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1
p. 5-10
ODE sur la mort de M. RACINE. Dignum laude virum musa vetat mori, Caelo musa beat. Hor. Ode 8. l. 4.
Début :
QUEL cri funébre & formidable [...]
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texteReconnaissance textuelle : ODE sur la mort de M. RACINE. Dignum laude virum musa vetat mori, Caelo musa beat. Hor. Ode 8. l. 4.
ODE sur la mort de M. RACINE.
Dignum laude virum musa vetat mori,
Caelo musa beat.
Hor. Ode 8. l. 4.
QUEL cri funébre & formidable
Réveille mes fens alloupis ?
Quelle Déeffe inexorable
Vole fur l'Univers furpris?
Cruelle mort, Monſtre infléxible ,
Tu fais briller ta faulx terrible ,
Tout eft en proie à ta fureur ;
II. Vol.
A iij
6
MERCURE DE FRANCE.
Tout fuccombe fous ta puiffance ,
Le talent , le rang , la naiffance ,
Rien n'arrête ton bras vengeur.
Hélas ! dans quel temps déplorable
Le Ciel contre nous irrité
Frappe ce Mortel refpectable ,
Organe de la Vérité !
L'impiété fière & terrible
A fait gronder fa voix horrible
Son fouffle empoisonne les airs.
La Fureur pâle & dévorante
Suit cette Gorgone effrayante ;
Sa marche obfcurcit l'Univers,
O Vertu ta douceur aimable
Ne peut des farouches humains
Enchaîner le cœur indomptable
Ils bravent tes attraits divins.
L'Aftre brulant qui nous éclaire
N'ouvre plus fa vaſte carrière
Que far des Mortels furieux.
Il finit fa courfe féconde ,
Et ne voit dans le tour du monde
Que des monftres audacieux.
Etre immortel , être fublime ,
Que d'attentats ! que de forfaits !
La main facrilége du crime
/
JANVIER. 1764.
Ofe fur toi lancer les traits.
Dans leur ivreffe téméraire ,
Les hommes fur ton fanctuaire
Jettent de fuperbes regards.
Fais partir ta foudre brulante ,
Què ta colère étincelante
Les pourſuive de toutes parts.
Longtemps rempli d'un faint courage ,
Un héros à tes loix foumis
Confondit l'orgueil & la rage
De tes perfides ennemis.
A la vertu trifte & captive
Rendant la gloire primitive ,
Sa main vint effuyer fes pleurs.
Ainfi parmi les noirs orages
Le Soleil perçant les nuages ,
Bannit la crainte de nos cœurs.
Fils & rival d'un père illuftre,
Il foutint ce nom glorieux ,
Et le couvrit d'un nouveau luftre
Par les ouvrages précieux.
S'il prend en main la harpe fainte ,
Saifi d'une fublime crainte ,
Mon cœur à les tranſports divins ,
Croit entendre l'être invisible ,
Quand fur la montagne terrible
Il dictoit fes loix aux humains.
A iv
81 MERCURE DE FRANCE
La Religion triomphante
Par lui captive nos eſprits :
Sa beauté fublime & touchante
Dompte & foumet nos coeurs furpris
Par les routes impénétrables
De fes mystères redoutables,
Il conduit nos pas vers la foi.
Raifon fuperbe & téméraire ,
Connois le flambeau qui t'éclaire ,
Qu'il luife toujours devant toi.
*
Mais quand ta lyre enchantereffe
Retentit de les fons touchans ,
Quelle douceur ! quelle nobleffe !
Quel coloris ! quels traits brillans ! ....
Embraté du feu qui l'éclaire ,
Il entre dans le Sanctuaire ,
Séjour des fublimes tranfports..
Des Dieux du goût fuivant les traces
Inftruit & guidé par les grâces ,
Il produit les plus doux accords.
Peintre hardi , divin Racine !
A ces accords mélodieux,
Je reconnois ton origine
* Odesfur la Paix , fur l'harmonie . On peut voir
l'éloge admirable qu'en fait Rouffeau , dont l'ap-
probationfeule en ce genre feroit un titre d'honneur.
JANVIER. 1764.
Et le pur fang des demi - Dieux.
Nourri fur les bords du Permeffe
La Poëfie enchanterelle
Orna ton immortel génie
Venez , Déeffes immortelles ,
Parez de vos fleurs les plus belles
Et toi , vertu , vierge facrée ,
Confacre à jamais les travaux.
Peut feul de ton augufte trône :
C'est ainsi , Religion fainte ,
De la mort fubiffant l'atteinte ,.
Du fein de ces tombeaux funébres
Tu fais fortir leurs noms fameux
Qui dans le Temple de Mémoire
AV
912
Te prodigue fes traits vainqueurs.
L'aimable & brillante harmonie
De les preftiges féducteurs>>
Mères des arts & des talens ,
Le plus chéri de vos enfans.
Toi qu'il a toujours célébrée ,
Le vif éclat qui l'environne
Confondre les pâles rivaux.
Que tes fages adorateurs , .
De l'oubli bravent les horreur .
Qui couvrent les mortels célébres ,
Tu leur affures cette gloire
Place les héros vertueux.
9
MERCURE DE FRANCE .
Suivons la route du génie :
Mais dans les plus nobles éffors ,
Que la vertu lui foit unie ,
Qu'elle dirige fes tranſports.
Si la fageffe dans notre âme
Ne répand cette 'vive flâme
Qui nous éclaire & nous inftruit ,
C'eſt une lueur paffagère
Semblable à la vapeur légère
Qui s'élève , brille & s'enfuit.
A S... en Saintonge Pr. ch. r. Abonné
au Mercure.
Dignum laude virum musa vetat mori,
Caelo musa beat.
Hor. Ode 8. l. 4.
QUEL cri funébre & formidable
Réveille mes fens alloupis ?
Quelle Déeffe inexorable
Vole fur l'Univers furpris?
Cruelle mort, Monſtre infléxible ,
Tu fais briller ta faulx terrible ,
Tout eft en proie à ta fureur ;
II. Vol.
A iij
6
MERCURE DE FRANCE.
Tout fuccombe fous ta puiffance ,
Le talent , le rang , la naiffance ,
Rien n'arrête ton bras vengeur.
Hélas ! dans quel temps déplorable
Le Ciel contre nous irrité
Frappe ce Mortel refpectable ,
Organe de la Vérité !
L'impiété fière & terrible
A fait gronder fa voix horrible
Son fouffle empoisonne les airs.
La Fureur pâle & dévorante
Suit cette Gorgone effrayante ;
Sa marche obfcurcit l'Univers,
O Vertu ta douceur aimable
Ne peut des farouches humains
Enchaîner le cœur indomptable
Ils bravent tes attraits divins.
L'Aftre brulant qui nous éclaire
N'ouvre plus fa vaſte carrière
Que far des Mortels furieux.
Il finit fa courfe féconde ,
Et ne voit dans le tour du monde
Que des monftres audacieux.
Etre immortel , être fublime ,
Que d'attentats ! que de forfaits !
La main facrilége du crime
/
JANVIER. 1764.
Ofe fur toi lancer les traits.
Dans leur ivreffe téméraire ,
Les hommes fur ton fanctuaire
Jettent de fuperbes regards.
Fais partir ta foudre brulante ,
Què ta colère étincelante
Les pourſuive de toutes parts.
Longtemps rempli d'un faint courage ,
Un héros à tes loix foumis
Confondit l'orgueil & la rage
De tes perfides ennemis.
A la vertu trifte & captive
Rendant la gloire primitive ,
Sa main vint effuyer fes pleurs.
Ainfi parmi les noirs orages
Le Soleil perçant les nuages ,
Bannit la crainte de nos cœurs.
Fils & rival d'un père illuftre,
Il foutint ce nom glorieux ,
Et le couvrit d'un nouveau luftre
Par les ouvrages précieux.
S'il prend en main la harpe fainte ,
Saifi d'une fublime crainte ,
Mon cœur à les tranſports divins ,
Croit entendre l'être invisible ,
Quand fur la montagne terrible
Il dictoit fes loix aux humains.
A iv
81 MERCURE DE FRANCE
La Religion triomphante
Par lui captive nos eſprits :
Sa beauté fublime & touchante
Dompte & foumet nos coeurs furpris
Par les routes impénétrables
De fes mystères redoutables,
Il conduit nos pas vers la foi.
Raifon fuperbe & téméraire ,
Connois le flambeau qui t'éclaire ,
Qu'il luife toujours devant toi.
*
Mais quand ta lyre enchantereffe
Retentit de les fons touchans ,
Quelle douceur ! quelle nobleffe !
Quel coloris ! quels traits brillans ! ....
Embraté du feu qui l'éclaire ,
Il entre dans le Sanctuaire ,
Séjour des fublimes tranfports..
Des Dieux du goût fuivant les traces
Inftruit & guidé par les grâces ,
Il produit les plus doux accords.
Peintre hardi , divin Racine !
A ces accords mélodieux,
Je reconnois ton origine
* Odesfur la Paix , fur l'harmonie . On peut voir
l'éloge admirable qu'en fait Rouffeau , dont l'ap-
probationfeule en ce genre feroit un titre d'honneur.
JANVIER. 1764.
Et le pur fang des demi - Dieux.
Nourri fur les bords du Permeffe
La Poëfie enchanterelle
Orna ton immortel génie
Venez , Déeffes immortelles ,
Parez de vos fleurs les plus belles
Et toi , vertu , vierge facrée ,
Confacre à jamais les travaux.
Peut feul de ton augufte trône :
C'est ainsi , Religion fainte ,
De la mort fubiffant l'atteinte ,.
Du fein de ces tombeaux funébres
Tu fais fortir leurs noms fameux
Qui dans le Temple de Mémoire
AV
912
Te prodigue fes traits vainqueurs.
L'aimable & brillante harmonie
De les preftiges féducteurs>>
Mères des arts & des talens ,
Le plus chéri de vos enfans.
Toi qu'il a toujours célébrée ,
Le vif éclat qui l'environne
Confondre les pâles rivaux.
Que tes fages adorateurs , .
De l'oubli bravent les horreur .
Qui couvrent les mortels célébres ,
Tu leur affures cette gloire
Place les héros vertueux.
9
MERCURE DE FRANCE .
Suivons la route du génie :
Mais dans les plus nobles éffors ,
Que la vertu lui foit unie ,
Qu'elle dirige fes tranſports.
Si la fageffe dans notre âme
Ne répand cette 'vive flâme
Qui nous éclaire & nous inftruit ,
C'eſt une lueur paffagère
Semblable à la vapeur légère
Qui s'élève , brille & s'enfuit.
A S... en Saintonge Pr. ch. r. Abonné
au Mercure.
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2
p. 10
ÉPITAPHE D'une jolie Enfant de 4 ans & demi.
Début :
ESPOIR, amour, douceur, tout est détruit ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITAPHE D'une jolie Enfant de 4 ans & demi.
ÉPITAPHE
D'une jolie Enfant de 4 ans & demi.
ESPOIR, amour, douceur, tout est détruit ;
Mais tout , hélas ! doit ainfi difparoître.
Telle une fleur qu'un beau jour a vû naitre ,
Brille un moment , & tombe avant la nuit ...
Ah , calmons- nous ! cet Enfant dans la gloire ,
Sourit des pleurs qu'on donne à fa mémoire.
Par M. FEUTRY.
D'une jolie Enfant de 4 ans & demi.
ESPOIR, amour, douceur, tout est détruit ;
Mais tout , hélas ! doit ainfi difparoître.
Telle une fleur qu'un beau jour a vû naitre ,
Brille un moment , & tombe avant la nuit ...
Ah , calmons- nous ! cet Enfant dans la gloire ,
Sourit des pleurs qu'on donne à fa mémoire.
Par M. FEUTRY.
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3
p. 11-12
VERS à Mlle L. P...
Début :
OUI, Lucinde, je t'aime, & mon âme ravie [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle L. P...
VERS à Mlle L. P...
A puifé dans tes yeux la fource de la vie ,
II
OUI, Lucinde, je t'aime, & mon âme ravie
Volage dans mes gouts & froid dans mes deſirs ,
Je ne trouvois par tout que l'ombre des plaifirs."
