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1
p. 1-14
POEME SUR LA GRACE, A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Début :
Est-ce une Loi du Ciel vangeur de nos forfaits, [...]
Mots clefs :
Ciel, Coeur, Innocence, Repos, Paix, Homme
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texteReconnaissance textuelle : POEME SUR LA GRACE, A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
POEME
SUR LA GRACE,
A MONSEIGNEUlt
LE DAUPHIN.
JEsc-ce
une Loi du Ciel
vangeur de nos forfaits,
Que l'Homme ignore ici
le repos& la paix?
Miierable joüet de son
desordre extrême,
Contre luichaque jour il
s'irrite lui-même:
S'il combat son penchant,
quels penibles efforts:
S'il ose lui ceder, quels
effrayans remors :
A ces maux condamne
même avant que de
naître,
Il commence à souffrir dés
qu'il peut se connoître.
Faut-il que malgrélui,
coupable infortuné,
Il expie envivant le crime
d'être ne !
Helas! lorsqu'il le perd
dans les routes du vice,
Tremblant il sent qu'il
marche au bord du
précipice
Pour rassurer son coeur,
n'at-il point de secours?
0 raifàn) de les maux
viens terminer le cours.
Mais quoi! loin de cal-
-
mer la frayeur qui le
trouble,
Son desespoir s'aigrit, ôc
sa crainte redouble,
Lorsqu'à ses tristes yeux
que tu viens éclairer,
Tu montres des périls
qu'ilvoudrait ignorer.
Ainsi quand sur les Mers
où fondentlesnuages,
Luttentcontre les Eaux
les Vents & les Orages,
Que les flotsà grand bruit
s'élancent dans les Airs,
Et du poids de leurchûte
ébranlent les Enfers;
Si dans le Ciel obscur,ou
toutfuit à sa vue,
Le Pilote effrayé voit s'enflammer
le Nuë;
Ce feu, qui fend la nuit
sur les ilôts en fureur,
Eclairant lepéril,en augmente
l'horreur.
Quoi ? tel que ce Nocher
1 qui voisin du naufrage,
Aprés de vains efforts s'a-
I bandonne à l'orage,
Faut-il que l'Homme foi-
", ble,& las de resiller
S'abandonne , aux périls
1 qu'il ne peut éviter
Grand DIEu) pour son
salut ta main eH: toûjours
prête ; Tu fais trouver le calme
au sein de la tempête :
Heureux, qui de Toi seul
attend tout son secours!
L'innocence & la paix accompagnent
ses jours.
Exempt des soins cruels
dont l'impie efl: la
proye,
Rien ne sçauroit tarir la
fouirce de sa joye;
Son cæur ne forme point
d'inutiles desirs,
Et jamais le remords ne
corrompt ses plaisirs.
Un reste du penchantqui
l'attache à la Terre,
Malgré lui quelquefois lui
livre encor la guerre:
Mais sans chercher ici des
jours pleins & conrens)
Comme un point insensi.
ble il regarde le tems.
Assuré du repos que son
exil differe)
Son coeur jouit déja du
bonheur qu'il espere)
Et loinde fuir l'instant
qui doit finir ses jours,
De l'avenir trop lent ses
voeux hâtent le cours.
Douce & charmante paix
qu'inspirel'innocence,
Des travaux les plus longs
trop chere recompense)
A l'Hommeimpatient
coûtez-vous tant d'efforts?
Peut-il à vos douceurs
préferer ses remords?
Mais de moncoeur 3dit-iî^
je ne fuis point le
maître:
Dans ce. coeur corrompu
la Vertu ne peut naître:
C'est un champ inutile en
son aridité,
Ravagé par les feux de la
cupidités -
Vaine excuse ! attend tout
de ce champ si sterile ;
Le Ciel y verse encor une
grâce fertile.
Lorsquun Soleil ardent a
brûlé les côteaux,
A séché les moissons) a
fait tarir les eaux;
Si dans l'aride foisde la
Terre embrasée,
Le Ciel répand sur elle
une rendre rosée,
On voit en même remps,
ou tout (embloit
mourir,
Dans les Prez émaillez
les gazons refleurir,
Dans les Bois les rameaux
reprendre leur verdure,
Et partout dans les châps
renaître la Nature.
Ainsi se répandant sur un
coeur desseché
9J
La Grâceéteint les feux
qu'y porta le peché:
Et dans ce champfécond
sa divine influence
Fait germer les Vertus de
fleurir l'innocence.
Par cet heureux lecours
qu'il accorde aux
Humains,
Mortel, le Ciel a mis ton'
Salut dans tes mains.
Mais,ô funesteeffet d'une
indigne moleffe!
En vain pour ton bonheur
la bonté l'interesse
:
A ta foiblesse en vain il
prête ion appui;
Quand il fait tout pour
toi, tu ne fais rien
pour lui.
Que servent les remors de
ton Ameinfidelle?
Rien ne sçauroitfléchir
ta volonté rebelle.
Si par la vérité confondu
quelquefois,
Tu rentres dans la route
où t'appelle sa voix,
La
, quoique détrompé
du monde&de sa
gloire,
L'objet quit'a réduit flatte
encor ta memoire.
Entre un devoir austere
6e l'amour des plaiurs
Ton coeur flotte incertain
de ses propres
desirs.
Facile à ton penchant,
fidele à la Justice,
Tu voudroisallier l'innocence
& le vice,
Et toûjours parragé dans.
tes voeux impuissans,
Contenter à la fois ta raison
& tes sens.
Vainement, aveuglé par
l'erreur qui t'abuse,
Tu crois sur ta foiblesse
appuyer ton exeuse.
Tu sens tes passions, qui
t'entraînent toujours;
Maisce sens-tu forcé de
ceder à leur cours?
Quel que soit le pouvoir
d'une pente si forte,
Resiste, ôc tu vaincras l-e
penchant qui t'emporte.
Au sein des passions,
l'Homme voluptueux
Est un nageur que porte
un fleuveimpetueux:
S'il oppose au courant sa
force lX,[on courage,
Malgré l'effort des eaux,
il abordeau rivage;
A ses bras languissanss'il
permet le repos,
Ilcède au cours de ronde,
entraîné par les flots.
En saveur de mon Z(.le excuse
mon auiace,
PRlNCEs* tesjeux
ma plume ose peindre
la Grace.
Heureux ! si, tetraçant Jes
mouvement Jivers-,
Tels qu'ils sont dans ton
- coeurytu les Jem dans
mes Vers.
SUR LA GRACE,
A MONSEIGNEUlt
LE DAUPHIN.
JEsc-ce
une Loi du Ciel
vangeur de nos forfaits,
Que l'Homme ignore ici
le repos& la paix?
Miierable joüet de son
desordre extrême,
Contre luichaque jour il
s'irrite lui-même:
S'il combat son penchant,
quels penibles efforts:
S'il ose lui ceder, quels
effrayans remors :
A ces maux condamne
même avant que de
naître,
Il commence à souffrir dés
qu'il peut se connoître.
Faut-il que malgrélui,
coupable infortuné,
Il expie envivant le crime
d'être ne !
Helas! lorsqu'il le perd
dans les routes du vice,
Tremblant il sent qu'il
marche au bord du
précipice
Pour rassurer son coeur,
n'at-il point de secours?
0 raifàn) de les maux
viens terminer le cours.
Mais quoi! loin de cal-
-
mer la frayeur qui le
trouble,
Son desespoir s'aigrit, ôc
sa crainte redouble,
Lorsqu'à ses tristes yeux
que tu viens éclairer,
Tu montres des périls
qu'ilvoudrait ignorer.
Ainsi quand sur les Mers
où fondentlesnuages,
Luttentcontre les Eaux
les Vents & les Orages,
Que les flotsà grand bruit
s'élancent dans les Airs,
Et du poids de leurchûte
ébranlent les Enfers;
Si dans le Ciel obscur,ou
toutfuit à sa vue,
Le Pilote effrayé voit s'enflammer
le Nuë;
Ce feu, qui fend la nuit
sur les ilôts en fureur,
Eclairant lepéril,en augmente
l'horreur.
Quoi ? tel que ce Nocher
1 qui voisin du naufrage,
Aprés de vains efforts s'a-
I bandonne à l'orage,
Faut-il que l'Homme foi-
", ble,& las de resiller
S'abandonne , aux périls
1 qu'il ne peut éviter
Grand DIEu) pour son
salut ta main eH: toûjours
prête ; Tu fais trouver le calme
au sein de la tempête :
Heureux, qui de Toi seul
attend tout son secours!
L'innocence & la paix accompagnent
ses jours.
Exempt des soins cruels
dont l'impie efl: la
proye,
Rien ne sçauroit tarir la
fouirce de sa joye;
Son cæur ne forme point
d'inutiles desirs,
Et jamais le remords ne
corrompt ses plaisirs.
Un reste du penchantqui
l'attache à la Terre,
Malgré lui quelquefois lui
livre encor la guerre:
Mais sans chercher ici des
jours pleins & conrens)
Comme un point insensi.
ble il regarde le tems.
Assuré du repos que son
exil differe)
Son coeur jouit déja du
bonheur qu'il espere)
Et loinde fuir l'instant
qui doit finir ses jours,
De l'avenir trop lent ses
voeux hâtent le cours.
Douce & charmante paix
qu'inspirel'innocence,
Des travaux les plus longs
trop chere recompense)
A l'Hommeimpatient
coûtez-vous tant d'efforts?
Peut-il à vos douceurs
préferer ses remords?
Mais de moncoeur 3dit-iî^
je ne fuis point le
maître:
Dans ce. coeur corrompu
la Vertu ne peut naître:
C'est un champ inutile en
son aridité,
Ravagé par les feux de la
cupidités -
Vaine excuse ! attend tout
de ce champ si sterile ;
Le Ciel y verse encor une
grâce fertile.
Lorsquun Soleil ardent a
brûlé les côteaux,
A séché les moissons) a
fait tarir les eaux;
Si dans l'aride foisde la
Terre embrasée,
Le Ciel répand sur elle
une rendre rosée,
On voit en même remps,
ou tout (embloit
mourir,
Dans les Prez émaillez
les gazons refleurir,
Dans les Bois les rameaux
reprendre leur verdure,
Et partout dans les châps
renaître la Nature.
Ainsi se répandant sur un
coeur desseché
9J
La Grâceéteint les feux
qu'y porta le peché:
Et dans ce champfécond
sa divine influence
Fait germer les Vertus de
fleurir l'innocence.
Par cet heureux lecours
qu'il accorde aux
Humains,
Mortel, le Ciel a mis ton'
Salut dans tes mains.
Mais,ô funesteeffet d'une
indigne moleffe!
En vain pour ton bonheur
la bonté l'interesse
:
A ta foiblesse en vain il
prête ion appui;
Quand il fait tout pour
toi, tu ne fais rien
pour lui.
Que servent les remors de
ton Ameinfidelle?
Rien ne sçauroitfléchir
ta volonté rebelle.
Si par la vérité confondu
quelquefois,
Tu rentres dans la route
où t'appelle sa voix,
La
, quoique détrompé
du monde&de sa
gloire,
L'objet quit'a réduit flatte
encor ta memoire.
Entre un devoir austere
6e l'amour des plaiurs
Ton coeur flotte incertain
de ses propres
desirs.
Facile à ton penchant,
fidele à la Justice,
Tu voudroisallier l'innocence
& le vice,
Et toûjours parragé dans.
tes voeux impuissans,
Contenter à la fois ta raison
& tes sens.
Vainement, aveuglé par
l'erreur qui t'abuse,
Tu crois sur ta foiblesse
appuyer ton exeuse.
Tu sens tes passions, qui
t'entraînent toujours;
Maisce sens-tu forcé de
ceder à leur cours?
Quel que soit le pouvoir
d'une pente si forte,
Resiste, ôc tu vaincras l-e
penchant qui t'emporte.
Au sein des passions,
l'Homme voluptueux
Est un nageur que porte
un fleuveimpetueux:
S'il oppose au courant sa
force lX,[on courage,
Malgré l'effort des eaux,
il abordeau rivage;
A ses bras languissanss'il
permet le repos,
Ilcède au cours de ronde,
entraîné par les flots.
En saveur de mon Z(.le excuse
mon auiace,
PRlNCEs* tesjeux
ma plume ose peindre
la Grace.
Heureux ! si, tetraçant Jes
mouvement Jivers-,
Tels qu'ils sont dans ton
- coeurytu les Jem dans
mes Vers.
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Résumé : POEME SUR LA GRACE, A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Le poème 'Sur la Grâce' est destiné au Dauphin et traite de la condition humaine marquée par le désordre et la souffrance. L'homme y est décrit comme un être tourmenté, oscillant entre la lutte contre ses penchants et les remords qui suivent la capitulation. Dès la naissance, il est condamné à souffrir, conscient de ses fautes. Le poème met en avant la grâce divine comme unique recours pour apaiser les maux humains. Dieu est présenté comme celui qui peut apporter le calme au milieu des tempêtes de la vie. L'innocence et la paix accompagnent ceux qui placent leur espoir en Dieu, exempts des tourments qui accablent les impies. Cependant, le cœur humain, corrompu par la cupidité, semble incapable de générer la vertu par lui-même. La grâce divine peut néanmoins transformer même les cœurs les plus arides, faisant fleurir les vertus et l'innocence. Le poème conclut en exhortant l'homme à résister à ses passions et à chercher la grâce divine pour son salut, malgré la faiblesse et l'incertitude humaines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 121-153
A MADEMOISELLE de P*** Sur la bonté du cœur.
Début :
Depuis l'instant que j'eus l'honneur de vous voir pour [...]
Mots clefs :
Cœur, Pénétration, Innocence, Faiblesses, Vertus, Abus, Excès, Pitoyable, Équité, Complaisance, Sincérité, Gens de bien, Bonté du cœur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE de P*** Sur la bonté du cœur.
A MADEMOISELLE
deP***
Sur la bonté du coeur.., DEpuis l'instant que j'eus
l'honneur de vous voir pour
la premiere fois, je vous ai
si souvent entendu parler
de la bonté du
-
coeur, que
je me fuis enfin determiné
à
-
approfondir une matiere
qfourit.semble vous occuper si
Souffrez que je vous
fasse part de mes reflexions;
non que je pretende ajoûter
par là quelque chose à
vos lumieres. Je sçai trop
que rien n'échape à vôtre
penetration: mais si vous
ne trouvez rien ici que vous
n'ayez déja apperçû de
vous-même, du moins ne
ferez-vous pas fâchée de
voir dans tout ce que je dirai
de la bonté du coeur,
une fidelle peinture du Vô-" trc.1 A mesure que les honw
mes se sont éloignez de la
première innocence, H%
ont perdu peuà peu lideQ
des vertusqui pouvoient les
y maintenir. Ils n'en ont
confervé que quelques apparences
dont ils ont fait
des marques à leurs désauts,
& ont enfin donné
à leurs foiblesses ainsi marquées
le nom des vertus
qu'ils ne connoissent plus,
& qui semblent n'oser paroîtrecequelles
sont, de
pmeur d'êétrepen brutteiàsleu.rs
Ils ont porté cet abus à
un tel excés, que je craindrois
devoir par-tout desa
voüer la bonté du coeur,
lorsque je la produirai sous
sa veritable figure, si je
n'appercevois en vous de
quoy justifier ce que je vais
dire à son sujet. Consuiltez
vous, confrontez vôtre in-i
terieur avec le portrait que
je vous donne
; Ôc s'ils se
rapportent, vous conviendrez
que je n'ai pas entier
rement participé à l'extrê-*
me aveuglement de laplû
part des hommes.
La bonté du coeur est ur
tendre sentiment de l'ame,
fondé sur la raison ôç sur la
vertu.
ld
Je dis, fondé sur la raison
& sur la vertu, parce
que, comme je le ferai voir
dans la suite, si l'un & l'autre
ne s'accompagnent pas,
le tendre sentiment n'est
qu'une foiblesse du temperamment,
dont on n'est pas
maître, & qu'on doit éviter
avec foin comme un
mauvais guide, capable de
nousfaire tomber dans de
grands inconveniens.
Pouravoir lecoeur veritablement
bon, il faut être
pitoyable envers tout le
monde:mais il ne suffit pas
de
-
compâtir aux peines
d'autrui ; ces sentimensde
pieté doivent encore nous
porter à chercher les
moyens de les faire cesser,,
sans examiner ce qu'il pour?
roit nous en coûterde démarches,
de soins, de veilles
, & de bien ruqinesi
nous étionsenétatd'en
employer à un si belusage:
&pour que ces sentimens
ayent toute leur pureté,il
est necessairequ'ils soient
desinteresseèz à unpoint ;
que nous nenvifàgiàâsdans
toutce qu'il nous faut faû
te1.que le bien &le repos
».
