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1901
p. 136-137
LETTRE de M. l'Abbé AUBERT, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
Début :
L'AUTEUR de CLOVIS, Poëme Héroï-Comique en 3 volumes, que vous [...]
Mots clefs :
Auteur, Clovis, Jean-Louis Aubert, Honneur, Poème, Fables, Journal
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. l'Abbé AUBERT, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
LETTRE de M. l'Abbé AUBERT , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
L'AUTEUR de CLOVIS , Pоёте Не-
roï- Comique en 3 volumes , que vous
avez annoncé , Monfieur , dans le Mercure
de Septembre , m'a fait l'honneur
de s'égayer à mes dépens , dans un épilogue
où il maltraite ſérieuſement MM.
de Voltaire , Piron , Greffet , Thomas ,
Mirabeau , Rousseau , & c. Je le remercie
de m'avoir mis en auffi bonne compagnie
; mais je crois devoir déſabuſer
les perſonnes qui liront ſon Poëme ,
d'une petite calomnie qui lui eſt échappée
à mon ſujet. » Aubert , dit-il ,
En fables inſtruiſoit ,
>> Se rendoit neuf , & voyant qu'il plaiſoit ,
>>>Tout uniment complimentoit ſa veine
Dans un Journal que lui-même faiſoit,
NOVEMBRE. 1763. 137
Cela eft faux : je ne fais point le Journal
dont cet Auteur veut parler. Il ſe
feroit épargné un menfonge , s'il avoit
confulté la France Littéraire ; il y auroit
vù que c'eſt M. de Querlon ſeul
qui compoſe les Affiches des Provinces,
Ouvrage périodique où mes Fables ont
été effectivement annoncées avec éloge
, mais auquel je n'ai aucune part , &
dont le travail eſt totalement étranger
à celui des Affiches de Paris , qui font
confiées à mes foins ,& dans leſquelles
je n'ai certainement jamais été
loué. Au refte , comme cet Auteur
écrit au fond de la Bretagne , ainfi
qu'il l'avoue lui-même , on peut lui
pardonner cette erreur ; mais ce qu'on
ne sçauroit guères excuſer , c'eſt le
ton d'aſſurance avec lequel il dit dans
ſa Préface que ſon Poëme n'eſt la fatyre
de personne.
J'ai l'honneur d'être &c.
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
L'AUTEUR de CLOVIS , Pоёте Не-
roï- Comique en 3 volumes , que vous
avez annoncé , Monfieur , dans le Mercure
de Septembre , m'a fait l'honneur
de s'égayer à mes dépens , dans un épilogue
où il maltraite ſérieuſement MM.
de Voltaire , Piron , Greffet , Thomas ,
Mirabeau , Rousseau , & c. Je le remercie
de m'avoir mis en auffi bonne compagnie
; mais je crois devoir déſabuſer
les perſonnes qui liront ſon Poëme ,
d'une petite calomnie qui lui eſt échappée
à mon ſujet. » Aubert , dit-il ,
En fables inſtruiſoit ,
>> Se rendoit neuf , & voyant qu'il plaiſoit ,
>>>Tout uniment complimentoit ſa veine
Dans un Journal que lui-même faiſoit,
NOVEMBRE. 1763. 137
Cela eft faux : je ne fais point le Journal
dont cet Auteur veut parler. Il ſe
feroit épargné un menfonge , s'il avoit
confulté la France Littéraire ; il y auroit
vù que c'eſt M. de Querlon ſeul
qui compoſe les Affiches des Provinces,
Ouvrage périodique où mes Fables ont
été effectivement annoncées avec éloge
, mais auquel je n'ai aucune part , &
dont le travail eſt totalement étranger
à celui des Affiches de Paris , qui font
confiées à mes foins ,& dans leſquelles
je n'ai certainement jamais été
loué. Au refte , comme cet Auteur
écrit au fond de la Bretagne , ainfi
qu'il l'avoue lui-même , on peut lui
pardonner cette erreur ; mais ce qu'on
ne sçauroit guères excuſer , c'eſt le
ton d'aſſurance avec lequel il dit dans
ſa Préface que ſon Poëme n'eſt la fatyre
de personne.
J'ai l'honneur d'être &c.
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Résumé : LETTRE de M. l'Abbé AUBERT, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
L'abbé Aubert répond à une accusation formulée par l'auteur du poème héroï-comique 'Clovis'. Cet auteur avait critiqué plusieurs écrivains, y compris Voltaire, Piron, Greffet, Thomas, Mirabeau, Rousseau et l'abbé Aubert lui-même. Aubert réfute une calomnie selon laquelle il serait l'éditeur d'un journal ayant publié ses fables. Il précise qu'il ne compose pas ce journal et que les éloges sur ses fables proviennent des 'Affiches des Provinces', rédigées par M. de Querlon. Il mentionne également que les 'Affiches de Paris' sont sous sa responsabilité, mais qu'il n'y a jamais été loué. Enfin, Aubert critique l'auteur de 'Clovis' pour son assurance à affirmer que son poème n'est pas une satire, malgré les attaques personnelles qu'il contient.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1902
s. p.
LETTRE AUX AUTEURS DU MERCURE DE FRANCE SUR LE COMTE DE WARVICK TRAGÉDIE NOUVELLE EN CINQ ACTES ET EN VERS Représentée, pour la première fois, le lundi 7 Novembre 1763.
Début :
Voici, Messieurs, une nouvelle preuve de cette vérité que Corneille a devinée [...]
Mots clefs :
Warvick, Comte, Roi, Gloire, Coeur, Scène, Théâtre, Vengeance, Angleterre, Ingratitude, Destin, Espoir, Tragédie, Amour, Victoire
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE AUX AUTEURS DU MERCURE DE FRANCE SUR LE COMTE DE WARVICK TRAGÉDIE NOUVELLE EN CINQ ACTES ET EN VERS Représentée, pour la première fois, le lundi 7 Novembre 1763.
LETTRE
AUX AUTEURS
DU MERCURE
DE FRANCE ,
SUR LE
COMTE DE WARVICK,
TRAGÉDIE NOUVELLE ,
EN CINQ ACTES ET EN VERS
Repréſentée , pour la première fois , le Lundi
2 Novembre 1763.
M. DCC . LXIII.
TELEEH
LETTRE
AUX AUTEURS
DU
MERCURE DE FRANCE.
VOICI , Meſſieurs , une nouvelle preuve
de cette vérité que Corneille a devinée
parſentiment &qu'il a fi bien placée dans
ſaTragédie duCid : e'eſt le Cid qui parle :
«Mes pareils à deux fois ne ſe font point connoître;
»Et pour leurs coups d'eſſai veulent des coups de
Maître. >>>
C'eſt ainſi que les Racine & les Voltaires'annonçoient
ſur laScène Françoiſe.
Monfieur de la Harpe paroît avoir bien
étudié la manière de ces grands Peintres
del'ame, & ſe voit, comme eux, couronné
A iij
dès le premier pas qu'il a fait dans la car
rière du Théatre .
La Tragédie de Warvick, dont je vais
faire l'analyſe exacte , eſt un Ouvrage
qu'on ne devoit pas attendre d'un Ecolier
àpeine forti des Univerſités. Il est vrai
que ſes premiers Maîtres n'avoient pas
méconnu fon génie , & que M. de la
Harpe , avant l'âge de vingt ans , avoit
rendu fon nom celebre & intéreſſant dans
les faſtes de cette Ecole de goût & de
moeurs , qui compte plus d'un Rollin parmi
ſes Chefs .
Tout le monde paroît demeurer d'ac
cord que le plan de cette Tragédie eft
heureuſement conçu , que les caractères
en font nobles , & auffi - bien foutenus
que contraſtés , les ſentimens vrais
& grands fans enfure , le ſtyle élégant
& la verſification facile , mais toujours
harmonieuſe . Ceux qui s'intéreſſent à la
gloire de notre Theatre voient avec plaifir
s'élever un jeune Poëte , qui a le courage
de ſacrifier à la préciſion de ſes
dialogues ces maximes & ces ſentences
tant rebattues & toujours applaudies .
Ils lui ſçauront gré ſans doute d'avoir
composé dans un genre preſque oublié de
nos jours , & qui a fait place aux monf
trueuſes &burleſques Pantomimes qu'on
nous apporte d'Angleterre ou d'Italie .
Mais outre le mérite réel de cette Tragé
die , il en eſt un qui appartient plus aux
moeurs qu'au génie ; l'Auteur ſemble ne
s'être écarté de l'hiſtoire que pour donner
à Warvick toute la grandeurdont une
ame eft capable. Auguſte qui pardonne a
Cinna , n'eſt pas plus généreux que Warvick
empriſonné par Edouard , & qui ne
fort de ſa priſon que pour le couronner
une ſeconde fois . Les acclamations univerfelles
données au Comte de Warvick
dans ce moment , font un témoignage
irrécuſable contre les détracteurs
de la Scène Françoiſe . Ce n'eſtpoint affez
qu'un beau diſcours devenu preſque une
action par la véhémente éloquence de
l'Orateur , nous imprime des leçons de
vertu , ce ſont des exemples de générofité
qui nous frappent au Théatre , qui rappellent
l'homme à ſa première dignité :
ce font peut - être ces applaudiſſemens
unanimes & forcés que nous donnons à
la vertu qui nous emportent juſqu'à elle ,
qui nous rendent capables d'y atteindre ,
& font du Théatre même une école de
moeurs , que rien ne peut remplacer.
A iiij
NOMS DES ACTEURS.
YORCK , Roi d'Angleterre , ſous le nom
d'Edouard.
MARGUERITE D'AN JOU , femme de
Lancaftre , Roi d'Angleterre, ſous le nom
de HENRY.
LE COMTE DE WARVICK.
SUFFOLK , Confident d'Edouard.
SUMMER , Ami de Warvick.
ELISABETH , Amante de Warwick.
NEVILLE , Confidente de Margueritean
GARDES.
?
A
C
Ho La Scène est à Londres.
?
1612
ACTE PREMIER
MARGUERITE ouvre la ſcèneavecNéville
ſa confidente , & lui découvre les
ſecrets motifs de ſa joie &de ſes nouvelles
eſpérances : Edouard vainqueur de
Henri VI , & placé ſur ſon Trône par la
valeur & l'amitié de Warvick , va dans
l'absence de ce guerrier lui ravir ſa Maîtreffe
, & doit ce jour même épouſer Elifabeth
de Gray. Marguerite ſe flatte que
Warvick , irrité d'un affront fi peu attendu
, va travailler avec elle à rétablir
fon mari ſur le Trône d'Angleterre :
c'eſt pourquoi elle ſe propoſe d'obtenir
d'Edouard la liberté de paſſer en France
pour y joindre le Comte de Warvick ,
& l'inſtruire des amours & de l'ingratitude
du Maître qu'il s'eſt donné.
Edouard , ſans lui refuſer ni lui accorder
ſa demande , lui fait entendre que
le moment de la paix ſera celui de ſa liberté.
Le Roi ouvre à Suffolck les replis
de ſon coeur , il lui confie ſes projets , ſes
craintes , ſes combats, la violence de fon
amour . C'eſt ſurtout l'amitié de Warvick
qui lui peſe ; c'eſt Warvick , c'eſt un ami
Av
A
qu'il craint d'offenſer ; mais il eſpere le
fléchir & ordonne à Suffolck de ſe rendre
à la Cour de France , &c. &c. Alors
on apprend que le Comte vient d'arriver
dans Londres aux acclamations de tout le
Peuple , & le Roi ſe retire dans le plus
grand trouble .
Telle eſt la marche du premier Acte ,
nous n'en citerons qu'un trait rendu ſublime
par Mademoiselle Dumeſnil , &
qui le paroîtra peut - être encore ſans
elle.
Cet MARGUERITE qui parle.
Demomens en momens j'attendois le trépas ;
Unbrigand ſe préſente ,& fon avide joie
Brille dans ſes regards à l'aſpect de ſa proie.
Il eſt prêt à frapper : je reſtai ſans frayeur ,
Un eſpoir imprévu vint ranimer mon coeur.
Sans guide , fans ſecours ,dans ce lieu folitaire,
J'oſai dans ce brigand voir un Dieu tutélaire.
« Tiens , approche , ( lui dis-je, en lui montrant
mon fils , 1
Qu'à peine ſoutenoient mes bras appeſantis,)
Ofe fauver ton Prince , oſe ſauver ſamere.>>>>
J'étonnai , j'attendris ce mortel ſanguinaire ,
Mon inttépidité le rendit généreux. alloy
LeCiel veilloit alors fur mon fils malheureux,
Oubien le front des Rois , que le deſtin accable ;
Sous les traits du malheur ſemble plus refpectable,
a Suivez-moi , me dit-il , &le fer à la main ,
Portant mon fils de Pautre, il nous fraye un ches
9039
2
2
Et ce mortel abject , tout fier de ouvrage ,
fon
Sembloit , en me ſauvant , égaler mon courage.
apne me ACTE II
WARVICK commence à s'applaudir
C
avec Summer d'avoir rétabli la paix entre
deux Nations rivales & hautaines , d'avoir
obtenu pour fon Maître la Soeur de Louis
XI , & de ſe voir à la fois l'arbitre , la
zerreur & le foutien des Rois. C'eſt dans
cet eſprit qu'il rend compte enſuite au Roi
du ſuccès de ſa négociation , & qu'il ſe
félicite de l'avoir ſervi dans la Cour des
Rois comme dans les combats. Edouard
loue ſon zèle , & conſent à ratifier la paix,
mais non à épouſer la Soeur de Louis XI .
Le Comte de Warvick inſiſte ſur la né
ceffité de fatisfaire au traité dont il fut
garant lui-même ; & le Roi , fans lui devoiler
tout-à-fait le myſtère de ſes nouvelles
amours , ſe retire en lui laiſſant
voir autantde trouble que d'amitié : War
vick reſte dans l'étonnement. Marguerite
vient l'en tirer , & s'exprime ainfier
MARGUERITE. ( Elle continue àparler
d'Edouard.)
Onditque ſur ſon coeur l'amour leplus ardent
Prend, depuis quelques jours, un ſuprême afcen
dant....
1.
On dit plus , & peut- être allez-vous en douter :
Ondit que cet objet, qu'il eût dû reſpecter,
Avoit promis ſa main , gage d'unfeufincère,
Auplus grand des Guerriers qu'ait produit l'Angle
terre ,
A qui même Edouard doit toute fa grandeur :
Qu'Edouard lâchement trahit ſon bienfaiteur :
Que pour prix de ſon zèle , & d'une foi conſtantel
Il lui ravit enfin ſa femme& ſon amante!
Ce ſont-là ſes projets , ſes voeux & ſon eſpoir,
Et c'eſt Elifabeth qu'il époufe ce ſoir.
•
: • • :
Pourquoi trouveriez -vous ce récit incroyable?
Lorſque l'on a trahi ſon Prince & ſon devoir ,
Voilà, voilà le prix qu'on en doit recevoir.
Si Warvick eût ſuivi de plusjuſtes maximes ,
S'il eût cherché pour moi des exploits légitimes,
४
Il me connoît aſſez , pour croire quemon cosur
D'unplus digne retour eût payé ſa valeur.
Adieu. Dans peu d'inftans vous pourrez reconnoî
tre
Cequ'a produit pour vous le choix d'un nouveau
Maître;
Vous apprendrez bien-tôt qui vous deviez ſervir.
Vous apprendrez du moins qui vous devez hair .
Je rends grace au deſtin. Oui , ſa faveur commence
Amefaireaujourd'hui goûter quelque vengeance ;
Et j'ai vû l'ennemi qui combattit ſon Roi,
Puni parun ingrat qu'il ſervît contre moi.
Warvick veut encore douter des dif
cours de Marguerite , & de l'ingratitude
de fon ami ; mais Summer & enſuite Eli
ſabeth viennent confirmer tout ce qu'il
a appris . Warvick jure d'en tirer ven
geance. Elifabeth s'efforce en vain de le19
calmer , & Warvick fort en menaçant.
Cof
3????? ?????????????
MA
ACTE III
ARGUERITE s'applaudit d'avoir irrite
Warvick , & peint ainſi le génie des
Anglois dont il eſt l'idole .
MARGUERITE, a Néville.
:
おす
)
Ne crois pas qu'Edouard triomphe impunément,
Mets-toi devant les yeux ce long enchaînement
De meurtres , de forfaits , dont la guerre civile
A, depuis fi long-tems , épouvanté cette Iſle.
Songe au ſang dont nos yeux ont vû couler des
flots ,
по
3
53
A
Sous le fer des foldats , ſous le fer des bourreaux ;
Ou d'un père ou d'un fils chacun pleure la perte ,
Et d'un deuil éternel l'Angleterre eſt couverte.
De vingt mille proſcrits les malheureux enfans
Brûlent tous en ſecret de venger leurs parens ;
Ils ont tous entendu , le jour de leur naiſſance ,
Autour de leur berceau le cri de la vengeance :
Tous ont été , depuis , nourris dans cet eſpoir ,
Et pour eux , en naiſſant , le meurtre eſt un devoirs
Je te dirai bien plus , le ſang & le ravage
Ont endurci ce Peuple , ont irrité ſa rage;
Et depuis ſi long-tems au carnage exercé;
II conferve la foifdu ſang qu'il a verſé.
Mais elle craint que ce Guerrier trop
ſuperbe n'éclate en menaces inſultantes
devant fon maître , & que le Roi ne le
faffe arrêter , elle fort : ( ce qui laiſſe le
Théatre vuide afſfez inutilement. C'eſt un
défaut dont les plus grands Maîtres ont
donné l'exemple , mais que leurs éleves ne
doivent jamais imiter. )Edouard cependant
qui vient d'apprendre de Suffolck
que Warvick ne lui a répondu que par
des emportemens , commande qu'on l'éloigne
Mais Warvick paroît , &
lui fait une longue énumération de ſes
ſervices , il lui rappelle ſes propres difcours
fur le champ de bataille où fon
pere venoit d'expirer , & ſe plaint de
fon ingratitude . Edouard lui fait une
réponſe très-moderée , quoique noble , &
qu'on ſera peut-être bien aiſe de trouver
ici.
?
...
Ceft EDOUARD qui parle.
Moderez devant moi ce tranſportqui m'offenfe.
Vantez moins vos exploits, j'en connois l'impor
tance;
Mais ſçachez qu'Edouard , arbitre de ſon fort,
Auroit trouvé ſans vous la victoire ou llaamort;
Vous n'enpouvezdouter, vous devez me connol
tre.
Eh! quels ſont donc enfin les torts de votre Mai-
; tre?
Je vous promis beaucoup: vous ai-je donnémoins ?
Lerang, où pres de moi vous ontplacé mes ſoins,
L'éclat de vos honneurs, vosbiens, votre puiſlance,
Sont-ils de vains effets de ma reconnoiſſance ?
Il eſt vrai, j'ai cherché l'Hymen d'Elifabeth.
N'ai-je pû faire au moins ce qu'a fait mon Sujet ,
Etm'est- il défendu d'écouter ma tendreſſe ,
De brûler pour l'objet où votre eſpoir s'adreſſe ?
Queme reprochez-vous? Suis-je injuſte ou cruel ?
L'ai-je, comme unTyran , fait traîner à l'autel ??
Je me fuis , comme vous , efforcé de lui plaire ,
Je me ſuis appuyé de l'aveu de ſon pere ;
J'ai demandé le ſien; & s'il faut dire plus ,
Elle n'a point encor expliqué ſes refus.
Laiſſez-moi juſques-là me flatter que ma flamme
Quemes foins , mes reſpects , n'offenſent point fon
ame;
Etqu'un coeur qui du vôtre a mérité les voeux,
Peut être , malgré vous, ſenſible à d'autres feux.
•
WARVICK & EDOUARD.
Jamais Elifabeth ne me ſera ravie ,
Onvous ne l'obtiendrez qu'aux dépen de maviej
Jamais impunémentje ne fus offenfé
יצ
Y
EDOUARD.
Jamais impunément je ne fus menacé ;
Et fi d'une amitié , qui me fut long-tems chère?
Le ſouvenir encor n'arrêtoit ma colère ,
Vous en auriez déjà reſſenti les effets ....
Peut-être cet effort vaut ſeul tous vos bienfaits.
Nepouſſez pas plus loinma bonté qui ſe laſſe
Et ne me forcez pas à punir votre audace.
Edouard peut d'un mot venger ſes droits bleſſés,
Etfût-il votre ouvrage ; il eſt Roi, frémiſſez.
Le Comte de Warvick lui répond
par des reproches encore plus amers ;
Edouard fait entrer ſesGardes ; Elifabeth
arrive avec eux : le Comte lui exagere
les torts de l'ingrat Yorck , & la quitte
pour courir à la vengeance. Edouard or
donne qu'on arrête le Comte de Warvick .
Elifabeth demeure avec le Roi pour l'appaifer
, & l'on vient leur annoncer que
Warvick s'eſt laiſſe conduire à la tour ,
mais que le peuple s'émeut en fa faveur :
le Roi fort pour aller le contenir.
SOIVAAT
0
C
ACTE IV.
WARVICK feul & dans la prifon , fe
retrace ainſi le fort de ſon premier maître :
.. C'eſt dans ces lieux, dans cette tour horrible
Qu'à vivre dans les fers par moi ſeul condamné
Lemalheureux Henri languit abandonné ,
L'Oppreſſeur , l'Opprimé n'ont plus qu'un même
afyle.
Hélas ! dans ſon malheur il eſt calme& tranquille,
Il eſt loin de penſer qu'un revers plein d'horreur
Enchaîne auprès de lui ſon ſuperbe vainqueur.
Summer vient lui apprendre que le parti
de Marguerite doit bientôt le délivrer.
Warvick le conjure par les pleurs qu'il
verſe encore devant lui , de hâter le moment
de ſa liberté. Summer lui promet
tout , & fort pour lui obéir.
Plus calme après ces eſpérances , Warwick
réfléchit ſur l'illuſion qui l'a confolé
; Elifabeth arrive,
L'objet de cette Scène n'eſt ni précis ,
ni déterminé ; mais l'art de l'Auteur , la
figure aimable & la voix touchante de MademoiſelleDubois,
fur-tout les talens ſupérieurs
de M. Le Kain , qu'on peut appellerleGarrickFrançois
, concourent àpal
lier ce léger défaut .
Enfin des Gardes viennent chercher
Elifabeth pour la conduire auprès du
Roi ; Warvick retombe dans ſes incertitudes
, & dans l'agitation . Alors
des Gardes enfoncent la prifon , & Summer
à leur tête parle ainfi.
SCENE VII.
SUMMER..
J'apporte la vengeance ,
Ami , prenez ce fer ; foyez libre & vainqueur .
WARVICK.
Tout estdonc réparé ? .. Cherami , quel bonheut !
SUMMER.
Votre nom, votre gloire, & la Reine & moi-même ,
Tout range ſous vos loix un peuple qui vous aime
Marguerite , échappée aux Gardes du Palais ,
D'abord, à votre nom , raſſemble les Anglois ,
Jemejoins à ſes cris : tout s'émeut, tout s'emprefle,
Tous veulent vous offrir une main vengereſſe.
On attaque , on aſſiége Edouard allarmé
Avec Elifabeth au Palais renfermé.
Paroiſſez ; c'eſt à vous d'achever la victoire.
mivenez chercher la vengeance & la gloire.
WARVICK.
Voilàdonc où ſa faute & le fort l'ont réduit :
De ſon ingratitude il voît enfin le fruit.
Il l'a trop mérité. Marchons ... Warvick, arrête.
Tu vas donc d'une femme achever la conquête
Ecrafer fans effort un rival abbatu?
20 Sont-ce làdes exploits dignes de ta vertu ?
Eft-ce un ſi beautriomphe offert à ta vaillance ;
D'immoler Edouard, quand il eſt ſans défenſe ?
Ah!j'embraffe unprojetplus grand,plus généreux.
Voici de mes inftans l'inſtant le plus heureux.
Ce jour de mes malheurs eſt le jour de ma gloire.
C'eſt moiqui vais fixer le fort & la victoire.
Le deſtin d'Edouard ne dépend que de moi.
J'ai guidé ſa jeuneſſe & mon bras l'a fait Roi ;
J'al conſervé ſes jours & je vais les défendre .
Je luidonnai le ſceptre , &je vais le lui rendre
Detous les ennemis confondre les projets,
Et je veux le punit à force de bienfaitsig
Il connoîtra mon coeur autant que mon courage W
Une ſeconde fois il ſera monouvrage, Do
Qu'il va ſe repentir de m'avoir outrage
Combien it va rougir ! ... Amis , je ſuis venge.
Allons, braves Anglois , c'eſt Warvick qui vous
guide,
Ne déſavouez point votre Chef intrépide.
Sivous aimez l'honneur, venez tous avec mo
Et combattre Lançaſtre, & fauver votre Roi
Fin du quatrième Alte
uby
ACTE V
ELISABETH qui ne connoîtdeWarvick
que fa fureur &fes projets de vengeance ,
tremble également pour les jours de fon
amant , &pour ceux de fon Roi. Suffolck
vient la raſſurer par le récit de ce qui
s'eſt paffé ſous les yeux, Warvick a
diffipe le parti de Marguerite qui affiés
geoit Edouard dans ſon palais , & l'a
couronné pour la feconde fois. Elifabeth
ſe livre à la joie. Edouard l'augmente
encore en lui déclarant qu'il eſt prêt à
épouſer la foeur de Louis XI , & à
l'unir au Comte de Warvick. Marguerite
priſonniere , mais triomphante , leur apprend
qu'elle s'eſt vengée du Comte de
Warvick , & qu'il eſt expirant,
Voici les vers qui ſont dans la bouche
du Comte de Warvick qu'on amene ſur
le Théatre , & qui terminent la piece :
... Ecoutez moins de vains reſſentimens.
Renvoyez à Louis cette femme cruelle ,
Il pourroit la venger , ne craignez plus riend'elle.
Cepeuplequi m'aima ,la déteſte aujourd'hui
Quim'adonné la mort ne peut régner ſur lui,
Pleurez moinsmon trépas. Macarriere eſt finic
Aumoment leplus beaudont s'illuſtrama vie.
Mavoix a fait encor le deſtin des Anglois :
Etj'emporte au tombeau ma gloire & vos regrets
Π
WARVICK continueens'adreſſant à EDOUARD.
N'accuſons de vos maux que yous & que moi
même.
Votre amour fut aveugle &mon orgueil extrême,
Vous aviez oublié mes ſervices : &moi
J'oubliai trop , hélas ! que vous étiez monRei,
J'ai l'honneur d'être ,
MESSIEURS,
Votre très-humble & très
obéiſſant Serviteur ,
JOUBERT.
AUX AUTEURS
DU MERCURE
DE FRANCE ,
SUR LE
COMTE DE WARVICK,
TRAGÉDIE NOUVELLE ,
EN CINQ ACTES ET EN VERS
Repréſentée , pour la première fois , le Lundi
2 Novembre 1763.
M. DCC . LXIII.
TELEEH
LETTRE
AUX AUTEURS
DU
MERCURE DE FRANCE.
VOICI , Meſſieurs , une nouvelle preuve
de cette vérité que Corneille a devinée
parſentiment &qu'il a fi bien placée dans
ſaTragédie duCid : e'eſt le Cid qui parle :
«Mes pareils à deux fois ne ſe font point connoître;
»Et pour leurs coups d'eſſai veulent des coups de
Maître. >>>
C'eſt ainſi que les Racine & les Voltaires'annonçoient
ſur laScène Françoiſe.
Monfieur de la Harpe paroît avoir bien
étudié la manière de ces grands Peintres
del'ame, & ſe voit, comme eux, couronné
A iij
dès le premier pas qu'il a fait dans la car
rière du Théatre .
La Tragédie de Warvick, dont je vais
faire l'analyſe exacte , eſt un Ouvrage
qu'on ne devoit pas attendre d'un Ecolier
àpeine forti des Univerſités. Il est vrai
que ſes premiers Maîtres n'avoient pas
méconnu fon génie , & que M. de la
Harpe , avant l'âge de vingt ans , avoit
rendu fon nom celebre & intéreſſant dans
les faſtes de cette Ecole de goût & de
moeurs , qui compte plus d'un Rollin parmi
ſes Chefs .
Tout le monde paroît demeurer d'ac
cord que le plan de cette Tragédie eft
heureuſement conçu , que les caractères
en font nobles , & auffi - bien foutenus
que contraſtés , les ſentimens vrais
& grands fans enfure , le ſtyle élégant
& la verſification facile , mais toujours
harmonieuſe . Ceux qui s'intéreſſent à la
gloire de notre Theatre voient avec plaifir
s'élever un jeune Poëte , qui a le courage
de ſacrifier à la préciſion de ſes
dialogues ces maximes & ces ſentences
tant rebattues & toujours applaudies .
Ils lui ſçauront gré ſans doute d'avoir
composé dans un genre preſque oublié de
nos jours , & qui a fait place aux monf
trueuſes &burleſques Pantomimes qu'on
nous apporte d'Angleterre ou d'Italie .
Mais outre le mérite réel de cette Tragé
die , il en eſt un qui appartient plus aux
moeurs qu'au génie ; l'Auteur ſemble ne
s'être écarté de l'hiſtoire que pour donner
à Warvick toute la grandeurdont une
ame eft capable. Auguſte qui pardonne a
Cinna , n'eſt pas plus généreux que Warvick
empriſonné par Edouard , & qui ne
fort de ſa priſon que pour le couronner
une ſeconde fois . Les acclamations univerfelles
données au Comte de Warvick
dans ce moment , font un témoignage
irrécuſable contre les détracteurs
de la Scène Françoiſe . Ce n'eſtpoint affez
qu'un beau diſcours devenu preſque une
action par la véhémente éloquence de
l'Orateur , nous imprime des leçons de
vertu , ce ſont des exemples de générofité
qui nous frappent au Théatre , qui rappellent
l'homme à ſa première dignité :
ce font peut - être ces applaudiſſemens
unanimes & forcés que nous donnons à
la vertu qui nous emportent juſqu'à elle ,
qui nous rendent capables d'y atteindre ,
& font du Théatre même une école de
moeurs , que rien ne peut remplacer.
A iiij
NOMS DES ACTEURS.
YORCK , Roi d'Angleterre , ſous le nom
d'Edouard.
MARGUERITE D'AN JOU , femme de
Lancaftre , Roi d'Angleterre, ſous le nom
de HENRY.
LE COMTE DE WARVICK.
SUFFOLK , Confident d'Edouard.
SUMMER , Ami de Warvick.
ELISABETH , Amante de Warwick.
NEVILLE , Confidente de Margueritean
GARDES.
?
A
C
Ho La Scène est à Londres.
?
1612
ACTE PREMIER
MARGUERITE ouvre la ſcèneavecNéville
ſa confidente , & lui découvre les
ſecrets motifs de ſa joie &de ſes nouvelles
eſpérances : Edouard vainqueur de
Henri VI , & placé ſur ſon Trône par la
valeur & l'amitié de Warvick , va dans
l'absence de ce guerrier lui ravir ſa Maîtreffe
, & doit ce jour même épouſer Elifabeth
de Gray. Marguerite ſe flatte que
Warvick , irrité d'un affront fi peu attendu
, va travailler avec elle à rétablir
fon mari ſur le Trône d'Angleterre :
c'eſt pourquoi elle ſe propoſe d'obtenir
d'Edouard la liberté de paſſer en France
pour y joindre le Comte de Warvick ,
& l'inſtruire des amours & de l'ingratitude
du Maître qu'il s'eſt donné.
Edouard , ſans lui refuſer ni lui accorder
ſa demande , lui fait entendre que
le moment de la paix ſera celui de ſa liberté.
Le Roi ouvre à Suffolck les replis
de ſon coeur , il lui confie ſes projets , ſes
craintes , ſes combats, la violence de fon
amour . C'eſt ſurtout l'amitié de Warvick
qui lui peſe ; c'eſt Warvick , c'eſt un ami
Av
A
qu'il craint d'offenſer ; mais il eſpere le
fléchir & ordonne à Suffolck de ſe rendre
à la Cour de France , &c. &c. Alors
on apprend que le Comte vient d'arriver
dans Londres aux acclamations de tout le
Peuple , & le Roi ſe retire dans le plus
grand trouble .
Telle eſt la marche du premier Acte ,
nous n'en citerons qu'un trait rendu ſublime
par Mademoiselle Dumeſnil , &
qui le paroîtra peut - être encore ſans
elle.
Cet MARGUERITE qui parle.
Demomens en momens j'attendois le trépas ;
Unbrigand ſe préſente ,& fon avide joie
Brille dans ſes regards à l'aſpect de ſa proie.
Il eſt prêt à frapper : je reſtai ſans frayeur ,
Un eſpoir imprévu vint ranimer mon coeur.
Sans guide , fans ſecours ,dans ce lieu folitaire,
J'oſai dans ce brigand voir un Dieu tutélaire.
« Tiens , approche , ( lui dis-je, en lui montrant
mon fils , 1
Qu'à peine ſoutenoient mes bras appeſantis,)
Ofe fauver ton Prince , oſe ſauver ſamere.>>>>
J'étonnai , j'attendris ce mortel ſanguinaire ,
Mon inttépidité le rendit généreux. alloy
LeCiel veilloit alors fur mon fils malheureux,
Oubien le front des Rois , que le deſtin accable ;
Sous les traits du malheur ſemble plus refpectable,
a Suivez-moi , me dit-il , &le fer à la main ,
Portant mon fils de Pautre, il nous fraye un ches
9039
2
2
Et ce mortel abject , tout fier de ouvrage ,
fon
Sembloit , en me ſauvant , égaler mon courage.
apne me ACTE II
WARVICK commence à s'applaudir
C
avec Summer d'avoir rétabli la paix entre
deux Nations rivales & hautaines , d'avoir
obtenu pour fon Maître la Soeur de Louis
XI , & de ſe voir à la fois l'arbitre , la
zerreur & le foutien des Rois. C'eſt dans
cet eſprit qu'il rend compte enſuite au Roi
du ſuccès de ſa négociation , & qu'il ſe
félicite de l'avoir ſervi dans la Cour des
Rois comme dans les combats. Edouard
loue ſon zèle , & conſent à ratifier la paix,
mais non à épouſer la Soeur de Louis XI .
Le Comte de Warvick inſiſte ſur la né
ceffité de fatisfaire au traité dont il fut
garant lui-même ; & le Roi , fans lui devoiler
tout-à-fait le myſtère de ſes nouvelles
amours , ſe retire en lui laiſſant
voir autantde trouble que d'amitié : War
vick reſte dans l'étonnement. Marguerite
vient l'en tirer , & s'exprime ainfier
MARGUERITE. ( Elle continue àparler
d'Edouard.)
Onditque ſur ſon coeur l'amour leplus ardent
Prend, depuis quelques jours, un ſuprême afcen
dant....
1.
On dit plus , & peut- être allez-vous en douter :
Ondit que cet objet, qu'il eût dû reſpecter,
Avoit promis ſa main , gage d'unfeufincère,
Auplus grand des Guerriers qu'ait produit l'Angle
terre ,
A qui même Edouard doit toute fa grandeur :
Qu'Edouard lâchement trahit ſon bienfaiteur :
Que pour prix de ſon zèle , & d'une foi conſtantel
Il lui ravit enfin ſa femme& ſon amante!
Ce ſont-là ſes projets , ſes voeux & ſon eſpoir,
Et c'eſt Elifabeth qu'il époufe ce ſoir.
•
: • • :
Pourquoi trouveriez -vous ce récit incroyable?
Lorſque l'on a trahi ſon Prince & ſon devoir ,
Voilà, voilà le prix qu'on en doit recevoir.
Si Warvick eût ſuivi de plusjuſtes maximes ,
S'il eût cherché pour moi des exploits légitimes,
४
Il me connoît aſſez , pour croire quemon cosur
D'unplus digne retour eût payé ſa valeur.
Adieu. Dans peu d'inftans vous pourrez reconnoî
tre
Cequ'a produit pour vous le choix d'un nouveau
Maître;
Vous apprendrez bien-tôt qui vous deviez ſervir.
Vous apprendrez du moins qui vous devez hair .
Je rends grace au deſtin. Oui , ſa faveur commence
Amefaireaujourd'hui goûter quelque vengeance ;
Et j'ai vû l'ennemi qui combattit ſon Roi,
Puni parun ingrat qu'il ſervît contre moi.
Warvick veut encore douter des dif
cours de Marguerite , & de l'ingratitude
de fon ami ; mais Summer & enſuite Eli
ſabeth viennent confirmer tout ce qu'il
a appris . Warvick jure d'en tirer ven
geance. Elifabeth s'efforce en vain de le19
calmer , & Warvick fort en menaçant.
Cof
3????? ?????????????
MA
ACTE III
ARGUERITE s'applaudit d'avoir irrite
Warvick , & peint ainſi le génie des
Anglois dont il eſt l'idole .
MARGUERITE, a Néville.
:
おす
)
Ne crois pas qu'Edouard triomphe impunément,
Mets-toi devant les yeux ce long enchaînement
De meurtres , de forfaits , dont la guerre civile
A, depuis fi long-tems , épouvanté cette Iſle.
Songe au ſang dont nos yeux ont vû couler des
flots ,
по
3
53
A
Sous le fer des foldats , ſous le fer des bourreaux ;
Ou d'un père ou d'un fils chacun pleure la perte ,
Et d'un deuil éternel l'Angleterre eſt couverte.
De vingt mille proſcrits les malheureux enfans
Brûlent tous en ſecret de venger leurs parens ;
Ils ont tous entendu , le jour de leur naiſſance ,
Autour de leur berceau le cri de la vengeance :
Tous ont été , depuis , nourris dans cet eſpoir ,
Et pour eux , en naiſſant , le meurtre eſt un devoirs
Je te dirai bien plus , le ſang & le ravage
Ont endurci ce Peuple , ont irrité ſa rage;
Et depuis ſi long-tems au carnage exercé;
II conferve la foifdu ſang qu'il a verſé.
Mais elle craint que ce Guerrier trop
ſuperbe n'éclate en menaces inſultantes
devant fon maître , & que le Roi ne le
faffe arrêter , elle fort : ( ce qui laiſſe le
Théatre vuide afſfez inutilement. C'eſt un
défaut dont les plus grands Maîtres ont
donné l'exemple , mais que leurs éleves ne
doivent jamais imiter. )Edouard cependant
qui vient d'apprendre de Suffolck
que Warvick ne lui a répondu que par
des emportemens , commande qu'on l'éloigne
Mais Warvick paroît , &
lui fait une longue énumération de ſes
ſervices , il lui rappelle ſes propres difcours
fur le champ de bataille où fon
pere venoit d'expirer , & ſe plaint de
fon ingratitude . Edouard lui fait une
réponſe très-moderée , quoique noble , &
qu'on ſera peut-être bien aiſe de trouver
ici.
?
...
Ceft EDOUARD qui parle.
Moderez devant moi ce tranſportqui m'offenfe.
Vantez moins vos exploits, j'en connois l'impor
tance;
Mais ſçachez qu'Edouard , arbitre de ſon fort,
Auroit trouvé ſans vous la victoire ou llaamort;
Vous n'enpouvezdouter, vous devez me connol
tre.
Eh! quels ſont donc enfin les torts de votre Mai-
; tre?
Je vous promis beaucoup: vous ai-je donnémoins ?
Lerang, où pres de moi vous ontplacé mes ſoins,
L'éclat de vos honneurs, vosbiens, votre puiſlance,
Sont-ils de vains effets de ma reconnoiſſance ?
Il eſt vrai, j'ai cherché l'Hymen d'Elifabeth.
N'ai-je pû faire au moins ce qu'a fait mon Sujet ,
Etm'est- il défendu d'écouter ma tendreſſe ,
De brûler pour l'objet où votre eſpoir s'adreſſe ?
Queme reprochez-vous? Suis-je injuſte ou cruel ?
L'ai-je, comme unTyran , fait traîner à l'autel ??
Je me fuis , comme vous , efforcé de lui plaire ,
Je me ſuis appuyé de l'aveu de ſon pere ;
J'ai demandé le ſien; & s'il faut dire plus ,
Elle n'a point encor expliqué ſes refus.
Laiſſez-moi juſques-là me flatter que ma flamme
Quemes foins , mes reſpects , n'offenſent point fon
ame;
Etqu'un coeur qui du vôtre a mérité les voeux,
Peut être , malgré vous, ſenſible à d'autres feux.
•
WARVICK & EDOUARD.
Jamais Elifabeth ne me ſera ravie ,
Onvous ne l'obtiendrez qu'aux dépen de maviej
Jamais impunémentje ne fus offenfé
יצ
Y
EDOUARD.
Jamais impunément je ne fus menacé ;
Et fi d'une amitié , qui me fut long-tems chère?
Le ſouvenir encor n'arrêtoit ma colère ,
Vous en auriez déjà reſſenti les effets ....
Peut-être cet effort vaut ſeul tous vos bienfaits.
Nepouſſez pas plus loinma bonté qui ſe laſſe
Et ne me forcez pas à punir votre audace.
Edouard peut d'un mot venger ſes droits bleſſés,
Etfût-il votre ouvrage ; il eſt Roi, frémiſſez.
Le Comte de Warvick lui répond
par des reproches encore plus amers ;
Edouard fait entrer ſesGardes ; Elifabeth
arrive avec eux : le Comte lui exagere
les torts de l'ingrat Yorck , & la quitte
pour courir à la vengeance. Edouard or
donne qu'on arrête le Comte de Warvick .
Elifabeth demeure avec le Roi pour l'appaifer
, & l'on vient leur annoncer que
Warvick s'eſt laiſſe conduire à la tour ,
mais que le peuple s'émeut en fa faveur :
le Roi fort pour aller le contenir.
SOIVAAT
0
C
ACTE IV.
WARVICK feul & dans la prifon , fe
retrace ainſi le fort de ſon premier maître :
.. C'eſt dans ces lieux, dans cette tour horrible
Qu'à vivre dans les fers par moi ſeul condamné
Lemalheureux Henri languit abandonné ,
L'Oppreſſeur , l'Opprimé n'ont plus qu'un même
afyle.
Hélas ! dans ſon malheur il eſt calme& tranquille,
Il eſt loin de penſer qu'un revers plein d'horreur
Enchaîne auprès de lui ſon ſuperbe vainqueur.
Summer vient lui apprendre que le parti
de Marguerite doit bientôt le délivrer.
Warvick le conjure par les pleurs qu'il
verſe encore devant lui , de hâter le moment
de ſa liberté. Summer lui promet
tout , & fort pour lui obéir.
Plus calme après ces eſpérances , Warwick
réfléchit ſur l'illuſion qui l'a confolé
; Elifabeth arrive,
L'objet de cette Scène n'eſt ni précis ,
ni déterminé ; mais l'art de l'Auteur , la
figure aimable & la voix touchante de MademoiſelleDubois,
fur-tout les talens ſupérieurs
de M. Le Kain , qu'on peut appellerleGarrickFrançois
, concourent àpal
lier ce léger défaut .
Enfin des Gardes viennent chercher
Elifabeth pour la conduire auprès du
Roi ; Warvick retombe dans ſes incertitudes
, & dans l'agitation . Alors
des Gardes enfoncent la prifon , & Summer
à leur tête parle ainfi.
SCENE VII.
SUMMER..
J'apporte la vengeance ,
Ami , prenez ce fer ; foyez libre & vainqueur .
WARVICK.
Tout estdonc réparé ? .. Cherami , quel bonheut !
SUMMER.
Votre nom, votre gloire, & la Reine & moi-même ,
Tout range ſous vos loix un peuple qui vous aime
Marguerite , échappée aux Gardes du Palais ,
D'abord, à votre nom , raſſemble les Anglois ,
Jemejoins à ſes cris : tout s'émeut, tout s'emprefle,
Tous veulent vous offrir une main vengereſſe.
On attaque , on aſſiége Edouard allarmé
Avec Elifabeth au Palais renfermé.
Paroiſſez ; c'eſt à vous d'achever la victoire.
mivenez chercher la vengeance & la gloire.
WARVICK.
Voilàdonc où ſa faute & le fort l'ont réduit :
De ſon ingratitude il voît enfin le fruit.
Il l'a trop mérité. Marchons ... Warvick, arrête.
Tu vas donc d'une femme achever la conquête
Ecrafer fans effort un rival abbatu?
20 Sont-ce làdes exploits dignes de ta vertu ?
Eft-ce un ſi beautriomphe offert à ta vaillance ;
D'immoler Edouard, quand il eſt ſans défenſe ?
Ah!j'embraffe unprojetplus grand,plus généreux.
Voici de mes inftans l'inſtant le plus heureux.
Ce jour de mes malheurs eſt le jour de ma gloire.
C'eſt moiqui vais fixer le fort & la victoire.
Le deſtin d'Edouard ne dépend que de moi.
J'ai guidé ſa jeuneſſe & mon bras l'a fait Roi ;
J'al conſervé ſes jours & je vais les défendre .
Je luidonnai le ſceptre , &je vais le lui rendre
Detous les ennemis confondre les projets,
Et je veux le punit à force de bienfaitsig
Il connoîtra mon coeur autant que mon courage W
Une ſeconde fois il ſera monouvrage, Do
Qu'il va ſe repentir de m'avoir outrage
Combien it va rougir ! ... Amis , je ſuis venge.
Allons, braves Anglois , c'eſt Warvick qui vous
guide,
Ne déſavouez point votre Chef intrépide.
Sivous aimez l'honneur, venez tous avec mo
Et combattre Lançaſtre, & fauver votre Roi
Fin du quatrième Alte
uby
ACTE V
ELISABETH qui ne connoîtdeWarvick
que fa fureur &fes projets de vengeance ,
tremble également pour les jours de fon
amant , &pour ceux de fon Roi. Suffolck
vient la raſſurer par le récit de ce qui
s'eſt paffé ſous les yeux, Warvick a
diffipe le parti de Marguerite qui affiés
geoit Edouard dans ſon palais , & l'a
couronné pour la feconde fois. Elifabeth
ſe livre à la joie. Edouard l'augmente
encore en lui déclarant qu'il eſt prêt à
épouſer la foeur de Louis XI , & à
l'unir au Comte de Warvick. Marguerite
priſonniere , mais triomphante , leur apprend
qu'elle s'eſt vengée du Comte de
Warvick , & qu'il eſt expirant,
Voici les vers qui ſont dans la bouche
du Comte de Warvick qu'on amene ſur
le Théatre , & qui terminent la piece :
... Ecoutez moins de vains reſſentimens.
Renvoyez à Louis cette femme cruelle ,
Il pourroit la venger , ne craignez plus riend'elle.
Cepeuplequi m'aima ,la déteſte aujourd'hui
Quim'adonné la mort ne peut régner ſur lui,
Pleurez moinsmon trépas. Macarriere eſt finic
Aumoment leplus beaudont s'illuſtrama vie.
Mavoix a fait encor le deſtin des Anglois :
Etj'emporte au tombeau ma gloire & vos regrets
Π
WARVICK continueens'adreſſant à EDOUARD.
N'accuſons de vos maux que yous & que moi
même.
Votre amour fut aveugle &mon orgueil extrême,
Vous aviez oublié mes ſervices : &moi
J'oubliai trop , hélas ! que vous étiez monRei,
J'ai l'honneur d'être ,
MESSIEURS,
Votre très-humble & très
obéiſſant Serviteur ,
JOUBERT.
Fermer
Résumé : LETTRE AUX AUTEURS DU MERCURE DE FRANCE SUR LE COMTE DE WARVICK TRAGÉDIE NOUVELLE EN CINQ ACTES ET EN VERS Représentée, pour la première fois, le lundi 7 Novembre 1763.
La lettre aux auteurs du Mercure de France présente la tragédie 'Le Comte de Warwick', représentée pour la première fois le 2 novembre 1763. L'auteur de la pièce, Jean-François de La Harpe, est comparé à Corneille, Racine et Voltaire, soulignant son talent précoce et prometteur. La tragédie est appréciée pour son plan bien conçu, ses personnages nobles et contrastés, ainsi que pour son style élégant et sa versification harmonieuse. Elle se distingue par des dialogues précis et l'absence de maximes rebattues. L'intrigue se déroule à Londres en 1612 et met en scène des personnages historiques tels que le roi Édouard, Marguerite d'Anjou, le comte de Warwick, et Élisabeth. Marguerite, épouse de Henri VI, espère que Warwick, irrité par l'infidélité d'Édouard, l'aidera à restaurer son mari sur le trône. Édouard est partagé entre son amour pour Élisabeth et son amitié pour Warwick. La pièce explore les thèmes de la loyauté, de l'ingratitude et de la générosité, avec Warwick incarnant une grandeur d'âme comparable à celle d'Auguste pardonnant Cinna. Les actes suivants développent les tensions entre Warwick et Édouard, avec Marguerite manipulant les événements pour provoquer une rébellion. Warwick, après avoir été emprisonné, est libéré par le peuple et retourne sur le trône. La pièce illustre la capacité du théâtre à inspirer des leçons de vertu et de générosité. Warwick, confronté à des dilemmes moraux et politiques, hésite à se venger d'Édouard mais décide de le protéger et de restaurer son trône. Il rappelle son rôle crucial dans l'ascension d'Édouard et rallie les Anglais pour combattre les ennemis du roi. Élisabeth, amoureuse de Warwick, est rassurée par Suffolk qui lui raconte les actions héroïques de Warwick. Édouard, reconnaissant, accepte d'épouser la sœur de Louis XI et de l'unir à Warwick. Marguerite, prisonnière, révèle que Warwick est mortellement blessé. Sur son lit de mort, Warwick conseille Édouard de renvoyer la femme cruelle à Louis XI et exprime son regret pour les erreurs passées. Il meurt en héros, laissant derrière lui une nation reconnaissante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1903
p. 7-16
MÉMOIRE historique sur le Titre, l'objet & les divers progrès du JOURNAL intitulé aujourd'hui MERCURE DE FRANCE.
Début :
LA premiere époque des Mercures, non seulement en France , mais peut-être [...]
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texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE historique sur le Titre, l'objet & les divers progrès du JOURNAL intitulé aujourd'hui MERCURE DE FRANCE.
MÉMOIRE historique sur le Titre,
l'objet & les divers progrès du JOURNAL
intitulé aujourd'hui MERCURE
DE FRANCE.
LA premiere époque des Mercures,
non seulement en France , mais peut-être
dans l'Europe , pourroit fe rappor-
ter à l'année 1605 , où parut , avec
Privilége du Roi , l'Hiftoire de la Paix
fous le titre de Chronologie Septenaire ,
سم
A iv
8
MERCURE DE FRANCE .
par le Docteur Caiet , ( a ) laquelle com---
prend des relations depuis le com-
mencement de l'an 1598 , jufqu'à la fin
de 1604. Le Mercure François portant
dans l'intitulé du premier Volume , pour
fuite dufeptenaire du D. Caiet , reprend
en effet l'hiftoire des événemens au com-
mencement de 1605 & la continue
,
en XXV Tomes in-8° , jufqu'à la fin
de 1644. A peu-près dans le même temps
le célébre Vittorio Siri , écrivoit fes re-
lations fur l'Hiftoire de France, & , rela-
tivement à cet objet , d'autres concer-
nant diverfes Nations. Il donna auffi
à cet Ouvrage le titre de. Mercure. C'eft
le même que toute l'Europe Litteraire
connoît fous le titre de Mercurio da
Vittorio Siri & dont elle fait tant
>
de cas pour la fidélité & pour les dé-
tails hiftoriques. Ce Mercure Italien
comprend depuis le commencement de
l'année 1640 juſqu'à la fin de 1655. (b)
(a ) On lit dans quelques Auteurs Cajet , Cayer
ou Cahier. Cer Auteur avoit été Miniftre dans la
Religion Proteftante , enfuite Prêtre & Docteur
dans l'Eglife Romaine. Sa Chronologie Septenaire
avoit eu tant de fuccès , qu'on l'avoit engagé à
écrire la Chronologie Novenaire , qui fait corps.
aujourd'hui , ainfi que la premiere , avec le Mer
cure François.
(b ) Le troifiéme Tome in - 4 de la traduction
de cet Ouvrage , a paru ( chez Durand , en 1759.
JANVIER. 1764.
9
On s'est donc , pour ainfi dire , réuni
alors , fans fe communiquer , à intituler
Mercure , par une expreſſion figurée , les
Ouvrages qui annonçoient quelque
chofe de nouveau. Cette définition affez
jufte, que nous empruntons des Auteurs
du Dictionnaire de Trévoux , eft puifée
dans la Nature & dans l'objet de plu-
fieurs Ouvrages eftimés , qui ont paru
fous ce titre. On y trouvera encore des
caractères plus particulierement diſtin-
Etifs.
Le dernier Volume du Mercure Fran-
çois eft de 1646 ; & ce ne fut qu'en
1672 que feu M. Danau de Vifé en-
treprit de continuer , ou plutôt de re-
prendre cet Ouvrage. Les relations fur
les événemens remarquables à la Cour ,
à la Ville , à l'Armée , les nouvelles
publiques , domeftiques , civiles & étran-
geres
font le corps fondamental de
ces Mercures & des autres fuivans. Ce
Journal devint donc , pour ainsi dire ,
le Journal de la Cour, ou même, comme
s'en explique ce premier continuateur
du Mercure François , une hiftoire par
ticuliere & journalière du feu Roi de
glorieufe mémoire .
Par là l'Auteur du Mercure fe trou-
voit être à l'égard de l'Hiftoriographe
A.v..
Jo MERCURE DE FRANCE.
de France , comme les Officiers du Roi,
dont le fervice eft plus ordinaire & plus
intime que celui de certains Offices fupé-
rieurs. On jugea probablement qu'il
devoit être attaché à la Cour & la fui-
vre. Tels furent les motifs qui détermi-
nerent à attribuer l'expédition des Bré-
vets exclufifs , pour la compofition de
ce Mercure , au Miniftre chargé du Dé-
partement de la Maifon du Roi. Les
mêmes raifons avoient fait , fans doute,
accorder à M. de Vifé un logement au
Louvre , dont il a joui jufques à fa
mort. L'expédition des Brévets , la dif-
tribution des graces fur le Mercure , &
la difcipline économique fur tout ce
qui concerne ce Journal , font encore
dans ce même Département .
26 ans d'intervalle entre le dernier
Mercure François & celui de M. de Vife
avoient amené une révolution dans le
goût du Public , qui engagea cet Au-
teur à ne fe pas renfermer dans les
fimples relations hiftoriques des évé-
nemens civils & politiques ; & quoi-
que fes premiers volumes ne contien-
nent que très-peu d'autres matières, ilfe
prépara le droit de varier davantage fon
Mercure , en lui donnant le titre de Ga-
lant ; titre dont l'attrait eft facile à ap-
JANVIER. 1764.
Il faut voir
TI
percevoir dans une jeune Cour & dans
l'époque où l'on faifoit reparoître ce
Journal. Il joignit fucceffivement à la
partie hiftorique une Littérature légè-
re , des Piéces de Poefie , des détails
fur les Théâtres , & enfin une variété
prèfqu'indéfinie , mais fans jamais aban-
donner la parité ou plutôt l'identité de
ce Mercure avec le Mercure François ,
quant au fond & à l'objet principal
qui fe trouvent être précifément les
mêmes. Cet Auteur fe propofe ; & il
exécute , ainfi que fes fucceffeurs , de
raffembler une fuite de faits hiftori-
ques , de les fonder pour la plupart fur
des Piéces originales , ainfi que l'a-
voit fait l'Auteur duMERCURE FRAN-
ÇOIS , & Vittorio Siri dans fon Mer-
cure Italien . C'eft précisément cette
forme & cette manière de conftater
quelques branches de l'hiftoire de fon
temps , qui fait le caractère diftin&tif
des Mercures d'avec les autres Jour-
naux .
,
fur cela , le plan de
M. de Vife dans fon Epître dé-
dicatoire au Roi , dans plufieurs de fes
Préfaces , & dans la fuite même de fon
Ouvrage. Comme il vouloit rendre fon
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
Journal de plus en plus littéraire
prit des Priviléges en Chancellerie , en
conféquence des Brévets du Roi
ainfi qu'ont fait fes fucceffeurs ; & à
mefure que le Mercure s'eft tourné vers
cette partie , il paroît s'être rangé de
plus en plus fous la difcipline du Chef
de la Magiftrature pour l'exécution de
l'Ouvrage & l'éxercice de fes Priviléges.
Celui du 31 Décembre 1677 ,
en
faveur du même Danau de Vifé ,
annonce le fuccès de la forme qu'il
avoit donnée au nouveau Mercure. Ce
Privilége , très -étendu & très -favorable
aux droits de ce Journal , déclare fpé-
cialement que la volonté de Mgr le
Dauphin eft qu'il lui foit dédié , & pa-
roiffe chaque mois fous fes aufpices.
Après la mort de M. de Vifé , le Roi
choifit Charles Du FRESNI , fieur DE
RIVIERE , l'un de fes Valets-de- cham-
bre ordinaires, pour la compofition du
Mercure , & lui en fit expédier le
Brévet.
Get Auteur, dont on connoît le ca-
ractère ingénieux de l'efprit , procura
d'abord un nouveau luftre à ce Jour-
nal. Il y a des Mercures de fon temps ,
diftingués par un agrément fingulier ,
qui font encore très - recherchés. Mais
JANVIER. 1764.
I'
il hégligea bientôt ce travail : il fe don-
na des affociés ; & lorfqu'en 171+ , le
fieur le Févre devint feul en fon nom
Titulaire du Mercure , il femble que ce
fut par arrangement avec Dufrefni.
L'Abbé Buchet , Titulaire du Mer
cure en 1717 , donna , ou plutôt ajouta
une nouvelle forme à cet Ouvrage, qui
lui valut de nouveaux fuccès. Dans le
Privilége accordé à cet Auteur , le Mer-
cure eft intitulé Mercure François &
galant ; & l'Abbé Buchet ne négligea
pas dans la Préface qu'il mit à la tête
de fon premier Volume , d'obferver que
ce titre rappelloit la premiere origine du
Mercure, qu'il rapporte au Mercure Fran-
çois , dont nous avons parlé.
Le Privilége de cet Auteur & la Pré-
face que l'on vient de citer , font des
titres & une époque finguliérement ef-
fentiels aux droits & aux prérogatives
de ce Journal. On y trouve le develop-
pement & l'énumération de la variété
infinie des matières qui doivent compo-
fer le Mercure , & qui , felon fes ter-
mes , font naturellement & de droit de
fon reffort & entrent dans fon appana-
ge. Il étoit fordé à établir ce droit fi
étendu fur une poffeffion déja ancienne
& confirmée par un Privilége précé-
14 MERCURE DE FRANCE .
dent de 1710 , où l'on lit ces paroles
empruntées du Brévet du Roi , conte-
nant
en parlant des Mercures ) plu-
fieurs Nouvelles , Relations , Hiftoires
,
& généralement tout ce qui dépend dudit
Livre , & qu'on a continué d'y mettre
depuis 30 ans.
Il y a lieu de croire que le Mercure,
devenant plus étendu fur la Littérature
fut , par cette raifon, plus ftrictement at-
taché à la difcipline générale de la Li-
brairie. C'eft dans les Mercures de cette
année ( 1717 ) que l'on commence à
trouver les approbations de Cenfeurs
Royaux. La première eft de l'Abbé
Terrafon . Le Mercure fut
compofé par MM.
Juillet 1721.
enfuite
Fuzelier & de la
Roque , Affociés à M. Dufrefni , dont
le mom reparoît dans le Privilége du 3
Ce furent ces Auteurs qui eurent l'hon-
neur de dédier & de préfenter au Roi
en 1724 le Mercure de France qui a
continué de paroître fous ce titre
ainfi qu'avoit
fait feu M. de Vifé
lorfqu'il donna le premier vol. du Mer-
cure Galant. A la fin de cette même
année , après la mort de M. DU FRES-
NI , M. DE LA ROQUE refta feul Ti-
tulaire & Auteur du Mercure , qu'il
JANVIER. 1764.
15
continua jufqu'à fa mort arrivée en 1744.
Le Roi nomma alors MM. FUZELIER
& LABRUERE ; & leur Privilége eſt le
premier qui fut chargé d'une penfion .
Chacun des Auteurs fuivans en ont
eu de nouvelles , ce qui forme aujour-
d'hui le fond le plus confidérable au
profit des Gens de Lettres diftingués
par leurs fervices ou par leur célébrité.
Après la mort de M. FUZELIER , ar-
rivée en 1752 , M. DE LABRUERE
jouit feul du Privilége du Mercure.
Etant mort au mois de Septembre 1754,
Sa Majefté , par Brévet du 12 Octobre
de la même année , accorda ce Privi-
lége à feu M. DE BOISSI , de l'Acadé-
mie Françoiſe , pour commencer à en
jouir feulement du premier Janvier
1755 ; & le produit des Volumes du
reflant de cette année , fut laiffé à M.
l'Abbé RAYNAL , qui avoit compofé
le Mercure pendant l'abfence du dernier
Titulaire.
M. DE BOISSY mourut au mois d'A-
vril 1758. M. DE BOISSY fils rédigea
le Mercure jufques & compris le deu
xiéme Vol. de Juillet de cette année.
M. MARMONTEL , à qui ce Privilége
avoit été accordé,commença à l'exercer
au mois d'Août fuivant.
16 MERCURE DE FRANCE.
- M. DE LA PLACE a fuccédé aux
droits & à l'exercice de ce même Pri-
vilége par Brévet du 20 Janvier 1760 ,
& commença d'en jouir au premier
Février de cette année.
Par Brévet particulier , M. DE L
GARDE , ancien Penfionnaire de ce
Journal , fut, quelque temps après , ad-
joint au Privilége de M. DE LA PLACE ,
pour tout ce qui concerne la partie des
Théâtres ; ce qu'il commença d'exer-
cer au premier Février de l'année 1761 .
Le nombre des Volumes du Mercure,
y compris le premier Volume du Mer-
cure galant de 1672 , & le Volume de
Décembre 1763 du Mercure de France ,
eft de 1232 Volumes.
Dans les Bibliothéques où l'on eft
curieux de collections complettes , on
joint à ce nombre de Volumes les 25
du Mercure François , le Septenaire ,
le'Novenaire & les Mémoires de la Li-
gue. Pour remplir l'interruption depuis
1644 , où finit la matière du Mercure
François , jufqu'au premier Mercure de
VISÉ , on joint une vingtaine de Re-
lations imprimées en Volumes particu
liers.
l'objet & les divers progrès du JOURNAL
intitulé aujourd'hui MERCURE
DE FRANCE.
LA premiere époque des Mercures,
non seulement en France , mais peut-être
dans l'Europe , pourroit fe rappor-
ter à l'année 1605 , où parut , avec
Privilége du Roi , l'Hiftoire de la Paix
fous le titre de Chronologie Septenaire ,
سم
A iv
8
MERCURE DE FRANCE .
par le Docteur Caiet , ( a ) laquelle com---
prend des relations depuis le com-
mencement de l'an 1598 , jufqu'à la fin
de 1604. Le Mercure François portant
dans l'intitulé du premier Volume , pour
fuite dufeptenaire du D. Caiet , reprend
en effet l'hiftoire des événemens au com-
mencement de 1605 & la continue
,
en XXV Tomes in-8° , jufqu'à la fin
de 1644. A peu-près dans le même temps
le célébre Vittorio Siri , écrivoit fes re-
lations fur l'Hiftoire de France, & , rela-
tivement à cet objet , d'autres concer-
nant diverfes Nations. Il donna auffi
à cet Ouvrage le titre de. Mercure. C'eft
le même que toute l'Europe Litteraire
connoît fous le titre de Mercurio da
Vittorio Siri & dont elle fait tant
>
de cas pour la fidélité & pour les dé-
tails hiftoriques. Ce Mercure Italien
comprend depuis le commencement de
l'année 1640 juſqu'à la fin de 1655. (b)
(a ) On lit dans quelques Auteurs Cajet , Cayer
ou Cahier. Cer Auteur avoit été Miniftre dans la
Religion Proteftante , enfuite Prêtre & Docteur
dans l'Eglife Romaine. Sa Chronologie Septenaire
avoit eu tant de fuccès , qu'on l'avoit engagé à
écrire la Chronologie Novenaire , qui fait corps.
aujourd'hui , ainfi que la premiere , avec le Mer
cure François.
(b ) Le troifiéme Tome in - 4 de la traduction
de cet Ouvrage , a paru ( chez Durand , en 1759.
JANVIER. 1764.
9
On s'est donc , pour ainfi dire , réuni
alors , fans fe communiquer , à intituler
Mercure , par une expreſſion figurée , les
Ouvrages qui annonçoient quelque
chofe de nouveau. Cette définition affez
jufte, que nous empruntons des Auteurs
du Dictionnaire de Trévoux , eft puifée
dans la Nature & dans l'objet de plu-
fieurs Ouvrages eftimés , qui ont paru
fous ce titre. On y trouvera encore des
caractères plus particulierement diſtin-
Etifs.
Le dernier Volume du Mercure Fran-
çois eft de 1646 ; & ce ne fut qu'en
1672 que feu M. Danau de Vifé en-
treprit de continuer , ou plutôt de re-
prendre cet Ouvrage. Les relations fur
les événemens remarquables à la Cour ,
à la Ville , à l'Armée , les nouvelles
publiques , domeftiques , civiles & étran-
geres
font le corps fondamental de
ces Mercures & des autres fuivans. Ce
Journal devint donc , pour ainsi dire ,
le Journal de la Cour, ou même, comme
s'en explique ce premier continuateur
du Mercure François , une hiftoire par
ticuliere & journalière du feu Roi de
glorieufe mémoire .
Par là l'Auteur du Mercure fe trou-
voit être à l'égard de l'Hiftoriographe
A.v..
Jo MERCURE DE FRANCE.
de France , comme les Officiers du Roi,
dont le fervice eft plus ordinaire & plus
intime que celui de certains Offices fupé-
rieurs. On jugea probablement qu'il
devoit être attaché à la Cour & la fui-
vre. Tels furent les motifs qui détermi-
nerent à attribuer l'expédition des Bré-
vets exclufifs , pour la compofition de
ce Mercure , au Miniftre chargé du Dé-
partement de la Maifon du Roi. Les
mêmes raifons avoient fait , fans doute,
accorder à M. de Vifé un logement au
Louvre , dont il a joui jufques à fa
mort. L'expédition des Brévets , la dif-
tribution des graces fur le Mercure , &
la difcipline économique fur tout ce
qui concerne ce Journal , font encore
dans ce même Département .
26 ans d'intervalle entre le dernier
Mercure François & celui de M. de Vife
avoient amené une révolution dans le
goût du Public , qui engagea cet Au-
teur à ne fe pas renfermer dans les
fimples relations hiftoriques des évé-
nemens civils & politiques ; & quoi-
que fes premiers volumes ne contien-
nent que très-peu d'autres matières, ilfe
prépara le droit de varier davantage fon
Mercure , en lui donnant le titre de Ga-
lant ; titre dont l'attrait eft facile à ap-
JANVIER. 1764.
Il faut voir
TI
percevoir dans une jeune Cour & dans
l'époque où l'on faifoit reparoître ce
Journal. Il joignit fucceffivement à la
partie hiftorique une Littérature légè-
re , des Piéces de Poefie , des détails
fur les Théâtres , & enfin une variété
prèfqu'indéfinie , mais fans jamais aban-
donner la parité ou plutôt l'identité de
ce Mercure avec le Mercure François ,
quant au fond & à l'objet principal
qui fe trouvent être précifément les
mêmes. Cet Auteur fe propofe ; & il
exécute , ainfi que fes fucceffeurs , de
raffembler une fuite de faits hiftori-
ques , de les fonder pour la plupart fur
des Piéces originales , ainfi que l'a-
voit fait l'Auteur duMERCURE FRAN-
ÇOIS , & Vittorio Siri dans fon Mer-
cure Italien . C'eft précisément cette
forme & cette manière de conftater
quelques branches de l'hiftoire de fon
temps , qui fait le caractère diftin&tif
des Mercures d'avec les autres Jour-
naux .
,
fur cela , le plan de
M. de Vife dans fon Epître dé-
dicatoire au Roi , dans plufieurs de fes
Préfaces , & dans la fuite même de fon
Ouvrage. Comme il vouloit rendre fon
A vj
12 MERCURE DE FRANCE .
Journal de plus en plus littéraire
prit des Priviléges en Chancellerie , en
conféquence des Brévets du Roi
ainfi qu'ont fait fes fucceffeurs ; & à
mefure que le Mercure s'eft tourné vers
cette partie , il paroît s'être rangé de
plus en plus fous la difcipline du Chef
de la Magiftrature pour l'exécution de
l'Ouvrage & l'éxercice de fes Priviléges.
Celui du 31 Décembre 1677 ,
en
faveur du même Danau de Vifé ,
annonce le fuccès de la forme qu'il
avoit donnée au nouveau Mercure. Ce
Privilége , très -étendu & très -favorable
aux droits de ce Journal , déclare fpé-
cialement que la volonté de Mgr le
Dauphin eft qu'il lui foit dédié , & pa-
roiffe chaque mois fous fes aufpices.
Après la mort de M. de Vifé , le Roi
choifit Charles Du FRESNI , fieur DE
RIVIERE , l'un de fes Valets-de- cham-
bre ordinaires, pour la compofition du
Mercure , & lui en fit expédier le
Brévet.
Get Auteur, dont on connoît le ca-
ractère ingénieux de l'efprit , procura
d'abord un nouveau luftre à ce Jour-
nal. Il y a des Mercures de fon temps ,
diftingués par un agrément fingulier ,
qui font encore très - recherchés. Mais
JANVIER. 1764.
I'
il hégligea bientôt ce travail : il fe don-
na des affociés ; & lorfqu'en 171+ , le
fieur le Févre devint feul en fon nom
Titulaire du Mercure , il femble que ce
fut par arrangement avec Dufrefni.
L'Abbé Buchet , Titulaire du Mer
cure en 1717 , donna , ou plutôt ajouta
une nouvelle forme à cet Ouvrage, qui
lui valut de nouveaux fuccès. Dans le
Privilége accordé à cet Auteur , le Mer-
cure eft intitulé Mercure François &
galant ; & l'Abbé Buchet ne négligea
pas dans la Préface qu'il mit à la tête
de fon premier Volume , d'obferver que
ce titre rappelloit la premiere origine du
Mercure, qu'il rapporte au Mercure Fran-
çois , dont nous avons parlé.
Le Privilége de cet Auteur & la Pré-
face que l'on vient de citer , font des
titres & une époque finguliérement ef-
fentiels aux droits & aux prérogatives
de ce Journal. On y trouve le develop-
pement & l'énumération de la variété
infinie des matières qui doivent compo-
fer le Mercure , & qui , felon fes ter-
mes , font naturellement & de droit de
fon reffort & entrent dans fon appana-
ge. Il étoit fordé à établir ce droit fi
étendu fur une poffeffion déja ancienne
& confirmée par un Privilége précé-
14 MERCURE DE FRANCE .
dent de 1710 , où l'on lit ces paroles
empruntées du Brévet du Roi , conte-
nant
en parlant des Mercures ) plu-
fieurs Nouvelles , Relations , Hiftoires
,
& généralement tout ce qui dépend dudit
Livre , & qu'on a continué d'y mettre
depuis 30 ans.
Il y a lieu de croire que le Mercure,
devenant plus étendu fur la Littérature
fut , par cette raifon, plus ftrictement at-
taché à la difcipline générale de la Li-
brairie. C'eft dans les Mercures de cette
année ( 1717 ) que l'on commence à
trouver les approbations de Cenfeurs
Royaux. La première eft de l'Abbé
Terrafon . Le Mercure fut
compofé par MM.
Juillet 1721.
enfuite
Fuzelier & de la
Roque , Affociés à M. Dufrefni , dont
le mom reparoît dans le Privilége du 3
Ce furent ces Auteurs qui eurent l'hon-
neur de dédier & de préfenter au Roi
en 1724 le Mercure de France qui a
continué de paroître fous ce titre
ainfi qu'avoit
fait feu M. de Vifé
lorfqu'il donna le premier vol. du Mer-
cure Galant. A la fin de cette même
année , après la mort de M. DU FRES-
NI , M. DE LA ROQUE refta feul Ti-
tulaire & Auteur du Mercure , qu'il
JANVIER. 1764.
15
continua jufqu'à fa mort arrivée en 1744.
Le Roi nomma alors MM. FUZELIER
& LABRUERE ; & leur Privilége eſt le
premier qui fut chargé d'une penfion .
Chacun des Auteurs fuivans en ont
eu de nouvelles , ce qui forme aujour-
d'hui le fond le plus confidérable au
profit des Gens de Lettres diftingués
par leurs fervices ou par leur célébrité.
