Résultats : 21797 texte(s)
Détail
Liste
4201
p. 127
AIR NOUVEAU.
Début :
Voicy le temps de la verdure, [...]
Mots clefs :
Verdure, Hiver, Champs, Nature, Saisons, Fleurs, Printemps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
AIR NOUVEAU.
V.
Oicy le temps de la verdure ,
Et cependant l'Hyver nefinitpoint
fon cours
Nos Champs n'ontpoint d'attraits,
& ta trifte froidure,
Fait languir la nature,
Dans la faifon des plus beaux
jours.
Onne voitpoint de Fleurs au lever de
Aurore,
Dans le Hameau chaque Berger
s'en
plaint;
Et may qui ne veux voirque l'objet
que j'adore,
Fen trouverayplusfurfon teint,
Que le Printemps n'en peut éclørre
.
V.
Oicy le temps de la verdure ,
Et cependant l'Hyver nefinitpoint
fon cours
Nos Champs n'ontpoint d'attraits,
& ta trifte froidure,
Fait languir la nature,
Dans la faifon des plus beaux
jours.
Onne voitpoint de Fleurs au lever de
Aurore,
Dans le Hameau chaque Berger
s'en
plaint;
Et may qui ne veux voirque l'objet
que j'adore,
Fen trouverayplusfurfon teint,
Que le Printemps n'en peut éclørre
.
Fermer
4202
p. 144
DON DU ROY.
Début :
Le Roy en consideration des services de Monsieur du Barail [...]
Mots clefs :
Don, Roi, Siège, Appointement, Frontière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DON DU ROY.
DON DV ROR.
Le Roy en confideration
des services de Mensieur
du Barail Marechal
deCamp, & Gouverneur
de Landrecy
, en tefmoignage
de la satisfaction
que Sa Majesté a eu de sa
con duite à l'occasion du
Siege de cette place,a augmente
ses appointements,
& les a mis sur le pied des
grands Gouvernements de
la frontiere.
Le Roy en confideration
des services de Mensieur
du Barail Marechal
deCamp, & Gouverneur
de Landrecy
, en tefmoignage
de la satisfaction
que Sa Majesté a eu de sa
con duite à l'occasion du
Siege de cette place,a augmente
ses appointements,
& les a mis sur le pied des
grands Gouvernements de
la frontiere.
Fermer
4204
p. 153
LOGOGRYPHE.
Début :
A table l'on feroit sans moi pauvre figure ; [...]
Mots clefs :
Couteau
4205
p. 139-140
ENIGME.
Début :
Je fais fort peu de bruit, cependant j'étourdis ; [...]
Mots clefs :
Escarpolette
4206
p. 143-144
A UN HOMME Qui a épousé une femme mal-faite & Bigotte. SUR LES RIMES PROPOSÉES DANS LE MERCURE DERNIER
Début :
Quand tu te résolus d'épouser ta .... Nabotte, [...]
Mots clefs :
Femme, Bigote, Échec, Carquois, Flacon, Hymen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A UN HOMME Qui a épousé une femme mal-faite & Bigotte. SUR LES RIMES PROPOSÉES DANS LE MERCURE DERNIER
A UN HOMME
Qui a épouse unefemme malfaire
& Bigotte.
SUR LES RIMES PROPOSE'ES
DANS LE MERCURE DERNIER
Uand tu te réfolus d'époufer
ta .
Tu ne préfumois pas qu'elle avoit
bon Bec ;
Mais fitôt qu'à fes yeux tu fis
Salamalec .
Elle ſe propofa de porter la Culotte.
Vainement à préſent tu grates ta
Calote ;
I'auroit mieux valu manger ton
pain tour
Sec ,
Que d'avoir hazardé le malheureux
Echec ,
Qui te donne une femme intraitable
& • • Bigotte,
Comment, toi qui nommois les Maris
Iroquois ,
144
LE MERCURE
Qui méprifois l'Hymen , l'Amour
& fon
Carquois
,
As tu fitôt quitté ta liberté..Cinique
?
Je croyois que ton coeur léger comme
un Faucon ' ,
N'aimoit que la liqueur qui chatoüille
, qui ·
Pique ,
Et ne voudroit jamais chérir que
le • Flacon.
Qui a épouse unefemme malfaire
& Bigotte.
SUR LES RIMES PROPOSE'ES
DANS LE MERCURE DERNIER
Uand tu te réfolus d'époufer
ta .
Tu ne préfumois pas qu'elle avoit
bon Bec ;
Mais fitôt qu'à fes yeux tu fis
Salamalec .
Elle ſe propofa de porter la Culotte.
Vainement à préſent tu grates ta
Calote ;
I'auroit mieux valu manger ton
pain tour
Sec ,
Que d'avoir hazardé le malheureux
Echec ,
Qui te donne une femme intraitable
& • • Bigotte,
Comment, toi qui nommois les Maris
Iroquois ,
144
LE MERCURE
Qui méprifois l'Hymen , l'Amour
& fon
Carquois
,
As tu fitôt quitté ta liberté..Cinique
?
Je croyois que ton coeur léger comme
un Faucon ' ,
N'aimoit que la liqueur qui chatoüille
, qui ·
Pique ,
Et ne voudroit jamais chérir que
le • Flacon.
Fermer
4207
p. 127-128
QUESTION.
Début :
On se sert fréquemment depuis quelques années, en parlant des Ouvrages d'esprit, [...]
Mots clefs :
Invention , Sentiment, Ouvrages d'esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION.
go E s 7‘ 1 o N.
On se sert fréquemment depuis quelques
années , en parlant des Ouvrages d’csprit,
des termes dwwenrion et de Sentiment;
la plupart d; ceux qui les emploient n’en
connaissent pas. exactement la valeur ,
_d'autres évitent de s’en servir , dans la
crainte de les mal appliquer 3 ensorteque
ce seroit rendre service au Public que de
bien déterminer leur signification dans
les phrases Qù l’on dit qu’il y 4 de Pm
wmion dans un tel Ouvrage, ou qu’il n} m
tu faim : que tel Ont/rage m‘ rempli de sen-g
11mm:,
ëzs MERCURE DE FRANCE
timms, ou qu'il en est depourvû. On prie
‘ceux qui sont en état_de les expliquer,
de vouloir bien faire part de leurs RC1
flexions sur ce sujet.
On se sert fréquemment depuis quelques
années , en parlant des Ouvrages d’csprit,
des termes dwwenrion et de Sentiment;
la plupart d; ceux qui les emploient n’en
connaissent pas. exactement la valeur ,
_d'autres évitent de s’en servir , dans la
crainte de les mal appliquer 3 ensorteque
ce seroit rendre service au Public que de
bien déterminer leur signification dans
les phrases Qù l’on dit qu’il y 4 de Pm
wmion dans un tel Ouvrage, ou qu’il n} m
tu faim : que tel Ont/rage m‘ rempli de sen-g
11mm:,
ëzs MERCURE DE FRANCE
timms, ou qu'il en est depourvû. On prie
‘ceux qui sont en état_de les expliquer,
de vouloir bien faire part de leurs RC1
flexions sur ce sujet.
Fermer
Résumé : QUESTION.
Le texte aborde l'usage des termes 'd'Idée' et 'de Sentiment' dans les ouvrages d'esprit. Il souligne que leur signification est souvent mal connue ou évitée par crainte d'erreur. Pour clarifier ces concepts, il propose de définir ces termes et invite à partager des réflexions sur des phrases comme 'il y a de l'Idée dans un tel Ouvrage' ou 'tel Ouvrage m'a rempli de sentiment'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4208
p. 143-144
« Cette matiere est si amusante, Monsieur, & en même tems [...] »
Début :
Cette matiere est si amusante, Monsieur, & en même tems [...]
Mots clefs :
Mercure, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette matiere est si amusante, Monsieur, & en même tems [...] »
Cette matiere eft fi amufante
, Monfieur ,& en même
tems fi intereſſante
, que je
vous prie de me permettre de
vous faire part d'un nouveau
genre de divertiſſement dont
elle a regalé le Public. Si tout
ce qu'il y a d'honnêtes gens
qui vont aux ſpectacles en
France n'avoit pas veu la def.
144. MERCURE
fenſe d'Homeredans les mains
d'Arlequin à la Foire S. Laurent
, je n'aurois pas l'indifcretion
de vous donner , comme
je vais le faire ,une Scenedont
les deux partis pourront rire
ou ſe fâcher au gré de la paffion
qu'ils ont à deffendre ou
àcombattre cette grande cauſe.
Quoyqu'il en puiſſe eſtre ,
je ſuis Mercure , & je vais à
bon compte faire mon employ.
, Monfieur ,& en même
tems fi intereſſante
, que je
vous prie de me permettre de
vous faire part d'un nouveau
genre de divertiſſement dont
elle a regalé le Public. Si tout
ce qu'il y a d'honnêtes gens
qui vont aux ſpectacles en
France n'avoit pas veu la def.
144. MERCURE
fenſe d'Homeredans les mains
d'Arlequin à la Foire S. Laurent
, je n'aurois pas l'indifcretion
de vous donner , comme
je vais le faire ,une Scenedont
les deux partis pourront rire
ou ſe fâcher au gré de la paffion
qu'ils ont à deffendre ou
àcombattre cette grande cauſe.
Quoyqu'il en puiſſe eſtre ,
je ſuis Mercure , & je vais à
bon compte faire mon employ.
Fermer
4209
p. 137-138
« Ces autres Vers sont de la mesme Mademoiselle Castille. / Tu croyois, me dis-tu, le Printemps de retour [...] »
Début :
Ces autres Vers sont de la mesme Mademoiselle Castille. / Tu croyois, me dis-tu, le Printemps de retour [...]
Mots clefs :
Amour, Troupeau, Printemps, Galanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ces autres Vers sont de la mesme Mademoiselle Castille. / Tu croyois, me dis-tu, le Printemps de retour [...] »
Ces autres Vers font de la
meſme Mademoiselle Ca--
ſtille.
T
acroyoiss,, medis- tu , le Printemps
de retour
Surlafoy d'un beau jour,
Etdéja ton Troupeau paiſſoit dansla
Prairie,
Un froid nouveau luy fait garder la
Bergerie.
Cloris centfois m'ajoué mesme tour
Centfoisj'ay cruson coeurſenſible à
mon amour,
Ettout cequ'elle fait, pure galanterie..
Tantoſt elle me chaffe ,&tantoſt me
retient
Avril 1685. M
138MERCURE
L'Amour enfoit loué, pointdeplainte
importune,
L'Amour&le temps vont comme il
plaiſtàla Lune,
Tircis,faycommemoy, prens le temps,
commeilvient.
meſme Mademoiselle Ca--
ſtille.
T
acroyoiss,, medis- tu , le Printemps
de retour
Surlafoy d'un beau jour,
Etdéja ton Troupeau paiſſoit dansla
Prairie,
Un froid nouveau luy fait garder la
Bergerie.
Cloris centfois m'ajoué mesme tour
Centfoisj'ay cruson coeurſenſible à
mon amour,
Ettout cequ'elle fait, pure galanterie..
Tantoſt elle me chaffe ,&tantoſt me
retient
Avril 1685. M
138MERCURE
L'Amour enfoit loué, pointdeplainte
importune,
L'Amour&le temps vont comme il
plaiſtàla Lune,
Tircis,faycommemoy, prens le temps,
commeilvient.
Fermer
Résumé : « Ces autres Vers sont de la mesme Mademoiselle Castille. / Tu croyois, me dis-tu, le Printemps de retour [...] »
Le texte relate des vers adressés à Mademoiselle Castille, décrivant un printemps où le froid retient le troupeau à la bergerie. Le narrateur exprime son désarroi face aux comportements contradictoires de Cloris, perçus comme de la galanterie. Datés d'avril 1685, ces vers proviennent du Mercure. Le narrateur conseille Tircis de profiter du moment présent, comparant l'amour et le temps aux caprices de la lune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4210
p. 549-550
QUESTION.
Début :
Pourquoi a-t-on plus de peine à pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir [...]
Mots clefs :
Question, Demande, Droit, Pardonner, Calomnies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION.
QUESTION.
Pourquoi a- t-on plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à voir
les personnes calomniées , qu'à ceux qui
sont Auteurs des calomnies ?
L'Auteur de la Question ajoûte ce qui
suit,pour faire mieux entendre sa pensée :
Cette demande , dit- il , suppose ce qui
n'est que trop constant , sçavoir , qu'il
est bien plus difficile de pardonner à ceux
qui approuvent les calomnies ou qui s'en
réjouissent , qu'à ceux mêmes qui en sont
les Auteurs. Cela supposé, il s'ensuit qu'il
faut garder une conduite différente à l'égard
550 MERCURE DE FRANCE
gard de ceux qui distinguent deux sortes
d'ennemis , les uns qui ne cherchent
qu'à faire du mal aux autres , et ceux
qui se réjouissent du mal qui est fait .
Comme le coeur de l'homme est impénetrable
, on souhaiteroit sçavoir ce
que les personnes occupées d'elles- mêmes
pensent sur un sujet de cette importance
, et comme dans cette demande
on peut distinguer question de fait et
question de droit , de droit , on est tout prêt
à satisfaire sur la premiere , ceux qui
voudront bien éclairer de leurs lumieres
sur la seconde.
Pourquoi a- t-on plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à voir
les personnes calomniées , qu'à ceux qui
sont Auteurs des calomnies ?
L'Auteur de la Question ajoûte ce qui
suit,pour faire mieux entendre sa pensée :
Cette demande , dit- il , suppose ce qui
n'est que trop constant , sçavoir , qu'il
est bien plus difficile de pardonner à ceux
qui approuvent les calomnies ou qui s'en
réjouissent , qu'à ceux mêmes qui en sont
les Auteurs. Cela supposé, il s'ensuit qu'il
faut garder une conduite différente à l'égard
550 MERCURE DE FRANCE
gard de ceux qui distinguent deux sortes
d'ennemis , les uns qui ne cherchent
qu'à faire du mal aux autres , et ceux
qui se réjouissent du mal qui est fait .
Comme le coeur de l'homme est impénetrable
, on souhaiteroit sçavoir ce
que les personnes occupées d'elles- mêmes
pensent sur un sujet de cette importance
, et comme dans cette demande
on peut distinguer question de fait et
question de droit , de droit , on est tout prêt
à satisfaire sur la premiere , ceux qui
voudront bien éclairer de leurs lumieres
sur la seconde.
Fermer
Résumé : QUESTION.
Le texte explore la difficulté de pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les personnes calomniées par rapport à ceux qui commettent les calomnies. L'auteur observe que pardonner à ceux qui approuvent ou se réjouissent des calomnies est plus ardu que pardonner à ceux qui les commettent. Il distingue deux types d'ennemis : ceux qui cherchent à nuire et ceux qui se réjouissent du mal causé. Le texte souligne la complexité du cœur humain et l'importance de comprendre les pensées des individus sur ce sujet. Il invite ceux qui le souhaitent à éclairer la question de droit, tout en se tenant prêt à répondre à la question de fait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4211
p. 146-147
Réponse à la troisième. Par le mary clair voyant.
Début :
Si l'on peut aimer par devoir, & ce que c'est précisement [...]
Mots clefs :
Amour, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse à la troisième. Par le mary clair voyant.
Réponse à la troisiéme. Par le
mary clair voyant.
Si l'on peut aimer par
devoir, & ce quec'est précifc-,
ment que cet amour.1
IJamour de devoireflle nom
d'uneebofequiriexijlc point; une
cbimere que lesfemmes ont inge-
- nieufement inventée pour donner
le change aux maris,&leurfaire.
prendre l'ombre pour la
realité.Le]
masque ojfaeux de leur coeur qui
cach? l'Amantquil'occupe. Vnt
!belle fuperficte
t e un mauvais
fonds. Un moyen de lever le tribut
conjugal & de faire la contrebande.
L'appasdes Dupes, la
Pijlole volante de Venus, cm l'attrapeminette
de lagrande Confrérie.
mary clair voyant.
Si l'on peut aimer par
devoir, & ce quec'est précifc-,
ment que cet amour.1
IJamour de devoireflle nom
d'uneebofequiriexijlc point; une
cbimere que lesfemmes ont inge-
- nieufement inventée pour donner
le change aux maris,&leurfaire.
prendre l'ombre pour la
realité.Le]
masque ojfaeux de leur coeur qui
cach? l'Amantquil'occupe. Vnt
!belle fuperficte
t e un mauvais
fonds. Un moyen de lever le tribut
conjugal & de faire la contrebande.
L'appasdes Dupes, la
Pijlole volante de Venus, cm l'attrapeminette
de lagrande Confrérie.
Fermer
4213
p. 150-152
BOUQUET POUR LE JOUR DE LA S. JEAN.
Début :
Par Saint Jean dis-moi, je te prie, [...]
Mots clefs :
Saint-Jean, Diable, Pudeur, Tonnerre, Offrande, Esprit, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET POUR LE JOUR DE LA S. JEAN.
BOUQUET
POUR
LE JOUR DE LA S. JEAN. pAr SaintJean dis-moi, jete
prie,
De quelJean portes-tu le nom?
Tu n'es point dans laLitanie
De cesJeans de mauvais renom: AuDiablecelui qui t'apelle
OuJean Gile , , ouJeande Nivelli,
OuJean de Vert, ouJean le Roux
OuJean Gingeole,ouJean Farine; Tu n'esniJanot, niJean foui,
Ni GrosJean, niJeandel'Epine, NiJean Deve, niJean Ridoux, NiJean, qui prononcéparun hommeen
colére
Efl pire qu'un , coup de Tonnerre9
Pour une Pudeur de quinze ans:
Tun'as point non plus decesJeans,
L
Dont le menton déplaît à mainte
prude Dame ;
Tun'espointJeande partaFemme;
N'étant rien moins que Jean Doucet
, Jean qui ne peut, ouJean Fausset.
Ce qui te manque un peu, c'est la
Bachique Trogne,
A table tu n'es qu'unJean Logne,
Jean Potage ncfl point ton nom;
Srrois-t:'j:'lit Davalos,non: Ni Don J'tm des Enluminures,
J'll Frere Jean des Antomures,
Jean des Vignestunesusonc;
Que diantre deJean es tu donc ?
Ne [cachant à quelJean tu portes
, ton offrande,
LD)1r1o.'1etonndpleus.serieux je finis ma FÙes-wl
ean d'Eté,fêtes-tu Jean
d'Hiver,
Vtt quelqu'un desJeans du Defert
» Jean de Latran
,
Olt]ean Porte L/{-
tmes
OubienPorte-Latin lequeldes
FImffons par deuxJeans. Jean prc*
mie,jeansecond,
Ilssuffiront pour te loüeràfond.
Et te faire un Bouquet qui fleure
comme baume;
Je te crois par l'Esprit un vraiJean
Chrisostome
Et par le Coeur, Sa,intJean le Rond
POUR
LE JOUR DE LA S. JEAN. pAr SaintJean dis-moi, jete
prie,
De quelJean portes-tu le nom?
Tu n'es point dans laLitanie
De cesJeans de mauvais renom: AuDiablecelui qui t'apelle
OuJean Gile , , ouJeande Nivelli,
OuJean de Vert, ouJean le Roux
OuJean Gingeole,ouJean Farine; Tu n'esniJanot, niJean foui,
Ni GrosJean, niJeandel'Epine, NiJean Deve, niJean Ridoux, NiJean, qui prononcéparun hommeen
colére
Efl pire qu'un , coup de Tonnerre9
Pour une Pudeur de quinze ans:
Tun'as point non plus decesJeans,
L
Dont le menton déplaît à mainte
prude Dame ;
Tun'espointJeande partaFemme;
N'étant rien moins que Jean Doucet
, Jean qui ne peut, ouJean Fausset.
Ce qui te manque un peu, c'est la
Bachique Trogne,
A table tu n'es qu'unJean Logne,
Jean Potage ncfl point ton nom;
Srrois-t:'j:'lit Davalos,non: Ni Don J'tm des Enluminures,
J'll Frere Jean des Antomures,
Jean des Vignestunesusonc;
Que diantre deJean es tu donc ?
Ne [cachant à quelJean tu portes
, ton offrande,
LD)1r1o.'1etonndpleus.serieux je finis ma FÙes-wl
ean d'Eté,fêtes-tu Jean
d'Hiver,
Vtt quelqu'un desJeans du Defert
» Jean de Latran
,
Olt]ean Porte L/{-
tmes
OubienPorte-Latin lequeldes
FImffons par deuxJeans. Jean prc*
mie,jeansecond,
Ilssuffiront pour te loüeràfond.
Et te faire un Bouquet qui fleure
comme baume;
Je te crois par l'Esprit un vraiJean
Chrisostome
Et par le Coeur, Sa,intJean le Rond
Fermer
4214
p. 80-82
Response.
Début :
Non, Seigneur anonime, non. Le Puits de la Verité n' [...]
Mots clefs :
Airs, Chanson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Response.
Responsè.
Non,Seigneur anoni.
me, non. Le Puits de la
Véritén'est point de
moy, j'aimerois mieux
qu'on me derobast tous
mes ouvrages, que d'en
avoir un sur la conscience
qui ne m'appartint,
pas: Le Puits de la Verité
est de Mr de Frontignieres
autheur de la
pluspartdes paroles dont
feu Mr le Camus avoit
composé les airs; la verité
est qu'onmedemanda
quelques petites ébauches
que J'aVoisHails,1
mon porte-feuille, avec
un petit conte & quel-,
ques autres bàdineries
pourfaciliterlaventedu
Puits de la Verité;ainsi
je puis revendiquerde
ce Livre une tirade de
couplets estropiez sur ifi
vwo verïtas,êc puisqu'il
en est icy questionen
faire denouveaux qui
tiendront lieu des chansons
de ce mois-ci.Voicy
les canevas: Fasse les
airs qui voudra, je n'ay
pas eu le loisir de penfcr
à la musique.
Non,Seigneur anoni.
me, non. Le Puits de la
Véritén'est point de
moy, j'aimerois mieux
qu'on me derobast tous
mes ouvrages, que d'en
avoir un sur la conscience
qui ne m'appartint,
pas: Le Puits de la Verité
est de Mr de Frontignieres
autheur de la
pluspartdes paroles dont
feu Mr le Camus avoit
composé les airs; la verité
est qu'onmedemanda
quelques petites ébauches
que J'aVoisHails,1
mon porte-feuille, avec
un petit conte & quel-,
ques autres bàdineries
pourfaciliterlaventedu
Puits de la Verité;ainsi
je puis revendiquerde
ce Livre une tirade de
couplets estropiez sur ifi
vwo verïtas,êc puisqu'il
en est icy questionen
faire denouveaux qui
tiendront lieu des chansons
de ce mois-ci.Voicy
les canevas: Fasse les
airs qui voudra, je n'ay
pas eu le loisir de penfcr
à la musique.
Fermer
Résumé : Response.
L'auteur nie être le créateur principal de 'Le Puits de la Vérité', œuvre appartenant à Monsieur de Frontignières. Monsieur le Camus a composé les airs pour la plupart des paroles. L'auteur a fourni quelques ébauches et contributions mineures. Il revendique une tirade de couplets sur la vérité et propose des canevas pour de nouvelles chansons, mais n'a pas travaillé sur la musique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4215
p. 131-133
Hollande, & Pays-bas.
Début :
Leurs Hautes Puissances qui avoient chargé leur Ministre à Lisbone de traverser [...]
Mots clefs :
Empereur, Compagnie de Trieste, Indes orientales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Hollande, & Pays-bas.
H)lUnde >& Pays.bar,
. Leurs Haines Puilíances qui avaient
chargé leur. Ministre à Liíbonede traverfer
la négociation dxi Traité de commerce'
proposé par l'Empereur pour l'avantage'
dela Compagnie Orientale de Trieste
n'ont pu réussir. Le Roi de Portugal leur
à.fait répondre pa* le Comte de Taroncay
son 'Ambassadeur. , qu'il n'avoit aucun en-'
gagement avec la Republique de Hollan->
de qui pût l'empêcher d'user de son droit'
de Souveraineté par rapport aux Indes'
Orientales ; quil pouvoit aûslì dilpoíèr'
áu commerce de ses Etats , íèlon son bon'
plaisir r que les Tertugais ne fburnisioient
point de vaiíseaux à la Compagnie de
Trieste ornais qu'ils les lui rendoient
ainsi qu'ils pou voient juger par le Pavil
lon Imperial qu'on mettoit aux Bâtimens
aullì.tôt que la vente en étoit faite ; 8c
qu'enfin le dernier Traité de commerces
conclu avec l'Empereur , ne contenoit
íîen qui pût préjudiuer aux droits de ls*
ifp MERCURE DE FRANCE.
Republique, tant aux Indes Orientales'^
qu'ailleurs.
. Tous les Commandans des Places pos
íédées par l'Empereur dans les Païs.Bas,
ont reçu ordre de renforcer les gardes
de faire faire des patrouilles hors de leurs
Villes , avant que d'en ouvris ou d'eir
fermer les portes , de n'y laisser entrer
qu'un certain nombre de personnes à laj
fois , d'arrêter toutes celles qui leur pa
raîtront suspectes , & de faire exacte
ment visiter tous les chariots chargez de
paille ou de soin qui íè presenteront pour
entrer.
On apprend de Liege que l'Electeur de .
Cologne y étoit. arrivé le j.i. Decembre*
vers les quatre heures après.midi , accom.i
pagné du Baron' de PÌettembourg , sort
premier Ministre , & que le Cardinal de
Saxe.zeitss'étoit déclaré son competiteur
pour cet Evêché, vacant par le ministere
du Baroride Fiow,- Commandeur de l'Or-
«Ire de Malthe quiest arrivé à Liege3char.
gé des Lettres de créance de ce Cardinal.
Le 19. de ce mois on publia à la Haye
UTie nouvelle Ordonnance des Etats Gene
raux concernant les naufrages , & portant
peine de mort contre tous ceux , qui sous
Îpretexte de donner du íecours à un vaiss
eau en danger , se rendront à bord de ce
Bâtiment , sans ayoir été appelles par le
Capi.3
J A N V I E R 17** j jj
Capitaine , le Pilote , ou par l'equipage
en leur absence.
. Leurs Haines Puilíances qui avaient
chargé leur. Ministre à Liíbonede traverfer
la négociation dxi Traité de commerce'
proposé par l'Empereur pour l'avantage'
dela Compagnie Orientale de Trieste
n'ont pu réussir. Le Roi de Portugal leur
à.fait répondre pa* le Comte de Taroncay
son 'Ambassadeur. , qu'il n'avoit aucun en-'
gagement avec la Republique de Hollan->
de qui pût l'empêcher d'user de son droit'
de Souveraineté par rapport aux Indes'
Orientales ; quil pouvoit aûslì dilpoíèr'
áu commerce de ses Etats , íèlon son bon'
plaisir r que les Tertugais ne fburnisioient
point de vaiíseaux à la Compagnie de
Trieste ornais qu'ils les lui rendoient
ainsi qu'ils pou voient juger par le Pavil
lon Imperial qu'on mettoit aux Bâtimens
aullì.tôt que la vente en étoit faite ; 8c
qu'enfin le dernier Traité de commerces
conclu avec l'Empereur , ne contenoit
íîen qui pût préjudiuer aux droits de ls*
ifp MERCURE DE FRANCE.
Republique, tant aux Indes Orientales'^
qu'ailleurs.
. Tous les Commandans des Places pos
íédées par l'Empereur dans les Païs.Bas,
ont reçu ordre de renforcer les gardes
de faire faire des patrouilles hors de leurs
Villes , avant que d'en ouvris ou d'eir
fermer les portes , de n'y laisser entrer
qu'un certain nombre de personnes à laj
fois , d'arrêter toutes celles qui leur pa
raîtront suspectes , & de faire exacte
ment visiter tous les chariots chargez de
paille ou de soin qui íè presenteront pour
entrer.
On apprend de Liege que l'Electeur de .
Cologne y étoit. arrivé le j.i. Decembre*
vers les quatre heures après.midi , accom.i
pagné du Baron' de PÌettembourg , sort
premier Ministre , & que le Cardinal de
Saxe.zeitss'étoit déclaré son competiteur
pour cet Evêché, vacant par le ministere
du Baroride Fiow,- Commandeur de l'Or-
«Ire de Malthe quiest arrivé à Liege3char.
gé des Lettres de créance de ce Cardinal.
Le 19. de ce mois on publia à la Haye
UTie nouvelle Ordonnance des Etats Gene
raux concernant les naufrages , & portant
peine de mort contre tous ceux , qui sous
Îpretexte de donner du íecours à un vaiss
eau en danger , se rendront à bord de ce
Bâtiment , sans ayoir été appelles par le
Capi.3
J A N V I E R 17** j jj
Capitaine , le Pilote , ou par l'equipage
en leur absence.
Fermer
Résumé : Hollande, & Pays-bas.
Le texte décrit plusieurs événements diplomatiques et militaires. Les Pays-Bas ont tenté de négocier un traité de commerce pour la Compagnie Orientale de Trieste via leur ministre à Lisbonne, mais sans succès. Le Roi de Portugal a affirmé qu'il n'avait aucun engagement avec la République de Hollande l'empêchant d'exercer sa souveraineté sur les Indes Orientales. Il a également nié fournir des vaisseaux à la Compagnie de Trieste et assuré que le dernier traité de commerce avec l'Empereur ne préjudiciait pas aux droits de la République. Dans les Pays-Bas, les commandants des places fortifiées par l'Empereur ont reçu des ordres pour renforcer la sécurité : renforcer les gardes, faire des patrouilles, limiter l'accès aux villes, arrêter les personnes suspectes et inspecter les chariots. En Allemagne, l'Électeur de Cologne est arrivé à Liège le 11 décembre avec son premier ministre, le Baron de Pettembourg. Le Cardinal de Saxe s'est déclaré compétiteur pour l'évêché de Cologne, vacant après le décès du Baron de Fiow. Enfin, une ordonnance des États Généraux concernant les naufrages a été publiée à La Haye le 19 du mois, prévoyant la peine de mort pour ceux qui monteraient à bord d'un vaisseau en danger sans y avoir été invités par le capitaine, le pilote ou l'équipage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4216
p. 143-146
Du 19. Septembre 1712.
Début :
M. le Marquis de Saucourt est arrivé à Versailles avant [...]
Mots clefs :
Douai, Marquis de Saucourt, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 19. Septembre 1712.
Du 19. Septembre 17127
M. le Marquis de Sau
court eft arrivé à Verſailles
avant- hier au foir avec 20..
drapeaux qu'on a pris dans
Douay. L'armée étoit cam
pée à Prefeau , qui travailloit aux ouvrages pour le
144 MERCURE
fiege , où les Officiers ont
travaillé eux- mêmes. La
garniſon de Douay eſt allé
Beauvais attendre les or
dres de la Cour , pour les
Provinces où le Roy voudra lés envoyer.
Elle étoit compofée en
fortant de 1700. foldats, 250.
Officiers , 1200. bleffez ou
malades , plufieurs Officiers
generaux , & autres principaux Officiers, aufquels M.
le Maréchal a donné permiffion pour aller quelques
mois chez eux. Ona trouvé.
dans la place 200. milliers
de
GALANT. 145
de poudre, une nombreuſe
artillerie, &unetrés- grande
provifion d'avoine. M. le
Maréchal ayant inveſti le
Quesnoy le même jour que
Douay a demandé à capituler , a preffé tout ce qui
eft neceffaire pour l'ouver
ture de la tranchée.
L'armée ennemie a marché trés-vîte de l'Escaut à
Mons , & paffé même les
rivieres d'Ayne & de la
Trouille avec une precipitation qui marquoir un deffin de venir à nous. Elle
a fejourné deux jours , &
Sept. 1712.
N
146 MERCURE
nous à donné le temps de
raffembler les troupes qui
étoient devant Douay , &
perfectionner nos ouvra
ges , ainfi on croit qu'ils
nous laifferont faire cefiege
auffi tranquilement que ces
lui de Douay.
M. le Marquis de Sau
court eft arrivé à Verſailles
avant- hier au foir avec 20..
drapeaux qu'on a pris dans
Douay. L'armée étoit cam
pée à Prefeau , qui travailloit aux ouvrages pour le
144 MERCURE
fiege , où les Officiers ont
travaillé eux- mêmes. La
garniſon de Douay eſt allé
Beauvais attendre les or
dres de la Cour , pour les
Provinces où le Roy voudra lés envoyer.
Elle étoit compofée en
fortant de 1700. foldats, 250.
Officiers , 1200. bleffez ou
malades , plufieurs Officiers
generaux , & autres principaux Officiers, aufquels M.
le Maréchal a donné permiffion pour aller quelques
mois chez eux. Ona trouvé.
dans la place 200. milliers
de
GALANT. 145
de poudre, une nombreuſe
artillerie, &unetrés- grande
provifion d'avoine. M. le
Maréchal ayant inveſti le
Quesnoy le même jour que
Douay a demandé à capituler , a preffé tout ce qui
eft neceffaire pour l'ouver
ture de la tranchée.
L'armée ennemie a marché trés-vîte de l'Escaut à
Mons , & paffé même les
rivieres d'Ayne & de la
Trouille avec une precipitation qui marquoir un deffin de venir à nous. Elle
a fejourné deux jours , &
Sept. 1712.
N
146 MERCURE
nous à donné le temps de
raffembler les troupes qui
étoient devant Douay , &
perfectionner nos ouvra
ges , ainfi on croit qu'ils
nous laifferont faire cefiege
auffi tranquilement que ces
lui de Douay.
Fermer
Résumé : Du 19. Septembre 1712.
Le 17 septembre 1712, le Marquis de Saucourt a apporté à Versailles 20 drapeaux capturés à Douai. L'armée française, alors campée à Préfau, travaillait aux ouvrages de siège. La garnison de Douai, composée de 1 700 soldats, 250 officiers et 1 200 blessés ou malades, a été transférée à Beauvais en attendant les ordres de la Cour. La place forte contenait 200 milliers de poudre, une artillerie nombreuse et une grande provision d'avoine. Le Maréchal a accordé une permission de quelques mois à plusieurs officiers généraux et principaux officiers. Le même jour, la ville du Quesnoy a demandé à capituler, et les préparatifs pour l'ouverture de la tranchée ont été accélérés. L'armée ennemie a traversé rapidement l'Escaut, les rivières d'Ayne et de la Trouille, mais a fait une pause de deux jours, permettant aux troupes françaises de se préparer devant Douai. On espère que le siège du Quesnoy se déroulera aussi tranquillement que celui de Douai.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4217
p. 145-148
Autre belle Réflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais à propos de Livres, on revient encore à la charge [...]
Mots clefs :
Copiste, Nouvelliste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre belle Réflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Mais à propos de Livres ,
on revient encore à la charge
fur mon compte , on recommence
à me reprocher que je
parle trop fouvent de moi ,
dans le mien : eſt ce pour me
loüer j'ay tort : finon , j'ay
raiſon. De qui ont parlé , s'il
vous plaît , Meſſieurs les Cenfeurs
, tous les faiſeurs de Me-
Octobre 1715 . N
146 MERCURE
moires dumonde ? n'est- ce pas
d'eux - mêmes , la plupart du
tems ? Et dequoi voulez vous
que je vous entretienne , aprés
les Gazettes de Roterdam
d'Amſterdam , de Leyden , de
Verdun & de France , de tour :
ce qu'elles vous auront dit en
trois ou quatre façons differentes
?
,
Vous voulez apparemment
que je devienne le Copiſte ,
ou le Commentateur de ces
grands monuments : je m'en
garderay bien , ces fortes de
pillages ne font permis que
lorſqu'on ne peut ſediſpenſer
GALANT. 147
1
de les faire. D'ailleurs je n'ay
jamais pris le ton des nouvelles,
en nouvelliſte reglé. J'ay
ſenti dés les premiers jours
que j'ay été inſtallé dans mon
emploi , la ſechereſſe de ce lan.
gage , & j'y ay ſuppléé autant
que j'ay pû, par monattention
à ramaſſer de bonnes pieces &
des Memoires curieux. Quand
ils m'ont manqué , j'ay raiſonné
àma fantaiſie , &tant qu'ils
me manqueront je raiſonneray
de même ; d'autant
plus volontiers que je ſçay de
bonnepart que mes raiſonnemens
ont amufe les Dames &
Nij
148 MERCURE
tous les honnêtes gens qui ne
cherchent qu'à s'amufer : co
que vous allez lire par exemple
eft de cette nature.
on revient encore à la charge
fur mon compte , on recommence
à me reprocher que je
parle trop fouvent de moi ,
dans le mien : eſt ce pour me
loüer j'ay tort : finon , j'ay
raiſon. De qui ont parlé , s'il
vous plaît , Meſſieurs les Cenfeurs
, tous les faiſeurs de Me-
Octobre 1715 . N
146 MERCURE
moires dumonde ? n'est- ce pas
d'eux - mêmes , la plupart du
tems ? Et dequoi voulez vous
que je vous entretienne , aprés
les Gazettes de Roterdam
d'Amſterdam , de Leyden , de
Verdun & de France , de tour :
ce qu'elles vous auront dit en
trois ou quatre façons differentes
?
,
Vous voulez apparemment
que je devienne le Copiſte ,
ou le Commentateur de ces
grands monuments : je m'en
garderay bien , ces fortes de
pillages ne font permis que
lorſqu'on ne peut ſediſpenſer
GALANT. 147
1
de les faire. D'ailleurs je n'ay
jamais pris le ton des nouvelles,
en nouvelliſte reglé. J'ay
ſenti dés les premiers jours
que j'ay été inſtallé dans mon
emploi , la ſechereſſe de ce lan.
gage , & j'y ay ſuppléé autant
que j'ay pû, par monattention
à ramaſſer de bonnes pieces &
des Memoires curieux. Quand
ils m'ont manqué , j'ay raiſonné
àma fantaiſie , &tant qu'ils
me manqueront je raiſonneray
de même ; d'autant
plus volontiers que je ſçay de
bonnepart que mes raiſonnemens
ont amufe les Dames &
Nij
148 MERCURE
tous les honnêtes gens qui ne
cherchent qu'à s'amufer : co
que vous allez lire par exemple
eft de cette nature.
Fermer
4218
p. 145-148
« Puisque chaque Mercure porte le nom du mois par où [...] »
Début :
Puisque chaque Mercure porte le nom du mois par où [...]
Mots clefs :
Mois de mai, Marier, Préface, Variété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Puisque chaque Mercure porte le nom du mois par où [...] »
Puiſque chaque Mercure
portele nomdu mois par où
il commence , je crois que ce
ſera une varieté , d'inſtruire
ceux qui ne veulent pas foüilleterdegrands
Dictionnaires ,
de l'Etimologie , du figne &
des proprietez , du mois dont
il ſe datte. Par exemple. May
eſt le cinquiéme mois de l'année,
àcompter depuis Janvier,
c'eſt le mois où le Soleil entre
dans le figne des Gemeaux,
& où les plantes Acuriffent.
* Le mois de May a toûjours
eſté eſtimé propre à faire l'Amour
, à ſe marier. Je reponds
May 1714.N
146 MERCURE
de ma chasteté dans tous les
mois de l'année. Mais dans le
mois de May, je n'en réponds
point. M. De. S. Les ſuperſtitieux
font grand cas de la roſée
de May Bien des gens
font ſcrupule de ſe marier au
mois de May , comme un
mois malheureux. Cette fuperftition
eſt venuë des Romains
qui célébroient la Fête
des Eſprits malins au mois de
May. Papias derive ce mot de
Madius , qu'on a dit dans la
baſſe Latinité , Eo quod terra
Madeat. Il y a plus d'apparence
qu'il vient de Majus.
GALANT. 147
Ce difcours fur tous les
mois me ſervira de Préface
aux nouvelles qui naiſtront
avec les jours qui les compofent.
On aura cependant la
bonté de faire attention qu'il
n'y a que trois ſemaines que
jeme fuis chargé du Mercure,
& que , quelques correfpondances
que j'aye dans les Pays
Etrangers , les bagatelles dont
mes amis m'entretiennent , ne
font pas encore dignes d'entretenir
le Public , que je prie
abſolument de me diſpenſer
de luy repeter ce qu'il aura
lû dans les Gazettes , à l'ex-
: Nij
148 MERCURE
:
ception des choſes qui doivent
eſtre indiſpenſablement
dans ce Livre. Ainſi en attendant
que mon arrangement
ſoit fait , je vais donner un
Extrait de cinq Lettres que
j'ay requës uniquement pour
moy.
portele nomdu mois par où
il commence , je crois que ce
ſera une varieté , d'inſtruire
ceux qui ne veulent pas foüilleterdegrands
Dictionnaires ,
de l'Etimologie , du figne &
des proprietez , du mois dont
il ſe datte. Par exemple. May
eſt le cinquiéme mois de l'année,
àcompter depuis Janvier,
c'eſt le mois où le Soleil entre
dans le figne des Gemeaux,
& où les plantes Acuriffent.
* Le mois de May a toûjours
eſté eſtimé propre à faire l'Amour
, à ſe marier. Je reponds
May 1714.N
146 MERCURE
de ma chasteté dans tous les
mois de l'année. Mais dans le
mois de May, je n'en réponds
point. M. De. S. Les ſuperſtitieux
font grand cas de la roſée
de May Bien des gens
font ſcrupule de ſe marier au
mois de May , comme un
mois malheureux. Cette fuperftition
eſt venuë des Romains
qui célébroient la Fête
des Eſprits malins au mois de
May. Papias derive ce mot de
Madius , qu'on a dit dans la
baſſe Latinité , Eo quod terra
Madeat. Il y a plus d'apparence
qu'il vient de Majus.
GALANT. 147
Ce difcours fur tous les
mois me ſervira de Préface
aux nouvelles qui naiſtront
avec les jours qui les compofent.
On aura cependant la
bonté de faire attention qu'il
n'y a que trois ſemaines que
jeme fuis chargé du Mercure,
& que , quelques correfpondances
que j'aye dans les Pays
Etrangers , les bagatelles dont
mes amis m'entretiennent , ne
font pas encore dignes d'entretenir
le Public , que je prie
abſolument de me diſpenſer
de luy repeter ce qu'il aura
lû dans les Gazettes , à l'ex-
: Nij
148 MERCURE
:
ception des choſes qui doivent
eſtre indiſpenſablement
dans ce Livre. Ainſi en attendant
que mon arrangement
ſoit fait , je vais donner un
Extrait de cinq Lettres que
j'ay requës uniquement pour
moy.
Fermer
Résumé : « Puisque chaque Mercure porte le nom du mois par où [...] »
Le texte évoque les particularités du mois de mai, cinquième mois de l'année, durant lequel le Soleil entre dans le signe des Gémeaux et où les plantes poussent. Mai est traditionnellement associé à l'amour et aux mariages, bien que certaines superstitions le considèrent comme malheureux. Cette croyance provient des Romains qui célébraient la fête des esprits malins en mai. L'étymologie du mot 'mai' est discutée, avec des propositions comme 'Madius' ou 'Majus'. Le texte sert de préface aux nouvelles publiées dans le Mercure, un journal. L'auteur, récemment nommé à la direction du Mercure, attend des correspondances dignes d'intérêt pour le public. En attendant, il présente un extrait de cinq lettres reçues pour son usage personnel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4219
p. 1607-1611
L'Art d'apprendre la Musique, exposé d'une maniere nouvelle, [titre d'après la table]
Début :
Il paroîtra dans peu un nouveau Traité, intitulé : l'Art d'apprendre la Musique, exposé d'une [...]
Mots clefs :
Méthode, Difficultés, Musique, Apprendre, Pratique, Intelligible, Manière, Nomination, Exécution
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Art d'apprendre la Musique, exposé d'une maniere nouvelle, [titre d'après la table]
Il paroîtra dans peu un nouveau Traité , intitulé
: l'Art d'apprendre la Musique , exposé d'une
maniere nouvelle et intelligible , par une suite de
Leçons qui se servent successivement de préparation.
Le prix sera de six livres broché. Il se vendra
chez la veuve Ribou , vis à vis la Comédie Françoise
, à l'Image S. Louis. Chez Boivin , ruë saint
Honoré , à la Regle d'Or , et chez le Clair , rưë du
Roulle , à la Croix d'or , 1733. in 4.
Ce n'est point ici une répetition de ce qu'on
pourroit avoir lû dans les autres Méthodes . L'Auteur
s'est tracé des routes nouvelles . Il paroît
qu'il a découvert et saisi le vrai sistême , et que
le moyen qu'il en donne pour parvenir à l'execution
de la Musique , est une voye également
facile , courte et sûre. Il ne propose pour premiere
Leçon que la pratique dépouillée de
toute difficulté embarrassante. Celle qu'il s'agit
de surmonter d'abord , n'est point composée de
plusieurs autres ; elle est vrayement une et indivisible.
Cette premiere pratique est liée à celle
qui la doit immédiatement suivre dans l'ordre
naturel , et qui par consequent n'a que le degré.
de difficulté qu'il faut , pour qu'un Commençant
puisse se servir de la connoissance de cette premiere
pratique pour arriver à une seconde. Îl en
est de-même de celle- cy à l'égard de la troisiéme.
Ainsi depuis le commencement jusqu'à la fin
» tout est enchaîné , tout est nuancé de façon
» qu'on passe d'une difficulté à l'autre , sans pres-
» que s'appecevoir d'aucune résistance . Plus cette
maniere d'enseigner est facile , plus elle est courte
1608 MERCURE DE FRANCE
te et sûre. On marche presque tout seul dans de
telles routes. Rien n'y arrête et tout y conduit
au terme sûrement et sans détour . Je prévois ,
dit l'Auteur , que les ménagemens dont je me
sers pour conduire de proche en proche à l'exccution
de la Musique , paroîtront une voye bien
longue à quelques- uns ; mais enfin ces difficultez
que je présente une à une dans un ordre sistematique
, existent et dans les Méthodes où elle viennent
s'offrir en foule , enveloppées confusément
l'une dans l'autre , et dans les Leçons que j'ay
données , où elles paroissent successivement au
grand jour. Sans de pareilles précautions , on
peut bien , à force de répetition , saisir enfin les
difficultez , mais non pas l'Art par lequel on les
surmonte.
res ,
>
Dans la Préface , l'Auteur explique d'abord ce
qu'il entend par le terme de Méthode. Elle ne
consiste pas, dit - il , à se faire de sistêmes arbitraifaux
et embrouillez , mais à fixer avec attention
et à étudier profondément celui qui est
tout-à- fait dans l'idée qui représente la science
qu'on veut enseigner. Il n'est pas question , continuë
- t'il de ramasser des principes mal conçus
et plus mal digerez , de les jetter sur le papier,
sans choix , sans sistême , sans liaison , sans défi
nition , et d'embrouiller si bien l'arrangement
naturel des principes , qu'on ne sçache où prendre
ceux qu'on ¡ cherche ; mais il s'agit de voir
quelle est la nature de la Science dont on veut traiter
, quels en sont les divers membres , les distinctions
, les liaisons , les notions primitives ,
les
routes faciles. Et quand on a bien penetré toutes
ees choses , il faut les présenter aux Commençans
dans l'ordre qu'elles se trouvent naturellement
rangées ; exposer à leurs yeux à quoi chacunc
JUILLET. 1733. 1609
"
cune d'elles se rapportent comme à son centre.
Il paroît que l'Auteur s'est par tout appliqué à
être intelligible , vrai , solide et houveau. La pres
miere regle qu'il s'est prescrite pour être intelligible
, c'est de se mettre et de se tenir constamment
à la place de ceux qui commencent ; ce
n'est que là qu'on peut sentir quels secours
leur sont nécessaires. Pour peu qu'on s'écarte
»de ce poste , on croit leur parler , tandis qu'on
» ne parle plus qu'à soi- même , et ce qu'on dit
n'est plus qu'un amas informe et ténebreux de
ce qu'on sçait , et non une Méthode de ce qu'on
» s'imagine d'enseigner.
en-
Après avoir promis de ne perdre jamais cette
regle de vûë , il remarque que toute l'execution
de la Musique ne consiste qu'à nommer ,
tonner , mesurer les sons , d'où il conclut que
routes les difficultez de ces faits se rapportent à
l'un de ces trois Chefs. Voilà d'où naît la premiere
division de son Ouvrage en trois Parties.
Chacune de ces trois parties à plusieurs sortes de
difficultez , lesquelles ne peuvent être traitées immédiatement
les unes à la suite des autres , sans
jetter un extrême embarras dans l'esprit des Com
mençans ; la raison en est qu'on ne sçauroit entendre
ni pratiquer ce que la nomination a de
plus difficile , qu'après avoir sçû en partie ce qui
regarde l'intonation , &c. C'est ce qui a obligé
l'Auteur à séparer ce que la nomination , l'intonation
et la mesure ont de plus facile et d'intelligible
, indépendamment l'une de l'autre , et de
le traiter en trois Chapitres dans la premiere Section
; il reprend ensuite dans la seconde ces trois
Parties , chacune à son tour , et il explique ce
qu'elles ont de moins aisé , mais qu'on peut desormais
entendre sans peine , après en avoir pré-
'G paré
1610 MERCURE DE FRANCE
paré les voyes dans la premiere Section . Il réserve
enfin
pour la troisiéme tour ce qui ne seroit
qu'un son vuide de sens , si on ne sçavoit pas tout
ce qu'il a expliqué auparavant . Au surplus chaque
Chapitre est divisé en autant d'articles que
la difficulté qu'on y traite a de degrez subordonnez
les unes aux autres,
•
Le second trait qui caracterise cette Méthode,
c'est que les pratiques que l'Auteur y propose
sont dans le vrai. Il se trouvera peut- être des
personnes qui les regarderont comme des moyens
trop faciles et même inutiles pour conduire à l'execution.
L'Auteur le prévoyoit; tout paroît aisé,
dit-il , à ceux.qui oublient ce qui leur en a coûté
pour surmonter ce qu'ils appellent ensuite des
difficultez pueriles . Ces difficultez qui n'ont pas
toujours été pueriles pour eux , se sont peu à
peu évanouies après bien des années d'exercice
et de patience. Ils ont enfin saisi le but ; l'execu
tion ne leur paroît plus qu'un jeu ; mais en estelle
devenue plus aisée pour les Commençans ?
Est-ce qu'on en sera moins capable d'executer
les chants qui auront ailleurs les mêmes difficul-
"rez , parce qu'on ne se sera pas cassé la tête à les
surmonter quand on en apprenoit la Méthode ?
Ainsi l'Auteur n'avance rien sans prenve. S'il
s'agit de quelque pratique nouvelle , de quelque
maniere de s'y prendre inusitée , il apporte sur
le champ la raison de ce qu'il conseille , où il arrange
les moyens qu'il propose , de façon qu'on
voit qu'ils sont naturellement faits, les uns pour
préparer voyes aux autres. La solidité de cette
Méthode paroît en ce que l'Auteur commence
d'abord par jetter de bons fondemens , en s'arrê
tant aux premieres et aux plus faciles difficultez,
qu'il ne quitte que lorsqu'ilprésume qu'un Commençant
les
JUILLET . 1733. 16TI
mençant peut monter plus haut sans peine ; il
n'abandonne jamais ceux qu'il conduit ; il les
encourage ; il leur fait entrevoir de loin en loin
et peu à peu les difficultez qui les décourageroient,
si elles se presentoient tout à coup sans ce ménagement
; il leur montre en tout la maniere aisée
d'en venir à bout. Il les avertit de temps en
temps du terrain qu'ils ont déja gagné , sa liaison
avec celui qui leur reste encore , et les rou
tes faciles pour passer outre , enfin il y a bien
du neuf et du curieux dans cet Ouvrage , soit
sur la nomination , l'intonation et la . mesure
des sons.
: l'Art d'apprendre la Musique , exposé d'une
maniere nouvelle et intelligible , par une suite de
Leçons qui se servent successivement de préparation.
Le prix sera de six livres broché. Il se vendra
chez la veuve Ribou , vis à vis la Comédie Françoise
, à l'Image S. Louis. Chez Boivin , ruë saint
Honoré , à la Regle d'Or , et chez le Clair , rưë du
Roulle , à la Croix d'or , 1733. in 4.
Ce n'est point ici une répetition de ce qu'on
pourroit avoir lû dans les autres Méthodes . L'Auteur
s'est tracé des routes nouvelles . Il paroît
qu'il a découvert et saisi le vrai sistême , et que
le moyen qu'il en donne pour parvenir à l'execution
de la Musique , est une voye également
facile , courte et sûre. Il ne propose pour premiere
Leçon que la pratique dépouillée de
toute difficulté embarrassante. Celle qu'il s'agit
de surmonter d'abord , n'est point composée de
plusieurs autres ; elle est vrayement une et indivisible.
Cette premiere pratique est liée à celle
qui la doit immédiatement suivre dans l'ordre
naturel , et qui par consequent n'a que le degré.
de difficulté qu'il faut , pour qu'un Commençant
puisse se servir de la connoissance de cette premiere
pratique pour arriver à une seconde. Îl en
est de-même de celle- cy à l'égard de la troisiéme.
Ainsi depuis le commencement jusqu'à la fin
» tout est enchaîné , tout est nuancé de façon
» qu'on passe d'une difficulté à l'autre , sans pres-
» que s'appecevoir d'aucune résistance . Plus cette
maniere d'enseigner est facile , plus elle est courte
1608 MERCURE DE FRANCE
te et sûre. On marche presque tout seul dans de
telles routes. Rien n'y arrête et tout y conduit
au terme sûrement et sans détour . Je prévois ,
dit l'Auteur , que les ménagemens dont je me
sers pour conduire de proche en proche à l'exccution
de la Musique , paroîtront une voye bien
longue à quelques- uns ; mais enfin ces difficultez
que je présente une à une dans un ordre sistematique
, existent et dans les Méthodes où elle viennent
s'offrir en foule , enveloppées confusément
l'une dans l'autre , et dans les Leçons que j'ay
données , où elles paroissent successivement au
grand jour. Sans de pareilles précautions , on
peut bien , à force de répetition , saisir enfin les
difficultez , mais non pas l'Art par lequel on les
surmonte.
res ,
>
Dans la Préface , l'Auteur explique d'abord ce
qu'il entend par le terme de Méthode. Elle ne
consiste pas, dit - il , à se faire de sistêmes arbitraifaux
et embrouillez , mais à fixer avec attention
et à étudier profondément celui qui est
tout-à- fait dans l'idée qui représente la science
qu'on veut enseigner. Il n'est pas question , continuë
- t'il de ramasser des principes mal conçus
et plus mal digerez , de les jetter sur le papier,
sans choix , sans sistême , sans liaison , sans défi
nition , et d'embrouiller si bien l'arrangement
naturel des principes , qu'on ne sçache où prendre
ceux qu'on ¡ cherche ; mais il s'agit de voir
quelle est la nature de la Science dont on veut traiter
, quels en sont les divers membres , les distinctions
, les liaisons , les notions primitives ,
les
routes faciles. Et quand on a bien penetré toutes
ees choses , il faut les présenter aux Commençans
dans l'ordre qu'elles se trouvent naturellement
rangées ; exposer à leurs yeux à quoi chacunc
JUILLET. 1733. 1609
"
cune d'elles se rapportent comme à son centre.
Il paroît que l'Auteur s'est par tout appliqué à
être intelligible , vrai , solide et houveau. La pres
miere regle qu'il s'est prescrite pour être intelligible
, c'est de se mettre et de se tenir constamment
à la place de ceux qui commencent ; ce
n'est que là qu'on peut sentir quels secours
leur sont nécessaires. Pour peu qu'on s'écarte
»de ce poste , on croit leur parler , tandis qu'on
» ne parle plus qu'à soi- même , et ce qu'on dit
n'est plus qu'un amas informe et ténebreux de
ce qu'on sçait , et non une Méthode de ce qu'on
» s'imagine d'enseigner.
en-
Après avoir promis de ne perdre jamais cette
regle de vûë , il remarque que toute l'execution
de la Musique ne consiste qu'à nommer ,
tonner , mesurer les sons , d'où il conclut que
routes les difficultez de ces faits se rapportent à
l'un de ces trois Chefs. Voilà d'où naît la premiere
division de son Ouvrage en trois Parties.