-
de ceux que nous voulons
obliger, sans avoir égard à
nous-mêmes, tant que no*,
tre innocence ne court aucun
risque.
Cette situation emporte
infailliblement avec elle k
reconnoissance, la generosité,
la discretion,l'équité,
la docilité, la complaisance
, la sincerité
,
& toutes
les autres qualitez qui nous
rendent propres à la societé
des gens de bien:elles sont
tellement enchaînées ensemble,
qu'on n'en peut séparer
aucune, sans altérer
& détruiremême toutes les
autres ; & si l'on, fait bien
attention a toutes ces circonfiances,
on trouvera
que la bonté du coeur qui
elles déterminent n'est au.
trechose que la charité elle-
même,à qui l'on a donné
un nom plusàl'usagedu monde.
Que cette peinture est
différente de l'idée qu'on a
aujourd'hui de la bonté du
coeur! Pour peu qu'on se
sente, une ame tendre &',
facile, on se l'attribuë, ont
s'en fait gloire,&on l'accporde
arux aiutrexs au m.ême Que Cloris, dit-on, a le
coeur bon! les chagrins de
ses amis la touchent comme
les siens propres, &elle
en est si affligée, que bien
loin d'être en état de se consoler
alors,elle a besoin el
le-mêmedeconsolation.
Elle est d'une douceur qui
charme, & sa complaisance
passe l'imagination.
Je l'avouë : mais qu'on
l'examine sans la perdre de
vûe. La raison & lavertu
accompagnentelles la sensibilité
qu'on lui voit pôiïï
ses amis? s'empresse-t-elle
à les soulager après les a
voirplaints ? & la voit-or
dans l'occasionprévenu
leurs demandes par des ser,
vices effectifs, danssedes
fein de leur épargner la
mortification & l'embarra
oùl'on se trouve, lors qu'
on est contraint par neceÍ;
sité d'avoir recours à se
amis? Si c'est là la conduit
de Cloris, qu'elle a le coeur
bon! que son procedé esrare!
Mais si elle s'en tien
aux pleurs & aux gemisse
mens sans passer outre, loin
que cette sensibilitéson guil
dée par la raison & la ver-*
tu, & parte de la bonté du
coeur, ce n'est en effet qu*
punneesseennssiibbiliiltiétéddeerteemrnppee--
ramment, une émotion na*
turelle causéepar la fynu
patie, & de la nature de
celles qu'excite en nous la
tenture de quelque avanT
cure touchante. Tant que
lesobjets sont presensà noa
yeux ou a nôtre Imagina.
tion,ils nous frapent &
nous interessent : mais à
peine font-ilsdisparusyqu€
nôtreémotion cesse&;
que nous en perdonsjusqu'à
la moindre idée. Doit.
ocn apopellerccelaubontrédu 1 Cette grande douceur
3! cette complaisanceaveugle
qu'on écoute dans Cloris,
font
des fuites de sa foifolefle
y- & pourlesdéfini
ju ftcs^ ce sontdes effets involontaires
d'une indolen.
ce naturelle qui la suitdans
toutes lesavionsde savie
ôc qu'on doit bannir dela
societé
, comme n'étant
d'aucun ufàge»
Mes amis me font si
chers, dit Doronte, que je
voudrois les voir parvenus
à la dernicre perfection.Je
souffre une peine extrême,
quand j'apperçois en eux
quelques défauts capables
de leur faire tort dans le
monde, & je voudrois les
en pouvoir corriger à quelque
prix que ce fût. Un tel,
par exemple, que je cheris
plus que moy-même) est à
la vérité recommandable
par mille belles qualitez:
mais certainesfoiblesses
viennent par malheur de*>
truire la belle idée qu'onen
pouvoit concevoir. Je l'eravertis
souvent avec douleur
, & il ne tient pas
moy qu'il ne s'en défasse
Est-il un meilleur CoeUJi
dans le monde,s'ecrient
alors ceux qui l'entendent
est-il un ami plus véritable?
Mais le sage, que ce:
apparences & ces détour
ne peuvent surprendre, de
couvre dans ce discours
un grand fond de malice
pu beaucoup de sotises dind<iscIre.tion.
-
Eneffet,siDoronteche
chepar là à décrier celui,
ont il paroîtavoir les incrêts
si fort à coeur, c'est
ne medisance, & une ma- ignité d'autant pluspernitieuse,
qu'elle cit plus eculiée
,
& qu'elle s'insinuë
pus lesapparences de l'anitié
la plus sincere & si
[ans le fond c'est sans desein
sans intention mauaise
qu'il parle; s'U ne fait
p.te suivre l'habitude qu'il.
contractée de dire tout.
ce qui lui est venu à la connoissance,
c'est une stups.,
jticé, une sotise & une indiscretion,
qu'on ne doit
pas moins bannirde la fo;
cieté que s'il pechoit par
malice, puisque les suites
en font les mêmes, & qu'i.
laisse les mêmesimpressions
dans l'esprit de ceux
qui l'écoutent. >h Quiconque a le coeur
bon regarde les défauts de
ses amis avec une pitié tendre
,il les cache,&pâlis
s'ils sont connus. Il n'en
parle jamais qu'à eux-mêmes
} encore lors qu'ille
en avertit, il le faitavec
discretion & retenue pour
; menaiilenager:
leur amour pr0
pre , qui pourroit les revolterys'ilallait
leur dire
ero face qu'il a remarqué
leurs foiblesses.
,,
Voila la route qu'on de-
~vroit tenir, au lieu d'aller.
comme Doronte dire tout,
~haut en publicyqu'on est
au desespoir de s'être apperçu
detels & tels défauts
en tels & tels amis, parce
qu'ils pourroient nuire à
teur réputation,s'ils ve*-
~loient à être connus dans
monde..
Cependant Doronte a
dit-on, leccciirïucles léj
vres; il est sincere ildit
tout ce qu'il pense, même
jusqu'a ses défauts&l'on
conclut de là qu'il alecoeur
bon:mais cette ouverture
cette sincerité apparente
cet aveu de sesdéfauts,
qu'on accribue à labonté
defon coeur,se trouveront
sion les examine- deAmples
effetsde sa maliceou
de sa forife; & quel quece
soit de ces deux principes
qui fasse parlerDoronte, il~
est toujours ou à crainte om
àIl mé,p"ris.
Si Doronte avoüoit les
défauts par bonté de coeue,
il en rougiroit;ce feroit un
retour qu'il feroit sur luimême
par repentir & par
"Vertui & cette même vertu
'le porteroit à s'en corriger,
pour n'avoir plus à en rout
gir : mais il a toujours la
iiriême confidence à faire
Ar ses foiblesses; au lieu,
d'amendement on n'ap-
~perçoit en lui que plus de
~fermeté, &plus d'art dans
d'aveu de ses foiblesses. Il
~faut donc qu'il le fasse par
d'autres motifs, & tout autre
motif que le repentir
& lavertu dans cette occa
fion ne peut partir quede
sa malice oude sa forife.
S'il agit par malice, c'est
un piegequ'il tend pour
acquerir la confiance par
cette fausse sincerité, afin
de s'établir sur le pied d'un
homme amateur dela verité,
à qui l'on doit ajouter
foy lors qu'il fait le portrait
d'autrui. En effet, si l'on
fait atention , on remarquera
qu'ilpassetoujours
de ses défauts à ceux des
aUJrcs) & qu'il fait si bien *
en forte, que lorsque l'on
en vient insensiblement au
parallele,on le regardé
comme un Saint à canoniser,
en comparaison de
ceux dont il a parlé.
Si ce n'est pas dans cette
vue qu'il declare fifouvenr
ses foiblesses, on doit peiu
ser que c'est un vicieuxen-L.
durci qui veut par là que le
monde se familiarise avec
elles) & s'accoûtume à le*
lui faire connoître, parce
qfu'ail nie rveeut p.as s'en dé-
Enfin si c'estpar [oti[e"
on doit en accuserune facilité&
une foiblesse natifc
relle qui le rend infaillible.
ment aussi indiscret pour
les autres que pour lui-même
; ôc toute indiscretion
tft contraire au commerce
des honnêtes gens. Voilà
cependant le plus grandindice
par lequel on doit connoître
la bonté du coeur
Onse laisse éblouir par ses
confessions étudiées, Ôcc
n'est dans le fond rien
moins que ce qu'on s'imagine.
Damis rend service
K\itlefihoridequand il
se peut ; il topeà tout; il
faittout ce qu'on veut, &:
l'on n'en doit jamaiscraint
dreun refus,';quelqtiepropositionqu'on
lui fasse,
Voila ce qui s'appelle un
toncoeurà, touteép, reuve.
juges indiscrets,entrezplus
toàric danslesdémarches
de Damis, pour décider des
sentimens de son coeur.Il
rend service
,
il est vrai:
mais il va par tout faire
fruitde sa generosité il
appelle à témoins, ceuxqui
lui ont obligation,&fait
voir par là qu'ilcherche
plus à passer pour obligeant
& genereux, qu'à l'être en effet. D'ailleurs, quandl'occafion
s'enpresente, il sacrifie
les amis & leurs intérêtsà
ses pallions & à ses plaisirs
& ne fait pas difficulté d'exiger
deux le pardon de
son procedé,. pour reconnoissance
de quelques services
peu considerables qu'-^
il leur a rendus lors qu'il
n'avoit rien de meilleur à
faire. , : Il tope à tout,OÎIneDOIÇ
1 jamais.
Jamais craindre de refus,
quelque propofirion qu'on
lui fasse , j'en conviens:
mais les libertins ont sur
luile même privilege. Il
consent à donner dans le
viceaussi-bien que dans la
vertu; la raison ni la vertu
ne font point ses guides, 6c
ce que vous appeliez bonté
du coeur est une molesse,
une facilité, une foiblesse
de temperamment, qui est
sausequ'il se laisse indifféremment
entraîner par tous
les objets qui le sollicitent,
quels qu'ils puissent être.
co'.
Si je voulois poursuivre
sur ce ton, & montrer dans
leur vrai jour les actions de
la plupart des hommes ,
qu'on attribueàla bonté du
coeur,au lieu de quelques
reflexions en passant, il me
faudroit entreprendreune
histoire universelle, qui,
loin de vous amuser, vou|
deviendroit ennuyeuse. Il
me suffirad'avoir fait que
ques portraits au naturel
& d'avoir par là tracé un
chemin pourdécouvrir la
vérité des intentions quofl
a trouvé le secret de déguiser
sous de fidelles ap- parences. -c '1'';"n;)
Il me reste encoreà vous
dire que la fausse idéeque
bous avons de la bontédu
coeur cause presque tous les
desordres qui arrivent dans
la societé civile. Comme
peu de choses nous persuadent
que nous avons cette
bonté du coeur-, peu de
choses aussi nous la déterminent
dans les autres,&
voici ce qui en arrive.
On entend diretous les
jours dans le monde : J'ai
fait une nouvelleconnois
sance,la perfonnc en question
me paroît avoir un bon
coeur , je veux en faire un
bon usage. Fondé sur ce
principe, on lie commerce
des deux cotez, on se confie
, on s'abandonne; &:
comme les simples apparences
de la bonté du coeur
font les feules liaisons de
cet assemblage, unnoeud
si foible ne subsiste pas
long-temps sans se rompre;
onne trouve par-tou
(
que des demonstration.
r
d'amitié, Se point d'amis.
Tous les hommes son
ssir le même pied; ils le
trompent également dans
les dispositions qu'ils apportent
à leur societé
; &ç
après s'être unis sans diverscemrent,
ilsse confient sans i& font réciproquement
la dupe les uns
des autres. Ils s'en apperçoivent
bientôt à la vérité:
mais aucund'eux ne veut
s'en attribuer la faute -, elle
est pourtant commune, &
telle prévention injuste les
desunit,les aigrit,& les rend
incapables de reconnoîgtre
leurs erreurs, & c'est ce
qui s'oppose a une union
plus solide.
Si quelqu'un veut ne pas
se tromper dans le choix de
ceux avec lesquels il pretend
s'associer il doit commencer
par rectifier ses
sentimens & pour avoir
une veritable idée de lai
bontédu coeur, s'empresser à l'acquerir selon le modele
quej'en ai donné. IL
examinera enfuite à leur
insçû la conduite de ceux,,
sur lesquels il aura jetté la
vûe. Il confrontera leurs
démarches avec le modele
qu'il aura gravé dans son
ame; & s'illes crquvçiçpn,
formes dans le temps qu'ils
n'auronr pris aucun soinde
se contraindre & de se déguifer,
voila ce qu'il cherche,
il peut s'y abandon
ner avec confiance.
Je croisenavoir dit aI:
fez, pour vous faire convenir
qu'on prostituë sans
ceIfe le titre de bonté du
eaur, en l'appropriant à des
Situations qui lui sont toutà-
fait opposées.Vous-verrez
aussi
par mes reflexions
l'aveuglement: où L'on, est
aujourd'hui, & le desordre
quiregne dans le eoejir de
la plûpart des hommes.
Comme le vôtre en este
xempt, & qu'il est venta,,
blement bon, vous en con
-cevez unepitié charitable.
Ce tendre sentiment fera
fondésur laraison & lavertu
comme ildoitl'être,
ainsi que je l'aifait voit
dans ma définition ,afin
qu'on puisse avec justice
l'attribuer à la bonté du
coeur; ôclifant dans le mien
..fan', être abusée, vous con- noîtrez que mes protesia
tions sont sinceres
,
lorsque
je vous jureque je fuis
avec zele & respect, &:.c.
deP***
Sur la bonté du coeur.., DEpuis l'instant que j'eus
l'honneur de vous voir pour
la premiere fois, je vous ai
si souvent entendu parler
de la bonté du
-
coeur, que
je me fuis enfin determiné
à
-
approfondir une matiere
qfourit.semble vous occuper si
Souffrez que je vous
fasse part de mes reflexions;
non que je pretende ajoûter
par là quelque chose à
vos lumieres. Je sçai trop
que rien n'échape à vôtre
penetration: mais si vous
ne trouvez rien ici que vous
n'ayez déja apperçû de
vous-même, du moins ne
ferez-vous pas fâchée de
voir dans tout ce que je dirai
de la bonté du coeur,
une fidelle peinture du Vô-" trc.1 A mesure que les honw
mes se sont éloignez de la
première innocence, H%
ont perdu peuà peu lideQ
des vertusqui pouvoient les
y maintenir. Ils n'en ont
confervé que quelques apparences
dont ils ont fait
des marques à leurs désauts,
& ont enfin donné
à leurs foiblesses ainsi marquées
le nom des vertus
qu'ils ne connoissent plus,
& qui semblent n'oser paroîtrecequelles
sont, de
pmeur d'êétrepen brutteiàsleu.rs
Ils ont porté cet abus à
un tel excés, que je craindrois
devoir par-tout desa
voüer la bonté du coeur,
lorsque je la produirai sous
sa veritable figure, si je
n'appercevois en vous de
quoy justifier ce que je vais
dire à son sujet. Consuiltez
vous, confrontez vôtre in-i
terieur avec le portrait que
je vous donne
; Ôc s'ils se
rapportent, vous conviendrez
que je n'ai pas entier
rement participé à l'extrê-*
me aveuglement de laplû
part des hommes.
La bonté du coeur est ur
tendre sentiment de l'ame,
fondé sur la raison ôç sur la
vertu.
ld
Je dis, fondé sur la raison
& sur la vertu, parce
que, comme je le ferai voir
dans la suite, si l'un & l'autre
ne s'accompagnent pas,
le tendre sentiment n'est
qu'une foiblesse du temperamment,
dont on n'est pas
maître, & qu'on doit éviter
avec foin comme un
mauvais guide, capable de
nousfaire tomber dans de
grands inconveniens.
Pouravoir lecoeur veritablement
bon, il faut être
pitoyable envers tout le
monde:mais il ne suffit pas
de
-
compâtir aux peines
d'autrui ; ces sentimensde
pieté doivent encore nous
porter à chercher les
moyens de les faire cesser,,
sans examiner ce qu'il pour?
roit nous en coûterde démarches,
de soins, de veilles
, & de bien ruqinesi
nous étionsenétatd'en
employer à un si belusage:
&pour que ces sentimens
ayent toute leur pureté,il
est necessairequ'ils soient
desinteresseèz à unpoint ;
que nous nenvifàgiàâsdans
toutce qu'il nous faut faû
te1.que le bien &le repos
».
-
de ceux que nous voulons
obliger, sans avoir égard à
nous-mêmes, tant que no*,
tre innocence ne court aucun
risque.
Cette situation emporte
infailliblement avec elle k
reconnoissance, la generosité,
la discretion,l'équité,
la docilité, la complaisance
, la sincerité
,
& toutes
les autres qualitez qui nous
rendent propres à la societé
des gens de bien:elles sont
tellement enchaînées ensemble,
qu'on n'en peut séparer
aucune, sans altérer
& détruiremême toutes les
autres ; & si l'on, fait bien
attention a toutes ces circonfiances,
on trouvera
que la bonté du coeur qui
elles déterminent n'est au.
trechose que la charité elle-
même,à qui l'on a donné
un nom plusàl'usagedu monde.
Que cette peinture est
différente de l'idée qu'on a
aujourd'hui de la bonté du
coeur! Pour peu qu'on se
sente, une ame tendre &',
facile, on se l'attribuë, ont
s'en fait gloire,&on l'accporde
arux aiutrexs au m.ême Que Cloris, dit-on, a le
coeur bon! les chagrins de
ses amis la touchent comme
les siens propres, &elle
en est si affligée, que bien
loin d'être en état de se consoler
alors,elle a besoin el
le-mêmedeconsolation.
Elle est d'une douceur qui
charme, & sa complaisance
passe l'imagination.
Je l'avouë : mais qu'on
l'examine sans la perdre de
vûe. La raison & lavertu
accompagnentelles la sensibilité
qu'on lui voit pôiïï
ses amis? s'empresse-t-elle
à les soulager après les a
voirplaints ? & la voit-or
dans l'occasionprévenu
leurs demandes par des ser,
vices effectifs, danssedes
fein de leur épargner la
mortification & l'embarra
oùl'on se trouve, lors qu'
on est contraint par neceÍ;
sité d'avoir recours à se
amis? Si c'est là la conduit
de Cloris, qu'elle a le coeur
bon! que son procedé esrare!
Mais si elle s'en tien
aux pleurs & aux gemisse
mens sans passer outre, loin
que cette sensibilitéson guil
dée par la raison & la ver-*
tu, & parte de la bonté du
coeur, ce n'est en effet qu*
punneesseennssiibbiliiltiétéddeerteemrnppee--
ramment, une émotion na*
turelle causéepar la fynu
patie, & de la nature de
celles qu'excite en nous la
tenture de quelque avanT
cure touchante. Tant que
lesobjets sont presensà noa
yeux ou a nôtre Imagina.
tion,ils nous frapent &
nous interessent : mais à
peine font-ilsdisparusyqu€
nôtreémotion cesse&;
que nous en perdonsjusqu'à
la moindre idée. Doit.
ocn apopellerccelaubontrédu 1 Cette grande douceur
3! cette complaisanceaveugle
qu'on écoute dans Cloris,
font
des fuites de sa foifolefle
y- & pourlesdéfini
ju ftcs^ ce sontdes effets involontaires
d'une indolen.
ce naturelle qui la suitdans
toutes lesavionsde savie
ôc qu'on doit bannir dela
societé
, comme n'étant
d'aucun ufàge»
Mes amis me font si
chers, dit Doronte, que je
voudrois les voir parvenus
à la dernicre perfection.Je
souffre une peine extrême,
quand j'apperçois en eux
quelques défauts capables
de leur faire tort dans le
monde, & je voudrois les
en pouvoir corriger à quelque
prix que ce fût. Un tel,
par exemple, que je cheris
plus que moy-même) est à
la vérité recommandable
par mille belles qualitez:
mais certainesfoiblesses
viennent par malheur de*>
truire la belle idée qu'onen
pouvoit concevoir. Je l'eravertis
souvent avec douleur
, & il ne tient pas
moy qu'il ne s'en défasse
Est-il un meilleur CoeUJi
dans le monde,s'ecrient
alors ceux qui l'entendent
est-il un ami plus véritable?
Mais le sage, que ce:
apparences & ces détour
ne peuvent surprendre, de
couvre dans ce discours
un grand fond de malice
pu beaucoup de sotises dind<iscIre.tion.
-
Eneffet,siDoronteche
chepar là à décrier celui,
ont il paroîtavoir les incrêts
si fort à coeur, c'est
ne medisance, & une ma- ignité d'autant pluspernitieuse,
qu'elle cit plus eculiée
,
& qu'elle s'insinuë
pus lesapparences de l'anitié
la plus sincere & si
[ans le fond c'est sans desein
sans intention mauaise
qu'il parle; s'U ne fait
p.te suivre l'habitude qu'il.
contractée de dire tout.
ce qui lui est venu à la connoissance,
c'est une stups.,
jticé, une sotise & une indiscretion,
qu'on ne doit
pas moins bannirde la fo;
cieté que s'il pechoit par
malice, puisque les suites
en font les mêmes, & qu'i.
laisse les mêmesimpressions
dans l'esprit de ceux
qui l'écoutent. >h Quiconque a le coeur
bon regarde les défauts de
ses amis avec une pitié tendre
,il les cache,&pâlis
s'ils sont connus. Il n'en
parle jamais qu'à eux-mêmes
} encore lors qu'ille
en avertit, il le faitavec
discretion & retenue pour
; menaiilenager:
leur amour pr0
pre , qui pourroit les revolterys'ilallait
leur dire
ero face qu'il a remarqué
leurs foiblesses.
,,
Voila la route qu'on de-
~vroit tenir, au lieu d'aller.
comme Doronte dire tout,
~haut en publicyqu'on est
au desespoir de s'être apperçu
detels & tels défauts
en tels & tels amis, parce
qu'ils pourroient nuire à
teur réputation,s'ils ve*-
~loient à être connus dans
monde..
Cependant Doronte a
dit-on, leccciirïucles léj
vres; il est sincere ildit
tout ce qu'il pense, même
jusqu'a ses défauts&l'on
conclut de là qu'il alecoeur
bon:mais cette ouverture
cette sincerité apparente
cet aveu de sesdéfauts,
qu'on accribue à labonté
defon coeur,se trouveront
sion les examine- deAmples
effetsde sa maliceou
de sa forife; & quel quece
soit de ces deux principes
qui fasse parlerDoronte, il~
est toujours ou à crainte om
àIl mé,p"ris.
Si Doronte avoüoit les
défauts par bonté de coeue,
il en rougiroit;ce feroit un
retour qu'il feroit sur luimême
par repentir & par
"Vertui & cette même vertu
'le porteroit à s'en corriger,
pour n'avoir plus à en rout
gir : mais il a toujours la
iiriême confidence à faire
Ar ses foiblesses; au lieu,
d'amendement on n'ap-
~perçoit en lui que plus de
~fermeté, &plus d'art dans
d'aveu de ses foiblesses. Il
~faut donc qu'il le fasse par
d'autres motifs, & tout autre
motif que le repentir
& lavertu dans cette occa
fion ne peut partir quede
sa malice oude sa forife.
S'il agit par malice, c'est
un piegequ'il tend pour
acquerir la confiance par
cette fausse sincerité, afin
de s'établir sur le pied d'un
homme amateur dela verité,
à qui l'on doit ajouter
foy lors qu'il fait le portrait
d'autrui. En effet, si l'on
fait atention , on remarquera
qu'ilpassetoujours
de ses défauts à ceux des
aUJrcs) & qu'il fait si bien *
en forte, que lorsque l'on
en vient insensiblement au
parallele,on le regardé
comme un Saint à canoniser,
en comparaison de
ceux dont il a parlé.
Si ce n'est pas dans cette
vue qu'il declare fifouvenr
ses foiblesses, on doit peiu
ser que c'est un vicieuxen-L.
durci qui veut par là que le
monde se familiarise avec
elles) & s'accoûtume à le*
lui faire connoître, parce
qfu'ail nie rveeut p.as s'en dé-
Enfin si c'estpar [oti[e"
on doit en accuserune facilité&
une foiblesse natifc
relle qui le rend infaillible.
ment aussi indiscret pour
les autres que pour lui-même
; ôc toute indiscretion
tft contraire au commerce
des honnêtes gens. Voilà
cependant le plus grandindice
par lequel on doit connoître
la bonté du coeur
Onse laisse éblouir par ses
confessions étudiées, Ôcc
n'est dans le fond rien
moins que ce qu'on s'imagine.
Damis rend service
K\itlefihoridequand il
se peut ; il topeà tout; il
faittout ce qu'on veut, &:
l'on n'en doit jamaiscraint
dreun refus,';quelqtiepropositionqu'on
lui fasse,
Voila ce qui s'appelle un
toncoeurà, touteép, reuve.
juges indiscrets,entrezplus
toàric danslesdémarches
de Damis, pour décider des
sentimens de son coeur.Il
rend service
,
il est vrai:
mais il va par tout faire
fruitde sa generosité il
appelle à témoins, ceuxqui
lui ont obligation,&fait
voir par là qu'ilcherche
plus à passer pour obligeant
& genereux, qu'à l'être en effet. D'ailleurs, quandl'occafion
s'enpresente, il sacrifie
les amis & leurs intérêtsà
ses pallions & à ses plaisirs
& ne fait pas difficulté d'exiger
deux le pardon de
son procedé,. pour reconnoissance
de quelques services
peu considerables qu'-^
il leur a rendus lors qu'il
n'avoit rien de meilleur à
faire. , : Il tope à tout,OÎIneDOIÇ
1 jamais.
Jamais craindre de refus,
quelque propofirion qu'on
lui fasse , j'en conviens:
mais les libertins ont sur
luile même privilege. Il
consent à donner dans le
viceaussi-bien que dans la
vertu; la raison ni la vertu
ne font point ses guides, 6c
ce que vous appeliez bonté
du coeur est une molesse,
une facilité, une foiblesse
de temperamment, qui est
sausequ'il se laisse indifféremment
entraîner par tous
les objets qui le sollicitent,
quels qu'ils puissent être.
co'.
Si je voulois poursuivre
sur ce ton, & montrer dans
leur vrai jour les actions de
la plupart des hommes ,
qu'on attribueàla bonté du
coeur,au lieu de quelques
reflexions en passant, il me
faudroit entreprendreune
histoire universelle, qui,
loin de vous amuser, vou|
deviendroit ennuyeuse. Il
me suffirad'avoir fait que
ques portraits au naturel
& d'avoir par là tracé un
chemin pourdécouvrir la
vérité des intentions quofl
a trouvé le secret de déguiser
sous de fidelles ap- parences. -c '1'';"n;)
Il me reste encoreà vous
dire que la fausse idéeque
bous avons de la bontédu
coeur cause presque tous les
desordres qui arrivent dans
la societé civile. Comme
peu de choses nous persuadent
que nous avons cette
bonté du coeur-, peu de
choses aussi nous la déterminent
dans les autres,&
voici ce qui en arrive.
On entend diretous les
jours dans le monde : J'ai
fait une nouvelleconnois
sance,la perfonnc en question
me paroît avoir un bon
coeur , je veux en faire un
bon usage. Fondé sur ce
principe, on lie commerce
des deux cotez, on se confie
, on s'abandonne; &:
comme les simples apparences
de la bonté du coeur
font les feules liaisons de
cet assemblage, unnoeud
si foible ne subsiste pas
long-temps sans se rompre;
onne trouve par-tou
(
que des demonstration.
r
d'amitié, Se point d'amis.
Tous les hommes son
ssir le même pied; ils le
trompent également dans
les dispositions qu'ils apportent
à leur societé
; &ç
après s'être unis sans diverscemrent,
ilsse confient sans i& font réciproquement
la dupe les uns
des autres. Ils s'en apperçoivent
bientôt à la vérité:
mais aucund'eux ne veut
s'en attribuer la faute -, elle
est pourtant commune, &
telle prévention injuste les
desunit,les aigrit,& les rend
incapables de reconnoîgtre
leurs erreurs, & c'est ce
qui s'oppose a une union
plus solide.
Si quelqu'un veut ne pas
se tromper dans le choix de
ceux avec lesquels il pretend
s'associer il doit commencer
par rectifier ses
sentimens & pour avoir
une veritable idée de lai
bontédu coeur, s'empresser à l'acquerir selon le modele
quej'en ai donné. IL
examinera enfuite à leur
insçû la conduite de ceux,,
sur lesquels il aura jetté la
vûe. Il confrontera leurs
démarches avec le modele
qu'il aura gravé dans son
ame; & s'illes crquvçiçpn,
formes dans le temps qu'ils
n'auronr pris aucun soinde
se contraindre & de se déguifer,
voila ce qu'il cherche,
il peut s'y abandon
ner avec confiance.
Je croisenavoir dit aI:
fez, pour vous faire convenir
qu'on prostituë sans
ceIfe le titre de bonté du
eaur, en l'appropriant à des
Situations qui lui sont toutà-
fait opposées.Vous-verrez
aussi
par mes reflexions
l'aveuglement: où L'on, est
aujourd'hui, & le desordre
quiregne dans le eoejir de
la plûpart des hommes.
Comme le vôtre en este
xempt, & qu'il est venta,,
blement bon, vous en con
-cevez unepitié charitable.
Ce tendre sentiment fera
fondésur laraison & lavertu
comme ildoitl'être,
ainsi que je l'aifait voit
dans ma définition ,afin
qu'on puisse avec justice
l'attribuer à la bonté du
coeur; ôclifant dans le mien
..fan', être abusée, vous con- noîtrez que mes protesia
tions sont sinceres
,
lorsque
je vous jureque je fuis
avec zele & respect, &:.c.
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Résumé : A MADEMOISELLE de P*** Sur la bonté du cœur.
La lettre examine la véritable nature de la bonté du cœur, soulignant que les hommes, en s'éloignant de leur innocence originelle, ont perdu le sens des vertus, les remplaçant par des apparences trompeuses. La bonté du cœur est définie comme un sentiment tendre de l'âme, fondé sur la raison et la vertu, et doit être désintéressé et actif, visant à soulager les peines d'autrui sans attendre de reconnaissance. L'auteur critique les fausses manifestations de la bonté du cœur, telles que les pleurs et les lamentations sans actions concrètes. Il analyse les comportements de personnages comme Cloris, Doronte et Damis pour révéler leur manque de véritable bonté. Cloris est émotive mais ne passe pas à l'action, Doronte utilise ses aveux de défauts pour manipuler les autres, et Damis rend service pour être perçu comme généreux mais sacrifie ses amis pour ses plaisirs. La fausse idée de la bonté du cœur cause des désordres dans la société civile, menant à des relations superficielles et à la méfiance. Pour éviter ces erreurs, l'auteur recommande de rectifier ses sentiments et d'examiner la conduite des autres à la lumière du véritable modèle de bonté du cœur. Il exprime également une pitié charitable envers le destinataire, dont le cœur est exempt de défauts et est véritablement bon. Le texte vise à clarifier les sentiments et les intentions de l'auteur, en se basant sur des réflexions personnelles et des définitions de la bonté et de la vertu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 2142-2147
EPITRE A M. l'Evêque de Grenoble.
Début :
De tout encens ennemi declaré, [...]
Mots clefs :
Mortels, Vertu, Innocence, Fleurs, Yeux, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. l'Evêque de Grenoble.
EPITRE
A M. l'Evêque de Grenoble.
E tout encens ennemi declaré ,
Si le bon goût ne l'a pas préparé ;
Digne Prélat , à ce timide ouvrage
Je te verrois refuſer ton fuffrage ,
Si le devoir qui me force d'agir
De tes vertus t'alloit faire rougir .
Non la loüange au mérite affortie :
Doit , confultant toujours la modeftie ,
Malgré les loix de la fincerité ,
Sous quelques traits cacher la verité.
Pourquoi faut-il de ma Mufe naiffante
Calmer pour toi l'ardeur impatiente ,
Et taire ici les éloges fans art
Que du public t'offre la voix fans fard ?
Je te dirois que le foible pupille
Trouve à tes pieds un fecourable azile ,
Et que le pauvre a dans ta charité
Un fur -recours contre fa pauvreté ;
Que la fageffe elle -même te guide
Dans les fentiers de la vertu rigide ;
Je dépeindrois , par fes puiffans appas ,
Un peuple entier entraîné fur tes pas.
Pour
OCTOBRE. 1730. 2143
Pour la vertu vif, fans condefcendance ,
On te verroit , conduit par la prudence ,
L'orner de fleurs , dignes de nous charmer ,
Et par cet art nous forcer à l'aimer.
Ainfi jadis une augufte Déeffe
Sçut aux mortels faire aimer la fageffe .'
Aveugle , lâche , efclave de fon coeur ,
Des paffions coupable adorateur ,
L'homme afſoupi dans les bras des délices ,
Trifte jouet des crimes & des vices ,
Se repaiffoit du funeſte poiſon ,
Et de la Fraude & de la Trahifon.
Alors regnoient l'indigne Flaterie ,
L'Ambition , que fuivoient l'Induſtrie ,
La Politique , avec tous leurs refforts ,
Monftres vomis de l'empire des morts.
Au front craintif , la pâle défiance ,
Dictoit les loix de fa fourde fcience ;
La Haine enfin , compagne de ſes pas
Ne laiffoit plus que l'horreur ici bas.
A cet afpect le Maître du Tonnerre
Fut prêt vingt fois d'anéantir la terre ;
» Mais non , laiffons agir notre bonté ;
» Faiſons , dit - il , deſcendre l'Equité
» Chez les Mortels ; la Vertu toute nuë ,
L'Integrité , la Candeur ingenuë
» Vont ſe montrer par mon ordre à leurs yeux.
» Cheriffez-les ; j'en jure par les lieux
B iiij
Où
2144 MERCURE DE FRANCE
» Où fous vos pas rencontrant mille abîmes
» Vous recevrez le prix de tous vos crimes ,
Humains pervers . . . mon pere ,
dit Pallas ,
» Permettez moi de revoir ces ingrats.
En vain , en vain la vertu les éclaire ;
Ses feuls appas ne pourront point leur plaire ;
>> Tous ces mortels & ftupides & lourds
» A ma voix même infenfibles & fourds ,
Trouveront- ils quelque agréable amorce
» Dans la Vertu qui leur paroît fans force ?
» L'Equité feule , au gré de fon flambeau ,
Efpere en 33 vain écarter le bandeau
» Dont l'injuſtice a couvert leur paupiere
» Pour les fouftraire aux traits de fa lumiere.
» Souffrez , grand Dieu , que je fois le témoin
De leurs travaux , & remettez le foin
>>Aux faints détours que m'apprend mon adreff
De rappeller en leur coeur la ſageſſe.
Pallas defcend , & fon char lumineux
Eft foutenu fur les aîles des Jeux ;
D'un doux fourire elle aſſemble les Graces ;
Dit aux Vertus de marcher fur leurs traces.
L'une déja fe couronne de fleurs ;
L'autre des Ris emprunte les douceurs ;
Les Plaifirs nés dans la voute azurée
Suivent auffi cette troupe épurée.
Pallas arrive , & des plus doux Concerts
Déja fa voix fait retentir les airs ;
OCTOBRE. 1730. 2145
Du Dieu du Pinde elle avoit pris la Lyre ;
De Jupiter commençant à décrire
Le grand pouvoir , les exploits , les vertus ,
Elle dépeint les Titans abbatus
Et l'innocence ici bas offenfée ,
De l'ambrofie au Ciel récompenfée ,
Et fous les loix du rigoureux Pluton
Elle décrit l'horreur du Phlégéton.
A ces accens & féduite & captive ,
La Terre prête une oreille attentive.
Pallas fe taît , tend les mains , & fes yeux
Chargés de pleurs fe tournent vers les Cieur
Suis- je , dit- elle , un monftre fi barbare ,
» Et de plaifirs me trouvez- vous avare è
» Voyez , Mortels , la troupe qui me ſuit ,
» Et banniffez l'erreur qui vous féduit.
" La Foi , la Paix , la Candeur , l'Innocence ,
» Filles du Ciel , dignes qu'on les encenſe ,
Que le menfonge & le vice trompeur 30
Vous déguifoient fous de noires couleurs :
» Sont-ce , Mortels , de triftes Eumenides ?
» Où font leurs feux leurs ferpens parricides ?
30 Ouvrez les yeux , & voyez ces plaifirs
» Prêts à combler vos innocens defirs ;
Ces fleurs , ces jeux & ces danfes legeres ,
Sont-ce des pleurs les tristes caracteres ?
L'efprit encor de craintes combattu
L'homme héfitoit à fuivre la vertu ,
B v
>
Quand
2146 MERCURE DE FRANCE
Quand fur le front de l'aimable Déeffe
Un calme heureux fait briller l'allegreffe,
Ainfi l'on voit une douce gayeté
Du Roi des Dieux voiler la Majefté ,
Quand d'un regard arrêtant les orages
Son bras vainqueur diffipe les nuages.
A cet afpect , quel changement heureux !
L'homme furpris le trouve vertueux ;
Il fuit l'éclat d'une vive lumiere ;
Offre à Pallas un hommage fincere ;
Elle l'embraffe , & lui tendant les bras ,
» Relevez-vous , dit - elle , & fur mes pas
» Soyez heureux ; que jamais les allarmes.
» De vos plaiſirs n'empoifonnent les charmes :
» Mais renverfez ces coupables Autels
» Dont les parfums bleffent les Immortels .
A Jupiter offrez vos facrifices ;
» Brulez l'encens , égorgez les Geniffes :
» Voilà l'honneur ; executez fes loix
» De l'innocence il maintiendra les droits ;
» Son bras armé fera fuir l'impoſture ;
» Et des foupçons , l'amitié tendre & pure
› Diſſipera les malignes vapeurs ;
ככ
» Avec la Paix , avec la Foi fes foeurs.
" La Défiance errante & confternée
Se reverra déformais condamnée
» A retourner dans le féjour affreux ,
Où l'Acheron roule fes flots fangeux,
OCTOBRE. 1730. 2147.
» Adieu ... Prélat , à ce portrait fidele
Tu vois Pallas , tu reconnois fon zele ;
Et fous ce trait de la Fable emprunté ,
Qui te connoît , voit une verité.
L'Abbé Bonnot.
A M. l'Evêque de Grenoble.
E tout encens ennemi declaré ,
Si le bon goût ne l'a pas préparé ;
Digne Prélat , à ce timide ouvrage
Je te verrois refuſer ton fuffrage ,
Si le devoir qui me force d'agir
De tes vertus t'alloit faire rougir .
Non la loüange au mérite affortie :
Doit , confultant toujours la modeftie ,
Malgré les loix de la fincerité ,
Sous quelques traits cacher la verité.
Pourquoi faut-il de ma Mufe naiffante
Calmer pour toi l'ardeur impatiente ,
Et taire ici les éloges fans art
Que du public t'offre la voix fans fard ?
Je te dirois que le foible pupille
Trouve à tes pieds un fecourable azile ,
Et que le pauvre a dans ta charité
Un fur -recours contre fa pauvreté ;
Que la fageffe elle -même te guide
Dans les fentiers de la vertu rigide ;
Je dépeindrois , par fes puiffans appas ,
Un peuple entier entraîné fur tes pas.
Pour
OCTOBRE. 1730. 2143
Pour la vertu vif, fans condefcendance ,
On te verroit , conduit par la prudence ,
L'orner de fleurs , dignes de nous charmer ,
Et par cet art nous forcer à l'aimer.
Ainfi jadis une augufte Déeffe
Sçut aux mortels faire aimer la fageffe .'
Aveugle , lâche , efclave de fon coeur ,
Des paffions coupable adorateur ,
L'homme afſoupi dans les bras des délices ,
Trifte jouet des crimes & des vices ,
Se repaiffoit du funeſte poiſon ,
Et de la Fraude & de la Trahifon.
Alors regnoient l'indigne Flaterie ,
L'Ambition , que fuivoient l'Induſtrie ,
La Politique , avec tous leurs refforts ,
Monftres vomis de l'empire des morts.
Au front craintif , la pâle défiance ,
Dictoit les loix de fa fourde fcience ;
La Haine enfin , compagne de ſes pas
Ne laiffoit plus que l'horreur ici bas.
A cet afpect le Maître du Tonnerre
Fut prêt vingt fois d'anéantir la terre ;
» Mais non , laiffons agir notre bonté ;
» Faiſons , dit - il , deſcendre l'Equité
» Chez les Mortels ; la Vertu toute nuë ,
L'Integrité , la Candeur ingenuë
» Vont ſe montrer par mon ordre à leurs yeux.
» Cheriffez-les ; j'en jure par les lieux
B iiij
Où
2144 MERCURE DE FRANCE
» Où fous vos pas rencontrant mille abîmes
» Vous recevrez le prix de tous vos crimes ,
Humains pervers . . . mon pere ,
dit Pallas ,
» Permettez moi de revoir ces ingrats.
En vain , en vain la vertu les éclaire ;
Ses feuls appas ne pourront point leur plaire ;
>> Tous ces mortels & ftupides & lourds
» A ma voix même infenfibles & fourds ,
Trouveront- ils quelque agréable amorce
» Dans la Vertu qui leur paroît fans force ?
» L'Equité feule , au gré de fon flambeau ,
Efpere en 33 vain écarter le bandeau
» Dont l'injuſtice a couvert leur paupiere
» Pour les fouftraire aux traits de fa lumiere.
» Souffrez , grand Dieu , que je fois le témoin
De leurs travaux , & remettez le foin
>>Aux faints détours que m'apprend mon adreff
De rappeller en leur coeur la ſageſſe.
Pallas defcend , & fon char lumineux
Eft foutenu fur les aîles des Jeux ;
D'un doux fourire elle aſſemble les Graces ;
Dit aux Vertus de marcher fur leurs traces.
L'une déja fe couronne de fleurs ;
L'autre des Ris emprunte les douceurs ;
Les Plaifirs nés dans la voute azurée
Suivent auffi cette troupe épurée.
Pallas arrive , & des plus doux Concerts
Déja fa voix fait retentir les airs ;
OCTOBRE. 1730. 2145
Du Dieu du Pinde elle avoit pris la Lyre ;
De Jupiter commençant à décrire
Le grand pouvoir , les exploits , les vertus ,
Elle dépeint les Titans abbatus
Et l'innocence ici bas offenfée ,
De l'ambrofie au Ciel récompenfée ,
Et fous les loix du rigoureux Pluton
Elle décrit l'horreur du Phlégéton.
A ces accens & féduite & captive ,
La Terre prête une oreille attentive.
Pallas fe taît , tend les mains , & fes yeux
Chargés de pleurs fe tournent vers les Cieur
Suis- je , dit- elle , un monftre fi barbare ,
» Et de plaifirs me trouvez- vous avare è
» Voyez , Mortels , la troupe qui me ſuit ,
» Et banniffez l'erreur qui vous féduit.
" La Foi , la Paix , la Candeur , l'Innocence ,
» Filles du Ciel , dignes qu'on les encenſe ,
Que le menfonge & le vice trompeur 30
Vous déguifoient fous de noires couleurs :
» Sont-ce , Mortels , de triftes Eumenides ?
» Où font leurs feux leurs ferpens parricides ?
30 Ouvrez les yeux , & voyez ces plaifirs
» Prêts à combler vos innocens defirs ;
Ces fleurs , ces jeux & ces danfes legeres ,
Sont-ce des pleurs les tristes caracteres ?
L'efprit encor de craintes combattu
L'homme héfitoit à fuivre la vertu ,
B v
>
Quand
2146 MERCURE DE FRANCE
Quand fur le front de l'aimable Déeffe
Un calme heureux fait briller l'allegreffe,
Ainfi l'on voit une douce gayeté
Du Roi des Dieux voiler la Majefté ,
Quand d'un regard arrêtant les orages
Son bras vainqueur diffipe les nuages.
A cet afpect , quel changement heureux !
L'homme furpris le trouve vertueux ;
Il fuit l'éclat d'une vive lumiere ;
Offre à Pallas un hommage fincere ;
Elle l'embraffe , & lui tendant les bras ,
» Relevez-vous , dit - elle , & fur mes pas
» Soyez heureux ; que jamais les allarmes.
» De vos plaiſirs n'empoifonnent les charmes :
» Mais renverfez ces coupables Autels
» Dont les parfums bleffent les Immortels .
A Jupiter offrez vos facrifices ;
» Brulez l'encens , égorgez les Geniffes :
» Voilà l'honneur ; executez fes loix
» De l'innocence il maintiendra les droits ;
» Son bras armé fera fuir l'impoſture ;
» Et des foupçons , l'amitié tendre & pure
› Diſſipera les malignes vapeurs ;
ככ
» Avec la Paix , avec la Foi fes foeurs.
" La Défiance errante & confternée
Se reverra déformais condamnée
» A retourner dans le féjour affreux ,
Où l'Acheron roule fes flots fangeux,
OCTOBRE. 1730. 2147.
» Adieu ... Prélat , à ce portrait fidele
Tu vois Pallas , tu reconnois fon zele ;
Et fous ce trait de la Fable emprunté ,
Qui te connoît , voit une verité.
L'Abbé Bonnot.
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Résumé : EPITRE A M. l'Evêque de Grenoble.
L'épître est destinée à l'Évêque de Grenoble et commence par l'expression de la réticence de l'auteur à louer le prélat, motivée par la modestie et le respect. L'auteur reconnaît les nombreuses vertus de l'évêque, notamment sa charité envers les pauvres et les faibles, sa sagesse, et son influence bénéfique sur le peuple. Pour illustrer ces qualités, l'auteur compare l'évêque à Pallas (Athéna), la déesse de la sagesse et de la vertu, qui descend sur terre pour enseigner la vertu aux hommes. Pallas est accompagnée des Grâces, des Vertus, des Plaisirs et des Muses, symbolisant respectivement la beauté, la joie et l'harmonie. L'épître met en avant les bienfaits de la vertu et condamne les vices tels que la flatterie, l'ambition et la haine. En conclusion, l'auteur établit une comparaison directe entre l'évêque et Pallas, soulignant que le prélat incarne la vérité et la vertu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 415-422
L'HOMME. ODE.
Début :
Amas de fange et de poussiere, [...]
Mots clefs :
Homme, Erreur, Passions, Raison, Vices, Sagesse, Ambition, Justice, Innocence, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HOMME. ODE.
L'HO M M E.
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
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Résumé : L'HOMME. ODE.
Le texte propose une réflexion sur la condition humaine et ses erreurs. L'auteur critique les passions humaines et l'aveuglement des hommes face à leurs propres vices. Il déplore que l'humanité, initialement guidée par une nature aveugle, ait été ensuite égarée par la raison, qui n'a fait qu'éclairer les fureurs humaines. L'homme, devenu moins rustique, a construit des villes pour assouvir sa rage et ses intérêts égoïstes, dictés par l'ambition et l'avarice. L'auteur invoque la justice divine pour punir les méchants, mais reconnaît la clémence de Dieu qui ne veut pas la perte de l'homme. Il évoque ensuite l'intervention de Thémis, déesse de la justice, dont les efforts ont été corrompus par l'opulence. Le texte critique les civilisations anciennes, notamment Rome et la Grèce, en révélant les vices cachés derrière leurs apparentes vertus. Il dénonce les crimes et les hypocrisies des héros et des sages de ces époques, soulignant que leur sagesse n'était souvent qu'une folie austère. L'auteur mentionne également l'éloquence et la poésie, qui ont parfois été utilisées pour opprimer l'innocent autant que pour combattre les tyrans. Il conclut en cherchant un homme vertueux, loin des superbes portiques du crime, dans les cabanes rustiques où l'innocence est adorée.
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5
p. 1275-1279
LE PLAISIR ÉPURÉ. ODE.
Début :
Je reprends aujourd'hui la Lire [...]
Mots clefs :
Lyre, Vers, Plaisir, Volupté sauvage, Chrétien, Léthargie, Allégresse, Volupté paisible, Sages désirs, Innocence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PLAISIR ÉPURÉ. ODE.
LE PLAISIR EPURE.
O D E.
JE reprends aujourd'hui la Lire
Qu'autrefois je sçûs animer ;
Dieu des Vers , le Plaisir m'inspire :
Lui seul me suffit pour rimer.
Mais quelle vive ardeur me presse ?
Des premiers feux de ma jeunesse ,
Je ressens la vivacité :
Phébus j'abjure ta Méthode ,
Le Plaisir répand sur cette Ode ,
Ses charmes et sa nouveauté.
* L'Auteur à l'âge de 17. ans , avoit balancé
les suffrages de l'Académie des Jeux Floraux
pour le Prix de l'Ode, J
D Loin
1275 MERCURE DE FRANCE
Loin d'ici volupté sauvage ,
Dont Epicure fit un bien :
Les douceurs bien plus que la rage ,
Sont à craindre pour un Chrétien.
Par tes phantômes assallie ,
La raison tombe en létargie ,
Et ne s'éveille qu'en fureur ;
Mais la douceur enchanteresse ,
Du vif plaisir qui m'interesse ,
Eleve une ame et regle un coeur.
>
Aux beaux jours d'une vie heureuse ,
S'enflâment les riants Plaisirs :
La joye aisée et gracieuse ,
Brille , rit , éclate en desirs.
Ce n'est que transport , qu'allegresse ,
Où la plus séduisante yvresse ,
Flatte , amuse , enchante l'esprit :
Avec ce secours l'homme s'aime ;
Et croit , n'aimant plus que lui-même
Que l'Univers entier lui rit.
M
Oui , quand le plaisir nous anime
Et nous prévient de sa douceur ,
On sent une flamme sublime ,
Couler jusques au fond du coeur ;
L'esprit tiré de la matiere ,
I. Vol.
L
Jouit Į
JUIN. 1731. 1277
Joüit d'une pure lumiere ,
Plus brillante qu'un jour serain ;
Et quand dans les nuits les plus sombres,
Le plaisir dissipe les ombres ,
Il jouit du plus beau matin.
2
Tu nous sers , volupté paisible ,
Contre nos ennuis et nos maux :
Tu prépares un coeur sensible ,
A des transports toûjours nouveaux.
Cruels ennemis de nous- mêmes ,
Par tes séduisans stratagêmes ,
A nous - mêmes tu nous ravis ;
Et d'une trop fragile vie ,
Tu retiens le noeud qui la lie ;
Et tu répares ses esprits.
De deux amis qui se chérissent ,
Le Plaisir accroît la bonté :
C'est par ce Philtre que s'unissent ,
Tous les gens de Societé.
On s'assemble , mais c'est pour plaire :
Le Plaisir alors necessaire ,
Du commerce est le doux lien ,
Et dans ces momens favorables ,
On en trouve bien plus aimables ,
Les Convives et l'entretien,
Dij
L'hu
1278 MERCURE DE FRANCE
L'humeur philosophique et sombre
Qui ne m'abandonne jamais
M'invite à reposer à l'ombre ,
Sur le tapis d'un gazon frais :
Là , sur le bord d'une Onde
pure ,
Le Chêne entretient sa verdure ,
Mille fleurs y brillent aux yeux :
C'est là qu'avec plaisir je pense ,.
A conserver mon innocence ,
Par l'innocence de ces lieux .
粥
Là , quand la saison rigoureuse
Seme ses glaçons , ses frimats ,
Une societé nombreuse ,
M'invite à ne la craindre pas .
Tel chez moi lassé du commerce ;
-Près d'un brasier Bacchus m'exerce ,
Lui qui ne m'a jamais vaincu ;
Bien-tôt secouru d'un bon Livre ,
J'ai le bonheur d'apprendre à vivre ,
Et le plaisir d'avoir vécu .
Dans un âge encor susceptible
Des plus vives impressions ,
Je sens qu'il n'est plus si pénible ,
De combattre ses passions.
* 33. ans .
Le
JUIN. 1279 1731.
Le plaisir qui charme la vie ,
Unique et seul bien que j'envie ,
M'inspire de sages desirs ;
Et dans ces desirs j'envisage
Cette vie , et je la ménage ,
Dans l'esperance des plaisirs.
M
Le tems qui malgré nous entraîne
Nos jours trop prompts à s'écouler
Refuse à la vie incertaine ,
Le moyen de les rappeller.
C'est en vain que l'homme soupire
Du Monarque du sombre Empire ,
Il doit habiter le séjour.
Qu'il vive (a ) ou qu'aux Royaumes sombres ,
Il aille apprendre aux pâles Ombres ,
Qu'il a seulement vû le jour . (6)
In rebus jucundis vive beatus :
Vive memor , quam sis avi brevis .
Hor. Satyr. 6. Liv. 2.
(a) Vivre selon les Epicuriens , est de sçavoir
se procurer les plaisirs délicats ; ils en faisoient
même une espece de prudence. Prudentiam in
troducunt scientiam suppeditantem voluptates,
depellentem dolores . Cic. Offic. Liv. 3. c . 33 .
(b) Qui répond au Vixit des Romains , pour
dire qu'on n'est plus.
Parl'Abbé Day** ,Curé de G*** en Marsan.
O D E.
JE reprends aujourd'hui la Lire
Qu'autrefois je sçûs animer ;
Dieu des Vers , le Plaisir m'inspire :
Lui seul me suffit pour rimer.
Mais quelle vive ardeur me presse ?
Des premiers feux de ma jeunesse ,
Je ressens la vivacité :
Phébus j'abjure ta Méthode ,
Le Plaisir répand sur cette Ode ,
Ses charmes et sa nouveauté.
* L'Auteur à l'âge de 17. ans , avoit balancé
les suffrages de l'Académie des Jeux Floraux
pour le Prix de l'Ode, J
D Loin
1275 MERCURE DE FRANCE
Loin d'ici volupté sauvage ,
Dont Epicure fit un bien :
Les douceurs bien plus que la rage ,
Sont à craindre pour un Chrétien.
Par tes phantômes assallie ,
La raison tombe en létargie ,
Et ne s'éveille qu'en fureur ;
Mais la douceur enchanteresse ,
Du vif plaisir qui m'interesse ,
Eleve une ame et regle un coeur.
>
Aux beaux jours d'une vie heureuse ,
S'enflâment les riants Plaisirs :
La joye aisée et gracieuse ,
Brille , rit , éclate en desirs.
Ce n'est que transport , qu'allegresse ,
Où la plus séduisante yvresse ,
Flatte , amuse , enchante l'esprit :
Avec ce secours l'homme s'aime ;
Et croit , n'aimant plus que lui-même
Que l'Univers entier lui rit.
M
Oui , quand le plaisir nous anime
Et nous prévient de sa douceur ,
On sent une flamme sublime ,
Couler jusques au fond du coeur ;
L'esprit tiré de la matiere ,
I. Vol.
L
Jouit Į
JUIN. 1731. 1277
Joüit d'une pure lumiere ,
Plus brillante qu'un jour serain ;
Et quand dans les nuits les plus sombres,
Le plaisir dissipe les ombres ,
Il jouit du plus beau matin.
2
Tu nous sers , volupté paisible ,
Contre nos ennuis et nos maux :
Tu prépares un coeur sensible ,
A des transports toûjours nouveaux.
Cruels ennemis de nous- mêmes ,
Par tes séduisans stratagêmes ,
A nous - mêmes tu nous ravis ;
Et d'une trop fragile vie ,
Tu retiens le noeud qui la lie ;
Et tu répares ses esprits.
De deux amis qui se chérissent ,
Le Plaisir accroît la bonté :
C'est par ce Philtre que s'unissent ,
Tous les gens de Societé.
On s'assemble , mais c'est pour plaire :
Le Plaisir alors necessaire ,
Du commerce est le doux lien ,
Et dans ces momens favorables ,
On en trouve bien plus aimables ,
Les Convives et l'entretien,
Dij
L'hu
1278 MERCURE DE FRANCE
L'humeur philosophique et sombre
Qui ne m'abandonne jamais
M'invite à reposer à l'ombre ,
Sur le tapis d'un gazon frais :
Là , sur le bord d'une Onde
pure ,
Le Chêne entretient sa verdure ,
Mille fleurs y brillent aux yeux :
C'est là qu'avec plaisir je pense ,.
A conserver mon innocence ,
Par l'innocence de ces lieux .
粥
Là , quand la saison rigoureuse
Seme ses glaçons , ses frimats ,
Une societé nombreuse ,
M'invite à ne la craindre pas .
Tel chez moi lassé du commerce ;
-Près d'un brasier Bacchus m'exerce ,
Lui qui ne m'a jamais vaincu ;
Bien-tôt secouru d'un bon Livre ,
J'ai le bonheur d'apprendre à vivre ,
Et le plaisir d'avoir vécu .
Dans un âge encor susceptible
Des plus vives impressions ,
Je sens qu'il n'est plus si pénible ,
De combattre ses passions.
* 33. ans .
Le
JUIN. 1279 1731.
Le plaisir qui charme la vie ,
Unique et seul bien que j'envie ,
M'inspire de sages desirs ;
Et dans ces desirs j'envisage
Cette vie , et je la ménage ,
Dans l'esperance des plaisirs.
M
Le tems qui malgré nous entraîne
Nos jours trop prompts à s'écouler
Refuse à la vie incertaine ,
Le moyen de les rappeller.
C'est en vain que l'homme soupire
Du Monarque du sombre Empire ,
Il doit habiter le séjour.
Qu'il vive (a ) ou qu'aux Royaumes sombres ,
Il aille apprendre aux pâles Ombres ,
Qu'il a seulement vû le jour . (6)
In rebus jucundis vive beatus :
Vive memor , quam sis avi brevis .
Hor. Satyr. 6. Liv. 2.
(a) Vivre selon les Epicuriens , est de sçavoir
se procurer les plaisirs délicats ; ils en faisoient
même une espece de prudence. Prudentiam in
troducunt scientiam suppeditantem voluptates,
depellentem dolores . Cic. Offic. Liv. 3. c . 33 .
(b) Qui répond au Vixit des Romains , pour
dire qu'on n'est plus.
Parl'Abbé Day** ,Curé de G*** en Marsan.
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Résumé : LE PLAISIR ÉPURÉ. ODE.
Le texte 'Le Plaisir Epuré' célèbre les bienfaits du plaisir sur l'âme et le cœur. L'auteur, guidé par une ardeur juvénile, distingue les voluptés sauvages, condamnées par Épicure, des douceurs du plaisir chrétien, qui élèvent l'âme et régulent le cœur. Le plaisir est présenté comme une force vitale apportant joie, allégresse et une ivresse séduisante. Il dissipe les ombres des nuits sombres et permet de jouir d'une lumière pure. Le plaisir est aussi un remède contre les ennuis et les maux, préparant le cœur à de nouveaux transports et renforçant les liens d'amitié et de société. L'auteur évoque des moments de réflexion solitaire dans la nature, où il conserve son innocence, ainsi que des moments de convivialité en société. Il conclut en soulignant que le plaisir charme la vie et inspire des désirs sages, tout en étant conscient de la brièveté de l'existence.
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6
p. 2545-2549
ODE. SUR L'AMITIÉ.
Début :
Descendez, Nymphe du Permesse, [...]
Mots clefs :
Amitié, Innocence, Doux charmes, Imposteurs, Envie, Fureur
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texteReconnaissance textuelle : ODE. SUR L'AMITIÉ.
ODE.
SUR L'AMITIE.
DEscendez , Nymphe du Permesse ;
Je soupire après vos bienfaits ;
Soutenez- moi dans mon yvresse ,
Qu'elle éclate par d'heureux traits.
Dans les mouvemens de mon ame
Versez cette divine flamme ,
D'où naissent les sons merveilleux ;
Tranquile devant les Menades,
Des Orestes et des Filades
Je vais chanter les tendres nœuds,
M
Douce amitié de l'innocence ;
Fais régner la naïveté ;
D'une sincere intelligence
Daigne affermir la sûreté :
1. Vola Bij Pan
2546 MERCURE DE FRANCE
- Parois au milieu de l'orage ;
Viens dissiper l'épais nuage ,
Qui veut t'obscurcir à nos yeux :
Quels cœurs pourroient à tes doux charmes
Refuser de rendre les armes ?
Seule , tu sçais nous rendre heureux.
M
Sentiment généreux , solide ,
Digne de toucher un grand cœur ,
Toi , par qui la raison nous guide
Dans les sentiers du vrai bonheur,
Se pourroit- il que l'imposture
Osat ravir à la Nature
Tes sinceres attachemens !
Et sa venimeuse influence
Donneroit- elle la naissance
Ade tristes égaremens ?
·粥
Union pure et simpatique ,
Dans tes épanchemens de cœur
D'une trompeuse politique
Tu fais sentir toute l'horreur :
C'est en vain qu'un traître se pare
D'un faux dehors , qui nous prépare
L'appast qu'il nous cache avec art ,
Anous le démasquer habile ,
I,Vol. Tu
DECEMBRE. 1732. 2547,"
Tu sçais bien-tôt rendre inutile
Son déguisement et son fard.
溶
Quelle multitude innombrable
De ces imposteurs odieux
Opose leur haine implacable.
Ames accens harmonieux !
Loin d'ici , profane cohuë ,
Revérez ma verve ingenuë ;
Renoncez aux lâches détours ;
Vils enfans de la perfidie
Je déteste la noire envie
Quivous prête de vains secours ↓
E®
Comme par un heureux présage
Le Palinure vigilant
.Prévoit d'un dangereux naufrage
Le déplorable évenement ;
De la trop bouillante jeunesse ,
Flotant au gré de la molesse
Tu prédis ainsi le malheur ;
2
Mais brisant tes plus douces chaînes
Bien-tôt aux Circés , aux Syrenes
Elle se livre avec fureur.
I. Vol Biij En
2548 MERCURE DE FRANCE
En vain une injuste Puissance , (a)
Tramant de nouveaux attentats ,
་
Dujeune Oreste sans deffense ,
Osera ravir les Etats :
Tu sçais dissiper ses allarmes ; ( 6)
Tu cours , tu prends en main les armes,
Tu détruis ces lâches projets ;
Solide appui , sage Minerve ,
Le prompt secours qui le conserve ,
N'est que le fruit de tes bienfaits.
Cede , cruel fils de Plisthene , (c)
Qu'un indigne amour posseda ,
Au zele ardent qui se déchaîne ,
Contre la fille de Leda. (d)
Lâche Thoas , ton cœur barbare ,
N'a rien qui trouble et qui sépare
Deux cœurs fermes et génereux. ( e)
Tel paroît le Scyte intrépide ,
Rachetant d'un Chef homicide , (f)
(a) Egisthe.
"
(b) Oreste secouru de son ami Pilade , fit périv
Egisthe , et rentra dans ses Etats. 200 .
(c) Egisthe.
(d) Clitemnestre.
(e) Oreste et Pilade en Tauride.
( f) Dendamis consentit à perdre les yeux pour
vacheter des mains des Sarmates , son Ami Amisoque. Voyez Lucien , dans Toxaris de l'Amitié.
1. Vol.
Amisoque
DECEMBRE. 1732 2540
Amisoque, au prix de ses yeux..
Mais du vaillant fils de Pelée,
Découvrant la juste fureur !
Aux yeux d'Hecube desolée ,
Pourquoi seme-t'il la terreure
La mort de Patrocle l'anime ;
La pitié lui paroît un crime ;
'Hector expire sous son bras ;
Dans la rage qui le dévore ,
Il poursuit le Troyen encore ,
Jusques au-delà du trépas.
› De la constante Penelope ,
Suivons le fils infortuné.
Ala trame qui l'enveloppe ,
Le verrons-nous abandonné ?
Non, d'une ardeur vive et sincere ,
Mentor prédit ce qu'il espere, (4)
Au jeune Prince sans appui.
Où la douce amitié domine,
Le sort fatal en vain s'obstine
A nous entraîner avec lui.
Par M. de Peyron , d'Arles en Provence.
SUR L'AMITIE.
DEscendez , Nymphe du Permesse ;
Je soupire après vos bienfaits ;
Soutenez- moi dans mon yvresse ,
Qu'elle éclate par d'heureux traits.
Dans les mouvemens de mon ame
Versez cette divine flamme ,
D'où naissent les sons merveilleux ;
Tranquile devant les Menades,
Des Orestes et des Filades
Je vais chanter les tendres nœuds,
M
Douce amitié de l'innocence ;
Fais régner la naïveté ;
D'une sincere intelligence
Daigne affermir la sûreté :
1. Vola Bij Pan
2546 MERCURE DE FRANCE
- Parois au milieu de l'orage ;
Viens dissiper l'épais nuage ,
Qui veut t'obscurcir à nos yeux :
Quels cœurs pourroient à tes doux charmes
Refuser de rendre les armes ?
Seule , tu sçais nous rendre heureux.
M
Sentiment généreux , solide ,
Digne de toucher un grand cœur ,
Toi , par qui la raison nous guide
Dans les sentiers du vrai bonheur,
Se pourroit- il que l'imposture
Osat ravir à la Nature
Tes sinceres attachemens !
Et sa venimeuse influence
Donneroit- elle la naissance
Ade tristes égaremens ?
·粥
Union pure et simpatique ,
Dans tes épanchemens de cœur
D'une trompeuse politique
Tu fais sentir toute l'horreur :
C'est en vain qu'un traître se pare
D'un faux dehors , qui nous prépare
L'appast qu'il nous cache avec art ,
Anous le démasquer habile ,
I,Vol. Tu
DECEMBRE. 1732. 2547,"
Tu sçais bien-tôt rendre inutile
Son déguisement et son fard.
溶
Quelle multitude innombrable
De ces imposteurs odieux
Opose leur haine implacable.
Ames accens harmonieux !
Loin d'ici , profane cohuë ,
Revérez ma verve ingenuë ;
Renoncez aux lâches détours ;
Vils enfans de la perfidie
Je déteste la noire envie
Quivous prête de vains secours ↓
E®
Comme par un heureux présage
Le Palinure vigilant
.Prévoit d'un dangereux naufrage
Le déplorable évenement ;
De la trop bouillante jeunesse ,
Flotant au gré de la molesse
Tu prédis ainsi le malheur ;
2
Mais brisant tes plus douces chaînes
Bien-tôt aux Circés , aux Syrenes
Elle se livre avec fureur.
I. Vol Biij En
2548 MERCURE DE FRANCE
En vain une injuste Puissance , (a)
Tramant de nouveaux attentats ,
་
Dujeune Oreste sans deffense ,
Osera ravir les Etats :
Tu sçais dissiper ses allarmes ; ( 6)
Tu cours , tu prends en main les armes,
Tu détruis ces lâches projets ;
Solide appui , sage Minerve ,
Le prompt secours qui le conserve ,
N'est que le fruit de tes bienfaits.
Cede , cruel fils de Plisthene , (c)
Qu'un indigne amour posseda ,
Au zele ardent qui se déchaîne ,
Contre la fille de Leda. (d)
Lâche Thoas , ton cœur barbare ,
N'a rien qui trouble et qui sépare
Deux cœurs fermes et génereux. ( e)
Tel paroît le Scyte intrépide ,
Rachetant d'un Chef homicide , (f)
(a) Egisthe.
"
(b) Oreste secouru de son ami Pilade , fit périv
Egisthe , et rentra dans ses Etats. 200 .
(c) Egisthe.
(d) Clitemnestre.
(e) Oreste et Pilade en Tauride.
( f) Dendamis consentit à perdre les yeux pour
vacheter des mains des Sarmates , son Ami Amisoque. Voyez Lucien , dans Toxaris de l'Amitié.
1. Vol.
Amisoque
DECEMBRE. 1732 2540
Amisoque, au prix de ses yeux..
Mais du vaillant fils de Pelée,
Découvrant la juste fureur !
Aux yeux d'Hecube desolée ,
Pourquoi seme-t'il la terreure
La mort de Patrocle l'anime ;
La pitié lui paroît un crime ;
'Hector expire sous son bras ;
Dans la rage qui le dévore ,
Il poursuit le Troyen encore ,
Jusques au-delà du trépas.
› De la constante Penelope ,
Suivons le fils infortuné.
Ala trame qui l'enveloppe ,
Le verrons-nous abandonné ?
Non, d'une ardeur vive et sincere ,
Mentor prédit ce qu'il espere, (4)
Au jeune Prince sans appui.
Où la douce amitié domine,
Le sort fatal en vain s'obstine
A nous entraîner avec lui.
Par M. de Peyron , d'Arles en Provence.
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Résumé : ODE. SUR L'AMITIÉ.
L''Ode sur l'amitié' est un poème publié dans le Mercure de France en décembre 1732. L'auteur y invoque la nymphe du Permesse pour célébrer les liens d'amitié. L'amitié est décrite comme un sentiment généreux et solide, capable de guider vers le bonheur véritable. Elle dissipe les nuages et les impostures, révélant la sincérité et la solidarité entre amis. Le poème mentionne plusieurs figures mythologiques, telles qu'Oreste et Pilade, Egisthe, Clitemnestre et Hector, pour illustrer la puissance de l'amitié. Cette dernière est présentée comme un rempart contre les trahisons et les dangers, offrant un soutien indéfectible. Le texte se conclut par des références à l'amitié entre Amisoque et Dendamis, ainsi qu'entre Achille et Patrocle, soulignant la constance et la fidélité de ce lien.
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7
p. 258-261
ODE. L'Ame persecutée par les ennemis de son innocence, invoque le Seigneur.
Début :
De mes tristes sanglots reçoy le sacrifice, [...]
Mots clefs :
Seigneur, Ennemis, Innocence, Gloire, Heureux, Cruels, Âme, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. L'Ame persecutée par les ennemis de son innocence, invoque le Seigneur.
O D E.
L'Ame persecutée par les ennemis de son
innocence , invoque le Seigneur.
DE mes tristes sanglots reçoy le sacrifice ,
Mes cruels ennemis , Seigneur ,
arment contre mon sein la barbare injustice
D'une
FEVRIER. 1733. 259
D'une sacrilege fureur,
Mets dans tes mains , Seigneur , les traits de ta
vengeance ,
Déclare toi pour l'innocence ;
Qu'ils tombent à tes pieds sous tes coups abate
tus.
Que vois -je! ma plainte t'anime.
Tu parois dans ta gloire et déja dans l'abîme
,
Ces cruels ennemis gémissent confondus.
M
Tremblés Peuples , armé de sa foudre bra .
·
lante ,
Le Seigneur devient mon appui ,
Les Cieux sont étonnés de sa gloire écla
tante ,
L'Univers fléchit devant lui.
Sous son bras foudroyant , les plus superbes
têtes
Tombent au rang de ses conquêtes.
D'un témeraire orgueil l'éclat audacieux
Se dissipe devant sa gloire ,
Le Seigneur a vaincu ; graces à sa victoire ,
Mes jours à ses Autels couleront sous ses
yeux.
De mes fiers ennemis les fureurs criminel
les
Ne
160 MERCURE DE FRANCE
Ne troubleront plus mon bonheur ,
Et je puis aux beautez de ses loix éternelles
Consacrer à jamais mon coeur.
A l'abri de son Throne et charmé de sa
gloire ,
Le jour heureux de sa victoire
Retracé dans mes chants augmentera ma paix,
Rempli de sa bonté suprême ,
Puisse plutôt mon coeur s'oublier de lui- même
Que du prix glorieux qu'il tient de ses bien
faits !
Des frivoles grandeurs d'un pompeux escla
vage ,
Mes yeux ne sont plus éblouis ;
Je vois , dans le repos où le Seigneur m'en
gage ,
Ces fantômes évanouis.
Heureux , Seigneur , heureux , le coeur qui to
révere !
Embrasé d'un amour sincere ,
Il goûte des vrais biens Les solides appas :
De son innocence éternelle
Rien ne peut alterer la pureté fidelle ;
Il craint le seul malheur de ne te loüer pas.
譏
Non , non , le monde en vain m'étale ses `délices
,
Le
FEVRIER. 261 1733.
Le seul bonheur est sous ta loy ,
Et je ne compte plus que parmi les suplices
.
Les biens qui me privent de toi.
Le Seigneur est ma force , à l'ombre sal
taire
De son auguste Sanctuaire ,
Des traits les plus cruels je brave la rigueur.
Vous , dont une indigne licence
Poursuit sur cette mer la timide innocence ,
Voulez-vous triompher ? invoqués le Seigneur
,
Dominus pars hareditatis mea et Calicis mei
Tu es qui restitues hareditatem meam mihi.
Par M. l'Abbé P. V. de Marseilles
L'Ame persecutée par les ennemis de son
innocence , invoque le Seigneur.
DE mes tristes sanglots reçoy le sacrifice ,
Mes cruels ennemis , Seigneur ,
arment contre mon sein la barbare injustice
D'une
FEVRIER. 1733. 259
D'une sacrilege fureur,
Mets dans tes mains , Seigneur , les traits de ta
vengeance ,
Déclare toi pour l'innocence ;
Qu'ils tombent à tes pieds sous tes coups abate
tus.
Que vois -je! ma plainte t'anime.
Tu parois dans ta gloire et déja dans l'abîme
,
Ces cruels ennemis gémissent confondus.
M
Tremblés Peuples , armé de sa foudre bra .
·
lante ,
Le Seigneur devient mon appui ,
Les Cieux sont étonnés de sa gloire écla
tante ,
L'Univers fléchit devant lui.
Sous son bras foudroyant , les plus superbes
têtes
Tombent au rang de ses conquêtes.
D'un témeraire orgueil l'éclat audacieux
Se dissipe devant sa gloire ,
Le Seigneur a vaincu ; graces à sa victoire ,
Mes jours à ses Autels couleront sous ses
yeux.
De mes fiers ennemis les fureurs criminel
les
Ne
160 MERCURE DE FRANCE
Ne troubleront plus mon bonheur ,
Et je puis aux beautez de ses loix éternelles
Consacrer à jamais mon coeur.
A l'abri de son Throne et charmé de sa
gloire ,
Le jour heureux de sa victoire
Retracé dans mes chants augmentera ma paix,
Rempli de sa bonté suprême ,
Puisse plutôt mon coeur s'oublier de lui- même
Que du prix glorieux qu'il tient de ses bien
faits !
Des frivoles grandeurs d'un pompeux escla
vage ,
Mes yeux ne sont plus éblouis ;
Je vois , dans le repos où le Seigneur m'en
gage ,
Ces fantômes évanouis.
Heureux , Seigneur , heureux , le coeur qui to
révere !
Embrasé d'un amour sincere ,
Il goûte des vrais biens Les solides appas :
De son innocence éternelle
Rien ne peut alterer la pureté fidelle ;
Il craint le seul malheur de ne te loüer pas.
譏
Non , non , le monde en vain m'étale ses `délices
,
Le
FEVRIER. 261 1733.
Le seul bonheur est sous ta loy ,
Et je ne compte plus que parmi les suplices
.
Les biens qui me privent de toi.
Le Seigneur est ma force , à l'ombre sal
taire
De son auguste Sanctuaire ,
Des traits les plus cruels je brave la rigueur.
Vous , dont une indigne licence
Poursuit sur cette mer la timide innocence ,
Voulez-vous triompher ? invoqués le Seigneur
,
Dominus pars hareditatis mea et Calicis mei
Tu es qui restitues hareditatem meam mihi.
Par M. l'Abbé P. V. de Marseilles
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Résumé : ODE. L'Ame persecutée par les ennemis de son innocence, invoque le Seigneur.
Le poème 'L'Ame persecutée par les ennemis de son innocence, invoque le Seigneur' de l'Abbé P. V. de Marseilles décrit la souffrance d'une âme persécutée par des ennemis cruels et injustes. L'âme implore le Seigneur de prendre vengeance et de défendre son innocence. Le Seigneur répond à cette prière en apparaissant dans sa gloire et en terrassant les ennemis. L'auteur exalte la victoire du Seigneur, qui devient son appui et sa force. Grâce à cette victoire, l'âme peut désormais consacrer son cœur aux lois éternelles du Seigneur, à l'abri de sa gloire. L'auteur exprime son bonheur et sa révérence envers le Seigneur, rejetant les plaisirs mondains. Il affirme que le seul véritable bonheur réside dans la loyauté au Seigneur. Le poème se conclut par une invocation au Seigneur pour protéger l'innocence et restaurer son héritage.
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8
p. 12-22
DE L'INDIFFERENCE EN MORALE, Par M. M***.
Début :
Les indifférens en morale se divisent en plusieurs classes : les uns n'envisagent [...]
Mots clefs :
Indifférence, Morale, Vertu, Société, Plaisanterie, Courage, Moeurs, Innocence, Principes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'INDIFFERENCE EN MORALE, Par M. M***.
DE L'INDIFFERENCE
LE
EN MORALE ,
Par M. M ***.
Es indifférens en morale fe divifent
en plufieurs claffes : les uns n'envifagent
dans le bien & le mal que leur préjudice
ou leur avantage perfonnel , & font
de l'un & de l'autre la régle de leur conduite
, n'admettant d'autre principe de
moeurs que l'intérêt particulier cette
efpece de caractere a pour baſe l'amour
aveugle de foi-même. Commençons par
exclure ces premiers du nombre des gens
de bien ; il ne leur faut que l'occafion &
du courage pour devenir des fcélerats.
La feconde claffe , plus voifine qu'on ne
penſe de la premiere , eftcompofée de ceux
qui ne s'attachent à rien , & qui s'amufent
de tout. Trop foibles , ou trop peu paffionnés
pour attenter à la fociété par de grands
crimes , ils fe contentent de la regarder
comme une fcéne qui fe joue pour eux
& à laquelle ils ne font intéreffés que par
le plaifir malin qu'ils y prennent : c'eft le
fyftême de ces prétendus philofophes , dif
ciples d'un infenfé qui rioit de tout. Héraclite
n'étoit digne que de pitié ; mais il
JUIN. 1755 ig
en étoit digne. Démocrite , au contraire
méritoit l'indignation publique , & fes
concitoyens lui firent grace en ne lui
envoyant qu'un Médecin . N'y avoit - il
donc du tems de Démocrite , ni des malheureux
à plaindre , ni des méchans à détefter
? Dans quel climat barbare fouffriroit-
on l'infenfibilité brutale de celui qui
feroit d'un patient l'objet de fa plaifanterie
? Or le crime fur l'échafaud eft-il plus
intéreffant que la vertu dans le malheur ,
ou que l'innocence dans l'oppreffion ?
Les hommes , dit - on , ne valent pas
qu'on prenne à leur fort un intérêt plus
vif ; le meilleur parti eft de s'en défendre
& de s'en amufer. S'en défendre , c'eſt
fageffe ; s'en amufer , c'eft infolence &
cruauté. Il eft peu de chofe dans la vie
dont puiffe rire un honnête homme : la
vertu lui infpire du refpect ; le crime , de
la haine ; le vice , de l'horreur & du mépris
; & peu de folies font affez indifférentes
pour ne lui paroître qu'un jeu . Je
fuis bien loin de profcrire la Comédie :
telle qu'elle eft , je la crois utile aux bonnes
moeurs ; mais la forme qu'on a été
obligé de lui donner pour plaire eft bien
honteuse à l'humanité ! plaifanter fur le
vice , j'aimerois prefqu'autant qu'on plaifantât
fur la vertu . Un fat qui s'aime &
14 MERCURE DE FRANCE.
qui s'admire tout feul , peut n'être que
ridicule ; mais l'avare qui arrête la circulation
du fang de l'état , qui dévore la
fubftance du peuple , eft-il un perfonnage
rifible : l'homme à bonnes fortunes , qui
met fa gloire à féduire les femmes pour
les deshonorer , le glorieux qui eft fort
étonné que fon femblable lui adreffe la
parole , & qui rougit en retrouvant fon
pere , devroient - ils être plaifans fur la
fcene ? paffe encore fi les fpectateurs ou les
acteurs étoient des finges ; mais rire de
fon femblable caractérisé par ces traits !
Cette façon de plaifanter fur ce que la
fociété a de plus honteux & de plus funeſte ,
a paffé du monde au théatre , car le monde
a fes farceurs ambulans .
On y voit de ces gens à bons mots , qui
fe moquent in promptu de tout ce qui fe
préfente. Mais comme la plaifanterie délicate
exige de l'efprit , & qu'on n'en a pas
quand on veut , la bêtife & la méchanceté
ont imaginé à la place l'art de dire d'un
air fat & d'un ton faux des contre - vérités
groffieres ; c'eft la fineffe des fots , & combien
n'eft- elle pas en ufage ?
Il fe trouve par hazard quelques railleurs
plaifans & fins ; mais comme ils fe rendent
les plus dangereux , ils font auffi les plus
mépriſables :- je dis méprifables , quoique
1
1
JUIN. 1755. 15
•
dangereux ; car la crainte & le mépris ne
font pas incompatibles. Je fçais qu'ils font
gloire d'être craints ; mais qu'ils confiderent
combien ce fentiment qu'ils infpirent
les rapproche des infectes vénimeux
& ils préféreront l'oubli à cette célébrité
odieufe .
Le fruit le moins amer de la plaifanterie
, c'eſt le ridicule , & le ridicule touche
au mépris : or , ou celui fur lequel vous
vous plaifez à le répandre a droit à l'ef-
-time publique , & vous voulez la lui ravir ;
ou il en eft indigne par fes vices , & vous
-vous complaifez à fes vices même , puiſque
vous en faites un jeu : complaiſance
cruelle & baffe , qui eft incompatible avec
la vertu.
Il fe paffe parmi nous des cruautés dans
ce genre que les fauvages auroient peine
à concevoir. Un homme qu'on a cru longtems
heureux , tombe tout - à - coup dans
l'infortune ; c'eft peu de s'en réjouir en
fecret , on le rend la fable publique , on
l'infulte par des bons mots : ce font là les
moeurs , non pas de la groffiere populace ,
mais d'un monde honnête & poli . Le peuple
va voir les exécutions , mais il n'y rit
pas . On me répondra que celui qu'on infulte
dans le malheur , infultoit les autres
du fein de la profpérité ; s'il eſt vrai , c'é16
MERCURE DE FRANCE.
toit un méchant de plus . S'il n'a pas mérité
fon fort , il faut le plaindre ; s'il l'a mérité
, il faut le plaindre doublement : il eft
malheureux , il n'eft plus tems de s'en venger.
Quand & comment faut- il donc fe
déclarer contre les méchans ? férieufement
& fur le fait : la fociété doit juger prévotablement
, & punir de même. On fe retranche
à dire qu'on n'attaque point l'honneur
de celui qu'on plaifante ; mais faut- il être
deshonoré pour être perdu ? Les méchans
fçavent mieux que perfonne que le ridicule
nuit plus que le vice. Je ne mets donc
entr'eux & des brigans , tels qu'on en punit
, d'autre différence que celle du prix du
larcin. » Le voleur qui prend ma bour fe ,
» a dit un Poëte anglois , ne me prend rien
» de réel ; c'eſt un bien de convention qui
» eft aujourd'hui à moi , demain à un au-
» tre ; c'eft peu de chofe , ce n'eft rien ;
»mais celui qui attaque ma réputation ,
» attente àmon être , à la fubftance de mon
» ame , à ce qui m'eft plus cher que la vie .
Je laiffe aux parties intéreffées à fe diſputer
l'avantage de la comparaifon. Les plai-
Lans ne manqueront pas de tourner en ridicule
mes principes , & ceux de Sakhrefpear
; ils ne me furprendront pas , ils m'offenferont
encore moins.
Je ne condamne point la plaifanterie
JUIN. 1755 17
douce , innocente & légere , telle qu'on
peut la faire à fon ami préfent , dont les
limites font fi difficiles à marquer , & le
milieu fi délicat à faifir : elle fuppofe un
bon efprit , & n'exclut pas un bon coeur. Je
condamne la plaifanterie perfonnelle , humiliante
& cruelle , qui eft à la portée des
hommes les plus dépourvus de délicateſſe
& de fentiment , & qui n'exige pour ta
Iens que de la méchanceté & de l'effronterie
; en un mot , la plaifanterie à la mode ,
efpece de poignard dont fe fervent avec
grace une bande d'honnêtes affaffins , contre
l'honneur des femmes & la probité des
hommes .
Il eſt dans la fociété une autre efpece
d'indifférens , dont le vice eft dans la foibleffe
; hommes fans caractere & fans principes
, qui , comme l'eau , n'ont ni goût ni
couleur , & qui contractent comme elle la
couleur & le goût de tout ce qu'ils touchent.
Vicieux fans malice , parce que le
vice domine , ils feroient vertueux fans.
courage fi la vertu dominoit ; l'ufage eft,
leur loi , l'exemple leur mobile , la honte
leur tyran leurs penchans font des impulfions
, leurs defirs des complaifances
feur ame même leur eft étrangere . On a
fait avec de l'argile des pyramides durables ;
on ne fera jamais de ces caracteres une
18 MERCURE DE FRANCE.
fubftance folide. Leur fluidité échappe aux
plus fortes impreffions , & fe prête aux.
plus légeres ; c'eft la matiere fubrile de
Defcartes , qui reçoit toutes les formes , &
qui n'en retient aucune. Tout ce qu'on
peut fouhaiter à cette nature mouvante
d'eft de tomber dans de bons moules & de
n'en fortir jamais. Ce n'eft point à cette
efpece d'indifférens que j'adreffe mes reproches
, ils rougiroient avec moi de les
avoir mérités , pour rougir un moment
après avec un autre qui leur reprocheroit
d'en avoir rougi ; car leur vie fe paffe à
fe defavouer eux - mêmes , & à détracter
leurs defaveus.
1.
Mais je reproche une indifférence plus
condamnable , parce qu'elle eft réfléchie &
raifonnée , à ceux qui fatisfaits de ne pas
contribuer au mal , fe difpenfent de contribuer
au bien , & qui renfermés en euxmêmes
fe mettent peu en peine de ce qui
fe paffe au dehors. L'amour du repos & le
mépris de tout le refte font les principes.
de cette efpece d'indifférence , qu'on a honorée
du nom de philofophie.
S'envelopper dans fa vertu voilà une
belle image , qui n'eſt pas toujours un beau
fentiment. Il eft des orages où l'on a befoin
de tout fon manteau ; mais lorsqu'on
n'eft plus fous la nue , il faut le prêter à
JUI N. 1755. 19
ceux qu'elle menace ou qu'elle inonde. La
retraite abfolue d'un homme utile à la fociété
, eft un homicide pour elle . Combien
celui qui a le courage de fe réfoudre à vivre
feul , ne feroit- il pas de bien à fes fentblables
s'il employoit ce courage à vivre
avec eux & pour eux ? puifqu'il eft en état
de fe fuffire , il ne dépendroit de perfonne
; car la fervitude mutuelle naît du befoin
d'être unis. Il auroit donc fur les autres
l'avantage & l'afcendant d'une ame
-libre. Déterminé à mourir à la fociété dès
"qu'il ne pourroit plus lui être utile , fa rẻ-
folution l'armeroit contre le vice d'une
force & d'une intrépidité nouvelle.
Fortis & afperas tractare ferpentes ,
Deliberata morte ferocior.
Deux raifons déterminent la retraite de
ce prétendu fage. La premiere eft l'inutilité
dont il croit être au parti duquel il peut
fe ranger lâche & dangereufe modeftie
d'un foldat qui prend la fuite au moment
de l'action , fur le prétexte que ce n'eſt
pas de lui que dépend le fort de la bataille.
La feconde raifon eft la force & le nombre
des méchans , auxquels l'homme de
bien qui leur réfifte , ne peur enfin que
20 MERCURE DE FRANCE.
fuccomber. Qu'eft ce à dire , fuccomber ?
Y a-t-il des échafauds dreffés pour les défenfeurs
de la juftice ou de l'innocence ? &
quand il y en auroit , c'eft le découragement
des bons qui fait la force des méchans
; la crainte qu'on a de ceux - ci en
exagere le nombre. Mais fût- il auffi grand
qu'on le fuppofe , comment eft compofé
ce parti fi redoutable ? d'une foule de fots
& de lâches , d'hommes fans lumieres &
fans principes , que la vérité fait pâlir , &
que la vertu fait trembler. Voilà les ennemis
qui font abandonner à de faux fages
les étendards de la vérité & de la vertu .
Je ne demande pas un grand effort aux
gens de bien ; qu'ils foient feulement auf
unis , auffi ardens , auffi conftans à ſe défendre
que leurs ennemis le font à les
attaquer ; la victoire n'eft pas douteufe .
N'avez- vous jamais remarqué combien de
méchans interdits au feul afpect d'un homme
connu pour être vertueux & ferme ?
Eh ! qui nous a rendus les réformateurs
du genre humain ? Qui l'intérêt de la vertu
, de la vérité , de l'innocence , dont
vous êtes , les uns pour les autres , les défenfeurs
& les garans. Votre ame n'appartient-
elle pas à la fociété comme les bras du
Laboureur ? & quel ufage ferez- vous de
votre ame , fi vous n'employez fa force &
JUIN. 1755. 21
fes lumieres en faveur du vrai , de l'honnête
& du jufte ?
Il eft deux fortes de retraite avantageufe
à la fociété : la retraite de celui qui fe recueille
en lui- même pour amaffer des tréfors
dont il enrichira fes femblables , & la
retraite de celui qui ferme fon ame à la
contagion du mal , fans interrompte la
communication du bien entre lui & la fociété
: la premiere convient plus particulierement
aux gens d'étude , & la feconde
aux gens d'affaires.
Pope , dans fon féjour à la campagne ,
fe compare à un fleuve qui fe groffit dans
fon cours de toutes les eaux qu'il rencontre
, pour en offrir le tribut à la cité où il
doit fe rendre. Sans m'éloigner de cette
image , ne puis- je point comparer un Magiftrat
, un Miniftre , un homme en place
dans fa retraite , à ces fontaines qu'on tient
fermées , de peur que quelque furieux en
empoiſonne le réfervoir , mais aufquelles
on laiffe une iffue , afin que leurs eaux
s'épanchent au befoin pour l'utilité publi
que ? Ainfi l'éloignement même de la fociété
doit tourner à fon avantage,
Je ne puis donc vivre pour moi feul
Non , fans être ingrat ; puifque vous ne
fçauriez être auffi étranger à la fociété
qu'elle vous feroit étrangere. N'euffiez22
MERCURE DE FRANCE.
vous que ce coin de terre qu'Horace demandoit
aux Dieux , la poffeffion ne vous
en eft acquife ou confervée que par ces
loix , cet ordre , cette diftribution , cet
enchaînement de dépendance & d'offices
auquel vous voulez vous fouftraire . Vos
befoins font les titres de vos devoirs ; il
n'eft qu'un afyle pour l'indépendance abfolue
, ce font les déferts , où chacun broute
& combat pour foi.
e
Ma vertu , dites-vous , m'eft plus chere
que tout le refte , & je veux la garantir
des écueils dont elle eft environnée . Mais
ne pouvez vous l'en garantir que par la
fuite ? Quelle eft cette vertu qui , pour être
en fûreté , a befoin d'être inacceffible !
Sçavez-vous ce que c'eft qu'être vertueux
dans le calme de la folitude ? c'eft être
brave dans la paix.
LE
EN MORALE ,
Par M. M ***.
Es indifférens en morale fe divifent
en plufieurs claffes : les uns n'envifagent
dans le bien & le mal que leur préjudice
ou leur avantage perfonnel , & font
de l'un & de l'autre la régle de leur conduite
, n'admettant d'autre principe de
moeurs que l'intérêt particulier cette
efpece de caractere a pour baſe l'amour
aveugle de foi-même. Commençons par
exclure ces premiers du nombre des gens
de bien ; il ne leur faut que l'occafion &
du courage pour devenir des fcélerats.
La feconde claffe , plus voifine qu'on ne
penſe de la premiere , eftcompofée de ceux
qui ne s'attachent à rien , & qui s'amufent
de tout. Trop foibles , ou trop peu paffionnés
pour attenter à la fociété par de grands
crimes , ils fe contentent de la regarder
comme une fcéne qui fe joue pour eux
& à laquelle ils ne font intéreffés que par
le plaifir malin qu'ils y prennent : c'eft le
fyftême de ces prétendus philofophes , dif
ciples d'un infenfé qui rioit de tout. Héraclite
n'étoit digne que de pitié ; mais il
JUIN. 1755 ig
en étoit digne. Démocrite , au contraire
méritoit l'indignation publique , & fes
concitoyens lui firent grace en ne lui
envoyant qu'un Médecin . N'y avoit - il
donc du tems de Démocrite , ni des malheureux
à plaindre , ni des méchans à détefter
? Dans quel climat barbare fouffriroit-
on l'infenfibilité brutale de celui qui
feroit d'un patient l'objet de fa plaifanterie
? Or le crime fur l'échafaud eft-il plus
intéreffant que la vertu dans le malheur ,
ou que l'innocence dans l'oppreffion ?
Les hommes , dit - on , ne valent pas
qu'on prenne à leur fort un intérêt plus
vif ; le meilleur parti eft de s'en défendre
& de s'en amufer. S'en défendre , c'eſt
fageffe ; s'en amufer , c'eft infolence &
cruauté. Il eft peu de chofe dans la vie
dont puiffe rire un honnête homme : la
vertu lui infpire du refpect ; le crime , de
la haine ; le vice , de l'horreur & du mépris
; & peu de folies font affez indifférentes
pour ne lui paroître qu'un jeu . Je
fuis bien loin de profcrire la Comédie :
telle qu'elle eft , je la crois utile aux bonnes
moeurs ; mais la forme qu'on a été
obligé de lui donner pour plaire eft bien
honteuse à l'humanité ! plaifanter fur le
vice , j'aimerois prefqu'autant qu'on plaifantât
fur la vertu . Un fat qui s'aime &
14 MERCURE DE FRANCE.
qui s'admire tout feul , peut n'être que
ridicule ; mais l'avare qui arrête la circulation
du fang de l'état , qui dévore la
fubftance du peuple , eft-il un perfonnage
rifible : l'homme à bonnes fortunes , qui
met fa gloire à féduire les femmes pour
les deshonorer , le glorieux qui eft fort
étonné que fon femblable lui adreffe la
parole , & qui rougit en retrouvant fon
pere , devroient - ils être plaifans fur la
fcene ? paffe encore fi les fpectateurs ou les
acteurs étoient des finges ; mais rire de
fon femblable caractérisé par ces traits !
Cette façon de plaifanter fur ce que la
fociété a de plus honteux & de plus funeſte ,
a paffé du monde au théatre , car le monde
a fes farceurs ambulans .
On y voit de ces gens à bons mots , qui
fe moquent in promptu de tout ce qui fe
préfente. Mais comme la plaifanterie délicate
exige de l'efprit , & qu'on n'en a pas
quand on veut , la bêtife & la méchanceté
ont imaginé à la place l'art de dire d'un
air fat & d'un ton faux des contre - vérités
groffieres ; c'eft la fineffe des fots , & combien
n'eft- elle pas en ufage ?
Il fe trouve par hazard quelques railleurs
plaifans & fins ; mais comme ils fe rendent
les plus dangereux , ils font auffi les plus
mépriſables :- je dis méprifables , quoique
1
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JUIN. 1755. 15
•
dangereux ; car la crainte & le mépris ne
font pas incompatibles. Je fçais qu'ils font
gloire d'être craints ; mais qu'ils confiderent
combien ce fentiment qu'ils infpirent
les rapproche des infectes vénimeux
& ils préféreront l'oubli à cette célébrité
odieufe .
Le fruit le moins amer de la plaifanterie
, c'eſt le ridicule , & le ridicule touche
au mépris : or , ou celui fur lequel vous
vous plaifez à le répandre a droit à l'ef-
-time publique , & vous voulez la lui ravir ;
ou il en eft indigne par fes vices , & vous
-vous complaifez à fes vices même , puiſque
vous en faites un jeu : complaiſance
cruelle & baffe , qui eft incompatible avec
la vertu.
Il fe paffe parmi nous des cruautés dans
ce genre que les fauvages auroient peine
à concevoir. Un homme qu'on a cru longtems
heureux , tombe tout - à - coup dans
l'infortune ; c'eft peu de s'en réjouir en
fecret , on le rend la fable publique , on
l'infulte par des bons mots : ce font là les
moeurs , non pas de la groffiere populace ,
mais d'un monde honnête & poli . Le peuple
va voir les exécutions , mais il n'y rit
pas . On me répondra que celui qu'on infulte
dans le malheur , infultoit les autres
du fein de la profpérité ; s'il eſt vrai , c'é16
MERCURE DE FRANCE.
toit un méchant de plus . S'il n'a pas mérité
fon fort , il faut le plaindre ; s'il l'a mérité
, il faut le plaindre doublement : il eft
malheureux , il n'eft plus tems de s'en venger.
Quand & comment faut- il donc fe
déclarer contre les méchans ? férieufement
& fur le fait : la fociété doit juger prévotablement
, & punir de même. On fe retranche
à dire qu'on n'attaque point l'honneur
de celui qu'on plaifante ; mais faut- il être
deshonoré pour être perdu ? Les méchans
fçavent mieux que perfonne que le ridicule
nuit plus que le vice. Je ne mets donc
entr'eux & des brigans , tels qu'on en punit
, d'autre différence que celle du prix du
larcin. » Le voleur qui prend ma bour fe ,
» a dit un Poëte anglois , ne me prend rien
» de réel ; c'eſt un bien de convention qui
» eft aujourd'hui à moi , demain à un au-
» tre ; c'eft peu de chofe , ce n'eft rien ;
»mais celui qui attaque ma réputation ,
» attente àmon être , à la fubftance de mon
» ame , à ce qui m'eft plus cher que la vie .
Je laiffe aux parties intéreffées à fe diſputer
l'avantage de la comparaifon. Les plai-
Lans ne manqueront pas de tourner en ridicule
mes principes , & ceux de Sakhrefpear
; ils ne me furprendront pas , ils m'offenferont
encore moins.
Je ne condamne point la plaifanterie
JUIN. 1755 17
douce , innocente & légere , telle qu'on
peut la faire à fon ami préfent , dont les
limites font fi difficiles à marquer , & le
milieu fi délicat à faifir : elle fuppofe un
bon efprit , & n'exclut pas un bon coeur. Je
condamne la plaifanterie perfonnelle , humiliante
& cruelle , qui eft à la portée des
hommes les plus dépourvus de délicateſſe
& de fentiment , & qui n'exige pour ta
Iens que de la méchanceté & de l'effronterie
; en un mot , la plaifanterie à la mode ,
efpece de poignard dont fe fervent avec
grace une bande d'honnêtes affaffins , contre
l'honneur des femmes & la probité des
hommes .
Il eſt dans la fociété une autre efpece
d'indifférens , dont le vice eft dans la foibleffe
; hommes fans caractere & fans principes
, qui , comme l'eau , n'ont ni goût ni
couleur , & qui contractent comme elle la
couleur & le goût de tout ce qu'ils touchent.
Vicieux fans malice , parce que le
vice domine , ils feroient vertueux fans.
courage fi la vertu dominoit ; l'ufage eft,
leur loi , l'exemple leur mobile , la honte
leur tyran leurs penchans font des impulfions
, leurs defirs des complaifances
feur ame même leur eft étrangere . On a
fait avec de l'argile des pyramides durables ;
on ne fera jamais de ces caracteres une
18 MERCURE DE FRANCE.
fubftance folide. Leur fluidité échappe aux
plus fortes impreffions , & fe prête aux.
plus légeres ; c'eft la matiere fubrile de
Defcartes , qui reçoit toutes les formes , &
qui n'en retient aucune. Tout ce qu'on
peut fouhaiter à cette nature mouvante
d'eft de tomber dans de bons moules & de
n'en fortir jamais. Ce n'eft point à cette
efpece d'indifférens que j'adreffe mes reproches
, ils rougiroient avec moi de les
avoir mérités , pour rougir un moment
après avec un autre qui leur reprocheroit
d'en avoir rougi ; car leur vie fe paffe à
fe defavouer eux - mêmes , & à détracter
leurs defaveus.
1.
Mais je reproche une indifférence plus
condamnable , parce qu'elle eft réfléchie &
raifonnée , à ceux qui fatisfaits de ne pas
contribuer au mal , fe difpenfent de contribuer
au bien , & qui renfermés en euxmêmes
fe mettent peu en peine de ce qui
fe paffe au dehors. L'amour du repos & le
mépris de tout le refte font les principes.
de cette efpece d'indifférence , qu'on a honorée
du nom de philofophie.
S'envelopper dans fa vertu voilà une
belle image , qui n'eſt pas toujours un beau
fentiment. Il eft des orages où l'on a befoin
de tout fon manteau ; mais lorsqu'on
n'eft plus fous la nue , il faut le prêter à
JUI N. 1755. 19
ceux qu'elle menace ou qu'elle inonde. La
retraite abfolue d'un homme utile à la fociété
, eft un homicide pour elle . Combien
celui qui a le courage de fe réfoudre à vivre
feul , ne feroit- il pas de bien à fes fentblables
s'il employoit ce courage à vivre
avec eux & pour eux ? puifqu'il eft en état
de fe fuffire , il ne dépendroit de perfonne
; car la fervitude mutuelle naît du befoin
d'être unis. Il auroit donc fur les autres
l'avantage & l'afcendant d'une ame
-libre. Déterminé à mourir à la fociété dès
"qu'il ne pourroit plus lui être utile , fa rẻ-
folution l'armeroit contre le vice d'une
force & d'une intrépidité nouvelle.
Fortis & afperas tractare ferpentes ,
Deliberata morte ferocior.
Deux raifons déterminent la retraite de
ce prétendu fage. La premiere eft l'inutilité
dont il croit être au parti duquel il peut
fe ranger lâche & dangereufe modeftie
d'un foldat qui prend la fuite au moment
de l'action , fur le prétexte que ce n'eſt
pas de lui que dépend le fort de la bataille.
La feconde raifon eft la force & le nombre
des méchans , auxquels l'homme de
bien qui leur réfifte , ne peur enfin que
20 MERCURE DE FRANCE.
fuccomber. Qu'eft ce à dire , fuccomber ?
Y a-t-il des échafauds dreffés pour les défenfeurs
de la juftice ou de l'innocence ? &
quand il y en auroit , c'eft le découragement
des bons qui fait la force des méchans
; la crainte qu'on a de ceux - ci en
exagere le nombre. Mais fût- il auffi grand
qu'on le fuppofe , comment eft compofé
ce parti fi redoutable ? d'une foule de fots
& de lâches , d'hommes fans lumieres &
fans principes , que la vérité fait pâlir , &
que la vertu fait trembler. Voilà les ennemis
qui font abandonner à de faux fages
les étendards de la vérité & de la vertu .
Je ne demande pas un grand effort aux
gens de bien ; qu'ils foient feulement auf
unis , auffi ardens , auffi conftans à ſe défendre
que leurs ennemis le font à les
attaquer ; la victoire n'eft pas douteufe .
N'avez- vous jamais remarqué combien de
méchans interdits au feul afpect d'un homme
connu pour être vertueux & ferme ?
Eh ! qui nous a rendus les réformateurs
du genre humain ? Qui l'intérêt de la vertu
, de la vérité , de l'innocence , dont
vous êtes , les uns pour les autres , les défenfeurs
& les garans. Votre ame n'appartient-
elle pas à la fociété comme les bras du
Laboureur ? & quel ufage ferez- vous de
votre ame , fi vous n'employez fa force &
JUIN. 1755. 21
fes lumieres en faveur du vrai , de l'honnête
& du jufte ?
Il eft deux fortes de retraite avantageufe
à la fociété : la retraite de celui qui fe recueille
en lui- même pour amaffer des tréfors
dont il enrichira fes femblables , & la
retraite de celui qui ferme fon ame à la
contagion du mal , fans interrompte la
communication du bien entre lui & la fociété
: la premiere convient plus particulierement
aux gens d'étude , & la feconde
aux gens d'affaires.
Pope , dans fon féjour à la campagne ,
fe compare à un fleuve qui fe groffit dans
fon cours de toutes les eaux qu'il rencontre
, pour en offrir le tribut à la cité où il
doit fe rendre. Sans m'éloigner de cette
image , ne puis- je point comparer un Magiftrat
, un Miniftre , un homme en place
dans fa retraite , à ces fontaines qu'on tient
fermées , de peur que quelque furieux en
empoiſonne le réfervoir , mais aufquelles
on laiffe une iffue , afin que leurs eaux
s'épanchent au befoin pour l'utilité publi
que ? Ainfi l'éloignement même de la fociété
doit tourner à fon avantage,
Je ne puis donc vivre pour moi feul
Non , fans être ingrat ; puifque vous ne
fçauriez être auffi étranger à la fociété
qu'elle vous feroit étrangere. N'euffiez22
MERCURE DE FRANCE.
vous que ce coin de terre qu'Horace demandoit
aux Dieux , la poffeffion ne vous
en eft acquife ou confervée que par ces
loix , cet ordre , cette diftribution , cet
enchaînement de dépendance & d'offices
auquel vous voulez vous fouftraire . Vos
befoins font les titres de vos devoirs ; il
n'eft qu'un afyle pour l'indépendance abfolue
, ce font les déferts , où chacun broute
& combat pour foi.
e
Ma vertu , dites-vous , m'eft plus chere
que tout le refte , & je veux la garantir
des écueils dont elle eft environnée . Mais
ne pouvez vous l'en garantir que par la
fuite ? Quelle eft cette vertu qui , pour être
en fûreté , a befoin d'être inacceffible !
Sçavez-vous ce que c'eft qu'être vertueux
dans le calme de la folitude ? c'eft être
brave dans la paix.
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Résumé : DE L'INDIFFERENCE EN MORALE, Par M. M***.
Le texte 'De l'indifférence en morale' analyse diverses formes d'indifférence morale et distingue plusieurs catégories d'indifférents. La première classe regroupe ceux qui agissent par intérêt personnel, sans principes moraux, et peuvent devenir des criminels si l'occasion se présente. La seconde classe comprend ceux qui se désintéressent de tout et voient la société comme une scène de divertissement, se moquant des malheurs et des vertus des autres. Cette attitude est comparée à celle de philosophes comme Démocrite, qui riait des malheurs humains. Le texte critique la plaisanterie cruelle et méprisante, qui se moque des vices et des malheurs des autres. Il condamne ceux qui se réjouissent des infortunes des autres et qui ne prennent pas parti contre les méchants. Il distingue la plaisanterie innocente et légère de celle qui est personnelle, humiliante et cruelle. Une autre forme d'indifférence est celle des individus sans caractère ni principes, qui s'adaptent à leur environnement sans conviction. Le texte reproche également à ceux qui, satisfaits de ne pas contribuer au mal, se dispensent de contribuer au bien, se retranchant dans une indifférence réfléchie et raisonnée. Le texte appelle les gens de bien à s'unir et à défendre la vérité et la vertu contre les méchants. Il compare la retraite utile à celle des gens d'étude ou des gens d'affaires, qui peuvent enrichir la société de leurs connaissances ou de leur intégrité. Enfin, il souligne que la vertu ne peut être protégée par la fuite, mais doit être pratiquée dans la société pour être véritablement utile.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 196-197
De GENES, le 10 Juin.
Début :
Les Colonels Basso, Gianai & Gallo, viennent de sortir de la prison, [...]
Mots clefs :
Colonels, Corse, Accusations, Innocence, Preuves, Archevêque, Pape, Bref
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 10 Juin.
De GENES , le 10 Juin.
> notre
Les Colonels Baffo , Gianai & Gallo , viennent
de fortir de la prifon , dans laquelle ils avoient
été renfermés , fur l'accufation de s'être mal comportés
à l'affaire de Furiani en Corfe . Ils ne jouiffent
cependant pas d'une entiere liberté. Il est enjomt
au premier , de ne point fortir de la ville ;
& aux deux autres , de refter dans leur maison ,
jufqu'à ce que les preuves de leur innocence
-foient complettes . L'Archevêque de cette ville , a
JUILLET. 1760.
197
communiqué le Bref exhortatoire , adreffé par le
Pape au Sénat ; on ne fait point encore quelle
réfolution la République prendra , fur ce Bref. On
a mis à Baſtia , ainfi qu'à Calvi , des Gardes aux
portes des Evêques & des Religieux , afin de lear
interdire toute communication avec le Vifiteur
Apoftolique. Il leur eft défendu de fortir , fans la
permillion du Gouverneur . Au reste , tout eft .
tranquille dans l'Ifle .
> notre
Les Colonels Baffo , Gianai & Gallo , viennent
de fortir de la prifon , dans laquelle ils avoient
été renfermés , fur l'accufation de s'être mal comportés
à l'affaire de Furiani en Corfe . Ils ne jouiffent
cependant pas d'une entiere liberté. Il est enjomt
au premier , de ne point fortir de la ville ;
& aux deux autres , de refter dans leur maison ,
jufqu'à ce que les preuves de leur innocence
-foient complettes . L'Archevêque de cette ville , a
JUILLET. 1760.
197
communiqué le Bref exhortatoire , adreffé par le
Pape au Sénat ; on ne fait point encore quelle
réfolution la République prendra , fur ce Bref. On
a mis à Baſtia , ainfi qu'à Calvi , des Gardes aux
portes des Evêques & des Religieux , afin de lear
interdire toute communication avec le Vifiteur
Apoftolique. Il leur eft défendu de fortir , fans la
permillion du Gouverneur . Au reste , tout eft .
tranquille dans l'Ifle .
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Résumé : De GENES, le 10 Juin.
Le 10 juin, les colonels Baffo, Gianai et Gallo ont été libérés à Gênes après l'affaire de Furiani. Baffo est assigné à résidence à Gênes, tandis que Gianai et Gallo doivent rester chez eux. En juillet 1760, l'archevêque de Gênes a transmis un message papal au Sénat. Des gardes surveillent les évêques et religieux en Corse pour empêcher toute communication avec le visiteur apostolique. L'île reste calme malgré ces mesures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 68-70
AUTRE.
Début :
Je peins une fleur du jeune âge, [...]
Mots clefs :
Innocence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E peins une fleur du jeune âge ,
Que l'on n'a plus après quinze ans ,
A moins que l'on ne foit bien fage.
On dit que chez nos vieux parens ,
On la portoit dans le ménage ;
Mais par malheur dep is longtemps
Nous avons banni cet ufage.
En voyant ce tableau , ce tableau , Lecteur ,
Vous croyez déja , je le gage ,
Trouver le nom de cette fleur
Et dans le fond de votre coeur ,
Vous croyez qu'elle rime en áge?
AVRIL. 1763. 6g
་
Ainfi dans ce fiécle volage and
L'efprit de la légéreté 4 Nuo sit
Sait tourner tout en badinage ,
Et l'on préfére ce langage
A celui de la Vérité.
Mon cher Lecteur , foyez plus fage ;
Et loin de la frivolité ,
Cherchez l'objet de mon ouvrage .
Neuf lettres compofent fon nom.
On trouve en en faiſant uſage ,
Une nymphe qui de Junon
Autre fois brouilla le ménage ,
Et lui fit faire un grand tapage
Ce que fait toujours un fripon .,
Si ce n'eft à la queſtion ,
A moins qu'il n'ait bien du courage ;
Le nom qu'on donne à ce beau jour ,
Qui devroit couronner l'Amour ,
Et fixer les Amans volages ;
Un mot qu'on voudroit avoir dit ,
Dans bien des honnêtes ménages
Où de bon coeur on fe maudit ;
Une fille du dernier âge ,
De qui les attraits , les talens ,
L'efprit & le libertinage
Charmoit tour - à-tour les Savans
Les Voluptueux & les Sages ;
Un Seigneur qui fait les meffages
70 MERCURE DE FRANCE,
D'un Prince qui bénit les gens ;
Une fille en faint équipage ,
Qui ſouvent malgré ſes vertus
Voudroit bien craindre le veuvage ;
Un vieux mot que l'on ne dit plus ;
Une ville fur le rivage
De la ...... mais il me faut ceffer :
Je cráins , Lecteur , de vous laſſer
Par la longueur de cet ouvrage ,
Où je peins en foible langage ,
Un Sujet facile à trouver.
Chaque homme l'a dans ſon jeune âge ;
Heureux qui peut le conſerver !
Par M. BRONDEX.
E peins une fleur du jeune âge ,
Que l'on n'a plus après quinze ans ,
A moins que l'on ne foit bien fage.
On dit que chez nos vieux parens ,
On la portoit dans le ménage ;
Mais par malheur dep is longtemps
Nous avons banni cet ufage.
En voyant ce tableau , ce tableau , Lecteur ,
Vous croyez déja , je le gage ,
Trouver le nom de cette fleur
Et dans le fond de votre coeur ,
Vous croyez qu'elle rime en áge?
AVRIL. 1763. 6g
་
Ainfi dans ce fiécle volage and
L'efprit de la légéreté 4 Nuo sit
Sait tourner tout en badinage ,
Et l'on préfére ce langage
A celui de la Vérité.
Mon cher Lecteur , foyez plus fage ;
Et loin de la frivolité ,
Cherchez l'objet de mon ouvrage .
Neuf lettres compofent fon nom.
On trouve en en faiſant uſage ,
Une nymphe qui de Junon
Autre fois brouilla le ménage ,
Et lui fit faire un grand tapage
Ce que fait toujours un fripon .,
Si ce n'eft à la queſtion ,
A moins qu'il n'ait bien du courage ;
Le nom qu'on donne à ce beau jour ,
Qui devroit couronner l'Amour ,
Et fixer les Amans volages ;
Un mot qu'on voudroit avoir dit ,
Dans bien des honnêtes ménages
Où de bon coeur on fe maudit ;
Une fille du dernier âge ,
De qui les attraits , les talens ,
L'efprit & le libertinage
Charmoit tour - à-tour les Savans
Les Voluptueux & les Sages ;
Un Seigneur qui fait les meffages
70 MERCURE DE FRANCE,
D'un Prince qui bénit les gens ;
Une fille en faint équipage ,
Qui ſouvent malgré ſes vertus
Voudroit bien craindre le veuvage ;
Un vieux mot que l'on ne dit plus ;
Une ville fur le rivage
De la ...... mais il me faut ceffer :
Je cráins , Lecteur , de vous laſſer
Par la longueur de cet ouvrage ,
Où je peins en foible langage ,
Un Sujet facile à trouver.
Chaque homme l'a dans ſon jeune âge ;
Heureux qui peut le conſerver !
Par M. BRONDEX.
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11
p. 83
« LE mot de la premiere Enigme du second volume d'Avril est la Noix [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du second volume d'Avril est la Noix [...]
Mots clefs :
Noix, Cerneaux, Moulin à vent, Tapisserie, Tapis, Risée, Pâtisserie, Innocence, Ionie, Noce, Non, Ninon, Nonce, None, Oncle, Nice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du second volume d'Avril est la Noix [...] »
LE
Noix
E mot de la premiere Enigme du
fecond volume d'Avril eft la
qui , coupée en deux , devient Cernaux.
Celui de la feconde eft Moulin à vent.
Celui du premier Logogryphe eft Tapilferie
, dans lequel on trouve Tapis ,
rifée & Patiflerie . Celui du fecond eft
Innocence , dans lequel on trouve Io ,
nie , nôce , non , Ninon , nonce , none ,
oncle , Nice , & d'autres que je n'ai point
mis.
Noix
E mot de la premiere Enigme du
fecond volume d'Avril eft la
qui , coupée en deux , devient Cernaux.
Celui de la feconde eft Moulin à vent.
Celui du premier Logogryphe eft Tapilferie
, dans lequel on trouve Tapis ,
rifée & Patiflerie . Celui du fecond eft
Innocence , dans lequel on trouve Io ,
nie , nôce , non , Ninon , nonce , none ,
oncle , Nice , & d'autres que je n'ai point
mis.
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