Je t'ai vue , & mon cœur a reconnu fon Maître.
Surpris de les tranfports , il s'eft fenti renaître ,
Et pareil à l'Aiglon de fon oeuf échappé
Sous l'aile de l'amour il s'eft développé.
Ce feu que je puifois dans le fein de Voltaire ,
N'eft plus dans ton Amant que l'ardeur de te
plaire.
3.
L'Amour est mon génie , il dicte mes écrits :
Comme il en eft la fource , en fera- t-il le prix ?
Heureux fi fur les pas de Tibulle & d'Ovide ,
Cueillant pour toi les fleurs du Parnaffe & de
Gnide >
Je pouvois voir ta main mêler à mon retour
Aux rameauxd'Apollon les myrthes de l'Amour >
La lyre de Tyrtée a gagné des Batailles ;
Aux accens d'Amphion , Thebes dat fes murailles ;
Orphée a fçu toucher par fes tendres accords
Les monftres de la Thrace & le tyran des morts ;
Ovide , abandonné fur des rives profcrites ,
Des traits de la pitié perça l'ame des Scythes:
A vj
"
12 MERCURE DE FRANCE.
Je n'en fuis point jaloux , & ce talent vainqueur -
Aura plus fait pour moi s'il attendrit ton cœur,
Ce climat vif & pur , ces lieux plus beaux encore ,
Depuis qu'ils t'ont vu naître & mille amours
éclorre ,
Ce pays des Héros , des grâces , des talens ,
Avoient produit Cinthye aux yeux étincelans ,,
Corinne au teint de rofe , au coeur tendre &
+
volage ,
Delie au doux fourire , au féduifant langage.
Mais crois- moi , ma Lucinde , en ces temps f
vantés ,
S'y l'on t'eût vû paroître auprès de ces beautés,
Avec cette fraicheur , cet éclat , ce fourire ,
Cette bouche appellant les plaifirs qu'elle infpire ,
Ce corfage élégant tel que l'avoit Pfyché
Quand l'amour comme un lierre y fembloit
attaché :
Crois-moi , dis-je , Properce , Ovide , ni Tibulle,
N'auroient jamais brulé que des feux dont je :
1 brule ;
Et les noms des beautés célébres dans leurs vers
N'auroient jamais reçu l'encens de l'Univers
6
Par M. LEZAN Capitaine au régiment de
Hainault, Abbonné au Mercure.
A puifé dans tes yeux la fource de la vie ,
II
OUI, Lucinde, je t'aime, & mon âme ravie
Volage dans mes gouts & froid dans mes deſirs ,
Je ne trouvois par tout que l'ombre des plaifirs."
Je t'ai vue , & mon cœur a reconnu fon Maître.
Surpris de les tranfports , il s'eft fenti renaître ,
Et pareil à l'Aiglon de fon oeuf échappé
Sous l'aile de l'amour il s'eft développé.
Ce feu que je puifois dans le fein de Voltaire ,
N'eft plus dans ton Amant que l'ardeur de te
plaire.
3.
L'Amour est mon génie , il dicte mes écrits :
Comme il en eft la fource , en fera- t-il le prix ?
Heureux fi fur les pas de Tibulle & d'Ovide ,
Cueillant pour toi les fleurs du Parnaffe & de
Gnide >
Je pouvois voir ta main mêler à mon retour
Aux rameauxd'Apollon les myrthes de l'Amour >
La lyre de Tyrtée a gagné des Batailles ;
Aux accens d'Amphion , Thebes dat fes murailles ;
Orphée a fçu toucher par fes tendres accords
Les monftres de la Thrace & le tyran des morts ;
Ovide , abandonné fur des rives profcrites ,
Des traits de la pitié perça l'ame des Scythes:
A vj
"
12 MERCURE DE FRANCE.
Je n'en fuis point jaloux , & ce talent vainqueur -
Aura plus fait pour moi s'il attendrit ton cœur,
Ce climat vif & pur , ces lieux plus beaux encore ,
Depuis qu'ils t'ont vu naître & mille amours
éclorre ,
Ce pays des Héros , des grâces , des talens ,
Avoient produit Cinthye aux yeux étincelans ,,
Corinne au teint de rofe , au coeur tendre &
+
volage ,
Delie au doux fourire , au féduifant langage.
Mais crois- moi , ma Lucinde , en ces temps f
vantés ,
S'y l'on t'eût vû paroître auprès de ces beautés,
Avec cette fraicheur , cet éclat , ce fourire ,
Cette bouche appellant les plaifirs qu'elle infpire ,
Ce corfage élégant tel que l'avoit Pfyché
Quand l'amour comme un lierre y fembloit
attaché :
Crois-moi , dis-je , Properce , Ovide , ni Tibulle,
N'auroient jamais brulé que des feux dont je :
1 brule ;
Et les noms des beautés célébres dans leurs vers
N'auroient jamais reçu l'encens de l'Univers
6
Par M. LEZAN Capitaine au régiment de
Hainault, Abbonné au Mercure.
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4
p. 13
VERS à Mlle CAMILLE.
Début :
QUEL nouveau prestige m'entraîne ? [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle CAMILLE.
VERS à Mlle CAMILLE.
QUEL nouveau prestige m'entraîne ?
O fécond Goldoni ! que j'aime tes fuccès ::
Ils enrichiffent notre fcène ;
Et , grace à tes travaux , Thalie & Melpomène
Vont encor charmer les François.
Dont les talens animent tes efforts.
Clairon frappe , étonne mes fens ;
En Dumefnil je vois plus qu'une femme.
Et je ne dois qu'à ſes talens
13
Jouis...mais tombe aux pieds de l'Actrice applaudie
Comme Pigmalion , tu n'as formé qu'un corps:
Camille vient , elle y donne la vie :
Ainfi que tes Lauriers , tu lui dois nos tranſports.
Est-ce une femme?... eft -ce un génie ? -
Pour lui prodiguer les trésors ,
La nature à l'art s'eft unie.
Tendre Gauffin , tes doux accens
De l'amour dans nos cœurs portaient jadis la fâme į :
Sur moi Camille a des droits plus puiffans ;
La connoillance de mon âme
QUEL nouveau prestige m'entraîne ?
O fécond Goldoni ! que j'aime tes fuccès ::
Ils enrichiffent notre fcène ;
Et , grace à tes travaux , Thalie & Melpomène
Vont encor charmer les François.
Dont les talens animent tes efforts.
Clairon frappe , étonne mes fens ;
En Dumefnil je vois plus qu'une femme.
Et je ne dois qu'à ſes talens
13
Jouis...mais tombe aux pieds de l'Actrice applaudie
Comme Pigmalion , tu n'as formé qu'un corps:
Camille vient , elle y donne la vie :
Ainfi que tes Lauriers , tu lui dois nos tranſports.
Est-ce une femme?... eft -ce un génie ? -
Pour lui prodiguer les trésors ,
La nature à l'art s'eft unie.
Tendre Gauffin , tes doux accens
De l'amour dans nos cœurs portaient jadis la fâme į :
Sur moi Camille a des droits plus puiffans ;
La connoillance de mon âme
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5
p. 14-38
LES PÉRIS ET LES NÉRIS, Ou l'Amour comme on le mene. CONTE.
Début :
LES Péris & les Néris sont des Êtres demi-intellectuels. Ils tiennent le milieu [...]
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texteReconnaissance textuelle : LES PÉRIS ET LES NÉRIS, Ou l'Amour comme on le mene. CONTE.
LES PÉRIS ET LES NÉRIS,
Ou l'Amour comme on le mene.
CONTE.
LES Péris & les Néris sont des Êtres
demi-intellectuels. Ils tiennent le milieu
entre la nature des Génies & la nôtre :
mais ils s'occupent très -férieufement de
ce qui ne fait plus guères qu'amufer nos
femblables ; je veux dire , que leur plus
grande affaire eft de s'aimer comme on
aime dans nos vieux Romans. Il arriva
même que les Néris exigèrent un amour
encore plus quinteffencié. Elles vouloient
par- là s'égaler aux Sylphides. Les Péris
ambitionnoient un peu moins de s'éga-
ler aux Génies . Toutefois la volonté de
leurs Compagnes devint une loi pour
eux . Bientôt ils réalifèrent l'Amour Pla-
tonique , regardé comme une chimère
par nos amans les plus délicats.
Bientôt auffi un pareil amour périt d'i-
nanition. Une langueur plus froide que
l'indifférence même lui fuccéde . On fe
fépare , & l'ennui n'en devient que plus
grand. On dit même que les Néris y
1
reftre
JANVIER. 1764.
15
fuccombèrent les premières. Zélinde
ވ
une des moins prudes , & des plus expé-
rimentées d'entre elles , prit le parti d'af-
fembler fes compagnes. Elles accourent
avec précipitation , & la nomment Pré-
fidente du Confeil qui va fe tenir. Zé-
linde adreffe aux Néris affemblées un
difcours des plus pathétiques fur leur fi-
tuation préfente : les détails en étoient
vivement frappés. Cependant on l'inter-
rompit
on trouva qu'elle ne peignoir
point affez énergiquement le trifte aban-
don où fe trouvoient , & fes compagnes,
& elle-même. Chaque Néris ajouta un
trait au tableau : mais la peinture des
maux n'en indiquoit point le remède.
On propofa de rappeller les Péris ; & ,
après quelque incertitude , cet avis fur
rejetté à la pluralité d'une voix. Qui
voulez-vous donc qu'on appelle ? de-
manda la Préfidente : car enfin il faut
appeller quelqu'un. C'eft de quoi l'on
convenoit unanimement. Zélinde pro-
pofa de faire venir des hommes. Quoi ,
des hommes qui ont un corps tout ter-
s'écrièrent quelques Néris , en
rougiffant. Eh oui , répliqua la Préfi-
dente , qui ne rougiffoit plus. Ils ont bien
des défauts , reprit avec douceur une
blonde Néris ; il faudra du moins nous
16 MERCURE DE FRANCE.
réunir pour les rendre parfaits. Hélas A
ma chère compagne , ajouta Zélinde ,
nous en ferons des ètres bien infipides.
Cet état de perfection feroit pour eux le.
pire de tous,& remédieroit mal au nôtre.
Enfin l'on prit le parti de donner la
préférence aux hommes qui aimoient.
avec le plus de délicateffe : les Néris
étant perfuadées qu'il étoit rare que des
hommes portaffent cette vertu trop loin ..
Mais pour connoître ceux qui la prati-
quoient , il falloit d'amples recherches ;
il falloit par cette raifon parcourir plus
d'un climat. Zélinde , qui avoit propofé
cet expédient , fut priée d'entreprendre.
ce long voyage , & Zélinde ne s'en fit
pas prier deux fois..
Dans le même temps , les Péris pre-
noient une réfolution toute femblable :
c'est-à-dire , que l'un d'entre eux fut
chargé de parcourir notre monde , pour.
voir quelles femmes pourroient fuppléer.
à l'extrême délicateffe des Néris , fans.
toutefois s'en éloigner trop. Celui qu'on.
chargea de cette recherche étoit le même.
qui l'avoit propofée. Son humeur avoit
beaucoup de rapport avec celle de Zé-
Linde ; & le hafard les ayant fait ſe ren-
contrer , tous deux en furent également.
fatisfaits. Ils ne fe déguifèrent point l'un
JANVIER. 1764.
à l'autre le motif de leur miffion .
17
Ils
firent plus , ils réfolurent de voyager en-
femble. Bien entendu que celui des deux
qui auroit le plutôt réuſſi dans fes recher-
ches , laifferoit l'autre continuer les fien-
nes. Reftoit feulement à fçavoir par quel
canton du monde ils, commenceroient
leur tournée. Après y avoir un peu rêvé,
ils crurent s'épargner de plus longues
courfes , en vifitant d'abord les Nations
qui fuivoient de plus près l'inftinct de la
Nature , & qui par cette raifon l'avoient
fans doute moins pervertie.
Un voyage eft peu embarraffant pour
des êtres de cette efpèce. Ils peuvent par
courir le monde entier avec la même ra
pidité que les Génies : mais , comme ils
ont plus de confiftance , ils peuvent en
même tems s'envelopper d'un nuage qui
les dérobe aux regards de nos pareils.
Zélinde & Alcindor ( c'eft le nom du
Péris ) parurent tout - à - coup dans un
canton de l'Amérique habité par des
Sauvages , & où n'avoit encore pénétré
aucun Européan. Rien , par cette rai-
fon , n'avoit pu en altérer les ufages. Ils
étoient auffi fimples & auffi groffiers
que ceux de l'age d'or.
Nos deux fecrets Agens prirent la
forme dont ils étoient convenus ; c'est-à-
་
18 MERCURE DE FRANCE.
dire , celle d'un jeune homme & d'une
jeune fille de cette contrée. Il n'y avoit
pour cette Nation aucune demeure fixe:
Un antre , le creux d'un arbre , un buif-
fon épais , fouvent la pleine campagne ,
fervoient d'afyle à ces habitans beaucoup
plus fauvages que ce nom même ne l'ex-
prime. Il falloit avoir la puiffance & les
reffources intérieures d'Alcindor & de
Zélinde pour ne pas être effrayé d'un tel
fpectacle. Ils étoient d'ailleurs convenus
de s'entr'aider au befoin. J'oubliois de
dire auffi qu'ils avoient la faculté de fe
deviner : avantage qui pourroit n'en être
pas un en amour ; mais qui favorifoit
infiniment leur entreprife.
Ce fut donc fans crainte qu'ils fe fépa
fèrent. Alcindor ne tarda pas à rencon-
trer une jeune Sauvage qui ne cherchoit
point à l'éviter. Il l'aborda avec une po-
liteffe qui la furprit beaucoup. Il lui dit
quelques douceurs qui l'étonnèrent en-
core plus. On préfume bien qu'un être
auffi intelligent qu'Alcindor , entendoit
la langue du pays , & fçavoit la parler:
c'eft un privilége qu'on accorde aifé-
ment au voyageur le moins érudit ; à
peine met-il le pied chez telle ou telle
Nation , qu'il eft fuppofé l'entendre &
en être entendu. Revenons à la jeune
Sauvage.
JANVIER. 1764.
19
Elle répondoit aux douceurs d'Alcin-
dor fur le ton d'une efclave avec qui fon
maître daigne s'humanifer.
Elle igno-
Foit l'art des réſiſtances , & même celui
de la gradation. En un mot , elle pa
rut offrir ce qu'Alcindor ne demandoit
pas. Tant de facilité le rendit lui - même
plus difficile. Peu s'en fallut qu'il ne re
grettât l'extrême délicateffe des Néris.
En même temps il fongeoit à donner
une leçon utile à la jeune Sauvage. Deux
péruches lui en fournirent l'occafion
Voyez-vous , difoit-il , ces deux oifeaux
de la même eſpèce ? L'un des deux fuit
l'autre , fans pourtant fuir trop loin.
N'eft-ce pas la femelle qui en ufe ainfi ?
La Sauvage ne répondit que par une au
tre comparaifon. Vois-tu , dit- elle à Al-
cindor , cette géniffe & ce boeuffauva
ge ? C'eft le boeuf qui s'éloigne , & la
géniffe court après. Alcindor ne fut rien
moins que perfuadé par cette réponſe.
Il s'éloigna , en concluant que fi c'étoit
là le pur inftin&t de la Nature , cet inſtinct
devoit être corrigé.
Zélinde avoit déja en occafion de por
ter unjugement tout femblable. A peine
Alcindor l'avoit quittée , qu'un Sauvage
s'étoit approché d'elle en courant. Elle
avoit cru devoir s'éloigner un peu, mais
20 MERCURE DE FRANCE.
fans courir. Ainfi le Sauvage n'eut pas de
peine a l'atteindre. Elle s'attendoit à que
que préambule , à quelque déclaration
tendre , quoique ruſtique . Mais le Sau-
vage ignoroit ce formulaire :
il alloit
tout naturellement fuivre l'ufage de fes
femblables ; c'eft- à-dire , brufquer hor-
riblement les chofes. A l'inftant furvient
un aut e Sauvage qui fond avec impé-
tuofité fur celui- ci. Le combat devient
entre eux des plus cruels. Eft- ce un libé
rateur qui vient à mon fecours , difoit la
Néris , ou bien n'eft- ce qu'un rival qui
attaque un rival ? N'importe , attendons
l'événement ; il me fera toujours facilė
d'échapper au vainqueur. L'événement
ne fe fit pas beaucoup attendre. Le nou
veau venu ayant mis fon adverfaire prèf-
que hors de combat , ce dernier s'enfuit,
renonçant à fes prétentions fur Zélinde ;
faufà les reprendre à la première rencon-
tre. Pour le vainqueur , il fongeoit dès
ce moment à faire valoir les fiennes , &
il s'y prit comme fon devancier. Arrê-
tez !-lui cria Zélinde ; c'eft en ufer bien
cavalièrement. N'y a-t- il pas certains
préliminaires
Le Sauvage lui deman-
da ce que vouloient dire ces mots . La
Néris les lui expliqua de fon mieux ;
mais elle ne perfuada point celui qu'elle
JANVIER. 1764.
21
inftruifoit. Tu te moques , lui dit - il :
veux-tu , quand la faim me preffe , que
je m'amufe à danfer autour du morceau ?
Tout en parlant ainfi , il agiffoit en con-
féquence. Il fallut que Zélinde employât
tout fon pouvoir pour s'échapper de fes
mains. Elle voulut voir cependant s'il
regrettoit beaucoup d'avoir ainfi perdu
fa proie. Elle le vit occupé à pourſuivre
un renard , & , après l'avoir tué , s'en
retourner avec l'air d'un homme qui ne
regre te rien. Ah ! dit-elle avec dépit ,
fi c'eft-là ce qu'on nomme l'innocent
inſtinct de la Nature ; quelle horreur
qu'une telle innocence !
Alcindor la rejoignit l'inftant après.
Hé bien ! lui dit Zélinde , avez-vous fait
d'heureufes découvertes ? N'en doutez
pas , reprit-il ; cette contrée barbare eft
vraiment un pays à bonnes fortunes. Si
les hommes y font féroces , les femmes
y font des plus humaines. Alors il l'inf-
truifit de fon aventure , & Zélinde lui fit
part de la fienne. Tous deux convinrent
qu'il falloit paffer chez d'autres Peuples
de l'Amérique un peu plus policés que
celui-ci , mais beaucoup moins que ceux
de l'ancien Monde. C'eft-là qu'ils eſpé-
roient trouver la Nature encore fimple
fans être entièrement brute.
22 MERCURE DE FRANCE .
Après une courfe affez longue , ils ar
rivent fur les terres des Nadoueffis ; Na-
tion fauvage , mais dont le caractère n'a
rien de féroce. Les deux voyageurs en
font accueillis favorablement On leur
demande où ils vont & ce qu'ils veulent ?
Vivre avec des hommes , répondit Al-
cindor. Les Nadoueffis , qui fe piquent
d'être des hommes par excellence , ne
portent pas plus loin leurs queſtions . Ils
affignent à leurs nouveaux hôtes une ca-
banne , où ils doivent être nourris du-
rant un certain temps aux dépens de tou-
te la Nation. Dans tout autre cas , il eût
été prudent à eux de s'annoncer comme
époux ; mais le motif de leur voyage s'y
oppofoit. Ils ne s'annoncèrent que com-
me le frère & la foeur. En conféquence
leur cabanne fut divifée en deux parts.
Mais l'entrée de l'une & de l'autre étoit.
libre à tous venans , la nuit comme le
jour
:
C'est l'ufage parmi ces Peuples..
Toutefois il n'en réfulte aucun inconvé-
vénient , excepté ceux que l'ufage même.
autorife , & qui ne paffent point pour
tels chez les Nadoueffis.
Zélinde étoit , à coup fûr , la plus belle
Sauvage de tout le canton. C'eft de quoi
une foule de jeunes gens l'auroient inf-
truite , fi elle ne l'eût pas fçu d'avance.
JANVIER. 1764.
& de refpect très
23
Il fe paffoit peu d'heures dans la journée
fans que quelqu'un d'entre eux vînt lui
dire à l'oreille : Je t'aime plus que la
clarté du grand Aftre. Paffe encore pour
ce préalable , difoit intérieurement la
Néris ; & elle y répondoit de manière
à ne décourager perfonne , fans toute-
fois s'engager trop elle- même. La nuit
venue , Zelinde vit entrer dans fa caban-
ne un jeune Sauvage qui portoit un bâ
ton allumé. Elle lui demanda ce que ce-
la fignifioit? Cela s'appelle, reprit- il, cou-
rir l'allumette : c'eſt à toi de l'éteindre
ou de la laiffer brûler ; & il lui fit entre-
voir qu'il defiroit fort qu'elle l'éteignît,
Zélinde n'en fit rien , & le Sauvage fortit
comme il étoit entré. Un fecond fur-
vient , obſerve la même formule ; & ,
voyant que Zélinde ne fouffloit point
fur l'allumette , il fe retire avec la même
docilité que le précédent. La Néris trou-
voit cette méthode un peu bifarre ; mais
elle y découvroit un mêlange d'ardeur
-
propre à fatisfaire
fes compagnes, Elle eût cependant vou-
lu fçavoir où les deux jeunes aventuriers
étoient allés en la quittant. Un troisième
qui furvint leva une partie de fes doutes,
Auffi peu favorifé lui - même , que l'a-
voient été les deux autres , il alloit fe
24 MERCURE DE FRANCE .
retirer comme eux. Zélinde l'arrêta. Ou
vas-tu en fortant de ma cabanne , lui de-
manda la Néris ? Courir l'allumette , ré-
pondit le Sauvage
tu la laiffes brûler ,
une autre pourra l'éteindre. Une autre !
s'écria Zélinde ; il n'importe donc la-
quelle ce foit ? Cela eft tout fimple , ré-
pliqua- t-il ; quand la chaleur du grand
Aftre me brûle , c'eft dans la rivière la
plus proche que je me baigne. Mais ,
reprit Zélinde , vous n'aimez donc au-
cune femme en particulier ? Je les aime
toutes , ajouta le Nadoueffis , quand ce-
la ne me dérange point ; & celle qui
foufle fur l'allumette eft toujours celle
que j'aime le mieux . Zélinde lui fit en-
core d'autres queſtions fur le même fu-
jet , & il y répondit avec franchiſe , en
appuyant fon difcours de ces expreffions
extrêmement familières aux Sauvages :
voilà qui eft bien , voilà qui eftjufte , voi-
là qui eft raifonnable. Je fuis jeune , di-
foit- il , & je me proméne quelquefois
la nuit : Voilà qui eft bien. Je donne la
préférence à celle qui me la donne :
Voilà qui eftjufte. Je n'aime qu'autant
que cela ne me met point hors d'état de
courir après les caftors , & de fuir ou de
poursuivre l'ennemi : Voilà qui eft rat-
Jonnable.
Il
Louré.
Que d'une
-sés dans vos
=ple nature
sirsjamais
W
de sidoux tr
votre hommage
Majeur.
-sors . Sans
25
lerniers
entper-
oit pas
n'étoit
s'étoit
es noc-
lement
Toujou dant à
fatisfit
t. Mais
d'une tet le fi-
elques
t bien,
gna fa
- més: de ce
Finit
W
écon-
Foit-il ,
moins
On a
s con-
anterie
vive its pri-
ntrées.
où les
depuis
Graveparios re-
es que
Imprimeconfé-
t fubi-
24 MET
retirer cor
vas-tu en
manda la
pondit le
une autre
s'écria Ze
quelle cers amans , toujours aimés : Sur lafoi
pliqua-t-il
Aftre me
plus proch
cune fem
W
reprit Zendre ami e Vous n'êtesjamais allar -
toutes , aj
W
la ne me Parmi vous la plus courte absence
foufle fur
quej'aim
core d'aut
jet , & il par le pluspromptretour, Toujours la
appuyant w
extrêmen
voilà qui
là qui eft npatience Vous prète l'aile de l'amour.
foit-il , &
la nuit :
préférence :Charpentie .
Voilà qui
que cela par Tournelle
courir apr
poursuivre
fonnable.
a
JANVIER. 1764.
25
Il fortit en prononçant ces derniers
mots , & laiffa Zélinde entièrement per-
fuadée que l'Amérique ne mettroit pas
fin à fes recherches. Alcindor n'étoit
guères plus fatisfait des fiennes. Il s'étoit
déterminé à rendre quelques vifites noc-
turnes , & avoit été reçu favorablement
dès la première. Il fe borna cependant à
certaines queſtions auxquelles on fatisfit
dans l'efpérance qu'elles finiroient. Mais
la fin des demandes d'Alcinder fut le fi-
gnal de fa retraite. Il entra dans quelques
autres cabanes , réuffit également bien,
s'en tira également mal , & regagna fa
cabane auffi peu fatisfait des filles de ce
canton , qu'elles mêmes étoient mécon-
tentes de lui. Il faut l'avouer , difoit- il ,
cette extrême facilité vaut encore moins
que l'extrême réferve des Néris . On a
vu que Zélinde avoit auffi tiré des con-
féquences peu favorables à la galanterie
fauvage. Ainfi les deux voyageurs pri-
rent le parti de vifiter d'autres contrées.
Il en eft une , difoit Alcindor, où les
ufages n'ont prèfque point varié depuis
l'origine des chofes. Voyons fi nos re-
cherches y feront plus fructueufes que
dans ce nouveau Monde. En confé-
quence les deux voyageurs partent fubi-
tement pour la Chine.
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Ce fut à Pékin même qu'ils jugèrent
à propos de defcendre. Ils y parurent
fous la formed'un Mofcovite. Un fpecta-
cle des plus pompeux s'offrit à leurs pre-
miers regards. Un cortége nombreux
portoit des torches & des flambeaux en
plein midi , & environnoit une chaiſe
magnifiquement ornée , & portée par
des efclaves. Des fifrés , des hautbois ,
des tambours précédoient & fuivoient.
Alcindor s'informa de ce que renfermoit
ce pavillon.Unejeune épousée qu'on mé-
ne à fon époux , lui répondit un des fpec-
tateurs. Sans doute , reprit Alcindor ,
que fa beauté répond à toute cette pom-
pe ? Je n'en fçais rien , répliqua le Chi-
nois. Il eft du moins à croire , ajouta
Alcindor , qu'elle a paru telle aux yeux
de celui qui l'époufe ? Il ne l'a jamais
envifagée , reprit encore l'habitant de
Pékin.
Quoi ! il l'époufe fans la
connoître ? .... Eh mais ! fans doute :
én uſe- t-on autrement parmi vous ? Il a
recours à un expédient tout fimple , ſup-
pofé qu'elle ne lui plaife pas , ou qu'elle
ceffe de lui plaire : c'eft de prendre une
ou plufieurs concubines , auxquelles il
eft également libre d'en fubftituer d'au-
tres , quand il vient à fe dégouter des
premières.
JANVIER. 1764.
27
Ceci ne me femble point mal imagi-
né, difoit intérieurement Alcindor. Voi-
la qui eft abominable , difoit , en même
temps , Zelinde. Etre quittée ainfi , &
condamnée à un éternel efclavage ! En
vérité c'eft joindre l'injuftice à la tyran-
nie ! toute autre perquifition me femble
fuperflue dans cet immenfe pays où les
ufages font fi uniformes , fi anciens , &
malheureufement fi révérés.
Pour Alcindor , il continuoit à quef-
tionner l'obligeant Chinois.
Il lui de-
manda , entre autres chofes , fi les fem-
mes de cette contrée fe piquoient d'une
fidelité à toute épreuve ? Ce feroit trop
exiger, repondit - il : on tâche d'éloigner
d'elles tous les Séducteurs , on veille
éxactement ſur leur conduite , & il arri-
ve , quelquefois , que leur vertu fait le
refte.
Ces détails étoient d'un augure peu
favorable pour nos voyageurs. Ils entre-
virent qu'ils s'étoient trompé fur le
compte des Chinois comme fur celui
des Sauvages. Cependant ils voulurent
en juger par eux-mêmes. Ils fe logent
dans la Capitale & continuent d'obfer
ver. Zélinde qui effaçoit , fans peine ,
la plus belle Chinoife , charma tous ceux
qui purent l'envifager. Un jeune hom-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
me qui fuivoit la doctrine de Fo , c'eft-
à-dire qui croyoit , ou feignoit de croire
à la tranfmigration des âmes , l'aborda
un jour avec un éxtrême familiarité. Tu
fus , lui dit-il , ma femme avant que de
reprendre un nouvel être. Une mort
prématurée t'enleva a mes veux. Au-
jourd'hui que tu m'es rendue
›
le
grand Fo ordonne que tu me laiffes
rentrer dans tous mes droits , & cela
fans aucune cérémonie éxterieure. Fo
nous difpenfe de ces vaines répétitions.
La fauffe Mofcovite trouva cette faillie
amufante. Elle revenoit au fonds à l'a-
lumette des Sauvages . Mais Zelinde qui
n'avoit pas daigné éteindre l'une , répon-
dit auffi peu favorablement à l'autre .Elle
voulut voir , cependant , fi le Chinois ſe
menageoit les mêmes reffources que le
Nadoueffis. La faculté qu'elle avoit de
fe rendre invifible l'aida beaucoup dans
ce projet. Zélinde épia la conduite du
jeune homme , & le vit bientôt adreffer
le même difcours à une jeune Chinoiſe
qui ne parut point douter du fait , &
qui parut encore plus difpofée à fuivre
les volontés du Dieu Fo.
Alcindor, de fon côté , ne reftoit pas
inutile. Une jolie veuve Chinoiſe avoit
fixé fon attention,
Il l'avoit vue dans
JANVIER. 1764.
29
une Pagode confacrée à Lao , lieu qu'elle
fréquentoit fort fouvent. Il faifit l'oc-
cafion de l'aborder & de l'entretenir.
Ses difcours étoient des plus ingénieux
& des plus galans ; mais par malheur
la Veuve étoit dévote , & à la Chine
cette qualité étoit un obftacle réel en
amour. En vain , dit- elle au faux Japon-
nois , en vain tenteriez vous de me fé-
duire ; mon cœur n'eft plus à moi , il
eft tout entier au divin Lao : lui feul
peut me faire jouir de la fuprême félicité.
Alcindor alloit lui demander en quoi
cette félicité confiftoit ; elle le quitta
brufquement pour courir à un Bonze
qui lui faifoit figne. Le curieux Péris
s'approcha d'eux fans pouvoir être vû.
Il entendit le Bonze parler ainfi à la
Chinoife : objet cher à Lao , ce Dieu
puiffant vous ordonne par ma voix de
refter cette nuit dans fon Temple : Il
Vous y fera goûter les douceurs qu'il
réferve à fes feules favorites. Alcindor
vit dès l'inftant où aboutiroit ce myf-
tere , & l'entretien de deux Bonges qu'il
écouta fans être apperçu,ne lui laiſſa au-
cun doute à cet égard.
Nos Voyageurs fe rejoignent , égale-
ment perfuadés qu'il eft à propos de paf-
fer outre. Leur deffein étoit de parcou-
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
rir toute l'Afie. Ils partent , & dès le
jour fuivant ils découvrent à vue d'Oi-
feau le Royaume du Japon. Ce fut à
Meako qu'ils defcendirent. Le temps de
la nouvelle lune y donnoit lieu à une cé-
rémonie qui fe renouvelle tous les mois.
Une troupe de Bonzis conduifoit en
pompe une jeune fille de la plus grande
beauté. Nos Voyageurs n'eurent pas
de peine à s'inftruire de ce que cela fi-
gnifioit. On la mene au Temple , leur
dit- on , où le Diable daignera ce foir
converfer avec elle . C'eft là tout ce qu'il
faut pour en faire une fainte. Alcindor
jugea par ce difcours que les Bonzis du
Japon & les Prêtres de Lao , obfervoient
à-peu-près les mêmes Rites .
En paffant auprès d'un autre Temple ,
il en vit fortir une foule de Japonois qui
tous dirigeoient leurs pas vers un même
canton de la Ville . De là nouvelles quef-
tions d'Alcindor. Un de ceux à qui il
s'adreffoit lui fit cette réponse. Nous.
fortons du Temple & nous allons au
Kafiematz. C'est un ufage que nous
ont tranfmis nos Pères , & que nous ef
perons tranfmettre à nos defcendans..
Tout en parlant ainfi, le Japonnois avan-
çoit tonjours
Alcindor le fuivoit ; de
manière qu'ils arriverent enſemble au
JANVIER. 1764.
31
Kafiematz. Une foule de jeunes beau-
tés y prodiguoient leurs charmes au pre-
mier venu. Elles n'avoient point la li-
berté du choix , & fembloient peu cu .,
rieufes de choifir. Alcindor fe hâta de
rejoindre Zélinde qu'une vieille Japon-
noife avoit abordée. Leur entretien.
avoit affez de rapport avec ce que lui-
même venoit de voir. L'amour est donc:
ignoré chez vous ? lui difoit Zélinde ,
Qu'est -ce que l'amour demanda la
Vieille ? Ce mot eft un peu étranger ici.
Celui de mariage qui , je penfe, ne veut
pas dire la même chofe , nous est un
peu mieux connu. Un Japonnois époufe
une femme , l'enferme avec foin , la né-
glige fort quant au refte ; & je vous jure
parle grand Thé , que la plus fage d'en-
tr'elles quitteroit volontiers fa maiſon
pour habiter leKafiematz.Allons, partons,
s'écrierent , en même temps Alcindor
& Zelinde ; nos recherches ne feront
par plus heureufes au Japon qu'à la Chi-
ne. Ils difent , & s'élévent de nouveau
dans les airs.
Après un affez long trajet , l'Ifle de
Macaffar fe découvre à leurs yeux.
Tout y eft agréable , excepté les habi-
tans: Les deux féxes ignorent l'ufage
des habits. L'unique parure des femmes
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
eft de fe taillader le vifage & à peu-
près tout le reste du corps. Ces hideu-
fes perfonnes accouroient par bandes
vers le rivage où des étrangers venoient
de mettre pied à terre. Là elles offroient
ce qu'on ne leur demandoit pas. Ceux
qui avoient la complaifance de ne pas les
rebuter en étoient bientôt punis par el-
les-mêmes. Lorſqu'ils avoient fuffiſam-
ment fait preuve de mauvais goût , leurs
cruelles amantes leur offroient du tabac ,
en les invitant à fumer. Mais à peine
commençoient-ils à en faire ufage qu'ils
perdoient connoiffance & bientôt après.
la vie. Alcindor fut témoin de cette ca-
taftrophe & en frémit. Zélinde qui ob-
fervoit les hommes de cette contrée
.
n'eut pas lieu d'en être plus fatis-
faite. Ils connoiffoient , ils approuvoient
l'indécente & barbare mannœuvre de
leurs femmes & fe difpofoient à aſſaſſi-
ner ceux qu'elles n'empoifonneroient
pas.
Nos Voyageurs quitterent cette Ifle
infernale avec autant de promptitude
que d'indignation .
Ils arriverent au
Royaume de Siam & s'y arrêterent peu.
La nudité des femmes , leur empreffe-
ment à chercher les hommes qui , en
général , font auffi difpofés à les fuir ;
JANVIER. 1764.
33
toutes ces images déplurent au couple
Obfervateur. Il partit fans différer pour
le petit Royaume de Patania. Zélinde ,
ne voulut pas même s'y rendre viſible.
Alcindor y parut fous l'extérieur d'un
Anglois. Il fut abordé par un des
principaux Citoyens de la Capitale qui
l'invita fort poliment à prendre fa mai-
要
fon pour gîte. Vous y mangerez , lui
dit-il , comme chez tout autre
,
des
viandes & du riz dans des plats d'or ;
mais ce qui vaut infiniment mieux,vous
y verrez ma fille & ma nièce , toutes deux
fort jolies , & avec lefquelles je vous
prie d'en ufer fans façon. Le Péris éton-
né de ce difcours , demanda au Pata-
nien fi , outre fa fille & fa niéce , il
n'avoit pas auffi une femme ? J'en ai
plus d'une , reprit l'Indien ; mais je les
garde pour moi . Ce font là les feules
bornes que nous mettons à nos égards
envers les étrangers. Il y a temps pour
tout. Nos femmes , lorfqu'elles n'étoient
que filles , ont également fait les hon-
neurs de la maifon de leurs Peres , ou
de leurs Oncles.
Ces détails ne féduifirent point Alcin-
dor , & encore moins Zélinde , qui , fans
fe laiſſer voir , avoit tout entendu . Le
Péris remercia l'officieux Indien , & fe
Bv
34 MERCURE
DE FRANCE.
retira fort humilié. Après quoi nos voya
geurs aëriens prirent leur éffor jufqu'à
Narfingua. Ils mirent pied à terre à quel-
que diftance de la ville , & rencontrèrent
une femme qui s'en éloignoit. Alcindor "
l'interrogea fur ce qui pouvoit caufer fa
fuite. C'eft , répondit- elle , parce que je
ne puis me réfoudre à être brûlée . Je fuis.
veuve depuis vingt-quatre heures : mon
mari en ufoit paffablement avec moi , &
je l'aimois autant que cette forte d'amour
peut s'étendre ; mais j'avoue que je n'ai
pas le courage de mêler mes cendres avec
les fiennes. Par cette raiſon , me voilà dé-
clarée infâme , & condamnée à vivre
dans l'éxil; tandis qu'une de mes com-
pagnes , qui va dans ce moment obéir à
l'ufage, voit fes louanges portées jufqu'au
Trône de Brama. Sans doute , reprit Al-
cindor, que cette courageufe héroïne ai-
moit prodigieufement votre époux com-
mun ? Point du tout , répliqua l'Índien-
ne ; elle ne lui fut pas même fidelle : &
moi , tout au contraire , je me fis un de-.
voir de ne jamais lui manquer. Cepen-
dant je vais paffer pour une ingrate , une
perfide ,, & elle pour un exemple d'atta-
chement conjugal..... Entendez-vous ,
ajouta l'Indienne , ces cris confus , mêlés
au bruit des inſtrumens ? C'eſt pour ho-
JANVIER. 1764.
35
norer ce barbare facrifice. Il va bientôt
commencer , & il ne dépend que de vous
d'en être les témoins. En effet , Alcindor
& Zélinde s'avancèrent vers le lieu d'où.
partoit ce bruit. Il virent , au milieu d'u-
ne foule d'affiftans , une jeune Indienne
conduite par un Bramine. Elle portoit
dans fa main droite une fleur , dans fa
main gauche une boule. Ses doigts
étoient ornés de quantité de perles & de
pierres précieufes ; des chaînes en lacs.
d'amour & très-riches chargeoient fes
bras & même fes jambes. Une toile
très-fine lui tenoit lieu de vêtemens. Sa
beauté feule eût pu lui tenir lieu de pa-
rure. Elle s'avançoit avec un fouris &
un empreffement affectés vers le bucher
fur lequel étoit déja le corps de fon mari.
On y met le feu : l'Indienne , après avoir
pris congé de fes parens & de fes amis ,..
s'élance au milieu des flammes , où elle
eft bientôt réduite en cendres. Les ap-
plaudiffemens redoublèrent ; mais Alcin--
dor & Zélinde frémirent. Tous deux fe
retiroient ,
lorsqu'ils apperçurent un
Jeune Indien qui lui-même s'éloignoit
affez triftement. Je vois , lui dit Alcin-
dor , qu'un tel fpectacle vous affiige , &
certainement c'est avec raiſon . Hélas
oui répondit ce dernier. J'avoue ce
B.vj.
36 MERCURE DE FRANCE.
dant que j'ai tort , puifque celle qui vient
de fe brûler étoit ma maîtreffe. Eh quoi !
s'écria Zélinde avec furprife , n'y trou-
vez-vous pas un motifde plus pour gémir
de fa perte ? Tout au contraire , inter-
rompit l'Indien ; comme fon amant , je
prends part à fa gloire , & cette gloire
exigeoit qu'elle fe brûlât. Notre intelli-
gence a duré juſqu'à la fin des jours de
fon mari , & nous faifions des vœux
pour qu'il vêcût long-temps. Aujour-
d'hui qu'il eft mort , tout eft fini entre
elle & moi. Une femme d'honneur peut
tromper fon époux , mais elle ne doit
point lui furvivre. A ces mots l'Indien
pourſuivit fa route , & nos voyageurs
prirent celle de l'Etat le plus voifin.
C'étoit le Royaume de Callicut. Ils
s'arrêtèrent auprès d'un Temple dédié au
grand Singe , & dont le portique étoit
orné de fept cens piliers ou colonnes
de marbre. On voyoit un grand nombre
d'Indiens des deux féxes , raſſemblés
fous cet immenfe veftibule , y parler
d'affaires ou de plaifir. Mais le principal
amufement des maris étoit d'y troquer
de femmes entre eux , & cet échange dé-
plaifoit rarement à celles qui en étoient
l'objet. Zélinde eut occafion d'en entre-
tenir une , fort jeune encore ,
fort jeune encore , & qui lui
JANVIER. 1764.
37
avoua en êtreà fon douzième mari , fans
que la mort lui en eût ravi un feul. Je
m'attends , pourſuivit- elle , à tripler ce
nombre en moins de trois ans . Celle qui
parloit ainfi avoit cependant l'air d'une
perfonne diftinguée : elle étoit vêtue de-
puis la ceinture jufqu'aux genoux , avoit
la tête enveloppée d'un linge brodé en
or , & portoit de riches perles à fes oreil-
les & à fon nez. Elle apprit de plus à Zé-
linde , qu'en fait de mariage , les Princef-
fes elles-mêmes n'y regardoient pas de
fort près.
Elles choififfent tel gentil-
homme qui leur plaît le mieux , en pren-
nent un autre quand il ceffe de leur plai-
re , & lui donnentfouvent plus d'un Bra-
mine pour affociés. Et le Roi , demanda
Zélinde , en ufe-t-il autrement que fes
Sujets , ou leur fert-il d'exemple ? Oh !
c'est encore toute autre chofe , reprit
la jeune Indienne. Le Roi n'eft auprès
de fa femme que le fucceffeur du Chef
des Bramines. La première nuit du ma-
riage eſt deſtinée à ce Grand - Prêtre
avec cinq cens ducats de récompenfe.
Le même emploi l'attend lorfque le Sou-
verain fait quelque voyage , & la gratifi-
cation est toujoursproportionnée à la lon-
gueur de l'abfence du Souverain.
La Néris n'en voulut pas fçavoir da-
38 MERCURE DE FRANCE.
vantage , & rejoignit Alcindor , qui de
fon côté avoit auffi fait fes remarques.
Tous deux conclurent à chercher mieux.
Le reste au Mercure prochain.
Ou l'Amour comme on le mene.
CONTE.
LES Péris & les Néris sont des Êtres
demi-intellectuels. Ils tiennent le milieu
entre la nature des Génies & la nôtre :
mais ils s'occupent très -férieufement de
ce qui ne fait plus guères qu'amufer nos
femblables ; je veux dire , que leur plus
grande affaire eft de s'aimer comme on
aime dans nos vieux Romans. Il arriva
même que les Néris exigèrent un amour
encore plus quinteffencié. Elles vouloient
par- là s'égaler aux Sylphides. Les Péris
ambitionnoient un peu moins de s'éga-
ler aux Génies . Toutefois la volonté de
leurs Compagnes devint une loi pour
eux . Bientôt ils réalifèrent l'Amour Pla-
tonique , regardé comme une chimère
par nos amans les plus délicats.
Bientôt auffi un pareil amour périt d'i-
nanition. Une langueur plus froide que
l'indifférence même lui fuccéde . On fe
fépare , & l'ennui n'en devient que plus
grand. On dit même que les Néris y
1
reftre
JANVIER. 1764.
15
fuccombèrent les premières. Zélinde
ވ
une des moins prudes , & des plus expé-
rimentées d'entre elles , prit le parti d'af-
fembler fes compagnes. Elles accourent
avec précipitation , & la nomment Pré-
fidente du Confeil qui va fe tenir. Zé-
linde adreffe aux Néris affemblées un
difcours des plus pathétiques fur leur fi-
tuation préfente : les détails en étoient
vivement frappés. Cependant on l'inter-
rompit
on trouva qu'elle ne peignoir
point affez énergiquement le trifte aban-
don où fe trouvoient , & fes compagnes,
& elle-même. Chaque Néris ajouta un
trait au tableau : mais la peinture des
maux n'en indiquoit point le remède.
On propofa de rappeller les Péris ; & ,
après quelque incertitude , cet avis fur
rejetté à la pluralité d'une voix. Qui
voulez-vous donc qu'on appelle ? de-
manda la Préfidente : car enfin il faut
appeller quelqu'un. C'eft de quoi l'on
convenoit unanimement. Zélinde pro-
pofa de faire venir des hommes. Quoi ,
des hommes qui ont un corps tout ter-
s'écrièrent quelques Néris , en
rougiffant. Eh oui , répliqua la Préfi-
dente , qui ne rougiffoit plus. Ils ont bien
des défauts , reprit avec douceur une
blonde Néris ; il faudra du moins nous
16 MERCURE DE FRANCE.
réunir pour les rendre parfaits. Hélas A
ma chère compagne , ajouta Zélinde ,
nous en ferons des ètres bien infipides.
Cet état de perfection feroit pour eux le.
pire de tous,& remédieroit mal au nôtre.
Enfin l'on prit le parti de donner la
préférence aux hommes qui aimoient.
avec le plus de délicateffe : les Néris
étant perfuadées qu'il étoit rare que des
hommes portaffent cette vertu trop loin ..
Mais pour connoître ceux qui la prati-
quoient , il falloit d'amples recherches ;
il falloit par cette raifon parcourir plus
d'un climat. Zélinde , qui avoit propofé
cet expédient , fut priée d'entreprendre.
ce long voyage , & Zélinde ne s'en fit
pas prier deux fois..
Dans le même temps , les Péris pre-
noient une réfolution toute femblable :
c'est-à-dire , que l'un d'entre eux fut
chargé de parcourir notre monde , pour.
voir quelles femmes pourroient fuppléer.
à l'extrême délicateffe des Néris , fans.
toutefois s'en éloigner trop. Celui qu'on.
chargea de cette recherche étoit le même.
qui l'avoit propofée. Son humeur avoit
beaucoup de rapport avec celle de Zé-
Linde ; & le hafard les ayant fait ſe ren-
contrer , tous deux en furent également.
fatisfaits. Ils ne fe déguifèrent point l'un
JANVIER. 1764.
à l'autre le motif de leur miffion .
17
Ils
firent plus , ils réfolurent de voyager en-
femble. Bien entendu que celui des deux
qui auroit le plutôt réuſſi dans fes recher-
ches , laifferoit l'autre continuer les fien-
nes. Reftoit feulement à fçavoir par quel
canton du monde ils, commenceroient
leur tournée. Après y avoir un peu rêvé,
ils crurent s'épargner de plus longues
courfes , en vifitant d'abord les Nations
qui fuivoient de plus près l'inftinct de la
Nature , & qui par cette raifon l'avoient
fans doute moins pervertie.
Un voyage eft peu embarraffant pour
des êtres de cette efpèce. Ils peuvent par
courir le monde entier avec la même ra
pidité que les Génies : mais , comme ils
ont plus de confiftance , ils peuvent en
même tems s'envelopper d'un nuage qui
les dérobe aux regards de nos pareils.
Zélinde & Alcindor ( c'eft le nom du
Péris ) parurent tout - à - coup dans un
canton de l'Amérique habité par des
Sauvages , & où n'avoit encore pénétré
aucun Européan. Rien , par cette rai-
fon , n'avoit pu en altérer les ufages. Ils
étoient auffi fimples & auffi groffiers
que ceux de l'age d'or.
Nos deux fecrets Agens prirent la
forme dont ils étoient convenus ; c'est-à-
་
18 MERCURE DE FRANCE.
dire , celle d'un jeune homme & d'une
jeune fille de cette contrée. Il n'y avoit
pour cette Nation aucune demeure fixe:
Un antre , le creux d'un arbre , un buif-
fon épais , fouvent la pleine campagne ,
fervoient d'afyle à ces habitans beaucoup
plus fauvages que ce nom même ne l'ex-
prime. Il falloit avoir la puiffance & les
reffources intérieures d'Alcindor & de
Zélinde pour ne pas être effrayé d'un tel
fpectacle. Ils étoient d'ailleurs convenus
de s'entr'aider au befoin. J'oubliois de
dire auffi qu'ils avoient la faculté de fe
deviner : avantage qui pourroit n'en être
pas un en amour ; mais qui favorifoit
infiniment leur entreprife.
Ce fut donc fans crainte qu'ils fe fépa
fèrent. Alcindor ne tarda pas à rencon-
trer une jeune Sauvage qui ne cherchoit
point à l'éviter. Il l'aborda avec une po-
liteffe qui la furprit beaucoup. Il lui dit
quelques douceurs qui l'étonnèrent en-
core plus. On préfume bien qu'un être
auffi intelligent qu'Alcindor , entendoit
la langue du pays , & fçavoit la parler:
c'eft un privilége qu'on accorde aifé-
ment au voyageur le moins érudit ; à
peine met-il le pied chez telle ou telle
Nation , qu'il eft fuppofé l'entendre &
en être entendu. Revenons à la jeune
Sauvage.
JANVIER. 1764.
19
Elle répondoit aux douceurs d'Alcin-
dor fur le ton d'une efclave avec qui fon
maître daigne s'humanifer.
Elle igno-
Foit l'art des réſiſtances , & même celui
de la gradation. En un mot , elle pa
rut offrir ce qu'Alcindor ne demandoit
pas. Tant de facilité le rendit lui - même
plus difficile. Peu s'en fallut qu'il ne re
grettât l'extrême délicateffe des Néris.
En même temps il fongeoit à donner
une leçon utile à la jeune Sauvage. Deux
péruches lui en fournirent l'occafion
Voyez-vous , difoit-il , ces deux oifeaux
de la même eſpèce ? L'un des deux fuit
l'autre , fans pourtant fuir trop loin.
N'eft-ce pas la femelle qui en ufe ainfi ?
La Sauvage ne répondit que par une au
tre comparaifon. Vois-tu , dit- elle à Al-
cindor , cette géniffe & ce boeuffauva
ge ? C'eft le boeuf qui s'éloigne , & la
géniffe court après. Alcindor ne fut rien
moins que perfuadé par cette réponſe.
Il s'éloigna , en concluant que fi c'étoit
là le pur inftin&t de la Nature , cet inſtinct
devoit être corrigé.
Zélinde avoit déja en occafion de por
ter unjugement tout femblable. A peine
Alcindor l'avoit quittée , qu'un Sauvage
s'étoit approché d'elle en courant. Elle
avoit cru devoir s'éloigner un peu, mais
20 MERCURE DE FRANCE.
fans courir. Ainfi le Sauvage n'eut pas de
peine a l'atteindre. Elle s'attendoit à que
que préambule , à quelque déclaration
tendre , quoique ruſtique . Mais le Sau-
vage ignoroit ce formulaire :
il alloit
tout naturellement fuivre l'ufage de fes
femblables ; c'eft- à-dire , brufquer hor-
riblement les chofes. A l'inftant furvient
un aut e Sauvage qui fond avec impé-
tuofité fur celui- ci. Le combat devient
entre eux des plus cruels. Eft- ce un libé
rateur qui vient à mon fecours , difoit la
Néris , ou bien n'eft- ce qu'un rival qui
attaque un rival ? N'importe , attendons
l'événement ; il me fera toujours facilė
d'échapper au vainqueur. L'événement
ne fe fit pas beaucoup attendre. Le nou
veau venu ayant mis fon adverfaire prèf-
que hors de combat , ce dernier s'enfuit,
renonçant à fes prétentions fur Zélinde ;
faufà les reprendre à la première rencon-
tre. Pour le vainqueur , il fongeoit dès
ce moment à faire valoir les fiennes , &
il s'y prit comme fon devancier. Arrê-
tez !-lui cria Zélinde ; c'eft en ufer bien
cavalièrement. N'y a-t- il pas certains
préliminaires
Le Sauvage lui deman-
da ce que vouloient dire ces mots . La
Néris les lui expliqua de fon mieux ;
mais elle ne perfuada point celui qu'elle
JANVIER. 1764.
21
inftruifoit. Tu te moques , lui dit - il :
veux-tu , quand la faim me preffe , que
je m'amufe à danfer autour du morceau ?
Tout en parlant ainfi , il agiffoit en con-
féquence. Il fallut que Zélinde employât
tout fon pouvoir pour s'échapper de fes
mains. Elle voulut voir cependant s'il
regrettoit beaucoup d'avoir ainfi perdu
fa proie. Elle le vit occupé à pourſuivre
un renard , & , après l'avoir tué , s'en
retourner avec l'air d'un homme qui ne
regre te rien. Ah ! dit-elle avec dépit ,
fi c'eft-là ce qu'on nomme l'innocent
inſtinct de la Nature ; quelle horreur
qu'une telle innocence !
Alcindor la rejoignit l'inftant après.
Hé bien ! lui dit Zélinde , avez-vous fait
d'heureufes découvertes ? N'en doutez
pas , reprit-il ; cette contrée barbare eft
vraiment un pays à bonnes fortunes. Si
les hommes y font féroces , les femmes
y font des plus humaines. Alors il l'inf-
truifit de fon aventure , & Zélinde lui fit
part de la fienne. Tous deux convinrent
qu'il falloit paffer chez d'autres Peuples
de l'Amérique un peu plus policés que
celui-ci , mais beaucoup moins que ceux
de l'ancien Monde. C'eft-là qu'ils eſpé-
roient trouver la Nature encore fimple
fans être entièrement brute.
22 MERCURE DE FRANCE .
Après une courfe affez longue , ils ar
rivent fur les terres des Nadoueffis ; Na-
tion fauvage , mais dont le caractère n'a
rien de féroce. Les deux voyageurs en
font accueillis favorablement On leur
demande où ils vont & ce qu'ils veulent ?
Vivre avec des hommes , répondit Al-
cindor. Les Nadoueffis , qui fe piquent
d'être des hommes par excellence , ne
portent pas plus loin leurs queſtions . Ils
affignent à leurs nouveaux hôtes une ca-
banne , où ils doivent être nourris du-
rant un certain temps aux dépens de tou-
te la Nation. Dans tout autre cas , il eût
été prudent à eux de s'annoncer comme
époux ; mais le motif de leur voyage s'y
oppofoit. Ils ne s'annoncèrent que com-
me le frère & la foeur. En conféquence
leur cabanne fut divifée en deux parts.
Mais l'entrée de l'une & de l'autre étoit.
libre à tous venans , la nuit comme le
jour
:
C'est l'ufage parmi ces Peuples..
Toutefois il n'en réfulte aucun inconvé-
vénient , excepté ceux que l'ufage même.
autorife , & qui ne paffent point pour
tels chez les Nadoueffis.
Zélinde étoit , à coup fûr , la plus belle
Sauvage de tout le canton. C'eft de quoi
une foule de jeunes gens l'auroient inf-
truite , fi elle ne l'eût pas fçu d'avance.
JANVIER. 1764.
& de refpect très
23
Il fe paffoit peu d'heures dans la journée
fans que quelqu'un d'entre eux vînt lui
dire à l'oreille : Je t'aime plus que la
clarté du grand Aftre. Paffe encore pour
ce préalable , difoit intérieurement la
Néris ; & elle y répondoit de manière
à ne décourager perfonne , fans toute-
fois s'engager trop elle- même. La nuit
venue , Zelinde vit entrer dans fa caban-
ne un jeune Sauvage qui portoit un bâ
ton allumé. Elle lui demanda ce que ce-
la fignifioit? Cela s'appelle, reprit- il, cou-
rir l'allumette : c'eſt à toi de l'éteindre
ou de la laiffer brûler ; & il lui fit entre-
voir qu'il defiroit fort qu'elle l'éteignît,
Zélinde n'en fit rien , & le Sauvage fortit
comme il étoit entré. Un fecond fur-
vient , obſerve la même formule ; & ,
voyant que Zélinde ne fouffloit point
fur l'allumette , il fe retire avec la même
docilité que le précédent. La Néris trou-
voit cette méthode un peu bifarre ; mais
elle y découvroit un mêlange d'ardeur
-
propre à fatisfaire
fes compagnes, Elle eût cependant vou-
lu fçavoir où les deux jeunes aventuriers
étoient allés en la quittant. Un troisième
qui furvint leva une partie de fes doutes,
Auffi peu favorifé lui - même , que l'a-
voient été les deux autres , il alloit fe
24 MERCURE DE FRANCE .
retirer comme eux. Zélinde l'arrêta. Ou
vas-tu en fortant de ma cabanne , lui de-
manda la Néris ? Courir l'allumette , ré-
pondit le Sauvage
tu la laiffes brûler ,
une autre pourra l'éteindre. Une autre !
s'écria Zélinde ; il n'importe donc la-
quelle ce foit ? Cela eft tout fimple , ré-
pliqua- t-il ; quand la chaleur du grand
Aftre me brûle , c'eft dans la rivière la
plus proche que je me baigne. Mais ,
reprit Zélinde , vous n'aimez donc au-
cune femme en particulier ? Je les aime
toutes , ajouta le Nadoueffis , quand ce-
la ne me dérange point ; & celle qui
foufle fur l'allumette eft toujours celle
que j'aime le mieux . Zélinde lui fit en-
core d'autres queſtions fur le même fu-
jet , & il y répondit avec franchiſe , en
appuyant fon difcours de ces expreffions
extrêmement familières aux Sauvages :
voilà qui eft bien , voilà qui eftjufte , voi-
là qui eft raifonnable. Je fuis jeune , di-
foit- il , & je me proméne quelquefois
la nuit : Voilà qui eft bien. Je donne la
préférence à celle qui me la donne :
Voilà qui eftjufte. Je n'aime qu'autant
que cela ne me met point hors d'état de
courir après les caftors , & de fuir ou de
poursuivre l'ennemi : Voilà qui eft rat-
Jonnable.
Il
Louré.
Que d'une
-sés dans vos
=ple nature
sirsjamais
W
de sidoux tr
votre hommage
Majeur.
-sors . Sans
25
lerniers
entper-
oit pas
n'étoit
s'étoit
es noc-
lement
Toujou dant à
fatisfit
t. Mais
d'une tet le fi-
elques
t bien,
gna fa
- més: de ce
Finit
W
écon-
Foit-il ,
moins
On a
s con-
anterie
vive its pri-
ntrées.
où les
depuis
Graveparios re-
es que
Imprimeconfé-
t fubi-
24 MET
retirer cor
vas-tu en
manda la
pondit le
une autre
s'écria Ze
quelle cers amans , toujours aimés : Sur lafoi
pliqua-t-il
Aftre me
plus proch
cune fem
W
reprit Zendre ami e Vous n'êtesjamais allar -
toutes , aj
W
la ne me Parmi vous la plus courte absence
foufle fur
quej'aim
core d'aut
jet , & il par le pluspromptretour, Toujours la
appuyant w
extrêmen
voilà qui
là qui eft npatience Vous prète l'aile de l'amour.
foit-il , &
la nuit :
préférence :Charpentie .
Voilà qui
que cela par Tournelle
courir apr
poursuivre
fonnable.
a
JANVIER. 1764.
25
Il fortit en prononçant ces derniers
mots , & laiffa Zélinde entièrement per-
fuadée que l'Amérique ne mettroit pas
fin à fes recherches. Alcindor n'étoit
guères plus fatisfait des fiennes. Il s'étoit
déterminé à rendre quelques vifites noc-
turnes , & avoit été reçu favorablement
dès la première. Il fe borna cependant à
certaines queſtions auxquelles on fatisfit
dans l'efpérance qu'elles finiroient. Mais
la fin des demandes d'Alcinder fut le fi-
gnal de fa retraite. Il entra dans quelques
autres cabanes , réuffit également bien,
s'en tira également mal , & regagna fa
cabane auffi peu fatisfait des filles de ce
canton , qu'elles mêmes étoient mécon-
tentes de lui. Il faut l'avouer , difoit- il ,
cette extrême facilité vaut encore moins
que l'extrême réferve des Néris . On a
vu que Zélinde avoit auffi tiré des con-
féquences peu favorables à la galanterie
fauvage. Ainfi les deux voyageurs pri-
rent le parti de vifiter d'autres contrées.
Il en eft une , difoit Alcindor, où les
ufages n'ont prèfque point varié depuis
l'origine des chofes. Voyons fi nos re-
cherches y feront plus fructueufes que
dans ce nouveau Monde. En confé-
quence les deux voyageurs partent fubi-
tement pour la Chine.
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Ce fut à Pékin même qu'ils jugèrent
à propos de defcendre. Ils y parurent
fous la formed'un Mofcovite. Un fpecta-
cle des plus pompeux s'offrit à leurs pre-
miers regards. Un cortége nombreux
portoit des torches & des flambeaux en
plein midi , & environnoit une chaiſe
magnifiquement ornée , & portée par
des efclaves. Des fifrés , des hautbois ,
des tambours précédoient & fuivoient.
Alcindor s'informa de ce que renfermoit
ce pavillon.Unejeune épousée qu'on mé-
ne à fon époux , lui répondit un des fpec-
tateurs. Sans doute , reprit Alcindor ,
que fa beauté répond à toute cette pom-
pe ? Je n'en fçais rien , répliqua le Chi-
nois. Il eft du moins à croire , ajouta
Alcindor , qu'elle a paru telle aux yeux
de celui qui l'époufe ? Il ne l'a jamais
envifagée , reprit encore l'habitant de
Pékin.
Quoi ! il l'époufe fans la
connoître ? .... Eh mais ! fans doute :
én uſe- t-on autrement parmi vous ? Il a
recours à un expédient tout fimple , ſup-
pofé qu'elle ne lui plaife pas , ou qu'elle
ceffe de lui plaire : c'eft de prendre une
ou plufieurs concubines , auxquelles il
eft également libre d'en fubftituer d'au-
tres , quand il vient à fe dégouter des
premières.
JANVIER. 1764.
27
Ceci ne me femble point mal imagi-
né, difoit intérieurement Alcindor. Voi-
la qui eft abominable , difoit , en même
temps , Zelinde. Etre quittée ainfi , &
condamnée à un éternel efclavage ! En
vérité c'eft joindre l'injuftice à la tyran-
nie ! toute autre perquifition me femble
fuperflue dans cet immenfe pays où les
ufages font fi uniformes , fi anciens , &
malheureufement fi révérés.
Pour Alcindor , il continuoit à quef-
tionner l'obligeant Chinois.
Il lui de-
manda , entre autres chofes , fi les fem-
mes de cette contrée fe piquoient d'une
fidelité à toute épreuve ? Ce feroit trop
exiger, repondit - il : on tâche d'éloigner
d'elles tous les Séducteurs , on veille
éxactement ſur leur conduite , & il arri-
ve , quelquefois , que leur vertu fait le
refte.
Ces détails étoient d'un augure peu
favorable pour nos voyageurs. Ils entre-
virent qu'ils s'étoient trompé fur le
compte des Chinois comme fur celui
des Sauvages. Cependant ils voulurent
en juger par eux-mêmes. Ils fe logent
dans la Capitale & continuent d'obfer
ver. Zélinde qui effaçoit , fans peine ,
la plus belle Chinoife , charma tous ceux
qui purent l'envifager. Un jeune hom-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
me qui fuivoit la doctrine de Fo , c'eft-
à-dire qui croyoit , ou feignoit de croire
à la tranfmigration des âmes , l'aborda
un jour avec un éxtrême familiarité. Tu
fus , lui dit-il , ma femme avant que de
reprendre un nouvel être. Une mort
prématurée t'enleva a mes veux. Au-
jourd'hui que tu m'es rendue
›
le
grand Fo ordonne que tu me laiffes
rentrer dans tous mes droits , & cela
fans aucune cérémonie éxterieure. Fo
nous difpenfe de ces vaines répétitions.
La fauffe Mofcovite trouva cette faillie
amufante. Elle revenoit au fonds à l'a-
lumette des Sauvages . Mais Zelinde qui
n'avoit pas daigné éteindre l'une , répon-
dit auffi peu favorablement à l'autre .Elle
voulut voir , cependant , fi le Chinois ſe
menageoit les mêmes reffources que le
Nadoueffis. La faculté qu'elle avoit de
fe rendre invifible l'aida beaucoup dans
ce projet. Zélinde épia la conduite du
jeune homme , & le vit bientôt adreffer
le même difcours à une jeune Chinoiſe
qui ne parut point douter du fait , &
qui parut encore plus difpofée à fuivre
les volontés du Dieu Fo.
Alcindor, de fon côté , ne reftoit pas
inutile. Une jolie veuve Chinoiſe avoit
fixé fon attention,
Il l'avoit vue dans
JANVIER. 1764.
29
une Pagode confacrée à Lao , lieu qu'elle
fréquentoit fort fouvent. Il faifit l'oc-
cafion de l'aborder & de l'entretenir.
Ses difcours étoient des plus ingénieux
& des plus galans ; mais par malheur
la Veuve étoit dévote , & à la Chine
cette qualité étoit un obftacle réel en
amour. En vain , dit- elle au faux Japon-
nois , en vain tenteriez vous de me fé-
duire ; mon cœur n'eft plus à moi , il
eft tout entier au divin Lao : lui feul
peut me faire jouir de la fuprême félicité.
Alcindor alloit lui demander en quoi
cette félicité confiftoit ; elle le quitta
brufquement pour courir à un Bonze
qui lui faifoit figne. Le curieux Péris
s'approcha d'eux fans pouvoir être vû.
Il entendit le Bonze parler ainfi à la
Chinoife : objet cher à Lao , ce Dieu
puiffant vous ordonne par ma voix de
refter cette nuit dans fon Temple : Il
Vous y fera goûter les douceurs qu'il
réferve à fes feules favorites. Alcindor
vit dès l'inftant où aboutiroit ce myf-
tere , & l'entretien de deux Bonges qu'il
écouta fans être apperçu,ne lui laiſſa au-
cun doute à cet égard.
Nos Voyageurs fe rejoignent , égale-
ment perfuadés qu'il eft à propos de paf-
fer outre. Leur deffein étoit de parcou-
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
rir toute l'Afie. Ils partent , & dès le
jour fuivant ils découvrent à vue d'Oi-
feau le Royaume du Japon. Ce fut à
Meako qu'ils defcendirent. Le temps de
la nouvelle lune y donnoit lieu à une cé-
rémonie qui fe renouvelle tous les mois.
Une troupe de Bonzis conduifoit en
pompe une jeune fille de la plus grande
beauté. Nos Voyageurs n'eurent pas
de peine à s'inftruire de ce que cela fi-
gnifioit. On la mene au Temple , leur
dit- on , où le Diable daignera ce foir
converfer avec elle . C'eft là tout ce qu'il
faut pour en faire une fainte. Alcindor
jugea par ce difcours que les Bonzis du
Japon & les Prêtres de Lao , obfervoient
à-peu-près les mêmes Rites .
En paffant auprès d'un autre Temple ,
il en vit fortir une foule de Japonois qui
tous dirigeoient leurs pas vers un même
canton de la Ville . De là nouvelles quef-
tions d'Alcindor. Un de ceux à qui il
s'adreffoit lui fit cette réponse. Nous.
fortons du Temple & nous allons au
Kafiematz. C'est un ufage que nous
ont tranfmis nos Pères , & que nous ef
perons tranfmettre à nos defcendans..
Tout en parlant ainfi, le Japonnois avan-
çoit tonjours
Alcindor le fuivoit ; de
manière qu'ils arriverent enſemble au
JANVIER. 1764.
31
Kafiematz. Une foule de jeunes beau-
tés y prodiguoient leurs charmes au pre-
mier venu. Elles n'avoient point la li-
berté du choix , & fembloient peu cu .,
rieufes de choifir. Alcindor fe hâta de
rejoindre Zélinde qu'une vieille Japon-
noife avoit abordée. Leur entretien.
avoit affez de rapport avec ce que lui-
même venoit de voir. L'amour est donc:
ignoré chez vous ? lui difoit Zélinde ,
Qu'est -ce que l'amour demanda la
Vieille ? Ce mot eft un peu étranger ici.
Celui de mariage qui , je penfe, ne veut
pas dire la même chofe , nous est un
peu mieux connu. Un Japonnois époufe
une femme , l'enferme avec foin , la né-
glige fort quant au refte ; & je vous jure
parle grand Thé , que la plus fage d'en-
tr'elles quitteroit volontiers fa maiſon
pour habiter leKafiematz.Allons, partons,
s'écrierent , en même temps Alcindor
& Zelinde ; nos recherches ne feront
par plus heureufes au Japon qu'à la Chi-
ne. Ils difent , & s'élévent de nouveau
dans les airs.
Après un affez long trajet , l'Ifle de
Macaffar fe découvre à leurs yeux.
Tout y eft agréable , excepté les habi-
tans: Les deux féxes ignorent l'ufage
des habits. L'unique parure des femmes
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
eft de fe taillader le vifage & à peu-
près tout le reste du corps. Ces hideu-
fes perfonnes accouroient par bandes
vers le rivage où des étrangers venoient
de mettre pied à terre. Là elles offroient
ce qu'on ne leur demandoit pas. Ceux
qui avoient la complaifance de ne pas les
rebuter en étoient bientôt punis par el-
les-mêmes. Lorſqu'ils avoient fuffiſam-
ment fait preuve de mauvais goût , leurs
cruelles amantes leur offroient du tabac ,
en les invitant à fumer. Mais à peine
commençoient-ils à en faire ufage qu'ils
perdoient connoiffance & bientôt après.
la vie. Alcindor fut témoin de cette ca-
taftrophe & en frémit. Zélinde qui ob-
fervoit les hommes de cette contrée
.
n'eut pas lieu d'en être plus fatis-
faite. Ils connoiffoient , ils approuvoient
l'indécente & barbare mannœuvre de
leurs femmes & fe difpofoient à aſſaſſi-
ner ceux qu'elles n'empoifonneroient
pas.
Nos Voyageurs quitterent cette Ifle
infernale avec autant de promptitude
que d'indignation .
Ils arriverent au
Royaume de Siam & s'y arrêterent peu.
La nudité des femmes , leur empreffe-
ment à chercher les hommes qui , en
général , font auffi difpofés à les fuir ;
JANVIER. 1764.
33
toutes ces images déplurent au couple
Obfervateur. Il partit fans différer pour
le petit Royaume de Patania. Zélinde ,
ne voulut pas même s'y rendre viſible.
Alcindor y parut fous l'extérieur d'un
Anglois. Il fut abordé par un des
principaux Citoyens de la Capitale qui
l'invita fort poliment à prendre fa mai-
要
fon pour gîte. Vous y mangerez , lui
dit-il , comme chez tout autre
,
des
viandes & du riz dans des plats d'or ;
mais ce qui vaut infiniment mieux,vous
y verrez ma fille & ma nièce , toutes deux
fort jolies , & avec lefquelles je vous
prie d'en ufer fans façon. Le Péris éton-
né de ce difcours , demanda au Pata-
nien fi , outre fa fille & fa niéce , il
n'avoit pas auffi une femme ? J'en ai
plus d'une , reprit l'Indien ; mais je les
garde pour moi . Ce font là les feules
bornes que nous mettons à nos égards
envers les étrangers. Il y a temps pour
tout. Nos femmes , lorfqu'elles n'étoient
que filles , ont également fait les hon-
neurs de la maifon de leurs Peres , ou
de leurs Oncles.
Ces détails ne féduifirent point Alcin-
dor , & encore moins Zélinde , qui , fans
fe laiſſer voir , avoit tout entendu . Le
Péris remercia l'officieux Indien , & fe
Bv
34 MERCURE
DE FRANCE.
retira fort humilié. Après quoi nos voya
geurs aëriens prirent leur éffor jufqu'à
Narfingua. Ils mirent pied à terre à quel-
que diftance de la ville , & rencontrèrent
une femme qui s'en éloignoit. Alcindor "
l'interrogea fur ce qui pouvoit caufer fa
fuite. C'eft , répondit- elle , parce que je
ne puis me réfoudre à être brûlée . Je fuis.
veuve depuis vingt-quatre heures : mon
mari en ufoit paffablement avec moi , &
je l'aimois autant que cette forte d'amour
peut s'étendre ; mais j'avoue que je n'ai
pas le courage de mêler mes cendres avec
les fiennes. Par cette raiſon , me voilà dé-
clarée infâme , & condamnée à vivre
dans l'éxil; tandis qu'une de mes com-
pagnes , qui va dans ce moment obéir à
l'ufage, voit fes louanges portées jufqu'au
Trône de Brama. Sans doute , reprit Al-
cindor, que cette courageufe héroïne ai-
moit prodigieufement votre époux com-
mun ? Point du tout , répliqua l'Índien-
ne ; elle ne lui fut pas même fidelle : &
moi , tout au contraire , je me fis un de-.
voir de ne jamais lui manquer. Cepen-
dant je vais paffer pour une ingrate , une
perfide ,, & elle pour un exemple d'atta-
chement conjugal..... Entendez-vous ,
ajouta l'Indienne , ces cris confus , mêlés
au bruit des inſtrumens ? C'eſt pour ho-
JANVIER. 1764.
35
norer ce barbare facrifice. Il va bientôt
commencer , & il ne dépend que de vous
d'en être les témoins. En effet , Alcindor
& Zélinde s'avancèrent vers le lieu d'où.
partoit ce bruit. Il virent , au milieu d'u-
ne foule d'affiftans , une jeune Indienne
conduite par un Bramine. Elle portoit
dans fa main droite une fleur , dans fa
main gauche une boule. Ses doigts
étoient ornés de quantité de perles & de
pierres précieufes ; des chaînes en lacs.
d'amour & très-riches chargeoient fes
bras & même fes jambes. Une toile
très-fine lui tenoit lieu de vêtemens. Sa
beauté feule eût pu lui tenir lieu de pa-
rure. Elle s'avançoit avec un fouris &
un empreffement affectés vers le bucher
fur lequel étoit déja le corps de fon mari.
On y met le feu : l'Indienne , après avoir
pris congé de fes parens & de fes amis ,..
s'élance au milieu des flammes , où elle
eft bientôt réduite en cendres. Les ap-
plaudiffemens redoublèrent ; mais Alcin--
dor & Zélinde frémirent. Tous deux fe
retiroient ,
lorsqu'ils apperçurent un
Jeune Indien qui lui-même s'éloignoit
affez triftement. Je vois , lui dit Alcin-
dor , qu'un tel fpectacle vous affiige , &
certainement c'est avec raiſon . Hélas
oui répondit ce dernier. J'avoue ce
B.vj.
36 MERCURE DE FRANCE.
dant que j'ai tort , puifque celle qui vient
de fe brûler étoit ma maîtreffe. Eh quoi !
s'écria Zélinde avec furprife , n'y trou-
vez-vous pas un motifde plus pour gémir
de fa perte ? Tout au contraire , inter-
rompit l'Indien ; comme fon amant , je
prends part à fa gloire , & cette gloire
exigeoit qu'elle fe brûlât. Notre intelli-
gence a duré juſqu'à la fin des jours de
fon mari , & nous faifions des vœux
pour qu'il vêcût long-temps. Aujour-
d'hui qu'il eft mort , tout eft fini entre
elle & moi. Une femme d'honneur peut
tromper fon époux , mais elle ne doit
point lui furvivre. A ces mots l'Indien
pourſuivit fa route , & nos voyageurs
prirent celle de l'Etat le plus voifin.
C'étoit le Royaume de Callicut. Ils
s'arrêtèrent auprès d'un Temple dédié au
grand Singe , & dont le portique étoit
orné de fept cens piliers ou colonnes
de marbre. On voyoit un grand nombre
d'Indiens des deux féxes , raſſemblés
fous cet immenfe veftibule , y parler
d'affaires ou de plaifir. Mais le principal
amufement des maris étoit d'y troquer
de femmes entre eux , & cet échange dé-
plaifoit rarement à celles qui en étoient
l'objet. Zélinde eut occafion d'en entre-
tenir une , fort jeune encore ,
fort jeune encore , & qui lui
JANVIER. 1764.
37
avoua en êtreà fon douzième mari , fans
que la mort lui en eût ravi un feul. Je
m'attends , pourſuivit- elle , à tripler ce
nombre en moins de trois ans . Celle qui
parloit ainfi avoit cependant l'air d'une
perfonne diftinguée : elle étoit vêtue de-
puis la ceinture jufqu'aux genoux , avoit
la tête enveloppée d'un linge brodé en
or , & portoit de riches perles à fes oreil-
les & à fon nez. Elle apprit de plus à Zé-
linde , qu'en fait de mariage , les Princef-
fes elles-mêmes n'y regardoient pas de
fort près.
Elles choififfent tel gentil-
homme qui leur plaît le mieux , en pren-
nent un autre quand il ceffe de leur plai-
re , & lui donnentfouvent plus d'un Bra-
mine pour affociés. Et le Roi , demanda
Zélinde , en ufe-t-il autrement que fes
Sujets , ou leur fert-il d'exemple ? Oh !
c'est encore toute autre chofe , reprit
la jeune Indienne. Le Roi n'eft auprès
de fa femme que le fucceffeur du Chef
des Bramines. La première nuit du ma-
riage eſt deſtinée à ce Grand - Prêtre
avec cinq cens ducats de récompenfe.
Le même emploi l'attend lorfque le Sou-
verain fait quelque voyage , & la gratifi-
cation est toujoursproportionnée à la lon-
gueur de l'abfence du Souverain.
La Néris n'en voulut pas fçavoir da-
38 MERCURE DE FRANCE.
vantage , & rejoignit Alcindor , qui de
fon côté avoit auffi fait fes remarques.
Tous deux conclurent à chercher mieux.
Le reste au Mercure prochain.
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6
p. 38
VERS à M. l'ÉVÉQUE D'ORLÉANS, sur le danger de la maladie dont il est convalescent, par M. AYGOU, de l'Académie des Belles-Lettres de Caën.
Début :
QUAND la fiére Atropos eut ouvert son ciseau [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à M. l'ÉVÉQUE D'ORLÉANS, sur le danger de la maladie dont il est convalescent, par M. AYGOU, de l'Académie des Belles-Lettres de Caën.
VERS à M. l'ÉVÉQUE D'ORLÉANS,
sur le danger de la maladie dont il
est convalescent, par M. AYGOU,
de l'Académie des Belles-Lettres de
Caën.
QUAND la fiére Atropos eut ouvert son ciseau
Pour couper de vos jours la trame fortunée ,
L'Orléanois frémit ... Il crut voir au tombeau --
L'Auteur de fon bien-être & de fa deſtinée !!
Minerve a diffipé ces critiques inftans :
Elle a faifi la main de la Parque cruelle...
ככ Que vas-tu faire . lui dit-elle ?
» Attends que de Neftor il ait paffé les ans.
Il eſt plus : il en eft l'exemples
1
»Reſpecte ce Prélat que la France contemple.....
>> Talens :
1
►Arrête... c'eſt Jarente….. 11 eft de mes enfans...
Apprends qu'il eft l'appui des Vertus , desa.:
sur le danger de la maladie dont il
est convalescent, par M. AYGOU,
de l'Académie des Belles-Lettres de
Caën.
QUAND la fiére Atropos eut ouvert son ciseau
Pour couper de vos jours la trame fortunée ,
L'Orléanois frémit ... Il crut voir au tombeau --
L'Auteur de fon bien-être & de fa deſtinée !!
Minerve a diffipé ces critiques inftans :
Elle a faifi la main de la Parque cruelle...
ככ Que vas-tu faire . lui dit-elle ?
» Attends que de Neftor il ait paffé les ans.
Il eſt plus : il en eft l'exemples
1
»Reſpecte ce Prélat que la France contemple.....
>> Talens :
1
►Arrête... c'eſt Jarente….. 11 eft de mes enfans...
Apprends qu'il eft l'appui des Vertus , desa.:
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7
p. 50
ENIGME.
Début :
POURROIS-JE sans gémir te déclarer mon sort ? [...]
Mots clefs :
Dame des échecs
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
POURROIS- JE fans gémir te déclarer mon fort ?
A peine mon époux a -t-il vu la lumière ,
Que de fiers ennemis confpirèrent fa mort,
Dans un piége imprévu cette troupe guerrière,
L'engage par degrés ; & je lui fers d'appui ,
En m'expofant aux coups qu'on prépare pour lui
Il s'échappe en fuyant , & je fuis prisonnière .
Il alloit fuccomber , privé de mon fecours ;
Mais un puiffant génie a protégé les jours.
Les vainqueurs infolens , ivres de leur victoire ,
Avoient cru l'accabler fous leurs vaſtes projets ;
Lorfqu'en changeant de féxe, un feul de fes Sujets
Brifa mes fers & lui rendit fa gloire.
Mais les vainqueurs en vain fe preffent fous mes
pas :
Tous ces honneurs ne font rien que fumée.
Après avoir vaincu dans cent & cent combats ,
Un enfant quelquefois diffipe les foldats ,
Me foule aux pieds & détruit mon armée .
Par M. D. R *** .
POURROIS- JE fans gémir te déclarer mon fort ?
A peine mon époux a -t-il vu la lumière ,
Que de fiers ennemis confpirèrent fa mort,
Dans un piége imprévu cette troupe guerrière,
L'engage par degrés ; & je lui fers d'appui ,
En m'expofant aux coups qu'on prépare pour lui
Il s'échappe en fuyant , & je fuis prisonnière .
Il alloit fuccomber , privé de mon fecours ;
Mais un puiffant génie a protégé les jours.
Les vainqueurs infolens , ivres de leur victoire ,
Avoient cru l'accabler fous leurs vaſtes projets ;
Lorfqu'en changeant de féxe, un feul de fes Sujets
Brifa mes fers & lui rendit fa gloire.
Mais les vainqueurs en vain fe preffent fous mes
pas :
Tous ces honneurs ne font rien que fumée.
Après avoir vaincu dans cent & cent combats ,
Un enfant quelquefois diffipe les foldats ,
Me foule aux pieds & détruit mon armée .
Par M. D. R *** .
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8
p. 51
AUTRE.
Début :
JE suis tout seul quelquefois, [...]
Mots clefs :
Seau du puits
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A. UT RE..
J fuis tout feul quelquefois , E
Et j'ai quelquefois un frère ;
Nous fuivons les mêmes loix
Par un chemin tout contraire.
Sans regret je fuis caché
Dans une fombre demeure :
Je l'aime tant , que je pleure
Lorfque j'en fais arraché.
Quoique fans ceffe je nage
Sur un perfide élément ,
Je ne crains point le naufrage,
Et me noye à tout moment..
Je n'ai bras , ni pieds , ni tête :
Je ne fuis de chair ni d'os ;
Et fitôt que l'un m'arrête ,
L'autre trouble mon repos.
J fuis tout feul quelquefois , E
Et j'ai quelquefois un frère ;
Nous fuivons les mêmes loix
Par un chemin tout contraire.
Sans regret je fuis caché
Dans une fombre demeure :
Je l'aime tant , que je pleure
Lorfque j'en fais arraché.
Quoique fans ceffe je nage
Sur un perfide élément ,
Je ne crains point le naufrage,
Et me noye à tout moment..
Je n'ai bras , ni pieds , ni tête :
Je ne fuis de chair ni d'os ;
Et fitôt que l'un m'arrête ,
L'autre trouble mon repos.
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9
p. 51
LOGOGRYPHE.
Début :
LECTEUR, je ne sçaurois paroître [...]
Mots clefs :
Spectre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
JV
LECTEUR , je ne sçaurois paroître
Sans vous caufer beaucoup d'eff: oi,
Tranfpofez quelques pieds , je n'appartiens qu'au
Roi.
C'en eft affez pour me connoître,
51
Par M. LAGACHE fils , à Amiens .
JV
LECTEUR , je ne sçaurois paroître
Sans vous caufer beaucoup d'eff: oi,
Tranfpofez quelques pieds , je n'appartiens qu'au
Roi.
C'en eft affez pour me connoître,
51
Par M. LAGACHE fils , à Amiens .
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