Résultats : 662 texte(s)
Détail
Liste
551
p. 114-134
ACADÉMIES. SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville, le Mercredi 8 Décembre 1762.
Début :
L'ACADÉMIE étant dans l'usage d'exposer publiquement à la fin de chaque [...]
Mots clefs :
Académie, Végétal, Physicien, Botanique, Chirurgie, Solitude, Vie champêtre, Curiosité, Égypte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIES. SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville, le Mercredi 8 Décembre 1762.
ACADÉMIES.
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles - Lettres de
DIJON , tenue dans la Salle de l'Hôtel-
de-Ville , le Mercredi 8 Décembre
1762 .
L'ACADÉMIE érant dans l'uſage d'expofer
publiquement à la fin de chaque
année , le tableau de ſes opérations littéraires
; le Secrétaire perpétuel ouvrit la
Séance par un détail hiſtorique des différens
Sujets qui avoient exercé la plume
des Académiciens. Trois genresde
Sciences , dit- il , fixent en quelque forte
les objets de nos travaux Académiques
: la Phyſique & les Arts; la Médecine
& les branches éffentielles qui lui
appartiennent ; l'Hiſtoire & les Belles-
Lettres . Parcourons dans ces trois claffes
les divers ouvrages dont la lecture
JUIN. 1763. 115
a rempli nos féances pendant le cours de
l'année.
Dans le régne végétal, la Nature offre
ſouvent au Phyſicien des Phénomènes
qui piquent ſa curiofité ſans éclairer fon
efprit. Pour découvrir la vérité , il ne
faut jamais la perdre de vue ; & le plus
sûr moyen d'y atteindre , c'eſt de s'en
approcher lentement. Telle eſt la méthode
que fuit M. Daubenton dans l'étude
de la Botanique : ſes Obfervations
fur la culture des arbres mille fois répétées
avec la même éxactitude , lui procurent
tous les jours de nouvelles découvertes.
Dans un Mémoirefur le Platane
, dont il a fait la lecture à l'Académie
, il donne la manière d'élever cet
arbre ; il nous fait connoître ſes différentes
eſpèces , ſes variétés, ſes qualités&
ſes u ages.
M. Michault , en conſidérant la Nature
dans l'étendue de ſes trois régnes ,
y recherche les fautes&les erreurs qu'on
lui impute. On s'imagine , dit- il , lorfqu'elle
paroît manquer à l'uniformité
de ſes loix , qu'on a des caprices à lui
reprocher ; & c'eſt ce que nous appellons
, mais improprement , les jeux de
la Nature. Notre ignorance à l'égard de
fon Mechaniſme & de la plupart de fes
116 MERCURE DE FRANCE .
!
Phénomènes , doit rendre les Phyficiens
attentifs dans leurs recherches , timides
dans leurs conjonctures , & circonfpects
dans leurs jugemens. Dans l'éxamen de
la Nature , défions-nous de la chaleur de
notre eſprit & de lafoibleſſe de nos ſens .
Ses prétendus caprices fe rapportent à
tout ce que le mouvement local , en s'oppofant
à l'éxécution de ſes loix fondamentales
, peut y produire de merveilleux.
L'Auteur termine cet éſſai par l'énumération
des chefs-d'oeuvres de l'Art
qui imitent certains jeux de la Nature.
Dans une autre Differtation , & fur
un plan à-peu-près ſemblable , le même
Académicien tâche d'expliquer phyfiquement
ce que le Peuple regarde comme
des prodiges dans les pluies extraordinaires.
On ne connoît , felon M. Michault
, les cauſes naturelles & les effets
des Météores , que relativement aux modifications
de la matière terrestre. C'eſt
ce qui faifoit imaginer au Père Kirker,
que tous les Phénomènes de la moyenne
région ſe répétent dans les gouffres
& les abîmes de la terre. Lorſque les objets
ne font point à la portée de nos fens;
nous ſubſtituons les conjectures aux
Obſervations , nous ofons juger des
procédés de la Nature par des fuppofi
JUIN. 1763 . 117
tions ; quoique tous les jours de nouveaux
événemens démentent les hypotheſes
& renverſent les ſyſtemes. Le
Philoſophe qui ne fait que deviner les
cauſes phyſiques , peut donc également
ſe tromper fur les effets ſenſibles , comme
celui qui ne connoît ni les uns ni les
autres . M. Michault ſe propoſe d'attaquer
dans ce Mémoire , la plupart des
paradoxes &des opinions ridicules qu'on
a oſé répandre à ce ſujet : ileſſaye de détruire
par des explications phyſiques ,
les érreurs populaires concernant quelques
minéraux , certaines matières végétales
, & même différens animaux
qu'on croit être tombés du Ciel.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettant
pas de repréſenter exactement
ici tous les travaux de l'Académie , nous
pafferons rapidement d'une matière à
l'autre.
Dans la Médecine , dont les maladies
du corps humain font l'objet , on obferve
, on traite , on guérit. Cet art ſi
précieux à l'homme , eſt un labyrinthe
où l'on s'égareroit infailliblement , fi
l'on ne portoit dans ſes routes obfcures ,
le flambeau de la Phyſique , le feu d'Hermès
& le fer de Véſale . C'eſt dans ces
trois points de vue,que le Secrétaire con
118 MERCURE DE FRANCE.
fidère les Ouvrages Académiques concernant
cette Science. Après avoir jetté
un coup d'oeil ſur les procédés chymiques
& fur les obfervations anatomiques;
l'Hiftoire de la Chirurgie , dit- il ,
eſt malheureuſement jointe à celle de
nos infirmités & de nos maux. Il ſemble
que dans le corps humain , la Nature ait
voulu en quelque forte repréſenter ſes
trois régnes : les polypes , comme les
plantes , y germent , y croiffent , y végétent
: les vers y naiſſent , y vivent ,
s'y régénérent : les minéraux s'y forment
, s'y augmentent , s'y multiplient.
La pietre qui cauſe des douleurs fi
cruelles ne peut être tirée de la veffie
que par une opération plus cruelle
encore. S'il faut au Chirurgien une
grande fermeté d'âme pour faire cette
opération ; quel courage ne faut - il
pas au maladepour s'y expofer ? Diſons
plus, quel héroïfſme , lorſque l'art éxige
qu'elle s'éxécute en deux temps ? C'eſt
l'objet d'un Mémoire de M. Marétl'ainé
furles Avantages de différer l'extraction
de la pierre. Après l'inciſion par laquelle
on a commencé d'ouvrir une iſſue , on
nedoit pas toujours pratiquer la taille en
deux temps ; mais il eſt ſouvent auffi des
cas où l'on ne peut ſe diſpenſer de re-
,
JUIN. 1763. 119
courir à cette méthode ſans expofer la
vie du malade. Les raiſons ſur leſquelles
M. Marét appuie ſon ſentiment , font
confirmées tant par fes propres obfervations
, ſa longue expérience & fes fuccès
, que par des faits de pratique inférés
dans les écrits de pluſieurs Lithotomiſtes
. L'Auteur fouhaite en terminant
fon Ouvrage , que déſormais le Chirurgien
ne croye plus ſa réputation intéreſſée
à tailler en deux temps ; & que le
Public fufpende fon jugement fur des
objets qui font quelquefois hors de la
ſphère de ſes connoiffances .
L'Hiftoire & les Belles -Lettres n'ont
pas fourni à l'Académie une récolte
moins abondante : pluſieurs de nos Académiciens
nous ont auſſi préſenté des
fleurs& des fruits du Parnaſſe. Le Secrétaire
, après avoir expoſé les Sujets
qui ont été traités dans ces différens genres
, termine ainſi ce difcours pittorefque.
Enfin , M. l'Evêque de Troyes ,
dans une Piéce en vers qui contient quelques
réfléxions d'un Philoſophe ſur les
charmes de ſa ſolitude , nous a prouvé
qu'avec la même plume dont il trace des
morceaux de la plus fublime éloquence ,
il ſçait employer le plus vif coloris de la
Poëſie pour peindre les délices de la vie
champêtre.
120 MERCURE DE FRANCE.
M. le Préſident de Ruffey lut enſuite
un Effai Historique fur les Académies.
L'Hiftoire des Académies eſt auſſi intéreffante
pour les Gens de Lettres , que
l'eſt l'Histoire d'une Nation pour les
Peuples qui la compoſent. M. l'Abbé
d'Olivet avoit promis cet Ouvrage au
Public : quelques Académies en ont
tracé de légères eſquiſſes , & d'ailleurs
nous avons déja pluſieurs Hiſtoires particulières
de ces Compagnies ſcavantes ;
mais juſqu'ici , perſonne n'avoit encore
travaillé à en faire un corps d'Hiſtoire
générale. M. le Président deRuffey a vu
fans être éffrayé , toute l'étendue de la
matière : il a partagé fon Sujet en trois
parties deſtinées aux lectures de l'Académie
dans ſes Séances publiques. La
première traite des Académies d'Italie ;
la feconde , de celles de France ; la troifiéme
, des Académies étrangères. Mais ,
pour ſe prêter à l'abondance du Sujet , il
ſe propoſe de ſuppléer par des Notes
hiſtoriques & critiques , aux détails intéreſſans
qui ne pourront entrer dans
ces Difcours Académiques.
Dans ſa première partie , l'Auteur remonte
àl'origine des Sciences : la curiofité
eft , felon lui , le premier mobile
qui porte l'eſprit à les cultiver. L'Egypte
en
JUIN. 1763 . 121
en
en fut le berceau ; tranſportées dans la
Gréce , elles y parvinrent au plus haut
degré de perfection & de gloire : les Philoſophes
& lesSçavans ſe raſſemblèrent ,
pour difcourir fur les Sciences , dans la
maiſon d'Academus , Citoyen d'Athènes
; la poſtérité a donné fon nom à tou
tes les Sociétés de Sçavans , de Gens de
Lettres & d'Artiſtes, qui ſe ſont formées
dans la fuite. >> Rome , ce font les pro-
>> pres termes de l'Académicien ,
>>parlant du paſſage des Sciences & des
>>Arts de la Gréce en Italie , Rome doit
>> mettre au nombre de ſes plus glorieu-
>>>ſes conquêtes,celle qu'elle fit des Scien
>> ces & des Arts en les tranſportant
> dans ſon ſein avec les Philoſophes &
>>>les Artiſtes de la Gréce ſubjuguée. Le
>>tumulte des armes & des féditionsdans
>>lequel elle avoit vécu depuis fon ori-
>> gine , avoit plongé l'eſprit de ſes Ci-
>>toyens dans l'ignorance & la fuperfti-
>>>tion ; & cette Maîtreffe de l'Univers
>>étoit plus barbare que les Peuples mê
>>mes à qui elle donnoit ce nom. La
>> férocité des vertus guerrières
>>amour aveugle de la patrie , une am-
>> bition démeſurée , tenoient lieu aux,
• Romains de goût , de Sciences & de
>> talens. Mais bientôt , tout changea de
F
,
un
122 MERCURE DE FRANCE.
>>face; les Romains apprirent aifément
des Nations vaincues à jouir des com-
"modités de la vie : les Arts ornèrent
>>>& élevèrent leurs temples& leurs mo-
>>>numens publics ; leurs maiſons furent
>>transformées en Palais ; l'éloquence ſe
fit entendre au barreau ; il parut des
>>Historiens dignes de Rome; il naquit
des Poëtes dignes de chanter les louan-
>> ges des Dieux &des Héros.
Après ce Préliminaire , l'Auteur entreen
matière & fait mention d'une Aca .
démie célébre établie à Rome par Augufte
; d'une autre fondée plus anciennement
à Marseille; de celle de Lyon
qui faiſoit la terreur des mauvais Auteurss
,, que l'on condamnoit à effacer
leurs Ouvrages avec la langue , ou à être
précipités dans le Rhône.
La décadence des Sciences qui ſuivit
celle de l'Empire Romain , introduifit
lignorance &la barbarie quidéſolèrent
pendant plus de neuf fiécles la face de
PUnivers. L'Auteur parcourtrapidement
cet interrégne des Sciences, où il découvre
dans des aſſemblées ſous Charlemagne
, dans les cours d'amour des Comtes
de Provence dans Fétabliſſement des
jeux floraux de Toulouſe en 1324 , des
préſages des Académies qui devoient ſe
JUIN. 1763. 123
former un jour. M. de Ruffey s'exprime
ainfi fur le renouvellement des Sciences.
>>Enfin arriva le temps heureux de cette
>>fameuſe révolution qui ramena en
> Europe les Muſes fugitives ; qui fir
>>renaître les Lettres & les Arts : par ſes
>>progrès rapides , on vit le ſçavoir fuc-
>céder à l'ignorance , la politeſſe à la
>>barbarie , la religion à la ſuperſtition .
>>Pluſieurs cauſes contribuerent a opé-
> rer ce changement:la priſe deConſtan-
>>tinople en 1453 , obligea les Sçavans
»de la Gréce à ſe retirer en Italie ; l'ac-
>>cueil favorable que leur firent lesMé-
» dicis les fixa dans ce Pays. Laurent
>> de Médicis & fon fils le Pape Léon X,
» pleins de grandes vues & de zéle pour
» leur patrie , n'épargnèrent rien pour
>rendre le commerce de ces Grecs uti-
» les à l'Italie ; s'immortaliſerent en pro-
>> tégeant les Sciences & les Arts , &
donnèrent à tous les Princes le modèle
>> d'un nouveau genre de gloire , qui les
>> conduit plus sûrement à l'immortalité
> que les plus brillantes conquêtes. L'in-
>> vention de l'Imprimerie , en multi-
-pliant les fources de la Science , con-
>>tribua à ſeconder leur projet , & à en
>affurer le ſuccès,
M. de Ruffey nous apprend que la
1
Fij
135
124 MERCURE DE FRANCE .
première Académie fut établie à Naples
en 1470 , par Antoine de Palerme , Secrétaire
du Cabinet d'Alphonse V , Roi
d'Arragon & de Naples ; & la feconde ,
à Florence ſous la protection des Médicis
. Depuis ce temps juſqu'à nos
jours , l'Italie a vu naître dans ſon ſein
une infinité d'Académies qui ont cultivé
tous les genres de Sciences , d'Arts
& de Littérature ; on en a compté plus
de 500 , dont pluſieurs ne ſubſiſtent
plus.
L'Auteur attribue au mauvais goût du
XV & du XVIe fiécle , les noms bifarres
de ces différentes ſociétés : il remarque
que les premières étoient compofées
d'un mêlange de Sçavans & de Cavaliers;
&que les Joûtes & lesTournois faifoient
partie de leurs éxercices ; que l'on combattoit
pour l'honneur des Académies
comme pour celui des Dames.
La plupart de ces Sociétés n'exigeant
aucun détail , l'Auteur ſe borne à ne
parler que de celles qui ont eu de la celebrité;
telles que l'Académie de la Crufca
, établie en 1582 pour polir la langue
Italienne , & qui a fervi de modéle à
l'Académie Françoiſe & à l'Académie
Eſpagnole : l'Académie des Arcades ,
dontl'objet principal fut la réformation
JUIN. 1763. 125
du goût ; & à laquelle les Princes , les
Rois , les Papes même s'emprefferent
d'être afſociés .
>> De nos jours , dit l'Auteur,un grand
>> Roi , dont les qualités bienfaiſantes
- > honorent encore plus l'humanité que
>> le Trône , n'a pas dédaigné de devenir
» Membre de ceste Académie ſous le
>> nom d'Eutimio - Allifireo ; & de la mê-
>> me main dont il tient le ſceptre , ſym-
» bole du bonheur de ſes Peuples , il
>> aime quelquefois à faire uſage de la
>>houlette des Arcades &de la plume
>> des Muſes.
A l'occaſion de l'Académie des Arcades
de Rome , qui a fondé quarantetrois
Colonies dans les principales Villes
d'Italie , avec leſquelles elle entretient
une correfpondance littéraire , l'Auteur
entre dans un enthouſiaſme de zéle digne
d'unvrai Académicien.
>> Que ne puiſſions-nous , dit-il ,
>> voir éxécuter en France un projet di-
>> gne d'être ſuivi ; les Académies de Pa-
>> ris adopter celles des Provinces , diri-
>>ger leurs travaux , juger leurs ouvra-
» ges , épurer leur goût, exciter leur
>>émulation! Quels avantages n'en retireroient
pas les Lettres & les Scien-
>> ces ? Les Académies des Provinces re-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
>>doubleroient leurs efforts pour mériter
>>les fuffrages & la confiance de ceux
» qu'ils reconnoîtroient pour leurs maî-
>> tres & pour leurs modéles ; ces maî-
>> tres trouveroient quelquefois dans les
>> Ecrits de leurs Diſciples , des germes
» d'idées neuves & d'heureuſes décou-
» vertes , dont ils pourroient profiter ;
»& qui , faute d'être fécondés , reſtent
>>>enfouis dans l'obſcurité de la Provin-
» ce. Les Académies de Paris ont déja
>> rempli une partie de ce projet par
>> quelques aſſociations d'Académies de
>> Provinces qui leur payent annuelle-
>> ment un tribut , & par les correfpon-
>>dans régnicoles qu'ils s'aſſocient. J'é-
>> tends plus loin une idée qui me flate
>»>&qui doit flater tout homme ſenſi-
>>ble à la gloire des Lettres& des Scien-
>> ces : pourquoi une correfpondance
>>générale & réciproque n'unit- elle pas
» les Académies des Provinces ? Pour-
>>quoi n'eft- elle pas encore établie entre
>> toutes les Académies de l'Europe ?
» Elles ſont compofées de l'élite des Su-
>>>jets de la République des Lettres ; le
» même zéle & le même eſprit ne doit-
» il pas les animer pourſa gloire ?
Dans la ſuite de ſon Ouvrage , M. de
Ruffey s'attache principalement aux
JUIN. 1763 . 127
Académies des Sciences qu'il regarde
comme les plus utiles; il fait mention de
celle des Lincei de Rome , à laquelle ,
ſuivant quelques Auteurs , on doit l'invention
du Microſcope ; de l'Académie
del Cimento de Florence , qu'il regarde
comme mère de la Phyſique expérimentale
: de l'Inſtitut de Boulogne , dont la
célébrité a prèſqu'égalé celle des Académie
de Paris & de Londres. Il vient enfuite
aux Académies remarquables par
quelques fingularités ; Milan , Crémone,
Boulogne en ont eu où l'on ne recevoit
que des Gentilshommes : il s'en eſt formé
une à Sienne toute compoſée de Dames.
On faifit ici l'occaſion d'applaudir
à l'uſage des Italiens qui les admettent
dans leurs Académies,&de blâmer le
préjugé des François qui les en exclut
ufage auquel on a cependant dérogé dans
quelques Provinces. On n'oublie pas
même une Académie burleſque de la
Taverne à Ancône , où tout ſe reſſentoit
du but de ſon Inſtitution ; une Académie
de Satyres établie à Rome par le CavalierMarin;
mais bientôt ſupprimée par
autorité du Pape Clément VIII : enfin ,
une Académie d'impiété , fur laquelle
l'Auteur fait l'obſervation ſuivante. » Par
>>un abus criminel des talens académi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
» ques , en 1545 , une Société compo-
>>fée à Vicence de 40 perſonnes de dif-
>> tinction , oſa atraquer la Religion ;
>> elle futle berceau du Socinianiſme; les
>> Traités qu'on y bfoit contre les My-
>>tères les plus facrés , allarmèrent le Sé-
>> nat de Venife ; il décréta ces Acadé-
>> miciens , dont deux , Jules Trevifano
» & François de Rugo , furent arrêtés ,
>> condamnés à mort& étouffés : les au-
>> tres , ayant à leur tête Lelio Şocin ,
>>s'échappèrent pour aller répandre en
>>Pologne le venin de leur héréfie.
Après avoir parlé de l'Académie de
Cortone , uniquement conſacrée à l'étude
des Antiquités , M. de Ruffey finit
la première partie de ſon Hiſtoire par
une réfléxion fur la cauſe du grand nombre
des Académies en Italie , qu'il attribue
à la multitude de Souverains & des
Princes qui s'y trouvent. » Pacifiques
>> par le peu d'étendue de leurs Etats ,
>> ils ſe ſont à l'envi diſputé la gloire de
>> fonder & de protéger des Acadé-
>>mies ; les Papes & les Cardinaux ont
>>voulu partager cette gloire ; & , par
>> un heureux événement, la fatisfaction
>>de leur amour-propre a tourné à l'a-
>>>vantage de la République des Lettres ,
>>>au progrès des Sciences & des Arts
JUIN. 1763 . 129
>> qui ne fleuriront jamais que dans les
» Pays où les Scavans & les Artiſtes
>> trouveront la protection & la confi-
>> dération qu'ils croyent mériter.
Cette lecture fut fuivie de l'Eloge Hiftorique
defeu M. Jolyot de Crébillon , de
l'Académie Françoise ; prononcé par
M. Michault , qui te propoſe de le publier
inceffamment.
M. Guyot lut un Diſcoursfur les Avantages
de l'Adverfué. Ce Sujet qui ſemble
d'abord préſenter un paradoxe , devient
néanmoins utile & intéreſſant par la manière
dont l'Auteur l'a traité. En effet ,
ſi l'adverſité nous donne une parfaite
connoiffance de nous -mêmes & de ceux
avec qui nous vivons ; fi ce te connoilfance
peut nous conduire à la vertu & à
l'héroïſme , le paradoxe tombe ; & fur
ſes débris s'élévent les avantages réels de
l'adverſité .
La connoiffance de ſoi-même eſt la
Science la plus néceſſaire à l'homme ,
& peut- être , malheureuſement , celle
qu'il néglige le plus. Entraîné par le
torrent des paffions , livré fans ceſſe à
l'impreſſion des objets étrangers , il femble
ignorer la nobleſſe de ſon origine &
l'importance de ſes devoirs : la profpérité
l'aveugle ; dansle tourbillon de la
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
fortune , il oublie ſes ſemblables , il
s'oublie lui-même : les flateurs applaudiffent
à ſes caprices , louent ſes ridicules
, encenſent ſes défauts & ſes vices ;
l'adulation le plonge dans une forte d'ivreffe.
Le bonheur trop conftant d'Alexandre
n'a- t- il pas fait de ce Prince né
vertueux , un impie , un tyran , un parricide
? Il força la terre à le reconnoître
pour un Dieu; il a fouillé ſa gloire par
les meurtres de Parménion & de Clitus.
La France conſervera toujours le fouvenir
de fa félicité & de ſa ſplendeur
ſous le régne de Henri le Grand: la Lorraine
, PUnivers admirent Stanislas.
Princes éprouvés par l'adverſité pour le
bonheur des Peuples & l'inſtruction des
Souverains , vos noms auguſtes forment
une démonstration lumineuſe de ſes
avantages ! Vos malheurs donnèrent le
plus haut degré de perfection à vos vertus
: quelle bienfaiſance , quelle magnanimité
! On ne sçauroit contempler vos
buſtes ou prononcer vos noms , fans ſe
ſentir pénétré d'amour & de reſpect.
La vie , pour appliquer ici ce beau
versd'un Auteur moderne , la vie n'eſt
Qu'un mélange mobile & d'ombre & de lumière.
L'éclat de la proſpérité ne ſert le plus:
JUIN. 1763 . 131
,
ſouvent qu'à éblouir l'homme. L'ombre
& les nuages que répand l'adverſité
renferment dans leur ſein cette vive lumière
qui doit l'éclairer & le guider. Le
moment de l'éclipſe du bonheur eſt
prèſque toujours celui où la vérité brille
avec plus d'éclat. L'homme heureux
qui ceſſe de l'être , peut être comparé
à ces Acteurs qui , dans l'enthouſiaſme
du jeu théâtral, ſe perfuadent qu'ils font
des Héros ; mais qui , après avoir quitté
le cothurne , ſe retrouvent tels qu'ils
étoient avant que de monter ſur la
Scène.
C'eſt à l'aide d'une profonde Métaphyſique
, que M. Guyot recherche encore
les illufions de l'homme heureux
par rapport à ceux qui l'environnent.
On a ſouvent dit que l'un des malheurs
inſéparables de la condition des
Rois , étoit de ne pouvoir goûter les
douceurs de l'amitié ou les plaiſirs de
l'Amour , avec la certitude d'être parfaitement
aimés ; parce qu'il eſt toujours
à craindre que l'attachement qu'on
leur marque , ne regarde plus le Trône
que la perſonne. L'Auteur , en parcou
rant depuis le Sceptre juſqu'à la Houlette
, toutes les erreurs où la proſpérité
jerte les hommes , établit avec le
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE .
même force le ſecond avantage de l'adverſité
, qui conſiſte à percer le voile
qui cache les refforts du coeur humain,
à pénétrer les véritables ſentimens de
ceux qui nous cultivoient dans le bonheur
, à découvrir enfin les ruſes de
l'intérêt& de l'amour-propre , cesdeux
puiſſances qui déterminent prèſque
toutes les actions de la Société civile.
La Séance a été terminée par une
differtation de M. Marét l'aîné , dans
laquelle il examine quel eft celui des
Sens qui s'éteint le dernier dans l'homme
? la conſtitution & l'excellence des
fonctions de l'oreille , lui font préfumer
que c'eſt l'ouie. Non seulement
l'expérience rend cette opinion probable
, mais pluſieurs coutumes particulières
de différens Peuples ſemblent
annoncer que cette vérité , aujourd'hui
ſi négligée , a cependant été connue.
Après avoir eſſayé dans une digreffion
Métaphysique , d'établir la prééminence
de l'ouie fur la vue , l'Académicien
prouve par une expoſition Anatomique
de l'oreille , & far plufieurs exemples
de perſonnes que des maladies avoient
privées en apparence de l'uſage de leurs
fens & qui cependant confervoient celui
de l'ouie , que l'oreille eſt de tous
JUIN. 1763 . 133
les organes celui dont les fonctions ſe
foutiennent dans l'homme avec plus de
vigueur & plus longtemps. M. Maret
trouve un témoignage authentique de
cette vérité dans les conclamations que
faifoient quelques anciens Peuples , &
qui font encore pra iquées dans certaines
contrées de l'Afie & de l'Amérique .
Les cérémonies même obſervées aux
obſéques des Papes & de nos Rois , lui
font croire qu'on a prèſque toujours
été perfuadé que le ſens de l'ouie fubfifte
le dernier dans l'homme. Au reſte ,
cette vérité eſt peut - être d'une plus
grande importance qu'on ne le penſe
communément , puiſqu'elle nous offre
des ſecours éfficaces dans les cruelles
circonstances où se trouvent quelquefois
des perſonnes qui nous font chères .
C'eſt ce qui engagea le Médecin dont
Horace fait mention , à employer le fon
de l'or pour tirer l'avare Opimius de fa
léthargie. Dans tous les états n'y a- t- il
pas l'objet fenfible dont on peut frapper
l'oreille d'un malade pour le tirer du
plus profond afſoupiffement ? D'ailleurs
ſans s'arrêter précisément aux avantages
qu'on auroit lieu d'eſpérer par rapport
à la ſanté en ranimant le principe vital,
Fhumanité & la Religion ne nous font134
MERCURE DE FRANCE.
elles pas un devoir de ménager la ſenſibilité
des malheureux que nous voyons
lutter avec la mort , de ne jamais ceffer
de les conſoler , & de s'attacher continuellement
& juſqu'au dernier foupir , à
leur inſpirer les ſentimens néceſſaires
dans une poſition auſſi terrible ?
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles - Lettres de
DIJON , tenue dans la Salle de l'Hôtel-
de-Ville , le Mercredi 8 Décembre
1762 .
L'ACADÉMIE érant dans l'uſage d'expofer
publiquement à la fin de chaque
année , le tableau de ſes opérations littéraires
; le Secrétaire perpétuel ouvrit la
Séance par un détail hiſtorique des différens
Sujets qui avoient exercé la plume
des Académiciens. Trois genresde
Sciences , dit- il , fixent en quelque forte
les objets de nos travaux Académiques
: la Phyſique & les Arts; la Médecine
& les branches éffentielles qui lui
appartiennent ; l'Hiſtoire & les Belles-
Lettres . Parcourons dans ces trois claffes
les divers ouvrages dont la lecture
JUIN. 1763. 115
a rempli nos féances pendant le cours de
l'année.
Dans le régne végétal, la Nature offre
ſouvent au Phyſicien des Phénomènes
qui piquent ſa curiofité ſans éclairer fon
efprit. Pour découvrir la vérité , il ne
faut jamais la perdre de vue ; & le plus
sûr moyen d'y atteindre , c'eſt de s'en
approcher lentement. Telle eſt la méthode
que fuit M. Daubenton dans l'étude
de la Botanique : ſes Obfervations
fur la culture des arbres mille fois répétées
avec la même éxactitude , lui procurent
tous les jours de nouvelles découvertes.
Dans un Mémoirefur le Platane
, dont il a fait la lecture à l'Académie
, il donne la manière d'élever cet
arbre ; il nous fait connoître ſes différentes
eſpèces , ſes variétés, ſes qualités&
ſes u ages.
M. Michault , en conſidérant la Nature
dans l'étendue de ſes trois régnes ,
y recherche les fautes&les erreurs qu'on
lui impute. On s'imagine , dit- il , lorfqu'elle
paroît manquer à l'uniformité
de ſes loix , qu'on a des caprices à lui
reprocher ; & c'eſt ce que nous appellons
, mais improprement , les jeux de
la Nature. Notre ignorance à l'égard de
fon Mechaniſme & de la plupart de fes
116 MERCURE DE FRANCE .
!
Phénomènes , doit rendre les Phyficiens
attentifs dans leurs recherches , timides
dans leurs conjonctures , & circonfpects
dans leurs jugemens. Dans l'éxamen de
la Nature , défions-nous de la chaleur de
notre eſprit & de lafoibleſſe de nos ſens .
Ses prétendus caprices fe rapportent à
tout ce que le mouvement local , en s'oppofant
à l'éxécution de ſes loix fondamentales
, peut y produire de merveilleux.
L'Auteur termine cet éſſai par l'énumération
des chefs-d'oeuvres de l'Art
qui imitent certains jeux de la Nature.
Dans une autre Differtation , & fur
un plan à-peu-près ſemblable , le même
Académicien tâche d'expliquer phyfiquement
ce que le Peuple regarde comme
des prodiges dans les pluies extraordinaires.
On ne connoît , felon M. Michault
, les cauſes naturelles & les effets
des Météores , que relativement aux modifications
de la matière terrestre. C'eſt
ce qui faifoit imaginer au Père Kirker,
que tous les Phénomènes de la moyenne
région ſe répétent dans les gouffres
& les abîmes de la terre. Lorſque les objets
ne font point à la portée de nos fens;
nous ſubſtituons les conjectures aux
Obſervations , nous ofons juger des
procédés de la Nature par des fuppofi
JUIN. 1763 . 117
tions ; quoique tous les jours de nouveaux
événemens démentent les hypotheſes
& renverſent les ſyſtemes. Le
Philoſophe qui ne fait que deviner les
cauſes phyſiques , peut donc également
ſe tromper fur les effets ſenſibles , comme
celui qui ne connoît ni les uns ni les
autres . M. Michault ſe propoſe d'attaquer
dans ce Mémoire , la plupart des
paradoxes &des opinions ridicules qu'on
a oſé répandre à ce ſujet : ileſſaye de détruire
par des explications phyſiques ,
les érreurs populaires concernant quelques
minéraux , certaines matières végétales
, & même différens animaux
qu'on croit être tombés du Ciel.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettant
pas de repréſenter exactement
ici tous les travaux de l'Académie , nous
pafferons rapidement d'une matière à
l'autre.
Dans la Médecine , dont les maladies
du corps humain font l'objet , on obferve
, on traite , on guérit. Cet art ſi
précieux à l'homme , eſt un labyrinthe
où l'on s'égareroit infailliblement , fi
l'on ne portoit dans ſes routes obfcures ,
le flambeau de la Phyſique , le feu d'Hermès
& le fer de Véſale . C'eſt dans ces
trois points de vue,que le Secrétaire con
118 MERCURE DE FRANCE.
fidère les Ouvrages Académiques concernant
cette Science. Après avoir jetté
un coup d'oeil ſur les procédés chymiques
& fur les obfervations anatomiques;
l'Hiftoire de la Chirurgie , dit- il ,
eſt malheureuſement jointe à celle de
nos infirmités & de nos maux. Il ſemble
que dans le corps humain , la Nature ait
voulu en quelque forte repréſenter ſes
trois régnes : les polypes , comme les
plantes , y germent , y croiffent , y végétent
: les vers y naiſſent , y vivent ,
s'y régénérent : les minéraux s'y forment
, s'y augmentent , s'y multiplient.
La pietre qui cauſe des douleurs fi
cruelles ne peut être tirée de la veffie
que par une opération plus cruelle
encore. S'il faut au Chirurgien une
grande fermeté d'âme pour faire cette
opération ; quel courage ne faut - il
pas au maladepour s'y expofer ? Diſons
plus, quel héroïfſme , lorſque l'art éxige
qu'elle s'éxécute en deux temps ? C'eſt
l'objet d'un Mémoire de M. Marétl'ainé
furles Avantages de différer l'extraction
de la pierre. Après l'inciſion par laquelle
on a commencé d'ouvrir une iſſue , on
nedoit pas toujours pratiquer la taille en
deux temps ; mais il eſt ſouvent auffi des
cas où l'on ne peut ſe diſpenſer de re-
,
JUIN. 1763. 119
courir à cette méthode ſans expofer la
vie du malade. Les raiſons ſur leſquelles
M. Marét appuie ſon ſentiment , font
confirmées tant par fes propres obfervations
, ſa longue expérience & fes fuccès
, que par des faits de pratique inférés
dans les écrits de pluſieurs Lithotomiſtes
. L'Auteur fouhaite en terminant
fon Ouvrage , que déſormais le Chirurgien
ne croye plus ſa réputation intéreſſée
à tailler en deux temps ; & que le
Public fufpende fon jugement fur des
objets qui font quelquefois hors de la
ſphère de ſes connoiffances .
L'Hiftoire & les Belles -Lettres n'ont
pas fourni à l'Académie une récolte
moins abondante : pluſieurs de nos Académiciens
nous ont auſſi préſenté des
fleurs& des fruits du Parnaſſe. Le Secrétaire
, après avoir expoſé les Sujets
qui ont été traités dans ces différens genres
, termine ainſi ce difcours pittorefque.
Enfin , M. l'Evêque de Troyes ,
dans une Piéce en vers qui contient quelques
réfléxions d'un Philoſophe ſur les
charmes de ſa ſolitude , nous a prouvé
qu'avec la même plume dont il trace des
morceaux de la plus fublime éloquence ,
il ſçait employer le plus vif coloris de la
Poëſie pour peindre les délices de la vie
champêtre.
120 MERCURE DE FRANCE.
M. le Préſident de Ruffey lut enſuite
un Effai Historique fur les Académies.
L'Hiftoire des Académies eſt auſſi intéreffante
pour les Gens de Lettres , que
l'eſt l'Histoire d'une Nation pour les
Peuples qui la compoſent. M. l'Abbé
d'Olivet avoit promis cet Ouvrage au
Public : quelques Académies en ont
tracé de légères eſquiſſes , & d'ailleurs
nous avons déja pluſieurs Hiſtoires particulières
de ces Compagnies ſcavantes ;
mais juſqu'ici , perſonne n'avoit encore
travaillé à en faire un corps d'Hiſtoire
générale. M. le Président deRuffey a vu
fans être éffrayé , toute l'étendue de la
matière : il a partagé fon Sujet en trois
parties deſtinées aux lectures de l'Académie
dans ſes Séances publiques. La
première traite des Académies d'Italie ;
la feconde , de celles de France ; la troifiéme
, des Académies étrangères. Mais ,
pour ſe prêter à l'abondance du Sujet , il
ſe propoſe de ſuppléer par des Notes
hiſtoriques & critiques , aux détails intéreſſans
qui ne pourront entrer dans
ces Difcours Académiques.
Dans ſa première partie , l'Auteur remonte
àl'origine des Sciences : la curiofité
eft , felon lui , le premier mobile
qui porte l'eſprit à les cultiver. L'Egypte
en
JUIN. 1763 . 121
en
en fut le berceau ; tranſportées dans la
Gréce , elles y parvinrent au plus haut
degré de perfection & de gloire : les Philoſophes
& lesSçavans ſe raſſemblèrent ,
pour difcourir fur les Sciences , dans la
maiſon d'Academus , Citoyen d'Athènes
; la poſtérité a donné fon nom à tou
tes les Sociétés de Sçavans , de Gens de
Lettres & d'Artiſtes, qui ſe ſont formées
dans la fuite. >> Rome , ce font les pro-
>> pres termes de l'Académicien ,
>>parlant du paſſage des Sciences & des
>>Arts de la Gréce en Italie , Rome doit
>> mettre au nombre de ſes plus glorieu-
>>>ſes conquêtes,celle qu'elle fit des Scien
>> ces & des Arts en les tranſportant
> dans ſon ſein avec les Philoſophes &
>>>les Artiſtes de la Gréce ſubjuguée. Le
>>tumulte des armes & des féditionsdans
>>lequel elle avoit vécu depuis fon ori-
>> gine , avoit plongé l'eſprit de ſes Ci-
>>toyens dans l'ignorance & la fuperfti-
>>>tion ; & cette Maîtreffe de l'Univers
>>étoit plus barbare que les Peuples mê
>>mes à qui elle donnoit ce nom. La
>> férocité des vertus guerrières
>>amour aveugle de la patrie , une am-
>> bition démeſurée , tenoient lieu aux,
• Romains de goût , de Sciences & de
>> talens. Mais bientôt , tout changea de
F
,
un
122 MERCURE DE FRANCE.
>>face; les Romains apprirent aifément
des Nations vaincues à jouir des com-
"modités de la vie : les Arts ornèrent
>>>& élevèrent leurs temples& leurs mo-
>>>numens publics ; leurs maiſons furent
>>transformées en Palais ; l'éloquence ſe
fit entendre au barreau ; il parut des
>>Historiens dignes de Rome; il naquit
des Poëtes dignes de chanter les louan-
>> ges des Dieux &des Héros.
Après ce Préliminaire , l'Auteur entreen
matière & fait mention d'une Aca .
démie célébre établie à Rome par Augufte
; d'une autre fondée plus anciennement
à Marseille; de celle de Lyon
qui faiſoit la terreur des mauvais Auteurss
,, que l'on condamnoit à effacer
leurs Ouvrages avec la langue , ou à être
précipités dans le Rhône.
La décadence des Sciences qui ſuivit
celle de l'Empire Romain , introduifit
lignorance &la barbarie quidéſolèrent
pendant plus de neuf fiécles la face de
PUnivers. L'Auteur parcourtrapidement
cet interrégne des Sciences, où il découvre
dans des aſſemblées ſous Charlemagne
, dans les cours d'amour des Comtes
de Provence dans Fétabliſſement des
jeux floraux de Toulouſe en 1324 , des
préſages des Académies qui devoient ſe
JUIN. 1763. 123
former un jour. M. de Ruffey s'exprime
ainfi fur le renouvellement des Sciences.
>>Enfin arriva le temps heureux de cette
>>fameuſe révolution qui ramena en
> Europe les Muſes fugitives ; qui fir
>>renaître les Lettres & les Arts : par ſes
>>progrès rapides , on vit le ſçavoir fuc-
>céder à l'ignorance , la politeſſe à la
>>barbarie , la religion à la ſuperſtition .
>>Pluſieurs cauſes contribuerent a opé-
> rer ce changement:la priſe deConſtan-
>>tinople en 1453 , obligea les Sçavans
»de la Gréce à ſe retirer en Italie ; l'ac-
>>cueil favorable que leur firent lesMé-
» dicis les fixa dans ce Pays. Laurent
>> de Médicis & fon fils le Pape Léon X,
» pleins de grandes vues & de zéle pour
» leur patrie , n'épargnèrent rien pour
>rendre le commerce de ces Grecs uti-
» les à l'Italie ; s'immortaliſerent en pro-
>> tégeant les Sciences & les Arts , &
donnèrent à tous les Princes le modèle
>> d'un nouveau genre de gloire , qui les
>> conduit plus sûrement à l'immortalité
> que les plus brillantes conquêtes. L'in-
>> vention de l'Imprimerie , en multi-
-pliant les fources de la Science , con-
>>tribua à ſeconder leur projet , & à en
>affurer le ſuccès,
M. de Ruffey nous apprend que la
1
Fij
135
124 MERCURE DE FRANCE .
première Académie fut établie à Naples
en 1470 , par Antoine de Palerme , Secrétaire
du Cabinet d'Alphonse V , Roi
d'Arragon & de Naples ; & la feconde ,
à Florence ſous la protection des Médicis
. Depuis ce temps juſqu'à nos
jours , l'Italie a vu naître dans ſon ſein
une infinité d'Académies qui ont cultivé
tous les genres de Sciences , d'Arts
& de Littérature ; on en a compté plus
de 500 , dont pluſieurs ne ſubſiſtent
plus.
L'Auteur attribue au mauvais goût du
XV & du XVIe fiécle , les noms bifarres
de ces différentes ſociétés : il remarque
que les premières étoient compofées
d'un mêlange de Sçavans & de Cavaliers;
&que les Joûtes & lesTournois faifoient
partie de leurs éxercices ; que l'on combattoit
pour l'honneur des Académies
comme pour celui des Dames.
La plupart de ces Sociétés n'exigeant
aucun détail , l'Auteur ſe borne à ne
parler que de celles qui ont eu de la celebrité;
telles que l'Académie de la Crufca
, établie en 1582 pour polir la langue
Italienne , & qui a fervi de modéle à
l'Académie Françoiſe & à l'Académie
Eſpagnole : l'Académie des Arcades ,
dontl'objet principal fut la réformation
JUIN. 1763. 125
du goût ; & à laquelle les Princes , les
Rois , les Papes même s'emprefferent
d'être afſociés .
>> De nos jours , dit l'Auteur,un grand
>> Roi , dont les qualités bienfaiſantes
- > honorent encore plus l'humanité que
>> le Trône , n'a pas dédaigné de devenir
» Membre de ceste Académie ſous le
>> nom d'Eutimio - Allifireo ; & de la mê-
>> me main dont il tient le ſceptre , ſym-
» bole du bonheur de ſes Peuples , il
>> aime quelquefois à faire uſage de la
>>houlette des Arcades &de la plume
>> des Muſes.
A l'occaſion de l'Académie des Arcades
de Rome , qui a fondé quarantetrois
Colonies dans les principales Villes
d'Italie , avec leſquelles elle entretient
une correfpondance littéraire , l'Auteur
entre dans un enthouſiaſme de zéle digne
d'unvrai Académicien.
>> Que ne puiſſions-nous , dit-il ,
>> voir éxécuter en France un projet di-
>> gne d'être ſuivi ; les Académies de Pa-
>> ris adopter celles des Provinces , diri-
>>ger leurs travaux , juger leurs ouvra-
» ges , épurer leur goût, exciter leur
>>émulation! Quels avantages n'en retireroient
pas les Lettres & les Scien-
>> ces ? Les Académies des Provinces re-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
>>doubleroient leurs efforts pour mériter
>>les fuffrages & la confiance de ceux
» qu'ils reconnoîtroient pour leurs maî-
>> tres & pour leurs modéles ; ces maî-
>> tres trouveroient quelquefois dans les
>> Ecrits de leurs Diſciples , des germes
» d'idées neuves & d'heureuſes décou-
» vertes , dont ils pourroient profiter ;
»& qui , faute d'être fécondés , reſtent
>>>enfouis dans l'obſcurité de la Provin-
» ce. Les Académies de Paris ont déja
>> rempli une partie de ce projet par
>> quelques aſſociations d'Académies de
>> Provinces qui leur payent annuelle-
>> ment un tribut , & par les correfpon-
>>dans régnicoles qu'ils s'aſſocient. J'é-
>> tends plus loin une idée qui me flate
>»>&qui doit flater tout homme ſenſi-
>>ble à la gloire des Lettres& des Scien-
>> ces : pourquoi une correfpondance
>>générale & réciproque n'unit- elle pas
» les Académies des Provinces ? Pour-
>>quoi n'eft- elle pas encore établie entre
>> toutes les Académies de l'Europe ?
» Elles ſont compofées de l'élite des Su-
>>>jets de la République des Lettres ; le
» même zéle & le même eſprit ne doit-
» il pas les animer pourſa gloire ?
Dans la ſuite de ſon Ouvrage , M. de
Ruffey s'attache principalement aux
JUIN. 1763 . 127
Académies des Sciences qu'il regarde
comme les plus utiles; il fait mention de
celle des Lincei de Rome , à laquelle ,
ſuivant quelques Auteurs , on doit l'invention
du Microſcope ; de l'Académie
del Cimento de Florence , qu'il regarde
comme mère de la Phyſique expérimentale
: de l'Inſtitut de Boulogne , dont la
célébrité a prèſqu'égalé celle des Académie
de Paris & de Londres. Il vient enfuite
aux Académies remarquables par
quelques fingularités ; Milan , Crémone,
Boulogne en ont eu où l'on ne recevoit
que des Gentilshommes : il s'en eſt formé
une à Sienne toute compoſée de Dames.
On faifit ici l'occaſion d'applaudir
à l'uſage des Italiens qui les admettent
dans leurs Académies,&de blâmer le
préjugé des François qui les en exclut
ufage auquel on a cependant dérogé dans
quelques Provinces. On n'oublie pas
même une Académie burleſque de la
Taverne à Ancône , où tout ſe reſſentoit
du but de ſon Inſtitution ; une Académie
de Satyres établie à Rome par le CavalierMarin;
mais bientôt ſupprimée par
autorité du Pape Clément VIII : enfin ,
une Académie d'impiété , fur laquelle
l'Auteur fait l'obſervation ſuivante. » Par
>>un abus criminel des talens académi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
» ques , en 1545 , une Société compo-
>>fée à Vicence de 40 perſonnes de dif-
>> tinction , oſa atraquer la Religion ;
>> elle futle berceau du Socinianiſme; les
>> Traités qu'on y bfoit contre les My-
>>tères les plus facrés , allarmèrent le Sé-
>> nat de Venife ; il décréta ces Acadé-
>> miciens , dont deux , Jules Trevifano
» & François de Rugo , furent arrêtés ,
>> condamnés à mort& étouffés : les au-
>> tres , ayant à leur tête Lelio Şocin ,
>>s'échappèrent pour aller répandre en
>>Pologne le venin de leur héréfie.
Après avoir parlé de l'Académie de
Cortone , uniquement conſacrée à l'étude
des Antiquités , M. de Ruffey finit
la première partie de ſon Hiſtoire par
une réfléxion fur la cauſe du grand nombre
des Académies en Italie , qu'il attribue
à la multitude de Souverains & des
Princes qui s'y trouvent. » Pacifiques
>> par le peu d'étendue de leurs Etats ,
>> ils ſe ſont à l'envi diſputé la gloire de
>> fonder & de protéger des Acadé-
>>mies ; les Papes & les Cardinaux ont
>>voulu partager cette gloire ; & , par
>> un heureux événement, la fatisfaction
>>de leur amour-propre a tourné à l'a-
>>>vantage de la République des Lettres ,
>>>au progrès des Sciences & des Arts
JUIN. 1763 . 129
>> qui ne fleuriront jamais que dans les
» Pays où les Scavans & les Artiſtes
>> trouveront la protection & la confi-
>> dération qu'ils croyent mériter.
Cette lecture fut fuivie de l'Eloge Hiftorique
defeu M. Jolyot de Crébillon , de
l'Académie Françoise ; prononcé par
M. Michault , qui te propoſe de le publier
inceffamment.
M. Guyot lut un Diſcoursfur les Avantages
de l'Adverfué. Ce Sujet qui ſemble
d'abord préſenter un paradoxe , devient
néanmoins utile & intéreſſant par la manière
dont l'Auteur l'a traité. En effet ,
ſi l'adverſité nous donne une parfaite
connoiffance de nous -mêmes & de ceux
avec qui nous vivons ; fi ce te connoilfance
peut nous conduire à la vertu & à
l'héroïſme , le paradoxe tombe ; & fur
ſes débris s'élévent les avantages réels de
l'adverſité .
La connoiffance de ſoi-même eſt la
Science la plus néceſſaire à l'homme ,
& peut- être , malheureuſement , celle
qu'il néglige le plus. Entraîné par le
torrent des paffions , livré fans ceſſe à
l'impreſſion des objets étrangers , il femble
ignorer la nobleſſe de ſon origine &
l'importance de ſes devoirs : la profpérité
l'aveugle ; dansle tourbillon de la
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
fortune , il oublie ſes ſemblables , il
s'oublie lui-même : les flateurs applaudiffent
à ſes caprices , louent ſes ridicules
, encenſent ſes défauts & ſes vices ;
l'adulation le plonge dans une forte d'ivreffe.
Le bonheur trop conftant d'Alexandre
n'a- t- il pas fait de ce Prince né
vertueux , un impie , un tyran , un parricide
? Il força la terre à le reconnoître
pour un Dieu; il a fouillé ſa gloire par
les meurtres de Parménion & de Clitus.
La France conſervera toujours le fouvenir
de fa félicité & de ſa ſplendeur
ſous le régne de Henri le Grand: la Lorraine
, PUnivers admirent Stanislas.
Princes éprouvés par l'adverſité pour le
bonheur des Peuples & l'inſtruction des
Souverains , vos noms auguſtes forment
une démonstration lumineuſe de ſes
avantages ! Vos malheurs donnèrent le
plus haut degré de perfection à vos vertus
: quelle bienfaiſance , quelle magnanimité
! On ne sçauroit contempler vos
buſtes ou prononcer vos noms , fans ſe
ſentir pénétré d'amour & de reſpect.
La vie , pour appliquer ici ce beau
versd'un Auteur moderne , la vie n'eſt
Qu'un mélange mobile & d'ombre & de lumière.
L'éclat de la proſpérité ne ſert le plus:
JUIN. 1763 . 131
,
ſouvent qu'à éblouir l'homme. L'ombre
& les nuages que répand l'adverſité
renferment dans leur ſein cette vive lumière
qui doit l'éclairer & le guider. Le
moment de l'éclipſe du bonheur eſt
prèſque toujours celui où la vérité brille
avec plus d'éclat. L'homme heureux
qui ceſſe de l'être , peut être comparé
à ces Acteurs qui , dans l'enthouſiaſme
du jeu théâtral, ſe perfuadent qu'ils font
des Héros ; mais qui , après avoir quitté
le cothurne , ſe retrouvent tels qu'ils
étoient avant que de monter ſur la
Scène.
C'eſt à l'aide d'une profonde Métaphyſique
, que M. Guyot recherche encore
les illufions de l'homme heureux
par rapport à ceux qui l'environnent.
On a ſouvent dit que l'un des malheurs
inſéparables de la condition des
Rois , étoit de ne pouvoir goûter les
douceurs de l'amitié ou les plaiſirs de
l'Amour , avec la certitude d'être parfaitement
aimés ; parce qu'il eſt toujours
à craindre que l'attachement qu'on
leur marque , ne regarde plus le Trône
que la perſonne. L'Auteur , en parcou
rant depuis le Sceptre juſqu'à la Houlette
, toutes les erreurs où la proſpérité
jerte les hommes , établit avec le
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE .
même force le ſecond avantage de l'adverſité
, qui conſiſte à percer le voile
qui cache les refforts du coeur humain,
à pénétrer les véritables ſentimens de
ceux qui nous cultivoient dans le bonheur
, à découvrir enfin les ruſes de
l'intérêt& de l'amour-propre , cesdeux
puiſſances qui déterminent prèſque
toutes les actions de la Société civile.
La Séance a été terminée par une
differtation de M. Marét l'aîné , dans
laquelle il examine quel eft celui des
Sens qui s'éteint le dernier dans l'homme
? la conſtitution & l'excellence des
fonctions de l'oreille , lui font préfumer
que c'eſt l'ouie. Non seulement
l'expérience rend cette opinion probable
, mais pluſieurs coutumes particulières
de différens Peuples ſemblent
annoncer que cette vérité , aujourd'hui
ſi négligée , a cependant été connue.
Après avoir eſſayé dans une digreffion
Métaphysique , d'établir la prééminence
de l'ouie fur la vue , l'Académicien
prouve par une expoſition Anatomique
de l'oreille , & far plufieurs exemples
de perſonnes que des maladies avoient
privées en apparence de l'uſage de leurs
fens & qui cependant confervoient celui
de l'ouie , que l'oreille eſt de tous
JUIN. 1763 . 133
les organes celui dont les fonctions ſe
foutiennent dans l'homme avec plus de
vigueur & plus longtemps. M. Maret
trouve un témoignage authentique de
cette vérité dans les conclamations que
faifoient quelques anciens Peuples , &
qui font encore pra iquées dans certaines
contrées de l'Afie & de l'Amérique .
Les cérémonies même obſervées aux
obſéques des Papes & de nos Rois , lui
font croire qu'on a prèſque toujours
été perfuadé que le ſens de l'ouie fubfifte
le dernier dans l'homme. Au reſte ,
cette vérité eſt peut - être d'une plus
grande importance qu'on ne le penſe
communément , puiſqu'elle nous offre
des ſecours éfficaces dans les cruelles
circonstances où se trouvent quelquefois
des perſonnes qui nous font chères .
C'eſt ce qui engagea le Médecin dont
Horace fait mention , à employer le fon
de l'or pour tirer l'avare Opimius de fa
léthargie. Dans tous les états n'y a- t- il
pas l'objet fenfible dont on peut frapper
l'oreille d'un malade pour le tirer du
plus profond afſoupiffement ? D'ailleurs
ſans s'arrêter précisément aux avantages
qu'on auroit lieu d'eſpérer par rapport
à la ſanté en ranimant le principe vital,
Fhumanité & la Religion ne nous font134
MERCURE DE FRANCE.
elles pas un devoir de ménager la ſenſibilité
des malheureux que nous voyons
lutter avec la mort , de ne jamais ceffer
de les conſoler , & de s'attacher continuellement
& juſqu'au dernier foupir , à
leur inſpirer les ſentimens néceſſaires
dans une poſition auſſi terrible ?
Fermer
Résumé : ACADÉMIES. SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville, le Mercredi 8 Décembre 1762.
Le 8 décembre 1762, l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon a présenté ses travaux annuels, divisés en trois sections : physique et arts, médecine, et histoire et belles-lettres. En botanique, M. Daubenton a traité de la culture des arbres, tandis que M. Michault a abordé les 'jeux de la Nature'. En médecine, l'Académie a étudié les maladies humaines et les traitements chirurgicaux, avec un accent particulier sur l'extraction des calculs rénaux, en soulignant l'importance de la physique et de l'anatomie. Les contributions littéraires et historiques comprenaient des œuvres poétiques et philosophiques, telles que celle de l'Évêque de Troyes sur la solitude. M. le Président de Ruffey a présenté un essai historique sur les académies, retraçant leur origine en Égypte, leur développement en Grèce et à Rome, et leur renaissance en Europe après la prise de Constantinople et l'invention de l'imprimerie. La première académie moderne fut fondée à Naples en 1470. L'essai mentionne également des académies italiennes célèbres comme l'Académie de la Crusca et l'Académie des Arcades. L'auteur exprime le souhait de voir les académies parisiennes diriger celles des provinces françaises et établir une correspondance générale entre les académies européennes. Il critique aussi le préjugé français qui exclut les femmes des académies. En juin 1763, une lecture publique a eu lieu, incluant l'éloge de M. Jolyot de Crébillon et un discours de M. Guyot sur les avantages de l'adversité. M. Maret l'aîné a présenté une dissertation sur le dernier sens à s'éteindre chez l'homme, concluant que c'est l'ouïe. Le texte aborde également la nécessité de réveiller une personne léthargique en utilisant un stimulus sonore et souligne l'importance de prendre soin des malades jusqu'à leur dernier souffle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
552
p. 172-174
PEINTURE. LETTRE de M. de G. .... sur les Descendans de CHARLES LE BRUN, premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
Début :
JE vous choisis entre tous mes amis, mon cher Monsieur, & je crois n'avoir [...]
Mots clefs :
Généalogie, Descendants, Art, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. LETTRE de M. de G. .... sur les Descendans de CHARLES LE BRUN, premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
PEINTURE.
LETTRE de M. de G..... fur les Defcendans
de CHARLES LE BRUN ,
premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
JE vous choiſis entre tous mes amis ,
mon cher Monfieur , & je crois n'avoir
pas tort , pour vous communiquer une
remarque que j'ai faite en lifant Moreri
à l'article Charles le Brun , premier Peintre
de Louis XIV; ille fait mourir fans
poſtérité. S'il y a eu un Arrêt du Conſeil
relativement au nom de Mansard, parce
qu'il n'y a plus de vrais ſucceſſeurs de
ce nom ; pourquoi n'en donneroit-on
pas un pour affurer que le célébre le
Brun a laiſſé une poſtérité affez nombreuſe
? Il doit être auſſi ſacré de conferver
un grand nom , que d'en empêcher
l'ufurpation. Nous avons ici une
généalogie de Charles le Brun , imprimée
en 1748 , en conféquence de la généalogie
enregiſtrée à la Chambre des
Comptes, procréée en loyal mariage, &
reconnue pour tel le ſuivant l'Arrêt du
JUIN. 1763. 173
12 Février 1745. Cette généalogie a été
revêtue de toutes les formalités qui en
affurent l'authenticité.
Il est vrai que Charles le Brun , dont
il s'agit , n'eut qu'un fils nommé André,
mais ce fils en eut un grand nombre ;
les diverſes Branches qu'ils formèrent
font toutes éteintes , excepté celle de
Damien le Brun , qui eſt ſoutenue par
quatre fils , tous mariés ,dont deux ſont
établis à Paris , & deux à Lyon .
S'il eſt ſingulier que le Dictionnaire
de Morery ait fait une faute fi groſſière ;
il l'eſt encore plus que les Defcendans
de ce grand homme ſe ſoient tous appliqués
au deſſein ou à la gravure. On diroit
qu'il leur a tranſmis une portion de
ſon talent , ou qu'ils n'ont pas voulu
eux-mêmes dégénérer en prenant une
autre profeffion que celle de leur ayeul.
Il devroit y avoir des récompenfes
pour ceux qui perpétuent une fi longue
filiation dans le même Art. Il faut apparemment
que M. le Marquis de Marigni
en ait été touché il l'eſt toujours de
tout ce qui est bon & beau : la penfion
qu'il a obtenue pour un des fils d'André
le Brun pour aider à fon éducation , en
eſt la preuve. Les belles actions en ce
genre ſe multiplient. La petite niéce du
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
grand Corneille a trouvé un père adop
tifdans la perſonne de M. de Voltaire ;
<il la dotée & mariée dans le Pays de
Gex, comme fſa propre fille. S. M. fait
ériger un monument à feu M. de Crébillon
; & quel hommage ne vient- on pas
de rendre à Bouchardon ? J'aime les talens
, mon cher ami , furtout les hommes
vertueux , & MM. le Brun qui les
cultivent. Intéreſſez-vous à ces dignes
rejettons d'un fi grand Peintre. Aureſte ,
cés mêmes MM. le Brum , mes amis
font modeſtes , timides , ne demandent
rien ; & j'ai cru leur devoir cette réclamation
contre le peu d'éxactitude des
Editeurs de Morery .
J'ai l'honneur d'être , &c.
ALyon, ce is Mai 1763 .
LETTRE de M. de G..... fur les Defcendans
de CHARLES LE BRUN ,
premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
JE vous choiſis entre tous mes amis ,
mon cher Monfieur , & je crois n'avoir
pas tort , pour vous communiquer une
remarque que j'ai faite en lifant Moreri
à l'article Charles le Brun , premier Peintre
de Louis XIV; ille fait mourir fans
poſtérité. S'il y a eu un Arrêt du Conſeil
relativement au nom de Mansard, parce
qu'il n'y a plus de vrais ſucceſſeurs de
ce nom ; pourquoi n'en donneroit-on
pas un pour affurer que le célébre le
Brun a laiſſé une poſtérité affez nombreuſe
? Il doit être auſſi ſacré de conferver
un grand nom , que d'en empêcher
l'ufurpation. Nous avons ici une
généalogie de Charles le Brun , imprimée
en 1748 , en conféquence de la généalogie
enregiſtrée à la Chambre des
Comptes, procréée en loyal mariage, &
reconnue pour tel le ſuivant l'Arrêt du
JUIN. 1763. 173
12 Février 1745. Cette généalogie a été
revêtue de toutes les formalités qui en
affurent l'authenticité.
Il est vrai que Charles le Brun , dont
il s'agit , n'eut qu'un fils nommé André,
mais ce fils en eut un grand nombre ;
les diverſes Branches qu'ils formèrent
font toutes éteintes , excepté celle de
Damien le Brun , qui eſt ſoutenue par
quatre fils , tous mariés ,dont deux ſont
établis à Paris , & deux à Lyon .
S'il eſt ſingulier que le Dictionnaire
de Morery ait fait une faute fi groſſière ;
il l'eſt encore plus que les Defcendans
de ce grand homme ſe ſoient tous appliqués
au deſſein ou à la gravure. On diroit
qu'il leur a tranſmis une portion de
ſon talent , ou qu'ils n'ont pas voulu
eux-mêmes dégénérer en prenant une
autre profeffion que celle de leur ayeul.
Il devroit y avoir des récompenfes
pour ceux qui perpétuent une fi longue
filiation dans le même Art. Il faut apparemment
que M. le Marquis de Marigni
en ait été touché il l'eſt toujours de
tout ce qui est bon & beau : la penfion
qu'il a obtenue pour un des fils d'André
le Brun pour aider à fon éducation , en
eſt la preuve. Les belles actions en ce
genre ſe multiplient. La petite niéce du
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
grand Corneille a trouvé un père adop
tifdans la perſonne de M. de Voltaire ;
<il la dotée & mariée dans le Pays de
Gex, comme fſa propre fille. S. M. fait
ériger un monument à feu M. de Crébillon
; & quel hommage ne vient- on pas
de rendre à Bouchardon ? J'aime les talens
, mon cher ami , furtout les hommes
vertueux , & MM. le Brun qui les
cultivent. Intéreſſez-vous à ces dignes
rejettons d'un fi grand Peintre. Aureſte ,
cés mêmes MM. le Brum , mes amis
font modeſtes , timides , ne demandent
rien ; & j'ai cru leur devoir cette réclamation
contre le peu d'éxactitude des
Editeurs de Morery .
J'ai l'honneur d'être , &c.
ALyon, ce is Mai 1763 .
Fermer
Résumé : PEINTURE. LETTRE de M. de G. .... sur les Descendans de CHARLES LE BRUN, premier Peintre du Roi LOUIS XIV.
La lettre de M. de G..... rectifie une erreur du dictionnaire de Moreri concernant la descendance de Charles Le Brun, premier peintre du roi Louis XIV. Contrairement à ce qui y est mentionné, Charles Le Brun eut un fils nommé André, dont la lignée perdure à travers Damien Le Brun, soutenu par quatre fils mariés, deux à Paris et deux à Lyon. Les descendants de Charles Le Brun se sont distingués dans les arts du dessin et de la gravure, perpétuant ainsi le talent de leur ancêtre. L'auteur cite des exemples de soutien accordé à ces artistes, comme la pension obtenue pour un fils d'André Le Brun par le Marquis de Marigny, et les hommages rendus à d'autres artistes tels que Corneille, Crébillon et Bouchardon. L'auteur exprime son admiration pour les talents et la vertu des descendants de Le Brun et demande une réclamation contre l'inexactitude des éditeurs de Moreri, appelant à un soutien envers ces descendants modestes et discrets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
553
p. 180-181
GRAVURE.
Début :
M. MOITTE, Graveur du ROI, à qui nous devons la belle Estampe de [...]
Mots clefs :
Estampe, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
M. MOITTE , Graveur du Roi , à
qui nous devons la belle Eſtampe de
Vénus fur les eaux , gravée d'après le
célébre M. Boucher , vient de donner
au Public un autre Ouvrage de fa façon
qui probablement ne ſera pas
moins bien accueilli des Connoiffeurs.
Cette nouvelle Eſtampe , intitulée le
Gefte Napolitain , eſt d'après l'un des
plu aimables &des plus dignes Peintres
de la Nature , c'est-à-dire M. Greu
fe, & faitpendant avec le Père de fa-
و
JUIN. 1763 . 181
mille que l'on revoit toujours avec tant
de plaifir. Elle est dédiée à M. le Marquis
de Marigny ; & ſe vend chez l'Auteur ,
rue S. Victor , la troifiéme Porte cochère
à gauche , en entrant par la Place
Maubert. Le Prix eſt de 6 liv.