Chacune de ces trois parties à plusieurs sortes de
difficultez , lesquelles ne peuvent être traitées immédiatement
les unes à la suite des autres , sans
jetter un extrême embarras dans l'esprit des Com
mençans ; la raison en est qu'on ne sçauroit entendre
ni pratiquer ce que la nomination a de
plus difficile , qu'après avoir sçû en partie ce qui
regarde l'intonation , &c. C'est ce qui a obligé
l'Auteur à séparer ce que la nomination , l'intonation
et la mesure ont de plus facile et d'intelligible
, indépendamment l'une de l'autre , et de
le traiter en trois Chapitres dans la premiere Section
; il reprend ensuite dans la seconde ces trois
Parties , chacune à son tour , et il explique ce
qu'elles ont de moins aisé , mais qu'on peut desormais
entendre sans peine , après en avoir pré-
'G paré
1610 MERCURE DE FRANCE
paré les voyes dans la premiere Section . Il réserve
enfin
pour la troisiéme tour ce qui ne seroit
qu'un son vuide de sens , si on ne sçavoit pas tout
ce qu'il a expliqué auparavant . Au surplus chaque
Chapitre est divisé en autant d'articles que
la difficulté qu'on y traite a de degrez subordonnez
les unes aux autres,
•
Le second trait qui caracterise cette Méthode,
c'est que les pratiques que l'Auteur y propose
sont dans le vrai. Il se trouvera peut- être des
personnes qui les regarderont comme des moyens
trop faciles et même inutiles pour conduire à l'execution.
L'Auteur le prévoyoit; tout paroît aisé,
dit-il , à ceux.qui oublient ce qui leur en a coûté
pour surmonter ce qu'ils appellent ensuite des
difficultez pueriles . Ces difficultez qui n'ont pas
toujours été pueriles pour eux , se sont peu à
peu évanouies après bien des années d'exercice
et de patience. Ils ont enfin saisi le but ; l'execu
tion ne leur paroît plus qu'un jeu ; mais en estelle
devenue plus aisée pour les Commençans ?
Est-ce qu'on en sera moins capable d'executer
les chants qui auront ailleurs les mêmes difficul-
"rez , parce qu'on ne se sera pas cassé la tête à les
surmonter quand on en apprenoit la Méthode ?
Ainsi l'Auteur n'avance rien sans prenve. S'il
s'agit de quelque pratique nouvelle , de quelque
maniere de s'y prendre inusitée , il apporte sur
le champ la raison de ce qu'il conseille , où il arrange
les moyens qu'il propose , de façon qu'on
voit qu'ils sont naturellement faits, les uns pour
préparer voyes aux autres. La solidité de cette
Méthode paroît en ce que l'Auteur commence
d'abord par jetter de bons fondemens , en s'arrê
tant aux premieres et aux plus faciles difficultez,
qu'il ne quitte que lorsqu'ilprésume qu'un Commençant
les
JUILLET . 1733. 16TI
mençant peut monter plus haut sans peine ; il
n'abandonne jamais ceux qu'il conduit ; il les
encourage ; il leur fait entrevoir de loin en loin
et peu à peu les difficultez qui les décourageroient,
si elles se presentoient tout à coup sans ce ménagement
; il leur montre en tout la maniere aisée
d'en venir à bout. Il les avertit de temps en
temps du terrain qu'ils ont déja gagné , sa liaison
avec celui qui leur reste encore , et les rou
tes faciles pour passer outre , enfin il y a bien
du neuf et du curieux dans cet Ouvrage , soit
sur la nomination , l'intonation et la . mesure
des sons.
Fermer
Résumé : L'Art d'apprendre la Musique, exposé d'une maniere nouvelle, [titre d'après la table]
Le texte présente un nouveau traité intitulé 'L'Art d'apprendre la Musique', écrit par un auteur proposant une méthode innovante et accessible pour enseigner la musique. Ce traité est structuré en leçons progressives, chacune préparant la suivante afin de surmonter les difficultés de manière graduelle et sans résistance. L'auteur met l'accent sur l'importance de comprendre et d'étudier profondément le système naturel de la musique, plutôt que de se perdre dans des systèmes arbitraires et embrouillés. Le traité est divisé en trois parties principales : la nomination, l'intonation et la mesure des sons. Chaque partie est ensuite subdivisée en chapitres et articles, abordant les difficultés de manière progressive. L'auteur adopte le point de vue des débutants pour offrir des explications claires et nécessaires, évitant ainsi de parler uniquement pour lui-même. Il anticipe que certains pourraient trouver ses méthodes trop simples, mais justifie chaque pratique par des raisons solides et naturelles. L'ouvrage est disponible chez plusieurs libraires à Paris en 1733, au prix de six livres broché. L'auteur promet une méthode solide, encourageante et progressive, adaptée aux besoins des débutants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4220
p. 2451-2453
« Le Sieur Julien, Apoticaire ordinaire du Roy, en son Artillerie de France, continuë, avec succès [...] »
Début :
Le Sieur Julien, Apoticaire ordinaire du Roy, en son Artillerie de France, continuë, avec succès [...]
Mots clefs :
Sirop souverain, Maladies de poitrine, Suc de réglisse, Guimauve blanc, Essence, Bergamotte, Cuirs à repasser
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Julien, Apoticaire ordinaire du Roy, en son Artillerie de France, continuë, avec succès [...] »
Le Sieur Julien , Apoticaire ordinaire du Roy,
en son Artillerie de France , continue , avec suc
cès ,decomposer un Syrop souverain pour guérir les maladies de Poitrine , la Toux séche , et
quand on est tourmenté de Fluxions , qui tom- bent sur la Trachée- Artere et les Poûmons ; il en
adoucit l'Acrimonie , soulage, les inflammations
et maux de gorge ainsi que les Phtisiques er
Asmatiques. On s'appercevra de ses bons effets
par l'usage qu'on en fera. La doze est d'une cuile
lerée à bouche , trois fois par jour; le matin
jeun , deux heures après le dîner , et deux heu
res après le souper.Il est tres -agréable à prendre.
Onen use seul ou bien dans du Thé, Capilai
a
"
1 ICS
1452 MERCURE DE FRANCE
res , Vulneraires de Suissetisanne ou Eau chau de. On trouve aussi chez lui la bonne Pâte de
Guimauve et Suc de Réglisse blanc. Il demeure
à Paris , ruë de la Verrerie , près la rue des Bil- lettes. On trouve les mêmes choses à Versailles ,
chez Madame le Reux , Marchande Epiciere, Place
Dauphine.
On donne avis que le véritable Suc de Réglisse
et Guimauve blanc , si estimé pour toutes les
maladies du Poulmon , Inflammations , Enrouë
mens , Toux , Rhumes , Pituite , Asthme , Poulmonie , &c. continue à se débiter depuis plus de
trente ans , de l'aveu et approbation de M.le Premier Médecin du Roy , chez Madame Desmoulins , qui est la seule qui en a le secret de feu
Madame Guy ; quoique depuis quelques années des Particuliers ayent voulu le contrefaire , lesquels se sont dits enfans de M. Guy. La différence s'en connoîtra aisément , par la comparaison qu'on en pourra faire. Onpeut s'en servir en tout
tems, le transporter par tout, et le garder si longtems que l'on veut sans jamais se gâter , ni rien
perdre de sa qualité.
,
La Dame Desmoulins demeure ruë Guenegaud ,
Fauxbourg S. Germain , du côté de la ruë Mazazine, chez M. Toulin , Aubergiste.
E
Papillon , Graveur en Bois , demeurant présen tement au milieu du Pont S. Michel , à l'Enseigne du Papillon , donne avis que son petit Almanach de Paris , sera augmenté d'une grande Planthe ; &c. pour l'année prochaine 1733.
Le Sieur Briart ; qui demeure toujours Cour
Abbatiale de S. Germain des Prez , rue Cardi.
nale
NOVEMBRE. 1732. 2458
hale , vis- à- vis le- Bailliage , à Paris , fait depuis Peu une
DE
LYON
VILLE,
2452 MERCURE DE FRANCE
res Vulneraires de Suissetisanne ou Eau chau
Pâte de
NOVEMBRE. 1732. 2458.
pale , vis-à- vis le Bailliage , à Paris , fait depuis
peu une Essence d'Ogni-Fiori,ou de toutes Fleurs,
d'une odeur agréable ; on en met quelques goutes dans l'eau dont on se lave après avoir été
rasé , elle blanchit l'eau les Dames s'en servent pour se décrasser ; elle rend la peau douce et
unie , ne nuit point au teint et se conserve longtemps. Les plus petites Bouteilles sont d'environ
sonces ; on la vend 15 sous l'once.
Il continue à faire la veritable Essence de Sa--
von à la Bergamotte , et autres odeurs douces
dont on se sert pour la Barbe , au lieu de Sa- vonnette ; les Dames s'en servent aussi pour se
laver le visage et les mains. Il en a de deux prix,
à sous , et à 8 sous l'once. Il avertit que sesBouteilles ont toujours été cachetées ; autour du
cachet on y lit son nom et sa demeure ; dans le
milieu du cachet il y a une Bouteille où est le
nom de la Liqueur , comme à l'Ogni-Fiori.
Il fait aussi de bons Cuirs à repasser les Rasoirs , avec lesquels il ne faut point de Pierre à
éguiser. Il les vend depuis 40 sous , jusqu'à 8 liv.
Il donne la maniere de s'en servir
en son Artillerie de France , continue , avec suc
cès ,decomposer un Syrop souverain pour guérir les maladies de Poitrine , la Toux séche , et
quand on est tourmenté de Fluxions , qui tom- bent sur la Trachée- Artere et les Poûmons ; il en
adoucit l'Acrimonie , soulage, les inflammations
et maux de gorge ainsi que les Phtisiques er
Asmatiques. On s'appercevra de ses bons effets
par l'usage qu'on en fera. La doze est d'une cuile
lerée à bouche , trois fois par jour; le matin
jeun , deux heures après le dîner , et deux heu
res après le souper.Il est tres -agréable à prendre.
Onen use seul ou bien dans du Thé, Capilai
a
"
1 ICS
1452 MERCURE DE FRANCE
res , Vulneraires de Suissetisanne ou Eau chau de. On trouve aussi chez lui la bonne Pâte de
Guimauve et Suc de Réglisse blanc. Il demeure
à Paris , ruë de la Verrerie , près la rue des Bil- lettes. On trouve les mêmes choses à Versailles ,
chez Madame le Reux , Marchande Epiciere, Place
Dauphine.
On donne avis que le véritable Suc de Réglisse
et Guimauve blanc , si estimé pour toutes les
maladies du Poulmon , Inflammations , Enrouë
mens , Toux , Rhumes , Pituite , Asthme , Poulmonie , &c. continue à se débiter depuis plus de
trente ans , de l'aveu et approbation de M.le Premier Médecin du Roy , chez Madame Desmoulins , qui est la seule qui en a le secret de feu
Madame Guy ; quoique depuis quelques années des Particuliers ayent voulu le contrefaire , lesquels se sont dits enfans de M. Guy. La différence s'en connoîtra aisément , par la comparaison qu'on en pourra faire. Onpeut s'en servir en tout
tems, le transporter par tout, et le garder si longtems que l'on veut sans jamais se gâter , ni rien
perdre de sa qualité.
,
La Dame Desmoulins demeure ruë Guenegaud ,
Fauxbourg S. Germain , du côté de la ruë Mazazine, chez M. Toulin , Aubergiste.
E
Papillon , Graveur en Bois , demeurant présen tement au milieu du Pont S. Michel , à l'Enseigne du Papillon , donne avis que son petit Almanach de Paris , sera augmenté d'une grande Planthe ; &c. pour l'année prochaine 1733.
Le Sieur Briart ; qui demeure toujours Cour
Abbatiale de S. Germain des Prez , rue Cardi.
nale
NOVEMBRE. 1732. 2458
hale , vis- à- vis le- Bailliage , à Paris , fait depuis Peu une
DE
LYON
VILLE,
2452 MERCURE DE FRANCE
res Vulneraires de Suissetisanne ou Eau chau
Pâte de
NOVEMBRE. 1732. 2458.
pale , vis-à- vis le Bailliage , à Paris , fait depuis
peu une Essence d'Ogni-Fiori,ou de toutes Fleurs,
d'une odeur agréable ; on en met quelques goutes dans l'eau dont on se lave après avoir été
rasé , elle blanchit l'eau les Dames s'en servent pour se décrasser ; elle rend la peau douce et
unie , ne nuit point au teint et se conserve longtemps. Les plus petites Bouteilles sont d'environ
sonces ; on la vend 15 sous l'once.
Il continue à faire la veritable Essence de Sa--
von à la Bergamotte , et autres odeurs douces
dont on se sert pour la Barbe , au lieu de Sa- vonnette ; les Dames s'en servent aussi pour se
laver le visage et les mains. Il en a de deux prix,
à sous , et à 8 sous l'once. Il avertit que sesBouteilles ont toujours été cachetées ; autour du
cachet on y lit son nom et sa demeure ; dans le
milieu du cachet il y a une Bouteille où est le
nom de la Liqueur , comme à l'Ogni-Fiori.
Il fait aussi de bons Cuirs à repasser les Rasoirs , avec lesquels il ne faut point de Pierre à
éguiser. Il les vend depuis 40 sous , jusqu'à 8 liv.
Il donne la maniere de s'en servir
Fermer
Résumé : « Le Sieur Julien, Apoticaire ordinaire du Roy, en son Artillerie de France, continuë, avec succès [...] »
Au XVIIIe siècle, plusieurs apothicaires et commerçants proposent des produits médicaux et cosmétiques à Paris et Versailles. Le Sieur Julien, apothicaire du roi, offre un sirop souverain pour les maladies de poitrine, la toux sèche et les inflammations pulmonaires. Ce sirop adoucit les irritations et soulage les maux de gorge, la phtisie et l'asthme. La dose recommandée est d'une cuillerée à bouche, trois fois par jour, et peut être mélangée avec du thé ou de l'eau chaude. Julien vend également de la pâte de guimauve et du suc de réglisse blanc. Il réside rue de la Verrerie, près la rue des Billettes à Paris, et ses produits sont disponibles chez Madame le Reux à Versailles. Madame Desmoulins, rue Guenegaud dans le Faubourg Saint-Germain, propose du véritable suc de réglisse et de guimauve blanc, approuvé par le Premier Médecin du Roi. Ce produit est recommandé pour les maladies pulmonaires et les inflammations. Madame Desmoulins détient le secret de feu Madame Guy, malgré les contrefaçons récentes. Le Sieur Briart, à l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, propose une essence d'Ogni-Fiori pour blanchir l'eau de rasage et adoucir la peau. Il vend également une essence de savon à la bergamotte et des odeurs douces pour la barbe et le visage. Briart fabrique aussi des cuirs pour repasser les rasoirs, évitant l'usage de pierres à aiguiser. Ses produits sont identifiables par des bouteilles cachetées portant son nom et celui de la liqueur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4221
p. 949-953
Les Vies des plus celebres Jurisconsultes, [titre d'après la table]
Début :
LES VIES des plus Célébres Jurisconsultes de toutes les Nations, tant Anciens [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Vies des plus celebres Jurisconsultes, [titre d'après la table]
LES VIES des plus Célébres Jurisconsultes
de toutes les Nations, tant Anciens
que Modernes ; sçavoir , Latins ou
Romains , François , Espagnols , Italiens,
Allemans , Anglois , Hollandois , &c.
tirées des meilleurs Auteurs qui en ont
écrit , et mises en leur jour par Ordre
alphabétique. Par M. Taisand , Tréso
tier de France. Nouvelle Edition , aug-
mentée d'un tiers par M..... A Paris ,
Quay de Gesures , chés Prault , Pere , an
Paradis , et au Palais chés Jacques Nico
las le Clerc , à la Prudence 1737. Un Vo-
lume in-4, de 800. pages. Prix 9 liv.
Le Corps de cet Ouvrage est de M:
Pierre Taisand , Tresorier de France en
la Généralité de Bourgogne et de Bresse ,
qui mourut en 1715. Ce n'est qu'après
sa mort que son Ouvrage a été donné au
Public par un de ses Fils , Religieux de
l'Ordre de Cîteaux , qui l'a dédié à M. le
Chancelier.
L'Auteur n'a pas entrepris d'écrire les
Vies de tous ceux que leur Erat oblige
d'être versés dans la Science du Droit
tels
950 MERCURE DE FRANCE
tels que les Juges et les Avocats , ce qui
auroit fait un Ouvrage immense , et qui
seroit devenu ennuyeux. Il n'a compris
dans ce Recueil que les Vies de ceux qui
ont enseigné publiquement la Jurispru
dence , ou qui en ont donné au Public
quelques Traités.
Il les a rangées par Ordre alphabéti-
>
que comme étant le plus commode et
le plus naturel , et aussi pour éviter de
donner la préference du rang à l'un plû-
tôt qu'à l'autre, ce qui auroit pû causer
quelque jalousie à ceux qui s'interessent
à la gloire de ces Jurisconsultes.
Il pouvoit également éviter cet incon
venient en suivant l'Ordre Chronologi
que , mais il n'a pas jugé à propos de s'y
assujetir , dans la crainte que cet Ordre
ne fût pas assés exact , y ayant quelques
Jurisconsultes dont on ne sçait pas préci
sément le temps de la naissance.
Le Fils de l'Auteur a mis à la tête de
l'Ouvrage la Vie de son Pere : ensuite
sont les Vies des Jurisconsultes
posées par M. Taisand , au nombre de
plus de 5oo. depuis Comncanus , qui vi-
voit dans le Ve Siècle , et au commence-
ment du Vle et qui est le premier des
Anciens Jnrisconsultes qui ait acquis
quelqueréputation.
com
Comme
MAY.
1737.
༡ ད་
Comme l'Ouvrage de M. Taisand étoit
déja connu ,on n'en fera pas ici l'Analise
et on se contentera d'observer ce qu'il y
ade particulier dans la nouvelle Edition
qui vient d'en être donnée au Public,
On a mis à la fin de cette Edition des
Additions assés considerables, composées
par un Auteur Anonime, lesquelles con-
tiennent plus de 2 50. pages d'impression .
L'Auteur y a raporté plusieurs circons-
tances que M. Taisand avoit obmises
dans la Vie de quelques Jurisconsultes :
il y a aussi compris les Vies de plus de
cent Jurisconsultes dont M. Taisand n'a-
voit pas fait mention ; entr'autres ceux
qui ne sont morts qu'après lui , tels que
M. M. Rassicod , le Merre , Blanchard
de Cormis , Bretonnier, Brillon , Terras
son et plusieurs autres.
Ces Additions sont tirées de divers Au-
teurs , aussi- bien que les Vies composées
par M. Taisand , mais particulierement
des Journaux des Sçavans , du Diction-
naire Historique , du Suplément , des
Mémoires du P. Niceron , et de Mémoi-
res particuliers fournis à l'Auteur; ce qui
fait que lesVies contenues dans ces Addi .
tions ne sont pas écrites d'un même stile.
Le Public est certainement redevable à
M.Taisand et à l'Auteur des Additions de
F
952 MERCURE DE FRANCE
ce qu'ils ont pris la peine de recueillir et de
rassembler les Vies de tant de Jurisconsul
tes , rien n'étant plus convenable que de
perpétuer la mémoire des Gr. Hommes,
il est même souvent nécessaire de sça-
voir en quel temps et dans quels Pays
vivoit un Jurisconsulte , quel étoit son
génie et son caractere , dans quelles con
jonctures il a écrit, et quand il est décédé,
pour déterminer le jugement que l'on
doit porter de son Ouvrage , et l'usage
que l'on en doit faire.
Il est juste aussi, en écrivant la Vie d'un
Jurisconsulte, de rendre compte de ses ta-
lens , de ses vertus , et des autres belles
qualités qui l'ont rendu recommandable
et de le faire connoître à la Posterité pour
l'animer à suivre ces grands exemples.
Il y a cependant de certains détails peu
interessans , dans lesquels l'Auteur des
Additions surM.Taisand,auroit pû se dis-
penser d'entrer , comme il a fait en quel-
ques endroits, où il observe, par exemple,
que le Jurisconsulte dont il parle étoit fils
d'un Marchand,d'un Chirurgien , d'un Hom-
meInteressé dans les Fermes du Roy,qu'il rem-
portoit toujours les premiers Prix de sa Clas-
se ; qu'il a eu plusieurs enfans , mais qu'an-
cun ne s'est adonné à la Jurisprudence.
Il auroit pû aussi , à l'exemple de M.
Taisand
MAY.
1737-
953
Taisand , être plus moderé sur les Elo-
ges qu'il a donnés à la plupart des Juris-
consultes. Un Auteur peut bien , quand
il n'écrit que la Vie d'un seul Hornme
lui donner quelques loüanges , s'il les
mérite , mais dans un Ouvrage qui con-
tient les Vies de plus de 600. Juriscon-
sultes , et dans lequel , si on veut loüer,
on est exposé à repeter , presque à cha-
que page , les mêmes Eloges , il semble
que l'on doive être plus reservé sur cet
article; parce que , quand les Eloges sont
prodigués à tous ceux dont on parle , ils
deviennent insipides ,
et font moins
d'honneur à ceux auxquels ils sont don-
nés. Cela n'empêche pas que l'on ne ren-
de aux Grands Hommes toute la justice
qu'ils méritent ; mais la meilleure ma-
niere de les louer , est de raporter les
faits mémorables qui les ont distingués
du commun des hommes :Ce sont les faits
même qui loüent : Acta Virum probant.
de toutes les Nations, tant Anciens
que Modernes ; sçavoir , Latins ou
Romains , François , Espagnols , Italiens,
Allemans , Anglois , Hollandois , &c.
tirées des meilleurs Auteurs qui en ont
écrit , et mises en leur jour par Ordre
alphabétique. Par M. Taisand , Tréso
tier de France. Nouvelle Edition , aug-
mentée d'un tiers par M..... A Paris ,
Quay de Gesures , chés Prault , Pere , an
Paradis , et au Palais chés Jacques Nico
las le Clerc , à la Prudence 1737. Un Vo-
lume in-4, de 800. pages. Prix 9 liv.
Le Corps de cet Ouvrage est de M:
Pierre Taisand , Tresorier de France en
la Généralité de Bourgogne et de Bresse ,
qui mourut en 1715. Ce n'est qu'après
sa mort que son Ouvrage a été donné au
Public par un de ses Fils , Religieux de
l'Ordre de Cîteaux , qui l'a dédié à M. le
Chancelier.
L'Auteur n'a pas entrepris d'écrire les
Vies de tous ceux que leur Erat oblige
d'être versés dans la Science du Droit
tels
950 MERCURE DE FRANCE
tels que les Juges et les Avocats , ce qui
auroit fait un Ouvrage immense , et qui
seroit devenu ennuyeux. Il n'a compris
dans ce Recueil que les Vies de ceux qui
ont enseigné publiquement la Jurispru
dence , ou qui en ont donné au Public
quelques Traités.
Il les a rangées par Ordre alphabéti-
>
que comme étant le plus commode et
le plus naturel , et aussi pour éviter de
donner la préference du rang à l'un plû-
tôt qu'à l'autre, ce qui auroit pû causer
quelque jalousie à ceux qui s'interessent
à la gloire de ces Jurisconsultes.
Il pouvoit également éviter cet incon
venient en suivant l'Ordre Chronologi
que , mais il n'a pas jugé à propos de s'y
assujetir , dans la crainte que cet Ordre
ne fût pas assés exact , y ayant quelques
Jurisconsultes dont on ne sçait pas préci
sément le temps de la naissance.
Le Fils de l'Auteur a mis à la tête de
l'Ouvrage la Vie de son Pere : ensuite
sont les Vies des Jurisconsultes
posées par M. Taisand , au nombre de
plus de 5oo. depuis Comncanus , qui vi-
voit dans le Ve Siècle , et au commence-
ment du Vle et qui est le premier des
Anciens Jnrisconsultes qui ait acquis
quelqueréputation.
com
Comme
MAY.
1737.
༡ ད་
Comme l'Ouvrage de M. Taisand étoit
déja connu ,on n'en fera pas ici l'Analise
et on se contentera d'observer ce qu'il y
ade particulier dans la nouvelle Edition
qui vient d'en être donnée au Public,
On a mis à la fin de cette Edition des
Additions assés considerables, composées
par un Auteur Anonime, lesquelles con-
tiennent plus de 2 50. pages d'impression .
L'Auteur y a raporté plusieurs circons-
tances que M. Taisand avoit obmises
dans la Vie de quelques Jurisconsultes :
il y a aussi compris les Vies de plus de
cent Jurisconsultes dont M. Taisand n'a-
voit pas fait mention ; entr'autres ceux
qui ne sont morts qu'après lui , tels que
M. M. Rassicod , le Merre , Blanchard
de Cormis , Bretonnier, Brillon , Terras
son et plusieurs autres.
Ces Additions sont tirées de divers Au-
teurs , aussi- bien que les Vies composées
par M. Taisand , mais particulierement
des Journaux des Sçavans , du Diction-
naire Historique , du Suplément , des
Mémoires du P. Niceron , et de Mémoi-
res particuliers fournis à l'Auteur; ce qui
fait que lesVies contenues dans ces Addi .
tions ne sont pas écrites d'un même stile.
Le Public est certainement redevable à
M.Taisand et à l'Auteur des Additions de
F
952 MERCURE DE FRANCE
ce qu'ils ont pris la peine de recueillir et de
rassembler les Vies de tant de Jurisconsul
tes , rien n'étant plus convenable que de
perpétuer la mémoire des Gr. Hommes,
il est même souvent nécessaire de sça-
voir en quel temps et dans quels Pays
vivoit un Jurisconsulte , quel étoit son
génie et son caractere , dans quelles con
jonctures il a écrit, et quand il est décédé,
pour déterminer le jugement que l'on
doit porter de son Ouvrage , et l'usage
que l'on en doit faire.
Il est juste aussi, en écrivant la Vie d'un
Jurisconsulte, de rendre compte de ses ta-
lens , de ses vertus , et des autres belles
qualités qui l'ont rendu recommandable
et de le faire connoître à la Posterité pour
l'animer à suivre ces grands exemples.
Il y a cependant de certains détails peu
interessans , dans lesquels l'Auteur des
Additions surM.Taisand,auroit pû se dis-
penser d'entrer , comme il a fait en quel-
ques endroits, où il observe, par exemple,
que le Jurisconsulte dont il parle étoit fils
d'un Marchand,d'un Chirurgien , d'un Hom-
meInteressé dans les Fermes du Roy,qu'il rem-
portoit toujours les premiers Prix de sa Clas-
se ; qu'il a eu plusieurs enfans , mais qu'an-
cun ne s'est adonné à la Jurisprudence.
Il auroit pû aussi , à l'exemple de M.
Taisand
MAY.
1737-
953
Taisand , être plus moderé sur les Elo-
ges qu'il a donnés à la plupart des Juris-
consultes. Un Auteur peut bien , quand
il n'écrit que la Vie d'un seul Hornme
lui donner quelques loüanges , s'il les
mérite , mais dans un Ouvrage qui con-
tient les Vies de plus de 600. Juriscon-
sultes , et dans lequel , si on veut loüer,
on est exposé à repeter , presque à cha-
que page , les mêmes Eloges , il semble
que l'on doive être plus reservé sur cet
article; parce que , quand les Eloges sont
prodigués à tous ceux dont on parle , ils
deviennent insipides ,
et font moins
d'honneur à ceux auxquels ils sont don-
nés. Cela n'empêche pas que l'on ne ren-
de aux Grands Hommes toute la justice
qu'ils méritent ; mais la meilleure ma-
niere de les louer , est de raporter les
faits mémorables qui les ont distingués
du commun des hommes :Ce sont les faits
même qui loüent : Acta Virum probant.
Fermer
4222
p. 973-977
Histoire des Révolutions d'Espagne, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE des Révolutions d'Espagne, depuis la destruction de l'Empire des [...]
Mots clefs :
Histoire, Révolutions, Espagne, Monarchie, Père d'Orléans, Royaumes, Castille, Aragon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire des Révolutions d'Espagne, &c. [titre d'après la table]
HISTOIRE des Révolutions d'Espagne ,
depuis la destruction de l'Empire des
Goths , jusqu'à l'entiere et parfaite réunion
des Royaumes de Castille et d'Arragon
en une seule Monarchie , 3 vol .
in- 4 . Par le R. P. Joseph d'Orleans , de
la Compagnie de Jesus.
Pour présenter au Public une idée
précise de cet Ouvrage , il suffit d'emprunter
les termes que l'Auteur a employez
au commencement du premier
Livre.
» J'écris l'Histoire des Révolutions
d'une Monarchie élevée sur ses propres
» ruines , à un point de gloire et de
grandeur redoutable au reste du Mon-
» de et dont le Monde auroit plus
>> long-tems redouté la puissance , si elle
» se fût donné des bornes , et si elle
» eut moins dissipé ses forces , en voulant
trop étendre ses limites. C'est
,
» l'Hise
74 MERCURE DE FRANCE
l'Histoire des Révolutions arrivées dans
» la Monarchie d'Espagne , depuis que ,
» née , pour parler ainsi , des cendres
» de celles des Goths , elle a quitté le
» nom de ses Conquérans , pour prendre
13 celui de son Pays.
Le Pere d'Orléans donnoit la derniere
forme à cet Ouvrage , et se disposoit à
le mettre au jour , lorsque la mort l'enleva
, vers la cinquante-quatrième année
de son âge. Le Manuscrit fut alors confié
à un Jésuite distingué par ses talens
, l'ami et le confident de l'Auteur 5
ce Pere se proposa d'abord d'y perfectionner
ce qui n'étoit encore qu'en
ébauche , dans le dessein de le publier
sans retardement , selon les intentions
de l'Historien . Du projet à l'éxécution
le trajet est difficile et hazardeux . Les
diverses occupations dont le dépositaire
du Manuscrit a été successivement surchargé
depuis plus de trente- quatre ans ,
ont absorbé presque tous les momens
de son loisir. Ainsi il ne lui a pas été
possible de veiller à l'Edition d'une Histoire
qui demandoit un travail assidu ,
pour être mise dans un état de perfection
qui répondit à la haute opinion
dont le Public est prévenu en faveur du
Pere d'Orléans.
Enfin
MAY. 1733
975
Enfin , après un délai de plusieurs années
, l'Ouvrage remis en d'autres mains
est présentement sous la presse. On ose
assurer qu'une Histoire si intéressante ne
trompera point l'attente des Gens de
Lettres , et donnera un nouveau lustre
à la réputation que ce célébre Ecrivain
s'est acquise , à juste titre , en France et
dans les Pays Etrangers.
On reconnoîtra dans l'Histoire des
Révolutions d'Espagne , l'Historien des
Révolutions d'Angleterre, les mêmes graces
, et la même naïveté dans le fil de
ses narrations , le même pinceau et la
même vivacité dans les portraits , sans
les outrer , même éxactitude dans l'ordre
des faits , même justesse dans les réfléxions
, même discernement dans la
critique , même élégance , et même énergie
dans la diction . Cependant l'Histoire
des Révolutions d'Espagne a cet
avantage sur l'autre , qu'elle est en mê
me-tems une Histoire suivie du Gouver
nement de la Nation . En effet , depuis
l'invasion des Maures , jusqu'à l'entiere
et parfaite réunion des Royaumes de Castille
et d'Arragon on une seule Monarchie
, les Annales Espagnoles ne présentent
qu'une suite de changemens , de
progrès , et de décadences dans ce grand
G nom976
MERCURE DE FRANCE
nombre de Souverainetez qui partage =
rent si long-tems l'Espagne . Chaque année
y fait éclore de nouvelles Dynasties
, qui s'établissent sur les ruines de la
domination Sarasine . Rien n'a échapé en
ce genre au Pere d'Orléans. On jugera
sur tout du mérite de cet Ouvrage , par
les soins heureux que s'est donné l'Auteur
, de rapprocher sous un même point
de vue l'Histoire des différens petits
Etats qui se formerent des débris de
l'Empire Mahométan , et de rappeller
sans cesse son Lecteur par l'importance
et par la varieté des Evenemens , par la
nouveauté et par la rapidité des objets
qu'il fait succeder les uns aux autres
enfin par l'ingénieuse fécondité
des denouemens qu'il prépare. On y retrouvera
avec plaisir l'héroïsme des vertus
guerrieres , soûtenu des plus grands
exemples de la magnanimité Chrétienne,
et les ressorts de la plus artificieuse politique
, quelquefois palliée sous les apparences
de la Religion , et déguisée sous
le masque de l'équité . En un mot , l'Histoire
des Révolutions d'Espagne paroîtra
encore plus digne de l'empressement du
Public , si l'on considere le rapport qu'el
le a avec les principales Monarchies de
l'Europe et de l'Afrique.
,
Cet
MAY. 1733. 977
Cet Ouvrage qui composera 3 vol. in -4
sera mis en vente au plus tard dans le
courant du mois de. Janvier de l'année
1734.
depuis la destruction de l'Empire des
Goths , jusqu'à l'entiere et parfaite réunion
des Royaumes de Castille et d'Arragon
en une seule Monarchie , 3 vol .
in- 4 . Par le R. P. Joseph d'Orleans , de
la Compagnie de Jesus.
Pour présenter au Public une idée
précise de cet Ouvrage , il suffit d'emprunter
les termes que l'Auteur a employez
au commencement du premier
Livre.
» J'écris l'Histoire des Révolutions
d'une Monarchie élevée sur ses propres
» ruines , à un point de gloire et de
grandeur redoutable au reste du Mon-
» de et dont le Monde auroit plus
>> long-tems redouté la puissance , si elle
» se fût donné des bornes , et si elle
» eut moins dissipé ses forces , en voulant
trop étendre ses limites. C'est
,
» l'Hise
74 MERCURE DE FRANCE
l'Histoire des Révolutions arrivées dans
» la Monarchie d'Espagne , depuis que ,
» née , pour parler ainsi , des cendres
» de celles des Goths , elle a quitté le
» nom de ses Conquérans , pour prendre
13 celui de son Pays.
Le Pere d'Orléans donnoit la derniere
forme à cet Ouvrage , et se disposoit à
le mettre au jour , lorsque la mort l'enleva
, vers la cinquante-quatrième année
de son âge. Le Manuscrit fut alors confié
à un Jésuite distingué par ses talens
, l'ami et le confident de l'Auteur 5
ce Pere se proposa d'abord d'y perfectionner
ce qui n'étoit encore qu'en
ébauche , dans le dessein de le publier
sans retardement , selon les intentions
de l'Historien . Du projet à l'éxécution
le trajet est difficile et hazardeux . Les
diverses occupations dont le dépositaire
du Manuscrit a été successivement surchargé
depuis plus de trente- quatre ans ,
ont absorbé presque tous les momens
de son loisir. Ainsi il ne lui a pas été
possible de veiller à l'Edition d'une Histoire
qui demandoit un travail assidu ,
pour être mise dans un état de perfection
qui répondit à la haute opinion
dont le Public est prévenu en faveur du
Pere d'Orléans.
Enfin
MAY. 1733
975
Enfin , après un délai de plusieurs années
, l'Ouvrage remis en d'autres mains
est présentement sous la presse. On ose
assurer qu'une Histoire si intéressante ne
trompera point l'attente des Gens de
Lettres , et donnera un nouveau lustre
à la réputation que ce célébre Ecrivain
s'est acquise , à juste titre , en France et
dans les Pays Etrangers.
On reconnoîtra dans l'Histoire des
Révolutions d'Espagne , l'Historien des
Révolutions d'Angleterre, les mêmes graces
, et la même naïveté dans le fil de
ses narrations , le même pinceau et la
même vivacité dans les portraits , sans
les outrer , même éxactitude dans l'ordre
des faits , même justesse dans les réfléxions
, même discernement dans la
critique , même élégance , et même énergie
dans la diction . Cependant l'Histoire
des Révolutions d'Espagne a cet
avantage sur l'autre , qu'elle est en mê
me-tems une Histoire suivie du Gouver
nement de la Nation . En effet , depuis
l'invasion des Maures , jusqu'à l'entiere
et parfaite réunion des Royaumes de Castille
et d'Arragon on une seule Monarchie
, les Annales Espagnoles ne présentent
qu'une suite de changemens , de
progrès , et de décadences dans ce grand
G nom976
MERCURE DE FRANCE
nombre de Souverainetez qui partage =
rent si long-tems l'Espagne . Chaque année
y fait éclore de nouvelles Dynasties
, qui s'établissent sur les ruines de la
domination Sarasine . Rien n'a échapé en
ce genre au Pere d'Orléans. On jugera
sur tout du mérite de cet Ouvrage , par
les soins heureux que s'est donné l'Auteur
, de rapprocher sous un même point
de vue l'Histoire des différens petits
Etats qui se formerent des débris de
l'Empire Mahométan , et de rappeller
sans cesse son Lecteur par l'importance
et par la varieté des Evenemens , par la
nouveauté et par la rapidité des objets
qu'il fait succeder les uns aux autres
enfin par l'ingénieuse fécondité
des denouemens qu'il prépare. On y retrouvera
avec plaisir l'héroïsme des vertus
guerrieres , soûtenu des plus grands
exemples de la magnanimité Chrétienne,
et les ressorts de la plus artificieuse politique
, quelquefois palliée sous les apparences
de la Religion , et déguisée sous
le masque de l'équité . En un mot , l'Histoire
des Révolutions d'Espagne paroîtra
encore plus digne de l'empressement du
Public , si l'on considere le rapport qu'el
le a avec les principales Monarchies de
l'Europe et de l'Afrique.
,
Cet
MAY. 1733. 977
Cet Ouvrage qui composera 3 vol. in -4
sera mis en vente au plus tard dans le
courant du mois de. Janvier de l'année
1734.
Fermer
Résumé : Histoire des Révolutions d'Espagne, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire des Révolutions d'Espagne' du Père Joseph d'Orléans de la Compagnie de Jésus couvre les événements depuis la destruction de l'Empire des Goths jusqu'à la réunion des royaumes de Castille et d'Aragon en une seule monarchie. L'auteur décrit l'ascension de l'Espagne à un point de gloire et de grandeur redoutable, soulignant que cette puissance aurait pu durer plus longtemps si elle avait su se modérer. L'ouvrage est structuré en trois volumes in-4. Le Père d'Orléans a travaillé sur cet ouvrage jusqu'à sa mort à l'âge de cinquante-quatre ans. Le manuscrit a ensuite été confié à un autre Jésuite, qui a rencontré des difficultés pour le publier en raison de diverses occupations. Après plusieurs années, l'ouvrage est enfin sous presse et devrait être disponible en janvier 1734. L'histoire des révolutions d'Espagne est comparée à celle des révolutions d'Angleterre, partageant des qualités telles que la grâce, la vivacité et l'exactitude. Cependant, elle se distingue par une analyse suivie du gouvernement de la nation espagnole. Depuis l'invasion des Maures jusqu'à la réunion des royaumes de Castille et d'Aragon, les annales espagnoles montrent une succession de changements, de progrès et de décadences. L'auteur a soigneusement rapproché les histoires des différents petits États formés des débris de l'Empire mahométan, offrant une vue d'ensemble des événements importants et variés. L'ouvrage met également en lumière l'héroïsme des vertus guerrières et les ressorts de la politique, souvent masqués sous des apparences religieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4223
p. 145-149
Memoires litteraires [titre d'après la table]
Début :
Je crois que ceux qui s'adressent à moy, pour estre [...]
Mots clefs :
Mercure, Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires litteraires [titre d'après la table]
sudoJe crois que ceux qui s'adreſſent
à moy , pour cſtre
recommandez au Public , oublient
, pour me faire honneur
, tous les Attributs que
les Poëtes donnent àMercure,
&qu'ils ne ſe ſouviennent plus
qu'il fût jadis , un fourbe , un
larron infigne , & tel en un
mot qu'il eſt encore dans
la Comedie d'Amphitrion ,
pour ne luy ſuppoſer déformais
que des qualitez bienfaiſantes.
Il n'ya pas juſqu'au
Journal de Verdun , qui s'eſt
enrichi de ſa dépoüille , & de
ſon indolence , qui me pric
Juin 1714.
N
146 MERCURE
d'apprendre à tout le monde
que l'on yend à Paris , chez
Claude Jombert , à la defcen
te du Pont Neuf, proche- les
grands Auguſtins , un Livre
incitulé , Avantures fecrètes !
arrivées au Siegode Conftari
tinople.
J'y confens,de bon coeur,
& de plus j'ajoute à cette
dreſſe, que quoy que cetouvrage
ſoit l'eſſay d'une plame
naiſſante , il porte cependane
tous les caracteres de la per
fection dans ſon Gehre .
L'Auteur yudécrit d'une
maniere noble & vive les exGALANT.
147
ploits guerriers & amoureux
dedeuxgrands hommes. L'un
étoit François & fils d'un
Comte de Foix qui ayant été
dés fon enfance élevé enTurquic
By reçût le nom de
Camutza ; l'autre eſtoit Genois
d'illuftre naiffance , &
s'appelloitCantane. Ces deux
Heros aprés avoir eſſuyé pluſieurs
perifs parmi les Turcs
&une infinité de traverſes
dans leurs amours , triompherent
de leurs ennemis ,&joüirent
heureuſement du fruit del
leur tendreſſe & de leur va
leur. Cet ouvrage eſt orné de
Nij
148 MERCURE
quelques Epiſodes tirées du
fond de la matiere , qui eft
conduite avec beaucoup d'art
& de juſteſſe ; les événemens
en font heroïques , tendres &
intereſſans , les récits agréables
& bien placez , l'Histoire, la
Geographic , laCronologic &
la Politiquey paroiffent exac
tement, obſervées , enfin la
pureté du ſtile y eſt jointe à
la délicateſſe des penſées & à
la beauté du ſujet, On efpere,
que l'Auteur ne representera
pas dans la ſuite les mêmes
perfonnes fous differens
noms , parce que cela jetteroit !
GALANT. 149
le Lecteur dans un embarras,
dont il auroit peine à ſe tirer.
Il ſuffit d'avoir dit une fois ce
qui eft ,& même de l'avoir exprimé
avec tant de grace ſans
affecter une variation qui ne
convient tout au plus qu'aux
Orateurs & aux Poëtes , &
encore font ils obligez de garder
certaines regles auſquelles
l'excellence de leur profeffion
les aſſujettit.
à moy , pour cſtre
recommandez au Public , oublient
, pour me faire honneur
, tous les Attributs que
les Poëtes donnent àMercure,
&qu'ils ne ſe ſouviennent plus
qu'il fût jadis , un fourbe , un
larron infigne , & tel en un
mot qu'il eſt encore dans
la Comedie d'Amphitrion ,
pour ne luy ſuppoſer déformais
que des qualitez bienfaiſantes.
Il n'ya pas juſqu'au
Journal de Verdun , qui s'eſt
enrichi de ſa dépoüille , & de
ſon indolence , qui me pric
Juin 1714.
N
146 MERCURE
d'apprendre à tout le monde
que l'on yend à Paris , chez
Claude Jombert , à la defcen
te du Pont Neuf, proche- les
grands Auguſtins , un Livre
incitulé , Avantures fecrètes !
arrivées au Siegode Conftari
tinople.
J'y confens,de bon coeur,
& de plus j'ajoute à cette
dreſſe, que quoy que cetouvrage
ſoit l'eſſay d'une plame
naiſſante , il porte cependane
tous les caracteres de la per
fection dans ſon Gehre .
L'Auteur yudécrit d'une
maniere noble & vive les exGALANT.
147
ploits guerriers & amoureux
dedeuxgrands hommes. L'un
étoit François & fils d'un
Comte de Foix qui ayant été
dés fon enfance élevé enTurquic
By reçût le nom de
Camutza ; l'autre eſtoit Genois
d'illuftre naiffance , &
s'appelloitCantane. Ces deux
Heros aprés avoir eſſuyé pluſieurs
perifs parmi les Turcs
&une infinité de traverſes
dans leurs amours , triompherent
de leurs ennemis ,&joüirent
heureuſement du fruit del
leur tendreſſe & de leur va
leur. Cet ouvrage eſt orné de
Nij
148 MERCURE
quelques Epiſodes tirées du
fond de la matiere , qui eft
conduite avec beaucoup d'art
& de juſteſſe ; les événemens
en font heroïques , tendres &
intereſſans , les récits agréables
& bien placez , l'Histoire, la
Geographic , laCronologic &
la Politiquey paroiffent exac
tement, obſervées , enfin la
pureté du ſtile y eſt jointe à
la délicateſſe des penſées & à
la beauté du ſujet, On efpere,
que l'Auteur ne representera
pas dans la ſuite les mêmes
perfonnes fous differens
noms , parce que cela jetteroit !
GALANT. 149
le Lecteur dans un embarras,
dont il auroit peine à ſe tirer.
Il ſuffit d'avoir dit une fois ce
qui eft ,& même de l'avoir exprimé
avec tant de grace ſans
affecter une variation qui ne
convient tout au plus qu'aux
Orateurs & aux Poëtes , &
encore font ils obligez de garder
certaines regles auſquelles
l'excellence de leur profeffion
les aſſujettit.
Fermer
Résumé : Memoires litteraires [titre d'après la table]
L'annonce publicitaire du Mercure de Juin 1714 présente le livre 'Aventures secrètes arrivées au siège de Constantinople', disponible chez Claude Jombert à Paris. Cet ouvrage, bien que premier essai, démontre déjà une grande qualité. Il relate les aventures de deux héros : Camutza, un Français fils d'un comte de Foix élevé en Turquie, et Cantane, un Génois de haute naissance. Après diverses épreuves, ils triomphent de leurs ennemis et vivent heureux. Le livre inclut des épisodes bien intégrés, des événements héroïques et tendres, tout en respectant l'exactitude historique et géographique. Le style est pur, les pensées délicates et le sujet est beau. L'auteur assure qu'il n'utilisera pas les mêmes personnages sous différents noms pour éviter toute confusion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4224
p. 145-151
ESTAMPES.
Début :
Voicy la plus nombreuse suite de modes Etrangeres, & en [...]
Mots clefs :
Estampes, Tableaux, Turcs, Femmes, Filles, Monsieur de Ferriol, Suite, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES.
ESTAMPES.
V
Oicy la plus nombreu
fe fuite de modes Etran
geres , & en même temps la
plus finguliere qui ait encore
paru .
2
Elle eft compofée de cent
Planches differentes qui ont
chacunes treize pouces & demi
de hauteur , fur environ
neuf pouces de largeur.
Chaque Planche contient,
une , deux , trois ou quatre Fi-
N
Mars
1714.
146 MERCURE
gures , qui font toutes accom.
pagnées de fonds & de chofes
convenables à leurs habits &
à leurs dignitez ...
Cette fuite ne comprend
pas feulement le Grand Seigneur
, la Sultane Reine , les
principaux Officiers du Serail
en habit de ceremonie; mais
auffi le Moufti & tous les
gens de Loy , le Grand Vifir
& les Officiers de guerre de
Terre , le Capitant Pacha &
les Officiers de Marinebit
Aprés ceux-cy viennent les
differentes conditions des
Tures , des femmes & filles
K
GALANT , 147
Turques , des Marchands ,
Aprés quoy font les Juifs,
& Juives & autres fujets Tributaires
ou voifins des Turcs
en Europe , comme font les
Patriarches & autres Grecs ;
des femmes & filles Grecques,
les Hongrois & Hongroifes ,
Bulgares, Valaques , Albanois,
Tartares de Crimée , & entreautres
des filles de plufieurs
Ifles de l'Archipel , dont les
habits extraordinaires font un
fingulier plaifir à voir.
Differents Habitans d'Afie
viennent enfuite Arabes Armeniens
, Perfans & Indiens ,
Nij
148 MERCURE
& enfin des Afriquains & Afriquaines.
Chaque Eftampe de cette
grande fuite eft imprimée ſur
une demie feuille du plus beau
Papier du Nom de Jefus , à
la referve de la derniere Eftampe
qui eft imprimée fur une
Feuille entiere ; elle reprefente
la ceremonic d'un Mariage
Turc.
Monfieur de Ferriol , Ambaffadeur
Extraordinaire de
Sa Majesté à Conftantinople
par une curiofité toute louable
fit peindre d'ap és nature
& à grands frais ces differents
GALANT 149
habillemens en 1707. &
1708. par le fieur Vanmour
habile Peintre Flamand qui
les peignit avec tout le foin
& la fidelité imaginable ; &
aprés que ces Tableaux furent
achevez , Monfieur de Ferriol
les fic expofer à la cenfure pu
blique avant fon départ de
Conftantinople.
C'eft fur ces Tableaux O
riginaux que les Estampes qui
compofent ce Recücil ont été
gravées par les foins de Monfieur
le Hay , qui y a employe
d'excellens Graveurs. L'on
trouvera ce Recücil chez luy ,
Niij
119 MERCURE
4
ruë de Grenelle , Fauxbourg
S. Germain , proche la rue de
la Chaife , & chez Monfieur
du Change, Graveur du Roy,
ruë S. Jacques ; l'on y trouve,
ra auffi la même fuite enluminée
d'aprés les Tableaux
Originaux ; ce qui fera non
feulement connoiftre la forme
, mais encore la veritable
couleur de toutes les differentes
& riches étoffes , dont ces
habillemens font faits ; & l'on
mettra tous les foins poffibles
pour enluminer ces Eftampes
avec intelligence , afin de
leurs donner la verité & le
in
GALANT. 151
merite des Tableaux.
Cette fuite d'Eftampes
pourra fervir à orner des Cabinets
, des Galleries & des
Maifons de Campagne : on
efpere que les Sçavans , les
Curieux & le Gens de gouft
en feront affez de cas , pour
leur donner place dans leurs
porte feuilles ou dans leurs
Bibliotheques.
V
Oicy la plus nombreu
fe fuite de modes Etran
geres , & en même temps la
plus finguliere qui ait encore
paru .
2
Elle eft compofée de cent
Planches differentes qui ont
chacunes treize pouces & demi
de hauteur , fur environ
neuf pouces de largeur.
Chaque Planche contient,
une , deux , trois ou quatre Fi-
N
Mars
1714.
146 MERCURE
gures , qui font toutes accom.
pagnées de fonds & de chofes
convenables à leurs habits &
à leurs dignitez ...
Cette fuite ne comprend
pas feulement le Grand Seigneur
, la Sultane Reine , les
principaux Officiers du Serail
en habit de ceremonie; mais
auffi le Moufti & tous les
gens de Loy , le Grand Vifir
& les Officiers de guerre de
Terre , le Capitant Pacha &
les Officiers de Marinebit
Aprés ceux-cy viennent les
differentes conditions des
Tures , des femmes & filles
K
GALANT , 147
Turques , des Marchands ,
Aprés quoy font les Juifs,
& Juives & autres fujets Tributaires
ou voifins des Turcs
en Europe , comme font les
Patriarches & autres Grecs ;
des femmes & filles Grecques,
les Hongrois & Hongroifes ,
Bulgares, Valaques , Albanois,
Tartares de Crimée , & entreautres
des filles de plufieurs
Ifles de l'Archipel , dont les
habits extraordinaires font un
fingulier plaifir à voir.
Differents Habitans d'Afie
viennent enfuite Arabes Armeniens
, Perfans & Indiens ,
Nij
148 MERCURE
& enfin des Afriquains & Afriquaines.
Chaque Eftampe de cette
grande fuite eft imprimée ſur
une demie feuille du plus beau
Papier du Nom de Jefus , à
la referve de la derniere Eftampe
qui eft imprimée fur une
Feuille entiere ; elle reprefente
la ceremonic d'un Mariage
Turc.
Monfieur de Ferriol , Ambaffadeur
Extraordinaire de
Sa Majesté à Conftantinople
par une curiofité toute louable
fit peindre d'ap és nature
& à grands frais ces differents
GALANT 149
habillemens en 1707. &
1708. par le fieur Vanmour
habile Peintre Flamand qui
les peignit avec tout le foin
& la fidelité imaginable ; &
aprés que ces Tableaux furent
achevez , Monfieur de Ferriol
les fic expofer à la cenfure pu
blique avant fon départ de
Conftantinople.
C'eft fur ces Tableaux O
riginaux que les Estampes qui
compofent ce Recücil ont été
gravées par les foins de Monfieur
le Hay , qui y a employe
d'excellens Graveurs. L'on
trouvera ce Recücil chez luy ,
Niij
119 MERCURE
4
ruë de Grenelle , Fauxbourg
S. Germain , proche la rue de
la Chaife , & chez Monfieur
du Change, Graveur du Roy,
ruë S. Jacques ; l'on y trouve,
ra auffi la même fuite enluminée
d'aprés les Tableaux
Originaux ; ce qui fera non
feulement connoiftre la forme
, mais encore la veritable
couleur de toutes les differentes
& riches étoffes , dont ces
habillemens font faits ; & l'on
mettra tous les foins poffibles
pour enluminer ces Eftampes
avec intelligence , afin de
leurs donner la verité & le
in
GALANT. 151
merite des Tableaux.
Cette fuite d'Eftampes
pourra fervir à orner des Cabinets
, des Galleries & des
Maifons de Campagne : on
efpere que les Sçavans , les
Curieux & le Gens de gouft
en feront affez de cas , pour
leur donner place dans leurs
porte feuilles ou dans leurs
Bibliotheques.
Fermer
Résumé : ESTAMPES.
Le texte décrit une collection d'estampes intitulée 'Estampes', publiée en mars 1714. Cette collection se distingue par sa diversité et son caractère unique, comprenant cent planches de treize pouces et demi de hauteur sur environ neuf pouces de largeur. Chaque planche présente une à quatre figures, accompagnées de fonds et d'objets adaptés à leurs habits et dignités. La collection ne se limite pas aux figures du Grand Seigneur, de la Sultane Reine et des principaux officiers du Sérail, mais inclut également des personnages variés tels que le Moufti, des gens de loi, le Grand Vizir, des officiers de guerre et de marine, ainsi que des Turcs, des femmes et filles turques, des marchands, des Juifs, des Grecs, des Hongrois, des Bulgares, des Valaques, des Albanais, des Tartares de Crimée, des habitants de l'Archipel, des Arabes, des Arméniens, des Persans, des Indiens, des Africains et des Africaines. Les estampes sont basées sur des tableaux peints sur nature par le peintre flamand Vanmour, à la demande de Monsieur de Ferriol, ambassadeur à Constantinople en 1707 et 1708. Elles ont été gravées par Monsieur le Hay et ses graveurs. La collection est disponible chez Monsieur le Hay et chez Monsieur du Change, graveur du Roi. Une version enluminée permet de connaître les couleurs des étoffes utilisées dans les habits. Destinée à orner des cabinets, des galeries et des maisons de campagne, cette collection s'adresse aux savants, aux curieux et aux gens de goût, qui peuvent l'inclure dans leurs portefeuilles ou bibliothèques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4225
p. 569-576
Tragedie de Callisthene, [titre d'après la table]
Début :
Les Comediens François ont cessé les Représentations de la Tragedie de Callisthene ; M. Piron [...]
Mots clefs :
Callisthène, Coeur, Rival, Auteur, Soeur, Vainqueur, Amour, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragedie de Callisthene, [titre d'après la table]
Les Comediens François ont ceffé les Repréfentations
de la Tragedie de Callifthene ; M. Piqui
en eft l'Auteur , avoit donné l'année
derniere une Comédie en cinq Actes , fous le titre
des Fils Ingrats , & avoit fait juger par la
force de fa verfification , qu'il étoit en état de
chauffer le Cothurne, quand il lui plairoit.Nos efperances
n'ont point été trompées; Callifthene eſt
rempli d'une infinité de Vers des plus forts & des
plus nerveux qu'on ait encore entendus fur leThéa
tre François. La premiere Repréfentation fut tu-
Gij multueufe
570 MERCURE DE FRANCE .
multueufe , comme il arrive affez fouvent ; la
conftitution de la Fable ne fit pas tout le plaifir
auquel on s'étoit attendu ; mais les gens équitables
n'en attribuerent la faute qu'au fujet qui n'eft
pas fufceptible d'une action fort intereffante ; ce
contretemps n'empêcha pas qu'on ne rendît juftice
à la main de l'Ouvrier , & qu'on n'y revint
le lendemain en grand concours , pour y entendre
une feconde fois ce qu'on y avoit trouvé
d'admirable, ce qui continua avec le même fuccès.
Le Lecteur s'attend à en trouver un Extrait ici ,
mais n'ayant pas affez vû la Piece pour le pouvoir
donner tel que nous fouhaiterions , nous
nous contenterons d'en donner une espece d'Argument
, nous réſervant d'en mieux détailler les
beautez quand la Piece aura été imprimée.
Callifthene étoit un Philofophe Lacédémonien,
qu'Alexandre le Grand attacha auprès de fa Perfonne
& pour lequel il eut toûjours une confideration
qui alloit jufqu'au refpect . Ce Spartiate,
pour qui le nom de Conquerant n'avoit pas un
grand attrait , ne laiffa pas d'approuver les premiers
Exploits d'Alexandre , contre les Perfans ;
c'étoit une douce confolation pour lui de voir
porter le fer & la flamme chez des Peuples qui les
avoient fi fouvent portez dans le fein de ſa Patrie
& par toute la Grece ; mais la Perſe étant détruite
, il trouva mauvais que le Vainqueur voulût
défoler le refte du monde , il lui repréſenta
qu'il devoit s'en tenir à fes premieres conquêtes ;
bien plus , Alexandre , fe difant fils de Jupiter &
voulant que toute fon Armée l'honorât de ce
titre glorieux , qui devoit contribuer à rendre fes
Soldats d'autant plus courageux qu'ils croiroient
leur Chef invincible ; Callifthene lui refufa ce
nom , & lui fit entendre qu'une telle impofture
'alloit qu'à le deshonorer.
Cette
MARS. 1720. 571
Cette derniere circonftance fait tout le fujet de
la Tragedie , & femble dégrader Alexandre. Il eft
vrai que ce n'eft point là le feul crime dont ce
Roi irrité accufe Callifthene. C'est pour avoir
trempé dans la conjuration d'Hermolaus , qu'il
veut le faire mourir dès le premier Acte ; mais
Lifimachus prénd fi bien fa deffenſe , qu'Alexandre
eft forcé d'avouer à ce dernier , qu'aucun des
Conjurez n'a déclaré fon ami complice . Il promet
non-feulement de lui rendre la liberté , mais
de le combler de bienfaits , pourvû qu'il foit plus
retenu dans fes paroles & moins auftere dans fes
moeurs ; il n'ofe lui dire qu'il feroit parfaitement
réconcilié avec lui, s'il confentoit qu'on l'appellât
fils de Jupiter.
La promeffe qu'Alexandre a faite à Lifimachus
de rendre la vie & la liberté à Callifthene , n'empêche
pas qu'il ne tremble pour les jours ; il y
prend trop d'interêt pour être fans crainte , &
cet interêt eft d'autant plus vif , qu'il agit nonfeulement
en Ami , mais en Amant ; il a vú la
foeur de Callifthene à Sparte , il l'a aimée , &
c'eft ce qui lui rend les jours du frere encore plus
chers ; Plutarque fait de ce même Lifimachas un
des plus ardents accufateurs du frere de Leonide
, ( c'eft le nom que l'Auteur donne à la foeur
du Heros de fa Tragedic; ) on voit bien que ce
n'eft que malgré lui qu'il a mis de l'amour dans
fa Piece , & que Léonide eft un Perfonnage dont
il auroit pû fe paffer , puifqu'elle ne fait rien que
Callifthene ne pût faire. Anaxarque,ennemi mortel
de Callifthene & flatteur d'Alexandre , n'avoit
pas befoin d'être Amant pour être Rival de Lifimachus
; la feule ambition étoit plufque fuffifante
pour les rendre jaloux l'un de l'autre.
Anaxarque eft un de ces perfonnages odieux ,
qui ne font jamais agréables aux Spectateurs ,
Giij quel372
MERCURE DE FRANCE.
quelques beaux Vers qu'un Auteur leur mette
dans la bouche , en effet , rien n'eft mieux écrit, ni
plus également tourné que la defcription que
fait Anaxarque des Jeux des filles & des femmes
Spartiates , dont la foeur de Callifthene étoit le
principal ornement , & dont il devint éperdument
amoureux , fans qu'il fçût de qui elle avoit
reçû le jour. Anaxarque s'exprime ainfi :
'Apprenez feulement comme au fond de mon
coeur '
pas ;
L'Amour le plus ardent lança le Trait vainqueur,
Quand de Perfépolis méditant la conquête ,
Tous les Grecs eurent mis Alexandre à leur tête :
Pour moi qui de fa part au bord de l'Euròtas ,
Mandiai des fecours que nous n'obtinmes
Le jour que je quittai cette Ville orgueilleuse ,
Que les Loix de Lucurgue ont rendu fi fameufe;
La Jeuneffe intrépide y celebroit des Jeux ,
Dont le Prix difputé refte au plus courageux.
Je m'approchai du Cirque, & j'y vis la Vaillance,
Par la témerité , s'annoncer dès l'enfance,
J'admirai quelque temps les Eleyes de Mars ;
Mais un plus beau Spectacle attachoit mes regards
;
La plus tendre moitié de l'efpoir des familles ,
Tout ce que Sparte avoit de rare entre fes filles ;
La Couronne à la main , affiftant au combat ,
Y brilloient à l'envi du plus naïf éclat.
On veut être invincible aux yeux de ce qu'on aime;
Et de Licurgue ainfi la ſageſſe ſuprême ,
Voulut
MAR S. 1730. 573
Voulut que la Beauté triomphant en ce jour ,
Allumât le couragé en infpirant l'amour.
D'inutiles atours ne brilloient point fur elles
Le luxe eût avili leurs graces naturelles ;
La fimple modeftie étoit leur vêtement ,
Et l'aimable pudeur leur unique ornement.
Quelle ame à cet aſpect ne ſe fût
Parmi cent beaux objets où s'égaroiť ma vûë
J'en vis un , qui bientôt fixa par
pas
émuë !
fes attraits ,
Mes yeux pour un moment & mon coeur pour
jamais.
" Celle qu'au même lieu ramenerent nos armes
La fille de Tindare , Helene cut moins de charmes.
Plein d'un feu juſqu'alors à mon coeur inconnu ,
Surpris , frappé , ravi , sien né m'eût retenu.
J'allois fendant la preffe , en Amant témeraire ,
Par un aveu public l'offenfer ou lui plaire.
Quand du Peuple attentif la fondaine clameur
Marqua la fin des Jeux par le nom du Vainqueur.
La foule fe difperfe & m'entraîne avec elle ;
Aux foins d'un prompt retour mon devoir me
rappelle ,
J'y pourvois, & je pars fans pouvoir être inſtruit.
Du nom de la Beauté dont l'image me fuit.
J'efperois Feffacer , mais , Dieux ! qui l'eût på
croire !
Le temps de plus en plus la grave en ma mémoire
G iiij
Plus
374 MERCURE DE FRANCE :
Plus je veux l'oublier , plus je crois la revoir."
L'abſence , la raiſon , juſqu'à mon peu d'eſpoir ;
Tout eft un aliment au feu qui me confume.
Ce feu plus que jamais , aujourd'hui ſe rallume ;
Et je retourne enfin , loin qu'il foit amorti
Plus amoureux cent fois que je ne fuis parti
"
Ce ne font pas là les feuls Vers , à beaucoup
près , que nous aurions voulu apprendre par
coeur , pour en faire part au Lecteur.
Leonide touchée du péril qui menace les jours
de fon frere , arrive dès le ſecond Acte ; mais
ce n'eft que dans le quatrième qu'Anaxarque apprend
que Lifimachus eft fon Rival , & Rival
aimé , il efpere pourtant fe rendre heureux &
arracher Léonide à Lifimachus par la faveur
d'Alexandre , qu'il efpere de fe rendre favorable
en flattant la paffion dominante qu'il a de paffer
pour fils de Jupiter ; voici comment il s'y prend :
Alexandre s'étant réconcilié avec Callifthene
& lui ayant promis de lui rendre toute fa confiance
, affemble fes Lieutenans Generaux , & leur
déclare en preſence de Callifthene , qu'il ne veut
pas languir dans un repos fatal à ſa gloire , &
qu'il prétend que fes conquêtes n'ayent point
d'autres bornes que celles du monde ; encore
voudroit- il qu'il y en eût plufieurs à conquerir.
Après une très-belle tirade qui met fon ambition
dans fon plus grand jour , il fe retire . C'eſt delà
qu'Anaxarque prend occafion de dire qu'un Mortel
ne feroit pas capable de former un projet fi
grand & digne des plus grands Dieux ; & qu'ils
ne doivent plus balancer à lui dreffer des Autels ,
& à l'adorer comme fils de Jupiter. Callifthene
ne peut entendre çe blafphême fans frémir ; il
s'cmMARS.
1730. 575
s'emporte contre Anaxarque ; Lifimachus le feconde
, & tous les autres Chefs témoignent leur
indignation par les regards qu'ils jettent fur Anaxarque
; ce dernier fait entendre à Callifthene ,
avec qui il refte feul, qu'il ne doit pas efperer qu'Alexandre
lui pardonne ce dernier crime ; il lui
offre en même-temps de faire fa paix avec ce
Roi irrité , à condition qu'il l'acceptera pour
Gendre ; Callifthene ne daigne pas lui répondre
un feul mot , & le quitte avec le dernier mépris ,
ce qui acheve de déterminer Anaxarque à le perdre
avec fon Rival .
Alexandre inftruit par Anaxarque de tout ce qui
s'eft paffé , en parle à Callifthene avec beaucoup
d'aigreur ; il a la foibleffe de lui avouer qu'Anaxarque
n'a rien dit que par fon ordre exprès ;
il ordonne à Callifthene de le reconnoître pour
fils de Jupiter , ou de fe réfoudre à mourir. Callifthene
choifit le filence & la mort.
Alexandre jure de perdre cet ennemi prétendu
de fa gloire ; il ordonne à Léonide de fe préparer
à époufer Anaxarque ; Léonide le traite avec le
mépris le plus marqué , qui eft l'ironie.
Voila à peu près ce qui fe paffe dans les quatre
premiers Actes de la Tragedie de Callifthene .
Dans le cinquième , Lifimachus ayant tué Anaxarque
, Alexandre , pour venger la mort de cet
indigne Favori , condamne fon Meurtrier à combattre
un Lion dans une efpece de Cirque. La
victoire que Lifimachus fur un fi terri- remporta
ble ennemi , eft un trait d'Hiſtoire ; mais on n'a
pas trouvé qu'un pareil évenement fût bien néceffaire
pour remplir un cinquiéme Acte , ne
pouvant produire tout au plus qu'un coup dè
furpriſe momentanée , en voyant rentrer für la
Scene un Acteur qu'on vient d'annoncer pour
• mort ; encore ne reffufcite- t-il que pour apporter
G v te
$76 MERCURE DE FRANCE.
le fecours d'un poignard à Callifthene , pour le
Lauver d'un indigne & long efclavage . Callifthene
fe plonge ce poignard dans le coeur en preſence
d'Alexandre , qui en témoigne un tardifrepentir.
Au refte , fi nous avons groffi cet Argument de
quelques Remarques , nous les avons recueillies
du Public ; bien entendu que nous laiffons nes
Lecteurs dans une pleine liberté de les adopter ou
de les rejetter. Ce que nous venons de dire n'empêche
pas que l'Auteur de Calliftene ne ſoit en
état d'égaler nos meilleurs Auteurs Dramatiques.
par ce génie mâle , qui s'eft dévelopé dès fes
premiers Ouvrages ; & par le vrai qui regne dans .
fes maximes, de forte qu'on pourroit avec juftice
lui appliquer ces Vers d'Horace.
.... Cui lecta potenter erit res , °
Necfacundia deferet hunc , nec lucidus ordo
de la Tragedie de Callifthene ; M. Piqui
en eft l'Auteur , avoit donné l'année
derniere une Comédie en cinq Actes , fous le titre
des Fils Ingrats , & avoit fait juger par la
force de fa verfification , qu'il étoit en état de
chauffer le Cothurne, quand il lui plairoit.Nos efperances
n'ont point été trompées; Callifthene eſt
rempli d'une infinité de Vers des plus forts & des
plus nerveux qu'on ait encore entendus fur leThéa
tre François. La premiere Repréfentation fut tu-
Gij multueufe
570 MERCURE DE FRANCE .
multueufe , comme il arrive affez fouvent ; la
conftitution de la Fable ne fit pas tout le plaifir
auquel on s'étoit attendu ; mais les gens équitables
n'en attribuerent la faute qu'au fujet qui n'eft
pas fufceptible d'une action fort intereffante ; ce
contretemps n'empêcha pas qu'on ne rendît juftice
à la main de l'Ouvrier , & qu'on n'y revint
le lendemain en grand concours , pour y entendre
une feconde fois ce qu'on y avoit trouvé
d'admirable, ce qui continua avec le même fuccès.
Le Lecteur s'attend à en trouver un Extrait ici ,
mais n'ayant pas affez vû la Piece pour le pouvoir
donner tel que nous fouhaiterions , nous
nous contenterons d'en donner une espece d'Argument
, nous réſervant d'en mieux détailler les
beautez quand la Piece aura été imprimée.
Callifthene étoit un Philofophe Lacédémonien,
qu'Alexandre le Grand attacha auprès de fa Perfonne
& pour lequel il eut toûjours une confideration
qui alloit jufqu'au refpect . Ce Spartiate,
pour qui le nom de Conquerant n'avoit pas un
grand attrait , ne laiffa pas d'approuver les premiers
Exploits d'Alexandre , contre les Perfans ;
c'étoit une douce confolation pour lui de voir
porter le fer & la flamme chez des Peuples qui les
avoient fi fouvent portez dans le fein de ſa Patrie
& par toute la Grece ; mais la Perſe étant détruite
, il trouva mauvais que le Vainqueur voulût
défoler le refte du monde , il lui repréſenta
qu'il devoit s'en tenir à fes premieres conquêtes ;
bien plus , Alexandre , fe difant fils de Jupiter &
voulant que toute fon Armée l'honorât de ce
titre glorieux , qui devoit contribuer à rendre fes
Soldats d'autant plus courageux qu'ils croiroient
leur Chef invincible ; Callifthene lui refufa ce
nom , & lui fit entendre qu'une telle impofture
'alloit qu'à le deshonorer.
Cette
MARS. 1720. 571
Cette derniere circonftance fait tout le fujet de
la Tragedie , & femble dégrader Alexandre. Il eft
vrai que ce n'eft point là le feul crime dont ce
Roi irrité accufe Callifthene. C'est pour avoir
trempé dans la conjuration d'Hermolaus , qu'il
veut le faire mourir dès le premier Acte ; mais
Lifimachus prénd fi bien fa deffenſe , qu'Alexandre
eft forcé d'avouer à ce dernier , qu'aucun des
Conjurez n'a déclaré fon ami complice . Il promet
non-feulement de lui rendre la liberté , mais
de le combler de bienfaits , pourvû qu'il foit plus
retenu dans fes paroles & moins auftere dans fes
moeurs ; il n'ofe lui dire qu'il feroit parfaitement
réconcilié avec lui, s'il confentoit qu'on l'appellât
fils de Jupiter.
La promeffe qu'Alexandre a faite à Lifimachus
de rendre la vie & la liberté à Callifthene , n'empêche
pas qu'il ne tremble pour les jours ; il y
prend trop d'interêt pour être fans crainte , &
cet interêt eft d'autant plus vif , qu'il agit nonfeulement
en Ami , mais en Amant ; il a vú la
foeur de Callifthene à Sparte , il l'a aimée , &
c'eft ce qui lui rend les jours du frere encore plus
chers ; Plutarque fait de ce même Lifimachas un
des plus ardents accufateurs du frere de Leonide
, ( c'eft le nom que l'Auteur donne à la foeur
du Heros de fa Tragedic; ) on voit bien que ce
n'eft que malgré lui qu'il a mis de l'amour dans
fa Piece , & que Léonide eft un Perfonnage dont
il auroit pû fe paffer , puifqu'elle ne fait rien que
Callifthene ne pût faire. Anaxarque,ennemi mortel
de Callifthene & flatteur d'Alexandre , n'avoit
pas befoin d'être Amant pour être Rival de Lifimachus
; la feule ambition étoit plufque fuffifante
pour les rendre jaloux l'un de l'autre.
Anaxarque eft un de ces perfonnages odieux ,
qui ne font jamais agréables aux Spectateurs ,
Giij quel372
MERCURE DE FRANCE.
quelques beaux Vers qu'un Auteur leur mette
dans la bouche , en effet , rien n'eft mieux écrit, ni
plus également tourné que la defcription que
fait Anaxarque des Jeux des filles & des femmes
Spartiates , dont la foeur de Callifthene étoit le
principal ornement , & dont il devint éperdument
amoureux , fans qu'il fçût de qui elle avoit
reçû le jour. Anaxarque s'exprime ainfi :
'Apprenez feulement comme au fond de mon
coeur '
pas ;
L'Amour le plus ardent lança le Trait vainqueur,
Quand de Perfépolis méditant la conquête ,
Tous les Grecs eurent mis Alexandre à leur tête :
Pour moi qui de fa part au bord de l'Euròtas ,
Mandiai des fecours que nous n'obtinmes
Le jour que je quittai cette Ville orgueilleuse ,
Que les Loix de Lucurgue ont rendu fi fameufe;
La Jeuneffe intrépide y celebroit des Jeux ,
Dont le Prix difputé refte au plus courageux.
Je m'approchai du Cirque, & j'y vis la Vaillance,
Par la témerité , s'annoncer dès l'enfance,
J'admirai quelque temps les Eleyes de Mars ;
Mais un plus beau Spectacle attachoit mes regards
;
La plus tendre moitié de l'efpoir des familles ,
Tout ce que Sparte avoit de rare entre fes filles ;
La Couronne à la main , affiftant au combat ,
Y brilloient à l'envi du plus naïf éclat.
On veut être invincible aux yeux de ce qu'on aime;
Et de Licurgue ainfi la ſageſſe ſuprême ,
Voulut
MAR S. 1730. 573
Voulut que la Beauté triomphant en ce jour ,
Allumât le couragé en infpirant l'amour.
D'inutiles atours ne brilloient point fur elles
Le luxe eût avili leurs graces naturelles ;
La fimple modeftie étoit leur vêtement ,
Et l'aimable pudeur leur unique ornement.
Quelle ame à cet aſpect ne ſe fût
Parmi cent beaux objets où s'égaroiť ma vûë
J'en vis un , qui bientôt fixa par
pas
émuë !
fes attraits ,
Mes yeux pour un moment & mon coeur pour
jamais.
" Celle qu'au même lieu ramenerent nos armes
La fille de Tindare , Helene cut moins de charmes.
Plein d'un feu juſqu'alors à mon coeur inconnu ,
Surpris , frappé , ravi , sien né m'eût retenu.
J'allois fendant la preffe , en Amant témeraire ,
Par un aveu public l'offenfer ou lui plaire.
Quand du Peuple attentif la fondaine clameur
Marqua la fin des Jeux par le nom du Vainqueur.
La foule fe difperfe & m'entraîne avec elle ;
Aux foins d'un prompt retour mon devoir me
rappelle ,
J'y pourvois, & je pars fans pouvoir être inſtruit.
Du nom de la Beauté dont l'image me fuit.
J'efperois Feffacer , mais , Dieux ! qui l'eût på
croire !
Le temps de plus en plus la grave en ma mémoire
G iiij
Plus
374 MERCURE DE FRANCE :
Plus je veux l'oublier , plus je crois la revoir."
L'abſence , la raiſon , juſqu'à mon peu d'eſpoir ;
Tout eft un aliment au feu qui me confume.
Ce feu plus que jamais , aujourd'hui ſe rallume ;
Et je retourne enfin , loin qu'il foit amorti
Plus amoureux cent fois que je ne fuis parti
"
Ce ne font pas là les feuls Vers , à beaucoup
près , que nous aurions voulu apprendre par
coeur , pour en faire part au Lecteur.
Leonide touchée du péril qui menace les jours
de fon frere , arrive dès le ſecond Acte ; mais
ce n'eft que dans le quatrième qu'Anaxarque apprend
que Lifimachus eft fon Rival , & Rival
aimé , il efpere pourtant fe rendre heureux &
arracher Léonide à Lifimachus par la faveur
d'Alexandre , qu'il efpere de fe rendre favorable
en flattant la paffion dominante qu'il a de paffer
pour fils de Jupiter ; voici comment il s'y prend :
Alexandre s'étant réconcilié avec Callifthene
& lui ayant promis de lui rendre toute fa confiance
, affemble fes Lieutenans Generaux , & leur
déclare en preſence de Callifthene , qu'il ne veut
pas languir dans un repos fatal à ſa gloire , &
qu'il prétend que fes conquêtes n'ayent point
d'autres bornes que celles du monde ; encore
voudroit- il qu'il y en eût plufieurs à conquerir.
Après une très-belle tirade qui met fon ambition
dans fon plus grand jour , il fe retire . C'eſt delà
qu'Anaxarque prend occafion de dire qu'un Mortel
ne feroit pas capable de former un projet fi
grand & digne des plus grands Dieux ; & qu'ils
ne doivent plus balancer à lui dreffer des Autels ,
& à l'adorer comme fils de Jupiter. Callifthene
ne peut entendre çe blafphême fans frémir ; il
s'cmMARS.
1730. 575
s'emporte contre Anaxarque ; Lifimachus le feconde
, & tous les autres Chefs témoignent leur
indignation par les regards qu'ils jettent fur Anaxarque
; ce dernier fait entendre à Callifthene ,
avec qui il refte feul, qu'il ne doit pas efperer qu'Alexandre
lui pardonne ce dernier crime ; il lui
offre en même-temps de faire fa paix avec ce
Roi irrité , à condition qu'il l'acceptera pour
Gendre ; Callifthene ne daigne pas lui répondre
un feul mot , & le quitte avec le dernier mépris ,
ce qui acheve de déterminer Anaxarque à le perdre
avec fon Rival .
Alexandre inftruit par Anaxarque de tout ce qui
s'eft paffé , en parle à Callifthene avec beaucoup
d'aigreur ; il a la foibleffe de lui avouer qu'Anaxarque
n'a rien dit que par fon ordre exprès ;
il ordonne à Callifthene de le reconnoître pour
fils de Jupiter , ou de fe réfoudre à mourir. Callifthene
choifit le filence & la mort.
Alexandre jure de perdre cet ennemi prétendu
de fa gloire ; il ordonne à Léonide de fe préparer
à époufer Anaxarque ; Léonide le traite avec le
mépris le plus marqué , qui eft l'ironie.
Voila à peu près ce qui fe paffe dans les quatre
premiers Actes de la Tragedie de Callifthene .
Dans le cinquième , Lifimachus ayant tué Anaxarque
, Alexandre , pour venger la mort de cet
indigne Favori , condamne fon Meurtrier à combattre
un Lion dans une efpece de Cirque. La
victoire que Lifimachus fur un fi terri- remporta
ble ennemi , eft un trait d'Hiſtoire ; mais on n'a
pas trouvé qu'un pareil évenement fût bien néceffaire
pour remplir un cinquiéme Acte , ne
pouvant produire tout au plus qu'un coup dè
furpriſe momentanée , en voyant rentrer für la
Scene un Acteur qu'on vient d'annoncer pour
• mort ; encore ne reffufcite- t-il que pour apporter
G v te
$76 MERCURE DE FRANCE.
le fecours d'un poignard à Callifthene , pour le
Lauver d'un indigne & long efclavage . Callifthene
fe plonge ce poignard dans le coeur en preſence
d'Alexandre , qui en témoigne un tardifrepentir.
Au refte , fi nous avons groffi cet Argument de
quelques Remarques , nous les avons recueillies
du Public ; bien entendu que nous laiffons nes
Lecteurs dans une pleine liberté de les adopter ou
de les rejetter. Ce que nous venons de dire n'empêche
pas que l'Auteur de Calliftene ne ſoit en
état d'égaler nos meilleurs Auteurs Dramatiques.
par ce génie mâle , qui s'eft dévelopé dès fes
premiers Ouvrages ; & par le vrai qui regne dans .
fes maximes, de forte qu'on pourroit avec juftice
lui appliquer ces Vers d'Horace.
.... Cui lecta potenter erit res , °
Necfacundia deferet hunc , nec lucidus ordo
Fermer
Résumé : Tragedie de Callisthene, [titre d'après la table]
Le texte relate la fin des représentations de la tragédie 'Callifthene' de M. Piqui, auteur déjà reconnu pour sa comédie 'Les Fils Ingrats'. La première de 'Callifthene' a suscité des réactions variées, mais les spectateurs ont apprécié la qualité des vers, ce qui a conduit à une affluence croissante lors des représentations suivantes. La pièce raconte l'histoire de Callifthene, un philosophe lacédémonien respecté par Alexandre le Grand. Callifthene approuve les premières conquêtes d'Alexandre contre les Perses mais désapprouve ses ambitions ultérieures. La tragédie se concentre sur le refus de Callifthene de reconnaître Alexandre comme fils de Jupiter, ce qui conduit à son procès pour trahison. Lisimachus, ami et amant de la sœur de Callifthene, Léonide, défend Callifthene. Anaxarque, ennemi de Callifthene et flatteur d'Alexandre, complique la situation par sa rivalité avec Lisimachus. La pièce se termine par la mort de Callifthene, qui se suicide après avoir été condamné par Alexandre. Lisimachus tue Anaxarque et survit à un combat contre un lion. Malgré quelques critiques sur la structure de la pièce, l'auteur est reconnu pour son talent et la vérité de ses maximes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4226
p. 141-149
EPITRE DE M. MICHEL A M. DE... POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE.
Début :
Vif Ennemi de tout, Rimeur glacé, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Tableau, Parnasse, Auteur, Compliments, Censure, Mépris, Lauriers, Raison, Satire, Talent, Muse, Oraison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE M. MICHEL A M. DE... POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE.
EPITRE DE M. MICHEL
A M. DE .
POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE
If Ennemi de tout . Rimeur glacé,
Par qui j'ai vu de leur froide manie
Plus d'un Tableau fidellement tracé;,
142 LE MERCURE
Gentil Ami , de qui l'heureux génie
Peut efpérer d'être unjour remplacé ,
Sur le Parnaffe aux fonctions utiles
De feu Boileau ; quand cet Auteur prifè
Pour la Raifon, d'un chaud zele embrafé,
Vilipendoit tous ces Ecrits fertiles
Où le bonfens fe voit martyrisé.
Je vous écris , non quej'aye à vous rendre
Vos Complimens , & cet amas fucré
De doux propos dont m'avés fonpoûdré.
A tel retour , jà ne devez prétendre ;
Puifqu'entre nous regne fincérité ,
Commefavez; & s'il vous plaît , Beaufire,
Vousfuffira ce qu'elle m'a fait dire
Ez petits Vers par oùj'ai débuté:
Qu'ainfi ne foit: Naïve vérité
Toujours me plût , & fidéle à ſon culte ,
Son Oracle eft le feul que je confulte.
Quand de rimer par fois je fuis tenté,
Non moins que moi d'elle feule enchanté,
Vous dédaignez la foupleffe frivole
Des vain's Flateurs ; & pour être écouté,
Il ne faut pas qu'un Ami vous cajole :
Si qu'avec vous , on peut impunément
Rifquer cenfure libre fentiment :
Tout an rebours de cette Seite habile
Qui fe croyant la vûë affez fubtile , *
D'OCTOBRE. 143
Four pénétrer dans l'objet le plus fin ,
N'eut onc befoin des yeux defon voisin.
Que tels Docteurs ayent vuidé leur
cervelle
De quelque écrit qui s'enfit arracher ;
Vous les verrez tout prets à fe fácher ,
Au moindre endroit de la Piéce nouvelle ,
O vôtrelime ofera s'attacher :
Vainement donc votre main les harcelle
Far traits fréquens ; vainement pretentelle
Les corriger à force de mépriss
Et me déplait , s'il faut queje le dife ,
Que voussoyezfifortement êpris
Du faux honneur de punir leur fotife.
Loin de vouloir contr'eux nous fignaler ,
Tachons fans plus de ne point reffembler
A telle Race ; & contens qu'on nous toüe,
Laiffons crier un Corbeau qui s'enrouë :
Mais , qui penfant mieux chanter qu'Apollon
,
Vent croaffer dans fon facré Vallon ;
Et que me fait à moi qu'un Fât écrive
MalgréMinerve , & que Phoebus le prive
Defes Lauriers? Que m'importe aprés tout
Que dans fes Vers cet aveugle fe mire ?
Pourquoy vouloir que mon fecours eti re
De fon erreur ; fouffrons - là juſqu'au
bouti
144 LE MERCURE
,
Et par pitié, permettons qu'il s'admire ye
Sans mecharger , cruel Defenchanteur
De lui ravir un plaifir fédulleur :
Le feul peut- être , auquel il foit fenfible ::
Pour tel Malade il n'eft remede aucun
Deffous les Creux , dont l'effet foit planfible
:
Soyez fincere ou flateur , c'est tout un,
Dès qu'une fois un Auteurfans mérite ,.
Seft prévenu qu'on devoit l'admirer ,
Quiconque veut lui parler vrai , l'irrite ;
Et l'on ne gagne à vouloirl'éclairer ,
Qu'unfot mépris , une haine intrattable
De peu d'effet ; mais toûjours redoutable.
Je crainsfortpeu, direz- vous , leurs tranfparts
Et ma raifon fe fait à les poursuivre
Certain plaifir dont la douceur l'enyore ,
Et qui n'engage à braver leurs efforts ,
Où font les traits dont ils peuvent m'atteindre
:
Au demeurantje ne puis me contraindre ,
Unfot m'aigrit & me met en humeur;
Afesdépens il faut que je m'égaye ,
Des qu'il paroit ,je le marque à ma craye ,
Et je me livre . Ony ,je connois l'ar-c
deur ,
Quifur ce point vous emporte à mèdire;
En vous reluit cet efprit fétulant ,
Qui
D'OCTOBRE. 145
Qui dans un coeurfait germer la Satyre ;
Mais cet efprit , infortuné Talent ,
De tous les dons que nous fait la Natu
Eft le feul Don indigne de nos voeux ,
Et qu'ilfied bien de laiſſer fans culture.
Que j'aime à voir un Auteur généreux
De tout bon mot fuir l'appas dangereux !
Ne fe permettre enfa Verve prudente
Aucun écart d'une bile mordante ;
D'un trait malin mépriser le fuccès ,
Vivre fans fiel & libre des accès
Qui font hair une Mufe impudente
De la Satyre ignorer les excès.
Tous ces difcours , dites- vous , font fort
fages ,
Mais toutesfois, on vit dans tous les âges ,
En dépit d'eux , s'armer de grands Auteurs
Du mauvais goût ardens Inquifitenrs ,
Et d'Apollon embraffant la vengeance ;
Perfécuter la rimaillenfe engéance :
Et , dites-moi , fi ces rares Efprits,
Si Juvenal , Defpreaux, Perfe , Horace ,
A cette engeance eûffent fait plus de grace.
Nous ferions donc fruftrés de leurs
Ecrits ....
Oh, quel malheur pour les Races futures ?
Quand moins farcis d'orgueillenfes Cen--
Jure's ,
On les verroit réduits aux autres traits
Octobre 1717
N
146 "
LE MERCURE
Quifont bonneur à leur Mufe Critique ;
Mais vous enfin , dont la Verve Cauftique
De fa malice afait d'heureux effais
Et qui déjafier de cet avantage ,
De Defpreaux convoités l'Heritage :
Vous qui penfes que draperfans quartier,
Un pauvre Auteur est unfi beau métier:
Interrogés nos Maîtres en Satyre ,
Ces Profeffeurs du grand Art de médire,
Vous avoueront le malheur de leur choix,
Ils vous diront qu'au bout de la Carriére ,
Tentés cent fois de marcher en arriere ,
Ils ont eux-mêmes abhorré leurs exploits
Et detefté les fruits de leur étude ;
Que devenus malins par habitude
Leur main fouvent lâcha d'injuftes traits
Et que par eux la Raifon offenfée .
Sur le Rapport de l'équité bleffée
Plus d'une fois fit caffer leurs Arrêts ;
Ils vous diront que le dignefalaire ,
Que remporta leur Mufe arbitraire ,
Fut de n'avoir , entourés d'Ennemis ,
Nul Partifan , nuls fincéres amis ,
C'est le deftin de quiconque fe moule
Sur ces Auteurs & mon Sermon ne roûle
Que fur ce point , le plus digne de tous
D'être pefé : Non , ce n'est point l'eftime
Dug and effort, Partage légitime ,
Qui de nos biens doit faire leplus doux ,
D'OCTOBRE. 147
Et le Sçavoirfut- il plus vafte en vous ;
·Euffies- vous fait une moiſſon plusgrande
Que Scaliger on Pic de la Mirande ;
Votre génie eût- il l'heureux pouvoir ,
Avec legoût d'accorder lefçavoir ;
Si pour autrui né facheux , infenfible ,
L'injufte orgueil vous rend inacceffible;
Si votre coeur ne peut être foûmis
Au jong charmant d'une amitié fincère ;
·S peu touché de fe voir fans amis ,
Il ne connoît ni l'Art fi néceffaire
De les garder, ni le fecret d'en faire :
Vous n'êtes rien qu'un vil Monftre , &
pour moy
Vôtre mérite eft hors de bas- aloy.
Dans le commerce indigne de paroître
Avec le coeur qui devon ne point naître ,
Ne vives pas plus long-temsfous nos yeux;
Au fond des bois , nouvel Anachorette ,
Parmi les Ours cherchez une retraite ;
Drgne héritier de nos premiers Ayeux ,
Auffifarouche & plus criminel qu'eux ,
Ou bienfemblable à ce hideux Cynique ,
Flean des fiens & l'horreur de l'Attique
· Dans un Tonneau retranché jusqu'an
dents ,
>
‹ Delà , s'il faut, aboyés les Paffants.
Maisfiniffons , j'aperçois votre Mufe
Rire des foins où la mienne s'amufe .
Nij
.148 LE MERCURE
Et n'opofer enguife de raison ,
Que fon penchant à ma longue Oraiſon.
Eh bien allez ? Sans crainte de l'orage ,
Embarquez vous & bravez le naufrage ?
De votre courfe, inutile témoin,
A vos périls j'affifierai de loin ;
Et nepouvant par l'exemple d'un autre ,
Vous retenir contre un penchat trop doux,
Mesyeux vengés veront aumoinslevôtre,
Servir aux gens plus dociles que vous :
Vous m'allez dire & c'eft vôtre réponse ,
Qu'ici j'ai tort de vous entretenir
De mes frayeurs , & que je vous annonce
Un peu trop tôt une douleur à venir :
Vous prétendezembraffer la Satyre ,
Eftre à l'abri des maux qu'elle s'attire ;
Et par prudence évitant tout écueil
De préjugés , d'injustice, & d'orgueil;
Bien moins Cenfeur d'autrui que de vousmême,
Vous vous ferés, un important Systême ,
De ne jamais donner prife au Bêtail
Dont vous aurez blafonné le travail ,
De n'attaquer dans les écrits des autres
Que des travers incõnus dans les vôtres.
Soit à ce prix : Je vous livre les fots ,
De leurs chifons , nettoyés le Parnaffe ;
Bien entendu que vos traits feront grace
A leur perfonne , en blámant leurs dèfans.
D'OCTOBRE." 149
Le Dieu des Fers , dont les regards propices
De votre veine ont haié les premices;
Et les neufSoeurs à qui plaît vôtre encens ,
Vont prefider à vos travaux naiffants :
Plus glorieux pourtant , fi ma doctrine
Mettant unfrein à verre humeur chagrine,
Vousfaut choifir, en changeant de Métier,
Un autre champ où cueillir du Laurier.
A M. DE .
POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE
If Ennemi de tout . Rimeur glacé,
Par qui j'ai vu de leur froide manie
Plus d'un Tableau fidellement tracé;,
142 LE MERCURE
Gentil Ami , de qui l'heureux génie
Peut efpérer d'être unjour remplacé ,
Sur le Parnaffe aux fonctions utiles
De feu Boileau ; quand cet Auteur prifè
Pour la Raifon, d'un chaud zele embrafé,
Vilipendoit tous ces Ecrits fertiles
Où le bonfens fe voit martyrisé.
Je vous écris , non quej'aye à vous rendre
Vos Complimens , & cet amas fucré
De doux propos dont m'avés fonpoûdré.
A tel retour , jà ne devez prétendre ;
Puifqu'entre nous regne fincérité ,
Commefavez; & s'il vous plaît , Beaufire,
Vousfuffira ce qu'elle m'a fait dire
Ez petits Vers par oùj'ai débuté:
Qu'ainfi ne foit: Naïve vérité
Toujours me plût , & fidéle à ſon culte ,
Son Oracle eft le feul que je confulte.
Quand de rimer par fois je fuis tenté,
Non moins que moi d'elle feule enchanté,
Vous dédaignez la foupleffe frivole
Des vain's Flateurs ; & pour être écouté,
Il ne faut pas qu'un Ami vous cajole :
Si qu'avec vous , on peut impunément
Rifquer cenfure libre fentiment :
Tout an rebours de cette Seite habile
Qui fe croyant la vûë affez fubtile , *
D'OCTOBRE. 143
Four pénétrer dans l'objet le plus fin ,
N'eut onc befoin des yeux defon voisin.
Que tels Docteurs ayent vuidé leur
cervelle
De quelque écrit qui s'enfit arracher ;
Vous les verrez tout prets à fe fácher ,
Au moindre endroit de la Piéce nouvelle ,
O vôtrelime ofera s'attacher :
Vainement donc votre main les harcelle
Far traits fréquens ; vainement pretentelle
Les corriger à force de mépriss
Et me déplait , s'il faut queje le dife ,
Que voussoyezfifortement êpris
Du faux honneur de punir leur fotife.
Loin de vouloir contr'eux nous fignaler ,
Tachons fans plus de ne point reffembler
A telle Race ; & contens qu'on nous toüe,
Laiffons crier un Corbeau qui s'enrouë :
Mais , qui penfant mieux chanter qu'Apollon
,
Vent croaffer dans fon facré Vallon ;
Et que me fait à moi qu'un Fât écrive
MalgréMinerve , & que Phoebus le prive
Defes Lauriers? Que m'importe aprés tout
Que dans fes Vers cet aveugle fe mire ?
Pourquoy vouloir que mon fecours eti re
De fon erreur ; fouffrons - là juſqu'au
bouti
144 LE MERCURE
,
Et par pitié, permettons qu'il s'admire ye
Sans mecharger , cruel Defenchanteur
De lui ravir un plaifir fédulleur :
Le feul peut- être , auquel il foit fenfible ::
Pour tel Malade il n'eft remede aucun
Deffous les Creux , dont l'effet foit planfible
:
Soyez fincere ou flateur , c'est tout un,
Dès qu'une fois un Auteurfans mérite ,.
Seft prévenu qu'on devoit l'admirer ,
Quiconque veut lui parler vrai , l'irrite ;
Et l'on ne gagne à vouloirl'éclairer ,
Qu'unfot mépris , une haine intrattable
De peu d'effet ; mais toûjours redoutable.
Je crainsfortpeu, direz- vous , leurs tranfparts
Et ma raifon fe fait à les poursuivre
Certain plaifir dont la douceur l'enyore ,
Et qui n'engage à braver leurs efforts ,
Où font les traits dont ils peuvent m'atteindre
:
Au demeurantje ne puis me contraindre ,
Unfot m'aigrit & me met en humeur;
Afesdépens il faut que je m'égaye ,
Des qu'il paroit ,je le marque à ma craye ,
Et je me livre . Ony ,je connois l'ar-c
deur ,
Quifur ce point vous emporte à mèdire;
En vous reluit cet efprit fétulant ,
Qui
D'OCTOBRE. 145
Qui dans un coeurfait germer la Satyre ;
Mais cet efprit , infortuné Talent ,
De tous les dons que nous fait la Natu
Eft le feul Don indigne de nos voeux ,
Et qu'ilfied bien de laiſſer fans culture.
Que j'aime à voir un Auteur généreux
De tout bon mot fuir l'appas dangereux !
Ne fe permettre enfa Verve prudente
Aucun écart d'une bile mordante ;
D'un trait malin mépriser le fuccès ,
Vivre fans fiel & libre des accès
Qui font hair une Mufe impudente
De la Satyre ignorer les excès.
Tous ces difcours , dites- vous , font fort
fages ,
Mais toutesfois, on vit dans tous les âges ,
En dépit d'eux , s'armer de grands Auteurs
Du mauvais goût ardens Inquifitenrs ,
Et d'Apollon embraffant la vengeance ;
Perfécuter la rimaillenfe engéance :
Et , dites-moi , fi ces rares Efprits,
Si Juvenal , Defpreaux, Perfe , Horace ,
A cette engeance eûffent fait plus de grace.
Nous ferions donc fruftrés de leurs
Ecrits ....
Oh, quel malheur pour les Races futures ?
Quand moins farcis d'orgueillenfes Cen--
Jure's ,
On les verroit réduits aux autres traits
Octobre 1717
N
146 "
LE MERCURE
Quifont bonneur à leur Mufe Critique ;
Mais vous enfin , dont la Verve Cauftique
De fa malice afait d'heureux effais
Et qui déjafier de cet avantage ,
De Defpreaux convoités l'Heritage :
Vous qui penfes que draperfans quartier,
Un pauvre Auteur est unfi beau métier:
Interrogés nos Maîtres en Satyre ,
Ces Profeffeurs du grand Art de médire,
Vous avoueront le malheur de leur choix,
Ils vous diront qu'au bout de la Carriére ,
Tentés cent fois de marcher en arriere ,
Ils ont eux-mêmes abhorré leurs exploits
Et detefté les fruits de leur étude ;
Que devenus malins par habitude
Leur main fouvent lâcha d'injuftes traits
Et que par eux la Raifon offenfée .
Sur le Rapport de l'équité bleffée
Plus d'une fois fit caffer leurs Arrêts ;
Ils vous diront que le dignefalaire ,
Que remporta leur Mufe arbitraire ,
Fut de n'avoir , entourés d'Ennemis ,
Nul Partifan , nuls fincéres amis ,
C'est le deftin de quiconque fe moule
Sur ces Auteurs & mon Sermon ne roûle
Que fur ce point , le plus digne de tous
D'être pefé : Non , ce n'est point l'eftime
Dug and effort, Partage légitime ,
Qui de nos biens doit faire leplus doux ,
D'OCTOBRE. 147
Et le Sçavoirfut- il plus vafte en vous ;
·Euffies- vous fait une moiſſon plusgrande
Que Scaliger on Pic de la Mirande ;
Votre génie eût- il l'heureux pouvoir ,
Avec legoût d'accorder lefçavoir ;
Si pour autrui né facheux , infenfible ,
L'injufte orgueil vous rend inacceffible;
Si votre coeur ne peut être foûmis
Au jong charmant d'une amitié fincère ;
·S peu touché de fe voir fans amis ,
Il ne connoît ni l'Art fi néceffaire
De les garder, ni le fecret d'en faire :
Vous n'êtes rien qu'un vil Monftre , &
pour moy
Vôtre mérite eft hors de bas- aloy.
Dans le commerce indigne de paroître
Avec le coeur qui devon ne point naître ,
Ne vives pas plus long-temsfous nos yeux;
Au fond des bois , nouvel Anachorette ,
Parmi les Ours cherchez une retraite ;
Drgne héritier de nos premiers Ayeux ,
Auffifarouche & plus criminel qu'eux ,
Ou bienfemblable à ce hideux Cynique ,
Flean des fiens & l'horreur de l'Attique
· Dans un Tonneau retranché jusqu'an
dents ,
>
‹ Delà , s'il faut, aboyés les Paffants.
Maisfiniffons , j'aperçois votre Mufe
Rire des foins où la mienne s'amufe .
Nij
.148 LE MERCURE
Et n'opofer enguife de raison ,
Que fon penchant à ma longue Oraiſon.
Eh bien allez ? Sans crainte de l'orage ,
Embarquez vous & bravez le naufrage ?
De votre courfe, inutile témoin,
A vos périls j'affifierai de loin ;
Et nepouvant par l'exemple d'un autre ,
Vous retenir contre un penchat trop doux,
Mesyeux vengés veront aumoinslevôtre,
Servir aux gens plus dociles que vous :
Vous m'allez dire & c'eft vôtre réponse ,
Qu'ici j'ai tort de vous entretenir
De mes frayeurs , & que je vous annonce
Un peu trop tôt une douleur à venir :
Vous prétendezembraffer la Satyre ,
Eftre à l'abri des maux qu'elle s'attire ;
Et par prudence évitant tout écueil
De préjugés , d'injustice, & d'orgueil;
Bien moins Cenfeur d'autrui que de vousmême,
Vous vous ferés, un important Systême ,
De ne jamais donner prife au Bêtail
Dont vous aurez blafonné le travail ,
De n'attaquer dans les écrits des autres
Que des travers incõnus dans les vôtres.
Soit à ce prix : Je vous livre les fots ,
De leurs chifons , nettoyés le Parnaffe ;
Bien entendu que vos traits feront grace
A leur perfonne , en blámant leurs dèfans.
D'OCTOBRE." 149
Le Dieu des Fers , dont les regards propices
De votre veine ont haié les premices;
Et les neufSoeurs à qui plaît vôtre encens ,
Vont prefider à vos travaux naiffants :
Plus glorieux pourtant , fi ma doctrine
Mettant unfrein à verre humeur chagrine,
Vousfaut choifir, en changeant de Métier,
Un autre champ où cueillir du Laurier.
Fermer
4227
p. 991-1003
Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 24. Avril, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Amour, Époux, Scène, Démocrite, Hippocrate, Plaisir, Rire, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24. Avril , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréfentation d'une Comédie
en Vers & en trois Actes , intitulée Démocrite
Prétendu Fou. Cette Piéce dont M. Autreau eft
l'Auteur , eft eftimée une des meilleures qui ayent
encore paru à l'Hôtel de Bourgogne. Elle fut reçue
avec beaucoup d'applaudiffemens qui n'ont
fait qu'augmenter dans la fuite. Nous abrégeons
les éloges pour donner l'Extrait que voici.
L'expofition du Sujet eft faite au premier Acte
par deux Païfans d'auprès d'Abdere , dans une
Maifon deCampagne queDémocrite a choifie pour
fon féjour. Damafippe , l'un de ces deux Païfans,
apprend à Criton , fon camarade , que Démocrite
paffe pour fol dáns Abdere , & qu'à la follicitation
de Damaftus , fon frere , le Sénat paroît
très-difpofé à l'exiler ; il fait connoître à Criton
qu'il a été placé auprès de Démocrite par Damaftus
pour épier tous fes divers genres de folie,
& pour l'en inftruire . Voici les fignes de folie fur
Gij lequels
992 MERCURE DE FRANCE
lefquels il appuye le plus confulter la Lune ,
rire de chacun , lâcher continuellement des traits
critiques , rire feul , fe promener au milieu des
tombeaux , pour fe mocquer même des morts ,
&c. il s'exprime ainfi :
Il va fe gobarger des morts mal à propos
Comme s'ils avoient tort de n'être plus en vie.
Ce qui oblige Criton à lui répondre :
Oh ! pour le coup , c'eft lui- même qui a tort ,
C'eft malgré foi qu'on devient mort ;
Aucun d'eux n'en avoit enyie .
་
Damafippe ajoûte que fa folie le porte à méprifer
les richeffes, à paffer la nuit , à regarder les
Etoiles , à faire des ronds & des quarrés , des iz
& des as , de prédire des Eclipfes , d'avoir la
vertu fecrette de lire fur le vifage des filles quand
elles ne le font plus enfin de vouloir épou
fer une de fes affranchies.
>
La feconde Scene eft entre Myfis , la cadette des
deux affranchies de Démocrite, & Philolaus, fon
Amant , homme de condition d'Abdere , & ami
du Philofophe Prétendu Fou ; elle lui foûtient que
Démocrite eft amoureux de fa four aînée appel,
lée Sophie. Voici ce qu'elle lui dit :
Dès qu'il quitte l'étude ,
Il demande Sophie , & ne peut s'en paſſer ;
De ſon front elle feule a le droit de chaſſer
Ce qu'un trop long travail y peut laiffer de rude
Vient- elle à paroître foudain
De fon air enjoué le retour eft certain ;
Plus,
ނ
MA Y. : 993 1730.
- Plus de marque de laffitude , &c.
Un des goûts de ma foeur eft de parler morale ,
Et volontiers il l'en régale ,
Mais d'un ton doux , d'un air humain ;
Point de grimace Magiſtrale ;
;
Tout au contraire ; il aime à lui prendre la main;
Le moindre petit foin près d'elle l'intereffe ;
Il rajufte un frifon , il détourne une treffe
Qui lui couvre un peu trop le fein ,
Sur lequel fein , quand elle fe redreffe
(Ce que fouvent elle fait à deffein )
Vous voyez de mon Sage une oeillade traitreffe
Se rabattre & tomber foudain ,
Tout en lui prêchant la fageffe ,
Et la leçon marche toujours fon train ;
Et puis fous le mentón doucement la careffe ,
Quand elle a' bien compris quelque trait un peu
iin .
Myfis ordonne à Philolaus d'aller voir Démocrite
, & de ne rien oublier pour penétrer fon
amour , par l'interêt qu'ils y ont tous deux , la
cadette ne pouvant raifonnablement être mariée
qu'après l'aînée .
Danaftus parlant à Philolaus parcourt la vie
de fon frere ; il expofe que Démocrite acheta a
fon retour d'Egypte trois Efclaves , fçavoir Egine
qui eft la mere , & Sophie & Myfis , fes deux
filles .
Dans un entretien que les deux freres ont en
ſemble , Damaſtus a du deffous ; Démocrite exer
ee à fes dépens fon talent de rire ; il le raille vi-
G iij
yement
994 MERCURE DE FRANCE
(
´vement fur la coquet erie de fa femme ; il fait ce
portrait de lui-même ' , & ce tableau de fa maniere
de vie dans fa campagne , pour faire contraſte
à celle de fon frere dans la Ville.
:
D'abord , pour Intendant , j'ai l'aimable Sophie ,
Qui paroiffant , le mémoire à la main ,
ཨཉྙཾ
Me trouve tous les jours l'oeil gay , le front ferein;
Comme en elle je me confie ,
Nos comptes font aifés , d'autant plus qu'ils font
courts ;
" Après , felon mon habitude ,
Le reste du matin je le donne à l'étude ,
Delice de l'efprit , & pendant les beaux jours
Dans mes Jardins je fais deux ou trois tours ;
Tout y croît ,y fleurit , tout y fent l'oeil du Maître
;
Et lorsque le Soleil eft au haut de fon cours
Un repas de mets domestiques ,
Apprêté par de belles mains ,
Vins de mon crû , fruits nés dans mes Jardins
Yflattent mieux mon goût que les plus magnifiques.
Damaftus fe retire peu fatisfait de fon frere
Sophie paroît pour la premiere fois ; Démocrite
pour l'éprouver lui propofe un Epoux ; il lui dit
pour lui mieux faire prendre le change , que cet
Epoux dont il lui parle eft jeune. Sophie lui répond
qu'elle aimeroit mieux qu'il fut âgé , &
voici la raifon qu'elle en donne.
C'est que je veux qu'il m'aime ;
Or
MAY. 1730. 995
Ör , afin qu'il m'aimât long- tems
Je le voudrois au moins de quarante ans , &c.
J'ai remarqué que la jeuneffe
Paffe chez une femme avec plus de vîteffe
Qu'elle ne fait chez un Mari ;
Que dans le cours des ans
un Epoux à quarante "
Paroît encor jeune & Aeuri ,
Et que notre éclat paffe à trente.
Quand un trop jeune Epoux en paroît dégoûté,
Je lui pardonne , ce me ſemble ;
Pour conferver l'amour il faut
que la beauté
Marche d'un pas égal d'un & d'autre côté ,
Et qu'on ne les perde qu'ensemble.
il lui
Démocrite prie Sophie de préparer un repas pour
des amis qu'il attend. Philolaus vient , l'inftruit
de ce qui fe trame contre lui dans Abdere ;
annonce un effein de Sçavans qui doivent venir
exprès pour l'examiner.
Les premieres Scenes du fecond Acte ne font
pas de celles qui intereffent vivement les fpectateurs.
Démocrite dans un à parte fait entrevoir
qu'il fçait le fort de fes affranchies , & que c'eft
là ce qui l'empêche de s'oppofer à l'Hymen que
Philolaus fon ami fouhaite avec tant d'empreffement.
Dans la feconde , Criton vient lui rendre
une lettre qu'il a oublié de lui remettre . Par cette
lettre , Démocrite eft inftruit de tout ce qui fe
trame contre lui dans le Senat d'Abdere ; c'eſt un
Sénateur de fes amis qui lui donne cet avis fecret,
il n'en eft pas plus inquiet.
:
Philolaus , dans une feconde Scene qu'il a avec
Myfis,lui apprend que Démocrite eft impenétra-
G iiij ble
996 MERCURE DE FRANCE
ble fur l'amour qu'elle prétend qu'il a pour Sophie.
Cette Scene eft fuivie d'une autre entre Myfis
& Sophie qui fait beaucoup plus de plaifir ; en
voici quelques fragmens . La Scene roule fur l'amour
reciproque de Sophie & de Démocrite ,
que Sophie ne veut pas avouer.
Myfis.
Pour vous y rendre plus fçavante ,
Répondez-moi fincerement ,
Quand dans Abdere il fait trop longue réfidence
N'eft- il pas vrai que fon abſence
Vous cauſe en fecret de l'ennui ?
Sophie.
Il eft vrai que je fens beaucoup d'impatience
De le voir de retour chez lui.
Myfis.
Et quand il vous rend fa préfence
Ne Vous fentez-vous pas le coeur tout réjoui
Sophie.
Oh! pour cela , je l'avouë , oiii.
Myfis
Et quand il vous fourit , cela vous fait bien aife ?
Sophie.
Je n'ai point de chagrin que fon rire n'appaife.
Myfts.
MAY. 997 1730.
Myfis
Ma foeur la Philofophe apprenez en ce jour ,
Mais apprenez fans aucun doute
Que vous fentez du bon du veritable amour ,
Ou votre grand efprit pourtant ne voyoit goute
La Scene qui fuit eft auffi intereffante que
celle -là eft divertiffante. Elle eft entre Démocrite
& Sophie. Démocrite a fait entendre dans un Mo
nologue qu'il veut éprouver fi Sophie l'aime , ou
fi ce n'eft que par reconnoiffance qu'elle s'attache
à lui. Voici ce que Sophie lui répond :
Eh ! pourquoi voudrois -je rien taire ?
Je vous regarde comme un pere ;
Mon coeur à votre feul afpect
Sent un mouvement qui le preffe
Mêlé de joye & de reſpect ,
Qui des liens du fang égale la tendreffe.
Non , je ne puis affez vous faire concevoir
Ce qu'il a fur moi de pouvoir ;
Mais c'eft encor bien peu pour pouvoir reconnof
tre
Tant de bienfaits d'un fi bon Maître.
Démocrite apprend avec beaucoup de plaifir le
progrès qu'il a fait fur le coeur de fa chere affranchie
; il lui fait entrevoir un fort heureux , & la
quitte après lui avoir récommandé le fecret fur
ee qu'il vient de lui dire en termes ambigus
Sophie commente agréablement ce que Démocrite
ne lui a dit que d'une maniere un petz
Gy cblouse
898 MERCURE DE FRANCE
obfcure ; elle finit fon tendre monologue par ces
Vers :
Suivons pourtant , fuivons les loix de mon cher
Maître ;
Renfermons notre feu naiffant
Peut-être qu'en obéïffant
Mon amour à lui ſeul ſe fera mieux connoître ;
Peut-être qu'à fon tour lui - même il en reſſent.
Myfis vient troubler la joye fecrette de Sophie;
elle lui apprend que le Sénat va bannir Démocrite
d'Abdere pour le punir de l'amour qu'il fent
- pour elle : Sophie à cette affligeante nouvelle ne
peut plus garder fon feerct.
Les Philofophes qui ont été annoncés dès le
premier Acte arrivent leur converſation avec
Démocrite et toute des plus riantes , & fait un
plaifir infini aux fpectateurs. Ces Philofophes font
Diogene , Ariftippe & Straton. Démocrite pour
rendre la converfation plus jolie & plus legere , la
tourne fur cette question : L'amour est - il un bien
ou un mal ? voici quelles font les differentes
opinions de nos fçavans Acteurs :
Democrite.
Accordez , Meffieurs , à ma priere
De refoudre entre vous ce point :
Doit-on aimer , ou n'aimer point
Diogene.
La choſe à décider me paroît difficile ,
Quand Laïs avec moi le prend d'un mauvais tom
L'amour m'échaufe trop la bile
Mais
MAY. 1730.
999
Mais quand elle change de ftile ,
Et prend l'air un peu plus mouton ,
L'amour eft bon : mais je vous dis fort bon.
Straton.
En aimant la raifon s'oublie :
Sans la raifon l'homme eft un fot :
L'amour eft donc une folie ,
Par force il faut trancher le mot :
Mais du moins c'eft la plus jolie.
Ariftippe.
Moi j'accorde fort bien l'amour & la fageffe :
J'en prends un peu felon l'occafion ,
Et ma raiſon n'y voit rien qui la bleſſe :
Il eft chez moi plaifir & jamais paffion :
La paffion feule eft foibleffe :
Et voila ma conclufion.
Démocrite.
Il eft peine & plaifir au fens de Diogene
Il eft folie à celui de Straton :
Chez Ariftipe il eſt plaifir fans peine :
Lequel des trois en croira- t'on ?
Ou foyez fur l'amour d'accord tous trois enfemble
:
Ou laiffez-moi, Meffieurs , aimer , fi bon meſem❤
ble ..
Pouvoit -on ne pas applaudir à une Theſe fe
galante , & no pas fçavoir gré à M. Autreau d'a
Voic
1000 MERCURE DE FRANCE
voir fi bien égayé la Philofophie ? la converſation
roule enfin fur les Sciences : mais c'eſt pour donner
à Démocrite matiere à exercer fon talent de
rire. Ce fecond Acte finit par l'annonce
fis vient faire de l'arrivée d'Hyppocrate.
que My-
Démocrite commence le troifiéme Acte par un
court Monologue ; il fait entendre qu'après un
long examen fur fa prétendue folie , Hippocrate
à conclu qu'il lui reftoit quelque bon fens.
Philolaus vient avertirDémocrites des réfolutions
que le Sénat d'Abdere vient de prendre contre lui ,
& lui dit que fon ami Philoxene viendra bientôt
lui prononcer fon Arrêt. Démocrite n'en fait
que rire. Hippocratę vient reprocher à Démocrite
fon amour pour une Efclave : Démocrite , pour
juftifier les fentimens de fon coeur , ordonne
qu'on fafie venir Sophie ;à peine Hippocrate l'apperçoit
, qu'il en devient amoureux ; Sophie fe
retire. Démocrite demande à Hippocrate ce qu'il
penfe de fon amour depuis qu'il en a vu l'objet.
Hippocrate convient que Sophie eft adorable ,
mais il lui dit , comme Rival , qu'elle ne convient
pas à fon âge. Démocrite lui répond qu'elle conviendroit
encore moins au fien , attendu qu'il eft
beaucoup plus avancé dans la carriere ; Hippocrate
fe retranche fur l'excellence de fon Art ,
ce qui oblige Démocrite à lui lâcher ce trait.
Votre Art fouvent par trop de foin ,
De la fanté hâte bien la ruine ;
Et quand l'Amour prend medecine ,
C'eft figne qu'il n'ira pas loin .
L'Auteur prépare le dénouement par la fin de
cette Scene. Démocrite demande à Hippocrate ce
qu'il a fait d'Egine , fa premiere femme , &c.
Hippocrate lui répond que fon pere. ayant appris
fon
MAY. 1730. ΙΟΟΥ
fon Hymen clandeftin , le força de quitter fa trif
te famille , qui confiftoit en la mere & deux filles ;
il ajoute qu'il apprit au retour de fes longs voyages
que tout étoit mort , il conclut de - là que for
veuvage le met en liberté d'époufer Sophie ; Démocrite
feint d'y conſentir .
#
Nous paffons les autres Scenes moins importantes
, pour venir plutôt à la plus touchante de
la Piece ; elle eft entre Démocrite & Sophie. En
voici quelques morceaux .
Sophie.
On ne pardonne point un amour témeraire' ;
Mais , hélas ! eft-il volontaire ,
Lorfque d'un mérite parfait ,
Il eft un effet neceffaire ?
Démocrite.
Si là-deffus votre aveu ne m'éclaire ,
Je ne puis décider de fa témerité ;
Mais je ne prétens point penetrer un miftere ,
Que vous voulez couvrir de tant d'obſcurité.
Sophie.
Vous qui lifez fi bien dans le fond de mon ame ,
Ignorez- vous l'objet d'une fi jufte flamme ?
Démocrite
Quand je pourrois ne le pas ignorer ,
Oferois-je le déclarer?
Non , je crains trop de m'y méprendre ;
Soyez libre dans votre choix ;
Non
1002 MERCURE DE FRANCE
Non , fi jamais je veux l'apprendre ,
Ce doit être par votre voix , &c.
Sophie voyant que Démocrite lui reproche
fon filence , lui répond ainfi :
Je reçois l'exemple de vous ,
Qui du Sénat me cachez la colere y
Quand je fuis le fujet de ce jufte courroux.
Démocrite.
Devois-je vous parler d'une vaine chimere
Sophie.
Vos fecrets font connus , Seigneur , je les fçais
tous ;
Je n'ai que trop appris votre péril extrême ;
Mais je puis , grace au Ciel , vous en tirer moimême
;
C'est pour me confoler , un plaifir affez doux..
Par vos leçons , mon coeur eft devenu capable
De faire un genereux effort ;
J'appris à refpecter les volontez du fort ;
Pour vous le rendre favorable ,
Daignez dans ce deffein me prêter du fecours
Chaque inftant près de vous me rendroit plus
coupable ;
Il faut , Seigneur , il faut vous quitter pour toujours.
Démocrit : le jettant à fes pieds.
Ah ! c'en eft trop , adorable Sophie,
-
Je
MAY . 1730 . 1003
Je fuis au comble de mes voeux ;
Quittez cette fatale envie ;
Nous fommes réſervez pour un fort plus heu
reux ;
Vous m'aimez & je vous adore ;
Bien-tôt pour nous vous allez voir éclore ,
Le bonheur le moins attendu ;
Dans ce jour fortuné vous allez vous connoître
, & c.
Hippocrate furpris de trouver Démocrite aux
pieds de Sophie , lui reproche la trahison qu'il
lui fait. Philoxene , Sénateur , ami de Démocrite ,
vient lui apprendre que le Sénat , loin de le bannir
, lui envoye cinq cens Talens , pour prix d'um
excellent Livre forti de fa plume. Ce même Sénateur
annonce à Hippocrate que fon Epouſe Egine
vient de lui déclarer fon fort ; Hippocrate
par cette nouvelle , apprend que Sophie & Mifis
font fes filles. Il confent à rendre heureux Démocrite
& Philolaus.La Piece eft terminée par une
Fête des Habitans d'Abdere , dont la Mufique eft
de M. Mouret.
la premiere Repréfentation d'une Comédie
en Vers & en trois Actes , intitulée Démocrite
Prétendu Fou. Cette Piéce dont M. Autreau eft
l'Auteur , eft eftimée une des meilleures qui ayent
encore paru à l'Hôtel de Bourgogne. Elle fut reçue
avec beaucoup d'applaudiffemens qui n'ont
fait qu'augmenter dans la fuite. Nous abrégeons
les éloges pour donner l'Extrait que voici.
L'expofition du Sujet eft faite au premier Acte
par deux Païfans d'auprès d'Abdere , dans une
Maifon deCampagne queDémocrite a choifie pour
fon féjour. Damafippe , l'un de ces deux Païfans,
apprend à Criton , fon camarade , que Démocrite
paffe pour fol dáns Abdere , & qu'à la follicitation
de Damaftus , fon frere , le Sénat paroît
très-difpofé à l'exiler ; il fait connoître à Criton
qu'il a été placé auprès de Démocrite par Damaftus
pour épier tous fes divers genres de folie,
& pour l'en inftruire . Voici les fignes de folie fur
Gij lequels
992 MERCURE DE FRANCE
lefquels il appuye le plus confulter la Lune ,
rire de chacun , lâcher continuellement des traits
critiques , rire feul , fe promener au milieu des
tombeaux , pour fe mocquer même des morts ,
&c. il s'exprime ainfi :
Il va fe gobarger des morts mal à propos
Comme s'ils avoient tort de n'être plus en vie.
Ce qui oblige Criton à lui répondre :
Oh ! pour le coup , c'eft lui- même qui a tort ,
C'eft malgré foi qu'on devient mort ;
Aucun d'eux n'en avoit enyie .
་
Damafippe ajoûte que fa folie le porte à méprifer
les richeffes, à paffer la nuit , à regarder les
Etoiles , à faire des ronds & des quarrés , des iz
& des as , de prédire des Eclipfes , d'avoir la
vertu fecrette de lire fur le vifage des filles quand
elles ne le font plus enfin de vouloir épou
fer une de fes affranchies.
>
La feconde Scene eft entre Myfis , la cadette des
deux affranchies de Démocrite, & Philolaus, fon
Amant , homme de condition d'Abdere , & ami
du Philofophe Prétendu Fou ; elle lui foûtient que
Démocrite eft amoureux de fa four aînée appel,
lée Sophie. Voici ce qu'elle lui dit :
Dès qu'il quitte l'étude ,
Il demande Sophie , & ne peut s'en paſſer ;
De ſon front elle feule a le droit de chaſſer
Ce qu'un trop long travail y peut laiffer de rude
Vient- elle à paroître foudain
De fon air enjoué le retour eft certain ;
Plus,
ނ
MA Y. : 993 1730.
- Plus de marque de laffitude , &c.
Un des goûts de ma foeur eft de parler morale ,
Et volontiers il l'en régale ,
Mais d'un ton doux , d'un air humain ;
Point de grimace Magiſtrale ;
;
Tout au contraire ; il aime à lui prendre la main;
Le moindre petit foin près d'elle l'intereffe ;
Il rajufte un frifon , il détourne une treffe
Qui lui couvre un peu trop le fein ,
Sur lequel fein , quand elle fe redreffe
(Ce que fouvent elle fait à deffein )
Vous voyez de mon Sage une oeillade traitreffe
Se rabattre & tomber foudain ,
Tout en lui prêchant la fageffe ,
Et la leçon marche toujours fon train ;
Et puis fous le mentón doucement la careffe ,
Quand elle a' bien compris quelque trait un peu
iin .
Myfis ordonne à Philolaus d'aller voir Démocrite
, & de ne rien oublier pour penétrer fon
amour , par l'interêt qu'ils y ont tous deux , la
cadette ne pouvant raifonnablement être mariée
qu'après l'aînée .
Danaftus parlant à Philolaus parcourt la vie
de fon frere ; il expofe que Démocrite acheta a
fon retour d'Egypte trois Efclaves , fçavoir Egine
qui eft la mere , & Sophie & Myfis , fes deux
filles .
Dans un entretien que les deux freres ont en
ſemble , Damaſtus a du deffous ; Démocrite exer
ee à fes dépens fon talent de rire ; il le raille vi-
G iij
yement
994 MERCURE DE FRANCE
(
´vement fur la coquet erie de fa femme ; il fait ce
portrait de lui-même ' , & ce tableau de fa maniere
de vie dans fa campagne , pour faire contraſte
à celle de fon frere dans la Ville.
:
D'abord , pour Intendant , j'ai l'aimable Sophie ,
Qui paroiffant , le mémoire à la main ,
ཨཉྙཾ
Me trouve tous les jours l'oeil gay , le front ferein;
Comme en elle je me confie ,
Nos comptes font aifés , d'autant plus qu'ils font
courts ;
" Après , felon mon habitude ,
Le reste du matin je le donne à l'étude ,
Delice de l'efprit , & pendant les beaux jours
Dans mes Jardins je fais deux ou trois tours ;
Tout y croît ,y fleurit , tout y fent l'oeil du Maître
;
Et lorsque le Soleil eft au haut de fon cours
Un repas de mets domestiques ,
Apprêté par de belles mains ,
Vins de mon crû , fruits nés dans mes Jardins
Yflattent mieux mon goût que les plus magnifiques.
Damaftus fe retire peu fatisfait de fon frere
Sophie paroît pour la premiere fois ; Démocrite
pour l'éprouver lui propofe un Epoux ; il lui dit
pour lui mieux faire prendre le change , que cet
Epoux dont il lui parle eft jeune. Sophie lui répond
qu'elle aimeroit mieux qu'il fut âgé , &
voici la raifon qu'elle en donne.
C'est que je veux qu'il m'aime ;
Or
MAY. 1730. 995
Ör , afin qu'il m'aimât long- tems
Je le voudrois au moins de quarante ans , &c.
J'ai remarqué que la jeuneffe
Paffe chez une femme avec plus de vîteffe
Qu'elle ne fait chez un Mari ;
Que dans le cours des ans
un Epoux à quarante "
Paroît encor jeune & Aeuri ,
Et que notre éclat paffe à trente.
Quand un trop jeune Epoux en paroît dégoûté,
Je lui pardonne , ce me ſemble ;
Pour conferver l'amour il faut
que la beauté
Marche d'un pas égal d'un & d'autre côté ,
Et qu'on ne les perde qu'ensemble.
il lui
Démocrite prie Sophie de préparer un repas pour
des amis qu'il attend. Philolaus vient , l'inftruit
de ce qui fe trame contre lui dans Abdere ;
annonce un effein de Sçavans qui doivent venir
exprès pour l'examiner.
Les premieres Scenes du fecond Acte ne font
pas de celles qui intereffent vivement les fpectateurs.
Démocrite dans un à parte fait entrevoir
qu'il fçait le fort de fes affranchies , & que c'eft
là ce qui l'empêche de s'oppofer à l'Hymen que
Philolaus fon ami fouhaite avec tant d'empreffement.
Dans la feconde , Criton vient lui rendre
une lettre qu'il a oublié de lui remettre . Par cette
lettre , Démocrite eft inftruit de tout ce qui fe
trame contre lui dans le Senat d'Abdere ; c'eſt un
Sénateur de fes amis qui lui donne cet avis fecret,
il n'en eft pas plus inquiet.
:
Philolaus , dans une feconde Scene qu'il a avec
Myfis,lui apprend que Démocrite eft impenétra-
G iiij ble
996 MERCURE DE FRANCE
ble fur l'amour qu'elle prétend qu'il a pour Sophie.
Cette Scene eft fuivie d'une autre entre Myfis
& Sophie qui fait beaucoup plus de plaifir ; en
voici quelques fragmens . La Scene roule fur l'amour
reciproque de Sophie & de Démocrite ,
que Sophie ne veut pas avouer.
Myfis.
Pour vous y rendre plus fçavante ,
Répondez-moi fincerement ,
Quand dans Abdere il fait trop longue réfidence
N'eft- il pas vrai que fon abſence
Vous cauſe en fecret de l'ennui ?
Sophie.
Il eft vrai que je fens beaucoup d'impatience
De le voir de retour chez lui.
Myfis.
Et quand il vous rend fa préfence
Ne Vous fentez-vous pas le coeur tout réjoui
Sophie.
Oh! pour cela , je l'avouë , oiii.
Myfis
Et quand il vous fourit , cela vous fait bien aife ?
Sophie.
Je n'ai point de chagrin que fon rire n'appaife.
Myfts.
MAY. 997 1730.
Myfis
Ma foeur la Philofophe apprenez en ce jour ,
Mais apprenez fans aucun doute
Que vous fentez du bon du veritable amour ,
Ou votre grand efprit pourtant ne voyoit goute
La Scene qui fuit eft auffi intereffante que
celle -là eft divertiffante. Elle eft entre Démocrite
& Sophie. Démocrite a fait entendre dans un Mo
nologue qu'il veut éprouver fi Sophie l'aime , ou
fi ce n'eft que par reconnoiffance qu'elle s'attache
à lui. Voici ce que Sophie lui répond :
Eh ! pourquoi voudrois -je rien taire ?
Je vous regarde comme un pere ;
Mon coeur à votre feul afpect
Sent un mouvement qui le preffe
Mêlé de joye & de reſpect ,
Qui des liens du fang égale la tendreffe.
Non , je ne puis affez vous faire concevoir
Ce qu'il a fur moi de pouvoir ;
Mais c'eft encor bien peu pour pouvoir reconnof
tre
Tant de bienfaits d'un fi bon Maître.
Démocrite apprend avec beaucoup de plaifir le
progrès qu'il a fait fur le coeur de fa chere affranchie
; il lui fait entrevoir un fort heureux , & la
quitte après lui avoir récommandé le fecret fur
ee qu'il vient de lui dire en termes ambigus
Sophie commente agréablement ce que Démocrite
ne lui a dit que d'une maniere un petz
Gy cblouse
898 MERCURE DE FRANCE
obfcure ; elle finit fon tendre monologue par ces
Vers :
Suivons pourtant , fuivons les loix de mon cher
Maître ;
Renfermons notre feu naiffant
Peut-être qu'en obéïffant
Mon amour à lui ſeul ſe fera mieux connoître ;
Peut-être qu'à fon tour lui - même il en reſſent.
Myfis vient troubler la joye fecrette de Sophie;
elle lui apprend que le Sénat va bannir Démocrite
d'Abdere pour le punir de l'amour qu'il fent
- pour elle : Sophie à cette affligeante nouvelle ne
peut plus garder fon feerct.
Les Philofophes qui ont été annoncés dès le
premier Acte arrivent leur converſation avec
Démocrite et toute des plus riantes , & fait un
plaifir infini aux fpectateurs. Ces Philofophes font
Diogene , Ariftippe & Straton. Démocrite pour
rendre la converfation plus jolie & plus legere , la
tourne fur cette question : L'amour est - il un bien
ou un mal ? voici quelles font les differentes
opinions de nos fçavans Acteurs :
Democrite.
Accordez , Meffieurs , à ma priere
De refoudre entre vous ce point :
Doit-on aimer , ou n'aimer point
Diogene.
La choſe à décider me paroît difficile ,
Quand Laïs avec moi le prend d'un mauvais tom
L'amour m'échaufe trop la bile
Mais
MAY. 1730.
999
Mais quand elle change de ftile ,
Et prend l'air un peu plus mouton ,
L'amour eft bon : mais je vous dis fort bon.
Straton.
En aimant la raifon s'oublie :
Sans la raifon l'homme eft un fot :
L'amour eft donc une folie ,
Par force il faut trancher le mot :
Mais du moins c'eft la plus jolie.
Ariftippe.
Moi j'accorde fort bien l'amour & la fageffe :
J'en prends un peu felon l'occafion ,
Et ma raiſon n'y voit rien qui la bleſſe :
Il eft chez moi plaifir & jamais paffion :
La paffion feule eft foibleffe :
Et voila ma conclufion.
Démocrite.
Il eft peine & plaifir au fens de Diogene
Il eft folie à celui de Straton :
Chez Ariftipe il eſt plaifir fans peine :
Lequel des trois en croira- t'on ?
Ou foyez fur l'amour d'accord tous trois enfemble
:
Ou laiffez-moi, Meffieurs , aimer , fi bon meſem❤
ble ..
Pouvoit -on ne pas applaudir à une Theſe fe
galante , & no pas fçavoir gré à M. Autreau d'a
Voic
1000 MERCURE DE FRANCE
voir fi bien égayé la Philofophie ? la converſation
roule enfin fur les Sciences : mais c'eſt pour donner
à Démocrite matiere à exercer fon talent de
rire. Ce fecond Acte finit par l'annonce
fis vient faire de l'arrivée d'Hyppocrate.
que My-
Démocrite commence le troifiéme Acte par un
court Monologue ; il fait entendre qu'après un
long examen fur fa prétendue folie , Hippocrate
à conclu qu'il lui reftoit quelque bon fens.
Philolaus vient avertirDémocrites des réfolutions
que le Sénat d'Abdere vient de prendre contre lui ,
& lui dit que fon ami Philoxene viendra bientôt
lui prononcer fon Arrêt. Démocrite n'en fait
que rire. Hippocratę vient reprocher à Démocrite
fon amour pour une Efclave : Démocrite , pour
juftifier les fentimens de fon coeur , ordonne
qu'on fafie venir Sophie ;à peine Hippocrate l'apperçoit
, qu'il en devient amoureux ; Sophie fe
retire. Démocrite demande à Hippocrate ce qu'il
penfe de fon amour depuis qu'il en a vu l'objet.
Hippocrate convient que Sophie eft adorable ,
mais il lui dit , comme Rival , qu'elle ne convient
pas à fon âge. Démocrite lui répond qu'elle conviendroit
encore moins au fien , attendu qu'il eft
beaucoup plus avancé dans la carriere ; Hippocrate
fe retranche fur l'excellence de fon Art ,
ce qui oblige Démocrite à lui lâcher ce trait.
Votre Art fouvent par trop de foin ,
De la fanté hâte bien la ruine ;
Et quand l'Amour prend medecine ,
C'eft figne qu'il n'ira pas loin .
L'Auteur prépare le dénouement par la fin de
cette Scene. Démocrite demande à Hippocrate ce
qu'il a fait d'Egine , fa premiere femme , &c.
Hippocrate lui répond que fon pere. ayant appris
fon
MAY. 1730. ΙΟΟΥ
fon Hymen clandeftin , le força de quitter fa trif
te famille , qui confiftoit en la mere & deux filles ;
il ajoute qu'il apprit au retour de fes longs voyages
que tout étoit mort , il conclut de - là que for
veuvage le met en liberté d'époufer Sophie ; Démocrite
feint d'y conſentir .
#
Nous paffons les autres Scenes moins importantes
, pour venir plutôt à la plus touchante de
la Piece ; elle eft entre Démocrite & Sophie. En
voici quelques morceaux .
Sophie.
On ne pardonne point un amour témeraire' ;
Mais , hélas ! eft-il volontaire ,
Lorfque d'un mérite parfait ,
Il eft un effet neceffaire ?
Démocrite.
Si là-deffus votre aveu ne m'éclaire ,
Je ne puis décider de fa témerité ;
Mais je ne prétens point penetrer un miftere ,
Que vous voulez couvrir de tant d'obſcurité.
Sophie.
Vous qui lifez fi bien dans le fond de mon ame ,
Ignorez- vous l'objet d'une fi jufte flamme ?
Démocrite
Quand je pourrois ne le pas ignorer ,
Oferois-je le déclarer?
Non , je crains trop de m'y méprendre ;
Soyez libre dans votre choix ;
Non
1002 MERCURE DE FRANCE
Non , fi jamais je veux l'apprendre ,
Ce doit être par votre voix , &c.
Sophie voyant que Démocrite lui reproche
fon filence , lui répond ainfi :
Je reçois l'exemple de vous ,
Qui du Sénat me cachez la colere y
Quand je fuis le fujet de ce jufte courroux.
Démocrite.
Devois-je vous parler d'une vaine chimere
Sophie.
Vos fecrets font connus , Seigneur , je les fçais
tous ;
Je n'ai que trop appris votre péril extrême ;
Mais je puis , grace au Ciel , vous en tirer moimême
;
C'est pour me confoler , un plaifir affez doux..
Par vos leçons , mon coeur eft devenu capable
De faire un genereux effort ;
J'appris à refpecter les volontez du fort ;
Pour vous le rendre favorable ,
Daignez dans ce deffein me prêter du fecours
Chaque inftant près de vous me rendroit plus
coupable ;
Il faut , Seigneur , il faut vous quitter pour toujours.
Démocrit : le jettant à fes pieds.
Ah ! c'en eft trop , adorable Sophie,
-
Je
MAY . 1730 . 1003
Je fuis au comble de mes voeux ;
Quittez cette fatale envie ;
Nous fommes réſervez pour un fort plus heu
reux ;
Vous m'aimez & je vous adore ;
Bien-tôt pour nous vous allez voir éclore ,
Le bonheur le moins attendu ;
Dans ce jour fortuné vous allez vous connoître
, & c.
Hippocrate furpris de trouver Démocrite aux
pieds de Sophie , lui reproche la trahison qu'il
lui fait. Philoxene , Sénateur , ami de Démocrite ,
vient lui apprendre que le Sénat , loin de le bannir
, lui envoye cinq cens Talens , pour prix d'um
excellent Livre forti de fa plume. Ce même Sénateur
annonce à Hippocrate que fon Epouſe Egine
vient de lui déclarer fon fort ; Hippocrate
par cette nouvelle , apprend que Sophie & Mifis
font fes filles. Il confent à rendre heureux Démocrite
& Philolaus.La Piece eft terminée par une
Fête des Habitans d'Abdere , dont la Mufique eft
de M. Mouret.
Fermer
Résumé : Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 avril, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en vers et en trois actes intitulée 'Démocrite Prétendu Fou' à l'Hôtel de Bourgogne. Cette pièce, écrite par M. Autreau, a été acclamée comme l'une des meilleures de la saison et a reçu des applaudissements croissants. L'intrigue se déroule à Abdère et commence par une exposition où Damafippe informe Criton que Démocrite est considéré comme fou dans la ville. Le Sénat envisage de l'exiler à la demande de Damafippe, qui surveille Démocrite pour observer ses comportements étranges, tels que consulter la Lune, rire de tout, critiquer les autres et se promener parmi les tombeaux. La pièce explore également les relations amoureuses de Démocrite. Myfis, une affranchie de Démocrite, révèle à Philolaus, son amant, que Démocrite est amoureux de Sophie, une autre affranchie. Sophie exprime son amour pour Démocrite de manière subtile et réservée. Le Sénat d'Abdère, soupçonnant Démocrite de folie, envoie des philosophes pour l'examiner. Démocrite engage une conversation philosophique avec eux sur la nature de l'amour, démontrant ainsi sa sagesse et sa lucidité malgré les apparences. Dans le dénouement, Hippocrate, un médecin, reproche à Démocrite son amour pour Sophie, une esclave. Démocrite utilise cette situation pour révéler que Sophie est en réalité sa femme légitime, ayant été forcé de la quitter par son père. La pièce se conclut par la reconnaissance de l'amour véritable entre Démocrite et Sophie. Dans un dialogue entre Démocrite et Sophie, Sophie exprime son désir de quitter Démocrite pour éviter de le mettre en danger. Démocrite, épris de Sophie, lui demande de rester et lui assure un avenir heureux. Hippocrate, surpris de trouver Démocrite aux pieds de Sophie, reproche à Démocrite sa trahison. Philoxène, un sénateur et ami de Démocrite, annonce que le Sénat n'a pas banni Démocrite mais lui a attribué une somme de cinq cents talents pour un livre remarquable. Philoxène révèle également à Hippocrate que son épouse Egine lui a déclaré son amour, et qu'Hippocrate est le père de Sophie et Misis. Hippocrate accepte alors de rendre heureux Démocrite et Philolaus. La pièce se termine par une fête des habitants d'Abdère, accompagnée de musique composée par M. Mouret.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4228
p. 137-150
Conversions. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez, Madame, que Mr le Comte de Roye est heureux [...]
Mots clefs :
Vérités catholiques, Calvin, Piété, Louis le Grand, Conversion, Cérémonie, Abjuration, Révocation de l'édit de Nantes, Erreurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions. [titre d'après la table]
Vous fçavez , Madame,
que M' le Comte de Roye
eft heureux en Enfans , &
que Mrs les Comtes de Rouffy
& de Blanfac fes Fils , font
regardez dans le Monde avec
beaucoup de diftinction ..
Ils eftoient tous deux du Carrouſel
, & vous pouvez voir
ce qu'on en a dit dans les
Portraits qui ont efté faits de
tous les Chevaliers & de :
toutes les Dames qui com...
pofoient cette heroïque &
galante Fefte. Ils ont troisi
Seeurs dans le Convent de:
Noftre Dame de Soiffons ,,
Juin 1686.
M.
138 MERCURE
où elles eftoient entrées pour
y
eftre inftruites des veritez
Catholiques. Mª l'Abbé
Huet nommé à l'Evefché de
Soiffons , qui avoit efté choify
pour ce glorieux employ
à caufe de la profonde érudition
, les a fi pleinement
convaincues de la fauffeté
des Maximes de Calvin ,
qu'elles en firent abjuration
entre fes mains le premier
jour de ce mois , en prefence
d'un grand nombre de perfonnes
de qualité , la pieté
avec laquelle elles s'acquiterent
de cette action , édifia
GALANT. 139
extrémement toute l'Affemblée
. Quatre jours aprés ,
deux de leurs Freres,Penfion .
naires au College de Loüis
LE GRAND ( C'eft ainfi
que l'on appelle prefentement
le College de Clermont
) firent la mefine ab
juration entre les mains du
Pere Recteur du mefme College.
Je vous appris il y a un mois.
la Converfion de M' le Duc;
de la
Force.Depuis ce temps ...
là quatre des Fils de ce Duc,,
& le Fils unique de M le
Marquis du Bordage , qui
Mij
140 MERCURE
>
eftoient auffi Penfionnaires
dans ce College, ont fait profeffion
des Veritez Catholiques.
La Ceremonie de leur
abjuration fe fit ces jours
paffez dans l'Eglife de Saint
Louis , entre les mains du
Pere de la Chaife , Confeffeur
du Roy.
La revocation de l'Edit
de Nantes ayant obligé Madame
de S. Glie à quitter le
Calvinifme , on avoit quelque
fujer de douter
Converfion fuft fincere, parce
qu'elle eftoit âgée de qua
tre-vingt neufans , & qu'el
Į
que
fa
GALANT. 141
le avoit efté jufque- là attachée
à fes Erreurs avec une
opiniâtreté invincible . Feu
Mile Marefchal de Schule mberg
fon Frere avoit fait tous
fes efforts pour l'y faire renoncer
pendant qu'il eftoit
Gouverneur d'Arras . Il luy
avoit fouvent envoyé lesp'us
habiles Gens de tout
le Pays , & aucun d'eux ne
F'avoit perfuadée . Ayant efté
attaquée de Pourpre depuis
quelque temps , & les Medecins
defefperant de fa guerifon
, elle envoya chercher
fon Curé de fon propre mou-
1
1
142 MERCURE
vement , fe confeffa avec
toutes les marques d'un vray
repentir , & fit paroiftre une
devotion toute édifiante en
recevant la Communion .
Malgré cette grande mala.
die , & fon grand âge , elle
s'eft tirée d'affaires , & continue
dans tous les exercices
de pieté qui peuvent faire
connoiftre une veritable Catholique
. Elle demeure en
un lieu qui s'appelle Binarville
, & qui eft du Dioceſe
de Rheims.
Parmy le grand nombre
d'Abjurations qui ont elté
GALANT. 143
faites , on a veu plufieurs
perfonnes converties par des
voyes qu'il femble qu'on
n'auroit pas deu chercher, &
dont mefme on auroit cru
ne pas devoir attendre beaucoup
. Cependant ces voyes
ont efté plus promptes quelquefois
que celles qui ef
toient plus dans les formes ,
& Dieu a voulu montrer par
là que tout le monde eftant
obligé de bien fçavoir ſa Religion
, les plus fimples n'ont
pas moins de droit de l'enfeigner
que les plus habiles.
C'est ce qui fut cauſe que les
144 MERCURE
Apoftres prefcherent avec
de fi grands fuccés . Comme
perfonne ne sçauroit ſe difpenfer
de fonger à ſon ſalut,
les femmes ne doivent pas
eſtre moins inſtruites que les
hommes , des chofes qui le
regardent . Il faut cependant
demeurer d'accord qu'elles
ne le font pas toûjours , mais
on peut dire à leur gloire ,
qu'il fuffit qu'elles s'appliquent
à ce qu'elles ont envie
de fçavoir , pour le poffeder
perfaitement. Une Demoifelle
de Cologne , appellée
Marie - Agnes de Noël
nous
GALANT. 145
nous en fournit un exemple.
Elle eft Catholique , & peu
de perfonnes font inftruites
plus à fond de la verité de
nos Myfteres , & des Erreurs
des nouvelles Sectes. C'eft
une de ces Femmes agiffantes
qui fçavent beaucoup de
chofes , que rien n'embaraſfe,
& qui obligent quantité
de Gens. Son humeur accommodante
luy a donné
pour Amies toutes les Dames
de la premiere qualité de Cologne.
Il
coup de Princeffes Allemandes
pour qui elle fait fouvent
Juin 1686.
y a mefme beau-
N
146 MERCURE
des Voyages à Paris , & qui
ont en elle une entiere confiance
. Elles la chargent de
leur faire faire tout ce qu'elle
juge à propos, afin qu'elles
puiffent fuivre les modes
de France, & elles luy donnent
leur argent , pour leur
acheter jufques à des Pierreries.
Ce font des fervices qu'-
elle leur rend plûtoft fur le
pied d'Amie , que d'une autre
forte , & toûjours de bonne
grace , & avec beaucoup
d'intelligence.Elle parle plufieurs
Langues , & le François
luy eſt auſſi naturel qu'à
GALANT. 147
ceux du Pays . Dans le temps
que cette Demoiſelle devoit
venir à Paris la derniere fois,
un Gentilhomme Allemand,
nommé Jean-Jufte de Bour
chers, & plus connu fous le
nom de Beauregard , parce
qu'il a une Terre en Weftphalie
qui porte ce nom , y
devoit venir auffi. Il eftoit
Lutherien , & Amy de tous
les Catholiques Romains de
fon Pays. Le hazard ayant
voulu qu'ils fe fuffent con
certez pour partir enſemble,
toutes les Perfonnes de qualité
qui connoiffoient cette
Nij
148 MERCURE
Demoiselle , & le tour de fon
efprit, la prierent de travailvailler
pendant le chemin à
la converfion de ce Gentilhomme.
Elle s'y engagea,&y
réüſſit ſi bien, qu'en arrivant
à Paris, il ne reftoit plus qu'à
luy donner l'éclairciffement
de quelques points , ſur leſ
quels il infiftoit. La Demoi
felle ayant appris l'eftat où
eftoient les chofes au S' la
Quille fon Commiſſionnaire
, il mena le Gentilhomme
chezM' de Blampignon ,Do-
&teur de Sorbonne , & Curé
de la Paroiffe de S. Mederic,
GALANT. 149
2
Hs eurent enſemble une conference
de deux heures , &
M' de Blampignon luy leva
tous fes fcrupules avec tant
de force & de netteté , que
ce Gentilhomme s'eftant jetté
à fes pieds , le conjura les
larmes aux yeux de luy faire
faire abjuration de fes Erreurs
dés ce mefme jour , ce
qui fut fait , fans attendre au
lendemain , le Mardy 11. de
ce mois , dans le Choeur de
l'Eglife de S. Mederic . M'de
Blampignon l'iuſtruifit plus
amplement des Veritez Catholiques
pendant les trois
Niij
iso MERCURE
jours fuivans . Le Samedy 15 .
du mois il fit une confeffion
generale, & le Dimanche de
Ï'Otave du S. Sacrement , il
communia pour la premiere
fois avec tant de zele & de
ferveur, qu'il combla de joye
tous les Affiftans . Ce font des
coups de la Grace . Heureux
ceux qu'elle va ainfi chercher.
que M' le Comte de Roye
eft heureux en Enfans , &
que Mrs les Comtes de Rouffy
& de Blanfac fes Fils , font
regardez dans le Monde avec
beaucoup de diftinction ..
Ils eftoient tous deux du Carrouſel
, & vous pouvez voir
ce qu'on en a dit dans les
Portraits qui ont efté faits de
tous les Chevaliers & de :
toutes les Dames qui com...
pofoient cette heroïque &
galante Fefte. Ils ont troisi
Seeurs dans le Convent de:
Noftre Dame de Soiffons ,,
Juin 1686.
M.
138 MERCURE
où elles eftoient entrées pour
y
eftre inftruites des veritez
Catholiques. Mª l'Abbé
Huet nommé à l'Evefché de
Soiffons , qui avoit efté choify
pour ce glorieux employ
à caufe de la profonde érudition
, les a fi pleinement
convaincues de la fauffeté
des Maximes de Calvin ,
qu'elles en firent abjuration
entre fes mains le premier
jour de ce mois , en prefence
d'un grand nombre de perfonnes
de qualité , la pieté
avec laquelle elles s'acquiterent
de cette action , édifia
GALANT. 139
extrémement toute l'Affemblée
. Quatre jours aprés ,
deux de leurs Freres,Penfion .
naires au College de Loüis
LE GRAND ( C'eft ainfi
que l'on appelle prefentement
le College de Clermont
) firent la mefine ab
juration entre les mains du
Pere Recteur du mefme College.
Je vous appris il y a un mois.
la Converfion de M' le Duc;
de la
Force.Depuis ce temps ...
là quatre des Fils de ce Duc,,
& le Fils unique de M le
Marquis du Bordage , qui
Mij
140 MERCURE
>
eftoient auffi Penfionnaires
dans ce College, ont fait profeffion
des Veritez Catholiques.
La Ceremonie de leur
abjuration fe fit ces jours
paffez dans l'Eglife de Saint
Louis , entre les mains du
Pere de la Chaife , Confeffeur
du Roy.
La revocation de l'Edit
de Nantes ayant obligé Madame
de S. Glie à quitter le
Calvinifme , on avoit quelque
fujer de douter
Converfion fuft fincere, parce
qu'elle eftoit âgée de qua
tre-vingt neufans , & qu'el
Į
que
fa
GALANT. 141
le avoit efté jufque- là attachée
à fes Erreurs avec une
opiniâtreté invincible . Feu
Mile Marefchal de Schule mberg
fon Frere avoit fait tous
fes efforts pour l'y faire renoncer
pendant qu'il eftoit
Gouverneur d'Arras . Il luy
avoit fouvent envoyé lesp'us
habiles Gens de tout
le Pays , & aucun d'eux ne
F'avoit perfuadée . Ayant efté
attaquée de Pourpre depuis
quelque temps , & les Medecins
defefperant de fa guerifon
, elle envoya chercher
fon Curé de fon propre mou-
1
1
142 MERCURE
vement , fe confeffa avec
toutes les marques d'un vray
repentir , & fit paroiftre une
devotion toute édifiante en
recevant la Communion .
Malgré cette grande mala.
die , & fon grand âge , elle
s'eft tirée d'affaires , & continue
dans tous les exercices
de pieté qui peuvent faire
connoiftre une veritable Catholique
. Elle demeure en
un lieu qui s'appelle Binarville
, & qui eft du Dioceſe
de Rheims.
Parmy le grand nombre
d'Abjurations qui ont elté
GALANT. 143
faites , on a veu plufieurs
perfonnes converties par des
voyes qu'il femble qu'on
n'auroit pas deu chercher, &
dont mefme on auroit cru
ne pas devoir attendre beaucoup
. Cependant ces voyes
ont efté plus promptes quelquefois
que celles qui ef
toient plus dans les formes ,
& Dieu a voulu montrer par
là que tout le monde eftant
obligé de bien fçavoir ſa Religion
, les plus fimples n'ont
pas moins de droit de l'enfeigner
que les plus habiles.
C'est ce qui fut cauſe que les
144 MERCURE
Apoftres prefcherent avec
de fi grands fuccés . Comme
perfonne ne sçauroit ſe difpenfer
de fonger à ſon ſalut,
les femmes ne doivent pas
eſtre moins inſtruites que les
hommes , des chofes qui le
regardent . Il faut cependant
demeurer d'accord qu'elles
ne le font pas toûjours , mais
on peut dire à leur gloire ,
qu'il fuffit qu'elles s'appliquent
à ce qu'elles ont envie
de fçavoir , pour le poffeder
perfaitement. Une Demoifelle
de Cologne , appellée
Marie - Agnes de Noël
nous
GALANT. 145
nous en fournit un exemple.
Elle eft Catholique , & peu
de perfonnes font inftruites
plus à fond de la verité de
nos Myfteres , & des Erreurs
des nouvelles Sectes. C'eft
une de ces Femmes agiffantes
qui fçavent beaucoup de
chofes , que rien n'embaraſfe,
& qui obligent quantité
de Gens. Son humeur accommodante
luy a donné
pour Amies toutes les Dames
de la premiere qualité de Cologne.
Il
coup de Princeffes Allemandes
pour qui elle fait fouvent
Juin 1686.
y a mefme beau-
N
146 MERCURE
des Voyages à Paris , & qui
ont en elle une entiere confiance
. Elles la chargent de
leur faire faire tout ce qu'elle
juge à propos, afin qu'elles
puiffent fuivre les modes
de France, & elles luy donnent
leur argent , pour leur
acheter jufques à des Pierreries.
Ce font des fervices qu'-
elle leur rend plûtoft fur le
pied d'Amie , que d'une autre
forte , & toûjours de bonne
grace , & avec beaucoup
d'intelligence.Elle parle plufieurs
Langues , & le François
luy eſt auſſi naturel qu'à
GALANT. 147
ceux du Pays . Dans le temps
que cette Demoiſelle devoit
venir à Paris la derniere fois,
un Gentilhomme Allemand,
nommé Jean-Jufte de Bour
chers, & plus connu fous le
nom de Beauregard , parce
qu'il a une Terre en Weftphalie
qui porte ce nom , y
devoit venir auffi. Il eftoit
Lutherien , & Amy de tous
les Catholiques Romains de
fon Pays. Le hazard ayant
voulu qu'ils fe fuffent con
certez pour partir enſemble,
toutes les Perfonnes de qualité
qui connoiffoient cette
Nij
148 MERCURE
Demoiselle , & le tour de fon
efprit, la prierent de travailvailler
pendant le chemin à
la converfion de ce Gentilhomme.
Elle s'y engagea,&y
réüſſit ſi bien, qu'en arrivant
à Paris, il ne reftoit plus qu'à
luy donner l'éclairciffement
de quelques points , ſur leſ
quels il infiftoit. La Demoi
felle ayant appris l'eftat où
eftoient les chofes au S' la
Quille fon Commiſſionnaire
, il mena le Gentilhomme
chezM' de Blampignon ,Do-
&teur de Sorbonne , & Curé
de la Paroiffe de S. Mederic,
GALANT. 149
2
Hs eurent enſemble une conference
de deux heures , &
M' de Blampignon luy leva
tous fes fcrupules avec tant
de force & de netteté , que
ce Gentilhomme s'eftant jetté
à fes pieds , le conjura les
larmes aux yeux de luy faire
faire abjuration de fes Erreurs
dés ce mefme jour , ce
qui fut fait , fans attendre au
lendemain , le Mardy 11. de
ce mois , dans le Choeur de
l'Eglife de S. Mederic . M'de
Blampignon l'iuſtruifit plus
amplement des Veritez Catholiques
pendant les trois
Niij
iso MERCURE
jours fuivans . Le Samedy 15 .
du mois il fit une confeffion
generale, & le Dimanche de
Ï'Otave du S. Sacrement , il
communia pour la premiere
fois avec tant de zele & de
ferveur, qu'il combla de joye
tous les Affiftans . Ce font des
coups de la Grace . Heureux
ceux qu'elle va ainfi chercher.
Fermer
Résumé : Conversions. [titre d'après la table]
En juin 1686, plusieurs événements notables ont marqué la noblesse française, notamment des conversions religieuses et des distinctions honorifiques. Le Comte de Roye, père de nombreux enfants, a vu ses fils, les Comtes de Rouffy et de Blanfac, honorés lors du Carrousel, une célébration prestigieuse. Ses trois filles, résidant au couvent de Notre-Dame de Soissons, ont abandonné le calvinisme sous l'influence de l'abbé Huet, nouvel évêque de Soissons. Quatre jours plus tard, deux de leurs frères, élèves au Collège de Louis le Grand, ont également renoncé au calvinisme. La révocation de l'Édit de Nantes a incité Madame de Saint-Glie, âgée de quatre-vingt-neuf ans, à se convertir après une longue résistance. Marie-Agnès de Noël, une demoiselle de Cologne, a converti un gentilhomme allemand, Jean-Juste de Bourchers, lors d'un séjour à Paris. De plus, un gentilhomme a abjuré ses croyances calvinistes après une conférence avec Monsieur de Blampignon, docteur de Sorbonne et curé de Saint-Médéric, et a reçu les sacrements catholiques avec ferveur. Ces conversions mettent en lumière l'impact de l'instruction religieuse et de la grâce divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4229
p. 779-793
Opera de Telemaque, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 24 Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre la Tragedie de Telemaque, [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Dieux, Dieu, Amour, Coeur, Tragédie, Tragédie de Télémaque, Paix, Autel, Temple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Opera de Telemaque, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 Mars , l'Académie Royale de Mufique
remit au Théatre la Tragedie de Telemaque ,
dont M. le Chevalier Pellegrin a compofé le
Poëme ; & M. Deftouches , Directeur, de cette.
Académie , a fait la Mufique. Le fuccès que cet
Opera avoit eu en 1714. où il fut donné pour la
premiere fois , fembloit répondre de celui de ta
reprife ; l'attente du Public n'a pas
pée ; les applaudiffemens qu'on a donnez à la p
miere repréfentation de la repriſe continuent.
Tout le monde convient qu'il n'a jamais été fibien
reprefenté. La De Antier n'y fait point regretter
la De Journet, & la Dle Pelliffier égale
au moins la De Heufé, qui avoit joué le rôle
d'Eucharis. Le fieur Chaffé s'eft fait applaudir.
par la maniere dont il a chanté & joué la Scene
d'Adrafte. Le fieur Tribou joue le rôle de Telemad'une
maniere à fe concilier tous les ſuffrages
dont il eft en poffeffion depuis quelques années.
que
Gij Le
80 MERCURE DE FRANCE
Le Ballet eft des plus brillants , & les Des Fres
voft , Camargo Salé n'y laiffent rien à défirer.
Nous avons crû que le Public verroit avec plaiſir
un Extrait de cette Tragedie.
PROLOGUE .
Le Théatre reprefente un lieu que les Arts
viennent de construire & d'orner, par ordre de
Minerve , à l'honneur du Roy qui vient de donner
la paix à l'Europe . On y voit des Trophées .
Minerve & Apollon paroiffent au fond. Minerve
eft fuivie des Vertus des Arts , & Apol
lon eft accompagné des Mufes .
Rien n'eft plus heureux pour un deffein de Prologue,
que de fervir d'Epoque à un grand évenement.
Perfonne n'ignore que la celebre journée
de Denain fut décifive pour la paix , & changea
la face de l'Europe entiere. C'est dans cette vûë
que
Minerve dit :
Que j'aime à porter mes regards
Sur cet amas pompeux d'armes & d'étendards !
D'un Roy que je cheris,tout m'annonce la gloire;
Vous , Apollon ; vous , Filles de mémoire,
Préparez vos chants & vos jeux :
Pour rendre les Mortels heureux
La Paix du haut des Cieux vole après la victoire.
Apollon répond à Minerve , que c'eſt à elle à
ordonner les Jeux, puifqu'il s'agit de celebrer un
Héros qui calme la Terre. Minerve invite Apollon
& les Mufes à chanter les bienfaits d'un Roy
qui en donnant la Paix au monde , les met en liberté
de former des Concerts que le bruit des
Armes
AVRIL. 1730. 781
Armes ne puiffe troubler. Apollon lui fait entendre
qu'il a befoin de l'Amour pour fes tragiques
Jeux ; mais qu'il craint que fa prefence ne bleffe
fes yeux. Minerve lui répond , qu'en faveur de
la Paix , elle confent que l'Amour foit de la fête.
On appelle l'Amour , il defcend des Cieux & té
moigne d'abord fa furprife par ce Vers :
Quoy! Minerve en ce lieu m'appelle !
Minerve lui répond :
Ne prétends pas regner fur elle :
L'Amour lui dit :
C'est
pour fuivre mes loix
que tous les cours
font faits ,
Tout cede à mon pouvoir fuprême ,
Vous feule échappez à des traits
Qui font trembler Jupiter même.
Minerve tire une nouvelle gloire de cette petite
Vanité de l'Amour. Voicy fa réponſe :
Quand je te voi vainqueur du Souverain des
Dieux ,
La gloire de mon nom vole au plus haut des
Cieux :
Que devant toi Jupiter tremble ,
C'eft un nouvel éclat pour moi.
Tu triomphes de lui ; je triomphe de toi ,
N'est- ce pas triompher de tous les Dieux enfemble
Gij L'Amour
82 MERCURE DE FRANCE
L'Amour ne veut pas pouffer la rancune plus
loin , & finit cette petite altercation par ces deux
Vers :
Il eft temps d'embellir
ces lieux ;
La Paix doit réunir les Mortels & les Dieux.
Après la Fête , Minerve annonce la Tragédie
qu'elle fouhaite voir , par ces quatre Vers adref→
fez à Apollon & aux Muſes.
Rappellez Telemaque à la clarté du jour
Au ravage des ans , dérobez fa memoire
Mais ne le livrez à l'Amour ,
Que pour faire éclater fa gloire.
ACTE I.
>
Le Théatre représente l'Ile d'Ogygie. On y
voit des Palais renversez par des inondations ;
un côté du Temple de Neptune que les flots
ont respecté.
Eucharis ouvre la Scene par un court Monologue
qui fait allufion aux ravages que Neptune
irrité, exerce fur l'Ile d'Ogygie. Cleone, fa Confidente
, vient lui demander d'où peuvent naître
fes nouvelles plaintes ; Eucharis lui découvre fa
foibleffe pour un Inconnu qui a fait naufrage
après elle fur ces funeftes bords ; voici comment
elle fait cette expofition.
Tu fus témoin du trouble de mes fens ,
Quand ce jeune Etranger , par la fureur des vents,
Fit naufrage fur cette Rive ;
Ses yeux étoient fermez à la clarté du jour ;
Déja fon ame fugitive ,
Etoit
AVRIL. 1730. 783
Etoit prête à defcendre au tenebreux féjour ;
Cleone , quel objet ! que j'en fus attendrie !
Envain à mon fecours j'appellai ma fierté ;
Je ne pus lui rendre la vie ,
Qu'aux dépens de ma liberté.
Cet amour d'Eucharis pour un Inconnu , donne
lieu à Cleone de lui repréſenter qu'elle doit fe
fouvenir qu'elle eft du Sang des Rols ; elle l'invite à
laiffer toujours ignorer qu'elleeft fille d'Idomenée,
d'autant plus queNeptune eft ennemi de ce malheureux
Roi de Crete , & qu'elle feroit perdue fi l'ont
venoit à fçavoir qu'elle eft d'un Sang odieux à ce
Dieu terrible, dont on cherche à appaifer le courroux
; elle voit paroître Calypfo , & prie fa Princeffe
de cacher toujours fon veritable nom d'An
tiope , fous le nom emprunté d'Eucharis.
Calypfo fort toute éperdue du Temple de Nepune
; elle dit à Eucharis que rien ne peut calmer
ce Dieu vengeur ; qu'il vient de lui faire entendre
fon crime, qui eft d'avoir laiffé partir Uliffe, dont
il lui avoit demandé le fang ; elle ajoûte que ce
Dieu cruel perfifte à lui demander fa Victime ,
quoiqu'elle ne foit plus en fon pouvoir ; elle apprend
à Eucharis que ce qui l'avoit encore plus
portée à defobéir à Neptune, & à renvoyer Uliffe
à Itaque , c'eft qu'elle commençoit à fentir une
pitié trop tendre pour ce Heros , quoique les Enfers
lui euffent prédit qu'elle feroit très -malheu
reufe , fi jamais elle livroit fon coeur à l'Amour.
Eucharis lui fait efperer qu'après avoir détourné
les préfages des Enfers , elle pourra parvenir
appailer les Dieux , ce qui oblige Calypſo à lui
découvrir fes nouvelles frayeurs par ces Vers :
Un fonge... ah ! je fremis quand je me le rappelle
Giiij Je
784 MERCURE DE FRANCE
Je l'ai vu ce Heros que Neptune pourfuit ,
Je l'ai vu fur ces bords: une troupe cruelle
L'alloit précipiter dans l'éternelle nuit :
Il n'étoit plus armé d'une auſtere ſageffe ;
L'Amour qui voloit fur fes pas
De la plus brillante jeuneffe ,
Sembloit lui prêter les
appas.
Far un charme inconnu contrainte à le deffendre,
J'ai détourné le fer
vengeur ;
Helas ! pour prix d'un foin fi tendre ,
Le cruel m'a percé le coeur.
Adrafte vient faire une defcription des ravages
qui défolent l'Empire de Calypfo ; il s'en plaint
d'autant plus , qu'ils different fon Hymen avec
elle , arrêté par Athlas , pere de cette Reine . Ca→
Jypfo l'oblige à la quitter pour confulter les Enfers
fur les moyens qu'elle pourra prendre pour
fatisfaire Neptune. Quelques Critiques feveres ont
trouvé qu'une Fête magique ne devoit pas être
dans un premier Acte , fondez fur la feule raiſon
qu'il n'y en a point de pareille dans aucun premier
Acte d'Opera ; mais les Partiſans de cette
Tragedie ont répondu , que le deffaut d'exemples
n'eft pas une regle exclufive , à quoi ils ont ajoûté
que cette Fête eft plutôt une confultation d'Oracles,
qu'une Magie ordinaire ; en effet Calypfo le
fait entendre par ces deux Vers.
Mais comment de Neptune appaiſer la colere ?
L'Enfer peut me le reveler.
Le Muficien eft parfaitement bien entré dans
l'efprit du Poëte , par la maniere dont il a traité
cette
AVRIL. 1730. 785
cette Fête ; elle eft plus vive que terrible , & la
joye barbare des Démons y eft parfaitement cafacterifée.
Voici le réfultat de la Fête .
Calypfo aux Démons .
Neptune fur ces bords demande un facrifice
Je ne puis l'appaiſer à moins du ſang d'Uliffe ;
Ce fang n'eſt plus en mon pouvoir.
Choeur.
Dreffe l'Autel , fais ton devoir ;
Tu ne peux balancer ſans crime.
Calypfo.
Où dois-je chercher la Victime
Choeur.
Neptune y va pourvoir.
Calypfo fe détermine à executer ce que les Eas
fers confultez lui preſcrivent , & finit ce premier
Acte par ces deux Vers :-
La plus aveugle obéiffance ,
Eft la plus agréable aux Dieux .
Le Théatre reprefente au deuxième Acte le Tem
ple de Neptune. On y voit un Autel dreffé .
Telemaque fait entendre à Idas , fon Confident,
que les dangers continuels où fon pere eft exposé
par le courroux de Neptune , lui font une loi indifpenfable
de venir au moins joindre fes voeux
au pompeux facrifice qu'on va celebrer
sher ce terrible Dieu des flots. Idas lui reproche
Gy fon
pour cal786
MERCURE DE FRANCE
fon amour pour Eucharis , malgré le choix que
Minerve , fa Protectrice , a fait d'Antíope pour
être un jour fon Epoufe. Télemaque ne peut
vaincre fa foibleffe , il fait connoître à Idas qu'Eu--
charis ne répond pas à fon amour.
Eucharis vient féliciter Télemaque de l'heu
reux fuccès qu'on efpere du facrifice qu'on va
offrir à Neptune , après lequel il pourra partir de
ce fatal Rivage , au lieu que l'efclavage où Calypfo
la réduit ne peut finir que par la mort. Telemaque
lui promet de rompre fes fers par le fecours des
Sujets de fon pere , dont les Vaiffeaux difperfez
viendront le joindre ; il lui apprend qu'il eft fils.
d'Uliffe , à ce nom d'Uliffe Eucharis frémit ;
Télemaque lui demande le fujet de fa frayeur ;.
Eucharis le lui explique par ces Vers :
Neptune en courroux ,
Veut que le fang d'Uliffe aujourd'hui fe répande ;
Ah ! c'eft le vôtre qu'il demande ;
Et ce barbare Autel n'eft dreffé que pour vous.
Cette Scene a paru très-intereffante , quoique
la Parodic ait voulu faire entendre que Telemaque
fe livroit fans raifon à une mort qui peut-être
ne fauveroit pas fon pere ; ceux qui fçavent
que l'amour filial fait le caractère dominant
de Telemaque , n'ont eu garde de le blâmer
de ce dévouement volontaire , en faveur duquel
Neptune calme fa colere , comme on le verra
dans l'Acte fuivant ; Eucharis voyant approcher
Calypfo avec les Miniftres de Neptune , preffe
plus que jamais Telemaque de fe retirer ; elle fe
flatte de l'y réfoudre par l'aveu de fon amour
pour lui , Telemaque ne la fuit que pour empêcher
qu'elle ne fe livre à fon defefpoir, & revient
Pour être facrifié à Neptune , il déclare a Calypfo
qu'il
AVRIL . 1730. 787
qu'il eft fils d'Uliffe . Cette Reine attentive à exami
ñer fes traits , reconnoît en lui cet Uliffe rajeuni
qu'elle a vû en fonge; elle s'attendrit par degrez &
Parrache enfin de l'Autel, malgré les menaces des
Prêtres de Neptune & les remontrances d'Adrafte..
Au troifiéme Acte le Théatre reprefente un
Defert, Adrafte irrité de l'Amour de Calypfo pour
Telemaque , exprime fon defeſpoir . Il demande à
Arcas ,fon Confident , s'il a tout préparé pour
fa vengeance ; Arcas lui répond que fes amis s'affemblent
& viendront bien- tôt le joindre; il tâche
pourtan: de le détourner d'un projet, où vrai-femblablement
il doit périr , attendu le violent amour
que la Reine à pris pour Telemaque ; Adrafte lut
que le Peuple & les Dieux font pour lui. dit
Adrafte reproche à Calypfo le nouvel outrage
qu'elle vient de faire à Neptune ; Calypfo lui rẻ-
pond que fa fureur a fait place à fa pitié , &
qu'elle a fait ce qu'elle a dû ; Adrafte lui dic , en
parlant de Telemaque :
Non , la feule pitié ,
N'a pas pour lui démandé grace.
Ce dernier reproche irrite Calypfo ; la Scène
devient très-vive de part & d'autre„& finit par
ce Duo.
Enfemble.
Le dépit , la haîné & la rage ,
Vengerons ce mortel outrage ;
Tremblez , & c .
Adrafte. Calypfo.
Ensemble.
Tremblez pour lui ; tremblez pour vous..
Tremblez ; redoutez mon courroux.-
G. vj Eu88
MERCURE DE FRANCE
Eucharis vient annoncer à Calypfo , que la fou
miffion de Telemaque a défarmé la colere de Nep .
& que les Miniftres de ce Dieu irrité vien →
nent de l'annoncer au Peuple ; Calypſo ſe défiant
toûjours de Neptune , s'explique ainfi :
tune ,
Je vois trop ce qu'il médite ,
1
Lorfqu'il nous rend le repos ;
Et le trouble qui m'agite ,
Le venge mieux que fes flots.
Dans cette Scene , Calipfo fait connoître for
amour à Eucharis , qui lui rappelle les malheurs
dont les Enfers l'ont menacée, fi jamais elle vient
à aimer ; elle la preffe de combattre fon amour
Calypfo lui répond :
Tout l'Enfer m'obeït , je regne dans les Airs ,
Je fais gronder la Foudre & briller les Eclairs ;
Le jour quand il me plaît fe change en nuit obfcure
;
Le Ciel même eft foumis à mon pouvoir vain◄
queur ;
Mon Art donne des loix à toute la Nature ;
Mais l'Amour en donne à mon coeur.
Telemaque , mandé par Calypfo, vient , elle lui ✨
témoigne la joye qu'elle a de voir fes jours deformais
en fureté ; Telemaque lui fait connoître que
le calme qui regne fur ces Bords ne regne pas
dans fon coeur. Calypfo attribuant cette inquietude
à un defir fecret qu'il a de revoir Itaque , ordonne
aux Démons d'embellir ces lieux , les Démons
obéiffent , & font une Fête pour amolir
le coeur de ce jeune Heros ; après la Fête qu'on
1
་
AVRIL. 1730. 789
د
a trouvée trés-brillante , Calypfo demande à Te
lemaque fi un féjour fi charmant ne fera pas ca
pable de l'arrêter ; Telemaque lui répond d'une
maniere qui lui fait prendre le change , voici les
Vers qui produifent cet équivoque ; il faut fuppofer
Eucharis prefente.
Telemaque.
Mes yeux font enchantez; je ne m'en deffends pas
Mais pour bien gouter tant d'appas ,
Mon coeur n'eft pas affez tranquille.
Calypfo.
Vous n'êtes pas tranquille en ce charmant
féjour !
A ce trouble fecret , je reconnois l'Amour.
Telemaque à part.
Vous auriez pénétré ... Dieux ! que lui vais -je
apprendre ?
Calypfo.
On penetre aifément les fecrets d'un coeur tendre.
Telemaque .
Le deſtin de mes feux eft en votre pouvoir.
Calypso.
Au Temple de l'Amour , hâtez-vous de vous
rendre ,
Prince , ce jour vous fera voir ,
Qu'au plus parfait bonheur votre coeur doit
prétendre ,
Eucharis
790 MERCURE DE FRANCE
"
Eucharis aura foin de vous le faire entendre.
Telemaque à part.
Dieux , ne trompez pas mon eſpoir.
Au quatriéme Acte où on voit le Temple de
P'Amour, Eucharis chargée par Calypfo de parler
à Telemaque de l'amour que cette Reine a pour lui
exprime fa fituation par ce Monologue.
Lieux facrez , où l'Amour reçoit für fes Autels ,-
L'hommage de tous les Mortels ,
Voyez mon trifte fort ; je perds tout ce que
: j'aime ,
Et je viens à l'Amour immoler l'Amour même
, & c.
Elle fe détermine à cacher fa naiffance à Telemaque
, pour le mieux difpofer en faveur d'une
grande Reine. Elle finit fon Monologue par cesdeux
Vers :
Il vient. Pour lui fauver le jour ,
Immolons à la fois ma gloire & mon amour.
La Scene fuivante , qui eft entre Telemaque &
Eucharis, a paru très intereffante; Eucharis voyant.
approcher Calypfo , prie Telemaque de feindre au
moins ; ce Prince vertueux & digne de la protection
de Minerve, lui répond ,
Quoi ! d'un détour fi bas vous me croyez capable
!
Elle a fauvé mes jours , je ferois trop 'coupable
Fuyons-la , je ne puis la tromper ni l'aimer.
La
AVRIL. 1730 . 791
La troifiéme Scene n'a pas fait moins de plai-
-fir que les deux précedentes ; Calypfo furprife de
la fuite de Telemaque, commence à le foupçonner
d'ingratitude ; Eucharis a beau lui dire que ce-
- Prince ne fçauroit jamais oublier,fans ingratitude,
qu'elle lui a ſauvé la vie , elle lui répond :
Il peut avoir pour moi de la reconnoiffance ,
Et n'en être pas moins ingrat.
- Elle fe rappelle que Telemaque lui a paru amou
reux , d'ou elle conclut qu'elle a donc une Rivale;
Voici comment elle s'exprime ::
Ah ! fi jamais l'Amour jaloux ,
De mon coeur malheureux s'empare ,
Qu'il tremble , au feul bruit de mes coups ,
Je remplirai d'effroi l'Averne & le Tenare ;
L'Amour eft plus cruel que l'Enfer en courroux,
Quand on l'ofe forcer à devenir barbare.
La cruelle incertitude où fe trouve Calypfo , lat
porte à confulter l'Amour fur le fort qu'elle doit
attendre , ce qui produit une . Fête très - galante ,
nous en fupprimons le détail , pour ne point
quitter le fil de Faction. La Grande- Prêtreffe de
Amour prononce cet Oracle à Calypfo :
Minerve a difpofé du fort de Telemaque ;
Antiope avec lui doit regner fur Itaque.
Cet Oracle defefperant pour Calypfo , eft ſuivi
d'un coup encore plus terrible ; Adrafte mortellement
bleffé par Telemaque , vient lui annoncer
que ce Prince aime Eucharis , & finit par ces Vers :
Mon
192 MERCURE DE FRANCE
Mon tourment finit & le vôtre commence :
Du coup qui m'a frappé , je fens moins la rigueurs
J'avois perdu l'espoir de ma vengeance ,
Je la laiffe en mourant au fond de votre coeur."
On voit à la Décoration du cinquiéme Acte le
Port d'Ogygie ; Calypfo en fureur le détermine à
perdre fa Rivale. Elle dit à Telemaque qu'il pèut
partir & qu'elle eft inftruite des deffeins queMinerve
a formez fur lui ; Telemaque foupire de doufeur
, Calypfo lui reproche fon indigne amour
pour une vile Eſclave,& fon ingratitude pour une
Reineimmortelle , par ces Vers , qui rappellent co
qui s'eft paffé dans les premiers Actes :
Ton coeur gémit ! quel indigne langage !
Dans les fers d'une Efclave un tendre amour t’en→
gage !
Du moins fi cet amour ... Dieux ! quel eft mox
malheur !
Dieu des flots, noirs Enfers , fonge rempli d'hor
reur
Votre menace eft accomplie ; -
Je t'aime , tu me hais : je t'ai fauvé la vie ;
Cruel , tu me perces le coeur.
Telemaque mortellement frappé des menaces de
Calypfo , preffe Eucharis de fe fauver , s'il eſt
poffible. Cette Scene a été trouvée la plus intereflante
de la Piece , & a fait verfer des larmes
en voici la fin.
Eucharis.
Par ces triftes adieux, c'eft trop nous attendrir.
partez
AVRIL 793 1730.
Partez ; au nom d'Uliffe , au nom de Penelope ;
Au nom de vos heureux Sujets ,
Parmi de fi tendres objets
Je n'ofe nommer Antiope.
Telemaque.
Demeurez, Eucharis ; quel nom prononcez-vous ?
Antiope ! non , non ; une auguſte Immortelle
Veut en vain m'unir avec elle ;
Je ne puis être fon Epoux.
Eucharis.
Dieux , la réſerviez- vous à ce bonheur extréme
Telemaqué.
Non ; faut-il qu'un ferment raffure vos eſprits
Dieux , armez contre moi votre pouvoir fupréme
Si jamais ...
Eucharis.
Arrêtez ; c'eft Antiope même ,
Que vous aimez dans Eucharis
Les Vaiffeaux de Telemaque viennent à ſon ſe→
cours ; Minerve combat pour eux ; leur victoire
donne lieu à une Fête marine. Minerve apprend à
Calypfo qu'Eucharis eft Antiope. Elle ordonne
aux Zephirs de tranfporter ces deux Amans à
Itaque. Calypfo au defefpoir , biafphême contre
les Dieux qui foudroyent & engloutiffent ſon Iſle
La Piece finit par ce Vers de Calypfo :
Dieux , en me puniffant vous ſervez ma fureur.
remit au Théatre la Tragedie de Telemaque ,
dont M. le Chevalier Pellegrin a compofé le
Poëme ; & M. Deftouches , Directeur, de cette.
Académie , a fait la Mufique. Le fuccès que cet
Opera avoit eu en 1714. où il fut donné pour la
premiere fois , fembloit répondre de celui de ta
reprife ; l'attente du Public n'a pas
pée ; les applaudiffemens qu'on a donnez à la p
miere repréfentation de la repriſe continuent.
Tout le monde convient qu'il n'a jamais été fibien
reprefenté. La De Antier n'y fait point regretter
la De Journet, & la Dle Pelliffier égale
au moins la De Heufé, qui avoit joué le rôle
d'Eucharis. Le fieur Chaffé s'eft fait applaudir.
par la maniere dont il a chanté & joué la Scene
d'Adrafte. Le fieur Tribou joue le rôle de Telemad'une
maniere à fe concilier tous les ſuffrages
dont il eft en poffeffion depuis quelques années.
que
Gij Le
80 MERCURE DE FRANCE
Le Ballet eft des plus brillants , & les Des Fres
voft , Camargo Salé n'y laiffent rien à défirer.
Nous avons crû que le Public verroit avec plaiſir
un Extrait de cette Tragedie.
PROLOGUE .
Le Théatre reprefente un lieu que les Arts
viennent de construire & d'orner, par ordre de
Minerve , à l'honneur du Roy qui vient de donner
la paix à l'Europe . On y voit des Trophées .
Minerve & Apollon paroiffent au fond. Minerve
eft fuivie des Vertus des Arts , & Apol
lon eft accompagné des Mufes .
Rien n'eft plus heureux pour un deffein de Prologue,
que de fervir d'Epoque à un grand évenement.
Perfonne n'ignore que la celebre journée
de Denain fut décifive pour la paix , & changea
la face de l'Europe entiere. C'est dans cette vûë
que
Minerve dit :
Que j'aime à porter mes regards
Sur cet amas pompeux d'armes & d'étendards !
D'un Roy que je cheris,tout m'annonce la gloire;
Vous , Apollon ; vous , Filles de mémoire,
Préparez vos chants & vos jeux :
Pour rendre les Mortels heureux
La Paix du haut des Cieux vole après la victoire.
Apollon répond à Minerve , que c'eſt à elle à
ordonner les Jeux, puifqu'il s'agit de celebrer un
Héros qui calme la Terre. Minerve invite Apollon
& les Mufes à chanter les bienfaits d'un Roy
qui en donnant la Paix au monde , les met en liberté
de former des Concerts que le bruit des
Armes
AVRIL. 1730. 781
Armes ne puiffe troubler. Apollon lui fait entendre
qu'il a befoin de l'Amour pour fes tragiques
Jeux ; mais qu'il craint que fa prefence ne bleffe
fes yeux. Minerve lui répond , qu'en faveur de
la Paix , elle confent que l'Amour foit de la fête.
On appelle l'Amour , il defcend des Cieux & té
moigne d'abord fa furprife par ce Vers :
Quoy! Minerve en ce lieu m'appelle !
Minerve lui répond :
Ne prétends pas regner fur elle :
L'Amour lui dit :
C'est
pour fuivre mes loix
que tous les cours
font faits ,
Tout cede à mon pouvoir fuprême ,
Vous feule échappez à des traits
Qui font trembler Jupiter même.
Minerve tire une nouvelle gloire de cette petite
Vanité de l'Amour. Voicy fa réponſe :
Quand je te voi vainqueur du Souverain des
Dieux ,
La gloire de mon nom vole au plus haut des
Cieux :
Que devant toi Jupiter tremble ,
C'eft un nouvel éclat pour moi.
Tu triomphes de lui ; je triomphe de toi ,
N'est- ce pas triompher de tous les Dieux enfemble
Gij L'Amour
82 MERCURE DE FRANCE
L'Amour ne veut pas pouffer la rancune plus
loin , & finit cette petite altercation par ces deux
Vers :
Il eft temps d'embellir
ces lieux ;
La Paix doit réunir les Mortels & les Dieux.
Après la Fête , Minerve annonce la Tragédie
qu'elle fouhaite voir , par ces quatre Vers adref→
fez à Apollon & aux Muſes.
Rappellez Telemaque à la clarté du jour
Au ravage des ans , dérobez fa memoire
Mais ne le livrez à l'Amour ,
Que pour faire éclater fa gloire.
ACTE I.
>
Le Théatre représente l'Ile d'Ogygie. On y
voit des Palais renversez par des inondations ;
un côté du Temple de Neptune que les flots
ont respecté.
Eucharis ouvre la Scene par un court Monologue
qui fait allufion aux ravages que Neptune
irrité, exerce fur l'Ile d'Ogygie. Cleone, fa Confidente
, vient lui demander d'où peuvent naître
fes nouvelles plaintes ; Eucharis lui découvre fa
foibleffe pour un Inconnu qui a fait naufrage
après elle fur ces funeftes bords ; voici comment
elle fait cette expofition.
Tu fus témoin du trouble de mes fens ,
Quand ce jeune Etranger , par la fureur des vents,
Fit naufrage fur cette Rive ;
Ses yeux étoient fermez à la clarté du jour ;
Déja fon ame fugitive ,
Etoit
AVRIL. 1730. 783
Etoit prête à defcendre au tenebreux féjour ;
Cleone , quel objet ! que j'en fus attendrie !
Envain à mon fecours j'appellai ma fierté ;
Je ne pus lui rendre la vie ,
Qu'aux dépens de ma liberté.
Cet amour d'Eucharis pour un Inconnu , donne
lieu à Cleone de lui repréſenter qu'elle doit fe
fouvenir qu'elle eft du Sang des Rols ; elle l'invite à
laiffer toujours ignorer qu'elleeft fille d'Idomenée,
d'autant plus queNeptune eft ennemi de ce malheureux
Roi de Crete , & qu'elle feroit perdue fi l'ont
venoit à fçavoir qu'elle eft d'un Sang odieux à ce
Dieu terrible, dont on cherche à appaifer le courroux
; elle voit paroître Calypfo , & prie fa Princeffe
de cacher toujours fon veritable nom d'An
tiope , fous le nom emprunté d'Eucharis.
Calypfo fort toute éperdue du Temple de Nepune
; elle dit à Eucharis que rien ne peut calmer
ce Dieu vengeur ; qu'il vient de lui faire entendre
fon crime, qui eft d'avoir laiffé partir Uliffe, dont
il lui avoit demandé le fang ; elle ajoûte que ce
Dieu cruel perfifte à lui demander fa Victime ,
quoiqu'elle ne foit plus en fon pouvoir ; elle apprend
à Eucharis que ce qui l'avoit encore plus
portée à defobéir à Neptune, & à renvoyer Uliffe
à Itaque , c'eft qu'elle commençoit à fentir une
pitié trop tendre pour ce Heros , quoique les Enfers
lui euffent prédit qu'elle feroit très -malheu
reufe , fi jamais elle livroit fon coeur à l'Amour.
Eucharis lui fait efperer qu'après avoir détourné
les préfages des Enfers , elle pourra parvenir
appailer les Dieux , ce qui oblige Calypſo à lui
découvrir fes nouvelles frayeurs par ces Vers :
Un fonge... ah ! je fremis quand je me le rappelle
Giiij Je
784 MERCURE DE FRANCE
Je l'ai vu ce Heros que Neptune pourfuit ,
Je l'ai vu fur ces bords: une troupe cruelle
L'alloit précipiter dans l'éternelle nuit :
Il n'étoit plus armé d'une auſtere ſageffe ;
L'Amour qui voloit fur fes pas
De la plus brillante jeuneffe ,
Sembloit lui prêter les
appas.
Far un charme inconnu contrainte à le deffendre,
J'ai détourné le fer
vengeur ;
Helas ! pour prix d'un foin fi tendre ,
Le cruel m'a percé le coeur.
Adrafte vient faire une defcription des ravages
qui défolent l'Empire de Calypfo ; il s'en plaint
d'autant plus , qu'ils different fon Hymen avec
elle , arrêté par Athlas , pere de cette Reine . Ca→
Jypfo l'oblige à la quitter pour confulter les Enfers
fur les moyens qu'elle pourra prendre pour
fatisfaire Neptune. Quelques Critiques feveres ont
trouvé qu'une Fête magique ne devoit pas être
dans un premier Acte , fondez fur la feule raiſon
qu'il n'y en a point de pareille dans aucun premier
Acte d'Opera ; mais les Partiſans de cette
Tragedie ont répondu , que le deffaut d'exemples
n'eft pas une regle exclufive , à quoi ils ont ajoûté
que cette Fête eft plutôt une confultation d'Oracles,
qu'une Magie ordinaire ; en effet Calypfo le
fait entendre par ces deux Vers.
Mais comment de Neptune appaiſer la colere ?
L'Enfer peut me le reveler.
Le Muficien eft parfaitement bien entré dans
l'efprit du Poëte , par la maniere dont il a traité
cette
AVRIL. 1730. 785
cette Fête ; elle eft plus vive que terrible , & la
joye barbare des Démons y eft parfaitement cafacterifée.
Voici le réfultat de la Fête .
Calypfo aux Démons .
Neptune fur ces bords demande un facrifice
Je ne puis l'appaiſer à moins du ſang d'Uliffe ;
Ce fang n'eſt plus en mon pouvoir.
Choeur.
Dreffe l'Autel , fais ton devoir ;
Tu ne peux balancer ſans crime.
Calypfo.
Où dois-je chercher la Victime
Choeur.
Neptune y va pourvoir.
Calypfo fe détermine à executer ce que les Eas
fers confultez lui preſcrivent , & finit ce premier
Acte par ces deux Vers :-
La plus aveugle obéiffance ,
Eft la plus agréable aux Dieux .
Le Théatre reprefente au deuxième Acte le Tem
ple de Neptune. On y voit un Autel dreffé .
Telemaque fait entendre à Idas , fon Confident,
que les dangers continuels où fon pere eft exposé
par le courroux de Neptune , lui font une loi indifpenfable
de venir au moins joindre fes voeux
au pompeux facrifice qu'on va celebrer
sher ce terrible Dieu des flots. Idas lui reproche
Gy fon
pour cal786
MERCURE DE FRANCE
fon amour pour Eucharis , malgré le choix que
Minerve , fa Protectrice , a fait d'Antíope pour
être un jour fon Epoufe. Télemaque ne peut
vaincre fa foibleffe , il fait connoître à Idas qu'Eu--
charis ne répond pas à fon amour.
Eucharis vient féliciter Télemaque de l'heu
reux fuccès qu'on efpere du facrifice qu'on va
offrir à Neptune , après lequel il pourra partir de
ce fatal Rivage , au lieu que l'efclavage où Calypfo
la réduit ne peut finir que par la mort. Telemaque
lui promet de rompre fes fers par le fecours des
Sujets de fon pere , dont les Vaiffeaux difperfez
viendront le joindre ; il lui apprend qu'il eft fils.
d'Uliffe , à ce nom d'Uliffe Eucharis frémit ;
Télemaque lui demande le fujet de fa frayeur ;.
Eucharis le lui explique par ces Vers :
Neptune en courroux ,
Veut que le fang d'Uliffe aujourd'hui fe répande ;
Ah ! c'eft le vôtre qu'il demande ;
Et ce barbare Autel n'eft dreffé que pour vous.
Cette Scene a paru très-intereffante , quoique
la Parodic ait voulu faire entendre que Telemaque
fe livroit fans raifon à une mort qui peut-être
ne fauveroit pas fon pere ; ceux qui fçavent
que l'amour filial fait le caractère dominant
de Telemaque , n'ont eu garde de le blâmer
de ce dévouement volontaire , en faveur duquel
Neptune calme fa colere , comme on le verra
dans l'Acte fuivant ; Eucharis voyant approcher
Calypfo avec les Miniftres de Neptune , preffe
plus que jamais Telemaque de fe retirer ; elle fe
flatte de l'y réfoudre par l'aveu de fon amour
pour lui , Telemaque ne la fuit que pour empêcher
qu'elle ne fe livre à fon defefpoir, & revient
Pour être facrifié à Neptune , il déclare a Calypfo
qu'il
AVRIL . 1730. 787
qu'il eft fils d'Uliffe . Cette Reine attentive à exami
ñer fes traits , reconnoît en lui cet Uliffe rajeuni
qu'elle a vû en fonge; elle s'attendrit par degrez &
Parrache enfin de l'Autel, malgré les menaces des
Prêtres de Neptune & les remontrances d'Adrafte..
Au troifiéme Acte le Théatre reprefente un
Defert, Adrafte irrité de l'Amour de Calypfo pour
Telemaque , exprime fon defeſpoir . Il demande à
Arcas ,fon Confident , s'il a tout préparé pour
fa vengeance ; Arcas lui répond que fes amis s'affemblent
& viendront bien- tôt le joindre; il tâche
pourtan: de le détourner d'un projet, où vrai-femblablement
il doit périr , attendu le violent amour
que la Reine à pris pour Telemaque ; Adrafte lut
que le Peuple & les Dieux font pour lui. dit
Adrafte reproche à Calypfo le nouvel outrage
qu'elle vient de faire à Neptune ; Calypfo lui rẻ-
pond que fa fureur a fait place à fa pitié , &
qu'elle a fait ce qu'elle a dû ; Adrafte lui dic , en
parlant de Telemaque :
Non , la feule pitié ,
N'a pas pour lui démandé grace.
Ce dernier reproche irrite Calypfo ; la Scène
devient très-vive de part & d'autre„& finit par
ce Duo.
Enfemble.
Le dépit , la haîné & la rage ,
Vengerons ce mortel outrage ;
Tremblez , & c .
Adrafte. Calypfo.
Ensemble.
Tremblez pour lui ; tremblez pour vous..
Tremblez ; redoutez mon courroux.-
G. vj Eu88
MERCURE DE FRANCE
Eucharis vient annoncer à Calypfo , que la fou
miffion de Telemaque a défarmé la colere de Nep .
& que les Miniftres de ce Dieu irrité vien →
nent de l'annoncer au Peuple ; Calypſo ſe défiant
toûjours de Neptune , s'explique ainfi :
tune ,
Je vois trop ce qu'il médite ,
1
Lorfqu'il nous rend le repos ;
Et le trouble qui m'agite ,
Le venge mieux que fes flots.
Dans cette Scene , Calipfo fait connoître for
amour à Eucharis , qui lui rappelle les malheurs
dont les Enfers l'ont menacée, fi jamais elle vient
à aimer ; elle la preffe de combattre fon amour
Calypfo lui répond :
Tout l'Enfer m'obeït , je regne dans les Airs ,
Je fais gronder la Foudre & briller les Eclairs ;
Le jour quand il me plaît fe change en nuit obfcure
;
Le Ciel même eft foumis à mon pouvoir vain◄
queur ;
Mon Art donne des loix à toute la Nature ;
Mais l'Amour en donne à mon coeur.
Telemaque , mandé par Calypfo, vient , elle lui ✨
témoigne la joye qu'elle a de voir fes jours deformais
en fureté ; Telemaque lui fait connoître que
le calme qui regne fur ces Bords ne regne pas
dans fon coeur. Calypfo attribuant cette inquietude
à un defir fecret qu'il a de revoir Itaque , ordonne
aux Démons d'embellir ces lieux , les Démons
obéiffent , & font une Fête pour amolir
le coeur de ce jeune Heros ; après la Fête qu'on
1
་
AVRIL. 1730. 789
د
a trouvée trés-brillante , Calypfo demande à Te
lemaque fi un féjour fi charmant ne fera pas ca
pable de l'arrêter ; Telemaque lui répond d'une
maniere qui lui fait prendre le change , voici les
Vers qui produifent cet équivoque ; il faut fuppofer
Eucharis prefente.
Telemaque.
Mes yeux font enchantez; je ne m'en deffends pas
Mais pour bien gouter tant d'appas ,
Mon coeur n'eft pas affez tranquille.
Calypfo.
Vous n'êtes pas tranquille en ce charmant
féjour !
A ce trouble fecret , je reconnois l'Amour.
Telemaque à part.
Vous auriez pénétré ... Dieux ! que lui vais -je
apprendre ?
Calypfo.
On penetre aifément les fecrets d'un coeur tendre.
Telemaque .
Le deſtin de mes feux eft en votre pouvoir.
Calypso.
Au Temple de l'Amour , hâtez-vous de vous
rendre ,
Prince , ce jour vous fera voir ,
Qu'au plus parfait bonheur votre coeur doit
prétendre ,
Eucharis
790 MERCURE DE FRANCE
"
Eucharis aura foin de vous le faire entendre.
Telemaque à part.
Dieux , ne trompez pas mon eſpoir.
Au quatriéme Acte où on voit le Temple de
P'Amour, Eucharis chargée par Calypfo de parler
à Telemaque de l'amour que cette Reine a pour lui
exprime fa fituation par ce Monologue.
Lieux facrez , où l'Amour reçoit für fes Autels ,-
L'hommage de tous les Mortels ,
Voyez mon trifte fort ; je perds tout ce que
: j'aime ,
Et je viens à l'Amour immoler l'Amour même
, & c.
Elle fe détermine à cacher fa naiffance à Telemaque
, pour le mieux difpofer en faveur d'une
grande Reine. Elle finit fon Monologue par cesdeux
Vers :
Il vient. Pour lui fauver le jour ,
Immolons à la fois ma gloire & mon amour.
La Scene fuivante , qui eft entre Telemaque &
Eucharis, a paru très intereffante; Eucharis voyant.
approcher Calypfo , prie Telemaque de feindre au
moins ; ce Prince vertueux & digne de la protection
de Minerve, lui répond ,
Quoi ! d'un détour fi bas vous me croyez capable
!
Elle a fauvé mes jours , je ferois trop 'coupable
Fuyons-la , je ne puis la tromper ni l'aimer.
La
AVRIL. 1730 . 791
La troifiéme Scene n'a pas fait moins de plai-
-fir que les deux précedentes ; Calypfo furprife de
la fuite de Telemaque, commence à le foupçonner
d'ingratitude ; Eucharis a beau lui dire que ce-
- Prince ne fçauroit jamais oublier,fans ingratitude,
qu'elle lui a ſauvé la vie , elle lui répond :
Il peut avoir pour moi de la reconnoiffance ,
Et n'en être pas moins ingrat.
- Elle fe rappelle que Telemaque lui a paru amou
reux , d'ou elle conclut qu'elle a donc une Rivale;
Voici comment elle s'exprime ::
Ah ! fi jamais l'Amour jaloux ,
De mon coeur malheureux s'empare ,
Qu'il tremble , au feul bruit de mes coups ,
Je remplirai d'effroi l'Averne & le Tenare ;
L'Amour eft plus cruel que l'Enfer en courroux,
Quand on l'ofe forcer à devenir barbare.
La cruelle incertitude où fe trouve Calypfo , lat
porte à confulter l'Amour fur le fort qu'elle doit
attendre , ce qui produit une . Fête très - galante ,
nous en fupprimons le détail , pour ne point
quitter le fil de Faction. La Grande- Prêtreffe de
Amour prononce cet Oracle à Calypfo :
Minerve a difpofé du fort de Telemaque ;
Antiope avec lui doit regner fur Itaque.
Cet Oracle defefperant pour Calypfo , eft ſuivi
d'un coup encore plus terrible ; Adrafte mortellement
bleffé par Telemaque , vient lui annoncer
que ce Prince aime Eucharis , & finit par ces Vers :
Mon
192 MERCURE DE FRANCE
Mon tourment finit & le vôtre commence :
Du coup qui m'a frappé , je fens moins la rigueurs
J'avois perdu l'espoir de ma vengeance ,
Je la laiffe en mourant au fond de votre coeur."
On voit à la Décoration du cinquiéme Acte le
Port d'Ogygie ; Calypfo en fureur le détermine à
perdre fa Rivale. Elle dit à Telemaque qu'il pèut
partir & qu'elle eft inftruite des deffeins queMinerve
a formez fur lui ; Telemaque foupire de doufeur
, Calypfo lui reproche fon indigne amour
pour une vile Eſclave,& fon ingratitude pour une
Reineimmortelle , par ces Vers , qui rappellent co
qui s'eft paffé dans les premiers Actes :
Ton coeur gémit ! quel indigne langage !
Dans les fers d'une Efclave un tendre amour t’en→
gage !
Du moins fi cet amour ... Dieux ! quel eft mox
malheur !
Dieu des flots, noirs Enfers , fonge rempli d'hor
reur
Votre menace eft accomplie ; -
Je t'aime , tu me hais : je t'ai fauvé la vie ;
Cruel , tu me perces le coeur.
Telemaque mortellement frappé des menaces de
Calypfo , preffe Eucharis de fe fauver , s'il eſt
poffible. Cette Scene a été trouvée la plus intereflante
de la Piece , & a fait verfer des larmes
en voici la fin.
Eucharis.
Par ces triftes adieux, c'eft trop nous attendrir.
partez
AVRIL 793 1730.
Partez ; au nom d'Uliffe , au nom de Penelope ;
Au nom de vos heureux Sujets ,
Parmi de fi tendres objets
Je n'ofe nommer Antiope.
Telemaque.
Demeurez, Eucharis ; quel nom prononcez-vous ?
Antiope ! non , non ; une auguſte Immortelle
Veut en vain m'unir avec elle ;
Je ne puis être fon Epoux.
Eucharis.
Dieux , la réſerviez- vous à ce bonheur extréme
Telemaqué.
Non ; faut-il qu'un ferment raffure vos eſprits
Dieux , armez contre moi votre pouvoir fupréme
Si jamais ...
Eucharis.
Arrêtez ; c'eft Antiope même ,
Que vous aimez dans Eucharis
Les Vaiffeaux de Telemaque viennent à ſon ſe→
cours ; Minerve combat pour eux ; leur victoire
donne lieu à une Fête marine. Minerve apprend à
Calypfo qu'Eucharis eft Antiope. Elle ordonne
aux Zephirs de tranfporter ces deux Amans à
Itaque. Calypfo au defefpoir , biafphême contre
les Dieux qui foudroyent & engloutiffent ſon Iſle
La Piece finit par ce Vers de Calypfo :
Dieux , en me puniffant vous ſervez ma fureur.
Fermer
Résumé : Opera de Telemaque, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 mars, l'Académie Royale de Musique a présenté au Théâtre la tragédie 'Télémaque', composée par le Chevalier Pellegrin et mise en musique par Destouches, directeur de l'Académie. Cette œuvre, déjà acclamée en 1714, a été saluée par le public lors de sa reprise. Les interprètes, notamment la Demoiselle Antier et la Demoiselle Pellissier, ainsi que les danseurs Les Fres et Camargo, ont été particulièrement appréciés. Le prologue se déroule dans un lieu construit et orné par les Arts sous l'ordre de Minerve, en l'honneur du roi qui a apporté la paix en Europe. Minerve et Apollon apparaissent, accompagnés des Vertus, des Arts et des Muses. Minerve célèbre la paix après la victoire, et Apollon invite à célébrer les bienfaits du roi. L'Amour est appelé pour participer à la fête, et Minerve accepte sa présence en faveur de la paix. Le prologue se conclut par l'annonce de la tragédie de Télémaque. Dans l'acte I, sur l'île d'Ogygie ravagée par des inondations, Eucharis, amoureuse d'un inconnu naufragé, exprime son désespoir à sa confidente Cleone. Calypso révèle à Eucharis qu'elle a sauvé Ulysse malgré les ordres de Neptune. Adraste décrit les ravages sur l'île, et Calypso consulte les Enfers pour apaiser Neptune. La fête magique révèle que Neptune exige le sang d'Ulysse, mais celui-ci n'est plus en son pouvoir. Dans l'acte II, au temple de Neptune, Télémaque exprime son désir de sauver son père. Eucharis lui révèle que Neptune exige son sang. Télémaque se prépare à se sacrifier, mais Neptune calme sa colère. Calypso, émue, sauve Télémaque et reconnaît en lui Ulysse rajeuni. Dans l'acte III, Adraste, jaloux, prépare sa vengeance contre Télémaque. Calypso, malgré les menaces, sauve Télémaque et exprime son amour pour lui. La tragédie se conclut par une fête organisée par Calypso pour apaiser Télémaque. La pièce se poursuit avec Télémaque, enchanté par la beauté d'Eucharis, exprimant son trouble face à ses sentiments. Calypso, consciente de l'amour de Télémaque, lui demande de se rendre au Temple de l'Amour. Eucharis, chargée par Calypso de révéler les sentiments de la reine à Télémaque, hésite à lui avouer sa propre naissance pour mieux le disposer en faveur de Calypso. Télémaque, vertueux, refuse de tromper Calypso et fuit lorsqu'il la voit approcher. Calypso, surprise par la fuite de Télémaque, le soupçonne d'ingratitude et d'amour pour une rivale. Un oracle révèle que Minerve a décidé que Télémaque doit régner avec Antiope sur Ithaque. Adraste, blessé par Télémaque, révèle que ce dernier aime Eucharis. Calypso, en fureur, menace Télémaque et lui ordonne de partir. Télémaque, désespéré, presse Eucharis de se sauver. Eucharis révèle alors qu'elle est Antiope. Minerve intervient, ordonne aux Zephirs de transporter les amants à Ithaque et punit Calypso. La pièce se termine par la défaite et la malédiction de Calypso.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4230
p. 141-159
Extraits d'Oraisons Funebres. [titre d'après la table]
Début :
Celle que M. l'Abbé de la Fargue a prononcée [...]
Mots clefs :
Roi, Dieu, Vertus, Mort, Gloire, Paix, Coeur, Prince, Bonté, Abbé de la Fargue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extraits d'Oraisons Funebres. [titre d'après la table]
Celle que M. l'Abbé
de la Fargue a prononcée
dans l'Abbaye Royale de Saint
Cyr , le 6. du mois paffé
eſt incontestablement de ce
nombre. Elle eſt revêtue de
tous les ornemens de l'Eloquence
, & M. l'Abbé de la
Fargue n'y a omis aucune des
circonstancesglorieuſes que la
verité attache à la memoire du
Roy. Elle eſt en unmot remplie
detoute l'érudition& de
tous les ſentimens de pieté qui
peuvent diftinguer unOrateur
142 MERCURE
tel que M. l'Abbéde la Fargue.
Sa diviſion elt :un Roy trésmagnanime
, un Roy trés Chrétien.
Il apostrophe ainſi la
mort dans l'éxorde .
O mort !funeste mort ! vienstu
ravir d'un foul coup tant de
moiffons de gloire ,& finir des
jours fi prétieux. Plus puiſſante
que toute l'Europe ensemble , tu
triomphe de celuy qui a ſçû triompher
de tout , tu peux te vanter
de la dépoülle la plus glorieuse
que tu aye jamais remportée.
Pour conduire àla Paix de
Munster :il dit
٠١٠
Plus d'un laurier avoit déja
GALANT 143
ornéfon fceptre , lorsque l'olive
jalouſe prit plaisir àla couronner.
Bientoft la Paix volant fur les
rives de la Seine , luy aßúra à la
dixiéme année de ſon âge , plus
conquestes qu'il
tems d'en fouhaiter.
de n'avoit eu le
AuſujetdesGuerresCiviles,
voicy comme l'Auteur parle :
Quelles tenebres viennent troublerla
ferenité riante d'un temps
fi agréable&fidoux ! quelles funestes
vapeurs dérobent à nos
yeux ces brillantsflambeaux , la
gloire de cette Monarchie ! Quel
torrent precipité ébranle ces colomnes
, le plus ferme appuy de
144 MERCURE
la Couronne ! La difcordepale
tremblante s'étoit à peine retirée ,
qu'elle revint plus furieuse que
jamais , d'autantplus dangereuse,
qu'armant la France contre la
France même , ſa victoire comme
Sa défaite devoit toujours eftre
fatale al'Etat.
La Paix des Pyrenées & le
Mariage du Roi.
1
Apeinefes Troupes ontpaßé
les Pyrenées , que la Victoire vole
au nom du Heros. De tous côtez
les remparts tombent ,les Villesfe
rendent , les Provinces s'ouvrent,
la conſternationſe répand ; l'Efpagne
tremble jusques dans fes
fondements.
GALANT. 145
fondements. Espagne , raffeuretoy
? tu as moins àaccrraaiinnddrree qquu''àà
efperer de Loüis . L'alliance qu'il
te prepare ,fera pourtoy un éternel
monument de gloire , er la
preuve la plus certainedefa bonte;
tu as un threſor plus précieux
que tes richeſſes , pour luy faire
un preſent qui n'est pas indigne de
luy ; l'olive croit dans ton propre
fein. LachaſteColombeportant le
rameau pacifique , vint au-devant
de Loüis ,&ſe donna ellemême
pourgage de la Paix qu'-
elle venoit aßûver.
Sieges de Mons & de Namur.
Janvier 1716. N
146 MERCURE
Deuxfamenfes Places , reftes
orgueilleux d'une Province belliqueuſe
,ſe flattoient temerairement
d'éternifer leurgloire , &
de braver les plus puiſfants efforts:
la nature , l'artſembloient s'eftre
épuisez pour les rendre imprenables
; les élemens en courroux paroiffoient
armez en leurfaveur :
toute la Ligue rugiſſoit à l'entour.
Quelle entrepriſe parut jamais
plus difficile ,que la Conquête de
ces Places !
Loüis feul lajuge poſſible &
eſt ſeul capable de l'executer. Il
animefes troupes parsaprefence ,
GALANT . 147
1
on
ilpreße les travaux , il vole dans
les lignes , il commande aux attaques
, fon quartier est partout.
Quelfeu éclare tout à coup !
foudroie , on brûle , les Bastions
tombent , les murs , les rochers ſe
fendent,les remparts s'ouvrent ,
les eaux qui couvroient laCampagnefrem
ffent enſe retirant....
quarante jours suffisent pour ôter
le nom d'imprenable à Mons&à
Namur.
Le plus bel endroit eſt ſans
doute le portrait qu'il fait de la
derniere guerre , il y met dans
un beau jour les glorieuſes
Campagnes de S. A. R. Mon
Nij
148 MERCURE
ſeigneur le Duc d'Orleans
voicy une partie de ce qu'il en
dit.
,
Dieu avoit réſervé ceHeros ,
pour raffermir par ses mains
triomphantes une Couronne ébranlée
, pourfaire fleurir nos lauriers
furl'Ebre&fur la Segre , pour
abattre les formidables remparts
du fameux Lerida , autrefois l'écueil
des plus grands Capitaines,
enfin pour renouveller en Catalogne
, &en Arragon tous les prodiges
de Charlemagnefon ayeul.
La ſeconde partie commenceainfi.
Les titres les plus pompeux
GALANT. 149
que le monde accorde àſes Heros ,
neproduisent tout au plus dans
l'esprit, qu'une admiration fterile
&ne peuvent empêcher le coeur
deplaindre enfecret, celui dont on
fait l'éloge ; mais lorsque les vertus
chrétiennes accompagnent les
vertus guerrieres , & politiques
dans celui qu'on love quelle
douce conſolation ſe mêle aux juftes
regrets defa mort !
Il dit plus bas.
د
ADieu neplaiſe qu'à la face
des Autels , j'appelle lumiere , ce
qui ne l'eſt pas . Il n'appartient
qu'àl'antiquité Payenne , de réverer
dans les Rois,jusqu'àleurs
Niij
150 MERCURE
défauts ... eh pourquoi déguiſer
dans un Prince desfoibleſſes, pour
luy ôterla gloire de les avoirréparées
!leplus beau jour n'estpas
Sans nuage, l'astre le plus éclatant
s'éclipse quelquefois ... combien
d'écueils dans ces lieuxoù lefuneste
oubli de la mort s'entretient
Souventpar les charmes de la vie..
ou dans le ſein de l'abondance on
rend heureux les autres parfes
bienfaits , ou en faisant tout
trembler parfa fageße ou parfon
courage , on semble eſtre le Dieu
des mortels , remplißant le monde
àfon gréd'amour ou de crainte ,
deſurpriſe ou d'admiration.
GALANT. 151
4
L'Orateur dit ailleurs .
Si Loüis aouvert lesyeuxfur
les chofes de la terre ,
de combien
de vertus a- t-il orné un coeur ,
dont il a reconnuque ce monde n'étoit
pas digne ... Dieu aime fur
tout à triompher du coeur desRois ,
pour faire un chef- d'oeuvre de fa
mifericorde de ce
d'oeuvre de fa puiſſance.
Plus bas .
esté le chef- de cequi a esté.
Jamais il ne parutfireſpectable,
fi brillant d'éclat & de gloire ,
que lors qu'il s'humilioit devant
l'Arche nouvelle , adorant avec
une foy vive , la Majesté de
Dieu, ſous les voiles facrezqui
l'anéantiffent. Ninj
152 MERCURE
Dans un autre endroit.
Je ne viens plus louer un
Monarque qui a fait tout trembler
par sa puiſſance ; mais je
viens pleurer un Roy la victime
il n'attend pas de la mort ...
qu'on l'avertiſſe, il connoist luymesme
le danger , Cognovit occafum
fuum , lavé dans le
bainfalutaire de la Penitence ,
humilié , contrit , il reçoit laVi-
Etime adorable qui vivifie les
mourants par legage de l'immortalité
. Ilfent lapoudre retourner
eenn poudre ,&
....
nese trouble
point; il entend des foupirs
& des voeux mêlez avec trifGALANT.
153
teffe , es ne s'afflige pas à la vûc
du danger qui le menace. Il est le
Seul qui ne craintpas .
Ala fin ,l'Orateur dit , en
parlant du jeune Roy ,
C'est un Soleil qui ſe leve ,
&qui nous promet les jours les
plus beaux&les plus ferains. Il
n'ébloüitpas encore ; mais il commence
à ravir nos yeux. Déja il
ranime les cendres de fon illuftre
Bifayeul. Mille vertus naiffantes
ne nous font- elles pas esperer,
qu'un jour il égalera sa gloire ,
s'il ne lafurpaſſe point.
Quel bonheurpourluy , de retrouver
laſageſſe de ſon Pere ,
154 MERCURE
la bonté de fon Ayeul , la magnanimité
defon Bifayeul , fi
glorieusement reunies dans ce
GRAND PRINCE ,
que ſesſublimes&heroïques ta-
Lens , que nos voeux & noftre
choix auroient appellé à l'administration
de cette Monarchie , fi
faRoyalenaiſſance ne la luy avoit
destiné.C'estluy qui confervera
tous nos Traitez , qui fera
reviore le Commerce , qui ra .
menera les richeßes & l'abondance
, qui réparera une perte ,
qui ,ſans luy, auroit esté irreparable.
C'eſt luy que le Ciel a re-
Servépour estre à la France une
GALANT. 155
resource certaine , dans une affiction
fi generale ,&dans un
fipreffant besoin pour eftre le
Souveraindépositaire de la puiffance&
de l'autorité Royale ;
&pourſervir de modele & de
guide au jeune Roy Zelé pour
la Foy , il luy donnera parfon
attachement à la Religion , des
fentimens dignes du Fils aisné
de l'Eglife. Genereux , équitable,
il le formera à laplus hautewaleurparses
grands exemples ,&
àlaJusticeparſes ſages conſeils.
Bon , pacifique , il luy inſpirera
par sa clemence , la bonté pour
fespeuples,&l'amourde lapaix.
1
156 MERCURE
Toujours appliqué , il luy enfei
gnera par fa laborieuse vigilance
, que les foins doivent eftre
meſlez avec la douceur du Thrône.
Digne de regner luy-même ,
quel Prince fut jamais plus capable
que Philippes , d'enſeigner
l'art de regner.
Tout ce Diſcours en general
eſt rempli de beauté , & j'en
aurois fait un extrait plus étendu
, s'il n'étoit pas entre les
mains du publicqui eſt le Maître
de le trouver imprimé
chez le ſieur Loüis Guerin rue
S.Jacques , vis-à- vis la rue des
Mathurins , à S. Thomas d'A
GALANT. 157
quin ,&chez la veuve de Pierre
Bienfait fur le Quay des Augustins
, à l'Image Saint Pierre.
J'aurois entrepris de donner
au public un extrait du Difcours
que M. de la Motte a
prononcé dans l'Academie , à
la louange du Roy , fila grande
réputation de M. de la
Motte ne me preſcrivoit pas
de renvoyer le lecteur àl'Original
.
Il en eſt à mon égard de
même de l'Oraiſon Funebre
que M. l'Abbéde BarcosDocteur
de Sorbonne , Grand
Vicaire de Monſeigneur l'Ar-
,
15 MERCURE
chevêque de Lyon , a prononcée
dans l'Egliſe des Carmelites
de cette Ville , le cinq du
mois paffé. Ce Diſcours eſt un
chef-d'oeuvre d'Eloquence,&
un Tiflu continuel de grands
traits , plein de penſées neuves
exprimées avec toute la nobleſſe
de l'art. J'ay cû pour M.
l'Abbé deBarcos le même refpect
que pour M.dela Motte ,
&j'ay ſenti qu'il ne m'étoit
pas poſſible de faire l'extrait de
fonDifcours , ou plutôt qu'en
entreprennant de le faire , je
tomberois à chaque inſtant
dans la neceſſité de le copier
GALANT. 159
preſque entierement.
de la Fargue a prononcée
dans l'Abbaye Royale de Saint
Cyr , le 6. du mois paffé
eſt incontestablement de ce
nombre. Elle eſt revêtue de
tous les ornemens de l'Eloquence
, & M. l'Abbé de la
Fargue n'y a omis aucune des
circonstancesglorieuſes que la
verité attache à la memoire du
Roy. Elle eſt en unmot remplie
detoute l'érudition& de
tous les ſentimens de pieté qui
peuvent diftinguer unOrateur
142 MERCURE
tel que M. l'Abbéde la Fargue.
Sa diviſion elt :un Roy trésmagnanime
, un Roy trés Chrétien.
Il apostrophe ainſi la
mort dans l'éxorde .
O mort !funeste mort ! vienstu
ravir d'un foul coup tant de
moiffons de gloire ,& finir des
jours fi prétieux. Plus puiſſante
que toute l'Europe ensemble , tu
triomphe de celuy qui a ſçû triompher
de tout , tu peux te vanter
de la dépoülle la plus glorieuse
que tu aye jamais remportée.
Pour conduire àla Paix de
Munster :il dit
٠١٠
Plus d'un laurier avoit déja
GALANT 143
ornéfon fceptre , lorsque l'olive
jalouſe prit plaisir àla couronner.
Bientoft la Paix volant fur les
rives de la Seine , luy aßúra à la
dixiéme année de ſon âge , plus
conquestes qu'il
tems d'en fouhaiter.
de n'avoit eu le
AuſujetdesGuerresCiviles,
voicy comme l'Auteur parle :
Quelles tenebres viennent troublerla
ferenité riante d'un temps
fi agréable&fidoux ! quelles funestes
vapeurs dérobent à nos
yeux ces brillantsflambeaux , la
gloire de cette Monarchie ! Quel
torrent precipité ébranle ces colomnes
, le plus ferme appuy de
144 MERCURE
la Couronne ! La difcordepale
tremblante s'étoit à peine retirée ,
qu'elle revint plus furieuse que
jamais , d'autantplus dangereuse,
qu'armant la France contre la
France même , ſa victoire comme
Sa défaite devoit toujours eftre
fatale al'Etat.
La Paix des Pyrenées & le
Mariage du Roi.
1
Apeinefes Troupes ontpaßé
les Pyrenées , que la Victoire vole
au nom du Heros. De tous côtez
les remparts tombent ,les Villesfe
rendent , les Provinces s'ouvrent,
la conſternationſe répand ; l'Efpagne
tremble jusques dans fes
fondements.
GALANT. 145
fondements. Espagne , raffeuretoy
? tu as moins àaccrraaiinnddrree qquu''àà
efperer de Loüis . L'alliance qu'il
te prepare ,fera pourtoy un éternel
monument de gloire , er la
preuve la plus certainedefa bonte;
tu as un threſor plus précieux
que tes richeſſes , pour luy faire
un preſent qui n'est pas indigne de
luy ; l'olive croit dans ton propre
fein. LachaſteColombeportant le
rameau pacifique , vint au-devant
de Loüis ,&ſe donna ellemême
pourgage de la Paix qu'-
elle venoit aßûver.
Sieges de Mons & de Namur.
Janvier 1716. N
146 MERCURE
Deuxfamenfes Places , reftes
orgueilleux d'une Province belliqueuſe
,ſe flattoient temerairement
d'éternifer leurgloire , &
de braver les plus puiſfants efforts:
la nature , l'artſembloient s'eftre
épuisez pour les rendre imprenables
; les élemens en courroux paroiffoient
armez en leurfaveur :
toute la Ligue rugiſſoit à l'entour.
Quelle entrepriſe parut jamais
plus difficile ,que la Conquête de
ces Places !
Loüis feul lajuge poſſible &
eſt ſeul capable de l'executer. Il
animefes troupes parsaprefence ,
GALANT . 147
1
on
ilpreße les travaux , il vole dans
les lignes , il commande aux attaques
, fon quartier est partout.
Quelfeu éclare tout à coup !
foudroie , on brûle , les Bastions
tombent , les murs , les rochers ſe
fendent,les remparts s'ouvrent ,
les eaux qui couvroient laCampagnefrem
ffent enſe retirant....
quarante jours suffisent pour ôter
le nom d'imprenable à Mons&à
Namur.
Le plus bel endroit eſt ſans
doute le portrait qu'il fait de la
derniere guerre , il y met dans
un beau jour les glorieuſes
Campagnes de S. A. R. Mon
Nij
148 MERCURE
ſeigneur le Duc d'Orleans
voicy une partie de ce qu'il en
dit.
,
Dieu avoit réſervé ceHeros ,
pour raffermir par ses mains
triomphantes une Couronne ébranlée
, pourfaire fleurir nos lauriers
furl'Ebre&fur la Segre , pour
abattre les formidables remparts
du fameux Lerida , autrefois l'écueil
des plus grands Capitaines,
enfin pour renouveller en Catalogne
, &en Arragon tous les prodiges
de Charlemagnefon ayeul.
La ſeconde partie commenceainfi.
Les titres les plus pompeux
GALANT. 149
que le monde accorde àſes Heros ,
neproduisent tout au plus dans
l'esprit, qu'une admiration fterile
&ne peuvent empêcher le coeur
deplaindre enfecret, celui dont on
fait l'éloge ; mais lorsque les vertus
chrétiennes accompagnent les
vertus guerrieres , & politiques
dans celui qu'on love quelle
douce conſolation ſe mêle aux juftes
regrets defa mort !
Il dit plus bas.
د
ADieu neplaiſe qu'à la face
des Autels , j'appelle lumiere , ce
qui ne l'eſt pas . Il n'appartient
qu'àl'antiquité Payenne , de réverer
dans les Rois,jusqu'àleurs
Niij
150 MERCURE
défauts ... eh pourquoi déguiſer
dans un Prince desfoibleſſes, pour
luy ôterla gloire de les avoirréparées
!leplus beau jour n'estpas
Sans nuage, l'astre le plus éclatant
s'éclipse quelquefois ... combien
d'écueils dans ces lieuxoù lefuneste
oubli de la mort s'entretient
Souventpar les charmes de la vie..
ou dans le ſein de l'abondance on
rend heureux les autres parfes
bienfaits , ou en faisant tout
trembler parfa fageße ou parfon
courage , on semble eſtre le Dieu
des mortels , remplißant le monde
àfon gréd'amour ou de crainte ,
deſurpriſe ou d'admiration.
GALANT. 151
4
L'Orateur dit ailleurs .
Si Loüis aouvert lesyeuxfur
les chofes de la terre ,
de combien
de vertus a- t-il orné un coeur ,
dont il a reconnuque ce monde n'étoit
pas digne ... Dieu aime fur
tout à triompher du coeur desRois ,
pour faire un chef- d'oeuvre de fa
mifericorde de ce
d'oeuvre de fa puiſſance.
Plus bas .
esté le chef- de cequi a esté.
Jamais il ne parutfireſpectable,
fi brillant d'éclat & de gloire ,
que lors qu'il s'humilioit devant
l'Arche nouvelle , adorant avec
une foy vive , la Majesté de
Dieu, ſous les voiles facrezqui
l'anéantiffent. Ninj
152 MERCURE
Dans un autre endroit.
Je ne viens plus louer un
Monarque qui a fait tout trembler
par sa puiſſance ; mais je
viens pleurer un Roy la victime
il n'attend pas de la mort ...
qu'on l'avertiſſe, il connoist luymesme
le danger , Cognovit occafum
fuum , lavé dans le
bainfalutaire de la Penitence ,
humilié , contrit , il reçoit laVi-
Etime adorable qui vivifie les
mourants par legage de l'immortalité
. Ilfent lapoudre retourner
eenn poudre ,&
....
nese trouble
point; il entend des foupirs
& des voeux mêlez avec trifGALANT.
153
teffe , es ne s'afflige pas à la vûc
du danger qui le menace. Il est le
Seul qui ne craintpas .
Ala fin ,l'Orateur dit , en
parlant du jeune Roy ,
C'est un Soleil qui ſe leve ,
&qui nous promet les jours les
plus beaux&les plus ferains. Il
n'ébloüitpas encore ; mais il commence
à ravir nos yeux. Déja il
ranime les cendres de fon illuftre
Bifayeul. Mille vertus naiffantes
ne nous font- elles pas esperer,
qu'un jour il égalera sa gloire ,
s'il ne lafurpaſſe point.
Quel bonheurpourluy , de retrouver
laſageſſe de ſon Pere ,
154 MERCURE
la bonté de fon Ayeul , la magnanimité
defon Bifayeul , fi
glorieusement reunies dans ce
GRAND PRINCE ,
que ſesſublimes&heroïques ta-
Lens , que nos voeux & noftre
choix auroient appellé à l'administration
de cette Monarchie , fi
faRoyalenaiſſance ne la luy avoit
destiné.C'estluy qui confervera
tous nos Traitez , qui fera
reviore le Commerce , qui ra .
menera les richeßes & l'abondance
, qui réparera une perte ,
qui ,ſans luy, auroit esté irreparable.
C'eſt luy que le Ciel a re-
Servépour estre à la France une
GALANT. 155
resource certaine , dans une affiction
fi generale ,&dans un
fipreffant besoin pour eftre le
Souveraindépositaire de la puiffance&
de l'autorité Royale ;
&pourſervir de modele & de
guide au jeune Roy Zelé pour
la Foy , il luy donnera parfon
attachement à la Religion , des
fentimens dignes du Fils aisné
de l'Eglife. Genereux , équitable,
il le formera à laplus hautewaleurparses
grands exemples ,&
àlaJusticeparſes ſages conſeils.
Bon , pacifique , il luy inſpirera
par sa clemence , la bonté pour
fespeuples,&l'amourde lapaix.
1
156 MERCURE
Toujours appliqué , il luy enfei
gnera par fa laborieuse vigilance
, que les foins doivent eftre
meſlez avec la douceur du Thrône.
Digne de regner luy-même ,
quel Prince fut jamais plus capable
que Philippes , d'enſeigner
l'art de regner.