Après la mort de M. FUZELIER , ar-
rivée en 1752 , M. DE LABRUERE
jouit feul du Privilége du Mercure.
Etant mort au mois de Septembre 1754,
Sa Majefté , par Brévet du 12 Octobre
de la même année , accorda ce Privi-
lége à feu M. DE BOISSI , de l'Acadé-
mie Françoiſe , pour commencer à en
jouir feulement du premier Janvier
1755 ; & le produit des Volumes du
reflant de cette année , fut laiffé à M.
l'Abbé RAYNAL , qui avoit compofé
le Mercure pendant l'abfence du dernier
Titulaire.
M. DE BOISSY mourut au mois d'A-
vril 1758. M. DE BOISSY fils rédigea
le Mercure jufques & compris le deu
xiéme Vol. de Juillet de cette année.
M. MARMONTEL , à qui ce Privilége
avoit été accordé,commença à l'exercer
au mois d'Août fuivant.
16 MERCURE DE FRANCE.
- M. DE LA PLACE a fuccédé aux
droits & à l'exercice de ce même Pri-
vilége par Brévet du 20 Janvier 1760 ,
& commença d'en jouir au premier
Février de cette année.
Par Brévet particulier , M. DE L
GARDE , ancien Penfionnaire de ce
Journal , fut, quelque temps après , ad-
joint au Privilége de M. DE LA PLACE ,
pour tout ce qui concerne la partie des
Théâtres ; ce qu'il commença d'exer-
cer au premier Février de l'année 1761 .
Le nombre des Volumes du Mercure,
y compris le premier Volume du Mer-
cure galant de 1672 , & le Volume de
Décembre 1763 du Mercure de France ,
eft de 1232 Volumes.
Dans les Bibliothéques où l'on eft
curieux de collections complettes , on
joint à ce nombre de Volumes les 25
du Mercure François , le Septenaire ,
le'Novenaire & les Mémoires de la Li-
gue. Pour remplir l'interruption depuis
1644 , où finit la matière du Mercure
François , jufqu'au premier Mercure de
VISÉ , on joint une vingtaine de Re-
lations imprimées en Volumes particu
liers.
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1904
p. 51-53
VERS à Madame DE MONT...
Début :
HEUREUX celui dont le sage génie, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Madame DE MONT...
VERS à Madame DE MONT...
HEUREUX celui dont le sage génie,
Tantôt épris des leçons d'Uranie ,
Tantôt fenfible aux charmes des beaux vers ,
Peut dans un livre oublier l'Univers !
Racine & Lock , Malebranche & Voltaire ,
Ont tour-â-tour des droits fur fes momens ;
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Environné de ces maîtres charmans ,
Nés à la fois pour inftruire & pour plaire ,
Ses fentimens & les goûts différens
Trouvent toujours dequoi fe fatisfaire.
Le beau l'enchante & la Raifon l'éclaire ;
Il ne voit point d'ennemis dans les fers ;
Son front n'eft point orné d'un diadême ;
Il n'eft point Roi de cent Peuples divers ;
Il est bien plus ,il eft Roi de lui-même .
Il fut un temps où mes tranquilles jours
Couloient ainfi
le Dieu de la Sagelſe ,
Celui des Vers , celui de la Moleſſe
Y préfidoient , en partageoient le cours.
Qu'alors Racine avoit pour moi de charmes !
Le vertueux , le tendre Xipharés
Dans fes dangers excitoit mes allarmes ;
Monime en pleurs faifoit couler mes larmes ;
Je plaignois Phédre au milieu des forfaits.
De Crébillon la mâle hardieffe
Verfoit dans moi l'horreur & la tendreffe.
Le grand pinceau dont la noble chaleur
Peignit fi bien Orofmane & Zaïre ,
Faifoit paffer dans mon fenfible cœur
Les mouvemens de Zamore & d'Alzire.
Ce cœur privé de fentimens à lụi ,
S'attendriffoit fur le malheur d'autrui !…..
Ce temps n'eft plus , une fource étrangère
Ne fournit plus les pleurs que je répands,
Je pleurs , hélas ! fur ma propre mifère.
}
T
JANVIER. 1764.
Défefpéré du trouble de mes fens , Depuis l'instant que mes yeux vous ont vue,
Je pleurs , hélas ! ma liberté perdue. De B.
HEUREUX celui dont le sage génie,
Tantôt épris des leçons d'Uranie ,
Tantôt fenfible aux charmes des beaux vers ,
Peut dans un livre oublier l'Univers !
Racine & Lock , Malebranche & Voltaire ,
Ont tour-â-tour des droits fur fes momens ;
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Environné de ces maîtres charmans ,
Nés à la fois pour inftruire & pour plaire ,
Ses fentimens & les goûts différens
Trouvent toujours dequoi fe fatisfaire.
Le beau l'enchante & la Raifon l'éclaire ;
Il ne voit point d'ennemis dans les fers ;
Son front n'eft point orné d'un diadême ;
Il n'eft point Roi de cent Peuples divers ;
Il est bien plus ,il eft Roi de lui-même .
Il fut un temps où mes tranquilles jours
Couloient ainfi
le Dieu de la Sagelſe ,
Celui des Vers , celui de la Moleſſe
Y préfidoient , en partageoient le cours.
Qu'alors Racine avoit pour moi de charmes !
Le vertueux , le tendre Xipharés
Dans fes dangers excitoit mes allarmes ;
Monime en pleurs faifoit couler mes larmes ;
Je plaignois Phédre au milieu des forfaits.
De Crébillon la mâle hardieffe
Verfoit dans moi l'horreur & la tendreffe.
Le grand pinceau dont la noble chaleur
Peignit fi bien Orofmane & Zaïre ,
Faifoit paffer dans mon fenfible cœur
Les mouvemens de Zamore & d'Alzire.
Ce cœur privé de fentimens à lụi ,
S'attendriffoit fur le malheur d'autrui !…..
Ce temps n'eft plus , une fource étrangère
Ne fournit plus les pleurs que je répands,
Je pleurs , hélas ! fur ma propre mifère.
}
T
JANVIER. 1764.
Défefpéré du trouble de mes fens , Depuis l'instant que mes yeux vous ont vue,
Je pleurs , hélas ! ma liberté perdue. De B.
Fermer
1905
p. 58-60
LA VOIX DE LA NATURE, ou Aventures de Madame la Marquise de ***. Par Mad. de R. R. Auteur de la Payfane Philofophe ; Amsterdam, 1763, & se trouve à Paris chez les Libraires qui vendent les Nouveautés, & spécialement chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût. Petit in-12, cinq parties.
Début :
LA MULTITUDE des Ouvrages nouveaux qui paroissent depuis quelques mois, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA VOIX DE LA NATURE, ou Aventures de Madame la Marquise de ***. Par Mad. de R. R. Auteur de la Payfane Philofophe ; Amsterdam, 1763, & se trouve à Paris chez les Libraires qui vendent les Nouveautés, & spécialement chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût. Petit in-12, cinq parties.
LA VOIX DE LA NATURE, ou
Aventures de Madame la Marquise
de ***. Par Mad. de R. R. Auteur
de la Payfane Philofophe ; Amsterdam,
1763, & se trouve à Paris chez
les Libraires qui vendent les Nouveautés,
& spécialement chez Duchesne,
rue S. Jacques, au Temple du Goût.
Petit in-12, cinq parties.
LA MULTITUDE des Ouvrages nouveaux
qui paroissent depuis quelques
mois, nous a fait différer de rendre
compte au Public d'un Roman , où il y
a de l'imagination , de l'intérêt & du.
ftyle. Il est d'ailleurs l'Ouvrage d'une
Dame déja connue par une production
du même genre , que nous avons annon-
cée dans le tems , & qui a eu du fuccès.
Celle-ci , quoique plus étendue , n'en
eft ni moins piquant e , ni moins digne
JANVIER. 1764.
59
d'occuper le loifir des perfonnes qui ai-
ment les aventures fingulières.
Elles
trouveront dans ce Román des fituations
intéreflantes,amenées par des événemens
préparés avec art , & prèfque toujours
imprévus. Elles y verront des peintures
du monde , & des détails de mœurs ,
dont le but eft de former le cœur ,
en
même temps qu'ils amufent l'efprit agréa
blement. On n'y lit rien que d'hon-
nête , & dont la jeuneffe la plus ré-
fervée ne puiffe tirer quelque avantage
pour la conduite. Nous céderions avec
plaifir à l'envie d'en donner ici un ex-
trait détaillé ; mais , en annonçant les
événemens , nous ôterions à nos Lec-
teurs cet intérêt de curiofité qui fait le
charme de ces fortes de lectures. Nous
aimons mieux les renvoyer à l'Ouvrages
même , & les prévenir feulement en gé--
néral , que les aventures en font variées ,
& fouvent extraordinaires , fans cepen-
dant fortir du naturel & de la vraifem-
blance. Tous les perfonnages qui agif-
fent dans ce Roman , ont un caractère
marqué , bien foutenu , diverfifié avec
efprit , & contrafté avec beaucoup d'in-
telligence. La Robe & la Finance
l'Homme de Qualité & l'Homme de
Guerre , le Grand & le Petit , tous les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
états enfin y font peints avec les cou-
leurs & les nuances qui leur font propres.
Aventures de Madame la Marquise
de ***. Par Mad. de R. R. Auteur
de la Payfane Philofophe ; Amsterdam,
1763, & se trouve à Paris chez
les Libraires qui vendent les Nouveautés,
& spécialement chez Duchesne,
rue S. Jacques, au Temple du Goût.
Petit in-12, cinq parties.
LA MULTITUDE des Ouvrages nouveaux
qui paroissent depuis quelques
mois, nous a fait différer de rendre
compte au Public d'un Roman , où il y
a de l'imagination , de l'intérêt & du.
ftyle. Il est d'ailleurs l'Ouvrage d'une
Dame déja connue par une production
du même genre , que nous avons annon-
cée dans le tems , & qui a eu du fuccès.
Celle-ci , quoique plus étendue , n'en
eft ni moins piquant e , ni moins digne
JANVIER. 1764.
59
d'occuper le loifir des perfonnes qui ai-
ment les aventures fingulières.
Elles
trouveront dans ce Román des fituations
intéreflantes,amenées par des événemens
préparés avec art , & prèfque toujours
imprévus. Elles y verront des peintures
du monde , & des détails de mœurs ,
dont le but eft de former le cœur ,
en
même temps qu'ils amufent l'efprit agréa
blement. On n'y lit rien que d'hon-
nête , & dont la jeuneffe la plus ré-
fervée ne puiffe tirer quelque avantage
pour la conduite. Nous céderions avec
plaifir à l'envie d'en donner ici un ex-
trait détaillé ; mais , en annonçant les
événemens , nous ôterions à nos Lec-
teurs cet intérêt de curiofité qui fait le
charme de ces fortes de lectures. Nous
aimons mieux les renvoyer à l'Ouvrages
même , & les prévenir feulement en gé--
néral , que les aventures en font variées ,
& fouvent extraordinaires , fans cepen-
dant fortir du naturel & de la vraifem-
blance. Tous les perfonnages qui agif-
fent dans ce Roman , ont un caractère
marqué , bien foutenu , diverfifié avec
efprit , & contrafté avec beaucoup d'in-
telligence. La Robe & la Finance
l'Homme de Qualité & l'Homme de
Guerre , le Grand & le Petit , tous les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
états enfin y font peints avec les cou-
leurs & les nuances qui leur font propres.
Fermer
1905
1906
p. 86-88
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
OEUVRES de M. l'Abbé Coyer, de l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
OEUVRES de M. l'Abbé Coyer, de
l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres
de Nancy ; nouvelle Edition ,
2 vol. in-12 , dont le premier contient :
les bagatelles morales , plufieurs differ-
tations fur différens fujets , & le difcours
fur la fatyre contre les Philofophes ; le
fecond , la Nobleffe commerçante , le
développement & la défenfe du fyf-
tême de la Nobleffe commerçante. A
Londres , & fe trouve à Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , au
Temple du Goût ; 1764. Comme tous
JANVIER 1764 .
87
les morceaux qui compofent ce recueil
agréable , font connus , & qu'on en a
rendu compte dans le Mercure lorsqu'ils
ont paru , nous fommes difpenfés d'en
faire l'analyſe..
EXPÉRIENCES fur le cours des Fleu--
ves ou Lettre à un Magiftrat Hollan-
dois , dans laquelle on éxamine la crue
des eaux , & fi , pour les faire baiffer
dans un Fleuve & éviter les Inonda--
tions , il convient de faire des Saignées
ou Décharges , en divifant les eaux ; avec
la maniere d'écurer le fond des Fleuves,
empêcher la rupture des Digues & la
fubmerfion de la plus belle & plus riche
Partie de la Hollande , en procurant un
prompt écoulement aux eaux des Fleu--
ves qui la traverſent. Par M. Genneté ,
premier Phyficien de S. M. Imp. Nouv.
Edit. A Paris , chez Tilliard , Guillyn,
Quai des Auguftins , & Durand , rue
S. Jacques , 1764 , avec Approbation &
Permiffion . Brochure en 7 Parties. Prix
t
fols , brochée.
30 fols ,
CHEMINÉE de nouvelle conftruction ,
pour garantir du Feu & de la Fumée , à
l'épreuve des Vents , du Soleil , de la
Pluie & des autres Caufes qui font fus
1
88 MERCURE DE FRANCE.
4
mer les Cheminées ordinaires. Par M.
Genneté , premier Phyficien de S. M. I.
avec leJugement de l'Académie Royale
des Sciences de Paris, fur cette nouvelle
conftruction . Nouv. Edition . A Paris
chez Tilliard , Guillyn , Quai des Au--
guftins & Durand, rue S. Jacques. 1764.
Avec Approbation & Privilège du Roiz
Brochure en 8. Parties. Prix , 3 liv. bro
chée.
OEUVRES de M. l'Abbé Coyer, de
l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres
de Nancy ; nouvelle Edition ,
2 vol. in-12 , dont le premier contient :
les bagatelles morales , plufieurs differ-
tations fur différens fujets , & le difcours
fur la fatyre contre les Philofophes ; le
fecond , la Nobleffe commerçante , le
développement & la défenfe du fyf-
tême de la Nobleffe commerçante. A
Londres , & fe trouve à Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , au
Temple du Goût ; 1764. Comme tous
JANVIER 1764 .
87
les morceaux qui compofent ce recueil
agréable , font connus , & qu'on en a
rendu compte dans le Mercure lorsqu'ils
ont paru , nous fommes difpenfés d'en
faire l'analyſe..
EXPÉRIENCES fur le cours des Fleu--
ves ou Lettre à un Magiftrat Hollan-
dois , dans laquelle on éxamine la crue
des eaux , & fi , pour les faire baiffer
dans un Fleuve & éviter les Inonda--
tions , il convient de faire des Saignées
ou Décharges , en divifant les eaux ; avec
la maniere d'écurer le fond des Fleuves,
empêcher la rupture des Digues & la
fubmerfion de la plus belle & plus riche
Partie de la Hollande , en procurant un
prompt écoulement aux eaux des Fleu--
ves qui la traverſent. Par M. Genneté ,
premier Phyficien de S. M. Imp. Nouv.
Edit. A Paris , chez Tilliard , Guillyn,
Quai des Auguftins , & Durand , rue
S. Jacques , 1764 , avec Approbation &
Permiffion . Brochure en 7 Parties. Prix
t
fols , brochée.
30 fols ,
CHEMINÉE de nouvelle conftruction ,
pour garantir du Feu & de la Fumée , à
l'épreuve des Vents , du Soleil , de la
Pluie & des autres Caufes qui font fus
1
88 MERCURE DE FRANCE.
4
mer les Cheminées ordinaires. Par M.
Genneté , premier Phyficien de S. M. I.
avec leJugement de l'Académie Royale
des Sciences de Paris, fur cette nouvelle
conftruction . Nouv. Edition . A Paris
chez Tilliard , Guillyn , Quai des Au--
guftins & Durand, rue S. Jacques. 1764.
Avec Approbation & Privilège du Roiz
Brochure en 8. Parties. Prix , 3 liv. bro
chée.
Fermer
1907
p. 91-99
ALMANACHS pour l'Année 1764.
Début :
CALENDRIER du Cabinet pour l'année 1764 ; ce Calendrier est gravé en [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALMANACHS pour l'Année 1764.
ALMANACHS pour l'Année 1764.
CALENDRIER du Cabinet pour l'année
1764 ; ce Calendrier est gravé en
taille-douce , de douze pouces de large ,
für neuf de haut ; repréfentant un des
plus beaux morceaux d'Architecture de :
la Capitale , éxécuté d'une manière fupé--
rieure a tout ce qui a paru dans ce genre,
& renfermé dans une bordure . Comme
Pimpreffion ne peut guères être portée
au- delà d'un certain nombre fans fati
92. MERCURE DE FRANCE.
guer la planche par le tirage , ceux qui
voudront s'en procurer les premières
épreuves , auront la bonté d'avertir à
temps ; les Amateurs verront avec pla
*
firs que ce morceau eft digne de leur
curiofité, & devient un ornement agréa-
ble dans un appartement. On trouvera
en même temps la Carte de l'Europe
repréfentant l'Eclipfe centrale & annu-
laire qui arrivera le premier Avril pro-
chain , & fur laquelle on pourra fuivre
de l'œil toutes les portions de cette par-
tie de la Terre qui feront obfcurcies
par la Lune. Les deux feuilles enſemble
3
liv. & chacune féparément , 1 k10.f
LE Calendrier des Princes & de la
Nobleffe de France , contenant l'état
actuel des Maifons fouveraines , Prin-
ces , Seigneurs de l'Europe , & de la
Nobleffe de France ; par l'Auteur du
Dictionnaire généalogique , héraldique,
hiftorique & chronologique. 1 vol . in-
12. petit format ; à Paris , chez Du-
chefne , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; avec approbation & privilège
du Roi.
LA France Eccléfiaftique , on Etar:
préfent du Clergé féculier & régulier ,
des Ordres Religieux , Militaires & des
JANVIER. 1764.
93
Univerfités , contenant 1. la Cour de
Rome , les Archevêques & Evêques ,
& les Généraux d'Ordre de l'Eglife
Univerfelle. 2. Les Vicaires généraux ,
Officiaux , Syndics & Chanoines de
tous les Diocèfes de France , les Cha-
pitres nobles , les Collégiales , les Ab-
bayes Commendataires & régulières ;
les Commanderies de Malthe , les Su-
périeurs généraux & Provinciaux du
Clergé régulier ; les Univerfités de Fran-
ce. 3°. Les Chapitres , Paroiffes , Sémi-
naires , Couvents & Univerfité de Pa-
ris. 4°. Le Clergé de la Chapelle & de
la Maifon du Roi ; avec la collation
des Dignités & des Canonicats de tou-
tes les Eglifes Cathédrales du Royaume.
A Paris , chez Defprez, Imprimeur du
Roi & du Clergé de France , rue S. Jac-
ques , avec approbation & privilége
du Roi. 1 vol. in- 12 . petit format. Prix,
50 fols broché , & 3 liv. franc de port
par tout le Royaume .
CALENDRIER des Loix de la Fran-
ce , contenant une analyfe raiſonnée
des Edits , Déclarations , Lettres - Pa-
tentes , Ordonnances , Réglemens &
Arrêts tant du Confeil que des Parle-
mens , Cours Souveraines & autres Ju-
94 MERCURE DE FRANCE.
rifdictions du Royaume , qui ont paru
pendant l'année 1762. A Paris , chez
Cailleau , rue S. Jacques , vis-à - vis la
rue des Mathurins , à S. André ; avec
approbation & privilége du Roi. ■ vol.
in-18.
ALMANACH des Commerçans, con-
tenant l'indication des Villes commer-
çantes de l'Europe , les détails de leurs
Manufactures , le cours du change avec
la France , les Monnoies étrangères ,
le rapport des mefures & des poids ,
les chofes dignes de curiofité qu'on y
trouve , & les routes de Paris à chacu-
ne de ces Villes ; avec des inftructions
pour voyager utilement
,
commodé-
ment & agréablement. A Paris , chez
Duchefne, rue S. Jacques;avec approba-
M
tion & privilége. I vol. in 12. petit
format.
ALMANACH Eccléfiaftique , conte-
nant l'état actuel de la Cour de Rome ;
le Clergé de France en général , &
particuliérement celui de Paris & la
Chapelle du Roi ; la Chronologie des
Papes , des Patriarches ; ce qui concer-
ne la dignité & le rang des Cardinaux
des Primats , des Evêques & Archevê-
JANVIER. 1764.
95
ques du Royaume ; les Abbayes tant
en régle qu'en commende ; les Chapi-
tres & leurs dignités ; les Cures , les
Monumens remarquables des Eglifes
du Royaume ; le temporel du Clergé ;
les affemblées , les décimes
>
la régale ;
les établiffemens des Ordres Religieux ;
les matières relativement aux études &
emplois Eccléfiaftiques ; les Univerfi-
tés , les Bénéfices , les Gradués , l'In-
dult , & c. & c. A Paris , chez Duchef-
ne , rue S. Jacques ; avec approbation
& privilege du Roi. 1 vol . in- 16.
ALMANACH pour fervir de guide
aux Voyageurs , contenant tout ce qui
eft néceffaire pour voyager commodé-
ment , utilement & agréablement , foit
en voiture ou à cheval , à pied ou par
eau. Chez Duchefne , rue S. Jacques ;
avec approbation & permiffion ; 1 vol.
in-16.
ALMANACH Parifien en faveur des
Etrangers & des perfonnes curieufes ;
indiquant par ordre alphabétique tous
les Monumens des Beaux-Arts , répan-
dus dans la Ville de Paris & aux envi-
rons. Ce qui a pour objet les lieux re-
marquables ou par la grandeur du def-
fein , ou par les morceaux de Peinture
6 MERCURE DE FRANCE.
& de Sculpture qu'on y voit ; Edifices
facrés ; Cháteaux & Maifons Royales ,
spalais , hôtels , ouvrages publics , mai-
Tons de plaifance , &c. A Paris , chez
Duchefne , rue S. Jacques ; avec appro-
bation & privilége du Roi. in- 16.
ALMANACH Encyclopédique ou
Chronologie des faits les plus remar-
quables de l'Hiftoire Univerſelle , tant
ancienne que moderne ; enrichie d'a-
necdotes curieufes ; à Amfterdam , &
fe trouve à Paris chez Valeyre fils
Imprimeur-Libraire , rue de la vieille
Bouclerie, à l'Arbre de Jeffé , 1 vol
in- 16 . Prix , 1 liv. 4 f.
LEBON JARDINIEE, Almanach con-
tenant une idée générale des quatre for-
tes de Jardins , les régles pour les cul-
tiver , & la manière d'élever les plus bel
les fleurs. Nouvelle édition confidéra-
blement augmentée , & dans laquelle
la partie des fleurs a été entiérement
refondue par un Amateur. A Paris ,
chez Guillyn , quai des Auguftins , du
côté du Pont S. Michel , au Lys d'or.
Avec approbation & privilége du Roi.
I vol. in- 16. Le même Libraire vend
auffi l'Almanach ou Tableau de l'Uni-
vers ?
JANVIER. 1764.
97
vers , qui marque la diftance de Paris à
toutes les Villes les plus remarquables
du monde. in- 16.
LES Spectacles de Paris , ou fuite
du Calendrier hiftorique des Théâtres.
Treizième Partie , qui contient plufieurs
chofes nouvelles,& en particulier les Evé-
nemens dramatiques de l'année 1763 ,
avec un détail de ce qui s'eſt paffé au ſu-
jet de l'Opéra. A Paris , chez Duchefne ,
rue S. Jacques. Avec approbation &
privilége du Roi . 1 vol. in-16.
TROISIEME Supplément à la France
Littéraire de l'année 1758 , pour les an-
nées 1762 & 1763 , contenant les chan-
gemens arrivés dans les Académies de
France , les Ouvrages nouveaux com-
pofés pendant l'efpace de deux années ,
& les noms des Auteurs morts depuis
1761 , jufques & compris l'année 1763.
A Paris , chez Duchefne , rue S. Jacques.
Avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 16 .
ETRENNES du Chrétien , à Paris ,
chez Barbou , rue S. Jacques , aux Ci-
gognes , 1764 , petit in-32. C'eſt faire
Féloge de la partie typographique de ce
petit Livre , que d'en nommer l'Impri-
I. Vol
£
98 MERCURE DE FRANCE.
meur. Tout le monde connoît actuel-
lement la perfection de fon travail , &
la loi qu'il s'eft faite de ne rien laiffer
fortir de médiocre de deffous fes Preffes.
Quantaux chofes que renferme cet Ou
vrage , elles font d'un prix ineftimable
puifqu'il contient les Prières propres à
tous les Exercices d'un Chrétien . Elles
font précédées d'un Calendrier qui achè-
ve de rendre ce Livret d'un ufage très-
utile , & prèfque continuel.
On trouve chez Grangé & Dufour;
Libraires , au Cabinet Littéraire de la
Nouveauté , fur le pont de Notre-Dame ,
auprès de la Pompe de la Ville , les Al-
manachs fuivans : Collection Lyrique
Almanach pour la préfente année , fur
des Airs connus .
Almanach perpé-
tuel , ou Calendrier du Ménage , extrait
du Greffe de Cythère , dédié au Doyen
de la plus nombreufe Confrérie , pour
la préfente année , par M. Lantu de Lo-
berg , Afpirant.
teur Comique.
Ah ! qu'il eft drôle !
Etrennes de la Gaité ; Almanach Chan-
tant , contenant les plus jolis Couplets ,
fur des Airs connus & choifis ; avec des
Entretiens en Vaudevilles ; par un Au-
Folichon , ou le Jou-
jou des Dames ; Etrennes Galantes
pour la préfente année , fur des Airs con-
JANVIER . 1764.
nus & choifis ; par M. ....
tés.
-
Etrennes , fur des Airs connus.
Airs connus , par M. D ...
99
Etrennes
d'Apollon , fur des Airs connus & no-
L'Amour vous le donne pour
Le
Triomphe de Bacchus , Almanach Ram-
poneau , dédié aux Ribotteurs , fur des.
Le Paffe-
temps Galant , fuivi des Oracles ; Alma-
nach nouveau , pour la préſente année
fur des Airs connus & notés ; par M. L....:
Mêlange agréable & amufant ; Alma-
nach nouveau , pour la préfente année ,
•
fur des Airs connus ; par M. L. G. - Les
Prophéties Galantes , fupputées par Mat-
thieu l'Aftrologue , Arpenteur des Ifles
de Vénus.
M. D....
cien.
Le Deffert des bonnes
Compagnies ; Etrennes Grivoifes ; par
L'Amour Poëte & Mufi-
Le Roffignol de Cythere , ou
le Langage du Coeur ; Almanach pour
les Amans ; vu , lù , corrigé , approuvé
par Diſcret de la Tendromanie , Amant
qui n'étoit pas à la mode.
Nous annoncerons dans le Mercure
prochain, les autres Almanachs qui vien-
dront à notre connoiffance .
CALENDRIER du Cabinet pour l'année
1764 ; ce Calendrier est gravé en
taille-douce , de douze pouces de large ,
für neuf de haut ; repréfentant un des
plus beaux morceaux d'Architecture de :
la Capitale , éxécuté d'une manière fupé--
rieure a tout ce qui a paru dans ce genre,
& renfermé dans une bordure . Comme
Pimpreffion ne peut guères être portée
au- delà d'un certain nombre fans fati
92. MERCURE DE FRANCE.
guer la planche par le tirage , ceux qui
voudront s'en procurer les premières
épreuves , auront la bonté d'avertir à
temps ; les Amateurs verront avec pla
*
firs que ce morceau eft digne de leur
curiofité, & devient un ornement agréa-
ble dans un appartement. On trouvera
en même temps la Carte de l'Europe
repréfentant l'Eclipfe centrale & annu-
laire qui arrivera le premier Avril pro-
chain , & fur laquelle on pourra fuivre
de l'œil toutes les portions de cette par-
tie de la Terre qui feront obfcurcies
par la Lune. Les deux feuilles enſemble
3
liv. & chacune féparément , 1 k10.f
LE Calendrier des Princes & de la
Nobleffe de France , contenant l'état
actuel des Maifons fouveraines , Prin-
ces , Seigneurs de l'Europe , & de la
Nobleffe de France ; par l'Auteur du
Dictionnaire généalogique , héraldique,
hiftorique & chronologique. 1 vol . in-
12. petit format ; à Paris , chez Du-
chefne , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; avec approbation & privilège
du Roi.
LA France Eccléfiaftique , on Etar:
préfent du Clergé féculier & régulier ,
des Ordres Religieux , Militaires & des
JANVIER. 1764.
93
Univerfités , contenant 1. la Cour de
Rome , les Archevêques & Evêques ,
& les Généraux d'Ordre de l'Eglife
Univerfelle. 2. Les Vicaires généraux ,
Officiaux , Syndics & Chanoines de
tous les Diocèfes de France , les Cha-
pitres nobles , les Collégiales , les Ab-
bayes Commendataires & régulières ;
les Commanderies de Malthe , les Su-
périeurs généraux & Provinciaux du
Clergé régulier ; les Univerfités de Fran-
ce. 3°. Les Chapitres , Paroiffes , Sémi-
naires , Couvents & Univerfité de Pa-
ris. 4°. Le Clergé de la Chapelle & de
la Maifon du Roi ; avec la collation
des Dignités & des Canonicats de tou-
tes les Eglifes Cathédrales du Royaume.
A Paris , chez Defprez, Imprimeur du
Roi & du Clergé de France , rue S. Jac-
ques , avec approbation & privilége
du Roi. 1 vol. in- 12 . petit format. Prix,
50 fols broché , & 3 liv. franc de port
par tout le Royaume .
CALENDRIER des Loix de la Fran-
ce , contenant une analyfe raiſonnée
des Edits , Déclarations , Lettres - Pa-
tentes , Ordonnances , Réglemens &
Arrêts tant du Confeil que des Parle-
mens , Cours Souveraines & autres Ju-
94 MERCURE DE FRANCE.
rifdictions du Royaume , qui ont paru
pendant l'année 1762. A Paris , chez
Cailleau , rue S. Jacques , vis-à - vis la
rue des Mathurins , à S. André ; avec
approbation & privilége du Roi. ■ vol.
in-18.
ALMANACH des Commerçans, con-
tenant l'indication des Villes commer-
çantes de l'Europe , les détails de leurs
Manufactures , le cours du change avec
la France , les Monnoies étrangères ,
le rapport des mefures & des poids ,
les chofes dignes de curiofité qu'on y
trouve , & les routes de Paris à chacu-
ne de ces Villes ; avec des inftructions
pour voyager utilement
,
commodé-
ment & agréablement. A Paris , chez
Duchefne, rue S. Jacques;avec approba-
M
tion & privilége. I vol. in 12. petit
format.
ALMANACH Eccléfiaftique , conte-
nant l'état actuel de la Cour de Rome ;
le Clergé de France en général , &
particuliérement celui de Paris & la
Chapelle du Roi ; la Chronologie des
Papes , des Patriarches ; ce qui concer-
ne la dignité & le rang des Cardinaux
des Primats , des Evêques & Archevê-
JANVIER. 1764.
95
ques du Royaume ; les Abbayes tant
en régle qu'en commende ; les Chapi-
tres & leurs dignités ; les Cures , les
Monumens remarquables des Eglifes
du Royaume ; le temporel du Clergé ;
les affemblées , les décimes
>
la régale ;
les établiffemens des Ordres Religieux ;
les matières relativement aux études &
emplois Eccléfiaftiques ; les Univerfi-
tés , les Bénéfices , les Gradués , l'In-
dult , & c. & c. A Paris , chez Duchef-
ne , rue S. Jacques ; avec approbation
& privilege du Roi. 1 vol . in- 16.
ALMANACH pour fervir de guide
aux Voyageurs , contenant tout ce qui
eft néceffaire pour voyager commodé-
ment , utilement & agréablement , foit
en voiture ou à cheval , à pied ou par
eau. Chez Duchefne , rue S. Jacques ;
avec approbation & permiffion ; 1 vol.
in-16.
ALMANACH Parifien en faveur des
Etrangers & des perfonnes curieufes ;
indiquant par ordre alphabétique tous
les Monumens des Beaux-Arts , répan-
dus dans la Ville de Paris & aux envi-
rons. Ce qui a pour objet les lieux re-
marquables ou par la grandeur du def-
fein , ou par les morceaux de Peinture
6 MERCURE DE FRANCE.
& de Sculpture qu'on y voit ; Edifices
facrés ; Cháteaux & Maifons Royales ,
spalais , hôtels , ouvrages publics , mai-
Tons de plaifance , &c. A Paris , chez
Duchefne , rue S. Jacques ; avec appro-
bation & privilége du Roi. in- 16.
ALMANACH Encyclopédique ou
Chronologie des faits les plus remar-
quables de l'Hiftoire Univerſelle , tant
ancienne que moderne ; enrichie d'a-
necdotes curieufes ; à Amfterdam , &
fe trouve à Paris chez Valeyre fils
Imprimeur-Libraire , rue de la vieille
Bouclerie, à l'Arbre de Jeffé , 1 vol
in- 16 . Prix , 1 liv. 4 f.
LEBON JARDINIEE, Almanach con-
tenant une idée générale des quatre for-
tes de Jardins , les régles pour les cul-
tiver , & la manière d'élever les plus bel
les fleurs. Nouvelle édition confidéra-
blement augmentée , & dans laquelle
la partie des fleurs a été entiérement
refondue par un Amateur. A Paris ,
chez Guillyn , quai des Auguftins , du
côté du Pont S. Michel , au Lys d'or.
Avec approbation & privilége du Roi.
I vol. in- 16. Le même Libraire vend
auffi l'Almanach ou Tableau de l'Uni-
vers ?
JANVIER. 1764.
97
vers , qui marque la diftance de Paris à
toutes les Villes les plus remarquables
du monde. in- 16.
LES Spectacles de Paris , ou fuite
du Calendrier hiftorique des Théâtres.
Treizième Partie , qui contient plufieurs
chofes nouvelles,& en particulier les Evé-
nemens dramatiques de l'année 1763 ,
avec un détail de ce qui s'eſt paffé au ſu-
jet de l'Opéra. A Paris , chez Duchefne ,
rue S. Jacques. Avec approbation &
privilége du Roi . 1 vol. in-16.
TROISIEME Supplément à la France
Littéraire de l'année 1758 , pour les an-
nées 1762 & 1763 , contenant les chan-
gemens arrivés dans les Académies de
France , les Ouvrages nouveaux com-
pofés pendant l'efpace de deux années ,
& les noms des Auteurs morts depuis
1761 , jufques & compris l'année 1763.
A Paris , chez Duchefne , rue S. Jacques.
Avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 16 .
ETRENNES du Chrétien , à Paris ,
chez Barbou , rue S. Jacques , aux Ci-
gognes , 1764 , petit in-32. C'eſt faire
Féloge de la partie typographique de ce
petit Livre , que d'en nommer l'Impri-
I. Vol
£
98 MERCURE DE FRANCE.
meur. Tout le monde connoît actuel-
lement la perfection de fon travail , &
la loi qu'il s'eft faite de ne rien laiffer
fortir de médiocre de deffous fes Preffes.
Quantaux chofes que renferme cet Ou
vrage , elles font d'un prix ineftimable
puifqu'il contient les Prières propres à
tous les Exercices d'un Chrétien . Elles
font précédées d'un Calendrier qui achè-
ve de rendre ce Livret d'un ufage très-
utile , & prèfque continuel.
On trouve chez Grangé & Dufour;
Libraires , au Cabinet Littéraire de la
Nouveauté , fur le pont de Notre-Dame ,
auprès de la Pompe de la Ville , les Al-
manachs fuivans : Collection Lyrique
Almanach pour la préfente année , fur
des Airs connus .
Almanach perpé-
tuel , ou Calendrier du Ménage , extrait
du Greffe de Cythère , dédié au Doyen
de la plus nombreufe Confrérie , pour
la préfente année , par M. Lantu de Lo-
berg , Afpirant.
teur Comique.
Ah ! qu'il eft drôle !
Etrennes de la Gaité ; Almanach Chan-
tant , contenant les plus jolis Couplets ,
fur des Airs connus & choifis ; avec des
Entretiens en Vaudevilles ; par un Au-
Folichon , ou le Jou-
jou des Dames ; Etrennes Galantes
pour la préfente année , fur des Airs con-
JANVIER . 1764.
nus & choifis ; par M. ....
tés.
-
Etrennes , fur des Airs connus.
Airs connus , par M. D ...
99
Etrennes
d'Apollon , fur des Airs connus & no-
L'Amour vous le donne pour
Le
Triomphe de Bacchus , Almanach Ram-
poneau , dédié aux Ribotteurs , fur des.
Le Paffe-
temps Galant , fuivi des Oracles ; Alma-
nach nouveau , pour la préſente année
fur des Airs connus & notés ; par M. L....:
Mêlange agréable & amufant ; Alma-
nach nouveau , pour la préfente année ,
•
fur des Airs connus ; par M. L. G. - Les
Prophéties Galantes , fupputées par Mat-
thieu l'Aftrologue , Arpenteur des Ifles
de Vénus.
M. D....
cien.
Le Deffert des bonnes
Compagnies ; Etrennes Grivoifes ; par
L'Amour Poëte & Mufi-
Le Roffignol de Cythere , ou
le Langage du Coeur ; Almanach pour
les Amans ; vu , lù , corrigé , approuvé
par Diſcret de la Tendromanie , Amant
qui n'étoit pas à la mode.
Nous annoncerons dans le Mercure
prochain, les autres Almanachs qui vien-
dront à notre connoiffance .
Fermer
1908
p. 99-100
« LE PUBLIC est averti que l'Impression du Théâtre de Pierre Corneille commenté [...] »
Début :
LE PUBLIC est averti que l'Impression du Théâtre de Pierre Corneille commenté [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE PUBLIC est averti que l'Impression du Théâtre de Pierre Corneille commenté [...] »
LE PUBLIC est averti que l'Impression
du Théâtre de Pierre Corneille commenté
eſt enfin achevée ; que les Gra-
vures font fur le point d'être finies , &
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
que l'on n'attend que la fin de ce mois
pour faire mettre fous Preffe la Lifte des
Noms de ceux qui ont bien voulu s'af-
focier à cette Entrepriſe.
Les Perfonnes qui voudroient fouf-
crire encore , & celles qui , ayant déja
foufcrit , ont négligé d'avancer le pre-
mier payement , font priées de s'adreffer
à Paris aux Libraires fuivans , d'ici au 15
de Janvier prochain , fçavoir : Pilot ,
quai de Conti ; Duchefne , rue S. Jac-
ques , au Temple du Goût ; Brocas &
Humblot , rue S. Jacques , au Chef Saint
Jean , entre la rue des Mathurins & S.
Benoît.
ANALYSE de la France , contenant
ce qu'il n'eft plus permis à un François
d'ignorer. A Paris , chez Denis , rue
S. Jacques , vis- à-vis le Collége de Cler-
mont ; in-32. 1764. Ce petit Ouvrage
contient trente-huit Cartes géographi-
ques de la France , dont l'une ne pré
fente que les rivières , l'autre les mines,
une autre les Archevêchés , une qua
triéme les Univerfités , une cinquiéme
les Académies , & c. & c .
Le même Libraire vend un autre
petit Atlas dans le même genre , intitu-
lé , Empire des Solipfes , divifé en cinq
affiftances , & fubdivifé par Provinces,
du Théâtre de Pierre Corneille commenté
eſt enfin achevée ; que les Gra-
vures font fur le point d'être finies , &
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
que l'on n'attend que la fin de ce mois
pour faire mettre fous Preffe la Lifte des
Noms de ceux qui ont bien voulu s'af-
focier à cette Entrepriſe.
Les Perfonnes qui voudroient fouf-
crire encore , & celles qui , ayant déja
foufcrit , ont négligé d'avancer le pre-
mier payement , font priées de s'adreffer
à Paris aux Libraires fuivans , d'ici au 15
de Janvier prochain , fçavoir : Pilot ,
quai de Conti ; Duchefne , rue S. Jac-
ques , au Temple du Goût ; Brocas &
Humblot , rue S. Jacques , au Chef Saint
Jean , entre la rue des Mathurins & S.
Benoît.
ANALYSE de la France , contenant
ce qu'il n'eft plus permis à un François
d'ignorer. A Paris , chez Denis , rue
S. Jacques , vis- à-vis le Collége de Cler-
mont ; in-32. 1764. Ce petit Ouvrage
contient trente-huit Cartes géographi-
ques de la France , dont l'une ne pré
fente que les rivières , l'autre les mines,
une autre les Archevêchés , une qua
triéme les Univerfités , une cinquiéme
les Académies , & c. & c .
Le même Libraire vend un autre
petit Atlas dans le même genre , intitu-
lé , Empire des Solipfes , divifé en cinq
affiftances , & fubdivifé par Provinces,
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1909
p. 146-147
CONFÉRENCES sur la Langue & sur la Littérature Françoise, proposées par Souscription ; par M. Douchet, Avocat au Parlement, & ancien Professeur Royal en Langue Latine, & M. l'Abbé de la Pouyade.
Début :
SI CES Conférences ont pour objet principal d'apprendre aux Etrangers notre [...]
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texteReconnaissance textuelle : CONFÉRENCES sur la Langue & sur la Littérature Françoise, proposées par Souscription ; par M. Douchet, Avocat au Parlement, & ancien Professeur Royal en Langue Latine, & M. l'Abbé de la Pouyade.
CONFÉRENCES sur la Langue & sur
la Littérature Françoise, proposées
par Souscription ; par M. Douchet,
Avocat au Parlement, & ancien Professeur
Royal en Langue Latine, &
M. l'Abbé de la Pouyade.
SI CES Conférences ont pour objet
principal d'apprendre aux Etrangers notre
Langue & notre Littérature , elles
pourront être auffi d'une très-grande uti-
lité pour une partie des Nationaux, Il
y a dans nos Provinces , & même dans
la Capitale , nombre de jeunes Gens qui
ont négligé l'étude de leur Langue, & qui
trouveront à réparer cette négligence, en
fuivant le Cours que nous annonçons,
Les Conférences fe tiendront les Lundis ,
Mercredis & Vendredis de chaque fe-
maine , depuis onze heures du matin juf
qu'à midi & demi , chez M. l'Abbé
Bernard de Cléry , Licentié en Droit
rue Hautefeuille , à l'Abbatial des Pré-
JANVIER. 1764.
147
montrés. Le Cours entier fera de fix
mois , & fera divifé en deux parties , re-
lativement à la différence des matières.
Il commencera le o de ce mois , & finira
9
le 9 de Juillet prochain. Pendant les trois
premiers mois on donnera le Traité de
l'Orthologie , ou de la Langue parlée ;
pendant les trois autres mois il fera quef-
tion de l'Orthographe , ou de la Langue
écrite , terminée par des Obfervations
fur notre Littérature. On foufcrira juf-
qu'au 9 de Janvier , chez les Auteurs
rue de Condé , maifon du Riche Labou-
reur , au fecond fur la Cour. La Souf-
cription fera de trois louis pour le Cours
entier. Les perfonnes qui ne voudront
pas foufcrire payeront dix-huit livres au
commencement de chaque mois.
la Littérature Françoise, proposées
par Souscription ; par M. Douchet,
Avocat au Parlement, & ancien Professeur
Royal en Langue Latine, &
M. l'Abbé de la Pouyade.
SI CES Conférences ont pour objet
principal d'apprendre aux Etrangers notre
Langue & notre Littérature , elles
pourront être auffi d'une très-grande uti-
lité pour une partie des Nationaux, Il
y a dans nos Provinces , & même dans
la Capitale , nombre de jeunes Gens qui
ont négligé l'étude de leur Langue, & qui
trouveront à réparer cette négligence, en
fuivant le Cours que nous annonçons,
Les Conférences fe tiendront les Lundis ,
Mercredis & Vendredis de chaque fe-
maine , depuis onze heures du matin juf
qu'à midi & demi , chez M. l'Abbé
Bernard de Cléry , Licentié en Droit
rue Hautefeuille , à l'Abbatial des Pré-
JANVIER. 1764.
147
montrés. Le Cours entier fera de fix
mois , & fera divifé en deux parties , re-
lativement à la différence des matières.
Il commencera le o de ce mois , & finira
9
le 9 de Juillet prochain. Pendant les trois
premiers mois on donnera le Traité de
l'Orthologie , ou de la Langue parlée ;
pendant les trois autres mois il fera quef-
tion de l'Orthographe , ou de la Langue
écrite , terminée par des Obfervations
fur notre Littérature. On foufcrira juf-
qu'au 9 de Janvier , chez les Auteurs
rue de Condé , maifon du Riche Labou-
reur , au fecond fur la Cour. La Souf-
cription fera de trois louis pour le Cours
entier. Les perfonnes qui ne voudront
pas foufcrire payeront dix-huit livres au
commencement de chaque mois.
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1910
p. 148-151
« LE 22 Novembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...] »
Début :
LE 22 Novembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...]
Mots clefs :
Comédie, Pièce, Rôle, Comédiens, Tragédie, Actes
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texteReconnaissance textuelle : « LE 22 Novembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...] »
A VERSAILLES.
LE 22 Novembre, les Comédiens
François représenterent fur le Théâtre
du Roi , le Menteur , Comédie en cinq
Actes , en vers, de Pierre Corneille, don-
née la premiere fois en 1641.
Pour feconde Piéce , on repréſenta
Heureufement , Comédie en un Acte ,
en profe de M. ROCHON DE CHA-
BANNES, qui a paru, dans fa nouveauté,
avec fuccès
1762.
,
au mois de Novembre
Le Mercredi 23 , par les Comédiens
Italiens , le Retour d' Arlequin , Comé-
die Italienne , fuivie du Roi & le Fer-
mier , Comédie mêlée d'Ariettes,
Le Jeudi 24 , par les Comédiens Fran-
çois, Didon,Tragédie de M. LE FRANC,
donnée la première fois en 1734 .
Le rôle de Didon a été joué par la
Plle CLAIRON. Celui d'Enée› par le
,
JANVIER. 1764.
149
fieur LE KAIN ; Jarbe , par le fieur BEL-
COUR ; Achate , par le fieur BRIZARD .
Ce même jour , pour feconde Piéce ,
le Deuil , Comédie en un Acte , en vers,
de feu M. HAUTEROCHE
de 1662.
>
dans la-
quelle les Dlles DOLIGNY & LUZY
;
jouerent l'une le rôle de Babet , & l'au-
tre celui de Perette. Cette Comédie eft
Le Mardi 29 , les mêmes Comédiens
repréfenterent l'Ecole des Maris , Co-
médie de MOLIERE , en trois Actes &
en Vers. Cette Piéce eft de 1662 ; elle
fut fuivie du Sage Etourdi , Comédie
de feu M. DE BOISSY
dans laquelle
le fieur MOLÉ a joué le rôle de Léandre ;
le fieur BELCOUR celui d'Erafte , & la
Dlle PRÉVILLE le rôle d'Eliante , & c.
Le Jeudi , premier Décembre , on re-
préfenta pour la premiere fois ( à la
Cour ) la nouvelle Tragédie intitulée
le Comte de Warvik de M. DE LA
HARPE. Cette Piéce y fit fur les Spec-
tateurs la même impreffion qu'elle
avoit faite à Paris ,& par conféquent eut
un fuccès général. Nous en avons déja
parlé dans le précédent Mercure ; nous
ajouterons ci-après , dans l'Article de
Paris de ce vol. quelques obfervations
fur cette Tragédie.
G iij
50 MERCURE DE FRANCE.
La Tragédie fut fuivie de la Pupille ,
Comédie en 1 Acte en Profe de feur
M. FAGAN. La jeune Dlle DOLIGNI
>
qui dans fon début avoit , pour ainfi
dire , renouvellé le fuccès qu'eut cette
Piéce dans fa nouveauté en 1734 , a
joué le rôle de la Pupille à la Cour, où
elle a fait le plus grand plaifir.
La nouvelle de la mort de l'Archidu-
cheffe a interrompu les Spectacles de
la Cour pendant plufieurs jours ; ils ont
été repris le Mardi 13 , par le Joueur
>
Comédie en cinq Actes , en vers , de feu
M. REGNARD , donnée en 1698. Le
rôle de Valere a été joué par le fieur
BELCOUR , celui d'Hector , par le fieur
ARMAND , & c.
Pour feconde Piéce , le même jour ,
la Famille extravagante , Comédie en
un Acte , en vers , du feu fieur LE
GRAND , de 1709.
Le 14 , par les Comédiens Italiens , les
Amours d'Arlequin & de Camille , de
M. GOLDONI , Piéce Italienne conte-
nant les trois premiers Actes d'un Su-
jet diftribué en
autres. Ouvrage Dra
matique , dont nous avons déja parlé &
dont on ne parlera jamais avec autant
d'éloges qu'il en mérite.
Pour feconde Piéce, Ninette à la Cour,
Opéra- Comique.
JANVIER. 1764.
Le lendemain , 15 , par les Comédiens
François , Mérope , Tragédie de M. de
VOLTAIRE , fuivie de Zénéïde. Le
fieur GRANGER , jeune Acteur dont
nous allons avoir occafion de parler à
l'Article de Paris , y débuta avec beau-
, y
coup de fuccès par le rôle d'Egifte ,
dans la premiere Piéce ; & par celui
d'Olinde , dans la feconde .
La fuite au Mercure prochain.
LE 22 Novembre, les Comédiens
François représenterent fur le Théâtre
du Roi , le Menteur , Comédie en cinq
Actes , en vers, de Pierre Corneille, don-
née la premiere fois en 1641.
Pour feconde Piéce , on repréſenta
Heureufement , Comédie en un Acte ,
en profe de M. ROCHON DE CHA-
BANNES, qui a paru, dans fa nouveauté,
avec fuccès
1762.
,
au mois de Novembre
Le Mercredi 23 , par les Comédiens
Italiens , le Retour d' Arlequin , Comé-
die Italienne , fuivie du Roi & le Fer-
mier , Comédie mêlée d'Ariettes,
Le Jeudi 24 , par les Comédiens Fran-
çois, Didon,Tragédie de M. LE FRANC,
donnée la première fois en 1734 .
Le rôle de Didon a été joué par la
Plle CLAIRON. Celui d'Enée› par le
,
JANVIER. 1764.
149
fieur LE KAIN ; Jarbe , par le fieur BEL-
COUR ; Achate , par le fieur BRIZARD .
Ce même jour , pour feconde Piéce ,
le Deuil , Comédie en un Acte , en vers,
de feu M. HAUTEROCHE
de 1662.
>
dans la-
quelle les Dlles DOLIGNY & LUZY
;
jouerent l'une le rôle de Babet , & l'au-
tre celui de Perette. Cette Comédie eft
Le Mardi 29 , les mêmes Comédiens
repréfenterent l'Ecole des Maris , Co-
médie de MOLIERE , en trois Actes &
en Vers. Cette Piéce eft de 1662 ; elle
fut fuivie du Sage Etourdi , Comédie
de feu M. DE BOISSY
dans laquelle
le fieur MOLÉ a joué le rôle de Léandre ;
le fieur BELCOUR celui d'Erafte , & la
Dlle PRÉVILLE le rôle d'Eliante , & c.
Le Jeudi , premier Décembre , on re-
préfenta pour la premiere fois ( à la
Cour ) la nouvelle Tragédie intitulée
le Comte de Warvik de M. DE LA
HARPE. Cette Piéce y fit fur les Spec-
tateurs la même impreffion qu'elle
avoit faite à Paris ,& par conféquent eut
un fuccès général. Nous en avons déja
parlé dans le précédent Mercure ; nous
ajouterons ci-après , dans l'Article de
Paris de ce vol. quelques obfervations
fur cette Tragédie.
G iij
50 MERCURE DE FRANCE.
La Tragédie fut fuivie de la Pupille ,
Comédie en 1 Acte en Profe de feur
M. FAGAN. La jeune Dlle DOLIGNI
>
qui dans fon début avoit , pour ainfi
dire , renouvellé le fuccès qu'eut cette
Piéce dans fa nouveauté en 1734 , a
joué le rôle de la Pupille à la Cour, où
elle a fait le plus grand plaifir.
La nouvelle de la mort de l'Archidu-
cheffe a interrompu les Spectacles de
la Cour pendant plufieurs jours ; ils ont
été repris le Mardi 13 , par le Joueur
>
Comédie en cinq Actes , en vers , de feu
M. REGNARD , donnée en 1698. Le
rôle de Valere a été joué par le fieur
BELCOUR , celui d'Hector , par le fieur
ARMAND , & c.
Pour feconde Piéce , le même jour ,
la Famille extravagante , Comédie en
un Acte , en vers , du feu fieur LE
GRAND , de 1709.
Le 14 , par les Comédiens Italiens , les
Amours d'Arlequin & de Camille , de
M. GOLDONI , Piéce Italienne conte-
nant les trois premiers Actes d'un Su-
jet diftribué en
autres. Ouvrage Dra
matique , dont nous avons déja parlé &
dont on ne parlera jamais avec autant
d'éloges qu'il en mérite.
Pour feconde Piéce, Ninette à la Cour,
Opéra- Comique.
JANVIER. 1764.
Le lendemain , 15 , par les Comédiens
François , Mérope , Tragédie de M. de
VOLTAIRE , fuivie de Zénéïde. Le
fieur GRANGER , jeune Acteur dont
nous allons avoir occafion de parler à
l'Article de Paris , y débuta avec beau-
, y
coup de fuccès par le rôle d'Egifte ,
dans la premiere Piéce ; & par celui
d'Olinde , dans la feconde .
La fuite au Mercure prochain.
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1911
p. 152-154
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
UNE des choses intéressantes pour les Amateurs du Théâtre, a été le Début [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
UNE des choses intéressantes pour les
Amateurs du Théâtre, a été le Début
du jeune M. GRANGER , par le rôle
d'Egifte dans Merope , & par celui d'O-
linde dans Zénéïde , le Lundi 12 Décem-
bre. Cet Acteur , qui n'avoit joué furau-
JANVIER. 1764.
153
eun Théâtre , n'avoit pas encore dix-
fept ans accomplis le jour de fon début.
Malgré tout l'embarras & toute la timi-
dité que l'on fuppofe facilement dans un
Sujet de cet âge, ce qui lui étouffoit prèf-
que l'organe de la voix ,
il fit paroître ,
dès ce premier jour , un fentiment vrai
& naturel , de l'intelligence dans le dé-
bit , affez de jufteffe & de modération
dans le gefte , malgré beaucoup de cha-
leur dans fon jeu , & un feu qui femble.
lui être naturel.
Il confirma fur - tout
cette intelligence fi néceffaire pour le
talent de l'Acteur , dans le rôle de la Co-
médie , & il reçut beaucoup d'applaudif-
femens. Il a été reçu très-favorablement
dans les autres Pièces de fon début ,
qu'il a continué par Seide dans la Tra-
gédie de Mahomet , par le rôle de Dar-
vianne dans Mélanide , & celui de Char--
mant dans l'Oracle.
Mlle PRÉVILLE , qui , depuis la re-
traite de Mlle GAUSSIN , continue de
prendre quelques-uns des rôles de fon
emploi , a joué celui de Mélanide avec
un fuccès général ; & la repréfentation
de cette Pièce n'a jamais paru en géné-
ral plus intéreffante qu'à cette reprife.
Le nouvel Acteur a joué depuis le
rôle de Britannicus dans la Tragédie de
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
ce nom , & celui de Lindor dans la petite
Comédie intitulée Heureufement ; Eu-
phemon dans l'Enfant Prodigue , & Va-
lère dans la Pupille. La voix de ce jeune
Sujet paroît n'être pas encore dévelop-
pée , & n'avoir pas acquis la force fonore
que l'âge vraiſemblablement doit lui
donner.
Il nous refte à parler du Comte de
Warvik. Cette Tragédie fut donnée le
10 Décembre pour la quinzième & der-
nière repréſentation , avec une grande.
affluence de Spectateurs. Elle a été re-
demandée & repriſe le 28 , & elle a été
reçue avec le même fuccès que dans les
`repréſentations fuivies de fa nouveauté.
Nous placerons ici les Obfervations.
fur cette Piéce , que nous avons annon-
cées dans le précédent Mercure.
On attendoit à la fin du mois dernier ,
fur ce Théâtre , une nouveauté intitulée ,
La Confiance trahie , Comédie en vers &
en cinq Actes.
UNE des choses intéressantes pour les
Amateurs du Théâtre, a été le Début
du jeune M. GRANGER , par le rôle
d'Egifte dans Merope , & par celui d'O-
linde dans Zénéïde , le Lundi 12 Décem-
bre. Cet Acteur , qui n'avoit joué furau-
JANVIER. 1764.
153
eun Théâtre , n'avoit pas encore dix-
fept ans accomplis le jour de fon début.
Malgré tout l'embarras & toute la timi-
dité que l'on fuppofe facilement dans un
Sujet de cet âge, ce qui lui étouffoit prèf-
que l'organe de la voix ,
il fit paroître ,
dès ce premier jour , un fentiment vrai
& naturel , de l'intelligence dans le dé-
bit , affez de jufteffe & de modération
dans le gefte , malgré beaucoup de cha-
leur dans fon jeu , & un feu qui femble.
lui être naturel.
Il confirma fur - tout
cette intelligence fi néceffaire pour le
talent de l'Acteur , dans le rôle de la Co-
médie , & il reçut beaucoup d'applaudif-
femens. Il a été reçu très-favorablement
dans les autres Pièces de fon début ,
qu'il a continué par Seide dans la Tra-
gédie de Mahomet , par le rôle de Dar-
vianne dans Mélanide , & celui de Char--
mant dans l'Oracle.
Mlle PRÉVILLE , qui , depuis la re-
traite de Mlle GAUSSIN , continue de
prendre quelques-uns des rôles de fon
emploi , a joué celui de Mélanide avec
un fuccès général ; & la repréfentation
de cette Pièce n'a jamais paru en géné-
ral plus intéreffante qu'à cette reprife.
Le nouvel Acteur a joué depuis le
rôle de Britannicus dans la Tragédie de
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
ce nom , & celui de Lindor dans la petite
Comédie intitulée Heureufement ; Eu-
phemon dans l'Enfant Prodigue , & Va-
lère dans la Pupille. La voix de ce jeune
Sujet paroît n'être pas encore dévelop-
pée , & n'avoir pas acquis la force fonore
que l'âge vraiſemblablement doit lui
donner.
Il nous refte à parler du Comte de
Warvik. Cette Tragédie fut donnée le
10 Décembre pour la quinzième & der-
nière repréſentation , avec une grande.
affluence de Spectateurs. Elle a été re-
demandée & repriſe le 28 , & elle a été
reçue avec le même fuccès que dans les
`repréſentations fuivies de fa nouveauté.
Nous placerons ici les Obfervations.
fur cette Piéce , que nous avons annon-
cées dans le précédent Mercure.
On attendoit à la fin du mois dernier ,
fur ce Théâtre , une nouveauté intitulée ,
La Confiance trahie , Comédie en vers &
en cinq Actes.
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1912
p. 154-161
OBSERVATIONS sur la Tragédie du COMTE DE WARVIK.
Début :
LA LETTRE imprimée à la fin du dernier Mercure contenant l'analyse de la Tragédie du Comte [...]
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur la Tragédie du COMTE DE WARVIK.
OBSERVATIONS sur la Tragédie du
COMTE DE WARVIK.
LA LETTRE imprimée à la fin du dernier Mercure
contenant l'analyse de la Tragédie du Comte
de Warvik , nous nous bornerons à une difcuffion
JANVIER. 1764.
155
critique des divers avis que nous avous pu re-
cueillir fur cette Pièce,
En nous engageant à mettre fous les yeux du
Public les reproches de la Critique , nous avons
dit qu'il feroit à defirer que , dans l'éclat même du
fuccès , les Auteurs écoutaffent juſques aux cris de
l'Envie * : mais nous n'avons pas entendu en de-
venir l'écho. Elle excite néceffairement la haine
de bien des rivaux , à proportion de ce que les fuc-
cès font plus mérités ; parce que l'on prévoit qu'ils
feront durables. Nous ne nous arrêterons donc
pas à réfuter les abfurdités qu'un motif auſſi mé-
prifable auroit pu dicter. Nous n'entrerons point
dans la juftification des calomnies perfonnelles ,
toujours répugnantes à répéter, même pour les con-
fondre. Un homme abfent ne peut s'en défendre ;
mais un Ouvrage imprimé , ainfi qu'eft aujour
d'hui cette Tragédie , fe lit & fe juge dans le
filence des paffions , & dans le repos du cabinet.
Ce font les jugemens portés avec ce défintéreffe-
ment recommandable, qu'il peut être utile aux pro-
grès de l'art de pefer & d'éxaminer. Si nous y joi-
gnons nos opinions , c'eft pour nous éclairer , &
non pas pour prefcrire des loix.
Un des reproches qui fe préfente le premier à
examiner , nous a paru un des plus foibles. C'eſt
celui qu'on fait à M. DE LA HARPE , de n'avoir
pas fuivi allez fidélement l'Hiftoire. Nous ne con-
noiffons , ni dans les Anciens ( d'après lefquels on
a impofé les règles les plus févères du Drame )
>
ni dans les Modernes , qui fe font piqués de les ob
ferver avec le plus de fcrupule , rien qui ait obligé
ni les uns , ni les autres à l'exactitude d'un Hifto-
rien. On est toujours convenu que le Poëte dra-
* Voyez le Mercure de Novembre , Art. V. des
Spectacles de Paris , pag. 175 .
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
matique pouvoit altérer quelques faits , quand
cette altération est néceffaire à l'intérêt de fa Pièce,
quand elle procure plus d'éclat à fes Perfonnages
principaux , quand elle met leurs caractères plus
en jeu pourvu qu'elle ne contrarie pas ce qu'on
connoît univerſellement de ces caractères
événemens hiftoriques.
Warvik périt les armes à la main
:
' &
qu'elle ne détruiſe pas l'ordre fondamental des
voilà le fait
hiftorique. Au lieu de le faire périr en combattant
contre fon Roi , le Poëte lui fait trouver la mort ,
en combattant pour la défenſe de celui qui l'a of-
fenfé. Un homme fier & généreux tout enſemble ,
tel que le Comte de Warvik , peut également in-
molerfon ennemi , lui pardonner , aller plus loin
encore , & plus volontiers le défendre , fans con-
tredire par-là fon caractère. La raiſon eſt ſimple.
En fuivant le premier parti , il ne fe procure
qu'une vengeance affez commune ; dans le fe-
cond , il fe place au-deffus de fon ennemi qu'il
bumilie. Cette vengeance eft héroïque ; elle eft
intéreffante. C'eft ce qu'il faut pour le Théâtre ;
c'eft ce qu'il faut pour élever fon Héros , dans l'o-
pinion du Spectateur , au-deffus des grands hom-
mes ordinaires. Le premier fentiment de quelques
Critiques a été de trouver ce changement de vo-
lonté bien fubit dans le Comte de Warvik ; de
penfer qu'il n'étoit pas dans la nature. Nous
croyons , d'après ce que nous venons de dire ,
que l'Auteur auroit à répondre qu'au contraire
cela eft , & cela doit être dans le naturel de fon
Héros . Tout homme opprimé invoque la ven-
gcance. L'homme courageux , s'il peut faifir le
glaive , combattre fon ennemi , le détruire , il le
fera
voilà ce qui eft dans la nature. Mais fi on
lui amène cet ennemi dans les liens , qu'on lui
JANVIER. 1764.
157
donne un poignard , & qu'on lui dife ,frappe , le
poignard lui tombera des mains : voilà ce qui eft
dans le naturel d'un tel homme. Warvik elt ,
comme on l'a dit , plus qu'un homme d'un cou-
rage ordinaire ;
il ne fe contente pas d'épargner
Edouard , il veut lui rendre tout ; il veut le créer ,
pour ainfi dire , une feconde fois : voilà le Héros.
C'eft avec quelque regret que nous nous fommes
arrêtés à juftifier ce moment , qui eſt un des plus
beaux de la Tragédie .
.
Le Perfonnage de la Pièce fur lequel la Critique
ait eu plus d'occafions de s'éxercer , eft celui de
Marguerite , l'agent & le mobile principal de l'ac-
tion. On a objecté contre l'Auteur , que c'eft char-
ger cette Reine d'un crime qu'elle n'a pas com-
mais , que de la rendre coupable de la mort du
Comte de Warvik.
S'il n'y avoit qu'un tel repro-
che à faire fur ce rôle , nous pensons que l'Auteur
le détruiroit facilement. En effet , ce meurtre poli-
tique paroîtra fans doute aux Lecteurs , ainsi qu'à
nous , dans le caractère de Marguerite. Une fem-
me qui , dans l'Hiftoire , fait alfaffiner fon oncle ,"
peut bien , dans une Tragédie , faire alfaffiner un
ennemi puiffant & dangereux , dont fon intérêt
éxige abfolument qu'elle fe défaffe , fi elle ne veut
pas renoncer à l'eſpoir de rétablir fa Maiſon fur le
Trône , & de veiller à la propre confervation.
Ce qu'on peut obferver , avec plus de fondement
contre ce rôle , & ce que nous ne diffimulons pas ,
c'est que peut- être manque-t-il d'une certaine éten-
due ou plutôt d'un développement mieux lié , qui
lui donneroit une conftitution proportionnée àfon
importance. Il s'enfuit un défaut général dans la
marche théâtrale de ce rôle , dont le Perfonnage
paroît trop fervilement aux ordres de l'Auteur
toutes les fois qu'il en a befoin , & qu'il femble te-
158 MERCURE DE FRANCE.
nir en réferve pour exciter les divers mouvemens
de fes Perfonnages , fans qu'elle foit conduite fur
la fcène , ni, qu'elle s'en retire , par l'enchaînement
général de l'action dramatique. C'eſt parce même
défaut que la Scène entre Marguerite & Elifabeth
fait moins d'effet qu'elle n'en devroit faire ; parce
qu'elle n'eft pas fuffifamment amenée. On peut
remarquer au commencement du troifiéme Acte,
qu'elle laiffe la fcène vuide. Tous ces défauts qui
ont échappé à ceux qui ont plus cherché peut- être
à déprimer la gloire de l'Auteur , qu'à éxaminer
l'Ouvrage fur les grands principes de l'Art ; tous
ces défauts , dis-je , de pratique du Théâtre , font
rachetés par des beautés qui non-feulement les
ont dérobés au fentiment de plaifir d'une partie
des Spectateurs ; mais que les vrais Amateurs au-
ront été fâchés pour les fuites de ne pas rencon-
trer dans le premier Ouvrage d'un Poëte de l'âge
de M. DE LA HARPE , qui pouvoit s'être plus livré
au fentiment & à l'imagination , qu'affervi à des
régles dont l'éxacte pratique , quoique très- né-
cellaire , eft plus le fruit de l'expérience que le ca-
ractère du génie.
Quelques Critiques auroient defiré que l'Au-
teur eût tiré un plus grand parti de l'amour d'E-
lifabeth & de Warvik ; que cette paſſion fût un
reffort plus puiffant dans cette Piéce & qu'en
général elle y produisît un intérêt plus tendre.
Il nous femble que c'eft confondre les genres &
vouloir les ramener tous à celui de l'intérêt d'a-
mour. Que deviendroient la plupart des chefs-
d'œuvres du grand Corneille ! que devien-
droient d'excellentes Tragédies de nos jours , tels
que Mérope & d'autres , fi l'on adhéroit à cette
opinion ? L'Auteur de Warvik ne nous préſente
pointfon héros , comme incellamment occupé de
{
JANVIER. 1764.
159
fa tendreffe. Ce Guerrier , qui étoit en fpectacle à
toute l'Europe , qui décidoit du fort des Rois
devoit voir dans la conduite d'Edouard , un affront
bien plus fenfible pour fa gloire que pour fon
amour. Cependant , s'il nous eft permis d'hazar-
der notre avis , Warvik nous paroît dans le fe
cond Acte , fonger autant qu'il le doit aux inté-
rêts de cet amour. Il veut venger fa Maîtreffe ,
elle eft la récompenfe , fon bien : il le dit à Eliza
beth , il le dit à Edouard. Mais lorsque ce Prince
répond a fes reproches emportés par un outrage
plus cruel , enfin , quand Warvik ſe voit dans les
fers ; alors il oublie la premiere injure , celle qu'il
reffent eft plus amère , plus accablante , voilà ce
qui doit feul l'occuper
il s'y livre tout entier.
Nous le voyons intérellant dans fes fers. On par-
tage toutes les impreffions de cette âme profon-
dément bleffée. Combien cet intérêt d'un grand
homme outragé & dans l'oppreffion , eft - il plus
vif & plus généralement pathétique qu'un petit
intérêt d'amour , toujours fi voifin des frivoles
attraits de la galanterie , & fi ufé fur nos Théâtres,
Il ne nous feroit pas auffi facile de juftifier le
cinquiéme Acte de cette Tragédie. On ne peut
pas le faire illufion fur le récit de Suffolk , quelque
bien écrit qu'il foit : il faut convenir qu'il eft allez
indifférent , parce qu'il n'apprend que ce qu'on
fçait déja. La mort de Warvik , dans l'inftant où
il est devenu le plus intéreffant eft le feul événe-
ment de cet Acte. A cette occafion , des Critiques ,
attentifs à tout ce qui peut affoiblir l'honneur de
l'invention dans les Ouvrages de fuccès , ont rap-
pellé le dénoûment de Tancréde. Ce n'eft pas cette
parité , s'il y en a , que nous croyons devoir im-
prouver dans cet Acte. Le cercle des événemens,
dans les Poemes Epiques & Dramatiques , n'eft
160 MERCURE DE FRANCE.
pas fans bornes. Des Auteurs , en prenant des
Foutes très-différentes , fe rencontrent quelquefois
aux mêmes points , en arrivant aux termes de
chacune de ces routes. Malheur aux âmes de ceux
dont l'efprit cherche & faifit avec tant de facilité *
ces fortes de rencontres , ils font ou doivent être
privés de bien des plaifirs , puifqu'ils n'ont pas
celui d'être affectés fans difcuffion. Un défaut plus
eflentiel à cet A&te , c'eft que cet événement de la
mort de Warvik ne fuffit pas pour le remplir.
On pourroit néanmoins remarquer , pour la
juftification de l'Auteur , qu'il étoit très-difficile
de remplir mieux un cinquiéme Acte , lorfque
la marche naturelle de l'action & l'étendue du
Sujet ont rempli le quatrième , comme l'eft ce-
lui de cette Tragédie ; que dans nos meilleures
Piéces , dans celles qui jouiffent pour ainfi dire
d'une célébrité à l'abri de toute critique , quand'
le quatriéme A&te eft d'une beauté fupérieure ,
communément le cinquiéme Acte est un peu
foible. Ce défaut eft moins celui de talent & de
génie de la part des Auteurs , que la fuite de la
fervitude qui oblige à étendre un Poëme jufqu'au
nombre des Actes. Toutes les fois qu'on n'a pu
fans faire languir la marche de l'action , s'en
réſerver les plus beaux momens pour le dénoû-
ment , comme dans Rodogune , il arrive que ce
cinquiéme Acte eft bien moins rempli que les
autres. Mais au rette Warvik , immolé dans
l'inftant où il eft le plus généreux , où il doit
être auffi le plus heureux , en devient plus inté-
reffant , & fa mort est un coup de théâtre qui
doit frapper les âmes fenfibles. Ses dernières pa-
roles attendriffent & ont arraché des larmes à
bien des Spectateurs ; la catastrophe a donc at-
teint le but du Drame tragique.
JANVIER. 1764.
161
Nous n'ajouterons rien à ce que nous avons
deja dit dans le précédent vol. du ſtyle général
de cette Piéce. La juftice que nous lui avons
rendue paroît confirmée aujourd'hui par la lec-
ture & par les critiques même les plus fufpec-
tes du defir de ne rien trouver à louer. Nous
ne parlerons pas du rôle d'EDOUARD en particu
lier , de l'art par lequel ce Prince conferve la
dignité de fon Etat avec un Sujet qui a des
droits fi puiffans fur lui , & qui en uſe avec ex-
cès. De l'aveu des meilleurs Juges , c'eft la par-
tie de l'Ouvrage qui marque le plus de talent
de la part de l'Auteur & qui feroit honneur aux
plus grands Maîtres de notre Théâtre. Le rôle
d'Elizabeth nous paroît à- peu- près ce qu'il doit
être , celui d'une femme vertueufe & tendre qui
aime un amant & refpecte fon Roi, & qui voudroit
les fauver tous deux.
Le fuccès foutenu de cette Tragédie , celui
qu'elle a eu à la lecture , tout juftiñe l'éloge que
nous en avions déja fait , & fur lequel nous fom-
mes encore plus affermis après en avoir difcuté im-
partialement les beautés & les défauts,
N. B. Quoique nous nous foyons interdit tout
ce qui pouvoit avoir rapport au perſonnel , nous
croyons devoir relever ici une erreur du Gazetier
d'Utrecht , qui annonce que M. DE LA HARPE eft
un Etudiant en Rhétorique au Collège du Pleffis ,
âgé de 22 ans. Nous pouvons affurer ici que
M. DE LA HARPE a fait toutes les études au Col-
Fége d'Harcourt ; qu'il y a quatre ans qu'il en eft
forti, & qu'il eft âgé de 24 ans.
COMTE DE WARVIK.
LA LETTRE imprimée à la fin du dernier Mercure
contenant l'analyse de la Tragédie du Comte
de Warvik , nous nous bornerons à une difcuffion
JANVIER. 1764.
155
critique des divers avis que nous avous pu re-
cueillir fur cette Pièce,
En nous engageant à mettre fous les yeux du
Public les reproches de la Critique , nous avons
dit qu'il feroit à defirer que , dans l'éclat même du
fuccès , les Auteurs écoutaffent juſques aux cris de
l'Envie * : mais nous n'avons pas entendu en de-
venir l'écho. Elle excite néceffairement la haine
de bien des rivaux , à proportion de ce que les fuc-
cès font plus mérités ; parce que l'on prévoit qu'ils
feront durables. Nous ne nous arrêterons donc
pas à réfuter les abfurdités qu'un motif auſſi mé-
prifable auroit pu dicter. Nous n'entrerons point
dans la juftification des calomnies perfonnelles ,
toujours répugnantes à répéter, même pour les con-
fondre. Un homme abfent ne peut s'en défendre ;
mais un Ouvrage imprimé , ainfi qu'eft aujour
d'hui cette Tragédie , fe lit & fe juge dans le
filence des paffions , & dans le repos du cabinet.
Ce font les jugemens portés avec ce défintéreffe-
ment recommandable, qu'il peut être utile aux pro-
grès de l'art de pefer & d'éxaminer. Si nous y joi-
gnons nos opinions , c'eft pour nous éclairer , &
non pas pour prefcrire des loix.
Un des reproches qui fe préfente le premier à
examiner , nous a paru un des plus foibles. C'eſt
celui qu'on fait à M. DE LA HARPE , de n'avoir
pas fuivi allez fidélement l'Hiftoire. Nous ne con-
noiffons , ni dans les Anciens ( d'après lefquels on
a impofé les règles les plus févères du Drame )
>
ni dans les Modernes , qui fe font piqués de les ob
ferver avec le plus de fcrupule , rien qui ait obligé
ni les uns , ni les autres à l'exactitude d'un Hifto-
rien. On est toujours convenu que le Poëte dra-
* Voyez le Mercure de Novembre , Art. V. des
Spectacles de Paris , pag. 175 .
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
matique pouvoit altérer quelques faits , quand
cette altération est néceffaire à l'intérêt de fa Pièce,
quand elle procure plus d'éclat à fes Perfonnages
principaux , quand elle met leurs caractères plus
en jeu pourvu qu'elle ne contrarie pas ce qu'on
connoît univerſellement de ces caractères
événemens hiftoriques.
Warvik périt les armes à la main
:
' &
qu'elle ne détruiſe pas l'ordre fondamental des
voilà le fait
hiftorique. Au lieu de le faire périr en combattant
contre fon Roi , le Poëte lui fait trouver la mort ,
en combattant pour la défenſe de celui qui l'a of-
fenfé. Un homme fier & généreux tout enſemble ,
tel que le Comte de Warvik , peut également in-
molerfon ennemi , lui pardonner , aller plus loin
encore , & plus volontiers le défendre , fans con-
tredire par-là fon caractère. La raiſon eſt ſimple.
En fuivant le premier parti , il ne fe procure
qu'une vengeance affez commune ; dans le fe-
cond , il fe place au-deffus de fon ennemi qu'il
bumilie. Cette vengeance eft héroïque ; elle eft
intéreffante. C'eft ce qu'il faut pour le Théâtre ;
c'eft ce qu'il faut pour élever fon Héros , dans l'o-
pinion du Spectateur , au-deffus des grands hom-
mes ordinaires. Le premier fentiment de quelques
Critiques a été de trouver ce changement de vo-
lonté bien fubit dans le Comte de Warvik ; de
penfer qu'il n'étoit pas dans la nature. Nous
croyons , d'après ce que nous venons de dire ,
que l'Auteur auroit à répondre qu'au contraire
cela eft , & cela doit être dans le naturel de fon
Héros . Tout homme opprimé invoque la ven-
gcance. L'homme courageux , s'il peut faifir le
glaive , combattre fon ennemi , le détruire , il le
fera
voilà ce qui eft dans la nature. Mais fi on
lui amène cet ennemi dans les liens , qu'on lui
JANVIER. 1764.
157
donne un poignard , & qu'on lui dife ,frappe , le
poignard lui tombera des mains : voilà ce qui eft
dans le naturel d'un tel homme. Warvik elt ,
comme on l'a dit , plus qu'un homme d'un cou-
rage ordinaire ;
il ne fe contente pas d'épargner
Edouard , il veut lui rendre tout ; il veut le créer ,
pour ainfi dire , une feconde fois : voilà le Héros.
C'eft avec quelque regret que nous nous fommes
arrêtés à juftifier ce moment , qui eſt un des plus
beaux de la Tragédie .
.
Le Perfonnage de la Pièce fur lequel la Critique
ait eu plus d'occafions de s'éxercer , eft celui de
Marguerite , l'agent & le mobile principal de l'ac-
tion. On a objecté contre l'Auteur , que c'eft char-
ger cette Reine d'un crime qu'elle n'a pas com-
mais , que de la rendre coupable de la mort du
Comte de Warvik.
S'il n'y avoit qu'un tel repro-
che à faire fur ce rôle , nous pensons que l'Auteur
le détruiroit facilement. En effet , ce meurtre poli-
tique paroîtra fans doute aux Lecteurs , ainsi qu'à
nous , dans le caractère de Marguerite. Une fem-
me qui , dans l'Hiftoire , fait alfaffiner fon oncle ,"
peut bien , dans une Tragédie , faire alfaffiner un
ennemi puiffant & dangereux , dont fon intérêt
éxige abfolument qu'elle fe défaffe , fi elle ne veut
pas renoncer à l'eſpoir de rétablir fa Maiſon fur le
Trône , & de veiller à la propre confervation.
Ce qu'on peut obferver , avec plus de fondement
contre ce rôle , & ce que nous ne diffimulons pas ,
c'est que peut- être manque-t-il d'une certaine éten-
due ou plutôt d'un développement mieux lié , qui
lui donneroit une conftitution proportionnée àfon
importance. Il s'enfuit un défaut général dans la
marche théâtrale de ce rôle , dont le Perfonnage
paroît trop fervilement aux ordres de l'Auteur
toutes les fois qu'il en a befoin , & qu'il femble te-
158 MERCURE DE FRANCE.
nir en réferve pour exciter les divers mouvemens
de fes Perfonnages , fans qu'elle foit conduite fur
la fcène , ni, qu'elle s'en retire , par l'enchaînement
général de l'action dramatique. C'eſt parce même
défaut que la Scène entre Marguerite & Elifabeth
fait moins d'effet qu'elle n'en devroit faire ; parce
qu'elle n'eft pas fuffifamment amenée. On peut
remarquer au commencement du troifiéme Acte,
qu'elle laiffe la fcène vuide. Tous ces défauts qui
ont échappé à ceux qui ont plus cherché peut- être
à déprimer la gloire de l'Auteur , qu'à éxaminer
l'Ouvrage fur les grands principes de l'Art ; tous
ces défauts , dis-je , de pratique du Théâtre , font
rachetés par des beautés qui non-feulement les
ont dérobés au fentiment de plaifir d'une partie
des Spectateurs ; mais que les vrais Amateurs au-
ront été fâchés pour les fuites de ne pas rencon-
trer dans le premier Ouvrage d'un Poëte de l'âge
de M. DE LA HARPE , qui pouvoit s'être plus livré
au fentiment & à l'imagination , qu'affervi à des
régles dont l'éxacte pratique , quoique très- né-
cellaire , eft plus le fruit de l'expérience que le ca-
ractère du génie.
Quelques Critiques auroient defiré que l'Au-
teur eût tiré un plus grand parti de l'amour d'E-
lifabeth & de Warvik ; que cette paſſion fût un
reffort plus puiffant dans cette Piéce & qu'en
général elle y produisît un intérêt plus tendre.
Il nous femble que c'eft confondre les genres &
vouloir les ramener tous à celui de l'intérêt d'a-
mour. Que deviendroient la plupart des chefs-
d'œuvres du grand Corneille ! que devien-
droient d'excellentes Tragédies de nos jours , tels
que Mérope & d'autres , fi l'on adhéroit à cette
opinion ? L'Auteur de Warvik ne nous préſente
pointfon héros , comme incellamment occupé de
{
JANVIER. 1764.
159
fa tendreffe. Ce Guerrier , qui étoit en fpectacle à
toute l'Europe , qui décidoit du fort des Rois
devoit voir dans la conduite d'Edouard , un affront
bien plus fenfible pour fa gloire que pour fon
amour. Cependant , s'il nous eft permis d'hazar-
der notre avis , Warvik nous paroît dans le fe
cond Acte , fonger autant qu'il le doit aux inté-
rêts de cet amour. Il veut venger fa Maîtreffe ,
elle eft la récompenfe , fon bien : il le dit à Eliza
beth , il le dit à Edouard. Mais lorsque ce Prince
répond a fes reproches emportés par un outrage
plus cruel , enfin , quand Warvik ſe voit dans les
fers ; alors il oublie la premiere injure , celle qu'il
reffent eft plus amère , plus accablante , voilà ce
qui doit feul l'occuper
il s'y livre tout entier.
Nous le voyons intérellant dans fes fers. On par-
tage toutes les impreffions de cette âme profon-
dément bleffée. Combien cet intérêt d'un grand
homme outragé & dans l'oppreffion , eft - il plus
vif & plus généralement pathétique qu'un petit
intérêt d'amour , toujours fi voifin des frivoles
attraits de la galanterie , & fi ufé fur nos Théâtres,
Il ne nous feroit pas auffi facile de juftifier le
cinquiéme Acte de cette Tragédie. On ne peut
pas le faire illufion fur le récit de Suffolk , quelque
bien écrit qu'il foit : il faut convenir qu'il eft allez
indifférent , parce qu'il n'apprend que ce qu'on
fçait déja. La mort de Warvik , dans l'inftant où
il est devenu le plus intéreffant eft le feul événe-
ment de cet Acte. A cette occafion , des Critiques ,
attentifs à tout ce qui peut affoiblir l'honneur de
l'invention dans les Ouvrages de fuccès , ont rap-
pellé le dénoûment de Tancréde. Ce n'eft pas cette
parité , s'il y en a , que nous croyons devoir im-
prouver dans cet Acte. Le cercle des événemens,
dans les Poemes Epiques & Dramatiques , n'eft
160 MERCURE DE FRANCE.
pas fans bornes. Des Auteurs , en prenant des
Foutes très-différentes , fe rencontrent quelquefois
aux mêmes points , en arrivant aux termes de
chacune de ces routes. Malheur aux âmes de ceux
dont l'efprit cherche & faifit avec tant de facilité *
ces fortes de rencontres , ils font ou doivent être
privés de bien des plaifirs , puifqu'ils n'ont pas
celui d'être affectés fans difcuffion. Un défaut plus
eflentiel à cet A&te , c'eft que cet événement de la
mort de Warvik ne fuffit pas pour le remplir.
On pourroit néanmoins remarquer , pour la
juftification de l'Auteur , qu'il étoit très-difficile
de remplir mieux un cinquiéme Acte , lorfque
la marche naturelle de l'action & l'étendue du
Sujet ont rempli le quatrième , comme l'eft ce-
lui de cette Tragédie ; que dans nos meilleures
Piéces , dans celles qui jouiffent pour ainfi dire
d'une célébrité à l'abri de toute critique , quand'
le quatriéme A&te eft d'une beauté fupérieure ,
communément le cinquiéme Acte est un peu
foible. Ce défaut eft moins celui de talent & de
génie de la part des Auteurs , que la fuite de la
fervitude qui oblige à étendre un Poëme jufqu'au
nombre des Actes. Toutes les fois qu'on n'a pu
fans faire languir la marche de l'action , s'en
réſerver les plus beaux momens pour le dénoû-
ment , comme dans Rodogune , il arrive que ce
cinquiéme Acte eft bien moins rempli que les
autres. Mais au rette Warvik , immolé dans
l'inftant où il eft le plus généreux , où il doit
être auffi le plus heureux , en devient plus inté-
reffant , & fa mort est un coup de théâtre qui
doit frapper les âmes fenfibles. Ses dernières pa-
roles attendriffent & ont arraché des larmes à
bien des Spectateurs ; la catastrophe a donc at-
teint le but du Drame tragique.
JANVIER. 1764.
161
Nous n'ajouterons rien à ce que nous avons
deja dit dans le précédent vol. du ſtyle général
de cette Piéce. La juftice que nous lui avons
rendue paroît confirmée aujourd'hui par la lec-
ture & par les critiques même les plus fufpec-
tes du defir de ne rien trouver à louer. Nous
ne parlerons pas du rôle d'EDOUARD en particu
lier , de l'art par lequel ce Prince conferve la
dignité de fon Etat avec un Sujet qui a des
droits fi puiffans fur lui , & qui en uſe avec ex-
cès. De l'aveu des meilleurs Juges , c'eft la par-
tie de l'Ouvrage qui marque le plus de talent
de la part de l'Auteur & qui feroit honneur aux
plus grands Maîtres de notre Théâtre. Le rôle
d'Elizabeth nous paroît à- peu- près ce qu'il doit
être , celui d'une femme vertueufe & tendre qui
aime un amant & refpecte fon Roi, & qui voudroit
les fauver tous deux.
Le fuccès foutenu de cette Tragédie , celui
qu'elle a eu à la lecture , tout juftiñe l'éloge que
nous en avions déja fait , & fur lequel nous fom-
mes encore plus affermis après en avoir difcuté im-
partialement les beautés & les défauts,
N. B. Quoique nous nous foyons interdit tout
ce qui pouvoit avoir rapport au perſonnel , nous
croyons devoir relever ici une erreur du Gazetier
d'Utrecht , qui annonce que M. DE LA HARPE eft
un Etudiant en Rhétorique au Collège du Pleffis ,
âgé de 22 ans. Nous pouvons affurer ici que
M. DE LA HARPE a fait toutes les études au Col-
Fége d'Harcourt ; qu'il y a quatre ans qu'il en eft
forti, & qu'il eft âgé de 24 ans.
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1913
p. 162-163
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE Lundi 19 Décembre, M. LOMBARD, qui avoit chanté ci-devant à [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 19 Décembre, M. LOMBARD,
qui avoit chanté ci-devant à
l'Opéra dans les rôles de Haute- contre
a débuté fur le Théâtre de la Comédie
Italienne , par celui de Dorval dans On
ne s'avife jamais de tout. Le Public a
paru plus fatisfait des talens de ce Sujet
pour la partie du chant , que pour celle
du jeu de la Comédie qu'exigent
ces fortes de Pièces mixtes. Cette der-
nière
partie pouvant s'acquérir par
l'ufage & la pratique , il eft à préfumer
que le nouveau Débutant parviendra à
réunir tout ce qui peut être agréable
aux Spectateurs, dans l'un & dans l'autre
genre,
Le lendemain Mardi 20 , on donna .
fur le même Théâtre , la première repré-
fentation de l'Inquiétude de Camille ,
Comédie Italienne , feconde fuite &
conclufion des Amours d'Arlequin & de
Camille , par M. GOLDONI. Nous avons
précédemment rendu compte du mérite
& du fuccès des deux premières fuites :
celle - ci , loin de céder en rien aux au-
tres , femble au contraire avoir généra-
JANVIER. 1764.
163
lement entraîné encore plus de fuffrages.
Le pathétique en eft fi naturellement lié
au comique , qui naît de la naïveté des
deux Perfonnages intéreffans , que le
cœur eft inceffamment partagé entre
deux fentimens oppofés ; mais qui , par
un art qu'on ne fçauroit trop admirer,
fe réuniffent pour le plaifir continuel du
Spectateur. Plus on aime , plus on con-
noît ce grand art de la véritable & bon-
ne Comédie , plus on admire les rapports
réguliers des caractères & de l'action ,
de cette dernière fuite , avec les précéden-
tes, plus auffi on regrette ce que font per-
dre les interruptions qu'occhionne dans
chacune, le talent , fort agréable en foi ,
mais déplacé , de la meilleure Cantatrice.
Nous comptons donner une idée de ce
Drame fingulier , dans une courte Ana-
lyfe , qui mettra du moins les Lecteurs
en état de juger par eux -mêmes du génie
de fon célébre Auteur , & de la jufteffe
de nos éloges. L'efpace de cet Article ne
nous permet pas d'y placer une partie de
ceux que méritent les Acteurs , entre
autres M. CARLIN & Mlle CAMILLE.
Cette dernière peut être regardée au-
jourd'hui comme la première & la plus
grande Actrice de fon genre.
LE Lundi 19 Décembre, M. LOMBARD,
qui avoit chanté ci-devant à
l'Opéra dans les rôles de Haute- contre
a débuté fur le Théâtre de la Comédie
Italienne , par celui de Dorval dans On
ne s'avife jamais de tout. Le Public a
paru plus fatisfait des talens de ce Sujet
pour la partie du chant , que pour celle
du jeu de la Comédie qu'exigent
ces fortes de Pièces mixtes. Cette der-
nière
partie pouvant s'acquérir par
l'ufage & la pratique , il eft à préfumer
que le nouveau Débutant parviendra à
réunir tout ce qui peut être agréable
aux Spectateurs, dans l'un & dans l'autre
genre,
Le lendemain Mardi 20 , on donna .
fur le même Théâtre , la première repré-
fentation de l'Inquiétude de Camille ,
Comédie Italienne , feconde fuite &
conclufion des Amours d'Arlequin & de
Camille , par M. GOLDONI. Nous avons
précédemment rendu compte du mérite
& du fuccès des deux premières fuites :
celle - ci , loin de céder en rien aux au-
tres , femble au contraire avoir généra-
JANVIER. 1764.
163
lement entraîné encore plus de fuffrages.
Le pathétique en eft fi naturellement lié
au comique , qui naît de la naïveté des
deux Perfonnages intéreffans , que le
cœur eft inceffamment partagé entre
deux fentimens oppofés ; mais qui , par
un art qu'on ne fçauroit trop admirer,
fe réuniffent pour le plaifir continuel du
Spectateur. Plus on aime , plus on con-
noît ce grand art de la véritable & bon-
ne Comédie , plus on admire les rapports
réguliers des caractères & de l'action ,
de cette dernière fuite , avec les précéden-
tes, plus auffi on regrette ce que font per-
dre les interruptions qu'occhionne dans
chacune, le talent , fort agréable en foi ,
mais déplacé , de la meilleure Cantatrice.
Nous comptons donner une idée de ce
Drame fingulier , dans une courte Ana-
lyfe , qui mettra du moins les Lecteurs
en état de juger par eux -mêmes du génie
de fon célébre Auteur , & de la jufteffe
de nos éloges. L'efpace de cet Article ne
nous permet pas d'y placer une partie de
ceux que méritent les Acteurs , entre
autres M. CARLIN & Mlle CAMILLE.
Cette dernière peut être regardée au-
jourd'hui comme la première & la plus
grande Actrice de fon genre.
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1914
p. 163-164
AVIS AUX BIBLIOGRAPHES du Théâtre.
Début :
Il s'est glisé [sic] une méprise dans le précédent Mercure de Décembre 1763, à [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVIS AUX BIBLIOGRAPHES du Théâtre.
AVIS AUX BIBLIOGRAPHES
du Théâtre.
Il s'est glisé [sic] une méprise dans le précédent
Mercure de Décembre 1763, à
l'article des Spectacles de la Cour. En
rappellant , à l'occafion d'un Ballet de
Médée & Jaſon , un Opera de M. de la
B *** & de M. LAUION , repréfenté à
Choify , on a mis , Théagêne & Chari-
clée , au lieu du véritable titre de cet
Opera , qui eft , Ifmene & Ifmenias :
Titre fous lequel nous en avons parle
nous-mêmes , dans le temps de fa repré-
Sentation.
On avertit ceux qui puifent les Anec-
dotes theatrales dans notre Journal ,
comme contenant en effet les Faftes les
plus fuivis & les plus certains fur cette
matière , que s'il arrive quelquefois , ce
qui eft inévitable , de laiffer échapper
quelqu'erreur à cet égard , dans un des
volumes, elle est toujours rectifiée dans le
fuivant.
du Théâtre.
Il s'est glisé [sic] une méprise dans le précédent
Mercure de Décembre 1763, à
l'article des Spectacles de la Cour. En
rappellant , à l'occafion d'un Ballet de
Médée & Jaſon , un Opera de M. de la
B *** & de M. LAUION , repréfenté à
Choify , on a mis , Théagêne & Chari-
clée , au lieu du véritable titre de cet
Opera , qui eft , Ifmene & Ifmenias :
Titre fous lequel nous en avons parle
nous-mêmes , dans le temps de fa repré-
Sentation.
On avertit ceux qui puifent les Anec-
dotes theatrales dans notre Journal ,
comme contenant en effet les Faftes les
plus fuivis & les plus certains fur cette
matière , que s'il arrive quelquefois , ce
qui eft inévitable , de laiffer échapper
quelqu'erreur à cet égard , dans un des
volumes, elle est toujours rectifiée dans le
fuivant.
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1915
p. 166-167
« N. B. NOUS avons plusieurs fois invité les Citoyens Amateurs des principales [...] »
Début :
N. B. NOUS avons plusieurs fois invité les Citoyens Amateurs des principales [...]
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texteReconnaissance textuelle : « N. B. NOUS avons plusieurs fois invité les Citoyens Amateurs des principales [...] »
N. B. NOUS avons plusieurs fois invité
les Citoyens Amateurs des principales
Villes du Royaume , à nous mettre
en état d'informer nos Lecteurs de ce
qu'il y auroit de remarquable dans leurs
nous fommes trop recon-
noiffans de la complaifance de celui qui
a bien voulu nous adreffer la Lettre fui-
JANVIER. 1764.
167
vante , & l'objet en eft trop intéreſſant
à plufieurs égards , pour ne nous pas em-
preffer de la publier,
les Citoyens Amateurs des principales
Villes du Royaume , à nous mettre
en état d'informer nos Lecteurs de ce
qu'il y auroit de remarquable dans leurs
nous fommes trop recon-
noiffans de la complaifance de celui qui
a bien voulu nous adreffer la Lettre fui-
JANVIER. 1764.
167
vante , & l'objet en eft trop intéreſſant
à plufieurs égards , pour ne nous pas em-
preffer de la publier,
Fermer
1916
p. 167-170
LETTRE AUX AUTEURS DU MERCURE. A Bordeaux, ce 9 Décembre 1763.
Début :
MESSIEURS, « M. LE MARÉCHAL-DUC DE RICHELIEU, portant par-tout [...]
Mots clefs :
Spectacle, Arts, Lettre, Goût, Voltaire, Bordeaux, Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE AUX AUTEURS DU MERCURE. A Bordeaux, ce 9 Décembre 1763.
LETTRE
AUX AUTEURS DU MERCURE.
A Bordeaux, ce 9 Décembre 1763.
MESSIEURS,
« M. LE MARÉCHAL-DUC DE RICHELIEU,
portant par-tout sur ses
» pas le goût de la Littérature & des
» Beaux-Arts , a voulu que l'on repré
»fentât ici un Spectacle capable de les
"
» réunir tous ; & il a choifi La Princeffe
» de Navarre , Comédie - Ballet , Fête
" donnée fous fes ordres au ROI , à
» Verfailles en 1745, à l'occafion duMa❤
» riage de Monfeigneur LE DAUPHIN
» avec L'INFANTE D'ESPAGNE .
» Aucune Pièce ne pouvoit fi bien
» remplir les grandes vues de M. le Ma-
b.
» réchal , puifque M. DE VOLTAIRE
lui-même annonce dans la Préface ,
» qu'il s'eft efforcé feulement de réunir
» les talens de tous les Artiftes qui ſe dif-
» tinguent le plus ; ajoutant , fans doute
» par modeſtie , que l'unique mérite de
168 MERCURE DE FRANCE.
» l'Auteura été de chercher àfaire valoir
» celui des autres.
" Si ce Spectacle n'a jamais été donné
» qu'à la Cour , il n'en faut chercher la
99
rai on que dans l'impoffibilité de le
» mettre ailleurs. Et c'eft une diftinction
» pour notre Théâtre , que de raffem-
» bler tous les Sujets néceffaires à fon
» exécution...
"
» En effet , où trouver ailleurs , dans
» la même Troupe , l'Opéra réuni à la
» Comédie Françoife & Italienne , la
Tragédie à la Parodie ; & dans chaque
» genre , de bons Acteurs ? Où trouver
cinq hommes & quatre femmes * chan
» tans feuls dans la plus noble Mufique
» de M. RAMEAU ? Des Ballets & un
» Orqueftre , que l'on goûte même en
» arrivant de Paris ? Une profufion dans
» la dépenfe , tant pour les Décorations
» que pour les Habits ? Voilà ce qui ne
» fe trouve qu'à Bordeaux.
» M. DE BELMONT , Directeur des
» Spectacles de cette Ville, a fi bien rem-
» pli l'attente de M. le Maréchal , que ce
» Spectacle a été également admiré par
» la magnificence , par le goût , & par
» l'enfemble de toutes fes parties.
* On tranſcrit fidèlement cette Lettre , fans pré-
tendre en critiquer ni juſtifier quelques expreffions.
M.
JANVIER. 1764.
169
" M. de Voltaire, fe rendant aux de-
» firs de M. de Belmont , lui a envoyé un
» nouveau Prologue , qu'il a prononcé le
» 26 Novembre , avant la première re-
préfentation , en préfence de M. le Ma-
» réchal. Cette feule Pièce fuffit pour
» me faire eſpérer , Meffieurs , que vous
inférerez dans votre Mercure cette
» Lettre-ci , qui du moins aura le mérite
» d'amener une nouveauté, plus rem-
»plie de chofes que de mots.
NOUVEAU PROLOGUE de la Princeſſe
de Navarre , par M. DE VOLTAIRE.
Nous ofons retracer cette Fête éclatante ,
Que donna dans Verfailles , au plus aimé des Rois
Le Héros qui le repréſente ,
Et qui nous fait chérir les loix.
Ses mains en d'autres lieux ont porté la Victoire ;
Il porte ici le Goût , les Beaux-Arts & les Jeux ,
Et c'eſt une nouvelle gloire.
Mars fait des Conquérans, la Paix fait des heureux.
Des Grecs & des Romains , les Spectacles pompeux
De l'Univers encore occupent la mémoire ;
Auffi-bien que leurs Camps , teurs Cirques font
fameux.
Melpomène , Thalie , Eutherpe & Terpficore
Ont enchanté les Grecs , & fçavent plaire encore
A nos Français polis , & qui penfent comme eux.
I. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
La Guerre défend la Patrie ,
Le Commerce peut l'enrichir ;
Les Loix fontfon repos , les Arts la font fleurir,
La valeur , les talens , les travaux , l'induftrie ,
Tout brille parmi vous : quevos heureux remparts
Soient le Temple éternel de la Paix & des Arts.
» Ce Spectacle a déja été repréſenté
» trois fois , & toujours avec une af-
» fluence égale à la fatisfaction des Spec
» tateurs.
» J'ai l'honneur d'être , avec une ef-
» time refpe&ueuſe ,
MESSIEURS ,
» Votre , &c.
"
»LOUIS-CLAUDE LE CLERC.
AUX AUTEURS DU MERCURE.
A Bordeaux, ce 9 Décembre 1763.
MESSIEURS,
« M. LE MARÉCHAL-DUC DE RICHELIEU,
portant par-tout sur ses
» pas le goût de la Littérature & des
» Beaux-Arts , a voulu que l'on repré
»fentât ici un Spectacle capable de les
"
» réunir tous ; & il a choifi La Princeffe
» de Navarre , Comédie - Ballet , Fête
" donnée fous fes ordres au ROI , à
» Verfailles en 1745, à l'occafion duMa❤
» riage de Monfeigneur LE DAUPHIN
» avec L'INFANTE D'ESPAGNE .
» Aucune Pièce ne pouvoit fi bien
» remplir les grandes vues de M. le Ma-
b.
» réchal , puifque M. DE VOLTAIRE
lui-même annonce dans la Préface ,
» qu'il s'eft efforcé feulement de réunir
» les talens de tous les Artiftes qui ſe dif-
» tinguent le plus ; ajoutant , fans doute
» par modeſtie , que l'unique mérite de
168 MERCURE DE FRANCE.
» l'Auteura été de chercher àfaire valoir
» celui des autres.
" Si ce Spectacle n'a jamais été donné
» qu'à la Cour , il n'en faut chercher la
99
rai on que dans l'impoffibilité de le
» mettre ailleurs. Et c'eft une diftinction
» pour notre Théâtre , que de raffem-
» bler tous les Sujets néceffaires à fon
» exécution...
"
» En effet , où trouver ailleurs , dans
» la même Troupe , l'Opéra réuni à la
» Comédie Françoife & Italienne , la
Tragédie à la Parodie ; & dans chaque
» genre , de bons Acteurs ? Où trouver
cinq hommes & quatre femmes * chan
» tans feuls dans la plus noble Mufique
» de M. RAMEAU ? Des Ballets & un
» Orqueftre , que l'on goûte même en
» arrivant de Paris ? Une profufion dans
» la dépenfe , tant pour les Décorations
» que pour les Habits ? Voilà ce qui ne
» fe trouve qu'à Bordeaux.
» M. DE BELMONT , Directeur des
» Spectacles de cette Ville, a fi bien rem-
» pli l'attente de M. le Maréchal , que ce
» Spectacle a été également admiré par
» la magnificence , par le goût , & par
» l'enfemble de toutes fes parties.
* On tranſcrit fidèlement cette Lettre , fans pré-
tendre en critiquer ni juſtifier quelques expreffions.
M.
JANVIER. 1764.
169
" M. de Voltaire, fe rendant aux de-
» firs de M. de Belmont , lui a envoyé un
» nouveau Prologue , qu'il a prononcé le
» 26 Novembre , avant la première re-
préfentation , en préfence de M. le Ma-
» réchal. Cette feule Pièce fuffit pour
» me faire eſpérer , Meffieurs , que vous
inférerez dans votre Mercure cette
» Lettre-ci , qui du moins aura le mérite
» d'amener une nouveauté, plus rem-
»plie de chofes que de mots.
NOUVEAU PROLOGUE de la Princeſſe
de Navarre , par M. DE VOLTAIRE.
Nous ofons retracer cette Fête éclatante ,
Que donna dans Verfailles , au plus aimé des Rois
Le Héros qui le repréſente ,
Et qui nous fait chérir les loix.
Ses mains en d'autres lieux ont porté la Victoire ;
Il porte ici le Goût , les Beaux-Arts & les Jeux ,
Et c'eſt une nouvelle gloire.
Mars fait des Conquérans, la Paix fait des heureux.
Des Grecs & des Romains , les Spectacles pompeux
De l'Univers encore occupent la mémoire ;
Auffi-bien que leurs Camps , teurs Cirques font
fameux.
Melpomène , Thalie , Eutherpe & Terpficore
Ont enchanté les Grecs , & fçavent plaire encore
A nos Français polis , & qui penfent comme eux.
I. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
La Guerre défend la Patrie ,
Le Commerce peut l'enrichir ;
Les Loix fontfon repos , les Arts la font fleurir,
La valeur , les talens , les travaux , l'induftrie ,
Tout brille parmi vous : quevos heureux remparts
Soient le Temple éternel de la Paix & des Arts.
» Ce Spectacle a déja été repréſenté
» trois fois , & toujours avec une af-
» fluence égale à la fatisfaction des Spec
» tateurs.
» J'ai l'honneur d'être , avec une ef-
» time refpe&ueuſe ,
MESSIEURS ,
» Votre , &c.
"
»LOUIS-CLAUDE LE CLERC.
Fermer
1917
p. 195-203
SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
Début :
Le premier volume divisé en deux Parties, renferme les principes physiques de l'Auteur ; [...]
Mots clefs :
Origines de l'univers, Savants, Matière, Mouvement, Cause, Effet, Forces, Physique, Astronomie, Astres, Espace, Terre, Minéraux, Métaux, Météorologie, Végétaux, Animaux, Insectes, Homme
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
SUPPLÉMENT aux Nouv . Littéraires.
ANNONCE d'une Hiftoire Naturelle à
l'imitation de PLINE ; précédée d'un
nouveau fyftême de Phyfique ,fur les
Principes de la Nature , pour rendre
raifon des effets les plus curieux , &
les plus extraordinaires , qui fe trouvent
depuis la hauteur des Cieuxjufqu'au
centre de la Terre . Cet Ouvrage
formera fept volumes in-4°. ilfera
orné de planches & de figures concer➡
nant l'Hiftoire Naturelle.
Le premier volume divisé en deux Parties , rena E
ferme les principes phyfiques de l'Auteur ; & on
y expofe les divers fentimens des anciens Philofophes
fur l'origine de l'Univers ; le matérialiſme
y eft réfuté , ainfi que l'opinion de quelques Sçavans
modernes fur ce point. On entre enfuite
en matiere , & on explique de quelle maniere
les élémens fenfibles , qui ne font que trois
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans ce fyftême , l'air, l'eau & la terre , peuvent
être produits par la premiere mmaattiieerree , ou pro
prement dite matière-éthérée : 0
Les qualités élémentaires font l'objet d'un dé
tail particulier & très- étendu , on traite de leurs
effets , & de quelle maniere elles feré- peuvent
foudre & rentrer dans le fein de la premiere ſubftance
qui les produit continuellement.
On traite fucceffivement du feu & de la lumiere,
des fenfations & des Elprits animaux qui meuvent
les organes des fens ; & l'explication des principes
des Philofophes chymiftes , fait la conclufion ,
de cette premiere Partie.
La feconde renferme un traité complet fur le
mouvement , dont l'objet eft l'examen du principe
& de la caufe du mouvement , qu'allez volontiers
on confond avec le mouvement local ſenſible. On
fait connoître auffi diftinctement qu'il eft poffible,
que ce principe eft uni effentiellement , & inféparablement
à la matière , malgré l'opinion des
Cartefiens , qui veulent perfuader que ce mouvement
n'eft qu'un pur être de raifon c'eft- à-dire
un être entiérement détaché de la matière fubtile
, dont le monde felon eux eft, compofé , & qui
n'eft communiquable que par le feul contact.
Après avoir fait connoître la différence qu'il y
a dans le mouvement , entre la caufe & l'effet , on
paffe aux preuves de ce qu'on avance , & on rap
porte divers éxemples du mouvement local , ce
qui donne une parfaite conviction de la force de
la matière éthérée , en qui feule réfide le principe
du mouvement , & par le feul moyen de laquelle
les corps graves peuvent fe mouvoir.
On prouve clairement que les corps graves ne
peuvent être mûs que de deux manières. 1. Par
eux-mêmes , lorfqu'ils font en poffeffion de cette
JANVIER. 1764. 197
force motrice qui leur fait faire l'action du mouvement
local. 2. Lorsqu'ils n'ont pas en eux cette
puifance particulière ; & qu'il arrive néanmoins
qu'ils fe meuvent encore pendant quelque temps.
C'eft fur ce principe qu'un corps ne peut fe mouvoir
que par lui-même , ou par l'impulfion d'un
autre , qu'on paffe à l'explication du fyftême propolé.
On éxamine d'abord de quelle manière la continuation
du mouvement des corps graves , attribuée
par les Cartefiens à leur prétendue commu
nication du mouvement , peut fe faire par l'unique
moyen des impulfious de l'élément de l'eau ,
& on obferve auffi , comment ces mêmes corps
graves peuvent être mûs par les impulfions de l'air
feul , & de cet élément aidé par le feu.
Les mouvemens produits par les impulfions du
feu élémentaire , tels que font la foudre & les
autres météores enflammés , font l'objet d'un
Chapitre particulier. On explique après , quel eft
le mouvement des corps graves vers le centre d'e
ta terre qu'on appelle pefanteur , & on rend des
Taifons phyfiques de la caufe & de l'accélération de
ce mouvement.
L'ASTRONOMIE fait le fujet du fecond volume.
On y rapporte les obfervations les plus curieufes
qui ont été faites jufqu'à préfent dans le ciel . On
entre en matière fur ces différens fyltêmes aftronomiques
, & on fe détermine en faveur de celui
d'Archytas, Philofophe Pythagoricien , renouvellé
de nos jours par Copernic.
Après avoir éxaminé en général le tourbillon
du foleil , on entre dans un détail plus particuhier
, c'eft-à- dire par la confidération de cet Aftre
regardé aujourd'hui dans l'hypothèſe du monde ,
comme une fimple étoile fixe , qui brille de fa
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
propre lumière. Enfuite on recherche foigneufe
ment quelle peut être la nature & la compofition
de ce globe lumineux , ainfi que celle des
planettes qui tournent autour de lui , fans oublier
les fatellites ou lunes qui en accompagnent
une partie.
A la fuite de la defcription des aftres renfer
més dans le Tourbillon folaire , on donne un calcul
éxact de leurs diſtances du ſoleil , auffi bien
que celui de leurs mouvemens
foit fur euxmêmes
, foit autour de cet aftre qui eft leur cen
we commun.
>
*
On parle auffi des comettes connues ; on rap
porte à cet égard les différens fentimens des plus
grands Aftronomes fur la nature de ces espèces de
planettes errantes , & on hazarde là- deſſus fes
propres conjectures .
Les découvertes qui ont été faites dans les
cieux des étoiles fixes , engagent de rapporter hiſtoriquement
tout ce qu'on y a obſervé de plus nou
veau depuis près de deux fiécles .
On fait un récit intéreffant de ces eſpaces , ou
nuages lumineux , qui font très- fixes , qu'on a obfervé
parmi les étoiles , depuis l'invention des lu
nettes & des télescopes.
En un mot on entre dans un détail circonftan
cié fur tout ce qui concerne les corps céleftes
& on termine par l'éxamen de l'atmosphère de
la terre , connu auffi ſous le nom de la région des
vapeurs ; ce qui conduit infenfiblement a parler
des foudres , des météores , des iris ou arcs- enciel
, des aurores boréales , &c .
La Terre confidérée aujourd'hui dans le ſyſtême
folaire , comme une Planette particuliere , qui
roule dans les airs , devient l'objet du trojfiéme
volume.
JANVIER. 1764. Tog
On examine d'abord en général la compofi
tion de ce globe. On recherche avec foin juf
qu'où pouvoient aller les connoiffances géographiques
que nos Anciens en avoient. La décou
verte de l'Amérique , ainſi que de divers autres
endroits dont on n'avoit autre fois aucune notion
, donnent lieu à une narration auffi étendue
qu'intéreffante.
Les inégalités de la terre qu'on appelle montagnes
, leur origine , leur figure & les fingularités
que quelques- unes d'elles renferment dans leur
intérieur , donnent champ à une longue defcription.
Le récit hiftorique des plaines , des déferts
fabloneux & des forêts , forme un Chapitre particulier.
Après avoir parlé de ce qu'il y a de plus remar
quable fur la fuperficie du globe terreftre , on s'attache
à donner quelque connoiffance de fon inté →
rieur. On commence par les feux que la terre renferme
dans fon fein , & la deſcription qu'on fait
des plus terribles Volcans , engage à examiner
par quel moyen ces feux peuvent s'entretenir & fe
perpétuer contiuuellement , & on en rend phyfiquement
raifon conformément aux principes que
nous avons d'établis .
On donne une explication fur les caufes générales
des tremblemens de terre , & on rapporte
là- deffus , les différens fentimens des plus célébres
Philofophes de l'Antiquité.
Après avoir prouvé que la terre renferme dans
fon fein une grande quantité de feux , on démontre
avec clarté qu'elle eft également pénétrée de
fouffres , qui , en paffant auprès de ces fournaifes
ardentes , acquiérent une chaleur fenfible. Les fontaines
d'eau chaude minérales , qu'on trouve en
différens endroits , qui pour la plûpart ont des ver-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
as fpécifiques & fingulières , font l'objet d'une
relation fort circonftanciée .
En continuant d'examiner l'intérieur du Globe ,
on fait obferver évidemment que l'eau qui le pénétre
de toutes parts , l'emporte de beaucoup fur
le feu qu'il renferme , ce qui eft juſtifié par le dérail
qu'on fait des eaux d'un grand nombre de rivieres
, de lacs , & de différentes mers qui vont fe
perdre dans la terre pour reparoître après dans
des lieux fort éloignés.
Enfin , après quelques obfervations particulieres
fur les parties qui conftituent le globe terreſtre
on conclut par un traité fort curieux des
changemens qui y arrivent , ou qui y font arrivés.
L'Hiftoire Minérale & Métallique fait le fujet
du quatriéme volume. On propofe d'abord un fentiment
fur la génération du fel , après quoi on en
examine toutes les propriétés.
On fait mention de toutes les minieres qui nous
font connues , auffi bien que de tous les endroits
où l'on tire du fel.
La formation du fable , & les différences qui
s'y rencontrent , font l'objet d'un article curieux .
On paffe immédiatement à la compofition des
autres corps fecs , plus confidérables par leur
grandeur ; tels que font les pierres , tant opaques
que transparentes. Les premieres font d'abord le
fujet de nos recherches physiques , & on donne
des raifons fur leur production.
A la fuite de tous ces récits , on trouve un fyltême
tout- à- fait neuf, fur l'aiman , par le moyen
duquel on peut facilement rendre des raisons probables
de tous les phénomènes que produit cette
merveilleufe pierre.
On traite en particulier de la génération des
Métaux & des Minéraux , dont on explique la naJANVIER.
1764. 201
ure & la compofition , & on finit par l'hiftoire
exacte des pays & des mines où ils fe trouvent.
Le cinquième volume renferme une hypothèſe
nouvelle , touchant le flux & reflux de la mer , où
l'on raifonne d'une manière fenfible , d'un effet
auffi merveilleux ; effet dont on a peu pénétré jufqu'aujourd'hui
les véritables cauſes.
On s'attache enſuite à connoître ce qui peut
occafionner les tempêtes & les autres météores de
la mer les exemples qu'on rapporte là - deffus ,
prouvent non feulement la vérité de ce qui a été
avancé ; mais ils donnent encore de parfaites
connoiffances de ce qui peut produire les mouve
mens orageux de cet élément .
Après cet examen on explique de quelle maniere
fe forment les pluyes ordinaires , & on rend
raifon de celles qu'on ne confidere que comme
furnaturelles , qui font par exemple , les pluyes
de fang , de pierre , d'animaux , de cuivre , &c, ce
qui fait le fujet d'une defcription fort détaillée .
La matière conduit infenfiblement à parler de
l'origine des fources , des rivières , des lacs & des
fontaines. Ce qui fuit , préſente une relation trèsamufante
de tout ce qu'il y a de plus curieux dans
le genre des liquides , c'eſt-à-dire , des lacs , des
fontaines & des viviers qui ont quelque propriété
fingulière.
On fait une recherche phyfique des Végétaux ,
& on donne fur leur génération un ſyſtême particuliers
après quoi on en vient à un autre examen ,
fçavoir , fi les plantes peuvent avoir du fentiment ,
& quel peut être en lui- même ce fentiment : on
termine cette digreffion par un récit de toutes
celles qui peuvent évidemment le prouver.
L'hiftoire particuliere de ce qu'il y a fur la terre
de plus remarquable en ce genre ; la deſcription
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
des Coralloïdes , & de beaucoup d'autres plantes
marines , jointe à celle de quelques Végétaux qui
Le pétrifient , fait la conclufion de ce volume.
Dans le fixiéme on éclaircit d'abord une matière
très-obfcure en elle - même ; c'eft la génération des
animaux. On commence par examiner celle des
quadrupedes. Après avoir expofé le fentiment
de nos Modernes fur la génération , on faitvoir
évidemment , combien tous fe font écartés des lumieres
que le célébre Harvée avoit répandues far
un fujet auffi important.
En fuivant pas à pas ce grand Naturaliſte , on
continue de rechercher avec foin de quelle ma→
niere fe fait la production des volatilles , & o
prouve par des expériences réitérées , que l'animal
ne fe manifefte pas par le feul développe
ment de fes parties , quoiqu'infiniment petites &
très-exiftantes , comme on le foutient hautement
aujourd'hui ; mais qu'elles font toutes en général
formées & perfectionnées fucceffivement.
On traite auffi en particulier de la génération:
des reptiles , des poiffons , des huîtres , & de quelques
autres coquillages. L'hiftoire fuivie de tout
ce qu'il y a de plus curieux dans ces différens gen
res d'animaux , fait le fujet de plufieurs Chapitres
intéreffans .
Les Infectes connus , auffi bien que ceux qui ne
font vifibles que par le fecours du microſcope
deviennent à leur tour l'objet d'un Article particulier.
Après avoir examiné en quoi confifte l'inftinet
& le difcernement , on paffe aux preuves dufen
timent des Bétes ; c'eft dans cette digreffion fufceptible
de toute la curiofité d'un vrai Phyficien
qu'on prouve par un grand nombre d'exemples,
l'abfurdité du Cartéfianiſme fur ce point,
JANVIER . 1764. 203
Enfin on trouve dans ce feptiéme & dernier
volume , un ſyſtême nouveau fur la nature & l'origine
des vents en général , & on donne à la
fuite des obfervations particulières fur les vents
réguliers qui foufflent communément vers certains
endroits , dans certaines faifons de l'année
tels que font les alifées , les mouffons , &
plufieurs autres.
:
On termine par un Traité particulier , ou
on examine fcrupuleufement & dans le plus
grand détail quelles peuvent être les cauſes
de l'amitié & de l'inimitié qui régnent entre les
hommes.
On conclut cet Ouvrage par une differtation
particulière dont l'homme feul eft l'objet , où on
le confidère exactement dans toute l'étendue de
fa définition , c'eſt - â-dire comme animal & con
me raiſonnable.
Cet Ouvrage fera propofé par foufcriptions.
ANNONCE d'une Hiftoire Naturelle à
l'imitation de PLINE ; précédée d'un
nouveau fyftême de Phyfique ,fur les
Principes de la Nature , pour rendre
raifon des effets les plus curieux , &
les plus extraordinaires , qui fe trouvent
depuis la hauteur des Cieuxjufqu'au
centre de la Terre . Cet Ouvrage
formera fept volumes in-4°. ilfera
orné de planches & de figures concer➡
nant l'Hiftoire Naturelle.
Le premier volume divisé en deux Parties , rena E
ferme les principes phyfiques de l'Auteur ; & on
y expofe les divers fentimens des anciens Philofophes
fur l'origine de l'Univers ; le matérialiſme
y eft réfuté , ainfi que l'opinion de quelques Sçavans
modernes fur ce point. On entre enfuite
en matiere , & on explique de quelle maniere
les élémens fenfibles , qui ne font que trois
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans ce fyftême , l'air, l'eau & la terre , peuvent
être produits par la premiere mmaattiieerree , ou pro
prement dite matière-éthérée : 0
Les qualités élémentaires font l'objet d'un dé
tail particulier & très- étendu , on traite de leurs
effets , & de quelle maniere elles feré- peuvent
foudre & rentrer dans le fein de la premiere ſubftance
qui les produit continuellement.
On traite fucceffivement du feu & de la lumiere,
des fenfations & des Elprits animaux qui meuvent
les organes des fens ; & l'explication des principes
des Philofophes chymiftes , fait la conclufion ,
de cette premiere Partie.
La feconde renferme un traité complet fur le
mouvement , dont l'objet eft l'examen du principe
& de la caufe du mouvement , qu'allez volontiers
on confond avec le mouvement local ſenſible. On
fait connoître auffi diftinctement qu'il eft poffible,
que ce principe eft uni effentiellement , & inféparablement
à la matière , malgré l'opinion des
Cartefiens , qui veulent perfuader que ce mouvement
n'eft qu'un pur être de raifon c'eft- à-dire
un être entiérement détaché de la matière fubtile
, dont le monde felon eux eft, compofé , & qui
n'eft communiquable que par le feul contact.
Après avoir fait connoître la différence qu'il y
a dans le mouvement , entre la caufe & l'effet , on
paffe aux preuves de ce qu'on avance , & on rap
porte divers éxemples du mouvement local , ce
qui donne une parfaite conviction de la force de
la matière éthérée , en qui feule réfide le principe
du mouvement , & par le feul moyen de laquelle
les corps graves peuvent fe mouvoir.
On prouve clairement que les corps graves ne
peuvent être mûs que de deux manières. 1. Par
eux-mêmes , lorfqu'ils font en poffeffion de cette
JANVIER. 1764. 197
force motrice qui leur fait faire l'action du mouvement
local. 2. Lorsqu'ils n'ont pas en eux cette
puifance particulière ; & qu'il arrive néanmoins
qu'ils fe meuvent encore pendant quelque temps.
C'eft fur ce principe qu'un corps ne peut fe mouvoir
que par lui-même , ou par l'impulfion d'un
autre , qu'on paffe à l'explication du fyftême propolé.
On éxamine d'abord de quelle manière la continuation
du mouvement des corps graves , attribuée
par les Cartefiens à leur prétendue commu
nication du mouvement , peut fe faire par l'unique
moyen des impulfious de l'élément de l'eau ,
& on obferve auffi , comment ces mêmes corps
graves peuvent être mûs par les impulfions de l'air
feul , & de cet élément aidé par le feu.
Les mouvemens produits par les impulfions du
feu élémentaire , tels que font la foudre & les
autres météores enflammés , font l'objet d'un
Chapitre particulier. On explique après , quel eft
le mouvement des corps graves vers le centre d'e
ta terre qu'on appelle pefanteur , & on rend des
Taifons phyfiques de la caufe & de l'accélération de
ce mouvement.
L'ASTRONOMIE fait le fujet du fecond volume.
On y rapporte les obfervations les plus curieufes
qui ont été faites jufqu'à préfent dans le ciel . On
entre en matière fur ces différens fyltêmes aftronomiques
, & on fe détermine en faveur de celui
d'Archytas, Philofophe Pythagoricien , renouvellé
de nos jours par Copernic.
Après avoir éxaminé en général le tourbillon
du foleil , on entre dans un détail plus particuhier
, c'eft-à- dire par la confidération de cet Aftre
regardé aujourd'hui dans l'hypothèſe du monde ,
comme une fimple étoile fixe , qui brille de fa
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
propre lumière. Enfuite on recherche foigneufe
ment quelle peut être la nature & la compofition
de ce globe lumineux , ainfi que celle des
planettes qui tournent autour de lui , fans oublier
les fatellites ou lunes qui en accompagnent
une partie.
A la fuite de la defcription des aftres renfer
més dans le Tourbillon folaire , on donne un calcul
éxact de leurs diſtances du ſoleil , auffi bien
que celui de leurs mouvemens
foit fur euxmêmes
, foit autour de cet aftre qui eft leur cen
we commun.
>
*
On parle auffi des comettes connues ; on rap
porte à cet égard les différens fentimens des plus
grands Aftronomes fur la nature de ces espèces de
planettes errantes , & on hazarde là- deſſus fes
propres conjectures .
Les découvertes qui ont été faites dans les
cieux des étoiles fixes , engagent de rapporter hiſtoriquement
tout ce qu'on y a obſervé de plus nou
veau depuis près de deux fiécles .
On fait un récit intéreffant de ces eſpaces , ou
nuages lumineux , qui font très- fixes , qu'on a obfervé
parmi les étoiles , depuis l'invention des lu
nettes & des télescopes.
En un mot on entre dans un détail circonftan
cié fur tout ce qui concerne les corps céleftes
& on termine par l'éxamen de l'atmosphère de
la terre , connu auffi ſous le nom de la région des
vapeurs ; ce qui conduit infenfiblement a parler
des foudres , des météores , des iris ou arcs- enciel
, des aurores boréales , &c .
La Terre confidérée aujourd'hui dans le ſyſtême
folaire , comme une Planette particuliere , qui
roule dans les airs , devient l'objet du trojfiéme
volume.
JANVIER. 1764. Tog
On examine d'abord en général la compofi
tion de ce globe. On recherche avec foin juf
qu'où pouvoient aller les connoiffances géographiques
que nos Anciens en avoient. La décou
verte de l'Amérique , ainſi que de divers autres
endroits dont on n'avoit autre fois aucune notion
, donnent lieu à une narration auffi étendue
qu'intéreffante.
Les inégalités de la terre qu'on appelle montagnes
, leur origine , leur figure & les fingularités
que quelques- unes d'elles renferment dans leur
intérieur , donnent champ à une longue defcription.
Le récit hiftorique des plaines , des déferts
fabloneux & des forêts , forme un Chapitre particulier.
Après avoir parlé de ce qu'il y a de plus remar
quable fur la fuperficie du globe terreftre , on s'attache
à donner quelque connoiffance de fon inté →
rieur. On commence par les feux que la terre renferme
dans fon fein , & la deſcription qu'on fait
des plus terribles Volcans , engage à examiner
par quel moyen ces feux peuvent s'entretenir & fe
perpétuer contiuuellement , & on en rend phyfiquement
raifon conformément aux principes que
nous avons d'établis .
On donne une explication fur les caufes générales
des tremblemens de terre , & on rapporte
là- deffus , les différens fentimens des plus célébres
Philofophes de l'Antiquité.
Après avoir prouvé que la terre renferme dans
fon fein une grande quantité de feux , on démontre
avec clarté qu'elle eft également pénétrée de
fouffres , qui , en paffant auprès de ces fournaifes
ardentes , acquiérent une chaleur fenfible. Les fontaines
d'eau chaude minérales , qu'on trouve en
différens endroits , qui pour la plûpart ont des ver-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
as fpécifiques & fingulières , font l'objet d'une
relation fort circonftanciée .
En continuant d'examiner l'intérieur du Globe ,
on fait obferver évidemment que l'eau qui le pénétre
de toutes parts , l'emporte de beaucoup fur
le feu qu'il renferme , ce qui eft juſtifié par le dérail
qu'on fait des eaux d'un grand nombre de rivieres
, de lacs , & de différentes mers qui vont fe
perdre dans la terre pour reparoître après dans
des lieux fort éloignés.
Enfin , après quelques obfervations particulieres
fur les parties qui conftituent le globe terreſtre
on conclut par un traité fort curieux des
changemens qui y arrivent , ou qui y font arrivés.
L'Hiftoire Minérale & Métallique fait le fujet
du quatriéme volume. On propofe d'abord un fentiment
fur la génération du fel , après quoi on en
examine toutes les propriétés.
On fait mention de toutes les minieres qui nous
font connues , auffi bien que de tous les endroits
où l'on tire du fel.
La formation du fable , & les différences qui
s'y rencontrent , font l'objet d'un article curieux .
On paffe immédiatement à la compofition des
autres corps fecs , plus confidérables par leur
grandeur ; tels que font les pierres , tant opaques
que transparentes. Les premieres font d'abord le
fujet de nos recherches physiques , & on donne
des raifons fur leur production.
A la fuite de tous ces récits , on trouve un fyltême
tout- à- fait neuf, fur l'aiman , par le moyen
duquel on peut facilement rendre des raisons probables
de tous les phénomènes que produit cette
merveilleufe pierre.
On traite en particulier de la génération des
Métaux & des Minéraux , dont on explique la naJANVIER.
1764. 201
ure & la compofition , & on finit par l'hiftoire
exacte des pays & des mines où ils fe trouvent.
Le cinquième volume renferme une hypothèſe
nouvelle , touchant le flux & reflux de la mer , où
l'on raifonne d'une manière fenfible , d'un effet
auffi merveilleux ; effet dont on a peu pénétré jufqu'aujourd'hui
les véritables cauſes.
On s'attache enſuite à connoître ce qui peut
occafionner les tempêtes & les autres météores de
la mer les exemples qu'on rapporte là - deffus ,
prouvent non feulement la vérité de ce qui a été
avancé ; mais ils donnent encore de parfaites
connoiffances de ce qui peut produire les mouve
mens orageux de cet élément .
Après cet examen on explique de quelle maniere
fe forment les pluyes ordinaires , & on rend
raifon de celles qu'on ne confidere que comme
furnaturelles , qui font par exemple , les pluyes
de fang , de pierre , d'animaux , de cuivre , &c, ce
qui fait le fujet d'une defcription fort détaillée .
La matière conduit infenfiblement à parler de
l'origine des fources , des rivières , des lacs & des
fontaines. Ce qui fuit , préſente une relation trèsamufante
de tout ce qu'il y a de plus curieux dans
le genre des liquides , c'eſt-à-dire , des lacs , des
fontaines & des viviers qui ont quelque propriété
fingulière.
On fait une recherche phyfique des Végétaux ,
& on donne fur leur génération un ſyſtême particuliers
après quoi on en vient à un autre examen ,
fçavoir , fi les plantes peuvent avoir du fentiment ,
& quel peut être en lui- même ce fentiment : on
termine cette digreffion par un récit de toutes
celles qui peuvent évidemment le prouver.
L'hiftoire particuliere de ce qu'il y a fur la terre
de plus remarquable en ce genre ; la deſcription
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
des Coralloïdes , & de beaucoup d'autres plantes
marines , jointe à celle de quelques Végétaux qui
Le pétrifient , fait la conclufion de ce volume.
Dans le fixiéme on éclaircit d'abord une matière
très-obfcure en elle - même ; c'eft la génération des
animaux. On commence par examiner celle des
quadrupedes. Après avoir expofé le fentiment
de nos Modernes fur la génération , on faitvoir
évidemment , combien tous fe font écartés des lumieres
que le célébre Harvée avoit répandues far
un fujet auffi important.
En fuivant pas à pas ce grand Naturaliſte , on
continue de rechercher avec foin de quelle ma→
niere fe fait la production des volatilles , & o
prouve par des expériences réitérées , que l'animal
ne fe manifefte pas par le feul développe
ment de fes parties , quoiqu'infiniment petites &
très-exiftantes , comme on le foutient hautement
aujourd'hui ; mais qu'elles font toutes en général
formées & perfectionnées fucceffivement.
On traite auffi en particulier de la génération:
des reptiles , des poiffons , des huîtres , & de quelques
autres coquillages. L'hiftoire fuivie de tout
ce qu'il y a de plus curieux dans ces différens gen
res d'animaux , fait le fujet de plufieurs Chapitres
intéreffans .
Les Infectes connus , auffi bien que ceux qui ne
font vifibles que par le fecours du microſcope
deviennent à leur tour l'objet d'un Article particulier.
Après avoir examiné en quoi confifte l'inftinet
& le difcernement , on paffe aux preuves dufen
timent des Bétes ; c'eft dans cette digreffion fufceptible
de toute la curiofité d'un vrai Phyficien
qu'on prouve par un grand nombre d'exemples,
l'abfurdité du Cartéfianiſme fur ce point,
JANVIER . 1764. 203
Enfin on trouve dans ce feptiéme & dernier
volume , un ſyſtême nouveau fur la nature & l'origine
des vents en général , & on donne à la
fuite des obfervations particulières fur les vents
réguliers qui foufflent communément vers certains
endroits , dans certaines faifons de l'année
tels que font les alifées , les mouffons , &
plufieurs autres.
:
On termine par un Traité particulier , ou
on examine fcrupuleufement & dans le plus
grand détail quelles peuvent être les cauſes
de l'amitié & de l'inimitié qui régnent entre les
hommes.
On conclut cet Ouvrage par une differtation
particulière dont l'homme feul eft l'objet , où on
le confidère exactement dans toute l'étendue de
fa définition , c'eſt - â-dire comme animal & con
me raiſonnable.
Cet Ouvrage fera propofé par foufcriptions.
Fermer
Résumé : SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
Le document annonce une Histoire Naturelle en sept volumes, inspirée par Pline, précédée d'un nouveau système de physique expliquant les phénomènes naturels depuis les cieux jusqu'au centre de la Terre. Le premier volume, divisé en deux parties, expose les principes physiques de l'auteur et réfute le matérialisme ainsi que certaines opinions modernes. Il traite des éléments sensibles (air, eau, terre) produits par la matière éthérée, des qualités élémentaires, du feu, de la lumière, des sensations et des esprits animaux. La seconde partie examine le mouvement, son principe et sa cause, en opposition à l'opinion des Cartésiens, et prouve que les corps graves peuvent être mus par eux-mêmes ou par des impulsions extérieures. Le second volume aborde l'astronomie, rapportant les observations célestes et adoptant le système d'Archytas, renouvelé par Copernic. Il décrit le soleil, les planètes, les satellites, les comètes et les étoiles fixes, ainsi que les phénomènes atmosphériques comme les foudres et les aurores boréales. Le troisième volume traite de la Terre, considérée comme une planète dans le système solaire. Il explore la composition du globe terrestre, les montagnes, les plaines, les déserts, les forêts, et les phénomènes internes comme les volcans, les tremblements de terre et les sources d'eau chaude. Il conclut par un traité sur les changements géologiques. Le quatrième volume couvre l'histoire minérale et métallique, expliquant la génération du sel, des minéraux, des pierres et des métaux. Il propose un système nouveau sur l'aimant et décrit les mines et les propriétés des métaux. Le cinquième volume présente une hypothèse sur le flux et reflux de la mer, les tempêtes marines et les pluies naturelles ou surnaturelles. Il explore l'origine des sources, des rivières et des lacs. Le sixième volume traite de la génération des animaux, des quadrupèdes, des volatiles, des reptiles, des poissons et des insectes. Il examine également le sentiment et l'instinct des animaux, réfutant le cartésianisme. Le septième et dernier volume propose un système nouveau sur la nature et l'origine des vents, détaillant les vents réguliers comme les alizés et les moussons. Il se conclut par un traité sur les causes des vents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1917
SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
1918
p. 5-10
ODE sur la mort de M. RACINE. Dignum laude virum musa vetat mori, Caelo musa beat. Hor. Ode 8. l. 4.
Début :
QUEL cri funébre & formidable [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE sur la mort de M. RACINE. Dignum laude virum musa vetat mori, Caelo musa beat. Hor. Ode 8. l. 4.
ODE sur la mort de M. RACINE.
Dignum laude virum musa vetat mori,
Caelo musa beat.
Hor. Ode 8. l. 4.
QUEL cri funébre & formidable
Réveille mes fens alloupis ?
Quelle Déeffe inexorable
Vole fur l'Univers furpris?
Cruelle mort, Monſtre infléxible ,
Tu fais briller ta faulx terrible ,
Tout eft en proie à ta fureur ;
II. Vol.
A iij
6
MERCURE DE FRANCE.
Tout fuccombe fous ta puiffance ,
Le talent , le rang , la naiffance ,
Rien n'arrête ton bras vengeur.
Hélas ! dans quel temps déplorable
Le Ciel contre nous irrité
Frappe ce Mortel refpectable ,
Organe de la Vérité !
L'impiété fière & terrible
A fait gronder fa voix horrible
Son fouffle empoisonne les airs.
La Fureur pâle & dévorante
Suit cette Gorgone effrayante ;
Sa marche obfcurcit l'Univers,
O Vertu ta douceur aimable
Ne peut des farouches humains
Enchaîner le cœur indomptable
Ils bravent tes attraits divins.
L'Aftre brulant qui nous éclaire
N'ouvre plus fa vaſte carrière
Que far des Mortels furieux.
Il finit fa courfe féconde ,
Et ne voit dans le tour du monde
Que des monftres audacieux.
Etre immortel , être fublime ,
Que d'attentats ! que de forfaits !
La main facrilége du crime
/
JANVIER. 1764.
Ofe fur toi lancer les traits.
Dans leur ivreffe téméraire ,
Les hommes fur ton fanctuaire
Jettent de fuperbes regards.
Fais partir ta foudre brulante ,
Què ta colère étincelante
Les pourſuive de toutes parts.
Longtemps rempli d'un faint courage ,
Un héros à tes loix foumis
Confondit l'orgueil & la rage
De tes perfides ennemis.
A la vertu trifte & captive
Rendant la gloire primitive ,
Sa main vint effuyer fes pleurs.
Ainfi parmi les noirs orages
Le Soleil perçant les nuages ,
Bannit la crainte de nos cœurs.
Fils & rival d'un père illuftre,
Il foutint ce nom glorieux ,
Et le couvrit d'un nouveau luftre
Par les ouvrages précieux.
S'il prend en main la harpe fainte ,
Saifi d'une fublime crainte ,
Mon cœur à les tranſports divins ,
Croit entendre l'être invisible ,
Quand fur la montagne terrible
Il dictoit fes loix aux humains.
A iv
81 MERCURE DE FRANCE
La Religion triomphante
Par lui captive nos eſprits :
Sa beauté fublime & touchante
Dompte & foumet nos coeurs furpris
Par les routes impénétrables
De fes mystères redoutables,
Il conduit nos pas vers la foi.
Raifon fuperbe & téméraire ,
Connois le flambeau qui t'éclaire ,
Qu'il luife toujours devant toi.
*
Mais quand ta lyre enchantereffe
Retentit de les fons touchans ,
Quelle douceur ! quelle nobleffe !
Quel coloris ! quels traits brillans ! ....
Embraté du feu qui l'éclaire ,
Il entre dans le Sanctuaire ,
Séjour des fublimes tranfports..
Des Dieux du goût fuivant les traces
Inftruit & guidé par les grâces ,
Il produit les plus doux accords.
Peintre hardi , divin Racine !
A ces accords mélodieux,
Je reconnois ton origine
* Odesfur la Paix , fur l'harmonie . On peut voir
l'éloge admirable qu'en fait Rouffeau , dont l'ap-
probationfeule en ce genre feroit un titre d'honneur.
JANVIER. 1764.
Et le pur fang des demi - Dieux.
Nourri fur les bords du Permeffe
La Poëfie enchanterelle
Orna ton immortel génie
Venez , Déeffes immortelles ,
Parez de vos fleurs les plus belles
Et toi , vertu , vierge facrée ,
Confacre à jamais les travaux.
Peut feul de ton augufte trône :
C'est ainsi , Religion fainte ,
De la mort fubiffant l'atteinte ,.
Du fein de ces tombeaux funébres
Tu fais fortir leurs noms fameux
Qui dans le Temple de Mémoire
AV
912
Te prodigue fes traits vainqueurs.
L'aimable & brillante harmonie
De les preftiges féducteurs>>
Mères des arts & des talens ,
Le plus chéri de vos enfans.
Toi qu'il a toujours célébrée ,
Le vif éclat qui l'environne
Confondre les pâles rivaux.
Que tes fages adorateurs , .
De l'oubli bravent les horreur .
Qui couvrent les mortels célébres ,
Tu leur affures cette gloire
Place les héros vertueux.
9
MERCURE DE FRANCE .
Suivons la route du génie :
Mais dans les plus nobles éffors ,
Que la vertu lui foit unie ,
Qu'elle dirige fes tranſports.
Si la fageffe dans notre âme
Ne répand cette 'vive flâme
Qui nous éclaire & nous inftruit ,
C'eſt une lueur paffagère
Semblable à la vapeur légère
Qui s'élève , brille & s'enfuit.
A S... en Saintonge Pr. ch. r. Abonné
au Mercure.
Dignum laude virum musa vetat mori,
Caelo musa beat.
Hor. Ode 8. l. 4.
QUEL cri funébre & formidable
Réveille mes fens alloupis ?
Quelle Déeffe inexorable
Vole fur l'Univers furpris?
Cruelle mort, Monſtre infléxible ,
Tu fais briller ta faulx terrible ,
Tout eft en proie à ta fureur ;
II. Vol.
A iij
6
MERCURE DE FRANCE.
Tout fuccombe fous ta puiffance ,
Le talent , le rang , la naiffance ,
Rien n'arrête ton bras vengeur.
Hélas ! dans quel temps déplorable
Le Ciel contre nous irrité
Frappe ce Mortel refpectable ,
Organe de la Vérité !
L'impiété fière & terrible
A fait gronder fa voix horrible
Son fouffle empoisonne les airs.
La Fureur pâle & dévorante
Suit cette Gorgone effrayante ;
Sa marche obfcurcit l'Univers,
O Vertu ta douceur aimable
Ne peut des farouches humains
Enchaîner le cœur indomptable
Ils bravent tes attraits divins.
L'Aftre brulant qui nous éclaire
N'ouvre plus fa vaſte carrière
Que far des Mortels furieux.
Il finit fa courfe féconde ,
Et ne voit dans le tour du monde
Que des monftres audacieux.
Etre immortel , être fublime ,
Que d'attentats ! que de forfaits !
La main facrilége du crime
/
JANVIER. 1764.
Ofe fur toi lancer les traits.
Dans leur ivreffe téméraire ,
Les hommes fur ton fanctuaire
Jettent de fuperbes regards.
Fais partir ta foudre brulante ,
Què ta colère étincelante
Les pourſuive de toutes parts.
Longtemps rempli d'un faint courage ,
Un héros à tes loix foumis
Confondit l'orgueil & la rage
De tes perfides ennemis.
A la vertu trifte & captive
Rendant la gloire primitive ,
Sa main vint effuyer fes pleurs.
Ainfi parmi les noirs orages
Le Soleil perçant les nuages ,
Bannit la crainte de nos cœurs.
Fils & rival d'un père illuftre,
Il foutint ce nom glorieux ,
Et le couvrit d'un nouveau luftre
Par les ouvrages précieux.
S'il prend en main la harpe fainte ,
Saifi d'une fublime crainte ,
Mon cœur à les tranſports divins ,
Croit entendre l'être invisible ,
Quand fur la montagne terrible
Il dictoit fes loix aux humains.
A iv
81 MERCURE DE FRANCE
La Religion triomphante
Par lui captive nos eſprits :
Sa beauté fublime & touchante
Dompte & foumet nos coeurs furpris
Par les routes impénétrables
De fes mystères redoutables,
Il conduit nos pas vers la foi.
Raifon fuperbe & téméraire ,
Connois le flambeau qui t'éclaire ,
Qu'il luife toujours devant toi.
*
Mais quand ta lyre enchantereffe
Retentit de les fons touchans ,
Quelle douceur ! quelle nobleffe !
Quel coloris ! quels traits brillans ! ....
Embraté du feu qui l'éclaire ,
Il entre dans le Sanctuaire ,
Séjour des fublimes tranfports..
Des Dieux du goût fuivant les traces
Inftruit & guidé par les grâces ,
Il produit les plus doux accords.
Peintre hardi , divin Racine !
A ces accords mélodieux,
Je reconnois ton origine
* Odesfur la Paix , fur l'harmonie . On peut voir
l'éloge admirable qu'en fait Rouffeau , dont l'ap-
probationfeule en ce genre feroit un titre d'honneur.
JANVIER. 1764.
Et le pur fang des demi - Dieux.
Nourri fur les bords du Permeffe
La Poëfie enchanterelle
Orna ton immortel génie
Venez , Déeffes immortelles ,
Parez de vos fleurs les plus belles
Et toi , vertu , vierge facrée ,
Confacre à jamais les travaux.
Peut feul de ton augufte trône :
C'est ainsi , Religion fainte ,
De la mort fubiffant l'atteinte ,.
Du fein de ces tombeaux funébres
Tu fais fortir leurs noms fameux
Qui dans le Temple de Mémoire
AV
912
Te prodigue fes traits vainqueurs.
L'aimable & brillante harmonie
De les preftiges féducteurs>>
Mères des arts & des talens ,
Le plus chéri de vos enfans.
Toi qu'il a toujours célébrée ,
Le vif éclat qui l'environne
Confondre les pâles rivaux.
Que tes fages adorateurs , .
De l'oubli bravent les horreur .
Qui couvrent les mortels célébres ,
Tu leur affures cette gloire
Place les héros vertueux.
9
MERCURE DE FRANCE .
Suivons la route du génie :
Mais dans les plus nobles éffors ,
Que la vertu lui foit unie ,
Qu'elle dirige fes tranſports.
Si la fageffe dans notre âme
Ne répand cette 'vive flâme
Qui nous éclaire & nous inftruit ,
C'eſt une lueur paffagère
Semblable à la vapeur légère
Qui s'élève , brille & s'enfuit.
A S... en Saintonge Pr. ch. r. Abonné
au Mercure.
Fermer
1919
p. 11-12
VERS à Mlle L. P...
Début :
OUI, Lucinde, je t'aime, & mon âme ravie [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle L. P...
VERS à Mlle L. P...
A puifé dans tes yeux la fource de la vie ,
II
OUI, Lucinde, je t'aime, & mon âme ravie
Volage dans mes gouts & froid dans mes deſirs ,
Je ne trouvois par tout que l'ombre des plaifirs."
Je t'ai vue , & mon cœur a reconnu fon Maître.
Surpris de les tranfports , il s'eft fenti renaître ,
Et pareil à l'Aiglon de fon oeuf échappé
Sous l'aile de l'amour il s'eft développé.
Ce feu que je puifois dans le fein de Voltaire ,
N'eft plus dans ton Amant que l'ardeur de te
plaire.
3.
L'Amour est mon génie , il dicte mes écrits :
Comme il en eft la fource , en fera- t-il le prix ?
Heureux fi fur les pas de Tibulle & d'Ovide ,
Cueillant pour toi les fleurs du Parnaffe & de
Gnide >
Je pouvois voir ta main mêler à mon retour
Aux rameauxd'Apollon les myrthes de l'Amour >
La lyre de Tyrtée a gagné des Batailles ;
Aux accens d'Amphion , Thebes dat fes murailles ;
Orphée a fçu toucher par fes tendres accords
Les monftres de la Thrace & le tyran des morts ;
Ovide , abandonné fur des rives profcrites ,
Des traits de la pitié perça l'ame des Scythes:
A vj
"
12 MERCURE DE FRANCE.
Je n'en fuis point jaloux , & ce talent vainqueur -
Aura plus fait pour moi s'il attendrit ton cœur,
Ce climat vif & pur , ces lieux plus beaux encore ,
Depuis qu'ils t'ont vu naître & mille amours
éclorre ,
Ce pays des Héros , des grâces , des talens ,
Avoient produit Cinthye aux yeux étincelans ,,
Corinne au teint de rofe , au coeur tendre &
+
volage ,
Delie au doux fourire , au féduifant langage.
Mais crois- moi , ma Lucinde , en ces temps f
vantés ,
S'y l'on t'eût vû paroître auprès de ces beautés,
Avec cette fraicheur , cet éclat , ce fourire ,
Cette bouche appellant les plaifirs qu'elle infpire ,
Ce corfage élégant tel que l'avoit Pfyché
Quand l'amour comme un lierre y fembloit
attaché :
Crois-moi , dis-je , Properce , Ovide , ni Tibulle,
N'auroient jamais brulé que des feux dont je :
1 brule ;
Et les noms des beautés célébres dans leurs vers
N'auroient jamais reçu l'encens de l'Univers
6
Par M. LEZAN Capitaine au régiment de
Hainault, Abbonné au Mercure.
A puifé dans tes yeux la fource de la vie ,
II
OUI, Lucinde, je t'aime, & mon âme ravie
Volage dans mes gouts & froid dans mes deſirs ,
Je ne trouvois par tout que l'ombre des plaifirs."
Je t'ai vue , & mon cœur a reconnu fon Maître.
Surpris de les tranfports , il s'eft fenti renaître ,
Et pareil à l'Aiglon de fon oeuf échappé
Sous l'aile de l'amour il s'eft développé.
Ce feu que je puifois dans le fein de Voltaire ,
N'eft plus dans ton Amant que l'ardeur de te
plaire.
3.
L'Amour est mon génie , il dicte mes écrits :
Comme il en eft la fource , en fera- t-il le prix ?
Heureux fi fur les pas de Tibulle & d'Ovide ,
Cueillant pour toi les fleurs du Parnaffe & de
Gnide >
Je pouvois voir ta main mêler à mon retour
Aux rameauxd'Apollon les myrthes de l'Amour >
La lyre de Tyrtée a gagné des Batailles ;
Aux accens d'Amphion , Thebes dat fes murailles ;
Orphée a fçu toucher par fes tendres accords
Les monftres de la Thrace & le tyran des morts ;
Ovide , abandonné fur des rives profcrites ,
Des traits de la pitié perça l'ame des Scythes:
A vj
"
12 MERCURE DE FRANCE.
Je n'en fuis point jaloux , & ce talent vainqueur -
Aura plus fait pour moi s'il attendrit ton cœur,
Ce climat vif & pur , ces lieux plus beaux encore ,
Depuis qu'ils t'ont vu naître & mille amours
éclorre ,
Ce pays des Héros , des grâces , des talens ,
Avoient produit Cinthye aux yeux étincelans ,,
Corinne au teint de rofe , au coeur tendre &
+
volage ,
Delie au doux fourire , au féduifant langage.
Mais crois- moi , ma Lucinde , en ces temps f
vantés ,
S'y l'on t'eût vû paroître auprès de ces beautés,
Avec cette fraicheur , cet éclat , ce fourire ,
Cette bouche appellant les plaifirs qu'elle infpire ,
Ce corfage élégant tel que l'avoit Pfyché
Quand l'amour comme un lierre y fembloit
attaché :
Crois-moi , dis-je , Properce , Ovide , ni Tibulle,
N'auroient jamais brulé que des feux dont je :
1 brule ;
Et les noms des beautés célébres dans leurs vers
N'auroient jamais reçu l'encens de l'Univers
6
Par M. LEZAN Capitaine au régiment de
Hainault, Abbonné au Mercure.
Fermer
1920
p. 13
VERS à Mlle CAMILLE.
Début :
QUEL nouveau prestige m'entraîne ? [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle CAMILLE.
VERS à Mlle CAMILLE.
QUEL nouveau prestige m'entraîne ?
O fécond Goldoni ! que j'aime tes fuccès ::
Ils enrichiffent notre fcène ;
Et , grace à tes travaux , Thalie & Melpomène
Vont encor charmer les François.
Dont les talens animent tes efforts.
Clairon frappe , étonne mes fens ;
En Dumefnil je vois plus qu'une femme.
Et je ne dois qu'à ſes talens
13
Jouis...mais tombe aux pieds de l'Actrice applaudie
Comme Pigmalion , tu n'as formé qu'un corps:
Camille vient , elle y donne la vie :
Ainfi que tes Lauriers , tu lui dois nos tranſports.
Est-ce une femme?... eft -ce un génie ? -
Pour lui prodiguer les trésors ,
La nature à l'art s'eft unie.
Tendre Gauffin , tes doux accens
De l'amour dans nos cœurs portaient jadis la fâme į :
Sur moi Camille a des droits plus puiffans ;
La connoillance de mon âme
QUEL nouveau prestige m'entraîne ?
O fécond Goldoni ! que j'aime tes fuccès ::
Ils enrichiffent notre fcène ;
Et , grace à tes travaux , Thalie & Melpomène
Vont encor charmer les François.
Dont les talens animent tes efforts.
Clairon frappe , étonne mes fens ;
En Dumefnil je vois plus qu'une femme.
Et je ne dois qu'à ſes talens
13
Jouis...mais tombe aux pieds de l'Actrice applaudie
Comme Pigmalion , tu n'as formé qu'un corps:
Camille vient , elle y donne la vie :
Ainfi que tes Lauriers , tu lui dois nos tranſports.
Est-ce une femme?... eft -ce un génie ? -
Pour lui prodiguer les trésors ,
La nature à l'art s'eft unie.
Tendre Gauffin , tes doux accens
De l'amour dans nos cœurs portaient jadis la fâme į :
Sur moi Camille a des droits plus puiffans ;
La connoillance de mon âme
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1921
p. 66-69
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
L'AUTEUR anonyme, Monsieur, qui dans le Mercure de ce mois m'a fait [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
L'AUTEUR anonyme, Monsieur, qui
dans le Mercure de ce mois m'a fait
Phonneur de me demander dés éclair-
ciffemens fur le Sujet du Prix de Poëfie
propofé par l'Académie de Rouen , pa-
roit n'avoir pas de connoiffance des
anciens programmes qui ont été en-
voyés aux Ouvrages périodiques en
1760 , 1761 & 1762 , puifque ces pro-
grammes fatisfont à la plupart des quef-
tions fur lefquelles il defire de con-
noître les intentions de l'Académie.
Comme elle n'a jamais entendu y faire
aucun changement , elle me charge ,
Monfieur , de vous prier de fa part de
JANVIER 1764.
Tes inférer de nouveau dans l'un de vos
premiers volumes , tant pour cet Au-
teur que pour tous ceux qui voudront
concourir au même Prix. Voici celui de
1760.
L'Académie a propofé pour Sujet du
Prix de Poëfie fondé par M. le Maré-
chal Duc de Luxembourg , Gouverneur
de Normandie & fon protecteur, la dé-
livrance de Salerne par 40 Chevaliers
Normands & la fondation du Royau-
me de Sicile qui fut la fuite de cette ex.
pédition.
Elle laiffe aux Auteurs liberté entière
fur le choix du genre du Poëme , fur
fon étendue , & fur la meſure des vers..
Elle exige feulement qu'il foit propor
tionné au Sujet , & qu'il célébre digné-
ment l'un des plus finguliers événemens
de notre histoire.
En 1761 ..
L'Académie n'a point reçu de Poëme
qui ait rempli fes vues ; elle propofe
de nouveau le même Sujet & aux mêmes
conditions.
.. Elle exhorte les Auteurs à le traiter-
moins en Hiftoriens qu'en Poëtes . Elle:
-ne demande pas une hiftoire fuivié d'é--
vénemens qui occ pent près d'un fié-
cle. Cette exactitude chronologique ré--
聊
•
68 MERCURE DE FRANCE.
pand un froid mortel fur un Poëme. II
s'agit de choisir celle des deux époques
qu'on croira la plus intéreffante & de
F'embellir par quelque fiction ingénieufe
qui donnera les moyens d'y enchâffer
les événemens qui l'auront ou précédée
ou fuivie. Ce font les feuls avis que
l'Académie croye devoir donner aux
Auteurs , perfuadée qu'il faut laiſſer au
génie une entière liberté , & qu'il eft
peu de faits hiftoriques dont le mer-
veilleux & la fingularité prêtent davan-
tage à la Poëfie.
En 1762.'
On a réïtéré le même Programme &
doublé le Prix.
En 1763.
On a encore remis le Prix , & dans
le Programme inféré dans le Mercure
de Septembre on n'a parlé que de la
délivrance de Salerne , parce qu'on a
fuppofé le Sujet affez connu du Public
pour ne le pas répéter tout au long.
Vous voyez , Monfieur , que PAca-
démie a été bien éloignée de donner
l'exclufion à un Poëme épique régulier,
fi elle étoit affez heureufe pour que fa
perfévérance fît éclore un Ouvrage di-
gne de ce nom. Elle a encore moins
gêné les Auteurs fur le choix du Sujet
JANVIER, 1764.
69 1
principal; elle a feulement exigé que cer
lui des deux événemens qui ne feroit
pas choifi, entrât dans le Poëme comme
Epifode. A l'égard des moyens de lier
cette Epiſode , la difficulté de la diffé-
rence des Chevaliers n'eft pas infur-
montable. L'Académie a même déja
vu des Poëmes qui employent pour y
parvenir des expédiens ingénieux & que
le filence de l'Hiftoire autorife. C'eft
aux Poëtes à fçavoir jufqu'à quel point
ils peuvent altérer la vérité historique.
Qu'une fiction noble & ingénieuſe ré-
pande la chaleur & la vie dans un Su-
jet déja fi difpofé à recevoir le mer
veilleux ; l'Académie bien loin de re-
clamer pour une froide exactitude , ap-
plaudira comme le Public aux fituations
& aux images que le génie créateur
du Poëte aura fçu enchâffer dans fon
Ouvrage.
J'ai l'honneur d'être & c.
MAILLET DU BOULLAY, Maître des Comptes
& Secrétaire de l'Académie de Rouen pour
les Belles-Lettres, derrière l'Archevêché.
A Rouen, le 29 Décembre 1763.
L'AUTEUR anonyme, Monsieur, qui
dans le Mercure de ce mois m'a fait
Phonneur de me demander dés éclair-
ciffemens fur le Sujet du Prix de Poëfie
propofé par l'Académie de Rouen , pa-
roit n'avoir pas de connoiffance des
anciens programmes qui ont été en-
voyés aux Ouvrages périodiques en
1760 , 1761 & 1762 , puifque ces pro-
grammes fatisfont à la plupart des quef-
tions fur lefquelles il defire de con-
noître les intentions de l'Académie.
Comme elle n'a jamais entendu y faire
aucun changement , elle me charge ,
Monfieur , de vous prier de fa part de
JANVIER 1764.
Tes inférer de nouveau dans l'un de vos
premiers volumes , tant pour cet Au-
teur que pour tous ceux qui voudront
concourir au même Prix. Voici celui de
1760.
L'Académie a propofé pour Sujet du
Prix de Poëfie fondé par M. le Maré-
chal Duc de Luxembourg , Gouverneur
de Normandie & fon protecteur, la dé-
livrance de Salerne par 40 Chevaliers
Normands & la fondation du Royau-
me de Sicile qui fut la fuite de cette ex.
pédition.
Elle laiffe aux Auteurs liberté entière
fur le choix du genre du Poëme , fur
fon étendue , & fur la meſure des vers..
Elle exige feulement qu'il foit propor
tionné au Sujet , & qu'il célébre digné-
ment l'un des plus finguliers événemens
de notre histoire.
En 1761 ..
L'Académie n'a point reçu de Poëme
qui ait rempli fes vues ; elle propofe
de nouveau le même Sujet & aux mêmes
conditions.
.. Elle exhorte les Auteurs à le traiter-
moins en Hiftoriens qu'en Poëtes . Elle:
-ne demande pas une hiftoire fuivié d'é--
vénemens qui occ pent près d'un fié-
cle. Cette exactitude chronologique ré--
聊
•
68 MERCURE DE FRANCE.
pand un froid mortel fur un Poëme. II
s'agit de choisir celle des deux époques
qu'on croira la plus intéreffante & de
F'embellir par quelque fiction ingénieufe
qui donnera les moyens d'y enchâffer
les événemens qui l'auront ou précédée
ou fuivie. Ce font les feuls avis que
l'Académie croye devoir donner aux
Auteurs , perfuadée qu'il faut laiſſer au
génie une entière liberté , & qu'il eft
peu de faits hiftoriques dont le mer-
veilleux & la fingularité prêtent davan-
tage à la Poëfie.
En 1762.'
On a réïtéré le même Programme &
doublé le Prix.
En 1763.
On a encore remis le Prix , & dans
le Programme inféré dans le Mercure
de Septembre on n'a parlé que de la
délivrance de Salerne , parce qu'on a
fuppofé le Sujet affez connu du Public
pour ne le pas répéter tout au long.
Vous voyez , Monfieur , que PAca-
démie a été bien éloignée de donner
l'exclufion à un Poëme épique régulier,
fi elle étoit affez heureufe pour que fa
perfévérance fît éclore un Ouvrage di-
gne de ce nom. Elle a encore moins
gêné les Auteurs fur le choix du Sujet
JANVIER, 1764.
69 1
principal; elle a feulement exigé que cer
lui des deux événemens qui ne feroit
pas choifi, entrât dans le Poëme comme
Epifode. A l'égard des moyens de lier
cette Epiſode , la difficulté de la diffé-
rence des Chevaliers n'eft pas infur-
montable. L'Académie a même déja
vu des Poëmes qui employent pour y
parvenir des expédiens ingénieux & que
le filence de l'Hiftoire autorife. C'eft
aux Poëtes à fçavoir jufqu'à quel point
ils peuvent altérer la vérité historique.
Qu'une fiction noble & ingénieuſe ré-
pande la chaleur & la vie dans un Su-
jet déja fi difpofé à recevoir le mer
veilleux ; l'Académie bien loin de re-
clamer pour une froide exactitude , ap-
plaudira comme le Public aux fituations
& aux images que le génie créateur
du Poëte aura fçu enchâffer dans fon
Ouvrage.
J'ai l'honneur d'être & c.
MAILLET DU BOULLAY, Maître des Comptes
& Secrétaire de l'Académie de Rouen pour
les Belles-Lettres, derrière l'Archevêché.
A Rouen, le 29 Décembre 1763.
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1922
p. 70-78
LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
Début :
MONSIEUR, PERSONNE ne rend plus de justice que moi à [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
LETTRE sur un Auteur du 17e siècle,
écrite par M. DE MASSAC, Receveur
G[é]néral des Fermes du Roi,
Abonné au Mercure, & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Limoges, à M. le Chevalier de
VIVENS, de la même Société, de
celle de Metz, & de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
MONSIEUR,
PERSONNE ne rend plus de justice
que moi à M. le Franc de Pompignan.
Tous les efforts que les Beaux-Efprits de ..
ce fiécle ont fait depuis quelque temps
pour indifpofer le Public contre lui , ne
m'ont point fait changer de façon de
penfer fur cet Auteur eftimable, dont
j'admire comme vous , & les talens , &
les vertus. Je viens de relire fes Ouvrages
avec un nouveau plaifir : cette lecture
m'a rappellé ce que vous me fires l'hon A
neur de m'écrire le 11 Février 1762.
» M. de Pompignan , me marquiez-
JANVIER. 1764.
de Pompignan ,
7 *
» vous , ne dit rien de bien flatteur ( a )
» pour Coftabadie . Sur huit Livres d'Epi-
» grammes latines de cet Auteur , il ne
> reconnoît pour bons que, quatre vers
» que Santeuila pillés. Il paroît étonnant
» que tout le refte foit abfolument mau-
» vais : j'ai quelques doutes fur ce juge-
» ment rigoureux , & j'en appelle avaus
Qui mieux que vous, Monfieur , feroit
en état de réformer , s'il y a lieu , le ju
gement prononcé par M. le Franc , fur le
mérite littéraire du Poëte dont il s'agitè
J'imagine que vous n'avez pas fes Ŏu-
vrages : vous fçavez que j'en fuis poffef-
feur ; ce ne peut être que cette raifon qui
vous engage à me demander ce que j'en
penfe moi-même. Le voici.ve
Je conviens , avec M. de Pompignan ,
que notre Auteur n'avoit pas l'efprit
épigrammatique à un certain point , &
que fes Epigrammes , qui font en génér
ral d'une latinité médiocre , ne font pref
que toutes que des defcriptions des cha
fes , ou des éloges des perfonnes dont il
parle. Mais il faut convenir auffi qu'il y
en a plus de trois ou quatre qui méritoient
de fixer l'attention de notre Critique. Son
( a ) Voyez les Oeuvres diverfes de M.le Frang
282021
3
edit. Paris , 1733. tom .
酱
2:p
2
72 MERCURE DE FRANCE .
jugement me paroît
contradictoire
d'un côté, il reconnoît pour bonnes au
moins trois ou quatre Epigrammes ; de
l'autre côté , il déclare qu'il alloit fer-
mer fon Coftabadius , fans quatre vers
qu'il affure être les feuls bons que cet
Auteur ait fais. Cette derniere affer-
tion fe trouve encore placée après l'a-
veu formel de M. de Pompignan , que
notre Poëte a bien caractériſé la per-
fonne & les Ecrits de M. Garifolles;
qu'il a honoré par fes vers plufieurs au-
tres Montalbanois & qu'on doit être
flatté de l'Epigramme qu'il a compo-
fée à l'honneur de Montauban.
S'il eft vrai qu'il n'y ait que quatre
bons vers dans tout Coftabadie , il fera
également vrai que M. Gariffoles , plu-
fieurs autres Montalbanois & Montau-
ban lui-même ont été honorés par de
mauvais vers, S'il font trouvés bons par
des Montalbanois , parce qu'ils font
faits à leur honneur , comment tous
es hommes en général doivent-ils trou-
yer,par un intérêt commun ,la deuxiéme
Epigramme du Liv.
I. Sur la chute
d'Adam , qui finit ainfi ;
Si locus humano pateat , fine crimine , voto,
Adam , utinam furdus , muta vel Eva fores ,
dont
JANVIER. 1764.
73
dont M. de Pompignan n'a pas jugé à
propos de parler. Celle - ci , euffé - je
l'honneur d'être de Montauban
,
me
paroîtra toujours fupérieure à celles qui
flattent les Montalbanois ; mais vous
& moi , Monfieur , & tous nos com-
patriotes , ne devons-nous pas être pour
le moins auffi flattés de la trente &
uniéme Epigramme du Livre VII. fur
la deftruction de Tonneins , qui eft ter-
minée par ces mots.
• ·
• Mihi patria noftra dediſti
Vitam unam , luctus funera mille dabit.
Coftabadie nous apprend par cette
Epigramme , que Tonneins étoit le lieu
de fa naiffance , qu'il avoit vu cette
Ville avant qu'elle fût détruite ; d'où
l'on peut juger qu'il étoit né vers le
commencement du dix-feptiéme fiécle ,
puifque ce ne fut qu'en 1621 que les
Villes de Tonneins & de Clairac fu-
détruites de fond en comble & réduites
en cendres par ordre de LOUIS XIII .
Sans m'arrêter aux Epigrammes 50
& 58 du Livre V , à la 22° du Livre
VIII , &c , que je crois au-deffus de
celles dont parle M. de P ...... je me
fais un plaifir de tranfcrire en entier
IL Vol.
.: D
74 MERCURE DE FRANCE.
la 36° du Livre VII fur la Garonne. H
n'eft pas douteux , comme vous le dites,
& comme le croit M. de P .... qu'elle
n'ait fourni à Santeuil la plus belle
image de fa belle infcription pour la
Pompe de Notre Dame de Paris :
Sequana cum primum reginæ allabitur urbi
Tardat præcipites ambitiofus aquas ;
Captus amore loci , curfum oblivifcitur , anceps
Quò fluat, & dulces nectit in urbe moras.
Voyons à préfent comment s'expri-
me notre Poëte Gafcon. Quoique fon
idée fur la Garonne ne foit pas auffi
pompeufement rendue que celle de
Santeuil fur la Seine ,
il n'en a pas
moins le mérite de l'invention .
Monte Pyrenæo , & celfis natalibus undans ,
Fæcundo erumpit fonte , garumma levis.
Nafcitur iratus , primâque obmurmurat undâ ;
Huic inimica quies , jamque ruina placet.
Præter greffus abit media impedimenta Tholofe,
Terra & agenna tuos confpuit altus ogros.
Inde falutat aquis & amica voce thonenfum ,
Pronus in oceanum fudat abire fuum .
Burdigalæ fed tantus amor , cum littora tangit
Vivifca
ambiguâ currit & hæret aquâ.
* L'Auteur auroit dû dire Vibifca au lieu de
Vivifca , il y a un V pour un B
tot Buturiges.
>
felon la
mauvaite habitude des Gafcons. Vibifci ou plu-
JANVIER. 1764.
Penituit liquifle urbem fimilisque do lenti
In muros refluis ecce recurrit aquis.
75
» La Garonne fort des Monts Pyren-
» nées : dès fa fource elle eſt abondante ,
» rapide , courroucée ; elle fait entendra
» le bruit de ſes eaux ; le repos lui dé-
» plaît , il faut qu'elle caufe du ravage .
» Franchiffant les digues que Toulouſe
» lui oppoſe , elle traverſe cette ville &
»
groffiffant dans fon cours , Agen , elle
» arrofe tes campagnes. De là après avoir
falué Tonneins du doux bruit de fes
» flots , elle s'efforce d'aller fe précipi-
» te dans l'Océan ; mais à peine tou-
» che-t-elle les rivages du pays Bordelois,
»
qu'éprife d'amour pour Bordeaux , elle
» fe ralentit , n'a qu'un cours incertain ;
» & comme fi elle étoit affligée d'avoir
» quitté cette ville , elle revient fur elle-
» même & reflue jufques fur fes murs.
Au refte il plaît à M. de P
... •
d'appeller notre Auteur Coftabadius, en
ajoutant que ce nom eft fort obfcur,
mais en us & par conféquent en régle ,
dit-il , pour un Verfificateur latin.
Le véritable nom françois de notre
Poëte étoit Coftabadie. Il éxiftoit en-
core une demoiſelle de cette Famille
il n'y a pas long-temps , & elle s'ap-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
pelloit Coftabadie , comme fes ancê
tres. Je ne ne vois pas que ce nom
foit plus obfcur que tout autre. Quand
fa terminaifon eût été en us , cela au-
roit-il pû faire croire
à celui qui le
portoit , qu'il devoit verfifier en la-
tin. Nous voyons à la vérité que les
noms de plufieurs grands Poëtes finif
fent en us , mais n'avons nous pas auf-
fi les Martial , les Juvenal ? & c , & c.
Je pense donc , avec tout le refpect
que je dois à M. de P .... qu'il au-
roit pû fe difpenfer , quand bien même
Coftabadie fe fût appellé Coftabadius ,
de profiter de cette circonftance pour
jetter une espéce de ridicule fur un
Auteur plus digne , à certains égards ,
d'être connu , que plufieurs autres dont
nous voyons les ouvrages célébrés dans
nos Annales Litteraires.
Vibifci étoient des Peuples de l'an-
cienne Aquitaine , qui occupoient le
pays qu'on nomme aujourd'hui Bor ,
delois. Ainfi littora vibifca , fignifie
à la rigueur , les bords de la Garonne
depuis Langon ou S. Macaire , jufqu'à
l'embouchure de ce fleuve dans l'Océan .
Les Bituriges vibifci, étoient ainfi nom-
més pour les diftinguer des Bituriges
JANVIER. 1764.
77 .
cubi , qui font aujourd'hui les Peuples
du Berri.
Je finirai cette lettre , Monfieur
en vous annoncant que la Société d'A-
griculture du Limoufin , qui fe félicite
tous les jours de vous compter au
nombre de fes Affociés , vient enfin
d'acquérir un degré de ftabilité q i
lui étoit abfolument néceffaire . C'eſt aux
foins de M. Turgot notre Intendant, fans
ceffe utilement occupé des moindres dé-
tails de l'adminiftration qui lui eft con-
fiée , que nos Bureaux
font rede-
vables de la jouiffance d'un revenu
annuel pour fubvenir aux frais indifpen-
fables qu'ils font obligés de faire. Cer
événement a ranimé le zéle de la plû
part de nos Confrères. Ils ont com-
mencé l'emploi de leurs fonds par
l'acquifition des inftrumens néceffaires
pour faire des expériences météorologi-
ques , fuivant les inftructions dont vous
avez bien voulu nous faire part. II
faut efpérer que notre exemple fera
fuivi par les autres Sociétés Royales ,
qui ne doivent pas attendre , avec moins
d'empreffement que nous-mêmes , de
voir paroître la cinquième partie de
* Celui de Brive à 300 liv. par an.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vos obfervations d'Agriculture ,
page 108.
an
noncée dans le Mercure de France , du
mois d'Octobre dernier , premier vol.
à Brive la Gaillarde, le 15 Décembre 1763.
écrite par M. DE MASSAC, Receveur
G[é]néral des Fermes du Roi,
Abonné au Mercure, & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Limoges, à M. le Chevalier de
VIVENS, de la même Société, de
celle de Metz, & de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
MONSIEUR,
PERSONNE ne rend plus de justice
que moi à M. le Franc de Pompignan.
Tous les efforts que les Beaux-Efprits de ..
ce fiécle ont fait depuis quelque temps
pour indifpofer le Public contre lui , ne
m'ont point fait changer de façon de
penfer fur cet Auteur eftimable, dont
j'admire comme vous , & les talens , &
les vertus. Je viens de relire fes Ouvrages
avec un nouveau plaifir : cette lecture
m'a rappellé ce que vous me fires l'hon A
neur de m'écrire le 11 Février 1762.
» M. de Pompignan , me marquiez-
JANVIER. 1764.
de Pompignan ,
7 *
» vous , ne dit rien de bien flatteur ( a )
» pour Coftabadie . Sur huit Livres d'Epi-
» grammes latines de cet Auteur , il ne
> reconnoît pour bons que, quatre vers
» que Santeuila pillés. Il paroît étonnant
» que tout le refte foit abfolument mau-
» vais : j'ai quelques doutes fur ce juge-
» ment rigoureux , & j'en appelle avaus
Qui mieux que vous, Monfieur , feroit
en état de réformer , s'il y a lieu , le ju
gement prononcé par M. le Franc , fur le
mérite littéraire du Poëte dont il s'agitè
J'imagine que vous n'avez pas fes Ŏu-
vrages : vous fçavez que j'en fuis poffef-
feur ; ce ne peut être que cette raifon qui
vous engage à me demander ce que j'en
penfe moi-même. Le voici.ve
Je conviens , avec M. de Pompignan ,
que notre Auteur n'avoit pas l'efprit
épigrammatique à un certain point , &
que fes Epigrammes , qui font en génér
ral d'une latinité médiocre , ne font pref
que toutes que des defcriptions des cha
fes , ou des éloges des perfonnes dont il
parle. Mais il faut convenir auffi qu'il y
en a plus de trois ou quatre qui méritoient
de fixer l'attention de notre Critique. Son
( a ) Voyez les Oeuvres diverfes de M.le Frang
282021
3
edit. Paris , 1733. tom .
酱
2:p
2
72 MERCURE DE FRANCE .
jugement me paroît
contradictoire
d'un côté, il reconnoît pour bonnes au
moins trois ou quatre Epigrammes ; de
l'autre côté , il déclare qu'il alloit fer-
mer fon Coftabadius , fans quatre vers
qu'il affure être les feuls bons que cet
Auteur ait fais. Cette derniere affer-
tion fe trouve encore placée après l'a-
veu formel de M. de Pompignan , que
notre Poëte a bien caractériſé la per-
fonne & les Ecrits de M. Garifolles;
qu'il a honoré par fes vers plufieurs au-
tres Montalbanois & qu'on doit être
flatté de l'Epigramme qu'il a compo-
fée à l'honneur de Montauban.
S'il eft vrai qu'il n'y ait que quatre
bons vers dans tout Coftabadie , il fera
également vrai que M. Gariffoles , plu-
fieurs autres Montalbanois & Montau-
ban lui-même ont été honorés par de
mauvais vers, S'il font trouvés bons par
des Montalbanois , parce qu'ils font
faits à leur honneur , comment tous
es hommes en général doivent-ils trou-
yer,par un intérêt commun ,la deuxiéme
Epigramme du Liv.
I. Sur la chute
d'Adam , qui finit ainfi ;
Si locus humano pateat , fine crimine , voto,
Adam , utinam furdus , muta vel Eva fores ,
dont
JANVIER. 1764.
73
dont M. de Pompignan n'a pas jugé à
propos de parler. Celle - ci , euffé - je
l'honneur d'être de Montauban
,
me
paroîtra toujours fupérieure à celles qui
flattent les Montalbanois ; mais vous
& moi , Monfieur , & tous nos com-
patriotes , ne devons-nous pas être pour
le moins auffi flattés de la trente &
uniéme Epigramme du Livre VII. fur
la deftruction de Tonneins , qui eft ter-
minée par ces mots.
• ·
• Mihi patria noftra dediſti
Vitam unam , luctus funera mille dabit.
Coftabadie nous apprend par cette
Epigramme , que Tonneins étoit le lieu
de fa naiffance , qu'il avoit vu cette
Ville avant qu'elle fût détruite ; d'où
l'on peut juger qu'il étoit né vers le
commencement du dix-feptiéme fiécle ,
puifque ce ne fut qu'en 1621 que les
Villes de Tonneins & de Clairac fu-
détruites de fond en comble & réduites
en cendres par ordre de LOUIS XIII .
Sans m'arrêter aux Epigrammes 50
& 58 du Livre V , à la 22° du Livre
VIII , &c , que je crois au-deffus de
celles dont parle M. de P ...... je me
fais un plaifir de tranfcrire en entier
IL Vol.
.: D
74 MERCURE DE FRANCE.
la 36° du Livre VII fur la Garonne. H
n'eft pas douteux , comme vous le dites,
& comme le croit M. de P .... qu'elle
n'ait fourni à Santeuil la plus belle
image de fa belle infcription pour la
Pompe de Notre Dame de Paris :
Sequana cum primum reginæ allabitur urbi
Tardat præcipites ambitiofus aquas ;
Captus amore loci , curfum oblivifcitur , anceps
Quò fluat, & dulces nectit in urbe moras.
Voyons à préfent comment s'expri-
me notre Poëte Gafcon. Quoique fon
idée fur la Garonne ne foit pas auffi
pompeufement rendue que celle de
Santeuil fur la Seine ,
il n'en a pas
moins le mérite de l'invention .
Monte Pyrenæo , & celfis natalibus undans ,
Fæcundo erumpit fonte , garumma levis.
Nafcitur iratus , primâque obmurmurat undâ ;
Huic inimica quies , jamque ruina placet.
Præter greffus abit media impedimenta Tholofe,
Terra & agenna tuos confpuit altus ogros.
Inde falutat aquis & amica voce thonenfum ,
Pronus in oceanum fudat abire fuum .
Burdigalæ fed tantus amor , cum littora tangit
Vivifca
ambiguâ currit & hæret aquâ.
* L'Auteur auroit dû dire Vibifca au lieu de
Vivifca , il y a un V pour un B
tot Buturiges.
>
felon la
mauvaite habitude des Gafcons. Vibifci ou plu-
JANVIER. 1764.
Penituit liquifle urbem fimilisque do lenti
In muros refluis ecce recurrit aquis.
75
» La Garonne fort des Monts Pyren-
» nées : dès fa fource elle eſt abondante ,
» rapide , courroucée ; elle fait entendra
» le bruit de ſes eaux ; le repos lui dé-
» plaît , il faut qu'elle caufe du ravage .
» Franchiffant les digues que Toulouſe
» lui oppoſe , elle traverſe cette ville &
»
groffiffant dans fon cours , Agen , elle
» arrofe tes campagnes. De là après avoir
falué Tonneins du doux bruit de fes
» flots , elle s'efforce d'aller fe précipi-
» te dans l'Océan ; mais à peine tou-
» che-t-elle les rivages du pays Bordelois,
»
qu'éprife d'amour pour Bordeaux , elle
» fe ralentit , n'a qu'un cours incertain ;
» & comme fi elle étoit affligée d'avoir
» quitté cette ville , elle revient fur elle-
» même & reflue jufques fur fes murs.
Au refte il plaît à M. de P
... •
d'appeller notre Auteur Coftabadius, en
ajoutant que ce nom eft fort obfcur,
mais en us & par conféquent en régle ,
dit-il , pour un Verfificateur latin.
Le véritable nom françois de notre
Poëte étoit Coftabadie. Il éxiftoit en-
core une demoiſelle de cette Famille
il n'y a pas long-temps , & elle s'ap-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
pelloit Coftabadie , comme fes ancê
tres. Je ne ne vois pas que ce nom
foit plus obfcur que tout autre. Quand
fa terminaifon eût été en us , cela au-
roit-il pû faire croire
à celui qui le
portoit , qu'il devoit verfifier en la-
tin. Nous voyons à la vérité que les
noms de plufieurs grands Poëtes finif
fent en us , mais n'avons nous pas auf-
fi les Martial , les Juvenal ? & c , & c.
Je pense donc , avec tout le refpect
que je dois à M. de P .... qu'il au-
roit pû fe difpenfer , quand bien même
Coftabadie fe fût appellé Coftabadius ,
de profiter de cette circonftance pour
jetter une espéce de ridicule fur un
Auteur plus digne , à certains égards ,
d'être connu , que plufieurs autres dont
nous voyons les ouvrages célébrés dans
nos Annales Litteraires.
Vibifci étoient des Peuples de l'an-
cienne Aquitaine , qui occupoient le
pays qu'on nomme aujourd'hui Bor ,
delois. Ainfi littora vibifca , fignifie
à la rigueur , les bords de la Garonne
depuis Langon ou S. Macaire , jufqu'à
l'embouchure de ce fleuve dans l'Océan .
Les Bituriges vibifci, étoient ainfi nom-
més pour les diftinguer des Bituriges
JANVIER. 1764.
77 .
cubi , qui font aujourd'hui les Peuples
du Berri.
Je finirai cette lettre , Monfieur
en vous annoncant que la Société d'A-
griculture du Limoufin , qui fe félicite
tous les jours de vous compter au
nombre de fes Affociés , vient enfin
d'acquérir un degré de ftabilité q i
lui étoit abfolument néceffaire . C'eſt aux
foins de M. Turgot notre Intendant, fans
ceffe utilement occupé des moindres dé-
tails de l'adminiftration qui lui eft con-
fiée , que nos Bureaux
font rede-
vables de la jouiffance d'un revenu
annuel pour fubvenir aux frais indifpen-
fables qu'ils font obligés de faire. Cer
événement a ranimé le zéle de la plû
part de nos Confrères. Ils ont com-
mencé l'emploi de leurs fonds par
l'acquifition des inftrumens néceffaires
pour faire des expériences météorologi-
ques , fuivant les inftructions dont vous
avez bien voulu nous faire part. II
faut efpérer que notre exemple fera
fuivi par les autres Sociétés Royales ,
qui ne doivent pas attendre , avec moins
d'empreffement que nous-mêmes , de
voir paroître la cinquième partie de
* Celui de Brive à 300 liv. par an.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vos obfervations d'Agriculture ,
page 108.
an
noncée dans le Mercure de France , du
mois d'Octobre dernier , premier vol.
à Brive la Gaillarde, le 15 Décembre 1763.
Fermer
1922
LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
1923
p. 78-90
ÉLOGE de MAXIMILIEN DE BÉTHUNE, Duc de SULLY, Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1764 ; avec approbation & permission, in-8 o .
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texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE de MAXIMILIEN DE BÉTHUNE, Duc de SULLY, Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1764 ; avec approbation & permission, in-8 o .
ÉLOGE de MAXIMILIEN DE
BÉTHUNE, Duc de SULLY,
Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI
IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris,
chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques,
au Temple du Goût, 1764 ;
avec approbation & permission, in-8o.
ENSÉ ES naturelles , diction pure ,
PENSÉES
termes choifis & juftes , fentimens no-
bles , vertueux , pathétiques & touchans,
traits ingénieux fans affectation , rien
qui fente la déclamation , le faux bel-
efprit , le clinquant ; un ton toujours fa-
ge , toujours décent ; une éloquence
en un mot , qui réunit l'élégance & la
précifion à ce goût , à cette politeffe que
donne l'ufage du monde : voilà ce que
le Public , dont nous ne fommes ici que
les interprêtes , a le plus loué dans l'Ou-
vrage de Mlle Mazarelli.
JANVIER. 1764.
79
Sans s'aftreindre à cette marche régu-
lière & fymétrique qui partage , divife &
fubdivife la plupart des Ecrits de ce gen-
re , l'Auteur fuit fon Héros ( qu'on ne
perd jamais de vue ) dans les principales
circonftances de fa vie ; & c'eft d'après
la fimplicité de ce plan , que nous - mê-
mes , fans nous affujettir à aucun ordre ,
nous allons extraire quelques morceaux
qui caractérisent le Duc de Sully , & l'é-
loquence de fon Panégyrifte .
Après un Exorde plein de douceur ,
de fimplicité & de nobleffe fur les carac-
tères de la véritable grandeur , fuit un
tableau de la fituation de la France lorf-
que Sully parut à la Cour de Navarre.
" La France toujours guerrière ne fut
» pas toujours vertueufe. Une politique
» impie alluma dans fon fein les feux de
» la haine & de la vengeance. Ce n'é-
» toient plus ces François fi fidèles à leurs
» Rois , fi généreux aux champs de la
» victoire , fi recommandables par la
» franchiſe & la fimplicité des mœurs.
» Victimes d'un Fanatifme aveugle &
» barbare , ils ne refpiroient que le
» meurtre , les ravages , les profcrip-
tions ; & cet Empire touchoit à fes
» derniers momens , fi , pour lui donner
» une nouvelle fplendeur , le Ciel n'eût
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» confervé Henri IV , qui , joignant à
» fes qualités héroïques l'heureux talent
» de connoître les hommes , choifit pour
» ami , pour Miniftre , Maximilien de Bé-
» thune , Duc de Sully.
» Agé de douze ans , Sully fut con-
» duit par fon père à la Cour de Na-
varre. Je ne puis vous enrichir , dit
» Béthune à fon fils ; mais vous avez des
» vertus , elles vous placeront au - deffus
» de lafortune. Préparez-vous àSuppor-
» ter les malheurs , lesfatigues. Attachez-
» vous au Maître que je vais vous don
» ner , & méritez l'eftime des gens d'hon-
» neur. C'eft ainfi que ce père éclairé
» voit & peint en grand les principes
» d'une fage conduite. A peine forti de
» l'enfance , Sully les entend & les fuit.
» Béthune laiffoit au vulgaire cette févé-
» rité qui ne fert qu'à rendre fufpects ,
» & celui qui l'employe , & celui qui
» l'éprouve. On peut croire que
l'un a
» dans fon propre cœur des raifons pour
» craindre le vice , & que l'autre laiffe
> entrevoir des difpofitions à s'y livrer.
» Une âme forte ne fuccombe jamais ;
» & tel penfe être féduit qui n'eft que
» foible. Sully avoit atteint l'âge des paf-
» fions & des erreurs. Il accompagne le
» Prince de Navarre à la Cour de Cathe
JANVIER. 1764.
81
rine de Médicis. Cette Cour volup-
» tueufe lui préfente des attraits flat-
» teurs , mais dangereux ; la fortune des
» moyens infaillibles , mais criminels :
» il ne peut être ébranlé ni corrompu ;
» l'honneur feul eft écouté. Plein de l'an-
» tique vertu de fes ayeux , Sully mar-
» che fous les enfeignes de Henri. Aimer
» ce Prince , vivre & mourir à fon fer-
» vice fut le premier ferment de fon
» cœur; fa vie entière en fut l'accompliſ
دو
.ferment
Nous rapporterons quelques-unes des
actions qui ont fignalé ce zèle de Sully
pour Henri IV , & dont Mlle Mazarelli
fait un détail fi brillant dans un récit plein
d'intérêt & de chaleur. » Henri com-
» mande en perfonne à Cahors ; avec
quinze cens hommes il furprend la
» Ville , défendue par une nombreufe,
» garnifon ; ce fuccès même dévient un
» danger ; il irrite , il enflamme , il arme
» jufqu'aux habitans , qui des toits de
» leurs maifons lancent une mort cer-
"
taine ; celui qui foutient le choc des
» armes eft écrafé fous les débris des
» édifices ; un monceau de ruines couvre
» Sully; on l'en retire ; foible , refpi-
rant à peine , il demande , il apprend
"" où eftfon roi. Un fi tendre intérêt r-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
nime toutes fes forces ; il vole où
» Henri , prefque feul , eft entouré d'un
» peuple furieux qui fe renouvelle fans
» ceffe. Tout eft attaqué , tout réſiſte ;
"
plus on gagne de terrein , plus on s'in-
terdit la retraite ; il faut vaincre ou pé-
» rir. Henri brave les efforts des enne-
mis , les repouffe , les terraffe ,, les
» anéantit ; & Sully , que fon armure,
» brifée livre à tous les coups , Sully.
» meurtri , déchiré , fanglant , combat
» pendant cinq jours & cinq nuits , fans
»jamais abandonner fon Maître.
C'eft avec la même rapidité & la mê-
me précifion, que Mile Mazarelli rappelle
tous les autres exploits de Sully. A l'ac-
tivité du Guerrier il fçut allier la pruden-
ce du Négociateur.
Tout autre au-
» roit vu fes deffeins déconcertés à la
» Cour de Henri III : Cour artificieuſe
» & bifarre , où régnoient le menfonge ,
» la fuperftition & la galanterie ; où les
» conjectures les plus oppofées trou-
» voient à s'appuyer fur d'égales vrai-
» femblances. Sourd aux infinuations ,
» indifférent aux careffes , infenfible
» aux menaces ; tranquille au milieu
» des orages , fidèle à l'aftre qui règle fa
» courſe , il fçait éviter les écueils , veil-
ler aux intérêts du Roi de Navarre ,
१
- JANVIER. 1764.
83
» remplir l'objet important & fecret
» dont il eft chargé.
Nous croyons remarquer dans le ftyle
de Mlle Mazarelli , des nuances qui dif-
férencient les diverfes qualités de fon
Héros. Elle peint le Guerrier avec cette
activité , cette chaleur qui caractériſe
l'Homme de Guerre. Il y a moins de
feu , moins de rapidité dans le portrait
du Négociateur ; le ftyle en eft plus me--
furé , pour ainfi dire , plus réfléchi. Le
caractère du Miniftre., de l'Homme d'E-
tat demandoit plus de variété ; auffi y a---
t-on employé toutes les nuances propres
à exprimer les différentes fonctions du:
Ministère. Comme cette partie du Dif-
cours de Mlle Mazarelli eft la plus éten-
due , nous nous bornerons à quelques
citations prifes au hafard » Avec une
» pénétration vive , un efprit jufte , va
» zèle ardent , Sully conçut , il traça ,
" il exécuta les plans des opérations les
» plus difficiles. Que l'ignorance accufe
» la fatalité ; un Miniftre fage fçait en--
» chaîner les fuccès
22
2271Sully veut que la Nobleffe ne doive
» fa. fplendeur qu'au mérite , & qu'elle
» ne puiffe être confondue avec Phom--
» me vil , à qui les richeſſes attirent unë.
fauffe confidération. Illuftres defcen
D vj
84 ME RCURE DE FRANCE.
» dans des anciens Nobles de la France ,
» quelle gloire peut vous procurer votre
» luxe ? Vous n'atteindrez jamais à la
» magnificence de ces enfans de la for-
» tune , qui chaque jour réparent les dé-
»
penfes qu'ils font , par les injuftices
qu'ils commettent. Ce n'eft pas dans
» des palais fuperbes que vous trou ve-
» rez de vrais titrés ; fi vous avez des
» mœurs , il ne vous faut qu'un champ
» & desarmes. Comptez fur vos actions ,
"
» fi vous aimez la vertu pour elle-même ;
» comptez fur votre Roi , fi vous defi-
» rez des honneurs. La Majefté doit ré-
» pandre fon éclat fur ceux qui font fa
دو
grandeur & fa force. Un fleuve , en
» traverfant les terres ,leur donne l'abon-
» dance & la fertilité ; mais ce font elles
» qui le foutiennent , & lui forment ce
» lit qui le porte jufques aux mers.
» Sully eft un témoignage éclatant ,
» que la récompenfe ne manque point
» aux travaux : la fortune , fans ceffe re-
» pouffée par l'austérité du Miniftre , fut
» contrainte , pour parvenir jufqu'à lui ,
» de prendre le nom de la reconnoiffance
"
» dans les mains du Monarque..
"
رو
» Courtifans , qui trompez vos Maî-
tres , craignez d'étendre juſques fur vos
" defcendans l'opprobre dont vous vous
JANVIER. 1764.
84
» couvrez ; & fi jamais vous élevez vos
» defirs fur le Ministère , apprenez de
» Sully qu'il n'eſt d'autre bonheur que
" celui d'en procurer aux hommes que
» l'on gouverne. Ebloui par l'honneur
» d'être le premier dans l'Etat , on ou-
» blie fouvent d'en être le foutien ; on
» oublie que le pouvoir de difpofer des
» richeffes du peuple , n'eft que celui de
» les faire fervir à fa profpérité. Les temps
» de la guerre veulent fans doute des
» reffources extraordinaires ; mais l'in-
» capacité ou l'infidélité les rendent fi
» funeftes , qu'on ne peut jouir des dou-
» ceurs de la paix lorſqu'elle eft rendue
» au monde. Les malheurs s'accumu-
» lent, la confiance fe perd , & le Mi-
» niftre tombe dans un mépris dont
» toute la faveur du Maître ne peut le re-
» lever. Sully fcait faire marcher les fe-
» cours avec les beſoins ; mais il fçait les
» faire ceffer enfemble. Son pouvoir
» & l'amitié de Henri ne l'aveuglèrent
» point fur la néceffité d'être eftimé de
» fes concitoyens. Il fuyoit les plaifirs
" que la foibleffe nomme délaffement ,
" & cette inaction criminelle ,
fi révol-
» tante pour le malheureux qui voit pro-
» longer fes peines . Pefant les intérêts
» facrés qui lui étoient confiés , il vouloir
86 MERCURE DE FRANCE .
» égaler chaque jour le bonheur de fa Na-
>> tion à la gloire de fon Maître; & fes fuc-
» cès annonçoient auRoifes travaux. Un
"
» Prince peut aifément connoître fi fon
" Peuple eft heureux ; qu'il examine cette
»foule qui s'empreffe auour de lui.
99
Si
» l'on abufe de fon autorité , il ne verra
» qu'une froide curiofité; point de ces
» tranfports , de ces cris d'allégreffe
» qu'infpire le bonheur & la préfence
» de celui qui le donne qu'il life fur les
"
» vifages ; l'injuftice de fes Miniftres y
» fera gravée par la fombre trifteffe.
L'Auteur parcourt toutes les parties du
Ministère de Sully , & peint avec au-
tant de variété que de jufteffe , la con-
duite de ce grand Homme , dans l'é-
xercice de toutes fes Charges. C'eft
dans l'Ouvrage même qu'il faut lire
le morceau touchant & pathétique de la
mort de Henri IV : il eft trop long pour
être cité en entier ; & nous l'affoibli-
rions , fi nous ne le rapportions que par
extrait. D'ailleurs les bornes de l'analyſe
nous forcent de finir ; & nous ne nous
arrêterons plus qu'à la peinture touchante
de la retraite de Sully. » La Cour n'é-
» toit plus à fes yeux qu'un théâtre dé-
"
coré pour le vulgaire , où fouvent l'on
ne voit que des Sujets fans talens , fans
"
JANVIER 1764
87.
vertus , ufurpant , à l'abri dela faveur ,
» les honneurs dûs au mérite. Les Cour
tifans , ce peuple défœuvré , ofent por
» ter.fur lui les regards d'une maligne
» curiofité ; fes vêtemens leur paroiffent
antiques; fa modefte contenance eft pri
fe pour la foible timidité . Sully n'eft
» point décoré de ces Ordres que la po-
litique inventa , dont l'orgueil abuſe ,
» & que la faveur donne ; il portoit un
» figne plus touchant pour les âmes ver-
» tueufes
une chaîne d'or fufpendoit
»fur fa poitrine une médaille où les traits
» de Henri IV étoient gravés. Cette
» image précieufe , qui femble accuſer
» la baffeffe des.Courtifans , ne leur en
» impofe pas encore ; ils ont la raillerie
» fur les lévres , quand la honte devroit
couvrir leur front. Mais Sully leur fait
» fentir enfin tout le mépris qu'ils lui inf-
pirent. Sire , dit - il au jeune. Louis
» XIII , lorfque votre Père de glorieufe
» mémoire m'appelloit auprès de fa Per-
fonne , ilfaifoit retirer fes Bouffons.
» Sully s'éloigne ; il emporte avec lui
»l'eftime & les regrets de la France. Un
Miniftre que tout un Peuple pleure , eft
» au-deffus de toutes les injuftices de la
» Cour ; on l'honore , on le reſpecte ;
» fes ennemis les plus cruels n'ofent fe
88 MERCURE DE FRANCE:
» vanter de leur triomphe , & cachent
leurs fuccès honteux , quand Sully pu-
» blie fa difgrace ... L'éloignement de
» Sully remit la France prèfque au mê-
" me état où il l'avoit trouvée. Ainfi
» l'âme échappée des liens du corps , le
livre aux loix de la diffolution.
» Au milieu d'une Famille qui le rés
» vère , Sully entouré de Nobles , de
» Vaffaux qui l'aiment & le refpe&tent ,
meut & régit tout par les mêmes prin-
» cipes qui l'ont rendu le plus grand des
» Miniftres & le premier des Sages. On
» s'empreffe auprès de lui ; on s'inftruit
» à l'entendre ; on fe plaît à l'admirer.
» Sa magnificence fans fafte , fa géné-
rofité fans oftentation , une dignité
» fans hauteur, une bonté fans cette fauf-
» fe familiarité qui infulte ceux qu'elle
accueille , la fimplicité , la décence de
» fes mœurs , la fermeté , la majeſté mê-
» me de fa conduite : tout le diftingue ,
tout le peint.
» Sa vie régulière annonce la gravité
» de fon caractère , & ce goût qu'il eut
" toujours pour l'ordre. Comme fon
" âme a befoin de faire des heureux ,
fon efprit a befoin de travail : ces deux
» mobiles régloient tout fon temps. Il
avoit confervé l'habitude de fè lever
JANVIER. 1764.
84
avec le jour ; une partie de fa matinée
» étoit employée à prendre connoiffance
» de tout ce qui concernoit les Charges
» dont on n'avoit point ofé le dépouiller;
» l'autre à rédiger ces Mémoires écono-
miques , qui font heureusement par-
» venus jufqu'à nous , & qui dès-lors
" rendoient Sully plus utile à l'Etat , que
» ne l'étoient tous ceux qui l'avoient
» remplacé dans le Ministère. En raf
» femblant tous fes papiers , il relifoit
les précieufes Lettres de Henri ; fou-
» vent il s'arrêtoit à contempler le por-
» trait de ce Héros , il le preffoit de les
" lévres , il le baignoit de fes pleurs , fe
» rappellant les malheurs de ce Prince &
» fes vertus , comparant fa bonté avec
» fa mort cruelle . Chaque inftant enfon-
» ce dans fon cœur le trait dont il eſt
» déchiré , & qui feul l'empêche de jouir
» de la tranquilité de fa retraite. En vain
دو
» il s'occupe du bonheur de fes Vaffaux ;
»> il eft digne époux , fidèle ami , tendre
» père , fes larmes coulent fans ceffe :
trente années qu'il furvécut à fon
Maître chéri , ne purent en tarir la
» fource ; & fes derniers foupirs eurent
» encore toute l'amertume des regrets.
Ainfi finit cet Ouvrage intéreffant ,
qu'on ne peut lire fans fe fentir attendri.
go MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là principalement ce qui diftingue
le Difcours de Mlle Mazarelli de tous
ceux avec lesquels elle a concouru . Elle
a peint dans Sully l'ami de Henri IV ;
& , fous ce point de vue , que perfonne
n'a faifi comme elle , elle infpire à tous
les François de l'amour pour fon Héros.
BÉTHUNE, Duc de SULLY,
Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI
IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris,
chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques,
au Temple du Goût, 1764 ;
avec approbation & permission, in-8o.
ENSÉ ES naturelles , diction pure ,
PENSÉES
termes choifis & juftes , fentimens no-
bles , vertueux , pathétiques & touchans,
traits ingénieux fans affectation , rien
qui fente la déclamation , le faux bel-
efprit , le clinquant ; un ton toujours fa-
ge , toujours décent ; une éloquence
en un mot , qui réunit l'élégance & la
précifion à ce goût , à cette politeffe que
donne l'ufage du monde : voilà ce que
le Public , dont nous ne fommes ici que
les interprêtes , a le plus loué dans l'Ou-
vrage de Mlle Mazarelli.
JANVIER. 1764.
79
Sans s'aftreindre à cette marche régu-
lière & fymétrique qui partage , divife &
fubdivife la plupart des Ecrits de ce gen-
re , l'Auteur fuit fon Héros ( qu'on ne
perd jamais de vue ) dans les principales
circonftances de fa vie ; & c'eft d'après
la fimplicité de ce plan , que nous - mê-
mes , fans nous affujettir à aucun ordre ,
nous allons extraire quelques morceaux
qui caractérisent le Duc de Sully , & l'é-
loquence de fon Panégyrifte .
Après un Exorde plein de douceur ,
de fimplicité & de nobleffe fur les carac-
tères de la véritable grandeur , fuit un
tableau de la fituation de la France lorf-
que Sully parut à la Cour de Navarre.
" La France toujours guerrière ne fut
» pas toujours vertueufe. Une politique
» impie alluma dans fon fein les feux de
» la haine & de la vengeance. Ce n'é-
» toient plus ces François fi fidèles à leurs
» Rois , fi généreux aux champs de la
» victoire , fi recommandables par la
» franchiſe & la fimplicité des mœurs.
» Victimes d'un Fanatifme aveugle &
» barbare , ils ne refpiroient que le
» meurtre , les ravages , les profcrip-
tions ; & cet Empire touchoit à fes
» derniers momens , fi , pour lui donner
» une nouvelle fplendeur , le Ciel n'eût
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» confervé Henri IV , qui , joignant à
» fes qualités héroïques l'heureux talent
» de connoître les hommes , choifit pour
» ami , pour Miniftre , Maximilien de Bé-
» thune , Duc de Sully.
» Agé de douze ans , Sully fut con-
» duit par fon père à la Cour de Na-
varre. Je ne puis vous enrichir , dit
» Béthune à fon fils ; mais vous avez des
» vertus , elles vous placeront au - deffus
» de lafortune. Préparez-vous àSuppor-
» ter les malheurs , lesfatigues. Attachez-
» vous au Maître que je vais vous don
» ner , & méritez l'eftime des gens d'hon-
» neur. C'eft ainfi que ce père éclairé
» voit & peint en grand les principes
» d'une fage conduite. A peine forti de
» l'enfance , Sully les entend & les fuit.
» Béthune laiffoit au vulgaire cette févé-
» rité qui ne fert qu'à rendre fufpects ,
» & celui qui l'employe , & celui qui
» l'éprouve. On peut croire que
l'un a
» dans fon propre cœur des raifons pour
» craindre le vice , & que l'autre laiffe
> entrevoir des difpofitions à s'y livrer.
» Une âme forte ne fuccombe jamais ;
» & tel penfe être féduit qui n'eft que
» foible. Sully avoit atteint l'âge des paf-
» fions & des erreurs. Il accompagne le
» Prince de Navarre à la Cour de Cathe
JANVIER. 1764.
81
rine de Médicis. Cette Cour volup-
» tueufe lui préfente des attraits flat-
» teurs , mais dangereux ; la fortune des
» moyens infaillibles , mais criminels :
» il ne peut être ébranlé ni corrompu ;
» l'honneur feul eft écouté. Plein de l'an-
» tique vertu de fes ayeux , Sully mar-
» che fous les enfeignes de Henri. Aimer
» ce Prince , vivre & mourir à fon fer-
» vice fut le premier ferment de fon
» cœur; fa vie entière en fut l'accompliſ
دو
.ferment
Nous rapporterons quelques-unes des
actions qui ont fignalé ce zèle de Sully
pour Henri IV , & dont Mlle Mazarelli
fait un détail fi brillant dans un récit plein
d'intérêt & de chaleur. » Henri com-
» mande en perfonne à Cahors ; avec
quinze cens hommes il furprend la
» Ville , défendue par une nombreufe,
» garnifon ; ce fuccès même dévient un
» danger ; il irrite , il enflamme , il arme
» jufqu'aux habitans , qui des toits de
» leurs maifons lancent une mort cer-
"
taine ; celui qui foutient le choc des
» armes eft écrafé fous les débris des
» édifices ; un monceau de ruines couvre
» Sully; on l'en retire ; foible , refpi-
rant à peine , il demande , il apprend
"" où eftfon roi. Un fi tendre intérêt r-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
nime toutes fes forces ; il vole où
» Henri , prefque feul , eft entouré d'un
» peuple furieux qui fe renouvelle fans
» ceffe. Tout eft attaqué , tout réſiſte ;
"
plus on gagne de terrein , plus on s'in-
terdit la retraite ; il faut vaincre ou pé-
» rir. Henri brave les efforts des enne-
mis , les repouffe , les terraffe ,, les
» anéantit ; & Sully , que fon armure,
» brifée livre à tous les coups , Sully.
» meurtri , déchiré , fanglant , combat
» pendant cinq jours & cinq nuits , fans
»jamais abandonner fon Maître.
C'eft avec la même rapidité & la mê-
me précifion, que Mile Mazarelli rappelle
tous les autres exploits de Sully. A l'ac-
tivité du Guerrier il fçut allier la pruden-
ce du Négociateur.
Tout autre au-
» roit vu fes deffeins déconcertés à la
» Cour de Henri III : Cour artificieuſe
» & bifarre , où régnoient le menfonge ,
» la fuperftition & la galanterie ; où les
» conjectures les plus oppofées trou-
» voient à s'appuyer fur d'égales vrai-
» femblances. Sourd aux infinuations ,
» indifférent aux careffes , infenfible
» aux menaces ; tranquille au milieu
» des orages , fidèle à l'aftre qui règle fa
» courſe , il fçait éviter les écueils , veil-
ler aux intérêts du Roi de Navarre ,
१
- JANVIER. 1764.
83
» remplir l'objet important & fecret
» dont il eft chargé.
Nous croyons remarquer dans le ftyle
de Mlle Mazarelli , des nuances qui dif-
férencient les diverfes qualités de fon
Héros. Elle peint le Guerrier avec cette
activité , cette chaleur qui caractériſe
l'Homme de Guerre. Il y a moins de
feu , moins de rapidité dans le portrait
du Négociateur ; le ftyle en eft plus me--
furé , pour ainfi dire , plus réfléchi. Le
caractère du Miniftre., de l'Homme d'E-
tat demandoit plus de variété ; auffi y a---
t-on employé toutes les nuances propres
à exprimer les différentes fonctions du:
Ministère. Comme cette partie du Dif-
cours de Mlle Mazarelli eft la plus éten-
due , nous nous bornerons à quelques
citations prifes au hafard » Avec une
» pénétration vive , un efprit jufte , va
» zèle ardent , Sully conçut , il traça ,
" il exécuta les plans des opérations les
» plus difficiles. Que l'ignorance accufe
» la fatalité ; un Miniftre fage fçait en--
» chaîner les fuccès
22
2271Sully veut que la Nobleffe ne doive
» fa. fplendeur qu'au mérite , & qu'elle
» ne puiffe être confondue avec Phom--
» me vil , à qui les richeſſes attirent unë.
fauffe confidération. Illuftres defcen
D vj
84 ME RCURE DE FRANCE.
» dans des anciens Nobles de la France ,
» quelle gloire peut vous procurer votre
» luxe ? Vous n'atteindrez jamais à la
» magnificence de ces enfans de la for-
» tune , qui chaque jour réparent les dé-
»
penfes qu'ils font , par les injuftices
qu'ils commettent. Ce n'eft pas dans
» des palais fuperbes que vous trou ve-
» rez de vrais titrés ; fi vous avez des
» mœurs , il ne vous faut qu'un champ
» & desarmes. Comptez fur vos actions ,
"
» fi vous aimez la vertu pour elle-même ;
» comptez fur votre Roi , fi vous defi-
» rez des honneurs. La Majefté doit ré-
» pandre fon éclat fur ceux qui font fa
دو
grandeur & fa force. Un fleuve , en
» traverfant les terres ,leur donne l'abon-
» dance & la fertilité ; mais ce font elles
» qui le foutiennent , & lui forment ce
» lit qui le porte jufques aux mers.
» Sully eft un témoignage éclatant ,
» que la récompenfe ne manque point
» aux travaux : la fortune , fans ceffe re-
» pouffée par l'austérité du Miniftre , fut
» contrainte , pour parvenir jufqu'à lui ,
» de prendre le nom de la reconnoiffance
"
» dans les mains du Monarque..
"
رو
» Courtifans , qui trompez vos Maî-
tres , craignez d'étendre juſques fur vos
" defcendans l'opprobre dont vous vous
JANVIER. 1764.
84
» couvrez ; & fi jamais vous élevez vos
» defirs fur le Ministère , apprenez de
» Sully qu'il n'eſt d'autre bonheur que
" celui d'en procurer aux hommes que
» l'on gouverne. Ebloui par l'honneur
» d'être le premier dans l'Etat , on ou-
» blie fouvent d'en être le foutien ; on
» oublie que le pouvoir de difpofer des
» richeffes du peuple , n'eft que celui de
» les faire fervir à fa profpérité. Les temps
» de la guerre veulent fans doute des
» reffources extraordinaires ; mais l'in-
» capacité ou l'infidélité les rendent fi
» funeftes , qu'on ne peut jouir des dou-
» ceurs de la paix lorſqu'elle eft rendue
» au monde. Les malheurs s'accumu-
» lent, la confiance fe perd , & le Mi-
» niftre tombe dans un mépris dont
» toute la faveur du Maître ne peut le re-
» lever. Sully fcait faire marcher les fe-
» cours avec les beſoins ; mais il fçait les
» faire ceffer enfemble. Son pouvoir
» & l'amitié de Henri ne l'aveuglèrent
» point fur la néceffité d'être eftimé de
» fes concitoyens. Il fuyoit les plaifirs
" que la foibleffe nomme délaffement ,
" & cette inaction criminelle ,
fi révol-
» tante pour le malheureux qui voit pro-
» longer fes peines . Pefant les intérêts
» facrés qui lui étoient confiés , il vouloir
86 MERCURE DE FRANCE .
» égaler chaque jour le bonheur de fa Na-
>> tion à la gloire de fon Maître; & fes fuc-
» cès annonçoient auRoifes travaux. Un
"
» Prince peut aifément connoître fi fon
" Peuple eft heureux ; qu'il examine cette
»foule qui s'empreffe auour de lui.
99
Si
» l'on abufe de fon autorité , il ne verra
» qu'une froide curiofité; point de ces
» tranfports , de ces cris d'allégreffe
» qu'infpire le bonheur & la préfence
» de celui qui le donne qu'il life fur les
"
» vifages ; l'injuftice de fes Miniftres y
» fera gravée par la fombre trifteffe.
L'Auteur parcourt toutes les parties du
Ministère de Sully , & peint avec au-
tant de variété que de jufteffe , la con-
duite de ce grand Homme , dans l'é-
xercice de toutes fes Charges. C'eft
dans l'Ouvrage même qu'il faut lire
le morceau touchant & pathétique de la
mort de Henri IV : il eft trop long pour
être cité en entier ; & nous l'affoibli-
rions , fi nous ne le rapportions que par
extrait. D'ailleurs les bornes de l'analyſe
nous forcent de finir ; & nous ne nous
arrêterons plus qu'à la peinture touchante
de la retraite de Sully. » La Cour n'é-
» toit plus à fes yeux qu'un théâtre dé-
"
coré pour le vulgaire , où fouvent l'on
ne voit que des Sujets fans talens , fans
"
JANVIER 1764
87.
vertus , ufurpant , à l'abri dela faveur ,
» les honneurs dûs au mérite. Les Cour
tifans , ce peuple défœuvré , ofent por
» ter.fur lui les regards d'une maligne
» curiofité ; fes vêtemens leur paroiffent
antiques; fa modefte contenance eft pri
fe pour la foible timidité . Sully n'eft
» point décoré de ces Ordres que la po-
litique inventa , dont l'orgueil abuſe ,
» & que la faveur donne ; il portoit un
» figne plus touchant pour les âmes ver-
» tueufes
une chaîne d'or fufpendoit
»fur fa poitrine une médaille où les traits
» de Henri IV étoient gravés. Cette
» image précieufe , qui femble accuſer
» la baffeffe des.Courtifans , ne leur en
» impofe pas encore ; ils ont la raillerie
» fur les lévres , quand la honte devroit
couvrir leur front. Mais Sully leur fait
» fentir enfin tout le mépris qu'ils lui inf-
pirent. Sire , dit - il au jeune. Louis
» XIII , lorfque votre Père de glorieufe
» mémoire m'appelloit auprès de fa Per-
fonne , ilfaifoit retirer fes Bouffons.
» Sully s'éloigne ; il emporte avec lui
»l'eftime & les regrets de la France. Un
Miniftre que tout un Peuple pleure , eft
» au-deffus de toutes les injuftices de la
» Cour ; on l'honore , on le reſpecte ;
» fes ennemis les plus cruels n'ofent fe
88 MERCURE DE FRANCE:
» vanter de leur triomphe , & cachent
leurs fuccès honteux , quand Sully pu-
» blie fa difgrace ... L'éloignement de
» Sully remit la France prèfque au mê-
" me état où il l'avoit trouvée. Ainfi
» l'âme échappée des liens du corps , le
livre aux loix de la diffolution.
» Au milieu d'une Famille qui le rés
» vère , Sully entouré de Nobles , de
» Vaffaux qui l'aiment & le refpe&tent ,
meut & régit tout par les mêmes prin-
» cipes qui l'ont rendu le plus grand des
» Miniftres & le premier des Sages. On
» s'empreffe auprès de lui ; on s'inftruit
» à l'entendre ; on fe plaît à l'admirer.
» Sa magnificence fans fafte , fa géné-
rofité fans oftentation , une dignité
» fans hauteur, une bonté fans cette fauf-
» fe familiarité qui infulte ceux qu'elle
accueille , la fimplicité , la décence de
» fes mœurs , la fermeté , la majeſté mê-
» me de fa conduite : tout le diftingue ,
tout le peint.
» Sa vie régulière annonce la gravité
» de fon caractère , & ce goût qu'il eut
" toujours pour l'ordre. Comme fon
" âme a befoin de faire des heureux ,
fon efprit a befoin de travail : ces deux
» mobiles régloient tout fon temps. Il
avoit confervé l'habitude de fè lever
JANVIER. 1764.
84
avec le jour ; une partie de fa matinée
» étoit employée à prendre connoiffance
» de tout ce qui concernoit les Charges
» dont on n'avoit point ofé le dépouiller;
» l'autre à rédiger ces Mémoires écono-
miques , qui font heureusement par-
» venus jufqu'à nous , & qui dès-lors
" rendoient Sully plus utile à l'Etat , que
» ne l'étoient tous ceux qui l'avoient
» remplacé dans le Ministère. En raf
» femblant tous fes papiers , il relifoit
les précieufes Lettres de Henri ; fou-
» vent il s'arrêtoit à contempler le por-
» trait de ce Héros , il le preffoit de les
" lévres , il le baignoit de fes pleurs , fe
» rappellant les malheurs de ce Prince &
» fes vertus , comparant fa bonté avec
» fa mort cruelle . Chaque inftant enfon-
» ce dans fon cœur le trait dont il eſt
» déchiré , & qui feul l'empêche de jouir
» de la tranquilité de fa retraite. En vain
دو
» il s'occupe du bonheur de fes Vaffaux ;
»> il eft digne époux , fidèle ami , tendre
» père , fes larmes coulent fans ceffe :
trente années qu'il furvécut à fon
Maître chéri , ne purent en tarir la
» fource ; & fes derniers foupirs eurent
» encore toute l'amertume des regrets.
Ainfi finit cet Ouvrage intéreffant ,
qu'on ne peut lire fans fe fentir attendri.
go MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là principalement ce qui diftingue
le Difcours de Mlle Mazarelli de tous
ceux avec lesquels elle a concouru . Elle
a peint dans Sully l'ami de Henri IV ;
& , fous ce point de vue , que perfonne
n'a faifi comme elle , elle infpire à tous
les François de l'amour pour fon Héros.
Fermer
1924
p. 157-167
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ESSAI critique sur l'Etat présent de la République des Lettres, par M. l'Abbé [...]
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SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles
Littéraires.
ANNONCES DE LIVRES.
ESSAI critique sur l'Etat présent de la
République des Lettres, par M. l'Abbé
le Franc de Pompignan , aujourd'hui
Evêque du Puy. Nouvelle Edition . Pe-
tite brochure in- 12 , petit format , dont
on trouve des Exemplaires chez Chau
bert ,Libraire, rue du Hurepoix , près le
158 MERCURE DE FRANCE .
quai des Auguftins , 1764. Cet Ecrit a
été compofé il y a environ 24 ans , &
parut imprimé pour la première fois dans
les Recueils de l'Académie de Montau-
ban. On y voit ce que M. de Pompignan
penfoit de la Littérature Françoife , &
du goût qui régnoit en France dans le
temps qu'il écrivoit.
ABRÉGÉ chronologique de l'Hiftoire
générale d'Italie , depuis la chute de
l'Empire Romain en Occident ; c'eſt-à-
dire , depuis l'an 476 de l'Ere Chrétien-
ne, jufqu'au Traité d'Aix- la- Chapelle
en 1748 ; par M. de Saint - Marc , de
l'Académie de la Rochelle ; tome fe-
cond , ou feconde partie du tome pre-
mier , depuis l'an 840jufqu'à l'an 1027 ;
à Paris , chez Jean-Thomas Hériffant ,
Imprimeur ordinaire du Roi , des Cabi-
net & Maifon de Sa Majefté , rue S. Jac-
ques , à S. Paul & à S. Hilaire ; avec ap-
probation & Privilége du Roi , 1763.
Nous avons annoncé dans le temps la
première partie de cet Ouvrage , qui
n'eft point entièrement modelé fur celui
de M. le Préfident Hainault. Il n'auroit
pas fuffi , pour des Lecteurs François à
qui l'Hiftoire d'Italie n'eft pas auffi con-
nue que la nôtre , de rappeller en peu de
JANVIER. 1764.
159
mots les principaux événemens. M. de
Saint-Marc , ayant à conduire fes Lec-
teurs dans des routes peu battues , s'eft
appliqué à les leur applanir : il détaille
donc,jufqu'à un certain point, les événe→
mens , & les préfente avec leurs caufes
& leurs fuites.
DISCOURS de M. d'Açarcq, de la So-
ciété Littéraire d'Arras , pour fa récep-
tion à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle ; à Amfterdam ,
1763 , brochure in- 8°. Ce Difcours eft
la première partie d'un Ouvrage que
l'Auteur médite , & qui doit avoir pour
titre , la Balance philofophique . Cette
première partie eft un Effaifur les Idées.
ALMANACH des Centenaires , ou du-
rée de la Vie humaine au-delà de cent
ans , démontrée par des éxemples fans
nombre , tant anciens que modernes ;
avec le Calendrier de l'année 1764. Se-
cond Supplément , avec cette Epigra
phe : Sic vivite juvenes , utfenes ;fenes
ut feniores fiatis. A Paris , chez A. M.
Lottin , Libraire & Imprimeur de M. le
Duc de Berry , rue S. Jacques , près S.
Yves , au Coq , 1764 ; avec approbation
& permiffion , in-16. Voici la troiſième
160 MERCURE DE FRANCE.
annéé que ce petit Almanach paroît. On
continue de prier ceux qui pourrontjuf-
tifier leur qualité de Centenaire , d'en-
voyer leurs noms écrits bien lifiblement
pour être cités dans l'Almanach de l'an-
née prochaine. On trouve chez le même
Libraire les deux premières parties de cet.
Ouvrage..
LE TRIOMPHE du Beau-Séxe , ou Ca
lendrier des Dames Illuftres,contenant les
Eloges hiftoriques des Dames qui fe font:
diftinguées par leur politique , leur atta-
chement pour leurs époux , leur courage,.
leur chasteté & leur efprit ; enrichi de
Chanfons nouvelles fur les plus beaux .
Airs connus ; à Paris , chez Grange &
Dufour, au Cabinet Littéraire , Pont:
Notre-Dame , près la Pompe ; & chez
Manier , dans S. Jean de Latran ; in-32-
On ne doit pas confondre cet Almanach
avec les Etrennes aux Dames , qui fe
vendent chez Mufier. Le deffein en eft
différent. Celui de Mufier contient une
notice des Femmes qui fe font diſtin-
guées dans les Belles- Lettres ; & leur:
Eloge hiftorique.
Campagne de M. le Maréchal de
Créquy, en Lorraine & en Alface., en
JANVIER. 1764.
161
1677 , rédigée par M. Carlet de la Ro-
ziére , Chevalier de l'Ordre Royal & Mi-
litaire de S. Louis , Capitaine réformé de
Dragons , & ci-devant Aide - Maréchal
Général des Logis de l'Armée du Haut-
Rhin ; avec cette Epigraphe : Sæpius:
enim penuria , quam pugna , confumit
exercitum ; &ferrofæviorfames eft. Veg..
lib. 3 , cap. 3. à Paris , 1764. Volume
petit in-8 . Nous rendrons un compte
détaillé de cet Ouvrage utile aux Gens
de Guerre.
MAGASIN hiftorique pour l'Efprit &
le Cœur; à Strasbourg, chez J. Godefroy-
Bauer , Libraire , & fe trouve à Paris ,.
chez Durand neveu , Libraire , rue S.
Jacques , à la Sageffe ; 1764 , 2 volum..
in-12 ; prix 2. liv. 8 f. brochés. Cette
double Brochure renferme . trois cens
traits historiques très-connus pour la plu--
part , & dont nous croyons pouvoir nous
difpenfer d'entretenir nos lecteurs . L'Au--
teur de cette Collection nous apprend
qu'il ne l'a entreprise que pour ceux qui
s'appliquent à l'étude des Langues Fran-
çoife & Allemande ; & , pour cet effet ,
on a eu foin de publier en même temps.
une Traduction Allemande de cet Ou-
vrage ; elle fe trouve chez le même
Libraire..
162 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur les Principes de
l'Harmonie , occafionnées par quelques
Ecrits modernes fur ce fujet , & particu
lièrement par l'Article FONDAMENTAL
de M. d'Alembert , dans l'Encyclopédie ;
le Traité de Théorie Muficale de M. Tar
tini , & le Guide Harmonique de M. Ge-
miniani ; par M. J. A. Serra ; avec cette
Epigraphe
Amant alterna camenæ ; à
Genève, chez Henri- Albert Goſſe & Jean
Goffe , Libraires & Imprimeurs ; 1763.
Brochure in-8°. Ce Livre divifé en trois
parties , contient , 1 °. des Réflexions fur
divers points de Théorie Muficale traités
dans l'Encyclopédie par M. d'Alembert ;
2º. une Analyſe critique de l'Ouvrage
de M. Tartini ; 3 ° . des Réfléxions criti-
ques fur l'Ecrit de M. Gemeniani.
TRAITÉ des Odeurs , fuite du Traité
de la Diſtilation , par M. de Jean , Difti-
lateur ; à Paris chez Nyon , à l'Occafion,
chez Guillyn , au Lys d'or , chez Sau-
grain , le jeune , à la Fleurs-de-lys , Quai
des Auguftins , du côté du Pont faint
Michel , 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi , un vol . in
-
12. prix
2 livres. Dans fon Traité de la Diftila-
tion , M. de Jean avoit donné une partie
des parfums, les huiles effentielles, quel-
ques eaux d'odeurs fpiritueufes & fimples,
JANVIER. 1764.
163
Ces différens objets entroient naturel-
lement dans cette feconde partie que
l'Auteur continue fur le même plan ,
pour rendre complet fon premier Ou-
vrage.
AVIS très-important au Public , fur
differentes espèces de Corps & de Botti-
nes d'une nouvelle invention , par le
Sr. d'Offémont , Maître & Marchand
Tailleur de corps de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , rue de la Verrerie
,
vis-à-vis l'Eglife de faint Merry , à côté
du Coq-lié de perles , au coin de la rue
faint Bon , au fecond fur le devant ; à
Paris , chez le Prieur , rue faint Jac-
ques , 1763. Cet avis important que
l'Auteur diftribue gratuitement , paroît
déjà depuis plufieurs années , & ap
prend aux lecteurs de quel avantage
peuvent être les Corps & Bottines de
M. d'Offémont.
》』 》
ECOLE de Littérature , tirée de nos
meilleurs Ecrivains ; à Paris chez Ba-
buty , fils , Libraire , Quai des Auguf-
tins , entre les rues Gille- Coeur & Pavée,
à l'Etoile , & chez Brocas & Humblot
rue faint Jacques , au - deffus de la rue
des Mathurins , au Chef S. Jean ; 1764,
164 MERCURE DE FRANCE.
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in 12. Prix 2 livres 10 fols brc
ché , 3 liv. relié. M. Duclos a dit dans fes
Confidérations fur les Mœurs , que le
plus grand fervice que les Académies
puffent
rendre aux Lettres
9
aux
Sciences & aux Arts , étoit de faire des
méthodes , & de tracer des routes qui
épargnaffent du travail & des erreurs ,.
& qui conduififfent à la vérité par les
voyes les plus courtes & les plus fûres.
M. de la Chalotais , dans fon plan d'é-
tude pour la jeuneffe , cite les mêmes
paroles de M. Duclos , & forme les mê-
mes vœux dans le cours de fon
ouvrage.
Les Sociétés littéraire n'ont point encore
éxécuté ce projet , & peut- être en feront
elles difpenfées quand elles auront vû
cette Ecole de Littérature composée ex-
actement d'après l'idée de M. Duclos ,
& le plan de M: de la Chalotais : ce font
en effet , non pas des Sociétés littérai-
res , mais tout ce que nous avons eu
d'Ecrivains diftingués , ou de célébres
Académiciens , qui ont fourni le fond
de cet ouvrage , le plus utile que nous
ayons en ce genre , & fur lequel nous
feront obligés de revenir plus d'une fois.
Nous dirons feulement aujourd'hui que
depuis l'impromptu jufqu'au poëme
épique, depuis lé dialogue jufqu'au fer-
JANVIER 1764
165
mon, depuis le conte jufqu'à l'hiftoire
générale , il n'y a point de genre de lit-
térature qui ne trouve ici des précéptes
fournis par les plus grands Maitres ;
non feulement pour juger de ces dif
ferens ouvrages, mais pour en compofer
avec fuccès.
APPEL aux Sçavans & aux Gens de
Lettres , au fujet de la Bibliographie
inftructive. Brochure in-8°. 1764. On
apprend dans cet écrit , que le Sr Debure
Libraire , Auteur d'un Catalogue des
Livres les plus curieux & les plus rares,
ayant effuyé plufieurs critiques fur cet
Ouvrage , s'eft cru enfin obligé d'y ré-
pondre , & il en appelle aux Sçavans &
aux Gens de Lettres qu'il prend pour-
Juges entre lui & fes Adverfaires.
L'OFFICIER Partifan ; par M. de
S. Geniés , Chevalier de l'Ordre Mili-
taire de S. Louis , & Commandant de
Bataillon ; à Paris , chez Mufier , Li-
braire , quai des Auguftins , & chez
Panckoucke , Libraire , rue de la Co-,
médie Françoife ; 1763 , avec approba-
tion & privilége du Roi , 1 vol. in 12.
3
C'est une feconde édition revue & cor-
rigée , & confidérablement augmentée
166 MERCURE DE FRANCE,
par l'Auteur. La première parut en
1754. Cet Ouvrage eft connu , & on
l'a traduit en plufieurs langues. On en
promet inceffamment un fecond volu-
me dont nous rendrons compte dans
le temps.
DISSSERTATION fur la petite Vérole
& l'Inoculation ; Londres , 1763. Bro-
chure in-12 , dont la première partie
prouve que la petite vérole n'eft pas
dangereufe ; & la feconde donne les
moyens de prévenir les dommages qu'-
elle fait à la beauté,
RÉPONSE à une des principales ob-
jections qu'on oppoſe maintenant aux
Partifans de l'Inoculation de la petite
vérole ; feuille in- 12.
NOUVEAUX éclairciffemens fur l'i-
noculation de la petite vérole , pour.
fervir de réponse à un écrit de M. Raft,
Médecin à Lyon ; Brochure in- 12.
LETTRE de Barnevelt dans fa priſon,
à Truman fon ami , précédée d'une Let-
tre de l'Auteur, In-8° . Paris , 1764.
Chez Sébastien Jorry , Imprimeur- Li-
braire, rue & vis-à-vis la Comédie Fran-
goife.
JANVIER. 1764.
1.67
Les âmes fenfibles peuvent feules ap-
précier tout le mérite de cet Ouvrage ,
dont nous nous propofons de rendre
compte dans le Mercure prochain. On
peut d'ailleurs le regarder comme un
petit chef- d'œuvre d'impreffion.
Littéraires.
ANNONCES DE LIVRES.
ESSAI critique sur l'Etat présent de la
République des Lettres, par M. l'Abbé
le Franc de Pompignan , aujourd'hui
Evêque du Puy. Nouvelle Edition . Pe-
tite brochure in- 12 , petit format , dont
on trouve des Exemplaires chez Chau
bert ,Libraire, rue du Hurepoix , près le
158 MERCURE DE FRANCE .
quai des Auguftins , 1764. Cet Ecrit a
été compofé il y a environ 24 ans , &
parut imprimé pour la première fois dans
les Recueils de l'Académie de Montau-
ban. On y voit ce que M. de Pompignan
penfoit de la Littérature Françoife , &
du goût qui régnoit en France dans le
temps qu'il écrivoit.
ABRÉGÉ chronologique de l'Hiftoire
générale d'Italie , depuis la chute de
l'Empire Romain en Occident ; c'eſt-à-
dire , depuis l'an 476 de l'Ere Chrétien-
ne, jufqu'au Traité d'Aix- la- Chapelle
en 1748 ; par M. de Saint - Marc , de
l'Académie de la Rochelle ; tome fe-
cond , ou feconde partie du tome pre-
mier , depuis l'an 840jufqu'à l'an 1027 ;
à Paris , chez Jean-Thomas Hériffant ,
Imprimeur ordinaire du Roi , des Cabi-
net & Maifon de Sa Majefté , rue S. Jac-
ques , à S. Paul & à S. Hilaire ; avec ap-
probation & Privilége du Roi , 1763.
Nous avons annoncé dans le temps la
première partie de cet Ouvrage , qui
n'eft point entièrement modelé fur celui
de M. le Préfident Hainault. Il n'auroit
pas fuffi , pour des Lecteurs François à
qui l'Hiftoire d'Italie n'eft pas auffi con-
nue que la nôtre , de rappeller en peu de
JANVIER. 1764.
159
mots les principaux événemens. M. de
Saint-Marc , ayant à conduire fes Lec-
teurs dans des routes peu battues , s'eft
appliqué à les leur applanir : il détaille
donc,jufqu'à un certain point, les événe→
mens , & les préfente avec leurs caufes
& leurs fuites.
DISCOURS de M. d'Açarcq, de la So-
ciété Littéraire d'Arras , pour fa récep-
tion à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle ; à Amfterdam ,
1763 , brochure in- 8°. Ce Difcours eft
la première partie d'un Ouvrage que
l'Auteur médite , & qui doit avoir pour
titre , la Balance philofophique . Cette
première partie eft un Effaifur les Idées.
ALMANACH des Centenaires , ou du-
rée de la Vie humaine au-delà de cent
ans , démontrée par des éxemples fans
nombre , tant anciens que modernes ;
avec le Calendrier de l'année 1764. Se-
cond Supplément , avec cette Epigra
phe : Sic vivite juvenes , utfenes ;fenes
ut feniores fiatis. A Paris , chez A. M.
Lottin , Libraire & Imprimeur de M. le
Duc de Berry , rue S. Jacques , près S.
Yves , au Coq , 1764 ; avec approbation
& permiffion , in-16. Voici la troiſième
160 MERCURE DE FRANCE.
annéé que ce petit Almanach paroît. On
continue de prier ceux qui pourrontjuf-
tifier leur qualité de Centenaire , d'en-
voyer leurs noms écrits bien lifiblement
pour être cités dans l'Almanach de l'an-
née prochaine. On trouve chez le même
Libraire les deux premières parties de cet.
Ouvrage..
LE TRIOMPHE du Beau-Séxe , ou Ca
lendrier des Dames Illuftres,contenant les
Eloges hiftoriques des Dames qui fe font:
diftinguées par leur politique , leur atta-
chement pour leurs époux , leur courage,.
leur chasteté & leur efprit ; enrichi de
Chanfons nouvelles fur les plus beaux .
Airs connus ; à Paris , chez Grange &
Dufour, au Cabinet Littéraire , Pont:
Notre-Dame , près la Pompe ; & chez
Manier , dans S. Jean de Latran ; in-32-
On ne doit pas confondre cet Almanach
avec les Etrennes aux Dames , qui fe
vendent chez Mufier. Le deffein en eft
différent. Celui de Mufier contient une
notice des Femmes qui fe font diſtin-
guées dans les Belles- Lettres ; & leur:
Eloge hiftorique.
Campagne de M. le Maréchal de
Créquy, en Lorraine & en Alface., en
JANVIER. 1764.
161
1677 , rédigée par M. Carlet de la Ro-
ziére , Chevalier de l'Ordre Royal & Mi-
litaire de S. Louis , Capitaine réformé de
Dragons , & ci-devant Aide - Maréchal
Général des Logis de l'Armée du Haut-
Rhin ; avec cette Epigraphe : Sæpius:
enim penuria , quam pugna , confumit
exercitum ; &ferrofæviorfames eft. Veg..
lib. 3 , cap. 3. à Paris , 1764. Volume
petit in-8 . Nous rendrons un compte
détaillé de cet Ouvrage utile aux Gens
de Guerre.
MAGASIN hiftorique pour l'Efprit &
le Cœur; à Strasbourg, chez J. Godefroy-
Bauer , Libraire , & fe trouve à Paris ,.
chez Durand neveu , Libraire , rue S.
Jacques , à la Sageffe ; 1764 , 2 volum..
in-12 ; prix 2. liv. 8 f. brochés. Cette
double Brochure renferme . trois cens
traits historiques très-connus pour la plu--
part , & dont nous croyons pouvoir nous
difpenfer d'entretenir nos lecteurs . L'Au--
teur de cette Collection nous apprend
qu'il ne l'a entreprise que pour ceux qui
s'appliquent à l'étude des Langues Fran-
çoife & Allemande ; & , pour cet effet ,
on a eu foin de publier en même temps.
une Traduction Allemande de cet Ou-
vrage ; elle fe trouve chez le même
Libraire..
162 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur les Principes de
l'Harmonie , occafionnées par quelques
Ecrits modernes fur ce fujet , & particu
lièrement par l'Article FONDAMENTAL
de M. d'Alembert , dans l'Encyclopédie ;
le Traité de Théorie Muficale de M. Tar
tini , & le Guide Harmonique de M. Ge-
miniani ; par M. J. A. Serra ; avec cette
Epigraphe
Amant alterna camenæ ; à
Genève, chez Henri- Albert Goſſe & Jean
Goffe , Libraires & Imprimeurs ; 1763.
Brochure in-8°. Ce Livre divifé en trois
parties , contient , 1 °. des Réflexions fur
divers points de Théorie Muficale traités
dans l'Encyclopédie par M. d'Alembert ;
2º. une Analyſe critique de l'Ouvrage
de M. Tartini ; 3 ° . des Réfléxions criti-
ques fur l'Ecrit de M. Gemeniani.
TRAITÉ des Odeurs , fuite du Traité
de la Diſtilation , par M. de Jean , Difti-
lateur ; à Paris chez Nyon , à l'Occafion,
chez Guillyn , au Lys d'or , chez Sau-
grain , le jeune , à la Fleurs-de-lys , Quai
des Auguftins , du côté du Pont faint
Michel , 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi , un vol . in
-
12. prix
2 livres. Dans fon Traité de la Diftila-
tion , M. de Jean avoit donné une partie
des parfums, les huiles effentielles, quel-
ques eaux d'odeurs fpiritueufes & fimples,
JANVIER. 1764.
163
Ces différens objets entroient naturel-
lement dans cette feconde partie que
l'Auteur continue fur le même plan ,
pour rendre complet fon premier Ou-
vrage.
AVIS très-important au Public , fur
differentes espèces de Corps & de Botti-
nes d'une nouvelle invention , par le
Sr. d'Offémont , Maître & Marchand
Tailleur de corps de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , rue de la Verrerie
,
vis-à-vis l'Eglife de faint Merry , à côté
du Coq-lié de perles , au coin de la rue
faint Bon , au fecond fur le devant ; à
Paris , chez le Prieur , rue faint Jac-
ques , 1763. Cet avis important que
l'Auteur diftribue gratuitement , paroît
déjà depuis plufieurs années , & ap
prend aux lecteurs de quel avantage
peuvent être les Corps & Bottines de
M. d'Offémont.
》』 》
ECOLE de Littérature , tirée de nos
meilleurs Ecrivains ; à Paris chez Ba-
buty , fils , Libraire , Quai des Auguf-
tins , entre les rues Gille- Coeur & Pavée,
à l'Etoile , & chez Brocas & Humblot
rue faint Jacques , au - deffus de la rue
des Mathurins , au Chef S. Jean ; 1764,
164 MERCURE DE FRANCE.
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in 12. Prix 2 livres 10 fols brc
ché , 3 liv. relié. M. Duclos a dit dans fes
Confidérations fur les Mœurs , que le
plus grand fervice que les Académies
puffent
rendre aux Lettres
9
aux
Sciences & aux Arts , étoit de faire des
méthodes , & de tracer des routes qui
épargnaffent du travail & des erreurs ,.
& qui conduififfent à la vérité par les
voyes les plus courtes & les plus fûres.
M. de la Chalotais , dans fon plan d'é-
tude pour la jeuneffe , cite les mêmes
paroles de M. Duclos , & forme les mê-
mes vœux dans le cours de fon
ouvrage.
Les Sociétés littéraire n'ont point encore
éxécuté ce projet , & peut- être en feront
elles difpenfées quand elles auront vû
cette Ecole de Littérature composée ex-
actement d'après l'idée de M. Duclos ,
& le plan de M: de la Chalotais : ce font
en effet , non pas des Sociétés littérai-
res , mais tout ce que nous avons eu
d'Ecrivains diftingués , ou de célébres
Académiciens , qui ont fourni le fond
de cet ouvrage , le plus utile que nous
ayons en ce genre , & fur lequel nous
feront obligés de revenir plus d'une fois.
Nous dirons feulement aujourd'hui que
depuis l'impromptu jufqu'au poëme
épique, depuis lé dialogue jufqu'au fer-
JANVIER 1764
165
mon, depuis le conte jufqu'à l'hiftoire
générale , il n'y a point de genre de lit-
térature qui ne trouve ici des précéptes
fournis par les plus grands Maitres ;
non feulement pour juger de ces dif
ferens ouvrages, mais pour en compofer
avec fuccès.
APPEL aux Sçavans & aux Gens de
Lettres , au fujet de la Bibliographie
inftructive. Brochure in-8°. 1764. On
apprend dans cet écrit , que le Sr Debure
Libraire , Auteur d'un Catalogue des
Livres les plus curieux & les plus rares,
ayant effuyé plufieurs critiques fur cet
Ouvrage , s'eft cru enfin obligé d'y ré-
pondre , & il en appelle aux Sçavans &
aux Gens de Lettres qu'il prend pour-
Juges entre lui & fes Adverfaires.
L'OFFICIER Partifan ; par M. de
S. Geniés , Chevalier de l'Ordre Mili-
taire de S. Louis , & Commandant de
Bataillon ; à Paris , chez Mufier , Li-
braire , quai des Auguftins , & chez
Panckoucke , Libraire , rue de la Co-,
médie Françoife ; 1763 , avec approba-
tion & privilége du Roi , 1 vol. in 12.
3
C'est une feconde édition revue & cor-
rigée , & confidérablement augmentée
166 MERCURE DE FRANCE,
par l'Auteur. La première parut en
1754. Cet Ouvrage eft connu , & on
l'a traduit en plufieurs langues. On en
promet inceffamment un fecond volu-
me dont nous rendrons compte dans
le temps.
DISSSERTATION fur la petite Vérole
& l'Inoculation ; Londres , 1763. Bro-
chure in-12 , dont la première partie
prouve que la petite vérole n'eft pas
dangereufe ; & la feconde donne les
moyens de prévenir les dommages qu'-
elle fait à la beauté,
RÉPONSE à une des principales ob-
jections qu'on oppoſe maintenant aux
Partifans de l'Inoculation de la petite
vérole ; feuille in- 12.
NOUVEAUX éclairciffemens fur l'i-
noculation de la petite vérole , pour.
fervir de réponse à un écrit de M. Raft,
Médecin à Lyon ; Brochure in- 12.
LETTRE de Barnevelt dans fa priſon,
à Truman fon ami , précédée d'une Let-
tre de l'Auteur, In-8° . Paris , 1764.
Chez Sébastien Jorry , Imprimeur- Li-
braire, rue & vis-à-vis la Comédie Fran-
goife.
JANVIER. 1764.
1.67
Les âmes fenfibles peuvent feules ap-
précier tout le mérite de cet Ouvrage ,
dont nous nous propofons de rendre
compte dans le Mercure prochain. On
peut d'ailleurs le regarder comme un
petit chef- d'œuvre d'impreffion.
Fermer
1925
p. 171-175
« LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...] »
Début :
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...]
Mots clefs :
Fleur, Musique, Acte, Rôle, Jouer, Spectacles, Lekain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...] »
A VERSAILLES.
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens
François représenterent le Jaloux
défabufé , Comédie en cinq Actes en
vers de feu M. CAMPISTRON , ( de
1709. ) Le fieur BELLECOUR a joué
le rôle de Dorante , le fieur MOLÉ
celui d'Erafte , le fieur ARMAND celui
de Dubois , & le fieur PRÉVILLE celui
de Champagne. Les rôles de Célie & de
Julie étoient remplis par les Dlles PRÉ-
VILLE & DOLIGNI . Les Dlle BEL-
LECOUR & le KAIN ont joué les
rôles de Juftine & de Babet. Pour la
feconde Piéce on donna Crifpin rival
de fon Maître , Comédie en un Acte
& en profe de feu M. LE SAGE , ( de
1707. ) Le rôle de Crispin a été joué
par le fieur PREVILLE. La Dile
DROUIN jouoit Mde Oronté & la Dlle
Hij
1
*
172 MERCURE DE FRANCE .
DOLIGNI Angélique. La Dlle le Kain
celui de Lifette.
Le Mercredi , jour des Italiens ,
il
n'y eut point de Spectacle à caufe de
la Fête.
Le Jeudi 22 , on repréfenta l'Orphe-
lin de la Chine de M. DE VOLTAIRE ,
( de 1755. ).
Gingis- Kan des Tartares repréfenté
par M. LE Kain , Zamti Mandarin par
le fieur BRIZARD , Idamé par la Dlle
CLAIRON , & c. Pour petite Piéce
Impromptu de Campagne , Comédie
en un Acte & en vers de feu M.
POISSON , ( de 1731. ) Le rôle d'Erafte
joué par le fieur MOLE , celui de Père
par le fieur Brizard
?
par la Dile DROUIN , Ifabelle par la
Dlle DOLIGNI , Lifette par la Dlle
LE KAIN , & c.
la Comtefe
La folemnité des Fêtes de Noël ayant
interrompu les Spectacles, les jours fui-
vans , on a terminé cette année , le
Jeudi 29 Décembre , par la repréfen-
tation de deux Actes d'Opéra. L'un
de ces Actes étoit le Feu , troifiéme
Entrée du Ballet des Elémens , Poëme
de feu M. Roy , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel ,
la Mufique de feu M.
* M. Roy , étoit mort peu de temps aupas .
JANVIER. 1764.
173
DESTOUCHES Surintendant de la Mu-
fique du Roi.
( de 1721. )
M. le BERTON , Maître de Mufique
de l'Académie Royale , a fait les aug-
mentations & les changemens qu'on
avoit crû néceffaires à la perfection
de cet Acte , compofé dans un temps
où les progrès de la Mufique n'étoient
pas encore portés en France au point
où cet Art eft aujourd'hui .
D'ailleurs cet Acte eft trop connu
pour en renouveller l'éloge .
La Dile ARNOUD a chanté le rôle
d'Emilie. Le fieur LARRIVÉE celui
de Valere. Le fieur DUBUT jeune
homme dont nous avons eu occafion
de parler avantageufement dans l'article
des Concerts Spirituels , exécuta le rôle
ravant cette repréſentation. Tout le monde con-
noît les Poëmes qu'il a faits pour le Théâtre de
l'Opéra,& les talens particuliers de fa mufe pour
ce genre de Poëfie. Qu'il nous foit permis à
fon occafion de nous plaindre publiquement de
la négligence des familles ou des perfonnes qui
ont des mémoires exacts fur les Gens de Lettres
d'une certaine célébrité , auxquels il ne devroit
pas être auffi indifférent que leur conduite le
laiffe croire , de nous mettre en état de con-
figner dans ce Journal les particularités ou au
moins des époques de réputation littéraire qui
procureroient autant de certitude que de facili-.
té à cette branche intéreffante de notre hiftoire.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de l'Amour. La Demoifelle LAN Y
danfoit les Entrées feulés dans le ca-
ractère de Prêtreffe , & le fieur LAVAL
dans celui du Chevalier Romain . Les
fieurs GARDEL & CAMPIONI ont
danfé dans les Entrées de Peuples ,
ainfi que la Dlle ALLARD .
L'autre Acte étoit la Guirlande ou
les Fleurs enchantées , Poëme de M.
MARMONTEL , Mufique de M. Ra-
MEAU , ( de 1751. ) Le fieur JÉLIOTE
& la Dile LARRIVÉE ont chanté les
rôles de Berger & de Bergère qui
forment tonte l'action de cet Acte.
La Dlle VESTRIS & la Dile GUI-
MARD ont danfé les principales En-
trées de Bergères , les fieurs GARDEL
& CAMPIONI celles de Bergers. Le
fieur LANY & la Dlle ALLARD étoient
à la tête des Pâtres & des Paftourelles.
Nous avons précédemment nommé
tous ceux dont les talens font employés
à l'ordonnance de ces Spectacles. MM .
LAVALpère & fils , Maîtres des Ballets ,
& c ; ainfi nous ne les répéterons plus .
N B. Nous croyons obliger tous ceux qui
ordonnent & font exécuter des Spectacles en
Europe , de rappeller ici le goût & les talens
du fieur L'ECUYER , Pannacher du Roi , pour tous
les genres de Coeffures en ufage au Théâtre,
JANVIER 1764
# 175
ainfifi que dans tout ce qui a rapport aux orne-
mens en Plumes.
On peut dire de même de l'intelligence du .
fieur de LAITRE chargé de l'exécution des ha-
billemens de Théâtre & Mafcarades des Menus.
Plaifirs du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique.
La fuite des Spectacles , en Janvier,
pour le Mercure prochain.
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens
François représenterent le Jaloux
défabufé , Comédie en cinq Actes en
vers de feu M. CAMPISTRON , ( de
1709. ) Le fieur BELLECOUR a joué
le rôle de Dorante , le fieur MOLÉ
celui d'Erafte , le fieur ARMAND celui
de Dubois , & le fieur PRÉVILLE celui
de Champagne. Les rôles de Célie & de
Julie étoient remplis par les Dlles PRÉ-
VILLE & DOLIGNI . Les Dlle BEL-
LECOUR & le KAIN ont joué les
rôles de Juftine & de Babet. Pour la
feconde Piéce on donna Crifpin rival
de fon Maître , Comédie en un Acte
& en profe de feu M. LE SAGE , ( de
1707. ) Le rôle de Crispin a été joué
par le fieur PREVILLE. La Dile
DROUIN jouoit Mde Oronté & la Dlle
Hij
1
*
172 MERCURE DE FRANCE .
DOLIGNI Angélique. La Dlle le Kain
celui de Lifette.
Le Mercredi , jour des Italiens ,
il
n'y eut point de Spectacle à caufe de
la Fête.
Le Jeudi 22 , on repréfenta l'Orphe-
lin de la Chine de M. DE VOLTAIRE ,
( de 1755. ).
Gingis- Kan des Tartares repréfenté
par M. LE Kain , Zamti Mandarin par
le fieur BRIZARD , Idamé par la Dlle
CLAIRON , & c. Pour petite Piéce
Impromptu de Campagne , Comédie
en un Acte & en vers de feu M.
POISSON , ( de 1731. ) Le rôle d'Erafte
joué par le fieur MOLE , celui de Père
par le fieur Brizard
?
par la Dile DROUIN , Ifabelle par la
Dlle DOLIGNI , Lifette par la Dlle
LE KAIN , & c.
la Comtefe
La folemnité des Fêtes de Noël ayant
interrompu les Spectacles, les jours fui-
vans , on a terminé cette année , le
Jeudi 29 Décembre , par la repréfen-
tation de deux Actes d'Opéra. L'un
de ces Actes étoit le Feu , troifiéme
Entrée du Ballet des Elémens , Poëme
de feu M. Roy , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel ,
la Mufique de feu M.
* M. Roy , étoit mort peu de temps aupas .
JANVIER. 1764.
173
DESTOUCHES Surintendant de la Mu-
fique du Roi.
( de 1721. )
M. le BERTON , Maître de Mufique
de l'Académie Royale , a fait les aug-
mentations & les changemens qu'on
avoit crû néceffaires à la perfection
de cet Acte , compofé dans un temps
où les progrès de la Mufique n'étoient
pas encore portés en France au point
où cet Art eft aujourd'hui .
D'ailleurs cet Acte eft trop connu
pour en renouveller l'éloge .
La Dile ARNOUD a chanté le rôle
d'Emilie. Le fieur LARRIVÉE celui
de Valere. Le fieur DUBUT jeune
homme dont nous avons eu occafion
de parler avantageufement dans l'article
des Concerts Spirituels , exécuta le rôle
ravant cette repréſentation. Tout le monde con-
noît les Poëmes qu'il a faits pour le Théâtre de
l'Opéra,& les talens particuliers de fa mufe pour
ce genre de Poëfie. Qu'il nous foit permis à
fon occafion de nous plaindre publiquement de
la négligence des familles ou des perfonnes qui
ont des mémoires exacts fur les Gens de Lettres
d'une certaine célébrité , auxquels il ne devroit
pas être auffi indifférent que leur conduite le
laiffe croire , de nous mettre en état de con-
figner dans ce Journal les particularités ou au
moins des époques de réputation littéraire qui
procureroient autant de certitude que de facili-.
té à cette branche intéreffante de notre hiftoire.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de l'Amour. La Demoifelle LAN Y
danfoit les Entrées feulés dans le ca-
ractère de Prêtreffe , & le fieur LAVAL
dans celui du Chevalier Romain . Les
fieurs GARDEL & CAMPIONI ont
danfé dans les Entrées de Peuples ,
ainfi que la Dlle ALLARD .
L'autre Acte étoit la Guirlande ou
les Fleurs enchantées , Poëme de M.
MARMONTEL , Mufique de M. Ra-
MEAU , ( de 1751. ) Le fieur JÉLIOTE
& la Dile LARRIVÉE ont chanté les
rôles de Berger & de Bergère qui
forment tonte l'action de cet Acte.
La Dlle VESTRIS & la Dile GUI-
MARD ont danfé les principales En-
trées de Bergères , les fieurs GARDEL
& CAMPIONI celles de Bergers. Le
fieur LANY & la Dlle ALLARD étoient
à la tête des Pâtres & des Paftourelles.
Nous avons précédemment nommé
tous ceux dont les talens font employés
à l'ordonnance de ces Spectacles. MM .
LAVALpère & fils , Maîtres des Ballets ,
& c ; ainfi nous ne les répéterons plus .
N B. Nous croyons obliger tous ceux qui
ordonnent & font exécuter des Spectacles en
Europe , de rappeller ici le goût & les talens
du fieur L'ECUYER , Pannacher du Roi , pour tous
les genres de Coeffures en ufage au Théâtre,
JANVIER 1764
# 175
ainfifi que dans tout ce qui a rapport aux orne-
mens en Plumes.
On peut dire de même de l'intelligence du .
fieur de LAITRE chargé de l'exécution des ha-
billemens de Théâtre & Mafcarades des Menus.
Plaifirs du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique.
La fuite des Spectacles , en Janvier,
pour le Mercure prochain.
Fermer
1926
p. 175-177
OPERA.
Début :
L'OUVERTURE de ce Théâtre, dans la nouvelle Salle du Palais des Thuileries, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'OUVERTURE de ce Théâtre, dans
la nouvelle Salle du Palais des Thuileries,
doit fefaire le Mardi 24 de ce mois , par
la repréſentation de Caftor & Pollux ,
Tragédie-Opéra , Poëme de M. BER-
NARD , Mufique de M. RAMEAU .
Nous avons déjà parlé de cet Opéra
dans l'Article des Spectacles de la Cour
à Fontainebleau . Il feroit fuperflu de
répéter ici les éloges tant de fois don-
nés par le Public au mérite de cet
Ouvrage.
Il paroît que l'on fait les
plus grands efforts pour fuppléer par
d'autres parties , dans la repréfentation ,
à Paris , à quelques avantages exclu-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
fivement attachés à celles qu'on a don-
nées à la Cour.
On continuera le même Opéra les
Jeudi , Vendredi & Dimanche fuivans.
Il y aura Bal le Dimanche 29.
Le Public entrera dans cette Salle par
deux endroits. D'un côté par la prin-
cipale porte , Cour des Suiffes ; de l'autre
par une conduite pratiquée à l'extré-
mité d'une des deux Galleries qui régnent
fur le Jardin , à laquelle on pourra ar-
river à couvert en defcendant dans la
Cour des Princes. Il y aura à chacune de
ces entrées des Bureaux pour délivrer les
billets & recevoir l'argent ; mais on ne
le rendra aux perfonnes qui fortent
avant le Spectacle qu'au Bureau de la
porte principale du côté de la Cour des
Suiffes ; laquelle fera auffi l'unique en-
trée pour les Bals. Lorfqu'on aura pris
des billets on entrera dans un très-grand
veftibule bien éclairé , d'où par deux
perrons on fe diftribuera dans toute
les places de la Salle. Une des portes
de ce veftibule , donnant fur le Jardin
des Thuileries, fera ouverte pour la for-
tie du Public , dans les beaux jours ,
à la fin du Spectacle. Indépendament
des deux entrées générales ,
1
il y en a
de particulières pour fe rendre fur le
JANVIER. 1764:
177
Théâtre & d'autres pour une partie des
Logês louées à l'année.
Ceux qui ont droit d'ordonner fur la
police des Voitures aux entrées & forties
des Spectacles , ont pris les plus fages
mefures pour la circulation libre & fa-
cile de ces voitures , & en même temps
pour la fùreté des gens de pied.
En donnant dans le deuxième vo-
lume de Juillet de l'année précédente
les Etats des Acteurs des deux Comé-
dies , nous avions remis à l'ouverture
du Théâtre après Pâques celui de l'O-
péra ; on fçait les conjonctures qui
l'ont fufpendu. Nous croyons devoir
publier actuellement cet Etat dont nous
pouvons garantir l'éxactitude.
L'OUVERTURE de ce Théâtre, dans
la nouvelle Salle du Palais des Thuileries,
doit fefaire le Mardi 24 de ce mois , par
la repréſentation de Caftor & Pollux ,
Tragédie-Opéra , Poëme de M. BER-
NARD , Mufique de M. RAMEAU .
Nous avons déjà parlé de cet Opéra
dans l'Article des Spectacles de la Cour
à Fontainebleau . Il feroit fuperflu de
répéter ici les éloges tant de fois don-
nés par le Public au mérite de cet
Ouvrage.
Il paroît que l'on fait les
plus grands efforts pour fuppléer par
d'autres parties , dans la repréfentation ,
à Paris , à quelques avantages exclu-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
fivement attachés à celles qu'on a don-
nées à la Cour.
On continuera le même Opéra les
Jeudi , Vendredi & Dimanche fuivans.
Il y aura Bal le Dimanche 29.
Le Public entrera dans cette Salle par
deux endroits. D'un côté par la prin-
cipale porte , Cour des Suiffes ; de l'autre
par une conduite pratiquée à l'extré-
mité d'une des deux Galleries qui régnent
fur le Jardin , à laquelle on pourra ar-
river à couvert en defcendant dans la
Cour des Princes. Il y aura à chacune de
ces entrées des Bureaux pour délivrer les
billets & recevoir l'argent ; mais on ne
le rendra aux perfonnes qui fortent
avant le Spectacle qu'au Bureau de la
porte principale du côté de la Cour des
Suiffes ; laquelle fera auffi l'unique en-
trée pour les Bals. Lorfqu'on aura pris
des billets on entrera dans un très-grand
veftibule bien éclairé , d'où par deux
perrons on fe diftribuera dans toute
les places de la Salle. Une des portes
de ce veftibule , donnant fur le Jardin
des Thuileries, fera ouverte pour la for-
tie du Public , dans les beaux jours ,
à la fin du Spectacle. Indépendament
des deux entrées générales ,
1
il y en a
de particulières pour fe rendre fur le
JANVIER. 1764:
177
Théâtre & d'autres pour une partie des
Logês louées à l'année.
Ceux qui ont droit d'ordonner fur la
police des Voitures aux entrées & forties
des Spectacles , ont pris les plus fages
mefures pour la circulation libre & fa-
cile de ces voitures , & en même temps
pour la fùreté des gens de pied.
En donnant dans le deuxième vo-
lume de Juillet de l'année précédente
les Etats des Acteurs des deux Comé-
dies , nous avions remis à l'ouverture
du Théâtre après Pâques celui de l'O-
péra ; on fçait les conjonctures qui
l'ont fufpendu. Nous croyons devoir
publier actuellement cet Etat dont nous
pouvons garantir l'éxactitude.
Fermer
1927
p. 177
LETTRE à M. DE LA GARDE, par l'Auteur de l'Almanach des Théâtres.
Début :
IL s'est glissé, Monsieur, plusieurs erreurs dans l'Almanach dee Théâtres. Une regarde le Sieur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA GARDE, par l'Auteur de l'Almanach des Théâtres.
LETTRE à M. DE LA GARDE, par
l'Auteur de l'Almanach des Théâtres.
IL s'est glissé, Monsieur, plusieurs erreurs dans
l'Almanach dee Théâtres. Une regarde le Sieur
Augé , Comédien du Roi , placé parmi les Acteurs
à Pension ; il eft reçu à Demi-part. Dans un au-
tre endroit , j'ai attribué à M. Philidor la Mufique
du Roi & le Fermier ; c'est encore une faute ; cette
Mulique eft de M. de Monfigny. J'ai l'honneur
d'être , &c.
l'Auteur de l'Almanach des Théâtres.
IL s'est glissé, Monsieur, plusieurs erreurs dans
l'Almanach dee Théâtres. Une regarde le Sieur
Augé , Comédien du Roi , placé parmi les Acteurs
à Pension ; il eft reçu à Demi-part. Dans un au-
tre endroit , j'ai attribué à M. Philidor la Mufique
du Roi & le Fermier ; c'est encore une faute ; cette
Mulique eft de M. de Monfigny. J'ai l'honneur
d'être , &c.
Fermer
1928
p. 181-182
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Νous avions précédemment annoncé, d'après les Affiches publiques, la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Νous avions précédemment annoncé,
d'après les Affiches publiques, la
première repréſentation d'une Comédie
de M. BRET , intitulée , la Confiance
trahie. Comme nos Lecteurs éloignés
pourroient foupçonner notre filence fur
cette Piéce , d'un voile officieux à fon
mauvais fuccès , nous fommes obligés
d'avertir qu'elle n'a pas été repréſentée ,
par des raifons particulières qu'il ne nous
appartient pas de fçavoir ; mais qui ne
doivent & ne peuvent donner aucune
idée contre le mérite de l'Ouvrage , ni
le talent de l'Auteur , ni les procédés
des Comédiens.
Le II du préfent mois , Mlle FANİER,
jeune Actrice nouvelle , qui n'avoit para
fur aucun Théâtre , a débuté dans les
rôles de Soubrettes du Diſſipateur , &
du Préjugé vaincu. La taille & le carac-
tère de la phyfionomie de cette jeune
Perfonne ont paru affez convenables à
celui de l'emploi pour lequel elle fe pré-
fente. On a applaudi au commence-
ment de fon premier rôle , dans lequel
182 MERCURE DE FRANCE .
on a été fatisfait de plufieurs traits. Au
furplus , nous avons fi fouvent expofé
les juftes raifons qu'il y a pour ne rien
hazarder fur les talens des Débutans
dans les premiers jours , que l'on ne
doit pas être furpris fi nous différons de
rendre compte du fuccès de ce début.
Νous avions précédemment annoncé,
d'après les Affiches publiques, la
première repréſentation d'une Comédie
de M. BRET , intitulée , la Confiance
trahie. Comme nos Lecteurs éloignés
pourroient foupçonner notre filence fur
cette Piéce , d'un voile officieux à fon
mauvais fuccès , nous fommes obligés
d'avertir qu'elle n'a pas été repréſentée ,
par des raifons particulières qu'il ne nous
appartient pas de fçavoir ; mais qui ne
doivent & ne peuvent donner aucune
idée contre le mérite de l'Ouvrage , ni
le talent de l'Auteur , ni les procédés
des Comédiens.
Le II du préfent mois , Mlle FANİER,
jeune Actrice nouvelle , qui n'avoit para
fur aucun Théâtre , a débuté dans les
rôles de Soubrettes du Diſſipateur , &
du Préjugé vaincu. La taille & le carac-
tère de la phyfionomie de cette jeune
Perfonne ont paru affez convenables à
celui de l'emploi pour lequel elle fe pré-
fente. On a applaudi au commence-
ment de fon premier rôle , dans lequel
182 MERCURE DE FRANCE .
on a été fatisfait de plufieurs traits. Au
furplus , nous avons fi fouvent expofé
les juftes raifons qu'il y a pour ne rien
hazarder fur les talens des Débutans
dans les premiers jours , que l'on ne
doit pas être furpris fi nous différons de
rendre compte du fuccès de ce début.
Fermer
1929
p. 182-183
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE 2 de ce mois on donna sur ce Théâtre la première réprésentation du Sorcier, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE 2 de ce mois on donna sur ce Théâtre
la première réprésentation du Sorcier,
Comédie en deux Actes mêlée
d'Ariettes , les paroles font de M. Poin-
cinet le jeune , & la Mufique de M. Phi-
lidor.
Dans ce genre même qui domine
aujourd'hui la raifon en la contra-
il n'avoit paru encore aucun
ouvrage dont le fuccès eût été mar-
qué , à la première répréfentation , par
des circonftances auffi éclatantes. Après
des applaudiffemens redoublés , les Au-
teurs furent forcés par les acclamations
du Public de paroître fur la Scène , ce
qui n'étoit point encore en ufage à ce
Théâtre , & ce qui confirme bien que
les goûts de mode ont des Périodes
JANVIER. 1764.
DANS la première fcène ,
183
dont on ne peut mefurer les bornes.
Ne pouvant tranfmettre à ros Lecteurs
aucune idée précife des beautés qu'on
admire dans la Mufique de cette Piéce ,
nous allons effayer de leur en donner
une du Drame , par une Analyfe exac-
tement fuivie ; afin , s'il eft poffible , de
les mettre en état d'entrevoir les motifs
fur lefquels eft fondé en partie un fi
grand fuccès.
LE 2 de ce mois on donna sur ce Théâtre
la première réprésentation du Sorcier,
Comédie en deux Actes mêlée
d'Ariettes , les paroles font de M. Poin-
cinet le jeune , & la Mufique de M. Phi-
lidor.
Dans ce genre même qui domine
aujourd'hui la raifon en la contra-
il n'avoit paru encore aucun
ouvrage dont le fuccès eût été mar-
qué , à la première répréfentation , par
des circonftances auffi éclatantes. Après
des applaudiffemens redoublés , les Au-
teurs furent forcés par les acclamations
du Public de paroître fur la Scène , ce
qui n'étoit point encore en ufage à ce
Théâtre , & ce qui confirme bien que
les goûts de mode ont des Périodes
JANVIER. 1764.
DANS la première fcène ,
183
dont on ne peut mefurer les bornes.
Ne pouvant tranfmettre à ros Lecteurs
aucune idée précife des beautés qu'on
admire dans la Mufique de cette Piéce ,
nous allons effayer de leur en donner
une du Drame , par une Analyfe exac-
tement fuivie ; afin , s'il eft poffible , de
les mettre en état d'entrevoir les motifs
fur lefquels eft fondé en partie un fi
grand fuccès.
Fermer
1930
p. 183-188
ANALYSE du drame de la Piéce intitulée le Sorcier.
Début :
Le Théâtre représente un Paysage. Dans la première scène, Agathe s'occupe à [...]
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texteReconnaissance textuelle : ANALYSE du drame de la Piéce intitulée le Sorcier.
ANALYSE du drame de la Piéce
intitulée le Sorcier.
Le Théâtre représente un Paysage. Dans la première scène, Agathe s'occupe à
repaffer , refléchit fur fes malheurs & regrette
fon Amant Julien. Blaife
Agathe s'occupe ✯
Vigneron , qui la
doit époufer , profite de l'inftant où elle eft feule
& voudroit lui ravir un bailer. Mais Agathe à qui
l'on veut en vain faire accroire qu'elle ne re-
verra plus fon Amant , parce qu'il y a trois ans
qu'on n'a eu de fes nouvelles , Agathe qui n'a
point perdu l'efpoir , reçoit fort mal les careffes
de Blaife. Il s'en plaint à Simone fa future Belle-
Mère. celle - ci qui a intérêt de fe débarraſſer de
fa fille pour fe remarier , la force d'écouter Blaife
qui fait un long éloge de fonétat , & fort pour
avertir le Notaire de tenir le contrat prêt pour
le foir même. Agathe repréfente inutilement
184 MERCURE DE FRANCE .
à fa mère qu'elle eft promiſe à Julien , qu'elle
l'aime , qu'il peut revenir ; en vain elle lui de-
mande la permiffion d'aller confulter un forcier
qui fait grand bruit aux environs. Simone ne
veut rien entendre. Juftine la filleule & foeur
de Julien abfent , vient prier fa maraine de lui
donner un mari ; tout en difant qu'elle n'aime
pas Baflien , l'éloge naïf qu'elle en fait , fâche
Simone, qui voit avec chagrin fa filleule prétendre
à un Garçon fur lequel elle a des vues pour
elle-même. Elle lui défend d'y penfer
mais
Baftien qui furvient , loin d'entrer dans les vues
de Simone ,
protefte qu'il n'a jamais aimé que
Juftine. La bonne femme très-piquée , congédie
les filles ; elle envoye Agathe joindre Blaife &
le Notaire qui l'attendent , défend à Juftine
de jamais caufer avec un Garçon , & fort elle
même en faisant à Baflien quelques careffes qui
lui ouvrent les yeux fur les prétentions de la
mère. Mais elle le prive de Juftine . Le retour de
Julien pourroit aider à fon bonheur , il déter-
mineroit Juftine , qui jeune encore ne voit pas
clair dans fon cœur. C'est en s'occupant de
ces idées & en inftruifant les Auditeurs de la
naiffance & des progrès de fon amour que Baf-
tien , feul alors fur la fcène , chante cette jolie
Romance que nous avons reconnu être imitée
d'un fonnet italien du Chevalier ZAPPI . Nous
croyons faire plaifir à nos Lecteurs de la mettre
fous leurs yeux,
>> Nous étions dans cet âge encore
» Où chacun ignore
» L'amour & l'efpoir ,
J...
כפ
JANVIER. 1764.
Dans fon cœur on ne fent éclore
» Que le feul defir de fe voir.
» D'un bouquet cueilli pour Juftine ,
>> Que ma main badine
» Dans fon fein a mis ,
Sur fa bouche encore enfantine
» Le plus doux baifer fut le prix.
» Aujourd'hui la friponne oublie
» La fleur fi jolie
» Qui fit fon plaifir
» Et je n'oublîrai de ma vie
» Le baiſer que j'oſai cueillir.
185
Cette Romance nous a paru d'autant plas re-
marquable qu'elle a comme un Poëme plus con-
fidérable , une expoſition , un nœud & une con-
clufion , telles que devroient être toutes ces for-
tes de chanfons. L'imitation du Poëte Italien ne
déprime point l'honneur du talent de l'Auteur
françois , elle prouve au contraire le bon ufage
qu'il fait de la connoiffance d'une langue étran
gère. On nous permettra fans doute cette légère
difgreffion : nous revenons à Baftien. Ainsi qu'A-
gathe , il n'attend fon honheur que du retour de
Julien, il fe détermine , comme elle , à con-
fulter le forcier dont on a déja parlé . Un foldat
arrive , Baftien l'envifage , ce foldat eft Julien. Il
apprend à Baflien qu'il revient des Indes , qu'il
s'eft fait foldat. J'étois né pour fervir , dit-il , ah
j'ai choifi le meilleur maître ! Tout François fent
pourquoi cette phraſe eft fi vivement applaudie à
·
186 MERCURE DE FRANCE.
chaque repréſentation. Julien fait la defcription
d'une tempête & s'informe d'Agathe. Quelle eft fa
douleur en apprenant qu'elle va le marier avec le
Vigneron Blaife , qu'il croioit fon plus fidéle ami,
auquel même en partant , il avoit confié tout fon
bien;qu'il n'a pas fait difficulté de s'approprier! Il
fe livre à fa colère , il veurt retourner d'où il
il vient , il veut fuir pour toujours Agathe ;
Cependant il veut auparavant la voir & lui
parler. Tandis qu'il en cherche les moyens, Juf
tine s'avile de lui conter l'hiftoire du forcier
qu'on attend ; elle lui confeille de le faire paf-
fer pour ce forcier. Il accepte ce parti, Il a rap-
porté avec lui l'habit d'un Dervis indien; il fe pro-
pofe de l'employer & fort en terminant cet Acte
par un Duo du plus grand effet. Baftien ouvre
le fecond acte fuivi de Julien travelti. Il lui re-
commande à ſon tour les propres intérêts & le
prie de déterminer la petite Juftine en fa fa-
veur , elle paroît. Baflien le cache. La jeune en-
fant commence par avoir peur du forcier . qu'elle
eft bien loin de croire fon frère. Mais peu-à- peu
elle s'enhardit , & finit par avouer , dans une
chanfon très - applaudie ,
qu'elle aime Baftien.
L'heureux Amant l'entend & paroît. Tout le
Village , informé de l'arrivée du forcier , fe raf-
femble pour le confulter. A l'afpe&t d'Agathe &
de Blaife , Julien a peine à calmer fa colère.
Il fe contient cependant , chacun veut être écouté
le premier. Simone , plus bavarde que les autres ,
s'empare du forcier , chacun fe retire en fe pro-
mettant de revenir dans un moment plus favo-
rable. Simone ne croit pas trop aux forciers , mais.
elle croit defon intérêt de faire parler celui-ci con-
formément à les vues & lui donne de l'argent.
JANVIER. 1764.
187
En conféquence. En caufant avec lui elle lui
dit beaucoup de mal de lui- même , enfin de tout
ce qu'elle lui dit , il ne peut rien conclure qui
ne ferve à le convaincre de l'infidélité d'Agathe
Simone l'apperçoit , fe retire , & entraîne avec
elle Julien. Agathe , feule prête a figner le con-
trat qui l'unit a Blaife , fe livre alors à tout fon
chagrin. Elle appelle Julien , le Sorcier ou plutôt
ce cher Julien arrive ; il fe repand en reproches ,
elle tremble , elle fe juftifie ,
il renaît , en ap-
prenant qu'il eft encore aimé , dans l'exces de fa
joie , il va fe découvrir : mais Blaife le furprend
& l'arrête. Blaife eft jaloux ,
qu'on caufe avec fa future
il n'aime pas
auffi la ren-
voye-t-il auprès de fa mere , & le détermine à
confulter le Sorcier , fur les fuites de fon mariage.
Julien profite de l'occafion pour recouvrer fa
caflette , il en parle a Blaife qui commence par
nier ; mais Julien,affecte de faire des conjurations
terribles. Blaife s'intimide & fe couvre les yeux.
Julien imite fucceffivement un choeur de Démons >
& la voix du Diable même qui prononce a Blaife
fon Arrêt. Le pauvre Vigneron , épouvanté.
Avoue fa furpercherie , il promet de tout rendre
& fort en effet pour aller chercher la caffette.
C'eſt en ce moment que Baftien , Juftine , Agathe ,
accourent rapidément les uns après - les-autres
pour confier au Sorcier , qu'ils font perdus,
s'ils ne les confeille , ou plutôt s'il ne leur rend
Julien , ainsi qu'il l'a promis. Juftement enchan-
té , celui - ci le raffure , les réunit , & les prend
entre fes bras. En moins d'un clin - d'œil cette
robe finiftre , dont il s'étoit affublé , ſe détruit , dif-
paroît , & Julien le montre à leurs yeux tel qu'on
l'a vu aupremier Acte. Il y a dans cette Scène de
la naïveté & de la chaleur, cequi ne peut être bien
188 MERCURE DE FRANCE .
rendu dans un Extrait. La joie fuccéde aux allar-
mes. Blaife arrive avec la caffette ; il reconnoît
Julien , il veut fuir ; on l'arrête. Simone accourt au
bruit qu'elle entend , & reconnoît Julien à lon tour.
D'abord elle veut fe fâcher ; mais elle eft contrainte
de céder elle-même. L'heureux Sorcier , qui n'a
plus befoin de l'être , reprend la Maîtrelle & fon
argent; donne Jufine la foeur à Baftien ; & , pour
terminer les débats , engage Dame Simone à époui-
fer Blaife : elle y confent ; tout le monde s'em-
braffe , & la Piéce finit par un Vaudeville très-
agréable en Paroles & en Mufique.
intitulée le Sorcier.
Le Théâtre représente un Paysage. Dans la première scène, Agathe s'occupe à
repaffer , refléchit fur fes malheurs & regrette
fon Amant Julien. Blaife
Agathe s'occupe ✯
Vigneron , qui la
doit époufer , profite de l'inftant où elle eft feule
& voudroit lui ravir un bailer. Mais Agathe à qui
l'on veut en vain faire accroire qu'elle ne re-
verra plus fon Amant , parce qu'il y a trois ans
qu'on n'a eu de fes nouvelles , Agathe qui n'a
point perdu l'efpoir , reçoit fort mal les careffes
de Blaife. Il s'en plaint à Simone fa future Belle-
Mère. celle - ci qui a intérêt de fe débarraſſer de
fa fille pour fe remarier , la force d'écouter Blaife
qui fait un long éloge de fonétat , & fort pour
avertir le Notaire de tenir le contrat prêt pour
le foir même. Agathe repréfente inutilement
184 MERCURE DE FRANCE .
à fa mère qu'elle eft promiſe à Julien , qu'elle
l'aime , qu'il peut revenir ; en vain elle lui de-
mande la permiffion d'aller confulter un forcier
qui fait grand bruit aux environs. Simone ne
veut rien entendre. Juftine la filleule & foeur
de Julien abfent , vient prier fa maraine de lui
donner un mari ; tout en difant qu'elle n'aime
pas Baflien , l'éloge naïf qu'elle en fait , fâche
Simone, qui voit avec chagrin fa filleule prétendre
à un Garçon fur lequel elle a des vues pour
elle-même. Elle lui défend d'y penfer
mais
Baftien qui furvient , loin d'entrer dans les vues
de Simone ,
protefte qu'il n'a jamais aimé que
Juftine. La bonne femme très-piquée , congédie
les filles ; elle envoye Agathe joindre Blaife &
le Notaire qui l'attendent , défend à Juftine
de jamais caufer avec un Garçon , & fort elle
même en faisant à Baflien quelques careffes qui
lui ouvrent les yeux fur les prétentions de la
mère. Mais elle le prive de Juftine . Le retour de
Julien pourroit aider à fon bonheur , il déter-
mineroit Juftine , qui jeune encore ne voit pas
clair dans fon cœur. C'est en s'occupant de
ces idées & en inftruifant les Auditeurs de la
naiffance & des progrès de fon amour que Baf-
tien , feul alors fur la fcène , chante cette jolie
Romance que nous avons reconnu être imitée
d'un fonnet italien du Chevalier ZAPPI . Nous
croyons faire plaifir à nos Lecteurs de la mettre
fous leurs yeux,
>> Nous étions dans cet âge encore
» Où chacun ignore
» L'amour & l'efpoir ,
J...
כפ
JANVIER. 1764.
Dans fon cœur on ne fent éclore
» Que le feul defir de fe voir.
» D'un bouquet cueilli pour Juftine ,
>> Que ma main badine
» Dans fon fein a mis ,
Sur fa bouche encore enfantine
» Le plus doux baifer fut le prix.
» Aujourd'hui la friponne oublie
» La fleur fi jolie
» Qui fit fon plaifir
» Et je n'oublîrai de ma vie
» Le baiſer que j'oſai cueillir.
185
Cette Romance nous a paru d'autant plas re-
marquable qu'elle a comme un Poëme plus con-
fidérable , une expoſition , un nœud & une con-
clufion , telles que devroient être toutes ces for-
tes de chanfons. L'imitation du Poëte Italien ne
déprime point l'honneur du talent de l'Auteur
françois , elle prouve au contraire le bon ufage
qu'il fait de la connoiffance d'une langue étran
gère. On nous permettra fans doute cette légère
difgreffion : nous revenons à Baftien. Ainsi qu'A-
gathe , il n'attend fon honheur que du retour de
Julien, il fe détermine , comme elle , à con-
fulter le forcier dont on a déja parlé . Un foldat
arrive , Baftien l'envifage , ce foldat eft Julien. Il
apprend à Baflien qu'il revient des Indes , qu'il
s'eft fait foldat. J'étois né pour fervir , dit-il , ah
j'ai choifi le meilleur maître ! Tout François fent
pourquoi cette phraſe eft fi vivement applaudie à
·
186 MERCURE DE FRANCE.
chaque repréſentation. Julien fait la defcription
d'une tempête & s'informe d'Agathe. Quelle eft fa
douleur en apprenant qu'elle va le marier avec le
Vigneron Blaife , qu'il croioit fon plus fidéle ami,
auquel même en partant , il avoit confié tout fon
bien;qu'il n'a pas fait difficulté de s'approprier! Il
fe livre à fa colère , il veurt retourner d'où il
il vient , il veut fuir pour toujours Agathe ;
Cependant il veut auparavant la voir & lui
parler. Tandis qu'il en cherche les moyens, Juf
tine s'avile de lui conter l'hiftoire du forcier
qu'on attend ; elle lui confeille de le faire paf-
fer pour ce forcier. Il accepte ce parti, Il a rap-
porté avec lui l'habit d'un Dervis indien; il fe pro-
pofe de l'employer & fort en terminant cet Acte
par un Duo du plus grand effet. Baftien ouvre
le fecond acte fuivi de Julien travelti. Il lui re-
commande à ſon tour les propres intérêts & le
prie de déterminer la petite Juftine en fa fa-
veur , elle paroît. Baflien le cache. La jeune en-
fant commence par avoir peur du forcier . qu'elle
eft bien loin de croire fon frère. Mais peu-à- peu
elle s'enhardit , & finit par avouer , dans une
chanfon très - applaudie ,
qu'elle aime Baftien.
L'heureux Amant l'entend & paroît. Tout le
Village , informé de l'arrivée du forcier , fe raf-
femble pour le confulter. A l'afpe&t d'Agathe &
de Blaife , Julien a peine à calmer fa colère.
Il fe contient cependant , chacun veut être écouté
le premier. Simone , plus bavarde que les autres ,
s'empare du forcier , chacun fe retire en fe pro-
mettant de revenir dans un moment plus favo-
rable. Simone ne croit pas trop aux forciers , mais.
elle croit defon intérêt de faire parler celui-ci con-
formément à les vues & lui donne de l'argent.
JANVIER. 1764.
187
En conféquence. En caufant avec lui elle lui
dit beaucoup de mal de lui- même , enfin de tout
ce qu'elle lui dit , il ne peut rien conclure qui
ne ferve à le convaincre de l'infidélité d'Agathe
Simone l'apperçoit , fe retire , & entraîne avec
elle Julien. Agathe , feule prête a figner le con-
trat qui l'unit a Blaife , fe livre alors à tout fon
chagrin. Elle appelle Julien , le Sorcier ou plutôt
ce cher Julien arrive ; il fe repand en reproches ,
elle tremble , elle fe juftifie ,
il renaît , en ap-
prenant qu'il eft encore aimé , dans l'exces de fa
joie , il va fe découvrir : mais Blaife le furprend
& l'arrête. Blaife eft jaloux ,
qu'on caufe avec fa future
il n'aime pas
auffi la ren-
voye-t-il auprès de fa mere , & le détermine à
confulter le Sorcier , fur les fuites de fon mariage.
Julien profite de l'occafion pour recouvrer fa
caflette , il en parle a Blaife qui commence par
nier ; mais Julien,affecte de faire des conjurations
terribles. Blaife s'intimide & fe couvre les yeux.
Julien imite fucceffivement un choeur de Démons >
& la voix du Diable même qui prononce a Blaife
fon Arrêt. Le pauvre Vigneron , épouvanté.
Avoue fa furpercherie , il promet de tout rendre
& fort en effet pour aller chercher la caffette.
C'eſt en ce moment que Baftien , Juftine , Agathe ,
accourent rapidément les uns après - les-autres
pour confier au Sorcier , qu'ils font perdus,
s'ils ne les confeille , ou plutôt s'il ne leur rend
Julien , ainsi qu'il l'a promis. Juftement enchan-
té , celui - ci le raffure , les réunit , & les prend
entre fes bras. En moins d'un clin - d'œil cette
robe finiftre , dont il s'étoit affublé , ſe détruit , dif-
paroît , & Julien le montre à leurs yeux tel qu'on
l'a vu aupremier Acte. Il y a dans cette Scène de
la naïveté & de la chaleur, cequi ne peut être bien
188 MERCURE DE FRANCE .
rendu dans un Extrait. La joie fuccéde aux allar-
mes. Blaife arrive avec la caffette ; il reconnoît
Julien , il veut fuir ; on l'arrête. Simone accourt au
bruit qu'elle entend , & reconnoît Julien à lon tour.
D'abord elle veut fe fâcher ; mais elle eft contrainte
de céder elle-même. L'heureux Sorcier , qui n'a
plus befoin de l'être , reprend la Maîtrelle & fon
argent; donne Jufine la foeur à Baftien ; & , pour
terminer les débats , engage Dame Simone à époui-
fer Blaife : elle y confent ; tout le monde s'em-
braffe , & la Piéce finit par un Vaudeville très-
agréable en Paroles & en Mufique.
Fermer
1931
p. 188-190
REMARQUES Sur le Drame, & sur la Musique.
Début :
Ce Drame, a par-dessus beaucoup d'autres, dans les Ouvrages de ce genre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES Sur le Drame, & sur la Musique.
REMARQUES
Sur le Drame, & sur la Musique.
Ce Drame, a par-dessus beaucoup
d'autres, dans les Ouvrages de ce genre
moitié lyrique moitié récité , d'être plus
lié , plus filé , & de contenir une forte
de conduite réguliére dans l'action . Pour
faire fentir cet avantage à nos Lecteurs ,
qui feroient étonnés peut- être de l'éten-
duë de cette Analyfe , il étoit indifpen-
fable d'expofer non feulement le Plan
de toute cette petite intrigue , mais en-
core prèfque celui du Dialogue , afin de
faire connoître le fil des Scènes , & les
mouvemens de l'action : cela nous a
paru d'autant plus nécéffaire qu'un précis
plus abregé n'auroit fait voir que les
fources d'où l'Auteur ne paroît pas dif-
JANVIER. 1764,
189
fimuler avoir puifé la principale par-
tie de l'invention ; mais dont on ne
peut lui refufer le mérite d'un ufage
adroit , d'où réfulte de l'agrément , &
furtout un fond très
heureux pour
mettre en œuvre le génie du Muficien
& lui procurer une grande variété de
caractères. La grande part qu'a ce der-
nier au brillant fuccès de cette Piéce
ne nous permet pas de nous taire fur
les juftes éloges qu'il mérite ; elle fem-
ble en effet mettre le fceau à la réputa
tion de M. Philidor. Les amateurs les
plus outrés de la frivolité du nouveau
genre , ont vu cependant avec fatis-
faction ce jeune Muficien fournir une
carrière nouvelle , & s'éloigner de ce
genre peut-être naturel , mais toujours
trivial quand il n'eft pas bifarre , qui do-
mine dans bien des Pièces de cette nou-
velle eſpéce. Au- contraire ici , fuccef-
fivement intéreffant , fouvent fublime
fçavant fans être moins gracieux, il fem
ble avoir déployé les plus heureuſes ref
fources de fon Art. Nous avons pour
preuves de ce que nous avançons entre
autres morceaux la Romance dont nous
avons rapporté les paroles ; le Duo du
premier Acte , la defcription de la Tem-
pête , l'Ariette de Blaiſe , la Scène de
130 MERCURE DE FRANCE.
la Reconnoiffance de Julien , l'admira-
ble Monologue d'Agathe , enfin le Vau-
deville de la fin , & nous pourrions dire
tout l'ouvrage. Ce qui laiffe efpérer que
le Muficien ne négligera pas d'étendre
fa gloire , en briguant de pareils fuccès
dans le premier genre, plus digne de fes
talens , & auquel il paroît fait pour at-
teindre , & pour y réuffir.
Nous defirerions que l'étenduë qu'a
déjà cet Article nous permît de rendre
inftice en particulier au talent de cha-
que Acteur, dans la jufte appréciation
que l'on doit faire de ce genre. On peut
toujours convenir que M. Caillot , entre
autres , indépendament des dons heureux
de la nature , & du talent de chanter ,
acquiert journellement celui de bon Co-
médien.
Les Amateurs de ce Théâtre ont vu
avec plaifir le retour de M. Audinot, dans
fes , Rôles de certains Caractéres qu'il
avoit pour ainfi dire établis dans leur
origine.
Sur le Drame, & sur la Musique.
Ce Drame, a par-dessus beaucoup
d'autres, dans les Ouvrages de ce genre
moitié lyrique moitié récité , d'être plus
lié , plus filé , & de contenir une forte
de conduite réguliére dans l'action . Pour
faire fentir cet avantage à nos Lecteurs ,
qui feroient étonnés peut- être de l'éten-
duë de cette Analyfe , il étoit indifpen-
fable d'expofer non feulement le Plan
de toute cette petite intrigue , mais en-
core prèfque celui du Dialogue , afin de
faire connoître le fil des Scènes , & les
mouvemens de l'action : cela nous a
paru d'autant plus nécéffaire qu'un précis
plus abregé n'auroit fait voir que les
fources d'où l'Auteur ne paroît pas dif-
JANVIER. 1764,
189
fimuler avoir puifé la principale par-
tie de l'invention ; mais dont on ne
peut lui refufer le mérite d'un ufage
adroit , d'où réfulte de l'agrément , &
furtout un fond très
heureux pour
mettre en œuvre le génie du Muficien
& lui procurer une grande variété de
caractères. La grande part qu'a ce der-
nier au brillant fuccès de cette Piéce
ne nous permet pas de nous taire fur
les juftes éloges qu'il mérite ; elle fem-
ble en effet mettre le fceau à la réputa
tion de M. Philidor. Les amateurs les
plus outrés de la frivolité du nouveau
genre , ont vu cependant avec fatis-
faction ce jeune Muficien fournir une
carrière nouvelle , & s'éloigner de ce
genre peut-être naturel , mais toujours
trivial quand il n'eft pas bifarre , qui do-
mine dans bien des Pièces de cette nou-
velle eſpéce. Au- contraire ici , fuccef-
fivement intéreffant , fouvent fublime
fçavant fans être moins gracieux, il fem
ble avoir déployé les plus heureuſes ref
fources de fon Art. Nous avons pour
preuves de ce que nous avançons entre
autres morceaux la Romance dont nous
avons rapporté les paroles ; le Duo du
premier Acte , la defcription de la Tem-
pête , l'Ariette de Blaiſe , la Scène de
130 MERCURE DE FRANCE.
la Reconnoiffance de Julien , l'admira-
ble Monologue d'Agathe , enfin le Vau-
deville de la fin , & nous pourrions dire
tout l'ouvrage. Ce qui laiffe efpérer que
le Muficien ne négligera pas d'étendre
fa gloire , en briguant de pareils fuccès
dans le premier genre, plus digne de fes
talens , & auquel il paroît fait pour at-
teindre , & pour y réuffir.
Nous defirerions que l'étenduë qu'a
déjà cet Article nous permît de rendre
inftice en particulier au talent de cha-
que Acteur, dans la jufte appréciation
que l'on doit faire de ce genre. On peut
toujours convenir que M. Caillot , entre
autres , indépendament des dons heureux
de la nature , & du talent de chanter ,
acquiert journellement celui de bon Co-
médien.
Les Amateurs de ce Théâtre ont vu
avec plaifir le retour de M. Audinot, dans
fes , Rôles de certains Caractéres qu'il
avoit pour ainfi dire établis dans leur
origine.
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1932
p. 208-210
« Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
Début :
Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...]
Mots clefs :
Estampes, Dessins, Vignettes, Ouvrage, Alphabet, Livre, Papiers, Emblèmes, Marchands, Libraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
LE Sieur BRESSON DE MAILLARD , Marchand
d'Eftampes , & Privilégié des Enfans de France ,
en ouvrages de Caractères , Deffeins , Vignettes ,
demeurant rue S. Jacques , Maifon de M. de Lambon
, Avocat , proche M. Duchefne , Marchand
Libraire à Paris , tient un affortiment de Caractères,
Vignettes , & de différentes Fleurs , qu'il a
deffinées d'après nature, & exécutées fur des Planches
de cuivre , avec lefquelles on peut, avec faci
JANVIER . 1764. 209
lité & fur le champ , faire divers Deffeins pour
meubles , & c .
Ledit Sieur exécute pareillement à jour nombre
d'autres ouvrages utiles , & d'une même facilité
dans l'ufage , comme des Adreſſes , Alphabeths
pour apprendre les Enfans à lire , Notes , Etiquettes
, Noms à laiffer en vifite , ou pour mettre fur
les Livres , Marques & Chiffres , Deffeins au fimple
trait pour broder ou peindre d'après.
Il dient auffi un alfortiment de toutes fortes de
Papiers peints en Vignettes , & entreprend de noter
les Livres de Plein- chant.
Il grave auffi en Taille-douce des Adreſſes avec
les attributs des différentes Profeffions , & autres
fujets.
L'Epoufe du Sieur MAILLARD deffine & colore
très - proprement les Fleurs , Emblêmes & Armoiries
, Ecrans. Elle montre aux Dames la manière
de fe fervir des Planches à jour , que l'on peut
qualifier d'Art de deffiner & de peindrefans Maitres
& fournit les Couleurs & autres chofes qui y font
relatives.
On trouvera auffi chez ledit Sieur une fuite affez
confidérable de petites Eftampes en Emblèmes ,
Deviles , Fables choilies , Prières , Bouquets & Sou
haits de bonnes Fêtes , Etrennes brochées en forme
de Calendrier, Emblématiques & Chantantes , pour
la nouvelle Année , préfentées aux Enjans de France..
Ceux qui defireront acheter & connoitre plus
particulièrement toutes lefdites Marchan difes d'Eltampes
, Caractères & Deffeins , & qui fouhaiteront
les vrais Originaux , s'adrefferont directement à
Paris au Sieur MAILLARD ; & en Province à MM.
les Libraires & Marchands d'Eftampes qu'il fournit.
Sçavoir ,
A Lyon , M. Daudet.
Rouen , M. Frere , fur le Port.
2TO MERCURE DE FRANCE.
Toulouſe , M. Jouques , rue S. Rome.
Tours , M. Jagus , Marchand Papetier.
Poitiers , M, Fatour.
Bordeaux , M. Noblet.
La Rochelle , M. Pavie , Marchand, Libraire.
A Nantes , M. Tancrer.
Liege , M. Soer , Marchand Libraire.
Dijon , M. Desventes , Marchand Libraire .
d'Eftampes , & Privilégié des Enfans de France ,
en ouvrages de Caractères , Deffeins , Vignettes ,
demeurant rue S. Jacques , Maifon de M. de Lambon
, Avocat , proche M. Duchefne , Marchand
Libraire à Paris , tient un affortiment de Caractères,
Vignettes , & de différentes Fleurs , qu'il a
deffinées d'après nature, & exécutées fur des Planches
de cuivre , avec lefquelles on peut, avec faci
JANVIER . 1764. 209
lité & fur le champ , faire divers Deffeins pour
meubles , & c .
Ledit Sieur exécute pareillement à jour nombre
d'autres ouvrages utiles , & d'une même facilité
dans l'ufage , comme des Adreſſes , Alphabeths
pour apprendre les Enfans à lire , Notes , Etiquettes
, Noms à laiffer en vifite , ou pour mettre fur
les Livres , Marques & Chiffres , Deffeins au fimple
trait pour broder ou peindre d'après.
Il dient auffi un alfortiment de toutes fortes de
Papiers peints en Vignettes , & entreprend de noter
les Livres de Plein- chant.
Il grave auffi en Taille-douce des Adreſſes avec
les attributs des différentes Profeffions , & autres
fujets.
L'Epoufe du Sieur MAILLARD deffine & colore
très - proprement les Fleurs , Emblêmes & Armoiries
, Ecrans. Elle montre aux Dames la manière
de fe fervir des Planches à jour , que l'on peut
qualifier d'Art de deffiner & de peindrefans Maitres
& fournit les Couleurs & autres chofes qui y font
relatives.
On trouvera auffi chez ledit Sieur une fuite affez
confidérable de petites Eftampes en Emblèmes ,
Deviles , Fables choilies , Prières , Bouquets & Sou
haits de bonnes Fêtes , Etrennes brochées en forme
de Calendrier, Emblématiques & Chantantes , pour
la nouvelle Année , préfentées aux Enjans de France..
Ceux qui defireront acheter & connoitre plus
particulièrement toutes lefdites Marchan difes d'Eltampes
, Caractères & Deffeins , & qui fouhaiteront
les vrais Originaux , s'adrefferont directement à
Paris au Sieur MAILLARD ; & en Province à MM.
les Libraires & Marchands d'Eftampes qu'il fournit.
Sçavoir ,
A Lyon , M. Daudet.
Rouen , M. Frere , fur le Port.
2TO MERCURE DE FRANCE.
Toulouſe , M. Jouques , rue S. Rome.
Tours , M. Jagus , Marchand Papetier.
Poitiers , M, Fatour.
Bordeaux , M. Noblet.
La Rochelle , M. Pavie , Marchand, Libraire.
A Nantes , M. Tancrer.
Liege , M. Soer , Marchand Libraire.
Dijon , M. Desventes , Marchand Libraire .
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Résumé : « Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
Le document présente le Sieur Bresson de Maillard, un marchand d'estampes parisien, privilégié des Enfants de France, spécialisé dans les caractères, dessins et vignettes. Il réside rue Saint-Jacques, à la maison de M. de Lambon, avocat, près de M. Duchefne, libraire. Maillard propose divers produits comme des caractères, vignettes, fleurs définis d'après nature, et des outils pour réaliser des dessins pour meubles. Il offre également des adresses, alphabets pour enfants, notes, étiquettes, marques, chiffres, et dessins pour broder ou peindre. Il fournit des papiers peints en vignettes et grave des adresses avec les attributs des différentes professions. Son épouse colore les fleurs, emblèmes, armoiries et écrans, et enseigne aux dames l'utilisation des planches à jour. Le magasin vend des estampes en emblèmes, devises, fables, prières, bouquets et vœux pour les bonnes fêtes, présentés sous forme de calendriers emblématiques et chantants pour la nouvelle année. Les articles sont disponibles à Paris chez Maillard ou en province via des libraires et marchands d'estampes spécifiques, tels que M. Daudet à Lyon, M. Frère à Rouen, M. Jouques à Toulouse, et d'autres dans diverses villes françaises et belges.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1933
p. 210
« On s'abonne au Cabinet Littéraire, Pont de Notre-Dame, pour la lecture de tous les [...] »
Début :
On s'abonne au Cabinet Littéraire, Pont de Notre-Dame, pour la lecture de tous les [...]
Mots clefs :
Cabinet littéraire, Abonnement, Tablettes, Almanach
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texteReconnaissance textuelle : « On s'abonne au Cabinet Littéraire, Pont de Notre-Dame, pour la lecture de tous les [...] »
ON S'ABONNE au Cabinet Littéraire , Pont de
Notre-Dame , pour la lecture de tous les Livres
qui compofent le Cabinet ,
pour l'année
pour
fix mois
pour
trois mois
pour un mois •
au volume , pour deux jours .
18 liv.
12.
T
3
1
10 £
4f..
On diftribue un Avis plus détaillé , & le Cataloguegratis.
On tient au Cabinet un affortiment complet de
tous les Almanachs chantans & autres intéreffans
pour l'année 1764 5 & particulièrement les Almanachs
fuivans en grand nombre,
*
9
Les Tablettes Mythologiques & Pirtorefques
ou l'explication & la manière de connoître les Tableaux
& Statues , avec des Couplers relatifs au:
fujet. (fous preffe. )
Le Cadeau de l'Amour. ( fous preffe. )
Les Délaffemens de Paphos. fous preſſe . )
Tous lefdits Almanachs fur les Airs les plus
nouveaux .
L'Almanach fous verre ,
L'Almanach de Cabinet de la petite Pofte de
Baris , en carton .
L'Almanach Hiftorique de la petite Pofte de
Paris , avec une notion exacte de ce qu'il y a de
curieux & de rare à Paris , avec la Lifte des Rues
de Paris ; Almanach très- utile aux Etrangers.
Notre-Dame , pour la lecture de tous les Livres
qui compofent le Cabinet ,
pour l'année
pour
fix mois
pour
trois mois
pour un mois •
au volume , pour deux jours .
18 liv.
12.
T
3
1
10 £
4f..
On diftribue un Avis plus détaillé , & le Cataloguegratis.
On tient au Cabinet un affortiment complet de
tous les Almanachs chantans & autres intéreffans
pour l'année 1764 5 & particulièrement les Almanachs
fuivans en grand nombre,
*
9
Les Tablettes Mythologiques & Pirtorefques
ou l'explication & la manière de connoître les Tableaux
& Statues , avec des Couplers relatifs au:
fujet. (fous preffe. )
Le Cadeau de l'Amour. ( fous preffe. )
Les Délaffemens de Paphos. fous preſſe . )
Tous lefdits Almanachs fur les Airs les plus
nouveaux .
L'Almanach fous verre ,
L'Almanach de Cabinet de la petite Pofte de
Baris , en carton .
L'Almanach Hiftorique de la petite Pofte de
Paris , avec une notion exacte de ce qu'il y a de
curieux & de rare à Paris , avec la Lifte des Rues
de Paris ; Almanach très- utile aux Etrangers.
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Résumé : « On s'abonne au Cabinet Littéraire, Pont de Notre-Dame, pour la lecture de tous les [...] »
Le document décrit les modalités d'abonnement au Cabinet Littéraire au Pont de Notre-Dame. Les tarifs sont les suivants : 18 livres pour un an, 12 livres pour six mois, 3 livres pour trois mois, et 10 sous pour un mois. Il est aussi possible de louer un volume pour deux jours. Un avis détaillé et un catalogue sont disponibles gratuitement. Le Cabinet propose une large sélection d'almanachs pour les années 1764 et 1765, incluant des almanachs chantants et diverses publications intéressantes. Parmi les titres mentionnés figurent 'Les Tablettes Mythologiques & Pirtorefques', 'Le Cadeau de l'Amour', et 'Les Délaffemens de Paphos'. Des éditions spécifiques comme 'L'Almanach fous verre', 'L'Almanach de Cabinet de la petite Pofte de Baris' et 'L'Almanach Hiftorique de la petite Pofte de Paris' sont également disponibles. Ce dernier almanach est particulièrement utile pour les étrangers, offrant des informations sur les curiosités et les rues de Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1934
p. 5-6
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
Début :
ON SE PLAINT tous les jours, Monsieur, des progrès que fait l'esprit de [...]
Mots clefs :
Frivolité, République romaine, Annales, Cicéron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
LETTRE à M. DE LAPLACE,
Auteur du Mercure.
N SE PLAINT tous les jours , Monfieur
, des progrès que fait l'eſprit de
frivolité chez la Nation Françoiſe. En
réfléchiffant ſur les cauſes de la décadence
du goût , j'ai cru la trouver
dans l'oubli prèſque total des grands modèles.
Les Ecrivains célébres de l'ancienne
Rome , relégués dans la pouffière des
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE .
Ecoles , ſemblent faits poury reſter inconnus
: la lecture de leurs Ouvrages
éffraye ; on croiroit être ſuſpect de pédanterie
pour peu que l'on fût ſoupçonné
d'être en commerce avec ces illuftres
morts. Vous avez trop de lumières , Monfieur
, pour ne pas ſentir combien laRépublique
des Lettres y gagneroit , fi nous
abjurions une pareille façon de penſer.
Mon avis ne ſçauroit faire loi ; puiſſe au
moins mon éxemple être ſuivi par des Littérateurs
plus habiles. Les Plaidoyers de
Ciceron font regardés comme autantd'époques
dans les Annales de la République
Romaine. J'ai formé le deſſein d'en
donner l'Histoire au Public. En voici un
éſſai : fi vous en faites uſage , il ſera ſuivi
des Catilinaires , &c . &c. &c .
J'ai l'honneur d'être , &c .
Auteur du Mercure.
N SE PLAINT tous les jours , Monfieur
, des progrès que fait l'eſprit de
frivolité chez la Nation Françoiſe. En
réfléchiffant ſur les cauſes de la décadence
du goût , j'ai cru la trouver
dans l'oubli prèſque total des grands modèles.
Les Ecrivains célébres de l'ancienne
Rome , relégués dans la pouffière des
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE .
Ecoles , ſemblent faits poury reſter inconnus
: la lecture de leurs Ouvrages
éffraye ; on croiroit être ſuſpect de pédanterie
pour peu que l'on fût ſoupçonné
d'être en commerce avec ces illuftres
morts. Vous avez trop de lumières , Monfieur
, pour ne pas ſentir combien laRépublique
des Lettres y gagneroit , fi nous
abjurions une pareille façon de penſer.
Mon avis ne ſçauroit faire loi ; puiſſe au
moins mon éxemple être ſuivi par des Littérateurs
plus habiles. Les Plaidoyers de
Ciceron font regardés comme autantd'époques
dans les Annales de la République
Romaine. J'ai formé le deſſein d'en
donner l'Histoire au Public. En voici un
éſſai : fi vous en faites uſage , il ſera ſuivi
des Catilinaires , &c . &c. &c .
J'ai l'honneur d'être , &c .
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1935
p. 6-9
HISTOIRE du Discours prononcé par M. T. CICERON, en faveur du Poëte ARCHIAS.
Début :
UNE coutume assez ordinaire aux Orateurs du Barreau, c'est de faire l'éloge de [...]
Mots clefs :
Cicéron, Poète Archias, Mérite, Poète, Titre, Maître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE du Discours prononcé par M. T. CICERON, en faveur du Poëte ARCHIAS.
HISTOIRE du Discours prononcépar
M. T. CICERON , enfaveur du Poëte
ARCHIAS.
UNE coutume aſſez ordinaire aux Orateurs
du Barreau , c'eſt de faire l'éloge de
ceux pour qui ils parlent ; c'eſt un moyen
de plus d'intéreſſer les Juges en leur faveur.
Quoique Ciceron ait uſé de cette
eſpèce de privilége , en plaidant laCauſe
FEVRIER. 1764. 7
du Poëte Archias , les louanges qu'il
prodigue à cet homme célébre ne doivent
point paroître ſuſpectes. Les Ouvrages
de ce génie diſtingué , malheureufement
perdus pour la poſtérité , firent
dans leur temps les délices de tout ce
qu'il y avoit de gens éclairés à Rome.
Le titre du Diſcours de Ciceron porte
qu'il fut prononcé pour défendre la cauſe
du Poëte Archias. Cette épithète ſemble
avoir fait tort à ſes autres qualités. Perfonne
ne lui conteſte ſon mérite en Poëfre
; mais on veut qu'il n'en ait eu que
dans ce genre. Outre qu'il étoit bon
Poëte , il fut cependant encore profond
Mathématicien , Hiſtorien fincère & impartial
, Ecrivain élégant & délicat. Aces
traits d'un mérite peu commun , il joignoit
les qualités du coeur les plus eſtimables.
Philoſophe ami de l'humanité , il ne
fitcasde ſes talens , qu'autant qu'ilput en
faire jouir ſes ſemblables. Il préſida à l'éducation
des Citoyens des meilleures
Maiſons de la République ; & , ce qui
eſt bien rare , prèſque tous ſes élèves
lui firent honneur. Ciceron fut de ce
nombre. C'eſt un problême que je laiſſe
à réfoudre , lequel fut le plus heureux ,
ou le Maître d'avoir eu un tel Diſciple ,
ou le Difciple d'avoir été formé par un
tel Maître ? Aiv
Voici ce qui donna occafion à ce dernier
de compoſer & de prononcer le
Difcours dont il eſt queſtion .
A. Licinius Archias étoit d'Antioche .
Il vint à Rome l'an 648 de ſa fondation .
Treize ans après , c'est-à-dire , l'an 661 ,
on lui donna le droit de Bourgeoifie
Romaine. La République étoit alors
dans ſes beaux jours , & le titre de Citoye.
nRomain honoroit juſqu'aux Souverains.
Une distinction fi flateuſe étoit
bien dûe au mérite de notre Philoſophe .
La Ville d'Héraclée , quelque temps auparavant,
s'étoit empreſſée de rendre
juſtice au mérite , en le faiſant inſcrire
fur le tableau de ſes Citoyens. Il jouit
en paix de tous ces avantages pendant
l'eſpace de vingt-huit ans ; reçu dans les
meilleures ſociétés dont il faiſoit l'ornement
par l'agrément de ſon commerce ,
recherché des Sçavans qu'il éclairoit ,
chéri du Public dont ſes Ouvrages faifoient
les délices , ſes jours ſe paſſoient
dans cette tranquillité philoſophique qui
fait le charme de la vie d'un Sage. Un
certain Grætius, jaloux ſans doute de voir
jouir Archias d'un bonheur ſans mêlange
,& plus encore peut-être de fon mérite
perſonnel,s'aviſa, ſur je ne ſçais quel fondement
, de lui diſputer le titre de Citoyen
Romain , & les prérogatives qui
1704. 9
y étoient attachées. Ciceron ſaiſit avec
empreſſement cette occafion de marquer
fa reconnoiſſance à fon ancien Maître .
Le diſcours qu'il prononça , & dont l'éloquence
victorieuſe triompha des lâches
artifices de ſon adverſaire , a été regardé
par tous les Gens de Lettres comme un
chef d'oeuvre d'éloquence & de délicarefſfe.
Les âmes ſenſibles , & c'eſt ce qui
en fait le plus bel éloge , les âmes fenfibles
yont vu quelque choſe de plus : um
monument élevé à la gloire de leur vertu
favorite. Par M. D.F.
M. T. CICERON , enfaveur du Poëte
ARCHIAS.
UNE coutume aſſez ordinaire aux Orateurs
du Barreau , c'eſt de faire l'éloge de
ceux pour qui ils parlent ; c'eſt un moyen
de plus d'intéreſſer les Juges en leur faveur.
Quoique Ciceron ait uſé de cette
eſpèce de privilége , en plaidant laCauſe
FEVRIER. 1764. 7
du Poëte Archias , les louanges qu'il
prodigue à cet homme célébre ne doivent
point paroître ſuſpectes. Les Ouvrages
de ce génie diſtingué , malheureufement
perdus pour la poſtérité , firent
dans leur temps les délices de tout ce
qu'il y avoit de gens éclairés à Rome.
Le titre du Diſcours de Ciceron porte
qu'il fut prononcé pour défendre la cauſe
du Poëte Archias. Cette épithète ſemble
avoir fait tort à ſes autres qualités. Perfonne
ne lui conteſte ſon mérite en Poëfre
; mais on veut qu'il n'en ait eu que
dans ce genre. Outre qu'il étoit bon
Poëte , il fut cependant encore profond
Mathématicien , Hiſtorien fincère & impartial
, Ecrivain élégant & délicat. Aces
traits d'un mérite peu commun , il joignoit
les qualités du coeur les plus eſtimables.
Philoſophe ami de l'humanité , il ne
fitcasde ſes talens , qu'autant qu'ilput en
faire jouir ſes ſemblables. Il préſida à l'éducation
des Citoyens des meilleures
Maiſons de la République ; & , ce qui
eſt bien rare , prèſque tous ſes élèves
lui firent honneur. Ciceron fut de ce
nombre. C'eſt un problême que je laiſſe
à réfoudre , lequel fut le plus heureux ,
ou le Maître d'avoir eu un tel Diſciple ,
ou le Difciple d'avoir été formé par un
tel Maître ? Aiv
Voici ce qui donna occafion à ce dernier
de compoſer & de prononcer le
Difcours dont il eſt queſtion .
A. Licinius Archias étoit d'Antioche .
Il vint à Rome l'an 648 de ſa fondation .
Treize ans après , c'est-à-dire , l'an 661 ,
on lui donna le droit de Bourgeoifie
Romaine. La République étoit alors
dans ſes beaux jours , & le titre de Citoye.
nRomain honoroit juſqu'aux Souverains.
Une distinction fi flateuſe étoit
bien dûe au mérite de notre Philoſophe .
La Ville d'Héraclée , quelque temps auparavant,
s'étoit empreſſée de rendre
juſtice au mérite , en le faiſant inſcrire
fur le tableau de ſes Citoyens. Il jouit
en paix de tous ces avantages pendant
l'eſpace de vingt-huit ans ; reçu dans les
meilleures ſociétés dont il faiſoit l'ornement
par l'agrément de ſon commerce ,
recherché des Sçavans qu'il éclairoit ,
chéri du Public dont ſes Ouvrages faifoient
les délices , ſes jours ſe paſſoient
dans cette tranquillité philoſophique qui
fait le charme de la vie d'un Sage. Un
certain Grætius, jaloux ſans doute de voir
jouir Archias d'un bonheur ſans mêlange
,& plus encore peut-être de fon mérite
perſonnel,s'aviſa, ſur je ne ſçais quel fondement
, de lui diſputer le titre de Citoyen
Romain , & les prérogatives qui
1704. 9
y étoient attachées. Ciceron ſaiſit avec
empreſſement cette occafion de marquer
fa reconnoiſſance à fon ancien Maître .
Le diſcours qu'il prononça , & dont l'éloquence
victorieuſe triompha des lâches
artifices de ſon adverſaire , a été regardé
par tous les Gens de Lettres comme un
chef d'oeuvre d'éloquence & de délicarefſfe.
Les âmes ſenſibles , & c'eſt ce qui
en fait le plus bel éloge , les âmes fenfibles
yont vu quelque choſe de plus : um
monument élevé à la gloire de leur vertu
favorite. Par M. D.F.
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1936
p. 10
ENVOI de mes Poësies à une jolie personne qu'on surnommoit ROSE.
Début :
VOUS avez de Venus les grâces, les attraits, [...]
Mots clefs :
Vénus, Métempsycose
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENVOI de mes Poësies à une jolie personne qu'on surnommoit ROSE.
ENVOI de mes Poësies à une jolie perfonne
qu'on furnommoit ROSE.
V
ous avez de Venus les grâces , les attraits ,
Ou plutôt , car je crois à la métempſycoſe ,
Vous êtes Vénus même ,& je revois ſes traits .
Mais pour vous rendre hommage , ah ! que
n'ai - je autre choſe
Que ces lugubres chants , ( a ) ces plaintes , ( b )
ces regrets ! ( c )
Vous les offrir c'eſt cacher une role
Sous les feuillages du cyprès.
( a ) Les Tombeaux , le Temple de la Mort.
( b ) L'Ode aux Nations .
(c) Héloïfe .
Par le même.
qu'on furnommoit ROSE.
V
ous avez de Venus les grâces , les attraits ,
Ou plutôt , car je crois à la métempſycoſe ,
Vous êtes Vénus même ,& je revois ſes traits .
Mais pour vous rendre hommage , ah ! que
n'ai - je autre choſe
Que ces lugubres chants , ( a ) ces plaintes , ( b )
ces regrets ! ( c )
Vous les offrir c'eſt cacher une role
Sous les feuillages du cyprès.
( a ) Les Tombeaux , le Temple de la Mort.
( b ) L'Ode aux Nations .
(c) Héloïfe .
Par le même.
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1937
p. 16-25
EPITRE. A M. L***.
Début :
SÇAVANT ABBÉ, je vous écris [...]
Mots clefs :
Dieux, Amour, Nature, Arts, Abbé, Doux, Aimer, Âme, Palais, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A M. L***.
EPITRE.
A M. L ***
SCAVANT ABBÉ , je vous écris
Confiné dans un hermitage ,
Loin du tourbillon de Paris ,
Vivant de fruit , & de laitage ;
Des belles , & des beaux - eſprits .
Oubliant la foule volage ;
Et des objets que j'ai chéris
Ne regrettant dans ce Village ,
Que vous , & l'ami qui partage
La gloire de tous vos écrits .
Des vains phoſphores de notre âge
On m'a vû follement épris :
De la nature Amant plus ſage
Je cherche les boſquets fleuris ,
L'ombre des bois , un payſage
Qu'un Sot regarde avec mépris.!
J'ai trouvé dans ce voiſinage
Une Déeſſe au teint vermeil ,
Aux yeux ſereins , au beau corſage ,
Avec ſon fils , le doux ſommeil ,
La ſanté , brillante Déeſſe
A qui j'adreſſe tous mes voeux :
Que les mortels cherchent ſans ceffe
Et qu'ils fixeroient auprès deux
FEVRIER. 1764.
S'ils n'écartoient pas la ſageſſe.
Avec ces êtres bienfaiſans ,
D'une ſociété riante
17
:
Je goute les plaiſirs touchans :-
Dans une égalité charmante
Dieux.& mortels vivent aux champs;
Ceux-ci régnent dans un bocage
Où l'Amour raſſemble les ris:
Ce n'eſt que des fleurs du village
Qu'ils tirent ce beau coloris ,
Qui brille ſur un teint ſauvage..
Coeurs lâches , pâles citoyens ;
Que la cupidité conſume !
Vos tréſors valent-ils les miens ?-
Vos jours ſont mêlés d'amertume:
J'ai du repos , j'ai tous les biens.
Abbé , quelle volupté pure
D'enchaîner ici le ſommeil ,
Et de ſurprendre la nature
Au doux moment de ſon réveil !
Ah ! qu'elle est belle quand l'Aurore
Monte , dans un grand appareil ,..
Sur l'horiſon qui ſe colore
Des premiers rayons du Soleil.
Quel preſtige , quelle magie.
Séduit mes lens tumultueux ;
Quand la lumière réfléchie
M'offre la furface blanchie
18 MERCURE DE FRANCE,
D'un Océan majestueux ! L
Malheur au mortel inſenſible
Qui regarde ſans s'arrêter ,
Le chêne orgueilleux s'agiter
Au bruit de l'Aquilon terrible !
Le cours tranquille des ruiſſeaur ,
L'émail changeant de la prairie ,
L'ambre doré de nos côteaux ,
Et les airs qui ſoufflent la vie !
C'eſt dans les champs & les hameaux
Que la nature ouvrant ſon temple ,
Offre au mortel qui la contemple
Chaque jour des tréſors nouveaux.
Ici dans des plaines riantes ,
On entend' bondir les troupeaux;
Là des Bergeres vigilantes
En chantant tournent leurs fuſeaux ;
Et leurs galans, de violettes
Ornant leurs cheveux négligés ,
Sur l'herbe autour d'elles rangés ,
Accordent leurs douces Muſettes.
Amoureux enfans de Cypris ,
Que ces Hilas & ces Silvandres
Doivent chanter des airs bien tendres,
Puiſqu'un baifer en eſt le prix !
Venez admirer les prodiges
De la nature , & du Printems
Rois ! dans vos Palais éclatans
FEVRIER. 1764. 19
E'Art n'a pas les mêmes preſtiges .
J'aime l'ovale des baffins
Où l'on voit des gerbes humides ,
Pour l'ornement de vos Jardins
Retomber en plaines liquides ;
Mais j'aime mieux en vérité ,
Ce lit creuſé par la nature
Où l'Eure , avec tranquilité
Roule ſur un ſable argenté ,
Son onde tranſparente & pure.
Près de ſes bords eſt un ſéjour,
-Monument vaße & magnifique ,
Que des Arts le pouvoir magique:
Eleva jadis à l'Amour ; *
Où la Minerve de la France ,
Dumaine , ſi chère aux beaux Arts
Les attiroitde toutes parts
Par ſon goût & ſabienfaiſante.
On voit encore dans ce lieu ,
Autourde la tombe immortelle ,
Errer les ombres de Chaulicu ,
Etde la Fare &de Chapelle .
Appuyé fur une urne d'or ,
LaMothe foupire auprès d'elle ;
Et le doux berger Fontenelle
Y ſemble oublier l'heure encor.
Comme eur je ſens couler ma vie ,
*Anet, bâti par Henri II. pour Dianede Poi
tiers.
2 FRANCE .
Sans ambition , ſans defir ,
Et je préfére mon loiſir
Aux fruits trop tardifs du génie.
Dans la carrière des tale as
Vous avez pris un vol rapite ;
Mais bientôt ſur vos jeunes ans ,
Cher Abbé , le travail aride
Imprimera ſes doigts peſans .
Allez donc dans l'antre fublime
Où Platen réformoit les moeurs ,
Du coeur humain ſonder l'abîme ,
Et l'éclairer ſur ſes erreurs .
La ſageſſede votre Maître
N'a rien qui puiſſe m'éblouir :
Il nous apprend à nous connoître ,
Et moi je m'occupe à jouir .
Vous allez , diſciple fidéle ,
Aſſiſter au banquet ſacré.
Qui nourrit votre âme immortelle ,
Et pour les Dieux ſeuls préparé :
Pour moi je prends ſur la fougère-
Un repas moins délicieux ;
Mais je ſuis auprès de Glicère ,
C'eſt être à la table des Dieux .
Sans ſoin , parmi des fleurs écloſes
Je vois marcher l'heure & le temps ;
Et fi je ſaiſis des inſtans ,
C'eſt toujours pour cueillir des roſes.
FEVRIER . 1764.
Oh ! que d'aimables pareſſeux
Ont comme moi dans leur jeuneſſe
Compté longtemps des jours heureux ,
Et dont l'amour dans leur vieillefſe
Parfumoit encor les cheveux.
Dieu de mon coeur ! chère pareſſe !
Epicure , à tes doux rayons
A vu tous ces plaiſirs éclore ;
Et c'eſt toi dont la main encore
Tient négligemment mes crayons ,
Quand je deſſine Life ou Flore.
Tes doigts légers & délicats ,
Lorſque je veux chanter Thémire ,
Pincent les cordes de ma lyre ,
Et l'amour applaudit tout bas
Aux ſons faciles que j'en tire.
Mais tandis que ſous ces berceaux ,
Fuyant l'orage qui s'apprête ,
Je tends des filets aux oiſeaux ,
L'heure s'avance , & ſur ma tête
Le temps appeſantit ſa faulx.
O temps ! divinité terrible ,
Tu courbes ſous les humbles toits
Ledos du Laboureur paiſible ;
Et tu rides le front des Rois
Dans leur Palais inacceſſible.
Du haut de la ſphère des airs
Les Dieux ſeuls , d'un oeil immobile
Contemplent les êtres divers
Emportés ſur ton aîle agile.
O Temps ! tu détruiras mes Vers !
Demain je deſcendrai ſans gloire
Dans la tombe de mes aïeux :
Mais , fi j'ai révéré les Dieux ,
Tu dois épargner ma mémoire.
Quand l'urne froide des Verſeaux
S'inclinera ſur les campagnes,
Et fera fuir dans les hameaux
Bacchus , Cérès & ſes Compagnes
Alors , loin des lieux enchantés-
Embellis par tout ce que j'aime ,
Et par le bonheur habités ,
Je rentrerai malgré moi-même
Dans le tumulte des Cités.
Je reyerrai cette Statue
Qu'érigea l'amour des François.
Mais ne croyez pas que jamais
Ma Muſe aux Grands ſe proſtitue .
Ah ! ſi mon âme déſormais ,
Par des menſonges avilie ,
Devoit , à force d'infamie ,
Des Grands rechercher les bienfaits ;
Fils de Vénus , Fils de Latone,
O mes Dieux ! éteignez en moi
L'amour des Arts qu'on abandonne,
Et du Plaifir qui fait ma lon
FEVRIER. 1764: 23
Laiſſez-moi vieillir ſous ces hêtres
Dans la vertu de mes ancêtres ,
Et mourir comme eux ſans éffroi.
Sous ce lierre qui me couronne
J'aime mieux parcourir aux champs
Le cercle étroit qui m'environne ,
Qued'aller parmi les méchans ,
Dans la ſuperbe Babylone ,
Suivre l'opulence & les rangs.
Irois-je imiter ce reptile ,
Qui pour ſe gliſſer près des Grands ,
En mille replis différens
Sçait recourber ſon corps docile ?
Valet ſouple , adulateur bas ,
Irois- je bercer ces Midas
Dont l'oreille inſenſible eſt ſourde
Même aux accords les plus parfaits ,
Et dont l'âme groſſiére & lourde
S'aſſoupit dans un corps épais?
Ne croyez pas que je m'abbaiſſe
Aflatter d'illuſtres fripons ,
Impoſteurs qui prônent ſans ceſſe
Leurs petits talens , leurs grands noms ,
Et leurs chevaux & leur maîtreſſe :
Objets qu'on voit dans la baſſeſſe
Donner & vendre tour-à -tour
Le prix du coeur que la ſageſſe
Ne doit accorder qu'à l'amour.
24 MERCURE DE FRANCE.
Retiré ſous les toits ruſtiques ,
Par goût j'habite le réduits
Où près de ſes Dieux domeſtiques
Philémon vivant loin du bruit ,
Va préférer les moeurs antiques
A ce faſte impoſant qui ſuit
Vos Sattrapes Aſiatiques : Halb
Près de leur maître adroits ſerpens ,
Mais tyrans , fiers & deſpotiques
Des lâches que l'on voit rampans
Sur le marbre de leurs portiques.
Ils éblouiſſent l'univers als ellin
De l'éclat qui les environne :
Mais ils s'endorment près du trône
Et ſe réveillent dans les fers .
Heureux qui ne voit point le faîte
Ni les lambris de leurs Palais !
Leglaive affreux de Démoclès
N'eſt pas ſuſpendu ſur ſa tête.
Lorſque je quitteral ces bois ,
Pour revoir les bords de la Seine , A
Cher Abbé , des Arts & des Loix
Je reprendrai la douce chaîne ;
Et nous parlerons quelquefois
Des vertus de votre Mécène : 213
CeSage dont l'humanitéпной
Nous montre à travers les ruines
Denotre antique probité ,
Cette
FEVRIER . 1764.
:
Cette noble
ſimplicité
Qui nous
charmoit dans les
Comines.
Au faîte des
grandeurs monté ,
Sans baſſeſſes & fans
intrigues ,
Il y
commande ſans fierté ,
Et ſçait s'y
maintenir ſans brigues.
Vous
offrirez à mes
regards
Sous les
couleurs de la
Nature ,
Son goût
délicat pour les arts ,
Et ſon âme ſans
impoſture.
25
Par des
Tableaux vrais &
touchans,
Vous
échaufferez mon génie ;
Et
l'amant de notre patrie
Deviendra le Dieu de mes
chants.
Par M.
LEGIER.
A M. L ***
SCAVANT ABBÉ , je vous écris
Confiné dans un hermitage ,
Loin du tourbillon de Paris ,
Vivant de fruit , & de laitage ;
Des belles , & des beaux - eſprits .
Oubliant la foule volage ;
Et des objets que j'ai chéris
Ne regrettant dans ce Village ,
Que vous , & l'ami qui partage
La gloire de tous vos écrits .
Des vains phoſphores de notre âge
On m'a vû follement épris :
De la nature Amant plus ſage
Je cherche les boſquets fleuris ,
L'ombre des bois , un payſage
Qu'un Sot regarde avec mépris.!
J'ai trouvé dans ce voiſinage
Une Déeſſe au teint vermeil ,
Aux yeux ſereins , au beau corſage ,
Avec ſon fils , le doux ſommeil ,
La ſanté , brillante Déeſſe
A qui j'adreſſe tous mes voeux :
Que les mortels cherchent ſans ceffe
Et qu'ils fixeroient auprès deux
FEVRIER. 1764.
S'ils n'écartoient pas la ſageſſe.
Avec ces êtres bienfaiſans ,
D'une ſociété riante
17
:
Je goute les plaiſirs touchans :-
Dans une égalité charmante
Dieux.& mortels vivent aux champs;
Ceux-ci régnent dans un bocage
Où l'Amour raſſemble les ris:
Ce n'eſt que des fleurs du village
Qu'ils tirent ce beau coloris ,
Qui brille ſur un teint ſauvage..
Coeurs lâches , pâles citoyens ;
Que la cupidité conſume !
Vos tréſors valent-ils les miens ?-
Vos jours ſont mêlés d'amertume:
J'ai du repos , j'ai tous les biens.
Abbé , quelle volupté pure
D'enchaîner ici le ſommeil ,
Et de ſurprendre la nature
Au doux moment de ſon réveil !
Ah ! qu'elle est belle quand l'Aurore
Monte , dans un grand appareil ,..
Sur l'horiſon qui ſe colore
Des premiers rayons du Soleil.
Quel preſtige , quelle magie.
Séduit mes lens tumultueux ;
Quand la lumière réfléchie
M'offre la furface blanchie
18 MERCURE DE FRANCE,
D'un Océan majestueux ! L
Malheur au mortel inſenſible
Qui regarde ſans s'arrêter ,
Le chêne orgueilleux s'agiter
Au bruit de l'Aquilon terrible !
Le cours tranquille des ruiſſeaur ,
L'émail changeant de la prairie ,
L'ambre doré de nos côteaux ,
Et les airs qui ſoufflent la vie !
C'eſt dans les champs & les hameaux
Que la nature ouvrant ſon temple ,
Offre au mortel qui la contemple
Chaque jour des tréſors nouveaux.
Ici dans des plaines riantes ,
On entend' bondir les troupeaux;
Là des Bergeres vigilantes
En chantant tournent leurs fuſeaux ;
Et leurs galans, de violettes
Ornant leurs cheveux négligés ,
Sur l'herbe autour d'elles rangés ,
Accordent leurs douces Muſettes.
Amoureux enfans de Cypris ,
Que ces Hilas & ces Silvandres
Doivent chanter des airs bien tendres,
Puiſqu'un baifer en eſt le prix !
Venez admirer les prodiges
De la nature , & du Printems
Rois ! dans vos Palais éclatans
FEVRIER. 1764. 19
E'Art n'a pas les mêmes preſtiges .
J'aime l'ovale des baffins
Où l'on voit des gerbes humides ,
Pour l'ornement de vos Jardins
Retomber en plaines liquides ;
Mais j'aime mieux en vérité ,
Ce lit creuſé par la nature
Où l'Eure , avec tranquilité
Roule ſur un ſable argenté ,
Son onde tranſparente & pure.
Près de ſes bords eſt un ſéjour,
-Monument vaße & magnifique ,
Que des Arts le pouvoir magique:
Eleva jadis à l'Amour ; *
Où la Minerve de la France ,
Dumaine , ſi chère aux beaux Arts
Les attiroitde toutes parts
Par ſon goût & ſabienfaiſante.
On voit encore dans ce lieu ,
Autourde la tombe immortelle ,
Errer les ombres de Chaulicu ,
Etde la Fare &de Chapelle .
Appuyé fur une urne d'or ,
LaMothe foupire auprès d'elle ;
Et le doux berger Fontenelle
Y ſemble oublier l'heure encor.
Comme eur je ſens couler ma vie ,
*Anet, bâti par Henri II. pour Dianede Poi
tiers.
2 FRANCE .
Sans ambition , ſans defir ,
Et je préfére mon loiſir
Aux fruits trop tardifs du génie.
Dans la carrière des tale as
Vous avez pris un vol rapite ;
Mais bientôt ſur vos jeunes ans ,
Cher Abbé , le travail aride
Imprimera ſes doigts peſans .
Allez donc dans l'antre fublime
Où Platen réformoit les moeurs ,
Du coeur humain ſonder l'abîme ,
Et l'éclairer ſur ſes erreurs .
La ſageſſede votre Maître
N'a rien qui puiſſe m'éblouir :
Il nous apprend à nous connoître ,
Et moi je m'occupe à jouir .
Vous allez , diſciple fidéle ,
Aſſiſter au banquet ſacré.
Qui nourrit votre âme immortelle ,
Et pour les Dieux ſeuls préparé :
Pour moi je prends ſur la fougère-
Un repas moins délicieux ;
Mais je ſuis auprès de Glicère ,
C'eſt être à la table des Dieux .
Sans ſoin , parmi des fleurs écloſes
Je vois marcher l'heure & le temps ;
Et fi je ſaiſis des inſtans ,
C'eſt toujours pour cueillir des roſes.
FEVRIER . 1764.
Oh ! que d'aimables pareſſeux
Ont comme moi dans leur jeuneſſe
Compté longtemps des jours heureux ,
Et dont l'amour dans leur vieillefſe
Parfumoit encor les cheveux.
Dieu de mon coeur ! chère pareſſe !
Epicure , à tes doux rayons
A vu tous ces plaiſirs éclore ;
Et c'eſt toi dont la main encore
Tient négligemment mes crayons ,
Quand je deſſine Life ou Flore.
Tes doigts légers & délicats ,
Lorſque je veux chanter Thémire ,
Pincent les cordes de ma lyre ,
Et l'amour applaudit tout bas
Aux ſons faciles que j'en tire.
Mais tandis que ſous ces berceaux ,
Fuyant l'orage qui s'apprête ,
Je tends des filets aux oiſeaux ,
L'heure s'avance , & ſur ma tête
Le temps appeſantit ſa faulx.
O temps ! divinité terrible ,
Tu courbes ſous les humbles toits
Ledos du Laboureur paiſible ;
Et tu rides le front des Rois
Dans leur Palais inacceſſible.
Du haut de la ſphère des airs
Les Dieux ſeuls , d'un oeil immobile
Contemplent les êtres divers
Emportés ſur ton aîle agile.
O Temps ! tu détruiras mes Vers !
Demain je deſcendrai ſans gloire
Dans la tombe de mes aïeux :
Mais , fi j'ai révéré les Dieux ,
Tu dois épargner ma mémoire.
Quand l'urne froide des Verſeaux
S'inclinera ſur les campagnes,
Et fera fuir dans les hameaux
Bacchus , Cérès & ſes Compagnes
Alors , loin des lieux enchantés-
Embellis par tout ce que j'aime ,
Et par le bonheur habités ,
Je rentrerai malgré moi-même
Dans le tumulte des Cités.
Je reyerrai cette Statue
Qu'érigea l'amour des François.
Mais ne croyez pas que jamais
Ma Muſe aux Grands ſe proſtitue .
Ah ! ſi mon âme déſormais ,
Par des menſonges avilie ,
Devoit , à force d'infamie ,
Des Grands rechercher les bienfaits ;
Fils de Vénus , Fils de Latone,
O mes Dieux ! éteignez en moi
L'amour des Arts qu'on abandonne,
Et du Plaifir qui fait ma lon
FEVRIER. 1764: 23
Laiſſez-moi vieillir ſous ces hêtres
Dans la vertu de mes ancêtres ,
Et mourir comme eux ſans éffroi.
Sous ce lierre qui me couronne
J'aime mieux parcourir aux champs
Le cercle étroit qui m'environne ,
Qued'aller parmi les méchans ,
Dans la ſuperbe Babylone ,
Suivre l'opulence & les rangs.
Irois-je imiter ce reptile ,
Qui pour ſe gliſſer près des Grands ,
En mille replis différens
Sçait recourber ſon corps docile ?
Valet ſouple , adulateur bas ,
Irois- je bercer ces Midas
Dont l'oreille inſenſible eſt ſourde
Même aux accords les plus parfaits ,
Et dont l'âme groſſiére & lourde
S'aſſoupit dans un corps épais?
Ne croyez pas que je m'abbaiſſe
Aflatter d'illuſtres fripons ,
Impoſteurs qui prônent ſans ceſſe
Leurs petits talens , leurs grands noms ,
Et leurs chevaux & leur maîtreſſe :
Objets qu'on voit dans la baſſeſſe
Donner & vendre tour-à -tour
Le prix du coeur que la ſageſſe
Ne doit accorder qu'à l'amour.
24 MERCURE DE FRANCE.
Retiré ſous les toits ruſtiques ,
Par goût j'habite le réduits
Où près de ſes Dieux domeſtiques
Philémon vivant loin du bruit ,
Va préférer les moeurs antiques
A ce faſte impoſant qui ſuit
Vos Sattrapes Aſiatiques : Halb
Près de leur maître adroits ſerpens ,
Mais tyrans , fiers & deſpotiques
Des lâches que l'on voit rampans
Sur le marbre de leurs portiques.
Ils éblouiſſent l'univers als ellin
De l'éclat qui les environne :
Mais ils s'endorment près du trône
Et ſe réveillent dans les fers .
Heureux qui ne voit point le faîte
Ni les lambris de leurs Palais !
Leglaive affreux de Démoclès
N'eſt pas ſuſpendu ſur ſa tête.
Lorſque je quitteral ces bois ,
Pour revoir les bords de la Seine , A
Cher Abbé , des Arts & des Loix
Je reprendrai la douce chaîne ;
Et nous parlerons quelquefois
Des vertus de votre Mécène : 213
CeSage dont l'humanitéпной
Nous montre à travers les ruines
Denotre antique probité ,
Cette
FEVRIER . 1764.
:
Cette noble
ſimplicité
Qui nous
charmoit dans les
Comines.
Au faîte des
grandeurs monté ,
Sans baſſeſſes & fans
intrigues ,
Il y
commande ſans fierté ,
Et ſçait s'y
maintenir ſans brigues.
Vous
offrirez à mes
regards
Sous les
couleurs de la
Nature ,
Son goût
délicat pour les arts ,
Et ſon âme ſans
impoſture.
25
Par des
Tableaux vrais &
touchans,
Vous
échaufferez mon génie ;
Et
l'amant de notre patrie
Deviendra le Dieu de mes
chants.
Par M.
LEGIER.
Fermer
1938
p. 25-54
SUITE DES PÉRIS ET DES NÉRIS, Ou l'Amour comme on le méne. CONTE.
Début :
EN VÉRITÉ, disoit Alcindor à Zélinde, en traversant les airs, je regarde [...]
Mots clefs :
Alcindor, Zélinde, Amour, Jeune, Femmes, Néris, Péris, Femme, Maître, Nation, Lieu, Belle, Usage, Mot, Française, Espagnol, Mari, Jaloux, Jalousie, Recherches, Aimer, Français, Marquise , Croire, Maris, Gazettes, Liberté, Veuve, Savoir, Voyageurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES PÉRIS ET DES NÉRIS, Ou l'Amour comme on le méne. CONTE.
SUITE
DES
PÉRIS ET DES
NÉRIS ,
Ou
l'Amour
comme on le méne.
CONTE.
EN VÉRITÉ , diſoit Alcindor à Zelinde
, en traverſant les airs , je regarde
notre voyage comme une franche corvée
!C'eſtfaire trop d'honneur aux hom-
B
26 MERCURE DE FRANCE.
mes. Eſt-il à croire que nous trouvions
chez eux ce qui nous manque ? N'est-ce
pas à eux plutôt à ſe modéler fur nous ?
C'eſt ce qui ne leur arrive que trop fouvent
, reprit Zélinde , comme à nous de
prétendre égaler les plus fublimes Intelligences.
Que réſulte-t-il de cette double
ambition ? L'ennui pour nous & pour
eux. Il faut ſçavoir deſcendre à propos :
c'eſt la route que fuit prèſque toujours
le bonheur. Tout en philofophant ainsi ,
nos voyageurs ſe trouvèrent au centre
des vaſtes Etats du Mogol. Ils y firent
diverſes pauſes , & ne virent dans.certains
cantons , que ce qu'ils avoient déja
vu dans quelques autres : des Bonzes
qui ſéduiſoient de jeunes innocentes ,&
s'accordoient , on ne peut mieux , avec
celles qui n'avoient pas beſoin d'être ſéduites
: des femmes qui ſe brûloient fur
le corps d'un mari qu'elles avoient haï
& trompé ; des maris qui méritoient
toute l'averſion de leurs femmes , &
qu'on traitoit ſelon leur mérite. Plus
loin , de vaſtes Sérails remplis de belles
eſclaves ignorées, pour la plupart, de leur
Maître , & qui riſquoient de mourir fans
avoir fait ſa connoiſſance. Celles même..
quien jouiſſoient avoient prèſque auffi
ſouvent lieu de s'ennuyer que les preFEVRIER.
1764 . 27
mières. Un amour fi partagé mettoit
peu de différence entre l'état des unes &
des autres.
Alcindor & Zélinde jugèrent qu'il
étoit à propos de paſſer outre. Ils pénétrèrent
dans les Etats du Sophi de Perſe ,
&ſe rendirent à Iſpahan. Mais ils crurent
être encore une fois à la Chine ,
tantcertainsuſages leur parurent ſemblables
chez les deux Nations. A Iſpahan ,
comme à Pekin, l'union des deux ſéxes
eſt un véritablejeu de haſard. Un Perſan
époufe une femme comme unjoueur accepte
une carte , ſans ſçavoir ce qu'elle
vaut , ni de quelle couleur elle eſt . Il
arrive auſſi que l'une & l'autre eſt miſe à
l'écart dès qu'elle ſe trouve remplacée
par quelque choſe de mieux. Il eſt même
permis à un Perſan de chercher ce mieux
autant de fois qu'il eſpère le rencontrer :
privilége qu'il ſçait faire valoir dans toute
fon étendue.
Zélinde entra , ſans ſe laiſſer voir ,
dans une maiſon de noble apparence.
Elle en vit le Maître occupé à compter
une ſomme en or à une très -belle femme
, qui enſuite fut embraſſer , en verſant
quelques larmes , deux petits enfans
placés aux pieds d'une autre femme affife
elle-même dans un fauteuil magnifique.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Après quoi la première ſe proſternahumblement
devant la ſeconde , qui la congédia
d'un figne de tête.,Voilà , diſoit intérieurement
la Néris , voilà fans doute
une Eſclave qui prend congéde ſes Maîtres
& de leurs enfans. Mais bientôt elle
reconnoît que ces mêmes enfans font
ceux de cette Eſclave prétendue; que le
Maître de la maiſon a été ſon époux , &
n'a ceffé de l'être que parce que le bail
paffé entre eux eſt expiré. La Dame affife
étoit réellement la Dame en titre ,
celle que le mari ne peut répudier qu'après
certaines formalités : mais il peut la
négliger , & la néglige. En revanche ,
elle eft réputée la mère de tous les enfans
qu'il a de ſes rivales.
Tandis que Zélinde obſervoit toutes
ces chofes , Alcindor ne reſtoit pas oifif.
Il aborde une jeune Perſanne qui marchoit
à viſage découvert. Un eſclave la
devançoit en fonnant de la cimbale . Elle
étoit vêtue d'une robe de brocard d'argent
, affez courte pour laiſſer voir la
beauté de ſa jambe. Ses longs cheveux
étoient artiſtement relevés ſur ſa tête.
Une gaſe d'or ſervoit à les attacher , &
flottoit en partie au gré du vent. De riches
pierreries ornoient ſes oreilles :
des fleurs couvroient ſes bras. De plus ,
FEVRIER. 1764 . 29
elle étoit belle , & fembloit fort defirer
de le paroître. Alcindor entra dans ſes
vues , loua fes charmes , & ſe félicita de
ce qu'elle daignoit les rendre vifibles ,
en dépit de l'uſage. Point du tout , reprit-
elle , c'eſt l'usage qui me défend de
les cacher. J'ai acquis le droit de paroître
telle que je fuis , de parler comme je
penſe , d'agir comme je le ſouhaite. Bien
des femmes qui mépriſent moi & mes
ſemblables , feroient grand cas de nos
priviléges : mais il faut des talens pour
les acquérir & pour les conferver. Ces
talens , comme Alcindor l'apprit d'ellemême,
conſiſtoient fur- toutdans la Mufique&
la Danſe. Le Périsdemanda à la
Danfeufe , quels talens il falloit avoirauſſi
pour lui plaire. Mon nom vous le dira ,
répondit-elle : je m'appelle la Vingt tomans
* ; jamais on ne ſcut m'attendrir à
moins,&je m'attendris à proportion que
le nombre en augmente.
En parlant ainfi , la jeune Perfanne
continuoit de marcher , mais Alcindor
ceſſa de la ſuivre. Il rejoignit Zélinde
qui lui fit part de ce qu'elle avoit vû.
Elle ajouta que dans cette contrée les
hommes étoient trop abfolus. Et les
* Le toman eſt une Monnoie Perſanne qui équi--
vaut à nos Louis d'or de France.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE .
femmes trop dociles , reprit Alcindor.
Voyons files unes & les autres différent
dans le reſte de l'Afie.
Ils eurent hou d'admirer les charmes
des Géorgiennes , des Circaſſiennes , des
Mingréliennes . On diroit que la beauté
ne ſe plaît que dans ces païs barbares ,
tant ſes dons s'y trouvent généralement
répandus. Une laide femme y paroît un
phénomène. Une femme délicate en eſt
un bien plus rare encore. Toutes ſe
croyent faites pour être vendues & non
pour ſe donner . Ce font de vrais meuble
de férail. Ces meubles ne font cependant
pas toujours neufs lorſqu'ils y
arrivent. C'eſt de quoi Alcindor pouvoit
s'inſtruire à fond , & ce qu'il négligea
de faire. Les femmes qui ont leurs
maris font encore moins circonſpectes ';
mais ces maris, quoiqu'Aſiatiques, font
peu jaloux. Une belle Mingrélienne s'étoit
enfermée avec Alcindor: il n'avoit
fur elle aucun deſſein qui éxigeât cette
précaution. Le mari ſurvient & ne
la croit pas inutile. Tu ne peux t'en
défendre , dit-il au voyageur ,le cochon
m'eſt dû : c'eſt l'amende qu'on paye en
pareil cas . Je conſens même à le manger
avec toi. Il eſt inutile d'ajouter qu'Alcindor
difparut fans rien répondre , & que
FEVRIER. 1764. 31
Zelinde& lui continuerent leur voyage.
De pauſe en pauſe ils arrivent à Conftantinople.
Son étendue leur fait éſperer
d'heureuſes découvertes , des uſages qui
lui foient propres. Ils font bien-tôt détrompés.
Ils n'y apperçoivent que ce
qu'ils ont déja vû ailleurs ; une jaloufie
affreuſe dans les hommes , une ſervile
obeiſſance dens les femmes ; peu d'Amour
de part & d'autre . Un Turc entre
dans ſon Sérail. Aucun objet déterminé
ne l'occupe. U eſt ſans paffion , ſouvent
même ſans deſirs. Une troupe d'Eſclaves
s'empreſſe de les faire naître , & n'éprouve
elle-même que des beſoins. Zélinde
, qui ſans être vue voyoit toutes
ces chofes , en conclut que l'Amour
à la Turque feroit peu du goût des Néris.
Pour Alcindor , il fut moins prompt à
fe décider. Peut- être , diſoit-il en lui
même , le beſoin d'aimer , & la difficul
té d'avoir des Amans , réduiſent-ils une
femme Turque à chérir ſon mari. Il en
vit une qui prodiguoit au ſien toutes
les marques extérieures de la plus vive
tendreſſe. L'un & l'autre fortirent pour
pour ſe rendre à la Moſquée , & Alcindor
les ſuivit. La belle Turque étoit
voilée , ſelon l'uſage inventé par la
jaloufie : mais il exiſte un autre uſage
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
peu favorable aux jaloux ; c'eſt que le
voile & l'habit des femmes font ordinairement
les mêmes pour la forme &
la couleur. De forte qu'un mari qui perd
un inſtant de vue ſa femme , riſque de
ne la pouvoir plus diftinguer parmi les
autres. C'eſt de quoiAlcindor fut témoin.
Le couple qu'il avoit ſuivi ſe ſépara dans
la Moſquée , lieu où les deux ſexes n'ont
pas la liberté d'être confondus. Le mari
de la belle Ottomane ſe poſta vis-à- vis
d'elle . Alcindor , toujours inviſible , ſe
plaça tout à côté. Il la vit , au bout de
quelques inftans , ſe mêler parmi ſes
voiſines , s'éloigner de plus en plus , &
enfin diſparoître entièrement. On préfume
bien qu'il la ſuivit. La traite ne
fut pas longue ; elle entra dans une mai-
Yon tierce où un jeune Turc l'avoit devancée.
Leur abord indiquoit aſſez bien
le motif de leur entrevue , & Alcindorn'eut
pas beſoin de faire uſage de toute
ſon intelligence pour prévoir quelles
en ſeroient les ſuites. Il ſortit , perfuadé
que les précautions inventées par
la jalouſie des Aſiatiques , n'étoient éfficaces
que contre eux-mêmes.
Zélinde & lui mirent en queſtion s'ils
viſiteroient l'Europe où ils avoient déja
mis le pied , ou s'ils donneroient la préFEVRIER.
1764 . 33
férence à l'Afrique. La Néris opina pour
le ſecond parti , & Alcindor fit ce qu'elle
voulut. Ils en prirent occafion de vifiter
l'Arabie & l'Egypte , qu'ils n'avoient fait
que cotoyer. Ni l'un , ni l'autre pays ne
borna leurs recherches . C'étoit une répétition
de ce qu'ils avoient vu & blamé
ailleurs. La brûlante Ethiopie offrit
à leurs yeux un Peuple immenſe. L'extrême
chaleur du climat influoit également
ſur les deux ſéxes ; ils lui devoient
tout le penchant qui les attiroit l'ün vers:
l'autre ; & ce penchant n'étoit que matériel.
Ce fut encore pis à mesure que
nos voyageurs avancèrent. Parvenusau
centre de la Guinée , ce qu'ils avoient
vu ne leur parut que l'ombre de ce qu'ils
voyoient: Alcindor prit plaifir à écouter
l'entretien d'un jeune homme & d'une
jeune fille de Congo. Ils se connoiffoient
àpeine : ce qui n'empêcha pas le jeune
Africain de débuter ainſi: Silava in
quinté, je te ſalue , ma femme. Elle ré--
pondit fur le champ. Silava moïné , je ter
ſalue , Maître. Gay zoleze minou , pour
fuivit- il , m'aimes-tu bien ? Gayté moi
nézolezé béné , reprit- elle , oui , Maître ,
je t'aime bien: Le jeune homme porta
beaucoupplus loin ſes queſtions , & elle
y fit cette docile réponſe : Ninga moï-
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
né, oui , Maître. Alors elle ſe mit à genou
en battant des mains , & s'écriant
par trois fois , Silava moïné , je te ſalue ,
Maître. A quoi il répondit , en remuant
tous les doigts , calam bom botté , cela eft
bon . Enfuite , il lui donna ſa main noire
à baifer. Ce qu'elle fit avec autant de joie
que d'empreſſement. Enfuite lui-même
la prit ſous le bras , & la conduiſit en un
lieu plus commode pour achever l'entretien.
A quelques pas plus loin , le couple
voyageur fit rencontre d'une jeune Africaine
, qu'on n'eût pas priſe pour telle à
ſa couleur. Toute ſa perſonne étoit couverte
d'une pommade rouge , faite avec
de l'huile de palme , & du bois de toucoula.
Que fignifie cet ornement , lui
demanda Zélinde ? Que j'ai l'honneur
d'avoir caffé calbaſſe , répondit - elle ;
konneur le plus grand qui puiſſe arriver
à une fille parmi nous. Cette couleur
doit tomber d'elle-même , & juſqu'a ce
qu'elle m'ait entièrement quittée , je ne
dois prendre part à aucun travail ; je ne
dois m'occuper que du plaifir. Eh quelles
feront les ſuites de tout cela , demanda
encore la Néris ? D'être vendue , reprit
l'Africaine , par celui qui m'aura époufée
, & qui épouſera vingt femmes pour
avoir l'avantage de les vendre,
FEVRIER. 1764. 35
Zelinde n'en voulut pas ſçavoir davanrage
, & Alcindor en ſavoit déja trop.
Ils continuerent à faire le tour de l'Afrique
& arriverent chez les Caffres ,
nation qui n'en mérite guères mieux le
tître que ces troupes de Bêtes féroces fi
communes dans cette partie du Monde,
Le nom même de l'Amour est ignoré
chez ce Peuple barbare. Une même
cabane raſſemble durant la nuit toute
une Tribu. Le brutalité y trouve amplement
à ſe fatisfaire , ne s'y refuſe rien ,
n'y eſt jamais contredite. Là , nulle diftinction
, nul choix , nul reſpect pour
les noeuds du ſang , nul ſouvenir des
liens de la Veille.... Alcindor& Zélinde
détournerent leurs yeux de cet affreux
Tableau. Ce qu'ils virent , en avançant
toujours , ne leur parut guères moins
révoltant. Ils furent un peu plus fatisfaits
de la Barbarie , contrée qui , malgré
fon nom , est vraiment le païs policé
de l'Afrique. Mais ils n'y retrouverent
que les moeurs Arabes & Turques , &
dès - lors n'y trouverent pas ce qu'ils
cherchoient. Ils prirent donc le parti de
viſiter l'Europe ; ce qu'ils regardoient ,
à-peu-près , comme un parti déféſperé.
L'Eſpagne ſembloit s'offrir d'elle même
à leurs recherches. L'Italie n'étoit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
guères moins à leur portée. Ils aimerent
mieux débuter par le Nord. Mais bientôt
ils s'apperçurent que , ſi. Vénus étoit
née dans l'eau , les Amours jouoient
rarement ſur la glace. On eſt , à coup
fûr , plus tendre dans un boſquet fleuri
qu'au pied d'une montagne de neige.
Alcindor & Zélinde s'avancerent au
centre de l'Allemagne. Les coeurs s'y
adoucifſoient en raiſon du climat. Toutefois
, les hommes parurent à la Néris
tenir encore des Germains leurs aïeux ,
nation plus guerrière que galante. Les
femmes elles-mêmes parurent aux yeux
du Péris , être en général plutôt foibles
que tendres. Dailleurs , dans ce païs
l'Amour ne ſçait point déroger. Un
noble ne peut s'y réfoudre à aimer une
Plébéienne. Il faut pour le ſéduire au
moins ſeize quartiers. Il enviſage moins
les attraits de ſa Maîtreffe que l'antiquité
de ſes parchemins. En un mot , l'Amour
au lieu de carquois & de flambeau
, porte un Magazin d'Ecuffons&
des Arbres Généalogiques.
Alcindor & Zélinde mirent en quef
tion la route qu'ils devoient tenir. Tout
endifputant , ils ſe trouverent aux fronrieres
d'Italie. Il faut, dit la Néris, hazarder
quelques recherches dans cette Con
FEVRIER. 1764. 37
trée. Hé bien ! dit Alcindor , d'un ton
qui marquoit peu d'eſpérance , voyons
ce qui en arrivera. Ils s'avancerent jufques
dans cette ville qui fut autrefois
la Capitale du Monde.
9.
Les veſtiges de fon ancienne grandeur
occupoient les regards d'une foule
d'Etrangers. Nos voyageurs n'y firent
aucune attention. Ils n'avoient qu'un
objet , ils ne le perdoient pas un inſtant
de vue. Mais le remplir c'étoit là le
point vraiment difficile , & Rome ne
leur parut pas devoir abréger ces difficultés.
Aux Temples près , ils ſe crurent
au ſein d'une Ville d'Afie. Les femmes
n'y fortent que voilées , fortent rarement
& plus rarement encore ſont
viſitées chez elles . En un mot, la jaloufie
des Romains modernes égale celle des
Afiatiques de tous les tems. Alcindor
apprit même qu'elle avoit recours àdes
éxpédiens dont les plus jaloux d'entre
les Orientaux rougiroientde faire uſage.
Ah quelle horreur ! s'écrioit Zélindes
Au moins , diſoit Alcindor , s'il n'eſt
guères poffible qu'on les aime , il ne
l'eſt pas plus qu'on les trompe. A peine
il achevoit ces mots qu'une Duègne
ſeptuagénaire lui fait figne d'une certaine
diſtance. Il s'approche , & elle l'exhorte
38 MERCURE DE FRANCE.
à metre à profit le bien que lui veut
une jeune Beauté qui vient de l'appercevoir
à travers de ſa jaloufie. Le Péris
demande qui peut être cette perſonne
obligeante ? C'eſt ma maîtreſſe , reprit
la vieille : l'inſtant eſt merveilleux à
ſaiſir. Notre jaloux eſt abſent & ſe repoſe
entierement ſur moi du ſoin de lui
garder un tréſor que vous méritez mieux
que lui . J'ai rempli d'abord ma charge
avec aſſez de rigueur ; mais je ſuis naturellement
bonne , & voici la vingtiéme
fois que je donne à ma maîtreſſe de
pareilles preuves de bonté. Alcindor admiroitla
bienfaiſance de l'une & de l'au
tre. Mais , pourſuivit-il ,n'éxiſte t- il pas
d'autres obſtacles ? Oh ! nous faurons
les lever , quels qu'ils foient , reprit la
Duégne : cen'est pas la première fois....
Un incidenttragique interrompit le difcours
de la vieille. Un Italien aborda
& poignarda furtivement certain François
qui avoit ſçu lever certains obſtacles.
Onne parut étonné ni du fait , ni de
lavengeance. L'affaffin eut le bonheur
de gagner un Temple voifin , & par
conféquent de ſe voir abſous.
Pour Alcindor il rejoignit Zelinde.
L'une& l'autre quitterent l'ancienne Patriedes
Cefars. Ils vifiterent d'autresVil
FEVRIER . 1764. 39
les d'Italie où ils n'apperçurent que ce
qu'ils avoient vû à Rome & ſouvent pis
encore . Ah ! s'écrioit Zélinde avec indignation
, franchiſſons vîte les Alpest
Mais Alcindor , on ignore pourquoi ,
la détermina à franchir les mers , & à fe
rendre en Eſpagne.
Là , ils virent d'autres Tableaux. L'amour
fidéle juſqu'à l'obſtination y régne
pour ainſi dire de toutes parts . L'amourjaloux
juſqu'à la frénéfie l'accompagne
pour l'ordinaire. Là ſe réaliſent
les paffions éternelles; paſſions qui n'oſent
plus figurer ailleurs , même dans les
Romans. Alcindor & Zélinde prirent
l'extérieur d'un François & d'une Françoiſe.
L'alliance venoit d'être , plus que
jamais , reſſerrée entre les deux nations ,
&nos voyageurs furent traités en amis.
Zélinde fit autant de conquêtes qu'elle
en voulut faire& plus qu'elle n'en vouloit
garder. Elle parut donner la préférence
à un jeune Eſpagnol qui à mille
égards la méritoit. Il n'en devint que
plus tendre & plus empreſſé , mais en
même temps plus jaloux. A peine eur
il lieu de préſumer qu'on l'aimoit , qu'il:
craignit qu'on ne ceſſât de l'aimer. Il
étoit reſpectueux dans ſes manières ; il
l'étoit dans ſes diſcours , & ce fut auffi
très- reſpectueuſement qu'il pria la Néris
40 MERCURE DE FRANCE..
d'interdire fa maiſon à tout autre qu'à
lui. Alcindor lui - même n'en fut pas
éxcepté. Voilà,diſoit intérieurement Zélinde
, voilà une inquiétude qui tient de
la tyrannie, une délicateſſe qu'on porte
juſqu'à l'outrage. N'importe , pourſuivit-
elle , voyons fi ces demandes , une
fois fatisfaites , feront ſuivies de quelques
autres. Dès ce moment elle devient
inacceffible à tous ceux que l'Eſpagnol
regarde comme ſes rivaux. Alcindor
lui -même , ſe prête à cette épreuve.
Tant de ſacrifices comblerent de
joie l'amoureux Caſtillan , & ne purent
le tranquiliſer. Il trouva que la prétendue
Françoiſe n'oubloit point affez les
uſages de ſa Nation. Zélinde adopta
fur le champ ceux d'une véritable Efpagnole
, ne parut plus que maſquée ,
ſe montra même très-rarement ſous cet
attirail ; en un mot , elle marqua fur
tous ces points une docilité capable
de décéler qu'elle n'étoit pas Françoiſe.
Le jour ſuivant elle vit l'Epagnol à ſes
genoux la remercier de toutes ces preuves
de complaiſance & en éxiger une
nouvelle . C'étoit de permettre qu'on
réformât ſes jaloufies de manière qu'en
voulant voir , elle- même ne riſquât
point d'être apperçue . Zélinde vit bien
FEVRIER . 1764. 41
qu'il s'agiſſoit de l'empêcher elle-même
de rien appercevoir. Elle ordonna
ce qu'on la prioit tacitement de permettre.
Le jour ſuivant l'Eſpagnol ſe
retrouve à ſes genoux & lui préſente
humblement une Duégne .
Ce dernier trait lui parut une ſuite
naturelle des précédens. Elle le ſoutint.
comme elle avoit fait les autres ; mais
la fin de l'épreuve approchoit. L'Eſpagnol
fortit & la Duégne reſta. Au milieu
de la nuit ſuivante , Zélinde entendit ſous
ſes fenêtres un concert de pluſieurs inftrumens.
Degrands cris & un cliquetisd'armes
ſuccédèrent à cette muſique :ce
qui déſignoit au moins une Tragédie-
Opéra. Le lendemain , Zélinde apprit
que fon Amant avoit voulu la gratifier
d'une ſérénade , ſelon l'uſage du pays ;
qu'un autre Eſpagnol , dont la maîtreſſe
logeoit vis-à-vis d'elle , étoit furvenu
dans le même deſſein : que les deux galans
s'étoient crus rivaux , s'étoient battus
en conféquence ,& mis l'un & l'autre
au bord de la tombe: preuve certaine,di--
foit-on, que l'un & l'autre aimoit bien ſa
maîtreffe. On ajoutoitqu'une telle preu
ve d'amour alloit rendre jalouſes toutes
lès beautés de Madrid. Mais Zélinde en
inféra de nouveau , que l'amour Eſpas
42 MERCURE DE FRANCE.
gnol ne ſéduiroit ni elle ni ſes compagnes.
Pour Alcindor , il plaiſoit beaucoup à
une jeune & belle Caftillanne , qui jufqu'alors
avoit été nommée l'inſenſible .
Malheureuſement ſa manière d'aimer
étoit toute ſemblable à celle des Néris.
Tout ſe réduiſoit aux petits ſoins , & a
l'affiduité la plus rigoureuſe. Elle vouloit
qu'on défirất ſans ceſſe , & ne laiſſoit
jamais rien eſpérer. Après tout , diſoit
Alcindor , l'objet de mon voyage feroit
bien mal rempli. Prudes pour bégueules ,
il valoit autant ne pas me déplacer. In
fit d'autres recherches & vit que c'étoit-
là le génie dominant du beau fexe
Ibérien . Zélinde , elle-même étoit ſuffiſamment
inſtruite. Elle propoſa au Péris
de riſquer une tournée en France ; mais
il n'attendoit abfolument rien de cette
démarche. Il détermina la Néris à paſſer
chez certain Peuple , rival éternel de la
Nation Françoiſe , & qui ſe pique de ne
l'imiter en rien .
C'eſt avoir fuffifamment déſigné l'Angleterre.
Le couple voyageury parut ſous
I'habit Eſpagnol. Dès les premiers jours ,
la Néris apperçut dans les hommes de
cette ifle peu d'eſtime pour les femmes ,
&encore moins de complaiſance . DèsFEVRIER.
1764. 43
lors , elle rallentit fes recherches , & s'épargna
, en effet , une peine inutile.
Alcindor augura mieux de celles qu'il
alloit prendre. Il remarqua dans le Beau-
Séxe Anglois un germe de tendreffe qui
faifoit comme partie de ſon exiſtence.
*Quel dommage , diſoit- il , qu'un naturel
fi heureux foit négligé par ceux qui ſont
le plus intéreſſés àle faire valoir ! Il voulut
, cependant , voir par lui - même ,
c'est-à- dire , voir juſqu'à un certain
point , le parti qu'on pouvoit tirer de ces
favorables diſpoſitions. Auparavant il lui
tomba ſous la main unpapier public , où
il lut ces propres paroles : >> Depuis l'or-
>> dinaire dernier ( c'est-à-dire depuis
>> trois jours ) on n'a retiré que fix jeu-
>> nes perſonnes du Lac de Roſémonde.
>> Il faut croire que les amours ont été
>> moins vifs , ou plus heureuxqu'à l'or-
>>> dinaire durantcetintervalle: ily a bien
>> eu auſſi quelques galans poignardés
>>par leurs Belles , qu'ils avoient quit-
>> tées : mais , pour cette fois , cela ne
>> fait pas nombre. C'eſt pourquoi nous
>>ne les déſignerons qu'avec ceux de la
>> feuille prochaine. »
Le Péris ajouta peu de foi à cet article.
Il jugea que , depuis le rétabliffement
de la paix ,le Gazetier en étoit
44 MERCURE DE FRANCE.
réduit à compoſer des fables périodiques,
& il réſolut de n'en croire que fa propre
expérience. L'occaſion s'en préſenta
d'abord comme d'elle-même. Une jeune
veuve qui avoit le regard tendre &
doux , lui parut très- propre à démentir
le Gazetier ſatyrique. Il s'attacha à lui
plaire , y réuffit & parvint même à la
fixer entiérement. Il vit enfin combien
le coeur des femmes de cette contrée
eſt actif : mais ce coeur éxige qu'on le
ſuive ; il défend , ſurtout , de rétrograder.
Alcindor , qui ne vouloit pas aller
trop loin , ralentit ſubitement ſa marche
,& bientôt même parut diſpoſé à
faire retraite. Ce fut alors qu'il eut lieu
de juger qu'une gazette n'eſt pas tou
jours fauſſe. La jeune veuve n'épargna
rien pour prévenir ſon inconſtance. Elle
pria , ſupplia , gémit ; & lorſqu'elle vit
que tout étoit fuperflu , elle fit fuccéder
les menaces aux gémiſſemens , la
fureur aux menaces : en un mot le poignard
fut levé. On préſume bien d'avance
que ce fut en vain : mais la veuve
n'en devint que plus furieuſe. Elle fortit,
réſolue de ſe punir elle-même de ſa cré--
dulité. Elle alloit fournir un article à la
Gazette prochaine : déja même elle s'é
toit élancée à l'endroit le plus profond
FEVRIER . 1764 . 45
du lac. Le Péris , qui avoit pris une autre
forme pour la ſuivre, la ſecourut à temps,
la conſola de ſon mieux,& fi bien qu'elle
eut de la joie d'avoir pour libérateur un
homme ſi propre à faire oublier les torts
de ſes pareils. Alcindor ſe garda bien de
la détromper. Il ſe rendit auprès de Zélinde
, pourdécider avec elle ſi leur miffion
n'étoit pas réellement terminée. Ils
avoient parcouru toute la terre , excepté
-la France ; & la France leur ſembloitafſez
inutile à parcourir. Tout confidéré
cependant , ils s'y déterminèrent ; moins
dans l'eſpérance de trouver là ce qu'ils
cherchoient , que pour éviter le reproche
de ne l'avoir pas éxactement cherché.
Arrivés dans la Capitale , ils s'y annoncerent
pour Anglois. Ils en avoient
pris l'extérieur , & en affectoient le langage.
Cet expédient leur eût mal réuſſi
un fiécle plutôt ; mais depuis peu tout
avoit bien changé de face. La mode
régnante à Paris étoit d'admirer les
Anglois en tout& partout. On les applaudiſſoit
ſur la Scène , on les fêtoit
dans les cercles , on les copioit dans les
Livres , on ſacrifioit nos héroïnes à
leur héros .... D'après ces diſpoſitions
le couple voyageur ne pouvoit manquer
d'être bien accueilli. Il le fut mieux
46 MERCURE DE FRANCE.
encore qu'il n'avoit ofé le prévoir. Zélinde
qui à la beauté des plus belles Angloiſes
affectoit de joindre leur air tant
ſoit peu gauche , trouva une foule d'Elégans
qui tous aſpiroient à la former.
Leur perfifflage ne lui parut pas dangereux
; mais il l'amuſoit. Elle mit fur
le chapitre de la conſtance un Petit-
Maître des plus à la mode. Il en parla en
homme qui la pratique peu , & qui
l'eſtime encore moins. La conſtance en
amour , diſoit- il , n'est bonne qu'a fournir
vingt volumes à unRomancier. C'eſt
une vertu qui de tous ſes héros fait autant
de vitimes : & d'ailleurs , un amant
fidéle eſt un être ſi infipide , ſi incommode
! Il n'en eſt pas moins vrai ,
Madame , pourſuivit le François , que
vous m'allez contraindre d'imiter ce que
je blâme dans autrui : mais daignez me
pardonner d'avance l'ennui queje vais
vous caufer. On n'a point avec vous la
liberté du choix .
....
C'étoit-là le ton qu'en général on prenoit
avec Zélinde. Elleen conclut qu'en
France l'amour n'étoit point misau rang
des affaires férieuſes. Alcindor lui-même
tiroit des conféquences toutes ſemblables
dece qu'ilvoyoit. L'extrême liberté dont
jouiffoient les femmes , l'usage qu'elles
FEVRIER. 1764. 47
en faifoient , le peu de penchant qu'ont
leurs maris , ou leurs amans à la jaloufie ,
le ridicule attaché à ce foible ; en un
mot, ce qu'on nomme en France le ton
delabonne compagnie : tout cela diftinguoit
, felon lui , cette Nation d'avec
toutes les autres .
Il parut s'attacher à une jeune Marquiſe
, devenue veuve , & par cette raiſon
encore plus libre qu'étant mariée :
ce qui fignifie beaucoup. Sa maiſon
étoit fréquentée par une foule de jeunes
gens du bon ton , qui tous s'affichoient
pour rivaux , & n'en étoient pas moins
bons amis. Les politeſſes qu'Alcindor en
reçut lui- même l'étonnèrent Il s'en expliqua
ingenuement avec l'un d'entr'eux.
Voici la réponſe que lui fit lejeune François.
Nos aïeux avoient la manie d'adorer
leurs Dames , de n'ofer le leur dire ,
&de s'égorger entr'eux pour les en informer.
Nous ſuivons un tout autre
uſage. Nous débutons par un je vous
aime ; nous aimons beaucoup moins
que nos aïeux , & chacun de nous croit
être aimé. Dès-lors plus de jaloufie. Nous
n'enviſageons un rival que comme le
témoinde notre triomphe actuel , ou futur.
C'eſt une victime que nous plaignons
fincèrement , loin de la hair ; &
48 MERCURE DE FRANCE.
d'ailleurs , ce pays eſt ſi fertile en refſources
! Les femmes ſont devenues ſi raiſonnables
! Elles ſe prêtent ſi volontiers
ànos arrangemens ! ... Oh parbleu ! il
faudroit être bien gauche pour ſe trouvet
au dépourvu ; & chez les Spartiates , où
les fonds étoient en commun , y eut-il
jamais de diſputes d'intérêts ?
Le Péris ne trouva pas ce diſcours des
plus ridicules. Peut- être , diſoit- il , aimet-
on moins ici qu'ailleurs ; mais l'amour
yprend une phyſionomie plus riante. La
confiance le guide , & ne l'abandonne
jamais. Un échec eſt prèſque toujours
fuivi d'un triomphe : un triomphe ne ſe
fait attendre qu'autant qu'il eſt néceſſaire.
L'Amour enfin eſt ici le Dieu de la concorde
, lui qui ſéme la diviſion chez tant
de Peuples , qui a caufé la ruine de tant
d'autres. Ah ! ſans doute , que Troye
éxiſteroit encorree , fi Ménélas eût été
François .
Il revit la jeune Marquiſe. Elle parut
flattée de ſes viſites ; mais elle en
recevoit une foule d'autres , & aucune
ne ſembloit lui déplaire. Le faux Anglois
en témoigna quelque inquiétude ,
ce qui divertit beaucoup lajeune Françoiſe.
Eh quoi , Monfieur , lui dit-elle ,
êtes-vous donc encore ſi peu au fait ?
Quelles
FEVRIER . 1764 . 49
Quelles que foient vos prétentions ,
ignorez-vous que la confiance eſt l'âme
de la Société ? Voyez le Monde , Monfieur
, & ces miféres- là vous paſſeront.
Elle-même voulut lui ſervir d'Introductrice.
Il admiroit l'aiſance avec laquelle
cette jeune veuve le préſentoit
dans différens cercles choifis . Ces cercles
étoient pour lui un autre genre de
Spectacle où les femmes jouoient toujours
les grands rôles , où les maris n'ofoient
paroître,ou ne paroiffoient qu'incognito.
La vivacité d'eſprit qui diftingue
les Françoiſes , la gaîté qui anime
leurs diſcours , les grâces qui accompagnent
toutes leurs actions , ſe diſputoient
le prix dans ces momens , &
furtout au milieu d'un élégant ſoupé.
Quel dommage diſoit Alcindor ,
que des objets ſi ſéduiſans ne ſe bornent
qu'à plaire ! choſe qui ne leur eſt
que trop facile. Grace à cette extrême
facilité elles dédaignent de garder
leurs conquêtes. Alexandre donnoit des
couronnes , persuadé qu'il lui étoit aifé
d'en conquérir d'autres. Telles font les
Françoiſes .
,
,
Il eut cependant lieu de juger que
l'amour conſtant n'étoit pas un phénomène
chez cette Nation. Mais cet amour
C
50 MERCURE DE FRANCE .
eſt ſi paiſible , fi peu éxigeant , ſi peu
jaloux , qu'ailleurs il paſſeroit pour indifférence.
Ah , s'il eſt ainſi , diſoit notre
voyageur , à coup für la jeuneMarquiſe
m'aime , & m'aime un peu plus
qu'à la Françoiſe . Il eſt bon d'obſerver
que fi le Péris avoit avoit le don de
prendre la même forme que les humains
, il n'avoit pas celui de lire dans
leur intérieur.
Il voulut donc que l'âme de la Marquiſe
ſe manifeſtât au dehors. C'étoit
pour lui un paſſetemps affez flatteur de
pouvoir d'un ſeul coup dérouter trente
Petits-Maîtres. Il plaignoit cependant
la belle Françoise , & redoutoit quelque
avanture ſemblable à celle de Londres.
Il est vrai ,diſoit- il, que ni le Mercure
de France , ni le nombre exceffif
de Journaux & de Gazettes qu'on y diftribue
, n'offrent nulle tracede pareilles
catastrophes.Mais, pourſuivoit Alcindor ,
il eſt toujours fâcheux de moleſter une
jolie femme.
Au milieu de ces réflexions , il reçoit
de la Marquiſe une lettre de reproches .
Elle s'y plaignoit ſpirituellement de fon
abfence , & même de ſa tiédeur. C'étoit
le confirmer dans l'opinion qu'il
avoit de ſa bonne fortune . Il retourne
FEVRIER . 1764. 5
auprès d'elle , expoſe des griefs , des
inquiétudes , veut éxiger des facrifices ,
en un mot , joue le rôle d'un Amant
Eſpagnol. Mais la ſcène devint affez comique
des deux parts. La jeune Marquiſe
le pria de s'épargner un ridicule.
un travers intolérable. Profitez mieux ,
lui dit-elle , des exemples que vous offre
ma Nation , la ſeule qui ſcache réduire
l'Amour à ce qu'il doit être,ou du moins
à ce qu'il doit paroître. Ce n'eſt pas
'qu'il ne briſe quelquefois les entraves
qu'on lui donne. Eh , où en ferionsnous
, pourſuivit-elle , fi malheureuſement
je vous aimois aſſez pour vous
croire!
Qu'entends-je ? s'écria le Péris étonné
, est- il bien vrai que vous ne me diftinguiez
pas del'éſſain frivole qui vous
entoureprèſque ſans ceſſe ? Pardonnezmoi
, Mylord , reprit la Marquiſe , je
vous diftingue ; j'ai voulu vous faire les
honneurs de ma Nation : mais tous ces
égards diſparoîtront s'il eſt jamais queftion
de vous aimer. L'étonnement d'Alcindor
augmentoit à chaque parole de
la jeune Françoiſe. Au moins , Madame
, pourſuivit-il , daignez faire votre
confident de celui qui aſpiroit à quelque
choſe de plus : daignez me faire
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
,
ce
connoître l'heureux Mortel que vous
me préférez. Dites qui vous a prévenu ,
reprit la Marquise ; quant au reſte
n'eſt point un myſtère. Un peu plus de
connoiffance de nos uſages vous eût d'abord
mis au fait. L'heureux Mortel dont
vous parlez eſt le même qui vous a introduit
chez moi , que vous avez vû y
& donner entrée à beaucoup d'autres , &
qui s'y montre plus rarement que vous
& eux. Telle eſt chez nous la conduite
ordinaire d'un Amant préféré : celle
d'un époux eft encore plus circonfpecte
. Il lui eſt permis d'aimer tacitement
ſa femme , & c'eſt tout: garre le ridicule
s'il ofe afficher la tendreſſe & l'affiduité
! En un mot , les chaînes de l'Amour
& de l'Hymen font devenues
pour nous fi légères , qu'une Françoife
peut ſe croire libre en les portant.
Après tout , diſoit Alcindor en luimême
, cette liberté a fon mérite ; les
deux ſéxes peuvent y trouver leur compte
: refte à ſçavoir fi la fatifaction eſt
générale. Toutes les nouvelles recherches
que fit Alcindor lui prouvérent
qu'elle l'étoit. Zélinde elle-même commençoit
à goûter cette manière de vivre
cette liberté qui tient le milieu
entre la licence & le bégueulisme. L'A-
و
FEVRIER. 1764. 53
mour est un enfant ,diſoit-elle au Péris
, il faut badiner avec lui ſi l'on veut
lui plaire , ou qu'il plaiſe.
Ce fut dans ces diſpoſitions qu'Alcindor
& Zélinde retournérent à leur féjour
habituel. Ils arrivent, ſe ſéparent ,
& aſſemblent , l'une ſes compagnes ,
l'autre ſes compagnons. Des deux
parts l'empreſſement est le même à les
entourer ; l'attention qu'on leur prête
eſt égale , & leur rapport tout ſemblable.
A l'inſtant on s'écrie chez les Péris
qu'il faut appeller des Françoiſes. Les
Néris parurent moins promptes à ſe décider
: elles vouloient qu'on délibérât
fur cette matière , au moins pour la
forme. Hélas ! mes chères compagnes ,
leur dit Zélinde , une délibération eſt
bien ſuperflue , quand la queſtion ſe
trouve jugée d'avance. Epargnons aux
Péris une démarche qui va nous en
coûter d'autres ; & d'ailleurs n'eſpérez
pas trouver les François plus refpectueux
que nos voiſins. Cette remontrance
produifit ſon effet : les deux partis
ſe rapprochérent : Alcindor & Zelinde
firent l'office de médiateurs , & leurs
foins furent fi éfficaces , on ſe trouva
fi bien de leurs avis , que la plus mo-
4.
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
defte des Néris grava en lettres d'or cette
maxime : Ceux qui ont beaucoup viê
font bons à confulter.
DES
PÉRIS ET DES
NÉRIS ,
Ou
l'Amour
comme on le méne.
CONTE.
EN VÉRITÉ , diſoit Alcindor à Zelinde
, en traverſant les airs , je regarde
notre voyage comme une franche corvée
!C'eſtfaire trop d'honneur aux hom-
B
26 MERCURE DE FRANCE.
mes. Eſt-il à croire que nous trouvions
chez eux ce qui nous manque ? N'est-ce
pas à eux plutôt à ſe modéler fur nous ?
C'eſt ce qui ne leur arrive que trop fouvent
, reprit Zélinde , comme à nous de
prétendre égaler les plus fublimes Intelligences.
Que réſulte-t-il de cette double
ambition ? L'ennui pour nous & pour
eux. Il faut ſçavoir deſcendre à propos :
c'eſt la route que fuit prèſque toujours
le bonheur. Tout en philofophant ainsi ,
nos voyageurs ſe trouvèrent au centre
des vaſtes Etats du Mogol. Ils y firent
diverſes pauſes , & ne virent dans.certains
cantons , que ce qu'ils avoient déja
vu dans quelques autres : des Bonzes
qui ſéduiſoient de jeunes innocentes ,&
s'accordoient , on ne peut mieux , avec
celles qui n'avoient pas beſoin d'être ſéduites
: des femmes qui ſe brûloient fur
le corps d'un mari qu'elles avoient haï
& trompé ; des maris qui méritoient
toute l'averſion de leurs femmes , &
qu'on traitoit ſelon leur mérite. Plus
loin , de vaſtes Sérails remplis de belles
eſclaves ignorées, pour la plupart, de leur
Maître , & qui riſquoient de mourir fans
avoir fait ſa connoiſſance. Celles même..
quien jouiſſoient avoient prèſque auffi
ſouvent lieu de s'ennuyer que les preFEVRIER.
1764 . 27
mières. Un amour fi partagé mettoit
peu de différence entre l'état des unes &
des autres.
Alcindor & Zélinde jugèrent qu'il
étoit à propos de paſſer outre. Ils pénétrèrent
dans les Etats du Sophi de Perſe ,
&ſe rendirent à Iſpahan. Mais ils crurent
être encore une fois à la Chine ,
tantcertainsuſages leur parurent ſemblables
chez les deux Nations. A Iſpahan ,
comme à Pekin, l'union des deux ſéxes
eſt un véritablejeu de haſard. Un Perſan
époufe une femme comme unjoueur accepte
une carte , ſans ſçavoir ce qu'elle
vaut , ni de quelle couleur elle eſt . Il
arrive auſſi que l'une & l'autre eſt miſe à
l'écart dès qu'elle ſe trouve remplacée
par quelque choſe de mieux. Il eſt même
permis à un Perſan de chercher ce mieux
autant de fois qu'il eſpère le rencontrer :
privilége qu'il ſçait faire valoir dans toute
fon étendue.
Zélinde entra , ſans ſe laiſſer voir ,
dans une maiſon de noble apparence.
Elle en vit le Maître occupé à compter
une ſomme en or à une très -belle femme
, qui enſuite fut embraſſer , en verſant
quelques larmes , deux petits enfans
placés aux pieds d'une autre femme affife
elle-même dans un fauteuil magnifique.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Après quoi la première ſe proſternahumblement
devant la ſeconde , qui la congédia
d'un figne de tête.,Voilà , diſoit intérieurement
la Néris , voilà fans doute
une Eſclave qui prend congéde ſes Maîtres
& de leurs enfans. Mais bientôt elle
reconnoît que ces mêmes enfans font
ceux de cette Eſclave prétendue; que le
Maître de la maiſon a été ſon époux , &
n'a ceffé de l'être que parce que le bail
paffé entre eux eſt expiré. La Dame affife
étoit réellement la Dame en titre ,
celle que le mari ne peut répudier qu'après
certaines formalités : mais il peut la
négliger , & la néglige. En revanche ,
elle eft réputée la mère de tous les enfans
qu'il a de ſes rivales.
Tandis que Zélinde obſervoit toutes
ces chofes , Alcindor ne reſtoit pas oifif.
Il aborde une jeune Perſanne qui marchoit
à viſage découvert. Un eſclave la
devançoit en fonnant de la cimbale . Elle
étoit vêtue d'une robe de brocard d'argent
, affez courte pour laiſſer voir la
beauté de ſa jambe. Ses longs cheveux
étoient artiſtement relevés ſur ſa tête.
Une gaſe d'or ſervoit à les attacher , &
flottoit en partie au gré du vent. De riches
pierreries ornoient ſes oreilles :
des fleurs couvroient ſes bras. De plus ,
FEVRIER. 1764 . 29
elle étoit belle , & fembloit fort defirer
de le paroître. Alcindor entra dans ſes
vues , loua fes charmes , & ſe félicita de
ce qu'elle daignoit les rendre vifibles ,
en dépit de l'uſage. Point du tout , reprit-
elle , c'eſt l'usage qui me défend de
les cacher. J'ai acquis le droit de paroître
telle que je fuis , de parler comme je
penſe , d'agir comme je le ſouhaite. Bien
des femmes qui mépriſent moi & mes
ſemblables , feroient grand cas de nos
priviléges : mais il faut des talens pour
les acquérir & pour les conferver. Ces
talens , comme Alcindor l'apprit d'ellemême,
conſiſtoient fur- toutdans la Mufique&
la Danſe. Le Périsdemanda à la
Danfeufe , quels talens il falloit avoirauſſi
pour lui plaire. Mon nom vous le dira ,
répondit-elle : je m'appelle la Vingt tomans
* ; jamais on ne ſcut m'attendrir à
moins,&je m'attendris à proportion que
le nombre en augmente.
En parlant ainfi , la jeune Perfanne
continuoit de marcher , mais Alcindor
ceſſa de la ſuivre. Il rejoignit Zélinde
qui lui fit part de ce qu'elle avoit vû.
Elle ajouta que dans cette contrée les
hommes étoient trop abfolus. Et les
* Le toman eſt une Monnoie Perſanne qui équi--
vaut à nos Louis d'or de France.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE .
femmes trop dociles , reprit Alcindor.
Voyons files unes & les autres différent
dans le reſte de l'Afie.
Ils eurent hou d'admirer les charmes
des Géorgiennes , des Circaſſiennes , des
Mingréliennes . On diroit que la beauté
ne ſe plaît que dans ces païs barbares ,
tant ſes dons s'y trouvent généralement
répandus. Une laide femme y paroît un
phénomène. Une femme délicate en eſt
un bien plus rare encore. Toutes ſe
croyent faites pour être vendues & non
pour ſe donner . Ce font de vrais meuble
de férail. Ces meubles ne font cependant
pas toujours neufs lorſqu'ils y
arrivent. C'eſt de quoi Alcindor pouvoit
s'inſtruire à fond , & ce qu'il négligea
de faire. Les femmes qui ont leurs
maris font encore moins circonſpectes ';
mais ces maris, quoiqu'Aſiatiques, font
peu jaloux. Une belle Mingrélienne s'étoit
enfermée avec Alcindor: il n'avoit
fur elle aucun deſſein qui éxigeât cette
précaution. Le mari ſurvient & ne
la croit pas inutile. Tu ne peux t'en
défendre , dit-il au voyageur ,le cochon
m'eſt dû : c'eſt l'amende qu'on paye en
pareil cas . Je conſens même à le manger
avec toi. Il eſt inutile d'ajouter qu'Alcindor
difparut fans rien répondre , & que
FEVRIER. 1764. 31
Zelinde& lui continuerent leur voyage.
De pauſe en pauſe ils arrivent à Conftantinople.
Son étendue leur fait éſperer
d'heureuſes découvertes , des uſages qui
lui foient propres. Ils font bien-tôt détrompés.
Ils n'y apperçoivent que ce
qu'ils ont déja vû ailleurs ; une jaloufie
affreuſe dans les hommes , une ſervile
obeiſſance dens les femmes ; peu d'Amour
de part & d'autre . Un Turc entre
dans ſon Sérail. Aucun objet déterminé
ne l'occupe. U eſt ſans paffion , ſouvent
même ſans deſirs. Une troupe d'Eſclaves
s'empreſſe de les faire naître , & n'éprouve
elle-même que des beſoins. Zélinde
, qui ſans être vue voyoit toutes
ces chofes , en conclut que l'Amour
à la Turque feroit peu du goût des Néris.
Pour Alcindor , il fut moins prompt à
fe décider. Peut- être , diſoit-il en lui
même , le beſoin d'aimer , & la difficul
té d'avoir des Amans , réduiſent-ils une
femme Turque à chérir ſon mari. Il en
vit une qui prodiguoit au ſien toutes
les marques extérieures de la plus vive
tendreſſe. L'un & l'autre fortirent pour
pour ſe rendre à la Moſquée , & Alcindor
les ſuivit. La belle Turque étoit
voilée , ſelon l'uſage inventé par la
jaloufie : mais il exiſte un autre uſage
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
peu favorable aux jaloux ; c'eſt que le
voile & l'habit des femmes font ordinairement
les mêmes pour la forme &
la couleur. De forte qu'un mari qui perd
un inſtant de vue ſa femme , riſque de
ne la pouvoir plus diftinguer parmi les
autres. C'eſt de quoiAlcindor fut témoin.
Le couple qu'il avoit ſuivi ſe ſépara dans
la Moſquée , lieu où les deux ſexes n'ont
pas la liberté d'être confondus. Le mari
de la belle Ottomane ſe poſta vis-à- vis
d'elle . Alcindor , toujours inviſible , ſe
plaça tout à côté. Il la vit , au bout de
quelques inftans , ſe mêler parmi ſes
voiſines , s'éloigner de plus en plus , &
enfin diſparoître entièrement. On préfume
bien qu'il la ſuivit. La traite ne
fut pas longue ; elle entra dans une mai-
Yon tierce où un jeune Turc l'avoit devancée.
Leur abord indiquoit aſſez bien
le motif de leur entrevue , & Alcindorn'eut
pas beſoin de faire uſage de toute
ſon intelligence pour prévoir quelles
en ſeroient les ſuites. Il ſortit , perfuadé
que les précautions inventées par
la jalouſie des Aſiatiques , n'étoient éfficaces
que contre eux-mêmes.
Zélinde & lui mirent en queſtion s'ils
viſiteroient l'Europe où ils avoient déja
mis le pied , ou s'ils donneroient la préFEVRIER.
1764 . 33
férence à l'Afrique. La Néris opina pour
le ſecond parti , & Alcindor fit ce qu'elle
voulut. Ils en prirent occafion de vifiter
l'Arabie & l'Egypte , qu'ils n'avoient fait
que cotoyer. Ni l'un , ni l'autre pays ne
borna leurs recherches . C'étoit une répétition
de ce qu'ils avoient vu & blamé
ailleurs. La brûlante Ethiopie offrit
à leurs yeux un Peuple immenſe. L'extrême
chaleur du climat influoit également
ſur les deux ſéxes ; ils lui devoient
tout le penchant qui les attiroit l'ün vers:
l'autre ; & ce penchant n'étoit que matériel.
Ce fut encore pis à mesure que
nos voyageurs avancèrent. Parvenusau
centre de la Guinée , ce qu'ils avoient
vu ne leur parut que l'ombre de ce qu'ils
voyoient: Alcindor prit plaifir à écouter
l'entretien d'un jeune homme & d'une
jeune fille de Congo. Ils se connoiffoient
àpeine : ce qui n'empêcha pas le jeune
Africain de débuter ainſi: Silava in
quinté, je te ſalue , ma femme. Elle ré--
pondit fur le champ. Silava moïné , je ter
ſalue , Maître. Gay zoleze minou , pour
fuivit- il , m'aimes-tu bien ? Gayté moi
nézolezé béné , reprit- elle , oui , Maître ,
je t'aime bien: Le jeune homme porta
beaucoupplus loin ſes queſtions , & elle
y fit cette docile réponſe : Ninga moï-
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
né, oui , Maître. Alors elle ſe mit à genou
en battant des mains , & s'écriant
par trois fois , Silava moïné , je te ſalue ,
Maître. A quoi il répondit , en remuant
tous les doigts , calam bom botté , cela eft
bon . Enfuite , il lui donna ſa main noire
à baifer. Ce qu'elle fit avec autant de joie
que d'empreſſement. Enfuite lui-même
la prit ſous le bras , & la conduiſit en un
lieu plus commode pour achever l'entretien.
A quelques pas plus loin , le couple
voyageur fit rencontre d'une jeune Africaine
, qu'on n'eût pas priſe pour telle à
ſa couleur. Toute ſa perſonne étoit couverte
d'une pommade rouge , faite avec
de l'huile de palme , & du bois de toucoula.
Que fignifie cet ornement , lui
demanda Zélinde ? Que j'ai l'honneur
d'avoir caffé calbaſſe , répondit - elle ;
konneur le plus grand qui puiſſe arriver
à une fille parmi nous. Cette couleur
doit tomber d'elle-même , & juſqu'a ce
qu'elle m'ait entièrement quittée , je ne
dois prendre part à aucun travail ; je ne
dois m'occuper que du plaifir. Eh quelles
feront les ſuites de tout cela , demanda
encore la Néris ? D'être vendue , reprit
l'Africaine , par celui qui m'aura époufée
, & qui épouſera vingt femmes pour
avoir l'avantage de les vendre,
FEVRIER. 1764. 35
Zelinde n'en voulut pas ſçavoir davanrage
, & Alcindor en ſavoit déja trop.
Ils continuerent à faire le tour de l'Afrique
& arriverent chez les Caffres ,
nation qui n'en mérite guères mieux le
tître que ces troupes de Bêtes féroces fi
communes dans cette partie du Monde,
Le nom même de l'Amour est ignoré
chez ce Peuple barbare. Une même
cabane raſſemble durant la nuit toute
une Tribu. Le brutalité y trouve amplement
à ſe fatisfaire , ne s'y refuſe rien ,
n'y eſt jamais contredite. Là , nulle diftinction
, nul choix , nul reſpect pour
les noeuds du ſang , nul ſouvenir des
liens de la Veille.... Alcindor& Zélinde
détournerent leurs yeux de cet affreux
Tableau. Ce qu'ils virent , en avançant
toujours , ne leur parut guères moins
révoltant. Ils furent un peu plus fatisfaits
de la Barbarie , contrée qui , malgré
fon nom , est vraiment le païs policé
de l'Afrique. Mais ils n'y retrouverent
que les moeurs Arabes & Turques , &
dès - lors n'y trouverent pas ce qu'ils
cherchoient. Ils prirent donc le parti de
viſiter l'Europe ; ce qu'ils regardoient ,
à-peu-près , comme un parti déféſperé.
L'Eſpagne ſembloit s'offrir d'elle même
à leurs recherches. L'Italie n'étoit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
guères moins à leur portée. Ils aimerent
mieux débuter par le Nord. Mais bientôt
ils s'apperçurent que , ſi. Vénus étoit
née dans l'eau , les Amours jouoient
rarement ſur la glace. On eſt , à coup
fûr , plus tendre dans un boſquet fleuri
qu'au pied d'une montagne de neige.
Alcindor & Zélinde s'avancerent au
centre de l'Allemagne. Les coeurs s'y
adoucifſoient en raiſon du climat. Toutefois
, les hommes parurent à la Néris
tenir encore des Germains leurs aïeux ,
nation plus guerrière que galante. Les
femmes elles-mêmes parurent aux yeux
du Péris , être en général plutôt foibles
que tendres. Dailleurs , dans ce païs
l'Amour ne ſçait point déroger. Un
noble ne peut s'y réfoudre à aimer une
Plébéienne. Il faut pour le ſéduire au
moins ſeize quartiers. Il enviſage moins
les attraits de ſa Maîtreffe que l'antiquité
de ſes parchemins. En un mot , l'Amour
au lieu de carquois & de flambeau
, porte un Magazin d'Ecuffons&
des Arbres Généalogiques.
Alcindor & Zélinde mirent en quef
tion la route qu'ils devoient tenir. Tout
endifputant , ils ſe trouverent aux fronrieres
d'Italie. Il faut, dit la Néris, hazarder
quelques recherches dans cette Con
FEVRIER. 1764. 37
trée. Hé bien ! dit Alcindor , d'un ton
qui marquoit peu d'eſpérance , voyons
ce qui en arrivera. Ils s'avancerent jufques
dans cette ville qui fut autrefois
la Capitale du Monde.
9.
Les veſtiges de fon ancienne grandeur
occupoient les regards d'une foule
d'Etrangers. Nos voyageurs n'y firent
aucune attention. Ils n'avoient qu'un
objet , ils ne le perdoient pas un inſtant
de vue. Mais le remplir c'étoit là le
point vraiment difficile , & Rome ne
leur parut pas devoir abréger ces difficultés.
Aux Temples près , ils ſe crurent
au ſein d'une Ville d'Afie. Les femmes
n'y fortent que voilées , fortent rarement
& plus rarement encore ſont
viſitées chez elles . En un mot, la jaloufie
des Romains modernes égale celle des
Afiatiques de tous les tems. Alcindor
apprit même qu'elle avoit recours àdes
éxpédiens dont les plus jaloux d'entre
les Orientaux rougiroientde faire uſage.
Ah quelle horreur ! s'écrioit Zélindes
Au moins , diſoit Alcindor , s'il n'eſt
guères poffible qu'on les aime , il ne
l'eſt pas plus qu'on les trompe. A peine
il achevoit ces mots qu'une Duègne
ſeptuagénaire lui fait figne d'une certaine
diſtance. Il s'approche , & elle l'exhorte
38 MERCURE DE FRANCE.
à metre à profit le bien que lui veut
une jeune Beauté qui vient de l'appercevoir
à travers de ſa jaloufie. Le Péris
demande qui peut être cette perſonne
obligeante ? C'eſt ma maîtreſſe , reprit
la vieille : l'inſtant eſt merveilleux à
ſaiſir. Notre jaloux eſt abſent & ſe repoſe
entierement ſur moi du ſoin de lui
garder un tréſor que vous méritez mieux
que lui . J'ai rempli d'abord ma charge
avec aſſez de rigueur ; mais je ſuis naturellement
bonne , & voici la vingtiéme
fois que je donne à ma maîtreſſe de
pareilles preuves de bonté. Alcindor admiroitla
bienfaiſance de l'une & de l'au
tre. Mais , pourſuivit-il ,n'éxiſte t- il pas
d'autres obſtacles ? Oh ! nous faurons
les lever , quels qu'ils foient , reprit la
Duégne : cen'est pas la première fois....
Un incidenttragique interrompit le difcours
de la vieille. Un Italien aborda
& poignarda furtivement certain François
qui avoit ſçu lever certains obſtacles.
Onne parut étonné ni du fait , ni de
lavengeance. L'affaffin eut le bonheur
de gagner un Temple voifin , & par
conféquent de ſe voir abſous.
Pour Alcindor il rejoignit Zelinde.
L'une& l'autre quitterent l'ancienne Patriedes
Cefars. Ils vifiterent d'autresVil
FEVRIER . 1764. 39
les d'Italie où ils n'apperçurent que ce
qu'ils avoient vû à Rome & ſouvent pis
encore . Ah ! s'écrioit Zélinde avec indignation
, franchiſſons vîte les Alpest
Mais Alcindor , on ignore pourquoi ,
la détermina à franchir les mers , & à fe
rendre en Eſpagne.
Là , ils virent d'autres Tableaux. L'amour
fidéle juſqu'à l'obſtination y régne
pour ainſi dire de toutes parts . L'amourjaloux
juſqu'à la frénéfie l'accompagne
pour l'ordinaire. Là ſe réaliſent
les paffions éternelles; paſſions qui n'oſent
plus figurer ailleurs , même dans les
Romans. Alcindor & Zélinde prirent
l'extérieur d'un François & d'une Françoiſe.
L'alliance venoit d'être , plus que
jamais , reſſerrée entre les deux nations ,
&nos voyageurs furent traités en amis.
Zélinde fit autant de conquêtes qu'elle
en voulut faire& plus qu'elle n'en vouloit
garder. Elle parut donner la préférence
à un jeune Eſpagnol qui à mille
égards la méritoit. Il n'en devint que
plus tendre & plus empreſſé , mais en
même temps plus jaloux. A peine eur
il lieu de préſumer qu'on l'aimoit , qu'il:
craignit qu'on ne ceſſât de l'aimer. Il
étoit reſpectueux dans ſes manières ; il
l'étoit dans ſes diſcours , & ce fut auffi
très- reſpectueuſement qu'il pria la Néris
40 MERCURE DE FRANCE..
d'interdire fa maiſon à tout autre qu'à
lui. Alcindor lui - même n'en fut pas
éxcepté. Voilà,diſoit intérieurement Zélinde
, voilà une inquiétude qui tient de
la tyrannie, une délicateſſe qu'on porte
juſqu'à l'outrage. N'importe , pourſuivit-
elle , voyons fi ces demandes , une
fois fatisfaites , feront ſuivies de quelques
autres. Dès ce moment elle devient
inacceffible à tous ceux que l'Eſpagnol
regarde comme ſes rivaux. Alcindor
lui -même , ſe prête à cette épreuve.
Tant de ſacrifices comblerent de
joie l'amoureux Caſtillan , & ne purent
le tranquiliſer. Il trouva que la prétendue
Françoiſe n'oubloit point affez les
uſages de ſa Nation. Zélinde adopta
fur le champ ceux d'une véritable Efpagnole
, ne parut plus que maſquée ,
ſe montra même très-rarement ſous cet
attirail ; en un mot , elle marqua fur
tous ces points une docilité capable
de décéler qu'elle n'étoit pas Françoiſe.
Le jour ſuivant elle vit l'Epagnol à ſes
genoux la remercier de toutes ces preuves
de complaiſance & en éxiger une
nouvelle . C'étoit de permettre qu'on
réformât ſes jaloufies de manière qu'en
voulant voir , elle- même ne riſquât
point d'être apperçue . Zélinde vit bien
FEVRIER . 1764. 41
qu'il s'agiſſoit de l'empêcher elle-même
de rien appercevoir. Elle ordonna
ce qu'on la prioit tacitement de permettre.
Le jour ſuivant l'Eſpagnol ſe
retrouve à ſes genoux & lui préſente
humblement une Duégne .
Ce dernier trait lui parut une ſuite
naturelle des précédens. Elle le ſoutint.
comme elle avoit fait les autres ; mais
la fin de l'épreuve approchoit. L'Eſpagnol
fortit & la Duégne reſta. Au milieu
de la nuit ſuivante , Zélinde entendit ſous
ſes fenêtres un concert de pluſieurs inftrumens.
Degrands cris & un cliquetisd'armes
ſuccédèrent à cette muſique :ce
qui déſignoit au moins une Tragédie-
Opéra. Le lendemain , Zélinde apprit
que fon Amant avoit voulu la gratifier
d'une ſérénade , ſelon l'uſage du pays ;
qu'un autre Eſpagnol , dont la maîtreſſe
logeoit vis-à-vis d'elle , étoit furvenu
dans le même deſſein : que les deux galans
s'étoient crus rivaux , s'étoient battus
en conféquence ,& mis l'un & l'autre
au bord de la tombe: preuve certaine,di--
foit-on, que l'un & l'autre aimoit bien ſa
maîtreffe. On ajoutoitqu'une telle preu
ve d'amour alloit rendre jalouſes toutes
lès beautés de Madrid. Mais Zélinde en
inféra de nouveau , que l'amour Eſpas
42 MERCURE DE FRANCE.
gnol ne ſéduiroit ni elle ni ſes compagnes.
Pour Alcindor , il plaiſoit beaucoup à
une jeune & belle Caftillanne , qui jufqu'alors
avoit été nommée l'inſenſible .
Malheureuſement ſa manière d'aimer
étoit toute ſemblable à celle des Néris.
Tout ſe réduiſoit aux petits ſoins , & a
l'affiduité la plus rigoureuſe. Elle vouloit
qu'on défirất ſans ceſſe , & ne laiſſoit
jamais rien eſpérer. Après tout , diſoit
Alcindor , l'objet de mon voyage feroit
bien mal rempli. Prudes pour bégueules ,
il valoit autant ne pas me déplacer. In
fit d'autres recherches & vit que c'étoit-
là le génie dominant du beau fexe
Ibérien . Zélinde , elle-même étoit ſuffiſamment
inſtruite. Elle propoſa au Péris
de riſquer une tournée en France ; mais
il n'attendoit abfolument rien de cette
démarche. Il détermina la Néris à paſſer
chez certain Peuple , rival éternel de la
Nation Françoiſe , & qui ſe pique de ne
l'imiter en rien .
C'eſt avoir fuffifamment déſigné l'Angleterre.
Le couple voyageury parut ſous
I'habit Eſpagnol. Dès les premiers jours ,
la Néris apperçut dans les hommes de
cette ifle peu d'eſtime pour les femmes ,
&encore moins de complaiſance . DèsFEVRIER.
1764. 43
lors , elle rallentit fes recherches , & s'épargna
, en effet , une peine inutile.
Alcindor augura mieux de celles qu'il
alloit prendre. Il remarqua dans le Beau-
Séxe Anglois un germe de tendreffe qui
faifoit comme partie de ſon exiſtence.
*Quel dommage , diſoit- il , qu'un naturel
fi heureux foit négligé par ceux qui ſont
le plus intéreſſés àle faire valoir ! Il voulut
, cependant , voir par lui - même ,
c'est-à- dire , voir juſqu'à un certain
point , le parti qu'on pouvoit tirer de ces
favorables diſpoſitions. Auparavant il lui
tomba ſous la main unpapier public , où
il lut ces propres paroles : >> Depuis l'or-
>> dinaire dernier ( c'est-à-dire depuis
>> trois jours ) on n'a retiré que fix jeu-
>> nes perſonnes du Lac de Roſémonde.
>> Il faut croire que les amours ont été
>> moins vifs , ou plus heureuxqu'à l'or-
>>> dinaire durantcetintervalle: ily a bien
>> eu auſſi quelques galans poignardés
>>par leurs Belles , qu'ils avoient quit-
>> tées : mais , pour cette fois , cela ne
>> fait pas nombre. C'eſt pourquoi nous
>>ne les déſignerons qu'avec ceux de la
>> feuille prochaine. »
Le Péris ajouta peu de foi à cet article.
Il jugea que , depuis le rétabliffement
de la paix ,le Gazetier en étoit
44 MERCURE DE FRANCE.
réduit à compoſer des fables périodiques,
& il réſolut de n'en croire que fa propre
expérience. L'occaſion s'en préſenta
d'abord comme d'elle-même. Une jeune
veuve qui avoit le regard tendre &
doux , lui parut très- propre à démentir
le Gazetier ſatyrique. Il s'attacha à lui
plaire , y réuffit & parvint même à la
fixer entiérement. Il vit enfin combien
le coeur des femmes de cette contrée
eſt actif : mais ce coeur éxige qu'on le
ſuive ; il défend , ſurtout , de rétrograder.
Alcindor , qui ne vouloit pas aller
trop loin , ralentit ſubitement ſa marche
,& bientôt même parut diſpoſé à
faire retraite. Ce fut alors qu'il eut lieu
de juger qu'une gazette n'eſt pas tou
jours fauſſe. La jeune veuve n'épargna
rien pour prévenir ſon inconſtance. Elle
pria , ſupplia , gémit ; & lorſqu'elle vit
que tout étoit fuperflu , elle fit fuccéder
les menaces aux gémiſſemens , la
fureur aux menaces : en un mot le poignard
fut levé. On préſume bien d'avance
que ce fut en vain : mais la veuve
n'en devint que plus furieuſe. Elle fortit,
réſolue de ſe punir elle-même de ſa cré--
dulité. Elle alloit fournir un article à la
Gazette prochaine : déja même elle s'é
toit élancée à l'endroit le plus profond
FEVRIER . 1764 . 45
du lac. Le Péris , qui avoit pris une autre
forme pour la ſuivre, la ſecourut à temps,
la conſola de ſon mieux,& fi bien qu'elle
eut de la joie d'avoir pour libérateur un
homme ſi propre à faire oublier les torts
de ſes pareils. Alcindor ſe garda bien de
la détromper. Il ſe rendit auprès de Zélinde
, pourdécider avec elle ſi leur miffion
n'étoit pas réellement terminée. Ils
avoient parcouru toute la terre , excepté
-la France ; & la France leur ſembloitafſez
inutile à parcourir. Tout confidéré
cependant , ils s'y déterminèrent ; moins
dans l'eſpérance de trouver là ce qu'ils
cherchoient , que pour éviter le reproche
de ne l'avoir pas éxactement cherché.
Arrivés dans la Capitale , ils s'y annoncerent
pour Anglois. Ils en avoient
pris l'extérieur , & en affectoient le langage.
Cet expédient leur eût mal réuſſi
un fiécle plutôt ; mais depuis peu tout
avoit bien changé de face. La mode
régnante à Paris étoit d'admirer les
Anglois en tout& partout. On les applaudiſſoit
ſur la Scène , on les fêtoit
dans les cercles , on les copioit dans les
Livres , on ſacrifioit nos héroïnes à
leur héros .... D'après ces diſpoſitions
le couple voyageur ne pouvoit manquer
d'être bien accueilli. Il le fut mieux
46 MERCURE DE FRANCE.
encore qu'il n'avoit ofé le prévoir. Zélinde
qui à la beauté des plus belles Angloiſes
affectoit de joindre leur air tant
ſoit peu gauche , trouva une foule d'Elégans
qui tous aſpiroient à la former.
Leur perfifflage ne lui parut pas dangereux
; mais il l'amuſoit. Elle mit fur
le chapitre de la conſtance un Petit-
Maître des plus à la mode. Il en parla en
homme qui la pratique peu , & qui
l'eſtime encore moins. La conſtance en
amour , diſoit- il , n'est bonne qu'a fournir
vingt volumes à unRomancier. C'eſt
une vertu qui de tous ſes héros fait autant
de vitimes : & d'ailleurs , un amant
fidéle eſt un être ſi infipide , ſi incommode
! Il n'en eſt pas moins vrai ,
Madame , pourſuivit le François , que
vous m'allez contraindre d'imiter ce que
je blâme dans autrui : mais daignez me
pardonner d'avance l'ennui queje vais
vous caufer. On n'a point avec vous la
liberté du choix .
....
C'étoit-là le ton qu'en général on prenoit
avec Zélinde. Elleen conclut qu'en
France l'amour n'étoit point misau rang
des affaires férieuſes. Alcindor lui-même
tiroit des conféquences toutes ſemblables
dece qu'ilvoyoit. L'extrême liberté dont
jouiffoient les femmes , l'usage qu'elles
FEVRIER. 1764. 47
en faifoient , le peu de penchant qu'ont
leurs maris , ou leurs amans à la jaloufie ,
le ridicule attaché à ce foible ; en un
mot, ce qu'on nomme en France le ton
delabonne compagnie : tout cela diftinguoit
, felon lui , cette Nation d'avec
toutes les autres .
Il parut s'attacher à une jeune Marquiſe
, devenue veuve , & par cette raiſon
encore plus libre qu'étant mariée :
ce qui fignifie beaucoup. Sa maiſon
étoit fréquentée par une foule de jeunes
gens du bon ton , qui tous s'affichoient
pour rivaux , & n'en étoient pas moins
bons amis. Les politeſſes qu'Alcindor en
reçut lui- même l'étonnèrent Il s'en expliqua
ingenuement avec l'un d'entr'eux.
Voici la réponſe que lui fit lejeune François.
Nos aïeux avoient la manie d'adorer
leurs Dames , de n'ofer le leur dire ,
&de s'égorger entr'eux pour les en informer.
Nous ſuivons un tout autre
uſage. Nous débutons par un je vous
aime ; nous aimons beaucoup moins
que nos aïeux , & chacun de nous croit
être aimé. Dès-lors plus de jaloufie. Nous
n'enviſageons un rival que comme le
témoinde notre triomphe actuel , ou futur.
C'eſt une victime que nous plaignons
fincèrement , loin de la hair ; &
48 MERCURE DE FRANCE.
d'ailleurs , ce pays eſt ſi fertile en refſources
! Les femmes ſont devenues ſi raiſonnables
! Elles ſe prêtent ſi volontiers
ànos arrangemens ! ... Oh parbleu ! il
faudroit être bien gauche pour ſe trouvet
au dépourvu ; & chez les Spartiates , où
les fonds étoient en commun , y eut-il
jamais de diſputes d'intérêts ?
Le Péris ne trouva pas ce diſcours des
plus ridicules. Peut- être , diſoit- il , aimet-
on moins ici qu'ailleurs ; mais l'amour
yprend une phyſionomie plus riante. La
confiance le guide , & ne l'abandonne
jamais. Un échec eſt prèſque toujours
fuivi d'un triomphe : un triomphe ne ſe
fait attendre qu'autant qu'il eſt néceſſaire.
L'Amour enfin eſt ici le Dieu de la concorde
, lui qui ſéme la diviſion chez tant
de Peuples , qui a caufé la ruine de tant
d'autres. Ah ! ſans doute , que Troye
éxiſteroit encorree , fi Ménélas eût été
François .
Il revit la jeune Marquiſe. Elle parut
flattée de ſes viſites ; mais elle en
recevoit une foule d'autres , & aucune
ne ſembloit lui déplaire. Le faux Anglois
en témoigna quelque inquiétude ,
ce qui divertit beaucoup lajeune Françoiſe.
Eh quoi , Monfieur , lui dit-elle ,
êtes-vous donc encore ſi peu au fait ?
Quelles
FEVRIER . 1764 . 49
Quelles que foient vos prétentions ,
ignorez-vous que la confiance eſt l'âme
de la Société ? Voyez le Monde , Monfieur
, & ces miféres- là vous paſſeront.
Elle-même voulut lui ſervir d'Introductrice.
Il admiroit l'aiſance avec laquelle
cette jeune veuve le préſentoit
dans différens cercles choifis . Ces cercles
étoient pour lui un autre genre de
Spectacle où les femmes jouoient toujours
les grands rôles , où les maris n'ofoient
paroître,ou ne paroiffoient qu'incognito.
La vivacité d'eſprit qui diftingue
les Françoiſes , la gaîté qui anime
leurs diſcours , les grâces qui accompagnent
toutes leurs actions , ſe diſputoient
le prix dans ces momens , &
furtout au milieu d'un élégant ſoupé.
Quel dommage diſoit Alcindor ,
que des objets ſi ſéduiſans ne ſe bornent
qu'à plaire ! choſe qui ne leur eſt
que trop facile. Grace à cette extrême
facilité elles dédaignent de garder
leurs conquêtes. Alexandre donnoit des
couronnes , persuadé qu'il lui étoit aifé
d'en conquérir d'autres. Telles font les
Françoiſes .
,
,
Il eut cependant lieu de juger que
l'amour conſtant n'étoit pas un phénomène
chez cette Nation. Mais cet amour
C
50 MERCURE DE FRANCE .
eſt ſi paiſible , fi peu éxigeant , ſi peu
jaloux , qu'ailleurs il paſſeroit pour indifférence.
Ah , s'il eſt ainſi , diſoit notre
voyageur , à coup für la jeuneMarquiſe
m'aime , & m'aime un peu plus
qu'à la Françoiſe . Il eſt bon d'obſerver
que fi le Péris avoit avoit le don de
prendre la même forme que les humains
, il n'avoit pas celui de lire dans
leur intérieur.
Il voulut donc que l'âme de la Marquiſe
ſe manifeſtât au dehors. C'étoit
pour lui un paſſetemps affez flatteur de
pouvoir d'un ſeul coup dérouter trente
Petits-Maîtres. Il plaignoit cependant
la belle Françoise , & redoutoit quelque
avanture ſemblable à celle de Londres.
Il est vrai ,diſoit- il, que ni le Mercure
de France , ni le nombre exceffif
de Journaux & de Gazettes qu'on y diftribue
, n'offrent nulle tracede pareilles
catastrophes.Mais, pourſuivoit Alcindor ,
il eſt toujours fâcheux de moleſter une
jolie femme.
Au milieu de ces réflexions , il reçoit
de la Marquiſe une lettre de reproches .
Elle s'y plaignoit ſpirituellement de fon
abfence , & même de ſa tiédeur. C'étoit
le confirmer dans l'opinion qu'il
avoit de ſa bonne fortune . Il retourne
FEVRIER . 1764. 5
auprès d'elle , expoſe des griefs , des
inquiétudes , veut éxiger des facrifices ,
en un mot , joue le rôle d'un Amant
Eſpagnol. Mais la ſcène devint affez comique
des deux parts. La jeune Marquiſe
le pria de s'épargner un ridicule.
un travers intolérable. Profitez mieux ,
lui dit-elle , des exemples que vous offre
ma Nation , la ſeule qui ſcache réduire
l'Amour à ce qu'il doit être,ou du moins
à ce qu'il doit paroître. Ce n'eſt pas
'qu'il ne briſe quelquefois les entraves
qu'on lui donne. Eh , où en ferionsnous
, pourſuivit-elle , fi malheureuſement
je vous aimois aſſez pour vous
croire!
Qu'entends-je ? s'écria le Péris étonné
, est- il bien vrai que vous ne me diftinguiez
pas del'éſſain frivole qui vous
entoureprèſque ſans ceſſe ? Pardonnezmoi
, Mylord , reprit la Marquiſe , je
vous diftingue ; j'ai voulu vous faire les
honneurs de ma Nation : mais tous ces
égards diſparoîtront s'il eſt jamais queftion
de vous aimer. L'étonnement d'Alcindor
augmentoit à chaque parole de
la jeune Françoiſe. Au moins , Madame
, pourſuivit-il , daignez faire votre
confident de celui qui aſpiroit à quelque
choſe de plus : daignez me faire
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
,
ce
connoître l'heureux Mortel que vous
me préférez. Dites qui vous a prévenu ,
reprit la Marquise ; quant au reſte
n'eſt point un myſtère. Un peu plus de
connoiffance de nos uſages vous eût d'abord
mis au fait. L'heureux Mortel dont
vous parlez eſt le même qui vous a introduit
chez moi , que vous avez vû y
& donner entrée à beaucoup d'autres , &
qui s'y montre plus rarement que vous
& eux. Telle eſt chez nous la conduite
ordinaire d'un Amant préféré : celle
d'un époux eft encore plus circonfpecte
. Il lui eſt permis d'aimer tacitement
ſa femme , & c'eſt tout: garre le ridicule
s'il ofe afficher la tendreſſe & l'affiduité
! En un mot , les chaînes de l'Amour
& de l'Hymen font devenues
pour nous fi légères , qu'une Françoife
peut ſe croire libre en les portant.
Après tout , diſoit Alcindor en luimême
, cette liberté a fon mérite ; les
deux ſéxes peuvent y trouver leur compte
: refte à ſçavoir fi la fatifaction eſt
générale. Toutes les nouvelles recherches
que fit Alcindor lui prouvérent
qu'elle l'étoit. Zélinde elle-même commençoit
à goûter cette manière de vivre
cette liberté qui tient le milieu
entre la licence & le bégueulisme. L'A-
و
FEVRIER. 1764. 53
mour est un enfant ,diſoit-elle au Péris
, il faut badiner avec lui ſi l'on veut
lui plaire , ou qu'il plaiſe.
Ce fut dans ces diſpoſitions qu'Alcindor
& Zélinde retournérent à leur féjour
habituel. Ils arrivent, ſe ſéparent ,
& aſſemblent , l'une ſes compagnes ,
l'autre ſes compagnons. Des deux
parts l'empreſſement est le même à les
entourer ; l'attention qu'on leur prête
eſt égale , & leur rapport tout ſemblable.
A l'inſtant on s'écrie chez les Péris
qu'il faut appeller des Françoiſes. Les
Néris parurent moins promptes à ſe décider
: elles vouloient qu'on délibérât
fur cette matière , au moins pour la
forme. Hélas ! mes chères compagnes ,
leur dit Zélinde , une délibération eſt
bien ſuperflue , quand la queſtion ſe
trouve jugée d'avance. Epargnons aux
Péris une démarche qui va nous en
coûter d'autres ; & d'ailleurs n'eſpérez
pas trouver les François plus refpectueux
que nos voiſins. Cette remontrance
produifit ſon effet : les deux partis
ſe rapprochérent : Alcindor & Zelinde
firent l'office de médiateurs , & leurs
foins furent fi éfficaces , on ſe trouva
fi bien de leurs avis , que la plus mo-
4.
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
defte des Néris grava en lettres d'or cette
maxime : Ceux qui ont beaucoup viê
font bons à confulter.
Fermer
1939
p. 69
VERS sur la mort de M. l'Abbé PRÉVOST.
Début :
DOUÉ de talens enchanteurs, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur la mort de M. l'Abbé PRÉVOST.
VERS sur la mort de M. l'Abbé
PRÉVOST.
DOUÉ de talens enchanteurs,
Prévost ne tarda point à briller dans le monde.
La France a produit peu d'Auteurs
Dont la plume élégante ait été ſi féconde.
Clio lui prêta ſon pinceau ;
L'Amour lui confia ſon carquois & ſes graces ,
Et la critique ſon flambeau.
Il éclaire , il inſtruit , il plaît & ſur ſes traces ,
Nous voyageons dans l'univers.
Acette perte,Anglois , vous donnerez des lar-
mes;
Il a , de vos écrits divers ,
A notre Nation exprimé tous les charmes.
Mais , s'il s'éclipſe dans les cieux ,
Il darde ſes rayons à travers les nuages ;
Et lorſqu'on l'a perdu des yeux ,
Son éclat immortel renaît dans ſesOuvrages.
Par M. l'Abbé H... à Hesdin.
PRÉVOST.
DOUÉ de talens enchanteurs,
Prévost ne tarda point à briller dans le monde.
La France a produit peu d'Auteurs
Dont la plume élégante ait été ſi féconde.
Clio lui prêta ſon pinceau ;
L'Amour lui confia ſon carquois & ſes graces ,
Et la critique ſon flambeau.
Il éclaire , il inſtruit , il plaît & ſur ſes traces ,
Nous voyageons dans l'univers.
Acette perte,Anglois , vous donnerez des lar-
mes;
Il a , de vos écrits divers ,
A notre Nation exprimé tous les charmes.
Mais , s'il s'éclipſe dans les cieux ,
Il darde ſes rayons à travers les nuages ;
Et lorſqu'on l'a perdu des yeux ,
Son éclat immortel renaît dans ſesOuvrages.
Par M. l'Abbé H... à Hesdin.
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1940
p. 72-73
AUTRE.
Début :
JE suis un tableau ténébreux, [...]
Mots clefs :
Énigme
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
UTRE.
Je ſuis un tableau ténébreux ,
Où ſans rufe & fans feinte ,
D'un objet à l'oeil curieux ,,
On préſente l'empreinte.
La vérité dans chaque trait
S'y peint d'après nature ;
Mais pour reconnoître l'objet ,
Il faut de la lecture .
Sonvent
FEVRIER . 1764 . 73
Souvent je ſuis barmonieux ,
Et je marche en cadence :
Mais j'en dis trop pour de bons yeux ,
Ainſi , Muſe .... Glence !
Par M. GEOFFROY , de Châtellerault.
Je ſuis un tableau ténébreux ,
Où ſans rufe & fans feinte ,
D'un objet à l'oeil curieux ,,
On préſente l'empreinte.
La vérité dans chaque trait
S'y peint d'après nature ;
Mais pour reconnoître l'objet ,
Il faut de la lecture .
Sonvent
FEVRIER . 1764 . 73
Souvent je ſuis barmonieux ,
Et je marche en cadence :
Mais j'en dis trop pour de bons yeux ,
Ainſi , Muſe .... Glence !
Par M. GEOFFROY , de Châtellerault.
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1941
p. 105-107
LES plaisirs d'un jour, ou la Journée d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles, 1764. On en trouve des Exemplaires à Paris chez L. G. de Hansy, Libraire, sur le Pont au Change, un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s. broché.
Début :
DORINE qui est à proprement parler l'héroïne de ce Roman, est une femme [...]
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texteReconnaissance textuelle : LES plaisirs d'un jour, ou la Journée d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles, 1764. On en trouve des Exemplaires à Paris chez L. G. de Hansy, Libraire, sur le Pont au Change, un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s. broché.
LES plaisirs d'un jour, ou la Journée
d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles,
1764. On en trouve des Exemplaires
à Paris chez L. G. de Hansy,
Libraire, sur le Pont au Change,
un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s.
broché.
DORINE qui est à proprement parler
l'héroïne de ce Roman, est une femme
qui après avoir éprouvé les dégoûts
d'un mariage conclu par raiſon d'inté-
rêt, ne trouve ſa liberté & fon bonheur
que dans la mort d'un époux dégoûtant
105 MERCURE DE FRANCE .
& cacochime. Les autres perſonnages
font un Abbé , une Prude , un Marquis,
une Julie, & un Président. L'Abbé qui
eſt le beau Parleur de cette Société, eft
un homme charmant qui paſſe une par
tie de ſa vie à recueillir les anecdotes
feandaleuſes , & l'autre partie à les va
conter. Auſi eſt-il la coqueluche des
cercles les mieux composés.
1
Le caractère odieux de la Prude à qui
Dorine est confiée , devient une leçon
pour les parens qui fe laiffant éblouir
par les dehors d'une fauſſe ſageſſe ,
mettentdans leurs maifonsdes perfon-
nes qui y apportent le trouble , & leur
confient indifcrettement ce qu'ils ont
de plus cher.
On voit dans le Marquis un cœur
tendre ,mais unhomme impatients,en-
treprenant ,qui met tout en usage, pour
fe rendre maître de Dorine , & pour
l'enlever à fon rival ; mais le véritable
amour de celui-ci fait échouer fon en-
trepriſe ; & la fauſſe Prude , qui par un
vil intérêt s'eſt prêtée à ſes vues , eft
enfin démaſquée. Les avantures de Julie
qui forment un épiſode, font intéref
fantes, & l'on eſt touché des événemens
qui traverſent ſa vie.
Le Bréfident fediftingue d'abordpar
/
FEVRIER. 1764.
107
ſamagnificence ; mais il figure pendant
peu de jours. Silvie ſa maîtreſſe ne pa-
roît pas plus longtemps que lui fur la
Scène. Après avoir parcouru dans ſa
jeuneſſe toutes les claſſes du libertinage,
en cédant aux caprices de la fortune ,
elledevientune femme décente lorſque
le Préſident l'a miſe en étatde ſe paffer
des fecours duPublic.
-
On trouve dans cet Ouvrage des mo-
ralités enveloppées de l'intérêt des évé-
nemens. Un Roman qui nedure que 9
àdix heures , & dont la lecture n'en
demande pas trois , eſt digne d'un ac-
cueil favorable.
d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles,
1764. On en trouve des Exemplaires
à Paris chez L. G. de Hansy,
Libraire, sur le Pont au Change,
un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s.
broché.
DORINE qui est à proprement parler
l'héroïne de ce Roman, est une femme
qui après avoir éprouvé les dégoûts
d'un mariage conclu par raiſon d'inté-
rêt, ne trouve ſa liberté & fon bonheur
que dans la mort d'un époux dégoûtant
105 MERCURE DE FRANCE .
& cacochime. Les autres perſonnages
font un Abbé , une Prude , un Marquis,
une Julie, & un Président. L'Abbé qui
eſt le beau Parleur de cette Société, eft
un homme charmant qui paſſe une par
tie de ſa vie à recueillir les anecdotes
feandaleuſes , & l'autre partie à les va
conter. Auſi eſt-il la coqueluche des
cercles les mieux composés.
1
Le caractère odieux de la Prude à qui
Dorine est confiée , devient une leçon
pour les parens qui fe laiffant éblouir
par les dehors d'une fauſſe ſageſſe ,
mettentdans leurs maifonsdes perfon-
nes qui y apportent le trouble , & leur
confient indifcrettement ce qu'ils ont
de plus cher.
On voit dans le Marquis un cœur
tendre ,mais unhomme impatients,en-
treprenant ,qui met tout en usage, pour
fe rendre maître de Dorine , & pour
l'enlever à fon rival ; mais le véritable
amour de celui-ci fait échouer fon en-
trepriſe ; & la fauſſe Prude , qui par un
vil intérêt s'eſt prêtée à ſes vues , eft
enfin démaſquée. Les avantures de Julie
qui forment un épiſode, font intéref
fantes, & l'on eſt touché des événemens
qui traverſent ſa vie.
Le Bréfident fediftingue d'abordpar
/
FEVRIER. 1764.
107
ſamagnificence ; mais il figure pendant
peu de jours. Silvie ſa maîtreſſe ne pa-
roît pas plus longtemps que lui fur la
Scène. Après avoir parcouru dans ſa
jeuneſſe toutes les claſſes du libertinage,
en cédant aux caprices de la fortune ,
elledevientune femme décente lorſque
le Préſident l'a miſe en étatde ſe paffer
des fecours duPublic.
-
On trouve dans cet Ouvrage des mo-
ralités enveloppées de l'intérêt des évé-
nemens. Un Roman qui nedure que 9
àdix heures , & dont la lecture n'en
demande pas trois , eſt digne d'un ac-
cueil favorable.
Fermer
1942
p. 107-111
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Début :
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis
les temps héroïques jusqu'à la réduction
de la Grece en Province Romaine.
Ouvrage dans lequel on voit les Guerres
les plus célebres de cette Nation,
son, esprit, ses moeurs, les grands
Hommes qu'elle porta dans son sein,
Législateurs, Capitaines, Philosophes,
Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ;
par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Evj
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a
été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur
nous apprend que ce qui l'a déterminé
à l'entreprendre , c'eſt qu'à préſent la
premièreUniverſité du Royaume eſt oc-
cupée plus que jamais des moyens capa-
bles de donner une nouvelle vigueur
auxEtudes ; qu'elle ſe propoſe d'étendre
les connoiſſances qui entrent dans PE-
ducation , & qu'elle veut mettre au rang
de ſes inſtructions les principales parties
de l'Hiſtoire , parmi lesquelles l'Hiſtoire
Grecque tiendra un des premiers rangs.
Pour ſuivre un ordre clair & précis
dans cette Hiſtoire , on l'a diviſée en qua-
tre âges. Le premier comprend l'origi-
ne des Grecs , les anciens Etats de la
Grece , c'est-à-dire , comment ſe for-
mèrent les Royaumes de Sycione , d'A-
thênes , de Sparte , &c. Les temps hé-
roïques font partie de cet âge. On ap-
pelle ainſi l'Expédition des Argonautes ,
les Danaïdes , les Travaux d'Hercule ,
le Siége de Troye , & autres anciens
FEVRIER. 1764.
109
événemens que les Poëtes ontaltérés,
par leurs Fables ,&fur lesquels eſt bâti
tout le ſyſtême de la Mythologie. Ce
même âge comprend auſſi l'Histoire du
Gouvernement de Lacédémone ſelon
les loix de Lycurgue, celui d'Athênes &
des Loixde Solon.
Le ſecond âge comprend les Guerres
des Grecs avec les Perſes. Ce font les
beaux jours de la Grèce. On y voit de
petites armées tenir tête à des armées in-
nombrables La Bataille de Marathon, le
Combatdes Thermopyles , celui d'Arte-
miſe , la Bataille de Salamine , celle de
Platée , celle de Mycalefont les princi-
paux traits de ce tableau , & les perfon-
nages ſont les hommes les plus célébres:
Miltiade , Themistocle , Aristide , Ci-
mon , Periclès , &c. L'Auteur a eu foin
detracer en racourci les principaux traits
qui caractériſent ces grands hommes.
Le troiſième âge embraſſe la Guerre
du Pélopponèſe , qui rendit les Lacédé-
moniens comme les arbitres de laGrèce.
Alcibiade , Lyfandre paroiſſent ſur la
fcène. On y voit l'état d'oppreffion où
furent réduits les Athéniens par la tyran-
nie des trente Tyrans; la délivrance
d'Athènes , par le courage de Trafybule.
L'Expédition du jeune Cyrus , la fa
ILO MERCURE DE FRANCE.
meuſe retraite des dix mille Grecs , b
condamnation de Socrate, les exploits
de Pelopidas & d'Epaminondas , temps
de la gloire de Thébes, lesBatailles de
Leuctres & de Mantinée ; les exploits de
Philippe , Roi de Macédoine , les effets
de l'éloquence de Démosthène contre
l'ambition de ce Prince ; les exploits de
Phocion; le règne d'Alexandre , & fes
victoires ſur les Perfes; la ſuite de ſes
conquêtes , ſa mort , ſon caractère.
On lit dans le quatrième âge ,le par-
tage de l'Empire d'Alexandre , & divers
événemens ſous le règnede ſes fuccef-
ſeurs ; la vie & les actions du célébre
Pyrrhus , Roi d'Epire , cellesde Philo-
pemen qu'on a appellé le dernier des
Grecs. La Grèce eſt miſe en liberté par
les Romains. Cette même Grèce eſt af
ſujetrie par ces mêmes Peuples qui envas
hiffoient tous les Empires.
Chaque âge eſt terminé par des ta-
bleauxen racourci des hommes célébres
dans les Sciences,
Philoſophes , Ora
teurs , Poëtes , Historiens , Artiſtes.
L'Auteur y ajointdes diſſertationshisto-
riques fur le Gouvernement des Grecs ,
dont il a fait une ſage diſtribution, ea
plaçant fous chaque age , tantorun obr
jende ce Gouvernement, tantot unau
FEVRIER 17641111
tre. Ainfi à la fin du premier age , on
voit tout cequi avoit pour objet la Re-
ligion des Grecs , à la fin du ſecond, la
Guerre & l'Education de la Jeuneſſe ; à
la, fin du troifiéme , les Jeux & les Com-
bats; & à la fin du quatrième , l'Histoire
despays qu'on appelloit la grandeGrèce,
qù l'on voit les artifices de Denys leTy-
ran , pour ſe rendre maître de Syracuſe ;
ſa folle paſſion pour la Poëfie ; le règne
deDenysle Jeune , les exploitsde Dion ,
la délivrance de Syracufe par Timoléon ,
&le Siége de cette même Ville par les
Romains, fous Marcellus ; le portrait
d'Archimede : le tout mêlé de réfléxions
utiles.
: Ainfi 'Histoire Grecque , qui tient
toute l'Antiquité , foit fabuleuſe , ſoit
hiſtorique , fi neceſſaire par conféquent
pour l'intelligence des Auteurs , fi c
riquſe par elle-même , peut être miſe en-
tre les mains des jeunes gens , & faire
même le ſujet d'une lecture agréable &
utile , pour toutes les perſonnes d'un age
mur , mais qui n'ont pas le temps de lire
une longue ſuite de volumes.
les temps héroïques jusqu'à la réduction
de la Grece en Province Romaine.
Ouvrage dans lequel on voit les Guerres
les plus célebres de cette Nation,
son, esprit, ses moeurs, les grands
Hommes qu'elle porta dans son sein,
Législateurs, Capitaines, Philosophes,
Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ;
par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Evj
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a
été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur
nous apprend que ce qui l'a déterminé
à l'entreprendre , c'eſt qu'à préſent la
premièreUniverſité du Royaume eſt oc-
cupée plus que jamais des moyens capa-
bles de donner une nouvelle vigueur
auxEtudes ; qu'elle ſe propoſe d'étendre
les connoiſſances qui entrent dans PE-
ducation , & qu'elle veut mettre au rang
de ſes inſtructions les principales parties
de l'Hiſtoire , parmi lesquelles l'Hiſtoire
Grecque tiendra un des premiers rangs.
Pour ſuivre un ordre clair & précis
dans cette Hiſtoire , on l'a diviſée en qua-
tre âges. Le premier comprend l'origi-
ne des Grecs , les anciens Etats de la
Grece , c'est-à-dire , comment ſe for-
mèrent les Royaumes de Sycione , d'A-
thênes , de Sparte , &c. Les temps hé-
roïques font partie de cet âge. On ap-
pelle ainſi l'Expédition des Argonautes ,
les Danaïdes , les Travaux d'Hercule ,
le Siége de Troye , & autres anciens
FEVRIER. 1764.
109
événemens que les Poëtes ontaltérés,
par leurs Fables ,&fur lesquels eſt bâti
tout le ſyſtême de la Mythologie. Ce
même âge comprend auſſi l'Histoire du
Gouvernement de Lacédémone ſelon
les loix de Lycurgue, celui d'Athênes &
des Loixde Solon.
Le ſecond âge comprend les Guerres
des Grecs avec les Perſes. Ce font les
beaux jours de la Grèce. On y voit de
petites armées tenir tête à des armées in-
nombrables La Bataille de Marathon, le
Combatdes Thermopyles , celui d'Arte-
miſe , la Bataille de Salamine , celle de
Platée , celle de Mycalefont les princi-
paux traits de ce tableau , & les perfon-
nages ſont les hommes les plus célébres:
Miltiade , Themistocle , Aristide , Ci-
mon , Periclès , &c. L'Auteur a eu foin
detracer en racourci les principaux traits
qui caractériſent ces grands hommes.
Le troiſième âge embraſſe la Guerre
du Pélopponèſe , qui rendit les Lacédé-
moniens comme les arbitres de laGrèce.
Alcibiade , Lyfandre paroiſſent ſur la
fcène. On y voit l'état d'oppreffion où
furent réduits les Athéniens par la tyran-
nie des trente Tyrans; la délivrance
d'Athènes , par le courage de Trafybule.
L'Expédition du jeune Cyrus , la fa
ILO MERCURE DE FRANCE.
meuſe retraite des dix mille Grecs , b
condamnation de Socrate, les exploits
de Pelopidas & d'Epaminondas , temps
de la gloire de Thébes, lesBatailles de
Leuctres & de Mantinée ; les exploits de
Philippe , Roi de Macédoine , les effets
de l'éloquence de Démosthène contre
l'ambition de ce Prince ; les exploits de
Phocion; le règne d'Alexandre , & fes
victoires ſur les Perfes; la ſuite de ſes
conquêtes , ſa mort , ſon caractère.
On lit dans le quatrième âge ,le par-
tage de l'Empire d'Alexandre , & divers
événemens ſous le règnede ſes fuccef-
ſeurs ; la vie & les actions du célébre
Pyrrhus , Roi d'Epire , cellesde Philo-
pemen qu'on a appellé le dernier des
Grecs. La Grèce eſt miſe en liberté par
les Romains. Cette même Grèce eſt af
ſujetrie par ces mêmes Peuples qui envas
hiffoient tous les Empires.
Chaque âge eſt terminé par des ta-
bleauxen racourci des hommes célébres
dans les Sciences,
Philoſophes , Ora
teurs , Poëtes , Historiens , Artiſtes.
L'Auteur y ajointdes diſſertationshisto-
riques fur le Gouvernement des Grecs ,
dont il a fait une ſage diſtribution, ea
plaçant fous chaque age , tantorun obr
jende ce Gouvernement, tantot unau
FEVRIER 17641111
tre. Ainfi à la fin du premier age , on
voit tout cequi avoit pour objet la Re-
ligion des Grecs , à la fin du ſecond, la
Guerre & l'Education de la Jeuneſſe ; à
la, fin du troifiéme , les Jeux & les Com-
bats; & à la fin du quatrième , l'Histoire
despays qu'on appelloit la grandeGrèce,
qù l'on voit les artifices de Denys leTy-
ran , pour ſe rendre maître de Syracuſe ;
ſa folle paſſion pour la Poëfie ; le règne
deDenysle Jeune , les exploitsde Dion ,
la délivrance de Syracufe par Timoléon ,
&le Siége de cette même Ville par les
Romains, fous Marcellus ; le portrait
d'Archimede : le tout mêlé de réfléxions
utiles.
: Ainfi 'Histoire Grecque , qui tient
toute l'Antiquité , foit fabuleuſe , ſoit
hiſtorique , fi neceſſaire par conféquent
pour l'intelligence des Auteurs , fi c
riquſe par elle-même , peut être miſe en-
tre les mains des jeunes gens , & faire
même le ſujet d'une lecture agréable &
utile , pour toutes les perſonnes d'un age
mur , mais qui n'ont pas le temps de lire
une longue ſuite de volumes.
Fermer
1942
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
1943
p. 114-124
DISCOURS prononcé dans l'Académie Françoise, le Jeudi 22 Décembre 1763, à la réception de M. MARMONTEL ; à Paris chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, au Palais, & rue basse des Ursins ; 1763, Feuille in-4 o .
Début :
LE Discours de M. Marmontel, élu pour occuper la place de M. de Bougainville, [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé dans l'Académie Françoise, le Jeudi 22 Décembre 1763, à la réception de M. MARMONTEL ; à Paris chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, au Palais, & rue basse des Ursins ; 1763, Feuille in-4 o .
DISCOURS prononcé dans l'Académie
Françoise, le Jeudi 22 Décembre
1763, à la réception de M. MARMONTEL ;
à Paris chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoise,
au Palais, & rue basse des Ursins ;
1763, Feuille in-4o.
LE Discours de M. Marmontel, élu
pour occuper la place de M. de Bougainville,
n'a pointdémenti l'idéeavan-
tageuſe qu'avoientdonnéde lui pluſieurs
de ſes Ouvrages en différens genres,
Nous ne citerons que quelques traits ;
le grand nombre de nouveautés que
nous avons encore à annoncer
chacune.
ne
nous permet pas de nous étendre fur
Après les marques extérieures de mo-
deftie, qui fontd'uſage en pareille oc-
cafion ,M. Marmontel fit l'élogede fon
prédéceſſeur. »Dans ſes écrits, comme
>>>dans ſes mœurs , dit-il , tout fut loua-
>>ble ,& rien n'annonçoit le vain defir
FEVRIER. 1764.
115
>>d'être loué. M. Marmontel étend cette
propofition en parcourant les écrits
& les principaux traits de la vie deM.
de Bougainville. Nous citerions ce mor-
ceau en entier , s'il ne falloit pas encore
revenir à M. de Bougainville à la fin
de cet extrait. Mais ce qui mérite fur-
toutd'être mis ſous les yeuxde nos Lec
teurs , c'eſt l'endroit où le nouveau Ré-
cipiendaire apprendaux GensduMonde
le reſpect qu'ils doivent aux Gens de
Lettres , & le rang que ces derniers
doivent occuper dans l'eſtime deshom
mes.>>> La Nature leura donné Pempire
>>de l'opinion ; leur voix eſt celle de la
>>Renommée &de toutle bruitqu'auront
>>fait dans leur temps les plus belles
» actions des mortels; la poſtérité n'en
>>tendraque le témoignage desGensde
>>Lettres , placés d'âge en âge comme
* autant d'échos qui retentiſſent dans
>> l'avenir. Ce n'eſt point en paflantde
>> bouche en bouche , que les faits , que
*les noms dignes de mémoire peuvent
>>échapper auxoutrages dela barbarie&
>>du temps. Ilfaut, pourles en garentir,
qu'unHiſtorien vrai les écrive , qu'un
>>>digneOrateurles célébre, qu'unPoëte
infpiréles chante,qu'un Philofophe les
> apprécie. Eux ſeuls ſe ſoutiennentpar
1
116 MERCURE DE FRANCE.
» eux-mêmes au-deſſus du vaſte abime
>> de l'oubli ; & rien n'yſurnage qu'avec
» eux & par eux......
" ... Oublions toutefois l'intérêt
» qu'ont eu les grands Hommes à pro-
>> téger les Lettres ,& n'en conſidérons
>>que le charme& l'attrait. Quelle jouif-
> ſance plus douce pour celui qui les
>> encourage , quededévelopperles ger-
» mes du génie ? La Nature a-t-elle des
>>>productions plus rares ?Est-il un ſpec-
>>tacle plus digne d'une âme élevée Se
>> ſenſible , que de voir la Poëfie ani-
» mer ſes tableaux , l'Eloquence dé-
>>>ployer ſes refforts , l'Histoire percer
>> la nuit des temps , la Philoſophie le-
>ver le voille de la Nature , de nou-
>> velles générations d'idées éclore du
>ſein d'un petit nombre d'hommes ,
» & ſe répandre dans tous les eſprits ?
» Les Lettres ſous ce point de vue peu-
>>>vent-elles ne pas attacher les regards
>>des Rois , des Héros & des Sages ?
>>Mais c'eſt à ceux mêmes qui cul-
>> tiventles Lettres, que le commerce en
» eſt précieux. Que ne puis-je en ex-
>> primer l'avantage commeje le ſens !
» Que ne puis-je avec tous les vrais
» Citoyens de la République Littéraire,
>> voir ce qu'ils ont tant ſouhaité,les
1
FEVRIER. 1764.
117
>> talens unis & d'intelligence ! Non ,
>> cen'eſt pointun vœu chimérique. L'a-
» mitié , ce liendes cœurs , eſt des dons
» du Ciel le plus rare : il l'eſt parmi les
>>Gens de Lettres , comme il l'eſt dans
>> teus les états. Mais le commerce , l'ac-
>> cord des eſprits , ce goûtmutuel qui
>>les attire , ce beſoin de ſe communi-
» quer , ce plaifir délicat qu'ils éprou-
>>ventàs'éclairer ,à s'animer l'un l'autre,
» certe union , dis-je , a fait dans tous
>>>les temps le bonheur & la gloire des
>> Lettres. Le fiécle paffé la vit régner
» parmi ſes Ecrivains les plus célébres.
» Elle eſt la même & plus paiſible
>> encore , entre les premiers talens de
» nos jours........
..... Je ne parle point du goûtque
>>leur commerce épure , des fineſſes
>>de l'art qu'il décéle , des replis de la
» Nature qu'il développe , des traits dé-
>> licats qu'il y fait faifir ; je me borne
>>au courage , àl'émulation qu'il inſpire,
» à l'éſſor qu'il fait prendre aux idées,
»à l'enthouſiaſme qu'il donne auxta-
» lens ; le dirai-je ? à cette eſpéce d'é-
>> lectricité que les eſprits ſe commu-
>>niquent , fitôt que l'intérêt de l'art
» vient les animer & les mettre en ac-
» tion.
:
118 MERCURE DE FRANCE.
" Voyez l'Homme de Lettres dans
>>>ſa folitude ; épuisé de fatigue & de
>>veilles, plein d'inquiétude & d'allar-
> mes , ayant fans ceffe devant les yeux
>> un Publicdifficile & ſévère , décou-
> ragé , tantôtpar les difficultésde l'art,
>tantôtpar les variations du goût : une
" ombre l'éffraye; ilſecraint lui-même :
>>>s'il lui vient une lueur d'eſpoir , c'eſt
>un trait de préſomption; il fe défie
»de ſa confiance. Livré à lui-même
,
>> il ne ſent pas fes forces: il n'ofera
>>jamais tout ce qu'il peut. Qui levera
>>lefoibleobſtacle qui l'arrête au milieu
"de ſa courſe ? Qui le ramenera dans
» la voie , d'où peut-être il n'eſt éloi-
>> gné que d'un pas au moment qu'il
> fe croit égaré ? Sera-ce celui qui s'a-
>muſe des Lettres ? Non , mais celui
>> qui s'en occupe. Le monde eſt pour
>>unEcrivain une écoledebienfeance,
*dedélicateſſe , de politeſſe & d'agré-
> ment ; mais pour les coups de lu-
>>mière& de force , les grandes vues ,
les hardis deſſeins , il doit confulter
> ſes pareils. Il les confulte; il eſtrani-
» mé. L'eſpoir renaît , les craintes ſe
>>>diffipent , les difficultés s'applaniſſent.
Ce n'est point une critique froide ,
>> minucieuſe , ſtérile , qui préſide à leur
» éxamen ; c'eſt une critique ſévère ,
1
FEVRIER. 1764.
119
maislumineuse & féconde en reffour-
>>ces : c'eſt peu d'éclairer , elle inſpire ;
»& quel eſt l'Homme de Lettres , Mel-
• ſieurs , qui n'est pas redevable d'une
• partie de fa gloire à de telles infpi-
>>>rations ? Combien de traits de génie
» ont attendu qu'une idée étrangère les
>>fit éclore; ſemblables à ſes feux ra-
» pides & brillans qu'une étincelle fait
> éclater ? Qui ſçait ce que Racine ,
>> Despréaux , Moliére & la Fontaine ſe
>>devoient réciproquement ?
>>Mais ce commerce ſi intéreſſantdu
» côtéde l'eſprit ,peut l'être encore plus
>>du côtéde l'âme;&j'oſe le dire àlagloi-
» re de mon fiécle , jamais des mœurs ſi
> pures n'onthonoré les Lettres ;jamais
» l'émulation des vertus n'a plus annobli
>>celle des talens ; jamais votre éxemple
» n'a étémieux ſuivi. Et quelle épreuve
» n'ai je pas faite de laſenſibilité,de l'élé-
>>vationd'amequ'un Hommede Lettres
>> eſt fur de trouver dans ceux de ſon
» état ? Qui ſçait mieux que moi avec
» quelle chaleur le fort y protége le foi-
>>ble ; combien leur eſtime eſt ſolide
و
>>leur bienveillance active , leur amitié
>> conſtante , & combien ce qui ſeroit
>> pénible & courageux pour des âmes
>>vulgaires , paroîtfimple &facileàces
> cœurs généreux ?
120 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ont lebonheur & l'honneur
devivre avec des Gens de Lettres , re-
connoiffent tous la vérité de ce tableau.
Au Diſcours éloquent & ingénieux
de M. Marmontel, a répondu M.Bignon,
en qualité de Directeur ; & ſa réponſe
eſt l'éloge de M. Bougainville,par lequel
nous avons promis de finircet Extrait.
>>Pour parvenir aux honneurs de la
>> Littérature , M. de Bougainville ne
>> fut recommandé que par ſes talens ;
>> il ne ſe préſenta à l'Académie des
" Belles- Lettres , qu'avec les prix qu'il
» avoit remportés : c'étoity entrer en
» triomphe.
» La Traduction de l'Anti- Lucrèce
» décida ſa réputation. La Préface ,
>> remplie de penſées auſſi ſolides que
» brillantes , honore le Poëme , & af-
>>ſocie le Traducteur à la gloirede l'Au-
» teur : interprète fidèle , mais fans ef-
» clavage , il a ſcu rendre dans notre
>>Langue , par d'heureux équivalens
>>>toutes les beautés d'une Langue
>> étrangère. Pour ménager la modeſtie
>>de la nôtre , ſi délicate ſur l'expref-
>>fion , avec qu'elle ingénieuſe adreſſe ,
» fans altérer le deſſein de l'Auteur , a-
>> t-il ſubſtitué la végétation des arbres
»& des plantes à tout ce que la liberé
>de
FEVRIER. 1764.
121
» de la Langue Latine avoit permis de
>> mettre fur la génération des ani-
»maux !
>> Secrétaire de l'Académie des Bel-
>> les-Lettres à un âge où l'on oſe à
» peine afpirer au titre d'Aſſocié , il en
>>a rempli les devoirs avec autant de
>>capacité que d'exactitude. Les Eloges
>>qu'il a faits deſes Confrères,forment
» en même temps le plus glorieux Pa-
>>négyrique de fon eſprit & de fon
cœur : c'eſt l'érudition , c'eſt la vertu
» qui ſe repréſentent elles- mêmes ſous
>>diverſesattitudes. Dans la partie hiſto-
>>rique desMémoires,il préſente lesidées
>>de ſes Confrères dans le pointde vue
>>le plus favorable , il y répand ſa
> chaleur & leur prête de nouvelles
>graces.
>> Il a fait plus encore pourM. Frerer
>>auquel il avoit fuccédé ; il a pour ainſi
» dire , prolongé ſes jours ; il l'a fait
>> vivre après ſa mort , en mettant la
>> dernière main à de ſavans Ouvrages
> que cet illuſtre ami n'avoit pas eu
>> le temps d'achever : c'étoit lui donner
>>une portion de ſa propre vie , préſent
>>d'autant plus généreuxqu'il ne pou-
>> voit ſe flatter qu'elle dût être d'une
>>longue durée. Un aſthme opiniâtre ,
F
122 MERCURE DE FRANCE .
>> contracté des ſa première jeuneſſe ,
>>interrompoit ſes études par de fré-
>>> quentes attaques , & l'obligea enfin
>> d'abandonner le poſte laborieux qu'il
>> occupoit dans l'Académie des Belles-
>>> Lettres. Notre Académie , qui en
>>> avoit fait l'acquifition quelques an-
>>> nées auparavant, gagna ce que l'autre
>> perdoit; il n'en montra que plus de
>>>zèle à ſe conſacrer à nos travaux
>> & n'en devint que plus affidu à nos
affemblées.
» Une ſanté ſi chancelante n'avoit
» pas affoibli les refforts de ſon eſprit.
>> Toujours ardent , toujours occupé de
>>projets littéraires , il ſe préparoit à
>>compofer une Hiſtoire de Hongrie :
>> il avoit raſſemblé dans ce deſſeinun
>> grand nombre de matériaux , & tout
>> ſon plan étoit déjà formé. Quel re-
>>gret pour nous de perdre avec lui
>>une Hiſtoire auſſi importante qu'elle
>> eſt peu connue , dans laquelle il au-
» roit développé tous ſes talens , cette
>>clarté méthodique qui lui étoit pro-
>> pre , cette abondance auſſi riche en
:
>>penſées qu'en expreffions , cette heu-
>>reuſe facilitéqui ſavoit flatter l'oreille ,
>>fans ceſſer de nourrir l'eſprit ! C'étoit
>>pour acquérir cette perfection de
F
FEVRIER. 1764.
123
» ſtyle , que ſans ſe livrer à la Poëfie ,
>> il l'avoit toujours cultivée. Franc &
> ouvert dans tous ſes procédés , il ne fit
»jamais dé ſecret que de ſes vers : c'eſt
» peut-être en cela ſeul qu'on peut dire
» qu'il n'étoit pas Poëte. Il ne les com-
>>muniquoit qu'à ſes amis particuliers :
>>c'eſt par eux que l'on a ſçu qu'il avoit
> compoſé une Tragédie intitulée la
» mort de Philippe , dont un morceau
>>qui a été ſçu , & qui fait partie de fon
» éloge , a mérité des applaudiſſemens ;
>>mais il reſpectoit le Public , & il ne
>>vouloit lui préſenter cette Pièce ,
» qu'après y avoir donné toute la per-
>>fection dont il s'étoit formé l'idée fur
>>les préceptes & les modèles des plus
>>grands Maîtres.
» Mais ſa plus noble occupation , &
>>celle qui lioit plus intimement ſes ſen-
>>timens avec les nôtres , c'étoit l'illuſtre
» emploi de compoſer l'Hiſtoire Métal-
>>lique de notre Auguſte Protecteur :
>>c'eſt-là qu'en expliquant les médailles
>>>qui repréſentent les événemens glo-
rieux de notre Monarque , il pouvoit
» employer ſans ceſſe de nouveaux tours
» & les expreſſions les plus vives pour
» peindre cet amour , ce zéle , cette
>>reconnoiſſance dont chacun de nous
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>> ici eft pénétré , &qui nous feroit am-
» bitionner le même emploi pour con-
> ſacrer nos ſentimens à la poſtérité la
>>plus reculée.
Françoise, le Jeudi 22 Décembre
1763, à la réception de M. MARMONTEL ;
à Paris chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoise,
au Palais, & rue basse des Ursins ;
1763, Feuille in-4o.
LE Discours de M. Marmontel, élu
pour occuper la place de M. de Bougainville,
n'a pointdémenti l'idéeavan-
tageuſe qu'avoientdonnéde lui pluſieurs
de ſes Ouvrages en différens genres,
Nous ne citerons que quelques traits ;
le grand nombre de nouveautés que
nous avons encore à annoncer
chacune.
ne
nous permet pas de nous étendre fur
Après les marques extérieures de mo-
deftie, qui fontd'uſage en pareille oc-
cafion ,M. Marmontel fit l'élogede fon
prédéceſſeur. »Dans ſes écrits, comme
>>>dans ſes mœurs , dit-il , tout fut loua-
>>ble ,& rien n'annonçoit le vain defir
FEVRIER. 1764.
115
>>d'être loué. M. Marmontel étend cette
propofition en parcourant les écrits
& les principaux traits de la vie deM.
de Bougainville. Nous citerions ce mor-
ceau en entier , s'il ne falloit pas encore
revenir à M. de Bougainville à la fin
de cet extrait. Mais ce qui mérite fur-
toutd'être mis ſous les yeuxde nos Lec
teurs , c'eſt l'endroit où le nouveau Ré-
cipiendaire apprendaux GensduMonde
le reſpect qu'ils doivent aux Gens de
Lettres , & le rang que ces derniers
doivent occuper dans l'eſtime deshom
mes.>>> La Nature leura donné Pempire
>>de l'opinion ; leur voix eſt celle de la
>>Renommée &de toutle bruitqu'auront
>>fait dans leur temps les plus belles
» actions des mortels; la poſtérité n'en
>>tendraque le témoignage desGensde
>>Lettres , placés d'âge en âge comme
* autant d'échos qui retentiſſent dans
>> l'avenir. Ce n'eſt point en paflantde
>> bouche en bouche , que les faits , que
*les noms dignes de mémoire peuvent
>>échapper auxoutrages dela barbarie&
>>du temps. Ilfaut, pourles en garentir,
qu'unHiſtorien vrai les écrive , qu'un
>>>digneOrateurles célébre, qu'unPoëte
infpiréles chante,qu'un Philofophe les
> apprécie. Eux ſeuls ſe ſoutiennentpar
1
116 MERCURE DE FRANCE.
» eux-mêmes au-deſſus du vaſte abime
>> de l'oubli ; & rien n'yſurnage qu'avec
» eux & par eux......
" ... Oublions toutefois l'intérêt
» qu'ont eu les grands Hommes à pro-
>> téger les Lettres ,& n'en conſidérons
>>que le charme& l'attrait. Quelle jouif-
> ſance plus douce pour celui qui les
>> encourage , quededévelopperles ger-
» mes du génie ? La Nature a-t-elle des
>>>productions plus rares ?Est-il un ſpec-
>>tacle plus digne d'une âme élevée Se
>> ſenſible , que de voir la Poëfie ani-
» mer ſes tableaux , l'Eloquence dé-
>>>ployer ſes refforts , l'Histoire percer
>> la nuit des temps , la Philoſophie le-
>ver le voille de la Nature , de nou-
>> velles générations d'idées éclore du
>ſein d'un petit nombre d'hommes ,
» & ſe répandre dans tous les eſprits ?
» Les Lettres ſous ce point de vue peu-
>>>vent-elles ne pas attacher les regards
>>des Rois , des Héros & des Sages ?
>>Mais c'eſt à ceux mêmes qui cul-
>> tiventles Lettres, que le commerce en
» eſt précieux. Que ne puis-je en ex-
>> primer l'avantage commeje le ſens !
» Que ne puis-je avec tous les vrais
» Citoyens de la République Littéraire,
>> voir ce qu'ils ont tant ſouhaité,les
1
FEVRIER. 1764.
117
>> talens unis & d'intelligence ! Non ,
>> cen'eſt pointun vœu chimérique. L'a-
» mitié , ce liendes cœurs , eſt des dons
» du Ciel le plus rare : il l'eſt parmi les
>>Gens de Lettres , comme il l'eſt dans
>> teus les états. Mais le commerce , l'ac-
>> cord des eſprits , ce goûtmutuel qui
>>les attire , ce beſoin de ſe communi-
» quer , ce plaifir délicat qu'ils éprou-
>>ventàs'éclairer ,à s'animer l'un l'autre,
» certe union , dis-je , a fait dans tous
>>>les temps le bonheur & la gloire des
>> Lettres. Le fiécle paffé la vit régner
» parmi ſes Ecrivains les plus célébres.
» Elle eſt la même & plus paiſible
>> encore , entre les premiers talens de
» nos jours........
..... Je ne parle point du goûtque
>>leur commerce épure , des fineſſes
>>de l'art qu'il décéle , des replis de la
» Nature qu'il développe , des traits dé-
>> licats qu'il y fait faifir ; je me borne
>>au courage , àl'émulation qu'il inſpire,
» à l'éſſor qu'il fait prendre aux idées,
»à l'enthouſiaſme qu'il donne auxta-
» lens ; le dirai-je ? à cette eſpéce d'é-
>> lectricité que les eſprits ſe commu-
>>niquent , fitôt que l'intérêt de l'art
» vient les animer & les mettre en ac-
» tion.
:
118 MERCURE DE FRANCE.
" Voyez l'Homme de Lettres dans
>>>ſa folitude ; épuisé de fatigue & de
>>veilles, plein d'inquiétude & d'allar-
> mes , ayant fans ceffe devant les yeux
>> un Publicdifficile & ſévère , décou-
> ragé , tantôtpar les difficultésde l'art,
>tantôtpar les variations du goût : une
" ombre l'éffraye; ilſecraint lui-même :
>>>s'il lui vient une lueur d'eſpoir , c'eſt
>un trait de préſomption; il fe défie
»de ſa confiance. Livré à lui-même
,
>> il ne ſent pas fes forces: il n'ofera
>>jamais tout ce qu'il peut. Qui levera
>>lefoibleobſtacle qui l'arrête au milieu
"de ſa courſe ? Qui le ramenera dans
» la voie , d'où peut-être il n'eſt éloi-
>> gné que d'un pas au moment qu'il
> fe croit égaré ? Sera-ce celui qui s'a-
>muſe des Lettres ? Non , mais celui
>> qui s'en occupe. Le monde eſt pour
>>unEcrivain une écoledebienfeance,
*dedélicateſſe , de politeſſe & d'agré-
> ment ; mais pour les coups de lu-
>>mière& de force , les grandes vues ,
les hardis deſſeins , il doit confulter
> ſes pareils. Il les confulte; il eſtrani-
» mé. L'eſpoir renaît , les craintes ſe
>>>diffipent , les difficultés s'applaniſſent.
Ce n'est point une critique froide ,
>> minucieuſe , ſtérile , qui préſide à leur
» éxamen ; c'eſt une critique ſévère ,
1
FEVRIER. 1764.
119
maislumineuse & féconde en reffour-
>>ces : c'eſt peu d'éclairer , elle inſpire ;
»& quel eſt l'Homme de Lettres , Mel-
• ſieurs , qui n'est pas redevable d'une
• partie de fa gloire à de telles infpi-
>>>rations ? Combien de traits de génie
» ont attendu qu'une idée étrangère les
>>fit éclore; ſemblables à ſes feux ra-
» pides & brillans qu'une étincelle fait
> éclater ? Qui ſçait ce que Racine ,
>> Despréaux , Moliére & la Fontaine ſe
>>devoient réciproquement ?
>>Mais ce commerce ſi intéreſſantdu
» côtéde l'eſprit ,peut l'être encore plus
>>du côtéde l'âme;&j'oſe le dire àlagloi-
» re de mon fiécle , jamais des mœurs ſi
> pures n'onthonoré les Lettres ;jamais
» l'émulation des vertus n'a plus annobli
>>celle des talens ; jamais votre éxemple
» n'a étémieux ſuivi. Et quelle épreuve
» n'ai je pas faite de laſenſibilité,de l'élé-
>>vationd'amequ'un Hommede Lettres
>> eſt fur de trouver dans ceux de ſon
» état ? Qui ſçait mieux que moi avec
» quelle chaleur le fort y protége le foi-
>>ble ; combien leur eſtime eſt ſolide
و
>>leur bienveillance active , leur amitié
>> conſtante , & combien ce qui ſeroit
>> pénible & courageux pour des âmes
>>vulgaires , paroîtfimple &facileàces
> cœurs généreux ?
120 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ont lebonheur & l'honneur
devivre avec des Gens de Lettres , re-
connoiffent tous la vérité de ce tableau.
Au Diſcours éloquent & ingénieux
de M. Marmontel, a répondu M.Bignon,
en qualité de Directeur ; & ſa réponſe
eſt l'éloge de M. Bougainville,par lequel
nous avons promis de finircet Extrait.
>>Pour parvenir aux honneurs de la
>> Littérature , M. de Bougainville ne
>> fut recommandé que par ſes talens ;
>> il ne ſe préſenta à l'Académie des
" Belles- Lettres , qu'avec les prix qu'il
» avoit remportés : c'étoity entrer en
» triomphe.
» La Traduction de l'Anti- Lucrèce
» décida ſa réputation. La Préface ,
>> remplie de penſées auſſi ſolides que
» brillantes , honore le Poëme , & af-
>>ſocie le Traducteur à la gloirede l'Au-
» teur : interprète fidèle , mais fans ef-
» clavage , il a ſcu rendre dans notre
>>Langue , par d'heureux équivalens
>>>toutes les beautés d'une Langue
>> étrangère. Pour ménager la modeſtie
>>de la nôtre , ſi délicate ſur l'expref-
>>fion , avec qu'elle ingénieuſe adreſſe ,
» fans altérer le deſſein de l'Auteur , a-
>> t-il ſubſtitué la végétation des arbres
»& des plantes à tout ce que la liberé
>de
FEVRIER. 1764.
121
» de la Langue Latine avoit permis de
>> mettre fur la génération des ani-
»maux !
>> Secrétaire de l'Académie des Bel-
>> les-Lettres à un âge où l'on oſe à
» peine afpirer au titre d'Aſſocié , il en
>>a rempli les devoirs avec autant de
>>capacité que d'exactitude. Les Eloges
>>qu'il a faits deſes Confrères,forment
» en même temps le plus glorieux Pa-
>>négyrique de fon eſprit & de fon
cœur : c'eſt l'érudition , c'eſt la vertu
» qui ſe repréſentent elles- mêmes ſous
>>diverſesattitudes. Dans la partie hiſto-
>>rique desMémoires,il préſente lesidées
>>de ſes Confrères dans le pointde vue
>>le plus favorable , il y répand ſa
> chaleur & leur prête de nouvelles
>graces.
>> Il a fait plus encore pourM. Frerer
>>auquel il avoit fuccédé ; il a pour ainſi
» dire , prolongé ſes jours ; il l'a fait
>> vivre après ſa mort , en mettant la
>> dernière main à de ſavans Ouvrages
> que cet illuſtre ami n'avoit pas eu
>> le temps d'achever : c'étoit lui donner
>>une portion de ſa propre vie , préſent
>>d'autant plus généreuxqu'il ne pou-
>> voit ſe flatter qu'elle dût être d'une
>>longue durée. Un aſthme opiniâtre ,
F
122 MERCURE DE FRANCE .
>> contracté des ſa première jeuneſſe ,
>>interrompoit ſes études par de fré-
>>> quentes attaques , & l'obligea enfin
>> d'abandonner le poſte laborieux qu'il
>> occupoit dans l'Académie des Belles-
>>> Lettres. Notre Académie , qui en
>>> avoit fait l'acquifition quelques an-
>>> nées auparavant, gagna ce que l'autre
>> perdoit; il n'en montra que plus de
>>>zèle à ſe conſacrer à nos travaux
>> & n'en devint que plus affidu à nos
affemblées.
» Une ſanté ſi chancelante n'avoit
» pas affoibli les refforts de ſon eſprit.
>> Toujours ardent , toujours occupé de
>>projets littéraires , il ſe préparoit à
>>compofer une Hiſtoire de Hongrie :
>> il avoit raſſemblé dans ce deſſeinun
>> grand nombre de matériaux , & tout
>> ſon plan étoit déjà formé. Quel re-
>>gret pour nous de perdre avec lui
>>une Hiſtoire auſſi importante qu'elle
>> eſt peu connue , dans laquelle il au-
» roit développé tous ſes talens , cette
>>clarté méthodique qui lui étoit pro-
>> pre , cette abondance auſſi riche en
:
>>penſées qu'en expreffions , cette heu-
>>reuſe facilitéqui ſavoit flatter l'oreille ,
>>fans ceſſer de nourrir l'eſprit ! C'étoit
>>pour acquérir cette perfection de
F
FEVRIER. 1764.
123
» ſtyle , que ſans ſe livrer à la Poëfie ,
>> il l'avoit toujours cultivée. Franc &
> ouvert dans tous ſes procédés , il ne fit
»jamais dé ſecret que de ſes vers : c'eſt
» peut-être en cela ſeul qu'on peut dire
» qu'il n'étoit pas Poëte. Il ne les com-
>>muniquoit qu'à ſes amis particuliers :
>>c'eſt par eux que l'on a ſçu qu'il avoit
> compoſé une Tragédie intitulée la
» mort de Philippe , dont un morceau
>>qui a été ſçu , & qui fait partie de fon
» éloge , a mérité des applaudiſſemens ;
>>mais il reſpectoit le Public , & il ne
>>vouloit lui préſenter cette Pièce ,
» qu'après y avoir donné toute la per-
>>fection dont il s'étoit formé l'idée fur
>>les préceptes & les modèles des plus
>>grands Maîtres.
» Mais ſa plus noble occupation , &
>>celle qui lioit plus intimement ſes ſen-
>>timens avec les nôtres , c'étoit l'illuſtre
» emploi de compoſer l'Hiſtoire Métal-
>>lique de notre Auguſte Protecteur :
>>c'eſt-là qu'en expliquant les médailles
>>>qui repréſentent les événemens glo-
rieux de notre Monarque , il pouvoit
» employer ſans ceſſe de nouveaux tours
» & les expreſſions les plus vives pour
» peindre cet amour , ce zéle , cette
>>reconnoiſſance dont chacun de nous
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>> ici eft pénétré , &qui nous feroit am-
» bitionner le même emploi pour con-
> ſacrer nos ſentimens à la poſtérité la
>>plus reculée.
Fermer
1944
p. 124-125
« NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...] »
Début :
NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...] »
NOUS avions promis de donner encore
plusieurs Extraits de Livres annoncés
dans les Mercures précédens ; tels
que l'ÉCOLE DE LITTERATURE , qui
ſe vend chez Brocas & Humblot , rue
S. Jacques , & Babuty , quai des Au-
guſtins. C'eſt àregret que nous différons
de faire connoître plus amplement un
Ouvrage qui peut être regardé comme
l'unique en ce genre. Mais la multitude
des Livres nouveaux nous oblige à en
remettre l'examen au mois prochain.
Nous parlerons en même temps des
Œuvres diverſes de M. l'Abbé Clément,
4
C. D. S. L. D. L; à Paris chezClaude
Hériſſant , rue neuve Notre-Dame , à
la Croix d'or , 1764 , avec approbation
& privilège du Roi ; brochure in-12 ,
prix , 30 fols.
DES Fables nouvelles diviſées en quatre
Livres; Traduction libre de l'Allemand,
de M. Lichtwehr ; à Strasbourg , chez
Jean-Godefroy Bauer , & se trouve à
Paris, chez Langlois , Libraire , rue de
La Harpe , près la rue Percée , à la
FEVRIER. 1764.
125
Couronne d'or; 1763. Vol. in-S°. petit
format.
DE l'Histoire de Jeanne Premiere ,
Reine de Naples , Comtesse de Piémont,
de Provence & de Forcalquier ; à la
Haye,&setrouve à Paris chez le Clers,
Libraire ,quai des Augustins , àla Toi-
fond'or , 1764.
:
&c , &c , & c.
plusieurs Extraits de Livres annoncés
dans les Mercures précédens ; tels
que l'ÉCOLE DE LITTERATURE , qui
ſe vend chez Brocas & Humblot , rue
S. Jacques , & Babuty , quai des Au-
guſtins. C'eſt àregret que nous différons
de faire connoître plus amplement un
Ouvrage qui peut être regardé comme
l'unique en ce genre. Mais la multitude
des Livres nouveaux nous oblige à en
remettre l'examen au mois prochain.
Nous parlerons en même temps des
Œuvres diverſes de M. l'Abbé Clément,
4
C. D. S. L. D. L; à Paris chezClaude
Hériſſant , rue neuve Notre-Dame , à
la Croix d'or , 1764 , avec approbation
& privilège du Roi ; brochure in-12 ,
prix , 30 fols.
DES Fables nouvelles diviſées en quatre
Livres; Traduction libre de l'Allemand,
de M. Lichtwehr ; à Strasbourg , chez
Jean-Godefroy Bauer , & se trouve à
Paris, chez Langlois , Libraire , rue de
La Harpe , près la rue Percée , à la
FEVRIER. 1764.
125
Couronne d'or; 1763. Vol. in-S°. petit
format.
DE l'Histoire de Jeanne Premiere ,
Reine de Naples , Comtesse de Piémont,
de Provence & de Forcalquier ; à la
Haye,&setrouve à Paris chez le Clers,
Libraire ,quai des Augustins , àla Toi-
fond'or , 1764.
:
&c , &c , & c.
Fermer
1945
p. 125-136
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
FABLES nouvelles divisées en six Livres, avec des Notes, & un Discours [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
Fermer
1946
p. 139-148
« INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...] »
Début :
INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...] »
INTRODUCTION à la lecture des Auteurs
Allemands, pour l'usage de l'Ecole
Royale Militaire ; ſervant de ſuite
aux nouveaux principes de la Langue
Allemande , publiés parM. Junker,Doc-
teur en Philofophie , Profeſſeur de la
Langue Allemande à l'Ecole Royale
Militaire , Membre ordinaire de l'Aca-
démie Royale Allemande de Gottingue.
AParis, chez Mufier, Fils , Libraire ,
quai des Auguſtins , au coin de la rue
pavée, à S. Etienne. Avec approbation
& privilège du Roi; 1763. Vol. in-12.
Avec le ſecours de ce Livre , on ap-
prendra aisément & en peu de temps,
la Langue Allemande: On y léve toutes
les difficultés qui arrêtent les commen-
cans; & avec la ſeule connoiſſance de
140 MERCURE DE FRANCE.
ladéclinaiſon &dela conjugaison , cet
Ouvrage menera fort loin ceux qui le
prendrontpourguide. L'Auteur a choiſi
pourtexte les Fables & Contes deGel-
lert, Auteur très-eſtimable par l'élé-
gance & la pureté de ſon ſtyle , ainfi
que par les grâces de ſon eſprit. Il a mis
au bas de chaque page des notes qui
facilitent le ſens littéral du Texte.
LES Révolutions de l'Univers repré-
ſentées en 30 Cartes géographiques
chacune de deux feuilles , avec des re-
marques & des obſervations fur chacu-
ned'elles : Ouvrage deſtiné à facilter la
lecture & l'étude de l'Histoire Générale.
Paris, 1763. in-fol. forme d'Atlas.
:
Cet Ouvrage fe débite chez le fieur
JulienGéographe , Cour de l'Hôtel de
Soubife. Il ſe vend 60 liv. en blanc ,
c'eſt àdire enluminé & non relié.
L'Auteur a faittirer un petit nombre
desRemarquesdans la forme in-12. On
en trouverades éxemplaires chez Cave-
lier, Libraire , rue Saint Jacques , au
Lys d'Or , chacun ſevend 36ſols bro-
ché.
Le fieur Monier , relieur , rue Saint
Jean de Beauvais , proche le paſſage
de Saint Jean de Latran , aſſemble &
FEVRIER. 1764.
141
relie ces Cartes d'une manière com-
mode& propre.
LES JEUX D'ENFANS , Poëme tiré
du Hollandois ; par M. Feutry , avec
cetteEpigraphe : Non meræ nuga ; à
la Haye ,& ſe trouve à Paris , chez
Durand , neveu , Libraire , rue S. Jac-:
ques, à la Sageſſe; 1764; très-petitebro-
chure in-16.
M. Feutry n'a pris que le titre& l'i-
dée générale d'une piéce qui ſe trouve
dans un Recueilde Poëſies Hollandoiſes
du célébre Carız. Quelques mots de ce
Poëme en feront connoître le ſujet.
»Attiré par le charme d'un beau jour ,
>une foule d'enfans aimables s'échap-
» pent de la triſte enceinte d'une Ville,
»& vient ſe répandre au loin ſurle ga-
>>zon fleuri. Là,ſemblables à de tendres
» agneaux , ces enfans bondiffent ; ils
>>ſe diſperſent par petites bandes que
>> forment naturellement leurs inclina-
>>>tions & leurs goûts ; & ils commen-
> cent bientôt leurs jeux différens. Ce
font ces jeux , tels que le Colin-mail-
lard, le Balon , le Cerf-volant , &c. &c.
que décrit M. Feutry. Chaque jeu eſt
accompagné d'une moralité qui rend
ceLivretauffi utile qu'agréable.
142 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE médicinal portatif,
contenant une méthode ſure pour con-
noître & guérir les maladies critiques &
chroniques , par des remédes ſimples &
proportionnés à la connoiſſance de tout
le monde ; & pluſieurs remédes parti-
culiers: on y a joint un Dictionnaire
abrégé des plantes uſuelles. Par M. ***
Docteur en Médecine ; à Paris , chez
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille Bou-
clerie ; 1763 ; avec approbation & pri-
vilége du Roi. Vol. in-12 de 600 pages.
Prix , 3 liv. relié.
Le titre de ce Livre en fait ſuffifa-
ment connoître l'objet & l'utilité , &
nous difpenfe d'entrer dans d'autres dé .
tails.
HISTOIRE de Dannemarck , par M.
Mallet ; à Genève , & ſe trouve à Paris
chez Robustel& Charpentier , Libraires,
quai des Auguſtins , 6 vol. in- 12.
Avant que nous entreprenions de
rendre un compte plus détaillé de cet
Ouvrage curieux , nous indiquerons ce
que contient chaque volume. Le pre-
mier est une introduction à l'Hiſtoire
du Dannemarck , où l'on traite de la re-
ligion , des loix , des mœurs &des ufa-
FEVRIER. 1764.
143
ges des anciens Danois. Cette partie
avoit déja été imprimée , & nous en
avions parlé dans quelques-uns de nos
Mercures. Il en eſt de même du ſecond
volume , qui contientles monumens de
laMythologie & de la Poëfie des anciens
Peuples du Nord. Le troiſième tome
commence à l'établiſſement de la Mo-
narchie Danoiſe , juſqu'à la mort de
Valdmar le Victorieux en 1241. Le
quatrième eſt depuis la mort de Vald-
mar, juſqu'à l'avénement de la Maiſon
d'Oldenbourg au Trône , en 1448. Le
cinquième , depuis cet avènement , juf-
qu'à la dépoſition de Chrétien II. Le
fixiéme s'étend depuis cette dépofition ,
juſqu'à la Paix de Stetin.
MÉMOIRES hiſtoriques , critiques , &
Anecdotes des Reines & Régentes de
France , avec ces Epigraphes : Copia
judiciumfæpe morata meum eft. Ovid.....
Nec in cunctis fervat fortuna tenorem.
Manil..... Utile quidfit , profpiciunt. Ju-
ven. Sat. 6 ; à Amſterdam , chez Néaul-
me , Libraire , & ſe trouvent, à Paris,
chez les mêmes Libraires que l'Ouvrage
précédent ; 1764 ; 7. vol. in-12.
Nous nous contenterons aujourd'hui
de cette fimple annonce ; l'Ouvrage eſt
144 MERCURE DE FRANCE.
de nature à fournir plus d'un Extrait :
nous pourrons donc y revenir pluſieurs
fois.
APPEL des Étrangers dansnos Co-
lonies; à Paris, chez Deſſainjunior,
Libraire , quai des Auguſtins ; 1763 ,
brochure in-12.
L'Auteur , qui ne ſe nomme point ,
nous apprend qu'il a déja donné au Pu-
blicun TraitéfurlerappeldesProteftans
en France ; & un autre Ouvrage relati-
vementà la Police ſur les Mendians , les
Vagabonds , les Filles proſtituées ,& les
gens fans aveu. L'objet qu'il ſe propoſe
eſt de rendre notre population plus
nombreuſe & plus robuſte , en chaf-
fant l'oiſiveté & le libertinage. Son
but aujourd'hui eſt de prouverla nécef-
fité où nous ſommesd'appeller dansnos
Colonies , & même parmi nous , dans
nos Provinces , autant de Peuplades
étrangèresque nous pourrons eny atti
rer de l'un & de l'autre ſéxe ; & de les
y inviter même par des établiſſemens
avantageux.
MÉMOIRES ſur les Manufactures de
Draps & autres étoffes de Laine ; à Pa-
ris , chez Saugrain le jeune , rue du
Hurepoix ,
FEVRIER. 1764.
145
Hurepoix, a la Fleur de Lys d'or, 1764 ,
brochure in-12.
CeLivreeftdiviſéendeuxparties.Dans
la première , l'Auteur parle des Laines
d'Eſpagne , & de la manière de les met-
treen œuvre: Dans la ſeconde, de celles
de France , & de la façon de les em-
ployer. Il commence par les plus petites
opérations de la Fabrique des Draps.
Il
prend les Laines immédiatement après
qu'elles fontcoupées; il continuejuſqu'à
la parfaite réduction de ces laines en
étoffes. Il joint des remarques fur cha-
que opération , ſoit pour les perfection-
ner , ſoit pour en corriger les défauts, &
il faitdes deſcriptions ſuccinctes des ma-
chines & inftrumens néceſſaires.
LES Intrigues hiſtoriques & galantes
du Serrail ,ſous le Règne del'Empereur
Selim; à la Haye , & se trouvent à
Paris, chez Duchefne , rue S. Jacques',
au Temple du Goût , 1764 , brochure
in-12 , en deux parties.
Cet agréable Roman eſt écrit avec
eſprit, & préſente des détails de mœurs
Turques & Françoiſes , qui ont beau-
coup de rapport avec ce qu'on trouve
dans le Conte de Soliman II.
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLE Traduction de divers
morceaux choiſis des Œuvres de Plutar
que ; par M. l'Abbé Lambert ; à Paris,
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764 , I vol, in- 12,
Les divers morceaux de Plutarque ,
traduits par M. l'Abbé Lambert , font un
Traité ſur l'Ame des Bêtes , l'Examen du
Syſtème d'Epicure , les Faits mémora-
bles des Dames illuſtres de l'ancienne
Gréce,les moyens de réprimer la colère ,
le Traité de l'Avarice, & un autreTraité
fur le Contentement de l'Eſprit.
L'OPTIQUE , ou le Chinois à Mem-
phis , Eſſais traduits de l'Egyptien ; à
Londres , chez Michel Rey , Libraire ;
1763 , deux parties in 12 , dont nous
ne tarderons pas de donner un Extrait.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chez Nyon , quai des Auguſtins , &
chez Knapen , au Palais.
TRAITÉ de Paix entre Descartes &
Newton; précédé des Vies littéraires de
ces deux Chefs de la Phyſique moderne ;
par le P. Aimé-Henri Pauliam , Profef-
ſeurde Phyſique au Colleged'Avignon,
de la Compagnie de Jeſus ; àAvignon ,
FEVRIER. 1764.
147
chez Girard , Imprimeur-Libraire , à la
Place S. Didier ; 1763 ; avec permiffion
des Supérieurs : trois volumes in-12.
Nous parlerons plus amplementde cet
Ouvrage.
L'ÉLEVE de la Nature; avec cette
Epigraphe : Meare de cælo ad terram , de
terra adfidera mundi. Lucrece , liv. 1 , à
Amsterdam , & ſe trouve à Par is chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comé-
die Françoiſe; 1764; 2parties , formant
un vol. in- 12.
L'Auteur ſe propoſe dans la première
partie de cette eſpèce de Roman , de
former un honnête homme , heureux
par lui-même ; & dans la ſeconde , de
rendre cet honnête homme encore plus
heureux , en en faiſant un bon citoyen.
HISTOIRE de la Réunion de la Bre-
tagne à la France, où l'on trouve des
Anecdotes fur la Princeſſe Anne, fille de
François II, dernier Duc de Bretagne ,
femme des Rois Charles VIII & Louis
XII; par l'Abbé Irail: avec cette Epi-
graphe : Connubiojungamftabili , pro-
priamque dicabo. Vig. Eneid. Lib. 1. à
Paris , chez P. E. Germ. Durandneveu,
ue S. Jacques , àla Sageſſe; 1764; avec
(
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
approbation & permiffion , 2vol. in-12.
prix des deux volumes reliés en un, 21,
10 f. Nous enpromettons unExtrait.
Allemands, pour l'usage de l'Ecole
Royale Militaire ; ſervant de ſuite
aux nouveaux principes de la Langue
Allemande , publiés parM. Junker,Doc-
teur en Philofophie , Profeſſeur de la
Langue Allemande à l'Ecole Royale
Militaire , Membre ordinaire de l'Aca-
démie Royale Allemande de Gottingue.
AParis, chez Mufier, Fils , Libraire ,
quai des Auguſtins , au coin de la rue
pavée, à S. Etienne. Avec approbation
& privilège du Roi; 1763. Vol. in-12.
Avec le ſecours de ce Livre , on ap-
prendra aisément & en peu de temps,
la Langue Allemande: On y léve toutes
les difficultés qui arrêtent les commen-
cans; & avec la ſeule connoiſſance de
140 MERCURE DE FRANCE.
ladéclinaiſon &dela conjugaison , cet
Ouvrage menera fort loin ceux qui le
prendrontpourguide. L'Auteur a choiſi
pourtexte les Fables & Contes deGel-
lert, Auteur très-eſtimable par l'élé-
gance & la pureté de ſon ſtyle , ainfi
que par les grâces de ſon eſprit. Il a mis
au bas de chaque page des notes qui
facilitent le ſens littéral du Texte.
LES Révolutions de l'Univers repré-
ſentées en 30 Cartes géographiques
chacune de deux feuilles , avec des re-
marques & des obſervations fur chacu-
ned'elles : Ouvrage deſtiné à facilter la
lecture & l'étude de l'Histoire Générale.
Paris, 1763. in-fol. forme d'Atlas.
:
Cet Ouvrage fe débite chez le fieur
JulienGéographe , Cour de l'Hôtel de
Soubife. Il ſe vend 60 liv. en blanc ,
c'eſt àdire enluminé & non relié.
L'Auteur a faittirer un petit nombre
desRemarquesdans la forme in-12. On
en trouverades éxemplaires chez Cave-
lier, Libraire , rue Saint Jacques , au
Lys d'Or , chacun ſevend 36ſols bro-
ché.
Le fieur Monier , relieur , rue Saint
Jean de Beauvais , proche le paſſage
de Saint Jean de Latran , aſſemble &
FEVRIER. 1764.
141
relie ces Cartes d'une manière com-
mode& propre.
LES JEUX D'ENFANS , Poëme tiré
du Hollandois ; par M. Feutry , avec
cetteEpigraphe : Non meræ nuga ; à
la Haye ,& ſe trouve à Paris , chez
Durand , neveu , Libraire , rue S. Jac-:
ques, à la Sageſſe; 1764; très-petitebro-
chure in-16.
M. Feutry n'a pris que le titre& l'i-
dée générale d'une piéce qui ſe trouve
dans un Recueilde Poëſies Hollandoiſes
du célébre Carız. Quelques mots de ce
Poëme en feront connoître le ſujet.
»Attiré par le charme d'un beau jour ,
>une foule d'enfans aimables s'échap-
» pent de la triſte enceinte d'une Ville,
»& vient ſe répandre au loin ſurle ga-
>>zon fleuri. Là,ſemblables à de tendres
» agneaux , ces enfans bondiffent ; ils
>>ſe diſperſent par petites bandes que
>> forment naturellement leurs inclina-
>>>tions & leurs goûts ; & ils commen-
> cent bientôt leurs jeux différens. Ce
font ces jeux , tels que le Colin-mail-
lard, le Balon , le Cerf-volant , &c. &c.
que décrit M. Feutry. Chaque jeu eſt
accompagné d'une moralité qui rend
ceLivretauffi utile qu'agréable.
142 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE médicinal portatif,
contenant une méthode ſure pour con-
noître & guérir les maladies critiques &
chroniques , par des remédes ſimples &
proportionnés à la connoiſſance de tout
le monde ; & pluſieurs remédes parti-
culiers: on y a joint un Dictionnaire
abrégé des plantes uſuelles. Par M. ***
Docteur en Médecine ; à Paris , chez
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille Bou-
clerie ; 1763 ; avec approbation & pri-
vilége du Roi. Vol. in-12 de 600 pages.
Prix , 3 liv. relié.
Le titre de ce Livre en fait ſuffifa-
ment connoître l'objet & l'utilité , &
nous difpenfe d'entrer dans d'autres dé .
tails.
HISTOIRE de Dannemarck , par M.
Mallet ; à Genève , & ſe trouve à Paris
chez Robustel& Charpentier , Libraires,
quai des Auguſtins , 6 vol. in- 12.
Avant que nous entreprenions de
rendre un compte plus détaillé de cet
Ouvrage curieux , nous indiquerons ce
que contient chaque volume. Le pre-
mier est une introduction à l'Hiſtoire
du Dannemarck , où l'on traite de la re-
ligion , des loix , des mœurs &des ufa-
FEVRIER. 1764.
143
ges des anciens Danois. Cette partie
avoit déja été imprimée , & nous en
avions parlé dans quelques-uns de nos
Mercures. Il en eſt de même du ſecond
volume , qui contientles monumens de
laMythologie & de la Poëfie des anciens
Peuples du Nord. Le troiſième tome
commence à l'établiſſement de la Mo-
narchie Danoiſe , juſqu'à la mort de
Valdmar le Victorieux en 1241. Le
quatrième eſt depuis la mort de Vald-
mar, juſqu'à l'avénement de la Maiſon
d'Oldenbourg au Trône , en 1448. Le
cinquième , depuis cet avènement , juf-
qu'à la dépoſition de Chrétien II. Le
fixiéme s'étend depuis cette dépofition ,
juſqu'à la Paix de Stetin.
MÉMOIRES hiſtoriques , critiques , &
Anecdotes des Reines & Régentes de
France , avec ces Epigraphes : Copia
judiciumfæpe morata meum eft. Ovid.....
Nec in cunctis fervat fortuna tenorem.
Manil..... Utile quidfit , profpiciunt. Ju-
ven. Sat. 6 ; à Amſterdam , chez Néaul-
me , Libraire , & ſe trouvent, à Paris,
chez les mêmes Libraires que l'Ouvrage
précédent ; 1764 ; 7. vol. in-12.
Nous nous contenterons aujourd'hui
de cette fimple annonce ; l'Ouvrage eſt
144 MERCURE DE FRANCE.
de nature à fournir plus d'un Extrait :
nous pourrons donc y revenir pluſieurs
fois.
APPEL des Étrangers dansnos Co-
lonies; à Paris, chez Deſſainjunior,
Libraire , quai des Auguſtins ; 1763 ,
brochure in-12.
L'Auteur , qui ne ſe nomme point ,
nous apprend qu'il a déja donné au Pu-
blicun TraitéfurlerappeldesProteftans
en France ; & un autre Ouvrage relati-
vementà la Police ſur les Mendians , les
Vagabonds , les Filles proſtituées ,& les
gens fans aveu. L'objet qu'il ſe propoſe
eſt de rendre notre population plus
nombreuſe & plus robuſte , en chaf-
fant l'oiſiveté & le libertinage. Son
but aujourd'hui eſt de prouverla nécef-
fité où nous ſommesd'appeller dansnos
Colonies , & même parmi nous , dans
nos Provinces , autant de Peuplades
étrangèresque nous pourrons eny atti
rer de l'un & de l'autre ſéxe ; & de les
y inviter même par des établiſſemens
avantageux.
MÉMOIRES ſur les Manufactures de
Draps & autres étoffes de Laine ; à Pa-
ris , chez Saugrain le jeune , rue du
Hurepoix ,
FEVRIER. 1764.
145
Hurepoix, a la Fleur de Lys d'or, 1764 ,
brochure in-12.
CeLivreeftdiviſéendeuxparties.Dans
la première , l'Auteur parle des Laines
d'Eſpagne , & de la manière de les met-
treen œuvre: Dans la ſeconde, de celles
de France , & de la façon de les em-
ployer. Il commence par les plus petites
opérations de la Fabrique des Draps.
Il
prend les Laines immédiatement après
qu'elles fontcoupées; il continuejuſqu'à
la parfaite réduction de ces laines en
étoffes. Il joint des remarques fur cha-
que opération , ſoit pour les perfection-
ner , ſoit pour en corriger les défauts, &
il faitdes deſcriptions ſuccinctes des ma-
chines & inftrumens néceſſaires.
LES Intrigues hiſtoriques & galantes
du Serrail ,ſous le Règne del'Empereur
Selim; à la Haye , & se trouvent à
Paris, chez Duchefne , rue S. Jacques',
au Temple du Goût , 1764 , brochure
in-12 , en deux parties.
Cet agréable Roman eſt écrit avec
eſprit, & préſente des détails de mœurs
Turques & Françoiſes , qui ont beau-
coup de rapport avec ce qu'on trouve
dans le Conte de Soliman II.
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLE Traduction de divers
morceaux choiſis des Œuvres de Plutar
que ; par M. l'Abbé Lambert ; à Paris,
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764 , I vol, in- 12,
Les divers morceaux de Plutarque ,
traduits par M. l'Abbé Lambert , font un
Traité ſur l'Ame des Bêtes , l'Examen du
Syſtème d'Epicure , les Faits mémora-
bles des Dames illuſtres de l'ancienne
Gréce,les moyens de réprimer la colère ,
le Traité de l'Avarice, & un autreTraité
fur le Contentement de l'Eſprit.
L'OPTIQUE , ou le Chinois à Mem-
phis , Eſſais traduits de l'Egyptien ; à
Londres , chez Michel Rey , Libraire ;
1763 , deux parties in 12 , dont nous
ne tarderons pas de donner un Extrait.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chez Nyon , quai des Auguſtins , &
chez Knapen , au Palais.
TRAITÉ de Paix entre Descartes &
Newton; précédé des Vies littéraires de
ces deux Chefs de la Phyſique moderne ;
par le P. Aimé-Henri Pauliam , Profef-
ſeurde Phyſique au Colleged'Avignon,
de la Compagnie de Jeſus ; àAvignon ,
FEVRIER. 1764.
147
chez Girard , Imprimeur-Libraire , à la
Place S. Didier ; 1763 ; avec permiffion
des Supérieurs : trois volumes in-12.
Nous parlerons plus amplementde cet
Ouvrage.
L'ÉLEVE de la Nature; avec cette
Epigraphe : Meare de cælo ad terram , de
terra adfidera mundi. Lucrece , liv. 1 , à
Amsterdam , & ſe trouve à Par is chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comé-
die Françoiſe; 1764; 2parties , formant
un vol. in- 12.
L'Auteur ſe propoſe dans la première
partie de cette eſpèce de Roman , de
former un honnête homme , heureux
par lui-même ; & dans la ſeconde , de
rendre cet honnête homme encore plus
heureux , en en faiſant un bon citoyen.
HISTOIRE de la Réunion de la Bre-
tagne à la France, où l'on trouve des
Anecdotes fur la Princeſſe Anne, fille de
François II, dernier Duc de Bretagne ,
femme des Rois Charles VIII & Louis
XII; par l'Abbé Irail: avec cette Epi-
graphe : Connubiojungamftabili , pro-
priamque dicabo. Vig. Eneid. Lib. 1. à
Paris , chez P. E. Germ. Durandneveu,
ue S. Jacques , àla Sageſſe; 1764; avec
(
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
approbation & permiffion , 2vol. in-12.
prix des deux volumes reliés en un, 21,
10 f. Nous enpromettons unExtrait.
Fermer
1947
p. 169-173
ORDONNÉS par M. le Duc de FLEURY, Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI, en Exercice ; & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus-Plaisirs de Sa Majesté. M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
Début :
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens Italiens représenterent les Amours [...]
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texteReconnaissance textuelle : ORDONNÉS par M. le Duc de FLEURY, Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI, en Exercice ; & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus-Plaisirs de Sa Majesté. M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
ORDONNÉS par M. le Duc de
FLEURY, Pair de France, Premier
Gentilhomme de la Chambre du ROI,
en Exercice ; & conduits par M.
PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant
des Menus-Plaisirs de Sa
Majesté.
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de
S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens
Italiens représenterent les Amours
H
TO MERCURE DE FRANCE.
de Camille & d'Arlequin , Comédie Ita-
lienne en 3 Actes de M. GOLDONI,
Cette Piéce dont nous avons parlé plu-
fieurs fois , eut tout le ſuccès que doit
avoir un Ouvrage du vrai genre de la
Comédie dans une Cour éclairée , où le
bon goût n'a point encore été altéré par
les bizarreries de caprice qui féduiſent le
vulgaire. La ſeconde Piéce fut Baftien
& Bastienne , Parodie du Devin de
Village.
;
Le Jeudi 5 , les Comédiens François
repréſenterent Amasis , Tragédie de feu
M. DE LA GRANGE CHANCEL. ( de
1730. ) Elle fut ſuivie du Sicilien , Co-
médie de MOLIERE en un Acte en
Proſe de 1657. Dans la Tragédie , le
fieur LEKAIN joua le rôlede Séſoftris.
La Dille DUMESNIL, celuide Nitocris
&c. &c.
Le Mardi , 10 , par les Comédiens
François , le Chevalier à la mode , Co-
médie en 5 Actes en Proſe du feu fieur
DANCOURT. ( 1687.)
Le ſieur BELCOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le ſieur PREVILLE , celui de
Crifpin ; la Dlle PREVILLE , celui de
MdePatin; la Dlle DROUIN , celuide
la Baronne ; le rôle de Soubrette , par
la Dile LE KAIN , &c.
,
FEVRIER. 1764.
171
Pour feconde Piéce,l'Etédes Coquettes,
dumêmeAuteur, en unActe& en Profe.
(de 1690.) Dans laquelle le ſieur MOLÉ
jouoit le rôle de Clitandre , &c. &c.
Le lendemain , 11 , les Comédiens
Italiens repréſentérent les deux Chaffeurs
&la Laitière , Comédie en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , par M. ANSEAUME ,
précédé d'Arlequin & Scapin rivaux ,
Piéce Italienne en deux Ates.
Le 12 , les Comédiens François repré-
ſenterent Iphigénie , Tragédie de RA-
CINE. (de 1674.) Le ſieur BRIZARD
jouoit le rôle d'Agamemnon ; le ſieur
MOLÉ , celui d'Achille ; la Dile CLAI-
RON , celui d'Eriphile ; la Dlle DUMES-
NIL ,
Clitemnestre ; la Dlle Huss ,
Iphigénie , &c.
Pour ſeconde Piéce , le Tuteur , Co-
médie en un Acte & en Proſe du feu
fieur DANCOURT. (de 1695. )
Le Mardi 17 , les mêmes Comédiens
repréſenterent Démocrite, Comédie en
5Actes & en vers,de feu M. REGNARD.
(de 1700.)
Le ſieur BONNEVAL jouoit Démo-
crite; le fieur MOLÉ , Agelas ; le ſieur
ARMAND , Strabon ; le ſieur PAULIN,
lePaysan ; la Dlle PREVILLE , Ifmène;
laDileDOLIGNI , Criféïs; laDile BEL
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COUR , la ſuivante d'Ifmène , &c.
Pour ſeconde Piéce l'Ufurier Gentil-
homme , comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur LE GRAND. ( de 1713. )
Prèſque les mêmes Acteurs & Actrices
de la première Piéce étoient employés
dans celle ci. Le ſieur AUGER jouoit
Frontin ; & la Dile DROUIN , Mde
Mananville.
Le Mercredi , 18 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra , ſçavoir , pour la ſeconde
fois , l'Acte du Feu , troiſiéme Entrée
des Elémens , tel qu'il avoit été éxécuté
lemois précédent, ( * ) enſuite la Danse,
troifiéme Entrée du Ballet des Talens
lyriques , Poëme d'un Anonyme , Mu-
fique de M. RAMEAU,
Le Sr JÉLIOTE chantoit le rôle de
Mercure traveſtie en Berger. La Dlle
LANI chantoit & danſoit celui d'Eglé ,
le Sr LARRIVÉE le rôle d'Eurilas , Ber-
ger. La Dile LARRIVÉE chantoit une
Bergère. La Dlle ALLARD danſoit les
entrées de Terpsicore, le Sr CAMPIONI
danſoit à la tête des Faunes.
Le Sr BUREAU , repréſentant Pale-
mon , jouoit du hautbois fur le Théâtre,
Cet Acte , très-bien exécuté , & dont
leDivertiſſementavoit été agréablement
( *) Voyez le ſecond Vol. de Janvier.
FEVRIER. 1764.
173
diſpoſé , a fait le plus grand plaifir. La
Dile LANI , avec beaucoup de crainte ,
peu de voix , mais un ſon gracieux , plus
d'art& d'agrémens qu'on n'en exigeroit
d'une Danſeuſedansle chant , a rendu le
rôle d'Eglé avec ſuccèsdans cette partie :
dans celle de la Danſe , avec l'admira-
tion qu'elle ne ceſſe de mériter , & qui
ſe renouvelle chaque fois que l'on jouit
d'un talent unique , dont il eſt impoffi-
ble de donner une idée exacte aux Lec-
teurs qui ne l'ont pas vu.
Le Śr JÉLIOTTE chanta tout ce rôle ,
& la célébre Arriette qui le termine ,
L'objet qui règne dans mon âme , &c.
avec la même force , le même agrément
& les mêmes éclats dans la voix que le
Public a entendu lorſqu'on repréſen-
toit à Paris le Ballet charmant dont cet
Acte fait partie.
La Dile ALLARD a très-bien foutenu
par ſa danſe le caractère de Terpſycore ,
qu'elle repréſentoit. Plaire dans une en-
trée où le talentde la Dlle LANI eſt en
concurrence,eſt ſans doute le fuffrage le
plus flatteur qu'on puiſſe eſpérer en ce
genre.LesBallets étoientdeMM.LAVAL
père & fils , Maître des Ballets du Roi.
La fuite des Spectacles de la Cour au
Mercureprochain.
FLEURY, Pair de France, Premier
Gentilhomme de la Chambre du ROI,
en Exercice ; & conduits par M.
PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant
des Menus-Plaisirs de Sa
Majesté.
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de
S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens
Italiens représenterent les Amours
H
TO MERCURE DE FRANCE.
de Camille & d'Arlequin , Comédie Ita-
lienne en 3 Actes de M. GOLDONI,
Cette Piéce dont nous avons parlé plu-
fieurs fois , eut tout le ſuccès que doit
avoir un Ouvrage du vrai genre de la
Comédie dans une Cour éclairée , où le
bon goût n'a point encore été altéré par
les bizarreries de caprice qui féduiſent le
vulgaire. La ſeconde Piéce fut Baftien
& Bastienne , Parodie du Devin de
Village.
;
Le Jeudi 5 , les Comédiens François
repréſenterent Amasis , Tragédie de feu
M. DE LA GRANGE CHANCEL. ( de
1730. ) Elle fut ſuivie du Sicilien , Co-
médie de MOLIERE en un Acte en
Proſe de 1657. Dans la Tragédie , le
fieur LEKAIN joua le rôlede Séſoftris.
La Dille DUMESNIL, celuide Nitocris
&c. &c.
Le Mardi , 10 , par les Comédiens
François , le Chevalier à la mode , Co-
médie en 5 Actes en Proſe du feu fieur
DANCOURT. ( 1687.)
Le ſieur BELCOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le ſieur PREVILLE , celui de
Crifpin ; la Dlle PREVILLE , celui de
MdePatin; la Dlle DROUIN , celuide
la Baronne ; le rôle de Soubrette , par
la Dile LE KAIN , &c.
,
FEVRIER. 1764.
171
Pour feconde Piéce,l'Etédes Coquettes,
dumêmeAuteur, en unActe& en Profe.
(de 1690.) Dans laquelle le ſieur MOLÉ
jouoit le rôle de Clitandre , &c. &c.
Le lendemain , 11 , les Comédiens
Italiens repréſentérent les deux Chaffeurs
&la Laitière , Comédie en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , par M. ANSEAUME ,
précédé d'Arlequin & Scapin rivaux ,
Piéce Italienne en deux Ates.
Le 12 , les Comédiens François repré-
ſenterent Iphigénie , Tragédie de RA-
CINE. (de 1674.) Le ſieur BRIZARD
jouoit le rôle d'Agamemnon ; le ſieur
MOLÉ , celui d'Achille ; la Dile CLAI-
RON , celui d'Eriphile ; la Dlle DUMES-
NIL ,
Clitemnestre ; la Dlle Huss ,
Iphigénie , &c.
Pour ſeconde Piéce , le Tuteur , Co-
médie en un Acte & en Proſe du feu
fieur DANCOURT. (de 1695. )
Le Mardi 17 , les mêmes Comédiens
repréſenterent Démocrite, Comédie en
5Actes & en vers,de feu M. REGNARD.
(de 1700.)
Le ſieur BONNEVAL jouoit Démo-
crite; le fieur MOLÉ , Agelas ; le ſieur
ARMAND , Strabon ; le ſieur PAULIN,
lePaysan ; la Dlle PREVILLE , Ifmène;
laDileDOLIGNI , Criféïs; laDile BEL
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COUR , la ſuivante d'Ifmène , &c.
Pour ſeconde Piéce l'Ufurier Gentil-
homme , comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur LE GRAND. ( de 1713. )
Prèſque les mêmes Acteurs & Actrices
de la première Piéce étoient employés
dans celle ci. Le ſieur AUGER jouoit
Frontin ; & la Dile DROUIN , Mde
Mananville.
Le Mercredi , 18 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra , ſçavoir , pour la ſeconde
fois , l'Acte du Feu , troiſiéme Entrée
des Elémens , tel qu'il avoit été éxécuté
lemois précédent, ( * ) enſuite la Danse,
troifiéme Entrée du Ballet des Talens
lyriques , Poëme d'un Anonyme , Mu-
fique de M. RAMEAU,
Le Sr JÉLIOTE chantoit le rôle de
Mercure traveſtie en Berger. La Dlle
LANI chantoit & danſoit celui d'Eglé ,
le Sr LARRIVÉE le rôle d'Eurilas , Ber-
ger. La Dile LARRIVÉE chantoit une
Bergère. La Dlle ALLARD danſoit les
entrées de Terpsicore, le Sr CAMPIONI
danſoit à la tête des Faunes.
Le Sr BUREAU , repréſentant Pale-
mon , jouoit du hautbois fur le Théâtre,
Cet Acte , très-bien exécuté , & dont
leDivertiſſementavoit été agréablement
( *) Voyez le ſecond Vol. de Janvier.
FEVRIER. 1764.
173
diſpoſé , a fait le plus grand plaifir. La
Dile LANI , avec beaucoup de crainte ,
peu de voix , mais un ſon gracieux , plus
d'art& d'agrémens qu'on n'en exigeroit
d'une Danſeuſedansle chant , a rendu le
rôle d'Eglé avec ſuccèsdans cette partie :
dans celle de la Danſe , avec l'admira-
tion qu'elle ne ceſſe de mériter , & qui
ſe renouvelle chaque fois que l'on jouit
d'un talent unique , dont il eſt impoffi-
ble de donner une idée exacte aux Lec-
teurs qui ne l'ont pas vu.
Le Śr JÉLIOTTE chanta tout ce rôle ,
& la célébre Arriette qui le termine ,
L'objet qui règne dans mon âme , &c.
avec la même force , le même agrément
& les mêmes éclats dans la voix que le
Public a entendu lorſqu'on repréſen-
toit à Paris le Ballet charmant dont cet
Acte fait partie.
La Dile ALLARD a très-bien foutenu
par ſa danſe le caractère de Terpſycore ,
qu'elle repréſentoit. Plaire dans une en-
trée où le talentde la Dlle LANI eſt en
concurrence,eſt ſans doute le fuffrage le
plus flatteur qu'on puiſſe eſpérer en ce
genre.LesBallets étoientdeMM.LAVAL
père & fils , Maître des Ballets du Roi.
La fuite des Spectacles de la Cour au
Mercureprochain.
Fermer
1947
1948
p. 185-189
« L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
Début :
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...]
Mots clefs :
Théâtre, Opéra, Public, Voix, Rôle, Cour, Exécuter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
L'ACADÉMIE ROYALE DE
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
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1949
p. 198-199
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé le début dans le précédent Mercure [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé
le début dans le précédent Mercure
pour les rôles de Soubrette , l'a con-
tinué juſqu'à préſent dans différentes
Piéces.
Le 2 , on a repris les repréſentations de
Blanche & Guifcard, Tragédie nouvelle
de M. SAURIN , de l'Académie Fran-
çoiſe. Elle avoit été interrompue à la
troifiéme par le ſervice de la Cour à
Fontainebleau. Comme nous ne dou-
tons pas que cette Piéce ne ſoit im-
primée & que nous ne pourrions rap-
porter que de mémoire ,quelques détails
utiles à joindre à l'Analyſe de la Fable
& de la conduite, nous attendrons que
le Public ait la Piéce ſous les yeux , afin
que nos Lecteurs foient plus en état de
juger de la juſteſſede nos obſervations.
Le 30 du même mois on a donné la
premiere Repréſentation de l'Epreuve
indifcrette , Comédie en deux Actes &
en vers par M. BRET. Cette Piéce a été
applaudie. Elle paroît bien écrite , il
y a des ſcènes fort agréables & très-
bien jouées par M. MOLÉ , & par
M. PRÉVILLE. Quelques perſonnes
en avoient trouvé l'expoſition un peu
FEVRIER. 1764 .
199
trop forte pour l'étendue de l'action;
on a faitdes retranchemens avantageux.
Le Public a vû avec un plaifir très-vrai
& marquépar des applaudiſſemens ſon
Eléve,(Mlle DOLIGNI.)& ſa protégée,
chargée en premier d'un rôle convena-
ble à ſon âge & à ſes talens.
On rendra compte de cette nou-
veauté dans le prochain Mercure.
Le regret avec lequel nous avions an-
noncé la retraite de M. GRANDVAL ,
eſt garant du plaifir que nous avons à
publier fon retour au Théâtre. Il doit
jouer Lundi , 6du préſent mois de Fé-
vrier , dans le Misantrope. Nous inſtrui-
rons par la ſuite le Public du choix &
du genre des rôles dont ſera compoſé
l'emploi de cet Acteur à cette rentrée.
Il doit compter autant ſur la volonté
officieuſe du Public à ſon égard , quele
Public a lieu d'attendre toujours de ſes
talens de nouveaux plaiſirs & une nou-
velle fatisfaction.
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé
le début dans le précédent Mercure
pour les rôles de Soubrette , l'a con-
tinué juſqu'à préſent dans différentes
Piéces.
Le 2 , on a repris les repréſentations de
Blanche & Guifcard, Tragédie nouvelle
de M. SAURIN , de l'Académie Fran-
çoiſe. Elle avoit été interrompue à la
troifiéme par le ſervice de la Cour à
Fontainebleau. Comme nous ne dou-
tons pas que cette Piéce ne ſoit im-
primée & que nous ne pourrions rap-
porter que de mémoire ,quelques détails
utiles à joindre à l'Analyſe de la Fable
& de la conduite, nous attendrons que
le Public ait la Piéce ſous les yeux , afin
que nos Lecteurs foient plus en état de
juger de la juſteſſede nos obſervations.
Le 30 du même mois on a donné la
premiere Repréſentation de l'Epreuve
indifcrette , Comédie en deux Actes &
en vers par M. BRET. Cette Piéce a été
applaudie. Elle paroît bien écrite , il
y a des ſcènes fort agréables & très-
bien jouées par M. MOLÉ , & par
M. PRÉVILLE. Quelques perſonnes
en avoient trouvé l'expoſition un peu
FEVRIER. 1764 .
199
trop forte pour l'étendue de l'action;
on a faitdes retranchemens avantageux.
Le Public a vû avec un plaifir très-vrai
& marquépar des applaudiſſemens ſon
Eléve,(Mlle DOLIGNI.)& ſa protégée,
chargée en premier d'un rôle convena-
ble à ſon âge & à ſes talens.
On rendra compte de cette nou-
veauté dans le prochain Mercure.
Le regret avec lequel nous avions an-
noncé la retraite de M. GRANDVAL ,
eſt garant du plaifir que nous avons à
publier fon retour au Théâtre. Il doit
jouer Lundi , 6du préſent mois de Fé-
vrier , dans le Misantrope. Nous inſtrui-
rons par la ſuite le Public du choix &
du genre des rôles dont ſera compoſé
l'emploi de cet Acteur à cette rentrée.
Il doit compter autant ſur la volonté
officieuſe du Public à ſon égard , quele
Public a lieu d'attendre toujours de ſes
talens de nouveaux plaiſirs & une nou-
velle fatisfaction.
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1950
p. 199
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a continué les Représentations du Sorcier. Elles ont été interrompues par [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ON a continué les Représentations du
Sorcier. Elles ont été interrompues par
l'indiſpoſition de quelques Acteurs.
ON a continué les Représentations du
Sorcier. Elles ont été interrompues par
l'indiſpoſition de quelques Acteurs.
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