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1
p. 40-48
Sur le Delire melancolique.
Début :
Monsieur Vieussens le fils a expliqué le délire mélancolique par [...]
Mots clefs :
Mélancolie, Délire, Centre ovale, Esprit, Esprits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur le Delire melancolique.
SurleDelire mélancolique.
riMonfieur VieufTcnsle
fils
fils a expliqué le délire
mélancolique par une
supposït ion nouvelle
assez curieuse.Ilétablit
le siege des fonctions de
l'esprit dans le centre ovale,&
non pas dans la
glande pineale, comme
l'a imaginé Mr Descartes.
Je ne sçaurois. mieux
faire que de trauscrire
icy les proprestermes de
Mrde Fontenelle,l'Hypothesede
Mr Vieussens
ne sçauroit-estre expliquéed'unemaniéré
plus
nette & plus abrégée.
„ Selon les découvertes &
„ le sistéme de Mr Vieussens
3,
le pere qui a pousse fort
,,
loin les recherches anato-
„ miques
,
le centre ovale
„ est un tiilù de petits Vais-
„ feaux très deilez.qui com-
„ muniquent tous les uns
„ avecles autres par une „infinité d'autres petits
y>
Vaisseaux encore infini- *
_„menc plus dcHez) que
,, produisenttous lespoints
de leur surface extérieure,
C'cll dans les premiers de .(C
ces petits Vaisseaux que le cc
fang arteriel se subtilise»
au point de deveniresprit“
animal
, & il coule dans »
les séconds fous la forme cc
l'esprit. Au dedans dece cr
nombre prodigieux decc
tuyaux presqueabsolu- »
ment imperceptibles, se <c
sont tous les mouvemens“
aufqucls répondent des»
idées, & les impressions«
queces mouvemens y lais- «
sent, font les traces cjuicc
l'apellent lesidéesque l'on «
a déjà eues. fÇ
Il ne faut pas oublier
„ que le centre ovale se
trouveplacé à l'origine
„ des nerfs; ce qui favorise
„ beaucoup la fonction
yy
qu'on lui donne icy.
„ Si cette méchanique est
3J une foisadmise,il estaisé
„ d'imaginer que la fanté
"de l'esprit ( en ce qu'elle a de mareriel) dépend de
„ la regularité,del'égalité.
J,
de la liberté du cours des
„ cfprits dans ces petits ca..
”naux. S'ilyenalaplupart
,,
d'affaissez,comme pen-
1)
dant le sommeil, les es.
pries qui coulentdans V*
ceux quirelient fortuitement
ouverts revei1illcnt."
au hasard des idées, en-cc
tre lesquelles il n'yale le'
plus souvent aucune liai- c,
son, & que l'ame ne laisse cc
pas d'assembler faute d'en Ct
avoir en même temps<e
d'autres qui lui en fassent
voir l'incompatibilité. Si ce
au contraire tous les pe- cc
tits tuyaux sont ouverts,
& que les esprits s'y por- cC
tenten trop grande abon- Cf
dance & avec une" trop ”
grande rapidité, il fc re:
#)
veille à la fois une foui*
J)
d'idées très-vives, que
„ l'ame n'a pas le temps de
J'
distinguer nyde compa-
9y
rer,&c'estlà la frenesie.
”S'il ya feulement dans
J)
quelques petits tuyaux “uneobstruction telle que
„ lesespritscessent d'ycou-
„ 1er, les idées qui yétoientf
”attachées sont absolu-
„ment perduës pour l'ame,
y, &ellen'en peut plusfaire
„aucune usage dans ses
,, operations,de forte qu'eU
vle portera un jugemen t
„iafenfé toutes les fois
que ces idées lui auront cc
esté necessaires pouren se
former un raisonnable.”
Hors de là tous ses jugc-.cc
mens feront fains. CVftl*
là le delire melancolique. t€
MrVieussens a fait voir”
combien sa supposition Cr'
saccorde avec tout ce qui”
s'observe dans cette ma- <e
ladie. Puisquellevient”
d'une obstruction ; elle cr
ca produite par un fang <f
trop épais & trop lent, ”
aussi n'd- t on point de t€
fiévre. Ceux qui habitent c,
les Pays chauds, &dont cC
„ le sang èst dépouillée de
- „ ses parties lesplus subti-
„ les par unetrop grande
» transpiration ; ceux qui
9)
usentd'alimenstropgros-
,,
siers ; ceux qui ontesté
>Y
frapez de quelque grande
„ crainte, &c. doivent eftrc
plus sujetsaudelire me- „,lancoliqueNousn'entre-
,y rons point dans unplus
„grand dénombrement»,
„iliroit peut-estre trop
loin ; il n'y a guerrede
>y
teste si saine, où il n'y ait
quelque petit tuyau du
„,centre Ovale bien bou-
„ché.
riMonfieur VieufTcnsle
fils
fils a expliqué le délire
mélancolique par une
supposït ion nouvelle
assez curieuse.Ilétablit
le siege des fonctions de
l'esprit dans le centre ovale,&
non pas dans la
glande pineale, comme
l'a imaginé Mr Descartes.
Je ne sçaurois. mieux
faire que de trauscrire
icy les proprestermes de
Mrde Fontenelle,l'Hypothesede
Mr Vieussens
ne sçauroit-estre expliquéed'unemaniéré
plus
nette & plus abrégée.
„ Selon les découvertes &
„ le sistéme de Mr Vieussens
3,
le pere qui a pousse fort
,,
loin les recherches anato-
„ miques
,
le centre ovale
„ est un tiilù de petits Vais-
„ feaux très deilez.qui com-
„ muniquent tous les uns
„ avecles autres par une „infinité d'autres petits
y>
Vaisseaux encore infini- *
_„menc plus dcHez) que
,, produisenttous lespoints
de leur surface extérieure,
C'cll dans les premiers de .(C
ces petits Vaisseaux que le cc
fang arteriel se subtilise»
au point de deveniresprit“
animal
, & il coule dans »
les séconds fous la forme cc
l'esprit. Au dedans dece cr
nombre prodigieux decc
tuyaux presqueabsolu- »
ment imperceptibles, se <c
sont tous les mouvemens“
aufqucls répondent des»
idées, & les impressions«
queces mouvemens y lais- «
sent, font les traces cjuicc
l'apellent lesidéesque l'on «
a déjà eues. fÇ
Il ne faut pas oublier
„ que le centre ovale se
trouveplacé à l'origine
„ des nerfs; ce qui favorise
„ beaucoup la fonction
yy
qu'on lui donne icy.
„ Si cette méchanique est
3J une foisadmise,il estaisé
„ d'imaginer que la fanté
"de l'esprit ( en ce qu'elle a de mareriel) dépend de
„ la regularité,del'égalité.
J,
de la liberté du cours des
„ cfprits dans ces petits ca..
”naux. S'ilyenalaplupart
,,
d'affaissez,comme pen-
1)
dant le sommeil, les es.
pries qui coulentdans V*
ceux quirelient fortuitement
ouverts revei1illcnt."
au hasard des idées, en-cc
tre lesquelles il n'yale le'
plus souvent aucune liai- c,
son, & que l'ame ne laisse cc
pas d'assembler faute d'en Ct
avoir en même temps<e
d'autres qui lui en fassent
voir l'incompatibilité. Si ce
au contraire tous les pe- cc
tits tuyaux sont ouverts,
& que les esprits s'y por- cC
tenten trop grande abon- Cf
dance & avec une" trop ”
grande rapidité, il fc re:
#)
veille à la fois une foui*
J)
d'idées très-vives, que
„ l'ame n'a pas le temps de
J'
distinguer nyde compa-
9y
rer,&c'estlà la frenesie.
”S'il ya feulement dans
J)
quelques petits tuyaux “uneobstruction telle que
„ lesespritscessent d'ycou-
„ 1er, les idées qui yétoientf
”attachées sont absolu-
„ment perduës pour l'ame,
y, &ellen'en peut plusfaire
„aucune usage dans ses
,, operations,de forte qu'eU
vle portera un jugemen t
„iafenfé toutes les fois
que ces idées lui auront cc
esté necessaires pouren se
former un raisonnable.”
Hors de là tous ses jugc-.cc
mens feront fains. CVftl*
là le delire melancolique. t€
MrVieussens a fait voir”
combien sa supposition Cr'
saccorde avec tout ce qui”
s'observe dans cette ma- <e
ladie. Puisquellevient”
d'une obstruction ; elle cr
ca produite par un fang <f
trop épais & trop lent, ”
aussi n'd- t on point de t€
fiévre. Ceux qui habitent c,
les Pays chauds, &dont cC
„ le sang èst dépouillée de
- „ ses parties lesplus subti-
„ les par unetrop grande
» transpiration ; ceux qui
9)
usentd'alimenstropgros-
,,
siers ; ceux qui ontesté
>Y
frapez de quelque grande
„ crainte, &c. doivent eftrc
plus sujetsaudelire me- „,lancoliqueNousn'entre-
,y rons point dans unplus
„grand dénombrement»,
„iliroit peut-estre trop
loin ; il n'y a guerrede
>y
teste si saine, où il n'y ait
quelque petit tuyau du
„,centre Ovale bien bou-
„ché.
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Résumé : Sur le Delire melancolique.
Le texte aborde le délire mélancolique et la théorie de Raymond Vieussens, un anatomiste. Contrairement à René Descartes, qui situait les fonctions de l'esprit dans la glande pinéale, Vieussens les localise dans le centre ovale du cerveau. Ce centre est composé de petits vaisseaux délicats interconnectés par des vaisseaux encore plus minuscules. Le sang artériel se transforme en esprit animal dans ces vaisseaux et circule sous cette forme. Les émotions intenses, telles que la peur, peuvent obstruer ces vaisseaux, augmentant ainsi la susceptibilité au délire mélancolique. Le texte précise que presque toutes les personnes présentent au moins un petit vaisseau du centre ovale obstrué.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 58-73
Conte Arabe.
Début :
Le Calife Arbroun fut comparé par les Poëtes de son [...]
Mots clefs :
Calife, Arbre, Bague, Colère, Rire, Esprit, Mélancolie, Corneilles, Philosophes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conte Arabe.
Conte Arab- e.
LECalise Arbroun fut
comparé par les Poëtes
seTon temps àun arbre
prodigieusement grand
qui estoit près de son
chasteau ; ses profondes
& vastes racines,c'estoit,
disoient-ils, la puissance
du Calife solidement cftablie;
la tigeeslevée de-,
cet arbre portoitjusquaux
nuës une teste superbe
,le Calife avoit
l'esprit sublime; la teste
de cet arbre étoit ornée
de fleurs & de fruits, ce
Calife estoit gracieux &
bienfaisant, en un mot il
n'avoitdedeffaut qu'une
noire melancolie
,
qui
obscurcissoit le brillant
de son esprit, mais pour
dissiper ces nuages melancoliques
il avoit fait
son amy dun Filosofe,
qui sçayoit égayer la Filosofie
par des morales
réjouissantes, &par de,.
foliescensées.
Le Calife Arbroun difoitque
l'esprit de Thomme
estant encore plus
maladif que son corps,
un bon Filosofe estoit
aussi necessaire auprès
d'un Princequ'un bon
Madecin.Unjour estant
ieui avec le Medecin de
-& melancolie câpres une
réverie profonde, & regardant
l'arbrequ'onluy
comparoit, il s'écria tout a-coup : Arbroun, Arbroun
, tu attristetes
amis parta melancolie,
comme cet arbre toufu
attriste cm. les ombrageant
les arbresqui l'environnent,
puis se tournant
vers le Filosofe:
Ecoute, amy,luy dit-il,
je te promets une bague
chaquefois que tu pourras
me faire rire. Bon,
reprit le Filosofe en secoüant
la teste, je ne gagneroispas
avec vousen
dix ans dequoy orner un
de mes doigts, j'auray
beau plaisanter vous ne
rirez jamais; ce fera quelquefois
ma faute,& quelquefois
la vostre
,
mais
vous jugerez de mes bons
mots selon vostre mauvaise
humeur, & je n'auray
poli-Lt de bague.
Hé bien,reprit le Calife,
toutes les fois que
tu pourras me prouver
quec'est ma faute de n'avoir
pas ry - de tes plaisanteries
,
je te les paieray
-cimme bonnes, maisil
faudra me prouver par
raison que j'aurois deu
rire.Vous me reduisez
à l impossible, dit le Filosose,
je puis bien prouver
par raisonqu'un bon
motestraisonnable,mais
quand on pourroit prouver
qu'il estrisible
, on ne
prouvera pointàunhomme
qu'il a tort de n'en
pas rire. Voyons pourtant,
continualeFilosose,
sivous rirez de ceque
ma conté ce matin la fille
de chambrede cette
veuve, dont le mary
mourut hier, c'est la veuvede
vostre maistre
d'Hostel. Vous sçavez
qu'elle se picquoit d'estre
la plus tendre épouse du
pays,
pays, & par consequent
elle va te picquer d'estre
la plus affligée veuve qui
fut jamais. Hier après
avoir, en presence de sa
fille de chambre, épuisé
Ces larmes & sa douleur,
elle s'enferma seule pour
pouvoir en liberté laisser
reposer [on affliction &
estudierlerole d'affligée
qu'elle a resolu de soustenir.
Elle cherchedans
fan miroir tous les airs
& Les changements de
visage qui peuvent con^
venir aux larmes qu'elle
répandra; car elle compte
que les larmes ne luy
manqueront pas. De toutes
ces grimacesd'affliction
qu elle estudioit au
miroir, une entreautres
luy parut si plaisante à
elie-mesme,qu'ellene
put s'empescherd'enrire:
après avoir un peu
ri elle recommença son
estude,autregrimace qui
luy parut encore plus
plaifainte,illuyprit alors
des éclats de rire si violents
6c si continus que
je croy qu'elle rira tant
qu'elle fera veuve.
Ce recit accompagné
desgrimaces de la veuve
que contrefit le Filo-
(ose
,- ne fit pas seulement
sourciller le Calife.
- Le Filosofe bilieux
v&ifc.oillerreedeosut bpleicdqeubéoanus rmots ,onn'en rit point
il plaisante , de rage, Se
par de vives secoussesil
veut ébranler leCalife,
comme un voyageur alteré
qui voudroit atraper
une poire,s'efforce
d'ébranler à secousses reiterées
le poirier dont il
desire ardemment le
fruit; mais le Calife est
inebranlable, le Filosose
elt outré, & cette colere
outrée dans un Filosose
qui veut faire riredevoit
avoir son effet
, mais le
Califeenburità peine..,
Se faire sourire ne suffisoit
pas pour gagner la
bague.Dans le moment
une voléeouplustostune
épaissenuée de corneilles
vint se reposer sur ce
grand arbre à qui nous
avons comparé le Calife.
Je vishier ces mesmes,
corneilles,dit impromt tu
le Filosose
,
elles pense,
rent desesperer un brutal
distrait, qui voyant cette
nuéedetristes oiseaux
noircir les fruits & les
fleurs d'un si bel arbre,
s'irrita d'abord, & oubliant
que cette tige est
groilè comme une tour,
voulut dans son premier
mouvement secouer ce
gros arbre comme un
jeune poirier.
Imaginez-vous cet extravagantoccupé
du desir
defaire envoler ces
corneilles, transporté de
colere contre elles , il
redoubloit ses secousses
en se meurtrissant le dos
contrc le tronc de l'arbre,
comme nous voyons les
petitsenfans en colere,
frapper du poing la muraille
qui leur a fait une
bosse au front; le recit
que je vous fais n'est pas
riGble, mais je ne pûsjamais
m'empescher de rire
en voyant la chose en
original. Je croy que j'en
eusse ri comme toy, dit
le Calife, si je l'eusse veu.
Vous deviez donc rire
en me voyant en colere
vouloir pardes secousses
de plaisanteries reiterées
chasser de vostre teste les
noires corneilles,c'est-àdire,
les soucis &C les chagrinsqui
vous offuC.
quent. Je t'entens, dit le
Calife, en tirant de son.
doigt une bague, tu me
prouve que je devois rire
en voyant ta colere
,
ainsi
tu as gagné la bague..
C'est de ce conte qu'est
venu le ProverbeArabe
qui dit à propos des
grands,
grands Seigneurs, que
leur grandeur & leurs
soucis accablentde mélancolie,
Ils ontune volée
de corneillesdans la
iefle*
On
LECalise Arbroun fut
comparé par les Poëtes
seTon temps àun arbre
prodigieusement grand
qui estoit près de son
chasteau ; ses profondes
& vastes racines,c'estoit,
disoient-ils, la puissance
du Calife solidement cftablie;
la tigeeslevée de-,
cet arbre portoitjusquaux
nuës une teste superbe
,le Calife avoit
l'esprit sublime; la teste
de cet arbre étoit ornée
de fleurs & de fruits, ce
Calife estoit gracieux &
bienfaisant, en un mot il
n'avoitdedeffaut qu'une
noire melancolie
,
qui
obscurcissoit le brillant
de son esprit, mais pour
dissiper ces nuages melancoliques
il avoit fait
son amy dun Filosofe,
qui sçayoit égayer la Filosofie
par des morales
réjouissantes, &par de,.
foliescensées.