Tout ce Diſcours en general
eſt rempli de beauté , & j'en
aurois fait un extrait plus étendu
, s'il n'étoit pas entre les
mains du publicqui eſt le Maître
de le trouver imprimé
chez le ſieur Loüis Guerin rue
S.Jacques , vis-à- vis la rue des
Mathurins , à S. Thomas d'A
GALANT. 157
quin ,&chez la veuve de Pierre
Bienfait fur le Quay des Augustins
, à l'Image Saint Pierre.
J'aurois entrepris de donner
au public un extrait du Difcours
que M. de la Motte a
prononcé dans l'Academie , à
la louange du Roy , fila grande
réputation de M. de la
Motte ne me preſcrivoit pas
de renvoyer le lecteur àl'Original
.
Il en eſt à mon égard de
même de l'Oraiſon Funebre
que M. l'Abbéde BarcosDocteur
de Sorbonne , Grand
Vicaire de Monſeigneur l'Ar-
,
15 MERCURE
chevêque de Lyon , a prononcée
dans l'Egliſe des Carmelites
de cette Ville , le cinq du
mois paffé. Ce Diſcours eſt un
chef-d'oeuvre d'Eloquence,&
un Tiflu continuel de grands
traits , plein de penſées neuves
exprimées avec toute la nobleſſe
de l'art. J'ay cû pour M.
l'Abbé deBarcos le même refpect
que pour M.dela Motte ,
&j'ay ſenti qu'il ne m'étoit
pas poſſible de faire l'extrait de
fonDifcours , ou plutôt qu'en
entreprennant de le faire , je
tomberois à chaque inſtant
dans la neceſſité de le copier
GALANT. 159
preſque entierement.
Fermer
4231
p. 145-163
Discussion Sommaire de la construction d'une premiere partie de la Carte d'Asie, par M. D'ANVILLE.
Début :
Ayant mis au jour des Cartes très amples de l'Amérique Septentrionale, [...]
Mots clefs :
Carte, Asie, Lieu, Géographie, Détail, Cartes, Mer, Sujet, Étendue, Feuilles, Position, Distance, Projection, Constantinople, Carte d'Asie, Discussion, Espace, Anciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discussion Sommaire de la construction d'une premiere partie de la Carte d'Asie, par M. D'ANVILLE.
Discussion Sommaire de la construction d'une
premiere partie de la Carte d'Asie, par
M. D'ANVILLE.
Ayant mis au jour des Cartes très amples
de l'Amérique Septentrionale,
de la Méridionale, & de l'Afrique, qui
se sont succédées les unes aux autres, je
me suis déterminé à composer celle de l'A-
sie; nonobstant que la difficulté de traiter
convenablement ce morceau de Géogra-
phie, aussi intéressant qu'il est vaste, ine
fût connue. Il ne me convenoit pas de
macquitter de ce travail plus legérement
que des Cartes précédentes , d'autant
moins que celle de l'Asie pouvoit tirer de
beaucoup de choses nouvelles dans le dé-
tail, un avantage aussi évident que de la
disposition des parties en général. Ce sujet
ne devoit donc pas être ressérré dans des
bornes, qui ne pussent admettre ce qu'un
assemblable considérable de marériaux, &
une longue étude lui avoient acquis. En
donnant à la Carte de l'Asie, l'étendue &
la richesse qui étoient nécessaires, pour
la rendre plus utile & plus satisfaisante,
146 MERCURE DE FRANCE.
c'étoit procurer à la Géographie tout le
prosit qu'elle peut retirer des bienfaits,
par lesquels Monseigneur le Duc d'Orleans
veut bien faciliter les ouvrages, que ce
grand Prince a daigné me proposer de
faire.
Par ces considérations, en entrepre-
nant la Carte de l'Asie, il m'a paru qu'il
ne lui falloit pas moins de six feuilles;
en se tenant même un peu au-dessous de
l'étendue d'échelle, sur laquelle j'ai dressé
les Cartes de l'Amérique. J'ai commen-
cé de traiter mon sujet, comme ne de-
vant composer qu'un seul morceau, par
l'union des fix feuilles; l'assujettissant à
une projection en concave, qui par la
pression & l'enfoncement même qu'elle
fait de la surface convexe d'une partie
quelconque du Globe, en resserre le mi
lieu, & dilate les extrémités; & l'effet
doit en être fort sensible dans une Carte
de l'Asie, vû la grande étendue qu'elle
prend sur le Globe. Le mérite de cette
projection consiste, à faire que les méri-
diens coupent par tout les parallelles per-
pendiculairement, comme sut la surface
sphérique: mais elle a un inconvénient
considérable, par l'inégalité que produit
ce contraste de ressetrement & de dilata-
tion, qui est de ne point admettre une
Digisitues vo 300
MARS. 1792.
741
mesure égale pour les distances: de ma-
niere que dans le cas, où l'on veuille se
servir d'une échelle, on soit obligé de
s'en faire une particuliere en chaque en-
droit de la Carte, rélativemend à la gra-
duation qui lui est propre, ou à ce qui se
rencontre d'intervalle entre les paralleles.
Outre cet inconvénient, je n'ai pum en
dissimuler un autre, qui est l'étendue de
six feuilles, pour former une seule Car-
te, ce qui peut paroître incommode dans
l'usige. On renfermera dans le porte-
feuille, ou dans un Atlas, une Carte de
deux feuilles, mais non pas une Carte
de six feuilles assemblées.
Quoique j'eusse employé près de six
mois à travailler sur le plan que je viens
d'exposer, le désir d'en écarter les incon-
véniens que j'y fais observer, m'a déter-
miné à abandonner ce travail, pour re-
commencer sur un plan disférent, &
mieux conçu à ce qui m'a paru. J'ai re-
marqué que mon sujet se pouvoit diviser
en trois parties assez distinctes, à chacune
desquelles je trouvois convenable de don-
ner deux feuilles. Cette division, rédui-
sant à une bien moindre portion de la
surface du globe chaque partie du sujet,
qui par conséquent souffre beaucoup
moins de l'applatissement inévitable sur
G ij
148 MERCURE DEFRANCE.
le papier, j'ai été en état d'user d'une
projection qui maintient l'égalité de me-
sure dans toute l'étendue de la Carte.
Cette projection est exécutée dans l'esprit
de celui des deux modes de projection
décrits par Ptolemée dans les prélimi-
naires de sa Géographie, lequel plus dif-
ficile à pratiquer, prend avantage sur l'au-
tre, par la justesse de proportion que l'in-
tervalle des Méridiens doit avoir avec la
distance des paralleles à différentes hau-
teurs. Il est vrai que l'intersection des
Méridiens & des paralleles, ne se fait
pas par tout aussi regulierement que dans
la projection en concave. Mais ce que
produit cet inconvénient en chacune des
trois parties ausquelles j'ai divisé l'Asie,
n est pas, à mon avis, comparable à celui
d'une diversité d'échelle répandue en dif-
férens endroits d'une même Carte.
Voici maintenant quelle est la division
que j'ai faite de l'Asie en trois Cartes:
dans la premiere je me suis étendu de-
puis l'Archipel jusqu'aux bouches du Gan-
ge; & j'y renferme par conséquent la
Turquie, l'Arabie, la Perse, l'Inde en
deçà du Gange, & m'étant élevé jusques
aux Palus-Maeotis inclusivement, cette
hauteur fait entrer dans la Carte la partie
de la Tartarie qui se joint à la Perse & à
MARS. 1752.
149
l'Inde: dans la seconde, en reprenant les
bouches du Gange, l'Inde au delà de ce
fleuve est jointe à la Chine, & à celle-ci
le Tibet, & la partie de la Tartarie qu'on
peut appeller Chinoise. Le Japon se ren-
contre à la hauteut du Nord de la Chi-
ne; & on juge bien que les Isses de l'Asie,
Sumatra, Java, Borneo, les Moluques,
& les Philippines, sont comprises dans le
même carré de Carte. Enfin la troisième
Carte representera tout le Nord de l'Asie,
depuis la frontiere de l'Europe, jusqu'à
la mer Orientale, entre la mer Caspienne
d'une part, & la mer Glaciale de l'autre.
A l'égard des deux premières parties, les
deux fcuilles dont chacune est composée,
sont nécessairement l'une au-dessus de
l'autre; la troisième partie ayant son éten-
due d'Occident en Orient, les feuilles s'y
rangent l'une à côté de l'autre. On doit
sentir que c'est la forme & la convenance
des Continens qui décide souverainement
de cette disposition des feuilles; & j'ose
dire, qu'on ne peut la vouloir autrement
sans absurdité.
Mais, dira-t-on peut-être, on voudroit
avoir l'Asie rassemblée en une Carte, pour
saisir aisément & d'un coup d'oil le rap-
port des différentes contrées qu'elle ren-
ferme. A cela je réponds, que me propo-
G uij
450 MERCURE DEFRANCE.
sant de dresser incessamment deux gtands
hémispheres, on y verra l'Asie aussi éten-
due que dans une feuille, ce qui tiendra
bien licu d'une Carte générale de cette
partie du Monde: & ce que je dis actuel-
sement de l'Asie, conviendra de même à
l'Amérique & à l'Afrique, vû la maniere
également ample & étendue, dont je les
ai représentées dans les Cartes qui ont
précédé celle de l'Asie. Mais au lieu de
chercher à reprendre sur la forme, que
l'on considere le grand fond de Géogra-
phie que renfermera la nouvelle Carte
d'Asie; & qui est tel, que si on excepte
quelques endroits particuliers, où en
certains cas on désireroit les Cartes les
plus circonstanciées, & même quelque
fois des plans plutôt que des Cartes, il.
fournit de quoi satisfaire amplement au
besoin, &, rend superflu un grand nom-
bre d'autres morceaux Géographiques
qui n'y suppléeroient même pas également
par tout, sans parler du plus ou moins
de justesse dans la manière de traiter les
mêmes choses.
Des trois parties de la Carte d'Asie,
la premiere est fortie des mains du Gra-
veur, & rendue publique: la seconde
s'exécute actuellement au burin, & je
suis occupé à dresser la troisième. S'il
MARS. 1752.
151
étoit question d'analyser fort en dérail
tous les moyens employés à la composi-
tion de ces divers morceaux, & sur tout
de la premiere partie, il en résulteroit un
gros volume. Ce n est donc pas mon ob-
jet actuel, quelque persuadé que je sois
de l'utilité d'une semblable discussion pour
le fond de la Géographie, & pour faire
connoître en même tems ce qu'il falloit
de recherches & d'étude pour mettre cet
Ouvrage dans l'état où on le produit.
Mais il semble que le coup d'œil de la
Carte, & quelque comparaison avec cel-
les qu'on avoit auparavant, préviendront
sur ce suiet; & je me contenterai ici d'une
exposition succinte des principales cir-
constances, & de ce qui domine plus gé-
néralement dans la Carte, & influe da-
vantage dans sa composition.
IIny a point de morceau de Géographie
que j'aye autant travaillé, & dont je sois
plus flaté, s'il m est permis de le dire, que
ce qui est compris dans la Carte d'Asie
depuis la Propontide ou Mer de Marmara
jusqu'à Ormus. Je n'exagererai point en
disant, que j ai employé plusieurs an nées
à étudier à plusieurs reprises, & à repeter
divers essais de composition sur les diffé-
rentes parties renfermées dans cet espace.
Rien en effet de plus interessant dans la
G iiij.
152 MERCURE DE FRANCE.
Géographie, par la liaison de l'ancienne
avec la moderne, par les évenemens his-
toriques qui ont rapport à ces contrées
par les routes des Voyageurs qui les ont
traversées. En m'expliquant sur ce sujet,
comme d'un Ouvrage dont je suis flaté,
ce n'est pas que je croye y avoir mis le
dégré de perfection qui seroit à désirer.
Il est bien constant que la Carte d'Euro-
pe aura plus de précision; que dans
l'Asie même, la partie de la Chine que
l'ont doit aux RR. PP. Jesuites, est plus
décidée dans les circonstances locales. Mais
il faut considérer l'état auquel j'ai trouvé
les choses, & le point duquel je suis par-
ti. Pour peu que l'on confronte à la nou-
velle Carte d'Asie, ce qui existoit an-
térieurement sur les Pays contenus dans
l'espace dont il est question, on ne dis-
conviendra pas que la Géographie de ces
Pays nait bien changé de face; ensorte
que l'expression du détail, indépendam-
ment de ce qui concerne la disposition gé-
nérale, ait tout le mérite de la nou-
veauté.
Les diverses parties qui composent ce
grand espace, ayant fait le sujet de plu-
sieurs morceaux que j'ai traités en parti-
culier, & plus en grand qu'ils ne pa-
toissent dans la Carte d'Asie; lorsqu'il
MARS. 1752. 153
a été question de les y faire entrer,
& de les réduire, j'ai voulu ne perdre
que le moins de circonstances qu'il étoit
possible, par un sentiment quin est point
à blâmer, & qui tourne au profit du Pu-
blic. De-là vient que cette partie de la
Carte est extrêmement chargée: & si on
m'en faisoit reptoche, bien loin d'en être
touché, je dirois volontiers que c'est bien
malgré moi, & par faute de connoissan-
ce, qu'en d'autres parties la Carte ne se
soutient pas sur le même ton. Il ne con-
venoit pas aussi de prendre le parti de
faire la Carte plus grande, par la consi-
dération d'un Canton en particulier,
lorsque l'étendue de cette Carto est suffi-
sante à ce qu'elle contient d'ailleurs, &
que dans la combinaison qui a servi à
déterminer la grandeur du point de la-
Carte d'Asie en sa totalité, il falloit avoir
plus d'égard à l'universalité du sujet, qu'à
quelques-unes de ses parties.
Cette richesse de détail, sur ce qu'il est
plus essentiel de connoître en Asie, est le
fruit d'une recherche qui auroit voulu tout
épuiser. Pour donner la forme & les cou-
leurs aux objets réprésentés, toute l'An-
riquité, y compris même les principaux
Auteurs Byzantins, & non-seulement ceux-
des Orientaux qui ont traité spécialement
G.V
154 MERCURE DE FRANCE.
de la Géographie, mars aussi plusieurs de
leurs Historiens, avec ce que les récits
plus on moins bien circonstanciés des
Voyageurs y peuvent ajoûter, ont été mis
en œeuvre. J'ai véritablement pris le plus
vif intérêt à cette partie du Continent de
l'Asie. Car dès l'an 1727 & 28, j'en avois
dressé une Carte, qui quoique avec quel-
que amélioration, me déplairoit aujour-
d'hui, si dès-lors je l'avois publiée. Entre
les Géographies Orientales, outre celles
de l'Edrisi & d'Abulfeda, une Géogra-
phie Turque, intitulée Gehan-numa, ou
le miroir du Monde, compilée par Kia-
tib-Shelebi, m'a instruit de beaucoup de
circonstances particulieres à l'égard de di-
verses contrées, mais sur tout en ce qui
regarde l'Asie-Mineure. L'Ambassadeur
Turc qui est venu en France en dernier
lieu, mavoit fait connoître cette Geo-
graphie par plusieurs morceaux, qu'il
avoit eu la complaisance de m'expliquer:
mais elle a été traduite par M. Armain,
à la sollicitation de M. Melot, Confrere
de M. l'Abbé Sallier, dans la place de
Garde de la Bibliotheque du Roi. Au res-
te, je souhaiterois que cette Géographie
fût connue; on sentiroit ce qu'il falloit
employer d'étude & de cririque, & com-
bien d'autres instructions devoient con-
MARS. 1752.
courir, pour donner un état de solidité
& de justesse à la réprésentation Géogra-
phique. Je suis obligé de m'expliquer sut
ce sujet pat rapport à ceux qui croyent
sans aucun examen, que l'espéce de cer-
tains matériaux suffit pour faire tout le
mérite d'un Ouvrage, & qui ne font au-
cune attention au sçavoir, & j'ose dire à
l'intelligence, nécessaires pour en faire
usage & s'en bien servir.
Je vais maintenant entrer dans quelque
détail de ce que contient la premiere par-
tie de la Carte d'Asie. En partant de la-
position de Constantinople, déterminée
en longitude comme en latitude, si l'on
commence par s'avancer le long des bords
de la Mer noire, on ne peut micux se
gouverner pour la distance des lieux, que
par les indications que les aneiens Périples
de cette Mer nous en donnent dans un
fort grand détail, tant en mesure de sta-
des qu'en milles; & la comparaison de
ces différentes mesures sert même à véri-
fier chaque distance particuliere. D'ail-
leurs, on ne se méprend point sur le rap-
port des noms anciens & des modernes
qui presque tous conservent entt'eux sur
le bord Méridional du Pont-Euxin une
analogie évidente. Comme je me propose
d'être fott abrégé dans cette analyse, je
G vj
156 MERCURE DEFRANCE.
ne ferai point d'énumération des lieux
qui se retrouvent de cette maniere. Lors-
que je publierai les Cartes du Monde Ro-
main, il sera aisé d'en faire la remarque,
en conférant la réprésentation de l'ancien-
ne Géographie avec la moderne. Ce qui
m'a soutenu en latituce dans cette course
d'Occident en Orient, le long du rivage
de la Mer Noire; c'est de sçavoir qu'à Si-
nub ou Sinope elle est à peu près la mê-
me que celle de Constantinople. Il me pa-
roît incontestable, qu'au de-là de Sino-
pe, la Mer Noire forme un Golfe pro-
fond, tanti recessus, dit Pline, que l'Asie
en devient peninsule: & ce qui me per-
suade que le fond de ce Golfe est à peu
près bien établi dans ma Carte, c'est
d'avoir recueilli des Anciens la mesure
d'espace qui convient entre ce Golphe &
le rivage de la Méditerranée aux environs.
de Tarse & d'Issus, dont la latitude ne
sçauroit être fort incertaine, vû le rap-
port immédiat de ces points & leur pro-
ximité avec celui d'Alexandrette, détermi-
né par observation. Instruits même par les
Anciens, que la longitude du Sinus Ami-
senus qui est celui dont je parle, répond
à celle du Golfe d'Issus, il est remarqua-
ble que la détermination quon a d'A-
lexandrette en longitude, soit propre à
157
MARS. 1752.
justifier celle où le Golfe en question se
range en effet dans la composition de la
Carte.
J'ai dit que les anciens Périples du
Pont-Euxin nous fixoient de lieu en lieu
par des distances le long de cette Mer: ils
en font même le circuit entier, pour ré-
pondre au titre de Périple: mais le dé-
tail qu'ils donnent se signale surtout jus-
qu'à Trébisonde, & jusqu'à l'extrémité
de la Colchide. Nous sommes fixés en la-
ticude à Trébisonde par les observations
du Pere Beze, Jésuite; & selon qu'At-
rien l'a remarqué, la côte de cette Mer
jusqu'à l'embouchure de l'Apsarus, qui
est sous le Château de Goné, court gé-
néralement parlant vers l'Est; & depuis la
bouche du Phase, elle commence à s'in-
cliner du Nord vers le Couchant, ce der-
nset point étant confirmé parl'orientement
d'une Carte particuliere de la Mingrelie,
publiée par Thevenot.
De l'extrémité de la Colchide à Dios-
curias ou Isgaur, on se replie vers le Bos-
phore Cimmérien. La position de ce Bos-
phore dépend d'ailleurs de son rapport au-
point d'Azof, en corrigeant quelques
Cartes récentes sur la longueur du Palus
Moeotis, où il est constamment trop rac-
courci, puisqu'il y a des mesures tant an-
158 MERCUREDE FRANCE.
cieunes que modernes qui le déterminent
plus allongé. La position d'Azof est con-
clue d'une correspondance établie avec
celle de Moskou, par le moyen du cours
du Don, levé dans le plus grand détail,
par le Vice-Amiral Cruys, sous le regne
de Pierre I. Car le rapport de position
entre Moskou & Woronez, où commen-
ce la grande Carte du Don, ne paroît pas
fusceptible de quelque erreur considéra-
ble, si on le tire de la Carte de l'Empire
de Russie, publiée par l'Académie de Pe-
tersbourg, dont ces positions font en
quelque manière le centre. Je ne dirai
rien ici du reste de la Mer Noire, patce
que cette partie interesse plus l'Europe que
l'Asie. Cen est pas qu'elle ne soit autant
travaillée qu'il m'a été possible, & qu'el-
le ne paroisse avec des circonstances qui
mériteroient d'être observées.
Reprenons le point de Constantinople.
La Mer de Marmara & le détroit des
Dardanelles sont l'extrait d'une grande
Carte particuliere que j'en ai dressée aveè
beaucoup d'étude, & qui est accompa-
gnée dans mes papiers d'une discussion
par écrit des positions, distances, &c.
de sorte que j'ai lieu de regarder cette
partie comme une des plus solides de la
Carte. J'en dirai presqu'autant de la côte
***
MARS. 1732.
159
qui succede sur la Mer Egée ou l'Archi-
pel, & des Isses voisines de cette côte
jusqu'à Rhodes inclusivement. On peut
s'appuyer sur une détermination de lon-
gitude à Smyrne, qui influe directement
fur la position de l'ancien Ephese, au-
jourd'hui Aio-zoluk. L'Isse de Rhodes qui
termine certe partie, est décidée dans sa
latitnde par observation.
De Rhodes, en rangeant la côte Mé-
ridionale de l'Asic-Mineure, j'ai cherche
à m'assurer de la distance & de la hauteur
du Cap Kelidom, point important. en ce
que la pointe Occidentale de Cypre s'y
lie par ia combinaison de diverses distan-
ces: & je me tiens presque assuré du jus-
te éloignement où se trouve le point
d'Antalia ou de Satalie, parce qu'indé-
pendamment de la position que donne la
fuite de la côte, j'ai eu lieu d'en vérifier
la distance par la travorse des terres, de-
puis Smyrne. L'Antiquité nous fournit
des mesures très-convenables de l'éten-
due de l'Isse de Cypre d'une pointe à
l'autre, & de l'intervale entre la poin-
re Orientale & l'embouchure du fleuve
Piramus ou Gihon, près de l'ancien Is-
sus. La latitude de certe Isse est assurée
par celle d'Arnako ou Lerneca, observée
par M. de Chazelles. Elle influe même
760 MERCURE DEFRANCE.
fur celle de la côte du Continent opposé,
parce que hous trouvons dans Strabon
une indication de la distance entre le Pro-
montoire Crommyon ou Cap Cormakiti
de Cypre, & la pointe d'Anemur. De
cette pointe située en position intermé-
diaire d'Antalia & de la bouche du Py-
rame, la côte s'élevant insensiblement
vers le Nord, forme un enfoncement de
Mer, au sommet duquel Tarse se rencon-
tre. C'est par cet enfoncement, repon-
dant à celui du Golfe d'Amisus dont j'ai
parlé, que l'Asie se trouve resserrée dans
un espace qui ne vaut sur la Carte que
trois dégrés de la graduation de latitu-
de; ce qu'il seroit aisé de justifier, en
fixant même la hauteur qui convient à
Césarée de (appadoce dans cet intervale,
si je pouvois me permettre toute cette
discussion dans un écrit aussi abregé que
celui ci: & il faut convenir que la con-
noissance de ces régions interessoit assez
les Anciens, & leur étoit assez familiere,
pour qu'ils méritent d'en être crus.
Diverses routes tirées ou des Itinérai-
res Romains, ou décrites par des voya-
geurs modernes, se sont jointes au détail
de la Géographie Turque, pour fixer un
grand nombre de points dans l'intérieur
de l'Asie mineure. Je compte que la posi-
MARS.
1752.
161
tion de Bursa, rapportée à Constantinople,
est établie avec quelque précision. J'ai ap-
porté une attention particuliere à recon-
noître celle d'Angora, celle de Konié; &
je les juge surtout convenables, par rap-
port à leur distance de divers points qui
sont en liaison immédiate avec la position
de Constantinople. Ces points d'Angora
& de Konié importent d'autant à cet égard,
que de l'un comme de l'autre, par d'autres
distances assez bien déterminées, on est
conduit jusqu'au fameux passage des Pylae
Ciliciæ, dans le voisinage de Tarse; d'où
il reste peu d'intervalle jusqu'à l'entrée de
la Syrie, & au terme que prend la Médi-
terranée près d'Alexandrette. Strabon nous
donne la traversée de l'Asie mineure en-
tiére, depuis Ephèse jusqu'à un lieu situé
sur l'Euphrate, vis à-vis de Melitene ou
Malatia. Et ce lieu qu'il nomme Tomisos,
je l'ai retrouvé subsistant encore sous le
nom actuel de Tzemish, qui ne differe de
l'ancien que par une altération du T. en
Tz. dont je pourrois apporter grand nom-
bre d'exemples.
Je passerois beaucoup trop les bornes
que je me suis prescrites ici, si je me li-
vrois à la discussion d'un plus grand détail,
où le goût & l'intérêt même de la chose
m'entraîneroient assez. Si outre les posi-
162 MERCURE DE FRANCE.
tions de lieu, on examine le cours des ri-
vieres, l'enchaînement & la disposition
des montagnes, & quelques autres cir-
constances, on ne pourra disconvenir que
cette partie de l'Asie n'ait aequis un détail
de connoissance, qu'on ignoroit, ou dont
on étoit mal instruit. La division des con-
trées qui partagent actuellement ce pays,
est dans le cas dont je viens de parler. On
lui donne communément le nom de Nato-
lie en général. Mais, on verra que le nom
d'Ana loli ne convient spécialement qu'à
une de ses parties. Karaman, ou la Cara-
manie, en fait une autre trés-distincte, &
séparée précisément par les limites que
montre la Carte. Ces deux parties ne se
confondent point avec une troisieme, qui
prend quelquefois le nom du licu domi-
nant, de Siwas; mais qui étant propre à
une ville en particulier, est moins conve-
nable pour une région que celui de Roum,
qui lui est donné. Et quand on se rappelle,
que le pays qui étoit resté aux Empereurs
Grecs de Constantinople du tems de l'Em-
pire Mahométan sous les Khalifes, étoit
appellé Roum en général, on n est point
surpris que ce qui faisoit la frontiere de
ce pays, ait conservé cette dénomination,
ce qui mérite bien qu'une carte en instrui-
se. Ces parties ont encore leur subdi vision
MARS. 1752.
163
en Jurisdictions de Sangiaks, qu'on ap-
pelle Liva. Mais, quant à ce détail, pour
lequel l'étendue de la Carte d'Añe ne suffit
pas, un point d'Echelle beaucoup plus
grand dans la Carte d'Europe, qui admet
l'Asie mineure dans son quarré, me pro-
curera la satisfaction de donner une repré-
sentation plus ample de ce même pays. Et
en général, tout ce que la Carte d'Europe
me donnera lieu de répéter de l'Asie plus
en détail, je ne le croirai pas hors de pro-
pos, ni que le Public m'en sçache mauvais
gré.
A l'Asie Mineure je fais succéder la Sy-
rie, &c.
La suite dans le Mercure prochain.
premiere partie de la Carte d'Asie, par
M. D'ANVILLE.
Ayant mis au jour des Cartes très amples
de l'Amérique Septentrionale,
de la Méridionale, & de l'Afrique, qui
se sont succédées les unes aux autres, je
me suis déterminé à composer celle de l'A-
sie; nonobstant que la difficulté de traiter
convenablement ce morceau de Géogra-
phie, aussi intéressant qu'il est vaste, ine
fût connue. Il ne me convenoit pas de
macquitter de ce travail plus legérement
que des Cartes précédentes , d'autant
moins que celle de l'Asie pouvoit tirer de
beaucoup de choses nouvelles dans le dé-
tail, un avantage aussi évident que de la
disposition des parties en général. Ce sujet
ne devoit donc pas être ressérré dans des
bornes, qui ne pussent admettre ce qu'un
assemblable considérable de marériaux, &
une longue étude lui avoient acquis. En
donnant à la Carte de l'Asie, l'étendue &
la richesse qui étoient nécessaires, pour
la rendre plus utile & plus satisfaisante,
146 MERCURE DE FRANCE.
c'étoit procurer à la Géographie tout le
prosit qu'elle peut retirer des bienfaits,
par lesquels Monseigneur le Duc d'Orleans
veut bien faciliter les ouvrages, que ce
grand Prince a daigné me proposer de
faire.
Par ces considérations, en entrepre-
nant la Carte de l'Asie, il m'a paru qu'il
ne lui falloit pas moins de six feuilles;
en se tenant même un peu au-dessous de
l'étendue d'échelle, sur laquelle j'ai dressé
les Cartes de l'Amérique. J'ai commen-
cé de traiter mon sujet, comme ne de-
vant composer qu'un seul morceau, par
l'union des fix feuilles; l'assujettissant à
une projection en concave, qui par la
pression & l'enfoncement même qu'elle
fait de la surface convexe d'une partie
quelconque du Globe, en resserre le mi
lieu, & dilate les extrémités; & l'effet
doit en être fort sensible dans une Carte
de l'Asie, vû la grande étendue qu'elle
prend sur le Globe. Le mérite de cette
projection consiste, à faire que les méri-
diens coupent par tout les parallelles per-
pendiculairement, comme sut la surface
sphérique: mais elle a un inconvénient
considérable, par l'inégalité que produit
ce contraste de ressetrement & de dilata-
tion, qui est de ne point admettre une
Digisitues vo 300
MARS. 1792.
741
mesure égale pour les distances: de ma-
niere que dans le cas, où l'on veuille se
servir d'une échelle, on soit obligé de
s'en faire une particuliere en chaque en-
droit de la Carte, rélativemend à la gra-
duation qui lui est propre, ou à ce qui se
rencontre d'intervalle entre les paralleles.
Outre cet inconvénient, je n'ai pum en
dissimuler un autre, qui est l'étendue de
six feuilles, pour former une seule Car-
te, ce qui peut paroître incommode dans
l'usige. On renfermera dans le porte-
feuille, ou dans un Atlas, une Carte de
deux feuilles, mais non pas une Carte
de six feuilles assemblées.
Quoique j'eusse employé près de six
mois à travailler sur le plan que je viens
d'exposer, le désir d'en écarter les incon-
véniens que j'y fais observer, m'a déter-
miné à abandonner ce travail, pour re-
commencer sur un plan disférent, &
mieux conçu à ce qui m'a paru. J'ai re-
marqué que mon sujet se pouvoit diviser
en trois parties assez distinctes, à chacune
desquelles je trouvois convenable de don-
ner deux feuilles. Cette division, rédui-
sant à une bien moindre portion de la
surface du globe chaque partie du sujet,
qui par conséquent souffre beaucoup
moins de l'applatissement inévitable sur
G ij
148 MERCURE DEFRANCE.
le papier, j'ai été en état d'user d'une
projection qui maintient l'égalité de me-
sure dans toute l'étendue de la Carte.
Cette projection est exécutée dans l'esprit
de celui des deux modes de projection
décrits par Ptolemée dans les prélimi-
naires de sa Géographie, lequel plus dif-
ficile à pratiquer, prend avantage sur l'au-
tre, par la justesse de proportion que l'in-
tervalle des Méridiens doit avoir avec la
distance des paralleles à différentes hau-
teurs. Il est vrai que l'intersection des
Méridiens & des paralleles, ne se fait
pas par tout aussi regulierement que dans
la projection en concave. Mais ce que
produit cet inconvénient en chacune des
trois parties ausquelles j'ai divisé l'Asie,
n est pas, à mon avis, comparable à celui
d'une diversité d'échelle répandue en dif-
férens endroits d'une même Carte.
Voici maintenant quelle est la division
que j'ai faite de l'Asie en trois Cartes:
dans la premiere je me suis étendu de-
puis l'Archipel jusqu'aux bouches du Gan-
ge; & j'y renferme par conséquent la
Turquie, l'Arabie, la Perse, l'Inde en
deçà du Gange, & m'étant élevé jusques
aux Palus-Maeotis inclusivement, cette
hauteur fait entrer dans la Carte la partie
de la Tartarie qui se joint à la Perse & à
MARS. 1752.
149
l'Inde: dans la seconde, en reprenant les
bouches du Gange, l'Inde au delà de ce
fleuve est jointe à la Chine, & à celle-ci
le Tibet, & la partie de la Tartarie qu'on
peut appeller Chinoise. Le Japon se ren-
contre à la hauteut du Nord de la Chi-
ne; & on juge bien que les Isses de l'Asie,
Sumatra, Java, Borneo, les Moluques,
& les Philippines, sont comprises dans le
même carré de Carte. Enfin la troisième
Carte representera tout le Nord de l'Asie,
depuis la frontiere de l'Europe, jusqu'à
la mer Orientale, entre la mer Caspienne
d'une part, & la mer Glaciale de l'autre.
A l'égard des deux premières parties, les
deux fcuilles dont chacune est composée,
sont nécessairement l'une au-dessus de
l'autre; la troisième partie ayant son éten-
due d'Occident en Orient, les feuilles s'y
rangent l'une à côté de l'autre. On doit
sentir que c'est la forme & la convenance
des Continens qui décide souverainement
de cette disposition des feuilles; & j'ose
dire, qu'on ne peut la vouloir autrement
sans absurdité.
Mais, dira-t-on peut-être, on voudroit
avoir l'Asie rassemblée en une Carte, pour
saisir aisément & d'un coup d'oil le rap-
port des différentes contrées qu'elle ren-
ferme. A cela je réponds, que me propo-
G uij
450 MERCURE DEFRANCE.
sant de dresser incessamment deux gtands
hémispheres, on y verra l'Asie aussi éten-
due que dans une feuille, ce qui tiendra
bien licu d'une Carte générale de cette
partie du Monde: & ce que je dis actuel-
sement de l'Asie, conviendra de même à
l'Amérique & à l'Afrique, vû la maniere
également ample & étendue, dont je les
ai représentées dans les Cartes qui ont
précédé celle de l'Asie. Mais au lieu de
chercher à reprendre sur la forme, que
l'on considere le grand fond de Géogra-
phie que renfermera la nouvelle Carte
d'Asie; & qui est tel, que si on excepte
quelques endroits particuliers, où en
certains cas on désireroit les Cartes les
plus circonstanciées, & même quelque
fois des plans plutôt que des Cartes, il.
fournit de quoi satisfaire amplement au
besoin, &, rend superflu un grand nom-
bre d'autres morceaux Géographiques
qui n'y suppléeroient même pas également
par tout, sans parler du plus ou moins
de justesse dans la manière de traiter les
mêmes choses.
Des trois parties de la Carte d'Asie,
la premiere est fortie des mains du Gra-
veur, & rendue publique: la seconde
s'exécute actuellement au burin, & je
suis occupé à dresser la troisième. S'il
MARS. 1752.
151
étoit question d'analyser fort en dérail
tous les moyens employés à la composi-
tion de ces divers morceaux, & sur tout
de la premiere partie, il en résulteroit un
gros volume. Ce n est donc pas mon ob-
jet actuel, quelque persuadé que je sois
de l'utilité d'une semblable discussion pour
le fond de la Géographie, & pour faire
connoître en même tems ce qu'il falloit
de recherches & d'étude pour mettre cet
Ouvrage dans l'état où on le produit.
Mais il semble que le coup d'œil de la
Carte, & quelque comparaison avec cel-
les qu'on avoit auparavant, préviendront
sur ce suiet; & je me contenterai ici d'une
exposition succinte des principales cir-
constances, & de ce qui domine plus gé-
néralement dans la Carte, & influe da-
vantage dans sa composition.
IIny a point de morceau de Géographie
que j'aye autant travaillé, & dont je sois
plus flaté, s'il m est permis de le dire, que
ce qui est compris dans la Carte d'Asie
depuis la Propontide ou Mer de Marmara
jusqu'à Ormus. Je n'exagererai point en
disant, que j ai employé plusieurs an nées
à étudier à plusieurs reprises, & à repeter
divers essais de composition sur les diffé-
rentes parties renfermées dans cet espace.
Rien en effet de plus interessant dans la
G iiij.
152 MERCURE DE FRANCE.
Géographie, par la liaison de l'ancienne
avec la moderne, par les évenemens his-
toriques qui ont rapport à ces contrées
par les routes des Voyageurs qui les ont
traversées. En m'expliquant sur ce sujet,
comme d'un Ouvrage dont je suis flaté,
ce n'est pas que je croye y avoir mis le
dégré de perfection qui seroit à désirer.
Il est bien constant que la Carte d'Euro-
pe aura plus de précision; que dans
l'Asie même, la partie de la Chine que
l'ont doit aux RR. PP. Jesuites, est plus
décidée dans les circonstances locales. Mais
il faut considérer l'état auquel j'ai trouvé
les choses, & le point duquel je suis par-
ti. Pour peu que l'on confronte à la nou-
velle Carte d'Asie, ce qui existoit an-
térieurement sur les Pays contenus dans
l'espace dont il est question, on ne dis-
conviendra pas que la Géographie de ces
Pays nait bien changé de face; ensorte
que l'expression du détail, indépendam-
ment de ce qui concerne la disposition gé-
nérale, ait tout le mérite de la nou-
veauté.
Les diverses parties qui composent ce
grand espace, ayant fait le sujet de plu-
sieurs morceaux que j'ai traités en parti-
culier, & plus en grand qu'ils ne pa-
toissent dans la Carte d'Asie; lorsqu'il
MARS. 1752. 153
a été question de les y faire entrer,
& de les réduire, j'ai voulu ne perdre
que le moins de circonstances qu'il étoit
possible, par un sentiment quin est point
à blâmer, & qui tourne au profit du Pu-
blic. De-là vient que cette partie de la
Carte est extrêmement chargée: & si on
m'en faisoit reptoche, bien loin d'en être
touché, je dirois volontiers que c'est bien
malgré moi, & par faute de connoissan-
ce, qu'en d'autres parties la Carte ne se
soutient pas sur le même ton. Il ne con-
venoit pas aussi de prendre le parti de
faire la Carte plus grande, par la consi-
dération d'un Canton en particulier,
lorsque l'étendue de cette Carto est suffi-
sante à ce qu'elle contient d'ailleurs, &
que dans la combinaison qui a servi à
déterminer la grandeur du point de la-
Carte d'Asie en sa totalité, il falloit avoir
plus d'égard à l'universalité du sujet, qu'à
quelques-unes de ses parties.
Cette richesse de détail, sur ce qu'il est
plus essentiel de connoître en Asie, est le
fruit d'une recherche qui auroit voulu tout
épuiser. Pour donner la forme & les cou-
leurs aux objets réprésentés, toute l'An-
riquité, y compris même les principaux
Auteurs Byzantins, & non-seulement ceux-
des Orientaux qui ont traité spécialement
G.V
154 MERCURE DE FRANCE.
de la Géographie, mars aussi plusieurs de
leurs Historiens, avec ce que les récits
plus on moins bien circonstanciés des
Voyageurs y peuvent ajoûter, ont été mis
en œeuvre. J'ai véritablement pris le plus
vif intérêt à cette partie du Continent de
l'Asie. Car dès l'an 1727 & 28, j'en avois
dressé une Carte, qui quoique avec quel-
que amélioration, me déplairoit aujour-
d'hui, si dès-lors je l'avois publiée. Entre
les Géographies Orientales, outre celles
de l'Edrisi & d'Abulfeda, une Géogra-
phie Turque, intitulée Gehan-numa, ou
le miroir du Monde, compilée par Kia-
tib-Shelebi, m'a instruit de beaucoup de
circonstances particulieres à l'égard de di-
verses contrées, mais sur tout en ce qui
regarde l'Asie-Mineure. L'Ambassadeur
Turc qui est venu en France en dernier
lieu, mavoit fait connoître cette Geo-
graphie par plusieurs morceaux, qu'il
avoit eu la complaisance de m'expliquer:
mais elle a été traduite par M. Armain,
à la sollicitation de M. Melot, Confrere
de M. l'Abbé Sallier, dans la place de
Garde de la Bibliotheque du Roi. Au res-
te, je souhaiterois que cette Géographie
fût connue; on sentiroit ce qu'il falloit
employer d'étude & de cririque, & com-
bien d'autres instructions devoient con-
MARS. 1752.
courir, pour donner un état de solidité
& de justesse à la réprésentation Géogra-
phique. Je suis obligé de m'expliquer sut
ce sujet pat rapport à ceux qui croyent
sans aucun examen, que l'espéce de cer-
tains matériaux suffit pour faire tout le
mérite d'un Ouvrage, & qui ne font au-
cune attention au sçavoir, & j'ose dire à
l'intelligence, nécessaires pour en faire
usage & s'en bien servir.
Je vais maintenant entrer dans quelque
détail de ce que contient la premiere par-
tie de la Carte d'Asie. En partant de la-
position de Constantinople, déterminée
en longitude comme en latitude, si l'on
commence par s'avancer le long des bords
de la Mer noire, on ne peut micux se
gouverner pour la distance des lieux, que
par les indications que les aneiens Périples
de cette Mer nous en donnent dans un
fort grand détail, tant en mesure de sta-
des qu'en milles; & la comparaison de
ces différentes mesures sert même à véri-
fier chaque distance particuliere. D'ail-
leurs, on ne se méprend point sur le rap-
port des noms anciens & des modernes
qui presque tous conservent entt'eux sur
le bord Méridional du Pont-Euxin une
analogie évidente. Comme je me propose
d'être fott abrégé dans cette analyse, je
G vj
156 MERCURE DEFRANCE.
ne ferai point d'énumération des lieux
qui se retrouvent de cette maniere. Lors-
que je publierai les Cartes du Monde Ro-
main, il sera aisé d'en faire la remarque,
en conférant la réprésentation de l'ancien-
ne Géographie avec la moderne. Ce qui
m'a soutenu en latituce dans cette course
d'Occident en Orient, le long du rivage
de la Mer Noire; c'est de sçavoir qu'à Si-
nub ou Sinope elle est à peu près la mê-
me que celle de Constantinople. Il me pa-
roît incontestable, qu'au de-là de Sino-
pe, la Mer Noire forme un Golfe pro-
fond, tanti recessus, dit Pline, que l'Asie
en devient peninsule: & ce qui me per-
suade que le fond de ce Golfe est à peu
près bien établi dans ma Carte, c'est
d'avoir recueilli des Anciens la mesure
d'espace qui convient entre ce Golphe &
le rivage de la Méditerranée aux environs.
de Tarse & d'Issus, dont la latitude ne
sçauroit être fort incertaine, vû le rap-
port immédiat de ces points & leur pro-
ximité avec celui d'Alexandrette, détermi-
né par observation. Instruits même par les
Anciens, que la longitude du Sinus Ami-
senus qui est celui dont je parle, répond
à celle du Golfe d'Issus, il est remarqua-
ble que la détermination quon a d'A-
lexandrette en longitude, soit propre à
157
MARS. 1752.
justifier celle où le Golfe en question se
range en effet dans la composition de la
Carte.
J'ai dit que les anciens Périples du
Pont-Euxin nous fixoient de lieu en lieu
par des distances le long de cette Mer: ils
en font même le circuit entier, pour ré-
pondre au titre de Périple: mais le dé-
tail qu'ils donnent se signale surtout jus-
qu'à Trébisonde, & jusqu'à l'extrémité
de la Colchide. Nous sommes fixés en la-
ticude à Trébisonde par les observations
du Pere Beze, Jésuite; & selon qu'At-
rien l'a remarqué, la côte de cette Mer
jusqu'à l'embouchure de l'Apsarus, qui
est sous le Château de Goné, court gé-
néralement parlant vers l'Est; & depuis la
bouche du Phase, elle commence à s'in-
cliner du Nord vers le Couchant, ce der-
nset point étant confirmé parl'orientement
d'une Carte particuliere de la Mingrelie,
publiée par Thevenot.
De l'extrémité de la Colchide à Dios-
curias ou Isgaur, on se replie vers le Bos-
phore Cimmérien. La position de ce Bos-
phore dépend d'ailleurs de son rapport au-
point d'Azof, en corrigeant quelques
Cartes récentes sur la longueur du Palus
Moeotis, où il est constamment trop rac-
courci, puisqu'il y a des mesures tant an-
158 MERCUREDE FRANCE.
cieunes que modernes qui le déterminent
plus allongé. La position d'Azof est con-
clue d'une correspondance établie avec
celle de Moskou, par le moyen du cours
du Don, levé dans le plus grand détail,
par le Vice-Amiral Cruys, sous le regne
de Pierre I. Car le rapport de position
entre Moskou & Woronez, où commen-
ce la grande Carte du Don, ne paroît pas
fusceptible de quelque erreur considéra-
ble, si on le tire de la Carte de l'Empire
de Russie, publiée par l'Académie de Pe-
tersbourg, dont ces positions font en
quelque manière le centre. Je ne dirai
rien ici du reste de la Mer Noire, patce
que cette partie interesse plus l'Europe que
l'Asie. Cen est pas qu'elle ne soit autant
travaillée qu'il m'a été possible, & qu'el-
le ne paroisse avec des circonstances qui
mériteroient d'être observées.
Reprenons le point de Constantinople.
La Mer de Marmara & le détroit des
Dardanelles sont l'extrait d'une grande
Carte particuliere que j'en ai dressée aveè
beaucoup d'étude, & qui est accompa-
gnée dans mes papiers d'une discussion
par écrit des positions, distances, &c.
de sorte que j'ai lieu de regarder cette
partie comme une des plus solides de la
Carte. J'en dirai presqu'autant de la côte
***
MARS. 1732.
159
qui succede sur la Mer Egée ou l'Archi-
pel, & des Isses voisines de cette côte
jusqu'à Rhodes inclusivement. On peut
s'appuyer sur une détermination de lon-
gitude à Smyrne, qui influe directement
fur la position de l'ancien Ephese, au-
jourd'hui Aio-zoluk. L'Isse de Rhodes qui
termine certe partie, est décidée dans sa
latitnde par observation.
De Rhodes, en rangeant la côte Mé-
ridionale de l'Asic-Mineure, j'ai cherche
à m'assurer de la distance & de la hauteur
du Cap Kelidom, point important. en ce
que la pointe Occidentale de Cypre s'y
lie par ia combinaison de diverses distan-
ces: & je me tiens presque assuré du jus-
te éloignement où se trouve le point
d'Antalia ou de Satalie, parce qu'indé-
pendamment de la position que donne la
fuite de la côte, j'ai eu lieu d'en vérifier
la distance par la travorse des terres, de-
puis Smyrne. L'Antiquité nous fournit
des mesures très-convenables de l'éten-
due de l'Isse de Cypre d'une pointe à
l'autre, & de l'intervale entre la poin-
re Orientale & l'embouchure du fleuve
Piramus ou Gihon, près de l'ancien Is-
sus. La latitude de certe Isse est assurée
par celle d'Arnako ou Lerneca, observée
par M. de Chazelles. Elle influe même
760 MERCURE DEFRANCE.
fur celle de la côte du Continent opposé,
parce que hous trouvons dans Strabon
une indication de la distance entre le Pro-
montoire Crommyon ou Cap Cormakiti
de Cypre, & la pointe d'Anemur. De
cette pointe située en position intermé-
diaire d'Antalia & de la bouche du Py-
rame, la côte s'élevant insensiblement
vers le Nord, forme un enfoncement de
Mer, au sommet duquel Tarse se rencon-
tre. C'est par cet enfoncement, repon-
dant à celui du Golfe d'Amisus dont j'ai
parlé, que l'Asie se trouve resserrée dans
un espace qui ne vaut sur la Carte que
trois dégrés de la graduation de latitu-
de; ce qu'il seroit aisé de justifier, en
fixant même la hauteur qui convient à
Césarée de (appadoce dans cet intervale,
si je pouvois me permettre toute cette
discussion dans un écrit aussi abregé que
celui ci: & il faut convenir que la con-
noissance de ces régions interessoit assez
les Anciens, & leur étoit assez familiere,
pour qu'ils méritent d'en être crus.
Diverses routes tirées ou des Itinérai-
res Romains, ou décrites par des voya-
geurs modernes, se sont jointes au détail
de la Géographie Turque, pour fixer un
grand nombre de points dans l'intérieur
de l'Asie mineure. Je compte que la posi-
MARS.
1752.
161
tion de Bursa, rapportée à Constantinople,
est établie avec quelque précision. J'ai ap-
porté une attention particuliere à recon-
noître celle d'Angora, celle de Konié; &
je les juge surtout convenables, par rap-
port à leur distance de divers points qui
sont en liaison immédiate avec la position
de Constantinople. Ces points d'Angora
& de Konié importent d'autant à cet égard,
que de l'un comme de l'autre, par d'autres
distances assez bien déterminées, on est
conduit jusqu'au fameux passage des Pylae
Ciliciæ, dans le voisinage de Tarse; d'où
il reste peu d'intervalle jusqu'à l'entrée de
la Syrie, & au terme que prend la Médi-
terranée près d'Alexandrette. Strabon nous
donne la traversée de l'Asie mineure en-
tiére, depuis Ephèse jusqu'à un lieu situé
sur l'Euphrate, vis à-vis de Melitene ou
Malatia. Et ce lieu qu'il nomme Tomisos,
je l'ai retrouvé subsistant encore sous le
nom actuel de Tzemish, qui ne differe de
l'ancien que par une altération du T. en
Tz. dont je pourrois apporter grand nom-
bre d'exemples.
Je passerois beaucoup trop les bornes
que je me suis prescrites ici, si je me li-
vrois à la discussion d'un plus grand détail,
où le goût & l'intérêt même de la chose
m'entraîneroient assez. Si outre les posi-
162 MERCURE DE FRANCE.
tions de lieu, on examine le cours des ri-
vieres, l'enchaînement & la disposition
des montagnes, & quelques autres cir-
constances, on ne pourra disconvenir que
cette partie de l'Asie n'ait aequis un détail
de connoissance, qu'on ignoroit, ou dont
on étoit mal instruit. La division des con-
trées qui partagent actuellement ce pays,
est dans le cas dont je viens de parler. On
lui donne communément le nom de Nato-
lie en général. Mais, on verra que le nom
d'Ana loli ne convient spécialement qu'à
une de ses parties. Karaman, ou la Cara-
manie, en fait une autre trés-distincte, &
séparée précisément par les limites que
montre la Carte. Ces deux parties ne se
confondent point avec une troisieme, qui
prend quelquefois le nom du licu domi-
nant, de Siwas; mais qui étant propre à
une ville en particulier, est moins conve-
nable pour une région que celui de Roum,
qui lui est donné. Et quand on se rappelle,
que le pays qui étoit resté aux Empereurs
Grecs de Constantinople du tems de l'Em-
pire Mahométan sous les Khalifes, étoit
appellé Roum en général, on n est point
surpris que ce qui faisoit la frontiere de
ce pays, ait conservé cette dénomination,
ce qui mérite bien qu'une carte en instrui-
se. Ces parties ont encore leur subdi vision
MARS. 1752.
163
en Jurisdictions de Sangiaks, qu'on ap-
pelle Liva. Mais, quant à ce détail, pour
lequel l'étendue de la Carte d'Añe ne suffit
pas, un point d'Echelle beaucoup plus
grand dans la Carte d'Europe, qui admet
l'Asie mineure dans son quarré, me pro-
curera la satisfaction de donner une repré-
sentation plus ample de ce même pays. Et
en général, tout ce que la Carte d'Europe
me donnera lieu de répéter de l'Asie plus
en détail, je ne le croirai pas hors de pro-
pos, ni que le Public m'en sçache mauvais
gré.
A l'Asie Mineure je fais succéder la Sy-
rie, &c.
La suite dans le Mercure prochain.
Fermer
4232
p. 145-194
REMARQUES sur les inégalitez du Mouvement des Horloges à Pendule.
Début :
Les Astronomes qui ont pris grand soin de regler leurs [...]
Mots clefs :
Pendule, Mouvement de la terre, Air, Vibrations, Eau, Terre, Ligne, Corps, Longueur du pendule, Cayenne, Poids, Pendule simple, Seconde, Gorée, Horloge, Axe, Particules, Cycloïde, Pôles, Expérience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les inégalitez du Mouvement des Horloges à Pendule.
REMARQUES
Sur les inégalitez du Mouvement
des Horloges à Pendule.
L
Es
Aftronomes qui ont
pris grandfoinde regler
leurs Pendules à ſecon-
1 des , fur le Mouvement des
Aftres , y ont remarqué des
inégalitez , qu'ils n'ont pû réduire
à aucune regle certaine.
J'ay fait quelques remarques
fur ces inégalitez dans le Me.
moire que j'ay lû à l'Acadé-
N Avril
1714.
146 MERCURE
mie , & entr'autres fur celles
par
qui peuvent
venir d'une petite
lame de reffort , que j'avois
miſe à la place de la foye
pour foutenir
le Pendule ; car
j'avois cru que cette lame ,
n'étant pas ſujette aux alterations
qui arrivent
à la foye ,
la féchereffe
& par l'humidité
de l'air , les vibrations
du Pendule
pourroient
eftre
beaucoup
plus égales : Mais
enfin je fus obligé d'ofter la
lame & d'y mettre la foye , à
caufe que j'y remarquois
des
inégalitez
bien plus grandes
qu'auparavant
; & j'ay trouvé
GALANT. 147
depuis que l'Horloge alloit
affez juftement pour ne pas
s'écarter quelques fois du
moyen mouvement d'une
feule feconde dans l'efpace de
quatre jours , où le Pendule
fait 345600. vibrations . Mais
j'ay auffi remarqué quelques
fois , que d'un jour à l'autre
il y avoit des changemens af
fez confiderables pour embarraffer
un Obfervateur exact ,
& pour donner de l'exercice à
un Philofophe qui en voudroit
rechercher la caufe , la.
quelle ne peut
fique.
cftre que Phy-
Nij
148 MERCURE
Les differens états de l'air
femblent eftre les feules caufes
des changemens que nous
remarquons au Mouvement
des Pendules ; car il eſt chaud
ou froid , fec ou humide , leger
ou pefant , rare ou groffier
ou épais ; toutes ces differentes
qualitez fe mêlant enfemble
en differens degrez ,
peuvent caufer de grandes alterations
au Mouvement des
Horloges. Mais pour reconnoiftre
quelque chofe de ce
qui doit arriver , il faut confiderer
féparément ces états
differens .
GALANT 149
7 des
On fuppofe premierement ,
que fi la Cycloïde eft bien
faite fuivant les regles que Mr
Huggens en a données , tout
ce qui peut accelerer ou ralentir
le Mouvement des rouës ,
ne doit apporter aucun changement
à l'Horloge , puifqu'il
n'en pourroit arriver
vibrations plus longues , ou
plus courtes , lefquelles ne
laifferoient pas d'eftre fochrones
ou d'égale durée . Ainfi
le froid pouvant figer en quelque
façon le peu d'huile qui
eft attaché aux pivots des
rouës , fera
que
que leur Mouve-
Niij
So MERCURE
ment fera plus difficile que
dans un temps chaud ou
l'huile fera plus liquide , &
par confequent les vibrations
deviendront plus
courtes ;
elles ne
laifferont pas d'eftre
d'égale durée à celles qui font
plus longues , cftant rectifiées
par la figure de la Cycloïde.
L'humidité qui
s'attachera
aux touës , & aux pivots pourra
caufer à peu prés le même
effet fans qu'il arrive d'inégalité
au Mouvement
.
Mais quoique la Cycloïde
foit la figure neceffaire pour
faire que les vibrations
lonGALANT.
151
gues ou courtes , foient Ifochrones
, il falloit confiderer ,
qu'elle ne pouvoit avoir lieu
que lorsque la fufpenfion n'auroit
aucune groffeur ou épaiffeur,
ce qui eft impoffible dans
l'execution
; c'est pourquoy
,
puifqu'on fe fert d'un fil de
e
foye tortillé , qui eft affezgros
pour foutenir la lentille du
pendillon ou Pendule qui eft
pefante , & qu'on ne doit
rien négliger , de ce qui peur
contribuer à la jufteffe de ce
Mouvement ; il ne faut pas
que la figure foit une Cycloïde
, mais une ligne paralelle à
Niiij
152 MERCURE
la Cycloïde laquelle en foit
éloignée vers la partie concave
de la moitié de
l'épaiffeur du
fil , afin que l'axe où le milieu
de ce fil décrive exactement
la Cycloïde , comme je l'ay expliqué
dans mon Traité des
Epicycloïdes qui doivent fervir
au Mouvement des Machines.
On peut auffi
remarquer
que les petits filets de foye qui
compofent le fil , font fecs &
roides , & qu'ils peuvent par
confequent fouffrir tous enfembles
des alterations confi-
1
derables , & à
peu prés femblables
à celles de la lame de
GALANT . 153
reffort , qui eft plus roide dans
des temps froids , lecs & plus
molle dans des temps chauds ;
mais c'eſt un accident qu'on
ne peut éviter , quand on fe
fert d'une fufpenfion flexible
pour le Pendule ; c'eft pour
quoi on pourroit éprouver
celle que j'ay propofée dans
differens Memoires.
Si l'on confidere les diffe
& rens états de l'air par rapport
au Pendule , & non pas par
rapport au rouage de l'Horloge,
on y remarquera tant de
differens accidens , qu'à peine
pourroit- on croire que l'Hor
7.
154 MERCURE
loge pût aller également une
heure en terre , pendant laquelle
le Pendule fait 3600 .
vibrations ou battemens.
On fçait que la chaleur du
Soleil en Eté eft affezforte pour
échauffer une barre de fer de
fix pieds de longueur , & la
rendre plus longue qu'elle n'étoit
en Hiver , ayant efté expofée
à la gelée, de deux tiers
de ligne , comme je l'ay reconnu
par une experience tresexacte
que j'en ay faite autrefois.
C'est pourquoi ces deux
états differens de l'air fur la
longueur, de la verge du PenGALANT
. 155
-1
dule , qui doit eftre de trois
pieds huit lignes un deuxième
pour battre les fecondes , la
pourroit changer d'un tiers de
ligne , ce qui cauferoit une
difference tres- confiderable
dans la durée des vibrations
du Pendule , puifqu'elle pourroir
aller jufqu'à 32. par jour,
Mais comme ce cas ne pourroit
arriver que lorfque l'Horloge
feroit expofée à l'air , &
au Soleil dans ces deux faifons,
ce qui n'eft pas ordinairement,
on n'y remarque pas de fi
grands changemens . Il arrive
quelque fois d'affez grandes
156 MERCURE
differences de chaleur d'un jour
à l'autre , & de la nuit au jour
pour faire allonger ou racourcir
la verge du Pendule , qui
pourra ralentir ou accelerer
le Mouvement de l'Horloge,
de quelques fecondes , comme
nous le remarquons auffi quel
que fois , ce qui peut venir par
cette feule caufe. C'est pourquoi
dans l'ufage qu'on fait
des Horloges à Pendule pour
les obfervations celeftes , où il
eft neceffaire de connoiftre
l'heure dans la derniere juf
teffe , il faut les placer dans un
lieu où elles foient le plus à la
GALANT. 157
l'abri qu'il eft poffible , de
toutes les injures de l'air.
L'humidité , la féchereffe ,
la denfité , la rareté de l'air peuvent
auffi caufer des alterations
confiderables
auMouve-
3 ment du Pendule. Car lorfque
l'air fera humide , c'est- à- dire
lorſqu'il ſera rempli de quantité
de petites particules d'eau
qui y demeurent
fufpendues ,
ou lorsqu'il eft denfe ou épais,
le Pendule , aura plus de peine
à le fendre , & il femble que
fes vibrations doivent cftre
alors de bien plus longue durée
que lorsqu'il eft fec ou ra 31
158 MERCURE
re. Car nous fçavons par experience
qu'une plume treslegere
tombe dans un tuyau
dont on a pompé l'air,prefque
auffi vite qu'une pierre fait
dans l'air. Mais comme on ne
doit point juger de ce qui
doit arriver dans ces fortes de
rencontres fans en faire l'experience
lorsqu'il eft poffible
de la faire , j'ay cru que fi l'air
humide ou épais peut rendre
les vibrations de plus longue
durée qu'un air fec & rare ,
on devoit appercevoir une
tres grande difference entre le
Mouvement du Pendule dans
GALANT . 159
l'air & dans l'eau . Pour connoistre
ce qui en eftoit , j'ay
fait un Pendule à demi fecondes
avec une bale de plomb
de deux onces de
pefanteur ,
laquelle eftoit fufpenduë à un
fil delié , & je l'ay mis en.
mouvement dans l'eau . J'ay
remarqué dabord que les
grandes vibrations fe racourciffoient
, & que le mouvement
s'arreftoit infenfiblement
aprés une minute & un
peu plus. Mais comme je me
perfuadois que ces vibrations
dans l'eau devoient eftre au
moins d'une feconde chacune ,
160 MERCURE
lefquelles n'eftoient que d'une
demi feconde dans l'air , j'ay
efté fort furpris de voir
qu'elles me paroiffent prefqu'-
auffi promptes ou d'égale durée
à celles qui ſe faifoient
dans l'air. Pour les mefurer
exactement j'ay fair compter
les vibrations du Pendule de
l'Horloge à feconde , pendant
une minute , & à même
temps je comptois les vibrations
du Pendule à demi feconde
, dans l'eau d'un grand
vaiffeau plat , où la balc
eftoit enfoncée d'un demi
pouce environ , & j'ay trouvé
1
aptés
GALANT . 161
1
aprés avoir repeté plufieurs
fois la même experience , que
le Pendule dans l'eau ne faifoit
que 112. vibrations au lieu
des 120. qu'il auroit faites
dans l'air pour une minute.
J'ay fait auffi la même experience
avec un Pendule
fimple à fecondes , dont la bale
qui eftoit de plomb , peſoit
cinq onces , & j'ay trouvé
comme dans l'autre que les
grandes vibrations duroient
fort peu de tems , & que
Pendule s'arreftoit prefque entierement
aprés deux minutes ;
mais il ne faifoit dans l'eau
Avril 1714
.
le
162 MERGURE
que
que 114 vibrations pendant
le Pendule de l'Horloge
en faifoit i 20. dans l'air pour
deux minutes. Ainfi le retardement
que l'eau caufe aux
vibrations du Pendule eft de
trois par minute ; j'aurois fouhaité
de faire les obfervations
de ces differences de vibrations
dans l'eau & dans l'air
pendant
20. ou 30, pour connoiftre
plus exactement leur
difference , & voir quel rap
port il y avoit dans le retardement
des vibrations dans
l'eau , fur ces Pendules de difference
longueur ; mais je n'ay
GALANT . 163
pû aller plus loin.
Puifqu'un Pendule à fccondes
perd dans l'eau trois
par minute , il perdroit en un
jour 4320.
Mais fi nous
fuppofons que cette diminution
du mouvement des Pendules
, vient de la denfité du
milieu ; & fi l'air eft denſe , ou
épais par le poids dont il eft
chargé , fans avoir égard au
plus ou au moins de particules
d'eau qui y font mêlées , il
s'enfuivra
que fi la pefanteur
de l'air change feulement d'un
28 , comme on le remarque
affez fouvent dans le Baro-
O ij
164 MERCURE
-
metre, la vingt- huitième partie
de 4320. de retardement du
Pendale dans l'eau pour un
jour , laquelle eft 154. fera
la diminution ou bien le retardement
de l'Horloge dans
l'efpace d'un jour par rapport
à deux differents états de l'air ;
mais on n'a jamais remarqué
dans les Horloges à Pendule ,
une auffi grande difference
que celle- là; on ne peut donc
pass dire , que les differens
poids dont l'air peut eftre
chargé , puiffent caufer ſes differentes
denfitez ne font pas
fur le mouvement d'un PenGALANT
. 165
dule le même cffet que la
denfité de l'eau , ce qui peut
venir de la differente configuration
des parties de ces deux
corps , dont celles de l'air ,
quoique fort ferrées & preffées
, pourront cftre facilement
féparées , & au contraire
celles de l'eau le peuvent être
tres-difficilement , eftant adherentes
les unes aux autres.
On pourroit encore ajouter
que les dernieres vibrations
dans l'eau eftant plus courtes
que les premieres , elles vont
plus vite.
Ce feroit pour cette raiſon
166 MERCURE
que l'air , quoiqu'il fut rempli
de particules d'eau n'apporte
roit que peu ou point de retardement
au mouvement du
Pendule , en ce que toutes ces
particules n'ayant point de
liaifon les unes aux autres ;
mais eftant toutes féparées
par les particules de l'air, pourroient
eftre tres- facilement
deplacées entre les particules
de l'air , où elles font flotan-
>tes .
Maisfices particules d'eau ne
caufent point de retardement
au mouvement du Pendule
pár la difficulté à cftre déplas
GALANT . 167
cées ; elles peuvent y caufer
un changement affez confiderable
par un autre moyen. Si
l'air de fec qu'il devient humide,
il eft certain qu'une tresgrande
quantité de ces particules
d'eau doivent s'attacher
à la fuperficie de la verge , &
à celle du poids du Pendule ,
& même elles peuvent penetrer
un peu cette verge & ce
poids ; & par confequent elles
feront comme un enduit fur
la vergez& fur ia lentille du
poids , qui aura fon centre
Jd'ofcillation different de celui
du compofé de la verge &
168 MERGURE
du poids : c'eft pourquoi le
centre d'ofcillation étant alors
different de ce qu'il eftoit au
paravant
, la durée des vibrations
ne fera pas la même
qu'elle eftoit. Ce n'est pas
qu'on ne puiffe remedier en
quelque façon à cet accident ,
en fe fervant pour Pendule
d'un Cylindre dont la baffe
eftoit petite, ce qui foit homogene
dans toute fa longueur ,
lequel cftant fufpendu par
l'extrémité
de fon axe , auroit
à tres peu prés un même point
pour centre d'ofcillation de fa
fuperficie & de fon corps , &
par
GALANT. 169
par confequent quelque changement
qu'il arrivât à cette ſuperficie
pourvû qu'il fut égal
dans toutes fes parties , le
mouvement du Pendule n'en
feroit point alteré fenfiblement
. Ce feroit la même
chofe , fi au lieu d'un Cylindre
on fe fervoit d'un paralele
lipipede , pourvû qu'il
fut auffi fufpendu par l'extre
mité de fon axe.
Enfin fi la Cycloïde eftoit
mal faite , elle pourroit caufer
de nouvelles irrregularitez au
mouvement du Pendule , fuivant
que ces vibrations fe-
Avril 1714. P
170 MERCURE
roient plus longues ou plus
courtes dont il s'en formeroit
plufieurs autres par leur combinaiſon
, avec les premieres.
Pour ce qui regarde les differentes
longueurs du Pendule
dans differens climats , il
me femble qu'on y peut faire
quelques remarques ; car Mr
Picard avoit obfervé à Vranibourg
, & à Bayonne , où j'étois
avec lui , que la longueur du
Pendule fimple à ſeconde , étoit
exactement la même qu'à
Paris. On fit une grande attention
à cette obfervation de
Bayonne , à cauſe qu'on fçaGALANT.
171
voit ce que Mr Richer en avoit
rapporté de Cayenne. Vrani .
bourg & Bayonne font éloignez
l'un de l'autre en latitude
de plus de douze degrez,
& entre Bayonne & Cayenne ,
la difference de latitude eft
de 38. car Cayenne eſt à peuprés
à 5. de latitude de Borcale
, ce qui donne ſeulement
une difference à peu - prés triple
de la premiere , pour laquelle
on trouve cinq quarts
de ligne de diminution de la
longueur du Pendule . On
doit donc conclure de là que
cette difference de longueur
Pij
172 MERCURE
ne devient fort fenfible qu'en
s'approchant de la ligne.
Mais quelques années aprés
Mrs Varin , des Hayes & de
Glos, ayant été envoyez vers la
ligne , pour y faire quelques
obfervations Aftronomiques
,
trouverent que dans l'Ile de
Gorée , qui eft à 14. de latitude
de Borcale , la longueur
du Pendule fimple à feconde
devoit cftre plus courte qu'en
France de 2. lignes . Les obfervations
faites à Cayenne &
à Gorée , ne laiffent aucun lieu
de douter qu'elles ne foient
tres- certaines & tres - exactes
GALANT. 173
to
par toutes les circonstances
qui y font rapportées . Cependant
fi l'on avoit voulu
conclure cette difference de
longueur du Pendule pour
Gorée par celle de Cayenne ,
on auroit dit que celle de
Gorée devoit eſtre ſeulement
plus courte qu'à Paris de trois
quarts de ligne environ , &
l'obfervation la donne de 2.
lignes entieres. Au contraire ,
fi de celle de Gorée on avoit
conclu celle de Cayenne, on
l'auroit pofée de 3. lignes environ
, & elle n'a efté trouvée
que de cinq quarts de lignes .
Piij
174 MERCURE
Les grandes differences ne
peuvent s'accorder en aucune
façon avec les hypotefes que
Mr Mariette a faites dans fon
Traité du mouvement des Eaux ,
& Mr Huygens dans ſon Traité
de la Lumiere , & il faut en
chercher d'autres pour expliquer
pourquoi la longueur du
Pendule eft la même dans les
latitudes de 55. un quart & de
43. un tiers , & qu'à 14. deux
tiers elle eft de deux lignes plus
courte , & à 5. de cinq quarts
de ligne feulement . Mais ne
pourroit-on point foupçonner
que cette differente lonGALANT.
175
1
1
gueur
du Pendule n'eft point
réelle , mais feulement apparente,
& qu'elle ne vient que de
la mefure dont on s'eft fervi .
Car il est tres - vray que les
métaux , & generalement tous
les corpss s'étendent conſidera
ble ment à la chaleur , & fe
refferent au froid . Mr Picard
dit que fur un pied de longueur
il a obfervé un allongement
d'un quart de ligne ; & par
confequent fur la longueur du
Pendule ce feroit trois quarts
de ligne , au lieu que je n'ay
trouvé qu'un tiers de ligne.
Cette difference pourroit ve-
Piiij
176 MERCURE
nir des manieres differentes
dont les obfervations ont efté
faites ; car Mr Picard ayant
expofé les corps à la gelée , les
mettoient enfuite auprés du
feu ; & pour moy je les ay
feulement expofez au Soleil.
l'Eté fuivant . On pourroit
donc dire que vers la ligne ,
& entre les Tropiques où les
chaleurs font fort grandes , les
métaux s'étendent & s'allon.
gent tres- confiderablement
au- delà de ce qu'ils font dans
ccs Pays - ci , & peut - eſtre encore
par une cauſe particuliere
des vapeurs des exhalaiſons
GALANT 177
1
qui les penetrent , comme on
fçait qu'elles font tres - penetrantes
en ces Pays - là ; & enfin
plus dans un temps que
dans un autre , & plus dans un
lieu que dans un autre . C'eſt
pourquoy ces caufes d'extenfion
qui ne font pas
confiderables
dans ces Pays - ci , peu-
ES vent estre tres- differentes à
Gorée & à Cayenne , & dans
des temps differens , car on eft
I perfuadé que vers les Tropiques
les chaleurs font bien
plus fortes que vers la ligne.
Et fi la verge de fer de trois
pieds mefurée à Paris au temps
178 MERCURE
du départ de Mr Richer , s'eft
allongée à Cayenne de cinq
quarts de lignes , il doit avoir
trouvé la longueur du Pendule
fimple à feconde mefurée
avec cette verge plus courte
qu'à Paris de cinq quarts de
ligne , quoi qu'effectivement
elle ait efté la même dans ces
deux lieux .
De même , fi à Gorée la mefure
s'eft allongée de deux
lignes plus qu'elle n'eftoit à
Paris , la longueur du Pendule
fimple à feconde y aura paru
plus courte qu'à Paris de
deux lignes. C'eft ce qui me
paroift de plus vray - fèmblaGALANT
. 179
ble fur ce Phenomene. Si cela
eftoit ainsi , la meſure univerfelle
du Pendule demeureroit
toûjours la même , &
par toute la terre , & il fau
droit regler les mesures particulieres
fur cette meſure , en
prenant la longueur du Pendule
fimple pour trois pieds
ou pour une demie toife.
Examen de la Démonftration
que Meffieurs Mariotte ,
Huygens donnent des differentes
longueurs du Pendule
fimple à feconde , en differens
endroits de la Terre.
Il ne s'agit ici que de démontrer
fi les corps tombent
180 MERCURE
proplus
lentement fous l'Equinoxial
que par tout aillicurs ; &
s'ils tombent plus vîte à
portion qu'on s'approche plus
des Poles. C'est ce qu'il prétend
faire dans fon Traité
du mouvement des eaux , en
fuppofant le mouvement de
la Terre autour de fon Axe.
Il dit que le mouvement de
la Terre donne à l'air une im .
preffion qui le fait tendre à
s'écarter de fon Axe avec une
viteffe proportionnée à celle
de fon mouvement ; & que ce
mouvement eſtant plus grand
vers l'Equinoxial , que vers
GALANT, 181
les Poles , l'effort qu'il fait
vers l'Equinoxial eft plus
grand que celui qu'il fait vers
fes Poles ; & c'eſt de ce different
effort qu'il conclut que
les corps qui font dans l'air
font repouffez & écartez de
t la terre avec plus de force
proche de l'Equinoxial , pour
d les empêcher de tomber , que
lorfqu'ils font proche des 10
03
Poles.
Ceraifonnement n'eft fonfur
la ſuppoſition que
coll dé
que
uet l'air qui environne la terre, en
ran eft repouffé par fon mouve
ment autour de fon Axe ;
YCD
182 MERCURE
peut- cftre ayant efté perſuadé
de cet effet par une experience
commune , qui eft , que fi l'on
fait mouvoir dans l'air un
corps irregulier , l'air frappé
par fes inégalitez , tend à s'écarter
du corps par des lignes
perpendiculaires au mouvement
du corps : Mais il me
femble qu'il ne peut pas arriver
la même chofe au Globe
de la Terre , enfuppofant fon
mouvement journalier autour
de fon Axe .
Car premierement il y a
trop peu de terres , & leurs inégalitez
font trop petites par
GALANT. 183
•
rapport aux furfaces unies des
eaux pour écarter fenfiblement
l'air de la terre, & par
confequent
le mouvement
feul de la furface de la terre
feroit que tous les corps de
cette furface choqueroient
l'air avec une viteffe auffi ·
་
grande qu'eft celle de ces
corps , laquelle on pourroit
V
prendre pour un vent tresviolent
d'Orient en Occident ,
qui n'auroit pourtant aucune
determination à s'écarter de la
furface de la terre , & les cau-
! fes particulieres des vents ne
pourroient pas avoir aſſez de
•pa
184 MERCURE
force pour lui refilter. Si l'on
apperçoit entre les Tropiques
quelque mouvement d'Orient
en Occident , il y a auffi affez
fouvent de grands calmes , &
l'on pourroit donner d'autres
raifons Phyfiques de cemouvement
, que celuy de la
terre ; & de plus quel rapport
y a- t- il entre la viteffe de ce
vent & celle de la ſurface de
la terre qui fait en un jour
9000 licuës .
Il faut donc demeurer d'accord
que l'Atmoſphere qui
environne la terre de tous côtez
, ne fait que comme un
même
GALANT 185
SC
et
même corps avec elle ; &
dans la fuppofition du mouvement
de la terre autour de
fon Axe l'Atmoſphere eft em
portée comme la furface.
D'où il fuit qu'une pierre qui
tombe dans cette Atmoſphere
ne pourroit recevoir aucune
impreffion du mouvement de
la terre , comme il arriveroit
à une bale de plomb qu'on
laifferoit tomber dans un vaif.
feau plein d'eau , pendant que
le yaiffeau feroit emporté d'un
mouvement Horizontal fort
prompt ; car on ne fait aucun
doute que cette bale ne
Avril 1714. е
186 MERCURE
tombe dans le fond du vaiffeau
au même endroit où elle
tomberoit fi le vaiſſeau eftoit
en repos, puifqu'effectivement
l'eau qui eft contenuë dans le
vaiffeau y eftoit en repos par
rapport à la maffe d'eau , &
aux parois du vaiffeau pendant
qu'il eft en mouvement
Et s'il eftoit poffible que
l'air fut écarté de la furface
de la terre par le mouvement
de la terre , foit par une tangente
qui s'écarteroit de l'Orient
vers l'Occident , ſoit par
un rayon du centre vers la
circonference, il arrivera toûGALANT
187
B
ea
jours que le poids du Pendule
qui defcend & qui remonte
dans la même vibration
, qui va d'un coſté
dans une vibration , & de
l'autre dans la fuivante fera
autant accelerer en remontant
que retardé en defcendant , &
autant accelerer d'un cofté
que regardé de l'autre , d'où
il fuit qu'il ne doit arriver par
cette caufe aucun changement
à la durée des vibrations du
Pendule.
Mais enfin quand on accorderoit
à Mr Mariotre tout
'ce qu'il prétend conclure de
Qij
188 MERCURE
fon Hypothefe , il s'enfuivroit
toûjours que pour les degrez ,
qui feroient plus proches des
Poles , l'augmentation de viteffe
du mouvement du Pendule
feroit beaucoup plus
grande que pour les degrez
qui feroient vers l'Equateur ,
puifque cette augmentation
feroit dans la raifon de la diminution
du mouvement de
la matiere , qui feroit celle des
limes du complement des degrez
de latitude , lefquels diminuënt
bien plus vite en s'aprochant
des Poles que vers
l'Equateur , ce qui eft contre
GALANT . 189
it
d
l'obfervation faite à Vranibourg
& à Bayonne & encore
contre l'irregularité qui s'eft
trouvée entre Cayenne &
Gorée.
Mr Huygens , dans fon
Traité de la lumiere , dit , qu'on
ne peut douter que ce ne foit
une marque que les corps defcendent
plus lentement vers
l'Equinoxial qu'en France.
C'est ce que Mr Mariotte
avoit fuppofé, & pour la dé
VO
DE
monftration , il ajoûte , qu'il
connut auffi- tôt qu'on luy eut
communiqué ce nouveau
Phenomene , que la caufe en
190 MERCURE
pouvoit cftre rapportée au
mouvement de la terre , qui
eftant plus grand en chaque
Pays , felon qu'il approche
plus de la ligne Equinoxiale ,
doit produire un effet plus
grand à rejetter les corps du
centre , & leur ofter par là une
certaine partie de leur pefanteur.
Il eſt facile à voir par
fes propres paroles que je
viens de rapporter , qu'il fe
fert de la même Hypothefe
que Mr Mariotte , & il détermine
enfuite la quantité de la
diminution de cet effort par
fon Theoreme troifiéme de vi
GALANT . 191
che
Set
centrifuga. C'est pourquoi
toutes les raifons que j'ay
rapportées contre l'explication
de ce Phenomene par Mr
Mariotte,ferviroient aufficontre
celle ci , qui ne conclud
que la même choſe du même
principe . D'où enfin je dis
at qu'il doit y avoir quelqu'autre
caufe de cet effet , laquelle ne
dépend point du mouvement
de la terre.
Pour ce qui regarde l'obfervation
il femble d'abord
del qu'elle eft tres facile à faire ,
puifqu'on peut compter les
vibrations du Pendule fimple
•pal
192 MERCURE
pendant uue heure , où il demeure
toûjours en mouvement
aprés qu'il y a çſté mis
d'abord , & que fi le Pendule
devoit eftre plus court de 2 .
lignes , celui qui feroit de 2 .
lignes plus long , feroit en
une heure environ 8. vibrations
de moins que l'autre ,
ce qui eft une trop grande
difference
pour s'y tromper
.
Ce fera la même chofe dans
les autres longueurs
à propor
tion.
Cependant il faut remarquer
que fi l'on fe fert d'un
fil dépite pour foûtenir le
poids
GALANT. 193
ALL
poids , quelque delié que ce
fil puiffe eftre , il est toûjours
plat , & il arrive que les dernieres
vibrations deviennent
ordinairement tournantes de
droites qu'elles eftoient d'abord
comme je l'ay éprouvé,
à caufe que ce fil fendant l'air
obliquement dans ſon mouvement
, écarte le Pendule
'd'un colté en allant , & de
l'autre en revenant , ce qui lui
donne peu à peu une détermi
nation à tourner. Jay aufli ob.
fervé que ces dernieres vibrations
tournantes quidevroient
eftre plus courtes que les
Avril
1714.
R
1
194 MERCURE
premieres , à caufe qu'elles ont
moins d'étendue , font de plus
longue durée que les droites
,
ce qui peut impofer dans l'ob.
fervation.
Sur les inégalitez du Mouvement
des Horloges à Pendule.
L
Es
Aftronomes qui ont
pris grandfoinde regler
leurs Pendules à ſecon-
1 des , fur le Mouvement des
Aftres , y ont remarqué des
inégalitez , qu'ils n'ont pû réduire
à aucune regle certaine.
J'ay fait quelques remarques
fur ces inégalitez dans le Me.
moire que j'ay lû à l'Acadé-
N Avril
1714.
146 MERCURE
mie , & entr'autres fur celles
par
qui peuvent
venir d'une petite
lame de reffort , que j'avois
miſe à la place de la foye
pour foutenir
le Pendule ; car
j'avois cru que cette lame ,
n'étant pas ſujette aux alterations
qui arrivent
à la foye ,
la féchereffe
& par l'humidité
de l'air , les vibrations
du Pendule
pourroient
eftre
beaucoup
plus égales : Mais
enfin je fus obligé d'ofter la
lame & d'y mettre la foye , à
caufe que j'y remarquois
des
inégalitez
bien plus grandes
qu'auparavant
; & j'ay trouvé
GALANT. 147
depuis que l'Horloge alloit
affez juftement pour ne pas
s'écarter quelques fois du
moyen mouvement d'une
feule feconde dans l'efpace de
quatre jours , où le Pendule
fait 345600. vibrations . Mais
j'ay auffi remarqué quelques
fois , que d'un jour à l'autre
il y avoit des changemens af
fez confiderables pour embarraffer
un Obfervateur exact ,
& pour donner de l'exercice à
un Philofophe qui en voudroit
rechercher la caufe , la.
quelle ne peut
fique.
cftre que Phy-
Nij
148 MERCURE
Les differens états de l'air
femblent eftre les feules caufes
des changemens que nous
remarquons au Mouvement
des Pendules ; car il eſt chaud
ou froid , fec ou humide , leger
ou pefant , rare ou groffier
ou épais ; toutes ces differentes
qualitez fe mêlant enfemble
en differens degrez ,
peuvent caufer de grandes alterations
au Mouvement des
Horloges. Mais pour reconnoiftre
quelque chofe de ce
qui doit arriver , il faut confiderer
féparément ces états
differens .
GALANT 149
7 des
On fuppofe premierement ,
que fi la Cycloïde eft bien
faite fuivant les regles que Mr
Huggens en a données , tout
ce qui peut accelerer ou ralentir
le Mouvement des rouës ,
ne doit apporter aucun changement
à l'Horloge , puifqu'il
n'en pourroit arriver
vibrations plus longues , ou
plus courtes , lefquelles ne
laifferoient pas d'eftre fochrones
ou d'égale durée . Ainfi
le froid pouvant figer en quelque
façon le peu d'huile qui
eft attaché aux pivots des
rouës , fera
que
que leur Mouve-
Niij
So MERCURE
ment fera plus difficile que
dans un temps chaud ou
l'huile fera plus liquide , &
par confequent les vibrations
deviendront plus
courtes ;
elles ne
laifferont pas d'eftre
d'égale durée à celles qui font
plus longues , cftant rectifiées
par la figure de la Cycloïde.
L'humidité qui
s'attachera
aux touës , & aux pivots pourra
caufer à peu prés le même
effet fans qu'il arrive d'inégalité
au Mouvement
.
Mais quoique la Cycloïde
foit la figure neceffaire pour
faire que les vibrations
lonGALANT.
151
gues ou courtes , foient Ifochrones
, il falloit confiderer ,
qu'elle ne pouvoit avoir lieu
que lorsque la fufpenfion n'auroit
aucune groffeur ou épaiffeur,
ce qui eft impoffible dans
l'execution
; c'est pourquoy
,
puifqu'on fe fert d'un fil de
e
foye tortillé , qui eft affezgros
pour foutenir la lentille du
pendillon ou Pendule qui eft
pefante , & qu'on ne doit
rien négliger , de ce qui peur
contribuer à la jufteffe de ce
Mouvement ; il ne faut pas
que la figure foit une Cycloïde
, mais une ligne paralelle à
Niiij
152 MERCURE
la Cycloïde laquelle en foit
éloignée vers la partie concave
de la moitié de
l'épaiffeur du
fil , afin que l'axe où le milieu
de ce fil décrive exactement
la Cycloïde , comme je l'ay expliqué
dans mon Traité des
Epicycloïdes qui doivent fervir
au Mouvement des Machines.
On peut auffi
remarquer
que les petits filets de foye qui
compofent le fil , font fecs &
roides , & qu'ils peuvent par
confequent fouffrir tous enfembles
des alterations confi-
1
derables , & à
peu prés femblables
à celles de la lame de
GALANT . 153
reffort , qui eft plus roide dans
des temps froids , lecs & plus
molle dans des temps chauds ;
mais c'eſt un accident qu'on
ne peut éviter , quand on fe
fert d'une fufpenfion flexible
pour le Pendule ; c'eft pour
quoi on pourroit éprouver
celle que j'ay propofée dans
differens Memoires.
Si l'on confidere les diffe
& rens états de l'air par rapport
au Pendule , & non pas par
rapport au rouage de l'Horloge,
on y remarquera tant de
differens accidens , qu'à peine
pourroit- on croire que l'Hor
7.
154 MERCURE
loge pût aller également une
heure en terre , pendant laquelle
le Pendule fait 3600 .
vibrations ou battemens.
On fçait que la chaleur du
Soleil en Eté eft affezforte pour
échauffer une barre de fer de
fix pieds de longueur , & la
rendre plus longue qu'elle n'étoit
en Hiver , ayant efté expofée
à la gelée, de deux tiers
de ligne , comme je l'ay reconnu
par une experience tresexacte
que j'en ay faite autrefois.
C'est pourquoi ces deux
états differens de l'air fur la
longueur, de la verge du PenGALANT
. 155
-1
dule , qui doit eftre de trois
pieds huit lignes un deuxième
pour battre les fecondes , la
pourroit changer d'un tiers de
ligne , ce qui cauferoit une
difference tres- confiderable
dans la durée des vibrations
du Pendule , puifqu'elle pourroir
aller jufqu'à 32. par jour,
Mais comme ce cas ne pourroit
arriver que lorfque l'Horloge
feroit expofée à l'air , &
au Soleil dans ces deux faifons,
ce qui n'eft pas ordinairement,
on n'y remarque pas de fi
grands changemens . Il arrive
quelque fois d'affez grandes
156 MERCURE
differences de chaleur d'un jour
à l'autre , & de la nuit au jour
pour faire allonger ou racourcir
la verge du Pendule , qui
pourra ralentir ou accelerer
le Mouvement de l'Horloge,
de quelques fecondes , comme
nous le remarquons auffi quel
que fois , ce qui peut venir par
cette feule caufe. C'est pourquoi
dans l'ufage qu'on fait
des Horloges à Pendule pour
les obfervations celeftes , où il
eft neceffaire de connoiftre
l'heure dans la derniere juf
teffe , il faut les placer dans un
lieu où elles foient le plus à la
GALANT. 157
l'abri qu'il eft poffible , de
toutes les injures de l'air.
L'humidité , la féchereffe ,
la denfité , la rareté de l'air peuvent
auffi caufer des alterations
confiderables
auMouve-
3 ment du Pendule. Car lorfque
l'air fera humide , c'est- à- dire
lorſqu'il ſera rempli de quantité
de petites particules d'eau
qui y demeurent
fufpendues ,
ou lorsqu'il eft denfe ou épais,
le Pendule , aura plus de peine
à le fendre , & il femble que
fes vibrations doivent cftre
alors de bien plus longue durée
que lorsqu'il eft fec ou ra 31
158 MERCURE
re. Car nous fçavons par experience
qu'une plume treslegere
tombe dans un tuyau
dont on a pompé l'air,prefque
auffi vite qu'une pierre fait
dans l'air. Mais comme on ne
doit point juger de ce qui
doit arriver dans ces fortes de
rencontres fans en faire l'experience
lorsqu'il eft poffible
de la faire , j'ay cru que fi l'air
humide ou épais peut rendre
les vibrations de plus longue
durée qu'un air fec & rare ,
on devoit appercevoir une
tres grande difference entre le
Mouvement du Pendule dans
GALANT . 159
l'air & dans l'eau . Pour connoistre
ce qui en eftoit , j'ay
fait un Pendule à demi fecondes
avec une bale de plomb
de deux onces de
pefanteur ,
laquelle eftoit fufpenduë à un
fil delié , & je l'ay mis en.
mouvement dans l'eau . J'ay
remarqué dabord que les
grandes vibrations fe racourciffoient
, & que le mouvement
s'arreftoit infenfiblement
aprés une minute & un
peu plus. Mais comme je me
perfuadois que ces vibrations
dans l'eau devoient eftre au
moins d'une feconde chacune ,
160 MERCURE
lefquelles n'eftoient que d'une
demi feconde dans l'air , j'ay
efté fort furpris de voir
qu'elles me paroiffent prefqu'-
auffi promptes ou d'égale durée
à celles qui ſe faifoient
dans l'air. Pour les mefurer
exactement j'ay fair compter
les vibrations du Pendule de
l'Horloge à feconde , pendant
une minute , & à même
temps je comptois les vibrations
du Pendule à demi feconde
, dans l'eau d'un grand
vaiffeau plat , où la balc
eftoit enfoncée d'un demi
pouce environ , & j'ay trouvé
1
aptés
GALANT . 161
1
aprés avoir repeté plufieurs
fois la même experience , que
le Pendule dans l'eau ne faifoit
que 112. vibrations au lieu
des 120. qu'il auroit faites
dans l'air pour une minute.
J'ay fait auffi la même experience
avec un Pendule
fimple à fecondes , dont la bale
qui eftoit de plomb , peſoit
cinq onces , & j'ay trouvé
comme dans l'autre que les
grandes vibrations duroient
fort peu de tems , & que
Pendule s'arreftoit prefque entierement
aprés deux minutes ;
mais il ne faifoit dans l'eau
Avril 1714
.
le
162 MERGURE
que
que 114 vibrations pendant
le Pendule de l'Horloge
en faifoit i 20. dans l'air pour
deux minutes. Ainfi le retardement
que l'eau caufe aux
vibrations du Pendule eft de
trois par minute ; j'aurois fouhaité
de faire les obfervations
de ces differences de vibrations
dans l'eau & dans l'air
pendant
20. ou 30, pour connoiftre
plus exactement leur
difference , & voir quel rap
port il y avoit dans le retardement
des vibrations dans
l'eau , fur ces Pendules de difference
longueur ; mais je n'ay
GALANT . 163
pû aller plus loin.
Puifqu'un Pendule à fccondes
perd dans l'eau trois
par minute , il perdroit en un
jour 4320.
Mais fi nous
fuppofons que cette diminution
du mouvement des Pendules
, vient de la denfité du
milieu ; & fi l'air eft denſe , ou
épais par le poids dont il eft
chargé , fans avoir égard au
plus ou au moins de particules
d'eau qui y font mêlées , il
s'enfuivra
que fi la pefanteur
de l'air change feulement d'un
28 , comme on le remarque
affez fouvent dans le Baro-
O ij
164 MERCURE
-
metre, la vingt- huitième partie
de 4320. de retardement du
Pendale dans l'eau pour un
jour , laquelle eft 154. fera
la diminution ou bien le retardement
de l'Horloge dans
l'efpace d'un jour par rapport
à deux differents états de l'air ;
mais on n'a jamais remarqué
dans les Horloges à Pendule ,
une auffi grande difference
que celle- là; on ne peut donc
pass dire , que les differens
poids dont l'air peut eftre
chargé , puiffent caufer ſes differentes
denfitez ne font pas
fur le mouvement d'un PenGALANT
. 165
dule le même cffet que la
denfité de l'eau , ce qui peut
venir de la differente configuration
des parties de ces deux
corps , dont celles de l'air ,
quoique fort ferrées & preffées
, pourront cftre facilement
féparées , & au contraire
celles de l'eau le peuvent être
tres-difficilement , eftant adherentes
les unes aux autres.
On pourroit encore ajouter
que les dernieres vibrations
dans l'eau eftant plus courtes
que les premieres , elles vont
plus vite.
Ce feroit pour cette raiſon
166 MERCURE
que l'air , quoiqu'il fut rempli
de particules d'eau n'apporte
roit que peu ou point de retardement
au mouvement du
Pendule , en ce que toutes ces
particules n'ayant point de
liaifon les unes aux autres ;
mais eftant toutes féparées
par les particules de l'air, pourroient
eftre tres- facilement
deplacées entre les particules
de l'air , où elles font flotan-
>tes .
Maisfices particules d'eau ne
caufent point de retardement
au mouvement du Pendule
pár la difficulté à cftre déplas
GALANT . 167
cées ; elles peuvent y caufer
un changement affez confiderable
par un autre moyen. Si
l'air de fec qu'il devient humide,
il eft certain qu'une tresgrande
quantité de ces particules
d'eau doivent s'attacher
à la fuperficie de la verge , &
à celle du poids du Pendule ,
& même elles peuvent penetrer
un peu cette verge & ce
poids ; & par confequent elles
feront comme un enduit fur
la vergez& fur ia lentille du
poids , qui aura fon centre
Jd'ofcillation different de celui
du compofé de la verge &
168 MERGURE
du poids : c'eft pourquoi le
centre d'ofcillation étant alors
different de ce qu'il eftoit au
paravant
, la durée des vibrations
ne fera pas la même
qu'elle eftoit. Ce n'est pas
qu'on ne puiffe remedier en
quelque façon à cet accident ,
en fe fervant pour Pendule
d'un Cylindre dont la baffe
eftoit petite, ce qui foit homogene
dans toute fa longueur ,
lequel cftant fufpendu par
l'extrémité
de fon axe , auroit
à tres peu prés un même point
pour centre d'ofcillation de fa
fuperficie & de fon corps , &
par
GALANT. 169
par confequent quelque changement
qu'il arrivât à cette ſuperficie
pourvû qu'il fut égal
dans toutes fes parties , le
mouvement du Pendule n'en
feroit point alteré fenfiblement
. Ce feroit la même
chofe , fi au lieu d'un Cylindre
on fe fervoit d'un paralele
lipipede , pourvû qu'il
fut auffi fufpendu par l'extre
mité de fon axe.
Enfin fi la Cycloïde eftoit
mal faite , elle pourroit caufer
de nouvelles irrregularitez au
mouvement du Pendule , fuivant
que ces vibrations fe-
Avril 1714. P
170 MERCURE
roient plus longues ou plus
courtes dont il s'en formeroit
plufieurs autres par leur combinaiſon
, avec les premieres.
Pour ce qui regarde les differentes
longueurs du Pendule
dans differens climats , il
me femble qu'on y peut faire
quelques remarques ; car Mr
Picard avoit obfervé à Vranibourg
, & à Bayonne , où j'étois
avec lui , que la longueur du
Pendule fimple à ſeconde , étoit
exactement la même qu'à
Paris. On fit une grande attention
à cette obfervation de
Bayonne , à cauſe qu'on fçaGALANT.
171
voit ce que Mr Richer en avoit
rapporté de Cayenne. Vrani .
bourg & Bayonne font éloignez
l'un de l'autre en latitude
de plus de douze degrez,
& entre Bayonne & Cayenne ,
la difference de latitude eft
de 38. car Cayenne eſt à peuprés
à 5. de latitude de Borcale
, ce qui donne ſeulement
une difference à peu - prés triple
de la premiere , pour laquelle
on trouve cinq quarts
de ligne de diminution de la
longueur du Pendule . On
doit donc conclure de là que
cette difference de longueur
Pij
172 MERCURE
ne devient fort fenfible qu'en
s'approchant de la ligne.
Mais quelques années aprés
Mrs Varin , des Hayes & de
Glos, ayant été envoyez vers la
ligne , pour y faire quelques
obfervations Aftronomiques
,
trouverent que dans l'Ile de
Gorée , qui eft à 14. de latitude
de Borcale , la longueur
du Pendule fimple à feconde
devoit cftre plus courte qu'en
France de 2. lignes . Les obfervations
faites à Cayenne &
à Gorée , ne laiffent aucun lieu
de douter qu'elles ne foient
tres- certaines & tres - exactes
GALANT. 173
to
par toutes les circonstances
qui y font rapportées . Cependant
fi l'on avoit voulu
conclure cette difference de
longueur du Pendule pour
Gorée par celle de Cayenne ,
on auroit dit que celle de
Gorée devoit eſtre ſeulement
plus courte qu'à Paris de trois
quarts de ligne environ , &
l'obfervation la donne de 2.
lignes entieres. Au contraire ,
fi de celle de Gorée on avoit
conclu celle de Cayenne, on
l'auroit pofée de 3. lignes environ
, & elle n'a efté trouvée
que de cinq quarts de lignes .
Piij
174 MERCURE
Les grandes differences ne
peuvent s'accorder en aucune
façon avec les hypotefes que
Mr Mariette a faites dans fon
Traité du mouvement des Eaux ,
& Mr Huygens dans ſon Traité
de la Lumiere , & il faut en
chercher d'autres pour expliquer
pourquoi la longueur du
Pendule eft la même dans les
latitudes de 55. un quart & de
43. un tiers , & qu'à 14. deux
tiers elle eft de deux lignes plus
courte , & à 5. de cinq quarts
de ligne feulement . Mais ne
pourroit-on point foupçonner
que cette differente lonGALANT.
175
1
1
gueur
du Pendule n'eft point
réelle , mais feulement apparente,
& qu'elle ne vient que de
la mefure dont on s'eft fervi .
Car il est tres - vray que les
métaux , & generalement tous
les corpss s'étendent conſidera
ble ment à la chaleur , & fe
refferent au froid . Mr Picard
dit que fur un pied de longueur
il a obfervé un allongement
d'un quart de ligne ; & par
confequent fur la longueur du
Pendule ce feroit trois quarts
de ligne , au lieu que je n'ay
trouvé qu'un tiers de ligne.
Cette difference pourroit ve-
Piiij
176 MERCURE
nir des manieres differentes
dont les obfervations ont efté
faites ; car Mr Picard ayant
expofé les corps à la gelée , les
mettoient enfuite auprés du
feu ; & pour moy je les ay
feulement expofez au Soleil.
l'Eté fuivant . On pourroit
donc dire que vers la ligne ,
& entre les Tropiques où les
chaleurs font fort grandes , les
métaux s'étendent & s'allon.
gent tres- confiderablement
au- delà de ce qu'ils font dans
ccs Pays - ci , & peut - eſtre encore
par une cauſe particuliere
des vapeurs des exhalaiſons
GALANT 177
1
qui les penetrent , comme on
fçait qu'elles font tres - penetrantes
en ces Pays - là ; & enfin
plus dans un temps que
dans un autre , & plus dans un
lieu que dans un autre . C'eſt
pourquoy ces caufes d'extenfion
qui ne font pas
confiderables
dans ces Pays - ci , peu-
ES vent estre tres- differentes à
Gorée & à Cayenne , & dans
des temps differens , car on eft
I perfuadé que vers les Tropiques
les chaleurs font bien
plus fortes que vers la ligne.
Et fi la verge de fer de trois
pieds mefurée à Paris au temps
178 MERCURE
du départ de Mr Richer , s'eft
allongée à Cayenne de cinq
quarts de lignes , il doit avoir
trouvé la longueur du Pendule
fimple à feconde mefurée
avec cette verge plus courte
qu'à Paris de cinq quarts de
ligne , quoi qu'effectivement
elle ait efté la même dans ces
deux lieux .
De même , fi à Gorée la mefure
s'eft allongée de deux
lignes plus qu'elle n'eftoit à
Paris , la longueur du Pendule
fimple à feconde y aura paru
plus courte qu'à Paris de
deux lignes. C'eft ce qui me
paroift de plus vray - fèmblaGALANT
. 179
ble fur ce Phenomene. Si cela
eftoit ainsi , la meſure univerfelle
du Pendule demeureroit
toûjours la même , &
par toute la terre , & il fau
droit regler les mesures particulieres
fur cette meſure , en
prenant la longueur du Pendule
fimple pour trois pieds
ou pour une demie toife.
Examen de la Démonftration
que Meffieurs Mariotte ,
Huygens donnent des differentes
longueurs du Pendule
fimple à feconde , en differens
endroits de la Terre.
Il ne s'agit ici que de démontrer
fi les corps tombent
180 MERCURE
proplus
lentement fous l'Equinoxial
que par tout aillicurs ; &
s'ils tombent plus vîte à
portion qu'on s'approche plus
des Poles. C'est ce qu'il prétend
faire dans fon Traité
du mouvement des eaux , en
fuppofant le mouvement de
la Terre autour de fon Axe.
Il dit que le mouvement de
la Terre donne à l'air une im .
preffion qui le fait tendre à
s'écarter de fon Axe avec une
viteffe proportionnée à celle
de fon mouvement ; & que ce
mouvement eſtant plus grand
vers l'Equinoxial , que vers
GALANT, 181
les Poles , l'effort qu'il fait
vers l'Equinoxial eft plus
grand que celui qu'il fait vers
fes Poles ; & c'eſt de ce different
effort qu'il conclut que
les corps qui font dans l'air
font repouffez & écartez de
t la terre avec plus de force
proche de l'Equinoxial , pour
d les empêcher de tomber , que
lorfqu'ils font proche des 10
03
Poles.
Ceraifonnement n'eft fonfur
la ſuppoſition que
coll dé
que
uet l'air qui environne la terre, en
ran eft repouffé par fon mouve
ment autour de fon Axe ;
YCD
182 MERCURE
peut- cftre ayant efté perſuadé
de cet effet par une experience
commune , qui eft , que fi l'on
fait mouvoir dans l'air un
corps irregulier , l'air frappé
par fes inégalitez , tend à s'écarter
du corps par des lignes
perpendiculaires au mouvement
du corps : Mais il me
femble qu'il ne peut pas arriver
la même chofe au Globe
de la Terre , enfuppofant fon
mouvement journalier autour
de fon Axe .
Car premierement il y a
trop peu de terres , & leurs inégalitez
font trop petites par
GALANT. 183
•
rapport aux furfaces unies des
eaux pour écarter fenfiblement
l'air de la terre, & par
confequent
le mouvement
feul de la furface de la terre
feroit que tous les corps de
cette furface choqueroient
l'air avec une viteffe auffi ·
་
grande qu'eft celle de ces
corps , laquelle on pourroit
V
prendre pour un vent tresviolent
d'Orient en Occident ,
qui n'auroit pourtant aucune
determination à s'écarter de la
furface de la terre , & les cau-
! fes particulieres des vents ne
pourroient pas avoir aſſez de
•pa
184 MERCURE
force pour lui refilter. Si l'on
apperçoit entre les Tropiques
quelque mouvement d'Orient
en Occident , il y a auffi affez
fouvent de grands calmes , &
l'on pourroit donner d'autres
raifons Phyfiques de cemouvement
, que celuy de la
terre ; & de plus quel rapport
y a- t- il entre la viteffe de ce
vent & celle de la ſurface de
la terre qui fait en un jour
9000 licuës .
Il faut donc demeurer d'accord
que l'Atmoſphere qui
environne la terre de tous côtez
, ne fait que comme un
même
GALANT 185
SC
et
même corps avec elle ; &
dans la fuppofition du mouvement
de la terre autour de
fon Axe l'Atmoſphere eft em
portée comme la furface.
D'où il fuit qu'une pierre qui
tombe dans cette Atmoſphere
ne pourroit recevoir aucune
impreffion du mouvement de
la terre , comme il arriveroit
à une bale de plomb qu'on
laifferoit tomber dans un vaif.
feau plein d'eau , pendant que
le yaiffeau feroit emporté d'un
mouvement Horizontal fort
prompt ; car on ne fait aucun
doute que cette bale ne
Avril 1714. е
186 MERCURE
tombe dans le fond du vaiffeau
au même endroit où elle
tomberoit fi le vaiſſeau eftoit
en repos, puifqu'effectivement
l'eau qui eft contenuë dans le
vaiffeau y eftoit en repos par
rapport à la maffe d'eau , &
aux parois du vaiffeau pendant
qu'il eft en mouvement
Et s'il eftoit poffible que
l'air fut écarté de la furface
de la terre par le mouvement
de la terre , foit par une tangente
qui s'écarteroit de l'Orient
vers l'Occident , ſoit par
un rayon du centre vers la
circonference, il arrivera toûGALANT
187
B
ea
jours que le poids du Pendule
qui defcend & qui remonte
dans la même vibration
, qui va d'un coſté
dans une vibration , & de
l'autre dans la fuivante fera
autant accelerer en remontant
que retardé en defcendant , &
autant accelerer d'un cofté
que regardé de l'autre , d'où
il fuit qu'il ne doit arriver par
cette caufe aucun changement
à la durée des vibrations du
Pendule.
Mais enfin quand on accorderoit
à Mr Mariotre tout
'ce qu'il prétend conclure de
Qij
188 MERCURE
fon Hypothefe , il s'enfuivroit
toûjours que pour les degrez ,
qui feroient plus proches des
Poles , l'augmentation de viteffe
du mouvement du Pendule
feroit beaucoup plus
grande que pour les degrez
qui feroient vers l'Equateur ,
puifque cette augmentation
feroit dans la raifon de la diminution
du mouvement de
la matiere , qui feroit celle des
limes du complement des degrez
de latitude , lefquels diminuënt
bien plus vite en s'aprochant
des Poles que vers
l'Equateur , ce qui eft contre
GALANT . 189
it
d
l'obfervation faite à Vranibourg
& à Bayonne & encore
contre l'irregularité qui s'eft
trouvée entre Cayenne &
Gorée.
Mr Huygens , dans fon
Traité de la lumiere , dit , qu'on
ne peut douter que ce ne foit
une marque que les corps defcendent
plus lentement vers
l'Equinoxial qu'en France.
C'est ce que Mr Mariotte
avoit fuppofé, & pour la dé
VO
DE
monftration , il ajoûte , qu'il
connut auffi- tôt qu'on luy eut
communiqué ce nouveau
Phenomene , que la caufe en
190 MERCURE
pouvoit cftre rapportée au
mouvement de la terre , qui
eftant plus grand en chaque
Pays , felon qu'il approche
plus de la ligne Equinoxiale ,
doit produire un effet plus
grand à rejetter les corps du
centre , & leur ofter par là une
certaine partie de leur pefanteur.
Il eſt facile à voir par
fes propres paroles que je
viens de rapporter , qu'il fe
fert de la même Hypothefe
que Mr Mariotte , & il détermine
enfuite la quantité de la
diminution de cet effort par
fon Theoreme troifiéme de vi
GALANT . 191
che
Set
centrifuga. C'est pourquoi
toutes les raifons que j'ay
rapportées contre l'explication
de ce Phenomene par Mr
Mariotte,ferviroient aufficontre
celle ci , qui ne conclud
que la même choſe du même
principe . D'où enfin je dis
at qu'il doit y avoir quelqu'autre
caufe de cet effet , laquelle ne
dépend point du mouvement
de la terre.
Pour ce qui regarde l'obfervation
il femble d'abord
del qu'elle eft tres facile à faire ,
puifqu'on peut compter les
vibrations du Pendule fimple
•pal
192 MERCURE
pendant uue heure , où il demeure
toûjours en mouvement
aprés qu'il y a çſté mis
d'abord , & que fi le Pendule
devoit eftre plus court de 2 .
lignes , celui qui feroit de 2 .
lignes plus long , feroit en
une heure environ 8. vibrations
de moins que l'autre ,
ce qui eft une trop grande
difference
pour s'y tromper
.
Ce fera la même chofe dans
les autres longueurs
à propor
tion.
Cependant il faut remarquer
que fi l'on fe fert d'un
fil dépite pour foûtenir le
poids
GALANT. 193
ALL
poids , quelque delié que ce
fil puiffe eftre , il est toûjours
plat , & il arrive que les dernieres
vibrations deviennent
ordinairement tournantes de
droites qu'elles eftoient d'abord
comme je l'ay éprouvé,
à caufe que ce fil fendant l'air
obliquement dans ſon mouvement
, écarte le Pendule
'd'un colté en allant , & de
l'autre en revenant , ce qui lui
donne peu à peu une détermi
nation à tourner. Jay aufli ob.
fervé que ces dernieres vibrations
tournantes quidevroient
eftre plus courtes que les
Avril
1714.
R
1
194 MERCURE
premieres , à caufe qu'elles ont
moins d'étendue , font de plus
longue durée que les droites
,
ce qui peut impofer dans l'ob.
fervation.
Fermer
Résumé : REMARQUES sur les inégalitez du Mouvement des Horloges à Pendule.
Le texte aborde les inégalités observées dans le mouvement des horloges à pendule par les astronomes. Ces inégalités, impossibles à réduire à une règle certaine, ont été notées lors de la régulation des pendules sur le mouvement des astres. L'auteur a présenté des remarques sur ces inégalités dans un mémoire lu à l'Académie en avril 1714. Il a expérimenté avec une lame de ressort pour remplacer la fibre du pendule, mais a constaté des inégalités plus grandes et a dû réintroduire la fibre. L'horloge a ensuite montré une grande précision, ne s'écartant que rarement du mouvement moyen d'une seconde sur quatre jours. Les variations de l'air, telles que la chaleur, le froid, l'humidité et la densité, semblent être les principales causes des changements dans le mouvement des pendules. L'auteur suppose que si la cycloïde est bien réalisée, elle devrait corriger les accélérations ou ralentissements du mouvement des roues. Cependant, la fibre utilisée pour suspendre le pendule présente des variations en fonction des conditions climatiques, affectant ainsi la régularité des vibrations. L'auteur a également mené des expériences pour mesurer les vibrations du pendule dans l'eau et dans l'air, notant des différences significatives. Il a conclu que les particules d'eau dans l'air peuvent s'attacher à la verge et au poids du pendule, modifiant ainsi le centre d'oscillation et la durée des vibrations. Pour remédier à ces problèmes, il suggère d'utiliser un cylindre ou un parallélépipède homogène suspendu par son axe. Enfin, une cycloïde mal réalisée peut également introduire des irrégularités dans le mouvement du pendule. Le texte traite également des observations et des débats scientifiques concernant la longueur du pendule à secondes dans différentes latitudes. Monsieur Picard a observé que la longueur du pendule à Vranibourg et à Bayonne était identique à celle de Paris. Cette observation est notable en raison des rapports de Monsieur Richer sur les différences observées à Cayenne. Vranibourg et Bayonne sont séparés par plus de douze degrés de latitude, tandis que la différence entre Bayonne et Cayenne est de 38 degrés. Les observations à Cayenne et à Gorée montrent des variations dans la longueur du pendule, avec des différences de cinq quarts de ligne à Cayenne et de deux lignes à Gorée. Les différences de longueur du pendule ne sont pas expliquées par les hypothèses de Monsieur Mariotte et de Monsieur Huygens. Les variations pourraient être dues à des erreurs de mesure, car les métaux s'étendent à la chaleur et se contractent au froid. Monsieur Picard et l'auteur du texte ont observé des allongements différents en exposant les métaux à des conditions variées. Les observations à Gorée et à Cayenne soulèvent des questions sur la précision des mesures. L'auteur suggère que les variations de longueur du pendule pourraient être apparentes plutôt que réelles, en raison des différences de température et des conditions locales. Il propose que la mesure universelle du pendule reste constante et que les mesures locales soient ajustées en conséquence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4233
p. 766
CHANSON,
Début :
Depuis longtemps votre absence, [...]
Mots clefs :
Absence, Amour, Extrême, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON,
CHANSON,
Depuis long - temps votre absence ,
Me fait languir nuit et jour ,
Mais votre aimable presence ,
Récompense mon amour.
Si ma peine fut extrême ,
C'est un songe en ce moment.
Quand on revoit ce qu'on aime ,
Le plaisir est plus charmant.
Depuis long - temps votre absence ,
Me fait languir nuit et jour ,
Mais votre aimable presence ,
Récompense mon amour.
Si ma peine fut extrême ,
C'est un songe en ce moment.
Quand on revoit ce qu'on aime ,
Le plaisir est plus charmant.
Fermer
4235
p. 144
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon trône est dans les airs, j'y reçois la naissance, [...]
Mots clefs :
Aigle
4236
p. 2262
« On a été mal informé quand on a mis dans le Mercure d'Août, que les Airs de [...] »
Début :
On a été mal informé quand on a mis dans le Mercure d'Août, que les Airs de [...]
Mots clefs :
Airs, Charles-Simon Favart
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a été mal informé quand on a mis dans le Mercure d'Août, que les Airs de [...] »
On a été mal informé quand on a mis
dans le Mercure d'Août , que les Airs de
la Ronde & du Branle des Amours Griυοις ,
étoient de la compoſition de M. Boiſmortiers
; ils font de M. Favart , l'un des Auteurs
de la Piéce .
dans le Mercure d'Août , que les Airs de
la Ronde & du Branle des Amours Griυοις ,
étoient de la compoſition de M. Boiſmortiers
; ils font de M. Favart , l'un des Auteurs
de la Piéce .
Fermer
4237
p. 146
« HISTOIRE de Bertholde, Traduction libre de l'Italien de Julio Caesare Croci, [...] »
Début :
HISTOIRE de Bertholde, Traduction libre de l'Italien de Julio Caesare Croci, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE de Bertholde, Traduction libre de l'Italien de Julio Caesare Croci, [...] »
HISTOIRE de Bertholde, Traduction
libre de l'Italien de Julio Caesare Croci,
& des Académiciens Della Crusia,
1752, deux vol. in-12, à la Haye; & se
trouve a Paris,
L'Histoire de Bertholde a beaucoup réus-
en Italie, parce qu'elle est très bien
écrite dans la langue originale, & que la
plaisanterie est dans le goût Italien. Il ne
nous paroît pas que la Traduction ait, ni
puisse avoir le même succès.
libre de l'Italien de Julio Caesare Croci,
& des Académiciens Della Crusia,
1752, deux vol. in-12, à la Haye; & se
trouve a Paris,
L'Histoire de Bertholde a beaucoup réus-
en Italie, parce qu'elle est très bien
écrite dans la langue originale, & que la
plaisanterie est dans le goût Italien. Il ne
nous paroît pas que la Traduction ait, ni
puisse avoir le même succès.
Fermer
4238
p. 128
QUESTION.
Début :
Un Pilote étant en Mer par certaine Latitude Nord, et voulant trouver la [...]
Mots clefs :
Capella, Étoile, Latitude
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION.
du ES TION.
Un Pilote étant en Mer par certaine
Latitude Nord, et voulant trouver laf
hauteur du Pole, pour _cet effet il a ob
servé l’Etoile nommée l’Epaale gauche du
Charrier Capella , trois fois plus haut
élevée que la hauteur du Soleilquïl avoir
observée, et il a observé PEtoile nom
mée le grand Chien Siriu: au Sud, être
i élevée surlihorison -, mais comme le So
leil difïeroit ladite Etoile Capella.
On demande par quelle Latitude étoit
ce Pilote lorsqu’il a faiteces Observaq
tions , avec la déclinaison du Soleil du
A ' «jour , le tout par démonstration essenæ
tielle et par regle.
Un Pilote étant en Mer par certaine
Latitude Nord, et voulant trouver laf
hauteur du Pole, pour _cet effet il a ob
servé l’Etoile nommée l’Epaale gauche du
Charrier Capella , trois fois plus haut
élevée que la hauteur du Soleilquïl avoir
observée, et il a observé PEtoile nom
mée le grand Chien Siriu: au Sud, être
i élevée surlihorison -, mais comme le So
leil difïeroit ladite Etoile Capella.
On demande par quelle Latitude étoit
ce Pilote lorsqu’il a faiteces Observaq
tions , avec la déclinaison du Soleil du
A ' «jour , le tout par démonstration essenæ
tielle et par regle.
Fermer
Résumé : QUESTION.
Un pilote en mer a observé Capella, dans le Cocher, trois fois plus élevée que le Soleil, et Sirius, dans le Grand Chien, au sud. La latitude du pilote et la déclinaison solaire doivent être déterminées via une démonstration et une règle précises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4239
p. 146
« CORNICHON & Toupete, Histoire-Fée. A la Haye, chez Pierre de Hondt, [...] »
Début :
CORNICHON & Toupete, Histoire-Fée. A la Haye, chez Pierre de Hondt, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CORNICHON & Toupete, Histoire-Fée. A la Haye, chez Pierre de Hondt, [...] »
CORNICHON & Toupete, Histoire-Fée.
A la Haye, chez Pierre de Hondt,
1752, brochure d'environ 200. pages.
A la Haye, chez Pierre de Hondt,
1752, brochure d'environ 200. pages.
Fermer
4240
p. 138-139
Retour de M. le Marquis de Torcy, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Marquis de Torcy, Fils de Mr Colbert de Croissy, [...]
Mots clefs :
Marquis de Torcy, Envoyé extraordinaire, Cour, Portugal, Espagne, Éloges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Retour de M. le Marquis de Torcy, [titre d'après la table]
M'le Marquis de Torcy,
Fils de Me Colbert de Croiffy,
eft de retour de Portugal ,
où il a eſté Envoyé Extraordinaire
pour le Roy. Il a paflé
par l'Eſpagne en revenant
en France, & il s'eſt acquis
tant d'eſtime dans l'une &
dans l'autre Cour , qu'on en
a écrit icy avec de fort grands
Eloges. Sa Majesté , à qui
GALANT. 139
fon merite eſt fort connu ,
en eſt ſi perfuadée , qu'Elle
l'a nommé preſque aufli-toft
aprés fon retour , EnvoyéExtraordinaire
auprés du Roy
de Dannemark , pour aller
faire des Complimens de
Condoleance à ce Monarque
ſur la Mort de la Reine
fa Mere. Quand on matche
de fi bonne heure fur les
traces des grands Hommes ,
* & que l'on continue comme
l'on a commencé , il n'y a
rien que l'on ne doive eſpeprende
fon merite & de far
Fortunell
Fils de Me Colbert de Croiffy,
eft de retour de Portugal ,
où il a eſté Envoyé Extraordinaire
pour le Roy. Il a paflé
par l'Eſpagne en revenant
en France, & il s'eſt acquis
tant d'eſtime dans l'une &
dans l'autre Cour , qu'on en
a écrit icy avec de fort grands
Eloges. Sa Majesté , à qui
GALANT. 139
fon merite eſt fort connu ,
en eſt ſi perfuadée , qu'Elle
l'a nommé preſque aufli-toft
aprés fon retour , EnvoyéExtraordinaire
auprés du Roy
de Dannemark , pour aller
faire des Complimens de
Condoleance à ce Monarque
ſur la Mort de la Reine
fa Mere. Quand on matche
de fi bonne heure fur les
traces des grands Hommes ,
* & que l'on continue comme
l'on a commencé , il n'y a
rien que l'on ne doive eſpeprende
fon merite & de far
Fortunell
Fermer
Résumé : Retour de M. le Marquis de Torcy, [titre d'après la table]
Le Marquis de Torcy, fils de Colbert de Croissy, a été Envoyé Extraordinaire en Portugal puis en Espagne, gagnant une grande estime. De retour en France, le Roi l'a nommé Envoyé Extraordinaire auprès du Roi de Danemark pour présenter des condoléances. Le texte souligne la reconnaissance des mérites et la réussite future de ceux qui suivent les traces des grands hommes dès leur jeunesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4241
p. 133-134
« Il est maintenant question, Mademoiselle, de vous presenter indispensablement un Article [...] »
Début :
Il est maintenant question, Mademoiselle, de vous presenter indispensablement un Article [...]
Mots clefs :
Article
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il est maintenant question, Mademoiselle, de vous presenter indispensablement un Article [...] »
Il est maintenant question,
Mademoiselle, de vous presenter
indispensablement un
Articledontvousferezl'usage
qu'il vous plaira ; c'est celuy,
des nouvelles du monde,&
c'est
,
à mon avis, justement
celuy donc ne s'embarrassent
guere de jeunes personnes
comme vous, qui ont bien
làutrc chose à faire. Je vous invire
néanmoins malgré cette
consideration, à le hrc:
Mademoiselle, de vous presenter
indispensablement un
Articledontvousferezl'usage
qu'il vous plaira ; c'est celuy,
des nouvelles du monde,&
c'est
,
à mon avis, justement
celuy donc ne s'embarrassent
guere de jeunes personnes
comme vous, qui ont bien
làutrc chose à faire. Je vous invire
néanmoins malgré cette
consideration, à le hrc:
Fermer
4242
p. 550-551
« On écrit de Lisbonne, qu'on y voit appris de Santarem, que le 11. janvier, vers les six [...] »
Début :
On écrit de Lisbonne, qu'on y voit appris de Santarem, que le 11. janvier, vers les six [...]
Mots clefs :
Église, Évêque de Chartres, Académie, Éloquence, Santarém, Viterbe, Évêque de Vence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Lisbonne, qu'on y voit appris de Santarem, que le 11. janvier, vers les six [...] »
On écrit de Lisbonne , qu'on y avoit appris
de Santarem , que le 11. Janvier , vers les six
heures du soir , on avoit apperçu dans le Ciel
une espece de Globe lumineux , qui demeura sur
Phorison pendant plusieurs minutes ; que pendant
tout le temps qu'il fut sensible , il suivit la
même route que la Lune , et qu'il disparut lorsqu'il
fut proche de cette Planette.
Selon les Lettres de Prague , les Terres embrasées
des environs de cette Ville , continuoient
de jetter beaucoup de fumées et de flammes.
Sur le bruit qui s'est répandu à Rome qu'on
avoit découvert à Viterbe une Carriere d'Albatre
extrêmement beau , plusieurs Sculpteurs sont
partis pour l'aller visiter. ' Le Pape a déclaré que
si tout l'Albatre que cette Carriere produit , est
aussi
MARS.
551
1733
aussi parfait que les échantillons qui lui ont été
présentez , on s'en servira pour la Chapelle Corsini
et pour la façade de l'Eglise de S. Jean de
Latran.
On écrit de Chartres , que le 7. Mars , jour auquel
on celebre la Fête de S. Thomas d'Aquin ,
Docteur de l'Eglise , M. l'Evêque de Chartres
prononça le Panégyrique du Saint , dans l'Eglise
des Dominicains de la même Ville , devant un
nombreux Auditoire , qui applaudit autant à l'éloquence
de ce Prélat , qu'au fond du sujet , qu'il
traita avec autant d'édification que de dignité.
Il s'étendit sur tout sur la solidité de la doctrine
du S. Docteur , faisant voir l'estime que les Conciles
en ont fait , et l'autorité qu'elle a dans l'Eglise.
fut
J. Baptiste Surian Evêque de Vence ,
reçû dans l'Académie Françoise le 11. de ce mois,
à la place vacante par la mort du Duc de Coislin
, Evêque de Metz ; il fit un Discours de remerciment
, auquel M. Danchet , Chancelier de
l'Académie , répondit , et ils parlerent l'un et
l'autre avec beaucoup d'éloquence.
Le 14. Février , M. Jean - Baptiste Souchai , de
l'Académie Royale des Belles- Lettres , et nommé
pour remplir au College Royal une place de Professeur
en Eloquence Latine, prononça , selon l'usage
, dans une Salle du même College , un fort
beau Discours Latin , en présence d'une nombreuse
Assemblée. Le Sujet sur lequel il parla
étoit énoncé en ces termes dans un Programme
de sa façon. Utrum et quid conferat ad Ġallicam
Eloquentiam Ciceronis imitatio,
de Santarem , que le 11. Janvier , vers les six
heures du soir , on avoit apperçu dans le Ciel
une espece de Globe lumineux , qui demeura sur
Phorison pendant plusieurs minutes ; que pendant
tout le temps qu'il fut sensible , il suivit la
même route que la Lune , et qu'il disparut lorsqu'il
fut proche de cette Planette.
Selon les Lettres de Prague , les Terres embrasées
des environs de cette Ville , continuoient
de jetter beaucoup de fumées et de flammes.
Sur le bruit qui s'est répandu à Rome qu'on
avoit découvert à Viterbe une Carriere d'Albatre
extrêmement beau , plusieurs Sculpteurs sont
partis pour l'aller visiter. ' Le Pape a déclaré que
si tout l'Albatre que cette Carriere produit , est
aussi
MARS.
551
1733
aussi parfait que les échantillons qui lui ont été
présentez , on s'en servira pour la Chapelle Corsini
et pour la façade de l'Eglise de S. Jean de
Latran.
On écrit de Chartres , que le 7. Mars , jour auquel
on celebre la Fête de S. Thomas d'Aquin ,
Docteur de l'Eglise , M. l'Evêque de Chartres
prononça le Panégyrique du Saint , dans l'Eglise
des Dominicains de la même Ville , devant un
nombreux Auditoire , qui applaudit autant à l'éloquence
de ce Prélat , qu'au fond du sujet , qu'il
traita avec autant d'édification que de dignité.
Il s'étendit sur tout sur la solidité de la doctrine
du S. Docteur , faisant voir l'estime que les Conciles
en ont fait , et l'autorité qu'elle a dans l'Eglise.
fut
J. Baptiste Surian Evêque de Vence ,
reçû dans l'Académie Françoise le 11. de ce mois,
à la place vacante par la mort du Duc de Coislin
, Evêque de Metz ; il fit un Discours de remerciment
, auquel M. Danchet , Chancelier de
l'Académie , répondit , et ils parlerent l'un et
l'autre avec beaucoup d'éloquence.
Le 14. Février , M. Jean - Baptiste Souchai , de
l'Académie Royale des Belles- Lettres , et nommé
pour remplir au College Royal une place de Professeur
en Eloquence Latine, prononça , selon l'usage
, dans une Salle du même College , un fort
beau Discours Latin , en présence d'une nombreuse
Assemblée. Le Sujet sur lequel il parla
étoit énoncé en ces termes dans un Programme
de sa façon. Utrum et quid conferat ad Ġallicam
Eloquentiam Ciceronis imitatio,
Fermer
Résumé : « On écrit de Lisbonne, qu'on y voit appris de Santarem, que le 11. janvier, vers les six [...] »
Le 11 janvier, un globe lumineux a été observé à Lisbonne, suivant la trajectoire de la Lune avant de disparaître. À Prague, des terres enflammées continuaient de produire des fumées et des flammes. À Rome, une carrière d'albâtre a été découverte à Viterbe, attirant plusieurs sculpteurs. Le Pape a envisagé d'utiliser cet albâtre pour la Chapelle Corsini et la façade de l'église Saint-Jean de Latran, sous réserve de la qualité des échantillons. Le 7 mars, à Chartres, l'évêque a prononcé un panégyrique de Saint Thomas d'Aquin lors de sa fête, devant un auditoire nombreux. Le 11 mars, Jean-Baptiste Surian, évêque de Vence, a été reçu à l'Académie Française, remplaçant le Duc de Coislin, évêque de Metz. Surian et Danchet, chancelier de l'Académie, ont prononcé des discours. Le 14 février, Jean-Baptiste Souchai a été nommé professeur d'éloquence latine au Collège Royal et a prononcé un discours latin sur l'imitation de Cicéron dans l'éloquence gallique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4243
p. 146-147
« VOYAGE Pittoresque de Paris, ou indication de tout ce qu'il y a de plus [...] »
Début :
VOYAGE Pittoresque de Paris, ou indication de tout ce qu'il y a de plus [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « VOYAGE Pittoresque de Paris, ou indication de tout ce qu'il y a de plus [...] »
VOYAGE Pittoresque de Paris, ou
indication de tout ce qu'il y a de plus
beau dans cette grande Ville, en Peintu-
re, Sculpture & Architectute: par M.
D***, seconde Edition revue, corrigée
& augmentée des cabinets de tableaux des
Particuliers, à Paris, chez de Bure l'aîné,
quai des Augustius, 1752.
AVRIL.
1752.
143
Il n'ya pas d'Etranger, ni même de
François un peu curieux, qui puisse se
passer de l'Ouvrage dont nous annonçons
une nouvelle Edition: c est un guide pour
voir tout ce que Paris renferme de pré-
cieux en beaux Arts, pour ne voir que cela,
& pour le voir par ordre Nous ajoûterons
à cette idée générale la seule qu'on puisse
donner du voyage de Paris, le nom des
Amateurs qui ont des cabinets de réputa-
tion. Messieurs Blondel de Gagny, de
la Bouexiere, Dargenville, de Gaignat,
le Maréchal d'Isenghen, de Julienne, le
Marquis de Lassay, Lempereur, le Comte
de Meurcé, le Prince de Monaco, Pas-
quier, le Duc de Tallard, de Thiers, Ti-
ton du Tillet, de Veaux, le Comte de
Vence, les Augustins de la Place des Vic-
toires, le Marquis de Voyer.
indication de tout ce qu'il y a de plus
beau dans cette grande Ville, en Peintu-
re, Sculpture & Architectute: par M.
D***, seconde Edition revue, corrigée
& augmentée des cabinets de tableaux des
Particuliers, à Paris, chez de Bure l'aîné,
quai des Augustius, 1752.
AVRIL.
1752.
143
Il n'ya pas d'Etranger, ni même de
François un peu curieux, qui puisse se
passer de l'Ouvrage dont nous annonçons
une nouvelle Edition: c est un guide pour
voir tout ce que Paris renferme de pré-
cieux en beaux Arts, pour ne voir que cela,
& pour le voir par ordre Nous ajoûterons
à cette idée générale la seule qu'on puisse
donner du voyage de Paris, le nom des
Amateurs qui ont des cabinets de réputa-
tion. Messieurs Blondel de Gagny, de
la Bouexiere, Dargenville, de Gaignat,
le Maréchal d'Isenghen, de Julienne, le
Marquis de Lassay, Lempereur, le Comte
de Meurcé, le Prince de Monaco, Pas-
quier, le Duc de Tallard, de Thiers, Ti-
ton du Tillet, de Veaux, le Comte de
Vence, les Augustins de la Place des Vic-
toires, le Marquis de Voyer.
Fermer
4244
p. 144-145
SONNET De Monsieur Houdin de la Martinique. SUR LES BOUTS RIMÉS PROPOSÉS.
Début :
Ne prends point femme, Ami, ni grande, ni .. Nabotte, [...]
Mots clefs :
Ami, Bigote, Hymen, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET De Monsieur Houdin de la Martinique. SUR LES BOUTS RIMÉS PROPOSÉS.
SONNET
De Monfieur Houdin de la
Martinique.
SUR LES BOUTS RIME'S PROPOSE'S.
NE prends point femme , Ami ,
ni grande , ni .. Nabotte ,
L'une & l'autre en Oyfons nous
méne par le .. Bec ;
Fais aufacrélien ungrand. Salamalec,
Et ne perds pas ton droit de porter
la • Culote.
Envifage le fort des Maris à .Calotte*
Calotte de Vulcain.
Le
D'AVRIL...
145
Le plus facile Epoux n'a pas toujours
l'oeil . · Sec ;
Et la fen me au repos met le dernier
· Echec ;
Quand lâffe de plaiſirs , elle devient
Bigotte.
Il eft cent fois plus doux de vivre
en •
Poffeder pour tout bien,fleches, Arc
&
Iroquois ,
Carquois ;
Cinique.
Que
d'avoir pour
Compagne un
Esprit
trop
Autant que la perdrix redoute le
Faucon ,
Ami, fuyons l'Himen ; de tous côtés
il
Pique,
Et ne nous engageons qu'à vuider
le Flacon.
De Monfieur Houdin de la
Martinique.
SUR LES BOUTS RIME'S PROPOSE'S.
NE prends point femme , Ami ,
ni grande , ni .. Nabotte ,
L'une & l'autre en Oyfons nous
méne par le .. Bec ;
Fais aufacrélien ungrand. Salamalec,
Et ne perds pas ton droit de porter
la • Culote.
Envifage le fort des Maris à .Calotte*
Calotte de Vulcain.
Le
D'AVRIL...
145
Le plus facile Epoux n'a pas toujours
l'oeil . · Sec ;
Et la fen me au repos met le dernier
· Echec ;
Quand lâffe de plaiſirs , elle devient
Bigotte.
Il eft cent fois plus doux de vivre
en •
Poffeder pour tout bien,fleches, Arc
&
Iroquois ,
Carquois ;
Cinique.
Que
d'avoir pour
Compagne un
Esprit
trop
Autant que la perdrix redoute le
Faucon ,
Ami, fuyons l'Himen ; de tous côtés
il
Pique,
Et ne nous engageons qu'à vuider
le Flacon.
Fermer
4245
p. 147-148
Réponse à la quatriéme, par un mary à la vieille mode.
Début :
Si l'on ne doit pas souhaiter la vivacité des [...]
Mots clefs :
Amant, Amante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse à la quatriéme, par un mary à la vieille mode.
Réponseà laquatriéme ,par
un mary à la vieille mode.
Si l'onne doit pas fouhaicter
la vivacité des sentiments
, du coeur dans une femme comme
dans une maîtresse.
Jadisl'Epouxétoit Amant
Comme /'EpouJe étoit Amantet
Mais dans le Jtecle d'à present
Onfuit maxime différente.
Comme on ne prend plusparchoix
Ce n'est que dans uhe Maifl'tffe
Qu'onveutvivacité, t':nar,-jJè,
Uhymenestprivedeses droits.
Pour moy qui n'aime point la
mode,
Je ne fuispoint cette methode.
Commejayfemme par bonheur,
Quiparoîtamesyeuxaimable,
Je ïaime, Ci trouve de son coeur
La vivacitésouhaitable ;
Heureux3fipcwmoyson ardeur
Me defltne un bonheur durable.
un mary à la vieille mode.
Si l'onne doit pas fouhaicter
la vivacité des sentiments
, du coeur dans une femme comme
dans une maîtresse.
Jadisl'Epouxétoit Amant
Comme /'EpouJe étoit Amantet
Mais dans le Jtecle d'à present
Onfuit maxime différente.
Comme on ne prend plusparchoix
Ce n'est que dans uhe Maifl'tffe
Qu'onveutvivacité, t':nar,-jJè,
Uhymenestprivedeses droits.
Pour moy qui n'aime point la
mode,
Je ne fuispoint cette methode.
Commejayfemme par bonheur,
Quiparoîtamesyeuxaimable,
Je ïaime, Ci trouve de son coeur
La vivacitésouhaitable ;
Heureux3fipcwmoyson ardeur
Me defltne un bonheur durable.
Fermer
4246
p. 2486-2488
LOGOGRYPHE.
Début :
Il n'est rien ici bas [...]
Mots clefs :
Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE,
IlL n'eft rien ici bas
Plus commun que mon Etre.
Fresque tous les Mortels me trouvent des apaši
Le plus fage , fans me connoître ,
M'eftime & ne m'aproche pas.
Si par fois je mene à ma ſuite
Mille douceurs , mille plaisirs ,
Plus fouvent je les mets en fuite ;
Et ne fais plus former que de triftes foupirs.
Ce portrait , cher Lecteur , eft trop énigmatique,
Pour me dévoiler à tes yeux ,
Je me fers de l'Arithmétique ,
Ce chemin eft moins épineux.
De fept lettres ne prends que les quatre premieres ;
C'eſt ma moitié , j'en ai reçû le nom,
C'est
NOVEMBRE. 1740. 2487
C'est mon chef , heureux s'il eft bon !
Mes trois dernieres
Servent à diftinguer les hommes & les tems .
Par elles toute la Nature
Eft exposée à divers changemens.
Veux-tu dans ma ſtructure
Pénetrer plus à fonds ?
Soit. Je vais t'aider , operons?
Par deux de mes lettres je donne
Isle en Pays d'Aunis , en Musique deux tons ;
Double pronom de premiere perfonne .
En trois lettres je suis un des quatte Elemens ;
Le féjour favori des vents ;
Une faison charmante , un terme de tendreffe ;
Isle da bas Poitou , Ville , rare trésor
Plus précieux que for ;
De la brutalité la plus vive peinture .
Une lettre de plus , je présente d'abord
Un amas d'eau , la Mere de Mercure ;
Ce qui dans tous les chants fert à former l'accord ;
Une Ville d'Artois , une autre de Champagne
Un Lieu néceffaire en campagne
Pour préparer le grain , repos d'un Escalier ,
Nid d'un Oiseau de proye , un Saint à l'Ecolier
Rarement agreable ;
Un Oiseau dont l'orgueil eft connu dans la Fable ;
Je fuis Poiffon de Mer , inftrument de Marins ;
Gij Nom
2488 MERCURE DE FRANCE
Nom de plufieurs Sçavans qu'on miet au rang des
Saints ;
· Maladie à nulle autre égale ;
Des Etats du Mogol la Ville Capitale ;
Ce qu'il n'eſt pas aisé de joindre à la raison.
Enfin , j'exprime l'action .
En cinq lettres je nomme un art diabolique ,
Fort en vogue au fiécle gothique ,
Mais qu'en France à présent nous ne connoiffons
pas ;
Un des principaux Magiftrats ;
La plus parfaite Créature ;
Le contraire de la douceur ;
Je fers à marquer la douleur ,
Tout ce qui vit dans la Nature
Etoit jadis ce que je fuis.
Ami Lecteur , je crois t'entendre ,
C'eft trop jaser , dis - tu , je le veux , je finis ;
Il n'en falloit pas tant pour me faire comprendre.
Disons encore cependant
Que de mon tout en ôtant une Lettre ,
Aufi - tôt je vais être
Le cruel ennemi de Carême prenant .
Par Mile de la Caure;
IlL n'eft rien ici bas
Plus commun que mon Etre.
Fresque tous les Mortels me trouvent des apaši
Le plus fage , fans me connoître ,
M'eftime & ne m'aproche pas.
Si par fois je mene à ma ſuite
Mille douceurs , mille plaisirs ,
Plus fouvent je les mets en fuite ;
Et ne fais plus former que de triftes foupirs.
Ce portrait , cher Lecteur , eft trop énigmatique,
Pour me dévoiler à tes yeux ,
Je me fers de l'Arithmétique ,
Ce chemin eft moins épineux.
De fept lettres ne prends que les quatre premieres ;
C'eſt ma moitié , j'en ai reçû le nom,
C'est
NOVEMBRE. 1740. 2487
C'est mon chef , heureux s'il eft bon !
Mes trois dernieres
Servent à diftinguer les hommes & les tems .
Par elles toute la Nature
Eft exposée à divers changemens.
Veux-tu dans ma ſtructure
Pénetrer plus à fonds ?
Soit. Je vais t'aider , operons?
Par deux de mes lettres je donne
Isle en Pays d'Aunis , en Musique deux tons ;
Double pronom de premiere perfonne .
En trois lettres je suis un des quatte Elemens ;
Le féjour favori des vents ;
Une faison charmante , un terme de tendreffe ;
Isle da bas Poitou , Ville , rare trésor
Plus précieux que for ;
De la brutalité la plus vive peinture .
Une lettre de plus , je présente d'abord
Un amas d'eau , la Mere de Mercure ;
Ce qui dans tous les chants fert à former l'accord ;
Une Ville d'Artois , une autre de Champagne
Un Lieu néceffaire en campagne
Pour préparer le grain , repos d'un Escalier ,
Nid d'un Oiseau de proye , un Saint à l'Ecolier
Rarement agreable ;
Un Oiseau dont l'orgueil eft connu dans la Fable ;
Je fuis Poiffon de Mer , inftrument de Marins ;
Gij Nom
2488 MERCURE DE FRANCE
Nom de plufieurs Sçavans qu'on miet au rang des
Saints ;
· Maladie à nulle autre égale ;
Des Etats du Mogol la Ville Capitale ;
Ce qu'il n'eſt pas aisé de joindre à la raison.
Enfin , j'exprime l'action .
En cinq lettres je nomme un art diabolique ,
Fort en vogue au fiécle gothique ,
Mais qu'en France à présent nous ne connoiffons
pas ;
Un des principaux Magiftrats ;
La plus parfaite Créature ;
Le contraire de la douceur ;
Je fers à marquer la douleur ,
Tout ce qui vit dans la Nature
Etoit jadis ce que je fuis.
Ami Lecteur , je crois t'entendre ,
C'eft trop jaser , dis - tu , je le veux , je finis ;
Il n'en falloit pas tant pour me faire comprendre.
Disons encore cependant
Que de mon tout en ôtant une Lettre ,
Aufi - tôt je vais être
Le cruel ennemi de Carême prenant .
Par Mile de la Caure;
Fermer
4247
p. 144-146
LE CYGNE RỌI ET SES SUJETS, FABLE.
Début :
DANS un Jardin que la Nature [...]
Mots clefs :
Cygne, Canal, Nature, Printemps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE CYGNE RỌI ET SES SUJETS, FABLE.
LE CYGNE RỌI ET SES SUJETS ,
FABLE.
DANANSS uunn Jardin que la Nature
Du printemps de Flore embellit ,
L'art avoit d'un canal creufé le vaſte lit ,
Où d'un jet tomboit l'onde pure.
Un éffain de Cygnes brillans
Du canal arrondi blanchiffoit la furface :
Un de ces oiſeaux éclatans
Élevoit la tête avec grace:
On voyoit à fon air qu'il en étoit le Roi.
Eh !
FEVRIER. 1763. 145
-Eh ! qui méritoit mieux de l'être ?
Entouré par l'Amour il écartoit l'éffroi
Que l'esclavage traîne à la fuite d'un Maître.
Le jour de fa Fête arriva :
Chacun de fes Sujets voulut montrer fon zéle ;
On prit foin d'inventer quelque Fête nouvelle ,
Où fans être amené le plaifir fe trouva :
Ami faux adroits politiques ,
Tous au ton de l'éloge avoient monté leurs voix.
On vit alors pour la première fois
Des courtisans flatteurs être encor véridiques .
L'un lui diſoit d'un ton mélodieux :
>> Vous enchantez le voisinage
» Par la rare beauté de votre heureux plumage ,
» Et par vos fons harmonieux.
Un autre favant dans la fable :
» Du cygne de Lida vous avez le talent :
→ Vous favez comme lui tendre , coquet , galant ,
» Prodiguer la .careffe aimable.
» Sous ce plumage éblouiſſant :
>> Vous nous cachez le Maître du tonnèrre ,
( Dit un vaſſal reconnoiffant : )
» Vous êtes un Dieu fur la Tèrre ,
" Puifque vous êtes bienfaifant.
Un jeune cygne , éloigné de la foule ,
Triſte objet du mépris , des autres le rebut ,
Attendoit qu'il fût ſeul pour offrir ſon tribut.
Des flatteurs le torrent s'écoule ;
Et ce Cygne emporté par la plus vive ardeur ,
G
146 MERCURE DE FRANCE .
S'approche en agitant les aîles :
Son regard eft plus vif , fes plumes ſont plus
belles ;
Et le Dieu du Plaifir a paffé dans fon coeur.
כ כ
Si j'avois eu l'âme commune ,
( Dit- il , au cygne avec candeur )
» J'aurois pu me mêler dans la foul importune
»Dese fclaves de la grandeur :
>> Mais je cherche votre âme & non votre fortune.
» J'ai refufé mon coeur & mon hommage au
Roi :
» Je viens l'offrir au cygne aimable.
» J'accepte votre don , dit ce Maître adorable ,
» Le fentiment eft fait pour moi .
Qu'un Grand déploye une âme tendre & belle ,
Pour enchaîner les coeurs il a de fûrs attraits :
Ma fable en préfente les traits ,
Et St. A... m'a fervi de modèle .
Par M. LEGIER.
FABLE.
DANANSS uunn Jardin que la Nature
Du printemps de Flore embellit ,
L'art avoit d'un canal creufé le vaſte lit ,
Où d'un jet tomboit l'onde pure.
Un éffain de Cygnes brillans
Du canal arrondi blanchiffoit la furface :
Un de ces oiſeaux éclatans
Élevoit la tête avec grace:
On voyoit à fon air qu'il en étoit le Roi.
Eh !
FEVRIER. 1763. 145
-Eh ! qui méritoit mieux de l'être ?
Entouré par l'Amour il écartoit l'éffroi
Que l'esclavage traîne à la fuite d'un Maître.
Le jour de fa Fête arriva :
Chacun de fes Sujets voulut montrer fon zéle ;
On prit foin d'inventer quelque Fête nouvelle ,
Où fans être amené le plaifir fe trouva :
Ami faux adroits politiques ,
Tous au ton de l'éloge avoient monté leurs voix.
On vit alors pour la première fois
Des courtisans flatteurs être encor véridiques .
L'un lui diſoit d'un ton mélodieux :
>> Vous enchantez le voisinage
» Par la rare beauté de votre heureux plumage ,
» Et par vos fons harmonieux.
Un autre favant dans la fable :
» Du cygne de Lida vous avez le talent :
→ Vous favez comme lui tendre , coquet , galant ,
» Prodiguer la .careffe aimable.
» Sous ce plumage éblouiſſant :
>> Vous nous cachez le Maître du tonnèrre ,
( Dit un vaſſal reconnoiffant : )
» Vous êtes un Dieu fur la Tèrre ,
" Puifque vous êtes bienfaifant.
Un jeune cygne , éloigné de la foule ,
Triſte objet du mépris , des autres le rebut ,
Attendoit qu'il fût ſeul pour offrir ſon tribut.
Des flatteurs le torrent s'écoule ;
Et ce Cygne emporté par la plus vive ardeur ,
G
146 MERCURE DE FRANCE .
S'approche en agitant les aîles :
Son regard eft plus vif , fes plumes ſont plus
belles ;
Et le Dieu du Plaifir a paffé dans fon coeur.
כ כ
Si j'avois eu l'âme commune ,
( Dit- il , au cygne avec candeur )
» J'aurois pu me mêler dans la foul importune
»Dese fclaves de la grandeur :
>> Mais je cherche votre âme & non votre fortune.
» J'ai refufé mon coeur & mon hommage au
Roi :
» Je viens l'offrir au cygne aimable.
» J'accepte votre don , dit ce Maître adorable ,
» Le fentiment eft fait pour moi .
Qu'un Grand déploye une âme tendre & belle ,
Pour enchaîner les coeurs il a de fûrs attraits :
Ma fable en préfente les traits ,
Et St. A... m'a fervi de modèle .
Par M. LEGIER.
Fermer
Résumé : LE CYGNE RỌI ET SES SUJETS, FABLE.
La fable 'Le Cygne Roi et ses sujets' se déroule dans un jardin printanier orné d'un canal artificiel. Un groupe de cygnes y réside, parmi lesquels un cygne roi se distingue par sa grâce et son éclat. Lors de la fête en son honneur, ses sujets rivalisent de zèle pour lui rendre hommage. Des courtisans flatteurs, habituellement hypocrites, se montrent sincères dans leurs éloges, louant la beauté du plumage du cygne roi, son talent musical et sa bienveillance, le comparant même à un dieu sur terre. Un jeune cygne, méprisé par les autres, attend d'être seul pour offrir son tribut au roi. Il avoue qu'il refuse de flatter la fortune du roi mais admire son âme. Le cygne roi accepte son hommage, soulignant que le sentiment est ce qui compte le plus. La fable met en avant les attraits d'une âme tendre et belle pour captiver les cœurs, avec Saint-A... comme modèle. L'auteur de la fable est M. Legier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4248
p. 128-130
« On apprend d'Italie, que le Grand-Maître de Malte a choisi le Pere Pauli, [...] »
Début :
On apprend d'Italie, que le Grand-Maître de Malte a choisi le Pere Pauli, [...]
Mots clefs :
Italie, Allemagne, Naples, Prague, Incendie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend d'Italie, que le Grand-Maître de Malte a choisi le Pere Pauli, [...] »
On apprend dîtalie’, ue le Grand
Maître de Malte a choisi, e Pere Pauli,
de Florence, pour être Histotiographc
‘de l’Ordre des Chevaliers de S. Jean de
Jçrusalem.
c
Les Lettres dhflllemagne portent qu'au
Ÿillagc d’Aysch , en Fxanconie , appar
‘ " ‘ e tenant
JANVIER. 1733.1 n;
partenant au Baron de Stiebar, que la.
emme d'un Paysan , nommé André Zo
"beleins, étoit accouchée le 14. du mois
dernier, d'un Enfant mâle , qui mourut
trois heures après , que le r8. au matin ,
elle étoit accouchée d'un second fils ,
mort quelques heures après sa naissance.
et le 2.x. d’-un troisième fils, qui mou
rut le même jour.
On apprend de Na les, que la nuit’
du 29. au 3a. Décem re, le Mont Ÿe
suve commença à jettet une grande uan
tité de matieres bitumineuses et suiphu.
reuses , ce qui a commencé de" rassurer
1e Peuple , parce que c’est toujours un
signe que les matieres, qui par leur fer
mentation dans leur conduit souterrain,‘
soulevent la terre et causent des trem
blemens , onttrouvé une issuë qui ralen-j
tit leurs efforts; '
* Les Terres embrasées des environside
Prague‘, dont nous avons parlé dans le
second Volume du Mercure de Décem
bre , ont jette depuis peu une grande
quantité de flammes; et la terre s’étane
ouverte en plusieurs endroits, un Pay
san eut le malheur d'y tomber , et y fut
consume en deux ou trois minutes. On
' ' G travaille
"m MERCURE DE FRANCE
travaille à chercher _les moÿens de prê
vcnir les suites de cet Incendie souterrain
dont on craint la communication dans
la Ville.
Maître de Malte a choisi, e Pere Pauli,
de Florence, pour être Histotiographc
‘de l’Ordre des Chevaliers de S. Jean de
Jçrusalem.
c
Les Lettres dhflllemagne portent qu'au
Ÿillagc d’Aysch , en Fxanconie , appar
‘ " ‘ e tenant
JANVIER. 1733.1 n;
partenant au Baron de Stiebar, que la.
emme d'un Paysan , nommé André Zo
"beleins, étoit accouchée le 14. du mois
dernier, d'un Enfant mâle , qui mourut
trois heures après , que le r8. au matin ,
elle étoit accouchée d'un second fils ,
mort quelques heures après sa naissance.
et le 2.x. d’-un troisième fils, qui mou
rut le même jour.
On apprend de Na les, que la nuit’
du 29. au 3a. Décem re, le Mont Ÿe
suve commença à jettet une grande uan
tité de matieres bitumineuses et suiphu.
reuses , ce qui a commencé de" rassurer
1e Peuple , parce que c’est toujours un
signe que les matieres, qui par leur fer
mentation dans leur conduit souterrain,‘
soulevent la terre et causent des trem
blemens , onttrouvé une issuë qui ralen-j
tit leurs efforts; '
* Les Terres embrasées des environside
Prague‘, dont nous avons parlé dans le
second Volume du Mercure de Décem
bre , ont jette depuis peu une grande
quantité de flammes; et la terre s’étane
ouverte en plusieurs endroits, un Pay
san eut le malheur d'y tomber , et y fut
consume en deux ou trois minutes. On
' ' G travaille
"m MERCURE DE FRANCE
travaille à chercher _les moÿens de prê
vcnir les suites de cet Incendie souterrain
dont on craint la communication dans
la Ville.
Fermer
Résumé : « On apprend d'Italie, que le Grand-Maître de Malte a choisi le Pere Pauli, [...] »
En Italie, le Grand Maître de Malte a nommé le Père Pauli, de Florence, comme historiographe de l’Ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. En Allemagne, à Aysch en Franconie, la femme d'un paysan nommé André Zobeleins a accouché de trois fils en janvier 1733, tous décédés peu après leur naissance. À Naples, la nuit du 29 au 30 décembre, le mont Vesuve a commencé à émettre des matières bitumineuses et sulfuriques, rassurant ainsi la population. Près de Prague, des terres enflammées ont continué de projeter des flammes, causant la mort d'un paysan. Des mesures sont prises pour éviter la propagation de cet incendie souterrain vers la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4249
p. 103-106
« Le Duc de Medina Celi est mort dans le Chasteau [...] »
Début :
Le Duc de Medina Celi est mort dans le Chasteau [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Duc de Medina Celi est mort dans le Chasteau [...] »
Le DucdeMedinaCeli
est mort dans le Chasteau
de Navarins. Il avoit esté
Ambassadeur à Rome,&
Viceroy de Naples.
Louis, Marquis d'Estrade
,
fils du feu Maréchal
d'Estrade
,
Commandeur
des Ordres du Roy, mourut
leôcsa
Mairie de Bordeaux a esté
donnée au Comte d'Estrade
,
son fils, Lieutenant
General des Armées du
Roy. Iiiij
Le Prince François- Marie
de Medicis, frere du
Grand Duc de Toscane,
né le
15. Novembre1660.
qui avoir esténommé Cardinal
le2. Septem bre 1686.
s'estoit trouvé à l'entrée du
Roy d'Espagneà Naples,
avoir accompagnéSaMajeftéCatholiquejufquaFinal
avec les Galeres de Toscane
en 1702. avoit esté nommé
Protecteur des Affaires
de France & d'Espagne à
Rome en 1703. avoir remis
le Chapeau de Cardinal,
le 19. Juin 1702. de ayoit
épousé le Juillet suivant
la Princesse Eleonore de
Gonzague-Guastalle mourut
le 3. Février 17IL d'une
hydropisie de poulmon
sans laisser de posterité. ,
Le Baron de Smettau , Envoyé &Pleniporentiaire
de rbledlciir de Brandebourg
auprès des Estats
Generaux, mourut a la
Haye le
5. Février. Il y avoit
dix-neufans qu'il estoit
en Hollande
, avec
la qualité d'Envoye, & il
avoit esté nommé Plenipotentiaire
il y a quelques
années.
Mr le Comte Gentilé,
cy-devant Envoyé de la
Republiquede Genes a la
Cour de France, mourut à
Genes le 2. Février.Ilestoit
d'une des plus anciennes
Maisons dela Republique.
Pierre Kanfotte, General
des Chanoines Réguliers
de Sainte Croix, est
mort à Huy en Flandres
le 15. de Février dernier.
est mort dans le Chasteau
de Navarins. Il avoit esté
Ambassadeur à Rome,&
Viceroy de Naples.
Louis, Marquis d'Estrade
,
fils du feu Maréchal
d'Estrade
,
Commandeur
des Ordres du Roy, mourut
leôcsa
Mairie de Bordeaux a esté
donnée au Comte d'Estrade
,
son fils, Lieutenant
General des Armées du
Roy. Iiiij
Le Prince François- Marie
de Medicis, frere du
Grand Duc de Toscane,
né le
15. Novembre1660.
qui avoir esténommé Cardinal
le2. Septem bre 1686.
s'estoit trouvé à l'entrée du
Roy d'Espagneà Naples,
avoir accompagnéSaMajeftéCatholiquejufquaFinal
avec les Galeres de Toscane
en 1702. avoit esté nommé
Protecteur des Affaires
de France & d'Espagne à
Rome en 1703. avoir remis
le Chapeau de Cardinal,
le 19. Juin 1702. de ayoit
épousé le Juillet suivant
la Princesse Eleonore de
Gonzague-Guastalle mourut
le 3. Février 17IL d'une
hydropisie de poulmon
sans laisser de posterité. ,
Le Baron de Smettau , Envoyé &Pleniporentiaire
de rbledlciir de Brandebourg
auprès des Estats
Generaux, mourut a la
Haye le
5. Février. Il y avoit
dix-neufans qu'il estoit
en Hollande
, avec
la qualité d'Envoye, & il
avoit esté nommé Plenipotentiaire
il y a quelques
années.
Mr le Comte Gentilé,
cy-devant Envoyé de la
Republiquede Genes a la
Cour de France, mourut à
Genes le 2. Février.Ilestoit
d'une des plus anciennes
Maisons dela Republique.
Pierre Kanfotte, General
des Chanoines Réguliers
de Sainte Croix, est
mort à Huy en Flandres
le 15. de Février dernier.
Fermer
Résumé : « Le Duc de Medina Celi est mort dans le Chasteau [...] »
Le Duc de Medina Celi est décédé au Château de Navarin. Il avait été Ambassadeur à Rome et Vice-roi de Naples. Louis, Marquis d'Estrade, fils du défunt Maréchal d'Estrade et Commandeur des Ordres du Roi, est mort à Bordeaux. La mairie de Bordeaux a été confiée au Comte d'Estrade, son fils, Lieutenant Général des Armées du Roi. Le Prince François-Marie de Médicis, frère du Grand Duc de Toscane, est né le 15 novembre 1660. Nommé Cardinal le 2 septembre 1686, il a participé à l'entrée du Roi d'Espagne à Naples en 1702 et a accompagné Sa Majesté Catholique jusqu'à Finale avec les galères de Toscane. En 1703, il a été nommé Protecteur des Affaires de France et d'Espagne à Rome. Il a remis le chapeau de Cardinal le 19 juin 1702 et a épousé la Princesse Eleonore de Gonzague-Guastalle en juillet suivant. Il est mort le 3 février 1711 d'une hydropisie pulmonaire sans laisser de descendance. Le Baron de Smettau, Envoyé et Plénipotentiaire du Brandebourg auprès des États Généraux, est mort à La Haye le 5 février. Il était en Hollande depuis dix-neuf ans en tant qu'Envoyé et avait été nommé Plénipotentiaire quelques années auparavant. Monsieur le Comte Gentilé, ancien Envoyé de la République de Gênes à la Cour de France, est mort à Gênes le 2 février. Il appartenait à l'une des plus anciennes maisons de la République. Pierre Kanfotte, Général des Chanoines Réguliers de Sainte Croix, est mort à Huy en Flandres le 15 février.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4250
p. 154-157
Oeuvres de M. de la Harpe, [titre d'après la table]
Début :
Oeuvres de M. de la Harpe, de l'Académie Françoise, nouvellement recueillies, 6 [...]
Mots clefs :
Académie française, Discours, Ouvrages, Auteur, Traduction, Poète, Prix, Vers, Morceau, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres de M. de la Harpe, [titre d'après la table]
Euvres de M. de la Harpe , de l'Académie
Françoife , nouvellement recueillies , 6
vol . in- 8° . A Paris, chez Piffot , Libraire ,
Quaí des Auguftins , avec approbation
& privilége du Roi ; prix , 24 livres ,
broché..
Le premier volume de cette édition , la
feule où l'on ait recueilli les différens Ouvrages
de l'Auteur , contient la Tragédie
du Comte de Warvic , avec les changemens.
qui n'avoient encore été imprimés que dans
des éditions féparées ; Mélanie , corrigée.
auffi , & augmentée de plufieurs morceaux
qui n'avoient pas encore paru ; Barnevel,
Drame en cinq actes & en vers , imité de
l'Anglois , imprimé pour la première fois.
avec une Préface , où on réfute l'Effaifur
l'Art dramatique ; un Effaifur les trois Tragiques.
Grecs , morceau de critique affez
étendu , dans lequel on a inféré la traduction
en vers des plus beaux endroits d'Efchile
, de Sophocle, & d'Euripide ; enfin ,
une Differtation für Shakefpear , dont la
première partie a été donnée par fragmens.
dans le Journal de Littérature ; la feconde ,
DE FRANCE.
ESS
où l'on réfute les apologiftes & panégyriftes
du Poëte Anglois , n'avoit point encore
été publiée.
Le fecond volume , qui eft celui des
Poéfies , contient des Difcours en vers , dont
plufieurs paroiffent pour la première fois ,
tels que le Difcours intitalé les prétentions ,
celui du luxe , celui qui a pour titre fur les
Grecs anciens & modernes , le Difcours fur
les préjugés & les injuftices littéraires , celui
qui eft adreffé à l'Impératrice de Ruffie ;,
celui du Philofophe , quoiqu'il eût déjà paru
fous le nom du Portrait du Sage , lorfqu'il
fut couronné à l'Académie de Marſeille ,
eft ici nouveau en grande partie. Les autres
Difcours étoient déjà connus. Ce font ceux
qui ont remporté le prix de Poéfie à l'Académie
Françoiſe , le Poëte , les Talens , les
Confeils à un jeune Poëte ; mais il y a ici
des additions & des changemens . On trouve
enfuite trois Odes ; le Philofophe des
Alnes , un des premiers Ouvrages de l'Auune
Ode à Monfeigneur le Prince de
au retour de fa glorieufe campagne
76 l'Ode fur la navigation , couronémie
Françoife en 1773. Suil'Audeux
ait confoides
, les feules
que
is les pres de celles
qui furent
aubal
à Flans
effais
de fa plume
,
la mort. &, & Servilie
à Brutus
,
éfar
cette
dernière
G vj
156
MERCURE
Pièce obtint le prix de Poéfie à Marſeille
en 1767. L'Epitre au Taffe , une Traduction
d'un morceau du quatrième Livre de
Lucrèce , & l'Ombre de Duclos , n'avoient
pas été imprimées. Tout le refte eft compofé
de Pièces détachées , publiées en différens
temps. Ce volume eft terminé par la
Traduction du premier & du feptième
Chant de la Phárfale , que l'Auteur avoit
lus aux Affemblées publiques de l'Académie
Françoife , mais qu'il donne ici pour
la première fois , avec des réflexions préliminaires
fur Lucain , dans lefquelles on
trouve encore beaucoup de morceaux traduits
du même Poëte.
Le troiſième volume réunit les Éloges de
Charles V de Fénélon , de Catinat , couronnés
à l'Académie Françoife ; l'Eloge de
Racine & de la Fontaine ; le Difcours de
réception à l'Académie , & un morceau fur
les Romans.
Le quatrième renferme un Difcour fur
les malheurs de la guerre , & les ay tages
Frande
la paix , couronné à l'Acadér
çoiſe en 1766 ; un Diſcours,Vains influe
ce fujet :
Combien le génie des grands Frticle fur le
fur l'efprit de leur fiècle , les
acceptions
;
mot amour dans fes diffres de Brutus
une Traduction de deux
Atticus
; un Pré-
P'une à
Cicéron
, l'ay Voltaire
, un autre
eis hiftorique fur
;
DE FRANCE. 157
fur M. d'Alembert ; une Differtation fur la
Poéfie lyrique , fuivie d'une Lettre de M. de
Voltaire fur le même fujet ; d'une Réponse
de l'Auteur , & d'une Réfutation de l'Écrit
intitulé Rouffeau vengé; un Fragmentfur les
Hiftoriens Latins , un Fragment fur les
douze premiers Céfars , un autre fur notre
langue , comparée aux langues Grecque &
Romaine , un autre fur Démosthène , un
autre fur la mufique théâtrale ; l'Éloge de
Lekain , & un Dialogue entre Alexandre &
un Solitaire du Caucafe.
Dans les tomes 5 & 6 , on a raffemblé
les principaux articles de critique inférés
dans le Mercure & dans le journal de
Littérature.
»
On trouve à la tête du premier volume
l'avis fuivant : « Ceux qui acquerront cette
édition , font avertis que les Ouvrages
» que l'Auteur publiera dans la fuite , fe-
» ront imprimés dans le même format &
» du même caractère , de manière à faire
fuite aux volumes qui paroiffent actuel-
» lement » .
On donnera , dans le Mercure prochain ,
l'analyse des Ouvrages nouveaux contenus
dans cette édition .
Françoife , nouvellement recueillies , 6
vol . in- 8° . A Paris, chez Piffot , Libraire ,
Quaí des Auguftins , avec approbation
& privilége du Roi ; prix , 24 livres ,
broché..
Le premier volume de cette édition , la
feule où l'on ait recueilli les différens Ouvrages
de l'Auteur , contient la Tragédie
du Comte de Warvic , avec les changemens.
qui n'avoient encore été imprimés que dans
des éditions féparées ; Mélanie , corrigée.
auffi , & augmentée de plufieurs morceaux
qui n'avoient pas encore paru ; Barnevel,
Drame en cinq actes & en vers , imité de
l'Anglois , imprimé pour la première fois.
avec une Préface , où on réfute l'Effaifur
l'Art dramatique ; un Effaifur les trois Tragiques.
Grecs , morceau de critique affez
étendu , dans lequel on a inféré la traduction
en vers des plus beaux endroits d'Efchile
, de Sophocle, & d'Euripide ; enfin ,
une Differtation für Shakefpear , dont la
première partie a été donnée par fragmens.
dans le Journal de Littérature ; la feconde ,
DE FRANCE.
ESS
où l'on réfute les apologiftes & panégyriftes
du Poëte Anglois , n'avoit point encore
été publiée.
Le fecond volume , qui eft celui des
Poéfies , contient des Difcours en vers , dont
plufieurs paroiffent pour la première fois ,
tels que le Difcours intitalé les prétentions ,
celui du luxe , celui qui a pour titre fur les
Grecs anciens & modernes , le Difcours fur
les préjugés & les injuftices littéraires , celui
qui eft adreffé à l'Impératrice de Ruffie ;,
celui du Philofophe , quoiqu'il eût déjà paru
fous le nom du Portrait du Sage , lorfqu'il
fut couronné à l'Académie de Marſeille ,
eft ici nouveau en grande partie. Les autres
Difcours étoient déjà connus. Ce font ceux
qui ont remporté le prix de Poéfie à l'Académie
Françoiſe , le Poëte , les Talens , les
Confeils à un jeune Poëte ; mais il y a ici
des additions & des changemens . On trouve
enfuite trois Odes ; le Philofophe des
Alnes , un des premiers Ouvrages de l'Auune
Ode à Monfeigneur le Prince de
au retour de fa glorieufe campagne
76 l'Ode fur la navigation , couronémie
Françoife en 1773. Suil'Audeux
ait confoides
, les feules
que
is les pres de celles
qui furent
aubal
à Flans
effais
de fa plume
,
la mort. &, & Servilie
à Brutus
,
éfar
cette
dernière
G vj
156
MERCURE
Pièce obtint le prix de Poéfie à Marſeille
en 1767. L'Epitre au Taffe , une Traduction
d'un morceau du quatrième Livre de
Lucrèce , & l'Ombre de Duclos , n'avoient
pas été imprimées. Tout le refte eft compofé
de Pièces détachées , publiées en différens
temps. Ce volume eft terminé par la
Traduction du premier & du feptième
Chant de la Phárfale , que l'Auteur avoit
lus aux Affemblées publiques de l'Académie
Françoife , mais qu'il donne ici pour
la première fois , avec des réflexions préliminaires
fur Lucain , dans lefquelles on
trouve encore beaucoup de morceaux traduits
du même Poëte.
Le troiſième volume réunit les Éloges de
Charles V de Fénélon , de Catinat , couronnés
à l'Académie Françoife ; l'Eloge de
Racine & de la Fontaine ; le Difcours de
réception à l'Académie , & un morceau fur
les Romans.
Le quatrième renferme un Difcour fur
les malheurs de la guerre , & les ay tages
Frande
la paix , couronné à l'Acadér
çoiſe en 1766 ; un Diſcours,Vains influe
ce fujet :
Combien le génie des grands Frticle fur le
fur l'efprit de leur fiècle , les
acceptions
;
mot amour dans fes diffres de Brutus
une Traduction de deux
Atticus
; un Pré-
P'une à
Cicéron
, l'ay Voltaire
, un autre
eis hiftorique fur
;
DE FRANCE. 157
fur M. d'Alembert ; une Differtation fur la
Poéfie lyrique , fuivie d'une Lettre de M. de
Voltaire fur le même fujet ; d'une Réponse
de l'Auteur , & d'une Réfutation de l'Écrit
intitulé Rouffeau vengé; un Fragmentfur les
Hiftoriens Latins , un Fragment fur les
douze premiers Céfars , un autre fur notre
langue , comparée aux langues Grecque &
Romaine , un autre fur Démosthène , un
autre fur la mufique théâtrale ; l'Éloge de
Lekain , & un Dialogue entre Alexandre &
un Solitaire du Caucafe.
Dans les tomes 5 & 6 , on a raffemblé
les principaux articles de critique inférés
dans le Mercure & dans le journal de
Littérature.
»
On trouve à la tête du premier volume
l'avis fuivant : « Ceux qui acquerront cette
édition , font avertis que les Ouvrages
» que l'Auteur publiera dans la fuite , fe-
» ront imprimés dans le même format &
» du même caractère , de manière à faire
fuite aux volumes qui paroiffent actuel-
» lement » .
On donnera , dans le Mercure prochain ,
l'analyse des Ouvrages nouveaux contenus
dans cette édition .
Fermer
Résumé : Oeuvres de M. de la Harpe, [titre d'après la table]
Le texte décrit une édition des œuvres de M. de La Harpe, membre de l'Académie française, publiée en six volumes in-octavo à Paris chez Piffot. Le premier volume comprend plusieurs pièces théâtrales et essais : la tragédie 'Le Comte de Warwick' avec des modifications inédites, 'Mélanie' corrigée et augmentée, le drame 'Barnevelt' en cinq actes, une préface réfutant un essai sur l'art dramatique, un essai sur les trois tragiques grecs accompagné de traductions de passages d'Eschyle, Sophocle et Euripide, ainsi qu'une dissertation sur Shakespeare. Le deuxième volume est consacré à la poésie et contient divers discours en vers, dont certains inédits, des odes, des épîtres et des traductions. Le troisième volume rassemble des éloges de personnages célèbres tels que Charles V, Fénelon, Racine et La Fontaine, ainsi qu'un discours de réception à l'Académie. Le quatrième volume inclut des discours sur divers sujets, des traductions et des fragments critiques. Les cinquième et sixième volumes regroupent les principaux articles de critique publiés dans le Mercure et le Journal de Littérature. Un avis informe les lecteurs que les futures publications de l'auteur seront imprimées dans le même format pour assurer la cohérence des volumes. Une analyse des nouvelles œuvres contenues dans cette édition sera publiée dans le prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer