Résultats : 1516 texte(s)
Détail
Liste
401
p. 2019-2020
« Le sieur Baradelle, Ingenieur du Roi pour les Instrumens de Mathématique, demeurant à l'enseigne [...] »
Début :
Le sieur Baradelle, Ingenieur du Roi pour les Instrumens de Mathématique, demeurant à l'enseigne [...]
Mots clefs :
Ingénieur du roi, Encrier, Académie royale des sciences, Contrefaçon
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texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Baradelle, Ingenieur du Roi pour les Instrumens de Mathématique, demeurant à l'enseigne [...] »
Le fieur Baradelle , Ingenieur du Roi pour les
Inftrumens de Mathématique, demeurant à l'en
feigne de l'Obfervatoire , Quay de l'Horloge du
Palais à Paris , donne avis au Public qu'il y a des
Ouvriers qui contrefont , mais mal , les Ancriers
qui confervent l'ancre plufieurs années fans fe gåter
, lefquels prennent le nom du fieur Baradelle
& le font graver fur l'Ancrier , comme s'il fortoit
de fes mains. Il avertit qu'il les débite lui - même à
Paris, & qu'il n'en donne & aucun Marchandpour
2020 MERCURE DE FRANCE
débiter, Il vend auffi une Jauge approuvée de
P'Académie Royale des Sciences , pour jaug er
toutes fortes de Tonneaux imaginables ; il a
eu égard aux courbures que l'on donne aux Tonneaux,
ce qui embarraffe le plus les Jeaugeurs. Il
vend de fort belles Pierres d'Aimant , que l'on
croit propres pour les mouvemens convulfifs &
bonnes pour les experiences de Phyfique.
Inftrumens de Mathématique, demeurant à l'en
feigne de l'Obfervatoire , Quay de l'Horloge du
Palais à Paris , donne avis au Public qu'il y a des
Ouvriers qui contrefont , mais mal , les Ancriers
qui confervent l'ancre plufieurs années fans fe gåter
, lefquels prennent le nom du fieur Baradelle
& le font graver fur l'Ancrier , comme s'il fortoit
de fes mains. Il avertit qu'il les débite lui - même à
Paris, & qu'il n'en donne & aucun Marchandpour
2020 MERCURE DE FRANCE
débiter, Il vend auffi une Jauge approuvée de
P'Académie Royale des Sciences , pour jaug er
toutes fortes de Tonneaux imaginables ; il a
eu égard aux courbures que l'on donne aux Tonneaux,
ce qui embarraffe le plus les Jeaugeurs. Il
vend de fort belles Pierres d'Aimant , que l'on
croit propres pour les mouvemens convulfifs &
bonnes pour les experiences de Phyfique.
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Résumé : « Le sieur Baradelle, Ingenieur du Roi pour les Instrumens de Mathématique, demeurant à l'enseigne [...] »
L'ingénieur Baradelle, résidant à l'Observatoire de Paris, dénonce la contrefaçon de ses ancres et l'usage illégal de son nom. Il vend personnellement ces ancres, une jauge approuvée par l'Académie Royale des Sciences pour mesurer les tonneaux, et des pierres d'aimant de qualité pour les expériences physiques.
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402
p. 2245-2247
Recueil des Reglemens concernant les Manufactures, &c. [titre d'après la table]
Début :
RECUEIL des Reglemens generaux & particuliers, concernant les Manufactures [...]
Mots clefs :
Règlements, Manufacture
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texteReconnaissance textuelle : Recueil des Reglemens concernant les Manufactures, &c. [titre d'après la table]
RECUEIL des Reglemens generaux
& particuliers , concernant les Manufac
tures & Fabriques du Royaume. 4. Vol.
in 4. A Paris , de l'Imprimerie Royale.
M. DCC . XXX.
Tandis que les Preffes ordinaires font
fouvent employées à mettre au jour des
Ouvrages frivoles , ou tout à fait inutiles ,
l'Imprimerie Royale continue de ne publier
2246 MERCURE DE FRANCE
Blier que de bons Livres , & des Ouvrages
d'une utilité generale. Tel eft le Recueil
dont on vient de voir le titre , Recueil
auquel tout le monde peut prendre
interêt , parceque fans être Marchand ni
Ouvrier , perfonne en general ne peut ſe
paffer des chofes qui en font le fujet , &
qu'il ne doit être indifferent à perfonne
d'en fçavoir les differentes Fabriques , &
en quelque façon leur mérite & leur apréciation
, fans parler de la Police exacte
que la fageffe de nos Rois & la vigilance
de leurs Miniftres ont trouvé à propos
d'établir fur le fait des Manufactures pour
le bien du Commerce en general , & pour
la commodité & l'utilité particuliere des
Sujets.
Comme un Ouvrage de cette nature
n'eft gueres fufceptible d'Extrait , il nous
fuffira d'avertir qu'on y trouve par tout
l'ordre & l'arrangement neceffaire pour
la commodité des perfonnes qui auront à
s'inftruire fur tant de differentes matieres;
les Sommaires enfin , les Tables & les
autres fecours que les Lecteurs les plus
difficiles pourroient fouhaiter.
On trouve à la fin du IV. & dernier To-
-me un SUPPLEMENT , contenant les Reglemens
intervenus fur le fait des Manufac
tures pendant le cours de l'impreffion de ce
Recueil. Ces Réglemens font rangés dans
l'ordre
OCTOBRE. 1730. 2247
l'ordre des differentes parties de cette collection
, aufquelles elles appartiennent
par leur efpece , & dont ils font la fuite.
& la continuation .
& particuliers , concernant les Manufac
tures & Fabriques du Royaume. 4. Vol.
in 4. A Paris , de l'Imprimerie Royale.
M. DCC . XXX.
Tandis que les Preffes ordinaires font
fouvent employées à mettre au jour des
Ouvrages frivoles , ou tout à fait inutiles ,
l'Imprimerie Royale continue de ne publier
2246 MERCURE DE FRANCE
Blier que de bons Livres , & des Ouvrages
d'une utilité generale. Tel eft le Recueil
dont on vient de voir le titre , Recueil
auquel tout le monde peut prendre
interêt , parceque fans être Marchand ni
Ouvrier , perfonne en general ne peut ſe
paffer des chofes qui en font le fujet , &
qu'il ne doit être indifferent à perfonne
d'en fçavoir les differentes Fabriques , &
en quelque façon leur mérite & leur apréciation
, fans parler de la Police exacte
que la fageffe de nos Rois & la vigilance
de leurs Miniftres ont trouvé à propos
d'établir fur le fait des Manufactures pour
le bien du Commerce en general , & pour
la commodité & l'utilité particuliere des
Sujets.
Comme un Ouvrage de cette nature
n'eft gueres fufceptible d'Extrait , il nous
fuffira d'avertir qu'on y trouve par tout
l'ordre & l'arrangement neceffaire pour
la commodité des perfonnes qui auront à
s'inftruire fur tant de differentes matieres;
les Sommaires enfin , les Tables & les
autres fecours que les Lecteurs les plus
difficiles pourroient fouhaiter.
On trouve à la fin du IV. & dernier To-
-me un SUPPLEMENT , contenant les Reglemens
intervenus fur le fait des Manufac
tures pendant le cours de l'impreffion de ce
Recueil. Ces Réglemens font rangés dans
l'ordre
OCTOBRE. 1730. 2247
l'ordre des differentes parties de cette collection
, aufquelles elles appartiennent
par leur efpece , & dont ils font la fuite.
& la continuation .
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Résumé : Recueil des Reglemens concernant les Manufactures, &c. [titre d'après la table]
Le document 'Recueil des Reglemens generaux & particuliers, concernant les Manufactures & Fabriques du Royaume' est publié par l'Imprimerie Royale à Paris en 1730. Contrairement aux presses ordinaires, l'Imprimerie Royale se concentre sur des ouvrages utiles et bénéfiques pour le public. Ce recueil traite des différentes fabriques et de leur évaluation, ainsi que des règlements établis par les rois et leurs ministres pour favoriser le commerce et l'utilité des sujets. L'ouvrage est bien structuré, avec des sommaires, des tables et d'autres aides pour faciliter la consultation. À la fin du quatrième et dernier tome, un supplément contient les règlements intervenus pendant l'impression du recueil, classés par ordre de pertinence.
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403
p. 2250-2252
Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
Début :
M. De la Gueriniere, Ecuyer du Roi, vient de faire imprimer la quatriéme & derniere leçon [...]
Mots clefs :
Chevaux, Écuyer, Écuyer du roi, Cheval, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
M. de la Gueriniere , Ecuyer du Roy , vient de
faire imprimer la quatriéme & derniere leçon
d'un Livre intitulé : ECOLE DE CAVALLERIE ,
contenant un Recueil des principes , qui regardent
la connoiffance dés Chevaux , la maniere de
les dreffer , & generalement tout ce qui peut former
un connoiffeur & un homme de cheval.
Cet ouvrage qui a été composé pour fervir
aux Démonftrations publiques , que l'Auteur a
commencé de faire depuis près d'un an , tous les
Samedis
1
OCTOBRE. 1730. 2251
Samedis dans fon Académie , ruë de Vaugirard ,
en faveur de Mrs les Académiftes & de tous ceux
qui veulent y affifter , ce qui eft tres -utile , nonfeulement
pour tous les jeunes Gentilshommes
qui feront dorénavant leurs exercices , mais encore
pour tous les Officiers & autres perfonnes
qui font dans l'obligation d'avoir des Chevaux.
Tous les Auteurs qui ont écrit jufqu'à prefent
fur cette matiere, n'ont parlé que de chaque partie
en particulier ; les uns fimplement du Manége
, les autres des maladies des Chevaux ; dans
celui- ci on a réuni dans un feul volume toutes les
differentes parties qui ont du rapport aux Chevaux.
On s'eft attaché à y mettre tout l'ordre
poffible ; le ftyle en eft fimple & concis , les définitions
en font claires & dévelopent méthodiquement
les principes que l'on y établit : de forte
qu'on peut aisément parvenir à les mettre en
ufage.
L'Ouvrage eft diftribué en 4 leçons , & chacune
de ces leçons en plufieurs chapitres.
La 1. leçon explique le nom des parties exte
rieures du Cheval , leur fituation , leur beauté &
leurs deffauts.
La 2. regarde l'âge , la difference des poils
l'embouchure , la ferrure , la felle , & c.
La 3. enfeigne à dreffer les jeunes Chevaux
pour le Manége , pour la Guerre , pour la Chaffe
& pour le Caroffe.
Et la 4. renferme un Traité d'Oftéologie du
Cheval , la définition de ſes maladies , les remedes
pour les guérir & un Traité d'Opérations.
Ces 4 parties ont été faites dans la vûë de former
tous les ans un Cours de Cavalerie , qui durera
neuf mois . Le 1. vient d'être interrompu ,
à la 4 partie,par la faifon peu favorable pour les
démonſtrations & les opérations Anatomiques
qui
2252 MERCURE DE FRANCÉ
qui font le fujet de cette 4 partie , & que l'on fe
propofe de faire fur des fujets réels ; mais on
continuera ce cours le Samedy d'après la faint
Martin ; & l'on en recommencera en mêmetemps
un 2 ; ainfi cet arangement , que l'on fuivra
toujours par la fuite , fatisfera & la curiofité
des commençans, & ceux qui ont déja de la connoiffance.
Un Medecin de la Faculté de Paris fe fera un
plaifir d'en faire lui - même les Démonftrations
Anatomiques, à l'exemple d'Herouard , Medecin
d'Henry IV. qui avoit commencé , par les Ordres
de ce grand Roy, de travailler fur cette matiere
; mais la mort de ce Prince interrompit ce
projet , & il ne nous refte qu'un fimple abregé
d'Oftéologie.
Il y a lieu de s'étonner que de pareils exercices
n'ayent point encore été inftituez dans les Académies
, on auroit certainement fait des découvertes
curieufes & neceffaires à la confervation
d'un animal fi utile , car il ne fuffit pas de fçavoir
monter à Cheval avec grace & fermeté , il
faut joindre à ces qualitez celles de fçavoir acheter
& dreffer un Cheval pour fon ufage , le conferver
en fanté , le guérir de fes maladies & accidens
, lui ordonner l'embouchure , la ferrure
& la felle convenable , qui font des connoiffances
abfolument neceffaires , tant pour ceux qui fe'
deftinent au fervice , que pour tous ceux qui ſe
fervent de Chevaux.
faire imprimer la quatriéme & derniere leçon
d'un Livre intitulé : ECOLE DE CAVALLERIE ,
contenant un Recueil des principes , qui regardent
la connoiffance dés Chevaux , la maniere de
les dreffer , & generalement tout ce qui peut former
un connoiffeur & un homme de cheval.
Cet ouvrage qui a été composé pour fervir
aux Démonftrations publiques , que l'Auteur a
commencé de faire depuis près d'un an , tous les
Samedis
1
OCTOBRE. 1730. 2251
Samedis dans fon Académie , ruë de Vaugirard ,
en faveur de Mrs les Académiftes & de tous ceux
qui veulent y affifter , ce qui eft tres -utile , nonfeulement
pour tous les jeunes Gentilshommes
qui feront dorénavant leurs exercices , mais encore
pour tous les Officiers & autres perfonnes
qui font dans l'obligation d'avoir des Chevaux.
Tous les Auteurs qui ont écrit jufqu'à prefent
fur cette matiere, n'ont parlé que de chaque partie
en particulier ; les uns fimplement du Manége
, les autres des maladies des Chevaux ; dans
celui- ci on a réuni dans un feul volume toutes les
differentes parties qui ont du rapport aux Chevaux.
On s'eft attaché à y mettre tout l'ordre
poffible ; le ftyle en eft fimple & concis , les définitions
en font claires & dévelopent méthodiquement
les principes que l'on y établit : de forte
qu'on peut aisément parvenir à les mettre en
ufage.
L'Ouvrage eft diftribué en 4 leçons , & chacune
de ces leçons en plufieurs chapitres.
La 1. leçon explique le nom des parties exte
rieures du Cheval , leur fituation , leur beauté &
leurs deffauts.
La 2. regarde l'âge , la difference des poils
l'embouchure , la ferrure , la felle , & c.
La 3. enfeigne à dreffer les jeunes Chevaux
pour le Manége , pour la Guerre , pour la Chaffe
& pour le Caroffe.
Et la 4. renferme un Traité d'Oftéologie du
Cheval , la définition de ſes maladies , les remedes
pour les guérir & un Traité d'Opérations.
Ces 4 parties ont été faites dans la vûë de former
tous les ans un Cours de Cavalerie , qui durera
neuf mois . Le 1. vient d'être interrompu ,
à la 4 partie,par la faifon peu favorable pour les
démonſtrations & les opérations Anatomiques
qui
2252 MERCURE DE FRANCÉ
qui font le fujet de cette 4 partie , & que l'on fe
propofe de faire fur des fujets réels ; mais on
continuera ce cours le Samedy d'après la faint
Martin ; & l'on en recommencera en mêmetemps
un 2 ; ainfi cet arangement , que l'on fuivra
toujours par la fuite , fatisfera & la curiofité
des commençans, & ceux qui ont déja de la connoiffance.
Un Medecin de la Faculté de Paris fe fera un
plaifir d'en faire lui - même les Démonftrations
Anatomiques, à l'exemple d'Herouard , Medecin
d'Henry IV. qui avoit commencé , par les Ordres
de ce grand Roy, de travailler fur cette matiere
; mais la mort de ce Prince interrompit ce
projet , & il ne nous refte qu'un fimple abregé
d'Oftéologie.
Il y a lieu de s'étonner que de pareils exercices
n'ayent point encore été inftituez dans les Académies
, on auroit certainement fait des découvertes
curieufes & neceffaires à la confervation
d'un animal fi utile , car il ne fuffit pas de fçavoir
monter à Cheval avec grace & fermeté , il
faut joindre à ces qualitez celles de fçavoir acheter
& dreffer un Cheval pour fon ufage , le conferver
en fanté , le guérir de fes maladies & accidens
, lui ordonner l'embouchure , la ferrure
& la felle convenable , qui font des connoiffances
abfolument neceffaires , tant pour ceux qui fe'
deftinent au fervice , que pour tous ceux qui ſe
fervent de Chevaux.
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Résumé : Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
M. de la Guerinière, Écuyer du Roy, a publié la quatrième et dernière leçon de son ouvrage 'École de Cavalerie'. Ce livre rassemble les principes essentiels sur la connaissance des chevaux, leur dressage et les compétences d'un connaisseur en chevaux. Il accompagne les démonstrations publiques organisées chaque samedi dans son Académie, rue de Vaugirard. Contrairement aux ouvrages précédents, 'École de Cavalerie' regroupe toutes les parties relatives aux chevaux en un seul volume. Le style est simple et concis, avec des définitions claires et méthodiques. L'ouvrage est structuré en quatre leçons : la première décrit les parties extérieures du cheval, la deuxième traite de l'âge, des poils, de l'embouchure, de la ferrure et de la selle. La troisième enseigne le dressage des jeunes chevaux pour divers usages, et la quatrième contient un traité d'ostéologie, les maladies des chevaux, les remèdes et les opérations. Le cours de cavalerie, prévu pour neuf mois, a été interrompu après la quatrième partie en raison de conditions défavorables. Il reprendra après la Saint-Martin, avec un second cours commençant simultanément. Un médecin de la Faculté de Paris effectuera les démonstrations anatomiques. L'institution de tels exercices dans les académies est surprenante, car elle permettrait des découvertes utiles à la conservation des chevaux. Il est essentiel de connaître non seulement la monte, mais aussi l'achat, le dressage, la conservation en santé, le traitement des maladies, ainsi que l'embouchure, la ferrure et la selle appropriées. Ces connaissances sont cruciales pour ceux qui se destinent au service ou utilisent des chevaux.
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404
p. 2262-2265
« M. Hardion, de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, fut reçu le 28. du mois dernier [...] »
Début :
M. Hardion, de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, fut reçu le 28. du mois dernier [...]
Mots clefs :
Académie des inscriptions et belles-lettres, Machine, Plomb
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Hardion, de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, fut reçu le 28. du mois dernier [...] »
M.Hardion, de l'Académie des Infcriptions &
Belles Lettres , fut reçu le 28. du mois dernier
dans l'Académie Françoife, à la place vacante par
la mort de l'Evêque d'Angers. Il fit un Difcours
de remerciment , auquel M. de Mirabaud , Chaneelier
, répondit au nom de l'Académie , & les
deux Difcours furent fort applaudis.
+
On apprend de Londres que le 3 de ce mois ,
le Commité du Confeil affemblé à Whitehall
accorda à M. Guillaume Wood la Charte d'incorporation
, ou le Privilege qu'il demandoit
pour faire fabriquer le fer qu'il a trouvé le
moyen de tirer de la mine du charbon de terre
dont nous avons parlé dans le dernier Mercure
avec la permiffion d'emprunter par foufcription
les fommes qui lui feront neceffaires pour l'établiffement
de fa Manufacture.
Le Docteur Green , Membre du College de
Clare
OCTOBRE. 1730. 2263
Clare à Cambridge , qui eft mort depuis peu ,
laiffé tout fon bien à ce College , à condition"
qu'on fera imprimer fes Ouvrages pofthumes &
qu'on diffequera fon corps pour en mettre le
fquelette dans la Bibliotheque du College , à
côté des Tablettes où font les Livres , dont il lus
a fait préfent de fon vivant..
M. Rifbrach , celebre Sculpteur de Londres ,"
travaille depuis un mois à un magnifique Maufolée
du feu Chevalier Ifaac Newton , Préfident
de la Societé Royale , qui fera placé dans l'E
glife de l'Abbaye de Weſtminſter.
Depuis quelques années il a été inventé en
Angleterre une Machine propre à faire des Tables
de plomb de 20 à 30. pieds de long , fur 5. de
large , aufquelles on a la liberté de donner telle
épaiffeur que l'on juge à propos , par le moyen
d'un Moulin ingénieufement conftruit , dont la
proprieté eft de réduire ces Tables à l'épaiffeur
défirée , en les rendant tout-à - fait unies & parfaitement
compactes , fans pores , pailles, vents , ni
foufflure ; enforte que les Ouvrages conftruits de
ce Plomb , font plus folides , plus beaux & neanmoins
bien moins chers que les autres faits à l'ordinaire,
parce qu'ils y employent beaucoup moins
de matiere.
L'utilité en a été fi bien connue en Angleterre,
que dans tout ce Royaume il ne s'employe plus
d'autre Plomb que celui qui eft fait & laminé au
Moulin.
Cette Machine a donné lieu à la conftruction
d'une autre plus parfaite & plus correcte , qui eſt
actuellement en France , où elle a été examinée
par l'Académie Royale des Sciences , fuivant fon
Certificat du 28. Janvier 1728. par lequel elle
rend compte des avantages confiderables que l'é-
G iiij tabliffe.
હું
2264 MERCURE DE FRANCE
1
1
tebliffe ment de cette Machine en France produ
à l'Etat & au Public.
Une Compagnie , perfuadée de tous ces avantages
, a obtenu pour Pufage de cette Machine un
Privilege exclufif du Roi , qui a été enregistré au
Parlement le 7. Septembre dernier , & en a établi
la fabrique au Fauxbourg S. Antoine , rue de Bercy
, proche le Port au Plâtre , où il y a tous les
jours un concours de Curieux & de Sçavans qui
yont en admirer la beauté.
Ce Plomb eft parfaitement égal , très - uni &
très-compacte,fans aucuns pores ni pailles ,& n'exige
que moitié d'épaiffeur pour avoir plus de
folidité que celui dont on s'eft fervi jufqu'à prefent.
Il eft beaucoup plus uni & plus poli , ainfi l'eau
n'y féjournera point , & parconfequent il fera
de p'us de durée.
Il eft beaucoup plus doux , & recevra mieux
tous les contours que l'on lui donnera , fans fe
fendre ni fe caffer , & il ne fera plus fujet à tant
de réparation.
Sa parfaite égalité fait qu'il fe peut facilement
pefer par fon toifé , ce qui leve tous les inconve
niens de fraude.
Il eft plus leger , ainfi il n'accablera pas les
Edifices fur lefquels il fera pofé, & n'obligera pas
à de fortes dépenfes de charpentes .
La grande extenfion de ces Tables exigera
très - peu de foudure dans les petits Ouvrages , on
s'en paffera entierement , & dans les grands on
n'en employera pas un cinquième.
Il eft aifé de conclure que la réduction fur la
matiere , la durée , l'épargne de foudure , celle des
réparations , feront plus des deux tiers de diminution
fur les Ouvrages de plomberies .
Il eft propre à toutes fortes d'ufages. La feule
vûë
OCTOBRE. 1730. 2265
vue de ce Plomb juftifie fenfiblement aux moins
connoiffeurs , ce qui eft ici avancé.
On en trouvera toûjours dans le Magazin de
toutes fortes de grandeurs & épaiffeurs.
Belles Lettres , fut reçu le 28. du mois dernier
dans l'Académie Françoife, à la place vacante par
la mort de l'Evêque d'Angers. Il fit un Difcours
de remerciment , auquel M. de Mirabaud , Chaneelier
, répondit au nom de l'Académie , & les
deux Difcours furent fort applaudis.
+
On apprend de Londres que le 3 de ce mois ,
le Commité du Confeil affemblé à Whitehall
accorda à M. Guillaume Wood la Charte d'incorporation
, ou le Privilege qu'il demandoit
pour faire fabriquer le fer qu'il a trouvé le
moyen de tirer de la mine du charbon de terre
dont nous avons parlé dans le dernier Mercure
avec la permiffion d'emprunter par foufcription
les fommes qui lui feront neceffaires pour l'établiffement
de fa Manufacture.
Le Docteur Green , Membre du College de
Clare
OCTOBRE. 1730. 2263
Clare à Cambridge , qui eft mort depuis peu ,
laiffé tout fon bien à ce College , à condition"
qu'on fera imprimer fes Ouvrages pofthumes &
qu'on diffequera fon corps pour en mettre le
fquelette dans la Bibliotheque du College , à
côté des Tablettes où font les Livres , dont il lus
a fait préfent de fon vivant..
M. Rifbrach , celebre Sculpteur de Londres ,"
travaille depuis un mois à un magnifique Maufolée
du feu Chevalier Ifaac Newton , Préfident
de la Societé Royale , qui fera placé dans l'E
glife de l'Abbaye de Weſtminſter.
Depuis quelques années il a été inventé en
Angleterre une Machine propre à faire des Tables
de plomb de 20 à 30. pieds de long , fur 5. de
large , aufquelles on a la liberté de donner telle
épaiffeur que l'on juge à propos , par le moyen
d'un Moulin ingénieufement conftruit , dont la
proprieté eft de réduire ces Tables à l'épaiffeur
défirée , en les rendant tout-à - fait unies & parfaitement
compactes , fans pores , pailles, vents , ni
foufflure ; enforte que les Ouvrages conftruits de
ce Plomb , font plus folides , plus beaux & neanmoins
bien moins chers que les autres faits à l'ordinaire,
parce qu'ils y employent beaucoup moins
de matiere.
L'utilité en a été fi bien connue en Angleterre,
que dans tout ce Royaume il ne s'employe plus
d'autre Plomb que celui qui eft fait & laminé au
Moulin.
Cette Machine a donné lieu à la conftruction
d'une autre plus parfaite & plus correcte , qui eſt
actuellement en France , où elle a été examinée
par l'Académie Royale des Sciences , fuivant fon
Certificat du 28. Janvier 1728. par lequel elle
rend compte des avantages confiderables que l'é-
G iiij tabliffe.
હું
2264 MERCURE DE FRANCE
1
1
tebliffe ment de cette Machine en France produ
à l'Etat & au Public.
Une Compagnie , perfuadée de tous ces avantages
, a obtenu pour Pufage de cette Machine un
Privilege exclufif du Roi , qui a été enregistré au
Parlement le 7. Septembre dernier , & en a établi
la fabrique au Fauxbourg S. Antoine , rue de Bercy
, proche le Port au Plâtre , où il y a tous les
jours un concours de Curieux & de Sçavans qui
yont en admirer la beauté.
Ce Plomb eft parfaitement égal , très - uni &
très-compacte,fans aucuns pores ni pailles ,& n'exige
que moitié d'épaiffeur pour avoir plus de
folidité que celui dont on s'eft fervi jufqu'à prefent.
Il eft beaucoup plus uni & plus poli , ainfi l'eau
n'y féjournera point , & parconfequent il fera
de p'us de durée.
Il eft beaucoup plus doux , & recevra mieux
tous les contours que l'on lui donnera , fans fe
fendre ni fe caffer , & il ne fera plus fujet à tant
de réparation.
Sa parfaite égalité fait qu'il fe peut facilement
pefer par fon toifé , ce qui leve tous les inconve
niens de fraude.
Il eft plus leger , ainfi il n'accablera pas les
Edifices fur lefquels il fera pofé, & n'obligera pas
à de fortes dépenfes de charpentes .
La grande extenfion de ces Tables exigera
très - peu de foudure dans les petits Ouvrages , on
s'en paffera entierement , & dans les grands on
n'en employera pas un cinquième.
Il eft aifé de conclure que la réduction fur la
matiere , la durée , l'épargne de foudure , celle des
réparations , feront plus des deux tiers de diminution
fur les Ouvrages de plomberies .
Il eft propre à toutes fortes d'ufages. La feule
vûë
OCTOBRE. 1730. 2265
vue de ce Plomb juftifie fenfiblement aux moins
connoiffeurs , ce qui eft ici avancé.
On en trouvera toûjours dans le Magazin de
toutes fortes de grandeurs & épaiffeurs.
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Résumé : « M. Hardion, de l'Académie des Inscriptions & Belles Lettres, fut reçu le 28. du mois dernier [...] »
En octobre 1730, M. Hardion a été accueilli à l'Académie Française pour succéder à l'Évêque d'Angers. Il a prononcé un discours de remerciement, auquel M. de Mirabaud, chancelier, a répondu au nom de l'Académie. Les deux discours ont été acclamés. À Londres, le 3 octobre, le Comité du Conseil a octroyé à M. Guillaume Wood une charte d'incorporation pour la fabrication de fer à partir du charbon de terre. Cette charte lui permet également d'emprunter les fonds nécessaires par souscription. Le Docteur Green, membre du College de Clare à Cambridge, a légué tous ses biens à ce collège. Il a imposé deux conditions : l'impression de ses œuvres posthumes et la conservation de son squelette dans la bibliothèque du collège. M. Risbrach, sculpteur renommé de Londres, travaille à la réalisation d'un mausolée pour le Chevalier Isaac Newton, ancien président de la Société Royale. Ce mausolée sera installé dans l'église de l'Abbaye de Westminster. En Angleterre, une machine innovante a été inventée pour produire des tables de plomb de grande taille et de haute qualité. Cette machine a été introduite en France et examinée par l'Académie Royale des Sciences, qui a souligné ses nombreux avantages. Une compagnie a obtenu un privilège exclusif du Roi pour exploiter cette machine, dont la fabrique est située au Faubourg Saint-Antoine, rue de Bercy. Le plomb produit est de meilleure qualité, plus durable et moins coûteux, offrant des avantages significatifs pour les travaux de plomberie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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405
p. 2265-2269
Nouvelles Broderies à la maniere de Turquie, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Porlier, connu pour les Broderies de Constantinople, toujours animé par le desir de se [...]
Mots clefs :
Broderie, Aiguille, Ouvrages, Matières, Constantinople, Turquie, Société des arts
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Broderies à la maniere de Turquie, [titre d'après la table]
Le fieur Porlier , connu pour les Broderies de
Conftantinople , toujours animé par le defir de fe
diftinguer dans cet Art , vient de donner de nouvelles
marques de fon adreffe & de la délicateffe
du gout qu'il a toûjours eu pour ces fortes d'Ouvrages
, par une piece de Broderie , qu'il a préfentée
à la Societé des Arts , de laquelle il a
l'honneur d'être Membre. L'Approbation que
cette Compagnie lui en a donnée, fait affez connoître
le mérite de fon travail , fans qu'il foit néceffaire
de s'étendre ici là- deffus . On ſe bornera
à un précis de fon Mémoire fur la Broderie , dans
lequel il en releve l'excellence par l'origine , & il
en prouve l'utilité par l'ufage ; il donne auffi une
idée des Outils & des Matieres qui fervent à ce
Travail.
, pour
Sur l'origine de la Broderie , il s'en tient à
ce qui en eft dit dans l'Exode , au fujet de
Bezeleel & Pooliab , que Dieu avoit remplis de
fageffe & appellez par un choix particulier pour
travailler aux Ouvrages du Tabernacle lequel
ils firent les Rideaux , les Voiles & les Habits
des Grands - Prêtres , de fin lin , parſemé d'une
broderie excellente & agréablement variée
pour la diftribution des couleurs ; ce que l'Ecriture
exprime parfaitement, en difant que ces deux
hommes peignoient avec l'aiguille ; ce qui marque
que la Broderie étoit non -feulement connáé
en ce temps- là , mais auffi en ufage pour relever
la beauté des autres Ouvrages de ce faint Tabernacle,
L'Auteur infere delà que fi-tôt que la Broderiea
Gy eté
2266 MERCURE DE FRANCE
été en ufage , elle a trouvé la place dans les befoins
de ceux, qui par l'adreffe de leurs doigts, l'ont miſe
au jour, & que cette même utilité s'eft perpetuée
jufqu'à nous,puifque l'on voit encore aujourd'hui,
lorfque lesSouverains deffendent à leurs Sujets l'excés
du luxe , dont la Broderie fait partie , ils la
réfervent par leurs Edits pour décorer les Tem--
ples , pour leurs pompes particulieres , & celles
des perfonnes qui compofent leurs Cours, & pour
les Etrangers qui y réfident ; il remarque auffi ce
que les Poëtes ont dit de l'excellence & de l'utilité
de la Broderie. Il n'oublie pas dans Homere ,
la Ceinture de Venus; & dans l'Eneïde, que les Coribantes
ou Prêtreffes de Cybelle , étoient vétués
d'habits brodez à l'aiguille , & qu'Acet , Prince
fauvé des flammes de Troyes , tira de fon Tréfor
pour décorer le Maufolée de fon cher fits
Pallás , deux Voiles mêlez de pourpre & d'or ,
qui lui avoient été donnez par Didon , que cette
Reine avoit richement brodés elle- même . Il n'ou--
blie pas auffique Minerve , fous la figure de Mentor
, recommande à Idomenée de porter de la
Broderie au bas de fa robbe , pour être diftingué
d'une maniere conforme à fa Dignité . Il ajoûte
que fon Difciple Telemaque remarquoit entre les
belles qualitez qui le portoit à aimer Antiope ,
fon induſtrie pour les Ouvrages de Broderies ; &
qu'enfin , felon Ovide , la Broderie eft utile aux
Dieux mêmes , qui prenoient la peine de s'y occuper
quelquefois. Comme il le remarque au fixe
Livre de fes Métamorphofes , lorfqu'il décrit Minerve
jaloufe d'Arachné , qui ofa défier cette
Déeffe dans l'execution de cet Art , ce qui la mit
fi fort en colere , qu'elle en tira la cruelle vengeance
de la changer en Araignée ; ce Poéte pour
donner une jufte idée de l'Ouvrage de cette fille ,
dit que Venus allant en Prygie avec Junon & Mi
nery e
OCTOBRE . 1730. 2267
nérve , difputer la Pomme d'Or , elle étoit parée
d'un Chef- d'oeuvre forti des mains induftrieufes
d'Arachné , beauté que le Pirceau d'Apelles eût
été en peine de rendre plus accompli. Junon avoit
La Robbe peinte avec l'aiguille ; pour Minerve ,
comme Déeffe des Arts , ne voulant rien devoir
à une Mortelle , qui d'ailleurs étoit fa Rivale en
adreffe , elle s'étoit revétuë d'un habit tiffu de fes
propres mains;remarques qui prouvent clairement
l'antiquité & l'utilité de la Broderie que l'on devroit
cultiver avec autant de foin qu'une infinité
d'autres Arts à qui l'on donne des prérogatives
qu'elle pourroit fort bien partager avec eux. M.
Porlier auroit pû dire ici quelque chofe de la Broderie
que les Sauvages de Canada font avec les
Picqants des Porcs - Epics, teints en noir , en rouge
& en jaune , plus durable que celle de Soye ,
d'or & d'argent . Memoires de l'Académie des
Sciences.
L'Auteur paffé enfuite à la defcription des Inftrumens
& des matieres qui fervent à la Broderie,
il nomme les noms des differens points de Brodérie
, après quoi fuit un court Eloge de l'Aiguille
, premier Outil du Brodeur , par le fecours
duquel la Broderie imite la Sculpture & la Peinture
; la Sculpture , en ce qu'elle donne du relief
à l'Etoffe, & la Peinture , en ce que l'Aiguille fait
revivre les nuances de Soye , de Laine , d'Or &
d'Argent & autres matieres , avec la même har-´´
monie que le Pinceau & les couleurs . Il ajoûte
une idée de l'habileté que doit avoir le Brodeur
dans les differentes operations de fon travail , qui
font entr'autres de bien connoître les qualitez des
matieres qu'il employe , de fçavoir deffiner ,
du moins d'avoir affez de gout pour juger de la
bonté des Deffeins qui lui font prefentez , &
l'effet qu'ils doivent faire dans l'execution.
Govje, Lee.
2268 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Porlier termine fon Memoire par la
Deſcription de la Broderie qu'il pratique & qui
lui eft particuliere , laquelle il a apprife en Turquie
, & qui n'étoit connue cy - devant en France
que par les differens Morceaux qui en étoient apportez
fous les noms de Toillettes , de Mouchoirs,
de Robbes , de Ceintures , &c. toutes Pieces qui
' attiroient l'admiration de ceux qui les acheptoient
& des Ouvriers en Broderie , fans que les uns ni
les autres fe foient jamais donné la peine de découvrir
de quelle façon cet Ouvrage s'executoit.
Le fieur Porlier a par fa patience & par fon ap
plication , porté à un fi grand point de perfection
cette Broderie , qu'il doit avoir lieu d'efperer
qu'on s'adreffera à lui pour executer les plus beaux
& les plus riches Ouvrages de cette efpece . Sa
demeure eft à Paris , ruë neuve S. Etienne , près
les Peres de la Doctrine Chrétienne , chez M. le
Roux , au fecond Appartement fur le devant ,
Quartier S. Marceau.
COPIE DE L'APPROBATION
de MS de la Societé des Arts. ·
Xtrait des Regifires de la Societé des Arts.
EuDimanches
>
Du Dimanche 6 Août 1735. Ce jour le fieur
Porlier, Affocié en la Claffe des Arts de gout de
ladite Societé , a prefenté à la Compagnie un
Memoire fur la Broderie & une Mantille de
Gafe d'Italie , brodée à deux envers Or &
Soyes qu'il a executé de fes mains , le Deffein
qui eft de fa compofition , eft d'un gout étranger
& bien entendu , tous les Rinceaux font en
or & àjour , dans lesquels paffent des fleurs &
feuillages dont les nuances font très vives &
aufi - bienfondues qu'elles le pourroient être dans
la Miniature la plus parfaite ; cet Ouvrage
contient tous les differens points qui fe pratiquent
OCTOBRE . 1730 . 2269
·
quent en Turquie & dans les Indes , qu'aucun
Brodeur de l'Europe n'avoit pú imiter jusqu'à
prefent ; la Compagnie a jugé que cette maniere
de broder pratiquée par te fieur Porlier , pouvoit
être utile au Public , en foi de quoi , voulant
lui donner une preuve certaine de fon habileté
en cet Art , je lui ai délivré le prefent
Certificat pour lui fervir où befoin fera. A Paris
, ce 25. Août 1730. Signé , HYNAULT ,
Secretaire de ladite Societé.
Conftantinople , toujours animé par le defir de fe
diftinguer dans cet Art , vient de donner de nouvelles
marques de fon adreffe & de la délicateffe
du gout qu'il a toûjours eu pour ces fortes d'Ouvrages
, par une piece de Broderie , qu'il a préfentée
à la Societé des Arts , de laquelle il a
l'honneur d'être Membre. L'Approbation que
cette Compagnie lui en a donnée, fait affez connoître
le mérite de fon travail , fans qu'il foit néceffaire
de s'étendre ici là- deffus . On ſe bornera
à un précis de fon Mémoire fur la Broderie , dans
lequel il en releve l'excellence par l'origine , & il
en prouve l'utilité par l'ufage ; il donne auffi une
idée des Outils & des Matieres qui fervent à ce
Travail.
, pour
Sur l'origine de la Broderie , il s'en tient à
ce qui en eft dit dans l'Exode , au fujet de
Bezeleel & Pooliab , que Dieu avoit remplis de
fageffe & appellez par un choix particulier pour
travailler aux Ouvrages du Tabernacle lequel
ils firent les Rideaux , les Voiles & les Habits
des Grands - Prêtres , de fin lin , parſemé d'une
broderie excellente & agréablement variée
pour la diftribution des couleurs ; ce que l'Ecriture
exprime parfaitement, en difant que ces deux
hommes peignoient avec l'aiguille ; ce qui marque
que la Broderie étoit non -feulement connáé
en ce temps- là , mais auffi en ufage pour relever
la beauté des autres Ouvrages de ce faint Tabernacle,
L'Auteur infere delà que fi-tôt que la Broderiea
Gy eté
2266 MERCURE DE FRANCE
été en ufage , elle a trouvé la place dans les befoins
de ceux, qui par l'adreffe de leurs doigts, l'ont miſe
au jour, & que cette même utilité s'eft perpetuée
jufqu'à nous,puifque l'on voit encore aujourd'hui,
lorfque lesSouverains deffendent à leurs Sujets l'excés
du luxe , dont la Broderie fait partie , ils la
réfervent par leurs Edits pour décorer les Tem--
ples , pour leurs pompes particulieres , & celles
des perfonnes qui compofent leurs Cours, & pour
les Etrangers qui y réfident ; il remarque auffi ce
que les Poëtes ont dit de l'excellence & de l'utilité
de la Broderie. Il n'oublie pas dans Homere ,
la Ceinture de Venus; & dans l'Eneïde, que les Coribantes
ou Prêtreffes de Cybelle , étoient vétués
d'habits brodez à l'aiguille , & qu'Acet , Prince
fauvé des flammes de Troyes , tira de fon Tréfor
pour décorer le Maufolée de fon cher fits
Pallás , deux Voiles mêlez de pourpre & d'or ,
qui lui avoient été donnez par Didon , que cette
Reine avoit richement brodés elle- même . Il n'ou--
blie pas auffique Minerve , fous la figure de Mentor
, recommande à Idomenée de porter de la
Broderie au bas de fa robbe , pour être diftingué
d'une maniere conforme à fa Dignité . Il ajoûte
que fon Difciple Telemaque remarquoit entre les
belles qualitez qui le portoit à aimer Antiope ,
fon induſtrie pour les Ouvrages de Broderies ; &
qu'enfin , felon Ovide , la Broderie eft utile aux
Dieux mêmes , qui prenoient la peine de s'y occuper
quelquefois. Comme il le remarque au fixe
Livre de fes Métamorphofes , lorfqu'il décrit Minerve
jaloufe d'Arachné , qui ofa défier cette
Déeffe dans l'execution de cet Art , ce qui la mit
fi fort en colere , qu'elle en tira la cruelle vengeance
de la changer en Araignée ; ce Poéte pour
donner une jufte idée de l'Ouvrage de cette fille ,
dit que Venus allant en Prygie avec Junon & Mi
nery e
OCTOBRE . 1730. 2267
nérve , difputer la Pomme d'Or , elle étoit parée
d'un Chef- d'oeuvre forti des mains induftrieufes
d'Arachné , beauté que le Pirceau d'Apelles eût
été en peine de rendre plus accompli. Junon avoit
La Robbe peinte avec l'aiguille ; pour Minerve ,
comme Déeffe des Arts , ne voulant rien devoir
à une Mortelle , qui d'ailleurs étoit fa Rivale en
adreffe , elle s'étoit revétuë d'un habit tiffu de fes
propres mains;remarques qui prouvent clairement
l'antiquité & l'utilité de la Broderie que l'on devroit
cultiver avec autant de foin qu'une infinité
d'autres Arts à qui l'on donne des prérogatives
qu'elle pourroit fort bien partager avec eux. M.
Porlier auroit pû dire ici quelque chofe de la Broderie
que les Sauvages de Canada font avec les
Picqants des Porcs - Epics, teints en noir , en rouge
& en jaune , plus durable que celle de Soye ,
d'or & d'argent . Memoires de l'Académie des
Sciences.
L'Auteur paffé enfuite à la defcription des Inftrumens
& des matieres qui fervent à la Broderie,
il nomme les noms des differens points de Brodérie
, après quoi fuit un court Eloge de l'Aiguille
, premier Outil du Brodeur , par le fecours
duquel la Broderie imite la Sculpture & la Peinture
; la Sculpture , en ce qu'elle donne du relief
à l'Etoffe, & la Peinture , en ce que l'Aiguille fait
revivre les nuances de Soye , de Laine , d'Or &
d'Argent & autres matieres , avec la même har-´´
monie que le Pinceau & les couleurs . Il ajoûte
une idée de l'habileté que doit avoir le Brodeur
dans les differentes operations de fon travail , qui
font entr'autres de bien connoître les qualitez des
matieres qu'il employe , de fçavoir deffiner ,
du moins d'avoir affez de gout pour juger de la
bonté des Deffeins qui lui font prefentez , &
l'effet qu'ils doivent faire dans l'execution.
Govje, Lee.
2268 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Porlier termine fon Memoire par la
Deſcription de la Broderie qu'il pratique & qui
lui eft particuliere , laquelle il a apprife en Turquie
, & qui n'étoit connue cy - devant en France
que par les differens Morceaux qui en étoient apportez
fous les noms de Toillettes , de Mouchoirs,
de Robbes , de Ceintures , &c. toutes Pieces qui
' attiroient l'admiration de ceux qui les acheptoient
& des Ouvriers en Broderie , fans que les uns ni
les autres fe foient jamais donné la peine de découvrir
de quelle façon cet Ouvrage s'executoit.
Le fieur Porlier a par fa patience & par fon ap
plication , porté à un fi grand point de perfection
cette Broderie , qu'il doit avoir lieu d'efperer
qu'on s'adreffera à lui pour executer les plus beaux
& les plus riches Ouvrages de cette efpece . Sa
demeure eft à Paris , ruë neuve S. Etienne , près
les Peres de la Doctrine Chrétienne , chez M. le
Roux , au fecond Appartement fur le devant ,
Quartier S. Marceau.
COPIE DE L'APPROBATION
de MS de la Societé des Arts. ·
Xtrait des Regifires de la Societé des Arts.
EuDimanches
>
Du Dimanche 6 Août 1735. Ce jour le fieur
Porlier, Affocié en la Claffe des Arts de gout de
ladite Societé , a prefenté à la Compagnie un
Memoire fur la Broderie & une Mantille de
Gafe d'Italie , brodée à deux envers Or &
Soyes qu'il a executé de fes mains , le Deffein
qui eft de fa compofition , eft d'un gout étranger
& bien entendu , tous les Rinceaux font en
or & àjour , dans lesquels paffent des fleurs &
feuillages dont les nuances font très vives &
aufi - bienfondues qu'elles le pourroient être dans
la Miniature la plus parfaite ; cet Ouvrage
contient tous les differens points qui fe pratiquent
OCTOBRE . 1730 . 2269
·
quent en Turquie & dans les Indes , qu'aucun
Brodeur de l'Europe n'avoit pú imiter jusqu'à
prefent ; la Compagnie a jugé que cette maniere
de broder pratiquée par te fieur Porlier , pouvoit
être utile au Public , en foi de quoi , voulant
lui donner une preuve certaine de fon habileté
en cet Art , je lui ai délivré le prefent
Certificat pour lui fervir où befoin fera. A Paris
, ce 25. Août 1730. Signé , HYNAULT ,
Secretaire de ladite Societé.
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Résumé : Nouvelles Broderies à la maniere de Turquie, [titre d'après la table]
Le sieur Porlier, connu pour ses Broderies de Constantinople, a récemment présenté une œuvre de broderie à la Société des Arts, dont il est membre. Cette pièce a été approuvée par la Société, validant ainsi la qualité et la délicatesse de son travail. Dans son mémoire sur la broderie, Porlier met en avant l'excellence et l'utilité de cet art, en s'appuyant sur des références bibliques et littéraires. Il mentionne l'origine de la broderie dans le livre de l'Exode, où Bézéléel et Pooliab, inspirés par Dieu, réalisèrent des ouvrages brodés pour le Tabernacle. Il cite également des exemples tirés de l'Iliade, de l'Énéide et des Métamorphoses d'Ovide, illustrant ainsi l'antiquité et l'importance de la broderie. Porlier décrit ensuite les outils et les matières utilisés en broderie, soulignant l'habileté nécessaire pour maîtriser cet art. Il conclut son mémoire en détaillant la technique de broderie turque qu'il a perfectionnée et qui n'était pas connue en France avant lui. Cette technique, apprise en Turquie, a été admirée pour sa complexité et sa beauté. La Société des Arts a reconnu l'utilité publique de cette technique et a délivré un certificat attestant de l'habileté de Porlier. Sa demeure est située à Paris, rue neuve S. Étienne, près des Pères de la Doctrine Chrétienne, chez M. le Roux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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406
p. 2311-2321
MODES.
Début :
Ce qui frappe le plus la vûë & ce qui marque davantage le pouvoir [...]
Mots clefs :
Modes, Mode, Dames, Couleurs, Argent, Perruque, Ruban, Cheveux, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MODES.
MODE S.
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
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407
p. 2321-2324
MODES ANCIENNES, &c.
Début :
Il ne sera peut-être pas hors de propos, après avoir parlé des nouvelles Modes, de dire quelque [...]
Mots clefs :
Modes, Perruque, Dame, Argent, Couleurs, Robes, Femmes, Cheveux, Ruban, Étoffes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MODES ANCIENNES, &c.
MODE S.
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
E qui frappe le plus la vûë & ce
C qui marque davantage le pouvoir
abtolu de la Mode , ce font,fans doute , les
Panniers d'aujourd'hui , plus grands &
plus amples que jamais , que les Dames
de la Ville & de la Province , & les femmes
de tous les Etats & jufques aux plus
petites artifanes & aux fervantes , portent
, avec autant de complaifance que
d'entêtement , depuis près de 20 ans ;
de
quoi on ne fçauroit affez s'étonner , car
n'y eut-il pour le beau fexe que le penchant
au changement & l'amour de la variété
, il femble que ces ufages n'auroient
pas dû fubfifter fi long-temps. Il femble
enfin qu'il y a bien plus à glofer fur la
bizarerie des Panniers , que fur le Vertugadin
de nos ayeules , qui a regné longtemps.
On prétend que cette mode , outrée &
hors de toute raiſon , a commencé en Allemagne
, d'où elle paffa en Angleterre ;
& que les Dames Angloifes ont porté
l'amplure des Panniers au point où nous
la voyons aujourd'hui . Ils ont plus de 3
aûnes de tour ; on les fait tenir en état
par le moyen de petites bandes de Nates ,
faites de Jonc , ou de petites Lames d'Al
cier ,
I iiij
2312 MERCURE DE FRANCE
cier ; mais plus ordinairement avec de la
Baleine ,, qui eft fort flexible , qui fe caffe
moins , & qui rend les Paniers moins pefans.
Ceux qu'on appelle à Coudes , font
plus à la mode que ceux à Guéridons ; on
les appelle à Coudes ,parce qu'ils font plus
larges par le haut & que les Coudes pofent
prefque deffus. Ils forment mieux
l'ovale que les autres.
Avant l'ufage établi des Paniers , fur
tout à l'Opera , toutes les femmes de
Théatre , qui ont ordinairement des habits
fort riches , principalement dans le
férieux , portoient une espece de Jupon ,
qui ne venoit guére qu'à mi-jambe , fait
d'une groffe toile gommée , affez large
pour donner de la grace , tenir les Jupes
en état, & faire paroître la taille. Le bruit
que faifoient ces efpeces de Paniers, pour
peu qu'on les preffa , lui firent donner le
nom de Criardes ; les plus larges n'avoient
pas deux aûnes , & hors le Théatre , il n'y
avoit que les Dames du plus grand air qui
en portaffent.
Les Paniers parurent enfuite , & ils furent
ainfi appellez , parce qu'ils étoient
faits comme une efpece de Cage ou de
Panier à mettre de la Volaille , percez à
jour , n'y ayant que des Rubans attachez
aux Cercles , fait de nates , de cordes , de
jonc, ou de baleines. Aujourd'hui le corps
du
OCTOBRE . 1730. 23 13
:
du Panier eft fait en Juppe , d'une toile
écruë en gros taffetas , fur lequel on applique
les cercles de Baleine. Quelques
Dames d'une grande modeftie , mais en
tres-petit nombre, fe font tenus aux Juppons
piquez de crin , qui ne font pas un
grand volume , & qui font un effet raifonnable.
Les Paniers ont ordinairement cinq
rangs de cercles ; ceux qu'on appelle à
l'Angloife , en ont jufqu'à 8 , & font
beaucoup plus chers . Les prix de ceux en
toile glacée ou en taffetas , font depuis
10 liv. jufqu'à 50 liv. ceux qui font ornez
de galons d'or ou d'argent , & de Broderies
fe payent autrement.
Les taffetas dont toutes les Dames s'habil
lent en Eté font de couleurs extrêmement
& extraordinairement variées , & les plus
barroques font les plus à la mode , fur
tout les grandes rayes , avec des couleurs.
tranchantes & oppolées l'une près de l'autre
; ces taffetas font la plupart glacez.Les
taffetas Aambans font auffi fort à la mode.
Ceux qu'on porte unis font toujours de
couleur de Rofe ou blanc , fur lefquels on
met des Prétintailles aux paremens des
Robes , fur les manches & aux poches ;
quelquefois on les garnis de blondes de
foye ou d'argent.
Les Robes de Toile de Coton brodées
I v de
2314 MERCURE DE FRANCE
de foye , de couleurs vives , qu'on double
de couleur de Rofe , font fort à la
mode. On met avec ces Robes des Jupons
blancs avec des franges en graine
d'épinard , dont quelques - unes ont un
pied de haut. Les femmes de qualité ,
au lieu des Robes dont on vient de parler
, en portent de Mouffeline claire &
brodée en blanc , & doublées de couleur
de Rofe , ce qui fait un effet charmant.
En hyver on porte beaucoup de velours
plein , cizelé ou gauffré , du Damas , du
Satin unis , avec des paremens en prétintaille
, de la même étoffe & découpez ; &
fur tout des Raz de Sicile , qui eſt une
fort belle étoffe. Les couleurs brunes &
aurore ont la préférence fur les autres.
La manche des Robes fe fait toujours
en pagode. Pour les habits à habiller
qu'on ne voit guére qu'aux jeunes perfonnes
& aux nouvelles mariées , il en a
paru cet Eté en étoffes de couleurs unies,
avec beaucoup de prétintailles , de la même
étoffe , découpez ; avec deux rangs de
falbala à la Jupe.
Les Mantilles font toujours fort en regne.
Il y en a de tres- riches en Ecarlates,
en Velours , en Satin, en Blonde, de toute
couleur , en or ou argent , & c . Si c'étoit
la modeftie qui eut introduit cette mode,
les Dames qui en feroient les Auteurs
feroient
OCTOBRE . 1730. 2315
feroient tres-loüables : car cet ajuſtement
ne donne nulle prife à l'efprit de convoitife
. Des gens malins ont cependant remarqué
que les perfonnes qui n'ont pas
affez d'embonpoint , n'ont pas été des
dernieres à prendre la Mantille .
Les Dames portoient l'Hyver dernier
des Manchons auffi grands que ceux des
hommes , & des Palatines de Marte ; les
Palatines d'Eté font de Blondes de foye &
argent , ornées de fleurs artificielles &
broderie. Les plus à la mode font peintes
avec quantité de papillons.
en
Les gros & amples Bouquets de fleurs
artificielles font toujours fort à la mode.
On fait de ces fleurs d'un gout nouveau
qui imitent les Tulipes de toutes couleurs,
mais plus en gris de lin , avec de l'argent
fin & faux .
Il y a des Eventails d'un prix tres-confiderable
, qu'on porte encore exceffivement
grands ; enforte qu'il y a de petites
perfonnes dont la taille n'a pas deux
fois la hauteur de l'Eventail ; ce qui doit
tenir en refpect les jeunes Cavaliers badins
& trop enjoüez .
Les Dames portent beaucoup de Bas de
fil de Coton , dont les coins font brodez
en laine de couleur. Les bas de foye font
brodez en or ou en argent . Les Bas blancs
ont mis les Souliers blancs à la mode ; on
I vj · les
2316 MERCURE DE FRANCE
les porte à demi arondis à l'Angloife , &
le talon fort gros & couvert de la même
étoffe. On porte également des Mules
arondies. Les Souliers longs & pointus ,
avec la piece renverfée fur la boucle , ne
font prefque plus à la mode.
Il n'y a prefque pas eu de chagement
'dans la coëffure des Dames depuis ce que
nous en avons dit l'année derniere. Elles
portent toujours de petites Garnitures
de blonde , ornées de fleurs qui imitent
le naturel , & d'autres fleurs en broderie
qu'on applique fur la coëffure. Il y a auffi
des Garnitures de blonde d'argent fur lefquelles
on applique également des fleurs
brodées. Ces coëffures fe portent un peu
plus hautes , avec une groffe frifure qu'on
appelle Boucles à la Medicis ; la pointe
des cheveux fur le front , relevée en croiffant.
La Dorlote eft une nouvelle coëffure à
deux pieces qu'on porte en negligé ; elle
eft arrondie par le bas , & la dantelle
pliffe autour.
On porte depuis peu des aigrettes de
pierres fauffes , de diverfes couleurs , qui
parent beaucoup , & qui ont un air fort
galant , fans être d'un grand prix . Les
rubans qu'on porte dans les coëffures font
un peu plus larges , toujours auffi legers
& qui coûtent peu , le plus fouvent rayés.
OCTOBRE . 1730. 2317
11 y en a un nouveau de deux couleurs
qu'on appelle le Boiteux , qui eft fort à
la mode.
En parlant des modes , nous n'avons
encore rien dit du blanc & du rouge que
les Dames employent aujourd'hui pour
relever l'éclat de leur beauté. Cet article
eft délicat ; & puifque c'eft aparemment
dans l'intention de plaire , on ne doit pas
les blâmer , & nous fommes bien éloignés
de vouloir defaprouver ce que le beau
fexe met en ufage pour augmenter ce
qu'il a d'agrémens naturels. Mais nous ne
diffimulerons point que le beau naturel ,
non-feulement n'y gagne rien , mais
qu'il y perd infiniment , quand on veut
trop faire valoir des charmes empruntés
par un art outre qui en éloigne toujours
les graces , & ce je ne fçai quoi de fimple
& de naïf qui fait aimer & refpecter les.
Dames.
Oferoit- on hazarder encore une reflexion
fur leur parure & fur les ajuſtemers
recherchés d'une maniere outrée & fouvent
bizarre , avec lefquels les femmes
prétendent plaire & fignaler leur gout ?
on ofe dire qu'elles entendent mal leurs
interêts ; les coeurs bien faits ne feront
jamais bien fenfibles pour des attraits ,
fi on peut le dire , de fi mauvais aloi , où
le fimple , le noble & le gracieux de la
nature
2318 MERCURE DE FRANCE
pounature
font negligés , & quelquefois directement
choqués. Par exemple , bien
des gens qui ont fçû fe garantir du
voir tirannique de la mode , trouvent que
les femmes ne font point fi aimables
aujourd'hui avec leurs petits diminutifs
de cornettes & leurs frifures en
bichon , qu'elles l'étoient lors qu'elles
avoient toute leur chevelure , & qu'on
voyoit ces belles treffes de cheveux ingénieufement
retrouffées & ces belles
boucles tombant négligemment à côté
des joues ou fur les épaules , accommodées
à l'air du vifage , & voltiger fur
une belle carnation .
L'Eftampe en taille douce ci-jointe ,
compofée , deffinée & gravée avec foin ,
pourra donner une idée agréable des divers
ajuſtemens aujourd'hui à la mode.
›
}
La D¹´e Peromet , Coëffeufe , qui demeuroit
rue de la Harpe , continue avec fuccés à faire
des tours des chignons , des tempes pour les
Dames. Elle les fait d'une façon nouvelle & trésaifée
pour fe coeffer , imitant très bien le naturel
. Elle demeure toujours dans la Cour Abbatialle
de S. Germain des Prez , ruë de Furftemberg
, à Paris.
La mode n'a rien changé aux habits
des hommes depuis nos dernieres remarques,
On continue à porter les chapeaux
affez
OCTOBRE. 1730. 2319
affez petits , fort retrouffés , & prefque
jamais fur la tête. Les jeunes gens les ont
bordés d'un Point d'Espagne ou d'un
galon moyennement large , en or ou en
argent. Quelques- uns les portent unis
avec un plumet de la couleur de l'habit ,
fans broderie ni galon .
9
Les Perruques quarrées longues ne font
prefque plus à la mode , même chez les
Magiftrats qui les portent beaucoup pluscourtes
. Les Perruques crêpées ne le ſont
plus du tout. Les Peruquiers ont beaucoup
rafiné depuis quelque tems dans
l'art d'imiter les cheveux naturels , & en
effet , on les imite fi bien aujourd'hui
qu'il eft impoffible de n'y être pas trom
pé , même en y regardant de très prés
à moins d'y mettre la main , fur-tout
quand on veut s'affujetir à porter un toupet
de fes propres cheveux fur le haut du
front , qu'on retrouffe avec un peigne ,
& qu'on mêle avec ceux de la Perruque.
La poudre dont on ufe à l'excès , qu'on
appelle poudre à graine d'épinard , fert
encore à cacher l'artifice.
9'
Les Perruques naturelles en bourſe ou
en queue font les plus generalement à lạ
mode , principalement chez les jeunes
gens ; elles imitent fort bien le naturel ,
& coutent fort peu ; mais pour celles de
cette eſpece qui laiffent voir les oreilles
à
2320 MERCURE DE FRANCE
à découvert , & qu'on appelle à oreilles
de chien barbet , on peut dire qu'elles
font affez ridicules .
Les Perruques à l'Espagnole ne font
plus guere à la mode ; on les porte moins
longues , & on les appelle des Bonnets ;
en été tout le monde en porte , les uns
plus longs , les autres plus courts.
Les Perruques noüées à la Cavaliere
fe foutiennent encore chez les perſonnes
graves , & qui ne fe piquent pas de jeuneffe.
Il y a des Perruques de chaffe qu'on
appelle Bichons ; elles font un peu plus
longues que les Pérruques d'Abbé , nouées
par derriere avec un ruban , & termi- -
nées par une boucle .
Il y a des Perruques brizées , qu'on appelle
de trois pieces , que quelques per-
Tonnes qui ont leurs cheveux portent
par- deffus dans la grande gelée , pour fe
garantir du froid à la tête . On s'en fert
plus ordinairement dans le Cabinet pour
cacher les papillotes.
Les Bourfes qu'on met aux Perruques
fe portent fort larges & fort hautes , &
paroiffent attachées prefque à la racine
des cheveux , enforte qu'une partie du
col eſt à découvert. On place au haut de
la bourſe fur le froncis un gros noeud de
ruban gommés un large ruban entoure
le col, & vient fe terminer fous le menton,
OCTOBRE . 1730. 2321
ton
qu'on noue ou qu'on agrafe , ce
qui fait à
peu de chofe près le même
effet que les noeuds de ruban qu'on portoit
à la cravate il y a 35 ou 40. ans ; &
il y a tout lieu de préfumer que la mode
en reviendra , fi on reprend l'ufage des
cravates , car on n'en porte prefque plus.
On porte des cols de mouffeline qu'on
attache ou qu'on agrafe par derriere ; &
comme les hommes ne boutonnent prefque
plus leur vefte ni leur jufte-au - corps,
le jabot de la chemife fert comme de
cravate .
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Résumé : MODES ANCIENNES, &c.
Dans les années 1730, la mode féminine est marquée par l'usage des paniers, des structures portées sous les jupons pour élargir la silhouette. Ces paniers, d'une ampleur inédite, sont adoptés depuis près de 20 ans par les femmes de tous milieux sociaux. Fabriqués avec des cercles de baleine, plus flexibles et légers que les matériaux précédents, les paniers à coudes, plus larges par le haut, sont particulièrement en vogue. Avant l'usage des paniers, les femmes de théâtre utilisaient des jupons appelés 'criardes' pour maintenir leurs jupons en place. Les paniers actuels sont faits de toile ou de taffetas et ornés de rubans et de cercles de baleine. Les prix varient selon les matériaux et les ornements. Les taffetas d'été sont de couleurs variées et baroques, souvent glacés. Les robes de coton brodées et doublées de rose sont à la mode, ainsi que les mantilles, accessoires modestes mais pratiques. Les coiffures restent simples, avec des garnitures de blonde et des fleurs imitant le naturel. Les éventails sont très grands, et les bas sont souvent brodés. Les souliers sont blancs, demi-arondis à l'anglaise, avec un talon épais. Pour les hommes, les chapeaux sont petits et retroussés, souvent bordés de galon ou de point d'Espagne. Les perruques imitant les cheveux naturels sont en vogue, notamment les perruques en bourse ou en queue. Les perruques à l'espagnole sont moins populaires, et les perruques bichons sont portées pour se protéger du froid. Les boursettes sont larges et hautes, attachées près des cheveux. Les cols de mouffeline remplacent les cravates, et les jabots de chemise servent de cravate.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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408
p. 2834-2835
AUTRE.
Début :
Maître Perrin, gausseur habile, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE .
MAître Perrin , gauffeur habile ;
Demandoit à certain Bâtier ,
Combien pouvoit par an lui valoir fon Métier ,
Si les afnes, Monfieur, qui marchent dans la Ville,
II. Vol. Etoient
DECEMBRE . 1730. 2835
Etoient , lui dit- il , tous bâtez ,
J'aurois mainte & mainte pratique ,
Et les écus chez nous pleuvant de tous côtez
Je fermerois bien-tôt boutique..
Par la même.
MAître Perrin , gauffeur habile ;
Demandoit à certain Bâtier ,
Combien pouvoit par an lui valoir fon Métier ,
Si les afnes, Monfieur, qui marchent dans la Ville,
II. Vol. Etoient
DECEMBRE . 1730. 2835
Etoient , lui dit- il , tous bâtez ,
J'aurois mainte & mainte pratique ,
Et les écus chez nous pleuvant de tous côtez
Je fermerois bien-tôt boutique..
Par la même.
Fermer
409
p. 97
DEUXIÈME LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis un breuvage connu, [...]
Mots clefs :
Cidre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEUXIÈME LOGOGRYPHE.
DEUXIE ME LOGOGRYPHE.
J E suis un breuvage conmu
Mais , qui n'est point par tout egalement couru ;
Une Lettre de moins , je change de substance ,
Et suis divers en forme , aussi bien qu'en cou
1
leur ,
Mais
, si d'un
Element
j'éprouve
la rigueur
C'en est fait de ma consistance :
Si dans cet état actuel ,
Vous abbatez mon chef , je suis péché mortel ;
Qu'autre tête me soit donnée ,
Mon propre est d'expliquer , quand on veut la
pensée.
Arrangez-moi d'un autre sens ,
Je suis la marque des vieux ans.
Choisissez sur mon tout deux membres à ras
battre ,
Je serai piéce de Théatre.
A la Fere , le 16 Aoust 1730,-
D ...
J E suis un breuvage conmu
Mais , qui n'est point par tout egalement couru ;
Une Lettre de moins , je change de substance ,
Et suis divers en forme , aussi bien qu'en cou
1
leur ,
Mais
, si d'un
Element
j'éprouve
la rigueur
C'en est fait de ma consistance :
Si dans cet état actuel ,
Vous abbatez mon chef , je suis péché mortel ;
Qu'autre tête me soit donnée ,
Mon propre est d'expliquer , quand on veut la
pensée.
Arrangez-moi d'un autre sens ,
Je suis la marque des vieux ans.
Choisissez sur mon tout deux membres à ras
battre ,
Je serai piéce de Théatre.
A la Fere , le 16 Aoust 1730,-
D ...
Fermer
410
p. 271-282
LETTRE de M. le Beuf, Capitaine de Milice Bourgeoise de la Ville de Joigny, écrite aux Auteurs du mercure sur la bonté des vins de Joigny.
Début :
Ce n'est pas la premiere fois, Messieurs, que le mérite des vins Bourguignons [...]
Mots clefs :
Joigny, Vins, Bourguignons, Libéralité, Vignobles d'Auxerre, Vignerons, Causes physiques, Vignes, Soleil levant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le Beuf, Capitaine de Milice Bourgeoise de la Ville de Joigny, écrite aux Auteurs du mercure sur la bonté des vins de Joigny.
LETTRE de M. le Beuf, Capitaine
de Milice Bourgeoise de la Ville de Joiécrite
aux Auteurs du Mercure sur
gny ,
la bonté des vins de Joigny.
E n'est pas la premiere fois , Mes-
Csieurs ,que le mérite des vins Bourguignons
a occupé votre Journal. On a
lu avec plaisir ce qui parut sur ce sujet
dans les Mercures de Novembre et Decembre
1723. et dans celui de Septembre
1724. on y vit célebrer les vins d'Auxerre
avec tous les ornemens Historiques et
Poëtiques dont on pût s'aviser. L'Auteur
de ces éloges se laissa peut-être un peu
trop prévenir par l'amour de la Pattie ;
dequoi cet amour n'est-il pas capable ?
Pour nous , Messieurs , en vous priant
de rendre public ce que nous prenons la
liberté de vous écrire sur la bonté de nos
vins , nous n'employerons point tant
d'emphase , nous ne prodiguerons pas
l'érudition.
Ornari res ipsa , negat contenta deceri, Hor,'
Notre principal but est de publier
notre reconnoissance envers le Ciel , qui
nous
272 MERCURE DE FRANCE .
nous a donné cette derniere année une
vendange des plus abondantes ; et quelle
vendange encore ! des vins d'une excellente
qualité , des vins qui , pour parler
le langage du Pays , ont eu le bouquet
sur tous les vins des environs , ensorte
que
ceux d'Auxerre même si vantés , comme
on l'a dit , n'en approchent pas ; aussi
Le débit en est si grand , et il s'en fait un
tel transport , qu'à peine en restera - t'il
pour la boisson de nos Habitans.
C'est cette liberalité du Ciel qui m'a
engagé à mettre sur le papier quelques
Remarques que j'ai faites au sujet de la
qualité de nos vins , qui ordinairement
Re cedent en rien à ceux de nos voisins ,
et peuvent aller de pair avec les meilleurs
d'Auxerre , soit qu'on en regarde la force
ou la vigueur , ce qu'on appelle communément
vin , soit qu'on en considere la délicatesse
, étant bons , délicieux , et mousseux
, sans être sujets à tirer sur la graisse,
toutes qualités inséparables d'un vin parfait
, et qui ne se trouvent pas toujours
rassemblées dans les meilleurs vins. Une
autre vertu particuliere aux nôtres , c'est
de pouvoir se marier avec toute sorte de
vins , en les augmentant en force et en
bonté ; en un mot , notre vin est le veritable
vinum generosim et lene de Pline ; on
ne peut pas mieux ni plus brièvement
en
FEVRIER. 1731. 273
en exprimer le mérite et la qualité . Il est
du goût de tout le monde , et nos Emules
même lui ont rendu justice , et l'ont
exalté plus d'une fois .
Par cette expression j'entens , Messieurs
, particulierement les Citoyens
d'Auxerre ; les vignobles de cette Ville
et ceux de Joigny se ressemblent en
plusieurs manieres ; aussi produisent- ils
les uns et les autres de bons et d'excellens
vins . Cette ressemblance et cette production
ont donné lieu à de fréquens paris
entre des personnes de l'une et de l'autre
Ville, et plus d'une fois des Arbitres
désinteressés et sinceres ont adjugé le prix
aux vins de Joigny.
و
le
nom
C'est dommage que Pline qui a
parlé de tant de choses , en donnant ,
comme on vient de l'observer ,
de generosum &c. à un vin parfait , n'ait
pas ajouté que cette grande qualité est capable
d'influer sur la géneration ; j'aurois
par là une autorité pour alleguer ici
notre Proverbe , qui dit que le bon vin
fait faire des Enfans mâles ; je vous prie
cependant de me le passer ,
cela pourra
réjouir les Lecteurs. Si nous manquons
d'autorité , nous avons pour nous l'experience
, qui confirme par son suffrage la
superiorité de nos vins. Nous avons en
effet à Joigny la moitié plus de garçons
Ꭰ
que
274 MERCURE DE FRANCE.
que de filles , et toutes proportions gasdées
, on y compte plus d'Enfans mâles
que dans toute autre Ville de la Province.
Mais revenons à mes Remarques qui
doivent établir les causes Physiques de la
bonté de nos vins.
Le terroir de nos vignes est extrémement
leger , et le sol si délicat , que les
seps ne peuvent supporter la perche, comme
aux autres endroits où la terre est
plus grasse et plus compacte , aussi nos
seps ne se plaisent pas à être disposés en
treille , comme aux vignobles d'Auxerre,
où l'on voit les seps s'étendre de la longueur
d'une toise ; ici chaque sep est
attaché à son échalas , et s'il s'étend , ce
n'est jamais au delà de deux ou trois piés
de sa souche . Ce terrain leger et délicat
au reste , tel que celui de nos vignes , est
le même que Virgile conseille de choisir
pour cette plante .
>
Nunc quoquamque modo possis cognoscere
dicam .
Rara sit , an supra morem si densa requiras :
( Altera frumentis quoniam favet , altera Baccho
;
Densa magis Cereri , rarissimaquaque Lyao . ')
Georg. II.
Il ne faut pas être Vigneron pour convenir
de l'avantage que le fruit d'une vigne
FEVRIER. 1731 275
1
conségne
taillée comme les nôtres à 3. à 4.
piés de terre, a sur le raisin d'une treille ;
le premier meurit sans doute mieux , et
est incomparablement plus doux que
l'autre ; le premier , si cela se peut dire ,
est plus delié , plus leger , et
et par
quent le meilleur. A la verité , nos Vignes
ne sont pas si abondantes qu'ailleurs
dans des terres basses où le bled croîtroit
beaucoup mieux que sur nos côtes extrê
mement élevées ; mais si nos seps en sont
plus courts , les raisins , comme je l'ai
déja dit , en sont plus délicats et plus
doux , les grains en étant moins gros et
moins serrés.
Enfin l'experience apprend que de deux
arbres , l'un extrémement chargé de fruit,
l'autre n'en portant que médiocrement" ,
le fruit de celui- ci se trouve toujours le
meilleur ; l'application est aisée à faire.
Je ne dois pas oublier ici , à l'avantage
de nos vignes , que ce n'est pas le fumier
qui les rend fécondes ; nous ne suivons
point en cela l'exemple de nos voisins
n'ignorant pas que ce secours utile d'un
côté , est pernicieux de l'autre , en ôtant
au vin sa principale vertu , je veux dire
sa qualité. Nous ne fumons que certaines
vignes en certains cantons , dont le vin
est destiné aux Ouvriers et aux Domestiques
; nous nous souvenons trop bien
Dij du
276 MERCURE DE FRANCE .
du fatal exemple des Vignobles de Sillery
: les Proprietaires charmés de la bonté
, de la réputation et du débit de leurs
vins , voulurent , pour ainsi dire , forcer
la nature à augmenter ses dons ; le fumier
leur parut propre à produire cet effet ,
mais l'issue en fut triste , cet excellent
vin a si fort degeneré depuis , qu'il ne
peut plus être comparé avec les bons de
la même Paroisse .
: nous
L
Un autre avantage , qui ne peut
être contesté c'est l'heureuse
exposition des Vignobles de Joigny qui
regardent tous le Soleil Levant ou le Midi
, ce qu'on ne peut pas dire de tous
ceux d'Auxerre. Cette exposition jointe à
la bonté et à l'Analogie du fonds , ne peut
que produire d'excellens vins . En un mot,
les vignes aiment particulierement le
grand Soleil et les hauteurs , le grand
Maître que j'ai déja cité l'a expressément
dit.
•
Denique apertos
Bacchus amat colles &c.
Et un excellent Poëte moderne , * dont
les Géorgiques approchent fort de l'Ouvrage
de Virgile , le confirme en ces termes
:
* Jacobi Vanierii , è Societate Jesu , Prædium
Rusticum L. VII , et VIII.
Optima
FEVRIER.
1731. 277
Optima jejuni colles , largissima campi ·
Vina dabunt .. ·
·
Tu selige collem
Vitis ubi tepidos spectet generosior Austros.
Et ailleurs.
•
Vinum fert nobile collis ad Austros
Editus , invalidum dant aquora plana liquo¬
rem.
Ce grand Poëte s'étoit auparavant expliqué
sur la nature du terroir qui convient
le mieux à la vigne , et son choix ,
conforme à celui de Virgile , confirme ce
que j'ai dit sur la bonté de notre fonds."
Qua levis est tellus , Austrisque obverſa ,
nec ullo ,
Si liceat , lacerum pectus violata ligone ,
Optimus ille ager est ;
Il confirme aussi ce que j'ai observé
de la maniere d'élever nos vignes , dont
les seps ne s'étendent point trop &c.
Melior de vite jugatâ ,
Quò propriore solo fruitur , vindemia pendet.
Caudice qua brevior , terra vicina reflexi ,
Auxilio folis feliciùs excoquit uvas .
Il faut avouer ici que la Providence
nous a bien favorisés , en nous environ
Diij nant
278. MERCURE DE FRANCE .
nant de collines , dont la hauteur et l'exposition
nous répondent de la bonté et
de la fecondité de nos vignobles. Quel
ques unes de ces collines , ou plutôt de
ces heureuses montagnes , sont si roides
et si escarpées , que lors de la vendange
les charois n'y peuvent arriver qu'en farsant
de longs circuits ; au lieu que la plus
élevée colline d'Auxerre , qui n'a pas à
beaucoup près cette pente , est traversée
par le grand chemin dans toute sa largeur.
C'est cependant là que sont situées
ces côtes de Migraine et de Clerion , st
vantées dans le Mercure. A notre égard,
c'est tout le contraire , le plus haut de
nos collines est occupé par les Vignobles
qui s'en trouvent bien mieux , et
les grands chemins sont au pied des collines
.
On ne peut , au reste , passer par là
sans admirer la situation merveilleuse de
ces Vignobles , qui continuent l'espace
de deux grandes lieuës ; on diroit qu'on
en a affecté l'alignement avec beaucoup
d'art , et on a peine à comprendre comment
le Vigneron peut grimper et tiavailler
sur des lieux ainsi situés .
que Je vous ai déja dit , Messieurs ,
l'érudition ne sera pas prodiguée dans cet
Ecrit , ainsi je me dispense de vous dire
que l'origine des Vignes de Joigny est
aussi
FEVRIER. 1731. 279
aussi ancienne que le retour des Gaulois
du pillage de Clusium , en Italie , nous
avons autant de droit de le prétendre que
Mrs d'Auxerre. Nos Emules n'ont rien pû
dire de l'ancienneté de leurs vignobles
que nous ne puissions nous attribuer
nous sommes , en effet , trop voisins pour
que nos Ancêtres n'ayent pas bû leur
bonne part du vin qu'Arunte fit passer
dans les Gaules pour se venger de sa Patrie
, afin d'en attirer les Colons ; ce Peuple
passa bientôt les Alpes , amorcé par
cette précieuse liqueur.. >
Il est , dis-je , fort croyable que nos
Ancêtres et les Sénonois eurent leur part
de ce vin et des dépouüilles de Clusiums
mais aussi est- il à présumer qu'ils partagerent
quelque tems après l'infortune qui
leur arriva , lorsque les Sénonois furent.
taillés en pieces , selon les Historiens.
Je pourrois encore adopter ici en faveur
de nos vins la prétendue étimologie
de Migraine
, nom d'une côte celebre
près d'Auxerre ; le Panegyriste des vins
Auxerrois l'a tiré de Mithra , nom que
les Perses ont donné au Soleil , lequel ,
dit-il , a passé chez les Latins , et par leur
moyen chez les Gaulois &c. nom enfin
qui après bien des variations et des métamorphoses,
a composé celui deMidrana,
puis Migrana et Migraine.
D iiij
Er
280 MERCURE DE FRANCE
En admettant cette étimologie , c'est
encore un sujet d'éloge pour nos meilleurs
vins ; car nous avons aussi nos Migraines,
c'est-à- dire , des côtes qui portent ce même
nom , dérivé , selon le Panegyriste
d'Auxerre , du nom Oriental de l'Astre ,
dont les vignobles en question reçoivent
tous les jours de si benignes influances.
.
Mais en laissant cette conjecture étimologique
et autres semblables , alleguées
dans le Mercure par nos Emules , en fa-.
veur de leurs vins , pour ce qu'elles peuvent
valoir , je ne puis m'empêcher d'en
proposer ici une qui me paroît d'autant
plus vrai semblable qu'elle est plus simple.
Oui , Messieurs , je suis persuadé avecplusieurs
bons esprits que notre Canton
de Balerne dont les vins sont si exquis ,
tire son nom original de Falerne , Mon- .
tagne , comme tout le monde sçait , de la
Campanie , près de Pouzol , à 2. lieues de
Naples , renommée par ses excellens vins,
dont Pline a parlé , et que les meilleurs
Poëtes Latins ont celébrés . Je suis , dis- .
* Le Canton de Baierne est près la Seigneurie
de Looze , où est un Village de méme nom
et un Château de distinction qui appartientavec
la Seigneurie à Madame de Vaiange , Dame
aussi illustre par sa naissance que par son
esprit et par son inclination pour les Belles-
Lettres.
je ,
FEVRIER. 1731. 281
je , persuadé que d'abord , par raison de
convenance , on a nommé ce Canton ou
cette côte une autre Falerne , nom dont
le changement d'une seule lettre a depuis
fait celui de Balerne , qu'on lui donne
aujourd'hui ; on a cent exemples de pareils
changemens
.
na-
Quoiqu'il en soit , je ne crois pas ,
qu'après les observations toutes
turelles que je viens de faire , M" d'Auxerre
soyent fondés à nous rien contester
sur la qualité et sur l'excellence de
nos vins , qui n'ont jamais été inférieurs
aux leurs , et qui souvent les ont surpassés
; nous pourrons leur ceder en autre
chose , quand la raison et la justice
le demanderont : nous n'avons pas trouvé
mauvais qu'ils ayent fait imprimer dans
un Mercure l'avantage prétendu que
leurs joueurs de longue paume remporterent
, selon eux , sur les nôtres , il y a
quelque tems , quoique le narré soit un
peu hyperbolique . Une seule chose auroit
pû nous déplaire ( mais nous l'avons méprisée
comme elle a choqué quantité
d'honnêtes gens , qui en lisant le Couplet
qui termine le Narré dont je viens de
parler , ont été surpris que le bon vin
d'Auxerre n'ait pû produire parmi tant
de gens qui se mêlent de rimer dans cette
Ville , qu'un miserable rapsodie , un vrai
D v Pont
1
282 MERCURE DE FRANCE
Pont-Neuf, je vous en laisse les Juges.
Je ne sçai si , toute rancune à part , on
ne pourroit pas risposter presque sur les
mêmes rimes et sur le même Air des Folies
d'Espagne ou des Folies d'Auxerre , le
Couplet que voici :
Chers Auxerrois, si vous voulez m'en croire
Contre Joigny ne lancez plus vos traits ;
Occupez-vous du noble soin de boire ,
Ou rimez mieux , ou ne rimez jamais.
Je suis , &c.
A Joigny , le 15. Janvier 173 .
de Milice Bourgeoise de la Ville de Joiécrite
aux Auteurs du Mercure sur
gny ,
la bonté des vins de Joigny.
E n'est pas la premiere fois , Mes-
Csieurs ,que le mérite des vins Bourguignons
a occupé votre Journal. On a
lu avec plaisir ce qui parut sur ce sujet
dans les Mercures de Novembre et Decembre
1723. et dans celui de Septembre
1724. on y vit célebrer les vins d'Auxerre
avec tous les ornemens Historiques et
Poëtiques dont on pût s'aviser. L'Auteur
de ces éloges se laissa peut-être un peu
trop prévenir par l'amour de la Pattie ;
dequoi cet amour n'est-il pas capable ?
Pour nous , Messieurs , en vous priant
de rendre public ce que nous prenons la
liberté de vous écrire sur la bonté de nos
vins , nous n'employerons point tant
d'emphase , nous ne prodiguerons pas
l'érudition.
Ornari res ipsa , negat contenta deceri, Hor,'
Notre principal but est de publier
notre reconnoissance envers le Ciel , qui
nous
272 MERCURE DE FRANCE .
nous a donné cette derniere année une
vendange des plus abondantes ; et quelle
vendange encore ! des vins d'une excellente
qualité , des vins qui , pour parler
le langage du Pays , ont eu le bouquet
sur tous les vins des environs , ensorte
que
ceux d'Auxerre même si vantés , comme
on l'a dit , n'en approchent pas ; aussi
Le débit en est si grand , et il s'en fait un
tel transport , qu'à peine en restera - t'il
pour la boisson de nos Habitans.
C'est cette liberalité du Ciel qui m'a
engagé à mettre sur le papier quelques
Remarques que j'ai faites au sujet de la
qualité de nos vins , qui ordinairement
Re cedent en rien à ceux de nos voisins ,
et peuvent aller de pair avec les meilleurs
d'Auxerre , soit qu'on en regarde la force
ou la vigueur , ce qu'on appelle communément
vin , soit qu'on en considere la délicatesse
, étant bons , délicieux , et mousseux
, sans être sujets à tirer sur la graisse,
toutes qualités inséparables d'un vin parfait
, et qui ne se trouvent pas toujours
rassemblées dans les meilleurs vins. Une
autre vertu particuliere aux nôtres , c'est
de pouvoir se marier avec toute sorte de
vins , en les augmentant en force et en
bonté ; en un mot , notre vin est le veritable
vinum generosim et lene de Pline ; on
ne peut pas mieux ni plus brièvement
en
FEVRIER. 1731. 273
en exprimer le mérite et la qualité . Il est
du goût de tout le monde , et nos Emules
même lui ont rendu justice , et l'ont
exalté plus d'une fois .
Par cette expression j'entens , Messieurs
, particulierement les Citoyens
d'Auxerre ; les vignobles de cette Ville
et ceux de Joigny se ressemblent en
plusieurs manieres ; aussi produisent- ils
les uns et les autres de bons et d'excellens
vins . Cette ressemblance et cette production
ont donné lieu à de fréquens paris
entre des personnes de l'une et de l'autre
Ville, et plus d'une fois des Arbitres
désinteressés et sinceres ont adjugé le prix
aux vins de Joigny.
و
le
nom
C'est dommage que Pline qui a
parlé de tant de choses , en donnant ,
comme on vient de l'observer ,
de generosum &c. à un vin parfait , n'ait
pas ajouté que cette grande qualité est capable
d'influer sur la géneration ; j'aurois
par là une autorité pour alleguer ici
notre Proverbe , qui dit que le bon vin
fait faire des Enfans mâles ; je vous prie
cependant de me le passer ,
cela pourra
réjouir les Lecteurs. Si nous manquons
d'autorité , nous avons pour nous l'experience
, qui confirme par son suffrage la
superiorité de nos vins. Nous avons en
effet à Joigny la moitié plus de garçons
Ꭰ
que
274 MERCURE DE FRANCE.
que de filles , et toutes proportions gasdées
, on y compte plus d'Enfans mâles
que dans toute autre Ville de la Province.
Mais revenons à mes Remarques qui
doivent établir les causes Physiques de la
bonté de nos vins.
Le terroir de nos vignes est extrémement
leger , et le sol si délicat , que les
seps ne peuvent supporter la perche, comme
aux autres endroits où la terre est
plus grasse et plus compacte , aussi nos
seps ne se plaisent pas à être disposés en
treille , comme aux vignobles d'Auxerre,
où l'on voit les seps s'étendre de la longueur
d'une toise ; ici chaque sep est
attaché à son échalas , et s'il s'étend , ce
n'est jamais au delà de deux ou trois piés
de sa souche . Ce terrain leger et délicat
au reste , tel que celui de nos vignes , est
le même que Virgile conseille de choisir
pour cette plante .
>
Nunc quoquamque modo possis cognoscere
dicam .
Rara sit , an supra morem si densa requiras :
( Altera frumentis quoniam favet , altera Baccho
;
Densa magis Cereri , rarissimaquaque Lyao . ')
Georg. II.
Il ne faut pas être Vigneron pour convenir
de l'avantage que le fruit d'une vigne
FEVRIER. 1731 275
1
conségne
taillée comme les nôtres à 3. à 4.
piés de terre, a sur le raisin d'une treille ;
le premier meurit sans doute mieux , et
est incomparablement plus doux que
l'autre ; le premier , si cela se peut dire ,
est plus delié , plus leger , et
et par
quent le meilleur. A la verité , nos Vignes
ne sont pas si abondantes qu'ailleurs
dans des terres basses où le bled croîtroit
beaucoup mieux que sur nos côtes extrê
mement élevées ; mais si nos seps en sont
plus courts , les raisins , comme je l'ai
déja dit , en sont plus délicats et plus
doux , les grains en étant moins gros et
moins serrés.
Enfin l'experience apprend que de deux
arbres , l'un extrémement chargé de fruit,
l'autre n'en portant que médiocrement" ,
le fruit de celui- ci se trouve toujours le
meilleur ; l'application est aisée à faire.
Je ne dois pas oublier ici , à l'avantage
de nos vignes , que ce n'est pas le fumier
qui les rend fécondes ; nous ne suivons
point en cela l'exemple de nos voisins
n'ignorant pas que ce secours utile d'un
côté , est pernicieux de l'autre , en ôtant
au vin sa principale vertu , je veux dire
sa qualité. Nous ne fumons que certaines
vignes en certains cantons , dont le vin
est destiné aux Ouvriers et aux Domestiques
; nous nous souvenons trop bien
Dij du
276 MERCURE DE FRANCE .
du fatal exemple des Vignobles de Sillery
: les Proprietaires charmés de la bonté
, de la réputation et du débit de leurs
vins , voulurent , pour ainsi dire , forcer
la nature à augmenter ses dons ; le fumier
leur parut propre à produire cet effet ,
mais l'issue en fut triste , cet excellent
vin a si fort degeneré depuis , qu'il ne
peut plus être comparé avec les bons de
la même Paroisse .
: nous
L
Un autre avantage , qui ne peut
être contesté c'est l'heureuse
exposition des Vignobles de Joigny qui
regardent tous le Soleil Levant ou le Midi
, ce qu'on ne peut pas dire de tous
ceux d'Auxerre. Cette exposition jointe à
la bonté et à l'Analogie du fonds , ne peut
que produire d'excellens vins . En un mot,
les vignes aiment particulierement le
grand Soleil et les hauteurs , le grand
Maître que j'ai déja cité l'a expressément
dit.
•
Denique apertos
Bacchus amat colles &c.
Et un excellent Poëte moderne , * dont
les Géorgiques approchent fort de l'Ouvrage
de Virgile , le confirme en ces termes
:
* Jacobi Vanierii , è Societate Jesu , Prædium
Rusticum L. VII , et VIII.
Optima
FEVRIER.
1731. 277
Optima jejuni colles , largissima campi ·
Vina dabunt .. ·
·
Tu selige collem
Vitis ubi tepidos spectet generosior Austros.
Et ailleurs.
•
Vinum fert nobile collis ad Austros
Editus , invalidum dant aquora plana liquo¬
rem.
Ce grand Poëte s'étoit auparavant expliqué
sur la nature du terroir qui convient
le mieux à la vigne , et son choix ,
conforme à celui de Virgile , confirme ce
que j'ai dit sur la bonté de notre fonds."
Qua levis est tellus , Austrisque obverſa ,
nec ullo ,
Si liceat , lacerum pectus violata ligone ,
Optimus ille ager est ;
Il confirme aussi ce que j'ai observé
de la maniere d'élever nos vignes , dont
les seps ne s'étendent point trop &c.
Melior de vite jugatâ ,
Quò propriore solo fruitur , vindemia pendet.
Caudice qua brevior , terra vicina reflexi ,
Auxilio folis feliciùs excoquit uvas .
Il faut avouer ici que la Providence
nous a bien favorisés , en nous environ
Diij nant
278. MERCURE DE FRANCE .
nant de collines , dont la hauteur et l'exposition
nous répondent de la bonté et
de la fecondité de nos vignobles. Quel
ques unes de ces collines , ou plutôt de
ces heureuses montagnes , sont si roides
et si escarpées , que lors de la vendange
les charois n'y peuvent arriver qu'en farsant
de longs circuits ; au lieu que la plus
élevée colline d'Auxerre , qui n'a pas à
beaucoup près cette pente , est traversée
par le grand chemin dans toute sa largeur.
C'est cependant là que sont situées
ces côtes de Migraine et de Clerion , st
vantées dans le Mercure. A notre égard,
c'est tout le contraire , le plus haut de
nos collines est occupé par les Vignobles
qui s'en trouvent bien mieux , et
les grands chemins sont au pied des collines
.
On ne peut , au reste , passer par là
sans admirer la situation merveilleuse de
ces Vignobles , qui continuent l'espace
de deux grandes lieuës ; on diroit qu'on
en a affecté l'alignement avec beaucoup
d'art , et on a peine à comprendre comment
le Vigneron peut grimper et tiavailler
sur des lieux ainsi situés .
que Je vous ai déja dit , Messieurs ,
l'érudition ne sera pas prodiguée dans cet
Ecrit , ainsi je me dispense de vous dire
que l'origine des Vignes de Joigny est
aussi
FEVRIER. 1731. 279
aussi ancienne que le retour des Gaulois
du pillage de Clusium , en Italie , nous
avons autant de droit de le prétendre que
Mrs d'Auxerre. Nos Emules n'ont rien pû
dire de l'ancienneté de leurs vignobles
que nous ne puissions nous attribuer
nous sommes , en effet , trop voisins pour
que nos Ancêtres n'ayent pas bû leur
bonne part du vin qu'Arunte fit passer
dans les Gaules pour se venger de sa Patrie
, afin d'en attirer les Colons ; ce Peuple
passa bientôt les Alpes , amorcé par
cette précieuse liqueur.. >
Il est , dis-je , fort croyable que nos
Ancêtres et les Sénonois eurent leur part
de ce vin et des dépouüilles de Clusiums
mais aussi est- il à présumer qu'ils partagerent
quelque tems après l'infortune qui
leur arriva , lorsque les Sénonois furent.
taillés en pieces , selon les Historiens.
Je pourrois encore adopter ici en faveur
de nos vins la prétendue étimologie
de Migraine
, nom d'une côte celebre
près d'Auxerre ; le Panegyriste des vins
Auxerrois l'a tiré de Mithra , nom que
les Perses ont donné au Soleil , lequel ,
dit-il , a passé chez les Latins , et par leur
moyen chez les Gaulois &c. nom enfin
qui après bien des variations et des métamorphoses,
a composé celui deMidrana,
puis Migrana et Migraine.
D iiij
Er
280 MERCURE DE FRANCE
En admettant cette étimologie , c'est
encore un sujet d'éloge pour nos meilleurs
vins ; car nous avons aussi nos Migraines,
c'est-à- dire , des côtes qui portent ce même
nom , dérivé , selon le Panegyriste
d'Auxerre , du nom Oriental de l'Astre ,
dont les vignobles en question reçoivent
tous les jours de si benignes influances.
.
Mais en laissant cette conjecture étimologique
et autres semblables , alleguées
dans le Mercure par nos Emules , en fa-.
veur de leurs vins , pour ce qu'elles peuvent
valoir , je ne puis m'empêcher d'en
proposer ici une qui me paroît d'autant
plus vrai semblable qu'elle est plus simple.
Oui , Messieurs , je suis persuadé avecplusieurs
bons esprits que notre Canton
de Balerne dont les vins sont si exquis ,
tire son nom original de Falerne , Mon- .
tagne , comme tout le monde sçait , de la
Campanie , près de Pouzol , à 2. lieues de
Naples , renommée par ses excellens vins,
dont Pline a parlé , et que les meilleurs
Poëtes Latins ont celébrés . Je suis , dis- .
* Le Canton de Baierne est près la Seigneurie
de Looze , où est un Village de méme nom
et un Château de distinction qui appartientavec
la Seigneurie à Madame de Vaiange , Dame
aussi illustre par sa naissance que par son
esprit et par son inclination pour les Belles-
Lettres.
je ,
FEVRIER. 1731. 281
je , persuadé que d'abord , par raison de
convenance , on a nommé ce Canton ou
cette côte une autre Falerne , nom dont
le changement d'une seule lettre a depuis
fait celui de Balerne , qu'on lui donne
aujourd'hui ; on a cent exemples de pareils
changemens
.
na-
Quoiqu'il en soit , je ne crois pas ,
qu'après les observations toutes
turelles que je viens de faire , M" d'Auxerre
soyent fondés à nous rien contester
sur la qualité et sur l'excellence de
nos vins , qui n'ont jamais été inférieurs
aux leurs , et qui souvent les ont surpassés
; nous pourrons leur ceder en autre
chose , quand la raison et la justice
le demanderont : nous n'avons pas trouvé
mauvais qu'ils ayent fait imprimer dans
un Mercure l'avantage prétendu que
leurs joueurs de longue paume remporterent
, selon eux , sur les nôtres , il y a
quelque tems , quoique le narré soit un
peu hyperbolique . Une seule chose auroit
pû nous déplaire ( mais nous l'avons méprisée
comme elle a choqué quantité
d'honnêtes gens , qui en lisant le Couplet
qui termine le Narré dont je viens de
parler , ont été surpris que le bon vin
d'Auxerre n'ait pû produire parmi tant
de gens qui se mêlent de rimer dans cette
Ville , qu'un miserable rapsodie , un vrai
D v Pont
1
282 MERCURE DE FRANCE
Pont-Neuf, je vous en laisse les Juges.
Je ne sçai si , toute rancune à part , on
ne pourroit pas risposter presque sur les
mêmes rimes et sur le même Air des Folies
d'Espagne ou des Folies d'Auxerre , le
Couplet que voici :
Chers Auxerrois, si vous voulez m'en croire
Contre Joigny ne lancez plus vos traits ;
Occupez-vous du noble soin de boire ,
Ou rimez mieux , ou ne rimez jamais.
Je suis , &c.
A Joigny , le 15. Janvier 173 .
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Résumé : LETTRE de M. le Beuf, Capitaine de Milice Bourgeoise de la Ville de Joigny, écrite aux Auteurs du mercure sur la bonté des vins de Joigny.
La lettre de M. le Beuf, capitaine de la milice bourgeoise de Joigny, adressée aux auteurs du Mercure de France, vise à célébrer la qualité des vins de Joigny. L'auteur reconnaît les éloges précédents sur les vins bourguignons et d'Auxerre, mais souhaite mettre en avant les mérites des vins de Joigny. Il souligne une vendange abondante et de grande qualité en 1730, avec des vins ayant un bouquet supérieur à ceux des environs, y compris ceux d'Auxerre. M. le Beuf décrit les caractéristiques des vins de Joigny, qui sont forts, délicieux et mousseux, sans être gras. Ils se marient bien avec d'autres vins, augmentant leur force et leur bonté. Il compare ces vins au 'vinum generosum et lene' de Pline. Les vins de Joigny sont appréciés par tous, y compris les habitants d'Auxerre, qui les ont souvent préférés lors de concours. L'auteur attribue la qualité des vins de Joigny à plusieurs facteurs naturels : un terroir léger et délicat, une exposition favorable au soleil levant ou au midi, et une méthode de culture spécifique. Les vignes sont taillées court et ne sont pas fumées, contrairement à certaines pratiques voisines. Il mentionne également l'ancienneté des vignobles de Joigny, remontant au retour des Gaulois du pillage de Clusium. Enfin, M. le Beuf affirme que les vins de Joigny n'ont jamais été inférieurs à ceux d'Auxerre et les ont souvent surpassés. Il conclut en soulignant que, bien que les habitants d'Auxerre aient pu exagérer leurs succès dans d'autres domaines, les vins de Joigny restent supérieurs. Le texte est une correspondance datée du 15 janvier 1733, provenant de Joigny. L'auteur y mentionne une dispute impliquant des habitants d'Auxerre et de Joigny, probablement liée à des joutes poétiques ou satiriques. Il conseille aux Auxerrois de ne plus attaquer Joigny et de se concentrer sur des activités plus nobles, comme boire ou rimer mieux. L'auteur exprime également son souhait que les Auxerrois cessent de rimer s'ils ne peuvent pas le faire correctement. Le texte fait référence à des juges et à des airs musicaux connus, tels que les Folies d'Espagne ou les Folies d'Auxerre, pour illustrer son propos.
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411
p. 295
SECONDE ENIGME.
Début :
Quand on me met au pied je marche sur la tête. [...]
Mots clefs :
Clou
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE ENIGME.
SECONDE ENIGME.
Uand on me met au pied je marche sur la
tête.
Devine promtement , ou tu n'és qu'une bête.
Lamotte.
Uand on me met au pied je marche sur la
tête.
Devine promtement , ou tu n'és qu'une bête.
Lamotte.
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412
p. 337-338
« Le 31. Janvier, l'Académie Royale des Sciences fit l'élection [...] »
Début :
Le 31. Janvier, l'Académie Royale des Sciences fit l'élection [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Élection, Pensionnaire chimiste, Estampe, Essence, Savon, Se laver, Lait virginal, Liqueurs, Sirops
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texteReconnaissance textuelle : « Le 31. Janvier, l'Académie Royale des Sciences fit l'élection [...] »
Le31.Janvierl'AcadémieRoyale
des Sciences fit l'élection des trois sujets ,
dont un , au choix du Roi , doit remplir
la place de Pensionaire Chimiste , vacante
par la mort de M. Geoffroi. Les trois sujets
qui ont été élus sont M M. Boulduc
et Dufay , tous deux associés Chimistes
et M. Imbert Externe .
Le 14. Fevrier , le Comte de Maurepas
écrivit à l'Académie , pour lui ap
prendre que le Roi avoit choisi M. Du
fay pour remplir cette place.
L'Estampe de la Dile Camargo que le
Public désire si fort , et dont nous avons
parlé le mois passé , sera en vente dans
les premiers jours du mois de Mars chez
les Auteurs et chez la Veuve Chereau ,
rue S. Jacques , aux deux Piliers d'or.
BRIART demeurant Cour Abbatiale de Saint
Germain des Prez , rue Cardinale , vis - à- vis le
Bailliage , à Paris , fait depuis peu une Essence
appellée d'ogni fiori , ou de toute fleurs , dont un
Parfumeur Napolitain lui a donné le secret..
On.
338 MERCURE DE FRANCE
On en met quelques goutes dans l'eau , dont or
se lave aprés avoir été rasé ; elle produit le mê
me effet que le lait virginal , mais elle est plus
agréable , et a de meilleures qualités , sur tout
pour décrasser , rendre la peau unie , et en ôter
les taches et boutons. On là vend 15. sols l'once.
Il continue avec succès à faire la veritable Essence
de Savon à la Bergamotte et autres odeurs
douces , dont on se sert pour la barbe , au lieu
de Savonnetes ; les Dames s'en servent aussi pour
se laver le visage et les mains. Les bouteilles sont
cachetées de son adresse.
M M. Giraudeau le jeune et Felz , Marchands
à Montpellier , qui font depuis long- tems un
commerce considerable en gros de liqueurs , sirops
, Eau de la Reine d'Hongrie et autres Marchandises
, donnent avis au Public qu'ils ont inventé
depuis peu une nouvelle liqueur fine , à la
quelle ils ont donné le nom d'Eau Dauphine
Cette liqueur est genéralement goutée et reconnue
pour supérieure en bonté à toutes celles qui
ont parû jusqu'à présent. Ceux qui en auront
besoin pourront leur écrire à Montpelier . Ils
vont ordinairement à la Foire de Beaucaire , et
y ont leur Magasin dans la grande rue. Pout
distinguer la liqueur de leur fabrique d'avec celle
qu'on pourroit contrefaire et débiter sous leur
nom , ils avertissent que les étiquetes qu'ils y font
mettre sont gravées en Taille- douce , qu'elles
sont signées d'eux , & qu'elles sont en ces termes:
Eau Dauphine inventée en 1730. par Girau
Leau , lejeune , et Felz , de Montpeliers
des Sciences fit l'élection des trois sujets ,
dont un , au choix du Roi , doit remplir
la place de Pensionaire Chimiste , vacante
par la mort de M. Geoffroi. Les trois sujets
qui ont été élus sont M M. Boulduc
et Dufay , tous deux associés Chimistes
et M. Imbert Externe .
Le 14. Fevrier , le Comte de Maurepas
écrivit à l'Académie , pour lui ap
prendre que le Roi avoit choisi M. Du
fay pour remplir cette place.
L'Estampe de la Dile Camargo que le
Public désire si fort , et dont nous avons
parlé le mois passé , sera en vente dans
les premiers jours du mois de Mars chez
les Auteurs et chez la Veuve Chereau ,
rue S. Jacques , aux deux Piliers d'or.
BRIART demeurant Cour Abbatiale de Saint
Germain des Prez , rue Cardinale , vis - à- vis le
Bailliage , à Paris , fait depuis peu une Essence
appellée d'ogni fiori , ou de toute fleurs , dont un
Parfumeur Napolitain lui a donné le secret..
On.
338 MERCURE DE FRANCE
On en met quelques goutes dans l'eau , dont or
se lave aprés avoir été rasé ; elle produit le mê
me effet que le lait virginal , mais elle est plus
agréable , et a de meilleures qualités , sur tout
pour décrasser , rendre la peau unie , et en ôter
les taches et boutons. On là vend 15. sols l'once.
Il continue avec succès à faire la veritable Essence
de Savon à la Bergamotte et autres odeurs
douces , dont on se sert pour la barbe , au lieu
de Savonnetes ; les Dames s'en servent aussi pour
se laver le visage et les mains. Les bouteilles sont
cachetées de son adresse.
M M. Giraudeau le jeune et Felz , Marchands
à Montpellier , qui font depuis long- tems un
commerce considerable en gros de liqueurs , sirops
, Eau de la Reine d'Hongrie et autres Marchandises
, donnent avis au Public qu'ils ont inventé
depuis peu une nouvelle liqueur fine , à la
quelle ils ont donné le nom d'Eau Dauphine
Cette liqueur est genéralement goutée et reconnue
pour supérieure en bonté à toutes celles qui
ont parû jusqu'à présent. Ceux qui en auront
besoin pourront leur écrire à Montpelier . Ils
vont ordinairement à la Foire de Beaucaire , et
y ont leur Magasin dans la grande rue. Pout
distinguer la liqueur de leur fabrique d'avec celle
qu'on pourroit contrefaire et débiter sous leur
nom , ils avertissent que les étiquetes qu'ils y font
mettre sont gravées en Taille- douce , qu'elles
sont signées d'eux , & qu'elles sont en ces termes:
Eau Dauphine inventée en 1730. par Girau
Leau , lejeune , et Felz , de Montpeliers
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Résumé : « Le 31. Janvier, l'Académie Royale des Sciences fit l'élection [...] »
Le 31 janvier, l'Académie Royale des Sciences élit MM. Boulduc, Dufay et Imbert pour remplacer M. Geoffroi au poste de Pensionaire Chimiste. Le 14 février, le Comte de Maurepas annonce que le Roi a choisi M. Dufay. Par ailleurs, une estampe de la danseuse La Camargo sera disponible en mars chez les auteurs et la Veuve Chereau, rue Saint-Jacques. Briart, résidant à Paris, propose une nouvelle essence appelée 'd'ogni fiori' ou 'de toute fleurs', utilisée pour le lavage après le rasage, comparable au lait virginal mais plus agréable et efficace. Cette essence est vendue 15 sols l'once. Briart continue de produire des essences de savon à la bergamote et autres odeurs douces, utilisées pour la barbe et par les dames pour le visage et les mains. À Montpellier, MM. Giraudeau le jeune et Felz, commerçants en liqueurs et sirops, annoncent l'invention d'une nouvelle liqueur fine nommée 'Eau Dauphine', reconnue pour sa supériorité. Ils précisent que leurs étiquettes sont gravées en taille-douce et signées pour éviter les contrefaçons.
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413
p. 762-763
NOUVEAU MEMOIRE du Sieur de la Gache, sur le Mouvement perpetuel, &c.
Début :
Il a été parlé dans le Mercure de France du [...]
Mots clefs :
Mouvement perpétuel, Instrument mathématique, Quadrature, Cercles, Modèle, Pesanteur, Machine, Société royale des arts mécaniques
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texteReconnaissance textuelle : NOUVEAU MEMOIRE du Sieur de la Gache, sur le Mouvement perpetuel, &c.
NOUVEAU MEMOIRE du Sieur de
la Gache, fur le Mouvement perpetuel, &c.
Il a été parlé dans le Mercure de France da
mois de Juillet 1730. d'un instrument de Mathématique
, déja annoncé dans les Mercures de
Mars et Novembre 1729. avec lequel on trouve
sur le champ la quadrature de toute sorte de
cercles , les jeaugeages de toute sorte de tonneaux
et cubes , et encore la racine quarrée de toute sorte
de plombs et figures Géométriques ; cet instrument
f
AVRIL. 1731. 753
trument étant marqué de toutes les mesures ne
cessaires pour les operations qu'on vient de dire.
Le même Mercure de Juillet 1730. parle aussi
d'une idée du mouvement perpetuel, du même Auteur
, laquelle ayant été examinée à Paris , plusieurs
connoisseurs ont jugé qu'on ne pouvoit
bien trouver le mouvement perpetuel que par ce
principe.
Depuis ce temps-là l'Auteur a fait un nouveau
modele à peu près sur le même principe , mais l'execution
en est beaucoup plus facile, il n'y a point
de chambres comme au premier,il est plus simple
et plus naturel , puisqu'il n'y a pas de frottement
même des deux pivots , et que les chutes des pesanteurs
, ou des leviers s'en font comme des boules
, qui tombent d'enhaut l'une sur l'autre de fortprès
, et remontent par leur centre , pour redescendre
continuellement par la circonference ou
l'extrémité du cercle , et donner ainsi le mouve,
ment à toute la machine.
L'Auteur offre d'envoyer à Paris ce nouveau
modele de mouvement perpetuel à MM . de la
Societé Royale des Arts Mechaniques , pour
P'examiner et en faire l'expérience , esperant de
leur présenter encore les autres découvertes qu'il
a ci-devant faites. Il n'y a point d'artiste , habile
et curieux, qui ne se fasse un plaisir d'executer ce
dernier mouvement , il n'y aura que de la justesse
à observer. Le modele en question est de
cuivre , et n'a que cinq pouces de diametre , les
boules d'étain sont plates , et l'arbre ou livots
surquoi la machine tourne , d'acier. Le tout ne
pese pas plus de trois ou quatre livres. Signé ,
LA GACH E.
la Gache, fur le Mouvement perpetuel, &c.
Il a été parlé dans le Mercure de France da
mois de Juillet 1730. d'un instrument de Mathématique
, déja annoncé dans les Mercures de
Mars et Novembre 1729. avec lequel on trouve
sur le champ la quadrature de toute sorte de
cercles , les jeaugeages de toute sorte de tonneaux
et cubes , et encore la racine quarrée de toute sorte
de plombs et figures Géométriques ; cet instrument
f
AVRIL. 1731. 753
trument étant marqué de toutes les mesures ne
cessaires pour les operations qu'on vient de dire.
Le même Mercure de Juillet 1730. parle aussi
d'une idée du mouvement perpetuel, du même Auteur
, laquelle ayant été examinée à Paris , plusieurs
connoisseurs ont jugé qu'on ne pouvoit
bien trouver le mouvement perpetuel que par ce
principe.
Depuis ce temps-là l'Auteur a fait un nouveau
modele à peu près sur le même principe , mais l'execution
en est beaucoup plus facile, il n'y a point
de chambres comme au premier,il est plus simple
et plus naturel , puisqu'il n'y a pas de frottement
même des deux pivots , et que les chutes des pesanteurs
, ou des leviers s'en font comme des boules
, qui tombent d'enhaut l'une sur l'autre de fortprès
, et remontent par leur centre , pour redescendre
continuellement par la circonference ou
l'extrémité du cercle , et donner ainsi le mouve,
ment à toute la machine.
L'Auteur offre d'envoyer à Paris ce nouveau
modele de mouvement perpetuel à MM . de la
Societé Royale des Arts Mechaniques , pour
P'examiner et en faire l'expérience , esperant de
leur présenter encore les autres découvertes qu'il
a ci-devant faites. Il n'y a point d'artiste , habile
et curieux, qui ne se fasse un plaisir d'executer ce
dernier mouvement , il n'y aura que de la justesse
à observer. Le modele en question est de
cuivre , et n'a que cinq pouces de diametre , les
boules d'étain sont plates , et l'arbre ou livots
surquoi la machine tourne , d'acier. Le tout ne
pese pas plus de trois ou quatre livres. Signé ,
LA GACH E.
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Résumé : NOUVEAU MEMOIRE du Sieur de la Gache, sur le Mouvement perpetuel, &c.
Le mémoire du Sieur de la Gache, publié dans le Mercure de France de juillet 1730, présente deux inventions. La première est un instrument mathématique capable de déterminer la quadrature des cercles, le jaugeage des tonneaux et des cubes, ainsi que la racine carrée de diverses figures géométriques. Cet instrument est équipé de toutes les mesures nécessaires pour ces opérations. La seconde invention concerne une idée de mouvement perpétuel. Après un examen à Paris, des experts ont jugé ce principe prometteur. L'auteur a depuis créé un nouveau modèle plus simple, sans chambres ni frottement des pivots. Les poids ou leviers fonctionnent comme des boules tombant les unes sur les autres et remontant par leur centre pour redescendre continuellement. L'auteur propose d'envoyer ce modèle à la Société Royale des Arts Mechaniques à Paris pour examen. Le modèle, en cuivre, mesure cinq pouces de diamètre et pèse entre trois et quatre livres. Les boules sont en étain et l'arbre sur lequel la machine tourne est en acier. L'auteur espère que les artistes habiles et curieux trouveront plaisir à exécuter ce mouvement perpétuel.
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414
p. 764-765
Lanternes de Réflexion, [titre d'après la table]
Début :
Le Sieur Boulangé, Maître et Marchand Doreur à Paris, demeurant [...]
Mots clefs :
Lanterne de réflexion, Académie des sciences, Martinique, Gouverneur, Intendant, Commerce, Académie de musique, Arts
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texteReconnaissance textuelle : Lanternes de Réflexion, [titre d'après la table]
Le Sieur Boulangé , Maître et Marchand Doreur
à Paris , demeurant , au milieu de la ruë
de la Verrerie , à l'enseigne du S. Esprit
Nous prie de donner avis que c'est lui qui le pre-
>
mier
AVRIL. 1731. 765
mier a trouvé le secret d'une Lanterne de réflexion
qui éclaire de plusieurs côtés , et d'un calibre
plus correct , et meilleur que celles qui ont paru
jusqu'à present , même approuvé par MM . de
de l'Académie des Sciences.
Il dit aussi avoir le premier trouvé le secret de
la faire éclairer sur le derriere , de façon qu'une
personne en Carosse ou en Chaise peut lire , sans
que la clarté l'offusque , et toutes celles qu'il
vend sont marquées au bord du dedans , des lettres
G. B. et d'un S. Esprit Couronné.
On écrit du Fort S. Pierre , que l'Isle Martinique
, la plus ancienne et la plus peuplée des Isles
Françoises, se pollit tout les jours davantage ; que
les belles manieres de M. le Marquis de Champigny,
Gouverneur , et de celles de M. d'Orgeville,
Intendant , n'y ont pas peu contribué ; surtout
depuis que ce dernier ayant fixé son séjour au
Fort S. Pierre , y a non- seulement facilité les affaires
de Commerce , par son exacte diligence à
prévenir , ou à terminer les differends inévitables
dans un trafic aussi considerable que celui qui s'y
fait , mais encore il y a réuni les esprits , par la
douceur de son caractere , en leur procurant certains
amusemens necessaires à la Societé civile.
On vient d'y établir une Académie de Musique
composé de cent des Principaux Habitans de S.
Pierre ; cette Academie , formée sur le modele de
celles de France , s'assemble deux fois la semaine ;
les voix et les instrumens de toutes especes , et en
grand nombre, y donnent un plaisir qui se feroit
rechercher dans les plus belles Provinces de l'Europe.
Il semble que l'amour des Arts et des Let´
tres ait passé aux Isles avec M. d'Orgeville,
à Paris , demeurant , au milieu de la ruë
de la Verrerie , à l'enseigne du S. Esprit
Nous prie de donner avis que c'est lui qui le pre-
>
mier
AVRIL. 1731. 765
mier a trouvé le secret d'une Lanterne de réflexion
qui éclaire de plusieurs côtés , et d'un calibre
plus correct , et meilleur que celles qui ont paru
jusqu'à present , même approuvé par MM . de
de l'Académie des Sciences.
Il dit aussi avoir le premier trouvé le secret de
la faire éclairer sur le derriere , de façon qu'une
personne en Carosse ou en Chaise peut lire , sans
que la clarté l'offusque , et toutes celles qu'il
vend sont marquées au bord du dedans , des lettres
G. B. et d'un S. Esprit Couronné.
On écrit du Fort S. Pierre , que l'Isle Martinique
, la plus ancienne et la plus peuplée des Isles
Françoises, se pollit tout les jours davantage ; que
les belles manieres de M. le Marquis de Champigny,
Gouverneur , et de celles de M. d'Orgeville,
Intendant , n'y ont pas peu contribué ; surtout
depuis que ce dernier ayant fixé son séjour au
Fort S. Pierre , y a non- seulement facilité les affaires
de Commerce , par son exacte diligence à
prévenir , ou à terminer les differends inévitables
dans un trafic aussi considerable que celui qui s'y
fait , mais encore il y a réuni les esprits , par la
douceur de son caractere , en leur procurant certains
amusemens necessaires à la Societé civile.
On vient d'y établir une Académie de Musique
composé de cent des Principaux Habitans de S.
Pierre ; cette Academie , formée sur le modele de
celles de France , s'assemble deux fois la semaine ;
les voix et les instrumens de toutes especes , et en
grand nombre, y donnent un plaisir qui se feroit
rechercher dans les plus belles Provinces de l'Europe.
Il semble que l'amour des Arts et des Let´
tres ait passé aux Isles avec M. d'Orgeville,
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Résumé : Lanternes de Réflexion, [titre d'après la table]
Le document traite de deux sujets principaux. Premièrement, il présente le Sieur Boulangé, maître et marchand doreur à Paris, résidant rue de la Verrerie à l'enseigne du Saint-Esprit. Boulangé a découvert le secret d'une lanterne de réflexion innovante, approuvée par l'Académie des Sciences, qui éclaire de plusieurs côtés et permet de lire sans être ébloui, notamment en carrosse ou en chaise. Ses lanternes sont marquées des lettres 'G.B.' et d'un Saint-Esprit couronné. Deuxièmement, le texte rapporte des nouvelles de l'île de la Martinique, la plus ancienne et la plus peuplée des îles françaises. Les mœurs de l'île s'améliorent grâce à l'influence de M. le Marquis de Champigny, gouverneur, et de M. d'Orgeville, intendant. Ce dernier, résidant au Fort Saint-Pierre, a facilité les affaires commerciales et réuni les esprits par la douceur de son caractère et en procurant des amusements nécessaires à la société civile. Une Académie de Musique, composée de cent principaux habitants de Saint-Pierre, a été établie sur le modèle des académies françaises. Elle se réunit deux fois par semaine et offre des plaisirs musicaux comparables à ceux des plus belles provinces d'Europe. L'amour des arts et des lettres semble avoir été introduit aux îles par M. d'Orgeville.
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415
p. 1087-1088
LOGOGRYPHE.
Début :
J'habite les Palais, et nâquis dans les Bois, [...]
Mots clefs :
Poutre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGR Y P HE.
Habite les Palais , et nâquis dans les Bois ,
Six Lettres en mon nom s'épelent en deux fois.
Je présente d'abord une malpropre bête ;
Mais de mon corps entier si vous ôtez la tête ,
On peut par mon secours se passer de tonneau.
E Etant
1088 MERCURE DE FRANCE
Etant en cet état tranchez mon chef nouveau ,
Deux Notes de Musique aussi- tôt je présente.
Par cinq , deux , trois , et six , les méchans j'épouvante
;
Par un , deux , cinq et quatre , on évite nauffrage;
Quatre et deux,tro is et cinq, est des Massons l'ouvrage
;
Trois , six , cinq , est l'effet de la corruption .
Un , six , quatre , a souvent causé confusion .
De mon chef abatu , le cinq prenant la place ,
Il faut me suivre alors , mais le choix embarasse.
Mettez cinq , deux et quatre , au milieu du festin ;
Prenez un , deux et quatre , emplissez - le de vin ;
Je contiens Fleuve , Ville , et ce qui la rend close.
Avec un , six et trois , je serois peu de chose ;
Cinq , trois et quatre , agite un certain animal .
Mon corps entier tombant , peut guerir de tout
mal.
Habite les Palais , et nâquis dans les Bois ,
Six Lettres en mon nom s'épelent en deux fois.
Je présente d'abord une malpropre bête ;
Mais de mon corps entier si vous ôtez la tête ,
On peut par mon secours se passer de tonneau.
E Etant
1088 MERCURE DE FRANCE
Etant en cet état tranchez mon chef nouveau ,
Deux Notes de Musique aussi- tôt je présente.
Par cinq , deux , trois , et six , les méchans j'épouvante
;
Par un , deux , cinq et quatre , on évite nauffrage;
Quatre et deux,tro is et cinq, est des Massons l'ouvrage
;
Trois , six , cinq , est l'effet de la corruption .
Un , six , quatre , a souvent causé confusion .
De mon chef abatu , le cinq prenant la place ,
Il faut me suivre alors , mais le choix embarasse.
Mettez cinq , deux et quatre , au milieu du festin ;
Prenez un , deux et quatre , emplissez - le de vin ;
Je contiens Fleuve , Ville , et ce qui la rend close.
Avec un , six et trois , je serois peu de chose ;
Cinq , trois et quatre , agite un certain animal .
Mon corps entier tombant , peut guerir de tout
mal.
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416
p. 1168-1169
HOLLANDE ET PAYS-BAS.
Début :
Dans la derniere Vente de la Compagnie d'Ostende, le meilleur Thé s'y est vendu depuis [...]
Mots clefs :
Thé, Archiduchesse, Monastère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOLLANDE ET PAYS-BAS.
HOLLANDE ET PAYS- BAS.
Ans la derniere Vente de la Compagnie d'Os
tende , le meilleur Thé s'y est vendu depuis .
42 sols jusqu'à 47. et le moindre depuis 30. jusqu'à
40. sols la livre ; tout le Thé a été vendu ,
ainsi que la plus grande partie des autres Marchandises
de la même Compagnie , dont les Actions
sont tombées à 104 .
Le 29. du mois dernier , vers les 9. heures du
sair , le Duc de Lorraine arriva à Bruxelles in-
Goo
MAÝ. 1731. 1169
cognito , sous le nom de Comte de Blamont. Ce
Prince qui avoit été reçû hors la Porte par le
Comte de Visconty , Grand-Maître de la Maison
de l'Archiduchesse Gouvernante , alla descendre
à l'Hôtel de Salazar , que cette Princesse lui avoit
fait préparer. Le lendemain matin , il alla rendre
visite à l'Archiduchesse , et ensuite dîner chez le
Comte de Visconti.
Dona Therese de Castro , soeur de Don Rhuy de
Figuereido, d'Alacaon , Seigneur d'Ota , cy- devant
Gouverneur des Armes dans la Province de
Beyra , et de Don Manuel de Souza - Figuereido,
qui alla aux Indes en 1612, est morte depuis peu
a Lisbone, dans le Monastere de sainte Monique,
âgée de 120. ans accomplis.
Ans la derniere Vente de la Compagnie d'Os
tende , le meilleur Thé s'y est vendu depuis .
42 sols jusqu'à 47. et le moindre depuis 30. jusqu'à
40. sols la livre ; tout le Thé a été vendu ,
ainsi que la plus grande partie des autres Marchandises
de la même Compagnie , dont les Actions
sont tombées à 104 .
Le 29. du mois dernier , vers les 9. heures du
sair , le Duc de Lorraine arriva à Bruxelles in-
Goo
MAÝ. 1731. 1169
cognito , sous le nom de Comte de Blamont. Ce
Prince qui avoit été reçû hors la Porte par le
Comte de Visconty , Grand-Maître de la Maison
de l'Archiduchesse Gouvernante , alla descendre
à l'Hôtel de Salazar , que cette Princesse lui avoit
fait préparer. Le lendemain matin , il alla rendre
visite à l'Archiduchesse , et ensuite dîner chez le
Comte de Visconti.
Dona Therese de Castro , soeur de Don Rhuy de
Figuereido, d'Alacaon , Seigneur d'Ota , cy- devant
Gouverneur des Armes dans la Province de
Beyra , et de Don Manuel de Souza - Figuereido,
qui alla aux Indes en 1612, est morte depuis peu
a Lisbone, dans le Monastere de sainte Monique,
âgée de 120. ans accomplis.
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Résumé : HOLLANDE ET PAYS-BAS.
Le texte relate plusieurs événements. Une vente de la Compagnie d'Ostende a eu lieu, où le thé s'est vendu entre 30 et 47 sols la livre, et toutes les marchandises ont été vendues. Les actions de la compagnie ont chuté à 104. Par ailleurs, le Duc de Lorraine est arrivé incognito à Bruxelles le 29 du mois précédent, sous le nom de Comte de Blamont. Il a été accueilli par le Comte de Visconti et a séjourné à l'Hôtel de Salazar, préparé par l'Archiduchesse Gouvernante. Le Duc a rendu visite à l'Archiduchesse et a dîné chez le Comte de Visconti le lendemain. Enfin, le texte annonce le décès de Dona Therese de Castro à Lisbonne, à l'âge de 120 ans, dans le monastère de Sainte Monique. Elle était la sœur de Don Rhuy de Figuereido et de Don Manuel de Souza Figuereido, ce dernier étant parti pour les Indes en 1612.
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417
p. 1531
ENIGME.
Début :
Je suis long, je suis rond, je suis droit et bossu ; [...]
Mots clefs :
Fuseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
JEE suis long , je suis rond , je suis droit et bossu;
Comme je viens tout nud au monde ,
Et que je ne suis fait que pour
être vétu ,
Pour avoir un habit je tourne et fais la ronde ;
D'une agilité sans seconde ;
Mais que me sert l'empressement ,
Avec lequel j'obtiens cette parure ?
Quand il plaît à celui qui m'en a fait present ,
Je ne le garde pas une heure.
JEE suis long , je suis rond , je suis droit et bossu;
Comme je viens tout nud au monde ,
Et que je ne suis fait que pour
être vétu ,
Pour avoir un habit je tourne et fais la ronde ;
D'une agilité sans seconde ;
Mais que me sert l'empressement ,
Avec lequel j'obtiens cette parure ?
Quand il plaît à celui qui m'en a fait present ,
Je ne le garde pas une heure.
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418
p. 1535-1538
Memoire sur le Laminage du Plomb, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRE sur le Laminage de Plomb, Par M. Remond, de la Société des Arts. [...]
Mots clefs :
Laminage, Plomb, Machine, Laminoir, Académie des sciences, Société des arts, Académie d'architecture
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texteReconnaissance textuelle : Memoire sur le Laminage du Plomb, [titre d'après la table]
MEMOIRE Sur le Laminage de Plomb ,
Par M. Remond , de la Societé des Arts.
A Paris , chez Pierre Prault , Quay de
Gêvres , au Paradis , Brochure in 4. de
48. pages.
M.Remond a rendu service au Public ,
en laissant imprimer cette Dissertation
en forme de Memoire sur la nouvelle Ma
nufacture de Plomb , établie ruë de Bercy ,
au Fauxbourg S. Antoine. On ne dira
plus qu'il en est du Laminage comme
de tant d'autres établissemens , que la
nouveauté seule fait valoir , qui ne sont
estimez qu'autant qu'ils restent inconnus ,
et qui ne se font connoître enfin que par
la ruine de ceux qui ont eu la foiblesse
de s'y livrer.
II. Vel
Fij M :
1536 MERCURE DE FRANCE
M. Remond explique si bien la cons
truction de la Machine dont on se sert
pour laminer le Plomb , les operations
de cette Machine et les effets qui en ré
sultent pour l'usage , qu'il n'y a que
la
prévention qui puisse faire douter encore
de l'utilité de cet établissement.
Tout le monde sçait que laminer un
Métal , c'est le réduire " d'une certaine
épaisseur à une moindre , par le secours
d'une forte compression .
L'Inventeur du Laminoir avoit trois
conditions essentielles à remplir. Le Plomb
par sa pesanteur est difficile à manier. Il
falloit vaincre cet obstacle. Ce Métal est
d'un usage commun ; on devroit songer
à le rendre le moins cruteux qu'il seroit
possible ; il est de peu de consistance 5
on avoit interêt que le Laminage ne lui
causât aucune altération . C'est à ces trois
points que M.Remond borne son examen .
Dans la premiere partie de son Me
moire , il donne le détail de toutes les
précautions que l'on a prises pour que la
pesanteur du Plomb ne fût pas un obsta
cle au Laminage ; moyennant ces précau
tions , c'est assez de six hommes pour
servir la Machine , et de six chevaux pour
la faire marcher toute l'année onze heu
res par jour.
II. Vol.
La
JUIN. 1731. 1537
La deuxième partie est destinée à prou
ver, que quoique le Plomb des Plombiers
soit un peu moins cher que celui de la
Manufacture , il y a cependant de l'épar
gne à se servir de ce dernier , 1. parce
que le Plomb des Plombiers n'étant ja
mais d'une épaisseur égale , on est tou
jours obligé d'acheter chez eux beaucoup
plus de matiere qu'on n'a besoin d'en em
ployer , inconvenient qu'on n'éprouve
point à la Manufacture , puisque les Ta
bles qu'elle fournit sont parfaitement éga
les dans toute leur épaisseur. 2 ° . Parce
que ces Tables étant une fois plus lon
gues et plus larges que les Tables ordinai
ses , on employera la moitié moins de
Soudure. 3 ° . Parce que l'on diminuë par
l'usage du Plomb laminé les frais de la
Charpente et des réparations .
L'Auteur démontre dans la troisième
Partie , que le Laminoir , bien loin de
détériorer le Plomb , le rend meilleur et
d'un service plus durable. Il réfute et
par le raisonnement et par l'experience,
toutes les objections qu'un Auteur ano
nyme avoit faites contre le Plomb de la.
Manufacture , dans un Ouvrage intitulé,
Observations sur le Plomb laminé.
Pour ne laisser rien à desirer sur cette
matiere , M. Remond a joint à sa Dis
II. Vol.
Fiij
serta
1538 MERCURE DE FRANCE
sertation les suffrages de tous ceux qui
sont en état de juger de la bonté et de l'u
tilité de ce nouvel établissement . Le Cer
tificat de l'Académie des Sciences , celui.
de la Societé des Arts , celui de l'Acadé
mie d'Architecture , et le Procès verbal
des Fontainiers du Roi . Toutes ces diffe
rentes Pieces confirment tout ce qui est dit
dans le Memoire . On trouve à la fin une
Lettre de M. le Comte de Broglio à M. le
Duc d'Antin , qui justifie l'avantage qu'on
a tiré de cet établissement en Angleterre ,
où cette Machine a pris naissance , et où
l'on ne se sert depuis le commencement
de ce siecle que de Plomb laminé ; au
reste ce Memoire est fort bien écrit , le
stile en est simple , coulant et précis.
Par M. Remond , de la Societé des Arts.
A Paris , chez Pierre Prault , Quay de
Gêvres , au Paradis , Brochure in 4. de
48. pages.
M.Remond a rendu service au Public ,
en laissant imprimer cette Dissertation
en forme de Memoire sur la nouvelle Ma
nufacture de Plomb , établie ruë de Bercy ,
au Fauxbourg S. Antoine. On ne dira
plus qu'il en est du Laminage comme
de tant d'autres établissemens , que la
nouveauté seule fait valoir , qui ne sont
estimez qu'autant qu'ils restent inconnus ,
et qui ne se font connoître enfin que par
la ruine de ceux qui ont eu la foiblesse
de s'y livrer.
II. Vel
Fij M :
1536 MERCURE DE FRANCE
M. Remond explique si bien la cons
truction de la Machine dont on se sert
pour laminer le Plomb , les operations
de cette Machine et les effets qui en ré
sultent pour l'usage , qu'il n'y a que
la
prévention qui puisse faire douter encore
de l'utilité de cet établissement.
Tout le monde sçait que laminer un
Métal , c'est le réduire " d'une certaine
épaisseur à une moindre , par le secours
d'une forte compression .
L'Inventeur du Laminoir avoit trois
conditions essentielles à remplir. Le Plomb
par sa pesanteur est difficile à manier. Il
falloit vaincre cet obstacle. Ce Métal est
d'un usage commun ; on devroit songer
à le rendre le moins cruteux qu'il seroit
possible ; il est de peu de consistance 5
on avoit interêt que le Laminage ne lui
causât aucune altération . C'est à ces trois
points que M.Remond borne son examen .
Dans la premiere partie de son Me
moire , il donne le détail de toutes les
précautions que l'on a prises pour que la
pesanteur du Plomb ne fût pas un obsta
cle au Laminage ; moyennant ces précau
tions , c'est assez de six hommes pour
servir la Machine , et de six chevaux pour
la faire marcher toute l'année onze heu
res par jour.
II. Vol.
La
JUIN. 1731. 1537
La deuxième partie est destinée à prou
ver, que quoique le Plomb des Plombiers
soit un peu moins cher que celui de la
Manufacture , il y a cependant de l'épar
gne à se servir de ce dernier , 1. parce
que le Plomb des Plombiers n'étant ja
mais d'une épaisseur égale , on est tou
jours obligé d'acheter chez eux beaucoup
plus de matiere qu'on n'a besoin d'en em
ployer , inconvenient qu'on n'éprouve
point à la Manufacture , puisque les Ta
bles qu'elle fournit sont parfaitement éga
les dans toute leur épaisseur. 2 ° . Parce
que ces Tables étant une fois plus lon
gues et plus larges que les Tables ordinai
ses , on employera la moitié moins de
Soudure. 3 ° . Parce que l'on diminuë par
l'usage du Plomb laminé les frais de la
Charpente et des réparations .
L'Auteur démontre dans la troisième
Partie , que le Laminoir , bien loin de
détériorer le Plomb , le rend meilleur et
d'un service plus durable. Il réfute et
par le raisonnement et par l'experience,
toutes les objections qu'un Auteur ano
nyme avoit faites contre le Plomb de la.
Manufacture , dans un Ouvrage intitulé,
Observations sur le Plomb laminé.
Pour ne laisser rien à desirer sur cette
matiere , M. Remond a joint à sa Dis
II. Vol.
Fiij
serta
1538 MERCURE DE FRANCE
sertation les suffrages de tous ceux qui
sont en état de juger de la bonté et de l'u
tilité de ce nouvel établissement . Le Cer
tificat de l'Académie des Sciences , celui.
de la Societé des Arts , celui de l'Acadé
mie d'Architecture , et le Procès verbal
des Fontainiers du Roi . Toutes ces diffe
rentes Pieces confirment tout ce qui est dit
dans le Memoire . On trouve à la fin une
Lettre de M. le Comte de Broglio à M. le
Duc d'Antin , qui justifie l'avantage qu'on
a tiré de cet établissement en Angleterre ,
où cette Machine a pris naissance , et où
l'on ne se sert depuis le commencement
de ce siecle que de Plomb laminé ; au
reste ce Memoire est fort bien écrit , le
stile en est simple , coulant et précis.
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Résumé : Memoire sur le Laminage du Plomb, [titre d'après la table]
Le mémoire de M. Remond, publié par Pierre Prault à Paris, traite du laminage du plomb dans une nouvelle manufacture située rue de Bercy. M. Remond y décrit la construction et le fonctionnement de la machine à laminer le plomb, ainsi que les avantages de ce procédé. Le laminage réduit l'épaisseur du métal par compression. L'inventeur a dû surmonter trois défis principaux : la pesanteur, le coût et la faible consistance du plomb. La première partie du mémoire explique les précautions prises pour gérer la pesanteur du plomb, permettant à six hommes et six chevaux de faire fonctionner la machine onze heures par jour. La deuxième partie démontre que, malgré un coût initial légèrement supérieur, le plomb laminé est plus économique à long terme, car il est d'épaisseur égale, réduit les besoins en soudure et diminue les frais de charpente et de réparations. La troisième partie réfute les objections contre le plomb laminé, prouvant qu'il est de meilleure qualité et plus durable. Le mémoire inclut des certificats de l'Académie des Sciences, de la Société des Arts, de l'Académie d'Architecture et des fontainiers du Roi, ainsi qu'une lettre du Comte de Broglio justifiant l'avantage de cette technologie en Angleterre. Le style du mémoire est simple, coulant et précis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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419
p. 1560-1564
Découvertes curieuses dans l'Art de plonger, [titre d'après la table]
Début :
Un Particulier, bon Physicien, bon Mécanicien, et fort versé dans l'Histoire naturelle et [...]
Mots clefs :
Physicien, Plongeurs, Lanterne, Bougie
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texteReconnaissance textuelle : Découvertes curieuses dans l'Art de plonger, [titre d'après la table]
Un Particulier , bon Physicien , bon Mécani❤
cien , et fort versé dans l'Histoire naturelle et
dans l'Antiquité, a fait plusieurs découvertes con
siderables , sur les differentes manoeuvres et ope,
JJ, Vol rations
JUIN. Iscr 1731.
rations qu'on peut faire sous les eaux , et dans le
plus profond de la mer.
Il assure avoir un moyen infaillible et aisé
pratiquer , pour tirer les plus grands Vaiffeaux
submergez , à quelque profondeur qu'ils soient ,
pourvû toutefois qu'ils ne soient point entie
rement ensevelis dans la vase , ou engagez sous
quelques rochers .
Il assure aussi avoir trouvé un moyen sûr pour
faire agir et maneuvrer des hommes au fond de
la mer pendant plusieurs heures , et opérer sans
presque aucune contrainte ni incommodité.
>
Ce n'est pas tout ; ces-Plongeurs , qui pourront
à tout instant remonter sur la surface des eaux
auront la liberté de boire , de manger sous les
eaux : pendant la nuit ils seront éclairez par une
lanterne allumée , qu'ils porteront ou guideront
eux -mêmes.
Nous sommes bien éloignez de croire toutes
les choses jusqu'à aujourd'hui incroyables que
nous annonçons ici ; mais nous devons rendre té
moignage à la verité , que pour ce dernier fait ,
nous en avons vû l'experience en cette maniere.
M. de V *** voulant nous convaincre qu'
étoit en état de prouver ce qu'il avançoit , nous
mena chez lui , et dans un coin de la Cour de la
maison où il loge , où il y a un tonneau plein
d'eau , défoncé par en haut , il se fit apporter
exac une lanterne de fer blanc , de figure ronde ,
tement fermée , ayant
côté un morceau de
verre pour donner passage à la lumiere. Le corps
à un
de la Lanterne s'emboëte à une base de trois ou
quatre pouces de diamettre ; au milieu est une
bobeche dans laquelle on mit une petite bou
gie allumée , et on rejoignit les deux parties ,
C'est-à-dire , le sol et les parois de la Lanterne
-11. Vol.
G iij . avec
1552 MERCURE DE FRANCE
avec une espece de mastic assez gluant à l'endroit
de la jointure , pourempêcher l'eau d'entrer dans
Ja Lanterne. •
La bougie ainsiallumée et fermée hors de l'eau ,
me dura que l'espace d'un Pater sans s'éteindre :
On aperçoit un peu de fumée qui sort par un très
petit orifice,au haut du Pavillon de la Lanterne.La
bougie entierement éteinte,on ouvrit la Lanterne,
on ralluma la bougie ; et après avoir refermé la
Lanterne, on l'adapta sur le cul d'un seau renver
sé,et on attacha autour du seau des poids de fer et
de plomb pour attirer le tout au fond du tonneau.
Avant que la lanterne fut plongée dans l'eau , la
Lumiere paroissoit vouloir s'éteindre , mais elle
reprit vigueur d'abord que laLanterne fut submer
gée , et elle éclaira très- bien le tonneau pendant
un tems considérable que nous restâmes- là à rai
sonner sur ce phénomene. On aperçoit et on en
tend sur la surface de l'eau , un petit bouillon
nement causé sans doute par ce petit filet
de fumée dont on a parlé. On tira ensuite
la Lanterne hors de l'eau , et la bougie s'é
teignit dans le même espace de tems que la pre
miere fois.
›
M. V*** offre de prouver par des expériences
aussi sensibles , toutes les propositions qu'il fait
dans ce Memoire Il fait plus , il assure avec
grande confiance , que quand il voudra établir
ses principes , et expliquer clairement la méthode
qu'il a imaginée pour les découvertes et les
moyens qu'il propose , à des personnes éclairées
et capables de tirer des consequences , il portera
la possibilité , par ses seuls raisonnemens ,
tel degré d'évidence , qu'on ne lui demandera
ni preuves ni expériences.
à un
Au reste , le Lecteur intelligent , sent assez
127. Vol. sans
JUIN. 1731. 1563
sans que nous nous arrêtions à le lui faire remar
quer , combien ces découvertes seroient utiles , si
elles étoient solidement faites , comme dans les
naufrages , dans la pêche des Perles , & c.
A l'égard de la Lanterne marine , il se peut
faire qu'elle sera plus curieuse qu'elle ne sera
d'un grand usage , attendu qu'il n'y a guere d'oc
casion assez urgente pour faire travailier sous les
caux pendant la nuit, à moins que ce ne fût sur les
rivieres , à reparer quelque pile de Pont qui seroit
en danger , et qu'on voudroit profiter des basses
caux , pour prévenir les suites funestes que peu
vent causer les trop grandes crues d'eau et les dé
bordemens.
Cette Lanterne peut être encore d'un grand se
cours , pour prendre une grande quantité de pois
son pendant un calme qui arrive pendant la nuit ,
à une Flotte , et même à un Navire qui fait un
voyage de long cours , et dont les équipages souf
frent beaucoup , faute de Poissons frais , et d'au
tres bonnes nourritures.
L'Auteur de ces découvertes , à qui nous avons
communiqué ce Mémoire , nous prie d'ajoûter
que les Plongeurs pourront se garantir du froid
et de la morsure de certains poissons , et qu'ils
pourront facilement parcourir et trouver dans le
fond de la mer les choses qu'on y cherche , et
y
faire autant et plus de chemin , et en aussi peu
de tems , qu'un homme en pourroit faire sur la
terre en marchant d'un pas reglé , sans courir, et
même beaucoup plus aisément et sans se fatiguer."
Les Plongeurs dont on parle , auront la liberté de
parcourir avec la même facilité , les montagnes ,
les valées et les plaines maritimes.
Le Sieur Gersaint , Marchand , Pont Notre
11. Vol Giiij Dame,
1564 MERCURE DE FRANCE
Notre Dame , au Grand Monarque , ayant connu
que non- seulement les Curieux ayant goûté les
ornemens qu'il a fait graver d'après Vatteau, mais
même qu'ils étoient d'un grand usage pour les
Peintres , Eventaillistes , Sculpteurs , Orfevres ,
Tapissiers , Brodeurs , &c. a été encouragé à en
faire graver de nouveaux , dont il n'espere pas un
moindre succés. En effet , Vatteau par la ferti
lité de son genie, a si bien réussi en ce genre, et a
sçû si bien ajuster ses sujets à ses ornemens , et
aes ornemens à ses sujets , en variant le tout d'une
maniere infiniment ingénieuse , riante et nou
welle › que l'on peut dire avec justice que jus
ques à present nous n'avons point eû d'ornemens
si galants et si bien imaginés. Voici le détail de
ceux qu'il a mis au jour depuis environ un an.
L'Alliance de la Comedie et de la Musique ,
avec leurs armes et attributs , gravée par M.
Moyreau . Vexus blessée par l'Amour , Plafond ,
par M. Aveline..
Un Clavecin .
cien , et fort versé dans l'Histoire naturelle et
dans l'Antiquité, a fait plusieurs découvertes con
siderables , sur les differentes manoeuvres et ope,
JJ, Vol rations
JUIN. Iscr 1731.
rations qu'on peut faire sous les eaux , et dans le
plus profond de la mer.
Il assure avoir un moyen infaillible et aisé
pratiquer , pour tirer les plus grands Vaiffeaux
submergez , à quelque profondeur qu'ils soient ,
pourvû toutefois qu'ils ne soient point entie
rement ensevelis dans la vase , ou engagez sous
quelques rochers .
Il assure aussi avoir trouvé un moyen sûr pour
faire agir et maneuvrer des hommes au fond de
la mer pendant plusieurs heures , et opérer sans
presque aucune contrainte ni incommodité.
>
Ce n'est pas tout ; ces-Plongeurs , qui pourront
à tout instant remonter sur la surface des eaux
auront la liberté de boire , de manger sous les
eaux : pendant la nuit ils seront éclairez par une
lanterne allumée , qu'ils porteront ou guideront
eux -mêmes.
Nous sommes bien éloignez de croire toutes
les choses jusqu'à aujourd'hui incroyables que
nous annonçons ici ; mais nous devons rendre té
moignage à la verité , que pour ce dernier fait ,
nous en avons vû l'experience en cette maniere.
M. de V *** voulant nous convaincre qu'
étoit en état de prouver ce qu'il avançoit , nous
mena chez lui , et dans un coin de la Cour de la
maison où il loge , où il y a un tonneau plein
d'eau , défoncé par en haut , il se fit apporter
exac une lanterne de fer blanc , de figure ronde ,
tement fermée , ayant
côté un morceau de
verre pour donner passage à la lumiere. Le corps
à un
de la Lanterne s'emboëte à une base de trois ou
quatre pouces de diamettre ; au milieu est une
bobeche dans laquelle on mit une petite bou
gie allumée , et on rejoignit les deux parties ,
C'est-à-dire , le sol et les parois de la Lanterne
-11. Vol.
G iij . avec
1552 MERCURE DE FRANCE
avec une espece de mastic assez gluant à l'endroit
de la jointure , pourempêcher l'eau d'entrer dans
Ja Lanterne. •
La bougie ainsiallumée et fermée hors de l'eau ,
me dura que l'espace d'un Pater sans s'éteindre :
On aperçoit un peu de fumée qui sort par un très
petit orifice,au haut du Pavillon de la Lanterne.La
bougie entierement éteinte,on ouvrit la Lanterne,
on ralluma la bougie ; et après avoir refermé la
Lanterne, on l'adapta sur le cul d'un seau renver
sé,et on attacha autour du seau des poids de fer et
de plomb pour attirer le tout au fond du tonneau.
Avant que la lanterne fut plongée dans l'eau , la
Lumiere paroissoit vouloir s'éteindre , mais elle
reprit vigueur d'abord que laLanterne fut submer
gée , et elle éclaira très- bien le tonneau pendant
un tems considérable que nous restâmes- là à rai
sonner sur ce phénomene. On aperçoit et on en
tend sur la surface de l'eau , un petit bouillon
nement causé sans doute par ce petit filet
de fumée dont on a parlé. On tira ensuite
la Lanterne hors de l'eau , et la bougie s'é
teignit dans le même espace de tems que la pre
miere fois.
›
M. V*** offre de prouver par des expériences
aussi sensibles , toutes les propositions qu'il fait
dans ce Memoire Il fait plus , il assure avec
grande confiance , que quand il voudra établir
ses principes , et expliquer clairement la méthode
qu'il a imaginée pour les découvertes et les
moyens qu'il propose , à des personnes éclairées
et capables de tirer des consequences , il portera
la possibilité , par ses seuls raisonnemens ,
tel degré d'évidence , qu'on ne lui demandera
ni preuves ni expériences.
à un
Au reste , le Lecteur intelligent , sent assez
127. Vol. sans
JUIN. 1731. 1563
sans que nous nous arrêtions à le lui faire remar
quer , combien ces découvertes seroient utiles , si
elles étoient solidement faites , comme dans les
naufrages , dans la pêche des Perles , & c.
A l'égard de la Lanterne marine , il se peut
faire qu'elle sera plus curieuse qu'elle ne sera
d'un grand usage , attendu qu'il n'y a guere d'oc
casion assez urgente pour faire travailier sous les
caux pendant la nuit, à moins que ce ne fût sur les
rivieres , à reparer quelque pile de Pont qui seroit
en danger , et qu'on voudroit profiter des basses
caux , pour prévenir les suites funestes que peu
vent causer les trop grandes crues d'eau et les dé
bordemens.
Cette Lanterne peut être encore d'un grand se
cours , pour prendre une grande quantité de pois
son pendant un calme qui arrive pendant la nuit ,
à une Flotte , et même à un Navire qui fait un
voyage de long cours , et dont les équipages souf
frent beaucoup , faute de Poissons frais , et d'au
tres bonnes nourritures.
L'Auteur de ces découvertes , à qui nous avons
communiqué ce Mémoire , nous prie d'ajoûter
que les Plongeurs pourront se garantir du froid
et de la morsure de certains poissons , et qu'ils
pourront facilement parcourir et trouver dans le
fond de la mer les choses qu'on y cherche , et
y
faire autant et plus de chemin , et en aussi peu
de tems , qu'un homme en pourroit faire sur la
terre en marchant d'un pas reglé , sans courir, et
même beaucoup plus aisément et sans se fatiguer."
Les Plongeurs dont on parle , auront la liberté de
parcourir avec la même facilité , les montagnes ,
les valées et les plaines maritimes.
Le Sieur Gersaint , Marchand , Pont Notre
11. Vol Giiij Dame,
1564 MERCURE DE FRANCE
Notre Dame , au Grand Monarque , ayant connu
que non- seulement les Curieux ayant goûté les
ornemens qu'il a fait graver d'après Vatteau, mais
même qu'ils étoient d'un grand usage pour les
Peintres , Eventaillistes , Sculpteurs , Orfevres ,
Tapissiers , Brodeurs , &c. a été encouragé à en
faire graver de nouveaux , dont il n'espere pas un
moindre succés. En effet , Vatteau par la ferti
lité de son genie, a si bien réussi en ce genre, et a
sçû si bien ajuster ses sujets à ses ornemens , et
aes ornemens à ses sujets , en variant le tout d'une
maniere infiniment ingénieuse , riante et nou
welle › que l'on peut dire avec justice que jus
ques à present nous n'avons point eû d'ornemens
si galants et si bien imaginés. Voici le détail de
ceux qu'il a mis au jour depuis environ un an.
L'Alliance de la Comedie et de la Musique ,
avec leurs armes et attributs , gravée par M.
Moyreau . Vexus blessée par l'Amour , Plafond ,
par M. Aveline..
Un Clavecin .
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Résumé : Découvertes curieuses dans l'Art de plonger, [titre d'après la table]
Un individu, expert en physique, mécanique, histoire naturelle et antiquité, a réalisé plusieurs découvertes notables concernant les opérations sous-marines. Il affirme posséder un moyen infaillible pour remonter des vaisseaux submergés, à condition qu'ils ne soient pas entièrement ensevelis dans la vase ou coincés sous des rochers. Il a également trouvé un moyen pour permettre à des plongeurs de rester sous l'eau pendant plusieurs heures sans contrainte majeure, et de boire, manger et être éclairés par une lanterne. Pour démontrer ses assertions, M. de V*** a effectué une expérience avec une lanterne étanche. Cette lanterne, allumée et immergée dans un tonneau d'eau, a continué de briller, prouvant ainsi la faisabilité de son invention. M. de V*** propose de prouver toutes ses propositions par des expériences et assure que ses principes seront évidents sans nécessiter de preuves supplémentaires. Les découvertes mentionnées pourraient être utiles en cas de naufrages, pour la pêche aux perles, ou pour des réparations sous-marines. La lanterne marine pourrait également servir à pêcher en pleine nuit. Les plongeurs, protégés du froid et des poissons dangereux, pourraient explorer le fond de la mer avec aisance. Par ailleurs, le Sieur Gersaint, marchand au Pont Notre-Dame, a gravé de nouveaux ornements d'après les œuvres de Vatteau, appréciés par les curieux et utiles pour divers artisans comme les peintres, éventaillistes, sculpteurs, orfèvres, tapissiers et brodeurs. Vatteau est reconnu pour son génie et son ingéniosité dans la création d'ornements galants et bien imaginés.
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420
p. 1653-1668
SECONDE LETTRE de M. Capperon sur la Méthode d'observer les Sels qui se trouvent dans les Terres, dans les Plantes, dans les Humeurs, &c.
Début :
MONSIEUR, Vous sçavez mieux que moi, qu'il y a long-tems qu'on cherche un moyen de [...]
Mots clefs :
Sels, Mixtes, Hippocrate, Analyse chimique, Académie royale des sciences de Paris, Sel volatile, Distillation, Terre glaise, Puits, Blanchisseurs
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE de M. Capperon sur la Méthode d'observer les Sels qui se trouvent dans les Terres, dans les Plantes, dans les Humeurs, &c.
SECONDE LETTRE de M. Capperon
sur la Méthode d'observer les Sels qui
se trouvent dans les Terres , dans les
Plantes , dans les Humeurs , &c.
MONSIEUR ,
Vous sçavez mieux que moi , qu'il y a
long- tems qu'on cherche un moyen de
connoître la qualité des Mixtes , pour ju
ger des effets qu'ils doivent naturellement
operer. Comme on étoit d'abord persuadé
que les Mixtes
n'opéroient
que parce
qu'on
appelloit
leurs qualitez
; sçavoir
, le
chaud
, le sec , le froid
, et l'humide
; on
B iij
1574 MERCURE DE FRANCE
crut avoir fait beaucoup , que d'assigner à
chaque Mixte , jusqu'à quel degré il étoit
chaud , sec , froid , ou humide ; ce dont
on jugeoit par les effets qu'on lui voyoit
produire , et par- là on se flatoit d'avoir
un moyen suffisant pour connoître le
bien ou le mal que ces Mixtes pouvoient
faire.
Quoique cette Méthode fut en usage
avant le tems d'Hypocrate , et qu'elle l'ait
été presque jusqu'à nos jours : * cet habile
Homme reconnut néanmoins , qu'on ne
pouvoit pas aller loin avec cette Découverte.
Il crut qu'il pouvoit y mieux réüssir
, en enseignant que les Mixtes n'opéroient
qu'entant qu'ils contenoient quelque
chose de plus ou moins amer , ou salé,
ou doux , ou âpre , ou acerbe , ou adoucissant
, ** &c.En quoi , sans doute , il
pensoit plus juste que ceux qui l'avoient
précedé , mais après tout , ce n'étoit connoître
la nature des Mixtes que par leurs
seuls effets , même par leurs effets senfibles
; par consequent il falloit les avoir
souvent éprouvez , avant que d'en fixer
les qualitez.
Enfin la Chymie étant devenue com-
* On la peut voir bien marquée dans Matthi
Comment. sur Dioscoride.
** Lib. de prisca Medicina.
mune
JUILLET.
1731. 1575
mune , on a crû avoir trouvé le moyen
infaillible pour découvrir primitivement
ce que chaque Mixte devoit naturellement
opérer , parce que ceux qui cultivoient
cet art , prétendant avoir une Méthode
assurée pour décomposer les Mixtes par
le moyen du feu , séparer les Principes
dont ils étoient composez , pour les voir
ensuite à leur aise séparément , et connoître
leurs opérations, ils n'ont nullement
douté , qu'à proportion que quelques- uns
de ces principes se trouveroient dominer
plus ou moins dans les Mixtes , leurs Effets
devoient se diversifier differemment :
c'est ce qui a même donné lieu à l'Académie
Royale des Sciences de Paris , de
faire travailler à l'Analyse Chymique des
Plantes , dans l'esperance qu'on auroit
par là une connoissance assurée des effets
qu'elles doivent naturellement produire.
Mais les personnes éclairées , même les
plus habiles dans cette Profession , sont
tombées d'accord , qu'on ne pouvoit pas
encore sé flatter d'être arrivé par cette
voye au but qu'on se proposoit depuis si
long - tems. M. Lemery , cet habile Chymiste
, avoue lui- même dans le Discours
qu'il a fait sur la Chymie en général , et
qui est à la tête de son cours de Chymie ,
B iiij que
1656 MERCURE DE FRANCE
que, si l'on veut considerer sans préoccupation
, comment le feu agit lorsqu'on
s'en sert pour anatomiser les plantes , ( on
;
doit dire la même chose des autres Mixtes
) : on avouera , dit- il , qu'il détruit et
confond la plupart des choses qu'il disseque
qu'il n'y a pas lieu de croire qu'il
rende les substances en leur état naturel :
aussi n'hésite - t- il pas à dire , parlant des
Sels des Plantes , qu'il n'y a que leur Sel
essentiel qui se tire de leur Suc exprimé ,
et filtré , et christalisé , qui soit le veritable
Sel qui étoit dans la Plante , ce qu'on
ne peut pas dire ( ajoûte t- il ) des deux autres
; sçavoir , le Sel volatile , et le Sel
fixescar eû égard à la violence du feu dont
on s'est servi pour les faire , il y agrande
apparence qu'ils ont été déguisez .
Tous ceux qui ont parlé sans prévention
de cette Analise des Mixtes,faite par
la voye du feu , en ont pensé de même.
Le Medecin de Montpellier qui a fait des
Notes sur l'Anatomie d'Heister , dit . que
ce n'est pas par l'Analyse Chymique qu'on
peut connoître les veritables principes
des
corps ; puisque le feu change les matieres
, et qu'il les décompose ; que ceuxqui
veulent en juger par cette Analyse ,
n'ont pas plus de raison , que ceux qui
voudroient connoître la nature des Caillous
JUILLET. 1731. 1657.
lous par la chaux . En effet , c'est une
chose certaine , dit M. Lemery dans son
Mémoire sur les Analyses des Plantes , inseré
dans l'Histoire de l'Académie
, que
quoique l'Oseille ait un Suç naturellement
aigre dans la Distilation , neanmoins
elle donne beaucoup moins d'acide , que
plusieurs autres Plantes qui n'en manifestent
pas tant.
Il me paroît donc , que voulant connoître
ce que la plupart des Mixtes peuvent
opérer, on peut aller plus surement
au but par la Méthode que j'ai découverte,
que par cette Analyse Chymique à laquelle
on s'est attaché depuis ces derniers
tems ; car dans la plupart des Mixtes ,
quelle est la chose qui opére les plus
grands & les plus sensibles effets ? ne sontce
pas les Sels qui sont contenus dans ces
Mixtes , lorsque venant à se déveloper , et
s'insinuant dans les pores des autres Corps
ils les dilatent , les ouvrent , en remplissent
les vuides , ou rompent & dérangent
la contexture de leurs parties ? Ainsi , on
ne peut disconvenir , que de toutes les
parties , ou , si l'on veut, de tous les principes
qui forment les Mixtes , les particules
salines étant les plus roides
Ait, Des Mamelles,
, et les
plus
1658 MERCURE DE FRANCE
plus figurées , leur opération doit être
la plus sensible et la plus considerable.
Ainsi le moyen incontestablement le
plus sûr pour juger quels effets la plûpart
des Mixtes doivent naturellement produire
, consiste à connoître parfaitement
quels Sels dominent en eux , et quelles
sont les Figures specifiques de chacun de
ces Sels : puisque , comme j'ai déja dit , ils
opérent toûjours conformément à leur Figure
et à leur mouvement : or on ne peut
pas douter , que par ma Méthode , on ne
connoisse parfaitement quels sont les Sels
qui sont contenus dans la plupart des
Mixtes, et quelles en sont les Figures spécifiques
par consequent ma Méthode est
celle qui est la meilleure et la plus
sûre pour juger des effets que ces Mixtes
doivent naturellement produire .
Tout ceci préalablement établi , entrons
maintenant en matiere ; et voyons en particulier
comment il faut s'y prendre pour
connoître quels sont les Sels qui peuvent
être contenus, soit dans les Terres, soit dans
les Eaux , soit dans les Plantes , soit dans les
Humeurs ; car il me paroit que quand on
aura poussé jusques- là ses connoissances ,
on aura trouvé suffisamment de quoi se satisfaire
.
Voulant donc découvrir quel est le Sel
qui
JUILLET. 1731. 1659
qui peut être contenu dans telle Terre que
ce puisse être , voici comme je m'y prends
pour y réüssir. Je mêle avec de l'eau la
Terre en question , observant qu'il n'y ait
pas trop d'eau ; et aprés l'avoir laissée
quelque tems en infusion , je lui donne un
leger bouillon sur le feu ; ensuite ayant
filtré cette eau par le papier gris , pour la
rendre claire , je la fais christaliser sur
mes petits vers ronds , conformément à
ma Méthode. C'est ainsi que je m'y suis
pris pour voir et connoître les Sels difrens
du Terreau de fumier , de la bonne
Terre des champs , et de la Terre glaise ,
desquels je vous envoye les desseins. Mais
avant que je finisse ce qui regarde les Terres,
il est à propos que j'avertisse, que par rap-
•port à celles qui sont exposées à la Pluye,
Jes Sels qu'on y peut trouver , peuvent
souvent varier à raison des pluyes
des rosées , des brouillards , des neiges ,
ou des grêles , qui peuvent y tomber ,
et y déposer les differens Sels qui s'y rencontrent.
, ›
Pour les Eaux des puits , des rivieres et
des fontalnes, je ies christalise telles qu'elles
sont , lorsqu'elles sont pures et claires :
mais je dois aussi faire observer , que celles
des puits et des fontaines ne donnent
pas toûjours les mêmes Sels , ce que j'ai
B vj même
1660 MERCURE DE FRANCE
même remarqué dans les Eaux de Forges.
Certe variation mérite bien d'être plus
exactement observée que je n'ai fait, pour
en tirer toutes les conséquences convenables
à un pareil sujet.
,
et
Il est vrai que la même chose arrive à
l'égard de l'Eau des rivieres : mais la cause
en est évidente , sçavoir les pluyes , les
neiges, les grêles , & c. qui y tombent ,
les differentes Terres qui y sont souvent
entraînées , et qui y portent leurs Sels
avec elles . C'est par cette raison que j'ai
rrouvé des deux sortes de Sels dans l'eau
de la mer l'un est le Sel marin ordinaire
; et l'autre un Sel plus délié , dont
les pointes font plus fines. Ce qui rend
cette eau plus corrosive que celle où le
Sel marin seul est dissout . J'ai de même
trouvé de deux sortes de Sel dans l'eau
de riviere du mois de Mars , prise à dif
rens 'tems , le premier a quelque rapport
au Nitre , et le second au Borax ; mais
parce que je n'ai pas trouvé ce dernier Sel
avant ou après le tems marqué , cela
me fait soupçonner que c'est cette
espece de Sel qui rend les Eaux du mois
de Mars plus fortes et plus âpres que
les autres , qu'elles rendent le Linge plus
blanc , et qu'elles rongent davantage les
mains des Blanchisseuses , & c.
>
A
JUILLET
. 1731. 1661
'A l'égard des Plantes , voulant connoître
leurs veritables Sels , et voir quelles
sont leurs figures specifiques
,tout consiste
à piler la plante dans un mortier , y verser
ensuite ce qu'il convient d'eau , pour
donner plus de fluidité au suc , et donner
au Sel plus de facilité pour se dégager de
la viscosité dans laquelle il est souvent
renfermé : puis ayant laissé le tout poser
pendant quelque peu de tems , le filtrer
par le papier gris , et le faire ensuite christaliser
sur le verre. On peut bien juger
que plus le Suc de la Plante est visqueux , plus on doit y mêler d'eau . Je dirai aussi
que j'ai observé, que prenant les Plantes , dans le tems qu'elles sont dans leur for- ce , leurs Sels se font mieux connoître
.
>
Voilà de quelle maniere on peut voir
et connoitre les Sels des Plantes , quelles
sont leurs figures specifiques : par où l'on
peut juger des effets qu'elles doivent naturellement
produire : puisque comme
j'ai dit , c'est principalement
par les Sels
que tous les Mixtes font leurs plus puissantes
opérations ; et qu'en connoissant
les figures sensibles que prennent
les Sels en se christalisant
sur le verre
on connoît les figures invisibles de leurs
plus petites parties par lesquelles elles
opérent.
C'est
1662 MERCURE DE FRANCE
C'est ce qu'il m'est aisé de justifier par
un grand nombre de Plantes , dont j'ai
découvert et connu les Sels par cette
Méthode on peut en être persuadé , en
voyant seulement les trois desseins que
j'ai tiré de Sels , de l'Oseille , du Marübe
blanc , et de la Christe - Marine ; par - lesquels
il est très-facile de connoître les effets
que ces trois Plantes doivent naturellement
opérer : car trouvant dans l'Oseille
les principaux Sels formez en figures d'épines
, d'autres en petites éguilles , et d'autres
enfin en figure de lozanges pointuës
par les deux bouts , n'a-t- on pas une
marque assurée , que cette Plante doit
piquer par son acidité , et être tant soit
peu corrosive , comme on le reconnoît
par ces effets ; puisque chacun sçait
qu'elle dissipe les taches d'encre , lorsqu'il
en est tombé sur le Linge ? elle
doit aussi être rafraîchissante et pénétrante
, ce qu'on ne peut jamais reconnoître
( ainsi que je l'ai dit par son Analyse
Chymique.
Il en est de même du Marube blanc : les
Sels de cette Plante vûs et découverts par
ma Méthode sont visiblement un Sel ammoniac
très-abondant mêlé d'un peu deNître;
puisqu'ils ont l'un et l'autre des figures
sem
JUILLET. 1731. 1 1663
semblables à celles de ces deux Sels ; par où
il est aisé de juger que cette Plante doit
être volatile et désopilante , conformément
à ces deux Sels. Enfin j'ai trouvé les Sels
provenant de la Christe - Marine , où le Sel
marin se fait voir , accompagné de l'armoniac.
Je pourrois entrer dans un plus
grand détail , si je voulois rapporter comment
sont figurés les differens Sels des
Plantes , que je me suis donné le plaisir
d'examiner : je dis le plaisir , car c'en
est un veritable , que de voir cette differente
Palingénésie des Sels , et cet agréable
arrangement qu'ils prennent d'eux- mêmes
sur le Verre.
Passons maintenant aux humeurs , ou
liquides les plus considerables du Corps
humain,pour connoître les Sels contenus
dans la salive ; il est necessaire d'observer
qu'étant ordinairement trés visqueuses , il
faut pour en dissoudre la viscosité , pour en
détacher les Sels qui sont enfevelis , y mêler
au moins une fois autant d'eau ; et afin
que la dissolution se puisse mieux faire , il
est à propos de laisser poser le tout pendant
quelques heures ; et la laisser christaliser
aprés l'avoir filtrée : c'est alors, que , quoiqu'il
s'y trouve quelquefois des Sels differens
, on a presque toûjours le plaisir de
voir de ses yeux la verité de ce qu'on a dit,
sçavoir ,
1664 MERCURE DE FRANCE
sçavoir, que la Salive est ordinairement
remplie de Sel armoniac , ainsi qu'il est facile
de le voir par le dessein que j'ai tiré
d'après celle que j'ai christalisée.
Pour ce qui est du sang ; comme c'est
dans sa sérosité que les Sels sont dissous ,
ce n'est aussi que dans cette seule sérosité
qu'il les faut chercher. Il faut donc pour
cet effet , prendre celle qui se sépare d'ellemême
après la saignée . Mais comme elle
est extrêmement visqueuse et gluante
elle a besoin pour en débarasser les Sels ,
qu'on y mêle beaucoup plus d'eau que
dans la Salive , ensorte qu'il en faut mettre
environ sept à huit fois plus qu'il n'y a
de sérosite ayant ensuite laissé poser le
tout trois ou quatre heures , filtrer et
christaliser.C'a été en agissant de la sorte,
que
voulant connoître les Sels du sang
d'une personne legerement indisposée ,
j'y ai trouvai , comme on peut voir dans
le dessein , beaucoup de Sel armoniac
très-pen de Nitre , et quelques Globules ,
que je croyois être échapez dans la filtration.
Quant à l'urine , il faut s'y prendre
d'une maniere fort differente de celle
dont on use pour la Salive et pour le Sang
* Ettmuller, sur la Pharm. de Schoder. de la
Salive de l'Homme. liv z.
puisJUILLET.
1731. 1665
puisqu'à celles - là , il fant , si l'on veut en
voirles Sels , y adjoûter de l'eau ; au lieu
quepour voir ceux des urines , it convient
d'en faire évaporer une partře. On peut
voir dans la Planche la figure du Sel , que
j'ai observée dans l'urine d'une personne
saine.
Il me reste maintenant à faire quelques
Observations neceffaires ; et qu'il convient
de sçavoir , pour mieux réussir
en usant de cette Methode , pour ne s'y
pas tromper.
La premiere regarde l'eau dont on
doit se servir , soit pour dissoudre les
Sels , ou pour rendre les sucs des Plantes
, ou la salive et les serosités du sang
plus liquides : car soit qu'elle soit de
Fontaine , de Riviere , ou de Puits ; comme
ces differentes eaux peuvent avoir
leurs Sels propres et particuliers , il est
à propos , toutes les fois qu'on fait christaliser
ces choses mélangées d'eau , de
mettre en même temps de cette même
eau sur un autre verre , afin que si étant
elle - même christalisée , et y remarquant
quelque Sel particulier , on puisse le distinguer
d'avec ceux de la Plante , ou de
telle autre chose dont on veut connoître
le Sel propre.
La seconde Observation consiste à sçavoir
,
1666 MERCURE DE FRANCE
"
voir , que souvent et plus particulierement
à l'égard des sucs des Plantes , de la
salive , et de la serosité du sang , les Selssevoyent
et se distinguent d'autant mieux
qu'on met sur le verre une moindre quan ,
tité de ces liqueurs , la trop grande abondance
des Sels qui s'y rencontrent apportant
souvent de la confusion dans leur
christalisation , et les empêchant de prendre
exactement leut figure specifique..
C'est pourquoy
il est à propos d'en mettre
une plus ou moins grande quantité
sur deux ou trois des petits verres dont
on use à cet effet ; et pour le faire facilement
, on peut se setvir, comme je fais ,
pour prendre et pour poser ces liqueurs ,
d'une espece de petite cueilliere de cuivre
, dont le creux n'a pas plus de largeur
que la moitié de l'écaille d'une noisette
, ayant trés peu de profondeur.
La troisiéme Observation , est par
rapport à la serosité du sang , où l'on
peut aisement se tromper : car quoyqu'on
y mêle beaucoup d'eau , cela n'empêche
pas qu'à cause de sa grande viscosité
venant à se secher sur le verre , il ne s'y
fasse au moins à quelque endroit , une
pellicule , laquelle se sechant fortement , il
s'y fait diverses crevasses , lesquelles se
reünissent le plus souvent en forme de
lozanges :
JUILLET. 1731. 1667
lozanges : on en peut voir quelques-unes
tracées dans le dessein qui représente les
Sels du sang : et lorsqu'on vient â regarder
au jour avec le Microscope , les, Sels
de cette serosité , ces fentes ou crevasses
étant moins opaques , on peut aisement
les prendre pour des Sels plus transparens.
Enfin la quatrième et la derniere Observation
que j'ai à faire , est pour indiquer
le moyen de mieux connoître quels
sont les Sels qui paroissent sur le verre
aprés que la cristalisation est faite : Car
la premiere chose qu'on doit observer
c'est de voir si les cristaux qui paroissent ,
sont semblables à quelqu'un des Sels qui
sont connus , et dont les figures sont dessinées
dans la Planche qui est jointe à
ma Lettre parce qu'au moment qu'on
les verra semblables , on peut s'assurer
que ce sont les mêmes Sels , ce qui peut
arriver souvent ; puisque,comme j'ai dit ,
ces Sels connus de tout le monde , sont
aussi les plus communs dans la nature.
Néanmoins , parcequ'on ne peut pas dire
qu'ils soient les seuls , au cas qu'on en remarque
, soit dans certaines ter es , certaines
eaux , certaines plantes &c. qui
prennent constamment des figures particulieres
, il convient alors de les observer
1668 MERCURE DE FRANCE
ver exactement , pourjuger par leur figu
re des effets particuliers qu'ils doivent
pareillement produire.
Je me crois d'ailleurs obligé d'avertir ,
que je n'ai pas tellement perfectionné
cette découverte , qu'il ne reste plus rien
à faire pour découvrir géneralement tous
les Sels , et plus particulierement ceux
de toutes les Plantes et de toutes les humeurs
. Je ne donne tout ce qui est contenu
dans ces deux Lettres , que comme
un essai , dans lequel je me flatte d'avoir
réûssi ; s'il est poussé aussi loin qu'il le
peut être par des mains plus habiles , il
pourra devenir trés avantageux au public.
Je suis Monsieur & c.
On trouvera les Figures gravées de
ces Sels , dans la premiere Lettre de M.
Capperon , inserée dans le precedent
Mercure.
sur la Méthode d'observer les Sels qui
se trouvent dans les Terres , dans les
Plantes , dans les Humeurs , &c.
MONSIEUR ,
Vous sçavez mieux que moi , qu'il y a
long- tems qu'on cherche un moyen de
connoître la qualité des Mixtes , pour ju
ger des effets qu'ils doivent naturellement
operer. Comme on étoit d'abord persuadé
que les Mixtes
n'opéroient
que parce
qu'on
appelloit
leurs qualitez
; sçavoir
, le
chaud
, le sec , le froid
, et l'humide
; on
B iij
1574 MERCURE DE FRANCE
crut avoir fait beaucoup , que d'assigner à
chaque Mixte , jusqu'à quel degré il étoit
chaud , sec , froid , ou humide ; ce dont
on jugeoit par les effets qu'on lui voyoit
produire , et par- là on se flatoit d'avoir
un moyen suffisant pour connoître le
bien ou le mal que ces Mixtes pouvoient
faire.
Quoique cette Méthode fut en usage
avant le tems d'Hypocrate , et qu'elle l'ait
été presque jusqu'à nos jours : * cet habile
Homme reconnut néanmoins , qu'on ne
pouvoit pas aller loin avec cette Découverte.
Il crut qu'il pouvoit y mieux réüssir
, en enseignant que les Mixtes n'opéroient
qu'entant qu'ils contenoient quelque
chose de plus ou moins amer , ou salé,
ou doux , ou âpre , ou acerbe , ou adoucissant
, ** &c.En quoi , sans doute , il
pensoit plus juste que ceux qui l'avoient
précedé , mais après tout , ce n'étoit connoître
la nature des Mixtes que par leurs
seuls effets , même par leurs effets senfibles
; par consequent il falloit les avoir
souvent éprouvez , avant que d'en fixer
les qualitez.
Enfin la Chymie étant devenue com-
* On la peut voir bien marquée dans Matthi
Comment. sur Dioscoride.
** Lib. de prisca Medicina.
mune
JUILLET.
1731. 1575
mune , on a crû avoir trouvé le moyen
infaillible pour découvrir primitivement
ce que chaque Mixte devoit naturellement
opérer , parce que ceux qui cultivoient
cet art , prétendant avoir une Méthode
assurée pour décomposer les Mixtes par
le moyen du feu , séparer les Principes
dont ils étoient composez , pour les voir
ensuite à leur aise séparément , et connoître
leurs opérations, ils n'ont nullement
douté , qu'à proportion que quelques- uns
de ces principes se trouveroient dominer
plus ou moins dans les Mixtes , leurs Effets
devoient se diversifier differemment :
c'est ce qui a même donné lieu à l'Académie
Royale des Sciences de Paris , de
faire travailler à l'Analyse Chymique des
Plantes , dans l'esperance qu'on auroit
par là une connoissance assurée des effets
qu'elles doivent naturellement produire.
Mais les personnes éclairées , même les
plus habiles dans cette Profession , sont
tombées d'accord , qu'on ne pouvoit pas
encore sé flatter d'être arrivé par cette
voye au but qu'on se proposoit depuis si
long - tems. M. Lemery , cet habile Chymiste
, avoue lui- même dans le Discours
qu'il a fait sur la Chymie en général , et
qui est à la tête de son cours de Chymie ,
B iiij que
1656 MERCURE DE FRANCE
que, si l'on veut considerer sans préoccupation
, comment le feu agit lorsqu'on
s'en sert pour anatomiser les plantes , ( on
;
doit dire la même chose des autres Mixtes
) : on avouera , dit- il , qu'il détruit et
confond la plupart des choses qu'il disseque
qu'il n'y a pas lieu de croire qu'il
rende les substances en leur état naturel :
aussi n'hésite - t- il pas à dire , parlant des
Sels des Plantes , qu'il n'y a que leur Sel
essentiel qui se tire de leur Suc exprimé ,
et filtré , et christalisé , qui soit le veritable
Sel qui étoit dans la Plante , ce qu'on
ne peut pas dire ( ajoûte t- il ) des deux autres
; sçavoir , le Sel volatile , et le Sel
fixescar eû égard à la violence du feu dont
on s'est servi pour les faire , il y agrande
apparence qu'ils ont été déguisez .
Tous ceux qui ont parlé sans prévention
de cette Analise des Mixtes,faite par
la voye du feu , en ont pensé de même.
Le Medecin de Montpellier qui a fait des
Notes sur l'Anatomie d'Heister , dit . que
ce n'est pas par l'Analyse Chymique qu'on
peut connoître les veritables principes
des
corps ; puisque le feu change les matieres
, et qu'il les décompose ; que ceuxqui
veulent en juger par cette Analyse ,
n'ont pas plus de raison , que ceux qui
voudroient connoître la nature des Caillous
JUILLET. 1731. 1657.
lous par la chaux . En effet , c'est une
chose certaine , dit M. Lemery dans son
Mémoire sur les Analyses des Plantes , inseré
dans l'Histoire de l'Académie
, que
quoique l'Oseille ait un Suç naturellement
aigre dans la Distilation , neanmoins
elle donne beaucoup moins d'acide , que
plusieurs autres Plantes qui n'en manifestent
pas tant.
Il me paroît donc , que voulant connoître
ce que la plupart des Mixtes peuvent
opérer, on peut aller plus surement
au but par la Méthode que j'ai découverte,
que par cette Analyse Chymique à laquelle
on s'est attaché depuis ces derniers
tems ; car dans la plupart des Mixtes ,
quelle est la chose qui opére les plus
grands & les plus sensibles effets ? ne sontce
pas les Sels qui sont contenus dans ces
Mixtes , lorsque venant à se déveloper , et
s'insinuant dans les pores des autres Corps
ils les dilatent , les ouvrent , en remplissent
les vuides , ou rompent & dérangent
la contexture de leurs parties ? Ainsi , on
ne peut disconvenir , que de toutes les
parties , ou , si l'on veut, de tous les principes
qui forment les Mixtes , les particules
salines étant les plus roides
Ait, Des Mamelles,
, et les
plus
1658 MERCURE DE FRANCE
plus figurées , leur opération doit être
la plus sensible et la plus considerable.
Ainsi le moyen incontestablement le
plus sûr pour juger quels effets la plûpart
des Mixtes doivent naturellement produire
, consiste à connoître parfaitement
quels Sels dominent en eux , et quelles
sont les Figures specifiques de chacun de
ces Sels : puisque , comme j'ai déja dit , ils
opérent toûjours conformément à leur Figure
et à leur mouvement : or on ne peut
pas douter , que par ma Méthode , on ne
connoisse parfaitement quels sont les Sels
qui sont contenus dans la plupart des
Mixtes, et quelles en sont les Figures spécifiques
par consequent ma Méthode est
celle qui est la meilleure et la plus
sûre pour juger des effets que ces Mixtes
doivent naturellement produire .
Tout ceci préalablement établi , entrons
maintenant en matiere ; et voyons en particulier
comment il faut s'y prendre pour
connoître quels sont les Sels qui peuvent
être contenus, soit dans les Terres, soit dans
les Eaux , soit dans les Plantes , soit dans les
Humeurs ; car il me paroit que quand on
aura poussé jusques- là ses connoissances ,
on aura trouvé suffisamment de quoi se satisfaire
.
Voulant donc découvrir quel est le Sel
qui
JUILLET. 1731. 1659
qui peut être contenu dans telle Terre que
ce puisse être , voici comme je m'y prends
pour y réüssir. Je mêle avec de l'eau la
Terre en question , observant qu'il n'y ait
pas trop d'eau ; et aprés l'avoir laissée
quelque tems en infusion , je lui donne un
leger bouillon sur le feu ; ensuite ayant
filtré cette eau par le papier gris , pour la
rendre claire , je la fais christaliser sur
mes petits vers ronds , conformément à
ma Méthode. C'est ainsi que je m'y suis
pris pour voir et connoître les Sels difrens
du Terreau de fumier , de la bonne
Terre des champs , et de la Terre glaise ,
desquels je vous envoye les desseins. Mais
avant que je finisse ce qui regarde les Terres,
il est à propos que j'avertisse, que par rap-
•port à celles qui sont exposées à la Pluye,
Jes Sels qu'on y peut trouver , peuvent
souvent varier à raison des pluyes
des rosées , des brouillards , des neiges ,
ou des grêles , qui peuvent y tomber ,
et y déposer les differens Sels qui s'y rencontrent.
, ›
Pour les Eaux des puits , des rivieres et
des fontalnes, je ies christalise telles qu'elles
sont , lorsqu'elles sont pures et claires :
mais je dois aussi faire observer , que celles
des puits et des fontaines ne donnent
pas toûjours les mêmes Sels , ce que j'ai
B vj même
1660 MERCURE DE FRANCE
même remarqué dans les Eaux de Forges.
Certe variation mérite bien d'être plus
exactement observée que je n'ai fait, pour
en tirer toutes les conséquences convenables
à un pareil sujet.
,
et
Il est vrai que la même chose arrive à
l'égard de l'Eau des rivieres : mais la cause
en est évidente , sçavoir les pluyes , les
neiges, les grêles , & c. qui y tombent ,
les differentes Terres qui y sont souvent
entraînées , et qui y portent leurs Sels
avec elles . C'est par cette raison que j'ai
rrouvé des deux sortes de Sels dans l'eau
de la mer l'un est le Sel marin ordinaire
; et l'autre un Sel plus délié , dont
les pointes font plus fines. Ce qui rend
cette eau plus corrosive que celle où le
Sel marin seul est dissout . J'ai de même
trouvé de deux sortes de Sel dans l'eau
de riviere du mois de Mars , prise à dif
rens 'tems , le premier a quelque rapport
au Nitre , et le second au Borax ; mais
parce que je n'ai pas trouvé ce dernier Sel
avant ou après le tems marqué , cela
me fait soupçonner que c'est cette
espece de Sel qui rend les Eaux du mois
de Mars plus fortes et plus âpres que
les autres , qu'elles rendent le Linge plus
blanc , et qu'elles rongent davantage les
mains des Blanchisseuses , & c.
>
A
JUILLET
. 1731. 1661
'A l'égard des Plantes , voulant connoître
leurs veritables Sels , et voir quelles
sont leurs figures specifiques
,tout consiste
à piler la plante dans un mortier , y verser
ensuite ce qu'il convient d'eau , pour
donner plus de fluidité au suc , et donner
au Sel plus de facilité pour se dégager de
la viscosité dans laquelle il est souvent
renfermé : puis ayant laissé le tout poser
pendant quelque peu de tems , le filtrer
par le papier gris , et le faire ensuite christaliser
sur le verre. On peut bien juger
que plus le Suc de la Plante est visqueux , plus on doit y mêler d'eau . Je dirai aussi
que j'ai observé, que prenant les Plantes , dans le tems qu'elles sont dans leur for- ce , leurs Sels se font mieux connoître
.
>
Voilà de quelle maniere on peut voir
et connoitre les Sels des Plantes , quelles
sont leurs figures specifiques : par où l'on
peut juger des effets qu'elles doivent naturellement
produire : puisque comme
j'ai dit , c'est principalement
par les Sels
que tous les Mixtes font leurs plus puissantes
opérations ; et qu'en connoissant
les figures sensibles que prennent
les Sels en se christalisant
sur le verre
on connoît les figures invisibles de leurs
plus petites parties par lesquelles elles
opérent.
C'est
1662 MERCURE DE FRANCE
C'est ce qu'il m'est aisé de justifier par
un grand nombre de Plantes , dont j'ai
découvert et connu les Sels par cette
Méthode on peut en être persuadé , en
voyant seulement les trois desseins que
j'ai tiré de Sels , de l'Oseille , du Marübe
blanc , et de la Christe - Marine ; par - lesquels
il est très-facile de connoître les effets
que ces trois Plantes doivent naturellement
opérer : car trouvant dans l'Oseille
les principaux Sels formez en figures d'épines
, d'autres en petites éguilles , et d'autres
enfin en figure de lozanges pointuës
par les deux bouts , n'a-t- on pas une
marque assurée , que cette Plante doit
piquer par son acidité , et être tant soit
peu corrosive , comme on le reconnoît
par ces effets ; puisque chacun sçait
qu'elle dissipe les taches d'encre , lorsqu'il
en est tombé sur le Linge ? elle
doit aussi être rafraîchissante et pénétrante
, ce qu'on ne peut jamais reconnoître
( ainsi que je l'ai dit par son Analyse
Chymique.
Il en est de même du Marube blanc : les
Sels de cette Plante vûs et découverts par
ma Méthode sont visiblement un Sel ammoniac
très-abondant mêlé d'un peu deNître;
puisqu'ils ont l'un et l'autre des figures
sem
JUILLET. 1731. 1 1663
semblables à celles de ces deux Sels ; par où
il est aisé de juger que cette Plante doit
être volatile et désopilante , conformément
à ces deux Sels. Enfin j'ai trouvé les Sels
provenant de la Christe - Marine , où le Sel
marin se fait voir , accompagné de l'armoniac.
Je pourrois entrer dans un plus
grand détail , si je voulois rapporter comment
sont figurés les differens Sels des
Plantes , que je me suis donné le plaisir
d'examiner : je dis le plaisir , car c'en
est un veritable , que de voir cette differente
Palingénésie des Sels , et cet agréable
arrangement qu'ils prennent d'eux- mêmes
sur le Verre.
Passons maintenant aux humeurs , ou
liquides les plus considerables du Corps
humain,pour connoître les Sels contenus
dans la salive ; il est necessaire d'observer
qu'étant ordinairement trés visqueuses , il
faut pour en dissoudre la viscosité , pour en
détacher les Sels qui sont enfevelis , y mêler
au moins une fois autant d'eau ; et afin
que la dissolution se puisse mieux faire , il
est à propos de laisser poser le tout pendant
quelques heures ; et la laisser christaliser
aprés l'avoir filtrée : c'est alors, que , quoiqu'il
s'y trouve quelquefois des Sels differens
, on a presque toûjours le plaisir de
voir de ses yeux la verité de ce qu'on a dit,
sçavoir ,
1664 MERCURE DE FRANCE
sçavoir, que la Salive est ordinairement
remplie de Sel armoniac , ainsi qu'il est facile
de le voir par le dessein que j'ai tiré
d'après celle que j'ai christalisée.
Pour ce qui est du sang ; comme c'est
dans sa sérosité que les Sels sont dissous ,
ce n'est aussi que dans cette seule sérosité
qu'il les faut chercher. Il faut donc pour
cet effet , prendre celle qui se sépare d'ellemême
après la saignée . Mais comme elle
est extrêmement visqueuse et gluante
elle a besoin pour en débarasser les Sels ,
qu'on y mêle beaucoup plus d'eau que
dans la Salive , ensorte qu'il en faut mettre
environ sept à huit fois plus qu'il n'y a
de sérosite ayant ensuite laissé poser le
tout trois ou quatre heures , filtrer et
christaliser.C'a été en agissant de la sorte,
que
voulant connoître les Sels du sang
d'une personne legerement indisposée ,
j'y ai trouvai , comme on peut voir dans
le dessein , beaucoup de Sel armoniac
très-pen de Nitre , et quelques Globules ,
que je croyois être échapez dans la filtration.
Quant à l'urine , il faut s'y prendre
d'une maniere fort differente de celle
dont on use pour la Salive et pour le Sang
* Ettmuller, sur la Pharm. de Schoder. de la
Salive de l'Homme. liv z.
puisJUILLET.
1731. 1665
puisqu'à celles - là , il fant , si l'on veut en
voirles Sels , y adjoûter de l'eau ; au lieu
quepour voir ceux des urines , it convient
d'en faire évaporer une partře. On peut
voir dans la Planche la figure du Sel , que
j'ai observée dans l'urine d'une personne
saine.
Il me reste maintenant à faire quelques
Observations neceffaires ; et qu'il convient
de sçavoir , pour mieux réussir
en usant de cette Methode , pour ne s'y
pas tromper.
La premiere regarde l'eau dont on
doit se servir , soit pour dissoudre les
Sels , ou pour rendre les sucs des Plantes
, ou la salive et les serosités du sang
plus liquides : car soit qu'elle soit de
Fontaine , de Riviere , ou de Puits ; comme
ces differentes eaux peuvent avoir
leurs Sels propres et particuliers , il est
à propos , toutes les fois qu'on fait christaliser
ces choses mélangées d'eau , de
mettre en même temps de cette même
eau sur un autre verre , afin que si étant
elle - même christalisée , et y remarquant
quelque Sel particulier , on puisse le distinguer
d'avec ceux de la Plante , ou de
telle autre chose dont on veut connoître
le Sel propre.
La seconde Observation consiste à sçavoir
,
1666 MERCURE DE FRANCE
"
voir , que souvent et plus particulierement
à l'égard des sucs des Plantes , de la
salive , et de la serosité du sang , les Selssevoyent
et se distinguent d'autant mieux
qu'on met sur le verre une moindre quan ,
tité de ces liqueurs , la trop grande abondance
des Sels qui s'y rencontrent apportant
souvent de la confusion dans leur
christalisation , et les empêchant de prendre
exactement leut figure specifique..
C'est pourquoy
il est à propos d'en mettre
une plus ou moins grande quantité
sur deux ou trois des petits verres dont
on use à cet effet ; et pour le faire facilement
, on peut se setvir, comme je fais ,
pour prendre et pour poser ces liqueurs ,
d'une espece de petite cueilliere de cuivre
, dont le creux n'a pas plus de largeur
que la moitié de l'écaille d'une noisette
, ayant trés peu de profondeur.
La troisiéme Observation , est par
rapport à la serosité du sang , où l'on
peut aisement se tromper : car quoyqu'on
y mêle beaucoup d'eau , cela n'empêche
pas qu'à cause de sa grande viscosité
venant à se secher sur le verre , il ne s'y
fasse au moins à quelque endroit , une
pellicule , laquelle se sechant fortement , il
s'y fait diverses crevasses , lesquelles se
reünissent le plus souvent en forme de
lozanges :
JUILLET. 1731. 1667
lozanges : on en peut voir quelques-unes
tracées dans le dessein qui représente les
Sels du sang : et lorsqu'on vient â regarder
au jour avec le Microscope , les, Sels
de cette serosité , ces fentes ou crevasses
étant moins opaques , on peut aisement
les prendre pour des Sels plus transparens.
Enfin la quatrième et la derniere Observation
que j'ai à faire , est pour indiquer
le moyen de mieux connoître quels
sont les Sels qui paroissent sur le verre
aprés que la cristalisation est faite : Car
la premiere chose qu'on doit observer
c'est de voir si les cristaux qui paroissent ,
sont semblables à quelqu'un des Sels qui
sont connus , et dont les figures sont dessinées
dans la Planche qui est jointe à
ma Lettre parce qu'au moment qu'on
les verra semblables , on peut s'assurer
que ce sont les mêmes Sels , ce qui peut
arriver souvent ; puisque,comme j'ai dit ,
ces Sels connus de tout le monde , sont
aussi les plus communs dans la nature.
Néanmoins , parcequ'on ne peut pas dire
qu'ils soient les seuls , au cas qu'on en remarque
, soit dans certaines ter es , certaines
eaux , certaines plantes &c. qui
prennent constamment des figures particulieres
, il convient alors de les observer
1668 MERCURE DE FRANCE
ver exactement , pourjuger par leur figu
re des effets particuliers qu'ils doivent
pareillement produire.
Je me crois d'ailleurs obligé d'avertir ,
que je n'ai pas tellement perfectionné
cette découverte , qu'il ne reste plus rien
à faire pour découvrir géneralement tous
les Sels , et plus particulierement ceux
de toutes les Plantes et de toutes les humeurs
. Je ne donne tout ce qui est contenu
dans ces deux Lettres , que comme
un essai , dans lequel je me flatte d'avoir
réûssi ; s'il est poussé aussi loin qu'il le
peut être par des mains plus habiles , il
pourra devenir trés avantageux au public.
Je suis Monsieur & c.
On trouvera les Figures gravées de
ces Sels , dans la premiere Lettre de M.
Capperon , inserée dans le precedent
Mercure.
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Résumé : SECONDE LETTRE de M. Capperon sur la Méthode d'observer les Sels qui se trouvent dans les Terres, dans les Plantes, dans les Humeurs, &c.
La lettre de M. Capperon explore une méthode d'observation des sels présents dans les terres, les plantes et les humeurs. Historiquement, les mixtes étaient classés selon leurs qualités (chaud, sec, froid, humide) ou leurs saveurs (amer, salé, doux). Cependant, ces méthodes étaient limitées aux effets observables. Avec l'avènement de la chimie, on a tenté de décomposer les mixtes par le feu, mais cette approche altérait les substances, rendant l'analyse imparfaite. Capperon propose une méthode alternative basée sur l'observation des sels cristallisés. Il affirme que les sels, en se développant et en s'insinuant dans les pores des corps, produisent des effets sensibles et considérables. Pour observer ces sels, il mélange les substances avec de l'eau, les filtre et les cristallise sur des verres. Cette méthode est appliquée aux terres, eaux, plantes et humeurs, notant que les sels peuvent varier en fonction des conditions environnementales. Pour les plantes, Capperon pile la plante, ajoute de l'eau, filtre le suc et observe la cristallisation. Il illustre cette méthode avec des exemples comme l'oseille, le marube blanc et la christe-marine, montrant comment les formes des cristaux révèlent les propriétés des plantes. Pour la salive, il dissout la viscosité avec de l'eau et observe les cristaux formés. Le texte décrit également une méthode pour analyser les sels présents dans le sang, la salive et l'urine. Pour le sang, il est nécessaire de séparer la sérosité après une saignée, de la mélanger avec une grande quantité d'eau, de laisser reposer le mélange, puis de filtrer et cristalliser. Cette méthode a permis de découvrir du sel armoniac et du nitre dans le sang d'une personne légèrement indisposée. Pour l'urine, il faut évaporer une partie du liquide pour observer les sels. L'auteur souligne l'importance d'utiliser de l'eau de même source pour éviter la confusion des sels et de reconnaître les sels connus. Il mentionne que sa découverte est un essai et espère qu'elle pourra être perfectionnée par d'autres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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421
p. 1781-1784
Lanterne Marine, &c. [titre d'après la table]
Début :
Sur les Découvertes dont nous avons parlé dans le dernier Mercure, page 1560. au sujet des [...]
Mots clefs :
Découvertes, Académie royale des sciences, Lanterne, Chaises mouvantes, Cheval marin
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texteReconnaissance textuelle : Lanterne Marine, &c. [titre d'après la table]
Sur les Découvertes dont nous avons parlé
dans le dernier Mercure , page 1560. au sujet des
differentes manoeuvres qu'on peut faire au fond
de la Mer M. Vergile a. donné à l'Académie
Royale:
1782 MERCURE DE FRANCE
Royale des Sciences un Memoire et les instructions
necessaires , surquoi Mrs de Cassini et Pitot,
Membres de cette Académie , et nommez pour
examiner ces Découvertes , ont dit leur sentiment
à M. Vergile , en ces termes.
et
Nous déclarons que M. Vergile nous a fait voir
une Lanterne qu'il alluma à l'air , et l'ayant fermée
elle s'éteignit un moment après. La Lanterne
fut encore rallumée et ensuite fermée
comme elle alloit s'éteindre , elle fut enfoncée
dans l'eau où elle se ralluma tout- à - fait et où elle
éclaira pendant l'espace de trois minutes , quoiqu'elle
fûr entierement couverte d'eau .
Par l'explication du Mécanisme de cette Lanterne
que M. Vergile nous fit , nous avons reconnu
que cette Lanterne peut éclairer à une grande
profondeur d'eau , et qu'on peut aisément en
augmenter la durée.
Cette Lanterne n'a aucune communication
avec l'air superieur .
M. Vergile prétend, encore avoir fait des Découvertes
bien plus considerables , sçavoir
Un moyen sûr et facile de trouver les Vaisseaux
qui ont coulé bas.
Un moyen sûr et facile de remettre à flot ces
mêmes Vaisseaux , pourvû toutefois , qu'ils ne.
soient point adherens au fond de la Mer.
Un moyen sûr et aisé de faire rester dans l'eau
un homme sans incommodité , et en état de manoeuvrer
de toutes les façons pendant 20. et 30 .
heures ; il pourra même y manger et y
boire..
M. Vergile nous expliqua le moyen de trouver
les Vaisseaux au fond de la Mer..
Sur quoi il nous a paru que le moyen a toutes
les qualitez proposées , et qu'il est de peu de dépense
, pourvu toutefois que le moyen de respirer
dans
JUILLET. 1731. 1783
dans l'eau , qu'il suppose , soit sûr , et c'est sur
quoi nous ne pouvons rien dire , M. Vergile
n'ayant pas trouvé à propos de nous le déclarer.
Il en est à peu près de même du moyen de
manger et de boire , qui est sûr , pourvû que d'ailleurs
l'homme qui est dans l'eau puisse respirer.
M. Vergile n'a pas expliqué sa manoeuvre pour
retirer les Vaisseaux du fond de la Mer et les remettre
à flot ..
Le sieur Maillard , Maître Menuisier et Machiniste
, a obtenu le premier Juin 1731. le Privilege
exclusif de fabriquer , vendre et debiter seul deux
Chaises mouvantes, de son invention ; l'une pour
se faire mener par un homme assis derriere, où il
y aura un Volant capable d'augmenter considerablement
la force de l'homme et de soulager ses
bras ; l'autre pour se promener et faire aller soimême
, par le même mouvement , la Chaise roulante
, posée sur trois roues. L'Académie Royale
des Sciences a approuvé et reconnu l'utilité de
cette Invention par un Certificat.
a encore inventé plusieurs autres Machines ,.
comme un Cigne qui paroît vivant , jusqu'à s'y
tromper , qui a du mouvement dans la tête et
dans le col , et qui a la même allure sur l'eau .
Un Cheval Marin en petit , qui tire une Gondole
où paroît Apollon au milieu des Muses , qui
ont du nouvement .
Un petit Cheval , qui part d'une vitesse surattelé
à une Calêche , dans laquelle sont
prenante ,
deux petites Figures à terre..
On voit encore chez lui deux Phaetons o
Calêches sans ressorts ni soupentes , tirées chacune
par un Cheval naturel , fort differentes de
tout ce qu'on a vu jusqu'à present en ce genre ,.
Pune
7784 MERCURE DE FRANCE
Pune est propre pour la Chasse et pour aller
dans les bois touffus où à peine un cheval peut
passer. L'autre montée sur un Train de Chaisede
Poste très solide et très - douce, sans ressorts ni
elle pesera environ 600. livres et coûtera
beaucoup moins que les Chaises de Poste ordinaires
, parce qu'il y aura beaucoup moins de:
ferrare.
soupentes ;
>
Le sieur Maillard , dans ses nouvelles Machines
a joint l'utile à l'agréable. Il demeure Fau
bourg S. Honoré , rue de la bonne Moruë , dont
un bout donne dans la Place du Pont Tournant.
des Thuilleries.
dans le dernier Mercure , page 1560. au sujet des
differentes manoeuvres qu'on peut faire au fond
de la Mer M. Vergile a. donné à l'Académie
Royale:
1782 MERCURE DE FRANCE
Royale des Sciences un Memoire et les instructions
necessaires , surquoi Mrs de Cassini et Pitot,
Membres de cette Académie , et nommez pour
examiner ces Découvertes , ont dit leur sentiment
à M. Vergile , en ces termes.
et
Nous déclarons que M. Vergile nous a fait voir
une Lanterne qu'il alluma à l'air , et l'ayant fermée
elle s'éteignit un moment après. La Lanterne
fut encore rallumée et ensuite fermée
comme elle alloit s'éteindre , elle fut enfoncée
dans l'eau où elle se ralluma tout- à - fait et où elle
éclaira pendant l'espace de trois minutes , quoiqu'elle
fûr entierement couverte d'eau .
Par l'explication du Mécanisme de cette Lanterne
que M. Vergile nous fit , nous avons reconnu
que cette Lanterne peut éclairer à une grande
profondeur d'eau , et qu'on peut aisément en
augmenter la durée.
Cette Lanterne n'a aucune communication
avec l'air superieur .
M. Vergile prétend, encore avoir fait des Découvertes
bien plus considerables , sçavoir
Un moyen sûr et facile de trouver les Vaisseaux
qui ont coulé bas.
Un moyen sûr et facile de remettre à flot ces
mêmes Vaisseaux , pourvû toutefois , qu'ils ne.
soient point adherens au fond de la Mer.
Un moyen sûr et aisé de faire rester dans l'eau
un homme sans incommodité , et en état de manoeuvrer
de toutes les façons pendant 20. et 30 .
heures ; il pourra même y manger et y
boire..
M. Vergile nous expliqua le moyen de trouver
les Vaisseaux au fond de la Mer..
Sur quoi il nous a paru que le moyen a toutes
les qualitez proposées , et qu'il est de peu de dépense
, pourvu toutefois que le moyen de respirer
dans
JUILLET. 1731. 1783
dans l'eau , qu'il suppose , soit sûr , et c'est sur
quoi nous ne pouvons rien dire , M. Vergile
n'ayant pas trouvé à propos de nous le déclarer.
Il en est à peu près de même du moyen de
manger et de boire , qui est sûr , pourvû que d'ailleurs
l'homme qui est dans l'eau puisse respirer.
M. Vergile n'a pas expliqué sa manoeuvre pour
retirer les Vaisseaux du fond de la Mer et les remettre
à flot ..
Le sieur Maillard , Maître Menuisier et Machiniste
, a obtenu le premier Juin 1731. le Privilege
exclusif de fabriquer , vendre et debiter seul deux
Chaises mouvantes, de son invention ; l'une pour
se faire mener par un homme assis derriere, où il
y aura un Volant capable d'augmenter considerablement
la force de l'homme et de soulager ses
bras ; l'autre pour se promener et faire aller soimême
, par le même mouvement , la Chaise roulante
, posée sur trois roues. L'Académie Royale
des Sciences a approuvé et reconnu l'utilité de
cette Invention par un Certificat.
a encore inventé plusieurs autres Machines ,.
comme un Cigne qui paroît vivant , jusqu'à s'y
tromper , qui a du mouvement dans la tête et
dans le col , et qui a la même allure sur l'eau .
Un Cheval Marin en petit , qui tire une Gondole
où paroît Apollon au milieu des Muses , qui
ont du nouvement .
Un petit Cheval , qui part d'une vitesse surattelé
à une Calêche , dans laquelle sont
prenante ,
deux petites Figures à terre..
On voit encore chez lui deux Phaetons o
Calêches sans ressorts ni soupentes , tirées chacune
par un Cheval naturel , fort differentes de
tout ce qu'on a vu jusqu'à present en ce genre ,.
Pune
7784 MERCURE DE FRANCE
Pune est propre pour la Chasse et pour aller
dans les bois touffus où à peine un cheval peut
passer. L'autre montée sur un Train de Chaisede
Poste très solide et très - douce, sans ressorts ni
elle pesera environ 600. livres et coûtera
beaucoup moins que les Chaises de Poste ordinaires
, parce qu'il y aura beaucoup moins de:
ferrare.
soupentes ;
>
Le sieur Maillard , dans ses nouvelles Machines
a joint l'utile à l'agréable. Il demeure Fau
bourg S. Honoré , rue de la bonne Moruë , dont
un bout donne dans la Place du Pont Tournant.
des Thuilleries.
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Résumé : Lanterne Marine, &c. [titre d'après la table]
En 1782, le Mercure de France a rapporté les découvertes de M. Vergile dans le domaine des manœuvres sous-marines. M. Vergile a présenté à l'Académie Royale des Sciences une lanterne capable de s'allumer sous l'eau et d'éclairer pendant trois minutes. Les membres de l'Académie, notamment M. de Cassini et M. Pitot, ont validé cette invention, confirmant qu'elle peut fonctionner à grande profondeur et que sa durée d'éclairage peut être prolongée. La lanterne ne nécessite aucune communication avec l'air extérieur. M. Vergile a également revendiqué d'autres inventions, telles qu'un moyen de localiser et de remonter des vaisseaux coulés, à condition qu'ils ne soient pas fixés au fond de la mer. Il a aussi conçu un dispositif permettant à un homme de rester sous l'eau pendant 20 à 30 heures, de manger et de boire. Cependant, il n'a pas fourni de détails sur le mécanisme de respiration sous-marine ou sur la méthode pour remonter les vaisseaux. Par ailleurs, le sieur Maillard, maître menuisier et machiniste, a obtenu un privilège exclusif pour fabriquer et vendre deux types de chaises roulantes innovantes. L'Académie Royale des Sciences a approuvé ces inventions. Maillard a également créé plusieurs machines, dont un cigne mécanique, un cheval marin tirant une gondole, et des phaétons sans ressorts. Il réside à Paris, rue de la Bonne Moruë.
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422
p. 1912-1916
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure le 28. du mois de Juillet 1731. sur le Couvreur du Village de Baron.
Début :
Vous ne désapprouverez point, Messieurs, qu'on vous avertisse de ce [...]
Mots clefs :
Couvreur, Village de Baron, Narrations, Lieux, Équivoque
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure le 28. du mois de Juillet 1731. sur le Couvreur du Village de Baron.
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure le 28. du mois de Juillet
1731. sur le Couvreurdu Village de Baron.
Ous ne désaprouverez point , Mes-
Vsieurs,quan point,de se sieurs , qu'on vous avertisse de ce
qui paroît de défectueux dans les Narrations
qui sont imprimées dans vôtre
Journal . Comme je fais profession
de dire la verité , je vais vous faire
une observation , qui quoyque bagatelle
A OUST. 1731. 1913
telle ou minutie , peut avoir cependant
son utilité. C'est que souvent lorsque
vous rapportés quelque Evenement extraordinaire
arrivé en certains Lieux ,
d'aprés les Lettres qu'on vous écrit , on
ne met point les Lecteurs au fait de ces
Hieux-là . On ne sçait quelquefois où ils
sont situés , ni où les prendre. Ce seront
des Bourgs ou des Villages d'un nom
fort commun , et en ce cas où les chercher
si la Province ou le Diocèse n'est pas
nommé ?
Ce qui m'a déterminé à vous écrire
là- dessus , est l'équivoque qui se trouve
au commencement de la Relation du fait
singulier arrivé à Senlis dans le 2º. Volume
du Mercure de Juin. Un Couvreur
de Baron est un langage qu'on ne peut
pas entendre dans tout le Royaume ,
comme on feroit aux environs de Senlis :
aussi ne l'avez - vous pas peut-être bien
compris vous mêmes , et c'est pour cela
que vous l'avés imprimé en Italique.
Quand le Senlisien qui vous écrit se seroit
exprimé ainsi un Couvreur du Village
de Baron , proche Senlis ; il n'en auroit
été que plus exact et plus intelligible Pour
moy qui suis éloigné de Senlis de plus de
quarante lieües , jjee nn''yy aaii point été trompé
, parce que je connois un peu le voisi-
D iij nage
1914 MERCURE DE FRANCE
nage de cette Ville , et je sçai que Ba❤
ron est un Village situé vis- à- vis et tout
proche la celebre Abbaye de Chaalis ou
j'ai été quelquefois ; le tout à deux lieües
de Senlis.
pas
ry
Le Couvreur en question est un homme
tel qu'il l'auroit fallu à Bourges il y
a quarante ans , lorsque le feu prit au
Coq du Clocher de la Sainte Chapelle.
De l'humeur dont il se montre , il ne se
seroit pas fait tirer l'oreille , et n'auroit
marchandé pour aller l'éteindre , et
par là il auroit empêché la charpante de
PEglise , et le Chateau des Ducs de Berd'être
brûlés. Si ce Couvreur Senlisien
eût été informé de ce que les anciens
faisoient placer sous les Cocqs des Clothers
, un homme intrépide comme lui
auroit peut- être en la curiosité d'y regarder
, et sans beaucoup de ceremonies ,
il auroit peut être fait une Ttanslation
de Reliques de haut en bas. Je sçai des
gens de sa profession qui ont des Reliques
dans leur famille , lesquelles procedent
de pareilles trouvailles faites au milieu
des airs , et même avec les Procèsverbaux.
Qu'une autre fois donc le Sonneur
de Senlis se garde bien de confier
à un tel grimpeur la clef de ses Clochers.
On lit dans la vie de S. Dunstan
Archevêque
A O UST. 1731. 1915
'Archevêque de Cantorbery, qu'étant jeune
écolier il fut atteint d'une fiévre dont
la chaleur, excessive le porta à grimper
રે peu prés de même sur les couvertures
de l'Eglise , et qu'il en descendit sans se
blesser aucunement,de même qu'il y étoit
monté. Mais le cas semble ici fort different.
Si vous voulez qu'à l'occasion du Cou
vreur de Baron , proche Senlis , je vous
renvoye à un texte qui doit rendre ce
Village fameux , je vous citerai le second
volume de la grande Collection des Peres
Martene et Durand , Benedictins , page
1389. Vous y lirez qu'il y avoit au XV.
Siecle , sous les Regnes de Charles VI . et
Charles VII. tout proche de ce Village ,
un clos de vigne, dont Jean de Montreuil ,
Prevôt de l'Isle , parle dans la Description
qu'il fit alors de l'Abbaye de Chaalis
et de son Voisinage. Il dit qu'à un
trait de ce Monastere étoit une vigne
qui produisoit un vin auquel il n'auroit
pas préferé celui de Beaune : Ad tractum
balista vinea situatur vinum ferens cui non
præferrem merum Sancti - Gengulfi ant Belnense.
Preuve mémorable que ce n'est
pas la roideur d'une côte qui fait d'ellemême
le bon vin , comme le croyent
ceux qui aiment à se tromper , et à trom-
D iiij per
1916 MERCURE DE FRANCE
per les autres. Cette Vigne étoit en Pays
out plat , et si bien Pays plat , qu'on en
a fait un Pré au Siécle dernier , parce que
la Vigne étoit trop souvent afligée du
froid dans les mois d'Avril et de May.
Je suis & c .
du Mercure le 28. du mois de Juillet
1731. sur le Couvreurdu Village de Baron.
Ous ne désaprouverez point , Mes-
Vsieurs,quan point,de se sieurs , qu'on vous avertisse de ce
qui paroît de défectueux dans les Narrations
qui sont imprimées dans vôtre
Journal . Comme je fais profession
de dire la verité , je vais vous faire
une observation , qui quoyque bagatelle
A OUST. 1731. 1913
telle ou minutie , peut avoir cependant
son utilité. C'est que souvent lorsque
vous rapportés quelque Evenement extraordinaire
arrivé en certains Lieux ,
d'aprés les Lettres qu'on vous écrit , on
ne met point les Lecteurs au fait de ces
Hieux-là . On ne sçait quelquefois où ils
sont situés , ni où les prendre. Ce seront
des Bourgs ou des Villages d'un nom
fort commun , et en ce cas où les chercher
si la Province ou le Diocèse n'est pas
nommé ?
Ce qui m'a déterminé à vous écrire
là- dessus , est l'équivoque qui se trouve
au commencement de la Relation du fait
singulier arrivé à Senlis dans le 2º. Volume
du Mercure de Juin. Un Couvreur
de Baron est un langage qu'on ne peut
pas entendre dans tout le Royaume ,
comme on feroit aux environs de Senlis :
aussi ne l'avez - vous pas peut-être bien
compris vous mêmes , et c'est pour cela
que vous l'avés imprimé en Italique.
Quand le Senlisien qui vous écrit se seroit
exprimé ainsi un Couvreur du Village
de Baron , proche Senlis ; il n'en auroit
été que plus exact et plus intelligible Pour
moy qui suis éloigné de Senlis de plus de
quarante lieües , jjee nn''yy aaii point été trompé
, parce que je connois un peu le voisi-
D iij nage
1914 MERCURE DE FRANCE
nage de cette Ville , et je sçai que Ba❤
ron est un Village situé vis- à- vis et tout
proche la celebre Abbaye de Chaalis ou
j'ai été quelquefois ; le tout à deux lieües
de Senlis.
pas
ry
Le Couvreur en question est un homme
tel qu'il l'auroit fallu à Bourges il y
a quarante ans , lorsque le feu prit au
Coq du Clocher de la Sainte Chapelle.
De l'humeur dont il se montre , il ne se
seroit pas fait tirer l'oreille , et n'auroit
marchandé pour aller l'éteindre , et
par là il auroit empêché la charpante de
PEglise , et le Chateau des Ducs de Berd'être
brûlés. Si ce Couvreur Senlisien
eût été informé de ce que les anciens
faisoient placer sous les Cocqs des Clothers
, un homme intrépide comme lui
auroit peut- être en la curiosité d'y regarder
, et sans beaucoup de ceremonies ,
il auroit peut être fait une Ttanslation
de Reliques de haut en bas. Je sçai des
gens de sa profession qui ont des Reliques
dans leur famille , lesquelles procedent
de pareilles trouvailles faites au milieu
des airs , et même avec les Procèsverbaux.
Qu'une autre fois donc le Sonneur
de Senlis se garde bien de confier
à un tel grimpeur la clef de ses Clochers.
On lit dans la vie de S. Dunstan
Archevêque
A O UST. 1731. 1915
'Archevêque de Cantorbery, qu'étant jeune
écolier il fut atteint d'une fiévre dont
la chaleur, excessive le porta à grimper
રે peu prés de même sur les couvertures
de l'Eglise , et qu'il en descendit sans se
blesser aucunement,de même qu'il y étoit
monté. Mais le cas semble ici fort different.
Si vous voulez qu'à l'occasion du Cou
vreur de Baron , proche Senlis , je vous
renvoye à un texte qui doit rendre ce
Village fameux , je vous citerai le second
volume de la grande Collection des Peres
Martene et Durand , Benedictins , page
1389. Vous y lirez qu'il y avoit au XV.
Siecle , sous les Regnes de Charles VI . et
Charles VII. tout proche de ce Village ,
un clos de vigne, dont Jean de Montreuil ,
Prevôt de l'Isle , parle dans la Description
qu'il fit alors de l'Abbaye de Chaalis
et de son Voisinage. Il dit qu'à un
trait de ce Monastere étoit une vigne
qui produisoit un vin auquel il n'auroit
pas préferé celui de Beaune : Ad tractum
balista vinea situatur vinum ferens cui non
præferrem merum Sancti - Gengulfi ant Belnense.
Preuve mémorable que ce n'est
pas la roideur d'une côte qui fait d'ellemême
le bon vin , comme le croyent
ceux qui aiment à se tromper , et à trom-
D iiij per
1916 MERCURE DE FRANCE
per les autres. Cette Vigne étoit en Pays
out plat , et si bien Pays plat , qu'on en
a fait un Pré au Siécle dernier , parce que
la Vigne étoit trop souvent afligée du
froid dans les mois d'Avril et de May.
Je suis & c .
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure le 28. du mois de Juillet 1731. sur le Couvreur du Village de Baron.
En juillet 1731, un auteur écrit au Mercure pour signaler une imprécision dans une narration publiée dans le journal. Il insiste sur l'importance d'inclure des informations précises sur les lieux mentionnés, notamment les provinces ou diocèses, afin d'éviter toute confusion. L'auteur prend l'exemple d'un couvreur du village de Baron, près de Senlis, mentionné dans le volume de juin du Mercure. Il explique que cette localisation n'est pas claire pour les lecteurs éloignés de Senlis et propose d'ajouter des précisions géographiques pour plus de clarté. L'auteur compare également le couvreur de Baron à un homme qui aurait pu empêcher un incendie à Bourges quarante ans plus tôt. Il mentionne des anecdotes sur des couvreurs ayant trouvé des reliques et des récits historiques, comme celui de Saint Dunstan. Enfin, il cite une description du XVe siècle d'une vigne près de Baron, mentionnée par Jean de Montreuil, prévôt de l'Isle, pour illustrer la qualité du vin produit dans cette région.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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423
p. 1937-1938
ENIGME.
Début :
De mes Soeurs la nombreuse escorte, [...]
Mots clefs :
Épingle
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
DE mes
*******
E mes Soeurs la nombreuse escorte ,
Chacune dans son rang , s'assemble par milliers
Tels on voit des Soldats courir auxChamps guer
riers ;
Cependant notre armée est plus foible que forte.
Nos Exploits les plus triomphants
Se bornent tout au plus à quelques jeux d'enfans.
En vain pour nous rendre plus fieres , ✰
On nous met sur la tête une Couronne d'or ;
Nous n'en brillons pas mieux , dirai-je plus encor?
Nous sommes si peu meurtrieres ,
Que lorsque dans le sang nous allons nous bai
gner ,
Nous ne faisons qu'égratigner.
1.
Mais quoique nous passions pour des choses trèsviles
,
Nous n'en sommes pas moins utiles.
'A de jeunes tendrons , sans égard à leur fang , A
Nous tirons quelquefois des larmes et du sang ;
C'est-là de toutes nos conquêtes ,
Le lustre le plus éclatant ;
Quelqu'une de mes soeurs naît-elle avec deur
têtes ?
Ce n'est pas un Monstre pourtant ;
Etant fille de l'Art et non de la Nature ,
E iij
Elle
1938 MERCURE DE FRANCE
Elle n'excite point de curiosité ,
Et cela lui sauve l'injure
De la défectuosité .
Quand quelque marché d'importance ;
Avec un plein sucsès est conduit à sa fin ,
Notre nom, quoique bas, marque la récompense,
Qu'on donne au Sexe feminin ;
Toi, Lecteur , qui me vois de ma petite espece
Te faire de sincère aveu ,
Veux- tu me deviner ? mets toute ton adresse
A sçavoir me tirer du jeu.
DE mes
*******
E mes Soeurs la nombreuse escorte ,
Chacune dans son rang , s'assemble par milliers
Tels on voit des Soldats courir auxChamps guer
riers ;
Cependant notre armée est plus foible que forte.
Nos Exploits les plus triomphants
Se bornent tout au plus à quelques jeux d'enfans.
En vain pour nous rendre plus fieres , ✰
On nous met sur la tête une Couronne d'or ;
Nous n'en brillons pas mieux , dirai-je plus encor?
Nous sommes si peu meurtrieres ,
Que lorsque dans le sang nous allons nous bai
gner ,
Nous ne faisons qu'égratigner.
1.
Mais quoique nous passions pour des choses trèsviles
,
Nous n'en sommes pas moins utiles.
'A de jeunes tendrons , sans égard à leur fang , A
Nous tirons quelquefois des larmes et du sang ;
C'est-là de toutes nos conquêtes ,
Le lustre le plus éclatant ;
Quelqu'une de mes soeurs naît-elle avec deur
têtes ?
Ce n'est pas un Monstre pourtant ;
Etant fille de l'Art et non de la Nature ,
E iij
Elle
1938 MERCURE DE FRANCE
Elle n'excite point de curiosité ,
Et cela lui sauve l'injure
De la défectuosité .
Quand quelque marché d'importance ;
Avec un plein sucsès est conduit à sa fin ,
Notre nom, quoique bas, marque la récompense,
Qu'on donne au Sexe feminin ;
Toi, Lecteur , qui me vois de ma petite espece
Te faire de sincère aveu ,
Veux- tu me deviner ? mets toute ton adresse
A sçavoir me tirer du jeu.
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424
p. 1938-1940
LOGOGRYPHE.
Début :
J'habite également la Campagne et la Ville, [...]
Mots clefs :
Cheminée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
' Habite également la Campagne et la Ville ;
Au Peuple comme au Grand je suis toujours utile,
En tout tems , en toute saison ,
L'on a besoin de moi dedans une maison.
Ma figure au dehors n'a rien que d'agréable ,
Aux Palais les plus beaux j'ajoute un ornement ;
Mais hélas ! au- dedans je suis méconnoissable ,
Je n'ai rien que d'affreux sous ce déguisement.
En vain certaines gens assez connus en France ,
Travaillent tous les ans à me purifier ,
Je les charge d'ordure au lieu de récompense ,
Et je reviens toujours à mon état premier.
Etes - vous curieux de sçavoir ma figure ?
J'ay
A O UST.
1731. 1939
J'ai deux pieds , sans pouvoir marcher ,
Un Manteau qui fait ma parure ,
Un coeur assez facile à se laisser toucher ,
Quoique de sa nature il soit dur , insensible ;
On trouve auprès de lui quelque soulagement ;
Mais n'en usez jamais qu'avec ménagement ,
Car vous pourriez bruler d'une flâme nuisible.
Si mon nom vous est inconnu ,
Sous ce détour énigmatique ,
Servons-nous de l'Arithmétique , ?
Pour voir ce qui dans moi peut être contenu.
Huit lettres forment ma substance ;
Un, deux, trois , quatre, cinq , étant pris à la fois;
Je ne recule ni n'avance ,
Chacun pourtant me suit , Peuples , Princes et
Rois ;
Quatre, cinq, trois , je suis un terme de tendresse,
Dont se sert un Amant qui parle à sa Maitresse .
Un , deux , cinq , trois et six , quelle félicité ,
Si chacun m'imitoit dans ma fidelité!
Quatre avant cinq laissé , je suis d'un grand ser
vice ,
Dans les Airs anciens et nouveaux.
Six avec sept , ma place est entre deux flambeaux
Sur le penchant d'un précipice.
A six , cinq , un , ajoûtez trois ,
Ville et Comté près de Provence ,
Dont on vit riompher un Maréchal de Frances
E iiij
Sous
1940 MERCURE DE FRANCE
Sous le plus grand de tous les Rois.
Quatre , cinq , six et trois , tantôt je suis severe ,
Tantôt de la douceur je tiens le caractere ;
Dans un sens different , l'on voit au Champ de
Mars ,
Quels effets je produits sous les plus hauts Remparts.
Six, cinq , un, sept et huit , Ville ancienne d'Asie.
Qui condamna jadis une horrible heresie..
Un, trois , six, joints à huit , on connoîtra d'abord
Un celeste repas dont parle l'Ecriture
Auquel participa l'Auteur de la Nature ,
Le jour qui préceda sa mort.
Un , cinq, quatre avec trois , sur toutes les Mon
tagnes ,
Sur les lieux élevez je tiens le plus haut rang ,
Moyse étoit sur moi quand il vit les Campagnes
De la Terre de Canaam.
Un, deux, trois, six et huit , je suis très- necessaire
Pour construction de Vaisseaux ,
Et quoique dans les bois j'habite d'ordinaire,
Je me conservé au fond des eaux.
Si l'on me laisse en paix vivre dans ma Patrie ,
Je porte un excellent régal ,
Pour le plus immonde animal.
En bien d'autres façons ma substance varie ;
Mais, ces traits suffisant pour montrer qui je suis ,
Lecteur , je ne veux point augmenter vos ennuis.
Ch. Degoëlles , Chantre et Chanoine de
D. de la Faïere.
' Habite également la Campagne et la Ville ;
Au Peuple comme au Grand je suis toujours utile,
En tout tems , en toute saison ,
L'on a besoin de moi dedans une maison.
Ma figure au dehors n'a rien que d'agréable ,
Aux Palais les plus beaux j'ajoute un ornement ;
Mais hélas ! au- dedans je suis méconnoissable ,
Je n'ai rien que d'affreux sous ce déguisement.
En vain certaines gens assez connus en France ,
Travaillent tous les ans à me purifier ,
Je les charge d'ordure au lieu de récompense ,
Et je reviens toujours à mon état premier.
Etes - vous curieux de sçavoir ma figure ?
J'ay
A O UST.
1731. 1939
J'ai deux pieds , sans pouvoir marcher ,
Un Manteau qui fait ma parure ,
Un coeur assez facile à se laisser toucher ,
Quoique de sa nature il soit dur , insensible ;
On trouve auprès de lui quelque soulagement ;
Mais n'en usez jamais qu'avec ménagement ,
Car vous pourriez bruler d'une flâme nuisible.
Si mon nom vous est inconnu ,
Sous ce détour énigmatique ,
Servons-nous de l'Arithmétique , ?
Pour voir ce qui dans moi peut être contenu.
Huit lettres forment ma substance ;
Un, deux, trois , quatre, cinq , étant pris à la fois;
Je ne recule ni n'avance ,
Chacun pourtant me suit , Peuples , Princes et
Rois ;
Quatre, cinq, trois , je suis un terme de tendresse,
Dont se sert un Amant qui parle à sa Maitresse .
Un , deux , cinq , trois et six , quelle félicité ,
Si chacun m'imitoit dans ma fidelité!
Quatre avant cinq laissé , je suis d'un grand ser
vice ,
Dans les Airs anciens et nouveaux.
Six avec sept , ma place est entre deux flambeaux
Sur le penchant d'un précipice.
A six , cinq , un , ajoûtez trois ,
Ville et Comté près de Provence ,
Dont on vit riompher un Maréchal de Frances
E iiij
Sous
1940 MERCURE DE FRANCE
Sous le plus grand de tous les Rois.
Quatre , cinq , six et trois , tantôt je suis severe ,
Tantôt de la douceur je tiens le caractere ;
Dans un sens different , l'on voit au Champ de
Mars ,
Quels effets je produits sous les plus hauts Remparts.
Six, cinq , un, sept et huit , Ville ancienne d'Asie.
Qui condamna jadis une horrible heresie..
Un, trois , six, joints à huit , on connoîtra d'abord
Un celeste repas dont parle l'Ecriture
Auquel participa l'Auteur de la Nature ,
Le jour qui préceda sa mort.
Un , cinq, quatre avec trois , sur toutes les Mon
tagnes ,
Sur les lieux élevez je tiens le plus haut rang ,
Moyse étoit sur moi quand il vit les Campagnes
De la Terre de Canaam.
Un, deux, trois, six et huit , je suis très- necessaire
Pour construction de Vaisseaux ,
Et quoique dans les bois j'habite d'ordinaire,
Je me conservé au fond des eaux.
Si l'on me laisse en paix vivre dans ma Patrie ,
Je porte un excellent régal ,
Pour le plus immonde animal.
En bien d'autres façons ma substance varie ;
Mais, ces traits suffisant pour montrer qui je suis ,
Lecteur , je ne veux point augmenter vos ennuis.
Ch. Degoëlles , Chantre et Chanoine de
D. de la Faïere.
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425
p. 1967-1974
Barometres et pesanteur de l'air, [titre d'après la table]
Début :
CONSIDERATIONI intorno al Barometro del Cartesio, ed al peso dell' aria del Signor [...]
Mots clefs :
Baromètres, Pesanteur de l'air, Académie royale des sciences, République de Venise, Professeur de médecine et de botanique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Barometres et pesanteur de l'air, [titre d'après la table]
CONSIDERATIONI intorno al Barometro
del Cartesio , ed al peso dell' aria del Si
gnor Marchese Gio Poleni Veneziano , Fre
blico Professore di Meteore , e di Astronomia
nello studio di Padova, c'est -à dire
OBSERWA
F vj
1958 MERCURE DE FRANCE
OBSERVATIONS sur les Barometres de Des
cartes et sur la pesanteur de l'air. Par M.
le Marquis POLENI , Professeur d'Astronomie
à Padoue : on ne dit point l'année
ni le lieu de l'impression .
Cet Ouvrage n'a pour bút que la per
fection du Barometre : l'Auteur donne à
Descartes les louanges qui lui sont dues
à cet égard , mais il ne dissimule pas les
deffauts de l'Instrument de son invention
qui porte ce nom ; Il ajoute que M.
de la Hyre à parfaitement bien traité cette
matiere dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences , année 1708. Enfin
il propose un Barometre de sa propre invention
, dont on trouve la figure gravée
dans le Journal avec un discours
pour en prouver la bonté et l'utilité ,
qui fait voir la capacité de ce Professeur
sur le sujet qu'il a entrepris de traiter..
Dans les Nouvelles Litteraires de ce
volume on trouve un petit Eloge du fa→
meux. Prosper Alpin , né sujet de la République
de Venise , et Professeur de
Medecine et de Botanique à Padoue dans
le XVI. et le XVII . Siecle , à l'occasion
de la réimpression du plus rare et du plus
estimé de ses Ouvrages , intitulé De prasagienda
vita et morte agrotantium. Cette
Edition a été faite à Leyde en l'année
1710
A O UST. 1731. 195
1710. par les soins de M. Hermant Boerhave
, aussi Professeur de Medecine ez
de Botanique de l'Université de Leyde ,
avec une Preface de sa façon , dans la
quelle il aura sans doute parlé des autres
Ouvrages de P. Alpin , qui sont tous
curieux et devenus rares. Nos Journalislistes
n'en parlent point ; c'est le premier
de tous les Européens qui a écrit sur l'Ar
bre et le fruit du Café , et qui la fait connoitre
en deçà des Mers , après l'avoir
vû en Egypte . Il a aussi fait un excellent
Traité sur l'Arbre du Baume , un autre
des Plantes étrangeres , et un Ouvrage
sur la Medecine des Egyptiens . On devroit
bien songer à les réimprimer.
On apprend , dans l'Article de Luques,
que Pellegrin Frediani y venoit de réimprimer
in 8. la 1. et la 2. Partie des
Poësies sacrés et morales de Louis Adimari
Senateur de Florence et Académicien
;
de la Crusca , avec la Paraphrase des VII .
Pseaumes de la Penitence en vers lyriques
du même Auteur , estimé l'un des plus
fameux Poëtes Italiens de notre temps;
il est mort à Florence le 23. Juin 1708 .
Tous ses Ouvrages furent dabord publiés
dans cette derniere Ville de l'Imprimerie
du Grand Duc en 1696. 1. vol . fol. et
ils meritoient bien , au sentiment de nos
Journalistes
1970 MERCURE DE FRANCE
Journalistes , par la pieté des sentimens ,
et par leur politesse , l'honneur d'une
nouvelle Edition .
Un Antiquaire écrit de Naples , qu'en
travaillant dans le Village de Résine ,
auprès de cette Ville , à la réparation
d'une Citerne , on a trouvé quelques
Marbres antiques , ce qui a excité la curiosité
du Prince d'Elbeuf , qui a fait
foüir la terre aux environs : au moyen
de ce travail , on a découvert plusieurs
fragmens de Colomnes de Marbre affricain
, de Cipolin , d'Albâtre &c. quelques
Statues d'un goût grec , mais fort
mal traitées , et diverses Corniches de
Marbre de Paros , d'un travail exquis et
d'Ordre Corinthien. L'opinion commune
veut qu'il y a eu là un Temple de
l'ancienne Ville d'Herculane , dont Pline ,
Ciceron , Mela , et Strabon ont parlé
cette découverte le confirme , et on croit
que les Colomnes dont on vient de
fer , formoient le dernier Ordre d'Architecture
, ensorte que si on creusoit plus
ayant jusques à la profondeur de 80.
palmes , on trouveroit d'autres Colomnes
plus considerables &c . On a oute que
la chûte de cet Edifice fût un des effets
du fameux tremblement de Terre qui arriva
sous l'Empereur Tite.
par-
L'InscripA
O UST. 1737 1971
L'Inscription suivante se lit sur une
Architrave , ou plutôt sur une Frize
APPIVS. PVCHER . C. F. COS. IMP.
VII VIR. EPVLONVM. Cer Appius
Pucher , selon notre Antiquaire , fût Consul
avec C. Norbanus Flaccus , sur quoy
il fait quelques Remarques Historiques
qui lui donnent lieu de croire que l'Appius
Pulcher de l'Inscription est le même
à qui Ciceron a écrit plusieurs Lettres ,
et qui succeda à Ciceron dans la charge:
de Proconsul de Cilicie.
On ajoute que dans le même lieu on
déterra la Statue d'une Femme , que ce
même Antiquaire conjecture être celle
de la Vestale Claudia , dont Valere Maxime
a fait mention dans son Histoire. Nos.
Journalistes promettent , en cas que cette
découverte ait d'autres suites , d'ent
faire part au Public .
On apprend dans l'Article de Rome ,
que M. André Adam , de la Ville de Boulogne
, Maître de la Chapelle du Pape ,
et Beneficier de l'Eglise Sainte Marie Majeure
, a publié un Ouvrage qui lui fait
honneur , et qui marque son application
aux devoirs de sa charge , en voici le
titre : Osservazioni ben regolare il coro
de i cantori della Capella Pontificia tanto
Belle funzioni ordinarie , che straordinarie.
per
Roma
1972 MERCURE DE FRANCE
Roma per Antonio de Rossi 1711. in 4° .
pagg. 216. Senza la Prefazione e l'indice.
Les Saintes Fonctions de la Chapelle
Pontificale sont remplies de tanr de Majesté,
qu'il étoit à propos de les décrire et
de les expliquer dans unLivre particulier,
comme l'a fait M. Adam pour l'instruction
et pour l'édification des Fideles. Il a
ajouté un Catalogue des Chantres de
cette Chapelle depuis Paul III . jusqu'à
ɛe tems- ci , avec les Portraits en Failledouce
de quelques-uns. L'Ouvrage est
utile , digne de son Auteur , et magnifiquement
imprimé , nobilmente Stampata.
M. Adam est de l'Académie des Arcadiens
, gli Arcadi , dont tous les Mem
bres , comme l'on sçait, portent des noms
particuliers. Celui de cet Auteur est Ca
ricle Pisée. Cela fait, souvenir de l'Académie
des Humides de Florence , dont les
premiers Membres furent appellés l'Humecte
le Gelé , le Froid , le Trempé , ls
Transi , le Trouble , le Brochet , le Bourbeux
, le RRoocchheerr ,,l'EEccuummeeuuxx ,, le Cygne.
›
On trouve chez André Cailleau , Quay
des Augustins , près le Pont S. Michel
à l'Image S. André , les Livres nouveaux
suivans.
OEUVRES de Clement Marot , revûës
Su
AOUST. 17318 1975
1
sur plusieurs Manuscrits et sur plus de
40. Editions , et augmentées , avec les Ouvrages
de Jean Marot , son pere , ceux de
Michel Marot , son fils , 4. vol . in 4. 1731 .
Les mêmes Oeuvres in 12. 6. volumes.
HISTOIRE de la Ville de Genève et des
Environs.Nouvelle Edition très- augmen- .
tée , 2. vol. in 4. 1731. avec Cartes es
Figures.
La même 4. volumes in 12.
COURS d'Arithmétique , &c. par l'Abbé
le Port , in 12.
LES EPITRES et Evangiles , avec des
Refléxions , volume in 12 .
L'HISTOIRE des Rois de Chypre , de
la Maison de Lusignan , traduite de l'Italien
du Cavalier Henry Giblet Cypriot.
2. volumes in 12. sous Presse.
Le même Libraire vient d'imprimer la
suite du Théatre Italien , par le sicur
Ricoboni , dit Lelio , avec une Lettre de
M. Rousseau à l'Auteur , et l'Explication
des Figures , grand in 8. 1731. Il vend
aussi le premier vol. in 8. avec figures.
On trouve aussi chez lui une Carte
Géographique des Pays de Bierre , dit de
Fontainebleau , de Hurepoix , Gatinois ,
et
1974 MERCURE DE FRANCE
et de partie de la Brie , dédiée au Roi ,
par M. l'Abbe Guilbert , Auteur de la Description
de Fontainebleau , qui se vend
chez le même Libraire. Cette Carte est
d'autant plus commode , qu'elle se peut
mettre dans la poche , n'ayant que 14.
pouces en quarré , et qu'on y trouve les
noms des Seigneurs de toutes les Villes ,
Villages , Fiefs et Hameaux qui se trouvent
dans ces Pays.
Le troisiéme volume des Veillées de
Thessalie , paroît chez J. Fr. Josse , ruë
S. Jacques , et se fait lire aussi agréablement
que les précedens.
et
Les illustres personnes qui nous ont
communiqué l'Epitaphe de Madame de
Brunswic , composée à Vienne par l'ordre
de l'Imperatrice Doüairiere , sa fille ,
publiée dans le Mercure de Juillet dernier,
ont souhaité que nous en donnassions
une Traduction Françoise , pour la satisfaction
des Dames et de ceux à qui l'au
tre Langue n'est pas si familiere.
del Cartesio , ed al peso dell' aria del Si
gnor Marchese Gio Poleni Veneziano , Fre
blico Professore di Meteore , e di Astronomia
nello studio di Padova, c'est -à dire
OBSERWA
F vj
1958 MERCURE DE FRANCE
OBSERVATIONS sur les Barometres de Des
cartes et sur la pesanteur de l'air. Par M.
le Marquis POLENI , Professeur d'Astronomie
à Padoue : on ne dit point l'année
ni le lieu de l'impression .
Cet Ouvrage n'a pour bút que la per
fection du Barometre : l'Auteur donne à
Descartes les louanges qui lui sont dues
à cet égard , mais il ne dissimule pas les
deffauts de l'Instrument de son invention
qui porte ce nom ; Il ajoute que M.
de la Hyre à parfaitement bien traité cette
matiere dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences , année 1708. Enfin
il propose un Barometre de sa propre invention
, dont on trouve la figure gravée
dans le Journal avec un discours
pour en prouver la bonté et l'utilité ,
qui fait voir la capacité de ce Professeur
sur le sujet qu'il a entrepris de traiter..
Dans les Nouvelles Litteraires de ce
volume on trouve un petit Eloge du fa→
meux. Prosper Alpin , né sujet de la République
de Venise , et Professeur de
Medecine et de Botanique à Padoue dans
le XVI. et le XVII . Siecle , à l'occasion
de la réimpression du plus rare et du plus
estimé de ses Ouvrages , intitulé De prasagienda
vita et morte agrotantium. Cette
Edition a été faite à Leyde en l'année
1710
A O UST. 1731. 195
1710. par les soins de M. Hermant Boerhave
, aussi Professeur de Medecine ez
de Botanique de l'Université de Leyde ,
avec une Preface de sa façon , dans la
quelle il aura sans doute parlé des autres
Ouvrages de P. Alpin , qui sont tous
curieux et devenus rares. Nos Journalislistes
n'en parlent point ; c'est le premier
de tous les Européens qui a écrit sur l'Ar
bre et le fruit du Café , et qui la fait connoitre
en deçà des Mers , après l'avoir
vû en Egypte . Il a aussi fait un excellent
Traité sur l'Arbre du Baume , un autre
des Plantes étrangeres , et un Ouvrage
sur la Medecine des Egyptiens . On devroit
bien songer à les réimprimer.
On apprend , dans l'Article de Luques,
que Pellegrin Frediani y venoit de réimprimer
in 8. la 1. et la 2. Partie des
Poësies sacrés et morales de Louis Adimari
Senateur de Florence et Académicien
;
de la Crusca , avec la Paraphrase des VII .
Pseaumes de la Penitence en vers lyriques
du même Auteur , estimé l'un des plus
fameux Poëtes Italiens de notre temps;
il est mort à Florence le 23. Juin 1708 .
Tous ses Ouvrages furent dabord publiés
dans cette derniere Ville de l'Imprimerie
du Grand Duc en 1696. 1. vol . fol. et
ils meritoient bien , au sentiment de nos
Journalistes
1970 MERCURE DE FRANCE
Journalistes , par la pieté des sentimens ,
et par leur politesse , l'honneur d'une
nouvelle Edition .
Un Antiquaire écrit de Naples , qu'en
travaillant dans le Village de Résine ,
auprès de cette Ville , à la réparation
d'une Citerne , on a trouvé quelques
Marbres antiques , ce qui a excité la curiosité
du Prince d'Elbeuf , qui a fait
foüir la terre aux environs : au moyen
de ce travail , on a découvert plusieurs
fragmens de Colomnes de Marbre affricain
, de Cipolin , d'Albâtre &c. quelques
Statues d'un goût grec , mais fort
mal traitées , et diverses Corniches de
Marbre de Paros , d'un travail exquis et
d'Ordre Corinthien. L'opinion commune
veut qu'il y a eu là un Temple de
l'ancienne Ville d'Herculane , dont Pline ,
Ciceron , Mela , et Strabon ont parlé
cette découverte le confirme , et on croit
que les Colomnes dont on vient de
fer , formoient le dernier Ordre d'Architecture
, ensorte que si on creusoit plus
ayant jusques à la profondeur de 80.
palmes , on trouveroit d'autres Colomnes
plus considerables &c . On a oute que
la chûte de cet Edifice fût un des effets
du fameux tremblement de Terre qui arriva
sous l'Empereur Tite.
par-
L'InscripA
O UST. 1737 1971
L'Inscription suivante se lit sur une
Architrave , ou plutôt sur une Frize
APPIVS. PVCHER . C. F. COS. IMP.
VII VIR. EPVLONVM. Cer Appius
Pucher , selon notre Antiquaire , fût Consul
avec C. Norbanus Flaccus , sur quoy
il fait quelques Remarques Historiques
qui lui donnent lieu de croire que l'Appius
Pulcher de l'Inscription est le même
à qui Ciceron a écrit plusieurs Lettres ,
et qui succeda à Ciceron dans la charge:
de Proconsul de Cilicie.
On ajoute que dans le même lieu on
déterra la Statue d'une Femme , que ce
même Antiquaire conjecture être celle
de la Vestale Claudia , dont Valere Maxime
a fait mention dans son Histoire. Nos.
Journalistes promettent , en cas que cette
découverte ait d'autres suites , d'ent
faire part au Public .
On apprend dans l'Article de Rome ,
que M. André Adam , de la Ville de Boulogne
, Maître de la Chapelle du Pape ,
et Beneficier de l'Eglise Sainte Marie Majeure
, a publié un Ouvrage qui lui fait
honneur , et qui marque son application
aux devoirs de sa charge , en voici le
titre : Osservazioni ben regolare il coro
de i cantori della Capella Pontificia tanto
Belle funzioni ordinarie , che straordinarie.
per
Roma
1972 MERCURE DE FRANCE
Roma per Antonio de Rossi 1711. in 4° .
pagg. 216. Senza la Prefazione e l'indice.
Les Saintes Fonctions de la Chapelle
Pontificale sont remplies de tanr de Majesté,
qu'il étoit à propos de les décrire et
de les expliquer dans unLivre particulier,
comme l'a fait M. Adam pour l'instruction
et pour l'édification des Fideles. Il a
ajouté un Catalogue des Chantres de
cette Chapelle depuis Paul III . jusqu'à
ɛe tems- ci , avec les Portraits en Failledouce
de quelques-uns. L'Ouvrage est
utile , digne de son Auteur , et magnifiquement
imprimé , nobilmente Stampata.
M. Adam est de l'Académie des Arcadiens
, gli Arcadi , dont tous les Mem
bres , comme l'on sçait, portent des noms
particuliers. Celui de cet Auteur est Ca
ricle Pisée. Cela fait, souvenir de l'Académie
des Humides de Florence , dont les
premiers Membres furent appellés l'Humecte
le Gelé , le Froid , le Trempé , ls
Transi , le Trouble , le Brochet , le Bourbeux
, le RRoocchheerr ,,l'EEccuummeeuuxx ,, le Cygne.
›
On trouve chez André Cailleau , Quay
des Augustins , près le Pont S. Michel
à l'Image S. André , les Livres nouveaux
suivans.
OEUVRES de Clement Marot , revûës
Su
AOUST. 17318 1975
1
sur plusieurs Manuscrits et sur plus de
40. Editions , et augmentées , avec les Ouvrages
de Jean Marot , son pere , ceux de
Michel Marot , son fils , 4. vol . in 4. 1731 .
Les mêmes Oeuvres in 12. 6. volumes.
HISTOIRE de la Ville de Genève et des
Environs.Nouvelle Edition très- augmen- .
tée , 2. vol. in 4. 1731. avec Cartes es
Figures.
La même 4. volumes in 12.
COURS d'Arithmétique , &c. par l'Abbé
le Port , in 12.
LES EPITRES et Evangiles , avec des
Refléxions , volume in 12 .
L'HISTOIRE des Rois de Chypre , de
la Maison de Lusignan , traduite de l'Italien
du Cavalier Henry Giblet Cypriot.
2. volumes in 12. sous Presse.
Le même Libraire vient d'imprimer la
suite du Théatre Italien , par le sicur
Ricoboni , dit Lelio , avec une Lettre de
M. Rousseau à l'Auteur , et l'Explication
des Figures , grand in 8. 1731. Il vend
aussi le premier vol. in 8. avec figures.
On trouve aussi chez lui une Carte
Géographique des Pays de Bierre , dit de
Fontainebleau , de Hurepoix , Gatinois ,
et
1974 MERCURE DE FRANCE
et de partie de la Brie , dédiée au Roi ,
par M. l'Abbe Guilbert , Auteur de la Description
de Fontainebleau , qui se vend
chez le même Libraire. Cette Carte est
d'autant plus commode , qu'elle se peut
mettre dans la poche , n'ayant que 14.
pouces en quarré , et qu'on y trouve les
noms des Seigneurs de toutes les Villes ,
Villages , Fiefs et Hameaux qui se trouvent
dans ces Pays.
Le troisiéme volume des Veillées de
Thessalie , paroît chez J. Fr. Josse , ruë
S. Jacques , et se fait lire aussi agréablement
que les précedens.
et
Les illustres personnes qui nous ont
communiqué l'Epitaphe de Madame de
Brunswic , composée à Vienne par l'ordre
de l'Imperatrice Doüairiere , sa fille ,
publiée dans le Mercure de Juillet dernier,
ont souhaité que nous en donnassions
une Traduction Françoise , pour la satisfaction
des Dames et de ceux à qui l'au
tre Langue n'est pas si familiere.
Fermer
Résumé : Barometres et pesanteur de l'air, [titre d'après la table]
Le texte présente diverses observations et découvertes littéraires et historiques. Le Marquis Gio Poleni, professeur d'astronomie à Padoue, publie un ouvrage sur les baromètres de Descartes et la pesanteur de l'air. Il critique les défauts de l'instrument de Descartes et propose un baromètre amélioré, dont la figure est gravée dans le journal. Poleni apprécie également les travaux de M. de la Hyre sur le même sujet. Les Nouvelles Littéraires mentionnent un éloge du médecin et botaniste Prosper Alpin, né à Venise et professeur à Padoue. Son ouvrage 'De prasagienda vita et morte agrotantium' a été réimprimé à Leyde en 1710 sous la supervision de Hermant Boerhave. Alpin est reconnu comme le premier Européen à avoir écrit sur l'arbre et le fruit du café, ainsi que sur l'arbre du baume et la médecine des Égyptiens. À Luques, Pellegrin Frediani réimprime les œuvres poétiques de Louis Adimari, sénateur florentin et académicien de la Crusca, décédé en 1708. Ces œuvres sont appréciées pour leur piété et leur politesse. Un antiquaire de Naples rapporte la découverte de marbres antiques et de statues près de la ville de Résine, confirmant l'existence d'un temple à Herculane. Cette découverte est attribuée au tremblement de terre sous l'empereur Tite. À Rome, M. André Adam, maître de la chapelle du Pape, publie un ouvrage sur les fonctions de la chapelle pontificale, incluant un catalogue des chantres et des portraits. Adam est membre de l'Académie des Arcadiens. Le texte liste également plusieurs ouvrages disponibles chez André Cailleau, dont les œuvres de Clément Marot, une histoire de Genève, un cours d'arithmétique, et une histoire des rois de Chypre. Il mentionne aussi une carte géographique des pays de Bierre et une suite du Théâtre Italien par Ricoboni. Enfin, il note la parution du troisième volume des 'Veillées de Thessalie' et une traduction française de l'épitaphe de Madame de Brunswick.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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426
p. 2106-2123
VOYAGE dans les Etats de Bacchus. Lettre écrite aux Auteurs du Mercure.
Début :
J'ay fait depuis peu, Messieurs, un voyage assez subit et singulier. J'ay visité [...]
Mots clefs :
Voyage, Ordonnance, Registres, Recueil des déclarations du dieu Bacchus, Empire, Vin, Rivage de l'Yonne, Auxerre, Joigny, Vignes
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texteReconnaissance textuelle : VOYAGE dans les Etats de Bacchus. Lettre écrite aux Auteurs du Mercure.
VOYAGE dans les Etats de Bacchus..
Lettre écrite aux Auteurs du Mercure.
J4y fait depuis peu , Messieurs
, un
voyage assezsubit et singulier.Fay visité
sans le secours d'aucun guide ni d'aucune
voiture, les Châteaux et les Palais des Dieuxdu
Paganisme. A ce langage , vous vous·
imaginez que mon voyage a dû être de longue
durée , et vous ne vous tromperiez pas,
SZ
SEPTEMBRE. 1731. 2107
si je l'eusse fait physiquement ; mais la verité
est que je n'ay voyagé qu'en esprit. Fe
n'ai point marqué sur mes Tablettes le jour
de mon départ ; je sçai seulement que je
commençai à parcourir tous ces Palais et
ces Châteaux un certain soir du mois de
Fevrier dernier, auquel les fumées du repas
ne m'incommodoient pas beaucoup , et j'ai
idée que le Soleil étoit déja pour lors dans
le Signe des Poissons . Quel qu'ait été mon
voyage , et qu'elle qu'en ait été la cause , me
voila heureusement de retour ; j'ai rapporté
avec moi certaines Ordonnancės assez curieuses
, que les Bibliothequaires de ces Palais,
plus complaisans et moins formalistes
que certains d'Italie , m'ont permis de transcrire
de dessus les Registres dont ils ont la
garde.
En parcourant le Recueil des Déclarations
du Dieu Bacchus , qui est écrit en belles
lettres d'or sur un Velin couleur de Pourpre,
grand in folio , j'en ai apperçû une qui m'a
frappé plus que toutes les autres. Je pense que
c'est l'avant derniere du volume. Sur le champ
j'en ai tiré une copie , avec la résolution de
m'en servir dans l'occasion. Cette occasion
s'est presentée , Messieurs , plutôt que je ne
Faurois crû ; car à peine étois-je un pew
remis de mon vryage spirituel vers le milieu
du mois de Mars , quun de mes amis m'en..
Cvj tendant
1108 MERCURE DE FRANCE
tendant plaindre à table d'un certain vin
clairet et leger que l'on m'avoit servi , tira
de sa poche le Mercure de Fevrier 1731-
et my fit voir à la page 271. un Ecrit que
j'ai reconnu à l'instant être celui que le Dieu
Bacchus a eù en vue de faire supprimer par
son Ordonnanoe. Je vous laisse à juger du
rapport que ces deux Pieces ont l'une avec
l'autre. J'en retranche une partie du préambule
qui est dans le style ordinaire des Sonverains
, et qui ne vous apprendroit autre
chose que les Provinces et les Seigneuries qui
composent le vaste Empire de cette Divinité.
ORDONNANCE du Dieu Bacchus,
donnée dans le Printemps dernier.
fils de Jupiter dit ......
Biber , Lycus , Lenæus , Osyris ,
Dionysus , &c. Jadis la Déesse de la Paix
accorda les differends qui s'étoient élevez
entre la Bourgogne et la Champagne , sur
la primauté du Fruit qui nous est consacré
dans l'étendue de ces deux Provinces
des Gaules ; il y avoit eû force procedures
écrites , mainte Poësie signifiée de part
et d'autre , Pourchot et Grenan , plaidans
pour la Bourgogne , et Coffin pour la
Champagne. (4) Cette bonne Déesse en-
(a) Voyez le Procès Poëtique , imprimé à Paris
an 1712. chez la veuve de Claude Thiboust .
fin
SEPTEMBRE 1731. 2109
in trouva le secret de les mettre tous
d'accord ; elle fit verser dans une grande
Couppe une quantité égale de vin de
Bourgogne et de Champagne , et soudain
ayant fait gouter de ce mêlange aux deux
Partis , ils mirent les armes bas , la Champagne
cedant l'honneur à la Bourgogne ,
dont le vin avoit dominé dans la Couppe
, en gout , en couleur et en force.
Aujourd'hui un Ecrivain récemment
formé sur le Rivage de l'Yonne , réveille
en quelque sorte ce Procès , qui avoit
été jugé définitivement. Il semble avoir
pour but dans son raisonnement de donner
gain de cause à la Champagne , essayant
de faire comprendre que des vins
tendres , peu colorez , de peu de durée ,
et qui de plus ont un goût de terroir ,
doivent aller de pair avec des vins qui
ent du corps , une couleur bien rosée ,
qui sont francs , bien - faisans , amis de
l'estomach , et dont la séve est fine en
même-temps qu'elle est mâle et vigoureuse.
Et ce qu'il y a encore de plus sur
prenant dans son procedé, c'est qu'il prétend
être bon Bourguignon , en écrivant,
comme il fait , en faveur de ces vins tendres
et délicats .
Ce trop zelé Partisan fait paroître sur
les rangs Joigny , petite Ville , qu'il lui
plaît
110 MERCURE DE FRANCE
plaît de placer dans notre Province de
Bourgogne , quoiqu'elle n'y soit point
comprise , suivant l'exacte Géographie de
notre Empire ; et après avoir égalé ses
vins à ceux de notre bonne et ancienne
Ville d'Auxerre , de tout temps renfermée
dans notre Cercle de Bourgogne ,
il pousse la prévention et l'audace jusqu'à
leur donner le dessus. Oubliant lui - même
d'où il est natif , et faisant semblant
de ne pas appercevoir que c'est l'amour
aveugle de sa Patrie qui le rend Auteur,
il va jusqu'à reprocher à notre zelé Analiste
d'Auxerre , duquel Mercure nous
a fait voir les Ecrits , de s'être trop étendu
par l'effet du même amour , à rapporter
les avantages de son Pays. Nous DECLARONS
que nous aimons tous nos fideles
Sujets ; mais nous devons aussi rendre.
justice à qui elle appartient , et réfuter
ce qui mérite de l'être. Sans nous arrê
ter à remarquer que l'Avocat des vins
de joigny pourroit avoir besoin de passer
quelques mois , tant sur le Parnasse
que
dans l'une de nos Universitez , pour
y apprendre à discerner les vins par la fréquentation
des personnages versez en cette
Scienće , et à ne pas prodiguer , comme
il fait , les Citations des Poëtes Latins
dont il abuse quelquefois. Nous disons.
>
qu'il
SEPTEMBRE. 1731. 21FT
qu'il paroît par son langage qu'il n'a jamais
vû de ses yeux ces Vignobles qui
sont si renommez dans nos Etats , qu'à
l'entendre raisonner il semble que jamais:
il n'est sorti des limites de son petit Ter--
ritoire , si ce n'est peut-être pour venir à
Auxerre considerer superficiellement la
situation des Côteaux .
Si ce jeune Ecrivain avoit voulu se détromper
serieusement et de bonne foi ,
ainsi que font tous ceux qui sont étroitement
attachez à notre service , il auroit
pû recourir à nos Papiers - Terriers de
Coulanges - les - Vineuses , à ceux de nos:
Vignobles d'autour de Beaune et des environs,
de Nuys , Volnay , Pomar , Chase
sagne , à ceux des climats du clos de Vougeot
, ( a ) Champbertin , Savigny , la
Romance les Serrieres proche Dijon
et les côtes de Chenove auprès de la
même Ville. Il y auroit appris par les
Declarations circonstanciées de nos féaux
et amez sujets qui peuplent ces cantons ,
que les Vignes qu'ils appellent des meilleurs
endroits et du produit le plus ex-
,
3-
( a ) Vougeot est un Village entre Dijon &
Nuys , où M. l'Abbé de Citeaux a un. Clos de
Vignes très- vaste et presque tout plat , lequel
cependant produit un Vin très- excellent , contre
la Maxime de l'Avocat des Vins de Joigny.
cellent
2111 MERCURE DE FRANCE
cellent , ne sont pas situées dans un territoire
dont l'extension soit comme perpendiculaire
du Ciel vers la Terre , ainsi
qu'il se figure par une idée bizarre , que
doivent être plantées les Vignes d'une
qualité superieure. Pour peu qu'il eût
jetté la vue sur les Cartes Topographiques
qui décorent les murs de nos sallons ,
il y eût appris que dans les côteaux de
Vignes , il y a la Region suprême , la
moyenne et l'inferieure ; que comme ce
n'est pas dans la region la plus basse , la
plus applanie ou la plus inondée que croît
le meilleur vin , ce n'est pas non plus
dans la Region la plus échauffée ou la
plus chauve , et pour parler humainement
, que ce n'est pas dans le plus roide
de la côte qu'on recueille ce Vin supe ♣
rieur et transcendant , mais que c'est dans
la naissance du plis des côteaux , parce
que c'est comme le lieu de concentration ,
tant des sucs choisis de la Terre , que de
la refléxion des rayons solaires . De- là
vient que dans la Capitale de Bourgogne ,
on appelle cet endroit Le Rognon de la Côte.
L'un de nos Geographes qui connoît jusqu'aux
moindres cantons de nos Etats ,
se donna autrefois la peine d'enluminer
de couleur rouge les endroits de ces Cartes
Topographiques , dont les Vignes
sont
SEPTEMBRE. 1731. 2113
•
sont dans la situation la plus heureuse
et dont le grain de terre est en même
temps le plus favorable.
Après l'exhibition qui nous a été faite
de ces Cartes , nous déclarons n'avoir apperçû
que quelques legers coups de pinceau
sur les côtes de Joigny , au lieu que
les climats des environs d'Auxerre sont
presque tous chargez de riches et nombreux
traits de ce pinceau décisif , qui
marquent que ce qui constituë radicalement
le bon vin , y est commun et ordinaire
, c'est-à - dire › que generalement
parlant , les Vignes d'autour notre bienaimée
Ville d'Auxerre sont dans une
و
bonne exposition et qu'elles naissent
dans un grain de terre qui n'est vitié ni
par des veines nitreuses ni par une superficie
sulfureuse. Ces coups de pinceau se
trouvent abondamment
marquez entre
autres Climats , sur ceux de la Chainette,
Migraine , Boivin , Clerion , qui sont au
Septentrion
et à l'Occident de la Ville ,
et sur plus de vingt autres qui sont au
levant et au midi de la même Ville , à
une demi - lieue , ou un peu plus de distance
, dont les productions
par une
licence que jusqu'ici nous avons tolerée ,
quoique contraire à la sincerité de notre
caractere , ne sont point distribuées dans
,
>
la
2114 MERCURE DE FRANCE
la Capitale des Gaules et plus loin , sous
d'autre nom que sous celui de Vin de
Coulanges .
En vain le zelateur des Vins de Joigny,
mal instruit du prix des Vins de notre
illustre Ville d'Auxerre , voudroit - il les
abaisser jusqu'à les mettre de Niveau avec
ceux de sa Patrie. Les Historiens de nos
Etats marquent dans leurs Annales Latines
, qu'en tout temps les Vins d'Autricum
Senonum se sont vendus le double ou
environ des Vins de Joviniacum : Et même
notre Controlleur General nous ayant
representé le Registre de l'Année courante
, nous y avons vû que le Vin de la
derniere récolte , que le Partisan vante
tant , a été débité à Auxerre , à un prix
une fois plus haut que celui du cru de
Joigny. ( a ) Nous ne croyons point qu'il
y ait mortel assez téméraire pour oser
s'inscrire en faux contre un témoignage
si authentique. On sçait que nous sommes
disposez à punir de peines très- séveres
les faussaires ou les faux témoins s'il
( a ) Les Vins du plus haut prix à Joigny
n'ont pas êté à 80. livres le Muid , au lieu qu'à
Auxerre ils ont été vendus 130. et 140. livres
quoique les Tonneaux ne soient pas plus grands ,
et qu'il y ait un plus grand éloignement de la
Ville de Paris.
s'en
SEPTEMBRE. 1731. 2215
s'en trouvoit sur nos Terres , et que nous
les condamnerions à user le reste de leurs
jours d'une boisson , qui n'est ni rare ni
délicieuse.
Si après le temps de l'Hyver il reste
peu de Vins dans notre Vignoble de Joigny
, il n'est pas besoin que nous en rapportions
ici la cause ; elle est connuë du
Bourgeois comme du Vigneron ; ils
avouent franchement l'un et l'autre que
leur liqueur est de peu de garde. Qui
pourroit après cela les blâmer de ce qu'ils
s'en défont promptement ? Deplus , leur
territoire n'est point de l'étenduë dont
est celui de notre bonne Ville d'Auxerre
ni fertile au même point. Il est notoire
par la simple confrontation des Inventaires
dressez par nos Inquisiteurs modernes
, ( a ) que les reservoirs soûterrains de
Joigny n'ont jamais eû l'honneur de contenir
dans leur capacité une quantité égale
à celle de nos reservoirs d'Auxerre.
Cette Ville qui est la clef de notre incomparable
Province de Bourgogne ,
jouit d'un Territoire si avantagé des bénignes
influences des autres Divinitez qui
nous sont amies , qu'avec la qualité du
( a ) On entend sous ce nom les Tabeliers qui
wont depuis peu dans les Caves , pour prendre
le nombre des Tonneaux pleins.
Raisin J
2118 MERCURE DE FRANCE
Raisin , il y en a toujours une quantité
qui excede celle du produit de Joigny.
Phoebus et Cybele semblent s'être accordez
à le combler de leurs bienfaits . Auxerre
a mille et mille côteaux renfermez
dans des sinuositez tortueuses qui regnent
en differens vallons ; et le Vignoble de
Joigny n'est, pour ainsi dire, qu'un simple
revers d'une ou de deux Montagnes , sur
lequel est arboré celui des Domaines du
Dieu Sylvain , que l'antiquité appelle
La Forêt d'Othe. Outre cela , par une justice
qui étoit dûë au Territoire d'Auxerre,
ancienne Cité Romaine , nous l'avons
aggrandi de diverses Colonies celebres
qui lui sont soumises à trois et quatre
lieuës vers la Region Australe , et qui le
regardent comme le chef- lieu .
د
Telles sont ces Colonies , dites Vineufes
par excellence ; tel est Irancy , Jussy
Ecouleves , la Palote &c. Joigny au contraire
, au rapport des Enquêteurs nos
Commissaires en cette Partie , n'est qu'un
simple Château qui sert de Rempart au
Territoire du Dieu Sylvain ci - dessus
nommé , autour duquel Château , l'on a
fait disparoître depuis fort peu de siécles ,
l'Arbre Favori des Druides Gaulois , pour
y planter de notre Bois tortu . Mais pour
çe faire , il a bien fallu de nécessité prendre
SEPTEMBRE . 1731 . 2117
dre le terrain tel qu'il s'est presenté , terrain
caustique , rempli de craye , de cailloux
enflâmez et petillans , terrain que
nous regardons comme une écume recuite
de la Bourbe qu'engendra sur plusieurs
Côtes de l'Univers le mêlange des Fleuves
et des Mers au siécle de Deucalion. C'est
ce qui fait que dans les années les plus favorisées
par Phoebus notre frere pour les
bons Vins , ceux de Joigny ont un goût
que les Mortels appellent fort à propos
goût de Terroir ; ne sont point francs ,
sentent le Tufou le Crayon ; et plus les
rayons de Phoebus ont été violemment
lancés , plus il est besoin de faire sur les
Cuves une salutaire injection d'une lymphe
benigne et temperative.
et
Le Vin de Joigny au rapport des mêmes
Enquêteurs , est non - seulement de
peu de durée
de durée , mais encore de difficile
transport dans les Pays éloignez ; ainsi
qu'il nous a paru par certaines Querimonies
inserées dans des Placets que les Députez
de ces Pays lointains nous ont presentez.
Ce Vin est tel , presque universellement
parlant , qu'il a de la peine à se
bien comporter jusqu'au signe de la Vierge
et de la Balance dans les années qu'il
est bon. Il a si peu de corps , au dire des
mêmes Commissaires , que la moindre
cau
2118 MERCURE DE FRANCE
eau suffit pour l'éteindre et l'amortir ; et
c'est mal à propos qu'on lui donneroit
l'épitette de Generofum. Quiconque veut
le garder chaste et sans alteration doit
>
و
mettre en pratique une espece de Paradoxe
, c'est-à- dire , qu'il faut nécessairement
qu'il le marie avec d'autre Vin ,
sinon sa propre vertu fait voir combien
d'elle-même elle est fragile et caduque.
Il est Capiteux , ajoutent- ils , à raison du
terrain brûlant qui le produit. C'est ce
qui fait que les Seps en sont si courts et
si petits qu'un simple fétu les soutient.
Deplus la Déesse Cybele et le Dieu Sylvain
ont certifié à nos Secretaires par plusieurs
de leurs Vassaux , qu'il est faux que
les habitans de la Colline Jovinienne ne
mettent rien dans leurs Vignes . Ils tirent
adroitement du Domaine voisin
appartenant au dieu Sylvain , une certaine
terre jaune qu'ils appellent du Lateux
dont ils sçavent imprégner leur
terrain blanchâtre pour en corriger le défaut,
si faire se pouvoit ; au lieu qu'Auxerre
n'a besoin ni de Lateux ni de Fumier :
Aussi n'avons nous permis d'y mettre du
Fumier dans certaines Vignes basses , qu'à
ceux de nos Vassaux , qui ont déclaré à
notre Chancelier,que ces héritages étoient
destinés à abreuver abondamment le Pay-
›
san
SEPTEMBRE 1731. 2119
-san apporteur de provisions , et à humecter
journellement le gosier du Laboureur
Artisan et de l'infatigable Vigneron : em
ploi qui est conforme à nos anciennes
Ordonnances , Registre premier.
Quant à la proposition par laquelle le
Panegyriste attribue à la vente du jus dont
nous daignons favoriser la côte de Joigny,
le nombre de mâles qu'il dit y surpasser
considerablement celui des femeles ; supposant
pour un moment la verité de son
calcul , nous disons que sa conclusion est
fausse , comme se trouvant absolument
détruite par l'experience dont les disciples
d'Hippocrate nous sont garants. Et
en nous servant de leur langage clair et
précis , nous ajoûtons qu'il prend pour
cause ce qui ne l'est pas. Ces habiles Scrutateurs
de l'origine du genre humain
admis dans notre Conseil , nous assurent
que communément, c'est en tous pays que
le nombre des mâles excede d'un peu celui
des femmes ; en quoi ils font remarquer la
sagesse du Conseil des Dieux , qui a prohibé
la Polygamie. Mais ce qu'ils observent
de plus , c'est que ce n'est pas
dans
quelques Villes de pays de Vignobles seulement
qu'on trouve le nombre de mâles
excéder notablement celui de l'autre sexe ;
ils ajoûtent que cela se rencontre aussi
dans
2120 MERCURE DE FRANCE
›
dans des Villes où le mauvais usage est
resté de ne dissoudre les Alimens et de
n'éteindre la soif qu'avec dujus de pomme,
ou avec une certaine eau bouillie , et même
dans des Pays , où par un effet de notre
colere , les Animaux raisonnables et
les irraisonnables usent d'une seule et même
boisson. Les Habitans des Ifles Britanniques
, bons connoisseurs, de notre Vin
de Bourgogne se sont donné la peine
de faire là - dessus des supputations qui
sont restées sans replique. ( a )
و
Toutes ces raisons pesées et murement
examinées , dans notre Conseil , les Hippocrates
et les Galiens de toutes les Nations,
duement appellez , et entendus, ensemble
les Echansons de tous les Dieux
nos Freres ; NOUS DECLARONS les Vins
de notre bonne Ville d'Auxerre à perpetuité
superieurs en qualité à ceux de
Joigny , ainsi qu'ils l'étoient par le passé
et qu'ils le sont actuellement . Voulons
en outre que l'on mette dans le même
rang de superiorité tous Vignobles dont
les Vins supportent la limphe , ct qui au
lieu de se laisser vaincre par ce foible
Element , le parfument du goût de la
celeste ambrosie , que les Mortels appel-
( a ) Lifez les Transactions Philosophiques ,
Du Journaux de l'Académie des Sciences de`
Londres.
lent
SEPTEMBRE . 1731. 272T
lent du nom de Pinot , (i) et donnent
réellement à ceux qui en usent , des forces
perseverantes et fermement inhérentes
. Accordons de grace speciale aux Vins
de Joigny d'être d'usage aux déj ûnez de
nos Courtisans, qui les ont reconnus suffisamment
apéritifs et proportionnez à
l'exercice qu'ils prennent. Permettons pareillement
à notre Grand Bouteillier de
nous en servir au même repas , avec deffenses
, sous peine de leze- Majesté , de
nous en présenter en d'autres temps , et
sur tout à l'heure du coucher de Phébus,
et lorsque Morphée vient nous inviter
au repos. Deffendons d'usurper le titre
de superiorité , à tous Vignobles dont les
Vins ne donnent que de ces forces passageres
, qu'on ne voit briller que durant
quelques jours , lesquels n'étant point éta-
Blis sur celui de notre Jus qui a le plus
de solidité , disparoissent aisément , s'évanoüissent
à la longueur du travail , et
font succomber les Champions qui en
usoient habituellement , par un aveu forcé
de leur foiblesse et de leur insuffisance.
(a) Le Pinot est une espece de Raisin noir,
qui fait le meilleur Vin. Les Comptes de la
Ville d'Auxerre pariant des Présens de Vin ,
faits aux Princes , specifient ordinairement
qu'ils sont de Vin de Pinet,
D Faisons
2122 MERCURE DE FRANCE
Faisons les mêmes deffenses et prohibitions
à tous Vignobles quelconques , dont
les Vins contiennent trop de ce Nitre fatal
aux intestins des Buveurs , comme
étant sujets à y causer une relaxation qui
devient sensible et deshonnorante , lorsqu'elle
concourt avec certains exercices du
corps au milieu des chaleurs de la Canicule.
(a)
Er sera notre presente Déclaration affichée
ès Carrefours de la Ville de Joigny
, à ce que nul n'en ignore , et publiée
chaque année esdits lieux aux jours
suivans , par Nous spécialement choisis ,
pour raisons à Nous connues ; sçavoir
en. Août le jour de la Consecration, des,
Autels de la Déesse Ops et de Cérès . (b)
Item. En Septembre , le jour de la Dé-
(a) Il est clair que Bacchus veut parler ici
de l'antiperistase qui éclatta à Auxerre les premiersjours
d'Août de l'an 1723. lorsque le Vin
de cette Ville commença à combattre la bile
formée delongue main dans le corps des Joueurs
de Paulme de Joigny..
(b) Bacchus parle ici suivant le Calendrier
des anciens Romains ; Les quatre jours qu'il
indique répondent au 10. Août , 14. Septembre
1. Octobre et 1. janvier , jours des quatre For-
RES deJoigny et par consequent de grand concours.
C'est celle du 10. Août qui est la cause
du choix qu'a fait Bacchus.
dicace
SEPTEMBRE. 1731. 2823
dicace du Temple de Jupiter Capitolin.
De plus , aux Calendes d'Octobre et de
Janvier. SI MANDONS à nos Baillifs.
et Sénechaux , &c.
Il n'est
pas
nécessaire , Messieurs , de
vous prier de rendre publique une Ordonnance
si juste et si équitable , et à laquelle
#outes les Langues les plus fines de Paris et
des Pays- Bas ne manqueront pas d'applandir.
J'aurois souhaité d'en trouver un plus
grand nombre de pareille nature dans ce
précieux in Folio , qui me fût communiqué
fort poliment par l' Archiviste du Dieu Bac
chus. Mais je me souviens que cette Ordonnance
étoit la seule dans son genre , et qu'après
elle le Volume n'en contenoit qu'une à
baquelle le Sceau venoit d'être mis tout recem
ment après la tenue des Etats Generaux. C'est
celle qui défend de planter de la Vigne dans
des endroits qui ne conviennent point à ce
Bois. Cette derniere Ordonnance vient d'être
heureusement notifiée dans le Royaume de
France par les Publications et Placards ordinaires
; et il faut esperer que l'on tiendra la
main à son observation.
Je suis & c. ce 12. Juillet 1731.
Lettre écrite aux Auteurs du Mercure.
J4y fait depuis peu , Messieurs
, un
voyage assezsubit et singulier.Fay visité
sans le secours d'aucun guide ni d'aucune
voiture, les Châteaux et les Palais des Dieuxdu
Paganisme. A ce langage , vous vous·
imaginez que mon voyage a dû être de longue
durée , et vous ne vous tromperiez pas,
SZ
SEPTEMBRE. 1731. 2107
si je l'eusse fait physiquement ; mais la verité
est que je n'ay voyagé qu'en esprit. Fe
n'ai point marqué sur mes Tablettes le jour
de mon départ ; je sçai seulement que je
commençai à parcourir tous ces Palais et
ces Châteaux un certain soir du mois de
Fevrier dernier, auquel les fumées du repas
ne m'incommodoient pas beaucoup , et j'ai
idée que le Soleil étoit déja pour lors dans
le Signe des Poissons . Quel qu'ait été mon
voyage , et qu'elle qu'en ait été la cause , me
voila heureusement de retour ; j'ai rapporté
avec moi certaines Ordonnancės assez curieuses
, que les Bibliothequaires de ces Palais,
plus complaisans et moins formalistes
que certains d'Italie , m'ont permis de transcrire
de dessus les Registres dont ils ont la
garde.
En parcourant le Recueil des Déclarations
du Dieu Bacchus , qui est écrit en belles
lettres d'or sur un Velin couleur de Pourpre,
grand in folio , j'en ai apperçû une qui m'a
frappé plus que toutes les autres. Je pense que
c'est l'avant derniere du volume. Sur le champ
j'en ai tiré une copie , avec la résolution de
m'en servir dans l'occasion. Cette occasion
s'est presentée , Messieurs , plutôt que je ne
Faurois crû ; car à peine étois-je un pew
remis de mon vryage spirituel vers le milieu
du mois de Mars , quun de mes amis m'en..
Cvj tendant
1108 MERCURE DE FRANCE
tendant plaindre à table d'un certain vin
clairet et leger que l'on m'avoit servi , tira
de sa poche le Mercure de Fevrier 1731-
et my fit voir à la page 271. un Ecrit que
j'ai reconnu à l'instant être celui que le Dieu
Bacchus a eù en vue de faire supprimer par
son Ordonnanoe. Je vous laisse à juger du
rapport que ces deux Pieces ont l'une avec
l'autre. J'en retranche une partie du préambule
qui est dans le style ordinaire des Sonverains
, et qui ne vous apprendroit autre
chose que les Provinces et les Seigneuries qui
composent le vaste Empire de cette Divinité.
ORDONNANCE du Dieu Bacchus,
donnée dans le Printemps dernier.
fils de Jupiter dit ......
Biber , Lycus , Lenæus , Osyris ,
Dionysus , &c. Jadis la Déesse de la Paix
accorda les differends qui s'étoient élevez
entre la Bourgogne et la Champagne , sur
la primauté du Fruit qui nous est consacré
dans l'étendue de ces deux Provinces
des Gaules ; il y avoit eû force procedures
écrites , mainte Poësie signifiée de part
et d'autre , Pourchot et Grenan , plaidans
pour la Bourgogne , et Coffin pour la
Champagne. (4) Cette bonne Déesse en-
(a) Voyez le Procès Poëtique , imprimé à Paris
an 1712. chez la veuve de Claude Thiboust .
fin
SEPTEMBRE 1731. 2109
in trouva le secret de les mettre tous
d'accord ; elle fit verser dans une grande
Couppe une quantité égale de vin de
Bourgogne et de Champagne , et soudain
ayant fait gouter de ce mêlange aux deux
Partis , ils mirent les armes bas , la Champagne
cedant l'honneur à la Bourgogne ,
dont le vin avoit dominé dans la Couppe
, en gout , en couleur et en force.
Aujourd'hui un Ecrivain récemment
formé sur le Rivage de l'Yonne , réveille
en quelque sorte ce Procès , qui avoit
été jugé définitivement. Il semble avoir
pour but dans son raisonnement de donner
gain de cause à la Champagne , essayant
de faire comprendre que des vins
tendres , peu colorez , de peu de durée ,
et qui de plus ont un goût de terroir ,
doivent aller de pair avec des vins qui
ent du corps , une couleur bien rosée ,
qui sont francs , bien - faisans , amis de
l'estomach , et dont la séve est fine en
même-temps qu'elle est mâle et vigoureuse.
Et ce qu'il y a encore de plus sur
prenant dans son procedé, c'est qu'il prétend
être bon Bourguignon , en écrivant,
comme il fait , en faveur de ces vins tendres
et délicats .
Ce trop zelé Partisan fait paroître sur
les rangs Joigny , petite Ville , qu'il lui
plaît
110 MERCURE DE FRANCE
plaît de placer dans notre Province de
Bourgogne , quoiqu'elle n'y soit point
comprise , suivant l'exacte Géographie de
notre Empire ; et après avoir égalé ses
vins à ceux de notre bonne et ancienne
Ville d'Auxerre , de tout temps renfermée
dans notre Cercle de Bourgogne ,
il pousse la prévention et l'audace jusqu'à
leur donner le dessus. Oubliant lui - même
d'où il est natif , et faisant semblant
de ne pas appercevoir que c'est l'amour
aveugle de sa Patrie qui le rend Auteur,
il va jusqu'à reprocher à notre zelé Analiste
d'Auxerre , duquel Mercure nous
a fait voir les Ecrits , de s'être trop étendu
par l'effet du même amour , à rapporter
les avantages de son Pays. Nous DECLARONS
que nous aimons tous nos fideles
Sujets ; mais nous devons aussi rendre.
justice à qui elle appartient , et réfuter
ce qui mérite de l'être. Sans nous arrê
ter à remarquer que l'Avocat des vins
de joigny pourroit avoir besoin de passer
quelques mois , tant sur le Parnasse
que
dans l'une de nos Universitez , pour
y apprendre à discerner les vins par la fréquentation
des personnages versez en cette
Scienće , et à ne pas prodiguer , comme
il fait , les Citations des Poëtes Latins
dont il abuse quelquefois. Nous disons.
>
qu'il
SEPTEMBRE. 1731. 21FT
qu'il paroît par son langage qu'il n'a jamais
vû de ses yeux ces Vignobles qui
sont si renommez dans nos Etats , qu'à
l'entendre raisonner il semble que jamais:
il n'est sorti des limites de son petit Ter--
ritoire , si ce n'est peut-être pour venir à
Auxerre considerer superficiellement la
situation des Côteaux .
Si ce jeune Ecrivain avoit voulu se détromper
serieusement et de bonne foi ,
ainsi que font tous ceux qui sont étroitement
attachez à notre service , il auroit
pû recourir à nos Papiers - Terriers de
Coulanges - les - Vineuses , à ceux de nos:
Vignobles d'autour de Beaune et des environs,
de Nuys , Volnay , Pomar , Chase
sagne , à ceux des climats du clos de Vougeot
, ( a ) Champbertin , Savigny , la
Romance les Serrieres proche Dijon
et les côtes de Chenove auprès de la
même Ville. Il y auroit appris par les
Declarations circonstanciées de nos féaux
et amez sujets qui peuplent ces cantons ,
que les Vignes qu'ils appellent des meilleurs
endroits et du produit le plus ex-
,
3-
( a ) Vougeot est un Village entre Dijon &
Nuys , où M. l'Abbé de Citeaux a un. Clos de
Vignes très- vaste et presque tout plat , lequel
cependant produit un Vin très- excellent , contre
la Maxime de l'Avocat des Vins de Joigny.
cellent
2111 MERCURE DE FRANCE
cellent , ne sont pas situées dans un territoire
dont l'extension soit comme perpendiculaire
du Ciel vers la Terre , ainsi
qu'il se figure par une idée bizarre , que
doivent être plantées les Vignes d'une
qualité superieure. Pour peu qu'il eût
jetté la vue sur les Cartes Topographiques
qui décorent les murs de nos sallons ,
il y eût appris que dans les côteaux de
Vignes , il y a la Region suprême , la
moyenne et l'inferieure ; que comme ce
n'est pas dans la region la plus basse , la
plus applanie ou la plus inondée que croît
le meilleur vin , ce n'est pas non plus
dans la Region la plus échauffée ou la
plus chauve , et pour parler humainement
, que ce n'est pas dans le plus roide
de la côte qu'on recueille ce Vin supe ♣
rieur et transcendant , mais que c'est dans
la naissance du plis des côteaux , parce
que c'est comme le lieu de concentration ,
tant des sucs choisis de la Terre , que de
la refléxion des rayons solaires . De- là
vient que dans la Capitale de Bourgogne ,
on appelle cet endroit Le Rognon de la Côte.
L'un de nos Geographes qui connoît jusqu'aux
moindres cantons de nos Etats ,
se donna autrefois la peine d'enluminer
de couleur rouge les endroits de ces Cartes
Topographiques , dont les Vignes
sont
SEPTEMBRE. 1731. 2113
•
sont dans la situation la plus heureuse
et dont le grain de terre est en même
temps le plus favorable.
Après l'exhibition qui nous a été faite
de ces Cartes , nous déclarons n'avoir apperçû
que quelques legers coups de pinceau
sur les côtes de Joigny , au lieu que
les climats des environs d'Auxerre sont
presque tous chargez de riches et nombreux
traits de ce pinceau décisif , qui
marquent que ce qui constituë radicalement
le bon vin , y est commun et ordinaire
, c'est-à - dire › que generalement
parlant , les Vignes d'autour notre bienaimée
Ville d'Auxerre sont dans une
و
bonne exposition et qu'elles naissent
dans un grain de terre qui n'est vitié ni
par des veines nitreuses ni par une superficie
sulfureuse. Ces coups de pinceau se
trouvent abondamment
marquez entre
autres Climats , sur ceux de la Chainette,
Migraine , Boivin , Clerion , qui sont au
Septentrion
et à l'Occident de la Ville ,
et sur plus de vingt autres qui sont au
levant et au midi de la même Ville , à
une demi - lieue , ou un peu plus de distance
, dont les productions
par une
licence que jusqu'ici nous avons tolerée ,
quoique contraire à la sincerité de notre
caractere , ne sont point distribuées dans
,
>
la
2114 MERCURE DE FRANCE
la Capitale des Gaules et plus loin , sous
d'autre nom que sous celui de Vin de
Coulanges .
En vain le zelateur des Vins de Joigny,
mal instruit du prix des Vins de notre
illustre Ville d'Auxerre , voudroit - il les
abaisser jusqu'à les mettre de Niveau avec
ceux de sa Patrie. Les Historiens de nos
Etats marquent dans leurs Annales Latines
, qu'en tout temps les Vins d'Autricum
Senonum se sont vendus le double ou
environ des Vins de Joviniacum : Et même
notre Controlleur General nous ayant
representé le Registre de l'Année courante
, nous y avons vû que le Vin de la
derniere récolte , que le Partisan vante
tant , a été débité à Auxerre , à un prix
une fois plus haut que celui du cru de
Joigny. ( a ) Nous ne croyons point qu'il
y ait mortel assez téméraire pour oser
s'inscrire en faux contre un témoignage
si authentique. On sçait que nous sommes
disposez à punir de peines très- séveres
les faussaires ou les faux témoins s'il
( a ) Les Vins du plus haut prix à Joigny
n'ont pas êté à 80. livres le Muid , au lieu qu'à
Auxerre ils ont été vendus 130. et 140. livres
quoique les Tonneaux ne soient pas plus grands ,
et qu'il y ait un plus grand éloignement de la
Ville de Paris.
s'en
SEPTEMBRE. 1731. 2215
s'en trouvoit sur nos Terres , et que nous
les condamnerions à user le reste de leurs
jours d'une boisson , qui n'est ni rare ni
délicieuse.
Si après le temps de l'Hyver il reste
peu de Vins dans notre Vignoble de Joigny
, il n'est pas besoin que nous en rapportions
ici la cause ; elle est connuë du
Bourgeois comme du Vigneron ; ils
avouent franchement l'un et l'autre que
leur liqueur est de peu de garde. Qui
pourroit après cela les blâmer de ce qu'ils
s'en défont promptement ? Deplus , leur
territoire n'est point de l'étenduë dont
est celui de notre bonne Ville d'Auxerre
ni fertile au même point. Il est notoire
par la simple confrontation des Inventaires
dressez par nos Inquisiteurs modernes
, ( a ) que les reservoirs soûterrains de
Joigny n'ont jamais eû l'honneur de contenir
dans leur capacité une quantité égale
à celle de nos reservoirs d'Auxerre.
Cette Ville qui est la clef de notre incomparable
Province de Bourgogne ,
jouit d'un Territoire si avantagé des bénignes
influences des autres Divinitez qui
nous sont amies , qu'avec la qualité du
( a ) On entend sous ce nom les Tabeliers qui
wont depuis peu dans les Caves , pour prendre
le nombre des Tonneaux pleins.
Raisin J
2118 MERCURE DE FRANCE
Raisin , il y en a toujours une quantité
qui excede celle du produit de Joigny.
Phoebus et Cybele semblent s'être accordez
à le combler de leurs bienfaits . Auxerre
a mille et mille côteaux renfermez
dans des sinuositez tortueuses qui regnent
en differens vallons ; et le Vignoble de
Joigny n'est, pour ainsi dire, qu'un simple
revers d'une ou de deux Montagnes , sur
lequel est arboré celui des Domaines du
Dieu Sylvain , que l'antiquité appelle
La Forêt d'Othe. Outre cela , par une justice
qui étoit dûë au Territoire d'Auxerre,
ancienne Cité Romaine , nous l'avons
aggrandi de diverses Colonies celebres
qui lui sont soumises à trois et quatre
lieuës vers la Region Australe , et qui le
regardent comme le chef- lieu .
د
Telles sont ces Colonies , dites Vineufes
par excellence ; tel est Irancy , Jussy
Ecouleves , la Palote &c. Joigny au contraire
, au rapport des Enquêteurs nos
Commissaires en cette Partie , n'est qu'un
simple Château qui sert de Rempart au
Territoire du Dieu Sylvain ci - dessus
nommé , autour duquel Château , l'on a
fait disparoître depuis fort peu de siécles ,
l'Arbre Favori des Druides Gaulois , pour
y planter de notre Bois tortu . Mais pour
çe faire , il a bien fallu de nécessité prendre
SEPTEMBRE . 1731 . 2117
dre le terrain tel qu'il s'est presenté , terrain
caustique , rempli de craye , de cailloux
enflâmez et petillans , terrain que
nous regardons comme une écume recuite
de la Bourbe qu'engendra sur plusieurs
Côtes de l'Univers le mêlange des Fleuves
et des Mers au siécle de Deucalion. C'est
ce qui fait que dans les années les plus favorisées
par Phoebus notre frere pour les
bons Vins , ceux de Joigny ont un goût
que les Mortels appellent fort à propos
goût de Terroir ; ne sont point francs ,
sentent le Tufou le Crayon ; et plus les
rayons de Phoebus ont été violemment
lancés , plus il est besoin de faire sur les
Cuves une salutaire injection d'une lymphe
benigne et temperative.
et
Le Vin de Joigny au rapport des mêmes
Enquêteurs , est non - seulement de
peu de durée
de durée , mais encore de difficile
transport dans les Pays éloignez ; ainsi
qu'il nous a paru par certaines Querimonies
inserées dans des Placets que les Députez
de ces Pays lointains nous ont presentez.
Ce Vin est tel , presque universellement
parlant , qu'il a de la peine à se
bien comporter jusqu'au signe de la Vierge
et de la Balance dans les années qu'il
est bon. Il a si peu de corps , au dire des
mêmes Commissaires , que la moindre
cau
2118 MERCURE DE FRANCE
eau suffit pour l'éteindre et l'amortir ; et
c'est mal à propos qu'on lui donneroit
l'épitette de Generofum. Quiconque veut
le garder chaste et sans alteration doit
>
و
mettre en pratique une espece de Paradoxe
, c'est-à- dire , qu'il faut nécessairement
qu'il le marie avec d'autre Vin ,
sinon sa propre vertu fait voir combien
d'elle-même elle est fragile et caduque.
Il est Capiteux , ajoutent- ils , à raison du
terrain brûlant qui le produit. C'est ce
qui fait que les Seps en sont si courts et
si petits qu'un simple fétu les soutient.
Deplus la Déesse Cybele et le Dieu Sylvain
ont certifié à nos Secretaires par plusieurs
de leurs Vassaux , qu'il est faux que
les habitans de la Colline Jovinienne ne
mettent rien dans leurs Vignes . Ils tirent
adroitement du Domaine voisin
appartenant au dieu Sylvain , une certaine
terre jaune qu'ils appellent du Lateux
dont ils sçavent imprégner leur
terrain blanchâtre pour en corriger le défaut,
si faire se pouvoit ; au lieu qu'Auxerre
n'a besoin ni de Lateux ni de Fumier :
Aussi n'avons nous permis d'y mettre du
Fumier dans certaines Vignes basses , qu'à
ceux de nos Vassaux , qui ont déclaré à
notre Chancelier,que ces héritages étoient
destinés à abreuver abondamment le Pay-
›
san
SEPTEMBRE 1731. 2119
-san apporteur de provisions , et à humecter
journellement le gosier du Laboureur
Artisan et de l'infatigable Vigneron : em
ploi qui est conforme à nos anciennes
Ordonnances , Registre premier.
Quant à la proposition par laquelle le
Panegyriste attribue à la vente du jus dont
nous daignons favoriser la côte de Joigny,
le nombre de mâles qu'il dit y surpasser
considerablement celui des femeles ; supposant
pour un moment la verité de son
calcul , nous disons que sa conclusion est
fausse , comme se trouvant absolument
détruite par l'experience dont les disciples
d'Hippocrate nous sont garants. Et
en nous servant de leur langage clair et
précis , nous ajoûtons qu'il prend pour
cause ce qui ne l'est pas. Ces habiles Scrutateurs
de l'origine du genre humain
admis dans notre Conseil , nous assurent
que communément, c'est en tous pays que
le nombre des mâles excede d'un peu celui
des femmes ; en quoi ils font remarquer la
sagesse du Conseil des Dieux , qui a prohibé
la Polygamie. Mais ce qu'ils observent
de plus , c'est que ce n'est pas
dans
quelques Villes de pays de Vignobles seulement
qu'on trouve le nombre de mâles
excéder notablement celui de l'autre sexe ;
ils ajoûtent que cela se rencontre aussi
dans
2120 MERCURE DE FRANCE
›
dans des Villes où le mauvais usage est
resté de ne dissoudre les Alimens et de
n'éteindre la soif qu'avec dujus de pomme,
ou avec une certaine eau bouillie , et même
dans des Pays , où par un effet de notre
colere , les Animaux raisonnables et
les irraisonnables usent d'une seule et même
boisson. Les Habitans des Ifles Britanniques
, bons connoisseurs, de notre Vin
de Bourgogne se sont donné la peine
de faire là - dessus des supputations qui
sont restées sans replique. ( a )
و
Toutes ces raisons pesées et murement
examinées , dans notre Conseil , les Hippocrates
et les Galiens de toutes les Nations,
duement appellez , et entendus, ensemble
les Echansons de tous les Dieux
nos Freres ; NOUS DECLARONS les Vins
de notre bonne Ville d'Auxerre à perpetuité
superieurs en qualité à ceux de
Joigny , ainsi qu'ils l'étoient par le passé
et qu'ils le sont actuellement . Voulons
en outre que l'on mette dans le même
rang de superiorité tous Vignobles dont
les Vins supportent la limphe , ct qui au
lieu de se laisser vaincre par ce foible
Element , le parfument du goût de la
celeste ambrosie , que les Mortels appel-
( a ) Lifez les Transactions Philosophiques ,
Du Journaux de l'Académie des Sciences de`
Londres.
lent
SEPTEMBRE . 1731. 272T
lent du nom de Pinot , (i) et donnent
réellement à ceux qui en usent , des forces
perseverantes et fermement inhérentes
. Accordons de grace speciale aux Vins
de Joigny d'être d'usage aux déj ûnez de
nos Courtisans, qui les ont reconnus suffisamment
apéritifs et proportionnez à
l'exercice qu'ils prennent. Permettons pareillement
à notre Grand Bouteillier de
nous en servir au même repas , avec deffenses
, sous peine de leze- Majesté , de
nous en présenter en d'autres temps , et
sur tout à l'heure du coucher de Phébus,
et lorsque Morphée vient nous inviter
au repos. Deffendons d'usurper le titre
de superiorité , à tous Vignobles dont les
Vins ne donnent que de ces forces passageres
, qu'on ne voit briller que durant
quelques jours , lesquels n'étant point éta-
Blis sur celui de notre Jus qui a le plus
de solidité , disparoissent aisément , s'évanoüissent
à la longueur du travail , et
font succomber les Champions qui en
usoient habituellement , par un aveu forcé
de leur foiblesse et de leur insuffisance.
(a) Le Pinot est une espece de Raisin noir,
qui fait le meilleur Vin. Les Comptes de la
Ville d'Auxerre pariant des Présens de Vin ,
faits aux Princes , specifient ordinairement
qu'ils sont de Vin de Pinet,
D Faisons
2122 MERCURE DE FRANCE
Faisons les mêmes deffenses et prohibitions
à tous Vignobles quelconques , dont
les Vins contiennent trop de ce Nitre fatal
aux intestins des Buveurs , comme
étant sujets à y causer une relaxation qui
devient sensible et deshonnorante , lorsqu'elle
concourt avec certains exercices du
corps au milieu des chaleurs de la Canicule.
(a)
Er sera notre presente Déclaration affichée
ès Carrefours de la Ville de Joigny
, à ce que nul n'en ignore , et publiée
chaque année esdits lieux aux jours
suivans , par Nous spécialement choisis ,
pour raisons à Nous connues ; sçavoir
en. Août le jour de la Consecration, des,
Autels de la Déesse Ops et de Cérès . (b)
Item. En Septembre , le jour de la Dé-
(a) Il est clair que Bacchus veut parler ici
de l'antiperistase qui éclatta à Auxerre les premiersjours
d'Août de l'an 1723. lorsque le Vin
de cette Ville commença à combattre la bile
formée delongue main dans le corps des Joueurs
de Paulme de Joigny..
(b) Bacchus parle ici suivant le Calendrier
des anciens Romains ; Les quatre jours qu'il
indique répondent au 10. Août , 14. Septembre
1. Octobre et 1. janvier , jours des quatre For-
RES deJoigny et par consequent de grand concours.
C'est celle du 10. Août qui est la cause
du choix qu'a fait Bacchus.
dicace
SEPTEMBRE. 1731. 2823
dicace du Temple de Jupiter Capitolin.
De plus , aux Calendes d'Octobre et de
Janvier. SI MANDONS à nos Baillifs.
et Sénechaux , &c.
Il n'est
pas
nécessaire , Messieurs , de
vous prier de rendre publique une Ordonnance
si juste et si équitable , et à laquelle
#outes les Langues les plus fines de Paris et
des Pays- Bas ne manqueront pas d'applandir.
J'aurois souhaité d'en trouver un plus
grand nombre de pareille nature dans ce
précieux in Folio , qui me fût communiqué
fort poliment par l' Archiviste du Dieu Bac
chus. Mais je me souviens que cette Ordonnance
étoit la seule dans son genre , et qu'après
elle le Volume n'en contenoit qu'une à
baquelle le Sceau venoit d'être mis tout recem
ment après la tenue des Etats Generaux. C'est
celle qui défend de planter de la Vigne dans
des endroits qui ne conviennent point à ce
Bois. Cette derniere Ordonnance vient d'être
heureusement notifiée dans le Royaume de
France par les Publications et Placards ordinaires
; et il faut esperer que l'on tiendra la
main à son observation.
Je suis & c. ce 12. Juillet 1731.
Fermer
Résumé : VOYAGE dans les Etats de Bacchus. Lettre écrite aux Auteurs du Mercure.
La lettre adressée aux auteurs du Mercure relate un voyage spirituel effectué par l'auteur dans les États de Bacchus en février 1731. Ce périple a permis à l'auteur de visiter les châteaux et palais des dieux du paganisme et de transcrire des ordonnances trouvées dans leurs bibliothèques. L'une de ces ordonnances, datée du printemps précédent, traite d'un ancien différend entre la Bourgogne et la Champagne concernant la primauté du vin. La déesse de la Paix avait tranché en faveur de la Bourgogne, dont le vin avait dominé dans un mélange testé par les deux parties. Un écrivain récent de l'Yonne a relancé ce débat en faveur des vins de Champagne, qualifiés de tendres et délicats, contrairement aux vins bourguignons, décrits comme ayant du corps et une couleur bien rosée. L'ordonnance de Bacchus réfute ces arguments, soulignant que les vins de Bourgogne proviennent de terroirs exceptionnels et sont reconnus pour leur qualité supérieure. Elle critique l'écrivain pour son manque de connaissance des vignobles bourguignons et son utilisation abusive des citations poétiques. L'ordonnance met en avant la supériorité des vins d'Auxerre et des environs, soutenue par des documents historiques et des inventaires modernes. Les vins de Joigny sont décrits comme de faible garde et produits dans des terroirs moins favorables. Ils ont un goût de terroir, sentent le tuf et le crayon, et sont de courte durée, s'altérant facilement même avant la fin de l'été. Leur faible corps les rend sensibles à l'eau, nécessitant souvent d'être mélangés avec d'autres vins pour éviter l'altération. Les vignerons de Joigny utilisent du 'lateux', une terre jaune tirée du domaine voisin, pour améliorer leur terroir. En revanche, les vins d'Auxerre n'ont pas besoin de tels amendements et sont jugés supérieurs en qualité. Ils sont reconnus pour leur solidité et leur capacité à résister à l'eau. Les vins de Joigny sont autorisés pour les déjeuners des courtisans mais interdits à d'autres moments. Le texte se conclut par des instructions pour afficher et publier ces déclarations à Joigny à des dates spécifiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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427
p. 2163-2170
Continuation de l'Art. de Guillaume Homberd. [titre d'après la table]
Début :
CONTINUATION de l'Article de Guill. Hombert. Extrait du XIV . Tome des Memoires [...]
Mots clefs :
Histoire, Langues, Académie des sciences, Phosphore, Végétations, Évaporation de l'air
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texteReconnaissance textuelle : Continuation de l'Art. de Guillaume Homberd. [titre d'après la table]
CONTINUATION de l'Article de Guill .
Hombert. Extrait du XIV . Tome des Memoires
, pour servir à l'Histoire des Hommes
Illustres &c..
Il revint à Paris au bout de quelques
années ; et tant de connoissances qu'il
avoit acquises , ses Posphores , une Machine
Pneumatique de son invention plus
parfaite que celle de Guerike et que celle
de Boile , qu'il avoit vûë à Londres , les
nouveaux Phenomenes qu'elle lui produisoit
tous les jours , des Microscopes de sa
façon très simples , très - commodes et
très- exacts autre source inépuisable de
Phenomênes une infinité d'Operations
rares , ou de découvertes de Chymie , lui
donnerent bien- tôt une des premieres places
entre les premiers Sçavans.
-
>
,
M. l'Abbé Bignon ayant eû en 1691. la
direction de l'Académie des Sciences , y
fit
2164 MERCURE DE FRANCE
fit entrer M. Homberg , et lui donna le
Laboratoire de l'Académie , et par là une
entiere liberté de travailler en Chimie
sans inquiétude.
3
M. le Duc d'Orleans , qui se livroit au
goût et au talent qu'il avoit pour les
Sciences ayant voulu entrer dans les
mysteres de la Chymie et de la Physique
experimentale , prit en 1702. M. Hombert
auprès de lui en qualité de son Physicien
, et lui donna une Pension et un Laboratoire
le mieux fourni et le plus su
perbe que la Chymie eût jamais eû.
Ce Prince ayant aussi fait venir d'Alle
magne la même année , ce grand Miroir
ardent convexe , qui est si connu : M.
Homberg s'en servit pour faire un grand
nombre d'experiences entierement nou
yelles .
L'an 1704 ce Prince le choisit pour son
premier Medecin . Ce choix n'étoit pas
encore declaré , lors qu'on vînt offrir à
M. Homberg de la part de l'Electeur Pa
latin , et même d'une manière très- pressante
des avantages plus considerables
que ceux même qui l'attendoient. M. le
Duc d'Orleans ne lui permit pas de les
accepter. Un autre attachement d'une espece
differente s'y joignit encore. Il songeoit
à se marier , et y songcoit depuis si
›
longSEPTEMBRE.
1731. 215
long- emps , que l'amour seul , sans une
forte estime , n'eût pas produit tant de
constance.
En devenant Premier Medecin de M. le
Duc d'Orleans , il tomboit dans le cas
d'une des Loix de l'Académie des Sciences
, qui porte que toute charge demandant
résidence hors de Paris , est incompatible
avec une place d'Académicien
Pensionnaire ; il déclara nettement que
s'il étoit réduit à opter , il se détermineroit
pour l'Académie ; mais le Roi le jugea
digne d'exception ; ainsi il conserva
les deux Postes en même temps.
En 1708. il se maria , et épousa Marguerite-
Angelique Dodart fille de M.
Dodart , Medecin , pour qui il avoit été
si constant.
2
Quelques années après , il devint sujet
à une petite Dissenterie , dont il se guérissoit
, et qui revenoit de tems en tems.
Le mal s'augmenta toûjours , et il en
mourut le 24. Septembre 1715. âgé de
63. ans. Quoiqu'il fût d'une complexion
foible , il étoit fort laborieux et d'un courage
qui lui tenoit lieu de force . Outre
une quantité de faits curieux de Physique
rassemblez dans sa tête , et presens
à sa mémoire , il avoit de quoi faire un
sçavant ordinaire en Histoire et en Langues
2766 MERCURE DE FRANCE
gues. Il sçavoit même de l'Hebreu . Son
caractere d'esprit est marqué dans tout ce
qu'on a de lui ; il avoit une attention ingenieuse
sur tout ce qui lui faisoit faire des
observations où les autres ne voyent rien ,
une adresse extrême pour demêler les routes
qui menent aux découvertes , de la singularité
dans ses experiences. Sa maniere
de s'expliquer étoit simple , mais méthodique
et précise ; soit que le François fûr
toûjours pour lui une langue étrangere
soit que naturellement il ne fût pas abondant
en paroles , il cherchoit son mot
presque à chaque moment , mais enfin il
le trouvoit. Il n'a point publié de corps
d'ouvrage. On trouve seulement dans
l'histoire de l'Académie des Sciences plusieurs
Memoires de sa façon , qui sont
tous singuliers , curieux et interessans ,
et dont je vais donner la liste .
1. Maniere de faire le Phosphore brûlant de
Kunkel. Année 1692.
2. Diverses expériences du Phosphore. Ibid.
3. Réflexions sur differentes Vegetations Mé
talliques. Ibid.
4. Maniere d'extraire un sel volatile mineral
en forme séche. Ibid.
5. Réflexions sur l'expérience des larmes de
verre , qui se brisent dans le vuide. Ibid.
G₁
SEPTEMBRE . 1731. 2167
·
7. Expérience sur la glace dans le vuide.
An. 1693.
7. Expérience du ressort de l'Air dans le
vuide. Ibid.
8. Expérience de l'Evaporation de l'Eau
dans le vuide avec des Réflexions. Ibid.
9. Expériences sur la Germination des Plan
tes. Ibid.
10. Observations de la difference du poids
de certains corps dans l'Air , libre et dans
le vuide. Ibid.
11. Observation curieuse sur une infusion
d'Antimoine. Ibid.
12. Réflexions sur unfait extraordinaire ar
rivé dans une Coupelle d'or. Ibid.
13. Nouveau Phosphore . Ibid.
14. Observation sur la quantité exacte des
sels volatiles , acides , contenus dans les
differens esprits acides . An . 1694 .
15. Essais pour examiner les sels des Plantes.
Ibid.
16. Observations sur cette sorte d'Insectes ,
qui s'appellent ordinairement Demoiselles.
Ibid.
17. Essais sur les Injections Anatomiques.
Ibid.
18. Observations sur la quantité des Acides
, absorbés par les Alcalis Terreux.
"
An .
1700.
19. Observations sur les Dissolvans du
Mercure. Ibid .
Ob2568
MERCURE
DE FRANCE
20. Observations sur les Huiles des Plantes.
Ibid .
21. Surl'Acide de l'Antimoine. Ibid.
22. Observations
sur le Raffinage de l'Ar
gent. An. 1701 .
23. Observations sur quelques effets de Fer
mentations. Ibid.
24. Observations sur les Analyses des Plan
tes. Ibid.
25. Observations sur les Sels Volatiles des
Plantes. Ibid.
26. Essais de Chimie. An. 1702.
27. Observations faites par
verre ardent. Ibid.
le
moyen
du
a8 . Essai de l'Analyse du Souffre commun.
29.
An. 1703 .
Observations sur un battement de vei
nes semblables au battement des Arteres
An . 1704.
30. Suite des Essais de Chymie , Article 3 .
du Souffre principe. An . 1705 .
31. Observation sur une Dissolution de
l'Argent. An . 1706.
32. Observations sur le fer qu verre ardent
Ibid.
33. Suite de l'Article 3. des Essais de Chy
mie du Souffre principe. Ibid.
34. Eclaircissemens
touchant la Vitrifica
tion de l'Or au verre ardent. An . 1707.
35. Observations
sur les Araignées . Ibid.
36. MeSEPTEMBRE.
1731. 2169
6. Mémoire touchant les Acides et les Alcalis.
An. 1708 .
37. Suite des Essais de Chymie. Article 4.
-du Mercure. An , 1709.
8.
Observations touchant l'effet de certains
Acides sur les Alcalis volatiles. Ibid.
39.
Observations sur les matieres sulphu
reuses , et sur la facilité, de les changer
d'une espece de souffre en une autre . An.
1710.
40.
Memoire touchant les Vegetations Artificielles.
Ibid.
41.
Observations sur la matiere fecale. And
1711.
42. Phosphore nouveau , on suite des obser
vations sur la matiere fecale. Ibid .
43.
Observations sur l'Acide qui se trouve
dans le Sang et dans les autres par-.
ties des
Animaux. Deux Memoires. An.
1712.
44. Maniere de copier sur le verre coloré
les Pierres gravées . Ibid .
45.
Observation sur une séparation de l'Or
avec l'Argent par la fonte. An . 1713 .
46.
Observation sur une
sublimation da
Mercure. Ibid.
+
: 47.
Observations sur des Matieres qui pénetrent
et qui traversent les métaux sans
les fondre. Ibid.
48. Mémoire touchant la
volatilisation des
Sels fixes des Plantes . An . 1714.
F
Voyez
1170 MERCURE
DE FRANCE
.
Voyez son Eloge dans l'histoire de l'Aca
démie des Sciences. An. 1715.
Hombert. Extrait du XIV . Tome des Memoires
, pour servir à l'Histoire des Hommes
Illustres &c..
Il revint à Paris au bout de quelques
années ; et tant de connoissances qu'il
avoit acquises , ses Posphores , une Machine
Pneumatique de son invention plus
parfaite que celle de Guerike et que celle
de Boile , qu'il avoit vûë à Londres , les
nouveaux Phenomenes qu'elle lui produisoit
tous les jours , des Microscopes de sa
façon très simples , très - commodes et
très- exacts autre source inépuisable de
Phenomênes une infinité d'Operations
rares , ou de découvertes de Chymie , lui
donnerent bien- tôt une des premieres places
entre les premiers Sçavans.
-
>
,
M. l'Abbé Bignon ayant eû en 1691. la
direction de l'Académie des Sciences , y
fit
2164 MERCURE DE FRANCE
fit entrer M. Homberg , et lui donna le
Laboratoire de l'Académie , et par là une
entiere liberté de travailler en Chimie
sans inquiétude.
3
M. le Duc d'Orleans , qui se livroit au
goût et au talent qu'il avoit pour les
Sciences ayant voulu entrer dans les
mysteres de la Chymie et de la Physique
experimentale , prit en 1702. M. Hombert
auprès de lui en qualité de son Physicien
, et lui donna une Pension et un Laboratoire
le mieux fourni et le plus su
perbe que la Chymie eût jamais eû.
Ce Prince ayant aussi fait venir d'Alle
magne la même année , ce grand Miroir
ardent convexe , qui est si connu : M.
Homberg s'en servit pour faire un grand
nombre d'experiences entierement nou
yelles .
L'an 1704 ce Prince le choisit pour son
premier Medecin . Ce choix n'étoit pas
encore declaré , lors qu'on vînt offrir à
M. Homberg de la part de l'Electeur Pa
latin , et même d'une manière très- pressante
des avantages plus considerables
que ceux même qui l'attendoient. M. le
Duc d'Orleans ne lui permit pas de les
accepter. Un autre attachement d'une espece
differente s'y joignit encore. Il songeoit
à se marier , et y songcoit depuis si
›
longSEPTEMBRE.
1731. 215
long- emps , que l'amour seul , sans une
forte estime , n'eût pas produit tant de
constance.
En devenant Premier Medecin de M. le
Duc d'Orleans , il tomboit dans le cas
d'une des Loix de l'Académie des Sciences
, qui porte que toute charge demandant
résidence hors de Paris , est incompatible
avec une place d'Académicien
Pensionnaire ; il déclara nettement que
s'il étoit réduit à opter , il se détermineroit
pour l'Académie ; mais le Roi le jugea
digne d'exception ; ainsi il conserva
les deux Postes en même temps.
En 1708. il se maria , et épousa Marguerite-
Angelique Dodart fille de M.
Dodart , Medecin , pour qui il avoit été
si constant.
2
Quelques années après , il devint sujet
à une petite Dissenterie , dont il se guérissoit
, et qui revenoit de tems en tems.
Le mal s'augmenta toûjours , et il en
mourut le 24. Septembre 1715. âgé de
63. ans. Quoiqu'il fût d'une complexion
foible , il étoit fort laborieux et d'un courage
qui lui tenoit lieu de force . Outre
une quantité de faits curieux de Physique
rassemblez dans sa tête , et presens
à sa mémoire , il avoit de quoi faire un
sçavant ordinaire en Histoire et en Langues
2766 MERCURE DE FRANCE
gues. Il sçavoit même de l'Hebreu . Son
caractere d'esprit est marqué dans tout ce
qu'on a de lui ; il avoit une attention ingenieuse
sur tout ce qui lui faisoit faire des
observations où les autres ne voyent rien ,
une adresse extrême pour demêler les routes
qui menent aux découvertes , de la singularité
dans ses experiences. Sa maniere
de s'expliquer étoit simple , mais méthodique
et précise ; soit que le François fûr
toûjours pour lui une langue étrangere
soit que naturellement il ne fût pas abondant
en paroles , il cherchoit son mot
presque à chaque moment , mais enfin il
le trouvoit. Il n'a point publié de corps
d'ouvrage. On trouve seulement dans
l'histoire de l'Académie des Sciences plusieurs
Memoires de sa façon , qui sont
tous singuliers , curieux et interessans ,
et dont je vais donner la liste .
1. Maniere de faire le Phosphore brûlant de
Kunkel. Année 1692.
2. Diverses expériences du Phosphore. Ibid.
3. Réflexions sur differentes Vegetations Mé
talliques. Ibid.
4. Maniere d'extraire un sel volatile mineral
en forme séche. Ibid.
5. Réflexions sur l'expérience des larmes de
verre , qui se brisent dans le vuide. Ibid.
G₁
SEPTEMBRE . 1731. 2167
·
7. Expérience sur la glace dans le vuide.
An. 1693.
7. Expérience du ressort de l'Air dans le
vuide. Ibid.
8. Expérience de l'Evaporation de l'Eau
dans le vuide avec des Réflexions. Ibid.
9. Expériences sur la Germination des Plan
tes. Ibid.
10. Observations de la difference du poids
de certains corps dans l'Air , libre et dans
le vuide. Ibid.
11. Observation curieuse sur une infusion
d'Antimoine. Ibid.
12. Réflexions sur unfait extraordinaire ar
rivé dans une Coupelle d'or. Ibid.
13. Nouveau Phosphore . Ibid.
14. Observation sur la quantité exacte des
sels volatiles , acides , contenus dans les
differens esprits acides . An . 1694 .
15. Essais pour examiner les sels des Plantes.
Ibid.
16. Observations sur cette sorte d'Insectes ,
qui s'appellent ordinairement Demoiselles.
Ibid.
17. Essais sur les Injections Anatomiques.
Ibid.
18. Observations sur la quantité des Acides
, absorbés par les Alcalis Terreux.
"
An .
1700.
19. Observations sur les Dissolvans du
Mercure. Ibid .
Ob2568
MERCURE
DE FRANCE
20. Observations sur les Huiles des Plantes.
Ibid .
21. Surl'Acide de l'Antimoine. Ibid.
22. Observations
sur le Raffinage de l'Ar
gent. An. 1701 .
23. Observations sur quelques effets de Fer
mentations. Ibid.
24. Observations sur les Analyses des Plan
tes. Ibid.
25. Observations sur les Sels Volatiles des
Plantes. Ibid.
26. Essais de Chimie. An. 1702.
27. Observations faites par
verre ardent. Ibid.
le
moyen
du
a8 . Essai de l'Analyse du Souffre commun.
29.
An. 1703 .
Observations sur un battement de vei
nes semblables au battement des Arteres
An . 1704.
30. Suite des Essais de Chymie , Article 3 .
du Souffre principe. An . 1705 .
31. Observation sur une Dissolution de
l'Argent. An . 1706.
32. Observations sur le fer qu verre ardent
Ibid.
33. Suite de l'Article 3. des Essais de Chy
mie du Souffre principe. Ibid.
34. Eclaircissemens
touchant la Vitrifica
tion de l'Or au verre ardent. An . 1707.
35. Observations
sur les Araignées . Ibid.
36. MeSEPTEMBRE.
1731. 2169
6. Mémoire touchant les Acides et les Alcalis.
An. 1708 .
37. Suite des Essais de Chymie. Article 4.
-du Mercure. An , 1709.
8.
Observations touchant l'effet de certains
Acides sur les Alcalis volatiles. Ibid.
39.
Observations sur les matieres sulphu
reuses , et sur la facilité, de les changer
d'une espece de souffre en une autre . An.
1710.
40.
Memoire touchant les Vegetations Artificielles.
Ibid.
41.
Observations sur la matiere fecale. And
1711.
42. Phosphore nouveau , on suite des obser
vations sur la matiere fecale. Ibid .
43.
Observations sur l'Acide qui se trouve
dans le Sang et dans les autres par-.
ties des
Animaux. Deux Memoires. An.
1712.
44. Maniere de copier sur le verre coloré
les Pierres gravées . Ibid .
45.
Observation sur une séparation de l'Or
avec l'Argent par la fonte. An . 1713 .
46.
Observation sur une
sublimation da
Mercure. Ibid.
+
: 47.
Observations sur des Matieres qui pénetrent
et qui traversent les métaux sans
les fondre. Ibid.
48. Mémoire touchant la
volatilisation des
Sels fixes des Plantes . An . 1714.
F
Voyez
1170 MERCURE
DE FRANCE
.
Voyez son Eloge dans l'histoire de l'Aca
démie des Sciences. An. 1715.
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Résumé : Continuation de l'Art. de Guillaume Homberd. [titre d'après la table]
Le texte décrit la vie et les contributions scientifiques de M. Homberg. Après avoir acquis diverses connaissances et inventé une machine pneumatique améliorée, Homberg revint à Paris et devint rapidement un des premiers savants grâce à ses découvertes en chimie et ses instruments, tels que les microscopes et les phosphores. En 1691, l'abbé Bignon, directeur de l'Académie des Sciences, lui offrit un laboratoire, lui permettant de travailler librement en chimie. En 1702, le duc d'Orléans, intéressé par la chimie et la physique expérimentale, engagea Homberg comme son physicien, lui fournissant une pension et un laboratoire bien équipé. Cette même année, Homberg utilisa un miroir ardent convexe pour de nouvelles expériences. En 1704, il fut nommé premier médecin du duc d'Orléans, malgré des offres plus avantageuses de l'Électeur Palatin. Homberg conserva ses postes à l'Académie des Sciences et auprès du duc grâce à une exception royale. Il se maria en 1708 avec Marguerite-Angélique Dodart. Homberg souffrit d'une dissenterie qui s'aggrava et causa sa mort le 24 septembre 1715, à l'âge de 63 ans. Malgré une constitution faible, il était très laborieux et avait une mémoire exceptionnelle pour les faits de physique. Il maîtrisait plusieurs langues, y compris l'hébreu. Homberg n'a pas publié de grands ouvrages, mais plusieurs mémoires de ses recherches furent publiés dans l'histoire de l'Académie des Sciences. Ces mémoires couvrent une large gamme de sujets, allant des expériences sur le phosphore et les végétations métalliques aux observations sur les acides et les alcalis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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428
p. 2209-2212
Buste du Cardinal de Polignac. [titre d'après la table]
Début :
M. Charles- Nicolas Cochin de Paris, habile Graveur, a été reçu de l'Académie Royale de [...]
Mots clefs :
Cardinal, Académie française de peinture et sculpture, Marchands
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Buste du Cardinal de Polignac. [titre d'après la table]
M. Charles- Nicolas Cochin de Paris ' , habile
> reçu
Graveur a été de l'Académie Royale de
Peinture et de Sculpture , le dernier jour d'Août ,
sur deux Portraits gravés , l'un de M. le Sueur
peint par lui- même et l'autre de M. Sarazin ,
Paîné , Sculpteur , peint par le même M. le
Sueur.
•
Le Portrait de M. René Herault , Conseiller
d'Etat Lieutenant Général de Police , paroît
en Estampe , peint et gravé par le Sieur Jean-
Etienne Liotard. Il se vend rue S. Jacques , chez
la veuve Chereau.
Il paroît une nouvelle Estampe , d'après Var
teau , intitulée le Chat malade , gravée par le
même Liotard , qui se vend au même endroit .
Par une Lettre de Rome >
on nous prie d'Inserer
dans le Mercure de France les Vers suivans
, ausquels le Buste du Cardinal de Polignac
a donné lieu
>
D&
2210 MERCURE DE FRANCE
De Bouchardon , la main sçavante
Ne pouvoit mieux transmettre à la posterité ,
Ces traits dont Polignac enchante ,
Tous ceux qui de le voir ont la félicité .
Ce marbre vit , il pense , et seul il fera croire
Tant de faits merveilleux dont il montre l'Auteur.
On y reconnoîtrà comme dans notre histoire ,
Des interêts des Rois le Conciliateur ,
Et l'oracle du consistoire.
Par Dom Le Blanc , Procureur Général de
Fordre de Cluny en Cour de Rome .
Le sieur Bouchardon est un François élevé à
Rome ; à l'Académie Françoise de Peinture et
Sculpture. I travaille actuellement au Buste
du Pape.
elle a
On écrit de Vienne en Autriche , qué l'Aloe
Spinosa mucronate folio Americana major
Plante qu'on cultive depuis trente- trois ans dans
les Jardins du Palais de la Favorite , et dont on
voit rarement la Fleur en Europe , y a fleuri depuis
environ la my - Août de cette année ;
Commencé à pousser la tige de son Bouquet vers
la fin du mois de May dernier ; et.depuis ce
temps là cette tige s'étant élevée à la hauteur de
vingt sept pieds et demy , avec 41. branches ,
le Bouquet total épanoui est de 5548. fleurs .
Cette rareté attire à Vienne un grand nombre de
Botanistes et des Curieux des principales Villes
d'Allemagne.
On écrit de Perpignan , que la femme d'us
Sellier
SEPTEMBRE . 1731. 2211
Sellier de cette Ville > étoit accouchée le 10.
d'Août de cinq filles , lesquelles avoient été baptisées
le lendemain ; que 15. jours auparavant ,
la Soeur de cette femme étoit accouchée de cinq
garçons , dont 4. étoient encore en vie , et que
leur Mere qui avoit eû quinze enfans en avoir
´mis au monde 12. en trois couches.
>
On apprend de Londres , qu'une Lionne qui
étoit enfermée dans la Tour , fit le 27. du mois
dernier des Petits ; il est à remarquer que cette
Lionne , ainsi que le mâle >
y nâquirent il y a
environ six ans.
"
Le Sieur Julien , Apoticaire ordinaire du Roy
en l'Artillerie , fait et vend la veritable et bonne
Pate de Guimauve et Suc de Reglisse blanc
pour la guérison des maladies de poitrine , toutes.
sortes de Thoux , Rhumes , adoucissent les Serosités
âcres, qui tombent sur les Poulmons , gué
rissent les inflammations et maux de gorge.
Sa demeure est toûjours à Paris , ruë de la
Verrerie , prache la ruë des Carmes Billettes.
>
› Messieurs Girandeau le jeune et fils Mar
chands à Montpellier , qui font depuis environ
trente ans un commerce considérable en gros ,
en Liqueurs , Syrops , Eau d'Hongrie , et autres
marchandises permises ont crû devoir avertir
le Public qu'ils continuent la vente de l'Eau
Dauphine , qu'ils ont inventée sur la fin de l'année
derniere 1730. avec un débit étonnant ; mais
que s'étant apperçus que plusieurs Particuliers.
qui se sont imaginé d'avoir trouvé la composition
de cette liqueur quoiqu'ils en soient infiniment
éloignez , s'avisent d'en offrir
>
2.
et même
de
2212 MERCURE DE FRANCE
>
de contrefaire la signature que lesdits Sieurs Grrandeau
le jeune et fils mettent sur l'Etiquette ;
bien plus , que certaines Personnes de leur commerce
, qu'on a chargé d'acheter chez eux de leur
Eau Dauphine , n'en ont pris que la moitié du
nombre des Bouteilles qu'on leur en demandoit
et d'une bouteille en ont fait deux , dans le des
sein de diminuer , s'il leur étoit possible , la juste
préférence qu'on donne à cette liqueur sur toutes
celles qui sont connues ; c'est ce qui les a déter
minez à mettre sur chacune des Bouteilles de.
cette liqueur deux cachets en cire rouge , le premier
est sur le Parchemin , qui couvre le bouchon
de Liege , autour duquel on trouve ces
mots , Girandeau jeune et au milieu est fils ,
entre le commencement du nom Girandeau et
mot jeune , il y a un petit Dauphin ; l'autre cachet
est aposé sur le noud du fil qui serre le
Parchemin , il ne contient que ces trois lettres
GJ F. ce sera à ces marques qu'on pourra distinguer
leur Eau Dauphine , d'avec celle qu'on
supposera en être.
& c.
Les Personnes qui auront besoin tant d'Ean
Dauphine , que d'autres liqueurs , Syrops , Eau
d'Hongrie , P'Esprit de Vin , Eaux-de- Vie ,
sont priez de s'adresser à ceux à droitute , comme
leur commerce est très - étendu , ils ont des cor .
respondances dans toutes les principales Villes du
Royaume et des Pays Etrangers , par le moyen
desquelles il leur sera aisé de faire parvenir les
Marchandises qu'on leur demandera . Leur adresse
est à Mrs. Girandeau le jeune et fils , Marz
ebands à lagrande ruë , à Montpellier.
> reçu
Graveur a été de l'Académie Royale de
Peinture et de Sculpture , le dernier jour d'Août ,
sur deux Portraits gravés , l'un de M. le Sueur
peint par lui- même et l'autre de M. Sarazin ,
Paîné , Sculpteur , peint par le même M. le
Sueur.
•
Le Portrait de M. René Herault , Conseiller
d'Etat Lieutenant Général de Police , paroît
en Estampe , peint et gravé par le Sieur Jean-
Etienne Liotard. Il se vend rue S. Jacques , chez
la veuve Chereau.
Il paroît une nouvelle Estampe , d'après Var
teau , intitulée le Chat malade , gravée par le
même Liotard , qui se vend au même endroit .
Par une Lettre de Rome >
on nous prie d'Inserer
dans le Mercure de France les Vers suivans
, ausquels le Buste du Cardinal de Polignac
a donné lieu
>
D&
2210 MERCURE DE FRANCE
De Bouchardon , la main sçavante
Ne pouvoit mieux transmettre à la posterité ,
Ces traits dont Polignac enchante ,
Tous ceux qui de le voir ont la félicité .
Ce marbre vit , il pense , et seul il fera croire
Tant de faits merveilleux dont il montre l'Auteur.
On y reconnoîtrà comme dans notre histoire ,
Des interêts des Rois le Conciliateur ,
Et l'oracle du consistoire.
Par Dom Le Blanc , Procureur Général de
Fordre de Cluny en Cour de Rome .
Le sieur Bouchardon est un François élevé à
Rome ; à l'Académie Françoise de Peinture et
Sculpture. I travaille actuellement au Buste
du Pape.
elle a
On écrit de Vienne en Autriche , qué l'Aloe
Spinosa mucronate folio Americana major
Plante qu'on cultive depuis trente- trois ans dans
les Jardins du Palais de la Favorite , et dont on
voit rarement la Fleur en Europe , y a fleuri depuis
environ la my - Août de cette année ;
Commencé à pousser la tige de son Bouquet vers
la fin du mois de May dernier ; et.depuis ce
temps là cette tige s'étant élevée à la hauteur de
vingt sept pieds et demy , avec 41. branches ,
le Bouquet total épanoui est de 5548. fleurs .
Cette rareté attire à Vienne un grand nombre de
Botanistes et des Curieux des principales Villes
d'Allemagne.
On écrit de Perpignan , que la femme d'us
Sellier
SEPTEMBRE . 1731. 2211
Sellier de cette Ville > étoit accouchée le 10.
d'Août de cinq filles , lesquelles avoient été baptisées
le lendemain ; que 15. jours auparavant ,
la Soeur de cette femme étoit accouchée de cinq
garçons , dont 4. étoient encore en vie , et que
leur Mere qui avoit eû quinze enfans en avoir
´mis au monde 12. en trois couches.
>
On apprend de Londres , qu'une Lionne qui
étoit enfermée dans la Tour , fit le 27. du mois
dernier des Petits ; il est à remarquer que cette
Lionne , ainsi que le mâle >
y nâquirent il y a
environ six ans.
"
Le Sieur Julien , Apoticaire ordinaire du Roy
en l'Artillerie , fait et vend la veritable et bonne
Pate de Guimauve et Suc de Reglisse blanc
pour la guérison des maladies de poitrine , toutes.
sortes de Thoux , Rhumes , adoucissent les Serosités
âcres, qui tombent sur les Poulmons , gué
rissent les inflammations et maux de gorge.
Sa demeure est toûjours à Paris , ruë de la
Verrerie , prache la ruë des Carmes Billettes.
>
› Messieurs Girandeau le jeune et fils Mar
chands à Montpellier , qui font depuis environ
trente ans un commerce considérable en gros ,
en Liqueurs , Syrops , Eau d'Hongrie , et autres
marchandises permises ont crû devoir avertir
le Public qu'ils continuent la vente de l'Eau
Dauphine , qu'ils ont inventée sur la fin de l'année
derniere 1730. avec un débit étonnant ; mais
que s'étant apperçus que plusieurs Particuliers.
qui se sont imaginé d'avoir trouvé la composition
de cette liqueur quoiqu'ils en soient infiniment
éloignez , s'avisent d'en offrir
>
2.
et même
de
2212 MERCURE DE FRANCE
>
de contrefaire la signature que lesdits Sieurs Grrandeau
le jeune et fils mettent sur l'Etiquette ;
bien plus , que certaines Personnes de leur commerce
, qu'on a chargé d'acheter chez eux de leur
Eau Dauphine , n'en ont pris que la moitié du
nombre des Bouteilles qu'on leur en demandoit
et d'une bouteille en ont fait deux , dans le des
sein de diminuer , s'il leur étoit possible , la juste
préférence qu'on donne à cette liqueur sur toutes
celles qui sont connues ; c'est ce qui les a déter
minez à mettre sur chacune des Bouteilles de.
cette liqueur deux cachets en cire rouge , le premier
est sur le Parchemin , qui couvre le bouchon
de Liege , autour duquel on trouve ces
mots , Girandeau jeune et au milieu est fils ,
entre le commencement du nom Girandeau et
mot jeune , il y a un petit Dauphin ; l'autre cachet
est aposé sur le noud du fil qui serre le
Parchemin , il ne contient que ces trois lettres
GJ F. ce sera à ces marques qu'on pourra distinguer
leur Eau Dauphine , d'avec celle qu'on
supposera en être.
& c.
Les Personnes qui auront besoin tant d'Ean
Dauphine , que d'autres liqueurs , Syrops , Eau
d'Hongrie , P'Esprit de Vin , Eaux-de- Vie ,
sont priez de s'adresser à ceux à droitute , comme
leur commerce est très - étendu , ils ont des cor .
respondances dans toutes les principales Villes du
Royaume et des Pays Etrangers , par le moyen
desquelles il leur sera aisé de faire parvenir les
Marchandises qu'on leur demandera . Leur adresse
est à Mrs. Girandeau le jeune et fils , Marz
ebands à lagrande ruë , à Montpellier.
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Résumé : Buste du Cardinal de Polignac. [titre d'après la table]
En septembre 1731, le Mercure de France a publié plusieurs événements et annonces notables. M. Charles-Nicolas Cochin, graveur de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, a été distingué pour deux portraits gravés : ceux de M. le Sueur et de M. Sarazin, tous deux peints par M. le Sueur. Jean-Étienne Liotard a réalisé une estampe du Portrait de M. René Herault, Conseiller d'État Lieutenant Général de Police, disponible chez la veuve Chereau rue Saint-Jacques. Liotard a également gravé une estampe intitulée 'Le Chat malade' d'après Watteau, vendue au même endroit. Une lettre de Rome demande l'insertion de vers dédiés au buste du Cardinal de Polignac, sculpté par Bouchardon, un Français élevé à Rome. Bouchardon est actuellement occupé à sculpter le buste du Pape. De Vienne, on rapporte la floraison rare d'une plante, l'Aloe Spinosa mucronate folio Americana major, dans les jardins du Palais de la Favorite, attirant de nombreux botanistes. De Perpignan, on apprend qu'une femme a accouché de cinq filles, tandis que sa sœur avait précédemment donné naissance à cinq garçons. À Londres, une lionne a mis bas dans la Tour. Le Sieur Julien, apothicaire du Roi, vend des remèdes pour les maladies de poitrine et les maux de gorge à Paris. Enfin, les marchands Girandeau à Montpellier avertissent le public de la contrefaçon de leur Eau Dauphine et décrivent les marques distinctives pour authentifier leur produit.
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429
p. 2374-2375
Essai sur la Poësie et sur la Peinture, [titre d'après la table]
Début :
ESSAI SUR LA POESIE ET SUR la PEITURE, par rapport à l'Histoire Sacrée et [...]
Mots clefs :
Traité, Recueil de discours, Érudition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur la Poësie et sur la Peinture, [titre d'après la table]
ESSAI SUR LA POESIE ET SUR la Pɛin-
TURE , par rapport à l'Histoire Sacrée et
Prophane. Par M. Charles de la Motte
Membre de l'Académie Royale , et de la
Societé des Antiquaires , &c. A Londres ,
chez Desnoyers , 1731. in 8.
Ce livre qui contient une vaste érudition
sur ces deux Arts est en Anglois . Il
est terminé par un Discours sur l'obscon
Tité chez les Ecrivains et chez les Peintres,
qui fait voir combien il est dangereux de
donner dans ce défaut , lors même qu'on
le censure.
RECUEIL DE DISCOURS sur diverses ma
sieres importantes , traduits ou composez
par Jean Barbeyrac , Professeur en Drott
dans l'Université de Groningue , qui y a
joint un Eloge Historique de feu M.
Noodt , 2. vol. in 12. A Amsterdam, chez
P. Humbert , 1731.
TRAITE' DE L'HOMME , ou du Corps
Humain vivant , par rapport à la santé
ou à la maladie , partagé en trois livres ,
où l'on expose par une nouvelle Methode
claire et abregée , la Theorie et la Pratique
de Medecine selon l'idée des Anciens
et des Modernes. Par M. Alexandre
>
Pascoli de Perouse , premier Professeur
de
OCTOBRE. 1731 2375
de Medecine à Rome , et premier Mede
cin de l'Etat Ecclesiastique. A Rome ,
chez Jerôme Maynard , 1728, in 4. pp.
850. Tout l'ouvrage est en latin.
TURE , par rapport à l'Histoire Sacrée et
Prophane. Par M. Charles de la Motte
Membre de l'Académie Royale , et de la
Societé des Antiquaires , &c. A Londres ,
chez Desnoyers , 1731. in 8.
Ce livre qui contient une vaste érudition
sur ces deux Arts est en Anglois . Il
est terminé par un Discours sur l'obscon
Tité chez les Ecrivains et chez les Peintres,
qui fait voir combien il est dangereux de
donner dans ce défaut , lors même qu'on
le censure.
RECUEIL DE DISCOURS sur diverses ma
sieres importantes , traduits ou composez
par Jean Barbeyrac , Professeur en Drott
dans l'Université de Groningue , qui y a
joint un Eloge Historique de feu M.
Noodt , 2. vol. in 12. A Amsterdam, chez
P. Humbert , 1731.
TRAITE' DE L'HOMME , ou du Corps
Humain vivant , par rapport à la santé
ou à la maladie , partagé en trois livres ,
où l'on expose par une nouvelle Methode
claire et abregée , la Theorie et la Pratique
de Medecine selon l'idée des Anciens
et des Modernes. Par M. Alexandre
>
Pascoli de Perouse , premier Professeur
de
OCTOBRE. 1731 2375
de Medecine à Rome , et premier Mede
cin de l'Etat Ecclesiastique. A Rome ,
chez Jerôme Maynard , 1728, in 4. pp.
850. Tout l'ouvrage est en latin.
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Résumé : Essai sur la Poësie et sur la Peinture, [titre d'après la table]
En 1731, trois ouvrages notables ont été publiés. Le premier, 'Essai sur la poésie et sur la peinture, par rapport à l'Histoire Sacrée et Prophane', est écrit par Charles de la Motte, membre de l'Académie Royale et de la Société des Antiquaires. Ce livre, en anglais, examine les arts de la poésie et de la peinture à travers une vaste érudition et se conclut par un discours sur l'obscénité chez les écrivains et les peintres, mettant en garde contre ses dangers même lorsqu'elle est critiquée. Le deuxième ouvrage est le 'Recueil de discours sur diverses matières importantes', traduit ou composé par Jean Barbeyrac, professeur de droit à l'Université de Groningue. Ce recueil, en deux volumes, inclut un éloge historique de feu M. Noodt. Le troisième ouvrage, 'Traité de l'Homme, ou du Corps Humain vivant', est écrit par Alexandre Pascoli de Perouse, premier professeur de médecine à Rome et premier médecin de l'État Ecclésiastique. Ce traité, en latin, a été publié à Rome en 1728 et comprend trois livres qui exposent la théorie et la pratique de la médecine selon les idées des Anciens et des Modernes, en utilisant une méthode claire et abrégée.
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430
p. 2606-2608
Almanach, fixe, perpetuel , &c. [titre d'après la table]
Début :
On distribuë depuis peu un Almanach de Cabinet, gravé, qui a pour titre : [...]
Mots clefs :
Almanach, Cabinet, Gens d'affaires, Marchands, Négociants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Almanach, fixe, perpetuel , &c. [titre d'après la table]
On distribue depuis peu un Almanach
de Cabinet , gravé , qui a pour titre :
Almanach fixe , mobile , perpetuel , dedié
24
OCTOBRE . 1731. 2607
>
à Monseigneur le Dauphin . Cet Almanach
est fort curieux et des mieux inventés
; il est fixe par lui- même , mobile
par un simple mouvement , et perpetuel
dans toute son étenduë ; son invention
est toute nouvelle et presque inconnuë ;
il est d'une grande commodité pour les
Gens d'Affaires » pour les Marchands
Negocians , et generalement pour toutes
sortes de Personnes . En faisant les Retrogradations
des révolutions portées sur
l'Almanach , et observant la même disposition
établie , on levera les difficultez
qui pourroient se rencontrer , tant dans
les dattes des Pieces de procedures , que
pour les dattes qui interessent differens
Particuliers dans leurs affaires ; on voit
toute la disposition de l'Almanach en
face , sans le détacher de sa place ; on y
trouve Pâques , les Fêtes Mobiles , et les
Lunes à perpetuité ; on voit dans quel
signe du Zodiaque est la Lune tous les
jours de l'Année aussi à perpetuité , avec
les differentes qualitez des signes à la tête
de chaque Mois ; enfin , on y trouve
tous les arrangemens nécessaires pour
rendre un Almanach perpetuellement
utile . On a mis aussi sur chaque Colonne
et Table , les Instructions utiles pour
s'en servir avec des exemples qui y sont
Fiiij rap2608
MERCURE DE FRANCE
il
rapportés pour en faciliter l'intelligence ;
la petite manoeuvre de cet Almanach ne
consiste qu'à tirer une fois le Ruban d'en
bas d'une ligne dans chaques années communes
, et deux fois dans les Années Bissextiles.
Si les Curieux vont chez l'Auteur
pour en prendre connoissance
les satisfera autant qu'il lui sera possible ,
et ceux qui trouveront quelques difficultés
à proposer , l'Auteur en profitera
avec docilité . Il se vend chez Girard de
la Motte , Marchand Epicier , cour et ruë
Abbatiale de S. Germain des Prez , au
Fasmin fleury , et chez M. de la Motte x
au College de Reims , à Paris.
de Cabinet , gravé , qui a pour titre :
Almanach fixe , mobile , perpetuel , dedié
24
OCTOBRE . 1731. 2607
>
à Monseigneur le Dauphin . Cet Almanach
est fort curieux et des mieux inventés
; il est fixe par lui- même , mobile
par un simple mouvement , et perpetuel
dans toute son étenduë ; son invention
est toute nouvelle et presque inconnuë ;
il est d'une grande commodité pour les
Gens d'Affaires » pour les Marchands
Negocians , et generalement pour toutes
sortes de Personnes . En faisant les Retrogradations
des révolutions portées sur
l'Almanach , et observant la même disposition
établie , on levera les difficultez
qui pourroient se rencontrer , tant dans
les dattes des Pieces de procedures , que
pour les dattes qui interessent differens
Particuliers dans leurs affaires ; on voit
toute la disposition de l'Almanach en
face , sans le détacher de sa place ; on y
trouve Pâques , les Fêtes Mobiles , et les
Lunes à perpetuité ; on voit dans quel
signe du Zodiaque est la Lune tous les
jours de l'Année aussi à perpetuité , avec
les differentes qualitez des signes à la tête
de chaque Mois ; enfin , on y trouve
tous les arrangemens nécessaires pour
rendre un Almanach perpetuellement
utile . On a mis aussi sur chaque Colonne
et Table , les Instructions utiles pour
s'en servir avec des exemples qui y sont
Fiiij rap2608
MERCURE DE FRANCE
il
rapportés pour en faciliter l'intelligence ;
la petite manoeuvre de cet Almanach ne
consiste qu'à tirer une fois le Ruban d'en
bas d'une ligne dans chaques années communes
, et deux fois dans les Années Bissextiles.
Si les Curieux vont chez l'Auteur
pour en prendre connoissance
les satisfera autant qu'il lui sera possible ,
et ceux qui trouveront quelques difficultés
à proposer , l'Auteur en profitera
avec docilité . Il se vend chez Girard de
la Motte , Marchand Epicier , cour et ruë
Abbatiale de S. Germain des Prez , au
Fasmin fleury , et chez M. de la Motte x
au College de Reims , à Paris.
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Résumé : Almanach, fixe, perpetuel , &c. [titre d'après la table]
Un nouvel Almanach de Cabinet, intitulé 'Almanach fixe, mobile, perpétuel', a été récemment distribué. Dédié à Monseigneur le Dauphin, cet ouvrage est décrit comme très curieux et bien conçu. Il est fixe par nature, mobile par un simple mouvement, et perpétuel dans son étendue. Cet Almanach est particulièrement utile pour les gens d'affaires, les marchands, les négociants, et diverses personnes. Il permet de résoudre les difficultés liées aux dates des pièces de procédure et aux affaires personnelles. Il affiche la disposition des Pâques, des fêtes mobiles, et des lunes à perpétuité, ainsi que le signe zodiacal de la Lune chaque jour de l'année, avec les qualités des signes à la tête de chaque mois. Des instructions et des exemples facilitent son utilisation. La manipulation de l'Almanach consiste à tirer un ruban une fois par an pour les années communes et deux fois pour les années bissextiles. L'auteur invite les curieux à le consulter pour toute difficulté. L'Almanach est disponible chez Girard de la Motte, Marchand Epicier, cour et rue Abbatiale de Saint-Germain-des-Prés, au Fasmin Fleury, et chez M. de la Motte au Collège de Reims, à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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431
p. 2616-2618
La Boussole perpetuelle des Banquiers, &c. [titre d'après la table]
Début :
On donne avis aux Banquiers, Négocians, Gens d'Affaires, Agens de Change [...]
Mots clefs :
Banquiers, Négociants, Agents de change, Gens d'affaires, Perte et bénéfice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Boussole perpetuelle des Banquiers, &c. [titre d'après la table]
On donne avis aux Banquiers , Négo
cians , Gens d'Affaires , Agens de Chan-
& c. que M. Giraudeau Neveu , mettra
sous Presse aur commencement de
l'Année prochaine 1732. un ouvrage
qu'il vient de composer en un seul Volume
sous ce titre La Boussole perpetuelle
des Banquiers de l'Europe : Ouvrage
nouveau , calculé sur tous les differens Pays,
dans lequel on trouve en un seul endroit
et sans aucun calcul , la Perte et le Bénéfice
pour cent , que chaque Place fait sur
sa Monnoye dans toutes les operations
>
:
>
de
NOVEMBRE 1731. 2617
de Banque qu'elle peut faire , et à quelque
prix de Change qu'elles soient faites.
Avec des Principes et des Exemples pour
faire , par regle , les Changes Etrangers
les Arbitrages , et les Ordres et Commissions
en Banque , &c. Pour donner une
idée de cer ouvrage , on va exposer de
quelle maniere il est arrangé.
Il contient plusieurs Chapitres , divisez
en Sections. Le premier pour la France
et les Places de sa correspondance di
recte ; ainsi la premiere section de ce
Chapitre , est pour la Hollande , la 2.
pour la Flandre , la 3. pour l'Angleterre,
la 4. pour Hambourg , la f . pour Francfort
, la 6. pour Nuremberg , la 7. pour
Saint Gal , la 8. pour Genéve , la 9. pour
Rome , la 10. pour Venise , la 11. pour
Genes , la 12. pour Ligourne , la 13. pour
l'Espagne , la 14. pour le Portugal , &c.
Comme Bordeaux , Nantes et la Rochelle
changent pour l'Etranger differemment
de Paris , on a eu soin de faire des
Tables particulieres à l'usage de ces trois
Places .
Le second Chapitre est pour la Hollan
de et les Places de sa correspondance directe
, le 3. pour la Flandre , le 4. pour
P'Angleterre , le 5. pour Hambourg ,
le 6. pour Francfort , le 7. pour Nurem
berg
2618 MERCURE DE FRANCE
pour
berg , le 8. Saint Gal , le 9. pour
:
Geneve
, le io . pour Rome , le 11. pour
Venise , le 12. pour Genes , le 13. pour
Ligourne
, le 14. pour l'Espagne
, le 15. pour le Portugal.
On trouve au commencement de cha-
و
que Chapitre , le nom , la division et
la valeur des Monnoyes les differens
Pays ; la maniere dont on tient les Ecritures
dans toutes les Places dont il est
parlé , celle dont toutes ces Places changent
entr'elles ; enfin des Principes et
des Exemples pour faire par Regle les
Changes Etrangers , les Arbitrages , et
les Ordres et Commissions en Banque des
Places dont il est fait mention dans chaque
Chapitre.
,
Un mois avant que l'Ouvrage soit
achevé d'imprimer on aura soin d'en
avertir le Public , de lui dire le prix , et
l'endroit où il se vendra.
cians , Gens d'Affaires , Agens de Chan-
& c. que M. Giraudeau Neveu , mettra
sous Presse aur commencement de
l'Année prochaine 1732. un ouvrage
qu'il vient de composer en un seul Volume
sous ce titre La Boussole perpetuelle
des Banquiers de l'Europe : Ouvrage
nouveau , calculé sur tous les differens Pays,
dans lequel on trouve en un seul endroit
et sans aucun calcul , la Perte et le Bénéfice
pour cent , que chaque Place fait sur
sa Monnoye dans toutes les operations
>
:
>
de
NOVEMBRE 1731. 2617
de Banque qu'elle peut faire , et à quelque
prix de Change qu'elles soient faites.
Avec des Principes et des Exemples pour
faire , par regle , les Changes Etrangers
les Arbitrages , et les Ordres et Commissions
en Banque , &c. Pour donner une
idée de cer ouvrage , on va exposer de
quelle maniere il est arrangé.
Il contient plusieurs Chapitres , divisez
en Sections. Le premier pour la France
et les Places de sa correspondance di
recte ; ainsi la premiere section de ce
Chapitre , est pour la Hollande , la 2.
pour la Flandre , la 3. pour l'Angleterre,
la 4. pour Hambourg , la f . pour Francfort
, la 6. pour Nuremberg , la 7. pour
Saint Gal , la 8. pour Genéve , la 9. pour
Rome , la 10. pour Venise , la 11. pour
Genes , la 12. pour Ligourne , la 13. pour
l'Espagne , la 14. pour le Portugal , &c.
Comme Bordeaux , Nantes et la Rochelle
changent pour l'Etranger differemment
de Paris , on a eu soin de faire des
Tables particulieres à l'usage de ces trois
Places .
Le second Chapitre est pour la Hollan
de et les Places de sa correspondance directe
, le 3. pour la Flandre , le 4. pour
P'Angleterre , le 5. pour Hambourg ,
le 6. pour Francfort , le 7. pour Nurem
berg
2618 MERCURE DE FRANCE
pour
berg , le 8. Saint Gal , le 9. pour
:
Geneve
, le io . pour Rome , le 11. pour
Venise , le 12. pour Genes , le 13. pour
Ligourne
, le 14. pour l'Espagne
, le 15. pour le Portugal.
On trouve au commencement de cha-
و
que Chapitre , le nom , la division et
la valeur des Monnoyes les differens
Pays ; la maniere dont on tient les Ecritures
dans toutes les Places dont il est
parlé , celle dont toutes ces Places changent
entr'elles ; enfin des Principes et
des Exemples pour faire par Regle les
Changes Etrangers , les Arbitrages , et
les Ordres et Commissions en Banque des
Places dont il est fait mention dans chaque
Chapitre.
,
Un mois avant que l'Ouvrage soit
achevé d'imprimer on aura soin d'en
avertir le Public , de lui dire le prix , et
l'endroit où il se vendra.
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Résumé : La Boussole perpetuelle des Banquiers, &c. [titre d'après la table]
En 1732, M. Giraudeau Neveu annonce la publication de 'La Boussole perpétuelle des Banquiers de l'Europe'. Cet ouvrage en un volume fournit des informations sur les pertes et bénéfices des places financières dans diverses opérations bancaires, indépendamment du prix de change. Il inclut des principes et des exemples pour les changes étrangers, les arbitrages, et les ordres et commissions en banque. L'ouvrage est structuré en chapitres et sections couvrant différents pays et leurs places financières. Le premier chapitre traite de la France et de ses places de correspondance directe, avec des sections dédiées à la Hollande, la Flandre, l'Angleterre, Hambourg, Francfort, Nuremberg, Saint-Gall, Genève, Rome, Venise, Gênes, Livourne, l'Espagne, et le Portugal. Des tables spécifiques sont incluses pour Bordeaux, Nantes, et La Rochelle. Le second chapitre couvre la Hollande et ses places de correspondance directe, suivi de chapitres similaires pour d'autres pays. Chaque chapitre commence par le nom, la division, et la valeur des monnaies des différents pays, ainsi que la manière de tenir les écritures et les changes entre ces places. Le public sera informé un mois avant la fin de l'impression de l'ouvrage, avec des détails sur le prix et l'endroit où il sera disponible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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432
p. 2822-2830
Poësies du P. Vaniere, Jesuite, &c. [titre d'après la table]
Début :
On ne sçauroit trop multiplier les bons Livres, Robert, Libraire à Toulouze, [...]
Mots clefs :
Chasse, Poules, Jeunesse, Inaction, Ménage des champs, Agriculture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Poësies du P. Vaniere, Jesuite, &c. [titre d'après la table]
On ne sçauroit trop multiplier les
bons Livres , Robert , Libraire à Toulouze,
a réimprimé les Poësies du R. P. Vaniere
Jesuite , sur l'Agriculture , et le Ménage
des Champs. Cette Edition surpasse de
beaucoup les précedentes , non- seulement
à cause de l'augmentation de deux Livres,
P'une sur les Maladies des Arbres , l'autre
sur les Abeilles , mais parce que l'Auteur
a retouché beaucoup d'endroits , et qu'il
a répandu d'ailleurs dans tout l'Ouvrage
des Digressions , qui en rendent la lectu
re plus agréable par la beauté et par la
varieté des images.
Les bornes qui nous resserrent , nous
permettent à peine d'indiquer quelques-
I. Fol. unes
DECEMBRE 1731. 2823
unes de ces agréables Additions. Dans la
Digression sur la maniere dont il faut se
loger à la Campagne , l'Auteur , après
avoir preferé l'ancienne mode à la nou
velle , qui est d'éclairer extrémement les
Bâtimens , conclud que les François sont
si fort tyrannisez par les modes que in
morem sit venerit , aurum argentumque levi
placeat mutare papyro , &c . ce que l'Histoire
ne confirmera que trop un jour.
Dans le second Livre , rempli d'excellens
préceptes et d'images brillantes , on
trouve un trait réjouissant sur les Paniers
des Dames , qu'un Vilageois obligé de
faire un voyage à la Ville , voit pour
premiere fois. On ne peut guere mieux
exprimer le ridicule de cette mode que
par ce trait,
Obstupet in primis cum spectat in urbe puellas ,
Purpureis grandes intexere vestibus orbes ,
Qualibus ille solet sua cingere dolia vinclis :
Occupat una vias , laxosque Canephora vicos ,
Vixque suas intrat foribus bipatentibus ædes ;
Protensis latè tunicis , inflantur ut Austro ,
Carbusa , cum plenis sulcat ratis æquora velis.
la
Une Nôce de Village , morceau travaillé
avec soin finit agreablement ce
Livre.
*
1. Vol.
F vj
Le
2824 MERCURE DE FRANCE
Le troisiéme contient une Digression
bien differente , et non moins artistement
maniée ; elle est sur la Peste de Marseille ,
dont le Poëte fait le triomphe de notre Religion
, qui seule peut apprendre aux hommes
à exposer leur vie pour sauver celle de
leur Prochain. Les Ministres du Seigneur
accourent en foule pour ce pieux sujet ,
jusqu'à traverser à la nâge un Fleuve ra
pide pour arriver plutôt à Marseille.
Iter per Alumina quærunt ,
Nec dubitant ( via quæ sibi visa brevissima }
vastos ,
Amnis inexpertinando perrumpere fluctus ,
Et duplici fortes animas committere fato.
Ce grand exemple de courage et de
charité fut donné par deux PP. Capucins.
Le P. Vaniere n'oublie pas le grand
mobile de l'oeuvre de Dieu dans Marseille
, durant tout le temps que dura
cette affreuse calamité , c'est- à - dire M. l'Evêque
, dont le nom seul sera toujours un
grand Eloge.
Fecerat hos animos vitæ qui Præsul et auri ,
Prodigus , assiduis animas et corpora curis ,
Sustinuit , mortem visus calcare metumque ,
latrepida vadens per strata cadavera passu .
I. Fol.. Less
1
"
(
DECEMBRE 1731. 2825
Les justes louanges dues en cette occasion
à M les Officiers des Galeres ne
sont pas non- plus omises. Ils ne convien
dront cependant pas eux-mêmes de tout
ce que l'enthousiasme poëtique fait dire
à notre Auteur de ces combats de Mer ,
ausquels ils se sont , dit-il , auparavant
trouvez , &c. On sçait que les Galéres
n'en ont point donné depuis près 'd'un ·
siecle , faure d'occasion , mais cela ne fair
aucun tort à leur veritable gloire sur le
sujet dont il s'agit ici ..
Necisque Ministram ,
Inter bella manum vitæ admovere tuendæ ;
Afflatam neque peste magis timuere , cruentam -
Quam prius horruerant media inter prælia mor-
Iem ..
Nous passons bien des choses agréables
et utiles , par la raison que nous
avons dite , pour ne point omettre quelques
endroits qui méritent d'être particu
lierement remarquez ; par exemple , dans
le dixiéme Livre le Poëte s'exprime ainsi
sur les Larmes de la Vigne , utiles pour :
le soulagement des douleurs de la Pierre,
et your faire passer l'yvresse .
Si largius olim ,
Hausta nocent quæ vina dabit , præsaga futuri , )
I. Vol. Pro
2826 MERCURE DE FRANCE
Providet auxilium succo lacrymosa salubri ,
Vulnus opemque ferens uno de stipite vitis.
Dans le XII . la peinture et tout ce qu'il
dit du Paon , a quelque chose qui frappe
et qui doit contenter les Connoisseurs les
plus difficiles.
En pictas ut in orbem gemineus alas ,
Explicat ; et caudæ longo quasi syrmate verrens,
Atria , gallinas inter gallumque minorem ,
Atque humiles inter capos , anatumque cohortem
Fluctivagam , cunctis mirantibus , altior unus ,
Ingreditur , plumisque tumens , cristâque su
perbus ,
Regia fastosa jactat diademata frontis.
Et un peu plus bas sur l'usage des Plu
mes de ce superbe Oyseau.
Pictæ det gemmea caudæ ,
Ornamenta Ducum Galeis , det et aurea Flabra
Queis molles animant Zephiros æstate Puellæ,
L'empressement qu'ont les meres ambitieuses
des jeunes Paons , de les produire
avant qu'elles ayent suffisamment couvé
tous les oeufs , donne ici lieu au P. Vaniere
de les comparer , avec son énergie
ordinaire , aux Poëtes trop avides de gloi-
> qui ne prennent pas assez de peine
I. Vol. • pous
DECEMBRE. 1731. 4 2827
pour rendre leurs Ouvrages finis et parfaits
, avant que de les exposer au grand
jour.
Ce qu'il a ajoûté dans le même Livre
au sujet des Poules , est également d'un
excellent Poëte et d'un bon Physicien .
Quoique les Poules se levent et se couchent
ordinairement avec le Soleil , l'Auteur
les a vûës se retirer à Midi pendant
l'Eclipse du mois de May 1715.
et sortir incessamment après que le Soleil'
eut reparû .
Obstupuere breues tenebras , er solis oborti ,
Præcipitem , Gallo non compellante, recursum
Le XIII. Livre destiné à chanter les Colombes
, a reçû aussi des changemens et des
Additions heureuses de la main de l'habile
Auteur. Par exemple , sur l'attachement
qu'ont les Pigeons pour leur ancienne
demeure , il n'a pas oublié l'avantage que
les Romains en tirerent pendant le Siege
de la Ville de Modene. Ils avoient transporté
au Camp des Pigeons de la Ville ,
et ils avoient envoyé au Gouverneur de
la Place des Pigeons de la Campagne
qu'on lâchoit de part et d'autre , quand
il y avoit quelque chose d'important à
faire sçavoir.
I. Vol
-
Ob
2828 MERCURE DE FRANCE
Obsessis tellure viis , it nuncia Coelo ,
Sub pennis nexas ultro citroque tabellas ;
Telorum secura ferens.
Notre Poëté a sans doute ignoré , car
il en auroit dit un mot , que la mêmé
chose se pratique encore tous les jours
entre nos Marchands François d'Alep ;
et leurs Correspondans d'Alexandrete ,
lesquels par le moyen des Pigeons , se
donnent réciproquement avis de l'arrivée
des Vaisseaux d'Europe , de leurs charges
mens, du prix courant des Marchandises ,
du passage des Caravannes et de tout ce
qui peut interesser leur Commerce."
Nous finirons par une Digression heu
reuse et des mieux travaillées , sur les Chasses
du Roi , ajoutée au seiziéme Livre .
Ce noble exercice donne à la Jeunesse
des avantages,sur lesquels le Poëte préludè
d'abord en ces termes :
Nobilium labor ille virum est, bellique cruenti ,
Dulce rudimentum : Juvenes exercita cursu ,
Corpora venando durant ad frigus et æstum ,
Corda sibi generosa parant, animamque capacem3.
Mortis et expertem media inter tela pavoris :
Exercent et ad arma manus ; astuque ferarum ,
At nemorum insidiis et bellica furte docentur , 1
Is Vol. HostilesDECEMBRE.
1731. 2825
Hostilesque dolos ; domitorum strage Luporum ,
Nobile Martis opus discunt ; et ab hoste tuentur ,
Defensos Apris à vastatoribus agros.
Il n'y a que la Chasse , ajoûte- t'il , qui
puisse disposer la Jeunesse aux penibles
travaux de la guerre , et suppléer à l'utilité
des Carousels et des autres exercices
depuis long- temps abandonnez , les .
quels fortifioient le corps en délassant
Besprit.
Fluxit in hos juvenum nunc mollis inertia mores
Ut nisi venandi studium firmaverit artus
Torpeat enervi cum corpore bellicus ardor :
Deservere pilam, simulacraque ludricæ pugnæ ,
Et celeres in equo cursus , &c....
Vestitu indulgent muliebrite , oraque fuco
Dedecorant , speculumque magis quàm ferrea
tractant
Tela manu : dant vel choreis vel amoribus unum ,
Dulcibus aut epulis ludum ; resolutaque luxu
Corpora militiæ tradunt ; nisi forte Dianæ .
Quam Veneri servire , ferisque nivosa sequendis,
Per loca maluerint acri praludere bello.
Pour remedier à l'inaction , source des
desordres du temps,que le Poëte vient de
remarquer ; un grand Roy , continuë- t'il ,
L.. Vol. yeut
2830 MERCURE DE FRANCE
veut tacher par son exemple d'inspirer
l'amour de la Chasse à la Noblesse Françoise
et empêcher par ce laborieux exercice
qu'une longue Paix n'énerve enfin
son courage.
Exemplo mores et tempora Princeps
Emendare volens , ubi magna negotia Regni
Explicuit ; vacuas rerum venatibus horas
Dans Lodoix , bellum Gallos desuescere longâ ,
Pace vetat : juvenum ftoremper acerba Locorum
Indefessus agit vaga post vestigia cervi :
Et soles hyememque pati , Martisque labores
Ferre docet,presensque levat : duce Principe sudor
Erroresque placent ; neque jam palatia curant ,
Cum populi Lodoix amor inde recedit , et
Aulæ
Delicias secum montes transmutat in altos,
bons Livres , Robert , Libraire à Toulouze,
a réimprimé les Poësies du R. P. Vaniere
Jesuite , sur l'Agriculture , et le Ménage
des Champs. Cette Edition surpasse de
beaucoup les précedentes , non- seulement
à cause de l'augmentation de deux Livres,
P'une sur les Maladies des Arbres , l'autre
sur les Abeilles , mais parce que l'Auteur
a retouché beaucoup d'endroits , et qu'il
a répandu d'ailleurs dans tout l'Ouvrage
des Digressions , qui en rendent la lectu
re plus agréable par la beauté et par la
varieté des images.
Les bornes qui nous resserrent , nous
permettent à peine d'indiquer quelques-
I. Fol. unes
DECEMBRE 1731. 2823
unes de ces agréables Additions. Dans la
Digression sur la maniere dont il faut se
loger à la Campagne , l'Auteur , après
avoir preferé l'ancienne mode à la nou
velle , qui est d'éclairer extrémement les
Bâtimens , conclud que les François sont
si fort tyrannisez par les modes que in
morem sit venerit , aurum argentumque levi
placeat mutare papyro , &c . ce que l'Histoire
ne confirmera que trop un jour.
Dans le second Livre , rempli d'excellens
préceptes et d'images brillantes , on
trouve un trait réjouissant sur les Paniers
des Dames , qu'un Vilageois obligé de
faire un voyage à la Ville , voit pour
premiere fois. On ne peut guere mieux
exprimer le ridicule de cette mode que
par ce trait,
Obstupet in primis cum spectat in urbe puellas ,
Purpureis grandes intexere vestibus orbes ,
Qualibus ille solet sua cingere dolia vinclis :
Occupat una vias , laxosque Canephora vicos ,
Vixque suas intrat foribus bipatentibus ædes ;
Protensis latè tunicis , inflantur ut Austro ,
Carbusa , cum plenis sulcat ratis æquora velis.
la
Une Nôce de Village , morceau travaillé
avec soin finit agreablement ce
Livre.
*
1. Vol.
F vj
Le
2824 MERCURE DE FRANCE
Le troisiéme contient une Digression
bien differente , et non moins artistement
maniée ; elle est sur la Peste de Marseille ,
dont le Poëte fait le triomphe de notre Religion
, qui seule peut apprendre aux hommes
à exposer leur vie pour sauver celle de
leur Prochain. Les Ministres du Seigneur
accourent en foule pour ce pieux sujet ,
jusqu'à traverser à la nâge un Fleuve ra
pide pour arriver plutôt à Marseille.
Iter per Alumina quærunt ,
Nec dubitant ( via quæ sibi visa brevissima }
vastos ,
Amnis inexpertinando perrumpere fluctus ,
Et duplici fortes animas committere fato.
Ce grand exemple de courage et de
charité fut donné par deux PP. Capucins.
Le P. Vaniere n'oublie pas le grand
mobile de l'oeuvre de Dieu dans Marseille
, durant tout le temps que dura
cette affreuse calamité , c'est- à - dire M. l'Evêque
, dont le nom seul sera toujours un
grand Eloge.
Fecerat hos animos vitæ qui Præsul et auri ,
Prodigus , assiduis animas et corpora curis ,
Sustinuit , mortem visus calcare metumque ,
latrepida vadens per strata cadavera passu .
I. Fol.. Less
1
"
(
DECEMBRE 1731. 2825
Les justes louanges dues en cette occasion
à M les Officiers des Galeres ne
sont pas non- plus omises. Ils ne convien
dront cependant pas eux-mêmes de tout
ce que l'enthousiasme poëtique fait dire
à notre Auteur de ces combats de Mer ,
ausquels ils se sont , dit-il , auparavant
trouvez , &c. On sçait que les Galéres
n'en ont point donné depuis près 'd'un ·
siecle , faure d'occasion , mais cela ne fair
aucun tort à leur veritable gloire sur le
sujet dont il s'agit ici ..
Necisque Ministram ,
Inter bella manum vitæ admovere tuendæ ;
Afflatam neque peste magis timuere , cruentam -
Quam prius horruerant media inter prælia mor-
Iem ..
Nous passons bien des choses agréables
et utiles , par la raison que nous
avons dite , pour ne point omettre quelques
endroits qui méritent d'être particu
lierement remarquez ; par exemple , dans
le dixiéme Livre le Poëte s'exprime ainsi
sur les Larmes de la Vigne , utiles pour :
le soulagement des douleurs de la Pierre,
et your faire passer l'yvresse .
Si largius olim ,
Hausta nocent quæ vina dabit , præsaga futuri , )
I. Vol. Pro
2826 MERCURE DE FRANCE
Providet auxilium succo lacrymosa salubri ,
Vulnus opemque ferens uno de stipite vitis.
Dans le XII . la peinture et tout ce qu'il
dit du Paon , a quelque chose qui frappe
et qui doit contenter les Connoisseurs les
plus difficiles.
En pictas ut in orbem gemineus alas ,
Explicat ; et caudæ longo quasi syrmate verrens,
Atria , gallinas inter gallumque minorem ,
Atque humiles inter capos , anatumque cohortem
Fluctivagam , cunctis mirantibus , altior unus ,
Ingreditur , plumisque tumens , cristâque su
perbus ,
Regia fastosa jactat diademata frontis.
Et un peu plus bas sur l'usage des Plu
mes de ce superbe Oyseau.
Pictæ det gemmea caudæ ,
Ornamenta Ducum Galeis , det et aurea Flabra
Queis molles animant Zephiros æstate Puellæ,
L'empressement qu'ont les meres ambitieuses
des jeunes Paons , de les produire
avant qu'elles ayent suffisamment couvé
tous les oeufs , donne ici lieu au P. Vaniere
de les comparer , avec son énergie
ordinaire , aux Poëtes trop avides de gloi-
> qui ne prennent pas assez de peine
I. Vol. • pous
DECEMBRE. 1731. 4 2827
pour rendre leurs Ouvrages finis et parfaits
, avant que de les exposer au grand
jour.
Ce qu'il a ajoûté dans le même Livre
au sujet des Poules , est également d'un
excellent Poëte et d'un bon Physicien .
Quoique les Poules se levent et se couchent
ordinairement avec le Soleil , l'Auteur
les a vûës se retirer à Midi pendant
l'Eclipse du mois de May 1715.
et sortir incessamment après que le Soleil'
eut reparû .
Obstupuere breues tenebras , er solis oborti ,
Præcipitem , Gallo non compellante, recursum
Le XIII. Livre destiné à chanter les Colombes
, a reçû aussi des changemens et des
Additions heureuses de la main de l'habile
Auteur. Par exemple , sur l'attachement
qu'ont les Pigeons pour leur ancienne
demeure , il n'a pas oublié l'avantage que
les Romains en tirerent pendant le Siege
de la Ville de Modene. Ils avoient transporté
au Camp des Pigeons de la Ville ,
et ils avoient envoyé au Gouverneur de
la Place des Pigeons de la Campagne
qu'on lâchoit de part et d'autre , quand
il y avoit quelque chose d'important à
faire sçavoir.
I. Vol
-
Ob
2828 MERCURE DE FRANCE
Obsessis tellure viis , it nuncia Coelo ,
Sub pennis nexas ultro citroque tabellas ;
Telorum secura ferens.
Notre Poëté a sans doute ignoré , car
il en auroit dit un mot , que la mêmé
chose se pratique encore tous les jours
entre nos Marchands François d'Alep ;
et leurs Correspondans d'Alexandrete ,
lesquels par le moyen des Pigeons , se
donnent réciproquement avis de l'arrivée
des Vaisseaux d'Europe , de leurs charges
mens, du prix courant des Marchandises ,
du passage des Caravannes et de tout ce
qui peut interesser leur Commerce."
Nous finirons par une Digression heu
reuse et des mieux travaillées , sur les Chasses
du Roi , ajoutée au seiziéme Livre .
Ce noble exercice donne à la Jeunesse
des avantages,sur lesquels le Poëte préludè
d'abord en ces termes :
Nobilium labor ille virum est, bellique cruenti ,
Dulce rudimentum : Juvenes exercita cursu ,
Corpora venando durant ad frigus et æstum ,
Corda sibi generosa parant, animamque capacem3.
Mortis et expertem media inter tela pavoris :
Exercent et ad arma manus ; astuque ferarum ,
At nemorum insidiis et bellica furte docentur , 1
Is Vol. HostilesDECEMBRE.
1731. 2825
Hostilesque dolos ; domitorum strage Luporum ,
Nobile Martis opus discunt ; et ab hoste tuentur ,
Defensos Apris à vastatoribus agros.
Il n'y a que la Chasse , ajoûte- t'il , qui
puisse disposer la Jeunesse aux penibles
travaux de la guerre , et suppléer à l'utilité
des Carousels et des autres exercices
depuis long- temps abandonnez , les .
quels fortifioient le corps en délassant
Besprit.
Fluxit in hos juvenum nunc mollis inertia mores
Ut nisi venandi studium firmaverit artus
Torpeat enervi cum corpore bellicus ardor :
Deservere pilam, simulacraque ludricæ pugnæ ,
Et celeres in equo cursus , &c....
Vestitu indulgent muliebrite , oraque fuco
Dedecorant , speculumque magis quàm ferrea
tractant
Tela manu : dant vel choreis vel amoribus unum ,
Dulcibus aut epulis ludum ; resolutaque luxu
Corpora militiæ tradunt ; nisi forte Dianæ .
Quam Veneri servire , ferisque nivosa sequendis,
Per loca maluerint acri praludere bello.
Pour remedier à l'inaction , source des
desordres du temps,que le Poëte vient de
remarquer ; un grand Roy , continuë- t'il ,
L.. Vol. yeut
2830 MERCURE DE FRANCE
veut tacher par son exemple d'inspirer
l'amour de la Chasse à la Noblesse Françoise
et empêcher par ce laborieux exercice
qu'une longue Paix n'énerve enfin
son courage.
Exemplo mores et tempora Princeps
Emendare volens , ubi magna negotia Regni
Explicuit ; vacuas rerum venatibus horas
Dans Lodoix , bellum Gallos desuescere longâ ,
Pace vetat : juvenum ftoremper acerba Locorum
Indefessus agit vaga post vestigia cervi :
Et soles hyememque pati , Martisque labores
Ferre docet,presensque levat : duce Principe sudor
Erroresque placent ; neque jam palatia curant ,
Cum populi Lodoix amor inde recedit , et
Aulæ
Delicias secum montes transmutat in altos,
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Résumé : Poësies du P. Vaniere, Jesuite, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente une réimpression des 'Poësies' du Père Vaniere, jésuite, spécialisées dans l'agriculture et le ménage des champs. Cette édition, réalisée par Robert, libraire à Toulouse, est enrichie par l'ajout de deux nouveaux livres : l'un sur les maladies des arbres et l'autre sur les abeilles. De plus, l'auteur a apporté des retouches et des digressions qui enrichissent le contenu original. Parmi les digressions notables, l'auteur critique les nouvelles modes d'éclairage des bâtiments, comparant les changements fréquents des modes françaises aux changements de papyrus. Dans le second livre, une description humoristique des paniers des dames est mise en avant. Le troisième livre contient une digression sur la peste de Marseille, soulignant le courage et la charité des ministres du Seigneur, notamment deux pères capucins et l'évêque de Marseille. Le texte mentionne également des louanges pour les officiers des galères, bien que leur rôle dans les combats de mer soit discuté. D'autres digressions traitent des larmes de la vigne, utiles pour soulager les douleurs de la pierre, et des caractéristiques du paon. Le treizième livre, dédié aux colombes, inclut des anecdotes historiques sur l'utilisation des pigeons pour la communication. Enfin, une digression sur les chasses du roi est ajoutée au seizième livre. Cette digression souligne les avantages de cet exercice pour la jeunesse et son utilité pour préparer à la guerre. Le roi est présenté comme un modèle pour inspirer la noblesse française à pratiquer la chasse et à maintenir leur courage.
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433
p. 2831-2832
L'Esprit du Commerce, autre Almanach, [titre d'après la table]
Début :
Il paroît aussi un petit Almanach in 24. pour l'année 1732. intitulé, l'Esprit du [...]
Mots clefs :
Commerce, Fermiers généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Esprit du Commerce, autre Almanach, [titre d'après la table]
Il paroît aussi un petit Almanach in 24.
pour l'année 1732. intitulé , l'Esprit du
Commerce , rendu aussi curieux que necessaire
, troisiéme Edition , dans laquelle
l'on trouve les Fêtes des mois , ce qui s'est
passé de plus curieux dans l'année , les
noms et demeures de M" les Maîtres des
Requêtes , des Fermiers Generaux , la
Naissance de la Famille Royale , les Banquiers
, les Payeurs des Rentes , divers
Tarifs , ainsi que plusieurs choses néces-
1. Vol. saires
2832 MERCURE DE FRANCE
saires au Commerce. Par M. Roflin. A
Paris . rue Galande et au Palais , chez
Quillan et Gl. Girard.
pour l'année 1732. intitulé , l'Esprit du
Commerce , rendu aussi curieux que necessaire
, troisiéme Edition , dans laquelle
l'on trouve les Fêtes des mois , ce qui s'est
passé de plus curieux dans l'année , les
noms et demeures de M" les Maîtres des
Requêtes , des Fermiers Generaux , la
Naissance de la Famille Royale , les Banquiers
, les Payeurs des Rentes , divers
Tarifs , ainsi que plusieurs choses néces-
1. Vol. saires
2832 MERCURE DE FRANCE
saires au Commerce. Par M. Roflin. A
Paris . rue Galande et au Palais , chez
Quillan et Gl. Girard.
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Résumé : L'Esprit du Commerce, autre Almanach, [titre d'après la table]
En 1732, l'almanach 'L'Esprit du Commerce' a été publié. Il contient des informations sur les fêtes des mois, les événements marquants, les maîtres des requêtes, les fermiers généraux, la généalogie royale, les banquiers et les payeurs des rentes, ainsi que divers tarifs commerciaux. L'ouvrage est rédigé par M. Roflin et disponible à Paris, rue Galande et au Palais.
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434
p. 2844-2846
AVIS touchant l'Horlogerie.
Début :
Le Sieur de la Richardiere a inventé trois moyens très-utiles aux Horlogers. [...]
Mots clefs :
Horlogers, Cadrans, Pendule, Aiguille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS touchant l'Horlogerie.
AVIS touchant l'Horlogerie.
Le Sieur de la Richardiere a inventé
trois moyens très- utiles aux Horlogers.
Sçavoir , d'éviter de percer les Cadrans ,
qui le sont toûjours au moins en deux
endroits ; en sorte que par une Machine
fort simple de son invention , sans rouës,
pignons, corde ni chaine , il fait trouver
I'Arbre qui reçoit la Clef pour monter
la Pendulle , aussi éloigné du Cadran
qu'on le peut désirer , sans que le plus
comme le moins de détachement cause
plus d'ouvrage , ni change ce moyen en
aucune autre forme.
›
Ce premier moyen , outre qu'il évite
la difformité qui se trouve dans les Cadrans
percés , évite encore l'incommodité
d'attendre pour monter la Pendulle
,
, que les Eguilles qui se trouvent
souvent sur ces trous , soient passées audelà
; à moins de les ranger , en les avançant
ou réculant , ce qui cause un contretemps
également incommode et préjudiciable
à la régularité de la Pendulle , ou-
I. Vol. tre
DECEMBR E. 1731. 2845
les Eguilles au danger
tre que
d'être
cassées.
cela expose
Ce moyen est également utile pour les
Pendulles qui n'ont qu'un ressort pour
les deux mouvemens .
→
Le second moyen , qui est aussi sans
rouës , pignons , cordes ni chaines , est
de fixer la portée des grands ressors à
un point déterminé ensorte qu'on ne
pourra pas les outrer ni les porter à leur
plus haut degré , quelques efforts qu'on
fasse en les montant. Ainsi n'étant
jamais dans le plus ni dans le moins,
la Pendulle non- seulement en va plus.
juste , étant par cette nouvelle machine ,
montée toujours également ; mais encore
on n'est jamais dans le danger de
casser les ressorts ; et on est d'ailleurs
toujours assuré de monter la Pendulle
pour la longueur du temps pour laquelle
elle aura été faite.
Le troisiéme moyen est une répetition
dite tyrage de Pendulle à demy- quart , réduit
à une seule et simple rouë , divisée
en vingt , n'ayant qu'un seul pignon servant
au Rateau on supprime aussi la
fusée pour remedier à l'effort préjudiciable
qu'elle fait faire entre le Rateau
et son Pignon aux répetitions ordinaires.
La surprise est d'une invention simple et
I. Vol. G v d'une
2846 MERCURE DE FRANCE
d'une infaillibilité certaine à ne pouvoir
laisser jamais décompter prévenant le
tirage d'une intervale suffisant.
,
Les pieces qui composent ce tirage ,
se placent sans démonter la cage , et dans
un instant.
›
L'Auteur a fait aussi qu'avec l'Aiguille
des heures on transpose tout d'un coup
le Limaçon à l'heure desirée sans être
obligé , lorsqu'il s'en trouve éloigné , de
faire faire à l'Aiguille des minutes , plusieurs
fois le tour du Cadran.-
Il donnera encore la maniere d'une
Rouë en Rochet , avec son Ancre , d'une
façon extraordinaire où l'échapement
se fait égal.
"
Il demeure à Paris , rue de la vieille Bouelerie
, chez Mr. Gissey , Imprimeur , à
Arbre de Jessé.
Le Sieur de la Richardiere a inventé
trois moyens très- utiles aux Horlogers.
Sçavoir , d'éviter de percer les Cadrans ,
qui le sont toûjours au moins en deux
endroits ; en sorte que par une Machine
fort simple de son invention , sans rouës,
pignons, corde ni chaine , il fait trouver
I'Arbre qui reçoit la Clef pour monter
la Pendulle , aussi éloigné du Cadran
qu'on le peut désirer , sans que le plus
comme le moins de détachement cause
plus d'ouvrage , ni change ce moyen en
aucune autre forme.
›
Ce premier moyen , outre qu'il évite
la difformité qui se trouve dans les Cadrans
percés , évite encore l'incommodité
d'attendre pour monter la Pendulle
,
, que les Eguilles qui se trouvent
souvent sur ces trous , soient passées audelà
; à moins de les ranger , en les avançant
ou réculant , ce qui cause un contretemps
également incommode et préjudiciable
à la régularité de la Pendulle , ou-
I. Vol. tre
DECEMBR E. 1731. 2845
les Eguilles au danger
tre que
d'être
cassées.
cela expose
Ce moyen est également utile pour les
Pendulles qui n'ont qu'un ressort pour
les deux mouvemens .
→
Le second moyen , qui est aussi sans
rouës , pignons , cordes ni chaines , est
de fixer la portée des grands ressors à
un point déterminé ensorte qu'on ne
pourra pas les outrer ni les porter à leur
plus haut degré , quelques efforts qu'on
fasse en les montant. Ainsi n'étant
jamais dans le plus ni dans le moins,
la Pendulle non- seulement en va plus.
juste , étant par cette nouvelle machine ,
montée toujours également ; mais encore
on n'est jamais dans le danger de
casser les ressorts ; et on est d'ailleurs
toujours assuré de monter la Pendulle
pour la longueur du temps pour laquelle
elle aura été faite.
Le troisiéme moyen est une répetition
dite tyrage de Pendulle à demy- quart , réduit
à une seule et simple rouë , divisée
en vingt , n'ayant qu'un seul pignon servant
au Rateau on supprime aussi la
fusée pour remedier à l'effort préjudiciable
qu'elle fait faire entre le Rateau
et son Pignon aux répetitions ordinaires.
La surprise est d'une invention simple et
I. Vol. G v d'une
2846 MERCURE DE FRANCE
d'une infaillibilité certaine à ne pouvoir
laisser jamais décompter prévenant le
tirage d'une intervale suffisant.
,
Les pieces qui composent ce tirage ,
se placent sans démonter la cage , et dans
un instant.
›
L'Auteur a fait aussi qu'avec l'Aiguille
des heures on transpose tout d'un coup
le Limaçon à l'heure desirée sans être
obligé , lorsqu'il s'en trouve éloigné , de
faire faire à l'Aiguille des minutes , plusieurs
fois le tour du Cadran.-
Il donnera encore la maniere d'une
Rouë en Rochet , avec son Ancre , d'une
façon extraordinaire où l'échapement
se fait égal.
"
Il demeure à Paris , rue de la vieille Bouelerie
, chez Mr. Gissey , Imprimeur , à
Arbre de Jessé.
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Résumé : AVIS touchant l'Horlogerie.
Le document 'AVIS touchant l'Horlogerie' expose trois inventions du Sieur de la Richardiere visant à améliorer les mécanismes des horloges. La première invention permet de positionner l'arbre de la clé de remontage sans percer les cadrans, évitant ainsi les problèmes liés aux aiguilles bloquées. La deuxième invention fixe la portée des grands ressorts à un point déterminé, assurant une montée constante de la pendule. La troisième invention simplifie le mécanisme de répétition à demi-quart en utilisant une seule roue divisée en vingt parties, supprimant la fusée et réduisant les efforts préjudiciables. De plus, l'auteur propose une méthode pour transposer rapidement le limaçon à l'heure désirée sans tourner l'aiguille des minutes. Il mentionne également une invention concernant une roue en rochet avec son ancre, permettant un échappement égal. Le Sieur de la Richardiere réside à Paris, rue de la vieille Bouclerie, chez Monsieur Gissey, imprimeur, à l'Arbre de Jessé.
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435
p. 2848-2851
SUITE des Nouvelles du Bureau Typographique.
Début :
On écrit de Londres que le Bureau Typographique y a excité la curiosité des François [...]
Mots clefs :
Chirurgien, Inflammations, Actrice, Bureau typographique, Tropes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Nouvelles du Bureau Typographique.
SUITE des Nouvelles du Bureau Typographique.
N écrit de Londres que le Bureau Typographique
y a excité la curiosité des François
et des Anglois. On demande sur la construction
et l'usage de ce Bureau , les éclaircissemens nécessaires
, et tout ce qui a paru pour et contre
cette nouvelle maniere de montrer aux Enfans
les premiers élemens des Lettres.
Bien des Personnes à Paris trouvent la Machine
du Bureau trop longue pour être placée
dans un appartement ; mais on a déja fait voir
le peude place qu'elle occupe derriere trois Fauteuils
, sans déranger la Chambre de ceux qui
préferent l'arangement des Meubles à l'éducation
de leurs Enfans : d'ailleurs , en faisant faire de
plus petites cartes que celles dont on se sert ordinairement
, il sera facile d'avoir des Bureaux
plus courts et moins larges.
Trois Enfans du Bureau Typographique sont
heureusement guéris , deux de la petite Verole ,
et l'autre d'une maladie encore plus dangereuse :
si le Seigneur en avoit pris quelqu'un , les critiques
n'auroient pas manqué d'en mettre la mort
sur le compte de la nouvelle methode , ne résonmant
pas plus juste en cela que si l'on attribuoit
Jeur guérison au précedent Exercice Typographique
.
Pierre Wite , rue S. Jacques , à l'Ange Gardien
, vend une Brochure in 12. de 108. pages
intitulée , Réponse de M. Perquis , Maître de
Philosophie , d'Humanités et de Typographie
à la Lettre d'un Professeur anonime , de l'Uni
versité de Paris , inserée dans le Mercure d
4. Vol. Fevrie
DECEMBRE 1731. 2849
dit
Fevrier 1731. Ce Professeur anonime est ,
on , le nouvel Editeur de la Methode de M. Le
Fevre , Methode bien differente de celles des Colleges.
L'Auteur des Tropes , dans le 2d Vol. du
Mercure du mois de Juin , a justifié contre ce Professeur
anonime , l'Article des nouvelles Metho
des. La réponse de M. Perquis , quoique de vieille
datte , pourra cependant servir de réponse et de
réplique aux adversaires du Bureau , qui préferent
toujours les anciennes méthodes aux nouvelles.
L'on verra par cette Brochure , que le
Maître de Bureau Typographique ne soûtient
pas mal sa qualité de Maître de Philosophie ,
par la force et la justesse des raisonnemens dont
sa vive réponse est remplie ; cela paroît d'autant
plus surprenant dans un Humaniste , qu'il
y en a peu de sensibles à l'esprit philosophique ,
ou à l'art de raisonner.
Les curieux qui voudront faire faire des Bureaux
à leur Menuisier , et prendre eux -mêmes
la peine de les garnir , trouveront des Abécés
sur cuivre , ou des lettres à jour chez le Sr. Le
Comte , rue Jacob , à la porte de la Charité ,
et chez le Sr. Cadoret , aux Charniers des Sts.
Innocents , du côté de la rue au Fer , à l'Enseigne
du Bureau Typographique.
Les Personnes qui souhaitteront faire usage
des Classes du Bureau , en trouveront de toutes
garnies dans la maison atenant la porte du College
de Lisieux , du côté de S. Etienne des Grès.
On y trouvera aussi des grands et des petits
Abécés , imprimés sur des cartes , avec la feüille
élementaire en Placard pour la démonstration ,
la dénomination des Lettres la premiere silabisation
, &c.
>
Quoique les matieres de Chirurgie ne soient
I. Vol pas
2850 MERCURE DE FRANCE
pas entierement du ressort du Mercure › nous
pune
nous dispenserons pas , ( attendu l'utilité
blique , d'annoncer un Livre imprimé chez
Charles Osmont , rue S. Jacques , intitulé , Observations
de Chirurgie , par Henry Ledran
Chirurgien Juré à Paris , de la Societé des Arts
Ce qui nous engage à en parler , c'est qu'on
nous a montré un livre du même Auteur , intitulé
, Parallele des differentes manieres de parà
ler , qui se vend chez le même Imprimeur , et
que Mr. Duglas , fameux Docteur en Medecine
à Londres a traduit en Anglois sans y faire
aucun changement. Il a fait honneur à notre
Chirurgie , et le Public ne sera pas fâché d'apprendre
que les Etrangers ne dédaignent pas
d'adopter nos manieres de penser , et d'operer
dans un Art aussi nécessaire à la vie , qui a fait
tant de progrès chez nous , et qui se perfectionne
tous les jours,
Il paroît depuis peu une Estampe qui a un
très-grand débit , et qui mérite bien l'approbation
qu'elle a des Curieux. C'est une très - heureuse
production du Pinceau et duBurin deMrs.Charles
Coypel et N. Drevet , dont la réputation est
assez connuë par des morceaux de plus grande
conséquence ; mais on peut dire , qu'en son
genre , celui- cy doit passer pour leur chef- d'oeu
vre. C'est le Portrait de Mlle Le Couvreur
Actrice du Theatre François , celebre par ses talens
pour la déclamation , morte , generalement
regrettée, au mois de Mars 1730. On en trouvera
un Article assez étendu dans le Mercure de ce
mois-là. Elle est representée en Cornelie , tenant
P'Urne qui renferme les cendres de Pompée.
Cette Estampe se vend chez Mr. Francoeur
1. Vol. дыё
?
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
2
4
DECEMBRE 1731. 28 Fr
rue neuve des petits Champs , vis - à-vis la Com
pagnie des Indes , et chez Mr. Drevet , aux Galleries
du Louvre.
L'Utilité publique nous engage de publier l'Avis
qui suit :
Par Brevet de M. le premier Medecin du Roy
le Sr. Decourbiere fait distribuer une Poudre
composée de Simples , pour la guérison radicalle
des Hemorroïdes . Elle appaise les Enflammations,
gonflemens et douleurs en cinq ou six prises
Elle est facile à prendre , et ne cause aucune révolution
; elle se conserve , et on peut l'envoyer
par tout. Il faut s'adresser à Paris , au Sieur La
Coste , Chirurgien , rue du petit Lion , Fauxbourg
S. Germain , chez Madame Frontier . Ceux
qui auront besoin de ce Remede sont priez
d'envoyer des gens
fideles ; il est le seul qui le
distribuë , et il donne les prises cachetées , avec
la maniere de les prendre.
N écrit de Londres que le Bureau Typographique
y a excité la curiosité des François
et des Anglois. On demande sur la construction
et l'usage de ce Bureau , les éclaircissemens nécessaires
, et tout ce qui a paru pour et contre
cette nouvelle maniere de montrer aux Enfans
les premiers élemens des Lettres.
Bien des Personnes à Paris trouvent la Machine
du Bureau trop longue pour être placée
dans un appartement ; mais on a déja fait voir
le peude place qu'elle occupe derriere trois Fauteuils
, sans déranger la Chambre de ceux qui
préferent l'arangement des Meubles à l'éducation
de leurs Enfans : d'ailleurs , en faisant faire de
plus petites cartes que celles dont on se sert ordinairement
, il sera facile d'avoir des Bureaux
plus courts et moins larges.
Trois Enfans du Bureau Typographique sont
heureusement guéris , deux de la petite Verole ,
et l'autre d'une maladie encore plus dangereuse :
si le Seigneur en avoit pris quelqu'un , les critiques
n'auroient pas manqué d'en mettre la mort
sur le compte de la nouvelle methode , ne résonmant
pas plus juste en cela que si l'on attribuoit
Jeur guérison au précedent Exercice Typographique
.
Pierre Wite , rue S. Jacques , à l'Ange Gardien
, vend une Brochure in 12. de 108. pages
intitulée , Réponse de M. Perquis , Maître de
Philosophie , d'Humanités et de Typographie
à la Lettre d'un Professeur anonime , de l'Uni
versité de Paris , inserée dans le Mercure d
4. Vol. Fevrie
DECEMBRE 1731. 2849
dit
Fevrier 1731. Ce Professeur anonime est ,
on , le nouvel Editeur de la Methode de M. Le
Fevre , Methode bien differente de celles des Colleges.
L'Auteur des Tropes , dans le 2d Vol. du
Mercure du mois de Juin , a justifié contre ce Professeur
anonime , l'Article des nouvelles Metho
des. La réponse de M. Perquis , quoique de vieille
datte , pourra cependant servir de réponse et de
réplique aux adversaires du Bureau , qui préferent
toujours les anciennes méthodes aux nouvelles.
L'on verra par cette Brochure , que le
Maître de Bureau Typographique ne soûtient
pas mal sa qualité de Maître de Philosophie ,
par la force et la justesse des raisonnemens dont
sa vive réponse est remplie ; cela paroît d'autant
plus surprenant dans un Humaniste , qu'il
y en a peu de sensibles à l'esprit philosophique ,
ou à l'art de raisonner.
Les curieux qui voudront faire faire des Bureaux
à leur Menuisier , et prendre eux -mêmes
la peine de les garnir , trouveront des Abécés
sur cuivre , ou des lettres à jour chez le Sr. Le
Comte , rue Jacob , à la porte de la Charité ,
et chez le Sr. Cadoret , aux Charniers des Sts.
Innocents , du côté de la rue au Fer , à l'Enseigne
du Bureau Typographique.
Les Personnes qui souhaitteront faire usage
des Classes du Bureau , en trouveront de toutes
garnies dans la maison atenant la porte du College
de Lisieux , du côté de S. Etienne des Grès.
On y trouvera aussi des grands et des petits
Abécés , imprimés sur des cartes , avec la feüille
élementaire en Placard pour la démonstration ,
la dénomination des Lettres la premiere silabisation
, &c.
>
Quoique les matieres de Chirurgie ne soient
I. Vol pas
2850 MERCURE DE FRANCE
pas entierement du ressort du Mercure › nous
pune
nous dispenserons pas , ( attendu l'utilité
blique , d'annoncer un Livre imprimé chez
Charles Osmont , rue S. Jacques , intitulé , Observations
de Chirurgie , par Henry Ledran
Chirurgien Juré à Paris , de la Societé des Arts
Ce qui nous engage à en parler , c'est qu'on
nous a montré un livre du même Auteur , intitulé
, Parallele des differentes manieres de parà
ler , qui se vend chez le même Imprimeur , et
que Mr. Duglas , fameux Docteur en Medecine
à Londres a traduit en Anglois sans y faire
aucun changement. Il a fait honneur à notre
Chirurgie , et le Public ne sera pas fâché d'apprendre
que les Etrangers ne dédaignent pas
d'adopter nos manieres de penser , et d'operer
dans un Art aussi nécessaire à la vie , qui a fait
tant de progrès chez nous , et qui se perfectionne
tous les jours,
Il paroît depuis peu une Estampe qui a un
très-grand débit , et qui mérite bien l'approbation
qu'elle a des Curieux. C'est une très - heureuse
production du Pinceau et duBurin deMrs.Charles
Coypel et N. Drevet , dont la réputation est
assez connuë par des morceaux de plus grande
conséquence ; mais on peut dire , qu'en son
genre , celui- cy doit passer pour leur chef- d'oeu
vre. C'est le Portrait de Mlle Le Couvreur
Actrice du Theatre François , celebre par ses talens
pour la déclamation , morte , generalement
regrettée, au mois de Mars 1730. On en trouvera
un Article assez étendu dans le Mercure de ce
mois-là. Elle est representée en Cornelie , tenant
P'Urne qui renferme les cendres de Pompée.
Cette Estampe se vend chez Mr. Francoeur
1. Vol. дыё
?
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
2
4
DECEMBRE 1731. 28 Fr
rue neuve des petits Champs , vis - à-vis la Com
pagnie des Indes , et chez Mr. Drevet , aux Galleries
du Louvre.
L'Utilité publique nous engage de publier l'Avis
qui suit :
Par Brevet de M. le premier Medecin du Roy
le Sr. Decourbiere fait distribuer une Poudre
composée de Simples , pour la guérison radicalle
des Hemorroïdes . Elle appaise les Enflammations,
gonflemens et douleurs en cinq ou six prises
Elle est facile à prendre , et ne cause aucune révolution
; elle se conserve , et on peut l'envoyer
par tout. Il faut s'adresser à Paris , au Sieur La
Coste , Chirurgien , rue du petit Lion , Fauxbourg
S. Germain , chez Madame Frontier . Ceux
qui auront besoin de ce Remede sont priez
d'envoyer des gens
fideles ; il est le seul qui le
distribuë , et il donne les prises cachetées , avec
la maniere de les prendre.
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Résumé : SUITE des Nouvelles du Bureau Typographique.
Le texte décrit l'intérêt suscité par le Bureau Typographique à Londres, tant par les Français que par les Anglais, qui cherchent des informations sur sa construction et son usage pour l'éducation des enfants. À Paris, certains jugent la machine trop volumineuse pour les appartements, mais des solutions comme réduire la taille des cartes ou adapter l'aménagement sont envisagées. Le texte souligne également la guérison de trois enfants ayant utilisé le Bureau Typographique, réfutant ainsi toute critique sur une éventuelle mort liée à son utilisation. Pierre Wite vend une brochure intitulée 'Réponse de M. Perquis' contre un professeur anonyme de l'Université de Paris, qui critique la méthode de M. Lefèvre. Cette brochure défend les nouvelles méthodes pédagogiques contre les anciennes. Les intéressés peuvent se procurer des abécédaires et des lettres chez Le Comte et Cadoret, ou des classes complètes près du Collège de Lisieux. Le texte mentionne également divers sujets, tels qu'un livre de chirurgie de Henry Ledran, traduit en anglais par Mr. Duglas, et une estampe de Mme Le Couvreur réalisée par Charles Coypel et N. Drevet. Enfin, il est fait référence à une poudre pour soigner les hémorroïdes distribuée par le Sr. Decourbiere, disponible chez le Sr. La Coste et Madame Frontier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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436
p. 2957-2963
EXTRAIT d'un Mémoire lû à la rentrée de l'Académie Royale des Sciences, le 14 Novembre 1731. par M. Duhamel du Monceau,
Début :
Dans le dessein que M. D. s'est formé, de faire sur des Plantes des [...]
Mots clefs :
Arbres, Greffes, Poirier, Sauvageon, Expériences, Agriculture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Mémoire lû à la rentrée de l'Académie Royale des Sciences, le 14 Novembre 1731. par M. Duhamel du Monceau,
EXTRAIT d'un Mémoire lû à la rentrée
de l'Académie Royale des Sciences , le
14 Novembre 1731. par M. Duhamel
du Monceau ,
Dmé
و
Ans le dessein- que M. D. s'est forde
faire sur les Plantes des
recherches physiques dont on pût retirer
des avantages pour l'Agriculture , la
Greffe , ne pouvoit pas manquer de devenir
l'objet de son travail , la singularité
II. Vol.
qu'il
298 MERCURE DE FRANCE
gere ,
qu'il y a de voir un Arbre adopter sur
'son tronc une branche qui lui est étranet
la nourrir comme les siennes
propres , est un fait assès singulier "pour
mériter l'application d'un Physicien , et
le grand usage que l'on fait de cette pratique
d'Agriculture , pour multiplier les
bonnes especes de fruits , la rend extrêmement
utile , et par conséquent digne
de l'attention de celui qui travaille à perfectionner
l'Agriculture.
A peine aussi la Greffe a- t'elle été connuë
, que tous les Auteurs d'Agriculture
se sont efforcez de lui donner des louanges
, et ont été à ce point d'éxageration ,
qu'ils lui ont attribue le pouvoir de changer
entierement les especes , et d'autres
proprietés merveilleuses , dont M. D. ne
convient pas. Et pour ne laisser aucun
doute sur ce point , et prouver incontestablement
que , quoique la Greffe donne
quelque perfection aux fruits , elle ne
peut cependant changer les especes ; M.
D... s'est engagé dans un nombre prodigieux
d'esperances. Non - seulement tous
Les Arbres ont été greffés les uns sur les
autres comme le Poirier sur l'Epine , le
Neflier , l'Alisier , le Cormier , l'Orme ,
le Chêne , l'Erable le Charme , &c.
mais même ils l'ont été de differentes ma-
II. Vol. nieres
و
DECEMBRE . 1731. 2959.
nieres , en fente , en couronne , en écusson
, à oeil poussant , et à oeil dormant ,
ou par approche. Bien plus , ces expériences
ont été répetées trois ans de suite,.
afin qu'on ne pût imputer ni à l'impéritie
du Jardinier , ni à quelques fâcheuses
circonstances des saisons , le mauvais succès
de plusieurs de ces Greffes ; aussi après
toutes ces précautions , M. D ... croit- il
pouvoir assurer qu'entre les Greffes qui
sont rapportées dans les ouvrages d'Agriculture
, les unes ne peuvent absolument
réüssir , et celles qui réussissent ne changent
jamais les especes. Mais comme M.
D... ne s'est pas contenté , en faisant ses
expériences , de remarquer les Greffes qui
ont réussi , et celles qui ont péri , mais
qu'il a encore observé les circonstances
qui ont accompagné la réussite des unes ,
et la mort des autres. Par exemple , que
quelques Greffes périssoient d'une surabondance
de substance et comme noyées
par la sève du sujet , pendant que
d'autres mouroient d'inanition , et après
avoir désseché et appauvri le tronc sur
lequel elles étoient appliquées. Ces observations
, et quantité d'autres , lui ont
donné lieu d'avancer comme un principe
certain que la réussite des Greffes n'est
assurée et satisfaisante pour celui qui la
11. Vol.
pra
2960 MERCURE DE FRANCE
pratique , que quand il se trouve un cèrtain
rapport et une conformité entre la
Greffe et le sujet. Le Poirier , par exemple
,, pousse avec force et vigueur sur son
sauvageon , et est presque à tous égards
semblable aux Arbres non greffés. Quand
au contraire les oppositions sont grandes,
il est inutile d'y mettre ces expériences ,
le Prunier et l'Orme ont toûjours réfusé
de s'allier , et si le Poirier et l'Erable ou
le Chêne , le Prunier et l'Amandier , le
Meurier et l'Orme , et beaucoup d'autres
Arbres greffés les uns sur les autres ont
repris , leurs pousses étoient petites , leurs
feuilles étoient jaunes , d'autant moins vigoureuses
, que la disproportion étoit
plus considerable , ces Greffes ont enfin
perdu tous leurs Gets , et sont enfin péris
comme les autres .
-D...
Il s'embleroit suivre delà , continue M.
que notre travail sur la Greffe devroit
principalement se borner à étudier le
rapport des Arbres entr'eux , pour n'appliquer
les uns sur les autres , que ceux
qui ont entr'eux une Analogie la plus
parfaite , et cette pratique est veritablement
la meilleure , quand il ne s'agit que
d'avoir des Arbres forts , vigoureux et de
longue durée , comme sont ceux qu'on
met en avenue ; mais à l'égard des Arbres
II. Vol.
FruiDECEMBRE.
1731. 2961
por-
Fruitiers , le but principal de leur cul
ture étant d'avoir beaucoup de beau et
bon Fruit , M. D... croit qu'il peut être
avantageux pour remplir ces vûës d'éviter
une Analogie trop parfaite entre la
Greffe et le sujet or voici son raisonnément
; beaucoup d'Arbres ne portent
point de fruits , parce qu'ils poussent
avec trop de force et de vigueur , il faut
donc les affoiblir pour leur en faire
ter en abondance. Assurés par plusieurs
expériences, premierement , que la Greffe
affoiblit toûjours les Arbres , et en second
lieu , qu'elle les affoiblit à proportion ,
qu'il y a moins d'Analogie entre la Greffe
et le sujet , nous pouvons leur ôter cette
trop grande vigueur qui les rend infructueux
soit en faisant plusieurs Greffes
les unes sur les autres comme en greffant
sur un Sauvageon un Beuré et sur
le Beuré un Colmar ou une autre espece
qu'on veut avoir dans son Jardin
en choisissant des sujets qui ayent moins
d'Analagie avec le Poirier qu'il n'en a
avec son Sauvageon , comme sont les Coignassiers
, ou les Nefliers ou les Cormiers
, ou les Epines blanches , et plusieurs
autres Arbres sur lesquels le Poirier
ne laisse
pas de reprendre , quoique
leur Analogie avec le Poirier soit moins
11. Vol. G par
,
›
soit
2962 MERCURE DE FRANCE
parfaite que celle du Poirier franc avec
son Sauvageon ; mais cès Arbres ne viennent
pas également bien par tout , et il
y a quantité de Terroirs où les Poiriers
greffés sur des Coignassiers ne font que
languir , de même que dans plusieurs
endroits , il n'est pas possible d'élever des
Poiriers sur le Neflier ..ou sur l'Epine ;
c'est ce qui engage M. D... à proposer
un troisiéme moyen d'affoiblir les Arbres
et qui pourra être employé dans
ces sortes de Terres , aussi bien que celui
qu'il a proposé en premier lieu , il consiste
à rompre la trop grande Anologie ,
qui est entre le Poirier franc et son Sauvageon
, par l'interposition d'une espece
qui soit moins analogue à l'un et à l'autre,
comme seroit , par exemple un Coignassier
; ainsi , après avoir greffé un
Coignassier sur Sauvageon , il faudroit
greffer le Poirier franc sur la pousse du
Coignassier. Au reste , M. D... avouë
que les expériences qu'il a faites pour
s'assurer de la bonté de ce dernier moïen ,
ne sont pas assès avancées pour en assurer
entierement la réussite ; mais il la croit
assès probable pour inviter ceux qui ont
des Arbres qui ne donnent point de fruit,
à tenter de les réduire par quelques - uns
de ces moyens.
II. Vol.
›
M.
1
DECEMBRE 1731.
2963
M. D... remarque ensuite que par ces
differentes pratiques , on ne peut qu'àméliorer
les fruits d'autant que les unes
et les autres tendent ou à multiplier un
noeud , ou un certain entortillement de
Vaisseaux qui se rencontrent toûjours à
l'endroit de l'application de la Greffe , et
l'autre à le rendre plus compacte , plus
serré , et ainsi plus efficace ; car les recherches
que M. D... a faites sur la Greffe
, l'ont persuadé que l'avantage que les
fruits en retirent dépend principalement
de ce noeud , qui fait , en quelque maniere
, l'office d'une glande .
Enfin , M. D. , réfute quelques Auteurs
qui ont proposé de fortifier les Arbres
par des Greffes réïverées , et il conclud
sa Dissertation par une Table des
meilleures especes de Poires, rangées sous
trois colomnes , l'une renferme les especes
de Poires qui se mettent très aisément
à fruit , l'autre , celles qui se mettent assès
aisément et enfin la troisiéme contiennent
celles qui ne s'y mettent que
difficilement.
de l'Académie Royale des Sciences , le
14 Novembre 1731. par M. Duhamel
du Monceau ,
Dmé
و
Ans le dessein- que M. D. s'est forde
faire sur les Plantes des
recherches physiques dont on pût retirer
des avantages pour l'Agriculture , la
Greffe , ne pouvoit pas manquer de devenir
l'objet de son travail , la singularité
II. Vol.
qu'il
298 MERCURE DE FRANCE
gere ,
qu'il y a de voir un Arbre adopter sur
'son tronc une branche qui lui est étranet
la nourrir comme les siennes
propres , est un fait assès singulier "pour
mériter l'application d'un Physicien , et
le grand usage que l'on fait de cette pratique
d'Agriculture , pour multiplier les
bonnes especes de fruits , la rend extrêmement
utile , et par conséquent digne
de l'attention de celui qui travaille à perfectionner
l'Agriculture.
A peine aussi la Greffe a- t'elle été connuë
, que tous les Auteurs d'Agriculture
se sont efforcez de lui donner des louanges
, et ont été à ce point d'éxageration ,
qu'ils lui ont attribue le pouvoir de changer
entierement les especes , et d'autres
proprietés merveilleuses , dont M. D. ne
convient pas. Et pour ne laisser aucun
doute sur ce point , et prouver incontestablement
que , quoique la Greffe donne
quelque perfection aux fruits , elle ne
peut cependant changer les especes ; M.
D... s'est engagé dans un nombre prodigieux
d'esperances. Non - seulement tous
Les Arbres ont été greffés les uns sur les
autres comme le Poirier sur l'Epine , le
Neflier , l'Alisier , le Cormier , l'Orme ,
le Chêne , l'Erable le Charme , &c.
mais même ils l'ont été de differentes ma-
II. Vol. nieres
و
DECEMBRE . 1731. 2959.
nieres , en fente , en couronne , en écusson
, à oeil poussant , et à oeil dormant ,
ou par approche. Bien plus , ces expériences
ont été répetées trois ans de suite,.
afin qu'on ne pût imputer ni à l'impéritie
du Jardinier , ni à quelques fâcheuses
circonstances des saisons , le mauvais succès
de plusieurs de ces Greffes ; aussi après
toutes ces précautions , M. D ... croit- il
pouvoir assurer qu'entre les Greffes qui
sont rapportées dans les ouvrages d'Agriculture
, les unes ne peuvent absolument
réüssir , et celles qui réussissent ne changent
jamais les especes. Mais comme M.
D... ne s'est pas contenté , en faisant ses
expériences , de remarquer les Greffes qui
ont réussi , et celles qui ont péri , mais
qu'il a encore observé les circonstances
qui ont accompagné la réussite des unes ,
et la mort des autres. Par exemple , que
quelques Greffes périssoient d'une surabondance
de substance et comme noyées
par la sève du sujet , pendant que
d'autres mouroient d'inanition , et après
avoir désseché et appauvri le tronc sur
lequel elles étoient appliquées. Ces observations
, et quantité d'autres , lui ont
donné lieu d'avancer comme un principe
certain que la réussite des Greffes n'est
assurée et satisfaisante pour celui qui la
11. Vol.
pra
2960 MERCURE DE FRANCE
pratique , que quand il se trouve un cèrtain
rapport et une conformité entre la
Greffe et le sujet. Le Poirier , par exemple
,, pousse avec force et vigueur sur son
sauvageon , et est presque à tous égards
semblable aux Arbres non greffés. Quand
au contraire les oppositions sont grandes,
il est inutile d'y mettre ces expériences ,
le Prunier et l'Orme ont toûjours réfusé
de s'allier , et si le Poirier et l'Erable ou
le Chêne , le Prunier et l'Amandier , le
Meurier et l'Orme , et beaucoup d'autres
Arbres greffés les uns sur les autres ont
repris , leurs pousses étoient petites , leurs
feuilles étoient jaunes , d'autant moins vigoureuses
, que la disproportion étoit
plus considerable , ces Greffes ont enfin
perdu tous leurs Gets , et sont enfin péris
comme les autres .
-D...
Il s'embleroit suivre delà , continue M.
que notre travail sur la Greffe devroit
principalement se borner à étudier le
rapport des Arbres entr'eux , pour n'appliquer
les uns sur les autres , que ceux
qui ont entr'eux une Analogie la plus
parfaite , et cette pratique est veritablement
la meilleure , quand il ne s'agit que
d'avoir des Arbres forts , vigoureux et de
longue durée , comme sont ceux qu'on
met en avenue ; mais à l'égard des Arbres
II. Vol.
FruiDECEMBRE.
1731. 2961
por-
Fruitiers , le but principal de leur cul
ture étant d'avoir beaucoup de beau et
bon Fruit , M. D... croit qu'il peut être
avantageux pour remplir ces vûës d'éviter
une Analogie trop parfaite entre la
Greffe et le sujet or voici son raisonnément
; beaucoup d'Arbres ne portent
point de fruits , parce qu'ils poussent
avec trop de force et de vigueur , il faut
donc les affoiblir pour leur en faire
ter en abondance. Assurés par plusieurs
expériences, premierement , que la Greffe
affoiblit toûjours les Arbres , et en second
lieu , qu'elle les affoiblit à proportion ,
qu'il y a moins d'Analogie entre la Greffe
et le sujet , nous pouvons leur ôter cette
trop grande vigueur qui les rend infructueux
soit en faisant plusieurs Greffes
les unes sur les autres comme en greffant
sur un Sauvageon un Beuré et sur
le Beuré un Colmar ou une autre espece
qu'on veut avoir dans son Jardin
en choisissant des sujets qui ayent moins
d'Analagie avec le Poirier qu'il n'en a
avec son Sauvageon , comme sont les Coignassiers
, ou les Nefliers ou les Cormiers
, ou les Epines blanches , et plusieurs
autres Arbres sur lesquels le Poirier
ne laisse
pas de reprendre , quoique
leur Analogie avec le Poirier soit moins
11. Vol. G par
,
›
soit
2962 MERCURE DE FRANCE
parfaite que celle du Poirier franc avec
son Sauvageon ; mais cès Arbres ne viennent
pas également bien par tout , et il
y a quantité de Terroirs où les Poiriers
greffés sur des Coignassiers ne font que
languir , de même que dans plusieurs
endroits , il n'est pas possible d'élever des
Poiriers sur le Neflier ..ou sur l'Epine ;
c'est ce qui engage M. D... à proposer
un troisiéme moyen d'affoiblir les Arbres
et qui pourra être employé dans
ces sortes de Terres , aussi bien que celui
qu'il a proposé en premier lieu , il consiste
à rompre la trop grande Anologie ,
qui est entre le Poirier franc et son Sauvageon
, par l'interposition d'une espece
qui soit moins analogue à l'un et à l'autre,
comme seroit , par exemple un Coignassier
; ainsi , après avoir greffé un
Coignassier sur Sauvageon , il faudroit
greffer le Poirier franc sur la pousse du
Coignassier. Au reste , M. D... avouë
que les expériences qu'il a faites pour
s'assurer de la bonté de ce dernier moïen ,
ne sont pas assès avancées pour en assurer
entierement la réussite ; mais il la croit
assès probable pour inviter ceux qui ont
des Arbres qui ne donnent point de fruit,
à tenter de les réduire par quelques - uns
de ces moyens.
II. Vol.
›
M.
1
DECEMBRE 1731.
2963
M. D... remarque ensuite que par ces
differentes pratiques , on ne peut qu'àméliorer
les fruits d'autant que les unes
et les autres tendent ou à multiplier un
noeud , ou un certain entortillement de
Vaisseaux qui se rencontrent toûjours à
l'endroit de l'application de la Greffe , et
l'autre à le rendre plus compacte , plus
serré , et ainsi plus efficace ; car les recherches
que M. D... a faites sur la Greffe
, l'ont persuadé que l'avantage que les
fruits en retirent dépend principalement
de ce noeud , qui fait , en quelque maniere
, l'office d'une glande .
Enfin , M. D. , réfute quelques Auteurs
qui ont proposé de fortifier les Arbres
par des Greffes réïverées , et il conclud
sa Dissertation par une Table des
meilleures especes de Poires, rangées sous
trois colomnes , l'une renferme les especes
de Poires qui se mettent très aisément
à fruit , l'autre , celles qui se mettent assès
aisément et enfin la troisiéme contiennent
celles qui ne s'y mettent que
difficilement.
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Résumé : EXTRAIT d'un Mémoire lû à la rentrée de l'Académie Royale des Sciences, le 14 Novembre 1731. par M. Duhamel du Monceau,
En novembre 1731, M. Duhamel du Monceau soumet un mémoire à l'Académie Royale des Sciences sur les recherches physiques des plantes, visant à améliorer l'agriculture. Il se concentre particulièrement sur la greffe, une technique permettant de multiplier les bonnes espèces de fruits. La greffe consiste à attacher une branche étrangère sur le tronc d'un arbre, qui la nourrit comme ses propres branches. Cette pratique est reconnue par de nombreux auteurs d'agriculture, bien que certains lui attribuent des propriétés merveilleuses que M. Duhamel conteste. M. Duhamel a réalisé de nombreuses expériences en greffant divers arbres les uns sur les autres, utilisant différentes techniques. Il conclut que certaines greffes ne peuvent réussir et que celles qui réussissent ne changent jamais les espèces. La réussite des greffes dépend d'un certain rapport et d'une conformité entre la greffe et le sujet. Par exemple, le poirier pousse bien sur son sauvageon, tandis que des combinaisons comme le prunier et l'orme échouent. Pour les arbres fruitiers, M. Duhamel suggère d'éviter une analogie trop parfaite entre la greffe et le sujet afin d'affaiblir la vigueur excessive des arbres et favoriser la production de fruits. Il propose plusieurs méthodes pour y parvenir, comme greffer plusieurs espèces les unes sur les autres ou interposer une espèce moins analogue. Il note également que certaines pratiques améliorent les fruits en multipliant ou en compactant un nœud vasculaire à l'endroit de la greffe. Enfin, M. Duhamel réfute les auteurs proposant de fortifier les arbres par des greffes réitérées et conclut son mémoire par une table des meilleures espèces de poires, classées selon leur facilité à produire des fruits.
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437
p. 136-137
« On nous écrit de Châlons, en Champagne, du 23 Janvier, que le Sr Farochon, Marchand [...] »
Début :
On nous écrit de Châlons, en Champagne, du 23 Janvier, que le Sr Farochon, Marchand [...]
Mots clefs :
Marchand apothicaire, Marchand faïencier, Agriculture
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texteReconnaissance textuelle : « On nous écrit de Châlons, en Champagne, du 23 Janvier, que le Sr Farochon, Marchand [...] »
n nous écrit de Châlons , en Champagne
du 23 Janvier , que le Sr Farochon , Marchand
Apoticaire , a fait en public dans l'Hôtel de Ville , la composition de la Thériaque en presence
de l'Evêque de Châlons , Pair de France , de l'Inendant de la Province , des Lieutenans de Roy ,
Gouverneurs , et de tout le Corps de Ville , accompagné de la principale Bourgeoisie. Le Sieur
Farochon , après avoir été présenté à l'Assem–
blée par M. Lasson , Docteur- Regent en Medecine , prononça un Discours qui fut fort applaudi , sur le Sujet en question. Il fit ensuite l'Analise de toutes les Drogues étalées pour cette composition , en fit connoître les vertus et les proprietez &c. Et enfin il proceda à la composition
même , laquelle fut continuée le lendemain , et a duré près de deux jours. On ajoûte que les personnes qui se sont déja servies de cette nouvelle
Theriaque , s'en sont très- bien trouvées.
On apprend d'Irlande , qu'il s'est formé depuis peu à Dublin , une Societé composée d'un
grand nombre de Gentilshommes , pour perfectionner l'Agriculture , les Arts Mécaniques , et les Manufactures de ce Royaume : le Viceroy en
est le Président , le Primat du Royaume , et le Vice- Président.
Les Sieurs Cholets , Marchands Fayanciers ,
ruë S. Honoré , vis - à- vis la rue de l'Echelle ,
l'Enseigne de la Levrette , qui sont les seuls à
Paris qui vendent des Thermometres construits
sur les Principes de Mr. de Reaumur , de l'Aca- démie Royale des Sciences , donnent avis qu'ils
en ont actuellement de moins grands que ne l'éroient les premiers , et tels que les ont désirés сецк
JANVIER 1722. 137
seux qui n'ont pas de pl
du 23 Janvier , que le Sr Farochon , Marchand
Apoticaire , a fait en public dans l'Hôtel de Ville , la composition de la Thériaque en presence
de l'Evêque de Châlons , Pair de France , de l'Inendant de la Province , des Lieutenans de Roy ,
Gouverneurs , et de tout le Corps de Ville , accompagné de la principale Bourgeoisie. Le Sieur
Farochon , après avoir été présenté à l'Assem–
blée par M. Lasson , Docteur- Regent en Medecine , prononça un Discours qui fut fort applaudi , sur le Sujet en question. Il fit ensuite l'Analise de toutes les Drogues étalées pour cette composition , en fit connoître les vertus et les proprietez &c. Et enfin il proceda à la composition
même , laquelle fut continuée le lendemain , et a duré près de deux jours. On ajoûte que les personnes qui se sont déja servies de cette nouvelle
Theriaque , s'en sont très- bien trouvées.
On apprend d'Irlande , qu'il s'est formé depuis peu à Dublin , une Societé composée d'un
grand nombre de Gentilshommes , pour perfectionner l'Agriculture , les Arts Mécaniques , et les Manufactures de ce Royaume : le Viceroy en
est le Président , le Primat du Royaume , et le Vice- Président.
Les Sieurs Cholets , Marchands Fayanciers ,
ruë S. Honoré , vis - à- vis la rue de l'Echelle ,
l'Enseigne de la Levrette , qui sont les seuls à
Paris qui vendent des Thermometres construits
sur les Principes de Mr. de Reaumur , de l'Aca- démie Royale des Sciences , donnent avis qu'ils
en ont actuellement de moins grands que ne l'éroient les premiers , et tels que les ont désirés сецк
JANVIER 1722. 137
seux qui n'ont pas de pl
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Résumé : « On nous écrit de Châlons, en Champagne, du 23 Janvier, que le Sr Farochon, Marchand [...] »
Le 23 janvier à Châlons, en Champagne, le sieur Farochon, apothicaire, a présenté publiquement la composition de la thériaque à l'Hôtel de Ville. Cette démonstration, réalisée en présence de l'évêque de Châlons, de l'intendant de la province, des lieutenants du roi, des gouverneurs, du corps de ville et de la principale bourgeoisie, a été introduite par M. Lasson, docteur-régent en médecine. Farochon a analysé les drogues utilisées, expliqué leurs vertus et propriétés, puis procédé à la composition de la thériaque sur une durée de près de deux jours. Les utilisateurs de cette nouvelle thériaque en ont été satisfaits. En Irlande, une société de gentilshommes s'est formée à Dublin pour améliorer l'agriculture, les arts mécaniques et les manufactures du royaume. Le vice-roi en est le président et le primat du royaume, le vice-président. À Paris, les sieurs Cholets, marchands faïenciers rue Saint-Honoré, sont les seuls à vendre des thermomètres construits selon les principes de M. de Reaumur, de l'Académie Royale des Sciences. Ils proposent des modèles de plus petite taille, répondant ainsi aux demandes de leurs clients.
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438
p. 260-264
MEMOIRE lû à l'Academie des Sciences, le 24 Novembre 1731. par M. du Quet.
Début :
Train de Carrosse inversable, par conséquent moins dangereux, et pour [...]
Mots clefs :
Carrosse, Voitures, Chevaux, Train, Roues, Académie des sciences
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE lû à l'Academie des Sciences, le 24 Novembre 1731. par M. du Quet.
MEMOIRE là l'Academie des
Sciences , le 24 Novembre 1731. par
M. du Quet.
>
Rain de Carrosse inversable , par
conséquent moins dangereux , et
pour être porté aussi doucement que dans
un Batteau , beaucoup plus en seureté
sur lequel on pourra lire et écrire , sans
être interrompu par le bruit , que les
Roues causent en roulant sur le pavé,
quoiqu'on aille aussi vîte que sur les Carosses ordinaires.
-Les
FEVRIER. 1732. 267
Les Roues qui servent actuellement
quoique tres- utiles , ont pourtant des défauts tres-considérables lorsqu'elles roulent sur le pavé, ou à cause de son inégalité , elles sont obligées de rouler toujours en sautillant , outre que ce sautillement continuel oblige de faire le Train
et le Corps du Carosse plus fort pour y
résister; il faut encore suspendre le Corps,
y ajouter une quantité de fers qui rend
tout cet assemblage tres- pesant et ébranle le pavé ; les Essieux d'un autre côté ,
qui sont sujets à casser par cet ébranlement continuel , ajoutent encore un
poids de plusieurs quintaux , qui se fait
sentir tres - rudement , lorsque les Carrosses montent sur un plan incliné , plus
ou moins , selon l'inclinaison du plan.
,
Ce ne sont pas là les seuls deffauts des
Rouës , leur propre pesanteur lorsqu'elles
montent est un surcroît de difficulté
pour les Chevaux , parce qu'ils portent
la moitié de tout le fardeau , lorsqu'ils
montent sur un plan , dont la ligne est
entre la perpendiculaire et l'horisontale ;
d'ailleurs les Roues étant faites de bois ,
sont sujettes à la pourriture , et il arrive
souvent que les rayes des Roues étant parvenues à un certain dégré de pourriture
imprévoyable,elles se brisent et tout tombe
262 MERCURE DE FRANCE
be, en grand danger de faire périr ceux
qui sont dans le Carosse; ces accidens n'arrivent que trop souvent.
Les Hollandois , considerant le fracas
que ces Roues causent par la destruction
des plans où elles passent en y faisant de
profondes ornieres , considerant aussi la
dépense qu'elles obligent de faire , et la
peine des Chevaux , lorsqu'ils sont obligez de monter les plans inclinez , en ont
secoué le joug , en appliquant le corps
du Carosse sur des Traineaux , de même
que nous voyons icy trainer les Balots
de Marchandises, ce qui doit être de tresmauvaise grace à l'œil.
La figure du Train que j'ai l'honneur”
de presenter , éleve le corps du Carosse
à la même hauteur que ceux dont on se
sert actuellement , et l'on y peut donner
tel ornement qu'on voudra , en faisant
travailler les ouvriers qui auront dugoût
pour cela. Il faut remarquer que le corps
du Carosse et le Train , ne faisant ensemble qu'un seul et mêmecorps, les Chevaux qui le traîneront n'auront pas plus
de peine qu'aux Carosses ordinaires sur le
pavé de niveau , et ils en auront moins
en montant qu'avec les autres , à cause de
la legereté de ces nouvelles voitures et de
pesanteur des Carosses ordinaires , qui la
avec
FEVRIER. 1732. 263
avec leur Train , pesent au moins le triple , et que les frotemens ne sont que
par rapport à la pesanteur ou à la pres
sion.
Le plan incliné , sur lequel j'ai appliqué une portion de représentation de pa
vé , peut faire aisément connoître la différence qu'il y a entre rouler et traîner
puisque l'on voit qu'un même poids fait
monter ce modele plus facilement , en le
traînant sur ce plan incliné , qu'en le
faisant monter avec les rouës.
Les Cochers qui sont assis sur les petites Rouës , qui sautillent davantage que
les grandes , gouverneront ces voitures
beaucoup plus à leur aise. Les Laquais seront aussi portez plus doucement ; ainsi
on peut conclure que les Maîtres et leurs
Domestiques seront plus en seureté sur
ces nouvelles voitures , que sur celles de
l'ordinaire , et avec plus de commodité.
Le Roy , les Proprietaires des Maisons
et le public ont interêr que ces nouvelles
voitures soient en usage dans Paris , dont
le pavé humecté toute l'année , convient
parfaitement à ce tirage.
L'interêt du Roy s'y trouve , par rap
port au roulage,qui ébranle le pavé, qu'il
ne faudroit pas renouveller aussi souvent,
les Proprietaires des Maisons , à cause que
cet
264 MERCURE DE FRANCE
cet ébranlement peut endommager les fon--
demens de leurs Bâtimens ; le public, par
rapport au bruit du roulage et du danger
qu'il y a lorsqu'un Carosse verse pour
ceux qui passent à côté , soit qu'un des
Essieux manque , soit une des Rouës.
On peut encore ajouter à l'avantage de
ces nouvelles voitures , que lorsque les
Chevaux prennent le mors aux dents ,
ceux qui seront dans ces voitures , pourront sortir hors du Carosse , sans courir
le même danger du funeste accident qui
est arrivé à Madame la Présidente de la
Chaise , et à bien d'autres personnes de
distinction qui ont péri , faute de l'usade ces nouvelles voitures.
ge
On doit encore représenter que lorsque
les Chevaux prennent le mors aux dents ,
le Carosse allant à leur gré , et sans pouvoir être gouverné par le Cocher , il est
exposé à se heurter contre la premiere
borne , qui cause un choc , qui fait quitter la Cheville ouvriere , alors le Cocher
est en danger de perdre la vie , sans parler du fracas qui arrive au corps du Carosse et au Train , et du danger que les
personnes de pied courent d'être surprises à la rencontre d'un pareil accident.
O
Sciences , le 24 Novembre 1731. par
M. du Quet.
>
Rain de Carrosse inversable , par
conséquent moins dangereux , et
pour être porté aussi doucement que dans
un Batteau , beaucoup plus en seureté
sur lequel on pourra lire et écrire , sans
être interrompu par le bruit , que les
Roues causent en roulant sur le pavé,
quoiqu'on aille aussi vîte que sur les Carosses ordinaires.
-Les
FEVRIER. 1732. 267
Les Roues qui servent actuellement
quoique tres- utiles , ont pourtant des défauts tres-considérables lorsqu'elles roulent sur le pavé, ou à cause de son inégalité , elles sont obligées de rouler toujours en sautillant , outre que ce sautillement continuel oblige de faire le Train
et le Corps du Carosse plus fort pour y
résister; il faut encore suspendre le Corps,
y ajouter une quantité de fers qui rend
tout cet assemblage tres- pesant et ébranle le pavé ; les Essieux d'un autre côté ,
qui sont sujets à casser par cet ébranlement continuel , ajoutent encore un
poids de plusieurs quintaux , qui se fait
sentir tres - rudement , lorsque les Carrosses montent sur un plan incliné , plus
ou moins , selon l'inclinaison du plan.
,
Ce ne sont pas là les seuls deffauts des
Rouës , leur propre pesanteur lorsqu'elles
montent est un surcroît de difficulté
pour les Chevaux , parce qu'ils portent
la moitié de tout le fardeau , lorsqu'ils
montent sur un plan , dont la ligne est
entre la perpendiculaire et l'horisontale ;
d'ailleurs les Roues étant faites de bois ,
sont sujettes à la pourriture , et il arrive
souvent que les rayes des Roues étant parvenues à un certain dégré de pourriture
imprévoyable,elles se brisent et tout tombe
262 MERCURE DE FRANCE
be, en grand danger de faire périr ceux
qui sont dans le Carosse; ces accidens n'arrivent que trop souvent.
Les Hollandois , considerant le fracas
que ces Roues causent par la destruction
des plans où elles passent en y faisant de
profondes ornieres , considerant aussi la
dépense qu'elles obligent de faire , et la
peine des Chevaux , lorsqu'ils sont obligez de monter les plans inclinez , en ont
secoué le joug , en appliquant le corps
du Carosse sur des Traineaux , de même
que nous voyons icy trainer les Balots
de Marchandises, ce qui doit être de tresmauvaise grace à l'œil.
La figure du Train que j'ai l'honneur”
de presenter , éleve le corps du Carosse
à la même hauteur que ceux dont on se
sert actuellement , et l'on y peut donner
tel ornement qu'on voudra , en faisant
travailler les ouvriers qui auront dugoût
pour cela. Il faut remarquer que le corps
du Carosse et le Train , ne faisant ensemble qu'un seul et mêmecorps, les Chevaux qui le traîneront n'auront pas plus
de peine qu'aux Carosses ordinaires sur le
pavé de niveau , et ils en auront moins
en montant qu'avec les autres , à cause de
la legereté de ces nouvelles voitures et de
pesanteur des Carosses ordinaires , qui la
avec
FEVRIER. 1732. 263
avec leur Train , pesent au moins le triple , et que les frotemens ne sont que
par rapport à la pesanteur ou à la pres
sion.
Le plan incliné , sur lequel j'ai appliqué une portion de représentation de pa
vé , peut faire aisément connoître la différence qu'il y a entre rouler et traîner
puisque l'on voit qu'un même poids fait
monter ce modele plus facilement , en le
traînant sur ce plan incliné , qu'en le
faisant monter avec les rouës.
Les Cochers qui sont assis sur les petites Rouës , qui sautillent davantage que
les grandes , gouverneront ces voitures
beaucoup plus à leur aise. Les Laquais seront aussi portez plus doucement ; ainsi
on peut conclure que les Maîtres et leurs
Domestiques seront plus en seureté sur
ces nouvelles voitures , que sur celles de
l'ordinaire , et avec plus de commodité.
Le Roy , les Proprietaires des Maisons
et le public ont interêr que ces nouvelles
voitures soient en usage dans Paris , dont
le pavé humecté toute l'année , convient
parfaitement à ce tirage.
L'interêt du Roy s'y trouve , par rap
port au roulage,qui ébranle le pavé, qu'il
ne faudroit pas renouveller aussi souvent,
les Proprietaires des Maisons , à cause que
cet
264 MERCURE DE FRANCE
cet ébranlement peut endommager les fon--
demens de leurs Bâtimens ; le public, par
rapport au bruit du roulage et du danger
qu'il y a lorsqu'un Carosse verse pour
ceux qui passent à côté , soit qu'un des
Essieux manque , soit une des Rouës.
On peut encore ajouter à l'avantage de
ces nouvelles voitures , que lorsque les
Chevaux prennent le mors aux dents ,
ceux qui seront dans ces voitures , pourront sortir hors du Carosse , sans courir
le même danger du funeste accident qui
est arrivé à Madame la Présidente de la
Chaise , et à bien d'autres personnes de
distinction qui ont péri , faute de l'usade ces nouvelles voitures.
ge
On doit encore représenter que lorsque
les Chevaux prennent le mors aux dents ,
le Carosse allant à leur gré , et sans pouvoir être gouverné par le Cocher , il est
exposé à se heurter contre la premiere
borne , qui cause un choc , qui fait quitter la Cheville ouvriere , alors le Cocher
est en danger de perdre la vie , sans parler du fracas qui arrive au corps du Carosse et au Train , et du danger que les
personnes de pied courent d'être surprises à la rencontre d'un pareil accident.
O
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Résumé : MEMOIRE lû à l'Academie des Sciences, le 24 Novembre 1731. par M. du Quet.
Le 24 novembre 1731, M. du Quet présente à l'Académie des Sciences un mémoire proposant un nouveau type de carrosse inversable, conçu pour être plus sûr et plus confortable que les modèles traditionnels. Les roues des carrosses actuels présentent plusieurs inconvénients : elles provoquent des secousses sur les pavés inégaux, nécessitent des structures lourdes et des suspensions, et sont sujettes à la casse et à la pourriture. Les Hollandais ont déjà adopté des traîneaux pour pallier ces problèmes. Le nouveau modèle de carrosse proposé par M. du Quet élève le corps du véhicule à la même hauteur que les carrosses actuels, mais il est plus léger et plus facile à traîner, notamment sur les plans inclinés. Ce modèle offre un trajet plus doux et plus sûr pour les cochers et les laquais. Le roi, les propriétaires de maisons et le public ont intérêt à adopter ces nouvelles voitures, car elles réduisent l'ébranlement du pavé, le bruit et les dangers liés aux accidents de carrosse. En cas de fuite des chevaux, les occupants pourront sortir en sécurité, évitant ainsi des accidents mortels comme celui survenu à Madame la Présidente de la Chaise. Le document met également en lumière les dangers pour les piétons en cas de choc du carrosse contre une borne.
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439
p. 314-315
ENIGME.
Début :
Fille d'un animal belant [...]
Mots clefs :
Chandelle
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
' Ille d'un animal belant
Je suis d'une figure ronde ,
Je n'ai ni pieds, ni mains , et, quoique sans talent,
Je suis utile à tout le monde;
Par une injuste loi du sort
A mon Pere je suis funeste
Je n'existe que par sa mort ;
J'en suis le déplorable resteg Sans
FEVRIER 1732 315 :
Sans -Lettres , sans étude, avec plus d'un Docteur
Je veille quelquefois du soir jusqu'à l'Aurore ;
Mais je perds toute ma splendeur ,
Quand je vois le grand jour éclore ;
Devine qui je suis , benevole Lecteur.
' Ille d'un animal belant
Je suis d'une figure ronde ,
Je n'ai ni pieds, ni mains , et, quoique sans talent,
Je suis utile à tout le monde;
Par une injuste loi du sort
A mon Pere je suis funeste
Je n'existe que par sa mort ;
J'en suis le déplorable resteg Sans
FEVRIER 1732 315 :
Sans -Lettres , sans étude, avec plus d'un Docteur
Je veille quelquefois du soir jusqu'à l'Aurore ;
Mais je perds toute ma splendeur ,
Quand je vois le grand jour éclore ;
Devine qui je suis , benevole Lecteur.
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440
p. 506-508
TROISIEME LOGOGRYPHE.
Début :
Sept membres font mon tout, je regne dans les Cieux, [...]
Mots clefs :
Balance
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texteReconnaissance textuelle : TROISIEME LOGOGRYPHE.
TROISIEME LOGOGRYPHE.
Ept membres.font mon tout , je regne dans Septeles Cieux ,
Et suis chez les Humains pour rendre la justice ,
1, 2. et 3. enfans d'un aimable caprice
Cupidon
MARS. 1732 507 Cupidon , Thalia , président à mes Jeux ,
1. et. 2. retranchés , je mis la France en deüil,
Faisant passer son Roi des plaisirs au Cercueil.
2. 3. 1. 4 et 5. joins- y 7. et la gloire ,
Que m'acquit mon pinceau , fait vivre ma me
moire ,
6. et 4. 1. et- 2. 3. et 7. quellequefois ,
Le bon gout est forcé de souscrire à mes loix.
1. 4. 2. et 3. plein d'un audace extrême ,
M'érigeant des Autels , je bravai Dieu lui- même,
2. 1. 7. 3. plaignez mon malheureux destin ,
Je succombe accablé par un frere inhumain ,
6. 2. 1. 4. et 5. 7. enfin , la dorure ,
N'étale point chez moison éclat imposteur
Tout y respire , la Nature ,
La simplicité , la candeur.
6. 2. 1. 3. et 7. en Mer je suis atile ,
6. 2. §. 4. et 3. mille Fleuves divers ,
Procurant aux Humains un commerce facile ,
Par des chemins nouveaux viennent joindre le
Mers
6. 4. 5. et 2. Jesus , par complaisance ,
Chez moi montra l'effort de sa toute puissance ,
Quelle foule de mots vient encor m'appliquer ;
Mais sans combinaison je vais les indiquer ;-
L'armure d'un Oyseau , une Plaine liquide
Un écueil dangereux , un ingrat , un perfide ,
Un temps, une peine , un Poisson ,
E Le
508 MERCURE DE FRANCE
Le Beaupere d'un Patriarche ,
Un Pont flottant , parconsequent sans Arche,
Unlieu sombre qui sert quelquefois de prison."
Ept membres.font mon tout , je regne dans Septeles Cieux ,
Et suis chez les Humains pour rendre la justice ,
1, 2. et 3. enfans d'un aimable caprice
Cupidon
MARS. 1732 507 Cupidon , Thalia , président à mes Jeux ,
1. et. 2. retranchés , je mis la France en deüil,
Faisant passer son Roi des plaisirs au Cercueil.
2. 3. 1. 4 et 5. joins- y 7. et la gloire ,
Que m'acquit mon pinceau , fait vivre ma me
moire ,
6. et 4. 1. et- 2. 3. et 7. quellequefois ,
Le bon gout est forcé de souscrire à mes loix.
1. 4. 2. et 3. plein d'un audace extrême ,
M'érigeant des Autels , je bravai Dieu lui- même,
2. 1. 7. 3. plaignez mon malheureux destin ,
Je succombe accablé par un frere inhumain ,
6. 2. 1. 4. et 5. 7. enfin , la dorure ,
N'étale point chez moison éclat imposteur
Tout y respire , la Nature ,
La simplicité , la candeur.
6. 2. 1. 3. et 7. en Mer je suis atile ,
6. 2. §. 4. et 3. mille Fleuves divers ,
Procurant aux Humains un commerce facile ,
Par des chemins nouveaux viennent joindre le
Mers
6. 4. 5. et 2. Jesus , par complaisance ,
Chez moi montra l'effort de sa toute puissance ,
Quelle foule de mots vient encor m'appliquer ;
Mais sans combinaison je vais les indiquer ;-
L'armure d'un Oyseau , une Plaine liquide
Un écueil dangereux , un ingrat , un perfide ,
Un temps, une peine , un Poisson ,
E Le
508 MERCURE DE FRANCE
Le Beaupere d'un Patriarche ,
Un Pont flottant , parconsequent sans Arche,
Unlieu sombre qui sert quelquefois de prison."
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441
p. 661-671
EXPLICATION Physico-Mathematique du Principe des Machines. Par L.P.C.J.
Début :
Deux Corps égaux ou inégaux, suspendus aux deux extrémitez d'un [...]
Mots clefs :
Corps, Mouvement, Force, Sensible, Mécanismes, Principe des Machines, Géomètres, Physiciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION Physico-Mathematique du Principe des Machines. Par L.P.C.J.
EXPLICATIONPhysico-Mathematique
du Principe des Machines. Par L.P.C.J.
Dpendus aux deux extrémitez d'un
Eux Corps égaux ou inégaux , susLevier , ou d'un Bâton ou d'une Barre de
fer , lequel Levier de fer ou de bois ap
puyé
-662 MERCURE DE FRANCE
puyé sur un Pivot aigu , fixe et inébranlable , qui partage sa longueur en raison
réciproque des deux poids ; ces deux Corps
sont en équilibre et restent en repos ; aucun des deux ne pouvant descendre
parce qu'aucun ne peut prévaloir à lautre , à cause de l'égalité absolue de leurs
forces relatives. Voilà le fait et tout l'état de la question présente.
Or cette égalité de forces relatives ,
fondée sur la réciprocité des Corps et de
leur distance du point fixe , Descartes et
les Cartesiens , l'établissent sur ce que ,
que?
si ces Corps venoient à se remuer , leurs
mouvemens seroient égaux , les espaces.
parcourus ou les vitesses compensant les
masses , parce que la disposition de la
Machine détermine à un mouvement circulaire, d'autant plus grand que le Rayon
est plus long
C'est là une raison mathématique, tout
à- fait géometrique et abstraite , et mềme de la plus basse espece , et de celles
qui convainquant l'esprit sans l'éclairer ,
sans même le persuader , s'appell nt des
Réductions à l'absurde. Car si vous alliez
prétendre que ces Corps. devroient se remuer , on calculeroit leur mouvement
et leur force , et les trouvant absolument
égaux, on concluroit qu'une force égale
à
AVRIL 1732. 603
2 donc prévalu à une force égale ; ce qui
est absurde.
Les Géometres peuvent donc s'en contenter comme d'une démonstration qui¨
constate le fait ; mais les Physiciens venlent et demandent depuis long-temps une
raison qui l'explique. Il est bien question en
effet de la force qu'auroient ces Corps s'ils
venoient à se remuer. Ils ne se remuënt
pas et sont pourtant en équilibre ; il s'agit
de la force qu'ils ont actuellement et à
tous les instans pour s'y maintenir.
Descartes n'avoit garde d'aller plus loin.
Il étoit naturel d'expliquer cet équilibre
par l'effort actuel que font à chaque instant ces deux Corps pour descendre et se
surmonter. Mais ce celebre Philosophe ne
connoissoit point d'effort au mouvement
qui fut un mouvement actuel ; lui pourtant, qui par tout ailleurs , expliquoit tout
parle mouvement. Il est vrai qu'ici même
il recouroitau mouvement, mais à un mou--
vement possible et sensible , comme si les
mouvemens primitifs de la Nature , et
tout ce qui s'appelle forces méchaniques
et efforts , ne consistoient pas essentiellement dans des mouvemens secrets et
très-insensibles.
Les yeux ne vont pas là ; mais la rai
son , ou du moins le raisonnement y va
et
664 MERCURE DE FRANCE
et nous apprend que tout Corps pesant
étant toujours pesant , soit qu'il tombe
soit qu'il soit arrêté , soit qu'il soit forcé
même de monter , tend toûjours et fait
toûjours effort pour tomber , et a par
consequent toûjours un mouvement secret qui le sollicite à la chute , un mouvement naissant et sans cesse renaissant
àcoups redoublez , qui ne demande qu'à
se développer et à se changer en un mouvement continu , et par là sensible vers
le centre.
J'ai démontré ce mouvement secret des
Corps pesans dans mon Traité de Physique, imprimé à Paris , chez Cailleau. Et
il m'a parû que cette Démonstration avoit
passé sans contradiction ; et que tous
ceux , au moins dont j'ai eu occasion de
connoître les sentimens , l'avoient adop
tée. Il est temps de porter cela un peu
plus loin.
On la confond trop , ce me semble ,
pesanteur avec la chute ; et l'idée des Aneiens qui croyoient les Elemens quittes.
er exempts de pesanteur dans ce qu'ils
appelloient leurs Spheres propres ; l'Eau ,
par exemple , dans la Mer , l'Air dans
l'Atmosphere ; cette idée ne me paroît
que trop regner encore dans les esprits.
Je dois donc remarquer que la pesanteur
AVRIL. 1732. 665
teur est la cause , et que la chute n'est
qu'un effet ; qu'un Corps tombe parce
qu'il est pesant; mais que lors même qu'il ne tombe pas , il est toûjours pesant , et
que dans aucun instant il ne cesse de l'ê
tre. C'est-là ce qu'il faut bien sentir.
En quelque temps que vous tâchiez à
soulever un Corps pesant , vous le trouvez pesant , il vous résiste de toute sa
force, et il vous faut toute la vôtre pour
en venir à bout. Portez- le quelque temps
entre vos bras ou sur vos épaules , peuà peu il vous devient tout à fait insupportable et vous force à lâcher prise. Si
vous le suspendez à un fil , à une corde,
dès le moment que vous tranchez le fil,
il tombe , il n'attend pas vos ordres pour
cela , il tire , il tiraille le fil ou la corde ,
et après en avoir surmonté peu à peu le
tissu et rompu en détail tous les fila
mens , il la rompt tout- à- fait et tombe lourdement.
S'il est posé sur la terre, avec le temps
il l'enfonce et s'y enterre ; et si tout d'un
coup vous sappez sous lui cette terre qui
le porte, tout du même coup il tombe
plus bas , et toûjours aussi bas qu'il le
peut. Si vous coupez cette terre en plan
incliné, de quelque côté que vous fassiez
la pente, il y roule et gagne l'endroit
le plus bas.
666 MERCURE DE FRANCE
L'Eau même la plus immobile et la
plus croupissante , va couler tout de suite
si vous lui ouvrez une rigole en pente
à côté de son Båssin. Toutes les Rivieres
coulent et la Mer même a des Courans
et des Goufres soûterrains qui l'appel
lent d'abîme en abîme vers le centre
de la terre. Il est vrai que les abîmes n'étant pas infinis , l'eau ne tombe toûjours
que parce qu'elle remonte aussi toûjours
par d'autres conduits soûterrains dans
les Sources d'où elle recommence à con
ler vers le centre. Mais c'est qu'il y a
dans le corps de la Terre , comme dans
nos corps,un Principe de circulation qui,
sans ôter à l'eau la pesanteur , l'entretient/
dans une perpetuelle mobilité. Tout cela
est établi dans le Traité déja cité.
L'Air même , qu'on ne s'y trompe pas,
ne demande qu'à couler et à tomber : à
mesure qu'on creuse dans la terre , il y
entre et remplit les plus petites excavations. Dès que l'eau ou tout autre corps
quitte une place, l'Air la prend aussi- tôt.
Nous sentons nous-mêmes assez le
poids des Corps toûjours subsistant , toû
jours agissant. Nos jambes se lassent de
nous porter. Notre col , nos épaules pliroient sous notre tête , si elle n'avoit ses
momens de repos. Et puis il faut bien- tôt
οὐ κ
1
AVRIL. -1732. 1 667
ou tard , que l'affaissement de nos membres devenant general , nous rentrions
dans la poussiere , d'où un soufle de vie
qui s'exhale , nous avoit fait sortir. Tout
le monde sçait tout cela , je le crois.
Tous les Corps font donc un effort et
ont une tendance continuelle vers le centre. Cette tendance étoit la qualité occulte de nos Anciens. Ils la concevoient
comme un appétit et presque comme une
volonté naturelle de se réunir à leur centre. Descartes a fort bien remarqué que
la matiere pure n'avoit point de ces
sortes d'appétits et de volontez. Mais cette
tendance et cet effort étant pourtant- quelque chose de réel et de toûjours subsistant , il auroit dû , en supprimant une
mauvaise façon de les expliquer , y sub2
stituer un mouvement secret et insensible , qui est la seule façon dont un Corps
peut tendre et faire effort. M. de Leibnis
y reconnoissoit uneforce morte.
Mais il n'y a point ici de mort , et l'effort que les Corps font pour regagner
leur centre , est toûjours , sinon vivant ,
du moins très- vif et très- animé , et mê
me très- sensible , au moins dans ses effats.
: J'ai expliqué cet effort méchanique
dans l'Ouvrage en question , et j'ai fair voir
68 MERCURE DE FRANCE
voir qu'il consistoit dans un mouvement
non continu , parce qu'il est empêché ;
mais continuel et sans cesse redoublé
de vibration , de battement , d'oscillation
qui est le vrai mouvement primigénie de
la pesanteur , et l'unique cause tout- àfait primitive de la chute des Corps qui ont la liberté de tomber.
Pour rendre même ce Principe plus
sensible , j'ai fait voir que c'étoit le Principe general de la Nature , l'agent primitif de tous les Méchanismes , et que.
tout se faisoit dans l'Univers par l'impression d'un mouvement secret de vibration , tous les Corps étant buttez les
uns contre les autres, et faisant des efforts
et des contr'efforts continuels , d'où résultoit l'équilibre general.
Descartes se bornoit trop à son Principe de simple impulsion , qui étoit pourtant un beau Principe ou un demi Principe. Car point d'impulsion sans Répulsion. A bien prendre même les choses ,
l'impulsion n'est qu'un Principe secondaire et un effet sensible , un Phénomene
de la Répulsion.
Cui , tout ce que j'appelle cause Physique , cffort méchanique , action naturelle , est dû à la répulsion , au repoussement , et consiste formellement dans.
8
un
AVRIL: 17320 669
peu
un mouvement de vibration, vif, prompt,
étendu et sans cesse redoublé.
Nous pouvons sans sortir de nous-mêmes , nous en appercevoir avec un peu
d'attention. Nous ne sçaurions rien pousser , non pas même notre corps , notre
bras , notre jambe en avant , si nous ne
repoussons en même-temps en arriere
quelque chose de fixe et d'immobile qui
nous repousse en avant.
Par exemple , en marchant , nous repoussons le terrain , et il faut que ce terrain soutienne le repoussement et nous
le rende pour que nous avancions. Un
sable mouvant qui nous cede en partie ,
une terre labourée nous épuisent bientôt. Un pavé glissant qui ne nous oppose aucune inégalité pour soutenir l'effort de nos pieds , nous laisse tomber.
Nous ne sçaurions marcher sur l'eau.
Je ne me lasse point d'inculquer ce
Principe , sans lequel je ne connois point
de vraye Physique. Un Oiseau qui vole
ne vole en avant qu'en repoussant l'Air
avec ses aîles en arriere. Celui qui nâge
repousse l'eau avec ses bras , la Rame re.
pousse aussi l'eau ou le terrain. Et le vent
qui fait voguer un Vaisseau , quoiqu'il
semble n'avoir qu'un simple mouvement
d'impulsion directe , doit dans son origine
670 MERCURE DE FRANCE
-
rigine , avoir un Principe de répulsion ,
un point d'appui fixe qui l'empêche de
rétrograder. Et c'est par là que je crois
être en état de démontrer que tous les
vents prennent leur origine dans l'interieur même de la Terre et dans la réaction même du centre , qui est comme un
ressort toûjours bandé qui se débande du
côté où il trouve le moins de résistance.
Cela soit dit en passant.
Voyez deux hommes d'égale force buttez l'un contre l'autre , et qui font effort.
pour se culbuter. On les voit , après s'ê→
tre roidis par les jambes contre le terrain , "
agitez de vibrations assez sensibles , se
pousser et se repousser , avancer et reculer , ceder et reprendre le dessus avec
une alternative , qui seule maintient l'équilibre.
Voilà l'état précis de deux Corps plaecz en équilibre aux deux extrémitez
d'un Levier , partagé par le point fixe
mitoyen , en raison réciproque de leurs
pesanteurs. Toûjours pesant , toûjours faiSant effort pour se surmonter ou pour
rompre le Levier qui les arrête , ils sont
agitez d'un mouvement actuel de batrement ou de vibration qui fait leur force
actuelle et leur équilibre actuel.
Car cette force est égale de part et
d'autre
AVRIL 1732 678
d'autre, parce que le mouvement est égal.
Or, il est égal , parce qu'il est proportionné à la longueur des Leviers , tout
comme le mouvement sensible auquel
les Cartésiens ont recours et auquel il est,
je pense , démontré désormais qu'on n'a
nul besoin de recourir.
Tous les équilibres de l'Univers se font
par là , et il n'y a nul autre Principe Physique de tous les Méchanismes , soit naturels , soit artificiels. Toute puissance
appliquée à un Levier ou à toute autre
Machine , agit par les efforts qu'elle fait
à chaque instant , et tout effort agit par
secousses et par vibrations. Qu'on se rende tant soit peu attentif à l'effet de ses
propres mains et de ses bras , lorsqu'on
en fait , on y sentira , on y verra ces secousses et une espece de tremoussement ,
d'ébranlement vif et redoublé. J'avertirai même, en finissant, que lorsqu'on voudra se donner dans ce cas un peu plus
de force , on n'a qu'à donner à son bras,
à ses pieds , à son corps un pareil tremblement encore plus sensible et plus
prompt , cela aide tout- à- fait , et c'est la
Nature même qui nous indique ce secret,
qui est son secret.
du Principe des Machines. Par L.P.C.J.
Dpendus aux deux extrémitez d'un
Eux Corps égaux ou inégaux , susLevier , ou d'un Bâton ou d'une Barre de
fer , lequel Levier de fer ou de bois ap
puyé
-662 MERCURE DE FRANCE
puyé sur un Pivot aigu , fixe et inébranlable , qui partage sa longueur en raison
réciproque des deux poids ; ces deux Corps
sont en équilibre et restent en repos ; aucun des deux ne pouvant descendre
parce qu'aucun ne peut prévaloir à lautre , à cause de l'égalité absolue de leurs
forces relatives. Voilà le fait et tout l'état de la question présente.
Or cette égalité de forces relatives ,
fondée sur la réciprocité des Corps et de
leur distance du point fixe , Descartes et
les Cartesiens , l'établissent sur ce que ,
que?
si ces Corps venoient à se remuer , leurs
mouvemens seroient égaux , les espaces.
parcourus ou les vitesses compensant les
masses , parce que la disposition de la
Machine détermine à un mouvement circulaire, d'autant plus grand que le Rayon
est plus long
C'est là une raison mathématique, tout
à- fait géometrique et abstraite , et mềme de la plus basse espece , et de celles
qui convainquant l'esprit sans l'éclairer ,
sans même le persuader , s'appell nt des
Réductions à l'absurde. Car si vous alliez
prétendre que ces Corps. devroient se remuer , on calculeroit leur mouvement
et leur force , et les trouvant absolument
égaux, on concluroit qu'une force égale
à
AVRIL 1732. 603
2 donc prévalu à une force égale ; ce qui
est absurde.
Les Géometres peuvent donc s'en contenter comme d'une démonstration qui¨
constate le fait ; mais les Physiciens venlent et demandent depuis long-temps une
raison qui l'explique. Il est bien question en
effet de la force qu'auroient ces Corps s'ils
venoient à se remuer. Ils ne se remuënt
pas et sont pourtant en équilibre ; il s'agit
de la force qu'ils ont actuellement et à
tous les instans pour s'y maintenir.
Descartes n'avoit garde d'aller plus loin.
Il étoit naturel d'expliquer cet équilibre
par l'effort actuel que font à chaque instant ces deux Corps pour descendre et se
surmonter. Mais ce celebre Philosophe ne
connoissoit point d'effort au mouvement
qui fut un mouvement actuel ; lui pourtant, qui par tout ailleurs , expliquoit tout
parle mouvement. Il est vrai qu'ici même
il recouroitau mouvement, mais à un mou--
vement possible et sensible , comme si les
mouvemens primitifs de la Nature , et
tout ce qui s'appelle forces méchaniques
et efforts , ne consistoient pas essentiellement dans des mouvemens secrets et
très-insensibles.
Les yeux ne vont pas là ; mais la rai
son , ou du moins le raisonnement y va
et
664 MERCURE DE FRANCE
et nous apprend que tout Corps pesant
étant toujours pesant , soit qu'il tombe
soit qu'il soit arrêté , soit qu'il soit forcé
même de monter , tend toûjours et fait
toûjours effort pour tomber , et a par
consequent toûjours un mouvement secret qui le sollicite à la chute , un mouvement naissant et sans cesse renaissant
àcoups redoublez , qui ne demande qu'à
se développer et à se changer en un mouvement continu , et par là sensible vers
le centre.
J'ai démontré ce mouvement secret des
Corps pesans dans mon Traité de Physique, imprimé à Paris , chez Cailleau. Et
il m'a parû que cette Démonstration avoit
passé sans contradiction ; et que tous
ceux , au moins dont j'ai eu occasion de
connoître les sentimens , l'avoient adop
tée. Il est temps de porter cela un peu
plus loin.
On la confond trop , ce me semble ,
pesanteur avec la chute ; et l'idée des Aneiens qui croyoient les Elemens quittes.
er exempts de pesanteur dans ce qu'ils
appelloient leurs Spheres propres ; l'Eau ,
par exemple , dans la Mer , l'Air dans
l'Atmosphere ; cette idée ne me paroît
que trop regner encore dans les esprits.
Je dois donc remarquer que la pesanteur
AVRIL. 1732. 665
teur est la cause , et que la chute n'est
qu'un effet ; qu'un Corps tombe parce
qu'il est pesant; mais que lors même qu'il ne tombe pas , il est toûjours pesant , et
que dans aucun instant il ne cesse de l'ê
tre. C'est-là ce qu'il faut bien sentir.
En quelque temps que vous tâchiez à
soulever un Corps pesant , vous le trouvez pesant , il vous résiste de toute sa
force, et il vous faut toute la vôtre pour
en venir à bout. Portez- le quelque temps
entre vos bras ou sur vos épaules , peuà peu il vous devient tout à fait insupportable et vous force à lâcher prise. Si
vous le suspendez à un fil , à une corde,
dès le moment que vous tranchez le fil,
il tombe , il n'attend pas vos ordres pour
cela , il tire , il tiraille le fil ou la corde ,
et après en avoir surmonté peu à peu le
tissu et rompu en détail tous les fila
mens , il la rompt tout- à- fait et tombe lourdement.
S'il est posé sur la terre, avec le temps
il l'enfonce et s'y enterre ; et si tout d'un
coup vous sappez sous lui cette terre qui
le porte, tout du même coup il tombe
plus bas , et toûjours aussi bas qu'il le
peut. Si vous coupez cette terre en plan
incliné, de quelque côté que vous fassiez
la pente, il y roule et gagne l'endroit
le plus bas.
666 MERCURE DE FRANCE
L'Eau même la plus immobile et la
plus croupissante , va couler tout de suite
si vous lui ouvrez une rigole en pente
à côté de son Båssin. Toutes les Rivieres
coulent et la Mer même a des Courans
et des Goufres soûterrains qui l'appel
lent d'abîme en abîme vers le centre
de la terre. Il est vrai que les abîmes n'étant pas infinis , l'eau ne tombe toûjours
que parce qu'elle remonte aussi toûjours
par d'autres conduits soûterrains dans
les Sources d'où elle recommence à con
ler vers le centre. Mais c'est qu'il y a
dans le corps de la Terre , comme dans
nos corps,un Principe de circulation qui,
sans ôter à l'eau la pesanteur , l'entretient/
dans une perpetuelle mobilité. Tout cela
est établi dans le Traité déja cité.
L'Air même , qu'on ne s'y trompe pas,
ne demande qu'à couler et à tomber : à
mesure qu'on creuse dans la terre , il y
entre et remplit les plus petites excavations. Dès que l'eau ou tout autre corps
quitte une place, l'Air la prend aussi- tôt.
Nous sentons nous-mêmes assez le
poids des Corps toûjours subsistant , toû
jours agissant. Nos jambes se lassent de
nous porter. Notre col , nos épaules pliroient sous notre tête , si elle n'avoit ses
momens de repos. Et puis il faut bien- tôt
οὐ κ
1
AVRIL. -1732. 1 667
ou tard , que l'affaissement de nos membres devenant general , nous rentrions
dans la poussiere , d'où un soufle de vie
qui s'exhale , nous avoit fait sortir. Tout
le monde sçait tout cela , je le crois.
Tous les Corps font donc un effort et
ont une tendance continuelle vers le centre. Cette tendance étoit la qualité occulte de nos Anciens. Ils la concevoient
comme un appétit et presque comme une
volonté naturelle de se réunir à leur centre. Descartes a fort bien remarqué que
la matiere pure n'avoit point de ces
sortes d'appétits et de volontez. Mais cette
tendance et cet effort étant pourtant- quelque chose de réel et de toûjours subsistant , il auroit dû , en supprimant une
mauvaise façon de les expliquer , y sub2
stituer un mouvement secret et insensible , qui est la seule façon dont un Corps
peut tendre et faire effort. M. de Leibnis
y reconnoissoit uneforce morte.
Mais il n'y a point ici de mort , et l'effort que les Corps font pour regagner
leur centre , est toûjours , sinon vivant ,
du moins très- vif et très- animé , et mê
me très- sensible , au moins dans ses effats.
: J'ai expliqué cet effort méchanique
dans l'Ouvrage en question , et j'ai fair voir
68 MERCURE DE FRANCE
voir qu'il consistoit dans un mouvement
non continu , parce qu'il est empêché ;
mais continuel et sans cesse redoublé
de vibration , de battement , d'oscillation
qui est le vrai mouvement primigénie de
la pesanteur , et l'unique cause tout- àfait primitive de la chute des Corps qui ont la liberté de tomber.
Pour rendre même ce Principe plus
sensible , j'ai fait voir que c'étoit le Principe general de la Nature , l'agent primitif de tous les Méchanismes , et que.
tout se faisoit dans l'Univers par l'impression d'un mouvement secret de vibration , tous les Corps étant buttez les
uns contre les autres, et faisant des efforts
et des contr'efforts continuels , d'où résultoit l'équilibre general.
Descartes se bornoit trop à son Principe de simple impulsion , qui étoit pourtant un beau Principe ou un demi Principe. Car point d'impulsion sans Répulsion. A bien prendre même les choses ,
l'impulsion n'est qu'un Principe secondaire et un effet sensible , un Phénomene
de la Répulsion.
Cui , tout ce que j'appelle cause Physique , cffort méchanique , action naturelle , est dû à la répulsion , au repoussement , et consiste formellement dans.
8
un
AVRIL: 17320 669
peu
un mouvement de vibration, vif, prompt,
étendu et sans cesse redoublé.
Nous pouvons sans sortir de nous-mêmes , nous en appercevoir avec un peu
d'attention. Nous ne sçaurions rien pousser , non pas même notre corps , notre
bras , notre jambe en avant , si nous ne
repoussons en même-temps en arriere
quelque chose de fixe et d'immobile qui
nous repousse en avant.
Par exemple , en marchant , nous repoussons le terrain , et il faut que ce terrain soutienne le repoussement et nous
le rende pour que nous avancions. Un
sable mouvant qui nous cede en partie ,
une terre labourée nous épuisent bientôt. Un pavé glissant qui ne nous oppose aucune inégalité pour soutenir l'effort de nos pieds , nous laisse tomber.
Nous ne sçaurions marcher sur l'eau.
Je ne me lasse point d'inculquer ce
Principe , sans lequel je ne connois point
de vraye Physique. Un Oiseau qui vole
ne vole en avant qu'en repoussant l'Air
avec ses aîles en arriere. Celui qui nâge
repousse l'eau avec ses bras , la Rame re.
pousse aussi l'eau ou le terrain. Et le vent
qui fait voguer un Vaisseau , quoiqu'il
semble n'avoir qu'un simple mouvement
d'impulsion directe , doit dans son origine
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rigine , avoir un Principe de répulsion ,
un point d'appui fixe qui l'empêche de
rétrograder. Et c'est par là que je crois
être en état de démontrer que tous les
vents prennent leur origine dans l'interieur même de la Terre et dans la réaction même du centre , qui est comme un
ressort toûjours bandé qui se débande du
côté où il trouve le moins de résistance.
Cela soit dit en passant.
Voyez deux hommes d'égale force buttez l'un contre l'autre , et qui font effort.
pour se culbuter. On les voit , après s'ê→
tre roidis par les jambes contre le terrain , "
agitez de vibrations assez sensibles , se
pousser et se repousser , avancer et reculer , ceder et reprendre le dessus avec
une alternative , qui seule maintient l'équilibre.
Voilà l'état précis de deux Corps plaecz en équilibre aux deux extrémitez
d'un Levier , partagé par le point fixe
mitoyen , en raison réciproque de leurs
pesanteurs. Toûjours pesant , toûjours faiSant effort pour se surmonter ou pour
rompre le Levier qui les arrête , ils sont
agitez d'un mouvement actuel de batrement ou de vibration qui fait leur force
actuelle et leur équilibre actuel.
Car cette force est égale de part et
d'autre
AVRIL 1732 678
d'autre, parce que le mouvement est égal.
Or, il est égal , parce qu'il est proportionné à la longueur des Leviers , tout
comme le mouvement sensible auquel
les Cartésiens ont recours et auquel il est,
je pense , démontré désormais qu'on n'a
nul besoin de recourir.
Tous les équilibres de l'Univers se font
par là , et il n'y a nul autre Principe Physique de tous les Méchanismes , soit naturels , soit artificiels. Toute puissance
appliquée à un Levier ou à toute autre
Machine , agit par les efforts qu'elle fait
à chaque instant , et tout effort agit par
secousses et par vibrations. Qu'on se rende tant soit peu attentif à l'effet de ses
propres mains et de ses bras , lorsqu'on
en fait , on y sentira , on y verra ces secousses et une espece de tremoussement ,
d'ébranlement vif et redoublé. J'avertirai même, en finissant, que lorsqu'on voudra se donner dans ce cas un peu plus
de force , on n'a qu'à donner à son bras,
à ses pieds , à son corps un pareil tremblement encore plus sensible et plus
prompt , cela aide tout- à- fait , et c'est la
Nature même qui nous indique ce secret,
qui est son secret.
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Résumé : EXPLICATION Physico-Mathematique du Principe des Machines. Par L.P.C.J.
Le texte 'Explication Physico-Mathematique du Principe des Machines' traite du principe de l'équilibre des corps sur un levier. Lorsque deux corps, égaux ou inégaux, sont suspendus aux extrémités d'un levier appuyé sur un pivot fixe, ils sont en équilibre lorsque leurs forces relatives sont égales. Cette égalité repose sur la réciprocité des corps et de leur distance par rapport au point fixe. Les Cartésiens expliquent cet équilibre par des raisons mathématiques et géométriques, affirmant que si les corps se mettaient en mouvement, leurs mouvements seraient égaux, les espaces parcourus ou les vitesses compensant les masses. Cependant, les physiciens recherchent une explication plus profonde de la force actuelle des corps en équilibre. L'auteur critique Descartes pour ne pas avoir expliqué l'équilibre par l'effort actuel des corps. Il introduit l'idée d'un mouvement secret et insensible des corps pesants, qui tendent toujours à tomber, même lorsqu'ils sont arrêtés. Ce mouvement secret est décrit comme un effort continu et redoublé, essentiel pour maintenir l'équilibre. L'auteur distingue la pesanteur, cause de la chute, de la chute elle-même, qui en est l'effet. Il illustre cette tendance des corps à tomber par divers exemples, comme l'eau qui coule ou l'air qui remplit les espaces vides. Il conclut que tous les corps font un effort continu vers le centre, effort qui est la cause de l'équilibre. L'auteur critique également Descartes pour avoir négligé ce mouvement secret et insensible, et propose que l'impulsion est un effet secondaire de la répulsion. Il illustre ce principe par divers exemples, comme la marche, la nage ou le vol des oiseaux, montrant que tout mouvement implique une réaction de repoussement. Enfin, l'auteur affirme que l'équilibre des corps sur un levier est maintenu par des vibrations et des secousses, et que cette force est égale de part et d'autre car le mouvement est proportionné à la longueur des leviers. Il conclut que tous les équilibres de l'Univers se font par ces efforts continus et redoublés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
442
p. 733-736
Dimension du Bureau Typografique, composé d'un Casseau de six rangs, de trente logètes chacun, et d'une Table brisée en deux parties inégales, dont la petite sert d'appui au Casseau, et l'autre sert à le fermer.
Début :
A l'exemple des Imprimeurs, on appelle Casseau une Caisse, [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Casseau, Imprimeurs, Table, Logètes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dimension du Bureau Typografique, composé d'un Casseau de six rangs, de trente logètes chacun, et d'une Table brisée en deux parties inégales, dont la petite sert d'appui au Casseau, et l'autre sert à le fermer.
Dimension du Bureau Typografique , composé d'un Casseau de six rangs , detrente
logètes chacun, et d'une Table brisée en s
deux parties inégales , dont la petite sert
d'appui au Casseau , et l'autre sert à le
fermer.
A l'exemple des Imprimeurs , on appelle Cas seau
734 MERCURE DE FRANCE
seau une Caisse, divisée en petits compartimens our
Cassetins , dans lesquels on tient les Lettres nécessaires pour imprimer. Les Casseaux des Imprimeries sont à plat ou inclinez pour la commodité des Compositeurs , et le Casseau du Bureau est appuyé perpendiculairement et en forme
de Colombier contre la tringle du derriere de la
plus petite et la plus courte partie de la Table, où
on le retient par deux Crochets et deux Pitons à
vis. Ce Casseau est composé ainsi qu'il a été
dit de six rangs de Logètes , trente pour chacun,
-de sorte qu'il y a les deux montans extrêmes , de
l'épaisseur de ces traverses , et 29 petits montans
qui séparent et divisent les 30 Logètes de chaque
rang. Onpeut faire les petits montans d'une ou
de plusieurs pieces , mais la maniere la plus solide et la plus propre c'est de donner à chaque Logète son petit montant de séparation , entaillé
dans ses deux traverses , et ainsi au lieu de 29 petits montans d'une piéce , il y en aura 6 fois 29,
ou 174. Ceux qui voudront des Casseaux plus
courts , pourront faire faire de petites Cartes et
des Montans de fer blanc à leur fantaisie , et à
proportion du lieu qu'ils destineront à cette ma- chine.
Les dimensions du Bureau Typographique
doivent donc se regler sur les dimensions des
Cartes à jouer et des caracteres à jour dont on
veut se servir pour imprimer les Etiquettes sur
les traverses , au bas de chaque Cassetin. Les Cartes de Paris ont environ 25 lignes de largeur, sur
38 lignes de longueur , et je suppose icy, des caracteres de 8 lignes de hauteur pour les Capitales et pour les Lettres à tête et à¨queuë. -
Io-
A VRIL, 1732. 73
§. 1. Longueur du Casseau et du Bureau. ·
Premier Montant de 9 lignes ,-
30 Logètes , à 25 lignes ,
30 fois le jeu ou l'aisance des Cartes mises dans la Logète, à deux lignes par Logè- te ,
3
9ligne
62 pouc. 6
S
29 petits Montans à lign. 7
Dernier Montant, de 9 lignes ,
Ajoutant 2 pouces à
fa longueur du Casseau
pour l'excedant des ex- trémitez de la Table qui
retiennent et qui ferment
ce Casseau , vous trouverez pour toute la longueur de la Table ,
>
39
76 pouces 3 lign.
ou 6 piés, 4 pouces , lignes.
6 pieds , 6 pouc. 3. lign
§. 2. Hauteur ou largeur du Casseau.
Six rangs de Logêtes par coIone , à 18 lignes , le vuide ou
la hauteur d'une Logète font 9 pouc.
Sept traverses , à9 lignes shacune ,
3 lign.
14 pouc.3
S. 3.
736 MERCURE DE FRANCE
S. 3. Epaisseur ou profondeur du Casseau.
Longueur de la Carte pour
la Logète ,
L'aisance ou l'excedant de
chaque Logète ,
Epaisseur du Bois du derricre ou du fond du Casseau,
Epaisseur de la Tringle qui sert de rebord à la petite partie de la Table , et qui retient la Casseau ,
Epaisseur de la grande partie de la Table qui sert à fer- mer le Casseau ,
3 pouc. lignes .
s pouc. -2 lignes,
Pour fermer le Bureau on ferre les deux piéees de la Table avec trois Fiches ou trois Couplets ; on met un Crochet sur le premier et le
dernier Montant , et un Piton à vis sur chaque
console aux extrêmitez de la Table.
On met aussi une Serrure plate au milieu de
la Table fermée , et son Moraillon au milieu de
la plus haute traverse. Voilà , Monsieur, les nouvelles dimensions du Bureau Typografique ; je
vous prie au surplus d'user toujours de votre
indulgence à mon égard , et de vouloir bien me
pardonner les fautes de langage , et d'expression
en faveur des sentimens et des intentions que
vous me connoissez pour le bien litteraire du public , et pour la premiere institution des enfans
qui font la partie la plus chere , la plus aimable
et la plus innocente du genre humain. J'ai l'honneur d'être , Monsieur , &c.-
logètes chacun, et d'une Table brisée en s
deux parties inégales , dont la petite sert
d'appui au Casseau , et l'autre sert à le
fermer.
A l'exemple des Imprimeurs , on appelle Cas seau
734 MERCURE DE FRANCE
seau une Caisse, divisée en petits compartimens our
Cassetins , dans lesquels on tient les Lettres nécessaires pour imprimer. Les Casseaux des Imprimeries sont à plat ou inclinez pour la commodité des Compositeurs , et le Casseau du Bureau est appuyé perpendiculairement et en forme
de Colombier contre la tringle du derriere de la
plus petite et la plus courte partie de la Table, où
on le retient par deux Crochets et deux Pitons à
vis. Ce Casseau est composé ainsi qu'il a été
dit de six rangs de Logètes , trente pour chacun,
-de sorte qu'il y a les deux montans extrêmes , de
l'épaisseur de ces traverses , et 29 petits montans
qui séparent et divisent les 30 Logètes de chaque
rang. Onpeut faire les petits montans d'une ou
de plusieurs pieces , mais la maniere la plus solide et la plus propre c'est de donner à chaque Logète son petit montant de séparation , entaillé
dans ses deux traverses , et ainsi au lieu de 29 petits montans d'une piéce , il y en aura 6 fois 29,
ou 174. Ceux qui voudront des Casseaux plus
courts , pourront faire faire de petites Cartes et
des Montans de fer blanc à leur fantaisie , et à
proportion du lieu qu'ils destineront à cette ma- chine.
Les dimensions du Bureau Typographique
doivent donc se regler sur les dimensions des
Cartes à jouer et des caracteres à jour dont on
veut se servir pour imprimer les Etiquettes sur
les traverses , au bas de chaque Cassetin. Les Cartes de Paris ont environ 25 lignes de largeur, sur
38 lignes de longueur , et je suppose icy, des caracteres de 8 lignes de hauteur pour les Capitales et pour les Lettres à tête et à¨queuë. -
Io-
A VRIL, 1732. 73
§. 1. Longueur du Casseau et du Bureau. ·
Premier Montant de 9 lignes ,-
30 Logètes , à 25 lignes ,
30 fois le jeu ou l'aisance des Cartes mises dans la Logète, à deux lignes par Logè- te ,
3
9ligne
62 pouc. 6
S
29 petits Montans à lign. 7
Dernier Montant, de 9 lignes ,
Ajoutant 2 pouces à
fa longueur du Casseau
pour l'excedant des ex- trémitez de la Table qui
retiennent et qui ferment
ce Casseau , vous trouverez pour toute la longueur de la Table ,
>
39
76 pouces 3 lign.
ou 6 piés, 4 pouces , lignes.
6 pieds , 6 pouc. 3. lign
§. 2. Hauteur ou largeur du Casseau.
Six rangs de Logêtes par coIone , à 18 lignes , le vuide ou
la hauteur d'une Logète font 9 pouc.
Sept traverses , à9 lignes shacune ,
3 lign.
14 pouc.3
S. 3.
736 MERCURE DE FRANCE
S. 3. Epaisseur ou profondeur du Casseau.
Longueur de la Carte pour
la Logète ,
L'aisance ou l'excedant de
chaque Logète ,
Epaisseur du Bois du derricre ou du fond du Casseau,
Epaisseur de la Tringle qui sert de rebord à la petite partie de la Table , et qui retient la Casseau ,
Epaisseur de la grande partie de la Table qui sert à fer- mer le Casseau ,
3 pouc. lignes .
s pouc. -2 lignes,
Pour fermer le Bureau on ferre les deux piéees de la Table avec trois Fiches ou trois Couplets ; on met un Crochet sur le premier et le
dernier Montant , et un Piton à vis sur chaque
console aux extrêmitez de la Table.
On met aussi une Serrure plate au milieu de
la Table fermée , et son Moraillon au milieu de
la plus haute traverse. Voilà , Monsieur, les nouvelles dimensions du Bureau Typografique ; je
vous prie au surplus d'user toujours de votre
indulgence à mon égard , et de vouloir bien me
pardonner les fautes de langage , et d'expression
en faveur des sentimens et des intentions que
vous me connoissez pour le bien litteraire du public , et pour la premiere institution des enfans
qui font la partie la plus chere , la plus aimable
et la plus innocente du genre humain. J'ai l'honneur d'être , Monsieur , &c.-
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Résumé : Dimension du Bureau Typografique, composé d'un Casseau de six rangs, de trente logètes chacun, et d'une Table brisée en deux parties inégales, dont la petite sert d'appui au Casseau, et l'autre sert à le fermer.
Le texte décrit la structure et les dimensions d'un bureau typographique, utilisé pour organiser les caractères d'imprimerie. Ce bureau comprend un casseau de six rangs, chaque rang contenant trente logètes. Le casseau est fixé perpendiculairement contre une table divisée en deux parties inégales par deux crochets et deux pitons à vis. Chaque rangée de logètes est séparée par 29 petits montants, totalisant 174 montants pour assurer la solidité. Les dimensions du bureau correspondent à celles des cartes à jouer et des caractères utilisés pour imprimer des étiquettes sur les traverses des logètes. La longueur totale de la table est de 6 pieds, 4 pouces et 6 lignes, tandis que la hauteur ou largeur du casseau est de 9 pouces. L'épaisseur ou profondeur du casseau inclut la longueur de la carte, l'aisance des logètes, l'épaisseur du bois du fond du casseau, ainsi que celle de la tringle et de la table. Pour fermer le bureau, on utilise des fiches, des crochets, des pitons à vis et une serrure plate.
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443
p. 739-741
SECOND LOGOGRYPHE.
Début :
Sept Lettres composent mon nom ; [...]
Mots clefs :
Crochet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECOND LOGOGRYPHE.
ECOND LOGOGRYPHE.
SeptLettres composent mon nom ;
Je suis d'une obscure naissance ;
Je vis sans gloire et sans renoms
Mais du sein de mon abondance ,
Avec l'aide du chiffre , un Lecteur curieux,
Pourra facilement tirer des noms fameux.
Cinq, six , un, sept , trois , deux, je passe dans l'Histoire
Pour un vaillant Héros , plein de force et de
gloire.
Quatre
740 MERCURE DE FRANCE
Quatre , cinq, six et deux, me rendent toûjours
..cher.
Un, trois , quatre , cinq , six , je sers pour le
voyage;
Mais il faut , pour me voir marcher ,
Ajouter à ma queue un nombre davantage ;
Cinq , trois , sept , six , tantôt je suis vil instru→
ment ,
Et tantôt je reçois le monde poliment.
Mes extrémes coupez , le timide Pilote ,
Craint ma rencontre avec raison.
Mon dernier membre ôté , je fais hater la note.
Quatre , trois , deux , le chien connoît mon son.
Quatre, cinq, trois et un , j'ai l'humeur martiale.
Et je réduis souvent un Guerrier aux abois.
Six et trois , je n'ai que la voix.
Cinq , trois , un, je suis bas , et sens un peu la
Hale.
Quatre , trois , sept et six , le Sexe feminin ,
De moi tire son origine.
Sept , cinq et six , on me prend le matin.
Sous differens états j'habite la Cuisine ;
Quatre , deux, trois et un , d'une étrange ma
niere ,
De m'y prendre on se fait unjeu.
Deux, trois et sept , une maia meurtriere;
M'y fait passer par le fer et le feu.
Retranchant mon membre premier ,
J'accompagne toujours un Evêque à l'Eglise.
Ajoutant
AVRIL. 17327 741
Ajoûtant mon membre dernier ,
A deux , trois , un , je suis utile en marchandise.
Six, un, trois , sept , au Cabaret ,
On me trouve toujours à la fin de la table ,
Deux , trois et sept , je rends un son desagréable.
Je finis ; si tu peux , devine mon secret.
Parun Ecclesiastique de Senlis.
SeptLettres composent mon nom ;
Je suis d'une obscure naissance ;
Je vis sans gloire et sans renoms
Mais du sein de mon abondance ,
Avec l'aide du chiffre , un Lecteur curieux,
Pourra facilement tirer des noms fameux.
Cinq, six , un, sept , trois , deux, je passe dans l'Histoire
Pour un vaillant Héros , plein de force et de
gloire.
Quatre
740 MERCURE DE FRANCE
Quatre , cinq, six et deux, me rendent toûjours
..cher.
Un, trois , quatre , cinq , six , je sers pour le
voyage;
Mais il faut , pour me voir marcher ,
Ajouter à ma queue un nombre davantage ;
Cinq , trois , sept , six , tantôt je suis vil instru→
ment ,
Et tantôt je reçois le monde poliment.
Mes extrémes coupez , le timide Pilote ,
Craint ma rencontre avec raison.
Mon dernier membre ôté , je fais hater la note.
Quatre , trois , deux , le chien connoît mon son.
Quatre, cinq, trois et un , j'ai l'humeur martiale.
Et je réduis souvent un Guerrier aux abois.
Six et trois , je n'ai que la voix.
Cinq , trois , un, je suis bas , et sens un peu la
Hale.
Quatre , trois , sept et six , le Sexe feminin ,
De moi tire son origine.
Sept , cinq et six , on me prend le matin.
Sous differens états j'habite la Cuisine ;
Quatre , deux, trois et un , d'une étrange ma
niere ,
De m'y prendre on se fait unjeu.
Deux, trois et sept , une maia meurtriere;
M'y fait passer par le fer et le feu.
Retranchant mon membre premier ,
J'accompagne toujours un Evêque à l'Eglise.
Ajoutant
AVRIL. 17327 741
Ajoûtant mon membre dernier ,
A deux , trois , un , je suis utile en marchandise.
Six, un, trois , sept , au Cabaret ,
On me trouve toujours à la fin de la table ,
Deux , trois et sept , je rends un son desagréable.
Je finis ; si tu peux , devine mon secret.
Parun Ecclesiastique de Senlis.
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444
p. 823-825
EXTRAIT d'une Lettre, écrite de Rennes, au sujet d'une nouvelle Pompe, pour la plus prompte extinction des Incendies.
Début :
Après avoir travaillé long-temps à la construction de [...]
Mots clefs :
Pompes à incendie, Mécanique, Charpentes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre, écrite de Rennes, au sujet d'une nouvelle Pompe, pour la plus prompte extinction des Incendies.
EXTRAITd'une Lettre , écrite de Rennes, ·
au sujet d'une nouvelle Pompé , pour·la
plus prompte extinction des Incendies.
Près avoir travaillé long- temps à la
construction de plusieurs morceaux
de Mécanique , aussi nouveaux que reconnus utiles dans la pratique ; je me
suis appliqué à construire une Pompe aspirante , et foulante sans Balancier , capable d'éteindre en peu de minutes les
flames de quelque Incendie que ce soit ,
en la maniant adroitement. Elle est por
tative , et un seul homme peut la faire
mouvoir. Feu mon Frere , Officier des
Milices Bourgeoises , qui s'employà utile
Iy
ment
1
824 MERCURE DE FRANCE.
ment lors de l'Incendie general de cetre
Ville , vint à bout par ce moyen,
de sauver entierement son quartier.Ce qui a été
depuis suivi de plusieurs autres experien
ces aussi heureuses , que j'ai faites moimême.La premiere,chez M. de Ligouyer,
Conseiller de ce Parlement ; et tout récemment à la Maison du sieur Perrineau,
près de l'Intendance, où un feu violent s'é
toit pris dans une Cheminée , adhérante
à une Charpente qui joignoit celle de
mon Presbitere. Trois injections de ma.
Pompe l'éteignirent tout- à-fait ; ce qui
fut fait en presense du sieur Abbeille, Ingenieur de la Ville , logé dans la même
maison , lequel admira cette machine et
son succès.
Beaucoup de personnes s'en sont éga- lement servies , avec le même succès ,
pour éteindre des Incendies cachez, dont
il y avoit beaucoup à craindre , et qui
n'ont point cu de suite.
Si cette Pompe , d'autant plus à considerer qu'elle n'est point chargée de res
sorts , construite avec art , dans la simplicité de l'hydraulique , est agréée du public , j'en ferai tenir à Paris , à Padresse
qu'on trouvera bon de me donner. La façon de s'en servir est aussi très-simple ;
la jonction étroite du peu de ressorts quila
AVRIL 1732. 825
a composent , est d'ailleurs à l'épreuves
de l'eau et impenetrable à l'air. Le corps
de la Machine est d'un Métail sonnant et
leger.
Cependant on distribuera de ces Pompes , à Rennes , chez le sieur Bolleret ,
Marchand Planneur, ruë de la Frocassiere,.
lequel donnera en même temps une Instruction imprimée sur la maniere de s'en servir. Leur prix,à Rennes, sera de liv.
et à Paris , de 18 liv. le port compris. J'ai
plusieurs autres Machines et Ouvrages de..
Mécanique , également utiles, que je communiquerai en temps et lieu.
Mon adresse est à M. Bouros , Vicaire
perpetuel de S. Jean , lez Rennes , à son
Presbitere , près l'Intendance.
ARennes en Bretagne ,
lele 2929:1
Fe
vrier 1731.
au sujet d'une nouvelle Pompé , pour·la
plus prompte extinction des Incendies.
Près avoir travaillé long- temps à la
construction de plusieurs morceaux
de Mécanique , aussi nouveaux que reconnus utiles dans la pratique ; je me
suis appliqué à construire une Pompe aspirante , et foulante sans Balancier , capable d'éteindre en peu de minutes les
flames de quelque Incendie que ce soit ,
en la maniant adroitement. Elle est por
tative , et un seul homme peut la faire
mouvoir. Feu mon Frere , Officier des
Milices Bourgeoises , qui s'employà utile
Iy
ment
1
824 MERCURE DE FRANCE.
ment lors de l'Incendie general de cetre
Ville , vint à bout par ce moyen,
de sauver entierement son quartier.Ce qui a été
depuis suivi de plusieurs autres experien
ces aussi heureuses , que j'ai faites moimême.La premiere,chez M. de Ligouyer,
Conseiller de ce Parlement ; et tout récemment à la Maison du sieur Perrineau,
près de l'Intendance, où un feu violent s'é
toit pris dans une Cheminée , adhérante
à une Charpente qui joignoit celle de
mon Presbitere. Trois injections de ma.
Pompe l'éteignirent tout- à-fait ; ce qui
fut fait en presense du sieur Abbeille, Ingenieur de la Ville , logé dans la même
maison , lequel admira cette machine et
son succès.
Beaucoup de personnes s'en sont éga- lement servies , avec le même succès ,
pour éteindre des Incendies cachez, dont
il y avoit beaucoup à craindre , et qui
n'ont point cu de suite.
Si cette Pompe , d'autant plus à considerer qu'elle n'est point chargée de res
sorts , construite avec art , dans la simplicité de l'hydraulique , est agréée du public , j'en ferai tenir à Paris , à Padresse
qu'on trouvera bon de me donner. La façon de s'en servir est aussi très-simple ;
la jonction étroite du peu de ressorts quila
AVRIL 1732. 825
a composent , est d'ailleurs à l'épreuves
de l'eau et impenetrable à l'air. Le corps
de la Machine est d'un Métail sonnant et
leger.
Cependant on distribuera de ces Pompes , à Rennes , chez le sieur Bolleret ,
Marchand Planneur, ruë de la Frocassiere,.
lequel donnera en même temps une Instruction imprimée sur la maniere de s'en servir. Leur prix,à Rennes, sera de liv.
et à Paris , de 18 liv. le port compris. J'ai
plusieurs autres Machines et Ouvrages de..
Mécanique , également utiles, que je communiquerai en temps et lieu.
Mon adresse est à M. Bouros , Vicaire
perpetuel de S. Jean , lez Rennes , à son
Presbitere , près l'Intendance.
ARennes en Bretagne ,
lele 2929:1
Fe
vrier 1731.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre, écrite de Rennes, au sujet d'une nouvelle Pompe, pour la plus prompte extinction des Incendies.
L'auteur d'une lettre présente une pompe aspirante et foulante sans balancier, conçue pour éteindre rapidement les incendies. Cette pompe, portable et manœuvrable par une seule personne, a démontré son efficacité lors de plusieurs interventions, notamment à Rennes chez M. de Ligouyer et chez le sieur Perrineau. Le sieur Abbeille, ingénieur de la ville, a admiré son succès. La pompe est simple à utiliser, robuste et composée de peu de ressorts étanches à l'eau et à l'air. Son prix est de 16 livres à Rennes et 18 livres à Paris, port inclus. L'auteur propose de distribuer la pompe à Rennes chez le sieur Bolleret, qui fournira une instruction imprimée pour son utilisation. Il mentionne également d'autres machines et ouvrages mécaniques utiles qu'il pourrait communiquer ultérieurement. Pour plus d'informations, l'auteur peut être contacté à l'adresse de M. Bouros, vicaire perpétuel de Saint-Jean, près l'Intendance à Rennes.
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445
p. 932-933
ENIGME.
Début :
Pour me donner le jour, chose étrange, mon pere [...]
Mots clefs :
Cloche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
NIGM E.
Our me donner le jour , chose étrange
pourmon pere
Me fait rentrer dans le sein de ma
mere ,
Ou m'en tire , et bien-tôt dans certaine maison
On me met en prison.
C'est-là que toute nuë,
Innocente , Chrétienne , hélas ! je suis penduë Dans
MAY. 17323 933
Dans mes tourments , mon fils
Mon unique fils que j'embrasse ,
Se débat dans mon sein , et redouble mes cris :
Bien plus , pour comble de disgrace ,
Toujours la bouche ouverte et sans me déta- cher ,
A coups de pieds souvent on m'oblige à mar- cher.
Par fois enfin dans ma détresse ,
J'implore du secours , et cause la tristesse.
Our me donner le jour , chose étrange
pourmon pere
Me fait rentrer dans le sein de ma
mere ,
Ou m'en tire , et bien-tôt dans certaine maison
On me met en prison.
C'est-là que toute nuë,
Innocente , Chrétienne , hélas ! je suis penduë Dans
MAY. 17323 933
Dans mes tourments , mon fils
Mon unique fils que j'embrasse ,
Se débat dans mon sein , et redouble mes cris :
Bien plus , pour comble de disgrace ,
Toujours la bouche ouverte et sans me déta- cher ,
A coups de pieds souvent on m'oblige à mar- cher.
Par fois enfin dans ma détresse ,
J'implore du secours , et cause la tristesse.
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446
p. 1151-1154
EXTRAIT du Memoire lû à l'Académie Royale des Sciences, par M. Pajot Donsenbray, le 23 Avril 1732.
Début :
L'objet que M. Donsenbray se propose dans ce Mémoire [...]
Mots clefs :
Airs de musique, Métrometre, Mesures, Machine, Académie royale des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Memoire lû à l'Académie Royale des Sciences, par M. Pajot Donsenbray, le 23 Avril 1732.
EXTRAIT du Memoire lû à l'Académie Royale des Sciences , parM. Pajot
Donsenbray , le 23 Avril 17.3.2.
Ld
&
'Objet que M.Donsenbray se propose
dans ce Mémoire est une Machine
propre pour constater la durée des Mesures et des temps des Airs de Musique.
Il donne à cette Machine le nom de Métrometre , qui signifie Mesure des Mesures.
Il expose d'abord que , quoique les Airs
de Musique ayent toujours renfermé en
soy une certaine quantité de mesures , er
que chaque mesure soit divisée en un
nombre de temps ou de parties égales , il
seroit cependant impossible de déterminer aujourd'hui le goût des anciens sur
celui des modernes , faute de pouvoir
connoître au juste la quantité du temps
qu'ils employoient pour chaque mesure ;
et il n'est pas moins certain que chaque
compositeur a toujours eu grande atten--
tion àfaire exécuter sa Musique , plus ou
moins vivement , suivant le gout qu'ik ax
cu.
1. Kol, Ev M..
1152 MERCURE DE FRANCE
M. Donsenbray a connu que rien ne
pouvoit être plus propre pour constater
la juste durée des mesures et des temps
des Airs , que la propriété admirable de
l'égalité des Vibrations du Pendule, trouvée par Galilée.
On s'est servi de cette découverte pour
donner toute la justesse qu'on pouvoit
désirer aux Horloges et aux Pendules. Il
étoit fort naturel de penser qu'on pourroit aussi s'en servir tres- utilement, pour
constater la durée des mesures des Airs..
Des Idées simples ont souvent donné lieu.
à des découvertes utiles .
M. Donsenbray rend au S Loutier, qui
étoit de la Musique de Me de Guise,toute la justice qui lui est dûë , en reconnoissant qu'il est le premier qui ait, eu idée
de se servir des Vibrations du Pendule
pour marquer les Mesures des Airs , et de
prendre la durée connuë de ces Vibrations , pour constater celle des mêmes
mesures ; mais on reconnoîtra aisément
par la lecture du Mémoire de M. Don
senbray , qu'il étoit impossible de se servir des moyens indiquez par le St Lou
tier , et qu'il falloit donner à une Machi-.
ne ou au Métrometre , toutes les perfections necessaires pour déterminer aisément la durée des Mesures des Airs, sansI. Vol. qu'on
JUIN. 1732. 1153
qu'on soit obligé d'avoir les yeux attachez sur la Machine,et qu'on puisse dans
un moment, sans qu'elle s'arrête augmen
ter ou diminuer la durée des Vibrations
suivant que les Mesures des Airs sont plus
lentes ou plus vives , &c.
·
M. Donsenbray divise son Mémoire en
trois parties...
Dans la premiere , il donne la description du Métronietre , qu'il a imaginé et
de ses usages.
Dans la seconde partie , il donne les
Regles pour trouver les justes longueurs
qu'il faut donner au Pendule , pour que
les battemens ou les vibrations soient de
telle durée qu'on voudra. Il y a joint une
table fort complette de toutes les longueurs du Pendule , pour les differentes
durées des Vibrations de demi-tierces en
demi tierces , jusqu'à 180 demi-tierces ;
cette Table contient aussi le nombre des
Vibrations par heure ; elle pourroit être
utile non seulement dans l'Orlogerie ,
mais dans beaucoup d'autres usages. I
Enfin dans la troisiéme partie, M. Donsenbray donne les durées des mesures et
même des temps , de quelques Airs de
M. de Lully , Campra , Destouches et
autres , afin de guider les Compositeurs:
modernes dans usage du Métrometre
1. Vol E vj et
1154 MERCURE DE FRANCE
et en faire sensiblement connoître les
avantages.
Il finit son Mémoire par dire queceux
qui ne voudront pas faire la dépense d'une
Machine , pourront se servir de toutes
Pendules à contre-pied , au-dessus desquelles il n'y aura qu'à attacher l'Axe qui
porte les deux Bobines , sur lesquelles restent roulées en sens contraire les deux
Rubans , dont l'un servira avec une Lentille au bout , à la place de la Verge du
Pendule qu'on décrochera , pendant que
le bout de l'autre Ruban où il y aura une
Cheville, sera arrêté à volonté, sur le côté
de la Boëte de la Pendule , dans un des.
trous , dont les distances auront été di
visées par la méthode expliquée dans le
Mémoire.
Enfin il observe encore que rien n'est
plus propre que cette Machine , pour for mer l'oreille des jeunes personnes qui ap
`prennent la Musique et à chanter , puisqu'elles s'accoutumeront aisément à bae
tre la mesure avec précision et suivant la
goût du Maître ou du Compositeur.
Donsenbray , le 23 Avril 17.3.2.
Ld
&
'Objet que M.Donsenbray se propose
dans ce Mémoire est une Machine
propre pour constater la durée des Mesures et des temps des Airs de Musique.
Il donne à cette Machine le nom de Métrometre , qui signifie Mesure des Mesures.
Il expose d'abord que , quoique les Airs
de Musique ayent toujours renfermé en
soy une certaine quantité de mesures , er
que chaque mesure soit divisée en un
nombre de temps ou de parties égales , il
seroit cependant impossible de déterminer aujourd'hui le goût des anciens sur
celui des modernes , faute de pouvoir
connoître au juste la quantité du temps
qu'ils employoient pour chaque mesure ;
et il n'est pas moins certain que chaque
compositeur a toujours eu grande atten--
tion àfaire exécuter sa Musique , plus ou
moins vivement , suivant le gout qu'ik ax
cu.
1. Kol, Ev M..
1152 MERCURE DE FRANCE
M. Donsenbray a connu que rien ne
pouvoit être plus propre pour constater
la juste durée des mesures et des temps
des Airs , que la propriété admirable de
l'égalité des Vibrations du Pendule, trouvée par Galilée.
On s'est servi de cette découverte pour
donner toute la justesse qu'on pouvoit
désirer aux Horloges et aux Pendules. Il
étoit fort naturel de penser qu'on pourroit aussi s'en servir tres- utilement, pour
constater la durée des mesures des Airs..
Des Idées simples ont souvent donné lieu.
à des découvertes utiles .
M. Donsenbray rend au S Loutier, qui
étoit de la Musique de Me de Guise,toute la justice qui lui est dûë , en reconnoissant qu'il est le premier qui ait, eu idée
de se servir des Vibrations du Pendule
pour marquer les Mesures des Airs , et de
prendre la durée connuë de ces Vibrations , pour constater celle des mêmes
mesures ; mais on reconnoîtra aisément
par la lecture du Mémoire de M. Don
senbray , qu'il étoit impossible de se servir des moyens indiquez par le St Lou
tier , et qu'il falloit donner à une Machi-.
ne ou au Métrometre , toutes les perfections necessaires pour déterminer aisément la durée des Mesures des Airs, sansI. Vol. qu'on
JUIN. 1732. 1153
qu'on soit obligé d'avoir les yeux attachez sur la Machine,et qu'on puisse dans
un moment, sans qu'elle s'arrête augmen
ter ou diminuer la durée des Vibrations
suivant que les Mesures des Airs sont plus
lentes ou plus vives , &c.
·
M. Donsenbray divise son Mémoire en
trois parties...
Dans la premiere , il donne la description du Métronietre , qu'il a imaginé et
de ses usages.
Dans la seconde partie , il donne les
Regles pour trouver les justes longueurs
qu'il faut donner au Pendule , pour que
les battemens ou les vibrations soient de
telle durée qu'on voudra. Il y a joint une
table fort complette de toutes les longueurs du Pendule , pour les differentes
durées des Vibrations de demi-tierces en
demi tierces , jusqu'à 180 demi-tierces ;
cette Table contient aussi le nombre des
Vibrations par heure ; elle pourroit être
utile non seulement dans l'Orlogerie ,
mais dans beaucoup d'autres usages. I
Enfin dans la troisiéme partie, M. Donsenbray donne les durées des mesures et
même des temps , de quelques Airs de
M. de Lully , Campra , Destouches et
autres , afin de guider les Compositeurs:
modernes dans usage du Métrometre
1. Vol E vj et
1154 MERCURE DE FRANCE
et en faire sensiblement connoître les
avantages.
Il finit son Mémoire par dire queceux
qui ne voudront pas faire la dépense d'une
Machine , pourront se servir de toutes
Pendules à contre-pied , au-dessus desquelles il n'y aura qu'à attacher l'Axe qui
porte les deux Bobines , sur lesquelles restent roulées en sens contraire les deux
Rubans , dont l'un servira avec une Lentille au bout , à la place de la Verge du
Pendule qu'on décrochera , pendant que
le bout de l'autre Ruban où il y aura une
Cheville, sera arrêté à volonté, sur le côté
de la Boëte de la Pendule , dans un des.
trous , dont les distances auront été di
visées par la méthode expliquée dans le
Mémoire.
Enfin il observe encore que rien n'est
plus propre que cette Machine , pour for mer l'oreille des jeunes personnes qui ap
`prennent la Musique et à chanter , puisqu'elles s'accoutumeront aisément à bae
tre la mesure avec précision et suivant la
goût du Maître ou du Compositeur.
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Résumé : EXTRAIT du Memoire lû à l'Académie Royale des Sciences, par M. Pajot Donsenbray, le 23 Avril 1732.
Le mémoire de M. Donsenbray, présenté à l'Académie Royale des Sciences le 23 avril 1732, introduit le 'Métromètre', une machine conçue pour mesurer la durée des mesures et des temps des airs de musique. Cette invention répond à un besoin non satisfait jusqu'alors, celui de déterminer la durée exacte des mesures musicales en l'absence de références précises sur le temps utilisé par les anciens compositeurs. M. Donsenbray s'inspire des vibrations égales du pendule, une propriété découverte par Galilée et utilisée pour régler les horloges. Il reconnaît que le sieur Saint-Loutier, musicien de Madame de Guise, avait déjà envisagé l'utilisation des vibrations du pendule pour marquer les mesures des airs. Cependant, M. Donsenbray juge les moyens proposés par Saint-Loutier insuffisants et perfectionne donc sa machine pour permettre une détermination facile de la durée des mesures sans surveillance constante. Le mémoire est structuré en trois parties. La première décrit le Métromètre et ses usages. La seconde fournit des règles et une table des longueurs du pendule pour différentes durées de vibrations. La troisième présente les durées des mesures et des temps de quelques airs de compositeurs célèbres tels que Lully, Campra et Destouches, afin de guider les compositeurs modernes. Enfin, M. Donsenbray propose une alternative pour ceux qui ne souhaitent pas acquérir la machine, en suggérant l'utilisation de pendules à contre-pied modifiées. Il souligne également l'utilité du Métromètre pour former l'oreille des jeunes musiciens, leur permettant de battre la mesure avec précision.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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447
p. 1155-1157
LOGOGRYPHE.
Début :
Neuf lettres composent mon nom ; [...]
Mots clefs :
Chocolat
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
OGOGRYP HE..
NEEuflettres composent mon nom3
Je suis bon à manger , à boire :
I.Vol Des
7156 MERCURE DE FRANCE
Des Peuples étrangers ont seuls toute la gloire,
De mon invention.
En Europe déja je suis fort en usage .
Mais on m'aime sur tout chez une Nation ,
Dont la fierté fut toujours le Partage.
Ami, Lecteur , veux- tu me deviner ?
Prends de mon nom , un , deux, trois !
quatre ,
Je brice verre, cruche et je fais frissonner
Bon nombre de Guerriers qui craignent de se
battre ,
Un , trois , quatre , la nuit je trouble ton repos
Et quoique très-petit je fais prendre la fuite
Au Roy de tous les animaux.
Un , deux , sept , huit , je suis un hypo- crite ,
Qui prends plaisir à croquer ces Nigauds
Qui vouloient autrefois attacher des Grelots
Un, quatre , cinq et six de mes droles de Fréres ,
Pour pouvoir échapper à leurs dents sanguinaires,
Un , trois , quatre , cinq ; les dévots -
Empruntent mon secours pour dire leur Ro- saires ;
Je suis un fruit tiré des terres étrangères.
Un , sept , six , cinq, huit , neuf , les . Abbez.
Provençaux ,
Pour empêcher le froid de leur donner sur créte ,
L. Vol.
Ont
JUIN. 1732. 1157
Ont moins besoin qu'aucun de mon
secours ;
Mais j'ai l'honneur d'être à la tête
'un nouveau Régiment établi de nos jours.
Un, trois, quatre, deux , neuf, plus vite qu'Ar balête ,
Sans jambes et sans pieds je cours ,
Pour servir le public , je brave la tempête.
Neuf, quatre , deux er trois , sans raison je dis Cours ,
Sans langue je parle et m'explique ,
Je chante tous les Airs , sans sçavoir la Musi
que
Par M. de Mondragon..
NEEuflettres composent mon nom3
Je suis bon à manger , à boire :
I.Vol Des
7156 MERCURE DE FRANCE
Des Peuples étrangers ont seuls toute la gloire,
De mon invention.
En Europe déja je suis fort en usage .
Mais on m'aime sur tout chez une Nation ,
Dont la fierté fut toujours le Partage.
Ami, Lecteur , veux- tu me deviner ?
Prends de mon nom , un , deux, trois !
quatre ,
Je brice verre, cruche et je fais frissonner
Bon nombre de Guerriers qui craignent de se
battre ,
Un , trois , quatre , la nuit je trouble ton repos
Et quoique très-petit je fais prendre la fuite
Au Roy de tous les animaux.
Un , deux , sept , huit , je suis un hypo- crite ,
Qui prends plaisir à croquer ces Nigauds
Qui vouloient autrefois attacher des Grelots
Un, quatre , cinq et six de mes droles de Fréres ,
Pour pouvoir échapper à leurs dents sanguinaires,
Un , trois , quatre , cinq ; les dévots -
Empruntent mon secours pour dire leur Ro- saires ;
Je suis un fruit tiré des terres étrangères.
Un , sept , six , cinq, huit , neuf , les . Abbez.
Provençaux ,
Pour empêcher le froid de leur donner sur créte ,
L. Vol.
Ont
JUIN. 1732. 1157
Ont moins besoin qu'aucun de mon
secours ;
Mais j'ai l'honneur d'être à la tête
'un nouveau Régiment établi de nos jours.
Un, trois, quatre, deux , neuf, plus vite qu'Ar balête ,
Sans jambes et sans pieds je cours ,
Pour servir le public , je brave la tempête.
Neuf, quatre , deux er trois , sans raison je dis Cours ,
Sans langue je parle et m'explique ,
Je chante tous les Airs , sans sçavoir la Musi
que
Par M. de Mondragon..
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448
p. 1312-1326
NOUVELLE Maniere de construire de grosses Horloges, non-seulement plus simples que celles que l'on a faites jusqu'à present, mais encore d'un meilleur usage et à meilleur marché. Memoire lû à la Société des Arts le 29. Mars dernier, par M. Julien le Roy, Horloger du Roy et de la même soiciété.
Début :
Quand on s'applique à consider une Machine à dessein [...]
Mots clefs :
Société des arts, Julien Leroy, Machine, Horloge, Cage, Balancier, Roues, Bascule, Axe, Poids
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE Maniere de construire de grosses Horloges, non-seulement plus simples que celles que l'on a faites jusqu'à present, mais encore d'un meilleur usage et à meilleur marché. Memoire lû à la Société des Arts le 29. Mars dernier, par M. Julien le Roy, Horloger du Roy et de la même soiciété.
NOUVELLE Maniere de construire de
grosses Horloges , non- seulement plus simples que celles que l'on a faites jusqu'à
present, mais encore d'un meilleur usage
et à meilleur marché. Memoire la à la
Societé des Arts le 23. Mars dernier,
par M.Julien le Roy, Horloger du Roy.
et de la même Societé.
Q
Uand on s'applique à considerer une
Machine à dessein de la perfectionner , il n'est guere en notre pouvoir de
nous former des idées pour réussir dans
le projet et dans l'execution , et cela à
cause que nous ne pouvons nous repré- senter les idées que nous n'avons jamais II. Vol. euës
JUIN. 1732. 1313
eues ; au contraire , il est très- aisé de nous
rappeller celles dont nous avons déja eu
la connoissance ; de- là vient qu'il est si
aisé de copier la plupart des Machines
et qu'il est si difficile et si rare d'en inventer de nouvelles..
>
Si notre imagination et nos lumieres
ne peuvent pas toûjours nous fournir des
idées neuves et de quelque usage , et que
ce soit presque toûjours le hazard qui
nous les fasse appercevoir , on ne doit
point être surpris si les progrès des Arts
sont si lents , puisque ces mêmes progrès
sont le plus souvent l'ouvrage du hazard,
que la refléxion met en œuvre. Cette nouvelle construction est un exemple sensible de ce que je viens d'avancer , elle est
si simple et si avantageuse , qu'on doit
être surpris qu'elle ait échappé à tant
d'habiles Horlogers qui ont travaillé et
médité avant moi sur cette matiere.
proQuoiqu'il soit aisé d'appercevoir tous
les avantages qui se trouvent réunis
par la nouvelle maniere , je ne la
poserai qu'après avoir donné une description en abregé de celle qui est en usage afin qu'on soit en état de les comparer l'une avec l'autre , et de juger laquelle
mérite la préference.
>
II. Vol. C v Des-
1314 MERCURE DE FRANCE
Description en abregé d'une grosse Horloge
telle que celle de l'Hôtel de Ville ou de
S. Paul, de Paris.
Le Corps de l'Horloge est composé
d'une Cage qui contient huit Roiies ,
quatre pour le Mouvement , et quatre
pour la Sonnerie, il y a de plus la Détente , la Bascule , la Verge des Palettes et
le Volant.
Les Roues duMouvement sont la grande Roue , la Roue du Remontoir , la
Roie moyenne et la Roiie de rencontre.
Les Roues de la sonnerie sont la grande
Roiie , celle du Remontoir , la Roue
moyenne ou de Cercle , et la Roue de
Compte.
La Bascule est faite à peu près comme
le fleau d'une balance , elle sert à élever
un Marteau plus ou moins gros , selon
la cloche sur laquelle il doit frapper.
La Détente est composée de son Arbre
et de trois branches , dont la premiere se
nommePied de- Biche , à cause qu'elle est
brisée par le bout , une cheville attachée
à la croisée de la grande Roue du Mouvement sert à lever le Pied- de- Biche à
toutes les heures pour faire sonner l'Hor
loge.
La deuxième branche se nomme le Coq ;
II. Vol son
JUIN. 1732.
*
1315
son usage est d'arrêter la sonnerie immé--
diatementaprès que les heures ont sonné.
La troisiéme branche dont le bout est
formé en crochet , s'appelle Compteur ,
elle s'appuye sur la Roue de Compte , à
la circonference de laquelle il y a des entailles distantes les unes des autres , suivant les nombres naturels 1.2.3.jusqu'à 12.
Tant que le Compteur s'appuye sur la circonference de la Roue de Compte, l'Horloge continuë de sonner jusqu'à ce que
ce même Compteur soit entré dans l'une des douze entailles de ladite Roüe. Je ne
décrirai point les Pignons ou Lenternes ,
parce que leur usage est assez connu.
La Cage est composée de onze pieces ;
sçavoir , de quatre Pilliers , de deux Chas
sis , l'un superieur et l'autre inferieur ,
lesquels je nommerai dans la suite ( Pa
rallelogramme rectangle , ) et de cinq"
Montans. Chaque Chassis ou Rectangle
a une mortoise ou entaillé à chacun de
ses Angles propres pour recevoir d'autres mortoises ou entailles , faites auxi
extremitez de chaque Pillier ; desorte
que les Pilliers s'enclavent dans les deux
Rectangles , au moyen de quatre clavettes
qui servent à serrer le Rectangle superieur contre les Pilliers. Au milieu de
chaque Rectangle est placée une traverse
14 Volo Cvj. qui
1316 MERCURE DE FRANCE
qui sert à affermir le Montant du milieu.
Deux autres Montans sont placez au
milieu des petits côtez des Rectangles ;
desorte que ces trois Montans sont placez
sur la même ligne et vis-à- vis les úns des
autres leur usage , est de soutenir les
Roues de la sonnerie et celles du Mouvêment.
Le quatriéme Montant est placé sur
l'un des deux grands côtez des Rectangles ; son usage est de soutenir la Roue de
Compte et le Pignon qui la fait tourner.
La Verge des Palettes est soutenuë par
deux Coqs , à une distance convenable
de la Roue de rencontre ; l'un de ces
Coqs soutient aussi la Verge du Pendule.
Le cinquiéme Montant est opposé au
Montant qui porte la Roue de Compte ;
son usage est de porter la Roue de Cadran et l'Etoile qui doit la faire tourner.
Je finis cette Description par le Volant,
c'est un Arbre qui porte un Pignon à
l'un de ses bouts , et à l'autre il y a un
Pivot qui débordé le Montant du côté
de la sonnerie ; sur ce Pivot tournent
deux Palettes de taule , lesquelles sont
plus ou moins grandes , suivant qu'on
veut faire sonner l'Horloge plus vite ou
plus lentement.
"
II. Vol. Now-
JUIN. 1732. 13177
Nouvelle construction de grosses Horloges ,
dans lesquelles tous les Arbres des Roues.
sont placez sur un Rectangle posé hori- sontalement.
Pour distinguer les deux constructions,
je nommerai celle qui est en usage , Horloge Verticale , à cause que les Roiies y
sont placées entre des plans verticaux , et
la nouvelle horisontale , à cause , que ses
Roues sont placées sur un Parallelograme rectangle , posé horisontalement.
En posant toutes les Roües sur un Rec--
tangle , de onze pieces , dont la Cage est
composée dans la construction ordinaire,
j'en supprime dix , et je ne retiens que le
Rectangle inferieur , que je fais un peu
plus grand , en donnant seulement plus
de longueur aux deux petits côtez ; ce
Rectangle , quoique plus grand , sera plus
aisé à faire que dans la construction verticale , parce qu'on le fera toûjours de
quatre pieces , sans que pour cela il en
soit moins solide. Il n'en est pas de même dans la construction ordinaire , car
on est obligé de faire ce Rectangle d'une
seule piece , afin de lui donner toute la
solidité qu'il doit avoir. Les dix Pieces
supprimées par la nouvelle construction,
sont les quatre Pilliers , les cinq Montans,
11. Vol. Je
1218 MERCURE DEFRANCE
le Cercle ou Chassis superieur , toutes ces
pieces sont non-seulement difficiles à faire
par elles-mêmes , mais encore difficiles à
ajuster pour les faire cadrer avec solidité
et précision , les unes avec les autres.
Outre la suppression des pieces dont
je viens de parler , il y a encore une diminution d'ouvrage assez considerable
dans les Chappes des Remontoirs et dans
les Coqs qui soutiennent la verge des
palettes ; desorte que dans l'Horloge ho
risontale composée de roues de même
grandeur, il y aura environ un tiers moins
d'ouvrages que dans le Vertical ; d'où il §
s'ensuit que le premier ne coûtera que
deux mille livres , lorsque le dernier en couteroit trois.
ཏི
Non-seulement la nouvelle Horloge
est plus simple, mais encoreelle est meil
leure et de plus longue durée que l'an
cienne, à cause que les frottemens y sont considerablement diminuez , et c'est ce
que jespere démontrer par le Problêmequi suit, et que j'appliquerai à la nouvelle construction.
Problême de Mécanique.
Une rone étant donnée avec son tambour
on Cilindre de même diametre , dont l'Arbre sera posé horisontalement, trouver deux
M. Vola points
JUIN. 17320 1373
points à la circonference de la roue , ausquels on・puisse placer un pignon , de telle
sorte que dans l'un l'action d'un poids ap
pliqué au cilindre par le moyen d'une cor- de soit zero sur l'arbre de la roue ,
et
dans l'autre que l'action de ce même poids
soit double de sa pesanteur sur le même
arbre.
.
passer une
Je suppose que la roue A. B. est don
née et que son Arbre est posé horisontalement; si par le centre et la circonfes
rence de cette Rože , on fait
ligne horisontale prolongée de part et
d'autre je dis que cette ligne conpera la circonference de la Rone aux deux points.
requis par les conditions du Problême.
FIG. I. Il est évident que les cordes
qui soutiennent des poids sont toûjours
Verticales , donc la corde A. C. qui soutient le poids P. est perpendiculaire à la -
ligne horizontale. B.
Ayant supposé le diametre du Tambour ;
égal au diametre de la Roue , je puis ap pliquer la corde à la circonference de la
Roue , sans rien changer à la proposi
tion.
FIG. II. La Róüe A. B. ayant son
point d'appui sur le pignon D. et au
point S. il s'ensuit necessairement que
l'action du poids P. sera zero sur l'Axe
Ila Vol de
1320 MERCURE DE FRANCE
de la Roüe , puisque la ligne de direction de la corde passe par le point S.
point d'appui de la Roue.
FIG. III. La même Roue A. B. ayant
son point d'appui sur le même Pignon
D. transporté au côté opposé , il s'ensuivra necessairement que l'action du
poids P. ( sur l'Arbre de la Roüe ) sera
du double de sa pesanteur; cela est évident, puisque la ligne S. A. est double
de la ligne S. E. ce qu'il falloit démontrer..
Premier Corolaire.
Il suit évidemment de ce qui vient
d'être démontré , que le Pignon étant
placé dans un point quelconque de la
demi-circonference A. A. l'action du poids.
sur l'Axe E. sera toûjours moindre que
sa pesanteur absoluë.
Au contraire le Pignon étant placé
dans un point quelconque de la demi- cir
conference opposée , l'action du poids sur
l'Axe E. sera plus grande que sa pesanteur absolue , d'où il suit encore qu'on
doit toûjours faire passer la corde entre
l'Axe du Pignon et celui de la Roüe , et
perpendiculairement à un plan qui passeroit par les deux Axes. Cette disposition de la corde est si avantageuse, qu'on
doit la mettre en usage , non seulement:
II. Vol. dans.
JUIN. 1732 1327
Fig.10.
€
E
Fig.2.
B
B E
Fig.3.
B
E
A
A
dans les Horloges et les pendules à poids,.. mais encore dans toutes les Machines à
II. Vol.
roles
322 MERCURE DE FRANCE
roües et à poids , excepté celles qui n'ont
qu'un ressort simple , enfermé dans un barillet , comme sont les Pendules à ressort
Deuxième Corolaire.
Il suit encore que l'Axe de la Roue sera
plus ou moins chargé par le poids , suivant le diametre du Cilindre ; desorte
que la corde passant entre les deux Axes ,
celui de la grande Roue sera toûjours
chargé d'une quantité plus petite que la
totalité du poids au contraire , en fai
sant passer la corde du côté opposé , l'Axe
de la Roüe sera toûjours chargé d'une
plus grande quantité que la totalité du
poids.
Comme dans l'Horloge horisontale les
'Axes des Roues sont dans la situation requise par le Problême , il s'ensuivra necessairement que le frottement sur les
Pivots des grandes Roues , sera moins
grand qu'en toute autre position. Cette´
circonstance seule est plus que suffisante
pour rendre la nouvelle construction ab
solument préferable à l'ancienne ; car il
ya de grosses Horloges dont chaque
poids est de mille à douze cens livres
pesant , plus ou moins , selon leur grosseur; il est aisé de s'imaginer que de tels
poids doivent produire de grands frotte1. Vol. mens
JUIN. 1732 13238
mens , et parconsequent une usure continuelle , laquelle détruisant sans cesse
les rapports des engrenages des grandes
Roues d'avec les Roues moyennes , oblige
à des réparations fréquentes , comme de
faire remonter les grandes Roües en rebouchant les troux de leurs Pivots.
de
L'Horloge horisontale ne sera nulle
ment sujette aux réparations que je viens
remarquer , on pourra même l'incliner de quelques degrez, afin que les poids
dirigeant toujours les grandes Roues vers
les Roues moyennes , ils rétablissent sans
cesse l'usure causée par le frottement des
dents des grandes Roües.
Par ce qui vient d'être dit , on doit remarquer que la nouvelle Horloge étant
moins sujette à l'usure, il en coûtera moins
pour l'entretien ; par exemple , si une
Horloge ordinaire coûte par an cent liv.
d'entretien , celle-·cy: n'en coûtera pas -
cinquante:
J'ajoûterai encore qu'elle sera incom--
parablement plus aisée à nettoyer , à cause qu'on pourra démonter les Routes les
unes après les autres ; au lieu que dans
l'ordinaire on est obligé de déplacer trois
Roues et le Montant tout à la fois ; on
est encore obligé de soutenir toutes ces
Pieces avec la main , et dans le même
11. Vol. -temps
1324 MERCURE DE FRANCE
temps , ce qui est assez difficile sur tout
pour les grandes Horloges dont les premieres Roües seules avec leurs fusées , pe
sent quelquefois jusqu'à deux cens livres
desorte qu'il faut plusieurs hommes pour
en démonter une.
Remarques.
La solution du Problême est exactement vraye dans le cas où le Pignon est
dans un repos absolu , mais lorsqu'il tourne , le frottement diminue sur l'Axe de
là Roue , à mesure que la vitesse du Piè
gnon est augmentée.
Comme cette circonstance ne touche
aucun des avantages réunis dans la position horisontale , j'ai négligé d'y avoir
égard dans la résolution du Problême ,
afin de le simplifier ; cependant je croi
qu'il est à propos de mettre sous les yeux
la question dont il s'agit , quoiqu'elle ne
soit ici que de pure curiosité.
10. Je suppose que la résistance du
Pignon est zero , et que le poids qui le
fait tourner au moyen de la Rouie , tombe aussi vite qu'il le feroit , s'il tomboit
dans l'air libre.
2°. Je suppose qu'un poids tombant
dans l'air libre , a une vitesse uniforme
et que cette vitesse est égale à celle du
5
II. Vol son ,
JUIN. 1732. 1325
son, laquelle parcourt environ 90. toises
par seconde.
39, Je suppose que le Pignon appliqué
à la Roue de sonnerie fait un tour en
deux secondes, et que le même Pignon
appliqué au mouvement, fait son tour en un demi quart d'heure.
par
En place des differentes résistances que
le Pignon oppose à être mû , je substi
tuerai la suite les espaces parcourus
par le poids , il est évident que cette substitution ne changera rien à l'état de la
proposition.
Or si le poids appliqué à la Roiie de
sonnerie parcourt trois pouces en deux
secondes , et si tombant dans l'air libreil parcourt dans le même temps 180..
toises , on aura par le calcul 30 égal à la
diminution du frottement sur l'Axe de
la Roue de sonnerie.
Si le poids appliqué à la Roue du
mouvement , parcourt trois pouces en
un demi quart d'heure , tombant dans
l'air libre , il parcourra dans le même
temps 13500. toises , ce qui donnera par
le calcul 972200 égal à la diminution du
frottement sur la Roue du mouvement.
3
Comme il est évidemment très-avantageux de faire les Horloges aux quarts ,
suivant la nouvelle construction , j'ai crû
11. Vol qu'il
326 MERCURE DE FRANCE
2 qu'il étoit inutile d'en faire un article
separé , à cause qu'il est très-aisé de s’imaginer que pour faire une Horloge aux
quarts , suivant la construction horisontale , il ne faut que le seul Chassis inferieur d'une Horloge aux quarts , mais un
peu plus grand que dans la construction
ordinaire , et placer toutes les Roües dessus , comme dans l'Horloge simple, D'ail
leurs ceux qui souhaiteront avoir des instructions plus particulieres ou faire faire
de ces sortes d'Ouvrages , pourront en
voir un Modele , ( rue Bribouché ) chez
M. Roussel , qui est très habile Horloger er generalement versé dans tout ce
qui concerne les Horloges dont je viens
de parler.
grosses Horloges , non- seulement plus simples que celles que l'on a faites jusqu'à
present, mais encore d'un meilleur usage
et à meilleur marché. Memoire la à la
Societé des Arts le 23. Mars dernier,
par M.Julien le Roy, Horloger du Roy.
et de la même Societé.
Q
Uand on s'applique à considerer une
Machine à dessein de la perfectionner , il n'est guere en notre pouvoir de
nous former des idées pour réussir dans
le projet et dans l'execution , et cela à
cause que nous ne pouvons nous repré- senter les idées que nous n'avons jamais II. Vol. euës
JUIN. 1732. 1313
eues ; au contraire , il est très- aisé de nous
rappeller celles dont nous avons déja eu
la connoissance ; de- là vient qu'il est si
aisé de copier la plupart des Machines
et qu'il est si difficile et si rare d'en inventer de nouvelles..
>
Si notre imagination et nos lumieres
ne peuvent pas toûjours nous fournir des
idées neuves et de quelque usage , et que
ce soit presque toûjours le hazard qui
nous les fasse appercevoir , on ne doit
point être surpris si les progrès des Arts
sont si lents , puisque ces mêmes progrès
sont le plus souvent l'ouvrage du hazard,
que la refléxion met en œuvre. Cette nouvelle construction est un exemple sensible de ce que je viens d'avancer , elle est
si simple et si avantageuse , qu'on doit
être surpris qu'elle ait échappé à tant
d'habiles Horlogers qui ont travaillé et
médité avant moi sur cette matiere.
proQuoiqu'il soit aisé d'appercevoir tous
les avantages qui se trouvent réunis
par la nouvelle maniere , je ne la
poserai qu'après avoir donné une description en abregé de celle qui est en usage afin qu'on soit en état de les comparer l'une avec l'autre , et de juger laquelle
mérite la préference.
>
II. Vol. C v Des-
1314 MERCURE DE FRANCE
Description en abregé d'une grosse Horloge
telle que celle de l'Hôtel de Ville ou de
S. Paul, de Paris.
Le Corps de l'Horloge est composé
d'une Cage qui contient huit Roiies ,
quatre pour le Mouvement , et quatre
pour la Sonnerie, il y a de plus la Détente , la Bascule , la Verge des Palettes et
le Volant.
Les Roues duMouvement sont la grande Roue , la Roue du Remontoir , la
Roie moyenne et la Roiie de rencontre.
Les Roues de la sonnerie sont la grande
Roiie , celle du Remontoir , la Roue
moyenne ou de Cercle , et la Roue de
Compte.
La Bascule est faite à peu près comme
le fleau d'une balance , elle sert à élever
un Marteau plus ou moins gros , selon
la cloche sur laquelle il doit frapper.
La Détente est composée de son Arbre
et de trois branches , dont la premiere se
nommePied de- Biche , à cause qu'elle est
brisée par le bout , une cheville attachée
à la croisée de la grande Roue du Mouvement sert à lever le Pied- de- Biche à
toutes les heures pour faire sonner l'Hor
loge.
La deuxième branche se nomme le Coq ;
II. Vol son
JUIN. 1732.
*
1315
son usage est d'arrêter la sonnerie immé--
diatementaprès que les heures ont sonné.
La troisiéme branche dont le bout est
formé en crochet , s'appelle Compteur ,
elle s'appuye sur la Roue de Compte , à
la circonference de laquelle il y a des entailles distantes les unes des autres , suivant les nombres naturels 1.2.3.jusqu'à 12.
Tant que le Compteur s'appuye sur la circonference de la Roue de Compte, l'Horloge continuë de sonner jusqu'à ce que
ce même Compteur soit entré dans l'une des douze entailles de ladite Roüe. Je ne
décrirai point les Pignons ou Lenternes ,
parce que leur usage est assez connu.
La Cage est composée de onze pieces ;
sçavoir , de quatre Pilliers , de deux Chas
sis , l'un superieur et l'autre inferieur ,
lesquels je nommerai dans la suite ( Pa
rallelogramme rectangle , ) et de cinq"
Montans. Chaque Chassis ou Rectangle
a une mortoise ou entaillé à chacun de
ses Angles propres pour recevoir d'autres mortoises ou entailles , faites auxi
extremitez de chaque Pillier ; desorte
que les Pilliers s'enclavent dans les deux
Rectangles , au moyen de quatre clavettes
qui servent à serrer le Rectangle superieur contre les Pilliers. Au milieu de
chaque Rectangle est placée une traverse
14 Volo Cvj. qui
1316 MERCURE DE FRANCE
qui sert à affermir le Montant du milieu.
Deux autres Montans sont placez au
milieu des petits côtez des Rectangles ;
desorte que ces trois Montans sont placez
sur la même ligne et vis-à- vis les úns des
autres leur usage , est de soutenir les
Roues de la sonnerie et celles du Mouvêment.
Le quatriéme Montant est placé sur
l'un des deux grands côtez des Rectangles ; son usage est de soutenir la Roue de
Compte et le Pignon qui la fait tourner.
La Verge des Palettes est soutenuë par
deux Coqs , à une distance convenable
de la Roue de rencontre ; l'un de ces
Coqs soutient aussi la Verge du Pendule.
Le cinquiéme Montant est opposé au
Montant qui porte la Roue de Compte ;
son usage est de porter la Roue de Cadran et l'Etoile qui doit la faire tourner.
Je finis cette Description par le Volant,
c'est un Arbre qui porte un Pignon à
l'un de ses bouts , et à l'autre il y a un
Pivot qui débordé le Montant du côté
de la sonnerie ; sur ce Pivot tournent
deux Palettes de taule , lesquelles sont
plus ou moins grandes , suivant qu'on
veut faire sonner l'Horloge plus vite ou
plus lentement.
"
II. Vol. Now-
JUIN. 1732. 13177
Nouvelle construction de grosses Horloges ,
dans lesquelles tous les Arbres des Roues.
sont placez sur un Rectangle posé hori- sontalement.
Pour distinguer les deux constructions,
je nommerai celle qui est en usage , Horloge Verticale , à cause que les Roiies y
sont placées entre des plans verticaux , et
la nouvelle horisontale , à cause , que ses
Roues sont placées sur un Parallelograme rectangle , posé horisontalement.
En posant toutes les Roües sur un Rec--
tangle , de onze pieces , dont la Cage est
composée dans la construction ordinaire,
j'en supprime dix , et je ne retiens que le
Rectangle inferieur , que je fais un peu
plus grand , en donnant seulement plus
de longueur aux deux petits côtez ; ce
Rectangle , quoique plus grand , sera plus
aisé à faire que dans la construction verticale , parce qu'on le fera toûjours de
quatre pieces , sans que pour cela il en
soit moins solide. Il n'en est pas de même dans la construction ordinaire , car
on est obligé de faire ce Rectangle d'une
seule piece , afin de lui donner toute la
solidité qu'il doit avoir. Les dix Pieces
supprimées par la nouvelle construction,
sont les quatre Pilliers , les cinq Montans,
11. Vol. Je
1218 MERCURE DEFRANCE
le Cercle ou Chassis superieur , toutes ces
pieces sont non-seulement difficiles à faire
par elles-mêmes , mais encore difficiles à
ajuster pour les faire cadrer avec solidité
et précision , les unes avec les autres.
Outre la suppression des pieces dont
je viens de parler , il y a encore une diminution d'ouvrage assez considerable
dans les Chappes des Remontoirs et dans
les Coqs qui soutiennent la verge des
palettes ; desorte que dans l'Horloge ho
risontale composée de roues de même
grandeur, il y aura environ un tiers moins
d'ouvrages que dans le Vertical ; d'où il §
s'ensuit que le premier ne coûtera que
deux mille livres , lorsque le dernier en couteroit trois.
ཏི
Non-seulement la nouvelle Horloge
est plus simple, mais encoreelle est meil
leure et de plus longue durée que l'an
cienne, à cause que les frottemens y sont considerablement diminuez , et c'est ce
que jespere démontrer par le Problêmequi suit, et que j'appliquerai à la nouvelle construction.
Problême de Mécanique.
Une rone étant donnée avec son tambour
on Cilindre de même diametre , dont l'Arbre sera posé horisontalement, trouver deux
M. Vola points
JUIN. 17320 1373
points à la circonference de la roue , ausquels on・puisse placer un pignon , de telle
sorte que dans l'un l'action d'un poids ap
pliqué au cilindre par le moyen d'une cor- de soit zero sur l'arbre de la roue ,
et
dans l'autre que l'action de ce même poids
soit double de sa pesanteur sur le même
arbre.
.
passer une
Je suppose que la roue A. B. est don
née et que son Arbre est posé horisontalement; si par le centre et la circonfes
rence de cette Rože , on fait
ligne horisontale prolongée de part et
d'autre je dis que cette ligne conpera la circonference de la Rone aux deux points.
requis par les conditions du Problême.
FIG. I. Il est évident que les cordes
qui soutiennent des poids sont toûjours
Verticales , donc la corde A. C. qui soutient le poids P. est perpendiculaire à la -
ligne horizontale. B.
Ayant supposé le diametre du Tambour ;
égal au diametre de la Roue , je puis ap pliquer la corde à la circonference de la
Roue , sans rien changer à la proposi
tion.
FIG. II. La Róüe A. B. ayant son
point d'appui sur le pignon D. et au
point S. il s'ensuit necessairement que
l'action du poids P. sera zero sur l'Axe
Ila Vol de
1320 MERCURE DE FRANCE
de la Roüe , puisque la ligne de direction de la corde passe par le point S.
point d'appui de la Roue.
FIG. III. La même Roue A. B. ayant
son point d'appui sur le même Pignon
D. transporté au côté opposé , il s'ensuivra necessairement que l'action du
poids P. ( sur l'Arbre de la Roüe ) sera
du double de sa pesanteur; cela est évident, puisque la ligne S. A. est double
de la ligne S. E. ce qu'il falloit démontrer..
Premier Corolaire.
Il suit évidemment de ce qui vient
d'être démontré , que le Pignon étant
placé dans un point quelconque de la
demi-circonference A. A. l'action du poids.
sur l'Axe E. sera toûjours moindre que
sa pesanteur absoluë.
Au contraire le Pignon étant placé
dans un point quelconque de la demi- cir
conference opposée , l'action du poids sur
l'Axe E. sera plus grande que sa pesanteur absolue , d'où il suit encore qu'on
doit toûjours faire passer la corde entre
l'Axe du Pignon et celui de la Roüe , et
perpendiculairement à un plan qui passeroit par les deux Axes. Cette disposition de la corde est si avantageuse, qu'on
doit la mettre en usage , non seulement:
II. Vol. dans.
JUIN. 1732 1327
Fig.10.
€
E
Fig.2.
B
B E
Fig.3.
B
E
A
A
dans les Horloges et les pendules à poids,.. mais encore dans toutes les Machines à
II. Vol.
roles
322 MERCURE DE FRANCE
roües et à poids , excepté celles qui n'ont
qu'un ressort simple , enfermé dans un barillet , comme sont les Pendules à ressort
Deuxième Corolaire.
Il suit encore que l'Axe de la Roue sera
plus ou moins chargé par le poids , suivant le diametre du Cilindre ; desorte
que la corde passant entre les deux Axes ,
celui de la grande Roue sera toûjours
chargé d'une quantité plus petite que la
totalité du poids au contraire , en fai
sant passer la corde du côté opposé , l'Axe
de la Roüe sera toûjours chargé d'une
plus grande quantité que la totalité du
poids.
Comme dans l'Horloge horisontale les
'Axes des Roues sont dans la situation requise par le Problême , il s'ensuivra necessairement que le frottement sur les
Pivots des grandes Roues , sera moins
grand qu'en toute autre position. Cette´
circonstance seule est plus que suffisante
pour rendre la nouvelle construction ab
solument préferable à l'ancienne ; car il
ya de grosses Horloges dont chaque
poids est de mille à douze cens livres
pesant , plus ou moins , selon leur grosseur; il est aisé de s'imaginer que de tels
poids doivent produire de grands frotte1. Vol. mens
JUIN. 1732 13238
mens , et parconsequent une usure continuelle , laquelle détruisant sans cesse
les rapports des engrenages des grandes
Roues d'avec les Roues moyennes , oblige
à des réparations fréquentes , comme de
faire remonter les grandes Roües en rebouchant les troux de leurs Pivots.
de
L'Horloge horisontale ne sera nulle
ment sujette aux réparations que je viens
remarquer , on pourra même l'incliner de quelques degrez, afin que les poids
dirigeant toujours les grandes Roues vers
les Roues moyennes , ils rétablissent sans
cesse l'usure causée par le frottement des
dents des grandes Roües.
Par ce qui vient d'être dit , on doit remarquer que la nouvelle Horloge étant
moins sujette à l'usure, il en coûtera moins
pour l'entretien ; par exemple , si une
Horloge ordinaire coûte par an cent liv.
d'entretien , celle-·cy: n'en coûtera pas -
cinquante:
J'ajoûterai encore qu'elle sera incom--
parablement plus aisée à nettoyer , à cause qu'on pourra démonter les Routes les
unes après les autres ; au lieu que dans
l'ordinaire on est obligé de déplacer trois
Roues et le Montant tout à la fois ; on
est encore obligé de soutenir toutes ces
Pieces avec la main , et dans le même
11. Vol. -temps
1324 MERCURE DE FRANCE
temps , ce qui est assez difficile sur tout
pour les grandes Horloges dont les premieres Roües seules avec leurs fusées , pe
sent quelquefois jusqu'à deux cens livres
desorte qu'il faut plusieurs hommes pour
en démonter une.
Remarques.
La solution du Problême est exactement vraye dans le cas où le Pignon est
dans un repos absolu , mais lorsqu'il tourne , le frottement diminue sur l'Axe de
là Roue , à mesure que la vitesse du Piè
gnon est augmentée.
Comme cette circonstance ne touche
aucun des avantages réunis dans la position horisontale , j'ai négligé d'y avoir
égard dans la résolution du Problême ,
afin de le simplifier ; cependant je croi
qu'il est à propos de mettre sous les yeux
la question dont il s'agit , quoiqu'elle ne
soit ici que de pure curiosité.
10. Je suppose que la résistance du
Pignon est zero , et que le poids qui le
fait tourner au moyen de la Rouie , tombe aussi vite qu'il le feroit , s'il tomboit
dans l'air libre.
2°. Je suppose qu'un poids tombant
dans l'air libre , a une vitesse uniforme
et que cette vitesse est égale à celle du
5
II. Vol son ,
JUIN. 1732. 1325
son, laquelle parcourt environ 90. toises
par seconde.
39, Je suppose que le Pignon appliqué
à la Roue de sonnerie fait un tour en
deux secondes, et que le même Pignon
appliqué au mouvement, fait son tour en un demi quart d'heure.
par
En place des differentes résistances que
le Pignon oppose à être mû , je substi
tuerai la suite les espaces parcourus
par le poids , il est évident que cette substitution ne changera rien à l'état de la
proposition.
Or si le poids appliqué à la Roiie de
sonnerie parcourt trois pouces en deux
secondes , et si tombant dans l'air libreil parcourt dans le même temps 180..
toises , on aura par le calcul 30 égal à la
diminution du frottement sur l'Axe de
la Roue de sonnerie.
Si le poids appliqué à la Roue du
mouvement , parcourt trois pouces en
un demi quart d'heure , tombant dans
l'air libre , il parcourra dans le même
temps 13500. toises , ce qui donnera par
le calcul 972200 égal à la diminution du
frottement sur la Roue du mouvement.
3
Comme il est évidemment très-avantageux de faire les Horloges aux quarts ,
suivant la nouvelle construction , j'ai crû
11. Vol qu'il
326 MERCURE DE FRANCE
2 qu'il étoit inutile d'en faire un article
separé , à cause qu'il est très-aisé de s’imaginer que pour faire une Horloge aux
quarts , suivant la construction horisontale , il ne faut que le seul Chassis inferieur d'une Horloge aux quarts , mais un
peu plus grand que dans la construction
ordinaire , et placer toutes les Roües dessus , comme dans l'Horloge simple, D'ail
leurs ceux qui souhaiteront avoir des instructions plus particulieres ou faire faire
de ces sortes d'Ouvrages , pourront en
voir un Modele , ( rue Bribouché ) chez
M. Roussel , qui est très habile Horloger er generalement versé dans tout ce
qui concerne les Horloges dont je viens
de parler.
Fermer
Résumé : NOUVELLE Maniere de construire de grosses Horloges, non-seulement plus simples que celles que l'on a faites jusqu'à present, mais encore d'un meilleur usage et à meilleur marché. Memoire lû à la Société des Arts le 29. Mars dernier, par M. Julien le Roy, Horloger du Roy et de la même soiciété.
M. Julien le Roy, horloger du Roi et membre de la Société des Arts, propose une nouvelle méthode de construction des grandes horloges, plus simple, efficace et économique que les précédentes. Il souligne la difficulté d'innovation dans les arts mécaniques, souvent due au manque d'imagination et à la dépendance au hasard. Les grandes horloges traditionnelles, comme celles de l'Hôtel de Ville ou de Saint-Paul à Paris, sont composées de huit roues (quatre pour le mouvement et quatre pour la sonnerie) et divers mécanismes tels que la bascule, la détente, la verge des palettes et le volant. La nouvelle méthode, appelée 'horloge horizontale', simplifie cette structure en supprimant dix des onze pièces de la cage traditionnelle, ne conservant que le rectangle inférieur. Cette simplification réduit les frottements et l'usure, augmentant ainsi la durée de vie de l'horloge et diminuant les coûts d'entretien. La disposition horizontale des roues minimise les forces de frottement, comme démontré par un problème de mécanique. L'horloge horizontale est également plus facile à démonter et à nettoyer, facilitant les réparations et l'entretien. Le Roy affirme que cette nouvelle méthode est préférable à l'ancienne, tant en termes de coût que de durabilité. L'auteur reconnaît avoir simplifié le problème en négligeant certains avantages de la position horizontale. Il présente plusieurs hypothèses pour résoudre ce problème : la résistance du pignon est nulle, un poids tombant dans l'air libre a une vitesse uniforme de 90 toises par seconde, et le pignon appliqué à la roue de sonnerie fait un tour en deux secondes, tandis que celui appliqué au mouvement fait un tour en un demi-quart d'heure. Il substitue les différentes résistances du pignon par les espaces parcourus par le poids, ce qui ne change pas l'état de la proposition. Il calcule la diminution du frottement sur l'axe de la roue de sonnerie et sur la roue du mouvement. Il conclut qu'il est avantageux de construire des horloges aux quarts selon la nouvelle méthode horizontale et fournit des informations sur où obtenir des instructions ou des modèles de ces horloges.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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448
449
p. 1390-1395
LETTRE écrite de Sens le 10. Mai 1732. à l'occasion d'une grosse Horloge nouvellement construite dans cette Ville.
Début :
Je serai charmé, Monsieur, si je puis satisfaire votre curiosité [...]
Mots clefs :
Horloge, Sens, M. le Faucheur, Pilastre, Cage, Cadran
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Sens le 10. Mai 1732. à l'occasion d'une grosse Horloge nouvellement construite dans cette Ville.
LETTRE écrite de Sens le ro. Mai
1732 à l'occafion d'une grosse Horloge
nouvellement construite dans cette Ville.
E serai charmé , "Monsieur , si je puis:
satisfaire votre curiosité , en vous donnant une simple idée de notre nouvelleHorloge de Sens , et si vous trouvez du
raport avec ce qu'on vous en a.dejà dit ;
* je ne doute point que vous ne continuïez
d'admirer ce bel Ouvrage , dont le merite consiste plus dans une juste proportion de toutes les parties , et dans une
soigneuse recherche de l'Art , pour la
perfection et la durée d'une Horloge de
clocher , que dans une multiplicité de
machines , qui sont ou doivent être regardées comme étrangeres à l'horlogerie.
L'auteur ( M. le Faucheur , Maître
Horloger de Paris , rue de la Verrerie au
Roi de France ) s'est principalement at
taché , dans sa composition , à pouvoir
satisfaire les personnes les plus difficiles
à l'égard de la mesure du tems , qui est ,
selon moi , tout ce qu'on doit exiger ; elle
marque le tems vrai , et le tems moyen
par son grand cadran qui orne toute la
fate du portail de notre Eglise Cathe
dr ale.
11. Koh L'Hor
JUIN. 1732. 1393
L'Horloge a été placée à la fin de l'année derniere dans le même lieu qu'étoit
l'ancienne la cage est tres- propre , chaque pilastre est orné d'une base et
d'un chapiteau d'Architecture
:
-
avec و
un vase au dessus. Les roues sont
aussi de cuivre , et tres fortes , bien
écrouées , tournées et polies sur leurs arbres , dont les pivots , pignons et lanternes sont d'acier , tournés , finis et finis et po
lis avec tout le soin possible , pour éviter les frotemens et pour donner une
plus grande facilité à toutes les piéces de mouvoir.
- L'échapement , aussi bon qu'ingénieux,
est à rocher , composé de deux leviers ,
chacun sur une verge, ou arbre different,
faisant un angle d'environ 45. degrez ;.
ces deux leviers ou palettes , qui portent
près de 5. pouces et demi de longueur ,
agissent l'un après l'autre par le moyen
de deux portions de roues qui engren
nent l'une dans l'autre ; l'arbre d'un de.
ces leviers porte la fourchette ; la longueur du Pendule est de plus de six pieds
et la lentille pese environ 30. livres ,.
avec une suspension tres solide et naturelle , sans que l'on ressente de dureté
dans les vibrations ; cet échapement est
tres-doux et marche avec tres-peu de
II. Vol. poids3
1393 MERCURE DE FRANCE
poids ; la piéce va également avec différentes pesanteurs , c'est- à- dire , depuis 14.
livres jusqu'à plus de 100. Je puis l'assurer, en ayant vu faire l'expérience dans
le tems que M. le Faucheur la regioit
ce qui est une preuve évidente que les
frottemens ne produiront aucune varia
tion par la régularité de celle- cy ; puisque differentes forces ne produisent au
cun effet sur le Pendule.
Le mouvement peut aller plus de 100 heures sans le remonter ; il conduit 4
Cadrans à la fois dont le principal est
éloigné de 150. pieds au moins ; et quoique les conduites fassent beaucoup d'équerre ou angle , excepté celles de naissance ; il n'y a ni roues ni molertes , afin
d'éviter le jeu qu'elles donneroient à l'Eguille par leur multiplication ; ce sont
deux demi Cercles rivez sur les Tringles
qui portent dans leur section les Pivots
d'une Croix , et qui tournent à chaque
Angle , sans prendre aucun jeu ; ce qu'on
ne peut pas éviter avec les engrenages.
Le grand Cadran est curieux par sa
construction nouvelle et solide , par sa
grandeur et par ses effets ; il est de treize
pieds et demi de diamettre ; les heures:
sont d'une composition d'Email- et de
Fayence , en 12 cartouches et 12. autres
LI. Vol. petits
JUIN.. 1732. 1397
petits pour les demies ; les chiffres sont
bleus sur fond blanc et portent près de
30. pouces ; chaque Cartouche est armé -
de fer et retenu par des vis et des écrous dés
tout le reste est à jour rempli d'ornemens
de Serrurerie et Fleurons de Cuivre doré;
le fond du milieu est de même matiere
pour résister aux injures du temps. On
peint dessus un Paysage et des Montagnes en lointain , au-dessus desquelles
paroît la Lune , qui a 2. pieds de diamétre et marque ses differentes faces , et son
quantiéme , avec beaucoup de régularité,
faisant sa révolution en 29. jours et demi
45. minutes.
Au- dessous de ce grand Cadran , entre
les deux Tours , il y a une grande Ro--
sette , et de chaque côté deux especes de
Vitraux , dans lesquels on a fait au milieu une ouverture perpendiculaire d'en
viron 13. à 14. pieds de hauteur , sur
4. pouces de largeur pour passer un arbre de fer , qui porte un Soleil de Cuivre
doré, lequel parcourant dans une année
cette ouverture , marque d'un côté à chaque jour,l'heure qu'il se leve et se couche,
et de l'autre côté Equation de l'Horloge ; c'est- à- dire , les avances ou retards.
que fait chaque jour le Soleil en passant par le Meridien ; ce qui fait la
II. Vol. diffe
1394 MERCURE DE FRANCE
difference du temps vrai et du temps
moyen; la quadrature qui fait mouvoir tout
cela est très-curieuse ; ce sont deux grands
Leviers de fer qui portent d'un bout une
portion de Cercle , et de l'autre bout une
Poulie de Métail , qui , en appuyant sur
une Courbe fixée à la grande Roüe an-.
nuelle , donne chaque jour les variations
solaires pour l'Equation d'un côté , et le
lever et le coucher de l'autre. Cette Roue
annuelle a 4 pieds 2. pouces de diamétre.
les Mois et les Signes sont marquez sur son
Cercle , divisez par quantiéme et par degrez ; ainsi on peut voir dans quel Signe
entre le Soleil et à quel degré de hauteur il est chaque jour.
Afin de soulager le Mouvement de
l'Horloge dans la conduite de ces differentes Machines , il y a un Rouleau sur
F'arbre de la roue annuelle , avec un poids
qui fait marcher toute la quadrature et les
conduites , ainsi le Mouvement n'a aucune peine et va avec très - peu de poids:-
car avec 60. livres moufflées , il a marché
très- régulierement pendant quatre mois,
quoiqu'il menât toutes les conduites des
Cadrans et la quadrature de la Lune ,
qui est fort pesante ; enfin il faut avoüer
que tout est bien ajusté et bien libre , il
y a plusieurs grandes Poulies jointes aux II. Vol. Leviers
JUIN. 17321 1393
Leviers dont je ne vous parle point , pour
abreger.
Je puis dire,à la loüange de M* Baudry,
notre Maire de Ville , et de Mr ses Col
legues , que nous verrons peu de leur
successeurs, chercher avec autant de soin,
les commoditez et l'embellissement de la
Ville qu'ils l'ont fait dans cette occasion ,
sans qu'il en coûte rien au public. Je suis,
Monsieur , &c.
1732 à l'occafion d'une grosse Horloge
nouvellement construite dans cette Ville.
E serai charmé , "Monsieur , si je puis:
satisfaire votre curiosité , en vous donnant une simple idée de notre nouvelleHorloge de Sens , et si vous trouvez du
raport avec ce qu'on vous en a.dejà dit ;
* je ne doute point que vous ne continuïez
d'admirer ce bel Ouvrage , dont le merite consiste plus dans une juste proportion de toutes les parties , et dans une
soigneuse recherche de l'Art , pour la
perfection et la durée d'une Horloge de
clocher , que dans une multiplicité de
machines , qui sont ou doivent être regardées comme étrangeres à l'horlogerie.
L'auteur ( M. le Faucheur , Maître
Horloger de Paris , rue de la Verrerie au
Roi de France ) s'est principalement at
taché , dans sa composition , à pouvoir
satisfaire les personnes les plus difficiles
à l'égard de la mesure du tems , qui est ,
selon moi , tout ce qu'on doit exiger ; elle
marque le tems vrai , et le tems moyen
par son grand cadran qui orne toute la
fate du portail de notre Eglise Cathe
dr ale.
11. Koh L'Hor
JUIN. 1732. 1393
L'Horloge a été placée à la fin de l'année derniere dans le même lieu qu'étoit
l'ancienne la cage est tres- propre , chaque pilastre est orné d'une base et
d'un chapiteau d'Architecture
:
-
avec و
un vase au dessus. Les roues sont
aussi de cuivre , et tres fortes , bien
écrouées , tournées et polies sur leurs arbres , dont les pivots , pignons et lanternes sont d'acier , tournés , finis et finis et po
lis avec tout le soin possible , pour éviter les frotemens et pour donner une
plus grande facilité à toutes les piéces de mouvoir.
- L'échapement , aussi bon qu'ingénieux,
est à rocher , composé de deux leviers ,
chacun sur une verge, ou arbre different,
faisant un angle d'environ 45. degrez ;.
ces deux leviers ou palettes , qui portent
près de 5. pouces et demi de longueur ,
agissent l'un après l'autre par le moyen
de deux portions de roues qui engren
nent l'une dans l'autre ; l'arbre d'un de.
ces leviers porte la fourchette ; la longueur du Pendule est de plus de six pieds
et la lentille pese environ 30. livres ,.
avec une suspension tres solide et naturelle , sans que l'on ressente de dureté
dans les vibrations ; cet échapement est
tres-doux et marche avec tres-peu de
II. Vol. poids3
1393 MERCURE DE FRANCE
poids ; la piéce va également avec différentes pesanteurs , c'est- à- dire , depuis 14.
livres jusqu'à plus de 100. Je puis l'assurer, en ayant vu faire l'expérience dans
le tems que M. le Faucheur la regioit
ce qui est une preuve évidente que les
frottemens ne produiront aucune varia
tion par la régularité de celle- cy ; puisque differentes forces ne produisent au
cun effet sur le Pendule.
Le mouvement peut aller plus de 100 heures sans le remonter ; il conduit 4
Cadrans à la fois dont le principal est
éloigné de 150. pieds au moins ; et quoique les conduites fassent beaucoup d'équerre ou angle , excepté celles de naissance ; il n'y a ni roues ni molertes , afin
d'éviter le jeu qu'elles donneroient à l'Eguille par leur multiplication ; ce sont
deux demi Cercles rivez sur les Tringles
qui portent dans leur section les Pivots
d'une Croix , et qui tournent à chaque
Angle , sans prendre aucun jeu ; ce qu'on
ne peut pas éviter avec les engrenages.
Le grand Cadran est curieux par sa
construction nouvelle et solide , par sa
grandeur et par ses effets ; il est de treize
pieds et demi de diamettre ; les heures:
sont d'une composition d'Email- et de
Fayence , en 12 cartouches et 12. autres
LI. Vol. petits
JUIN.. 1732. 1397
petits pour les demies ; les chiffres sont
bleus sur fond blanc et portent près de
30. pouces ; chaque Cartouche est armé -
de fer et retenu par des vis et des écrous dés
tout le reste est à jour rempli d'ornemens
de Serrurerie et Fleurons de Cuivre doré;
le fond du milieu est de même matiere
pour résister aux injures du temps. On
peint dessus un Paysage et des Montagnes en lointain , au-dessus desquelles
paroît la Lune , qui a 2. pieds de diamétre et marque ses differentes faces , et son
quantiéme , avec beaucoup de régularité,
faisant sa révolution en 29. jours et demi
45. minutes.
Au- dessous de ce grand Cadran , entre
les deux Tours , il y a une grande Ro--
sette , et de chaque côté deux especes de
Vitraux , dans lesquels on a fait au milieu une ouverture perpendiculaire d'en
viron 13. à 14. pieds de hauteur , sur
4. pouces de largeur pour passer un arbre de fer , qui porte un Soleil de Cuivre
doré, lequel parcourant dans une année
cette ouverture , marque d'un côté à chaque jour,l'heure qu'il se leve et se couche,
et de l'autre côté Equation de l'Horloge ; c'est- à- dire , les avances ou retards.
que fait chaque jour le Soleil en passant par le Meridien ; ce qui fait la
II. Vol. diffe
1394 MERCURE DE FRANCE
difference du temps vrai et du temps
moyen; la quadrature qui fait mouvoir tout
cela est très-curieuse ; ce sont deux grands
Leviers de fer qui portent d'un bout une
portion de Cercle , et de l'autre bout une
Poulie de Métail , qui , en appuyant sur
une Courbe fixée à la grande Roüe an-.
nuelle , donne chaque jour les variations
solaires pour l'Equation d'un côté , et le
lever et le coucher de l'autre. Cette Roue
annuelle a 4 pieds 2. pouces de diamétre.
les Mois et les Signes sont marquez sur son
Cercle , divisez par quantiéme et par degrez ; ainsi on peut voir dans quel Signe
entre le Soleil et à quel degré de hauteur il est chaque jour.
Afin de soulager le Mouvement de
l'Horloge dans la conduite de ces differentes Machines , il y a un Rouleau sur
F'arbre de la roue annuelle , avec un poids
qui fait marcher toute la quadrature et les
conduites , ainsi le Mouvement n'a aucune peine et va avec très - peu de poids:-
car avec 60. livres moufflées , il a marché
très- régulierement pendant quatre mois,
quoiqu'il menât toutes les conduites des
Cadrans et la quadrature de la Lune ,
qui est fort pesante ; enfin il faut avoüer
que tout est bien ajusté et bien libre , il
y a plusieurs grandes Poulies jointes aux II. Vol. Leviers
JUIN. 17321 1393
Leviers dont je ne vous parle point , pour
abreger.
Je puis dire,à la loüange de M* Baudry,
notre Maire de Ville , et de Mr ses Col
legues , que nous verrons peu de leur
successeurs, chercher avec autant de soin,
les commoditez et l'embellissement de la
Ville qu'ils l'ont fait dans cette occasion ,
sans qu'il en coûte rien au public. Je suis,
Monsieur , &c.
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Résumé : LETTRE écrite de Sens le 10. Mai 1732. à l'occasion d'une grosse Horloge nouvellement construite dans cette Ville.
La lettre du 17 mai 1732 relate la construction d'une nouvelle horloge à Sens, réalisée par M. le Faucheur, Maître Horloger de Paris. Cette horloge se distingue par sa juste proportion des parties et sa recherche de perfection et de durée. Elle indique à la fois le temps vrai et le temps moyen grâce à un grand cadran situé sur le portail de l'église cathédrale. Installée à la fin de l'année précédente, l'horloge remplace une ancienne horloge au même emplacement. La cage de l'horloge est soignée, avec des pilastres ornés de bases et de chapiteaux architecturaux, et des vases au-dessus. Les roues sont en cuivre, robustes et bien polies, avec des pivots, pignons et lanternes en acier pour minimiser les frottements. L'échapement, de type à rocher, est composé de deux leviers agissant l'un après l'autre, assurant une marche douce et régulière. Le pendule mesure plus de six pieds et pèse environ 30 livres, avec une suspension solide et naturelle. L'horloge peut fonctionner plus de 100 heures sans remontage et conduit quatre cadrans simultanément, dont le principal est éloigné de 150 pieds. Le grand cadran, de treize pieds et demi de diamètre, est remarquable par sa construction solide et ses ornements. Il affiche les heures en émail et faïence, avec des chiffres bleus sur fond blanc. Une rosace et des vitraux encadrent un arbre de fer portant un soleil doré, marquant l'heure de lever et de coucher du soleil ainsi que l'équation de l'horloge. La quadrature, composée de deux grands leviers, permet de suivre les variations solaires et la position du soleil dans les signes zodiacaux. Un rouleau avec un poids soulage le mouvement de l'horloge, permettant une marche régulière avec peu de poids. La lettre loue également M. Baudry, le maire de Sens, et ses collègues pour leur soin apporté à l'embellissement de la ville sans coût pour le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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450
p. 1912-1929
LETTRE aux Auteurs du Mercure, sur la Réponse insérée dans le Mercure du mois de Mars dernier, à l'Ordonnance de Bacchus.
Début :
Je trouve, Messieurs, une grande inadvertance, presqu'au commencement [...]
Mots clefs :
Ordonnance de Bacchus, Inadvertance, Joigny, Vigne, Soleil, Collines, Vins, Bourgogne, Tribunal bacchique
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE aux Auteurs du Mercure, sur la Réponse insérée dans le Mercure du mois de Mars dernier, à l'Ordonnance de Bacchus.
LETTRE aux Auteurs du Mercure , sur
la Réponse insérée dans le Mercure du
mois de Mars dernier , à l'Ordonnance
de Bacchus.
J
E trouve, Messieurs, une grande inadvertance , presqu'au commencement
de la Réponse en question. Elle paroît
dès la fin de la seconde Période , c'est-àdire , à la page 488 , lig. 6. du Mercure.
Le raisonnement est si louche , que je serois plus volontiers porté à croire , que
celui qui a composé cette Piéce , étoit
moinsattentif à ce qu'il écrivoit , qu'à ce
qu'il avoit envie d'écrire.
Il a , au reste , fort mauvaise grace de
reprocher aux Gens tenans le Conseil du
Dieu
SEPTEMBRE. 1732. 1973
Dieu Bacchus , de n'avoir pas répondu à
ce que Virgile a écrit. Ce Conseil recon-.
noit , avec ce Poëte , que les lieux où il
y a une grande profondeur de terre, sont
meilleurs pour le bled , que les endroits
qui ont peu de fond , et que les superficies moins épaisses , que celles - là , conviennent au vin par préférence. Mais il
ajoute , que c'est abuser du texte Poëtique , que d'en inférer qu'il n'y a que
Joigny qui soit dans le cas d'avoir un territoire propre à la Vigne , ou que son exposition a cette propriété par excellence.
Chacun sçait que c'est un avantage commun à tous les lieux qui ont été les premiers cultivez en Vignes. Ce qui fait le
Vin délicat , c'est que les racines s'étendent plutôt en longueur qu'en profondeur ; mais ce n'est pas toujours ce qui le
fait bon et irreprochable. Il ne mérite pas
cette qualité , dès que cette petite épaisseur de terre est couchée et appliquée sur
des Bancs de craye et de tuf, comme est
le territoire de Joigny , au vû et au sçu
de tout le monde. Loin donc d'ici le prétendu Privilege singulier de cette Ville ;
Privilege exclusif, si on en croit le Député
qui parle pour elle ; mais dont ses habitans ne peuvent se glorifier sans une vaine présomption.
B iij Ce
1914 MERCURE DE FRANCE
Ce Député veut que nous marquions d'un
grand sérieux , ce que nous avons lû des
Poësies du P. Vaniere. Quoique l'Ordonnance de Bacchus l'insinue assez, et qu'il y
soit dit en termes formels, autant qu'une
Ordonnance en style burles quepeut le permettre, que la proposition du Poëte, prise trop généralement est fausse et démen.
tie par l'expérience , on ne laissera pas de
faire encore icy quelques réfléxions. C'est
être en effet scrupuleux jusqu'au ridicule, que de prétendre qu'on doit laisser sans
Vignes , des Côtes qui ne regardent pas
géométriquement le point de Midy en
face,quoique le grain de terre en soit bon;
comme s'il étoit besoin de tirer un allignement , et avoir son quart de cercle en
main lorsqu'on plante une Vigne , de
même que lorsqu'on dresse un Cadran.
Ce même Ecrivain convient qu'il ne faut
pas disputer des faits Or c'est un fait certain et prouvé par l'expérience de quinze
cens ans au moins , que des Côtes qui ne
sont point obverses directement au Midy , mais qui regardent un peu l'Orient ,
ou qui sont tournées vers le déclin du
Soleil , produisent du Vin aussi excellent
et même souvent meilleur que des Coteaux qui font face , en droite ligne , au
point méridional.
II
*
SEPTEMBRE. 1732. 1915.
Il est vrai qu'entre les Vignes situées
obversement au Midy ; il y en a quelquefois qui produisent un vin brulant: Mais si
ce Vin est bon, ce n'est pas toujours à cause
de leur exposition géométrique. C'est le
grain de terre qui fournit la substance
que les ardeurs du Soleil ne font que perfectionner. Un bon fond produit de ses
entrailles un bon raisin ; et c'est la chaleur
de la nuit, aussi bien que celle du jour qui
opere le dégré de maturité qui convient.Il
faut donc éviter de tirer une conclusion
trop generale en matiere de Physique
d'une proposition avancée par un Poëte
qui s'attache plus à rendre son Vers bien
harmonieux , qu'à approfondir les secrets
de la Nature; sans quoy l'on court risque
de tomber dans le Sophisme , qui prend
pour cause , ce qui n'est point cause. Une
preuve de cela , est que si c'étoit la plus
grande chaleur , tombant à plomb, qui
fait le meilleur raisin , il s'ensuivroit qu'il
seroit à propos d'ôter les feuilles de dessus le raisin pour le rendre meilleur ; ce
qu'on n'a garde de faire, parce que l'expe
rience fait connoître qu'une chaleur refléchie ou de réverbération , rend le fruit
plus sain et plus propre à faire de bon Vin,
qu'une chaleur directe.
Mais l'Ecrivain de Joigny est admiraBiiij ble
1916 MERCURE DE FRANCE
ble,lorsqu'il nous dit que le P.Vaniere fait
l'éloge de l'exposition de tout le Vignoble
de Joigny , en marquant le regard vers le
Midy , comme le plus favorable. La Providence, disoit- il au mois de Février 1731 .
nous a bienfavorisez , en nous environnant
de Collines , dont l'exposition nous répond
de la bonté de nos Vignobles. Il semble
que dès qu'une Ville est environnée de
Collines , il est impossible que toutes ces
Collines soient tournées vers le Midy
ou il faut s'abstenir de dire que la Ville
en est environnée , ou bien il faut avouer
qu'il y a de ces Collines qui sont tournées
vers l'Orient , d'autres vers l'Occident, et
d'autres encore autrement. Ce raisonnement louche me persuade que l'Auteur
n'y pensoit pas lorsqu'il a fait l'exclamation , qui contient ce que je viens d'allé
guer, et qu'alors il croyoit être à Auxerre,
qui véritablement est environné de tous les
côtez de Collines , qui produisent un Vin
de soutien, un Vin agréable et salutaire,au
lieu que je suis moralement assuré que les
habitans de Joigny , renieront presque
tout ce qui est au delà de leur Pont , ce
qui certainement comprend plus de la
moitié de l'Hémisphere, par rapport à
leur Ville.
Non seulement l'Ecrivain est refractaire
SEPTEMBRE. 1732. 1917
que
taire à l'Ordonnance de Bacchus , mais
encore il ose lui donner de fausses interprétations. Lorsque Bacchus , par exemple , nomme les Régions basses, moyenne
et supérieure il s'imagine que ce Dieu entend parler de celles de l'air ; et cela pour
avoir le plaisir de dire que cette Divinité
tient un langage qui sent le Copernic , et
qu'elle s'est répandue en propos vagues.
Peut on se figurer , sans être enlevé, comme Gyrano de Bergerac, dans les Régions sublunaires , que les Vignes soient plantées
dans une matiere aussi fluide et légere l'air ;et que la basse Région , dont
Bacchus parle , ne soit pas celle qui est de
niveau avec les Champs et les Prairies ?
Cette Divinité a déclaré , sans ambiguité,
que la moyenne Région d'un côteau , est
cet endroit où se rassemble la portion
la plus nourrissante du sol , après les pluyes,
et que la Région supérieure est celle du
terrain qui reste la plus dénuée de substance nutritive , et qui n'a , pour ainsi
dire , que les os. Le Conseil du Dieu
Bacchus n'a pû être si mal avisé , que de
confondre un Element avec l'autre , et de
prendre l'air pour la terre. Ainsi la remarque , que son langage conviendroit
mieux à un Traité d'Astronomie , qu'à
une déclaration sur la primauté des TerB v ritoires
1918 MERCURE DE FRANCE
ritoires, est mal placée et hors de son lieu.
Mais peut-on pardonner ce qui se lit
dans la page 490 ? Il faut être sujet à des
inattentions extrêmes , pour attribuer au
vulgaire de notre Ville une expresion qui
y est absolument inconnuë, que ni homme, ni femme , ni enfant , n'y ont jamais
employée. L'on s'y sert pour exprimer
l'ustancile en question , du même nom
qu'à Paris. Le Critique a pris , sans doute,
le Dictionnaire des environs de Montbar et de Sainte- Reine , pour le Dictionnaire d'Auxerre. Ce sont deux volumes
si differens , que je puis vous assurer que Benatron n'est pas un terme plus usité
dans le langage de notre Ville , que l'herbe de la Saingeon l'est dans les assaisonnemens, et que l'on n'y entend pas plus parler de l'un que de l'autre.
La Géographie du Défenseur des vins
de Joigny , me paroît aussi être un peu
embroüillée. On voit par ce qu'il dit au
bas de la même page 490. que ce n'est qu'à
regret qu'il avoue que Joigny appartient
au Pays Senonois , et qu'il aimeroit mieux
qu'il fût compris dans l'Auxerrois , afin
d'être de la Bourgogne. Il fait tout ce
qu'il peut pour accrocher sa Ville à cette
Province. Mais les Cartes citées dans l'Ordonnance de Bacchus , y sont contraires ;
et
SEPTEMBRE 1732. 1919
et contre cela point d'Appel. Ceux qui
sçavent l'origine des Impositions , n'ignorent point que le Pont de Joigny a
été regardé comme le premier sur la Riviere d'Yonne,qui soit situé dans la France , et que la formalité que ce Pont occasionne , vient de cette diversité de Territoire. Ainsi c'est encore une faute qui
s'est glissée dans le Memoire inseré dans
le Mercure du mois de Mars dernier ,
lorsqu'on y lit à la page 550. au sujet du
sieur Ferrand , celebre Peintre , qu'il naquit à Joigny en Bourgogne : les deux der
niers mots sont de trop.
'
Lorsque l'Ecrivain de cette Ville dit que
l'on a hazardé une Note sur l'Ordonnance de Bacchus , touchant le prix du
vin d'Auxerre , il a quelque espece de
raison. On lui avoue que la Note n'est
pas tout-a-fait exacte , en ce qu'elle ne
met pas le prix des vins d'Auxerre encore
assez au dessus de ceux de Joigny. L'Auteur Auxerrois apprehendant d'encourir
les peines portées par l'Ordonnance contre ceux qui ne disent pas la pure verité,
acouru promptement chez l'Imprimeur ,
et a fait mettre la chose dans toute son
exactitude ; sçavoir , que les vins d'Auxerre ont été vendus en 1730 , non 130.
et 140. livres au plus haut prix , mais
140. et 150, livres, B vj L'A
1920 MERCURE DE FRANCE
L'Apologiste de Joigny devoit avant que
d'écrire , se donner la peine de consulter
l'Errataimprimé à la fin du Mercure d'Octobre dernier , et il y auroit lû , que le
prix de 150. livres le muid fut celui du
vin de M. d'Orchy, alors digne Prieur de
Saint-Marien. C'est ce qu'il déclara 15 .
jours avant son décès , lorsqu'il eut pris
communication de l'Ordonnance. On ne
peut se dispenser de vanger la memoire
de ce Religieux , à qui on voit bien que
le Citoyen de Joigny en veut , lorsqu'on
fait attention à un petit mot qui lui est
échappé au haut de la page 49. Mais
pour suivre pas- à- pas ses Observations
Apologetiques , il est bon de lui faire remarquer qu'il a encouru la même peine
de l'Ordonnance , parce qu'il a allegué
faux en matiere grave , et de la compétence du Tribunal Bacchique , usant outre cola d'une réticence , dont les suites
pourroient tirer à grande consequence.
S'il s'est vendu à Auxerre du vin à pot
ou en détail à un prix plus modique qu'on
n'a fait à Joigny, ce n'étoit pas le meil leur vin , comme il a la hardiesse de le
dire; puisque sa bonne qualité le fait enlever encore tout chaud , et le fait conduire à Paris , en Normandie , en Picardie , en Flandres , en Artois et encore
plus
SEPTEMBRE. 1732. 1921
plus loin , mais c'étoit du vin de quelques Villages de la Vallée d'Aillant , qui
sont de l'Election de Joigny , que les
Habitans de ces lieux font voiturer à
Auxerre , pour y en trouver le débit
à la faveur du grand passage et de la modicité des droits , sans quoi , ils leur resteroient infalliblement ; et ces vins servent à la boisson des Paysans et des Artisans qui y affluent en bien plus grand
nombre qu'à Joigny.
Et quand même il y auroit eu du vin du
cru d'Auxerre , vendu à pot sur le pied
du prix de Joigny , cela ne viendroit que
de cette modicité des Droits d'Aydes
fondée sur les Privileges de la Bourgo- confirmez les Rois gne et autres , par
Louis XI. et Henry IV. comme aussi de
ce que la mesure est plus petite à Auxerre qu'à Joigny. L'Avocat de nos Adversaires , qui n'allegue que l'excedent
des Droits , nous prend apparamment
pour ces bons Limousins , à qui un Pape
de leur Nation promit , dit-on , de faire
avoir double récolte par an , à condition,
cependant, qu'au lieu que par tout ailleurs
on ne compte que douze mois par chacune année > on en compteroit vingtquatre dans leur Pays. Des que la pinte
est plus grande à Joigny qu'à Auxerre ,
il
1922 MERCURE DE FRANCE
il est juste qu'il y ait de l'augmentation
à proportion dans le prix de la vente qui se fait en détail.
Cet Ecrivain devient plus hardi à mesure qu'il approche de l'endroit où il veut
tirer son coup de pistolet. Sans sentir la
fausseté de son raisonnement , toute palpable qu'elle est , il dit qu'il suffit que
les vins de Joigny se trouvent bons pendant deux ou trois ans , pour qu'on puisse les transporter par tout où l'on voudra.
Mais où est la preuve que ces vins se trouvent bons pendant deux ou trois ans ?
C'est ce qu'il suppose et ce qu'il falloit
prouver. Il se peut faire que quelques
bouteillles tirées à propos d'un tonneau
se soient conservées sur le lieu , c'està- dire à Joigny même jusqu'à deux et
trois ans dans le fond d'une cave très profonde , ou dans un autre souterrain bien
frais. Mais il n'en suit pas de-là que ce
vin étant conduit bien loin , sur tout par
les voitures de terre , n'essuie pas de ces
revers de fortune dont l'Ordonnance à
parlé , qui seront tels que la fraicheur des
lieux les plus bas ne pourra le racommoder , et qu'on sera alors forcé pour le soutenir , de le couper avec du vin qui ait
du corps et de la moëlle. Bacchus à donc
décidé juste , parce qu'il étoit fondé sur
a
l'expe
SEPTEMBRE. 1732. 1923
l'experience. De sorte qu'il ne reste point
d'autre conseil à donner aux gens de Joigny , pour remedier à cet inconvenient ,
que de trouver un secret de transporter leurs caves toutes entieres et sans fracture , jusques dans les Pays où ils veulent
leur vin arive sain et sauf; encore
yconservera- t'il toujours son goût de terroir , c'est-à dire , de Craye et de Tuf,
qu'il a apporté en venant au monde.
que
La tournure des premieres lignes de
la page 492. fait voir que l'Ecrivain de
Joigny est accoûtumé à croire les choses legerement , et surtout celles qui renferment des suppositions sans preuve.
Peut-être auroit- il été plus réservé au
mois de Décembre 1731. si celui qu'il
attaque eut été encore vivant. Mais ayant
appris son décès , arrivé vers la S. Martin
précedente,il a crû que ce qu'il avanceroit
contre lui resteroit sans replique. Bien
plus , il se flatte peut-être que cette mort
fera que les vins d'Auxerre ne soutiendront plus leur réputation . Mais il se trompe encore ; la mort d'un seul homme n'a rien changé dans le Pays. Les
Vignes sont restées dans le même état ,
même sol , même exposition , même plan
de Pinot noir , clair et délié , même situation et même grain de terre ; nous ne
voyons
1924 MERCURE DE FRANCE
voyons pas qu'aucun tremblement ait
donné au Territoire une autre superficie
que celle qu'il avoit , et on ne peut lui
reprocher d'être fondé sur la craye ni impregné de pierres à fusil. Le Ciel , de son
côté, favorisera des mêmes benignes influences et des mêmes regards un terrain si bien composé : Les mêmes grapes
paroîtront chaque année aux mois accoûtumez. On continuera d'apporter la mêmeexactitude à tenir les Vignes exemptes
d'herbes et de toutes plantes étrangeres.
On aura la même attention à se servir de
perches transversales , pour ne pas laisser
ramper les grapes sur la terre , et afin que
la reverberation qui en résulte soit plus
forte et plus salutaire , à ne point prévenir la maturité pour les jours de la
récolte ; à mettre à part pour la boisson populaire les plus communs , s'il s'en
trouve à ne permettre l'entrée de la
Cuve à aucun de ces rameaux nerveux
et acres , qui supportent le grain et que
le Peuple appelle la Ralle. On aura la
même vigilance sur le grain du Raisin,
pendant qu'il baignera dans le mol de
la Cuve , ensorte que le degré de chaleur
qui s'y forme , contribuë à la délicatesse
comme à la couleur.
,
De tout cela il résulte un composé d'at tention
SEPTEMBRE. 1732. 1925
tention , de prudence et de connoissance
experimentale , qui est la seule drogue
que l'on puisse imputer à feu M.le Prieur
de Saint- Marien et à ceux qui ont pris
la peine de l'imiter ; ( a) drogue , comme
l'on voit , bien innocente , et dont les
grains ou les dragmes , qu'elle qu'en soit
la dose , ne peuvent produire qu'un bon
effet. Ces attentions coûtent des soins
et une dépense plus grande qu'on ne
croit ; mais ce sont des avances qui servent à faire travailler le petit Peuple ,
et dont l'achepteur dédommage bien vo
lontiers le vendeur. Au reste , quelque
forte que soit la dose d'attention et de
vigilance que M de Joigny puissent employer à la culture de leurs Vignes et à
la façon de leur vin , nous posons pour
certain , que jamais le vin de leur cru n'aura la bonté de celui d'Auxerre , parce
que la cause productive peche in radice.
Aussi est- il vrai de dire qu'on voit bien
des Commissionnaires de Joigny remonter jusqu'à Auxerre pour y acheter du
vin , dont ils accommodent leurs Correspondans ; mais on ne voit jamais ceux
(a) Celui qui s'en glorifie le plus ouvertement est son plus proche voisin , M. du Pile , dont les
Cuvées de vin sont toûjours d'une très-grande
réputation.
d'Auxerre
1926 MERCURE DE FRANCE
d'Auxerre aller acheter du vin de Joigny,
et la raison en est qu'on peut bien jetter du vin d'Auxerre sur celui de Joigny
pour l'améliorer , mais non pas du vin
de Joigny sur celui d'Auxerre. C'est ainsi
qu'en agissent les bons Connoisseurs ; et
si le commun des Habitans de Joigny ,
au lieu de s'accoûtumer à faire une infusion de quelques pintes de vin d'Orleans ou de Blois sur chacun de leurs
tonneaux , lorsque leur vin commence à
jaunir , prenoient la loüable coûtume d'y
mettre de bonne heure un broc de vin
d'Auxerre , ils verroient leurs vins augmenter de prix comme ils auroient augmenté en vigueur.
Autre supposition erronée de l'Ecrivain Champenois , qui mérite que Bacchus en fasse un exemple: c'est lorsqu'en
finissant il dit que l'Auteur de l'Ordonnance s'approprie sans scrupule les Pays
voisins , qu'il comprend dans le Territoire
d'Auxerre tous les Vignobles de dix lieuës
à la ronde , et qu'il s'égare même jusques
dans les Vignes de Dijon. C'est en imposer au public, sans faire attention que
c'est lui-même qui s'égare , et qu'il a
avoué que Joigny n'est qu'à six lieuës
d'Auxerre. Comment donc Bacchus auroit- il pûcomprendre dans le Pays Auxerrois
SEPTEMBRE. 1732. 1927
rois tout ce qui est à dix lieuës de cette
Ville à la ronde, et en même- temps en exclure joigny par un article formel de son
Ordonnance? Il y auroit une contradiction
manifeste.Très- constamment cette Topograpie est des plus mal en ordre. Il est
visible que d'une licue l'Ecrivain en fait
trois et même davantage. Il s'en faut donc
bien que le Territoire d'Auxerre ait ou
tant d'étenduë qu'il veut nous le faire
dire.Loin dele faire aller jusqu'à dix lieuës,
nous n'y comprenons pas même Chablies,
qui n'en est éloigné que de quatre. Mais
nous avons seulement donné à entendre
que ce Territoire commence à une lieuë
ou environ d'Auxerre vers le Septentrion ,
et qu'il remonte jusqu'à six lieuës ou environ le long des rivages de l'Yonne et de
la Cure , en y comprenant ce qui est éloigné d'une lieuë ou à peu près , du bord
de ces Rivieres.
En effet , il ya dans tous ces Pays- là ,
même superficie , même fond de terre, et
même culture de Vignes ; au lieu qu'à
Chablies , qui est à l'Orient et dans la
Champagne , tout change , Territoire
plan et façon de Vignes; il en est de même à
Joigny,qui est vers le Septentrion ou plutôt au Nord- Ouest , changement total
en genre de Terrain et de culture, et jus-
>
ques
1928 MERCURE DE FRANCE
ques dans le langage du métier. On n'y
connoît point , par exemple , le nom de
Pinot , si reveré à la Cour de Bacchus ;
mais on y parle de Houche , de Houchean ,
comme de Raisins du premier ordre.
Admirons donc à notre tour le Partisan des vins de Joigny , qui entousiasmé de son Pere Vaniere , d'ailleurs Poëte
naturel et Auteur d'un bon Livre , croit
qu'il faut toujours planter la Vigne sur
des Côteaux les plus approchans du perpendiculaire que faire se pourra. Bacchus
l'a renvoyé à des exemples de differens
climats de Bourgogne , dont le vin est
délicieux , quoiqu'en Pays presque plat ;
mais comme il n'est pas fait au langage
d'une Ordonnance qui combat ses prétentions , il dit que c'est s'égarer en pro-
-pos vagues , que d'apporter exemple sur
exemple du contraire de ce qu'il s'est
imaginé. C'est donc temps perdu que
d'alleguer tous les differens autres Vignobles du Royaume , pour confondre ces
prétentions , dès qu'on traite d'égarement les preuves des Adversaires
les exemples qui pulverisent le systême
opposé; c'est une affaire enfin dont il faut
laisser la décision au Public et demeurer
ensuite dans le silence , en se reposant
sur la fidelité et la vigilance des Offiet
ciers
SEPTEMBRE. 1732. 1929
ciers de Bacchus , qui en pareil cas ne
peuvent manquer de faire leur devoir.
Je suis , &c.
la Réponse insérée dans le Mercure du
mois de Mars dernier , à l'Ordonnance
de Bacchus.
J
E trouve, Messieurs, une grande inadvertance , presqu'au commencement
de la Réponse en question. Elle paroît
dès la fin de la seconde Période , c'est-àdire , à la page 488 , lig. 6. du Mercure.
Le raisonnement est si louche , que je serois plus volontiers porté à croire , que
celui qui a composé cette Piéce , étoit
moinsattentif à ce qu'il écrivoit , qu'à ce
qu'il avoit envie d'écrire.
Il a , au reste , fort mauvaise grace de
reprocher aux Gens tenans le Conseil du
Dieu
SEPTEMBRE. 1732. 1973
Dieu Bacchus , de n'avoir pas répondu à
ce que Virgile a écrit. Ce Conseil recon-.
noit , avec ce Poëte , que les lieux où il
y a une grande profondeur de terre, sont
meilleurs pour le bled , que les endroits
qui ont peu de fond , et que les superficies moins épaisses , que celles - là , conviennent au vin par préférence. Mais il
ajoute , que c'est abuser du texte Poëtique , que d'en inférer qu'il n'y a que
Joigny qui soit dans le cas d'avoir un territoire propre à la Vigne , ou que son exposition a cette propriété par excellence.
Chacun sçait que c'est un avantage commun à tous les lieux qui ont été les premiers cultivez en Vignes. Ce qui fait le
Vin délicat , c'est que les racines s'étendent plutôt en longueur qu'en profondeur ; mais ce n'est pas toujours ce qui le
fait bon et irreprochable. Il ne mérite pas
cette qualité , dès que cette petite épaisseur de terre est couchée et appliquée sur
des Bancs de craye et de tuf, comme est
le territoire de Joigny , au vû et au sçu
de tout le monde. Loin donc d'ici le prétendu Privilege singulier de cette Ville ;
Privilege exclusif, si on en croit le Député
qui parle pour elle ; mais dont ses habitans ne peuvent se glorifier sans une vaine présomption.
B iij Ce
1914 MERCURE DE FRANCE
Ce Député veut que nous marquions d'un
grand sérieux , ce que nous avons lû des
Poësies du P. Vaniere. Quoique l'Ordonnance de Bacchus l'insinue assez, et qu'il y
soit dit en termes formels, autant qu'une
Ordonnance en style burles quepeut le permettre, que la proposition du Poëte, prise trop généralement est fausse et démen.
tie par l'expérience , on ne laissera pas de
faire encore icy quelques réfléxions. C'est
être en effet scrupuleux jusqu'au ridicule, que de prétendre qu'on doit laisser sans
Vignes , des Côtes qui ne regardent pas
géométriquement le point de Midy en
face,quoique le grain de terre en soit bon;
comme s'il étoit besoin de tirer un allignement , et avoir son quart de cercle en
main lorsqu'on plante une Vigne , de
même que lorsqu'on dresse un Cadran.
Ce même Ecrivain convient qu'il ne faut
pas disputer des faits Or c'est un fait certain et prouvé par l'expérience de quinze
cens ans au moins , que des Côtes qui ne
sont point obverses directement au Midy , mais qui regardent un peu l'Orient ,
ou qui sont tournées vers le déclin du
Soleil , produisent du Vin aussi excellent
et même souvent meilleur que des Coteaux qui font face , en droite ligne , au
point méridional.
II
*
SEPTEMBRE. 1732. 1915.
Il est vrai qu'entre les Vignes situées
obversement au Midy ; il y en a quelquefois qui produisent un vin brulant: Mais si
ce Vin est bon, ce n'est pas toujours à cause
de leur exposition géométrique. C'est le
grain de terre qui fournit la substance
que les ardeurs du Soleil ne font que perfectionner. Un bon fond produit de ses
entrailles un bon raisin ; et c'est la chaleur
de la nuit, aussi bien que celle du jour qui
opere le dégré de maturité qui convient.Il
faut donc éviter de tirer une conclusion
trop generale en matiere de Physique
d'une proposition avancée par un Poëte
qui s'attache plus à rendre son Vers bien
harmonieux , qu'à approfondir les secrets
de la Nature; sans quoy l'on court risque
de tomber dans le Sophisme , qui prend
pour cause , ce qui n'est point cause. Une
preuve de cela , est que si c'étoit la plus
grande chaleur , tombant à plomb, qui
fait le meilleur raisin , il s'ensuivroit qu'il
seroit à propos d'ôter les feuilles de dessus le raisin pour le rendre meilleur ; ce
qu'on n'a garde de faire, parce que l'expe
rience fait connoître qu'une chaleur refléchie ou de réverbération , rend le fruit
plus sain et plus propre à faire de bon Vin,
qu'une chaleur directe.
Mais l'Ecrivain de Joigny est admiraBiiij ble
1916 MERCURE DE FRANCE
ble,lorsqu'il nous dit que le P.Vaniere fait
l'éloge de l'exposition de tout le Vignoble
de Joigny , en marquant le regard vers le
Midy , comme le plus favorable. La Providence, disoit- il au mois de Février 1731 .
nous a bienfavorisez , en nous environnant
de Collines , dont l'exposition nous répond
de la bonté de nos Vignobles. Il semble
que dès qu'une Ville est environnée de
Collines , il est impossible que toutes ces
Collines soient tournées vers le Midy
ou il faut s'abstenir de dire que la Ville
en est environnée , ou bien il faut avouer
qu'il y a de ces Collines qui sont tournées
vers l'Orient , d'autres vers l'Occident, et
d'autres encore autrement. Ce raisonnement louche me persuade que l'Auteur
n'y pensoit pas lorsqu'il a fait l'exclamation , qui contient ce que je viens d'allé
guer, et qu'alors il croyoit être à Auxerre,
qui véritablement est environné de tous les
côtez de Collines , qui produisent un Vin
de soutien, un Vin agréable et salutaire,au
lieu que je suis moralement assuré que les
habitans de Joigny , renieront presque
tout ce qui est au delà de leur Pont , ce
qui certainement comprend plus de la
moitié de l'Hémisphere, par rapport à
leur Ville.
Non seulement l'Ecrivain est refractaire
SEPTEMBRE. 1732. 1917
que
taire à l'Ordonnance de Bacchus , mais
encore il ose lui donner de fausses interprétations. Lorsque Bacchus , par exemple , nomme les Régions basses, moyenne
et supérieure il s'imagine que ce Dieu entend parler de celles de l'air ; et cela pour
avoir le plaisir de dire que cette Divinité
tient un langage qui sent le Copernic , et
qu'elle s'est répandue en propos vagues.
Peut on se figurer , sans être enlevé, comme Gyrano de Bergerac, dans les Régions sublunaires , que les Vignes soient plantées
dans une matiere aussi fluide et légere l'air ;et que la basse Région , dont
Bacchus parle , ne soit pas celle qui est de
niveau avec les Champs et les Prairies ?
Cette Divinité a déclaré , sans ambiguité,
que la moyenne Région d'un côteau , est
cet endroit où se rassemble la portion
la plus nourrissante du sol , après les pluyes,
et que la Région supérieure est celle du
terrain qui reste la plus dénuée de substance nutritive , et qui n'a , pour ainsi
dire , que les os. Le Conseil du Dieu
Bacchus n'a pû être si mal avisé , que de
confondre un Element avec l'autre , et de
prendre l'air pour la terre. Ainsi la remarque , que son langage conviendroit
mieux à un Traité d'Astronomie , qu'à
une déclaration sur la primauté des TerB v ritoires
1918 MERCURE DE FRANCE
ritoires, est mal placée et hors de son lieu.
Mais peut-on pardonner ce qui se lit
dans la page 490 ? Il faut être sujet à des
inattentions extrêmes , pour attribuer au
vulgaire de notre Ville une expresion qui
y est absolument inconnuë, que ni homme, ni femme , ni enfant , n'y ont jamais
employée. L'on s'y sert pour exprimer
l'ustancile en question , du même nom
qu'à Paris. Le Critique a pris , sans doute,
le Dictionnaire des environs de Montbar et de Sainte- Reine , pour le Dictionnaire d'Auxerre. Ce sont deux volumes
si differens , que je puis vous assurer que Benatron n'est pas un terme plus usité
dans le langage de notre Ville , que l'herbe de la Saingeon l'est dans les assaisonnemens, et que l'on n'y entend pas plus parler de l'un que de l'autre.
La Géographie du Défenseur des vins
de Joigny , me paroît aussi être un peu
embroüillée. On voit par ce qu'il dit au
bas de la même page 490. que ce n'est qu'à
regret qu'il avoue que Joigny appartient
au Pays Senonois , et qu'il aimeroit mieux
qu'il fût compris dans l'Auxerrois , afin
d'être de la Bourgogne. Il fait tout ce
qu'il peut pour accrocher sa Ville à cette
Province. Mais les Cartes citées dans l'Ordonnance de Bacchus , y sont contraires ;
et
SEPTEMBRE 1732. 1919
et contre cela point d'Appel. Ceux qui
sçavent l'origine des Impositions , n'ignorent point que le Pont de Joigny a
été regardé comme le premier sur la Riviere d'Yonne,qui soit situé dans la France , et que la formalité que ce Pont occasionne , vient de cette diversité de Territoire. Ainsi c'est encore une faute qui
s'est glissée dans le Memoire inseré dans
le Mercure du mois de Mars dernier ,
lorsqu'on y lit à la page 550. au sujet du
sieur Ferrand , celebre Peintre , qu'il naquit à Joigny en Bourgogne : les deux der
niers mots sont de trop.
'
Lorsque l'Ecrivain de cette Ville dit que
l'on a hazardé une Note sur l'Ordonnance de Bacchus , touchant le prix du
vin d'Auxerre , il a quelque espece de
raison. On lui avoue que la Note n'est
pas tout-a-fait exacte , en ce qu'elle ne
met pas le prix des vins d'Auxerre encore
assez au dessus de ceux de Joigny. L'Auteur Auxerrois apprehendant d'encourir
les peines portées par l'Ordonnance contre ceux qui ne disent pas la pure verité,
acouru promptement chez l'Imprimeur ,
et a fait mettre la chose dans toute son
exactitude ; sçavoir , que les vins d'Auxerre ont été vendus en 1730 , non 130.
et 140. livres au plus haut prix , mais
140. et 150, livres, B vj L'A
1920 MERCURE DE FRANCE
L'Apologiste de Joigny devoit avant que
d'écrire , se donner la peine de consulter
l'Errataimprimé à la fin du Mercure d'Octobre dernier , et il y auroit lû , que le
prix de 150. livres le muid fut celui du
vin de M. d'Orchy, alors digne Prieur de
Saint-Marien. C'est ce qu'il déclara 15 .
jours avant son décès , lorsqu'il eut pris
communication de l'Ordonnance. On ne
peut se dispenser de vanger la memoire
de ce Religieux , à qui on voit bien que
le Citoyen de Joigny en veut , lorsqu'on
fait attention à un petit mot qui lui est
échappé au haut de la page 49. Mais
pour suivre pas- à- pas ses Observations
Apologetiques , il est bon de lui faire remarquer qu'il a encouru la même peine
de l'Ordonnance , parce qu'il a allegué
faux en matiere grave , et de la compétence du Tribunal Bacchique , usant outre cola d'une réticence , dont les suites
pourroient tirer à grande consequence.
S'il s'est vendu à Auxerre du vin à pot
ou en détail à un prix plus modique qu'on
n'a fait à Joigny, ce n'étoit pas le meil leur vin , comme il a la hardiesse de le
dire; puisque sa bonne qualité le fait enlever encore tout chaud , et le fait conduire à Paris , en Normandie , en Picardie , en Flandres , en Artois et encore
plus
SEPTEMBRE. 1732. 1921
plus loin , mais c'étoit du vin de quelques Villages de la Vallée d'Aillant , qui
sont de l'Election de Joigny , que les
Habitans de ces lieux font voiturer à
Auxerre , pour y en trouver le débit
à la faveur du grand passage et de la modicité des droits , sans quoi , ils leur resteroient infalliblement ; et ces vins servent à la boisson des Paysans et des Artisans qui y affluent en bien plus grand
nombre qu'à Joigny.
Et quand même il y auroit eu du vin du
cru d'Auxerre , vendu à pot sur le pied
du prix de Joigny , cela ne viendroit que
de cette modicité des Droits d'Aydes
fondée sur les Privileges de la Bourgo- confirmez les Rois gne et autres , par
Louis XI. et Henry IV. comme aussi de
ce que la mesure est plus petite à Auxerre qu'à Joigny. L'Avocat de nos Adversaires , qui n'allegue que l'excedent
des Droits , nous prend apparamment
pour ces bons Limousins , à qui un Pape
de leur Nation promit , dit-on , de faire
avoir double récolte par an , à condition,
cependant, qu'au lieu que par tout ailleurs
on ne compte que douze mois par chacune année > on en compteroit vingtquatre dans leur Pays. Des que la pinte
est plus grande à Joigny qu'à Auxerre ,
il
1922 MERCURE DE FRANCE
il est juste qu'il y ait de l'augmentation
à proportion dans le prix de la vente qui se fait en détail.
Cet Ecrivain devient plus hardi à mesure qu'il approche de l'endroit où il veut
tirer son coup de pistolet. Sans sentir la
fausseté de son raisonnement , toute palpable qu'elle est , il dit qu'il suffit que
les vins de Joigny se trouvent bons pendant deux ou trois ans , pour qu'on puisse les transporter par tout où l'on voudra.
Mais où est la preuve que ces vins se trouvent bons pendant deux ou trois ans ?
C'est ce qu'il suppose et ce qu'il falloit
prouver. Il se peut faire que quelques
bouteillles tirées à propos d'un tonneau
se soient conservées sur le lieu , c'està- dire à Joigny même jusqu'à deux et
trois ans dans le fond d'une cave très profonde , ou dans un autre souterrain bien
frais. Mais il n'en suit pas de-là que ce
vin étant conduit bien loin , sur tout par
les voitures de terre , n'essuie pas de ces
revers de fortune dont l'Ordonnance à
parlé , qui seront tels que la fraicheur des
lieux les plus bas ne pourra le racommoder , et qu'on sera alors forcé pour le soutenir , de le couper avec du vin qui ait
du corps et de la moëlle. Bacchus à donc
décidé juste , parce qu'il étoit fondé sur
a
l'expe
SEPTEMBRE. 1732. 1923
l'experience. De sorte qu'il ne reste point
d'autre conseil à donner aux gens de Joigny , pour remedier à cet inconvenient ,
que de trouver un secret de transporter leurs caves toutes entieres et sans fracture , jusques dans les Pays où ils veulent
leur vin arive sain et sauf; encore
yconservera- t'il toujours son goût de terroir , c'est-à dire , de Craye et de Tuf,
qu'il a apporté en venant au monde.
que
La tournure des premieres lignes de
la page 492. fait voir que l'Ecrivain de
Joigny est accoûtumé à croire les choses legerement , et surtout celles qui renferment des suppositions sans preuve.
Peut-être auroit- il été plus réservé au
mois de Décembre 1731. si celui qu'il
attaque eut été encore vivant. Mais ayant
appris son décès , arrivé vers la S. Martin
précedente,il a crû que ce qu'il avanceroit
contre lui resteroit sans replique. Bien
plus , il se flatte peut-être que cette mort
fera que les vins d'Auxerre ne soutiendront plus leur réputation . Mais il se trompe encore ; la mort d'un seul homme n'a rien changé dans le Pays. Les
Vignes sont restées dans le même état ,
même sol , même exposition , même plan
de Pinot noir , clair et délié , même situation et même grain de terre ; nous ne
voyons
1924 MERCURE DE FRANCE
voyons pas qu'aucun tremblement ait
donné au Territoire une autre superficie
que celle qu'il avoit , et on ne peut lui
reprocher d'être fondé sur la craye ni impregné de pierres à fusil. Le Ciel , de son
côté, favorisera des mêmes benignes influences et des mêmes regards un terrain si bien composé : Les mêmes grapes
paroîtront chaque année aux mois accoûtumez. On continuera d'apporter la mêmeexactitude à tenir les Vignes exemptes
d'herbes et de toutes plantes étrangeres.
On aura la même attention à se servir de
perches transversales , pour ne pas laisser
ramper les grapes sur la terre , et afin que
la reverberation qui en résulte soit plus
forte et plus salutaire , à ne point prévenir la maturité pour les jours de la
récolte ; à mettre à part pour la boisson populaire les plus communs , s'il s'en
trouve à ne permettre l'entrée de la
Cuve à aucun de ces rameaux nerveux
et acres , qui supportent le grain et que
le Peuple appelle la Ralle. On aura la
même vigilance sur le grain du Raisin,
pendant qu'il baignera dans le mol de
la Cuve , ensorte que le degré de chaleur
qui s'y forme , contribuë à la délicatesse
comme à la couleur.
,
De tout cela il résulte un composé d'at tention
SEPTEMBRE. 1732. 1925
tention , de prudence et de connoissance
experimentale , qui est la seule drogue
que l'on puisse imputer à feu M.le Prieur
de Saint- Marien et à ceux qui ont pris
la peine de l'imiter ; ( a) drogue , comme
l'on voit , bien innocente , et dont les
grains ou les dragmes , qu'elle qu'en soit
la dose , ne peuvent produire qu'un bon
effet. Ces attentions coûtent des soins
et une dépense plus grande qu'on ne
croit ; mais ce sont des avances qui servent à faire travailler le petit Peuple ,
et dont l'achepteur dédommage bien vo
lontiers le vendeur. Au reste , quelque
forte que soit la dose d'attention et de
vigilance que M de Joigny puissent employer à la culture de leurs Vignes et à
la façon de leur vin , nous posons pour
certain , que jamais le vin de leur cru n'aura la bonté de celui d'Auxerre , parce
que la cause productive peche in radice.
Aussi est- il vrai de dire qu'on voit bien
des Commissionnaires de Joigny remonter jusqu'à Auxerre pour y acheter du
vin , dont ils accommodent leurs Correspondans ; mais on ne voit jamais ceux
(a) Celui qui s'en glorifie le plus ouvertement est son plus proche voisin , M. du Pile , dont les
Cuvées de vin sont toûjours d'une très-grande
réputation.
d'Auxerre
1926 MERCURE DE FRANCE
d'Auxerre aller acheter du vin de Joigny,
et la raison en est qu'on peut bien jetter du vin d'Auxerre sur celui de Joigny
pour l'améliorer , mais non pas du vin
de Joigny sur celui d'Auxerre. C'est ainsi
qu'en agissent les bons Connoisseurs ; et
si le commun des Habitans de Joigny ,
au lieu de s'accoûtumer à faire une infusion de quelques pintes de vin d'Orleans ou de Blois sur chacun de leurs
tonneaux , lorsque leur vin commence à
jaunir , prenoient la loüable coûtume d'y
mettre de bonne heure un broc de vin
d'Auxerre , ils verroient leurs vins augmenter de prix comme ils auroient augmenté en vigueur.
Autre supposition erronée de l'Ecrivain Champenois , qui mérite que Bacchus en fasse un exemple: c'est lorsqu'en
finissant il dit que l'Auteur de l'Ordonnance s'approprie sans scrupule les Pays
voisins , qu'il comprend dans le Territoire
d'Auxerre tous les Vignobles de dix lieuës
à la ronde , et qu'il s'égare même jusques
dans les Vignes de Dijon. C'est en imposer au public, sans faire attention que
c'est lui-même qui s'égare , et qu'il a
avoué que Joigny n'est qu'à six lieuës
d'Auxerre. Comment donc Bacchus auroit- il pûcomprendre dans le Pays Auxerrois
SEPTEMBRE. 1732. 1927
rois tout ce qui est à dix lieuës de cette
Ville à la ronde, et en même- temps en exclure joigny par un article formel de son
Ordonnance? Il y auroit une contradiction
manifeste.Très- constamment cette Topograpie est des plus mal en ordre. Il est
visible que d'une licue l'Ecrivain en fait
trois et même davantage. Il s'en faut donc
bien que le Territoire d'Auxerre ait ou
tant d'étenduë qu'il veut nous le faire
dire.Loin dele faire aller jusqu'à dix lieuës,
nous n'y comprenons pas même Chablies,
qui n'en est éloigné que de quatre. Mais
nous avons seulement donné à entendre
que ce Territoire commence à une lieuë
ou environ d'Auxerre vers le Septentrion ,
et qu'il remonte jusqu'à six lieuës ou environ le long des rivages de l'Yonne et de
la Cure , en y comprenant ce qui est éloigné d'une lieuë ou à peu près , du bord
de ces Rivieres.
En effet , il ya dans tous ces Pays- là ,
même superficie , même fond de terre, et
même culture de Vignes ; au lieu qu'à
Chablies , qui est à l'Orient et dans la
Champagne , tout change , Territoire
plan et façon de Vignes; il en est de même à
Joigny,qui est vers le Septentrion ou plutôt au Nord- Ouest , changement total
en genre de Terrain et de culture, et jus-
>
ques
1928 MERCURE DE FRANCE
ques dans le langage du métier. On n'y
connoît point , par exemple , le nom de
Pinot , si reveré à la Cour de Bacchus ;
mais on y parle de Houche , de Houchean ,
comme de Raisins du premier ordre.
Admirons donc à notre tour le Partisan des vins de Joigny , qui entousiasmé de son Pere Vaniere , d'ailleurs Poëte
naturel et Auteur d'un bon Livre , croit
qu'il faut toujours planter la Vigne sur
des Côteaux les plus approchans du perpendiculaire que faire se pourra. Bacchus
l'a renvoyé à des exemples de differens
climats de Bourgogne , dont le vin est
délicieux , quoiqu'en Pays presque plat ;
mais comme il n'est pas fait au langage
d'une Ordonnance qui combat ses prétentions , il dit que c'est s'égarer en pro-
-pos vagues , que d'apporter exemple sur
exemple du contraire de ce qu'il s'est
imaginé. C'est donc temps perdu que
d'alleguer tous les differens autres Vignobles du Royaume , pour confondre ces
prétentions , dès qu'on traite d'égarement les preuves des Adversaires
les exemples qui pulverisent le systême
opposé; c'est une affaire enfin dont il faut
laisser la décision au Public et demeurer
ensuite dans le silence , en se reposant
sur la fidelité et la vigilance des Offiet
ciers
SEPTEMBRE. 1732. 1929
ciers de Bacchus , qui en pareil cas ne
peuvent manquer de faire leur devoir.
Je suis , &c.
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Résumé : LETTRE aux Auteurs du Mercure, sur la Réponse insérée dans le Mercure du mois de Mars dernier, à l'Ordonnance de Bacchus.
L'auteur adresse une lettre aux rédacteurs du Mercure pour rectifier des erreurs contenues dans une réponse publiée en mars précédent, qui critiquait l'ordonnance de Bacchus. Il reproche à l'auteur de la réponse de mal interpréter le texte original et de critiquer le conseil de Bacchus pour ne pas avoir répondu à Virgile, tout en reconnaissant que les sols profonds sont favorables aux cultures. L'auteur conteste l'idée que Joigny possède un privilège exclusif pour la viticulture, affirmant que cette qualité est partagée par tous les lieux anciennement cultivés en vignes. Il critique également la prétention de l'auteur de la réponse de vouloir marquer un grand sérieux à propos des poèmes du Père Vaniere, soulignant que des coteaux non exposés directement au midi peuvent produire du vin excellent. L'auteur dénonce les interprétations erronées de l'ordonnance de Bacchus par l'écrivain de Joigny, notamment en confondant les régions de l'air avec celles du sol. Il corrige également des erreurs géographiques et linguistiques, affirmant que Joigny appartient au Pays Senonois et non à la Bourgogne. L'auteur conteste les affirmations sur le prix du vin d'Auxerre, soulignant que les vins de cette région sont vendus à des prix plus élevés et sont transportés dans diverses régions. Il critique également la supposition que les vins de Joigny se conservent bien pendant deux ou trois ans, sans preuve à l'appui. Le texte, daté de septembre 1732, discute des qualités comparées des vins de Joigny et d'Auxerre. L'auteur critique un écrivain de Joigny pour ses suppositions sans preuve concernant la supériorité des vins de Joigny. Il souligne que la mort d'un individu n'affecte pas la qualité des vignobles d'Auxerre, qui restent dans le même état et bénéficient des mêmes influences climatiques. Les méthodes de culture et de vinification à Auxerre sont détaillées, mettant en avant une attention particulière à la qualité du raisin et à la gestion des vignes. L'auteur affirme que le vin de Joigny ne pourra jamais égaler celui d'Auxerre en qualité. Il note que des commissionnaires de Joigny achètent du vin d'Auxerre pour l'améliorer, mais l'inverse ne se produit jamais. L'auteur critique également les erreurs topographiques de l'écrivain de Joigny, qui exagère l'étendue du territoire d'Auxerre. Il conclut en laissant la décision sur la qualité des vins au public et aux officiers de Bacchus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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