M. MOITTE , Graveur du Roi , à
qui nous devons la belle Eſtampe de
Vénus fur les eaux , gravée d'après le
célébre M. Boucher , vient de donner
au Public un autre Ouvrage de fa façon
qui probablement ne ſera pas
moins bien accueilli des Connoiffeurs.
Cette nouvelle Eſtampe , intitulée le
Gefte Napolitain , eſt d'après l'un des
plu aimables &des plus dignes Peintres
de la Nature , c'est-à-dire M. Greu
fe, & faitpendant avec le Père de fa-
و
JUIN. 1763 . 181
mille que l'on revoit toujours avec tant
de plaifir. Elle est dédiée à M. le Marquis
de Marigny ; & ſe vend chez l'Auteur ,
rue S. Victor , la troifiéme Porte cochère
à gauche , en entrant par la Place
Maubert. Le Prix eſt de 6 liv.
Fermer
Résumé : GRAVURE.
Le graveur du Roi, M. Moitte, a créé une gravure intitulée 'Vénus sur les eaux' d'après François Boucher. Il a également publié 'Le Geste Napolitain', inspiré d'un tableau de Jean-Baptiste Greuze réalisé à Rome. Cette estampe est dédiée au Marquis de Marigny et se vend six livres chez l'auteur, rue Saint-Victor.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
554
p. 181
ÉCRITURE.
Début :
LE Sr ROCHON, Maître Écrivain à Versailles, donne avis au Public que [...]
Mots clefs :
Maître Écrivain, Planches, Principes d'écriture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉCRITURE.
ÉCRITURE.
LE ST ROCHON , Maître Écrivain
Verſailles , donne avis au Public que
les deux Planches de Principes d'Ecriture
qu'il vient de lui donner , ſe trouvent
chez lui & à Paris chez le ſieur de la
Bare , rue du Perche au Marais , chez
un Serrurier. Prix , 2 liv. chaque 'Piéce.
Il donne auffi avis qu'il prend des
Penſionnaires d'âge raisonnable , &
que l'on aura chez lui tous les Maîtres
que l'on defirera.
LE ST ROCHON , Maître Écrivain
Verſailles , donne avis au Public que
les deux Planches de Principes d'Ecriture
qu'il vient de lui donner , ſe trouvent
chez lui & à Paris chez le ſieur de la
Bare , rue du Perche au Marais , chez
un Serrurier. Prix , 2 liv. chaque 'Piéce.
Il donne auffi avis qu'il prend des
Penſionnaires d'âge raisonnable , &
que l'on aura chez lui tous les Maîtres
que l'on defirera.
Fermer
555
p. 11
QUATRAIN. SUR la Statue équestre de LOUIS XV.
Début :
AUGUSTE Monument, qu'éléve à la grandeur [...]
Mots clefs :
Statue équestre, Monument, Grandeur, Art
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRAIN. SUR la Statue équestre de LOUIS XV.
QUATRAIN
.
SUR la Statue équestre de LOUIS XV.
AUGUSTE Monument , qu'éléve à la grandeur
Du meilleur de nos Rois , le plus fincère hom
mage ;
Tu n'offres rien auxyeux , qui ne fût en mon
coeur :
1
La Nature avant l'Art ,y grava fon image.
ParM. MAZERAT , fils . De NONTRON.
.
SUR la Statue équestre de LOUIS XV.
AUGUSTE Monument , qu'éléve à la grandeur
Du meilleur de nos Rois , le plus fincère hom
mage ;
Tu n'offres rien auxyeux , qui ne fût en mon
coeur :
1
La Nature avant l'Art ,y grava fon image.
ParM. MAZERAT , fils . De NONTRON.
Fermer
556
p. 152-159
PEINTURE. LETTRE d'une nouvelle Société, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
Début :
MONSIEUR, Nous sommes sept qui cultivons chacun par goût ou par état, une science [...]
Mots clefs :
Tableau, Figure, Verre, Optique, Facettes , Jugement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. LETTRE d'une nouvelle Société, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
PEINTURE.
LETTRE d'une nouvelle Société , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure de France.
MONSIEUR ,
Nous fommes fept qui cultivons
chacun par goût ou par état , une fcience
particulière nous nous réuniffons une
fois la femaine , autant par amitié que
pour notre inftruction mutuelle . Si l'un
de nous a fait quelque obfervation qu'il
eftime digne d'être communiquée aux
autres , elle eft foumife à un examen
rigoureux : il eft dans nos conventions
que nos jugemens feront auffi févères
qu'il fe pourra , & le premier article de
nos Statuts volontaires , eft de ne nous
faire aucune grace ; la vérité qui dicte
nos décifions fur notre manière réciproque
de penfer , refferre les liens de
l'amitié qui nous lie . Pleins d'eftime
pour tout le monde , nous ne fommes
retenus que fur le compte d'autrui .
JUILLET. 1763. 153
Nous nous appliquons particulièrement,
Monfieur , à comparer les opinions contraires
qui s'élèvent fur certains objets.
Votre Journal eft le théâtre de plufieurs
controverfes dans les Sciences & dans
les Arts , & nous tâchons d'en profiter.
Nous pefons les raifons avancées
de part & d'autre ; autant que nos connoiffances
le permettent , nous apprécions
les chofes , & cherchons à les
réduire à leur jufte valeur nous ne
précipitons pas nos jugemens : on agite
long - temps les réflexions ; on change
d'avis autant qu'on le juge à propos.
Nous ne mettons aucune forte d'amourpropre
à perfifter dans une première
opinion , & jamais nous ne croyons
qu'aucune difficulté foit réfoute , que
l'Auteur qui l'avoit fait naître , n'avoue
pofitivement & nettement qu'il eft revenu
au fentiment de fon adverfaire.
S'il ne l'adopte qu'avec quelques modifications,
il faut que celles - ci fubiffent
un nouvel examen , & qu'il ne refte
aucun partage d'avis ; l'unanimité eſt le
but auquel nous afpirons. Nous croyons
avoir travaillé affez utilement en ce
genre fur diverfes matières , pour prétendre
à une qualification ; en conféquence
, nous nous fommes donné le
7
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
titre de Société des Conciliateurs. Nous
n'offrons notre médiation à perfonne ;
car nous n'avons aucune autorité dans
la république des Lettres , pour qu'on
défére à notre fentiment . Les écrits qui
fe produisent dans les démêlés qui furviennent
entre, gens qui penfent différemment
, nous ont toûjours paru un
peu femblables aux Mémoires refpectifs
des Parties adverfes dans une affaire de
procédure ; ils couvrent fouvent l'état de
la queftion , & fervent à perpétuer les
conteftations jufqu'au jugement du procès
, dont quelquefois aucun des Plaideurs
n'eft content. Loin d'approuver
les querelles littéraires , nous cherchons
quels font les moyens qui auroient pû
les prévenir, ou les abréger, notre principale
etude eft de prononcer fur les
voies d'accommodement. Jufqu'à préfent
nos travaux ont été concentrés dans
la Société particulière ; nous rifquons de
vous en préfenter un effai. Si vous
croyez , Monfieur , qu'il n'y ait aucun
inconvénient à le rendre public , nous
vous prions de lui donner une place dans
un de vos prochains Mercures , & nous
nous ferons une loi de ne rien publier
que par votre entremife & fous vos
aufpices.
JUILLET. 1763 . 155
REMARQUES de la Société des CONCILIATEURS
, fur les Tableaux en
jeu d'Optique.
Il a paru dans un des premiers Mercures
de cette année une explication du
Tableau allégorique des Vertus, formant
le portrait du Roi , peint par M. Amédée
Vanloo : on eft redevable de cette defcription
à M. de la Lande, Membre de
l'Académie Royale des Sciences dans la
Claffe d'Aftronomie. Son jugement fur
la difficulté de repréfenter différentes
figures , de manière qu'en les regardant
par le moyen d'un verre , on voie une
feule & unique figure , qui n'a aucun
rapport avec celles qu'on voit à l'oeil
nud fur le tableau ; fon jugement , dis-je,
fur cette magie naturelle , n'a pas été
adoptée par un Anonyme , dans une
Lettre adreffée à MM. de la Société
des Amateurs , & inférée dans le Mercure
d'Avril , premier volume, page 157 .
Nous avons pefé les raifons de ce dernier
écrit , & elles nous ont paru trèsfolides.
Sur cela , l'un de nous a affuré
que le phénomène d'optique qui a fait
l'admiration des perfonnes qui ne font
point verfées dans ces fortes de matières
, eft décrit dans la phyfique de
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
S'gravefande un autre a dit qu'il exiſtoit
à Paris plufieurs tableaux de ce genre ;
qu'on en voyoit un dans la Bibliothéque
de MM. de l'Oratoire , qui repréfentoit
les douze Apôtres ; & qu'en le regar
dant avec la lunette garnie du verre à
facettes , tous ces objets difparoiffoient
pour laiffer voir la feule figure de
Jefus - Chrift , qui n'eft pas dans le tableau
.
A l'affemblée fuivante , un de nos
Collégues a rapporté qu'il avoit été la
furveille à la Bibliotheque de Sainte
Géneviéve , & qu'on lui avoit fait voir
dans un des Cabinets adjacens , trois
tableaux affez anciens , & qui ont toujours
été connus dans ce riche Cabinet
fous le nom de Jeux d'optique. L'un
eft formé de plufieurs petits portraits
en médaillons , repréfentans diverfes
dignités par les attributs convenables ;
on y voit un Pape , un Empereur, un
Cardinal , un Evêque , un Moine , un
Prêtre , un Magiftrat , un Guerrier , des
femmes de différens ordres , avec cette
légende latine ... Statutum eft omnibus
hominibus femel mori. On fent affez ce
que cette infcription annonce : en regardant
par la lunette , on n'aperçoit qu'une
tête de mort. Dans l'examen de cette
JUILLET. 1763. 157
efpéce de preſtige , on voit que ce font
différentes parties de tête de mort difperfées
dans les intervalles des portraits,
qui font réunies par les différentes facettes
du verre en un feul point , &
que toutes les têtes vivantes n'entrent
pour rien dans la tête décharnée . Le
même verre fert à un fecond tableau
dont le centre eft comme un foleil lumineux
, & fur les nuages qui l'entourent
font portés des Anges vêtus comme
l'on a coutume de les peindre , & qui
font tous occupés à jouer de quelque
inftrument : l'un tient une lyre , l'autre
un violon , l'autre une guitarre , & c.
Tout cela difparoît en regardant par le
verre à facettes , & l'on voit au centre
un Enfant Jéfus affis , femblable à ces
Anges , mais qui n'eft point aîlé , & qui
ne tient aucun inftrument.
Un autre tableau du même Cabinet
eft chargé de différens portraits connus ;
celui du grand Roi Henri IV, celui de
Louis XIII , de plufieurs Reines &
Princeffes , & de différens Saints , forment
un affemblage confus & affez mal
difpofé. On regarde par le verre approprié
à ce tableau , on voit une Sainte-
Vierge qui tient entre fes bras l'Enfant
Jéfus. On anatomife , s'il eft permis de
158 MERCURE DE FRANCE.
s'exprimer ainfi , cette figure illufoire ;
car on voit que c'eft la tête d'une Reine
qui eft rapportée toute entiere par une
des facettes du verre , pour être apperçue
au haut de la repréfentation magique
; que fon bras eft pris d'une autre
figure , & l'Enfant Jéfus , d'une figure
d'enfant qui eft dans un point du tableau
fort éloigné de celles qui concourrent
à former la Sainte Vierge tout le
reſte du tableau ne fert point à l'effet ;
& il eft auffi indifférent que le portrait
d'Henri IV foit dans un des coins du
tableau que toute autre chofe. Les
points néceffaires étant donnés , tout
le refte n'eft que rempliffage. Il eft donc
évident , comme l'a dit l'Anonyme , que
le tableau allégorique des vertus formant
le portrait du Roi , a été fait fuivant
des régles certaines , & que fa difpofition
avoit été mefurée à la régle & au
compas. L'Auteur n'avoit fait que prèffentir
la maniere dont le tableau allégorique
avoit été compofé , & nous en
donnons des preuves de fait qui n'ôtent
rien à M. Vanloo du mérite de fon
heureufe idée , & de fon habileté dans
l'exécution de ce tableau. On ne s'eft mépris
que fur l'explication phyfique du
phénomène , opéré par un art qu'on a
JUILLET. 1763 . 159
cru nouveau , & qui ne l'eft pas. Nos
recherches concilient donc toutes les
idées avec les faits qui les confirment.
LETTRE d'une nouvelle Société , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure de France.
MONSIEUR ,
Nous fommes fept qui cultivons
chacun par goût ou par état , une fcience
particulière nous nous réuniffons une
fois la femaine , autant par amitié que
pour notre inftruction mutuelle . Si l'un
de nous a fait quelque obfervation qu'il
eftime digne d'être communiquée aux
autres , elle eft foumife à un examen
rigoureux : il eft dans nos conventions
que nos jugemens feront auffi févères
qu'il fe pourra , & le premier article de
nos Statuts volontaires , eft de ne nous
faire aucune grace ; la vérité qui dicte
nos décifions fur notre manière réciproque
de penfer , refferre les liens de
l'amitié qui nous lie . Pleins d'eftime
pour tout le monde , nous ne fommes
retenus que fur le compte d'autrui .
JUILLET. 1763. 153
Nous nous appliquons particulièrement,
Monfieur , à comparer les opinions contraires
qui s'élèvent fur certains objets.
Votre Journal eft le théâtre de plufieurs
controverfes dans les Sciences & dans
les Arts , & nous tâchons d'en profiter.
Nous pefons les raifons avancées
de part & d'autre ; autant que nos connoiffances
le permettent , nous apprécions
les chofes , & cherchons à les
réduire à leur jufte valeur nous ne
précipitons pas nos jugemens : on agite
long - temps les réflexions ; on change
d'avis autant qu'on le juge à propos.
Nous ne mettons aucune forte d'amourpropre
à perfifter dans une première
opinion , & jamais nous ne croyons
qu'aucune difficulté foit réfoute , que
l'Auteur qui l'avoit fait naître , n'avoue
pofitivement & nettement qu'il eft revenu
au fentiment de fon adverfaire.
S'il ne l'adopte qu'avec quelques modifications,
il faut que celles - ci fubiffent
un nouvel examen , & qu'il ne refte
aucun partage d'avis ; l'unanimité eſt le
but auquel nous afpirons. Nous croyons
avoir travaillé affez utilement en ce
genre fur diverfes matières , pour prétendre
à une qualification ; en conféquence
, nous nous fommes donné le
7
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
titre de Société des Conciliateurs. Nous
n'offrons notre médiation à perfonne ;
car nous n'avons aucune autorité dans
la république des Lettres , pour qu'on
défére à notre fentiment . Les écrits qui
fe produisent dans les démêlés qui furviennent
entre, gens qui penfent différemment
, nous ont toûjours paru un
peu femblables aux Mémoires refpectifs
des Parties adverfes dans une affaire de
procédure ; ils couvrent fouvent l'état de
la queftion , & fervent à perpétuer les
conteftations jufqu'au jugement du procès
, dont quelquefois aucun des Plaideurs
n'eft content. Loin d'approuver
les querelles littéraires , nous cherchons
quels font les moyens qui auroient pû
les prévenir, ou les abréger, notre principale
etude eft de prononcer fur les
voies d'accommodement. Jufqu'à préfent
nos travaux ont été concentrés dans
la Société particulière ; nous rifquons de
vous en préfenter un effai. Si vous
croyez , Monfieur , qu'il n'y ait aucun
inconvénient à le rendre public , nous
vous prions de lui donner une place dans
un de vos prochains Mercures , & nous
nous ferons une loi de ne rien publier
que par votre entremife & fous vos
aufpices.
JUILLET. 1763 . 155
REMARQUES de la Société des CONCILIATEURS
, fur les Tableaux en
jeu d'Optique.
Il a paru dans un des premiers Mercures
de cette année une explication du
Tableau allégorique des Vertus, formant
le portrait du Roi , peint par M. Amédée
Vanloo : on eft redevable de cette defcription
à M. de la Lande, Membre de
l'Académie Royale des Sciences dans la
Claffe d'Aftronomie. Son jugement fur
la difficulté de repréfenter différentes
figures , de manière qu'en les regardant
par le moyen d'un verre , on voie une
feule & unique figure , qui n'a aucun
rapport avec celles qu'on voit à l'oeil
nud fur le tableau ; fon jugement , dis-je,
fur cette magie naturelle , n'a pas été
adoptée par un Anonyme , dans une
Lettre adreffée à MM. de la Société
des Amateurs , & inférée dans le Mercure
d'Avril , premier volume, page 157 .
Nous avons pefé les raifons de ce dernier
écrit , & elles nous ont paru trèsfolides.
Sur cela , l'un de nous a affuré
que le phénomène d'optique qui a fait
l'admiration des perfonnes qui ne font
point verfées dans ces fortes de matières
, eft décrit dans la phyfique de
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
S'gravefande un autre a dit qu'il exiſtoit
à Paris plufieurs tableaux de ce genre ;
qu'on en voyoit un dans la Bibliothéque
de MM. de l'Oratoire , qui repréfentoit
les douze Apôtres ; & qu'en le regar
dant avec la lunette garnie du verre à
facettes , tous ces objets difparoiffoient
pour laiffer voir la feule figure de
Jefus - Chrift , qui n'eft pas dans le tableau
.
A l'affemblée fuivante , un de nos
Collégues a rapporté qu'il avoit été la
furveille à la Bibliotheque de Sainte
Géneviéve , & qu'on lui avoit fait voir
dans un des Cabinets adjacens , trois
tableaux affez anciens , & qui ont toujours
été connus dans ce riche Cabinet
fous le nom de Jeux d'optique. L'un
eft formé de plufieurs petits portraits
en médaillons , repréfentans diverfes
dignités par les attributs convenables ;
on y voit un Pape , un Empereur, un
Cardinal , un Evêque , un Moine , un
Prêtre , un Magiftrat , un Guerrier , des
femmes de différens ordres , avec cette
légende latine ... Statutum eft omnibus
hominibus femel mori. On fent affez ce
que cette infcription annonce : en regardant
par la lunette , on n'aperçoit qu'une
tête de mort. Dans l'examen de cette
JUILLET. 1763. 157
efpéce de preſtige , on voit que ce font
différentes parties de tête de mort difperfées
dans les intervalles des portraits,
qui font réunies par les différentes facettes
du verre en un feul point , &
que toutes les têtes vivantes n'entrent
pour rien dans la tête décharnée . Le
même verre fert à un fecond tableau
dont le centre eft comme un foleil lumineux
, & fur les nuages qui l'entourent
font portés des Anges vêtus comme
l'on a coutume de les peindre , & qui
font tous occupés à jouer de quelque
inftrument : l'un tient une lyre , l'autre
un violon , l'autre une guitarre , & c.
Tout cela difparoît en regardant par le
verre à facettes , & l'on voit au centre
un Enfant Jéfus affis , femblable à ces
Anges , mais qui n'eft point aîlé , & qui
ne tient aucun inftrument.
Un autre tableau du même Cabinet
eft chargé de différens portraits connus ;
celui du grand Roi Henri IV, celui de
Louis XIII , de plufieurs Reines &
Princeffes , & de différens Saints , forment
un affemblage confus & affez mal
difpofé. On regarde par le verre approprié
à ce tableau , on voit une Sainte-
Vierge qui tient entre fes bras l'Enfant
Jéfus. On anatomife , s'il eft permis de
158 MERCURE DE FRANCE.
s'exprimer ainfi , cette figure illufoire ;
car on voit que c'eft la tête d'une Reine
qui eft rapportée toute entiere par une
des facettes du verre , pour être apperçue
au haut de la repréfentation magique
; que fon bras eft pris d'une autre
figure , & l'Enfant Jéfus , d'une figure
d'enfant qui eft dans un point du tableau
fort éloigné de celles qui concourrent
à former la Sainte Vierge tout le
reſte du tableau ne fert point à l'effet ;
& il eft auffi indifférent que le portrait
d'Henri IV foit dans un des coins du
tableau que toute autre chofe. Les
points néceffaires étant donnés , tout
le refte n'eft que rempliffage. Il eft donc
évident , comme l'a dit l'Anonyme , que
le tableau allégorique des vertus formant
le portrait du Roi , a été fait fuivant
des régles certaines , & que fa difpofition
avoit été mefurée à la régle & au
compas. L'Auteur n'avoit fait que prèffentir
la maniere dont le tableau allégorique
avoit été compofé , & nous en
donnons des preuves de fait qui n'ôtent
rien à M. Vanloo du mérite de fon
heureufe idée , & de fon habileté dans
l'exécution de ce tableau. On ne s'eft mépris
que fur l'explication phyfique du
phénomène , opéré par un art qu'on a
JUILLET. 1763 . 159
cru nouveau , & qui ne l'eft pas. Nos
recherches concilient donc toutes les
idées avec les faits qui les confirment.
Fermer
Résumé : PEINTURE. LETTRE d'une nouvelle Société, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France.
En juillet 1763, la Société des Conciliateurs, composée de sept membres, écrit à M. de La Place, rédacteur du Mercure de France. Cette société se réunit chaque semaine pour analyser des observations scientifiques et artistiques afin de réduire les controverses par une évaluation rigoureuse des arguments. Elle propose sa médiation pour résoudre les querelles littéraires sans avoir d'autorité officielle. La lettre mentionne une controverse concernant un tableau allégorique des Vertus représentant le portrait du Roi, peint par M. Amédée Vanloo. Une explication de ce tableau avait été publiée par M. de la Lande, membre de l'Académie Royale des Sciences, puis contestée par un anonyme dans une lettre à la Société des Amateurs. Les Conciliateurs jugent les arguments de l'anonyme pertinents et ajoutent des informations sur des tableaux similaires à Paris, utilisant des jeux d'optique pour créer des illusions visuelles. Le texte décrit deux tableaux spécifiques. Le premier montre des anges jouant de divers instruments, révélant un Enfant Jésus au centre lorsqu'observé à travers un verre à facettes. Le second tableau présente divers portraits, dont ceux de rois, reines, princesses et saints, révélant une Sainte Vierge tenant l'Enfant Jésus à travers un verre approprié. La société propose de publier un essai de leurs travaux dans le Mercure de France, avec l'approbation de M. de La Place. Ils soulignent que le tableau allégorique des Vertus a été créé selon des règles précises et mesurées, et que l'erreur réside dans l'explication physique du phénomène, qui n'est pas nouveau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
557
p. 159-165
GRAVURE. Avis sur le Recueil d'Estampes gravées d'après les plus beaux Tableaux & Desseins des principaux Peintres des Ecoles Romaine & Vénitienne qui sont en France, dans le Cabinet du ROI ; dans celui de Mgr le Duc d'Orléans, & dans d'autres Cabinets, par les soins de M. Crozat ; avec un abrégé de la Vie des Peintres, & une Description historique de chaque Tableau. En deux grands volumes in-fol. forme d'Atlas.
Début :
LES Connoisseurs de l'Art de la Gravure sçavent assez les dépenses immenses [...]
Mots clefs :
Estampes, Tableaux, Peintres, Planches, Cabinet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. Avis sur le Recueil d'Estampes gravées d'après les plus beaux Tableaux & Desseins des principaux Peintres des Ecoles Romaine & Vénitienne qui sont en France, dans le Cabinet du ROI ; dans celui de Mgr le Duc d'Orléans, & dans d'autres Cabinets, par les soins de M. Crozat ; avec un abrégé de la Vie des Peintres, & une Description historique de chaque Tableau. En deux grands volumes in-fol. forme d'Atlas.
GRAVURE.
Avis fur le Recueil d'Eftampes gravées
d'après les plus beaux Tableaux
& Deffeins des principaux Peintres
des Ecoles Romaine & Vénitienne
qui font en France , dans le Cabinet
du ROI; dans celui de Mgr le Duc
d'Orléans , & dans d'autres Cabinets ,
par les foins de M. Crozat ; avec un
abrégé de la Vie des Peintres , & une
Defcription hiftorique de chaque Tableau.
En deux grands volumes in-fol.
forme d'Atlas.
LESES Connoiffeurs de l'Art de la Gravure
fçavent affez les dépenfes immenfes
qu'a faites M. Crozat , pour former
& faire graver cet Ouvrage , que
tout autre que lui n'auroit ofé entreprendre
; c'eft pourquoi on fe difpenfera
d'en faire ici l'éloge , & d'entrer dans
aucun détail relatif à l'objet,
160 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Bafan , Graveur à Paris ;
aujourd'hui poffeffeur des Planches qui
compofent ledit Recueil , donne avis
que dans quelques mois il pourra livrer
au-Public des Exemplaires de ce Recueil
qui depuis plufieurs années étoit devenu
fort rare : il met tous fes foins , & ne
ménage rien , tant pour la beauté du
papier , que pour l'impreffion ; auffi
efpére-t-il que fon Edition fera recherchée
des Curieux .
Dans le nombre des grands Cabinets
qui font en Europe , on ne craint point
d'affurer que celui du Roi mérite à cet
égard une forte de préférence. François
I. en eft regardé comme le Fondateur.
Ce Prince magnifique enrichit la France
de quantité de Tableaux du premier
ordre ; ce fut lui qui fit faire à Raphaël
ces deux Tableaux inimitables , le Saint
Michel & la Sainte Famille , que l'on
voit à Versailles. Ce Cabinet étoit déja
devenu l'objet de l'admiration générale ,
lorfque M. Colbert qui ne refpiroit que
la gloire de fon Prince & l'utilité publique
, entreprit de le faire connoître par
le moyen des Eftampes. Il fit diftribuer
des Tableaux aux plus excellens Graveurs
; mais la mort de ce Miniftre interrompit
ce beau projet ; il ne parut
JUILLET. 1763 . 161
alors que trente-fix Eftampes , lefquelles
forment le volume des Tableaux gravés
dont les planches font dans le Cabinet
du Roi ; il y avoit lieu de craindre qu'on
n'en demeurât là fi M. Crozat animé
du même zéle , n'avoit repris la même.
idée .
,
Son premier volume commence par
deux Eftampes fingulières , ce font deux
Peintures antiques que M. Crozat fit
deffiner dans Rome , afin qu'on pût
avoir une idée de la façon dont les Anciens
ordonnoient leurs Tableaux ; on
trouve enfuite tous les Tableaux de Raphaël
qu'on conferve en France , & qui
font en affez grand nombre ; ceux- ci
font fuivis des productions de Jules Romain
, & des autres Elèves de Raphaël ;
& faifant ainfi paffer en revue tous les
Peintres qui ont illuftré l'Ecole Romaine
, le Recueil eft terminé par les Ouvrages
de Carle Maratte , & par ceux des
Artiftes qui dans ces derniers temps ont
occupé dans Rome les premières places.
Toutes ces Eftampes font précédées
par des Deſcriptions , & par un Abrégé
de la vie des Maîtres , éxact & fouvent
accompagné d'Anecdotes curieufes
qu'on ne rencontre point dans les autres
Livres qui traitent de la Peinture .
162 MERCURE DE FRANCE .
- Le fecond volume contient les Ef
tampes gravées d'après les Tableaux ou
les Deffeins des Peintres de l'Ecole Vénitienne
ou de Lombardie , comme le
Georgion , le Titien , P. Veronèse , &
autres Maîtres auffi illuftres , dont les
compofitions font riches & agréables ,
& qui jufqu'alors n'avoient point encore
été gravées.
Le premier volume , ( c'est-à- dire , la
partie des Estampes , qui commence
avec l'Ecole Romaine jufqu'au Mucian, )
eft compofé de quatre- vingt- dix Piéces ;
le refte de cette Ecole & de l'Ecole Vénitienne
confiſtant en quatre-vingt-douze
Piéces , forme le fecond volume.
Le fieur Bafan vient auffi d'acquérir
toures les Planches qui compofent le volume
connu fous le nom duCabinet d'Aguilles
, compofé de cent dix-huit Eftampes
gravées par Coelmans & autres , d'après
les Tableaux des plus célébres Peintres
Italiens , Flamands & François ,
qui compofoient le Cabinet de M. Boyer
d'Aguilles , Confeiller au Parlement de
Provence ; il fait auffi imprimer , avec
tout le foin poffible , ce Recueil , & il
efpére dans quelques mois pouvoir procurer
au Public des Exemplaires de ce
volume qui , depuis plufieurs années ,
étoit auffi devenu rare.
JUILLET. 1763. 163
Comme depuis plufieurs années ledit
fieur Bafan a gravé ou fait graver beaucoup
de Planches , il vient d'en former
deux volumes qu'il a fait imprimer
avec beaucoup de foin , fur le papier
de grand Aigle fin .
Le premier volume contient cent Eftampes
gravées d'après des Tableaux des
meilleurs Maîtres Flamands & François,
tirés des plus cèlebres Cabinets de Paris ,
& qui repréfentent tous des Sujets &
des Payfages fort agréables .
Le fecond volume compofé de cent
cinquante autres Eftampes , n'eft pas
moins intéreffant. On y voit , comme
dans le premier , divers morceaux agréa
bles , pris d'après les Ouvrages des plus
excellens Peintres des Ecoles Flamande
& Françoife, & quelques Sujets auffi qu'à
fourni l'Ecole Italienne , & qui par la
compofition font d'un goût exquis.
A la tête de chaque volume , il y a
une Deſcription de chacun des Sujets
qui le compofe ; les deux volumes fe
vendent féparément l'un de l'autre , au
gré des Amateurs.
PRIX des Volumes annoncés ci -deus .
Les deux volumes du Crozat , compofés
de cent quatre-vingt deux Eftam164
MERCURE DE FRANCE .
pes , imprimées fur le papier fin de Co.
lombier , fe vendent en feuilles , dans
deux Porte-feuilles fait exprès , la fomme
de cent quarante livres.
Les mêmes Eftampes imprimées fur
le papier de grand Aigle , dans deux
Porte-feuilles faits exprès , fe vendront
cent foixante - dix livres .
Les cent dix- huit Eftampes qui compofent
le Cabinet d'Aguilles , ſe vendront
en feuilles , dans un Porte -feuille
fait exprès , foixante- douze livres
& quatre-vingt-dix livres imprimées fur
le grand Aigle fin .
Les deux volumes qui compofent
l'Euvre du fieur Bafan , fe vendront ,
en feuilles , cent vingt livres chacun .
>
On trouvera chez le fieur Bafan
Graveur à Paris , demeurant dans le
quartier S. Jacques , des Exemplaires
defdits volumes reliés ou brochés ;
Ainfi que chez les principaux Libraires
& Marchands d'Eftampes de toutes
les grandes Villes de l'Europe.
On trouve auffi chez ledit fieurBafan
un affortiment général de toutes fortes
d'Estampes Etrangères & Françoifes ,
tant anciennes que modernes , & des
Deffeins de tous les Maîtres.
JUILLET. 1763. 165
7.ON TROUVE chez le fieur Ouvrier,
Graveur d'Estampes intitulées l'une l'EcolHollandoife,
l'autre l'Ecole Flamande,
d'après les Tableaux originaux de M.
T. Eiſen le Père. Ces deux morceaux
qui nous paroiffent auffi agréables que
bien exécutés , fe vendent chez l'Auteur
, Place Maubert , maifon du fieur
Bellot , Bonnetier , au Soleil d'or. Chaque
Eftampe fe vend 3 liv.
Avis fur le Recueil d'Eftampes gravées
d'après les plus beaux Tableaux
& Deffeins des principaux Peintres
des Ecoles Romaine & Vénitienne
qui font en France , dans le Cabinet
du ROI; dans celui de Mgr le Duc
d'Orléans , & dans d'autres Cabinets ,
par les foins de M. Crozat ; avec un
abrégé de la Vie des Peintres , & une
Defcription hiftorique de chaque Tableau.
En deux grands volumes in-fol.
forme d'Atlas.
LESES Connoiffeurs de l'Art de la Gravure
fçavent affez les dépenfes immenfes
qu'a faites M. Crozat , pour former
& faire graver cet Ouvrage , que
tout autre que lui n'auroit ofé entreprendre
; c'eft pourquoi on fe difpenfera
d'en faire ici l'éloge , & d'entrer dans
aucun détail relatif à l'objet,
160 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Bafan , Graveur à Paris ;
aujourd'hui poffeffeur des Planches qui
compofent ledit Recueil , donne avis
que dans quelques mois il pourra livrer
au-Public des Exemplaires de ce Recueil
qui depuis plufieurs années étoit devenu
fort rare : il met tous fes foins , & ne
ménage rien , tant pour la beauté du
papier , que pour l'impreffion ; auffi
efpére-t-il que fon Edition fera recherchée
des Curieux .
Dans le nombre des grands Cabinets
qui font en Europe , on ne craint point
d'affurer que celui du Roi mérite à cet
égard une forte de préférence. François
I. en eft regardé comme le Fondateur.
Ce Prince magnifique enrichit la France
de quantité de Tableaux du premier
ordre ; ce fut lui qui fit faire à Raphaël
ces deux Tableaux inimitables , le Saint
Michel & la Sainte Famille , que l'on
voit à Versailles. Ce Cabinet étoit déja
devenu l'objet de l'admiration générale ,
lorfque M. Colbert qui ne refpiroit que
la gloire de fon Prince & l'utilité publique
, entreprit de le faire connoître par
le moyen des Eftampes. Il fit diftribuer
des Tableaux aux plus excellens Graveurs
; mais la mort de ce Miniftre interrompit
ce beau projet ; il ne parut
JUILLET. 1763 . 161
alors que trente-fix Eftampes , lefquelles
forment le volume des Tableaux gravés
dont les planches font dans le Cabinet
du Roi ; il y avoit lieu de craindre qu'on
n'en demeurât là fi M. Crozat animé
du même zéle , n'avoit repris la même.
idée .
,
Son premier volume commence par
deux Eftampes fingulières , ce font deux
Peintures antiques que M. Crozat fit
deffiner dans Rome , afin qu'on pût
avoir une idée de la façon dont les Anciens
ordonnoient leurs Tableaux ; on
trouve enfuite tous les Tableaux de Raphaël
qu'on conferve en France , & qui
font en affez grand nombre ; ceux- ci
font fuivis des productions de Jules Romain
, & des autres Elèves de Raphaël ;
& faifant ainfi paffer en revue tous les
Peintres qui ont illuftré l'Ecole Romaine
, le Recueil eft terminé par les Ouvrages
de Carle Maratte , & par ceux des
Artiftes qui dans ces derniers temps ont
occupé dans Rome les premières places.
Toutes ces Eftampes font précédées
par des Deſcriptions , & par un Abrégé
de la vie des Maîtres , éxact & fouvent
accompagné d'Anecdotes curieufes
qu'on ne rencontre point dans les autres
Livres qui traitent de la Peinture .
162 MERCURE DE FRANCE .
- Le fecond volume contient les Ef
tampes gravées d'après les Tableaux ou
les Deffeins des Peintres de l'Ecole Vénitienne
ou de Lombardie , comme le
Georgion , le Titien , P. Veronèse , &
autres Maîtres auffi illuftres , dont les
compofitions font riches & agréables ,
& qui jufqu'alors n'avoient point encore
été gravées.
Le premier volume , ( c'est-à- dire , la
partie des Estampes , qui commence
avec l'Ecole Romaine jufqu'au Mucian, )
eft compofé de quatre- vingt- dix Piéces ;
le refte de cette Ecole & de l'Ecole Vénitienne
confiſtant en quatre-vingt-douze
Piéces , forme le fecond volume.
Le fieur Bafan vient auffi d'acquérir
toures les Planches qui compofent le volume
connu fous le nom duCabinet d'Aguilles
, compofé de cent dix-huit Eftampes
gravées par Coelmans & autres , d'après
les Tableaux des plus célébres Peintres
Italiens , Flamands & François ,
qui compofoient le Cabinet de M. Boyer
d'Aguilles , Confeiller au Parlement de
Provence ; il fait auffi imprimer , avec
tout le foin poffible , ce Recueil , & il
efpére dans quelques mois pouvoir procurer
au Public des Exemplaires de ce
volume qui , depuis plufieurs années ,
étoit auffi devenu rare.
JUILLET. 1763. 163
Comme depuis plufieurs années ledit
fieur Bafan a gravé ou fait graver beaucoup
de Planches , il vient d'en former
deux volumes qu'il a fait imprimer
avec beaucoup de foin , fur le papier
de grand Aigle fin .
Le premier volume contient cent Eftampes
gravées d'après des Tableaux des
meilleurs Maîtres Flamands & François,
tirés des plus cèlebres Cabinets de Paris ,
& qui repréfentent tous des Sujets &
des Payfages fort agréables .
Le fecond volume compofé de cent
cinquante autres Eftampes , n'eft pas
moins intéreffant. On y voit , comme
dans le premier , divers morceaux agréa
bles , pris d'après les Ouvrages des plus
excellens Peintres des Ecoles Flamande
& Françoife, & quelques Sujets auffi qu'à
fourni l'Ecole Italienne , & qui par la
compofition font d'un goût exquis.
A la tête de chaque volume , il y a
une Deſcription de chacun des Sujets
qui le compofe ; les deux volumes fe
vendent féparément l'un de l'autre , au
gré des Amateurs.
PRIX des Volumes annoncés ci -deus .
Les deux volumes du Crozat , compofés
de cent quatre-vingt deux Eftam164
MERCURE DE FRANCE .
pes , imprimées fur le papier fin de Co.
lombier , fe vendent en feuilles , dans
deux Porte-feuilles fait exprès , la fomme
de cent quarante livres.
Les mêmes Eftampes imprimées fur
le papier de grand Aigle , dans deux
Porte-feuilles faits exprès , fe vendront
cent foixante - dix livres .
Les cent dix- huit Eftampes qui compofent
le Cabinet d'Aguilles , ſe vendront
en feuilles , dans un Porte -feuille
fait exprès , foixante- douze livres
& quatre-vingt-dix livres imprimées fur
le grand Aigle fin .
Les deux volumes qui compofent
l'Euvre du fieur Bafan , fe vendront ,
en feuilles , cent vingt livres chacun .
>
On trouvera chez le fieur Bafan
Graveur à Paris , demeurant dans le
quartier S. Jacques , des Exemplaires
defdits volumes reliés ou brochés ;
Ainfi que chez les principaux Libraires
& Marchands d'Eftampes de toutes
les grandes Villes de l'Europe.
On trouve auffi chez ledit fieurBafan
un affortiment général de toutes fortes
d'Estampes Etrangères & Françoifes ,
tant anciennes que modernes , & des
Deffeins de tous les Maîtres.
JUILLET. 1763. 165
7.ON TROUVE chez le fieur Ouvrier,
Graveur d'Estampes intitulées l'une l'EcolHollandoife,
l'autre l'Ecole Flamande,
d'après les Tableaux originaux de M.
T. Eiſen le Père. Ces deux morceaux
qui nous paroiffent auffi agréables que
bien exécutés , fe vendent chez l'Auteur
, Place Maubert , maifon du fieur
Bellot , Bonnetier , au Soleil d'or. Chaque
Eftampe fe vend 3 liv.
Fermer
Résumé : GRAVURE. Avis sur le Recueil d'Estampes gravées d'après les plus beaux Tableaux & Desseins des principaux Peintres des Ecoles Romaine & Vénitienne qui sont en France, dans le Cabinet du ROI ; dans celui de Mgr le Duc d'Orléans, & dans d'autres Cabinets, par les soins de M. Crozat ; avec un abrégé de la Vie des Peintres, & une Description historique de chaque Tableau. En deux grands volumes in-fol. forme d'Atlas.
Le document présente un recueil d'estampes gravées reproduisant les œuvres des principaux peintres des écoles romaine et vénitienne, conservées dans divers cabinets français, notamment ceux du roi et du duc d'Orléans. Ce projet a été initié par Pierre Crozat et se compose de deux volumes in-folio, accompagnés de descriptions historiques et de biographies des artistes. Le premier volume est dédié à l'école romaine, incluant des peintures antiques et des œuvres de Raphaël, Jules Romain et leurs élèves, ainsi que des artistes contemporains. Le second volume se concentre sur les écoles vénitienne et lombarde, avec des œuvres de Giorgione, Titien, Paolo Veronèse et d'autres maîtres. Deux autres volumes, compilés par le sieur Basan, contiennent des estampes d'après des tableaux de peintres flamands et français. En juillet 1763, une vente d'œuvres gravées et imprimées a eu lieu à Paris. Les œuvres du sieur Basan étaient disponibles en feuilles à cent vingt livres par volume. Des exemplaires reliés ou brochés pouvaient être achetés chez lui, dans le quartier Saint-Jacques, ainsi que chez les principaux libraires et marchands d'estampes en Europe. Le sieur Basan offrait également une large gamme d'estampes étrangères et françaises, anciennes et modernes, ainsi que des dessins de divers maîtres. Par ailleurs, le sieur Ouvrier, graveur d'estampes, vendait deux estampes intitulées 'l'École Hollandaise' et 'l'École Flamande', d'après les tableaux originaux de M. T. Eisen le Père, évaluées à trois livres chacune et disponibles chez l'auteur, place Maubert, à la maison du sieur Bellot, bonnetier, au Soleil d'or.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
557
GRAVURE. Avis sur le Recueil d'Estampes gravées d'après les plus beaux Tableaux & Desseins des principaux Peintres des Ecoles Romaine & Vénitienne qui sont en France, dans le Cabinet du ROI ; dans celui de Mgr le Duc d'Orléans, & dans d'autres Cabinets, par les soins de M. Crozat ; avec un abrégé de la Vie des Peintres, & une Description historique de chaque Tableau. En deux grands volumes in-fol. forme d'Atlas.
558
p. 129-131
ARTS UTILES. MÉCHANIQUE. NOUVELLE Roue pour la Coutellerie.
Début :
LE sieur Songy, Maître Coutelier à Paris, Cul-de-Sac du Coq Saint-Honoré [...]
Mots clefs :
Roue, Académie, Moyen, Coutellerie, Meules, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTS UTILES. MÉCHANIQUE. NOUVELLE Roue pour la Coutellerie.
ARTS UTILE S.
MÉ CHA NIQUE.
NOUVELLE Roue pour la Coutellerie.
L E fieur Songy , Maître Coutelier
à Paris , Cul - de - Sac du Coq Saint-
Honoré proche le Louvre , a préfenté à
l'Académie Royale des Sciences , une
Roue de fon invention qui lui fert a
faire tourner les Meules par la feule ac
tion de fon pied , qui la met en mou
vement à la maniere des Tourneurs de
Roue. Le Méchanifme en eſt d'autant
plus admirable que c'eft la chofe du
monde la plus fimple ; voici le Juge
ment qu'en a porté l'Académie.
EXTRAIT des Regiftres de l'Académie
Royale des Sciences.
Du 16 Mars 1763.
MM. de Vaucanfon & le Roy , qui
avoient été nommés pour examiner un
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
moyen employé par le fieur Songy, Maî
tre Coutelier à Paris , pour pouvoir en
même temps qu'il travaille à fes. Meules
& Poliffoir , faire mouvoir au moyen
d'une marche ou pédal , la Roue qui
les fait tourner , en ayant fait leur rapport
:
L'Académie a jugé que quoiqu'on ne
puiffe pas s'attendre à faire tourner par
ce moyen une Roue avec autant de
forces & de vîteffe que lorfqu'un homme
la fait tourner à force de bras
cependant comme on peut lui en donner
tout autant qu'en exigent les ouvrages
de Coutellerie , que ce moyen
met d'ailleurs l'ouvrier & les affiftans
à l'abri de la fracture des Meules , que
la trop grande vîteffe de la roue & les
faccades que lui impriment ceux qui
la tournent ne fait que trop fouvent fauter
en éclat qu'il épargne aux Couteliers
le travail du tourneur de roue & l'inconvénient
fouvent très - incommode
d'en dépendre ; & qu'enfin il peut
être
utile dans plufieurs autres cas comme,
par , exemple à une machine Electrique
dont la roue pourroit dans de certaines
circonftances , être mue par la même
perfonne qui frotteroit le globe ce
moyen proposé par le fieur Songy , mé-
:
JUILLET. 1763. 131
ritoit d'être approuvé ; en foi de quoi
j'ai figné le préfent Certificat , à Paris ,
ce 18 Mars 1763 , figné Granjean de
Fouchy , Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale des Sciences.
On voit par le Certificat de l'Académie
, que la roue du fieur Songy eft
applicable à d'autres Arts que la Coutellerie
; il fait voir par un modele qu'il
a chez-lui , qu'il y joint un chapelet de
fon invention dont on pourra fe fervir
fur quel puits que ce puiffe être , fur les
lacs , fur les marais & fur telles piéces
d'eau que l'on trouvera convenable . Le
chapelet puifera depuis douze pieds de
profondeur jufqu'a deux cens. Sa machine
fera portative après avoir fait fon ouvrage
; d'un côté , l'on pourra la tranfporter
dans un autre où l'on en aura befoin
; & il expliquera aux amateurs la
quantité d'eau qu'elle donnera en une
minute.
MÉ CHA NIQUE.
NOUVELLE Roue pour la Coutellerie.
L E fieur Songy , Maître Coutelier
à Paris , Cul - de - Sac du Coq Saint-
Honoré proche le Louvre , a préfenté à
l'Académie Royale des Sciences , une
Roue de fon invention qui lui fert a
faire tourner les Meules par la feule ac
tion de fon pied , qui la met en mou
vement à la maniere des Tourneurs de
Roue. Le Méchanifme en eſt d'autant
plus admirable que c'eft la chofe du
monde la plus fimple ; voici le Juge
ment qu'en a porté l'Académie.
EXTRAIT des Regiftres de l'Académie
Royale des Sciences.
Du 16 Mars 1763.
MM. de Vaucanfon & le Roy , qui
avoient été nommés pour examiner un
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
moyen employé par le fieur Songy, Maî
tre Coutelier à Paris , pour pouvoir en
même temps qu'il travaille à fes. Meules
& Poliffoir , faire mouvoir au moyen
d'une marche ou pédal , la Roue qui
les fait tourner , en ayant fait leur rapport
:
L'Académie a jugé que quoiqu'on ne
puiffe pas s'attendre à faire tourner par
ce moyen une Roue avec autant de
forces & de vîteffe que lorfqu'un homme
la fait tourner à force de bras
cependant comme on peut lui en donner
tout autant qu'en exigent les ouvrages
de Coutellerie , que ce moyen
met d'ailleurs l'ouvrier & les affiftans
à l'abri de la fracture des Meules , que
la trop grande vîteffe de la roue & les
faccades que lui impriment ceux qui
la tournent ne fait que trop fouvent fauter
en éclat qu'il épargne aux Couteliers
le travail du tourneur de roue & l'inconvénient
fouvent très - incommode
d'en dépendre ; & qu'enfin il peut
être
utile dans plufieurs autres cas comme,
par , exemple à une machine Electrique
dont la roue pourroit dans de certaines
circonftances , être mue par la même
perfonne qui frotteroit le globe ce
moyen proposé par le fieur Songy , mé-
:
JUILLET. 1763. 131
ritoit d'être approuvé ; en foi de quoi
j'ai figné le préfent Certificat , à Paris ,
ce 18 Mars 1763 , figné Granjean de
Fouchy , Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale des Sciences.
On voit par le Certificat de l'Académie
, que la roue du fieur Songy eft
applicable à d'autres Arts que la Coutellerie
; il fait voir par un modele qu'il
a chez-lui , qu'il y joint un chapelet de
fon invention dont on pourra fe fervir
fur quel puits que ce puiffe être , fur les
lacs , fur les marais & fur telles piéces
d'eau que l'on trouvera convenable . Le
chapelet puifera depuis douze pieds de
profondeur jufqu'a deux cens. Sa machine
fera portative après avoir fait fon ouvrage
; d'un côté , l'on pourra la tranfporter
dans un autre où l'on en aura befoin
; & il expliquera aux amateurs la
quantité d'eau qu'elle donnera en une
minute.
Fermer
559
p. 131-132
ARTS AGRÉABLES. GRAVURE.
Début :
LE Sr MARTIN, Peintre & Dessinateur, dont la réputation est si connue [...]
Mots clefs :
Estampes, Spectacle, Desseins, Genre, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTS AGRÉABLES. GRAVURE.
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
LE ST MARTIN , Peintre & Deffinateur
, dont la réputation eft fi connue
pour s'être diftingué pendant nombre
F vj
MERCURE DE FRANCE .
d'années qu'il a décoré le brillant Spectacle
de l'Opéra par fes deffeins d'habillemens
, ayant été follicité par plufieurs
perfonnes de confidération depuis
fix années qu'il s'en eft retiré , de continuer
à mettre au jour fes idées dans ce
genre ; en reconnoiffance des applaudiffemens
dont le Public a bien voulu
l'honorer tant qu'il a gouverné cette
partie de Spectacle , a cru devoir graver
une collection d'Eftampes en figures
dont l'élégance & la nobleffe s'accordaffent
parfaitemenr avec le caractère
& la conformité des Perſonnages qu'elles
doivent repréſenter .
Nota. Si l'on fouhaitoit avoir de ces
Eftampes coloriées pour en mieu fentir
les effets , on en trouveroit chez l'Auteur.
Si on avoit befoin même de deffeins
de caractères différens de ceux qui
font déja gravés , en lui en défignant
le genre , il les éxécuteroit dans le goût
de ceux qu'il eft en ufage d'envoyer
dans les Cours étrangères.
Ces Eftampes fe vendront chez l'Auteur
, rue de la Sourdière , la deuxième
porte à gauche après le cul-de -fac des
A Jacobins en entrant par la rue S. Honoré
, & chez la veuve Chereau , rue S
Jacques, aux deux pilliers d'or.
GRAVURE.
LE ST MARTIN , Peintre & Deffinateur
, dont la réputation eft fi connue
pour s'être diftingué pendant nombre
F vj
MERCURE DE FRANCE .
d'années qu'il a décoré le brillant Spectacle
de l'Opéra par fes deffeins d'habillemens
, ayant été follicité par plufieurs
perfonnes de confidération depuis
fix années qu'il s'en eft retiré , de continuer
à mettre au jour fes idées dans ce
genre ; en reconnoiffance des applaudiffemens
dont le Public a bien voulu
l'honorer tant qu'il a gouverné cette
partie de Spectacle , a cru devoir graver
une collection d'Eftampes en figures
dont l'élégance & la nobleffe s'accordaffent
parfaitemenr avec le caractère
& la conformité des Perſonnages qu'elles
doivent repréſenter .
Nota. Si l'on fouhaitoit avoir de ces
Eftampes coloriées pour en mieu fentir
les effets , on en trouveroit chez l'Auteur.
Si on avoit befoin même de deffeins
de caractères différens de ceux qui
font déja gravés , en lui en défignant
le genre , il les éxécuteroit dans le goût
de ceux qu'il eft en ufage d'envoyer
dans les Cours étrangères.
Ces Eftampes fe vendront chez l'Auteur
, rue de la Sourdière , la deuxième
porte à gauche après le cul-de -fac des
A Jacobins en entrant par la rue S. Honoré
, & chez la veuve Chereau , rue S
Jacques, aux deux pilliers d'or.
Fermer
560
p. 150
GRAVURE.
Début :
M. L'EMPEREUR, Graveur du Roi dont le burin mérite la célébrité qu'il [...]
Mots clefs :
Gravure, Graveur, Burin, Estampe, Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVU. RE.
M. L'EMPEREUR , Graveur du Roi
dont le burin mérite la célébrité qu'il
s'eft acquife , vient de mettre au jour une
Eftampe d'après le gracieux Tableau de
M. Vanloo , intituléeles Baigneuses. On
la trouvé chez d'Auteur , rue & Porte
S. Jacques , au- deffus du Petit-Marché.
M. L'EMPEREUR , Graveur du Roi
dont le burin mérite la célébrité qu'il
s'eft acquife , vient de mettre au jour une
Eftampe d'après le gracieux Tableau de
M. Vanloo , intituléeles Baigneuses. On
la trouvé chez d'Auteur , rue & Porte
S. Jacques , au- deffus du Petit-Marché.
Fermer
561
p. 154-166
DESCRIPTION de la nouvelle PLACE DE LOUIS XV à Paris, & de la Statue Equestre du ROI, érigée dans cette Place.
Début :
CETTE Place est située entre le fossé qui termine le jardin des Tuileries, l'ancienne [...]
Mots clefs :
Place, Pieds, Jardin, Champs, Corps, Bronze, Tuileries, Marbre, Élysées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la nouvelle PLACE DE LOUIS XV à Paris, & de la Statue Equestre du ROI, érigée dans cette Place.
DESCRIPTION de la nouvelle PLACE
·DE LOUIS XV. à Paris , & de la
Statue Equeftre du ROI , érigée dans
cette Place.,
CETTE
ETTE Place eft fituée entre le foffé
qui termine le jardin des Tuileries , l'ancienne
Porte & Fauxbourg S. Honoré ,
les allées des Champs Elyfées , celles du
Cours la Reine , & le Quai qui borde la
riviere de Seine ; elle eft formée par un
quarré de cent vingt-cinq toifes de longueur
fur quatre-vingt- fept de largeur
entre les balustrades intérieures . Les
quatre Angles du grand quarré forment
quatres Pans coupés de vingt-deux toifes
de longueur chacun , & font terminés à
leurs extrémités par des guérites ou gros
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATION8
.
t
THE
JEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
AOUST. 1763. 155
Tocles ornés de frontons & furmontés d'un
acrotere décoré par des Guirlandes de
feuilles de chêne , & deftinés à porter
des Groupes de figures de Marbre , analogues
au Sujet & à la Place .
Deux de ces Pans coupés du côtê des
Champs Elysées font ouverts, & condui
fent à deux avenues diagonales , dont
Pune eft appellée le Cours la Reine : du
même côté à la tête des Champs Elysées ,
font quatre pavillonsdécorés deboffages,
à l'ufage des Fontainier, Garde & Portier
des Champs Elysées & Cours la Reine .
La façade des deux pavillons les plus
proches de la grande allée des Champs
Elysées, détermine la naiffance de la nouvelle
plantation .
On arrive à cette Place , qui fait la
réunion du Jardin des Thuileries avec les
Champs Elysées , par fix entrées , dont
les deux principales ont chacune vingt→
cinq toifes de largeur.
Le fol de cette Place donné à la Ville
par Sa Majefté , fous la condition de
ne pas fermer les vues de fon Palais &
Jardin des Tuileries , & de s'affujettir
au foffé qui les ferme , les a déterminé
de renfermer cette Place par de grands
foflés de onze à douze toifes de largeur ,
& de quatorze pieds de profondeur , qui
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
fe communiquent les uns aux autres du
côté des Champs- Elyfées , par fept ponts
de pierre avec archivoltes , & font fermés
par des balustrades.
Les murs de l'intérieur des foffés tous
revêtus en pierre , font décorés de chaînes
de refends à l'aplomb des piedeftaux
des balustrades , de tables faillantes
entre deux ; les murs font couronnés
par un cordon portant les balustrades .
Le fol des foffés doit être femé de
gazon , entouré de larges chemins fablés.
Les paffages des ponts s'annoncent
par de grandes portions circulaires fermées
par des baluftrades , qui fe raccor
dant à celles de l'intérieur de la Place à
feize gros piedeftaux deſtinés à porter
des Lions & Sphinx en bronze , facilitent
l'inégalité de la hauteur des baluftrades
de l'intérieur de la Place , d'avec
celles de l'extérieur.
Celles de l'intérieur de la Place pofées
fur un focle au-deffus du cordon dans
tout le pourtour de la Place , ont donné
lieu à une banquette ou trottoirs élevés
au-deffus du fol, d'où l'on monte par des
degrés , à tous les paffages des ponts &
entrées , & en face des huit guerittes.
Au centre de la Place , en face de l'alleé
du milieu du Jardin des Tuileries ,
AOUST. 1763. 157
s'élève à la hauteur de vingt- un pieds
un piédeſtal de marbre blanc veiné de
quatorze pieds & demi de long fur huit
pieds & demi de large , fur lequel eft
pofée la Statue Equeftre du Roi en
bronze de quatorze pieds de proportions,
fondue d'un feul jet le 6 Mai 1758 , fur
les deffeins , & fous la conduite de feu
M. Bouchardon , Sculpteur ordinaire de
Sa Majefté.
Aux quatre Angles du Piédeftal ,
paroiffent debout , & pofées fur un
Socle de quatre pieds de hauteur & de
deux pieds de faillie au - delà du nud
du Piédeſtal , quatre Figures de bronze
de dix pieds de hauteur , repréfentant
des Vertus , caractériſées par leurs attri →
buts ; elles foutiennent dans des attitudes
variées la corniche du Piédeftal
de vingt - deux pouces de hauteur fur
un pied & demi de faillie .
Le devant du Piédeftal en face du
Jardin des Tuileries fait voir deux Vertus
; celle qui eft à la droite repréſente
la Force , & celle de la gauche repréfente
la Paix ; entre ces deux Figures
eft une table renfoncée de marbre de
cinq pieds quarrée , enrichie de deux
branches de laurier en bronze doré
158 MERCURE DE FRANCE.
d'or moulu , & portant cette Infcription
:
LUDOVICO X
OPTIMO PRINCIP :
QUOD
AD SCALDIM MOSAM RHE
VICTOR.
PACEM ARMIS
PACE
IT SUORUM ET EUROPA FELICI
QUASIVIT.
A l'autre bout du Piédeftal &
des Champs Elysées , paroiffent!
autres Vertus on voit à la d
Prudence , & celle qui eft à la
défigne la Juftice ; entre les
AOUST. 1763. 159
une pareille table portant une autre
Infcription latine :
} 155
Нос
PIETATIS PUBLICE
MONUMENTUM
PRÆFECTUS
E T
ÆDILES
DECREVERUNT ANNO
M. DCC . X LV I I I.
POSUERUNT ANNO
M. DCC. LXIII.
i
Dans les deux grandes faces du Pie
deftal font renfermés deux bas reliefs
en bronze de fept pieds & demi de
long fur cinq pieds de hauteur. Celui
du côté de la rivière repréfente le Roi
da ns , un Char couronné par la Victoire ,
dans ,
& conduit par la Renommée à des Peut
ples qui fe profternent ; l'autre bas - relief
, faifant face aux grands bâtimens,
160 MERCURE DE FRANCE.
repréſente le Roi affis fur un Trophée
donnant la Paix à fes Peuples ; la Renommée
qui la publie tient la trompette
de la main gauche , & une palme de
la main droite : on voit dans le fond
un hommé & fon cheval qui paroiffent
morts.
Vers le bas , & au milieu de ces
deux bas-reliefs , font pofés fur le focle
deux grands Trophées compofés de
Boucliers , Cafques , Epées & Piques
antiques , jettés en bronze.
La frife du Piédeftal & la grande
Doucine au-deffus du focle , font enrichis
d'ornemens en bronze .
La corniche eft furmontée d'un piédouche
ou amortiffement orné par quatre
mufles de Lions aux angles , auxquels
font attachés des guirlandes de feuilles
de laurier qui fe groupent avec des cornets
d'abondance verfant différens
fruits ; au milieu du côté des Tuileries ,
font placées les armes du Roi , & du
côté des Champs Elyfées les armes de
la Ville de Paris . Le tout en bronze .
Le Piédeſtal eft pofé ſur deux grandes
marches de marbre blanc veiné , que
l'on fe propofe d'entourer d'une baluftrade
auffi de marbre & d'un foffé en
dedans , pour empêcher l'accès dudit
Monument.
AOUST. 1763. 161
L'on fe propoſe auffi d'exécuter par la
fuite , & de pofer à trente-deux toiſes de
diſtance du centre , & de chaque côté
du Piédeſtal dans l'alignement des deux
allées diagonales , deux grandes Fontaines
, ou Baffins demarbre ornés de groupes
& fujets différens , tant pour l'embelliffement
& la décoration de ladite
Place , que pour l'utilité publique.
Le fond de la Place du côté du Fauxbourg
S. Honoré en face de la rivière ,
eft terminé par deux grandes façades de
bâtiment de quarante-huit toifes de longueur
chacune, fur foixante-quinze pieds
de hauteur , conftruites & placées à ſeize
toifes de diſtance de la balustrade extérieure
des foffés.
Ces bâtimens forment chacun un périftille
d'ordre Corinthien compofé de
douze colonnes de trois pieds de diamêtre
, pofés fur un foubaffement de vingtquatre
pieds de hauteur , ouvert en portiques
formant des Galleries publiques.
Au-deffus de la Corniche du foubaf
fement , régne une balustrade de trois
pieds de hauteur.
Les chapiteaux & entablemens de
cet ordre font fculptés & enrichis de
tous les ornemens qui leur font propres ,
ainfi que les plattes - bandes de l'Archi
162 MERCURE DE FRANCE.
trave , & les platfonds dans les périftilles
Les extrémités de chacune defdites façades
font compofées d'un grand avantcorps
couronné d'un fronton , dans le
Tympan duquel eft fculpté un Sujet
allégorique.
Les arrieres-corps font ornés de nithes
, de médaillons & de tables faillan
tes , & font couronnés par de gros focles
fur lefquels font pofés des trophées
.
Les retours des extrémités de chaque
façade annoncent la même ordonnance
& la même richeffe .
Ces deux grandes façades font fépatées
par une rue de 15 toifes de largeur,
dont la décoration fymétrique en qua
tre-vingt-dix toifes de longueur fe termine
par des pavillons formant un carrefour
fur la rue S.Honoré , qui fera protongé
fur le même allignement jufqu'à
la rencontre du rempart , & terminée
par la nouvelle Eglife de la Paroiffe de
la Magdeleine de la Ville-l'Evêque , dont
le Portail fera face au centre de la Placé .
Deux autres Bâtimens d'une ordonhancé
moins riche que celles des grandes
façades , de trente-deux toifes de
longueur chacun , & féparés defdites
façades par des rues de quarante pieds de
AOUST. 1763 . 163
large , termineront en arrières-corps le
fond de cette Place , & iront aboutir
l'un au Jardin des Tuileries , & l'autre
aux Champs-Elyfées .
Le front du Jardin des Tuileries fur
la Place , qui avoit été rétréci & gêné
jufqu'à préfent par les anciens baftions ,
& par la Porte de la Conférence fera
agrandi , & préfentera une façade de
toute la longueur de la Place , & de toute
la largeur du Jardin.
On fe difpofe pour l'éxécution de ce
projet ( qui ne peut contribuer qu'à
augmenter la magnificence de ce Jardin
dont Paris & la France font redevables
au grand génie de M. le Nautre ) à
former une terraffe baffe de droit & de
gauche du Pont- Tournant , fermée fur
le devant par une baluftrade pofée fur
le cordon du mur du foffé.
Cette terraffe élevée de trois à quatre
marches au- deffus du fol du Jardin
entre les deux Renommées , fera prolongée
dans toute l'étendue de la largeur
du Jardin , & communiquera aux terraffes
fupérieures par deux grands efcalliers
d'une forme elliptique , placées
au milieu d'un avant-corps en façe du
centre des deux fontaines dont il a été
parlé ci - devant.
164 MERCURE DE FRANCE.
Le mur qui fera conftruit pour foutenir
cette terraffe fupérieure , fera décoré de
refends , boffages , tables & autres ornemens
, & fera terminé par une baluf
trade.
Les deux Renommées du Pont-Tournant
feront confervées fur de gros
Piédeftaux & on en pofera deux nouvelles
fur d'autres Piédeftaux pareils ,
placés à l'extrémité des avant- corps .
Au - delà de ces avant- corps feront
prolongés les murs de terraffes jufqu'aux
deux corps-de -garde placés en
ponts coupés fous lefdites terraffes , l'un
faifant décoration par fon entrée fur le
quai de la Conférence , & l'autre du
côté de la terraffe des Feuillans ,
Ces corps-de -garde fe raccorderont
aux murs de face des Tuileries , & à
ceux des deux côtés dudit Jardin par
d'autres piédeftaux deſtinés àà porter des
groupes de figures de marbre .
En face de la Place & dans toute fa
largeur fera conftruit un mur de quai
avec un grand avant- corps dans le milieu
, décoré & orné de boffages , tables
, infcriptions , confolles & baluftrades
apparentes du côté de la rivière
qui formeront le parapet du côté du
quai .
AOUST, 1763. 165
·
On pratiquera fur cet avant corps
deux piédeftaux pour recevoir deux figures
de bronze repréfentant la Seine
& la Marne , & les arrières- corps feront
terminés par des defcentes ou degrés
pour aller à la rivière.
Cette décoration peut être fufceptible
d'un pont décoré & analogue à la Place ,
& le projet eft ainfi propofé,
Cette Place l'une des plus belles de
PEurope, par fa pofition & fa décoration,
feroit encore defirer que l'on fe difpofât
à reconftruire le Pont de Neuilli en
face des Champs- Elyfées.
L'entrée de la Ville par ce côté , en feroit
plus commode & plus agréable
pour l'arrivée de la Province de Normandie.
Il ne feroit queftion pour l'entiere
perfection de ce projet , que décreter la
bute de l'Etoile de douze pieds , remonter
le feuil de la grille de Chaillot
de cinq à fix pieds , & venir en pente
douce jufqu'à la Place du Roi , d'où ſe
feroit le point de partage pour les différens
quartiers de Paris.
C'est la justice & la vérité même , qui
dictent les éloges dûs au zèle & aux efforts
difpendieux de la Ville , pour la prompte
exécution de cette Place qui eft déja
fort avancée. C'eft dans ce même zèle
1
166 MERCURE DE FRANCE.
& dans ces efforts que l'on trouvera le
témoignage le plus fincère de l'amour
des Citoyens pour le Monarque chéri ',
en l'honneur duquel ce fuperbe Monument
a été érigé.
L'exécution & les projets de cette
Place font d'après les deffeins & fous la
conduite de M. GABRIEL , Ecuyer ,
premier Architecte du Roi,
·DE LOUIS XV. à Paris , & de la
Statue Equeftre du ROI , érigée dans
cette Place.,
CETTE
ETTE Place eft fituée entre le foffé
qui termine le jardin des Tuileries , l'ancienne
Porte & Fauxbourg S. Honoré ,
les allées des Champs Elyfées , celles du
Cours la Reine , & le Quai qui borde la
riviere de Seine ; elle eft formée par un
quarré de cent vingt-cinq toifes de longueur
fur quatre-vingt- fept de largeur
entre les balustrades intérieures . Les
quatre Angles du grand quarré forment
quatres Pans coupés de vingt-deux toifes
de longueur chacun , & font terminés à
leurs extrémités par des guérites ou gros
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATION8
.
t
THE
JEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
AOUST. 1763. 155
Tocles ornés de frontons & furmontés d'un
acrotere décoré par des Guirlandes de
feuilles de chêne , & deftinés à porter
des Groupes de figures de Marbre , analogues
au Sujet & à la Place .
Deux de ces Pans coupés du côtê des
Champs Elysées font ouverts, & condui
fent à deux avenues diagonales , dont
Pune eft appellée le Cours la Reine : du
même côté à la tête des Champs Elysées ,
font quatre pavillonsdécorés deboffages,
à l'ufage des Fontainier, Garde & Portier
des Champs Elysées & Cours la Reine .
La façade des deux pavillons les plus
proches de la grande allée des Champs
Elysées, détermine la naiffance de la nouvelle
plantation .
On arrive à cette Place , qui fait la
réunion du Jardin des Thuileries avec les
Champs Elysées , par fix entrées , dont
les deux principales ont chacune vingt→
cinq toifes de largeur.
Le fol de cette Place donné à la Ville
par Sa Majefté , fous la condition de
ne pas fermer les vues de fon Palais &
Jardin des Tuileries , & de s'affujettir
au foffé qui les ferme , les a déterminé
de renfermer cette Place par de grands
foflés de onze à douze toifes de largeur ,
& de quatorze pieds de profondeur , qui
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
fe communiquent les uns aux autres du
côté des Champs- Elyfées , par fept ponts
de pierre avec archivoltes , & font fermés
par des balustrades.
Les murs de l'intérieur des foffés tous
revêtus en pierre , font décorés de chaînes
de refends à l'aplomb des piedeftaux
des balustrades , de tables faillantes
entre deux ; les murs font couronnés
par un cordon portant les balustrades .
Le fol des foffés doit être femé de
gazon , entouré de larges chemins fablés.
Les paffages des ponts s'annoncent
par de grandes portions circulaires fermées
par des baluftrades , qui fe raccor
dant à celles de l'intérieur de la Place à
feize gros piedeftaux deſtinés à porter
des Lions & Sphinx en bronze , facilitent
l'inégalité de la hauteur des baluftrades
de l'intérieur de la Place , d'avec
celles de l'extérieur.
Celles de l'intérieur de la Place pofées
fur un focle au-deffus du cordon dans
tout le pourtour de la Place , ont donné
lieu à une banquette ou trottoirs élevés
au-deffus du fol, d'où l'on monte par des
degrés , à tous les paffages des ponts &
entrées , & en face des huit guerittes.
Au centre de la Place , en face de l'alleé
du milieu du Jardin des Tuileries ,
AOUST. 1763. 157
s'élève à la hauteur de vingt- un pieds
un piédeſtal de marbre blanc veiné de
quatorze pieds & demi de long fur huit
pieds & demi de large , fur lequel eft
pofée la Statue Equeftre du Roi en
bronze de quatorze pieds de proportions,
fondue d'un feul jet le 6 Mai 1758 , fur
les deffeins , & fous la conduite de feu
M. Bouchardon , Sculpteur ordinaire de
Sa Majefté.
Aux quatre Angles du Piédeftal ,
paroiffent debout , & pofées fur un
Socle de quatre pieds de hauteur & de
deux pieds de faillie au - delà du nud
du Piédeſtal , quatre Figures de bronze
de dix pieds de hauteur , repréfentant
des Vertus , caractériſées par leurs attri →
buts ; elles foutiennent dans des attitudes
variées la corniche du Piédeftal
de vingt - deux pouces de hauteur fur
un pied & demi de faillie .
Le devant du Piédeftal en face du
Jardin des Tuileries fait voir deux Vertus
; celle qui eft à la droite repréſente
la Force , & celle de la gauche repréfente
la Paix ; entre ces deux Figures
eft une table renfoncée de marbre de
cinq pieds quarrée , enrichie de deux
branches de laurier en bronze doré
158 MERCURE DE FRANCE.
d'or moulu , & portant cette Infcription
:
LUDOVICO X
OPTIMO PRINCIP :
QUOD
AD SCALDIM MOSAM RHE
VICTOR.
PACEM ARMIS
PACE
IT SUORUM ET EUROPA FELICI
QUASIVIT.
A l'autre bout du Piédeftal &
des Champs Elysées , paroiffent!
autres Vertus on voit à la d
Prudence , & celle qui eft à la
défigne la Juftice ; entre les
AOUST. 1763. 159
une pareille table portant une autre
Infcription latine :
} 155
Нос
PIETATIS PUBLICE
MONUMENTUM
PRÆFECTUS
E T
ÆDILES
DECREVERUNT ANNO
M. DCC . X LV I I I.
POSUERUNT ANNO
M. DCC. LXIII.
i
Dans les deux grandes faces du Pie
deftal font renfermés deux bas reliefs
en bronze de fept pieds & demi de
long fur cinq pieds de hauteur. Celui
du côté de la rivière repréfente le Roi
da ns , un Char couronné par la Victoire ,
dans ,
& conduit par la Renommée à des Peut
ples qui fe profternent ; l'autre bas - relief
, faifant face aux grands bâtimens,
160 MERCURE DE FRANCE.
repréſente le Roi affis fur un Trophée
donnant la Paix à fes Peuples ; la Renommée
qui la publie tient la trompette
de la main gauche , & une palme de
la main droite : on voit dans le fond
un hommé & fon cheval qui paroiffent
morts.
Vers le bas , & au milieu de ces
deux bas-reliefs , font pofés fur le focle
deux grands Trophées compofés de
Boucliers , Cafques , Epées & Piques
antiques , jettés en bronze.
La frife du Piédeftal & la grande
Doucine au-deffus du focle , font enrichis
d'ornemens en bronze .
La corniche eft furmontée d'un piédouche
ou amortiffement orné par quatre
mufles de Lions aux angles , auxquels
font attachés des guirlandes de feuilles
de laurier qui fe groupent avec des cornets
d'abondance verfant différens
fruits ; au milieu du côté des Tuileries ,
font placées les armes du Roi , & du
côté des Champs Elyfées les armes de
la Ville de Paris . Le tout en bronze .
Le Piédeſtal eft pofé ſur deux grandes
marches de marbre blanc veiné , que
l'on fe propofe d'entourer d'une baluftrade
auffi de marbre & d'un foffé en
dedans , pour empêcher l'accès dudit
Monument.
AOUST. 1763. 161
L'on fe propoſe auffi d'exécuter par la
fuite , & de pofer à trente-deux toiſes de
diſtance du centre , & de chaque côté
du Piédeſtal dans l'alignement des deux
allées diagonales , deux grandes Fontaines
, ou Baffins demarbre ornés de groupes
& fujets différens , tant pour l'embelliffement
& la décoration de ladite
Place , que pour l'utilité publique.
Le fond de la Place du côté du Fauxbourg
S. Honoré en face de la rivière ,
eft terminé par deux grandes façades de
bâtiment de quarante-huit toifes de longueur
chacune, fur foixante-quinze pieds
de hauteur , conftruites & placées à ſeize
toifes de diſtance de la balustrade extérieure
des foffés.
Ces bâtimens forment chacun un périftille
d'ordre Corinthien compofé de
douze colonnes de trois pieds de diamêtre
, pofés fur un foubaffement de vingtquatre
pieds de hauteur , ouvert en portiques
formant des Galleries publiques.
Au-deffus de la Corniche du foubaf
fement , régne une balustrade de trois
pieds de hauteur.
Les chapiteaux & entablemens de
cet ordre font fculptés & enrichis de
tous les ornemens qui leur font propres ,
ainfi que les plattes - bandes de l'Archi
162 MERCURE DE FRANCE.
trave , & les platfonds dans les périftilles
Les extrémités de chacune defdites façades
font compofées d'un grand avantcorps
couronné d'un fronton , dans le
Tympan duquel eft fculpté un Sujet
allégorique.
Les arrieres-corps font ornés de nithes
, de médaillons & de tables faillan
tes , & font couronnés par de gros focles
fur lefquels font pofés des trophées
.
Les retours des extrémités de chaque
façade annoncent la même ordonnance
& la même richeffe .
Ces deux grandes façades font fépatées
par une rue de 15 toifes de largeur,
dont la décoration fymétrique en qua
tre-vingt-dix toifes de longueur fe termine
par des pavillons formant un carrefour
fur la rue S.Honoré , qui fera protongé
fur le même allignement jufqu'à
la rencontre du rempart , & terminée
par la nouvelle Eglife de la Paroiffe de
la Magdeleine de la Ville-l'Evêque , dont
le Portail fera face au centre de la Placé .
Deux autres Bâtimens d'une ordonhancé
moins riche que celles des grandes
façades , de trente-deux toifes de
longueur chacun , & féparés defdites
façades par des rues de quarante pieds de
AOUST. 1763 . 163
large , termineront en arrières-corps le
fond de cette Place , & iront aboutir
l'un au Jardin des Tuileries , & l'autre
aux Champs-Elyfées .
Le front du Jardin des Tuileries fur
la Place , qui avoit été rétréci & gêné
jufqu'à préfent par les anciens baftions ,
& par la Porte de la Conférence fera
agrandi , & préfentera une façade de
toute la longueur de la Place , & de toute
la largeur du Jardin.
On fe difpofe pour l'éxécution de ce
projet ( qui ne peut contribuer qu'à
augmenter la magnificence de ce Jardin
dont Paris & la France font redevables
au grand génie de M. le Nautre ) à
former une terraffe baffe de droit & de
gauche du Pont- Tournant , fermée fur
le devant par une baluftrade pofée fur
le cordon du mur du foffé.
Cette terraffe élevée de trois à quatre
marches au- deffus du fol du Jardin
entre les deux Renommées , fera prolongée
dans toute l'étendue de la largeur
du Jardin , & communiquera aux terraffes
fupérieures par deux grands efcalliers
d'une forme elliptique , placées
au milieu d'un avant-corps en façe du
centre des deux fontaines dont il a été
parlé ci - devant.
164 MERCURE DE FRANCE.
Le mur qui fera conftruit pour foutenir
cette terraffe fupérieure , fera décoré de
refends , boffages , tables & autres ornemens
, & fera terminé par une baluf
trade.
Les deux Renommées du Pont-Tournant
feront confervées fur de gros
Piédeftaux & on en pofera deux nouvelles
fur d'autres Piédeftaux pareils ,
placés à l'extrémité des avant- corps .
Au - delà de ces avant- corps feront
prolongés les murs de terraffes jufqu'aux
deux corps-de -garde placés en
ponts coupés fous lefdites terraffes , l'un
faifant décoration par fon entrée fur le
quai de la Conférence , & l'autre du
côté de la terraffe des Feuillans ,
Ces corps-de -garde fe raccorderont
aux murs de face des Tuileries , & à
ceux des deux côtés dudit Jardin par
d'autres piédeftaux deſtinés àà porter des
groupes de figures de marbre .
En face de la Place & dans toute fa
largeur fera conftruit un mur de quai
avec un grand avant- corps dans le milieu
, décoré & orné de boffages , tables
, infcriptions , confolles & baluftrades
apparentes du côté de la rivière
qui formeront le parapet du côté du
quai .
AOUST, 1763. 165
·
On pratiquera fur cet avant corps
deux piédeftaux pour recevoir deux figures
de bronze repréfentant la Seine
& la Marne , & les arrières- corps feront
terminés par des defcentes ou degrés
pour aller à la rivière.
Cette décoration peut être fufceptible
d'un pont décoré & analogue à la Place ,
& le projet eft ainfi propofé,
Cette Place l'une des plus belles de
PEurope, par fa pofition & fa décoration,
feroit encore defirer que l'on fe difpofât
à reconftruire le Pont de Neuilli en
face des Champs- Elyfées.
L'entrée de la Ville par ce côté , en feroit
plus commode & plus agréable
pour l'arrivée de la Province de Normandie.
Il ne feroit queftion pour l'entiere
perfection de ce projet , que décreter la
bute de l'Etoile de douze pieds , remonter
le feuil de la grille de Chaillot
de cinq à fix pieds , & venir en pente
douce jufqu'à la Place du Roi , d'où ſe
feroit le point de partage pour les différens
quartiers de Paris.
C'est la justice & la vérité même , qui
dictent les éloges dûs au zèle & aux efforts
difpendieux de la Ville , pour la prompte
exécution de cette Place qui eft déja
fort avancée. C'eft dans ce même zèle
1
166 MERCURE DE FRANCE.
& dans ces efforts que l'on trouvera le
témoignage le plus fincère de l'amour
des Citoyens pour le Monarque chéri ',
en l'honneur duquel ce fuperbe Monument
a été érigé.
L'exécution & les projets de cette
Place font d'après les deffeins & fous la
conduite de M. GABRIEL , Ecuyer ,
premier Architecte du Roi,
Fermer
562
p. 171-178
GRAVURE. ESTAMPE NOUVELLE.
Début :
RIEN dans la Peinture de plus difficile à traiter que l'Allégorie ; rien en même [...]
Mots clefs :
Tableau, Graveur, Estampe, Cabinet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. ESTAMPE NOUVELLE.
GRAVURE.
ESTAMPE NOUVELLE.
RIE
IEN dans la Peinture de plus difficile
à traiter que l'Allégorie ; rien en même i
temps ne fait plus d'honneur à un Artifte,
que lorsqu'il l'exécute d'une façon fupérieure.
Mais pour atteindre à ce but , il
ne fuffit point de joindre à l'élégance du
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
deffein les charmes du Coloris : il faut
encore un efprit exercé de bonne heure
à l'étude des bons Auteurs & enrichi de
leurs dépouilles ; afin que la noble fimplicité
ou l'élévation de la penſée ainfi
que fa délicateffe répondent à l'excellence
de l'exécution.
Il eſt dans le monde fçavant des fignes
de convention qui forment comme
l'Alphabet de l'idiome qu'on y parle. Le
Néologifme en eft également profcrit
ainfi que des autres langues ; & avec
d'autant plus de raiſon qu'on doit craindre
en s'abandonnant à des nouveautés
dans ce genre , de tomber dans un jargon
barbare,dont l'obſcurité pour l'ordinaire
eft le fruit. En effet , fi l'on ne parle
que pour être entendu , la clarté doit
être la baze du Difcours & furtout de
l'Allégorie .
Telle est celle dont le célébre le Brun
s'eft fervi , pour exprimer d'une façon
auffi élégante qu'ingénieufe , une jeune
mariée quifixe l'Amour.
On voit d'abord par la réunion de la
lumière fur l'objet principal du Tableau
une jeune perfonne dont la beauté & la
décence forment l'enfemble . Elle eft
affife fur l'herbe tenant l'Amour incliné
fur fes genoux & lui coupe les aîles, tanSEPTEMBRE.
1763. 173
dis que pour l'aider , Minerve lui lie les
mains derrière le dos avec fa ceinture :
le Dieu volage ne paroît fe prêter qu'à
regret à cette opération qui limite fa
liberté.
Derrière le Grouppe on apperçoit
l'Hymenfous la figure d'un enfant qui, le
flambeau élevé d'un air triomphant, femble
infulter l'Amour par un fourire mocqueur.
A côté de lui eft une corne d'abondance
, remplie de fruits. Plus loin
& fur fa droite les armes de l'Amour lui
font offertes en holocaufte . Ainfi plus
de traits décochés à la dérobée.
Des Arbres foutiennent au-deffus de
la nouvelle Mariée une espéce de tente
de Drap d'or qui défigne la condition
des époux , comme le Mouton qu'on
voit à côté d'elle , marque la douceur de
fon caractère. A fes pieds on voit une
pomme d'or avec l'Infcription : à la plus
belle:
Sobre dans le choix des caractères fymboliques
, le Brun arendu fa penſée avec
une précifion & une netteté qui ne laiſſe
rien à defirer au Spectateur. Il n'eft pas
jufqu'à l'Ecureuil qu'on voit fur la corne
d'abondance , fe jouer parmi les fruits ,
qui ne défigne adroitement pour qui le
Brun a peint ce Tableau . On fçait qu'il
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
l'a exécuté pour la famille de M. Fouquet ,
Sur-Intendant des Finances , à qui appartenoit
la Maiſon , où il fait partie des
ornemens qui décorent la cheminée
d'un Cabinet.
On peut dire que c'eft un des plus
beaux ouvrages de cet Artiſtec élébre. Le
Coloris en eft frais , & peut - être même
n'a-t- il jamais auffi bien peint . Les caracères
y font rendus avec une fineffe
& une naïveté qui le font fortir de l'idée
générale qu'il s'étoit formée des paffions.
Ce Tableau dont on ne donne qu'une
foible idée , mérite certainement l'attention
des Amateurs.
M. DemarcenayDeghuy, vient de le gråver
après en avoir tiré une copie pour fa
propre fatisfaction . C'eft la dix-huitième
Planche de fon OEuvre. Il a mis pareille .
ment au jour deux autres Planches fous
les No.dix-neuf& vingt,dont la première
repréfente un jeune Seigneur d'une trèsbelle
figure , d'après un des plus beaux
Portraits qu'ait peints l'illuftre Vandeick.
Il eft dans le Cabinet de M. Aved , Peintre
du Roi. Quant à l'autre , c'eſt une
belle tête de vieillard du meilleur temps
du fameux Rembrandt, Ces deux morceaux
font pendans .
On trouve ces Eftampes chez l'Auteur,
SEPTEMBRE. 1763. 175
quai de Conti , la deuxième porte cochère
après la rue Guénégaud.
Et chez M. Wille , Graveur du Roi ,
quai des Auguftins ,à côté de l'Hôtel d'Auvergne.
Le furplus de l'Euvre de l'Auteur ,
confifte dans les morceaux fuivans : le
Teftament d'Eudamidas , d'après l'une
des plus belles compofitions du Pouffin.
Ce Tableau appartient , dit-on , actuellement
à Sa Majefté le Roi de Dannemarc ;
M. Demarcenay en a fait pareillement
une Copie ainfi que de la plupart des Tableaux
qu'il a gravés.
Une Bataille d'après Parocel le père ,
de même grandeur que la précédente
Planche .
Un Pavfage d'après Rembrandt , qui
eft un commencement d'orage.
Un clair de Lune d'après M. Vernet.
Un autre Payfage d'après Vanuden.tous
trois de même grandeur.
Le Portrait de l'ami des hommes , d'après
M. Aved
Tobie recouvrant la vue , d'après Rembrandt
, beau Tableau du Cabinet de
M. le Marquis de Voyer.
Deux Portraits qui repréfentent une
nouvelle Mariée , conduite parfon époux,
qu'on foupçonne de la maifon de Naf-
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
fau , d'après Rembrandt ; le Portrait de
Rembrandt , d'après lui & celui du Tintoret
, également d'après lui : ils font
endants .
La Bohémienne difant la bonne fortune
, d'après Tenieres.
Trois Têtes de même grandeur l'une
d'après Rembrandt , l'autre d'après M.
Greuze , & la troiſième d'après M. Peronneau
, & deux autres petites Planches.
Le fieur BEAUVARLET , Graveur du
Roi , demeurant rue S. Jacques , visà-
vis de celle des Mathurins , vient de
mettre au jour la quatriéme & dernière
Eftampe qu'il a gravée d'après les Tableaux
admirables de Luc Jordans.
Ces Tableaux appartiennent à M.
Colins , Peintre , demeurant quai de la
Mégifferie , à Paris , chez lequel on
pourra les voir & s'en procurer l'acquifition.
Deux ont de hauteur ſept
pieds fur onze pieds trois pouces de
large , & les deux autres font de fix
pieds quatre pouces de haut fur neuf
de large . La derniere Eftampe qui paroît
, repréſente le Triomphe de Galathée.
Nous ne craignons pas d'affurer
que ce Morceau eft digne des éloges &
de l'admiration des Connoiffeurs ;
il juftifie & comble les flatteuſes efpérances
que le fieur Beauvarlet avoit
SEPTEMBRE. 1763.
177
fait concevoir de lui , par les trois premieres
intitulées l'Enlèvement d'Europe
, celui des Sabines & le Jugement
de Paris ; elles lui ont mérité l'honneur
d'être reçu de l'Académie Royale ..
Il a mis dans la dernière Eftampe ,
que nous annonçons, la même vigueur, la
même force , la même pureté & la même
correction que l'on trouve avec tant de
plaifir dans les trois autres ; il a fçu rendre
les Clairs- obfcurs du Tableau avec:
une dégradation fi harmonieufe , qu'on
n'en peut être qu'agréablement étonné..
Rien enfin de plus heureux ni de plus
beau que cette Eftampe , tant pour l'ef
fet que pour l'entente ; on pourroit:
même dire pour la Couleur..
que
On la trouve , ainfi les trois premières
, chez l'Auteur , rue S. Jacques
vis-à -vis de celle des Mathurins ..
و د
LES BOULES DE SAVON , d'après
le Tableau original de Miéris , par N..
Ponce. Se trouvent à Paris , chez M..
Etienne Feffart , Graveur du Roi , de
fa Bibliothéque , & de l'Académie
Royale de Parme , rue de Richelieu.
CARTES GÉOGRAPHIQUES..
TERRA SANTA TABULA , èfcrip
1
H. v.
178 MERCURE DE FRANCE:
,
turæ facræ , Flavii Jofephi , Eufebit
& divi Hieronymi innumerisque aliorum
hiftoricorum commentatorum
Geographorum , viatorum , five veterum
, five recentium , Romanorum ,
Græcorum , Arabum , & c. teftimoniis
& relationibus delineata : Opus Pofhumum
Guillelmi de l'Ifle , Primarii
Regis Geographi , ex archivo Geogra
phico Rei navalis gallicæ ere &tum &
editum à Jofepho - Nicolao de l'Ifle ,
auctoris fratre , Rei navalis Aftronomo
Geographo . Anno 1763. Sub aufpiciis
Illuft . DD. ducis de Choifeul , fummi
rei Navalis & bellica adminiftri.
CARTE DE L'ISLE DE FRANCE
levée géométriquement par M. l'Abbé
de la Caille , de l'Académie Royale des
Sciences , en 1753. A Paris , chez Lattré
, Graveur , rue S. Jacques , près la
Fontaine S. Severin , à la Ville de Bordeaux
.
ESTAMPE NOUVELLE.
RIE
IEN dans la Peinture de plus difficile
à traiter que l'Allégorie ; rien en même i
temps ne fait plus d'honneur à un Artifte,
que lorsqu'il l'exécute d'une façon fupérieure.
Mais pour atteindre à ce but , il
ne fuffit point de joindre à l'élégance du
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
deffein les charmes du Coloris : il faut
encore un efprit exercé de bonne heure
à l'étude des bons Auteurs & enrichi de
leurs dépouilles ; afin que la noble fimplicité
ou l'élévation de la penſée ainfi
que fa délicateffe répondent à l'excellence
de l'exécution.
Il eſt dans le monde fçavant des fignes
de convention qui forment comme
l'Alphabet de l'idiome qu'on y parle. Le
Néologifme en eft également profcrit
ainfi que des autres langues ; & avec
d'autant plus de raiſon qu'on doit craindre
en s'abandonnant à des nouveautés
dans ce genre , de tomber dans un jargon
barbare,dont l'obſcurité pour l'ordinaire
eft le fruit. En effet , fi l'on ne parle
que pour être entendu , la clarté doit
être la baze du Difcours & furtout de
l'Allégorie .
Telle est celle dont le célébre le Brun
s'eft fervi , pour exprimer d'une façon
auffi élégante qu'ingénieufe , une jeune
mariée quifixe l'Amour.
On voit d'abord par la réunion de la
lumière fur l'objet principal du Tableau
une jeune perfonne dont la beauté & la
décence forment l'enfemble . Elle eft
affife fur l'herbe tenant l'Amour incliné
fur fes genoux & lui coupe les aîles, tanSEPTEMBRE.
1763. 173
dis que pour l'aider , Minerve lui lie les
mains derrière le dos avec fa ceinture :
le Dieu volage ne paroît fe prêter qu'à
regret à cette opération qui limite fa
liberté.
Derrière le Grouppe on apperçoit
l'Hymenfous la figure d'un enfant qui, le
flambeau élevé d'un air triomphant, femble
infulter l'Amour par un fourire mocqueur.
A côté de lui eft une corne d'abondance
, remplie de fruits. Plus loin
& fur fa droite les armes de l'Amour lui
font offertes en holocaufte . Ainfi plus
de traits décochés à la dérobée.
Des Arbres foutiennent au-deffus de
la nouvelle Mariée une espéce de tente
de Drap d'or qui défigne la condition
des époux , comme le Mouton qu'on
voit à côté d'elle , marque la douceur de
fon caractère. A fes pieds on voit une
pomme d'or avec l'Infcription : à la plus
belle:
Sobre dans le choix des caractères fymboliques
, le Brun arendu fa penſée avec
une précifion & une netteté qui ne laiſſe
rien à defirer au Spectateur. Il n'eft pas
jufqu'à l'Ecureuil qu'on voit fur la corne
d'abondance , fe jouer parmi les fruits ,
qui ne défigne adroitement pour qui le
Brun a peint ce Tableau . On fçait qu'il
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
l'a exécuté pour la famille de M. Fouquet ,
Sur-Intendant des Finances , à qui appartenoit
la Maiſon , où il fait partie des
ornemens qui décorent la cheminée
d'un Cabinet.
On peut dire que c'eft un des plus
beaux ouvrages de cet Artiſtec élébre. Le
Coloris en eft frais , & peut - être même
n'a-t- il jamais auffi bien peint . Les caracères
y font rendus avec une fineffe
& une naïveté qui le font fortir de l'idée
générale qu'il s'étoit formée des paffions.
Ce Tableau dont on ne donne qu'une
foible idée , mérite certainement l'attention
des Amateurs.
M. DemarcenayDeghuy, vient de le gråver
après en avoir tiré une copie pour fa
propre fatisfaction . C'eft la dix-huitième
Planche de fon OEuvre. Il a mis pareille .
ment au jour deux autres Planches fous
les No.dix-neuf& vingt,dont la première
repréfente un jeune Seigneur d'une trèsbelle
figure , d'après un des plus beaux
Portraits qu'ait peints l'illuftre Vandeick.
Il eft dans le Cabinet de M. Aved , Peintre
du Roi. Quant à l'autre , c'eſt une
belle tête de vieillard du meilleur temps
du fameux Rembrandt, Ces deux morceaux
font pendans .
On trouve ces Eftampes chez l'Auteur,
SEPTEMBRE. 1763. 175
quai de Conti , la deuxième porte cochère
après la rue Guénégaud.
Et chez M. Wille , Graveur du Roi ,
quai des Auguftins ,à côté de l'Hôtel d'Auvergne.
Le furplus de l'Euvre de l'Auteur ,
confifte dans les morceaux fuivans : le
Teftament d'Eudamidas , d'après l'une
des plus belles compofitions du Pouffin.
Ce Tableau appartient , dit-on , actuellement
à Sa Majefté le Roi de Dannemarc ;
M. Demarcenay en a fait pareillement
une Copie ainfi que de la plupart des Tableaux
qu'il a gravés.
Une Bataille d'après Parocel le père ,
de même grandeur que la précédente
Planche .
Un Pavfage d'après Rembrandt , qui
eft un commencement d'orage.
Un clair de Lune d'après M. Vernet.
Un autre Payfage d'après Vanuden.tous
trois de même grandeur.
Le Portrait de l'ami des hommes , d'après
M. Aved
Tobie recouvrant la vue , d'après Rembrandt
, beau Tableau du Cabinet de
M. le Marquis de Voyer.
Deux Portraits qui repréfentent une
nouvelle Mariée , conduite parfon époux,
qu'on foupçonne de la maifon de Naf-
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
fau , d'après Rembrandt ; le Portrait de
Rembrandt , d'après lui & celui du Tintoret
, également d'après lui : ils font
endants .
La Bohémienne difant la bonne fortune
, d'après Tenieres.
Trois Têtes de même grandeur l'une
d'après Rembrandt , l'autre d'après M.
Greuze , & la troiſième d'après M. Peronneau
, & deux autres petites Planches.
Le fieur BEAUVARLET , Graveur du
Roi , demeurant rue S. Jacques , visà-
vis de celle des Mathurins , vient de
mettre au jour la quatriéme & dernière
Eftampe qu'il a gravée d'après les Tableaux
admirables de Luc Jordans.
Ces Tableaux appartiennent à M.
Colins , Peintre , demeurant quai de la
Mégifferie , à Paris , chez lequel on
pourra les voir & s'en procurer l'acquifition.
Deux ont de hauteur ſept
pieds fur onze pieds trois pouces de
large , & les deux autres font de fix
pieds quatre pouces de haut fur neuf
de large . La derniere Eftampe qui paroît
, repréſente le Triomphe de Galathée.
Nous ne craignons pas d'affurer
que ce Morceau eft digne des éloges &
de l'admiration des Connoiffeurs ;
il juftifie & comble les flatteuſes efpérances
que le fieur Beauvarlet avoit
SEPTEMBRE. 1763.
177
fait concevoir de lui , par les trois premieres
intitulées l'Enlèvement d'Europe
, celui des Sabines & le Jugement
de Paris ; elles lui ont mérité l'honneur
d'être reçu de l'Académie Royale ..
Il a mis dans la dernière Eftampe ,
que nous annonçons, la même vigueur, la
même force , la même pureté & la même
correction que l'on trouve avec tant de
plaifir dans les trois autres ; il a fçu rendre
les Clairs- obfcurs du Tableau avec:
une dégradation fi harmonieufe , qu'on
n'en peut être qu'agréablement étonné..
Rien enfin de plus heureux ni de plus
beau que cette Eftampe , tant pour l'ef
fet que pour l'entente ; on pourroit:
même dire pour la Couleur..
que
On la trouve , ainfi les trois premières
, chez l'Auteur , rue S. Jacques
vis-à -vis de celle des Mathurins ..
و د
LES BOULES DE SAVON , d'après
le Tableau original de Miéris , par N..
Ponce. Se trouvent à Paris , chez M..
Etienne Feffart , Graveur du Roi , de
fa Bibliothéque , & de l'Académie
Royale de Parme , rue de Richelieu.
CARTES GÉOGRAPHIQUES..
TERRA SANTA TABULA , èfcrip
1
H. v.
178 MERCURE DE FRANCE:
,
turæ facræ , Flavii Jofephi , Eufebit
& divi Hieronymi innumerisque aliorum
hiftoricorum commentatorum
Geographorum , viatorum , five veterum
, five recentium , Romanorum ,
Græcorum , Arabum , & c. teftimoniis
& relationibus delineata : Opus Pofhumum
Guillelmi de l'Ifle , Primarii
Regis Geographi , ex archivo Geogra
phico Rei navalis gallicæ ere &tum &
editum à Jofepho - Nicolao de l'Ifle ,
auctoris fratre , Rei navalis Aftronomo
Geographo . Anno 1763. Sub aufpiciis
Illuft . DD. ducis de Choifeul , fummi
rei Navalis & bellica adminiftri.
CARTE DE L'ISLE DE FRANCE
levée géométriquement par M. l'Abbé
de la Caille , de l'Académie Royale des
Sciences , en 1753. A Paris , chez Lattré
, Graveur , rue S. Jacques , près la
Fontaine S. Severin , à la Ville de Bordeaux
.
Fermer
563
p. 190-197
ANECDOTES Historiques concernant la Place de LOUIS XV. & la Statue Équestre, érigée dans cette Place.
Début :
PAR délibération du Bureau de la Ville, du 27 Juin 1748, il fut arrêté [...]
Mots clefs :
Statue, Place, Bureau, Marchands, Monuments, Satisfaction, Citoyens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANECDOTES Historiques concernant la Place de LOUIS XV. & la Statue Équestre, érigée dans cette Place.
ANECDOTES Hiftoriques concernant
la Place de LOUIS XV. & la
P
Statue Équestre , érigée dans cette
Place.
AR délibération du Bureau de la
Ville , du 27 Juin 1748 , il fut arrêté
que l'on demanderoit au Roi , la permiffion
d'ériger un Monument à fa
gloire & à l'amour de fes Sujets.
En conféquence de la permiffion de
Sa Majefté , il fut paffé le 23 Octobre
1749 , un marché avec M. Bouchardon,
pour la fculpture des modèles d'une
Statue Equeftre repréſentant la Perſonne
du Roi , de quatre figures en forme
de Cariatides & des autres ornemens
pour le Piedeſtal.
Le 25 du même mois & dans la même
année , il fut paffé un autre marché pour
la fonte de tous ces ouvrages avec les
fieurs Varin , auxquels a fuccédé le
fieur Gor.
On éleva dans le Parc de Verſailles
}
SEPTEMBRE. 1763 .
191 .
un bâtiment en charpente , fuivant le
devis qui en avoit été arrêté le 25 Septembre
1754 , dans lequel fut conftruit
un modèle en petit , de l'enceinte de la
Place déterminée par le Roi , avec l'élévation
des Corps de bâtimens , revêtiffemens
des foflés . Baluftrades , grands
Socles ou Guérites , & de tous les acceffoires
ainfi que de la Statue Equeftre
avec fon Piedeſtal.
Le Plan & Defcription de cette Place
furent définitivement approuvés par le
Roi le 9 Décembre de l'année 1755.
En 1757 , le Roi accorda des Lettres
Patentes , par lefquelles Sa Majeſté fit ,
don à la Ville de l'entier emplacement ,
fitué entre le foffé des Thuileries & les
Champs Elysées , pour la formation &
conftruction de la Place.
Tous les travaux relatifs à la fonte de
la Statue Équeftre étant achevés , & le
Bureau de la Ville en ayant été informé
par M, Bouchardon , Sculpteur, & par le
fieur Gor , Fondeur , M. Maritz , Cons
miffaire général des fontes de l'Artillerie
du Royaume , ayant donné fes derniers
avis , à quoi il avoit été invité par le Bureau
, le jour du coulage de la matière
fut fixé au Samedi 6 Mai 1758; M.de Ber
Confeiller d'Etat , & c. alors Prénage,
192 MERCURE DE FRANCE.
à
vôt des Marchands , & pendant la Magiftrature
duquel tout ce qu'on vient de
rapporter avoit été fait , alla à Verſailles
informer le Roi de ce jour fi important
à la perfection de l'Ouvrage. If en fit
donner avis auffi , tant aux gens de l'Art,
qu'aux Perfonnes de la Cour qui avoient
paru defirer être préfentes à cette opération
. M. le Gouverneur y fut auffi invité.
Le coulage commença 5 heures
après midi , & ne dura que 7 minutes &
deux fecondes. En voyant que la matière
étoit remontée jufqu'à l'embouchure
de tous les évents, on fut affuré que
cette fonte avoit eu tout le fuccès poffible.
On ne peut exprimer la fatisfaction
que répandit dans toute l'affemblée cette
heureuſe réuffite ; chacun la témoigna
en embraffant le célébre Artiſte , Auteur
de la Statue (a) & l'habile Fondeur
(b) qui venoit de donner une preuve fi
glorieufe de fon intelligence & de fes
foins. Cette joie manifeftée dans le premier
moment, & dans l'intérieur des Atteliers
( c ) , par des acclamations de
( a ) M. Bouchardon .
(b ) Le fieur Gor.
( c) Conftruits au Roule,
VIVESEPTEMBRE.
1763 ) 193
VIVE LE ROI , le fut bientôt au Public .
par le bruit des Boëtes que l'on avoit
placées hors de l'enceinte des Atteliers du
côté des Champs Elysées.
Le lendemain , M. le Prévôt des Marchands
alla rendre compte au Roi du
fuccès de la Fonte , & de la joie qu'en
avoient marquée les Citoyens . Sa Majefté
eut la bonté de donner à M. le Prévôt
des Marchands & à toute la Ville , en fa
perfonne , des témoignages flatteurs de
fa fatisfaction .
Le Bureau de la Ville ayant , avec l'agrément
du Roi , fait tous les préparatifs
pour l'Inauguration de la Statue que
Sa Majefté avoit permis qu'on lui érigeât
, M. de Bernage , encore Prévôt
des Marchands , pria M. le Comte de
S. Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat
ayant le département de Paris , d'en´
rendre compte au Roi & de prendre fes
derniers ordres à ce fujet : mais S. M.
par un effet de fes bontés paternelles , en
différa l'exécution jufques à la publication
de la Paix , & M. le Comte de
S. Florentin en inftruifit le Bureau de
la Ville , par une lettre datée du 14
Juillet 1758 , qu'il adreflà à M. le Prévôti
des Marchands..
Par cette lettre le Miniftre dit qu'a-
I
194
MERCURE DE FRANCE .
près avoir rendu compte au Roi des dif
pofitions qui avoient été faites , Sa Majefté
auroit fouhaité donner au Corps
de Ville , dans ce temps , la fatisfaction
de voir pofer un Monument de fon
zéle. Que Sa Majesté étoit fi fenfible .
aux preuves quelle reçoit en toutes occafions
du zéle de ce Corps pour fa Perfonne
& pour fon fervice , qu'elle ſer
toujours difpofée à lui donner des mar
ques de fa bienveillance & de fa protection
; mais que la derniere paix ayant
été l'époque , où le Bureau de la Ville
a formé le voeu d'élever cette Statue ,
s'il plaifoit à Sa Majefté l'agréer , elle de
firoit que l'on différât de la placer , juf
qu'à la paix qu'elle ne négligeroit aucun
moyen de procurer à fes Sujets.
Qu'indépendament des dépenfes que Sa
Majefté avoit intention d'éviter à la
Ville dans les circonftances actuelles ,
celle de la Paix donneroit naturellement
lieu à des fêtes ; & que ce moment feroit
celui où Sa Majefté auroit le plus agréable
de leur procurer la fatisfaction de
voir poter la Statue dans la Place qui
lui fera dédiée. Le Miniftre finit cette
lettre par un témoignage trop hono
rable au Magiftrat auquel elle étoit
SEPTEMBRE. 1763. 195
adreffée , pour ne pas le rapporter en entier.
»
» Vous connoiffez trop , Monfieur
les fentimens que Sa Majefté a pour
» vous en particulier , pour que vous
ne deviez pas être perfuadé qu'Elle
auroit été fort aife que votre Prévôté
» eût été terminée par la cérémonie de
» l'élévation du Monument , auquel
» vous avez tant de part & pour lequel
vous vous étes donné des foins fi af
» fidus. Sa Majefté m'a ordonné de
» vous marquer qu'Elle confervera tou-
» jours le fouvenir de votre zéle pour
fa Perfonne & pour fon fervice.
» Je vous prie d'être perfuadé &c. &c .
Nous avons cru devoir conferver ici
les motifs qui ont fait différer l'érection
& l'inauguration de ce Monument du
zéle & de l'amour des François pour la
Gloire & pour la Perfonne du Roi juf
ques à l'époque de cette préfente année,
pendant la Prévôté de M. de Pontcarre
de Viarmes , qui fera toujours célébre
par l'augufte Solemnité & par les Fêtes
dont nous avons rendu compte dans
les précédens Mercures.
M. Lempereur , ci - devant premier Echevin ,
Doyen de MM . les Confeillers du Roi , Quartiniers
de la Ville de Paris , ayant été chargé pen-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dant deux années de fon Echevinage , de l'inſpec
tion & conduite de tous les travaux qui ont précédé
& accompagné la fonte de la Figure équestre
du Roi , ainfi que de ceux qui l'ont fuivi depuis
qu'il n'eſt plus en place , a été auffi engagé par
Monfieur de Bernage , lors Prévôt des Marchands
& par MM. les Echevins fes Collégues , de tranſmettre
à la postérité , toutes les opérations qui
ont été faites à ce fujet ; il travaille actuellement
à cet ouvrage qui eſt déjà avancé , il ſera orné
d'un grand nombre de Planches dont les deffeins
ont été faits fous les yeux. L'on eſpere que cette
defcription qui expofera les détails les plus exacts
pourra être finie dans le courant de l'année
prochaine.
N. B. Par juftice & par reconnoiffance
nous avons dû conferver à la mémoire
future , tout ce que la Ville a fait
de remarquable dans ces derniers tems.
Ses Magiftrats non contens de pourvoir
à la fubfiftance matérielle des Citoyens,
ont voulu affimiler l'Edilité municipale
aux grands objets de celle des Romains.
Le Bureau vient d'établir tout
ce qui eft néceffaire à l'entretien & à
l'accroiffement d'une Bibliothéque publique
, héritage d'un de fes principaux
Officiers. En dernier lieu , confidérant
combien il étoit intéreffant pour les Lettres
de contribuer à foutenir un Journal,
fur lequel la protection bienfaifante
du Roi a affigné le fond le plus confiSEPTEMBRE.
1763. 197
dérable des récompenfes deftinées à
ceux qui s'y diftinguent , la Ville de
Paris , en foufcrivant pour un nombre
de volumes du Mercure , vient de donner
un exemple trop louable pour n'en
pas faire mention . Elle fait par là un acte
de Mère, en concourant au foutien d'un
établiffement auquel fes enfans peuvent
avoir part. Toutes les grandes Villes
du Royaume pourroient avoir les mêmes
motifs , puifque leurs Citoyens ont
autant de droit à prétendre aux récom
penfes littéraires.
la Place de LOUIS XV. & la
P
Statue Équestre , érigée dans cette
Place.
AR délibération du Bureau de la
Ville , du 27 Juin 1748 , il fut arrêté
que l'on demanderoit au Roi , la permiffion
d'ériger un Monument à fa
gloire & à l'amour de fes Sujets.
En conféquence de la permiffion de
Sa Majefté , il fut paffé le 23 Octobre
1749 , un marché avec M. Bouchardon,
pour la fculpture des modèles d'une
Statue Equeftre repréſentant la Perſonne
du Roi , de quatre figures en forme
de Cariatides & des autres ornemens
pour le Piedeſtal.
Le 25 du même mois & dans la même
année , il fut paffé un autre marché pour
la fonte de tous ces ouvrages avec les
fieurs Varin , auxquels a fuccédé le
fieur Gor.
On éleva dans le Parc de Verſailles
}
SEPTEMBRE. 1763 .
191 .
un bâtiment en charpente , fuivant le
devis qui en avoit été arrêté le 25 Septembre
1754 , dans lequel fut conftruit
un modèle en petit , de l'enceinte de la
Place déterminée par le Roi , avec l'élévation
des Corps de bâtimens , revêtiffemens
des foflés . Baluftrades , grands
Socles ou Guérites , & de tous les acceffoires
ainfi que de la Statue Equeftre
avec fon Piedeſtal.
Le Plan & Defcription de cette Place
furent définitivement approuvés par le
Roi le 9 Décembre de l'année 1755.
En 1757 , le Roi accorda des Lettres
Patentes , par lefquelles Sa Majeſté fit ,
don à la Ville de l'entier emplacement ,
fitué entre le foffé des Thuileries & les
Champs Elysées , pour la formation &
conftruction de la Place.
Tous les travaux relatifs à la fonte de
la Statue Équeftre étant achevés , & le
Bureau de la Ville en ayant été informé
par M, Bouchardon , Sculpteur, & par le
fieur Gor , Fondeur , M. Maritz , Cons
miffaire général des fontes de l'Artillerie
du Royaume , ayant donné fes derniers
avis , à quoi il avoit été invité par le Bureau
, le jour du coulage de la matière
fut fixé au Samedi 6 Mai 1758; M.de Ber
Confeiller d'Etat , & c. alors Prénage,
192 MERCURE DE FRANCE.
à
vôt des Marchands , & pendant la Magiftrature
duquel tout ce qu'on vient de
rapporter avoit été fait , alla à Verſailles
informer le Roi de ce jour fi important
à la perfection de l'Ouvrage. If en fit
donner avis auffi , tant aux gens de l'Art,
qu'aux Perfonnes de la Cour qui avoient
paru defirer être préfentes à cette opération
. M. le Gouverneur y fut auffi invité.
Le coulage commença 5 heures
après midi , & ne dura que 7 minutes &
deux fecondes. En voyant que la matière
étoit remontée jufqu'à l'embouchure
de tous les évents, on fut affuré que
cette fonte avoit eu tout le fuccès poffible.
On ne peut exprimer la fatisfaction
que répandit dans toute l'affemblée cette
heureuſe réuffite ; chacun la témoigna
en embraffant le célébre Artiſte , Auteur
de la Statue (a) & l'habile Fondeur
(b) qui venoit de donner une preuve fi
glorieufe de fon intelligence & de fes
foins. Cette joie manifeftée dans le premier
moment, & dans l'intérieur des Atteliers
( c ) , par des acclamations de
( a ) M. Bouchardon .
(b ) Le fieur Gor.
( c) Conftruits au Roule,
VIVESEPTEMBRE.
1763 ) 193
VIVE LE ROI , le fut bientôt au Public .
par le bruit des Boëtes que l'on avoit
placées hors de l'enceinte des Atteliers du
côté des Champs Elysées.
Le lendemain , M. le Prévôt des Marchands
alla rendre compte au Roi du
fuccès de la Fonte , & de la joie qu'en
avoient marquée les Citoyens . Sa Majefté
eut la bonté de donner à M. le Prévôt
des Marchands & à toute la Ville , en fa
perfonne , des témoignages flatteurs de
fa fatisfaction .
Le Bureau de la Ville ayant , avec l'agrément
du Roi , fait tous les préparatifs
pour l'Inauguration de la Statue que
Sa Majefté avoit permis qu'on lui érigeât
, M. de Bernage , encore Prévôt
des Marchands , pria M. le Comte de
S. Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat
ayant le département de Paris , d'en´
rendre compte au Roi & de prendre fes
derniers ordres à ce fujet : mais S. M.
par un effet de fes bontés paternelles , en
différa l'exécution jufques à la publication
de la Paix , & M. le Comte de
S. Florentin en inftruifit le Bureau de
la Ville , par une lettre datée du 14
Juillet 1758 , qu'il adreflà à M. le Prévôti
des Marchands..
Par cette lettre le Miniftre dit qu'a-
I
194
MERCURE DE FRANCE .
près avoir rendu compte au Roi des dif
pofitions qui avoient été faites , Sa Majefté
auroit fouhaité donner au Corps
de Ville , dans ce temps , la fatisfaction
de voir pofer un Monument de fon
zéle. Que Sa Majesté étoit fi fenfible .
aux preuves quelle reçoit en toutes occafions
du zéle de ce Corps pour fa Perfonne
& pour fon fervice , qu'elle ſer
toujours difpofée à lui donner des mar
ques de fa bienveillance & de fa protection
; mais que la derniere paix ayant
été l'époque , où le Bureau de la Ville
a formé le voeu d'élever cette Statue ,
s'il plaifoit à Sa Majefté l'agréer , elle de
firoit que l'on différât de la placer , juf
qu'à la paix qu'elle ne négligeroit aucun
moyen de procurer à fes Sujets.
Qu'indépendament des dépenfes que Sa
Majefté avoit intention d'éviter à la
Ville dans les circonftances actuelles ,
celle de la Paix donneroit naturellement
lieu à des fêtes ; & que ce moment feroit
celui où Sa Majefté auroit le plus agréable
de leur procurer la fatisfaction de
voir poter la Statue dans la Place qui
lui fera dédiée. Le Miniftre finit cette
lettre par un témoignage trop hono
rable au Magiftrat auquel elle étoit
SEPTEMBRE. 1763. 195
adreffée , pour ne pas le rapporter en entier.
»
» Vous connoiffez trop , Monfieur
les fentimens que Sa Majefté a pour
» vous en particulier , pour que vous
ne deviez pas être perfuadé qu'Elle
auroit été fort aife que votre Prévôté
» eût été terminée par la cérémonie de
» l'élévation du Monument , auquel
» vous avez tant de part & pour lequel
vous vous étes donné des foins fi af
» fidus. Sa Majefté m'a ordonné de
» vous marquer qu'Elle confervera tou-
» jours le fouvenir de votre zéle pour
fa Perfonne & pour fon fervice.
» Je vous prie d'être perfuadé &c. &c .
Nous avons cru devoir conferver ici
les motifs qui ont fait différer l'érection
& l'inauguration de ce Monument du
zéle & de l'amour des François pour la
Gloire & pour la Perfonne du Roi juf
ques à l'époque de cette préfente année,
pendant la Prévôté de M. de Pontcarre
de Viarmes , qui fera toujours célébre
par l'augufte Solemnité & par les Fêtes
dont nous avons rendu compte dans
les précédens Mercures.
M. Lempereur , ci - devant premier Echevin ,
Doyen de MM . les Confeillers du Roi , Quartiniers
de la Ville de Paris , ayant été chargé pen-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dant deux années de fon Echevinage , de l'inſpec
tion & conduite de tous les travaux qui ont précédé
& accompagné la fonte de la Figure équestre
du Roi , ainfi que de ceux qui l'ont fuivi depuis
qu'il n'eſt plus en place , a été auffi engagé par
Monfieur de Bernage , lors Prévôt des Marchands
& par MM. les Echevins fes Collégues , de tranſmettre
à la postérité , toutes les opérations qui
ont été faites à ce fujet ; il travaille actuellement
à cet ouvrage qui eſt déjà avancé , il ſera orné
d'un grand nombre de Planches dont les deffeins
ont été faits fous les yeux. L'on eſpere que cette
defcription qui expofera les détails les plus exacts
pourra être finie dans le courant de l'année
prochaine.
N. B. Par juftice & par reconnoiffance
nous avons dû conferver à la mémoire
future , tout ce que la Ville a fait
de remarquable dans ces derniers tems.
Ses Magiftrats non contens de pourvoir
à la fubfiftance matérielle des Citoyens,
ont voulu affimiler l'Edilité municipale
aux grands objets de celle des Romains.
Le Bureau vient d'établir tout
ce qui eft néceffaire à l'entretien & à
l'accroiffement d'une Bibliothéque publique
, héritage d'un de fes principaux
Officiers. En dernier lieu , confidérant
combien il étoit intéreffant pour les Lettres
de contribuer à foutenir un Journal,
fur lequel la protection bienfaifante
du Roi a affigné le fond le plus confiSEPTEMBRE.
1763. 197
dérable des récompenfes deftinées à
ceux qui s'y diftinguent , la Ville de
Paris , en foufcrivant pour un nombre
de volumes du Mercure , vient de donner
un exemple trop louable pour n'en
pas faire mention . Elle fait par là un acte
de Mère, en concourant au foutien d'un
établiffement auquel fes enfans peuvent
avoir part. Toutes les grandes Villes
du Royaume pourroient avoir les mêmes
motifs , puifque leurs Citoyens ont
autant de droit à prétendre aux récom
penfes littéraires.
Fermer
564
p. 197-206
DESCRIPTION des Tableaux exposés au Salon du Louvre, avec des Remarques. Par la Société des Amateurs.
Début :
VOILA la troisiéme fois que notre Société a occasion de s'occuper des [...]
Mots clefs :
Tableaux, Amour, Pieds, Pouce, Coloris, Grâces, Peintre, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION des Tableaux exposés au Salon du Louvre, avec des Remarques. Par la Société des Amateurs.
DESCRIPTION des Tableaux expofés
au Salon du Louvre , avec des
Remarques,
Par la Société des Amateurs.
VOILA la troifiéme fois que notre
Société a occafion de s'occuper des
Tableaux expofés au Salon . Comme
nous n'avons jamais brigué lâchement
le trifte fuffrage de certains Lecteurs
qui ne cherchent dans les Ecrits publics
que ce qui peut nourrir leur fecret
penchant à déprimer le Siécle
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
& les Contemporains , nous ne nous
refuferons pas au plaifir d'annoncer
qu'en général , dans cette dernière
expofition la Peinture de l'École
Françoife paroît à tous les Connoiffeurs
être montée à un nouveau degré
de force & de grandeur , dans le
coloris ainfi que dans la compofition .
En confidérant ce pompeux Spectacle
de nos Arts en France , où tous les
deux ans fe renouvellent de fi abondantes
richeffes , nous oferons interroger
les fombres contempteurs de leur
âge & de leur Nation ; nous leur demanderons
dans quelle région du monde
& fous quel gouvernement on pourroit,
dans une même Ville, rencontrer ce
nombre de Talens raffemblés fourniffant
dans un auffi court efpace de temps
une pareille Collection de tous les
genres ?
*
Une émulation fi vive & fi univerfelle
dans nos Arts ne peut être que le fruit
de l'augufte protection du Souverain
& de la vigilance éclairée de celui qui eft
en même temps fur cette partie l'organe
d'un Monarque bienfaifant & le
fage difpenfateur de fes graces. (a)
( ) M. le Marquis de Marigni.
SEPTEMBRE. 1763. 199.
Les Arts , comme les Lettres , ne
peuvent s'acquitter envers leurs protecteurs
qu'en éternifant , pour ainfi dire
la mémoire le leurs bienfaits. Les monumens
des Arts ont , il faut en convenir
, des avantages pour cela , qui préfentent
d'abord quelque chofe de plus
éclatant ; mais ils font plus périffables
& bien moins étendus que ceux des
Lettres. Les unes & les autres doivent
donc fe prêter un mutuel fecours pour
un devoir auffi refpectable.
Ainfi loin de déférer au fentiment de
ceux qui croiroient que les écrivains ne
doivent point traiter de ce qui concer
-ne les Arts , il faut au contraire con
ferver, & même avec détails , dans tous
les Faftes littéraires, la gloire de leurs productions.
>
com-
D'après nos principes invariables , on
ne doit pas compter que nous foions.
jamais , dans nos obfervations
plices de la jaloufie des concurrens , de
la maligne caufticité de quelques uns
des Spectateurs , ou des fauffes façons
de voir de quelques autres : mais on ne
doit pas non plus s'attendre de notre
part , à des éloges indiftinctement prodigués
à la prévention ou même à la célébrité
des plus illuftres Artiſtes ; ainf
I iy
200 MERCURE DE FRANCE.
qu'aux prétentions fans bornes de l'amour-
propre .
Nous ferons en forte de donner une
idée auffi exacte.qu'il eft poffible de
ces précieuſes productions , à ceux de
nos Lecteurs qui ne font pas à portée de
les connoître par leurs propres yeux ; en
même temps , de guider & de fixer l'attention
de ceux qui partagent avec nous
le plaifir de ce Spectacle , fur les parties
que nous croirons qui diftinguent le
mérite de chaque ouvrage en particu
lier. Quant aux défauts réels , ( triſte
condition impofée à tout ouvrage hu
main ! ) fans les avoir indiqués par nos
obfervations , ceux qui auront vû le Salon
ne les auront que trop remarqués
eux-mêmes , & il doit être indifférent
aux autres d'en être informés par la voie
d'une critique amére. D'ailleurs il y a
toujours entre la fagacité du Lecteur
intelligent & la prudence de l'Ecrivain
moderé , un chiffre de correfpondance
qui eft fuffifamment intelligible .
Nous croyons n'avoir pas d'ordre
plus naturel à fuivre dans le compte
que nous allons rendre , que celui du
Catalogue imprimé , qui fe débite &
qui eft en même temps celui des rangs
académiques de tous les Artiftes qui
vi I
SEPTEMBRE . 1763. 201
ont contribué à enrichir cette expofition
publique .
M. CARLE VANLOO , premier Peintre
du Roi , a expofé plufieurs Tableaux.
On peut remarquer dans celui
des Grâces ( a ) enchaînées par l'Amour,
les efforts d'un grandPeintre , déja fi juftement
célébre par la beauté de fon coloris,
pour le monter(en s'exprimant felon l'art)
aun ton encore plus élevé & répondre par
là au voeu de plufieurs Connoiffeurs qui
fe plaignoient depuis quelque temps de
ce que ce ton paroiffoit en général s'être
un peu affoibli dans notre Ecole. Ce
Peintre a toujours confervé cependant
cette fraîcheur , cette fonte & cette forte
d'aménité qui caractériſent fon pinceau ,
même dans les plus fortes expreffions.
Il y a de belles maffes de lumières.
dans fon Tableau ; & l'Auteur a placé
ingénieufement un rideau qui en procu
rant d'autres belles maffes d'ombres, don
ne un effet très-piquant à fes trois figur
res , lefquelles fans ce moyen , auroient
pû devenir monotones par l'égalité des
tons dans les carnations . C'eft particu
(b) Tableau de pieds 6 pouces de haup
fur 6 pieds 3 pouces de large. Ce Tableau et
pour la Pologne.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
liérement dans ces effets en Peinture,
que ceux qui ne font pas attention aur
moyens propres de cet Art, devroient
être fort circonfpects à prononcer ſu
ce qu'ils croyent être en droit de juger
par rapport aux imitations de la Nature
Entre ces trois Figures des Grâces, celle
du milieu ſe diſtingue par la beauté des
proportions & par l'élégante manièr
dont elle eft deffinée .
par
On doit fçavoir gré auffi à M. Van
loo , du moyen agréable dont il s'ef:
fervi
,, pour voiler les mains de l'Amour
même , ce que la décence ne permettoit
pas d'offrir aux yeux , en difpo
fant adroitement les guirlandes dont cet
Amour enchaîne les Graces.
J
Dans un autre Tableau du même Auteur
, de trois pieds huit pouces de largeur
fur deux pieds fept pouces de hau
teur appartenant à M. le Marquis de
Marigny , l'invention allégorique &
l'exécution pittorefque fe difputent d'a
grément. Il repréfente le Dieu Cupidon,
ou un principal Amour commandant
l'exercice militaire à une troupe d'au
tres Amours placés en ligne, & en face de
lui , vus prefque de profil par le Spec
tateur. Ils font en cuiraffe, à la françoife,
Les ailes paffant à travers & le cafque
SEPTEMBRE . 1763. 203
en tête ; ils ont des fournimens , pareils
à ceux de nos troupes , fur lefquels eft
empreinte la figure d'un coeur.Cette trou
pe eft armée de fufils la bayonnette
au bout , & l'inftant de l'exercice dans
le tableau , eft celui où l'on préfente
dles armes . Un autre troupe d'Amours
armés de fabres , vêtus & coiffés en huffards
, avance de face au Spectateur fur
" un plan inférieur & plus éloigné que la
première troupe . Derriere le principal
Amour , il y en a d'autres en différentes
attitudes & tous occupés relativement
au fujet du tableau , dont le fond orné
d'un fort joli temple , produit un afpect
riche & agréable .
"
On remarque , avec plaifir , que le
Peintre s'eft attaché à répandre fur le
Chef des Amours un éclat qui le diftingue
& en défigne très - bien la fupériorité.
A l'égard des autres , fi notre
imagination conçoit les Amours comme
des Divinités , pour ainfi dire , d'une
même famille & d'une même forte de
beauté , feroit-on en droit de leur reprocher
un peu de conformité dans les
caractères de tête ?
. On voit auffi de M. VANLOO un
Tableau ovale peint en cire , repréſentant
à mi- corps , la Veftale qui porte
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE .
dans un crible l'eau du Tibre pour
prouver fon innocence. Cette figure
-vêtue en blanc eft d'un beau caractère
qui indique l'action merveilleuſe du
Sujet. (c )
Il y a auffi du même Auteur deux
petites Têtes peintes en cire , dont on
-ne peut trop louer l'agrément.
Loin que ce foit par refpe&t feulement
pour l'âge de M. Reftout , ancien Directeur
, c'eft par le mérite très-réel de
fes admirables ouvrages , que nous
avons été entraînés , pour ainfi dire, avec
fes Confrères & tous les Connoiffeurs,
à leur rendre un hommage qui n'eft
pas éloigné de la vénération .
Le premier de ces ouvrages , eft un
fort grand Tableau , pour le Roi , deſtiné
à être exécuté en tapifferie dans la Manufacture
des Gobelins. Il repréſente
Orphée defcendu aux enfers pour en
arracher Eurydice. Pluton & Proferpine
affis fur l'entrée d'une caverne , fermée
par de forts grillages , entre le Ténare &
les Champs Elyfées , font accompagnés
des trois Juges des Enfers. Les Parques
font groupées dans le bas. En devant
on voit Eurydice entre les mains d'un
(c) Ce Tableau eft du Cabinet de Madame
de Pompadour.
SEPTEMBRE . 1763. 20$
·
Miniftre infernal fous la forme d'un
Spectre aîlé ; Orphée eft derriere elle ,
touchant fa lyre.
Le deuxième repréfente le repas donné
par Afuerus , aux Grands de fon
Royaume. On ne fçauroit affez applaudir
à la manière ingénieufe & fça-
-vante de la compofition de ce Sujet ,
dans une forme auffi ingratte que celle
d'un demi- ceintre , évidé dans la partie
inférieure , pour l'ouverture d'une porte,
& en tout abfolument pareil à la forme
d'éventail .
Le Sujet du troifiéme , de fept pieds
fept pouces de large fur neuf pieds de
haut , eft l'évanouiffement d'Efther en
approchant du Trône dAffuerus ( d) .
On ne peut trop inviter le Public à
reconnoître dans les nouvelles productions
de ce grand Maître , des beautés
que l'on feroit peut - être fondé à dire
qui le rendent aujourd'hui prèfque fupérieur
à lui-même, dans les plus beaux
jours de fon âge, & de fes talens . On
convient généralement qu'il réunit dans
ces trois Tableaux , au plus grand degré
de perfection , ce qui a toujours caracté
rifé fon grand talent. La plus belle &
( d ) Ces deux derniers Tableaux font pour la
maifon des Feuillans , rue Saint- Honoré,
266 MÈRCURE DE FRANCE.
•
tout
la plus grande harmonie dans tous les
effets de ces Tableaux les rendent d'une
jufteffe & d'une vérité qui fatisfont également
les yeux & le jugement . Les pofitions
des plans y font fi juftes , & fi
vraies, qu'à l'aide du parfait accord dans
le coloris , tout eft diftin&t
eft à fa véritable place , & tout eft cependant
uni & , pour ainfi dire, enchaîné
enfemble, par le grand art de cette harmonie
pittorefque. En un mot ,
Peintre aura la gloire d'avoir laiffé à
notre Ecole , les modéles des plus beaux
principes de compofition & des plus
juftes effets du coloris.
T
"
ce
'N. B. Les bornes de ce Journal obligent
à remettre la fuite de cette def
cription au prochain Mercure. Mais
pour fatisfaire fur cela le jufte empreffement
des Lecteurs , on la diftribuera
, féparément en entier dans l
courant de ce mois par une Brochure
d'extraordinaire, qui fe trouvera au Bureau
du Mercure , rue Ste Anne
chez les Libraires accoutumés.
au Salon du Louvre , avec des
Remarques,
Par la Société des Amateurs.
VOILA la troifiéme fois que notre
Société a occafion de s'occuper des
Tableaux expofés au Salon . Comme
nous n'avons jamais brigué lâchement
le trifte fuffrage de certains Lecteurs
qui ne cherchent dans les Ecrits publics
que ce qui peut nourrir leur fecret
penchant à déprimer le Siécle
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
& les Contemporains , nous ne nous
refuferons pas au plaifir d'annoncer
qu'en général , dans cette dernière
expofition la Peinture de l'École
Françoife paroît à tous les Connoiffeurs
être montée à un nouveau degré
de force & de grandeur , dans le
coloris ainfi que dans la compofition .
En confidérant ce pompeux Spectacle
de nos Arts en France , où tous les
deux ans fe renouvellent de fi abondantes
richeffes , nous oferons interroger
les fombres contempteurs de leur
âge & de leur Nation ; nous leur demanderons
dans quelle région du monde
& fous quel gouvernement on pourroit,
dans une même Ville, rencontrer ce
nombre de Talens raffemblés fourniffant
dans un auffi court efpace de temps
une pareille Collection de tous les
genres ?
*
Une émulation fi vive & fi univerfelle
dans nos Arts ne peut être que le fruit
de l'augufte protection du Souverain
& de la vigilance éclairée de celui qui eft
en même temps fur cette partie l'organe
d'un Monarque bienfaifant & le
fage difpenfateur de fes graces. (a)
( ) M. le Marquis de Marigni.
SEPTEMBRE. 1763. 199.
Les Arts , comme les Lettres , ne
peuvent s'acquitter envers leurs protecteurs
qu'en éternifant , pour ainfi dire
la mémoire le leurs bienfaits. Les monumens
des Arts ont , il faut en convenir
, des avantages pour cela , qui préfentent
d'abord quelque chofe de plus
éclatant ; mais ils font plus périffables
& bien moins étendus que ceux des
Lettres. Les unes & les autres doivent
donc fe prêter un mutuel fecours pour
un devoir auffi refpectable.
Ainfi loin de déférer au fentiment de
ceux qui croiroient que les écrivains ne
doivent point traiter de ce qui concer
-ne les Arts , il faut au contraire con
ferver, & même avec détails , dans tous
les Faftes littéraires, la gloire de leurs productions.
>
com-
D'après nos principes invariables , on
ne doit pas compter que nous foions.
jamais , dans nos obfervations
plices de la jaloufie des concurrens , de
la maligne caufticité de quelques uns
des Spectateurs , ou des fauffes façons
de voir de quelques autres : mais on ne
doit pas non plus s'attendre de notre
part , à des éloges indiftinctement prodigués
à la prévention ou même à la célébrité
des plus illuftres Artiſtes ; ainf
I iy
200 MERCURE DE FRANCE.
qu'aux prétentions fans bornes de l'amour-
propre .
Nous ferons en forte de donner une
idée auffi exacte.qu'il eft poffible de
ces précieuſes productions , à ceux de
nos Lecteurs qui ne font pas à portée de
les connoître par leurs propres yeux ; en
même temps , de guider & de fixer l'attention
de ceux qui partagent avec nous
le plaifir de ce Spectacle , fur les parties
que nous croirons qui diftinguent le
mérite de chaque ouvrage en particu
lier. Quant aux défauts réels , ( triſte
condition impofée à tout ouvrage hu
main ! ) fans les avoir indiqués par nos
obfervations , ceux qui auront vû le Salon
ne les auront que trop remarqués
eux-mêmes , & il doit être indifférent
aux autres d'en être informés par la voie
d'une critique amére. D'ailleurs il y a
toujours entre la fagacité du Lecteur
intelligent & la prudence de l'Ecrivain
moderé , un chiffre de correfpondance
qui eft fuffifamment intelligible .
Nous croyons n'avoir pas d'ordre
plus naturel à fuivre dans le compte
que nous allons rendre , que celui du
Catalogue imprimé , qui fe débite &
qui eft en même temps celui des rangs
académiques de tous les Artiftes qui
vi I
SEPTEMBRE . 1763. 201
ont contribué à enrichir cette expofition
publique .
M. CARLE VANLOO , premier Peintre
du Roi , a expofé plufieurs Tableaux.
On peut remarquer dans celui
des Grâces ( a ) enchaînées par l'Amour,
les efforts d'un grandPeintre , déja fi juftement
célébre par la beauté de fon coloris,
pour le monter(en s'exprimant felon l'art)
aun ton encore plus élevé & répondre par
là au voeu de plufieurs Connoiffeurs qui
fe plaignoient depuis quelque temps de
ce que ce ton paroiffoit en général s'être
un peu affoibli dans notre Ecole. Ce
Peintre a toujours confervé cependant
cette fraîcheur , cette fonte & cette forte
d'aménité qui caractériſent fon pinceau ,
même dans les plus fortes expreffions.
Il y a de belles maffes de lumières.
dans fon Tableau ; & l'Auteur a placé
ingénieufement un rideau qui en procu
rant d'autres belles maffes d'ombres, don
ne un effet très-piquant à fes trois figur
res , lefquelles fans ce moyen , auroient
pû devenir monotones par l'égalité des
tons dans les carnations . C'eft particu
(b) Tableau de pieds 6 pouces de haup
fur 6 pieds 3 pouces de large. Ce Tableau et
pour la Pologne.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
liérement dans ces effets en Peinture,
que ceux qui ne font pas attention aur
moyens propres de cet Art, devroient
être fort circonfpects à prononcer ſu
ce qu'ils croyent être en droit de juger
par rapport aux imitations de la Nature
Entre ces trois Figures des Grâces, celle
du milieu ſe diſtingue par la beauté des
proportions & par l'élégante manièr
dont elle eft deffinée .
par
On doit fçavoir gré auffi à M. Van
loo , du moyen agréable dont il s'ef:
fervi
,, pour voiler les mains de l'Amour
même , ce que la décence ne permettoit
pas d'offrir aux yeux , en difpo
fant adroitement les guirlandes dont cet
Amour enchaîne les Graces.
J
Dans un autre Tableau du même Auteur
, de trois pieds huit pouces de largeur
fur deux pieds fept pouces de hau
teur appartenant à M. le Marquis de
Marigny , l'invention allégorique &
l'exécution pittorefque fe difputent d'a
grément. Il repréfente le Dieu Cupidon,
ou un principal Amour commandant
l'exercice militaire à une troupe d'au
tres Amours placés en ligne, & en face de
lui , vus prefque de profil par le Spec
tateur. Ils font en cuiraffe, à la françoife,
Les ailes paffant à travers & le cafque
SEPTEMBRE . 1763. 203
en tête ; ils ont des fournimens , pareils
à ceux de nos troupes , fur lefquels eft
empreinte la figure d'un coeur.Cette trou
pe eft armée de fufils la bayonnette
au bout , & l'inftant de l'exercice dans
le tableau , eft celui où l'on préfente
dles armes . Un autre troupe d'Amours
armés de fabres , vêtus & coiffés en huffards
, avance de face au Spectateur fur
" un plan inférieur & plus éloigné que la
première troupe . Derriere le principal
Amour , il y en a d'autres en différentes
attitudes & tous occupés relativement
au fujet du tableau , dont le fond orné
d'un fort joli temple , produit un afpect
riche & agréable .
"
On remarque , avec plaifir , que le
Peintre s'eft attaché à répandre fur le
Chef des Amours un éclat qui le diftingue
& en défigne très - bien la fupériorité.
A l'égard des autres , fi notre
imagination conçoit les Amours comme
des Divinités , pour ainfi dire , d'une
même famille & d'une même forte de
beauté , feroit-on en droit de leur reprocher
un peu de conformité dans les
caractères de tête ?
. On voit auffi de M. VANLOO un
Tableau ovale peint en cire , repréſentant
à mi- corps , la Veftale qui porte
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE .
dans un crible l'eau du Tibre pour
prouver fon innocence. Cette figure
-vêtue en blanc eft d'un beau caractère
qui indique l'action merveilleuſe du
Sujet. (c )
Il y a auffi du même Auteur deux
petites Têtes peintes en cire , dont on
-ne peut trop louer l'agrément.
Loin que ce foit par refpe&t feulement
pour l'âge de M. Reftout , ancien Directeur
, c'eft par le mérite très-réel de
fes admirables ouvrages , que nous
avons été entraînés , pour ainfi dire, avec
fes Confrères & tous les Connoiffeurs,
à leur rendre un hommage qui n'eft
pas éloigné de la vénération .
Le premier de ces ouvrages , eft un
fort grand Tableau , pour le Roi , deſtiné
à être exécuté en tapifferie dans la Manufacture
des Gobelins. Il repréſente
Orphée defcendu aux enfers pour en
arracher Eurydice. Pluton & Proferpine
affis fur l'entrée d'une caverne , fermée
par de forts grillages , entre le Ténare &
les Champs Elyfées , font accompagnés
des trois Juges des Enfers. Les Parques
font groupées dans le bas. En devant
on voit Eurydice entre les mains d'un
(c) Ce Tableau eft du Cabinet de Madame
de Pompadour.
SEPTEMBRE . 1763. 20$
·
Miniftre infernal fous la forme d'un
Spectre aîlé ; Orphée eft derriere elle ,
touchant fa lyre.
Le deuxième repréfente le repas donné
par Afuerus , aux Grands de fon
Royaume. On ne fçauroit affez applaudir
à la manière ingénieufe & fça-
-vante de la compofition de ce Sujet ,
dans une forme auffi ingratte que celle
d'un demi- ceintre , évidé dans la partie
inférieure , pour l'ouverture d'une porte,
& en tout abfolument pareil à la forme
d'éventail .
Le Sujet du troifiéme , de fept pieds
fept pouces de large fur neuf pieds de
haut , eft l'évanouiffement d'Efther en
approchant du Trône dAffuerus ( d) .
On ne peut trop inviter le Public à
reconnoître dans les nouvelles productions
de ce grand Maître , des beautés
que l'on feroit peut - être fondé à dire
qui le rendent aujourd'hui prèfque fupérieur
à lui-même, dans les plus beaux
jours de fon âge, & de fes talens . On
convient généralement qu'il réunit dans
ces trois Tableaux , au plus grand degré
de perfection , ce qui a toujours caracté
rifé fon grand talent. La plus belle &
( d ) Ces deux derniers Tableaux font pour la
maifon des Feuillans , rue Saint- Honoré,
266 MÈRCURE DE FRANCE.
•
tout
la plus grande harmonie dans tous les
effets de ces Tableaux les rendent d'une
jufteffe & d'une vérité qui fatisfont également
les yeux & le jugement . Les pofitions
des plans y font fi juftes , & fi
vraies, qu'à l'aide du parfait accord dans
le coloris , tout eft diftin&t
eft à fa véritable place , & tout eft cependant
uni & , pour ainfi dire, enchaîné
enfemble, par le grand art de cette harmonie
pittorefque. En un mot ,
Peintre aura la gloire d'avoir laiffé à
notre Ecole , les modéles des plus beaux
principes de compofition & des plus
juftes effets du coloris.
T
"
ce
'N. B. Les bornes de ce Journal obligent
à remettre la fuite de cette def
cription au prochain Mercure. Mais
pour fatisfaire fur cela le jufte empreffement
des Lecteurs , on la diftribuera
, féparément en entier dans l
courant de ce mois par une Brochure
d'extraordinaire, qui fe trouvera au Bureau
du Mercure , rue Ste Anne
chez les Libraires accoutumés.
Fermer
565
p. 73
AUTRE.
Début :
Absent de l'objet que j'aime, [...]
Mots clefs :
Portrait d'une maîtresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE. *
A BSENT BSENT de l'objet que j'aime ,
Lui feul calme mon ennui.
Il eft plus beau que l'Amour même ;
Mais elle eft plus belle que lui.
A BSENT BSENT de l'objet que j'aime ,
Lui feul calme mon ennui.
Il eft plus beau que l'Amour même ;
Mais elle eft plus belle que lui.
Fermer
566
p. 112-115
PRIX proposé par l'Académie des Sciences, Belles-Lettres, & Arts de LYON, pour l'Année 1765.
Début :
L'ACADÉMIE des Sciences, Belles-Lettres, & Arts de Lyon, propose pour [...]
Mots clefs :
Prix des arts, Cuir, Soldats romains, Impénétrabilité, Devise, Médailles d'or
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie des Sciences, Belles-Lettres, & Arts de LYON, pour l'Année 1765.
PRIX propofé par l'Académie des
Sciences , Belles- Lettres , & Arts de
LYON , pour 1 Année 1765.
L'ACADEMIE
'ACADÉMIE des Sciences , BellesOCTOBRE.
1763 . 113
Lettres , & Arts de Lyon , propoſe pour
le Prix des Arts fondé par M. Chriftin ,
qui fera diftribué à la Saint Louis 1765 ,
le Sujet fuivant : Trouver le moyen de
durcir le Cuir , & de lui donner une
Sorte de trempe qui le rende impénétrable
aux balles de moufquet , & aux atteintes
du fer le plus tranchant & le plus
affilé.
Quelques Auteurs rapportent que les
Soldats Romains s'armoient de larges
bandes de Cuir pour fe mettre à l'abri
des traits. On prétend auffi que les
Péruviens avoient le fecret de prépa
rer le Cuir pour lui donner cette impénétrabilité.
Quoiqu'il en foit de ces
faits hiftoriques , l'Académie fachant
que les Cuirs de France font très - inférieurs
à ceux de quelques pays Etrangers
, demande qu'on effaie d'apprêter
les Cuirs pour les rendre propres à
faire des armures , & à fervir à plufieurs
autres ufages.
Toutes personnes pourront aſpirer à
ce Prix. Il n'y aura d'exception que
pour les Membres de l'Académie , tels
que les Académiciens ordinaires & les
Vétérans. Les Affociés réfidant hors de
Lyon auront la liberté d'y concourir.
Ceux qui enverront des Mémoires ,
114 MERCURE DE FRANCE.
font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'une manière lifible.
Les Auteurs mettront une deviſe à
la tête de leurs Ouvrages. Ils y joindront
un Billet cacheté , qui contiendra
la même devife , avec leurs nom , demeure
& qualités . La Piéce qui aura
remporté le Prix , fera la feule dont
le Billet fera ouvert.
On n'admettra point au concours les
Mémoires dont les Auteurs fe feront
fait connoître , directement ou indirectement
, avant la décifion .
Les Ouvrages feront adreffés francs
de port à Lyon .
Chez M. Bollioud Mermet , Secrétaire
perpétuel de l'Académie pour la claffe
des Sciences , rue du Plat.
Ou chez M. le Préfident de Fleurieu ,
Secrétaire perpétuel pour la claffe des
Belles- Lettres , rue Boiffac.
Ou chez Aimé de la Roche , Imprimeur
de l'Académie , aux Halles de la
Grenette .
Aucun Ouvrage ne fera reçu après le
premier Avril 1765. L'Académie dans
fon Affemblée publique , qui fuivra immédiatement
la fête de S. Louis , proclamera
la Piéce qui aura mérité les
fuffrages.
OCTOBRE . 1763. IIS
Le prix eft une Médaille d'or , de la
valeur de 300 liv . Elle fera donnée à
celui qui , au jugement de l'Académie ,
aura fait le meilleur Mémoire fur le
Sujet propofé .
Cette Médaille fera délivrée à l'Auteur
même , qui fe fera connoître , ou
au porteur d'une procuration de fa
part , dreffée en bonne forme.
Sciences , Belles- Lettres , & Arts de
LYON , pour 1 Année 1765.
L'ACADEMIE
'ACADÉMIE des Sciences , BellesOCTOBRE.
1763 . 113
Lettres , & Arts de Lyon , propoſe pour
le Prix des Arts fondé par M. Chriftin ,
qui fera diftribué à la Saint Louis 1765 ,
le Sujet fuivant : Trouver le moyen de
durcir le Cuir , & de lui donner une
Sorte de trempe qui le rende impénétrable
aux balles de moufquet , & aux atteintes
du fer le plus tranchant & le plus
affilé.
Quelques Auteurs rapportent que les
Soldats Romains s'armoient de larges
bandes de Cuir pour fe mettre à l'abri
des traits. On prétend auffi que les
Péruviens avoient le fecret de prépa
rer le Cuir pour lui donner cette impénétrabilité.
Quoiqu'il en foit de ces
faits hiftoriques , l'Académie fachant
que les Cuirs de France font très - inférieurs
à ceux de quelques pays Etrangers
, demande qu'on effaie d'apprêter
les Cuirs pour les rendre propres à
faire des armures , & à fervir à plufieurs
autres ufages.
Toutes personnes pourront aſpirer à
ce Prix. Il n'y aura d'exception que
pour les Membres de l'Académie , tels
que les Académiciens ordinaires & les
Vétérans. Les Affociés réfidant hors de
Lyon auront la liberté d'y concourir.
Ceux qui enverront des Mémoires ,
114 MERCURE DE FRANCE.
font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'une manière lifible.
Les Auteurs mettront une deviſe à
la tête de leurs Ouvrages. Ils y joindront
un Billet cacheté , qui contiendra
la même devife , avec leurs nom , demeure
& qualités . La Piéce qui aura
remporté le Prix , fera la feule dont
le Billet fera ouvert.
On n'admettra point au concours les
Mémoires dont les Auteurs fe feront
fait connoître , directement ou indirectement
, avant la décifion .
Les Ouvrages feront adreffés francs
de port à Lyon .
Chez M. Bollioud Mermet , Secrétaire
perpétuel de l'Académie pour la claffe
des Sciences , rue du Plat.
Ou chez M. le Préfident de Fleurieu ,
Secrétaire perpétuel pour la claffe des
Belles- Lettres , rue Boiffac.
Ou chez Aimé de la Roche , Imprimeur
de l'Académie , aux Halles de la
Grenette .
Aucun Ouvrage ne fera reçu après le
premier Avril 1765. L'Académie dans
fon Affemblée publique , qui fuivra immédiatement
la fête de S. Louis , proclamera
la Piéce qui aura mérité les
fuffrages.
OCTOBRE . 1763. IIS
Le prix eft une Médaille d'or , de la
valeur de 300 liv . Elle fera donnée à
celui qui , au jugement de l'Académie ,
aura fait le meilleur Mémoire fur le
Sujet propofé .
Cette Médaille fera délivrée à l'Auteur
même , qui fe fera connoître , ou
au porteur d'une procuration de fa
part , dreffée en bonne forme.
Fermer
567
p. 180
GRAVURE.
Début :
LES BERGERS ROMAINS, Estampe gravée par M. le Veau, d'après le Tableau [...]
Mots clefs :
Bergers, Gravure, Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
L
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
ES BERGERS ROMAINS , Eftampe
gravée par M. le Veau , d'après le Tableau
de M. Mettay , fe débite avantageufement
chez le fieur Bafan , rue du
Foin.
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
ES BERGERS ROMAINS , Eftampe
gravée par M. le Veau , d'après le Tableau
de M. Mettay , fe débite avantageufement
chez le fieur Bafan , rue du
Foin.
Fermer
568
p. 182-193
SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
Début :
QUELQUES éloges qu'on ait dûs aux précédens Ouvrages de M. Michel Vanloo [...]
Mots clefs :
Tableau, Peintre, Public, Salon, Ouvrage, Louvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
SUITE de la Defcription * des Tableaux
expofés au Sallon du Louvre.
M. MICHEL VANLOO.
QUELQUES UELQUES éloges qu'on ait dûs aux
précédens Ouvrages de M. Michel Vanloo
, ils ne fuffiroient pas pour le plus
beau de fes Tableaux dont nous avons
particuliérement à parler cette année.
Il s'y eft repréſenté lui - même affis devant
un chevalet , fur lequel eft pofé le
* N. B. Le fupplément de frais qu'exige cette
Defcription , difpenferoitt de l'inférer dans le Mercure
ordinaire. Mais la confidération que l'on a
pour les Abonnés nous a engagés à la faire réim
primer dans les volumes des mois . Ceux qui defireront
l'avoirraffemblée en une feule Brochure & en
entier, la trouveront au Bureau du Mercure &
chez les Libraires. Le prix eft de 12.f.
OCTOBRE. 1763. 183
portrait de fon père , qui fait l'objet de
fon travail. Sa foeur eft debout , derrière
fon fiége , examinant fon ouvrage. Les
pofitions de ces deux Figures font fi faciles
& dans une fi noble fimplicité ,
que l'on peut en regarder la repréfentation
comme une de ces heureuſes circonſtances
, où l'Art a fi bien mis tous
fes efforts fur le compte de la Nature ,
qu'on ne foupçonneroit pas qu'il lui en
eût couté aucuns . ( a )
Toutes les vérités poffibles , celles
même qu'à peine on oferoit exiger de
la Peinture , frappent également dans ce
Tableau . La vérité de reffemblance dans
les têtes eft d'une fidélité la plus exacte
& ne laiffe rien à defirer ni à chercher ;
celle du coloris dans les étoffes , dans
les carnations , dans les divers effets de
toutes les parties , ainfi que dans la jufteffe
des plans, opére un preftige illufoire
pour les yeux les plus accoutumés à la
magie de la Peinture . En un mot , on
s'accorde à dire que cet Ouvrage eft
moins un Tableau que la réalité même
de ce qu'il repréfente. Il y a du même
Peintre plufieurs autres Portraits en
bufte de différentes perfonnes. Ils por-
( a)Ce Tableau a 7 pieds de haut furs de
largeur.
184 MERCURE DE FRANCE.
tent tous le caractère de vérité & la même
beauté de ce qu'en langage d'Artiſte
on nomme le faire.
M. BOUCHER.
Nous avons encore à regretter M.
Boucher dans cette expofition , par le
peu d'Ouvrages qu'on y voit de lui. Un
très-petit Tableau repréfentant un ſommeil
de l'Enfant Jefus , dans lequel on
retrouve l'agrément qui caractériſe fon
pinceau ; un autre plus petit encore ,
mais charmant & précieux , contenant
une partie de Payfage ; un troifiéme de
moyenne grandeur , où l'on voit, dans un
bocage agréable, un Berger endormi fur
les genoux de fa Bergère, font les feules
productions dont cer aimable Génie ait
fait part au Public dans le Sallon ( b )
M. JEAURAT.
M.Jeaurat, en poffeffion d'attirer & de
fixer l'attention de la multitude , par la repréfentation
naïve de diverfes fcènes, ou
populaires ou domeftiques , n'a offert à
l'amufement du Public cette année
que deux Tableaux de ce genre. L'un
(b) Le premier de ces Tableaux a 2 pieds
fur un .
OCTOBRE. 1763 . 185
repréſente un Peintre dans fon cabinet ,
faifant le portrait d'une jeune Dame. Le
Sujet de l'autre est tiré d'un Conte
de feu M. Vadé , intitulé les Citrons de
Javotte.
M. PIERRE .
Entre autres Tableaux de M. Pierre
nous nous arrêterons fur celui qui eft
destiné à être exécuté en tapifferie à la
Manufacture Royale des Gobelins . Le
Sujet eft la métamorphofe d'Aglaure en
pierre , pour avoir voulu empêcher
Mercure d'entrer chez fa foeur Herfé
dont ce Dieu étoit amoureux. Ce Tableau
eft d'une fort belle entente &
d'une fçavante compofition .Tous les perfonnages
y ont une expreffion jufte , relative
au Sujet & conforme àla paffion
dont ils doivent être affectés . Les Plans
jouent ( fi l'on peut ufer de cette expreffion
) dans un fite convenable , &
font très - diftincts par leurs effets ,
chacun felon fon afpect naturel . Il
feroit peut - être à defirer que ce Tableau
eût été placé dans une autre pofition
que celle où il eft vu au Sallon ,
parce que la lumière gliffant de côté , altére
les effets du coloris relativement
au jour pour lequel il a été fait ; & par
186 MERCURE DE FRANCE.
2
là les effets ne doivent plus être les
mêmes qu'ils auront paru dans le Cabinet
de l'Auteur . D'ailleurs , il eſt à
obferver que deſtiné , comme on l'a
déjà dit , à l'exécution en tapiſſerie
cet ouvrage doit être confidéré fous ce
point de vue. On fçait combien ce Maître
a donné de preuves de fon intelligence
dans ce que la Peinture peut procu
rer d'officieux à la Fabrique de la Tapifferie
, & les fuccès en font garants.
Ainfi les motifs qui dirigent fa manière
dans ces fortes de Tableaux , doivent
entrer en confidération dans les jugemens
qu'on en porte & déterminer à
la juftice légitimement due aux grands
talens du Peintre .
Une Mère qui s'eft poignardée de
douleur après le meurtre de fon fils
dans le maffacre des Innocens offre
un fpectacle d'horreur & de pitié dans
un autre Tableau de M. Pierre . Ces
fortes d'objets , fur lefquels le Public
qui ne cherche que l'amufement , évite
d'arrêter long-temps fes regards ,
peuvent attendre des fuffrages que des.
Maîtres ou des Connoiffeurs de l'Art ;
il fort peu d'ouvrages des mains de ce
Peintre qui n'ayent des Titres fùrs pour
en mériter. On voit auffi de lui un
ouvrage d'un genre différent , c'eſt une
ne
OCTOBRE. 1763. 187
Bacchante endormie. On doit trouver
à applaudir dans toutes les productions
des Maîtres qui connoiffent auffi bien
les grands principes de l'Art.
M. NATTIER.
M. Nattier , célébre dans l'Art de
prêter des graces à la Nature fans la
faire méconnoître , n'a pas eu befoin de
ce talent pour nous conferver l'image
d'une femme que la mort lui a enlevée
il y a plufieurs années , & dans la perte
de laquelle tous ceux qui la connoif-
Dient ont eu à regretter encore plus
les charmes de l'efprit que ceux de la
gure. Le Tableau qui contient le Portrait
de feue Madame Nattier , dans le
plus bel âge , celui de l'Auteur & des
enfans très jeunes qu'il avoit alors ,
qui paroît par là avoir été fait , ou au
moins commencé il y a long-temps ,
eft le feul de ce Peintre que l'on ait expofé
au Sallon . Son âge & les infirmités
qui l'accompagnent ordinairement ,
ne le difpenfent que trop de concourir
avec de plus jeunes Emules. On doit lui
tenir compte aujourd'hui , de fes travaux
paffés & du fuccès qu'ils ont
eus. ( c)
-
( c ) Ce Tableau eft des pieds s pouces de
Largeur fur 4 pieds 10 pouces de hauteur.
188 MERCURE DE FRANCE .
M. HALLÉ.
Plufieurs Tableaux de M. Hallé , expofés
cette année, font honneur aux talens
de ce Peintre . Nous ne parlerons
que du plus apparent par fon étendue :
le Sujet eft Abraham ( d ) recevant les
Anges qui lui annoncent la féconditéde
Sara. On remarque avec de très-juftes
éloges dans ce Tableau , ainfi
que dans
tous les autres du même Peintre un
fort beau genre de compofition , dans
le noble & dans la manière qui mérite
le plus de confidération des Connoif
feurs ; de l'accord & de l'entente dans
les couleurs. Si nous n'entrons pas dans
plus de détails fur les productions de
cet Artifte , c'est bien moins faute de
chofes avantageufes à y faire remarquer,
que faute d'efpace & de temps , par
les bornes que nous avons dû nous impofer
pour cette Deſcription .
M. VIEN.
Les Ouvrages de M. Vien fe diftin
guent au Sallon par une rigoureuſe imitation
de l'Antique. Il en avoit précé-
( d ) 8 pieds de largeur fur 2 pieds, 8 pouces
de hauteur.
OCTOBRE. 1763. 189
demment montré quelques effais ; il
femble avoir totalement & exclufivement
adopté ce genre , au moins à
cette expofition . Une grande fimplicité
ans les pofitions des figures pièfque
roites & fans mouvement , très - peu
e draperies , communément affez mines
, fans jeu & pour ainfi dire collées
ur le nud ; une févère fobriété dans les
ornemens acceffoires , voilà , comme
' on fçait , ce qui caractériſe particuliérement
l'Antique. Si tant d'austérité
peut quelquefois , même en Sculpture ,
aroître à des yeux vulgaires une indirence
froide & infipide , fera-t- elle en
' einture un mérite réel & un moyen
éceffaire à la perfection de notre Ecoe
? C'eft une difcuffion dans laquelle il
e nous appartient pas d'entrer. Des
Connoiffeurs plus éclairés que nous, ont
enfé apparemment que cette méthode
ce genie de goût auroient des avanges.
Il eft certain au moins , & le
ablic le penfera comme nous , que
e n'eft ni par caprice , ni affurément
ir impuiffance de talent dans d'autres
enres , que M, Vien ne préfente auburd'hui
que celui- ci à notre curiofité,
Dans le cas où il feroit décidé que ce
genre porteroit l'Art à de nouveaux pro-
1
190 MERCURE DE FRANCE .
grès , il faudroit louer le courageux défintéreffement
de facrifier le nombre
des fuffrages au poids de leur valeur.
On inféreroit injuftement de là , qu'aucun
des Ouvrages expofés par M. Vien
n'occupe agréablement les regards du
Public. On ne peut au contraire fe refufer
au fentiment agréable qu'infpire
entr'autres la tendre & naïve expreffion
d'une jeune Fille qui va préfenter une
offrande au Temple de Vénus . Les grâces
touchantes des prémices du coeur y
font mariées avec la timidité de la Pudeur.
On eſt affecté d'un Tableau piquant
, où la Nature fans voiles , dans
une attitude fort fimple , mais fouple &
gracieuſe , attire , flatte & rappelle nos
regards. Ce Tableau offre l'image d'une
Femme fortant du bain & fervie par une
Efclave. Il régne fur la principale Figure
un bel effet de lumière qui donne de
l'éclat à la carnation , & le deffein nous
en a paru affez correct & affez élégant
pour plaire autant aux Amateurs des
moyens pratiques de l'Art , qu'à ceux
qui n'en jugent que par les effets .
Deux repréſentations différentes de
la belle Glycère , qui vendoit des couronnes
de fleurs aux portes des Temples
d'Athénes, peuvent être fort agréa
OCTOBRE . 1763. 191
bles pour les Curieux de l'Antiquité.
Un autre Tableau , de forme différente,
dans lequel le Peintre a très- bien rendu
la vérité gracieufe & naïve d'une
jolie Femme arrofant un pot de fleurs
eft encore très -digne de l'attention du
Public . Mais celui qui en eft le plus
remarqué, eft un Tableau dont le Peintre
a emprunté le Sujet d'une Peinture
confervée dans les ruines d'Herculanum.
Il eft intitulé dans le livre d'explication
, la Marchande à la toilette.
Cette Marchande eft une espéce d'Efclave
qui préfente à une jeune Grecque
, affife près d'une table antique
un petit Amour qu'elle tient par les
ailerons ; à-peu- près comme les Marchands
de volailles vivantes préfentent
leurs marchandifes. Un pannier dans
lequel font d'autres petits enfans ailés
de même nature , indique qu'elle en a
forti celui qu'elle offre pour montre.
Indépendament de la fingularité de cette
compofition , les Connoiffeurs trouvent
dans l'ouvrage beaucoup de chofes
à remarquer à l'avantage du Peintre
moderne.
Il y a des beautés à louer dans
deux autres Tableaux du même Auteur.
Proferpine , ornant de fleurs le Buſte
192 MERCURE DE FKANCE .
de Cérès , & une Prêtreffe qui brule
de l'encens fur un trépied .
Il eft certain que dans chaque production
des Anciens en Sculpture ou
en Peinture , on reconnoît toujours les
traces d'un modéle commun à tous ,
& ce modéle étoit le beau idéal : il en
réfulte pour nous , plus amateurs de la
variété , une conformité que nous devons
taxer de monotonie. Ĉe feroit donc
un mérite dont on fçauroit gré à leurs
imitateurs , que de fervir notre goût pour
la variété , fans néanmoins s'écarter
du fond de leurs principes ; c'est ce
que doit faire tout Artifte qui entreprend
de fuivre ces modéles. Quant à la
préférence que peut mériter cette imitation
, tout fe réduit à fçavoir fi le peu
qui nous refte des Peintures de l'Antiquité
, abftraction faite de l'exactitude
du Coftume , procure à l'Art des exemples
dont il puiffe s'enrichir & qui doivent
l'emporter fur ceux que nous ont
laiffés les plus grands Maîtres de nos
Ecoles modernes depuis Raphaël jufqu'à
ceux de nos jours ? C'eft une
queftion que nous croyons prudent à
nous de réduire en problême , plus prudent
encore de n'en pas hazarder la
folution , & que chacun eft en état de
réfoudre
OCTOBRE. 1763 : 1931
réfoudre. Il nous feroit difficile cependant
de diffimuler les regrets que nous
avons entendus faire de plufieurs côtés,
für ce que fait perdre aux Curieux,dansle
ftyle naturel de notre Ecole , pour
lequel M. Vien a des talens fi précieux , +
l'attachement & l'application qu'il paroît
vouer depuis quelque temps a ce
ftyle antique , que plufieurs d'entreles
Amateurs pourroient bien ne pas
eftimer autant les uns que les autres
, & dont il eft affez évidemment
prouvé que le général du Public difpenferoit
volontiers nos Artiftes,
•
La fuite au Mercure prochain.
expofés au Sallon du Louvre.
M. MICHEL VANLOO.
QUELQUES UELQUES éloges qu'on ait dûs aux
précédens Ouvrages de M. Michel Vanloo
, ils ne fuffiroient pas pour le plus
beau de fes Tableaux dont nous avons
particuliérement à parler cette année.
Il s'y eft repréſenté lui - même affis devant
un chevalet , fur lequel eft pofé le
* N. B. Le fupplément de frais qu'exige cette
Defcription , difpenferoitt de l'inférer dans le Mercure
ordinaire. Mais la confidération que l'on a
pour les Abonnés nous a engagés à la faire réim
primer dans les volumes des mois . Ceux qui defireront
l'avoirraffemblée en une feule Brochure & en
entier, la trouveront au Bureau du Mercure &
chez les Libraires. Le prix eft de 12.f.
OCTOBRE. 1763. 183
portrait de fon père , qui fait l'objet de
fon travail. Sa foeur eft debout , derrière
fon fiége , examinant fon ouvrage. Les
pofitions de ces deux Figures font fi faciles
& dans une fi noble fimplicité ,
que l'on peut en regarder la repréfentation
comme une de ces heureuſes circonſtances
, où l'Art a fi bien mis tous
fes efforts fur le compte de la Nature ,
qu'on ne foupçonneroit pas qu'il lui en
eût couté aucuns . ( a )
Toutes les vérités poffibles , celles
même qu'à peine on oferoit exiger de
la Peinture , frappent également dans ce
Tableau . La vérité de reffemblance dans
les têtes eft d'une fidélité la plus exacte
& ne laiffe rien à defirer ni à chercher ;
celle du coloris dans les étoffes , dans
les carnations , dans les divers effets de
toutes les parties , ainfi que dans la jufteffe
des plans, opére un preftige illufoire
pour les yeux les plus accoutumés à la
magie de la Peinture . En un mot , on
s'accorde à dire que cet Ouvrage eft
moins un Tableau que la réalité même
de ce qu'il repréfente. Il y a du même
Peintre plufieurs autres Portraits en
bufte de différentes perfonnes. Ils por-
( a)Ce Tableau a 7 pieds de haut furs de
largeur.
184 MERCURE DE FRANCE.
tent tous le caractère de vérité & la même
beauté de ce qu'en langage d'Artiſte
on nomme le faire.
M. BOUCHER.
Nous avons encore à regretter M.
Boucher dans cette expofition , par le
peu d'Ouvrages qu'on y voit de lui. Un
très-petit Tableau repréfentant un ſommeil
de l'Enfant Jefus , dans lequel on
retrouve l'agrément qui caractériſe fon
pinceau ; un autre plus petit encore ,
mais charmant & précieux , contenant
une partie de Payfage ; un troifiéme de
moyenne grandeur , où l'on voit, dans un
bocage agréable, un Berger endormi fur
les genoux de fa Bergère, font les feules
productions dont cer aimable Génie ait
fait part au Public dans le Sallon ( b )
M. JEAURAT.
M.Jeaurat, en poffeffion d'attirer & de
fixer l'attention de la multitude , par la repréfentation
naïve de diverfes fcènes, ou
populaires ou domeftiques , n'a offert à
l'amufement du Public cette année
que deux Tableaux de ce genre. L'un
(b) Le premier de ces Tableaux a 2 pieds
fur un .
OCTOBRE. 1763 . 185
repréſente un Peintre dans fon cabinet ,
faifant le portrait d'une jeune Dame. Le
Sujet de l'autre est tiré d'un Conte
de feu M. Vadé , intitulé les Citrons de
Javotte.
M. PIERRE .
Entre autres Tableaux de M. Pierre
nous nous arrêterons fur celui qui eft
destiné à être exécuté en tapifferie à la
Manufacture Royale des Gobelins . Le
Sujet eft la métamorphofe d'Aglaure en
pierre , pour avoir voulu empêcher
Mercure d'entrer chez fa foeur Herfé
dont ce Dieu étoit amoureux. Ce Tableau
eft d'une fort belle entente &
d'une fçavante compofition .Tous les perfonnages
y ont une expreffion jufte , relative
au Sujet & conforme àla paffion
dont ils doivent être affectés . Les Plans
jouent ( fi l'on peut ufer de cette expreffion
) dans un fite convenable , &
font très - diftincts par leurs effets ,
chacun felon fon afpect naturel . Il
feroit peut - être à defirer que ce Tableau
eût été placé dans une autre pofition
que celle où il eft vu au Sallon ,
parce que la lumière gliffant de côté , altére
les effets du coloris relativement
au jour pour lequel il a été fait ; & par
186 MERCURE DE FRANCE.
2
là les effets ne doivent plus être les
mêmes qu'ils auront paru dans le Cabinet
de l'Auteur . D'ailleurs , il eſt à
obferver que deſtiné , comme on l'a
déjà dit , à l'exécution en tapiſſerie
cet ouvrage doit être confidéré fous ce
point de vue. On fçait combien ce Maître
a donné de preuves de fon intelligence
dans ce que la Peinture peut procu
rer d'officieux à la Fabrique de la Tapifferie
, & les fuccès en font garants.
Ainfi les motifs qui dirigent fa manière
dans ces fortes de Tableaux , doivent
entrer en confidération dans les jugemens
qu'on en porte & déterminer à
la juftice légitimement due aux grands
talens du Peintre .
Une Mère qui s'eft poignardée de
douleur après le meurtre de fon fils
dans le maffacre des Innocens offre
un fpectacle d'horreur & de pitié dans
un autre Tableau de M. Pierre . Ces
fortes d'objets , fur lefquels le Public
qui ne cherche que l'amufement , évite
d'arrêter long-temps fes regards ,
peuvent attendre des fuffrages que des.
Maîtres ou des Connoiffeurs de l'Art ;
il fort peu d'ouvrages des mains de ce
Peintre qui n'ayent des Titres fùrs pour
en mériter. On voit auffi de lui un
ouvrage d'un genre différent , c'eſt une
ne
OCTOBRE. 1763. 187
Bacchante endormie. On doit trouver
à applaudir dans toutes les productions
des Maîtres qui connoiffent auffi bien
les grands principes de l'Art.
M. NATTIER.
M. Nattier , célébre dans l'Art de
prêter des graces à la Nature fans la
faire méconnoître , n'a pas eu befoin de
ce talent pour nous conferver l'image
d'une femme que la mort lui a enlevée
il y a plufieurs années , & dans la perte
de laquelle tous ceux qui la connoif-
Dient ont eu à regretter encore plus
les charmes de l'efprit que ceux de la
gure. Le Tableau qui contient le Portrait
de feue Madame Nattier , dans le
plus bel âge , celui de l'Auteur & des
enfans très jeunes qu'il avoit alors ,
qui paroît par là avoir été fait , ou au
moins commencé il y a long-temps ,
eft le feul de ce Peintre que l'on ait expofé
au Sallon . Son âge & les infirmités
qui l'accompagnent ordinairement ,
ne le difpenfent que trop de concourir
avec de plus jeunes Emules. On doit lui
tenir compte aujourd'hui , de fes travaux
paffés & du fuccès qu'ils ont
eus. ( c)
-
( c ) Ce Tableau eft des pieds s pouces de
Largeur fur 4 pieds 10 pouces de hauteur.
188 MERCURE DE FRANCE .
M. HALLÉ.
Plufieurs Tableaux de M. Hallé , expofés
cette année, font honneur aux talens
de ce Peintre . Nous ne parlerons
que du plus apparent par fon étendue :
le Sujet eft Abraham ( d ) recevant les
Anges qui lui annoncent la féconditéde
Sara. On remarque avec de très-juftes
éloges dans ce Tableau , ainfi
que dans
tous les autres du même Peintre un
fort beau genre de compofition , dans
le noble & dans la manière qui mérite
le plus de confidération des Connoif
feurs ; de l'accord & de l'entente dans
les couleurs. Si nous n'entrons pas dans
plus de détails fur les productions de
cet Artifte , c'est bien moins faute de
chofes avantageufes à y faire remarquer,
que faute d'efpace & de temps , par
les bornes que nous avons dû nous impofer
pour cette Deſcription .
M. VIEN.
Les Ouvrages de M. Vien fe diftin
guent au Sallon par une rigoureuſe imitation
de l'Antique. Il en avoit précé-
( d ) 8 pieds de largeur fur 2 pieds, 8 pouces
de hauteur.
OCTOBRE. 1763. 189
demment montré quelques effais ; il
femble avoir totalement & exclufivement
adopté ce genre , au moins à
cette expofition . Une grande fimplicité
ans les pofitions des figures pièfque
roites & fans mouvement , très - peu
e draperies , communément affez mines
, fans jeu & pour ainfi dire collées
ur le nud ; une févère fobriété dans les
ornemens acceffoires , voilà , comme
' on fçait , ce qui caractériſe particuliérement
l'Antique. Si tant d'austérité
peut quelquefois , même en Sculpture ,
aroître à des yeux vulgaires une indirence
froide & infipide , fera-t- elle en
' einture un mérite réel & un moyen
éceffaire à la perfection de notre Ecoe
? C'eft une difcuffion dans laquelle il
e nous appartient pas d'entrer. Des
Connoiffeurs plus éclairés que nous, ont
enfé apparemment que cette méthode
ce genie de goût auroient des avanges.
Il eft certain au moins , & le
ablic le penfera comme nous , que
e n'eft ni par caprice , ni affurément
ir impuiffance de talent dans d'autres
enres , que M, Vien ne préfente auburd'hui
que celui- ci à notre curiofité,
Dans le cas où il feroit décidé que ce
genre porteroit l'Art à de nouveaux pro-
1
190 MERCURE DE FRANCE .
grès , il faudroit louer le courageux défintéreffement
de facrifier le nombre
des fuffrages au poids de leur valeur.
On inféreroit injuftement de là , qu'aucun
des Ouvrages expofés par M. Vien
n'occupe agréablement les regards du
Public. On ne peut au contraire fe refufer
au fentiment agréable qu'infpire
entr'autres la tendre & naïve expreffion
d'une jeune Fille qui va préfenter une
offrande au Temple de Vénus . Les grâces
touchantes des prémices du coeur y
font mariées avec la timidité de la Pudeur.
On eſt affecté d'un Tableau piquant
, où la Nature fans voiles , dans
une attitude fort fimple , mais fouple &
gracieuſe , attire , flatte & rappelle nos
regards. Ce Tableau offre l'image d'une
Femme fortant du bain & fervie par une
Efclave. Il régne fur la principale Figure
un bel effet de lumière qui donne de
l'éclat à la carnation , & le deffein nous
en a paru affez correct & affez élégant
pour plaire autant aux Amateurs des
moyens pratiques de l'Art , qu'à ceux
qui n'en jugent que par les effets .
Deux repréſentations différentes de
la belle Glycère , qui vendoit des couronnes
de fleurs aux portes des Temples
d'Athénes, peuvent être fort agréa
OCTOBRE . 1763. 191
bles pour les Curieux de l'Antiquité.
Un autre Tableau , de forme différente,
dans lequel le Peintre a très- bien rendu
la vérité gracieufe & naïve d'une
jolie Femme arrofant un pot de fleurs
eft encore très -digne de l'attention du
Public . Mais celui qui en eft le plus
remarqué, eft un Tableau dont le Peintre
a emprunté le Sujet d'une Peinture
confervée dans les ruines d'Herculanum.
Il eft intitulé dans le livre d'explication
, la Marchande à la toilette.
Cette Marchande eft une espéce d'Efclave
qui préfente à une jeune Grecque
, affife près d'une table antique
un petit Amour qu'elle tient par les
ailerons ; à-peu- près comme les Marchands
de volailles vivantes préfentent
leurs marchandifes. Un pannier dans
lequel font d'autres petits enfans ailés
de même nature , indique qu'elle en a
forti celui qu'elle offre pour montre.
Indépendament de la fingularité de cette
compofition , les Connoiffeurs trouvent
dans l'ouvrage beaucoup de chofes
à remarquer à l'avantage du Peintre
moderne.
Il y a des beautés à louer dans
deux autres Tableaux du même Auteur.
Proferpine , ornant de fleurs le Buſte
192 MERCURE DE FKANCE .
de Cérès , & une Prêtreffe qui brule
de l'encens fur un trépied .
Il eft certain que dans chaque production
des Anciens en Sculpture ou
en Peinture , on reconnoît toujours les
traces d'un modéle commun à tous ,
& ce modéle étoit le beau idéal : il en
réfulte pour nous , plus amateurs de la
variété , une conformité que nous devons
taxer de monotonie. Ĉe feroit donc
un mérite dont on fçauroit gré à leurs
imitateurs , que de fervir notre goût pour
la variété , fans néanmoins s'écarter
du fond de leurs principes ; c'est ce
que doit faire tout Artifte qui entreprend
de fuivre ces modéles. Quant à la
préférence que peut mériter cette imitation
, tout fe réduit à fçavoir fi le peu
qui nous refte des Peintures de l'Antiquité
, abftraction faite de l'exactitude
du Coftume , procure à l'Art des exemples
dont il puiffe s'enrichir & qui doivent
l'emporter fur ceux que nous ont
laiffés les plus grands Maîtres de nos
Ecoles modernes depuis Raphaël jufqu'à
ceux de nos jours ? C'eft une
queftion que nous croyons prudent à
nous de réduire en problême , plus prudent
encore de n'en pas hazarder la
folution , & que chacun eft en état de
réfoudre
OCTOBRE. 1763 : 1931
réfoudre. Il nous feroit difficile cependant
de diffimuler les regrets que nous
avons entendus faire de plufieurs côtés,
für ce que fait perdre aux Curieux,dansle
ftyle naturel de notre Ecole , pour
lequel M. Vien a des talens fi précieux , +
l'attachement & l'application qu'il paroît
vouer depuis quelque temps a ce
ftyle antique , que plufieurs d'entreles
Amateurs pourroient bien ne pas
eftimer autant les uns que les autres
, & dont il eft affez évidemment
prouvé que le général du Public difpenferoit
volontiers nos Artiftes,
•
La fuite au Mercure prochain.
Fermer
569
p. 19
A M. FALCONET sur son Groupe de PIGMALION exposé cette année au Louvre.
Début :
EMULE de Pigmalion, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. FALCONET sur son Groupe de PIGMALION exposé cette année au Louvre.
A M. FALCONET fur fon Groupe de
PIGMALION expofé cette année au
Louvre.
•
EMULE MULB de Pigmalion ,
Falconet , rien ne te réfifte
Sur nous vois de ton art la tendre impreſſion ;
Entens les noms flatteurs prodigués à l'Artiſte !
Sous tes doigts , fans Vénus , le marbre eſt animé »
Il refpire , il fe meut , il paroît enflammé.
D'un talent plus qu'humain puiſſance peu commune
!
*
En fixant ta Statue , on s'écrie : en eft - ce une?
Par M, GUICHARD.
PIGMALION expofé cette année au
Louvre.
•
EMULE MULB de Pigmalion ,
Falconet , rien ne te réfifte
Sur nous vois de ton art la tendre impreſſion ;
Entens les noms flatteurs prodigués à l'Artiſte !
Sous tes doigts , fans Vénus , le marbre eſt animé »
Il refpire , il fe meut , il paroît enflammé.
D'un talent plus qu'humain puiſſance peu commune
!
*
En fixant ta Statue , on s'écrie : en eft - ce une?
Par M, GUICHARD.
Fermer
570
p. 175-176
GRAVURE.
Début :
LE Sieur J. J. FLIPART, Graveur du Roi, vient de mettre au jour le Portrait [...]
Mots clefs :
Portrait, Gravure, Dessein, Estampe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
E Sieur J. J. FLIPART , Graveur du
Roi , vient de mettre au jour le Portrait
de M. Greuze , d'après le deffein
original du même M. Greuze. Cette Eftampe
très- bien gravée , fe vend chez
le Sieur Flipart , & chez les Marchands
d'Eftampes. Le prix eft de 24 fols.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
Le Sr RIGAUD , Graveur des vues
des Maifons Royales , vient de joindre
à fon Recueil deux nouvelles vues du
Chateau de Berny , appartenant à S. A.
S. Monfeigneur le Comte de Clermont ,
Prince du Sang ; ce Recueil eft d'environ
cent trente vues toutes propres
pour l'Optique.
Il demeure toujours rue Saint Jacques
vis - à-vis le Collége du Pleffis , à Paris.
E Sieur J. J. FLIPART , Graveur du
Roi , vient de mettre au jour le Portrait
de M. Greuze , d'après le deffein
original du même M. Greuze. Cette Eftampe
très- bien gravée , fe vend chez
le Sieur Flipart , & chez les Marchands
d'Eftampes. Le prix eft de 24 fols.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
Le Sr RIGAUD , Graveur des vues
des Maifons Royales , vient de joindre
à fon Recueil deux nouvelles vues du
Chateau de Berny , appartenant à S. A.
S. Monfeigneur le Comte de Clermont ,
Prince du Sang ; ce Recueil eft d'environ
cent trente vues toutes propres
pour l'Optique.
Il demeure toujours rue Saint Jacques
vis - à-vis le Collége du Pleffis , à Paris.
Fermer
571
p. 182-209
SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
Début :
LES fruits heureux de l'émulation qui anime nos jeunes Maîtres, sont très sensibles [...]
Mots clefs :
Tableaux, Peintre, Ouvrages, Effets, Auteur, Parties
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
SUITE de la Defcription des Tableaux
expofés au Sallon du Louvre.
M. DE LA GRENÉE.
LES fruits heureux de l'émulation qui
anime nos jeunes Maîtres, font très -fenfibles
dans les Tableaux de M. de la
Grenée. Nous defirerions pouvoir en
donner aux Lecteurs une idée qui répondît
à ce qu'ils méritent , & à la fatisfaction
qu'ils donnent aux Connoiffeurs
. Nous croyons devoir une attention
particulière à deux Tableaux , de
même grandeur , de ce Peintre ; ils font
du nombre de ceux qui arrêtent le
OCTOBRE. 1763 . 183
plus de regards & qui réuniffent le plus
de fuffrages . L'un repréfente Sufanne
furprife aux bains par les deuxVieillards ,
& l'autre la jeune Aurore quittant la
couche du vieux Titon.
On ne pouvoit donner plus d'expre¹-
fion & une expreffion plus jufte , plus
convenable & plus caractériſtique, que
celle de la tête de Sufanne dans le premier
de ces Tableaux . On y voit le fentiment
de la furpriſe & de l'indignation ;
on peut y remarquer même un principe
d'honnêteté fupérieur à l'habitude fervile
des préjugés. Le deffein de cette
Figure eft de la meilleure manière &
d'une grande intelligence. Les Vieil
lards forment , comme on l'imagine
bien , un contrafte marqué avec la Sufanne
, & le tout eft d'un bel accord de
couleurs .
Le Tableau de l'Aurore eft encore
plus piquant & a quelque chofe de plus
fort que le précédent , non feulement,
dans les expreffions , mais encore dans
le coloris. Il eft fàcheux que l'Auteur.
ait été probablement contraint , par
une dimenfion donnée , de reftraindre
fa fcène dans un espace trop petit pour
l'étendue de fon action , pour le nombre
& pour les proportions des Perfons
nages.
184 MERCURE DE FRANCE .
On remarque encore avec plaifir
du même Auteur un Tableau de forme
ovale , que l'on a intitulé la douce Captivité
, dans lequel eft repréfenté le Bufte
d'une jeune Femme careffant un Pigeon
qu'elle tient entre fes mains . On
ne tariroit pas d'éloges fur un petit
Tableau d'une Vierge careffant l'Enfant
Jefus , fi l'on vouloit en détailler
toutes les fineffes de pinceau , de deffein
, de couleur & de compofition . Une
autre Vierge qui prépare des alimens à
fon divin Enfant , eft digne auffi de
beaucoup d'obſervations favorables. On
pourroit en dire autant de plufieurs deffeins
du même Auteur qu'il a cru devoir
expofer , & dont nous ne donnerons
pas le détail par les motifs dont
nous avons ci- devant fait mention .
M. DESHAY S.
S'il étoit permis dans un Ouvrage de
critique de fe fervir d'expreffions ou de
figures poetiques, nous dirions avec beau
coup de jufteffe , en parlant de M. Deshays
, que nous allons célébrer le Soleil
levant de l'Ecole Françoife . Ce que
l'on a vu précédemment de ce jeune,
Peintre , pouvoit être en effet confidéré
comme les premiers rayons de la gloire
OCTOBRE. 1763 . 184
dont il eft couronné à cette expofition..
C'est d'après l'admiration univerfelle du
Public , & l'on peut dire avec confiance
, d'après le fuffrage de fes plus
célébres Rivaux , qu'en lui donnant cet
éloge , nous ne faifons que marquer la
Place qu'ils lui ont affignée eux - mêmes
dans les premiers rangs de Peintres d'Hi
ftoire du plus grand genre.
(i) Le premier des Tableaux de M. Des
hays non feulement parla grandeur de fa
forme, mais par celle de la compofition
& de l'effet , offre l'augufte & myſtérieux
fpectacle du chafte mariage de la
Sainte Vierge avec Saint Jofeph. C'eft
plus qu'en Poëte , c'eft en Prophéte infpiré
que le Peintre a traité ce Sujet , fi
fimple en apparence
, & devenu fi noble
par l'élévation de fon génie. Un Grand-
Prêtre de la Loi de Moyfe eft debout &
tourné vers les Saints Époux , fur une
Eſtrade en avant d'un Autel ou d'une
Table , couverte de nappes de lin. Il a
les bras étendus , & le regard dirigé
vers une Gloire qui l'illumine. Rien de
plus expreffif & de plus divin que le
caractère de cette Tête , où fans effort
d'imagination , on lit les grands Myſté-
( i ) Ce Tableau a 19 pieds de haut fur 12
pieds de large.
186 MERCURE DE FRANCE.
,
res que Dieu révéle en ce moment à
fon Pontife. Il femble voir & fuivre dans
le Ciel l'ordre des merveilles que l'éter-.
nelle Providence doit opérer dans la jeune
époufe que l'on bénit . Ce n'eft point par
éxagération forcée dans le jeu des traits,
que le Peintre a donné ce fublime caractère
à la tête du Grand - Prêtre. Il a ,
pour ainfi dire imprimé , avec la plus
vive chaleur dans cet enthouſiaſme
divin , & la Majefté du Dieu qui inſpire ,
& la dignité du Ministère facré qu'éxerce
le Pontife. Autant d'intelligence
caractériſe la Figure de la Sainte Vierge.
qui reçoit aux pieds de ce Grand - Pretre
l'Anneau conjugal des mains de Saint
Jofeph. C'est tout un autre genre de
caractère , mais c'eſt la même juſteſſe
& le même fublime. Une candeur célefte
éclaire , embellit , & rend encore
plus touchante , la beauté fimple &
en même-temps très- noble ? que le
Peintre a donnée à la tête de la Vierge.
Cette grande & majeftueufe fimplicité
eft prononcée d'une manière fenfible ,
non-feulement fur la tête , mais encore
fur toutes les parties de cette belle Figure.
Le Saint Joseph a la jufte expreffion
qui lui convient & dans un genre
analogue à la grande idée que le Pein-
>
OCTOBRE. 1763. 187
tre a conçue & très -bien rendue de ce
faint Hyménée . Deux jeunes Lévites
rempliffent leurs fonctions aux pieds de
l'Autel , dans un des angles inférieurs du
Tableau.
Si le Peintre a excèllé dans l'invention
& dans ce que nous appellons la compofition
poëtique de fon Sujet , il ne
mérite pas moins d'admiration dans l'exécution
pittorefque. On doit lui pardonner
de s'être permis un peu de licence
contre l'auftère vérité du Coftume à
l'égard des vêtemens du Grand- Prêtre,
en faveur du grand & magnifique effet,
qui en réfulte. On ne peut rien voir de
mieux entendu que le jet des draperies
du fur - vêtement de ce Prêtre . L'enthoufiafime
femble y régner autant
que dans le caractère de la tête ; mais
toujours avec une fagcffe & une juſteſſe
de goût que nous ne pouvons trop louer.
Le moelleux & la force qui caractériſent
éminemment le pinceau de l'Auteur fe
font spécialement remarquer dans ce
Tableau , le choix & l'effet des étoffes ,
y font également admirables . Le fage enfemble
par lequel le Peintre a , comme
nous l'avons dit plus haut , défigné la
divine vocation de la Vierge , eft encore
, fi l'on peut dire , completté p
188 MERCURE DE FRANCE.
,
le genre & l'exécution des belles dra-`
peries de cette Figure . Leur noble fimplicité
, l'entente & la fobriété des plis
y font parfaitement analogues , & le
font fans froideur , fans féchereffe , &
fur-tout fans cette roideur fi difficile à
éviter , lorfque l'on pratique cette forte
de manière de draper. La magie du clair
obfcur & de l'effet du coloris , a été
pratiquée , à ce qu'il nous femble , avec
un fuccès étonnant dans tout ce Tableau;
nous l'avons particuliérement remarquée
fur les deux jeunes Lévites tous deux
vêtus de lin , poftés très- près l'un de l'au-'
tre , & joignant les linges qui couvrent
l'Autel. L'art des effets , dans tous ces
mêmes blancs , eft fi heureuſement employé
, que les objets & chaque partie
des objets , font d'une diftinction
fenfible , en même temps de la plus
grande vérité , & d'une grande perfection
d'accord avec les autres objets ,
dans l'enſemble du Tableau , duquel un'
des grands mérites eft la beauté de l'har
monie générale . Cette maffe que forment
les jeunes Lévites, produit encore , relativement
à d'autres effets , un avantage qui
ne nous a pas échappé . Comme elle eſt
pofée dans l'angle inférieur du Tableau
qui répond à l'angle fupérieur où eft la
-
OCTOBRE . 1763 . 189
Gloire , elle contribue admirablement
à étendre & à élargir le grand effet de
lumière qui frappe fur la partie dominante
de toute cette grande & riche compofition.
Nous aurions à faire remarquer l'éclat
de cette Gloire , les rapports ingénieux
& agréables d'effet des acceffoires avec
les parties principales , jufques dans
les fleurs dont font janchés les gradins
de l'Autel & le pavé du Temple :
mais nous ferions peut-être prolixes
fans être pour cela affez exacts . Il eft
des objets pour lefquels toute defcription
eft infuffifante : ce beau Tableau
eft de ce nombre . Qu'il nous foit permis
, avant de finir , d'adreffer un rcproche
bien fondé à notre Capitale , fur
ce qu'elle abandonne en quelque forte
, aux Temples des Provinces , des morceaux
de diftinction , tels que celui- ci
& d'autres que l'on pourroit citer , qui
devroient refter dans fon fein pour fervir
de monamens à fa fplendeur & à
la gloire de nos Arts. Il eft plus que fin
gulier que ceux auxquels eft confié l'ertretien
des Temples , faffent en Provin
ce plus d'efforts de dépenfes pour enlever
à la Capitale des productions de
prix , que l'on ne daigne en faire
les y conferver.
pour
90 MERCURE DE FRANCE.
!
>
Une Scène plus forte que la précédente
& d'un genre différent , a exercé
le pinceau de M. Deshays dans
beaucoup moins d'efpace fur la toile
mais avec autant d'étendue de génie ;
c'eft la Réfurrection du Lazare. ( k )
Le Peintre a fait plus appercevoir &
plus fentir le Dieu que l'Homme dans
le caractère de la Figure de Jefus Chrift.
Les différens mouvemens de furpriſe
de terreur & d'admiration , font ingénieufement
variés & parfaitement
prononcés fur les vifages des trois Apôtres
qui regardent fortir le Mort de fon
tombeau . Ce dernier eft frappant de
terreur, il est élevé à mi- corps dans une
efpéce de foffe , dont on a relevé les
terres & la pierre qui la couvroient.
Il est encore dans les linceuls de la mort
d'où il femble faire effort pour dégager
fes mains , ferrées dans des bandelettes
, afin de les élever vers fon Sauveur
. Rien de mieux penfé, dans ce Tableau
, que la différence dont font affectées
deux Femmes témoins du Miracle ;
T'une eft toute entière encore à l'étonnement
& à la confidération terrible de
l'événement , tandis que l'autre , profter-
( k ) Ce Tableau ne fe trouve point dans le
Livre du Sallon.
OCTOBRE . 1763. 19L
, née la face contre terre adore dans
fon âme la Divinité qui opére. Le fite ,
le ton de couleur , la fierté du deffein
quoique dans des Figures de petites proportions
, tout eft relatif , tout eft adapté
à la nature du Sujet. Nous ne pouvons
mieux nous expliquer à l'égard
de cet Ouvrage , que d'après les plus
illuftres Confrères de fon Auteur , qui
l'ont comparé aux plus belles productions
de la Foffe .
Dans le Tableau intitulé : la Chafteré
de Jofeph , ce Peintre , différent de luimême
, toujours égal & quelquefois fupérieur
aux plus grands modèles de
chaque genre , a rendu , peut - être
jufqu'au danger de la féduction , ( mais
fans indécence ) des beautés que l'ufage
voile à nos yeux . La femme de Putiphar
eft repréſentée s'élançant du lit
où elle vouloit faire entrer le chafte
Jofeph qu'elle retient encore par fes vêtemens.
Le crime & la frayeur d'une
paffion trompée dans fon efpoir , font vivement
exprimés dans les yeux & fur le
vifage de cettte coupable femme . Ce que
le linge dont elle eft couverte laiffe voir
du reste de la figure a tous les charmes ,
auxquels peut atteindre l'imitation de la
nature. Il y a des paffages de demi-teintes
192 MERCURE DE FRANCE.
dans les parties nues , & un artifice de
coloris qui produifent toutes les rondeurs
& tous les autres beaux effets du
relief naturel . Le Peintre a donné un
caractère de beauté un peu mále , mais
agréable , à fon Jofeph . L'expreffion du
fentiment de cette Figure eft délicate &
difficile à rendre , à caufe du contrafte
de la vertu qu'elle doit exprimer , avec
la perverfité trop commune dans nos
moeurs. Il nous a paru cependant de la
nobleffe dans l'air de priere & d'invocation
, avec lequel Jofeph demande au
Ciel des fecours pour lui - même contre
la féduction des fens , ou reclame la
Juftice Divine contre l'entrepriſe hardie
de la belle Criminelle.
Ce qui nous refte à dire fur ce Tableau
, c'eft qu'outre les beautés de
deffein , dont nous ne devons plus parler
, parce qu'elles font généralement
connues dans tous les Ouvrages de M.
Deshays ; fon pinceau eft comparable
pour la fraîcheur
, pour le fuave , pour
la jufteffe des effets & la richeffe des étoffes
, à ce que l'on connoît de plus beau
en ce genre des grands Maîtres d'Italie
& de nos meilleurs Coloriftes François.
(1)
( 1) Ce Tableau a 4 pieds 6 pouces fur s pieds
pouces. Nous
OCTOBRE. 1763. 193
Nous avons vu du même Peintre
un Tableau de Vierge d'un très - beau
caractère. (m) Deux autres Têtes : l'une
d'un vieillard , l'autre d'une jeune
Femme qui range avec fon éventail la
.coëffe d'un mantelet dont elle eft enveloppée
, nous ont paru , chacune dans
leur genre , mériter l'attention des Connoiffeurs.
La première a les grandes parties
de la Peinture utiles à l'étude de
cet Art , la feconde eft auffi piquante par
l'invention & le tour d'action , que par
la fraîcheur & par l'effet de la lumière.
Le foin laborieux d'étendre fes talens,
& fur-tout d'en foumettre les productions
au jugement du Public , eft remarqué
à ces expofitions , où M. Deshays
ne ceffe d'en recueillir le fruit. On
fe plaît à voir encore dans celle - ci des
Marches , des Caravanes & des Payfages
garnis d'animaux , par ce même Peintre
; nous avons entendus tous les meilleurs
Connoiffeurs & les plus habiles Artiftes
, fe réunir à comparer ces fortes de
Tableaux aux Ouvrages fi célèbres du
Bénédette. On y reconnoît la même délicateffe
de touche , la même élégance de
deffein , & les mêmes beautés de co-
-loris.
(m) Deux pieds 6 pouces , fur 2 pieds .
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE .
Nous avons eu déjà occafion de remarquer
dans ce Peintre un des plus
grands mérites qu'on puiffe avoir en
Poefie comme en Peinture ; c'eft de
prendre le ftyle exactement propre à
chaque Sujet qu'on traite. Nos Obfervations
fur les Ouvrages qu'il vient d'expofer
confirment plus que jamais cet
éloge. M. Deshays ne paroît en effet
avoir aucune manière affectée : c'eft le
Peintre de tous les genres , & il feroit
difficile de déterminer celui dans lequel
il excelle le plus . Son célèbre beau- père
a été nommé le Fontenelle de la Peinture;
nous ofons prédire que le gendre
en fera nommé le Voltaire.
M. AMEDÉE VANLOQ .
2
Toujours heureux dans la Peinture
le grand nom de Vanloo eft fort bien
foutenu cette année par M. Amédée,
On apperçoit avec fatisfaction l'avantage
qu'il a retiré de fa réfidence en
France , qui le rapproche d'une famille ,
où il trouve des modéles fi utiles : on
en voit particulièrement le fruit dans
deux Tableaux , dont l'un repréfente
une Prédication de S. Dominique devant
un Souverain Pontife , & l'autre S. Thomas
d'Aquin', compofant fes Ouvrages
OCTOBRE. 1763. 195
鬱
#
fous l'infpiration du Saint-Efprit . Il y a
dans ces deux Tableaux des beautés de
compofition & de coloris , qui peuvent
faire honneur aux talens de ce Peintre ,
& qui marquent fenfiblement d'heureux
progrès. Nous avons été embarraffés
dans l'un de ces deux Tableaux à nous
rendre raifon de quelques lumières qui
paroiffent fe croifer , comme fi elles partoient
de points oppofés. Peut - être l'Auteur
a-t-il eu pour cela des motifs dont
il est plus en état de rendre compte que
nous ; peut- être auffi nos yeux ont - ils
été trompés dans cette obfervation.
On a expofé encore de ce Peintre
deux Tableaux repréfentans des Jeux
d'enfans , & un autre l'Enfant Jéfus ,
avec un Ange qui lui montre les Attributs
de la Paffion ; Ouvrage dont le
Sujet a fans doute été exigé , & auquel
a été affujettie l'exécution.
M. CHALL E.
, & Plufieurs Tableaux d'Hiftoire
d'affez grande forme par M. Challe, prouvent
que cet Artifte travaille tonjours
avec application fur des bons principes
& dans un genre que l'on doit encoùrager.
La mort d'Hercule , Milon de
Crotone , Efther évanouie aux pieds
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
d'Affuerus , & une Vénus endormie .
font les Sujets qu'a traités M. Challe
dans ces Tableaux . On voit encore de
lui , quatre Deffeins d'Architecture , repréfentant
d'anciens Monumens dans
lefquels les Curieux d'antiquités trouvent
dequoi fatisfaire leur goût.
M. CHARDIN ,
C'eft avec d'autant plus de plaifir que
nous allons parler de Tableaux de fruits
& autres objets du genre de M. Chardin
, que cet illuftre Artiſte ſemble , dans
l'expofition de cette année , avoir renouvellé
toute la force de fon talent. On ne
peut voir d'effet plus piquant , plus vrai ,
plus naturel , & de touche plus fçavante
& plus artificieufe que ce que préfentent
en général les petits Ouvrages dont il
a orné le Sallon , & entr'autres un Déjeuné
qui eft la nature même des objets
qu'il a imités , & qui font offerts aux
yeux fous l'afpe& le plus attrayant.
On reconnoît & l'on doit avouer que
ce grand Peintre eft encore le Maître &
le modéle du genre qu'il a pour ainfi
dire créé. Indépendamment de ce que
M. Chardin a contribué par l'agrément de
Les Ouvrages à la décoration du Sallon
on lui doit encore un jufte tribut d'é-
?
OCTOBRE . 1763 . 197
1
loges pour l'ordre qu'il a été chargé de
mettre dans la difpofition de tant de
chefs-d'oeuvres divers. On eft convenu
généralement au premier coup - d'oeil ,
comme après un examen plus recherché ,
que jamais on n'avoit diſtribué avec
plus d'intelligence les différentes parties
de cette riche Collection , tant pour la
beauté de l'enfemble , que pour l'avan
tage particulier de chacun des morceaux
qui la compofent.
M. DE LA TOUR.
་
Les fuffrages du Public font toujours
les mêmes fur les productions du célébre
M. de la Tour. Parmi un grand
nombre de Portraits qu'il a préfentés
cette année , on y diftingue ceux de
Monfeigneur le Dauphin & de Madame
la Dauphine , ainfi que ceux de Monfeigneur
le Duc de Berry , de Monfei
gneur le Comte de Provence , du Prince
Clément , & de la Princeffe Chriftine de
Saxe. Il eft difficile d'exprimer avec quel
plaifir tout le monde eft frappé de l'étonnante
vérité des Portraits de M. le
Moine , Sculpteur du Roi , & d'un Eccléfiaftique
connu du Public , & très-confidéré
dans la Magiftrature .
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
M. FRANCISQUE MILLET.
M. BOIZO T.
Il y a dans deux Payfages de M.
Millet , & dans plufieurs Tableaux de
M. Boizot , des chofes qui peuvent faire
honneur à ces deux Académiciens , &
où les Connoiffeurs retrouvent toujours
quelques effets des bons principes de
notre École Francoife.
M. VENE VAULT.
-
Les Amateurs de la Miniature ,
genre dans lequel M. Vénevault s'eft
à jufte titre acquis une grande réputatation
, ont lieu d'être fatisfaits des ouvrages
de cet Artifte. Le Portrait
étant l'objet le plus ordinaire de la Miniature
, ces fortes d'ouvrages n'intéreſfent
le plus fouvent que relativement à
la connoiffance qu'on a de ceux qui y
font repréſentés . M. Vénevault a attiré
la curiofité de tout le monde , fur une
compofition dans laquelle on voit un
homme connu dans la Littérature , qui
fous fon habit ordinaire d'Abbé, fait une
lecture à une jolie Femme fa parente. Le
contrafte des deux phyfionomies , &
le mérite de l'expreffion caractéristique
ont fait chercher ce Morceau , parmi
OCTOBRE 1763. 199
les grandes & férieufes beautés qui frappent
les regards , & on l'a vu avec le
même plaifir qu'une petite Piéce agréable
après la repréfentation des grands
Drames héroïques.
M. BACHELIER.
M. Bachelier a donné des preuves de
l'étude particulière qu'il fait depuis quelques
années dans le grand genre d'Hif
toire , & des fuccès qu'il peut fe promettre
d'y obtenir ; par l'expofition d'un
Tableau qui repréfente Caïn venant de
tuer fon frere Abel : il a pris ce Sujet
dans le Poëme de M, Gefner. C'eft auffi
dans cette fource qu'il a puifé les Sujets
de plufieurs Efquifles en grifaille , dans
lefquelles on trouve généralement autant
de force de génie que d'exécution .
Ces derniers morceaux font fingulièrement
honneur aux talens de l'Artifte .
Nous n'entrerons pas en un plus grand
détail fur les beautés remarquables de
fes Ouvrages , pour éviter la prolixité
& les répétitions. Les bornes de cet
écrit nous empêchent auffi de détailler
des peintures allégoriques du même Auteur
fur l'Europe fçavante , le Pacte de
famille , & c.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
M. PERRONNEAU.
Plufieurs Portraits en paftel , par M.
Perronneau , font vus avec fatisfaction ,
tant pour les vérités de reffemblance que
pour d'autres parties qui méritent l'attention
des Connoiffeurs.
M. VERNET .
Nous n'avons point d'expreffions , &
il feroit difficile d'en trouver pour rendie
toute l'admiration qu'on a donnée
aux Ouvrages expofés par M. Vernet
& pour en célébrer le rare mérite . Ils
confiftent, 1 ° . en deux grands Tableaux,
l'un repréfentant le Port de Rochefort ,
& l'autre celui de la Rochelle . Dans l'un
& dans l'autre fe trouve réuni tout ce
qu'a jamais produit & tout ce que pourra
produire le preftige de la Peinture . L'ingratitude
des Fabriques répétées & pour
ainfi dire rimées , qui fe trouvent dans.
ces Ports , eft fi ingénieufement fauvée
par l'artificieux emploi des lumières
qu'elles deviennent des beautés auxquelles
on ne peut fe refufer , & d'où
les regards ont peine à s'arracher . Chaque
objet particulier eft d'une fi éxacte
vérité , que ce n'eft point l'imitation
mais la nature même qui nous y attache ;
OCTOBRE. 1763. 201
& l'enſemble de ces objets eft fi artif
tement fondu , fi bien lié par l'art du
Peintre , que rien ne heurte la vue , &
que tout fatisfait également celle du
Connoiffeur comme celle du Vulgaire.
Le fpectateur diftingue chaque partie
de ces admirables compofitions ; il marche
dans les chemins qui y font tracés ;
il est prêt d'aller à bord avec les Marelots
; il parcourt les Atteliers , voit les
différentes manoeuvres , il converfe avec
les perfonnages dont les Figures , ingénieufement
grouppées , donnent de la
vie & du mouvement à ces chefs- d'oeuvre
de l'Art. ( n )
Quatre autres Tableaux du même
Auteur , repréfentant les quatre Parties
du Jour , (o) enrichiffent encore le Sallon .
Nous fommes réduits à la répétition des
mêmes éloges , que nous defirerions pouvoir
rendre encore plus forts , pour qu'ils
fuffent moins éloignés du mérite réel
de toutes ces productions. On admire
dans ces Tableaux comme dans les
premiers , la jufte expreffion dans les
(n) Ces Tableaux appartiennent au Roi , &
font de la fuite des Ports de France , & exécutés
par M. Vernet.
(o ) Ces Tableaux appartiennent à Monfeigneur.
le Dauphin,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
;
effets de chacun des différens points
du jour la parfaite analogie des tein
tes avec le ton vrai de la Nature
dans les diverfes manières dont les objets
font éclairés , & fur- tout la fublime
intelligence de la perfpective aërienne ,
que ce grand Maître poffede au moins
auffi parfaitement que Claude le Lorrain ,
en y joignant des avantages que peutêtre
n'ont pas les Ouvrages de cet illuf
tre Payfagifte. Ces quatre Tableaux ont.
un égal degré de perfection ; mais au
gré de quelques Curieux , celui qui repréfente
la Nuit , paroît le plus piquant ,
par la parfaite imitation des effets d'un
clair de Lune fur tous les objets , &
particulièrement fur les eaux.
Il y a encore plufieurs autres Ouvravrages
de ce grand Peintre qui méritent
l'attention & les fuffrages des Connoiffeurs
; dans le nombre de ces Tableaux
on remarque un Payfage , dont
le Sujet eft la Bergère des Alpes , &
deux Marines d'imagination. (p )
M. ROSLI N.
Les talens de M. Roflin pour le Portrait
, fi connus & déjà fi eftimés , pa-
(p ) Ces deux derniers Tableaux font du Cabi
net de Madame de Pompadour.
OCTOBRE. 1763. 203
toiffent être parvenus à la fupériorité
dans beaucoup de parties ; telles font
les vérités d'effet , la perfection & le
fini des détails , ainfi que l'heureux agencement
des draperies & des étoffes ; à
quoi il joint éminemment le plus beau
faire dans les têtes , les plus fidelles &
en même-temps les plus avantageufes
reffemblances ; la correction du Deffein ,
l'harmonie & enfin toutes les grandes parties
de la Peinture ; c'eft ce qu'on remarque
particulièrement dans les Portraits
de M. le Duc de Praflin , de M. le Baron
de Scheffer , d'un Abbé de Clairvault
, ainfi que dans celui de Madame
la Comteffe d'Egmont & de M. le Comte
de Kernicheuw en habit de Cérémonie
de l'Ordre de S. André de Ruffie. On
admire avec furprife , fingulièrement
dans ce dernier Portrait , la jufteffe &
l'éclat de l'imitation des étoffes très - riches
en or & en argent qui forment
l'habillement.
M. VALADE. M. DESPORTES.
Le premier de ces deux Peintres a
expofé différens Portraits en paſtel , dans
lefquels on trouve beaucoup de reffemblance
; un entr'autres qui repréfente
M. Loriot , Ingénieur méchanicien , mé-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
rite l'attention particulière des Amateurs
du paſtel , en ce qu'une moitié feulement
de ce Tableau , eft fixée par le
fecret qu'a découvert M. Loriot , & que
l'onn'apperçoit aucune différence ni altération
entre la partie fixée & celle qui
ne l'eft pas. On voit quatre Tableaux
de Fruits de M. Desportes.
MADA ME VIEN.
Les charmans Ouvrages de cette Académicienne
continuent de juftifier la
rare diftinction dont elle a été honorée
par fon admiffion dans l'Académie ;
avantage qui lui feroit uniquement propre
fans l'exemple de la fameufe Demoifelle
Rofa- Alba.
M. DE MA CHY .
On ne peut donner trop d'éloges aux
Sujets que nous avons vus de M. de
Machy dans le genre d'Architecture . Ils
confiftent 1 ° . dans la repréfentation de
l'intérieur de l'Eglife projettée pour la
Paroiffe de la Magdeleine ( q ) ; ce Tableau
donne & remplit très- bien l'idée
d'un beau Temple avec de grands effets ,
( 4 ) Tableau de trois pieds quatre pouces de
large fur un pied neuf pouces de haut.
OCTOBRE. 1763. 205
très-juftes & d'un riche afpect. 2°. Le
deffous du Périftile du Louvre du côté
de la rue Fromenteau , éclairé par une
lampe. On a lieu de louer , & même
d'admirer , dans ce Tableau , & le génie
de l'invention & la vérité piquante
d'un effet fi avantageux , qu'il embellit
le local repréfenté , de manière que
ceux qui le voyent tous les jours
font furpris de la beauté qu'ils n'y
avoient pas apperçue . 3° . Deux Ta
bleaux , à gouaffe , repréfentans les ruines
de la Foire S. Germain occafionnées
par l'Incendie ; l'effet de ce fpectacle
eft vivement & fidélement exprimé . 4º.
Un autre Tableau , dont le Sujet , trèsintéreffant
de foi-même, eft rappellé avec
la plus grande vérité. C'est l'inſtant de
la Pofe de la Statue Equeftre du Roi ,
dans la nouvelle Place , lorfqu'après
l'avoir enlevée , on la defcend fur fon
Piédeftal. La plus jolie compofition , les
meilleurs effets & le goût le plus jufte
dans le genre , diftinguent ce Morceau.
On y voit , on y retrouve la multitude
qui rempliffoit la place , on croiroit en
entendre le bruit. M. de Machy nous a
encore expofé des Tableaux de Ruines
dans lefquels on reconnoît toujours les
talens qui conftituent la réputation de
cet Artiſte.
266 MERCURE DE FRANCE.
M. DROUA IS le fils.
Le pinceau de M. Drouais le fils a
rempli l'attente du Public & par le nombre
& par l'agrément de fes productions.
On fçait avec quels applaudiffemens
elles ont été vues aux précédentes
expofitions & dès le premier moment
même que cet Auteur a paru
fur
la Scène du Sallon, Théâtre auffi avanta
geux au vrai mérite des talens que dangereux
pour la médiocrité . Ceux de cePeintre
non-feulement en foutiennen toujours
l'épreuve avec honneur , mais ils y
acquiérentde nouveauxfuffrages à chaque
nouvelle repréſentation : car nous croions
qu'on peut confidérer ainfi chaque expofition
publique . La fraîcheur du pinceau
, l'éclat & le piquant des effets
qu'on peut tirer des emplois de la lumière
, font les principales qualités qui caractérisent
le talent de M. Drouais
dans l'exécution , ainfi que le choix
gracieux dans l'arrangement & dans la
pofition des objets. Ces qualités réunies
, font remarquer avec grand plaifir
tous les Tableaux & tous les Portraits
de cet Auteur. On eft principalement
frappé de celui où il a peint Monfeigneur
le COMTE D'ARTOIS & MADA- .
OCTOBRE. 1763. 207
ME jouant avec une Chévre. Ce Mor
ceau eft de la plus agréable invention ;
& malgré la hauteur où la néceffité de
l'ordre général a forcé de le placer au
Sallon , l'éclat & les grâces dont il bril
loit , ont attiré tous les regards. Nous
devons obferver néanmoins que cette
élévation où fé font trouvés placés quelques
Ouvrages du même Peintre , a pu
faire un obftacle à la diftinction qu'ils
méritoient , les objets qui y étoient repréfentés
n'étant pas faits pour être vus
d'une fi grande diſtance .
Ce que nous venons de dire à l'avan
tage de ce Tableau de M. Dronais , eft
applicable à tous les autres. On ne peut
cependant refufer des éloges particuliers
au Portrait d'un très-joli petit Garçon en
Pierrot. C'eft un morceau du genre &
à - peu-près de l'effet du petit Polifon
au Portefeuille qui a été vu précédemment
& qui a fait tant d'honneur à ce
Peintre. La petite Nourrice ainfi que
le Portrait d'une petite Fille charmante
jouant avec un chat ( deux Tableaux
ovales ) font du même mérite . On ne
peut fe faire une idée trop agréable du
piquant qu'il y a dans ce dernier Morceau.
Ceux qui en connoiffent le mo208
MERCURE DE FRANCE.
déle ( r ) doivent convenir que s'il a
prêté au talent du Peintre , celui - ci à
fon tour en a fi bien faifi la grâce & la
fineffe de caractère , que l'on ne pouvoit
mieux répondre à cet heureux
choix de la Nature . ( s )
M. VOIRIOT .
Dans plufieurs Portraits de ce Peintre
on reconnoît les fruits des bons principes
de l'Art. Le Public , non plus que
nous , ne peut juger de l'exactitude des
reffemblances dans les Portraits des Particuliers
. Mais nous y pouvons diftinguer
la bonne manière de peindre les
têtes , l'enfemble des parties , le ton vrai
& l'accord du coloris , ainfi que le meilleur
choix des attitudes , & c. En examinant
les Ouvrages de M. Voiriot fur
toutes ces conditions requifes , nous
trouverions beaucoup de chofes à dire,
favorables à fon talent.
(r) Mlle SILVESTRE , fille de M. SILVESTRE ,
Peintre du Roi de Pologne & petite - fille de feu
M. SILVESTRE , Directeur de l'Académie .
( s ) Ce Tableau eft du Cabinet de Madame de
Pompadour.
N. B. La fuite au prochain Mercure.
Les perfonnes qui auront la Brochure
OCTOBRE. 1763. 209
où la Defcription des Tableaux eft raf
femblée en entier, peuvent s'adreffer au
Bureau du Mercure , rue Ste Anne, On
leur délivrera gratis en fupplément
pour joindre à cette Brochure la Def
cription des Ouvrages de Sculpture ,qui
n'a pû être imprimée dans le même
temps .
expofés au Sallon du Louvre.
M. DE LA GRENÉE.
LES fruits heureux de l'émulation qui
anime nos jeunes Maîtres, font très -fenfibles
dans les Tableaux de M. de la
Grenée. Nous defirerions pouvoir en
donner aux Lecteurs une idée qui répondît
à ce qu'ils méritent , & à la fatisfaction
qu'ils donnent aux Connoiffeurs
. Nous croyons devoir une attention
particulière à deux Tableaux , de
même grandeur , de ce Peintre ; ils font
du nombre de ceux qui arrêtent le
OCTOBRE. 1763 . 183
plus de regards & qui réuniffent le plus
de fuffrages . L'un repréfente Sufanne
furprife aux bains par les deuxVieillards ,
& l'autre la jeune Aurore quittant la
couche du vieux Titon.
On ne pouvoit donner plus d'expre¹-
fion & une expreffion plus jufte , plus
convenable & plus caractériſtique, que
celle de la tête de Sufanne dans le premier
de ces Tableaux . On y voit le fentiment
de la furpriſe & de l'indignation ;
on peut y remarquer même un principe
d'honnêteté fupérieur à l'habitude fervile
des préjugés. Le deffein de cette
Figure eft de la meilleure manière &
d'une grande intelligence. Les Vieil
lards forment , comme on l'imagine
bien , un contrafte marqué avec la Sufanne
, & le tout eft d'un bel accord de
couleurs .
Le Tableau de l'Aurore eft encore
plus piquant & a quelque chofe de plus
fort que le précédent , non feulement,
dans les expreffions , mais encore dans
le coloris. Il eft fàcheux que l'Auteur.
ait été probablement contraint , par
une dimenfion donnée , de reftraindre
fa fcène dans un espace trop petit pour
l'étendue de fon action , pour le nombre
& pour les proportions des Perfons
nages.
184 MERCURE DE FRANCE .
On remarque encore avec plaifir
du même Auteur un Tableau de forme
ovale , que l'on a intitulé la douce Captivité
, dans lequel eft repréfenté le Bufte
d'une jeune Femme careffant un Pigeon
qu'elle tient entre fes mains . On
ne tariroit pas d'éloges fur un petit
Tableau d'une Vierge careffant l'Enfant
Jefus , fi l'on vouloit en détailler
toutes les fineffes de pinceau , de deffein
, de couleur & de compofition . Une
autre Vierge qui prépare des alimens à
fon divin Enfant , eft digne auffi de
beaucoup d'obſervations favorables. On
pourroit en dire autant de plufieurs deffeins
du même Auteur qu'il a cru devoir
expofer , & dont nous ne donnerons
pas le détail par les motifs dont
nous avons ci- devant fait mention .
M. DESHAY S.
S'il étoit permis dans un Ouvrage de
critique de fe fervir d'expreffions ou de
figures poetiques, nous dirions avec beau
coup de jufteffe , en parlant de M. Deshays
, que nous allons célébrer le Soleil
levant de l'Ecole Françoife . Ce que
l'on a vu précédemment de ce jeune,
Peintre , pouvoit être en effet confidéré
comme les premiers rayons de la gloire
OCTOBRE. 1763 . 184
dont il eft couronné à cette expofition..
C'est d'après l'admiration univerfelle du
Public , & l'on peut dire avec confiance
, d'après le fuffrage de fes plus
célébres Rivaux , qu'en lui donnant cet
éloge , nous ne faifons que marquer la
Place qu'ils lui ont affignée eux - mêmes
dans les premiers rangs de Peintres d'Hi
ftoire du plus grand genre.
(i) Le premier des Tableaux de M. Des
hays non feulement parla grandeur de fa
forme, mais par celle de la compofition
& de l'effet , offre l'augufte & myſtérieux
fpectacle du chafte mariage de la
Sainte Vierge avec Saint Jofeph. C'eft
plus qu'en Poëte , c'eft en Prophéte infpiré
que le Peintre a traité ce Sujet , fi
fimple en apparence
, & devenu fi noble
par l'élévation de fon génie. Un Grand-
Prêtre de la Loi de Moyfe eft debout &
tourné vers les Saints Époux , fur une
Eſtrade en avant d'un Autel ou d'une
Table , couverte de nappes de lin. Il a
les bras étendus , & le regard dirigé
vers une Gloire qui l'illumine. Rien de
plus expreffif & de plus divin que le
caractère de cette Tête , où fans effort
d'imagination , on lit les grands Myſté-
( i ) Ce Tableau a 19 pieds de haut fur 12
pieds de large.
186 MERCURE DE FRANCE.
,
res que Dieu révéle en ce moment à
fon Pontife. Il femble voir & fuivre dans
le Ciel l'ordre des merveilles que l'éter-.
nelle Providence doit opérer dans la jeune
époufe que l'on bénit . Ce n'eft point par
éxagération forcée dans le jeu des traits,
que le Peintre a donné ce fublime caractère
à la tête du Grand - Prêtre. Il a ,
pour ainfi dire imprimé , avec la plus
vive chaleur dans cet enthouſiaſme
divin , & la Majefté du Dieu qui inſpire ,
& la dignité du Ministère facré qu'éxerce
le Pontife. Autant d'intelligence
caractériſe la Figure de la Sainte Vierge.
qui reçoit aux pieds de ce Grand - Pretre
l'Anneau conjugal des mains de Saint
Jofeph. C'est tout un autre genre de
caractère , mais c'eſt la même juſteſſe
& le même fublime. Une candeur célefte
éclaire , embellit , & rend encore
plus touchante , la beauté fimple &
en même-temps très- noble ? que le
Peintre a donnée à la tête de la Vierge.
Cette grande & majeftueufe fimplicité
eft prononcée d'une manière fenfible ,
non-feulement fur la tête , mais encore
fur toutes les parties de cette belle Figure.
Le Saint Joseph a la jufte expreffion
qui lui convient & dans un genre
analogue à la grande idée que le Pein-
>
OCTOBRE. 1763. 187
tre a conçue & très -bien rendue de ce
faint Hyménée . Deux jeunes Lévites
rempliffent leurs fonctions aux pieds de
l'Autel , dans un des angles inférieurs du
Tableau.
Si le Peintre a excèllé dans l'invention
& dans ce que nous appellons la compofition
poëtique de fon Sujet , il ne
mérite pas moins d'admiration dans l'exécution
pittorefque. On doit lui pardonner
de s'être permis un peu de licence
contre l'auftère vérité du Coftume à
l'égard des vêtemens du Grand- Prêtre,
en faveur du grand & magnifique effet,
qui en réfulte. On ne peut rien voir de
mieux entendu que le jet des draperies
du fur - vêtement de ce Prêtre . L'enthoufiafime
femble y régner autant
que dans le caractère de la tête ; mais
toujours avec une fagcffe & une juſteſſe
de goût que nous ne pouvons trop louer.
Le moelleux & la force qui caractériſent
éminemment le pinceau de l'Auteur fe
font spécialement remarquer dans ce
Tableau , le choix & l'effet des étoffes ,
y font également admirables . Le fage enfemble
par lequel le Peintre a , comme
nous l'avons dit plus haut , défigné la
divine vocation de la Vierge , eft encore
, fi l'on peut dire , completté p
188 MERCURE DE FRANCE.
,
le genre & l'exécution des belles dra-`
peries de cette Figure . Leur noble fimplicité
, l'entente & la fobriété des plis
y font parfaitement analogues , & le
font fans froideur , fans féchereffe , &
fur-tout fans cette roideur fi difficile à
éviter , lorfque l'on pratique cette forte
de manière de draper. La magie du clair
obfcur & de l'effet du coloris , a été
pratiquée , à ce qu'il nous femble , avec
un fuccès étonnant dans tout ce Tableau;
nous l'avons particuliérement remarquée
fur les deux jeunes Lévites tous deux
vêtus de lin , poftés très- près l'un de l'au-'
tre , & joignant les linges qui couvrent
l'Autel. L'art des effets , dans tous ces
mêmes blancs , eft fi heureuſement employé
, que les objets & chaque partie
des objets , font d'une diftinction
fenfible , en même temps de la plus
grande vérité , & d'une grande perfection
d'accord avec les autres objets ,
dans l'enſemble du Tableau , duquel un'
des grands mérites eft la beauté de l'har
monie générale . Cette maffe que forment
les jeunes Lévites, produit encore , relativement
à d'autres effets , un avantage qui
ne nous a pas échappé . Comme elle eſt
pofée dans l'angle inférieur du Tableau
qui répond à l'angle fupérieur où eft la
-
OCTOBRE . 1763 . 189
Gloire , elle contribue admirablement
à étendre & à élargir le grand effet de
lumière qui frappe fur la partie dominante
de toute cette grande & riche compofition.
Nous aurions à faire remarquer l'éclat
de cette Gloire , les rapports ingénieux
& agréables d'effet des acceffoires avec
les parties principales , jufques dans
les fleurs dont font janchés les gradins
de l'Autel & le pavé du Temple :
mais nous ferions peut-être prolixes
fans être pour cela affez exacts . Il eft
des objets pour lefquels toute defcription
eft infuffifante : ce beau Tableau
eft de ce nombre . Qu'il nous foit permis
, avant de finir , d'adreffer un rcproche
bien fondé à notre Capitale , fur
ce qu'elle abandonne en quelque forte
, aux Temples des Provinces , des morceaux
de diftinction , tels que celui- ci
& d'autres que l'on pourroit citer , qui
devroient refter dans fon fein pour fervir
de monamens à fa fplendeur & à
la gloire de nos Arts. Il eft plus que fin
gulier que ceux auxquels eft confié l'ertretien
des Temples , faffent en Provin
ce plus d'efforts de dépenfes pour enlever
à la Capitale des productions de
prix , que l'on ne daigne en faire
les y conferver.
pour
90 MERCURE DE FRANCE.
!
>
Une Scène plus forte que la précédente
& d'un genre différent , a exercé
le pinceau de M. Deshays dans
beaucoup moins d'efpace fur la toile
mais avec autant d'étendue de génie ;
c'eft la Réfurrection du Lazare. ( k )
Le Peintre a fait plus appercevoir &
plus fentir le Dieu que l'Homme dans
le caractère de la Figure de Jefus Chrift.
Les différens mouvemens de furpriſe
de terreur & d'admiration , font ingénieufement
variés & parfaitement
prononcés fur les vifages des trois Apôtres
qui regardent fortir le Mort de fon
tombeau . Ce dernier eft frappant de
terreur, il est élevé à mi- corps dans une
efpéce de foffe , dont on a relevé les
terres & la pierre qui la couvroient.
Il est encore dans les linceuls de la mort
d'où il femble faire effort pour dégager
fes mains , ferrées dans des bandelettes
, afin de les élever vers fon Sauveur
. Rien de mieux penfé, dans ce Tableau
, que la différence dont font affectées
deux Femmes témoins du Miracle ;
T'une eft toute entière encore à l'étonnement
& à la confidération terrible de
l'événement , tandis que l'autre , profter-
( k ) Ce Tableau ne fe trouve point dans le
Livre du Sallon.
OCTOBRE . 1763. 19L
, née la face contre terre adore dans
fon âme la Divinité qui opére. Le fite ,
le ton de couleur , la fierté du deffein
quoique dans des Figures de petites proportions
, tout eft relatif , tout eft adapté
à la nature du Sujet. Nous ne pouvons
mieux nous expliquer à l'égard
de cet Ouvrage , que d'après les plus
illuftres Confrères de fon Auteur , qui
l'ont comparé aux plus belles productions
de la Foffe .
Dans le Tableau intitulé : la Chafteré
de Jofeph , ce Peintre , différent de luimême
, toujours égal & quelquefois fupérieur
aux plus grands modèles de
chaque genre , a rendu , peut - être
jufqu'au danger de la féduction , ( mais
fans indécence ) des beautés que l'ufage
voile à nos yeux . La femme de Putiphar
eft repréſentée s'élançant du lit
où elle vouloit faire entrer le chafte
Jofeph qu'elle retient encore par fes vêtemens.
Le crime & la frayeur d'une
paffion trompée dans fon efpoir , font vivement
exprimés dans les yeux & fur le
vifage de cettte coupable femme . Ce que
le linge dont elle eft couverte laiffe voir
du reste de la figure a tous les charmes ,
auxquels peut atteindre l'imitation de la
nature. Il y a des paffages de demi-teintes
192 MERCURE DE FRANCE.
dans les parties nues , & un artifice de
coloris qui produifent toutes les rondeurs
& tous les autres beaux effets du
relief naturel . Le Peintre a donné un
caractère de beauté un peu mále , mais
agréable , à fon Jofeph . L'expreffion du
fentiment de cette Figure eft délicate &
difficile à rendre , à caufe du contrafte
de la vertu qu'elle doit exprimer , avec
la perverfité trop commune dans nos
moeurs. Il nous a paru cependant de la
nobleffe dans l'air de priere & d'invocation
, avec lequel Jofeph demande au
Ciel des fecours pour lui - même contre
la féduction des fens , ou reclame la
Juftice Divine contre l'entrepriſe hardie
de la belle Criminelle.
Ce qui nous refte à dire fur ce Tableau
, c'eft qu'outre les beautés de
deffein , dont nous ne devons plus parler
, parce qu'elles font généralement
connues dans tous les Ouvrages de M.
Deshays ; fon pinceau eft comparable
pour la fraîcheur
, pour le fuave , pour
la jufteffe des effets & la richeffe des étoffes
, à ce que l'on connoît de plus beau
en ce genre des grands Maîtres d'Italie
& de nos meilleurs Coloriftes François.
(1)
( 1) Ce Tableau a 4 pieds 6 pouces fur s pieds
pouces. Nous
OCTOBRE. 1763. 193
Nous avons vu du même Peintre
un Tableau de Vierge d'un très - beau
caractère. (m) Deux autres Têtes : l'une
d'un vieillard , l'autre d'une jeune
Femme qui range avec fon éventail la
.coëffe d'un mantelet dont elle eft enveloppée
, nous ont paru , chacune dans
leur genre , mériter l'attention des Connoiffeurs.
La première a les grandes parties
de la Peinture utiles à l'étude de
cet Art , la feconde eft auffi piquante par
l'invention & le tour d'action , que par
la fraîcheur & par l'effet de la lumière.
Le foin laborieux d'étendre fes talens,
& fur-tout d'en foumettre les productions
au jugement du Public , eft remarqué
à ces expofitions , où M. Deshays
ne ceffe d'en recueillir le fruit. On
fe plaît à voir encore dans celle - ci des
Marches , des Caravanes & des Payfages
garnis d'animaux , par ce même Peintre
; nous avons entendus tous les meilleurs
Connoiffeurs & les plus habiles Artiftes
, fe réunir à comparer ces fortes de
Tableaux aux Ouvrages fi célèbres du
Bénédette. On y reconnoît la même délicateffe
de touche , la même élégance de
deffein , & les mêmes beautés de co-
-loris.
(m) Deux pieds 6 pouces , fur 2 pieds .
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE .
Nous avons eu déjà occafion de remarquer
dans ce Peintre un des plus
grands mérites qu'on puiffe avoir en
Poefie comme en Peinture ; c'eft de
prendre le ftyle exactement propre à
chaque Sujet qu'on traite. Nos Obfervations
fur les Ouvrages qu'il vient d'expofer
confirment plus que jamais cet
éloge. M. Deshays ne paroît en effet
avoir aucune manière affectée : c'eft le
Peintre de tous les genres , & il feroit
difficile de déterminer celui dans lequel
il excelle le plus . Son célèbre beau- père
a été nommé le Fontenelle de la Peinture;
nous ofons prédire que le gendre
en fera nommé le Voltaire.
M. AMEDÉE VANLOQ .
2
Toujours heureux dans la Peinture
le grand nom de Vanloo eft fort bien
foutenu cette année par M. Amédée,
On apperçoit avec fatisfaction l'avantage
qu'il a retiré de fa réfidence en
France , qui le rapproche d'une famille ,
où il trouve des modéles fi utiles : on
en voit particulièrement le fruit dans
deux Tableaux , dont l'un repréfente
une Prédication de S. Dominique devant
un Souverain Pontife , & l'autre S. Thomas
d'Aquin', compofant fes Ouvrages
OCTOBRE. 1763. 195
鬱
#
fous l'infpiration du Saint-Efprit . Il y a
dans ces deux Tableaux des beautés de
compofition & de coloris , qui peuvent
faire honneur aux talens de ce Peintre ,
& qui marquent fenfiblement d'heureux
progrès. Nous avons été embarraffés
dans l'un de ces deux Tableaux à nous
rendre raifon de quelques lumières qui
paroiffent fe croifer , comme fi elles partoient
de points oppofés. Peut - être l'Auteur
a-t-il eu pour cela des motifs dont
il est plus en état de rendre compte que
nous ; peut- être auffi nos yeux ont - ils
été trompés dans cette obfervation.
On a expofé encore de ce Peintre
deux Tableaux repréfentans des Jeux
d'enfans , & un autre l'Enfant Jéfus ,
avec un Ange qui lui montre les Attributs
de la Paffion ; Ouvrage dont le
Sujet a fans doute été exigé , & auquel
a été affujettie l'exécution.
M. CHALL E.
, & Plufieurs Tableaux d'Hiftoire
d'affez grande forme par M. Challe, prouvent
que cet Artifte travaille tonjours
avec application fur des bons principes
& dans un genre que l'on doit encoùrager.
La mort d'Hercule , Milon de
Crotone , Efther évanouie aux pieds
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
d'Affuerus , & une Vénus endormie .
font les Sujets qu'a traités M. Challe
dans ces Tableaux . On voit encore de
lui , quatre Deffeins d'Architecture , repréfentant
d'anciens Monumens dans
lefquels les Curieux d'antiquités trouvent
dequoi fatisfaire leur goût.
M. CHARDIN ,
C'eft avec d'autant plus de plaifir que
nous allons parler de Tableaux de fruits
& autres objets du genre de M. Chardin
, que cet illuftre Artiſte ſemble , dans
l'expofition de cette année , avoir renouvellé
toute la force de fon talent. On ne
peut voir d'effet plus piquant , plus vrai ,
plus naturel , & de touche plus fçavante
& plus artificieufe que ce que préfentent
en général les petits Ouvrages dont il
a orné le Sallon , & entr'autres un Déjeuné
qui eft la nature même des objets
qu'il a imités , & qui font offerts aux
yeux fous l'afpe& le plus attrayant.
On reconnoît & l'on doit avouer que
ce grand Peintre eft encore le Maître &
le modéle du genre qu'il a pour ainfi
dire créé. Indépendamment de ce que
M. Chardin a contribué par l'agrément de
Les Ouvrages à la décoration du Sallon
on lui doit encore un jufte tribut d'é-
?
OCTOBRE . 1763 . 197
1
loges pour l'ordre qu'il a été chargé de
mettre dans la difpofition de tant de
chefs-d'oeuvres divers. On eft convenu
généralement au premier coup - d'oeil ,
comme après un examen plus recherché ,
que jamais on n'avoit diſtribué avec
plus d'intelligence les différentes parties
de cette riche Collection , tant pour la
beauté de l'enfemble , que pour l'avan
tage particulier de chacun des morceaux
qui la compofent.
M. DE LA TOUR.
་
Les fuffrages du Public font toujours
les mêmes fur les productions du célébre
M. de la Tour. Parmi un grand
nombre de Portraits qu'il a préfentés
cette année , on y diftingue ceux de
Monfeigneur le Dauphin & de Madame
la Dauphine , ainfi que ceux de Monfeigneur
le Duc de Berry , de Monfei
gneur le Comte de Provence , du Prince
Clément , & de la Princeffe Chriftine de
Saxe. Il eft difficile d'exprimer avec quel
plaifir tout le monde eft frappé de l'étonnante
vérité des Portraits de M. le
Moine , Sculpteur du Roi , & d'un Eccléfiaftique
connu du Public , & très-confidéré
dans la Magiftrature .
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
M. FRANCISQUE MILLET.
M. BOIZO T.
Il y a dans deux Payfages de M.
Millet , & dans plufieurs Tableaux de
M. Boizot , des chofes qui peuvent faire
honneur à ces deux Académiciens , &
où les Connoiffeurs retrouvent toujours
quelques effets des bons principes de
notre École Francoife.
M. VENE VAULT.
-
Les Amateurs de la Miniature ,
genre dans lequel M. Vénevault s'eft
à jufte titre acquis une grande réputatation
, ont lieu d'être fatisfaits des ouvrages
de cet Artifte. Le Portrait
étant l'objet le plus ordinaire de la Miniature
, ces fortes d'ouvrages n'intéreſfent
le plus fouvent que relativement à
la connoiffance qu'on a de ceux qui y
font repréſentés . M. Vénevault a attiré
la curiofité de tout le monde , fur une
compofition dans laquelle on voit un
homme connu dans la Littérature , qui
fous fon habit ordinaire d'Abbé, fait une
lecture à une jolie Femme fa parente. Le
contrafte des deux phyfionomies , &
le mérite de l'expreffion caractéristique
ont fait chercher ce Morceau , parmi
OCTOBRE 1763. 199
les grandes & férieufes beautés qui frappent
les regards , & on l'a vu avec le
même plaifir qu'une petite Piéce agréable
après la repréfentation des grands
Drames héroïques.
M. BACHELIER.
M. Bachelier a donné des preuves de
l'étude particulière qu'il fait depuis quelques
années dans le grand genre d'Hif
toire , & des fuccès qu'il peut fe promettre
d'y obtenir ; par l'expofition d'un
Tableau qui repréfente Caïn venant de
tuer fon frere Abel : il a pris ce Sujet
dans le Poëme de M, Gefner. C'eft auffi
dans cette fource qu'il a puifé les Sujets
de plufieurs Efquifles en grifaille , dans
lefquelles on trouve généralement autant
de force de génie que d'exécution .
Ces derniers morceaux font fingulièrement
honneur aux talens de l'Artifte .
Nous n'entrerons pas en un plus grand
détail fur les beautés remarquables de
fes Ouvrages , pour éviter la prolixité
& les répétitions. Les bornes de cet
écrit nous empêchent auffi de détailler
des peintures allégoriques du même Auteur
fur l'Europe fçavante , le Pacte de
famille , & c.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
M. PERRONNEAU.
Plufieurs Portraits en paftel , par M.
Perronneau , font vus avec fatisfaction ,
tant pour les vérités de reffemblance que
pour d'autres parties qui méritent l'attention
des Connoiffeurs.
M. VERNET .
Nous n'avons point d'expreffions , &
il feroit difficile d'en trouver pour rendie
toute l'admiration qu'on a donnée
aux Ouvrages expofés par M. Vernet
& pour en célébrer le rare mérite . Ils
confiftent, 1 ° . en deux grands Tableaux,
l'un repréfentant le Port de Rochefort ,
& l'autre celui de la Rochelle . Dans l'un
& dans l'autre fe trouve réuni tout ce
qu'a jamais produit & tout ce que pourra
produire le preftige de la Peinture . L'ingratitude
des Fabriques répétées & pour
ainfi dire rimées , qui fe trouvent dans.
ces Ports , eft fi ingénieufement fauvée
par l'artificieux emploi des lumières
qu'elles deviennent des beautés auxquelles
on ne peut fe refufer , & d'où
les regards ont peine à s'arracher . Chaque
objet particulier eft d'une fi éxacte
vérité , que ce n'eft point l'imitation
mais la nature même qui nous y attache ;
OCTOBRE. 1763. 201
& l'enſemble de ces objets eft fi artif
tement fondu , fi bien lié par l'art du
Peintre , que rien ne heurte la vue , &
que tout fatisfait également celle du
Connoiffeur comme celle du Vulgaire.
Le fpectateur diftingue chaque partie
de ces admirables compofitions ; il marche
dans les chemins qui y font tracés ;
il est prêt d'aller à bord avec les Marelots
; il parcourt les Atteliers , voit les
différentes manoeuvres , il converfe avec
les perfonnages dont les Figures , ingénieufement
grouppées , donnent de la
vie & du mouvement à ces chefs- d'oeuvre
de l'Art. ( n )
Quatre autres Tableaux du même
Auteur , repréfentant les quatre Parties
du Jour , (o) enrichiffent encore le Sallon .
Nous fommes réduits à la répétition des
mêmes éloges , que nous defirerions pouvoir
rendre encore plus forts , pour qu'ils
fuffent moins éloignés du mérite réel
de toutes ces productions. On admire
dans ces Tableaux comme dans les
premiers , la jufte expreffion dans les
(n) Ces Tableaux appartiennent au Roi , &
font de la fuite des Ports de France , & exécutés
par M. Vernet.
(o ) Ces Tableaux appartiennent à Monfeigneur.
le Dauphin,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
;
effets de chacun des différens points
du jour la parfaite analogie des tein
tes avec le ton vrai de la Nature
dans les diverfes manières dont les objets
font éclairés , & fur- tout la fublime
intelligence de la perfpective aërienne ,
que ce grand Maître poffede au moins
auffi parfaitement que Claude le Lorrain ,
en y joignant des avantages que peutêtre
n'ont pas les Ouvrages de cet illuf
tre Payfagifte. Ces quatre Tableaux ont.
un égal degré de perfection ; mais au
gré de quelques Curieux , celui qui repréfente
la Nuit , paroît le plus piquant ,
par la parfaite imitation des effets d'un
clair de Lune fur tous les objets , &
particulièrement fur les eaux.
Il y a encore plufieurs autres Ouvravrages
de ce grand Peintre qui méritent
l'attention & les fuffrages des Connoiffeurs
; dans le nombre de ces Tableaux
on remarque un Payfage , dont
le Sujet eft la Bergère des Alpes , &
deux Marines d'imagination. (p )
M. ROSLI N.
Les talens de M. Roflin pour le Portrait
, fi connus & déjà fi eftimés , pa-
(p ) Ces deux derniers Tableaux font du Cabi
net de Madame de Pompadour.
OCTOBRE. 1763. 203
toiffent être parvenus à la fupériorité
dans beaucoup de parties ; telles font
les vérités d'effet , la perfection & le
fini des détails , ainfi que l'heureux agencement
des draperies & des étoffes ; à
quoi il joint éminemment le plus beau
faire dans les têtes , les plus fidelles &
en même-temps les plus avantageufes
reffemblances ; la correction du Deffein ,
l'harmonie & enfin toutes les grandes parties
de la Peinture ; c'eft ce qu'on remarque
particulièrement dans les Portraits
de M. le Duc de Praflin , de M. le Baron
de Scheffer , d'un Abbé de Clairvault
, ainfi que dans celui de Madame
la Comteffe d'Egmont & de M. le Comte
de Kernicheuw en habit de Cérémonie
de l'Ordre de S. André de Ruffie. On
admire avec furprife , fingulièrement
dans ce dernier Portrait , la jufteffe &
l'éclat de l'imitation des étoffes très - riches
en or & en argent qui forment
l'habillement.
M. VALADE. M. DESPORTES.
Le premier de ces deux Peintres a
expofé différens Portraits en paſtel , dans
lefquels on trouve beaucoup de reffemblance
; un entr'autres qui repréfente
M. Loriot , Ingénieur méchanicien , mé-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
rite l'attention particulière des Amateurs
du paſtel , en ce qu'une moitié feulement
de ce Tableau , eft fixée par le
fecret qu'a découvert M. Loriot , & que
l'onn'apperçoit aucune différence ni altération
entre la partie fixée & celle qui
ne l'eft pas. On voit quatre Tableaux
de Fruits de M. Desportes.
MADA ME VIEN.
Les charmans Ouvrages de cette Académicienne
continuent de juftifier la
rare diftinction dont elle a été honorée
par fon admiffion dans l'Académie ;
avantage qui lui feroit uniquement propre
fans l'exemple de la fameufe Demoifelle
Rofa- Alba.
M. DE MA CHY .
On ne peut donner trop d'éloges aux
Sujets que nous avons vus de M. de
Machy dans le genre d'Architecture . Ils
confiftent 1 ° . dans la repréfentation de
l'intérieur de l'Eglife projettée pour la
Paroiffe de la Magdeleine ( q ) ; ce Tableau
donne & remplit très- bien l'idée
d'un beau Temple avec de grands effets ,
( 4 ) Tableau de trois pieds quatre pouces de
large fur un pied neuf pouces de haut.
OCTOBRE. 1763. 205
très-juftes & d'un riche afpect. 2°. Le
deffous du Périftile du Louvre du côté
de la rue Fromenteau , éclairé par une
lampe. On a lieu de louer , & même
d'admirer , dans ce Tableau , & le génie
de l'invention & la vérité piquante
d'un effet fi avantageux , qu'il embellit
le local repréfenté , de manière que
ceux qui le voyent tous les jours
font furpris de la beauté qu'ils n'y
avoient pas apperçue . 3° . Deux Ta
bleaux , à gouaffe , repréfentans les ruines
de la Foire S. Germain occafionnées
par l'Incendie ; l'effet de ce fpectacle
eft vivement & fidélement exprimé . 4º.
Un autre Tableau , dont le Sujet , trèsintéreffant
de foi-même, eft rappellé avec
la plus grande vérité. C'est l'inſtant de
la Pofe de la Statue Equeftre du Roi ,
dans la nouvelle Place , lorfqu'après
l'avoir enlevée , on la defcend fur fon
Piédeftal. La plus jolie compofition , les
meilleurs effets & le goût le plus jufte
dans le genre , diftinguent ce Morceau.
On y voit , on y retrouve la multitude
qui rempliffoit la place , on croiroit en
entendre le bruit. M. de Machy nous a
encore expofé des Tableaux de Ruines
dans lefquels on reconnoît toujours les
talens qui conftituent la réputation de
cet Artiſte.
266 MERCURE DE FRANCE.
M. DROUA IS le fils.
Le pinceau de M. Drouais le fils a
rempli l'attente du Public & par le nombre
& par l'agrément de fes productions.
On fçait avec quels applaudiffemens
elles ont été vues aux précédentes
expofitions & dès le premier moment
même que cet Auteur a paru
fur
la Scène du Sallon, Théâtre auffi avanta
geux au vrai mérite des talens que dangereux
pour la médiocrité . Ceux de cePeintre
non-feulement en foutiennen toujours
l'épreuve avec honneur , mais ils y
acquiérentde nouveauxfuffrages à chaque
nouvelle repréſentation : car nous croions
qu'on peut confidérer ainfi chaque expofition
publique . La fraîcheur du pinceau
, l'éclat & le piquant des effets
qu'on peut tirer des emplois de la lumière
, font les principales qualités qui caractérisent
le talent de M. Drouais
dans l'exécution , ainfi que le choix
gracieux dans l'arrangement & dans la
pofition des objets. Ces qualités réunies
, font remarquer avec grand plaifir
tous les Tableaux & tous les Portraits
de cet Auteur. On eft principalement
frappé de celui où il a peint Monfeigneur
le COMTE D'ARTOIS & MADA- .
OCTOBRE. 1763. 207
ME jouant avec une Chévre. Ce Mor
ceau eft de la plus agréable invention ;
& malgré la hauteur où la néceffité de
l'ordre général a forcé de le placer au
Sallon , l'éclat & les grâces dont il bril
loit , ont attiré tous les regards. Nous
devons obferver néanmoins que cette
élévation où fé font trouvés placés quelques
Ouvrages du même Peintre , a pu
faire un obftacle à la diftinction qu'ils
méritoient , les objets qui y étoient repréfentés
n'étant pas faits pour être vus
d'une fi grande diſtance .
Ce que nous venons de dire à l'avan
tage de ce Tableau de M. Dronais , eft
applicable à tous les autres. On ne peut
cependant refufer des éloges particuliers
au Portrait d'un très-joli petit Garçon en
Pierrot. C'eft un morceau du genre &
à - peu-près de l'effet du petit Polifon
au Portefeuille qui a été vu précédemment
& qui a fait tant d'honneur à ce
Peintre. La petite Nourrice ainfi que
le Portrait d'une petite Fille charmante
jouant avec un chat ( deux Tableaux
ovales ) font du même mérite . On ne
peut fe faire une idée trop agréable du
piquant qu'il y a dans ce dernier Morceau.
Ceux qui en connoiffent le mo208
MERCURE DE FRANCE.
déle ( r ) doivent convenir que s'il a
prêté au talent du Peintre , celui - ci à
fon tour en a fi bien faifi la grâce & la
fineffe de caractère , que l'on ne pouvoit
mieux répondre à cet heureux
choix de la Nature . ( s )
M. VOIRIOT .
Dans plufieurs Portraits de ce Peintre
on reconnoît les fruits des bons principes
de l'Art. Le Public , non plus que
nous , ne peut juger de l'exactitude des
reffemblances dans les Portraits des Particuliers
. Mais nous y pouvons diftinguer
la bonne manière de peindre les
têtes , l'enfemble des parties , le ton vrai
& l'accord du coloris , ainfi que le meilleur
choix des attitudes , & c. En examinant
les Ouvrages de M. Voiriot fur
toutes ces conditions requifes , nous
trouverions beaucoup de chofes à dire,
favorables à fon talent.
(r) Mlle SILVESTRE , fille de M. SILVESTRE ,
Peintre du Roi de Pologne & petite - fille de feu
M. SILVESTRE , Directeur de l'Académie .
( s ) Ce Tableau eft du Cabinet de Madame de
Pompadour.
N. B. La fuite au prochain Mercure.
Les perfonnes qui auront la Brochure
OCTOBRE. 1763. 209
où la Defcription des Tableaux eft raf
femblée en entier, peuvent s'adreffer au
Bureau du Mercure , rue Ste Anne, On
leur délivrera gratis en fupplément
pour joindre à cette Brochure la Def
cription des Ouvrages de Sculpture ,qui
n'a pû être imprimée dans le même
temps .
Fermer
572
p. 197-199
MECANIQUE. PLANS en relief de Bâtimens & de Paysages garnis de figures mouvantes, pour orner des cheminées & faire des milieux de desserts.
Début :
On a fait anciennement des tableaux mouvans, mais il n'y avoit que la peinture qui dérachât [...]
Mots clefs :
Tableaux, Peinture, Bâtiments, Paysages, Cheminées, Façades, Mouvements, Maître de maison, Femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MECANIQUE. PLANS en relief de Bâtimens & de Paysages garnis de figures mouvantes, pour orner des cheminées & faire des milieux de desserts.
MECANIQUE.
PLANSen relief de Bâtimens
nis de
&dePaysages,gar
figures mouvantes , pourorner deschemi
nées&faire des milieux de deſſerts .
ON
N a fait anciennement des tableaux mou
L
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
vans, mais il n'y avoit que la peinture qui dérachât
les figures du fond du tableau , & il
falloit les regarder un peu de loin. Les Dlles
PASSEMANT font de petits Bâtimens , des Payſages
ornés de Figures mouvantes , leſquelles font
placées en avant , & ſe ſoutiennent d'elles-mêmes
, ſans être appliquées à rien. Au milieu d'une
campagne riante & garnie d'Arbres,Arbriffeaux ,
&Fleurs d'émail,on voit Charpentiers , Scieurs
de long , Tailleurs de pierres , Rémouleurs , Forgerons
, Batteurs en grange , Tonneliers , Pêcheurs
, Femmes qui battent le linge àla rivière,
d'autres qui battent le beurre , des Bergers qui
gardent leur troupeau , des Moulins à eau , des
Moulins à vent. Une Méchanique intérieure &
cachée au milieu du Bâtiment donne le mouvementàtout.
Il y a de ces Bâtimens aſſez petits pour être
mis ſur des cheminées ſous des glaces pour les
conſerver , d'autres plus grands ſur des tables ou
commodes auſſi ſous des glaces , d'autres enfin
qui ſont à quatre faces pour ſervir de milieu
dans un deſſert. Il y en a même de fort grands
dont la baſe a deux pieds & demi de long fur
deux pieds de large , compoſée de quatre gradins
deglace: au-deſlus eſt une Montagne couverte
d'arbres formans des allées ; on y voit des Moutons
, des chiens pour les garder , d'un autre
côté , des cerfs & autres animaux , une chute
deau fait mouvoir un moulin , de petits bâtimens
ſont épars ſur la montagne dont le ſommet
eſt courronné par un grand bâtiment à
quatre faces & à pluſieurs étages terminés par
une baluſtrade , chaque façade eſt garnie de figures
mouvantes , il y en a juſques ſur la terraſſes
d'autres également mouvantes ſont placées àdifférens
endroits du contour de laMontagne,
DECEMBRE. 1763. 199 19
Au milieu du Deſſert , le Maître de la maifor
peut ſurprendre agréablement les Convives en
tirant une petite ſoye , plus de trente figures font
miſés en mouvement & paroiffent toutes différemment
occupées & agiſſent pendant une demie
heure ..
On trouvede ces Ouvrages depuis deux Louis
juſqu'à vingt, chez les Diles PASSEMANT. Elles
demeurent chez M. PASSEMANT , leur Pere , aw
Louvre , au-deſſus de l'Académie Françoiſe.
Comme ces ingénieuſes machines peuvent être
très-agréables pour les préſens d'étrennes , nous
croyons faire plaifir d'en informer le Public , &
ſpécialement les curieux quiconnoiffent & refpectent
les grands talens du Pere de ces Demoiſelles.
PLANSen relief de Bâtimens
nis de
&dePaysages,gar
figures mouvantes , pourorner deschemi
nées&faire des milieux de deſſerts .
ON
N a fait anciennement des tableaux mou
L
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
vans, mais il n'y avoit que la peinture qui dérachât
les figures du fond du tableau , & il
falloit les regarder un peu de loin. Les Dlles
PASSEMANT font de petits Bâtimens , des Payſages
ornés de Figures mouvantes , leſquelles font
placées en avant , & ſe ſoutiennent d'elles-mêmes
, ſans être appliquées à rien. Au milieu d'une
campagne riante & garnie d'Arbres,Arbriffeaux ,
&Fleurs d'émail,on voit Charpentiers , Scieurs
de long , Tailleurs de pierres , Rémouleurs , Forgerons
, Batteurs en grange , Tonneliers , Pêcheurs
, Femmes qui battent le linge àla rivière,
d'autres qui battent le beurre , des Bergers qui
gardent leur troupeau , des Moulins à eau , des
Moulins à vent. Une Méchanique intérieure &
cachée au milieu du Bâtiment donne le mouvementàtout.
Il y a de ces Bâtimens aſſez petits pour être
mis ſur des cheminées ſous des glaces pour les
conſerver , d'autres plus grands ſur des tables ou
commodes auſſi ſous des glaces , d'autres enfin
qui ſont à quatre faces pour ſervir de milieu
dans un deſſert. Il y en a même de fort grands
dont la baſe a deux pieds & demi de long fur
deux pieds de large , compoſée de quatre gradins
deglace: au-deſlus eſt une Montagne couverte
d'arbres formans des allées ; on y voit des Moutons
, des chiens pour les garder , d'un autre
côté , des cerfs & autres animaux , une chute
deau fait mouvoir un moulin , de petits bâtimens
ſont épars ſur la montagne dont le ſommet
eſt courronné par un grand bâtiment à
quatre faces & à pluſieurs étages terminés par
une baluſtrade , chaque façade eſt garnie de figures
mouvantes , il y en a juſques ſur la terraſſes
d'autres également mouvantes ſont placées àdifférens
endroits du contour de laMontagne,
DECEMBRE. 1763. 199 19
Au milieu du Deſſert , le Maître de la maifor
peut ſurprendre agréablement les Convives en
tirant une petite ſoye , plus de trente figures font
miſés en mouvement & paroiffent toutes différemment
occupées & agiſſent pendant une demie
heure ..
On trouvede ces Ouvrages depuis deux Louis
juſqu'à vingt, chez les Diles PASSEMANT. Elles
demeurent chez M. PASSEMANT , leur Pere , aw
Louvre , au-deſſus de l'Académie Françoiſe.
Comme ces ingénieuſes machines peuvent être
très-agréables pour les préſens d'étrennes , nous
croyons faire plaifir d'en informer le Public , &
ſpécialement les curieux quiconnoiffent & refpectent
les grands talens du Pere de ces Demoiſelles.
Fermer
Résumé : MECANIQUE. PLANS en relief de Bâtimens & de Paysages garnis de figures mouvantes, pour orner des cheminées & faire des milieux de desserts.
Les demoiselles Passemant créent des 'tableaux mouvants' représentant des bâtiments, paysages et figures en mouvement. Les figures, placées en avant, se soutiennent seules sans fixation. Les scènes incluent divers métiers et activités comme des charpentiers, pêcheurs, bergers, et des moulins. Une mécanique intérieure cachee anime les figures. Ces œuvres existent en différentes tailles : certaines sont petites pour cheminées ou tables, d'autres servent de centre de table pour desserts. Les plus grands modèles atteignent deux pieds et demi de long sur deux pieds de large, avec plusieurs gradins de glace, une montagne couverte d'arbres et d'animaux, et un grand bâtiment à plusieurs étages. Lors des repas, le maître de maison peut activer une corde pour mettre en mouvement plus de trente figures pendant une demi-heure. Ces œuvres, disponibles à des prix variés de deux à vingt louis, peuvent être achetées chez M. Passemant, père des demoiselles, au Louvre, au-dessus de l'Académie Française. Le texte souligne leur intérêt comme présents d'étrennes et rend hommage aux talents du père des demoiselles Passemant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
573
p. 199-200
SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts. LETTRE À M. DE LA PLACE.
Début :
Je vous prie, Monsieur, d'annoncer au Public le Portrait de M. Rousseau [...]
Mots clefs :
Portrait, Rousseau, Poète, Gravure, Éloges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts. LETTRE À M. DE LA PLACE.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts.
LETTRE A M. DE LA PLACE.
JE vous prie , Monfieur , d'annoncer au Public
lePortrait de M. Rouffeau . l'un des plus célébres
Poëtes François , gravé par M. Ficquet ,
dont le burin ſçavant & délicat s'eſt déja fi
avantageuſement fait connoître par les beaux
Portraits de MM. Delafontaine & Voltaire . Cette
dernière production mérite les plus grands éloges
, & vous en jugerez vous-même , Monfieur ,
par l'epreuve que j'ai l'honneur de vous envoyer.
Ces trois Portraits de même grandeur ſe trouvent
, enſemble ou féparément , chez les principaux
Marchands d'Eſtampes , chez Duchesne ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , chez Lattré , Graveur , rue S. Jacques:
àla Ville de Bordeaux.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Paris , ce. 2.Décembre 1763 .
LETTRE A M. DE LA PLACE.
JE vous prie , Monfieur , d'annoncer au Public
lePortrait de M. Rouffeau . l'un des plus célébres
Poëtes François , gravé par M. Ficquet ,
dont le burin ſçavant & délicat s'eſt déja fi
avantageuſement fait connoître par les beaux
Portraits de MM. Delafontaine & Voltaire . Cette
dernière production mérite les plus grands éloges
, & vous en jugerez vous-même , Monfieur ,
par l'epreuve que j'ai l'honneur de vous envoyer.
Ces trois Portraits de même grandeur ſe trouvent
, enſemble ou féparément , chez les principaux
Marchands d'Eſtampes , chez Duchesne ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , chez Lattré , Graveur , rue S. Jacques:
àla Ville de Bordeaux.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Paris , ce. 2.Décembre 1763 .
Fermer
Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts. LETTRE À M. DE LA PLACE.
La lettre annonce la publication du portrait de Jean-Jacques Rousseau, gravé par M. Ficquet, connu pour ses œuvres sur Delafontaine et Voltaire. Une épreuve est envoyée pour jugement. Les portraits de Rousseau, Delafontaine et Voltaire sont disponibles chez Duchesne et Lattré à Paris et à Bordeaux. La lettre est datée du 2 décembre 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
574
p. 69-73
SUITE de l'Atlas Historique & Géographique de M. BUI DE MORNAS ; 25 Cartes nouvelles, qui se trouvent chez l'Auteur, rue S. Jacques, près S. Yves, & chez le fieur DESNOS, son Associé, même rue, à l'Enseigne du Globe.
Début :
NOUS avons déja fait connoître cet Ouvrage utile & important, dans plusieurs [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Atlas Historique & Géographique de M. BUI DE MORNAS ; 25 Cartes nouvelles, qui se trouvent chez l'Auteur, rue S. Jacques, près S. Yves, & chez le fieur DESNOS, son Associé, même rue, à l'Enseigne du Globe.
SUITE de l'Atlas Historique & Géographique
de M. BUI DE MORNAS ;
25 Cartes nouvelles, qui se trouvent
chez l'Auteur, rue S. Jacques, près
S. Yves, & chez le fieur DESNOS,
son Associé, même rue, à l'Enseigne
du Globe.
NOUS avons déja fait connoître cet Ouvrage utile & important, dans plusieurs
$
70 MERCURE DE FRANCE.
de nos Mercures ; & il ne nous
refte plus rien à dire fur l'objet , le
plan & l'exécution des premières par-
ties de cet Atlas , le plus fçavant , le
plus inftructif, le plus complet qui ait
paru jufqu'à préfent. Nous avons parlé
du défintéreffement des Auteurs , que
la gloire feule femble avoir guidés dans
cette entreprife , & de la fidélité avec
laquelle ils rempliffent leurs engage-
mens , malgré les dépenfes confidera-
bles qu'entraîne un pareil travail. Nous
nous bornerons donc à rendre compte
aujourd'hui des 25 Cartes qui paroiffent
nouvellement.
La première préfente une defcription
de l'ancienne Egypte , avec l'hiftoire de
Les premiers Rois jufqu'à la vocation
d'Abraham, Les deux fuivantes con-
tiennent les Pays habités autrefois par
les Celtes ou Gomérites , accompagnés
des événemens les plus remarquables
arrivés chez ces anciens Peuples. L'hif-
toire facrée , depuis Abraham jufqu'à
la Loi écrite , & depuis la Loi écrite
jufqu'à la fondation du Temple de Sa-
lomon , occupe feule quatorze Cartes ;
& l'on peut dire que nous n'avons rien
de plus curieux , de plus détaillé & de
JANVIER . 1764.
71
plus exact fur cette matière refpe&table.
Le refte eft deftiné à faire connoître
les pays occupés par les Peuples qui
ont vécu dans la Gréce & l'Afie mi-
neure durant le même efpace de temps.
Tous les faits principaux arrivés chez
ces Nations anciennes & célébres y font.
rapportés fans confufion & fans proli-
xité;& la préciſion de l'Hiftorien répond
toujours à celle du Géographe.
M. de Mornas avertit le Public que ,
pour donner à fon Atlas toute l'utilité
dont il eft fufceptible , il n'a pu fe dif
penferde faire un Supplément ; & voici
des raifons qu'il en donne. » Lorfque
j'ai propofé , dit-il , de donner l'HIC
toire du Genre humain , depuis la
» Créationjufqu'à l'Ere Chrétienne , en
>> 70 Cartes , je n'y comprenois pas les
20 Cartes de Géographie ancienne que
le Public éclairé m'avoit fort confeillé
d'y inférer. Ainfi c'eft vingt Cartes de
moins pour l'Hiftoire , dont je n'ai pu
→ donner les détails que jufqu'à la fonda-
tion du Temple. Il me refte donc à
parcourir le cinquiéme & le fixiéme
» âge du Monde , qui renferment un
وي
efpace de mille ans. C'eft ce que je
me propoſe de terminer avant la fin
» du mois d'Août de l'année 1764 ; & ,
32 MERCURE DE FRANCE .
pour répondre à l'empreffement du Pu-
» blic , il y aura deux Supplémens de
» Soufcriptions. Le premier , qui com-
"
دو
prendra l'Hiftoire du cinquiéme âge ,
» eft déja entre les mains des Graveurs ,
» & pourra être livré au premier Février
" prochain.
Il eft compofé de vingt
» Cartes , dont les dix premieres renfer-
» ment tout ce qui a rapport aux Royau-
» mes d'Ifraël & de Juda . Les dix autres
» ont pour objet l'Hiftoire Prophane ,
c'eft-à-dire , ce qui concerne les Egyp
» tiens , les Affyriens , les Babyloniens ,
les Médes,les Lydiens,lesMacédoniens,
» les Grecs & les Romains. Je donnerai le
» fecond Suplément dans le mois d'Août.
» Il fera compofé de trente Cartes , &
» contiendra les plus beaux morceaux de
» l'Hiftoire. On y trouvera ce qui eft
» arrivé d'intéreffant chez le Peuple Juif,
» depuis fon rétabliſſement par Cyrus,
» & les traits les plus frappans de l'Hif-
دو
toire des Egyptiens ,. des Perfes , des
» Grecs , des Parthes , des Syriens , des
Carthaginois , des Romains & de tous
» les autres Peuples qui fe font rendus
» célébres depuis Cyrus jufqu'à l'Ere
» Chrétienne. La deuxième partie de
» monAtlas fera donc compofée de cent
» vingt Cartes , dont on pourra former
» deux
1
JANVIER. 1764.
73
deux volumes. On renfermera dans le
premier les cinquante-cinq premières
» Cartes , qui ont pour objet l'homme
fous la Loi de Nature , qui a duré 2513
ans ; & le deuxiéme contiendra foi-
» xante- cinq Cartes , qui traiteront de
» tous les événemens arrivés fous la Loi
» écrite , dont la durée eft de 1487 ans.
Par le moyen de ces deux Supplémens ,
» on aura un Cours complet d'Hiftoire ,
» de Géographie & de Chronologie :
» Cours plein de détails inſtructifs , &
» fuffifant pour les dix- neuf vingtiémes
du genre humain.
de M. BUI DE MORNAS ;
25 Cartes nouvelles, qui se trouvent
chez l'Auteur, rue S. Jacques, près
S. Yves, & chez le fieur DESNOS,
son Associé, même rue, à l'Enseigne
du Globe.
NOUS avons déja fait connoître cet Ouvrage utile & important, dans plusieurs
$
70 MERCURE DE FRANCE.
de nos Mercures ; & il ne nous
refte plus rien à dire fur l'objet , le
plan & l'exécution des premières par-
ties de cet Atlas , le plus fçavant , le
plus inftructif, le plus complet qui ait
paru jufqu'à préfent. Nous avons parlé
du défintéreffement des Auteurs , que
la gloire feule femble avoir guidés dans
cette entreprife , & de la fidélité avec
laquelle ils rempliffent leurs engage-
mens , malgré les dépenfes confidera-
bles qu'entraîne un pareil travail. Nous
nous bornerons donc à rendre compte
aujourd'hui des 25 Cartes qui paroiffent
nouvellement.
La première préfente une defcription
de l'ancienne Egypte , avec l'hiftoire de
Les premiers Rois jufqu'à la vocation
d'Abraham, Les deux fuivantes con-
tiennent les Pays habités autrefois par
les Celtes ou Gomérites , accompagnés
des événemens les plus remarquables
arrivés chez ces anciens Peuples. L'hif-
toire facrée , depuis Abraham jufqu'à
la Loi écrite , & depuis la Loi écrite
jufqu'à la fondation du Temple de Sa-
lomon , occupe feule quatorze Cartes ;
& l'on peut dire que nous n'avons rien
de plus curieux , de plus détaillé & de
JANVIER . 1764.
71
plus exact fur cette matière refpe&table.
Le refte eft deftiné à faire connoître
les pays occupés par les Peuples qui
ont vécu dans la Gréce & l'Afie mi-
neure durant le même efpace de temps.
Tous les faits principaux arrivés chez
ces Nations anciennes & célébres y font.
rapportés fans confufion & fans proli-
xité;& la préciſion de l'Hiftorien répond
toujours à celle du Géographe.
M. de Mornas avertit le Public que ,
pour donner à fon Atlas toute l'utilité
dont il eft fufceptible , il n'a pu fe dif
penferde faire un Supplément ; & voici
des raifons qu'il en donne. » Lorfque
j'ai propofé , dit-il , de donner l'HIC
toire du Genre humain , depuis la
» Créationjufqu'à l'Ere Chrétienne , en
>> 70 Cartes , je n'y comprenois pas les
20 Cartes de Géographie ancienne que
le Public éclairé m'avoit fort confeillé
d'y inférer. Ainfi c'eft vingt Cartes de
moins pour l'Hiftoire , dont je n'ai pu
→ donner les détails que jufqu'à la fonda-
tion du Temple. Il me refte donc à
parcourir le cinquiéme & le fixiéme
» âge du Monde , qui renferment un
وي
efpace de mille ans. C'eft ce que je
me propoſe de terminer avant la fin
» du mois d'Août de l'année 1764 ; & ,
32 MERCURE DE FRANCE .
pour répondre à l'empreffement du Pu-
» blic , il y aura deux Supplémens de
» Soufcriptions. Le premier , qui com-
"
دو
prendra l'Hiftoire du cinquiéme âge ,
» eft déja entre les mains des Graveurs ,
» & pourra être livré au premier Février
" prochain.
Il eft compofé de vingt
» Cartes , dont les dix premieres renfer-
» ment tout ce qui a rapport aux Royau-
» mes d'Ifraël & de Juda . Les dix autres
» ont pour objet l'Hiftoire Prophane ,
c'eft-à-dire , ce qui concerne les Egyp
» tiens , les Affyriens , les Babyloniens ,
les Médes,les Lydiens,lesMacédoniens,
» les Grecs & les Romains. Je donnerai le
» fecond Suplément dans le mois d'Août.
» Il fera compofé de trente Cartes , &
» contiendra les plus beaux morceaux de
» l'Hiftoire. On y trouvera ce qui eft
» arrivé d'intéreffant chez le Peuple Juif,
» depuis fon rétabliſſement par Cyrus,
» & les traits les plus frappans de l'Hif-
دو
toire des Egyptiens ,. des Perfes , des
» Grecs , des Parthes , des Syriens , des
Carthaginois , des Romains & de tous
» les autres Peuples qui fe font rendus
» célébres depuis Cyrus jufqu'à l'Ere
» Chrétienne. La deuxième partie de
» monAtlas fera donc compofée de cent
» vingt Cartes , dont on pourra former
» deux
1
JANVIER. 1764.
73
deux volumes. On renfermera dans le
premier les cinquante-cinq premières
» Cartes , qui ont pour objet l'homme
fous la Loi de Nature , qui a duré 2513
ans ; & le deuxiéme contiendra foi-
» xante- cinq Cartes , qui traiteront de
» tous les événemens arrivés fous la Loi
» écrite , dont la durée eft de 1487 ans.
Par le moyen de ces deux Supplémens ,
» on aura un Cours complet d'Hiftoire ,
» de Géographie & de Chronologie :
» Cours plein de détails inſtructifs , &
» fuffifant pour les dix- neuf vingtiémes
du genre humain.
Fermer
575
p. 88-91
« ATLAS Géographique, Historique & raisonné de la France ancienne & moderne, [...] »
Début :
ATLAS Géographique, Historique & raisonné de la France ancienne & moderne, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ATLAS Géographique, Historique & raisonné de la France ancienne & moderne, [...] »
ATLAS Géographique, Historique &
raisonné de la France ancienne & moderne,
repréſenté dans tous fes diffé-
rens âges & accroiffemens , par autant
de Cartes particulières , depuis fon ori-
gine jufqu'à nos jours , diftribuées par
des leçons préciſes , formant une expli-
cation méthodique , claire , convenable
& relative à chaque Carte. Par une So-
ciété de Gens de Lettres. Dréffé avec
le plus grand foin , pour donner une
connoiffance éxacte de la fituation Cé--
lefte, Politique & Maritime du Royaume
confidéré dans fes Gouvernemens Civil ,,
Eccléfiaftique & Militaire
dans fon
Commerce & dans fes Finances ; dif-
ribué de manière qu'en prenant cha
que Carte féparément de la defcription ,
elles ferviront à faciliter l'intelligence
de nos Hiſtoriens , tant anciens que mo
dernes , étant adaptées aux Ouvrages de
Mézeray , du P. Daniel , de M. le Pré-
fident Hénault , &c. & particuliérement
pour accompagner l'Hiftoire de France
de MM. Velly & Villaret , & feront im-
primées fur des formats conformément
à celui de chacun de ces Auteurs. Par
M. Rizzi Zannoni
de l'Académie ·
Royale des Sciences & Belles- Lettres -
de Gottingue , dirigé & donné au Pu-
blic par le fieur Defnos , Ingénieur-Géo-
graphe pour les Globes , Sphères & Inf-
trumens de Mathématiques , rue Saint
Jacques , à l'Enfeigne du Globe. A
Paris , 1763 , avec Privilége du Roi,.
TABLEAU Hiftorique & Géogra-
phique de l'Empire d'Allemagne , qui
le repréfente par colonne dans fes dix
Cercles. On y voit fous un même point
de vue l'Hiftoire abrégée de l'Empire,,
90 MERCURE DE FRANCE.
les Poffeffions & les Titres de fes Sou
verains , les Riviéres & les Villes prin-
cipales de chaque Cercle. Celles - ci ont
des hiéroglyphes qui fervent à faire con-
noître ce qui les diftingue & ce qu'el-
les ont de remarquable. Ce Tableau
paroît fous deux formes différentes , la
premiére eft fur le papier Chaplet , feuille
ordinaire des Atlas ; la feconde , plus
petite & plus portative , eft de la gran-
deur de l'Atlas de la France . On don-
nera fucceffivement fous ces deux for-
mes , toutes les différentes Monarchies
de l'Europe & les autres parties du Mon-
de pour l'utilité des Colléges , & de tous
ceux qui veulent étudier l'Histoire ; par
Auteur du Tableau de la France.
PROSPECTUS de l'Atlas Géographi-
que & portatifdes Elections du Royau-
me ; Généralité de Paris , divifée en fes`
vingt-deux Elections , & repréſentée
dans toutes fes
parties par autant de
Cartes particulières d'une manière cho-
rographique & complette , avec le nom-
bre des Paroiffes & des feux ; levée fur
lès lieux par une Société d'Ingénieurs ,
Defnos, précédée
éxécutée par Defnos, précédée d'un dif-
cours dans lequel on explique l'hiſtoire
particulière de chaque Ville , les événe
JANVIER. 1764.
g
mens remarquables qui s'y font paffés
fa fituation , fon Terroir , fes Fabriques,.
fes Manufactures , enfin toutes les pro--
ductions de la nature & de l'art qui s'y
trouvent ; par M. l'Abbé R ** . Ouvrage
utile à l'Etranger comme au Citoyen qui
veut avoir une connoiffance détaillée de:
la France , & particulierement à ceux
qui font intéreffés dans l'adminiſtration
de la Juſtice , dans le Commerce & les
Finances , & c. A Paris , chez Defnos ,
Ingénieur-Géographe pour les Globes
& Sphères , rue S. Jacques , à l'Enfeigne
du Globe , la huitiéme Boutique au-def-
fus de la Fontaine de S. Séverin,du même
côté. 1763. avec Approbation & Privi-
lége du Roi.
raisonné de la France ancienne & moderne,
repréſenté dans tous fes diffé-
rens âges & accroiffemens , par autant
de Cartes particulières , depuis fon ori-
gine jufqu'à nos jours , diftribuées par
des leçons préciſes , formant une expli-
cation méthodique , claire , convenable
& relative à chaque Carte. Par une So-
ciété de Gens de Lettres. Dréffé avec
le plus grand foin , pour donner une
connoiffance éxacte de la fituation Cé--
lefte, Politique & Maritime du Royaume
confidéré dans fes Gouvernemens Civil ,,
Eccléfiaftique & Militaire
dans fon
Commerce & dans fes Finances ; dif-
ribué de manière qu'en prenant cha
que Carte féparément de la defcription ,
elles ferviront à faciliter l'intelligence
de nos Hiſtoriens , tant anciens que mo
dernes , étant adaptées aux Ouvrages de
Mézeray , du P. Daniel , de M. le Pré-
fident Hénault , &c. & particuliérement
pour accompagner l'Hiftoire de France
de MM. Velly & Villaret , & feront im-
primées fur des formats conformément
à celui de chacun de ces Auteurs. Par
M. Rizzi Zannoni
de l'Académie ·
Royale des Sciences & Belles- Lettres -
de Gottingue , dirigé & donné au Pu-
blic par le fieur Defnos , Ingénieur-Géo-
graphe pour les Globes , Sphères & Inf-
trumens de Mathématiques , rue Saint
Jacques , à l'Enfeigne du Globe. A
Paris , 1763 , avec Privilége du Roi,.
TABLEAU Hiftorique & Géogra-
phique de l'Empire d'Allemagne , qui
le repréfente par colonne dans fes dix
Cercles. On y voit fous un même point
de vue l'Hiftoire abrégée de l'Empire,,
90 MERCURE DE FRANCE.
les Poffeffions & les Titres de fes Sou
verains , les Riviéres & les Villes prin-
cipales de chaque Cercle. Celles - ci ont
des hiéroglyphes qui fervent à faire con-
noître ce qui les diftingue & ce qu'el-
les ont de remarquable. Ce Tableau
paroît fous deux formes différentes , la
premiére eft fur le papier Chaplet , feuille
ordinaire des Atlas ; la feconde , plus
petite & plus portative , eft de la gran-
deur de l'Atlas de la France . On don-
nera fucceffivement fous ces deux for-
mes , toutes les différentes Monarchies
de l'Europe & les autres parties du Mon-
de pour l'utilité des Colléges , & de tous
ceux qui veulent étudier l'Histoire ; par
Auteur du Tableau de la France.
PROSPECTUS de l'Atlas Géographi-
que & portatifdes Elections du Royau-
me ; Généralité de Paris , divifée en fes`
vingt-deux Elections , & repréſentée
dans toutes fes
parties par autant de
Cartes particulières d'une manière cho-
rographique & complette , avec le nom-
bre des Paroiffes & des feux ; levée fur
lès lieux par une Société d'Ingénieurs ,
Defnos, précédée
éxécutée par Defnos, précédée d'un dif-
cours dans lequel on explique l'hiſtoire
particulière de chaque Ville , les événe
JANVIER. 1764.
g
mens remarquables qui s'y font paffés
fa fituation , fon Terroir , fes Fabriques,.
fes Manufactures , enfin toutes les pro--
ductions de la nature & de l'art qui s'y
trouvent ; par M. l'Abbé R ** . Ouvrage
utile à l'Etranger comme au Citoyen qui
veut avoir une connoiffance détaillée de:
la France , & particulierement à ceux
qui font intéreffés dans l'adminiſtration
de la Juſtice , dans le Commerce & les
Finances , & c. A Paris , chez Defnos ,
Ingénieur-Géographe pour les Globes
& Sphères , rue S. Jacques , à l'Enfeigne
du Globe , la huitiéme Boutique au-def-
fus de la Fontaine de S. Séverin,du même
côté. 1763. avec Approbation & Privi-
lége du Roi.
Fermer
576
p. 91-99
ALMANACHS pour l'Année 1764.
Début :
CALENDRIER du Cabinet pour l'année 1764 ; ce Calendrier est gravé en [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALMANACHS pour l'Année 1764.
ALMANACHS pour l'Année 1764.
CALENDRIER du Cabinet pour l'année
1764 ; ce Calendrier est gravé en
taille-douce , de douze pouces de large ,
für neuf de haut ; repréfentant un des
plus beaux morceaux d'Architecture de :
la Capitale , éxécuté d'une manière fupé--
rieure a tout ce qui a paru dans ce genre,
& renfermé dans une bordure . Comme
Pimpreffion ne peut guères être portée
au- delà d'un certain nombre fans fati
92. MERCURE DE FRANCE.
guer la planche par le tirage , ceux qui
voudront s'en procurer les premières
épreuves , auront la bonté d'avertir à
temps ; les Amateurs verront avec pla
*
firs que ce morceau eft digne de leur
curiofité, & devient un ornement agréa-
ble dans un appartement. On trouvera
en même temps la Carte de l'Europe
repréfentant l'Eclipfe centrale & annu-
laire qui arrivera le premier Avril pro-
chain , & fur laquelle on pourra fuivre
de l'œil toutes les portions de cette par-
tie de la Terre qui feront obfcurcies
par la Lune. Les deux feuilles enſemble
3
liv. & chacune féparément , 1 k10.f
LE Calendrier des Princes & de la
Nobleffe de France , contenant l'état
actuel des Maifons fouveraines , Prin-
ces , Seigneurs de l'Europe , & de la
Nobleffe de France ; par l'Auteur du
Dictionnaire généalogique , héraldique,
hiftorique & chronologique. 1 vol . in-
12. petit format ; à Paris , chez Du-
chefne , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; avec approbation & privilège
du Roi.
LA France Eccléfiaftique , on Etar:
préfent du Clergé féculier & régulier ,
des Ordres Religieux , Militaires & des
JANVIER. 1764.
93
Univerfités , contenant 1. la Cour de
Rome , les Archevêques & Evêques ,
& les Généraux d'Ordre de l'Eglife
Univerfelle. 2. Les Vicaires généraux ,
Officiaux , Syndics & Chanoines de
tous les Diocèfes de France , les Cha-
pitres nobles , les Collégiales , les Ab-
bayes Commendataires & régulières ;
les Commanderies de Malthe , les Su-
périeurs généraux & Provinciaux du
Clergé régulier ; les Univerfités de Fran-
ce. 3°. Les Chapitres , Paroiffes , Sémi-
naires , Couvents & Univerfité de Pa-
ris. 4°. Le Clergé de la Chapelle & de
la Maifon du Roi ; avec la collation
des Dignités & des Canonicats de tou-
tes les Eglifes Cathédrales du Royaume.
A Paris , chez Defprez, Imprimeur du
Roi & du Clergé de France , rue S. Jac-
ques , avec approbation & privilége
du Roi. 1 vol. in- 12 . petit format. Prix,
50 fols broché , & 3 liv. franc de port
par tout le Royaume .
CALENDRIER des Loix de la Fran-
ce , contenant une analyfe raiſonnée
des Edits , Déclarations , Lettres - Pa-
tentes , Ordonnances , Réglemens &
Arrêts tant du Confeil que des Parle-
mens , Cours Souveraines & autres Ju-
94 MERCURE DE FRANCE.
rifdictions du Royaume , qui ont paru
pendant l'année 1762. A Paris , chez
Cailleau , rue S. Jacques , vis-à - vis la
rue des Mathurins , à S. André ; avec
approbation & privilége du Roi. ■ vol.
in-18.
ALMANACH des Commerçans, con-
tenant l'indication des Villes commer-
çantes de l'Europe , les détails de leurs
Manufactures , le cours du change avec
la France , les Monnoies étrangères ,
le rapport des mefures & des poids ,
les chofes dignes de curiofité qu'on y
trouve , & les routes de Paris à chacu-
ne de ces Villes ; avec des inftructions
pour voyager utilement
,
commodé-
ment & agréablement. A Paris , chez
Duchefne, rue S. Jacques;avec approba-
M
tion & privilége. I vol. in 12. petit
format.
ALMANACH Eccléfiaftique , conte-
nant l'état actuel de la Cour de Rome ;
le Clergé de France en général , &
particuliérement celui de Paris & la
Chapelle du Roi ; la Chronologie des
Papes , des Patriarches ; ce qui concer-
ne la dignité & le rang des Cardinaux
des Primats , des Evêques & Archevê-
JANVIER. 1764.
95
ques du Royaume ; les Abbayes tant
en régle qu'en commende ; les Chapi-
tres & leurs dignités ; les Cures , les
Monumens remarquables des Eglifes
du Royaume ; le temporel du Clergé ;
les affemblées , les décimes
>
la régale ;
les établiffemens des Ordres Religieux ;
les matières relativement aux études &
emplois Eccléfiaftiques ; les Univerfi-
tés , les Bénéfices , les Gradués , l'In-
dult , & c. & c. A Paris , chez Duchef-
ne , rue S. Jacques ; avec approbation
& privilege du Roi. 1 vol . in- 16.
ALMANACH pour fervir de guide
aux Voyageurs , contenant tout ce qui
eft néceffaire pour voyager commodé-
ment , utilement & agréablement , foit
en voiture ou à cheval , à pied ou par
eau. Chez Duchefne , rue S. Jacques ;
avec approbation & permiffion ; 1 vol.
in-16.
ALMANACH Parifien en faveur des
Etrangers & des perfonnes curieufes ;
indiquant par ordre alphabétique tous
les Monumens des Beaux-Arts , répan-
dus dans la Ville de Paris & aux envi-
rons. Ce qui a pour objet les lieux re-
marquables ou par la grandeur du def-
fein , ou par les morceaux de Peinture
6 MERCURE DE FRANCE.
& de Sculpture qu'on y voit ; Edifices
facrés ; Cháteaux & Maifons Royales ,
spalais , hôtels , ouvrages publics , mai-
Tons de plaifance , &c. A Paris , chez
Duchefne , rue S. Jacques ; avec appro-
bation & privilége du Roi. in- 16.
ALMANACH Encyclopédique ou
Chronologie des faits les plus remar-
quables de l'Hiftoire Univerſelle , tant
ancienne que moderne ; enrichie d'a-
necdotes curieufes ; à Amfterdam , &
fe trouve à Paris chez Valeyre fils
Imprimeur-Libraire , rue de la vieille
Bouclerie, à l'Arbre de Jeffé , 1 vol
in- 16 . Prix , 1 liv. 4 f.
LEBON JARDINIEE, Almanach con-
tenant une idée générale des quatre for-
tes de Jardins , les régles pour les cul-
tiver , & la manière d'élever les plus bel
les fleurs. Nouvelle édition confidéra-
blement augmentée , & dans laquelle
la partie des fleurs a été entiérement
refondue par un Amateur. A Paris ,
chez Guillyn , quai des Auguftins , du
côté du Pont S. Michel , au Lys d'or.
Avec approbation & privilége du Roi.
I vol. in- 16. Le même Libraire vend
auffi l'Almanach ou Tableau de l'Uni-
vers ?
JANVIER. 1764.
97
vers , qui marque la diftance de Paris à
toutes les Villes les plus remarquables
du monde. in- 16.
LES Spectacles de Paris , ou fuite
du Calendrier hiftorique des Théâtres.
Treizième Partie , qui contient plufieurs
chofes nouvelles,& en particulier les Evé-
nemens dramatiques de l'année 1763 ,
avec un détail de ce qui s'eſt paffé au ſu-
jet de l'Opéra. A Paris , chez Duchefne ,
rue S. Jacques. Avec approbation &
privilége du Roi . 1 vol. in-16.
TROISIEME Supplément à la France
Littéraire de l'année 1758 , pour les an-
nées 1762 & 1763 , contenant les chan-
gemens arrivés dans les Académies de
France , les Ouvrages nouveaux com-
pofés pendant l'efpace de deux années ,
& les noms des Auteurs morts depuis
1761 , jufques & compris l'année 1763.
A Paris , chez Duchefne , rue S. Jacques.
Avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 16 .
ETRENNES du Chrétien , à Paris ,
chez Barbou , rue S. Jacques , aux Ci-
gognes , 1764 , petit in-32. C'eſt faire
Féloge de la partie typographique de ce
petit Livre , que d'en nommer l'Impri-
I. Vol
£
98 MERCURE DE FRANCE.
meur. Tout le monde connoît actuel-
lement la perfection de fon travail , &
la loi qu'il s'eft faite de ne rien laiffer
fortir de médiocre de deffous fes Preffes.
Quantaux chofes que renferme cet Ou
vrage , elles font d'un prix ineftimable
puifqu'il contient les Prières propres à
tous les Exercices d'un Chrétien . Elles
font précédées d'un Calendrier qui achè-
ve de rendre ce Livret d'un ufage très-
utile , & prèfque continuel.
On trouve chez Grangé & Dufour;
Libraires , au Cabinet Littéraire de la
Nouveauté , fur le pont de Notre-Dame ,
auprès de la Pompe de la Ville , les Al-
manachs fuivans : Collection Lyrique
Almanach pour la préfente année , fur
des Airs connus .
Almanach perpé-
tuel , ou Calendrier du Ménage , extrait
du Greffe de Cythère , dédié au Doyen
de la plus nombreufe Confrérie , pour
la préfente année , par M. Lantu de Lo-
berg , Afpirant.
teur Comique.
Ah ! qu'il eft drôle !
Etrennes de la Gaité ; Almanach Chan-
tant , contenant les plus jolis Couplets ,
fur des Airs connus & choifis ; avec des
Entretiens en Vaudevilles ; par un Au-
Folichon , ou le Jou-
jou des Dames ; Etrennes Galantes
pour la préfente année , fur des Airs con-
JANVIER . 1764.
nus & choifis ; par M. ....
tés.
-
Etrennes , fur des Airs connus.
Airs connus , par M. D ...
99
Etrennes
d'Apollon , fur des Airs connus & no-
L'Amour vous le donne pour
Le
Triomphe de Bacchus , Almanach Ram-
poneau , dédié aux Ribotteurs , fur des.
Le Paffe-
temps Galant , fuivi des Oracles ; Alma-
nach nouveau , pour la préſente année
fur des Airs connus & notés ; par M. L....:
Mêlange agréable & amufant ; Alma-
nach nouveau , pour la préfente année ,
•
fur des Airs connus ; par M. L. G. - Les
Prophéties Galantes , fupputées par Mat-
thieu l'Aftrologue , Arpenteur des Ifles
de Vénus.
M. D....
cien.
Le Deffert des bonnes
Compagnies ; Etrennes Grivoifes ; par
L'Amour Poëte & Mufi-
Le Roffignol de Cythere , ou
le Langage du Coeur ; Almanach pour
les Amans ; vu , lù , corrigé , approuvé
par Diſcret de la Tendromanie , Amant
qui n'étoit pas à la mode.
Nous annoncerons dans le Mercure
prochain, les autres Almanachs qui vien-
dront à notre connoiffance .
CALENDRIER du Cabinet pour l'année
1764 ; ce Calendrier est gravé en
taille-douce , de douze pouces de large ,
für neuf de haut ; repréfentant un des
plus beaux morceaux d'Architecture de :
la Capitale , éxécuté d'une manière fupé--
rieure a tout ce qui a paru dans ce genre,
& renfermé dans une bordure . Comme
Pimpreffion ne peut guères être portée
au- delà d'un certain nombre fans fati
92. MERCURE DE FRANCE.
guer la planche par le tirage , ceux qui
voudront s'en procurer les premières
épreuves , auront la bonté d'avertir à
temps ; les Amateurs verront avec pla
*
firs que ce morceau eft digne de leur
curiofité, & devient un ornement agréa-
ble dans un appartement. On trouvera
en même temps la Carte de l'Europe
repréfentant l'Eclipfe centrale & annu-
laire qui arrivera le premier Avril pro-
chain , & fur laquelle on pourra fuivre
de l'œil toutes les portions de cette par-
tie de la Terre qui feront obfcurcies
par la Lune. Les deux feuilles enſemble
3
liv. & chacune féparément , 1 k10.f
LE Calendrier des Princes & de la
Nobleffe de France , contenant l'état
actuel des Maifons fouveraines , Prin-
ces , Seigneurs de l'Europe , & de la
Nobleffe de France ; par l'Auteur du
Dictionnaire généalogique , héraldique,
hiftorique & chronologique. 1 vol . in-
12. petit format ; à Paris , chez Du-
chefne , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; avec approbation & privilège
du Roi.
LA France Eccléfiaftique , on Etar:
préfent du Clergé féculier & régulier ,
des Ordres Religieux , Militaires & des
JANVIER. 1764.
93
Univerfités , contenant 1. la Cour de
Rome , les Archevêques & Evêques ,
& les Généraux d'Ordre de l'Eglife
Univerfelle. 2. Les Vicaires généraux ,
Officiaux , Syndics & Chanoines de
tous les Diocèfes de France , les Cha-
pitres nobles , les Collégiales , les Ab-
bayes Commendataires & régulières ;
les Commanderies de Malthe , les Su-
périeurs généraux & Provinciaux du
Clergé régulier ; les Univerfités de Fran-
ce. 3°. Les Chapitres , Paroiffes , Sémi-
naires , Couvents & Univerfité de Pa-
ris. 4°. Le Clergé de la Chapelle & de
la Maifon du Roi ; avec la collation
des Dignités & des Canonicats de tou-
tes les Eglifes Cathédrales du Royaume.
A Paris , chez Defprez, Imprimeur du
Roi & du Clergé de France , rue S. Jac-
ques , avec approbation & privilége
du Roi. 1 vol. in- 12 . petit format. Prix,
50 fols broché , & 3 liv. franc de port
par tout le Royaume .
CALENDRIER des Loix de la Fran-
ce , contenant une analyfe raiſonnée
des Edits , Déclarations , Lettres - Pa-
tentes , Ordonnances , Réglemens &
Arrêts tant du Confeil que des Parle-
mens , Cours Souveraines & autres Ju-
94 MERCURE DE FRANCE.
rifdictions du Royaume , qui ont paru
pendant l'année 1762. A Paris , chez
Cailleau , rue S. Jacques , vis-à - vis la
rue des Mathurins , à S. André ; avec
approbation & privilége du Roi. ■ vol.
in-18.
ALMANACH des Commerçans, con-
tenant l'indication des Villes commer-
çantes de l'Europe , les détails de leurs
Manufactures , le cours du change avec
la France , les Monnoies étrangères ,
le rapport des mefures & des poids ,
les chofes dignes de curiofité qu'on y
trouve , & les routes de Paris à chacu-
ne de ces Villes ; avec des inftructions
pour voyager utilement
,
commodé-
ment & agréablement. A Paris , chez
Duchefne, rue S. Jacques;avec approba-
M
tion & privilége. I vol. in 12. petit
format.
ALMANACH Eccléfiaftique , conte-
nant l'état actuel de la Cour de Rome ;
le Clergé de France en général , &
particuliérement celui de Paris & la
Chapelle du Roi ; la Chronologie des
Papes , des Patriarches ; ce qui concer-
ne la dignité & le rang des Cardinaux
des Primats , des Evêques & Archevê-
JANVIER. 1764.
95
ques du Royaume ; les Abbayes tant
en régle qu'en commende ; les Chapi-
tres & leurs dignités ; les Cures , les
Monumens remarquables des Eglifes
du Royaume ; le temporel du Clergé ;
les affemblées , les décimes
>
la régale ;
les établiffemens des Ordres Religieux ;
les matières relativement aux études &
emplois Eccléfiaftiques ; les Univerfi-
tés , les Bénéfices , les Gradués , l'In-
dult , & c. & c. A Paris , chez Duchef-
ne , rue S. Jacques ; avec approbation
& privilege du Roi. 1 vol . in- 16.
ALMANACH pour fervir de guide
aux Voyageurs , contenant tout ce qui
eft néceffaire pour voyager commodé-
ment , utilement & agréablement , foit
en voiture ou à cheval , à pied ou par
eau. Chez Duchefne , rue S. Jacques ;
avec approbation & permiffion ; 1 vol.
in-16.
ALMANACH Parifien en faveur des
Etrangers & des perfonnes curieufes ;
indiquant par ordre alphabétique tous
les Monumens des Beaux-Arts , répan-
dus dans la Ville de Paris & aux envi-
rons. Ce qui a pour objet les lieux re-
marquables ou par la grandeur du def-
fein , ou par les morceaux de Peinture
6 MERCURE DE FRANCE.
& de Sculpture qu'on y voit ; Edifices
facrés ; Cháteaux & Maifons Royales ,
spalais , hôtels , ouvrages publics , mai-
Tons de plaifance , &c. A Paris , chez
Duchefne , rue S. Jacques ; avec appro-
bation & privilége du Roi. in- 16.
ALMANACH Encyclopédique ou
Chronologie des faits les plus remar-
quables de l'Hiftoire Univerſelle , tant
ancienne que moderne ; enrichie d'a-
necdotes curieufes ; à Amfterdam , &
fe trouve à Paris chez Valeyre fils
Imprimeur-Libraire , rue de la vieille
Bouclerie, à l'Arbre de Jeffé , 1 vol
in- 16 . Prix , 1 liv. 4 f.
LEBON JARDINIEE, Almanach con-
tenant une idée générale des quatre for-
tes de Jardins , les régles pour les cul-
tiver , & la manière d'élever les plus bel
les fleurs. Nouvelle édition confidéra-
blement augmentée , & dans laquelle
la partie des fleurs a été entiérement
refondue par un Amateur. A Paris ,
chez Guillyn , quai des Auguftins , du
côté du Pont S. Michel , au Lys d'or.
Avec approbation & privilége du Roi.
I vol. in- 16. Le même Libraire vend
auffi l'Almanach ou Tableau de l'Uni-
vers ?
JANVIER. 1764.
97
vers , qui marque la diftance de Paris à
toutes les Villes les plus remarquables
du monde. in- 16.
LES Spectacles de Paris , ou fuite
du Calendrier hiftorique des Théâtres.
Treizième Partie , qui contient plufieurs
chofes nouvelles,& en particulier les Evé-
nemens dramatiques de l'année 1763 ,
avec un détail de ce qui s'eſt paffé au ſu-
jet de l'Opéra. A Paris , chez Duchefne ,
rue S. Jacques. Avec approbation &
privilége du Roi . 1 vol. in-16.
TROISIEME Supplément à la France
Littéraire de l'année 1758 , pour les an-
nées 1762 & 1763 , contenant les chan-
gemens arrivés dans les Académies de
France , les Ouvrages nouveaux com-
pofés pendant l'efpace de deux années ,
& les noms des Auteurs morts depuis
1761 , jufques & compris l'année 1763.
A Paris , chez Duchefne , rue S. Jacques.
Avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 16 .
ETRENNES du Chrétien , à Paris ,
chez Barbou , rue S. Jacques , aux Ci-
gognes , 1764 , petit in-32. C'eſt faire
Féloge de la partie typographique de ce
petit Livre , que d'en nommer l'Impri-
I. Vol
£
98 MERCURE DE FRANCE.
meur. Tout le monde connoît actuel-
lement la perfection de fon travail , &
la loi qu'il s'eft faite de ne rien laiffer
fortir de médiocre de deffous fes Preffes.
Quantaux chofes que renferme cet Ou
vrage , elles font d'un prix ineftimable
puifqu'il contient les Prières propres à
tous les Exercices d'un Chrétien . Elles
font précédées d'un Calendrier qui achè-
ve de rendre ce Livret d'un ufage très-
utile , & prèfque continuel.
On trouve chez Grangé & Dufour;
Libraires , au Cabinet Littéraire de la
Nouveauté , fur le pont de Notre-Dame ,
auprès de la Pompe de la Ville , les Al-
manachs fuivans : Collection Lyrique
Almanach pour la préfente année , fur
des Airs connus .
Almanach perpé-
tuel , ou Calendrier du Ménage , extrait
du Greffe de Cythère , dédié au Doyen
de la plus nombreufe Confrérie , pour
la préfente année , par M. Lantu de Lo-
berg , Afpirant.
teur Comique.
Ah ! qu'il eft drôle !
Etrennes de la Gaité ; Almanach Chan-
tant , contenant les plus jolis Couplets ,
fur des Airs connus & choifis ; avec des
Entretiens en Vaudevilles ; par un Au-
Folichon , ou le Jou-
jou des Dames ; Etrennes Galantes
pour la préfente année , fur des Airs con-
JANVIER . 1764.
nus & choifis ; par M. ....
tés.
-
Etrennes , fur des Airs connus.
Airs connus , par M. D ...
99
Etrennes
d'Apollon , fur des Airs connus & no-
L'Amour vous le donne pour
Le
Triomphe de Bacchus , Almanach Ram-
poneau , dédié aux Ribotteurs , fur des.
Le Paffe-
temps Galant , fuivi des Oracles ; Alma-
nach nouveau , pour la préſente année
fur des Airs connus & notés ; par M. L....:
Mêlange agréable & amufant ; Alma-
nach nouveau , pour la préfente année ,
•
fur des Airs connus ; par M. L. G. - Les
Prophéties Galantes , fupputées par Mat-
thieu l'Aftrologue , Arpenteur des Ifles
de Vénus.
M. D....
cien.
Le Deffert des bonnes
Compagnies ; Etrennes Grivoifes ; par
L'Amour Poëte & Mufi-
Le Roffignol de Cythere , ou
le Langage du Coeur ; Almanach pour
les Amans ; vu , lù , corrigé , approuvé
par Diſcret de la Tendromanie , Amant
qui n'étoit pas à la mode.
Nous annoncerons dans le Mercure
prochain, les autres Almanachs qui vien-
dront à notre connoiffance .
Fermer
577
p. 134-135
EXTRAIT des Registres de l'Académie Royale d'ARCHITECTURE, du 5 Décembre 1763.
Début :
M. Dumont a présenté à l'Académie un Exemplaire de son Ouvrage, intitulé : [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT des Registres de l'Académie Royale d'ARCHITECTURE, du 5 Décembre 1763.
EXTRAIT des Registres de l'Académie
Royale d'ARCHITECTURE, du 5
Décembre 1763.
M. Dumont a présenté à l'Académie
un Exemplaire de son Ouvrage, intitulé :
Détails des plus intéreffantes parties
d'Architecture de la Bafilique de Saint
Pierre de Rome , levées & deffinées fur
le lieu par lui-même , & dédié à M. le
Marquis de Marigny.
L'Académie avoit déja vu avec plaifir
la plus grande partie de cet Ouvrage , &
avoit loué , dans fon Affemblée du 9
Août 1762 , la préciſion & l'éxactitude
qu'elle avoit reconnue dans les détails &
les mefures de toutes les parties dont M.
Dumont donne la Defcription ; & elle
fçait bon gré à cet Auteur d'avoir eu
égard au defir qu'elle a marqué de voir
augmenter cette Collection d'un grand
nombre d'autres détails qu'il donne au-
jourd'hui , & qui ne peuvent être qu'u
tiles & agréables au Public.
JANVIER. 1764.
135
JE ,fouffigné, Secrétaire perpétuel de
l'Académie Royale d'Architecture , certi-
fie l'Extrait ci-deffus conforme aux Re-
giftres de ladite Académie. A Paris, le
12 Décembre 1763.
Signé, CAMUS.
D'autres parties d'Etudes déja connues
du Sieur Dumont , fur différens monu-
mens où font compris divers Théâtres ,
tant d'Italie que de France , font égale-
ment augmentées. Il a auffi joint une
partie de fix petites Planches de diverfes
compofitions de feu P. Moreau , Archi-
tecte & ancien Penfionnaire du Roi.
Le tout fe trouve toujours chez l'Au-
teur , rue S. Merry , à l'Hôtel de Jabach ;
& chez la Veuve Chereau,rue S. Jacques,
aux deux Piliers d'or..
Royale d'ARCHITECTURE, du 5
Décembre 1763.
M. Dumont a présenté à l'Académie
un Exemplaire de son Ouvrage, intitulé :
Détails des plus intéreffantes parties
d'Architecture de la Bafilique de Saint
Pierre de Rome , levées & deffinées fur
le lieu par lui-même , & dédié à M. le
Marquis de Marigny.
L'Académie avoit déja vu avec plaifir
la plus grande partie de cet Ouvrage , &
avoit loué , dans fon Affemblée du 9
Août 1762 , la préciſion & l'éxactitude
qu'elle avoit reconnue dans les détails &
les mefures de toutes les parties dont M.
Dumont donne la Defcription ; & elle
fçait bon gré à cet Auteur d'avoir eu
égard au defir qu'elle a marqué de voir
augmenter cette Collection d'un grand
nombre d'autres détails qu'il donne au-
jourd'hui , & qui ne peuvent être qu'u
tiles & agréables au Public.
JANVIER. 1764.
135
JE ,fouffigné, Secrétaire perpétuel de
l'Académie Royale d'Architecture , certi-
fie l'Extrait ci-deffus conforme aux Re-
giftres de ladite Académie. A Paris, le
12 Décembre 1763.
Signé, CAMUS.
D'autres parties d'Etudes déja connues
du Sieur Dumont , fur différens monu-
mens où font compris divers Théâtres ,
tant d'Italie que de France , font égale-
ment augmentées. Il a auffi joint une
partie de fix petites Planches de diverfes
compofitions de feu P. Moreau , Archi-
tecte & ancien Penfionnaire du Roi.
Le tout fe trouve toujours chez l'Au-
teur , rue S. Merry , à l'Hôtel de Jabach ;
& chez la Veuve Chereau,rue S. Jacques,
aux deux Piliers d'or..
Fermer
578
p. 135-137
GRAVURE. PORTRAIT DU DUC DE SULLY.
Début :
L'ÉLOGE historique de cet homme célébre, qui étoit le Sujet proposé cette [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. PORTRAIT DU DUC DE SULLY.
GRAVURE.
PORTRAIT DU DUC DE SULLY.
L'ÉLOGE historique de cet homme
célébre, qui étoit le Sujet proposé cette
136 MERCURE DE FRANCE.
année par l'Académie Françoiſe , & qui
ajoute une nouvelle Couronne à celles
que M. Thomas avoit déja obtenues
dans cette carrière brillante , a fait naî--
tre l'idée à M. de Marcenay Deghuy
de graver le Portrait de ce grand Minif
tre , dont la mémoire fera toujours auffi
chère à la France , que fes grandes qua-
lités lui ont été avantageufes.
M. le Prince d'Henrichemont a bien
voulu communiquer à cet Artiſte le
Tableau original qu'en a peint Fran-
çois Porbus ; on peut le voir chez lui
où il restera encore quelque temps ,
pour montrer à quel point le Graveur a
porté l'attention & l'exactitude dans l'e-
xécution de cette nouvelle Planche qui
eft la 20 de fon œuvre.
Comme ce Portrait eft gravé pour
l'in-12 , on en a fait tirer néanmoins
fur papier in-4°. par égard pour ceux
qui auront les Mémoires dans ce for-
mat , afin qu'ils puiffent , s'ils le jugent
à propos, l'ajouter à la tête de l'ouvrage.
L'Auteur fe propofe de graver de la
même grandeur le Portrait d'Henri-le-
Grand.
On trouve le Portrait du Duc de Sul-
ly chez l'Auteur , quai de Conti , la fe-
conde porte cochère après la rue Gué-
JANVIER. 1764.
137
négaud & chez M. Wille , Graveur du
Roi , quai des Auguftins , à côté de
l'Hôtel d'Auvergne.
PORTRAIT DU DUC DE SULLY.
L'ÉLOGE historique de cet homme
célébre, qui étoit le Sujet proposé cette
136 MERCURE DE FRANCE.
année par l'Académie Françoiſe , & qui
ajoute une nouvelle Couronne à celles
que M. Thomas avoit déja obtenues
dans cette carrière brillante , a fait naî--
tre l'idée à M. de Marcenay Deghuy
de graver le Portrait de ce grand Minif
tre , dont la mémoire fera toujours auffi
chère à la France , que fes grandes qua-
lités lui ont été avantageufes.
M. le Prince d'Henrichemont a bien
voulu communiquer à cet Artiſte le
Tableau original qu'en a peint Fran-
çois Porbus ; on peut le voir chez lui
où il restera encore quelque temps ,
pour montrer à quel point le Graveur a
porté l'attention & l'exactitude dans l'e-
xécution de cette nouvelle Planche qui
eft la 20 de fon œuvre.
Comme ce Portrait eft gravé pour
l'in-12 , on en a fait tirer néanmoins
fur papier in-4°. par égard pour ceux
qui auront les Mémoires dans ce for-
mat , afin qu'ils puiffent , s'ils le jugent
à propos, l'ajouter à la tête de l'ouvrage.
L'Auteur fe propofe de graver de la
même grandeur le Portrait d'Henri-le-
Grand.
On trouve le Portrait du Duc de Sul-
ly chez l'Auteur , quai de Conti , la fe-
conde porte cochère après la rue Gué-
JANVIER. 1764.
137
négaud & chez M. Wille , Graveur du
Roi , quai des Auguftins , à côté de
l'Hôtel d'Auvergne.
Fermer
579
p. 137-138
« ON trouve chez M. l'Empereur, Graveur du ROI, rue & porte S. Jacques, [...] »
Début :
ON trouve chez M. l'Empereur, Graveur du ROI, rue & porte S. Jacques, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ON trouve chez M. l'Empereur, Graveur du ROI, rue & porte S. Jacques, [...] »
ON trouve chez M. l'Empereur, Graveur
du ROI, rue & porte S. Jacques,
deux Eftampes gravées d'après M. Ver-
net , par Mlle Coulet , l'une intitulée
l'heureux Paffage , l'autre le départ de
de la Chaloupe. Toutes deux font du
meilleur goût & font le plus grand hon-
neur au burin de la fçavante Artiste.
Il vient auffi de mettre en vente deux
autres Estampes , l'une repréfentant
Léda , l'autre Endymion , très-bien gra-
vés par M. Delaunay , d'après M. Pierre.
N. B. II s'eft giffé dans quelques
Journaux , qu'elles ont été gravées par
MM. Delaunay & l'Empereur. Mais ce
dernier nous prie d'annoncer qu'il n'a
eu aucune part à ces deux Ouvrages ,
& que tout le mérite en eſt dû à M..
Delaunay.
L'ALMANACH de Cabinet , qui a
pour titre Almanach de la Paix , fe
vend cher le fieur Lecamus , quai de
l'Horloge du Palais , vis à-vis le Méri-
dien de la Ville. Prix 1 liv,
1
138 MERCURE DE FRANCE.
LE fieur Chenu , Graveur , rue de la
Harpe , au Caffé de Condé , vient de
mettre en vente deux Eftampes d'après
M. Boucher , intitulées le Pêcheur amou-
reux , & l'agréable folitude. L'une &
l'autre font très-agréables , très - bien
gravées , & ne peuvent que faire hon-
neur au talent de leur Auteur..
On trouve chez le même une au-
tre Eftampe d'après M. Reftout , repré-
fentant les Pèlerins d'Emaiis , qui eft
digne de l'attention des Amateurs &
des éloges des Artiſtes.
du ROI, rue & porte S. Jacques,
deux Eftampes gravées d'après M. Ver-
net , par Mlle Coulet , l'une intitulée
l'heureux Paffage , l'autre le départ de
de la Chaloupe. Toutes deux font du
meilleur goût & font le plus grand hon-
neur au burin de la fçavante Artiste.
Il vient auffi de mettre en vente deux
autres Estampes , l'une repréfentant
Léda , l'autre Endymion , très-bien gra-
vés par M. Delaunay , d'après M. Pierre.
N. B. II s'eft giffé dans quelques
Journaux , qu'elles ont été gravées par
MM. Delaunay & l'Empereur. Mais ce
dernier nous prie d'annoncer qu'il n'a
eu aucune part à ces deux Ouvrages ,
& que tout le mérite en eſt dû à M..
Delaunay.
L'ALMANACH de Cabinet , qui a
pour titre Almanach de la Paix , fe
vend cher le fieur Lecamus , quai de
l'Horloge du Palais , vis à-vis le Méri-
dien de la Ville. Prix 1 liv,
1
138 MERCURE DE FRANCE.
LE fieur Chenu , Graveur , rue de la
Harpe , au Caffé de Condé , vient de
mettre en vente deux Eftampes d'après
M. Boucher , intitulées le Pêcheur amou-
reux , & l'agréable folitude. L'une &
l'autre font très-agréables , très - bien
gravées , & ne peuvent que faire hon-
neur au talent de leur Auteur..
On trouve chez le même une au-
tre Eftampe d'après M. Reftout , repré-
fentant les Pèlerins d'Emaiis , qui eft
digne de l'attention des Amateurs &
des éloges des Artiſtes.
Fermer
580
p. 94-9[7]
INTRODUCTION à la Science des Médailles, pour servir à la connoissance des Dieux, de la Religion, des Sciences, des Arts, & de tout ce qui appartient à l'Histoire ancienne, avec les preuves tirées des Médailles ; Ouvrage propre à servir de Supplément à l'Antiquité expliquée par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas Mangeart, Religieux Bénédictin de la Congrégation de S. Vannes & S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire & Conseiller de Son Altesse Monseigneur le Duc CHARLES DE LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris, chez D'houry, Imprimeur-Libraire de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
Début :
LE titre de ce Livre en forme le précis, en même temps qu'il en fait voir [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INTRODUCTION à la Science des Médailles, pour servir à la connoissance des Dieux, de la Religion, des Sciences, des Arts, & de tout ce qui appartient à l'Histoire ancienne, avec les preuves tirées des Médailles ; Ouvrage propre à servir de Supplément à l'Antiquité expliquée par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas Mangeart, Religieux Bénédictin de la Congrégation de S. Vannes & S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire & Conseiller de Son Altesse Monseigneur le Duc CHARLES DE LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris, chez D'houry, Imprimeur-Libraire de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
INTRODUCTION à la Science des
Médailles, pour servir à la connoissance
des Dieux, de la Religion,
des Sciences, des Arts, & de tout
ce qui appartient à l'Histoire ancienne,
avec les preuves tirées des Médailles ;
Ouvrage propre à servir de
Supplément à l'Antiquité expliquée
par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas
Mangeart, Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Vannes
& S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire
& Conseiller de Son Altesse
Monseigneur le Duc CHARLES DE
LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris,
chez D'houry, Imprimeur-Libraire
de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
JANVIER. 1764.
,
95
LE titre de ce Livre en forme le précis,
en même temps qu'il en fait voir
l'objet & l'utilité. Le but de l'Auteur a
été de raffembler , pour ainfi dire , tout
ce qu'il y a de plus utile & de plus in-
téreffànt dans les autres Ouvrages qui
traitent de la même matière. Ce -volu-
me n'eft donc que comme l'Extrait rai-
fonné de plufieurs traités & mémoires
donnés par d'illuftres Antiquaires. Dom
Mangeart n'a fait que raffembler fous
un nouvel ordre , & préfenter fous un
point de vue fimple , tout ce qui peut
faciliter la connoiffance des Médailles.
En deux mots , voici l'efquiffe de cet
Ouvrage après avoir traité de tout ce
qui regarde les Médailles en général ,
c'est-à- dire
de leur fabrique , de leur
matière , de leurs modules , de leurs fa-
ces , de leur antiquité , &c , l'Auteur
rapporte à différentes claffes ces mêmes
monumens , & tout ce qui peut y avoir
quelque rapport. Pour donner à fes
96 MERCURE DE FRANCE.
Lecteurs une idée jufte de la Mytholo-
gie ancienne , il commence par les Mé-
dailles qui regardent les divinités des an-
ciens , leurs facrifices , leurs autels , &
tout ce qui eft relatif à la Religion . Il
parle enfuite des Médailles qui ont rap-
port aux Sciences & aux Arts. On trou
ve dans plufieurs Chapitres tout ce que
les Anciens nous ont tranfmis fur les
types des monnoyes , foit au fujet du
au
foleil , de la lune , des étoiles , du
temps , des faifons , &c , ſoit par rap-
port à la terre , aux trois parties du
monde connues de leurs temps , aux
Provinces , aux Villes , aux Animaux ,
aux plantes , aux édifices , & à ce qui
fert d'ornement à la terre , & c ; foit en-
fin concernant la mer , les fleuves , les
rivieres , les animaux , les poiffons qui
les habitent , &c,
De ces différens objets , Dom Man-
geart paffe aux Médailles qui regardent
les jeux des anciens , leurs fpectacles ,
leurs danfes, leurs exercices , leurs guer,
res , leurs armes , leurs victoires , leurs
trophées , leurs triomphes , leurs cou-
ronnes , leurs récompenfes , leurs ha-
billemens , & c, Il donne enfuite tous
les titres & les marques des
les noms , les titres & les
dignités , des charges , des emplois fa-
crés
JANVIER. 1764.
99
crés , civiles & militaires dont les mé-
dailles grecques & latines font mention.
C'eft-la que les curieux apprendront
ce que les Romains entendoient par
les titre de Pontife , de Prêtre , de Prê-
treffe , de Veftale , d'augure , d'Empe-
reur , de Conful , de Cenfeur , de Tri-
bun, d'Ediles , de Prêteur, de Préfet, & c.
& ce que fignifient ceux d'Archonte ,
de Pritanes , & c. chez les Grecs.
Il finit enfin par des réfléxions fur
l'utilité & les avantages que l'on peut
tirer de l'étude de la Numifmatique.
Pour prévenir les jeunes amateurs con-
tre les fraudes de certains marchands de
Médailles , il ajoute le détail des moyens
que l'on met en ufage pour tromper les
nouveaux connoiffeurs , comme de ceux
que l'on peut employer pour fe garan-
tir de leurs rufes & de leurs fuperche-
ries.
Médailles, pour servir à la connoissance
des Dieux, de la Religion,
des Sciences, des Arts, & de tout
ce qui appartient à l'Histoire ancienne,
avec les preuves tirées des Médailles ;
Ouvrage propre à servir de
Supplément à l'Antiquité expliquée
par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas
Mangeart, Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Vannes
& S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire
& Conseiller de Son Altesse
Monseigneur le Duc CHARLES DE
LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris,
chez D'houry, Imprimeur-Libraire
de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
JANVIER. 1764.
,
95
LE titre de ce Livre en forme le précis,
en même temps qu'il en fait voir
l'objet & l'utilité. Le but de l'Auteur a
été de raffembler , pour ainfi dire , tout
ce qu'il y a de plus utile & de plus in-
téreffànt dans les autres Ouvrages qui
traitent de la même matière. Ce -volu-
me n'eft donc que comme l'Extrait rai-
fonné de plufieurs traités & mémoires
donnés par d'illuftres Antiquaires. Dom
Mangeart n'a fait que raffembler fous
un nouvel ordre , & préfenter fous un
point de vue fimple , tout ce qui peut
faciliter la connoiffance des Médailles.
En deux mots , voici l'efquiffe de cet
Ouvrage après avoir traité de tout ce
qui regarde les Médailles en général ,
c'est-à- dire
de leur fabrique , de leur
matière , de leurs modules , de leurs fa-
ces , de leur antiquité , &c , l'Auteur
rapporte à différentes claffes ces mêmes
monumens , & tout ce qui peut y avoir
quelque rapport. Pour donner à fes
96 MERCURE DE FRANCE.
Lecteurs une idée jufte de la Mytholo-
gie ancienne , il commence par les Mé-
dailles qui regardent les divinités des an-
ciens , leurs facrifices , leurs autels , &
tout ce qui eft relatif à la Religion . Il
parle enfuite des Médailles qui ont rap-
port aux Sciences & aux Arts. On trou
ve dans plufieurs Chapitres tout ce que
les Anciens nous ont tranfmis fur les
types des monnoyes , foit au fujet du
au
foleil , de la lune , des étoiles , du
temps , des faifons , &c , ſoit par rap-
port à la terre , aux trois parties du
monde connues de leurs temps , aux
Provinces , aux Villes , aux Animaux ,
aux plantes , aux édifices , & à ce qui
fert d'ornement à la terre , & c ; foit en-
fin concernant la mer , les fleuves , les
rivieres , les animaux , les poiffons qui
les habitent , &c,
De ces différens objets , Dom Man-
geart paffe aux Médailles qui regardent
les jeux des anciens , leurs fpectacles ,
leurs danfes, leurs exercices , leurs guer,
res , leurs armes , leurs victoires , leurs
trophées , leurs triomphes , leurs cou-
ronnes , leurs récompenfes , leurs ha-
billemens , & c, Il donne enfuite tous
les titres & les marques des
les noms , les titres & les
dignités , des charges , des emplois fa-
crés
JANVIER. 1764.
99
crés , civiles & militaires dont les mé-
dailles grecques & latines font mention.
C'eft-la que les curieux apprendront
ce que les Romains entendoient par
les titre de Pontife , de Prêtre , de Prê-
treffe , de Veftale , d'augure , d'Empe-
reur , de Conful , de Cenfeur , de Tri-
bun, d'Ediles , de Prêteur, de Préfet, & c.
& ce que fignifient ceux d'Archonte ,
de Pritanes , & c. chez les Grecs.
Il finit enfin par des réfléxions fur
l'utilité & les avantages que l'on peut
tirer de l'étude de la Numifmatique.
Pour prévenir les jeunes amateurs con-
tre les fraudes de certains marchands de
Médailles , il ajoute le détail des moyens
que l'on met en ufage pour tromper les
nouveaux connoiffeurs , comme de ceux
que l'on peut employer pour fe garan-
tir de leurs rufes & de leurs fuperche-
ries.
Fermer
580
INTRODUCTION à la Science des Médailles, pour servir à la connoissance des Dieux, de la Religion, des Sciences, des Arts, & de tout ce qui appartient à l'Histoire ancienne, avec les preuves tirées des Médailles ; Ouvrage propre à servir de Supplément à l'Antiquité expliquée par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas Mangeart, Religieux Bénédictin de la Congrégation de S. Vannes & S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire & Conseiller de Son Altesse Monseigneur le Duc CHARLES DE LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris, chez D'houry, Imprimeur-Libraire de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
581
p. 100-101
A L'AUTEUR DU MERCURE, sur deux Médailles.
Début :
ETANT l'année dernière en Picardie, Monsieur, il me tomba entre les [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTEUR DU MERCURE, sur deux Médailles.
A L'AUTEUR DU MERCURE,
sur deux Médailles.
ETANT l'année dernière en Picardie,
Monsieur,
il me tomba entre les
mains deux Médailles qui me paroif-
fent fort curieufes , & dont je vou-
drois avoir une explication préciſe. Le
peu de connoiffance que j'ai de ces
fortes de matières , m'a engagé à re-
courir à vous , perfuadé que vous vou-
drez bien inférer ma lettre dans votre
prochain Mercure
peut-être quelque
Antiquaire y répondra-t-il.
La premiere , que je crois fort an-
cienne , repréfente une tête affez gro-
fièrement gravée , fans aucune infcrip-
tion , du moins n'en apperçoit-on point.
J'ai cru lire fur le revers ces mots à
demi effacés : vici Germanos apud cof...
•
*
JANVIER. 1764.
d'exergue.
101
le refte m'eft inconnu , il n'y a point
La feconde qui eft incomparablement
mieux frappée , repréſente auffi une fort
belle tête.
Il paroît que cette perfonne
ainfi repréſentée , portoit une côte d'ar-
mes , ou un collier. Voici ce que j'ai
pu ramaffer de l'infcription qu'on voit
encore affez bien.
I M( effacé) ANAVGCO VIII.
Sur le revers eft une belle femme de-
bout , ayant le bras gauche levé fur
Pépaule , la main fermée , entièrement.
excepté le doigt index ; l'autre bras
eft dans une attitude qui me paroît
ménagée , comme pour donner ou re-
cevoir quelque chofe. Cette figure eft
placée entre ces deux lettres S C qu'on
remarque fur le champ de la médaille.
Il y a une légende que des gens ver-
fés dans ces matières déchiffroient aifé
ment. Il n'y a point d'exergue.
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE CAYEUX.
A Paris, le 16 Décembre 1763.
sur deux Médailles.
ETANT l'année dernière en Picardie,
Monsieur,
il me tomba entre les
mains deux Médailles qui me paroif-
fent fort curieufes , & dont je vou-
drois avoir une explication préciſe. Le
peu de connoiffance que j'ai de ces
fortes de matières , m'a engagé à re-
courir à vous , perfuadé que vous vou-
drez bien inférer ma lettre dans votre
prochain Mercure
peut-être quelque
Antiquaire y répondra-t-il.
La premiere , que je crois fort an-
cienne , repréfente une tête affez gro-
fièrement gravée , fans aucune infcrip-
tion , du moins n'en apperçoit-on point.
J'ai cru lire fur le revers ces mots à
demi effacés : vici Germanos apud cof...
•
*
JANVIER. 1764.
d'exergue.
101
le refte m'eft inconnu , il n'y a point
La feconde qui eft incomparablement
mieux frappée , repréſente auffi une fort
belle tête.
Il paroît que cette perfonne
ainfi repréſentée , portoit une côte d'ar-
mes , ou un collier. Voici ce que j'ai
pu ramaffer de l'infcription qu'on voit
encore affez bien.
I M( effacé) ANAVGCO VIII.
Sur le revers eft une belle femme de-
bout , ayant le bras gauche levé fur
Pépaule , la main fermée , entièrement.
excepté le doigt index ; l'autre bras
eft dans une attitude qui me paroît
ménagée , comme pour donner ou re-
cevoir quelque chofe. Cette figure eft
placée entre ces deux lettres S C qu'on
remarque fur le champ de la médaille.
Il y a une légende que des gens ver-
fés dans ces matières déchiffroient aifé
ment. Il n'y a point d'exergue.
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE CAYEUX.
A Paris, le 16 Décembre 1763.
Fermer
582
p. 167-169
GRAVURE.
Début :
TABLEAU généalogique & chronologique de la Maison Royale de FRANCE, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
TABLEAU généalogique & chronologique
de la Maison Royale de FRANCE,
dédié à Mgr LE COMTE D'AR-
TOIS , par M. Clabault. Gravé en 8
feuilles , grand Colombier , fe vend à
Paris , chez l'Auteur , rue du Petit-Pont ,
près le petit Châtelet , dans la porte
cochère , entre un Marchand Papetier
& un Marchand Chapelier.
Cet Ouvrage plein de recherches in-
téreffantes , eft très- bien exécuté de la
part du Graveur. On en trouve l'ana-
lyfe chez Aug. Mart. Lottin l'aîné
168 MERCURE DE FRANCE.
Imprimeur-Libraire de Mgr le DUC DE
BERRY , rue S. Jacques , près S. Yves ,
au Coq. Brochure in- 8°.
ON diftribue actuellement avec fuc-
cès chez le fieur BASAN , Graveur
rue du Foin S. Jacques à Paris les 2
vol. in-fol. forme d'Atlas , qui compo-
fent l'Ouvrage connu fous le nom du
Cabinet de Crozat qui depuis plufieurs
années étoit devenu rare faute d'être
imprimé.
Ces deux vol. contiennent
182 Eftampes gravées à grands frais &
par les foins de M. Crozat , d'après les
plus beaux Tableaux des plus grands
Maîtres Italiens , qui font en France
dans les cabinets du Roi , du Duc d'Or-
léans , & c. A la tête de chaque volume
il y a une defcription de chaque Ef-
tampe qui le compofe. Les Graveurs
qui ont été employés à cet Ouvrage
ont été & font encore les plus habiles
de ce fiécle , tels que les Chereau , Du-
change , l'Epicié , Desplaces , Larmeſ-
fin , Simoneau , Tardieu , Vallée , Ver-
meulen , Dupuis , le Bas , Ravenet
&c. &c.
Le fieur Bafan aujourd'hui poffef-
feur defi.tes Planches , n'a rien ménagé,
pour la perfection de l'Ouvrage tant
pour
JANVIER. 1764.
pour l'impreffion que le papier ;
fur celui de Colombier
169
il le
vend en feuilles imprimé fur le papier
de grand Aigle fin 192 liv. & 160 liv.
Il eft auffi poffeffeur des 118 Plan
ches qui compofent le volume , connu
fous le nom du Cabinet d'Aguilles , le-
quel étoit auffi devenu rare faute d'ê
tre imprimé ; il vient de l'être avec
foin & fe diftribue auffi chez ledit Sr
pour 90 liv. en feuilles , imprimé fur
le papier de grand aigle fin & 72 liv.
fur celui de Colombier. On trouve
chez le fieur Bafan un affortiment gé-
néral d'Eſtampes anciennes & moder
nes tant Etrangères que Françoifes . II.
vient de mettre en vente une Eftampe
nouvelle d'après Poters , d'après le Sr
Charpentier , dont le Sujet eft une Tem-
pêre . Elle eft d'un très-grand effet , &
foigneufement exécutée.
ro f.
TABLEAU généalogique & chronologique
de la Maison Royale de FRANCE,
dédié à Mgr LE COMTE D'AR-
TOIS , par M. Clabault. Gravé en 8
feuilles , grand Colombier , fe vend à
Paris , chez l'Auteur , rue du Petit-Pont ,
près le petit Châtelet , dans la porte
cochère , entre un Marchand Papetier
& un Marchand Chapelier.
Cet Ouvrage plein de recherches in-
téreffantes , eft très- bien exécuté de la
part du Graveur. On en trouve l'ana-
lyfe chez Aug. Mart. Lottin l'aîné
168 MERCURE DE FRANCE.
Imprimeur-Libraire de Mgr le DUC DE
BERRY , rue S. Jacques , près S. Yves ,
au Coq. Brochure in- 8°.
ON diftribue actuellement avec fuc-
cès chez le fieur BASAN , Graveur
rue du Foin S. Jacques à Paris les 2
vol. in-fol. forme d'Atlas , qui compo-
fent l'Ouvrage connu fous le nom du
Cabinet de Crozat qui depuis plufieurs
années étoit devenu rare faute d'être
imprimé.
Ces deux vol. contiennent
182 Eftampes gravées à grands frais &
par les foins de M. Crozat , d'après les
plus beaux Tableaux des plus grands
Maîtres Italiens , qui font en France
dans les cabinets du Roi , du Duc d'Or-
léans , & c. A la tête de chaque volume
il y a une defcription de chaque Ef-
tampe qui le compofe. Les Graveurs
qui ont été employés à cet Ouvrage
ont été & font encore les plus habiles
de ce fiécle , tels que les Chereau , Du-
change , l'Epicié , Desplaces , Larmeſ-
fin , Simoneau , Tardieu , Vallée , Ver-
meulen , Dupuis , le Bas , Ravenet
&c. &c.
Le fieur Bafan aujourd'hui poffef-
feur defi.tes Planches , n'a rien ménagé,
pour la perfection de l'Ouvrage tant
pour
JANVIER. 1764.
pour l'impreffion que le papier ;
fur celui de Colombier
169
il le
vend en feuilles imprimé fur le papier
de grand Aigle fin 192 liv. & 160 liv.
Il eft auffi poffeffeur des 118 Plan
ches qui compofent le volume , connu
fous le nom du Cabinet d'Aguilles , le-
quel étoit auffi devenu rare faute d'ê
tre imprimé ; il vient de l'être avec
foin & fe diftribue auffi chez ledit Sr
pour 90 liv. en feuilles , imprimé fur
le papier de grand aigle fin & 72 liv.
fur celui de Colombier. On trouve
chez le fieur Bafan un affortiment gé-
néral d'Eſtampes anciennes & moder
nes tant Etrangères que Françoifes . II.
vient de mettre en vente une Eftampe
nouvelle d'après Poters , d'après le Sr
Charpentier , dont le Sujet eft une Tem-
pêre . Elle eft d'un très-grand effet , &
foigneufement exécutée.
ro f.
Fermer
583
p. 11-15
LETTRE mêlée de Vers & de Prose, à M. VERNET, Peintre du ROI.
Début :
VOUS ne vous douteriez jamais, mon cher & illustre ami, des étrènnes que [...]
Mots clefs :
Temps, Mot, Claude Joseph Vernet, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE mêlée de Vers & de Prose, à M. VERNET, Peintre du ROI.
LETTRE mêlée de Vers & de Profe , à
M. VERNET , Peintre du Ro1.
Vous ne vous douteriez jamais ,mon
cher & illuftre ami , des étrènnes que
je vous deſtine. C'eſt mon rêve de la
nuit dernière , oui mon rêve ! &
quelque précieux que foient vos momens
, vous en employerez quelquesuns
à l'écouter. Il m'eſt arrivé enfin ce
que je defirois depuis longtemps. Grace
au fommeil , j'ai franchi cette nuit
l'eſpace qui me ſéparoit de vous , & je
me fuis vû dans votre attelier. A côté
de moi étoit un artiſte célébree , debout,
A vj
?
II
12 MERCURE DE FRANCE .
immobile , la vue fortement attachée
fur vos ouvrages , & dans la vraie attitude
d'un contemplatif. Ses yeux fuivoient
de temps en temps les mouvemens
de votre pinceau , & l'inſtant d'après
il retomboit dans la méditation la
plus profonde. Revenu enfin de cette extaſe
, » J'ai vû quantité de belles choſes ,
>>>a- t - il dit ; mais elles n'étoient point
>> un myſtère pour moi. Si je ne puis en
>> faire autant , je ſçais du moins com-
>>ment on y peut parvenir : mais à l'é-
>> gard de ces tableaux , j'ignore abſo-
>> lument par quelle magie on arrive à
>> ce degréde vérité. « * Vous n'êtes pas
un homme morbleu , a-t- il. continué
vivement en vous adreſſant la parole ;
vous êtes le Diable , ou vous avez fait
un pacte avec lui. Cette incartade vous a
fait rire ; pour moi je l'ai priſe fort ſerieuſement
, & je me fuis rangé de
fon parti de la meilleure foi du monde;
car enfin , vous diſois-je , autant que
je puis me le rappeller :
*
Sans quelque peu de diablerie,
Comment expliquer , je vous prie ,
C'est l'éloge qu'un Artiſte distingué afait des
Tableaux de M. Vernet au dernier Sallon, Ann..
Litt. t. 6. p. 15. 1763 .
FEVRIER. 1764.
Certe trompeuſe profondeur
Sur la toile la plus unie ,
Cesfigures dont la rondeur
Au ciſeau pourroit faire envie
Ces traits vivans , ce coloris
Qui n'étoient que dans la nature ,
Avant qu'ils ſe viſſent tranfmis
Dansvotre magique peinture ?
Vous avez , lauf meilleur avis ,
Fort bien fait de prendre naiſſance
Dans un temps comme celui- ci ;
Car au fiécle de Goffredi *,
Notre Parlement de Provence
Vous eût fait un mauvais parti.
Vous auriez pu par aventure
Finir vos jours par la brûlure ,
Comme ce pauvre preſtolet ;
Et votre procès , je vous jure ,
Vous eût même été plutôt fait.
Car, être l'allié du Diable ,
Auroit dit quelque homme capable
Parmi la Gent porte-rabat ;
Est-ce par la métempſycoſe
Entrer au corps de quelque chat ?
Vieilleerreur ! c'eſt tout autre choſe.
Fai lû dans de vieux Almanachs
Qui dévoiloient tous les myſtères
* Louis Goffredy brûlé à Aix pour crime.
Magie en 1611.
14 MERCURE DE FRANCE.
Des gens qui hantent les fabbats ,
Que les plus habiles Sorcières
Prenoient quelquefois leurs ébats
A faire le beau-temps , l'orage ,
Couvrir l'air d'un ſombre nuage ,
Arracher la lune des Cieux ,
Bâtir des maiſons enchantées ,
Elever monts , creuſer vallées ,
A faire enfin mille autres jeux
Peu chrétiens , mais fort curieux.
Vernet depuis maintes années ,
En fait autant ; dans le beſoin
Je pourrois ſervir de témoin.
D'un coup de baguette puiſſante ,
J'ai vu , j'en donne mon ferment ,
J'ai vu la Lune obéiſſante
Deſcendre en ſon appartement.
J'ai vu les Airs , le Firmament ,
Les flots de la mer , le rivage ,
Toutes les horreurs d'un naufrage
Eclore à ſon commandement.
Sorgeant à cet affreux orage ,
Je friſſonne encor de terreur ,
Et je partage la douleur
De ces pauvres gens dont l'image
Reſtera longtemps dans mon coeur.
Hélas ! leur horrible malheur
N'étoit que l'effet de la rage
De ce déteſtable Enchanteur.
FEVRIER 1764 .
'omets mille & mille autres choſes
Plus ſurprenantes à nos yeux
Quetoutes les métamorphoſes
De nos Sorciers les plus fameux.
Partant l'avis que je propoſe
En juge équitable & chrétien ,
C'eſt , Meſſieurs, quoiqu'il nous oppoſe
Pour nous prouver qu'il n'en eſt rien ,
Qu'on le brûle: il eſt Magicien.
Vous fentez bien que fur cette éloquente
harangue , on auroit opiné au
feu du Bonnet. Et voilà à quoi auroient
abouti alors ces mêmes talens qui vous
attirent aujourd'hui l'admiration des
Peuples & des Rois. Toute choſe a fon
temps , dit le Sage. Aujourd'hui c'eſt le
régne des beaux Tableaux; autrefois
c'étoit celui des méchans Vers. Du
temps de feu Cotin j'aurois été de l'Académie
Françoiſe. Heureuſement pour
vous&malheureuſement pour moi,tout
eft rentré dans l'ordre. Je fuis ,&c.
M. VERNET , Peintre du Ro1.
Vous ne vous douteriez jamais ,mon
cher & illuftre ami , des étrènnes que
je vous deſtine. C'eſt mon rêve de la
nuit dernière , oui mon rêve ! &
quelque précieux que foient vos momens
, vous en employerez quelquesuns
à l'écouter. Il m'eſt arrivé enfin ce
que je defirois depuis longtemps. Grace
au fommeil , j'ai franchi cette nuit
l'eſpace qui me ſéparoit de vous , & je
me fuis vû dans votre attelier. A côté
de moi étoit un artiſte célébree , debout,
A vj
?
II
12 MERCURE DE FRANCE .
immobile , la vue fortement attachée
fur vos ouvrages , & dans la vraie attitude
d'un contemplatif. Ses yeux fuivoient
de temps en temps les mouvemens
de votre pinceau , & l'inſtant d'après
il retomboit dans la méditation la
plus profonde. Revenu enfin de cette extaſe
, » J'ai vû quantité de belles choſes ,
>>>a- t - il dit ; mais elles n'étoient point
>> un myſtère pour moi. Si je ne puis en
>> faire autant , je ſçais du moins com-
>>ment on y peut parvenir : mais à l'é-
>> gard de ces tableaux , j'ignore abſo-
>> lument par quelle magie on arrive à
>> ce degréde vérité. « * Vous n'êtes pas
un homme morbleu , a-t- il. continué
vivement en vous adreſſant la parole ;
vous êtes le Diable , ou vous avez fait
un pacte avec lui. Cette incartade vous a
fait rire ; pour moi je l'ai priſe fort ſerieuſement
, & je me fuis rangé de
fon parti de la meilleure foi du monde;
car enfin , vous diſois-je , autant que
je puis me le rappeller :
*
Sans quelque peu de diablerie,
Comment expliquer , je vous prie ,
C'est l'éloge qu'un Artiſte distingué afait des
Tableaux de M. Vernet au dernier Sallon, Ann..
Litt. t. 6. p. 15. 1763 .
FEVRIER. 1764.
Certe trompeuſe profondeur
Sur la toile la plus unie ,
Cesfigures dont la rondeur
Au ciſeau pourroit faire envie
Ces traits vivans , ce coloris
Qui n'étoient que dans la nature ,
Avant qu'ils ſe viſſent tranfmis
Dansvotre magique peinture ?
Vous avez , lauf meilleur avis ,
Fort bien fait de prendre naiſſance
Dans un temps comme celui- ci ;
Car au fiécle de Goffredi *,
Notre Parlement de Provence
Vous eût fait un mauvais parti.
Vous auriez pu par aventure
Finir vos jours par la brûlure ,
Comme ce pauvre preſtolet ;
Et votre procès , je vous jure ,
Vous eût même été plutôt fait.
Car, être l'allié du Diable ,
Auroit dit quelque homme capable
Parmi la Gent porte-rabat ;
Est-ce par la métempſycoſe
Entrer au corps de quelque chat ?
Vieilleerreur ! c'eſt tout autre choſe.
Fai lû dans de vieux Almanachs
Qui dévoiloient tous les myſtères
* Louis Goffredy brûlé à Aix pour crime.
Magie en 1611.
14 MERCURE DE FRANCE.
Des gens qui hantent les fabbats ,
Que les plus habiles Sorcières
Prenoient quelquefois leurs ébats
A faire le beau-temps , l'orage ,
Couvrir l'air d'un ſombre nuage ,
Arracher la lune des Cieux ,
Bâtir des maiſons enchantées ,
Elever monts , creuſer vallées ,
A faire enfin mille autres jeux
Peu chrétiens , mais fort curieux.
Vernet depuis maintes années ,
En fait autant ; dans le beſoin
Je pourrois ſervir de témoin.
D'un coup de baguette puiſſante ,
J'ai vu , j'en donne mon ferment ,
J'ai vu la Lune obéiſſante
Deſcendre en ſon appartement.
J'ai vu les Airs , le Firmament ,
Les flots de la mer , le rivage ,
Toutes les horreurs d'un naufrage
Eclore à ſon commandement.
Sorgeant à cet affreux orage ,
Je friſſonne encor de terreur ,
Et je partage la douleur
De ces pauvres gens dont l'image
Reſtera longtemps dans mon coeur.
Hélas ! leur horrible malheur
N'étoit que l'effet de la rage
De ce déteſtable Enchanteur.
FEVRIER 1764 .
'omets mille & mille autres choſes
Plus ſurprenantes à nos yeux
Quetoutes les métamorphoſes
De nos Sorciers les plus fameux.
Partant l'avis que je propoſe
En juge équitable & chrétien ,
C'eſt , Meſſieurs, quoiqu'il nous oppoſe
Pour nous prouver qu'il n'en eſt rien ,
Qu'on le brûle: il eſt Magicien.
Vous fentez bien que fur cette éloquente
harangue , on auroit opiné au
feu du Bonnet. Et voilà à quoi auroient
abouti alors ces mêmes talens qui vous
attirent aujourd'hui l'admiration des
Peuples & des Rois. Toute choſe a fon
temps , dit le Sage. Aujourd'hui c'eſt le
régne des beaux Tableaux; autrefois
c'étoit celui des méchans Vers. Du
temps de feu Cotin j'aurois été de l'Académie
Françoiſe. Heureuſement pour
vous&malheureuſement pour moi,tout
eft rentré dans l'ordre. Je fuis ,&c.
Fermer
584
p. 112-113
HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
Début :
CE Volume qui contient l'Histoire de Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
HISTOIRE des Philosophes modernes,
avec leur Portrait dans le goût du
crayon ; par M. SAVERIEN, publiée
par le Sr FRANÇOIS, Graveur des
Desseins du Cabinet du Roi, &c.,
rue S. Jacques, à la vieille Poste,
vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV,
contenant l'Histoire des Restaurateurs
des Sciences, seconde Partie. A Paris,
chez différens Libraires, 1764 ;
avec Approbation & Privilège du Roi.
CE Volume qui contient l'Histoire de
Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully
& Wolf, paroit être fait avec
le même ſoin que les précédens. Il a
dû en coûter plus à l'Auteur ; car les
ſyſtêmes qu'il expoſe tels que ceux de
Newton , de Leibnitz & de Wolf, font
très-abſtraits, M. Saverien n'oubie rien
pour ſe rendre intelligible à tout le
monde , ſans affoiblir la profondeur de
la théorie qui forme la baſe de ces fyf-
têmes. La même clarté & netteté ré-
gne dans le Diſcours préliminaire , con-
Jenantla théoriedu mouvementdes Corps
FEVRIER. 1764.
113
celeftes , déduites de leur origine , pour
fervirdefuplément au Systéme dumonde
de Newton. C'eſt un ſyſtême par le-
quel l'Auteur explique fans attraction ,
la caufedes forces centripete & centri-
fuge , & en général toute la théorie du
mouvementdes corpscélestes.Ontrouve
ici une nouvelle explication de lacauſe
de la peſanteur des corps. M. Savérien
en avoit déja publié une exquiffe dans
leMercure , en 1756 ; mais elle eſt ici
très-développée & confirmée par des ex-
périences.
Al'égarddes portraits , leSr François
áfaitun choix éclairédesTableaux & des
Eſtampes , d'après leſquels il les a traités
avec le plus grand ſoin. Ainſi ce nou-
veau Volume eſt digne du même ac-
cueil dont le Public ahonoré les pré-
cédens.
Le Graveur avertit qu'il donne gratis
dans ce Volume , le Portrait de Schafles-
bury, qui manquoit à la claſſe des mo-
raliſtes. Ily a toujours deux Editions de
cet Ouvrage , une in- 12 & une in-
4°. Le prix de l'in- 12 eſt de cin-
quante ſols , & celui de l'in-4° , de
6 liv. broché.
avec leur Portrait dans le goût du
crayon ; par M. SAVERIEN, publiée
par le Sr FRANÇOIS, Graveur des
Desseins du Cabinet du Roi, &c.,
rue S. Jacques, à la vieille Poste,
vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV,
contenant l'Histoire des Restaurateurs
des Sciences, seconde Partie. A Paris,
chez différens Libraires, 1764 ;
avec Approbation & Privilège du Roi.
CE Volume qui contient l'Histoire de
Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully
& Wolf, paroit être fait avec
le même ſoin que les précédens. Il a
dû en coûter plus à l'Auteur ; car les
ſyſtêmes qu'il expoſe tels que ceux de
Newton , de Leibnitz & de Wolf, font
très-abſtraits, M. Saverien n'oubie rien
pour ſe rendre intelligible à tout le
monde , ſans affoiblir la profondeur de
la théorie qui forme la baſe de ces fyf-
têmes. La même clarté & netteté ré-
gne dans le Diſcours préliminaire , con-
Jenantla théoriedu mouvementdes Corps
FEVRIER. 1764.
113
celeftes , déduites de leur origine , pour
fervirdefuplément au Systéme dumonde
de Newton. C'eſt un ſyſtême par le-
quel l'Auteur explique fans attraction ,
la caufedes forces centripete & centri-
fuge , & en général toute la théorie du
mouvementdes corpscélestes.Ontrouve
ici une nouvelle explication de lacauſe
de la peſanteur des corps. M. Savérien
en avoit déja publié une exquiffe dans
leMercure , en 1756 ; mais elle eſt ici
très-développée & confirmée par des ex-
périences.
Al'égarddes portraits , leSr François
áfaitun choix éclairédesTableaux & des
Eſtampes , d'après leſquels il les a traités
avec le plus grand ſoin. Ainſi ce nou-
veau Volume eſt digne du même ac-
cueil dont le Public ahonoré les pré-
cédens.
Le Graveur avertit qu'il donne gratis
dans ce Volume , le Portrait de Schafles-
bury, qui manquoit à la claſſe des mo-
raliſtes. Ily a toujours deux Editions de
cet Ouvrage , une in- 12 & une in-
4°. Le prix de l'in- 12 eſt de cin-
quante ſols , & celui de l'in-4° , de
6 liv. broché.
Fermer
584
HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
585
p. 166-169
GRAVURE.
Début :
STATUE Equestre de LOUIS LE BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
STATUE Equestre de LOUIS LE
BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février,
& dont l'Inauguration s'eſt faite le 20
Juin 1763 , deſſinée par le Sr de Seve ,
& gravée par le Sr Charpentier ; ſe vend
àParis , chez le Sr Defnos , Ingénieur-
Géographe , rue S. Jacques , au Globe.
CarteHélio- Séléno - Géographique ,
dans laquelle on voit la projection que
!'ombre de la Lune trouva ſur la ſurface
de cette partie de notre Globe , dans la
célébre Eclipſe centrale & annulaire du
Soleil , qui arrivera le premier Avril
1764. Se vend chez le même.
Cette Carte eft à petits points; & ,
pour y rendre l'expreſſion du local plus
ſenſible , on y ajoint une Table , qui a
pour objet d'y ſuppléer. La méthode
des Projections dont on s'eſt
ſervi
pour la conſtruire , eſt celle dont nous
ſommes redevables à M. Delisle : rédui-
duite en calcul trigonométrique ; elle
offre aux Aſtronomes des ſolutions élé-
gantes qui méritent la préférence fur les
autres opérations graphiques.
FEVRIER. 1764.
167
La première colonne de cette Table
exprime la longitude de l'Obfervatoire
Royal de Paris à l'égarddetrente-deux
Villes qui ſe trouveront pourainſi dire ,
enveloppées par l'ombre conique de
la Lune. La feconde indique leur latitu-
de. Dans les trois autres colonnes on
a déterminé le commencement , le mi-
lieu & la fin de l'Eclipſe pour chacun
de ces différens Lieux , abſtraction fai-
te de la différence horaire de leurs Mé-
ridiens.
Le Public trouvera les principes fon-
damentaux de cette Table dans l'Ou-
vrage que M. Rizzi Zannoni fera pa-
roître inceſſamment ſous ce titre :
Mappa Hemisphærii Borealis Eclipfio-
graphica ; five Typus obfcurandæ Tel-
luris in Eclipsi annullaris Solis diepri-
md menfis Aprilis 1764 , pro illuftran-
do calculo Eclipfium Solarium ex fun-
damentis. Mathematicis & Tabulis Af-
tronomicis D. D. Tob. Mayer & de la
Caille ,fupputatus & defcriptus , &c.
Le Sr OUVRIER vient de mettre au
jour une Eſtampe gravéed'après leTa-
bleau original peint par M. Cochin , le
fils , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre du
Roi , Garde des deſſeins du Cabinet
de Sa Majesté , Secrétaire & Hiftorio-
•
168 MERCURE DE FRANCE.
graphedel'Académie RoyaledePeinture
&Sculpture. Cette Eſtampe , très-bien
gravée par le Sr Ouvrier, & qui a pour
Titre leGénie du deſſein , ſe vend chez
lui , à Paris , Place Maubert chez M.
Bellot ,Marchand Bonnetier , au Soleil
d'or.
f TABLEAU Généalogique& Chrono-
logique de laMaiſon Royale de France,
dédié à Mgr le Comte d'ARTOIS , par
M. Clabault , &c .
:
N. B. Nous ajouterons à l'annonce
que nous avons faite de cet Ouvrage
dans notre dernier Mercure , 1°. qu'on
nepeutrien ajouter à la précifion ,ainfi
qu'à la clarté du Plan.
2°. Que l'Analyſe qui accompagne
ceTableau renferme beaucoup d'obfer-
vations importantes; & que le Recueil
de la poſtérité de Charlemagne & de
Hugues Capet peut intéreſſer une grande
partie de la Nobleſſe de France par
l'illuſtration qu'il lui procure , avec d'au-
tantplusde raiſon que ce travail n'a été
fait qu'après un choix rigoureux des au-
torités.
3°. Que les remarques de l'Auteur ,
concernant l'illuſtration de laMaiſon de
France
FEVRIER. 1764.
169
Frances par ſes Alliances , paroît neuve,
& que le Public fenfible à la gloire de
fes Rois & de ſes Princes ne pourra
voir qu'avec fatisfaction la preuve d'un
fait, qui peut également piquer la cu-
rioſité des Princes Etrangers.
STATUE Equestre de LOUIS LE
BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février,
& dont l'Inauguration s'eſt faite le 20
Juin 1763 , deſſinée par le Sr de Seve ,
& gravée par le Sr Charpentier ; ſe vend
àParis , chez le Sr Defnos , Ingénieur-
Géographe , rue S. Jacques , au Globe.
CarteHélio- Séléno - Géographique ,
dans laquelle on voit la projection que
!'ombre de la Lune trouva ſur la ſurface
de cette partie de notre Globe , dans la
célébre Eclipſe centrale & annulaire du
Soleil , qui arrivera le premier Avril
1764. Se vend chez le même.
Cette Carte eft à petits points; & ,
pour y rendre l'expreſſion du local plus
ſenſible , on y ajoint une Table , qui a
pour objet d'y ſuppléer. La méthode
des Projections dont on s'eſt
ſervi
pour la conſtruire , eſt celle dont nous
ſommes redevables à M. Delisle : rédui-
duite en calcul trigonométrique ; elle
offre aux Aſtronomes des ſolutions élé-
gantes qui méritent la préférence fur les
autres opérations graphiques.
FEVRIER. 1764.
167
La première colonne de cette Table
exprime la longitude de l'Obfervatoire
Royal de Paris à l'égarddetrente-deux
Villes qui ſe trouveront pourainſi dire ,
enveloppées par l'ombre conique de
la Lune. La feconde indique leur latitu-
de. Dans les trois autres colonnes on
a déterminé le commencement , le mi-
lieu & la fin de l'Eclipſe pour chacun
de ces différens Lieux , abſtraction fai-
te de la différence horaire de leurs Mé-
ridiens.
Le Public trouvera les principes fon-
damentaux de cette Table dans l'Ou-
vrage que M. Rizzi Zannoni fera pa-
roître inceſſamment ſous ce titre :
Mappa Hemisphærii Borealis Eclipfio-
graphica ; five Typus obfcurandæ Tel-
luris in Eclipsi annullaris Solis diepri-
md menfis Aprilis 1764 , pro illuftran-
do calculo Eclipfium Solarium ex fun-
damentis. Mathematicis & Tabulis Af-
tronomicis D. D. Tob. Mayer & de la
Caille ,fupputatus & defcriptus , &c.
Le Sr OUVRIER vient de mettre au
jour une Eſtampe gravéed'après leTa-
bleau original peint par M. Cochin , le
fils , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre du
Roi , Garde des deſſeins du Cabinet
de Sa Majesté , Secrétaire & Hiftorio-
•
168 MERCURE DE FRANCE.
graphedel'Académie RoyaledePeinture
&Sculpture. Cette Eſtampe , très-bien
gravée par le Sr Ouvrier, & qui a pour
Titre leGénie du deſſein , ſe vend chez
lui , à Paris , Place Maubert chez M.
Bellot ,Marchand Bonnetier , au Soleil
d'or.
f TABLEAU Généalogique& Chrono-
logique de laMaiſon Royale de France,
dédié à Mgr le Comte d'ARTOIS , par
M. Clabault , &c .
:
N. B. Nous ajouterons à l'annonce
que nous avons faite de cet Ouvrage
dans notre dernier Mercure , 1°. qu'on
nepeutrien ajouter à la précifion ,ainfi
qu'à la clarté du Plan.
2°. Que l'Analyſe qui accompagne
ceTableau renferme beaucoup d'obfer-
vations importantes; & que le Recueil
de la poſtérité de Charlemagne & de
Hugues Capet peut intéreſſer une grande
partie de la Nobleſſe de France par
l'illuſtration qu'il lui procure , avec d'au-
tantplusde raiſon que ce travail n'a été
fait qu'après un choix rigoureux des au-
torités.
3°. Que les remarques de l'Auteur ,
concernant l'illuſtration de laMaiſon de
France
FEVRIER. 1764.
169
Frances par ſes Alliances , paroît neuve,
& que le Public fenfible à la gloire de
fes Rois & de ſes Princes ne pourra
voir qu'avec fatisfaction la preuve d'un
fait, qui peut également piquer la cu-
rioſité des Princes Etrangers.
Fermer
586
p. 174-185
OPERA. DESCRIPTION critique de la nouvelle Salle, au Palais des Thuileries.
Début :
AVANT l'ouverture du Théâtre on avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA. DESCRIPTION critique de la nouvelle Salle, au Palais des Thuileries.
OPERA.
DESCRIPTION critique de la nouvelle
Salle, au Palais des Thuileries.
AVANT l'ouverture du Théâtre on
avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques
une eſpècede Deſcriptionde
la nouvelle Salle , qui n'eſt pas con-
forme à la réalité en quelques Parties.
Il s'eſt depuis répandu dans le Pu
blic( par des préventions précipitées ou
pard'autres motifs)des idées peu éxac-
tes à beaucoup d'égards ſur le même
objet : c'eſt ce qui nous détermine à
commencer par expoſer , avec la plus
grande fidélité , la vraie diſpoſition de
ce lieu qui devient ſi intéreſſant à l'a-
muſement du Public.
En permettant d'établir proviſoire-
ment une Salle d'Opéra aux Thuileries ,
dans la partie du Théâtre de la Salle des
Machines , il avoit été preſcrit , ainſi que
nous l'avons annoncédans le temps ,'que
la forme & la distribution feroient les
mêmes que dans l'ancienne Salle du
FEVRIER. 1764.
175
Palais Royal , afin que les Locataires
des Loges s'y retrouvaſſent pour ainſi
dire dans les mêmes pofitions , fans
qu'il fût beſoin de paffer de nouveaux
Baux. C'eſt ce qui a été pratiqué. Ainfi
ſa forme n'eſt point ovale comme on
l'a avancé dans ces feuilles périodiques,
(ninepouvoit l'être dans l'eſpacedonné)
mais entiérement pareille à l'ancienne,
dontà cetégard elle eſt une éxacte copie.
Il en eſt réſulté un afſujettiſſement in
furmontable , qui doit anéantir toutce
qu'on auroit à dire ou à defirer ſur le
meilleur effet des plans en ce genre.
Comme le local procuroit plus d'eſpace,
-en certain ſens , on en a profité en
donnant ſeulement plusde longueur ,
plus de largeur & plus d'élévation ,
principalement au Théâtre. On a dif-
tribué le ſurplus d'étendue ſur tou-
tesles Loges ; enforte que les Specta-
teurs y font beaucoup moins preffés
que dans les anciennes , & qu'il s'en
trouve quelques-unes plus ſpacieuſes
dans la partie ceintrée du fond. Ce mê-
me avantage a facilité le moyen de
procurer environ 40 places de plus à
l'Amphithéâtre & un plus grand nom-
bre au Parterre. Maîtres de l'élévation
on a donné à cette Salle ſept à huit
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
pieds de plus de hauteur , ce qui aſervi à
élever davantage toutes les Loges : mais
principalement les Premieres ; tant au-
deſſusdu Parterre que dans leur intérieur.
Il eſt incontestable , 1°. que cela procure
bien plusde facilité pour la circulationde
l'air & que dans les plus fortes Repré-
ſentations , on n'y eſt point incom-
modé de la chaleur. 2°. Que les deſſous
des Loges forment par là un ſupplé-
ment affez vaſte au Parterre , pour
n'y être point étouffé , ni , pour ainfi
dire , écrafé ſous les planchers , com-
me dans les anciennes Salles. Les
ſecondes Loges fontauſſi plus élevées
dans leur intérieur,que n'étoient les an-
ciennes ; (*) mais comme parl'élévation
des Premieres, celles-ci ſe trouvent por-
tées à plus de hauteur, le premier coup
d'œil en juge autrement. C'eſt particu-
liérement cet effet apparent qui a fait
naître quelques réflexions critiques.
Avant d'improuver cette diſpoſition ,
éxaminons ſi les Loges , partagées par
des piliers , ne repréſentent pas à-peu-
près , relativement au Parterre, pluſieurs
étages de fenêtres qui environneroient
une cour. Dans ce cas , voyons s'il n'eſt
( * ) Cette vérité peutſevérifierpar les meſures.
FEVRIER . 1764.
177
pas dans l'ordre des proportions , pour
les Edifices nobles & élégans , de don-
ner beaucoup plus de hauteur aux pre-
miers Etages qu'aux autres ? Quelques
fois ces premiers étages ne ſont ſurmon-
tés que de ce qu'on appelle unAttique,
qui ne produit que des ouvertures baſſes
& dans une extrême inégalité avec celle
des Premiers , fans qu'alors les loix des
proportions foient violées, ni ſans que
nos regards en foient bleffés,parce qu'ils
y font accoutumés. C'eſt donc fur cette
ſeule habitude, qui domine les fens & la
raiſon , que pourroit être fondé le re-
proche , beaucoup plus que fur aucun
défaut réel. On pourroit en conféquen-
ce, afſurer que ſi, dans fix mois , il étoit
poſſible de rétablir l'ancienne Salle &
d'y introduire les mêmes Spectateurs
qui ont trouvé cet exhauſſement
étrange , ils concevroient à peine qu'ils
euffent pû ſupporter auffi longtemps
l'aspect & les incommodités d'un lieu
dont toutes les parties étoient auſſi
écraſées. On s'accoutumera encore avec
le temps à trouver ſur un Théâtre plus
vaſte & plus exhaufféles objets plus pe-
tits , ſansque cet effet doive être reputé
ún inconvénient. La diminution appa-
rente des objets eſt ſi peuun déſagré
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ment en certains cas que la perſpective
artificielle eſt obligée d'employer fou-
vent ſes refſources pour imiter la perf-
pective naturelle à cet égard,& donner
par-là l'idée illuſoire d'un lieu plus vaſte
ou plus éloigné ; ce qui ſatisfaitmieux
l'imagination , toutes les fois que l'on
veut repréſenter de grands Spectacles.
Il eſt fort naturel que l'on ait été d'a-
bord étonné de certaines proportions fi
oppoſées à nos Salles anciennes , où
dans une eſpèce de caverne on diſtri-
buoit, par petites cazes égales ,dequoi
loger leplus de Spectateurs qu'il étoit
poffible ; à-peu-près comme on niche
des pigeons dans un colombier. Déga-
gés du joug de cette habitude , on fe
gardera bien fans doute de renoncer
à ce qu'offre de plus favorable cette
nouvelle Salle , ſauf plutôt à augmen-
ter dans celles que l'on conſtruira par
la fuite , & où les lieux & les circonf
tances rendront les diſpoſitions plus
libres.
Trois rangs de Loges , foutenues
& diviſées par des piliers rehauffés d'or
& ornés de conſoles , règnent au
pourtour de cette Salle. Les Devantures
bombées,ſont d'un verd très-clair , avec
des ornemens enord'un fortbeau genre,
-
FEVRIER. 1764.
179
& affez artificieuſement exécutés pour
rendre tout l'effet du relief. Les inté-
rieurs font meublés d'étoffes dontla cou-
leur eſt aſſortie à la peinture , & tres-fa-
vorable à la parure ainſi qu'à l'éclat na-
turel des femmes quiles occupent. Les
ornemens des ſeconds & troifièmes Bal-
cons font diftingués par plus de richeffe
& par d'autres deffeins, de ceux des Lo-
ges ; mais le même fond règne dans
toute la Salle. Les ſoubaſſemens del'Am-
phithéâtre & des premiers Balcons font
en marbre verd campant de pluſieurs
nuances , avec des rehauffés d'or dans
les moulures des panneaux.
Une des parties , dont l'extérieur
eſt auſſi bientraitéque ſon intérieur, eſt
commode & agréable , eſt celle qu'on
appelle vulgairement dans nos Specta-
cles LE PARADIS . Ce lieu forme une
eſpèce de ſecond Amphithéâtre en re-
traite , au-deſſus des ſecondes Loges ,
lequel s'enfonce dans l'extrêmité cein-
trée de la Salle. Des arcades décorées
relativement au reſte , en terminent
l'enceinte. Les places y font difpo-
fées ſur des banquettes en gradins
au deſſus du doſſier deſquelles ,
refte encore des eſpaces pour voir &
pour entendre debout. Comme on a
H vj
il
180 MERCURE DE FRANCE.
renfermé cette enceinte, la licence & le
déſœuvrement ont un peu murmuré de
cette précaution ; mais l'attention paiſi-
ble des Citoyens honnêtes ſe trouve
fort bien d'être à l'abri du trouble , &
quelquefois de l'indécence , d'un cer-
tain genre de Spectateurs qui fréquen-
toient ce lieu dans l'autre Salle.
Nous avons parlé, dans un précédent
Mercure , du Platfond, de la convenan-
ce & de la richeſſe de ſes ornemens. Il
eſt, ainſi que nous l'avons déja dit , par-
tagé en pluſieurs compartimens variés.
Celui qui ſe trouve au-deſſus de l'Am-
phithéâtre , en Mosaïque d'un très-bon
goût , figure fi bienune Coupole, que
l'œil y eſt agréablement trompé. La clef
de cette feinte Coupole s'enlève à vo-
lonté,pourrenouvellerl'air quandil eneſt
beſoin. Tout le Platfond porte ſur une
corniche en vouſſure très- richement or-
née en or , & règne juſques ſur la partie
de l'Avant-ſcène.
Le Théâtre eſt ouvert dans toute la
largeur intérieure , & prèſque dans toute
la hauteur de la Salle , dont il n'eſt ſépa-
ré que par deux grands Termes , qui
paroiſſent foutenir les parties d'un Ri-
deau ouvert , ſous une pente d'étoffe
feſtonnée qui borde toute l'Avant-
Scène.
FEVRIER. 1764.
181
Un Théâtre , plus vaſte , plus profond
& plus élevé qu'aucun de ceux qu'on
ait encore vus dans la Capitale , donne
lieu à plus de grandeur & de magni-
ficence dans la repréſentation de nos
Opéras : ce qui ajoute un nouvel éclat à
la pompe & au merveilleux de ce genre
de Spectacle. Le Rideau de clôture ,
qu'on appelle communément la Toile ,
eſt un fond damaſſé relatif au colo-
ris général de la Salle , ſur lequel eſt un
Chiffre royal en or , enlacé dans des or-
mens , & encadré par une riche cam-
pane. Ce genre fimple & noble , bien
plus convenable pour cet uſage que les
fujets en figures & coloriés , contribue
à completter l'idée d'une Salle de Palais,
plutôt qu'un lieude Spectacle public , &
le tout répond parfaitement au lieu
dans lequel ſe trouve aujourd'hui celui
de l'Opéra.
Une condition capitale eſt fans con-
tredit la résonance. On a cherché
d'abord a jetter des doutes à cet
égard. On les fondoit fur ce qu'à la pre-
mière Repréſentation , la Voute de def-
ſous l'Orcheſtre n'ayant pû être ache-
yée , les baſſes inſtrumentales ne ren-
doient pas tout le ſon qu'on auroit defi-
ré. Cet inconvénient accidentel a ceffé
182 MERCURE DE FRANCE.
dès que les meſures priſes pour l'effet
contraire ont pu être éxécutées. Obligés
de rendre témoignage à la vérité , nous
n'avons qu'une choſe de fait à publier
fur cela Les voix d'un médiocre volu-
me , font entendues diftinctement dans
toute la Salle , il en eſt même qui y
trouvent de l'avantage ; & l'Acteur qui
chante le rôle de Jupiter au fond des
Décorations , dans le troiſième Acte de
Castor & Pollux, eſt très-bien entendu
du fond de l'Amphithéâtre. Ce qui fait
environ 70pieds de diſtance au moins ,
fans compter la déperdition des percés
dont il eſt environné.
On a fait bien des obſervations fur cette
Salle. Nous venons d'en diſcuter quel-
ques-unes des principales. L'équité veut
quenous répétions encore qu'à l'égard
de pluſieurs de ces obſervations ondoit
fe rappeller que des ordres abſolus ont
afſujetti à ce qu'elle fut une copie très-
exacte de l'ancienne dans ſa diſtribution .
Indépendammentde cetaſſujettiſſement
primitif, il en eſt d'autres,dans ces fortes
de conſtructions,qui ſont des ſuites for-
cées deconſidérationsparticulières dans
leſquelles le Public n'entre point. Il en
ignore plufieurs ,& il ne connoît pas la
force inſurmontable de quelques autres.
FEVRIER. 1764.
183
Dans le nombre des réproches aux-
quels ne peuvent manquer d'être expo-
fées les Saltes de Spectacles, il en eſt qui
concernentle plusoule moinsde moyens
pour voir mieux & plus commodément
de toutes les Places. Ceci dépendant
d'arrangemens intérieurs & mobiles
و
qui ne peuvent ſe régler bien juſte que
par l'expérience uſuelle , on a déja pour-
vu à quelques parties ,telles qu'à la pente
du Parterre , moyennant laquelle on
voitde tous les points, plus facilement
qu'auparavant. Nous ſommes en état
d'aſſurer qu'on arrangera ſucceſſivement
toutes les autres , aufli promptement que
le temps lepermettra , & qu'enfin on ſe
portera à celles qui exigent plus de tra-
vailpar éxemple aux Balcons , pendantla
prochaine vacance du Théâtre.
On ne croit pas devoir faire mention
des petites critiques , que l'envie dicte
toujours en ces occafions à l'étourderie
& à l'ignorance , d'où ſe forment des
préventions par écho dont le temps ſeul
peut étouffer la voix.
Quelqu'elles foient & quelque crédit
que ces préventions ,déjà détruites en
partie , euſſent pû obtenir , il reſteroit
toujours vrai au Jugement des grands
/
184 MERCURE DE FRANCE.
Artiſtes , à celui des particuliers éclairés
& impartiaux,que cette Salle , malgré les
afſujettiſſemens dont nous avons parlé ,
eſt une des plus belles,des plus agréables
&des plus nobles que l'on ait encore
vues dans la Capitale. La prévention la
plus outréene peut contefter que ce ne
foit en même temps une des plus com-
modes, par ſes corridors ſpacieux , par le
nombre , la facilité & l'ordre des eſca-
liers dedégagemens , ainſi que par ſes
iffues. On y entre par trois endroits du
côté des Cours : ſçavoir par une Porte
Principale pour le Public
,
une autre
qui ouvre fur le fond du Théâtre
pour les Acteurs , & une autre dans
la Cour des Suiffes , pour aller au
Théâtre en même tems qu'aux petites
Loges. Du côté du Jardin , le Public
entre par laGallerie qui ſera fermée de
chaffis dans toute longueur , pour que
le paſſage en ſoit à l'abri de toute in-
commodité de l'air. Une autre Porte ,
directement fur la Terraſſe du Jardin ,
eſt ouverte pour monter au Théâtre
& aux petites Loges. La grande Porte
de la Salle des Machines , le ſera pour
la fortie.Ainfi, deux Portes font ouver-
tes pour l'entrée publique ,trois pour
FEVRIER. 1764.
185
les entrées particulières & les fix pour
la fortie générale. Le grand Veſtibule
eſt d'un agrément infini. Il eſt , ainfi
que celui de l'intérieur , garni de Bou-
tiques , y compris celle du Caffé. Cet
agrément fera encore bien plus ſenſi-
bledans la belle faifon , par la com-
munication de ce lieu avec le plus beau
Jardin de l'Europe.
DESCRIPTION critique de la nouvelle
Salle, au Palais des Thuileries.
AVANT l'ouverture du Théâtre on
avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques
une eſpècede Deſcriptionde
la nouvelle Salle , qui n'eſt pas con-
forme à la réalité en quelques Parties.
Il s'eſt depuis répandu dans le Pu
blic( par des préventions précipitées ou
pard'autres motifs)des idées peu éxac-
tes à beaucoup d'égards ſur le même
objet : c'eſt ce qui nous détermine à
commencer par expoſer , avec la plus
grande fidélité , la vraie diſpoſition de
ce lieu qui devient ſi intéreſſant à l'a-
muſement du Public.
En permettant d'établir proviſoire-
ment une Salle d'Opéra aux Thuileries ,
dans la partie du Théâtre de la Salle des
Machines , il avoit été preſcrit , ainſi que
nous l'avons annoncédans le temps ,'que
la forme & la distribution feroient les
mêmes que dans l'ancienne Salle du
FEVRIER. 1764.
175
Palais Royal , afin que les Locataires
des Loges s'y retrouvaſſent pour ainſi
dire dans les mêmes pofitions , fans
qu'il fût beſoin de paffer de nouveaux
Baux. C'eſt ce qui a été pratiqué. Ainfi
ſa forme n'eſt point ovale comme on
l'a avancé dans ces feuilles périodiques,
(ninepouvoit l'être dans l'eſpacedonné)
mais entiérement pareille à l'ancienne,
dontà cetégard elle eſt une éxacte copie.
Il en eſt réſulté un afſujettiſſement in
furmontable , qui doit anéantir toutce
qu'on auroit à dire ou à defirer ſur le
meilleur effet des plans en ce genre.
Comme le local procuroit plus d'eſpace,
-en certain ſens , on en a profité en
donnant ſeulement plusde longueur ,
plus de largeur & plus d'élévation ,
principalement au Théâtre. On a dif-
tribué le ſurplus d'étendue ſur tou-
tesles Loges ; enforte que les Specta-
teurs y font beaucoup moins preffés
que dans les anciennes , & qu'il s'en
trouve quelques-unes plus ſpacieuſes
dans la partie ceintrée du fond. Ce mê-
me avantage a facilité le moyen de
procurer environ 40 places de plus à
l'Amphithéâtre & un plus grand nom-
bre au Parterre. Maîtres de l'élévation
on a donné à cette Salle ſept à huit
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
pieds de plus de hauteur , ce qui aſervi à
élever davantage toutes les Loges : mais
principalement les Premieres ; tant au-
deſſusdu Parterre que dans leur intérieur.
Il eſt incontestable , 1°. que cela procure
bien plusde facilité pour la circulationde
l'air & que dans les plus fortes Repré-
ſentations , on n'y eſt point incom-
modé de la chaleur. 2°. Que les deſſous
des Loges forment par là un ſupplé-
ment affez vaſte au Parterre , pour
n'y être point étouffé , ni , pour ainfi
dire , écrafé ſous les planchers , com-
me dans les anciennes Salles. Les
ſecondes Loges fontauſſi plus élevées
dans leur intérieur,que n'étoient les an-
ciennes ; (*) mais comme parl'élévation
des Premieres, celles-ci ſe trouvent por-
tées à plus de hauteur, le premier coup
d'œil en juge autrement. C'eſt particu-
liérement cet effet apparent qui a fait
naître quelques réflexions critiques.
Avant d'improuver cette diſpoſition ,
éxaminons ſi les Loges , partagées par
des piliers , ne repréſentent pas à-peu-
près , relativement au Parterre, pluſieurs
étages de fenêtres qui environneroient
une cour. Dans ce cas , voyons s'il n'eſt
( * ) Cette vérité peutſevérifierpar les meſures.
FEVRIER . 1764.
177
pas dans l'ordre des proportions , pour
les Edifices nobles & élégans , de don-
ner beaucoup plus de hauteur aux pre-
miers Etages qu'aux autres ? Quelques
fois ces premiers étages ne ſont ſurmon-
tés que de ce qu'on appelle unAttique,
qui ne produit que des ouvertures baſſes
& dans une extrême inégalité avec celle
des Premiers , fans qu'alors les loix des
proportions foient violées, ni ſans que
nos regards en foient bleffés,parce qu'ils
y font accoutumés. C'eſt donc fur cette
ſeule habitude, qui domine les fens & la
raiſon , que pourroit être fondé le re-
proche , beaucoup plus que fur aucun
défaut réel. On pourroit en conféquen-
ce, afſurer que ſi, dans fix mois , il étoit
poſſible de rétablir l'ancienne Salle &
d'y introduire les mêmes Spectateurs
qui ont trouvé cet exhauſſement
étrange , ils concevroient à peine qu'ils
euffent pû ſupporter auffi longtemps
l'aspect & les incommodités d'un lieu
dont toutes les parties étoient auſſi
écraſées. On s'accoutumera encore avec
le temps à trouver ſur un Théâtre plus
vaſte & plus exhaufféles objets plus pe-
tits , ſansque cet effet doive être reputé
ún inconvénient. La diminution appa-
rente des objets eſt ſi peuun déſagré
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ment en certains cas que la perſpective
artificielle eſt obligée d'employer fou-
vent ſes refſources pour imiter la perf-
pective naturelle à cet égard,& donner
par-là l'idée illuſoire d'un lieu plus vaſte
ou plus éloigné ; ce qui ſatisfaitmieux
l'imagination , toutes les fois que l'on
veut repréſenter de grands Spectacles.
Il eſt fort naturel que l'on ait été d'a-
bord étonné de certaines proportions fi
oppoſées à nos Salles anciennes , où
dans une eſpèce de caverne on diſtri-
buoit, par petites cazes égales ,dequoi
loger leplus de Spectateurs qu'il étoit
poffible ; à-peu-près comme on niche
des pigeons dans un colombier. Déga-
gés du joug de cette habitude , on fe
gardera bien fans doute de renoncer
à ce qu'offre de plus favorable cette
nouvelle Salle , ſauf plutôt à augmen-
ter dans celles que l'on conſtruira par
la fuite , & où les lieux & les circonf
tances rendront les diſpoſitions plus
libres.
Trois rangs de Loges , foutenues
& diviſées par des piliers rehauffés d'or
& ornés de conſoles , règnent au
pourtour de cette Salle. Les Devantures
bombées,ſont d'un verd très-clair , avec
des ornemens enord'un fortbeau genre,
-
FEVRIER. 1764.
179
& affez artificieuſement exécutés pour
rendre tout l'effet du relief. Les inté-
rieurs font meublés d'étoffes dontla cou-
leur eſt aſſortie à la peinture , & tres-fa-
vorable à la parure ainſi qu'à l'éclat na-
turel des femmes quiles occupent. Les
ornemens des ſeconds & troifièmes Bal-
cons font diftingués par plus de richeffe
& par d'autres deffeins, de ceux des Lo-
ges ; mais le même fond règne dans
toute la Salle. Les ſoubaſſemens del'Am-
phithéâtre & des premiers Balcons font
en marbre verd campant de pluſieurs
nuances , avec des rehauffés d'or dans
les moulures des panneaux.
Une des parties , dont l'extérieur
eſt auſſi bientraitéque ſon intérieur, eſt
commode & agréable , eſt celle qu'on
appelle vulgairement dans nos Specta-
cles LE PARADIS . Ce lieu forme une
eſpèce de ſecond Amphithéâtre en re-
traite , au-deſſus des ſecondes Loges ,
lequel s'enfonce dans l'extrêmité cein-
trée de la Salle. Des arcades décorées
relativement au reſte , en terminent
l'enceinte. Les places y font difpo-
fées ſur des banquettes en gradins
au deſſus du doſſier deſquelles ,
refte encore des eſpaces pour voir &
pour entendre debout. Comme on a
H vj
il
180 MERCURE DE FRANCE.
renfermé cette enceinte, la licence & le
déſœuvrement ont un peu murmuré de
cette précaution ; mais l'attention paiſi-
ble des Citoyens honnêtes ſe trouve
fort bien d'être à l'abri du trouble , &
quelquefois de l'indécence , d'un cer-
tain genre de Spectateurs qui fréquen-
toient ce lieu dans l'autre Salle.
Nous avons parlé, dans un précédent
Mercure , du Platfond, de la convenan-
ce & de la richeſſe de ſes ornemens. Il
eſt, ainſi que nous l'avons déja dit , par-
tagé en pluſieurs compartimens variés.
Celui qui ſe trouve au-deſſus de l'Am-
phithéâtre , en Mosaïque d'un très-bon
goût , figure fi bienune Coupole, que
l'œil y eſt agréablement trompé. La clef
de cette feinte Coupole s'enlève à vo-
lonté,pourrenouvellerl'air quandil eneſt
beſoin. Tout le Platfond porte ſur une
corniche en vouſſure très- richement or-
née en or , & règne juſques ſur la partie
de l'Avant-ſcène.
Le Théâtre eſt ouvert dans toute la
largeur intérieure , & prèſque dans toute
la hauteur de la Salle , dont il n'eſt ſépa-
ré que par deux grands Termes , qui
paroiſſent foutenir les parties d'un Ri-
deau ouvert , ſous une pente d'étoffe
feſtonnée qui borde toute l'Avant-
Scène.
FEVRIER. 1764.
181
Un Théâtre , plus vaſte , plus profond
& plus élevé qu'aucun de ceux qu'on
ait encore vus dans la Capitale , donne
lieu à plus de grandeur & de magni-
ficence dans la repréſentation de nos
Opéras : ce qui ajoute un nouvel éclat à
la pompe & au merveilleux de ce genre
de Spectacle. Le Rideau de clôture ,
qu'on appelle communément la Toile ,
eſt un fond damaſſé relatif au colo-
ris général de la Salle , ſur lequel eſt un
Chiffre royal en or , enlacé dans des or-
mens , & encadré par une riche cam-
pane. Ce genre fimple & noble , bien
plus convenable pour cet uſage que les
fujets en figures & coloriés , contribue
à completter l'idée d'une Salle de Palais,
plutôt qu'un lieude Spectacle public , &
le tout répond parfaitement au lieu
dans lequel ſe trouve aujourd'hui celui
de l'Opéra.
Une condition capitale eſt fans con-
tredit la résonance. On a cherché
d'abord a jetter des doutes à cet
égard. On les fondoit fur ce qu'à la pre-
mière Repréſentation , la Voute de def-
ſous l'Orcheſtre n'ayant pû être ache-
yée , les baſſes inſtrumentales ne ren-
doient pas tout le ſon qu'on auroit defi-
ré. Cet inconvénient accidentel a ceffé
182 MERCURE DE FRANCE.
dès que les meſures priſes pour l'effet
contraire ont pu être éxécutées. Obligés
de rendre témoignage à la vérité , nous
n'avons qu'une choſe de fait à publier
fur cela Les voix d'un médiocre volu-
me , font entendues diftinctement dans
toute la Salle , il en eſt même qui y
trouvent de l'avantage ; & l'Acteur qui
chante le rôle de Jupiter au fond des
Décorations , dans le troiſième Acte de
Castor & Pollux, eſt très-bien entendu
du fond de l'Amphithéâtre. Ce qui fait
environ 70pieds de diſtance au moins ,
fans compter la déperdition des percés
dont il eſt environné.
On a fait bien des obſervations fur cette
Salle. Nous venons d'en diſcuter quel-
ques-unes des principales. L'équité veut
quenous répétions encore qu'à l'égard
de pluſieurs de ces obſervations ondoit
fe rappeller que des ordres abſolus ont
afſujetti à ce qu'elle fut une copie très-
exacte de l'ancienne dans ſa diſtribution .
Indépendammentde cetaſſujettiſſement
primitif, il en eſt d'autres,dans ces fortes
de conſtructions,qui ſont des ſuites for-
cées deconſidérationsparticulières dans
leſquelles le Public n'entre point. Il en
ignore plufieurs ,& il ne connoît pas la
force inſurmontable de quelques autres.
FEVRIER. 1764.
183
Dans le nombre des réproches aux-
quels ne peuvent manquer d'être expo-
fées les Saltes de Spectacles, il en eſt qui
concernentle plusoule moinsde moyens
pour voir mieux & plus commodément
de toutes les Places. Ceci dépendant
d'arrangemens intérieurs & mobiles
و
qui ne peuvent ſe régler bien juſte que
par l'expérience uſuelle , on a déja pour-
vu à quelques parties ,telles qu'à la pente
du Parterre , moyennant laquelle on
voitde tous les points, plus facilement
qu'auparavant. Nous ſommes en état
d'aſſurer qu'on arrangera ſucceſſivement
toutes les autres , aufli promptement que
le temps lepermettra , & qu'enfin on ſe
portera à celles qui exigent plus de tra-
vailpar éxemple aux Balcons , pendantla
prochaine vacance du Théâtre.
On ne croit pas devoir faire mention
des petites critiques , que l'envie dicte
toujours en ces occafions à l'étourderie
& à l'ignorance , d'où ſe forment des
préventions par écho dont le temps ſeul
peut étouffer la voix.
Quelqu'elles foient & quelque crédit
que ces préventions ,déjà détruites en
partie , euſſent pû obtenir , il reſteroit
toujours vrai au Jugement des grands
/
184 MERCURE DE FRANCE.
Artiſtes , à celui des particuliers éclairés
& impartiaux,que cette Salle , malgré les
afſujettiſſemens dont nous avons parlé ,
eſt une des plus belles,des plus agréables
&des plus nobles que l'on ait encore
vues dans la Capitale. La prévention la
plus outréene peut contefter que ce ne
foit en même temps une des plus com-
modes, par ſes corridors ſpacieux , par le
nombre , la facilité & l'ordre des eſca-
liers dedégagemens , ainſi que par ſes
iffues. On y entre par trois endroits du
côté des Cours : ſçavoir par une Porte
Principale pour le Public
,
une autre
qui ouvre fur le fond du Théâtre
pour les Acteurs , & une autre dans
la Cour des Suiffes , pour aller au
Théâtre en même tems qu'aux petites
Loges. Du côté du Jardin , le Public
entre par laGallerie qui ſera fermée de
chaffis dans toute longueur , pour que
le paſſage en ſoit à l'abri de toute in-
commodité de l'air. Une autre Porte ,
directement fur la Terraſſe du Jardin ,
eſt ouverte pour monter au Théâtre
& aux petites Loges. La grande Porte
de la Salle des Machines , le ſera pour
la fortie.Ainfi, deux Portes font ouver-
tes pour l'entrée publique ,trois pour
FEVRIER. 1764.
185
les entrées particulières & les fix pour
la fortie générale. Le grand Veſtibule
eſt d'un agrément infini. Il eſt , ainfi
que celui de l'intérieur , garni de Bou-
tiques , y compris celle du Caffé. Cet
agrément fera encore bien plus ſenſi-
bledans la belle faifon , par la com-
munication de ce lieu avec le plus beau
Jardin de l'Europe.
Fermer
587
p. 189-197
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Début :
Quelqu'étendue que nous ayent déja couté les détails de cet Article, plus intéressant [...]
Mots clefs :
Décorations, Décoration, Opéra, Théâtre, Acte, Palais, Architecture, Genre, Jupiter, Spectacle, Palais des Tuileries
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Fermer
588
p. 9-14
ODE A LA PEINTURE. Omnia transformat sese in miracula rerum. Virg. Georg. Lib. 4.
Début :
TOI que la main de l'industrie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A LA PEINTURE. Omnia transformat sese in miracula rerum. Virg. Georg. Lib. 4.
ODE A LA PEINTURE.
Omnia transformat sese in miracula rerum.
Virg. Georg. Lib. 4.
TOI que la main de l'industrie
Grava ſur l'aîle du hazard ,
2.
Peinture , heureux fruit du génie ,
Éclatante fille de l'art ,
Que ton temple s'ouvre à ma vue !
Mon eſprit parcourt l'étendue
Où brillent tes traits créateurs ;
Peins-moi ce que je dois décrire ,
Et ſurtout répands ſur ma lyre
L'éclat pompeux de tes couleurs.
V
10 MERCURE DE FRANCE .
Sous tes pinceaux que voit-je éclore
Quel feu , quelle rapidité !
L'ombre s'imprime , ſe colore ,
Et ſe change en réalité.
Quel prodige anime la toile ?
L'Univers entier ſe dévoile ,
Tout ſe renouvelle à mes yeux :
Ton crayon avec énergie
Crée, raſſemble , vivifie :
J'embraſſe les temps & les lieux.
L'éclat, la force, l'élégance ,
La douceur , les grâces ,l'amour,
Par une heureuſe concurrence
Décorent ton front tour- à-tour.
Hs vont par ton ordre ſuprême
Au ſein de la Nature même ,
Ravir le germe des couleurs
Dont le précieux aſſemblage
Nous préſente une vive image-
De ſes traits les plus enchanteurs.
Ton crayon enchaîne l'efpace,
Et par ſes fublimes effets ,
Sur une légére furface,
Trace & réunit les objets.
Mais que vois-je ? tamainhardie
Porte les couleurs & la vie
Dans le fombre abîme du Temps
MARS.. 1764.
Arbitrede la Renommée ,
Tu viens , à la Terre étonnée ,
Montrer ſes anciens Habitans.
Par le charme de tes images ,
Les lieux , les Peuples & les arts ,
Perpétués dans tes Ouvrages ,
Se ſuccédent à mes regards:
Tout renaît , & , par toi , les hommes ,
Retraçant au temps où nous ſommes ,
Leurs Loix , leurs uſages , leurs mœurs ,
Ont fur tes aîles fortunées ,
Franchi le torrent des années ,
Pour revivre dans tes couleurs..
Que la plus profonde ignorance
S'éclaire de ton feu divin ::
Le langage de l'évidence
Frappe, inſtruit , tout le genre humains
Qu'à tes progrès tout s'intéreſſe.
Ah! qu'à juſte titre la Gréce
Voulut ennoblir tes pinceaux ,
Quand,vainqueurdes bornes de l'âge ,
Ton art , honorant le courage ,
Immortaliſoit ſes Héros !
C'eſt luidont le ſouffle rapide,
Raſſemblant les mânes épars ,
Ranime une Armée intrépide ,
Avi
II
12 MERCURE DE FRANCE.
A l'ombre de ſes étendarts :
Qui nous peint le Dieu des batailles ,
Le fer, le ſang , les funérailles ,
Que ſuit le char de la terreur ;
Là des ruines entaſſées,
Plus loin des Cités embraſées ,
Le feu , le carnage & l'horreur.
Maisquoi , le ſpectacle du monde
N'eſt-il que celui de nos maux ?
Opeinture ! ô ſource féconde ,
N'as-tu pas des plus doux pinceaux ?
Quand, par une amoureuſe adreſſe ,
La main même de la tendreſſe
Eut ébauché tes premiers traits ,
Ne vit-on pas celles des grâces ,
Colorant ſes aimables trâces ,
Hâter le cours de tes progrès ?
Rivale en tout de la Nature ,
Cequ'elle enfante de plus beau
Comme par une glace pure ,
Eſt répété par ton pinceau :
Ton art , comme elle inépuiſable ,.
Me trace une figure aimable ,
Et des objets moins incertains :
La reſſemblance eſt conſommées .
Mon œil dans leur ombre animée
Voit & diftingue les humains.
MARS. 1764.
Partout tes couleurs adoucies
Arrêtent mon cœur & mes yeux
Paroiffez , images chéries ,
Qui me retracez mes ayeux..
C'eſt à toi , divine Peinture ,
A m'en conſerver la figure ,
L'air , l'abord& les propres traits :
Ils revivent dans tes ouvrages
Quand le cours rapide des âges
Nous les a ravis pour jamais.
Un nouvel éclat t'environne ,
L'agrément prépare tes fleurs ;
L'amour , pour former ta couronne
S'éxerce à broyer tes couleurs ,
Nous peint les champs & la fougère
Etdans les yeux d'une Bergère ,
Gravant l'empreintedes plaiſirs ,
Trace avec un crayon de flâme ,
Le cœur , les mouvemens de l'âme
Et l'image de ſes deſirs.
Tu mepeins un ſéjour champêtre
La fraîcheur & l'émail des Prés :
Le jour qui me ſemble renaître ,
En développe les beautés:
J'entrevois les grâces de Flore;
Le pinceau vermeil de l'Aurore
Trace la route du Soleil.....
13
14 MERCURE DE FRANCE.
Non , ce n'eſt plus une peinture ;
C'eſt l'air , la terre , la Nature
Dans leur plus brillant appareil.
Un objet frapant , mais funébre ,
Vient encore s'offrir à nous .
Quel pinceau , quelle main célébre
Peint les élémens en courroux ?
La mer , entr'ouvrant ſes abîmes ,
Engloutit ſes pâles victimes ......
Je tremble à l'aſpect de leur fort.
Jecrois voir... je vois leur naufrage ,
Les vents ,les vagues , le rivage ,
L'orage, la foudre & la mort !
C'eſt ainſi que ton art fublime ,
Sous un coloris enchanteur ,
Aton gré me frappe & m'imprime
L'amour , la crainte ou la terreur.
Partout le feu de tes ouvrages
Me réaliſe tes images ;
Je me tranſporte en tous les lieux :-
Ont pris la place de mes yeux.
:
Ton flambeau m'éclaire & m'enflame ;
Mon eſprit , mon cœur & mon âme :
Par M. B.
Omnia transformat sese in miracula rerum.
Virg. Georg. Lib. 4.
TOI que la main de l'industrie
Grava ſur l'aîle du hazard ,
2.
Peinture , heureux fruit du génie ,
Éclatante fille de l'art ,
Que ton temple s'ouvre à ma vue !
Mon eſprit parcourt l'étendue
Où brillent tes traits créateurs ;
Peins-moi ce que je dois décrire ,
Et ſurtout répands ſur ma lyre
L'éclat pompeux de tes couleurs.
V
10 MERCURE DE FRANCE .
Sous tes pinceaux que voit-je éclore
Quel feu , quelle rapidité !
L'ombre s'imprime , ſe colore ,
Et ſe change en réalité.
Quel prodige anime la toile ?
L'Univers entier ſe dévoile ,
Tout ſe renouvelle à mes yeux :
Ton crayon avec énergie
Crée, raſſemble , vivifie :
J'embraſſe les temps & les lieux.
L'éclat, la force, l'élégance ,
La douceur , les grâces ,l'amour,
Par une heureuſe concurrence
Décorent ton front tour- à-tour.
Hs vont par ton ordre ſuprême
Au ſein de la Nature même ,
Ravir le germe des couleurs
Dont le précieux aſſemblage
Nous préſente une vive image-
De ſes traits les plus enchanteurs.
Ton crayon enchaîne l'efpace,
Et par ſes fublimes effets ,
Sur une légére furface,
Trace & réunit les objets.
Mais que vois-je ? tamainhardie
Porte les couleurs & la vie
Dans le fombre abîme du Temps
MARS.. 1764.
Arbitrede la Renommée ,
Tu viens , à la Terre étonnée ,
Montrer ſes anciens Habitans.
Par le charme de tes images ,
Les lieux , les Peuples & les arts ,
Perpétués dans tes Ouvrages ,
Se ſuccédent à mes regards:
Tout renaît , & , par toi , les hommes ,
Retraçant au temps où nous ſommes ,
Leurs Loix , leurs uſages , leurs mœurs ,
Ont fur tes aîles fortunées ,
Franchi le torrent des années ,
Pour revivre dans tes couleurs..
Que la plus profonde ignorance
S'éclaire de ton feu divin ::
Le langage de l'évidence
Frappe, inſtruit , tout le genre humains
Qu'à tes progrès tout s'intéreſſe.
Ah! qu'à juſte titre la Gréce
Voulut ennoblir tes pinceaux ,
Quand,vainqueurdes bornes de l'âge ,
Ton art , honorant le courage ,
Immortaliſoit ſes Héros !
C'eſt luidont le ſouffle rapide,
Raſſemblant les mânes épars ,
Ranime une Armée intrépide ,
Avi
II
12 MERCURE DE FRANCE.
A l'ombre de ſes étendarts :
Qui nous peint le Dieu des batailles ,
Le fer, le ſang , les funérailles ,
Que ſuit le char de la terreur ;
Là des ruines entaſſées,
Plus loin des Cités embraſées ,
Le feu , le carnage & l'horreur.
Maisquoi , le ſpectacle du monde
N'eſt-il que celui de nos maux ?
Opeinture ! ô ſource féconde ,
N'as-tu pas des plus doux pinceaux ?
Quand, par une amoureuſe adreſſe ,
La main même de la tendreſſe
Eut ébauché tes premiers traits ,
Ne vit-on pas celles des grâces ,
Colorant ſes aimables trâces ,
Hâter le cours de tes progrès ?
Rivale en tout de la Nature ,
Cequ'elle enfante de plus beau
Comme par une glace pure ,
Eſt répété par ton pinceau :
Ton art , comme elle inépuiſable ,.
Me trace une figure aimable ,
Et des objets moins incertains :
La reſſemblance eſt conſommées .
Mon œil dans leur ombre animée
Voit & diftingue les humains.
MARS. 1764.
Partout tes couleurs adoucies
Arrêtent mon cœur & mes yeux
Paroiffez , images chéries ,
Qui me retracez mes ayeux..
C'eſt à toi , divine Peinture ,
A m'en conſerver la figure ,
L'air , l'abord& les propres traits :
Ils revivent dans tes ouvrages
Quand le cours rapide des âges
Nous les a ravis pour jamais.
Un nouvel éclat t'environne ,
L'agrément prépare tes fleurs ;
L'amour , pour former ta couronne
S'éxerce à broyer tes couleurs ,
Nous peint les champs & la fougère
Etdans les yeux d'une Bergère ,
Gravant l'empreintedes plaiſirs ,
Trace avec un crayon de flâme ,
Le cœur , les mouvemens de l'âme
Et l'image de ſes deſirs.
Tu mepeins un ſéjour champêtre
La fraîcheur & l'émail des Prés :
Le jour qui me ſemble renaître ,
En développe les beautés:
J'entrevois les grâces de Flore;
Le pinceau vermeil de l'Aurore
Trace la route du Soleil.....
13
14 MERCURE DE FRANCE.
Non , ce n'eſt plus une peinture ;
C'eſt l'air , la terre , la Nature
Dans leur plus brillant appareil.
Un objet frapant , mais funébre ,
Vient encore s'offrir à nous .
Quel pinceau , quelle main célébre
Peint les élémens en courroux ?
La mer , entr'ouvrant ſes abîmes ,
Engloutit ſes pâles victimes ......
Je tremble à l'aſpect de leur fort.
Jecrois voir... je vois leur naufrage ,
Les vents ,les vagues , le rivage ,
L'orage, la foudre & la mort !
C'eſt ainſi que ton art fublime ,
Sous un coloris enchanteur ,
Aton gré me frappe & m'imprime
L'amour , la crainte ou la terreur.
Partout le feu de tes ouvrages
Me réaliſe tes images ;
Je me tranſporte en tous les lieux :-
Ont pris la place de mes yeux.
:
Ton flambeau m'éclaire & m'enflame ;
Mon eſprit , mon cœur & mon âme :
Par M. B.
Fermer
589
p. 164
GRAVURE.
Début :
CARTE du Passage de l'ombre de la Lune à travers de l'Europe, de la fameuse [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
CARTE du Passage de l'ombre de la
Lune à travers de l'Europe, de la fameuse
Eclipse centrale & annulaire de
Soleil du premier Avril prochain , calcu-
lée par Madame Lepaute , de l'Académie
de Béziers , qui a eu l'honneur de la pré-
ſenter à Sa Majeſté ;avec une explication
intéreſſante de ce Phénomène. A Paris ,
chez Lattré , Graveur rue S. Jacques ,
près la Fontaine S. Severin , à la Ville de
Bordeaux ; avec Privilége du Roi.
CARTE du Passage de l'ombre de la
Lune à travers de l'Europe, de la fameuse
Eclipse centrale & annulaire de
Soleil du premier Avril prochain , calcu-
lée par Madame Lepaute , de l'Académie
de Béziers , qui a eu l'honneur de la pré-
ſenter à Sa Majeſté ;avec une explication
intéreſſante de ce Phénomène. A Paris ,
chez Lattré , Graveur rue S. Jacques ,
près la Fontaine S. Severin , à la Ville de
Bordeaux ; avec Privilége du Roi.
Fermer
590
p. 221-222
SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
Début :
L'Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture [...]
Mots clefs :
Peinture, Académie, Sculpture, Anatomie, Organes, Enseignement, Curiosité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
SupplÉm ENT aux Beaux-Ans* PEINTURE, L’Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture & de Sculpture , fait faire un Cours d'Anatomie relative aux connoiflances indifpenlablesà ces Ans. On y parte même à l’expofition & à la démonilration des Organes qui y ont un rapport moins direél, afin de fatisfaire les Curieux & les Sçavans que ce Cours attire. li a recommencé le a8 Janvier dernier , pour durer jufqu’à la fin de Mars, & fera continué exactement tous les ans pen-
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
Fermer
Résumé : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
L'Académie de Saint-Luc organise un cours d'anatomie pour les arts de la peinture et de la sculpture. Ce cours, débuté le 18 janvier, se poursuit jusqu'à fin mars et inclut des démonstrations d'organes. Les sessions se tiennent à sept heures du matin dans l'amphithéâtre de l'Académie, rue du Haut-Moulin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
591
p. 183
LETTRE de M. DANZEL, à M. DE LA PLACE.
Début :
C'est dans la crainte, Monsieur, que l'on ne fasse une mauvaise copie d'un portrait [...]
Mots clefs :
Portrait, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DANZEL, à M. DE LA PLACE.
GRAVURE.
LETTRE de M. DANZEL , à M. DE LA
PLACE .
C'EST dans la crainte , Monfieur , que
l'on ne faffe une mauvaiſe copie d'un portrait
que je viens de faire de M. de Voltaire
, que je permets à mon Doreur de
le mettre au jour. Il n'a d'autre mérite que
celui d'une parfaite reffemblance , & l'approbation
de ce grand homme. Vous le
verrez par les jolis vers qu'il a bien voulu
faire à ce fujet , & que je prens la liberté
de vous envoyer . Vous jugez combien
l'amour-propre d'un jeune homme eft comblé
de pareil louanges !
J'ai l'honneur d'être , & c.
N. B. Le fieur Auvray , rue Saint Jaeques
, vis-à-vis Saint Yves , eft le feul dé- '
pofitaire de cette eftampe , dont le prix eft
de 3 liv.
LETTRE de M. DANZEL , à M. DE LA
PLACE .
C'EST dans la crainte , Monfieur , que
l'on ne faffe une mauvaiſe copie d'un portrait
que je viens de faire de M. de Voltaire
, que je permets à mon Doreur de
le mettre au jour. Il n'a d'autre mérite que
celui d'une parfaite reffemblance , & l'approbation
de ce grand homme. Vous le
verrez par les jolis vers qu'il a bien voulu
faire à ce fujet , & que je prens la liberté
de vous envoyer . Vous jugez combien
l'amour-propre d'un jeune homme eft comblé
de pareil louanges !
J'ai l'honneur d'être , & c.
N. B. Le fieur Auvray , rue Saint Jaeques
, vis-à-vis Saint Yves , eft le feul dé- '
pofitaire de cette eftampe , dont le prix eft
de 3 liv.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. DANZEL, à M. DE LA PLACE.
M. Danzel informe M. de La Place de la publication d'une gravure de Voltaire, soulignant sa ressemblance parfaite, approuvée par Voltaire. Ce dernier a écrit des vers à ce sujet. L'estampe est disponible chez le sieur Auvray, rue Saint-Jacques, au prix de trois livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
592
p. 184-185
EXTRAIT d'une Lettre de M. DE VOLTAIRE, à M. le Marquis DE VILLETTE. A Ferney, le 11 Décembre 1765.
Début :
J'ouvre une caisse, Monsieur ; j'y vois, quoi ? moi-même en personne, dessiné [...]
Mots clefs :
Dessiner, Voltaire, Pierre-Antoine Danzel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de M. DE VOLTAIRE, à M. le Marquis DE VILLETTE. A Ferney, le 11 Décembre 1765.
EXTRAIT d'une Lettre de M. DE VOLTAIRE,
à M. le Marquis DE VILLette.
A Ferney , le 11 Décembre 1765 .
J'OUVRE
' OUVRE une caiffe , Monfieur ; j'y vois ,
quoi ??
moi - même en perfonne , deffiné
d'une belle main.
Je me fouviens très - bien que ,
CE Danzel , beau comme le jour ,
Soutien de l'amoureux empire ,
A dans mon champêtre séjour
Deffiné le maigre contour
D'un vieux vifage à faire rire.
En vérité c'étoit l'amour ,
S'amufant à peindre un Satyre
Avec les crayons de La Tour.
Il eft vrai
que dans l'eftampe on me fait
terriblement montrer les dents ; cela feroit
foupçonner que j'en ai encore. Je dois au
moins en avoir une contre vous , de ce
que vous avez paffez tant de temps fans
m'écrire.
Bérénice difoit à Titus :
Voyez-moi plus fouvent , & ne me donnez rien.
JANVIER 1766. 185
Je pourrois vous dire :
Ecrivez-moi fouvent , & ne me peignez point.
Mais fi je fuis flatté de votre galanterie ,
je ne peux me plaindre du burin . Je remercie
le Peintre , & je pardonne au Graveur.
On prétend que vous avez des affaires
& des procès. Qui terre n'a pas, ſouvent a
guerre ; à plus forte raifon qui terre a.
Dii tibi formam,
Dii tibi divitias dederunt , artemque fruendi.
Ajoutez-y fur- tout la fanté , & ayez la
bonté de m'en dire des nouvelles quand
vous n'aurez rien à faire . L'abfence ne
m'empêchera jamais de m'intéreffer à votre
bien-être & à vos plaifirs. Si vous êtes dans
le tourbillon , vous me négligerez ; fi vous
en êtes dehors , vous vous fouviendrez ,
Monfieur , d'un des plus vrais amis que
vous ayez. Vous l'avez dit dans vos vers ,
& je ne vous démentirai jamais.
Votre très-humble , & c.
à M. le Marquis DE VILLette.
A Ferney , le 11 Décembre 1765 .
J'OUVRE
' OUVRE une caiffe , Monfieur ; j'y vois ,
quoi ??
moi - même en perfonne , deffiné
d'une belle main.
Je me fouviens très - bien que ,
CE Danzel , beau comme le jour ,
Soutien de l'amoureux empire ,
A dans mon champêtre séjour
Deffiné le maigre contour
D'un vieux vifage à faire rire.
En vérité c'étoit l'amour ,
S'amufant à peindre un Satyre
Avec les crayons de La Tour.
Il eft vrai
que dans l'eftampe on me fait
terriblement montrer les dents ; cela feroit
foupçonner que j'en ai encore. Je dois au
moins en avoir une contre vous , de ce
que vous avez paffez tant de temps fans
m'écrire.
Bérénice difoit à Titus :
Voyez-moi plus fouvent , & ne me donnez rien.
JANVIER 1766. 185
Je pourrois vous dire :
Ecrivez-moi fouvent , & ne me peignez point.
Mais fi je fuis flatté de votre galanterie ,
je ne peux me plaindre du burin . Je remercie
le Peintre , & je pardonne au Graveur.
On prétend que vous avez des affaires
& des procès. Qui terre n'a pas, ſouvent a
guerre ; à plus forte raifon qui terre a.
Dii tibi formam,
Dii tibi divitias dederunt , artemque fruendi.
Ajoutez-y fur- tout la fanté , & ayez la
bonté de m'en dire des nouvelles quand
vous n'aurez rien à faire . L'abfence ne
m'empêchera jamais de m'intéreffer à votre
bien-être & à vos plaifirs. Si vous êtes dans
le tourbillon , vous me négligerez ; fi vous
en êtes dehors , vous vous fouviendrez ,
Monfieur , d'un des plus vrais amis que
vous ayez. Vous l'avez dit dans vos vers ,
& je ne vous démentirai jamais.
Votre très-humble , & c.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de M. DE VOLTAIRE, à M. le Marquis DE VILLETTE. A Ferney, le 11 Décembre 1765.
Dans une lettre du 11 décembre 1765, Voltaire écrit au Marquis de Villette. Il mentionne une caricature le représentant avec un visage ridé et des dents proéminentes, qu'il trouve amusante. Voltaire remercie le peintre et pardonne au graveur. Il aborde ensuite les affaires et les procès du Marquis, notant que les problèmes sont inévitables. Il souhaite au Marquis beauté, richesse et la capacité de jouir de ces biens, ajoutant l'humour à cette liste. Voltaire assure le Marquis de son intérêt constant pour son bien-être et ses plaisirs, même en cas d'absence ou de négligence due à des occupations. Il conclut en rappelant leur amitié sincère, confirmée par les vers du Marquis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
593
p. 186
« Les Pescheurs Florentins, estampe gravée par Anne-Philibert Coulet, d'après le [...] »
Début :
Les Pescheurs Florentins, estampe gravée par Anne-Philibert Coulet, d'après le [...]
Mots clefs :
Graveur, Anne-Philibert Coulet, Claude Joseph Vernet, Pêcheurs florentins, Bresson de Maillard, Étrennes, Jeunesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Pescheurs Florentins, estampe gravée par Anne-Philibert Coulet, d'après le [...] »
LES Pefcheurs Florentins , eftampe gravée
par Anne-Philibert Coulet , d'après le
tableau original de Jofeph Vernet , avec un
burin très-gracieux & digne du fujet , fe
vend chez Lempereur , Graveur du Roi ,
rue & porte Saint Jacques , au - deffus du
Petit- Marché .
LE fieur Breffon de Maillard , Graveur
& Marchand d'Eftampes , rue Saint Jacques
, près celle des Mathurins à Paris .
continue de vendre fes petites Etrennes à
la jeuneffe , gravées & coloriées ; comme
auffi d'autres nouveautés relatives aux
étrennes , emblèmes en vélin d'Allemagne,
& autres , bouquets , complimens , &c.
par Anne-Philibert Coulet , d'après le
tableau original de Jofeph Vernet , avec un
burin très-gracieux & digne du fujet , fe
vend chez Lempereur , Graveur du Roi ,
rue & porte Saint Jacques , au - deffus du
Petit- Marché .
LE fieur Breffon de Maillard , Graveur
& Marchand d'Eftampes , rue Saint Jacques
, près celle des Mathurins à Paris .
continue de vendre fes petites Etrennes à
la jeuneffe , gravées & coloriées ; comme
auffi d'autres nouveautés relatives aux
étrennes , emblèmes en vélin d'Allemagne,
& autres , bouquets , complimens , &c.
Fermer
Résumé : « Les Pescheurs Florentins, estampe gravée par Anne-Philibert Coulet, d'après le [...] »
L'estampe 'Les Pêcheurs Florentins', gravée par Anne-Philibert Coulet d'après Joseph Vernet, est disponible chez Lempereur, graveur du roi, rue Saint-Jacques. Le sieur Breffon de Maillard, graveur et marchand, propose aussi des étrennes gravées et colorées, ainsi que des emblèmes, bouquets et compliments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
594
p. 154-183
ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
Début :
MONSIEUR le Cat, Secrétaire pour les Sciences, ouvrit la séance par l'extrait des [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Prix, Mémoire, Génie, Gloire, Ouvrages, Hommes, Amour, Amitié, Chirurgie, Sculpteur, Observations, Sciences, Nature, Voyage, Théorie de la musique, Séance publique, Belles-lettres, Poète, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
ASSEMBLEE publique de l'Académie des
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
Sciences Belles Lettres & Arts de
و
› ROUEN tenue dans la grand'falle de
l'Hôtel de Ville , le 7 Août 1765 .
MONSIEUR ONSIEUR
le Cat , Secrétaire
pour les
Sciences
, ouvrit la féance par l'extrait
des
travaux
de l'année
académique
dans fon
département
. Nous n'en pouvons
donner
que les titres.
la
Mémoire fur une efpèce particulière de
tranfpiration mielleufe , occafionnée par
piquure d'un puceron particulier , couvert
d'un duvet blanc ; par M. Neveu , Adjoint.
Mémoire fur les pieux , pilots & pilotis ,
leur nature , leur force , la manière de les
employer ; par M. Baronnet , Affocié de
l'Académie , & de celle des Sciences de
Paris.
Mémoire fur la chûte des corps , pour
perfectionner , s'il eft poffible , la théorie
de la defcente des graves ; par M. le Cat.
Obfervation d'une féve de haricot ,
trouvée dans le blanc d'un oeuf durci ; par
M. Pinard.
JANVIER 1766. 155
Mémoire fur la force de percuffion des
corps graves ; par M. Hubert , Adjoint.
Obfervations fur le chronomètre , &
fur les expériences faites pour conftater la
théorie de la gravité ; par M. Balliere.
Mémoire fur le même fujet ; par M.
Neveu , Adjoint.
Réponse aux Obfervations fur les expériences
de la chûte des corps ; par M. le
Cat. t
Mémoire fur la pouffée des voûtes ; par
M. Hubert , Adjoint.
Mémoire fur l'accélération du pendule ,
& la manière de la mefurer méchaniquement
; par le même.
Differtation fur la diffolubilité du mercure
dans le vinaigre diftillé ; par M. Chandelier
, Adjoint.
Obfervation d'une aurore boréale ; par
M. l'Abbé Jaquin , Correfpondant.
Obfervation qui prouve la fenfibilité
de la pie-mère ; envoyée par M. Beyer ,
Affocié étranger .
Réflexion fur la manière dont s'opère
la congellation des eaux courantes , à l'occafion
d'un Mémoire anonyme envoyé fur
cette matière . Ces rédexions font de M..
Neveu , Adjoint.
Plante
propre à être fubftituée
à la garence
, découverte
par M. Dambourney
,
G vi
156 MERCURE DE FRANCE .
Obfervation d'un garçon de dix- neuf
ans, ayant fix doigts aux pieds & aux mains ;
par M. le Cat.
Examen d'une préparation de mercure
précipité , décrite fous le nom de poudre
de vie , & qui mériteroit mieux celui de
poudre de mort ; par M. Chandelier
Adjoint.
Mémoire fur la culture & la greffe du
mûrier ; par M. Rondeau.
Obfervations qui prouvent décifivement
la réalité de la fuperfétation ; par M. Pilore,
Adjoint.
Le Secrétaire des Sciences proclama
enfuite les prix des Ecoles de fon département.
Savoir :
Prix d'Anatomie.
Premier. M. Blifs de Saint - Vandrille ,
le même qui l'an paffé remporta encore ce
prix , le troisième de Chirurgie , & le
quatrième de Botanique .
Second. M. de la Porterie , d'auprès de
Gifors , qui a remporté l'an paffé le même
prix , & il y a deux ans , le premier.
Troifième , M. Poulin.
Quatrième , refté de l'an paffé , M. Nicole
, de Rouen.
JANVIER 1766. 157
Prix de Chirurgie.
Premier. M. Blifs , déja nommé.
Second. M. Nicole , déja nommé.
Troisième. M. Scieaux , d'Evreux , qui
l'an paffé remporta le premier du même
genre.
Prix de Mathématiques .
Premier , fur les fections coniques. A
M. Faverel , de Lyon en Forets .
Un même prix réfervé de l'an paflé a
été donné à M. Aubert , de Rouen .
Second prix fur la Géométrie Elémentaire
, à M. Godefroy , de Dernetal .
Prix de Botanique .
Premier. M. le Carpentier , de Rouen.
Second. M. de la Porterie, déja nommé .
Prix d'accouchemens.
Premier. M. Nicole , de Rouen , déja
deux fois nommé.
Second. M. de la Porterie , déja nommé.
Grand Prix de la Claffe des Sciences.
Le fujet de ce prix remis de l'an paffé
158 MERCURE DE FRANCE.
étoit le méchanifme & les ufages de la
refpiration , & c.
Il a été unanimemenr adjugé par MM .
les Commiffaires au Mémoire n°. 3 , qui
a pour devife , te finè nil altun mens inchoat.
C'eft le Mémoire qui l'an paffé
avoit été jugé le meilleur , mais avec des
défauts qu'on a indiqués en général dans
les Journaux . L'Auteur , profitant de ces
avis , a fait de nouveaux efforts qui lui ont
mérité le prix que l'Académie lui accorde
aujourd'hui. Elle voit avec plaifir que la
célébrité de celui qu'elle couronne confirme
la jufteffe de fon jugement. M. David
, Maître-ès - Arts & en Chirurgie du
Collége de Paris , avoit fait , dès l'âge de
vingt- trois ans , un traité de la faignée ,
dont tous les Journaux ont fait l'éloge. Il
a remporté en 1762 le prix de l'Académie
de Harlem , & l'an paffé le prix double
de l'Académie de Chirurgie de Paris.
Senfible au nouvel honneur qu'il acquiert
par les fuffrages de celle de Rouen , il eſt
venu en jouir à l'affemblée publique , &
a reçu le prix des mains de M. le Directeur.
Le Mémoire qui a le plus approché de
celui no. 2 eft le n . 4 , qui a pour devife :
Sic rerum fumma novatur
n°.
Semper. Lucret, Lib . 1 , v. 74
JANVIER 1766. 159
L'Auteur eft M. Boulard , Chirurgien
interne de l'Hôtel Dieu de Rouen , lequel
a été célébré plufieurs fois dans ces féances
par les prix d'Anatomie & de Chirurgie
qu'on lui a adjugés , & dont celui de 1762
étoit accompagné de la note honorable
longè primus. On doit regarder cet acceffit
comme un des fruits de l'émulation que
ces féances & ces prix excitent dans nos
Ecoles.
M. Maillet du Boullay , Secrétaire des
Belles Lettres , rendit enfuite compte des
travaux de l'année dans fon département ,
dont nous ne pouvons pareillement donner
que les titres.
Les Amans malheureux ou le Comte
de Comminge , Drame envoyé à l'Académie
par M. Darnaud , Correfpondant.
Réflexions fur ce Drame , envoyées à
l'Auteur par M. du Boullay.
Lettre de M. Rouffeau de Genève , à
M. Balliere , fur fa théorie de la muſique.
Lettre de M. de Voltaire , à M. le Cat
fur fon traité du fluide des nerfs & de la
fenfibilité animale.
Mémoire pour la famille Calas , envoyé
à l'Académie par M. Elie de Beaumont ,
Correfpondant.
Differtation fur l'origine de l'Univerfité
de Paris , par M. l'Abbé des Houffayes.
160 MERCURE DE FRANCE.
Deux portraits , l'un en miniature
l'autre à l'huile ; préfentés par M Dupont.
Remerciement en vers de Madame du
Bocage , fur fa réception en qualité d'Affociée
libre .
Traité de Peinture , envoyé par M. Dandré
, Affocié.
Hiftoire de la Ville & Doyenné de
Montdidier ; par le Père Daire , Affocié.
Obfervations fur l'utilité des voyages ;
par M. Dornay : ouvrage divifé en trois
parties , dont la première feulement a été
lue à la féance .
Divers extraits pour la collection de
l'Académie ; par M. du Boullay.
Pocine didactique fur les avantages &
les règles des vers libres ; par M. Midy.
Eftampe repréfentant la vue de Rouen ,
prife du petit château , deffinée & gravée
M. Bacheley , aux frais de M. le Cat ,
& deftinée pour un ouvrage de cet Académicien
fur le climat particulier de cette
ville , les maladies qui y régnent , & c.
par
Prix de l'Ecole de Deffein.
Les Elèves s'étant trouvés trop foibles
cette année pour le prix de génie ou de
compofition en Peinture & en Sculpture ,
l'Académie n'a pas diftribué de médaille
JANVIER 1766.
d'or , qu'elle réſerve pour un autre temps."
Premier prix d'après nature. M. Jean-
Martin Paulet , Sculpteur de Rouen , qui
avoit remporté le premier prix d'après la
Boffe en 1763 .
Second. Jacques , Chef d'Hôtel de Beaulieu
, Peintre de Rouen.
Prix d'après la Boffe. Mlle Dorothée
Jacques , de Rouen , qui avoit mérité en
1762 un prix extraordinaire dans la claffe
du deffein,
Prix extraordinaire. M. François Affelin,
Peintre de Coutances.
Acceffit . Nicolas Jofeph Billot , de Leri ,
qui avoit remporté le prix de la Claffe de
Deffein en 1764.
Prix d'après le deffein . Mlle Marie-
Anne Thérèfe Van- Vergeloo , d'Anvers.
Acceffit. M. Guillaume - Ambroife Bertin,
de Lanctot , près de Bolbec , en Caux.
Architecture.
Le fujet du prix de compofition cette
année étoit , dans un terrein donné le
long d'une rivière , de conftruire une manufacture
ou fabrique de toile ou paſſementerie
comme celles de Rouen , le logement
de l'Entrepreneur , les atteliers néceffaires
, & c. On a demandé un plan généY62
MERCURE DE FRANCE.
ral du rez- de- chauffée, un autre du premier
étage , une coupe fimple , & une élevation
de la maifon , en préférant l'utile & le
folide à la magnificence.
Ce prix a été remporté par M. Louis-
Augufte Hardi, Maître Plâtrier de Rouen.
Grand Prix de la Claffe des Belles Lettres.
L'Académie avoit réſervé l'an paffé le
prix double de poéfie , dont le ſujet étoit
la délivrance de Salerne , & la fondation
du royaume de Sicile , qui fut la fuite de
cette expédition.
Dans les avis qu'elle crut devoir donner
aux auteurs , elle défigna fuffifamment
le Poëme qui a pour devife , funt hîc
etiam fua pramia laudi , & qui les années
précédentes avoit été envoyé fous celle de
credite pofteri. Comme cet ouvrage a toujours
été fort fupérieur à fes concurrens
par la poéfie de ftyle & l'harmonie des
vers , l'Académie n'a pas cru devoir différer
davantage une décifion qui fe fait attendre
depuis fi long- temps ; & elle l'a couronné
comme le meilleur de tous ceux qui
lui ont été préfentés. L'Auteur , qui s'eſt
depuis fait connoître , eft M. de la Harpe ,
célèbre par fa Tragédie de Warwick.
A l'égard du prix d'Hiftoire , dont le
JANVIER 1766. 163
fujet eft l'origine , la forme & les changemens
fucceffifs de l'Echiquier ou Parlement
ambulatoire de Normandie , & c .
quoique l'Académie n'eût annoncé ce
prix que pour le mois d'Août 1766 , quelques
Auteurs ont déja envoyé des ouvrages
, parmi lefquels un , fur- tout , qui a
pour devife , Magiftratus eft lex loquens
a mérité toute fon attention par fes favantes
recherches & la bonne méthode avec
laquelle il eft rédigé. L'Académie exhorte
l'Auteur à profiter du temps qui lui refte
pour donner à fon ouvrage toute la perfection
qu'il eft capable de lui procurer.
Il y auroit fur-tout quelques corrections a
faire , qu'elle le prie de ne point négliger.
Le Public voudra bien fe rappeller auffi ,
qu'outre ce prix , l'Académie en diftribuera
encore un double l'année prochaine 1766
à fa féance publique du premier Mercredi
d'Août.
Le fujer de ce prix donné par Monfeigneur
le Duc d'Harcourt , Gouverneur de
la Province & Protecteur de l'Académie ,
a été annoncé dès l'année dernière . Il s'agit
d'expofer quelles font les mines de
Normandie , tant métalliques que demimétalliques
& bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploi
tation .
164 MERCURE DE FRANCE.
+
Les ouvrages , francs de port & fous la
forme ordinaire , doivent être adreffés ,
avant le premier Juillet , à M. le Cat
Secrétaire Perpétuel de l'Académie pour
la partie des fciences , au lieu de Santé .
,
Ceux , pour la partie des Belles Lettres ,
à M. Maillet du Boullay , Secrétaire pour
cette partie , derrière l'Archevêché.
Monfieur le Cat lut enfuite l'éloge de
feu Monfeigneur le Maréchal de Luxembourg,
Gouverneur de Normandie & Protecteur
de l'Académie de Rouen .
Après quelques réflexions fur l'antiquité.
de la Maifon de Montmorency , fur la
multitude de héros qu'elle a produits , fur
l'attachement & le refpect de la nation
pour ce nom illuftre ; fentimens fi bien
mérités par le dévouement de ceux qui
Pont porté au fervice de la patrie : M. le
Cat entre en matière & fuit M. le Maréchal
de Luxembourg dernier mort , depuis
fes premières campagnès , fous la Régence ,
juſqu'à la guerre ddee où il eut l'hon- 1741 ,
neur d'être Aide - de- Camp du Roi dans les
glorieufes campagnes qui la terminèrent.
" C'eft une espèce de paradoxe , dit
M. le Cat , que la bravoure foit fi fami-
» lière à la nation la plus douce , la plus
» polie , la plus galante de l'Europe . Mais
» on le comprend aifément , lorfque l'on
39
JANVIER 1766. 165
و د
"
و د
» réfléchit qu'un tempérament de feu ,
» un fentiment vif de point d'honneur ,
» font auffi naturels aux François que l'ur-
» banité . Ce dernier fentiment eft en effet
» fi vif dans la nation , que les guerriers
» même qui n'ont pas ce feu , ces paffions
ardentes , tiennent encore à cet
» amour délicat pour l'honneur , beaucoup
plus qu'à la vie . Par ce fentiment domi-
» nant , leur fang -froid devient dans les
" occafions meurtrières & chaudes , une
» intrépidité clairvoyante & fage , qui fait
une bravoure préférable , fans doute , au
moins pour un Général , à celle qui eft
» bouillante & plus active. Tel étoit le
» caractère de M. de Luxembourg.
ود
"
M. le Car fait enfuite le parallele des
talens de l'homme de cour & de ceux du
guerrier.
""
"
و د
Il y a beaucoup d'analogie , dit M. le
» Cat , entre les intrigues de cour & les
ftratagêmes de guerre. De part & d'au-
» tre une attention perpétuelle aux manoeu-
» vres des ennemis , un coup - d'oeil jufte
fur leurs deffeins , une indifcrétion impénétrable
fur nos propres vues , une
» activité infatigable à prévenir les uns &
» à exécuter les autres , font des moyens
affurés de fe procurer des triomphes ,
fur- tout fi la grandeur d'âme , l'équité,
وو
"
"9
166 MERCURE DE FRANCE .
ور
و د
'99
» la probité , la candeur , ofent être de la
» partie. Or ces qualités , fi rares à la
Cour , compofoient très- réellement tout
» le fond du perfonnage que faifoit auprès
du Roi M. de Luxembourg , & lui
» méritèrent de fon Maître toutes les dif-
» tinctions dont il jouiffoit , & au- deffus
defquelles il mettoit l'affection particu-
» lière dont le Roi l'honoroit. Il avoit
acquis auprès de ce Prince toute la familiarité
qui peut être permife à un fujet
» avec fon Souverain , & qu'une grande
circonfpection ne pouvoit rendre que
plus fûre & plus durable . Cette fageffe
» ne lui coûtoit rien , elle venoit en lui
» d'une modeftie fincère & vraie qu'il
» tenoit de la nature même » .
"
59
"
"
DJ
M. de Luxembourg étoit univerfellement
eftimé , refpecté , aimé. Cette réputation
flatteufe , fans laquelle la gloire même n'a
rien de defirable , étoit le fruit de fa bienfaifance
, de fon exactitude fcrupuleufe à
fes devoirs , de fon attention à plaire , de
fa douceur inaltérable ; il jouit jufques
dans fes derniers momens du fpectacle
touchant des fentimens publics. Pendant
une vingtaine de jours qui précédèrent
les derniers de fa vie , il fe fit porter dans
un fallon de fon jardin , qui donne ſur le
Boulevard. « Dès qu'on l'apperçut on le
JANVIER 1766. 167
و د
ود
"3
» crut convalefcent , & il s'y fit un con-
» cours de peuple & de voitures , accompagné
des témoignages les plus vifs de
l'allégreffe que caufoit au Public cet
efpoir , tout trompeur qu'il étoit. Cette
» fcène attendriffante fut renouvellée au-
» tant de fois qu'il put être porté à ce
» fallon , & elle fut plus attendriffante
» encore par les gémiffemens & les pleurs
lorfqu'on ne le vit plus & qu'on appris
» fa mort , arrivée le 18 Mai 1764 , dans
» fa foixante- deuxième année » .
ود
M. du Boullay lut enfuite l'éloge de
MM. Paul & Michel- Ange Slodtz, frères ,
Sculpteurs , Affociés de l'Académie , &
Membres de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture de Paris. Ils avoient un
autre frère, Antoine- René- Sébastien Slodtz,
auffi très-habile Sculpteur , mort en 1754.
Trois frères , dit M. du Boullay , fils
d'un Artiſte juftement célèbre , parvenus
tous trois dans le même art à une réputation
fupérieure , plus eftimables encore
par cette concorde inaltérable qui leur
fit mettre en commun , jufqu'à la fin de
leur vie , toutes les espèces de biens , font
un fpectacle auffi intéreffant pour les âmes
fenfibles , que pour les amateurs des talens.
L'Académie fit l'éloge de l'aîné quelque
temps après fa mort. Le fecond , fort
-168 MERCURE DE FRANCE.
connu dans la Capitale du Royaume par
les embelliffemens qu'il a faits à plufieurs
églifes , notamment à Saint Méri , ne l'eft
pas moins dans celle de cette province , par
les monumens qu'il y a exécutés . C'eſt de
lui que font les figures du méridien de la
Bourſe , la ſtatuë de la Pucelle d'Orléans ,
les deux anges adorateurs du choeur de
l'églife de Saint Ouen .
Le troifième furpafla encore fes frères ,
& mérita , dans Rome même , le nom de
Michel- Ange. Il obtint la préférence du
choix pour une ftatue dans l'églife de Saint
Pierre ; diftinction qui n'a jamais été accordée
à d'autres étrangers que lui , au
célèbre le Gros , auffi François , & à François
du Quefnoy , Flamand .
و د
cr
Ce fut en cette occafion qu'il com-
» mença à déployer fes talens pour l'expref-
» fion , cette partie des beaux arts , qui en
» eft , à proprement parler , la poéfie , &
qui , par cette raiſon , eft fi chère aux
hommes de génie , & fi élevée au - deffus
» de la portée des hommes médiocres » .
و د
"
Dans un tombeau qu'il exécuta enſuite ,
il perfonnifia l'Immortalité & la rendit reconnoiffable
, bien plus par le caractère
fublime de la figure , que par les fymboles
qui l'accompagnent . Pour réalifer ainfi cet
objet de l'efperance & de la confolation
des
JANVIER 1766. 169
des grands hommes , il falloit être foimême
embrafé de ce fea divin qui furvit
à la foible humanité , & qui , tranfmis par
les ouvrages qu'il a infpirés , va fufciter ,
dans la longue fuite des fiècles , des diſciples
aux beaux arts , & des adorateurs à la
vertu .
L'amitié & l'amour de la patrie rappellèrent
M. Slodiz en France. Sa gloire l'y
avoit précédé. Deux buftes qu'il envoya
de Rome à Lyon , & qui repréſentent
Iphigénie & Chalchas , compofent une ſcène
digne de Racine , & qui femble traitée par
le génie qui l'anima. Ce font , au témoignage
de ceux qui ont le droit d'en juger ,
deux des plus précieux ouvrages qu'on
connoille en fculpture.
Cependant il étoit dans fa deftinée de
rencontrer d'abord des obftacles , & de ne
les furmonter qu'à force de mérite . Il fut
reçu froidement par ceux qui préfidoient
aux arts. L'amitié & la vertu le foutinrent .
Il vint partager avec fes frères le tréfor
d'études & de connoiffances qu'il avoit
amaffé en Italie ; & le Public s'apperçut
bientôt de cette riche contribution au fond
de la fociété fraternelle .
Un modèle confacré à l'amitié , cette
Déelle bienfaifante , qu'il étoit fi digne
de connoître & de faire adorer , lui ouvris
Vol. II. H
170 MERCURE DE FRANCE.
l'entrée de l'Académie de Peinture & de
Sculpture. Pour prix de cet hommage elle
lui mérita celle de tous fes confrères. Il fe
fit une révolution dans le goût : tous les
grands artiftes fe rangèrent de fon côté ; &
le vrai beau , regardé dabord comme trop
auftère , s'attira des applaudiffemens univerfels.
Le maufolée du Curé de Saint Sulpice
, la décoration du choeur de la Cathédrale
d'Amiens , quantité d'autres ouvrages
trop longs à citer , tant pour le Roi que
pour le public & les particuliers , lui affurent
une gloire immortelle , & l'un des
premiers rangs parmi nos Sculpteurs François.
Il étoit auffi excellent Architecte , & il
eut fouvent occafion d'exercer ce talent
dans fa place de Deflinateur du Cabinet
du Roi. Il donnoit aux décorations momentanées
, qu'il deftinoit aux cérémonies
publiques , toute la nobleffe & la correction
qu'auroient exigé les monumens les
plus durables. Les deffeins , qui en ont
été confervés avec foin , feront un jour
des fources précieufes pour notre architecture
fi , jamais raffafiés de ce tuxe privé
qui concentre les hommes dans leur exiftence
paffagere , & qui énerve le génie
nous pouvions nous élever à la magnificence
publique , qui attache les citoyens
JANVIER 1766. 171
à la patrie , & conduit feule les arts à la
perfection & l'immortalité .
Malgré fes fuccès , il eut encore occafion
d'éprouver ces chagrins & ces contradictions
, qui trop fouvent troublent la vie
des grands hommes & compenfent leur
gloire par la perte de leur repos . Le Roi
de Pruffe voulut l'attirer dans fes Etats :
M. Slodtz le refufa ; l'amitié & la vertu ,
qui avoient toujours été pour lui les premiers
des biens , ne lui parurent pas trop
payées par la modération & par la patience.
Peu de temps après il fut attaqué de la
maladie dont il mourut ; c'étoit la même
qui avoit enlevé fes frères : nouveau trait
'attendriffant de reffemblance entre ces
trois hommes , qui avoient puifé , dans la
même fource , les mêmes talens , les mêmes.
vertus , la même portion des maux attachés
à la condition humaine.
le
Cet éloge fut terminé par une infcription
en ftyle lapidaire à la mémoire des
trois frères , qui , réunis par la nature ,
furent encore davantage par l'amitié , la
vertu & la gloire.
M. l'Abbé Yart lut enfuite une ode
intitulée , les Académies , & qu'il doit
donner en entier , d'autant plus que ces
fortes d'ouvrages font peu fufceptibles
d'extraits.
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
M. Dornay lut un mémoire intitulé ,
Obfervations fur les moyens de rendre les
voyages utiles. Cet ouvrage a trois parties ;
dans la première il examine cette utilité
relativement aux voyageurs mêmes ; dans
la feconde , relativement à la patrie ; dans
la troisième , relativement à l'humanité en
général. La première de ces trois parties
fut feule luë à la féance .
M. Dornay remarqua d'abord que prefque
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
fe font arrêtés à prefcrire aux voyageurs
les précautions qu'il falloit prendre & les
règles qu'il falloit fuivre pendant les voyages
; mais ils ont trop négligé de leur recommander
les précautions , fans lefquelles
les voyages mêmes ne peuvent être ni
agréables ni utiles. L'une des plus effentielles
eft d'acquérir les connoiffances néceffaires
pour voyager avec agrément &
avec fruit. Lorfque les voyageurs ne fe
propofent que leur utilité particulière , il
faut que leurs connoiffances foient étendues
, mais elles peuvent être un peu fuperficielles
; à mesure que l'utilité de leur
entreprise devient plus générale , leurs
études doivent fe concentrer davantage &
acquerir de la profondeur . Enfin les génies
fupérieurs, qui travaillent pour l'humanité ,
doivent s'attacher à un objet unique , & le
JANVIER 1766 . 173
fuivre jufques dans les dernières ramifications
qui échappent aux yeux vulgaires.
Pour prouver que la multiplicité des
connoiffances eft fort néceffaire aux voyageurs
même de la première claffe , & pour
fauver en même temps la féchereffe des
préceptes , M. Dornay fit le parallèle des
deux voyageurs , dont l'un s'eft appliqué à
acquérir une teinture raisonnable de deffein
, d'architecture , de belles lettres , d'hiftoire
, d'antiquités , de phyfique , d'hiftoire
naturelle , de mathématiques , tandis que
l'autre a négligé ces connoiffances , & ne
voyage que pour changer de place. Il les
repréfente dans les différentes pofitions où
fe trouvent le plus ordinairement les voyageurs
ce qui donne lieu à des defcriptions
agréables & variées. Tout eft pour le premier
voyageur un objet de plaifir , d'intérêt
, d'inftruction ; tandis que l'autre
humilié à chaque inftant par le fentiment
de fon infuffifance , n'éprouve que du
dégoût , ne fent de plaifir que par le changement
rapide d'objets , & n'eft point en
état de tirer du fpectacle de la diverfité
des productions , des moeurs , des ufages ,
des caractères , des loix , la première &
la plus importante des utilités , celle de
revenir chez foi plus éclairé , meilleur &
plus heureux . Car , comme l'ajoute M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dornay, à quoi ferviroient & les études
& les voyages , s'ils ne nous donnoient
des
moyens pour mieux nous conduire
dans le grand voyage de la vie ?
M. du Boullay lut , pour M. l'Abbé
Fontaine , une traduction littérale & en
ftrophes régulières de la première pythyque
de Pyndare , dont le fujet eft Hieron
vainqueur à la courfe des chars.
Tout le monde connoît l'extrême diffi
culté de traduire littéralement des poëmes
en vers , & que cette difficulté augmente
encore lorfque ces poëmes remontent à la
haute antiquité , parce que le temps , qui
change & qui détruir tout , amène une fi
grande différence dans les moeurs , les
ufages , le goût , la manière de penfer ,
qu'il n'eft prefque plus poffible de conferver
dans la copie que les principaux
traits de l'original. Mais de tous les Poëtes
anciens , il n'en eft peut- être pas de plus
intraduifible que Pindare , dont le génie
fougueux & impatient du frein , femble
au premier coup- d'oeil , ne marcher que
par bonds , & ne pas fuivre de route certaine.
Aucun Poëte d'ailleurs ne s'eft plus
attaché à préfenter à fes contemporains des
peintures tirées de leurs moeurs & de leur
théologie. Or ces peintures , malgré la
fierté de leur compofition & la vigueur
de leur coloris , ne peuvent pas intéreffer
JANVIER 1766. 175
la postérité autant que le fiècle même du
Poëte.
Cependant M. Fontaine , qui s'est déja
exercé dans ce genre par une traduction
du premier livre des odes d'Horace , qui
n'eft pas imprimée , & qui mériteroit de
l'être , n'a pas cru cette nouvelle entrepriſe
impoffible. Sans s'écarter du texte , qu'autant
que la diverfité du génie des deux
langues l'exige , il a trouvé le moyen de
donner à ceux qui n'entendent pas le grec
une idée de l'enthoufiafme lyrique qui
caractériſe Pindare . Nous ne pouvons citer
que quelques ftrophes.
Le Poëte s'adreffe à la lyre des Mufes
qui éteint la foudre dévorante qu'embrafent
des feux éternels.
DE Jupiter l'aigle eft fenfible ,
Sa noble fierté s'adoucit ,
Sous le fceptre du Dieu paisible
Ton charme vainqueur l'affoupit .
L'ombre dérobe à la lumière
Le bec recourbé de l'oiſeau ,
Une vapeur fombre eft le fceau
Qui clot fa pefante paupière .
Dominé par un doux tranſport ,
Il élève fon dos humide ,
Abaiffe fon aîle rapide ,
Enfle fon plumage & s'endort.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux cédent à ta puiffance ,
Et Mars même , Mars indompté
Laiffe à tes fons tomber fa lance ;
Le coeur ému de volupté ,
Ceux que le Maître du tonnerre
Voulut priver de ſes faveurs ,
Et fur la mer & fur la terre
Redoutent le chant des neuf Soeurs.
Tel des Dieux l'ennemi barbare ,
Géant à cent têtes , Typhon ,
Couché dans le fond du tartare ,
Rugit dans fa triſte priſon.
Les monts de Cumes , de Sicile ,
Oppreffent le fein héritlé
De ce monftre , énorme reptile
Dans le fourd aby me enfoncé.
D'éternels frimats entourée ,
Colonne d'un ciel orageux ,
L'Ethna de redcutables feux
Vomit une fource facrée .
Dans le jour ces fleuves ardens
Qu'un feu fombre rougit , allume ,
Sortis d'un gouffre de bitume ,
Semblent d'impétueux torrens .
La nuit la famine étincelante
S'élance en tourbillons divers :
Des rochers la maffe brûlante
Coule à grand bruit au fein des mers
JANVIER 1766. 177
Parmi les torrens de fumée.
Typhon , ô prodige étonnant !
Repoutle une fource enflammée
Au fommet de l'Ethna tonnant .
De fon dos le Géant terrible
Soulève le mont embrafé :
L'Ethna , d'une fecouffe horrible ,
Terraffe le monftre écrasé .
A ces peintures fi énergiques ajoutons
quelques ftrophes morales , qui feront connoître
le génie de Pindare & le talent du
traducteur en différens genres. Le Poëte
s'adreffe à fon héros.
Que tes faits chantés fur la lyre
Soient toujours dignes d'Hieron ,
Et pour gouverner ton Empire ,
De l'équité prends le timon .
Ainfi qu'un inftrument fidèle ,
Métal fur l'enclume apprêté ,
Ta langue de la vérité
Doit porter l'en.preinte avec elle.
Ouvert fur vos vices fecrets ,
Rois , l'oeil jaloux les exagère :
Une faute n'eft point légère ,
Hieron , fi tu la commers .
Le renom confacre la vie
Des grands hommes qui ne font plus ;
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Nous chériffons , malgré l'envie ,
La noble vertu de Créfus.
Phalaris , monftre qu'on détefte ,
Embrafe le taureau d'airain ,
Laiſſe aux fléaux du genre humain
Le poids d'une haine funefte .
D'honneurs fuperbes revêtu ,
Jouis d'une entière victoire :
Le fecond des biens eft la gloire ,
Et le premier eſt la vertu .
Jamais aucun philofophe n'établit une
aufli belle maxime que celle qui eft contenue
dans ces deux derniers vers.
M. de Couronne lut des Mémoires.
pour fervir à la vie de François du Quefnoy
, Sculpteur né à Bruxelles en 1592 .
Il s'attacha d'abord à éclaircir l'équivoque
cruelle qui l'a fait confondre avec
fon frère Jérôme du Quesnoy , auffi Sculpteur
habile , mais qui deshonora fes talens
par fes crimes , & fut brûlé à Gand
en 1654. François du Quefnoy ne fut
occupé toute fa vie que des travaux & des
recherches de fon art. « Il furpaffa dès fa
» première jeuneffe tous les Elèves de l'E-
» cole où il étudioit , & fes progrès euffent
été bien plus rapides fans l'avarice de fa
» mère , qui lui défendoit de travailler
» à la lumière , & le tout par efprit d'é-
ود
JANVIER 1766. 179
» conomie. Du Quefnoy , qui aimoit le
» travail , modela un vafe de terre , dans
» lequel il cachoit fa lampe lorfque fa
» mère venoit le ſurprendre.
ور
"
Amor omnia vincit.
» Ce feroit l'objet d'une queftion cu-
» rieufe & agréable que celle d'examiner
» s'il faut donner des entraves au defir
» que marquent certains enfans pour la
préférence de telle ou telle étude , &
» de chercher jufqu'à quel point , en ce
" cas , le génie peut s'alarmer lorfqu'il
» rencontre des obftacles
ور
L'Archiduc Albert , Gouverneur des
Pays -Bas , protégea du Quefnoy , l'envoya
à Rome & lui paya fa penfion ; mais cet
Artifte ne jouit pas long- temps de fon
bonheur. Il perdit fon Protecteur & fe vit
contraint , pour vivre , de travailler à divers
ouvrages en yvoire & en bois de la
plus mince valeur .
39
Lorfqu'on confidère le fort de ceux
» qui fe donnent à l'étude & aux arts ,
» on ne peut s'empêcher d'être étonné de
» voir combien la nature & la fortune oppofent
d'obſtacles à leurs efforts , avant
qu'ils puiffent arriver au point de mé-
» riter quelque confidération .. Que de.
difficultés, d'ennuis, de découragemens,
و د
و د
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
"
» même lorfqu'on eft dans l'état d'opu
» lence ; à plus forte raifon quand il faut
»pourvoir avec peine aux befoins de pre-
" mière néceffité » !
ور
Du Quefnoy fe tira de ce malheureux
état par une ftatuë en marbre , qui repréfente
Vénus , & qui le fit connoître
très avantageufement. Il devint l'ami intime
du célèbre Pouffin , notre compatriote.
L'amour des arts & celui de la
gloire furent les liens de cette amitié .
A force d'étudier les grands modèles
& fur- tout le Titien , du Quefnoy acquit
cette délicateffe fi précieufe de détails
qu'on remarque dans les enfans qu'il a
fculptés, & qui l'a rendu , jufqu'à ce jour,
fupérieur en ce genre , l'un des plus difficiles
de l'art ; " & en effet , comment
» imiter cette tendreffe dans les chairs ,
" cette molleffe dans les détails , ces nuan-
» ces de proportion , ces formes où rien
» n'eft prononcé , & où cependant tout fe
» prépare & s'apperçoit ? Combien d'ob-
»fervations enfuite , fi l'on veut exprimer
» cette agilité , cette prefteffe des mou-
>> vemens ce principe d'activité que les
» enfans ignorent être dans leur âme
quoiqu'ils annoncent , fans qu'ils le fa-
» chent , leur force naiffante ? Comment
faire appercevoir fur le marbre ce dé-
39
›
JANVIER 1766. 181
"
veloppement d'organes , qui chaque jour
" fe prépare & perce à travers les mou-
» vemens des différens jeux ?
و ر
ور
و ر » Il fit un Amour divin qui terraffe
» l'Amour profane ; tandis que d'un pied
» cet amour arrête l'effort de fon Adver-
»faire , & que d'une main il cherche à
» le réduire au filence , on apperçoit un
» Génie qui vient élever fur lui une bran-
» che de laurier pour prix de fa victoire
» immortelle ".
ود
ود
Du Quesnoy exécuta en marbre , pour
l'églife de Saint Pierre de Rome, la ftatuë
de Saint André , qui eft le monument le
plus durable de fa gloire . « Cet Apôtre a
ود
"
la tête droite , élevée , & le regard eft
» fixé vers le Ciel. Derrière lui on apper-
» çoit fa croix ; de fa droite il embraffe
» une des branches , tandis que fa main
gauche , qui eft ouverte & étendue
» marque bien l'expreflion du defir qu'il
a de mériter la palme du martyre. Le
» bras droit , qui fe porte , comme on vient
de le dire , fur un des troncs de fa croix ,
» découvre , à ce moyen , le nud du haut
» du corps ; mais le manteau , qui paffe
» derrière ce bras , revient fur l'autre épaule .
" On fent que cette draperie eft attachée
» fur une des branches , les plis en font
grands & d'une manière large : ils paffent
ود
ود
و د
182 MERCURE DE FRANCE .
23
"
ود
à mi-jambe , & vont tomber fur l'autre
» pied. On remarque en tout ceci une
grande intelligence. Ce manteau , ainſi
» jetté en arrière , & qui fe reploie fur
» lui- même , a donné occafion à l'Artifte
» de faire valoir les reffources de fon art..
» A ce moyen une grande portion de cette
draperie fe détache vers le côté droit &
» vient , en fe déployant fur le côté gauche ,
» former une belle maffe de plis amples
» & dont le trait eft favant. L'attitude de
l'Apôtre eft grande & noble ; quant aux
détails , les muſcles font prononcés tels
» qu'il convient à un homme qui a exercé
» le dur métier de Pêcheur , & qui com-
» mence à reffentir l'altération des années ;
» le vifage eft un peu maigre , le front élevé
» & chauve , la barbe négligée. Mais dans
» toute cette compofition règne une har-
» monie qui féduit , & l'oeil s'y repofe
» avec fatisfaction » .
33
">
Du Quefnoy, malgré fes talens , ne vécut
pas riche. Il étoit fur le point de venir en
France en qualité de Sculpteur du Roi
Louis XIII. Sa fanté fe dérangea , & , pour
comble d'horreur , on foupçonna Jérôme
du Quesnoy , fon indigne frère , de l'avoir
empoifonné. Il mourut à Livourne comme
il fe difpofoit à retourner en Flandre ,
le 12 Juillet 1643 .
JANVIER 1766. 183:
La féance fut terminée par la lecture du
poëme
couronné fur la délivrance de Salerne
& la fondation du Royaume de Sicile.
par M. de la Harpe.
Fermer
Résumé : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de ROUEN, tenue dans la grand'salle de l'Hôtel de Ville, le 7 Août 1765.
L'Assemblée publique de l'Académie des Sciences, Belles Lettres & Arts de Rouen s'est tenue le 7 août 1765. Le secrétaire, Monsieur le Cat, a présenté les travaux de l'année académique, incluant des études sur la transpiration due aux piqûres de pucerons, les pieux et pilotis, la chute des corps, et diverses observations scientifiques. Les auteurs comprenaient M. Neveu, M. Baronnet, M. le Cat, M. Pinard, M. Hubert, M. Balliere, M. Chandelier, et l'Abbé Jaquin. Des prix ont été attribués en anatomie, chirurgie, mathématiques, botanique, et accouchements. Le Grand Prix de la Classe des Sciences a été décerné à M. David pour son mémoire sur la respiration. M. Maillet du Boullay a rendu compte des travaux littéraires, incluant des drames et des mémoires sur divers sujets. En janvier 1766, plusieurs travaux ont été présentés, tels qu'une dissertation sur l'origine de l'Université de Paris par l'abbé des Houffayes, des portraits par M. Dupont, un traité de peinture par M. Dandré, et une histoire de la ville de Montdidier par le Père Daire. M. Dornay a présenté des observations sur l'utilité des voyages. Les prix en peinture et sculpture ont été attribués à M. Jean-Martin Paulet, Jacques, Mlle Dorothée Jacques, et M. François Asselin. En architecture, M. Louis-Auguste Hardi a remporté le prix pour la construction d'une manufacture. En littérature, M. de la Harpe a été couronné pour son poème sur la délivrance de Salerne. Le texte mentionne également M. de Luxembourg, respecté pour sa bienveillance et son exactitude, décédé le 18 mai 1764, ainsi que les frères Slodtz, sculpteurs renommés. M. Dornay a présenté un mémoire sur les moyens de rendre les voyages utiles, distinguant trois parties : l'utilité pour les voyageurs, pour la patrie, et pour l'humanité. M. du Boullay a lu une traduction en vers réguliers de la première pythique de Pindare, réalisée par l'abbé Fontaine, visant à restituer l'enthousiasme lyrique de Pindare. M. de Couronne a présenté des mémoires sur la vie de François du Quesnoy, sculpteur né à Bruxelles en 1592. Ces mémoires clarifient une confusion entre François et son frère Jérôme. François du Quesnoy a dédié sa vie à son art, surmontant divers obstacles. Il réalisa plusieurs œuvres remarquables, dont une statue de Saint André pour l'église Saint-Pierre de Rome, considérée comme son chef-d'œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
595
p. 164
« Le portrait de M. de Voltaire a été si bien reçu du Public que cela a engagé un [...] »
Début :
Le portrait de M. de Voltaire a été si bien reçu du Public que cela a engagé un [...]
Mots clefs :
Portrait, M. de Voltaire, M. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le portrait de M. de Voltaire a été si bien reçu du Public que cela a engagé un [...] »
Le portrait de M. de Voltaire a été li
bien reçu du Public que cela a engagé un
Artifte , qui avoit defiiné depuis peu celui
de M. Rouffeau, à le mettre au jour , en
le faifant graver pour pendant de celui de
M. de Voltaire. On le trouvera , comme
l'autre , chez Auvray , Doreur , rue Saint
Jacques , vis - à - vis Saint Yves , & il ſe
vendra le même prix , 3 liv . en feuille .
bien reçu du Public que cela a engagé un
Artifte , qui avoit defiiné depuis peu celui
de M. Rouffeau, à le mettre au jour , en
le faifant graver pour pendant de celui de
M. de Voltaire. On le trouvera , comme
l'autre , chez Auvray , Doreur , rue Saint
Jacques , vis - à - vis Saint Yves , & il ſe
vendra le même prix , 3 liv . en feuille .
Fermer
596
p. 170-171
« Le Portrait de M. Jean-Jacques Rousseau, dessiné à Neuf-Châtel en 1765, gravé [...] »
Début :
Le Portrait de M. Jean-Jacques Rousseau, dessiné à Neuf-Châtel en 1765, gravé [...]
Mots clefs :
Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Portrait de M. Jean-Jacques Rousseau, dessiné à Neuf-Châtel en 1765, gravé [...] »
Le Portrait de M. Jean-Jacques Rouffeau ,
deffiné à Neuf- Châtel en 1765 , gravé par
AVRIL 1766. 171
J. B. Michel , fe vend à Paris , chez Auvray
, rue Saint Jacques , vis-à- vis Saint
Yves. Cette eftampe , de bonne main , eſt
de même format que celle de M. de Voltaire
, annoncée dans le premier volume de
Janvier, & nous paroît avoir de quoi plaireaux
connoiffeurs autant que la première
deffiné à Neuf- Châtel en 1765 , gravé par
AVRIL 1766. 171
J. B. Michel , fe vend à Paris , chez Auvray
, rue Saint Jacques , vis-à- vis Saint
Yves. Cette eftampe , de bonne main , eſt
de même format que celle de M. de Voltaire
, annoncée dans le premier volume de
Janvier, & nous paroît avoir de quoi plaireaux
connoiffeurs autant que la première
Fermer
597
p. 181-182
AUTRES GRAVURES.
Début :
L'APPROCHE du Camp, & les Soldats en repos, estampes très-bien gravées d'après [...]
Mots clefs :
Gravures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES GRAVURES.
AUTRES GRAVURES.
L'APPROCHE du Camp , & les Soldats
en repos , eſtampes très- bien gravées d'après
Dietricy , par C. le Vaffeur ; fe trouvent
chez l'Auteur , rue des Mathurins
vis-à- vis celle des Maçons.
>
LE Bacha en promenade promenade , d'après P.
Metay & gravée par l'Empereur ; ainfi
que le Petit Napolitain de M. Greuze
gravé par F. P. Ingout , fe vendent chez
L'Empereur , Graveur du Roi , rue & porte
Saint Jacques , au- deffus du petit Marché,
LE Public eft averti que le portrait de
M. de Voltaire & celui de M. Rouſſeau
182 MERCURE DE FRANCE .
de Genève qui fert de pendant au premier
, gravés tous les deux par M. Michel ,
d'après les deffeins qui font dans le cabinet
de M. le Marquis de Villette , font
préfentement entre les mains de M. Duret ,
Graveur , rue du Fouare , qui , pour en
procurer plus facilement l'acquifition , a
réduit le prix de ces deux portraits à 15
fols pièce , qui , auparavant fe vendoient
chacun 3 livres.
L'APPROCHE du Camp , & les Soldats
en repos , eſtampes très- bien gravées d'après
Dietricy , par C. le Vaffeur ; fe trouvent
chez l'Auteur , rue des Mathurins
vis-à- vis celle des Maçons.
>
LE Bacha en promenade promenade , d'après P.
Metay & gravée par l'Empereur ; ainfi
que le Petit Napolitain de M. Greuze
gravé par F. P. Ingout , fe vendent chez
L'Empereur , Graveur du Roi , rue & porte
Saint Jacques , au- deffus du petit Marché,
LE Public eft averti que le portrait de
M. de Voltaire & celui de M. Rouſſeau
182 MERCURE DE FRANCE .
de Genève qui fert de pendant au premier
, gravés tous les deux par M. Michel ,
d'après les deffeins qui font dans le cabinet
de M. le Marquis de Villette , font
préfentement entre les mains de M. Duret ,
Graveur , rue du Fouare , qui , pour en
procurer plus facilement l'acquifition , a
réduit le prix de ces deux portraits à 15
fols pièce , qui , auparavant fe vendoient
chacun 3 livres.
Fermer
Résumé : AUTRES GRAVURES.
Le texte décrit plusieurs gravures à vendre. 'L'APPROCHE du Camp' par C. le Vaffeur est disponible chez l'auteur, rue des Mathurins. 'LE Bacha en promenade' et 'le Petit Napolitain' sont vendus chez l'Empereur, rue Saint-Jacques. Les portraits de Voltaire et Rousseau, gravés par M. Michel, sont chez M. Duret, rue du Four, à 15 sols chacun.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
599
p. 170-171
« Les portraits des hommes illustres, gravés par M. Ficquet, sont aussi connus [...] »
Début :
Les portraits des hommes illustres, gravés par M. Ficquet, sont aussi connus [...]
Mots clefs :
Portraits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les portraits des hommes illustres, gravés par M. Ficquet, sont aussi connus [...] »
LES portraits des hommes illuftres .
gravés par M. Ficquet , font auffi connus
que généralement eftimés . Il vient de
joindre à ceux de Corneille , Rouffeau ,
la Fontaine , Voltaire , &c. celui de René
Defcartes , d'après Franc-Hales ,
une bordure deffinée avec foin par M.
avec
JANVIER 1767. 171
Choffard. On la trouve chez tous les principaux
marchands d'eftampes , & chez
Mde la veuve Duchefne , rue S. Jacques.
gravés par M. Ficquet , font auffi connus
que généralement eftimés . Il vient de
joindre à ceux de Corneille , Rouffeau ,
la Fontaine , Voltaire , &c. celui de René
Defcartes , d'après Franc-Hales ,
une bordure deffinée avec foin par M.
avec
JANVIER 1767. 171
Choffard. On la trouve chez tous les principaux
marchands d'eftampes , & chez
Mde la veuve Duchefne , rue S. Jacques.
Fermer
600
p. 14-16
LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
Début :
Il m'est impossible, Monsieur, de répondre à toutes vos questions touchant [...]
Mots clefs :
Irminsul, Divinité des Germains, Statue, Montagne, Saxons, Germains, Caveau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
LETTRE fur la ftatue de l'Irmen - Sul
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
La lettre évoque la statue de l'Irmin-Sul, ancienne divinité germaine, située dans le Duché de Westphalie près de Stadtberg. Sur une montagne isolée abritant un bourg et un couvent bénédictin, une pierre brute servait autrefois de socle à une idole saxonne. Charlemagne y a placé une statue de la Vierge avec l'Enfant Jésus, marquant un caveau où les Germains pratiquaient des sacrifices humains. Ce caveau et la statue actuelle ne portent ni hiéroglyphe ni inscription. La statue originale d'Herman, ou Irmin-Sul, se trouve désormais à Hildesheim et représente probablement Arminius ou le dieu Mars. La montagne, nommée Marsberg, renforce cette association avec Mars. Le caveau ne montre aucun vestige païen, mais contient des tonneaux de vin. Le cimetière des moines abrite une statue de Roland, utilisée par les Bénédictins pour affirmer leur souveraineté sous la juridiction du Prince de Corwei. Une inscription latine mentionne la construction d'une écurie en l'honneur de saint Donat, détail que l'auteur juge singulier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer