , & la partie du difcours
qui nous recommande le défintéreffement , eft un
outrage fait au Parlement , en laiffant douter de fes
principes. M. Burke s'étendit prodigieufement
fur ce fujet ; & recoenoiffant lui-même combien il
devenoit prolixe , il pria la Chambre de lui pardonner
fes lengueurs , alléguant pour fon excufe
qu'un long texte exigeoit un long commentaire.
-
Le Chancelier de l'Echiquier fe leva enfuite ; &
l'Orateur lui ayant rappellé qu'il avoit parlé : mon
motif, repliqua M. Pitt , eft fi défagréable , & lat
tâche qui m'eft impofée eft fi pénible , que je confentirois
volontiers à ne point reprendre la parole ,
fi certains paffages du difcours de M. Burke ne me
mettoient dans la néceffité indiſpenſable de fixer de
nouveau l'attention de la Chambre fur l'importance
du fujet qui l'occupe actuellement , de lui rappeller
qu'elle doit approfondir le fens du difcours prononcé
par le Roi , & y répondre par une adreffe également
férieufe & réfléchie. Ce n'eft pas le moment de plaifanter
: l'adreffe dont il s'agit , n'admet pas non plus
de pareils écarts ; ce n'eft pas le moment de donner
carrière à une imagination brillante & féconde.
Nous devons effayer de rompre la baguette ma-
2
( 125 )
gique , & montrer les chofes telles qu'elles font.
Notre devoir eft d'examiner mûrement la crife dans
laquelle fe trouve la Patrie , & de nous efforcer ,
en adoptant des mefures fages , bien combinées &
conformes à la faine politique , de détourner le
danger qui la menace , de la délivrer des dépenfes
& des embarras de la guerre , & de lui procurer
une paix honorable. Le Membre qui a parlé , s'eſt
livré tellement à fon imagination , que j'ignore s'il
a eu le deffein de parler férieuſement. Il m'eft d'autant
plas difficile de comprendre fon but , qu'hier
il a femblé approuver l'adreffe , à chaque partie de
laquelle la Chambre a donné unanimement fon
fuffrage. ( M. Fox & plufieurs autres Membres s'écrièrent
, cela n'eft pas , cela n'eft pas ) . Au moins ,
dit M. Pitt , puifqu'elle a paffé nemine contradicente ,
je dois penfer que l'honorable Membre a conclu
que l'examen férieux du difcours ayant été terminé
hier , il ne reftoit aujourd'hui qu'à s'égayer. Je ne
faurois autrement rendre raifon de la manière dont
il a traité l'objet férieux qui occupe la Chambre :
on pourroit lui reprocher d'avoir débité des bonf
fonneries ; mais les graces qu'il fait prêter à fes
penfées , ne permettent pas d'employer cette expreffion
. Le difcours de S. M. ne contient rien qui puifle
autorifer à le tourner en ridicule . Le langage en eft
fimple , clair , plein de franchife , & adapté aux
circonftances . L'adreffe de la Chambre eft également
conçue dans les termes convenables . Je prie
donc la Chambre de difcuter férieufement cette
matière , afin que les Miniftres de S. M. fachent
quelle eft la partie de ce difcours contre laquelle on
peut former des objections. L'honorable Membre
révoque en doute ma fincérité relativement àl'explication
que j'ai donnée des articles provifoires .
Je ne fais s'il veut infinuer que je fuis capable d'avancer
des chofes à double entente , au moment où
je prends la parole comme Miniftre , & où je réf
3
( 126 )
-
:
ponds explicitement à une queftion claire . Je me
Alatte que mon intégrité , qui n'a reçu juſqu'à préſent
aucune atteinte , me conciliera la bienveillance de la
Chambre , & qu'elle ne me foupçonnera point d'être
capable d'une duplicité auffi-baffe & auffi fcandaleuſe.
Si j'ai laiffé pafler l'adreffe , dit alors M. Fox ,
ce fit après avoir fait connoître les articles que je
défapprouvois. Il prit enfuite la défenſe de fon ami
M. Burke , appuya fes raifons fur l'adreffe même ,
& ajouta Le Miniftre , effrayé de reconnoître
l'indépendance de l'Amérique , a rejetté fur le
Parlement ce pefant fardeai ; & le montrant avec
effronterie dans l'arêne , il a pouffé l'audace au
point de faire blâmer par le Roi la conduite du
Parlement , qui le forçoit à la reconnoître. Ce trait
de politique a dévoilé les projets du Miniftère
actuel ; nous en voyons la trame ourdie dans le
fein de la fauffeté . Anglois , on veut vous priver
de votre liberté , en vous faifant haïr vos Repréfentans
! Après cette apoftrophe , M. Fox reprocha
à M. Pitt de s'être étayé fur fon caractère privé ,
pour donner encore plus de poids à fa déclaration
miniftérielle. Il fe déchaîna enfuite contre l'article
du difcours , par lequel la Couronne demande au
Parlement , avec le mafque de l'ingénuité & la fubtilité
d'un ferpent , de déployer la fermeté , fa prudence
, fon défiatérelement : ce paffage feul , dit- il ,
bouleverse toute notre conflitution . Le Miniftre
répond de fa conduite ; il eft fajet à fa cenfure &
à fes jugemens. Aujourd'hui il veut commander à
fes maîtres , & nous enlever nos droits pour en
couvrir la tête couronnée qu'il fait agir . Si la
Chambre a befoin de principes de défintér ffement
, ce n'eft pas dans l'antre obfcur de la corruption
& du vice qu'elle ira les chercher ; la
Trésorerie ne lui fervira point de modèle. M. Fox
reprit fur le même ton tout le difcours du Roi
& finit par affirmer , avec cette confiance fi ratu- .
relle à un Orateur tel que lui , que le difcours de
( 127 )
M. Burke avoit été auffi éloquent que perfuafif ,
& que M. Pitt avoit choifi avec adreffe les points
de fa critique , rien n'étant plus aifé que d'attaquer
l'efprit de M. Burke , & plus difficile que de
répondre à fes argumens . Ici M. Fox s'adreffant
au Général Conway , le pria de déclarer s'il éntendoit
que la reconnoiffance de l'indépendance de
l'Amérique , dans les articles provifoires , étoit fans
conditions. Le Général , Conway répondit brièvement
: Il est évident que la reconnoiffance eft fans
conditions , & je ne vois point pourquoi on auroit
employé la rufe , puifque le traité lui - même ſera
foumis au Parlement fous peu de jours. A fept
heures l'adreffe fut lue une feconde fois , & la
Chambre fe fépara «.
Ces premiers débats nous préparent à
de vives oppofitions ; celles qu'éprouvera
la paix font craindre qu'elle ne foit pas
auffi prochaine qu'on avoit lieu de l'efpérer ,
& que la campagne prochaine n'ait lieu ;
elle peut nous être moins avantageufe , &
nous donner enfuite de vifs regrets de na
voir pas traité dès à préfent.
" Le floop de guerre le Swallow , écrit- on de
Portsmouth , a appareillé pour l'Oueft avec des dépêches.
Le 7 au matin , le Commodore Elliot a levé
l'ancre , & a mis à la mer de Spithéad , avec les vaiffeaux
le Romney , l'Ariane , l'Anſon & deux curters.
Il a ordre de croifer devant Oueffant avec les
2 premiets , pour obferver les mouvemens de l'efcadre
Françoife actuellement dans le port de Brest
l'Anfon doit aller à Sainte -Lucie «<.
Les bâtimens de tranfport qui arrivent de
Gibraltar ont ordre de faire une quarantaine
de 14 jours au Mother - Bank.
£
4
( 128 )
Tous les régimens , dit un de nos papiers , an
deffous du 60e , feront réformés auffi- tôt que le
traité de paix fera figné , & les Officiers de ces régimens
, qui feront mis à la demi - paye , pafferont
fuivant leur rang d'ancienneté dans les anciens
régimens pour la défenſe de la G. B. , dès qu'il
vaquera des places , foit par mort , foit par promotion
. Cette réforme devient indifpenfable , puifque
nous n'aurons plus de troupes à Boſton , à New-
Yorck , à Philadelphie , à Charles -Town , à Savanah
, à St- Auguftis , à Minorque & peut-être à
Gibraltar «.
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Résumé : De LONDRES, le 10 Novembre.
Le document du 10 novembre à Londres rapporte divers événements militaires et politiques. L'amiral Pigot et une partie de la flotte ont quitté New York, suivis par l'amiral Hood. La situation en Amérique reste calme, mais l'évacuation de Charles Town est incertaine. Le gouverneur Archibald Campbell a capturé le fort de Blackriver-Bluff à Musquito le 31 août. Les dépêches de Jamaïque du 10 octobre ne mentionnent pas les vaisseaux de l'escorte de la flotte, et des rumeurs sur la capture de navires restent non confirmées. Au Parlement, les discussions se concentrent sur les négociations de paix avec les États-Unis. Le marquis de Carmarthen souligne la nécessité d'unanimité et exprime des doutes sur l'approbation de l'indépendance américaine. Lord Shelburne défend les décisions passées et rejette la responsabilité des malheurs actuels sur l'Ancien Régime. Charles James Fox critique le ministère pour n'avoir pas reconnu plus tôt l'indépendance américaine et prédit une future amitié entre les deux nations. Le gouverneur Johnston conteste Fox, estimant que la reconnaissance aurait dû être soumise au Parlement. Lord North approuve l'adresse parlementaire avec quelques réserves. Lors d'une séance parlementaire, des membres discutèrent d'un traité provisoire avec l'Amérique. Un orateur s'opposa à son approbation avant la connaissance des conditions. Le chancelier Pitt promit de révéler bientôt les conditions du traité de paix générale. La motion fut adoptée. Le lendemain, Fox exprima sa préférence pour l'indépendance américaine et demanda des clarifications. Les ministres Townshend et Pitt confirmèrent la reconnaissance sans condition de l'indépendance américaine. M. Burke critiqua le discours du roi, le jugeant trompeur, tandis que Pitt le défendit. Fox soutint Burke et accusa le ministère de vouloir priver les Anglais de leur liberté. Le général Conway confirma la reconnaissance sans condition de l'indépendance américaine. Des préparatifs militaires et une réforme des régiments sont prévus après la signature du traité de paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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