Le Calife Arbroun difoitque
l'esprit de Thomme
estant encore plus
maladif que son corps,
un bon Filosofe estoit
aussi necessaire auprès
d'un Princequ'un bon
Madecin.Unjour estant
ieui avec le Medecin de
-& melancolie câpres une
réverie profonde, & regardant
l'arbrequ'onluy
comparoit, il s'écria tout a-coup : Arbroun, Arbroun
, tu attristetes
amis parta melancolie,
comme cet arbre toufu
attriste cm. les ombrageant
les arbresqui l'environnent,
puis se tournant
vers le Filosofe:
Ecoute, amy,luy dit-il,
je te promets une bague
chaquefois que tu pourras
me faire rire. Bon,
reprit le Filosofe en secoüant
la teste, je ne gagneroispas
avec vousen
dix ans dequoy orner un
de mes doigts, j'auray
beau plaisanter vous ne
rirez jamais; ce fera quelquefois
ma faute,& quelquefois
la vostre
,
mais
vous jugerez de mes bons
mots selon vostre mauvaise
humeur, & je n'auray
poli-Lt de bague.
Hé bien,reprit le Calife,
toutes les fois que
tu pourras me prouver
quec'est ma faute de n'avoir
pas ry - de tes plaisanteries
,
je te les paieray
-cimme bonnes, maisil
faudra me prouver par
raison que j'aurois deu
rire.Vous me reduisez
à l impossible, dit le Filosose,
je puis bien prouver
par raisonqu'un bon
motestraisonnable,mais
quand on pourroit prouver
qu'il estrisible
, on ne
prouvera pointàunhomme
qu'il a tort de n'en
pas rire. Voyons pourtant,
continualeFilosose,
sivous rirez de ceque
ma conté ce matin la fille
de chambrede cette
veuve, dont le mary
mourut hier, c'est la veuvede
vostre maistre
d'Hostel. Vous sçavez
qu'elle se picquoit d'estre
la plus tendre épouse du
pays,
pays, & par consequent
elle va te picquer d'estre
la plus affligée veuve qui
fut jamais. Hier après
avoir, en presence de sa
fille de chambre, épuisé
Ces larmes & sa douleur,
elle s'enferma seule pour
pouvoir en liberté laisser
reposer [on affliction &
estudierlerole d'affligée
qu'elle a resolu de soustenir.
Elle cherchedans
fan miroir tous les airs
& Les changements de
visage qui peuvent con^
venir aux larmes qu'elle
répandra; car elle compte
que les larmes ne luy
manqueront pas. De toutes
ces grimacesd'affliction
qu elle estudioit au
miroir, une entreautres
luy parut si plaisante à
elie-mesme,qu'ellene
put s'empescherd'enrire:
après avoir un peu
ri elle recommença son
estude,autregrimace qui
luy parut encore plus
plaifainte,illuyprit alors
des éclats de rire si violents
6c si continus que
je croy qu'elle rira tant
qu'elle fera veuve.
Ce recit accompagné
desgrimaces de la veuve
que contrefit le Filo-
(ose
,- ne fit pas seulement
sourciller le Calife.
- Le Filosofe bilieux
v&ifc.oillerreedeosut bpleicdqeubéoanus rmots ,onn'en rit point
il plaisante , de rage, Se
par de vives secoussesil
veut ébranler leCalife,
comme un voyageur alteré
qui voudroit atraper
une poire,s'efforce
d'ébranler à secousses reiterées
le poirier dont il
desire ardemment le
fruit; mais le Calife est
inebranlable, le Filosose
elt outré, & cette colere
outrée dans un Filosose
qui veut faire riredevoit
avoir son effet
, mais le
Califeenburità peine..,
Se faire sourire ne suffisoit
pas pour gagner la
bague.Dans le moment
une voléeouplustostune
épaissenuée de corneilles
vint se reposer sur ce
grand arbre à qui nous
avons comparé le Calife.
Je vishier ces mesmes,
corneilles,dit impromt tu
le Filosose
,
elles pense,
rent desesperer un brutal
distrait, qui voyant cette
nuéedetristes oiseaux
noircir les fruits & les
fleurs d'un si bel arbre,
s'irrita d'abord, & oubliant
que cette tige est
groilè comme une tour,
voulut dans son premier
mouvement secouer ce
gros arbre comme un
jeune poirier.
Imaginez-vous cet extravagantoccupé
du desir
defaire envoler ces
corneilles, transporté de
colere contre elles , il
redoubloit ses secousses
en se meurtrissant le dos
contrc le tronc de l'arbre,
comme nous voyons les
petitsenfans en colere,
frapper du poing la muraille
qui leur a fait une
bosse au front; le recit
que je vous fais n'est pas
riGble, mais je ne pûsjamais
m'empescher de rire
en voyant la chose en
original. Je croy que j'en
eusse ri comme toy, dit
le Calife, si je l'eusse veu.
Vous deviez donc rire
en me voyant en colere
vouloir pardes secousses
de plaisanteries reiterées
chasser de vostre teste les
noires corneilles,c'est-àdire,
les soucis &C les chagrinsqui
vous offuC.
quent. Je t'entens, dit le
Calife, en tirant de son.
doigt une bague, tu me
prouve que je devois rire
en voyant ta colere
,
ainsi
tu as gagné la bague..
C'est de ce conte qu'est
venu le ProverbeArabe
qui dit à propos des
grands,
grands Seigneurs, que
leur grandeur & leurs
soucis accablentde mélancolie,
Ils ontune volée
de corneillesdans la
iefle*
On
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Résumé : Conte Arabe.
Le texte relate l'histoire du Calife Arbroun, comparé à un arbre majestueux dont les racines incarnent sa puissance, la tige élevée symbolise son esprit sublime, et les fleurs et fruits représentent sa grâce et sa bienfaisance. Cependant, Arbroun est tourmenté par une mélancolie profonde qui obscurcit son esprit. Pour y remédier, il s'entoure d'un philosophe chargé de le divertir et de dissiper ses sombres pensées. Un jour, en contemplant l'arbre qui le symbolise, Arbroun exprime sa tristesse et compare son ombre à celle de l'arbre. Il promet une bague au philosophe chaque fois qu'il parviendra à le faire rire. Le philosophe, sceptique, affirme que cela est impossible, car la mélancolie du Calife est profonde. Il raconte alors l'histoire d'une veuve hypocrite qui, malgré ses efforts pour paraître affligée, finit par rire en se regardant dans un miroir. Cependant, cette histoire ne parvient pas à faire rire Arbroun. Le philosophe, frustré, utilise une métaphore des corneilles qui noircissent les fruits de l'arbre, symbolisant les soucis du Calife. Il décrit un homme en colère tentant vainement de secouer un arbre pour chasser les corneilles, se blessant lui-même dans l'effort. Cette image finit par faire sourire Arbroun, qui reconnaît alors la justesse de la comparaison et offre une bague au philosophe. Cette anecdote a donné naissance au proverbe arabe selon lequel la grandeur et les soucis des grands seigneurs les accablent de mélancolie, symbolisés par une volée de corneilles dans la tête.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 50-92
Erudition sur le vin.
Début :
Que le vin soit l'appas le plus doux de la vie, [...]
Mots clefs :
Vin, Chagrin, Esprit, Courage, Joie, Amour, Santé, Médecine, Compagnon, Festivités, Société, Divinité, Poésie, Guerre, Alcool, Humeur, Vieillesse, Guérison, Mélancolie, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Erudition sur le vin.
Eruditionsur le vin.
Que le vin soit l'appas
leplusdouxdela vie,1
Qa'il^ bannisse l'ennui,
dissipe le chagrin,
2,
3 Enchante les esprits,
charme le coeur ,;
humain,
Enlevé tous les sens,rende
l'ameravie;
Qu'il fournisse au bûveur
du coeur & de
Feipric, 4
1.
1 Non ejl vivere jfed
valerevita. Martial.
2. Date vinum his qui
amarosuntanimo. Prov.
c. 31.
3 Ex bonovinoplusquam
ex alio quocumque
potu generantur e5 multiplicanturspiritus
fenues.
Avicen.
4 Ingenium acuit.Scola
Saler. '-
Qu'il épanche l'odeur du
plusfin ambre-gris, 5
6 Qu'il inspire la joye,
augmente le courage,
7.
Qu'il deride le front des
Catons de nôtre
âge, 8
Qu'il soit de tous les
5 Vinum priusquam
degustetur quintâ parte
suinectarisprocessus mamillares
jam imbuit.
Tl"uf Rem.
6 Vinum e5 musica
latificant cor hominis-
Eccl. 40.
7; Vina parant anitnos.
Ovid. Add;, cornua
pauperi. Horat.
8 Narratur e5 prisci
Catonis sæpe mero caluissevirtus.
Idem.
dons que Dieu fait
aux mortels
Leplusprecieux, leplus
digne 9
Que par une faveur in-
.,
signe
Il destine pour les autels:
C'cft une verité que la
Sagessemême.
Nous a laissée empreinte
en ses divins écrits.
Un homme de bon sens ,
de bon goût&d'esprit
9 Natura nihilquicquam
eJito penu largita
est præstantius vino.
Gunter. Hyg. p. 76.
Peut-il ia recevoir comme
un nouveau problême?
C'est nier de sens froid
un principearrêté
10
Par les graves Auteurs
de la Latinité,
Comme de la sçavante
Grece.
C'est l'aimable lien de
la societé, Il
Charmantauteurdel'allegresse
;
Il fournit les bons mots,
10 Ire contra omnes in*
sanire est.
11 Non habet amaritudinemconversatio
illius,
nec tædium cowviitus illius,
sed lætitiam (S?gaule
sel, l'urbanité;
C'est le grand sceau des
mariages,
C'efl l'ame des fefiins..
des bals, des comperages,
12
L'ennemi du divorce &
des divisions,
L'arc-boutant des reünions;
Agreable tyran, puissant
moteur de l'ame,
Qui d'un vieillard usé
, sçait ranimer la
flame. ri
dium. Sap.c.8.
12Revera voluptas
mensarum atque delitiæ
semper habitus estvini
potus , ex cujus suavitate
convivii festivitas
omnis Qf elegantiavenit
æstimanda. Gunter.
15 Vino sublato non
Voulez-vous dissiper ces
rigoureux ennuis
Qui vous obsedent jour
&nuit,
Et mettre fin à vos disgraces,
14
Bûvez du vin à pleines
tasses.
Infortuné client, qui
crains que ce procés
Ne te fasse dans peu tonv
ber en decadence,
D'un vin delicieux tâte
sans faire exees, is
fjl tpenUi. Eurip.
14 Dissipatcujuscuras
edales. Horat. FiniþJ.
re memento tristitiam
molli mero. Idem.
IS Hute calix tnul;
Et laisse agir la Providence
Sur le bon ou mauvais
succés.
Languissante beauté
J
- donc l'humeur hif-
-, terique,
indigeûe,mélancolique16
Agice un petit corps a
chaque lunaison,
Laissez poudre ,.eau ,bolus
& sel diureyrvôusprdnrets-
d^Vin
impingendus est, utplorare
desinat. Cic. Tusc.
3.
16 Vis vinipræcipua
ad crassos humores
,
ad
obstructiones,ad morbos
frigidos
, ac diuturnos
ad , quæ quovis syrupo
vel medicato liquore præftantius.
Fernel. Meentiere
guerison;
Contre les douleurs de
colique,
D'un rhumatisme affreux
ou goutte sciatiq
ue,
Il vaut mieux que les
eauxnid'Aix ni de
Bourbon:
Car pour brifer l'acide il
est seur,il est bon.
Un vin leger & vifvainc
la douleur cruelle 17
Du calcul & de la gravelle;
thod.
thod. lib. 4. c. 11.
-
17 Tenuenjinumcien*
dæ urinæ magis idoneum
capitinullaminsert noC'est
un doux vehicule
, aalf) insinuant,
18.
A qui cedent Aix,Spa-
Plombiere & saint
Amand.
Pauvre convalescent ,
veux-tu que l'on rabatte
Par un moyen facile Se
doux
Les grossieres vapeurs
du foye& de la ratte,
Qui frapant le cerveau
yfont'/e-ntir coups, kurs - :
xam. Galen. lib. 1. de
euchym.
18 Qjtmm vinum sit
naturæ jucundum acfamiliare,
per omnia JeJe
insinuansvires in ßn84
gulas 'Ell abilitissimas
corporis partes diffundit
atque impertit, estque
optimum medicinæ vin.
culum. Ferel ibid.
Congedie à presentGalien,
Hippocrate,
19Avicene& Fernel > le
bon vin mieux qu'eux
tous,
Sitôt qu'il a changé sa
nature de moût,
Sçauradesopiler
,
bannir
l'humeur ingrate.
Vous qui devenus languissans
Par l'effort imprévud'une
paralysie,
20 Ne goutez qu'à demi
lesplaisirsdelavie,
19Bacchus ab antiquis
dicebatur Medicus uuU
gi, eò quòd vinomorbos
omnes fugaret. Moreau
ad Scol. Sal.
20 Vis vinipræcipua
ad morbosfrigidos. Fernel.
Le vin ranimera tous
les nerfs im puissans.
21 Beau sexe, rejettez
ces boissons meurtrieres
Qui changean,t vôtre
teint,retranchent le
beau cours
Du printemps fleuride
vos jours;
Brifez tasses & caffetieres,
22 Et d'un vin petillant
emplissez vos aiguieres:
Vina omnia 'Vircs roborant.
Gal.
21 Centis ociosæ nugamenta.
22 Bibat t'[}inum in jUcunditate.
Judith c. 12.
Il accroîtra le feu de vos
vivespaupieres,
23 Le vin vous tiendra
lieu de parure &
d'atours.
Il purge les humeurs que
dans la solitude
24 Contractent les hommes
d'étude,
Et d'un flegme importun
sçait les débarasser:
Avecque son secours ils
sçavent retracer
Tant de traits enchassez
tj Son
23 Son jus pris par
compas redonne la con*
leur. Dubaitois.
24 Muniteadhibe vim
fàpientiæ. Hor.
Sapientium curas fu«
gat. Idem.
dans leur vaftc memoire
Et de politique & d'hiss"-'
roire.
z5 Sans le vin des arts liberaux
Verroit-on de nobles travaux?
x6 Et si nous en croyons
Horace,
Lut-on jamais sur le Parnasle
25 Nam si bono 'vino
moderatè utantur,longè
seipsis CJr ad excogitandum
acutiores
, f5 ad explicandum
orandumque
uberiores
,
FlJ ad memoriam
denique firmores
evadunt. Moreau.
2.6 Carmina vino ingeniumfaciente
canunt.
Ovid.
2.7 Des xtth faits par un
buveur d'eau
Qui valussent ceux de
Boileau?
28Nos zelezOrateurs
tonnent mieux dans
les chaires,
Lors qu'ils s'en vont munis
de quatre ou cinq
bons verres.
Ces mortels enfoncez
dans la devotion,
Qui boivent par compas
<
6C sans81ffettion)
29 Gardantles voeux les
27 Sanèmagnus equeis
lepidosunt vinaPoëtæ,
2S Foecundi cælices non
feceredisertum. Horat.
19 Severioris est virplus
austeres
A saine Thierry
,
saint
Bâle,Hautvillers&
Cumicres,
Sententcroître la voix,
la force & 30l'onction,
31 Lors qu'ils boivent les
jours de jubilation
De ce pieux nectar qui
provient sur leurs
terres.
Les Dames en beguin
de Reims & d'Avenay
tutis calcar 69 stimulus
vinum. Thes. Rem.
30 Vatasti nos rvino
compunctionis. Ps. 59.
31iVfl/z ille, quan.
quam Socraticis madet
sermonibus
j te negligit
horridus. Horat.
31, Sentent ceder d'abord
-
à la liq ueurdivine
Qui croît sur leurs côteaux
ou bienà Verzenay,
Foiblesse d'estomach, ftbriibniefeïc de poi- , I
33 Qui les tourmente si
souvent,
Et qui levur ientenrdittle. Enfin quiconque veut l
dans l'extreme vieil-
Je/Iè,
32 Stomachitædia diF
€Uttt. Thes. Rem.
33
Vinumin ventriculo
perfusum ciborum cofiionem
f5 distributionent
juvat.
Lacsenum.
Libre d'esprit & sain de
corps
54 Braver les horreurs de
la mort,
Et seconserver en liesse,
Qu'il ait en son cellier
un foudre de fin vin,
- t un recipé tout divin.
jj Avecque lui le pauvre
oublie ses disgraces
;
( Quatre rasades les effacent)
L'artïsan son travail, le
34Vinum remedium
adversùssenectutis duritiem.
Plato de kg,
35 Bibant obliviscantur
egestatis j'uæ. Eccles.
soldat tous ses
maux, 36
Le pelerin ses pas,le gasantsesrivaux,
L'homme convalescent
la douleur si cruelle
Que lui causa l'effortd'une
fievrerebelle, 37
Le prude sourcilleux les
rides de son front,38
Le vindicatifun affront.
Enfin c'est le tombeau
de toutes les miseres,
Des chagrins, des ennuis
qu'ici nous desesperent
;
36 Vinum laborum
pharmacumest. Limpid*
in Troad.
37 Etdoloris sui non
recordenturampliùs. Eccles.
38 PrAceliens est antipharmacum
; siquidem
caperatam mirèfrontem
exporrigitsuave clarumque
vinum. Rhodig.
C'est l'ame des plus doux
desirs,
Et l'innocent objet des
Colides.plaisirs.39
Sur ce pied je soûtiens,
& contre la Sorbonne,
Que le vin fut toujours
une chose trés
bonne.40
Le vin, me direz-vous,
est l'auteur des querelles.
Oui, quand il s'introduit
dansde foibles
cervelles,
39 Tristissobrietas est
remo'venda. Senec.
40 Tanturn vino crtditur
attribuisse Æfèulapius
, ut aqua id cum
numinibus,lance latHe-
,rif, Rhodig.
Qu'ilrencontre un bûveur
chagrin ou rioteux,
41
Ou quelque jeune furieux,
42, Qui boitavec excès &C
se plaît à l'yvresse,
Que le moindre mot
choque &C blesse. 43
44 Quoy? parce que
Noëenyvra saraison,
Le vin passera pour poi-
Ion?
41 Fel
41 Fel draconum wnumcorum.
Deuter.
42 Vinum multum
meracum infaniæcauft.
Hippoc.
43 Natis in usum latitiæ
Sapphis pugnare
Thracum ejl.Horat.
-
44 Vinum in jucunditatem
ereaturnejl, non inebrietatem ab initio.
hdt ce principe vain la
beauté, les attraits,
Les charmes de l'esprit,
le feu de 1éloquence,
L'érudition
,
la science
Contre l'ordre de Dieu
font reputez mauvais.
Point depresent du Ciel
dont le méchant n'abufe;
La prudence en lui de"
vient ruse
Pour surprendre les innocens
; L'éloquence mondaine
avec ses doux accens
Devient l'art dangereux
d'appuyer le mensonge
;
La politique prend la vé- ritépour songe:
Avecque les atours cette
femme au filet
Prend l'homme comme
on fait un timide
oiselet,
Et ces attraits charmans
dont chacun fait
estime.
Lui fervent d'échelons
au crime.
Faudra-t-il pour cela
proscrire ces talens
Qui font les hommes
excellens?
Que le vin soit l'appas
leplusdouxdela vie,1
Qa'il^ bannisse l'ennui,
dissipe le chagrin,
2,
3 Enchante les esprits,
charme le coeur ,;
humain,
Enlevé tous les sens,rende
l'ameravie;
Qu'il fournisse au bûveur
du coeur & de
Feipric, 4
1.
1 Non ejl vivere jfed
valerevita. Martial.
2. Date vinum his qui
amarosuntanimo. Prov.
c. 31.
3 Ex bonovinoplusquam
ex alio quocumque
potu generantur e5 multiplicanturspiritus
fenues.
Avicen.
4 Ingenium acuit.Scola
Saler. '-
Qu'il épanche l'odeur du
plusfin ambre-gris, 5
6 Qu'il inspire la joye,
augmente le courage,
7.
Qu'il deride le front des
Catons de nôtre
âge, 8
Qu'il soit de tous les
5 Vinum priusquam
degustetur quintâ parte
suinectarisprocessus mamillares
jam imbuit.
Tl"uf Rem.
6 Vinum e5 musica
latificant cor hominis-
Eccl. 40.
7; Vina parant anitnos.
Ovid. Add;, cornua
pauperi. Horat.
8 Narratur e5 prisci
Catonis sæpe mero caluissevirtus.
Idem.
dons que Dieu fait
aux mortels
Leplusprecieux, leplus
digne 9
Que par une faveur in-
.,
signe
Il destine pour les autels:
C'cft une verité que la
Sagessemême.
Nous a laissée empreinte
en ses divins écrits.
Un homme de bon sens ,
de bon goût&d'esprit
9 Natura nihilquicquam
eJito penu largita
est præstantius vino.
Gunter. Hyg. p. 76.
Peut-il ia recevoir comme
un nouveau problême?
C'est nier de sens froid
un principearrêté
10
Par les graves Auteurs
de la Latinité,
Comme de la sçavante
Grece.
C'est l'aimable lien de
la societé, Il
Charmantauteurdel'allegresse
;
Il fournit les bons mots,
10 Ire contra omnes in*
sanire est.
11 Non habet amaritudinemconversatio
illius,
nec tædium cowviitus illius,
sed lætitiam (S?gaule
sel, l'urbanité;
C'est le grand sceau des
mariages,
C'efl l'ame des fefiins..
des bals, des comperages,
12
L'ennemi du divorce &
des divisions,
L'arc-boutant des reünions;
Agreable tyran, puissant
moteur de l'ame,
Qui d'un vieillard usé
, sçait ranimer la
flame. ri
dium. Sap.c.8.
12Revera voluptas
mensarum atque delitiæ
semper habitus estvini
potus , ex cujus suavitate
convivii festivitas
omnis Qf elegantiavenit
æstimanda. Gunter.
15 Vino sublato non
Voulez-vous dissiper ces
rigoureux ennuis
Qui vous obsedent jour
&nuit,
Et mettre fin à vos disgraces,
14
Bûvez du vin à pleines
tasses.
Infortuné client, qui
crains que ce procés
Ne te fasse dans peu tonv
ber en decadence,
D'un vin delicieux tâte
sans faire exees, is
fjl tpenUi. Eurip.
14 Dissipatcujuscuras
edales. Horat. FiniþJ.
re memento tristitiam
molli mero. Idem.
IS Hute calix tnul;
Et laisse agir la Providence
Sur le bon ou mauvais
succés.
Languissante beauté
J
- donc l'humeur hif-
-, terique,
indigeûe,mélancolique16
Agice un petit corps a
chaque lunaison,
Laissez poudre ,.eau ,bolus
& sel diureyrvôusprdnrets-
d^Vin
impingendus est, utplorare
desinat. Cic. Tusc.
3.
16 Vis vinipræcipua
ad crassos humores
,
ad
obstructiones,ad morbos
frigidos
, ac diuturnos
ad , quæ quovis syrupo
vel medicato liquore præftantius.
Fernel. Meentiere
guerison;
Contre les douleurs de
colique,
D'un rhumatisme affreux
ou goutte sciatiq
ue,
Il vaut mieux que les
eauxnid'Aix ni de
Bourbon:
Car pour brifer l'acide il
est seur,il est bon.
Un vin leger & vifvainc
la douleur cruelle 17
Du calcul & de la gravelle;
thod.
thod. lib. 4. c. 11.
-
17 Tenuenjinumcien*
dæ urinæ magis idoneum
capitinullaminsert noC'est
un doux vehicule
, aalf) insinuant,
18.
A qui cedent Aix,Spa-
Plombiere & saint
Amand.
Pauvre convalescent ,
veux-tu que l'on rabatte
Par un moyen facile Se
doux
Les grossieres vapeurs
du foye& de la ratte,
Qui frapant le cerveau
yfont'/e-ntir coups, kurs - :
xam. Galen. lib. 1. de
euchym.
18 Qjtmm vinum sit
naturæ jucundum acfamiliare,
per omnia JeJe
insinuansvires in ßn84
gulas 'Ell abilitissimas
corporis partes diffundit
atque impertit, estque
optimum medicinæ vin.
culum. Ferel ibid.
Congedie à presentGalien,
Hippocrate,
19Avicene& Fernel > le
bon vin mieux qu'eux
tous,
Sitôt qu'il a changé sa
nature de moût,
Sçauradesopiler
,
bannir
l'humeur ingrate.
Vous qui devenus languissans
Par l'effort imprévud'une
paralysie,
20 Ne goutez qu'à demi
lesplaisirsdelavie,
19Bacchus ab antiquis
dicebatur Medicus uuU
gi, eò quòd vinomorbos
omnes fugaret. Moreau
ad Scol. Sal.
20 Vis vinipræcipua
ad morbosfrigidos. Fernel.
Le vin ranimera tous
les nerfs im puissans.
21 Beau sexe, rejettez
ces boissons meurtrieres
Qui changean,t vôtre
teint,retranchent le
beau cours
Du printemps fleuride
vos jours;
Brifez tasses & caffetieres,
22 Et d'un vin petillant
emplissez vos aiguieres:
Vina omnia 'Vircs roborant.
Gal.
21 Centis ociosæ nugamenta.
22 Bibat t'[}inum in jUcunditate.
Judith c. 12.
Il accroîtra le feu de vos
vivespaupieres,
23 Le vin vous tiendra
lieu de parure &
d'atours.
Il purge les humeurs que
dans la solitude
24 Contractent les hommes
d'étude,
Et d'un flegme importun
sçait les débarasser:
Avecque son secours ils
sçavent retracer
Tant de traits enchassez
tj Son
23 Son jus pris par
compas redonne la con*
leur. Dubaitois.
24 Muniteadhibe vim
fàpientiæ. Hor.
Sapientium curas fu«
gat. Idem.
dans leur vaftc memoire
Et de politique & d'hiss"-'
roire.
z5 Sans le vin des arts liberaux
Verroit-on de nobles travaux?
x6 Et si nous en croyons
Horace,
Lut-on jamais sur le Parnasle
25 Nam si bono 'vino
moderatè utantur,longè
seipsis CJr ad excogitandum
acutiores
, f5 ad explicandum
orandumque
uberiores
,
FlJ ad memoriam
denique firmores
evadunt. Moreau.
2.6 Carmina vino ingeniumfaciente
canunt.
Ovid.
2.7 Des xtth faits par un
buveur d'eau
Qui valussent ceux de
Boileau?
28Nos zelezOrateurs
tonnent mieux dans
les chaires,
Lors qu'ils s'en vont munis
de quatre ou cinq
bons verres.
Ces mortels enfoncez
dans la devotion,
Qui boivent par compas
<
6C sans81ffettion)
29 Gardantles voeux les
27 Sanèmagnus equeis
lepidosunt vinaPoëtæ,
2S Foecundi cælices non
feceredisertum. Horat.
19 Severioris est virplus
austeres
A saine Thierry
,
saint
Bâle,Hautvillers&
Cumicres,
Sententcroître la voix,
la force & 30l'onction,
31 Lors qu'ils boivent les
jours de jubilation
De ce pieux nectar qui
provient sur leurs
terres.
Les Dames en beguin
de Reims & d'Avenay
tutis calcar 69 stimulus
vinum. Thes. Rem.
30 Vatasti nos rvino
compunctionis. Ps. 59.
31iVfl/z ille, quan.
quam Socraticis madet
sermonibus
j te negligit
horridus. Horat.
31, Sentent ceder d'abord
-
à la liq ueurdivine
Qui croît sur leurs côteaux
ou bienà Verzenay,
Foiblesse d'estomach, ftbriibniefeïc de poi- , I
33 Qui les tourmente si
souvent,
Et qui levur ientenrdittle. Enfin quiconque veut l
dans l'extreme vieil-
Je/Iè,
32 Stomachitædia diF
€Uttt. Thes. Rem.
33
Vinumin ventriculo
perfusum ciborum cofiionem
f5 distributionent
juvat.
Lacsenum.
Libre d'esprit & sain de
corps
54 Braver les horreurs de
la mort,
Et seconserver en liesse,
Qu'il ait en son cellier
un foudre de fin vin,
- t un recipé tout divin.
jj Avecque lui le pauvre
oublie ses disgraces
;
( Quatre rasades les effacent)
L'artïsan son travail, le
34Vinum remedium
adversùssenectutis duritiem.
Plato de kg,
35 Bibant obliviscantur
egestatis j'uæ. Eccles.
soldat tous ses
maux, 36
Le pelerin ses pas,le gasantsesrivaux,
L'homme convalescent
la douleur si cruelle
Que lui causa l'effortd'une
fievrerebelle, 37
Le prude sourcilleux les
rides de son front,38
Le vindicatifun affront.
Enfin c'est le tombeau
de toutes les miseres,
Des chagrins, des ennuis
qu'ici nous desesperent
;
36 Vinum laborum
pharmacumest. Limpid*
in Troad.
37 Etdoloris sui non
recordenturampliùs. Eccles.
38 PrAceliens est antipharmacum
; siquidem
caperatam mirèfrontem
exporrigitsuave clarumque
vinum. Rhodig.
C'est l'ame des plus doux
desirs,
Et l'innocent objet des
Colides.plaisirs.39
Sur ce pied je soûtiens,
& contre la Sorbonne,
Que le vin fut toujours
une chose trés
bonne.40
Le vin, me direz-vous,
est l'auteur des querelles.
Oui, quand il s'introduit
dansde foibles
cervelles,
39 Tristissobrietas est
remo'venda. Senec.
40 Tanturn vino crtditur
attribuisse Æfèulapius
, ut aqua id cum
numinibus,lance latHe-
,rif, Rhodig.
Qu'ilrencontre un bûveur
chagrin ou rioteux,
41
Ou quelque jeune furieux,
42, Qui boitavec excès &C
se plaît à l'yvresse,
Que le moindre mot
choque &C blesse. 43
44 Quoy? parce que
Noëenyvra saraison,
Le vin passera pour poi-
Ion?
41 Fel
41 Fel draconum wnumcorum.
Deuter.
42 Vinum multum
meracum infaniæcauft.
Hippoc.
43 Natis in usum latitiæ
Sapphis pugnare
Thracum ejl.Horat.
-
44 Vinum in jucunditatem
ereaturnejl, non inebrietatem ab initio.
hdt ce principe vain la
beauté, les attraits,
Les charmes de l'esprit,
le feu de 1éloquence,
L'érudition
,
la science
Contre l'ordre de Dieu
font reputez mauvais.
Point depresent du Ciel
dont le méchant n'abufe;
La prudence en lui de"
vient ruse
Pour surprendre les innocens
; L'éloquence mondaine
avec ses doux accens
Devient l'art dangereux
d'appuyer le mensonge
;
La politique prend la vé- ritépour songe:
Avecque les atours cette
femme au filet
Prend l'homme comme
on fait un timide
oiselet,
Et ces attraits charmans
dont chacun fait
estime.
Lui fervent d'échelons
au crime.
Faudra-t-il pour cela
proscrire ces talens
Qui font les hommes
excellens?
Fermer
Résumé : Erudition sur le vin.
Le texte 'Eruditionsur le vin' met en avant les nombreux bienfaits du vin. Il est décrit comme un remède contre l'ennui et le chagrin, capable d'enchanter les esprits et de charmer le cœur humain. Le vin est présenté comme un moyen de fournir du courage et de la joie, et de dissiper les rigoureux ennuis. Il est également loué pour ses vertus médicinales, aidant à traiter diverses maladies telles que les douleurs de colique, les rhumatismes, et les affections du foie. Le vin est considéré comme un lien social, charmant auteur d'allégresse, et grand sceau des mariages. Il est également vu comme un ennemi du divorce et des divisions, et un moteur puissant de l'âme. Le vin est recommandé pour les convalescents, les personnes mélancoliques, et ceux souffrant de paralysie. Il est également vanté pour ses effets bénéfiques sur les arts libéraux et l'éloquence. Cependant, le texte avertit contre les dangers de l'abus du vin, notamment chez les personnes à l'esprit faible ou les jeunes furieux. Malgré ces mises en garde, le vin est globalement présenté comme une chose très bonne, capable de dissiper les misères et les chagrins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 93-111
L'ISLE DES PESCHEURS. Historiette traduite de l'Italien par M. de Pré***.
Début :
Une femme trés-sensible à l'ambitionm & encore plus à [...]
Mots clefs :
Veuve, Pêcheur, Mélancolie, Amour, Magicienne, Oracle, Sacrifice, Résolution, Consolation, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ISLE DES PESCHEURS. Historiette traduite de l'Italien par M. de Pré***.
L'ISLE
DES PESCHEURS.
Hitoriette traduite de l'Italien
parM.dePrè***.
UNe femme trés-sensible
à l'ambition, & encore
plus à l'amour, venoit
de perdre son mari
qu'elle , aimoit, & qui
étoit Gouverneur de
l'Isle des Pescheurs.
Elle se retira dans le
creuxd'un rocher, dont
elle ne sortoit que pour
aller pleurer sur le bord
de la mer.
Unpescheur mélancolique,
& qui pour
pescher seul s'écartoit
toûjours des autres, alla
un jour pescher de bon
matin, & se plaça sur
le bout d'un rocher, proche
decelui qu'habitoit
Zauraa. (c'étoit le nom
de la veuve ) Quoique
depuis son veuvage elle
1
n'eût éie capable de
prendre aucun plaisir,
elle trouva que celui de
la pesche étoit si mélancolique,
qu'il convenoit
à une personneaffligée:
elle regarda la pesche un
peu detemps, & ensuite
elle regarda le pescheur.
Il avoit aussi l'air
fort mélancolique; cest
ce qui luyplut d'abord:
elle s'approcha de luy,
8G se mit à pleurer. Le
gescheur, qui nesçavoit
que lui dire, se mit à
pleurer aussi, & ce fut
toute la conversation de
cette premiere entrevuë.
Zauraa rentra dans son
rocher,& le pêcheurss'en
retourna dans sa cabane.
Toute la nuit Zauraa
pensa à son défunt mari
,
& par malheur pour
elle elle n'y peut penser
sans pleurer, ni pleurer
sans se souvenir de celui
qui avoit pleuré de compagnie
-
avec elle: elle
jugea
jugea que deux pleureursvalentmieux
qu'-
un, & font plus d'honneur
au défunt. Elle retourna
àl'endroit de la
peschepouryrencontrer
son second. Dés la
pointe du jour il ne manqua
pas de s'y trouver;
carilavoitresoludeconsoler
la veuve. D'abord
ils reprirent les pleurs
où ils lesavoientlaissez
de bonesprit, & qui
sçavoit que 1g meilleur
moyen de retirer quelqu'un
de sadouleur,c'est
d'yentrer d'abord avec
lui, se mità parlerainsi.
En vérité, Madame,
vous avez bien raifonde
pleurer Monsieur vôtre
mari; car c'étoit le
meilleur & le plus honjiete
homme du monde.
Comment donc, dit
la veuve, est-ceque vous
le connoissez?Non pas,
Madame, répondit le
pescheur:mais j'en juge
par la maniere dont vous
le pleurez. Après plusieurs
autres discours de
la même espece, enfin le
pescheur la consola de si
bonne grace, qu'elle benissoit
presque le sujet
d'affliction qui luyavoit
attiré un tel consolateur.
Elle l'aima pendant quelque
temps sans s'en ap-
- percevoir;car siere comme
elle Tétoit, elle ailroit
rompu d'abord tout
commerce. Le pescheur
qui s'en étoit apperçû
d'abord, avoit fait confidence
de sa bonne fortune
à la suivante de la
veuve, à qui il promit
tout si elle conduisoit la
chose jusqu'à un bon
mariage.
Cette suivante étoit
une espece de magicienne,
c'est à dire une espece
de fourbe qui avoit
lû des livres de magic,
d'Astrologie, de Chiromancie
,& autres de pareille
trempe. Un foir,
que sa maîtresse rêvoit
profondément au pescheur,
elle lui prit la
main en badinant, &
par certaines lignes redoublées
qu'elle vit dans
sa main, elle devina qu'-
elle étoit destinée à se
remarier. Ce mot deremarier
l'irrita si fort,
que la suivante eût voulu
le retenir, 6L n'en
pnarlaépelus.de la jour-
Le lendemain cette
fiere veuve voyant à son
ordinaire pêscher le pescheur,
se surprit dans un
mouvement detendresse
si fort, qu'elle ne pouvoit
plus le meconnoître.
Elle en eut tant
d'horreur, qu'elle fut
prête à se précipiter dans
la mer:on dit même qu'-
elle s'y précipita,& que
le pescheur la repescha
aussitôt. Quoy qu'il en
foit
,
ello resolut de ne
le plus voir, & elle n'eût
jamais crû pouvoir tenir
sa resolution ;elle la tint
pourtant: mais quels
combatsnéprouvat-elle
point?Tantôt elle regardoit
avec horreur
l'objet de sa foiblesse;
tantôt elle prenoit plaisir
à penser à lui malgré
elle:encertains momens
elle vouloit mourir, en
d'autres momens elle se
feiitoit delà^iipeiîtîoïi
à vi vre. Enfin^a. Magicienne,
qui devinoit tout
de - qu'elle ne ---vouloi-t
point luidire,siten forte
, avec le temps & l'amour,
que la veuve conftritit'à
êtrepresenteà
Uhê^efthêmerveiHeufc
que la Magicienne * lui
Èro?o«sa, &C qui se passa
enjtféfrte'fortc.-; Entre les herbes qu'-
elleconnoissoit, il y en
avoit une pour la-qu-cllc-
,
les poissons avoient tant
d'antipatie, quelle les
faifoic fuir du plus loin
qu'ils la sentoient. Du
jus de cette herbe le pescheur
alloit toutes les
nuits froter les filetsde
ses camarades, en sorte
que pendant huit jours
on ne pur prendre aucun
poisson dans toute fine.
Les voila desolez ; car
ils ne vivoient que de
leur pesche, c'étoit tout
leur commerce.
On eut recours a l'oracle
feur & .trés-seur
car l'oracle dépendoitdu
Sacrificateur, & le Sacrificateur
dépendoitde
la Magicienne. En un
mot elle fit dire à l'oracle
que le poisson ne
viendroit point se prendre
si la veuve de leur
Gouverneur ne leur donnoit
pour chef le pescheuren
question.Apres
cela l'oracle fitunebelle
genealogie au pescheur,
pour le rendre plus digne
de commander: ensuite
sur la foy de l'oracle
on depura vers la
veuve,quirefusa, autant
qu'il en fut besoin
pour persuader qu'elle
ne se fûtjamais mariée
sans la necessité absoluë
qu'il y a d'obéir aux oracles.
Enfin l(histoireditqu'-
elle se maria pour le bien
public; que l'amourdu
bien public lui fit prendre
son mariage en patience
aussi bien qu'à son
mari, qui pour ne jamais
oublier sa baffe extraction
,fit élever un monument
magnifique, avec
un trophée superbe, ou
il appendit son habit ruftique
, sa ligne, ses filets;&
toute sadépoüille
de pescheur, & fitgraver
ces vers au-dessous.
Rustiques omemens de
mapauvrefamille,
Filets
, guetres,sabots
es barette &man- 9
dille,
Je n'ai pas de regret de
*7 * vous avoir quittez
Mais je veux vousgarder
dans mes antiquitez.,
Pour me servir un jour
contre la vaine
gloire.
C'ejl par vous que je
veux commencermon
histoire
A ceux qui curieux de
mesillustresfaits, Mecroiroientvolontiers
descendu desJafets.
Lorsque vous me verrez
un jour par avanture
Succombantsous lepoids
d'une injuste dorure,
'B,Ouff dans mon jabot
comme un pigeon
patu y, Faites-moyJouvenirque
vous m avez, vêtu.
Si quelquefatpajépour
illustrer ma race,
Retranche à mes ayeux
lefiltteS lanasse Pour , me passer sur le
rapé
D'une antique Principauté
,
Pour lors,mes chers hA"
bits,contrecetteimposture
Vous vous érigerez, en
preuves de roture.
DES PESCHEURS.
Hitoriette traduite de l'Italien
parM.dePrè***.
UNe femme trés-sensible
à l'ambition, & encore
plus à l'amour, venoit
de perdre son mari
qu'elle , aimoit, & qui
étoit Gouverneur de
l'Isle des Pescheurs.
Elle se retira dans le
creuxd'un rocher, dont
elle ne sortoit que pour
aller pleurer sur le bord
de la mer.
Unpescheur mélancolique,
& qui pour
pescher seul s'écartoit
toûjours des autres, alla
un jour pescher de bon
matin, & se plaça sur
le bout d'un rocher, proche
decelui qu'habitoit
Zauraa. (c'étoit le nom
de la veuve ) Quoique
depuis son veuvage elle
1
n'eût éie capable de
prendre aucun plaisir,
elle trouva que celui de
la pesche étoit si mélancolique,
qu'il convenoit
à une personneaffligée:
elle regarda la pesche un
peu detemps, & ensuite
elle regarda le pescheur.
Il avoit aussi l'air
fort mélancolique; cest
ce qui luyplut d'abord:
elle s'approcha de luy,
8G se mit à pleurer. Le
gescheur, qui nesçavoit
que lui dire, se mit à
pleurer aussi, & ce fut
toute la conversation de
cette premiere entrevuë.
Zauraa rentra dans son
rocher,& le pêcheurss'en
retourna dans sa cabane.
Toute la nuit Zauraa
pensa à son défunt mari
,
& par malheur pour
elle elle n'y peut penser
sans pleurer, ni pleurer
sans se souvenir de celui
qui avoit pleuré de compagnie
-
avec elle: elle
jugea
jugea que deux pleureursvalentmieux
qu'-
un, & font plus d'honneur
au défunt. Elle retourna
àl'endroit de la
peschepouryrencontrer
son second. Dés la
pointe du jour il ne manqua
pas de s'y trouver;
carilavoitresoludeconsoler
la veuve. D'abord
ils reprirent les pleurs
où ils lesavoientlaissez
de bonesprit, & qui
sçavoit que 1g meilleur
moyen de retirer quelqu'un
de sadouleur,c'est
d'yentrer d'abord avec
lui, se mità parlerainsi.
En vérité, Madame,
vous avez bien raifonde
pleurer Monsieur vôtre
mari; car c'étoit le
meilleur & le plus honjiete
homme du monde.
Comment donc, dit
la veuve, est-ceque vous
le connoissez?Non pas,
Madame, répondit le
pescheur:mais j'en juge
par la maniere dont vous
le pleurez. Après plusieurs
autres discours de
la même espece, enfin le
pescheur la consola de si
bonne grace, qu'elle benissoit
presque le sujet
d'affliction qui luyavoit
attiré un tel consolateur.
Elle l'aima pendant quelque
temps sans s'en ap-
- percevoir;car siere comme
elle Tétoit, elle ailroit
rompu d'abord tout
commerce. Le pescheur
qui s'en étoit apperçû
d'abord, avoit fait confidence
de sa bonne fortune
à la suivante de la
veuve, à qui il promit
tout si elle conduisoit la
chose jusqu'à un bon
mariage.
Cette suivante étoit
une espece de magicienne,
c'est à dire une espece
de fourbe qui avoit
lû des livres de magic,
d'Astrologie, de Chiromancie
,& autres de pareille
trempe. Un foir,
que sa maîtresse rêvoit
profondément au pescheur,
elle lui prit la
main en badinant, &
par certaines lignes redoublées
qu'elle vit dans
sa main, elle devina qu'-
elle étoit destinée à se
remarier. Ce mot deremarier
l'irrita si fort,
que la suivante eût voulu
le retenir, 6L n'en
pnarlaépelus.de la jour-
Le lendemain cette
fiere veuve voyant à son
ordinaire pêscher le pescheur,
se surprit dans un
mouvement detendresse
si fort, qu'elle ne pouvoit
plus le meconnoître.
Elle en eut tant
d'horreur, qu'elle fut
prête à se précipiter dans
la mer:on dit même qu'-
elle s'y précipita,& que
le pescheur la repescha
aussitôt. Quoy qu'il en
foit
,
ello resolut de ne
le plus voir, & elle n'eût
jamais crû pouvoir tenir
sa resolution ;elle la tint
pourtant: mais quels
combatsnéprouvat-elle
point?Tantôt elle regardoit
avec horreur
l'objet de sa foiblesse;
tantôt elle prenoit plaisir
à penser à lui malgré
elle:encertains momens
elle vouloit mourir, en
d'autres momens elle se
feiitoit delà^iipeiîtîoïi
à vi vre. Enfin^a. Magicienne,
qui devinoit tout
de - qu'elle ne ---vouloi-t
point luidire,siten forte
, avec le temps & l'amour,
que la veuve conftritit'à
êtrepresenteà
Uhê^efthêmerveiHeufc
que la Magicienne * lui
Èro?o«sa, &C qui se passa
enjtféfrte'fortc.-; Entre les herbes qu'-
elleconnoissoit, il y en
avoit une pour la-qu-cllc-
,
les poissons avoient tant
d'antipatie, quelle les
faifoic fuir du plus loin
qu'ils la sentoient. Du
jus de cette herbe le pescheur
alloit toutes les
nuits froter les filetsde
ses camarades, en sorte
que pendant huit jours
on ne pur prendre aucun
poisson dans toute fine.
Les voila desolez ; car
ils ne vivoient que de
leur pesche, c'étoit tout
leur commerce.
On eut recours a l'oracle
feur & .trés-seur
car l'oracle dépendoitdu
Sacrificateur, & le Sacrificateur
dépendoitde
la Magicienne. En un
mot elle fit dire à l'oracle
que le poisson ne
viendroit point se prendre
si la veuve de leur
Gouverneur ne leur donnoit
pour chef le pescheuren
question.Apres
cela l'oracle fitunebelle
genealogie au pescheur,
pour le rendre plus digne
de commander: ensuite
sur la foy de l'oracle
on depura vers la
veuve,quirefusa, autant
qu'il en fut besoin
pour persuader qu'elle
ne se fûtjamais mariée
sans la necessité absoluë
qu'il y a d'obéir aux oracles.
Enfin l(histoireditqu'-
elle se maria pour le bien
public; que l'amourdu
bien public lui fit prendre
son mariage en patience
aussi bien qu'à son
mari, qui pour ne jamais
oublier sa baffe extraction
,fit élever un monument
magnifique, avec
un trophée superbe, ou
il appendit son habit ruftique
, sa ligne, ses filets;&
toute sadépoüille
de pescheur, & fitgraver
ces vers au-dessous.
Rustiques omemens de
mapauvrefamille,
Filets
, guetres,sabots
es barette &man- 9
dille,
Je n'ai pas de regret de
*7 * vous avoir quittez
Mais je veux vousgarder
dans mes antiquitez.,
Pour me servir un jour
contre la vaine
gloire.
C'ejl par vous que je
veux commencermon
histoire
A ceux qui curieux de
mesillustresfaits, Mecroiroientvolontiers
descendu desJafets.
Lorsque vous me verrez
un jour par avanture
Succombantsous lepoids
d'une injuste dorure,
'B,Ouff dans mon jabot
comme un pigeon
patu y, Faites-moyJouvenirque
vous m avez, vêtu.
Si quelquefatpajépour
illustrer ma race,
Retranche à mes ayeux
lefiltteS lanasse Pour , me passer sur le
rapé
D'une antique Principauté
,
Pour lors,mes chers hA"
bits,contrecetteimposture
Vous vous érigerez, en
preuves de roture.
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Résumé : L'ISLE DES PESCHEURS. Historiette traduite de l'Italien par M. de Pré***.
Le texte relate l'histoire de Zauraa, une veuve sensible et amoureuse, qui se retire dans un rocher après la perte de son mari, gouverneur de l'Isle des Pêcheurs. Elle y pleure sa douleur sur le bord de la mer. Un pêcheur mélancolique, qui s'isole pour pêcher, la rencontre et partage sa tristesse. Ils pleurent ensemble sans échanger un mot. Zauraa, incapable de trouver du réconfort, retourne voir le pêcheur le lendemain. Ils discutent de son défunt mari, et le pêcheur la console avec tant de grâce qu'elle finit par l'aimer sans s'en rendre compte. Le pêcheur, aidé par la suivante de Zauraa, une magicienne, cherche à l'épouser. La magicienne prédit à Zauraa qu'elle se remariera, ce qui la perturbe. Malgré ses efforts pour éviter le pêcheur, Zauraa finit par céder à ses sentiments. La magicienne utilise ses pouvoirs pour manipuler la situation. Elle fait en sorte que les pêcheurs de l'île ne puissent plus attraper de poissons, ce qui les pousse à consulter l'oracle. L'oracle, contrôlé par la magicienne, déclare que le pêcheur doit devenir le chef de l'île pour que la pêche reprenne. Zauraa accepte finalement de l'épouser pour le bien public. Le pêcheur, devenu gouverneur, fait ériger un monument avec ses anciens vêtements de pêcheur et des vers gravés, rappelant ses origines modestes et mettant en garde contre la vanité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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